,bibliothque nationale de ,france ,bn,f_/,gallica at http3_/_/gallica4bnf4fr and by ,the ,new ,york ,public ,library ,digital ,gallery at http3_/_/digitalgallery4nypl4org_/nypldi gital_/7 ,,cit,s ,,et ,,ruines ,,am,,ricaines ,,mitla1 ,,palenqu1 ,,izamal1 ,,chichen-,,itza1 ,,uxmal ,,recueillies ,,et ,,photographi,,es ,,par ,d,,sir ,,charnay ,,avec ,,un ,,texte ,,par ,m4 ,,viollet-,,le-,,duc ,,architecte ,,du ,,gouvernement ,,suivi ,,du ,,voyage ,,et ,,des ,,documents ,,de ,l',,auteur ,,ouvrage ,d,,di ,s4 ,m4 ,l',,empereur ,,napol,,on ,,iii ,,et ,,publi ,,sous ,,le ,,patronage ,,de ,,sa ,,majest ,,paris ,,gide1 ,,diteur #e1 ,,rue ,,bonaparte ,a4 ,,morel ,,et ,ce #ah1 ,,rue ,,vivienne ,,paris4--,,imprim ,,chez ,,bonaventure ,,et ,,ducessois1 #ee1 ,,quai ,,des ,,augustins4 #ahfc ,tous droits rservs4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,,pr,,face ,i ,,antiquit,s ,,am,,ricaines #a ,ruines d',isamal #df ,ruines de ,chichen-,itza #dh ,ruines d',uxmal #fa ,ruines de ,palenqu #gb ,ruines de ,mitla #gd ,,le ,,mexique 7#aheh-ahfa7 #aje ,i4 ,dpart de ,paris4--,la ,vera ,cruz4--,saint-,jean d',ulloa4--,aspect gnral de la ville4--,le port4--,le mle4--,excursion aux environs4--,le nord ,vera ,cruz4--,le dpart4--,mdellin4--,la route de ,mexico #ajg ,,ii4 ,,mexico4--,la valle de ,mexico4--,la ville4--,le ,mexicain4--,aspect gnral4--,le saint-sacrement4--,le tremblement de terre4--,la vie ,mexico4--,les coutumes4--,le paseo4--,l'alameda4--,les toros4--,le thtre4--,les chanes #acc ,,iii4 ,,coutumes4--,le peuple ,mexico4--,les ,indiens4--,las pulquerias4--,les enterrements d'enfants4--,le clerg4--,les voleurs de grands chemins4--,utilit d'un rabat4--,mexico et ses monuments4--,la banlieue4--,les ruines de ,tlalmanalco #aea ,,iv4 ,,anecdotes ,,et ,r,,flexions #agg ,v4 ,,tehuacan4--,dpart pour ,mitla4--tat des routes4--,tehuacan4--,aventures de ,pedro4--,la venta ,salada4--,fcheuse rencontre4--,teotitlan del valle4--,la fonda4--,une nuit dans les bois4--,tetomabaca4--,le jaguar et le torrent4--,quiotepec4--,le ,huero ,lopez et sa troupe4--,les ,talages4--,cuicatlan4--,don ,domingillo4--,le cheval vol4--,la valle d',oaxaca #bje ,,vi4 ,oaxaca4--,la ville4--,les moeurs4--,le bal4--,le clerg4--,l'histoire de don ,raphal4--,les passions politiques #bbe ,,vii4 ,long sjour4--,phnomnes photographiques---,les trois valles4--,santa ,maria del ,tule4--,le sabino4--,mitla4--,les ruines4--,le village4--,les pitajas4--,clichs perdus4--,prise de la ville4--,mont ,alban4--,le vieux couvent4--,deuxime expdition4--,sige de la ville4--,dpart pour ,vera ,cruz #bdg ,,viii4 ,le rancho dans le bois4--,ouajimoloa4--,l'escorte4--,la sierra4--,yxtlan4--,macuiltanguis4--,les ,indiens et leurs villages4--,l'alcade officiant4--,le topil et le vieillard4--,osoc1 le fabricant d'orgues4--,la descente de ,cuasimulco4--,yetla4--,tustepec4--,tlac otalpam4--,avarado4--,vera ,cruz4--,le sige #bga ,,ix4 ,,le ,,yucatan4--,dpart de ,vera ,cruz4--,le vapeur ,mexico4--,sisal4--,les ,indiens prisonniers4--,mrida4--,la semaine sainte ,mrida4--,types et coutumes4--,premire expdition ,izamal4--,l'antique voie indienne #cja ,x4 ,,chichen-,,itza4--,seconde expdition4--,citaz4--,piste4--,le christ de ,piste4--,chichen-,itza4--,les ruines4--,le musicien indien4--,le retour4--,le mdecin malgr lui #cbc ,,xi4 ,,uxmal4--,retour ,mrida4--,dpart pour ,uxmal4--,uaialke4--,sakalun4--,la famille ,b4--,tikul4--,l'hacienda de ,san ,jose4--,uxmal4--,les ruines4--,le retour4--,l'orage4--,les ,indiennes de ,san ,jose #cea ,,xii4 ,l',,uzumacinta4--,campche4--,la ville4--,l'htel4--,la canoa4--,la traverse4--,carmen4--,don ,francisco ,anizan4--,l',uzumacinta jusqu' ,palissada4-- ,le ,cajuco4--,quatre jours sur le fleuve4--,le rancho4--,san ,pedro et la chasse aux crocodiles4--,les marais4--,l'iguane4--,las ,playas #chc ,,xiii4 ,de las ,playas ,palenqu4--,le village de ,santo ,domingo4--,don ,agustin ,gonzals4--,les deux bas-reliefs4--,les ruines4--,le palais et les temples4--,travaux photographiques4--,insuccs4--,les nuits1 apparitions4--,les lucioles4--,les tigres4--,retour ,santo ,domingo4 #daa ,,xiv4 ,,tumbala4--,dpart pour ,san ,cristobal4--,de ,palenqu au rancho4--,absence des ,indiens4--,dpart pour le rancho de ,nopa4--,chemins affreux4--,dsespoir de ,carlos4--,famine4--,les singes4--,nopa4--,san ,pedro4--,trois jours d'attente4--,le cabildo4--,attitude hostile des habitants4--,arrive des ,indiens4--,leur abandon dans la nuit4--,de ,san ,pedro ,tumbala4--,trois nuits dans la fort vierge4--,les jaguars4--,arrive ,tumbala4 #ddc ,,xv4 ,,san ,,cristobal4--,tumbala4--,le cur4--,la chasse aux dindes4--,jajalun4--,chilon4--,citala4-- ,le dominicain et son ami4--,moeurs indiennes4--,ouikatepec4--,cankuk4--,les ,indiens porteurs4--,tnjapa4--,san ,cristobal4--,hospitalit de ,m4 ,bordwin4--,les moeurs4--,les glises4--,le psalterion4--,le gouvernement4--,ruines aux environs de ,comitan4 #dfg ,,xvi4 ,,tehuantepec4--,la ville et la valle de ,chiapas4--,les troupeaux dans les bois4--,la rivire4--,tuxtla4--,don ,julio ,lickens4--,la fte du ,corpus 7,fte-,dieu74-- ,organisation nouvelle4--,de ,tuxtla ,tehuantepec4--,la compagnie amricaine4--,les patricios4--,la poursuite4--,les plantes grasses4--,totalapa4--,oaxaca4-- ,histoire du voleurs4--,mexico4 #dhi ,,xvii4 ,,le ,,popocatepetl4--,ascension du ,popocatepetl4--,la ville d',amcamca4--,la famille ,perez4--,tomacoco4--,le rancho de ,tlamacas4--,excursions aux environs4--,le cimetire indien4--,le volcan4--,retour ,amcamca4--,dpart pour ,vera ,cruz4--,rencontre de deux partis4--,encore les voleurs4--,dolors ,molina4--,son enlvement4--,vera ,cruz4--,retour en ,europe4 #eac ,,notes4 #edj ,,plates4 ,,fin ,,de ,,la ,,table4 ,,pr,,face ,il y a cinq ans1 lorsque je partis la recherche de ces ruines merveilleuses1 mon intention tait d'en faire une tude approfondie et de traiter le sujet moi-mme4 ,surpris de la manire incomplte avec laquelle certains voyageurs avaient abord ce grand sujet1 il me sembla que dans une oeuvre aussi vaste1 texte et gravure1 tout tait refaire4 ,attribuant l'indiffrence du public pour une civilisation aussi originale aux incertitudes qui la voilaient demi1 je voulus qu'on ne pt rcuser l'exactitude de mes travaux1 et je pris la photographie comme tmoin4 ,mais1 lorsque je fus en prsence des matriaux1 je me sentis accabl par la grandeur du travail1 et je ne me trouvai plus la force de l'achever4 ,la porte philosophique d'une tude de ce genre saisira tout le monde2 une pareille oeuvre touche aux questions vitales de l'humanit2 l'histoire des religions s'y trouve en cause aussi bien que l'anthropologie4 ,ces monuments ne sont-ils pas appels nous dire si leurs fondateurs furent nos frres et nos contemporains1 ou si cette terre nouvelle eut une gense part8 ,l'ouvrage1 il faut bien le dire1 peut fournir des matires toutes les hypothses et soutenir tous les systmes4 ,izamal1 par exemple1 vous trouvez1 dans les bases des pyramides artificielles que surmontaient les temples1 des figures gigantesques rappelant les sphinx de l'gypte4 ,chichen-,itza1 l',inde pourrait revendiquer les normes figures d'idole qui ornent la frise du palais des ,nonnes2 le palais du gouverneur1 ,uxmal1 vous donne des grecques admirablement dessines2 ,palenqu1 dans quelques bas-reliefs1 a des intentions assyriennes1 et les palais funraires de ,mitla reproduisent en certains cas l'ordonnance des demeures chinoises4 ,une immixtion de races suffit-elle pour expliquer ces ressemblances8 faut-il conclure l'action exclusive des vieilles civilisations et renoncer l'hypothse d'une race originale amricaine8 ,l'histoire et l'origine de ces peuples n'offrent donc qu'un vaste champ d'hypothses4 ,les premiers historiens de ce monde nouveau n'taient point des rudits2 la religion1 du reste1 dfendait cette poque1 les investigations trop savantes2 leurs descriptions1 voire celles du conqurant lui-mme1 ne se bornent qu' des comparaisons banales avec les villes d',espagne1 o et l percent quelques souvenirs romains4 ,les traditions recueillies jusqu' ce jour 7nous ne parlons point des ,aztques7 ont un cachet apocryphe qui ne doit pas chapper l'oeil de l'observateur2 il semble que des pisodes bibliques1 mls dans les premiers temps aux anciennes lgendes amricaines1 nous reviennent dans les traductions nouvelles1 mlangs aux figures potiques de ces peuples1 mais empreints encore de leur parfum sacr4 ,c'est ainsi que la cration gensiaque1 les luttes des gants1 le dluge1 se retrouvent dans le ,popol-,vuh1 que nous a rcemment donn ,m4 ,brasseur de ,bourbourg4 ,les ,espagnols1 aux jours de la conqute1 avaient tout intrt faire disparatre les documents historiques des vaincus2 ils durent les modifier leur gr1 le faisant de bonne foi peut-tre1 considrant les religions de leurs nouveaux sujets comme des abominations qu'il fallait balayer du sol et remplacer par la croyance catholique4 ,premier bgayement de l'histoire1 la tradition est aussi le premier pas d'un peuple pour chapper l'ignorance2 ce titre1 elle est toujours respectable4 ,mais cette tradition n'est1 dans ce cas1 qu'une aide de plus dans le travail de l'historien2 il doit s'en servir avec prudence et se garder de rien affirmer par elle4 ,pour moi1 je m'tais dit qu'au commencement des choses1 les hommes1 en quelque lieu de la terre qu'ils habitassent1 n'ayant que des ides simples et en petit nombre1 devaient1 en les formulant1 se rencontrer parfois4 ,les posies primitives1 riches on pauvres1 suivant le gnie des peuples1 m'avaient offert dans leurs images des rapprochements de ce genre1 et je prtais l'architecture le mme langage4 ,eus-je tort8 ,je m'arrte4 ,je sais que l'ignorance est pleine d'affirmation et de certitude2 le doute raisonn1 la grande discussion appartiennent la science4 ,je remets donc sans commentaire mon oeuvre entre ses mains2 elle seule de crer une histoire et de combler cette lacune dans la filiation des races4 ,quant l'tude architectonique des monuments1 il fallait un talent synthtique qui pt reconstruire le pass sur les ruines du prsent2 j'eus recours ,m4 ,viollet-le-,duc1 qui rien n'est tranger de ce qui regarde l'architecture1 et qui m'accueillit avec cette bienveillance que tous ceux qui l'approchent ont prouve comme moi4 ,il appartenait une imagination aussi fconde1 aide d'une science d'apprciation aussi merveilleuse que celle de ,m4 ,viollet-le-,duc1 le droit de donner sur ces monuments des aperus neufs et de lumineuses expositions4 ,l'album des ,cits et ,ruines amricaines complte1 en les rectifiant parfois1 les vastes travaux entrepris sur ces matires par d'illustres voyageurs4 ,la premire exploration date de #aghg1 et fut dirige par ,antonio del ,rio2 mais la publication des documents1 retarde par l'opposition systmatique du clerg mexicain1 ne vit le jour qu'en #ahbb4 ,dupaix vient en seconde ligne1 de #ahje #ahjh4 ,ses relations et les dessins de ,castaeda1 remis entre les mains de ,m4 ,baradre1 furent publis en #ahcf1 sous les auspices de ,,mm4 ,thiers et ,guizot4 ,plus tard1 les travaux de ,,mm4 de ,waldeck1 de ,stephens et ,catherwood1 et l'immense ouvrage de lord ,kingsborough achevrent d'attirer l'attention des ,socits savantes sur ces empires oublis4 ,depuis1 d'autres auteurs ont dvou leur vie faire connatre ces ruines tranges4 ,en premire ligne1 il faut citer ,m4 l'abb ,brasseur de ,bourbourg1 qui sait joindre l'audacieuse ardeur d'un pionnier de la civilisation les persvrantes recherches d'un bndictin4 ,pour ce qui me regarde1 ma tche est facile3 je raconte ce que j'ai vu et ce qu'il m'a t donn d'observer2 c'est donc une simple relation que j'offre au public2 elle n'aura d'autre valeur que la vrit4 ,l',empereur1 qui rien n'chappe de ce qui est utile1 noble ou grand1 qui sait honorer le mrite comme encourager les plus modestes travaux1 a daign prendre sous son patronage l'album des ,cits et ,ruines amricaines4 ,c'est pntr d'une si haute faveur1 que nous adressons humblement ,sa ,majest nos actions de grces et l'expression de notre reconnaissance4 ,d,,sir ,,charnay4 ,,antiquit,s ,,am,,ricaines ,depuis le commencement du sicle1 les antiquits mexicaines ont proccup1 non sans raison1 le monde savant4 ,des voyageurs ont parcouru l',amrique centrale aprs de ,humboldt1 et ont ajout leurs observations celles de l'illustre crivain1 pour les confirmer plutt que pour les modifier4 ,tel est1 en effet1 le privilge de ces grandes intelligences qui1 de temps autre1 viennent clairer l'humanit1 que leurs dcouvertes et mme leurs hypothses sont consacres par les recherches et les travaux des patients explorateurs venus aprs eux4 ,si ces gnies ont nglig ou effleur trop lgrement quelques dtails1 si parfois ils n'ont entrevu la vrit qu' travers un brouillard1 leurs conclusions sont en bloc toujours conformes l'ordre gnral des faits moraux et physiques4 ,les ,cuvier1 les ,humboldt1 les ,arago1 les ,champollion n'ont certes pas vu toute la vrit2 mais ils ont fray la route suivre1 et ne sont jamais tombs dans ces erreurs absolues qui pendant des annes garent les savants venus aprs eux4 ,le nouveau monde est en effet nouveau1 si on le compare l',asie et la vieille ,europe1 c'est--dire que l'homme civilis1 ou plutt civilisateur1 est venu s'tablir sur ce continent longtemps aprs les premiers sicles historiques de notre hmisphre2 mais cependant toutes les recherches rcemment faites portent croire qu'une civilisation avance dominait ces vastes contres bien avant l're chrtienne4 ,relativement1 les civilisations amricaines taient arrives la dcadence au moment o les ,espagnols s'emparrent du ,mexique1 de l',yucatan et du ,prou4 ,leur apoge remontait plusieurs sicles avant la conqute2 ce fait ne peut tre mis en doute aujourd'hui4 ,mais quelle race appartenaient ces peuplades qui jetrent un si vif clat vers le ,v,i,ie sicle de notre re8 ,d'o venaient-elles8 taient-elles sorties des provinces septentrionales du ,japon8 venaient-elles de l',orient ou de l',occident8 appartenaient-elles aux races blanches pures ou aux races touraniennes mlanges de blanc8 ,ces questions ne sont pas rsolues1 et nous n'avons pas la prtention de les rsoudre2 toutefois1 sans sortir des limites que nous impose notre tche1 en examinant avec attention les monuments d'architecture photographis par ,m4 ,charnay1 peut-tre pourrons-nous jeter quelque lumire sur cette partie de la grande histoire humaine4 ,il est difficile d'admettre que tous les hommes1 l'origine de leur civilisation1 aient employ les mmes mthodes1 lorsqu'ils ont pu produire des oeuvres sorties de leur cerveau2 l'tude attentive des monuments qui nous sont connus1 en ,asie1 en gypte et en ,europe1 dmentirait ce systme de production uniforme2 cette tude conduit admettre que certaines mthodes appartiennent certaines races4 ,ainsi1 par exemple3 telles races n'ont jamais employ le mortier dans leurs constructions2 d'autres l'ont employ ds l'poque la plus recule2 celles-ci ont fait driver leur architecture de l'art de la charpenterie2 celles-l de la construction en terre1 en pis ou en brique4 ,les races jaunes ont une aptitude particulire pour extraire1 affiner1 mlanger et travailler les mtaux2 les races blanches1 au contraire1 ne peuvent s'astreindre aux pnibles labeurs qu'exigent leur extraction et leur mise en oeuvre4 ,il est des hommes qui aiment les bords des fleuves1 les marais1 les lieux bas2 il en est d'autres qui s'tablissent sur les hauteurs4 ,en cela1 la nature physique est d'accord avec l'instinct1 et si un ,chinois peut vivre au milieu des rizires et des terrains paludens1 le ,caucasien y mourra de la fivre4 ,partant du connu pour arriver l'inconnu1 nous pourrons donc tout d'abord dire3 tel monument appartient telle race1 parce que les mthodes employes pour l'lever n'ont t pratiques sur les parties du globe1 o les documents historiques ne font pas dfaut1 que par cette race seule4 ,mais1 il faut l'avouer1 les mlanges de ces races entre elles modifient les consquences de ce principe l'infini2 non pas ce point1 cependant1 que l'on ne puisse dcouvrir1 dans les monuments mmes1 les origines diverses qui se sont confondues pour les lever4 ,c'est l o l'on ne saurait apporter un esprit d'analyse trop scrupuleux4 ,il est ncessaire1 avant d'entrer dans l'examen dtaill des monuments que nous essayerons de dcrire1 de jeter un coup d'oeil sur le continent amricain4 ,spar de l',europe et de l',afrique1 d'une part2 des confins de l',asie1 de l'autre1 par deux ocans1 il touche presque l',europe1 au nord-est1 par le ,groenland2 l',asie1 au nord-ouest1 par le dtroit de ,behring4 ,vers l'ocan ,pacifique1 une chane de montagnes non interrompue1 comme un immense pli1 courant du nord au sud1 domine les deux ,amriques depuis les contres habites par les ,esquimaux jusqu'au dtroit de ,magellan4 ,cette chane de montagnes ne laisse entre elle et l'ocan ,pacifique l'ouest1 qu'une langue de terre relativement troite1 tandis qu'au contraire1 du ct de l'est1 le continent s'tend1 se dcoupe1 est sillonn par de larges fleuves et domin par des amas de montagnes secondaires4 ,en admettant priori que les ,amriques aient t occupes par des peuplades venues du nord1 celles qui se seraient prsentes par le dtroit de ,behring devaient naturellement suivre le pays situ l'ouest entre les montagnes et la mer1 et descendre peu peu1 afin de trouver des climats favorables1 jusqu' la hauteur du #bj;e degr1 c'est--dire du ,mexique2 celles qui1 tant sorties du ,groenland1 auraient dbarqu sur la terre de ,labrador devaient1 toujours en cherchant un ciel plus doux1 descendre vers les tats de l',ohio1 occuper le littoral de la ,caroline1 s'tendre jusque dans la pninsule des ,florides1 reconnatre l'le de ,cuba1 et bientt l',yucatan4 ,toujours en suivant notre hypothse1 si les peuplades venues du nord-ouest appartenaient aux races touraniennes ou malayes1 et si celles venues du nord-est appartenaient aux races scandinaves ou indo-germaniques1 il est certain qu'en descendant l'une et l'autre vers le sud1 elles devaient se rencontrer au point le plus troit du continent amricain entre les deux mers1 c'est--dire sur les bords du golfe du ,mexique4 ,si encore nous supposons que l'une de ces deux migrations s'tait tablie avant l'autre sur le territoire du ,mexique1 la seconde a d entamer avec celle-ci de longues luttes pour devenir matresse du sol4 ,or si1 en #ahbi1 ,cuvier ne croyait pas pouvoir mettre une opinion sur la nature ethnique des nations indignes de l',amrique1 on peut aujourd'hui1 grce aux travaux des derniers voyageurs et aux photographies1 constater que peu de contres du monde offrent une varit plus tendue de types appartenant des races diverses4 ,on trouve de tout en ,amrique1 depuis le noir du ,congo jusqu'au blanc pur en passant par le touranien et la varit rouge4 ,les rares documents historiques antrieurs la conqute espagnole du ,mexique signalent en effet une suite d'immigrations1 venant du nord-est1 puis retournant d'o elles taient venues1 s'tendant jusqu'au ,prou2 des luttes acharnes entre les conqurants et les anciens possesseurs du sol1 un mouvement prodigieux d'hommes1 de races ou de tribus diverses1 se disputant la prdominance4 ,il n'y a donc pas lieu d'tre surpris si aujourd'hui1 au ,mexique mme1 on signale la prsence de races diverses que d'ailleurs ,m4 ,flourens 7nous ne saurions contester son opinion en ces matires7 considre comme ne prsentant aucune varit trangre celles qui occupent le reste du globe4 ,les photographies faites d'aprs des individus ns au ,mexique1 que nous avons sous les yeux1 ne peuvent que confirmer cette opinion4 ,ces preuves nous montrent des sujets appartenant la race finnique1 dont le caractre est parfaitement reconnaissable2 d'autres plus nobles1 qui reproduisent les traits saillants des figures sculptes ,palenqu2 des mtisses malais1 mlangs de sang noir et de sang jaune1 avec une dose trs-lgre de blanc2 puis des personnages dont le caractre ethnique rappelle les beaux types blancs1 quoique trs-trangers la race celtibrienne ou espagnole qui se distingue toujours au milieu de ces diverses peuplades dsignes aujourd'hui indiffremment sous le nom de ,mexicains4 ,avant l'arrive des conqurants europens du ,x,v,ie sicle1 il y avait donc au ,mexique des couches de races varies depuis la race jaune finnique ou touranienne jusqu' la race blanche1 dont l'origine apparat sur les hauts plateaux septentrionaux de l',inde4 ,je me garderai de trancher les questions que la prsence de ces races diverses peut soulever2 il suffira de constater les faits4 ,quant savoir quelle est1 dans l',amrique centrale et au ,mexique1 la race aborigne1 et s'il y a mme une race aborigne1 il ne semble pas que les observations recueillies jusqu' prsent permettent de conclure4 ,toutefois il parat certain1 d'aprs l'examen des documents historiques et des monuments1 que les races jaunes ou fortement mlanges de sang jaune occupaient ces contres bien avant la civilisation due aux ,olmcas1 aux ,nahuas ou aux ,toltques4 ,en cela1 l'histoire primitive de l',amrique ne diffrerait pas de celle de l',inde1 de la ,chine1 du ,japon et mme de la partie occidentale de l',europe4 ,les ,amricains possdaient avant les voyages de ,colomb une criture phontique2 le mmoire de ,m4 ,aubin sur la peinture didactique et l'criture figurative des anciens ,mexicains et les travaux de ,m4 ,prescott ne laissent gure de doutes cet gard4 ,m4 l'abb ,brasseur de ,bourbourg prtend mme que les cartouches gravs sur certains monuments de ,palenqu1 de ,chichen-,itza et d',uxmal appartiennent1 suivant toute apparence1 la langue maya ou ses dialectes4 ,quant aux ,aztques1 les derniers venus1 ou plutt le rsultat d'une fusion des migrants blancs avec les indignes1 leur criture ne consiste plus qu'en un systme graphique imparfait1 fort infrieur aux hiroglyphes et l'criture phontique des ,olmcas et des ,nahuas1 ,quichs ou ,toltques4 ,au moment de la conqute des ,espagnols1 le ,mexique tait retomb dans un tat d'infriorit relative1 comme si les tribus civilisatrices qui avaient domin ces contres quelques sicles avant notre re1 et s'y taient maintenues jusqu'au ,x,i,ie1 avaient t peu peu absorbes par une race indigne infrieure4 ,l'loquence1 ou pour mieux dire un parlage nbuleux1 y tait fort en honneur au moment de l'arrive de ,fernand ,cortez4 ,les massacres hiratiques taient pratiqus sans limites et sans scrupules4 ,ce n'tait plus le sacrifice humain que nous trouvons chez les ,scythes1 chez les ,grecs primitifs1 chez les ,germains1 mais une tuerie sans choix comme sans raison4 ,il serait difficile de nier aujourd'hui l'existence des relations des ,scandinaves avec l',amrique ds le ,i,xe sicle de notre re4 ,ces voyages1 frquents alors et dans les sicles suivants1 sont connus par les ,sagas islandaises et relats par divers chroniqueurs du nord#a4 ,on sait qu' cette poque le ,groenland tait habit2 de nombreuses colonies islandaises et scandinaves s'y taient tablies et y tenaient un commerce florissant1 qui s'teignit peu peu la suite du refroidissement progressif de cette vaste contre4 ,c'est dans ces rgions septentrionales1 dit ,m4 l'abb ,brasseur de ,bourbourg#b1 qu'existait l'ultima ,thule1 dont parlent tous les gographes anciens1 longtemps avant l're chrtienne et que les commentateurs modernes ont place alternativement en ,danemark et en ,islande4 ,les relations indignes de l',amrique prouvent1 d'une manire irrcusable1 que ce nom avait t donn plusieurs localits tout fait distinctes1 et que chacune d'elles avait pu jouer un rle part dans l'histoire4 ,dans une mappemonde islandaise datant du milieu du ,x,i,ie sicle1 crit le savant ,carl ,rafn#c1 on rencontre au nord-ouest1 loin des autres pays de l',europe le nom d',island1 et plus loin1 vers l'ouest1 on trouve le nom de ,tila4 ,il s'ensuit donc que l'ancien gographe islandais a appliqu le nom de ,tile ou de ,tula une des contres amricaines dcouvertes par les habitants du ,nord4 ,c'est de ,tula qu'un grand nombre de traditions indiennes font galement sortir la race nahuatl1 et voici ce que dit ce sujet le manuscrit ,cakchiquel3 ,quatre personnes 7vinak1 gentes7 vinrent de ,tulan1 du ct o le soleil se lve1 c'est un ,tulan4 ,il y en a un autre en ,xibalbay#d1 et un autre o le soleil se couche1 et c'est l que nous vnmes2 et du ct o le soleil se couche1 il y en a un autre o est le dieu#e3 c'est pourquoi il y a quatre ,tulan2 et c'est l o le soleil se couche que nous vnmes ,tulan1 de l'autre ct de la mer o est ce ,tulan1 et c'est l que nous avons t conus et engendrs par nos mres et par nos pres4 ,ces quatre ,tulan ne donnent-ils pas la suite des tablissements faits par les ,islandais ou ,scandinaves1 depuis leur dpart du nord de l',europe jusqu' leur arrive dans l',amrique centrale8 ,quoi qu'il en soit1 voici des documents recueillis1 les uns au nord de l',europe1 les autres dans les les et au centre de l',amrique1 qui concident sur un point important1 savoir3 que les ,europens septentrionaux prtendaient avoir et avaient1 en effet1 des relations avec une contre situe au nord-ouest et l'ouest au del de l',ocan1 et que les ,mexicains nobles prtendaient tre venus d'une contre de l'est au del des mers4 ,des dcouvertes faites depuis le commencement du sicle1 on peut dj conclure que toute la valle de l',ohio1 depuis le pays des ,illinois jusqu'aux confins du ,mexique1 a t occupe par des races trangres celles qui habitaient ces contres l'poque de leur dcouverte par les colons franais du ,canada et de la ,louisiane4 ,en effet1 sur le cours de cette valle1 on a trouv quantit d'enceintes fortifies1 des tumuli en terre ou en pierres sches recouvrant des squelettes ne ressemblant nullement aux ,indiens d'aujourd'hui1 des chemins couverts1 sortes de caponnires semblables aux ouvrages terrasss qui accompagnent les oppida de l',europe occidentale1 des souterrains faits avec de la brique crue ou cuite1 des silos1 des puits1 des coquilles tailles1 des roches couvertes de figures que l'on suppose tre des inscriptions1 des momies revtues de tissus1 des objets de silex1 d'os et de cuivre4 ,dans la partie occidentale de l'tat de ,new-,york1 on trouve les vestiges d'une cit dfendue par des forts et dont la superficie couvre plus de #ejj acres4 ,le capitaine ,carner a dcouvert1 prs du lac ,pepin et du ,missouri1 par #de1ej latitude nord1 une fortification de forme gnrale circulaire de prs d'un mille d'tendue et pouvant contenir #e1jjj hommes3 ,quoique ces ouvrages1 dit ,carner1 aient t dgrads par le temps1 on en distingue nanmoins les angles1 qui paraissent avoir t tracs suivant les rgles de l'art militaire4 ,marietta1 tat de l',ohio1 il existe des ouvrages en terre d'une grande importance qui paraissent avoir d servir de dfense une ville4 ,ces ouvrages consistent en deux enceintes de forme carre1 l'une plus grande que l'autre2 elles sont tablies sur un plateau situ au confluent de l',ohio et de la rivire ,muskingum et entour de deux autres cours d'eau4 ,dans la plus grande enceinte s'lvent deux sortes de forts composs d'une suite d'angles rentrants et saillants4 ,prs de la petite enceinte se trouve un tertre circulaire entour d'un parapet4 ,deux chemins couverts donnent seuls le moyen d'arriver des bords de la rivire la plus grande enceinte4 l'intrieur de cette grande enceinte1 prs de son angle nord-ouest1 est un tertre base paralllogramme1 de cent quatre-vingt-huit pieds de long sur trente-deux de large et haut de neuf4 ,le sommet est horizontal comme une plate-forme et les cts sont presque verticaux4 ,au milieu de chacun des petits cts sont pratiqus des degrs rguliers de six pieds de longueur environ4 ,prs de la partie mridionale de la mme enceinte se trouve un autre tertre semblable4 ,or la disposition de ces tertres doit attirer l'attention1 comme nous le verrons bientt4 ,nous ne saurions voir dans ces vastes enceintes terrasses que des tablissements temporaires1 des campements de populations en cours d'migration4 ,si1 dans ces enceintes1 il existait des habitations1 elles ne pouvaient tre qu'en bois1 puisqu'il ne reste aucune trace de constructions en pierre4 ,en admettant que ces peuples fussent aborignes1 pour qu'ils se soient trouvs dans la ncessit d'lever des fortifications de cette importance1 il fallait qu'ils eussent combattre des armes venues d'ailleurs1 multitudes qui seraient parvenues les refouler vers le sud4 ,que ces peuples primitifs de la valle de l',ohio1 du ,missouri1 soient ns sur le sol amricain ou qu'ils s'y soient transports une poque fort ancienne1 quelle race appartenaient-ils8 ,d'une part1 rien dans les restes des tablissements de l',amrique du ,nord1 non plus que dans ceux du ,mexique1 ne fait supposer la prsence toujours caractrise de la race aryane pure2 d'autre part1 tous les dbris trouvs1 depuis les ustensiles les plus ordinaires jusqu'aux grands monuments de l',yucatan et du bas ,mexique1 semblent appartenir des drivs de races malayes fortement mlanges de blanc2 nous sommes contraints de reconnatre1 en effet1 dans ces monuments ainsi que dans les coutumes religieuses des grands civilisateurs du ,mexique1 un filon de race blanche4 ,hrodote#f rapporte que les ,scythes sacrifient ce qu'il suppose tre le dieu ,mars1 de cette manire3 ,dans chaque nome1 on lui lve un temple au milieu d'un champ destin aux assembles de la nation4 ,on entasse des fagots1 et on en fait une plate-forme de trois stades en longueur et largeur1 moins en hauteur4 ,sur cette plate-forme1 on pratique une aire carre dont trois cts sont abrupts2 le quatrime est fait en pente de manire ce qu'on y puisse monter4 ,on y entasse1 tous les ans1 cent cinquante charretes de menu bois1 pour maintenir le niveau de la plate-forme que l'injure des saisons tend rduire de hauteur4 ,au haut de cette plate-forme1 chaque tribu scythe plante une vieille pe de fer1 qui tient lieu de simulacre de ,mars4 ,les ,scythes offrent1 tous les ans1 ces pes des sacrifices de chevaux et d'animaux444 ,ils sacrifient aussi le centime de tous les prisonniers qu'ils font sur leurs ennemis444 ,ils font d'abord des libations avec du vin sur la tte de ces victimes humaines1 les gorgent ensuite sur un vase1 portent ce vase au haut de la terrasse1 et en rpandent le sang sur l'pe444 ,le mme auteur#g explique comment les ,scythes scalpaient leurs ennemis4 ,pour corcher une tte1 dit-il1 le ,scythe fait d'abord une incision l'entour1 vers les oreilles2 et1 la prenant par le haut1 il en arrache la peau en la secouant4 ,dans ces deux passages1 il est difficile de ne pas trouver une analogie avec les pratiques des anciens habitants du ,mexique3 usage d'lever des plates-formes pour offrir des sacrifices humains la divinit1 sang des victimes recueilli et vers sur le symbole du dieu1 crnes scalps1 corchement des humains et emploi de leur peau comme vtements1 nous trouvons tout cela dans les populations anciennes de l',amrique centrale4 ,hrodote rapporte encore que les ,scythes rendent les honneurs de la spulture leurs rois dans un canton qu'on appelle ,gerrhes1 situ vers le lieu o le ,borysthne cesse d'tre navigable4 ,arriv dans cette contre1 aprs de longues prparations1 on place le corps sur un lit de verdure et de feuilles entasses4 ,on plante ensuite1 autour du corps1 des piquets1 et l'on pose1 en travers1 des pices de bois qu'on couvre de branches de saule4 ,on met1 dans l'espace vide de cette fosse1 une des concubines du roi1 qu'on a trangle auparavant1 son chanson1 son cuisinier1 son cuyer1 son ministre1 un de ses serviteurs1 des chevaux2 en un mot1 les prmices de toutes les autres choses son usage1 et des coupes d'or444 ,cela fait1 les assistants remplissent la fosse de terre1 et travaillent tous l'envi l'un de l'autre1 lever1 sur le lieu de la spulture1 un tertre trs-haut4 ,voil1 certes des usages dont nous trouvons la trace chez les populations qui ont occup une grande partie du nord de l',europe2 nous les trouvons galement rpandus depuis la valle de l',ohio jusqu'au ,mexique mme1 tmoin les deux pyramides leves en l'honneur de ,hun-,ahpu ,teotihuacan et qui existent encore4 ,de ,tamoanchan1 on allait offrir#h des sacrifices dans la ville de ,teotihuacan444 et c'tait l qu'on lisait ceux qui devaient gouverner les autres4 ,l aussi on enterrait les princes et les seigneurs1 et sur leurs spultures ils commandaient d'lever des monticules de terre qu'on voit encore aujourd'hui et qui paraissent comme des collines faites la main444 ,prescott#i reconnat que les ,mexicains n'taient pas les premiers civilisateurs de l'empire de ,montzuma4 ,les ,toltques auraient t les fondateurs de cet empire avant le ,xe sicle de notre re1 et1 avant les ,toltques1 les ,olmcas seraient les constructeurs de ces vastes difices dont les ruines prsentent un mystre difficile pntrer aujourd'hui4 ,qu'taient les ,olmcas1 d'o venaient-ils8 ,dans les ,sagas islandaises1 toute la contre comprenant le ,texas1 la pninsule floridienne et les bords du ,mississipi1 la ,gorgie actuelle et les ,carolines1 est dsigne sous le nom d',irland-ik-,mikla1 ou la ,grande-,irlande1 et par celui de ,hvitramanaland1 ou la ,terre des ,hommes blancs#aj4 ,au ,xe sicle1 disent les ,sagas1 une tempte y jeta ,ari#aa444 ,les ,espagnols trouvrent sur les ctes des ,florides des nations nergiques qui formaient des tats florissants1 et dont les chefs possdaient plusieurs les de l'archipel des ,antilles4 ,leurs villes1 dit ,m4 l'abb ,brasseur de ,bourbourg1 taient d'ordinaire construites au bord des lacs ou des fleuves1 et quelquefois au milieu des marcages1--ce qui porterait penser que ces populations appartenaient des races mlanges de sang jaune1--entoures d'enceintes fortifies avec de larges et profonds fosss3 l dominait1 au-dessus des huttes de la plbe1 le tertre massif aux formes pyramidales1 sur l'esplanade duquel tait rige la demeure du chef gardien du sanctuaire444 ,ces conqurants parlent d'tangs artificiels1 de routes1 de canaux1 7tous travaux qui appartiennent particulirement aux races blanches mles de sang jaune71 de vergers1 de parcs clos1 o les princes runissaient des troupeaux considrables de cerfs privs1 et1 ce qui est plus surprenant1 de vaches domestiques1 dont le lait servait faire du fromage 7ici l'influence de la race blanche est vidente72 toutes choses qui annoncent une socit bien loigne de l'tat barbare4 ,cependant1 au moment de la conqute des ,espagnols1 les ,mexicains ne savaient pas rduire les animaux en domesticit2 ils ne connaissaient pas l'usage du lait1 singularit que l'on signale chez certaines peuplades jaunes2 il y avait donc eu1 chez ces peuples du moins1 un retour vers un tat relativement barbare1 par la prdominance d'une race infrieure4 ,les mmes rcits des voyageurs du ,x,v,ie sicle#ab dcrivent la poterie des nations floridiennes comme tant d'une remarquable finesse1 d'une richesse de couleurs et de formes galement admirables44444 ,les villes d',aquera1 d',ocale1 de ,nandacaho et de ,has1 situes dans les valles voisines du ,mississipi1 frapprent les ,espagnols par leur tendue444 ,les rois s'y faisaient porter en litire1 comme ceux du ,mexique1 par les seigneurs de la cour444 ,ce qui ajoute la ressemblance avec les contres d'origine toltque1 c'est que les hommes y faisaient l'office de portefaix et de btes de somme1 exactement comme dans l',anahuac444 ,l'agriculture y tait en honneur1 pratique sur une grande chelle1 et1 sur les bords du ,mississipi1 les chefs possdaient des flottilles d'embarcations dont quelques-unes pouvaient contenir jusqu' quatre-vingts hommes#ac4 ,mais voici qui indique chez ces populations une forte dose de sang blanc3 les femmes1 dans la ,floride1 hritaient quelquefois de l'autorit suprme1 et disposaient alors des temples nationaux et du produit des rcoltes publiques4 ,des vierges taient charges de garder le sanctuaire du temple du ,soleil et devaient y entretenir un feu perptuel4 la mort des chefs1 comme chez les ,nahuas1 on gorgeait un grand nombre de serviteurs et de femmes destins les accompagner et les servir dans l'autre monde4 ,chez les ,natchez1 au commencement du ,x,v,i,i,ie sicle1 la plupart de ces usages s'taient conservs4 ,les voyageurs franais et anglais qui visitrent la cte des tats-,unis et des ,florides1 ainsi que le pays des ,natchez1 sont d'accord pour reconnatre que les habitants de ces contres prtendaient tre venus occuper ces territoires depuis que l',amrique centrale tait occupe par les blancs1 c'est--dire depuis le ,x,v,ie sicle4 ,or ces dernires migrations ne savaient plus par qui avaient t construits les monuments considrables et nombreux qui couvrent encore la valle du ,mississipi et principalement la rive orientale du fleuve1 et cependant ces monuments sont parents de ceux de l',yucatan et du ,mexique4 ,ils consistent en des tumuli levs1 des plates-formes carres1 des pyramides revtues originairement de pierre et de brique4 ,ces ouvrages1 attribus par les archologues amricains aux ,allighwis 7dnomination qui n'apprend rien71 appartiennent1 par leur nature1 aux races qui se sont rpandues dans l',amrique centrale et qui ont lev les grands difices que nous allons examiner4 ,en effet1 on observe que ces monuments du nord-ouest consistent en des ouvrages de terrassement considrables2 que si1 sur certains territoires1 ils ne prsentent aucun travail de pierre1 c'est que le sol tait compltement dpourvu de ces matriaux2 que1 d'ailleurs1 ces ,allighwis savaient au besoin employer la pierre1 puisqu'on trouve des pierres sculptes dans l'intrieur de leurs pyramides2 que1 dans le ,missouri1 il existe des palais en pierre avec salles1 dont les parois s'lvent en encorbellement afin de pouvoir supporter un plafond terminal troit1 et que1 dans la ,louisiane1 on voit encore des constructions comparables aux monuments cyclopens du ,prou2 que ces difices1 comme le dit un auteur auquel nous faisons des emprunts frquents#ad1 dont l'existence est constate dans l'tat de ,new-,york1 s'tendent la base occidentale des ,allighwis1 tournent l'est dans la ,gorgie et atteignent les bords de l',ocan l'extrmit la plus mridionale de la ,floride2 que1 dans l'ouest1 on les trouve en grand nombre au bord de toutes les eaux occidentales1 jusqu'aux sources mmes du ,mississipi1 parpills le long du ,missouri et de ses affluents1 et de l continuent jusqu'au golfe du ,mexique1 s'tendant mme au del de la ,rivire-,rouge1 au nord-ouest du ,texas4 ,or la distance qu'il y a de la grande pyramide de la ,rivire-,rouge aux premiers tocalli de la ,nouvelle-,espagne1 dit ,m4 ,brakenridge#ae1 n'est pas si grande qu'on ne puisse les considrer comme des monuments de la mme contre1 ou plutt appartenant la mme race d'hommes4 ,la direction de ce courant d'migrations ayant laiss des traces sur le sol part des rgions les plus froides du nord1 ne touche sur aucun point la cte de l'ocan ,pacifique1 et se dirige en ligne droite vers le ,mexique2 ce qui ferait supposer que les peuplades qui ont rig les grands monuments de l',amrique centrale ne sont point parties du dtroit de ,behring1 mais du ,groenland1 et qu'elles appartiennent aux races scandinaves4 ,aujourd'hui1 le sjour ou le passage des ,scandinaves dans le ,groenland ds le ,xe sicle de notre re1 et peut-tre avant cette poque1 ne saurait tre mis en doute4 ,le docteur ,henri ,rink1 inspecteur du ,groenland mridional1 a fait parvenir la ,socit royale des antiquaires du ,nord1 en #aheiaf1 un fragment d'une pierre runique1 trouve ,igalikko1 prs des ruines de ,brattahlid4 ,en #ahbd1 le ,groenlandais ,plinut avait trouv1 dans l'le de ,kingiktorsoak1 au haut de la mer de ,baffin1 presque vis--vis le dtroit de ,lancaster-et-,barrow1 une pierre runique parfaitement grave1 dont voici la traduction3 ,erling1 fils de ,sigvat1 et ,biarne1 fils de ,thord1 et ,endride1 fils d',odd1 rigrent ces monceaux de pierres et dblayrent la place le samedi avant le jour de ,gagndag 7le #be avril71 en #aaceag4 ,les traditions mexicaines font descendre les conqurants1 les ,nahuas1 de la ,floride1 et ne remontent pas plus haut2 mais1 comme l'observe trs-bien ,m4 l'abb ,brasseur1 si la ,floride avait t le lieu de leur origine1 ils auraient naturellement pouss leurs tablissements le long de l',atlantique2 mais on ne trouve de ce ct aucune trace de leur existence3 aussi est-ce l ce qui a conduit les crivains amricains1 indistinctement1 penser que leurs migrations avaient d se diriger par les grandes valles de l'ouest dans les contres mridionales jusqu' la ,floride4 ,illustration3 ,fig4 #a4 ,il est considrer d'ailleurs que les nombreuses traces d'tablissements appartenant une haute antiquit et visibles encore dans les valles du ,mississipi1 du ,missouri et de l',ohio1 bien qu'elles occupent de larges surfaces1 n'ont pas l'aspect monumental des ouvrages observs dans le ,mexique1 et semblent plutt tre dus des tribus ou peuplades en cours d'migration3 ces enceintes ont un caractre transitoire2 mais ds que l'on entre dans le ,mexique1 les ouvrages de fortifications1 les enceintes qui couronnent certains plateaux1 paraissent levs au contraire par des populations dfinitivement tablies sur le sol et voulant s'y maintenir4 ,dans l'tat d',oaxaca1 ,montalban1 prs ,oaxaca1 sur les plateaux orientaux qui bordent cette ville1 on constate la prsence de grands travaux de fortification qui se distinguent de ceux de l',ohio et du ,missouri1 en ce que les remparts sont faits1 non plus en terre1 ou briques crues1 ou en pierrailles1 mais en blocages composs de petit moellon brut et de mortier4 ,ces forteresses sont plantes sur un paralllogramme de #ejj mtres de ct sur #djj environ4 la base des remparts s'ouvrent des passages dont la fig4 #a donne la section4 ,les grandes pierres qui forment la fermeture triangulaire de ces passages sont couvertes de sculptures l'intrieur1 reprsentant des personnages dont le type s'loigne visiblement des types de ,palenqu4 ,les figures sont lgrement modeles et creuses dans la pierre1 suivant la mthode de la sculpture gyptienne4 ,ces sortes de grandes redoutes sur plan barlong consistent en des plateaux levs de plusieurs mtres au-dessus du sol1 et au milieu desquels on trouve des amas de pierres tailles1 mles de poteries fines1 de menus objets en agate et en or4 ,alentour sont levs des tumuli4 ,mitla1 dans l'tat d',oaxaca1 mme disposition de forteresses prs de la ville antique1 sur la montagne4 ,il est difficile cependant de ne pas admettre une analogie entre ces forts permanents btis en blocages et les ouvrages en terre de l',amrique du ,nord1 dont nous avons parl tout l'heure4 ,mais1 sur le territoire mexicain1 nous le rptons1 ces forteresses n'ont plus un caractre transitoire2 ce sont des tablissements fixes1 faits soit pour protger les villes contre des envahissements1 soit1 ce qui est plus probable1 pour maintenir des populations conquises dans l'obissance2 car des constructions aussi importantes que celles dont ,m4 ,charnay rapporte des photographies1 qui exigent le concours de tant de bras1 des efforts immenses1 sont leves par des races infrieures soumises un rgime thocratique ou aristocratique4 ,dans l'histoire du monde1 nous ne voyons surgir ces prodigieuses btisses que dans des conditions sociales identiques4 ,dans l',inde1 dans l',assyrie1 en gypte1 c'est toujours une race conqurante qui impose ces labeurs aux peuples indignes3 les races suprieures apportent leurs gots1 leurs traditions1 leur gnie particulier2 les populations donnent leurs bras1 leurs sueurs1 les lments matriels4 ,ce sont elles qui emploient ces procds de construction si intressants observer pour nous aujourd'hui1 parce qu'ils nous indiquent des origines peu prs certaines4 ,ainsi1 ni dans l',yucatan ni dans le ,mexique1 nous ne voyons de constructions en pierres sches2 partout le mortier1 les enduits sont employs3 or1 quand le mortier apparat dans une construction1 on peut assurer que les hommes qui l'ont faite ont du sang touranien ou finnois dans leurs veines4 ,il n'est donn qu'aux ,aryans et aux ,smites purs de btir en pierre sche#ah4 ,mais la prsence du sang aryan dose assez forte apparat cependant de la manire la plus vidente dans les constructions de l',yucatan et du ,mexique4 ,s'il est donn aux ,aryans smitiss ou aux ,smites seuls d'assembler les pierres sans mortier1 c'est aux ,aryans purs que l'on doit attribuer les constructions de charpenterie1 et partout o nous voyons apparatre une tradition indiquant une combinaison de bois assembls1 nous pouvons tre assurs que l'influence de la race aryane se fait sentir4 ,tous les monuments les plus anciens de l',inde1 bien que taills dans le roc ou btis en pierre1 laissent voir une tradition appartenant la construction de bois4 ,il en est de mme des monuments assyriens1 des monuments gyptiens et mme des monuments ioniens4 ,au ,japon1 les difices sacrs les plus anciens sont faits de bois1 placs sur des minences ou plates-formes auxquelles on arrive par des degrs4 ,si nous consultons les auteurs qui ont parl de visu des monuments sacrs des ,japonais1 nous serons frapps de certains rapports qui existent entre ces monuments et ceux qui nous occupent4 ,le ,p4 ,charlevoix#ai dcrit ainsi les temples japonais3 ,ils sont1 dit-il1 appels ,mias1 c'est--dire les demeures des mes vivantes1 et si l'on en croit un voyageur1 ,kampfer1 le nombre en est1 dans tout l'archipel japonais1 de #bg1gjj2 mais il y a bien de l'apparence qu'il y comprend les chapelles qui accompagnent les temples4 ,on ne sera peut-tre pas fch d'en avoir ici la description4 ,ils sont pour l'ordinaire situs sur des minences2 ils doivent du moins tre placs distance des terres communes et fouilles par les travaux vulgaires4 ,une belle promenade1 plante d'arbres et qui s'loigne du grand chemin1 y conduit1 et1 l'entre de cette avenue1 il y a une porte de pierre ou de bois1 avec une planche carre1 d'environ un pied et demi1 sur laquelle est grav ou crit en caractres d'or le nom du dieu auquel le ,mia est consacr4 ,ces dehors semblent annoncer un temple considrable1 mais on y est presque toujours tromp3 la plupart se sentent de l'antique simplicit qui rgnait lorsqu'on a lev les premiers1 sur le modle desquels tous les autres sont construits4 ,ce ne sont1 le plus souvent1 que de misrables difices de bois1 cachs parmi les arbres et les buissons1 et n'ayant qu'une seule fentre grille1 au travers de laquelle on peut voir le dedans du temple4 ,ces intrieurs sont tout fait vides1 ou orns d'un miroir de mtal plac dans le milieu et autour duquel pendent des housses de paille bien travailles1 ou de papier blanc dcoup1 qui sont attaches une longue corde en faon de franges2 c'est1 dit-on1 un symbole de la puret et de la saintet du lieu4 ,comme les avenues qui conduisent ces temples sont ordinairement plantes de cyprs1 si ces arbres ont eu autrefois1 comme parmi les anciens ,romains1 quelque chose de funbre1 on pourrait dire que les ,mias taient leur origine les tombeaux des ,camis1 les seuls dieux que les ,japonais ont adors pendant plusieurs sicles1 et que les cyprs ne sont devenus des arbres de bon augure que depuis que ces tombeaux sont devenus des temples pour l'apothose de ceux dont ils renfermaient les cendres#bj4 ,on monte ordinairement aux ,mias par un escalier de pierre qui conduit une espce d'esplanade1 o l'on entre par une seconde porte semblable la premire1 et sur laquelle il y a souvent plusieurs de ces temples ou des chapelles qui accompagnent le temple principal44444 ,l'difice est soutenu sur des piliers de bois et communment carr2 les poutres en sont fort grosses1 et il rgne tout autour1 en dehors1 une galerie o l'on monte par quelques degrs44444 ,le lieu prtendu saint est ordinairement ferm1 si ce n'est les jours de ftes2 la plupart des sanctuaires ont un pronaos4 ,les portes et fentres de ce pronaos sont grilles et le pav en est couvert de nattes fines4 ,le toit des temples est couvert de tuiles de pierre ou de bois2 il avance assez de chaque ct pour couvrir la galerie1 et il diffre de celui des autres btiments en ce qu'il est recourb avec plus d'art et compos de plusieurs couches de belles poutres dont l'arrangement a quelque chose de fort singulier4 la cime du toit1 il y a quelquefois une poutre plus grosse que les autres2 elle est pose de long2 et ses extrmits1 elle en reoit deux autres qui se croisent1 et souvent une troisime derrire qui est en travers4 ,cette structure est faite sur le modle du premier temple1 qui est ,ix1 o ,jasanami1 le dernier des sept grands esprits clestes et le pre de ,tensi ,dai ,dsin1 a fait1 dit-on1 quelque temps sa rsidence4 ,quoique cette structure soit trs-simple1 elle est trs-ingnieuse et presque inimitable4 ,en effet1 le poids et les liaisons de toutes ces poutres entrelaces les unes dans les autres servent beaucoup affermir tout l'difice et le rendent moins sujet tre renvers par les tremblements de terre44444 ,si les monuments du ,mexique que nous allons examiner ne sont pas construits en bois1 il est impossible de ne pas reconnatre1 dans leur disposition gnrale et dans certains de leurs membres architectoniques1 la tradition des constructions de bois4 ,si1 ct de ces traditions1 nous constatons la prsence de types de figures humaines appartenant aux races blanches1 il faudra bien admettre que ces tranges monuments ont t levs par des peuplades formes d'un mlange de races blanches venues du nord-est et de races jaunes aborignes ou venues du nord-ouest1 celles-ci tablies sur le sol du ,mexique avant l'arrive des premires1 soumises et prtant leurs bras l'dification de ces vastes constructions sous la domination de leurs nouveaux matres4 ,mais il ne faudrait pas s'y tromper1 il y a dans les monuments du ,mexique et de l',yucatan photographis par ,m4 ,charnay deux poques1 ou plutt deux coles diffrentes qui paraissent tre l'expression d'art de deux populations1 produits de mlanges de races doses ingales4 ,il y a certainement dans les monuments de l',yucatan une influence des races blanches plus forte que dans ceux de ,mitla et de ,palenqu2 c'est un fait que nous pensons pouvoir claircir aux yeux de nos lecteurs4 ,encore aujourd'hui1 les indignes de l',yucatan prsentent des types remarquablement beaux relativement ceux des populations trangement mles des plateaux du ,mexique4 ,on observe galement des types de races trs-diverses dans les vastes contres situes entre le golfe de la ,californie et le ,nouveau-,mexique ou le ,mexique du ,nord4 ,certaines tribus indiennes se composent d'individus de petite taille1 agiles1 aux membres grles2 d'autres1 comme les ,osages1 sont grands1 robustes2 d'autres encore1 plus l'est dans la prairie1 sont presque blancs1 les hommes sont barbus1 et le colonel ,emory#ba signale des ,indiens rappelant les plus belles races blanches de l',europe4 ,or le ,nouveau-,mexique a t sillonn par ces migrations venant du nord et se rendant vers les rgions mridionales1 et par celles postrieures1 quittant le ,mexique proprement dit1 pour revenir1 une poque plus rcente1 vers le ,mississipi et dans la ,floride4 ,ces diverses tribus ne sont-elles pas des dbris1 rests en chemin1 de ces colonnes mobiles8 ,les ,no-,mexicains1 dit ,m4 l'abb ,brasseur de ,bourbourg#bb1 paraissent au premier abord parfaitement trangers aux peuples dont ils sont entours aujourd'hui4 ,dernier reste d'un groupe antrieur1 ils n'ont de rapport qu'avec les races dj teintes ou dplaces4 ,leur industrie1 si suprieure celle des nomades de la plaine#bc1 conservait1 au ,x,v,ie sicle1 et mme aujourd'hui conserve encore quelque ressemblance avec celle des ,toltques1 ainsi que des nations inconnues dont les forteresses et les pyramides subsistent dans la rgion des lacs et sur les deux rives du ,mississipi4 ,mais la preuve la plus frappante de leur anciennet1 c'est que1 hors de la contre qu'ils habitaient et de quelques parages plus mridionaux de la basse ,californie1 de la ,sonora et de ,chihuahua1 les traces de leurs hautes constructions et de leurs vastes souterrains n'ont t retrouves nulle part4444 ,castaeda1 dans sa relation d'un voyage ,cibola#bd1 parlant du pays d'o ces ,no-,mexicains prtendaient tre sortis1 fournit de fortes prsomptions en faveur d'une origine septentrionale3 ,d'aprs la route qu'ils ont suivie1 dit-il1 ils ont d venir de l'extrmit de l',inde orientale et d'une contre inconnue1 qui1 d'aprs la configuration des ctes1 serait situe trs-avant dans l'intrieur des terres1 entre la ,chine et la ,norvge4 ,il doit y avoir1 en effet1 une immense distance d'une mer l'autre1 suivant la forme des ctes1 comme l'a dcouvert le capitaine ,villalobos1 qui alla dans cette direction la recherche de la ,chine4 ,il en est de mme quand on suit la cte de la ,floride2 elle se rapproche toujours de la ,norvge1 jusqu' ce que l'on soit arriv au pays des ,bacallaos#be4 ,ouvrons le ,popol-,vuh#bf1 le ,livre sacr4 ,nous trouvons1 dans ce curieux rcit hroque de l'histoire des ,quichs1 des rapports frappants avec les habitudes des races blanches des plateaux septentrionaux de l',inde1 qui ont successivement pouss leurs conqutes jusqu' l'gypte et dans toute l',europe occidentale4 ,il s'agit de la cration d'une race suprieure#bg2 ,celui qui engendre et ,celui qui donne l'tre1 le ,crateur et le ,formateur pensent faire sortir l'homme du nant4 ,peu s'en fallait encore1 dit le texte1 que le soleil1 la lune et les toiles se manifestassent au-dessus d'eux1 du ,crateur et du ,formateur4 ,c'est--dire que l'ordre des temps n'tait pas encore fix4 ,en ,paxil et en ,cayala1 ainsi qu'on nomme 7ce lieu7#bh1 vinrent les pis de mas jaune et les pis de mas blanc4--,or1 voici les noms des barbares qui allrent chercher l'alimentation3 le ,renard1 le ,chacal1 la ,perruche et le ,corbeau1 quatre barbares qui leur apprirent la nouvelle des pis de mas jaune et des pis de mas blanc qui venaient en ,paxil et qui leur montrrent le chemin de ,paxil#bi4444 ,c'est dans le ,paxil1 c'est--dire dans la partie orientale du ,mexique1 que ces premiers humains suprieurs trouvent leur nourriture et se fortifient4 ,il y avait des aliments de toute sorte1 aliments petits et grands2 plantes petites et grandes1 dont le chemin leur avait t montr par les barbares4 ,alors on commena moudre le mas jaune1 le mas blanc1 et ,xmucan en composa neuf boissons4444 ,aussitt ils commencrent parler de faire 7le ,crateur et le ,formateur71 et de former notre premire mre et notre premier pre444 ,les premiers hommes crs sont au nombre de quatre#cj4 ,ces tres suprieurs1 non engendrs par la femme1 apparaissent tout coup2 leur intelligence embrasse tout1 leur sagesse est infinie1 leurs connaissances sans limites1 ils mesurent et voient ce qui est aux quatre angles dans le ciel et sur la terre4 ,l'dificateur et le ,formateur en furent effrays3 ,ce n'est pas bien ce que disent nos cratures4 ,elles savent toutes choses1 grandes et petites444 ,elles seront autant de dieux444 ,troublons un peu notre oeuvre1 afin qu'il leur manque quelque chose444 ,voudraient-ils par hasard s'galer nous qui les avons faits1 nous dont la sagesse s'tend au loin et connat tout8444 ,alors un nuage leur fut souffl sur la prunelle des yeux par le ,coeur du ,ciel1 et elle se voila comme la face d'un miroir qui se couvre de vapeur4442 ils ne virent plus que ce qui tait rapproch444--,ainsi fut dtruite leur sagesse ainsi que toute la science des quatre hommes1 son principe et son commencement4 ,ainsi furent forms nos premiers aeux et pres par le ,coeur du ,ciel1 le ,coeur de la ,terre444--,alors existrent aussi leurs pouses1 et leurs femmes furent faites444--,ceux-ci engendrrent les hommes1 les tribus petites et grandes#ca1 et ceux-ci furent notre souche nous1 la nation quiche3 en grand nombre existrent en mme temps les sacrificateurs#cb2 ils ne furent pas seulement quatre1 mais quatre seulement furent nos mres nous1 la nation quiche444 ,suit le dnombrement des tribus de sang noble ou plutt de la caste suprieure1 qui vinrent ensemble d',orient et qui se propagrent dans les contres o le soleil se lve4 ,ces tribus se multiplient durant l'obscurit1 dit le texte4 ,alors ils ne se servaient pas encore et ne soutenaient point 7les autels des dieux72 seulement ils tournaient leur visage vers le ciel1 et ils ne savaient pas ce qu'ils taient venus faire de si loin4--,l vivaient dans la joie les hommes noirs et les hommes blancs2 doux tait l'aspect de ces gens1 doux le langage de ces peuples1 et ils taient fort intelligents4 ,mais voici ces tribus qui trouvent mauvais que des barbares parcourent les montagnes1 ne possdant point de maisons2 elles insultent ces peuples nomades4--,ainsi parlaient ceux de l-bas qui voyaient lever le soleil4 ,or1 tous n'avaient qu'une seule langue3 ils n'invoquaient encore ni le bois ni la pierre2 et ils ne se souvenaient que de la parole du ,crateur et du ,formateur1 du ,coeur du ,ciel et du ,coeur de la ,terre4--,et ils parlaient en mditant sur ce qui cachait le lever du jour444 ,ils parlaient1 invoquant le retour de la lumire1 et dans l'attente du lever du soleil1 ils contemplaient l'toile du matin4444 ,ces premires tribus n'adoraient point des idoles de pierre ou de bois1 et leur culte consistait en une attente du lever du soleil3 elles taient dj nombreuses ces tribus d',orient et on comptait parmi elles la nation des ,yaqui1 des sacrificateurs4 ,ce titre de ,yaqui tait donn primitivement aux populations parlant la langue nahuatl1 aux ,toltques4 ,quatre personnages1 ,balam-,quitz1 ,balam-,agab1 ,mahucutah et ,iqi-,balam1 veulent partir pour aller chercher ce qui leur manque2 une arche pour renfermer leurs symboles1 le feu qui doit brler devant4 ,une ville seule les suit4 ,ils arrivent la ville des ,sept-,grottes1 ,sept-,ravins1 ,tulan-,zuiva4 ,l1 les quatre personnages reoivent un dieu principal ,tohil1 trois autres dieux et le feu4 ,d'autres tribus les suivent et viennent leur tour ,tulan rclamer les dieux et le feu4 ,mais bientt ,tohil1 le dieu1 rclame les sacrifices humains pour accorder le feu2 une seule tribu rsiste la demande du dieu1 toutes les autres fournissent des victimes1 elles partent de ,tulan et se dirigent vers l'ouest4 ,leur voyage est pnible1 elles sjournent longtemps sur la montagne ,chi ,pixab portant leurs dieux avec elles4 ,les tribus se sparent sur le conseil de ,tohil1 elles vont dans le bois et placent leurs divinits sur des pyramides 7mot mot3 la cime d'une maison de feu7 et fondent des villes autour4 ,enfin l'aurore parat2 le soleil se lve en ,tohil1 en ,avilix1 en ,hacavitz#cc4 ,l'auteur du ,livre sacr#cd fait alors une description potique de cette apparition de l'astre du jour4 ,ce chapitre1 l'un des plus remarquables1 est empreint d'une certaine grandeur4 ,les animaux eux-mmes sortent des ravins1 des eaux1 s'lvent sur les sommets et tournent leurs ttes du ct o s'avance le soleil2 les sacrificateurs sont prosterns2 les nations sont toutes dans l'attente4 ,mais voici un passage d'un grand intrt3 ,avant que le soleil se manifestt1 fangeuse et humide tait la surface de la terre1 et c'tait avant que part le soleil2 et alors seulement le soleil se leva semblable un homme4--,mais sa chaleur n'avait point de force1 et il ne fit que se montrer lorsqu'il se leva2 il ne resta que comme 7une image7 dans un miroir1 et ce n'est pas vritablement le mme soleil qui parat aujourd'hui1 dit-on dans les histoires4--,aussitt aprs cela 7le lever du soleil71 ,tohil1 ,avilix et ,hacavitz se ptrifirent1 ainsi que les dieux du ,lion1 du ,tigre et de la ,vipre1 du ,quanti1 du ,blanc ,frotteur de ,feu2 leurs bras se cramponnrent aux branches des arbres1 au moment o se montrrent le soleil1 la lune et les toiles2 de toutes parts devint pierre444 ,d'o sont venues ces traditions qui semblent remonter aux poques antrieures l'existence de l'homme8 et ces dieux changs en pierre8 ,est-ce une figure indiquant1 par le lever de l'aurore1 le commencement d'une civilisation ou l'arrive des tribus sous une latitude moins septentrionale1 et1 par la ptrification des divinits1 l'origine d'un culte des idoles de pierre substitues l'adoration d'tres invisibles8 ,il ne faut pas1 il est vrai1 prendre le ,livre sacr pour une oeuvre des temps primitifs1 mais pour une compilation de documents de diffrentes poques rassembls sans ordre et sans critique2 cependant ces documents ont avec les monuments qui nous occupent des affinits si intimes que l'on ne saurait les ngliger4 ,tous ceux qui s'occupent d'histoire et d'archologie savent combien les traditions sont respectables et combien elles doivent tre consultes lorsqu'on cherche la vrit2 or1 le ,popol-,vuh1 le ,livre national ou le ,livre sacr1 traduit avec tant de soin et de conscience par ,m4 l'abb ,brasseur de ,bourbourg1 est sinon une oeuvre originale1 d'une antiquit incontestable1 au moins un recueil de traditions prcieuses4 ,certains passages de ce livre ont avec les histoires hroques de l',inde une singulire analogie4 ,ainsi dans l'origine1 les ,hindous ne btissaient pas en l'honneur de la divinit2 aux yeux des castes suprieures primitives de l',inde1 toute ralit extrieure est mauvaise et prissable4 ,dans la plus haute expression de la sagesse1 l',hindou se replie au dedans de lui-mme et reste abm dans la contemplation de l'esprit qui rside dans les plus secrets replis du coeur4 ,le brahmane orthodoxe n'a pas besoin1 pour prier ou sacrifier1 d'un lieu spcialement appropri au culte4 ,le vrai temple de la divinit1 c'est la fort silencieuse2 le tabernacle1 c'est le coeur de l'homme o ,dieu lui-mme est prsent4 ,le sage reste absorb en lui-mme4 ,mais le peuple1 qui ne saurait atteindre la hauteur de cet idalisme1 a besoin de figures pour comprendre2 il met la place de ,brahma une srie de dieux crs qui sont les attributs divers du ,dieu crateur4 ,nous trouvons1 dans les traditions grossires du ,popol-,vuh1 ces esprits suprieurs1 comprenant tout1 n'ayant pas de culte et vivant dans la contemplation1 l'attente de la lumire1 le besoin d'un culte pour la foule1 la rvlation d'un ,dieu suprieur et de dieux secondaires qui ne sont que des attributs de la puissance suprme1 les arches ou tabernacles visibles de ces divinits4 ,les dieux sortent de la ville aux sept grottes1 et les arches qui les renferment ou les symbolisent sont dposes au milieu des forts solitaires4 ,de mme dans l',inde1 les grottes sont les sanctuaires ou plutt les symboles de la divinit2 elles sont claires par des torches allumes au feu sacr1 extrait du bois qui le recle et ravi de force par le frottement4 ,ces grottes sont un symbole du dieu obscur1 nu et vide1 dont les formes ne nous apparaissent dans la cration1 qui seule se rvle1 qu' la clart fugitive du ,maya4 ,il est impossible de ne point tre frapp de l'analogie qui existe entre les ides brahmaniques sur la divinit et les passages du ,popol-,vuh cits plus haut4 ,mais si nous consultons les traditions beaucoup plus rcentes1 conserves mme aprs l'tablissement du christianisme en ,sude1 nous trouverons encore1 entre les coutumes religieuses des populations de ces contres et celles qui nous sont retraces dans le ,popol-,vuh1 plus d'un rapport4 ,adam de ,brme1 dans son ,histoire ecclsiastique1 parle ainsi des peuples scandinaves#ce3 ,la nation des ,sudois a un temple clbre1 celui d',upsal1 non loin de la ville de ,sictona ou ,birka4 ,dans ce temple1 qui est tout orn d'or1 le peuple vnre les statues de trois dieux1 dont le plus puissant1 qui est ,thor1 occupe seul1 au milieu1 le triclinium4 droite et gauche sont ,wodan et ,fricco4 ,voici leur signification3 ,thor1 disent-ils1 rgne dans l'air et gouverne les tonnerres et les clairs#cf1 les vents et les pluies1 les temps et les productions de la terre4 ,le second1 ,wodan1 c'est--dire le fort1 prside la guerre et inspire le courage des hommes contre les ennemis4 ,le troisime est ,fricco1 qui accorde aux mortels la paix et les plaisirs1 et qui est reprsent par un grand phalle4 ,quant ,wodan1 ils le faonnent tout arm1 comme les ntres ont coutume de reprsenter ,mars4 ,thor1 lui1 avec son sceptre1 semblait reproduire ,jupiter4 ,ils honorent aussi des hommes levs au rang des dieux et que1 pour leurs grandes actions1 ils ont gratifis de l'immortalit#cg1 comme est dit avoir fait le roi ric dans la vie de saint ,ansgar1 c'est--dire qu'ils assignent tous les dieux des prtres chargs d'offrir les sacrifices du peuple4 ,si l'on est menac de la peste ou de la famine1 on sacrifie l'idole de ,thor2 si c'est de la guerre1 on sacrifie ,wodan2 s'il s'agit d'un mariage1 ,fricco4 ,tous les neuf ans1 on a coutume de clbrer une solennit o se runissent toutes les provinces de la ,sude3 personne n'est dispens de s'y rendre4 ,les rois et tout le peuple envoient leurs offrandes ,upsal1 et1 ce qu'il y a de plus douloureux au monde1 ceux qui ont embrass le christianisme se rachtent par ces crmonies4 ,le sacrifice consiste offrir neuf ttes d'hommes ou d'animaux mles de toute espce1 par le sang desquels on a coutume de flchir ces dieux4 ,leurs corps sont suspendus dans le bois qui est voisin du temple#ch4 ,ce bois est tellement sacr pour les paens1 qu'ils en croient tous les arbres divins1 comme tant nourris du sang des victimes4 ,il y a des chiens suspendus avec des hommes3 un chrtien m'a dit avoir vu soixante-dix corps d'hommes ou d'animaux mls ensemble qui pendaient aux arbres4 ,du reste1 il se pratique dans ces crmonies une foule d'autres choses pour la plupart dshonntes1 et que1 pour cela1 nous passerons sous silence#ci444 ,soit que l'on considre les nombreuses migrations qui1 du nord1 sont descendues vers l',amrique centrale comme tant venues par le dtroit de ,behring ou par le ,groenland1 c'est--dire du nord-ouest ou du nord-est1 toujours est-il qu'il existe entre les ides religieuses1 les habitudes et les moeurs de ces tribus migrantes et celles des populations antiques descendues des plateaux septentrionaux de l',asie1 des rapports frappants4 ,examinons donc les monuments4 ,nous avons dit prcdemment que ces monuments ne pouvaient appartenir ni une seule poque1 ni une seule race4 nos yeux1 les monuments de ,palenqu seraient les plus anciens2 ils seraient dus une race dj mle cependant d'aborignes ou d'indignes jaunes et des premires migrations blanches1 aux ,olmcas4 ,ceux de l',yucatan auraient t levs aprs l'invasion de la puissante migration blanche des ,quichs dans l'empire de ,xibalba2 ceux de ,mitla1 au dpart de certaines tribus quiches de ,tulan et leur tablissement postrieur la conqute de ,xibalba4 ,c'est ce que nous tenterons de dmontrer1 aprs avoir dcrit les curieuses ruines qui nous occupent4 ,les monuments de l',yucatan1 quoique btis1 pensons-nous1 dans l'espace d'un sicle peine1 prsentent entre eux des dissemblances de style qui nous obligent les classer sparment4 ,,ruines ,d',,isamal la base d'une des pyramides1 seuls dbris de cette ville antique de l',yucatan1 il existe1 pl4 ,,xxv1 une tte gigantesque modele au moyen d'un ciment enveloppant des moellons irrguliers4 ,c'est une sorte de gros blocage dont les moellons1 poss avec art par le sculpteur au milieu d'un mortier trs-dur1 ont form les joues1 la bouche1 le nez1 les yeux4 ,cette tte colossale est rellement une btisse enduite4 ,autour1 des enroulements enchevtrs1 galement models en ciment1 forment un parement irrgulier4 ,le caractre de la tte ne rappelle pas le type de celles des sculptures de ,palenqu2 les traits sont beaux1 la bouche est bien faite1 les yeux grands sans tre saillants1 le front1 couvert d'un ornement1 ne semble point fuyant4 ,cette tte tait peinte comme toute l'architecture mexicaine1 et des traces de la peinture sont encore trs-visibles dans la bouche4 ,ici1 comme on le voit1 non-seulement le mortier est employ comme moyen d'agglutination des matriaux1 mais il sert modeler2 c'est une pte que le sculpteur met en oeuvre1 et cette pte1 ce stuc a t appliqu par des ouvriers trs-expriments1 puisqu'il a rsist aux intempries pendant une longue suite de sicles2 or un peuple primitif1 chez lequel les arts sont l'tat d'enfance1 assemble du bois1 ou accumule des blocs de pierre force de bras2 mais il n'arrive que bien tard mettre en oeuvre avec succs une matire comme le mortier1 qui demande non-seulement des prparations diverses1 mais une longue pratique et des observations trs-dlicates2 encore faut-il que ces constructeurs possdent les aptitudes naturelles aux races qui1 sur la surface du globe1 semblent spcialement destines employer la chaux dans leurs constructions4 ,je le rpte1 ni les gyptiens1 ni les ,grecs mme1 n'ont jamais employ la chaux et le sable dans leurs btisses4 ,le mortier1 la matire agglutinante qui runit des pierres pour n'en former qu'un roc1 n'appartient qu'aux races touraniennes ou celles qui ont reu du sang jaune dans leurs veines4 ,la pl4 ,,xxiv prsente un ensemble de la pyramide au bas de laquelle est modele la tte prcdente4 ,la pl4 ,,xxiii fait voir l'ensemble de la grande pyramide deux tages d',isamal4 ,la base de la plate-forme infrieure n'a pas moins de #bejm de ct2 son plateau1 #bjjm environ2 sa hauteur totale est de #ae #bjm4 ,la pyramide suprieure a #bjm environ4 ,il faut observer que ces pyramides leves en pays plat sont entirement en maonnerie pleine4 ,dans la pl4 ,,xxiii1 on distingue parfaitement les escaliers qui permettaient de monter jusqu' la plate-forme suprieure1 prive malheureusement de l'difice qui la couronnait4 ,,ruines ,,de ,,chichen-,,itza ,chichen-,itza1 nous voyons une de ces pyramides de maonnerie couronne de son difice1 pl4 ,,xxxii1 auquel on donne aujourd'hui le nom du chteau4 ,vu de prs1 l'un de ces monuments1 appel la ,prison1 pl4 ,,xxxi1 prsente une construction assez mal faite compose d'un blocage revtu d'un parement en gros moellons irrgulirement taills et poss4 ,on observera que les baies de cet difice consistent en des pieds-droits verticaux avec linteaux de pierre2 que le couronnement prsente une combinaison de mandres forms de petites pierres juxtaposes et scelles au blocage au moyen du mortier4 ,des pierres plus fortes soutiennent les angles2 mais cet difice est un des moins bien construits de l',yucatan4 ,le monument de ,chichen-,itza1 connu sous le nom du ,cirque1 pl4 ,,xxxiv1 nous montre un appareil plus grand et dont une partie est couverte de sculptures4 ,sur une frise1 comprise entre deux assises de rinceaux1 sont figurs des tigres se suivant1 ou affronts deux par deux et spars par des couronnes1 contenant de petits disques percs4 ,bien que les parements de cet difice soient mieux faits que ceux de la ,prison1 cependant on observera que les joints des pierres ne sont pas coups conformment l'habitude des constructeurs d'appareils1 mais que les pierres1 ne formant pas liaison1 prsentent plusieurs joints les uns au-dessus des autres et ne tiennent que par l'adhrence des mortiers qui les runit au blocage intrieur4 ,par le fait1 ces parements ne sont autre chose qu'une dcoration1 un revtement coll devant un massif4 ,toutefois1 rien dans cette construction n'indique une tradition de structure en bois4 ,c'est un blocage revtu1 tandis que dans la plupart des autres monuments de l',yucatan1 la structure de bois apparat dans les btisses de pierre1 particulirement dans ceux d',uxmal1 que nous allons examiner tout l'heure4 ,on voit sur la face du btiment du ,cirque1 pl4 ,,xxxiv1 au-dessous de l'assise des entrelacs infrieurs1 cinq trous circulaires4 ,ces trous1 que nous retrouverons plus apparents encore dans d'autres monuments du ,mexique1 paraissent avoir t rservs pour recevoir des boulins ou grosses perches de bois1 auxquelles taient attaches des bannes1 afin de former autour de l'difice un portique couvert d'toffes ou de nattes4 ,mais une des salles intrieures du ,cirque nous fournit un ample sujet d'observations4 ,cette salle1 pl4 ,,xxxiii1 donne en coupe transversale la section fig4 #b4 ,les parements 7mal appareills1 comme ceux de l'extrieur7 sont entirement revtus d'une srie de sculptures plates1 reprsentant des hommes arms combattant des serpents et des tigres4 ,si la signification de ce bas-relief est obscure1 les types des ttes1 les costumes1 les armes des personnages1 donnent de prcieux renseignements4 ,on remarque tout d'abord que les traits de la plupart de ces personnages ne rappellent nullement les profils des figures de ,palenqu1 ou ceux que l'on prte aux races indignes du ,mexique si souvent reproduits par des terres cuites recueillies en grand nombre dans ces contres4 ,ainsi1 fig4 #c1 nous donnons une copie fidle de ces terres cuites que ,m4 ,charnay a bien voulu dposer entre nos mains1 et fig4 #c bis1 une tte d'un indigne1 copie par une photographie4 ,il est clair que ces deux types appartiennent une mme race ou un mme mlange de sang4 ,la terre cuite1 qui est d'une poque fort ancienne1 et le sujet nouveau prsentent les mmes caractres2 front troit1 naissance du nez mince et dprime1 sourcils rapprochs1 paupires suprieures recouvrant fortement l'angle externe de l'oeil1 os du nez saillant1 narines maigres1 anguleuses1 ouvertes2 pommettes plutt anguleuses que saillantes1 joues plates1 bouche large1 abaisse vers ses extrmits1 lvres grosses et coupes nettement1 os maxillaire se relevant sous la bouche4 ,or1 ce type de ,mexicain1 donn fig4 #c bis1 est frquent1 et parmi nos photographies1 nous en possdons plusieurs qui conservent ce mme caractre bien tranch4 ,nous ne pouvons donc mettre en doute l'exactitude des traits reproduits par cette terre cuite1 puisque1 encore de nos jours1 ce type s'est conserv4 ct de ces types1 nous donnons1 fig4 #d1 le fac-simile d'une photographie faite ,mexico3 c'est un jeune sujet femelle4 ,ici le caractre de la race finnique est des plus prononcs2 front bas1 angle externe de l'oeil relev1 nez court1 pommettes hautes1 bouche large1 lvre suprieure paisse et coupe nettement1 loigne du nez1 menton fuyant1 base du visage large2 et ce sujet n'est pas le seul1 nous en possdons un certain nombre qui prsentent les mmes caractres et qui tous appartiennent la plus basse classe de ,mexico4 ,le sujet fig4 #c bis se rapproche du type des figures de ,palenqu1 quoique1 dans celles-ci1 les angles externes des yeux soient relevs et le menton fuyant4 ,mais voici1 fig4 #e1 une copie faite la loupe1 aussi exactement que possible1 d'une des ttes les mieux conserves du bas-relief de ,chichen-,itza#dj4 ,le profil du guerrier reprsent ici se rapproche sensiblement des types du nord de l',europe1 et l'influence toujours si apparente du sang jaune ne s'y fait pas sentir4 ,dans le mme bas-relief1 nous voyons cependant des personnages dont les traits paraissent beaucoup moins purs4 ,quelques-uns ont un appendice qui leur traverse le nez1 l'un d'eux mme#da semble avoir devant les yeux une paire de besicles saillantes comme le seraient de petites lorgnettes dites jumelles4 ,en effet1 dans la dissertation de ,m4 l'abb ,brasseur de ,bourbourg1 sur le ,livre sacr#db1 nous lisons ce passage4 ,illustration3 ,fig4 #b4 ,illustration3 ,fig4 #c4 ,illustration3 ,fig4 #c bis4 ,illustration3 ,fig4 #d4 ,illustration3 ,fig4 #e4 ,dans l'inscription des divers calendriers d'origine nahuatl1 le premier aprs ,cipactli 7,imox7#dc1 c'est ,ehecatl 7,ig1 dans l',amrique centrale71 l'esprit1 le souffle qui anime tout1 le vent de la nuit2 ,opu ou l'invisible1 personnification1 sans doute1 de ,hurakan1 l'ouragan1 appel aussi le ,coeur de la ,mer1 le ,coeur du ,ciel1 le ,centre de la ,terre1 o il souffle la tempte4 ,on lui prte1 par consquent1 les mmes attributs qu' ,tlaloc 7le ,fcondateur de la terre71 reprsent la foudre la main et commandant aux orages2 puis ceux de ,xiuhteuctli 7le ,matre du feu ou de l'anne71 et aussi ceux de ,tetzcatlipoca 7celui du miroir fumant871 lanant la foudre et qui souvent parat avec de grandes lunettes devant les yeux4 ,cependant1 par l'effet d'une transition assez ordinaire dans cette thogonie1 ,ehecatl1 l'esprit ou le vent1 se personnifie dans ,quetzalcohuatl2 celui-ci devient alors le dieu de la pluie2 ensuite il se trouve charg de balayer les nuages devant ,tetzcatlipoca1 qui devient le soleil1 ,tonatiuh le resplendissant1 dans la langue nahuatl4 ,tous les personnages reprsents sur le bas-relief intrieur du ,cirque sont richement vtus1 coiffs de casques orns de plumes et trs-varis de forme4 ,dans la main gauche1 ils portent un paquet de javelines1 et leur main droite tient une sorte de massue4 ,une garde1 comme un pais bracelet1 entoure leur poignet4 ,en examinant scrupuleusement ces masses d'armes1 on distingue leur extrmit comme une pierre ou un morceau de mtal engag dans une enveloppe volumineuse compose de deux parties 7voir la fig4 #f grossie la loupe74 ,de quelle matire taient ces enveloppes8 ,c'est ce qu'il est difficile de dire2 leur bord est stri comme pour indiquer une fourrure ou une masse de bois raye sur les cts4 ,quelques-unes de ces armes sont munies d'un manche2 d'autres ont un anneau qui sert les tenir avec deux doigts seulement4 ,le ,livre sacr1 dont l'importance historique s'accrot en analysant les planches de ,m4 ,charnay1 nous fournit1 au sujet de ces masses d'armes1 un renseignement curieux4 ,quatre tribus quiches sont retranches sur le mont ,hacavitz1 personnifies en ,balam-,quitz1 ,balam-,agab1 ,mahucutah et ,iqi-,balam4 ,les populations de la plaine se runissent pour les attaquer2 mais celles-ci1 arrives au pied de la montagne avant la nuit1 font halte et s'endorment#dd4 ,tous ensemble donc ils firent halte dans la route2 et1 sans qu'ils s'en aperussent1 tous finirent par s'endormir2 aprs quoi on commena 7les quatre personnages quichs7 leur raser les sourcils avec leurs barbes2 on leur enleva le riche mtal de leur col1 avec leurs couronnes et leurs ornements2 mais ce ne fut que la poigne de leurs masses qu'ils prirent en fait de mtal prcieux2 on le fit pour humilier leurs faces et pour les prendre au pige1 en signe de la grandeur de la nation quiche4 ,ensuite1 s'tant rveills1 ils cherchrent aussitt prendre leurs couronnes1 avec la poigne de leurs masses1 mais il n'y avait plus d'argent ou d'or la poigne1 ni leurs couronnes44444 ,quelques-unes des masses d'armes reprsentes entre les mains des personnages du bas-relief du ,cirque de ,chichen-,itza sont1 en effet1 garnies d'ornements la poigne4 ,illustration3 ,fig4 #f4 ,pour la facilit des lecteurs1 nous donnons1 fig4 #g1 deux des casques ou bonnets chargs de plumes de ces guerriers1 soigneusement copis la loupe sur la photographie de ,m4 ,charnay4 ,l'un de ces bonnets semble couvert d'une fourrure crpue comme sont les bonnets ports par les ,persans de nos jours4 ,ces coiffures sont maintenues sous le menton au moyen d'une jugulaire garnie d'une large oreillre ronde4 ,les ornements qui sont attachs aux narines de quelques-uns des personnages de ce bas-relief taient probablement en pierre1 car on en conserve plusieurs1 dans les collections de ,mexico1 qui paraissent avoir t destins cet usage2 ce sont des morceaux d'obsidienne finement taills4 ,on observera aussi que le personnage portant une paire de lunettes1 arm galement d'une massue1 tient son paquet de javelines sous une cape4 ,tous les guerriers sont trs-vtus1 chausss de bottes longues et amples avec un bourrelet la hauteur de la cheville4 ,le caractre de cette sculpture prsente un singulier mlange de barbarie comme dessin et de dlicatesse comme excution4 ,les figures sont lourdes1 leurs gestes sont gauchement exprims1 et les dtails de la sculpture indiquent un art avanc1 presque voisin de la dcadence4 ,la porte d'une autre salle du mme monument est termine1 sa partie suprieure1 par deux linteaux d'un bois dur1 rougetre1 et qui provient de l'arbre nomm en espagnol zapote colorado4 ,ces linteaux1 qui sont parfaitement conservs1 grce l'extrme scheresse de l'atmosphre dans la pninsule de l',yucatan1 sont couverts de gravures4 ,l'intrieur est peint1 et les couleurs employes sont le rouge1 le noir1 le jaune et le blanc4 ,du reste1 presque toutes les baies des monuments de l',yucatan sont ainsi termines par des linteaux du mme bois2 car les constructeurs de cette contre1 comme on peut le reconnatre facilement1 n'employaient pas de matriaux d'un fort volume2 ils se fiaient la bont de leurs mortiers pour maintenir les parements extrieurs mal liaisonns et ces encorbellements qui composent les salles4 ,ces mortiers sont faits avec une chaux hydraulique presque pure1 et ont une si complte adhrence1 soit dans les massifs1 soit mme lorsqu'ils sont appliqus comme enduits1 comme ,palenqu1 qu' peine si le marteau peut les entamer4 ,on les employait avec profusion1 car il existe encore quelques routes antiques dont la chausse est entirement revtue d'un ciment trs-dur4 ,illustration3 ,fig4 #g4 ,les pl4 ,,xxvi1 ,,xxvii1 ,,xxviii1 ,,xxix et ,,xxx1 reprsentent les divers aspects d'un des monuments de ,chichen-,itza1 dsign sous le nom de ,palais des ,nonnes4 ,l'architecture de cet difice est plus franche que celle de la ,prison et du ,cirque4 ,la faade1 pl4 ,,xxx1 est mme d'un beau caractre1 et la composition de la porte avec le bas-relief qui la surmonte est pleine d'une grandeur sauvage1 d'un effet saisissant4 ,mieux trait que dans les exemples prcdents1 l'appareil des parements est plus rgulier1 et il prsente cette particularit trs-remarquable qu'il s'accorde exactement avec la dcoration4 ,ainsi1 les mandres1 les ttes monstrueuses qui garnissent les parois et les angles1 sont composs au moyen de pierres juxtaposes formant chacune un membre de l'ornement4 ,le menton1 les moustaches1 les joues1 le nez1 les prunelles des yeux1 les sourcils et le bandeau frontal sont autant de morceaux prsentant une sorte de mosaque saillante et sculpte4 ,nous allons retrouver cet ornement bizarre rpt satit sur les parois des monuments de l',yucatan4 ,mentionnons1 pl4 ,,xxvii et ,,xxix1 ces treillis de pierre qui figurent des claires-voies de bois sur un des soubassements et sur une frise du ,palais des ,nonnes4 ,constatons aussi la prsence de ces consoles sur le linteau de la porte1 pl4 ,,xxx1 qui semblent figurer des bouts de solives4 ,ces caractres particuliers et la perfection relative des tailles des parements doivent faire supposer que ce ,palais est d'une poque un peu postrieure la ,prison et au ,cirque1 ou du moins qu'il a t lev sous une influence nouvelle4 ,mais poursuivons l'examen des photographies1 nous reviendrons ensuite sur les observations que cet examen fait natre4 ,,ruines ,d',,uxmal ,en se dirigeant l'ouest de ,chichen dans l',yucatan1 on dcouvre1 non loin de ,mrida et de ,ticul1 les ruines d'une ville importante1 ,uxmal4 ,voici1 fig4 #h1 un plan gnral de ces ruines4 ,au nord1 en ,a1 est un vaste palais1 dit ,palais des ,nonnes1 comprenant divers btiments disposs angles droits et contenant une cour avec deux citernes aa et chemin revtu de ciment e4 ,le btiment b est prcd d'une esplanade surleve c avec logements au-dessous4 ,en ,b1 vers le sud-est1 est un tocalli elliptique bti1 avec large escalier1 et couronn par un temple connu aujourd'hui sous le nom de ,maison du ,nain4 ,au sud1 en ,c1 est le palais dit du ,gouverneur1 et qui semble galement avoir t un temple4 ,l'ensemble de cette construction consiste en une premire pyramide tronque1 ou premire plate-forme carre de plus de #bjjm de ct4 ,une seconde plate-forme s'lve en retraite sur la premire2 deux citernes dd sont creuses sur le plateau4 ,sur une troisime plate-forme k est construit l'difice dsign par les gens du pays comme tant la rsidence du gouverneur4 ,un autel est plac en g1 et une pierre en h1 dite ,pierre du ,chtiment4 ,vers la corne nord-ouest s'lve un petit btiment dit ,maison des ,tortues4 l'extrmit sud-ouest est une autre pyramide ,d1 devant laquelle est bti un difice singulier1 dit ,maison des ,colombes4 ,en ,e s'lve une autre pyramide couronne par des dbris4 ,tout le sol situ entre ces constructions gigantesques est couvert de ruines4 ,illustration3 ,fig4 #h4 ,si l'on se place dans la cour du ,palais des ,nonnes1 au point ,o1 regardant vers le sud1 on dcouvre la vue gnrale donne dans la pl4 ,,xlix4 ,sur le devant apparat l'intrieur du btiment de face du ,palais des ,nonnes1 avec sa grande entre forme d'assises en encorbellement2 sur le second plan1 droite1 la ,maison des ,colombes2 au milieu1 les deux pyramides du sud1 devant lesquelles se dtache la ,maison des ,tortues2 puis1 sur la gauche1 se dcoupant sur le ciel1 le grand ,palais du ,gouverneur1 dont la longueur est de #ajjm environ4 ,si1 du mme point ,o1 pl4 ,,xxxvi1 on se tourne vers l'est1 on dcouvre1 au-dessus du btiment ,k de cette cour1 la ,maison du ,nain ou du ,sorcier1 btie sur un tumulus elliptique4 ,mais examinons un instant cette faade intrieure du btiment ,k4 ,ici1 la tradition d'une structure de bois par empilage1 avec claires-voies interposes1 est vidente4 ,d'ailleurs1 les linteaux de ces portes carres sont en bois sous la maonnerie4 ,au-dessus de la porte centrale1 on retrouve ces ttes monstrueuses que nous avons dj vues ,chichen-,itza4 ,entre les deux assises en saillie qui simulent des sablires de charpente sur le soubassement1 l'architecte a mme plac comme une suite de rondins de bois juxtaposs4 ,il n'est pas douteux ici que l'on a cherch rappeler ces btisses primitives de bois qui1 chez les peuples prsentant un mlange de sang blanc et de sang jaune1 ont consist d'abord en un empilage de troncs d'arbres disposs en encorbellement1 afin de rserver de larges vides leur base4 ,ces vides sont ferms par des treillis imitant des claires-voies4 ,pour rendre parfaitement comprhensibles ces structures par empilages1 encore en usage dans les contres o les deux sangs blanc et jaune sont mls1 il est utile de donner une figure de cette oeuvre primitive de charpenterie4 ,en effet1 fig4 #i1 supposons des piles ou murs de refend ,a2 si l'on pose la tte des piles les premiers patins ,b1 sur lesquels1 angle droit1 on embrvera les traverses ,c1 puis les secondes pices ,b1les deuximes traverses ,cen encorbellement galement embrves1 et ainsi de suite1 on obtient1 au droit des ttes de piles ou murs de refend1 des parois verticales1 et1 dans le sens des ouvertures1 des parois inclines arrivant porter les filires ,d avec potelets intercals4 ,si1 d'une pile l'autre1 on pose les linteaux ,e en arrire du nu des pices ,,bb et que sur ces linteaux on tablisse des treillis1 on obtiendra une construction de bois primitive1 qui est videmment le principe de la dcoration de la faade de pierre du btiment1 pl4 ,,xxxix4 ,mais cette structure primitive n'tait plus comprise par les artistes qui levrent ces faades1 car on remarquera que les encorbellements de bois par empilage sont indiffremment disposs sur les pleins et les vides1 ce qui est un contre-sens2 on observera encore1 fig4 #aj donnant une portion du plan de ce btiment1 que les parois inclines des salles sont disposes paralllement aux murs de face1 comme l'indique le rabattement ,g1 et non perpendiculairement ces murs de face4 ,ainsi donc les traditions de la structure de bois1 bien que conserves dans leur apparence ,uxmal1 n'taient plus admises autrement que comme une dcoration1 ce qui indique une longue priode d'art entre l'poque de leur origine et celle de la construction de ces difices4 ,illustration3 ,fig4 #i4 ,illustration3 ,fig4 #aj4 ,un dtail de l'angle nord-ouest de ce btiment1 pl4 ,,xxxix1 explique plus clairement encore cette tradition de la construction de bois primitive4 ,la grande chelle de cette vue de dtail permet de constater le caractre des ttes humaines qui semblent accroches au milieu des empilages2 ce ne sont pas l les types des figures de ,palenqu1 mais bien plutt ceux des figures des monuments assyriens4 ,sur la frise suprieure sont attaches des rosettes avec franges qui ont toute l'apparence d'un objet en passementerie1 et cependant1 l'angle comme au centre du btiment1 apparaissent ces ttes monstrueuses qui semblent n'avoir avec le reste de cette faade aucun rapport1 ni comme style1 ni comme ornementation4 ,la faade nord intrieure du ,palais des ,nonnes1 pl4 ,,xxxvi1 prsente encore un bien autre mlange de style et de traditions4 ,la structure de bois est peine observe1 on n'en trouve plus que et l quelques vestiges4 ,les grosses ttes forment la principale dcoration des dessus de portes2 les treillis sont historis1 les encorbellements empils supprims4 ,ces amoncellements verticaux d'ornements rappellent certaines dcorations des monuments de l',inde septentrionale1 tels que ceux1 par exemple1 de la pagode ,noire ,kanaruc4 ,sous la dernire porte gauche1 pl4 ,,xxxvi1 on distingue parfaitement l'un des linteaux de bois dur dont nous avons parl et qui a flchi sous la charge4 ,si l'on se retourne vers le btiment de l'entre et que l'on regarde la faade intrieure1 pl4 ,,xlii1 on retrouve l encore la tradition des constructions primitives en rondins4 ,ce sont des traves entires de cylindres de pierre juxtaposs comme une palissade de troncs d'arbre4 ,le treillis et les grosses ttes compltent la dcoration4 la porte principale1 que l'on voit droite1 c'tait bien le cas d'adopter le parti figur des bois empils en encorbellement2 cependant l'architecte s'est content de deux parements de pierre inclins1 comme dans les constructions plasgiques4 ,ce fait seul prouverait que les artistes qui ont construit ces difices subissaient l'influence de traditions trs-diverses et les appliquaient indiffremment sans se rendre compte de leurs origines2 qu'ils venaient donc aprs des peuples ayant laiss des traces de toutes ces traditions sur le sol de l',amrique centrale4 ,sans sortir de cette cour si riche1 et regardant vers l'ouest1 on aperoit la faade1 fort ruine malheureusement1 d'un btiment qui1 dans sa dcoration1 prsente une particularit curieuse1 pl4 ,,xl4 ,on connat aujourd'hui cette faade sous le nom du ,serpent1 et1 en effet1 un serpent immense1 formant des entrelacs1 mais dont la tte et la queue ont t prserves de la ruine1 fait avec les ternelles grosses ttes1 tous les frais de la dcoration de cette faade4 ,dans le ,livre sacr de la nation quiche1 les quatre sages ou hros primitifs des tribus sont ,xmucan et piyacoc1 puis ,tepeu 7le ,dominateur7 et ,gucumatz 7le ,serpent orn de plumes74 ,ces deux derniers1 dit ,m4 l'abb ,brasseur de ,bourbourg1 paraissent commander2 les deux premiers agissent4 ,l'tat de ruine du btiment permet de voir en coupe deux des salles qu'il contient et dont les parois intrieures inclines supportaient un troit plafond de pierre4 ,la pl4 ,,xli donne le dtail de la tte et de la queue du serpent4 ,un ornement1 imit d'une sorte de pompon en passementerie termin par une frange1 se voit au-dessus de la queue du reptile4 ,on dcouvre galement dans la frise ces rosettes franges comme celles signales dans le btiment de l'est4 ,la pl4 ,,xliv prsente une partie conserve des entrelacs forms par les anneaux du serpent1 et1 au milieu d'une grecque1 compose de pierres juxtaposes1 une figure humaine tenant un bton ou une arme4 ,nous constaterons encore ici que le caractre de la tte de ce personnage ne rappelle point les traits des figures de ,palenqu4 ,la pl4 ,,xlviii donne la vue extrieure du btiment dit des ,tortues1 pos sur l'angle nord-ouest de la plate-forme du palais du ,gouverneur4 ,la dcoration du parement de cet difice ne consiste qu'en une imitation de palissade forme de rondins de bois4 ,sur la frise suprieure1 des tortues saillantes rompent seules les lignes horizontales4 ,au fond1 sur la gauche1 on aperoit le btiment principal plant sur la plate-forme la plus leve4 ,des linteaux de bois1 briss aujourd'hui1 et visibles dans l'preuve photographique1 couronnaient la porte de la salle des ,tortues4 ,les pl4 ,,xlv et ,,xlvi donnent la faade principale du palais dit du ,gouverneur4 ,on remarquera le renfoncement termin par une vaste construction en encorbellement1 mur postrieurement mais faisant apparatre au dehors la section ordinaire des salles4 ,la pl4 ,,xlvii montre l'entre du btiment dit du ,gouverneur4 travers ces grands mandres forms par l'appareil se montrent1 ici encore1 la tradition des constructions de bois par empilages1 en encorbellement et le treillis4 ,cette construction est une des plus soignes parmi celles d',uxmal2 les parements sont dresss avec art et la dcoration pleine de grandeur4 ,le palais du ,nain ou du ,sorcier est reprsent sur la pl4 ,,xxxv4 ,ainsi que l'indique le plan gnral1 ce temple 7car c'est videmment un temple7 est bti au sommet d'un tocalli trs-lev1 base elliptique1 et entirement compos d'un blocage de maonnerie revtu de gros moellons parements4 ,dans la vue photographique1 la porte s'ouvrant la base de l'difice est oppose l'emmarchement qui permet de monter au temple4 ,cette porte1 surmonte de la tte monstrueuse1 tait donc destine faire voir au peuple assembl les sacrifices offerts la divinit4 ,c'tait comme la montre du temple dont l'intrieur n'tait ouvert qu'aux sacrificateurs4 ,la base de la colline factice est revtue d'un parement vertical avec une frise dans laquelle on retrouve l'imitation des rondins de bois1 surmonts d'une sorte de balustrade presque entirement dtruite4 ,la pl4 ,,xliii donne l'extrmit d'un des btiments du palais des ,nonnes4 ces vingt-cinq planches1 si compltes d'ailleurs1 se borne la collection des monuments du plateau de ,yucatan recueillis par ,m4 ,charnay4 ,elles suffisent1 et au del1 pour dmontrer aux moins clairvoyants que ces monuments n'ont pu tre levs que par un peuple chez lequel la civilisation tait arrive un dveloppement considrable2 que ce peuple avait d subir des influences trs-diverses1 parmi lesquelles il est difficile de ne point reconnatre celles des races blanches du nord de l',inde1 soit que ces influences aient t produites par des migrations venues du nord du ,japon ou des contres ,scandinaves3 mais nous reviendrons plus tard sur ces diffrentes origines1 continuons la description des monuments4 ,aujourd'hui encore1 la sierra qui borde le golfe est occupe par une population vivant isole au milieu des bois2 pas de villes2 les habitants qui1 de temps immmorial1 se nourrissent d'un peu de mas1 ne se livrent ni au commerce ni l'industrie1 le point saillant de leur caractre moral est l'indpendance2 ils ont les trangers en aversion1 et ne reconnaissent d'autre autorit que celle du prtre local4 ,la configuration du sol1 couvert de montagnes amonceles confusment1 sans grandes valles1 sans plateaux1 ne se prte pas d'ailleurs l'tablissement des villes4 ,les habitants de l'tat de ,chiapas n'entretiennent de relations qu'avec ceux de l',yucatan1 bien que ces derniers possdent des villes1 et aient comparativement une existence beaucoup plus voisine de celle des ,europens4 ,or1 les traditions les plus anciennes laissent supposer que cette contre de ,chiapas n'a jamais t qu'un centre religieux1 le noyau des traditions thocratiques du ,mexique et de l',yucatan4 ,lors de la conqute des ,espagnols1 l'tat de ,chiapas tait un dsert couvert de forts comme aujourd'hui1 si bien que ,fernand ,corts prouva les plus grandes difficults pour le traverser1 et que sa petite arme faillit y prir de faim et de misre1 peu de distance de ,palenqu4 ,,ruines ,,de ,,palenqu ,l'tablissement le plus important de ce territoire1 au point vue archologique est ,palenqu4 ,oublis au milieu des forts1 les monuments de ,palenqu ont chapp la fureur de destruction des conqurants europens4 ,les difices1 ni comme plan1 ni comme construction1 ni comme dcoration1 ne ressemblent ceux de la pninsule yucatque4 ,l'difice principal de ,palenqu1 bti au sommet d'une plate-forme1 se compose d'une succession de grosses piles portant une vote en encorbellement4 ,bties en blocages1 ces piles sont revtues de stucs trs-durs orns de sculptures autrefois peintes4 ,cependant les artistes qui ont lev ces difices savaient sculpter la pierre1 et le bas-relief dit de la croix1 ainsi que plusieurs autres1 en est la preuve certaine4 ,ce bas-relief de la croix a soulev plus d'une question que je ne chercherai point discuter ici2 je me bornerai l'examiner au point de vue gnral de l'art4 ,m4 ,charnay en a photographi la partie principale et la seule qui soit encore ,palenqu#de1 pl4 ,,xxi4 ,grce cette reproduction1 dont on ne peut discuter l'exactitude1 il est facile de voir que le personnage debout ct de la croix1 et qui semble faire une offrande au coq qui la surmonte1 ne prsente nullement les traits des figures d',isamal1 de ,chichen-,itza et d',uxmal2 son front dprim1 ses yeux saillants1 son nez busqu1 la distance norme qui spare le menton des narines1 la compression de l'occiput1 tablissent un caractre de race trangre celles qui sont reproduites dans les sculptures de l',yucatan4 ,sous la croix cependant1 on retrouve la tte monstrueuse si souvent figure ,uxmal et ,chichen-,itza4 ,le style de la sculpture diffre de celui des monuments que nous avons dj examins2 s'il indique un art plus savant1 si les proportions du corps humain sont observes avec plus de soin et d'exactitude1 on s'aperoit que le faire est mou1 rond1 et qu'il accuse plutt une priode de dcadence que l'pret des premiers temps d'un art4 ,les mmes observations peuvent s'appliquer aux fragments de personnages reprsents sur les pl4 ,,xix et ,,xx1 et qui proviennent galement du grand palais de ,palenqu4 ,nous prions nos lecteurs de ne point oublier ces observations sommaires2 nous aurons l'occasion de les dvelopper4 ,il semble prfrable en ce moment1 de continuer notre examen4 ,,ruines ,,de ,,mitla ,nous traversons l'tat de ,chiapas1 nous dirigeant vers l'ouest1 nous abandonnons les montagnes qui ferment la presqu'le yucatque et nous trouvons dans l'tat d',oaxaca une autre contre montagneuse1 au milieu de laquelle sont construits les vastes monuments de ,mitla1 non loin de la ville d',oaxaca4 ,les ruines de ces immenses difices sont peut-tre les plus imposantes du ,mexique2 elles font reconnatre encore l'existence de quatre grands palais et d'un tocalli ou colline artificielle1 dont la plate-forme suprieure est occupe par une chapelle espagnole qui a remplac le temple antique4 ,la pl4 ,,xvii donne une vue gnrale de ces ruines assises mi-cte1 le long de montagnes peu leves1 mais dont les lignes rappellent celles des horizons de la ,grce4 ,le plus grand de ces palais et le mieux conserv1 celui que l'on voit gauche sur la photographie1 prsente en plan des dispositions gnrales analogues celles des palais d',uxmal1 fig4 #aa1 mais dont les dtails diffrent sensiblement de ceux-ci4 ,comme ,uxmal1 la cour est borne1 mais non ferme1 par quatre btiments indpendants les uns des autres2 celui du fond consiste en une grande salle avec une pine de colonnes au milieu1 puis en une annexe contenant une petite cour intrieure entoure de salles troites4 ,de la grande salle colonnes1 on ne communique cette cour intrieure que par un passage dtourn4 ,le btiment de droite ne renferme qu'une seule salle1 de mme avec une pine de colonnes2 celui antrieur et celui de gauche ne laissent plus voir qu'un amas de ruines2 tout indique qu'ils taient disposs comme l'difice de droite4 ,la magnifique vue photographique1 pl4 ,v et ,,vi1 donne la faade du btiment principal du ct de la cour4 ,on distingue parfaitement les trois portes1 en partie mures postrieurement la construction1 qui donnent entre dans la grande salle colonnes4 ,au sommet des piles qui forment les pieds-droits de ces portes1 on remarquera quatre trous ronds1 destins trs-vraisemblablement recevoir quatre boulins supportant une banne en toffe4 ,illustration3 ,fig4 #aa4 ,les monuments de la ,grce et ceux de ,rome1 de la meilleure poque1 galent seuls la beaut de l'appareil de ce grand difice4 ,les parements dresss avec une rgularit parfaite1 les joints bien coups1 les lits irrprochables1 les artes d'une puret sans gale indiquent1 de la part des constructeurs1 du savoir et une longue exprience4 ,dans ce monument1 les linteaux ne sont plus en bois1 mais en grandes pierres1 comme ceux des difices de l'gypte et de la ,grce4 ,le grand appareil forme une suite d'encadrements alterns1 sertissant un appareil trs-dli1 compos de petites pierres parfaitement tailles et de la dimension d'une brique1 formant par leur assemblage des mandres1 des treillis d'un bon got et tous varis dans leurs combinaisons4 ,comme dans les autres monuments que nous avons dj examins1 ces parements masquent un blocage en mortier et moellons4 ,les pl4 ,,vi1 ,,vii et ,,viii donnent l'aspect extrieur de ce palais1 du ct occidental1 avec l'angle rentrant que forme l'annexe accole la grande salle4 ,si nous franchissons les portes ouvertes sur la faade principale1 nous entrons dans la grande salle colonnes1 pl4 ,x4 ,les murs de cette salle sont revtus d'un enduit fort dur1 ainsi que le pav2 les colonnes1 tailles dans un calcaire poreux1 sont monolithes et dpourvues de chapiteaux2 leurs fts1 lgrement fusels1 sont termins la partie suprieure par des cnes tronqus 7voir la coupe ,a de la fig4 #aa1 faite sur la ligne ba du plan74 ,ces formes rappellent certaines colonnes de rserve des hypoges de l',inde4 ,mitla1 les colonnes1 disposes en pine1 taient destines diminuer la porte des poutres soutenant la couverture de la salle2 car ici les parois verticales laissaient ces poutres une porte considrable1 eu gard la charge qu'elles taient destines soutenir4 ,la fig4 #ab1 donnant la coupe restaure de la salle principale1 fera comprendre l'utilit des colonnes4 ,aujourd'hui1 la construction1 drase au niveau ,a1 ne laisse plus voir que les portions des blocages qui taient comprises entre les solives4 ,il y a tout lieu de croire que les colonnes portaient deux chapeaux en bois 7,b dans la coupe transversale et ,b dans la portion de coupe longitudinale71 lesquels recevaient les deux autres chapeaux 7,c dans la coupe transversale1 ,c dans la coupe longitudinale71 soulageant les portes des deux filires 7,d dans la coupe transversale1 ,d dans la coupe longitudinale74 ,sur ces filires passaient les solives ,e1 engages1 leurs extrmits1 dans les murs1 et soulages encore par les corbelets en bois ,f4 ,un pais plancher de solives jointives fermait le tout et recevait un btonnage couvert d'un enduit4 ,la petitesse des matriaux de pierre accumuls l'intrieur ou l'extrieur du palais de ,mitla ne peut faire supposer que ces colonnes aient jamais support des linteaux de pierre4 ,d'ailleurs ce genre de construction a beaucoup d'analogie avec certains monuments du nord de l',inde et du ,japon4 ,trois petites niches carres s'ouvrent dans le mur du fond1 en face des trois portes1 et une porte troite et basse donne entre dans le couloir qui communique de cette salle la cour intrieure1 dont la pl4 ,,xi nous prsente une vue4 ,c'est le mme systme d'appareil que celui des dehors3 grands linteaux au-dessus de la porte#df1 fortement accuss par un large encadrement4 ,illustration3 ,fig4 #ab4 ,mais la partie la plus curieuse de cet difice est peut-tre la salle donnant sur cette cour et dont ,m4 ,charnay a pu faire la photographie1 pl4 ,,ix4 ,cette salle est entirement tapisse au moyen de cet appareil de petites pierres en forme de briques composant des dessins de mandres trs-varis4 ,comme la grande salle1 cette pice tait couverte par un solivage en bois et ne recevait de jour que par la porte4 ,c'tait l1 il faut en convenir1 un singulier intrieur1 surtout si l'on se figure ces mosaques saillantes1 revtues de peintures2 mais les salles des palais gyptiens n'taient ni plus ouvertes ni d'un aspect moins svre4 ,du btiment situ du ct oriental de la grande cour du palais1 il ne reste plus1 pl4 ,,xii1 qu'une porte et deux colonnes4 ,cette construction rappelle exactement celle du grand btiment4 ,il faut dire que l'aire de la grande cour est entirement revtue d'un ciment trs-rsistant4 ,la pl4 ,,xiii donne la vue d'un des autres palais ruins de ,mitla et dont la construction ne diffre du prcdent qu'en ce qu'un vaste souterrain est rserv sous la salle4 ,l encore1 les trois portes avec les trous dans les pieds-droits1 les trois niches dans le mur du fond1 le grand et bel appareil4 ,les autres planches reproduisent certains aspects des palais plus ou moins ruins de ,mitla1 mais qui prsentent tous les mmes caractres que nous observons dans le premier dcrit4 ,les deux colonnes qui sont poses devant une porte ouverte depuis peu dans le mur du palais1 pl4 ,,iii1 proviennent d'ailleurs et ne sont point l leur place4 ,ces colonnes taient toujours poses en pine dans les intrieurs des grandes salles4 ,le tocalli de ,mitla1 dpouill malheureusement de son temple antique1 est reprsent dans la pl4 ,,ii4 ,son large emmarchement est encore conserv4 ,la photographie du clbre calendrier mexicain conserv ,mexico1 pl4 ,i1 commence la srie des planches qui composent la collection des monuments recueillis par ,m4 ,charnay4 ,nous retrouvons dans cette sculpture le faire de celle de ,palenqu4 ,il y a certainement une analogie de style entre tous les monuments que nous venons de dcrire1 et cependant on ne peut les considrer comme appartenant les uns et les autres aux mmes coles d'art1 partant aux mmes races et aux mmes traditions4 ,ainsi1 habituellement1 dans la pninsule yucatque1 la tradition de la structure en bois est visible1 le got exagr de l'ornementation se fait sentir1 les constructions parois inclines pour les intrieurs sont gnrales1 la sculpture est abondante1 et la reproduction de la figure humaine trs-frquente2 tandis qu' ,mitla1 pas de sculpture1 aucune ornementation autre que celle donne par l'assemblage de l'appareil1 les parois intrieures des salles sont verticales1 les colonnes sont employes1 la construction est parfaite1 et le bois n'apparat dans ces btisses que pour la couverture1 sans que rien fasse apercevoir1 dans les formes de la maonnerie1 une imitation d'une structure primitive en bois4 ,si les ,yucatques cherchent la varit en levant les divers btiments d'un mme palais1 les ,zapotques de ,mitla semblent au contraire avoir adopt un type1 une forme premire dont il leur est interdit de s'carter4 ,d'ailleurs1 dans tous ces monuments1 temples ou palais1 qu'ils s'lvent sur le sol mexicain ou sur le plateau de l',yucatan1 il est impossible de ne pas reconnatre l'influence d'un art hiratique1 riv certaines formes consacres par une civilisation essentiellement thocratique2 or1 les arts hiratiques ne se dveloppent jamais que dans certaines conditions sociales1 comme les institutions thocratiques elles-mmes4 ,les civilisations fondes sur une thocratie n'ont jamais pu s'tablir que l o se manifestait la prsence d'une race suprieure au milieu d'une race infrieure1 et o cette dernire tait assez nombreuse et assez forte pour ne pas tre anantie4 ,la thocratie n'existe qu'avec le principe des castes1 et les castes ne se sont institues l'tat d'ordre social que dans les contres o une invasion aryane avait t assez puissante pour soumettre par la force des populations finniques1 touraniennes1 ou noires1 ou mtisses4 ,mais les ,aryans1 ou si l'on aime mieux1 les hommes blancs sortis des vastes contres septentrionales de l',inde1 n'ont d'aptitude pour les arts plastiques qu' l'tat latent1 dirai-je2 pour que cette aptitude arrive se dvelopper au point de produire1 il faut qu'il se fasse un mlange entre le sang blanc et le sang noir ou jaune4 ,cette sorte de fermentation ncessaire la production des oeuvres d'art se manifeste diffremment si le mlange se fait doses ingales1 et surtout s'il se fait entre l'aryan et le touranien1 ou entre l'aryan et le mlanien4 ,l1 par exemple1 o le mlange se fait entre l'aryan et le noir1 apparaissent les constructions en grand appareil sans l'aide du ciment ou du mortier1 les monolithes4 ,l les lois les plus simples de la statique sont seules admises1 comme dans l'architecture gyptienne1 et mme plus tard dans l'architecture de l',ionie et de l',hellade4 ,mais si l'on trouve dans un monument des traces de mortier1 de blocages1 de pierres agglutines par une pte1 on peut tre assur que le sang touranien ou finnois s'est ml au sang aryan4 ,alors la population conquise laisse1 jusqu'aux poques les plus loignes de la conqute1 la trace de sa prsence1 car c'est elle qui construit1 c'est elle qui taille la pierre et qui la pose1 c'est elle qui emploie les mthodes propres sa race4 ,cependant l'aryan1 pour qui la structure de bois est un souvenir1 une tradition des premiers temps1 un signe de la supriorit de caste2 l'aryan1 dis-je1 entend que1 quelle que soit la mthode de btir admise par la race asservie1 elle laisse subsister la trace de cette sculpture sacre de bois1 considre comme ayant servi de demeure aux hros primitifs4 ,aussi1 dans l',inde1 en ,asie ,mineure1 en gypte mme1 comme dans l',yucatan1 retrouve-t-on partout1 dans l'architecture de pierre1 et quelle que soit la mthode employe par les constructeurs1 la tradition de la structure de bois1 comme tant celle qui rappelle l'origine noble de la race suprieure et conqurante4 cette rgle1 les tumuli1 pyramides1 tocalli font seuls exception2 mais c'est que ces amas de terre ou de pierre1 ces montagnes factices que l'on rencontre dans la ,sibrie mridionale1 dans l',inde1 en ,asie ,mineure1 en gypte1 en ,amrique1 depuis les contres septentrionales jusqu'au ,prou1 en ,europe1 et particulirement l o les invasions venues de l',orient ont pntr1 sont partout des monuments funraires dans l'origine1 levs sur la dpouille des hros1 des demi-dieux1 et sur lesquels plus tard1 comme en ,amrique1 on btit le temple4 ,l'ide de la divinit rsidant sur les montagnes appartient particulirement la race aryane1 qui place toujours ses monuments sacrs sur des hauteurs naturelles1 et1 leur dfaut1 sur des hauteurs factices4 ,la montagne et la fort sont les conditions essentielles au culte des races aryanes1 et c'est1 encore une fois1 un souvenir des origines divines que se donne cette race sortie des montagnes et des forts septentrionales du continent asiatique4 ,quelques savants de notre temps#dg pensent1 non sans de fortes raisons1 que la race jaune1 originaire du vaste continent amricain1 se serait rpandue au nord de l',asie1 chassant devant elle1 vers le sud-est et l'ouest1 des races mlaniennes qui alors occupaient ces immenses contres4 ,mle cette race noire1 elle aurait form la grande famille malaye le long des ctes orientales de l',asie1 et se serait tendue par la ,sibrie jusque vers l',europe1 alors dserte4 ,que cette bifurcation de la race jaune ait eu lieu en effet1 l'histoire ne remonte pas si haut2 elle ne commence poindre qu'avec les races civilisatrices1 et la civilisation ne pouvait procder de ce mlange des deux races infrieures4 ,plus de cinq mille ans avant notre re1 des plateaux septentrionaux de l',inde descendent1 au milieu de cet amas de peuplades grossires1 les hommes blancs1 possdant une cosmogonie savante1 puisque toutes les religions n'ont fait depuis qu'en recueillir les dbris4 ,forts1 se considrant comme suprieurs aux autres humains1 entreprenants1 particulirement aptes gouverner1 ils poussent devant eux1 descendant vers le sud-ouest1 ces flots de noirs et de mtis1 travers les plaines du ,tourn1 et s'tablissent dans l',asie ,mineure#dh4 ,depuis lors1 le courant ne s'arrte plus jusque vers les premiers sicles du christianisme4 ,ce grand rservoir de la race blanche s'panche1 plusieurs reprises1 par le ,tourn et le ,caucase1 sur l',asie ,mineure et jusqu'en gypte1 dans la pninsule indienne1 en ,perse1 le long de la mer ,caspienne1 du ,bosphore1 jusqu' la ,grce et sur toute l',europe occidentale4 ,il jette des dominateurs civilisateurs sur la ,chine et sur le ,japon4 ,seul1 le continent amricain serait-il rest en dehors de l'influence de ces incessantes migrations8 ,est-il possible d'admettre cet isolement1 lorsque sur le continent amricain nous retrouvons des monuments qui indiquent la trace de ces peuplades indo-septentrionales8 lorsque nous retrouvons dans le ,mexique des armes et des ustensiles qui rappellent par leur forme et leur matire ceux que l'on dcouvre en ,asie ,mineure1 tels1 par exemple1 que ces flches en obsidienne1 ces vases en terre revtus de peintures#di1 et mieux que tout cela1 sur les monuments existants1 des figures qui conservent le type des peuplades blanches indo-septentrionales8 lorsque tous les monuments btis1 figurs ou crits1 nous laissent entrevoir les enseignements1 altrs il est vrai1 d'une mme cosmogonie8 ,il s'lve cependant contre l'hypothse d'une migration blanche indo-septentrionale en ,amrique1 soit par le dtroit de ,behring1 soit par le ,groenland1 de graves objections4 ,nulle part on ne constate1 dans l',amrique centrale1 avant l'arrive des ,espagnols1 la trace de chevaux1 par exemple4 ,or le cheval est le compagnon insparable de l',aryan4 ,les peuples blancs1 l o ils pntrent1 combattent sur des chars1 chez les ,hindous1 chez les ,assyriens1 les ,perses et les ,mdes1 en gypte1 en ,grce1 en ,italie1 dans le nord de la ,gaule1 en ,bretagne1 en ,germanie et en ,scandinavie4 ,or1 au ,mexique1 le cheval n'est reprsent nulle part sur les monuments4 ,les bas-reliefs si curieux de ,chichen-,itza nous montrent les guerriers combattant pied des serpents et des tigres4 ,nous ne trouvons sur ces monuments figurs1 pas plus que dans les textes1 la trace de pasteurs4 ,dans le ,popol-,vuh1 l'animal domestique n'existe pas1 les habitudes des pasteurs ne laissent aucune trace2 le principe de la famille1 si puissant chez tous les peuples aryans ou issus d'aryans1 le patriarcat est confus2 toutefois la caste existe1 ainsi que la noblesse du sang4 ,si1 dans la ,floride1 les ,espagnols ont vu des troupeaux de bestiaux domestiques1 il ne parat pas que les ,mexicains en aient jamais possds2 or l'aryan est pasteur4 ,on ne conoit gure mme comment des difices aussi considrables que ceux du ,mexique ont pu tre construits sans le concours de btes de somme4 ,quant ce dernier point1 n'oublions pas que1 dans l'empire de ,montzuma1 des hommes1 considrs comme appartenant une race infrieure1 taient soumis aux travaux imposs aux brutes1 et que l'ide de la supriorit de caste est tellement vidente dans le ,popol-,vuh1 par exemple1 que le peuple1 c'est--dire la masse trangre aux tribus quiches1 n'est jamais dsign que sous des noms d'animaux2 ce sont les fourmis1 les rats1 les singes1 les oiseaux1 les tortues1 les abeilles1 etc4 chaque instant1 dans ce livre1 ces btes sont charges1 par les nobles quichs1 de messages1 d'entreprises2 c'est avec leur aide que les ,xibalbades sont dtruits1 et ce sont mme les animaux allis qui sont chargs d'assurer les suites de la conqute4 ,n'y a-t-il pas l un signe vident de la race blanche au milieu de populations regardes par elle comme trs-infrieures8 ,quant aux chevaux1 si les tribus blanches qui ont envahi le ,mexique ne sont arrives du nord1 comme tout porte le croire1 qu'aprs une suite d'tapes prolonges peut-tre pendant plusieurs sicles1 et aprs un ou plusieurs voyages travers l',ocan1 il ne serait pas surprenant1 qu'arrivs sous le #bj;e degr de latitude1 ils n'eussent plus possd un seul cheval1 qu'ils eussent perdu mme le souvenir de ces compagnons de leurs expditions4 ,d'ailleurs1 il parat vident que ces migrations blanches taient1 relativement ce qu'elles furent en ,asie et en ,europe1 peu nombreuses4 ,leur disparition presque totale et le peu de fixit de leurs tablissements en ,amrique en serait une preuve4 ,doit-on conclure de l'tat sauvage actuel d'une grande partie des populations de l',amrique que ces peuples ne sont pas encore civiliss ou qu'ils nous laissent voir les restes de civilisations depuis longtemps touffes8 ,cette dernire hypothse est adopte par ,guillaume de ,humboldt1 et elle parat trs-voisine de la vrit1 si l'on considre qu' l'poque de la conqute des ,espagnols1 ,fernand ,cortez trouva en ,amrique des tats polics l o l'on ne rencontre plus que des populations misrables1 clair-semes au milieu des dserts1 et que ces tats avaient atteint dj l're de leur dcadence4 ,mais telle est la puissance de la race blanche que1 si faible qu'elle soit numriquement parlant1 elle laisse des traces indlbiles1 et que seule elle possde ce privilge d'inaugurer les civilisations4 ,en l'tat de mlange o se rencontrent les grandes races humaines sur la surface du globe aujourd'hui1 il est assez difficile de distinguer les aptitudes premires de chacune d'elles2 cependant1 l o le noir est sans mlange1 il n'existe pas1 proprement parler1 une civilisation2 il n'y a ni progrs ni dcadence3 c'est un tat normal barbare o la force matrielle et la ruse gouvernent seules2 l o la race touranienne ou finnique est reste pure1 si les moeurs sont moins grossires1 si l'on trouve une apparence d'autorit morale1 il n'y a point cependant de progrs et de variations sensibles dans l'tat social4 ,l'industrie1 le commerce se dveloppent jusqu' un certain point2 le bien-tre matriel et la discipline peuvent rgner1 mais jamais l'amour du beau1 le dvouement raisonn1 l'attrait de la gloire ne remuent ces populations paisibles1 attaches la satisfaction des besoins matriels de chaque jour4 ,l'lment blanc seul donne la vie ces masses inertes et obscures2 il apporte sa cosmogonie1 l'observation des temps1 sa passion pour la renomme1 son besoin incessant d'activit2 il veut vivre dans l'avenir et crit l'histoire4 ,les traditions ou souvenirs crits de ce monde datent de l'invasion de l'lment aryan2 or1 les ,mexicains avaient une histoire1 tous les auteurs espagnols l'ont reconnu1 et ,las ,casas#ej1 entre autres1 le dit de la manire la plus formelle4 ,dans les rpubliques de ces contres1 dans les royaumes de la ,nouvelle-,espagne et ailleurs1 entre autres professions et gens qui en avaient la charge taient ceux qui faisaient les fonctions de chroniqueurs ou d'historiens4 ,ils avaient la connaissance des origines et de toutes les choses touchant la religion1 aux dieux et leur culte1 comme aussi des fondateurs des villes et des cits4 ,ils savaient comment avaient commenc les rois et les seigneurs1 ainsi que leurs royaumes1 leurs modes d'lection et de succession2 le nombre et la qualit des princes qui avaient pass2 leurs travaux1 leurs actions et faits mmorables1 bons et mauvais2 s'ils avaient gouvern bien ou mal2 quels taient les hommes vertueux ou les hros qui avaient exist2 quelles guerres ils avaient eu soutenir et comment ils s'y taient signals2 quelles avaient t leurs coutumes antiques et les premires populations2 les changements heureux ou les dsastres qu'ils avaient subis2 enfin tout ce qui appartient l'histoire1 afin qu'il y et raison et mmoire des choses passes4 ,ces chroniqueurs tenaient le comput des jours1 des mois et des annes4 ,quoiqu'ils n'eussent point une criture comme nous1 ils avaient1 toutefois1 leurs figures et caractres1 l'aide desquels ils entendaient tout ce qu'ils voulaient1 et de cette manire ils avaient leurs grands livres composs avec un artifice si ingnieux et si habile1 que nous pourrions dire que nos lettres ne leur furent pas d'une bien grande utilit444 ,il ne manquait jamais de ces chroniqueurs2 car1 outre que c'tait une profession qui passait de pre en fils et fort considre dans la rpublique1 toujours il arrivait que celui qui en tait charg instruisait deux ou trois frres ou parents de la mme famille en tout ce qui concernait ces histoires2 il les y exerait continuellement durant sa vie1 et c'tait lui qu'ils avaient recours lorsqu'il y avait du doute sur quelque point de l'histoire4 ,mais ce n'tait pas seulement ces nouveaux chroniqueurs qui lui demandaient conseil1 c'taient les rois1 les princes1 les prtres eux-mmes444 ,ces chroniqueurs1 ces juges1 consults par les princes1 avaient plus d'un rapport avec les mages2 ce texte ne laisse cet gard aucun doute1 et il est difficile de leur chercher une autre souche que celle d'o sortaient ces personnages essentiels de la socit antique de l',asie4 ,les traditions mexicaines donnent aux populations de ces contres trois origines4 ,elles prtendent que toutes vinrent du nord et de l'orient2 les premires1 les ,chichimques1 taient des sauvages vivant de chasse et n'ayant ni villes ni cultures2 les secondes1 les ,colhuas1 qui enseignrent cultiver la terre et donnrent les premires notions de la vie civilise2 les dernires1 venues longtemps aprs1 furent les ,nahuas1 qui institurent un gouvernement1 apportrent une religion et un culte4 ,les ,colhuas seraient arrivs1 travers l',ocan1 de l'orient1 neuf ou dix sicles avant l're chrtienne1 et leurs descendants seraient les fondateurs de ces monuments merveilleux de ,palenqu et de ,mayapan4 ,quant aux ,nahuas1 descendus par le nord-est1 ils se seraient1 aprs des luttes acharnes1 empars du ,mexique4 ,nation guerrire1 important avec elle un culte farouche1 mais intelligente et superbe1 elle aurait impos un joug thocratique aux habitants de ces contres4 ,ces immigrations du nord-est paraissent n'avoir pas cess jusqu'au ,x,i,ie sicle de notre re4 ,ces ,nahuas procdent vis--vis les possesseurs du pays comme le faisaient les nations belliqueuses du nord en face du vieil empire romain4 ,ils demandent d'abord un territoire pour tablir une colonie et pour vivre2 ils acceptent l'tat de vassaux et de tributaires2 puis1 quand ils se sentent assez forts1 ils attaquent la puissance suzeraine4 ,l'tat de ,guatmala et de ,chiapas1 de ,xibalba dans le ,popol-,vuh1 tait le centre de la domination des ,quinams ou ,colhuas#ea4 ,le ,livre sacr reprsente le roi de ces contres et ses fils comme des gants2 l'un se dit l'gal du soleil et de la lune1 ses enfants roulent des montagnes4 ,c'est contre cette race orgueilleuse que les ,nahuas ouvrent la lutte1 personnifis en deux frres1 ,zaki-,nim-,ak 7le grand ,sanglier blanc71 et ,zaki-,nima-,tzyiz 7le grand-blanc-piqueur d'pines7#eb4 ,les gants sont vaincus et crass4 ,cependant 7toujours d'aprs le ,popol-,vuh7 la guerre continue et se termine l'avantage des ,nahuas4 ,l'auteur du ,livre sacr1 aprs une sorte d'anathme jet aux gens de ,xibalba1 porte sur eux ce jugement suprme444 ,mais leur clat ne fut jamais bien grand auparavant2 seulement ils aimaient faire la guerre aux hommes2 et vritablement on ne les nommait pas non plus des dieux anciennement2 mais leur aspect inspirait l'effroi2 ils taient mchants hiboux1 inspirant le mal et la discorde4--,ils taient galement de mauvaise foi1 en mme temps blancs et noirs1 hypocrites et tyranniques1 disait-on4 ,en outre1 ils se peignaient le visage et s'oignaient avec de la couleur#ec444 ,les traditions toltques1 conserves par ,ixtlilxochitl#ed1 prsentent les princes nahuas comme souverains de villes riches1 puissantes et peu prs indpendantes des rois chichimques4 ,leur cit principale1 ,tlachiatzin1 avait t fonde par des hommes sages et d'une grande habilet dans les arts1 ce qui avait fait donner cette ville le surnom de ,toltecatl1 qui1 dans la langue nahuatl1 signifie ouvrier ou artiste#ee4 ,d'aprs les mmes traditions conserves par ,ixtlilxochitl et ,veytia#ef1 le soulvement des ,toltques ou ,nahuas et leurs victoires auraient eu lieu la fin du ,i,i,ie sicle de notre re#eg4 ,leur domination ne dura pas toutefois plus d'un sicle4 ,vaincus leur tour par la race asservie1 ils auraient recommenc une longue srie d'migrations vers l'ouest1 puis vers le nord1 jusqu' la hauteur de la ,californie1 puis vers les contres du centre et le ,prou1 laissant partout des traces de leur passage1 fondant des villes1 civilisant des pays1 mais regrettant toujours le lieu de leur domination1 ainsi que le constate le ,livre sacr4 ,la race nahuatl1 quelques sicles avant l're chrtienne et jusqu'au moment de la chute de ,xibalba1 aurait occup le pays montagneux situ dans les tats de ,chiapas et de ,guatmala4 ,le ,tulan dont parlent les traditions guatmaliennes tait situ entre les ruines de ,palenqu et la ville moderne de ,comitan2 aussi les mythes qui personnifient les vainqueurs de ,xibalba sont-ils prsents comme descendant des degrs pour combattre leurs oppresseurs2 mais les hros quichs ,hun-,ahpu et ,xbalanqu1 de race nahuatl pure1 ayant fait appel aux animaux1 aux brutes1 pour dtruire l'empire de ,xibalba1 sont reus froidement par leurs concitoyens1 lorsqu'ils reviennent aprs la victoire1 car ils ont vaincu avec l'aide des races infrieures1 des barbares4 ,la mention de ces animaux que les mythes quichs appellent leur aide dans toutes les circonstances graves1 animaux gagns par des menaces ou des promesses1 indiquerait assez que la race nahuatl pure tait peu nombreuse et dominait sur des vassaux indignes considrs comme appartenant une race infrieure2 les frres de ,hun-,ahpu et de ,xbalanqu1 vous aux travaux d'art1 changs en singes au moment de la lutte et assimils ainsi aux brutes1 montrent que les arts taient pratiqus1 non par la fodalit nahuatl1 mais par ses vassaux de race mtisse probablement4 ,il paratrait donc que les difices de ,palenqu1 dj ruins et oublis au moment de la conqute des ,espagnols1 appartiendraient la race indigne au milieu de laquelle des tribus quiches de race suprieure seraient venues s'tablir quelques sicles avant notre re2 mais que les monuments de l',yucatan1 tels que ceux d',isamal1 de ,chichen-,itza et d',uxmal1 auraient t levs1 la suite de la destruction de l'empire xibalbade1 par les ,nahuas4 ,en effet1 entre les monuments de ,palenqu et ceux de l',yucatan1 il y a des diffrences profondes2 le systme de construction1 ,palenqu1 ne consiste pas1 comme ,chichen-,itza ou ,uxmal1 en des revtements d'appareil devant des massifs en blocage1 mais en des enduits de stucs orns et de grandes dalles recouvrant les blocages4 ,le caractre de la sculpture1 ,palenqu1 est loin