by the ,bibliothque nationale de ,france 7,bn,f_/,gallica7 at http3_/_/gallica4bnf4fr7 ,,arago ,,et ,,sa ,,vie ,,scientifique ,,par ,j4 ,,bertrand ,,membre ,,de ,l',,institut ,,paris ,j4 ,,hetzel1 ,,editeur #ah1 ,,rue ,,jacob #ahfe 99 99 99 99 99 ,m4 ,,isaac ,p,,reire ,tmoignage de gratitude pour l'hommage par lui rendu la ,science4 ,son ami dvou1 ,j4 ,,bertrand4 99 99 99 99 99 ,les cimes leves de la science sont inaccessibles au grand nombre1 mais elles ne sont pas toujours entoures de nuages1 et les savants les plus illustres1 parvenus au terme de leur gloire1 peuvent sans s'abaisser se montrer la foule et s'en faire entendre4 ,tous ne l'ont pas tent4 ,soit ddain1 soit impuissance1 on a vu de grands gnies1 satisfaits d'un petit nombre de disciples1 laisser au temps le soin de faire fructifier leur oeuvre et de la rpandre4 ,d'autres1 au contraire1 non moins grands et en mme temps plus humains1 n'oublient jamais que la vrit est un bien commun1 et dgageant pour chacun ce qu'il en peut recevoir avec profit1 ils acquirent1 en exposant leurs propres travaux1 l'autorit ncessaire pour rpandre ceux des autres et pour les juger4 ,leur grande voix1 religieusement coute1 meut alors par son loquence et par le prestige d'un nom aim tout ensemble1 et d'une gloire accepte de tous4 ,tel tait ,franois ,arago4 ,n ,estagel1 le #bf fvrier #aghf1 il apprit lire l'cole primaire de son village4 ,cette premire ducation1 complte par quelques leons de musique1 ne rvla ni la force ni la prcocit de son esprit4 ,arago n'tait pas cependant un enfant ordinaire4 ,en #agic1 la haine de l'tranger le rendait dj patriote2 l'invasion de sa province par les ,espagnols avait fait natre en lui une vive irritation4 ,un jour1 aprs une bataille perdue ,peirestortes1 cinq fuyards espagnols traversaient son village4 ,le jeune ,franois1 qui les vit arriver1 courut bien vite s'armer d'une lance oublie chez lui par un soldat1 et1 s'embusquant au coin d'une rue1 frappa de la pointe le conducteur du peloton3 c'est la seule fois que la colre d',arago se soit archarne sur un ennemi vaincu2 il tait alors g de sept ans4 ,le pre d',arago1 nomm trsorier de la monnaie1 alla rsider ,perpignan1 et le jeune ,franois devint lve externe du collge de cette ville4 ,il tait fort assidu aux jeux des enfants de son ge1 et ses tudes en souffraient un peu4 ,la lecture des classiques franais1 qui eut toujours pour lui un irrsistible attrait1 ne lui causait pas de moindres distractions4 ,peu capable d'ailleurs de discipline1 il ngligeait dcidment les thmes et les versions1 lorsqu'il apprit par hasard qu'un jeune homme studieux pouvait1 sans aucune recommandation1 entrer l'cole polytechnique et y gagner rapidement l'paulette4 ,se procurant aussitt le programme de l'examen1 il commena se prparer seul4 ,excit bien plus qu'effray par la difficult d'une telle tche1 son esprit actif et dsireux de savoir se plongea dans les tudes scientifiques avec autant de plaisir que d'application et de succs4 ,ds qu'il eut atteint l'ge rglementaire de seize ans1 ,arago partit sans crainte pour concourir ,montpellier2 mais l'examinateur1 tomb malade ,toulouse1 retourna ,paris sans achever sa tourne4 ,le jeune candidat dut attendre l'anne suivante1 et fut reu le premier4 ,la science lui fit bien vite oublier le dsir de devenir officier4 ,conseill par ,poisson1 et affectueusement accueilli par ,laplace1 il quitta l'cole avant la fin de la seconde anne pour devenir secrtaire du bureau des longitudes4 ,biot en tait membre4 ,reconnaissant la porte d'esprit et la puissance d'invention de son jeune collgue1 il s'empressa de s'adjoindre1 dans les recherches sur la puissance rfractive des gaz1 un collaborateur de si grande esprance4 ,bientt aprs1 et suivant le conseil de ,laplace1 il lui proposa de continuer en commun les travaux godsiques de ,mchain en ,espagne1 et de reprendre l'entreprise interrompue de la dtermination exacte du mtre en compltant le rseau de triangles qui devait servir la mesure du degr terrestre4 ,l'influence de ,laplace carta toutes les difficults4 ,les deux jeunes savants partirent munis d'un sauf-conduit anglais pour leurs oprations nautiques1 et accompagns d'un savant espagnol1 ,m4 ,rodrigus1 que le gouvernement de ,charles ,,iv associait leur entreprise4 ,les difficults taient grandes2 leur prdcesseur1 ,mchain1 tait mort la peine en dsesprant du succs4 ,ils ne se proposaient rien moins1 en effet1 que de prolonger la mridienne jusqu' l'le d',ivia1 qu'il fallait rattacher au continent par un triangle dont les cts dpasseraient quarante lieues3 rien de pareil n'avait encore t tent4 ,arago1 ,biot et ,rodrigus se partagrent le travail4 ,l'astronome espagnol1 install sur un pic dsert et aride1 fut charg d'entretenir toutes les nuits plusieurs lampes toujours allumes1 pendant qu' quarante lieues de l1 ,biot et ,arago1 vivant rudement sous une tente dresse au desertio de las ,palmas1 piaient le brillant fanal pour en dterminer la direction4 ,la courbure de la terre1 dont ils avaient calcul l'influence1 ne devait pas tre un obstacle2 mais la vue pouvait-elle s'tendre une telle distance8 ,la science et l'habilet n'y pouvaient rien1 et c'tait par consquent le point le plus incertain de leur tche4 ,leur patience persvrante renouvela soixante nuits de suite des essais sans rsultats2 l'entreprise semblait impossible2 avant d'y renoncer cependant1 aprs deux mois de veilles et d'inquitudes1 ils firent une dernire et heureuse tentative4 ,par une belle soire de dcembre1 l'absence de la lune promettant une nuit profondment obscure1 ils promenrent lentement leur lunette le long de l'horizon de la mer1 jusqu' ce qu'elle rencontrt les montagnes d',ivia1 et choisissant la plus haute1 la plus dcouverte1 celle dont l'aspect et la forme rappelaient davantage la station adopte par ,rodrigus1 ils dirigrent vers elle la lunette en la maintenant immobile jusqu'au moment o la nuit fut devenue tout fait sombre2 ils regardrent alors et aperurent un point lumineux que son immobilit seule distinguait des toiles de sixime grandeur4 ,la voie tait dsormais assure2 et quoiqu'il restt encore bien des obstacles viter1 la certitude du succs leur donna courage et patience4 ,biot retourna bientt ,paris rapporter les premiers rsultats et les calculer1 tandis que l'infatigable et ardent ,arago restait ,formentera1 lieu de leur dernire station1 pour recueillir les derniers chiffres et recommencer les mesures incertaines2 mais1 au milieu de ces pnibles travaux1 il dirigeait plus haut ses penses et mditait dj des oeuvres plus originales1 sinon plus importantes et plus grandes4 ,ne pouvant observer que la nuit1 c'est par l'tude des thories les plus difficiles qu'il se dlassait pendant les longues heures du jour4 ,l',optique de ,newton composait toute sa bibliothque2 il la relisait sans cesse et1 nourrissant son esprit par la mditation longue et continue de cette belle srie d'expriences1 se prparait excellemment les prendre pour modles2 mais il dtachait assez compltement les faits de toute interprtation prconue pour pouvoir1 peu de temps aprs1 adopter la doctrine contraire celle de ,newton sans avoir rien dsapprendre4 ,les correspondances taient alors lentes et difficiles4 ,arago1 tout entier ses travaux1 ne recevait que de bien rares nouvelles de sa famille et1 ne sachant rien de la situation politique1 connaissait peine les entreprises dont l',europe tait dchire4 ,cependant l',espagne1 envahie par nos