,transcrib]'s note3 ,9 ! orig9al book1 ! ,table de ,matires 0 locat$ at ! end ( ! text1 b = ?is onl9e v]sion ,i h plac$ x at ! beg9n+ ( ! text4 ,,la ,r,,v]ie ,,e/h,,tique ,,essai ,,sur ,,la ,,psy*ologie ,,du ,,po,,te p> ,,paul ,,s\riau ,pr(esseur l',univ]sit de ,nancy4 ,p>is ,flix ,alcan1 ,editeur ,librairies ,flix ,alcan et ,guillaum9 ,runies #djh1 ,b\lev>d ,sa9t-,g]ma91 #ajh #aijf ,t\s droits rs]vs4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,introduction #a ,*apitre ,i4 ,df9ition ,psy*ologique de la ,posie #a4 lm5ts intellectuels4 -- ,la rv]ie #f #b4 lm5ts e/htiques #ad ,*apitre ,,ii4 ,la ,posie ,intrieure #bh ,*apitre ,,iii4 ,la ,posie de la ,nature #db ,*apitre ,,iv4 ,la ,posie dans l',art #ee ,*apitre ,v4 ,la ,posie ,littraire #a4 ,effet sur l',intellig5ce #hc #b4 ,valeur ,potique de la ,p5se #ib #c4 ,valeur ,potique du ,s5tim5t #aja ,*apitre ,,vi4 ,la ,composition ,potique #a4 ,la ,m?ode d',inspiration #aae #b4 ,la ,m?ode de ,rflexion #abi ,*apitre ,,vii4 ,la ,"q du ,v]s et l',av5ir de la ,posie #aea ,,introduction ,ce livre e/ une enqute de pure psy*ologie4 ,n\s v\lons n\s r5dre compte1 le plus exactem5t que n\s le p\rrons1 des effets que produit sur n\s la posie1 et du travail intrieur p> lequel elle s'labore dans notre esprit4 ,doit-on cra9dre que cette exploration indiscrte ne retire la posie quelque *ose de son *>me8 ,n\s ne le p5sons pas4 ,seules les *oses vulgaires p]d5t ce qu'on les explique4 ,la posie1 si rellem5t elle mrite d'tre admire1 doit rsi/] cette preuve4 ,soit p> exemple le s5tim5t potique que n\s donne la contemplation de la nature4 ,on se sait gr soi-mme de l'pr\v]1 comme s'il avait un c>actre de noblesse et de dignit4 ,p\r savoir si cet tat d'me p>ticuli] mrite qu'on lui atta*e tant de prix1 il faut *]*] en quoi il consi/e4 ,peut-tre n'e/-il qu'un tat passif o la consci5ce s'eng\rdit1 quelque *ose d'analogue l'extase bate de l'ivresse4 ,alors cette impression que l'on a de s'lev] un tat suprieur o le ,moi se dilate et s'amplifie n'e/ plus qu'une illusion4 ,mais si l'on disc]ne dans ce s5tim5t une relle activit m5tale1 un afflux d'ides motions1 un *ant intrieur dont n\s accompagnons notre contemplation1 alors il repr5d t\te sa valeur4 -- ,soit encore le travail de l'inv5tion potique4 ,n\s n'ent5dons nullem5t le dprci] en l'analysant p> le dtail2 c> la suite d'oprations m5tales qui ab\tit la composition d'un pome e/ une *ose aussi intressante en soi1 aussi curieuse1 aussi admirable que le pome lui-mme4 ,qu'un pote mdiocre df5de le secret de son travail avec un so9 jal\x6 ,son oeuvre en effet n\s p>atra d'autant plus mesqu9e que n\s en dml]ons mieux l'artifice4 ,mais un gr& pote p\rrait impunm5t n\s faire assi/] la g5se de ses pomes4 ,ses hsitations1 ses reprises1 ses scrupules d'criva9 tmoign5t de sa consci5ce arti/ique2 les ratures mme de son manuscrit sont sa gloire4 ,il n\s faut dire ma9t5ant quelques mots de la m?ode que n\s comptons employ]4 ,la posie e/ une *ose idale et purem5t psy*ique que n\s ne p\vons p]cevoir au dehors1 mais seulem5t en n\s-mmes1 au plus pr(ond de notre consci5ce4 ,qui ne la tr\v]ait pas en soi ne p\rrait mme s'en faire une ide4 ,c'e/ donc en soi-mme que *acun devra l'obs]v] t\t d'abord4 ,cette obs]vation e/ difficile et dlicate4 ,dans nos mom5ts de contemplation potique ou d'inspiration1 n\s ne songeons gure n\s analys]4 ,bon nombre de faits ne peuv5t tre tudis qu'aprs c\p1 dans le rappel plus ou mo9s fidle de nos impressions antrieures4 ,il faut en pr5dre notre p>ti4 ,l'expri5ce p]sonnelle1 quels que soi5t ses dfauts1 peut seule n\s faire p]cevoir ce qu'il y a d'ess5tiel et de c>actri/ique dans la posie4 ,e/-ce dire que n\s ne puissions us] d'aucun autre procd d'in=mation8 ,non sans d\te4 ,n\s *ang]ons nos confid5ces4 ,*acun p\rra s'in=m] de ce qu'auront obs]v les autres4 ,n\s aurons1 p\r l>gir notre enqute1 l'oeuvre crite des potes et des romanci]s3 s\rce prcieuse d'in=mations o n\s puis]ons loisir4 ,une page de roman1 une pice de v]s e/ un docum5t psy*ologique de premi] ordre4 ,les potes sont de f9s analy/es1 aussi ex]cs que les psy*ologues de pr(ession l'obs]vation intrieure et la description des tats de consci5ce4 ,n\s les relirons1 p\r retr\v] dans cette sorte de lecture exprim5tale les motions qu'ils n\s avai5t autrefois donnes1 et que cette fois notre att5tion av]tie saura mieux p]cevoir4 ,n\s mettrons aussi contribution1 *aque fois que cela n\s s]a possible1 les plus rc5tes enqutes de la psy*ologie4 ,peut-tre ne n\s f\rniront-elles1 sur le sujet qui n\s occupe1 qu'un petit nombre d'obs]vations rig\reuses1 sci5tifiquem5t tablies4 ,si brves qu'elles soi5t1 ces indications n\s s]ont prcieuses4 ,elles n\s p]mettront de repr5dre pi$ sur un t]ra9 plus f]me2 elles n\s appr5dront ne ri5 affirm] la lgre4 ,plus les faits que n\s aurons tudi] s]ont indcis et difficilem5t obs]vables1 plus n\s devrons n\s ef=c] de mettre de prcision et de m?ode dans notre inve/igation4 ,n\s allons entr] dans le doma9e des vagues rv]ies1 des illusions et des mirages3 n\s risqu]ions d'y p]dre l'esprit de prcision4 ,la psy*ologie exprim5tale n\s le r5dra4 ,celui qui *em9e hsitant dans le br\ill>d1 s'il ap]oit trav]s ces vapeurs flottantes quelque objet fixe et connu sur lequel il puisse s'ori5t]1 se rassure et m>*e d'un pas plus f]me3 a9si1 dans les rgions un peu tr\bles de la psy*ologie que n\s allons explor]1 n\s s]ons heureux de r5contr] quelques faits solides1 prcis1 qui n\s s]v5t de po9ts de repre et n\s r5d5t le s5tim5t de la ralit4 ,telle e/ donc la m?ode qui n\s e/ impose p> la nature mme de notre sujet4 ,d'abord l'obs]vation intime4 ,puis1 p\r la contrl] et la complt]1 l'in=mation extrieure4 ,,*apitre ,,premi] ,d,,f9ition ,,psy*ologique ,,de ,,la ,,po,,sie ,le s5s mme du mot de posie tant quelque peu flottant1 il e/ bon d'indiqu] en quel s5s n\s comptons le pr5dre4 ,le mot de pote a t pris l'orig9e dans un s5s assez re/re9t1 p\r dsign] l'auteur d'un ouvrage en v]s4 ,si l'on s'en t5ait cette signification1 n\s p\rrions m>qu] d'un trait net le *amp de la posie3 elle s]ait t\t entire cont5ue dans l'art des v]s4 ,mais le s5s du mot s'e/ peu peu dplac4 ,l'usage e/ v5u d'appel] potiques t\s les objets qui produis5t sur n\s une impression analogue celle que produis5t les beaux v]s2 en eux t\s n\s disons qu'il y a de la posie4 ,c'e/ en ce s5s l>ge que n\s pr5drons le mot2 autrem5t dit1 c'e/ de cette posie-l que n\s ent5dons p>l]4 ,on voit comme s'amplifie le *amp de notre enqute4 ,n\s n'aurons plus tudi] seulem5t la posie des v]s1 mais aussi celle de la prose4 ,prise mme dans son ensemble1 l'oeuvre crite de t\s les prosateurs et v]sificateurs runis ne reprs5te qu'une infime p>tie de l posie totale qui s\s les =ces les plus div]ses mane incessamm5t de l'me huma9e4 ,n'oublions pas celle que n\s mettons dans l'art1 dans la contemplation de la nature1 dans nos s\v5irs1 dans nos regrets1 nos espoirs et nos am\rs1 dans t\tes les belles heures de noire exi/5ce3 posie non crite1 posie vivante1 qui dpasse inf9im5t l'autre6 ,c'e/ sur ces modes trangem5t v>is de la conception potique que devra port] notre tude4 ,cette v>it du re/e ne doit pas n\s inquit]4 ,elle ne peut que facilit] notre t*e4 ,plus il y aura de div]sit entre les objets que n\s qualifions de potiques1 plus il y aura *ance p\r que le c>actre commun et peut tre unique p> lequel ils doiv5t t\s se ressembl] n\s app>aisse en ple9e vid5ce4 #a4 -- ,,el,,m5t ,,intellectuel4 -- ,,la ,r,,v]ie4 ,songeons div]ses occasions o il n\s ait t donn d'pr\v] une impression vraim5t potique2 recueillons-n\s dans ces s\v5irs1 et essayons de n\s df9ir ce qu'il y avait alors de p>ticuli] dans notre disposition m5tale4 ,n\s reconnatrons qu'elle se c>actrisait p> l'allure p>ticulire que pr5ait notre p5se4 ,cette disposition intellectuelle e/ assez connue1 assez nettem5t diffr5cie p\r que n\s puissions la dsign] d'un mot3 c'e/ un tat de rv]ie4 ,essayons d'en dt]m9] les c>actres psy*ologiques4 ,de la ple9e lucidit d'esprit l'activit m5tale qui peut subsi/] dans le sommeil pr(ond1 il y a des degrs l'inf9i4 ,la rv]ie e/ dans les degrs int]mdiaires4 ,p\r la c>actris]1 il faut la diffr5ci] des deux tats extrmes entre lesquels elle e/ comme balance1 la rflexion et le songe4 ,rfl*ir1 c'e/ appliqu] son esprit un sujet prcis4 ,le plus s\v5t1 c'e/ se pos] une "q dt]m9e1 laquelle il faut tr\v] une rponse4 ,plus l'ef=t de rflexion e/ int5se1 plus troit e/ le *amp dans lequel on laisse l'esprit se m\voir1 l'ef=t consi/ant ju/em5t s'int]dire t\te di/raction et ress]r] autant que possible sa p5se1 en la rappelant1 ds qu'elle t5te de s'en c>t]1 la "q4 ,la rflexion m>*e v]s un b2 elle s'impati5te des ret>ds et des dt\rs2 elle veut arriv]2 elle a hte d'en f9ir4 ,le plus s\v5t mme1 elle se fixe un d]ni] dlai p\r arrt] sa dcision4 ,laissez la rflexion se dt5dre un peu1 v\s aurez la mditation4 ,on p5se1 mais loisir4 ,on enf]me encore son esprit dans une ence9te limite1 mais assez l>ge p\r qu'il puisse s'y m\voir avec une c]ta9e aisance4 ,l'allure m5tale e/ diffr5te4 ,les p5ses de rflexion conv]g5t v]s un c5tre4 ,les p5ses de mditation sont plutt div]g5tes4 ,elles se =m5t p> p]ptuelle digression1 en s'c>tant de l'ide c5trale et fixe1 qui e/ l'objet propre de notre mditation4 ,on les croirait incohr5tes4 ,elles peuv5t en effet n'avoir entre elles d'autre rapport que leur communaut d'orig9e1 comme ces toiles filantes qui p> les belles nuits d'aot s'p>pill5t dans le ciel1 manant t\tes d'un mme radiant4 ,la rv]ie e/ t\te spontane4 ,aucun ef=t4 ,aucune contra9te4 ,plus de limites traces d'avance4 ,les images se suiv5t1 l'une appelant l'autre1 au has>d des associations4 ,la rv]ie n'a pas de b2 elle ne *]*e ri52 ins\ciante1 di/raite1 elle suit sa p5te2 elle va o la mne son caprice4 ,c'e/ le laiss] all] m5tal4 ,qu& aprs quelques in/ants de contemplation rveuse on revi5t soi1 on e/ t\j\rs surpris du *em9 que l'esprit a p>c\ru sans y p5s]4 ,une des p>ticul>its de l'tat de rv]ie1 c'e/ le c>actre concret de ses reprs5tations4 ,dans l'acte de rflexion1 qu& n\s p5sons aux *oses1 n\s ne pr5ons pas la pe9e d'en voqu] l'image intgrale4 ,notre b tant pratique1 n\s *]*ons abrg] le plus possible l'opration m5tale1 l'allg] de t\te reprs5tation inutile4 ,lo9 d'appel] les images1 n\s les c>tons plutt1 n\s les t5ons l'tat virtuel1 n\s les reprs5tons p> de simples figures s*matiques1 p> des signes conv5tionnels1 p> des mots1 p> de pures ides4 ,dans la rv]ie au contraire les reprs5tations n'ont plus ri5 d'ab/rait2 elles ne n\s donn5t plus l'ide1 mais la vision des *oses4 ,la rv]ie1 tant un cong que se donne l'esprit1 c>te d'in/9ct t\t ce qui p\rrait ressembl] au travail de la rflexion4 ,la p5se1 *]*ant le repos1 doit le tr\v] dans un mode d'activit aussi loign que possible de celui dont elle e/ lasse2 elle se dt5d en s5s inv]se1 en se laissant all] au c\rs des images4 ,la p5se se port]a aussi sur des objets diffr5ts#a4 ,dans l'tat de rflexion1 elle va aux faits rc5ts ou pro*a9s1 ce que l'on vi5t de voir1 d'ent5dre ou de lire1 ce que l'on doit faire1 au r5dez-v\s pris1 la lettre qu'il faut crire1 aux proccupations de la l*e quotidi5ne4 ,la rv]ie s'en dt\rne4 ,elle contemple le pass1 de prfr5ce le plus lo9ta9#b4 ,si elle se porte v]s l'av5ir1 elle ne *]*e pas le prp>]2 elle suppose les difficults de l'exi/5ce rsolues1 t\s les possibles raliss1 et elle s'en donne avec dlices la reprs5tation4 ,un fait important signal]1 dans le passage de l'tat lucide la rv]ie et f9alem5t au songe1 c'e/ l'abolition progressive de la mmoire4 ,etant en ple9e activit d'esprit1 faites un ef=t p\r imag9] quelque *ose3 v\s retomb]ez sur quelque s\v5ir4 ,t\tes les images qui v\s app>atront s]ont des rm9isc5ces de *oses vues1 des rappels de la ralit4 ,p\r les modifi] si peu que ce soit1 plus =te raison p\r en crer de t\tes n\velles1 il v\s faudrait une gr&e application4 ,et plus n\s sommes lucides1 plus nos s\v5irs ont de t5dance se recon/itu] intgralem5t4 ,dans la rv]ie1 il n'en e/ pas de mme4 ,l'imag9ation ne s'en ti5t plus aux s\v5irs2 elle s'mancipe2 elle pr5d le pas sur la mmoire4 ,si n\s voquons quelque pisode de notre vie passe1 n\s ne pr5ons pas la pe9e de le recon/itu] exactem5t2 n\s avons plutt une t5dance le dramatis]4 ,n\s n\s replaons en imag9ation devant les mmes objets1 dans la mme situation2 et puis n\s brodons sur ce ?me2 n\s n\s donnons de la scne une reprs5tation pa?tique1 o la fantaisie j\e le plus gr& rle4 ,je con/ate aussi que les s\v5irs1 bi5 qu'ils ne manqu5t pas t\t fait de m\vem5t1 ne me reprs5t5t que trs r>em5t un m\vem5t cont9u1 une action suivie2 ce s]ont plutt des ge/es1 des attitudes1 des scnes morceles1 fragm5taires1 espaces1 quelque *ose comme les vignettes qui illu/r5t un roman ou comme une srie de cli*s4 ,les visions de s\v5ir sont d'ord9aire discont9ues2 on dirait que la mmoire ne sait bi5 pr5dre que des in/antans4 ,quant la suite des vnem5ts1 n\s ne n\s la reprs5tons pas1 n\s la recon/ituons plutt p> induction4 ,plus cette recon/itution du pass s]a vivante et =m]a un t\t suivi1 plus il s]a vraisemblable qu'elle e/ l'oeuvre de l'imag9ation pure1 comme ces drames soi-disant hi/oriques o n'entr5t que quelques vagues rm9isc5ces de la ralit4 ,song] au pass1 ce n'e/ pas s'en s\v5ir1 cela dem&]ait trop d'ef=t2 c'e/ le faire entr] dans un rve o-il se transfigure4 ,et plus la rv]ie se prolong]a1 mo9dre y devi5dra la "p du s\v5ir4 ,de tant de scnes auxquelles la vie n\s a fait assi/] et qui p\rtant n\s avai5t mus1 que g>dons-n\s dans notre mmoire8 ,un c]ta9 nombre de s\v5irs ab/raits1 qui d'ailleurs n\s suffis5t p\r la pratique2 aj\tons-y le s\v5ir mme de cette motion4 ,mais comme visions prcises8 ,quelques tableaux4 ,bi5 peu de *ose4 ,en quelques m9utes pe9e1 n\s aurions rcapitul t\s les s\v5irs prcis qui n\s re/5t de la j\rne la plus ple9e d'incid5ts4 ,si donc n\s y songeons p5dant des heures1 il faut bi5 que l'imag9ation cratrice fasse presque t\s les frais de nos reprs5tations4 ,enfonons-n\s d'un degr encore dans la rv]ie4 ,appro*ons-n\s d l'hypnose4 ,les s\v5irs s'allr5t davantage2 les images p]d5t leur consi/ance2 elles t5d5t se dissoci]4 ,a la mo9dre sec\sse crbrale1 leurs prcaires ar*itectures s'cr\l5t1 comme le morceau de sucre qui se dsagrge en ru9es biz>res au fond d'un v]re d'eau4 ,elles se dcompos5t1 p\r =m]1 au gr d'associations =tuites1 des composs n\veaux4 ,la p5se pr5d a9si une pla/icit tonnante4 ,un peu plus1 elle ret\rn]ait l'tat fluide4 ,de l cette facilit d'inv5tion et cette allure fantasque qui c>actrise la rv]ie4 ,james ,sully explique la facilit avec laquelle les enfants admett5t le m]veilleux p> l'inconsi/ance de leurs images m5tales2 dans le conte le plus fanta/ique1 pe9e s'ap]oiv5t-ils que la ralit soit altre4 ,il en e/ de mme p\r l'adulte1 qu& il s'ab&onne au jeu spontan de l'imag9ation4 ,nos rv]ies sont plus jeunes que n\s2 elles g>d5t une fra*eur et une navet que n'a plus notre p5se rfl*ie4 ,on a depuis longtemps signal le c>actre primitif des conceptions du pote4 ,dans cette t5dance p5s] p> my!s et p> images1 pr5dre les fables au srieux1 faire entr] l'imag9aire dans le rel au po9t de ne plus bi5 les di/+u] l'un de l'autre1 il ne faut pas voir un ret\r nos lo9ta9es orig9es4 ,le pote n'a pas beso9 de remont] si lo9 p\r retr\v] cet tat d'esprit4 ,il lui suffit de rev5ir1 comme n\s y rev5ons dans t\tes nos rv]ies1 aux faons de p5s] de l'enfance4 ,dans le sommeil pr(ond1 la mmoire e/ abolie4 ,c'e/ du mo9s ce que j'ai con/at en moi-mme4 ,il m'e/ impossible de me rappel] un seul rve o soit entr un s\v5ir prcis et exact de la vie relle4 ,s'il m'arrive1 *ose d'ailleurs assez r>e1 de rev5ir p5dant le sommeil des scnes de la vie relle qui m'avai5t frapp1 je ne les retr\ve dans mes songes que d=mes1 transposes4 ,les p]sonnages connus qui int]vi5n5t dans l'action g>d5t assez bi5 leur c>actre1 leurs faons de p>l] et d'agir3 mais leurs traits sont t\j\rs si trangem5t modifis1 que j'en suis me dem&] quoi je les reconnais dans mon rve4 ,il m'arrive p>fois en songe de me tr\v] dans une situation telle que j'aie beso9 de retr\v] un s\v5ir prcis2 je rve p> exemple que je fais une confr5ce2 alors je con/ate avec angoisse que mes s\v5irs s'enfui5t1 et je me s5s rduit un tat d'abjecte ignorance4 ,si la mmoire e/ abolie1 en revan*e l'imag9ation pr5d une aisance surpr5ante2 on inv5te con/amm5t1 p> impuissance se s\v5ir4 ,je me s\vi5s d'avoir une fois rv que je feuilletais un beau livre illu/r3 *aque feuille que je t\rnais1 c'tait une gravure n\velle qui m'app>aissait1 et que je tr\vais m]veilleuse4 ,je m'en exagrais sans d\te la beaut4 ,t\j\rs e/-il qu' l'tat de veille il me s]ait absolum5t impossible d'inv5t] a9si1 c\p sur c\p1 et presque in/antanm5t1 des images ayant ce c>actre de biz>re n\veaut4 ,n\s dt]m9]ons enf91 p> le mme procd de comp>aison1 le degr d'illusion que produis5t les images de la rv]ie4 ,qu& n\s sommes l'tat de veille1 notre p5se1 lucide et volontaire1 a ple9em5t consci5ce de son activit4 ,s'il n\s plat de n\s reprs5t] un objet1 n\s s5tons l'ef=t de vision m5tale p> lequel n\s voquons l'image2 pas un in/ant n\s ne songeons la pr5dre p\r un objet rel2 elle n\s app>at comme un objet purem5t idal1 que n\s situons dans un monde "p1 en dehors de t\te ralit4 ,les images du songe1 au contraire1 n\s font compltem5t illusion4 ,elles se prs5t5t n\s t\tes faites1 comme le f]ai5t des objets matriels4 ,le monde extrieur e/ d'ailleurs si lo9 de n\s1 depuis si longtemps n\s avons p]du t\t contact avec les *oses1 que ri5 ne peut plus rectifi] l'illusion qui t5d se produire4 ,comm5t disc]n]ions-n\s le c>actre idal et subjectif de ces reprs5tations8 ,t\t t]me de comp>aison n\s fait dfaut2 elles sont p\r n\s t\te la ralit4 ,si p> has>d1 dans les pr(ondeurs du sommeil1 quelques p]ceptions ou impressions relles arriv5t jusqu' la consci5ce1 n\s les faisons entr] dans notre rve2 elles ne font que donn] plus de =ce l'illusion4 ,p\vons-n\s1 en dormant1 avoir consci5ce de rv]8 ,sans m] la possibilit du fait1 je crois qu'il ne doit se produire que lorsqu'on se rveille demi1 ou encore dans le rve mat9al1 c'e/--dire aux appro*es du rveil spontan4 ,dans les songes du sommeil pr(ond1 l'illusion e/ complte4 ,n\s sommes vraim5t halluc9s4 ,la rv]ie1 tant un tat int]mdiaire1 n\s donn]a l'illusion demi-consci5te4 ,n'ayant pas eu le temps de p]dre t\t fait le s5tim5t de la ralit1 n\s n\s r5dons encore vaguem5t compte du c>actre idal de nos reprs5tations4 ,p>fois1 il e/ vrai1 n\s n\s oublions dans notre rv]ie2 en se prolongeant1 elle pr5d peu peu les c>actres du vritable rve4 ,alors d'ord9aire elle f9it t\t c\p2 s5tant que l'on va p]dre consci5ce de la ralit1 on revi5t soi d'un brusque ef=t1 d'une sorte de sec\sse1 comme celui qui lutte contre le sommeil et se rveille en sursaut *aque fois qu'il a manqu de s'endormir4 ,tel e/ le mode d'activit intellectuelle qui c>actrise selon n\s l'tat potique4 ,t\j\rs1 sans exception1 n\s con/at]ons que la posie a p\r effet de dt]m9] en n\s cette disposition spciale3 dt5te intellectuelle1 abs5ce de t\t ef=t de rflexion ou d'ab/raction1 t5dance s'absorb] dans la contemplation des images qui dfil5t d'un m\vem5t spontan dans la consci5ce4 ,faisons la contre-preuve4 ,considrons un tat de consci5ce dans lequel l'intellig5ce comb9e des ides1 rfl*isse1 fasse ef=t p\r se s\v5ir ou p\r compr5dre4 ,p]sonne n'admettra que ce soi5t l des dispositions potiques4 ,n\s con/atons en somme que dans t\s les cas o n\s pr\vons un s5tim5t de posie1 n\s sommes en dispositions rveuses2 et que dans t\s les cas o n\s n'avons aucune t5dance la rv]ie1 la posie fait dfaut4 ,en bonne logique1 cela n\s autorise affirm] que le mode d'activit intellectuelle qui correspond la posie e/ ess5tiellem5t un tat de rv]ie4 #b4 -- ,l,,m5t ,,e/h,,tique4 ,notre df9ition e/ videmm5t incomplte4 ,dans l'analyse que n\s avons faite de l'tat de consci5ce potique1 n\s n'avons signale que la modification produite dans le fonctionnem5t de l'intellig5ce4 ,n\s devons tr\v] autre *ose1 et n\s savons d'avance de quel ct n\s devons *]*]4 ,il s]ait trop trange que dans une ?orie psy*ologique de la posie1 le s5tim5t ne t9t aucune place4 ,c'e/ un n\vel lm5t psy*ique qu'il n\s faut rtablir dans notre df9ition4 ,en l'omettant jusqu'ici1 n\s avons mieux fait s5tir son importance4 ,la posie n\s donne d'abord et t\t le mo9s un s5tim5t p>ticuli]1 qui doit se retr\v] dans t\te rv]ie et ne pas se r5contr] ailleurs1 le s5tim5t de rv]4 ,il e/ impossible en effet qu'un mode d'activit m5tale aussi dt]m9 ne donne pas notre consci5ce une te9te de s5tim5t p>ticulire#c4 ,mais ce s5tim5t1 si c>actri/ique qu'il soit1 e/ videmm5t *ose secondaire3 il e/ l'effet conscutif de la modification surv5ue dans notre activit psy*ique2 il n\s fait pr5dre consci5ce de cette modification1 il n'y aj\te presque ri54 ,dans nos mom5ts de posie1 n\s s5tons bi5 qu'il y a en n\s t\t autre *ose que cette simple impression2 n\s avons consci5ce d'un *angem5t plus important dans notre manire d'tre4 ,dans nos contemplations les plus potiques1 t\j\rs n\s tr\v]ons quelque s5tim5t pntrant1 qui peu peu n\s envahit t\t enti]s1 au po9t de remplir p\r a9si dire la consci5ce1 d'en dbord]1 et de n\s donn] le beso9 d'exhal] en un s\pir1 en une brve exclamation1 en quelques p>oles expressives1 cet excs d'motion4 ,qu& cet tat contemplatif aura pris f91 les images qu'il aura fait pass] dans notre esprit s]ont peut-tre oublies1 mais l'motion subsi/]a3 longtemps encore aprs que n\s s]ons r5trs dans la vie relle1 notre disposition morale se ress5tira des s5tim5ts dont n\s tions imprgns p5dant notre rv]ie2 et n\s g>d]ons au coeur des regrets confus1 de vagues esprances1 des tri/esses1 des pitis1 des angoisses inexplicables1 une impression d'avoir tr\v ou p]du quelque indicible bonheur4 ,la rv]ie procde d'ord9aire du s5tim5t2 c'e/ p>ce que quelque vnem5t ou quelque vision n\s a mus1 que notre imag9ation e/ branle et se met en m\vem5t4 ,les images qu'elle n\s apporte se mett5t en h>monie avec ce s5tim5t2 elles en acc5tu5t le c>actre2 n\s en recevons un surcrot d'motion2 et le s5tim5t initial1 a9si exalt p> son expression mme1 se tr\ve port rapidem5t son maximum d'int5sit4 ,*ez t\t homme l'tat de rv]ie e/ dj p> lui-mme favorable au dveloppem5t des s5tim5ts2 il donne nos reprs5tations un ralisme plus saisissant2 n\s ne n\s faisons pas seulem5t une ide des *oses qui peuv5t n\s m\voir1 n\s les voyons1 n\s en avons la s5sation4 ,p> cela mme que notre intellig5ce e/ eng\rdie et l'activit de l'imag9ation dom9ante1 t\s nos s5tim5ts t5dront plutt s'exagr]4 ,en mme temps ils s]ont plus saturs1 plus *>gs de pa?tique1 mieux dgags de l'lm5t purem5t intellectuel que ceux que n\s p\vons pr\v] dans notre tat de ple9e lucidit4 ,*ez le pote1 c'e/--dire *ez l'homme exceptionnellem5t imag9atif et qui p> un vritable entranem5t pr(essionnel a exagr encore cette p>ticul>it de son tempram5t1 les mmes phnomnes se reproduiront une plus haute puissance4 ,la s5sibilit s]a en quilibre in/able1 prte s'exalt] ou se dprim] s\s le mo9dre prtexte2 ce s]ont de brusques explosions d'en?\siasme1 d'allgresse triomphante ou des dsespoirs1 des pro/rations absolues2 t\tes les passions pr5dront le ton lyrique4 ,la posie n\s app>at donc comme prs5tant ce c>actre spcial1 d'agir pr(ondm5t sur la s5sibilit3 c'e/ une rv]ie s5tim5tale4 ,ces mots1 je le reconnais1 ont quelque mollesse2 ils t5drai5t plutt dsign] un tat faible de l'imag9ation et du coeur qu'un tat =t et actif3 en les prononant1 on se figure un esprit qui s'en va la drive1 des visions inconsi/antes1 des s5tim5ts fades et affects4 ,il e/ trop vid5t que ce n'e/ pas a9si qu'il faut concevoir la vraie posie4 ,elle n\s apporte aussi1 avec des images clatantes1 des s5tim5ts int5ses2 ce ne s]a plus alors une rv]ie s5tim5tale2 ce s]ait plutt un rve passionn4 ,ce qu'il n\s faut ret5ir p\r le mettre dans notre df9ition1 c'e/ ce c>actre pa?tique que prs5t5t les images suggres p> la posie4 ,disons donc1 p\r vit] t\te quivoque1 qu'elle doit tre une rv]ie mue4 ,sommes-n\s arrivs au t]me de notre analyse8 ,suffit-il de n\s laiss] all] une rv]ie quelconque p\r n\s s5tir en tat potique8 ,quelque *ose n\s manque encore1 quelque *ose d'ess5tiel1 et que p\rtant p> un oubli s+uli] un c]ta9 nombre de ?orici5s ont nglig de faire entr] dans leur df9ition de la posie3 l'lm5t e/htique4 ,si t\te posie e/ rveuse1 t\te rv]ie n'e/ pas potique4 ,il y a donc quelque *ose qui diffr5cie la rv]ie spcialem5t potique de la rv]ie banale et vulgaire1 et c'e/ son c>actre de beaut4 ,une rv]ie dans laquelle il n\s s]ait impossible de tr\v] quoi que ce soit d'e/htique1 dans laquelle t\t s]ait trivial ou laid1 s]ait assurm5t dp\rvue de t\te posie4 ,t\te posie veille en n\s le s5tim5t du beau4 ,ceci n'e/ pas une conjecture1 une ?orie plus ou mo9s pniblem5t dduite4 ,c'e/ un fait d'obs]vation4 ,dans la contemplation potique1 n\s ne n\s cont5tons pas de j\ir de notre propre tat de consci5ce4 ,n\s s5tons qu'il y a dans cette j\issance mme quelque *ose d'lev2 elle n'e/ pas seulem5t dlicieuse1 elle e/ de celles que n\s n\s savons gr n\s-mmes de ress5tir4 ,c'e/ presque une j\issance d'art1 que peuv5t seules pr\v] les mes prises de beaut4 ,dans une oeuvre d'art1 il e/ bi5 vid5t que la posie e/ un mrite de plus1 qu'elle augm5te la valeur arti/ique de l'oeuvre1 qu'elle la r5d plus admirable1 qu'elle e/ p> consqu5t un vritable apport de beaut4 ,de mme et plus =te raison dans les v]s4 ,quelles que soi5t leurs qualits de facture1 jamais n\s ne les tr\v]ons p>faitem5t beaux s'ils ne sont pas vraim5t potiques2 et les plus potiques sont ceux qui n\s sembl5t avoir la suprme beaut4 ,il e/ c]ta9 que dans l'usage c\rant on ne dsigne pas t\t fait la mme *ose p> les deux mots de posie et de beaut4 ,l'habitude s'e/ tablie de pr5dre plutt le mot de beaut dans un s5s assez re/re9t1 celui de beaut de la =me1 ou de beaut pla/ique4 ,la beaut tant a9si conue1 il e/ trop clair qu'elle diffre de ce que n\s tr\vons dans la posie2 et l'on p\rra tablir entre ces deux ides t\tes les oppositions que l'on v\dra4 -- ,la beaut1 dira-t-on1 e/ objective2 elle consi/e dans un c]ta9 nombre de qualits qui se p]oiv5t immdiatem5t1 ou dont n\s p\vons jug] p> l'intellig5ce2 n\s ne sommes pas libres de les attribu] ou non l'objet1 elles se con/at5t1 on peut dmontr] leur ralit1 et t\t apprciateur compt5t et de bonne foi devra la reconnatre4 ,la posie e/ t\t autre *ose4 ,elle e/ subjective4 ,seul je puis savoir si un objet e/ potique ou non1 puisqu'il ne l'e/ que p\r moi et dans la mesure o il me donne une impression de posie4 ,c'e/ donc un c>actre t\t diffr5t4 ,et c'e/ aussi des objets t\t diffr5ts que n\s l'attribu]ons4 ,une /atue irrpro*able de =me s]a dite belle2 une /atue gau*em5t excute1 dnue de t\te beaut pla/ique1 mais dans laquelle l'arti/e aura mis une expression t\*ante et leve1 n\s sembl]a potique4 ,un difice neuf et intact e/ plus beau2 dlabr p> le temps1 il e/ plus potique4 ,un paysage peut tre trs beau sans tre potique3 a9si une plantureuse valle norm&e4 ,il peut tre trs potique sans tre beau3 a9si un tang morne1 une t]re tri/e et dsole1 le ds]t1 la m] sauvage4 ,sans d\te le mme objet peut tre la fois potique et beau2 il n'y a pas incompatibilit entre les deux c>actres4 ,mais qu& un objet prs5te la fois ces deux c>actres1 on les di/+ue encore l'un de l'autre2 on les attribue des qualits diffr5tes de l'objet4 ,a9si1 qu& un v]s admirablem5t fait e/ en outre d'un s5tim5t exquis1 c'e/ p\r les qualits de facture qu'on le dcl>]a beau1 et p\r les qualits de s5tim5t qu'on le tr\v]a potique4 ,mais si la posie n'e/ pas la beaut1 au s5s exclusif et abusivem5t re/re9t du mot1 il e/ impossible de lui dni] un c>actre de beaut1 puisqu'on fait elle n\s donne le s5tim5t du beau4 ,beaut objective de =me ou beaut subjective d'expression1 c'e/ t\j\rs de la beaut au s5s l>ge du mot4 ,ce ne sont mme pas deux espces de beaut diffr5tes2 ce sont plutt deux *oses diffr5tes auxquelles n\s reconnaissons une mme qualit e/htique4 ,il m'en cote un peu d'entr] dans ces di/9ctions v]bales2 mais si faute de les faire on commet de graves erreurs d'e/htique1 si la confusion des t]mes tr\ble l'obs]vation elle-mme1 elles ne sont pas inutiles4 ,ne t5ons p\rtant pas notre analyse p\r t]m9e avant de l'avoir am5e t\te la prcision dsirable4 ,j'ai dit qu'une rv]ie1 p\r n\s p>atre potique1 devait n\s donn] le s5tim5t du beau quelque degr4 ,e/-ce t\t fait ce s5tim5t-l que n\s donne en ralit la posie8 ,qu'elle veille en n\s un s5tim5t trs analogue celui que n\s donn5t les belles *oses1 voil ce que n\s p\vons t5ir p\r accord4 ,mais enf91 n'y a-t-il pas une diffr5ce8 ,si lgre qu'elle soit1 elle vaudrait d'tre signale1 c> ce s]ait alors une diffr5ce spcifique1 dont n\s devrions t5ir compte dans notre df9ition4 ,or1 il semble bi5 que cette diffr5ce exi/e1 et qu'il y a1 dans la contemplation potique1 une nuance de s5tim5t p>ticulire1 quelque *ose de spcial1 de c>actri/ique1 que n\s n'pr\vons pas devant les *oses qui n\s donn5t une impression de beaut4 ,il y aurait donc un s5tim5t du potique1 di/9ct du s5tim5t du beau1 et qui donn]ait la posie sa nuance p>ticulire4 ,p\r savoir ce que n\s en devons p5s]1 quelques mots d'explication sont ncessaires4 ,n\s en sommes arrivs au mom5t o il faudra arrt] notre df9ition1 et c'e/ ici ou jamais qu'il importe d'vit] t\te quivoque4 ,on p>le trop s\v5t de ce s5tim5t du beau comme d'un s5tim5t simple et irrductible1 aussi dt]m9 que l'e/ p> exemple la s5sation du bleu ou du r\ge1 et tellem5t c>actri/ique de la beaut qu'il n\s la f]ait reconnatre p> sa seule prs5ce2 quelques e/htici5s iront mme jusqu' dire qu'il la con/itue vraim5t1 la beaut n'tant que la proprit qu'ont c]ta9s objets d'veill] en n\s ce s5tim5t4 ,c'e/ l de l'e/htique bi5 rudim5taire1 et surt\t de la psy*ologie bi5 simpli/e4 ,en prs5ce des belles *oses1 n\s pr\vons1 non pas un s5tim5t1 mais un ensemble de s5tim5ts trs complexe et trs v>iable o l'on peut di/+u] de l'attrait s5sible1 du *>me1 de l'admiration1 de la satisfaction intellectuelle1 un plaisir de jeu1 de la sympa?ie et de l'am\r1 sans compt] t\tes les motions accessoires que l'objet n\s donne p> son expression morale p>ticulire1 et qui color5t d'une faon diffr5te t\s ces s5tim5ts4 ,il e/ clair p> exemple que n\s ne tr\v]ons pas le mme *>me un *ant tri/e qu' un *ant d'allgresse1 et que si n\s admirons autant l'un que l'autre1 ce ne s]a pas de la mme manire4 ,il e/ impossible que deux objets diffr5ts1 un tableau et une /atue p> exemple1 affect5t notre s5sibilit de la mme manire4 ,il y aura donc autant de v>its de s5tim5t du beau qu'il peut y avoir de belles *oses en un g5re quelconque4 ,c]ta9s objets excit]ont plutt la satisfaction intellectuelle1 d'autres auront plus de *>me2 enf9 les s5tim5ts lm5taires que n\s avons numrs1 et qui eux-mmes p>atrai5t assez complexes l'analyse1 entr]ont t\s les degrs et en proportions indf9im5t v>iables dans l'motion rsultante4 ,ce qui fait l'unit de s5tim5ts aussi div]s et p]met de les faire entr] dans une mme catgorie1 ce n'e/ donc pas leur ressemblance2 c'e/ leur communaut d'orig9e4 ,n\s les disons t\s e/htiques1 p>ce que t\s ils se rapport5t la beaut1 autrem5t dit p>ce que n\s les pr\vons en prs5ce des *oses que n\s tr\vons belles4 ,p> beaut n\s ent5dons donc autre *ose que la proprit d'excit] tel ou tel s5tim5t2 et ce quelque *ose1 je crois l'avoir surabondamm5t tabli ailleurs#d1 c'e/ un c>actre de p]fection de l'objet4 ,c'e/ aut\r de cette ide de p]fection que se gr\p5t et se ralli5t t\s les s5tim5ts e/htiques4 ,rev5ons ma9t5ant au s5tim5t du potique4 ,n\s en compr5drons mieux la nature4 ,la lecture de v]s trs potiques veille-t-elle en n\s quelque s5t m5t spcial1 di/9ct de ceux que n\s donn]ait une *ose trs belle1 mais dp\rvue de t\te posie1 p> exemple un tableau admirablem5t dess9 et pe9t1 mais dont le sujet ne p>l]ait en ri5 l'imag9ation8 ,sans aucun d\te4 ,l'oeuvre potique1 tant de c>actre t\t diffr5t1 valant p> de t\t autres qualits1 ne peut n\s donn] les mmes impressions que le tableau4 ,comme l'admiration e/ ici accompagne d'motions div]ses1 elle-mme s]a plus mue2 elle pr5dra la te9te pa?tique de ces s5tim5ts4 ,il ne faut pas se figur] en effet que le s5tim5t de beaut1 qu'excite en n\s une oeuvre pa?tique p> son expression morale1 c'e/--dire p> les motions div]ses qu'elle n\s donne1 soit un phnomne t\t fait di/9ct1 qui vi5drait se plaqu] en quelque sorte sur ces motions1 sans se confondre avec elles4 ,il entre dans notre tat d'me p\r le modifi]2 n\s ne p]cevons1 de ces s5tim5ts div]s1 que la rsultante commune4 ,l'admiration que n\s pr\vons p\r une *ose belle1 tant due aux qualits intr9sques de l'objet1 n\s dta*e de n\s-mmes1 n\s porte v]s lui4 ,l'admiration que n\s inspire un objet potique e/ plus recueillie1 plus intime1 et t\rne plutt v]s le d$ans4 ,se produisant dans un mom5t de dt5te intellectuelle1 elle ne s]a pas vive1 mais plutt mditative1 songeuse1 et comme te9te elle-mme de rv]ie4 ,non seulem5t la posie n\s donne des s5tim5ts de nature spciale1 mais *aque oeuvre potique1 on peut le dire1 a sa te9te