d'avoir l'nergie de celle que nous voyons dans des difices de l',yucatan2 les types des personnages reprsents diffrent plus encore2 ils accusent des traits loigns de ceux de la race aryane ,palenqu1 s'en rapprochent sensiblement ,chichen-,itza4 ,enfin1 ce n'est que dans les monuments de l',yucatan qu'apparaissent ces traditions si sensibles de la structure de bois4 ,on se souvient de l'analyse trs-sommaire de l'origine des ,quichs donne plus haut d'aprs le ,livre sacr4 ,c'est ,tulan que les ,quichs arrivent et qu'ils viennent chercher l'arche qui personnifie la divinit4 ,jusqu' leur arrive ,tulan1 les ,quichs n'ont pas de culte apparent1 ils adorent le soleil1 les splendeurs clestes4 ,il leur faut un signe pour le peuple4 ,ces migrants d'une race suprieure1 arrivant du nord-est1 n'auraient-ils pas trouv ,tulan un culte tabli par une race moins leve1 et ne l'auraient-ils pas en partie adopt1 puisque c'est dater de leur sjour ,tulan que le dieu ,tohil exige les sacrifices humains1 et que toutes les tribus toltques1 sauf une seule1 se soumettent cette nouveaut1 entranes probablement par l'exemple des traditions puissantes1 qui existaient dans le pays avant leur arrive8 ,ces tribus qui viennent ainsi1 dit le ,livre sacr1 s'tablir au milieu d'un pays o vivaient des hommes noirs et des hommes blancs1 ayant un doux langage1 d'un aspect agrable1 et prsentant tous les caractres d'un tat social avanc1 ces tribus qui se considrent comme issues des dieux1 ne nous montrent-elles pas l'introduction d'une race blanche relativement peu nombreuse chez des peuples dj trs-civiliss1 protgeant les arts1 possdant un culte et forant ainsi les nouveaux venus se faonner aux moeurs du pays8 ,mais1 bien que se considrant toujours comme appartenant une caste suprieure1 les ,quichs font alliance avec les peuples tributaires de ,xibalba1 ils se mettent leur tte et les entranent contre leurs oppresseurs vers le ,i,i,ie sicle de notre re4 ,vainqueurs1 ils fondent des villes sur la pninsule yucatque1 et btissent les monuments tranges que nous y trouvons encore aujourd'hui1 se servant naturellement des artistes et ouvriers du pays pour lever ces normes constructions2 ils leur imposent cependant un got nouveau2 eux aussi1 les ,quichs1 ont leurs traditions1 la structure de bois#eh2 ils aiment les toffes riches1 les plumes1 les bijoux1 et1 en moins d'un sicle probablement1 surgissent ces monuments dont nous voyons les ruines entoures de villes considrables4 ,sur un sol o l'on ne peut trouver d'eau pendant neuf mois de l'anne1 ils font creuser d'immenses citernes enduites avec soin1 ou profitent des excavations naturelles qui laissent passer des cours d'eau sous une paisse couche calcaire4 ,cependant les conqurants de ,xibalba1 les ,quichs ou ,toltques1 ainsi qu'alors on les dsigne1 vivant sous une sorte de rgime fodal1 car l'esprit de la tribu ne s'teint pas1 se livrent des querelles incessantes1 sont peu peu chasss du pays1 et recommencent une longue srie d'migrations jusqu' une poque voisine de la conqute espagnole4 ,de ,tulan1 d'aprs le ,livre sacr1 trois migrations principales auraient eu lieu1 l'une vers ,mexico1 les deux autres vers ,tepeu et ,oliman#ei4 ,l'empire de ,mexico acquit une grande puissance en peu de temps et penchait dj vers la dcadence au moment de l'arrive de ,fernand ,cortez4 ,mexico mme1 il ne reste pas un seul monument des ,toltques2 mais ceux de ,mitla1 dont une partie est si bien conserve1 nous paraissent appartenir la civilisation quiche1 quoique postrieurs ceux de l',yucatan4 ,la perfection de l'appareil1 les parements verticaux des salles avec leurs pines de colonnes portant la charpente du comble1 l'absence complte d'imitation de la construction de bois dans la dcoration extrieure ou intrieure1 l'ornementation obtenue seulement par l'assemblage des pierres sans sculpture1 donnent aux difices de ,mitla un caractre particulier qui les distingue nettement de ceux de l',yucatan et qui indiquerait aussi une date plus rcente4 ,une seule tribu1 partie de ,tulan1 s'tablit ,mexico1 c'est dire qu'elle venait civiliser une contre dj peuple1 mais qu'elle se trouvait numriquement peu importante1 au milieu de populations indignes qui dj possdaient des arts4 ,l'influence des ,toltques ne put donc exercer1 dans le ,mexique proprement dit1 une action aussi complte que dans l',yucatan1 o ils taient relativement nombreux1 et l'architecture devait participer davantage des moeurs et des habitudes appartenant aux indignes4 ,nous voyons que les ,quichs avaient une aptitude particulire pour la sculpture et la peinture2 les frres de ,hun-,ahpu et de ,xbalanqu s'adonnent aux arts du dessin4 ,les sacrificateurs rfugis sur le mont ,hacavitz peignent des toffes#fj4 ,quand1 aprs la mort des trois hros ,balam-,quitz1 ,balam-,agab et ,mahucutah1 les tribus victorieuses se sparent1 elles fondent partout o elles migrent des villes pleines de monuments1 de palais magnifiques btis de pierre et de chaux#fa4 ,mais ces difices1 qui demandaient le concours de tant de bras1 taient ncessairement construits par les nations indignes soumises et devaient se ressentir des traditions et habitudes locales1 suivant que les tribus conqurantes et civilisatrices formaient une caste plus ou moins considrable4 ,il y aurait donc lieu de voir dans les difices de ,mitla1 loigns dj du centre de la domination primitive des ,toltques1 un art ayant conserv plus que dans l',yucatan des traditions trangres cette domination et appartenant aux populations indignes4 ,cette faon de construire par compartiments de dessins forms de petites pierres imitant la structure en brique1 ces terrasses en charpente tablies sur des colonnes et des murs verticaux1 et jusqu'aux mandres composs par le petit appareil1 rappellent les monuments anciens de la race malaye beaucoup plus que ceux de l',yucatan4 ,remarquons1 d'ailleurs1 qu'aujourd'hui encore les habitants de l',yucatan sont d'une race beaucoup plus belle et se rapprochant plus du type blanc que ceux des plateaux du ,mexique1 qui1 comme nous l'avons dit en commenant1 prsentent un mlange assez confus de races diverses o cependant le type de la race malaye semble dominer4 ,pour nous rsumer donc en peu de mots1 il y a tout lieu de croire que l',amrique centrale1 le ,mexique et l',yucatan taient occups1 quelques sicles avant notre re1 par une race ou un mlange de races participant surtout des races jaunes2 que ces populations1 de moeurs assez douces1 arrives ce degr de civilisation matrielle laquelle les jaunes sont particulirement aptes1 tout en pratiquant cependant les sacrifices humains et des preuves religieuses cruelles1 ce qui n'est pas incompatible chez ces peuples avec une organisation trs-parfaite1 avec le culte des arts et les habitudes de bien-tre2 que ces populations1 disons-nous1 virent s'implanter au milieu d'elles des tribus d'une race blanche venue du nord-est1 possdant un degr beaucoup plus lev les aptitudes civilisatrices2 que ces nouveaux venus1 guerriers1 braves1 se seraient bientt empars du pouvoir1 auraient institu un rgime thocratique1 et1 avec cette prodigieuse activit qui distingue les races blanches1 auraient fond quantit de villes1 soumis le pays une sorte de gouvernement fodal ou plutt de castes suprieures1 et lev ces immenses monuments qui nous surprennent aujourd'hui par leur grandeur et leur caractre trange4 ,nous rangerions ainsi les difices de ,palenqu dans la srie des monuments construits par les indignes1 avant la soumission de ,xibalba1 ceux de l',yucatan sitt aprs la domination des ,quichs1 de la race conqurante et suprieure1 et ceux de ,mitla parmi les drivs de l'influence quiche1 postrieurement la sparation des tribus runies ,tulan4 ,les monuments dont les restes se voient encore dans l',amrique centrale1 que notre ami ,m4 ,daly a visits et dont nous attendons une description1 seraient dus au retour des tribus quiches vers le nord et le nord-est1 aprs la chute de leur domination sur la pninsule yucatque1 affaiblies qu'elles taient par leurs querelles et un soulvement de l'antique population indigne4 ,peut-tre sommes-nous arrivs au moment o une intervention europenne au ,mexique permettra de dchirer les voiles qui couvrent encore l'histoire de cette belle contre4 ,m4 ,charnay a rendu un service signal l'tude de l'archologie en offrant au public cette collection de photographies recueillies travers mille prils et aux dpens de sa fortune prive4 ,nous ne pouvons que souhaiter le voir complter ces renseignements dj si curieux pendant un second voyage que1 cette fois1 nous l'esprons du moins1 il entreprendrait sous la protection de la ,france4 ,mais ces tudes ne seront compltes que lorsqu'on aura pu faire1 dans l',amrique centrale1 dans celle du ,nord et dans le ,prou1 une srie de photographies entreprises avec mthode1 des relevs de plans dresss avec exactitude et ces observations comparatives l'aide desquelles l'archologie peut formuler des conclusions certaines4 nos yeux1 l'architecture antique du ,mexique se rapproche1 sur bien des points1 de celle de l',inde septentrionale2 mais comment ces rapports se sont-ils tablis8 ,est-ce par le nord-est8 est-ce par le nord-ouest8 ,c'est une question rserve jusqu'au moment o la connaissance de ces monuments indo-septentrionaux sera complte4 ,,viollet-,,le-,,duc4 ,,le ,,mexique #aheh-ahfa ,,souvenirs ,,et ,,impressions ,,de ,,voyage ,un pays est un livre que chaque voyageur a le droit de commenter sa manire1 en s'appuyant sur la vrit4 ,,chapitre ,,premier ,dpart de ,paris4--,la ,vera-,cruz4--,saint-,jean d',ulloa4--,aspect gnral de la ville--,le port4--,le mle4--,excursion aux environs4--,le nord ,vera-,cruz4--,le dpart4--,mdellin4--,la route de ,mexico4 ,charg d'une mission par le ministre d'tat1 l'effet d'explorer les ruines amricaines1 je quittai ,paris le #g avril #aheg1 me dirigeant sur ,liverpool par ,new-,haven et ,londres3 deux amis m'accompagnaient4 ,le lendemain1 nous tions bord de l',america1 paquebot transatlantique de la compagnie ,cunard1 en partance pour ,boston4 ,je l'avoue humblement1 quoiqu'ayant beaucoup voyag1 je ne m'embarque jamais sans une certaine apprhension2 je n'aime point l',ocan1 il me fait peur4 ,je suis peut-tre moins pote qu'homme de mer1 et1 ds l'instant du dpart1 je ne rve qu'au jour de l'arrive4 ,voyez quoi peut tenir une question d'art8 ,en mer1 j'ai le coeur sensible1 un autre ne l'a point2 il admire tout1 rien n'est beau pour moi2 je suis malade1 il est bien portant4 ,je ne dirai rien d'un sjour de huit mois aux tats-,unis3 c'est pourtant un beau voyage que celui qui vous montre ,new-,york et ,boston1 le ,saint-,laurent1 ses chutes et ses rapides1 les grands lacs1 le ,niagara1 les plaines de l',ouest et le parcours prodigieux du ,mississipi4 ,je rserve ces belles choses une tude part1 et j'arrive ,vera-,cruz1 o nous abordmes la fin de novembre4 ,on donne gnralement ,vera-,cruz une physionomie orientale2 quelques coupoles assez basses pourraient seules rappeler le style des mosques1 mais il faudrait une bonne volont singulire pour prter ses lourds clochers l'lgance des minarets4 ,quant ces bouquets de verdure qui distinguent et rjouissent les villes d',orient1 on ne trouve la porte de ,mexico que cinq six palmiers rabougris1 seuls chantillons de l'espce2 encore n'existent-ils plus aujourd'hui4 ,vu de la mer1 l'aspect de ,vera-,cruz est des moins flatteurs2 c'est une ligne monotone de maisons basses1 noircies par les pluies et par les vents du nord4 ,les btiments de la douane1 d'un style moderne1 et la porte monumentale qui les dcore sont1 en fait d'architecture1 ce que la ville offre de plus remarquable4 ,les glises sont pauvres1 comparativement la richesse qu'elles dploient dans toute la rpublique2 elles y sont mal suivies1 et la population de ,vera-,cruz ne brille point par sa pit4 ,essentiellement commerante1 entrept de toutes les marchandises qui montent l'intrieur1 ,vera-,cruz est peuple d'un grand nombre d'trangers2 les affaires lui font oublier l'glise2 comme partout au monde1 l'amour du lucre loigne de ,dieu4 ,assise sur les sables de la mer1 entoure de dunes arides et de lagunes croupissantes1 ,vera-,cruz est pour l'tranger le sjour le plus malsain de la rpublique4 ,la fivre jaune y rgne en permanence1 et1 quand un centre d'migration lui fournit de nouveaux aliments1 elle devient alors pidmique et d'une violence extrme4 ,en fait de port1 ,vera-,cruz n'a qu'un mauvais mouillage o les btiments de commerce ne sont point en sret2 l'abri du fort est leur seule dfense contre les vents du nord1 et souvent1 dans les temptes1 ils drapent et sont jets la cte4 ,les gros btiments et les navires de guerre vont mouiller ,sacrificios1 quatre kilomtres au sud1 ou bien l'le ,verte1 plus de deux lieues de distance4 ,quand vient le vent du nord1 rien ne peut donner une ide de sa violence2 il souffle par terribles rafales1 soulevant des tourbillons de sable qui pntre les habitations les mieux closes2 aussi1 tout se ferme aux premiers symptmes3 les barques rentrent1 on les enchane1 les navires doublent leurs ancres1 le port se vide1 tout mouvement est suspendu1 la ville parat dserte et inhabite4 ,un froid subit envahit l'atmosphre1 le ,cargador s'enveloppe grelottant dans sa couverture1 le paletot de laine remplace la jaquette de toile1 on gle2 le mle disparat sous les vagues monstrueuses que soulve la tempte2 les vaisseaux se heurtent dans le port1 heureux quand la tourmente ne les jette pas la cte4 ,nanmoins1 le vent du nord est un bienfait pour la ville2 sa premire venue est le signe d'une poque plus saine qui ramne l'tranger dans ses murs2 le vomito diminue de violence1 quelquefois disparat et n'offre que rarement des cas mortels4 ,vera-,cruz est1 pour l'homme d'affaires1 la ville la plus dsirable comme rsidence2 la vie y est plus facile et sinon plus confortable1 cause des grandes chaleurs1 du moins plus grande1 plus large1 plus abondante4 ,les vins y sont aussi communs qu'en ,france1 le golfe abonde en poissons dlicieux3 toutes choses considres comme luxe et que les gens riches hsitent s'offrir dans l'intrieur de la rpublique4 ,le march abonde en fruits des tropiques et l',indien y apporte toute la famille des oiseaux du soleil1 depuis le moqueur et le perroquet jusqu'au grand ara rouge de ,tabasco4 ,le caractre des habitants est plus liant1 moins gourm1 et l'on se sent au milieu d'eux plus vite chez soi4 ,puis1 cette alle et venue des navires europens1 cet change de nouvelles qui vous tient sans cesse au courant de la politique du vieux monde et des fluctuations de la littrature dans la mre patrie1 rapprochent ,vera-,cruz de la ,france2 il semble qu'on puisse partir toute heure4 ,ajoutez cela le golfe et ses eaux bleues1 les bains de mer1 ce mle1 si modeste qu'il soit1 o l'on va rver le soir sous un magnifique dais d'toiles1 o1 le jour1 on pie la marche incertaine d'une voile l'horizon3 imaginez ce ciel merveilleux1 dont parfois l'azur vous lasse2 animez-le de ces bandes criardes d'oiseaux de mer et de ces petits vautours noirs qui le virgulent des hauteurs prodigieuses2 voyez vos pieds ces deux plicans vnrables1 antiques habitus du port1 qui plongent silencieusement1 s'lvent et replongent pour venir se reposer pleins d'une burlesque majest sur la hampe du drapeau de la douane1 et vous aurez la plage de ,vera-,cruz4 ,ce qui donne la ville une physionomie toute particulire1 c'est la foule innombrable de ces petits vautours noirs qui encombrent les rues1 couvrent les maisons et les difices4 ,ils se drangent peine quand vous passez1 et lorsque les mnagres viennent dposer sur le devant des portes les immondices de la maison1 ils se prcipitent avec acharnement2 c'est une mle gnrale1 une dispute1 des tiraillements1 un vritable combat1 o les chiens se mlent et dont ils ne sortent point toujours vainqueurs4 ,les zopilotes sont chargs de l'dilit de la ville2 aussi chacun les respecte2 une amende assez forte est mme inflige qui les tue4 la porte de ,mexico se trouve une petite promenade1 dserte la semaine1 et qui n'offre une certaine animation que le dimanche4 ,dans le faubourg1 qui le suit1 les matelots et les gens du port viennent danser le soir1 en mme temps qu'offrir quelque danseuse mrite des hommages vivement disputs4 ,le couteau joue souvent un rle actif dans ces runions de famille2 la danse1 mene par la guitare et le chant monotone de l'instrumentiste1 n'est qu'un pitinement cadenc1 accompagn de mouvements lascifs propres exciter les passions de la galerie2 aussi le triomphe de la danseuse n'est complet que consacr par quelque sanglante dispute4 ,si vous sortez de ,vera-,cruz1 la cte nord ne vous offre qu'une vaste plaine de sable4 ,au sud1 vous avez le cimetire1 puis les abattoirs2 un peu plus loin1 vous entrez dans les dunes et vous tombez au milieu de marais couverts de garzas1 de hrons et de canards sauvages4 ,les les sont peuples d'iguanes et de serpents2 la perspective se continue couverte d'affreuses broussailles1 et rien n'anime ces solitudes mortelles1 que les cris de quelques fauves1 le passage d'un aigle pcheur ou le tournoiement du vautour en qute d'une proie facile4 ,certains romanciers en vogue ont cependant choisi ces dserts sablonneux comme sige d'aventures impossibles4 ,ils peuplent1 l'envi1 ces marais fangeux d'habitations dlicieuses1 de palais magiques o s'agitent1 au milieu des luxes runis de la nature et de l'art1 d'enivrantes cratures et des hros dignes de l',arioste4 capitaine ,maine-,read1 que d'affreuses bourdes vous racontez vos indulgents lecteurs6 ,pour trouver la vgtation tropicale1 il faut franchir quatre ou cinq lieues au moins de ces broussailles marcageuses2 ou bien1 remontant la rivire de ,boca del ,rio1 vous arriverez1 par une suite de charmants paysages1 jusqu' ,mdellin1 village dlicieux au milieu des bois1 et dont la fte patronale attire ses jeux toute la population de la ,vera-,cruz et des environs4 ,deux diligences vont de ,vera-,cruz ,mexico3 l'une passant par ,jalapa1 l'autre par ,orizaba2 c'est la route la plus courte1 mais la plus ennuyeuse4 ,il reste au touriste les chariots4 ,les chariots partent ordinairement par convois de douze1 vingt-quatre ou trente-six1 et ce n'est pas une des choses les moins pittoresques de la route que le spectacle de cette immense file de voitures et les soins qu'un tel matriel comporte4 ,ces convois ont une organisation parfaite3 une douzaine possde d'habitude un majordome1 un sergent1 puis un caporal2 chaque voiture a dans la marche une place spciale1 un numro qu'elle doit conserver jusqu'au jour de l'arrive4 ,le conducteur1 toujours cheval sur la timonire de gauche1 a quatorze mules qui sont les siennes et rien n'gale l'instinct extraordinaire qui lui permet de distinguer dans l'obscurit et de reconnatre1 au milieu d'un troupeau de deux cents mules qui paraissent peu prs de la mme couleur1 les mules de son chariot4 ,je me rappelle1 ce sujet1 une anecdote qui prouve quel point un arriero possde cette facult presque divinatoire4 ,un ,franais de mes amis1 se rendant avec sa famille de ,tehuantepec ,san ,cristobal1 dans l'tat de ,chiapas1 voyageait avec des mules qui lui appartenaient1 une douzaine au moins1 sous la conduite d'un arriero1 son domestique4 ,la course est longue et c'est un grand voyage que quinze journes de marche avec femme et enfants4 ,l1 point de routes royales1 mais d'troits sentiers coupant la plaine ou longeant les prcipices de la ,cordillre4 ,le voyageur n'a souvent pour auberge qu'un abri de chaume et pour ses mules d'autres ressources que les broussailles de la fort4 ,chaque soir1 il faut donc donner aux btes la libert d'errer o bon leur semble1 et chaque matin les reprendre au lasso1 ce qui n'est pas toujours facile besogne4 ,on comprend que cette manire de voyager ne soit pas des plus expditives et que1 pour une famille1 un dplacement lointain est chose considrable4 ,il arriva donc que l'une des mules s'gara1 disparut dans quelque abme ou fut vole2 en tout cas1 les recherches pour la retrouver furent vaines et l'on dut repartir sans elle4 ,m4 ,l444 vivait depuis deux ans ,tuxtla1 quand1 se trouvant sur la place de ,chiapas avec son domestique1 ils entendirent au loin les hennissements d'une mule4 --,aqu est la mula1 seor1 s'cria celui-ci4 ,voil votre mule monsieur4 --,quelle mule8 rpondit le matre1 car ds longtemps il avait oubli l'aventure de la bte perdue4 --,eh parbleu6 reprit le domestique1 la mule que nous perdmes1 il y a deux ans1 lorsque vous vntes en ce pays4 --,tu plaisantes8 --,oh6 non pas1 mon matre1 fit l',indien2 je reconnais sa voix4 ,c'est bien elle1 et du reste vous allez voir4 ,il disparut aussitt dans la direction des hennissements et revint1 une demi-heure aprs1 tranant une mule aprs lui4 --,caramba6 fit ,m4 ,l4441 c'est bien elle4 ,en effet1 outre la physionomie et la couleur de la mule en question1 celle-ci avait bien encore les deux lettres ,j4 ,l41 marque et initiales de mon ami4 ,comme notre voyage n'avait d'autre but que de bien voir1 et qu'en diligence on ne voit rien2 que de plus1 nous tions lgers d'argent et qu'il et fallu prs de trois mois pour faire venir d',europe les fonds qui nous manquaient1 nous suivmes1 le fusil sur l'paule1 les chariots qui transportaient nos dix-huit cents kilos de bagage4 ,la premire tape est celle de la ,tejeria4 ,le chemin de fer s'en charge2 au del1 vous trouvez la plaine coupe de taillis et d'arbustes pineux4 ,nous tions la fin de novembre1 et les prairies avaient une toison verte encore2 les bois taient feuillus2 aussi1 la campagne avait cet aspect dlicieux et jeune qu'elle ne saurait garder longtemps dans ce pays de pluies priodiques1 o pendant neuf mois la terre est prive d'eau4 ,la chaleur tait forte1 la marche pnible1 et parfois nous nous couchions dans les hautes herbes pour attendre que les mules nous rejoignissent4 ,nous tions donc mollement tendus1 la paupire demie ferme1 dans le doux farniente d'un homme qui repose1 quand le galop d'un cheval se fit entendre3 ne sachant comment expliquer une course semblable1 nous crmes la poursuite de quelque malheureux par des coureurs de route1 et nous nous levmes aussitt pour le secourir4 ,le cavalier tait dix pas de nous2 il tait seul1 nul ne le poursuivait2 l'aspect de trois hommes arms1 surgissant des hautes herbes son approche1 d'un effort dsespr il s'arrta court1 la figure pleine d'pouvante1 fit volte-face et disparut1 nous laissant bahis2 persuad qu'il tait tomb sur trois audacieux brigands1 auxquels il n'avait chapp que par miracle2 voil comment les meilleures intentions sont dnatures4 ,ainsi donc1 notre premier pas sur la terre mexicaine1 nous passmes pour des voleurs6 ,quelle clatante revanche ces messieurs prirent par la suite1 et que de fois il nous fallut retourner nos poches sur la poussire des grands chemins6 ,le convoi n'atteignit ,zopilote qu' cinq heures du soir3 c'tait un simple rancho1 avec parc pour les mules et une tienda4 ,nous passmes la nuit sous une veranda de chaume1 exposs la voracit des moustiques qui sont1 en ,terre ,chaude1 les plus terribles tourmenteurs4 minuit1 les chariots se mirent en marche4 ,l'tape est longue de ,zopilote ,paso de ,ovegas2 l'obscurit rendait la marche difficile dans des chemins dmantels1 coups de profondes ornires2 mais le matin ddommage et les levers de soleil sont splendides3 comme d'habitude1 nous prmes les devants2 les bois devenaient plus touffus1 les arbres plus levs et des nues de perruches1 aux cris perants1 s'levaient de toutes parts2 nous courions comme des enfants aprs elles1 sans pouvoir les atteindre2 souvent nous quittions la route1 nous enfonant dans les bois la poursuite d'une poule de ,montzuma1 au risque d'en sortir dvors par les pinolillos ou couverts de garrapatas2 mais la chasse tait maigre et nous n'avions que des perroquets verts tte jaune1 des toucans au grand bec et de ces jolies tourterelles1 grosses comme des moineaux et qui fourmillent sur les routes4 midi1 nous tions ,san ,juan1 o la ,terre ,chaude dploie toutes ses splendeurs et1 vers les quatre heures1 nous arrivmes ,paso de ,ovegas1 moulus de fatigue1 couverts de poussire et le corps enfl de piqres d'insectes4 ,aussi1 nous htmes-nous d'aller prendre un bain dans la rivire qui traverse le village4 ,un compatriote nous offrit l'hospitalit1 c'est--dire une planche et un tabli pour nous tendre4 ,c'tait un menuisier1 qui la fortune ne semblait pas sourire1 et qui depuis plusieurs annes tranait dans cette pauvre bourgade une vie de misre4 ,on rencontre1 sur tous les chemins du globe1 de ces pauvres clopps de la civilisation1 que des esprances trompeuses amnent dans les pays lointains et qui ne forment qu'un voeu1 souvent strile1 celui de revoir la ,france4 ,celui-ci s'informait avec une fivreuse curiosit des nouvelles de son pays1 des grandes victoires que nous avions remportes en ,orient2 il semblait pour lui que tout tait nouveau1 et des vnements oublis en ,europe avaient ses yeux la fracheur d'une chose rcente4 ,cependant il fallait nous reposer1 mais d'affreuses dmangeaisons rendaient la chose impossible2 l'un de nous prouvait aux pieds quelques picotements inquitants4--,auriez-vous des niguas1 nous dit notre hte4 ,des niguas6 ,nous ne savions ce que cela voulait dire1 mais nous l'apprmes aussitt2 nous en avions1 hlas6 ,la nigua est un des plus terribles insectes parmi les parasites de ,terre ,chaude3 c'est un petit tre imperceptible1 qui se loge sous les ongles des doigts de pied1 dans le pouce surtout2 il s'y creuse un nid1 dpose ses oeufs sous la forme d'une boule blanche2 puis une fois clos1 ceux-ci fondent l'entour des colonies semblables2 de telle sorte1 qu'un beau jour1 quand vous y pensez le moins1 il vous tombe une phalange4 ,cet insecte est d'autant plus dangereux qu'il ne trahit sa prsence que par un picotement insignifiant1 auquel l'tranger ne prend pas garde2 le travail tnbreux s'accomplit sans douleur1 et les ,indiens eux-mmes en sont souvent victimes4 ,pour viter le danger1 il faut1 au premier symptme1 ouvrir le pouce l'endroit du picotement2 l'on dcouvre alors une petite boule de la grosseur d'un pois1 qu'il faut enlever de la plaie1 puis remplir l'espace de cendres de tabac3 c'est du moins la mthode suivie sur place4 ,je fis mieux1 je remplis les cavits1 car j'en avais plusieurs au pied droit1 d'ammoniaque1 afin d'anantir toute la gnration4 ,la trbenthine les chasse galement2 il est bon1 dans ce cas1 d'en imbiber la chaussure l'intrieur4 ,de ,paso de ,ovegas on passe la ,rinconada pour tomber ,puente ,nacional4 ,puente ,nacional se trouve au bas d'une gorge pittoresque1 et de l'autre ct d'un torrent1 que traverse un pont magnifique reconstruit par ,santa-,anna4 ,point fortifi de la route de ,vera-,cruz ,mexico1 c'est un passage des plus faciles dfendre4 ,mille hommes dtermins arrteraient une arme2 mais le ,mexicain1 qui se bat bien l'abri des murailles1 ne sait pas rsister en rase campagne2 l'ardeur lui manque et les chefs ne payent pas d'exemple4 ,comment les ,amricains forcrent-ils ,puente ,nacional dfendu par une arme aussi nombreuse que la leur8 ,on ne peut le comprendre4 ,outre la difficult des lieux1 le dfil se trouve balay par des batteries d'un petit fort plac gauche sur un rocher pic1 qui1 de tous cts1 domine la route4 ,une autre batterie1 sur la droite1 appuyait les feux de la premire2 le site est d'un sauvage grandiose4 ,santa-,anna s'y tait fait btir une magnifique habitation1 aujourd'hui abandonne2 sous son administration1 le village tait riche1 et quoi qu'on ait lui reprocher sous le rapport de la tyrannie de son gouvernement et de l'impudeur de ses concussions1 du moins les routes taient sres1 le commerce florissant2 chaque village rpondait des vols ou des attentats commis sur son territoire2 de telle sorte que les coureurs de routes avaient disparu1 et que de ,vera-,cruz ,mexico on pouvait voyager sans crainte4 ,il n'en est plus ainsi4 ,le village porte l'empreinte de la misre2 la guerre civile qui dsole la rpublique a fait de ce lieu naturellement fortifi un camp de guerillas3 aussi1 les ,indiens s'enfuient-ils chaque jour1 et vous ne rencontrez aujourd'hui que maisons vides et cabanes dsertes4 ,voil ,plan del rio1 situ comme ,puente ,nacional1 moins gai1 moins riant1 plus sauvage encore3 la route alors tourne brusquement1 traverse des bois pais et monte sans cesse avant d'aboutir ,cerro ,gordo1 premier village de la ,terre ,tempre1 autre tmoin de la victoire des ,amricains en #dg1 et de la dfaite de ,santa-,anna2 tout auprs se trouve la barranca de ,cerro ,gordo4 ,les barrancas sont des ravins dus l'action des eaux1 et qui1 dans certaines parties du ,mexique1 prennent des proportions gigantesques2 celle de ,cerro ,gordo1 sans tre une des plus considrables1 est nanmoins fort importante4 ,en obliquant droite de la route1 et pntrant dans le monte1 le voyageur tonn voit tout coup le plateau se drouler sous ses pas pour faire place un norme ravin presque pic1 dont il distingue peine le fond1 et dont le bord oppos se trouve plus d'un kilomtre4 ,le bruit d'un torrent monte jusqu' lui1 mais il l'aperoit peine dans la profondeur4 ,s'il veut descendre1 il lui faut s'ouvrir un passage au milieu des arbustes et des broussailles pineuses2 le sol s'boule et des quartiers de roc1 une fois branls1 bondissent1 entranant avec eux toute une avalanche de pierres4 ,il y a des barrancas de plusieurs mille pieds de profondeur4 ,vous tes dans la zone tempre1 le fond du prcipice est terre chaude2 du haut d'un plateau o croissent tous les produits de terre froide1 vous voyez vos pieds la verdure des bananiers1 des orangers chargs de fruits1 et toute la vgtation tropicale4 partir de ,corral falso1 la route1 de plateau en plateau1 et par des pentes toujours plus rapides s'lve jusqu' ,jalapa1 la reine des terres tempres4 ,mollement tendue sur l'un des contre-forts de la ,cordillre1 ,jalapa s'panouit au soleil dans un climat dlicieux4 ,peu de villes au monde runissent comme elle les productions des trois zones4 ,le voisinage des montagnes lui amne1 quelle que soit la saison1 des ondes bienfaisantes qui temprent les ardeurs de l'atmosphre et lui donnent cette robe d'ternelle verdure4 ,le caf1 cependant1 n'y arrive pas maturit complte1 et l'humidit permanente entrane avec elle des fivres dangereuses4 ,l'tranger doit s'y prserver de la fracheur des nuits4 ,aprs avoir gravi la dernire pente qui drobe la ville ses yeux1 le voyageur l'aperoit tout coup ses pieds demi cache sous des flots de verdure4 ,le coup d'oeil est charmant et grandiose1 c'est un nid de colombes dans les branches d'un laurier-rose2 au loin1 l'horizon est ferm par les lignes svres de la sierra que dominent sur la gauche le pic neigeux de l',orizaba et les cimes plus rapproches du coffre de ,perote4 ,les pentes lointaines1 bleuies par la distance1 passent1 en se rapprochant1 au vert sombre sous les sapins qui les couvrent1 pour arriver au vert tendre des chnes d',europe4 ,dans le fond des valles1 quelques fermes aux murs blanchis animent le paysage un peu dsert2 quant au chemin qui vous conduit la ville1 c'est un fouillis de roses grimpantes1 de cafiers aux baies rouges et de dahlias arborescents2 d'normes daturas agitent la brise leurs grandes fleurs blanches au parfum pntrant et des bosquets de bananiers abritent l'ombre de leurs feuilles gigantesques les rgimes de leurs fruits succulents4 ,les maisons places en amphithtre sont blanches et propres1 ornes de ces balcons espagnols en fer ou en bois1 qui leur donnent un air de dfiance jalouse4 ,les cours intrieures sont entoures de portiques1 garnies d'habitude d'une fontaine et plantes d'orangers et de grenadiers fleuris4 ,partout vous entendez le bourdonnement de l'oiseau-mouche2 des cages pleines de moqueurs et de sensontlis se suspendent aux votes1 pendant qu'un perroquet1 vieux favori de la maison1 trane au hasard sa marche bancale1 en poussant quelques clats de son parler ventriloque4 ,les femmes de ,jalapa ont une rputation de beaut mrite1 et se distinguent par une grce toute crole4 ,les forts qui entourent la ville sont peuples d'oiseaux rares1 la chasse y est abondante et l'amateur peut y runir de magnifiques collections4 ,on s'loigne regret de cette ville charmante pour s'enfoncer dans les gorges de la ,cordillre2 le paysage change graduellement et s'assombrit2 les valles se rtrcissent1 des pentes abruptes s'lvent de toutes parts et semblent barrer la route2 vous tes alors en pleine sierra2 ainsi vous arrivez au village de ,pajarito4 ,mais ce qui surprend le plus1 c'est le changement subit qui s'opre dans les populations4 partir de ,jalapa1 il faut renoncer la gracieuse et lgre cabane de roseau pour le jacal dlabr1 d'aspect sombre2 il faut dire adieu ces beaux types d',indiennes et de mtis que vous avez si souvent admirs2 vous laissez derrire vous les teintes claires1 la superbe beaut des chairs1 et vous ne retrouverez plus ces femmes en chemisettes brodes1 laissant voir leurs bras1 deviner leur sein robuste1 talant sur des paules pleines les longues nattes de leurs cheveux noirs2 plus de grces1 plus de rires1 plus de beaux enfants nus1 se roulant l'entour des mres souriantes2 vous n'avez plus devant les yeux que des femelles hideuses1 aux crins hrisss1 aux seins pendants1 recouvertes de lambeaux d'toffes de couleur sombre4 ,des hommes1 les mles1 au buste nu1 marchant en silence1 courbs sous le poids d'un fardeau1 tout cela1 noir1 misrable et sale faire peur4 ,c'est l',indien de la montagne1 vieil esclave affranchi1 sans le savoir1 des tyrannies de l',espagne4 ,du reste1 les types se croisent1 se modifient1 changent d'un village l'autre1 et1 nulle part au monde1 il ne serait possible de trouver dans un diamtre aussi restreint une telle diversit de races4 ,mais la route poursuit1 contournant les escarpements de la montagne1 et vous arrivez ,san ,miguel del ,soldado2 l s'teignent les dernires traces de la vgtation tempre2 un pas de plus1 vous tes en ,terre ,froide4 ,avant d'atteindre la ,hoya1 jetez un regard derrire vous2 le coup d'oeil est admirable4 ,de cette hauteur1 de #c1jjj mtres environ1 vous voyez se drouler tout le panorama du versant du golfe4 ,au premier plan1 les maisons de ,san ,miguel2 autour de vous1 sur les plateaux d'alentour1 quelques villages perchs comme des nids d'aigles1 avec leurs clochers tincelant au soleil2 plus loin1 l'oeil suit1 sous les vapeurs transparentes comme au travers d'un voile1 le cours sinueux des torrents2 plus bas1 les divers plateaux tages se fondent par la distance en une vaste plaine d'o surgissent a et l les sommets des derniers contre-forts ou que sillonnent en lignes fonces les profondeurs des barrancas2 quelques claircies de champs cultivs varient les couleurs1 et tout l'horizon qui va s'teindre dans le ciel1 des miroitements lointains laissent deviner la mer4 ,aprs avoir travers la ,hoya1 village pauvre et froid1 plac comme tape pour les convois qui vont et reviennent de ,mexico1 le voyageur s'enfonce dans des gorges pittoresques et sauvages1 qu'il serait difficile d'enlever une poigne d'hommes rsolus2 la route s'ouvre alors sur des champs de lave refroidie1 s'enfonce sous les sapins et dbouche1 par une descente rapide1 sur le versant de l',anahuac1 en passant par las ,bigas et ,cruz ,blanca4 ,en cet endroit1 le chemin se bifurque2 gauche1 il mne la ville de ,perote2 la droite conduit ,cruleum4 ,en temps de guerre1 les partis qui veulent viter le fort de ,perote1 dont les feux dfendent l'entre de la ville1 prennent cette dernire direction4 ,la forteresse1 btie par des ingnieurs amricains1 est une des plus importantes et la mieux construite du ,mexique4 ,lors de la guerre de #ahdg1 les ,amricains ne s'en emparrent qu'avec difficult4 ,la ville de ,perote est triste et dserte2 les nuits y sont froides et glaciales1 surtout en arrivant de ,jalapa2 le contraste est brusque1 violent1 inattendu2 vous passez de la puissante vgtation de la zone tempre et des grandes forts pleines de bruits et de chansons1 la plus dsolante aridit2 on se croirait transport dans les steppes arides de la ,russie4 ,il tait tard quand1 aprs avoir travers la ville1 nous arrivmes au mezon de ,san ,antonio1 vaste enclos pour les mules1 premier abri des caravanes qui s'engagent dans le dsert4 ,nous tions harasss de fatigue1 et1 rouls dans nos couvertures1 nous nous tendmes autour des feux de bivouac allums dans l'intrieur de la cour4 trois heures1 tout se prparait pour le dpart4 ,il rgnait une animation extraordinaire2 dans la demi-obscurit de la nuit1 la flamme vacillante des feux mourants1 on voyait des multitudes d'hommes s'agiter et courir1 tandis que des mules rtives fuyaient en tous sens les atteintes du lasso4 ,cependant le jour commenait poindre1 et la cime neigeuse de l',orizaba se teignait rapidement d'une nuance pourpre qui du sommet s'tendit bientt la base4 ,ces levers de soleil sont splendides4 ,l'intrieur du mezon offrit alors un curieux tableau3 des milliers de mules1 ranges par troupes ou atajos1 attendaient1 frissonnantes et les yeux bands1 que les ballots de marchandises1 symtriquement rangs devant les normes bts qui les soutiennent1 fussent hisss sur leur dos4 ,c'taient alors des luttes d'hommes et de btes1 une mle1 une foule incroyable1 o les appels de l'un l'autre1 les cris1 les jurons1 les hennissements composaient un concert de clameurs impossibles4 ,les mules une fois charges1 la jument conductrice1 la clochette au cou1 prenait les devants1 et chacune la suivait1 ployant sous la charge1 gmissant1 lanant ruades et ptarades4 ,le dfil dura deux heures4 ,le dsert de ,perote s'tend sur un diamtre de vingt-cinq lieues au moins4 ,il n'a d'autre vgtation que des nopals rabougris3 de nombreuses trombes de poussire le sillonnent2 le sol est sem de scories volcaniques et de ponces1 coup de marais couverts de canards et de nues de bcassines2 on y remarque de frquents effets de mirage4 ,pour les voyageurs1 comme pour les convois1 deux pauvres villages se trouvent chelonns dans la plaine2 gtes souvent assaillis par les voleurs1 ,tepeahualco et ,ojo de ,agua4 ,quelques kilomtres au del1 la contre monte et perd cet aspect marcageux2 les efflorescences salines ennemies de toute vgtation disparaissent1 et les sables se fertilisent jusqu' prsenter aux regards des champs d'orge rabougri1 de mas nains et de gigantesques agaves4 ,la culture de cette dernire plante devient l'une des principales industries du pays1 et la petite ville de ,nopaluca n'offre1 en fait de plantation et de culture1 que de vastes champs d'alos4 ,au sortir de ,nopaluca1 les convois n'avancent plus qu'avec dfiance2 des hommes cheval clairent leur marche et vont sonder l'avant les plis du terrain3 le front du majordome se rembrunit2 nous approchons du ,pinal et de la barranca ,del ,aguila4 ,vingt annes de vol1 de pillage et d'assassinat ont fait1 des environs du ,pinal1 l'un des endroits le plus redout de la rpublique4 ,le terrain1 bris1 hriss de monticules1 coup de ravins1 est essentiellement propice aux attaques main arme2 la route se perd dans ce ddale1 et le voleur1 surpris la main dans le sac ou le poignard sur la gorge de sa victime1 a dix chances pour une d'chapper4 ,le paysage a toute la physionomie de sa triste rputation3 droite1 les sommets dnuds de la ,malincha talent sur leurs flancs arides quelques fermes clair-semes2 gauche et devant vous1 la plaine dserte s'tend perte de vue1 sans autre vgtation que de grands magueyes1 dont les profils svres rompent seuls la monotonie dsesprante4 ,la route1 toujours ensable1 semble retenir dans le sol mobile le pied du voyageur press de fuir ces lieux sombres2 de distance en distance1 des monticules de pierre surmonts de croix attristent l'me par les rminiscences de leurs tableaux de mort et demandent l'tranger tantt un souvenir de commisration pour la victime et tantt une prire de pardon pour l'assassin4 ,la rencontre d'un corps de troupes nous permit de franchir le dfil sans crainte1 et nous atteignmes ,amozoc sans accident4 ,quatre lieues au del1 nous traversons la ,puebla de los ,angeles1 la seconde ville de la rpublique1 la plus propre et la mieux btie2 son nom de ville des anges indique assez la tendance de ses moeurs et de son esprit4 ,centre d'action du parti clrical1 les corporations religieuses et le clerg possdent ou possdaient les trois quarts au moins des proprits mobilires4 ,du haut de la colline de ,guadalupe qui la domine1 la ville tale1 orgueilleuse1 le panorama de ses quatre-vingts glises et de ses innombrables clochers4 ,la cathdrale1 immense difice d'un style noble et svre1 le dispute en magnificence celle de ,mexico2 la place est plus belle1 mieux orne1 et1 du milieu des arbres qui l'ombragent1 l'oeil peut se perdre sur les pics lointains du ,popocatepetl et de l',ixtaccihuatl4 ,de magnifiques maisons aux corniches normes1 plaques de faences aux milles couleurs reproduisant soit des mosaques1 soit des figures humaines1 tmoignent de la richesse des habitants4 ,les deux forts de ,loretto et de ,guadalupe dfendent et matrisent ,puebla4 ,en se dirigeant vers ,mexico1 les alentours de la ville sont peupls de fabriques de rebozos1 toffe de coton1 produit essentiellement mexicain4 ,le rebozo est une espce d'charpe troite et longue1 dans laquelle les femmes se drapent avec une certaine lgance4 ,puebla fournit cet article la rpublique et l'exporte jusque dans l',amrique du ,sud4 ,mais nous passons ,rio ,prieto1 ,puente ,quebrado1 de sinistre mmoire1 et1 laissant sur la gauche la pyramide de ,cholula1 nous arrivons ,san ,martin4 ,en se rapprochant des montagnes1 la plaine prend un aspect des plus riants2 de nombreux villages disperss et l donnent l'ide d'une grande population4 ,artificiellement arrose par les cours d'eau de la ,cordillre1 cultive comme un jardin1 la terre n'offre partout que l'image d'une admirable fcondit4 ,le mas1 le froment1 le frijol et la fve s'y succdent tour tour4 ,les gracieuses ondulations des bls1 le bruissement de la brise dans les hauts mas rappellent les cultures de ,france3 moins dboise1 la plaine de ,puebla offrirait le plus dlicieux aspect4 ,avant d'arriver ,mexico1 il nous reste gravir toute la haute chane de ,rio ,frio4 ,d'habitude1 la route est garde2 de nombreuses escortes glissent ou bivouaquent dans les bois1 car une fois le voyageur engag dans les gorges1 les hauts sapins sont remplis de terribles mystres1 et souvent la plainte du vent dans le feuillage sombre se mlent les gmissements de victimes inconnues4 ,dans la partie la plus leve de la sierra1 quelques ,indiens se sont groups en village2 presque tous occups l'abatage du bois dans la fort1 ils ne cultivent que des champs d'avoine et de seigle1 qui mrissent pniblement par cette latitude leve4 ,un matre d'htel franais tient table ouverte pour tous les voyageurs que la fatigue et la faim rendent ses tributaires4 ,le malheureux n'y fait point fortune1 et le plus clair de ses bnfices passe en impositions forces1 en dons involontaires sollicits par les sourires menaants des chefs de bandes4 ,,ii ,,mexico ,la valle de ,mexico4--,la ville4--,le ,mexicain4--,aspect gnral4--,le saint ,sacrement4--,le tremblement de terre4--,la vie ,mexico4--,les coutumes4--,le paseo4--,l'alameda4--,les toros4--,le thtre4--,les chanes4 ,en quittant ,rio ,frio1 passage culminant de la chane qui spare ,puebla de ,mexico1 le voyageur ne voit pas sans apprhension la diligence s'engager au triple galop dans la terrible descente qui le mne au grand plateau de l',anahuac4 ,au milieu de cahots effroyables1 lancs de l'arrire l'avant et de l'avant l'arrire1 les malheureux passagers ne franchissent ce dangereux dfil1 endroit chri des salteadores1 que grce des prodiges d'quilibre1 la protection toute spciale de la ,providence1 et du reste briss1 moulus1 prts rendre l'me4 ,mais la premire claircie dans les noirs sapins de la route ddommage amplement le touriste des souffrances passes3 la diligence1 abandonnant la fort1 se trouve tout coup au milieu de landes arides1 parsemes de pommiers sauvages et de quelques champs cultivs4 ,de l1 l'oeil embrasse toute la valle1 et c'est1 je vous assure1 un magnifique spectacle4 gauche1 sur le second plan1 par-dessus les sapins de la montagne1 l',ixtaccihuatl 7la ,femme de neige7 vous blouit de l'clat de sa rverbration2 le pic est quatre lieues au moins1 et pourtant il semblerait1 grce la puret de l'atmosphre1 qu'on le puisse toucher de la main4 ,plus loin1 sur la mme ligne1 le ,popocatepetl1 la plus haute cime du ,mexique et le volcan le plus lgant du globe1 lve prs de dix-huit mille pieds sa tte orgueilleuse4 ,aux pieds de ces deux rois de la ,cordillre s'tend la magnifique plaine d',amcamca1 seme de moissons toujours vertes2 et l surgissent1 rompant la monotonie des lignes1 ces pitons extraordinaires1 produits volcaniques la tte couronne de sapins1 isols dans la plaine de ,mexico et sans rapport avec la ,cordillre4 ,voil le ,sacro ,monte d',amca1 les monticules de ,tlalmanalco1 village abandonn1 mais riche en ruines4 ,plus bas1 vous voyez ,chalco se mirant au soleil dans les eaux de sa lagune2 vos pieds1 ,cordova1 ,buena ,vista2--,ayotla que la politique a rendu clbre2--au loin1 le ,peon1 la grande chausse qui spare la lagune d',ayotla du lac de ,texcoco2 puis enfin la reine des colonies espagnoles1 ,mexico1 dont les murailles blanchissent au soleil1 et dont les dmes tincellent4 ,au-dessus1 le regard se perd sur les coteaux o s'panouissent ,san ,agustin1 ,san ,angel et ,tacubaya2 un peu sur la gauche1 le voile de ,nuestra ,seora de ,guadalupe se dtache sur le fond noir de la montagne1 et1 traversant le lac1 l'ombre de la grande ,texcoco vous arrache un dernier coup d'oeil4 ,ce n'est partout que villages1 villas1 lagunes2 un panorama splendide1 un miroitement incroyable1 une richesse de lignes inoue2 sur le tout1 un soleil clatant jette profusion des teintes dsesprer un peintre2 en un mot1 c'est une dbauche de couleurs qui blouit l'oeil et ravit l'me2 ajoutez cela qu'on arrive4 ,mais hlas6 vous descendez1 et l'illusion tombe2 vous approchez1 les couleurs s'effacent et le mirage s'vanouit4 ,au lieu de la plaine fertile1 des palmiers verts qu'on attend1 des lacs dlicieux chargs de chinampas fleuris 7les flottantes71 le voyageur harass ne traverse que plaines brles et striles2 le paysage devient morne et triste2 chaque pas en avant1 la ferie disparat4 ,le village est ruin1 le palmier n'est qu'un nain rabougri1 le lac un marais fangeux aux exhalaisons ftides1 couvert de nuages de mouches empoisonnes4 ,l'entre de ,mexico n'est que celle d'un bouge1 et rien ne fait encore prsager la grande ville2 les rues sont sales1 les maisons basses1 le peuple dguenill2 mais bientt la diligence dbouche sur la place d',armes1 borde d'un ct par le palais1 de l'autre par la cathdrale4 ,vous devinez alors une capitale2 vous passez rapidement1 et l'ancien palais de l'empereur ,iturbide vous prte1 sous ses lambris autrefois dors1 l'hospitalit banale de l'htel4 ,mexico perd tous les jours quelque chose de sa physionomie trangre3 les colonies allemande1 anglaise et franaise ont europanis la cit2 l'on ne trouve plus gure de couleur locale que dans les barrios 7faubourgs74 ,qu'on me pardonne ici une digression3 ,les gographes prtent ,mexico deux cent mille habitants3 c'est beaucoup trop2 nous croyons tre plus prs de la vrit en ne lui en donnant que cent cinquante mille4 ,nous avons1 du reste1 en fait de gographie1 de graves erreurs nous reprocher1 et nous manquons totalement de gographie commerciale4 ,en admettant les deux cent mille habitants de ,mexico1 ne serait-il pas utile de dire comment se compose cette population8 ,ne serait-il pas ncessaire d'avertir l'migrant ou l'homme d'affaires1 que sur ce chiffre de deux cent mille1 qui constitue en ,europe une grande ville pour ce qui regarde la consommation1 vous n'avez pas ,mexico plus de vingt-cinq trente mille individus qui consomment8 ,le surplus se compose de leperos1 mendiants1 portefaix1 voleurs1 et autres sans profession aucune1 sans moyens d'existence et vivant au jour le jour4 ,cette classe1 loin de rien apporter la circulation1 tend l'arrter chaque jour1 et ne vit qu'aux dpens de la communaut4 ,combien de gens1 en ,europe1 croient n'avoir affaire1 au ,mexique1 qu' des sauvages l'tat de nature1 et s'imaginent encore voir un peuple vivant sous des palmiers1 la tte et la ceinture ornes de plumes6 ,les mauvaises gravures font plus de mal qu'on ne pense2 elles parlent plus vivement l'esprit du peuple que des livres qu'il ne lit gure1 et perptuent dans la population des erreurs dplorables4 ,on cite1 ,mexico1 l'histoire d'un malheureux qui vint ,vera-,cruz avec une pacotille de verroteries1 de miroirs et de petits couteaux3 naturellement il fut ruin4 ,mais reprenons notre rcit4 ,le ,mexicain est une figure complexe1 difficile peindre3 hautain1 fier1 insolent dans la bonne fortune1 il est plat et servile dans la mauvaise2 cependant il est de relations faciles1 surtout si vous lui imposez4 ,sa politesse exagre ressemble trop la politesse obsquieuse des gens faux2 il est bon1 cependant1 et d'une obligeance rare2 mais1 homme d'instinct avant tout1 il s'engage volontiers par des promesses mtaphoriques que le vent emporte1 et dont il ne se souvient jamais4 ,il a conserv de l',espagnol cette nave locution qu'il vous dbite sans cesse3 ,es tambin de ,vd ,seor1 cela est vous1 monsieur2 ou bien3 a la disposicin de ,vd1 votre disposition4--,la belle montre6 dites-vous en admirant un bijou remarquable4--,elle est vous1 rpond-il immdiatement4--,le beau cheval6-- votre disposition4 ,ils appliquent tout cette malheureuse formule2 mais honni soit qui les prendrait au mot4 ,me trouvant au bal1 dans la ville d',oaxaca1 j'admirais une jeune fille dlicieusement jolie3 ,ah6 la belle enfant6 m'criai-je2 quelle est donc cette charmante personne8--,c'est ma soeur1 rpondit mon voisin1 muy a la disposicin de ,vd4 ,je rougis et je me tus4 ,sans souci du lendemain1 le ,mexicain dpense l'argent qui lui vient du jeu avec la mme facilit que celui de son travail2 il semble qu' ses yeux l'un n'ait pas plus de valeur que l'autre1 preuve vidente de dmoralisation6 ,habitu1 en matire de gouvernement1 aux changements vue1 le fait accompli lui devient loi2 tmoin jaloux des fortunes scandaleuses de quelques traitants1 faussaire hont des monnaies publiques1 la politique le perd1 la paresse le corrompt1 le jeu le dprave4 ,n'ayant reu qu'une ducation toute superficielle 7je ne parle pas des jeunes gens levs en ,france71 gardant de l',espagnol une fiert malheureuse1 il mprise gnralement le commerce pour crever de misre dans quelque administration4 ,il est volontiers soldat1 et l'affaire est bonne quand on le paye1 ce qui est trs-rare par le temps qui court2 j'ai vu de malheureux colonels me demander #b fr4 #ej c4 pour dner4 ,mais1 en toute extrmit1 il reste l'employ1 comme au soldat1 une ressource3 le pronunciamento4 ,nous avons tous une ide du pronunciamento4 ,je perds ma place1 et naturellement le gouvernement ne me convient plus3 je me prononce2 ,je suis mis en demi-solde3 je me prononce4 ,colonel mcontent1 gnral la retraite1 ministre dgomm1 prsident en expectative3 je me prononce1 je me prononce1 je me prononce2 ,j'mets un plan1 je groupe autour de moi quelques mcontents dsoeuvrs1 je runis quelques dguenills1 je forme noyau3 j'arrte une diligence1 j'impose un malheureux village1 je dpouille une hacienda3 je suis prononc2 ,j'agis pour le plus grand bien de la rpublique4 ,qu'avez-vous dire8 ,je fais boule1 la paresse grossit mes rangs1 le hasard me protge1 je me bats bien1 la fortune arrive1 et je me trouve1 un peu surpris je l'avoue1 sur le sige de la prsidence4 ,hier j'tais valet dans un consulat1 je suis gnral aujourd'hui2 je faisais il y a cinq ans le saut de carpe dans un cirque1 je commande la place de ,mexico2 il y a deux ans1 j'tais simple lieutenant1 me voil substitut-prsident2 je n'ai rien1 les ressources manquent1 mes troupes dsertent2 j'enfonce les caisses du consulat d',angleterre4 ,que voulez-vous de mieux8 ,c'est ce qu'on voit tous les jours4 ,mais le portrait du ,mexicain a t trac par notre honorable ami le docteur ,jourdanet1 dans son remarquable ouvrage les ,altitudes de l',amrique tropicale1 compares au niveau des mers#fb4 ,qu'on nous permette de le citer3 ,le ,mexicain est de taille moyenne2 sa physionomie porte l'empreinte de la douceur et de la timidit2 il a le pied mignon1 la main parfaite4 ,son oeil est noir1 le dessin en est dur1 et cependant1 sous les longs cils qui le voilent1 et par l'habitude de l'affabilit1 l'expression en est d'une douceur extrme2 la bouche est un peu grande et le trait en est mal dfini2 mais1 sous ces lvres toujours prtes vous accueillir d'un sourire1 les dents sont blanches et bien ranges4 ,le nez est presque toujours droit1 quelquefois un peu aplati1 rarement aquilin4 ,les cheveux sont noirs1 souvent plats1 et couvrent trop amplement un front qu'on regrette de voir si dprim4 ,ce n'est pas l un modle acadmique1 et pourtant1 quand la suave expression fminine vous prsente cette forme amricaine que l'cole traiterait peut-tre d'incorrecte1 vous imposez silence aux exigences du dessin et vos sympathies approuvent le nouveau modle4 ,le ,mexicain des hauteurs a l'aspect calme d'un homme matre de lui2 il a la dmarche aise1 les manires polies1 l'oeil attentif vous plaire4 ,il pourra vous har1 mais il ne saurait vous manquer d'gards en vous parlant4 ,quoi que vous ayez fait contre lui1 quoi qu'il mdite contre vous1 son habitude de l'urbanit vous assure toujours une politesse exquise en dehors du cercle de ses ressentiments4 ,beaucoup de gens appellent cela de la fausset de caractre2 je les laisse dire et je ne m'en plais pas moins vivre parmi des hommes qui1 par la douceur de leur sourire1 l'amnit de leurs manires et leur obstination me plaire1 m'entourent de tous les dehors de l'amiti et de la plus cordiale bienveillance4 ,le ,mexicain aime jouir1 mais il jouit sans calcul2 il prpare sa ruine sans inquitude et se soumet avec calme au malheur4 ,ce dsir du bien-tre et cette indiffrence dans la souffrance sont deux nuances du caractre mexicain bien dignes de remarque2 ces hommes craignent la mort1 mais ils se rsignent facilement quand elle approche3 mlange trange de stocisme et de timidit4 ,dans la basse classe1 le mpris de la mort est de bon ton1 et1 comme les gladiateurs romains1 ils aiment poser en mourant4 ,c'est pour cela qu'ils font change de coups de poignard1 comme nous donnerions des chiquenaudes4 ,et puis1 l'hpital1 ils vous disent avec calme1 au milieu de leurs mortelles souffrances3 ,bien touch6 rendant hommage avant d'expirer l'adresse de leurs adversaires4 ,dans le fond1 cet lgant portrait n'est pas aussi doux qu'il en a l'air4 ,quoi qu'il en soit1 on ne peut1 en voyant l'tat des choses au ,mexique1 s'empcher de jeter un coup d'oeil sur la rpublique amricaine sa voisine1 dont le gouvernement1 au dire d'un crivain clbre 7,m4 de ,tocqueville71 n'est qu'une heureuse anarchie1 et qui1 nanmoins1 marche pas de gant dans les voies les plus avances du progrs matriel1 soutenu par cette seule force moralisatrice1 le travail4 ,le ,mexique est mieux dou2 il a tous les climats1 toutes les productions1 toutes les richesses3 il dprit2 je n'accuse point son organisation1 je n'accuse que l'homme3 il a le travail en horreur4 ,ce qui surprend dans toutes les villes mexicaines1 c'est le nombre prodigieux des glises1 signe incontestable de la toute-puissance du clerg4 ,ce ne sont partout que moines gris1 noirs1 blancs et bleus1 couvents de femmes1 tablissements religieux1 chapelles miraculeuses4 toute heure du jour1 on voit s'ouvrir les portes du sagrario2 un prtre en sort tenant la main le saint viatique3 une voiture dore1 attele de deux mules pies l'attend au dehors1 il y monte2 une espce de lepero le prcde portant sur sa tte une petite table1 la main une cloche qu'il agite chaque instant2 aussitt le poste du palais court aux armes1 les tambours battent aux champs1 la circulation s'arrte1 les mes pieuses s'agenouillent1 l'tranger se dcouvre2 le nouvel arriv s'tonne1 interroge1 hsite1 jusqu' ce qu'une voix du peuple vienne le rappeler au respect de la coutume4 ,ce ne serait point sans danger pour sa personne qu'il se hasarderait la braver4 ,quelquefois ce n'est pas seulement une voiture simplement dore1 la voiture de tous les jours1 et qui ne porte qu'aux proltaires les derniers secours de la religion4 ,le riche1 comme partout1 demande l'glise le luxe de ses pompes2 vivant ou mort1 il rclame galement l'hommage1 ou tout au moins l'tonnement de la multitude4 ,alors le prtre1 en habits sacerdotaux1 flanqu de deux diacres1 monte en un superbe carrosse de gala rappelant les quipages de ,louis ,,xiv2 une foule bigarre l'accompagne1 divise en deux longues files4 ,chaque individu portant un cierge allum psalmodie d'une voix tranarde des prires1 des psaumes ou l'office des agonisants4 ,le prix de semblables crmonies monte quelquefois des sommes normes2 tout le monde y perd1 sauf l'glise4 ,le ,mexicain conserve encore une coutume charmante1 tout imprgne du parfum des vieux ges4 six heures sonne la ,oracin1 l',angelus2 tous les habitants s'arrtent1 se dcouvrent et se souhaitent mutuellement la buena noche4 ,dans l'intrieur de chaque maison1 la mme scne se rpte1 et dans les champs aussi1 les nombreux serviteurs de l'hacienda viennent humblement baiser la main de leur matre4 ,mexico1 les maisons sont terrasse et admirablement construites2 les murs sont pais et gnralement surmonts d'une large corniche4 ,les encoignures sont ornes de niches enjolives d'arabesques et meubles d'une statue de saint ou de la ,vierge4 ,le toit1 charg d'une paisse et lourde couche de terre glaise1 prte la btisse un appui contre les tremblements de terre si frquents sur les hauteurs4 ,on en compte en moyenne deux par anne4 ,je fus tmoin1 pendant mon sjour1 d'un de ces effroyables phnomnes4 ,le tremblement de terre du #ab au #ae juillet #aheh fut l'un des plus terribles qu'on ait jamais ressentis4 ,les ,mexicains en garderont le souvenir4 ,un bruit souterrain l'annonce1 bruit sourd1 grondant1 indescriptible2 l'oscillation commence1 lente d'abord1 puis bientt longue1 prcipite1 terrible2 l'pouvante vous prend la gorge et vous assistez1 sans le bien analyser1 un cataclysme pouvantable2 il semble qu'un vertige affreux fasse danser vos yeux les difices1 se briser les arbres et s'crouler les maisons4 ,dans la rue1 le peuple genoux se tord dans les convulsions de la peur1 l'air se remplit de clameurs lugubres1 de cris dsesprs1 de prires et de formules pieuses arraches par l'pouvante2 une minute 7un sicle67 passe1 et vous vous tonnez de vivre1 de voir les palais debout et les temples rsister l'effroyable branlement de ces ouragans souterrains6 ,cette anne-l nanmoins1 le dommage fut grand1 et l'on estimait plus de dix millions les dsastres de la journe4 ,nous avons dit qu' ,mexico1 le centre de la ville tait europen1 presque franais4 ,dans les rues ,plateros1 ,san ,francisco1 de la ,professa1 del ,espiritu ,santo1 etc41 on entend aussi souvent le franais que l'espagnol2 presque tous les gens bien levs parlent notre langue4 ,dans ces quartiers1 le paletot et la redingote dominent1 le chapeau noir est bien port2 les jeunes gens y sont mis la dernire mode4 ,chaque mois le packet anglais les claire ce sujet2 aussi les tailleurs font-ils fortune4 ,le ,mexicain d'un accs si facile dans la rue1 point trop poseur1 est liant1 mais jusqu' la porte de sa maison4 ,il laisse difficilement l'tranger pntrer dans l'intrieur de sa famille4 ,la table1 qui chez nous est l'instrument sociable par excellence1 la salle manger1 le lieu o se dclarent le plus volontiers les vives sympathies1 o1 les coudes appuys1 se prolongent les longues causeries1 n'existent pas pour le ,mexicain4 ,la table semble chose honteuse qu'il cache au besoin4 ,il s'y asseoit solitaire4 ,la femme1 demi-nue jusqu' une heure avance1 laisse flotter sur ses paules une chevelure gnralement abondante1 mais grossire1 qu'elle lave tous les jours4 ,dans bien des maisons1 la ,mexicaine1 mme riche1 s'accroupit plus volontiers sur son petate 7paillasson71 devant quelque fricot piment1 un plat de frigoles 7haricots7 et la tortille la main1 qu'elle ne s'asseoit une table lgamment servie4 ,le matin1 la ,mexicaine est chrysalide2 le soir1 c'est un papillon2 elle en a les ailes lgres1 les riches couleurs et la grce4 ,alors la crature que vous avez regarde sans la voir1 dans le dsordre de son intrieur1 est le soir une femme lgante dont vous admirez les fraches toilettes et le luxe blouissant4 ,l'heure du paseo approche1 et comment vivre sans paseo8 ,qu'il pleuve1 qu'il vente ou qu'il tonne1 elle part1 son carrosse l'attend2 elle court taler ses grces1 sourire son amant1 saluer de la main l'amie qui passe1 craser une rivale4 ,comme elle1 le ,mexicain n'est plus le soir l'homme du matin2 vous avez rencontr sur le trottoir un dandy du boulevard de ,gand1 vous le retrouvez cheval2 cavalier remarquable1 il monte une bte de prix1 couverte d'une selle de luxe4 ,pour lui1 ses jambes sont emprisonnes dans des calzoneras dont chaque bouton d'argent est un petit chef-d'oeuvre1 et lorsque le temps n'est pas sr1 des chaparreras de peau de tigre lui descendent du genou au cou-de-pied4 ,une veste bien coupe fait valoir sa taille gracieuse que ceint un filet de soie rouge4 ,le vaste sombrero aux ailes galonnes1 la toquille d'or1 a remplac l'ignoble chapeau noir4 ,quand il pleut1 le zarape aux mille couleurs est ngligemment jet sur ses paules1 et quand il fait beau1 fix sur l'arrire de la selle4 ,puis il va1 faisant caracoler sa monture1 alternant du pas au galop1 distribuant des poignes de main droite1 un salut gauche1 et jetant1 comme le tambour-major de la fable1 un regard satisfait quelque fentre privilgie4 ,deux heures environ1 il va1 vient1 passe et repasse1 repart1 s'arrte et voit dfiler devant lui les quipages de la cit4 ,mais sept heures sonnent1 la nuit tombe1 les visiteurs deviennent rares2 alors1 abandonnant regret son exercice favori1 il rentre1 et la journe du lendemain sera celle de la veille4 ,l'hiver1 le thtre1 dont tout ,mexicain son aise est l'abonn1 lui dpense trois soires par semaines3 quant la ,mexicaine1 elle y vient toujours lgante et pare comme les ladies de ,hay-,market ou de ,drury-,lane4 ,chaque reprsentation exige une toilette nouvelle1 et elle se soumet l'exigence1 vous le pensez1 avec bonheur4 ,l't1 c'est le cirque1 les combats de taureaux1 combats anodins1 o la victime1 toujours la mme1 vient