troupes1 se soulevait tout entire contre l'tranger1 et le sentiment populaire s'exaltait chaque jour davantage contre tout ce qui portait le nom de ,franais4 ,l'hostilit secrte qui1 sous une apparente courtoisie1 avait accueilli jusque-l ses paisibles travaux1 se changeait en une haine profonde et de plus en plus menaante4 ,tourment1 mais non abattu par tous ces troubles1 ,arago continua son travail sans se dtourner ni se ralentir2 recommenant mme avec une grande libert d'esprit les observations qui lui semblaient douteuses1 et prenant diligemment ses dernires mesures1 il ne songea gagner ,barcelone1 alors occupe par les ,franais1 qu'aprs les avoir portes leur dernire perfection4 ,mais ses dmarches taient surveilles4 ,pour se drober aux insultes1 peut-tre mme pour sauver sa vie1 il dut demander un refuge dans la prison de l'le4 ,des apprhensions cruelles et des inquitudes bien fondes le poursuivirent jusque dans cet asile4 ,la rage capricieuse de la populace se ranimait chaque instant et1 semblable un feu mal teint1 pouvait s'enflammer d'un moment l'autre et se porter aux derniers excs4 ,les journaux de la province annonaient avec une barbare indiffrence la mort de trois cents ,franais1 immols sur la place publique de ,valence et livrs comme par spectacle la pique des toradors4 ,peu de jours aprs1 ,arago pouvait lire la fausse nouvelle de son propre supplice1 et les dernires paroles de l'astronome ,arago1 pendu comme espion de la ,france4 ,encore que le directeur de la prison ft incapable de livrer un innocent la populace furieuse de l'le1 il tait dsarm et sans force pour la rprimer1 et la vie du prisonnier volontaire tait en grand pril4 ,une telle situation ne pouvait se prolonger4 ,arago1 aimant mieux tre noy que pendu1 se confia quelques hommes dvous qui1 sur une barque demi ponte1 le conduisirent ,alger1 d'o il put1 quelques mois aprs1 s'embarquer pour la ,france2 mais1 dans ces tristes temps1 la mer n'tait sre pour personne3 le navire fut rencontr par des corsaires espagnols et jug de bonne prise4 ,arago1 conduit sur la cte d',espagne1 se garda bien d'avouer sa qualit de ,franais4 ,aprs avoir brav par son silence et mystifi par ses rponses drisoires les ridicules reprsentants de l'autorit espagnole1 il fut soumis aux plus mauvais traitements4 ,un jour1 des soldats arms se prsentrent devant le moulin o il tait enferm avec ses compagnons d'infortune4 ,toute rsistance tait impossible4 ,les prisonniers demandrent ce qu'on voulait faire d'eux4 --,vous ne le verrez que trop tt1 rpliqua l'officier espagnol4 ,en analysant les sensations prouves en prsence d'une mort qui semblait si certaine et si proche1 je suis arriv1 dit ,arago1 me persuader qu'un homme qu'on conduit la mort n'est pas aussi malheureux qu'on l'imagine4 ,ce qui l'mouvait le plus profondment tait la vue des ,pyrnes1 dont il apercevait distinctement les pics1 et qu' ce moment suprme sa mre de l'autre ct de la chane1 pouvait regarder paisiblement4 ,le btiment captur portait heureusement deux lions envoys par le dey d',alger l'empereur des ,franais4 ,l'un d'eux avait pri1 et ,arago trouva moyen d'en informer le dey qui1 transport de fureur1 menaa l',espagne de la guerre4 ,l',espagne avait alors trop d'embarras pour ne pas en viter de nouveaux2 ordre fut donn de relcher le btiment et les passagers4 ,arago tait libre enfin et ses malheurs semblaient termins4 ,on fit voile vers ,marseille1 mais les vents contraires le repoussrent au moment o il apercevait la ,france pour le jeter le #e dcembre #ahjh1 sur la cte de ,bougie4 ,malgr de nombreuses difficults et en bravant de grands dangers1 il se rendit par terre ,alger1 o il arriva le #be dcembre #ahjh2 il ne put s'embarquer que six mois aprs1 le #ba juin #ahji1 et dbarqua enfin ,marseille le #a;er juillet4 ,le bureau des longitudes et l',acadmie des sciences apprirent avec une grande joie son retour1 que l'on n'esprait plus4 ,qui pourrait dire les transports de sa mre8 ,arago1 dans un jour de dnment et d'extrme besoin1 s'tait trouv forc de vendre sa montre2 son pre1 peu de temps aprs1 l'avait vue entre les mains d'un officier espagnol prisonnier qui1 l'ayant achete d'un marchand1 ne put donner aucun renseignement2 sa tendresse perdue ne donna plus de bornes ses craintes2 et madame ,arago1 dans son inconsolable douleur1 avait fait dire bien des messes pour celui qu'elle n'esprait plus revoir2 elle en fit dire de nouvelles pour clbrer son retour4 ,arago1 comme on le pense1 se rendit tout d'abord ,perpignan1 mais il avait hte aussi de revoir ,paris2 et aprs quelques jours donns sa famille1 il revint dposer au bureau des longitudes et l',acadmie des sciences les observations heureusement conserves au milieu des prils et des tribulations de sa longue campagne4 ,le succs d'une oeuvre si difficile1 achet avec une si longue patience par tant de fatigues et de dangers1 donna au nom d',arago une juste et prcoce clbrit2 la science avait contract envers lui une dette qu'elle ne tarda pas acquitter4 ,peu de mois aprs son retour1 l'ge de vingt-trois ans1 ,arago fut nomm membre de l',acadmie des sciences4 ,le clbre gomtre ,poisson1 alors g de vingt-huit ans et dj professeur l'cole polytechnique1 n'obtint que quatre voix4 ,arago justifiait surtout1 il faut l'avouer1 cette flatteuse prfrence et cet honneur si prcoce par la haute opinion qu'il avait su inspirer de la force de son esprit2 il fut nomm pour les travaux qu'on attendait de lui1 plus encore que pour ceux qu'il avait accomplis4 ,laplace voulait faire ajourner l'lection en rservant la place vacante pour stimuler l'ardeur des jeunes gens4 ,une plaisanterie du mdecin ,hall triompha de son opposition4 ,vous me rappelez1 lui dit-il1 un cocher qui attachait une botte de foin l'extrmit du timon de sa voiture2 les pauvres chevaux s'puisaient en vains efforts pour atteindre cette proie qui fuyait toujours1 et c'tait pour eux un trs-mauvais rgime4 ,la comparaison parut juste et ,laplace1 se rendant enfin1 vota pour ,arago1 qui1 sur cinquante-deux votant obtint quarante-sept suffrages4 ,le jeune acadmicien ne tarda pas justifier cette rcompense inespre par de nouveaux et excellents travaux4 ,quoique membre du bureau des longitudes et de la section d'astronomie1 ses premires recherches semblent fort loignes de l'tude des astres2 elles sont relatives l'optique1 et la part qu'il a prise aux immenses progrs apports par notre sicle cette branche de la science est un des titres les plus clatants et les moins contests d',arago4 ,comment se forme un rayon de lumire8 ,quelle en est la nature et la composition8 ,par quel mcanisme met-il un point lumineux en communication avec notre oeil8 ,ne sont-ce pas l des questions primordiales et irrductibles auxquelles on doit ramener les autres sans esprer de les claircir elles-mmes1 et qui1 dpassant les bornes de l'esprit humain1 semblent avoir le malheureux privilge d'tre ternelles4 ,deux thories bien diffrentes1 recommandes par les grands noms de ,newton et de ,huyghens1 partageaient cependant1 au commencement de ce sicle1 les physiciens et les gomtres4 ,les corps lumineux1 suivant ,newton1 envoient incessamment dans toutes les directions1 et avec une vitesse immense1 des particules qui1 en pntrant dans l'oeil1 produisent le phnomne de la vision4 ,suivant ,huyghens1 au contraire1 aucun corps n'est lumineux par lui-mme2 il est fait tel par les vibrations de ses molcules1 et ne perd en brillant aucune partie de sa