de s5tim5t p>ticulire qui la c>actrise2 et dans *aque occasion o n\s pr\v]ons une impression de posie1 cette impression aura un c>actre propre4 ,a9si1 qu& ce s]ont nos propres rv]ies qui pr5dront une t\rnure potique1 n\s en s]ons plutt *>ms2 n\s s5tirons bi5 qu'il y a en elles quelque *ose d'e/htique1 d'h>monieux1 mais n\s n'aurons pas la fatuit de n\s en admir] n\s-mmes4 ,qu& au contraire n\s lisons une page potique1 n\s lui accordons sans rs]ve notre admiration4 ,il y a donc bi5 un s5tim5t du potique1 trs complexe lui-mme et de =mule v>iable4 ,mais diffre-t-il du s5tim5t du beau8 ,il n'e/ qu'une des innombrables v>its de ce s5tim5t4 ,c'e/ un s5tim5t e/htique1 qui diffre des autres1 comme diffr5t les uns des autres t\s les s5tim5ts e/htiques1 en ce qu'il a sa nuance propre2 mais qui leur ressemble1 comme t\s se ressembl5t entre eux1 en ce qu'il implique une ide de p]fection et de beaut4 ,voici donc une premire indication ret5ir3 c'e/ que la rv]ie potique n\s app>at t\j\rs avec un c]ta9 c>actre de beaut4 ,mais d'o ti5t-elle ce c>actre8 ,et qu'y a-t-il prcism5t de beau dans cet tat psy*ique8 ,la beaut peut tre dans les images qu'voque notre rv]ie#e4 ,il e/ c]ta9em5t des cas o nos reprs5tations1 p> le don d'inv5tion qu'elles dcl5t1 p> leur orig9alit1 p> leur c>actre idal ou m]veilleux1 pr5n5t une haute valeur e/htique4 ,cette seule rem>que n\s p]met dj d'expliqu] un c]ta9 nombre de faits qui1 autrem5t1 p\rrai5t surpr5dre4 ,des v]s que n\s lisons n\s donn]ont une impression de posie p> le seul clat des images4 ,les mmes objets1 que n\s n\s cont5t]ions de tr\v] jolis ou agrables voir dans la nature1 n\s sembl]ont potiques dans une vocation littraire1 p>ce qu'alors leur beaut s]a celle d'une reprs5tation4 ,une description s]a plus potique du seul fait que l'objet dcrit aura en lui-mme plus de beaut4 ,il e/ plus potique de p5s] quelque admirable paysage ou quelque *ef-d'oeuvre de l'art qu' des *oses insignifiantes ou vulgaires4 ,une /atue de femme en attitude p5sive n\s sembl]a plus potique si ses =mes sont lgantes et sa pose gracieuse4 ,les belles *oses en gnral sont plus favorables que les autres la contemplation potique2 les rv]ies qu'elles peuv5t provoqu]1 dbutant sur une impression de beaut1 ont *ance de g>d] longtemps encore un c>actre e/htique2 de n\s-mmes n\s n\s appliquons leur cons]v] ce c>actre1 en c>tant les images triviales qui s]ai5t en discordance avec l'objet de notre contemplation4 ,un objet de beaut mdiocre p\rra se transfigur] dans la contemplation potique au po9t de pr5dre un c>actre idal1 une sorte de beaut de rve2 mais s'il tait dcidm5t trop laid1 il n\s s]ait trs difficile de le tr\v] potique1 notre imag9ation se refusant en sa prs5ce voqu] des images d'un c>actre e/htique4 ,t\s ces faits se peuv5t ram5] la mme loi3 un objet n\s p>atra d'autant plus potique qu'il y aura1 dans les images qui accompagn5t sa contemplation1 plus de beaut4 ,il e/ p\rtant des rv]ies m9emm5t potiques dans lesquelles n\s n'voquons que le s\v5ir d'objets vulgaires1 d'vnem5ts famili]s1 auxquels il s]ait bi5 difficile d'attribu] un c>actre e/htique4 ,en quoi donc consi/]a la beaut de telles rv]ies8 ,elle s]a dans quelque *ose de plus pr(ond encore que les reprs5tations intrieures1 dans les motions intimes qui accompagn5t l'app>ition des images4 ,ce s]a une beaut d'expression morale4 ,il faut compt]1 p>mi les causes qui contribu5t le plus efficacem5t dt]m9] la valeur e/htique de nos rv]ies1 le c>actre plus ou mo9s lev de ces s5tim5ts4 ,si le niveau moy5 de nos s5tim5ts e/ bas1 nos rv]ies s]ont dp\rvues de noblesse2 elles-mmes s]ont viles ou t\t au mo9s mesqu9es4 ,il e/ au contraire des mes naturellem5t si dlicates1 si leves1 qu'il n'en saurait ri5 sortir que de gnreux2 ce sont p> excell5ce les mes de potes4 ,il ne s]a pas facile1 je le sais1 de s'ent5dre sur les conditions de beaut des s5tim5ts4 ,c'e/ l un des plus hauts problmes de l'e/htique rationnelle4 ,*acun s]a t5t de le rs\dre selon ses prfr5ces p]sonnelles4 ,p\r les uns1 l'idal s]a l'exquise dlicatesse des impressions2 ils n'admettront qu'une posie subtile1 raff9e1 t\te en nuances4 ,p\r les autres1 la posie devra tre exalte1 passionne1 monte con/amm5t au ton lyrique4 ,celui-ci ne s5tira de posie que dans l'am\r2 celui-l1 que dans les s5tim5ts hroques4 ,mais dans t\s les cas1 *acun dcl>]a potiques p> excell5ce les s5tim5ts qu'il e/im]a les plus beaux1 c'e/--dire les plus con=mes son idal4 ,ma9t5ant n\s disposons d'in=mations suffisantes p\r complt] notre df9ition4 ,a notre premire =mule1 qui df9issait psy*ologiquem5t la posie comme un tat de rv]ie1 n\s avons compris qu'il fallait aj\t] quelque *ose1 et n\s avons reconnu que ce devait tre un s5tim5t de beaut4 ,cette beaut1 n\s avons con/at qu'elle tait en p>tie dans les images que n\s apporte notre rv]ie1 mais surt\t dans les s5tim5ts qui accompagn5t leur reprs5tation4 ,la posie peut donc tre df9ie psy*ologiquem5t une rv]ie accompagne de s5tim5ts qui n\s donn5t une impression de beaut4 ,plus simplem5t1 n\s dirons qu'elle e/ une rv]ie e/htique4 ,ce mot1 tel qu'il e/ gnralem5t employ1 dsigne suffisamm5t ce que n\s v\lons dire3 on l'emploie en effet de prfr5ce p\r dsign] la beaut d'expression morale2 il implique la fois l'motion1 et un c]ta9 c>actre de beaut d cette motion mme4 ,dans t\s les cas1 c'e/ en ce s5s que n\s conv5ons de l'employ]4 ,notre df9ition se tr\ve a9si complte4 ,n\s croyons avoir dt]m9 l'ensemble des conditions ncessaires et suffisantes p\r que se produise l'impression potique4 ,t\te posie e/ rv]ie e/htique1 t\te rv]ie e/htique e/ posie4 ,j'ai affirm jusqu'ici plutt que je ne pr\vais4 ,j'ai pos cette premire et ess5tielle df9ition sans la ju/ifi]4 ,elle implique une gnralisation qui aurait beso9 d'tre appuye t\t le mo9s sur de nombreux exemples4 ,c'e/ ce livre enti] qui doit en apport] la preuve1 p> l'analyse dtaille que n\s f]ons des div]s modes de la conception potique4 ,,*apitre ,,ii ,,la ,,po,,sie ,,int,,rieure ,p> posie intrieure j'ent5ds celle que n\s crons p\r n\s-mmes1 sans aucune int5tion de l'utilis] dans une oeuvre arti/ique quelconque4 ,elle e/ le produit le plus spontan de la rv]ie4 ,c'e/ elle qu'il n\s faut tudi] en premi] lieu1 c> elle e/ le po9t de d"p1 la s\rce de t\te inspiration2 elle e/ la posie orig9elle dont t\t le re/e n'e/ que le dveloppem5t4 ,n\s ne p\vons song] dt]m9] la "p que ti5t la libre rv]ie dans notre exi/5ce4 ,il va de soi qu'elle v>i]a avec le tempram5t de *acun1 avec les circon/ances1 avec le g5re de vie que n\s m5ons p> *oix ou p> ncessit4 ,la t5dance la rv]ie devra tre rduite au m9imum *ez les hommes trs occups1 trs affairs1 *ez ceux en qui dom9e la raison pratique1 *ez les hommes d'action dont t\te l'n]gie e/ t\rne v]s le dehors4 ,elle s]a trs =te *ez les p]sonnes d\es d'une imag9ation active1 d'une vive s5sibilit1 qui viv5t surt\t de la vie intrieure1 et qui ont le loisir de s'y adonn]4 ,il s]ait va9 de *]*] tablir une moy5ne4 ,mais en gnral1 je crois que la rv]ie li5t dans notre vie intellectuelle plus de place qu'on ne se le figure communm5t4 ,n\s rfl*issons beauc\p mo9s1 n\s rvons beauc\p plus que n\s ne v\drions le reconnatre4 ,l'att5tion e/ =cm5t int]mitt5te2 la rflexion agit p> ef=ts discont9us4 ,au c\rs mme du travail m5tal le plus att5tif1 que de di/ractions1 que de dviations de la p5se1 que d'*appes dans le monde imag9aire6 ,p5dant que j'cris ces lignes1 auxquelles je m'applique p\rtant1 que d'images me pass5t p> l'esprit1 que je ne rem>que pas1 portant t\te mon att5tion sur les ides utilisables que je puis r5contr]6 ,ces reprs5tations confuses1 incohr5tes =m5t le fond obscur de la p5se1 sur lequel se dta*5t de temps autre quelques jugem5ts nets4 ,si l'on p\vait faire exactem5t le compte de nos rflexions et de nos rv] ries1 on tr\v]ait1 j'en suis c]ta91 une disproportion s+ulire4 ,l'intellig5ce la plus active1 la plus lucide1 la plus fconde ne rfl*it que p> -c\ps2 son tat normal n'e/ pas la t5sion1 elle se bris]ait cet ef=t cont9u1 mais bi5 plutt la dt5te4 ,au c\rs de la j\rne1 quelque mom5t que je m'obs]ve1 j'ai consci5ce de drang] des images1 qui disp>aiss5t aussitt1 dans l'ef=t que je fais p\r les ap]cevoir4 ,a quoi rvais-je donc8 ,je ne saurais le dire4 ,ce sont des rv]ies trop vagues p\r que la p5se lucide puisse se les reprs5t]1 et ju/em5t leur disp>ition concide avec la reprise de consci5ce4 -- ,il n'e/ mme pas c]ta9 que la rflexion int]rompe la rv]ie4 ,p5dant que je rfl*is une *ose1 je puis trs bi5 me donn] son sujet t\t un jeu de reprs5tations4 ,dans l'expression de la p5se la plus ab/raite entr5t des symboles1 des comp>aisons1 des mtaphores qui pr\v5t que1 p5dant que l'intellig5ce fonctionne1 l'imag9ation ne re/e pas p\r cela inactive4 ,on dirait mme que1 dans l'ef=t que n\s faisons p\r concevoir les ides ab/raites1 l'imag9ation s'inquite1 s'agite1 *]*e compr5dre les *oses sa faon1 travaille se les reprs5t]1 et qu'a9si se produit spontanm5t un afflux d'images1 plus ou mo9s applicables l'objet de notre rflexion4 ,plus mon att5tion se porte sur ce po9t1 mieux il me semble qu'au del du c]cle de cl>t que projette ma consci5ce actuelle1 dans les rgions obscures de l'esprit1 j'entrevois cette multitude confuse des images t\j\rs prs5tes3 images de s\v5ir que je s5s t\j\rs prtes rep>atre au premi] appel1 comme si je n'avais cess de quelque manire d'y p5s] t\j\rs2 images de rve1 vagues projets d'av5ir1 espoirs et cra9tes1 bau*es d'oeuvres v5ir1 visions fantasques4 ,a9si n\s en arriv]ons pos]1 s\s t\tes rs]ves1 cette hypo?se1 que peut-tre le c\rs de la rv]ie e/1 de notre premi] notre d]ni] j\r1 in9t]rompu4 ,on a dit que n\s rvons t\te la nuit4 ,cela e/ en effet s\t5able1 puisque dans le sommeille plus pr(ond doit subsi/] un m9imum d'activit crbrale4 ,mais il e/ plus vraisemblable encore que n\s rvons t\t le j\r4 ,il n'y a aucune raison p\r que l'activit de l'imag9ation soit mo9dre p5dant la veille que p5dant le sommeil2 il e/ plus probable que les oprations de la p5se lucide sont un surcrot d'activit1 quelque *ose qui s'aj\te ce travail lat5t de l'imag9ation mais ne l'int]rompt pas4 ,dans cette conception1 le sommeil laiss]ait p>atre les images qui s'labor5t incessamm5t au plus pr(ond de n\s-mmes2 les p]ceptions de la veille ne f]ai5t que les rec\vrir4 ,au mom5t o n\s ouvrons les yeux1 les fantmes du rve pliss5t et sembl5t s'effac]4 ,e/-il c]ta9 qu'ils ne subsi/5t pas1 invisibles mais rels encore1 comme la veilleuse que l'on a oubli d'te9dre l'aube g>de son invisible cl>t dans la lumire du gr& j\r8 ,encore une fois1 on ne peut has>d] ce sujet que des hypo?ses4 ,si ce m\vem5t d'imag9ation se cont9ue l'tat de veille1 il s'abaisse sans aucun d\te au-dess\s de la consci5ce di/9cte2 son exi/5ce re/e encore conjecturale4 ,de ce que n\s v5ons de dire1 on p\rrait tre t5t de conclure qu' ce compte la posie intrieure devrait jaillir flot con/ant et dbord] de t\te me huma9e4 ,puisque n\s rvons t\s et presque t\j\rs1 ne sommes-n\s pas t\s et presque con/amm5t potes8 ,la conclusion s]ait prcipite4 ,df9issant la posie1 n\s avons eu so9 de rem>qu] que ce n'tait pas une rv]ie quelconque1 mais un mode de rv]ie p>ticuli]1 prs5tant un c>actre spcial1 le c>actre e/htique4 ,je sais que s\v5t l'on p>le de la rv]ie comme si elle tait e/htique p> ess5ce2 on ne peut se la figur] comme dp\rvue de beaut4 ,de la conception mme que c]ta9s ?orici5s se font de l'activit e/htique1 qu'ils df9iss5t comme le jeu des facults reprs5tatives1 il s'ensuivrait que la rv]ie e/ la *ose e/htique p> excell5ce4 ,laissant de ct les ?ories1 n\s allons reconnatre que la libre rv]ie n'e/ pas e/htique en soi1 mais qu'elle peut le dev5ir dans c]ta9es conditions1 qu'il s'agit de dt]m9]4 ,dem&ons-n\s d'abord jusqu' quel po9t elle e/ agrable4 ,le *>me n'e/ pas la beaut2 mais il en e/ au mo9s une condition1 et mme le premi] degr4 ,sur ce po9t1 t\s les rveurs sont unanimes3 ils p>l5t de la rv]ie comme ayant p> elle-mme un *>me incomp>able4 ,quel esprit ne bat la campagne8 ,qui ne fait *teaux en ,espagne1 ,picro*ole1 ,pyrrhus1 la ,laitire1 enf9 t\s1 ,autant les sages que les f\s8 ,*acun songe en veillant3 il n'e/ ri5 de plus d\x4 ,,la ,,fonta9e4 ,e/-il bi5 ncessaire de dcrire et d'expliqu] le *>me p>ticuli] de cet tat de rv]ie8 ,si n\s v\lons savoir jusqu'o peut all] le plaisir de rv]1 il n\s suffira de relire ,j4-,j4 ,r\sseau#f4 ,nul pote1 nul criva9 ne l'a ress5ti plus pr(ondm5t1 et ne l'a exprim en t]mes plus potiques4 ,qu& le soir appro*ait1 je desc5dais des cimes de l'le et j'allais volonti]s m'asseoir au bord du lac1 sur la grve1 dans quelque asile ca*2 l le bruit des vagues et l'agitation de l'eau1 fixant mes s5s et *assant dmon me t\te autre agitation1 la plongeai5t dans une rv]ie dlicieuse1 o la nuit me surpr5ait s\v5t sans que je m'en lusse ap]u4 ,le flux et le reflux de cette eau1 son bruit cont9u1 mais r5fl p> int]valles1 frappant sans rel*e mon oreille et mes yeux1 supplai5t aux m\vem5ts int]nes1 que la rv]ie teignait en moi1 et suffisai5t p\r me faire s5tir avec plaisir mon exi/5ce1 sans pr5dre la pe9e de p5s]4 ,de temps autre naissait quelque faible et c\rte rflexion sur l'in/abilit des *oses de ce monde1 dont la surface des eaux m'(frait l'image2 mais bi5tt ces impressions lgres s'effaai5t dans l'uni=mit du m\vem5t cont9u qui me b]ait1 et qui1 sans aucun conc\rs actif de mon me1 ne laissait pas de m'atta*] au po9t qu'appel p> l'heure et p> le signal conv5u je ne p\vais m'arra*] de l sans ef=t4 ,qu& on relit ces descriptions et ces confid5ces1 qu& on se rappelle1 c> de telles pages ont la proprit d'veill] les s\v5irs pr(onds1 les impressions analogues que l'on a pu pr\v]1 on e/ t5t de se dire que dcidm5t la rv]ie e/ une *ose dlicieuse de p> sa nature propre4 ,il ne faut p\rtant pas exagr]4 ,g>dons-n\s ici d'un mirage4 ,qu& on p>le a9si de la rv]ie1 on p5se la rv]ie des rveurs1 c'e/--dire des contemplatifs et des potes1 de ceux qui s'y complais5t et y sont entrans1 de ceux qui en ont fait comme le b de leur exi/5ce4 ,ou bi5 encore1 on p5se aux heures exceptionnelles1 o p> un conc\rs de circon/ances p>ticulirem5t favorable1 bi5-tre physique1 quitude morale1 impressions de nature1 /imulation arti/ique1 on s'e/ tr\v port en ple9e rv]ie4 ,alors en effet c'tait dlicieux4 ,et cela pr\ve que la rv]ie peut avoir l'occasion un *>me exquis4 ,mais il n'e/ pas vraisemblable qu'elle n\s donne con/amm5t telle batitude4 ,n\s avons reconnu dans la rv]ie un mode normal1 habituel et peut-tre mme con/ant de l'activit m5tale4 ,a ce titre1 il e/ possible qu'elle n\s soit con/amm5t agrable1 mais comme l'e/ t\t ex]cice naturel d'une activit psy*ique ou d'une fonction vitale1 sans qu'il y ait ri5 de p>ticuli] dans ce plaisir1 ni qu'il s'lve beauc\p au-dessus de l'indiffr5ce4 ,une suite d'images n'a ri5 de plus attrayant en soi qu'une suite de p]ceptions4 ,la rv]ie se c>actrise p> l'abs5ce d'ef=t intellectuel4 ,ce s]ait une raison suffisante p\r la dcl>] s\v]a9em5t agrable1 si le mo9dre ef=t tait notre suprme idal1 et la loi mme de notre activit4 ,s+ulire loi p\r une activit6 ,en ralit on ne con/ate pas que t\t tat psy*ique dont l'ef=t e/ abs5t soit p> cela mme agrable4 ,on ne con/ate pas non plus que l'ef=t soit dans t\s les cas pnible4 ,t\t dp5d des conditions physiques et morales dans lesquelles n\s n\s tr\vons et de ce que n\s avons d'n]gie disponible3 il e/ des cas o ri5 ne peut n\s plaire plus que l'activit allant mme jusqu'au maximum d'ef=t2 d'autres o n\s prfr]ons le repos1 la l?>gie et le rve4 ,je n'accept]ais pas non plus sans rs]ves la ?orie qui fait de la rv]ie une activit ess5tiellem5t agrable s\s le prtexte qu'elle con/itue un libre jeu de reprs5tations4 ,suis-je vraim5t libre qu& je rve8 ,j'en d\te =t4 ,c'e/ ma rv]ie qui e/ libre1 ce n'e/ pas moi4 ,elle m'emporte je ne sais o4 ,elle-mme n'e/ libre qu'en ce s5s qu'elle n'a pas de b fix d'avance4 ,elle va1 comme le ballon libre1 o le v5t la p\sse4 ,qu& on p>le d'un libre jeu d'imag9ation1 on suppose que j'appelle ou rep\sse1 que je comb9e1 que je con/ruis les images selon mon bon plaisir4 ,c'e/ dans la rflexion volontaire que je suis a9si matre de mes ides4 ,dans la pure rv]ie au contraire1 je me laisse all]2 j'assi/e un spectacle1 dont les pripties sont p\r moi de l'imprvu4 ,je ne rectifie ri51 je ne conseille ri52 je suis les vnem5ts2 je me dem&e ce qui va arriv]4 ,il n'y a l ri5 de comp>able au jeu1 si ce n'e/ l'illusion consci5te et demi-volontaire1 le faire-semblant1 le p>ti pris de se laiss] pr5dre des vnem5ts fictifs comme s'ils tai5t rels1 le srieux affect qui se retr\ve dans t\te activit de jeu2 et cette analogie mme ne pr\ve nullem5t que la rv]ie e/ une sorte de jeu1 mais seulem5t que dans nos jeux1 c'e/--dire dans le dveloppem5t libre et joyeux que n\s donnons notre activit p\r le seul plaisir d'agir1 n\s faisons t\j\rs entr] une "p d'illusion volontaire et de rv]ie4 ,n\s s]ons1 je crois1 dans la ju/e mesure en disant qu'en somme l'activit qui con/itue la rv]ie n'a ri5 de dsagrable en soi1 qu'elle peut se prolong] indf9im5t sans n\s apport] aucune fatigue1 et qu'en gnral1 sauf les cas exceptionnels de dlire fivreux ou d'images obsdantes1 elle e/ plutt accompagne d'un c]ta9 bi5-tre4 ,ce qui dt]m9e vraim5t sa qualit affective1 c'e/ la nature des images qu'elle n\s apporte4 ,la rv]ie s]a agrable ou dsagrable1 selon que n\s n\s reprs5t]ons des *oses gaies ou des *oses tri/es4 ,on ne peut dire qu'en gnral n\s ayons une t5dance p5*] d'un ct plutt que de l'autre4 ,t\t dp5d videmm5t de notre tempram5t1 de notre c>actre1 de notre ge1 de notre humeur du j\r1 des circon/ances4 ,il e/ assez vraisemblable que la rv]ie e/ plutt optimi/e qu& la c\rbe gnrale de notre vie e/ en voie asc5dante1 pessimi/e qu& la c\rbe s'abaisse4 ,les rv]ies de l'enfance sont plutt faites d'espoirs1 celles de la vieillesse d'apprh5sions et de regrets2 mais cette loi mme comporte bi5 des exceptions4 ,peut-tre p\rrait-on mesur] le plaisir qu'un homme tr\ve dans la rv]ie la "p qu'il lui accorde dans sa vie2 il e/ probable en effet que ceux qui s'adonn5t la contemplation intrieure le font p>ce qu'ils y tr\v5t un plaisir p>ticuli]1 soit que leur imag9ation exubrante pr\ve le beso9 de se dp5s] en reprs5tations1 soit que la rv]ie ait *ez eux une t5dance optimi/e qui la r5d plus agrable1 soit qu'ils ai5t t am5s p> les mcomptes de la vie relle se rfugi] dans le monde des s\v5irs1 des illusions et des rves4 ,et cela mme n'e/ pas bi5 sr4 ,n'arrive-t-il pas que l'on s'enfonce dans la rv]ie sans mme y tr\v] le sombre plaisir des coeurs mlancoliques1 p> simple dc\ragem5t8 ,la rv]ie n'e/ pas plus belle en soi qu'elle n'e/ agrable en soi4 ,elle le devi5dra dans c]ta9es conditions4 ,puisque n\s ne composons pas nos rv]ies1 puisqu'elles se produis5t spontanm5t1 il n'y a aucune raison p\r qu'elles rpond5t nos gts p]sonnels et nos prfr5ces e/htiques1 comme elles le f]ai5t si n\s les t5ions t\t fait notre disposition4 ,les images se con/ruis5t au has>d1 comme les figures que =m5t les nuages dans le ciel1 ou le li*5 sur les vieux murs3 on rem>que celles qui ont un semblant de composition2 en gnral elles sont assez insignifiantes4 ,de la masse confuse de t\tes nos rv]ies1 il doit tre exceptionnel que se dgage quelques reprs5tations d'une relle valeur e/htique4 ,la rv]ie moy5ne1 j'ent5ds p> l ces images fugitives et ples qui n\s pass5t incessamm5t p> l'esprit1 e/ pure divagation4 ,aussi en dt\rnons-n\s notre att5tion4 ,p\vons-n\s1 p> cette inv5tion spontane1 qui ne comporte aucune ret\*e volontaire1 aucune laboration arti/ique1 imag9] ri5 de trs beau1 de plus beau que nature8 ,cela n'e/ pas vraisemblable1 et aucune obs]vation au!ntique ne n\s autorise affirm] que cela se produise en fait4 ,il n\s arrive sans d\te1 dans nos rves ou nos rv]ies1 de n\s reprs5t] de beaux paysages1 des ar*itectures magnifiques1 des fleurs m]veilleuses1 des figures idales4 ,mais ces visions1 qui n\s laiss5t l'impression d'une surnaturelle beaut1 sont-elles rellem5t aussi belles que cela8 ,ce sont des images diapres1 brillantes1 de c\leurs vives1 analogues celles que n\s p\vons concevoir en contemplant des po9ts lum9eux et sc9tillants ou les braises inc&esc5tes du foy]2 il e/ assez vraisemblable que n\s y faisons entr] les bluettes lum9euses qui f\rmill5t dans le *amp rt9i5#g4 ,les =mes sont plutt fanta/iques qu'lgantes1 plus biz>res que vraim5t arti/iques4 ,les difices que fait surgir l'imag9ation pure1 ce sont ces palais de l',orl&o furioso1 prodigieux1 feriques1 t9celants de pi]r]ies1 invraisemblables4 ,ces images1 au mom5t o elles n\s app>aiss5t1 excit5t sans d\te un s5tim5t d'admiration int5se2 n\s leur tr\vons une beaut m]veilleuse4 ,elles sont en effet ce que n\s p\vons1 dans de telles conditions crbrales1 imag9] de plus beau4 ,elles ont t\tes les conditions de la beaut1 sauf le gt et l'art4 ,n\s n\s en ap]cevons qu& n\s avons repris notre sang-froid2 n\s sommes surpris de voir quel trange objet n\s avait a9si mis en extase4 ,j'en dirai autant de ces figures idales1 qui p>fois hant5t nos rv]ies4 ,telles que n\s les imag9ons1 val5t-elles l'admiration qu'elles n\s inspir5t8 ,dans notre rve n\s les tr\vons inf9im5t belles4 ,en elles-mmes1 elles sont si vagues1 si indcises de traits1 qu' pe9e p\rrait-on les qualifi] au po9t de vue e/htique4 ,aussi ple e/ l'image que n\s concevons qu& dans un conte de fes app>at une pr9cesse aussi belle que le j\r4 ,un des exemples les plus curieux et les plus typiques que l'on puisse cit] de ces produits spontans de l'imag9ation idali/e1 c'e/ ce p]sonnage trange qui hanta l'esprit de ,george ,s&#h4 ,ds ma premire enfance1 j'avais beso9 de me faire un monde intrieur ma guise1 un monde fanta/ique et potique444 ,me voil donc1 enfant rveur1 c&ide1 isol1 ab&onne moi-mme1 lance la re*]*e d'un idal et ne p\vant pas rv] un monde1 une humanit idalise1 sans plac] au fate un ,dieu1 l'idal mme444 ,et voil qu'en rvant la nuit1 il me v9t une figure et un nom4 ,le nom ne signifiait ri5 que je sa*e2 c'tait un assemblage =tuit de syllabes comme il s'en =me dans le rve4 ,mon fantme s'appelait ,coramb et ce nom lui re/a444 ,je v\lais l'aim] comme un ami1 comme une soeur1 en mme temps que le rvr] comme un ,dieu4 ,je ne v\lais pas le cra9dre et1 cet effet1 je s\haitais qu'il et quelques-unes de nos erreurs et de nos faiblesses4 ,je *]*ai celle qui p\vait se concili] avec sa p]fection et je tr\vai l'excs de l'indulg5ce et de la bont#i4 ,ceci me plut p>ticulirem5t et son exi/5ce1 en se dr\lant dans mon imag9ation 7je n'os]ais dire p> l'effet de ma volont1 tant ces rves me p>ur5t bi5tt se =mul] d'eux-mmes71 m'(frit une srie d'preuves1 de s\ffrances1 de p]scutions et de m>tyres444 ,le rve arriva une sorte d'halluc9ation d\ce1 mais si frqu5te et si complte p>fois que j'en tais comme ravie hors du monde rel4 ,l'imag9ation de l'enfant s'exalte2 elle dresse un autel l'objet secret de son adoration4 ,puis la vision comm5ce se diss\dre2 ne de la libre rv]ie1 trop inconsi/ante p\r dur] longtemps1 elle s'efface peu peu1 et ,coramb r5tre dans l'inconsci5t dont il tait sorti#aj4 ,il tait important de signal] cette illusion1 p\r montr] que trs r>em5t la libre rv]ie f\rnit au pote ou l'arti/e une matire arti/ique t\t labore4 ,mais cette t5dance que n\s avons tr\v] *>mantes lus images de rv]ie1 bi5 que fonde sur une illusion1 e/ p\rtant ret5ir4 ,du mom5t1 en effet1 qu'il ne s'agit pas d'utilis] ces images dans un b arti/ique1 peu importe que leur beaut soit subjective et qu'elles ne puiss5t avoir de *>me que p\r celui qui les conoit4 ,c'e/ p\r n\s-mmes qu'elles sont faites4 ,mieux elles s]ont adaptes notre gt p]sonnel1 autrem5t dit plus leur valeur e/htique s]a subjective1 et plus elles auront de prix dans la contemplation intrieure4 ,s'il n\s e/ impossible de donn] volontairem5t nos rv]ies un c>actre e/htique1 n\s p\vons obt5ir ce rsultat indirectem5t1 en n\s mettant dans les conditions reconnues favorables4 ,ces belles heures de contemplation rveuse1 n\s les re*]*ons2 n\s pr5ons nos dispositions p\r que ri5 ne vi5ne les gt]4 ,n\s n\s recueillons4 ,n\s n\s prtons c]ta9es p5ses1 n\s en c>tons d'autres4 ,n\s *]*ons d'in/9ct tablir dans notre consci5ce cette h>monie1 durable p>ce qu'elle e/ p>faite1 qui con/itue l'tat e/htique4 ,dans la rv]ie la plus libre1 n\s arrivons a9si mettre un peu d'art4 ,s\v5t mme le rveur *]*e une sorte de mise en scne1 il aime s'ent\r] des objets dont il a pr\v p> expri5ce la v]tu potique2 il ira *]*] la rv]ie dans les lieux o il l'a r5contre dj2 il y retr\v]a des images p>ses et flottantes1 fils lg]s auxquels-il r5\]a ses n\veaux rves4 ,la nature plus ou mo9s e/htique des images primitives sur lesquelles l'imag9ation opre1 et qui sont comme la matire qu'elle met en oeuvre1 dt]m9]a en gr&e p>tie la qualit de nos rv]ies4 ,si con/amm5t n\s avons s\s les yeux des spectacles de misre1 de laideur1 de vulg>it1 noire imag9ation1 hante de ces images1 aura pe9e en extraire de la beaut4 ,s'il se tr\ve que p> faveur du sort n\s avons vcu dans la srnit et la joie1 ent\rs de gracieuses images1 nos p5ses pr5dront d'elles-mmes une allure e/htique4 ,la culture arti/ique et littraire contribu]a mettre de l'idal dans notre vie intrieure3 elle n\s f\rnira des images dj labores dans le s5s de la beaut1 qui entr]ont dans nos reprs5tations p]sonnelles et en relv]ont le c>actre4 ,,*apitre ,,iii ,,la ,,poesie ,,de ,,la ,,nature ,considrons d'abord les impressions que n\s recevons de la nature qu& n\s sommes devant elle en simple contemplation4 ,n\s reposons notre vue sur les *oses avec batitude4 ,n\s ne les scrutons pas du reg>d1 n\s ne les tudions pas1 n\s ne n\s posons leur sujet aucune "q4 ,la dt5te crbrale e/ p>faite2 et c'e/ ju/em5t de cette dt5te que n\s j\issons2 c'e/ elle que n\s v5ons *]*] aux *amps1 sur les grves ou dans les bois2 c'e/ elle que n\s dem&ons aux paisibles spectacles de la nature4 ,notre esprit se donne cong2 et il peut se faire que vraim5t1 p5dant un c]ta9 temps1 n\s ne p5sions ri54 ,mais p\r peu que cette contemplation oisive se prolonge1 dans cet tat de di/raction o s'endort l'intellig5ce1 il e/ impossible que n'app>aiss5t pas les images2 elles se produis5t1 voques spontanm5t p> association d'ides1 pe9e consci5tes1 attirant d'autant mo9s notre att5tion qu'elles sont plus en h>monie avec les objets que n\s avons devant les yeux2 et peu peu notre contemplation devi5t rv]ie4 ,l'expression mme de notre reg>d1 dans la contemplation potique1 suffirait dcel] ce *angem5t dans notre tat de consci5ce2 il e/ songeur1 di/rait1 ou trangem5t fixe3 on voit bi5 que notre p5se e/ ailleurs4 ,notre attitude e/ celle du recueillem5t ou de la mditation intrieure4 ,c'e/ alors que n\s n\s laissons all] ces illusions que t\s les contemplateurs et potes se sont plu n\s dcrire3 diffusion du moi dans les *oses1 p]te du s5tim5t de la p]sonnalit1 t5dance du spectateur s'id5tifi] avec les objets de sa contemplation4 ,nos reprs5tations1 dev5ues plus vives1 ne se di/+u5t plus nettem5t de nos p]ceptions1 dev5ues plus di/raites2 la diffr5ce que dans notre tat lucide n\s ma9t5ons entre l'imag9aire et le rel t5d s'effac]2 et n\s aimons cette indcision2 n\s n\s y p]dons plaisir4 ,de l cet attrait p>ticuli] qu'ont p\r le pote les spectacles de la nature qui p> leur c>actre trange1 indcis1 my/rieux1 font l'effet de *oses imag9es plutt que p]ues3 mirages1 *os1 reflets1 vagues app>itions d'objets dans la brume1 clairs de lune feriques1 biz>res difices de nues au soleil c\*ant1 rumeurs confuses du v5t qui passe sur la =t4 ,ce sont de ces *oses qui entr5t d'elles-mmes dans la contemplation potique1 p>ce que dans la nature mme et p5dant que n\s les p]cevons elles font dj l'effet d'un rve4 ,les objets lo9ta9s1 inaccessibles1 qui n\s app>aiss5t p> del de va/es pla9es1 aux conf9s de l'horizon1 ont au plus haut degr ce c>actre4 ,aussi la posie d'un paysage e/-elle presque t\j\rs dans ses lo9ta9s4 ,aux premi]s plans1 les objets sont solides1 tangibles1 bi5 matriels2 mesure qu'ils s'loign5t1 ils p]d5t de leur relief et de leur ralit2 ils ne font plus l'effet que de visions1 d'app>itions vagues1 de *oses demi-imag9aires#aa4 ,c'e/ la zone indcise o les c\leurs des objets s'effac5t1 o les colorations devi5n5t tranges et fanta/iques1 o la t]re se fond en c\*es vaporeuses et rejo9t le ciel2 c'e/ la rgion en*ante v]s laquelle s'en vont nos rves4 ,mais plus encore que l'loignem5t1 l'abs5ce potise les *oses4 ,les spectacles qui lorsque n\s les avons rellem5t p]u n\s ont p>u seulem5t agrables1 devi5n5t *>mants lorsque n\s n\s en donnons la vision m5tale4 ,un objet mme vulgaire pr5d une c]ta9e posie dans le s\v5ir3 c'e/ qu'alors il n'e/ plus qu'une image2 ce qu'il p\vait avoir de trivial dans la ralit s'oublie2 notre reprs5tation l'pure4 ,de t\t temps l'imag9ation potique s'e/ complu div9is] la nature1 la p]sonnifi]1 l'anim]4 ,c'e/ encore une manire de mettre de l'imag9aire dans le rel1 et du m]veilleux dans le monde4 ,ce s]ait en effet mconnatre trangem5t l'tat d'esprit des potes primitifs1 que de suppos] qu'ils pr5ai5t t\t fait au srieux et dans un s5s rali/e les conceptions de l'antique my?ologie4 ,je ne sais s'il y a jamais eu un temps o l'on croyait que ,zeus br&issait rellem5t la f\dre1 que vraim5t ,posidon s\levait les flots de son trid5t1 que les dieux t5ai5t leur assemble sur la cime du mont ,olympe4 ,a c\p sr les potes ne l'ont jamais cru3 ils devai5t trop bi5 s5tir ce qu'il y avait d'imag9atif dans ces my!s dont ils s'inspirai5t1 et ce qu'ils y mettai5t eux-mmes d'imag9ation en les dveloppant4 ,s'ils avai5t pris cette lg5de dore p\r de l'hi/oire1 ils s'en s]ai5t ds9tresss1 c> elle et alors p]du p\r eux t\t son *>me potique4 ,s'ils se donnai5t l'illusion d'y croire1 c'tait p\r tr\v] plus d'intrt ce jeu d'imag9ation4 ,de mme1 qu& le pote mod]ne p]sonnifie les =ces de la nature1 qu& il leur donne une sorte de vie1 des s5tim5ts avec lesquels il sympa?ise1 lui aussi sait bi5 que ce n'e/ qu'un jeu1 une illusion dans laquelle il s'enfonce plaisir1 p> attrait du m]veilleux1 p\r se1 donn] la reprs5tation d'un tat d'me trange et surpr5ant1 celui que l'on p\rrait prt] aux *oses4 ,il faut d'ailleurs le rem>qu]4 ,ce n'e/ pas en prs5ce des objets rels que cette illusion t5d se produire4 ,l'objet p]u dans sa ralit se prte mal ces p]sonnifications et ces mtamorphoses4 ,c'e/ dans les s\v5irs du pote1 c'e/ dans ses descriptions que la nature se trans=me ce po9t4 ,alors elle n'e/ plus que reprs5te p> des images pla/iques1 trans=mables1 que l'on peut modifi] dans le s5s du m]veilleux2 et les tres fictifs que la fantaisie du pote peut concevoir tr\v]ont facilem5t place dans ce monde imag9aire4 ,qu& sur le bord de l'ocan je reg>de les vagues qui df]l5t sur la grve1 j'y vois des masses d'eau cr\lantes2 qu& je les imag9e1 je puis leur prt] une voix lam5table qui p>le de naufrages et de morts3 ,o sont-ils1 les m>9s sombres dans les nuits noires8 ,o flots1 que v\s savez de lugubres hi/oires1 ,flots pr(onds1 r$\ts des mres g5\x6 ,v\s v\s les racontez en montant les m>es1 ,et c'e/ ce qui v\s fait ces voix dsespres ,que v\s avez le soir1 qu& v\s v5ez v]s n\s6 ,v4 ,,hugo4 ,dans les reprs5tations de ce g5re1 on peut con/at] une t5dance presque fatale de l'imag9ation l'an?ropomorphisme4 ,anim] la nature1 ce s]a t\j\rs prt] aux *oses ou aux tres infrieurs des s5tim5ts plus ou mo9s analogues ceux de l'homme1 les seuls que n\s puissions nettem5t n\s reprs5t]2 et avec la reprs5tation de tels s5tim5ts app>atront presque fatalem5t1 voques p> analogie1 re*]*es p> le pote p\r r5dre plus dramatique l'expression qu'il prte aux *oses1 des images de la =me huma9e4 ,t\te p]sonnification int5se des =ces de la nature1 p> la p5te naturelle de la rv]ie1 devi5t donc an?ropomorphique4 ,cette t5dance1 que l'on a repro*e la my?ologie grecque1 ne lui e/ pas spciale3 elle se retr\v]a dans t\te posie4 ,n\s avons r5onc aux =mes du m]veilleux antique1 ,cyble1 ,phoebus1 ,bore1 ,amphitrite1 aux ,naades1 etc4 ,et n\s avons bi5 fait d'y r5onc]1 p>ce que ce sont des =mes surannes1 dont l'art a puis1 =ce de s'en s]vir1 t\te la v]tu sugge/ive3 c'e/ n\s1 si n\s v\lons faire vraim5t oeuvre de posie1 d'imag9] des my!s n\veaux4 ,mais n\s aurons beau n\s +ni]1 p> la =ce des *oses n\s revi5drons t\j\rs des procds d'inv5tion analogues4 ,dans nos p]sonnifications se retr\v]a =cm5t un rappel de la =me huma9e4 ,la nature s]a reprs5te mat]nelle1 b]ant les hommes sur son se92 ou cruelle1 absorbe dans son oeuvre1 indiffr5te nos joies ou nos tri/esses1 mais t\j\rs avec quelque trait qui l'humanise4 ,le v5t1 ce s]a le b]g] indol5t1 indcis dont p>le ,%elley1 qui p\sse devant lui le tr\peau des nuages2 ou qu& il s'irrit]a1 il voqu]a vaguem5t l'image d'une figure hurlante1 d'un gnie ail qui passe emport dans un t\rbillon4 ,dans les litanies de la m]1 qu'a *antes ,ri*ep91 rep>at jusqu' l'obsession la =me fm99e4 ,pr5ez une phrase potique quelconque impliquant une p]sonnification de la nature1 et v\s v]rez s'y dess9]1 plus ou mo9s efface1 p>fois presque van\issante1 une image huma9e4 ,le pr9temps inquiet p>ait l'horizon4 ,a4 ,,de ,,musset4 ,et l'aube d\ce et ple1 en att5dant son heure1 ,semble t\te la nuit err] au bas du ciel4 ,v4 ,,hugo4 ,ce ne sont pas l de simples mtaphores v]bales1 mais des figures de p5se1 dans lesquelles l'image rali/e des *oses t5d se mtamorphos] en une image plus vivante1 plus anime1 avance de plusieurs tapes dans la progression des tres1 et p> consqu5t plus rappro*e de l'homme4 ,cette mtamorphose comporte bi5 des degrs4 ,on peut p\ss] le jeu plus ou mo9s avant1 s'enfonc] dans le m]veilleux ou s'en retir]4 ,dans la lutte d',a*ille contre le ,xan! 7,iliade1 *4 ,,xxi71 d'abord le fleuve se p]sonnifie p\r p>l] d'une voix huma9e1 puis il se liqufie en quelque sorte et n'e/ plus qu'un torr5t dbord dont les eaux grond5t et mugiss5t4 ,cette in/abilit des images qui se succd5t en tableaux fondants a t\tes les allures du rve4 ,de mme dans les descriptions de nos mod]nes potes1 n\s passons p> transitions ins5sibles des p]sonnifications les plus fantaisi/es de la nature sa reprs5tation rali/e2 et p>fois les deux modes de reprs5tation se sup]pos5t1 transp>aiss5t l'un trav]s l'autre1 comme il arrive p\r les deux c\rants de p5se qui se dvelopp5t simultanm5t dans une phrase mtaphorique4 ,a9si le monde rel1 en passant p> notre esprit1 s'y *>ge de posie2 et c'e/ cette posie qu'ensuite n\s retr\vons dans les *oses4 ,t\t ce que n\s avons mis de n\s-mmes dans la nature1 t\tes les rv]ies qu'elle n\s a suggres1 t\tes les motions qu'elle n\s a donnes ou que n\s lui avons prtes1 t\t cela n\s revi5t au coeur qu& n\s la contemplons4 ,de l son attrait e/htique4 ,nos rv]ies font les fleurs plus *>mantes1 le ciel plus pr(ond1 les c\*ants plus diaprs1 les voix de la nature plus m\vantes4 ,elles embelliss5t le monde de t\te la posie dont elles le pntr5t4 ,y a-t-il des objets potiques en eux-mmes8 ,on le dit4 ,on le croit4 ,mais ce n'e/ qu'une illusion4 ,un objet p]u dans sa ralit1 si *>mant1 si admirable qu'il puisse tre1 ne donne jamais une impression de posie4 ,nulle ralit matrielle n'e/ potique4 ,il n'y a de potique que l'imag9aire4 ,je ne peux pas1 crivait ,a4 ,daudet#ab1 me rappel] sans s\rire le ds5*antem5t que j'ai eu en mettant le pi$ p\r la premire fois dans un c>avansrail d',algrie4 ,ce joli mot de c>avansrail1 que trav]se comme un bl\issem5t t\t l',ori5t ferique des ,mille et une ,nuits1 avait dress dans mon imag9ation des enfilades de gal]ies dc\pes en ogives1 des c\rs mauresques plantes de palmi]s1 o la fra*eur d'un m9ce filet d'eau s'gr5ait en g\ttes mlancoliques sur des c>reaux de faence maille2 t\t aut\r1 des voyageurs en bab\*es1 t5dus sur des nattes1 fumai5t leurs pipes l'ombre des t]rasses1 et de cette halte montait s\s le gr& soleil des c>avanes une odeur l\rde de musc1 de cuir brl1 d'ess5ce de ros et de tabac dor444 ,les mots sont t\j\rs plus potiques que les *oses4 ,au lieu du c>avansrail que j'imag9ais1 je tr\vai une anci5ne aub]ge de l',ile de ,france1 l'aub]ge du gr& *em91 /ation de r\li]s1 relai de po/e1 avec sa bran*e de h\x1 son banc de pi]re ct du portail1 et t\t un monde de c\rs1 de hang>s1 de granges1 d'curies4 ,les mots sont-ils en effet plus potiques que les *oses8 ,disons plutt que l'ide que n\s n\s faisons des *oses e/ t\j\rs plus potique que la ralit2 il ne peut mme y avoir de potique dans les *oses que l'ide que n\s n\s en faisons4 ,il e/ seulem5t des objets qui plus que les autres mett5t l'imag9ation en m\vem5t2 qui n\s rappell5t des s\v5irs plus *]s1 auxquels n\s rev5ons plus volonti]s2 qui se sont tr\vs s\s nos yeux dans nos heures de joie ou de mlancolie2 qui grce leur beaut intr9sque donn5t aux rv]ies qu'ils n\s suggr5t une allure plus e/htique4 ,ceux l n\s sembl5t en effet avoir une sorte de posie propre1 qui man]ait d'eux comme d'une s\rce vive4 ,en ralit il en e/ d'eux comme des autres4 ,t\te leur posie vi5t de n\s4 ,elle e/ en n\s4 ,eux-mmes ne n\s donn]ont une impression potique que dans la mesure o la srie des images qu'ils peuv5t n\s suggr] se dvelopp]a rellem5t en n\s dans la contemplation rveuse4 ,la s\rce vritable de t\te posie1 c'e/ l'me huma9e4 ,on a discut1 entre e/htici5s1 p\r savoir s'il peut y avoir autant de posie dans ce qui e/ artificiel que dans ce qui e/ naturel4 ,quelques puri/es e/im5t que l'homme1 avec son indu/rie encombrante1 ne peut que faire ta*e au milieu des libres productions de la nature3 aies en croire1 t\te posie fuirait devant cet tre brutal1 brusque et accap>eur2 il n'int]vi5drait que p\r rompre l'h>monie des *oses4 -- ,p\rquoi l'homme gt]ait-il =cm5t la nature8 ,il en fait p>tie4 ,des travailleurs dans les *amps1 le lab\reur p5* sur sa *>rue1 des m>9s sur la grve1 un ptre dans les prs de la montagne ne romp5t pas l'h>monie d'un paysage4 ,ce qui fait fuir la rv]ie1 c'e/ ce qui e/ grossi]1 c'e/--dire ce qui app>t5ant un milieu infrieur se tr\ve transport dans un milieu suprieur4 ,l'homme dans son milieu naturel n'e/ pas vulgaire4 ,l'acc\tumance ici doit j\] un rle2 il faut que l'adaptation se soit faite4 ,ce que n\s tr\vons prosaque1 c'e/ mo9s ce qui e/ artificiel que ce qui e/ trop neuf4 ,l'automobile p>at mo9s potique que la dilig5ce2 le /eam] ne p>le pas encore l'imag9ation comme l'antique navire voiles4 ,les premires *em9es d'us9e se dressant l'horizon ont p>u insolites et discordantes3 peu peu1 le reg>d s'y e/ fait1 l'h>monie s'e/ rtablie4 ,ces disgracieux objets ont pris quelque *ose de la posie des gr&es pla9es au milieu desquels ils s'lv5t2 ma9t5ant ils se ml5t des impressions de nature4 ,p\r quiconque s'e/ habitu ds son enfance les voir1 ils ont un *>me de s\v5ir4 ,ils n\s font dj l'effet de ces *oses qui sembl5t avoir de t\t temps exi/4 ,en somme dans t\t objet1 si vulgaire qu'il semble1 il y a comme une possibilit p]man5te de posie4 ,il e/ des *oses artificielles qui non seulem5t re/5t en p>faite h>monie avec la nature et ne lui retir5t ri5 de son *>me1 mais qui lui aj\t5t autant de posie qu'elles en reoiv5t4 ,dans sa premire lettre ,john ,murray1 ,byron a plaid avec loqu5ce la cause de l'artificiel et de l'huma94 ,il y a autant de posie1 dit-il1 dans le ,p>?non que dans le ro*] qui le porte2 une digue puissante1 rep\ssant l'assaut des vagues1 e/ aussi potique que les masses d'eau dont elle e/ frappe4 ,un mt de vaisseau avec t\s ses cordages peut aussi bi5 inspir] le pote qu'un sap9 d',ecosse ou qu'un cdre du ,liban4 ,dans ses ,problmes de l'e/htique contempora9e1 ,guyau df5d contre ,sully-,prudhomme la posie des ma*9es mod]nes1 de la locomotive c\rant sur les rails de f] qu'elle fait trembl]1 puissante comme la volont huma9e1 des escadres qui *ang5t leur salut1 du canon qui tonne4 ,le plus f]v5t adorateur de la nature qui fut jamais1 ,john ,rusk91 a s5ti aussi pr(ondm5t que p]sonne la posie de l'ar*itecture4 ,t\t ce que n\s v5ons de dire de la posie de la nature n\s p]met de n\s prononc] avec c]titude sur la "q prs5te4 ,t\te posie tant subjective1 et consi/ant dans une attitude m5tale que n\s pr5ons en prs5ce des *oses plutt que dans une qualit qui leur s]ait inhr5te1 il n'y a aucune raison p\r que la nature ait le privilge de dt]m9] en n\s cette attitude4 ,qu'un objet soit naturel ou artificiel1 peu importe1 il s]a potique dans la mesure o il p\rra n\s incit] la rv]ie4 ,p\rquoi l'oeuvre des hommes1 qui n\s t\*e de si prs1 qui peut voqu] tant de s\v5irs1 qui devrait veill] tant de sympa?ies1 p>l]ait-elle mo9s notre imag9ation que la nature inanime8 ,ce qu'il y a de plus potique au monde1 c'e/ l'homme mme4 ,o p\vons-n\s tr\v] une plus ri*e matire reprs5tations que dans l'tre qui a lui mme la vie psy*ique la plus int5se1 la plus ri*e1 la plus h>monieuse et la plus belle8 ,on s'att5drit sur la fleur qui va s'pan\ir2 et c'e/ en effet une *ose qui prte la rv]ie3 la vue d'un enfant au b]ceau1 de ce petit tre qui s'ouvre peu peu la vie consci5te1 qui comm5ce s'avanc]1 s\riant et indcis1 v]s ses my/rieuses de/9es1 e/ un objet de contemplation autrem5t potique4 ,ri5 dans la nature inanime n'a plus de grce qu'une adolesc5ce1 plus de maje/ qu'une me dans son ple9 dveloppem5t1 plus de mlancolie que le dcl9 d'une exi/5ce huma9e4 ,sans d\te1 ici encore1 n\s avons une t5dance1 aism5t explicable1 tr\v] l'image des *oses plus potique que la ralit3 n\s rv]ons longuem5t sur des p]sonnages de drame ou de roman2 leur vie fictive1 leurs passions et leurs am\rs1 les pripties de leur exi/5ce n\s sembl]ont trs potiques1 et qu& n\s revi5drons au spectacle de l'exi/5ce relle1 n\s n'y tr\v]ons que de la prose trs vulgaire4 ,c'e/ que n\s ne sommes pas assez potes4 ,si n\s l'tions davantage1 n\s saurions transfigur] mme cette ralit4 ,il e/ des heures exceptionnelles o cette mtamorphose s'opre d'elle-mme1 o la posie dborde tellem5t en n\s que la vie relle n\s semble plus belle que le plus beau rve2 a9si dans l'ivresse de l'adolesc5ce2 a9si dans l'veil d'un gr& am\r4 ,il ne faut d'ailleurs pas tre inju/e4 ,mme considr tel qu'il e/1 sans qu'il soit ncessaire de se faire illusion sur son compte1 l'homme a sa noblesse et sa dignit4 ,dans l'exi/5ce la plus vulgaire il y a encore une place p\r l'idal4 ,il y a dans la vie1 telle qu'elle e/1 un lm5t de posie pure2 ce sont t\tes les affections1 t\tes les t5dresses1 t\tes les passions gnreuses1 t\tes les nobles aspirations1 dont seul un pessimisme inju/e p\rrait ni] l'exi/5ce2 c'e/ t\te la vie du coeur4 ,on s'indigne p>fois de ce qui se fait *ez les hommes1 on en dt\rne les yeux1 on se rfugie dans la srnit de la nature4 ,oh1 laissez-moi f\l] les feuilles dess*es ,et m'g>] au fond des bois6 ,dans la nature entire on ne tr\v]a ri5 qui vaille plus et mieux que ces tres que l'on mprise4 ,que l'on cesse donc d'oppos]1 comme on le fait p>fois1 le prosasme de la vie huma9e la posie de la nature4 ,t\t peut tre matire posie1 et p> excell5ce le spectacle de la vie huma9e4 ,,*apitre ,,iv ,,la ,,po,,sie ,,dans ,l',,art ,dplaons notre enqute4 ,sortons de la nature4 ,n\s tr\v]ons encore de la posie dans l'art2 et t\j\rs cette posie n\s app>atra comme dt]m9ant des tats de consci5ce analogues ceux que n\s v5ons de dcrire4 ,en t\te occasion o n\s pr\vons une impression vraim5t potique1 n\s p\rrons con/at] que notre tat m5tal e/ c>actris p> une t5dance la pure rv]ie1 d'autant mieux m>que que le s5tim5t de posie e/ plus int5se4 ,c]ta9es =mes d'art1 la pe9ture1 le dess91 la sculpture1 la mimique1 l'art dramatique1 ont ce c>actre di/9ctif qui leur confre une valeur potique p>ticulire1 d'tre des reprs5tations4 ,l'objet matriel qui n\s e/ mis devant les yeux ne doit pas tre reg>d p\r son compte et p]u dans sa ralit2 ce n'e/ qu'un simulacre1 une image faite la ressemblance d'un autre objet1 naturel ou fictif1 dans t\s les cas abs5t1 et que n\s sommes invits n\s reprs5t]4 ,dans quelques l9am5ts tracs au crayon sur le papi]1 n\s reconnaissons un visage huma92 l'in/ant o se produit cette int]prtation1 n\s ne les voyons plus du mme oeil2 n\s ne les pr5ons plus au propre1 mais au figur2 ce trait indique un cont\r1 celui-l e/ une ombre2 ici1 c'e/ une b\cle de *eveux1 un pli du vtem5t4 ,de mme p\r le tableau ou la /atue2 si lo9 que soit p\sse l'imitation1 elle laisse t\j\rs l'imag9ation quelque *ose faire2 elle e/ t\j\rs conv5tionnelle et symbolique p> quelque endroit4 ,l'acteur lui-mme1 au mom5t o il j\e son rle1 ne n\s app>at plus tel qu'il e/2 n\s ne voyons plus en lui que le p]sonnage qu'il veut figur]1 le p]sonnage imag9aire l'imitation duquel il essaie de model] ses traits et compose ses attitudes1 p\r n\s en prs5t] l'effigie vivante4 ,t\t ce qui se passe sur la scne1 ces p>oles qui se prononc5t1 ces ge/es1 ces m\vem5ts passionns1 ces cris et ces l>mes1 et le drame enti] dont n\s voyons se dr\l] devant n\s les pripties1 t\t cela e/ pure fiction2 ri5 de cela ne doit tre p]u au s5s rel2 ce n'e/ qu'une reprs5tation au s5s le plus prcis du mot1 c'e/--dire la simple image d'un drame idal1 que n\s sub/ituons m5talem5t au spectacle rel4 ,dans ces div]ses oeuvres d'art il s]ait difficile de prcis] le degr de l'illusion produite4 ,il peut v>i] beauc\p1 selon les dispositions du spectateur et le ralisme plus ou mo9s accus de l'imitation4 ,le plus s\v5t on s'en ti5dra au degr int]mdiaire1 l'illusion consci5te et volontaire1 qui e/ d'ailleurs la mieux faite p\r donn] une impression d'art4 ,n\s n\s complaisons surt\t dans les oeuvres qui p\ss5t l'imitation assez lo9 p\r voqu] immdiatem5t l'image intgrale de l'objet1 sans p\rtant all] jusqu' n\s faire oubli] un seul in/ant que n\s sommes en prs5ce d'une simple reprs5tation4 ,dans les oeuvres a9si prs5tes n\s ne songeons mme pas di/+u] quelle e/ la "p de p]ception relle1 quelle e/ la "p de l'imag9ation4 ,croyons-n\s voir ce que n\s ne faisons qu'imag9]1 croyons-n\s imag9] ce que n\s p]cevons vraim5t8 ,entre ces deux int]prtations1 n\s ne n\s prononons pas4 ,n\s avons plutt l'impression de n\s tr\v] en prs5ce d'un objet trange1 de nature indcise1 ni t\t l'ait idal1 ni t\t l'ait rel1 que n\s p\vons volont port] dans un s5s ou dans l'autre p> un simple jeu d'imag9ation4 ,qu& bi5 mme l'objet reprs5t s]ait de ceux que dans la ralit n\s tr\vons vulgaires et prosaques p>ce qu'ils ne dis5t ri5 l'imag9ation1 le seul fait qu'il n\s app>aisse ici dans un mirage1 trav]s une illusion1 l'allge de son plat ralisme4 ,la trans=mation d'art l'idalise4 ,contempl] de telles images1 c'e/ dj sortir de la ralit positive1 c'e/ faire un premi] pas dans le monde imag9aire4 ,il faut l'av\]4 ,l'imitation arti/ique ne peut atte9dre la plnitude1 l'int5sit des effets que produit la nature4 ,la nature dispose de moy5s autrem5t puissants2 elle n\s enveloppe1 elle n\s en*ante1 elle n\s sduit p> t\s nos s5s2 elle agit sur notre organisme enti]1 p\r n\s mettre dans les dispositions physiologiques les plus favorables la contemplation rveuse2 elle n\s donne des heures d'ivresse1 dans lesquelles notre imag9ation1 exalte jusqu'au lyrisme1 donne t\tes nos s5sations une magnifique rsonance potique4 ,mais que l'art n\s fasse ent5dre seulem5t un *o affaibli de ces accords sublimes2 qu'il puisse n\s r5dre un degr attnu cette h>monie intrieure et le s\v5ir de ces heures exquises1 c'e/ dj beauc\p4 ,un cas peut se prs5t] d'ailleurs1 o l'art n\s rvl]a la posie des *oses et n\s la f]a mieux s5tir3 c'e/ le cas o l'arti/e s]a plus pote que n\s ne le sommes n\s-mmes4 ,alors il n\s communiqu]a des motions que n\s n'avions jamais pr\ves ce degr2 il n\s f]a contempl] la nature trav]s ses rves2 il n\s en prs5t]a une image transfigure1 t\te pntre de posie1 qui p>l]a plus notre imag9ation que n'a jamais fait la ralit4 ,n\s tions froids devant la nature1 p>ce que n\s la reg>dions de nos yeux2 ici n\s la voyons p> les si5s4 ,il n\s en signale les beauts4 ,il n\s en fait compr5dre le *>me4 ,qu& il n'aurait fait pass] dans son oeuvre et ne n\s communiqu]ait qu'une infime p>tie du s5tim5t dont il tait pntr en la composant1 ce s]ait plus encore que ce que n\s pr\vions de n\s-mmes1 devant le spectacle le plus m\vant de la nature4 ,a9si s'explique ce fait en app>5ce trange1 que l'art1 image ncessairem5t appauvrie de la nature1 n\s puisse p>fois sembl] plus ri*e de posie4 ,cette posie1 d'ord9aire1 ne se dgage que l5tem5t4 ,l'imag9ation se met progressivem5t en activit4 ,essayons de montr]1 en un cas p>ticuli] o elles se succd5t assez nettem5t p\r p\voir tre obs]ves1 les div]ses phases de cette volution m5tale4 ,je pr5drai p\r exemple la contemplation d'un tableau4 ,le premi] mom5t e/ de p]ception positive et de jugem5t lucide4 ,n\s reg>dons4 ,n\s *]*ons n\s r5dre compte4 ,qu'e/-ce que cette toile reprs5te8 ,n\s mettons une hypo?se1 d'aprs les indications qui n\s sont f\rnies4 ,c'e/ un travail d'int]prtation4 ,n\s avons rs\dre empiriquem5t ce problme qui consi/e1 tant donne la projection p]spective d'un objet1 dt]m9] en gomtral la =me solide de cet objet4 ,une premire image n\s e/ suggre1 que n\s projetons m5talem5t dans le tableau1 la ret\*ant au beso9 p\r l'adapt] t\tes les donnes du trac p]spectif4 ,aprs quelques ttonnem5ts1 que l'art du pe9tre *]*e n\s p>gn] en n\s donnant des indications assez claires#ac1 l'embotem5t se fait4 ,ds lors1 l'image se fixe d'une manire df9itive2 l'int]prtation ne se modifi]a plus4 ,l'aspect du tableau s'e/ trans=m4 ,n\s ne voyons plus devant n\s une surface plane1 n\s voyons leur vraie di/ance1 en gr&eur naturelle et dans leur =me ju/e1 les objets reprs5ts4 ,le mom5t prcis o cette opration de re/itution visuelle e/ a*eve se m>que p> ce fait1 qu'aucune des p>ties de l'image ne n\s p>at plus d=me4 ,l'habitude de reg>d] des dess9s n\s a d'ailleurs r5du ce travail d'int]prtation si facile qu'il s'effectue comme de lui-mme4 ,n\s jetons un c\p d'oeil sur le tableau1 avec un lg] ef=t p\r le voir dans l'espace3 et l'image objective n\s app>at4 ,alors n\s contemplons loisir4 ,n\s n\s donnons le plaisir d'entr] dans le tableau1 de port] l'illusion un plus haut degr1 de n\s figur] ce que n\s pr\v]ions1 si n\s assi/ions rellem5t la scne reprs5te4 ,n\s voquons le s\v5ir d'impressions analogues1 qui puiss5t n\s aid] recon/itu] l'image intgrale de l'objet2 c> c'e/ cette intgration que t5d d'elle-mme notre p5se dans la contemplation arti/ique4 ,voyons-n\s figur sur la toile quelque objet qui n\s soit connu8 ,n\s le reconnaissons1 et n\s en tr\vons la reprs5tation plus ou mo9s exacte1 c'e/--dire que n\s la comp>ons l'image de l'objet lui-mme1 auquel se reporte notre p5se4 ,en mme temps rep>at en n\s quelque *ose des impressions div]ses que n\s en avions reues en ralit4 ,l'objet e/-il n\veau p\r n\s8 ,il ne l'e/ jamais absolum5t4 ,dans t\te reprs5tation arti/ique il y a quelque *ose de dj vu1 qui n\s rappell]a quelque impression analogue4 ,que p\rrait n\s dire une image qui ne ressembl]ait aucun objet connu8 ,on peut mme rem>qu] que n\s n\s plaisons surt\t la reprs5tation des sites qui n\s sont le plus famili]s1 des scnes qui voqu5t en n\s le plus de s\v5irs4 ,supposons un tableau compos sur ce ?me3 un tang1 le soir4 ,le pe9tre n\s montre une surface grise sur laquelle se dta*e en noir la silh\ette de quelques roseaux2 au-dessus un ciel sombre1 qui s'claire seulem5t l'horizon d'une vague lueur4 ,mais cela1 ce n'e/ pas un tang le soir2 ce n'en e/ que l'app>5ce visible fixe en un in/ant de la dure4 ,p\r que cette scne de la nature laquelle n\s n\s s\v5ons d'avoir assi/ n\s ft r5due dans sa ralit1 il n\s faudrait encore le d]ni] appel des oiseaux de rivage1 le froissem5t des roseaux qu'c>tait quelque bte invisible1 l'eau qui clapotait s\s un bond brusque1 la brise du soir qui s'levait et faisait pass] des moires sur cette nappe grise2 la s5teur de l'eau /agnante1 la fra*eur humide qui peu peu n\s pntrait1 la desc5te l5te de la nuit1 et ce s5tim5t de solitude qui comm5ait n\s s]r] le coeur4 ,t\tes ces s5sations n\s manqu5t2 et c'e/ p\r cela que n\s v\lons les retr\v]4 ,le dsir que n\s avons de rectifi]1 de complt]1 d'enri*ir notre reprs5tation p\r la port] t\te son int5sit1 voque de lui-mme nos s\v5irs2 ils s'lv5t des pr(ondeurs de notre mmoire1 n\s r5dant jusqu' ces confuses rm9isc5ces du pass1 ces lo9ta9es impressions d'enfance qui entr5t p\r une si gr&e "p dans notre s5tim5t de la nature4 ,enf9 l'imag9ation1 cont9uant fonctionn] de la sorte et se complaisant dans sa propre activit1 fait surgir p> jeu des images4 ,dans le loisir intellectuel que n\s laisse une contemplation prolonge1 n\s n\s ab&onnons la p5te de la rv]ie4 ,notre p5se devi5t ab]rante4 ,n\s n\s rappelons une excursion que n\s avons faite autrefois1 un site qui ressemblait celui-l et dont le c>actre sauvage n\s avait frapps1 les incid5ts de la r\te4 ,ou bi51 s\s le c\p de l'motion que n\s v5ons d'pr\v]1 nos p5ses pr5dront une te9te tri/e2 n\s n\s enfonc]ons plaisir dans cette tri/esse1 p\r en mieux sav\r] le *>me mlancolique2 d'in/9ct n\s voqu]ons des images lugubres1 qui n\s entreti5n5t dans cette disposition m5tale1 et n\s n\s p]drons dans leur contemplation4 ,le tableau e/ oubli4 ,n\s ne le reg>dons plus qu'avec des yeux vagues4 ,notre p5se s'en retire1 di/raite p> les images que lui-mme n\s a suggres4 ,elle s'ab&onne au has>d des associations d'ides4 ,n\s avons l'esprit ailleurs4 ,n\s rvons4 ,a9si n\s avons pass de l'ex]cice actif de la p5se une contemplation rveuse1 dans laquelle n\s avons f9i p> p]dre consci5ce de la ralit4 ,il va sans dire que ce passage ne s'effectu]a pas t\j\rs suivant la progression que n\s v5ons d'indiqu]1 p> priodes aussi tran*es3 la premire de rflexion1 la seconde de contemplation1 la troisime de pure rv]ie4 ,il arrive assez s\v5t que ces priodes se confond5t1 ou se succd5t dans un ordre diffr5t4 ,notre esprit s'enfonce dans l'illusion et s'en retire1 s'ab&onne et se repr5d2 il entremle les rflexions et les rv]ies4 ,n\s avons indiqu la m>*e typique1 dans laquelle l'imag9ation atte9t p> degrs son ple9 dveloppem5t4 ,elle e/ aussi la plus naturelle4 ,une oeuvre d'art que n\s contemplons1 c'e/ un spectacle auquel n\s allons assi/] p\r notre plus gr& agrm5t1 et dont n\s v\lons retir] t\te la j\issance e/htique qu'il comporte4 ,n\s connaissons p> expri5ce le *>me de cette contemplation rveuse2 il e/ donc t\t naturel que n\s la *]*ions1 et la prolongions plaisir4 ,a9si n\s ne n\s dta*]ons de l'oeuvre qui comm5ce mettre en jeu notre imag9ation qu'aprs en avoir relire t\t ce qu'elle peut n\s donn] d'illusion et de posie4 ,dans t\te oeuvre d'art qui peut tre qualifie de potique n\s tr\v]ons des sugge/ions de mme ordre1 un semblable appel l'imag9ation2 et t\j\rs le c>actre potique de l'oeuvre s]a d'autant mieux accus que l'tat de consci5ce1 auquel elle n\s convie1 se rappro*]a davantage de la pure rv]ie4 ,l'oeuvre prosaque e/ celle qui n\s dit immdiatem5t et compltem5t t\t ce qu'elle peut n\s dire4 ,elle n\s prs5te1 avec une s*e prcision1 quelque objet peu intressant en soi4 ,n\s la reg>dons avec un dta*em5t p>fait2 n\s con/atons qu'elle exi/e1 et n\s passons4 ,p\rquoi n\s att>d]ions-n\s la contempl]8 ,ce s]ait t\j\rs la mme *ose4 ,l'oeuvre potique n\s reti5t4 ,on peut mme la reconnatre ce signe1 que seule elle comporte une contemplation prolonge4 ,non seulem5t les rv]ies qu'elle n\s suggre1 et qui sont en h>monie avec elle1 lui donn5t plus de *>me2 mais elles s\ti5n5t son intrt2 elles n\s prs]v5t du dsoeuvrem5t m5tal o n\s laiss]ait la simple vision4 ,c'e/ un m\vem5t de p5se l5t et paisible1 qui sans ef=t n\s porte d'une image l'autre1 occupe notre esprit sans lui donn] de fatigue1 et n\s di/rait assez de notre contemplation p\r que n\s puissions la prolong] indf9im5t sans ennui4 ,comm5t l'arti/e produira-t-il cet effet8 ,ce s]a quelquefois p> la facture mme de son oeuvre4 ,on sait combi5 un tableau1 une /atue gagne en posie ne rappel] la nature que p> des indications sommaires1 que n\s soyons obligs de complt] en imag9ation4 ,ce sont prcism5t les s\s-ent5dus de l'excution qui donn5t l'oeuvre son surcrot de valeur expressive4 ,un r5du plus m9utieux s]ait mo9s sugge/if4 ,l'ess5tiel e/ que l'arti/e n\s donne la premire impulsion1 en acc5tuant dans son oeuvre les traits expressifs1 qui entran]ont notre p5se dans un s5s dt]m94 ,une fois lance1 elle va de son propre lan4 ,on sait l'effet d'une /atue qui n'e/ pas encore t\t fait dp\ille de sa gangue de m>bre ou que de p>ti pris on a laisse engage dans le bloc1 comme les colosses gypti5s1 les captifs de ,mi*el-,ange1 les puissantes bau*es de ,rod94 ,c]ta9s pe9tres aim5t n\s faire entrevoir les objets dans un clair-obscur ou trav]s une sorte de brume qui les r5d my/rieux 7,lon>d de ,v9ci1 ,rembr&t1 ,c>rire74 ,au j\r cru qui acc5tue leur ralit ils prfr5t la lueur mat9ale ou crpusculaire qui les idalise 7,corot1 ,po9tel974 ,ils les pe9dront en nuances plies et attnues l'extrme 7,puvis de ,*avannes7 ou plus *atoyantes que nature1 trangem5t somptueuses1 et mme exaspres 7,watteau1 ,gu/ave ,moreau1 ,besn>d7 comme p\r n\s av]tir que les scnes reprs5tes ne se pass5t pas dans le monde rel1 mais dans le monde des symboles1 de la fantaisie et du rve4 ,l'art dcoratif doit en gr&e p>tie sa v]tu potique au /yle conv5tionnel que sa te*nique lui impose2 ne p\vant reprs5t] les *oses que p> des symboles1 il e/ plus qu'un autre oblig de faire appel l'imag9ation4 ,l'effet potique d'une oeuvre d'art p\rra t5ir encore au c>actre propre des objets reprs5ts4 ,en reproduisant les spectacles de la nature qui sont le plus capables de n\s *>m] ou de n\s m\voir2 en s'inspirant de l'antique my?ologie1 de la lg5de1 de l'oeuvre crite des romanci]s et des potes1 en se faisant lui-mme crateur de my!s et de symboles1 l'arti/e agira sur notre imag9ation2 et son oeuvre s]a potique dans la mesure o elle prs5t]a ce c>actre imag9atif4 ,une des attitudes que l'art reprs5te le plus volonti]s e/ celle de la mditation2 ce n'e/ pas seulem5t p>ce qu'elle e/ noble et calme1 et qu'elle peut tre longtemps s\t5ue2 c'e/ surt\t p\r son effet potique4 ,p> sympa?ie elle dt]m9e *ez le spectateur un tat d'me analogue4 ,la ,polymnie acc\de son socle n\s invite rv] avec elle4 ,ces figures p5sives1 ces yeux dont le reg>d se p]d au del du monde rel1 ces attitudes de mlancolie apais5t notre p5se2 libre du s\ci de la rflexion1 elle se laisse all] la contemplation rveuse4 -- ,comme figures analogues celles du rve et n\s transportant p> simple contemplation dans ce monde de l'imag9ation pure1 je cit]ai c]ta9es compositions de ,boeckl94 ,d'autres pe9tres f]ont travaill] leur imag9ation sur un ?me littraire1 comme ,burne ,jones dans ses allgories2 ou bi51 comme ,gu/ave ,moreau1 ils repr5dront les my!s qui ont autrefois pass p> l'imag9ation huma9e o ils se sont *>gs de posie1 et s'+ni]ont les ralis] en visions int5ses1 la fois prcises et fanta/iques2 ou bi5 encore1 comme ,kl+] en quelques-unes de ses admirables gravures1 ils traduiront en symboles expressifs leur conception de la vie huma9e4 ,ce sont l des oeuvres d'imag9ation1 mais qui ont t composes1 s9on froid1 du mo9s en ple9e lucidit1 avec un s\ci d'art et des int5tions philosophiques4 ,boeckl9 procde autrem5t4 ,que signifi5t cette femme aux yeux fixes1 monte sur une hideuse licorne1 qui passe dans le sil5ce de la =t8 ,et ce c5taure qui tranquillem5t se fait f]r] en ple9 village mod]ne1 ddaigneux de l'ana*ronisme8 ,et cette nymphe qui fuit p\vante dans les vagues1 ce c5taure m>9 qui la p\rsuit1 ce vieux triton jovial et cynique qui lui (fre sa protection8 ,a *aque tableau ce s]ont de ces visions1 dconc]tantes p\r la p5se logique1 mais qui dans l'hypnose sembl5t t\tes naturelles4 ,et c'e/ bi5 dans l'hypnose comm5ante qu'elles doiv5t avoir t conues4 ,on ne les inv5t]ait pas de sang-froid4 ,ce sont de ces *oses comme on en voit en songe1 images fantasques qui se =m5t spontanm5t dans le c]veau un peu conge/ionn et l\rd de rv]ie4 ,ce sont des rves transports sur la toile1 avec l'tranget radicale qui c>actrise les purs produits de l'imag9ation1 et qui e/ comme leur m>que de fabrique4 ,p\r agir sur l'imag9ation1 l'art dramatique dispose de moy5s exceptionnels3 les artifices du dcor1 les co/umes1 la mimique1 l'action ?trale1 au beso9 l'or*e/re et le *ant1 et p>-dessus t\t la p>ole huma9e avec son incomp>able puissance d'vocation potique4 ,les arts les plus div]s s'uniss5t a9si dans le drame1 *acun lui apportant ses moy5s d'expression p>ticuli]s3 il en rsulte des effets pa?tiques d'une extraord9aire int5sit4 ,si la valeur d'un art se mesurait la =ce des motions qu'il peut produire1 l'art dramatique ti5drait sans concurr5ce possible le premi] rang4 ,il peut agir sur l'imag9ation et mme sur les n]fs avec plus d'n]gie que ne le f]a jamais le roman ou le pome le plus passionn4 ,lui accord]ons-n\s la mme primaut au po9t de vue de l'effet potique8 ,ici l'on peut hsit]4 ,considrons d'abord ce que j'appell]ai le cont5u potique de l'oeuvre1 c'e/--dire ce que l'auteur y a pu mettre de posie en la composant4 ,en fait1 la reprs5tation ?trale1 qui e/ l'a*vem5t de l'oeuvre dramatique1 e/ t\j\rs prcde d'une longue priode de pure laboration m5tale4 ,avant de faire j\] une pice1 on comm5ce p> l'crire4 ,un drame e/ donc une oeuvre littraire1 que l'on met en scne aprs c\p1 qui peut-tre n'arriv]a jamais la rampe1 et qui le plus s\v5t1 rem>quons-le1 ne n\s e/ connue que p> la lecture4 ,n\s n'avons donc pas beso9 d'un gr& ef=t d'ab/raction p\r n\s r5dre compte de l'effet que peut produire le drame en soi1 indp5damm5t de sa ralisation scnique4 ,a9si considr en lui-mme et dans son cont5u1 le drame e/ une oeuvre littraire comme une autre1 o l'on peut mettre autant de posie que dans un roman ou dans un pome4 ,si le dramaturge a l'me d'un pote1 il donn]a cette me ses p]sonnages2 il en f]a des cratures idales1 t\t imprgnes de grce et de *>me1 ou vibrantes d'motions lyriques2 il leur f]a dire les mots magiques qui en*ant5t l'imag9ation4 ,t\t dans son oeuvre1 situations1 c>actres1 langage1 p\rra tre de pure posie4 ,il e/ des drames o vraim5t dborde l'imag9ation lyrique3 p\r en voqu] des exemples saisissants1 il me suffira de prononc] les noms d',es*yle1 de ,%akespe>e1 de ,goe!1 de ,byron1 de ,musset1 de ,victor ,hugo1 de ,wagn]1 d',annunzio4 ,a9si donc1 que les fictions dramatiques puiss5t cont5ir en elles-mmes la plus haute posie1 cela ne peut tre mis en d\te4 ,ma9t5ant dem&ons-n\s si le drame idal qu'a conu le pote gagne tre ralis en une action scnique2 c>1 ne l'oublions pas1 il e/ fait p\r cela2 ce n'e/ qu' cette condition qu'il s]a vraim5t un drame1 et non simplem5t une oeuvre littraire rdige p> caprice du pote en =me dramatique4 ,voil que ces fictions1 dont la simple reprs5tation m5tale n\s en*antait1 sont transportes sur la scne4 ,je me dem&e jusqu' quel po9t les dcors1 les co/umes1 le jeu des acteurs me r5dront cet en*antem5t4 ,que l'oeuvre gagne en vie1 en motion1 en plnitude et int5sit d'effet1 cela e/ indniable4 ,mais en effet potique8 ,j'ai bi5 des d\tes4 ,il e/ r>e que la mise en scne puisse ralis] ple9em5t la conception du pote4 ,ou plutt elle la ralis]a trop4 ,elle l'al\rdira4 ,il n'e/ p]sonne qui n'ait pr\v cette impression1 ayant lu une pice de ?tre et la voyant la scne1 d'tre en un s5s du4 ,ce n'e/ plus ce que l'on rvait4 ,le fait d'tre inc>nes en un acteur te ces figures idales quelque *ose de leur attrait2 elles ne sont plus aussi potiques1 n'tant plus aussi imag9aires4 ,le comdi51 bi5 qu'il soit transfigur jusqu' un c]ta9 po9t p> son rle et que sur la scne il pr5ne quelque *ose de l'idalit de son p]sonnage1 n\s en prs5te nanmo9s une image trop prcise encore1 trop limite1 trop objective3 quoi qu'il fasse1 il ne saurait n\s r5dre *acun notre rve4 ,l'oeuvre pa?tique gagn]a l'excution intgrale4 ,l'oeuvre potique y p]dra1 et d'autant plus qu'elle s]a plus potique4 ,que devi5t p> exemple1 la reprs5tation1 le symbolisme des drames d',ibs58 ,quel effet potique peut produire le fondeur de b\lons qui propose ,pe] ,gynt de le remettre dans la cuill]1 ou la *ute de ,solness le con/ructeur1 ou ,rubeck entranant ,irne v]s les sommets glacs de l'idal t&is que ,maa porte p> son rude compagnon r$esc5d v]s la vie8 ,ce sont l des mtaphores qui reprs5tes idalem5t g>d]ai5t le s5s symbolique qu'elles avai5t dans l'esprit du dramaturge1 mais qui figures sur la scne et prises au s5s rel dconc]t5t le spectateur p> leur biz>r]ie4 ,que re/e-t-il1 dans la mise en scne la plus +nieuse1 de la ferie des drames wagnri5s8 ,des tableaux rvs p> le dramaturge ceux qui n\s sont rellem5t prs5ts1 il y a un d*et effrayant#ad4 ,la moiti du ,fau/ de ,goe!1 la plus potique1 e/ inj\able4 ,il se tr\ve donc que si le dramaturge s'e/ laiss trop librem5t all] sa fantaisie1 il s]a trs difficile de ralis] au ?tre ses conceptions4 ,il devra s'en r5dre compte d'avance1 s'il e/ vraim5t un homme de ?tre1 qui voit t\j\rs ses p]sonnages en scne et compose au po9t de vue de l'effet scnique4 ,et cette proccupation t5dra limit] son inspiration4 ,l'imag9ation du dramaturge e/ donc mo9s libre que celle du pur pote2 elle se meut dans un *amp mo9s va/e2 les exig5ces de la mise en scne la rappell5t la ralit4 ,l'preuve de la reprs5tation relle n\s f]a con/at] encore une *ose peut-tre plus grave1 c'e/ que trop de posie peut nuire au ?tre1 et mme qu'il y a dans une c]ta9e mesure conflit entre l'effet potique et l'effet dramatique4 ,les scnes de pure posie1 qui n\s *>m5t le plus la lecture1 risqu5t la reprs5tation de p>atre languissantes3 elles susp5d5t l'action4 ,le drame dem&e du m\vem5t1 de la passion1 des conflits d'me1 non de la contemplation et du rve4 ,il e/ r>e qu'au ?tre les beaux v]s soi5t en situation et que les cratures potiques n\s sembl5t assez vivantes4 ,l'art ?tral1 disait ,j\b]t1 n'a p\r objet que la reprs5tation4 ,un acteur doit donc avoir l'air demi-ombre et demi-ralit4 ,ses l>mes1 ses cris1 son langage1 ses ge/es1 doiv5t sembl] demi-fe9ts et demi-vrais4 ,il faut enf91 p\r qu'un spectacle soit beau1 qu'on croit imag9] ce qu'on y ent5d1 ce qu'on y voit1 et que t\t n\s y semble un beau songe#ae4 ,on ne saurait indiqu] avec plus de f9esse la condition requise p\r qu'une pice de ?tre produise un effet potique4 ,mais on sait aussi combi5 cet idal e/ oppos aux relles t5dances de l'art dramatique4 ,la posie veut l'illusion consci5te4 ,le drame t5d se