rgulirement s'enferrer sur la lame de l'espada4 ,le jeu des taureaux n'a vritablement d'attrait que la premire fois qu'on y assiste4 ,l'oeil s'amuse de cette mise en scne brillante1 des costumes lgants et lgers des banderilleras1 de leurs voiles multicolores1 de la tenue matamoresque des picadores et des chamarrures de l'espada4 ,l'entre du taureau vous meut2 il semble que rien ne doive rsister l'lan de la bte furieuse1 et le picador imprudent qui l'oserait affronter serait culbut sans merci2 mais tourment par les banderilleras1 aveugl par leurs voiles trompeurs1 il puise en vain sa rage contre d'insaisissables ennemis2 le picador n'arrive que lorsque1 cumant1 essouffl1 demi vaincu1 il ne se prcipite plus qu'en un choc souvent impuissant sur la rosse qu'on lui sacrifie d'avance4 ,souvent aussi le directeur du cirque ne lance sur l'arne que des taureaux en bas ge1 roquets de taureaux dont le peuple hue l'entre 7fuera la vacca6 la porte la vache671 et qu'on remplace quelquefois pour le satisfaire4 ,l',alameda est un joli parc situ au centre de ,mexico2 de beaux ombrages1 des fleurs malgr l'incurie des gardiens1 de l'eau vive1 une fontaine1 en font un lieu de promenade assez agrable1 mais presque uniquement l'usage des enfants et des gens paisibles4 ,l1 l'homme studieux arrive avec son livre1 la china 7grisette7 y donne ses rendez-vous1 quelques dames aussi parfois4 ,le ,franais y domine4 ,ceci me rappelle que je ne dois pas oublier mes compatriotes4 ,la socit franaise ,mexico est compose de gens nergiques qui1 partis de bas1 sont arrivs la fortune grce un travail obstin et des facults incontestables4 ,presque tous libraux1 ils infusent au ,mexique des principes qui ne sont point du got des conservateurs3 aussi ont-ils les vives sympathies des uns et la haine envenime des autres4 ,la colonie franaise a grandement souffert sous la prsidence de ,miramon1 dont les emprunts forcs se renouvelaient chaque jour4 ,comme partout l'tranger1 les ,franais de ,mexico se dnigrent entre eux1 les femmes s'y jalousent avec fureur1 et la colonie n'y est gure qu'un immense foyer de cancans4 ,la promenade des ,chanes qui s'tend au pied de la cathdrale n'est frquente que le soir2 la socit s'y rend au clair de lune1 si brillante en ces climats2 les toilettes y sont belles1 le chle port sur la tte y abrite les belles seoras contre la fracheur de la nuit4 ,les accroche-coeurs y font quelques captifs1 et le caballero quelques conqutes4 ,,iii ,,coutumes ,le peuple ,mexico4--,les ,indiens4--,las pulquerias4--,les enterrements d'enfants4--,le clerg4--,les voleurs de grands chemins4--,utilit d'un rabat--,mexico et ses monuments4--,la banlieue4--,les ruines de ,tlalmanalco4 ,le peuple de ,mexico est compos de mtis de toutes les teintes1 et de quelques ,indiens fournissant au commerce les domestiques mles ou femelles1 les cargadores et les porteurs d'eau4 ,dans les faubourgs1 c'est une fourmilire de femmes et d'enfants en guenilles1 d'ignobles bouges d'o s'chappent des odeurs mphitiques4 ,tous ces tres1 rongs de vermine1 les cheveux pars1 ne prsentent que l'aspect d'une population tiole par le mauvais air1 la mauvaise nourriture et la dbauche4 ,souvent1 sur la porte des masures1 une femme accroupie tient entre ses genoux la tte d'un enfant2 elle semble s'efforcer1 mais en vain1 d'arrter la fcondit de la population parasite qui le dvore2 quelquefois c'est un heureux soldat qui jouit de ce doux privilge4 ,en vrit1 cela rappelle les singes du ,jardin des ,plantes4 ,les barrios ou faubourgs sont des quartiers qu'un tranger1 la nuit venue1 ne peut parcourir sans danger4 ,les habitants nous portent une haine froce1 en grande partie inspire1 il faut bien le dire1 par les prdications du clerg4 leurs yeux1 nous ne sommes que des hereges1 hrtiques sans foi ni loi3 notre prsence n'est pour la rpublique qu'un sujet de troubles1 de discordes et de malheurs mrits3 nous modifions leurs habitudes1 nous rions de leurs crmonies religieuses1 nous bafouons leurs ministres2 c'en est assez1 malgr la fausset d'une accusation si absolue et si gnrale1 pour attirer sur nous les poignards4 ,le jour1 les pulquerias ou dbits de pulque1 liqueur tire du maguey1 espce de boisson paisse1 blanchtre et fort vineuse1 ne cessent de verser au mtis comme l',indien une ivresse abrutissante4 ,vous les voyez alors se traner1 l'oeil mort1 la bouche bavante1 murmurant des paroles incomprhensibles2 d'autres se prcipitent sous l'impulsion d'une folie furieuse1 et d'autres1 rouls dans la fange1 offrent au passant le plus dplorable des spectacles4 ,cette population des faubourgs est en mme temps le rservoir o vient puiser chaque parti pour s'en faire de vaillants soldais4 ,c'est la chair pt de l'arme1 et telle est la soumission ou l'abrutissement de ces malheureux1 que deux recruteurs cernant une pulqueria1 ou pntrant dans une de ces cours populeuses1 ramnent avec la plus grande facilit tout un troupeau de ces pauvres cratures4 ,on les conduit au palais1 et l1 mettant entre les mains de chacun un sabre brch et quelque carabine impossible1 le malheureux est fait soldat par la grce du commandant de place et pour le plus grand malheur de la rpublique4 ,chaque nouvel engagement de l'arme demandant des contingents nouveaux1 la leva1 la leve recommence4 ,la campagne ouverte1 la femme suit l'homme et le nourrit en campagne2 aussi rien de plus original qu'une arme mexicaine3 les femmes1 les enfants1 les chiens la font ressembler une migration2 c'est l'arme de ,xerxs en guenilles4 ,il est facile de comprendre qu'au premier tournant de la route1 au premier bois qui peut dguiser sa fuite1 le soldat improvis reprend le chemin de son faubourg ou de son jacal2 il lui arrive ainsi d'un moment l'autre de servir coup sur coup les deux partis contraires4 ,quelquefois il vend son quipage1 fusil1 sabre et giberne1 le tout pour une piastre2 le gouvernement le rachte pour dix ou quinze4 ,c'est un commerce assez heureusement pratiqu1 et dont le bnfice pour la rpublique est des plus clairs4 ,malgr la beaut de son climat1 l'inaltrable srnit de son ciel et l'tat de fainantise dans lequel il semble croupir avec dlices1 le lepero de ,mexico considre la vie comme une terrible preuve1 puisqu'il se rjouit de la mort des siens4 ,il rappelle alors ces tribus des ,thraces qui jetaient des cris de dsespoir la naissance de leurs enfants1 et chantaient leur mort des actions de grce4 ,mexico1 la basse classe semble avoir hrit de cette barbarie4 ,un enfant meurt1 on le couche dans une bire ouverte1 puis on l'ensevelit sous les fleurs2 sa pauvre petite figure livide est seule visible au milieu des hliotropes1 des jasmins et des roses4 ,un parent1 quelquefois le pre lui-mme1 charge le cadavre sur sa tte2 puis il part suivi des siens qui causent gaiement et se promettent une belle journe4 ,l'on arrive quelque logis o la fte funbre doit avoir lieu2 les libations commencent1 les jeux s'organisent1 la partie s'chauffe1 les danses enivrent2 l'orgie est si douce1 qu'on oublie parfois le petit mort sur une table1 ou qu'on trouve au matin le cadavre profan loin de sa bire1 au milieu des dbris de toutes sortes4 ,pauvres mres6 ,combien doivent hurler de dsespoir1 crases par la tyrannie des coutumes6 ,gabriel ,ferry1 dans ses tudes sur le ,mexique1 nous a cont ces enterrements scandaleux1 en mme temps qu'il nous laissait de magnifiques types de moines qui disparaissent chaque jour4 ,on ne saurait faire rien de mieux ni de plus exact4 ,les moines et les padres forment1 avec les leperos1 une alliance indissoluble4 ,ils se traitent de pre fils1 et ces derniers habitent presque tous des maisons appeles de vecindad et qui appartiennent aux corporations religieuses ou au clerg4 ,l'un est toujours le dbiteur de l'autre2 mais celui qui reoit le plus n'est pas celui qu'on pense3 aussi le padre peut-il impunment traverser des routes infestes de voleurs2 on le dpouille rarement1 et quelques esprits forts se hasardent seuls lui demander la bourse ou la vie4 ,on appelle ordinairement les voleurs du nom familier de compres1 compadres4 ,en revenant de ,tehuacan de las ,granadas1 nous fmes arrts contre toute vraisemblance aux portes de la ville mme par un monsieur fort bien vtu1 accompagn de son domestique4 ,c'tait1 je crois1 un colonel de la brigade ,cobos qui1 sachant qu'il y avait deux trangers dans la diligence1 crut une bonne aubaine4 ,cet aimable officier nous demanda cinquante piastres d'une voix terrible4 ,je fis la qute1 et nous ne pmes1 malgr toute notre bonne volont1 en runir plus de dix onze4 ,je les lui offris le plus gracieusement du monde1 fort dsol de ne pouvoir mieux faire1 et sur son refus de les prendre1 allguant que nous voulions le tromper1 je les remis tranquillement dans ma poche4 ,il visita la diligence1 et voyant qu'en somme il se pourrait bien que nous n'eussions pas davantage1 il se dcida1 maugrant et jurant1 les accepter4 ,ce vol insolite tait une vritable surprise3 on n'avait jamais arrt la diligence en cet endroit1 les compadres ayant marqu la route par tapes comme une chose rgle d'avance4 ,de ,tehuacan ,puebla1 il fallut se rsigner trois fois l'aimable invitation de retourner ses poches4 ,nous avions parmi nos compagnons de route un homme grand et sec1 porteur d'une figure entirement rase1 auquel il ne manquait que la tonsure pour laisser deviner un cur de village4 ,le lecteur doit tre averti que les prtres au ,mexique1 surtout la campagne1 portent rarement le costume ecclsiastique4 ,un simple rabat nomm cuello1 garni de perles ou simplement bord d'un lisr blanc1 suffit pour distinguer un membre du clerg4 peine remis de notre msaventure1 mon voisin1 c'tait l'homme en question1 se tourna vers moi1 et tirant de sa poche un rabat assez sale1 me dit en me le montrant3 ,amigo1 voici mon arme1 et vous verrez qu'elle en vaut bien une autre4 ,il m'expliqua son stratagme1 mit son rabat et attendit4 ,je m'inquitais peu des voleurs pour mon compte4 ,je n'avais rien perdre4 ,en sortant de ,tecamachalco1 deux ou trois milles au del1 nous vmes un petit berger dans un champ1 qui de loin nous faisait signe1 en nous dsignant le lit encaiss d'une rivire sec4 ,en effet1 deux compres cheval1 la figure voile par des mouchoirs carreaux1 enjoignirent au postillon d'arrter1 et aux voyageurs de descendre4 ,le respect de l'autorit me parat tre1 en principe1 une vertu2 aussi nous htmes-nous d'obir4 ,mais en voyant nos poches vides1 ces gentilshommes de grande route jetrent des cris de paon2 jamais l'indignation vertueuse d'un galant homme1 arrt dans la plus louable entreprise1 n'gala celle de ces dlicieux dtrousseurs4 ,on nous avait dj vols6 ,c'tait indigne1 cela ne s'tait jamais fait2 ils n'en voulaient rien croire1 et le conducteur lui-mme fut oblig de donner sa parole d'honneur que le fait1 tout extraordinaire qu'il ft1 tait exact4 ,il fallut se rejeter sur les bagages1 chose assurment fort dsagrable3 le volume est gros1 la valeur problmatique1 la vente difficile1 enfin6 ,en ce moment l'un d'eux aperut le cuello1 le rabat de notre ami3 sa figure rbarbative s'adoucit aussitt d'un sourire4 ,je vois encore la scne4 ,l'autre voleur tait fourr sous la bche de la voiture1 se faisant ouvrir et visitant en toute scurit les coffres qu'elle abritait4 ,ah6 padrecito 7petit pre71 s'cria celui d'en bas1 avez-vous aussi des bagages8 ,et comme son acolyte demandait1 en montrant une mallette3 qui cela8--,la mienne1 rpondit l'homme au rabat4--,la vtre1 petit pre8 rpond le voleur4 ,h6 l-haut6 laisse cette malle1 mon ami3 c'est celle du padrecito4 ,puis se retournant vers le padre de circonstance3 ,ah6 padrecito1 lui dit-il1 nous ne sommes point des voleurs2 vous n'en croyez rien1 n'est-ce pas8 ,mais les temps sont si durs6 ,nous avons des enfants nourrir4 ,cher pre1 donnez-moi votre bndiction1 nous sommes d'honntes gens1 je vous le jure4 ,l'homme au rabat s'empressa de lui octroyer une faveur si humblement demande et qui lui cotait si peu4 ,la diligence repartit4 ,le tour est jou1 me dit mon vis--vis4 ,pour moi1 je ne pus qu'clater de rire4 ,ce respect du peuple et de la classe moyenne pour les padres est si tenace que1 quoi que beaucoup de ces derniers fassent pour l'loigner d'eux1 par leur conduite et la publicit d'une vie scandaleuse1 ils ne peuvent y parvenir4 ,chacun sait aussi bien que moi que le clerg mexicain n'offre pas le modle de toutes les vertus4 ,malgr tout1 rien ne peut dessiller des yeux si aveuglment prvenus4 ,aussi quand1 par suite d'une rvolution quelconque1 les moines sont en masse expulss d'une ville1 la route de l'exil est seme de femmes genoux qui viennent accompagner de leurs larmes le dpart de leurs chers confesseurs4 ,elles s'empressent baiser la tunique du martyr et remplissent l'envi la main du cordelier de pices de monnaie1 ou dfaut1 de bijoux de toute valeur4 ,quand ils reviennent1 c'est un triomphe4 ,mais laissons l'tude des hommes1 et consacrons quelques lignes aux monuments de ,mexico et de ses environs4 ,le premier1 le plus important1 sans contredit1 est la cathdrale4 ,la cathdrale forme le ct nord de la place d',armes1 dont le palais forme l'est1 la ,dputation le sud1 et le ,portal de las ,damas l'ouest4 ,commence sous le rgne de ,philippe ,,ii1 en #aegc1 elle ne fut vritablement termine qu'en #agia1 au prix de #b1ddf1jjj piastres1 soit #ab1ccj1jjj fr4 ,vu de la place1 l'difice se prsente sous l'aspect majestueux des glises de la seconde moiti du seizime sicle4 ,la faade est remarquable par le contraste frappant de la simplicit qui la distingue des autres difices religieux de la ville4 ,elle a trois portes places entre des colonnes doriques2 ces portes communiquent avec la grande nef et les deux nefs latrales4 ,au-dessus de la porte principale1 deux tages superposs et orns de colonnes doriques et corinthiennes supportent un petit clocher de forme lgante1 couronn de trois statues1 reprsentant les vertus thologales4 ,de chaque ct s'lvent les tours1 d'un style svre1 termines en coupole1 et dont la hauteur est de #gh mtres4 ,l'intrieur est tout or4 ,un choeur immense remplit toute la grande nef et se relie1 par une galerie de composition prcieuse1 au matre-autel1 imit1 m'a-t-on dit1 de celui de ,saint-,pierre de ,rome4 ,les deux nefs latrales sont destines aux fidles1 et l'on n'y voit ni chaises ni bancs d'aucune sorte4 ,les ,mexicaines1 qui s'empressent l'office divin1 s'agenouillent ou s'asseyent sur les dalles humides1 la ferveur leur dfendant probablement une position moins humilie qu'exigerait pourtant leur sant dlicate4 ,les hommes ont le loisir de se tenir debout2 ils sont rares1 du reste1 l'intrieur de l'glise2 ils s'arrtent plutt la porte1 o ils attendent en causant l'arrive des dames et la fin du service1 se trouvant rcompenss au del de leur patience par une oeillade discrte ou par un gracieux salut4 ,parmi les objets d'art que renferme la cathdrale1 il faut rappeler une petite toile de ,murillo1 connue sous le nom de ,vierge de ,belen1 et qui n'est pas une des meilleures du grand peintre4 ,l'glise la considre comme son joyau le plus prcieux4 ,la toile est en assez mauvais tat et le tableau demanderait un rentoilement immdiat4 ,il faut citer encore une ,assomption de la ,vierge en or massif1 du poids de #a1aaf onces4 ,la lampe en argent massif suspendue devant le sanctuaire a cot #cej1jjj francs4 ,le tabernacle1 galement en argent massif1 est estim #hjj1jjj francs4 ,citons encore des monceaux de diamants1 d'meraudes1 de rubis1 d'amthystes1 de perles et de saphirs1 une quantit prodigieuse de vases sacrs en or et en argent1 pour une somme inimaginable4 ,la cathdrale renferme le tombeau d',iturbide1 le plus terrible ennemi de l'indpendance1 son soutien plus tard4 ,contre le mur de la tour gauche et regardant l'ouest1 se trouve le fameux calendrier aztque1 dcouvert le #ag dcembre #agij1 tandis qu'on travaillait la nouvelle esplanade de l',impedradillo4 ,il fut enchss dans les murs de la cathdrale par ordre du vice-roi1 qui en fit prendre soin comme du monument le plus prcieux de l'antiquit indienne4 ,nous pourrions donner ici un rsum de l'oeuvre de ,gama en ce qui concerne le calendrier2 mais1 faute de place1 nous sommes forc de nous abstenir1 nous rservant de publier plus tard des documents aussi intressants4 ,en tout cas1 voici le titre de l'ouvrage o chacun pourra puiser d'amples renseignements3 ,description historique et chronologique de deux pierres indiennes trouves ,mexico en #agij1 par ,d4 ,antonio de ,leon y ,gama4--,mexico1 #ahcb4 ,le sagrario est une immense chapelle formant dpendance de la cathdrale4 ,l se font les mariages1 les enterrements et les baptmes1 et le saint ,sacrement y reste sans cesse expos la vnration des fidles4 ,il est impossible de ne point s'arrter devant la porte du sagrario1 et quoique l'ensemble soit d'assez mauvais got1 on ne saurait s'empcher d'admirer le luxe inou de ses sculptures et de son ornementation4 ,nous avons parl de la coutume religieuse qui impose encore aujourd'hui chaque piton de s'agenouiller dans la rue1 ou tout au moins de s'arrter et de se dcouvrir au passage du saint ,sacrement2 nous trouvons dans certaines chroniques de l'poque qu'il fallait jadis se joindre la procession et accompagner le saint viatique jusqu' la demeure du malade1 si bien que la foule1 grossissant chaque pas1 finissait par constituer une masse norme4 ,le vice-roi lui-mme n'en tait pas exempt1 et plusieurs fois il se vit oblig de prendre la tte de la colonne4 ,en sortant de ,mexico par la porte de ,belen1 et suivant l'aqueduc qui se dirige du ct de ,tacubaya1 on arrive au chteau de ,chapultepec4 ,vritable oasis dans la valle1 ,chapultepec s'lve sur un monticule volcanique d'environ deux cents pieds2 il est entour d'eaux vives et couvert d'une vgtation splendide1 le voyageur peut y admirer son gr une vue panoramique des plus dlicieuses4 ,on y remarque de magnifiques sabinos1 espces de cyprs dont quelques-uns atteignent soixante-quinze et quatre vingts pieds de circonfrence1 et dont la vieillesse vigoureuse brave les ravages des sicles4 ,chapultepec est un des plus anciens souvenirs du ,mexique4 ,au ,v,i,i,ie sicle1 suivant de vieilles chroniques1 la colline tait dj le sige d'une colonie d'habitants industrieux et remarquables par leur civilisation4 ,pendant une longue priode1 les peuples nomades venant du ,nord1 se pressent1 se succdent et se mlent sur ce terrain si souvent disput1 jusqu' ce que l'avant-garde des hordes mexicaines accueillies par ,jolotl1 roi des ,chichimques1 obtint la permission de s'tablir ,chapultepec4 ,depuis la fondation dfinitive de ,mexico1 ,chapultepec s'est converti en un lieu de plerinage4 ,plus tard1 la dvotion populaire se refroidissant1 les rois aztques en firent un muse historique1 et ses rocs furent destins transmettre la postrit la physionomie des grands souverains du ,mexique4 ,axayacatl1 suivant ,tezozomoc1 fit placer sa statue sur un rocher de la colline1 et le ,p4 ,acosta prtend avoir vu de beaux portraits en bas-relief1 de ,montzuma ,,ii et de ses fils1 sur pierre vive4 ,au temps de ,montzuma ,,ii1 ,chapultepec devint rsidence impriale4 ,le chteau moderne lev par les soins du vice-roi ,mathias de ,galvez1 s'est transform1 en #ahda1 en cole militaire1 et dernirement ,miramon1 aprs l'avoir restaur1 en avait fait sa rsidence4 ,mais revenons ,mexico4 ,sur la place de la ,douane1 place toujours encombre d'attelages de mules et de chariots vides1 se trouve le couvent de ,santo ,domingo1 bien dchu de son ancienne splendeur4 ,il sert1 en temps de guerre civile1 de forteresse aux prononcs qui1 du haut des clochers1 fusillent leur aise leurs ennemis logs sur les azoteas des maisons1 ou sur les tours des couvents voisins4 dfaut1 l'on choisit pour point de mire le piton hasardeux que la ncessit chasse de son logis1 l'tranger surtout quand on le reconnat au loin4 ,aussi le clotre de ,santo ,domingo ne prsente plus que l'aspect de la dsolation4 ,les tableaux qui ornaient les galeries sont moiti crevs1 et les murailles sont noires de la fume des camps4 ,les beaux jours de ,santo ,domingo remontent l'inquisition1 dont il fut le sige4 ,les annales font remonter l'an #afdf les ftes qui clbrrent le premier auto-da-f de ,mexico4 ,quarante-huit personnes succombrent l'inauguration du terrible tribunal dont les dcrets s'excutrent jusqu'au commencement du sicle4 ,autre chose est le couvent de ,san ,francisco4 ,plac entre la rue du mme nom1 celle ,san ,juan de ,letran et ,zuletta1 il couvrait une superficie de prs de soixante mille mtres carrs4 ,coup de clotres magnifiques1 de cours et de jardins1 c'tait1 notre avis1 le plus considrable et le plus riche de ,mexico4 ,deux glises1 dont les intrieurs sont couverts de gigantesques autels de bois sculpt et dor1 trois chapelles dlicieuses1 des clotres couverts de tableaux1 en faisaient un monument des plus remarquables2 mais la politique a renvers le couvent1 perc des rues au travers des clotres et vendu les jardins4 ,les garnisons qui occuprent l'difice aux jours de lutte ont1 comme ,santo ,domingo1 laiss les tristes marques de leur passage2 le couvent est dans un tat dplorable4 ,la faade qui regarde la rue de ,san ,francisco prsente un portail magnifique4 ,cette porte est un compos bizarre de pilastres renaissance1 couverts de figures en bas-relief1 surmonts de chapiteaux composites1 et spars par des niches ornes de statues4 ,le tout est d'une richesse d'ornementation extraordinaire1 d'un got peut-tre douteux1 mais d'un remarquable fini de dtail1 et l'on admire d'autant plus ces sculptures que1 au dire de la chronique1 elles ne sont point dues au ciseau de l'artiste1 mais au pic grossier du tailleur de pierre4 ,aujourd'hui1 m'a-t-on dit1 la porte de ,san ,francisco n'existe plus2 le couvent est dmoli1 les matriaux disperss1 le terrain vendu4 ,on regrette que le gouvernement libral1 dans sa hte de dtruire les couvents1 n'ait point su conserver ce magnifique chantillon de l'art mexicain4 ,le couvent de la ,mercie n'est qu'une immense btisse dont rien1 ni l'glise1 ni la faade1 ne peut attirer l'attention du passant2 mais son clotre est le plus admirable de ,mexico4 ,de blanches colonnes aux arceaux dentels forment d'immenses galeries encerclant une cour dalle1 dont une fontaine bien modeste orne le centre4 ,ces colonnes lgres et les dentelures finement dcoupes rappellent le style grenadin qu'on voit se dvelopper avec tant de splendeur dans la cour de l',alhambra4 ,plac au centre d'un faubourg des plus populeux1 le clotre1 par sa solitude et son silence1 forme un contraste frappant avec le tumulte et l'agitation du dehors4 ,rien ne peut se comparer la tristesse qui rgne dans ses murs4 ,de temps autre un aguador vient remplir la fontaine ses cantaros et ses chochocoles 7urnes et pots qui lui servent transporter l'eau74 ,quelquefois la tunique blanche d'un religieux vient animer une seconde le dsert des galeries1 pour disparatre aussitt dans l'ombre des vastes corridors1 peupls de cellules dsertes pour la plupart4 ,aux murailles des galeries sont suspendus de nombreux cadres avec personnages grandeur nature1 reprsentant des scnes religieuses1 les martyrs de l'ordre1 et les saints qui l'ont rendu clbre4 ,toutes ces physionomies muettes1 dans l'extase de la prire ou de la douleur1 n'offrent aux yeux que poses violentes et tableaux d'horreur4 ,ce ne sont que dislocations1 bchers1 supplices de tous genres4 ,parmi ces personnages1 les uns lvent au ciel leur tte coupe dont le sang les inonde1 d'autres vous tendent l'envi leurs moignons sanglants ou leurs membres calcins4 ,un dgot invincible envahit tout votre tre2 vous vous reportez ces temps de sainte fureur o l'on batifiait la souffrance1 o l'on avait soif de supplice et vous bnissez le ciel de vous avoir fait natre dans un sicle moins barbare1 o ,dieu se contente d'hommages plus faciles et de moins horribles sacrifices4 ,la ,mercie possde encore une belle bibliothque o l'amateur pourrait dcouvrir des trsors2 et le choeur de l'glise1 compos d'une centaine de siges en chne sculpt1 est un des plus beaux que je connaisse4 ,le ,salto del ,agua est la seule fontaine monumentale que possde ,mexico4 ,plac en dehors des grandes voies de circulation et dans le centre d'un faubourg1 il termine l'aqueduc qui1 partant de ,chapultepec1 amne ,mexico les eaux de ses sources4 ,c'est une construction oblongue1 orne d'une faade fort mdiocre4 ,au centre1 un aigle1 aux ailes dployes1 soutient un cu meubl des armes de la ville4 ,de chaque ct1 des colonnes torses avec chapiteaux corinthiens supportent deux figures symboliques de l',amrique et de l',europe1 qu'accompagnent huit vases moiti briss4 ,suivant les historiens de la conqute et les anciens auteurs mexicains1 le ,salto del ,agua et l'aqueduc qu'il termine avaient remplac l'ancien aqueduc de ,montzuma1 bti par ,netzahualcoyotl1 roi de ,texcoco1 sous le rgne de ,izcoatl1 c'est--dire de #adbg #addj4 ,nous lisons aussi dans ,clavijero1 que deux aqueducs amenaient l'eau de ,chapultepec la capitale4 ,la btisse tait un mlange de pierre et de mortier1 la hauteur des aqueducs de cinq pieds1 la largeur de deux pas4 ,ces aqueducs occupaient une chausse qui leur tait exclusivement rserve1 et amenaient l'eau jusqu' la ville et de l dans les palais impriaux4 ,quoique l'aqueduc ft double1 l'eau n'tait fournie que par un seul la fois1 facilitant ainsi la rparation de l'autre1 afin que l'eau arrivt toujours pure4 ,il faut avouer que les ,mexicains d'autrefois avaient plus de prudence et plus de soin de leurs monuments que ceux de nos jours1 qui laissent tomber les leurs en ruine4 ,en parcourant les environs de ,mexico1 on trouve ,popotlan1 deux lieues environ de la ville1 l'un des plus potiques souvenirs de la conqute4 ,ce fut l'ombre du vieil ahuahuete 7cyprs7 que ,cortez vint reposer ses membres endoloris et pleurer son effroyable dfaite du #a;er juillet4 ,l'arbre fut appel depuis3 ,arbre de la nuit triste4 ,rappelons rapidement les causes qui amenrent ce dplorable vnement4 ,montzuma tait prisonnier des ,espagnols1 et la noblesse mexicaine1 voulant encore fter son roi dans les fers1 offrit au monarque malheureux un bal1 dans le palais mme qui lui servait de prison4 ,alvarado commandait en l'absence de ,cortez1 mais il ne voulut permettre la runion qu' la condition expresse que les ,mexicains s'y rendraient sans armes4 ,le palais se remplit1 l'heure fixe1 des nobles mexicains vtus de leurs plus riches parures et couverts de leurs joyaux les plus prcieux4 ,c'tait un ocan de plumes aux vives couleurs1 une richesse incroyable de plaques d'or1 un amas prodigieux de perles1 de diamants et de pierres prcieuses4 l'aspect de tant de richesse1 les ,espagnols furent blouis1 leur convoitise s'veilla terrible1 leurs regards s'allumrent1 la soif de l'or les enivra1 et l'assurance de l'impunit leur fit commettre la plus infme des trahisons4 ,d'un commun accord1 ils se prcipitrent comme des tigres sur la noblesse sans dfense1 et se gorgrent l'envi de carnage et d'or4 ,la nation frmit la nouvelle de cet attentat sans nom1 mais le respect inspir par le roi prisonnier la maintint encore4 ,cortez1 du reste1 tait absent1 et l'on comptait sur sa justice et le chtiment des coupables4 ,cependant1 il arrivait vainqueur de ,narvaez et son entre fut triomphale4 ,aveugl par le succs1 ,cortez se borna quelques rprimandes1 esprant que le temps apaiserait l'indignation populaire4 ,mais le dsespoir et la colre des ,mexicains arrivrent leur paroxysme1 et la mort de ,montzuma ne permit plus l'esprance d'aucun arrangement4 ,ce fut alors une guerre mort1 sans trve ni merci4 ,les arquebuses et les couleuvrines furent impuissantes contre ce flot toujours renouvel d'assaillants dsesprs4 ,les ,espagnols indcis1 troubls1 durent songer la retraite4 ,cortez lui-mme perdit en cette circonstance la prsence d'esprit qui ne l'avait jamais abandonn4 ,devant l'normit du pril1 son courage chancela2 il voulut fuir et crut dguiser sa retraite la faveur d'une nuit pluvieuse4 ,la troupe espagnole1 suivie des ,tlascaltecas ses allis1 abandonna donc cette ville1 tmoin de tant de triomphes4 ,chaque soldat charg d'or suivait pniblement la route obscure2 nul danger apparent n'arrtait sa marche1 la ville tait silencieuse4 ,quelques heures encore tout tait sauv4 ,mais au moment de franchir les ponts de la rue de ,tlacopan1 des milliers de guerriers surgirent de tous cts4 ,ce fut une mle horrible1 un mlange pouvantable de cris de douleur et de hurlements de rage1 un combat sans nom1 o l'lite de la troupe espagnole prit sans gloire dans les eaux bourbeuses des fosss et sous la hache impitoyable des ,mexicains4 ,cortez1 ,ordaz1 ,alvarado1 ,olid et ,sandoval chappent avec peine1 suivis d'une poigne des leurs4 ,ils fuient et s'loignent dsesprs1 n'osant rappeler cette nuit sanglante4 ,ils arrivrent ainsi jusqu' ,popotlan o ,cortez1 pleurant1 dit-on1 vint s'tendre sous le vieux cyprs4 ,cortez6 s'crie un de nos compatriotes1 ,alvarado et vous tous1 valeureux comme ,thse1 mais insatiables comme ,cacus1 vous ne mritez pas des statues de marbre1 mais d'argile6 ,loin d'tre les aptres de la civilisation1 votre valeur n'a servi qu' l'abrutissement du peuple dont vous deviez amliorer le sort en l'initiant aux mystres d'une destine suprieure4 ,que reste-t-il de vos actions hroques8 ,un peuple dchu de son ancienne splendeur1 d'un christianisme douteux1 et s'enfonant chaque jour dans une abjecte barbarie3 quelques pages glorieuses1 mais impures2 une rue du nom d',alvarado1 un vieil arbre dcrpit et solitaire1 devant bientt mler ses cendres celles des malheureux dont il rappelle le souvenir funbre4 ,c'est encore notre savant ami1 ,m4 ,jules ,laverrire1 que le voyageur de la valle de ,mexico doit la dcouverte des ruines de ,tlalmanalco et quelques renseignements sur leur origine4 ,du reste1 nul mieux que lui ne connat le plateau1 et personne n'est plus capable de le mieux dpeindre4 une lieue et demie de ,chalco1 le touriste se dirigeant vers les volcans1 monte une petite cte1 passe devant la magnifique filature de ,miraflores1 et se trouve1 quelques milles au del1 devant le village demi ruin de ,tlalmanalco4 ,au milieu du cimetire1 prs de l'glise moderne1 s'lvent les superbes arceaux dont la cration remonte aux premiers temps de la conqute4 ,ces ruines1 selon ,m4 ,laverrire1 sont les restes d'un couvent de franciscains1 dont les travaux restrent inachevs4 ,l'architecture de ces arceaux est vraiment extraordinaire1 et la forme des colonnes1 les chapiteaux et les sculptures tiennent du mauresque1 du gothique et de la renaissance4 ,la cration est toute espagnole et reporte l'imagination de la cathdrale de ,burgos l',alhambra4 ,l'ornementation porte un cachet mexicain1 riche1 capricieux1 fantastique et mi-symbolique4 ,mais si le dessin est espagnol1 l'excution est toute mexicaine1 et l'ensemble de l'oeuvre a l'empreinte des deux civilisations4 ,les ruines de ,tlalmanalco sont uniques dans leur genre au ,mexique1 et l'on ne retrouve nulle part rien qui leur puisse tre compar4 ,il reste au voyageur1 pour bien connatre la valle1 faire une excursion ,san ,agustin1 ,tacubaya et ,nuestra ,seora de ,guadalupe4 ,san ,agustin est un assez joli village quatre lieues au sud de ,mexico4 ,toute sa clbrit lui vient du jeu qui1 la fte patronale1 attire les ,mexicains et les trangers qui viennent y tenter la fortune4 ,il faut avoir1 au moins une fois dans sa vie1 assist cette runion extraordinaire1 o la dignit la plus exquise prside aux arrts de l'aveugle desse4 ,dans une salle immense s'tend un vaste tapis vert1 disparaissant sous des amas d'or4 ,on y joue au monte1 espce de lansquenet4 ,le banquier n'a qu'une chance raisonnable1 et les probabilits sont bien partages1 l'oppos des jeux de ,hombourg1 qui sont une vritable duperie4 ,l'enjeu est considrable2 rien ne vient contrarier la chance du joueur1 la ponte tant illimite4 ,vous pouvez en principe1 si vous en avez les moyens1 ponter le total de la banque sur table1 c'est--dire de quatre cinq cent mille francs4 ,cela s'appelle tapar el monte4 ,il faut ajouter que ce cas est rare1 mais un bonheur quelque peu suivi peut amener ce rsultat4 ,entrons1 la salle est pleine2 l'or seul est admis4 ,les cartes s'talent et s'appellent4 ,perdants ou gagnants reoivent ou repontent sans qu'un geste malheureux ou qu'une parole dplace vienne interrompre la partie qui se continue4 ,au milieu de cette assemble o se droulent chaque instant les pripties de la plus terrible des passions humaines1 on entendrait voler une mouche1 le silence est absolu4 ,combien1 cependant1 s'loignent dsesprs6 ,on parle d'un padre riche1 qui quelquefois arrive suivi d'un domestique porteur d'une talegue d'or 7quatre-vingt-cinq mille francs74 ,il s'arrte1 regarde un instant les coups1 combine1 observe1 calcule et se dcidant pour une carte qui lui plat1 dpose comme enjeu la somme entire4 ,le croupier appelle1 il coute sans motion apparente1 gagne ou perd avec le mme calme1 allume tranquillement une cigarette et se retire4 ,les ftes de ,tacubaya n'ont point la mme clbrit2 on y joue comme partout au ,mexique1 mais la merveille de ,tacubaya1 c'est la proprit de don ,manuel ,escandon1 rsidence dlicieuse1 entoure d'eau1 coupe de lacs et de cascades1 et contenant toutes les flores du globe4 ,un horticulteur mrite en dirige l'entretien1 et nous rendons hommage l'urbanit charmante du propritaire de la villa et de son neveu don ,pepe ,amor1 qui en font les honneurs avec tant de grce4 ,guadalupe est un village deux lieues au nord de ,mexico4 ,un chemin de fer vous y mne en quelques minutes4 ,guadalupe est le grand plerinage du ,mexique1 et l'glise se trouve sur le ,tepeyac mme o ,tonantzin1 la mre des dieux mexicains1 respirait les vapeurs du copal1 aux lieux o fumait le sang des victimes humaines4 ,la ,vierge y possde une chapelle privilgie o les miracles se succdent sans relche4 ,place au sommet d'une pointe de rocher reli la chane principale et qui fait promontoire dans la plaine1 la chapelle regarde ,mexico et permet au voyageur de parcourir de l'oeil tout le panorama de la valle4 ,au pied du rocher1 une fontaine merveilleuse1 couverte d'un dme magnifique1 prodigue moyennant redevance1 tous les infirmes du globe1 les vertus curatives de ses eaux sacres4 ,chaque jour1 l',indien crdule y vient renouveler sa provision puise1 rciter ses humbles prires aux pieds de la ,vierge1 et s'en retourne satisfait d'avoir un instant contempl la divine image4 ,les jours de fte1 c'est une masse norme de population accourue de tous les points du ,mexique2 tous les costumes y sont runis1 tous les types s'y confondent3 ce ne sont partout que cris de joie et bruit de cloches4 ,les marchands de toute espce talent aux yeux des promeneurs des fruits de tous les climats2 l',indienne y fabrique des tortilles et de grandes galettes la graisse rance1 dont l'odeur vous prend la gorge4 ,le pulque coule plein bord4 ,vous vous retirez fatigu de ces bruits1 la tte embarrasse par ces parfums de rtisseur1 couvert de poussire1 et vous rentrez avec une vague rminiscence de la foire aux jambons de ,paris4 ,,iv ,,anecdotes ,,et ,r,,flexions ,il peut sembler curieux1 par le temps qui court1 de tracer quelques esquisses mexicaines et de conter des anecdotes qui mettent le lecteur au fait de coutumes qu'il ne connat gure4 ,mon dessein1 en crivant ces lignes1 n'est point de faire de la politique pas plus actuelle que rtrospective2 car1 malgr tout mon dsir d'tre juste dans mes apprciations1 il se pourrait que1 malgr moi1 mes sympathies se dclarassent pour tel ou tel1 chose bien gale au lecteur assurment4 ,non1 je parlerai de l'un et de l'autre1 taisant quelquefois les noms1 et tout aussi indpendant envers le parti de l'glise1 que je respecte1 qu'envers le parti libral1 qu'on blme aujourd'hui4 ,des deux cts1 les hommes se valent2 ils sont ,mexicains4 ,quant aux principes1 c'est une affaire d'apprciation4 ,je ne dirai que ce que j'ai vu1 et cela suffira1 je pense2 car1 au ,mexique1 le possible n'est gure vraisemblable1 et les on dit pourraient m'attirer des contradictions4 ,je laisse dormir le pass4 ,il m'est dur nanmoins de ne pouvoir faire preuve d'rudition sur la conqute1 les vice-rois1 l'indpendance2 sur l'empereur ,iturbide1 qu'on fusilla comme un chien1 et ,santa-,anna1 qui jouit tranquillement de ses rentes4 ,j'arrive ,comonfort1 qui1 chacun le sait1 se retira tranquillement ,vera-,cruz1 il y a quelque cinq ans1 chass par ,zuloaga son ami1 ,osollo1 un charmant garon1 et le jeune ,miramon1 qui voyage aujourd'hui pour son plaisir4 cette poque1 j'arrivais prcisment ,mexico1 et j'avais peine eu le temps de me choisir un gte1 lorsque j'aperus quelques leperos amoncelant des pavs dans la rue4 ,il y avait l-dedans une intention de barricade qui m'intrigua1 et1 m'informant aussitt1 j'appris avec tonnement que nous tions en rvolution4 ,je ne m'en doutais vraiment pas4 ,en effet1 la citadelle s'tait prononce2 elle avait pour elle le couvent de ,santo ,domingo et celui de ,san ,agustin2 quelques guerillas1 en outre1 arrivaient toute vapeur4 ,comonfort tenait le palais1 la cathdrale et ,san ,francisco4 ,j'ai dit1 au prcdent chapitre1 ce qu'est un pronunciamento2 c'est une charge de mauvais got1 qui1 malheureusement1 au ,mexique se renouvelle trop souvent4 ,ces messieurs s'amusent1 et c'est affaire entre eux2 mais les trangers en souffrent et leurs intrts sont cruellement compromis4 ,bref1 chacun fit ses barricades1 face face1 courte distance les uns des autres1 sans plus se dranger que s'il se ft agi du barrage d'un ruisseau ou du dpavage d'une rue3 s'arrtant1 prenant haleine1 soulevant un pav1 se lanant une injure1 quelque chose d'norme1 par exemple1 et que je ne saurais redire1 car leurs jurements sont fort orduriers4 ,quant au fusil1 pendant deux jours il n'en fut pas question1 et l'on n'entendit siffler des balles que lorsque les barricades termines1 chacun se trouvait parfaitement l'abri4 ,comme on le voit1 cela peut s'appeler faire la guerre en amateur4 ,pour les principes nouveaux proclams par ,zuloaga et ,ce1 je me dispenserai d'en parler2 je n'ai jamais rien pu comprendre tous les plans 7car cela s'appelle un plan7 de ces messieurs4 ,je les ai vus monter au pouvoir1 en descendre1 y remonter encore1 moins lgers1 je vous prie de le croire1 la descente qu' la monte3 c'est l certainement le seul et vritable plan1 s'enrichir2 et il est bon1 soyez-en sr1 car on ne recommencerait pas aussi souvent4 ,en somme1 et avec de la bonne volont1 je me suis aperu d'une chose3 c'est que le clerg et l'arme voulaient conserver le privilge d'tre jugs par leurs pairs 7cela s'appelle les fueros71 et qu'une partie intelligente et claire de la nation n'entendait pas de cette oreille4 ,c'est peut-tre mauvaise volont de sa part1 enttement ou mauvaise entente de ses intrts4 ,je me rappelle cependant qu'en ,france1 autrefois1 on avait rclam contre cette manire de faire4 ,de plus1 le clerg veut conserver ses biens2 il possde comme les deux tiers du ,mexique4 ,on les lui a donns1 n'est-il pas juste qu'il les garde8 ,voil toute la guerre2 et depuis tantt quarante ans1 l'un tire hue et l'autre dia3 ,je les garderai444 tu ne les garderas pas4 ,il y avait donc des barricades2 une entre autres au pied de ma maison3 j'tais aux premires loges4 ,san ,agustin tirait sur nous2 quand je dis nous1 c'est une figure1 et c'est de la barricade que je veux parler4 ,chacun faisait son devoir et tirait1 en dtournant la tte1 sur des ennemis absents1 car on ne pouvait distinguer personne et je n'apercevais pas le plus petit plumet l'horizon4 ,nanmoins1 je fus oblig de me retirer de ma loge d'avant-scne3 une balle1 puis deux frapprent la console de la fentre1 une autre entra dans l'appartement4 ,je compris que c'tait bien moi que s'adressait cette plaisanterie4 ,je me retirai4 ,c'est l1 du reste1 le ct plaisant de cette sorte de guerre2 on se tue rarement entre soi1 mais le passant ou l'tranger risque fort d'attraper une balle gare4 ,ce fut alors que1 pour la premire fois1 j'aperus le prsident ,comonfort2 il inspectait les barricades1 payant de sa personne et encourageant les siens4 ,malgr tout1 l'enthousiasme baissait visiblement1 car la paye devenait rare1 et la victoire est au dernier cu4 ,comonfort est un gros bonhomme tirant l'obsit1 un peu mou1 m'a-t-on dit1 mais plein de coeur et trop clment4 ,ceux qui le chassrent furent tous ses obligs4 ,les partis taient en prsence depuis huit jours3 cela devenait gnant et menaait de se prolonger encore3 toutefois on prenait son temps et l'on se reposait mutuellement de tant de fatigues4 ,chaque jour1 de huit onze heures du matin1 on avait vacance4 ,c'tait alors des visites de l'un l'autre1 une poigne de main par-ci1 une injure par-l1 et cependant1 les cuisinires allaient aux provisions1 de manire que personne ne souffrait de la faim1 ce qui ne manquait pas de charit des deux parts4 ,de plus1 chaque parti s'adressait des cartels et des dfis2 l'un d'eux1 je ne sais plus lequel1 proposa donc l'autre une bataille en rase campagne4 ,ne vous semble-t-il pas voir deux champions prudents se toiser avec fureur et s'criant3 ,sortons1 monsieur1 sortons1 et ne sortant jamais4 ,cela me fit cet effet-l1 car ni l'un ni l'autre ne voulut sortir1 se trouvant bien o il tait2 jusqu' ce que1 je l'ai dit plus haut1 les partisans de ,comonfort1 n'ayant plus le sou1 passrent l'ennemi qui en avait4 ,comonfort se retira donc sans tre inquit4 ,ces messieurs entrrent au palais2 il y avait foule2 les cloches sonnaient toute vole1 et ce fut vraiment un beau jour pour nous1 qui1 depuis trois semaines1 ne pouvions sortir du logis4 ,on s'embrassait sur la place du ,palais2 c'taient des cris de triomphe et des hourras1 et viva ,miramon1 et viva ,zuloaga6 puis les courbettes de ces jours1 les dvouements et les protestations1 toute la comdie du succs4 ,comme il y avait beaucoup de moines sur la place et que les grands chapeaux la ,basile s'agitaient avec enthousiasme1 je compris que le clerg devait avoir gagn quelque chose1 et je m'en rjouis fort4 ,ce n'tait partout que proclamation sur proclamation4 ,j'avais lu les autres et je lus celles-l2 c'est toujours1 on le sait1 la mme histoire3 anarchistes1 voleurs1 incendiaires1 etc42 ce sont douceurs que chaque parti s'adresse1 et vraiment entre les deux le coeur balance1 car tous deux volent impunment4 ,les rues de ,mexico1 pendant ces jours de fte1 offraient un spectacle vraiment singulier2 la foule se composait surtout de leperos1 tous plus ou moins chargs de pices de coton ou d'indienne gagnes dans leur zle rtablir la circulation2 il faut ajouter que quelques barricades taient faites avec des ballots d'toffes et que ces dpouilles taient trangres et ne cotaient rien la nation4 ,il y avait1 parsemant la foule1 un grand nombre de moines et de padres4 ,chacun d'eux jouit d'une physionomie toute particulire1 et j'en veux dire quelque chose4 ,le pre de la ,mercie est sombre d'habitude2 il porte en lui quelque chose de la dsolation de son couvent et s'occupe de science4 ,on le voit rarement faire l'oeil aux passantes4 ,l'augustin a quelque chose de dgag dans sa marche et de guerrier dans son attitude2 cela n'a point droit de surprendre2 il a vu tant de pronunciamentos1 ses clotres ont si souvent servi de casernes et ses clochers de forteresses1 que le soldat a dteint sur lui4 ,le dominicain regrette l'inquisition2 mais1 quant au franciscain1 c'est la perle des moines1 il est tout a l'amour4 ,bien des fois je l'ai vu poursuivant les belles filles dans les rues2 indiffrent l'ge2 au type1 la naissance1 il a pour toutes des sourires aussi bien que des bndictions4 ,quelques dames cependant n'acceptent pas comme pain bnit des propositions au moins dplaces1 et je puis parler d'une charmante ,franaise qui n'chappa qu'avec peine aux obsessions de l'un d'eux4 ,l'enrag1 car il faut tre enrag vraiment1 ne se rebutait point devant l'indignation de notre compatriote2 il continuait lui sourire malgr ses gestes d'horreur1 et1 croyant mieux faire ou se rappelant peut-tre le vous m'en direz tant d'une femme clbre1 il tira de sa poche une poigne d'onces2 nouvelle galanterie qui fora la dame en question se rfugier chez moi4 ,pour lui1 inbranlable dans sa persvrance et sachant du ciel que frappant on vous ouvre1 il se planta devant la porte et attendit4 --,tenez1 le voil1 me disait cette pauvre femme1 me montrant son perscuteur2 le voil1 le monstre1 s'criait-elle avec indignation4 ,pour lui1 touchant effet de la charit chrtienne1 il lui rendait baiser pour injure4 ,mais il ne suffit pas de chanter victoire1 et rien n'est fait1 s'il reste quelque chose faire2 on connat la phrase1 elle a beaucoup servi1 et ,miramon1 qui s'efforait de copier l'immortel gnral de l'arme d',italie1 en bourra plus tard ses proclamations4 ,voil comme on abuse des plus belles choses4 ,une fois donc le pouvoir organis1 c'est--dire ,zuloaga nomm prsident1 les factieux de la veille poursuivirent les rebelles du lendemain2 ces changements sont de tous les sicles1 de tous les pays et ne blessent personne4 ,osollo fut donc nomm gnral en chef de l'expdition2 il partit4 ,c'tait un charmant garon qui donnait tous de grandes esprances2 une victoire le rendit clbre1 mais il ne fit que passer1 on l'oublia4 trange chose que la renomme6 il avait l'me gnreuse1 l'ducation franaise1 les ides librales2 quelques paroles imprudentes le trahirent1 une colique l'emporta en quelques jours4 ,miramon lui succda4 ,vous avez peut-tre entendu prononcer ce nom-l2 nous en dirons quelque chose tout l'heure1 j'ai hte d'arriver ,zuloaga4 ,je ne puis parler qu'avec respect d'un aussi haut personnage1 un prsident n'est pas un homme ordinaire1 et celui-ci moins que tout autre4 ,m4 ,zuloaga fut croupier de jeu dans un tablissement de monte puis gnral2 ici1 j'ai quelque doute3 fut-il premirement gnral et croupier par la suite2 le cas est incertain1 je crois qu'il cumulait4 ,arriv la prsidence1 il y russit peu1 et son passage aux affaires n'a de saillant que deux aventures que l'on croira difficilement1 et qui sont parfaitement vraies4 ,on clbrait la fte de l'indpendance et ,zuloaga prsidait l',alameda une assemble de dputs et de fonctionnaires publics2 on parlait des jours immortels1 des hros de l'indpendance1 ,hidalgo1 ,morelos1 ,iturbide1 beaux discours et vaines paroles2 quand un inconnu s'avana tenant la main un jeu de cartes sale1 et le jeta la figure du prsident3 la crmonie se trouva1 on le comprend1 interrompue4 ,chacun s'empressa autour du premier fonctionnaire de l'tat2 mais lui1 en homme qui sait vivre et qui connat les cartes1 et qui sait tout ce qu'on peut attendre de leurs bizarres caprices1 s'essuya la figure avec le calme d'une grande me1 et la sance continua4 ,quant l'audacieux1 il avait disparu4 ,plus tard1 lorsque ,miramon lui fut adjoint comme substitut-prsident1 ,zuloaga le suivit en campagne1 et fut escamot six mois4 ,escamot8 dira-t-on1 c'est par trop fort1 un prsident escamot1 cela ne s'est jamais vu2 en vrit1 je rclame pour le ,mexique1 cela s'est vu1 cela s'est fait1 et le plus extraordinaire de la chose1 c'est qu'on n'y fit pas attention4 ,quinze jours aprs la disparition de la victime1 deux officiers rapportrent sa femme en deuil1 l'un son pe1 l'autre ses pistolets1 tout comme dans ,marlborough1 mais l s'arrte la comparaison4 ,on le crut mort4 ,six mois plus tard1 ,zuloaga reparut et le pays fut assez ingrat pour ne point clbrer ce grand jour6 ,on ne s'en occupa mme pas4 ,soyez donc prsident pour si peu6 ,miramon1 qui lui succda1 est un garon de trente-deux trente-quatre ans1 brave1 cela n'est pas douteux1 mais1 m'a-t-on dit1 de peu de moyens4 ,pouss par une femme ambitieuse1 de beaucoup d'esprit1 dit-on1 et bas-bleu par-dessus le march1 il a fait son chemin et rapidement1 car en dix-huit mois il devint1 de capitaine1 prsident4 ,je ne connais madame qu'indirectement1 mais je puis donner sur son compte une anecdote qui peindra mieux que toute chose au monde les tranges moeurs de ce pays4 ,je tiens la chose de premire main de madame ,x444 elle-mme4 ,madame ,x444 tient la porte de ,mexico un charmant petit cabaret1 avec ombrage et jeu de boule4 ,on dne parfaitement chez elle2 de plus1 elle est polie et avenante1 ce qui ne gte rien4 ,elle eut pour commadre1 commre1 madame ,miramon1 alors qu'elle n'tait que mademoiselle ,concha de ,lombardo1 ne songeant point assurment qu'un jour elle se verrait assise sur le fauteuil prsidentiel du ,mexique4 coup du sort6 vanit des vanits6 je pourrais ce sujet me livrer de longues considrations philosophiques1 je suis bon prince1 et je passe2 la loi de succession au fauteuil est rapide au ,mexique4 ,miramon n'est plus prsident1 et madame n'est plus prsidente4 ,ce fut son passage au pouvoir que se rapporte mon histoire3 en bonne princesse qu'elle tait1 en charmante femme qu'elle est toujours1 madame ,miramon venait visiter sa bonne amie1 sa commre1 madame ,x444 ,celle-ci1 honore1 comme vous le pensez bien1 d'une condescendance aussi grande1 abandonnait la hte casseroles et pole frire1 pour entamer avec la prsidente de longues causeries1 o la politique n'tait point trangre3 --,tu devrais bien1 disait madame ,x444 7vous voyez l'intimit67 tu devrais bien dire ton mari qu'il fasse telle ou telle chose1 cela nous irait1 et si cela continue il perdra nos sympathies4 ,les impositions forces nous touffent1 tche donc d'arranger cela4 --,et dis-moi1 ajoutait madame ,x441 que feras-tu quand ton mari ne sera plus prsident8 car il faudra bien un jour faire place quelque autre4 --,ah6 rpondait ingnument la prsidente1 j'irais ,paris et ,londres voir l'impratrice et la reine4 ,et la conversation roulait intressante de la cuisine la politique1 pour revenir aux chiffons4 ,m4 ,gavarni pourrait introduire l'anecdote dans son ,histoire de politiquer4 ,la biographie de ,miramon ne manque pas galement de traits d'un haut comique2 alors que substitut-prsident1 et de fait1 chef de la rpublique1 il se livrait l'exercice de la savate ou de la boxe avec des ouvriers franais qui chantaient la ,marseillaise dans un cabaret aux portes de ,mexico1 la chose est vraie4 ,voyez-vous d'ici le prsident rentrant au palais avec l'oeil au beurre noir6 ,plus tard1 on ne l'a pas oubli1 quelque temps avant sa chute1 ,miramon forait en plein jour le coffre-fort du consulat d',angleterre pour enlever trois millions2 j'tais prsent1 il y avait foule et murmures et indignation1 mais ce fut tout1 et l',angleterre ne fit que protester1 et ,miramon se promne sans doute sur nos boulevards6 ,voil qui est profondment triste4 ,ce que je viens de raconter des ,mexicains et les anecdotes qui vont suivre n'ont point pour but de faire mpriser un peuple dont j'ai reu de vives marques de sympathie3 loin de moi l'ide de dverser le ridicule sur des natures bonnes au fond1 mais dplorablement perverties4 ,le ,mexicain a1 pour toutes ses faiblesses1 au besoin pour tous ses crimes1 une excuse3 le manque d'ducation1 le dfaut absolu d'organisation sociale4 ,mais1 en nous reportant au moyen ge1 au temps de nos guerres religieuses1 et mme au rgne de ,louis ,,xv1 nous trouverions chez nous plus de misres et de violences de toutes sortes4 ,c'est l'histoire des deux chiens de ,lycurgue4 ,au ,mexique1 on ne peut s'tonner que d'une chose1 c'est que1 dans l'tat o se trouve la rpublique1 il n'y ait pas plus de vols et plus d'assassinats4 ,enlevez ,paris sa garde de police1 la ,france sa gendarmerie1 et vous m'en direz des nouvelles6 ,quoi qu'on dise1 notre nature est plus violente que celle des peuples qui habitent les pays chauds4 ,au ,mexique1 point de suicide par amour1 jamais il ne m'en fut cit d'exemple2 l'homme d'affaires rsiste en stoque au dsespoir que peut amener une faillite1 et le suicide du ngociant est plus rare encore que celui de l'amoureux4 ,le duel1 qui vous prsente la mort comme un ,anglais son ami1 avec la froide politesse d'un homme bien lev1 ne lui sourit gure4 ,la rixe1 voil son lment2 le couteau marche1 l'un d'eux succombe1 il meurt1 c'est fort bien3 il n'a pas eu le temps d'y songer4 ,serait-ce que le sentiment de l'honneur est moins dvelopp chez eux8 ,s'ils tiennent davantage la vie1 c'est peut-tre que la leur est plus douce que la ntre2 c'est peut-tre encore une affaire d'ducation4 ,les ,romains s'injuriaient comme des crocheteurs et ne se battaient pas4 ,ce que l'on raconte des guerres incessantes des ,mexicains1 de leur sang-froid dans la vengeance1 de leur cruaut dans les excutions sommaires1 ne peut qu'amener l'erreur sur le jugement que mrite la nation4 ,les passions et les haines enfantes par les discordes civiles couvrent des instincts meilleurs4 ,le chtiment le plus lgitime reoit rarement son excution1 s'il n'est promptement appliqu4 ,on en est chaque jour tmoin parmi ces revirements soudains de la politique locale4 ,faites qu' travers les cris de mort au tratre1 l'homme engag dans la tourmente chappe un moment aux premiers lans du triomphe1 sa vie est assure4 ,cela prouve1 en somme1 que le ,mexicain manque d'nergie4 ,il aime trop la paix1 c'est pour cela qu'il a toujours la guerre4 ,une vingtaine d'hommes turbulents bouleversent l'empire3 la loi de ,lynch et quelques excutions rapides rduiraient tous ces coureurs de route1 et ces loups froces se changeraient en mouton paisibles4 ,cette trange apathie laisser faire et souffrir1 leur avait attir d'un journaliste franais l'apostrophe suivante qui ne manque pas d'loquence et qu'ils ne lui pardonnrent jamais4 ,ce n'tait pas de l'atole1 leur disait-il1 qui coulait dans les veines de la ,convention4 ,l'atole est une solution fade et liquide de farine de mas et d'eau4 ,quelle que soit donc la frocit que nous ayons vue rgner dans les trois dernires annes de lutte1 ne faisons point retomber sur les instincts nationaux les scnes dsolantes dont le ,mexique a t le thtre3 ce serait plus injuste encore que d'inscrire au compte de la moralit des gens de bien et donner pour type du caractre social en ,france les monstrueuses horreurs de nos mauvais jours4 ,le voleur1 au ,mexique1 ne peut tre considr sous le mme point de vue que chez nous3 ce n'est pas un sclrat1 c'est un homme comme tout le monde444 au ,mexique4 ,certes1 me disait un ami1 je n'ai nul got m'approprier sans faon le bien d'autrui2 mais j'ai souvent envi le sort du voleur3 il est le roi de la situation2 pour peu qu'il mette d'entrain et d'adresse aux exploits de son art1 il est partout vant1 combl d'loges1 et les salons comme les ruelles mal fames applaudissent ses ingnieux hauts faits4 ,le ,mexicain aime conter les aventures o il a figur comme victime2 il ne s'en plaint pas2 les grands vnements l'intressent1 les petits accidents l'amusent4 ,j'ai vu1 dans les rues de ,mexico1 des gens bien levs se montrer du doigt1 en touffant de rire1 un apprenti filou qui escamotait1 vingt pas de leur cercle1 le mouchoir d'un passant1 auquel ils allaient ensuite en se moquant1 demander des nouvelles de sa poche dserte4 ,les voleurs de mrite sont bien connus3 on les rencontre parfois dans la rue2 on les salue affectueusement1 plusieurs mme s'empressent leur serrer la main4 ,dans les circonstances graves1 les juges trouvent difficilement des tmoignages pour condamner un coupable3 personne n'a jamais rien vu2 on craint de se faire une querelle avec l'accus devenu libre ou avec ses amis2 on se laisse voler1 dans la crainte de se faire un mauvais parti4 ,au ,mexique1 le jeu est dans les moeurs1 comme le vol4 ,les maisons de monte sont tenues par les gens les plus honorables1 qui parlent volontiers de leurs occupations incessantes et qui tonnent contre l'oisivet1 mre de tous les vices4 ,dans les grandes ftes du tripot1 ,san ,agustin par exemple1 on rencontre des familles au complet1 grands parents et petits-enfants1 qui s'encouragent mutuellement tenter les hasards du sort et qui trouveront toujours une bourse ouverte pour les aider conjurer les malheurs de la fortune4 ,en #ahed1 un sacristain de ,san ,francisco1 bien connu pour sa dvotion1 eut l'ide suivante3 il feignit avoir gagn le lot de vingt mille piastres 7cent mille francs7 la loterie de la ,havane4 ,le bruit s'en rpandit et chacun de fliciter l'heureux sacristain4 ,lui1 cependant1 voulut rendre grce au ciel d'une faveur si grande2 il organisa donc une crmonie religieuse d'une pompe exceptionnelle3 le haut clerg serait prsent et l'vque 7moyennant salaire7 devait y faire un sermon sur la bienveillance du ,seigneur s'tendant la russite des gens pieux2 c'tait de circonstance4 ,la grande socit de la ville tait invite2 mais pour une fte aussi prne1 le mobilier des glises ne devait point suffire1 et le sacristain s'en fut quter1 dans toutes les maisons riches1 les objets de luxe servant au culte particulier de chacun4 ,on s'empressa de lui fournir chandeliers d'or et d'argent massif1 parures de la ,vierge et de l',enfant ,jsus1 broderies prcieuses1 perles et diamants3 il y en eut pour une somme considrable4 ,tout se passa bien2 le sermon de monseigneur fut des plus loquents1 la crmonie splendide4 ,le soir1 pour couronner la fte1 le sacristain ft disparaissait avec toutes les richesses d'emprunt qu'on ne put jamais retrouver4 ,le tour passa pour bien jou1 l'on ne fit qu'en rire4 ,voil de la tolrance4 ,un prtre me racontait qu'il existe1 ,san ,hypolito 7l'hpital des fous ,mexico71 une image de la ,vierge1 d'un caractre particulier3 elle est fort laide et presque noire1 se rapprochant du type indien4 ,les filles publiques de la ville l'ont en grande vnration et viennent chaque jour la supplier de leur accorder pour la nuit une ample moisson d'amants4 ,lorsque le hasard a favoris le commerce de ces malheureuses et qu'elles se trouvent satisfaites du produit de leurs charmes1 elles s'empressent auprs de la ,vierge pour la remercier de ses faveurs1 et lui offrent en reconnaissance1 une partie de leur gain1 la priant de leur continuer sa toute-puissante protection4 ,voil1 certes1 vis--vis de l',immacule-,conception1 un singulier genre de pit4 ,pendant mon sjour ,mexico1 un ,mexicain ou un ,espagnol se prit de querelle avec un ,franais4 ,la scne se passait au caf1 devant de nombreux tmoins4 ,il y eut voies de fait1 une rencontre fut dcide4 ,on prit rendez-vous1 pour le lendemain cinq heures1 l',alameda4 ,notre compatriote attendait son adversaire en retard et dsesprait dj de le voir arriver4 ,au moment de partir1 celui-ci parut cheval1 suivi d'un domestique3 il mit pied terre et s'approcha2 un ample manteau le couvrait en entier1 de manire cacher ses mouvements4 ,il aborda le ,franais en souriant1 et quand il fut deux pas du malheureux qui s'attendait des excuses1 il le renversa d'un coup de pistolet qu'il avait sous son manteau3 le misrable n'avait pas mme os montrer son arme4 ,l'homme terre1 l'assassin remonta tranquillement cheval et disparut4 ,voil du courage4 ,au temps de nos dmls avec le ,mexique1 lors de l'occupation de ,vera-,cruz par l'amiral ,baudin et de la prise de ,san ,juan de ,ulloa par le prince de ,joinville1 ,mexico se trouvait dans une agitation extraordinaire4 ,il y avait des lans de patriotisme et des bravades insolentes l'adresse de nos malheureux compatriotes4 ,un jour1 au caf de la ,gran ,sociedad1 trois officiers1 parlant de l'arme franaise d'occupation1 s'taient chauffs outre mesure1 et les motions les plus bizarres se succdaient sans relche4 --,moi1 disait l'un1 que ,santa-,anna me donne un rgiment1 et je me charge de mettre tous ces gavachos 7terme de mpris7 la raison4--,moi1 disait l'autre1 j'irai les lasser jusque sur leurs vaisseaux4--,par la sambleu6 s'cria le troisime1 vous n'tes que deux bravaches2 je voudrais1 moi1 les tenir l1 leur enfoncer mon pe dans le coeur et me la passer fumante sur les lvres6 --,toi1 lui dit un ,franais bien connu pour ses aventures extraordinaires et mort depuis peu1 toi1 mon bonhomme1 tu passerais avec dlices sur tes lvres une pe teinte de sang franais8 ,tiens1 voil ce que tu te passeras4 ,et1 joignant le geste la parole1 il lui cira deux fois la moustache avec son doigt4 ,le ,mexicain1 stupfait1 garda l'outrage4 ,voil de la forfanterie4 propos d'officiers1 il est avr qu'au ,mexique1 pour une arme de trente ou quarante mille soldats1 le nombre des gnraux suffirait aux cadres de deux millions d'hommes2 quant l'tat-major1 colonels1 lieutenants colonels1 etc41 le chiffre paratrait improbable4 ,la fortune de tous ces parvenus est du reste singulire2 pour quelques chefs sortis de l'cole militaire de ,chapultepec1 la statistique1 s'il y avait lieu1 fournirait une quantit prodigieuse d'officiers suprieurs sortis des classes les plus infimes1 dont quelques-uns ne savent pas crire1 et dont la majeure partie ne doit ses paulettes grains d'pinard qu' des exploits peu chevaleresques1 accomplis sur les grandes routes de la rpublique3 de ce nombre1 il faut citer ,c4441 ancien picier d',orizaba1 dont la renomme au ,mexique est des plus impopulaires1 et dont les exactions sont devenues proverbiales4 ,il paya1 dit-on1 #ejj1jjj fr4 ,m444 le droit d'expdition contre la ville librale d',oaxaca qu'il abandonna ruine aprs trois mois d'occupation4 ,marquez1 dont on vante les talents militaires et dont la cruaut au-dessus de tout loge reut une clatante conscration dans les massacres de ,tacubaya4 ,l'un voiturier1 l'autre chapelier1 un autre1 ancien laquais l'ambassade de ,guatmala1 conquit en une anne son titre de gnral1 et gouvernait en dictateur la valle de ,mexico4 ,le plus remarquable de tous1 paillasse mrite dans un cirque de province1 se trouvait1 cinq ans plus tard1 gouverneur de la capitale1 sous la prsidence de ,m444 ,jamais la fortune inconstante ne distribua plus au hasard distinction plus immrite4 ,tous ces hommes demi-solde1 ou sans autre paye que de rares gratifications1 ne reculent devant aucune violence pour assurer une existence prcaire 7en campagne du moins73 dnus de principes1 sans autre ducation que celle donne par le frottement des villes1 privs de sens moral qu'on perdrait moins1 leurs expditions dans les provinces rappellent les razzias des ,bdouins ou les rafles des boucaniers de la ,tortue4 ,gnreux comme des voleurs1 dirait ,beaumarchais1 ils satisfont largement aux caprices des leurs2 les coffres vides1 ils demandent au crdit les satisfactions d'une prodigalit sans pudeur1 quitte nier leurs dettes avec une assurance impassible1 trop souvent justifie par la complaisance d'un juge ami ou de tmoins sans vergogne4 ,l'audace nanmoins russit quelquefois les confondre1 et l'intimidation sait arracher de leurs mains ce que la sentence d'un jugement ne saurait obtenir4 ,je peux donner l'appui