,bibliothque nationale de ,france 7,bn,f_/,gallica7 at http3_/_/gallica4bnf4fr ,le thtre japonais ,,par ,andr ,lequeux ,,biblioth,,que ,,orientale ,,elz,,virienne ,illustration ,,paris ,,ernest ,,leroux1 ,,diteur #ahhi ,i ,l'amateur de couleur locale que ses affaires ou ses loisirs amnent au ,japon ne saurait mieux l'aller chercher qu'au thtre4 ,il la trouvera l avec ses nuances les plus caractristiques et les plus originales4 ,la salle et la scne lui offriront ensemble un champ d'observation merveilleusement dispos pour une tude de murs et d'histoire4 ,l'difice est une grande btisse en bois de form carre4 ,on y pntre par un vestibule de plain-pied sur la rue1 dont la disposition gnrale rappelle l'entre de nos salles de spectacle2 l sont les bureaux de location4 ,on trouve aussi acheter des billets dans les maisons de th du voisinage1 mais nous n'oserions affirmer qu'ils y soient moins chers qu'au bureau4--,le vestibule donne accs1 par deux portes1 presque directement dans le parterre et deux escaliers1 on pourrait dire deux chelles conduisent l'amphithtre et aux couloirs qui commandent les loges2 il n'y a1 bien entendu1 qu'un seul tage4 ,sur la faade de la rue1 l'attention est sollicite par des guirlandes de lanternes1 des banderoles fortes en couleurs1 une srie de tableaux reprsentant les principales scnes de la pice qui tient l'affiche1 le tout donnant une note d'ensemble assez criarde3 c'est de bonne rclame4 ,la grande salle que nous dsignons sous le nom de parterre est divise en carrs gaux comme un damier1 ou mieux comme un plafond caissons renvers3 cela fait autant de loges de quatre1 mais on s'y entasse volontiers six ou sept4 ,les spectateurs enjambent les uns sur les autres pour gagner leurs places2 mais une fois chaque famille installe dans sa bote1--c'est le nom qui convient la chose1--on n'en sort plus sans absolue ncessit1 ce qui n'empche1 la reprsentation durant dix heures au moins1 qu'il se fasse momentanment de nombreux vides chaque entr'acte4 ,mais on mange l comme chez soi1 on fume1 on allaite les nourrissons1 on se met l'aise4 ,il n'y a pas de sige1 le ,japonais ayant l'habitude de s'asseoir sur ses talons et pouvant garder cette position1 la moins fatigante et la plus commode son got1 pendant toute une journe4 ,deux passages en planches1 plus levs que le fond des caissons spectateurs et au niveau des sparations d'o les ttes seules mergent1 courent d'un bout l'autre de la salle1 depuis les portes qui donnent dans le vestibule du thtre jusqu' la scne4 ,c'est par l que pntre le public du parterre2 par l aussi que pendant la reprsentation la plupart des acteurs font leurs entres ou leurs sorties1 surtout lorsque la fiction veut qu'ils arrivent de quelque endroit loign ou que1 quittant la scne1 ils marchent par les rues ou travers la campagne4 ,l'ouvreur fait alors1 en quelque sorte1 office d'avertisseur4 ,cet employ de la porte est1 d'ailleurs1 prpos la garde d'une collection varie de parapluies et parasols qu'il ouvre lui-mme et passe chaque acteur entrant1 tour de rles1 lorsque ces accessoires sont exigs par les circonstances de la scne4 ,cette distribution se fait l'intrieur mme1 sous les yeux des spectateurs4 ,souvent le dialogue commence dans le dos du public1 ds qu'un artiste a mis le pied dans la salle et bien avant qu'il n'arrive la hauteur de la rampe2 on s'arrte parfois moiti chemin pour dire quelque chose2 ou bien on retourne sur ses pas1 puis on revient en avant2 on arrive enfin sur la scne au moment voulu4 ,la vie du drame gagne beaucoup ce procd2 toute la salle participe1 pour ainsi dire1 l'action4 ,on voit quelle proportion prend la scne empitant ainsi jusqu' l'entre du parterre par-dessus les ttes des spectateurs4 ,pour les appels1 les adieux1 les exhortations1 les provocations surtout1 la distance relle justifie tous les tons de la voix4 ,pendant que l'action principale se droule devant le public1 des scnes accessoires peuvent tre simultanment joues sur les cts de la salle1 indpendantes pour les acteurs d'aprs la fiction du drame1 connexes pour les spectateurs dans le concours des vnements qui composent la pice4 ,souvent aussi l'action principale se transporte au milieu du parterre4 ,on a de la sorte un dveloppement de scne triple de la largeur du thtre4 ,cela permet encore aux conspirateurs1 assassins1 librateurs et autres personnages qui ont se concerter avant d'agir1 de prparer posment leur coup de main ou leur exploit1 ainsi qu'il est dans la nature des choses1 avant d'arriver sur le lieu mme o il doit tre perptr4 ,le manque d'espace amne parfois sur nos scnes1 cet gard1 des situations bien invraisemblables2 c'est alors1 par exemple1 qu'on voit tel acteur qui ne sait que faire de ses deux mains en attendant que les assassins se soient mis d'accord pour lui couper la gorge4 ,rien de pareil n'est craindre au thtre japonais4 ,mais c'est justement parce que cela se passe par-dessus les ttes des spectateurs que c'est praticable1 et ce n'est matriellement possible qu'en raison de la position dans laquelle on assiste au spectacle4 ,chacun se trouve ainsi au milieu du drame2 il y prend peut-tre un intrt d'autant plus vif4 ,pour un spectateur lchant la bride son imagination les passages en planches pourront devenir des chemins agrestes et l'ensemble du parterre1 un champ bien cultiv2 s'il veut que son plaisir soit complet1 il s'annihilera en tant qu'homme et s'identifiera au drame comme un invisible esprit4 ,la mise en scne est tonnante d'exactitude4 ,si l'action se passe dans une maison1 celle-ci est reprsente tout entire avec ses abords et son voisinage4 ,l'architecture japonaise se prte1 d'ailleurs1 ce systme de dcoration1 les palais eux-mmes n'atteignant jamais ici des proportions monumentales4 ,dans la ralit1 quand une maison est grandement ouverte1 il n'en reste gure que la charpente2 on voit tout ce qui va et vient l'intrieur2 dans ce cas1 le thtre n'a besoin de recourir aucune fiction4 ,si la scne doit se jouer dans une maison ferme1 il faut bien alors que celle-ci soit coupe la rampe2 nanmoins on ne nglige pas reprsenter le toit1 le jardin1 ou encore la barrire1 le mur1 la porte d'entre1 en un mot ce qui entoure immdiatement la maison1 le tout suivant la mme coupe4 ,il y a des changements vue3 la scne avec ses dcorations pivote sur elle-mme par le mcanisme d'une plaque tournante qui en occupe toute l'tendue4 ,ce procd a le grand avantage de favoriser1 dans certains cas1 le naturel des mouvements4 ,ainsi1 tel acteur devant entrer dans une maison1 on le voit franchir la porte pendant que le thtre tourne et de l'autre ct apparat l'intrieur de la maison o il pntre#a4 ,comme tout cela est bien compris pour faire vivre les spectateurs au milieu mme de l'action2 il n'y a rien de fictif ni de conventionnel dans la sortie et la rentre de cet acteur2 ce qu'on a sous les yeux1 c'est la ralit4 ,on veut montrer au public successivement le devant et le dos d'une maison1 on la lui retourne2 rien de plus simple1 puisque la maison y est tout entire4 ,la plaque tournante peut contenir trois tableaux ou plus exactement trois thtres la fois1 de sorte qu'il est possible de faire deux changements vue coup sur coup4 ,le cadre de la scne est beaucoup plus large que haut#b4 ,quelques dcorations accessoires sont ajoutes sur les flancs2 elles se prolongent parfois jusque dans la salle1 au milieu des spectateurs4--,le rideau se tire de ct3 il est orn de quelque dessin larges traits et d'une inscription gigantesque4 ,la musique est dissimule1 sur la gauche et au niveau de la scne1 derrire un dcor jours qui varie suivant le thtre de l'action4 ,elle joue presque sans discontinuer1 accompagnant le dialogue d'une mlodie grave ou sautillante1 triste ou gaie1 discrte ou emporte1 sourde ou bruyante1 autant que possible l'unisson moral de la situation4 ,cette mlodie sert reprsenter aussi le murmure de la nature3 elle cherche des harmonies imitatives1 devient tour tour tempte1 zphyr1 tonnerre1 pluie1 cascade1 courant lger1 bruit d'un corps qu'on jette dans l'eau et bouillonnement de l'eau qui reprend sa place4 ,la musique japonaise est exclusivement en mineur4 ,c'est assez dire qu'elle n'a aucun rapport avec nos murs musicales et que notre oreille a besoin d'une certaine ducation locale pour s'y faire1 plus forte raison pour la goter4 ,on y arrive pourtant4--,autre particularit de la musique japonaise3 elle est en quelque sorte la contrepartie de la musique chinoise qui1 toute en majeur1 se trouve par cet absolutisme galement loigne de nos principes d'harmonie4 ,il en rsulte cette consquence assez bizarre et pourtant logique1 que des musiciens europens ont pu s'amuser1 en combinant des uvres musicales japonaises et chinoises1 en tirer une sorte de produit extrme-oriental et susceptible nanmoins1 avec son accoutrement assez fantasque1 de se traduire sur nos instruments4 ,dans ses divisions essentielles l'orchestre japonais se rapproche beaucoup du ntre3 il y a trois grandes catgories d'instruments4 ,le koto et le schamisen rappellent la harpe et le violon avec tous ses drivs1 violoncelle1 basse1 contralto2 le koto est pareillement destin produire dans l'orchestre des effets diffrents suivant sa taille2 le schamisen a plutt certaines analogies avec la guitare2 c'est du reste en pinant les cordes qu'on joue gnralement du schamisen ou du koto2 exceptionnellement on emploie un archet dont les crins ne sont gure tendus4 ,une sorte de flte1 dont la forme n'a rien de particulier1 est le principal des instruments vent4 ,il y a enfin dans l'orchestre japonais une srie de tambourins et de timbales d'aspect assez original et qui occupent dans la composition musicale une place beaucoup plus importante que les instruments similaires en ,occident4 ,du ct oppos l'orchestre1 dans une logette ferme par un store1 se tient le chur3 c'est un personnage qu'on ne voit pas1 mais qu'on entend