rappro*] t\j\rs davantage de la ralit et de la vie4 ,dans la musique au contraire1 n\s allons voir la t5dance potique dev5ir dom9ante4 ,il n'e/ pas de =me d'art qui lui soit comp>able ce po9t de vue4 ,n\s arriv]ons mme1 en analysant les effets qu'elle produit1 con/at] que vraim5t elle e/ plus potique que la posie mme1 je veux dire que l'art des v]s4 ,n\s n\s tr\vons donc en prs5ce d'un cas m95t auquel il faut que notre df9ition de la posie1 si elle e/ exacte1 s'adapte d'emble4 ,supposons en effet qu'elle se ju/ifie mo9s aism5t dans le cas spcial o prcism5t le s5tim5t potique acqui]t t\te sa puret1 l'preuve s]ait suffisante3 elle s]ait condamne4 ,dans le *ant1 n\s tr\vons la musique unie la posie v]bale4 ,le seul fait de cette union1 si intime qu'il en rsulte une oeuvre d'une homognx p>faite1 pr\ve entre les deux arts une s+ulire aff9it de nature4 ,ce n'e/ pas seulem5t p> la =me qu'ils se ressembl5t1 p> la commune re*]*e de l'h>monie sonore1 p> l'aisance avec laquelle ils s'adapt5t aux mmes ry?mes2 c'e/ bi5 p> le fond et p> leur ess5ce intime4 ,il s]ait absolum5t impossible de mettre en musique une ligne de vraie prose1 p> exemple l'nonc d'un ?orme de gomtrie2 des v]s un peu prosaques se laiss5t difficilem5t *ant]2 les beaux v]s sembl5t appel] d'eux-mmes1 p\r dvelopp] t\te leur posie1 l'expression musicale4 ,il y a donc aff9it entre la posie v]bale dans ce qu'elle a de plus potique1 et la musique dans ce qu'elle a de plus musical4 ,les deux arts se rejoign5t dans leur plus haute expression4 ,en s'unissant la posie v]bale1 la musique donne1 t\s les s5tim5ts qu'exprime la p>ole1 sa rsonance pr(onde et prolonge2 elle donne la voix huma9e une ri*esse de timbre1 une v>it d'intonations1 une vibration1 une ampleur1 une puissance laquelle ne saurait atte9dre le simple p>l]3 elle augm5te d'une faon tonnante la valeur expressive de *aque mot prononc4 ,en mme temps1 p> son *>me propre1 p> l'h>monie dans laquelle elle n\s enveloppe1 elle n\s amne rapidem5t une sorte d'extase et d'ivresse lyrique dans laquelle notre imag9ation e/ prte ragir d'une manire int5se t\te sugge/ion v]bale4 ,dans de telles dispositions physiques et morales1 les images surgiss5t d'elles-mmes1 et pr5n5t le *>me de la mlodie qui accompagne leur vocation4 ,on s'explique a9si que le v]s *ant produise un effet potique que la simple lecture ne lui donn]ait pas4 ,mais la musique n'a pas beso9 de l'aide de la p>ole p\r exprim] ce qu'elle veut n\s dire4 ,livre elle-mme1 p> ses propres moy5s1 elle peut voqu] des images4 ,a ce titre elle a droit d'tre compte p>mi les arts reprs5tatifs4 ,elle n\s suggr]a1 p> le moy5 des sons1 des images sonores4 ,l'imag9ation auditive en effet j\e un c]ta9 rle dans la p]ception des sons eux-mmes4 ,qu& p> exemple un in/rum5ti/e veut n\s faire ent5dre une note dt]m9e1 ce que n\s p]cevons1 c'e/ mo9s le son rellem5t mis que la sonorit idale qu'il a la prt5tion de reprs5t]2 p\rvu que l'excution ne soit pas dcidm5t trop dfectueuse1 n\s n\s cont5tons d'un peu prs dans la reprs5tation2 n\s rectifions m5talem5t la note1 de mme que lorsqu'on n\s p>le une langue qui n\s e/ trs familire1 n\s supplons p> la p5se aux dfauts de l'mission vocale1 et croyons ent5dre intgralem5t des mots dont on ne prononce que la moiti4 ,c'e/ cette sorte de re/itution m5tale qui n\s p]met d'ent5dre avec plaisir un air j\ sur un in/rum5t un peu faux#af4 ,mme phnomne se produit p\r t\te imitation musicale4 ,il n\s suffit de reconnatre le son que la musique veut imit] p\r n\s imag9] que n\s le p]cevons vraim5t3 l'image sonore que l'on veut n\s suggr] e/ tellem5t prs5te notre esprit1 qu' pe9e n\s ap]cevons-n\s de l'insuffisance de l'imitation4 ,le musici5 p\rra donc dess9] des images sonores d'un trait musical aussi bref1 aussi sommaire1 aussi conv5tionnel que la ligne p> laquelle le dess9ateur reprs5te une image visuelle2 notre imag9ation complte cette figure s*matique1 la remplit de ses reprs5tations1 et n\s fait app>atre l'image intgrale de l'objet4 ,c'e/ a9si que la musique reprs5te sans les reproduire t\t fait les bruits de la nature1 les murmures de la =t1 le *ant des oiseaux1 le ry?me des vagues1 le sifflem5t du v5t1 le tonn]re1 le grondem5t du canon1 le t9tem5t des clo*es1 les acc5ts d'une voix joyeuse1 irrite ou pla9tive4 ,on a beauc\p discut sur la lgitimit de ces imitations4 ,quelques e/htici5s svres n'y veul5t voir qu'un div]tissem5t puril4 ,je crois qu' la critiqu] a9si ils p]d5t leur temps4 ,en fait les plus gr&s musici5s1 dans des oeuvres trs srieuses1 l'ont pratique4 ,l'imitation musicale e/ possible1 n\s y pr5ons plaisir et n\s sommes libres4 ,il n'e/ donc pas probable que n\s y r5oncions jamais4 ,qu& elle ne s]ait qu'un jeu1 l'art a droit au caprice4 ,t\t ce que l'on peut lui dem&]1 c'e/ d'tre discrte1 et plus symbolique que littrale4 ,mais il s]ait t\t fait inju/e de mconnatre ce qu'il y a de potique dans ces rm9isc5ces de la nature qui pass5t de temps autre dans la musique in/rum5tale4 ,avec ces images sonores app>atront en mme temps1 voques p> association d'ides1 les images visuelles correspondantes4 ,a9si une imitation mme trs discrte du bruit ry?m des vagues qui batt5t une falaise n\s les f]a voir1 glauques1 cumantes1 bondissant l'assaut des ro*]s4 ,n\s ne p\vons ent5dre une m>*e funbre sans n\s reprs5t] des images de deuil4 ,le timbre de c]ta9s in/rum5ts agit sur l'imag9ation visuelle d'une manire spciale4 ,les masses d'in/rum5ts de cuivre1 dans les gr&es symphonies militaires1 veill5t l'ide d'une tr\pe gu]rire c\v]te d'armures t9celantes1 m>*ant la gloire ou la mort#ag4 ,la h>pe veille des ides de triomphe1 de gloire et de spl5deur4 ,les sons de la rgion aigu ont un clat cri/all9 et rayonnant1 qui voque l'esprit l'ide de ftes brillantes1 de banquets magnifiques inonds de lumire1 ou qui transporte notre imag9ation dans le monde gracieux de la ferie#ah4 ,le cor e/ un in/rum5t ess5tiellem5t potique4 ,aucun in/rum5t peut-tre n'agit aussi puissamm5t sur la fantaisie de l'auditeur4 ,les sons du cor transport5t l'esprit au lo91 dans les libres espaces1 au se9 des va/es =ts1 s\s l'ombrage des *nes sculaires1 ou dans les pays *>mants du rve et de la ferie1 aux bords des claires fonta9es o l'on ent5d p> les belles nuits d't rsonn] les notes my/rieuses du cor d',obron#ai4 ,telle peut tre la puissance de la sugge/ion musicale1 que les images secondaires pass5t au premi] plan de la consci5ce1 et n\s fass5t oubli] la musique mme2 n\s ne l'ent5dons plus que d'une oreille di/raite1 comme un accompagnem5t notre rv]ie2 ou bi5 encore n\s la faisons entr] dans notre songe1 dans lequel elle se fond et se trans=me4 ,a9si le dormeur qui rve de batailles p5dant que la pluie f\ette les vitres p]oit ce bruit sans en avoir consci5ce2 il l'utilise en quelque sorte p\r donn] plus d'int5sit ses reprs5tations2 et ce qu'il croit ent5dre rellem5t1 c'e/ le crpitem5t de la fusillade4 ,jamais bi5 ent5du ces sugge/ions de la musique n'auront la nettet que peut avoir une description v]bale4 ,la musique purem5t in/rum5tale ne doit mme pas *]*] suggr] des images trop prcises4 ,elle n'y russirait que trs difficilem5t1 et p\r l'avoir t5t risqu]ait d'tre obscure4 ,on peut dire que t\j\rs1 dans la musique descriptive programme prcis1 quelque *ose des int5tions du musici5 *appe l'auditeur4 ,le mal ne s]ait pas trs gr& si la composition1 ab/raction faite de t\te int5tion descriptive1 re/ait assez musicale p\r intress] p> elle-mme4 ,mais cela prcism5t n'e/ possible que si l'auteur s'e/ ab&onn son inspiration sans *]*] r5dre avec prcision telle ou telle image1 c'e/--dire s'il n'a pas suivi un programme trop dt]m94 ,s'il a v\lu reprs5t] =mellem5t quelque *ose1 voil des int5tions1 trangres la musique pure1 qui int]vi5n5t dans son inspiration2 int5tions qui peuv5t donn] l'oeuvre plus de ri*esse et d'intrt si elles sont comprises1 mais qui tr\bl5t et inquit5t l'auditeur si elles ne le sont pas4 ,on ne se laisse plus all] ses impressions4 ,on s5t bi5 que cette musique des prt5tions symboliques1 qu'elle veut dire quelque *ose1 mais quoi8 ,le s5s *appe2 et si l'on r5once le *]*]1 l'oeuvre1 prise au s5s propre1 c\te comme de la pure musique1 p>atra biz>re et incohr5te4 ,la musique descriptive devra donc se cont5t] d'entran] l'esprit de l'auditeur dans une c]ta9e direction1 en laissant t\j\rs la fantaisie individuelle un c]ta9 jeu4 ,dans l',&ante de la symphonie pa/orale1 il n'e/ pas d\teux d'abord que ,bee?ov5 n'ait v\lu donn] sa scne musicale un c>actre reprs5tatif2 il l'a bi5 situe m5talem5t au bord du ruisseau1 et je puis aj\t] en t\te c]titude1 d'aprs le c>actre de la phrase mlodique qui donne son acc5t t\te la scne1 dans la pr(ondeur des bois4 ,ma9t5ant s'e/-il propos cette gageure purile1 de figur] aussi exactem5t que possible1 p> le moy5 des sons1 un tableau dt]m98 ,ce s]ait lui faire injure1 c> ce s]ait suppos] qu'il n'tait ni musici51 ni pote4 ,n\s devons concevoir t\t autrem5t1 et l'tat d'me dans lequel il a compos son oeuvre1 et la nature des sugge/ions qu'il veut n\s donn]4 ,il s'e/ transport en imag9ation1 comme fait le pote1 au se9 de la nature2 il a prt l'oreille au *ant des oiseaux1 leur appel mlancolique1 aux rumeurs pr(ondes de la =t2 il s'e/ rappel ses rv]ies de prom5eur solitaire2 il a recueilli en lui-mme1 p\r s'en pntr] davantage1 t\tes les motions qu'il en avait reues4 ,et librem5t1 p5dant que passai5t en lui ces images d'allgresse ou de mlancolie1 il a *ant4 ,et de lui-mme1 p>ce que son me tait t\te musicale1 ce *ant intrieur s'e/ mis en h>monie avec ces images4 ,il n'a v\lu r5dre ni le murmure du ruisseau1 ni les rides lgres qui pass5t sa surface2 mais la mlodie qui s'e/ alors prs5te spontanm5t son esprit tait celle que l'on peut concevoir1 en p5sant ces *oses2 elle tait inspire de ces rv]ies1 et elle les inspirait aussi1 tantt subordonne1 tantt dom9ante1 en sorte que p>fois les rm9isc5ces de la nature affleur5t en quelque sorte dans la composition1 que p>fois elles s'effac5t p\r faire place la musique pure4 ,qui p\rrait dt]m9] le rapport qui s'tablit entre ces images potiques1 fuyantes et mobiles1 et le *ant qui les accompagne8 ,il doit tre aussi v>iable que celui qui s'tablit dans la p>ole mue1 p> exemple lorsque n\s dcrivons un spectacle m\vant auquel n\s avons assi/1 entre la p5se que n\s v\lons exprim] et les intonations de notre voix2 tantt ces intonations rpond5t l'motion que n\s avons pr\ve1 tantt p> une sorte de mimique symbolique elles se font semblables aux objets dont n\s p>lons1 elles en figur5t de quelque manire le m\vem5t1 la gr&eur1 le c>actre et jusqu' la =me mme4 ,il ne faut donc pas se dem&] si tel effet musical exprime le miroitem5t de l'eau1 ou son murmure1 ou l'impression que n\s en recevons2 il exprime un peu de t\t cela1 p>ce que t\t cela tait prs5t l'esprit du musici5 au mom5t de l'inspiration4 ,il doit en tre de mme dans une description musicale quelconque4 ,si elle e/ vraim5t musicale1 elle ne reproduira littralem5t aucun des bruits que n\s p\vons p]cevoir dans la ralit1 la c>actri/ique de ces bruits tant de n'tre pas musicaux2 elle les transpos]a2 elle ne n\s en prs5t]a qu'un quival5t4 ,et de mme1 ce s]a p> une transposition symbolique1 p> de vritables mtaphores qu'elle reprs5t]a l'app>5ce visible des *oses4 ,ce qu'elle n\s f]a p]cevoir en ralit1 ce ne s]ont jamais que des notes1 des accords musicaux1 des mlodies et de l'h>monie1 en un mot de la musique pure4 ,cette musique s]a t\j\rs de quelque manire en correspondance avec les visions qui l'ont inspire4 ,mais le seul rapport con/ant que l'on puisse exig] entre ces deux t]mes1 le seul d'ailleurs qui naturellem5t s'tablisse1 c'e/ un rapport d'h>monie4 -- ,ma9t5ant1 que se pass]a-t-il dans l'esprit de l'auditeur1 qu& l'oeuvre a9si compose lui s]a s\mise8 ,ici le m\vem5t psy*ique s'opre en s5s inv]se4 ,le compositeur allait de l'image au motif musical#bj2 l'auditeur devra all] du motif musical1 qui seul lui e/ donn1 l'image4 ,il a peu de *ances p\r la retr\v] exactem5t telle que le compositeur l'avait conue4 ,que cela ne n\s t\rm5te pas4 ,n'essayons pas de dev9]4 ,la musique a bi5 autre *ose faire que d'ex]c] notre sagacit4 ,laissons-n\s all]1 sans n\s impos] aucun ef=t de p5se1 la simple contemplation4 c\tons cette phrase musicale qui n\s en*ante comme n\s c\t]ions le bruissem5t du feuillage1 sans plus n\s proccup] de lui tr\v] un s5s4 ,d'elle-mme la p5te de la rv]ie entran]a notre imag9ation dans le s5s v\lu4 ,les images qui spontanm5t n\s app>atront se mettront en accord avec la mlodie2 elles en pr5dront l'allure1 le c>actre1 la te9te s5tim5tale2 et il se tr\v]a que sans l'avoir *]* n\s n\s reprs5t]ons des scnes de la nature1 s9on id5tiques1 du mo9s analogues celles que le musici5 avait conues4 ,n\s sommes a9si entrs dans son oeuvre plus pr(ondm5t que n\s n'aurions fait1 si n\s n\s tions appliqus l'int]prt]3 n\s en avons retr\v l'intime posie4 ,on s'expliqu]a de la mme manire comm5t la musique arrive reprs5t] des s5tim5ts complexes tels que l'esprance1 le regret1 le dsespoir1 la fureur1 la ha9e ou l'am\r4 ,p> les mmes procds qui lui s]v5t dcrire les scnes de la nature1 elle voqu]a les drames de la vie intrieure4 ,le compositeur1 pntr du s5tim5t qu'il veut exprim]1 et se donnant l'int5se reprs5tation de la scne morale qu'il veut dcrire1 se laiss]a simplem5t all] l'inspiration musicale2 il ne *]*]a pas des accords qui signifi5t qu'il pr\ve cette motion1 mais des accords qui soi5t en h>monie avec elle et qui la lui r5d5t amplifie de leur expression4 ,t\s les m\vem5ts de la passion qu'il pr\ve p\r son compte ou qu'il prle son p]sonnage imag9aire1 lans ou pro/rations1 t5sions et dt5tes1 auront leur contre-c\p dans le trac de sa phrase mlodique2 ils s'y inscriront comme dans un graphique2 ils dt]m9]ont les intonations de ce *ant intrieur1 ?me initial1 t\j\rs improvis1 qu'ensuite on dveloppe loisir4 ,l'auditeur son t\r1 s'il a lui-mme une me passionne en qui ces acc5ts pa?tiques doiv5t tr\v] un *o1 pr\v]a p> contre-c\p des motions analogues2 et ce sont celles-l que la musique lui sembl]a exprim]4 ,n\s avons *]*] enf9 quel tat d'me correspond l'audition de la musique purem5t musicale1 de celle qui n'a l'int5tion de figur] quoi que ce soit1 et n\s fait simplem5t p]cevoir des =mes sonores en dehors desquelles n\s n'avons ri5 n\s reprs5t]4 ,elle e/ potique1 elle aussi4 ,elle peut l'tre un degr m95t4 ,je ne sais si aucun pome1 aucune oeuvre d'art1 aucun spectacle de la nature donne une impression de posie comp>able celle que produis5t c]ta9es oeuvres musicales1 dont p\rtant il s]ait impossible de dire ce qu'elles reprs5t5t ou ce qu'elles exprim5t4 ,notre ?orie psy*ologique semble ici se tr\v] en dfaut4 ,n\s n\s tr\vons en prs5ce d'une oeuvre d'art la p]ception de laquelle ne semble s'aj\t] aucune rv]ie1 et p\rtant elle e/ potique4 quel titre1 et j'allais dire de quel droit l'e/-elle8 ,la musique non descriptive a dj cela de la rv]ie1 qu'elle ne fait aucun appel la rflexion4 ,ri5 ici int]prt]1 ri5 expliqu]4 ,on p>le bi5 d'ides musicales2 ce n'e/ qu'une faon de p>l]1 assez dfectueuse d'ailleurs2 ces prt5dues ides ne sont que des ?mes musicaux1 des =mes sonores1 qui n'ont avec une conception intellectuelle aucune analogie4 ,aprs quelques in/ants d'audition1 la p5se1 compr5ant qu'elle n'a ri5 faire ici1 se ds9tresse de ce qui se passe2 elle s'accorde un rpit1 et s'endort4 ,on entre dans l'tat purem5t contemplatif4 ,on assi/e au dfil des images sonores4 ,et ce dfil1 l5t ou prcipit1 a t\j\rs quelque *ose d'm\vant1 de pa?tique4 ,c> la musique non descriptive e/ nanmo9s expressive4 ,elle l'e/ puissamm5t et con/amm5t1 au po9t qu'il n'e/ pas un acc5t de la mlodie1 pas un acc5t ry?mique1 pas un accord qui ne corresponde une nuance d'motion p>ticulire4 ,la musique1 dit ,ta9e1 a cela d'exquis qu'elle n'veille pas en n\s des =mes1 tel paysage1 telle physionomie d'homme1 tel vnem5t ou situation di/9cte1 mais les tats de l'me1 telle nuance d'allgresse ou de mlancolie1 tel degr de t5sion ou d'ab&on1 la plus ri*e plnitude de srnit ou une mortelle dfaillance de tri/esse4 ,t\te la population ord9aire d'ides a t balaye1 il ne re/e que le fonds huma91 la puissance inf9ie de j\ir et de s\ffrir1 les s\lvem5ts et les apaisem5ts de la crature n]veuse et s5tante1 les v>iations et les h>monies innombrables de son agitation et de son calme#ba4 ,tels sont bi5 les s5tim5ts dont n\s affecte immdiatem5t la musique4 ,mais agissant ce po9t sur la s5sibilit1 comm5t n'ex]c]ait-elle pas indirectem5t une action sur l'imag9ation8 ,comm5t1 n\s tr\vant dans cet tat de dt5te intellectuelle si favorable au rve1 et p> surcrot vibrants1 mus1 ne rv]ions-n\s pas8 ,ce ne s]a ri5 de prcis4 ,mais il e/ impossible que ces acc5ts pa?tiques n'veill5t pas en n\s des espoirs1 des dsirs1 des regrets1 des no/algies1 qui comme t\s nos s5tim5ts t5dront s'pan\ir en s\v5irs et en images4 ,cela bi5 ent5du n'e/ pas obligatoire4 ,n\s avons p>faitem5t le droit de pr5dre la musique au s5s propre1 d'en gt] la facture1 l'lgance1 la beaut1 l'expression purem5t musicale1 et de ne pas n\s dp5s] son sujet en motions ou rv]ies supplm5taires4 ,mais n\s appell]ons au contraire ces motions et ces rv]ies de t\t notre coeur1 si n\s sommes potes4 ,n\s pr(it]ons de cette occasion qui n\s e/ donne de mettre en jeu notre imag9ation4 ,n\s irons au-devant des sugge/ions1 lo9 de leur rsi/]4 ,n\s voyons donc que la musique non descriptive e/ m9emm5t potique en ce s5s que plus qu'aucune autre elle n\s incite la libre rv]ie4 ,elle l'e/ encore en ce s5s qu'elle n\s donn]a1 plus que des tableaux et des /atues1 plus qu'une action dramatique1 plus qu'un pome1 la s5sation de l'imag9aire4 ,la musique e/ t\te d'inv5tion huma9e2 elle ne ressemble ri54 ,le trait mlodique dess9e son arabesque1 re/e un in/ant t\t enti] prs5t la consci5ce1 et s'van\it4 ,des voix s'lv5t1 frmissantes et passionnes1 qui ne sont la voix d'aucun tre4 ,p>fois s'difi5t de m]veilleuses ar*itectures2 l'in/ant d'aprs elles se tr\v5t diffr5tes1 plus mobiles et dcevantes que les palais de la fe ,morgane4 ,la musique n\s transporte dans un monde trange et m]veilleux1 o n\s p]dons consci5ce de t\tes les ralits4 ,aprs quelques m9utes d'audition1 qu& elle n\s a saisis t\t enti]s1 elle ne n\s donne plus l'impression d'un bruit rel que n\s p]cevrions au dehors2 elle devi5t intrieure et t\te psy*ique4 ,elle n\s fait l'effet d'un rve1 plus ri*e1 plus color1 plus pa?tique1 plus dlirant que ceux que peuv5t suggr] le has*i* ou la fivre4 ,je me s\vi5s de m'tre un j\r tr\v dans cet tat d'esprit1 d'une manire bi5 c>actrise1 au c\rs d'une audition musicale4 ,ce j\r-l s'tait produit ce phnomne bi5 connu1 cette motion int5se qui p>fois pr5d un auditoire et revi5t aux excutants1 dont le jeu devi5t plus expressif encore3 alors l'effet e/ incomp>able4 ,on ne voit plus ri54 ,la f\le presse sur les grad9s1 les in/rum5ts1 la salle1 le sc9tillem5t des lu/res1 t\t disp>at4 ,seule1 la gr&e voix de l'or*e/re s'lve comme d'elle-mme1 et plane dans le sil5ce absolu4 ,j'tais donc p]du dans cette extase4 ,a quoi p5sais-je8 ,a ri5 je crois4 ,c'tait un tat de pure contemplation musicale4 ,mais p5dant que je me laissais a9si all] cette contemplation1 peu peu1 je m'en suis r5du compte aprs c\p1 mon att5tion a*evait de se dt5dre2 je ne m'appliquais mme plus p]cevoir les =mes sonores2 les sons1 ne m'affectant plus que comme s5sation1 dev5ai5t eux aussi un simple tat de consci5ce4 ,et t\t c\p je rev9s la ralit4 ,qui m'y avait ram58 ,peut-tre un incid5t extrieur1 un bruit insolite1 une s5sation de gne physique due une immobilit prolonge2 peut-tre un ret\r spontan de l'activit m5tale1 comme lorsqu'on se rveille simplem5t p>ce qu'on a assez dormi4 ,je reg>dai aut\r de moi4 ,l'aspect de la salle1 ce mom5t2 tait curieux4 ,un milli] d'tres huma9s tai5t l immobiles1 les yeux fixes1 en tat d'hypnose1 p5dant que de son bton le *ef d'or*e/re1 avec de gr&s ge/es1 semblait p&re sur eux le fluide musical4 ,quelle *ose trange que la musique6 ,vraim5t je ne sais si n\s p\vons jamais n\s tr\v]1 t\t veills1 dans un tat m5tal aussi vois9 du rve proprem5t dit que dans l'audition musicale4 ,enf9 ce rve e/ e/htique de sa nature2 il l'e/ p> obligation1 il ne peut pas ne pas l'tre4 ,la musique en effet se meut dans l'h>monie2 elle n'emploie que des comb9aisons sonores qui prs5t5t p> elles-mmes un c>actre de beaut4 ,la matire premire qu'elle met en oeuvre1 le simple son musical e/ dj quelque *ose d'e/htique2 *acune des notes dont se compose une mlodie e/ en elle-mme un pur accord2 dans son mission mme il y a de l'art4 ,une ligne peut tre dp\rvue de beaut2 un motif musical ne le peut pas4 ,a9si la musique e/ e/htique p> ess5ce4 ,je ne p>le pas seulem5t de la gr&e expression pa?tique qui sort de l'ensemble d'une oeuvre donne2 mais dans le dtail1 dans *aque mesure1 dans *aque accord1 il y a une beaut d'expression4 ,dans les belles oeuvres musicales t\t conc\rt port] l'impression de posie son plus haut degr4 ,c]ta9es symphonies doiv5t compt] p>mi les plus beaux rves que l'homme ait jamais conu4 ,,*apitre ,v ,,la ,,po,,sie ,,litt,,raire #a4 -- ,,effet ,,sur ,l',,intellig5ce4 ,n\s considr]ons enf9 une oeuvre littraire1 et *]*]ons n\s r5dre compte de ce qui se passe en n\s au c\rs de notre lecture4 ,qu& je lis une page de prose prosaque1 mon esprit travaille4 ,je *]*e compr5dre les phrases1 m'assimil] les ides4 ,alors mme que l'on me p>l]ait de *oses concrtes qu'il faut que je me reprs5te 7description d'une ma*9e1 rcit d'un fait hi/orique1 etc471 je me s]s de mon imag9ation p\r me figur] les *oses dans leur ralit4 ,jusqu'au t]me de ma lecture1 j'ai g>d ma ple9e lucidit d'esprit4 ,mme effet si je lis des v]s d'un c>actre te*nique1 didactique1 philosophique1 de ceux en un mot o l'auteur s'e/ propos d'exprim] des ides4 ,je puis les lire avec intrt1 admir] leur +niosit1 leurs qualits de facture1 la ju/esse1 la pr(ondeur de la p5se4 ,ils peuv5t excit] mon intellig5ce2 mais en fait1 et p\r cette raison mme1 ils ne me donn5t aucun degr l'impression de posie4 ,je dois faire encore ce sujet une rem>que dont on v]ra t\t l'heure l'utilit3 c'e/ que le s5s d'une phrase ab/raite et prosaque e/ conu p> un acte trs rapide de l'esprit et comme dans un clair4 ,on peut re/] quelque temps avant de compr5dre2 mais ds que l'intellection se produit1 c'e/ une illum9ation brusque1 in/antane4 ,c'e/ que de telles phrases n\s donn5t seulem5t une ide des *oses1 et l'ide a cette p>ticul>it1 de ne p\voir sj\rn] dans l'esprit2 elle ne peut que pass]2 elle e/ le mom5t de l'ap]ception4 ,soit au contraire une oeuvre potique4 ,l'allure qu'elle donn]a ma p5se s]a t\te diffr5te4 ,je pr5drai desse9 mes exemples dans des oeuvres trs connues1 que *acun ait prs5tes l'esprit et sur lesquelles il soit facile de refaire l'expri5ce4 ,j'ouvre la ,lg5de des sicles4 ,je relis le ,petit roi de ,galice3 ,ils sont l t\s les dix1 les enfants d'/urie4 ,la mme affaire unit dans la mme prairie ,les c9q de ,santillane aux c9q d',ovi$o4 ,c'e/ midi2 les mulets1 trs las1 ont beso9 d'eau1 ,l'ne a soif1 le *eval s\ffle et baisse un oeil t]ne1 ,et la tr\pe a fait halte auprs d'une cit]ne4 ,qu& je comm5ce lire ces v]s1 ma p5se e/ lucide1 mon att5tion excite4 ,il me faut int]prt] ce texte1 compr5dre ce que le pote veut dire1 me mettre au c\rant de la situation4 ,je suis encore moi4 ,j'ai consci5ce d'tre dans ma *ambre1 un livre en ma94 ,je vois la page imprime4 ,j'articule en moi-mme les mots que je lis4 ,mais bi5tt la sugge/ion potique t5d se produire4 ,des images m'app>aiss5t1 encore vagues et indcises3 ,v]s le ,nord1 le tr\peau des nuages qui passe1 ,p\rsuivi p> le v5t1 *i5 hurlant de l'espace1 ,s'enfuit1 t\s les pics laissant de sa toison4 ,le ,corcova remplit le fond de l'horizon4 ,mais je m'enfonce davantage dans ma lecture4 ,l'intrt dramatique du pome devi5t plus int5se2 la sugge/ion opre avec plus de =ce3 ,al]te6 ,un cavali] passe dans le *em94 ,c'e/ l'heure o les soldats1 aux yeux l\rds1 aux fronts blmes1 ,la sie/e f9issant1 se rveill5t d'eux-mmes4 ,le cavali] qui passe e/ habill de f]2 ,il vi5t p> le s5ti] du ct de la m]2 ,il entre dans le val2 il fran*it la *ausse2 ,calme1 il appro*e 4 4 4 ,a p>tir de ce mom5t1 le c\rs de ma p5se e/ dcidm5t ori5t dans le s5s de la rv]ie2 et ce mom5t prcis1 que l'on p\rrait m>qu] dans t\te oeuvre d'imag9ation1 e/ celui o le lecteur pr\ve1 p\r un des p]sonnages mis en scne1 une motion sympa?ique4 ,jusque-l1 on p5sait1 on imag9ait volontairem5t4 p>tir de ce mom5t1 on e/ pris1 saisi1 entran4 ,on entre dans l'tat second1 dans une sorte de transe1 o l'on devi5t docile t\tes les sugge/ions4 ,n\s n\s plaons au po9t de vue de ce p]sonnage4 ,n\s voyons de ses yeux1 et avec la nettet que l'motion donne nos reprs5tations1 les vnem5ts qui vont se dr\l]4 ,ces images visuelles1 les premires app>ues1 vont am5] les autres leur suite4 ,qu& s'engag]a la scne pique1 hroque1 o ,rol&1 seul contre c5t1 tran*]a de ses gr&s c\ps d'pe gants et b&its1 je n'aurai plus consci5ce de me la figur]1 je croirai la p]cevoir4 ,qu'elle soit m]veilleuse1 invraisemblable1 peu importe ma9t5ant1 puisque j'y assi/e6 ,j'ent5ds les *ocs d'armure1 les gmissem5ts1 les clameurs de la bataille4 ,dur&al1 tu] ces coqu9s s'br*ant1 ,avait jon* de morts la t]re1 et fait ce *amp ,plus v]meil qu'un nuage o le soleil se c\*e2 ,elle s'tait rompue en ce labeur f>\*e2 ,ce qui n'emp*ait pas ,rol& de s'avanc]2 ,les b&its1 le croyant prt recomm5c]1 ,tremblants comme des boeufs qu'on ramne l'table1 ,a *aque m\vem5t de son bras r$\table1 ,reculai5t1 lui montrant de lo9 leurs c\telas2 ,et1 pas pas1 ,rol&1 sanglant1 t]rible1 las1 ,les *assait devant lui p>mi les fondrires2 ,et1 n'ayant plus d'pe1 il leur jetait des pi]res4 ,longtemps encore aprs que la lecture e/ t]m9e1 on e/ hant de cette tragique vision1 d'autant plus obsdante qu'elle re/e ina*eve4 ,elle subsi/e au plus pr(ond de n\s-mmes alors mme que n\s n'y p5sons plus1 comme une *ose relle qu& n\s en dt\rnons les yeux4 ,la posie1 avons-n\s rem>qu1 n'e/ pas inhr5te la =me du v]s4 ,n\s aurions pu t\t aussi bi5 en dem&] des exemples la prose4 ,il e/ des pages de ,j4-,j4 ,r\sseau1 de ,*ateaubri&1 de ,guyau1 de ,loti1 de ,maet]l9ck1 qui ont un *>me comp>able celui des plus beaux pomes4 ,veut-on des exemples de la sugge/ion porte son degr le plus int5se8 ,c'e/ dans l'pope en prose1 dans le roman que n\s en p\rrions tr\v]4 ,p\r des raisons div]ses sur lesquelles n\s aurons rev5ir1 la prose peut branl] l'imag9ation plus =tem5t encore que le v]s4 ,la lecture d'un roman peut dt]m9] en n\s de vritables halluc9ations4 ,n\s ne vivons plus de notre vie propre1 mais de la vie des p]sonnages dont n\s suivons l'exi/5ce av5tureuse4 ,n\s s\ffrons de leur s\ffrance1 n\s n\s p\vantons de leurs t]reurs1 n\s aimons de leurs am\rs4 ,n\s les voyons agir devant n\s1 et p\rtant n\s s5tons que n\s sommes en eux1 comme dans notre d\ble1 comme dans un ,moi qui n\s s]ait extrieur4 ,notre rv]ie pr5d absolum5t les c>actres du songe2 n\s sommes aussi trang]s aux ralits extrieures1 aussi isols dans nos reprs5tations que n\s p\vons l'tre dans le sommeil le plus pr(ond4 ,et de fait1 sommes-n\s vraim5t veills8 ,il me semble plutt que n\s entrons dans un tat d'hypnose1 accompagn de s5sations assez p>ticulires qui montr5t que quelque *ose dans les fonctions physiologiques du c]veau e/ modifi3 c'e/ dans la tte une s5sation de tideur un peu fivreuse et p\rtant agrable2 c'e/ une allure p>ticulire des images qui se prs5t5t p> tableaux t\t faits1 comme des images colories que l'on reg>d]ait et non comme de simples reprs5tations4 ,c'e/ un degr pe9e attnu ce qui se produit dans la somnol5ce d'une l\rde aprs-midi d't1 qu& sans f]m] t\t fait les yeux on s'accorde quelques m9utes de rvass]ie2 ou bi5 en wagon1 dans cette sorte d'excitation crbrale un peu tr\ble que cause la trpidation du tra91 dans cette demi-fivre qui br\ille et acclre les associations d'ides1 qui fait app>atre et disp>atre brusquem5t les images1 comme si l'on avait sec\ la bote s\v5irs de l'esprit#bb2 ou bi5 encore au co9 du feu1 aprs une longue m>*e p> la pluie et le v5t1 qu& on s'eng\rdit dans le bi5-tre de la raction physique1 et que l'afflux du sang au c]veau fait rep>atre en demi-halluc9ation les s\v5irs de la j\rne4 ,tel e/ bi5 l'effet des romans1 surt\t lorsqu'il s'agit de ces rcits m]veilleux qui ont dj p> eux-mmes l'allure du rve3 les ,mille et une nuits1 ,cyrano de ,b]g]ac aux pays du soleil1 ,gulliv] ,lilliput1 les ,contes fanta/iques d',h(fmann1 ,&]s51 ,e4 ,poe1 ,rudy>d ,kipl+6 ,visions halluc9antes qui n\s font entr] si pr(ondm5t dans le monde imag9aire1 qu'il n\s faudra un ef=t presque d\l\reux p\r rev5ir la ralit4 ,p5dant que n\s sommes a9si hypnotiss1 qu'un incid5t quelconque1 une sonnette qui t9te1 une voix qui n\s int]pelle1 n\s tire brusquem5t de notre rve3 n\s avons ce reg>d eff> du dormeur qui se rveille en sursaut4 ,n\s considrons avec /upeur les objets qui n\s ent\r5t1 ne les reconnaissant plus4 ,n\s rev5ons de si lo96 ,n\s avons tudi l'effet de la posie dans des =mes assez v>ies p\r p\voir en dt]m9] la nature4 ,n\s voyons d'abord que dans la lecture d'une oeuvre potique1 notre esprit e/ plus actif qu'il ne le croit lui-mme4 ,il n\s semble que t\te notre activit se rduit la contemplation des images qui n\s s]ai5t prs5tes t\tes =mes dans l'oeuvre mme4 ,c'e/ en effet de cet acte de vision intrieure que n\s avons surt\t consci5ce2 mais le meilleur de notre activit e/ consacr la =mation mme de ces images4 ,elles sont en effet notre oeuvre4 ,n\s les attribuons au pote lui-mme1 p>ce que c'e/ lui qui les a le premi] inv5tes2 n\s n\s figurons mme1 p> une illusion presque irrsi/ible1 les voir dans le texte que n\s avons s\s les yeux1 comme si elles en faisai5t p>tie intgrante4 ,mais cette page imprime n'e/ qu'une surface blan*e macule de noir4 ,ce n'e/ pas l qu'e/ le pome qui n\s en*ante3 il e/ dans les p5ses que n\s suggre notre lecture1 et ces p5ses1 n\s ne p\vons les retr\v] qu'en n\s-mmes1 en les concevant notre t\r1 c'e/--dire en concevant des p5ses analogues celles que l'auteur avait dans l'esprit qu& il crivait ces lignes4 ,lire un pote1 c'e/ faire oeuvre de posie2 c'e/ imag9] des tableaux con=mm5t aux indications p>fois trs brves qui n\s sont f\rnies4 ,n\s le faisons sans ef=t1 c> l'art du pote consi/e ju/em5t n\s p>gn] t\t ef=t2 il procde p> sugge/ions si dlicates que n\s n'en pr5ons mme pas consci5ce2 d'un mot1 d'une inflexion de voix il sait rveill] la posie lat5te dans l'me la plus vulgaire4 ,je ne dis donc pas que n\s ayons gr& mrite ce travail de re/auration m5tale4 ,je con/ate qu'il e/ bi5 notre oeuvre1 et que c'e/ bi5 dans notre propre esprit que se dr\l5t t\tes les phases du pome1 p> une incessante cration d'images qui e/ dirige sans d\te1 dt]m9e en gr&e p>tie1 mais qui dem&e p\rtant une c]ta9e initiative intellectuelle4 ,en second lieu1 n\s obs]vons que d'ord9aire la phrase potique ne n\s livre t\te sa signification que peu peu1 s\v5t mme aprs c\p4 ,il n\s faut un c]ta9 temps p\r entr] dans cet tat de rv]ie qui c>actrise la contemplation potique4 ,au mom5t o n\s lisons un v]s1 n\s n'en ap]cevons que le s5s littral3 et puis les images app>aiss5t1 en suggr5t d'autres1 qui ouvr5t notre imag9ation des p]spectives illimites4 ,les beaux v]s ne peuv5t se lire que l5tem5t4 ,il faut que n\s ayons le temps d'en voqu] t\te la posie lat5te4 ,les plus potiques n\s font le plus longtemps rv]4 ,aprs qu'on les a dits1 on peut faire sil5ce2 le pome ne s]a pas p\r cela int]rompu2 longtemps encore il cont9u]a de se dvelopp] en n\s-mmes p> son m\vem5t propre2 et c'e/ peut-tre dans cette priode qu'il n\s donn]a l'impression la plus potique4 ,a9si le t9tem5t d'une c\pe de cri/al se prolonge en vibrations d'une exquise puret1 dont n\s ent5dons encore la rsonance idale qu& dj notre oreille ne les p]oit plus4 ,n\s p\vons dt]m9] enf9 avec quelle =ce une oeuvre littraire doit agir sur l'imag9ation p\r produire l'effet le plus potique4 ,entre les oeuvres purem5t intellectuelles que n\s avons cites d'abord comme exemple de prosasme absolu1 et les oeuvres purem5t imag9atives qui dt]m95t de vritables halluc9ations1 il e/ des degrs l'inf9i4 ,de ces degrs div]s1 quel e/ le plus favorable8 ,exam5 fait1 on reconnatra que c'e/ le degr moy51 o ne se produit que l'illusion consci5te et lucide1 c>actri/ique de l'tat de rv]ie4 ,les potes s'+ni5t donn] leurs oeuvres les titres les plus div]s2 ce s]ont des ,h>monies1 des ,voix intrieures1 des ,*ants du crpuscule1 des ,mditations1 des ,contemplations3 en ralit1 t\tes p\rrai5t aussi bi5 tre intitules des ,rv]ies1 c> elles ne sont pas autre *ose4 ,les sugge/ions trop int5ses n\s meuv5t comme le f]ait la ralit1 niais elles ne n\s sembl5t pas plus potiques4 ,relisez un pome trs dramatique1 v\s reconnatrez que l'impression potique se produit surt\t dans les in/ants o l'action se ral5tit1 et laisse la p5se pr5dre l'attitude contemplative3 p> exemple dans les descriptions qui s]v5t de pause au rcit4 ,alors les images se dvelopp5t loisir4 ,rappelons-n\s quelques v]s qui n\s ai5t