l'anecdote suivante3 ,mr ,m444 avait depuis longtemps1 auprs du gnral ,valencia1 une facture en souffrance2 dmarches1 visites1 citations1 tout tait vain3 ,son ,excellence invisible se refusait tout accommodement comme tout compte2 son palais cependant retentissait de cliquetis joyeux et de bruits de fte2 bals et dners s'y succdaient sans relche2 mais ,son ,excellence ne payait pas4 ,mr ,m4441 bout de patience1 pntre un soir sans invitation dans la salle de bal1 arm de sa terrible facture4 ,il y avait foule3 on jouait1 on dansait1 et le gnral faisait avec grandeur les honneurs de sa maison2 en apercevant ,mr ,m4441 sa figure perdit de sa srnit1 mais trop bien appris pour laisser rien voir de la surprise que lui causait l'intempestive apparition de son crancier1 ou plutt craignant un clat1 il s'empressa prs de son nouvel hte4 --,eh6 mon fils1 quel honneur6 voil qui est bien1 et je ne m'attendais pas pareille fortune4 ,puis appelant un domestique3 --,hol6 ,pablo1 s'cria-t-il1 du champagne par ici4 --,gnral1 rpond ,mr ,m4441 je ne suis point ici pour danser1 mais pour exiger le montant de ma facture2 voil vingt fois qu'au palais et chez vous on me refuse votre porte3 vous avez t jusqu' ce jour insolvable et introuvable la fois1 il me faut mon argent4 ,l',excellence plit affreusement1 et le menaa tout bas de le faire jeter par la fentre2 mais le crancier levant la voix1 il le pria poliment de passer dans son cabinet1 et fermant la porte clef3 -- nous deux1 lui dit-il1 d'une voix terrible1 et1 mlant ses menaces d'affreux blasphmes1 il saisit une canne3 on et dit que le dernier jour de ,mr ,m444 tait arriv4 ,mais1 sans se dconcerter le moins du monde1 le crancier s'approcha d'un air rsolu1 et saisissant ,son ,excellence au collet3 --,mettez bas cette canne1 lui dit-il1 et surtout payez1 ou1 par la corbleu6 je vous trangle comme un poulet4 ,l',excellence lcha le bton1 et du ton le plus naturel et le plus amical3 --,allons6 mauvaise tte1 lui dit-il1 pas de scandale1 voil ton argent2 et1 fouillant dans un tiroir1 il paya le tout en or au crancier presque pouvant de son succs4 ,depuis lors1 ils furent toujours amis1 et le gnral1 ou payait comptant1 ou faisait des dupes ailleurs4 ,la composition des cours de justice est aussi remarquable que celle de l'arme1 et je ne sais si l'pithte de vnale est suffisante pour caractriser les manoeuvres de certains juges4 ,l'anecdote suivante en peut donner une ide2 je fus tmoin de la chose et je puis parler de visu3 ,un de mes amis se trouvait en procs avec un avocat de la plus dplorable rputation2 il s'agissait d'une somme rclame par ce dernier1 et qu' tort ou raison1 il prtendait ne pas devoir2 les antcdents de mon ami plaidaient en sa faveur3 c'tait la premire fois qu'il se trouvait en discussion pour affaire de ce genre1 et l'avocat bien connu pour ses chantages avrs1 comme pour une conduite des plus compromettantes2 une simple information devait clairer la religion du tribunal4 ,le jour de la citation1 et en prsence du juge1 ,x4 dclara sous serment ne pas devoir1 expliquant l'origine du dbat1 et se proposant de citer trois tmoins l'appui de son dire4 ,l'adversaire affirmait et jurait de mme2 mais il ne pouvait offrir que son affirmation personnelle4 ,l'affaire fut renvoye huitaine4 ,x4 s'en fut tranquille3 les tmoins taient connus1 honorables1 et la cause lui paraissait gagne4 ,pendant l'intervalle1 il reut la visite du juge en personne1 qui1 tout en causant art1 commerce et thtre1 sut adroitement amener l'objet du procs4 --,ami1 disait-il1 nous connaissons votre adversaire3 il est coutumier du fait1 et vos tmoins sont inutiles4 ,il s'tendit alors en pithtes vigoureuses sur la conduite de l'avocat1 et partit en accablant ,x4 de louanges mtaphoriques4 --,adieu1 lui dit-il en se retirant1 envoyez simplement votre homme d'affaire pour entendre le prononc du jugement4 ,huit jours aprs1 mon trop confiant ami tait condamn payer la somme en question1 plus les frais1 etc4 ,toute rflexion serait ici superflue3 les deux fripons avaient partag4 ,en vivant au milieu de cette population mexicaine1 si passionne pour les ftes et le jeu1 si attache ses vieilles superstitions et ses vieilles coutumes1 si fatalement ignorante et prtentieuse1 si voluptueusement ennemie d'un travail et d'un joug quelconque1 sans administration1 sans police1 sans moeurs et sans lois1 il vous passe d'tranges ides sur le sort rserv cette immense rpublique4 ,quarante annes de luttes1 de guerres civiles et de dvastations effroyables1 n'ont pu tarir la source de ses richesses4 ,quelques mois d'arrt lui donnent une nouvelle vigueur1 et tout semble revivre au moment que tout doit succomber4 ,c'est une belle proie pour qui saura la prendre4 ,mais nous ne sommes plus au sicle des conqutes1 l'on jette en vain sur le vieux monde un regard interrogateur2 le ,mexicain lui-mme ne saurait quelle puissance s'adresser pour fonder1 dans sa patrie dvaste1 un ordre rgulier et des institutions qui lui manquent4 ,il abhorre l',espagnol dont les tyrannies lui sont toujours prsentes2 il aime le ,franais et respecte l',anglais2 quant l',amricain1 il en prouve une terreur indfinissable3 il semble qu'il devine en lui le futur envahisseur de sa patrie1 le dominateur de sa race4 ,tout faisait prsager ce rsultat1 et quoique le nombre des ,amricains soit fort rduit dans ses provinces1 le ,mexique nanmoins1 encercl dans les vastes bras de l',union1 en subissait l'irrsistible ascendant4 ,au nord1 la ,californie1 dans son incroyable prosprit1 menaait dj ses frontires et convoitait la ,sonora2 au nord-est et l'est le ,nouveau-,mexique et le ,texas cds par ,santa-,anna1 avaient jet jusqu'au centre l'influence de la civilisation yankee1 et ,minatitlan au sud n'tait plus qu'une colonie amricaine4 ,il tait rserv la ,france de secouer le ,mexique de son engourdissement4 ,mais il a fallu des circonstances extraordinaires3 le cataclysme d'un grand peuple et le gnie d'un grand prince1 pour l'arracher la pente fatale qui l'entranait l',amrique4 ,la scission des tats-,unis rejette pour un longtemps le ,mexique sous l'influence europenne1 et l'expdition actuelle assure la ,france une prpondrance sans conteste sur cette contre la plus riche du globe4 son origine1 l'expdition allie1 dirige dans le simple but d'une rclamation de crance1 s'engageait dans une entreprise impraticable1 et ne pouvait que se heurter contre l'impuissance d'un dbiteur insolvable4 ,le ,mexique1 dans l'tat o l'a rduit la guerre civile1 priv de ressources et malgr la meilleure volont du monde1 n'aurait pu rembourser la moindre chance1 et la saisie de ses douanes ne pouvait que le prcipiter dans de nouveaux dsordres4 ,mais il semble que la ,providence ouvre ce pays une perspective nouvelle4 ,aujourd'hui le ,mexique lui-mme ne peut qu'applaudir au succs et au dveloppement de l'expdition franaise4 ,librale1 la ,france ne peut que lui imposer un rgime libral1 et les clameurs des partis n'en imposeront point la clairvoyance de l'empereur4 ,l',amrique seule protestera2 mais1 abattue dj par l'effroyable guerre qui la dvore1 rduite l'impuissance par la reconnaissance probable du ,sud1 elle ne pourra qu'assister d'un oeil jaloux la renaissance du magnifique empire qui lui chappe4 ,matresse des grandes villes de la rpublique1 ,vera-,cruz1 ,puebla1 ,mexico1 ,queretaro1 etc41 la ,france verra le ,mexique1 reconstitu par ses soins et son influence1 enrichi de voies ferres1 dcuplant en quelques mois ses immenses richesses1 assurer nos manufactures l'coulement de leurs produits1 verser entre nos mains les trsors mtalliques dont il regorge1 et s'lancer dans l'avenir vers une prosprit qu'il n'et jamais rve4 ,comme compensation1 n'est-il point permis de penser que l'isthme de ,tehuantepec doit nous revenir un jour8 ,ne serait-ce pas une admirable possession que celle qui mettrait en nos mains la grande voie de transit du golfe au ,pacifique8 ,magnifique pendant la vaste entreprise de l'isthme de ,suez4 ,v ,,tehuacan ,dpart pour ,mitla4--tat des routes4--,tehuacan4--,aventures de ,pedro4--,la venta salada4--,fcheuse rencontre4--,teotitlan del valle4--,la fonda4--,une nuit dans les bois4--,tetomabaca4--,le jaguar et le torrent4--,quiotepec4--,le huero ,lopez et sa troupe4--,les ,talages4--,cuicatlan4--,don ,domingillo4--,le cheval vol4--,la valle d',oaxaca4 ,quelques mois de sjour ,mexico m'avaient donn de la langue espagnole une habitude suffisante pour me permettre d'affronter sans crainte les embarras d'une expdition lointaine4 ,la saison des pluies tirait sa fin2 je partis aux derniers jours de septembre4 ,j'emportais avec moi tout mon bagage artistique1 et les escortes qui surveillent la route jusqu' ,puebla me garantissaient un voyage tranquille4 ,pour ce qui regarde l'embranchement de ,tehuacan1 il n'en est pas de mme3 la contre1 peuple de voleurs1 n'est point garde2 des attentats quotidiens arrtent toute circulation4 ,je suivis donc les conseils d'amis prudents1 et je laissai aux mains des muletiers qui font le voyage par les montagnes le gros de mon bagage1 c'est--dire trois caisses1 ne me rservant que l'indispensable pour un sjour de quelques semaines2 le tout1 m'assurait-on1 devant me parvenir ,oaxaca quelque vingt jours aprs mon arrive4 ,j'avais en outre dans cette dernire ville1 des instruments et divers produits qui1 en cas de besoin1 devaient me permettre de mener bonne fin les travaux que je me proposais d'y faire4 ,j'avais avec moi mes botes glaces et divers objets2 en tout1 la charge d'une mule4 ,un ,mexicain de mes amis m'accompagnait4 ,j'avais ,tehuacan deux chevaux qui m'attendaient2 j'tais donc sr d'arriver sans encombre4 ,c'est ce que nous allons voir4 ,par un hasard singulier1 la diligence de ,puebla ,tehuacan ne fut point arrte4 ,on expliquait ce phnomne par la fin tragique de deux voleurs imprudents qui1 la veille1 avaient eu la maladresse de s'adresser une forte troupe d'arrieros4 ,ceux-ci s'taient dfendus1 la profonde surprise des compadres1 qu'ils laissrent sur place4 ,ma premire visite1 en arrivant ,tehuacan1 fut pour nos montures2 deux mois de repos devaient leur avoir procur un embonpoint respectable et prt de nouvelles forces pour un voyage de longue dure2 mais j'prouvai en les retrouvant une amre dsillusion4 ,il n'avait fallu rien moins qu'un jene de quarante jours pour amener les pauvres btes l'tat de maigreur1 de dessiccation o elles taient rduites4 ,je craignis un instant qu'elles ne pussent nous porter4 ,je fis au brigand qui les avait en garde les plus violents reproches sur son indigne conduite2 mais lui me tendit1 en protestant de ses bons traitements1 une note d'apothicaire qu'il fallut payer4 ,puis1 comme la ville n'avait rien de bien intressant m'offrir1 je louai une mule1 j'arrtai un domestique pour nous accompagner1 et je disposai tout pour le dpart4 ,il deviendrait banal de parler de guerre civile3 c'est l'tat normal de la rpublique4 ,donc1 le gnral commandant la place de ,tehuacan1 concevant quelque doute sur la moralit de mon compagnon de voyage1 et le prenant pour un factieux allant rejoindre les rvolts d',oaxaca1 se mit en tte de nous retenir4 ,de plus1 le pauvre ,pedrito 7c'tait le nom de mon ami7 fut arrt et mis au secret4 ,la chose s'tait faite en mon absence1 et je me htai d'aller trouver le gnral4 ,pedrito n'tait pas coup sr un homme dangereux2 je le connaissais de longue main2 c'tait un bavard comme on en trouve tant1 parlant de tout au hasard1 mlant la politique aux lgrets de langage d'un gamin et aux bouffonneries d'un clown4 ,j'expliquai au commandant de place le caractre de mon compagnon2 je l'assurai qu'il y avait quiproquo et qu'il confondait le ,pedrito qu'il tenait entre ses mains avec un autre ,pedrito compromis dans certaines intrigues ,mexico4 ,l',excellence ne crut point mes allgations1 et1 devant la persistance et la vivacit de mes observations1 menaait de m'arrter moi-mme4 ,l'affaire de ,pedro s'envenimait1 des dnonciations et des inimitis particulires indisposaient le gnral2 on parlait de le renvoyer ,mexico4 ,quant ,pedro1 qui se prenait au srieux1 comme tous les gens de son esprit1 et qui ayant approch quelques hommes du gouvernement1 jouait volontiers la mouche du coche1 il adressait son gelier les supplications les plus tendres et les plus basses1 si elles n'eussent t bouffonnes2 puis1 me prenant part3 --,ami1 me disait-il d'un air tragique et les yeux en larmes1 tu porteras mon pre la nouvelle de ma mort1 car ces brigands mditent de m'assassiner3 deux d'entr'eux seront aposts sur la route1 et je serai fusill dans l'ombre1 martyr de mes saintes convictions4 ,en fait de convictions1 ,pedro n'en avait aucune2 mais qui n'aime se poser en martyr l'occasion6 ,quand je vis que la dtention se prolongeait1 et que ,pedrito maigrissait vue d'oeil1 j'crivis ,puebla avec ordre de tlgraphier ,mexico1 afin d'obtenir un mot de recommandation du commandant de place1 pour son confrre de ,tehuacan4 ,il fallut trois jours pour la rponse2 il tait temps3 l'esprit craintif de ,pedro commenait se dtraquer4 ,nous partmes enfin aprs huit jours de retard4 ,tehuacan se trouve en ,terre ,tempre1 et le chemin d',oaxaca suit en pente douce jusqu'en ,terre ,chaude4 ,la premire journe se passa sans encombre2 les chevaux1 quoique rappelant la clbre monture du hros de la ,manche1 se soutenaient encore1 grce leur jeunesse et aux huit jours d'abondance dont ils avaient joui lors de la dtention de ,pedro4 ,le soir1 nous couchions ,san ,sebastian1 huit lieues de ,tehuacan4 ,nous tions en ,terre ,chaude1 et des champs de cannes se rencontraient a et l sur le passage des ruisseaux2 les habitations changeaient aussi d'aspect2 ct des maisons toujours massives des ,espagnols1 on retrouvait le jacal de roseaux de l',indien1 remplaant la hutte en terre des hauts plateaux1 et c'est une chose trange assurment de rencontrer en ,terre ,chaude les races indiennes d'une teinte jaune clair1 compares la teinte fonce des ,indiens du nord2 c'est1 du reste1 toujours la mme attitude soumise1 la mme application au travail des champs2 le niveau de l'oppression a pass sur toutes ces races en leur donnant un caractre commun4 ,ce n'est que dans les pres hauteurs de la sierra que l'homme reprend un aspect plus noble1 et semble avoir respir dans l'air de ses montagnes inaccessibles le souffle vivifiant de la libert4 ,venta ,salada1 nous donnmes aux mules quelques instants de repos4 ,la plaine coupe de ravins qui s'tendait devant nous jouissait d'un assez mauvais renom2 quelques dserteurs battaient la campagne4 ,n'tant point arms1 nous avions tout redouter d'une rencontre avec eux2 nous cheminions cependant1 sondant de l'oeil les plis du terrain1 et rien de suspect jusqu'alors n'tait venu confirmer nos craintes1 lorsqu'au dtour d'un sentier nous nous trouvmes nez nez avec un malheureux en chemise1 assis poil sur un vieux cheval corch4 ,il pleurait chaudes larmes et ses deux poignets portaient l'empreinte sanglante d'une corde4 --,eh6 l'ami1 d'o venez-vous1 lui dis-je1 et qui vous rduisit cet affreux tat8 --,ah6 monsieur1 rpondit-il en sanglotant1 n'allez pas plus loin2 tenez1 vous voyez d'ici le lit dessch de cette rivire1 ils taient l trois pandours2 je revenais de ,san ,antonio2 ils m'ont tout pris1 mon zarape1 mon cheval1 mon argent1 mes belles calzoneras boutons d'acier1 tout2 et voyez mes bras3 ils m'ont pendu par les poignets1 et pour mon alezan dor1 ils m'ont donn cette vieille rosse que vous voyez4 ,jsus6 monsieur1 retournez4 ,pedrito se grattait la tte1 et mon domestique me regardait d'un air piteux2 je ne me sentais point l'aise1 je l'avoue4 ,nous tnmes conseil4 ,la majorit se prononait pour une retraite immdiate2 mais le lendemain offrait les mmes inconvnients1 moins de chance peut-tre2 il fallait ou passer ou renoncer au voyage4 ,euss-je eu vingt troupes de voleurs mes trousses1 je voulais passer4 ,en cas de besoin1 nous aurions pu fuir2 mais1 outre le dsagrment de la chose1 la mule charge et toujours t capture2 aussi1 pensant avec raison que ces messieurs avaient d dtaler pour partager leur butin et que le malheureux dpouill serait par le fait notre sauvegarde1 je fis signe au domestique d'avancer1 et nous nous mmes en route4 --,vaya se ,vd con ,dios1 me cria l'homme en chemise2 que ,dieu vous garde6 et il disparut4 ,le ravin tait dsert2 pas le moindre voleur l'horizon4 ,nous arrivmes ,teotitlan sans encombre autre que quelques fausses alertes que nos esprits impressionns par l'accident du matin taient tout disposs accueillir4 ,teotitlan est une petite ville perche sur un mamelon escarp1 d'une dfense facile et que les partis se disputent sans cesse4 ,il y avait garnison1 et le fortin1 au midi de la place1 sur l'minence qui la domine1 montrait firement deux pices de petit calibre4 ,les maisons1 caches sous la feuille des grands zapotes1 des pacaniers et des grenadiers couverts de fruits1 respiraient le bien-tre et le mystre4 ,j'allai frapper la porte d'une tienda de belle apparence1 o je demandai le vivre et le couvert pour nos chevaux et pour nous4 ,le domestique s'empressa de dcharger nos btes et de leur verser une abondante provende4 ,pour nous1 couchs l'ombre et rconforts par une coupe de mezcal1 nous attendions dans une douce impatience que le repas ft servi4 ,nous devions partir trois heures du matin pour atteindre1 avant la grande chaleur1 ,totamabaca1 but de l'tape1 en passant par ,san ,martin et los ,cuises4 ,l'arrive de deux trangers dans un village offre toujours un nouvel aliment la nave curiosit des habitants2 aussi la porte de la tienda tait-elle encombre4 ,je remarquai un individu de mauvaise mine qui semblait s'attacher au domestique avec une persistance inquitante2 nous tions assurment l'objet de la conversation1 et je craignais quelque confidence indiscrte4 ,le drle n'y avait pas manqu4 ,je l'appelai1 lui demandant ce qu'il avait faire avec l'homme en question1 il me rpondit ingnument qu'on l'avait interrog sur notre voyage1 qui nous tions1 d'o nous venions1 o nous allions1 et qu'il avait rpondu de faon satisfaire l'inquisition en personne4 ,je le rprimandai pour sa sottise1 et je compris qu'il nous fallait changer notre itinraire et l'heure du dpart4 ,je lui demandai s'il connaissait bien le pays1 et1 sur sa rponse affirmative1 la lune tant dans son plein1 nous partmes minuit1 prenant par le monte 7le bois74 ,pancho connaissait si bien son affaire1 qu'une demi-heure aprs nous tions gars ne pas nous retrouver4 ,nous errions1 depuis deux heures1 au milieu des ronces1 des plantes grasses aux pointes d'acier et d'pais taillis1 sans pouvoir trouver un sentier convenable2 il fallut descendre de cheval pour soulager nos btes4 ,tantt le hurlement d'un chien nous guidait gauche1 et tantt le cri d'un coq nous attirait droite2 nous finmes cependant par apercevoir1 la lueur incertaine de la lune1 les murailles blanchissantes d'une habitation4 ,aprs un quart d'heure de cris d'appel veillant les aboiements des chiens1 au milieu d'un vacarme rveiller un mort1 un ,indien de mauvaise humeur vint nous demander la cause d'un tel bruit4 ,je lui exposai mon cas1 mais il fallut parlementer longtemps pour le dcider nous ouvrir en grommelant4 ,il se radoucit nanmoins la vue d'une pice blanche1 et voulut bien1 moyennant quatre raux1 et s'clairant d'une torche1 nous remettre dans le bon chemin4 ,au petit jour1 nous tions loin dj1 hors de toute atteinte2 seulement nos chevaux s'taient blesss dans le bois et tous deux boitaient affreusement4 ,je dus faire la moiti de la route pied1 chose dure en tout pays1 mais dplorable par un soleil de plus de cinquante degrs4 ,pedro1 en vrai ,mexicain qu'il tait1 resta plus longtemps sur sa bte2 mais comme elle menaait chute chaque pas1 il lui fallut aussi descendre4 ,il faisait une triste figure vraiment1 et nous arrivmes en piteux tat au village de ,tetomabaca4 ,les chevaux demandaient un repos forc4 ,un ,indien du village1 expert dans l'art de gurir1 vint examiner les malades2 j'en fus quitte pour lui payer sa visite2 le lendemain les chevaux n'allaient gure mieux1 et comme il n'y en avait point vendre dans le village1 au grand dsespoir de ,pedro1 nous nous mmes en route4 ,quatre lieues seulement nous sparaient de ,quiotepec2 mais au del1 cinq journes encore pour atteindre ,oaxaca4 ,la perspective tait des plus dsolantes4 ,six journes de marche6 pas un pouce d'ombre dans le sentier1 le paysage est d'une scheresse extrme1 et le monte n'offre en fait de vgtation que de pauvres mezquites au maigre feuillage2 les chevaux boitaient de plus belle4 ,pedro poussait des soupirs dchirants1 nous tions tous deux rouges comme des homards et inonds de sueur2 nous remontions cependant pour passer les rivires1 et ce fut ainsi1 clopin clopant1 tantt ports1 tantt portant1 que nous dbouchmes sur la rivire de ,quiotepec1 torrent imptueux et profond qu'on traverse en pirogue et dont un ,indien a le monopole4 ,il tait tard1 six heures au moins1 et dj nous entendions le bruit sourd de la rivire1 quand un jaguar norme bondit derrire nous1 dans le chemin creux o nous tions engags4 ,la mule1 quoique charge1 fit un bond prodigieux1 et les chevaux oublieux de leurs blessures s'lancrent en avant4 ,le jaguar cependant nous adressa le sourire flin qu'imite si bien le chat faisant le gros dos au chien qui le guette1 puis passa tranquillement1 franchit le talus1 et disparut4 ,j'avais prouv son aspect une motion bien sentie1 c'tait ma premire rencontre de ce genre1 et faite dans une circonstance dsagrable2 j'en vis et en entendis d'autres par la suite1 et je m'aguerris avec le temps4 ,mes deux suivants1 non plus rassurs que moi1 allumrent un feu sur le bord de la rivire1 car la nuit se faisait sombre et le jaguar est alors mauvais coucheur4 ,l',indien du bateau n'tait pas son poste1 et comme le village se trouve une certaine distance1 nous nous gosillmes en vain l'appeler un quart d'heure durant4 ,une nuit la belle toile1 sans souper1 ne nous offrait qu'une perspective des moins attrayantes4 ,je me dshabillai donc1 j'attachai mes vtements sur ma tte et enfourchant mon malheureux cheval1 je risquai le passage1 parfaitement assur1 grce mon talent de nageur1 d'atteindre l'autre bord1 si ma monture se laissait emporter4 ,il n'en fut rien heureusement2 j'arrivai au village1 et le passeur s'en vint immdiatement chercher mes compagnons d'infortune4 ,une surprise nous attendait ,quiotepec4 ,j'avanais au hasard dans une obscurit profonde1 lorsqu'un nergique ,quien vive8 ,qui vive8 m'arrta court3 ,ami1 rpondis-je1 et j'avanai4 ,deux hommes arms gardaient le sentier2 ils me demandrent d'o je venais1 o j'allais1 et l'un d'eux me conduisit au quartier gnral1 c'est--dire dans une bicoque1 o le chef d'une troupe en guenilles sigeait au milieu de son tat-major4 ,j'ignorais qui j'avais affaire4 ,le chef en question me demanda de nouveau qui j'tais1 o j'allais1 et mes papiers4 ,je lui tendis une lettre du ministre de ,france constatant ma qualit d'envoy du gouvernement en mission artistique3 mon interlocuteur prit la lettre l'envers1 eut l'air d'y jeter un coup d'oeil d'autorit1 puis passa la missive moins ignare que lui4 ,j'ajoutai que j'avais un compagnon1 plus un domestique1 et que l',indien passeur tait all les chercher4 ,c'est bien1 dit-il1 asseyez-vous1 nous verrons vos compagnons4 ,il y avait bien1 tant dehors que dedans1 une troupe de cent cinquante hommes d'une mine des moins rassurantes4 ,sur ces entrefaites1 arriva ,pedro1 suivi du bagage4 --,eh6 ,pedrito1 comment vas-tu8 s'cria l'un des assistants1 et l-dessus1 coup de thtre1 reconnaissance1 tableau6 ,il y eut des abrazos et des serrements de main3 je fus prsent1 ce qui me permit d'apprendre que je ne me trouvais rien moins qu'en prsence du ,huero ,lopez2 huero veut dire blond1 et comme ,lopez avait les cheveux et la barbe de cette couleur1 on lui avait donn le surnom de ,huero4 ,c'tait un homme de trente-six quarante ans1 jeune encore1 et dont la physionomie n'avait rien de froce2 il avait cependant1 dans un rayon des plus tendus1 une terrible rputation4 ,le ,huero ,lopez tait un chef de voleurs mrite1 autour duquel cinq ou six ans de brigandages impunis avaient group la fleur des sacripants de la province2 la troupe variait de cent deux cents hommes1 et comme elle commenait devenir respectable1 le chef1 depuis peu rentr en grce auprs du gouvernement libral1 avait fait sa paix avec le monde4 ,il n'tait plus corvable de la potence2 loin de l1 le gouvernement constitutionnel lui avait octroy le grade de commandant4 ,la carrire des honneurs lui tait ouverte1 il n'avait plus qu' poursuivre4 ,le ,huero ,lopez avait dirig sa premire expdition contre ,teotitlan que nous avions quitt la veille1 et dont il s'tait empar aprs un assaut des plus opinitres4 ,aussi1 la soire se passa-t-elle raconter les hauts faits de ses officiers1 la mort du gnral un tel1 dont voici le vainqueur1 me disait-il1 en me montrant un de ses acolytes4 ,on avait fait tant de butin1 fusill tant de ractionnaires2 l'un tait mort bravement1 l'autre s'tait fait tirer l'oreille2 tous dtails fort intressants et qui soulvaient le coeur4 ,cependant il s'inquitait de notre voyage1 s'tonnant que nous fussions arrivs jusqu' lui sans accident2 puis1 en bon prince1 et avec une galanterie merveilleuse1 il s'informa si nous avions faim1 et1 sur l'affirmative de nos estomacs aux abois1 il commanda deux tasses de chocolat qu'on apporta chaud et mousseux faire plaisir1 nous promettant pour le lendemain quelque chose de plus substantiel4 ,voyant mon hte en si belle humeur1 je lui contai la msaventure de nos btes et le priai de vouloir bien me changer mes deux chevaux invalides contre deux autres en meilleur tat1 me proposant de payer la diffrence4 ,il y acquiesa de tout coeur1 et remit au lendemain la ngociation de l'affaire4 ,il n'y a vraiment plus vertueux qu'un coquin parvenu4 ,malgr tout le charme d'une rception si flatteuse1 je crus prudent d'viter ses hommes des tentatives inhospitalires l'endroit de mes bagages2 aussi1 le tout fut-il empil dans la cabane mme o sommeillait le chef4 ,de notre ct1 nous dmes songer trouver un gte4 ,le temps tait couvert1 la nuit orageuse1 la chaleur asphyxiante2 impossible de songer dormir sous un abri quelconque2 j'tendis donc mon manteau de gutta-percha dans la cour1 sur la terre nue1 je pris ma selle pour oreiller et je m'endormis4 ,toute la nuit1 cependant1 je fus agit1 tourment par des dmangeaisons effroyables1 et de gauche et de droite1 ,pancho mon domestique1 et ,pedro mon ami1 s'agitaient comme moi4 ,quel rveil1 hlas6 ,tous trois avions la figure des marques rouges et sanglantes de deux centimtres de largeur2 les bras et les jambes en portaient galement1 et c'tait une fureur de picotements n'y pas tenir4 ,le talaje1 tel est le nom du charmant inconnu qui nous avait martyriss1 est une espce de petit ver qui1 la nuit1 s'attaque tout tre tendu sur la terre2 aussi les habitants de ,quiotepec couchent-ils sur des planches leves de quelques pouces au-dessus du sol4 ,au petit jour1 un trompette avait sonn la diane1 et chaque soldat1 avec l'aplomb des troupes rgulires1 s'tait align pour passer une inspection2 sitt qu'elle fut termine1 je rappelai au commandant sa promesse de la veille1 et l'on s'occupa de me choisir deux chevaux2 les miens taient vritablement jeunes et vigoureux1 quelques jours de repos les remettraient infailliblement1 et ce n'tait pas en somme une mauvaise affaire que je proposais l4 ,guid par un lieutenant du ,huero1 je fixai mon choix sur un alezan bas sur jambes mais trapu1 de huit dix ans d'ge1 et sur un gris pommel plus jeune1 grande et jolie bte1 gracieuse sous le harnais1 et d'une prestance remarquable4 ,je montai les deux1 et fis avec chacun un temps de galop2 ils me parurent doux1 dociles1 et je me confondis en remercments4 ,ne voulant pas1 de mon ct1 tre en reste de gnrosit avec mes htes1 je donnai cinq piastres d'trenne au garon qui me les sella4 dix heures1 aprs un djeuner copieux1 j'allai prendre cong du futur gnral et je partis4 ,ah6 la belle chose qu'un bon cheval1 pour courir le monde travers les sentiers d'un pays inconnu6 ,joyeux et fiers nous avancions1 nous faisant un jeu des plus pres montes1 et nous livrant dans les plaines des fantasias cheveles4 ,ah6 la belle chose qu'un bon cheval6 ,ah6 la potique chose6 alors que dans une course rapide1 le souffle du zphyr vous fouette la figure comme un vent de tempte6 le doux tre qu'un coursier soumis1 esclave de son frein1 calme la voix du matre ou se prcipitant comme l'aquilon6 ,ainsi nous chantions1 ,pedro et moi1 clbrant les vertus de nos compagnons nouveaux et bnissant la main qui nous les donna4 ,la journe fut belle assurment1 et la pauvre mule fut seule la trouver longue4 midi1 nous tions ,cuicatlan1 dlicieux village cach sous la verdure aux pieds de montagnes pic4 ,le soir1 six heures1 nous entrions au galop dans la rue de ,don ,domingillo2 mais1 terreur6 d'affreux murmures nous poursuivent2 en peu d'instants les cris augmentent1 le village entier1 l'alcade en tte1 est nos trousses2 au voleur6 arrtez1 au voleur6 ,je regardais ,pedro1 ,pedro me regardait1 nous cherchions vainement qui pouvaient s'adresser ces cris et ces clameurs1 ,nous tions seuls dans la carrire1 ,aveuglant de flots de poussire ,nos acharns perscuteurs4 ,en vrit1 l'illusion n'tait plus permise1 il fallut s'arrter4 ,ce cheval m'appartient1 dit un ,indien dsignant l'alezan2 il me fut vol la semaine dernire1 et je le rclame2 tout le village m'est tmoin4 ,pedro se trouvait dmont4 ,je protestai de toutes mes forces allguant l'change que j'avais fait le matin mme1 et le retour que j'avais donn4 ,nous parvnmes1 mais au pas1 jusqu' la fonda1 o deux ,espagnols et leurs femmes taient arrivs avant nous2 je les pris pour juges de l'affaire4 ,le ,huero ,lopez tait une autorit reconnue1 je croyais avoir fait un change honnte1 et je protestai de nouveau de la puret de mes intentions4 ,ce cheval est moi1 rptait l',indien1 je veux mon cheval2 cette raison valait mieux que toutes les miennes2 en fin de compte1 il me fallut parlementer4 ,venez avec moi1 dis-je au froce propritaire1 n'est-il pas juste que j'achve ma route1 et forcerez-vous ce pauvre homme faire vingt-cinq lieues pied4 ,pedro m'appuyait1 on le comprend sans peine3 ,venez avec moi jusqu' la ville1 vous ramnerez votre cheval1 et je payerai vos peines4 ,l'alcade trouva la proposition acceptable1 et le march fut conclu4 ,je compris alors la gnrosit du bon ,lopez2 le commandant avait troqu deux chevaux vols et qu'on pouvait lui rclamer chaque instant1 pour deux chevaux lgalement acquis et que personne ne pouvait revendiquer comme siens2 il a d bien rire de ma simplicit4 ,le tour tait bon nanmoins1 je ne pouvais qu'en rire moi-mme2 ,pedro criait3 ,vertu1 tu n'es qu'un nom6 ,de ,don ,domingillo1 deux routes conduisent la valle d',oaxaca2 la premire1 grande et belle1 acheve sous l'administration de ,juarez1 alors qu'il tait gouverneur de la province1 contourne les hauts sommets de la ,cordillre pour aboutir la naissance de la premire des trois valles qui composent le ,marquesado2 l'autre est un simple sentier suivant le rio de las ,vueltas1 petite rivire aux mille dtours courant enchane dans des montagnes pic2 impraticable pendant la saison des pluies1 ce sentier n'est suivi qu'en temps de scheresse3 la rivire tant alors guable dans tout son parcours1 le voyageur y gagne une journe de marche4 ,nous suivmes ce dernier4 ,notre petite troupe formait une caravane de dix personnes en y comprenant les domestiques et l',indien du cheval4 ,c'est avec bonheur qu'on s'enfonce dans ces gorges profondes o les eaux du torrent entretiennent une fracheur dlicieuse et une ternelle verdure2 le sentier se perd chaque instant sous l'ombre des grands arbres1 traverse la rivire1 se perd de nouveau1 puis la traverse encore3 soixante et dix fois1 dans un parcours de deux lieues nous traversmes le torrent4 ,le sentier s'lve alors1 la valle s'largit1 quelques haciendas de cannes1 et l de pauvres villages1 puis la montagne aux escarpements rapides o souvent le cavalier est forc de mettre pied terre pour soulager sa monture3 le matin1 nous tions en ,terre ,chaude et le soir nous parcourions les forts de chnes et de sapins des hauts sommets4 sept heures1 nous arrivions ,etla1 dans la plaine1 et le lendemain nous tions ,oaxaca4 ,,vi ,oaxaca4--,la ville4--,les moeurs4--,le bal4--,le clerg4--,l'histoire de don ,raphal4--,les passions politiques4 ,oaxaca1 comme toutes les villes de la ,nouvelle-,espagne1 est divise en carrs parfaits1 presque toujours orients1 savoir chaque faade regardant un des points cardinaux4 ,quoique ayant moins souffert de la guerre civile que les villes du nord1 par suite de son loignement des centres rvolutionnaires et de la difficult des chemins qui la relient aux provinces voisines1 ,oaxaca n'en est pas moins dchue de son ancienne prosprit4 ,il m'tait rserv de voir achever sa ruine4 ,admirablement situe au point d'intersection de trois valles fertiles prodiguant l'envi les produits des deux mondes1 elle offre1 en fait de monuments1 une charmante glise avec portail renaissance mlang de mauresque d'une richesse extrme1 mais que dparent deux clochers btards2 la cathdrale1 construction massive qui n'a rien pour attirer le regard1 et le couvent de ,santo ,domingo1 colossal tablissement avec clotres magnifiques et des escaliers d'un grandiose qui ne le cde en rien au plus monumental de nos escaliers royaux4 ,la place1 attenant une promenade ombreuse1 est de belle dimension1 flanque d'un ct par le palais1 difice de construction moderne2 elle est borde des trois autres par des portales1 galeries couvertes1 piliers ou colonnes4 ,le march1 o se pressent des ,indiens de toutes nuances1 est d'une richesse incroyable en lgumes et en fruits de toutes sortes2 les poires1 les pches1 les raisins y sont amoncels auprs d'normes cherimoias1 d'ananas et de bananes3 aussi la vie est-elle facile1 et l'on ne rencontre dans la ville1 en fait de mendiants1 que quelques estropis et des aveugles4 ,la grande scheresse de l'atmosphre et la lumire blouissante du plateau y causent de nombreuses affections ophthalmiques2 je fus oblig moi-mme de renoncer toute lecture devant les accidents inquitants auxquels ma vue devenait sujette4 ,presque toutes les maisons d',oaxaca n'ont qu'un rez-de-chausse2 il ne faut point leur demander d'architecture1 les rues n'offrent aux regards de l'tranger que de simples murs percs de fentres avec grilles1 sans sculpture et sans ornementation aucune4 ,l'dilit de la ville exige que toutes les maisons soient peintes en couleurs fonces ou peu photogniques2 hors le blanc1 vous y trouverez toutes les couleurs de la palette4 ,si l'extrieur des habitations est ingrat et nu1 l'intrieur est presque toujours charmant2 un vaste saguan1 porte cochre1 vous introduit dans une cour carre1 entoure pour l'ordinaire d'un portique assez gracieux1 et plante de grenadiers1 d'orangers et d'une espce de cdrats fruits ronds nomms toronjo1 et dont la tige atteint des proportions normes4 ,des parterres de fleurs s'panouissent l'ombre des arbustes1 et des roses grimpantes s'allongent autour des colonnes4 ,tout cela est propre1 bien tenu1 plein de fracheur1 de gazouillement d'oiseaux et de senteurs enivrantes4 ,la vie1 on le comprend1 se passe toute au dehors1 dans ces pays du soleil4 ,la galerie sert la fois de salle manger et de salon4 ,ces petits jardins1 qui sont la joie de la vie intrieure1 sont d'un entretien difficile et coteux2 chaque fleur exige1 comme premire condition d'existence2 un pot isol au moyen d'une sbile en terre pleine d'eau1 de manire former une le4 ,les arbustes sont galement entours d'un anneau concave en ciment1 qui les isole4 ,cette prcaution est prise contre les arrieras1 espce de fourmis corselet pineux nommes charretires1 qui atteignent une grosseur remarquable1 et dont la rage de destruction est sans gale4 ,ces fourmis sont une plaie pour les maisons4 ,comme les voleurs et autres gents malfaisantes1 elles ne travaillent gure que la nuit1 ce qui leur assure ordinairement l'impunit4 ,leur tablissement principal est toujours une distance considrable du thtre de leurs dgts2 aussi est-il impossible de les dtruire1 et la longueur de leurs galeries les met hors d'atteinte de toute espce de chtiment4 ,leur nombre est si extraordinaire et leur organisation si merveilleuse1 qu'il leur arrive de dpouiller1 en une nuit1 de ses bourgeons1 de ses fleurs et de ses feuilles1 un oranger de grande dimension2 les unes montent et dcoupent les feuilles par grandeur voulue1 tandis que d'autres attendent au pied de l'arbre la besogne des dcoupeuses2 et tel est l'instinct de ces petits animaux1 qu'ils savent attendre que l'arbre soit raisonnablement charg de feuilles1 de manire que la moisson en vaille la peine4 ,je les ai vues surveiller un rosier que j'affectionnais1 et ne le dpouiller qu'au moment o les boutons allaient s'panouir4 ,les tremblements de terre sont annuels ,oaxaca1 et les murs de ces maisons si basses ont la plupart jusqu' deux mtres d'paisseur4 ,ces tremblements1 sur un sol rocailleux1 n'agissent point par oscillation comme dans la plaine mobile de ,mexico1 mais par trpidation1 mouvement plus dangereux s'il est possible1 et qui1 par des branlements successifs1 dtruit en un clin d'oeil les difices les plus solides4 ,oaxaca comme ,mexico1 je fus tmoin d'un de ces terribles phnomnes2 il fut violent1 mais de courte dure2 assez long cependant pour pouvanter l'me la plus rsolue et me donner le temps de me prcipiter dans la cour4 ,l'instinct de la conservation bannit toute convenance et toute pudeur3 je trouvai le personnel de la maison1 hommes et femmes1 ,dans le simple appareil444444 d'aucunes enveloppes dans un drap et d'autres parfaitement nues2 tout ce monde clatant en prires ferventes1 je vous assure1 et en supplications passionnes4 ,dieu n'a besoin que d'une petite secousse pour constater le nombre de ses fidles4 ,le danger pass1 une vieille domestique de la famille expliquait tranquillement son fils une formule au moyen de laquelle on pouvait prvenir tout dsastre4 ,le palais et la cathdrale en furent tous deux pour une corniche dont la chute ne blessa personne1 et des crevasses qu'on s'empressa de combler4 ,au sud-ouest de la ville se trouve le mont ,alban1 qui se relie la chane de la ,misteca2 au nord-ouest la sierra ,madre envoie jusqu'aux maisons du faubourg le prolongement de ses derniers contre-forts4 ,le ,san ,felipe1 point culminant de la sierra1 borne l'horizon de la ville au nord1 et lui prodigue en tout temps des eaux fraches et limpides4 ,ainsi place1 ,oaxaca ne doit rien envier aux plus belles villes de la rpublique4 ,tout fdral que soit le ,mexique1 le lien qui unit chacune de ses parties est des plus faibles1 et l'on peut dire qu'il n'y a d'autre nationalit que la nationalit de province4 ,l'habitant de ,puebla est un ,poblano1 celui de ,chiapas un ,chiapaneco1 nul ne vous dira qu'il est ,mexicain4 ,cet esprit de clocher se retrouve partout1 mais nulle part il n'clate avec autant de violence que dans la jolie ville d',oaxaca4 ,rien n'est bon1 n'est beau1 n'est bien1 n'est admirable en dehors de ce petit tat1 et quoique tirant toute chose du dehors1 pour ce qui regarde la mode1 l'industrie et les arts1 il semble que ce soit un tribut que l'univers lui paye et dont il ne doive aucune reconnaissance4 ,quelques habitants poussent cette faiblesse jusqu'au ridicule le plus insens2 il n'est pas jusqu' leurs femmes qu'ils ne dotent des avantages les plus singuliers et des vertus les plus extraordinaires4 ,mon sjour ne m'a rien appris cet gard1 et je laisse d'autres plus heureux le soin de les dcouvrir4 ,il faut attribuer cet amour-propre excessif la concentration d'une existence toute locale1 que des relations plus suivies avec le monde viendront sans aucun doute modifier un jour4 ,le besoin de socit1 l'esprit de runion sont fort dvelopps ,oaxaca4 ,l'on arrive promptement l'intimit avec des gens qui se livrent avec abandon1 et le mme jour vous donne presque autant d'amis que de connaissances2 je n'affirmerai point pour cela qu'il faille compter sur eux dans une circonstance difficile3 le dvouement est une fleur rare par toute la terre2 mais ils s'empresseront pour une dmarche1 vous combleront d'avances1 de lettres de recommandation1 vous couvriront de leur influence1 s'il y a lieu1 dployant une affabilit constante et une bienveillance infatigable4 ,la causerie est vive et anime1 l'esprit agressif et mordant des petites villes y droule avec complaisance les mille et un riens d'une chronique passablement scandaleuse1 qu'entretient une morale relche4 ,la politique1 dans laquelle les femmes jouent un rle considrable1 jette en pture la conversation des petits cercles un aliment toujours nouveau4 ,cette tendance est naturelle dans un pays o la bureaucratie absorbe toutes les ambitions3 tre ou n'tre pas employ1 c'est pour eux une question de vie ou de mort2 aussi les partis y sont-ils toujours sur la brche pour attaquer ou pour dfendre3 quoi de plus simple que la guerre civile dans de telles conditions8 ,il n'est pas rare de rencontrer parmi ces jeunes ambitieux des talents remarquables1 une instruction solide1 fruit d'un travail obstin1 et le don de deux ou trois langues qu'ils parlent avec facilit4 ,comment expliquer qu'une fois au pouvoir1 ces brillantes qualits disparaissent pour faire place une nullit dsesprante8 ,c'est qu'ils trouvent leur tour1 chez les autres1 cette opposition systmatique qu'ils pratiquaient eux-mmes avec une si dplorable obstination2 c'est que tout est paralys chez eux1 et que leurs facults suffisent peine dfendre contre leurs agresseurs les positions qu'ils viennent si pniblement d'acqurir4 ,les beaux projets de rforme sont oublis1 le service public abandonn1 la dsorganisation se prcipite1 la gangrne arrive sa dernire priode1 l'tat se meurt3 voil le ,mexique4 ,ractionnaires et libraux se reprochent mutuellement1 dans ce langage qu'on connat1 leurs fautes rciproques2 tous deux sont galement coupables et travaillent avec une mulation impie l'anantissement complet de leur beau pays4 ,le prsident ,juarez est une des illustrations de l'tat d',oaxaca3 de sang indien pur1 il est fils de ses oeuvres et doit tout lui-mme4 ,on le voit passer du barreau d'une ville de province au gouvernement de l'tat1 arriver la prsidence de la cour suprme et s'asseoir1 honnte homme1 sur le fauteuil prsidentiel4 ,son administration1 comme gouverneur de l'tat d',oaxaca1 a laiss derrire lui un parfum de probit qu'on respire rarement au ,mexique1 et les amliorations qu'il s'effora de rpandre dans le service public donnent une preuve de son dvouement au bien-tre de ses concitoyens4 ,l'organisation des villages indiens de la sierra qui font partie de la province1 et dont il est originaire1 lui fait le plus grand honneur3 on est surpris d'y trouver des coles obligatoires1 d'o sortent des ,indiens sachant lire1 crire et compter2 on en croit peine ses oreilles1 alors que les sons de l'orgue des temples ou les fanfares des instruments de cuivre vous rappellent les gots de votre patrie lointaine au milieu du sauvage aspect de la montagne4 ,je ne sais si le ,mexique placera ,juarez au nombre de ses grands hommes2 mais c'est coup sr une personnalit remarquable4 ,au milieu de la pnurie de talents qui l'entoure1 il a pour lui cette probit si mritante en son pays1 une constance glorieuse ne point dsesprer de sa cause1 une obstination molle1 mais infatigable lasser la fortune1 une douceur de caractre que travestissent ceux qui l'ont peu connu4 ,plusieurs m'en ont dit du bien2 chaque fois que je le vis1 il me rendit service4 ,parmi les personnalits remarquables d',oaxaca1 il faut rappeler une pauvre vieille1 dernire descendante de ,montzuma4 ,le gouvernement1 m'a-t-on dit1 lui faisait autrefois une pension suffisante pour assurer une existence honorable cette princesse dchue1 et les ,indiens1 une fois l'an1 venaient rendre hommage l'arrire-petite-fille du grand roi4 ,la seora ,silva1 sur un trne1 entoure du prestige inoffensif de sa haute naissance1 recevait des ,indiens prosterns la muette expression d'un religieux respect4 ,mais la pension se rduisit insensiblement suivant les fluctuations des finances2 aujourd'hui1 le dernier rejeton d'une race impriale s'teint dans la solitude et la misre4 ,j'ai dit que les moeurs taient relches3 l'intimit des familles entre elles prte la familiarit des jeunes gens des proportions dangereuses4 ,les amourettes naissent comme des fleurs sous ce ciel merveilleux4 ,si les fentres ont des grilles1 les maisons sont basses1 et le diable est leste4 ,l'amour1 au ,mexique1 a conserv de sa tournure espagnole3 il lance des madrigaux1 fait jouer la srnade1 improvise sur la guitare1 et ne craint pas d'employer la gazette pour envoyer un sonnet sa belle4 ,il s'accroche encore1 mais rarement1 l'chelle de soie4 ,le mariage consacre pour l'ordinaire ces unions anticipes2 mais lorsqu'un inconstant porte d'autres idoles l'encens d'un coeur volage et que la dlaisse ne peut dissimuler le fruit de sa faute1 le monde n'impose la pcheresse qu'une rprobation indulgente4 ,hubo una desgracia1 dit-on3 elle eut une msaventure4 ,quelques mois d'loignement arrangent les choses2 de temps autre cependant la comdie tourne au drame1 drame atroce1 vengeance de cannibale4 ,telle est l'histoire du seor ,eusebio4 ,j'ai connu les personnages1 j'ai assist au dnoment1 j'essayerai de vous la dire4 ,don ,eusebio peut avoir de quarante-cinq cinquante ans2 il parat jeune encore2 ses paules larges et trapues1 sa marche facile et lgre malgr l'embonpoint qui commence l'envahir1 lui donnent l'apparence d'une force peu commune2 sa tte est grosse sur un cou charnu2 les lvres sont paisses1 la bouche est grande2 tout le bas de la figure dnote des instincts o la violence le dispute la sensualit2 ses yeux sont jaunes tirant sur le vert et pleins d'une expression jalouse et mchante4 ,il jouit d'une rputation douteuse1 et son pass renferme des mystres4 ,sa maison1 place au nord de la cathdrale1 n'a rien qui la distingue des demeures voisines3 elle se trouve parallle un couvent de femmes qui fait le coin du carr suivant1 et s'ouvre de ce ct par deux fentres grillage en bois4 ,don ,eusebio n'a pas d'amis1 et sa maison fut pour ainsi dire dserte jusqu'au jour o ses filles devinrent de grandes personnes4 ,il en a trois4 ,hlna1 la premire1 ressemble don ,eusebio et parat en avoir tous les instincts4 ,c'est une grande et superbe fille chez qui la vie dborde2 elle a toutes les beauts provocatrices3 la hanche saillante1 des bras robustes et ronds1 des paules grasses1 une gorge audacieuse1 des lvres rouges et ce teint ple et mat des natures passionnes2 ses yeux noirs avaient une fixit embarrassante4 l'poque dont nous parlons1 la chronique s'tait dj maintes fois occupe d'elle2 mais elle n'avait point eu de desgracias4 ,une cour nombreuse se disputait ses sourires1 et quelques robes noires se mlaient la foule4 ,le pre autorisait1 cherchant un gendre4 ,oaxaca respirait dans un entr'acte de guerre civile1 et les runions se succdaient sans relche4 ,sur ces entrefaites1 un jeune homme de ,mexico vint passer quelque temps dans le ,marquesado1 vivant chez son pre1 voisin de don ,eusebio1 et dont la maison occupait1 cinquante mtres plus bas1 le milieu du carr de face4 ,la famille de don ,rafael se composait de doa ,marianita1 sa femme1 de ,louisito1 un fils tard venu1 le ,benjamin1 et du nouvel arrivant4 ,henrique rapportait de la capitale une tournure dgage1 cet air de suffisance qui plat aux femmes et des prtentions de blas que les sots affichent volontiers2 une moustache longue et pointue lui donnait un petit genre matamore qui ne messeyait point2 il avait l'oeil d'un bleu tendre1 et sa chevelure blonde1 naturellement boucle1 tait fort belle4 ,en somme1 on le disait beau cavalier1 il le croyait plus que tout autre2 mais1 mes yeux2 il perdait la moiti de ses avantages par un rire bte qu'il lanait ternellement et tout propos1 ce qui chez bien des gens lui avait fait une renomme de bel esprit4 ,on lui prtait mille aventures2 c'tait pour ,hlna une conqute faire4 ,la famille d',henrique possdait quelque bien2 c'tait pour don ,eusebio le mari demand4 ,du reste1 la chose allait de soi4 ,henrique renoua sans difficult des relations d'enfance1 et1 malgr les avertissements de son pre qui n'estima jamais don ,eusebio1 il fut en quelques jours du nombre des intimes4 premire vue1 il fut bloui4 ,on ne pouvait rver plus belle matresse4 ,pour ,hlna1 jeune et coquette1 elle prouva quelque satisfaction de l'effet produit et ne demanda pas mieux que de plaire4 ,il fut bientt vident qu',henrique tait le prfr4 ,aussi le cercle des adorateurs diminua chaque jour2 quelques-uns seulement cherchrent disputer au ,mexicain une conqute si belle2 mais ils n'eurent plus qu' se retirer devant la persistance de ses succs4 ,d'autres tournrent bride et dposrent aux pieds de la soeur des hommages dont l'ane ne voulait plus4 ,rien de moins platonique que cette passion facile2 mais la jeunesse verse sur toutes choses un tel torrent de fleurs1 qu'on se mprend volontiers sur des liaisons qu'on croit ternelles et qui ne sont que d'un jour4 ,henrique me raconta souvent les premiers bonheurs de son amour naissant4 ,il me parlait de ses promenades solitaires dans la valle1 de ses rencontres fortuites ,san ,felipe1 de ces charmants dners ,santa ,maria del ,tule sous les ombrages du vieux ,sabino2 mais l'amour-propre chez lui l'emportait sur l'amour1 et son oeil brillait plus encore en me disant ses triomphes1 le dpit de ses rivaux repousss2 et l'clatante satisfaction que lui valaient les prfrences d'une aussi belle personne4 ,don ,rafael fermait les yeux et voyait tout4 ,cependant le tte--tte est difficile dans une maison ouverte tout venant1 o se croisent et s'battent une foule de domestiques et d'enfants2 il fallait un dnoment2 mais ,henrique ne pensait point au mariage4 ,il y eut alors d'humbles demandes1 des supplications et des rsistances3 toute cette habile et nave comdie de l'amour laquelle nous croyons si facilement et dont1 en somme1 les femmes sont presque toujours victimes4 ,henrique1 dsespr1 parlait de dpart2 cette poque1 il tait vraiment pris4 ,hlna cda4 ,par une nuit obscure1 ,henrique escaladait la grille de bois d'une fentre1 s'accrochait la corniche et bondissait sur l'azotea 7toit plat74 ,hlna1 tremblante1 l'attendait sous un bosquet de jasmins4 ,don ,eusebio avait tout vu4 ,un mois de srnades1 d'entrevues mystrieuses1 de rendez-vous dangereux pleins de poignantes motions1 prolongea le dlire de cette premire nuit d'amour4 ,les observations de don ,rafael n'arrtrent point l'heureux ,henrique4 ,on jasait cependant1 et les rivaux conduits surent lui dire1 mots couverts1 qu'il n'tait pas le seul heureux1 et qu'en tout cas il n'avait pas t le premier4 ,henrique refusa d'y croire1 et sa position compromettante2 peut-tre son courage1 ne lui permirent pas d'imposer silence ces bruits insultants2 mais son amour baissa2 il ne se montra plus aussi souvent dans la maison de don ,eusebio3 les nuits le surprirent plus rarement sous ce bosquet parfum tmoin de ses premiers soupirs1 et l'escalade de l'azotea lui sembla d'une prodigieuse difficult4 ,la fire jeune fille lui demanda compte de son insultante froideur2 ,henrique se dfendit faiblement1 protesta1 balbutia et voulut se retirer4 ,il y eut alors une scne de violence qui l'pouvanta2 mais voyant qu'elle allait perdre son amant1 ,hlna devint tout coup tendre1 pressante1 suppliante2 elle le prit comme un enfant dans ses bras1 le couvrit de baisers et de caresses passionnes4 --,que deviendrai-je sans toi1 lui disait-elle2 je t'aime et n'adore que toi2 je suis seule au monde2 tu l'as vu1 je n'ai plus d'amis3 tous se sont loigns4 ,ton amour1 mon ,henrique1 c'est ma seule joie sur terre1 c'est mon avenir1 ma vie1 mon seul bonheur4 ,ne m'abandonne pas6 ,et puis1 ajouta-t-elle en le voyant se fondre devant ces tmoignages passionns1 je n'osais te le dire1 ,henrique1 je suis mre4 ,que devenir si tu t'en vas8 ,mon pre1 oh6 mon pre me tuerait4 ,cette confession terrifia le pauvre amant4 ,il revint nanmoins1 mais sombre1 craintif1 dsillusionn1 ne sachant plus comment rompre des liens de fer4 ,don ,eusebio jugea prudent d'intervenir4 ,il surprit ,henrique chez ,hlna1 obtint une confession complte1 et ne permit au malheureux de s'loigner que sous serment d'pouser sa fille4 ,il fallut tout dire don ,rafael4 ,devant de pareils faits1 toute observation tait inutile1 et la confrence se termina par un refus nergique de jamais consentir ce mariage4 ,henrique n'aimait plus2 la nuit venue1 l'heure o si souvent il s'agenouillait prs d'elle1 il sella son cheval et partit4 ,le lendemain1 don ,eusebio aux aguets1 fut tonn de ne point le voir2 il s'informa1 connut le dpart1 rentra4 ,il tait calme1 quiconque l'et rencontr n'et point devin ce qui se passait en lui2 il croisa plusieurs personnes auxquelles il rpondit1 en souriant1 aux compliments banals1 insultes dguises que chacun lui adressait1 car tout se savait dj4 ,une fois chez lui1 l'orage fit explosion2 il brisait1 en les touchant1 les meubles qui tombaient sous sa main1 ses yeux taient sanglants1 il pouvanta les siens1 on n'osa lui rien dire4 ,hlna pleurait en silence4 ,cependant1 il reprit quelque pouvoir sur lui-mme1 et voilant sa fureur1 il sella son cheval et sortit la cigarette la bouche comme en un jour de paseo4 ,henrique n'avait que deux chemins prendre1 la route de la sierra par ,vera ,cruz1 c'est--dire faire un dtour de plus de cent lieues1 et le chemin de ,tehuacan le plus facile et le plus rapide4 ,le doute n'tait pas possible1 une fois hors de la ville1 don ,eusebio mit son cheval au galop et fit presque huit lieues d'une traite2 il sut qu',henrique tait arriv le matin et s'tait repos trois heures4 ,c'tait une demi-journe d'avance4--,fils de chien1 je t'atteindrai1 murmurait-il4 ,il rafrachit les naseaux de son cheval1 et prit par le rio de las ,vueltas4 ,henrique1 croyant le sentier coup par le torrent1 avait pris la route presque carrossable de la montagne2 du reste1 ignorant la poursuite1 il prenait son temps2 le cheval de don ,eusebio1 vigoureux et fort1 dvorait l'espace4 ,henrique arriva1 vers les quatre heures du soir1 ,don ,domingillo1 et fut se loger tout hasard l'entre du village chez un ,indien qu'il connaissait1 fit renfermer son cheval et ne sortit qu' la nuit tombante1 sans s'loigner cependant et fumant un cigare4 ,il lui sembla tout coup entendre le galop prcipit d'un cheval2 un frisson terrible le saisit1 il reut1 me racontait-il1 comme un coup d'pe en pleine poitrine1 et1 se dissimulant derrire une cloison1 il vit dboucher du sentier de las ,vueltas don ,eusebio lui-mme1 couvert de poussire1 son cheval haletant et rendu4 ,il passa prs de lui et mit pied terre deux cents mtres environ la seule fonda du village4 ,henrique rentra dans la cabane de l',indien auquel il conta partie de son histoire1 lui donna dix piastres pour se taire1 et fut s'ensevelir au milieu des pis de mas dans une espce de grenier suspendu sur quatre pieux4 ,le mors de son cheval1 sa selle et son zarape1 lui furent jets d'en bas4 ,il attendit4 ,don ,eusebio apprit1 en blasphmant1 qu',henrique n'avait point paru2 il voulut cependant s'en assurer1 visiter la fonda du haut en bas1 et s'en fut errer comme un chacal dans le village3 aucune trace1 rien qui pt le guider4 ,il remonta et se dirigea du ct de la cabane en question4 ,au dbouch de la route1 ,henrique le vit venir et se crut perdu4 ,don ,eusebio entra1 donna le signalement du cheval et de l'individu1 dposa une piastre dans la main de l',indien1 et lui fit dtailler toutes personnes qui avaient d passer devant lui4 --,c'est un ami que je dsire rejoindre1 disait don ,eusebio1 et nous devions nous trouver en ce village2 je suis en vrit bien tonn de ne le point voir4 ,il examinait avec soin l'intrieur de la cabane1 saisit avec violence un mors suspendu dans l'obscurit1 l'examina1 et ne le reconnut point4 --,n'as-tu point de cheval1 l'ami8 demanda-t-il encore4 --,si1 monsieur1 une vieille jument couche l-bas dans le patio1 si vous voulez de la lumire2 nous l'irons voir4 --,c'est inutile1 rpondit don ,eusebio1 que droutait l'assurance de l',indien4 ,il s'approcha nanmoins1 jeta un coup d'oeil dans la cour1 et comme l'animal tait couch1 que la nuit tait assez sombre1 il ne le reconnut pas non plus2 ,henrique1 la mort dans l'me1 suivait du haut de son observatoire suspendu tous les mouvements de son ennemi4 --,maudit6 s'cria don ,eusebio1 en partant4 ,il a d suivre jusqu' ,cuicatlan1 ajouta-t-il tout bas1 demain4 ,cuicatlan n'tait qu' deux lieues4 ,henrique fut sauv1 mais ne dormit pas de la nuit4 ,vers les trois heures1 il entendit le trot d'un cheval s'loignant dans la direction de ,tehuacan1 c'tait don ,eusebio continuant sa poursuite4 ,henrique attendit une heure environ1 et suivit le mme chemin2 mais1 deux kilomtres du village1 il laissa sur la droite la rivire que venait de traverser don ,eusebio1 prit gauche1 et s'enfona dans la ,misteca4 ,deux jours aprs1 don ,eusebio rentrait ,oaxaca1 et reprenait ses occupations4 ,l'enfant ne vint jamais au monde4 ,don ,rafael nanmoins sentait la vengeance planer au-dessus de sa tte1 divers guet-apens dont il se tira par bonheur1 laissaient deviner la main de son ennemi3 le temps1 pensait-il apaiserait l'affaire4 ,il n'en fut rien4 ,deux ans aprs1 les vnements que nous venons de raconter1 ,c444 prit la ville2 ses troupes occupaient le palais1 la cathdrale et le couvent qui se trouvait sur l'alignement des deux maisons ennemies2 de temps autre1 les partis tiraillaient entre eux4 ,don ,rafael1 portes et fentres closes1 ne permettait aucun des siens le moindre coup d'oeil au dehors1 sa tendresse de pre lui faisait craindre un malheur4 ,pour don ,eusebio1 toujours l'afft comme un tigre guettant sa proie1 il quittait rarement sa fentre observatrice4 ,un jour1 sur le midi1 comme de la matine on n'avait entendu le son d'un coup de fusil1 doa ,marianita ouvrit la fentre4 ,louisito s'y prcipita pour regarder1 elle-mme ne put se dfendre d'un moment de curiosit4 ,pour ,dieu6 s'cria le pre1 retirez-vous4 ,au mme instant une explosion isole se fit entendre1 et l'enfant1 une balle au front1 tombait dans les bras de sa mre4 --,jsus6 fit-elle4 ,ah6 ,jsus6 mon fils6 mon fils6 ,ah6 ,dieu6 elle s'affaissa1 on la crut morte aussi4 ,elle tenait l'enfant dans ses bras2 tous deux couverts de sang formaient un pouvantable tableau2 don ,rafael1 muet1 hagard1 pouvant1 se prcipita sur eux3 il tait bien mort1 le doux enfant4 ,don ,rafael trane depuis ce jour une vie demi-teinte1 quant doa ,marianita1 elle est folle4 ,le clerg encourage par son exemple cette dissolution de moeurs qui se retrouve un peu partout dans le ,mexique2 mais il est difficile de trouver une province o il affiche avec plus de navet le relchement de ses moeurs4 ,la premire fois qu'il me fut donn d'observer cette trange manire de vivre1 c'tait au bal o l'on me prsenta mademoiselle ,x4441 fille du cur ,x4441 qui lui-mme1 en habit de ville1 se trouvait prsent4 ,je sus depuis que grand nombre de ces messieurs avaient famille1 que plusieurs d'entre eux menaient grand train1 donnant bals et banquets1 qu'un autre1 exception il est vrai1 entretenait trois soeurs la fois1 desquelles il avait des filles1 dont chacune tait dote sur les privilges de telle ou telle glise dont il tait cur4 ,plus tard1 me trouvant dans une maison de jeu d'assez bas tage1 j'y rencontrai deux prtres en soutane1 et l'un1 tutoyant ponteurs et croupiers1 jurant comme un damn1 tenait sur ses genoux une fille publique avec laquelle il s'tait associ2 il y avait l cinquante personnes peut-tre1 et de tout ce monde j'tais le seul que la chose tonnt4 ,quand1 chez un peuple1 le sens moral est ce point perverti1 que de pareils exemples ne soulvent que les plaintes discrtes des honntes gens et que toute indignation est morte1 il faut se voiler la face et dsesprer du salut de ce peuple4 ,,vii ,long sjour4--,phnomnes photographiques4--,les trois valles4--,santa ,lucia4--,santa ,maria del ,tule4--,le ,sabino4--,mitla4--,les ruines4--,le village4--,les pitajas4--,clichs perdus4--,prise de la ville4--,mont ,alban4--,le vieux couvent4--,deuxime expdition4--,sige de la ville4--,dpart pour ,vera ,cruz4 ,j'attendais mes bagages depuis deux mois1 ils n'arrivaient pas2 je craignis que l'tat des routes ne permit pas l'expditeur de me les envoyer1 il fallut donc me mettre l'oeuvre avec les ressources que m'offrait la ville4 ,je fabriquai du nitrate et du fulmicoton1 j'avais des glaces et l'un de mes instruments2 je trouvai de l'ther et de l'alcool4 ,pour dvelopper l'image il me fallut employer le sulfate de fer qu'on trouve partout4 ,mes premiers essais ne furent pas heureux1 les clichs des monuments de la ville taient mauvais4 ,quelques jours aprs j'en fis d'autres meilleurs1 presque satisfaisants4 ,je prparai donc mon expdition de ,mitla1 car je devais retourner au ,yucatan1 remonter ,palenqu1 traverser la sierra et faire le tour de la province de ,chiapas1 en passant par ,tehuantepec pour revenir ,oaxaca4 ,j'aurais voulu faire ce long voyage avant la saison des pluies s'il tait possible1 et le temps pressait4 ,mais quand je voulus partir1 je m'aperus que mes produits ne marchaient plus4 ,pendant huit jours1 je fis les essais les plus varis1 je me servis de bains vieux et nouveaux1 j'avais une douzaine de collodions diffrents1 j'employai tous les dveloppants et tous les fixateurs2 peine inutile4 ,le collodion arriva mme jusqu' perdre toute sensibilit4 ,avec une exposition de cinq minutes au soleil1 et un instrument double1 je n'obtenais qu'une tache blanche l'endroit du col4 ,dsesprant de russir je mlangeai tous les collodions et j'attendis4 ,quelques jours aprs1 je voulus tenter un nouvel essai1 je fis un clich le matin sept heures1 il tait bon3 sept heures et demie1 insensibilit4 ,le lendemain1 j'en fis deux1 sans pouvoir en russir un troisime2 le surlendemain trois et1 par progression1 chaque jour en faisant un de plus1 mais pas davantage4 ,tout coup le collodion ne m'apportait que des positifs sur verre2 un autre jour des ngatifs1 et cela sans qu'il me ft possible de faire l'un ou l'autre mon choix4 ,j'ai vainement cherch la clef de phnomnes aussi curieux et je laisse aux photographes rudits le soin d'en trouver les causes4 ,ma position tait des plus embarrassantes1 je craignis un moment de ne