substance2 le mouvement des particules branles se communique incessamment un fluide lastique et subtil dont les agitations nous apportent la lumire1 comme celles de l'air nous transmettent le son4 ,les phnomnes de la rflexion et de la rfraction s'expliquent galement bien dans les deux thories1 sans1 par consquent1 donner prise aucune conclusion prcise1 et les dtails les plus minutieux sont1 comme l'a souvent rpt ,arago1 la seule et vritable pierre de touche pour dgager une thorie exacte et dfinitive des vagues et douteuses conjectures qui lui donnent naissance4 ,le raisonnement doit reproduire en quelque sorte la nature en montrant1 dans la diversit infinie des effets1 les consquences d'un principe unique1 et sans s'arrter une ressemblance bauche1 galer1 surpasser mme la prcision des expriences les plus dlicates4 ,aucune preuve n'est inutile1 aucune ne doit tre nglige1 et le moindre dsaccord qui vient dissoudre l'harmonie peut1 par une seule contradiction1 branler et ruiner l'difice4 ,le succs des expriences les plus varies1 successivement et compltement prvues par la thorie1 est la seule marque de la vrit et le fondement de la certitude4 ,le nom d',arago est glorieusement ml l'histoire des travaux qui1 depuis le commencement du sicle1 ont donn la thorie des ondulations cette dernire et haute perfection2 et son ingnieuse curiosit1 en rvlant tout d'abord des phnomnes brillants et inattendus1 devait fournir l'occasion de quelques-unes des dmonstrations les plus dcisives4 ,il n'est pas ncessaire d'tre physicien pour distinguer trois choses dans un rayon de lumire3 la couleur1 l'intensit et la direction dans laquelle il se propage4 ,deux rayons pour lesquels ces trois lments sont les mmes sont identiques pour nos yeux4 ,mais1 quoique la vue soit le plus clair et le plus distinct de nos sens1 les vritables yeux du sage sont1 comme dit l'cclsiaste1 dans sa tte1 et les physiciens1 en y regardant de plus prs1 sont parvenus tablir1 suivant les cas1 entre ces rayons de mme apparence1 des diffrences essentielles4 ,supposons1 par exemple1 que deux rayons se dirigent paralllement de haut en bas1 suivant deux directions verticales2 il peut se faire qu'un mme miroir1 leur tant prsent tous deux1 rflchisse le premier en teignant le second2 qu'un mme cristal parfaitement transparent laisse passer l'un et arrte l'autre tout coup1 en devenant pour lui compltement opaque4 ,le mme cristal et le mme miroir1 prsents autrement1 donneraient des effets inverses et teindraient le premier rayon en laissant subsister le second2 on peut voir1 en effet1 un mme rayon tombant sur un mme miroir1 avec lequel il fait constamment le mme angle1 tre rflchi ou teint suivant que le plan dans lequel il devrait se rflchir est situ de telle ou telle manire4 ,le rayon vertical dont nous parlons pourra1 par exemple1 se rflchir vers l'est et sera brusquement teint ds qu'on cherchera le renvoyer vers le nord4 ,il n'a pas la mme manire d'tre par rapport tous les plans que l'on peut conduire par sa direction2 il est polaris suivant l'un d'entre eux1 qui est celui dans lequel il ne peut pas se rflchir1 et il se distingue ainsi par un caractre propre et singulier de tous ceux qui1 suivant les mmes directions1 seraient polariss dans un autre plan ou ne le seraient pas du tout4 ,c'est ,malus qu'est due cette grande dcouverte1 aperue dj cependant en partie par ,huyghens4 ,arago en avait t extrmement frapp1 et1 familiaris comme il l'tait avec les rsultats de l',optique de ,newton1 il fut naturellement conduit se demander quelle modification devait y apporter l'intervention d'une considration si nouvelle4 ,il tudia dans un premier mmoire la coloration produite dans les lames minces ou autour du point de contact de deux verres lgrement courbs1 en portant surtout son attention sur la polarisation des rayons dont on n'avait jusque-l examin que la couleur4 ,arago fait connatre dans ses mmoires un grand nombre de faits curieux et habilement choisis2 mais n'en apercevant pas la vritable explication1 le jeune acadmicien a la prudence et l'excellent esprit de n'en proposer aucune4 la mme poque1 sur des questions toutes semblables1 son confrre ,biot se montra moins rserv et n'eut pas s'en applaudir4 ,le travail d',arago est d'ailleurs complet et dfinitif sur les points qu'il a abords1 et les faits les plus propres claircir le grand problme y sont choisis avec un tact bien remarquable et exposs avec une rare prcision4 ,le mmoire sur la polarisation colore1 prsent l',acadmie le #aa aot #ahaa1 contient des expriences non moins prcieuses pour la thorie qu'elles sont singulires et brillantes4 ,la distinction entre les rayons polariss et ceux qui ne le sont pas semblait la seule qu'il y et faire entre deux rayons de lumire blanche4 ,arago1 dans ce nouveau mmoire1 obtient1 par des expriences simples et faciles rpter1 des rayons dont les proprits intermdiaires les distinguent et les rapprochent la fois des uns et des autres4 ,un rayon de lumire1 pralablement polaris par l'une des mthodes antrieurement connues1 est reu sur une plaque de cristal de roche taille1 cela est essentiel1 perpendiculairement l'axe du cristal4 ,en sortant de cette lame1 il ne possde plus les proprits de la lumire polarise1 et quelle que soit la position d'un cristal de spath d',islande qu'on lui prsente1 il donne toujours lieu deux rayons rfracts4 ,il se distingue cependant d'une manire bien remarquable de la lumire ordinaire1 car les deux images1 au lieu d'tre blanches1 sont colores des plus vives couleurs1 qui varient avec la position du cristal4 ,si l'une des images est rouge1 l'autre est verte1 et1 quand on tourne le prisme1 on voit les deux teintes changer graduellement en restant toujours complmentaires1 jusqu' ce que1 la premire devenant son tour du plus beau vert1 l'autre soit en mme temps du rouge le plus franc4 ,les rayons polariss1 aprs avoir travers une plaque de cristal de roche1 prsentent une autre proprit bien remarquable3 en se rflchissant sous un angle convenable sur un miroir de verre1 ils acquirent de brillantes couleurs1 qui1 variables avec la position du miroir1 se succdent dans le mme ordre que celles du spectre4 ,cette belle et brillante exprience ouvrait un champ nouveau aux travaux des physiciens1 et des proprits semblables celles du cristal de roche1 obtenues sur d'autres cristaux1 sur des liquides et mme sur des gaz1 ont conduit la thorie si importante et si riche en applications de la rotation des plans de polarisation4 ,arago lui-mme en fit tout d'abord une belle application en construisant l'ingnieux instrument nomm polariscope1 au moyen duquel on peut constater dans un faisceau de lumire les moindres traces de polarisation partielle4 ,l'interposition d'une plaque de cristal de roche sur le trajet d'un rayon ordinaire ne produit1 en effet1 aucun phnomne de coloration1 et lorsque1 dans l'instrument1 un rayon blanc fournit une image colore1 c'est un indice certain de polarisation totale ou partielle4 ,l'utilit d'un tel caractre est considrable1 et ,arago lui-mme en a fait ou indiqu de nombreuses et importantes applications1 parmi lesquelles ses ingnieuses considrations sur la nature du soleil doivent tre cites au premier rang4 ,arago reconnut d'abord que la lumire qui mane sous un angle suffisamment petit de la surface d'un corps solide ou d'un liquide incandescent offre des traces videntes de polarisation et se dcompose dans le polariscope en deux