souvent4 ,son rle correspond assez exactement celui du chur de la tragdie grecque2 il tient cependant plus de place dans le drame japonais1 bien qu'il y demeure modestement cach4 ,il reprsente le bon sens populaire et la morale commune2 mais il explique surtout le dveloppement du drame2 il raconte au besoin ce qui se passe hors de la scne et dvoile les sentiments intrieurs des personnages4 ,le drame japonais1 tant une image aussi fidle que possible de la vrit1 se droule souvent et parfois pendant des scnes entires en simple pantomime4 ,dans la vie relle on ne parle pas toujours1 mais on agit sans cesse2 on agit par cela seul qu'on existe2 on agit1 soit qu'on s'agite dans un but quelconque1 qu'on se repose et qu'on pense1 ou mme qu'on reste immobile sous le coup de la frayeur1 de l'attente ou de la fatigue4 ,si l'on dort1 on n'agit peut-tre pas soi-mme2 et encore1 le sommeil n'est-il pas une action sui generis1 susceptible de bien des varits qui ont leurs manifestations dans les rves et mme dans des signes extrieurs et visibles1 suivant qu'on est calme ou agit1 malade ou bien portant1 heureux ou malheureux8 ,en tous cas1 on vit dans le sommeil et le monde agit autour du dormeur1 cause de lui1 par rapport lui4 ,qu'on soit mort enfin1 on existe encore l'tat de cadavre1 de souvenir1 de pass et ces titres on n'est pas encore nul dans la vie des hommes4 ,les actes de l'humanit s'engendrent mutuellement2 ils ont des posthumes4--,directement ou indirectement1 on agit toujours4 ,on ne parle que quelquefois4--,a cet gard1 l'art s'affranchit dans notre thtre de toute vraisemblance3 l'action y est toujours accompagne de la parole1 et si celle-ci se tient parfois en suspens pour laisser toute l'attention du spectateur se concentrer sur un jeu de scne capital1 ce n'est que pour un instant4 ,au ,japon1 des actes entiers se poursuivent pendant lesquels les acteurs n'changent que quelques mots2 les monologues sont rares et toujours parfaitement justifis1 ce qui n'est pas le cas chez nous4 ,c'est alors qu'intervient le rle du chur invisible2 il rcite ou plutt psalmodie la pice2 il raconte la pantomime qui se joue devant les yeux du public2 sa voix expressive prend les intonations de circonstance2 elle se fait terrible ou harmonieuse2 elle est gnralement grave et devient parfois tout fait chantante4 ,cette manire de reprsenter la vie fait que les acteurs japonais sont les premiers mimes du monde3 dans cet art1 ils atteignent une perfection tonnante1 grce laquelle un drame au ,japon est intressant mme pour l'tranger qui ne sait pas un mot de la langue4 ,auprs d'eux1 nos acteurs de pantomimes ne sont que de vulgaires pantins3 qu'est-ce1 par exemple1 que cette srie de gestes conventionnels dont ils surchargent leurs grimaces8--,de ridicules singeries dont le thtre japonais est entirement affranchi4 ,c'est l du reste que rside la vraie supriorit de celui-ci au point de vue de la vraisemblance3 ce qu'on reprsente au ,japon1 c'est1 insistons-y1 la vie relle4 ,chez nous1 pice parle ou pantomime sont galement loin de la vrit4 ,dans la vie1 on ne parle pas toujours1 mais on parle pourtant4 ,les gestes conventionnels que nous trouvons si piteusement grotesques dans nos pantomimes sont l pour suppler la parole absente4 ,les mimes japonais n'ont que faire de ces idioties1 car ils parlent quand ils ont parler4 ,la vie est parole et action4 ,chez nous1 le thtre est1 ou peu s'en faut1 l'une ou l'autre4 ,au ,japon1 il est l'une et l'autre4 ,nous en arrivons ainsi dfinir l'art dramatique japonais3 une pantomime affranchie des invraisemblances conventionnelles et o l'on parle comme on parle dans la vie relle4--,est-ce dire que les acteurs japonais parlent d'un ton naturel8 ,il s'en faut4 ,leurs salles de spectacle n'tant pas calcules en vue de l'acoustique et les spectateurs s'y livrant eux aussi la vie relle1 qui est loin d'tre silencieuse1 les artistes sont obligs1 pour se faire entendre1 de prendre une voix de tte1 qui tonne au dbut1 qui est mme assez dplaisante1 mais laquelle on s'habitue vite4 ,une des particularits curieuses du thtre japonais1 c'est ce qui remplace le service de nos valets de scne4 ,en pleine reprsentation1 vous voyez se glisser entre les acteurs des tres informes1 serrs dans un collant tout noir1 la figure voile1 la tte couverte d'un bonnet faisant corps avec le reste et pointe dans le prolongement des deux oreilles2 on dirait les produits fantastiques d'un singe et d'une chauve-souris3 ,ce sont les ombres1 ayant charge des accessoires1 qui apportent tout ce qui doit servir dans la pice au moment voulu et enlvent les objets qui pourraient gner le jeu des acteurs4 ,le talent de ces personnages neutres consiste chapper autant que possible aux regards du public tout en faisant ponctuellement leur office4 ,ils n'avancent qu'en rampant et s'acquittent de leur rle avec une agilit d'escamoteurs4 ,ils ne comptent pas dans la pice#c4 ,,ii ,passons derrire la toile et pntrons dans les coulisses4--,o sont les actrices8--,il n'y en n'a pas4--,mais les rles de femmes8--,ce sont les acteurs qui les remplissent2 toute la troupe est mle4 ,dans certains petits thtres de genre1 il est vrai1 toute la troupe au contraire est fminine4 ,les rles d'hommes y sont jous par des femmes4 ,mais c'est un art infrieur#d4 ,dans tous les cas1 les sexes ne sont pas mlangs au thtre japonais4 ,c'est1 assure-t-on1 une question de morale4 ,mais la vrit1 s'il faut en croire ce qu'on nous a racont sur les murs des artistes de l',extrme-,orient1 il est douteux que la morale y trouve son compte4 ,au point de vue de la vraisemblance1 la voix seule laisse dsirer et encore certains sujets arrivent effminer la leur d'une faon tonnante4 ,le costume des ,japonaises dissimule si bien les formes1 qu' cet gard la substitution de sexe se fait sans embarras4 ,enfin les acteurs sont ce point habiles dans l'art d'imiter qu'ils achvent l'illusion en donnant1 s'y mprendre1 le cachet le plus fminin leurs allures1 leurs gestes1 leurs manires4 ,ils savent copier1--ils y sont exercs ds l'enfance1--la dmarche si particulire des grandes dames japonaises#e et celle plus particulire encore des grandes courtisanes4 ,cette dernire1 qu'on pourrait qualifier de classique tant elle est consacre par les rites de la vie lgante et galante1 est comme la suprme expression de la langueur la plus effmine#f4 ,les artistes japonais se bornent-ils1 comme les ntres1 saisir la pense de leur auteur et la rendre ainsi qu'ils l'entendent8--,nullement4 ,ils font beaucoup plus2 ils collaborent eux-mmes la pice2 ils la composent1 pour ainsi dire1 l'auteur ne donnant d'ordinaire qu'une ide et un canevas plus ou moins dtaill sur lequel ils brodent leur aise4 ,on voit quel point le rle de celui-ci est restreint et peu glorieux4 ,les grands acteurs apportent chaque jour1 sans mme le consulter et souvent l'improviste1 des amliorations ou des modifications non seulement leur jeu1 mais encore l'action et jusqu'au fond de l'intrigue4 ,de la sorte1 une pice est joue parfois en prsence du public pendant plusieurs semaines avant d'tre dfinitive4 ,il faut que les artistes japonais soient des improvisateurs de premier ordre4 ,ces procds seraient inconciliables avec nos rgles d'art dramatique4 ,mais le thtre au ,japon se soucie peu des trois units4 ,l'unit d'action elle-mme est l moins respecte4 ,le drame japonais1 nous l'avons dit1 est plus une imag de l vie relle qu'une peinture idale soumis des principes artistiques4 ,aussi l'auteur et les acteurs qui1 ne se bornant pas au rle d'interprtes1 participent la confection de la pice1 ne craignent pas de la surcharger d'incidents assurment dans la nature des choses1 mais n'ayant que faire l'action principale4 ,loin d'y voir un dfaut1 ils pensent ainsi se rapprocher de la vrit1 leur point de mire1 et en fait ils s'en rapprochent1 les drames de la vie relle ne suspendant pas le cours ordinaire de l'existence et leur dveloppement tant entrecoup de mille circonstances trangres plus ou moins banales4--,avec des rgles aussi larges1 la plus grande libert1 d'invention peut tre laisse la fantaisie de l'acteur3 au lieu de jouer un rle1 il doit vivre ce rle sur la scne4 ,il suffit qu'il se pntre des donnes capitales du drame et qu'il s'identifie au personnage qu'il reprsente4 ,il en rsulte que l'art dramatique est ici tout diffrent de ce qu'il est chez nous4 ,le fond d'une pice ne varie gure1 il est vrai1 d'un jour l'autre2 mais la rcitation n'est pas fixe ce point qu'elle enchane les acteurs4 ,ceux-ci1 par consquent1 sont exercs poursuivre l'intrigue sans se dconcerter de la tournure plus ou moins imprvue qu'elle prend4 ,ils ont toujours la rplique prte tout et la plus grande difficult du mtier1 difficult dont ils sont matres merveille1 est d'viter d'une part les prcipitations inopportunes qui pourraient engendrer le dsordre et la confusion1 de l'autre les hsitations ou les tonnements qui risqueraient de laisser tomber gauchement le dialogue4--,inutile d'ajouter qu'il n'y a pas l place pour un souffleur4 ,toutefois1 on crit in extenso le texte de certains passages o les mots ont une porte capitale en vue de certains effets tudis l'avance4 ,dans ce cas1 on a parfois recours un souffleur2 mais celui-ci n'est pas1 comme chez nous1 dissimul dans une niche4 ,il se tient tout bonnement sur la scne1 accroupi dans le dos du personnage souffler4 ,tous les spectateurs peuvent le voir1 son cahier la main1 dans l'exercice de ses fonctions1 qui sont du reste momentanes4 ,mais on sait qu'il ne compte pas et on fait abstraction de sa prsence4 ,ce n'est pas seulement par les incidents que le drame japonais1 la recherche de la vrit1 s'affranchit de l'unit d'action4 ,on aurait peine discerner o se trouve le dnouement de la pice2 la vrit1 il n'en existe pas1 ou1 si l'on veut1 il y a plusieurs dnouements4 ,d'un bout l'autre de la reprsentation1 l'intrigue varie singulirement4 ,la mme srie de faits amenant une solution ne se prolonge gure au del de deux ou trois actes et chaque pice en comprend de six huit4 ,on voit donc se drouler successivement trois ou quatre situations dramatiques presque sans relations entre elles et il est difficile de reconnatre par quelles attaches la fin tient au commencement4 ,ce ne sont pourtant pas autant de drames distincts et1 en y regardant de prs1 il n'est pas impossible de suivre le fil des vnements qu'on a sous les yeux pendant une dizaine d'heures4--,ce dcousu est encore l'image fidle de la vie3 de ce que tous les personnages du drame sont morts un moment donn1 les ,japonais ne se croient pas obligs de finir la reprsentation4 ,les morts sont hors de jeu personnellement1 mais leur mort peut avoir des consquences dramatiques qu'il n'est pas indiffrent de connatre4 ,ce point de vue entre d'autant plus en ligne de compte dans l'art japonais que la passion dominante dans le drame est1 non pas la jalousie comme chez nous1--celle-ci n'intervient gure ici qu' titre d'incident1--mais la vengeance4 ,la provocation1 la conception1 la prparation de la vengeance1 voil les raisons d'tre de l'art dramatique2 c'est l qu'il repose tout entier4 ,le ,japonais est essentiellement vindicatif et l'histoire du ,japon est une interminable pope de la vengeance4 ,de l aussi la longueur des reprsentations3 une vengeance en engendrant une autre1 il n'y a pas de raison pour s'arrter4 ,comme en ,corse1 il y a eu au ,japon des vindette clbres qui ont dur plusieurs sicles1 entretenues par une srie interminable de meurtres se commandant les uns les autres4 ,ce qui met fin la pice1 ce n'est pas un dnouement dfinitif1 mais l'heure4 ,il faut bien en finir4 ,le drame japonais est une fentre ouverte sur un coin de la vie terrestre4 ,aprs toute une journe de ce spectacle1 on doit tre fatigu2 alors on ferme la fentre4 ,autrefois1 les reprsentations commenaient ds le matin et se terminaient bien au del du coucher du soleil2 elles pouvaient durer presque sans interruption de quinze dix-huit heures4 ,sous l'influence de la civilisation1 les murs japonaises s'amollirent3 aujourd'hui1 aprs dix heures de drame1 on croit en avoir assez2 on commence plus tard et on finit plus tt4 ,depuis quelque temps1 dans les grands thtres1 la nuit venue on allume le gaz2 il y a une rampe comme chez nous4 ,mais on n'en est pas encore l dans les thtres secondaires1 o on continue d'avoir recours l'ancien systme d'clairage1 jadis seul connu1 dont l'effet est assez fantastique4 ,c'est un procd d'une originalit singulire et bien spciale au ,japon2 il tend disparatre et la couleur locale perdre avec lui une de ses meilleures teintes4 ,voici en quoi il consiste3 on ne s'occupe pas d'clairer la salle2 les spectateurs peuvent demeurer dans l'obscurit2 la scne elle-mme reste dans le noir2 on se borne mettre en lumire la figure de chaque artiste4 ,pour les ,japonais1 ce qu'il importe surtout de voir au thtre1 c'est le jeu de physionomie4 ,aussi1 l'acteur en scne est accompagn dans ses mouvements par un de ces personnages neutres1 de ces tres indfinissables ne comptant pas1 dont nous avons dj parl1 qui lui tient constamment sous le nez un lampion rflecteur1 fix au bout d'un manche2 chaque acteur a son ombre qui le suit ainsi pas pas dans toutes ses alles et venues4 ,il faut convenir que le public japonais1 si exigeant sur la copie du vrai1 doit1 en ce qui concerne cet clairage1 rabattre beaucoup de ses prtentions4 ,mais il semble qu'il a l'esprit ainsi fait3 il ne veut pas qu'on lui supprime quelque chose de la ralit de la vie2 mais on peut y ajouter2 il lui suffit alors de faire abstraction3 il sait retrancher1 non complter4 ,c'est le contre-pied de notre art dramatique4 ,la mode des applaudissements est un autre emprunt l',europe2 maigres encore et clairsems1 ils commencent pourtant se faire entendre4 ,l'ancien usage1 qui consiste crier par acclamation le nom de l'acteur auquel s'adresse l'enthousiasme1 prvaut toujours1 mais perd chaque jour du terrain4 ,en ,europe1 le public nomme bien les artistes1 mais c'est pour un ou plusieurs rappels1 lorsqu'ils sont sortis de scne2 ici1 c'est au beau milieu d'une tirade1 d'un dialogue ou mme d'un jeu de scne muet et les ,japonais y mettent une expression si originale1 qu'il serait impossible d'en traduire le ton par une explication2 il y entre de la tendresse et de l'affectation manire4 ,l'art dramatique tant tel que nous l'avons dpeint1 il n'est pas tonnant qu'il n'existe gure dans la littrature japonaise de thtre crit#g4 ,tout ce que peut se procurer l'amateur qui dsire garder un souvenir de la pice qu'il a vue ou se prparer par provision celle qu'il va voir1 c'est un livret en contenant l'analyse4 ,ces livrets sont multiples pour un seul et mme drame et pas toujours d'accord entre eux4 ,cela tient leur origine3 ils sont l'uvre de divers spectateurs en contrat avec les libraires ou appartenant au reportage des journaux indignes4 ,il y a d'autant moins s'tonner de ces divergences entre les analyses thtrales1 quelles ne sont pas toutes faites le mme jour et que1 tant que l'affiche est encore neuve1 la pice subit des variantes chaque reprsentation4 ,or1 c'est justement pendant cette priode de ttonnements que les livrets sont crits4 ,,iii ,nous ne pourrions mieux complter cet expos de l'art dramatique au ,japon que par le rsum d'un drame qui se jouait l'hiver dernier dans un grand thtre de ,tokio4 ,les artistes clbres se partagent les publics de ,tokio et de ,kyoto4 ,en dehors de ces deux villes1 il n'y a gure que des troupes de second ordre1 troupes de province plus ou moins habiles suivant l'importance et le got artistique des populations4 ,osaka mme1 qui dpasse en nombre d'habitants1 l'ancienne rsidence impriale1 est1 au point de vue thtral1 moins bien pourvue4 ,on est trop affair dans cette ville de commerce et d'industrie pour qu'il reste du temps consacrer au spectacle4 ,au ,japon1 le thtre n'est pas1 comme en ,france1 un dlassement du soir mrit par le labeur du jour1 mais bien l'occupation1 l'absorption mme de toute une journe4 ,les premires salles de ,tokio contiennent jusque deux mille personnes4 ,mais la population de cette ville est si nombreuse et si fanatique de drame1 qu'une pice peut tenir l'affiche et faire salle comble pendant plusieurs mois4 ,il faut bien qu'il en soit ainsi pour qu'on s'en tire1 car la mise en scne est fort coteuse4 ,la pice que nous allons essayer de raconter est divise en six actes et treize tableaux4 ,son titre est3 ,ume no haru tate-shi no go sho zome4--,comment traduire cela8--,dcomposons la phrase en mot mot1 suivant la construction grammaticale japonaise3 go sho zome tentures garnissant un appartement la cour2--no de2--tate-shi une partie d'une grande habitation2--ume no haru le printemps des pruniers4--,c'est tout ce que nous en avons pu tirer1 aprs avoir consult les interprtes les plus expriments4 ,c'est l un titre nigmatique4 ,il en est frquemment ainsi au ,japon4 ,les titres des uvres de thtre n'ont souvent aucun rapport avec la pice qu'ils dsignent1 mais ils ne sauraient gure se passer de l tournure potique et le printemps des pruniers est mentionn par notre drame afin que cette rgle y soit respecte4 ,je dois confesser qu'il m'est impossible de parler des deux premiers actes d'aprs mes souvenirs2 je ne suis arriv qu'au troisime2 mais c'est celui-ci et le dernier qui contiennent les plus belles scnes4 ,j'invoque en outre1 comme circonstance attnuante1 que1 tout compte fait1 je suis encore rest au thtre ce jour-l au moins sept heures conscutives4 ,en ,france1 sept heures de drame nou feraient coucher trois heures du matin4 ,au ,japon1 la pice entire en dure dix2 en supposant l'ouverture notre heure1 on en aurait pour toute la nuit1 jusqu'au lever du soleil1 mme en hiver4 ,notez que les ,japonais arrivent au thtre avant le premier acte et jusqu'au bout ne perdent pas une scne4 ,abordons ce compte rendu du ,ume no haru444 etc4 444 ,qu'on nous permette de transcrire le rsum sommaire des deux premiers actes1 d'aprs la traduction d'un livret4 ,il sera peut tre intressant d'avoir sous les yeux un ensemble complet de la pice3 on saisira mieux de la sorte la suite du drame et on verra1 par ce spcimen1 en quoi consistent ces analyses imprimes dont nous avons dj parl4 ,distribution d'aprs l'affiche3 ,personnages principaux ,noms des artiste ,asama1 le damyo ,sakato4 ,hototogisu1 concubine du damyo1 fille de ,issa ,nakamura ,fukusuke4 ,yukieda1 jeune samura 7allant en plerinage au #b;e acte7 id4 ,o ,sugi1 mre de ,goroz ,ishikawa ,jubizo4 ,asohe1 serviteur de ,hanagaki ,nakamura ,tsurugoro4 ,yakuro1 kera du damyo ,nakamura ,dengoro4 ,satsuki1 courtisane1 femme de ,goroz ,kawabara ,saki ,kunitaro4 ,hoshikage1 ancien kera du damyo1 chass1 devenu voleur ,nakamura4 ,oju1 courtisane1 fille de ,issa1 sur de ,hototogisu ,iwa ,matsu ,nos'ka4 ,hanagaki1 fidle kera du damyo ,kikusaburo4 ,issa1 matre de th du damyo ,iwa ,shige ,matsu4 ,nadeshiko1 femme lgitime du damyo ,yeinos'ke4 ,takekuma1 mdecin du palais ,ouokami ,matsu ,nos'ke4 ,seppei1 domestique d',issa ,sakato4 ,yuri ,nokata1 mre de ,nadeshiko1 et belle-mre du damyo ,kikugoro4 ,nagohe1 chasseur1 en ralit voleur id4 ,goroz1 ancien kera disgraci id4 ,l'acteur qui figure le dernier sur l'affiche et qui remplit trois rles est1 sans contredit et juste titre1 l'artiste le plus clbre de la troupe4 ,les disputes de prsance au programme1 entre comdiens1 sont inconnues au ,japon4 ,,acte ,ier ,premier tableau3 ,devant le temple de ,mano ,miyojin1 dans l',oshu4 ,un petit damyo#h ouvre un concours d'escrime en l'honneur du dieu4 ,le prsident est un fidle kera#i nomm ,hanagaki4--,nombreuse et brillante runion2 personnages richement vtus4--,asama1 c'est le nom du damyo1 s'y rend en grande pompe et avec un nombreux cortge4 ,il est accompagn par ,hanagaki4--,procession4--,arrive