p>u d'un *>me potique p>ticuli]3 n\s tr\v]ons que ce sont des v]s contemplatifs plutt que dramatiques1 qui ont d tre conu dans un tat de vague rv]ie auquel ils n\s ramn5t4 ,elle v\lut all] sur les flots de la m]1 ,et comme un v5t bn9 s\fflait une embellie ,n\s n\s prtmes t\s sa belle folie ,et n\s voil m>*ant p> le *em9 am]4 ,le soleil luisait haut dans le ciel calme et lisse ,et dans ses *eveux blonds c'tai5t des rayons d'or ,si bi5 que n\s suivions son pas plus calme encor ,que le dr\lem5t des vagues1 dlice6 ,des oiseaux blancs volai5t al5t\r mollem5t ,et des voiles au lo9 s'incl9ai5t t\tes blan*es4 ,p>fois de gr&s v>e*s filai5t en longues bran*es1 ,nos pi$s glissai5t d'un pur et l>ge m\vem5t4 ,elle se ret\rna1 d\cem5t inquite ,de ne n\s croire pas ple9em5t rassurs1 ,mais n\s voyant joyeux d'tre ses prfrs1 ,elle reprit sa r\te et portait haut sa tte4 ,,v]la9e1 ,romances sans p>oles4 ,ce sont bi5 l de ces visions comme on en peut avoir1 au c\rs d'une paisible trav]se1 en contemplant la m] bleue4 ,de t\tes les pages vraim5t potiques que n\s avons pu lire1 en prose ou en v]s1 pr5ons les plus dlicates1 les plus exquises1 celles qui n\s donn5t la plus pure impression de posie4 ,n\s con/at]ons1 le fait e/ significatif1 que ce sont prcism5t celles o l'auteur dcrit un tat de rv]ie4 ,p>fois il p>le en son nom p]sonnel1 se met lui-mme en scne2 p>fois il n\s prs5te quelque p]sonnage imag9aire1 dont il n\s dcrit les p5ses4 ,dans t\s les cas les reprs5tations auxquelles on n\s convie sont de mme ordre4 ,l'tat d'me qui e/ exprim dans ces pages1 c'e/ bi5 la rv]ie4 ,on n'y voit pas la p5se au travail1 faisant ef=t p\r dc\vrir la vrit ou la dmontr]1 mais l'esprit dt5du1 se laissant all] a la contemplation de la nature1 au songe intrieur1 au jeu des pures reprs5tations4 ,n\s-mmes1 n\s n\s donnons cet tat d'me en n\s le reprs5tant1 avec une vague consci5ce de ne n\s en donn] que le spectacle4 ,n\s faisons les mmes songes1 mais sans les pr5dre t\t fait p\r notre compte1 puisque n\s les rapportons un p]sonnage imag9aire4 ,alors mme que l'auteur p>le en son nom p]sonnel1 il n'e/ p> rapport n\s qu'une me trangre laquelle n\s ne p\vons n\s id5tifi] qu' demi4 ,de l le c>actre idal de ces pages de pure rv]ie1 et l'exquise dlicatesse des impressions qu'elles n\s donn5t2 en n\s qui les lisons1 elles sont la reprs5tation imag9aire d'un tat purem5t imag9atif3 le rve d'un rve4 #b4 -- ,,valeur ,,po,,tique ,,de ,,la ,,p5s,e4 ,mais avant d'all] plus lo9 il importe de n\s assur] que notre ?se jusqu'ici ne donne pas prise la critique4 ,que l'imag9ation j\e en posie un rle prpondrant1 le fait ne saurait tre mis en d\te4 ,on tr\v]a sans pe9e des pomes de gr&e valeur littraire qui ne sont que des rves2 au lieu qu'il s]ait impossible de cit] un seul pome fait uniquem5t d'ides pures et de conceptions ab/raites3 s'il en tait de tels1 ils n'aurai5t de la posie que la =me v]bale2 ils ne s]ai5t que de la prose ry?me4 ,on conoit =t bi5 une posie qui ne mette en jeu que l'imag9ation1 on n'en conoit pas qui ex]ce l'intellig5ce seule3 et cela suffit pr\v] que l'image e/ en posie la *ose ess5tielle1 l'ide tant t\t au plus de luxe4 ,avec une intellig5ce moy5ne et une imag9ation vive1 on peut tre pote2 avec l'intellig5ce la plus lucide et la plus =te1 si l'on e/ dp\rvu d'imag9ation1 on devra r5onc] crire un v]s4 ,n\s p\vons aussi pos] en fait1 sans cra9te d'tre contr$its1 que la posie attir]a plutt elle les ,imag9atifs que les intellectuels1 et qu'en n\s mettant son cole n\s t5drons plutt dev5ir des rveurs que des p5seurs4 ,mais n\s sommes alls plus lo91 n\s avons dit qu'en posie l'ide n'e/ ri51 que l'image e/ t\t4 ,non seulem5t la posie s'adresse l'imag9ation de prfr5ce1 mais elle e/ t\te dans l'effet qu'elle produit sur l'imag9ation4 ,elle e/ pure rv]ie4 ,cette ?se sembl]a peut-tre trop exclusive4 ,de quel droit1 n\s dira-t-on1 re/reignez-v\s ce po9t la fonction du pote8 ,quoi donc8 ,n'admettez-v\s pas qu'il ait des ides1 et les mette dans son oeuvre8 ,qu& il v\s en apporte1 les accueill]ez-v\s avec dfiance1 comme un lm5t trang] la vritable posie8 ,et rs]v]ez-v\s votre admiration p\r le pote incomplet1 dsquilibr1 en qui l'imag9ation s'e/ dmesurm5t dveloppe aux dp5s de l'intellig5ce8 ,en fait il e/ des potes1 de trs gr&s potes qui n'ont pas ddaign de p5s]1 et qui n\s donn5t rfl*ir#bc4 ,il y a de =tes p5ses dans ,lucrce2 il y en a de pr(ondes dans ,goe!2 d'+nieuses et subtiles dans ,sully-,prudhomme4 ,l'hi/ori5 de la philosophie ne saurait nglig] la philosophie des potes4 ,a9si votre df9ition1 que v\s avez v\lu faire aussi l>ge que possible1 e/ en ralit bi5 troite1 au po9t de *oqu] les vritables amis de la posie4 ,je suis all au devant des objections4 ,ma9t5ant il faut tir] ces ides au clair4 ,qu'on ne se mpr5ne pas sur ce que je veux affirm]4 ,jamais je n'ai song dire que la p5se pure ne j\ait et n'avait j\] aucun rle dans l'art des v]s4 ,sur la "p qu'il convi5t de lui attribu]1 je n'ai pas me prononc] ici4 ,n\s ne n\s faisons pas t\s de la fonction du pote le mme idal1 et p> consqu5t des div]g5ces se produiront t\j\rs qu& il faudra dcid] si telle oeuvre donne e/ ou n'e/ pas de bonne et vraie posie4 ,les uns dem&]ont au pote de la p5se1 les autres des images1 les autres du s5tim5t1 les autres de la musique4 ,entre ceux qui admir5t ,victor ,hugo1 ceux qui s'en*ant5t de ,lam>t9e ou qui se dlect5t dans ,mall>m1 il ne s]a pas facile de s'ent5dre4 ,il e/ clair que *acun1 jugeant des effets que doit produire la posie d'aprs les impressions qu'il reoit de son pote favori1 les dcrira diffremm5t4 ,il e/ des v]s1 tels ceux de la posie philosophique au ,x,v,i,i,ie sicle1 qui n'voqu5t que l'ide des *oses et ne s'adress5t qu' l'ent5dem5t4 la f9 du ,x,i,xe sicle1 en ,france1 la posie se *>ge d'images1 de reprs5tations concrtes2 c]ta9e cole affect]a mme d'en lim9] la p5se1 et se complaira dans des sries d'images juxtaposes sans aucun li5 logique4 ,n\s n\s tr\vons donc en prs5ce d'un c]ta9 nombre d'oeuvres de c>actre trs diffr5t1 o l'lm5t p5se et l'lm5t image sont doss en t\tes proportions4 ,*acune a ses admirateurs1 qui la ti5n5t p\r le type exemplaire de la posie4 ,*oisirons-n\s entre elles1 en dcidant que celle-ci reprs5te la posie plutt que celle-l8 ,un tel *oix s]ait arbitraire4 ,de ce qu'un idal e/ le ntre1 il ne s'ensuit pas qu'il soit le vrai4 ,qu& on voit les gts se p>tag] ce po9t1 qu& on con/ate de telles div]g5ces entre esprits galem5t s9cres1 galem5t pris du beau1 on compr5d que l'on aurait mauvaise grce prt5dre impos] son op9ion p]sonnelle3 la conciliation s'impose4 ,faute de p\voir *oisir entre les div]ses conceptions de la posie1 le psy*ologue les ti5dra p\r quival5tes4 ,il les tudi]a t\tes avec un gal intrt3 aucune ne devra tre exclue de ses analyses4 ,n\s n'avons donc entr] dans aucune qu]elle d'cole4 ,n\s faisons ici de l'e/htique exprim5tale1 non de l'e/htique rationnelle4 ,n\s *]*ons d'o vi5t en fait1 dans une c\vre potique quelconque1 l'impression de posie4 ,nos prfr5ces e/htiques n'ont que faire dans cette enqute1 et ne doiv5t influ] en ri5 sur le rsultat4 ,ce que j'ai v\lu dire1 c'e/ que la p5se pure n'a ri5 de potique1 et p> consqu5t qu'elle ne doit pas entr] dans notre df9ition de la posie4 ,qu& n\s disons que la posie ne s'adresse pas l'intellig5ce mais seulem5t l'imag9ation1 on compr5dra que ce qu'il y a de vraim5t potique dans un pome1 ce ne sont pas les ides1 mais les images3 et je crois que p]sonne ne f]a difficult de l'admettre4 ,on ne n\s object]a plus que c]ta9s pomes val5t aussi p> la p5se1 et ne n\s font pas seulem5t rv]1 mais encore rfl*ir4 ,je suis le premi] le reconnatre4 ,je sais de trs beaux v]s qui ne dis5t ri5 l'imag9ation2 ils val5t p> la beaut mme de l'ide3 mais p]sonne ne song]ait dire qu'ils sont vraim5t potiques2 aussi devra-t-on tre d'accord avec moi1 qu& je dirai que cela n'e/ pas de la posie4 ,que le pote soit en mme temps un p5seur1 ri5 de mieux3 n\s ne t5ons nullem5t1 en matire d'art1 la division du travail et la sp>ation des g5res4 ,n\s n'exigeons pas que le pote soit uniquem5t pote1 et le soit t\j\rs1 sans rpit ni dfaillance1 jet cont9u4 ,etant plus v>i1 il fatigu]a mo9s4 ,etant plus complet1 il produira une impression e/htique plus puissante4 ,t\t ce qu'il mettra d'ides dans son oeuvre n\s la f]a davantage admir]2 ses v]s en s]ont d'autant plus beaux3 mais ils n'en s]ont pas plus potiques4 ,t\tes les obs]vations que n\s v5ons de faire sur la posie des potes1 n\s les aurions pu faire aussi bi5 sur la posie des prosateurs4 ,c> elle e/ ess5tiellem5t de mme nature4 ,peut-tre mme n\s s]ait-il plus facile1 sur des exemples emprunts aux prosateurs1 de faire accept] notre df9ition de la posie4 ,on e/ acc\tum en effet1 qu& il s'agit des v]s1 ne pas considr] "p l'lm5t spcialem5t potique2 ides ab/raites1 images1 t\t cela ple-mle contribue n\s donn] une impression d'ensemble2 on e/ donc port croire que t\t le cont5u des v]s e/ de la posie4 ,de l les confusions que n\s signalions t\t l'heure1 et la rsi/ance qu'on n\s opposait4 ,considrant en bloc la manire de p5s] des potes1 on n'a plus p\r la c>actris] d'autre ress\rce que de l'oppos] la manire de p5s] des prosateurs2 mais les diffr5ces ne sont pas trs nettes2 on voit bi5 d'une faon gnrale que la posie agit davantage sur l'imag9ation2 mais qu'elle consi/e exclusivem5t dans l'effet produit sur l'imag9ation1 cela p>at p>adoxal et inadmissible4 ,qu& au contraire on p>le de la posie des prosateurs1 il n'y a pas de mprise possible4 ,*acun compr5d qu'il la doit *]*] spcialem5t dans les passages qui produis5t son plus haut degr l'impression potique1 p> opposition ceux qui ne la produis5t aucun degr4 ,on conoit plus facilem5t que cette posie doit consi/] dans une faon de p5s] p>ticulire1 dans un lm5t psy*ique spcial qu'il e/ possible de dgag]1 au mo9s p> ab/raction4 ,n\s ma9ti5drons donc en t\te rigueur notre ?orie1 affirmant que la posie e/ faite d'imag9ation1 et non de p5se4 ,les ides peuv5t tre trs belles1 elles ne sont jamais potiques4 ,t\t au plus peuv5t-elles s]vir comme d'introduction la posie1 qu& elles sont de nature frapp] l'imag9ation et dt]m9] un c\rant de reprs5tations concrtes2 s\v5t une rflexion s'a*ve en rv]ie1 et f9it a9si p> pr5dre le c>actre potique4 ,l'ide gnrale e/ si l'on veut de la posie lat5te2 elle enf]me l'tat virtuel1 cond5ses en une brve =mule1 une multitude d'images que n\s p\rrions dvelopp] si n\s en avions le loisir4 ,mais c'e/ prcism5t p>ce qu'elle les ti5t l'tat virtuel qu'elle e/ une pure ide gnrale3 dveloppez son cont5u1 ce n'e/ plus elle que v\s concevez4 ,la p5se rfl*ie e/ une conc5tration2 la posie e/ une expansion4 ,les deux m\vem5ts sont inv]ses4 ,ils peuv5t alt]n]1 ils peuv5t mme s'appel] l'un l'autre2 mais ils s'exclu5t ncessairem5t4 ,t\j\rs la posie comm5ce au mom5t o l'on cesse de p5s] et de rfl*ir p\r ne plus faire que rv]4 ,je sais que pratiquem5t il e/ assez difficile1 dans une oeuvre donne1 de di/+u] l'ide de l'image1 la conception ab/raite de la reprs5tation concrte4 ,dans presque t\te oeuvre littraire1 l'intellig5ce et l'imag9ation travaill5t en syn]gie#bd4 ,il e/ trs r>e que l'ide se prs5te l'tat pur2 dans l'expression de la p5se la plus ab/raite1 on tr\v]ait encore les mtaphores inhr5tes au langage1 qui pr\v5t une int]v5tion de l'imag9ation2 et d'autre "p1 dans l'int]prtation de la phrase la plus image1 l'intellig5ce j\e t\j\rs un rle4 ,il y a d'ailleurs des degrs l'inf9i dans l'ab/raction2 on ne saurait dire exactem5t o elle comm5ce et o elle f9it4 ,il e/ p\rtant un moy5 empirique d'opr] cette di/9ction4 ,en fait l'ide e/ plus engage dans les mots que l'image2 elle e/ peu prs insp>able dans notre esprit de son expression v]bale4 ,essayez de concevoir isolm5t le s5s d'un mol ab/rait1 votre intellig5ce s'y refuse4 ,lisez une page de philosophie ab/raite et dem&ez-v\s1 sans articul] en v\s-mme aucune phrase1 ce que cela veut dire1 c'e/ le vide m5tal1 v\s tes impuissants ri5 concevoir4 ,p\r une raison ou p\r une autre1 peut-tre p>ce qu'elle n'e/ elle-mme qu'une ab/raction1 peut-tre p>ce qu'elle e/ pure virtualit1 l'ide des *oses ab/raites ne peut tre ralise dans la consci5ce en un acte di/9ct2 elle n'e/ conue qu'en fonction des mots qui l'exprim5t4 ,il n'en e/ pas de mme des images4 ,n\s n'avons que faire du langage p\r n\s les reprs5t]4 ,ce sont des tats de consci5ce rels1 concrets1 isolables1 indp5dants de t\te expression v]bale1 au po9t que le difficile n'e/ pas de les dgag] de la p>ole intrieure1 mais plutt de tr\v] des mots p\r les r5dre4 ,n\s ne p>lons pas nos rv]ies4 ,les images pass5t2 et sil5cieux1 *>ms1 n\s les suivons du reg>d4 ,n\s avons donc ici un signe qui n\s p]met d'isol] p> analyse dans une oeuvre littraire l'lm5t purem5t potique4 ,seules sont potiques les p5ses qui p\rrai5t tre aussi bi5 conues sans le sec\rs d'aucune expression v]bale4 ,laissez tomb] t\t ce qui doit tre dit p\r tre p5s2 cons]vez ce qu'il e/ plus facile de se reprs5t] que d'exprim]3 ce qui re/]a s]a prcism5t l'lm5t potique4 ,n\s disions t\t l'heure que la posie n'e/ pas dans les livres2 n\s compr5ons ma9t5ant quel po9t elle e/ indp5dante des mots eux-mmes1 et des artifices du /yle1 et de t\te =me v]bale4 ,peut-tre ,s*ill] avait-il raison de dire qu'au po9t de vue de l'art le fond n'e/ ri51 que la =me e/ t\t4 ,au po9t de vue potique c'e/ t\t le contraire3 le fond e/ t\t1 la =me v]bale n'e/ ri54 ,la p5se potique n'e/ pas cont5ue dans le v]s comme dans un vase dont elle pr5drait la =me plus ou mo9s lgante2 elle e/ simplem5t suggre p> le v]s2 les mots que le pote assemble avec tant de so9 ne sont que des signes conv5tionnels qu'il f]a pass] devant nos yeux p\r dt]m9] en n\s1 p> rflexe psy*ique1 c]ta9es reprs5tations4 ,c]tes on peut exig] que le pote soit pass matre dans l'art de mani] les mots2 on compr5d mme qu'il ait1 plus encore que le prosateur1 le s\ci de l'expression v]bale1 les p5ses qu'il veut n\s suggr] tant de celles qui tr\v5t le plus difficilem5t une expression adquate4 ,mais n\s ne devons pas oubli] que la faon dont l'image potique n\s e/ suggre e/ *ose aprs t\t secondaire2 les effets de /yle sont un moy5 d'expression1 ils ne doiv5t pas tre un b4 ,aussi n\s g>d]ons-n\s de leur attribu] trop d'importance2 n\s n\s rappell]ons qu'en posie surt\t les mots ne doiv5t pas attir] l'att5tion2 ils sont laits p\r tre oublis2 seule importe la qualit potique des reprs5tations qu'ils n\s auront suggres1 aprs leur passage dans l'esprit4 #c4 -- ,,valeur ,,po,,tique ,,du ,,s5tim5t4 ,il n\s re/e dt]m9] quel e/ dans la posie littraire le rle du s5tim5t4 ,sur ce po9t les avis sont trs p>tags4 ,t\te une cole littraire se refus]ait attribu] une relle valeur potique au s5tim5t4 ,elle concevrait plutt la posie comme un art de pure reprs5tation1 t\t objectif1 dont les s5tim5ts p]sonnels du pote devrai5t tre autant que possible exclus4 ,c'e/ une vieille ide d',ari/ote4 ,le pote e/ p> df9ition un imitateur4 ,en composant sa fable1 il doit se mettre les *oses s\s les yeux le plus exactem5t qu'il peut1 et les dcrire en t]mes tels1 que n\s n\s imag9ions assi/] la ralit mme4 ,p]sonnellem5t il ne doit pr5dre la p>ole que le plus r>em5t qu'il peut2 c> ce n'e/ po9t qu& il p>le en son nom qu'il e/ imitateur4 ,n\s retr\vons ces mmes ides dans ,goe!4 ,la mission du pote e/ la reprs5tation4 ,cette reprs5tation e/ p>faite qu& elle rivalise avec la ralit1 c'e/--dire qu& ses pe9tures sont animes p> le gnie de manire faire croire la prs5ce des objets4 ,la posie1 son plus haut degr d'lvation1 e/ t\t extrieure4 ,lorsqu'elle se retire au d$ans de l'me1 elle e/ en voie de dcl94 ,le pote se mettrait donc au dessus et en dehors de son oeuvre2 il anim]ait ses p]sonnages d'une vie int5se et passionne sans se dp>tir lui-mme de son olympi5ne srnit4 ,p\r cons]v] t\te sa lib]t de cration1 p\r que les produits de son gnie puiss5t se dvelopp] avec un calme arti/ique1 dans la paix et l'h>monie1 il s'affran*ira de t\te proccupation pratique1 il contempl]a le monde d'un oeil calme et libre4 ,je *]*e ce qu'il peut y avoir de ju/e dans cette ?orie4 ,en l'exam9ant1 j'y vois l'exagration de quelques ides ju/es1 et f9alem5t une mprise4 ,je lui donn]ais raison si elle se cont5tait d'affirm] qu'il ne faut pas abus] de la posie subjective et du s5tim5t p]sonnel4 ,il e/ c]ta9 que trop de potes re/5t enf]ms dans leur ,moi1 s'analysant avec complaisance1 piant leurs mo9dres s5sations p\r n\s les dcrire1 ram5ant avec une regrettable insi/ance la conv]sation sur leurs pe9es de coeur et leurs dceptions en am\r4 ,ces confid5ces intimes sont de la posie2 elles ne peuv5t tre t\te la posie4 ,la description d'un ,moi e/ dcidm5t un sujet trop m9ce4 ,le pote1 reclus en lui-mme1 n'a plus aucune occasion de se r5\vel]1 de se dvelopp]2 il t\rne dans un c]cle d'ides et de s5tim5ts de plus en plus troit4 ,en mme temps qu'il se retire de n\s1 il n\s loigne de lui4 ,quelle sympa?ie relle peut n\s port] v]s cet homme qui n'a pas une p5se p\r n\s8 ,il re/]a donc enf]m dans son spl5dide isolem5t1 et p]dra presque t\te action sur les mes4 -- ,que le pote comm5ce donc p> vivre sa vie p]sonnelle2 que jeune il *ante son am\r1 ses dsirs et ses mlancolies4 ,mais cette posie de la v+time anne ne saurait lui suffire4 ,qu'ensuite il sorte de lui-mme4 ,qu'il s'ap]oive que les hommes exi/5t1 qu'il y a d'autres intrts que les si5s1 d'autres s\ffrances que les si5nes4 ,qu'il n\s p>le de n\s-mmes2 qu'il s'intresse t\s les problmes p\r lesquels se passionne l'humanit2 ou qu'il se fasse crateur1 qu'il compose une oeuvre pique ou romanesque2 qu'il donne ces tres de fiction qu'il met en scne une telle int5sit de vie1 qu' jamais ils re/]ont dans la mmoire des hommes1 plus vivants qu'aucun tre rel4 ,l'heure de la posie objective e/ v5ue4 ,on a raison d'y voir un l>gissem5t et une =me suprieure de la posie3 jusqu'ici n\s sommes ple9em5t d'accord4 ,mais de ce que le pote s'affran*it des gsmes du s5tim5t p]sonnel1 on conclut son impassibilit4 ,c'e/ ici que comm5ce la mprise1 et que n\s devrons n\s sp>]4 ,ce qu'on ne voit pas1 c'e/ que si le pote se dta*e a9si de lui-mme1 ce n'e/ pas p> indiffr5ce1 c'e/ p> ds9tressem5t et gnrosit de coeur4 ,ce passage la posie objective ne m>que pas une re/riction1 mais au contraire une ext5sion1 un suprme pan\issem5t de la s5sibilit4 ,comme le disait ,guyau1 dans son m\vant adieu la posie p]sonnelle3 ,qu& on s'oublie assez soi-mme ,on tait sa joie et ses d\leurs2 ,les yeux t\rnes v]s ceux qu'on aime ,on n'a d'autres maux que les leurs4 ,l'art e/ trop va91 et solitaire2 ,rv] e/ d\x1 agir meilleur2 ,en ce monde j'ai mieux faire ,que d'c\t] battre mon coeur4 ,que l'am\r aux autres me lie6444 ,dans le coeur d'autrui je me p]ds2 --,rires ou l>mes de ma vie1 ,valiez-v\s seulem5t un v]s#be6 ,ce n'e/ pas d'un oeil calme et libre que le pote contemple le monde2 c'e/ avec un intrt passionn1 avec une l>ge sympa?ie4 ,sa fonction n'e/ pas de n\s reprs5t] les *oses telles qu'elles sont1 ou telles qu'elles n\s app>aiss5t vues du dehors3 un miroir y suffirait4 ,il faut qu'il n\s prs5te une oeuvre vivante et passionne1 qui frappe l'imag9ation en t\*ant le coeur2 il n'y russira pas1 s'il e/ lui-mme rebelle l'motion et incapable d'aim]4 ,l'impassibilit si$ au savant1 peut-tre au philosophe4 ,elle convi5drait mal au pote4 ,j'admets encore que la posie ne requi]t pas des motions d'une int5sit extrme4 ,trop poignantes1 elles n\s saisirai5t avec tant de =ce que n\s ne p\rrions plus en faire un objet de contemplation1 et que t\te impression de beaut disp>atrait4 ,n\s sortirions de la posie1 p\r r5ti] dans la vie relle4 ,le seul fait de compos] un pome suppose un c]ta9 calme1 une possession de soi1 un s\ci d'art1 incompatible avec les crises de la passion4 ,la s5sibilit indisp5sable au pote e/ une s5sibilit d'arti/e1 qui dans ses motions les plus s9cres g>de le beso9 de l'h>monie et le s5s de la beaut4 ,c]ta9s s5tim5ts sont trop int5ses p\r se traduire en v]s4 ,l'extrme d\leur s'exprim]a p> un cri1 p> une pla9te1 p> des p>oles amres1 p> un m\vem5t de rvolte1 non p> de la posie4 ,c'e/ quatre ans aprs la mort de sa fille1 que ,victor ,hugo p\vait crire les v]s sublimes o s'e/ exhale sa d\leur de pre4 ,ma9t5ant que du deuil qui m'a fait l'me obscure ,je sors ple et va9queur1 ,et que je s5s la paix de l'imm5se nature ,qui m'entre dans le coeur444 ,contemplations3 ,villequi]4 ,il fallait que sa d\leur se fut apaise1 qu'elle ft dev5ue rsigne1 contemplative et comme /agnante p\r comport] une expression potique4 ,t\t cela e/ vrai2 mais t\t ce que l'on en peut conclure1 c'e/ que le s5tim5t potique ne doit pas avoir une viol5ce telle1 qu'il exclue la libre rv]ie ou qu'il enlve au pote t\t son sang-froid4 ,de l jusqu' l'impassibilit1 il y a lo94 ,il e/ bi5 r>e en somme que nos s5tim5ts atteign5t ce degr d'int5sit1 o ils cess]ai5t d'tre potiques4 ,le pote p\rra mme sans inconvni5t dpass] un peu la mesure1 all] au-del de la posie1 oubli] qu'il fait oeuvre d'art1 et mettre t\t son coeur dans ses v]s4 ,ces s5tim5ts1 qui ne sont plus potiques p\r lui1 le s]ont encore p\r n\s1 qui ne les pr\vons en effet que p> sympa?ie1 et p> consqu5t un degr assez attnu p\r p\voir en faire1 si int5ses1 si viol5ts1 si d*irants qu'ils soi5t1 un objet de contemplation4 ,n\s n'avons donc aucune raison p\r reg>d] le s5tim5t avec dfiance1 comme un lm5t p]turbateur1 que le pote doit autant que possible lim9] de son oeuvre4 ,l'excs de s5sibilit e/ un dfaut r>e1 et qui d'ailleurs1 au po9t de vue potique1 n'aurait pas de gr&s inconvni5ts4 ,n\s cra9drions beauc\p plus la froideur1 le dfaut d'motion4 ,qu& le s5tim5t dcrot1 l'effet potique e/ mo9dre4 ,un pote qui russirait s'int]dire t\te motion n'aurait fait que r5onc] son moy5 d'action le plus efficace4 ,a la rigueur il p\rrait suppler ce dfaut p> d'autres qualits potiques4 ,s'il joignait une c]ta9e s*]esse de coeur une intellig5ce s\v]a9e1 une extraord9aire puissance d'imag9ation1 il p\rrait encore crire de trs beaux v]s1 magnifiques d'images1 sup]bes de p5se2 mais il y manqu]ait t\j\rs quelque *ose1 cette puissance d'motion sans laquelle il n'y a pas de complte posie4 ,n\s aussi n\s contempl]ons son oeuvre d'un oeil calme2 elle n\s re/]a trangre1 ne n\s t\*ant pas le coeur4 ,ou bi5 il faudra que le pote russisse n\s m\voir sans tre mu lui-mme1 et cela e/ possible =ce d'art4 ,on peut compos] froid des v]s passionns4 ,on peut j\] magi/ralem5t du coeur huma9 sans se laiss] pr5dre soi-mme ce jeu4 ,mais cette sorte de ruse e/-elle bi5 digne du pote8 ,peut-elle russir t\t fait8 ,il s]a bi5 difficile de donn] aux motions fe9tes l'intonation de l'motion vraie4 ,on les mettra trop en dehors1 la faon romantique1 et elles se trahiront p> leur emphase2 ou bi5 on affect]a de les ref\l] en soi-mme1 de les comprim] p> un puissant ef=t de volont1 et ici encore on mettra de l'exagration4 ,il e/ malais de j\] p>faitem5t la comdie2 le plus habile simulateur f9it t\j\rs p> laiss] p]c] l'artifice4 ,le plus sr moy5 d'avoir l'air mu1 c'e/ encore d'pr\v] une motion relle4 -- ,mais s'il n'e/ pas dans mon tempram5t d'en pr\v]8 -- ,alors n'crivez pas de v]s2 ou faites de la posie pittoresque1 descriptive1 didactique1 philosophique4 ,le *amp de la posie e/ l>ge2 il n'y manque pas de db\*s1 mme p\r les esprits secs et les impassibles4 ,seules les rgions suprieures leur sont int]dites4 ,je d\te que l'on puisse cit] un seul pote1 vraim5t pote1 qui ait t dp\rvu de s5sibilit1 un seul v]s vraim5t potique d'o l'motion soit abs5te4 ,je n'en tr\ve pas p\r mon compte4 ,je ne crois mme pas que la *ose soit possible#bf4 ,il y aurait vraim5t contradiction4 ,je vois seulem5t quelques potes1 quelques criva9s qui ont affect l'impassibilit1 d'ord9aire avec une exagration v\lue1 comme s'ils craignai5t qu'on ne s'y trompt4 ,quant ce ton d'ironie que pr5n5t p>fois les potes les plus impressionnables p\r p>l] de leurs motions1 il ne faut mme pas y voir une affectation de froideur2 ce n'e/ qu'un ef=t p\r ref\l] un s5tim5t excessif auquel ils cra9drai5t de s'ab&onn]3 a9si l'on s\rit qu& on s5t v5ir les l>mes1 p\r ragir contre son motion2 et c'e/ prcism5t qu& on lutte contre elle qu'on en s5t mieux la =ce4 ,il n\s p>at impossible en df9itive d'exclure le s5tim5t de la df9ition del posie4 ,n\s n\s g>d]ons aussi de l'excs contraire1 de celui qui consi/]ait ne voir dans la posie que l'exaltation du s5tim5t4 ,l'att5tion des ?orici5s et des critiques s'e/ en gnral porte trop exclusivem5t sur les effets pa?tiques de la posie4 ,ils v]ront dans l'aptitude tre vivem5t mu la qualit ess5tielle du pote1 et dans la transmission de ces motions la f9 suprme de son art4 ,la valeur d'une oeuvre se mesur]a l'effet qu'elle produit sur le s5tim5t4 ,ce sont l des ides c\rantes4 ,ce prjug e/ tellem5t enrac91 que les rs]ves que je vais tre oblig de faire sembl]ont plusieurs *oquantes2 elles f]ont l'effet d'une hrsie4 ,il le faut reconnatre p\rtant4 ,le s5tim5t n'e/ pas et ne peut pas tre en posie la *ose ess5tielle4 ,avant d'exprim] des motions1 il faut que la posie exi/e4 ,la musique en exprime galem5t2 et la pe9ture2 et la sculpture4 ,bi5 plus1 ces diffr5ts arts p\rront exprim] des s5tim5ts de mme nature4 ,ils diffr5t p\rtant les uns des autres4 ,les df9ir pr9cipalem5t p> la proprit qu'ils ont d'agir sur le s5tim5t1 leur assign] cette fonction comme leur f9 suprme1 ce s]ait nglig] ju/em5t ce qui les diffr5cie les uns des autres1 ce qui c>actrise *acun d'eux et con/itue leur ess5ce propre4 ,la v]tu pa?tique e/ une proprit commune t\te oeuvre d'art2 une qualit que la posie1 elle aussi1 doit possd]1 s\s pe9e d'tre infrieure aux autres arts3 ce n'e/ pas sa qualit ess5tielle et di/9ctive4 ,l'motion qui n\s re/e de la lecture d'un pome e/ *ose aussi prcieuse que l'on v\dra4 ,la reg>d] comme la f9 mme p\r laquelle a travaill le pote2 ne voir1 dans les v]s qu'il n\s prs5te1 qu'un moy5 d'exprim] cette motion1 ce s]ait un contres5s e/htique4 ,appliquez cette conception l'art4 ,qu& v\s reg>dez une oeuvre sculpturale d'une expression pntrante1 p> exemple le ,monum5t aux morts de ,b>?oldi1 e/im]ez-v\s que la tri/esse qui s'en dgage e/ le vritable objet de cette reprs5tation1 et la seule *ose que n\s en devions ret5ir8 ,evidemm5t non4 ,tant de m>bre1 d'tudes successives1 d'ef=ts de composition1 p\r n\s suggr] seulem5t cette p5se1 qu'il e/ tri/e de m\rir1 ce s]ait un labeur presque drisoire4 ,quelques mots pa?tiques1 quelques accords musicaux suffirai5t p\r n\s communiqu] mo9s de frais une motion aussi int5se4 ,dgag] de l'ensemble des sugge/ions produites1 p> une sorte d'ab/raction1 la tri/esse que l'oeuvre exprime1 et n'y plus voir que cela1 comme si c'tait la *ose pr9cipale et ess5tielle1 c'e/ int]v]tir absolum5t les valeurs4 ,ce que l'arti/e n\s apporte1 ce n'e/ pas de la d\leur1 c'e/ une magnifique et d\l\reuse vision4 ,il en e/ de mme p\r la posie4 ,ce n'e/ qu'exceptionnellem5t qu'elle exprime des s5tim5ts purs2 elle n\s suggre des images t\tes pntres de s5tim5t et qui doiv5t cette expression un surcrot de valeur e/htique1 mais qui ont une valeur en elles-mmes1 ab/raction faite de ce s5tim5t4 ,l'motion1 directem5t exprime1 n'a en soi aucune valeur potique4 ,j'aime6 ,je s\ffre6 ,ces motions1 exprimes avec =ce1 ou bi5 analyses dans leurs nuances1 peuv5t tre trs intressantes en elles-mmes1 excit] une vive sympa?ie3 je ne vois l ri5 qui ressemble de la posie4 ,le s5tim5t1 mme le plus pr(ond1 le plus t5dre1 le plus dlicat1 n'e/ potique que p> son ret5tissem5t dans l'imag9ation2 et c'e/ prcism5t la fonction du pote1 de dvelopp] ces images conscutives ou dt]m9antes de l'motion4 ,c'e/ en cela qu'il fait oeuvre de posie4 ,on ne peut dire qu'une oeuvre d'art s]a potique p> le seul fait qu'elle s]a trs pa?tique4 ,il e/ des romans et des drames o l'motion e/ porte son maximum d'int5sit1 et qui p\rtant ne n\s donn5t aucune impression de posie4 ,cela p\rtant devrait tre impossible si la f9 suprme de la posie tait d'exalt] le s5tim5t4 ,on ne peut mme admettre que t\te motion augm5te la valeur potique de l'objet qui n\s la donne4 ,le s5tim5t n'a donc pas en lui-mme et p> ess5ce une v]tu de posie4 ,il s]a potique dans c]ta9es conditions qu'il s'agit de dt]m9]4 ,mais ds ma9t5ant n\s p\vons reg>d] la discussion de pr9cipe comme close4 ,le s5tim5t1 disai5t les uns1 n'e/ ri5 en posie4 ,il e/ t\t1 disai5t les autres4 ,n\s avons reconnu que les deux ?ses tai5t exagres4 ,la vrit e/ entre ces deux extrmes4 ,n\s reg>dons comme tabli ce moy5 t]me1 que la posie1 p\r atte9dre son optimum d'effet1 doit de quelque manire t\*] le coeur2 et c'e/ cette =mule que n\s n\s en ti5drons4 ,cela pos1 n\s p\vons avanc] dans notre enqute1 en *]*ant de quelle nature sont ces motions qui conc\r5t de faon indniable l'effet potique4 ,n\s avons dj montr quel devait tre leur degr d'int5sit4 ,ce que n\s *]*ons ici1 c'e/ quelle doit tre leur nature4 ,la posie tr\v]a de prfr5ce son alim5t dans les s5tim5ts contemplatifs1 qui ne n\s port5t pas l'action1 et qui suppos5t plutt un c]ta9 dta*em5t de t\t intrt pratique2 c> ce sont ceux-l qui sont le plus favorables la rv]ie4 ,l'inquitude1 l'angoisse1 la peur n'ont ri5 de potique2 ce sont des s5tim5ts qui donn5t trop rfl*ir3 ils ti5n5t l'esprit cruellem5t veill1 ils donn5t envie de se dbattre contre l'av5ir4 ,dans sa ,jeune captive1 ,&r ,*ni]1 avec un tact exquis de pote1 s'en e/ t5u au ton de la mlancolie2 ces belles /ances n'exprim5t que le regret anticip de la vie3 la mo9dre allusion au supplice1 un simple frisson en gt]ait le *>me4 ,bi5 des potes1 en /rophes dsespres1 ont *ant la mort2 ils p\vai5t la *ant] p>ce qu'elle e/ fatale1 et qu'il n'y a ri5 faire contre elle2 la tombe e/ d'avance ouv]te2 t\s y vi5dront2 un un les vivants sont engl\tis2 c'e/ une *ose laquelle on assi/e1 un lugubre objet de contemplation1 qui n'inspire pas la t]reur1 mais plutt la piti1 une l>ge piti qui s't5d sur l'humanit entire4 ,la cra9te d'un dang] t]rible1 mais vitable1 et surt\t d'un dang] p]sonnel1 produirait un effet beauc\p plus dramatique1 mais beauc\p mo9s potique4 ,il e/ t\te une catgorie de s5tim5ts qui sont provoqus p> de simples reprs5tations4 ,ce sont ceux qui se rapport5t quelque *ose de pass1 ou de futur1 ou de lo9ta91 ou de fictif4 ,ils sont mo9s vifs mais plus potiques que ceux qui impliqu5t la prs5ce effective de l'objet4 ,cela se conoit sans pe9e1 la nette consci5ce de la ralit tant incompatible avec la condition ess5tielle de la posie1 qui e/ l'tat de rv]ie4 ,les regrets1 les espoirs1 les no/algies sont au contraire trs potiques comme tant des s5tim5ts rveurs qui se rapport5t un objet t\t idal4 ,la plus exquise posie s5tim5tale e/ celle des s5tim5ts imag9aires2 j'ent5ds p> l ceux qui non seulem5t se rapport5t un objet idal1 mais qui sont eux-mmes imag9s4 ,qu& p> exemple on me montre un p]sonnage de roman engag dans quelque situation pa?tique1 en mme temps que je me reprs5te les objets dont il e/ mu1 je me figure ses motions2 elles devi5n5t p\r moi un objet de contemplation2 et cette reprs5tation du s5tim5t e/ plus potique que le s5tim5t mme4 ,elle lui donne l'idalit des pures images1 le *>me de l'irrel4 ,on dira peut-tre1 p\r expliqu] ce s+uli] tat d'me1 que ces prt5dus s5tim5ts imag9aires sont t\t simplem5t des motions trs relles1 que j'pr\ve p> sympa?ie en me reprs5tant la situation du p]sonnage1 et que j'objective en les lui attribuant2 ce compte1 l'effet de la lecture s]ait d'excit] en moi des s5tim5ts vrais1 joie1 tri/esse1 cra9te1 am\r1 que j'utilis]ais en les faisant entr] dans les phrases o l'criva9 dcrit l'tal d'me de son hros4 ,mais cette analyse me semble trs dfectueuse4 ,je ne me pas la possibilit de ce contre-c\p sympa?ique des s5tim5ts exprims2 il e/ trs vrai que p>fois1 me mettant en imag9ation la place du p]sonnage romanesque1 je f9is p> me laiss] entran]2 je me fais1 des s5tim5ts dcrits1 une motion p]sonnelle1 qui m'tre9t rellem5t le coeur2 comme le spectateur trop impressionnable qu& vi5t une scne att5drissante1 j'accorde de vraies l>mes de simples reprs5tations4 ,mais ce n'e/ pas p> l que je dbute4 ,avant de sympa?is] avec une motion1 il faut bi5 que n\s ayons comm5c p> n\s la reprs5t]4 ,le plus s\v5t mme1 n\s en re/ons l4 ,n\s n'allons pas jusqu' pr5dre notre compte t\t ce pa?tique2 il re/e p\r n\s un spectacle2 ou si ce spectacle n\s meut1 notre motion p]sonnelle diffr]a de celle que l'on n\s reprs5te1 en sorte qu'il s]a impossible de les confondre2 a9si un pome d\l\reux m'inspir]a de la piti1 une scne pa?tique de l'admiration4 ,on ne le peut ni]3 il y a des s5tim5ts imag9aires1 ou des images de s5tim5ts1 qui psy*iquem5t diffr5t d'un s5tim5t rel autant que la simple reprs5tation d'un objet diffre de sa relle vision4 ,la diffr5ce n'e/ pas seulem5t dans le degr d'int5sit4 ,se reprs5t] la s\ffrance p> exemple1 ce n'e/ pas rellem5t s\ffrir1 mme un degr attnu et d'une manire sup]ficielle3 c'e/ t\t autre *ose4 ,se rappel] une joie qu'on a eue1 ce n'e/ pas se rj\ir2 quelquefois mme c'e/ s'attri/]4 -- ,cette facult de reprs5tation concrte du s5tim5t comporte bi5 ent5du des degrs div]s2 elle doit tre1 comme les facults