faisceaux colors4 ,la lumire mise par une substance gazeuse enflamme est toujours1 au contraire1 l'tat naturel4 ,or1 en observant le soleil une poque quelconque de l'anne1 on n'aperoit aucune coloration au polariscope1 et par consquent ,arago regarde la preuve comme certaine1 et elle a t gnralement admise2 la substance enflamme qui dessine le contour du soleil est gazeuse2 la surface tout entire l'est donc aussi1 puisque chacun de ses points1 par le fait de la rotation1 vient successivement se placer sur les bords4 ,ces travaux attirrent vivement l'attention des physiciens et placrent le jeune ,arago au nombre des membres minents de l',acadmie4 ,accessible et communicatif comme il le fut toujours1 il devint bien vite le conseil et le guide de tous les jeunes physiciens4 ,un tel rle convenait sa gnreuse nature4 ,toute ide grande et juste excitait ses applaudissements1 et1 sans rserve comme sans arrire-pense1 il s'y associait de tout coeur4 ,l'illustre ,fresnel1 alors ingnieur des ponts et chausses ,rennes1 et compltement inconnu dans la science1 vint aprs bien d'autres lui confier les projets et le rsultat de ses rflexions solitaires1 en s'enqurant de l'origine et des progrs rcents de la thorie des ondulations1 dont son esprit sagace pressentait le prochain triomphe4 ,arago comprit immdiatement l'tendue et la porte de ses conceptions et l'importance des premires vues qui devaient tre le point de dpart de tant de travaux immortels4 ,il devint bientt le confident et l'ami de ,fresnel1 et lui signalant seulement les belles dissertations de ,thomas ,young sur le mme sujet1 l'encouragea de toutes ses forces suivre ses propres ides4 ,fresnel1 dans sa brillante et courte carrire1 dpassa bien vite tous ses mules4 ,admirateur passionn des travaux de son ami1 ,arago redoubla pour lui de dvouement et de bont4 ,aprs avoir assist en quelque sorte la conception de ses mmoires1 il fut charg par l',acadmie de les examiner2 non content de rendre tmoignage leur exactitude1 il en proclama avec bonheur toute l'importance4 ,il osa mme combattre l'opposition de ,laplace1 et sans se laisser branler par l'autorit d'un si grand nom1 opposer sa prfrence bien connue pour le systme de l'mission1 des raisonnements dcisifs et sans rplique4 ,le rapport d',arago1 modle de mthode et de clart1 ramena les plus rcalcitrants4 ,fresnel obtint le grand prix de mathmatiques1 et sa thorie1 tenue dsormais pour exacte et dfinitive1 lui valut les applaudissements de tous les physiciens-gomtres4 ,la voix d',arago savait se faire entendre au del du monde acadmique2 la rputation de ,fresnel fut bientt1 grce lui1 gale son mrite1 et l'administration des ponts et chausses se hta d'appeler ,paris un homme qui devait tre une des gloires de notre poque4 ,bientt aprs les portes de l',acadmie s'ouvrirent pour lui l'ge de trente-cinq ans1 et il fut nomm1 le #ab mai #ahbc1 l'unanimit des suffrages4 ,l'explication des premires et belles expriences d',arago tait la fois une consquence des travaux de ,fresnel et l'un des fondements de son difice2 les deux amis1 sur un tel sujet1 ne pouvaient manquer de mettre leurs ides en commun4 ,on doit leur collaboration une des expriences qui jettent le plus de jour sur le mcanisme des ondulations lumineuses4 ,thomas ,young a fait connatre et expliqu le premier le phnomne si trange des interfrences de deux rayons provenant d'une mme source2 lorsqu'ils se rencontrent aprs avoir suivi des chemins diffrents1 ils peuvent1 suivant la diffrence de longueur des chemins qu'ils ont parcourus1 s'ajouter en accroissant mutuellement leur clat ou s'teindre au contraire l'un par l'autre en faisant natre l'obscurit au sein mme de la lumire4 ,les conclusions de cette exprience1 trs-nette et trs-facile rpter1 ne laissent subsister aucun doute4 ,arago et ,fresnel ayant eu l'ide de polariser les deux rayons dans des plans diffrents1 ils reconnurent non sans tonnement que1 quelle que soit la diffrence de marche1 la destruction annonce et montre par ,thomas ,young cesse alors compltement4 ,les mouvements de l'ther ne pouvant plus1 dans ce cas1 se dtruire mme partiellement1 il faut en conclure1 suivant ,fresnel1 qu'ils n'ont pas lieu dans la mme direction2 l'illustre physicien osa mme affirmer que les vibrations qui produisent la lumire se font perpendiculairement au rayon et dans le plan mme de polarisation4 ,arago n'admit pas immdiatement l'vidence d'une telle preuve1 mais la belle exprience lui appartient1 et c'est assez pour que son nom1 attach celui de ,fresnel1 partage jamais sa gloire4 ,la pile de ,volta1 dcouverte au commencement de ce sicle1 avait excit la vive et lgitime admiration de tous les hommes de science4 ,mais1 aprs les beaux travaux de ,davy1 de ,gay-,lussac et de ,thnard1 elle semblait appele perfectionner la chimie plus encore que la physique4 ,une heureuse observation vint ramener l'esprit des physiciens vers ces grands et mystrieux phnomnes4 ,oersted montra1 en #ahbj1 qu'un courant lectrique attire ou repousse une aiguille aimante avec une nergie dont les lois fort complexes parurent d'abord enveloppes de difficults impntrables4 ,leur recherche tait un beau problme qui s'imposait aux physiciens2 beaucoup se mirent l'oeuvre1 ,ampre seul atteignit le but4 ,aprs s'tre plac cot d',oersted par la dcouverte d'un fait nouveau et important1 celui de l'action mutuelle des courants1 son rare et admirable gnie1 soutenu et guid par une science profonde1 sut en faire une oeuvre d'une tout autre excellence et remonter jusqu'au principe en assignant la loi lmentaire de ces actions complexes1 pour redescendre ensuite aux consquences les plus minutieuses et les plus prcises4 ,la thorie des aimants se trouva rattache elle-mme celle des courants par des vues si plausibles et si belles que1 sans tre susceptibles de preuves rigoureuses et prcises1 elles entranent1 malgr leur hardiesse1 une irrsistible conviction4 ,le mmoire d',ampre est l'une des plus admirables productions de la science moderne1 et le fondement de l'difice le plus vaste et le plus achev peut-tre que la philosophie naturelle ait produit depuis ,newton4 ,toute oeuvre grande et belle avait pour ,arago un charme irrsistible1 et aucun sentiment d'envie n'effleura jamais sa grande me2 il leva la voix sans hsiter pour signaler et vanter cette nouvelle source de dcouvertes et de travaux1 et toujours prt servir la science1 prta la main ,ampre comme il l'avait fait ,fresnel1 en se montrant cette fois encore ami dvou1 admirateur judicieux et sincre1 ingnieux et utile collaborateur4 ,sa rare habilet d'exprimentateur1 la sagacit ingnieuse de son esprit et la vivacit de son imagination furent mises sans rserve et sans arrire-pense au service de la thorie nouvelle4 ,c'est ,arago que l'on doit l'aimantation par les courants1 origine premire de la tlgraphie lectrique1 et la dcouverte si curieuse et si inattendue du magntisme en mouvement4 ,ces deux belles dcouvertes sont dues lui seul1 sans qu',ampre y ait rclam aucune part4 ,le fer1 le nickel et le cobalt sont les seuls mtaux qui agissent sensiblement sur l'aiguille aimante4 ,tout autre mtal1 le cuivre1 par exemple1 ne la dvie pas d'une manire sensible4 ,les constructeurs de boussoles croyaient donc1 avec grande apparence de raison1 pouvoir former avec du cuivre la bote d'un tel instrument4 ,cependant une boussole bote de cuivre1 livre ,arago par un habile constructeur1 ne rpondait pas ses esprances4 ,malgr la perfection