devant le temple4--,le concours a lieu sur la piste4--,suite de combats4--,en dernier lieu1 ,yakuro#aj et ,hanagaki se mesurent4 ,yakuro n'est pas en veine ce jour-l2 il va tre battu4 ,pourtant ,hanagaki1 qui a la faveur du matre1 n'est pas sympathique au public4 ,on voudrait l'humilier4 ,asohe#aa excite la voix son patron ,hanagaki4 ,mais au moment dcisif1 les combattants sont spars4 ,yakuro1 malgr sa dfaite assure1 se donne des airs de vainqueur4 ,il est trait de lche et de vantard par ,asohe qui va se prcipiter sur lui quand le damyo l'arrte en disant qu'il a vu et sait qui attribuer la victoire4 ,on entre pour se reposer chez le prtre du temple4 ,deuxime tableau3 ,devant le temple ,awabida mura jizo4--,il fait nuit4 ,issa1 matre de th du damyo1 revient de la campagne o son matre a donn une fte4 ,il marche avec peine et prcaution par un chemin de rizire4 ,au temple1 il s'arrte pour se reposer4 ,subitement il se sent perc dans le ct4 ,il souffre4 ,sans distinguer qui lui a port le coup1 il aperoit comme une ombre qui se dresse devant lui et lui enlve son argent4 ,il croit un fantme et veut le repousser en disant3 ,qui es-tu8 ,une claircie laisse voir un ronin#ab4 ,issa veut reprendre son argent4 ,le ronin le frappe coups redoubls et disparat4 ,le ciel s'obscurcit de nouveau4--,arrivent les deux filles de ,issa qui1 accompagnes par une servante1 vont au-devant de leur pre4 ,tout coup1 elles buttent contre quelque chose3 c'est le corps du pre4 ,elles lui prodiguent leurs soins en pleurant2 il ouvre les yeux et reconnat ses filles4 ,il leur raconte comment il a t frapp et les invite le venger4--,il expire4--,ses filles vont chercher du secours au village4 ,troisime tableau3 ,lit du fleuve ,madori-,gawa#ac ayant sa source au temple de ,mano ,miyojin#ad1 dont il alimente la piscine d'ablutions4 ,aprs le concours d'escrime1 le damyo a distribu les rcompenses4 ,au retour1 on suit le cours du fleuve4 ,il a l des hommes qui errent1 cherchant quelqu'un dvaliser4--,une fille d',issa#ae1--on ne sait encore ce moment qui est cette fille1--arrive une pierre commmorative4 ,ces hommes l'entourent2 ils veulent en abuser4 ,mais le damyo les a vus et s'est dout de la chose4 ,il lance ses gens au secours de la malheureuse4 ,les drles s'enfuient4--,la jeune fille plat au damyo4 ,elle raconte qu'elle cherche ses parents dont elle a t spare depuis l'ge de cinq ans4 ,ses parents d'emprunt sont morts4 ,elle voyage pour se distraire et comme but elle suit la piste de ses parents qui1 lui a-t-on dit1 habitent en ces lieux4--,le jour je marche1 dit-elle2 la nuit1 je couche dans les bois4--,yakuro comprend le dsir du damyo et conduit la jeune fille au palais4 ,,acte ,,ii ,premier tableau4 ,au pied de l',iwate-yama#af4 ,habitations rares4--,soir d'une journe de neige4 ,des gens de la bande du chasseur ,nagohe#ag arrivent arms de pioches et portant une caisse d'aspect singulier1 sans doute vole au temple du dieu de la montagne4 ,ils s'avancent avec entrain sur la neige4--,halte4--,la conversation roule sur l'objet du vol que leur chef ,nagohe leur a ordonn4 ,puis l'un d'eux explique que ,issa1 le matre de th1 a t tu par un des leurs et que ,nagohe veut1 affubl du masque et des vtements qu'on porte la procession du dieu1 se prsenter dans la maison d',issa1 effrayer les deux filles et en profiter pour voler l'argent et enlever ces filles qu'il vendra ensuite des maisons de prostitution4--,ils continuent leur route4--,le jeune ,yukieda1 brave et fidle ,kera du damyo1 va au temple en plerinage pour le compte de son matre4 ,tout coup d'un fourr sort un voleur qui l'arrte par derrire en lui demandant la bourse ou la vie4 ,le jeune homme le regarde de travers1 lui dit qu'il va au temple et que1 s'il ne le lche pas1 il va le coucher par terre4--,lutte la suite de laquelle le voleur est lanc au fond du ravin4--,yukieda continue sa route4 ,deuxime tableau3 ,temple du dieu de la montagne4 ,arrive du mme samura4--,il butte contre quelque chose qui se trouve tre le corps du voleur qu'il a rencontr tout l'heure3 ,ah6 tu as roul jusqu'ici1 dit-il simplement4--,les portes du temple sont ouvertes4--,hoshikage#ah 7autrement dit le redoutable ,kesataro7 parat4 ,on voit en outre ,nagohe puis ,wasurega 7fille d',issa7 et son serviteur ,sappe4--,ces deux derniers sont venus en plerinage pour obtenir la punition du meurtrier d',issa#ai4--,une lutte s'engage la fin de laquelle le miroir1 trsor du damyo1 tombe entre les mains de ,hoshikage qui pense par ce moyen pouvoir s'introduire de nouveau chez son seigneur4 ,nous1 arrivons la partie de la pice qu'il m'est permis de raconter de visu et je ferai dsormais surtout appel mes souvenirs4 ,,acte ,,iii ,premier tableau3 ,le thtre reprsente le jardin du palais sur la rivire ,katakami-,gawa1 en ,oshu4--,on est au milieu d'avril2 les arbres sont en fleurs4 ,aprs quelques incidents sans grande importance arrive ,nadeshiko1 la femme lgitime du damyo1 dans un riche costume4 ,elle est triste1 se sentant dlaisse pour une concubine1 cette aventurire qu' la fin du premier acte le damyo et ses serviteurs ont arrache aux mains des brigands4 ,mais elle sait supporter son chagrin avec dignit4 ,elle entre dans le palais et bientt on voit venir sa mre1 ge de soixante-cinq ans2 elle a les cheveux blancs1 le visage trs nergique4 ,moins rsigne que sa fille1 elle a peine contenir sa colre contre son gendre3 elle ne peut admettre qu'une matresse l'emporte sur l'pouse1 celle-ci tant sa propre enfant#bj4 ,ses servantes1 quoi qu'elles fassent1 ne peuvent parvenir la distraire4 ,alors parat le kera ,yakuro#ba1 officier au service du damyo4 ,il fait signe la mre de ,nadeshiko qu'il a quelque chose lui dire4 ,celle-ci toujours mfiante congdie celles de ses femmes qui ne lui inspirent pas grande confiance4 ,yakuro s'approche et lui fait des condolances sur le ddain du seigneur pour ,nadeshiko depuis l'arrive au palais de ,hototogisu1 la concubine4 ,avec mille circonlocutions il raconte qu'il a fait des propositions au mdecin qui a promis un poison mortel d'un effet infaillible4 ,mais ces prcautions sont bien superflues1 car mesure qu'il parle le visage de ,yuri ,nokata1 la mre de l'pouse dlaisse1 s'claire d'une joie froce#bb4--;,jeu de physionomie remarquablement excut par l'acteur charg du rle4--,le mdecin est l qui attend4 ,on lui dit d'avancer4 ,sans lui laisser le temps d'achever ses salutations1 ,yuri ,nokata lui demande brle-pourpoint s'il apporte la drogue4 ,il la lui fait passer crmonieusement4 ,on lui donne de l'argent pour sa peine4 ,mais ,yakuro1 voix basse1 fait observer qu'il est dangereux de le laisser partir ainsi4 ,yuri ,nokata saisit la justesse de cette rflexion et elle annonce au mdecin que1 pour lui faire honneur1 elle veut lui offrir un sabre#bc4 ,elle fait signe ,yakuro de lui donner un des siens2 elle tient le remettre elle-mme au docteur4 ,celui-ci s'avance dans l'attitude la plus humble et parat profondment touch de tant de faveur4 ,au moment o il va prendre l'arme ,yuri ,nokata l'en frappe et le tue d'un seul coup4--,ce mdecin tait un tmoin incommode2 il fallait s'en dbarrasser4 ,la vieille parat enchante de son succs2 elle ne s'en tiendra du reste pas l4--,rires flatteurs de ,yakuro et des servantes4--,ordres donns pour administrer le poison ,hototogisu4 ,deuxime tableau3 ,le pavillon habit par la favorite4--,les panneaux extrieurs#bd tant enlevs1 on voit sa chambre qui est fort lgante4--,autour de la maison s'tend un jardin dlicieux o circule une petite rivire surmonte d'un de ces ponts en zigzag qui n'existent qu'au ,japon4 ,la rivire et le pont occupent la moiti d'un des passages qui vont d'un bout l'autre de la salle4 ,le dcor se prolonge ainsi entre les spectateurs et tout l'heure l'action se portera tout entire1 au moment le plus dramatique1 au milieu mme du public4 ,au tirer du rideau1 ,hototogisu1 assiste de deux jeunes servantes1 parat dans un ravissant costume rose4 ,elle se lamente sur la maladie dont elle souffre et dont elle ne connat pas la cause4 ,elle languit et sa figure est abme de boutons2 une horrible plaie lui couvre un quart du visage4--,le vent souffle lgrement et les iris qui bordent la rivire en sont impressionns4--,la nuit venant1 ,hototogisu congdie ses suivantes4 ,elle est seule depuis un moment1 lorsqu'un bruit trange se fait entendre2 elle a peur2 elle voit sortir du sol une flamme1 aussitt suivie d'une apparition4 ,sa frayeur est au comble2 elle va fuir2 mais le revenant la retient en lui annonant qu'il veut lui parler4 ,graduellement1 elle se tranquillise1 puis elle prouve un nouvel effroi en reconnaissant le mdecin du palais4 ,celui-ci lui avoue que1 par cupidit1 il a commis un crime dont il a dj reu le chtiment4 ,il parle du ressentiment de la belle-mre du damyo et de sa rsolution de tirer vengeance de la favorite4 ,il l'informe que la maladie dont elle souffre lui vient d'une drogue qu'on lui a fait absorber1 mais qui ne la fera pas mourir4 ,cependant ,yuri ,nokata veut tout prix se dfaire de la rivale de sa fille2 elle a fait demander dans ce but un poison infaillible4--,je viens de le lui remettre1 dit-il1 et pour salaire j'ai reu un coup de sabre4 ,gardez-vous de prendre la mdecine qu'on vous offrira1 elle serait fatale4 ,quant la maladie qui vous ronge1 vous en serez gurie en buvant le contenu d'un petit flacon que vous trouverez l4--,il montre la niche du dieu domestique4--,voil ce que j'avais vous dire4--,il disparat4--,hototogisu rflchit ce qu'elle vient d'entendre4 ,puis1 elle se dirige vers la place indique et trouve en effet la fiole4 ,elle absorbe le liquide et par un enchantement instantan il ne reste plus un bouton sur son visage2 elle est redevenue belle4 ,elle va chercher son miroir et prouve une douce surprise en se regardant2 elle se mire avec des gestes qui rappellent la scne des bijoux de ,faust4--,tout heureuse1 elle