pouvoir russir4 ,j'aurai donc fait1 me disais-je1 trois mille lieues dans le but de rapporter en ,europe l'image de ces ruines merveilleuses1 si peu connues1 si intressantes1 pour me trouver devant elles impuissant les reproduire6 ,j'prouvai pendant ces jours de sombres dcouragements et de terribles dfaillances2 j'tais sans nouvelles de mes bagages1 et l'tat de la province allait empirant chaque jour4 ,je fus sur le point de faiblir et d'abandonner la partie4 ,je parvins cependant remonter ce moral affaibli1 et1 quoi qu'il dt m'en coter1 je voulus achever mon oeuvre4 ,attendre6 ,que la patience est une belle chose pour qui sait la pratiquer6 ,les valles m'offraient une longue srie de courses et d'observations2 j'avais mon cheval1 et chaque jour1 seul le plus souvent1 je parcourais l'une ou l'autre1 indiffrent aux aventures prilleuses de ces excursions solitaires4 ,la valle de l'ouest1 la premire en venant de ,mexico1 n'offre au voyageur que des terres cultives1 des villages et des haciendas1 quelques lvations douteuses o la science n'a rien prendre1 et le touriste rien copier3 c'est la moins riche de ces trois valles et la moins intressante4 ,dans la seconde se trouve un vaste couvent1 commenc par ,cortez1 inachev aujourd'hui et fond sur l'emplacement d'un temple indien dont quelques murailles d'adobes 7briques en terre cuite au soleil7 subsistent encore4 ,il semble que les constructeurs de l'difice moderne se soient servis de ces murailles pour remplacer les chafaudages dans leur construction4 ,ces murailles de terre sont en effet au milieu de la nef et soutiennent encore diverses parties d'un clocher moderne4 ,l'adobe a pris la consistance de la pierre1 les murs paraissent devoir rsister l'action du temps aussi bien que l'difice espagnol1 et1 dans la suite des sicles1 ne formant qu'une seule et mme ruine1 le voyageur tonn de cette cration trange confondra l'oeuvre de marbre des vainqueurs et l'humble monument des vaincus4 ,ces ruines confondues n'offrent-elles pas l'esprit de l'observateur une image saisissante de cette civilisation espagnole du nouveau monde1 qui n'a laiss derrire elle que souvenirs perdus1 solitude et dsolation8 ,ce mur de terre1 humble mais solide encore1 soutenant cet difice incomplet1 n'est-ce point l'image vivante de cette race indienne1 humble aussi1 soumise et opprime1 gmissant depuis trois sicles sous le poids accablant d'une civilisation menteuse1 ruine aujourd'hui d'un monument inachev8 ,la route qui conduit ce vieux temple domine la valle2 couverte de tumuli vierges jusqu' ce jour de toute profanation1 elle offre l'antiquaire des tmoignages prcieux de la civilisation indienne4 ,ces minences1 selon toute probabilit1 sont des tombeaux d'o l'on pourrait exhumer de riches trsors scientifiques4 ,je m'efforai1 mais vainement1 de faire des fouilles3 les ,indiens se sont fait une religion1 de ne point laisser toucher ces vieux souvenirs de leurs anctres4 ,il m'et fallu l'appui du gouvernement que l'agitation des esprits et la menace d'un sige m'empchrent d'obtenir4 l'ouest d',oaxaca1 touchant la ville1 se trouve le mont ,alban1 montagne aux pentes rapides comme toutes celles de la ,cordillre1 et surmonte d'un plateau d'une demi-lieue carre au moins4 ,ce plateau1 qui semble travaill de main d'homme1 n'offre plus aujourd'hui qu'une arne bouleverse1 des masses imposantes de mortier de pierres1 perces de souterrains troits1 des forts1 des esplanades1 des contre-forts et de gigantesques pierres sculptes4 ,les souterrains sont forms par des dalles de grandes dimensions murailles parallles1 et dont la vote est remplace par deux immenses pierres s'appuyant l'une sur l'autre4 ,ces pierres sont revtues de sculptures offrant des ttes de profil qui rappellent un type tranger1 le passage lui-mme est troit1 ne permettant qu' une seule personne de s'avancer la fois4 ,les plus grandes masses se trouvent au sud du plateau4 ,elles affectent en gnral la forme carre et se composent d'une pyramide tronque talus fort rapide1 d'une hauteur de vingt-cinq pieds environ2 d'une enceinte qu'on peut suivre encore1 et d'normes monceaux de maonneries ruines1 autrefois demeures1 palais1 temples ou forteresses de ces nations disparues4 ,le tout est sem de dbris de poteries d'une finesse extrme et d'un vernis rouge et brillant4 ,un ,italien de ,mexico fit1 il y a quelques annes1 pratiquer des ouvertures dans ces monceaux de pierres2 il en retira des colliers d'agate1 des obsidiennes travailles1 et divers bijoux d'or d'un fini merveilleux4 ,quel muse n'enrichiraient pas des fouilles faites avec soin6 ,le mont ,alban est1 notre avis1 l'un des restes les plus prcieux et bien certainement le plus ancien des civilisations amricaines4 ,nulle part nous n'avons retrouv ces profils tranges d'une originalit si frappante1 que vous leur cherchez en vain quelque chose d'analogue1 dans les souvenirs du vieux monde4 ,ces ruines n'ont rien de commun avec les ruines de la valle1 non plus qu'avec celles de ,mitla2 les matriaux ne sont point les mmes et l'architecture est diffrente4 ,ici vous ne trouvez que l'adobe1 de la terre2 ,mitla1 un mlange de terre battue et de gros cailloux plaqus de briquettes de diffrentes grandeurs2 dans les forts qui dfendaient les palais1 l'adobe encore3 au mont ,alban1 vous n'avez que des constructions en pierre1 relies par le ciment et le mortier de chaux4 ,les murs des temples taient perpendiculaires aux plafonds1 se coupant angle droit2 ,mitla prsente la mme architecture4 ,au mont ,alban1 au contraire1 vous retrouvez la construction dite de ,boveda1 c'est--dire deux murs perpendiculaires jusqu' hauteur d'appui1 et s'inclinant l'un vers l'autre jusqu' ne plus former qu'un cartement de vingt-cinq centimtres1 ferm par une dalle4 ,il semble1 en vrit1 que les fondateurs de ces ruines1 chasss autrefois par des migrations du nord1 aient poursuivi leur retraite vers le sud1 travers la sierra de ,chiapas1 et1 se divisant en deux branches1 l'une suivant jusqu' ,guatmala1 l'autre aboutissant aux plaines du golfe1 fond les palais de ,palenqu et plus tard les monuments du ,yucatan1 qui ont avec les ruines du mont ,alban plus d'un point de ressemblance4 ,quoi qu'il en soit de cette supposition1 nous croyons pouvoir affirmer que le ,marquesado offre aux voyageurs le plus vaste et le plus riche sujet d'tude4 ,partout des tumuli1 des temples1 des palais1 des ruines1 un amoncellement trange de terres runies1 des masses ruines de maonneries1 en un mot1 des traces irrcusables d'envahissements successifs et de luttes effroyables6 ,le ,marquesado1 avec ses valles fertiles1 devait offrir aux migrations des peuples un sjour facile dans leur marche vers le sud2 il semble avoir t1 dans cet univers1 le grand chemin de l'homme1 o chaque race1 son tour1 laissa tomber quelqu'un de ses souvenirs#fc4 ,je dus suspendre mes promenades dans la campagne3 l'arme librale envoye contre ,cobos1 alors ,teotitlan1 s'tait disperse sans combat2 ,oaxaca pouvait encore se dfendre avec douze cents hommes formant la garnison de la ville2 le gouvernement avait de l'argent et des munitions1 il jugea plus prudent de dcamper dans la nuit1 laissant la ville sans autorit1 sans police et sans protection contre les faubourgs4 ,on craignait un pillage1 et tous les intresss1 c'est--dire les commerants et les gens riches1 organisrent un comit de vigilance4 ,chacun dut prendre les armes pour veiller la sret publique4 ,on expdia sur-le-champ au chef de l'arme ractionnaire un exprs pour hter l'arrive de ses troupes1 et chacun1 en attendant1 monta sa garde et fit patrouille4 ,j'offris mon bras comme chacun1 et du reste tout se passa bien ou peu prs1 la premire nuit fut seule orageuse2 il y eut quelques fusillades1 deux ou trois arrestations1 plus un assassinat4 ,le malheureux tait un prfet des environs1 qui revenait charg de la capitation de son village1 et qui ne savait rien des vnements de la ville4 ,hlas6 il en fut la premire victime4 l'entre d'un faubourg1 il reut un coup de feu qui le renversa de son cheval2 laiss pour mort1 on le dpouilla des #a1ejj fr4 qu'il portait1 de son zarape1 de son cheval et de son chapeau4 ,ranim par la fracheur de la nuit1 il eut le courage de faire plus d'un kilomtre4 ,je le rencontrai titubant comme un homme ivre2 ses gmissements m'attirrent prs de lui1 et je n'arrivai que pour le voir s'affaisser vanoui4 ,j'appelai1 on vint1 et nous le transportmes dans la boutique d'un picier1 o on l'tendit mourant sur quelques sacs vides4 ,la balle avait d traverser le poumon2 le mdecin appel ne le regarda mme pas3 il n'avait que peu de temps vivre4 ,une femme arriva1 sa matresse1 me dit-on4 ,un prtre tait l1 qui lui jeta la hte une absolution de circonstance2 puis il se passa une comdie qu'on pourrait appeler la comdie de la mort ou du testament4 ,la femme se penchait l'oreille du bless qui ne l'entendait plus3 qui donnes-tu la maison8 ,puis1 plaant son tour son oreille sur la bouche du mourant1 elle prenait tmoin le prtre et les personnes prsentes1 que telle maison lui tait donne4 ,le prtre approuvait1 un complaisant rdigeait4 qui telle valeur8--,au clerg1 fit-elle sur un signe du confesseur4 qui telle proprit8 ,et le testament1 termin de cette manire1 on fit circuler le papier pour que chacun signt4 ,quelques personnes s'abstinrent et je fus du nombre4 ,le testament fut-il reconnu valable8 ,je l'ignore4 ,le lendemain1 les troupes ractionnaires firent en triomphe1 au son des cloches et des fanfares1 leur entre dans la ville4 ,je pouvais donc continuer mes excursions4 l'entre de la troisime valle au sortir d',oaxaca1 se trouve le village de ,santa ,lucia1 clbre par ses combats de coqs4 ,deux lieues plus loin1 sous des bosquets de goyaviers1 de cherimoias et de grenadiers1 se cache le joli village de ,santa ,maria del ,tule4 ,le vieux arbre appel ,sabino1 qui ombrage la cour d'une petite chapelle1 est connu dans toute la rpublique2 de loin1 le dme de verdure qui couronne son norme tronc ferait croire l'existence d'un petit bois4 ,de prs1 il frappe de stupeur et d'admiration par son prodigieux dveloppement#fd4 ,le tronc1 dans son plus grand diamtre1 mesure quarante pieds2 sur une autre face1 il peut en avoir trente4 vingt pieds au-dessus du sol1 il conserve les mmes dimensions4 cette hauteur1 il se bifurque et ses branches vigoureuses1 semblables des chnes centenaires1 portent cent pieds de l l'ombre de leurs rameaux protecteurs4 ,il n'est pas aussi haut que le comporterait l'normit de son diamtre1 et je ne suppose point qu'il dpasse cent cinquante pieds4 ,outre la taille du gant1 ce qui surprend le visiteur1 c'est l'tonnante vigueur qui le distingue2 il est plein1 et les incisions faites dans l'corce ne rsistent pas au del d'une anne4 ,que de chiffres entrelacs1 que de serments prirent le vieil arbre tmoin d'ternelles amours6 ,mais1 image du temps qu'il personnifie1 son corce mobile les raye jamais de sa surface1 comme le temps du coeur qui les dicta4 ,les ,indiens veillent cependant ce qu'aucune main profane ne s'attaque au vieux monument2 comme pour tout ce qui tient leur pass1 ils entourent le sabino d'une superstitieuse vnration2 nul ne le visite que sous leur surveillance2 ils balayent et nettoient chaque jour le pied de l'arbre1 et ne souffriraient pas qu'on en brist le moindre branchage4 ,l',indien a la religion du souvenir1 et peut-tre1 dans les nuits d'orage1 entend-il gmir la voix des anctres dans les rameaux centenaires du vieux sabino4 ,quelques voyageurs expliquent ce phnomne de vgtation par la runion de trois troncs divers4 ,nous l'avons examin avec soin1 et nous n'avons pu y dcouvrir qu'une seule souche1 laquelle sa vigueur mnage encore des sicles d'existence4 ,nous avons entendu des horticulteurs et des savants affirmer que l'arbre de ,santa ,maria del ,tule devait avoir au moins de deux mille cinq cents trois mille ans4 ,or1 ce serait une preuve de plus de l'antiquit de la civilisation dans la valle1 car le sabino est un arbre cultiv1 on ne le trouve que prs des ruines1 comme aujourd'hui dans les lieux de plaisance des rois aztques1 ,chapultepec1 ,culloacan1 ,texcoco1 etc4 ,trois mille ans6 nous remontons la priode gyptienne2 il y avait donc dans cette valle des hommes1 une civilisation1 des palais4 ,quels horizons pour les esprits chercheurs1 et quelles consquences peut en tirer la philosophie6 ,en poursuivant l'est1 la valle se resserre2 vous traversez ,tlacolula1 vous longez les collines aux pieds desquelles des carrires ciel ouvert prsentent encore des blocs moiti taills par les anciens constructeurs de ,mitla4 ,en obliquant droite1 vous arrivez jusqu' ,san-,dionysio1 dernier village de la plaine qui s'arrte brusquement1 pour dboucher sur ,totalapa4 ,la valle de ,tlacolula1 comme celle qui se dirige au sud1 est le centre d'une riche culture2 nous voulons parler de la cochenille4 ,depuis trois sicles1 l',indien retire de ce produit des sommes immenses2 il cultive en outre le mas1 la canne sucre1 le bl qui vient parfaitement2 il exploite des mines d'or et d'argent que lui seul connat2 rien ne lui manque pour s'assurer une vie heureuse1 abondante et facile4 ,grand nombre d'entre eux pourraient1 au besoin1 se permettre un certain luxe3 il n'en est rien4 ,comme tout peuple ignorant1 l',indien est imbu de superstitions1 mais je n'ai trouv que dans le ,marquesado1 l'avarice passe l'tat de vice national4 ,dans toutes les parties du monde1 l'homme cache le numraire1 mais il en jouit et sait s'en servir au besoin4 ,l',indien ne jouit jamais2 il produit et ne consomme pas4 ,quelle que soit sa fortune1 ses richesses enfouies1 la somme de ses productions1 il vit de la mme manire2 sa cabane ne se distingue point de celle du pauvre1 il a pour ternel vtement l'ample pantalon de cotonnade grossire et le gros zarape de laine2 pour nourriture1 la tortille et le frijol aiguis de chile 7poivre rouge74 ,l',indien voyage avec ses vivres1 sa bourse meuble de quelques raux pour la copita de mezcal1 car il adore l'alcool2 mais voil tout4 ,jamais un ,indien ne pourra vous rendre sur une piastre1 il faut le payer en monnaie2 il ne pourrait changer4 ,je vis un jour un ,indien demander quatre raux un commerant auquel il avait vendu1 la veille1 pour #a1ejj fr4 de cochenille dont il avait reu l'argent4 --,que diable as-tu fait de ton argent8 lui demandait l'acheteur4 --,ah6 seor est colocado1 il est plac1 rpondit-il4 ,cela voulait dire qu'il tait enterr2 mais o8 chacun l'ignore1 sa femme la premire1 ses enfants ne le savent pas davantage4 ,quand il meurt1 son secret s'teint avec lui4 ,riche1 il ne lgue aux siens que la misre1 avec la mme inutile passion d'acqurir4 ,si par hasard il dcouvre un trsor inconnu1 il respecte le secret du propritaire quel qu'il soit1 et1 loin d'y toucher1 le recouvre religieusement4 ,j'ai rencontr un manoeuvre souvent sans ouvrage1 qui m'affirmait avoir dcouvert deux cachettes renfermant des sommes importantes auxquelles il s'tait gard de rien enlever4 ,indique-les moi1 lui dis-je1 et je te payerai cher4 ,sans s'attacher la navet de ma demande1 il me rpondit qu'il ne le pouvait pas2 et comme je m'efforais d'apprendre l'origine d'une superstition aussi bizarre3 ,cela ne se doit pas1 dit-il4 ,on a calcul que les valles doivent renfermer1 en numraire enfoui1 quelque chose comme quinze cents millions6 ,quelle effroyable perte pour la socit1 qu'une telle somme enleve la circulation6 ,je n'ai connu qu'une exception cette rgle4 ,c'tait ,mitla1 prs des ruines2 une vieille ,indienne d'une fortune immense1 mais suspecte 7car on l'attribuait la dcouverte de plusieurs trsors71 s'tait fait btir une maison magnifique1 avec cour plante d'arbres d'agrment et de fleurs rares4 ,elle avait toute une basse-cour d'oiseaux trangers1 des paons1 des hoccos1 des oies de ,barbarie1 des cygnes1 etc42 ses appartements taient pleins de meubles modernes en acajou2 mais je m'aperus qu'elle n'avait rien faire avec ce luxe1 et que son gendre1 un mtis ambitieux1 porterait1 devant les dieux indiens1 la peine d'avoir drog une habitude aussi invtre4 ,pour elle1 son petit palais n'tait qu'une espce de muse1 au milieu duquel elle restait parfaitement trangre2 jamais un lit d'acajou n'avait abrit son sommeil2 elle couchait terre1 sur un paillasson2 son costume tait celui des siens1 une pice de laine attache autour de la taille1 et toute sa vie se passait dans une petite tienda occupant le coin de sa maison1 o elle dbitait ses compatriotes le mas1 le mezcal et le coton4 ,mitla1 o une charrette boeufs avait transport mon matriel1 se trouve dans la partie la plus inculte et la plus ingrate de la valle4 ,adoss aux montagnes1 il y rgne sans cesse un vent violent qui dessche tout2 la vgtation y est presque nulle et ne prsente gure que des plantes grasses appeles pitayales1 qui servent aux cltures et dont le fruit est dlicieux2 il atteint la grosseur d'un oeuf de cygne1 la pulpe est jaune-rouge1 piquete de points noirs1 et d'une saveur comparable celle de la fraise4 ,c'est un rafrachissant fort la mode dans les chaleurs1 et les habitants en tirent un assez joli revenu sur les marchs d',oaxaca4 ,les ruines de ,mitla#fe qui occupaient1 au temps de la conqute1 un immense emplacement1 ne prsentent plus aujourd'hui que l'ensemble de six palais et trois pyramides ruines4 ,la place du village contient une btisse en carr long dont les revtements de pierre n'offrent aucune sculpture2 d'une longueur de trente mtres sur une largeur de quatre environ1 elle n'a qu'une seule ouverture1 sur l'un des petits cts4 ,la destination funraire des palais de ,mitla pourrait aussi lui tre applique1 en admettant1 vu sa simplicit1 que cette spulture tait rserve quelques personnages de second ordre4 ,la maison du cur est le premier difice au nord1 sur la dclivit de la colline4 ,c'est un enchevtrement de cours et de btisses1 avec parements orns de mosaques en relief1 du dessin le plus pur4 ,sous les saillies des encadrements1 on retrouve des traces de peintures toutes primitives o la ligne droite n'est pas mme respecte3 ce sont de grossires figures d'idoles et des lignes formant des mandres dont la signification nous chappe4 ,ces peintures se reproduisent avec la mme imperfection1 dans tout palais o un abri quelconque sut les prserver des atteintes du temps4 ,l'incorrection de ces dessins accols des palais d'une architecture si correcte1 orns de panneaux de mosaque d'un si merveilleux travail1 jette l'esprit dans d'tranges pensers3 ne pourrait-on trouver l'explication de ce phnomne dans l'occupation de ces palais par une race moins avance que celle des premiers fondateurs8 ,c'est une simple hypothse que j'mets4 ,j'ai donn cette premire ruine l'appellation de maison du cur1 car le vnrable prtre qui l'occupe depuis un demi-sicle sut profiter des murs inbranlables de l'difice ancien1 pour se mnager une retraite vaste et confortable1 recouverte aujourd'hui d'un toit moderne4 ,l'glise du village1 attenant cette construction1 est tout entire compose des matriaux du vieux palais4 ,au-dessous1 gauche1 se trouve la pyramide tronque d'origine indienne1 surmonte d'une chapelle moderne4 ,la pyramide est en adobes avec escalier de pierre4 ,les ,espagnols eurent soin de faire disparatre jusqu'au moindre vestige de l'ancien temple qui devait la surmonter4 ,le grand palais1 dont l'ensemble est encore entier et dont la toiture seule est absente1 se compose d'une immense btisse en forme de tau1 dont la faade principale regardant le sud est la plus belle1 la plus considrable et la mieux conserve des divers monuments de ,mitla4 ,elle a quarante mtres de face et enveloppe une pice de mme tendue1 dont six colonnes monolithes d'environ quatorze pieds soutenaient la couverture4 ,trois portes larges et basses donnaient accs dans la pice1 dont le sol tait couvert d'une paisse couche de ciment4 ,sur la droite1 un couloir obscur communique avec une cour intrieure galement cimente1 dont les murs1 comme la faade principale1 sont couverts de panneaux de mosaque et de dessins avec encadrements de pierre4 ,la cour est carre et donne jour quatre pices troites et longues1 couvertes du haut en bas de mosaques en reliefs dont les dessins en bandes se superposent en variant jusqu' la toiture4 ,les linteaux des portes sont d'normes blocs qui atteignent cinq et six mtres4 ,le second palais a t un des plus maltraits de ,mitla1 parmi ceux qui existent encore4 ,la porte seule est debout avec son linteau sculpt1 et deux colonnes l'intrieur tmoignent de la mme ordonnance observe dans la grande pice dj dcrite4 ,le quatrime palais se distingue dans sa faade orientale par des panneaux beaucoup plus allongs4 ,quatre palais1 les plus importants peut-tre1 se trouvent au sud-ouest de ceux que reproduisent nos photographies2 ils sont moiti rass et enterrs1 car les murailles ne s'lvent plus qu' trois ou quatre pieds au-dessus du sol3 les normes assises1 les blocs immenses qui les distinguent1 leur prtent une importance plus considrable que celle des palais debout aujourd'hui4 ,les ,indiens se sont empars de ces ruines1 ont fix leurs demeures au milieu des cours1 et les murailles leur servent de clture4 ,les matriaux employs1 nous l'avons dit1 sont la terre battue1 mle de gros cailloux et revtue de pierres4 ,des souterrains s'tendent au-dessous des ruines3 une fois dj ils ont t ouverts1 mais l'attitude hostile des ,indiens les fit refermer avant qu'on ait pu les parcourir et en retirer les trsors qu'ils renferment4 ,je voulus vainement poursuivre la mme entreprise2 il m'et fallu l'appui d'une cinquantaine d'hommes au moins pour protger mes travaux1 et je ne pus l'obtenir d'un gouvernement dsorganis qui ne pouvait se soutenir lui-mme4 ,on n'arrivera jamais la connaissance parfaite de ces monuments1 tant que dureront au ,mexique ces bouleversements perptuels2 la vie des voyageurs est sans cesse la merci du premier pandour venu1 comme la discrtion des populations indiennes2 il lui arrive tous les jours1 comme cela m'arriva1 de se voir enlever le fruit de six mois de travail1 d'une dpense norme et de fatigues sans nombre3 j'eus des clichs briss et presque toutes mes notes enleves4 ,du reste1 les ruines vont se dtriorant chaque jour3 les ,indiens htent cet anantissement dj trop rapide1 et1 pousss par une superstition des plus bizarres1 ils accourent par bandes des plus lointains villages et s'emparent de ces petites pierres tailles en brique qui composent les mosaques1 persuads qu'entre leurs mains1 elles se changeront en or4 ,l'administration locale devrait bien mettre un terme ce vandalisme stupide2 il suffirait pour cela d'un ordre l'alcade du village1 et d'un gardien qu'on relverait chaque jour4 ,les caprices du collodion avaient bien voulu me permettre de russir les reproductions des ruines2 j'en avais une vingtaine que je fis transporter dos d'homme1 et que je m'empressai de vernir mon retour ,oaxaca4 ,comme je n'avais pas de vernis ,soehn1 j'en fis un l'ambre et au chloroforme1 qui ne me russit point2 je rsolus alors de les protger provisoirement avec une couche d'albumine1 recette donne par ,van ,monckhoven1 dans son ,trait de photographie4 ,les clichs vernis1 je les mis scher au soleil1 et m'occupai dj du jour de mon dpart3 il devait en tre autrement4 ,j'allai dans la ville rendre quelques visites1 me proposant au retour de dposer religieusement mes clichs dans leurs botes rainures4 ,ah6 monsieur ,monckhoven qu'avez-vous fait6 ,je rentrai2 de loin les glaces me parurent d'une transparence extraordinaire1 je m'approchai3 quelle fut ma stupfaction de voir que tout avait disparu1 la contraction de l'albumine avait tout enlev4 ,certes1 c'tait un grand malheur2 mes produits et mes ressources puiss me faisaient dsesprer de russir2 ajoutez cela que les troupes librales1 chasses trois mois auparavant1 venaient leur tour assiger les ractionnaires4 ,la ville allait tre ferme2 il y avait plus de cinq mois que j'attendais1 et pas de nouvelles de mes bagages6 ,la position tait dsastreuse2 j'appelai mon aide tout mon courage1 et je me rendis une seconde fois ,mitla4 ,je ne pus trouver que mon vieux charretier pour m'accompagner3 les chemins taient coups par des bandes armes1 et chacun restait chez soi4 ,j'tais seul1 compltement seul2 mais j'y mis une telle persistance et une telle nergie qu'en cinq jours1 ne dormant pas et passant la nuit prparer mes glaces et mes produits1 j'achevai de nouveau mon ouvrage2 il tait temps3 mes forces taient bout1 et j'eus toutes les peines du monde regagner la ville4 ,les troupes ennemies couronnaient dj les hauteurs2 les rues taient coupes de barricades1 le feu commenait4 ,le danger n'existait vrai dire pour personne1 et l'ennemi nous offrait plutt le spectacle d'un feu d'artifice que celui d'un bombardement2 nuit et jour1 une batterie de deux pices de douze et deux mortiers1 place sur la colline1 lanait boulets et bombes sur le couvent de ,santo ,domingo1 o s'taient renfermes les troupes de ,cobos2 mais les bombes clataient presque toujours quelques centaines de pieds au-dessus de l'difice1 de manire que les habitants1 du haut des terrasses de leurs maisons1 pouvaient juger en toute scurit de la valeur des coups1 et suivre de l'oeil les clats des bombes4 ,lorsque1 de l'un ou de l'autre camp1 un boulet atteignait approximativement le but1 alors c'taient des hourras1 des hurlements de sauvages1 et l'habile tireur tait mis l'ordre du jour4 ,cependant la vue de cette guerre inoffensive n'avait que peu d'attrait mes yeux1 et j'attendais avec impatience qu'elle se termint2 mais huit jours se passrent1 puis quinze1 et la discussion n'avait pas fait un pas3 chaque parti conservait prudemment sa position1 l'un sans faire de sortie1 l'autre sans tenter d'assaut4 ,il fallait en finir4 ,j'allai faire mes visites d'adieu1 et serrer la main des personnes qui voulurent bien me montrer quelque amiti pendant mon long sjour4 ,je dois la reconnaissance de rappeler avec quelle grce je fus reu chez ,m4 ,lanon1 ngociant franais1 avec quelle amabilit madame ,lanon sut me faire l'honneur de sa dlicieuse retraite1 mettant ma disposition les ressources d'une bibliothque choisie1 laquelle je dus d'chapper l'ennui de bien des jours4 ,il est si rare d'unir1 comme madame ,lanon1 tant de vertus prives une aussi solide instruction1 que le souvenir de sa bienveillante hospitalit est insparable chez moi de l'admiration que j'prouve pour ses mrites4 ,puissent ces quelques lignes lui porter un jour le tmoignage de ma sincre gratitude6 ,mes prparatifs de dpart termins1 j'eus toutes les peines du monde trouver des mules et un domestique qui consentt me suivre2 il fallait en outre1 qu'il connt la sierra1 et qu'il entendt le mtier d'arriero1 ce qui n'est pas facile4 ,une mule mal charge s'corche et se tue en quelques jours de marche1 surtout dans les montagnes o descentes et montes impriment aux ballots un mouvement de va-et-vient des plus pnibles pour l'animal4 ,je payai deux mules et un mulet avec leurs appareils1 espces d'normes bts1 #aej piastres 7#gej fr47 et c'taient d'assez pauvres animaux4 ,quant ,jos1 je dus lui promettre le double de la paye ordinaire1 #bj fr4 par jour4 ,pour moi1 j'avais comme monture le cheval gris1 objet de mon change avec le ,huero ,lopez et que personne ne m'avait heureusement rclam4 ,,viii ,le rancho dan le bois4--,ouajimoloa4--,l'escorte4--,la sierra4--,yxtlan4--,macuiltanguis4--,les ,indiens et leurs villages4--,l'alcade officiant4--,le topil et le vieillard4--,osoc1 le fabricant d'orgues4--,la descente de ,cuasimulco--,yetla4--,tustepec4--,tlaco talpam4--,alvarado4--,vera ,cruz4--,le sige4 ,quoique porteur de passes des deux partis1 je n'tais pas sans apprhension du ct de mes vues4 ,mes bagages et l'argent qui me restait m'importaient peu3 mais pour quelques voleurs bien levs1 on en rencontre une foule1 de manires dtestables1 faisant main-basse sur tout objet d'une valeur quelconque1 et brisant ce qu'ils jugent inutile d'emporter4 ,j'tais bien rsolu dfendre mon trsor au prix de ma vie2 mais j'tais seul1 et le rsultat d'un engagement contre plusieurs1 tait au moins douteux4 ,jos se serait clips sans remords1 je le savais bien2 aussi ne comptais-je pas sur lui4 ,j'avais pris le chemin de la montagne1 et j'allais faire un dtour de plus de cent lieues pour viter les compadres qui occupaient la route de ,mexico3 il et t pnible assurment de tomber ainsi de ,charybde en ,scylla1 rien de plus probable cependant4 ,la premire partie de la journe se passa bien1 ou peu prs3 solitude complte1 de loin quelques chos affaiblis du canon de la ville1 la joie d'un succs relatif aux difficults de l'excution1 le dpart considr comme une dlivrance1 ne me jetaient dans l'esprit que des ides riantes4 ,outre ,jos1 j'avais1 pour compagnon de route1 un ami dont les gentillesses charmaient mon isolement4 ,l'ami en question tait un magnifique ara rouge admirablement apprivois4 ,je l'avais apport de ,chiapas lors d'un premier voyage1 et depuis lors il ne m'avait plus quitt4 ,fait aux expditions lointaines1 il avait une telle habitude des voyages1 qu'il se tenait libre et son aise sur la charge d'une mule1 se promenant jacassant tout le jour1 et s'accrochant du bec dans les moments difficiles2 quelquefois1 il demandait venir auprs de moi2 je le mettais alors sur le pommeau de ma selle1 mais il prfrait mon paule1 et me contait alors une foule de jolies choses en me mordillant l'oreille4 ,il avait ses ailes entires2 il pouvait partir et s'envoler1 et n'avait pour le retenir prs de moi qu'une longue habitude aide d'une grande et vritable affection4 ,quant ,jos1 je m'aperus bientt que j'avais faire au plus affreux hbleur qui fut jamais2 il ne connaissait pas plus le pays1 qu'il ne savait charger une mule1 et je dus faire avec lui mon apprentissage d'arriero4 chaque instant1 il fallait mettre pied terre1 resserrer telle charge1 en redresser une autre1 et parfois tout refaire2 les rcriminations eussent t vaines en pareil cas3 je pris mon mal en patience1 mais nous n'avancions gure4 ,de plus1 messire ,jos n'avait point eu la valeur en partage2 il tremblait chaque rencontre1 et je le voyais toujours sur le point de lcher pied4 ,comme je m'extasiais devant cette timidit froce1 il se redressa comme un capitan et prtendit me prouver qu'il tait l'homme le plus courageux du monde2 cet effet1 il m'expliqua que1 s'il tremblait parfois1 c'tait de crainte d'tre pris comme dserteur et rincorpor1 qu'il avait quitt son corps la vrit1 mais en vue de venir en aide sa mre veuve et dont il tait l'unique soutien4 ,je devais assurment l'approuver1 disait-il2 il ajoutait que1 pour preuve de sa valeur1 il m'allait montrer ses blessures4 ,l-dessus1 ,jos se mit en devoir d'ouvrir sa chemise et de quitter son pantalon4 ,je le suppliai de n'en rien faire1 et lui ordonnai au besoin de s'en tenir l de ses dmonstrations l'appui1 l'assurant que je le croyais sur parole4 --,un cobarde6 un poltron1 moi6 ajouta-t-il2 j'ai deux coups de lance dans le dos4 ,j'clatai de rire cette preuve sans rplique3 ce qui m'attira de mon fidle suivant une mauvaise humeur qui ne tint pas devant un verre de mezcal4 ,cependant nous tions arrivs au pied de la sierra1 et les mules n'avanaient plus qu'avec peine dans un sentier rapide4 ,il est1 du reste1 dans la coutume de ne jamais forcer une mule le premier jour de marche2 il faut qu'elle se fasse petit petit et qu'elle se brise la fatigue4 ,en vertu de ce principe1 nous nous arrtmes1 sur le midi1 dans un petit rancho cach dans un ravin de la sierra4 ,le propritaire tait un montagnard de bonne mine1 qui m'engagea fortement ne pas poursuivre2 le bois tait plein de dserteurs1 auxquels il me serait difficile d'chapper4 --,reposez-vous1 me dit-il1 voil ma cabane2 en attendant1 comme nous avons un poste dans le haut du goulet1 je vais aller1 si cela vous convient1 chercher deux hommes auxquels je me joindrai pour vous servir d'escorte2 nous partirons au milieu de la nuit1 et vous arriverez de bonne heure ,uajimoloia4 ,je consentis de grand coeur cet arrangement1 qui me donnait une scurit si prcieuse2 une fois dans la sierra1 je n'avais plus rien redouter2 on n'y avait jamais connu de voleurs4 ,mon homme partit donc1 et nous dchargemes les mules4 ,le jacal tait tellement petit que nous ne pmes nous y loger4 ,ce n'tait1 au dire de sa femme1 qu'une habitation provisoire1 qu'une maison de campagne1 o tous deux venaient surveiller la rcolte d'un magnifique verger de pchers4 ,l',indienne nous prpara quelques morceaux de tasajo 7lanires de viande sche7 et un plat de frigoles2 j'avais apport du pain4 ,quant au repos1 il me fut impossible d'en goter2 une fois entr sous l'abri de cette affreuse cabane1 je fus envahi par une nue d'insectes de toutes sortes1 pinolillos1 puces1 scorpions1 etc42 il en pleuvait1 et j'eus beau m'tendre au dehors1 il me fut impossible de m'en dlivrer4 ,vers minuit1 l',indien1 de retour avec ses deux amis1 me rveilla2 les mules furent charges et nous nous mmes en route4 ,la nuit tait sans lune1 l'obscurit profonde et la pente tellement rapide que j'tais moiti couch sur mon cheval2 de temps en temps il fallait arrter et donner aux mules un instant de repos2 leur respiration tait bruyante1 saccade1 haletante3 je craignais tout moment de les voir rouler dans les gouffres qu'on devinait droite et gauche4 ,pour moi1 je descendis de cheval et prfrai laisser ma bte libre suivre sans fardeau les mules qui nous prcdaient4 ,cependant le froid augmentait en raison de notre ascension1 jusqu' devenir incommode4 ,les bois retentissaient des sifflements mystrieux de quelques maraudeurs1 et1 de loin en loin1 on voyait briller les feux d'un campement de charbonniers4 ,le jour commenait poindre quand un3 ,qui vive6 nous arrta3 c'tait le poste libral d'o deux de mes guides taient descendus me chercher2 on vint nous reconnatre1 et quelques minutes aprs je me chauffais voluptueusement au feu du bivouac4 ,ils taient l une cinquantaine d'hommes gardant un dfil et ne permettant personne l'entre de la sierra4 ,cinq d'entre eux se dtachrent donc pour me remettre1 ,uajimoloia1 entre les mains du commandant des divers postes chelonns dans ces hauteurs4 ,le soleil tait au-dessus de l'horizon et le froid avait disparu4 ,nous parcourions de magnifiques forts de sapins1 nous engageant parfois au milieu de chaos de roches croules rappelant les gorges d',apremont2 les sites taient beaux1 grandioses1 sauvages1 et dans des claircies de verdure1 quelques mille pieds au-dessous1 l'oeil se perdait dans les profondeurs de la valle4 ,le rancho de ,uajimoloia1 o nous arrivmes dix heures1 est un tablissement d',indiens charbonniers1 compos d'une ferme et de trois ou quatre cabanes2 la culture de la pomme de terre1 qui atteint peine la grosseur d'un oeuf1 et l'levage d'un troupeau de vaches sont les seules occupations des habitants4 ,le commandant1 jeune officier de vingt-cinq ans au plus1 me parut ne pas goter les charmes de sa solitude2 il demandait un changement grands cris4 ,puis1 s'tant inform des nouvelles du sige1 ayant constat ma qualit d'tranger1 il me donna le laisser-passer ncessaire1 et je lui souhaitai meilleure fortune4 ,la descente est pic1 et ce ne fut que par mille dtours et presque toujours pied que j'arrivai1 le soir fort tard1 au premier village de la sierra4 ,j'tais rompu de fatigue1 et je m'tendis avec dlices sur les bancs du cabildo 7maison destine aux voyageurs71 laissant ,jos le soin de procurer nos malheureuses btes le fourrage et le mas dont elles avaient si grand besoin4 ,pour moi1 je m'endormis sans manger1 le sommeil avait tu la faim4 ,aussi fmes-nous la grasse matine4 ,il tait tard quand nous nous dirigemes vers ,ixtlan1 la capitale de la montagne4 ,l'ara1 enchant d'avoir abandonn les hauteurs glaces du rancho pour un climat plus doux1 jacassait comme une pie2 mais les mules faisaient piteuse figure4 ,comme je l'avais prvu1 toutes trois taient corches2 le macho 7le mulet7 surtout avait l'chine dans un tat dplorable1 et les choses ne pouvaient qu'empirer jusqu'au jour de l'arrive4 ,de mes trois animaux1 ce mulet m'avait paru le plus intelligent2 aussi l'avais-je charg du fardeau le plus prcieux1 mes caisses de clichs4 ,les mules ses compagnes1 plus jeunes et mieux dcouples1 allaient un peu la lgre1 et plusieurs fois je les vis glisser et ne devoir qu' un rare bonheur de ne point rouler au fond des prcipices2 mais le mulet avait un grand dfaut1 et la prudence qui le faisait n'avancer que parfaitement sr de son point d'appui donnait sa faon de faire toute l'apparence d'une paresse invtre2 aussi me tenais-je volontiers derrire lui pour exciter son amour-propre au moyen de quelques coups de pied bien appliqus2 depuis longtemps1 j'avais renonc la cravache dont il se souciait comme d'une figue4 ,en vrit1 le mrite a toujours quelque faiblesse qui lui fait contre-poids2 on a les dfauts de ses qualits4 ,outre sa paresse1 mon animal avait la mauvaise habitude de se plaindre sans cesse1 ce qui lui avait valu de ,jos1 son chef de file1 le surnom de pujador 7soupireur74 ,en effet1 il poussait tout moment des soupirs pouvantables1 des soupirs mouvoir les rochers de la route2 ah6 quels soupirs6 et notez que sa charge ne pesait pas soixante kilos3 c'tait paresse toute pure4 ,me voulant assurer si sa charge tait mal assise et le gnait1 malgr sa lgret relative1 nous le dchargemes1 ce qui parut lui causer un sensible plaisir1 et pendant que ,jos resserrait son bt1 il se mit geindre de plus belle1 quoique n'ayant aucun fardeau4 ,c'tait dcidment une manie2 qui n'a les siennes8 ,on le rechargea et nous partmes2 mais le pujador avait un vice1 un vice1 hlas6 dont je fis la douloureuse exprience3 il tait sournois et rancunier4 ,comme j'tais cheval1 les encouragements que je lui prodiguais touchaient l'endroit sensible1 et j'avais la bonhomie de croire l'impunit4 ,il m'observait nanmoins de temps autre1 tudiant la position et mitonnant sa vengeance4 ,il finit sans doute par trouver l'instant favorable3 au moment o je m'y attendais le moins1 et comme je me prparais lui administrer une nouvelle correction1 il fit brusquement un bond de ct et me lana fort adroitement une ruade qui m'atteignit au gras de la jambe4 ,cet animal est fort mchant1 ,quand on l'attaque il se dfend4 ,je n'avais rien dire1 et je laissai ,jos le soin de mnager un animal aussi susceptible4 ,le chemin qui conduit ,ixtlan ctoie des tablissements miniers d'or et d'argent1 o de grosses meules de pierre1 mises en mouvement par des mules1 broyaient le minerai4 ,les habitations des propritaires sont magnifiques et les cabanes indiennes1 dissmines alentour1 respirent une aisance et un bien-tre rares dans la rpublique4 ,c'est que la sierra jouit1 l'abri de ses rochers impraticables1 d'une tranquillit qu'on ne trouve nulle part4 ,nous tions encore dans les bas-fonds1 et la vue trs-borne1 ne nous permettait pas d'admirer les panoramas splendides qui se droulent devant l'habitant des hauteurs2 ce ne fut qu'en approchant d',jxtlan que je pus juger de la grandeur du paysage et de la profondeur des horizons4 ,je trouvai runis1 dans le chef-lieu de la sierra1 les membres de l'ancien gouvernement d',oaxaca2 il y avait affluence de troupes1 et des convois d',indiens et de mules1 porteurs de vivres et de munitions1 se htaient dans la direction de la valle4 ,on ne doutait pas de la prise de la ville en quelques jours2 mais je sus plus tard que le sige avait dur quatre mois1 ce qui est un long temps pour une place sans murailles et sans dfense4 ,il est vrai d'ajouter que les assigs taient plus nombreux que les assigeants1 ce qui arrive parfois au ,mexique4 ,jxtlan1 je pris un guide pour nous conduire ,macuiltanguis1 car dcidment ,jos m'aurait gar dans ce labyrinthe de sentiers qui croisent en tous sens la montagne4 ,plus nous avancions et plus la nature dployait de beauts4 ,c'tait1 chaque pas1 des sites enchanteurs et varis2 une culture des plus riches talait sous nos pas un tapis de verdure o les teintes les plus diverses se succdaient tour tour4 ,c'tait l'orge1 le mas1 le froment1 des prairies artificielles1 des bouquets de bois et1 et l1 les cabanes indiennes entoures d'orangers1 de limons doux et de grenadiers en fleurs4 ,cette nature est joie et fte2 la sierra possde toutes les beauts3 la grandeur dans les lignes1 le sauvage dans ses roches escarpes1 la navet dans ses villages1 le vierge dans ses hauteurs1 et1 par-dessus tout1 son ciel d'un bleu si pur et cette atmosphre transparente qui enveloppe toutes choses du voile magique de ses colorations4 ,parfois1 le son d'une cloche d'glise montait des profondeurs jusqu' nous comme une fume d'encens et rpandait une rose de prire au milieu de ces splendeurs4 ,un torrent grondait nos pieds1 perdu dans l'invisible1 et le village qui nous regardait d'en face semblait porte de la voix3 il fallait trois heures pour l'atteindre4 ,quelle journe pleine et rapide je passai1 et combien ces douze heures de marche me parurent courtes6 ,il tait six heures quand j'atteignis ,macuiltanguis1 perch comme un nid d'aigle sur un plateau escarp4 ,je me fis enseigner le cabildo1 maison commune destine aux voyageurs4 ,chaque village doit en avoir une4 ,mon arrive avait t signale l'alcade1 qui m'envoya l'un de ses topils4 ,l'alcade1 dans les villages indiens1 est toujours assist de deux topils1 qui ont ordre de se mettre la disposition des voyageurs pour fournir1 moyennant un prix fix1 du mas et du fourrage aux chevaux et la nourriture que peut offrir le village4 ,le topil en question me fournit immdiatement ce dont mes btes avaient besoin1 et1 pour ce qui me regardait1 une mtis1 voisine de la casa real1 me servit en quelques minutes le repas le plus confortable que pt dsirer un estomac affam4 ,j'eus du pain blanc comme la neige1 un mole de huajolote admirablement russi 7dinde en ragout avec pure de poivre long71 un plat de frigoles1 du fromage et des fruits4 ,j'avais pour boisson du pulque mousseux et une demi-bouteille d'aguardiente4 ,je soupai1 ma foi1 dlicieusement1 et ne craignis pas un verre de trop2 le topil1 du reste1 me faisait les honneurs de chez lui avec un empressement qu'galait seule ma gnrosit lui verser rasade sur rasade2 aussi se leva-t-il lgrement mu1 mais enchant d'avoir fait ma connaissance4 ,il me parlait de son village avec enthousiasme et voulut me donner des preuves de sa haute instruction4 ,il lisait parfaitement et possdait quelques ides gographiques2 mais il pataugea horriblement dans l'histoire et se perdit tout fait en abordant la politique4 ,sur ces entrefaites1 quelques curieux des deux sexes s'taient assembls dans la cour du cabildo4 ,un mendiant aveugle vint les rejoindre1 portant en bandoulire une guitare invalide4 ,c'tait le mntrier du village1 et sa vieille figure ride1 o se jouaient encore quelques sourires1 rappelait l'aveugle de ,bagnolet4 ,il rptait1 comme lui1 les refrains de sa jeunesse2 il mettait dans ses chants toute la posie des regrets1 et savait arracher de cette guitare fle des sons touchants4 ,peut-tre tais-je le jouet de mes illusions1 peut-tre aussi le souvenir des merveilles que j'avais parcourues1 disposait mon me aux admirations faciles1 et sans doute j'eusse trouv ravissants les cris les plus discordants4 ,nanmoins1 tout s'agitait autour de moi1 le vieillard avait abandonn les chants mlancoliques du pass1 pour entonner des chansons modernes1 et l'entranement de la danse avait saisi tout le monde4 ,garons et filles1 l'envi1 frappaient en cadence la mesure du zapatero1 mon topil faisait mille extravagances1 et se trmoussait comme un dmon4 ,je m'tonnai bien un peu qu'un homme aussi grave1 qu'une lumire de la science1 se compromt ce point1 et j'tais dispos le rappeler au respect de sa dignit1 quand je rflchis qu'un rien m'et entran dans le mme abme4 ,je me contentai d'applaudir et de faire circuler profusion les rafrachissements les plus propres entretenir l'enthousiasme2 il fallut se quitter cependant1 et le vieux barde se retira satisfait1 comme tout le monde4 ,le lendemain1 le spectacle se dployait mes yeux1 grandiose comme celui de la veille1 sans jamais lasser mon admiration4 ,le soir1 j'arrivai aux pieds d'une montagne dont les plateaux1 disposs en amphithtre et spars par des pentes pic1 figuraient un escalier de titans2 trois villages se trouvaient chelonns sur ces hauteurs2 je m'arrtai au dernier1 c'tait le village d',ozoc4 ,les mules taient dans un tat dplorable et rendues de fatigue1 le repos d'un jour leur tait ncessaire4 ,je pris gte dans la maisonnette d'un charpentier instrumentiste1 dont la renomme1 comme fabricant d'orgues1 tait universelle dans la sierra4 ,j'allais m'engager au del dans des sentiers plus difficiles encore1 car une fois sur le versant du golfe1 les pentes1 aussi rapides que celles que j'avais parcourues1 taient glissantes et dangereuses4 ,je voulais m'adjoindre un ou deux ,indiens pour leur confier mes clichs1 n'osant mme plus m'en rapporter au pujador4 ,je passai donc le jour tout entier dans le village4 ,c'tait un dimanche1 et de bonne heure1 j'entendis le son des cloches2 il y avait affluence aux portes de l'glise place vingt mtres au-dessous de mon logis2 je voulus assister la crmonie religieuse4 ,je fus surpris1 en entrant dans le temple1 de n'y point apercevoir le prtre3 sans doute1 il allait venir2 du reste1 la tenue des ,indiens tait difiante1 et rien ne faisait prvoir le dnoment burlesque de la crmonie4 ,l'officiant n'arrivait pas1 quand1 ma grande surprise1 je vis un ,indien revtu du surplis1 entonner prs de l'autel des chants religieux pendant que d'autres se livraient divers exercices dont je ne pouvais saisir la signification4 ,ce doit tre le sacristain1 pensai-je1 et ses acolytes2 mais point4 ,comme toutes les glises1 celle du village possdait un choix vari de saints1 placs dans des niches et sur des estrades4 ,les officiants saisirent deux de ces statues1 les placrent sur des brancards1 et commencrent en dedans1 puis au dehors1 une srie de processions accompagnes de chants1 le tout d'un air grave et dans un recueillement parfait2 je n'avais pas aperu le padre2 dsesprant de le voir arriver1 je laissai la procession et remontai la cabane de mon hte4 ,ma premire question fut pour m'informer de l'absence du cur et de cette trange manire de clbrer le service divin2 il me rpondit que le padre s'tait retir devant des dmonstrations malveillantes1 et que1 dans bien des villages de la sierra1 les curs avaient abandonn leurs glises pour les mmes motifs4 ,je trouvai la chose fort mal et lui exprimai la rprobation que m'inspirait une impit si grande4 --,baste6 me rpondit-il1 nous nous passons fort bien de padre1 tantt l'alcade1 tantt un autre1 se charge de dire la messe4 7,l'impie appelait cela dire la messe67 ,et vous avez vu que tout se passe parfaitement4 ,d'ailleurs1 ajouta-t-il1 le padre nous cotait1 bon an mal an1 quelque chose comme #d1jjj piastres1 7#bj1jjj fr474 ,son absence nous est donc une grande conomie4 ,le dcret de ,juarez tablissant le mariage civil avait1 je crois1 amen ce bouleversement dans la montagne4 --,je suis le seul perdre dans cette affaire1 reprit mon hte1 mon commerce ne marche plus aussi bien1 et les villages sans cur regardent la dpense d'un orgue2 mais1 comme ils sont fous de musique1 il est probable que les commandes reviendront4 ,je remarquai que l'exil du padre n'enlevait rien aux sentiments religieux des ,indiens2 ils observent sans infraction le repos dominical1 nul ne travaillait aux champs1 et le jour entier se passa pour eux en crmonies dans l'glise4 ,l',indien est l'tre le plus essentiellement thocratique de la cration1 et nul ne s'incline avec plus de respect devant le nom du ,seigneur2 du sorcier des peaux rouges au grand lama1 du bonze au pape1 quiconque lui parle au nom de la divinit1 lui impose ses lois4 ,comment expliquer chez ces montagnards de la sierra ce besoin d'ides et de crmonies religieuses allies cette indiffrence du prtre8 ,je ne me trouvais certes pas au milieu d'un peuple de philosophes3 qui donc leur apprit que la religion est indpendante des fautes de ses ministres1 que l'ide de ,dieu est ternellement belle1 jeune et pure quel que soit celui qui la rpand8 ,il me semble avoir remarqu que partout o le cultivateur est riche1 o le paysan possde1 le fidle a moins de ferveur4 ,le propritaire travaille le dimanche1 le manoeuvre s'y refuse et se rend l'glise2 l'un a la rage d'augmenter son avoir1 l'autre dsespre de jamais acqurir4 ,en cela s'explique parfaitement l'indiffrence de l',indien de ces montagnes pour le prtre1 chacun est propritaire d'un lopin du sol1 il n'aime point donner1 il lui semble doux de pouvoir se marier sans frais devant l'alcade1 au lieu de payer au padre #abe fr4 pour une bndiction nuptiale4 ,l',indien de l',anahuac1 serf presque toujours1 ne possdant rien que ses deux bras1 se rfugie tout entier dans l'ide religieuse et personnifie son ,dieu dans le padre qui le dirige2 il lui donnera tout au besoin1 il a si peu de chose1 et l'aumne du vieux martyr n'est pas un des moindres revenus du clerg dans cette partie de la rpublique2 mais tout cela ne rsout pas la question1 et je ne puis me rendre compte de cette trange anomalie4 ,la chose la plus remarquable noter1 c'est que les ,indiens de la sierra paraissent former une masse homogne1 prsentant les mmes types1 ayant les mmes aptitudes1 formant un corps de nation1 l'encontre de la diversit des races qui les entourent4 ,grands et bien faits1 d'une teinte jaune clair1 dous d'une intelligence remarquable et d'une instruction peu commune1 ils se trouvent sans conteste placs en premire ligne parmi les nations aborignes du ,mexique1 et l'historien qui cherche les origines de la civilisation teinte que reprsentent les palais de ,mitla1 pourrait trouver au milieu d'eux quelque tradition perdue ou quelque prcieux document4 ,pour moi1 je ne quittai pas sans regret ces montagnes enchantes2 les huit jours que j'ai passs au milieu de ces populations hospitalires resteront comme l'un de mes plus charmants souvenirs4 ,les sommets de la montagne de ,cuasimulco sont presque toujours glacs2 une couche de neige couvrait la terre quand nous y arrivmes1 ma troupe et moi4 ,nous formions caravane2 plusieurs ,indiens1 chargs de fardeaux divers1 se rendaient dans la plaine4 partir de ce point lev1 le coup d'oeil change brusquement1 c'est le dsert la porte de la civilisation1 les champs cultivs ont disparu1 et la fort vierge tend1 perte de vue1 le manteau de son paisse vgtation4 ,aux sapins des sommets se mlent dj des chnes rabougris2 quelque cent mtres plus bas1 vous trouvez les arbres de la ,terre ,chaude1 vous entrez pour de longues heures dans la demi-obscurit d'un ombrage que ne perce jamais un rayon de soleil1 l'humidit vous pntre1 les orchides se mlent aux lianes1 et les fourrs deviennent impntrables4 ,la descente qui conduit aux plaines du golfe est si rapide et si glissante1 qu'il a fallu de distance en distance tayer la terre du sentier1 au moyen de pices de bois transversales1 de manire simuler un immense escalier2 la mme inclinaison se continue prs de huit lieues1 avec quelques alternatives de montes et de descentes1 avant d'arriver la plaine4 ,pas une habitation dans tout le trajet2 des torrents qu'il faut traverser avec prudence1 et de temps autre des claircies o le soleil et l'ombre1 se jouant au milieu de cette vgtation splendide1 produisent les plus magnifiques dcors4 ,cuasimulco est un misrable rancho1 peupl de ,sambos1 mtis de ngres et d',indiens4 ,il est impossible de trouver un contraste plus frappant que celui qui existe entre les industrieux habitants de la sierra et la race dgnre au milieu de laquelle je me trouvais4 ,place dans des conditions merveilleuses pour tout produire1 possdant une terre fertile au del de toute expression1 et qui n'offre1 comme difficult de culture que la rapidit des pentes1 elle croupit dans une pouvantable misre1 fruit d'une paresse sans excuse4 ,ces malheureux ne produisent que le mas ncessaire leur consommation1 et quand la rcolte manque1 il leur faut aller mendier au loin2 mais ils ont soin d'entretenir un vaste champ de cannes dont ils distillent de l'eau-de-vie2 aussi s'enivrent-ils perptuellement4 ,j'eus toutes les peines du monde me procurer un peu de mas pour le cheval et les mules4 ,je dus faire venir l'alcade auquel je fis une rude semonce sur son indiffrence l'gard d'un tranger1 et le menaai de me plaindre aux autorits de ,tustepec4 ,il finit par m'envoyer quelques mesures de grains1 et1 comme fourrage1 deux paquets de jeunes cannes sucre dont les btes se dgotrent aussitt4 ,le cabildo tait l'unisson de l'entourage2 c'tait un toit de chaume ouvert tous les vents1 o je m'installai de mauvaise humeur1 car j'avais fait la route pied1 et cette journe de douze lieues1 dont plus de huit par une descente de #dj degrs1 m'avait mis les jambes dans un tat pitoyable4 ,mais la journe suivante fut plus terrible encore2 c'tait une suite de petites montes o l'on n'avanait que pour reculer d'autant2 il fallait littralement marcher quatre pattes4 ,je vis combien j'avais eu raison de m'aider d'un ,indien pour le transport de mes clichs2 les mules trbuchaient et s'acculaient chaque instant4 ,le pujador lui-mme vit chouer tous les efforts de sa prudence2 enfin1 l'une des mules manqua des deux pieds de droite et disparut4 ,je poussai un cri d'effroi2 on entendait dans le fond du ravin mugir les eaux d'un torrent1 je la crus perdue4 ,les ,indiens qui m'accompagnaient dposrent aussitt leurs fardeaux et1 s'aidant du machete1 ils s'ouvrirent un passage dans le taillis o la mule s'tait engouffre4 ,je les suivis1 et cinquante pas au-dessous du sentier nous trouvmes l'animal tendu sur le ct2 un arbuste assez fort le soutenait par le milieu du ventre et l'avait empch d'aller plus loin4 ,la pauvre bte avait eu plus de peur que de mal1 elle en fut quitte pour quelques corchures sans gravit1 la tte et l'une des jambes de derrire4 ,on eut toutes les peines du monde la mettre sur pied1 l'ayant pralablement dcharge3 mais ce fut bien autre chose pour la tirer de l et atteindre la hauteur4 ,nous perdmes plus de deux heures par cet accident1 heureux de ne pas l'avoir pay plus cher4 ,on comprendra sans peine que j'allais pied1 et que je laissais mon cheval le soin de sa conservation personnelle4 ,ce fut avec un vrai bonheur que je vis s'teindre la dernire colline1 et que je pus fouler en toute scurit le sol de la plaine4 ,yetla1 mme incurie1 mme misre qu' ,cuasimulco1 et la nature n'est qu'un jardin6 ,comme partir de ce dernier point1 la route se continuait facile jusqu' ,tustepec1 je payai l',indien qui m'avait accompagn2 il me remercia1 regagna ses montagnes et je poursuivis seul mon voyage4 ,jos avait repris la direction de ses mules et tout alla bien d'abord2 nous entrions dans la rgion des cours d'eau1 quelques-uns larges et profonds dont il faut connatre les gus4 ,pendant l'hiver1 alors que les pluies ont gonfl les torrents1 les ,indiens tablissent d'un bord l'autre un pont de lianes qui s'accroche aux arbres des deux rives4 ,ces passerelles vacillantes sont de vrais chefs-d'oeuvre2 il est difficile en les voyant de comprendre comment le seul poids du tablier et des accessoires n'entrane pas la chute de l'ouvrage4 leves de cinq six mtres au-dessus de la rivire1 d'un dveloppement considrable1 elles supportent nanmoins de lourds fardeaux1 et pendant trois mois l'on n'a pas d'autre moyen de passage4 ,je n'eus pas en faire l'preuve4 ,le gu qu'on m'avait indiqu n'avait rien qui le distingut clairement1 et j'tais fort embarrass3 je croyais me rappeler qu'il devait tre quelques mtres au-dessus du pont et1 aprs maintes hsitations1 consultant ,jos dont la mmoire n'tait pas plus fidle que la mienne1 je dirigeai les mules au-dessus de la passerelle3 mon grand dsespoir1 je les vis s'enfoncer aussitt1 plus que le comportait un gu2 je lanai mon cheval au galop pour les ramener1 mais je ne pus les empcher de poursuivre2 je crus mes clichs perdus1 car les botes avaient aux trois quarts disparu dans l'eau4 ,l'ara1 se voyant au milieu des flots1 poussait des cris dchirants2 je suivais dsol1 ne quittant pas mes clichs de l'oeil1 indiffrent toute autre chose qu'au danger qu'ils couraient devant moi1 sans que j'y pusse rien4 ,ce fut une vritable agonie2 chaque soubresaut de la mule perdant pied1 nageant et marchant tour tour1 me jetait dans de nouvelles angoisses2 ce fut long comme un sicle1 et la largeur de la rivire me parut infinie4 ,je ne respirai que lorsque je les vis l'autre bord1 o j'arrivai en mme temps qu'elles4 ,je m'empressai de dcharger le tout et d'ouvrir les botes4 ,elles taient remplies d'eau que je versai doucement1 de peur que la couche de collodion humidifie ne se soulevt de la glace2 il n'y eut heureusement que peu de mal1 les bords seuls s'taient dcolls2 le sjour dans l'eau1 si long pour moi1 n'avait t que relativement court1 et trois d'entre eux seulement avaient souffert4 ,je les retirai tous des botes mouilles1 et je les tendis immdiatement au soleil3 quand ils furent secs nous repartmes4 ,dornavant1 je n'avais plus les mmes risques courir2 les cours d'eau1 beaucoup plus considrables1 exigeaient un bac pour les voyageurs et les marchandises2 d'ailleurs nous approchions de lieux plus civiliss o je pouvais me procurer assistance au besoin4 ,les deux journes qui me restaient faire furent une vritable promenade2 de jolis villages cachs sous la feuille1 s'tageaient sur la route2 quelques ,espagnols et des ,franais taient venus planter leur tente dans ces lieux charmants1 et j'eus l'extrme bonheur de pouvoir converser dans ma langue1 ce qui1 depuis longtemps1 ne m'tait arriv4 ,les mtis offraient l'oeil ce costume gracieux des femmes de la cte1 costume transparent qui ne voile qu' demi leur buste lanc1 aux chairs de bronze4 ,les bois taient parsems de gigantesques sapotes mamey1 dont les fruits normes se balanaient au-dessus de ma tte2 la chaleur tait forte1 mais le sentier longe pendant longtemps les bords d'une rivire dont les eaux limpides permettaient de suivre dans leurs bats des poissons de toute espce4 ,parfois1 des voles de perruches et des perroquets tte jaune s'envolaient notre approche1 et des couples de grands aras verts faisaient retentir les bois de leurs cris perants4 ,mon vieil ami redressait la tte ce langage connu1 parfois il rpondait comme un appel1 et l'inquitude qui l'agitait me fit craindre qu'il ne m'abandonnt4 ,je le pris sur moi1 et ses caresses me prouvrent victorieusement qu'il n'en avait pas la moindre ide4 ,tustepec est un grand village plac sur la rive gauche du ,papaloapam4 ,les ,indiens de la montagne viennent s'y approvisionner de toute chose1 comme y entreposer certains produits de la valle d',oaxaca4 ,tustepec1 je rencontrai deux compatriotes que les vicissitudes du sort avaient conduits dans ce coin recul du globe4 ,l'un1 vieux ,basque la figure nergique et d'une vieillesse vigoureuse1 cultivait lui-mme1 aid de domestiques1 des plantations de tabac et de coton2 il voulut bien m'offrir l'hospitalit4 ,fort considr dans le village1 il avait amass la sueur de son front une fortune indpendante1 et comme il n'avait point eu d'enfants de la compagne qu'il s'tait donne1 il avait adopt une jeune et belle fille que les galants commenaient courtiser4 ,l'autre1 mort depuis1 homme du monde1 autrefois riche spculateur de coton1 avait eu sa fortune compromise dans des achats malheureux2 il avait pris pour femme une fille de couleur1 sa matresse1 et1 tout l'encontre du vieux ,basque1 lui faisait un enfant chaque anne4 ,quoique profondment dsillusionn des choses de ce monde1 et connaissant par exprience le nant des richesses1 il ne dsesprait point de rtablir sa fortune et me faisait part du rsultat espr de telle plantation2 il s'appliquait surtout la culture du tabac4 ,ancien disciple du ,caveau1 il possdait ,coll1 ,panard et ,branger1 dont nous chantions ensemble quelques refrains en dgustant des vins de ,france1 bonheur que je n'avais point got depuis six mois4 ,il faut avoir t priv pendant ce long temps de toute communication avec la dive bouteille1 pour apprcier sa valeur la jouissance que procure le choc d'un verre ami4 ,comme je devais m'arrter ,tustepec pour m'embarquer sur le ,papaloapam1 je vendis chevaux et mulets1 et payai ,jos le compte de ses journes4 ,le pauvre garon me quitta les larmes aux yeux et ne demandait pas mieux que de me suivre au bout du monde4 ,il oubliait sa mre1 dont il tait le seul soutien2 je le lui rappelai1 il me donna l'abrazo mexicain et partit4 ,durant mon sjour1 ,m4 ,b4 me conduisait dans les diverses plantations du village2 il m'expliquait la culture des produits1 le rendement de chacun d'eux1 passant en revue la canne sucre1 le tabac1 le coton1 le mas1 la vanille1 etc4 ,il se plaisait me dire la fcondit de la terre4 ,le millime n'est pas cultiv1 la carrire est ouverte tous2 il suffit1 pour devenir propritaire1 de se faire naturaliser citoyen de la commune1 et vous avez le droit de choisir1 dans le territoire du village1 telle position qui vous convient le mieux2 vous n'avez d'autre obligation que d'abattre les bois et d'enclore le champ4 ,il m'expliquait avec quelle facilit l'migrant pourrait se crer l'aisance et le bien-tre qu'il atteint avec tant de peine aux tats-,unis4 ,le coton est de premire qualit1 le tabac class parmi les meilleurs crus1 les forts regorgent de vanille4 ,mais la grande culture est interdite1 les bras manquent1 il faut pour ainsi dire cultiver soi-mme1 car le naturel qu'on emploie vous abandonne aprs quelques jours de travail1 jusqu' ce que1 son salaire puis1 la faim le ramne vos champs4 ,trois jours s'taient couls1 la canoa m'attendait2 c'tait un norme tronc d'acajou creus1 mesurant quarante pieds de longueur sur six de large2 l'quipage se composait de quatre hommes4 ,deux bateaux pareillement monts nous accompagnaient4 ,de ,tustepec1 on met habituellement quatre jours pour atteindre ,alvarado1 l'embouchure du fleuve4 ,quatre jours de navigation dans une pareille embarcation1 par un soleil d'enfer1 peuvent passer pour des plus pnibles4 ,ajoutez-y des moustiques affams et des nues de mouches imperceptibles plus terribles encore1 et vous aurez une ide des charmes du voyage4 ,les bords du fleuve sont plats et presque dserts2 en approchant de la cte1 vous traversez ,casamaloapam1 ,tlacotalpam1 un peu plus bas deux colonies amricaines1 et vous arrivez ,alvarado4 ,un mouvement trange animait le petit port1 deux vapeurs chargeaient du bois1 des armes1 des canons et des hommes4 ,je demandai la cause de ce dmnagement1 et l'on