de sa monture1 elle se montrait extrmement peu mobile1 sans que les yeux exercs et pntrants d',arago y pussent dcouvrir le moindre dfaut4 ,il entreprit mthodiquement une srie d'preuves1 et comme beaucoup d'autres observateurs attentifs1 il trouva bientt ce qu'il ne cherchait pas4 ,une importante dcouverte rcompensa son active et patiente curiosit4 ,l'aiguille1 qui dans la bote de cuivre semblait ne se mouvoir qu'avec difficult1 redevenait dlicate et sensible lorsque1 sans changer la monture1 on la plaait sur une table de bois1 et redevenait de nouveau paresseuse en rentrant dans son enveloppe de cuivre4 ,il faut donc bien croire que le cuivre agit sur l'aiguille aimante en mouvement4 ,arago n'hsita pas l'admettre et en conclure qu'un disque de cuivre en mouvement doit1 par une consquence ncessaire1 agir sur l'aiguille en repos4 ,cette assertion singulire et hardie1 aussitt confirme par l'exprience1 crait une nouvelle branche de la physique1 et la rvlation de ce nouveau et grand secret de la nature posait le fondement des beaux travaux de ,faraday sur l'induction4 ,pendant que ces belles dcouvertes1 admires de l',europe savante1 en faisaient justement attendre de plus grandes encore1 le brillant acadmicien1 l'exprimentateur fcond et ingnieux1 laissait paratre un nouveau talent qui1 chez lui1 n'tonna personne4 ,arago tait un incomparable professeur1 et les succs clatants de son enseignement en firent bientt1 aux yeux des gens du monde1 le reprsentant vritable et comme le grand prtre de la science4 l'cole polytechnique1 ,arago avait profess tour tour la gomtrie1 la thorie des machines1 l'astronomie et la physique1 en s'astreignant sans scheresse et sans vaine subtilit1 la savante et solide rigueur que le jeune auditoire peut supporter et qu'il attend de ses matres4 ,le cours d'astronomie profess l',observatoire au nom du bureau des longitudes1 demandait des qualits bien diffrentes4 ,au lieu d'approfondir1 il fallait effleurer4 ,l'entre tait libre2 et si le public1 quoi qu'en ait dit ,voltaire1 mrite toujours d'tre instruit1 il rend souvent la tche difficile ceux qui osent l'entreprendre3 les auditeurs1 pour la plupart incapables d'une tude lente et profonde1 voulaient sans fatigue et sans ennui occuper leurs loisirs pendant une heure ou deux4 ,il fallait leur mesurer en quelque sorte la vrit1 sans exiger d'eux un temps qu'ils ne pouvaient donner et une patience qui leur et bien vite chapp4 ,l'esprit flexible d',arago1 galement capable de descendre et de s'lever1 savait clairer les auditeurs les moins prpars sans cesser de satisfaire les plus doctes4 ,c'est en se faisant toujours comprendre qu'il se faisait toujours admirer1 et son enseignement1 net et lumineux sans tre dogmatique1 en habituant les gens du monde aux grandes ides scientifiques1 a puissamment contribu leur imprimer le got des vrits abstraites et srieuses4 ,sa parole pntrante et anime1 trouvait pour les prsenter des traits si naturels et si vifs1 les montrait sous un jour si lumineux1 proposait si nettement et si distinctement les points essentiels et fondamentaux1 qu'on les voyait en quelque sorte sa voix devenir intelligibles et sensibles tous2 vitant avec soin les locutions trop techniques qui auraient pu causer quelque embarras1 il se gardait surtout de faire natre les difficults par un trop grand soin de les prvenir2 montrant cependant1 avec autant de franchise que de nettet1 le point dlicat et le noeud de la question1 il savait exciter la curiosit de ses auditeurs par la verve de son langage et l'nergie croissante de ses expressions4 ,sa parole1 dont il aurait craint d'affaiblir la vigueur par une trop scrupuleuse correction1 s'lanait1 irrgulire parfois1 mais toujours riche1 facile et imptueuse1 et1 comme irrite par un obstacle1 affirmait les grandes vrits de la science avec tant de force1 les enchanait avec tant d'ordre2 redoublant incessament ses efforts1 joignait avec tant de prcision et d'abondance les affirmations les plus pressantes aux images les plus vives et aux comparaisons les plus persuasives2 montrait une motion si visible et si vraie2 rassemblait tant de lumire autour des rgions profondes et inaccessibles1 que l'auditoire bloui1 tonn1 entran1 captiv1 et enlev lui-mme par une sorte de violence1 croyait1 pour quelques instants au moins1 en avoir acquis l'intelligence et la claire vue4 ,l'impression tait produite sur tous1 aussi durable que forte4 ,cette exposition1 superficielle en apparence1 jetait de profondes racines1 et ceux qui pouvaient aller plus avant y puisaient la fois la confiance et l'ardeur4 ,les prcieuses notices dont ,arago a enrichi l',annuaire du bureau des longitudes atteignaient le mme but et faisaient la science facile et agrable tous en la laissant exacte et profonde4 ,arago y rvle un mrite tout nouveau3 au grand physicien1 au professeur minent1 vient se joindre un historien scientifique du premier ordre4 ,il n'est pas croyable avec quelle patience il recherche les documents les plus cachs1 avec quelle bonne foi et quelle loyaut sagace il les apprcie et sait dbrouiller les questions les plus enveloppes4 ,lorsque ses conclusions sont arrtes1 sa conviction profonde justifie sur les questions controverses la vigueur de sa polmique4 99 99 99 99 99 ,de #ahab #ahde1 ,arago a compos plus de vingt notices1 destines1 la plupart1 l',annuaire du bureau des longitudes3 la thorie et l'histoire des machines vapeur1 la thorie du tonnerre1 la constitution physique du soleil1 la scintillation des toiles1 les puits artsiens1 ont t tour tour le sujet de ses recherches approfondies et de ses lumineuses explications4 ,dans ces crits1 qui seront immortels1 le seul but d',arago est d'instruire4 ,ce ne sont pas des mmoires qu'il compose1 et peu lui importe d'exposer ses propres dcouvertes4 ,ne cherchant que la vrit1 il la recueille partout o il la trouve2 il se l'assimile pour l'lucider1 en la dbarrassant de tout chafaudage technique1 et l'expose aux yeux de tous en l'clairant des lumires de son esprit4 ,mais sans chercher l'originalit1 bien souvent encore ,arago la rencontre1 et des aperus ingnieux et nouveaux se prsentent comme d'eux-mmes sous la plume4 ,il est inutile de citer ces crits1 dignes de devenir classiques3 tout le monde les a lus ou doit les lire1 et je n'aurais pas la hardiesse d'en esquisser ici l'analyse4 ,lorsqu'en #ahbi la mort de ,fourier laissa vacante la place de secrtaire perptuel pour les sciences mathmatiques1 l',acadmie des sciences1 d'accord avec l'opinion publique1 pressa ,arago de l'accepter4 ,il runissait en effet la facile et vive intelligence des travaux les plus divers1 au jugement prompt et assur si ncessaire dans un tel emploi4 ,lui seul hsita quelque temps1 mais trente-neuf suffrages obtenus sur quarante-quatre votants le rassurrent et vainquirent sa rsistance4 ,arago quitta aussitt la place de professeur l'cole polytechnique4 ,ni les instances flatteuses du ministre de la guerre1 ni celles des membres les plus minents de l',acadmie n'branlrent sa rsolution4 ,pendant vingt-deux ans1 et malgr d'autres fonctions srieusement et activement remplies1 l',acadmie a trouv en ,arago un lucide et infatigable interprte1 en mme temps qu'un guide sr et dsintress dans les voies les plus hautes et les plus droites4 ,le succs de son enseignement public renaissait chaque semaine dans la lecture et le dnombrement exact des travaux adresss l',acadmie4 ,tout tait examin1 analys1 discut avec