de vision ou d'audition m5tale1 trs 9galem5t rp>tie4 ,on doit la suppos] p>ticulirem5t dveloppe *ez les romanci]s1 *ez les potes1 et *ez t\te p]sonne qui se complait dans la lecture des pomes et des romans1 c> c'e/ dans de telles oeuvres que l'imag9ation s5tim5tale tr\ve le plus d'occasion de s'ex]c]4 ,j'indiqu]ais encore1 p>mi les c>actres qui contribu5t r5dre un s5tim5t plus potique1 le fait qu'il sait comme on dit sympa?ique1 c'e/--dire qu'il soit de ceux que n\s compr5ons1 que n\s admettons1 et dans lesquels n\s entrons volonti]s4 ,qu& p> exemple1 lisant une oeuvre d'imag9ation1 n\s y tr\vons exprims des s5tim5ts qui sont en concordance avec les ntres1 l'expression la plus discrte de ces s5tim5ts e/ immdiatem5t saisie2 n\s la compr5ons demi-mot2 elle tr\ve dans notre propre coeur un *o qui la prolonge et a*ve de la dvelopp]4 ,si p> excell5ce l'motion exprime e/ de celles qui sont univ]sellem5t sympa?iques1 c'e/--dire que t\t homme e/ dispos p>tag]1 l'expression pa?tique de l'oeuvre s'amplifie encore du s5tim5t de cet unisson moral4 ,t\te p>ole exprimant des s5tim5ts g/es ou antipa?iques a des intonations s*es3 elle semble tomb]1 isole1 dans un sil5ce froid4 ,t\te p>ole exprimant un s5tim5t gnreux n\s semble plus vibrante4 ,les gr&s potes sont ceux qui n\s donn5t ces gr&es motions collectives4 ,leurs s5tim5ts les plus p]sonnels sont t\j\rs l>gem5t huma9s2 ils envelopp5t et eng5dr5t d'autres s5tim5ts l'inf9i4 ,de l cette magnifique sonorit que pr5d leur voix1 comme si t\j\rs un *oeur invisible *antait avec eux4 ,n\s voici am5s a9si pos] le c>actre vraim5t di/9ctif des s5tim5ts potiques1 le c>actre de beaut4 ,il faut que n\s puissions tr\v] en eux quelque *ose de *>mant1 de dlicat1 de t\*ant1 de noble1 d'lev1 en un mot que n\s puissions leur appliqu] quelque qualificatif d'ordre e/htique4 ,ds que dans les s5tim5ts qu'exprime une oeuvre littraire1 n\s p\vons s\ponn] quelque *ose de mesqu9 ou de bas1 t\te impression de posie s'van\it4 ,ce c>actre de beaut prime t\s les autres2 il les rsume et les implique4 ,le degr d'int5sit des s5tim5ts1 leur c>actre g/e ou ds9tress1 le rle plus ou mo9s actif qu'y j\e l'imag9ation1 cela e/ secondaire2 cela n'a d'importance qu'autant que n\s y p\vons voir une condition de beaut4 ,au po9t de vue de la posie1 seule la qualit e/htique des s5tim5ts importe4 ,,*apitre ,,vi ,,la ,,composition ,,po,,tique #a4 -- ,m,,?ode ,d',,inspiration4 ,n\s avons considr l'oeuvre potique du dehors1 *]*ant n\s r5dre compte de l'effet qu'elle produit au c\rs de la lecture sur notre imag9ation4 ,essayons de l'tudi] du d$ans1 au c\rs de son laboration1 dans l'esprit du pote qui la compose4 ,on dit bi5 quelquefois que la vritable oeuvre d'art doit tre conue d'ensemble1 p> syn?se immdiate1 non p> laboration progressive1 et que cette composition in/antane1 si tonnante1 si my/rieuse1 si miraculeuse qu'elle soit1 e/ ju/em5t la c>actri/ique de l'inv5tion e/htique4 ,je ne discut]ai pas la possibilit de ce miracle2 je dem&]ais seulem5t qu'on v\lt bi5 cit] un seul exemple au!ntique d'une oeuvre de quelque importance obt5ue a9si4 ,l'inspiration apport]a bi5 au pote un v]s t\t fait1 une /rophe peut-tre1 conue t\t d'un c\p dans son ensemble1 mais non un pome pique4 ,n\s admettons ces intuitions d'ensemble2 n\s croyons qu'elles sont en effet ncessaires la composition de l'oeuvre d'art2 n\s aurons occasion de les signal]2 mais n\s montr]ons ju/em5t qu'elles exig5t un ef=t de rflexion int5se1 et que ce qu'elles n\s font ap]cevoir1 ce n'e/ pas l'oeuvre t\te faite1 t\te labore1 dans sa =me d'art df9itive1 mais l'oeuvre encore ab/raite et en voie de =mation4 ,cela n'a donc aucun rapport avec ces prt5dues illum9ations de l'esprit1 qui brusquem5t1 comme un clair dans la nuit1 lui f]ai5t app>atre des images m]veilleuses4 ,p\r compos] une oeuvre potique1 deux m?odes sont possibles3 on peut faire plutt appel l'inspiration ou se s]vir plutt de la rflexion4 ,*aque pote1 selon son tempram5t1 et aussi selon la nature de l'oeuvre compos]1 emploi]a de prfr5ce l'une ou l'autre m?ode4 ,p>lons d'abord de la m?ode d'inspiration4 ,n\s considr]ons l'oeuvre potique aux div]ses phases de sa g5se depuis l'app>ition de l'ide premire jusqu'au d]ni] travail de la mise en =me4 ,la premire priode e/ de cration t\te spontane4 ,d'o le pote tir]a-t-il son ide initiale1 qui e/ le sujet mme de son oeuvre8 ,il ne peut la *]*]1 n'en ayant encore aucune notion4 ,quelques criva9s affirm5t p\rtant avoir obt5u l'ide initiale d'une oeuvre littraire p> voie de dduction1 en comm5ant p> dt]m9] les conditions gnrales auxquelles l'oeuvre devait rpondre4 ,leur premire attitude m5tale s]ait donc celle du gomtre qui s'applique rs\dre un problme1 c'e/--dire l'ef=t de rflexion#bg4 ,c'e/ bi5 possible4 ,il y a des types intellectuels trs div]s4 ,la rflexion peut int]v5ir dans l'laboration d'une oeuvre d'art en t\tes proportions1 et un mom5t quelconque4 ,mais en gnral l'ide premire n'e/ pas obt5ue p> rflexion4 ,elle app>at spontanm5t dans la libre rv]ie4 ,t\t ce que peut faire l'criva91 p\r en facilit] l'app>ition1 c'e/ de se mettre dans les conditions les plus favorables la =mation spontane des images4 ,l'imag9ation ne peut ri5 tir] du nant4 ,dans ses productions les plus orig9ales on tr\v]ait des rm9isc5ces d'oeuvres trangres1 un apport de l'expri5ce1 des rappels de la ralit4 ,l'inv5tion potique a beso9 d'alim5ts4 ,p\r tre crateur1 il faut que l'esprit soit n\rri d'obs]vations1 de faits intressants et sugge/ifs1 de visions1 de rm9isc5ces de la nature et de la vie1 t\t cela bi5 assimil1 matire pla/ique qui s'organis]a en =mes n\velles4 ,ces images lat5tes que le pote porte en lui se dcompos5t1 se recompos5t1 se s\d5t l'une l'autre dans un travail my/rieux dont la psy*ologie ignore encore les lois1 mais o le has>d j\e c]ta9em5t un rle4 ,en n\s s'labor5t incessamm5t des images confuses1 incohr5tes1 que n\s ne daignons pas rem>qu] et qui1 a pe9e =mes1 se dsagrg5t1 n'tant pas viables4 ,mais qu'au milieu de ces conceptions fantasques app>aisse une ide utilisable1 n\s la tirons "p1 l'exam9ons un in/ant1 et avant de la laiss] all]1 la m>quons d'un ef=t d'att5tion p\r la retr\v] au beso94 ,a9si l'esprit du pote e/ hant d'ides conues p> has>d1 de projets d'oeuvres auxquels il n'a pas donn suite1 d'images qu'il a laisses l'tat d'bau*es4 ,ex]c comme il l'e/1 p> entranem5t pr(essionnel1 surveill] en lui-mme l'app>ition des ides et ret5ir p> un ef=t de mmoire spcial celles qui lui sembl5t comport] un dveloppem5t arti/ique1 il en a t\j\rs en lui-mme une rs]ve dans laquelle il n'a qu' puis]4 ,le plus s\v5t1 il a plutt l'emb>ras de *oisir entre les ides div]ses qui le sollicit5t4 ,dis-moi1 quel songe d'or nos *ants vont-ils b]c]8 ,d'o vont v5ir les pleurs que n\s allons v]s]1 ,*ant]ons-n\s l'espoir1 la tri/esse ou la joie8444 ,a9si la ,muse de la ,nuit de mai fait pass] dans l'esprit du pote une srie d'images qu'elle dveloppe un in/ant p\r le t5t]1 symbole potique de ces sugge/ions spontanes de l'inspiration4 ,trs s\v5t les meilleures ides sont tr\ves p> di/raction1 p5dant que l'on travaille en dvelopp] d'autres1 comme si p> une sorte d'irradiation n]veuse l'excs d'activit d'un des lobes du c]veau se propageait aux lobes vois9s et les mettait en activit leur t\r4 ,ou bi5 c'e/ au c\rs d'une prom5ade1 p5dant que l'on croit ne p5s] ri52 les ides vi5n5t1 ju/em5t p>ce que l'esprit se laisse all] la libre rv]ie4 ,le fait e/ mme si frqu5t que l'on p\rrait voir dans la m>*e un des procds les plus usits p\r /imul] la facult d'inv5tion#bh4 ,le sujet e/ enf9 *oisi4 ,une ide s'e/ impose l'esprit et veut tre ralise1 dveloppe4 ,alors on se met srieusem5t l'oeuvre et la priode de composition comm5ce4 ,voici quel s]a1 dans la m?ode d'inspiration1 le procd de dveloppem5t3 on att5dra les ides1 et qu& elles s]ont v5ues on f]a un tri entre celles qui se prs5t]ont1 p\r cons]v] celles qui sont le plus utilisables4 ,tant que l'on s5tira que l'imag9ation s'ori5te dans le s5s v\lu1 on se g>d]a d'int]v5ir4 ,si elle t5d s'c>t] du sujet1 ou si les conceptions qu'elle apporte manqu5t quelque exig5ce arti/ique1 on l'arrt]a net1 on la remettra sur la voie p\r de n\veau la laiss] all]4 ,qu& on aura tir du sujet t\s les dveloppem5ts qu'il comporte1 autrem5t dit qu& l'ide initiale n'en suggr]a plus d'autres1 on s'arrt]a4 ,comme on le voit1 je n'admets pas que mme dans ce g5re de composition on re/e t\t fait passif4 ,je suppose que l'on ne rve pas seulem5t1 mais que vraim5t on compose4 ,la volont1 l'intellig5ce1 le gt critique int]vi5n5t donc de quelque manire1 autant qu'il le faut p\r /imul] et utilis] au mieux le travail spontan de l'imag9ation4 ,il re/e cep5dant que ce travail e/ t\t spontan1 aussi spontan que peut l'tre la g]m9ation d'une gra9e ou l'closion d'une fleur4 ,la =mation mme des images re/e absolum5t inconsci5te4 ,t\t le positif de la composition1 t\t ce qui e/ rellem5t tr\v a t obt5u p> ce procd4 ,on inv5te p> une libre improvisation dont aprs c\p seulem5t on contrle les rsultats4 ,l'imag9ation propose1 l'intellig5ce et le gt dispos5t4 ,c'e/ bi5 a9si1 je crois1 que l'on se reprs5te communm5t la composition potique1 ce qui t5d pr\v] que cette m?ode e/ en fait trs usite4 ,elle a bi5 des avantages4 ,n\s avons vu combi5 le laiss] all] de la rv]ie e/ favorable la dissolution et recomposition spontane des images4 ,en s'ab&onnant son inspiration1 le pote tr\v]a des comb9aisons d'ides orig9ales1 que la rflexion ne lui f\rnirait pas#bi4 ,la m?ode d'inspiration e/ p>ticulirem5t fconde4 ,les potes qui l'ont employe de prfr5ce ont eu une production plus abondante et plus ri*e4 ,leurs oeuvres ont un dveloppem5t plus l>ge4 ,leur phrase mme1 considre "p1 se fait rem>qu] p> son ampleur41 l'ide pr9cipale se prs5tant t\j\rs accompagne de t\t un cortge d'ides accessoires4 ,autant la phrase de l'criva9 rfl*i e/ nette1 c\rte et ramasse1 autant celle de l'criva9 inspir e/ complexe4 ,p\r moi qu& je v]rais dans les cle/es pla9es ,les a/res s'c>tant de leurs r\les c]ta9es1 ,dans les *amps de l'!r l'un p> l'autre heurts1 ,p>c\rir au has>d les cieux p\vants2 ,qu& j'ent5drais gmir et se bris] la t]re2 ,qu& je v]rais son globe errant et solitaire1 ,flottant lo9 des soleils1 pleurant l'homme dtruit1 ,se p]dre dans les *amps de l't]nelle nuit2 ,et qu&1 d]ni] tmo9 de ces scnes funbres1 ,ent\r du *aos1 de la mort1 des tnbres1 ,seul je s]ais deb\t1 seul malgr mon effroi1 tre infaillible et bon1 j'espr]ais en toi1 ,et1 c]ta9 du ret\r de l't]nelle aurore1 ,sur les mondes dtruits je t'att5drais encore6 ,lam>t9e 7,l'immortalit74 ,qu& on tr\ve1 *ez un pote1 de ces suites de v]s qui se dr\l5t en une magnifique priode1 on peut tre c]ta9 qu'elles n'ont pas t crites l5tem5t1 laborieusem5t1 mais sans ef=t1 la vole1 dans un sup]be lan d'inspiration4 ,on con/at]a aussi que presque t\j\rs ce sont des priodes mues1 trs pa?tiques1 qui procd5t p> consqu5t d'un s5tim5t int5se qui de lui-mme a suscit les images4 ,l'inspiration1 ne dem&ant aucun ef=t intellectuel1 n'apporte aucune fatigue4 ,accueillir les images qui se prs5t5t d'elles-mmes1 ce n'e/ pas un travail1 c'e/ une joie4 ,s5tir en soi les ides afflu]1 c'e/ un ravissem5t4 ,le labeur de la composition rfl*ie e/ plus pnible que t\t ef=t musculaire ou t\t travail manuel2 il semble que l'on s'arra*e de =ce les ides de la tte2 *ez c]ta9s criva9s1 c'e/ une vritable agonie#cj4 ,l'criva9 qui ne prmdite pas d'effets1 qui ne s'a/re9t pas un travail de comb9aison intellectuelle1 mais se livre son imag9ation1 compose dans l'allgresse4 crit-il des v]s8 ,dans une sorte d'extase1 il c\te ses voix2 comme ,lam>t9e1 il se recueille p\r p]cevoir ce *ant intrieur1 cette h>monie pr(onde qui d'elle-mme se dveloppe en lui4 ,compose-t-il un roman8 ,comme ,alex&re ,dumas il s\rira en voyant ses hros se lanc] si tmrairem5t dans de folles av5tures1 et contre t\te vraisemblance en sortir leur gloire4 ,comme ,george ,s&1 il se cont]a lui-mme de belles av5tures1 et p5dant que sa plume c\rt sur le papi]1 il se p]dra dans ces visions romanesques4 ,dramaturge1 il assi/]a avec curiosit aux volutions de ses p]sonnages1 comme s'il tait lui-mme au spectacle4 ,l'aisance avec laquelle un pome e/ compos n'e/ pas *ose indiffr5te au po9t de vue arti/ique4 ,elle aj\te l'attrait de l'oeuvre4 ,elle lui donne de la grce4 ,le lecteur en j\it p> sympa?ie4 ,p>lant de ,virgile et de ,rac9e1 ,lam5nais rem>que que les lignes de leur /yle ondul5t avec la mme puret1 la mme f9esse1 la mme grce exquise1 que celles des plus belles /atues grecques#ca4 ,telle e/ bi5 l'impression que donne cette allure s\ple et naturelle de la p5se qui se laisse all] l'inspiration4 ,l'effet produire sur l'esprit du lecteur tant de l'am5] l'tat de contemplation rveuse1 on conoit qu'il s]a plus facile d'obt5ir ce rsultat qu& le pome lui-mme aura ce c>actre de libre rv]ie3 alors il n\s suffira d'en suivre le m\vem5t1 d'en pr5dre l'unisson4 ,en le lisant1 n\s n'y s5tirons aucune contra9te1 aucun ef=t4 ,etant oeuvre de pure posie1 il n\s donn]a une impression plus purem5t potique4 ,con/atons encore que l'oeuvre d'inspiration aura cette qualit m95te1 la s9crit4 ,n\s s]ons plus disposs entr] dans l'tat d'me du pote1 si n\s s5tons qu'il p>le sans prp>ation1 sans artifice1 s\s l'influ5ce directe des s5tim5ts qu'il exprime1 dans la vision relle des images qu'il n\s dcrit4 -- ,la posie lyrique en p>ticuli] n'e/ possible que comme expression d'une eff]vesc5ce intrieure1 d'un s5tim5t exalt qui dborde en images4 ,elle ne saurait tre prmdite1 compose froid4 ,soi5t p> exemple ces belles /ances lyriques4 ,l'abme1 o les soleils sont les gaux des m\*es1 ,n\s ti5t2 n\s n'ent5dons que des sanglots f>\*es ,ou des rires moqueurs2 ,v]s la cible d'en haut qui dans l'azur s'lve1 ,n\s lanons nos projets1 nos voeux1 l'espoir1 le rve1 ,ces fl*es de nos coeurs4 ,n\s montons l'assaut du temps comme une arme4 ,sur nos gr\pes confus que voile la fume ,des j\rs van\is1 ,l'norme t]nit luit1 spl5dide et /agnante2 ,le cadran1 b\cli] de l'heure rayonnante1 ,n\s t]rasse bl\is6 ,v4 ,,hugo4 ,contemplations4 ,pleurs dans la nuit4 ,la pice a plus de #fjj v]s4 ,d'un b\t l'autre c'e/ a9si2 une suite in9t]rompue de visions1 voques avec une fcondit d'inv5tion in\e1 *aque v]s faisant surgir brusquem5t une image2 entre ces images1 aucun li52 elles se succd5t d'un m\vem5t indp5dant1 p>fois glissant l'une sur l'autre1 se fondant l'une dans l'autre de telle faon que l'une comm5ce se projet] sur le fond m5tal qu& l'autre ne s'en e/ pas encore efface1 pe9e relies entre elles p> ces rapports my/rieux d'association qui sembl5t t\t naturels au rveur et qui *app5t la p5se lucide2 dans la suite des /rophes1 aucune trace de plan4 ,evidemm5t le pote n'a ri5 prmdit4 ,ce qui a*ve de le pr\v] c'e/ que la pice n'ab\tit aucune conclusion2 aprs quelques /rophes de mise en tra91 elle atte9t rapidem5t son maximum d'effet1 et f9it p> puisem5t4 ,comm5t le pote a-t-il procd8 ,on peut se le reprs5t] assez aism5t4 ,il a s5ti s'abattre sur lui des ides sombres1 et il a comm5c crire2 les premires images qui se sont prs5tes lui en ont appel d'autres leur suite1 plus lam5tables encore4 ,le ry?me mme de ses v]s1 le balancem5t monotone de la /rophe ont fait sur lui l'impression d'un glas funbre4 ,il s'e/ a9si enfonc dans une mditation de plus en plus lugubre4 ,la rflexion n'avait pas int]v5ir4 ,c'e/ l'imag9ation1 /imule p> une motion int5se1 qui a t\t fait4 ,de l l'incohr5ce1 l'illogisme1 le c>actre presque dlirant des images2 de l leur puissance d'expression et leur incomp>able lyrisme4 ,il e/ encore une occasion o la m?ode d'inspiration s'impose3 c'e/ dans le dveloppem5t de l'action dramatique4 ,soit un p]sonnage de tragdie ou de roman qui se tr\ve engag dans une situation dt]m9e4 ,il s'agit de tr\v] ce qu'il doit p5s]1 ce qu'il doit s5tir1 comm5t il doit s'exprim]4 ,cela n'e/ pas arbitraire4 ,les p]sonnages dramatiques1 si l'auteur disposait arbitrairem5t de leur vie intime1 ne s]ai5t plus des tres vivants1 mais de simples m>ionnettes dont il tir]ait les fils4 ,mais d'autre "p1 il e/ impossible de dduire1 du c>actre que l'on a prt au p]sonnage1 le dtail des p5ses qu'il concevrait1 des s5tim5ts qu'il pr\v]ait et qu'il exprim]ait dans cette circon/ance4 ,n\s ne p\vons le savoir de sci5ce c]ta9e1 quelle que puisse tre notre expri5ce de la vie et notre connaissance du coeur huma9#cb4 ,telle e/ donc la situation p>adoxale faite au pote2 dans le dveloppem5t de l'action dramatique1 il faut qu'il se con=me des lois qu'il ignore4 ,ce problme1 qui p\r l'intellig5ce lucide s]ait insoluble1 ne s]a p\r l'imag9ation qu'un jeu4 ,le romanci]1 le dramaturge s'ef=c]a d'entr] dans ses p]sonnages1 de s'id5tifi]a eux2 il se pntr]a de leurs s5tim5ts2 et puis il s'ab&onn]a au m\vem5t spontan des ides et des motions que la situation lui suggr]a#cc4 ,l'oeuvre qu'il aura a9si compose s]a =cm5t vivante1 puisqu'elle aura t rellem5t vcue4 ,la suite des s5tim5ts qu'il prt]a ses p]sonnages ne p\rra manqu] d'tre con=me aux lois de la psy*ologie1 puisqu'il aura fait j\] ces lois en lui-mme4 ,le seul inconvni5t possible de cette m?ode1 c'e/ que le dramaturge1 en se mettant dans ses p]sonnages1 risque de les faire trop semblables lui-mme4 ,beaum>*ais leur prt]a son esprit1 ,dumas sa v]ve cau/ique1 ,hugo sa gr&iloqu5ce1 ,musset son hum\r fantasque#cd4 ,il e/ bi5 r>e que le romanci] femme ne donne pas ses hrones quelque *ose de sa m5talit propre et mme de ses traits physiques4 ,mais mme dans ce cas on peut dire que si le pote e/ en dfaut1 ce n'e/ pas p\r avoir appliqu la m?ode imag9ative1 c'e/ p\r n'avoir pas fait un suffisant ef=t d'imag9ation4 ,il ne s'e/ pas assez id5tifi ses p]sonnages p\r se dta*] de lui-mme4 ,ce dta*em5t de soi n'e/ vraim5t accompli que lorsque1 dans l'esprit du dramaturge1 les tres qu'il a crs comm5c5t s'objectiv]1 vivre d'une vie indp5dante1 au po9t que dsormais on ne leur f]a plus faire ce qu'on veut3 ils se refus]ai5t accomplir des actions qui ne s]ai5t pas dans leur c>actre4 ,alors le pote n'a plus p5s] p\r eux1 *]*] ce qu'ils peuv5t dire et faire4 ,il les laisse all]4 ,il n'a beso9 d'int]v5ir que d'une manire int]mitt5te1 p\r les remettre dans leur rle s'ils s'en c>t5t4 ,p5dant que j'cris1 dit ,f4 de ,curel1 je ne suis pas absorb du t\t1 mes p]sonnages p>l5t p\r leur compte1 je ne suis l que p\r jug] les *oses de /yle1 de scn>io1 de conv5ances1 etc4 ,presque un rle de pion4 ,il m'arrive trs bi51 t\t en crivant1 de me surpr5dre p5sant des *oses1 peu compliques videmm5t1 mais absolum5t trangres mon travail4 ,je suis l comme une ,provid5ce qui g\v]ne ses cratures sans annihil] leur lib]t4 ,mes p]sonnages vont1 vi5n5t1 discut5t comme ils l'ent5d5t4 ,une fois le plan gnral d'une scne tabli1 non seulem5t le dveloppem5t n'exige plus gr&e rflexion1 mais il s]a plus naturel1 plus vivant1 plus pa?tique1 s'il e/ fait en dehors de t\te rflexion1 p> inspiration pure4 ,les scnes dialogues1 dans un roman1 sont de beauc\p les plus faciles crire1 et ne peuv5t mme tre bi5 crites que de v]ve4 ,enf9 l'inspiration e/ indisp5sable1 dans t\te composition littraire1 qu& on en arrive au dtail de l'excution4 ,si prmdite que soit une oeuvre1 elle ne peut l'tre que dans son ensemble2 les dtails se tr\v5t sur le mom5t2 il faut bi5 qu'ils soi5t improviss3 si l'on s'imposait ce programme1 de ne pas crire une ligne sans savoir d'avance trs exactem5t ce qu'on va dire1 on ne comm5c]ait jamais4 ,il arriv]a donc t\j\rs un mom5t1 dans l'laboration de l'oeuvre potique1 o l'on devra laiss] l'imag9ation fonctionn] d'elle-mme1 con=mm5t ses propres lois4 ,n\s avons admis qu' la rigueur le sujet d'une oeuvre p\vait tre dduit de considrations ab/raites2 mais il ne peut en tre a9si de t\te la suite du dveloppem5t2 autrem5t l'oeuvre entire g>d]ait ce c>actre sec et ab/rait2 aucun mom5t elle ne s]ait arti/ique et vivante4 ,qu'une oeuvre compos] se prs5te d'abord comme un problme rs\dre1 soit4 ,la rflexion peut pos] le problme1 ce n'e/ pas elle qui le rs\dra4 ,cela e/ vrai d'un problme gomtrique3 si prcises qu'en soi5t les donnes1 la solution n'en ressort jamais p> pure dduction3 elle ne peut se tr\v] que p> ttonnem5t intellectuel1 en *oisissant p>mi les ides qui se prs5t]ont au has>d1 dans cette mditation inconsci5te qui e/ la rv]ie du p5seur4 ,a plus =te raison cela s]a-t-il vrai des problmes d'art1 qui sont autrem5t complexes1 et ne comport5t pas une solution dt]m9e1 mais une inf9it de solutions peu prs quival5tes4 ,p\rquoi ,edg> ,poe1 se proposant d'crire un pome de l'effet potique le plus int5se1 c'e/--dire c\rt1 orig9al1 d'un c>actre mlancolique1 avec refra9s1 e/-il ju/em5t tomb sur son pome du ,corbeau8 ,c'e/ videmm5t p> une suite de has>ds1 c'e/--dire p>ce que ces images se sont prs5tes spontanm5t lui au c\rs de sa mditation1 et lui ont p>u rpondre assez bi5 aux donnes du problme4 ,peut-tre mme cette ide le hantait-elle dj1 depuis quelque temps1 et lui a-t-elle suggr elle-mme les raisons qu'il s'e/ donnes de la *oisir4 ,si1 p>tant de son int5tion initiale d'crire un pome aussi e/htique que possible1 il tait vraim5t arriv p> dduction rig\reuse l'ide qu'il a mise en oeuvre1 il s'ensuivrait que le ,corbeau e/ le pome p> excell5ce1 et que se proposant d'crire un beau pome on n'en saurait crire d'autre4 ,en ralit1 p> la mme m?ode qu'a employe ,e4 ,b\tr\x p\r dmontr] la cont+5ce des lois de la nature1 on p\rrait pr\v] que la g5se d'une oeuvre d'art n'e/ jamais dt]m9e p> une ncessit logique2 *aque progrs qu'elle fait app>aiss5t en elle des lm5ts n\veaux1 inatt5dus1 produits de la p5se libre1 qui p\r son auteur mme sont une surprise4 #b4 -- ,m,,?ode ,,de ,r,,flexion4 ,n\s avons fait l'inspiration sa "p4 ,il n\s re/e *]*] quel rle peut et doit j\]1 dans la g5se de l'oeuvre potique1 la p5se lucide et consci5te4 ,c]ta9s ?orici5s s]ai5t disposs ne lui en accord] aucun4 ,le gnie doit crer comme l'imag9ation travaille1 obissant une loi1 p\rsuivant un b sans avoir consci5ce de l'un ni de l'autre4 ,une oeuvre d'art1 o n\s con/at]ons l'action d'une rflexion consci5te sur la disposition de l'ensemble1 n\s p>atra pauvre#ce4 ,ce s]ait donc prcism5t p> la portion qui *appe aux ap]u consci5ts de l'intellig5ce que l'oeuvre d'art produirait son effet e/htique4 ,n\s reconnatrons volonti]s que dans une oeuvre d'art il ne doit pas subsi/] trace de l'ef=t intellectuel qu'elle a cot2 et cela e/ vrai surt\t de l'oeuvre de/9e donn] une impression de posie4 ,s'ensuit-il que l'ef=t soit inutile8 ,en dissuad] le pote1 ce s]ait le priv] d'un de ses plus puissants in/rum5ts de travail4 ,s'imag9] qu'une oeuvre potique de quelque importance1 un drame1 un pome pique1 a jamais t obt5u p> laboration spontane et inconsci5te1 sans calcul1 ni rflexion1 p> une pure intuition du gnie1 c'e/ se plac] en dehors de t\te ralit4 ,c'e/ suppos] qu'un difice peut se con/ruire sans plan ni calcul1 sans fondations ni *afaudages1 la faon dont s'difiai5t les palais d',alad94 ,la production t\te spontane d'une gr&e oeuvre potique ne s]ait pas plus m]veilleuse4 ,je me dem&e mme comm5t cette trange hypo?se a jamais pu tre s\t5ue2 c> enf9 on devrait se d\t] de la faon dont les criva9s compos5t2 on les voit au travail2 on sait quel a t le labeur des gr&s romanci]s et des gr&s potes4 ,laissons donc de ct cette ?orie du gnie qui n'a avec la psy*ologie d'obs]vation aucun rapport4 ,l'inspiration a un inconvni5t1 c'e/ de n'tre pas nos ordres2 il faut l'att5dre1 elle peut ne pas v5ir4 ,le compositeur qui ne compt]ait que sur elle risqu]ait =t de p]dre bi5 des j\rnes en fln]ie intellectuelle2 son esprit se disp]s]ait1 s'p>pill]ait1 irait d'un sujet l'autre sans en appr(ondir aucun4 ,la m?ode d'inspiration a encore ce grave dfaut1 c'e/ d'ab&onn] au has>d la composition de l'oeuvre4 ,l'auteur ne sait d'avance o il va2 il s'engage dans des impasses2 d'ord9aire il comm5ce bi51 p>ce que l'inspiration e/ encore fra*e et vive2 puis t\t se gte4 7,les romans de ,george ,s&1 p> exemple1 se ress5t5t trop du dfaut de composition2 de mme bi5 des pomes de ,lam>t9e74 ,au c\rs de la composition1 le dveloppem5t risque =t de dvi]2 l'ide pr9cipale se p]d s\s les ides p>asites4 ,l'imag9ation a vite fait d'entran] l'auteur lo9 de son sujet1 c> elle e/ de sa nature di/raite et ab]rante4 ,l'excitation mme du travail m5tal dveloppe cette t5dance des images la prolifration spontane4 ,sans d\te l'criva9 peut r5onc] ces ides r5contres *em9 faisant1 les lim9] aprs c\p2 il e/ r>e p\rtant qu'il le fasse3 ces ides de di/raction sont d'ord9aire si intressantes qu'il en cot]ait trop de les sacrifi]4 ,de l ces dveloppem5ts ct1 ces hors-d'oeuvre1 ces digressions dont s'encombre l'oeuvre des conteurs ou des potes l'imag9ation trop fconde#cf4 ,on ne peut donc ab&onn] t\t fait l'imag9ation elle-mme4 ,une oeuvre potique1 qui prt5d produire une impression d'art1 doit tre compose4 ,si n\s n\s obs]vons d'un peu prs1 au c\rs d'un travail qui sembl]ait au premi] abord ne mettre en ex]cice que notre imag9ation1 n\s n'aurons pas de pe9e saisir en n\s-mmes t\t un jeu subtil de p5ses1 qui envelopp5t comme d'un rseau dli les images en voie de =mation1 qui les reli5t les unes aux autres1 qui les attir5t ou les c>t5t4 ,dans l'improvisation la plus rapide1 qu& n\s p\rrions croire que les images app>aiss5t spontanm5t et au has>d1 n\s p\rrons n\s r5dre compte que leur =mation e/ dirige1 surveille1 motive2 elle rpond un programme1 elle ralise des int5tions1 elle e/ intellig5te et prmdite en gr&e p>tie4 ,n\s p\vons t5ir p\r c]ta9 que dans t\te laboration littraire il en e/ de mme4 ,dans l'oeuvre qui semble emporte du m\vem5t le plus puissant1 on disc]n]ait de mme des calculs secrets1 de petites ruses1 des artifices de composition de/9s mnag] un effet1 produire un contra/e1 t5ir la curiosit en susp5s4 ,le vritable arti/e1 l'homme de gnie sait ce qu'il fait2 qu& on p>le de son inconsci5ce1 il laisse dire1 puisque c'e/ un complim5t que l'on ent5d lui faire2 mais que l'on fasse m9e de critiqu] un dtail quelconque de son oeuvre1 il s]a prt en donn] les raisons4 ,signalez-lui une faute1 il rpondra qu'il l'a faite exprs4 ,le d]ni] repro*e qu'il accepte1 c'e/ celui d'inadv]tance4 ,dans ce travail m5tal1 il y a des mom5ts pnibles1 o l'ef=t intellectuel e/ port une telle int5sit1 qu'il en devi5t presque d\l\reux4 ,c'e/ dans ces mom5ts qu'il e/ le plus intressant de l'tudi]4 ,voyons donc1 des div]ses oprations intellectuelles que requi]t l'inv5tion consci5te et rfl*ie1 quelles sont celles qui cot5t le plus d'ef=t4 ,il faut d'abord s'oblig] p5s] sur le sujet *oisi4 ,c'e/ en p>tie un ef=t d'inhibition4 ,il s'agit1 *aque fois que l'imag9ation "p sur de fausses pi/es1 de c\p] c\rt ces digressions1 de la remettre sur la voie4 ,c'e/ dj une t*e pnible2 il n\s en cote t\j\rs de rsi/] aux ides qui n\s sollicit5t4 ,mais cela mme ne suffit pas4 ,il faut accomplir encore un ef=t positif1 conc5tr] les p5ses qui t5d5t s'p>pill]1 enf]m] l'intellig5ce dans un cycle de plus en plus troit2 p\r cela1 se bi5 df9ir ce que l'on *]*e1 se pos] des que/ions prcises4 ,le dang] e/ que1 plus les conditions de l'ide que l'on *]*e sont dt]m9es1 mo9s il y a de *ance p\r que le m\vem5t spontan de la p5se amne ju/em5t celle-l2 en mme temps1 on s'e/ int]dit de p5s] autre *ose4 ,alors l'intellig5ce se rebute1 on a la s5sation d\l\reuse de l'ef=t vide2 on se creuse en va9 la tte4 ,p>fois cet tat se prolonge longtemps1 c'e/ une vritable angoisse1 jusqu' ce qu'enf9 l'ide fconde se prs5te d'elle-mme4 7,a9si ,zola travaillant gr&-pe9e compos] son ,assommoir1 jusqu'au mom5t o l'ide lui e/ v5ue de faire r5tr] ,lanti] dans le mnage de ,g]vaise74 ,l'important1 dans cette re*]*e des ides1 c'e/ de les saisir au seuil mme de la consci5ce1 qu& elles y app>aiss5t encore indcises1 et de les tir] soi de =ce4 ,s\v5t on a cette impression1 que l'ide *]*e e/ prte v5ir1 qu'elle comm5ce se =m]1 qu'elle affleure presque dans la consci5ce4 ,on s5t qu'il suffirait d'un lg] surcrot d'ef=t p\r la faire dcidm5t app>atre1 comme lorsqu'on *]*e se rappel] un mot que l'on a comme on dit sur les lvres2 mais cet ef=t1 on n'a pas l'n]gie de le faire1 et l'ide s'van\it#cg4 ,les ides pr9cipales une fois tr\ves1 on peut song] tablir le plan de l'oeuvre future4 ,c'e/ une opration indisp5sable dans t\te composition de quelque importance#ch4 ,p5dant qu'on y travaille1 les ides s'clairciss5t1 se complt5t2 une fois effectue1 elle donne une plus gr&e facilit de dveloppem5t2 elle p]met de prp>] des effets1 d'am5] une conclusion4 ,il faut mme que cette opration soit bi5 ncessaire p\r qu'un criva9 et surt\t un pote s'y rsigne2 c> de t\t le labeur littraire1 c'e/ la p>tie la plus +rate1 la plus pnible de beauc\p et la mo9s potique4 ,il faut mettre en ordre1 dispos] en srie l9aire des ides qui se sont prs5tes peu prs au has>d1 en*evtres l'une dans l'autre1 en dp5dance mutuelle2 il faut essay] t\tes les comb9aisons possibles1 rpondre des exig5ces complexes et s\v5t inconciliables2 il faut faire un ef=t p\r t5ir simultanm5t prs5tes l'esprit les images dispos]1 ce que l'on ne peut faire que dans l'ab/rait1 en les rduisant l'tat de simples s*mes1 s\s pe9e d'encombr] l'esprit qui ne saurait embrass] la fois plusieurs reprs5tations concrtes4 ,s\v5t il e/ indisp5sable1 p\r prp>] une situation ou un effet1 de compos] p> rgression3 comme le disait ,pascal1 la d]nire *ose que l'on tr\ve en composant1 c'e/ celle qui doit tre mise la premire4 ,t\tes ces oprations doiv5t s'excut] froid1 en ple9e lucidit d'esprit1 autant que possible avec l'intellect seul3 c> ce n'e/ qu'une sorte de gomtrie1 une ars comb9atoria1 o t\t se fait dans l'ab/rait#ci4 ,l'imag9ation reprs5tative n'a pas int]v5ir1 si ce n'e/ t\t au plus p\r visualis] ces comb9aisons3 on se f]a s\v5t du plan de l'oeuvre projete une sorte de figure s*matique1 dans laquelle on *]*]a mettre1 comme dans un plan ar*itectural1 une c]ta9e symtrie4 ,mais ce n'e/ pas l le mode d'imag9ation que l'on mettra en oeuvre au c\rs de la composition4 ,on voit combi5 ces oprations m5tales1 qui mett5t surt\t en jeu les facults logiques1 doiv5t cot] un imag9atif2 et ce qu'il y a de plus irritant1 c'e/ que ce labeur e/ au mo9s en app>5ce /rile2 de tant d'ef=ts1 de tant d'heures passes en ttonnem5ts et en essais de comb9aisons1 il ne re/e ri5 que quelques s*es =mules1 et une gr&e fatigue4 ,le plan de l'oeuvre une fois arrt dans ses gr&es lignes1 l'oeuvre de dveloppem5t comm5ce3 ici encore la rflexion peut et doit int]v5ir p\r =c] en quelque sorte l'inspiration4 ,il faut oblig] l'imag9ation remplir ce programme2 il faut la faire travaill] sur comm&e4 ,le difficile1 c'e/ de l'a/re9dre dvelopp] les ides dans l'ordre qu'on s'e/ fix d'avance4 ,t\tes les p>ties du plan1 que l'on a simultanm5t prs5tes l'esprit1 sollicit5t galem5t la p5se2 elles t5d5t d'elles-mmes se dvelopp]2 spontanm5t elles n\s suggr5t des images4 ,on s]ait t\j\rs t5t1 qu& on crit1 de v\loir t\t dire la fois2 et ce qu'il y a de plus gnant p\r l'esprit1 c'e/ qu'il e/ surt\t sollicit p> les ides f9ales1 auxquelles il s]ait t5t d'arriv] t\t de suite1 puisqu'elles sont le b4 ,il y aurait bi5 un moy5 d'lud] cette difficult2 ce s]ait d'crire son oeuvre reb\rs1 en dveloppant d'abord ces ides f9ales4 ,dans la composition d'un drame ou d'un roman1 p> exemple1 on trait]ait d'abord les scnes ess5tielles1 qui doiv5t tre le po9t culm9ant de l'oeuvre4 ,dans un pome lyrique on crirait en premi] lieu la d]nire /rophe2 dans un di/ique1 le second v]s4 ,ce procd e/ t5tant2 mais expri5ce faite1 on y r5onc]a t\j\rs2 il ne saurait donn] que des rsultats dfectueux4 ,il ne s]ait praticable que si l'on avait d'avance dans la tte un plan de l'oeuvre assez dtaill1 assez dt]m91 p\r tre sr de n'avoir lui faire subir1 au c\rs du dveloppem5t1 aucune modification ess5tielle2 alors en effet1 l'oeuvre s]ait vraim5t compose d'avance1 il n'y aurait plus qu' l'crire1 et peu import]ait p> quel b\t on comm5c]ait4 ,mais il s'agit prcism5t ici de tr\v] ces dtails2 n\s devons suppos] que l'on n'a arrt encore que le scn>io du drame1 que le plan gnral du pome4 ,=cm5t1 au c\rs de l'excution1 les ides se trans=m]ont un peu2 les dtails que l'on imag9]a ne peuv5t rpondre absolum5t aux simples int5tions que l'on avait1 puisqu'elles les dpass5t4 ,les situations1 en se prcisant1 se compliqu]ont2 le c>actre des p]sonnages1 qui se rduisait dans le scn>io projet une df9ition v]bale1 une brve =mule1 a*v]a de se dt]m9]2 il pr5dra la complexit de la vie4 ,l'oeuvre s'enri*ira donc1 au c\rs de la composition1 de dtails imprvus qui devront entr] dans la composition des scnes f9ales1 et contribu] la dt]m9]4 ,ces d]nires scnes1 po9t culm9ant de l'oeuvre1 en sont en mme temps la syn?se2 elles ne peuv5t donc tre crites t\t d'abord4 ,si l'on avait eu l'imprud5ce de les rdig] les premires1 qu& le mom5t s]ait v5u de les mettre leur place1 on s'ap]cevrait qu'elles ne sont plus dans le ton1 et il faudrait les recomm5c]4 ,on peut prp>] d'avance et t5ir en rs]ve1 p\r l'int]cal] au bon mom5t1 un mot effet1 un v]s1 une phrase peut-tre1 mais non t\t un dveloppem5t4 ,une oeuvre d'imag9ation ne peut crotre