me rpondit que ,miramon1 ayant mis le sige devant ,vera ,cruz1 viendrait probablement s'emparer d',alvarado2 on voulait donc qu'il n'y trouvt rien en fait de munitions de guerre et d'engins utiles dans un sige4 ,trois golettes dj charges attendaient que les vapeurs les remorquassent4 ,je m'embarquai sur l'une d'elles1 et le soir nous tions ,vera ,cruz4 ,il y avait sept mois que j'tais sans nouvelle de ,mexico et je me rjouissais d'en apprendre quelque chose2 mais je jouais de malheur1 la ville tait entoure1 le sige commenc1 et des batteries huit cents mtres de la place montraient dj la gueule de leurs canons4 ,c'tait la seconde fois que je me trouvais pareille fte4 peine dbarqu1 je rencontrai un ami qui me prit pour un revenant4 ,je passais pour mort depuis trois mois2 on me disait assassin dans les environs de ,mitla et le rcit du combat que j'avais soutenu1 les dtails horribles du meurtre taient parvenus je ne sais comment ,mexico4 ,un artiste de l'endroit en avait fait un dessin fort exact et s'apprtait l'envoyer l',illustration4 ,je lui crivis immdiatement de suspendre l'envoi1 ou du moins de modifier le tableau4 ,j'tais donc de nouveau prisonnier pour un temps indfini2 car on ne savait combien pourrait durer le sige1 et ,miramon avait jur de prendre et d'anantir la ville4 ,les moyens de destruction du gnral n'taient pas1 heureusement1 la hauteur de sa colre2 il fit ce qu'il put1 c'est--dire beaucoup de mal inutilement1 mais ne tint ni l'un ni l'autre de ses serments4 ,je reus mon arrive la plus bienveillante hospitalit dans la maison d'un ngociant dont le nom1 connu dans toute la rpublique1 est synonyme de grandeur d'me1 de dvouement et de gnrosit1 je veux parler de ,m4 ,joseph ,lelon1 homme d'esprit1 riche d'instruction1 jeune d'ides4 ,je lui adresse de loin1 en mme temps que ce tribut d'loges mrits1 mes remerciements pour les bonts qu'il me prodigua4 ,sa maison1 du reste1 est la plus avenante de ,vera ,cruz2 toute une pliade de jeunes et vaillants commis la remplissent du bruit de leur gaiet gauloise1 et je prie mes bons camarades ,alfred et ,lonce ,labadi de me considrer comme leur dbiteur1 pour les moments agrables que je passai prs d'eux4 ,mais les vnements se prcipitaient1 les habitants avaient envoy leurs femmes et leurs enfants sur les vaisseaux marchands l'ancre dans la rade2 les familles pauvres avaient migr dans le fort de ,san ,juan d',ulloa1 de sorte que la moiti de la ville tait dserte4 ,ceux qui restaient fabriquaient la hte des covachas1 espces de retraites couvertes de poutres normes et doubles d'une paisse couche de peaux de chvres1 de manire former des abris l'preuve de la bombe4 ,la ville1 admirablement fortifie1 n'avait rien craindre de l'ennemi4 ,cent cinquante canons de fort calibre rpondaient aux quelques pices de ,miramon1 et quoique le tir ne ft ni juste ni bien nourri1 les artilleurs de ,vera ,cruz dmontrent en quelques jours les batteries des assigeants2 cependant une couple de mortiers de quatorze faisaient un ravage effroyable2 ils tiraient jour et nuit1 et lancrent plus de cinq cents bombes2 deux tombrent sur la maison que j'habitais1 une troisime vint1 qui coupa mon lit en deux2 inutile de dire que je n'tais point couch2 mais ce qui peut paratre incroyable1 c'est qu'un clat de la mme bombe1 du poids de cinquante livres1 enleva la queue de mon ara1 perch sur une chelle dans la cour4 ,en personne bien leve1 l'oiseau se trouva mal1 mais en fut quitte pour un vanouissement et quelques gouttes de sang qui prouvaient combien le projectile l'avait ras de prs4 ,au milieu de ce remue-mnage1 je voulus prendre quelques vues photographiques et j'allai me placer cet effet sur l'un des belvdres de la ville2 mais on ne me laissa pas poursuivre mes oprations3 l'autorit s'mut de cet appareil braqu dans la direction de l'ennemi et me prit pour un conspirateur faisant des signaux2 les deux instruments me furent enlevs et transports au quartier gnral1 et j'eus toutes les peines du monde les avoir4 ,je n'avais du reste que des remerciements l'adresse de la police1 car le pavillon fut emport peu aprs par un boulet1 et le pied de ma chambre bris du mme coup4 ,il est vident que j'eusse pris l ma dernire vue4 ,le bombardement durait depuis trois semaines et les munitions de l'ennemi taient puises2 mais il attendait deux vaisseaux espagnols chargs d'articles de guerre1 et l'on ne pouvait prvoir o se seraient arrtes les choses1 si un vapeur amricain ne se ft empar de ces deux barques4 ,miramon1 du dans son espoir de dtruire la ville1 se retira la rage dans le coeur1 pour succomber six mois aprs4 ,on connat son histoire4 ,j'eus1 pendant mon sjour1 l'honneur de voir pour la premire fois le prsident ,juarez1 qui m'accueillit avec bienveillance et se hta de me faire donner des lettres de recommandation pour le gouverneur actuel du ,yucatan1 o je comptais me rendre la fin du mois4 ,nous tions au #bj avril2 et le vapeur espagnol qui fait le service arrivait le #bh pour partir le #cj4 ,je n'avais pas trop de ces huit jours pour prparer mon expdition4 ,il s'agissait de trouver des produits chimiques1 des glaces et de l'argent1 hlas6 que je ne pouvais faire venir temps de ,mexico4 ,par un hasard tout providentiel1 mon ami ,alfred ,labadi avait nouvellement reu de ,france une caisse contenant des alcools rectifis1 de l'ther #fb et des iodures1 toutes choses que je n'aurais pu trouver sur place2 il me fallut renoncer aux glaces et me contenter de simples verres assez mauvais dont quelques-uns se brisrent par la suite1 me causant une perte irrparable4 ,quant l'argent1 ,m4 ,lelon m'ouvrit gnreusement sa caisse4 ,tout tant prt1 je partis4 ,,ix ,,le ,,yucatan ,dpart de ,vera ,cruz4--,le vapeur ,mexico4--,sisal4--,les ,indiens prisonniers4--,mrida4--,la semaine sainte ,mrida4--,types et coutumes4--,premire expdition ,izamal4--,l'antique voie indienne4 ,le #cj avril1 je m'embarquai sur le ,mexico1 vaisseau sale1 lent1 lourd1 dont le service est dtestable4 ,le #ca mai1 nous tions en vue des terres yucatques et de ,sisal1 notre port de dbarquement4 ,le ,yucatan est le pays des ruines le plus riche sans contredit en monuments amricains1 il en est couvert du nord au sud1 et nous y trouverons les plus vastes1 les plus importants et les plus merveilleux ouvrages de ces civilisations originales4 ,plac l'extrmit sud de la confdration mexicaine1 le ,yucatan#ff en fait nominalement partie2 car je n'ai jamais bien compris quelle espce de lien l'attachait la rpublique2 indpendant par le fait1 il appartient aujourd'hui l'opinion avance1 dite librale1 reprsente ,mexico par le prsident ,juarez1 le premier ,indien pur sang qui arriva jamais au pouvoir2 demain1 au moment o j'cris1 peut-tre s'est-il ralli au parti ractionnaire6 ,les rvolutions sont permanentes en ce curieux pays1 et les changements vue n'y surprennent personne4 ,le ,yucatan n'a gure qu'une seule voie de communication avec le monde4 ,le vapeur ,mexico dessert le petit port de ,sisal1 venant et retournant de la ,havane ,vera ,cruz4 ,ce trajet a lieu une fois par mois1 quand le vapeur n'a point rparer ses avaries ou nettoyer sa coque1 ce qui lui arrive de temps autre4 ,le commerce1 presque nul du reste1 n'emploie que quelques golettes de petit tonnage et des btiments ctiers d'un mince format4 ,sisal et ,campche1 ,campche surtout1 se trouvent le centre du commerce yucatque4 ,plac au sud-ouest de ,cuba1 entre le vingt-deuxime et le dix-septime degr de latitude nord1 le quatre-vingt-huitime et le quatre-vingt-quatorzime de longitude ouest1 le ,yucatan n'est qu'un immense banc calcaire1 de quelques pieds peine lev au-dessus du niveau de la mer1 et dont les ctes n'offrent ni port ni abri2 aussi les vaisseaux d'un fort tonnage sont-ils forcs de stationner au loin1 trois milles peu prs1 ce qui rend le dbarquement fort pnible en toute saison1 fort prilleux par la brise1 et tout fait impossible lorsque le vent du nord souffle dans ces parages4 ,plac sous la zone torride1 dou d'une temprature des plus brlantes1 le ,yucatan1 sauf les parties avoisinant ,tabasco et ,belize1 jouit d'un climat relativement sain1 et cela1 grce la scheresse de l'atmosphre4 ,les ctes y sont1 comme toutes celles du golfe1 tributaires du vomito2 il y rgne en t1 mais doux et rarement mortel3 l'pidmie rservant ses fureurs pour les centres d'migration4 ,le ,yucatan1 qui n'offre pas un cours d'eau1 on peut mme dire pas une goutte d'eau1 n'a qu'un immense bois taillis1 sem sur sa plaine monotone2 aussi le paysage n'existe-t-il pas1 vous avez toujours cette mme ligne d'horizon1 droite1 continue1 dsolante4 ,mais1 terre de prdilection pour le voyageur1 le ,yucatan est riche en souvenirs3 monuments prodigieux1 femmes ravissantes1 costumes pittoresques1 il a tout pour impressionner2 il parle au coeur1 l'me1 l'imagination1 l'esprit1 et quiconque le peut quitter avec indiffrence ne fut jamais un artiste et ne sera jamais un savant4 ,je surveillai le dbarquement de mes bagages avec une sollicitude toute paternelle2 les marins mettaient du reste leur besogne une brutalit pleine de dangers pour mes instruments et mes flacons de produits chimiques1 et ce fut avec plaisir que nous quittmes les flancs du vapeur4 ,il s'agissait de toucher la terre2 trois heures de bordes nous permirent d'atteindre le petit mle en bois qui fait de ,sisal un port de mer3 ce ne fut pas sans une certaine joie1 tout sjour en mer1 de quelque dure qu'il soit1 m'tant particulirement dsagrable4 ,l'arrive du vapeur avait jet quelque animation sur la plage1 et deux ou trois dames attendaient l'abri d'un hangar le passage des voyageurs4 ,nous fmes soumis l'inspection de ces seoras1 qui n'ont probablement de tout le mois d'autre distraction que celle-l4 ,je me fis indiquer la fonda4 ,quand je me fus assur du bon tat de toutes choses1 je pus me livrer sans remords une rfection des plus copieuses1 n'ayant1 pendant ces trois jours de traverse1 rien pu prendre sur ce dplorable vapeur4 ,sisal est un bourg de douze cents mes environ1 dfendu par un fortin en ruines o veillent quelques vieilles pices de canon rouilles et silencieuses4 ,la rade est parseme de coques brises ou enterres dans le sable1 tristes tmoins des violences du nord4 ,les maisons1 abrites par des cocotiers1 meubles de hamacs1 offrent le confort des climats chauds3 de l'ombre et des courants d'air4 ,groups dans la cour de la fonda1 quelques ,indiens attirrent mon attention4 ,ils taient pour la plupart presque nus2 les femmes portaient un simple jupon1 les petits ne portaient rien3 tous taient maigres1 mais bien btis2 ils avaient un air de fiert sauvage que je n'avais point remarqu parmi les individus de l'espce que j'avais rencontrs dans le village4 ,on me dit que c'taient des ,indiens bravos faits prisonniers dans une dernire expdition et qu'on les expdiait la ,havane4 ,l1 ils sont vendus des planteurs #b1ejj #c1jjj fr41 et leur doivent1 pendant dix ans1 leurs services1 soit la ville1 soit la campagne1 comme les ,chinois ou les coolies3 aprs quoi ils sont libres4 ,mais on a toujours soin de prolonger cette espce d'esclavage1 et ils restent ,cuba ou meurent la peine4 ,de toutes manires1 le ,yucatan s'en dbarrasse2 ils n'y reviennent jamais4 quatre heures du soir1 la diligence nous emportait vers ,mrida au galop de ses cinq mules4 ,une plaine couverte d'efflorescences salines s'tendait autour de nous1 la couche paisse et continue tait blanc de neige1 et sans la chaleur torride qui nous accablait1 on se serait cru volontiers sur quelque lande antarctique4 ,le mois de mai est un vilain mois pour visiter le ,yucatan2 la terre est sans verdure1 le taillis sans feuillage2 tout est sec et laid2 les pluies de juillet lui donnent coup sr un air de fte que je n'ai point vu et que je ne peux dcrire4 ,pour le moment1 le taillis s'tendait au loin1 monotone1 couleur de cendre2 quelques arbres vert feuillage faisaient tache sur ce triste tableau2 les ronces et les lianes pendaient dessches d'un arbre l'autre1 et l'on voyait le rocher calcaire percer le sol chaque pas1 comme le squelette d'un cadavre momifi4 ,au travers du bois1 passaient des bestiaux extnus cherchant vainement un brin de verdure dans les ronces du taillis4 ,plus loin1 le cadavre de l'un d'eux1 entour de zopilotes dvorants 7espce de vautours71 tmoignait de l'inflexible strilit du sol jusqu' la saison des pluies4 ,ainsi1 sous un ciel de feu1 au milieu d'une nature dsole1 aveugl de poussire1 on arrive au premier relai4 ,mais le soleil baisse1 l'ombre s'tend1 le crpuscule commence1 quelques souffles de la mer parviennent jusqu' vous1 le corps accabl se rveille1 le paysage prend une teinte mystrieuse1 l'me s'abandonne des rveries bizarres que vient complter l'apparition de blancs fantmes4 ,c'est l',indienne yucatque1 au fustan1 jupon lche ou empes1 orn de broderies bleues1 jaunes ou rouges1 couverte du uipile1 tunique trs-ample1 qui laisse les bras et les paules nus1 et tombe sans ceinture jusqu' mi-jambe et de l'charpe1 blanche aussi1 voilant la tte1 s'enroulant autour des bras ou flottant au gr du vent4 ,plus la nuit s'avance1 et plus le chemin s'anime2 de lourdes voitures font entendre au loin le grincement de leurs essieux criards1 les mules se saluent de hennissements prolongs1 puis des groupes d',indiens paraissent2 une courroie d'corce enveloppe leurs fardeaux1 appuys sur l'paule1 mais ports par la tte2 ils vont tristes1 rapides et sans bruit3 trois sicles d'oppression psent sur leur me teinte4 votre approche1 ces silencieux passants s'inclinent ou se rangent respectueusement sur le bord du chemin4 ,je fus naturellement amen tablir un parallle entre cet homme sombre et le ngre4 ,j'avais vcu avec les ,indiens de plusieurs contres et les esclaves de l',amrique4 ,deux mots pourront peindre ces deux martyrs de la conqute4 ,l',indien1 en quelque part du ,mexique qu'on le prenne1 libre ou opprim1 est triste1 silencieux1 fatal3 il semble porter le deuil d'une race dtruite et de sa grandeur dchue2 c'est un peuple qui meurt4 ,le ngre1 au milieu des chanes de l'esclavage1 rit et danse encore2 il a l'insouciance de l'enfant1 l'ingnuit d'un peuple qui nat4 ,la danse de l',indien a tout le cachet de son caractre3 il glisse en mesure1 pitine peine1 sa figure reste impassible1 et le chant d'amour qui l'accompagne ne semble qu'une longue complainte4 ,le ngre1 au contraire1 s'lance en bonds dsordonns1 en postures lascives1 sa cadence est une tempte et son chant un violent clat de rire4 ,au deuxime relai1 nous nous arrtmes2 il tait huit heures1 et le ,yucatque ne peut vivre sans prendre le chocolat trois fois par jour au moins2 chacun prit donc une tasse1 suivi du classique verre d'eau4 ,la besogne acheve1 je me htai de courir dans la rue du village1 o1 malgr la nuit1 j'esprais saisir quelque trait original de la physionomie du pays4 ,je n'y trouvai rien de particulier1 que cet air de mlancolique tristesse rpandue sur les maisons dlabres1 sur les animaux et sur les gens4 ,la rue1 presque dserte1 tait silencieuse2 on n'entendait pas un cri1 et les enfants eux-mmes semblaient porter le joug de cette mlancolie profonde4 ,aucun symptme de curiosit ne les attirait moi2 ils me regardaient passer1 craintifs ou indiffrents1 sans intrt comme sans passion4 ,une seule personne s'approcha de moi1 vrai fantme sous son vtement blanc3 c'tait une pauvre mendiante afflige d'une affreuse lpre2 son corps dcharn1 sa figure hideuse me firent une impression pnible4 ,je me htai de lui jeter un ral et je regagnai la diligence2 on reparlait4 ,nous arrivmes ,mrida#fg vers dix heures du soir4 notre premier voyage1 ,mrida possdait une fonda 7htel71 chose rare dans ces parages2 ma seconde expdition1 la fonda n'existait plus1 et le voyageur n'avait de ressource que dans l'hospitalit payante d'une maison particulire4 ,je m'tais1 mon premier sjour chez doa ,rafaela1 li d'amiti avec l'excellent docteur ,d4 ,macario ,morandini1 ,italien1 spirituel polyglotte1 grand voyageur1 ayant plusieurs fois fait le tour du monde1 et par consquent l'un des plus intressants conteurs que j'aie rencontrs4 ,j'appris1 la descente de voiture1 que ,m4 ,morandini exerait encore ,mrida1 et que1 la fonda n'existant plus1 il vivait dans la maison du seor ,d4 ,joaquim ,trugillo4 ,je m'empressai de me faire conduire chez cet excellent homme1 que j'avais aussi connu l'anne prcdente4 ,d4 ,joaquim m'accueillit avec plaisir et mit ma disposition une fort belle chambre munie de son hamac4 ,c'est1 en fait de mobilier1 tout ce qu'il est ncessaire d'avoir4 ,quant ,d4 ,macario1 il fut tonn de me revoir1 ce bon docteur6 et n'en pouvait croire ses yeux4 ,il m'avait quitt l'anne prcdente2 j'allais alors ,palenqu1 ,mitla1 ,mexico2 je devais de l retourner en ,france1 et certes1 je ne pensais pas moi-mme revoir jamais le ,yucatan2 et puis ces liaisons loin du pays sont pleines d'un charme tout particulier1 quelles que soient leur date et leur dure4 ,c'est en ami qu'on se quitte1 et c'est avec bonheur qu'on se revoit4 ,aussi1 quand le docteur1 aprs avoir mis ses lunettes1 car il est fort myope1 m'et reconnu1 ce fut une srie d'acclamations et un dluge de questions auxquelles je ne pus rpondre4 ,je lui expliquai simplement la cause force de mon retour1 comment les voleurs m'avaient dpouill et bris mes clichs1 et comme quoi j'tais forc de recommencer mes travaux4 ,il s'tait pass bien des vnements depuis mon voyage3 le gouverneur de l'tat1 ,erigojen1 avait quitt le fauteuil de la prsidence pour la paille du cabanon2 ,d4 ,agustin ,acereto l'avait remplac4 ,guerre civile sur guerre civile2 les ,indiens avaient ananti une forte expdition organise contre eux1 et tout faisait craindre une attaque de leur part4 ,voil le sommaire des nouvelles que me donna le docteur4 ,je me retirai vivement contrari3 cette victoire des ,indiens bravos rendait mes expditions fort dangereuses1 principalement celle qui devait me mener ,chichen-,itza1 enclav dans leur territoire4 ,nanmoins je m'endormis bientt1 grce au balancement de mon hamac1 et ne me rveillai que fort tard avec un affreux torticolis4 ,c'est l'effet ordinaire du hamac pour quiconque ne s'est point familiaris avec son usage2 or depuis longtemps j'avais rompu avec cette coutume1 il me fallait un nouvel apprentissage4 ,je me htai de sortir pour profiter des quelques instants de fracheur de la matine4 ,j'allai visiter cette ville charmante1 son march si anim1 admirer ces mtis au galbe de vierge1 aux formes accuses1 aux chairs de bronze dans leur attrayant costume4 ,voyez-les portant1 gracieuses1 le corps cambr1 leurs paniers de fleurs et de fruits1 avec leur main leve au-dessus de l'paule2 souriantes et faciles1 elles cderont avec la mme grce et les fleurs de leur corbeille1 et les roses de leur sourire4 ,mrida1 autrefois capitale de tout le ,yucatan1 partage aujourd'hui la suprmatie avec ,campche qui1 depuis #ahdg ou #ahdh1 forme un tat spar4 ,ce fut en #ahdg qu'clata cette effroyable rvolte des ,indiens qui a ruin le ,yucatan et qui menace chaque jour de le rayer du nombre des tats polics4 ,voici en quelles circonstances3 ,lors des dmls de ,campche et de ,mrida1 cette dernire rsolut de soumettre la ville rebelle1 et1 comme les troupes manquaient1 on eut la malheureuse ide d'armer les ,indiens et de les emmener comme auxiliaires dans l'expdition projete4 ,campche1 dfendue par une bonne enceinte et par une garnison courageuse1 ne put tre prise4 ,on brla quelques faubourgs et l'arme dut se retirer2 mais les ,indiens1 pousss par quelques mtis1 brlant du reste de s'affranchir d'un joug effroyable1 ne voulurent point rendre leurs armes et commencrent cette guerre de dvastation1 qui s'est continue sans interruption jusqu' ce jour4 ,aprs avoir brl leurs villages1 ils s'enfuirent en masse au fond des bois o ils se btirent une capitale1 ,chan ,santa ,cruz4 ,de l partent incessamment des expditions meurtrires4 ,ils dtruisirent ainsi ou ruinrent moiti ,izamal1 ,valladolid1 ,sakalun1 ,tikul1 ,tekax1 une foule de villages et d'haciendas4 ,pour eux1 c'est une guerre d'extermination o il n'est point fait de quartier3 femmes1 enfants1 vieillards1 leur haine s'attache tous les blancs1 leur furie vengeresse ne connat point de piti4 ,on raconte qu' ,tekax ils turent puro machete1 au sabre seulement1 deux mille cinq cents personnes en trois jours4 ,les supplices les plus barbares accompagnent ces excutions2 les femmes1 mises nues et violes1 servent de jouet aux jeunes gens qui suivent ces expditions2 les mutilations les plus pouvantables achvent leur supplice4 ,certains prisonniers sont en outre rservs pour les ftes nationales de ,chan ,santa ,cruz4 ,l1 un anneau pass dans le nez1 on leur fait jouer le rle de taureau dans un cirque2 poursuivis par les pierres1 les flches et les lances1 ils rendent le dernier soupir au milieu d'un supplice sans nom3 on ne les abandonne que lorsque le corps1 ne formant qu'une plaie1 tombe de douleur et d'puisement4 ,malgr toute l'horreur de ces vengeances1 on ne peut s'empcher de voir en ces excutions quelque chose de providentiel2 on regrette pourtant qu'un peuple innocent paye la dette de sang que lui laissa l',espagne1 seule responsable devant ,dieu de tant d'infamies commises dans le nouveau monde4 ,quant aux ,yucatques1 leurs reprsailles sont marques au coin de la douceur et de l'humanit4 ,ils se bornent circonscrire autant que possible la marche envahissante des ,indiens et transporter leurs prisonniers la ,havane1 o1 comme nous l'avons dit1 ils remplissent le rle de coolies chinois4 ,quoi qu'il fasse1 le gouvernement est impuissant contenir les rvolts4 ,ceux-ci1 pleins d'une soif inextinguible de vengeance1 fanatiss par leurs bonzes1 car ils ont renonc la religion menteuse qui les opprimait1 se jettent sur les blancs comme des btes froces1 sans crainte1 indiffrents la mort2 chaque meurtre leur ouvre au ciel de leurs aeux une existence divine1 ou sur la terre une transformation brillante4 ,ils possdent aujourd'hui les meilleures terres de la pninsule1 et ce malheureux pays ne trane plus qu'une existence morne et dcolore4 ,le ,yucatan est l'agonie et le corps politique semble prt rendre le dernier souffle2 rong par trois plaies sanglantes1 trois guerres civiles la fois3 guerre de ,mrida ,campche1 guerre des partis l'intrieur de l'tat mme1 guerre indienne1 on s'tonne de le voir respirer encore4 ,eh bien6 quoi qu'il en soit de cette indiffrence impie1 de cette rage parricide des blancs1 on se prend de sympathie trange pour ce malheureux peuple4 ,bon1 beau1 intelligent1 c'est le plus remarquable de la rpublique mexicaine1 celui qui a fourni le plus d'hommes capables comme politiques1 potes et historiens4 ,obligeants au suprme degr1 hospitaliers comme on ne l'est plus1 je conserverai toujours une grande admiration pour leurs vertus prives1 en mme temps qu'une affection sincre et une reconnaissance profonde4 ,parmi les glises de ,mrida1 la cathdrale est la plus remarquable4 ,c'est un assez grand difice de style jsuite2 le portail fort simple est flanqu de deux statues1 oeuvre d'un artiste du cru1 et qui passent pour fort belles aux yeux des habitants#fh4 ,les maisons n'ont qu'un tage1 la plupart qu'un rez-de-chausse2 les toits sont plats1 les cours colonnades et plantes de palmiers sont fort gracieuses1 et les vastes corridors sont tendus de hamacs pour la sieste4 ,la grande place faisant face la cathdrale est plante de ceibas1 orne de fleurs et entoure de maisons portiques2 elle est charmante1 mais on n'y vient gure que le soir3 le jour1 la chaleur est trop intense1 et chacun reste enferm chez soi4 ,le thtre1 petite salle enfume1 s'ouvre de temps autre quelque troupe espagnole1 et la principale distraction consiste en promenade en calezas#fi1 o les jeunes filles talent la fracheur de leurs toilettes et distribuent les clairs de leurs yeux noirs4 ,le march abonde en fruits du tropique3 ce sont les ciruelas1 espce de prunes2 les ananas et les bananes de plusieurs espces2 la cherimoia1 le roi des fruits tropicaux2 la guanavana1 varit du prcdent1 mais d'un dveloppement norme et qui ne sert qu'aux dulces 7confitures72 l'auacate1 fruit beurre2 les dattes et le coco1 l'orange1 la pastque1 le melon1 le mango1 la papaya1 toute la famille des sapote1 chico1 prieto1 blanco1 mamey1 de ,santo ,domingo1 petit1 rouge1 blanc1 etc42 les patates1 le camote1 etc4 ,l'exportation fait peu de chose2 le principal revenu des haciendas consiste dans la vente du jenequen1 fil tir d'une espce d'agave1 plante textile dont on fait d'excellents cordages et avec laquelle les naturels confectionnent leurs hamacs4 ,le ,yucatan produit la canne dans les lieux humides1 le tabac1 le mas et le frijol1 haricot qui compose1 comme dans toute la rpublique1 la nourriture exclusive des ,indiens4 ,mrida contient prs de vingt-cinq mille habitants1 et je me suis laiss dire qu'il y avait plus de vingt mille femmes pour environ quatre mille mles4 ,les naissances sont en moyenne de cinq pour un1 et les guerres civiles1 les ,indiens1 l'exil1 tablissent cette diffrence norme entre les deux sexes4 ,aussi les maris y sont-ils rares1 et les jeunes filles fires d'en trouver4 ,les clibataires y courent1 m'a-t-on dit1 bien des dangers4 ,lecteurs1 j'en suis revenu sain et sauf4 ,j'arrivai ,mrida le mercredi de la semaine sainte de l'anne #ahfj1 et je voulus1 avant d'entreprendre mon voyage dans l'intrieur1 voir les crmonies religieuses dont on m'avait beaucoup parl4 ,on travaillait avec ardeur dans l'glise tout disposer pour ces augustes ftes2 de tous cts1 on difiait les chapelles ardentes2 c'tait un luxe de verroteries de toutes couleurs1 une dpense inoue de fleurs4 ,le jeudi1 les processions commencent1 pour continuer jusqu'au samedi4 ,les colonies espagnoles1 comme la mtropole1 sont folles d'images et de statues de saints4 ,chaque glise se montre fire de telle ou telle statue1 reprsentant saint ,joseph1 ou la ,vierge1 ou saint ,antoine2 et ,mexico1 de ce ct1 peut en revendre toutes les parties du monde4 ,le culte des images a toujours t le bien venu chez les ,indiens qui ont besoin1 dans la simplicit de leur nature1 de matrialiser l'objet de leur adoration2 aussi ne voit-on pas une glise indienne dans les districts les plus rapprochs1 qui ne soit munie d'un petit muse de saints4 ,je ne fus pas aussi surpris que je pensais l'tre1 la vue de toutes ces crmonies religieuses que j'avais admires ,mexico2 et n'tait le luxe dploy par les seoras qui se parent1 en ces jours de deuil1 de leurs plus brillants atours1 et les dlicieux costumes des mtis qui se portent en foule ces crmonies1 je n'eusse pris aucun intrt la chose4 ,tantt la foule promenait le ,christ entre quatre soldats romains1 suivi de la ,vierge aux ,sept-,douleurs1 et plus loin de sainte lisabeth munie d'un mouchoir tremp de larmes2 le lendemain1 une ,cne copie de ,lonard de ,vinci1 un ,crucifiement d'aprs ,rubens1 ou la sainte ,trinit avec tous ses attributs4 ,chaque sujet tait revtu de costumes prcieux1 et la ,vierge talait des parures de perles et de diamants d'un grand prix4 ,une musique des plus primitives prcdait chaque procession1 et1 dans les glises1 des orgues de ,barbarie dployaient1 en l'absence de tout autre orchestre1 le luxe de leur rpertoire4 ,je me rappelle avoir entendu le vendredi saint1 dans une chapelle faisant face la cathdrale1 l'un de ces instruments vraiment barbare1 entonner la ,monaco pour dplorer la mort du ,sauveur4 ,le soir1 la ville de nouveau sillonne par les processions1 offrait l'oeil une illumination des plus splendides4 ,chaque maison1 tendue de tapis aux riches couleurs et de rideaux de mousseline brode1 jetait la lumire de milliers de cierges sur le passage des saintes reliques1 et la foule immense1 dont chaque individu portait un luminaire1 la masse bigarre1 les seoras aux riches costumes et les vtements gracieux des mtis1 formaient un tableau extraordinaire et prsentaient un aspect des plus feriques4 ,les ftes termines1 il me fallait penser mes expditions2 j'tais arriv muni de lettres du prsident ,juarez4 ,il avait mis me recommander au gouverneur du ,yucatan une bienveillance empresse3 je lui adresse de loin mes remerciements bien sincres4 ,j'ai pareillement des actions de grces rendre ,m4 ,manuel ,donde1 qui me donna des lettres pour le juge de ,citax1 et des recommandations ,tikul1 pour l'homme d'affaires de don ,felipe ,pon et de don ,simon ,pon1 propritaire d',uxmal1 et qui1 plus tard1 mit gnreusement ma disposition toute une escouade de ses ,indiens4 ,partout enfin je n'ai trouv que bon accueil1 des mains tendues pour serrer les miennes et des sourires de bienvenue4 ,le lundi de ,pques1 je traitai avec un entrepreneur de voitures qui devait me fournir une caleza de voyage trois mules2 la caleza est une espce de volante avec arrire-train pour les bagages4 ,il fut convenu que nous partirions le mardi matin1 de deux heures et demie trois heures2 car1 autant que possible1 on a soin de voyager la nuit1 pour viter aux mules les terribles chaleurs du jour4 ,je dormais profondment1 quand le domestique vint frapper ma porte2 il s'empara aussitt de mon bagage qui fut attach l'arrire-train1 ainsi que la chambre noire et les produits chimiques2 j'avais prs de moi1 et le plus souvent sur mes genoux1 les deux botes glaces afin que les violents cahots de la route ne les brisassent point4 ,je me rendais ,izamal1 ce qui n'est qu'une simple excursion de seize lieues1 avec route carrossable2 je n'avais point m'loigner des endroits habits4 ,partis le matin1 nous arrivmes le soir vers les trois heures1 et je m'empressai de rendre ma visite au gouverneur1 don ,agustin ,acereto1 auquel je remis la lettre de ,juarez4 ,don ,agustin mit ma disposition ce qui m'tait ncessaire1 me promettant1 pour ma prochaine expdition ,chichen-,itza1 une escorte suffisante pour viter un coup de main4 ,izamal1 en juger par l'importance de ses ruines1 dut tre autrefois un grand centre de population#gj4 ,les alentours sont parsems de pyramides artificielles1 et deux1 entre autres1 sont les plus considrables de la pninsule4 ,places face face1 au centre de la petite ville moderne1 un kilomtre l'une de l'autre1 elles taient composes d'une premire pyramide de deux cent cinquante mtres de ct sur quinze de hauteur1 servant de base une seconde beaucoup plus petite et adosse au ct nord de la premire4 ,sur cette seconde pyramide1 se trouvait le temple d'o le prtre ou le chef pouvait facilement haranguer la multitude assemble ses pieds sur les vastes plateaux de la premire pyramide4 ,les ,espagnols dtruisirent le cne tronqu de l'une et construisirent sur le plateau un immense clotre ainsi que l'glise paroissiale d',izamal4 ,la base d'une autre lvation artificielle1 enclave dans les cours d'une maison particulire1 contenait encore des restes de figures gigantesques1 dont l'une fut donne par ,stephens et ,catherwood dans leur album lithographique2 et c'est ici le cas de rappeler de quelle manire on entend l'histoire4 ,ces messieurs placent les figures ci-dessus dans un dsert2 au pied de la pyramide1 se trouve un tigre en fureur1 tandis que des ,indiens sauvages l'ajustent avec leurs flches4 force de vouloir faire de la couleur locale1 on fausse l'histoire et on droute la science4 ,ces figures se trouvent au milieu mme de la petite ville d',izamal4 ,combien d'erreurs on relve chaque jour en voyage1 dans les relations des littrateurs 7voire les plus illustres1 commencer par ,chateaubriand76 ,que d'ides fausses rpandues dans le peuple par les enthousiastes qui s'extasient devant un brin d'herbe1 clair par un autre soleil et quelque peu diffrent de ceux que nous foulons aux pieds2 que de sottes dclamations sur les forts vierges1 le soleil africain1 le ciel mexicain1 sur la majest de telle nature rabougrie6 et quelle rage prouve-t-on de vouloir tout changer8 ,on me fit remarquer une figure du mme style1 mais plus gigantesque1 nouvellement dcouverte4 ,ce fut en enlevant les pierres boules depuis des sicles et qui encombraient le pied de la pyramide1 qu'on aperut tout coup une tte de douze pieds de hauteur1 entoure d'ornements bizarres1 d'un genre cyclopen4 ,ce sont de vastes entailles1 espces de modelages en ciment1 dont il est difficile de donner une ide2 la tte elle-mme est modele de la mme manire2 ainsi1 par exemple1 deux normes cailloux forment la prunelle des yeux1 et au moyen du ciment1 ils modelaient la paupire2 ils obtenaient les ailes du nez et les lvres par le mme procd1 et nous retrouvmes plus tard quelque chose de semblable dans les bas-reliefs de ,palenqu1 qui sont 7je parle de ceux qui ornent les piliers du palais71 comme ,izamal1 de simples modelages en ciment4 ,izamal1 du reste1 nous semble la premire tape de la civilisation au ,yucatan et pourrait bien tre contemporaine de ,palenqu1 dont les ruines portent un si grand cachet d'antiquit4 ,l'une des choses qui excita le plus mon admiration fut une route1 dont il n'est1 autant que je sache1 fait mention nulle part et que l'on me fit remarquer1 se dirigeant d',izamal sur ,mrida4 ,elle longe1 un mille ou deux durant1 la route moderne1 et en la suivant dans les bois1 en soulevant la couche de dbris et d'humus qui la cache1 on dcouvre une voie magnifique de sept huit mtres de largeur1 dont les assises sont en pierres normes surmontes d'un mortier de pierre parfaitement conserv1 lequel est couvert d'une couche de ciment de deux pouces d'paisseur4 ,cette route se trouve partout un mtre et demi environ au-dessus du sol1 de faon que1 pendant les grandes pluies1 le voyageur tait toujours l'abri de l'inondation4 ,la couche de ciment semble pose d'hier4 ,il n'y a pas lieu de s'en tonner1 quand on songe que les vhicules roues ne devaient pas exister chez ces peuples manquant d'animaux de trait2 tout se faisant dos d'hommes1 une route aussi solidement tablie devait difficilement se dtriorer4 ,ce qui surprend1 c'est l'paisse couche d'humus qui recouvre cette voie ancienne4 ,dans une contre aussi sche1 o la vgtation est si rachitique1 on se demande quelle srie de sicles il a fallu1 pour produire quarante centimtres environ de dtritus4 ,en somme1 je ne rapportai d',izamal que trois clichs1 regrettant que mes moyens ne me permissent pas de faire des fouilles qui1 certainement1 eussent t productives4 ,x ,,chichen-,,itza ,seconde expdition4--,citaz4--,piste4--,le christ de ,piste4--,chichen-,itza4--,les ruines4--,le musicien indien4--,le retour4--,le mdecin malgr lui4 ,izamal n'avait t qu'une excursion2 ce fut ma sortie d'essai1 et j'prouvai combien de vicissitudes les collodions seraient sujets par la suite4 ,la chaleur au ,yucatan est toujours fort leve1 le thermomtre variant dans cette saison1 nous sommes en avril1 de trente-six quarante degrs2 quarante-deux fut le maximum2 il s'y maintint pendant deux jours4 ,nous dirons pourquoi4 ,la culture au ,yucatan1 comme dans ,tabasco et les montagnes de ,chiapas se pratique de la manire suivante4 ,travailler la milpa veut dire prparer la terre recevoir le grain2 on a fait aussi le verbe milpear1 rcolter1 de l1 milpa1 la moisson4 ,chaque propritaire1 hacendado1 dsigne dans ses terres chaque partie de bois devant tre abattue pour faire place la semaille du mas4 ,toute la presqu'le est couverte de bois4 ,les ,indiens se rendent donc au lieu indiqu1 coupent1 abattent bois et taillis1 puis laissent scher sur place4 ,ceci se passe gnralement au mois de septembre ou octobre2 six mois de soleil calcinent ces branchages2 au mois d'avril qui prcde les pluies1 on dispose les bois de manire que1 le feu une fois allum1 l'incendie se propage facilement toute la masse abattue4 ,dans le mme mois1 vers le midi1 se lve rgulirement un vent imptueux qui pousse les flammes en tourbillons et facilite l'incendie1 quemason4 ,si tout brle bien1 c'est une chance de bonne rcolte1 les cendres fument la terre1 sinon l'on perd une masse de terrain prpar qui1 restant embarrass par les cadavres des arbres1 ne donne plus qu'une maigre rcolte4 ,une fois ceci fait et les premires pluies tombes1 l'on pique le mas et l'on attend4 ,chaque chose au monde1 chaque coutume est la rsultante des divers milieux o l'on s'agite4 ,cette manire de cultiver est toute indienne4 ,ainsi1 outre la difficult de labourer une terre dont l'arte calcaire corche de toutes parts la couche vgtale1 le dfaut d'animaux domestiques et d'instruments de fer avait forc les ,indiens chercher une mthode plus expditive de prparer le sol la culture4 ,ce vent rgulier1 qui s'lve chaque jour la mme heure1 leur donna probablement l'ide de brler afin de dbarrasser la terre2 n'ayant pas de bestiaux1 et par consquent pas d'engrais1 la cendre put le remplacer1 et comme dans une contre o la chaleur est intense les bois taient de peu de valeur1 on n'eut aucun sacrifice faire pour suivre ce qui s'offrait si naturellement l'esprit4 ,je reviens au thermomtre4 ,tout le monde sait que1 d'aprs un principe physique1 la chaleur se concentre et s'accumule sans cesse dans une serre et que1 par la superposition de plusieurs vitrages1 on peut arriver l'bullition2 or1 la quemason1 au ,yucatan1 opre en grand le mme phnomne4 ,quand1 dans toute la pninsule la fois1 on brle la milpa1 l'atmosphre se couvre d'pais nuages de fume2 on ne voit plus le soleil qu'au travers d'un brouillard qui rappelle le verre noirci dont on se sert pour observer les clipses2 si le vent tombe1 la fume reste suspendue et forme serre4 ,le calorique se concentre1 s'amasse1 et le thermomtre monte quelquefois au del de quarante-deux degrs4 ,la chaleur devient alors intolrable4 ,mon premier soin en rentrant ,mrida fut de prparer mon expdition pour ,chichen-,itza4 ,je nettoyai donc mes glaces afin de les retrouver toutes prtes en arrivant1 m'vitant ainsi dans les ruines une besogne difficile et dsagrable4 ,je remplis un litre de collodion normal prt tre sensibilis1 et comme j'avais remarqu1 lors de ma premire exprience1 que sur des plaques de trente-six centimtres sur quarante-cinq1 le collodion tait sec dans le haut avant d'arriver au bas du verre1 je le composai de cent dix parties d'alcool contre quatre-vingt-dix d'ther et un pour cent d'iodure2 encore tais-je oblig de le verser en toute hte et de prcipiter immdiatement la glace dans le bain4 ,le collodion ainsi compos est fort lger1 trs-dlicat1 et j'prouve aujourd'hui combien il adhre peu la glace2 mais c'tait la seule manire de russir pour d'aussi grandes dimensions1 et je fus oblig d'employer la mme recette dans toutes mes expditions successives4 ,tout tant prt1 je fixai le jour du dpart4 ,cette fois1 je l'avoue1 je ne partais pas sans motion3 les ruines taient loin1 j'allais seul1 ces lgendes d',indiens barbares1 les actes de frocit commis par eux1 leur dernire victoire qui grandissait encore la terreur de leur nom1 tout cela me troublait et m'impressionnait vivement4 ,suivant la coutume1 la caleza fut ma porte deux heures1 et1 le tout emball le mieux possible1 les mules m'entranrent avec rapidit sur la route d',izamal4 ,la matine tait frache et dlicieuse1 la nuit sombre et le bois plein de mystre4 ,quelques lucioles jetaient au vent leurs dernires tincelles2 de temps autre1 de lourdes charrettes s'arrtaient au bruit de la caleza lance au galop et aux cris de mon domestique1 se rangeaient sur le bord de la route1 afin d'viter tout accident4 ,plus tard1 une bande orange laissait deviner le jour1 et comme le premier rayon de soleil dorait la cime des arbres1 le bois retentit des cris perants des chachalacas1 du babillage infernal des perruches et des sifflements aigus du geai bleu2 quelques lapins fuyaient sous les pines et des voles de cailles croisaient la route4 ,tout ce gracieux petit monde saluait le jour et lui souhaitait la bienvenue4 ,la chachalaca1 dont j'ignore le nom savant et dont l'appellation indienne n'est qu'une heureuse onomatope1 est une espce de gallinace chair dure et coriace4 ,j'en tuai deux1 mais elles taient immangeables2 peut-tre n'taient-elles plus de la premire jeunesse4 ,j'eus cependant occasion d'essayer d'en manger d'autres par la suite et toujours avec le mme insuccs4 quelques lieues de ,mrida1 je vis passer une once2 mais j'eus peine le temps de mettre en joue1 elle avait disparu2 le domestique1 pas plus que les mules1 n'avaient paru effrays4 ,mais le bruit cesse comme il a commenc2 ce charmant tapage s'envole avec la fracheur2 le soleil se montre1 tout se tait4 dix heures1 un silence absolu rgne dans le monte 7le bois74 ,aprs un repos de quelques heures donn aux mules1 nous reprenions la route d',izamal2 il tait cinq heures quand nous y arrivmes4 ,le correspondant de la poste fut assez aimable pour m'offrir l'hospitalit1 et le matin1 de bonne heure1 je me rendis chez ,d4 ,agustin ,acereto1 afin de lui demander les lettres qu'il m'avait promises4 ,il me les fit donner1 me recommandant de me hter le plus possible et de rester ,chichen-,itza le moins longtemps que je pourrais1 les circonstances ne lui permettant de rpondre de rien4 ,je lui fis mes adieux et je partis4 ,mais au moment de monter en caleza1 je m'aperus avec pouvante que le devant de ma chambre noire tait entirement dfonc2 je m'empressai de dlier les bagages afin de mieux constater le dsastre2 il me parut irrparable1 et je m'abandonnai un dpit bien naturel en pensant qu'il me faudrait retourner ,mrida pour faire rparer ma caisse4 ,mon hte1 heureusement1 vint adoucir mes regrets1 en m'assurant qu'un de ses amis1 menuisier ,izamal1 se ferait fort de rparer le prcieux objet4 ,la glace dpolie1 fort heureusement1 n'tait point casse1 et je n'ai jamais compris comment elle a pu rsister pendant tous mes voyages4 ,je fis immdiatement porter la chambre noire chez l'individu en question1 qui me la promit pour le soir mme4 ,il tint parole4 ,la caisse tait tant bien que mal rpare2 en somme1 elle pouvait servir4 ,je me rservais de la faire mettre compltement neuf mon retour ,mrida4 ,ce ne fut1 aprs tout1 qu'une journe de perdue4 ,je la passai visitant la petite ville1 les pyramides qu'elle renferme1 causant avec les habitants1 cherchant des lgendes et des traditions4 ,ce fut peine perdue2 je les trouvai d'une ignorance crasse1 et1 malgr toute ma bonne volont1 je n'en pus rien tirer2 absorbs dans leur admiration de clocher1 chacun me demandait1 avec un air de satisfaction profonde1 quel tait le pays qui1 dans mes longues prgrinations1 m'avait sduit le plus et quelle ville la plus charmante8 ,j'tais oblig de convenir qu',izamal tait certainement le lieu le plus privilgi que j'eusse visit sous le soleil3 et ces bonnes gens de sourire doucement1 srs qu'ils taient de ma rponse4 ,ce sentiment d'admiration1 cet amour pour la patrie se retrouve partout1 mais plus violent mesure que l'on descend la chane civilise4 ,j'ai rencontr de ces malheureux me demandant si l'on savait manger du pain dans mon pays1 si l'on y buvait de l'anizado1 espce d'alcool1 et autres navets de ce genre4 ,izamal fut la dernire ville brle par les ,indiens sur la route de ,valladolid du ct de ,mrida2 mais les habitants ont1 depuis quatorze ans1 rpar leurs maisons en ruine et dissimul leurs pertes4 ,au del d',izamal1 tout fut dvast2 aussi la campagne prend-elle1 mesure qu'on s'loigne1 des teintes plus mlancoliques et des airs de triste solitude2 les rencontres sur les routes deviennent rares1 et l'on n'aperoit plus que de loin en loin la tte de quelques palmiers dnonant l'existence d'un rancho isol ou d'une chtive hacienda4 ,quant aux villages1 ils apparaissent noirs1 brls1 en ruine2 on dirait que la vie s'est retire de ces lieux dsols2 les rues sont dsertes1 nul tre vivant ne les anime1 le grognement de quelques pourceaux tiques est le seul bruit qui se fasse entendre1 et les vautours1 silencieusement poss sur le chaume des toits1 semblent veiller un cadavre4 ,la nuit fut dplorable4 ,je m'endormis plein d'ides sombres et n'eus point de songes couleur de rose2 je pensais ma patrie si lointaine1 ma mre1 si triste autrefois mon dpart1 toute cette famille que j'avais laisse unie et heureuse1 pour courir seul les sentiers du grand univers2 quelques regrets me faisaient penser au retour1 et j'eus de la peine secouer ce premier accs de faiblesse4 ,le lendemain1 nous arrivmes ,citaz1 petite bourgade o devaient s'arrter les mules2 les ruines se trouvent six lieues de l1 dans le bois1 et l'on y arrive1 cheval1 par de petits sentiers d',indiens4 ,j'avais laiss1 au village prcdent1 un ordre du gouverneur1 afin qu'on envoyt quelques soldats pour m'accompagner4 ,je donnai au juge de ,citaz une lettre semblable qui lui recommandait de me donner autant d'hommes qu'il serait ncessaire4 ,cet honorable magistrat se mit ma disposition et me fit d'abord conduire la petite cabane1 casa real1 maison royale1 servant d'abri aux voyageurs4 ,on y suspendit mon hamac et je m'y tendis avec dlices1 bris que j'tais par trois journes de cahots sur une route de rochers4 ,la cabane tait voisine du corps de garde1 et je pus me faire une ide de la vie trange que mnent ces populations dshrites4 ,tous les hommes valides1 y compris les mtis seulement1 sont appels aux armes et la dfense de la communaut menace4 ,les ,indiens1 esclaves pour ainsi dire1 sont exclus de cette mesure4 ,ces malheureux1 rests sous le joug1 n'ont tir d'autre profit de leur fidlit qu'une misre plus profonde et une menace de mort suspendue sur leur tte2 leurs frres rvolts leur ont vou une haine plus implacable qu'aux blancs eux-mmes2 on les appelle ,indiens hidalgos4 ,la moiti de la population veille donc l'arme au bras1 pendant que l'autre moiti travaille ou dort2 des sentinelles1 releves d'heure en heure1 font une garde perptuelle1 et1 au moindre signe suspect1 une bombe1 place sur la vote de l'glise1 clate1 avertissant le village voisin du danger que court telle ou telle localit4 ,des courriers sont1 en outre1 expdis de toutes parts1 afin de prcipiter les secours4 ,citaz avait une physionomie plus sombre encore que tout ce que j'avais vu4 ,les maisons taient brles1 et les anciens habitants1 chasss par les ,indiens1 taient revenus btir un misrable abri dans l'intrieur mme de la ruine1 prfrant cet imminent danger de mort la douleur d'abandonner leur foyer dvast4 ,vers le soir1 j'eus la visite du juge1 du cur1 du commandant4 ,je priai ces messieurs de vouloir bien me procurer les chevaux ncessaires ma personne et des ,indiens pour transporter mes bagages2 on mit me satisfaire une obligeance charmante2 l'alcade fut mand1 le juge lui traduisit ma demande2 je lui donnai l'argent ncessaire1 car on paye toujours d'avance1 et il promit que le lendemain1 la premire heure1 les ,indiens seraient ma porte4 ,le capitaine voulut m'accompagner ,chichen3 il me recommanda un sergent qui parlait trs-bien l'espagnol et qui devait me servir d'interprte pour les ordres que j'aurais donner aux ,indiens1 ceux-ci ne parlant que le maya4 ,j'engageai donc le sergent4 ,le cur de la ,cruz ,montforte voulut aussi venir avec nous2 son grand ge faisait de cette excursion un voyage trs-fatigant2 mais sa curiosit1 au sujet de ces ruines qu'il n'avait jamais vues1 tait trop veille pour qu'il y renont4 ,il avait un cheval fort doux1 disait-il1 et douze lieues n'taient pas une affaire4 ,mon arrive l'intriguait au plus haut point4 ,ce brave homme ne pouvait comprendre qu'un simple motif d'art ou de science m'et pouss quitter ma patrie1 traverser l',ocan1 el mar 7cette ide le faisait frmir71 pour venir simplement dessiner des ruines que les habitants du pays ne connaissaient mme pas4 --,il y a quelque chose l-dessous1 me disait le padre2 il est probable que votre nation habitait autrefois ces palais1 et l'on vous envoie pour les visiter1 tudier les lieux et voir s'il serait possible de les rparer1 afin qu'un jour elle put revenir les occuper4 ,le padre n'en pouvait mais1 et son systme de probabilit n'avait certainement pas le sens commun4 ,les ,espagnols ont1 autant que possible1 entretenu cette abjecte ignorance1 n'appelant l'attention de ces pauvres colonies que sur la mtropole1 et leur faisant croire qu'il n'y avait que l',espagne au monde4 ,vers les huit heures1 ces messieurs eurent la bont de me faire servir souper3 quelques tortillas1 des frijoles et un petit poulet en composaient le menu2 le tout fut couronn d'une tasse de chocolat que mes htes voulurent bien partager avec moi4 ,aprs une causerie de quelques heures et des plus tranges1 je vous assure1 nous nous sparmes4 --,nous ne savons jamais en nous couchant si nous reverrons la lumire1 me dit le juge en me quittant4 ,cet aimable bonsoir tait fait pour rassurer mes esprits4 ,nanmoins je dormis d'un profond sommeil et me rveillai au moment du dpart1 rempli de courage et sous le coup d'une motion toute nouvelle4 ,j'allais entrer sur le territoire ennemi2 j'allais voir enfin ces ruines magnifiques dont j'avais lu de si merveilleuses relations2 il n'y avait plus aucun danger mes yeux1 ou plutt il ne faisait qu'ajouter un nouveau charme cette expdition moiti artistique et moiti militaire4 ,ma troupe se composait pour le moment de vingt-cinq soldats et ,indiens1 et devait se grossir ,piste4 ,c'tait une faible escorte2 cependant je jetais des yeux satisfaits sur cette troupe bariole1 je me voyais la tte d'une expdition originale et je pensais avec quelque fiert1 je l'avoue1 qu'on avait rarement fait de la photographie dans ces conditions4 partir d',izamal1 on se dirigeant sur ,citaz et ,valladolid#ga1 le pays1 de compltement plat qu'il tait1 commence lgrement onduler4 ,ces ondulations se dirigent du nord au sud1 rappelant les vagues de la mer1 elles vont croissant en hauteur quand on s'approche de ,valladolid1 jusqu' atteindre une hauteur moyenne de quinze vingt pieds4 partir de ,citaz1 se dirigeant sur ,piste1 c'est--dire au sud-ouest1 le sol devient bris1 cassant1 hriss de petits monticules2 aussi1 quand nous partmes au petit jour1 perchs sur des selles dtraques1 le cheval retenu par un simple bridon1 je fus quelque temps prendre mon assiette1 craignant tout moment de voir ma monture se couronner sur les roches du sentier4 ,les jambes pendantes1 la figure battue par les branches des arbres1 quelquefois enlac par les lianes1 il fallait une attention soutenue pour garder son quilibre2 il y avait loin de l aux belles cavalcades du paseo de ,mexico4 ,le cheval1 cependant1 accoutum aux difficults de la route1 trbuchait sans tomber1 et nous arrivmes sans encombre un rancho1 distant de trois lieues de ,citaz1 o nous entrmes nous reposer4 ,le soleil tait haut1 la chaleur suffocante1 la route monotone1 et cette tristesse qui chargeait l'atmosphre semblait crotre mesure que nous nous loignions des centres habits4 ,ce rancho1 ou petite habitation1 tait le seul reste d'un village autrefois florissant1 maintenant dsert4 ,autour de nous1 l'on n'apercevait que des ruines noircies par le feu1 et l'ancienne glise effondre ne laissait voir que son clocher dlabr et ses murailles dj couvertes d'une vgtation parasite4 ,l'habitant de cette cabane isole crasait1 au moyen d'un trapiche1 moulin primitif1 manoeuvr par une mule1 des cannes sucre1 dont le suc mis en normes pains faisait toute sa fortune2 trois ou quatre femmes mtisses composaient le personnel de l'habitation4 ,le propritaire nous offrit immdiatement une jicara de posole4 ,la jicara est une tasse faite avec l'corce d'un fruit1 et le posole une pte de mas cru1 dlaye dans de l'eau4 ,c'est une boisson assez insipide1 mais rafrachissante2 j'en consommai d'normes quantits par la suite3 elle possde le double avantage de nourrir et de dsaltrer4 ,aprs une halte d'une demi-heure1 le vnrable cur se sentant mieux1 nous reprmes le sentier2 deux heures aprs nous arrivions ,piste1 village frontire une lieue des ruines qu'on distinguait dans l'loignement4 ,nous avions une soif ardente et une faim canine1 et1 malgr l'envoi d'un ,indien qui devait mettre le village en rquisition1 nous ne trouvmes rien de dispos pour nous recevoir4 ,je m'en tonnai peu1 du reste1 en voyant la misre du pauvre pueblo1 compos de quelques huttes indiennes et portant comme aux alentours la trace indlbile du passage des ,indiens rvolts4 ,pendant que le sergent1 institu le majordome de l'expdition1 s'empressait de rparer la ngligence de notre missaire1 je montai sur la vote de l'glise1 encore debout1 afin de jeter un coup d'oeil sur les alentours et prendre vue des ruines qu'on apercevait au loin4 ,de l1 je distinguai fort bien ce que je sus plus tard s'appeler le ,chteau1 le palais des ,nonnes2 sur la gauche1 le ,caracol1 escargot1 dont je donnerai la dfinition1 et la ,prison1 dont nous donnons le dessin4 ,j'examinai l'glise1 entirement compose de pierres enleves aux temples et aux palais dont j'allais tudier les ruines4 ,il y avait l de fort jolies choses3 de petits bas-reliefs reprsentant des guerriers dans toutes les positions1 la tte orne de plumes et de coiffures bizarres1 le nez perc d'une pierre ou d'un morceau de bois4 ,on remarquait aussi beaucoup de fragments de cette ornementation forme de pierres denteles1 distribues en carrs1 avec une rosace au milieu1 genre affectionn par les artistes indiens et que l'on retrouve dans tout le ,yucatan4 ,j'entrai aussi dans l'glise1 un sentiment pieux m'entranait vers le pauvre sanctuaire2 j'avais besoin de prier le ,seigneur qu'il me donnt la force et qu'il me permt de secouer cette effroyable tristesse qui m'avait assailli l'aspect de ces lieux dsols4 ,j'avais aussi remercier la ,providence de la protection toute spciale qui1 depuis deux ans de voyage1 m'avait garanti contre les maladies dangereuses et contre les accidents si frquents dans ces contres demi sauvages4 ,j'entrai1 mon vnrable compagnon m'avait prcd2 cette glise tait de sa juridiction et c'tait la premire fois qu'il venait ,piste2 il voulut nanmoins m'en faire les honneurs4 ,l'glise tait nue1 les pltras des murailles tombaient par larges plaques et quelques bancs vermoulus attestaient l'abandon du saint lieu4 ,le choeur1 comme dans toutes les glises du ,mexique1 tait compos de colonnes torses1 droites et canneles1 superposes1 avec chapiteaux composites s'levant jusqu' la vote2 mais les dorures taient ternies par le temps ou noircies par la fume4 ,l'autel se dressait sans nappe dans une dsolante nudit1 et la porte du tabernacle gisait au loin dans la poussire4 ,deux candlabres en bois1 dnus de cierges1 et puis au pied des premires marches de l'autel un ,christ courb sous sa croix1 compltaient ce tableau de dsolation4 ,le jour venait de gauche par la porte ouverte et l'glise tait pleine de tristesse sombre qui ajoutait l'effet4 ,jamais motion plus poignante ne s'empara de moi la vue de ce ,dieu misrable4 ,je me jetai genoux et les larmes me vinrent aux yeux4 ,une tunique ignoble1 jadis bleue1 incolore et en lambeaux1 couvrait peine ses membres dcharns2 ses cheveux souills de boue1 s'chappaient en mches colles de sa couronne d'pines2 le sang ruisselait en gouttes noirtres sur sa divine figure1 et tous les crachats de l'humanit semblaient avoir sch sur sa face endolorie4 ,c'tait bien le ,dieu des ,indiens1 de ces pauvres opprims2 l'expression de souffrance et de misre tait atroce4 ,oh6 c'tait bien l le crucifi l'agonie1 la personnification de toutes les douleurs1 et celui-l tait un grand artiste qui sculpta le ,christ de ,piste6 ,les ,indiens avaient-ils respect leur ancien ,dieu1 ou s'taient-ils enfuis pouvants devant cette immense infortune8 ,comme nous sortions1 on vint nous avertir que le dner nous attendait2 il tait servi dans la sacristie1 et se composait de tortillas1 de haricots et d'oeufs2 j'avais quelques bouteilles de staventum1 liqueur exclusivement yucatque1 miel distill avec de l'anis1 qui nous servit de dessert4--,des petits garons nous apportrent d'normes ciruelas4 ,je me mis immdiatement l'ouvrage1 prparant des produits pour le lendemain1 examinant la chambre noire1 les dveloppants et les fixateurs4 ,la nuit vint ensuite2 elle fut ravissante2 nous dormmes la porte ouverte1 doucement bercs dans nos hamacs4 cinq heures1 j'tais sur pied2 les ,indiens1 chargs1 n'attendaient plus que l'ordre de partir4 ,une douzaine d'entre eux1 arms de haches1 nous suivaient aussi pour couper les bois et dgager les monuments2 quelques soldats de station au village se joignirent notre petite troupe1 qui s'branla tout entire1 formant un total de quarante-cinq personnes4 ,le guide nous conduisit directement au palais des ,nonnes1 le plus considrable des monuments de ,chichen-,itza#gb1 dont notre ouvrage reproduit la faade principale4 ,on fut oblig d'ouvrir un passage au machete4 ,ce ne fut pas sans peine que nous arrivmes1 dchirs par les ronces et le corps couvert de garrapatas1 espce de gros pou de bois qui s'enfonce dans les chairs comme ses confrres1 et dont on a toutes les peines du monde se dbarrasser4 ,je m'installai dans l'une des pices parfaitement conserves du palais2 on posa des sentinelles au loin1 afin de prvenir toute surprise1 et les ,indiens se mirent au travail4 ,une fois mon cabinet noir organis1 je fis un clich d'essai2 tous ces braves gens taient merveills de la nature de l'instrument et du phnomne de la chambre noire4 ,le point obtenu1 ils voulurent tous admirer sur la glace dpolie la reproduction renverse de l'image1 et semblrent frapps de stupeur2 le vieux cur surtout ne pouvait s'en rassasier4 ,je laissai les ,indiens leur besogne1 et1 guid par le sergent1 accompagn de quelques soldats1 j'allai visiter le ,cirque1 que les naturels appellent ,iglesia 7l'glise72 les habitants avaient pris pour un temple inachev ce qui n'tait qu'un gymnase4 ,le doute cet gard n'est plus permis1 et l'accord des voyageurs lui donner cette destination en a fait une certitude4 ,les emblmes qu'on y rencontre chaque pas disent assez que les jeunes hommes de cette nation disparue venaient y lutter de vigueur1 d'adresse et d'agilit3 on y voit l'aigle1 le serpent1 le tigre1 le renard1 le hibou2 c'est dire le courage1 la force1 la prudence1 la sagesse1 etc42 il ne reste de ce monument que le bas-relief des tigres1 reprsentant des tigres deux deux1 spars par un ornement de forme ronde meubl de petits cercles l'intrieur4 ,le monument se composait autrefois de deux pyramides perpendiculaires et parallles1 d'un dveloppement de cent dix mtres environ1 avec plate-forme dispose pour les spectateurs4 ,aux extrmits1 deux petits difices semblables1 sur une esplanade de six mtres de hauteur1 devaient servir aux juges1 ou d'habitation aux gardiens du gymnase4 ,sur la pyramide de droite 7regardant le nord71 se trouvaient deux chambres dont la premire est dtruite2 elle devait avoir un portique soutenu par deux normes colonnes dont les pidestaux existent encore4 ,la seconde1 entire aujourd'hui1 est couverte de peintures4 ,ce sont des guerriers et des prtres1 quelques-uns avec barbe noire et draps dans de vastes tuniques1 la tte orne de coiffures diverses4 ,les couleurs employes sont le noir1 le jaune1 le rouge et le blanc4 ,ces deux salles forment l'intrieur du bas-relief des tigres4 ,dans le bas et en dehors du monument1 se trouve la salle ruine dont nous donnons les bas-reliefs1 qui sont certainement ce qu'il y a de plus curieux ,chichen-,itza4 ,toutes les figures en bas-relief1 sculptes sur les murailles de cette salle1 ont conserv le type de la race indienne existante4 ,le crne est large1 aplati la partie suprieure1 sans pour cela que le front soit bomb2 il forme avec le nez aquilin une ligne presque droite2 l',indien ,yucatque est un beau type4 ,la forme osseuse du crne1 chez lui1 s'loigne donc du tout au tout de celle des fondateurs de ,palenqu1 dont le front fuyant et la tte termine en pointe se retrouve encore chez les ,indiens de la montagne3 il faut ajouter que le croisement de l',indien et du blanc donne au ,yucatan une race de mtis admirable qui ne ressemble en rien aux croisements des autres races indiennes2 de plus1 le caractre indien se conserve1 quelque loigne que soit la filiation et quelque blanc que soit le produit1 de telle sorte que l'observateur peut reconnatre premire vue un mtis yucatque d'autres mtis4 ,ce fait est au moins trange1 et diffrencie essentiellement la race yucatque des autres races indiennes du ,mexique4 ,n'oublions pas que la pyramide de droite possde l'intrieur1 et enchss dans le mur1 le fameux anneau qui servait au jeu de paume1 et qu'a reproduit ,m4 l'abb ,brasseur sur la couverture du remarquable ouvrage le ,popol ,vuh1 qu'il a rcemment publi4 ,le palais des ,nonnes est bien le monument le plus important de ,chichen-,itza4 ,considrable dans son ensemble1 sa faade n'a qu'une mdiocre tendue2 mais1 travaille comme un coffret chinois1 c'est le bijou de ,chichen pour la richesse des sculptures4 ,la porte1 surmonte de l'inscription du palais1 possde en outre une ornementation de clochetons de pierre qui rappellent1 comme ceux des coins de plusieurs difices1 la manire chinoise ou japonaise4 ,au-dessus1 se trouve un magnifique mdaillon reprsentant un chef la tte ceinte d'un diadme de plumes2 quant la vaste frise qui entoure le palais1 elle est compose d'une foule de ttes normes reprsentant des idoles1 dont le nez est lui-mme enrichi d'une figure parfaitement dessine4 ,ces ttes sont spares par des panneaux de mosaque en croix1 assez communs dans le ,yucatan4 ,l'intrieur de l'difice se compose de cinq pices de grandeur gale dont la forme1 commune ,palenqu1 ne varie jamais2 on dit en espagnol de boveda1 qui n'exprime aucunement cette architecture toute particulire2 boveda veut dire vote1 et ces intrieurs n'y ressemblent nullement2 ce sont deux murs parallles jusqu' une hauteur de trois mtres1 obliquant alors l'un vers l'autre1 et termins par une dalle de trente centimtres4 ,les linteaux des portes sont en pierre4 ,chichen n'offre que quelques rares chantillons de linteaux de bois1 qu'on trouve partout ,uxmal4 ,le corps principal du palais des ,nonnes1 flanqu de deux ailes places distances ingales1 s'appuie une pyramide perpendiculaire1 sur la plate-forme de laquelle se trouve un difice trs-soign1 perc de petites pices avec deux niches faisant face la porte et travers par un couloir qui1 s'ouvrant l'orient1 va donner sur l'extrmit occidentale du palais4 ,ce second difice est lui-mme surmont d'un autre plus petit1 le total formant un palais de trois tages4 ,on arrive la premire plate-forme par un escalier gigantesque fort rapide1 compos de quarante quarante-cinq marches4 ,il y avait l1 quand j'y montai1 tout un monde d'oiseaux1 de serpents et d'iguanes1 des cailles entre autres dont l'une fut prise la main1 de beaux oiseaux verts et bleus1 au cri plaintif1 s'harmoniant parfaitement la solitude des ruines4 ,les iguanes couraient1 sautant de branches en