autant de science et de srieuse attention que de vivacit et d'clat4 ,dans l'abondance et la diversit de ces pices1 sa perspicacit savait discerner les faits inutiles et les rflexions vagues et superficielles1 en s'attachant avec une prompte sagacit conserver les rsultats1 les documents et les phrases mme dignes d'intresser l',acadmie4 ,son intelligence1 toujours prte et capable d'clairer par elle-mme1 savait galement rflchir une lumire emprunte et se montrer l'occasion des moindres travaux4 ,juste et bienveillant pour tous1 sans partialit et sans acception de personne1 sa parole hardie et colore peignait grands traits les ides d'autrui1 et dans le dtail des occasions les plus communes1 on retrouvait l'esprit subtil et perant1 le coeur libral et gnreux qui avait su apprcier si vite et exalter si haut les travaux1 les dcouvertes et les brillantes conceptions de ,fresnel et d',ampre4 ,apercevant souvent bien des taches1 sans y arrter son attention1 il aimait dcouvrir les mrites envelopps et cachs sous une rdaction incomplte ou maladroite1 pour leur prter1 avec sa vive intelligence des questions les plus obscures1 la lumire1 l'autorit et la force de sa parole4 ,ses comptes rendus1 considrs comme de vritables jugements1 taient une prcieuse rcompense pour les savants srieux qu'il savait animer et soutenir1 mme en les redressant1 sans les dcourager jamais4 ,ami dvou et protecteur libral du plus grand nombre1 adversaire loyal de quelques-uns1 il ne fermait les yeux aucune lumire2 regardant chaque belle dcouverte avec une gale complaisance1 toute ide brillante et nouvelle devenait1 quel qu'en ft l'auteur1 l'objet de son tude et de son admiration2 oubliant tout alors et docile aux seules impressions de la vrit1 son motion lui inspirait des accents que la complaisance ne saurait imiter et dont les inimitis les plus ardentes n'arrtrent jamais l'explosion4 ,arago1 dans ces circonstances1 avait d'autant plus de mrite que1 par nature trs-sensible aux critiques1 il souffrait avec impatience les moindres attaques et savait rendre sa colre redoutable ceux qui osaient l'exciter4 ,lorsque1 mu par une insinuation blessante ou par une contradiction importune1 il tournait son attention contre un adversaire1 s'il le trouvait sans comptence ou sans autorit1 il ne craignait ni de le dire ni de le prouver1 dans les termes les plus forts et les plus catgoriques4 ,une conscience scientifique devait tre bien irrprhensible pour affronter sans imprudence son regard sr et pntrant et son habilet faire toucher du doigt les erreurs1 en les montrant d'autant moins excusables qu'il les rendait plus videntes4 ,plus d'un sont rests stigmatiss devant l'opinion par le tour nergique de ses jugements1 svres1 piquants1 amers1 discourtois mme1 quand la colre s'en mle1 et pourtant sans appel4 ,la plus cruelle et la mieux russie de ces reprsailles auxquelles ,arago se laissait parfois emporter1 est la lettre adresse ,m4 de ,humboldt sur un savant dont les attaques l'avaient heurt1 et qui1 aprs avoir bien mrit de la science par de longs et patients travaux1 avait os aborder1 dans un trait d'astronomie et de mcanique cleste1 des questions difficiles et varies sans les avoir peut-tre suffisamment approfondies4 ,l'impitoyable ,arago1 svre jusqu' la minutie1 saisit cet avantage en signalant et dmontrant chaque erreur avec une verve crasante et une irrfutable prcision4 ,en parcourant1 dit-il1 le premier chapitre du ,prcis d',astronomie de ,m4 ,x4441 je faisais une corne chaque feuillet o je voyais plusieurs grosses erreurs4 ,ne voil-t-il pas que tous les feuillets sans exception ont deux cornes1 une pour le verso1 l'autre pour le recto4 ,il faut donc que je m'arrte1 sauf reprendre cet inpuisable sujet si les circonstances l'exigent4 ,et dans un autre passage1 par une saillie non moins injurieuse que spirituelle1 aprs avoir relev une erreur grave que1 dit-il1 nos lves des coles primaires ne commettraient plus aujourd'hui1 il ajoute malicieusement en note3 ,la ville de ,paris vient de fonder une excellente cole suprieure dirige par ,m4 ,goubaux3 on y est reu tout ge4 ,chaque lundi1 ,arago se rendait l',institut plusieurs heures avant la sance pour entendre1 sur les points rests obscurs1 les auteurs des mmoires qu'il devait analyser4 ,presque tous profitaient avec empressement du libre accs qu'il leur accordait4 ,il les recevait avec une aimable et familire simplicit4 ,rien de plus prvenant que ses manires1 de plus affable que son accueil4 ,sans roideur et sans gravit inutile1 il savait couter avant de rpondre1 s'accommodant tous les esprits et parlant chacun son langage4 ,il disait sans hsiter sa premire et presque toujours droite impression1 en s'appuyant sur de solides et judicieuses remarques4 ,toujours prt traiter fond les questions les plus dlicates1 il satisfaisait dans le moment mme toutes les difficults1 et sans chercher taler sa science ou mettre les gens l'troit en les rangeant sous sa dpendance1 il laissait chacun marcher dans sa voie1 en dirigeant par quelques avis succincts1 mais trs-importants1 les pas incertains ou inexpriments4 ,l',acadmie1 qu'il animait par son influence1 ne se lassait pas de l'entendre4 ,lorsque1 aprs ses brillantes expositions de chaque semaine1 il consentait se charger d'un rapport crit et officiel1 c'tait la fois un honneur pour le savant qui en tait l'objet et une joie pour l',acadmie4 ,nos comptes rendus contiennent de lui des rapports qui sont des chefs-d'oeuvre et des modles4 ,les questions sur lesquelles il aimait s'tendre taient surtout celles qui touchent la mtorologie et la physique du globe4 ,les instructions rdiges par lui pour les voyageurs et les rapports sur le rsultat de leurs missions forment un des volumes les plus intressants de ses oeuvres4 ,la prface place en tte de ses travaux divers montre assez bien1 avec ses qualits et ses dfauts1 le ton qui lui tait trs-habituel1 et le genre des tours ingnieux qu'il a souvent employs4 ,j'ai lu quelque part que certain personnage se lamentait un jour devant d',alembert de ce que l',encyclopdie avait acquis une si vaste tendue4 ,vous auriez t bien plus plaindre1 repartit le philosophe1 si nous avions rdig une ,encyclopdie ngative 7une ,encyclopdie contenant la simple indication des choses que nous ignorons72 dans ce cas1 cent volumes in-folio n'auraient certainement pas suffi4 ,la rponse1 je l'avouerai1 m'avait paru jusqu'ici plus piquante que juste4 ,les progrs des connaissances humaines nous montrent1 chaque jour1 il est vrai1 combien nos prdcesseurs taient ignorants1 combien notre tour nous le paratrons ceux qui doivent nous remplacer2 mais la plupart des grandes dcouvertes arrivent spontanment1 sans qu'il ait t donn personne de les prvoir1 de les souponner4 ,ainsi1 pour citer seulement trois ou quatre exemples1 l',encyclopdie ngative de d',alembert n'aurait pas mme renferm l'allusion la plus loigne cette branche de la physique moderne dj si importante1 si dveloppe1 si fconde1 qui est connue aujourd'hui sous le nom de galvanisme ou plus convenablement encore sous celui d'lectricit voltaque4 ,ainsi ce monde de phnomnes1 auxquels la polarisation de la lumire donne naissance1 quand on l'envisage dans ses rapports avec la rflexion1 avec la rfraction ordinaire et avec l'action des lames cristallises1 n'y serait pas seulement indiqu2 ainsi cette thorie des interfrences lumineuses1 o l'tranget des rsultats le dispute leur varit infinie1 n'y aurait