ferme le store de sa chambre pour se reposer4 ,on voit arriver deux furies armes chacune d'un glaive2 ce sont deux servantes de la belle-mre du damyo4 ,elles s'avancent avec prcaution sur le petit pont de la rivire4 ,en se concertant1 elles nous apprennent que leur matresse1 aprs rflexion1 a pens que le fer serait plus sr que le poison4 ,elles avancent pas de loup vers le pavillon2 se sparant1 elles en occupent les deux extrmits1 puis s'y prcipitent en mme temps4 ,le store se lve2 on voit la malheureuse ,hototogisu couverte de sang se dbattant entre ces deux forcenes2 elle est puise et tombe2 on la crot morte4 ,yuri ,nokata entre en scne par le fond de la salle1 avec une suite de trois ou quatre femmes4 ,de loin1 ses servantes lui font signe que leur besogne est termine2 elle est radieuse et va s'asseoir prs de sa victime4 ,mais voici que celle-ci se relve de toute sa hauteur et la traite de lche4 ,elle lui raconte ce que l'ombre du mdecin vient de lui rvler4--,oui1 rpond l'autre sans s'mouvoir1 c'est moi qui t'ai mise dans cet tat4--,pourquoi8--,n'est-ce pas toi qui as accapar le cur de mon gendre8 ,ma fille est rsigne et dvore sa honte en silence4 ,mais moi1 je n'en puis faire autant4 ,la jeune femme a un geste de rvolte4 ,toutes se jettent sur elle et la criblent de coups de sabre et poignard4 ,elle retombe1 mais elle respire encore4 ,le sang ruisselle sur ses vtements4 ,yuri ,nokata va prendre place sur un banc pour mieux jouir du spectacle de sa vengeance4 ,elle n'a nullement l'me trouble1 car elle se fait servir du th et fume une petite pipe#be1 ce qui est en quelque sorte l'accompagnement invitable du repos chez les ,japonais des deux sexes4--,elle fait signe deux servantes de dresser la mourante et de la tenir debout3 puis elle se lve1 applique sa pipe encore brlante sur le visage de sa victime1 suprme insulte1 et lui adresse les injures les plus cruelles4 ,s'enflammant sa propre parole1 elle enfonce cette pipe dans l'ouverture bante du col et laboure avec rage les chairs sanglantes4 ,hototogisu pousse un cri de douleur et son corps se tord en convulsions4--,cette scne est d'une belle horreur4--,alors ,yuri ,nokata se met dtailler ses invectives3 elle reproche son ennemie sa beaut1 ses charmes1 ses yeux qui ont vol le cur qui appartenait de droit sa fille1 sa bouche qui enivrait l'poux de ,nadeshiko de baisers1 ses bras qui enlaaient amoureusement son corps et perfidement sa raison4--,sur ces mots elle saisit le sabre d'une des suivantes et d'un seul coup1 tranche le bras de la malheureuse femme4 ,celle-ci gmit douloureusement3 le bras tombe terre2 le sang jaillit4 ,elle s'affaisse puise4 ,on la tient pour morte et la bande sanguinaire va se reposer4 ,yuri ,nokata est entoure de ses femmes1 qui lui prodiguent leurs flicitations et leurs soins4 ,pendant qu'elles sont distraites1 ,hototogisu reprend ses sens2 elle trouve encore assez de forces pour ramper jusqu'au petit pont2 elle va fuir4 ,la vieille l'aperoit2 cartant ses servantes1 elle se prcipite elle-mme1 arme d'un glaive1 la poursuite de la favorite qui peut peine se traner1 elle la rejoint sans peine2 l'empoignant par ses cheveux dfaits1 elle la trane travers le pont2 fatigue1 elle change de main plusieurs reprises et1 comme alors son sabre l'embarrasse1 elle le tient entre les dents2 elle est odieuse et sublime ainsi4 ,n'en pouvant plus elle-mme1 elle fait signe qu'on vienne l'aider2 tordant autour de sa main droite les cheveux de sa victime1 qui rle1 elle se fait tirer par la gauche jusqu'au milieu de la scne1 la tranant ainsi vanouie ou morte4 ,on donne enfin le coup de grce ,hototogisu et ,yuri ,nokata va paisiblement se reposer de son exploit4 ,elle prend une nouvelle tasse de th et fume encore quelques pipes2 elle a bien mrit cela4 ,quand elle a repris haleine1 elle ordonne qu'on jette le cadavre la rivire2 on y jette aussi le bras coup4 ,sur ces entrefaites1 on voit entrer les deux jeunes servantes de ,hototogisu2 elles paraissent terrifies et1 se dissimulant comme elles peuvent1 elles cherchent s'chapper4 ,mais ,yuri ,nokata les aperoit2 leur allure1 elle comprend qu'elles ont vu la scne du meurtre2 elles pourraient parler1 il faut donc s'en dfaire2 elle en donne l'ordre4 ,les innocentes sont mises mort sans avoir la force de se dfendre4 ,leurs cadavres vont rejoindre au fond de l'eau celui de leur matresse4 ,par un mouvement bien humain et qui dnote chez l'acteur une trs juste observation de la nature1 la vieille1 avant de se retirer1 va plonger son regard dans l'onde1 la place o les corps ont t jets4 ,elle est hideuse de frocit satisfaite4 ,or1 voici qu'au moment o elle se penche sur la rivire1 une flamme sort de l'eau3 c'est l'me de ,hototogisu4 ,saisies d'effroi1 ,yuri ,nokata et ses femmes veulent prendre la fuite2 mais au loin1 quelqu'un arrive qui leur coupe la retraite4 ,elles n'ont que le temps de se cacher derrire une petite construction leve sur un ct de la scne4 ,le nouveau venu est un samura au service du damyo1 qui fait sa ronde de nuit4 ,il sent sous ses pas quelque chose d'humide et de glissant4 ,il va prendre une lanterne imprudemment abandonne par une des servantes dans la prcipitation du sauve-qui-peut4 ,il reconnat des taches de sang et en suit la trace1 qui le conduit au bord de la rivire2 la lueur du fanal1 il distingue les cadavres au fond de l'eau4 ,trs intrigu il se dirige vers le pavillon de ,hototogisu et s'tonne de le trouver ouvert et en dsordre4 ,yuri ,nokata1 de sa cachette1 a vu les alles et venues de ce guerrier2 c'est encore un tmoin dangereux supprimer2 elle envoie vers lui les deux servantes de confiance qui ont charge ordinaire de ses uvres meurtrires4 ,celle-ci1 armes de leurs glaives1 approchent furtivement et se jettent l'improviste sur le samura4 ,ce brave1 bien qu'il ait affaire deux furies1 n'a pas de peine les terrasser2 il les dsarme et s'en dbarrasse ddaigneusement1 se contentant de les frapper coups de plat de sabre4 ,la vieille mgre est dsole de cet insuccs4 ,mais1 si elle est sans piti1 elle ne manque pas de courage4 ,au demeurant1 son but est atteint3 elle a couronn sa vengeance4 ,peu lui importe le reste4 ,elle peut mourir maintenant4--,elle se suicide4 ,,acte ,,iv ,premier tableau3 ,une lgante maison de prostitution ,kyoto4 ,le damyo ,asama1 ayant t appel en service ,kyoto1 s'y distrait en visitant les lieux de plaisir4 ,il s'y est pris d'une femme auprs de laquelle il se rend chaque soir en cachette4 ,il y avait1 en ce temps-l1 ,kyoto une bande de malfaiteurs dont ,hoshikage1 ancien kera disgraci du damyo#bf1 tait le chef4 ,ces drles rdaient par les rues1 la nuit1 cherchant noise tout le monde4 ,asama les rencontre un soir non loin du pavillon de sa matresse4 ,hoshikage le bouscule en passant2 le damyo le repousse4 ,le voleur crie3 ,tu m'as insult4 ,l'autre1 qui veut viter un clat1 fait des excuses2 elles ne sont pas acceptes4 ,mais l'adversaire1 voyant qu'il a affaire un samura1 se contente de lui demander son nom#bg4 ,le damyo son tour refuse de le satisfaire4--,il tait alors dfendu aux nobles de passer la nuit dans les mauvais lieux4--,une querelle s'engage4 ,asama coups d'ventail disperse la bande des voleurs arms de sabres4 ,ce jeu de scne1 qui se rpte souvent au thtre1 est une manifestation du prestige de la naissance1 tel qu'on l'entendait dans l'ancien ,japon4 ,un samura1 plus forte raison un damyo tait un tre tel point suprieur au commun qu' la scne on n'oserait le compromettre tirer le sabre contre une troupe de vulgaires malfaiteurs4 ,l'ventail lui suffit4 ,sa noblesse l'arme d'un pouvoir surhumain3 il n'a gure qu' souffler sur le menu peuple pour l'anantir4 ,ce n'est d'ailleurs pas une simple fiction3 sous l'ancien rgime1 l'ascendant des gens de race sur le populaire tait si magnifique qu'il ne leur en fallait pas davantage la plupart du temps pour nettoyer la place d'une foule mutine ou mal intentionne4--,alors le respect du rang tait la base de tout ordre social et le bon plaisir des grands la raison d'tre du monde4 ,cela a bien chang4 ,aprs s'tre ainsi dbarrass des coquins1 ,asama avec un geste de souverain mpris purifie l'air qui l'entoure en l'ventant4 ,c'est alors qu'arrivent1 attirs par le bruit1 deux fidles du damyo1 ,hanagaki#bh et ,asohe#bi4 ,depuis plusieurs jours ils font de vains efforts pour dtourner le matre de ses escapades nocturnes4 ,n'ayant pu russir1 ils veillent sur lui distance4 ,ils tentent encore une fois de l'entraner loin de ces lieux et lui font de respectueuses remontrances3 il nglige les devoirs que lui impose sa noblesse2 cela lui portera malheur4 ,mais il rsiste leurs sages conseils et se rend au pavillon de sa matresse4 ,deuxime tableau3 ,le milieu de la scne est occup par le pavillon de la matresse du damyo4 ,cet lgant petit htel est entour d'un joli jardin4 ,les panneaux ouverts laissent voir le salon de rception4 ,deux cortges entrent par le fond de la salle et s'avancent vers la scne4 ,d'un ct1 c'est ,oju1 la courtisane1 superbement habille1 prcde d'un porte-lanterne1 accompagne de ses servantes dans l'ordre des rites2 elle s'appuie sur l'paule d'un homme1 sorte d'esclave qui marche courb pour servir de support sa voluptueuse nonchalance2 le tout est parfaitement conforme au crmonial de la haute prostitution#cj4 ,sur le passage oppos1 le damyo marche gravement1 suivi de quatre ou cinq nobles serviteurs4 ,il est lui aussi revtu d'un splendide kimono en soie d'un bleu idal et trs finement brod4--,c'est une des particularits du thtre japonais que les costumes y sont d'une richesse inoue et sans aucun recours au clinquant4--,arrivs vers le milieu de la salle1 tous les acteurs s'arrtent1 puis ceux-ci excutant un quart droite1 ceux-l un quart gauche1 les deux processions se font face4 ,ce mouvement a quelque chose de militaire4--,alors s'change1 par-dessus les ttes des spectateurs1 entre le damyo et sa matresse