que p> dveloppem5t progressif4 ,il faudra donc en rev5ir la m?ode commune1 et comm5c] p> le comm5cem5t4 ,on ti5dra ses ides en susp5s jusqu' ce que le mom5t soit v5u de les dvelopp]4 ,on s'appliqu]a ne pas engag] trop tt ses rs]ves4 ,l'criva9 qui ne peut p5s] qu' ce qu'il crit actuellem5t e/ incapable de compos] une oeuvre4 ,le vritable compositeur e/ celui qui peut dispos] d'avance dans sa tte1 en une p]spective illimite1 t\te une srie d'ides1 qu'il dvelopp]a l'une aprs l'autre2 a9si il s'avance avec c]titude2 t\te son activit m5tale1 ori5te dans une mme direction1 e/ rgie p> une loi de f9alit2 il t5d v]s un b qu'il a con/amm5t prs5t l'esprit1 dans un p]ptuel ef=t de prmditation4 ,dans t\tes les oprations intellectuelles que n\s v5ons de signal]1 et qui con/itu5t la composition rfl*ie1 l'allure m5tale e/ t\j\rs la mme4 ,l'esprit va de l'ab/rait au concret1 et c'e/ ju/em5t en cela que consi/e son labeur4 ,dans des analyses d'une tonnante pntration1 ,h4 ,b]gson a montr comm5t s'opre cette volution psy*ique#dj4 ,de l'oeuvre prmdite1 que peut-on concevoir avant de l'avoir ralise8 ,une ide ab/raite1 qui conti5t l'tat de pure virtualit les dveloppem5ts futurs2 une brve =mule2 t\t au plus une image br\ille1 confuse1 in=me1 qui dem&e tre prcise1 complte3 quelque *ose comme ces griffonnages qu'un dess9ateur trace sur le papi] qu& il *]*e tablir sa composition1 simples figures s*matiques dont on p\rrait dire avec ,h4 ,b]gson qu'elles conti5n5t mo9s l'image elle-mme que l'indication des oprations faire p\r la recon/itu]4 ,t\t le travail de la composition rfl*ie consi/]a dans l'ef=t de l'ide p\r se dvelopp] en images de plus en plus concrtes et dt]m9es4 ,telle e/ la fonction des mtaphores1 dont le pote fait con/amm5t usage et dont il tire ses plus magnifiques effets de posie4 ,on a gr& tort de les reg>d] p>fois comme de simples =mes v]bales1 ne correspondant pas une p5se relle4 ,si elles ne s]vai5t qu' r5dre l'ide pr9cipale1 ou ce que l'on peut appel] le gros s5s de la phrase1 sans lui ri5 aj\t]1 leur usage s]ait peu recomm&able2 mieux vaudrait c5t fois l'expression directe4 ,mais qu& j'exprime mtaphoriquem5t une ide1 je mets plus dans ma phrase que cette ide2 j'y mets aussi une image2 et cette image1 au mom5t o je l'exprime1 e/ prs5te mon esprit2 elle fait p>tie de ma p5se4 ,la phrase mtaphorique n'exprime donc pas en t]mes plus compliqus la mme *ose que la phrase directe2 elle exprime une p5se plus ri*e1 plus ple9e1 h>monieux compos d'ides et d'images4 ,il e/ mme des criva9s *ez qui l'imag9ation e/ ce po9t dom9ante que leur p5se s'enveloppe t\j\rs de symboles4 ,ils p5s5t p> images4 ,un criva9 a9si con/itu ne p\rra s'exprim] exactem5t qu'en mtaphores4 ,son /yle1 qui n\s sembl]a figur outrance1 ne f]a que r5dre /rictem5t l'allure normale de sa p5se4 ,qu& on dit que le temps vole1 on n'exprime pas p> un t]me figur cette ide1 qu'il passe2 on exprime p> un t]me trs prcis cette ide1 qu'il a des ailes4 ,on veut rellem5t suscit] cette image1 et on emploie le mot te*nique qui la dsigne4 ,c'e/ cette image mme qui e/ symbolique2 le mot ne l'e/ pas#da4 ,si subtile que puisse p>atre cette di/9ction1 il faut la faire1 p\r p\voir ma9t5ir en t\te rigueur ce pr9cipe1 qu'il n'y a pas et ne doit pas y avoir de posie v]bale4 ,les mots ne doiv5t tre qu'un in/rum5t de transmission1 la posie tant exclusivem5t dans les s5tim5ts et les images suggrs4 ,la mtaphore se tr\ve donc en df9itive ju/ifie comme la seule =me de /yle qui puisse r5dre intgralem5t la p5se image1 dont elle e/ l'expression adquate4 ,si le pote fait des mtaphores1 s'il les accumule1 ce n'e/ pas p\r le plaisir de jongl] avec les mots ou de les pos] ct du s5s2 c'e/ p\r faire pass] ses ides de l'ab/rait au concret2 c'e/ p\r pr(it] de *aque occasion qu'il tr\ve p\r faire surgir de n\velles images4 ,il en e/ de mme des comp>aisons potiques4 ,avant d'tre un procd de /yle1 une figure de luxe1 un ornem5t du disc\rs1 la comp>aison e/ une faon pratique de s'exprim]4 ,elle surgit d'elle-mme1 dans l'ef=t que l'on fait p\r r5dre une image n\velle qu'aucun mot usuel ne peut suggr] directem5t2 on s'+nie tr\v] des images plus familires1 plus facilem5t exprimables1 qui puiss5t donn] une ide de celle-l4 ,cette sorte d'excitation et d'impati5ce qui fait afflu] les comp>aisons e/ porte son maximum qu& il s'agit d'exprim] une s\ffrance physique int5se ou une =te motion morale1 telle que l'admiration1 le dsespoir ou l'exaltation de l'am\r4 ,alors on *]*e ce que l'on peut imag9] de plus saisissant p\r r5dre ce que l'on pr\ve1 et ce sont des litanies d'images presque dlirantes et t\j\rs hyp]boliques4 ,c> les comp>aisons sont de leur nature exagres2 elles dem&5t le plus p\r obt5ir le mo9s2 il faut que de gr ou de =ce elles mett5t l'imag9ation en m\vem5t4 ,le pote us]a plus frquemm5t que p]sonne de ce procd4 ,il s'en s]vira p> beso9 d'exhal] en les exprimant s\s des =mes multiples les s5tim5ts qui l'oppress5t4 ,il s'en s]vira aussi p> jeu1 p\r le plaisir d'l>gir ses reprs5tations1 dfaire surgir p> c\ples des images de la nature entire4 ,la comp>aison potique se di/+ue de la comp>aison utilitaire en ce qu'elle e/ de luxe1 p\sse plus avant qu'il ne s]ait ncessaire1 prolonge au del de ce qui s]ait suffisant p\r exprim] compltem5t l'ide4 ,p>fois mme1 comme dans les comp>aisons homriques1 le pote p]d pi$1 il ne s'inquite plus de cons]v] entre les deux t]mes de sa comp>aison une symtrie quelconque1 il se laisse entran] p> la n\velle image et la dveloppe p\r son compte4 ,la comp>aison e/ dev5ue digression4 ,mais on le voit1 l'allure m5tale e/ t\j\rs la mme1 le b p\rsuivi e/ t\j\rs le mme3 dvelopp] les images1 les int5sifi]1 les transport] trav]s des plans de consci5ce diffr5ts1 de l'ab/rait au concret4 ,o le pote pr5d-il les images qui dvelopp5t son ide8 ,le plus s\v5t c'e/ dans son ide mme4 ,nulle ide n'e/ absolum5t ab/raite4 ,l'ab/rait ne peut tre tir que du concret1 et il faut bi5 qu'il en g>de quelque *ose1 au mo9s un s*me1 un symbole quelconque1 quelque *ose qui puisse de quelque manire se reprs5t]#db4 ,le langage c\rant e/ ple9 de mtaphores dgrades1 attnues1 d]ni] rsidu de ces images dont on s'tait s]vi comme de symbole1 dans la transition du concret l'ab/rait4 ,ces mtaphores1 la prose les laisse dormir4 ,la posie en repr5d consci5ce4 ,*]*ant con/amm5t les images1 elle les tr\ve l o elles exi/5t l'tat lat5t4 ,elle les ramne au j\r4 ,elle leur r5d la =ce et la vie4 ,a9si ce magnifique dveloppem5t d'images que n\s admirons *ez les potes e/ d'ord9aire issu d'une de ces petites mtaphores banales que le p>l] c\rant n\s apporte con/amm5t sans que n\s y p5sions4 ,songeons-y d'ailleurs4 ,si l'ide1 telle que n\s la concevons avant de l'exprim]1 n'tait pas image dj1 aucune mtaphore1 aucune comp>aison emprunte aux *oses concrtes ne p\rrait jamais l'exprim]4 ,mtaphore et comp>aison suppos5t une analogie4 ,entre une ide pure et une image visuelle1 il n'y en aurait aucune l'expression mtaphorique de cette ide ne s]ait donc pas possible4 ,on ne p\rrait que la dsign] d'un mot spcial4 ,si l'un des t]mes de la comp>aison e/ concret1 il faut que l'autre le soit aussi de quelque manire4 ,l'opration m5tale qui suggre au pote ses comp>aisons et ses mtaphores revi5t donc d'ord9aire remplac] les images vagues et ples qui accompagn5t la p5se c\rante p> des images plus int5ses1 plus pittoresques1 ayant p\rtant avec les premires une suffisante analogie4 ,la conception des ides ab/raites1 ne mettant en oeuvre qu'une p>tie trop re/re9te de notre activit intellectuelle1 n\s fatigue vite4 ,qu& n\s n\s sommes adonns quelque temps un tel travail1 n\s avons la s5sation de p5s] vide2 ce p]ptuel dr\lem5t de =mules que n\s ne p\vons ralis] en une intuition actuelle1 n\s devi5t presque intolrable4 ,il faut que l'imag9ation fonctionne1 elle aussi4 ,elle fait ce qu'elle peut p\r int]v5ir4 ,elle s'+nie illu/r] notre p5se1 traduire ce texte ab/rait en images symboliques4 ,de l un c\rant de reprs5tations1 p>allle celui des ides pures1 et qui vi5t l'enri*ir4 ,ce c\rant de p5se image1 qui *ez la plup>t d'entre n\s re/e inconsci5t1 les potes le port5t la surface2 ils le mett5t en vid5ce4 ,t&is que l'homme positif met ses rves au s]vice de sa rflexion1 le pote met sa rflexion au s]vice de ses rves4 ,il s'ex]ce et s'entrane con/amm5t ralis] ses ides en images4 ,il arrive a9si se crer une m5talit n\velle1 correspondant sa fonction spciale et son idal d'art3 il se fait une me de pur imag9atif4 ,dans ma9te priode potique1 n\s p\vons saisir sur le fait ce passage de la conception ab/raite la conception imag9ative1 qui c>actrise la composition rfl*ie4 ,la p5se potique e/ surprise en voie d'volution4 ,la priode dbute p> un t]me ab/rait1 se cont9ue p> une mtaphore et s'a*ve sur une image4 ,il peut arriv] que le pote r5v]se cet ordre et n\s prs5te l'image la premire2 mais ce ne s]a que p> exception1 p> artifice de /yle et p\r obt5ir un effet de surprise4 ,ce ne peut tre son procd usuel1 c> ce n'e/ pas la m>*e normale de sa p5se4 ,*ez lui l'ide s'pan\it en images plus facilem5t que les images ne se contract5t en ide4 ,rem>quons en outre que la m>*e de l'ab/rait au concret tant progressive1 e/ e/htiquem5t suprieure4 ,si l'image n\s e/ prs5te la premire1 n\s avons le regret de la voir se dcolor]1 p]dre la nettet de ses cont\rs1 se fondre en simples mtaphores1 et f9alem5t faire place la p5se ab/raite3 c'e/ la posie qui f9it en prose1 la s\rce qui t>it et se p]d dans les sables4 ,si l'on n\s prs5te au contraire en d]ni] lieu le t]me qui doit le plus frapp] l'imag9ation1 il y a progression2 n\s pr5ons plaisir voir la p5se s'enri*ir1 l'imag9ation entr] en jeu1 s'exalt]1 dev5ir dom9ante3 la priode potique1 d'abord calme et pose1 s'lve p> lans1 et f9it en ple9e posie4 ,n\s arrivons la d]nire priode de la composition potique3 celle o l'on donne la p5se sa =me v]bale df9itive4 ,cet enveloppem5t de la p5se dans les mots e/ t\j\rs une opration dlicate4 ,il s'agit d'exprim] son ide2 cela supposa qu'elle e/ vraim5t donne1 et l'on croit en effet l'avoir prs5te l'esprit1 puisqu'on *]*e l'exprim]2 mais ds qu'on s'y applique1 on s'ap]oit1 une rsi/ance inatt5due1 que le travail n'e/ pas aussi avanc qu'on se le figurait4 ,l'ide n'e/ pas encore exprimable4 ,elle e/ encore trs incomplte1 ou bi5 elle e/ confuse1 enveloppe1 en*evtre4 ,elle ne pr5dra une =me arrte que lorsqu'elle se s]a m\le dans une phrase4 ,mais il faudrait en avoir arrt la =me p\r lui tr\v] une phrase sa mesure4 ,on ne p\rra donc la bi5 exprim] que lorsqu'on l'aura nettem5t conue1 et la nettem5t concevoir que lorsqu'on l'aura bi5 exprime4 ,c'e/ un c]cle vicieux si jamais il en fut4 ,aussi l'auteur e/-il s\v5t bi5 emb>rass4 ,il ne sait p> o comm5c]4 ,il ttonne4 ,il va de l'ide la phrase1 s'ef=ant tant bi5 que mal d'aju/] l'une l'autre4 ,il ret\*e4 ,il rature4 ,c'e/ p>fois trs laborieux4 ,les manuscrits des potes1 ceux surt\t qu'ils n'aim5t pas montr]1 la feuille de travail1 le br\illon1 en f]ai5t foi4 ,n\s n\s tonn]ons mo9s ma9t5ant de l'ef=t que requi]t cette d]nire priode de la composition4 ,on s]ait t5t de s\rire de l'criva9 qui se donne tant de mal p\r mettre sur pi$ quelques phrases4 ,s'il sait son mti]1 p\rquoi *]*e-t-il si longtemps ses mots8 ,il faut mieux compr5dre sa situation4 ,en somme1 dans cette mise en oeuvre df9itive1 il doit m5] de front1 au mo9s p> alt]nances rapides1 deux besognes di/9ctes3 travail de l'expression v]bale proprem5t dite2 travail d'inv5tion supplm5taire4 ,entre le mom5t o n\s pr5ons la plume p\r exprim] notre ide1 et celui o n\s a*evons d'crire notre phrase1 si c\rt que soit l'int]valle1 si simple que soit la phrase1 n\s avons accompli un travail intellectuel considrable2 notre p5se s'e/ complte1 a*eve2 l'ide s'e/ pan\ie en image2 vrai dire1 c'e/ dans cette opration ultime que s'effectue la majeure p>tie du travail total requis p>la composition littraire4 ,a suppos] mme que l'on sa*e bi5 d'avance ce que l'on veut dire1 il faut tr\v] des mots p\r r5dre son ide4 ,or le vocabulaire le plus ri*e e/ bi5 pauvre encore p\r not] les nuances indf9im5t v>iables de la p5se4 ,quoi que l'on fasse1 quelque *ose en s]a t\j\rs p]du4 ,les =mes de phrase usites ne peuv5t non plus n\s suffire3 il e/ impossible que les t\rnures de phrase t\tes faites dont n\s disposons r5d5t exactem5t le m\vem5t actuel de notre p5se4 ,il faudra donc n\s +ni]1 essay] de comb9aisons 9dites et1 p> un ef=t d'inv5tion v]bale1 bris] les cli*s du langage c\rant p\r tr\v] nos ides une =me satisfaisante2 et cet ef=t doit tre d'autant plus gr& que la p5se exprim] e/ plus orig9ale4 ,mais cette t*e devi5t p>ticulirem5t ardue lorsqu'il s'agit de donn] une expression v]bale des images concrtes1 des impressions1 des s5tim5ts1 ce qui e/ la matire propre du dveloppem5t potique4 ,n\s avons rem>qu que presque t\j\rs les ides ab/raites se prs5t5t n\s avec leur enveloppe v]bale4 ,le plus s\v5t1 s9on t\j\rs1 elles app>aiss5t dans notre esprit avec quelque phrase qui les exprime1 au mo9s sommairem5t4 ,il ne n\s re/e plus qu' ret\*] un peu cette =mule p\r la r5dre p>faite4 ,qu& n\s concevons nettem5t une ide ab/raite1 non seulem5t on peut dire que les mots p\r l'exprim] arriv5t aism5t1 mais il e/ impossible qu'ils ne soi5t pas dj v5us4 ,il n'en e/ pas de mme des images1 des s5tim5ts4 ,je puis me reprs5t] trs nettem5t un objet color sans tr\v] aucun t]me qui explique sa =me ou sa c\leur2 je puis pr\v] un s5tim5t passionn et tre incapable de le =mul] en phrases4 ,qu& donc l'criva9 s'e/ donn la reprs5tation int5se des *oses qu'il veut n\s dcrire ou des s5tim5ts qu'il veut exprim]1 t\t re/e faire p\r leur donn] une =me v]bale2 on peut mme dire que jamais il n'y russira entirem5t4 ,quels mots exprim]ont jamais avec une exactitude p>faite une vision m5tale donne1 un tat d'me donn8 ,la t*e e/ donc autrem5t ardue que lorsqu'il s'agissait seulem5t d'crire s\s la dicte rapide de la p>ole intrieure4 ,voici encore une difficult p>ticulire l'expression potique4 ,s'il ne s'agissait que de donn] une ide des *oses1 en y mettant le temps1 on y arriv]ait t\j\rs4 ,on f\rnirait aux lecteurs t\tes les indications ncessaires p\r leur p]mettre de pr5dre de l'objet dcrit une connaissance exacte4 ,mais cela exig]ait d'eux un labeur intellectuel1 incompatible avec l'effet potique4 ,il faudra donc faire surgir autant que possible l'image d'un mot4 ,*aque phrase devra apport] une reprs5tation1 laquelle il s]a presque impossible de faire des ret\*es4 ,c'e/ comme dans le travail de la fresque1 il faut pe9dre au premi] c\p4 ,seuls quelques criva9s1 d\s du gnie de l'expression v]bale1 tr\v5t du premi] c\p le mot ju/e qui fait voir immdiatem5t les *oses4 ,en gnral1 on p\rrait pos] cette loi1 que l'aisance du /yle e/ plutt en raison inv]se de sa puissance d'vocation4 ,c'e/ dire que le pote ne s]a presque jamais disp5s de l'ef=t d'expression v]bale4 ,ces difficults1 rem>quons-le1 n'exi/5t pas p\r l'criva9 d'inspiration1 qui accepte les phrases en mme temps que les ides1 comme elles lui vi5n5t4 ,de l d'ord9aire la grce et l'aisance de son /yle4 ,la phrase de rflexion s]a plus crite1 plus artificielle1 plus laborieuse4 ,mais voici la contre-p>tie4 ,si la rflexion donne d'abord des rsultats infrieurs l'inspiration1 p> un ef=t de plus elle repr5d la supriorit4 ,la phrase improvise1 irrfl*ie1 a p>fois de vritables tr\vailles d'expression1 mais aussi bi5 s\v5t des faiblesses1 des nglig5ces4 ,la p>ole suit le c\rs de la p5se1 nonant les ides mesure qu'elles se produis5t1 une une1 en srie l9aire1 n'usant jamais que des con/ructions les plus directes et retombant presque t\j\rs sur les mmes types de phrase4 ,qu& on compose sa phrase loisir1 on n'accepte pas si aism5t les premi]s mots v5us4 ,le vocabulaire gagne en ri*esse1 en puissance de sugge/ion4 ,la phrase devi5t plus v>ie de t\rnures1 et p> consqu5t plus expressive4 ,elle se ress]re en =mules brves1 ou s'organise en priodes composes avec art4 ,on peut prmdit] des effets1 t5ir en rs]ve les mots de valeur jusqu'au mom5t o ils produiront l'impression la plus =te1 bris] les expressions t\tes faites1 contr>i] les habitudes de la langue p\r rveill] ses n]gies4 ,les potes-/yli/es ont t les plus +nieux inv5teurs de langage4 ,c'e/ d'eux que procd5t t\s les raff9em5ts du /yle1 les effets de ry?me1 d'h>monie imitative1 les inv]sions expressives1 le dveloppem5t de la mtaphore1 etc4 ,c'e/ grce eux que la prose mme1 inspire de leurs exemples1 pr(itant de leurs dc\v]tes1 e/ dev5ue un art4 ,c'e/ mme *ez eux que l'on retr\v]ait la suprme aisance de /yle4 ,qu& =ce d'ex]cice on se s]a rompu ces allures artificielles que l'criture d'art donne la p5se1 l'esprit repr5dra sa lib]t d'allures1 et le /yle acqu]ra une valeur e/htique que le langage improvis ne saurait atte9dre4 ,a9si1 p> un incessant labeur1 se con/itu]a peu peu cette oeuvre dont le lecteur1 qui reoit les images t\tes faites et passe sans ef=t de l'une l'autre1 recevra une impression de pure posie4 ,sans d\te cette m?ode e/ trs pnible4 ,l'inspiration e/ c]ta9em5t plus commode3 si elle suffisait t\j\rs1 il e/ bi5 vid5t qu'on ne se fatigu]ait jamais la tte rfl*ir4 ,mais encore une fois1 il e/ des cas o la rflexion e/ ncessaire4 ,au c\rs de la composition potique1 il e/ des oprations indisp5sables que seule elle peut effectu]4 ,la pratique mme indiqu]a l'criva9 dans quels cas il doit y rec\rir4 ,au c\rs d'un long travail de composition1 il ira d'une m?ode l'autre1 selon les beso9s du mom5t4 ,ce *angem5t se fait d'in/9ct4 ,on accueille l'ide qui se prs5te1 si elle e/ de t\t po9t satisfaisante2 si elle ne sufft pas1 on *]*e1 on s'+nie1 on raisonne1 on rfl*it jusqu' ce qu'on ait tr\v4 ,mais surt\t il faut rsi/] ce prjug1 en v]tu duquel on attribue aux productions spontanes de l'imag9ation une supriorit littraire4 ,un *ef-d'oeuvre ne se cre pas sans travail4 ,ri5 ne peut s'accomplir sans lutte et sans d\leur4 ,quel pati5t ef=t p\r que s'ouvre une fleur6 ,m4 ,,b\*or1 ,les ,my/res d',eleusis4 ,le gnie1 c'e/ un gr& ef=t4 ,il se produit d'ailleurs1 la suite d'ef=ts crbraux int5ses1 un phnomne psy*ique rem>quable3 c'e/ cette sorte d'excitation des facults inv5tives1 que f9it p> provoqu] la rflexion mme4 ,l'inspiration1 dit ,e4 ,paill]on1 peut tre comp>e la mise en tra9 des hauts f\rneaux3 qu& c'e/ r\ge1 t\t va bi5#dc4 ,selon ,a4 ,daudet et quelques autres criva9s1 ce phnomne se produirait s\da9em5t1 comme une crise4 ,t\t c\p1 brusquem5t1 sans qu'on sa*e p\rquoi ni comm5t1 la crise du travail comm5ce4 ,c'e/ comme un surcrot de *aleur vitale qui monte au c]veau2 on e/ pris1 envahi p> son sujet et on se met crire avec livre4 ,alors ri5 ne v\s arrte2 l'encri] e/ vide1 le crayon e/ cass2 peu importe1 on va t\j\rs4 ,on s'irrite contre la nuit qui tombe1 et l'on se crve les yeux dans le crpuscule en att5dant la lampe qui ne vi5t pas4 ,on dispute le temps au sommeil et aux repas4 ,s'il faut p>tir1 all] la campagne1 faire un voyage1 on ne peut pas se dcid] quitt] le travail1 on crit encore deb\t1 sur un co9 de sa malle#dd4 ,a9si1 =ce de rflexion1 on arrive dt]m9] une sorte d'inspiration suprieure1 p>fois pnible encore1 quelques criva9s en p>l5t comme d'un tat d'obsession et de fivre1 mais productive1 fconde1 dans laquelle t\tes les facults s'exalt5t la fois4 ,,*apitre ,,vii ,,la ,,"q ,,du ,,v]s ,,et ,l',,av5ir ,,de ,,la ,,po,,sie ,une d]nire "q n\s re/e rs\dre1 celle de savoir s'il e/ bon que la p5se potique se donne une expression v]bale p>ticulire4 ,il e/ naturel qu'ayant exprim] des p5ses et des s5tim5ts d'une nature spciale1 les potes se soi5t fait leurs procds d'expression spciaux4 ,jamais ils n'ont p>l t\t fait la mme langue que le vulgaire4 ,sans d\te la diffr5ce entre la langue usuelle et la langue potique t5d s'attnu]4 ,les temps sont passs o le vocabulaire de la posie se diffr5ciait de celui de la prose au po9t de dev5ir un vritable idiome4 ,les potes ont galem5t r5onc ce purisme1 ce s\ci d'lgance et de noblesse1 qui leur faisait c>t] comme indigne d'eux le mot prcis1 te*nique4 ,ils ddaign5t la priphrase4 ,ils ne craign5t pas d'appel] les *oses p> leur nom4 ,entre la prose et la posie il n'y a plus de cloisons tan*es2 les deux vocabulaires t5d5t s'unifi]4 ,cep5dant il y aura t\j\rs1 p> la =ce des *oses1 des mots potiques1 c'e/--dire p>ticulirem5t sugge/ifs1 vocateurs de s5tim5ts et d'images1 et des mots prosaques1 qui ne peuv5t veill] que des ides positives ou vulgaires4 ,naturellem5t les premi]s se r5contr]ont en plus =te proportion *ez les potes1 t&is que les seconds y s]ont plus r>es4 ,le pote a aussi une prdilection d'arti/e p\r les mots bi5 faits1 con=mes au gnie de la langue2 p\r les mots e/htiques1 dont la /ructure ou la sonorit e/ en secrte h>monie avec l'objet qu'ils dsign5t#de4 ,entre la prose et la posie1 voici une n\velle diffr5ce qui n'e/ pas dans les mots eux-mmes1 mais dans la faon de les pos]4 ,la prose vise plutt l'exactitude4 ,etant donn qu'elle a p\r b la transmission fidle et conomique de la p5se1 elle a raison de le faire4 ,si n\s avons p\r exprim] notre ide un mot prcis1 te*nique1 spcial1 qui dit exactem5t ce que n\s v\lons dire1 p\rquoi en employ] un autre8 ,des criva9s qu'on ne s'att5drait pas tr\v] si rigori/es1 ,fnelon p> exemple1 ou ,r5an1 ont t pris de scrupule qu& ils ont p5s aux pures lgances de /yle1 et ont e/im qu'il vaudrait mieux y r5onc] dcidm5t4 ,riv>ol a donn de =ts argum5ts en faveur du /yle direct1 utilitaire4 ,les pr9cipes mmes de l'e/htique rationnelle1 qui n\s montr5t la relle beaut dans l'exacte adaptation de *aque *ose sa f91 ne n\s oblig]ont-ils pas adopt] cet idal1 en app>5ce un peu au/re1 de l'expression /ricte et adquate8 ,exprim] sa p5se1 t\te sa p5se1 ri5 que sa p5se1 c'e/ bi5 la rgle laquelle le prosateur se s5t a/re9t4 ,ce n'e/ pas du t\t l'idal du pote4 ,il ti5t mo9s transmettre intgralem5t la p5se qu'il a dans l'esprit qu' frapp] l'imag9ation4 ,que la conception qu'il n\s suggre soit un peu diffr5te de la si5ne propre1 peu lui importe1 p\rvu qu'elle soit potiquem5t quival5te4 ,il aim]a suggr] plus d'images qu'il n'en exprime =mellem5t1 ab&onnant en p>tie le lecteur sa libre fantaisie1 et p> consqu5t laissant indcise et inexprime une p>tie de sa p5se4 ,on a bi5 des fois rem>qu que l'expression adquate de l'ide tait p> ess5ce prosaque4 ,une phrase nette1 claire comme eau de ro*e1 qui dit avec une nettet p>faite ce qu'elle veut dire1 et ri5 d'autre1 aura t\j\rs pe9e n\s donn] une impression de posie4 ,je me r5ds compte que la p>faite prcision du /yle1 p\r tre ma9t5ue1 exige un ef=t1 une matrise de soi1 qui n'e/ pas compatible avec la rv]ie2 on ne doit donc pas la dem&] au pote2 il ne doit mme pas en donn] l'impression4 ,de t\t temps on l'a autoris ne pas trop ress]r] ses expressions1 leur donn] un c]ta9 jeu4 ,il ne faudrait p\rtant pas abus] de ce droit4 ,l'usage trop con/ant de cette lic5ce potique aurait l'inconvni5t de faire p]dre l'criva9 t\t s\ci de prcision dans l'expression de sa p5se4 ,il en vi5drait se complaire dans les transpositions de t]mes1 dans les -peu-prs4 ,la t5tation e/ si =te6 ,le mot ju/e e/ p>fois si difficile am5] dans un v]s6 ,l'usage mme de la mtaphore incite les potes faire port] faux leurs expressions2 et ce qui e/ le plus dang]eux1 c'e/ qu'il c\vre t\tes les nglig5ces2 qu& le pote a pris un mot p\r l'autre1 il en e/ quitte p\r dire que c'e/ une mtaphore4 ,les potes d'inspiration sont p>ticulirem5t exposs ces divagations de la p>ole4 ,quelques contempora9s les ont re*]*es sy/matiquem5t4 ,u leur ont tr\v un *>me p>ticuli]4 ,u s'en sont fait un programme4 ,il faut aussi que tu n'ailles po9t ,*oisir tes mots sans quelque mprise3 ,ri5 de plus *] que la *anson grise ,o l',indcis au ,prcis se jo9t4 ,,v]la9e4 ,ce procd de /yle n'e/ pas t\t fait absurde4 ,on en peut obt5ir c]ta9s effets4 ,p\r exprim] des ides trs vagues1 des s5tim5ts trs nbuleux1 les mots les mo9s prcis ont un s5s trop dt]m9 encore4 ,en posant fran*em5t et de p>ti pris t\s les mots faux1 on abaisse leur v]tu sugge/ive l'extrme limite1 passe laquelle ils ne signifi]ai5t plus ri5 du t\t4 ,le lecteur p]d l'habitude d'en int]prt] aucun la lettre2 la p5se se tr\ve a9si dlivre de l'obligation de pr5dre une =me df9ie2 l'ide re/e flottante1 indcise et libre entre ces mots dont aucun n'a de prise sur elle4 ,il e/ en t\t cas un tat d'me que cette faon d'crire exprim]a p>faitem5t3 c'e/ celui du pote fatigu1 qui n'a mme plus la =ce de *]*] ses mots4 ,les oeuvres composes suivant ce sy/me re/]ont comme un curieux exemple des effets littraires que l'on peut tir] du laiss] all] v]bal4 ,peut-tre e/-il bon que l'expri5ce ait t faite4 ,mais c'e/ assez p\r une fois1 il e/ s\hait] qu'on n'y revi5ne plus4 ,mais voici la diffr5ce ess5tielle1 fondam5tale qui sp>e la posie de la prose4 ,la posie s'e/ donn une =me qui e/ bi5 elle1 qu'elle se rs]ve p\r son usage p>ticuli]1 et dans laquelle elle s'enf]me plus volonti]s que dans t\te autre4 ,c'e/ la =me du v]s4 ,d'o vi5t le plaisir p>ticuli] que n\s pr\vons lire ou ent5dre des v]s8 ,a cette "q1 n\s s]ions t5ts de rpondre immdiatem5t3 de leur cont5u potique4 ,s'ils produis5t un tel effet e/htique1 n'e/-ce pas p> la v]tu qu'ils ont d'agir sur l'imag9ation1 p> la spl5deur des visions qu'ils n\s suggr5t1 p> ce luxe de comp>aisons et de mtaphores1 p> la pr(ondeur ou la noblesse des s5tim5ts qu'ils exprim5t1 p> leur posie en un mot8 ,ri5 de plus ju/e4 ,mais on n'a pas rpondu la "q4 ,la posie en effet n'e/ pas *ose ess5tielle au v]s1 et qui explique son attrait p>ticuli]4 ,comme n\s l'avons con/at1 on tr\ve aussi de la posie dans la prose4 ,d'autre "p1 le v]s n'e/ pas ncessairem5t potique2 il en e/ d'excell5ts qui val5t p> de t\t autres qualits que celle-l4 ,dans ce v]s de ,rac9e qu'admirait tant ,flaub]t1 ,la fille de ,m9os et de ,pasipha6 o e/ la posie8 ,peut-tre la posie produit-elle plus d'effet dans les v]s que dans la prose1 et s'y r5contre-t-elle plus frquemm5t1 p\r des raisons qui re/5t expliqu]4 ,mais ce n'e/ pas dans cette prdom9ance que peut consi/] l'attrait trs spcial des v]s4 ,il le faut *]*] dans quelque *ose d'inhr5t la v]sification2 et cette *ose e/ vid5te2 elle saute aux yeux p> la seule disposition typographique des v]s2 c'e/ le ry?me4 ,la p>ole huma9e a naturellem5t un c]ta9 ry?me4 ,les phrases que n\s prononons1 bi5 qu'elles ne soi5t assujetties aucune cad5ce prdt]m9e1 ont cep5dant une t5dance pr5dre une longueur moy5ne1 et se con/ruire suivant un mme type1 ram5ant int]valles peu prs gaux des intonations peu prs semblables4 ,t\te motion t5d acc5tu] encore cette priodicit4 ,dans l'motion extrme1 la p>ole devi5t absolum5t ry?mique1 comme l'e/ une pla9te1 un rire d'allgresse ou une adjuration passionne4 ,ds que l'on a song mettre de l'art dans la p>ole1 l'ide devait donc t\t naturellem5t v5ir de rgul>is] ce *ant spontan de la voix1 et d'en fix] le ry?me4 ,on a essay de bi5 des sy/mes de v]sification2 actuellem5t encore on tr\v]ait *ez les diffr5ts peuples une gr&e v>it de =mes potiques1 comb9es de manire plus ou mo9s +nieuse2 mais le b p\rsuivi e/ t\j\rs le mme3 donn] la p>ole huma9e un ry?me df9i4 ,le plaisir ess5tiel que peut donn] le v]s e/ donc celui que peut donn] le ry?me4 ,l'oreille s'adapte cette cad5ce qui lui devi5t un beso92 elle att5d avec une sorte d'anxit le ret\r de l'impression sonore qu'elle se ti5t d'avance t\te prte recevoir1 et c'e/ *aque fois qu'elle la retr\ve un plaisir d'att5te satisfaite4 ,l'intellig5ce j\it de l'aisance avec laquelle la phrase a9si sc&e se p]oit et se reti5t2 objectivem5t et d'une manire t\te ds9tresse1 elle admire la rgul>it de ces =mes sonores1 leurs qualits de facture1 l'+niosit de leurs comb9aisons4 ,que la phrase potique1 sans ri5 p]dre de sa logique et de son expression1 puisse se prt] a9si aux exig5ces du v]s1 qu'elle *ange de pi$ qu& il le faut1 retombe avec tant de grce sur le ry?me v\lu1 c'e/ un jeu difficile1 un vritable t\r de =ce dont les initis sav5t apprci] le mrite4 ,enf9 et surt\t1 dans le ry?me potique1 n\s j\issons de la rgul>it1 de la mise en ordre1 de la cad5ce des p5ses elles-mmes4 ,ne p>lons pas t\j\rs des mots et des phrases4 ,qu'e/-ce que cela qu& n\s lisons des v]s8 ,le mot n'e/ qu'un signe2 l'ess5tiel e/ la p5se1 l'image1 le s5tim5t exprim4 ,ce qu'il y a de m]veilleux dans le v]s1 c'e/ qu'en ry?mant les phrases il ry?me le s5tim5t et la p5se4 ,le rcitant1 et p> sympa?ie l'auditeur1 e/ entran1 port p> ce m\vem5t sonore2 son tre enti] en pr5d la cad5ce2 de *aque v]s il reoit un lan2 et priodiquem5t1 suivant un plus l>ge ry?me1 *aque /ance lui apporte un n\vel afflux d'motions et de p5ses4 ,c'e/ une h\le puissante comme celle de l',ocan1 qui le s\lve et le b]ce4 ,dans l'audition d'un pome1 ce ne sont donc pas seulem5t nos p]ceptions auditives1 c'e/ notre activit crbrale t\te entire qui pr5d la =me priodique et s'ordonne suivant un ry?me rguli]#df2 on a russi1 *ose qui et pu sembl] t\t d'abord impossible1 donn] une sorte de beaut pla/ique de simples tats de consci5ce4 ,le v]s e/ donc e/htiquem5t plus ri*e que la prose2 il met en h>monie des lm5ts plus nombreux4 ,il conti5t en somme plus de beaut4 ,n\s n\s expliquons son attrait et sa valeur e/htique4 ,montrons ma9t5ant quelle e/ sa valeur potique4 ,si les potes l'ont *oisi de prfr5ce p\r exprim] la p5se rveuse1 c'e/ sans d\te qu'il se prte1 mieux que t\te autre =me v]bale1 l'expression de cette p5se4 ,le b]cem5t ry?mique du v]s e/ fait1 comme t\t ry?me1 p\r eng\rdir la rflexion4 ,valse mlancolique et lang\reux v]tige1 il emp*e l'esprit de trop suivre ses ides4 ,le v]s a encore cette p>ticul>it1 qu'il doit tre lu plus l5tem5t que la prose1 puisqu'il oblige le lecteur articul] *aque syllabe2 il lui fait pr5dre des temps4 ,dans la /ance lyrique1 le pote n\s accorde int]valles gaux une pause1 un in/ant de sil5ce et de recueillem5t1 qui n\s p]mette de dvelopp] loisir les images suggres1 de n\s pntr] de notre motion4 ,le pote lui-mme1 p5dant qu'il compose1 subit cet effet du v]s4 ,on a accus le v]s et notamm5t la rime d'am5] entre les ides des associations biz>res et d'introduire le has>d comme facteur ess5tiel dans la composition potique4 ,le pote crit dans le bruissem5t des rimes1 qui l't\rdit4 ,de l des digressions inatt5dues1 des improprits d'expression1 des dviations de p5se1 et p\r dire le mot1 une c]ta9e incohr5ce dans le dveloppem5t4 ,c'e/ l en effet un dang]4 ,mais en revan*e1 que de tr\vailles faites au c\rs de la composition6 ,la =me du v]s e/ en elle-mme sugge/ive de posie4 ,p> cela mme qu'elle dconc]te la p5se logique1 elle oblige l'esprit se donn] une t\t autre allure m5tale1 plus spontane1 plus capricieuse1 et vraim5t plus potique4 ,une "q doit p\rtant se pos] ici1 qui remet t\t en "q4 ,si le v]s e/ trs potique1 c]ta9s po9ts de vue la prose n'e/-elle pas plus potique encore8 ,de nos j\rs1 elle a fait de tels progrs1 elle s'e/ ass\plie1 elle s'e/ enri*ie1 elle a augm5t sa puissance d'expression un tel po9t1 que l'on peut se dem&] si ds ma9t5ant elle ne p\rrait pas remplac] avantageusem5t le v]s4 ,peut-tre donne-t-elle une s5sation d'art mo9s c>actrise4 ,sa beaut propre1 p]ceptible aux seuls initis1 ne se rem>que qu'aprs c\p4 ,en revan*e1 comme son ry?me fluide et s\ple se prt t\tes les volutions de la p5se6 ,la prose e/ plus limpide encore1 plus transp>5te que le v]s1 plus naturelle et plus spontane2 notre att5tion1 qui dans les v]s e/ t\j\rs quelque peu di/raite p> les artifices de la =me1 se porte ici t\t entire sur les p5ses exprimes4 ,aussi la prose peut obt5ir des effets d'motion que la lecture d'aucun pome ne n\s procur]a4 ,sa puissance d'expression pa?tique e/ incomp>able4 ,c'e/ elle1 et non le v]s1 qui p\rrait n\s transmettre1 dans leur poignante s9crit1 les motions intimes du pote4 ,il n\s semble1 dit ,guyau1 qu'un vrai pote devrait trembl] la p5se qu'un seul j\r1 dans un seul de ses v]s1 il ait pu *ang] ou dnatur] sa p5se en vue de la sonorit2 quelle misrable *ose que de se dire3 ,cette l>me-l ou ce sanglot vi5t p\r la rime ri*e6 ,la position du pote rimant ses d\leurs ou ses joies e/ dj assez *oquante p> mom5t1 sans qu'on en exagre encore l'emb>ras en dem&ant la rime une lettre de plus qu'il n'en fallait jadis#dg4 ,le mieux s]ait encore1 semble-t-il1 de ne pas rim] du t\t1 de r5onc] t\te =me artificielle1 et de donn] sa p5se l'expression qu'elle pr5d le plus naturellem5t4 ,oui1 s'il s'agissait d'arriv] la p>faite ju/esse de l'ide1 la p>faite cl>t de l'expression2 oui1 s'il fallait obt5ir le plus puissant effet pa?tique1 la prose devrait tre prfre4 ,mais la posie n'e/ ni la vrit1 ni le pa?tique extrme3 elle e/ la rv]ie e/htique4 ,or c'e/ le v]s qui n\s amne le mieux l'tat de rv]ie4 ,c'e/ lui1 p> la beaut propre de sa =me1 et mme p> ce qu'elle a d'artificiel1 qui ma9ti5t le mieux notre rv]ie1 et les s5tim5ts mmes qui l'accompagn5t1 l'tat e/htique4 ,elle en fait une pure reprs5tation4 ,elle les transporte en dehors du monde rel2 et c'e/ dans ces conditions que n\s en p\vons recevoir une pure impression de beaut4 ,j'adhr]ais ple9em5t cette p5se d',e4 ,poe3 ,je dsigne la beaut comme le doma9e de la