pas occup une seule ligne1 etc4 ,avouons-le cependant2 ct des grandes et rares dcouvertes qui1 de temps autre1 viennent tout coup1 ou du moins sans prparation visible1 renouveler certaines faces des sciences1 il y a des questions importantes1 bien dfinies1 bien caractrises et qu'on peut avec confiance recommander aux observateurs4 ,la rputation et la popularit de l'loquent secrtaire s'accrurent encore par la lecture solennelle des biographies auxquelles il refusa toujours le nom d'loges1 qui rpugnait sa droiture4 ,loin de se faire le pangyriste aveugle des hommes minents dont il avait raconter l'histoire1 ,arago ne s'astreignait qu' dire sincrement la vrit sans exagration et sans dguisement4 ,la mesure des louanges qu'il accorde est celle de son admiration1 et tous ses jugements sans exception sont fortement et consciencieusement motivs4 ,la premire de ces notices fut consacre son illustre collaborateur et ami bien regrett ,fresnel4 ,l'illustre physicien1 dans sa courte carrire1 n'avait vcu que pour la science1 et sa biographie est une des plus svres et la plus scientifique sans contredit qu',arago ait prononce4 ,jamais questions plus hautes et plus dlicates n'ont t prsentes plus distinctement et traites d'une manire plus savante et plus claire4 ,l'intelligence de raisonnements si nouveaux et si subtils1 qui semble impossible des esprits non prpars1 devient simple et facile1 au contraire1 la lecture de ces pages brillantes et solides4 ,l'motion tait plus profonde et l'effet produit bien plus grand encore1 lorsqu' l'intrt scientifique1 rehauss par l'lvation des penses et des sentiments1 ,arago ajoutait le charme d'une admirable et mouvante diction4 ,il avait tous les talents et les qualits extrieures d'un grand orateur4 ,sa mle physionomie1 sa mine releve1 son air d'autorit1 ses yeux altiers1 sa tte admirablement belle et brillante d'intelligence exprimaient1 avec une gale nergie1 l'amour du beau et du bien1 l'indignation contre le mal et la majest intrieure d'une irrprochable conscience4 ,sa voix tait vibrante1 son geste1 spontan et imprieux1 commandait l'attention et accroissait encore la clart de sa parole1 qui1 simple et leve tour tour1 restait toujours lumineuse et colore4 ,arago1 ds la premire preuve se plaa parmi les plus grands matres du genre2 il obtint en mme temps un succs d'une autre nature1 qu'il n'avait pas cherch cette fois et qu'il n'attendait pas4 ,la sance avait lieu le #bf juillet #ahcj4 ,arago venait de lire dans le ,moniteur les ordonnances qui firent clater la rvolution2 il comprit l'instant les consquences d'un tel acte1 et1 les considrant comme un malheur national1 il avait rsolu de ne prendre aucune part la solennit pour laquelle le public tait convoqu1 il se proposait d'annoncer sa rsolution dans ces lignes1 qu'il communiqua quelques confrres3 ,si vous avez lu le ,moniteur1 vos penses doivent sans doute tre empreintes d'une profonde tristesse1 et vous ne devez pas tre tonns que moi-mme je n'aie pas assez de tranquillit d'esprit pour vouloir prendre part cette crmonie4 ,mais des difficults s'levrent de toutes parts2 la suite d'un tel clat1 l',institut1 lui disait-on1 pouvait tre supprim2 avait-il le droit de provoquer une telle catastrophe8 ,il cda aux instances de ses confrres1 mais sans consentir supprimer une ligne de l'loge qui1 la veille1 avait paru irrprochable et qui1 dans toute autre circonstance1 devait l'tre aux yeux des plus intolrants4 ,fresnel1 disait-il en racontant la jeunesse de son ami1 s'associa vivement aux esprances que le retour des ,bourbons faisait natre en #ahad4 ,la charte excute sans arrire-pense lui paraissait renfermer tous les germes d'une sage libert4 ,et plus loin1 l'occasion d'une place refuse ,fresnel1 qui s'tait montr trop indpendant dans ses opinions3 ,lorsqu'un ministre se croit1 disait-il1 oblig demander un examinateur en matire de sciences1 non des preuves d'incorruptibilit et de savoir1 mais l'assurance que1 s'il devenait dput1 il n'irait pas s'asseoir ct de ,camille ,jordan1 un bon citoyen pouvait craindre que notre avenir ne ft pas exempt d'orages4 ,l'intention et la porte des frntiques applaudissements qui accueillirent ces passages ne pouvaient chapper personne4 ,dieu veuille1 dit le duc de ,raguse au jeune secrtaire perptuel1 que je n'aie pas demain aller chercher de vos nouvelles ,vincennes6 ,marmont1 le lendemain1 avait bien autre chose faire1 et1 trois jours aprs1 la rvolution appelait au pouvoir des amis intimes et dvous d',arago4 ,il tait connu et aim du nouveau roi4 ,pour obtenir les plus hautes faveurs et s'lever aux premiers honneurs1 il lui et suffi de ne pas s'y refuser2 mais ,arago ne dsirait que la pure gloire de savant4 ,le titre d'acadmicien avait t sa seule ambition2 il aurait aim n'en pas accepter d'autres4 ,dsireux cependant d'tre utile1 il sollicita et obtint bien aisment les fonctions gratuites de dput des ,pyrnes-,orientales et de conseiller municipal de la ville de ,paris4 ,je n'ai pas raconter le rle important qu'il a jou dans cette nouvelle carrire4 ,l'esprit d',arago tait de ceux qui peuvent briller dans les assembles les plus diverses4 ,il retrouva plus d'une fois la tribune les applaudissements chaleureux qui suivaient partout sa voix4 ,son opposition1 souvent trs-vive1 fut toujours loyale1 et ses adversaires1 en redoutant l'clat de sa parole et l'autorit de son nom1 ont toujours honor en lui le dsintressement le plus absolu et la plus incorruptible droiture4 99 99 99 99 99 ,en entrant dans ce nouveau monde1 ,arago regarda d'abord en observateur curieux ce mouvement1 cet empressement1 cet orgueil1 ces vanits1 ces bassesses et ces passions qui1 grandissant sans cesse1 font tout oublier1 jusqu'au bien public qui les a fait natre4 99 99 99 99 99 ,le rle de spectateur ne pouvait convenir longtemps sa nature ardente4 ,arago se mla activement de toutes les affaires publiques2 ce breuvage charm qui enivre les plus sobres lui devint bientt ncessaire1 et1 malgr bien des dgots1 il n'y voulut plus renoncer4 ,la faveur populaire fut pour lui sans inconstance2 mais1 en cdant ces sductions et en se laissant conduire cet attrait1 il ne permettait pas son esprit de s'y attacher tout entier4 ,il savait au besoin s'en dprendre et s'lever au-dessus de ces intrts passagers1 en prodiguant de tous cts son travail sans en tre jamais accabl4 ,les brillantes qualits de son esprit ne donnaient l'exclusion aucun genre de mrite4 ,libre des empressements et des songes inquiets de l'ambition1 quel que ft le tumulte et l'embarras des affaires1 ses devoirs de dput ne lui firent jamais ngliger ceux de secrtaire perptuel4 ,son activit suffisait tout1 et la multiplicit des travaux obligatoires ne pouvait mme teindre le feu naturel de son esprit inventif4 ,il trouvait moyen de mnager le temps ncessaire pour suivre d'importantes expriences4 ,la puissance d'inventeur tait reste chez lui abondante et forte comme aux jours de sa jeunesse4 ,son esprit actif et fcond formait d'admirables projets d'exprience2 de grandes dcouvertes taient entrevues pour tre non pas abandonnes1 mais diffres4 ,n'ayant jamais connu ni la fatigue ni l'insuccs1 il croyait la ralisation prochaine de ces travaux et se plaisait la prparer1 jusqu'au jour o ses forces abattues lui firent comprendre qu'il n'en pourrait plus supporter la fatigue1 et que l'tat de sa vue1 en y apportant un dernier et irrmdiable empchement1 ne permettait plus au savant d'oublier