un colloque galant auquel les autres personnages prennent une part respectueuse mais peu discrte4 ,on tombe d'accord et on se dirige suivant toujours la mme ordonnance vers le pavillon4--,l on commence par souper2 aprs quoi1 ,asama demande gracieusement ,oju de faire apporter son koto1 sorte d'instrument cordes qui se pose terre et dont le jeu se rapproche de celui de la harpe1 avec cette diffrence que les cordes s'allongent sur la bote d'harmonie comme celles d'un violon2 cette bote est elle-mme de forme rectangulaire et lgrement bombe4#ca--,oju prlude4 ,a ce moment l'ombre de ,hototogisu apparat dans le jardin non loin de la maison4 ,elle tient une flte1 et1 de cet instrument1 accompagne ,oju4 ,les autres ne la voient pas encore1 mais ils s'tonnent de ce qu'ils entendent4 ,oju s'interrompt pour couter4 ,alors ,hototogisu entonne un air bien connu du damyo4 ,celui-ci fort intrigu va regarder l'extrieur4 ,il reconnat la matresse qu'il a laisse dans son domaine seigneurial4 ,au comble de la surprise1 il l'interroge3 ,comment es-tu ici8--,je suis ici pour te voir d'abord1 rpond-elle1 et aussi pour voir ma sur ane4--,qui est ta sur8--,elle raconte alors qu' l'ge de cinq ans1 au passage d'un bac1 pendant la nuit1 elle a t change par mgarde contre une autre enfant et que1 malgr leurs diffrentes destines1 ,oju est bien sa sur#cb4 ,cette ,oju est une des fille d',issa qui ont t enleves par les voleurs et vendues#cc4--;,en cherchant mes parents1 poursuit l'apparition1 il m'est arriv ce que tu sais4 ,je suis devenue ta matresse4 ,ta belle-mre m'a fort maltraite et1 pendant ton absence1 je priais pour ton retour au palais4 ,enfin lasse de t'attendre et ne tenant plus en place1 je suis venue ici pour avoir le bonheur de te voir#cd4--,on trouvera sans doute que cette femme est de bonne composition et on s'tonnera qu'elle n'adresse pas son amant le moindre reproche sur le lieu o elle le rencontre4 ,d'aprs nos ides cette situation n'aurait pu se produire sans vacarme4 ,nous voyons au contraire des gens qui s'expliquent en toute simplicit3 c'est que nous sommes dans le ,japon d'autrefois o le caprice du matre tait tenu pour raison suffisante4 ,hototogisu1 regardant ,oju1 avoue seulement qu'elle envie son sort3 c'est l toute sa scne de jalousie4--,puis les deux femmes se montrent mutuellement un souvenir qu'elles tiennent l'une et l'autre de leur pre3 c'est une sorte de porte-bonheur dont l'identit tablit leur lien de parent4--,le damyo est vivement mu2 les deux surs sont attendries2 mais il n'y a aucune effusion2 la dignit du lieu ne laisse pas place aux panchements#ce4--,tout coup ,hototogisu disparat dans le mur la stupfaction gnrale4 ,mais on trouve la place qu'elle occupait tout l'heure un papier funraire#cf4--,le damyo et ,oju se demandent ce que cela signifie4--,hototogisu serait-elle morte8--,justement voici le karo 7premier ministre7 du damyo qui vient point pour claircir ce mystre3 ,il arrive d',oshu et raconte le meurtre d',hototogisu et le suicide de la belle-mre4--,on pleure4 ,le cinquime et le sixime acte pourraient fort bien tre dtachs pour former un drame part4 ,on se rappelle ce que nous avons dit plus haut sur le manque d'unit du thtre japonais4 ,nous en avons l un exemple trs caractristique4 ,les points de contact entre les quatre premiers actes et les deux derniers sont imperceptibles3 ,ils ne consistent gure que dans la mise en scne de deux personnages dj connus1 ,hoshikage et ,oju1 qui vont figurer titre secondaire dans cette dernire partie4 ,quant aux autres1 ils ont achev leurs rles et de la plupart d'entre eux il ne sera mme plus question4 ,d'autres figures importantes vont occuper la scne4 ,cependant le damyo ,asama1 bien que ne paraissant pas lui-mme1 continuera d'tre le lien des situations dramatiques auxquelles nous allons assister4--,quoi qu'il en soit1 nous passons un ordre d'ides si diffrent de celui qui nous a conduits jusqu'ici qu'on est tent de se demander si c'est bien la suite du mme drame4--,on en va juger4 ,,acte ,v ,premier tableau3 ,sept annes se sont coules dans l'intervalle des deux actes4 ,le thtre reprsente l'entre du quartier des maisons de prostitution ,kyoto#cg4 ,goroz#ch et une servante dont il a fait sa femme1 chasss du palais du damyo1 sont venus chouer ,kyoto o ils se sont affilis une bande de malfaiteurs4 ,ils se disputent tout le jour et ne s'entendent que pour faire le mal4 ,l'homme est tomb malade2 il fait des dettes4 ,la femme est rduite se faire courtisane sous le nom de ,satsuki4 ,hoshikage#ci veut en faire sa matresse4 ,ce tableau n'est pour ainsi dire qu'une introduction aux scnes qui vont suivre4 ,deuxime tableau3 ,tcha-ya#dj de ,kabutoya ,kyoto4 ,l'ensemble du tableau reprsente une rue de la ville4 ,satsuki et ,hoshikage sont en tte tte4 ,aprs une assez longue discussion la femme consent se donner1 l'homme paye le prix du march et sance tenante ,satsuki fait passer cet argent ,goroz qui arrive point4 ,d'aprs les usages consacrs1 cela veut dire qu'elle rompt avec lui4 ,mais il tmoigne du dpit et repousse le sac4 ,il y a l une scne assez comique gaye surtout par le serviteur de ,goroz1 personnage burlesque4 ,en droit#da les circonstances sont telles que le malheureux n'a rien objecter contr la dtermination de sa femme4 ,nanmoins c'est en jurant de se venger qu'il quitte la place4--,hoshikage part pour le pavillon o doit avoir lieu le rendez-vous4 ,satsuki ne peut encore le suivre4 ,elle a diffrentes choses rgler avant de sortir de la tcha-ya4 ,son amie ,oju#db1 la matresse du damyo qui se trouve l1 lui propose de la remplacer pour un moment et de faire prendre patience son nouvel amant jusqu' son arrive4 ,c'est accept4 ,oju s'habille avec les vtements de ,satsuki et sort munie de sa lanterne2 tant elle-mme la matresse du damyo1 il ne faut pas qu'elle soit reconnue4 ,troisime tableau3 ,une autre rue de ,kyoto4--,au premier plan un de ces chafaudages de seaux qui sont disposs de place en place1 dans les villes japonaises1 en prvision des incendies4--,a l'angle d'une maison une lanterne allume4 ,goroz entre en scne arm d'un sabre nu4 ,il sait que sa femme doit passer par l pour aller au rendez-vous4 ,la rue est dserte3 cela lui convient4--,il monte sur une borne pour teindre la lanterne publique4--,obscurit complte4--,il se met en embuscade derrire les seaux4 ,oju arrive4 ,goroz la prend pour sa femme1 se prcipite sur elle et la tue4 ,puis posment il lui coupe la tte qu'il envelopp dans un morceau d'toffe#dc enlev d'un coup de sabre au vtement de la victime4 ,il dissimule le cadavre derrire la cachette o il tait lui-mme tout l'heure et s'attache dans le dos le paquet contenant la tte2 de manire conserver la libert de ses mains4 ,il tait temps d'en finir4 ,hoshikage las d'attendre vient lui-mme la recherche de sa matresse et rencontre le mari4 ,il s'lve entre eux une altercation o ,goroz dit des mots double sens dont l'autre ne saisit pas la porte4 ,c'est1 bien entendu1 de l'objet du rendez-vous qu'il s'agit4 ,hoshikage ne se doute de rien et ,goroz se retire sans encombre4 ,il y a dans toute cette scne d'assassinat et de tte coupe une minutie de dtails dont le ralisme ne saurait tre racont4 ,rien n'y est laiss l'imagination du spectateur4 ,on ne peut se dfendre d'en admirer la sanglante illusion4 ,,acte ,,vi ,tableau unique3 ,intrieur de la maison de ,goroz4 ,il est prs de midi4 ,goroz fatigu de son exploit de la dernire nuit n'a pas encore paru4 ,ses serviteurs et ses clients qui l'attendent s'en tonnent4--,il y avait dans l'ancien ,japon une puissante organisation de clientle qui rappelle dans une certaine mesure la constitution sociale des ,romains4 ,les liens qui en rsultaient taient sans doute moins savamment combins en droit1 mais en fait ils taient peut-tre plus solides#dd4 ,enfin ,goroz parat4 ,il vient de se lever2 il est peine rveill et il le manifeste par certaines contractions musculaires qui1 tant naturelles1 sont1 de tous les pays4--,il entend ses gens s'entretenir du meurtre d',oju dont on ne connat pas l'auteur4 ,dj le rcit de l'vnement a t imprim et se vend dans les rues4--,etonnement de ,goroz qui se demande s'il rve ou s'il est au milieu d'une bande de fous4--,il y a eu meurtre2 il le sait bien1 puisqu'il est le meurtrier4 ,mais la victime n'est pas ,oju2 c'est sa femme ,satsuki qu'il a tue4 ,pourtant il garde ses rflexions pour lui1 ne voulant pas se dvoiler4 ,il fait causer ses serviteurs pour voir jusqu'o ira leur mprise4 ,l'un d'eux lui passe le libelle racontant l'aventure3 il l'a achet1 dit-il1 parce qu'il s'intresse ,oju2 cela lui a cot cinq rin avec une chanson qui a dj t compose sur le sujet4 ,notez le soin du serviteur de dire le prix qu'il a pay ces petits papiers4 ,cette mesquinerie fait ressortir par le contraste la situation morale de l'ancien ,kera4 ,goroz lit et graduellement sa surprise augmente4 ,pourtant le doute ne lui vient pas encore2 il est si sr6 ,il croit une erreur de la police et du public3 la tte ayant t enleve1 on n'aura1 pense-t il1 pu constater l'identit de la victime4 ,de l quiproquo4 ,il craint toutefois que cette fausse nouvelle colporte par la ville ne nuise ,oju et qu'il ne s'attire ainsi la colre de l'amant de cette femme qui est son seigneur et dont il dpend encore bien que chass par lui4 ,il se demande s'il ne devrait pas rtablir les faits4 ,il a besoin de rflchir et congdie ses gens4 ,tandis qu'il rflchit1 sa vieille mre aveugle arrive ttons4 ,il se passe entre eux une scne touchante destine prparer un nouveau contraste ressortant d'un ordre d'ides diffrent4 ,tout l'heure c'tait une petitesse qu'on mettait en regard de la grande agitation morale4 ,a prsent on lui oppose la pure et sainte tendresse du sentiment maternel et l'amertume rtrospective d'une vie douloureuse4 ,la pauvre femme raconte sa triste existence2 ses chagrins lui ont fait perdre la vue2 elle a tant pleur