posie444 ,or1 l'objet-vrit1 ou satisfaction de l'intellect1 et l'objet-passion1 ou excitation du coeur1 sont beauc\p plus faciles atte9dre p> le moy5 de la prose4 ,en somme1 la vrit rclame une prcision1 et la passion une famili>it 7les hommes vraim5t passionns me compr5dront71 absolum5t contraires cette beaut qui n'e/ autre *ose1 je le rpte1 que l'excitation ou le dlicieux enlvem5t de l'me#dh4 ,re/e le repro*e qu'on a fait au v]s1 de nuire la s9crit du s5tim5t4 ,nulle critique ne saurait tre plus grave1 si celle-l tait fonde4 ,ce s]ait-l1 p\r l'art des v]s1 une t>e morale que nulle qualit e/htique ne saurait comp5s]4 ,mais l'on se fait une ide fausse de l'tat m5tal du pote1 si l'on s'imag9e que p>ce qu'il s'applique ry?m] ses v]s1 il e/ incapable d'pr\v] en mme temps une motion s9cre4 ,p\r le vrai pote1 la posie n'e/ pas un jeu1 mais une *ose srieuse2 il ne cra9t pas de lui confi] ses s5tim5ts les plus *]s4 ,l'habitude mme de compos] des v]s fait disp>atre cette sorte de gne que l'on a pu pr\v] au db1 et le s5tim5t de ce qu'il y a d'artificiel dans cette =me v]bale4 ,il y a des v]s absolum5t s9cres2 n\s ne n\s y trompons pas1 et ce sont ceux-l qui n\s vont au coeur4 -- ,mais le fait dmettre ses s5tim5ts en v]s n'en fait-il pas une sorte d'objet idal8 ,ne pr5dront-ils pas1 dans cette transcription d'art1 une app>5ce d'irralit8 -- ,sans d\te4 ,mais c'e/ peut-tre p\r cette raison mme que le pote ose confi] au v]s des p5ses si intimes1 des s5tim5ts si p]sonnels1 qu'il hsit]ait exprim] dans la langue commune4 ,c]ta9es *oses peuv5t se *ant] qu'on ne dirait pas1 mme voix basse4 ,le v]s re/e donc la =me d'art la plus admirable dont le pote puisse revtir sa p5se4 ,il s]ait trs intressant d'tudi]1 au po9t de vue de l'effet potique1 les div]s sy/mes de v]sification qui ont t successivem5t usits1 depuis l'antiquit jusqu' nos j\rs4 ,en ,france mme1 actuellem5t1 le pote dispose d'un gr& nombre de comb9aisons ry?miques1 qui *acune ont leur expression p>ticulire4 ,je dirai seulem5t quelques mots de notre alex&r9 classique1 qui re/e jusqu' n\vel ordre le v]s typique et normal de la posie franaise4 ,je v\drais rpondre une critique qu'on lui a adresse4 ,p>ce que sa mesure e/ trs rgulire1 on l'a accus de monotonie4 ,mais c'e/ cette rgul>it mme qui p]met d'obt5ir des effets de ry?me si v>is et si puissants1 p> les div]ses faons dont cette cad5ce uni=me du v]s se comb9e avec le ry?me propre et indf9im5t v>iable de la phrase4 ,tantt en effet la phrase tombe p>faitem5t en mesure avec le v]s2 tantt elle e/ avec lui en diffr5ce de phase1 et ce sont des effets de contre-temps d'une s+ulire int5sit d'expression4 ,soi5t ces lignes de prose3 ,le duel repr5d2 la mort plane2 le sang ruisselle4 ,dur&al heurte et suit ,closamont4 ,l't9celle jaillit4 ,c'e/ une phrase qui a son ry?me propre1 bref1 saccad1 assez expressif1 mais en somme de mdiocre valeur e/htique4 ,soi5t ma9t5ant ces v]s3 ,le duel repr5d1 la mort plane1 le sang ruisselle4 ,dur&al heurte et suit ,closamont4 ,l't9celle ,jaillit444 ,c'e/ t\t autre *ose1 et c'e/ bi5 mieux4 ,ici en effet v\s avez deux ry?mes1 celui de la phrase et celui du v]s1 tantt s'accordant1 tantt se contr>iant comme deux =ces indp5dantes1 et t\j\rs s'acc5tuant l'un l'autre1 p> leurs oppositions aussi bi5 que p> leurs r5contres4 ,quelle valeur incomp>able pr5n5t les mots p> la faon dont ils tomb5t en mesure ou contre-temps1 en f9 de v]s ou en rejet6 ,t\s ces effets de ry?me disp>aiss5t si l'on n'a pas con/amm5t prs5te l'esprit la cad5ce du v]s1 surt\t aux mom5ts o elle ne concide pas avec la c\pe de la phrase#di4 ,le ry?me rguli] e/ la mesure normale4 ,il va de soi qu'on ne p\rrait s'en cont5t]4 ,p\r satisfaire notre beso9 de v>it et p\r les ncessits de l'expression1 on p\rra en drang] la cad5ce1 la ral5tir1 la prcipit]1 et p> in/ants mme1 p\r port] l'motion son maximum1 la bris] brusquem5t4 ,mais pas un in/ant on ne n\s la f]a oubli]4 ,les accid5ts ry?miques1 les v>iations du m\vem5t sonore1 sa plus ou mo9s gr&e rapidit n'ont videmm5t d'expression que p> rapport au m\vem5t normal1 comme exception une loi dont n\s devons g>d] la notion4 ,et notre v]s franais1 tel que l'ont =g nos gr&s potes1 e/ prcism5t con/ruit de manire n\s la cons]v] t\j\rs4 ,on a beauc\p travaill de nos j\rs le p]fectionn] encore4 ,on a con/at que dans le v]s classique1 et mme dans le v]s romantique1 il y avait beauc\p trop de rgles arbitraires1 de prohibitions irrationnelles1 d'entraves t\tes gratuites la lib]t de l'criva94 ,p\rquoi admettre c]ta9s effets de contre-temps et n'en pas admettre d'autres8 ,p\rquoi l'int]diction absolue de l'hiatus8 ,p\rquoi l'alt]nance obligatoire des rimes mascul9es et des rimes fm99es8 ,t\t cela e/ arbitraire4 ,nos potes contempora9s se sont affran*is de ces va9es prohibitions4 ,la rime mme s'e/ dt5due2 dans c]ta9s cas on se cont5te de l'assonance4 ,on a eu c5t fois raison de bris] cet troit =malisme1 et de laiss] au pote plus d'initiative4 ,s]ait-il possible d'imag9] des =mes de v]s1 t\tes diffr5tes de l'alex&r9 rguli]1 et capables de produire des effets quival5ts8 ,ri5 ne cote d'essay]1 et l'on ne s'en e/ pas fait faute#ej4 ,dans la fivre de rnovation qui a pris depuis v+t ou tr5te ans nos v]sificateurs1 que de =mes n\velles n\s avons vues app>atre6 ,v]s en assonances2 v]s de neuf pi$s1 de onze ou de treize2 v]s non sc&s2 v]s de longueur arbitrairem5t v>iable2 v]s amorphes1 etc4 ,je ne vois pas jusqu'ici que de t\tes ces t5tatives soit sortie une =me de v]s suprieure dans son pr9cipe l'alex&r91 (frant une somme de qualits plus gr&e et capable de le supplant] comme type normal du v]s franais3 de-ci de-l quelques tr\vailles exquises1 des =mes d'un *>me subtil et dlicat1 applicables l'expression de c]ta9s tats d'me trs p>ticuli]s et surt\t l'expression du vague dans l'me2 mais ri5 de solide1 de =t1 de df9itif4 ,il faut *]*] encore4 ,peut-tre n'a-t-on pas *]* du bon ct4 ,il me semble que la plup>t des novateurs se sont surt\t propos comme programme de ragir en posie contre la beaut gomtrique1 et de tr\v] des =mes de v]s plus s\ples que le v]s classique1 de ry?me mo9s rguli]1 mo9s artificiel1 mieux capable de s'adapt] au ry?me spontan de la phrase4 ,p> une concid5ce s+ulire1 en mme temps que la posie t5dait rappro*] son ry?me de celui de la prose1 la prose1 s\s prtexte d'criture arti/e1 se faisait de plus en plus artificielle1 en sorte que ces deux =mes d'expression de la p5se huma9e semblai5t v\loir se rappro*] de plus en plus4 ,je crois que c'tait l une mprise4 ,l'idal ne me semble pas que la posie et la prose aill5t se rappro*ant1 mais au contraire qu'elles se diffr5ci5t le plus possible4 ,il e/ facile d'imag9] entre les deux autant de =mes int]mdiaires que l'on v\dra2 t\tes s]ont admissibles la rigueur1 mais avec quelque *ose d'quivoque et de bt>d2 aucune ne vaudra la prose simple ou la fran*e v]sification4 ,le v]s amorphe notamm5t1 le v]s qui ne s]ait a/re9t aucun ry?me rguli]1 e/ un non-s5s4 ,b\lev]sez comme v\s l'ent5drez t\tes les rgles de la prosodie1 mais ne l\*ez pas au ry?me4 ,nul n'a jamais russi et ne russira faire des v]s sans ry?me df9i1 p> cette raison t\te simple que ce ne s]ai5t plus des v]s4 ,lo9 de donn] la prfr5ce aux =mes potiques o le ry?me e/ le mo9s accus1 j'accord]ais la plus haute valeur celles qui l'acc5tu5t le plus fran*em5t1 aux =mes trs artificielles1 qui pas un in/ant ne pr5n5t l'allure de la prose4 ,a9si notre gr&e /rophe lyrique4 ,dans cette =me sup]be qui lui e/ prp>e d'avance1 comm5t le pote p\rrait-il exprim] autre *ose que ses plus nobles p5ses8 ,sur un tel ry?me1 sur ces l>ges accords qui accompagn5t sa voix1 basse oblige de son *ant1 comm5t mettrait-ils de mesqu9s et grles motifs8 ,ce sont donc les =mes de v]s les plus =tem5t ry?mes qui produiront la plus puissante motion e/htique4 ,ce sont elles qui mett5t le mieux en vid5ce la beaut propre du v]s1 l'effet qu'elles produis5t tant t\t fait spcial1 et tel que l'on ne saurait lui tr\v] dans la prose aucun quival5t4 ,ce sont donc les =mes typiques auxquelles doit plutt t5dre la posie4 ,le v]s ne saurait donc tre trop bi5 ry?m4 ,le vritable progrs1 ce s]ait de tr\v] d'autres ry?mes1 et si possible des ry?mes plus beaux4 ,qu& on comp>e la musique et la posie au po9t de vue du ry?me1 on e/ frapp de l'imm5se supriorit de la musique4 ,le musici5 tire du ry?me des effets surpr5ants4 ,quelle v>it de cad5ces1 si +nieusem5t comb9es1 si c>actrises1 si expressives6 ,comme la ry?mique des v]s e/ pauvre et presque rudim5taire en comp>aison6 ,cette pnurie relative me semble p\voir tre attribue deux causes4 ,notre v]s franais actuel e/ fond en pr9cipe sur la simple numration des syllabes4 ,des sons en nombre fixe occupant une dure v>iable1 tel e/ notre ry?me potique4 -- ,on p\rrait concevoir un sy/me t\t diffr5t3 des sons en nombre v>iable occupant une dure fixe4 ,c'e/ prcism5t le pr9cipe du ry?me musical4 ,et c'tait aussi le pr9cipe du v]s grco-lat91 o deux syllabes brves p\vai5t t5ir la place d'une longue1 de telle sorte que le v]s cons]vt sa cad5ce rgulire quel que ft le nombre total de syllabes mises4 -- ,je n'ai pas tablir p\r quelles raisons le premi] sy/me a prvalu dans la prosodie mod]ne1 et s'e/ df9itivem5t impos en ,france1 au po9t de faire disp>atre de notre v]s t\te comb9aison ry?mique fonde sur la quantit des syllabes4 ,n\s savons quel p>ti ont tir de ce ry?me les potes contempora9s4 ,mais je crois bi5 qu'ils lui ont fait r5dre t\t ce que le pr9cipe comportait1 et que1 p\r ralis] un progrs n\veau1 il faudra *]*] ailleurs4 ,en fait1 en optant p\r le pr9cipe de la simple numration des syllabes1 on s'e/ engag dans une impasse4 ,l'av5ir du v]s e/ mon s5s1 non pas dans des p]fectionnem5ts de dtail dsormais presque impossibles1 t\t ayant t essay1 mais dans une rvolution du v]s1 dans le ret\r au pr9cipe du ry?me musical3 nombre v>iable de sons rp>ti sur une dure fixe4 ,ce pr9cipe s]ait autrem5t fcond4 ,le pote ti5drait compte de la dure relative des syllabes1 lm5t trs important qu'il f]ait entr] dans ses comb9aisons ry?miques4 ,il p\rrait impos] au rcitant un dbit plus ou mo9s rapide1 oblig] la voix appuy] sur c]ta9s mots et pass] vite sur d'autres2 il aurait en un mot sa disposition t\s les effets de ry?me dont actuellem5t le musici5 dispose4 ,il ne suffit pas1 bi5 ent5du1 de pos] le pr9cipe2 il faudrait tr\v] les voies et moy5s2 mais si l'+niosit de nos v]sificateurs s'ex]ait en ce s5s1 je suis p]suad que p\r comm5c]1 ils aurai5t bi5 vite tr\v des =mes de v]s au mo9s quival5tes aux =mes actuelles4 ,comme notre oreille s'e/ faite la mesure ari?mtique de nos v]s1 elle se f]ait cette cad5ce vraim5t ry?mique4 ,mais p\r que ces progrs dans le ry?me potique soi5t possibles1 il s]a indisp5sable que la mesure des v]s soit ne de quelque manire4 ,actuellem5t les potes ddaign5t de le faire4 ,n\s indiqu] comm5t n\s devons sc&] leurs v]s1 quel enfantillage6 ,l'oreille1 semble-t-il1 doit suffire4 ,oui1 elle suffit1 p\r les ry?mes trs simples1 trs connus1 trs uni=mes1 qui ont t jusqu'ici usits4 ,mais dj elle a des p]plexits devant les ry?mes inatt5dus que n\s s\mett5t p>fois les potes contempora9s4 ,on vi5t de lire une pice de v]s crite en octosyllabes2 qu& on e/ encore accord au ry?me de ce v]s1 brusquem5t on tombe sur une pice crite en v]s de neuf1 de onze1 ou de treize pi$s4 ,l'oreille e/ *oque2 ces ry?mes impairs la dconc]t5t3 n\s avons pe9e en pr5dre la cad5ce4 ,un signe quelconque1 qui n\s indiqu]ait comm5t ces v]s doiv5t tre sc&s1 n\s vit]ait cette impression f*euse4 ,a plus =te raison s]a-t-il ncessaire de multipli] les indications qu& on en arriv]a des ry?mes absolum5t n\veaux4 ,l'abs5ce de t\te notation1 telle me semble tre la seconde cause qui a rduit la posie une telle pnurie de ry?mes4 ,figurons-n\s en quel tat d'enfance s]ait encore la musique1 si les musici5s eux aussi s'tai5t ab/5us d'indiqu] en quelle mesure un morceau doit tre j\1 quelle dure prcise il faut donn] *aque note1 qu& il faut prcipit] le m\vem5t1 qu& il faut le ral5tir6 ,c'e/ ju/em5t grce l'emploi d'une notation trs dtaille qu'ils ont pu v>i] indf9im5t leur ry?mique1 et la port] son degr de p]fection actuel4 ,s'ils s'tai5t cont5ts1 la manire des potes1 de n\s donn] la srie des notes qui compos5t un air1 s'en remettant l'oreille du so9 d'en tr\v] la cad5ce1 il e/ probable que les ry?mes musicaux en s]ai5t encore au po9t o en sont les ry?mes potiques4 ,autant que l'on peut entrevoir l'av5ir1 je me reprs5te la posie future comme tablie sur des ry?mes aussi v>is1 aussi expressifs p> eux-mmes1 aussi soigneusem5t ns que ceux de la musique4 ,c'e/ avec la musique que l'art des v]s avait autrefois les rapports les plus troits3 qu'il s'en rappro*e de n\veau2 que la posie r$evi5ne lyrique6 ,les potes contempora9s obiss5t un sr in/9ct arti/ique1 qu& ils rclam5t une v]sification plus musicale que la ntre4 ,que ne se font-ils musici5s vraim5t8 ,la posie musicale qu'ils rv5t n'e/ plus inv5t]2 ils l'ont s\v5t ent5due sans la reconnatre2 cette posie suprme1 qui aurait la =ce de sugge/ion de la p>ole et l'expression pa?tique de la musique pure1 c'e/ le *ant6 ,je p>le d'une posie de l'av5ir4 ,ici se pose une "q inquitante4 ,on s'e/ dem& si l'av5ir tait la posie4 ,quelques prophtes pessimi/es n\s m5ac5t d'un ret\r la prose1 la prose utilitaire4 ,ne dev5ons-n\s pas de j\r en j\r plus pratiques1 mo9s disposs accord] dans notre vie affaire une place l'art1 l'idal1 la posie8 -- ,on n'a pas le droit de p>l] a9si4 ,auj\rd'hui comme autrefois1 ce que n\s v\lons1 c'e/ le progrs4 ,notre att5tion e/ peut-tre spcialem5t attire en ce mom5t sur d'autres r=mes1 plus urg5tes encore que celle de la v]sification3 sur des trans=mations sociales accomplir1 sur des inju/ices rp>]1 sur des s\ffrances1 des misres1 des ignorances et autres trs laides *oses1 que n\s aurions envie de voir disp>atre4 ,en ce s5s n\s dev5ons pratiques1 songeant au pr9cipal avant de song] au sup]flu4 ,ce n'e/ pas le signe d'une mo9dre lvation de gts4 ,je suis p]suad que l'art1 lo9 d'all] baissant de valeur1 ira t\j\rs pr5ant dans la vie huma9e une importance plus gr&e4 ,le seul fait que la posie soit d'art pur n'e/ pas ce qui peut n\s inquit] sur son av5ir4 ,d'autre "p n\s avons vu qu'ayant son doma9e propre1 elle ne risquait pas d'tre v9ce p> quelque =me d'art plus pure1 remplissant mieux qu'elle les mmes fonctions4 ,elle subsi/]a donc4 ,elle subsi/]a p\r son *>me1 p\r sa noblesse1 p\r sa difficult mme qui la rs]ve l'expression de nos s5tim5ts les plus levs1 p\r le ry?me et l'h>monie qu'elle met dans t\te notre me4 ,mais p\r acqurir a9si son ple9 droit la survivance1 il faut que lo9 de se rappro*] de la prose1 elle aille plutt s'en diffr5ciant plus encore1 de peur de jamais faire d\ble emploi avec elle4 ,,notes ,,au ,,bas ,,de ,,la ,,page #a ,il e/ c]ta9es oprations intellectuelles que l'on n'effectu]a jamais en rve1 p>ce qu'elles impliqu]ai5t un ef=t d'ab/raction incompatible avec l'activit crbrale dont n\s disposons alors4 ,dans une enqute faite sur cette "q3 ,avez-v\s quelquefois rv ma?matiques8 on a reu #bg rponses1 t\tes1 sauf une1 ngatives4 ,l',int]mdiaire des ma?matici5s1 t4 ,,ix1 #aijb1 p4 #cci-cdj4 #b ,plus le sommeil e/ pr(ond1 plus les rves conc]n5t une p>tie antrieure de notre exi/5ce et sont lo9 de la ralit2 au contraire1 plus le sommeil e/ sup]ficiel1 plus les s5sations j\rnalires app>aiss5t et plus les rves reflt5t les proccupations et les motions de la veille4 ,vas*ide4 ,re*]*es exprim5tales sur les rves4 ,comptes r5dus de l',acadmie des sci5ces1 #ag juillet #ahii4 #c ,c'e/ ce s5tim5t p>ticuli] que ,m4 ,brauns*vig doit avoir en vue dans la df9ition qu'il donne du s5tim5t potique3 ,le s5tim5t potique consi/e dans l'impression que n\s laiss5t des sries d'associations qui1 s'veillant dans notre esprit dlivr de t\te inquitude pratique1 y demeur5t p\r a9si dire ouv]tes4 ,le s5tim5t du beau et le s5tim5t potique4 ,f4 ,alcan1 #aijd1 p4 #bjg4 #d ,la ,beaut rationnelle4 ,f4 ,alcan1 #aijd1 deuxime p>tie1 *4 ,,ii4 ,,iii1 ,,iv4 #e ,c'e/ la qualit des images suggres qui importe1 non leur quantit4 ,si la posie ne consi/ait que dans le p\voir d'voqu] une srie indf9ie de reprs5tations quelconques1 ri5 ne s]ait plus potique que le mot et cet]a4 #f ,voir notamm5t les ,rv]ies du prom5eur solitaire 7au prom5ade7 et la ,lettre ,m4 de ,male%]bes1 #bf janvi] #agfb4 ,p\r tablir la balance du bonheur que peut n\s apport] la rv]ie1 il faudrait montr]1 *ez ,j4-,j4 ,r\sseau mme1 la pro/ration qui suit ces lans de l'imag9ation4 ,la rv]ie1 ce degr1 e/ une sorte d'ivresse qui se paie4 ,elle dcolore la vie relle et en loigne4 ,elle n'augm5te pas tant notre bonheur qu'elle ne le dplace1 en le reportant t\t enti] dans notre vie d'imag9ation4 #g ,c'e/ cette int]v5tion des phosphnes dans la composition m5tale que j'attribu]ais en p>tie les visions lum9euses de l',apocalypse1 ou encore la description bl\issante que donne ,dante de la ,ros my/ique1 la f9 de son pome4 ,goe! avait la facult de faire app>atre dans le *amp rt9i51 p> un ef=t de vision m5tale1 des images colores 7sur les faits de ce g5re1 v4 ,helmholtz1 ,optique physiologique1 #b;e p>tie1 #ag7 ,cette facult a d avoir une influ5ce sur la g5se des images dans ses contes m]veilleux3 a9si1 dans le ,n\veau ,p>is1 ces trois pommes r\ge1 jaune et v]te1 transp>5tes comme des pi]res prcieuses1 qui se *ang5t en petites dames qui voltig5t sur le b\t de ses doigts2 a9si encore1 dans les ,entreti5s d'migrs allem&s1 le beau s]p5t v]t qui avale de l'or et devi5t lum9eux et transp>5t1 ou qui se *ange en un pont d'm]aude1 de *rysoprase et de *rysoli!4 ,voici une mtamorphose c>actri/ique3 ,son beau corps1 la =me lance1 s'tait sp> en mille et mille brillantes pi]r]ies2 la vieille1 en v\lant pr5dre sa corbeille1 l'avait heurt p> mg>de1 et l'on ne voyait plus ri5 de la =me du s]p5t1 mais seulem5t un beau c]cle de pi]res t9celantes1 semes sur le gazon4 ,de telles images1 quel que puisse tre leur s5s symbolique1 ont t videmm5t inspires de ces phosphnes que la circulation du sang sur la rt9e fait spontanm5t app>atre4 #h ,hi/oire de ma vie1 #c;e p>tie1 ,,viii4 #i ,n'e/-ce pas a9si que ,r5an a compos sa vie de ,jsus8 #aj ,a comp>]1 p\r l'inconsi/ance et l'van\issem5t progressif de l'idal rv1 ces v]s de la ,ctesse ,ma?ieu de ,noailles4 ,le visage de ceux qu'on n'aime pas encor ,app>at quelquefois aux f5tres des rves ,et va s'illum9ant sur de ples dcors ,dans un arg5tem5t de lune qui se lve4 ,ils ont des ge/es l5ts1 d\x et sil5cieux1 ,notre vie unim5t v]s leur att5te afflue3 ,il semble que les corps s'uniss5t p> les jeux ,et que les mes sont des pages qu'on a lues4 ,ce sont des frlem5ts dont on ne peut gurir1 ,o l'on se s5t le coeur trop las p\r se df5dre1 ,o l'me e/ tri/e a9si qu'an mom5t de m\rir2 ,ce sont des unions lam5tables et t5dres444 ,et ceux-l re/]ont qu& le rve aura fui ,my/rieusem5t les lus du m5songe1 ,ceux qui n\s aurons1 dans le secret des nuits1 ,(f]t nos lvres d'ombre1 ouv]t nos bras de songe4 ,le coeur innombrable4 ,on tr\v]ait1 dans ce mme recueil potique1 de beaux exemples de la posie des objets famili]s1 qui1 p\r les mes prosaques1 re/5t vulgaires4 #aa ,a signal] dans ,*ateaubri& cette pi?te significative d'imag9aires1 applique aux lo9ta9s4 ,l'arbre dcrpit se rompt2 il tombe4 ,les =ts mugiss5t2 mille voix s'lv5t4 ,bi5tt les1 bruits s'affaibliss5t2 ils meur5t dans des lo9ta9s presque imag9aires3 le sil5ce envahit de n\veau le ds]t4 ,j\rnal de voyage4 #ab ,contes du lundi1 ,le c>avansrail4 #ac ,v4 ,helmholtz1 confr5ce sur l'optique et la pe9ture1 annexe aux ,pr9cipes sci5tifiques des ,beaux-,arts1 ,biblio?que sci5tifique int]nationale1 ,f4 ,alcan1 #e;e d41 #aijb4 #ad ,voir ce sujet les amusantes b\tades de ,tol/o 7,qu'e/-ce que l'art1 trad4 ,halpr9e-,kam9sky1 ,oll5dorf #ahih1 p4 #baj et suivantes74 #ae ,p5ses1 titre ,,xx1 p4 #bfj4 ,cette rem>que p\rrait tre t5due t\te reprs5tation arti/ique4 ,non seulem5t la conv5tion e/ p]mise dans l'art1 mais elle y e/ obligatoire si l'on ti5t produire un effet potique4 ,il faut que l'on g>de cette impression1 que le tableau n'e/ qu'un tableau1 que la /atue n'e/ qu'une /atue1 et que t\t cela e/ imag9aire4 #af ,v4 ,paul ,roy1 ,enseignem5t rationnel de la musique1 ,a4-,h4 ,simon4 ,p>is #ahge1 pp4 #aba et #abb4 #ag ,b]lioz1 ,gr& trait d'in/rum5tation et d'or*e/ration mod]nes1 p4 #ach4 #ah ,f4-,a4 ,geva]t1 ,n\veau trait d'in/rum5tation1 ,lem]re #ahhe1 p4 #ic4 #ai ,ibid41 p4 #baj4 #bj ,wagn] a obs]v sur lui-mme ce procd de composition4 ,au sujet du prlude in/rum5tal qui accompagne l'app>ition d',elsa sur le balcon1 au deuxime acte de ,loh5gr91 il crit son ami ,uhlig3 ,je me suis r5du compte en revoyant ce passage de la faon dont les ?mes se =m5t en moi3 ils se ratta*5t t\j\rs une app>ition pla/ique et se con=m5t au c>actre de celle-ci4 ,cit p> ,maurice ,kuff]a?4 ,le ,?tre de ,r4 ,wagn]4 ,loh5gr91 ,p>is1 ,fis*ba*]1 #ahia1 p4 #acd4 #ba ,vie et op9ions de ,m4 ,frdric-,?omas ,gra9dorge1 *4 ,,xxiv4 #bb ,&r ,*evrillon1 ,dans l',inde4 ,ha*ette1 #ahia1 p4 #bej4 #bc ,on tr\v]a dans l',e/htique d',eugne ,vron un intressant plaidoy] en ce s5s4 ,il l\e la posie d'avoir1 seule de t\s les arts1 le privilge d'exprim] directem5t des p5ses et de s'adress] sans int]mdiaire l'intellig5ce4 ,l'ef=t p\r exprim] directem5t une p5se p> la sculpture ou la pe9ture e/ presque fatalem5t condamn l'insuccs4 ,la fusion entre les deux lm5ts ne se fait pas ou se fait mal1 et laisse l'impression d'une sorte de placage4 ,la posie se prte bi5 plus facilem5t au mlange de l'ide et du s5tim5t4 ,elle passe de l'un l'autre sans ef=t et s\v5t tire de cette union d'admirables effets4 ,qu& le pote jo9t aux facults spciales de l'arti/e la hauteur et la gnrosit de la p5se1 il n\s p>at deux fois gr& et l'oeuvre gagne cette impression un r$\blem5t de puissance444 ,les ides1 en somme1 ont leur posie comme les s5tim5ts1 et il n'y a pas de raison p\r que l'art nglige cette s\rce d'motions4 ,l',e/htique1 ,re9wald1 #ahgh1 p4 #fjf4 #bd ,il e/ rem>qu] que *ez les philosophes la pr(ondeur de la p5se n'exclut nullem5t l'imag9ation4 ,il y aurait une tude spciale faire de la posie des philosophes4 ,quelques-uns ont eu une m]veilleuse imag9ation2 il y a peu de *oses plus potiques dans la littrature grecque que les my!s de ,platon4 ,guyau1 dans t\s ses ouvrages1 a fait une l>ge place la posie 7,voir p> exemple1 dans l',irrligion de l'av5ir1 l'allgorie de la fiance t\j\rs due qui t\s les mat9s revt sa robe blan*e1 ou du voyageur puis de fivre qui suit des yeux l'onduleuse c>avane de ses frres en m>*e v]s les pays inconnus2 dans la ,morale1 sans obligation ni sanction1 la page vraim5t sublime qui dans les flots en m\vem5t n\s montre le symbole du r\lis t]nel qui b]ce les tres74 ,le /yle de ,h4 ,b]gson e/ aussi trs ri*em5t imag4 #be ,v]s d'un philosophe4 ,v4 ,alcan1 #ahif1 d]ni]s v]s4 #bf ,?4 ,ribot a bi5 montr que l'imag9ation inv5tive doit t\j\rs tre /imule p> quelque motion4 ,t\tes les =mes de l'imag9ation cratrice impliqu5t des lm5ts affectifs4 ,t\tes les dispositions affectives quelles qu'elles soi5t peuv5t influ] sur l'imag9ation cratrice4 ,essai sur l'imag9ation cratrice4 ,f4 ,alcan1 #aijj1 p4 #bg et #bh4 #bg ,voir p> exemple l'analyse que donne ,e4 ,poe de la g5se de son pome du ,corbeau1 ou les procds de composition de ,paul ,h]vieu 7,a4 ,b9et1 ,la cration littraire1 ,anne psy*ologique1 #aijc74 #bh ,voici ce sujet un c]ta9 nombre de tmoignages3 ,la m>*e a quelque *ose qui anime et avive mes ides2 je ne puis presque p5s] qu& je suis en place2 il faut que mon corps soit en branle p\r y mettre mon esprit4 ,j4-,j4 ,r\sseau1 ,confessions1 #are p>tie1 livre ,,ix4 ,g4 ,t>de tr\ve1 au c\rs d'une prom5ade1 sa ?orie de l'imitation 7,cit p> ,f4 ,paulhan1 ,psy*ologie de l'inv5tion1 p4 #ai4 ,f4 ,alcan1 #aija74 ,la prom5ade facilite s+ulirem5t le travail d'assimilation des matriaux intellectuels et leur mise en oeuvre 4 4 4 ,j'av\e1 p\r mon compte1 que t\tes les ides neuves que j'ai eu le bonheur de dc\vrir me sont v5ues dans mes prom5ades4 ,j4 ,payot1 ,l'ducation de la volont4 ,alcan1 #ahid1 p4 #aed et #agf4 ,j'ai g>d de mon enfance le beso9 de m>*] rapidem5t lorsque je *]*e inv5t] quelque *ose3 c'e/ une faon de sque/r] mon esprit trs facile di/raire4 ,f4 de ,curel 7cit p> ,a4 ,b9et et ,j4 ,passy1 tudes de psy*ologie sur les auteurs dramatiques4 ,anne psy*ologique1 #ahid1 p4 #ahg74 ,on p\rrait multipli] l'inf9i ces citations4 #bi ,ce n'e/ pas tant p> son jeu rguli]1 p> un dveloppem5t normal que l'intellig5ce inv5te1 que p> le pr(it qu'elle sait tir] de l'activit relativem5t libre et p>fois capricieuse de ses lm5ts444 ,l'ide directrice gnrale int]vi5t p\r *oisir1 p\r accept] ou rejet] les lm5ts qui lui sont (f]ts1 mais ces lm5ts ce n'e/ gnralem5t pas elle qui les voque4 ,ils sont en bi5 des cas le produit du jeu spontan1 quoique surveill1 des ides et des images1 de t\s les petits sy/mes qui viv5t dans l'esprit444 ,si les lm5ts ne s'affran*issai5t pas p>fois quelque peu1 s ils ne se livrai5t pas leurs aff9its propres en rompant les associations logiques habituelles1 si la coord9ation de l'esprit tait trop s]re et trop raide1 trop uni=mm5t p]si/ante1 l'inv5tion s]ait beauc\p plus r>e et re/]ait trop simple4 ,f4 ,paulhan1 ,psy*ologie de l'inv5tion1 ,f4 ,alcan #aija1 pp4 #d1 #dc1 #ef4 ,voir aussi dans le re/e de l'ouvrage un gr& nombre d'obs]vations trs intressantes sur les procds intimes de l'inv5tion littraire4 #cj ,on tr\v]a cits des exemples intressants de cette difficult de la composition dans ,le labeur de la prose1 de ,g4 ,abel4 ,p>is1 ,/ock1 #aijb4 ,voir notamm5t le fac-simil d'une preuve corrige de ,balzac4 #ca ,de l'art et du beau4 ,g>ni]1 #ahgb1 p4 #agj4 #cb ,voir le dveloppem5t de l'op9ion contraire p> ,paul ,janet1 ,la psy*ologie dans les tragdies de ,rac9e4 ,revue des ,deux ,mondes1 #ae septembre #ahge1 p4 #bfg4 #cc ,sur l'objectivation des p]sonnages dramatiques1 voir ,f4 de ,curel 7,lettre cite p> ,a4 ,b9et1 ,anne psy*ologique1 #ahid1 p4 #acc47 ,ces obs]vations1 faites sur lui-mme p> ,f4 de ,curel1 tmoign5t d'une rem>quable facult d'introspection et sont de prcieux docum5ts psy*ologiques4 ,a rem>qu] t\t ce qui a trait l'utilisation de la rv]ie1 comme procd d'inv5tion4 #cd ,ce n'e/ pas dire que les romanci]s se mett5t en scne dans leurs livres1 mais1 dans les p]sonnages qu'ils n\s prs5t5t et dans la faon dont ils n\s les prs5t5t1 si m9utieusem5t obs]vs qu'ils soi5t d'ailleurs1 il y a t\j\rs quelque *ose de leur me4 ,ils sont p\r a9si dire m>qus du sceau de la p]sonnalit de leur pre spirituel4 ,l4 ,prat1 ,le c>actre empirique et la p]sonne1 ,f4 ,alcan1 #aijf1 p4 #aeb4 #ce ,h4 ,helmholtz1 ,?orie physiologique de la musique1 trad4 ,gur\lt1 ,masson1 #ahfh1 p4 #dgi4 #cf ,v4 p> exemple les contes embots l'un dans l'autre du ,pant*a-,tantra et des ,mille et une ,nuits1 les rcits p>asites qui se greff5t sur le rcit pr9cipal dans le ,don ,qui*otte1 les monum5tales digressions de ,notre-,dame de ,p>is et des ,misrables4 #cg ,la rflexion j\]a un rle important1 qui n'a pas t\j\rs t suffisamm5t tudi1 dans la g5se des types romanesques ou dramatiques4 ,n\s avons vu comm5t ils se dvelopp5t dans l'esprit du pote1 p> la m?ode d'inspiration4 ,mais d'o provi5n5t-ils8 ,il e/ assez r>e qu'ils soi5t f\rnis directem5t p> l'obs]vation4 ,cela n'arrive gure que p\r les p]sonnages secondaires1 pisodiques1 que le pote fait int]v5ir dans son oeuvre comme de simples figurants1 p\r faire nombre4 ,les p]sonnages pr9cipaux sont presque t\j\rs le produit d'une laboration arti/ique1 o la rflexion int]vi5t4 ,ils sont inv5ts p\r t5ir un emploi1 p\r am5] c]ta9es situations1 p\r remplir un cadre dt]m9 d'avance4 ,celui-ci devra tre l',hypocrite 7le ,t>tuffe de ,molire1 le ,bege>s de ,beaum>*ais1 le ,sampson ,brass de ,dick5s74 ,celui-l s]a le ,di/rait1 ou le ,rveur4 ,p>fois l'auteur se propos]a de reprs5t] un type e?nique 7l',amrica9 dans le ,roi de la m] de ,vogu1 le ,basque dans ,ramunt*o1 le ,slave dans l',av5ture de ,ladislas ,bolscki7 ou un type social 7,balzac1 ,zola7 ou encore un type pr(essionnel 7le cl]g1 dans ,mon oncle ,cle/9 ou dans ,lucif]2 la magi/rature1 dans ,la robe r\ge1 etc474 ,dans t\tes les oeuvres ?se 7a9si dans l',etape de ,b\rget7 les c>actres sont composs prcism5t de manire ju/ifi] les ?ories de l'auteur4 tant donn un type comique1 le dramaturge aura so9 dgr\p] aut\r de lui les types accessoires qui en sont comme les v>its 7v4 des exemples significatifs de cette ?orie dans l',essai sur le rire de ,h4 ,b]gson74 ,un procd trs usit e/ la cration des types p> contra/e4 ,don ,qui*otte exige ,san*o p\r lui faire p5dant4 ,etant donn le c>actre d',augu/9 de ,*anteprie1 dans le beau roman de la ,maison du ,p* de ,m>celle ,t9ayre1 il fallait que ,fanny ,manol et son me t5dre1 aimante et paenne4 ,la petite ,dorrit de ,dick5s tant t\te abngation1 il fallait que son pre ft t\t gsme4 ,on peut rem>qu] que dans les comdies et les romans1 le m>i et la femme ont t\j\rs des c>actres opposs4 ,t\s ces exemples a*v5t de pr\v] que le p]sonnage romanesque ou dramatique app>at t\t d'abord au pote comme une =mule ab/raite1 comme une sorte d'tre s*matique1 produit de la rflexion1 qu'il complt]a ensuite1 et auquel il infus]a la vie4 #ch ,le b que l'on se propose1 en composant un plan1 n'e/ pas le mme1 selon qu'il s'agit d'une oeuvre didactique1 ou d'une oeuvre d'imag9ation4 ,si l'on compose un livre de sci5ce1 un livre d'hi/oire1 c'e/ f9 de le r5dre plus comprh5sible et plus assimilable4 ,une oeuvre d'imag9ation e/ surt\t compose p\r l'effet4 ,il rsulte de cette diffr5ce dans la f9 p\rsuivie des diffr5ces ess5tielles dans la =me du plan4 #ci ,v4 ,s>d\1 en composant son scn>io1 vite avec so9 de cd] sa v]ve4 ,jusque-l1 dit-il1 j'ai crit p> raisonnem5t1 j'ai fait des ma?matiques et je me suis df5du contre l'entranem5t de l'criture4 ,je cra9drais de mettre dans l'bau*e une c]ta9e *aleur qui ne se tr\v]ait plus dans l'excution4 ,anne psy*ologique1 #ahid1 p4 #fh4 #dj ,donnons1 en quelques citations morceles1 un ap]u de sa ?orie3 ,n\s n\s born]ons p\r le mom5t donn] la reprs5tation simple1 dveloppable en images multiples1 un nom qui la fasse reconnatre3 n\s dirons que c'e/ un s*ma dynamique4 ,n\s ent5dons p> l que cette reprs5tation conti5t mo9s les images elles-mmes que l'indication des directions suivre et des oprations faire p\r les recon/itu]444 ,l'ef=t de rappel consi/e conv]tir une reprs5tation s*matique1 dont les clm5ts s'entre pntr5t1 en une reprs5tation image dont les p>ties se juxtapos5t444 ,l'ef=t intellectuel p\r int]prt]1 compr5dre1 faire att5tion1 e/ donc un m\vem5t du s*ma dynamique dans la direction de l'image qui le dveloppe444 ,le s5tim5t de l'ef=t d'intellection se produit t\j\rs sur le trajet du s*ma l'image444 ,travaill] intellectuellem5t consi/e conduire une mme reprs5tation trav]s des plans de consci5ce diffr5ts1 dans une direction qui va de l'ab/rait au concret1 du s*ma l'image4 ,h4 ,b]gson1 l'ef=t intellectuel4 ,revue philosophique1 #aijb1 t4 ,i1 pp4 #f1 #aa1 #ae1 #af1 #ag4 #da ,on p\rrait mme avanc]1 contre l'op9ion c\rante1 que les potes emploi5t assez r>em5t le /yle figur2 plus en effet les p5ses exprim] sont concrtes1 mo9s il e/ ncessaire de les exprim] p> symboles4 ,on peut en faire l'expri5ce4 ,on reconnatra que c'e/ dans les pages de la philosophie ab/raite que pullul5t les expressions mtaphoriques3 il e/ mme p>fois amusant de les ralis] en images4 ,d'o vi5t cep5dant qu'tant en ralit plus mtaphorique que les v]s1 la prose semble l'tre mo9s8 ,c'e/ que *ez le prosateur l'image ne s]t qu' prs5t] l'ide et s'efface devant elle4 ,la posie se s]t mo9s s\v5t de figures1 mais donne aux images voques une int5sit plus gr&e4 ,la prose e/ donc faite d'images en voie de disp>ition1 la posie d'images en voie de dveloppem5t4 #db ,il e/ probable que *acun de n\s a sa manire de se reprs5t] les ides ab/raites1 qui lui app>ti5t en propre et n'app>ti5t qu' lui4 ,f4 ,paulhan1 ,revue philosophique1 ,,xxvii1 p4 #agf4 #dc ,cit p> ,a4 ,b9et1 ,anne psy*ologique1 #ahid1 p4 #ajj4 #dd ,ibid41 p4 #ib4 #de ,v4 ce sujet des rem>ques orig9ales1 exposes en une t]m9ologie un peu trange1 dans la ,phonologie e/htique de la langue franaise1 p> ,j4-,b4 ,blondel1 ,guillaum91 #ahig4 #df ,voir le rem>quable *apitre qu'a consacr ,m4 ,guyau1 dans ses ,problmes de l'e/htique contempora9e1 cette "q des effets psy*ologiques du v]s 7livre ,,iii1 d]ni]s *apitres7 ,p>is1 ,alcan1 #ahhd4 #dg ,les problmes de l'e/htique contempora9e1 p4 #bdj4 #dh ,la g5se d'un pome1 trad4 ,baudelaire4 #di ,voir ce sujet d'excell5tes analyses de ,ra\l de la ,grass]ie1 ,des pr9cipes e/htiques de la v]sification franaise1 ,maisonneuve1 #aijj4 ,c'e/ un des traits les plus complets qui ai5t t publis sur ce sujet4 #ej ,en ralit1 le beso9 d'une rvolution ne se fait pas encore s5tir4 ,il e/ probable que n\s g>d]ons notre sy/me prosodique1 s\s la rs]ve de quelques remaniem5ts de dtail1 tant que ne survi5dra pas dans la langue1 et surt\t dans l'tat social1 une modification considrable1 qui exig]a des moy5s d'expression n\veaux4