dans le travail les chagrins et les dceptions de l'homme politique4 ,la conduite d',arago fut alors1 comme dans toutes les circonstances de sa vie1 aussi simple que droite et gnreuse4 ,vers le milieu de #ahch1 l'occasion d'une candidature1 en faisant valoir avec son ardeur habituelle les titres minents de l'illustre physicien anglais ,wheatstone1 il avait insist sur l'originalit et l'importance de l'ingnieux appareil au moyen duquel1 l'aide d'un miroir tournant1 on peut dterminer la vitesse de l'lectricit4 ,le miroir de ,m4 ,wheatstone faisait huit cents tours par seconde2 en lui faisant rflchir trois tincelles excites en trois points diffrents d'un long circuit repli sur lui-mme1 leurs images dans ce miroir devaient former la mme figure que leurs positions vritables1 ou une figure toute diffrente1 suivant que leur mission simultane les fait rflchir un mme instant sur une seule et mme position du miroir1 ou des intervalles1 si petits qu'ils soient1 pour lesquels le miroir1 dans sa rapide rotation1 a d prendre des positions diffrentes4 ,l'exprience est dispose de telle sorte que1 dans le cas d'une propagation infiniment rapide1 les trois images doivent former1 comme les tincelles elles-mmes1 une ligne droite verticale1 dont la dviation et la dformation sont lies la vitesse de propagation et doivent servir l'apprcier4 ,arago1 vivement frapp par cette mthode ingnieuse1 en avait prvu1 avec sa pntration habituelle1 les grandes et importantes applications4 ,peu de semaines aprs1 et comme pour justifier les louanges accordes au nouveau principe1 ,arago dmontrait l',acadmie la possibilit de l'utiliser par une exprience d'optique dcisive dans la lutte entre la thorie de l'mission et celle des ondulations4 ,dans l'une en effet1 celle de l'mission1 l'explication du phnomne de la rfraction exige que la lumire se meuve plus rapidement dans le milieu le plus rfringent1 et le rapport des vitesses est celui des indices de rfraction2 le contraire est ncessaire dans la thorie des ondulations1 et le rapport doit tre renvers1 en sorte que1 si la premire thorie est exacte1 la vitesse de la lumire dans l'air est les trois quarts de la vitesse dans l'eau1 et la thorie des ondulations exige au contraire qu'elle en soit les quatre tiers4 ,un rayon de lumire est-il acclr ou retard1 quand il traverse1 en moins d'un dix-millionime de seconde1 une colonne d'eau de quelques mtres de longueur8 ,ne semble-t-il pas que la solution directe d'une telle question surpasse les forces humaines1 et qu'il faudrait1 pour la rsoudre nettement1 porter l'habilet jusqu'au miracle4 ,tel est cependant le projet qu',arago eut la hardiesse de concevoir4 ,supposons1 dit-il1 qu'une ligne verticale lumineuse brille instantanment et envoie des rayons un miroir tournant4 ,si l'exprience est dispose de telle sorte que les rayons issus de la partie suprieure de la ligne cheminent librement travers l'air1 tandis que ceux de la partie infrieure ont traverser une colonne d'eau de vingt-huit mtres de longueur1 selon que l'une ou l'autre thorie est exacte1 ceux-ci seront acclrs ou retards et viendront frapper le miroir un quarante-millionime de seconde environ avant ou aprs les autres4 ,mais la dviation de celui-ci1 gale dans ce temps une demi-minute de degr1 dplace alors leur image en produisant une dformation dont le sens indiquera1 par un signe clair et visible1 si le passage des rayons travers le liquide les retarde ou les acclre4 ,l'ide tait aussi ingnieuse que neuve1 aussi simple que hardie1 mais les difficults de ralisation pouvaient sembler insurmontables4 ,m4 ,brguet1 ami d',arago et son confrre au bureau des longitudes1 avait pris beaucoup de peine et dploy une grande habilet pour construire un miroir tournant qui faisait rgulirement les mille tours par seconde qu',arago avait dsirs4 ,l'appareil tait mont1 on avait tent l'exprience1 mais les observateurs n'avaient rien vu4 ,le trait lumineux1 dont l'image1 divise en deux parties1 devait servir tout dcider1 ne devait1 dans la mthode d',arago1 durer qu'un instant inapprciable1 et une tincelle lectrique excite entre deux conducteurs tait charge de le produire4 ,c'est sur le hasard qu'il comptait pour amener1 en ce moment mme1 le miroir dans la position propre renvoyer le rayon vers la lunette braque pour le recevoir4 ,mais1 loin de distinguer les deux parties de l'image1 on ne parvenait pas mme les entrevoir2 la probabilit d'un tel concours tait trop petite2 bien des journes d'essais infructueux n'amenaient que des mcomptes4 ,les amis qui aidaient ,arago se dcourageaient peu peu4 ,seul il ne perdait pas l'espoir2 mais l'tat de sa vue et de sa sant ne lui permettait plus de se livrer un travail assidu1 ni de diriger celui des autres4 ,l'instrument restait abandonn1 et malgr la nettet des explications1 beaucoup de physiciens ne regardaient plus le projet que comme une ingnieuse et brillante chimre4 ,d'autres1 plus confiants et plus perspicaces1 nourrissaient la ferme esprance de l'accomplir1 en hsitant toutefois suivre une ide dont l'auteur n'avait pas dit son dernier mot4 ,toujours libral et heureux d'exciter les dcouvertes d'autrui1 ,arago1 instruit de ces projets1 vint l',acadmie1 avec cet esprit d'abngation qu'il porta dans toute sa carrire1 les encourager publiquement en leur donnant son plein assentiment4 ,je ne peux1 disait-il1 dans l'tat actuel de ma vue1 qu'accompagner de mes voeux les exprimentateurs qui veulent suivre mes ides4 ,dans la sance suivante1 l'exprience tait faite4 ,m4 ,foucault avait cart toutes les difficults et surmont tous les empchements4 ,une disposition ingnieuse et trs-simple lui permettait de substituer la lumire instantane1 demande par ,arago1 une source continue de lumire1 et de renvoyer les images dans une direction fixe1 indpendante de la position du miroir tournant4 ,l'exprience1 excute avec une admirable perfection1 faisait natre la dviation dans le sens si audacieusement prvu1 et pouvait la montrer tous les yeux4 ,la colonne d'eau interpose retarde donc la marche du rayon qui la traverse4 ,les prvisions de l'illustre physicien taient pleinement confirmes1 et le systme des ondulations recevait1 aprs tant d'autres preuves thoriques1 une confirmation dcisive et presque directe4 ,la joie pure et sans arrire-pense que causa ,arago le succs de cette grande exprience fut une des dernires qui lui aient t accordes4 ,sa sant tait profondment altre1 et l'affaiblissement continuel de sa vue le menaait d'une ccit complte4 ,ses jambes pouvaient peine le soutenir4 ,lorsque les mdecins l'envoyrent chercher dans le repos et dans l'influence de l'air natal un soulagement des maux pour lesquels ils n'espraient pas de gurison1 ,arago1 en cdant leurs instances1 ne se faisait aucune illusion4 ,il se laissa traner dans ces belles contres avec une courageuse rsignation4 ,mais1 sentant bientt aprs ses forces dfaillir de plus en plus1 il voulut revenir ,paris1 revoir encore l',acadmie des sciences1 et lui faire lui-mme ses adieux4 ,le #bb aot #ahec1 il remplit pour la dernire fois les fonctions de secrtaire2 le #b octobre suivant1 en se runissant1 l',acadmie apprit qu'il avait succomb le matin mme4 ,ce jour-l elle ne tint pas sance4 ,on se spara en silence et spontanment1 sans qu'aucune proposition et t faite ou accepte4 ,la perte qui affligeait la ,france entire tait pour l',acadmie un vritable deuil de famille4 ,,paris4--,j4 ,,claye1 ,,imprimeur1 ,,rue ,,saint-,,benoit1 #g4