dans sa vie6 ,mais maintenant qu'elle est auprs de son fils1 elle se sent heureuse3 ,je souhaite1 dit-elle1 en terminant1 que ce bonheur dure et qu'il ne t'arrive aucun malheur4 ,elle sort en marmottant des prires4 ,mais ses dernires paroles ont produit sur ,goroz un effet singulier4 ,le doute s'empare de lui#de4 ,il jette un coup d'il toutes les issues pour constater qu'il est bien seul et qu'il n'y a pas de regards indiscrets4 ,il va fivreusement ouvrir une petite armoire o il a cach le paquet contenant la tte4 ,il dfait les linges1 regarde et tombe renvers en reconnaissant les traits d',oju4 ,il s'y reprend trois fois ne pouvant en croire ses yeux et chaque fois sa stupfaction et sa terreur s'exprime en crescendo4--,jeu de scne superbement rendu par l'acteur1 le mme du reste qui1 au troisime acte1 avait si bien rempli le rle de la belle-mre du damyo4 ,goroz se dsole et cherche encore s'expliquer son erreur4 ,c'tait pourtant la lanterne de sa femme1 c'taient ses vtements que portait celle qu'il a tue4 ,le morceau d'toffe qui enveloppait la tte est l pour en tmoigner4--,enfin il dcide qu'il n'a plus qu' mourir en brave samura4 ,il doit le sacrifice de sa vie aux mnes d',oju1 la matresse de son seigneur4 ,d'aprs les anciennes murs1 il n'avait pas hsiter4 ,libre lui de tuer sa femme2 personne n'aurait eu redire4 ,mais par erreur c'est la concubine du matre qui est tombe sous sa main2 il serait fltri jamais1 s'il ne s'ouvrait le ventre4--,il va chercher sa bote pinceaux et se met crire son testament4 ,satsuki1 qui est au courant des vnements1 s'approche de la maison en se dsolant4 ,elle s'accuse2 elle se sent coupable1 elle aussi1 de la mort d',oju4--,il faut1 dit-elle1 que je meure4 ,elle entre et veut parler ,goroz de ce qui s'est pass4 ,il ne l'coute pas1 la repousse et lui dit enfin3 ,je n'ai que faire de la vie4 ,l-dessus il la jette brutalement dehors2 elle va rouler au milieu de la rue4--,la vieille aveugle1 qui a entendu les derniers mots de l'altercation conjugale1 rentre en scne et demande son fils ce qu'il se passe4--,rien1 rpond celui-ci4 ,elle insiste4 ,en manire de rponse ,goroz1 dont l'impatience augmente graduellement1 oubliant tout sentiment filial1 envoie sa pauvre mre dans la rue sans y mettre plus de formes que tout l'heure pour sa femme4 ,elle tombe terre non loin de celle-ci4--,goroz ferme la porte et se barricade l'intrieur de la maison2 il ne veut plus tre drang4--,ayant achev d'crire son testament1 il apporte une petite table d'offrandes au milieu de la pice2 il y place la tte d',oju face au public2 il va prendre au petit sanctuaire domestique quelques flambeaux et des vases de fleurs artificielles qu'il disperse de chaque ct de la tte coupe4 ,il allume les cierges4 ,tous ces prparatifs s'excutent sans la moindre agitation apparente4 ,c'est au moment de mourir qu'un samura doit surtout tre calme4 ,cela fait1 il tire son sabre du fourreau1 vrifie le bon tat de la lame et de la pointe et va s'asseoir en face de l'autel funbre dress la tte de sa victime4--,la position assise1 les jambes croises1 tait rglementaire pour le harakiri ou suicide par ouverture du ventre4 ,goroz commence cette opration suivant les rites3 il y a des rites pour tout4 ,contrairement une ide prconue gnralement adopte en ,france1 on ne s'ouvrait pas le ventre d'un seul coup4 ,le suicide de folie ou de chagrin tait alors peu rpandu au ,japon1 peut-tre parce que l'autre y tenait assez de place4 ,le suicide y tait non un acte de dsespoir1 mais une affaire d'honneur4 ,or l'honneur exigeait que la mort volontaire ft lente1 parce qu'il y a plus de courage souffrir et voir venir la mort qu' mourir4 ,ce sentiment tait si profond et les samura avaient un tel respect de leur propre honneur que1 mme s'ils s'ouvraient le ventre huis clos1 ils le faisaient aussi posment que devant un public4 ,parfois un brave se dcoupait la peau et se labourait l'abdomen pendant plus d'une heure sans expirer4 ,il tombait puis1 mais respirant encore2 souvent alors un ami bienveillant lui donnait le coup de grce4 ,l'honneur n'en souffrait pas4 ,pendant que ,goroz martyrise sa chair1 sa femme1 sans quitter la place o elle est venue tomber dans la rue1 se plonge un poignard dans le sein droit4 ,d'aprs les rites1 c'est ainsi que les femmes devaient se suicider4 ,chacun de son ct proclame qu'il s'immole aux mnes d',oju4 ,la vieille mre aveugle1 qui gt terre auprs de ,satsuki1 ne comprend pas ce qui se passe4 ,elle demande des explications4 ,sa belle-fille1 surmontant sa souffrance1 lui raconte comment elle est coupable du crime de lse-majest envers le damyo1 ayant par inadvertance caus la mort de sa matresse4 ,elle ne l'a pas tue elle-mme1 mais c'est cache sous ses vtements et en portant sa lanterne qu',oju a t frappe4 ,elle lui doit donc sa vie et elle lui paye ce qu'elle lui doit4--,la vieille femme1 en palpant ,satsuki1 vient de sentir le fer fix dans sa poitrine4 ,elle veut l'arracher4--,lutte entre la blesse et l'aveugle3 le dsespoir de l'une aux prises avec la rsolution de l'autre4 ,mais ,goroz commence rler4 ,sa mre l'entend2 elle comprend que1 lui aussi1 il est en train de se tuer4 ,elle l'appelle2 il ne rpond pas4 ,il n'est pourtant pas vanoui1 car on le voit toujours occup sa sinistre besogne4 ,l'aveugle1 poussant des cris lamentables1 cherche l'entre de la maison4 ,elle fait fausse route1 revient sur ses pas2 enfin elle sent la porte sous ses doigts2 elle appelle encore2 mme silence de son fils4 ,par un effort dsespr elle enfonce le panneau et tombe l'intrieur de la chambre4 ,elle a d se fracasser quelque membre1 mais elle n'y pense pas3 elle est mre et son fils va mourir6--,celui-ci lui explique alors pourquoi il faut qu'il meure4 ,ses raisons sont si concluantes que l'aveugle se calme3 mre d'un samura1 elle connat les rgles de l'honneur4 ,aussi bien elle sait qu'aucun raisonnement ne pourrait changer la rsolution de son enfant4 ,pendant ce temps1 ,satsuki s'est trane jusque dans l'appartement4 ,deux serviteurs de ,goroz accourent en toute hte4 ,ils apportent une bonne nouvelle et la disent malgr l'motion que leur cause l'tat de leur matre3 ,hoshikage1 qui ,goroz a eu affaire la veille et qui est la cause premire de tous les malheurs qui arrivent1 a t arrt2 il va tre jug4 ,cette nouvelle est bien accueillie des deux mourants3 ,c'est un prsent de dpart#df4 ,la mre1 ayant compris qu'il y a au fond de tout cela une querelle entre les poux1 tente de les rconcilier in extremis4 ,son rle est profondment touchant4 ,ses enfants ne se rendent pas du premier coup ses instances2 mais ils s'entretiennent une dernire fois3 ils se rappellent le temps o ils s'aimaient et o ils faisaient ensemble de la musique4 ,un air surtout1 l'air des jours heureux1 leur revient la mmoire4 ,ils dcident de quitter la vie en le jouant4 ,on bande la blessure de la femme2 on relve les lambeaux sanglants du mari1 on bouche le trou tant bien que mal et on y applique un linge serr autour du corps4 ,on apporte celui-ci sa flte1 celle-l son koto4 ,ils jouent1 lui soutenu par un serviteur1 elle1 par sa belle-mre4 ,entre eux est le petit autel funbre avec la tte coupe2 cette tte semble couter4--,l'excution de la scne est parfaite3 les acteurs y obtiennent avec un art merveilleux l'association de l'horrible et du touchant4--,par moments le souffle manque ,goroz et sa flte moribonde reste comme en suspens au milieu d'une note4 ,mais par un effort de volont1 il reprend la mesure4 ,enfin le vague de la mort s'empare de l'un et de l'autre l fois4 ,la flte tombe2 le koto ne vibre plus4 ,la pauvre aveugle cherche ttons les mains des deux poux2 elle les saisit et les met l'une dans l'autre4--,ils changent un mutuel regard de pardon et meurent unis4 ,il est huit heures4 ,le drame est fini2 il a commenc dix heures du matin4 ,pourtant le publie n'est pas rassasi2 il faut qu'on lui serve encore la danse des sept dieux1 sorte de ballet pantomime assez grotesque qui est le complment peu prs oblig de tout grand spectacle4 ,les divinits de l',extrme-,orient y excutent1 chacune suivant ses moyens et ses aptitudes1 quelques pas allgoriques et reoivent encore l'approbation enthousiaste de spectateurs qui les admirent peut-tre pour la centime fois4 ,mais ces spectateurs1 ne l'oublions pas1 sont un peuple d'enfants et n'avons-nous pas tous1 dans nos jeunes annes1 rclam sans merci cent fois la mme histoire8 ,illustration ,footnotes #a ,on peut passer de mme d'une pice dans l'autre1 l'intrieur de la mme maison4 #b ,cela n'empche pas qu'il y puisse tenir une maison de grandeur moyenne1 toit compris4 ,les habitations japonaises n'ont en gnral qu'un tage1 appel nika4 ,depuis quelques annes1 on a bien fait quelques constructions surmontes de deux tages1 quoique bties dans le style indigne1 mais ce sont encore des exceptions4 ,dans tous les cas1 la reproduction de pareils difices n'est jamais utile au thtre4 #c ,nous aurons revenir sur ces bizarres valets au sujet de l'clairage4 #d ,il y a dans certaines villes1 notamment a ,kyoto et ,nagoya1 des troupes de femmes connues sous le nom de no1 qui ont la spcialit de jouer des scnes assez courtes dans les ftes particulires4 ,quelques-unes de ces actrices de salon sont des artistes de premier ordre4 #e ,il s'agit ici des grandes dames de l'ancien rgime qui s'est1 pour ainsi dire1 rfugi au thtre4 ,le ,japon moderne1 en habillant les femmes de qualit l'europenne1 leur a enlev tout ce qu'elles avaient autrefois de grce et de dignit4 #f ,la nonchalance nonpareille que donne la marche l'usage que font les filles de joie de gaita dmesurment hautes1 en est un des traits les plus saillants4 ,les gaita sont les chaussures ou plutt les socles de bois1 souvent laqus en noir pour les femmes1 sur lesquels reposent les pieds japonais4 ,on les chausse au moyen d'une sorte de lanire1 plus ou moins rembourre1 qui passe entre le pouce et le premier doigt4 ,on ne peut s'empcher de faire un rapprochement entre la mode des hautes gaita des courtisanes japonaises et celle des ergots sur lesquels se perchent certaines de nos lgantes d'une catgorie similaire1 en exagrant jusqu'au ridicule les formes en elles-mmes gracieuses des talons ,louis ,,xv4--,toutefois1 comme le pied repose toujours plat sur la gaita1 quelle qu'en soit la hauteur1 la dmarche qui en rsulte ne peut avoir aucune analogie avec celle que commande forcment le haut talon4 #g ,nanmoins quelques drames1 devenus pour ainsi dire classiques1 ont t crits in extenso et sont de la sorte passs dans le domaine de la littrature proprement dite4 ,mais c'est l'exception4 #h ,seigneur fodal4 #i ,un kera est un domestique dans le sens tymologique du mot1 c'est--dire un serviteur attach la maison d'un damyo ou mme d'un simple samura4 ,il est lui-mme samura1 c'est--dire noble4 ,il peut avoir d'autres ,kera1 galement nobles1 son propre service4 ,le matre du rang le plus lev a certains droits absolus1 non seulement sur ses serviteurs immdiats1 mais encore sur les serviteurs de ceux-ci4 ,la domesticit1 tel que nous l'entendons et que nous l'avons introduite dans ce pays1 n'existait pas dans l'ancien ,japon4 ,le ,kera est serviteur et familier du matre3 il le sert avec les marques du plus profond respect et les attitudes les plus humbles1 ce qui ne l'empche pas de se mler de ses affaires souvent avec une grande libert de langage4 ,dans toutes les explications relatives au drame1 que nous donnons en notes1 nous nous plaons au point de vue de l'poque historique qui fournit de sujets le thtre japonais4 ,les murs sont dj bien changes4 #aj ,un autre kera du damyo ,asama4 #aa ,kera du ,kera ,hanagaki4 #ab ,on appelait ainsi les samura qui1 pour une cause quelconque1 avaient cess d'tre au service effectif de leur damyo4 ,cela ne les affranchissait d'ailleurs pas de certains devoirs envers le matre auquel ils continuaient d'appartenir et d'tre lis par des attaches lgales que rien ne pouvait rompre4 ,le seigneur conservait en fait1 sur ces serviteurs libres en apparence1 des droits trs absolus2 le temps ne les prescrivait pas2 l'loignement pouvait bien les rendre fictifs1 mais non les annuler4 ,le ronin quittait le domaine de son matre et allait mme parfois prendre du service au loin chez un autre damyo2 mais cela ne pouvait lgalement atteindre la situation d'tat civil1 c'est--dire de servitude que lui avait faite sa naissance1 envers son premier seigneur4--,la servitude1 dans cette organisation1 n'est pas exclusive de la noblesse4 #ac ,gawa1 fleuve1 rivire1 cours d'eau1 torrent4 #ad ,c'est le temple du premier tableau4 #ae ,ce n'est pas une de celles qu'on a vues la scne prcdente1 mais une troisime4 #af ,yama1 montagne4 #ag ,chasseur de profession1 voleur de mtier4 #ah ,ancien kera du damyo1 chass par son matre1 devenu ronin par consquent1 et se livrant au brigandage4 #ai ,ce meurtrier n'est autre qu'un homme de la bande de ,nagohe3 #b;e tableau de l'acte ,ier et #a;er tableau de l'acte ,,ii4 #bj ,on verra1 l'acte ,,iv1 qu' ce moment le damyo venait de partir pour ,kyoto1 ce qui favorisait les projets de sa belle-mre4 #ba ,personnage ayant dj figur au #a;er acte dans le #b;e et le #c;e tableaux4 ,c'est le mme qui a enlev la pauvre vagabonde pour le compte du damyo dont elle est devenue la matresse4 ,on verra par la suite le rle peu estimable que joue cet homme double face4 #bb ,le dbut de la scne suivante nous apprendra que ,yuri ,nokata avait dj tent de dsaffectionner son gendre de ,hototogisu en s'attaquant la beaut de celle-ci4 ,un premier poison1 non mortel1 mais ayant eu pour effet de la dfigurer et de la rendre malade1 lui avait t administr4 ,il parat que cela n'avait pas suffi pour rendre le cur d',asama son pouse4 ,on en vient alors au grand moyen4 #bc ,sous l'ancien rgime1 en dehors des nobles1 les mdecins seuls pouvaient porter le sabre2 mais ils n'avaient droit qu' un seul sabre assez court1 tandis que les samura en portaient deux4 #bd ,les to et les karakami4 ,les premiers sont en bois et servent clturer compltement la maison2 les seconds sont des chssis recouverts de papier qui tiennent lieu de fentres et de portes extrieures pour les chambres4 ,les uns et les autres s'ouvrent et se ferment en glissant dans des rainures4 ,la rainure suprieure est assez profonde pour former un encastrement qui permet1 en soulevant le to ou le karakami1 de le dgager de la rainure infrieure et1 en l'inclinant ensuite1 de l'enlever tout fait4 ,mais si l'on veut ouvrir en grand la maison1 il suffit de retirer de la sorte les karakami2 les to pouvant1 sans sortir de leurs coulisses1 tre pousss les uns la suite des autres jusqu' de petites armoires disposes aux angles de l'habitation pour les recevoir tous superposs4 ,les karakami1 au contraire1 moins d'tre enlevs1 ne peuvent que se doubler et ne laissent l'air qu'une demi-ouverture4 #be ,le fourneau minuscule de la pipe japonaise ne contient gure que pour trois ou quatre bouffs de tabac2 mais on fume souvent plusieurs pipes sans interruption4 ,on l'allume chaque fois un petit brasero ad hoc ou au rsidu encore en feu de la pipe prcdente4 ,la seule diffrence entre la pipe de femme et la pipe d'homme est dans la longueur du tuyau2 il est plus long pour l'usage fminin4 ,certaines personnes1 ayant vu de ces pipes en ,europe seulement1 ont cru qu'elles servaient fumer l'opium4 ,c'est une grosse erreur4 ,au ,japon1 on ne fume que du tabac2 l'opium y est1 du reste1 svrement prohib par le gouvernement4 #bf ,ce ,hoshikage a dj figur la fin du ,i,ie acte4 #bg ,sans doute dans l'intention de le compromettre4 #bh ,c'est le kera du damyo qui a prsid le concours d'escrime sur lequel s'est ouvert le rideau au premier acte et qui s'y est mesur avec ,yakuro1 cet autre kera qui s'est entendu avec la belle-mre de son matre1 pour le trahir1 au troisime acte4 #bi ,kera de ,hanagaki et ce titre appartenant galement au damyo4 ,ce personnage figurait aussi au concours d'escrime du premier acte4 #cj ,c'est ce que les touristes appellent presque infailliblement dans leurs notes de voyage3 ,le cortge de l'impratrice1 singulier quiproquo1 mais qui dmontre bien la majest dont les rites entouraient1 dans le vieux ,japon1 les choses de la vie galante4 ,la plupart des drames japonais contiennent une scne analogue celle-ci4 ,aussi n'a-t-on pas manqu d'crire que l'impratrice est un personnage quasi indispensable du thtre au ,japon et l'crivain1 cela va de soi1 s'est mis en devoir d'en tirer des consquences touchant les murs du pays4 ,une pareille bvue ne peut s'expliquer que par une ignorance totale et qui n'est gure pardonnable du caractre sacr de la souverainet et de tout ce qui en tient chez les peuples orientaux4 #ca ,nous en avons fait mention au dbut de cette tude1 dans la description de l'orchestre4 #cb ,voir le #c;e tableau de l'acte ,i4 #cc ,voir le #a;er tableau de l'acte ,,ii3 la conversation des brigands4 #cd ,elle ne dit pas toute la vrit1 ne voulant encore laisser entendre que c'est son ombre et non elle-mme que le damyo a devant les yeux4 #ce ,le baiser n'existe1 d'ailleurs1 pas dans les murs du ,japon4 ,cette manire de nous tmoigner de la tendresse tonne beaucoup les indignes4 ,chez eux on n'embrasse mme pas les enfants4 #cf ,c'tait autrefois dans tout le ,japon et c'est encore aujourd'hui dans les campagnes une croyance trs rpandue que les morts reviennent et que leurs ombres laissent en s'vanouissant des papiers funraires1 tmoignages de l'apparition o sont crits les conseils ou les avertissements qu'ils donnent aux vivants4--,que cette varit de spiritisme fournisse aux esprits forts un puissant moyen d'abuser des mes crdules1 cela n'est pas douteux4--,la religion populaire des ,japonais est un culte de petits papiers3 il suffit pour s'en convaincre de visiter la premire chapelle venue4 #cg ,au ,japon1 comme dans beaucoup d'autres pays1 il y a pour toutes les grandes villes un quartier spcialement affect cet usage4 ,dans les centres principaux1 comme ,tokio et ,kyoto1 ce quartier forme une vritable ville part ayant son enceinte et ses portes et dont le cachet est singulirement pittoresque4--,c'est coup sr une des curiosits du pays4 #ch ,ancien kera4 #ci ,autre ,kera disgraci devenu chef de voleurs3 ,acte ,,iv2 #a;er tableau4 #dj ,maison de th4--,la tcha-ya au ,japon tient lieu de cabaret4 #da ,il s'agit bien entendu de l'ancien droit4--,n'oublions pas que ,goroz est tomb dans la misre et se trouve dans l'impossibilit de pourvoir l'entretien de sa femme4 ,celle-ci n'aurait pu le quitter purement et simplement2 mais en lui donnant le prix de son infidlit elle s'acquitte lgalement envers lui4--,il est alors cens l'avoir vendue lui-mme4 ,c'est une sorte de fiction comme il y en a en droit romain4 #db ,acte ,,iv3 #b;e tableau4 #dc ,ce morceau est une de ces grandes manches de kimono qui sont particulirement longues pour les femmes4 ,cette partie du costume formant poche ou mme sac se trouve trs propre l'usage qu'en fait l ,goroz4 #dd ,n'est-il pas curieux1 par exemple1 de voir ce ronin ,goroz1 devenu misrable1 et toujours entour d'une foule de gens dpendant de lui et vivant plus ou moins ses crochets4 ,il n'y a cependant rien l de contraire au vieil ordre social du ,japon4 #de ,chez les peuples superstitieux1 on n'aime pas les souhaits de bonheur2 il semble toujours qu'ils cachent un malheur4 ,tmoin cette habitude dans certains pays de faire les cornes ou le signe de croix quand on reoit des flicitations sur la chance passe ou des vux pour l'avenir4 #df ,au ,japon1 quand un voyageur a sjourn1 ne fut-ce que quelques heures1 aussi bien dans une auberge que chez un particulier1 l'usage veut qu'il reoive de ses htes un prsent de dpart4 ,quelle heureuse ide que l'image de ces deux moribonds acceptant une bonne nouvelle comme un prsent de dpart pour l'autre monde4