branches1 et je ne pus en attraper aucune4 ,le dveloppement du palais et de la pyramide est d'environ soixante-quinze mtres4 ,la pyramide avait t fouille par ,stephens1 je suppose1 mais il n'avait trouv qu'une masse de mortier de pierre1 qu'il renona percer d'outre en outre1 laissant bante une norme excavation qui montre suffisamment l'excellence des matriaux et la solidit de l'ouvrage4 ,le btiment appel la ,carcel 7la ,prison7 par les indignes1 on n'a jamais su pourquoi1 est un difice parfaitement conserv4 ,plac sur une pyramide peu leve 7de deux mtres environ71 il se compose d'un seul corps de logis1 avec trois portes au couchant1 clairant une galerie de la longueur du palais4 ,cette galerie est perce de trois salles qui ne prennent jour que par des portes intrieures correspondant aux portes du dehors2 nous n'avons jamais remarqu1 dans les ruines du ,yucatan1 pas plus que dans celles de ,mitla et de ,palenqu1 un seul difice fentre4 ,d'autres ruines s'offrent encore de tous cts la vue du voyageur4 ,ce sont le ,caracol ou l',escargot1 bti en manire de mur limaon2 le ,chteau1 que surmonte une pyramide de cent pieds au moins1 puis un norme btiment prs des ,nonnes1 mais totalement dnu de sculptures2 des amoncellements de pierres tailles indiquent encore la place d'autres difices1 le sol au loin en est couvert4 ,quant l'hacienda de ,chichen-,itza1 ses btiments et ses chapelles1 perdus dans le bois1 attendent que les ,indiens tant soumis1 le matre revienne leur donner le mouvement et la vie qui les ont abandonns4 ,le propritaire actuel vit ,mrida2 il me proposa la cession de sa proprit et des ruines pour la somme de deux mille piastres4 ,c'tait peu2 mais1 hlas6 j'tais trop pauvre pour l'acheter2 elles sont trop loin pour tirer parti de tant de choses prcieuses2 abandonnes au ravage des temps1 exposes la barbarie de certains voyageurs1 ces magnifiques ruines vont se dgradant chaque jour2 quelques sicles encore et pas une pierre ne se dressera pour rappeler aux hommes l'existence de ces civilisations teintes4 ,le ,cenote de ,chichen-,itza n'est qu'une vaste citerne naturelle ciel ouvert4 ,il n'a rien de remarquable4 ,forms par l'affaissement de la couche calcaire1 les cenotes qui parsment le ,yucatan et lui fournissent de l'eau en chaque saison affectent toutes les formes1 depuis l'immense rotonde o l'on pntre par le trou de la vote jusqu' la citerne ciel ouvert4 ,quelques-uns1 orns de cristallisations1 offrent un coup d'oeil grandiose1 et celui de ,bolonchen1 donn par ,stephens1 est un des plus remarquables4 ,plus tard1 nous en avons rencontr d'autres dans la direction d',uxmal2 nous en parlerons en temps et lieu4 ,quant au degr de civilisation de ,chichen1 nous avons cru pouvoir le considrer comme plus avanc qu' ,izamal1 o les pyramides et les figures normes dnotent plus d'antiquit avec moins de perfection dans les dtails2 ,chichen1 la masse des ruines forme ville2 les difices1 les temples et les monuments qui1 par leur simplicit1 rappelleraient des habitations particulires1 les places publiques mme1 font songer un tat civil plus avanc1 et de la thocratie pure1 on pourrait passer une thocratie militaire4 ,huit jours s'taient couls1 et chaque matin on m'engageait me hter3 il tardait ces messieurs de revoir leurs pnates et les ruines taient muettes pour eux4 ,depuis longtemps dj le vieux cur avait repris la route de ,citaz1 bien fatigu de son excursion2 je ne le revis plus1 et je sus par la suite qu'il tait mort des suites de sa visite ,chichen4 ,pauvre cur6 pour moi1 le temps passait rapide2 j'tais pourtant accabl de fatigue1 le visage brl1 les bras couverts de coups de soleil2 je ne puis me rendre compte de l'insensibilit de ma machine l'endroit de ce climat dvorant4 ,chaque soir1 je m'tendais avec dlices sur mon hamac suspendu aux arbres des ruines2 on allumait un feu pour loigner les tigres et l'on soupait4 ,quelquefois les ,indiens entonnaient un chant monotone1 mlope plaintive qui prcipitait le sommeil4 ,je me laissais vivre1 sans regard vers le pass1 sans souci de l'avenir4 ,j'avais distingu1 parmi les travailleurs indiens1 un jeune homme figure fine et intelligente3 c'tait l'artiste de la bande2 un soir1 il me voulut donner un chantillon de son talent4 ,il coupa une branche d'arbre mince et flexible dont il enleva l'corce1 s'en fut dans le bois chercher une racine d'une espce particulire1 fort longue1 fort dlie1 et s'en servit comme d'une corde boyau pour tendre la branche en forme d'arc4 ,du pouce de la main gauche1 il maintenait contre le fil un morceau de bois sec qui figurait le chevalet1 et dans sa main droite il tenait un autre morceau de bois dont il se servait comme d'archet4 ,puis1 approchant sa bouche d'une extrmit de ce violon primitif1 l'ouvrant ou la fermant tour tour1 il tira de ce naf instrument des sons d'une douceur infinie2 il passait de quelques airs espagnols qu'il avait retenus aux mlodies indiennes1 pleines de tristesse et de mlancolie1 se rappelant et improvisant tour tour4 ,j'prouvais le suivre un charme trange1 et le plaisir qu'il me voyait prendre l'couter redoublait l'lan de sa verve potique4 ,il joua longtemps2 je le rcompensai au del de ses esprances4 ,le neuvime jour1 j'avais termin mon travail et je prcipitai le dpart4 ,arriv ,citaz il fallut montrer aux autorits du petit village les vues dont le padre leur avait cont des merveilles4 ,je m'excutai aussitt2 mais ce fut pour eux une dsillusion profonde1 et comme une raillerie2 ces clichs ngatifs ne parlaient point leurs yeux ignorant les mystres de la photographie2 ils me remercirent nanmoins1 mais bien convaincus de la nullit artistique des trsors que j'emportais4 ,l'une des ides fixes1 chez la plupart des mtis1 c'est de prendre tout tranger pour un mdecin4 ,je portais toujours avec moi une petite bote de drogues et un ,manuel ,raspail4 ,chichen-,itza1 j'avais eu occasion de soulager le vieux cur d'une courbature par des frictions prolonges de pommade camphre4 ,c'en fut assez pour tablir leurs yeux ma rputation de docteur4 ,citaz1 il me fallut donc couter les dolances de quelques individus1 mais sans prvoir jusqu'o mon ministre improvis pouvait me conduire4 ,vers le soir1 une autre visite m'arriva4 ,c'tait un jeune homme1 mari depuis trois ans peine1 et dont la femme1 jeune et jolie1 disait-il1 ne lui donnait point d'enfants4 ,je lui avouai bien sincrement tous mes regrets de la strilit de sa compagne1 l'assurant que je n'y pouvais rien1 et qu'il devait1 dans un cas semblable1 s'adresser quelque mdecin de ,mrida4 ,la confession de mon ignorance ne fut ses yeux qu'une modestie extrme1 et1 malgr tous mes efforts pour l'arrter1 il entra dans des dtails intimes qui ne laissrent pas que d'mouvoir mon imagination4 ,bref1 il finit par m'engager visiter sa femme1 dsirant que je l'examinasse avec soin4 ,la chose prenait une tournure assez piquante2 le mari avait dit que la malade tait jolie1 circonstance attnuante1 je ne me dfendais plus que faiblement2 ses insistances redoublrent4 ,je pensai1 malgr moi1 au mdecin malgr lui1 et je ne pus m'empcher de sourire du rapprochement1 dsirant du reste que la ressemblance s'arrtt l1 sans pousser jusqu'au bton4 ,j'aurais eu mauvaise grce ne point me rendre1 je le suivis4 ,la maison tait petite1 mais propre4 ,il renvoya une vieille servante1 ferma la porte1 et me pria d'entrer dans l'exercice de mes fonctions4 ,la malade paraissait une jeune fille encore1 elle tait vraiment jolie1 et la pleur rpandue sur sa jeune physionomie1 l'espce de crainte respectueuse que je lui inspirais1 lui prtaient un air des plus intressants4 ,sans tre docteur1 les confidences du mari m'avaient indiqu la nature de la maladie1 et certes1 mon ignorance me rendait impuissant la gurir4 ,je tchai nanmoins de faire bonne contenance1 car j'tais plus mu qu'il ne convient un membre de la ,facult1 surtout lorsqu'il s'agit de palper le sein de la malade4 ,je rougis prodigieusement1 lorsqu'il me fallut examiner le sige mme de la maladie4 ,mais1 en voyant les deux poux de si bonne foi1 je faillis prendre mon rle au srieux1 et me rappelant propos l'article ,raspail sur le traitement de ce genre d'affections1 j'ordonnai bravement l'alos1 le safran et les bougies camphres1 dont j'expliquai l'usage4 ,je sortis charg des bndictions du jeune couple1 auquel je prdis la postrit d',abraham1 me jurant tout bas de ne plus accepter semblable tche l'avenir1 certain1 en tout cas1 que je n'avais ordonn que choses excellentes ou inoffensives4 ,trois jours aprs1 j'tais ,mrida4 ,,xi ,,uxmal ,retour ,mrida4--,dpart pour ,uxmal4--,uaialke4--,sakalun4--,la famille ,b4--,tikul4--,l'hacienda de ,san ,jose4--,uxmal4--,les ruines4--,le retour4--,l'orage4--,les ,indiennes de ,san ,jose4 ,il faut avoir prouv les fatigues de quinze jours d'expdition et de rudes travaux dans ces climats brlants1 pour comprendre les charmes du repos4 ,je me donnai quelques jours de cong2 ils passrent comme un rve4 ,la maison de don ,joaquim est un palais coup de galeries colonnes et de cours plantes de palmiers3 un vaste rservoir d'eau renouvele tous les deux jours m'offrait chaque matin le plaisir d'un bain fortifiant2 je m'y livrais comme en pleine rivire l'exercice de la natation2 puis venait le djeuner1 que nous prenions de compagnie avec mon ami ,j4 ,laclos1 qu'un heureux hasard avait amen ,mrida le soir de mon arrive4 ,c'taient alors des causeries charmantes sur la patrie lointaine1 o se mlaient les historiens de nos jours et les noms aims de nos littrateurs modernes2 c'taient de longues discussions au sujet des ruines que j'avais visites et que j'allais revoir2 puis venaient les excursions dans le pass1 les rveries de l'avenir3 confidences mutuelles1 souvenirs voqus1 que vous avez de charmes6 ,quand la chaleur montait1 nous livrant au doux bercement du hamac1 l'esprit tranquille1 le corps moite1 l'me engourdie1 une heure de sieste1 fille des climats chauds1 achevait cette matine si bien remplie4 ,je m'tais1 en outre1 li d'amiti avec ma respectable voisine1 la seora ,c44444 ,une sympathie subite nous avait rapprochs4 ,il semblait qu'elle m'et rencontr dans une de ces vagues existences qu'on croit avoir vcues2 ses traits me rappelaient de chers souvenirs4 ,malade depuis longtemps1 elle en tait arrive au dernier priode d'une maladie de poitrine4 ,abandonne des docteurs1 elle attendait1 avec le calme d'une conscience pure1 que ,dieu fixt le jour de son rappel4 ,age de trente trente-cinq ans1 orne d'une instruction peu commune1 doue d'une me tendre et mystique1 ses entretiens taient pour moi pleins de charmes4 ,une religion bien entendue versait sur cette nature prouve par tant de souffrances le trsor de ses consolations les plus douces4 ,je me trouvais heureux et fier de l'amiti que m'avait voue cette pauvre femme4 ,que d'heures passes en panchements intimes1 en confidences1 en causeries srieuses1 o je m'efforai de ranimer dans son coeur l'amour des choses de ce monde et l'espoir d'un rtablissement prochain6 ,ses yeux voyaient clair dans l'avenir2 elle se sentait partir1 triste mais rsigne4 ,quand je la quittai1 notre amiti de quinze jours tait vieille de longues annes1 et mes yeux se mouillrent de larmes quand je lui fis mes derniers adieux4 ,je ne devais point oublier que la saison s'avanait2 aussi ,antonio vint-il m'arracher un matin aux dlices de ma paresse4 ,j'avais perdu l'habitude de me lever aussi tt1 et j'eus toutes les peines du monde m'arracher du hamac4 ,la voiture attendait1 il fallait partir4 ,il faisait une nuit assez noire2 mon petit conducteur prit droite2 puis1 une fois au dehors de la ville1 malgr l'obscurit1 malgr les affreux cahots d'une route rocailleuse1 il mit ses mules au galop4 ,j'eus beau lui crier de ralentir1 qu'il allait tout briser1 le gamin faisait la sourde oreille1 et nous galopions de plus belle4 ,tout coup le ressort de cuir de gauche se brisa2 je fis une effroyable pirouette1 et n'eus que le temps de me saisir du tablier1 ce qui amortit ma chute4 ,antonio se trouvait tranquillement assis sur son brancard et semblait ne s'tre aperu de rien2 il s'arrta cependant au bruit de mes imprcations1 qu'appuyrent immdiatement deux soufflets parfaitement sentis1 destins rprimer l'lan de mon drle4 ,le jour naissait peine2 nous nous trouvions alors quatre lieues de ,mrida4 ,que devenir8 ,impossible de songer au retour1 la caleza ne pouvait aller plus loin4 -- deux pas1 me dit ,antonio1 se trouve une habitation2 veuillez garder les mules et la voiture1 je vais chercher des cordes et du monde4 ,il disparut4 ,j'allumai un cigare et me promenai en l'attendant4 ,cinq minutes peine s'taient coules depuis le dpart de mon domestique1 quand j'entendis dans le bois1 sur la droite1 un tumulte effroyable1 et je vis dboucher1 au triple galop1 six ,indiens dans un costume trange4 ,ils avaient l'air si froces1 je m'expliquai si peu leur prsence cette heure1 la rapidit de leur course1 leur direction1--ils arrivaient sur moi1--que1 rapide comme l'clair1 je me prcipitai sur mon fusil que j'armai3 je crus mon dernier jour arriv1 persuad que j'avais affaire l'avant-garde d'une troupe d',indiens bravos4 ,quoique dcid vendre chrement ma vie1 j'prouvai1 je l'avoue1 une surprise qui me parut tre de la pire espce4 moiti cach derrire la botte de la caleza1 le doigt sur la gchette du fusil1 j'tais dans une fivreuse attente de ce qui allait arriver4 ,les ,indiens n'avaient d'autre arme qu'un machete1 ce qui me donna quelque espoir2 mais ils passrent devant moi comme un tourbillon1 sans s'inquiter de ma prsence1 et je les perdis bientt de vue4 ,antonio1 qui arrivait avec deux hommes1 me dit que c'taient tout bonnement des vaqueros indiens prposs la garde et la recherche du btail dans les bois4 ,ils portent alors des costumes de peau qui les enveloppent de la tte aux pieds2 les mains sont caches par le prolongement des manches1 et les pieds dans d'immenses triers en bois recouverts de cuir2 les jambes sont1 en outre1 garanties par la selle elle-mme1 faite d'un cuir de boeuf qui1 se repliant de chaque ct1 forme une espce de botte4 ,ce costume1 qui ne laisse apercevoir que la moiti d'une face bronze1 donne aux vaqueros l'aspect le plus sauvage et leur permet de courir sans crainte au plus pais des fourrs4 ,cependant1 avec l'aide de ses deux ,indiens1 ,antonio rparait notre accident avec assez d'intelligence2 il remplaa la courroie par une corde sept ou huit fois double et me garantit la solidit de la voiture jusqu' notre arrive ,tikul4 ,nous poursuivmes donc1 et1 vers les dix heures1 nous arrivions ,uaialke1 o je rencontrai don ,felipe ,peon1 pour lequel j'avais des lettres de recommandation2 il m'en donna lui-mme une autre pour sa maison de ,tikul et pour le majordome de l'hacienda de ,san ,jose qui lui appartient4 ,la famille ,peon1 la plus riche de l',yucatan1 possde la plupart des haciendas de ,mrida ,uxmal1 c'est--dire un espace de vingt-cinq lieues2 cette dernire1 o se trouvent les magnifiques ruines du mme nom1 est la proprit de don ,simon4 ,uaialke est bien1 comme le disait avec orgueil le majordome1 la plus belle finka de l',yucatan4 ,on y arrive par une porte monumentale qui s'ouvre sur une vaste cour1 plante d'arbres verts2 sur la gauche1 s'tend une plantation de jenequen 7agave dont le fil est d'un revenu considrable72 droite1 se trouve un jardin ombrag de palmiers et de manguiers1 o l'oeil se repose sur les touffes vertes des bananiers et des goyaviers chargs de fruits4 ,la maison1 leve sur un plateau de quinze pieds au moins1 est abordable de tous cts au moyen d'un escalier continu qui borde la terrasse2 une plantation de sapote de ,santo ,domingo1 fruits normes pulpe jaune1 alterne de rosiers en fleurs1 prte son ombrage la galerie4 ,sur le devant se trouve un mange dpouiller l'agave1 et1 dans des cours intrieures1 s'battent quelques daims privs4 ,sur le derrire1 s'tendent deux vastes cltures destines au btail1 et d'immenses rservoirs toujours pleins d'eau les bordent dans toute leur longueur4 ,deux puits1 chane garnie de seaux d'corce1 fournissent jour et nuit l'alimentation des rservoirs et l'arrosage du jardin4 ,le btail abandonn dans les bois1 o six mois de l'anne il ne trouve qu'une maigre nourriture1 vient s'abreuver chaque jour aux rservoirs de l'hacienda4 ,comme nulle autre part il ne trouve une goutte d'eau1 la soif rpond au propritaire du retour de ses troupeaux4 ,il peut tout au plus s'garer quelque tte dans une habitation voisine1 et1 comme chaque animal porte le chiffre de son matre1 il n'y en a jamais de perdus4 ,dix-huit cents btes cornes donnent ,uaialke un revenu considrable1 et plus de douze cents ,indiens1 sujets de l'hacienda1 travaillaient aux champs du matre2 aujourd'hui1 le nombre en est fort rduit3 le cholra de #ahed enleva en peu de jours plus de sept cents de ces malheureux4 ,deux heures de repos avaient donn aux mules une nouvelle vigueur2 il s'agissait d'atteindre ,sakalun avant la nuit4 ,en approchant de ce dernier point1 je retrouvai1 comme dans la direction de ,valladolid1 les traces de la rvolte indienne3 quelques murs noircis et des cabanes abandonnes formaient la ligne frontire de leurs derniers exploits4 ,sakalun fut deux fois ravag2 aussi le village a-t-il un air de tristesse mortelle4 ,mon quipage s'arrta sur la place3 ,antonio ne savait qui s'adresser pour rclamer une nuit d'hospitalit4 ,j'allai donc frapper aux portes1 mais nul ne pouvait me recevoir1 et l'on m'indiqua1 de l'autre ct de l'glise1 la maison d'une pauvre veuve qui1 d'habitude1 hbergeait les trangers de passage4 ,je m'y rendis2 elle me pria d'entrer dans sa maisonnette1 m'assurant qu'elle ferait son possible pour me procurer le ncessaire4 ,elle s'excusa d'une manire charmante de ne pouvoir m'accueillir d'une faon plus grande1 et le regard de reproche qu'elle semblait adresser au ciel me fit comprendre que la fortune contraire avait d bouleverser une existence que des manires distingues1 jointes une figure noble1 annonaient avoir t brillante4 ,antonio s'en alla dans le bois couper du ramon 7feuillage pour les mules72 de mon ct1 j'allai visiter le cenote1 l'un des plus beaux du ,yucatan4 ,il est au milieu de la place2 l'ouverture en est presque circulaire1 sur un diamtre de quinze pieds environ4 ,un escalier gigantesque de rondins de bois unis par des lianes permet d'arriver la nappe d'eau qui garnit la surface du fond4 ,vous vous trouvez alors dans une vaste rotonde1 d'une lvation de prs de vingt mtres1 d'o pendent d'normes stalactites2 des masses de stalagmites correspondent aux cristallisations suprieures1 et quelquefois les deux runies semblent former la vote d'immenses colonnes de support4 ,l'aspect est grandiose1 et l'ensemble donne l'ide d'un gothique sauvage4 ,au crpuscule1 une longue file d',indiennes1 vtues de blanc1 s'en vont1 l'urne antique sur la hanche1 puiser l'eau du mnage2 les voir subitement disparatre1 on dirait une suite de fantmes s'engloutissant dans les entrailles de la terre4 ,le dner tout servi m'attendait au logis de la veuve2 la petite table garnie d'une serviette blanche1 quelques assiettes d'une propret exquise1 m'eussent rendu indulgent pour le plus dtestable repas2 mais tout tait bon1 bien apprt1 dlicieux4 ,deux jeunes filles1 celles de l'htesse1 me servaient table3 belles toutes deux1 la plus jeune attirait le regard par ses merveilleuses perfections3 elle avait treize ans2 blanche comme l'albtre1 son buste1 qui se dessinait sous la transparence du uipile indien1 prsentait les lignes admirables de la statuaire antique2 ses grands yeux noirs1 voils de longs cils1 avaient la douce expression d'une rsignation touchante2 le nez1 droit1 aux ailes mobiles1 disait la facilit de ses impressions1 et sa bouche de corail s'ouvrait sur une range de perles4 ,ses cheveux1 une rivire de jais1 relevs la chinoise1 formaient sur sa nuque blanche deux touffes luisantes relies par une faveur jaune et perces d'une flche d'argent4 ,cette coiffure lgante et bizarre s'harmoniait au costume indien de la jeune fille4 ,l'air d'innocence et de candeur qui rayonnait de toute sa personne en faisait un idal que le rve le plus divin ne pouvait dpasser4 ,de mme qu'une fleur ignore donne ses parfums au premier qui les respire1 de mme la belle enfant semblait heureuse de mes admirations1 et son visage se voilait de pudeur souriante1 sous le feu de mes regards passionns4 ,la mre me dit son histoire2 elle tait courte3 de terribles vnements1 une longue misre2 d'origine espagnole1 elle me conta l'hacienda pille et incendie1 son mari assassin1 son dsespoir1 sa fuite1 l'exil1 puis son retour en ces lieux dsols2 elle me dit cette vie sombre et solitaire1 et l'avenir plus sombre encore4 ,des pleurs coulaient sur sa face ride2 ses filles mlaient leur douleur la sienne1 et de grosses larmes bondissaient sur leurs jeunes visages comme des gouttes de pluie sur les ptales d'un lis4 ,je n'oublierai jamais cette dsolation4 ,ah6 que n'tais-je riche1 libre1 puissant6 ,et qui sait1 pensais-je8 ,que m'importent les ruines1 le monde1 l'avenir8 ,o donc est le bonheur8 ,heureux qui le rencontre et sait le reconnatre6 ,je ne pus taire la part que je prenais aux infortunes de mon htesse1 la joie que j'aurais les soulager1 le dsir4442 mais j'en dis trop peut-tre1 un silence d'acquiescement1 un sourire d'ange reconnaissant1 ce vif besoin d'espoir chez des malheureux1 m'avertirent de ne point ajouter les tristesses de la dsillusion aux navrantes tristesses du pass2 je me tus4 ,il tait l'heure de se sparer2 j'allai m'tendre1 songeur1 dans le hamac qui m'attendait4 ,la nuit porte conseil2 je rsolus de hter mon dpart1 pour chapper cette fascination qui m'avait engourdi la veille4 ,je la revis cependant1 et plus belle1 et plus sduisante encore2 deux longues nattes talaient jusqu' terre les trsors de sa chevelure d'bne1 et sa tunique de gaze lgre1 brode de jaune1 voilait peine les merveilleuses beauts de son corps2 ses yeux1 pleins de timides promesses1 prenaient mon coeur3 mon esprit irrsolu flottait comme celui d'un homme ivre4 ,il fallait m'arracher ces enchantements4 ,j'appelai ,antonio2 une demi-heure aprs1 les mules atteles m'attendaient la porte4 ,je leurs dis adieu4 --,quand reviendrez-vous1 dit-elle8 ,je ne la revis jamais4 ,la premire des sagesses n'est-elle pas d'viter le danger8 ,au retour1 j'allai prendre ,mouna la route de ,campche4 ,il fallut1 ,tikul1 nous arrter de nouveau pour rparer la caleza1 que menaait un second accident2 de l1 nous arrivmes le soir mme ,san ,jose o je passai la nuit4 ,les mules et la caleza devaient attendre mon retour1 car il n'y avait point d'autre route conduisant ,uxmal qu'un sentier traversant les bois4 ,uxmal est cinq lieues2 le majordome me loua des chevaux et des ,indiens porteurs pour mes bagages4 ,le sentier gravit les collines qui1 du nord-est au sud-ouest1 traversent le ,yucatan pour aboutir ,campche et retomber dans la plaine o se trouve ,uxmal4 ,toujours enfoui dans l'paisseur des taillis1 le voyageur n'aperoit l'hacienda qu'en arrivant sur la petite place qui la prcde4 ,rarement habit par le matre1 ,uxmal n'est qu'un centre agricole o sont groups les quelques serviteurs de l'habitation4 ,les ruines se trouvent #b kilomtres au sud3 des monticules touchent mme l'hacienda1 d'o l'on aperoit dans le lointain le palais du ,gouverneur et le sommet de la maison du ,nain4 ,je fis immdiatement porter mes instruments et mes bagages aux ruines1 et1 le lendemain1 je m'installai dans une salle de la partie sud du palais des ,nonnes4 ,au moyen de paillassons et de couvertures1 je fis une chambre noire parfaitement obscure1 et1 sur une table que me fournit l'hacienda1 j'installai mes bains et mes produits4 ,deux ,indiens avaient pour unique occupation la charge de m'aller qurir de l'eau1 ce qu'ils faisaient au moyen de jarres4 ,quatre autres devaient m'aider dans mes oprations1 tenir un dais de drap blanc au-dessus de l'instrument1 pour que l'intrieur de la chambre ne s'chaufft pas trop2 ils avaient m'ouvrir la porte de mon cabinet noir1 la fermer hermtiquement aussitt rentr4 ,quarante autres ,indiens furent occups trois jours couper les bois1 pour dgager les monuments entours de taillis et souvent couverts de plantes grimpantes4 ,antonio formait ma rserve et ne me quittait pas3 il tenait la lumire1 pendant que1 au-dessus de ma tte1 durant le travail du dveloppement des clichs1 les quatre premiers ,indiens tenaient galement un drap pour empcher les gravats des votes de tomber sur la couche de collodion4 ,voici la disposition et l'orientation des ruines4 ,je ne parlerai que des principales2 car1 sur un diamtre d'une lieue1 le sol est couvert de dbris1 dont quelques-uns recouvrent des intrieurs fort bien conservs4 ,la premire au nord#gc est le palais des ,nonnes4 ,au sud-est1 cent mtres de distance1 la pyramide surmonte de l'difice connu sous le nom de maison du ,nain2 sur la mme ligne1 mais l'ouest1 cinq cents mtres environ1 la ,carcel2 ,au sud1 le palais du ,gouverneur avec la maison des ,tortues1 sa dpendance2 l'ouest1 sur la mme ligne1 la maison des ,colombes2 ,au sud de ces difices1 et fort rapproches l'une de l'autre1 deux immenses pyramides autrefois surmontes de temples1 dont il ne reste presque plus rien aujourd'hui4 ,tout l'espace qui spare les palais que nous venons d'numrer est couvert de ruines de moindre importance et de dbris de toute sorte4 ,le palais des ,nonnes se compose de quatre corps de logis disposs en carr formant une cour de quatre-vingts mtres de ct4 ,la faade nord1 qui commande l'difice et semble avoir t la demeure principale du matre du palais1 est leve sur une plate-forme de douze quinze pieds1 dans laquelle se trouvaient disposs des logis bas et de petite dimension1 probablement l'usage des serviteurs4 ,on arrive la plate-forme par un escalier de face correspondant l'entre du palais1 perce dans la partie sud4 ,une petite voie cimente1 borde de dalles1 menait de l'une l'autre4 ,cette faade1 fort dlabre aujourd'hui1 prsente un dveloppement de cent sept mtres1 et dborde les btiments des deux ailes2 elle est perce de quatorze couvertures correspondant au mme nombre de salles doubles d'gales dimensions1 ne recevant le jour que par la porte commune4 ,les linteaux des portes sont en bois1 comme partout ,uxmal1 et soutiennent l'encadrement saillant d'une vaste frise o l'art indien semble avoir puis toutes ses ressources4 ,chaque porte1 de deux en deux1 est surmonte d'une niche merveilleusement ouvrage que devaient occuper des statues diverses4 ,quant la frise elle-mme1 c'est un ensemble extraordinaire de pavillons1 o de curieuses figures d'idoles superposes ressortent comme par hasard de l'arrangement des pierres et rappellent les ttes normes sculptes sur les palais de ,chichen-,itza4 ,des mandres de pierres finement travailles leur servent de cadre et donnent une vague ide de caractres hiroglyphiques3 puis viennent une succession de grecques de grande dimension1 alternes1 aux angles1 de carrs et de petites rosaces d'un fini admirable4 ,le caprice de l'architecte avait jet et l1 comme des dmentis la parfaite rgularit du dessin1 des statues dans les positions les plus diverses4 ,la plupart ont disparu1 et les ttes ont t enleves celles qui restent encore4 ,les intrieurs1 de dimensions varies suivant la grandeur des difices1 sont les mmes qu' ,chichen2 deux murailles parallles1 puis obliquant1 pour se relier par une dalle4 ,cette dfinition peut s'appliquer toutes les ruines4 ,les salles taient enduites d'une couche de pltre fin qui existe encore4 ,elles sont perces chaque extrmit de quatre ou huit trous se faisant face deux deux1 destins soutenir des rondins de bois de sapote rouge1 auxquels les habitants de ces palais suspendaient leurs hamacs4 ,le hamac est donc d'invention amricaine4 ,ne serait-il pas propos de chercher si cette coutume tait en usage chez les premiers peuples de l'ancien monde8 ,il n'est rien ngliger dans une tude de ce genre1 et l'affirmation d'un fait d'aussi peu d'importance apparente pourrait clairer bien des obscurits4 ,aux petites causes1 les grands effets4 ,c'est en tout cas le seul hritage qu'ait lgu la race disparue la race conqurante4 ,le hamac est d'un usage gnral dans toute la pninsule yucatque4 ,les ouvertures ne laissent apercevoir aucun vestige qui puisse faire supposer l'emploi des portes2 les montants de pierre1 parfaitement intacts1 n'offrent aucune trace de mortaises ou de trous quelconques qu'auraient occups des gonds de cuivre ou de bois3 mais si l'on observe l'intrieur1 on remarque de chaque ct de l'ouverture1 gale distance du sol et du linteau de la porte1 plants dans la muraille de chaque ct des supports1 quatre crochets en pierre4 ,il est alors trs-facile de se figurer la manire employe par les anciens habitants pour clore leurs demeures4 ,il s'agissait tout simplement d'un plateau de bois appliqu de l'intrieur contre l'ouverture1 et maintenu par deux barres transversales et parallles1 s'embotant dans les crochets de pierre4 ,l'aile droite de la faade gyptienne n'a que soixante-quatre mtres de dveloppement et cinq ouvertures1 mais les salles sont beaucoup plus vastes et plus leves que dans la faade que nous venons de dcrire4 ,la dcoration se compose d'une espce de trophe en forme d'ventail1 qui part du bas de la frise en s'largissant jusqu'au sommet du btiment4 ,ce trophe est un ensemble de barres parallles termines par des ttes de monstre4 ,au milieu de la partie suprieure1 et touchant la corniche1 se trouve une norme tte humaine1 encadre l'gyptienne1 avec une corne de chaque ct4 ,ces trophes sont spars par des treillis de pierre qui donnent l'difice une grande richesse d'effet4 ,les coins ont toujours cette ornementation bizarre1 compose de grandes figures d'idoles superposes1 avec un nez disproportionn1 tordu et relev1 qui fait songer la manire chinoise4 ,l'aile gauche 7casa de la ,culebra71 faade du ,serpent1 presque entirement ruine1 devait tre la plus belle4 ,son nom lui vient d'un immense serpent sonnettes courant sur toute la faade1 dont le corps1 se roulant en entrelacs1 va servir de cadre des panneaux divers4 ,il n'existe plus qu'un seul de ces panneaux3 c'est une grecque1 que surmontent six croisillons1 avec rosace l'intrieur2 une statue d',indien s'avance en relief de la faade1 il tient la main un sceptre2 on remarque au-dessus de sa tte un ornement figurant une couronne4 ,la tte et la queue du serpent se rejoignent l'autre extrmit1 et l'on reconnat parfaitement l'appendice caudal qui distingue le serpent sonnettes4 ,la partie croule laisse voir l'intrieur de deux salles1 o l'on distingue encore les trous destins aux hamacs dont j'ai parl plus haut4 ,les petites niches en forme de ruche qui ornent les dessus de porte de la quatrime faade lui ont fait donner le nom de faade des ,abeilles4 ,c'est un ensemble de colonnettes noues dans le milieu trois par trois1 spares par des parties de pierres plates et les treillis qu'on rencontre si souvent2 ce btiment est d'une simplicit relative1 compar la richesse des trois autres4 ,comme la cour1 il est en contre-bas1 et la grande entre du palais le partage en deux4 ,la cour contient deux citernes cimentes1 destines recueillir les eaux pluviales4 ,on ne peut s'empcher d'admirer la richesse d'imagination qui sut grouper dans le mme palais une telle profusion d'ornements et les distribuer sur des faades toutes diffrentes1 malgr quelques points de ressemblance4 ,la maison du ,nain1 dont ,stephens raconte la lgende1 est un temple plac sur une pyramide artificielle de soixante-quinze quatre-vingts pieds d'lvation4 ,plac cent mtres environ du palais des ,nonnes1 il se compose d'un corps d'habitation avec deux salles intrieures1 et d'une espce de petite chapelle en contre-bas tourne l'ouest2 ce petit morceau est fouill comme un bijou2 une inscription parat avoir t grave1 formant ceinture au-dessus de la porte4 ,les caractres1 briss pour la plupart1 disparatront bientt avec le btiment1 aujourd'hui dans un tat dplorable de dgradation4 ,la lgende de ,stephens a un cachet tout indien2 elle peut intresser le lecteur4 ,la voici3 ,l,,gende ,,de ,,la ,,maison ,,du ,,nain ,il y avait une fois une vieille femme1 vivant solitaire dans son jacal1 sur le lieu mme o s'lve la pyramide et le petit palais4 ,cette pauvre vieille se dsolait de n'avoir point d'enfants4 ,dans sa douleur1 elle prit un jour un oeuf1 l'entoura de chiffons et le mit avec soin dans un coin de sa cabane4 ,chaque jour1 elle l'examinait avec anxit2 mais l'oeuf conservait sa forme premire4 ,un matin cependant1 elle trouva la coquille brise et1 dans les langes de coton1 une charmante petite crature lui tendait les bras4 ,la vieille femme1 ravie1 l'appela son fils1 lui chercha une belle nourrice et en prit tant de soin1 qu'au bout d'une anne1 l'enfant marchait et parlait aussi bien qu'un homme2 mais il cessa de grandir4 ,plus enchante1 plus ravie que jamais1 la bonne vieille s'cria qu'il serait un grand chef1 un grand roi4 ,un jour1 elle lui dit d'aller droit au palais du gouverneur et de le dfier tous les exercices de force4 ,le nain la supplia de ne point l'engager dans une telle entreprise1 mais la vieille exigea qu'il partt4 ,il lui fallut donc obir4 ,la garde du palais l'introduisit prs du monarque1 auquel il jeta son dfi4 ,ce dernier sourit et le pria de soulever seulement une pierre de trois arrobas 7#ge livres74 ,le pauvre enfant s'en revint en pleurant vers sa mre qui le renvoya1 disant3 ,si le roi soulve la pierre1 tu la soulveras aussi4 ,le roi la leva donc1 et le nain la leva pareillement4 ,on voulut alors prouver sa force d'autres manires1 mais tout ce qu'avait fait le roi1 le nain l'excutait avec la mme facilit4 ,indign d'tre vaincu par un si petit tre1 le roi lui dit alors que s'il ne btissait1 en une nuit1 un palais plus lev que tous ceux de la ville1 il mourrait4 ,l'enfant1 pouvant1 retourna sanglottant vers la vieille qui lui dit de ne point dsesprer1 et1 le matin1 ils se rveillrent tous deux dans le charmant palais qui existe encore aujourd'hui4 ,le roi vit avec tonnement ce palais magique2 il manda le nain et lui ordonna de runir deux faisceaux de cogoiol1 espce de bois trs-dur1 avec lequel1 lui1 le roi1 frapperait le nain sur la tte1 son petit ennemi devant le frapper son tour4 ,celui-ci courut encore chez sa mre1 pleurant et se dsolant2 mais la vieille releva son courage1 et lui ayant plac sur la tte une petite tortille de froment1 elle le renvoya prs du roi4 ,l'preuve fut faite en prsence des personnages les plus considrables de l'tat1 et le roi brisa son faisceau tout entier sur la tte du nain sans lui faire le moindre mal3 ce que voyant1 il voulut sauver sa tte de l'preuve qui l'attendait2 mais1 comme il avait donn sa parole devant toute sa cour1 il ne put s'y soustraire4 ,le nain frappa donc et1 ds le second coup1 fit voler en clats le crne du roi2 aussitt tous les spectateurs chantrent victoire et acclamrent le vainqueur comme leur souverain4 ,la vieille femme disparut alors2 mais dans le village indien de ,mani1 dix-sept lieues de l1 se trouve un puits profond qui mne d'immenses souterrains s'tendant jusqu' ,mrida4 ,dans ce souterrain1 sur le bord d'une rivire et sous l'ombre d'un grand arbre1 une vieille femme est assise1 un serpent son ct4 ,elle vend de l'eau par petite quantit1 mais n'accepte point d'argent pour sa peine2 il lui faut des cratures humaines1 d'innocents bbs que le serpent dvore4 ,cette vieille femme1 c'est la mre du nain4 99 99 99 ,la ,prison1 l'ouest1 dans le bois1 semble tre une copie du mme difice ,chichen-,itza2 mme disposition intrieure1 mme architecture au dehors1 avec plus de simplicit4 ,la casa de las ,palomas 7palais des ,colombes7 ne prsente plus aujourd'hui qu'une muraille dentele de pignons assez levs1 percs d'une multitude de petites ouvertures1 qui donnent chacun la physionomie d'un colombier4 ,cette muraille1 espce d'ornementation bizarre1 est leve en surplomb d'un monument quatre corps de logis plus considrable encore1 comme tendue1 que le palais des ,nonnes2 malheureusement1 les quatre faades sont entirement ruines et ne prsentent plus que des dbris o toute trace d'ornementation a disparu4 ,le palais du ,gouverneur est la pice capitale des ruines d',uxmal2 de proportions plus harmonieuses1 plus sobre d'ornements avec plus d'ampleur1 du haut de ses trois tages de pyramides1 il se dresse comme un roi1 dans un isolement plein de majestueuse grandeur4 ,le corps du palais mesure plus de cent mtres2 il est lev sur trois pyramides successives2 la premire de ces pyramides a deux cent vingt mtres et sert1 pour ainsi dire1 de marchepied la seconde2 la seconde1 de deux cents mtres environ sur quinze pieds d'lvation1 forme une immense esplanade pave autrefois1 avec deux citernes1 comme dans la cour des ,nonnes4 ,un autel1 au centre1 soutenait un tigre deux ttes1 dont les corps relis au ventre figurent une double chimre4 ,un peu plus l'avant se dressait une espce de colonne dite pierre du chtiment1 o les coupables devaient recevoir la punition de leurs fautes4 ,la troisime pyramide1 qui sert de plate-forme au palais1 n'a gure que dix pieds d'lvation2 un large escalier aboutit l'entre principale du monument4 ,quant l'difice1 l'ornementation se compose d'une guirlande en forme de trapzes rguliers1 de ces normes ttes dj dcrites1 courant du haut en bas de la faade et servant de ligne enveloppante des grecques d'un relief trs-saillant1 relies entre elles par une ligne de petites pierres en carr diversement sculptes2 le tout sur un fond plat de treillis de pierre4 ,le dessus des ouvertures tait enrichi de pices importantes1 que divers voyageurs ont eu le soin d'enlever4 ,quatre niches1 places rgulirement1 contenaient des statues1 absentes aujourd'hui4 ,la frise se termine par un cordon rentrant sur la saillie de l'encadrement1 et figure1 par une ligne courbe s'enroulant sur une ligne droite1 un ouvrage de passementerie moderne4 ,deux passages angle rentrant s'ouvraient autrefois de chaque cot du palais2 les constructeurs eux-mmes durent les condamner pour les remplacer par deux chambres de moindres dimensions que les autres4 ,le palais contient vingt et une salles1 ne recevant de jour que par l'ouverture des portes2 mais les pices du milieu se distinguent par leurs dimensions colossales2 elles mesurent vingt mtres de longueur sur une hauteur approximative de vingt-cinq pieds4 ,au-dessus de la porte principale se trouve l'inscription du palais2 les caractres sont parfaitement visibles1 et donneraient1 si l'on en possdait la clef1 le nom du prince ou du dieu en l'honneur de qui le monument fut lev4 ,au-dessous de l'inscription1 un buste1 dont la tte manque et dont les bras sont casss1 semble un buste de femme4 ,le pidestal est orn de trois ttes rebours1 bien ciseles1 et d'un type presque grec4 ,en somme1 les ruines d',uxmal nous paraissent tre la dernire expression de la civilisation amricaine2 nulle part un tel assemblage de ruines1 maisons particulires1 temples et palais2 la masse agglomre des dbris indique une ville et fait supposer une socit o l'homme1 affranchi des entraves d'une thocratie barbare1 et peut-tre mme du lien honteux des castes1 se trouvait appel l'exercice de certains droits4 ,le ,yucatan1 l'poque de la conqute1 tait industrieux et commerant1 et c'est le propre de l'industrie d'tendre jusqu'aux humbles les bienfaits d'une galit relative4 ,uxmal1 j'prouvai dans mes oprations1 des difficults sans nombre3 une chaleur terrible1 la dcomposition des produits chimiques1 ainsi que des accidents de toutes sortes faillirent compromettre le succs de mon expdition4 ,ajoutez cela des nuits sans sommeil1 et vous aurez une ide de ma position4 ,j'ai dit que je m'tais install dans le palais des ,nonnes1 et que j'avais fait ma chambre coucher de l'un des intrieurs de l'aile sud4 ,ma premire nuit fut charmante2 j'avais enlev les draperies qui masquaient la porte1 et les balancements du hamac rendaient la chaleur supportable4 ,je dormais seul dans le palais2 les ,indiens se refusrent constamment passer la nuit dans les ruines2 l'ide seule leur inspirait une frayeur mortelle4 ,antonio m'avait suppli d'aller chaque soir coucher l'hacienda2 c'et t perdre trop de temps1 et comme je vis bien o tendait cette manoeuvre1 je le laissai libre d'aller o il lui plairait1 pourvu toutefois qu'au petit jour il se trouvt1 lui et les ,indiens1 ma disposition4 ,ils y manqurent rarement1 et le majordome eut la bont de veiller ce qu'ils fussent ponctuels4 ,l'un d'eux n'tant arriv qu' huit heures reut1 ce qu'il parat1 et sans que j'y fusse pour rien1 une bastonnade des mieux appliques4 ,depuis ce jour1 il fut exact4 ,j'tais donc seul1 et grce mes travaux1 peine tendu sur mon hamac1 je dormais comme un bienheureux4 ,le troisime jour1 je perdis jamais ce doux repos2 il y avait eu1 vers les quatre heures1 un orage pouvantable1 accompagn d'une pluie torrentielle2 la promenade du soir m'avait t interdite1 et je me bornai prendre quelques notes1 assis la porte de mon logis4 ,la nuit vint1 je me roulai sur mon hamac1 o je ne tardai pas m'endormir du sommeil du juste4 ,mais1 hlas6 juste1 je ne l'tais point1 car je m'veillai soudain en proie d'atroces douleurs4 ,un bruit d'ailes remplissait la chambre1 et1 portant les mains au hasard1 je sentis une multitude d'insectes froids et plats de la taille d'un grand cafard4 ,horreur6 une multitude d'entre eux passrent sur ma figure2 je me prcipitai pour allumer une bougie1 et mes yeux furent frapps du spectacle le plus dsolant qui se pt voir4 ,dans mon hamac1 plus de deux cents de ces affreuses btes restaient comme prises au filet2 trente1 au moins1 de ces animaux1 que je me htai de secouer1 restaient encore sur moi2 j'avais la figure1 aux mains1 sur le corps1 des enflures qui me causaient une douleur insupportable4 ,une grande quantit1 parmi ceux du hamac1 taient gras1 rebondis et gonfls du sang qu'ils m'avaient tir2 les murailles taient couvertes de compagnons de mme espce1 qui paraissaient attendre que leurs amis1 rassasis1 leur cdassent la place4 ,comment me dfaire de tant d'ennemis8 ,je m'armai d'une petite planche et je commenai le massacre4 ,c'tait une besogne atroce et dgotante soulever le coeur2 le combat dura deux heures1 sans piti1 sans merci3 j'crasai tout4 ,quand je vis la place nettoye1 qu'il n'y eut plus que des cadavres1 je fermai hermtiquement la porte et tchai de me rendormir1 deux heures aprs il fallait recommencer4 ,ces insectes taient des piques ou punaises volantes4 ,le lendemain1 je changeai mon domicile1 mes ennemis m'y poursuivirent encore1 et ma vie ne fut plus qu'un enfer4 ,pendant huit jours1 j'endurai ce supplice1 qui fut bien un des plus atroces de ma vie de voyage4 ,quinze jours aprs1 je portais encore les marques des piqres de mes adversaires4 ,je me trouvais moins de vigueur pour mon travail1 travail o j'usais mes forces par une pouvantable transpiration4 ,le lecteur s'en rendra compte1 quand je lui dirai que je consommais quelque chose comme douze litres de liquide1 vin et eau mlange d'alcool1 et que le tout s'vaporait1 ce qui constituait un poids de plus de vingt-cinq livres4 ,chaque reproduction me cotait jusqu' deux ou trois essais2 d'autres1 parfaitement russies1 se trouvaient perdues par des accidents inattendus et souvent par l'indiscrte curiosit des ,indiens1 qui1 malgr mes dfenses expresses1 ne pouvaient retirer leurs doigts des clichs termins que je mettais scher au dehors4 ce sujet1 il m'arriva l'aventure suivante qui faillit compromettre ma russite dans la reproduction du plus beau de ces palais1 la maison du ,gouverneur4 ,je l'avais rserv pour le dernier1 afin de pouvoir lui donner tous mes soins4 ,comme le palais s'lve sur une pyramide1 il m'avait fallu construire sur l'esplanade qui le prcde un cube en pierre sche de douze pieds de hauteur1 afin d'tablir mon instrument au niveau de l'difice4 ,mon cabinet noir1 install dans la grande salle du milieu1 c'est--dire quatre-vingts mtres du lieu d'exposition1 m'avait forc d'ajouter un drap mouill tous mes engins2 j'en enveloppais le chssis1 afin que1 pendant le temps prolong de l'exposition et des alles et venues1 la couche de collodion ne scht point4 ,je courais pour abrger autant que possible4 ,comme le palais est fort grand1 je rsolus de le faire en deux parties1 afin de donner plus de dtails1 et d'arriver un effet d'ensemble plus saisissant4 ,j'avais mis de ct pour cette reproduction un flacon de collodion parfaitement repos1 sur lequel je comptais1 et deux glaces1 les seules que j'eusse trouves2 je n'avais plus d'autres produits1 et pas d'autres glaces1 il fallait donc russir1 et russir coup sur coup sous peine de voir la lumire changer et l'clairage n'tre plus le mme pour les deux parties du monument4 ,je commenai donc1 et le premier clich vint parfaitement3 pas une tache1 clair1 transparent1 chaque dtail dans ses valeurs1 irrprochable en un mot4 ,pour le second1 un rayon de soleil s'tait gliss dans le chssis1 la glace se trouvait coupe par une ligne noire qui rendait le clich impossible4 ,je me htai de nettoyer la glace1 mon collodion s'puisait1 et je n'en avais pas d'autre1 je le versai donc avec tout le soin possible1 et connaissant l'accident qui m'avait fait manquer l'autre1 il m'tait facile de l'viter pour celui-l4 ,tout alla bien1 le clich russit2 il tait de mme teinte1 de mme force1 et je me glorifiais dj de mon triomphe dans une affaire aussi dlicate4 ,je dposai celui que je venais d'achever pour examiner le premier et mieux juger de la perfection de mon oeuvre4 ,je l'avais la main1 et1 le regardant par transparence1 je voulus effacer avec le doigt quelques voiles de produits que j'apercevais derrire la glace4 dsespoir6 quelqu'un avait chang la position du verre1 et ma main entire se grava sur la couche impressionne4 ,je compris que tout tait manqu1 et jetant un regard terrible autour de moi1 au milieu d'affreuses imprcations1 je demandai le nom du coupable2 il n'avait garde de se nommer4 ,je bondissais comme un tigre sous l'excitation de ma colre1 et mes ,indiens semblaient ptrifis4 ,que faire8 ,j'avais laiss dans le palais des ,nonnes plusieurs flacons contenant des rsidus de collodion sensibiliss2 je promis une piastre au premier qui me les rapporterait4 ,les pauvres gens se prcipitrent alors comme des flches1 se livrant au milieu des bois coups un steeple-chase des plus chevels1 auquel mon courroux de photographe ne put tenir2 je me htai cependant de nettoyer ma glace nouveau2 je n'avais pas termin qu'ils arrivrent4 ,mais1 sur quatre coureurs1 il y avait trois gagnants1 chacun me prsentant un flacon4 ,je n'avais pas prvu le rsultat2 calcul ou hasard1 je m'excutai de bonne grce4 ,il n'tait point encore trop tard1 et si le dernier clich passablement russi ne valait pas les autres1 on pouvait au moins s'en contenter4 ,uxmal possde aussi l'un de ces vastes tangs artificiels creuss dans les bas-fonds1 pour runir l'eau des pluies1 et qui sont appels compenser le manque d'eau dans la pninsule4 ,ces cenotes sont d'immenses ouvrages de maonnerie et de ciment1 qui se retrouvent toujours auprs des ruines et des anciens centres de population4 ,il tait temps pour moi de quitter ces lieux de damnation2 mon corps n'tait qu'une plaie1 j'tais dans un tat de maigreur impossible et tann comme un vieil ,indien4 ,quelques accs de fivre s'ajoutrent mes malaises1 aussi je me reposai dlicieusement le soir l'hacienda1 o le majordome m'avait fait prparer un repas de laitage et de fruits4 ,cette contre a toujours t pleine pour moi d'une ineffable mlancolie2 je laissai de ct la fte du village o quelques ,indiens s'battaient pauvrement sous l'incitation de l'anisado1 et je passai ma journe1 couch l'ombre des palmiers qui abritent la noria1 fumant les cigarettes parfumes de la ,havane1 enfonc et perdu dans ce bien-tre du repos qui suit toute fbrile agitation4 ,le soir1 la venue des jeunes filles la fontaine droulait mes yeux des scnes de moeurs toutes primitives et pleines d'une posie antique2 suivant leur manire de porter l'urne sur la tte1 sur l'paule ou sur la hanche1 comme aussi d'aprs leurs draperies1 leur dmarche et leur grce2 tantt c'tait ,rbecca dans le dsert1 des femmes grecques la fontaine1 ou la fille d',alcinos dans son le des ,phaciens4 ,pour elles1 timides comme de jeunes sauvages1 embarrasses par la prsence de l'tranger1 elles masquaient en souriant leur visage par un mouvement de pudeur tout indienne4 ,ce mouvement1 que je n'ai retrouv qu'au ,yucatan et dans les montagnes1 consiste se voiler la bouche seulement au moyen d'une partie du uipile4 ,nous tions dcidment entrs dans la saison des pluies2 chaque jour1 c'tait une averse et l'orage qui la prcde2 je fis donc partir les bagages de fort bonne heure1 afin de les retrouver secs ,san ,jose1 de faon que je pusse changer de vtements s'il m'arrivait d'tre surpris par l'orage4 ,cela ne manqua pas4 ,une heure peine aprs mon dpart d',uxmal1 je fus inond par des masses d'eau qui entravaient la marche de mon cheval1 m'aveuglaient moi-mme et me coupaient la respiration2 quoique mouill comme un rat1 je m'en inquitais peu1 sachant mes malles l'abri et me proposant de me changer mon arrive2 mais point4 ,j'atteignis mes bagages une demi-lieue de l'hacienda3 ils taient1 on le pense1 dans un tat dplorable4 ,les conducteurs avaient trouv plus simple de vider une coupe avec les danseurs d',uxmal et ne s'taient mis en route que fort tard1 alors que je les croyais arrivs4 ,je les dpassai donc1 me htant vers ,san ,jose4 ,le majordome1 auquel j'exposai ma pitoyable situation1 n'avait rien m'offrir en remplacement de mes effets mouills1 qu'une chemise de rechange dont je dus me contenter4 ,ce majordome tait bien l'homme le plus microscopique du monde1 et sa chemise1 proh pudor6 ne me venait qu'aux hanches4 ,je n'osai1 en cet tat1 m'exposer l'admiration des habitants1 et je me promenai en grommelant dans l'intrieur de l'hacienda4 ,un grand gaillard1 surpris comme moi par l'orage1 et comme moi vtu de l'unique dfroque du pauvre majordome1 n'y mit point tant de faon1 il se promenait le cigare la bouche dans les galeries de l'habitation4 ,c'tait un ,espagnol1 au teint bronz mais bien tourn de corps1 et d'une blancheur remarquable4 ,aussi les ,indiennes1 trs-friandes de chair blanche1 s'extasiaient-elles devant ce nouvel ,adonis2 il y prit peu garde d'abord1 aspirant avec une indiffrence de blas l'encens de leur nave admiration4 ,mais son triomphe devint tellement clatant qu'il en fut embarrass1 le spectacle tait des plus comiques et je riais me tordre4 --,ve ,vd estas p44441 me dit-il faisant retraite1 voyez-vous ces coquines4442 ne faudrait-il pas leur faire chacune un enfant8 ,,xii ,l',,uzumacinta ,campche4--,la ville4--,l'htel4--,la canoa4--,la traverse4--,carmen4--,don ,francisco ,anizan4--,l',uzumacinta jusqu' ,palissada4--,le ,cajuco4--,quatre jours sur le fleuve4--,le rancho4--,san ,pedro et la chasse aux crocodiles4 ,les marais4--,l'iguane4--,las ,playas4 ,le fidle ,antonio fut encore mon guide jusqu' ,campche1 o ses mules me conduisirent en trois longues journes4 ,la physionomie de ,campche diffre en toutes choses de celle de ,mrida3 l'entre tortueuse des faubourgs1 les fosss avec pont-levis et les murailles lui donnent un air de ville de guerre dont elle est glorieuse1 et ses combats avec ,mrida1 ses victoires et le sige qu'elle soutint cette poque1 se mlent souvent la conversation de ses habitants4 ,les rues ne sont pas tires au cordeau1 comme toutes celles de la rpublique2 ses maisons1 ingales et plus leves que celles des villes mexicaines1 lui donnent un air moins oriental4 ,les monuments y sont rares et sa cathdrale est des plus modestes4 ,les riches commerants possdent1 en dehors des murs1 des habitations de plaisance o la flore des tropiques tale toutes ses magnificences1 et dont l'ensemble forme la ville une enceinte de verdure4 ,vue de la mer1 assise sur le rivage en pente douce1 appuye sur les promontoires de deux collines1 avec son bois de palmiers plac sur la gauche comme une aigrette mobile sur la tte d'une jolie femme1 ,campche offre un coup d'oeil d'une coquetterie ravissante4 ,le port est mauvais1 ou plutt1 il n'y a point de port4 ,de mme qu' ,sisal1 les navires doivent stationner au loin1 de crainte des bas-fonds et des vents du nord4 ,quoique bien dchue de sa grandeur commerciale1 ,campche est encore la ville la plus riche de la ,pninsule1 et la plupart des maisons de l'le de ,carmen ne sont que les comptoirs de ses habitants4 ,tout le monde sait que les bois de teinture1 connus sous le nom de bois de ,campche1 viennent de l'tat de ,tabasco et de la partie marcageuse de l'tat du ,yucatan2 l'le de ,carmen1 devenue district libre aujourd'hui1 en a pour ainsi dire le monopole2 aussi la ville de ,campche dcline-t-elle chaque jour4 ,j'avais une lettre de ,juarez pour le gouverneur1 don ,pablo ,garcia4 ,je trouvai1 dans le chef du petit tat1 un homme bien lev1 parlant plusieurs langues1 le franais entre autres1 avec beaucoup de facilit1 et qui me reut avec une exquise politesse2 il se mit avec empressement ma disposition et1 s'tant inform du but de mon voyage1 il me donna pour l'un de nos compatriotes ,carmen1 don ,francisco ,anizan1 une chaude lettre de recommandation4 ,don ,pablo est un multre fonc de couleur1 d'une physionomie sympathique1 fort jeune encore1 et qui ne doit qu' ses talents le poste lev qu'il occupe4 ,il lui a fallu vaincre1 pour y arriver1 l'espce de rprobation qui s'attache un peu partout aux gens de sa race1 ce qui lui prte ncessairement un mrite de plus4 ,campche tale le luxe de deux htels qui se partagent1 en mourant de faim1 la clientle de ses rares voyageurs4 ,celui qui m'hbergea tait assez bien tenu2 sa table1 abondamment servie1 donnait une haute ide de la fortune de son propritaire1 et l'on se demandait comment le modeste cot de trois ou quatre voyageurs pouvait suffire l'entretien de la maison4 ,l'hte voulut bien m'en instruire mes dpens4 ,un soir1 revenant du mle1 o j'avais t prendre l'air frais de la mer1 j'entendis le tintement de l'or dans une chambre voisine2 la porte tait entre-bille1 j'entrai4 ,une runion de douze quinze personnes tait attable autour d'un tapis vert et notre homme tenait la banque4 ,il me fit aussitt un geste des plus galants1 m'indiquant une chaise vide et me demandant si je ne ponterais point quelques piastres4 ,j'avoue mon faible pour cette ironie du sort qui vous prodigue en si peu d'instants les motions les plus diverses4 ,on jouait le monte4 ,que de fautes on pourrait rejeter sur le respect humain6 ,je crus ma dignit engage ponter2 il me sembla que les personnes prsentes auraient une faible ide de moi si je regardais la perte d'une once ou deux1 et puis j'tais assis4 ,je pontai donc et je gagnai d'abord1 ce qui est assez l'habitude2 puis1 comme toujours1 ayant perdu1 je me piquai1 de telle sorte que1 la sance leve1 je constatai un dficit de cinq onces 7quatre cents francs74 ,j'attendais volontiers que l'hte me demandt pardon de la libert grande1 et je trouvai l'htel un peu cher pour mes moyens4 ,notre hte tait mlomane enrag2 mais1 comme il n'avait reu du ciel aucun talent d'excution1 quel que ft du reste l'instrument1 il avait mand de la ,havane une serinette de grand format1 dont il croyait rjouir ses habitus4 ,les mmes airs se succdaient sans relche1 et notre homme avait soin de remonter sa machine avant mme que le dernier morceau ne ft achev4 ,jamais instrument ne fut plus occup1 mais jamais non plus musique plus agaante2 c'tait faire ses malles et dloger4 ,j'avais beau lui dire que1 toujours du plaisir1 ce n'tait pas du plaisir2 il faisait la sourde oreille et n'coutait que sa musique4 ,je me dbarrassai de ce cauchemar en me confinant dans mon appartement o1 du reste1 me clouait une indisposition srieuse4 ,je crus avoir la fivre jaune2 je la dsirais depuis longtemps1 et je la vis venir avec plaisir2 je savais qu'une fois passe1 c'tait un sauf-conduit pour l'avenir au milieu de ses invasions priodiques1 et j'avais besoin de ce passe-port dans mes voyages4 ,j'prouvai1 ce sujet1 une dsillusion complte2 car1 deux jours aprs1 j'tais parfaitement remis et sur le point de partir pour ,carmen1 bord d'une canoa prte s'loigner du mle4 ,les canoas sont de petites embarcations1 d'une facture toute primitive et d'une solidit plus que douteuse1 qui font le service de ,campche ,carmen en deux1 trois ou cinq jours1 suivant la mer et la brise4 ,toujours en vue du rivage1 on jette l'ancre la nuit et le jour1 on jette l'ancre au moindre vent4 ,on comprend qu'une courte traverse soit longue avec de telles prcautions2 mais le ,mexicain n'a rien de la fougue du ,yankee2 il prend son temps1 va piano et s'en trouve bien4 ,nous tions une foule dans la canoa4 ,elle tait charge de pltre couler2 on nous avait entasss dans un espace vide sur le milieu du bateau2 quelques autres s'taient camps sur la cargaison2 il n'y avait point de bordage pour se retenir1 pas plus que de pont pour se garantir de la mer4 ,il vint pleuvoir2 on nous jeta simplement une toile goudronne sur la tte1 ce qui nous exposait une asphyxie gnrale1 laquelle nous n'chappmes que par miracle4 ,le prix du transport n'est pas fort lev2 aussi la nourriture y est-elle moins qu'abondante1 et mauvaise2 j'avais heureusement des provisions4 ,c'est en cet quipage que1 aprs avoir doubl ,champoton et l',aguada1 nous atteignmes ,carmen aprs quatre jours de la traverse la plus accidente du monde2 il y manquait un naufrage1 mais nous emes la famine2 aussi je saluai le port d'un oeil reconnaissant4 ,carmen est une le boise1 humide1 plate1 leve de quelques pieds peine au-dessus du niveau de la mer4 ,le commerce des bois donne son port une certaine animation2 il renfermait alors un grand nombre de canoas et des trois-mts barques en charge pour l',europe2 nous n'abordmes qu'avec une peine infinie aprs trois heures des manoeuvres les plus gauches4 ,je me rendis immdiatement la maison de don ,francisco pour lequel j'avais une lettre de recommandation4 ,m4 ,anizan est1 en mme temps que ngociant1 consul de ,france ,carmen1 et c'est bien l'homme le plus hospitalier que je connaisse2 non-seulement il voulut que je logeasse chez lui1 mais s'occupa de mon dpart1 traita pour moi du transport de mes effets1 me mnagea des amis et des protecteurs sur le littoral de l',uzumacinta1 de telle sorte que1 sans souci aucun1 sans dmarche1 je me trouvai prt remonter le fleuve4 ,l'excellent homme m'avait en outre bourr de provisions4 ,le voyageur1 en de telles circonstances1 incapable de rendre le bien qu'il a reu1 ne peut que former des voeux pour la prosprit des hommes dvous qui lui tendirent une main secourable4 ,la nouvelle embarcation1 sur laquelle je me dirigeai vers ,palissada1 remontait vide pour en redescendre charge de bois4 ,c'tait une canoa dans le genre de celle de ,campche1 mais beaucoup plus grande et d'un tonnage de cinquante tonneaux4 ,elle avait des voiles pour traverser la baie2 mais1 une fois engage dans le labyrinthe des les l'embouchure du fleuve et dans les sinuosits de la rivire1 il lui fallut remonter le courant pura palanca1 au croc et la gaffe2 on se figure aisment quel temps il faut quatre hommes d'quipage pour remorquer1 durant un trajet de vingt-cinq ou trente lieues1 avec d'aussi faibles moyens1 une embarcation d'un tel volume4 ,ce n'est pas un des moindres dsagrments des voyages que ces transports longs et pnibles o l'impatience qui vous tourmente gte les plus belles choses4 ,celui-ci fut pour moi des plus dsagrables2 outre le mauvais temps1--il plut pendant deux jours1--les moustiques1 qui se rencontrent par nues dans ces parages1 nous martyrisaient sans piti4 ,je descendis dans le pont de la canoa1 mais l'odeur atroce et la chaleur suffocante me forcrent remonter1 et je prfrai la pluie aux exhalaisons mphitiques de l'intrieur4 ,quant aux moustiques1 j'avais bien une moustiquaire pour la nuit1 mais les forbans trouvaient toujours quelque endroit par o se glisser1 de sorte que1 en dpit de mes prcautions1 j'tais assassin de plus belle4 ,cependant le paysage ne manque pas de certaines beauts3 les rives du fleuve s'levaient mesure que nous avanions1 et la vgtation plus vigoureuse dbordait en verts arceaux4 ,de temps autre1 un souffle d'air1 gonflant la voile toujours dploye1 nous faisait franchir une lgre distance la grande joie de l'quipage2 et l quelques oiseaux d'eau prenaient leur essor notre approche pour se reposer et repartir encore1 et du haut des berges1 de lourds camans faisant la sieste roulaient avec bruit dans le fleuve4 ,les matines taient fraches1 et je me rappelle avoir vu passer1 flottant engourdis1 trois jeunes crocodiles gars qui s'en allaient la drive4 ,je rsolus de m'emparer de l'un d'eux1 ce qui fut la chose la plus facile2 je passai l'une des rames plat sous son ventre1 il y resta comme un objet inerte4 ,je le mis sur le pont o il ne tarda pas reprendre ses esprits4 ,il avait de douze quatorze pouces de long1 et se dmenait comme un beau diable quand on le prenait la main4 ,il fallait du reste user de prcaution2 car1 malgr sa tendre jeunesse1 il ouvrait une petite gueule parfaitement arme1 et se montrait mchant comme une gale4 ,j'en voulais faire un compagnon de route1 un ami s'il tait possible1 et je le gardai deux jours1 mais il ne rpondait mes avances que par des billements menaants1 et mes bienfaits ne furent pays que de la plus noire ingratitude4 ,dsesprant d'en rien faire1 je le rejetai dans le fleuve o je l'envoyai rejoindre ses chers parents4 ,mais voil ,palissada1 avec sa magnifique bordure de palmas reales 7palmiers royaux7 d'une hauteur norme4 ,palissada n'est qu'une succursale de ,carmen2 l'un est le lieu de production1 et l'autre l'entrept4 ,chaque maison de ,carmen a donc un double comptoir ,palissada1 o sont groups une foule d',indiens coupeurs de bois4 ,les chefs de maison entretiennent1 en outre1 des relations avec les villages indiens de l'intrieur1 dont les habitants engagent1 moyennant avance1 leur travail de l'anne4 ,le ,yucatan et l'tat de ,tabasco sont les seules provinces1 au ,mexique1 o l',indien soit pour ainsi dire esclave4 ,au ,yucatan1 il est fort mal trait dans les haciendas1 et bien des chefs d'habitation1 presss d'argent1 les vendent en cachette des exportateurs de la ,havane4 ,tabasco1 ils ont bon air1 sont bien vtus et vivent dans l'abondance2 leur paye est forte1 du reste1 et voici comment les marchands de bois les retiennent leur service3 ,il est admis que l',indien des terres chaudes n'aime point le travail2 quand il s'y livre1 c'est par besoin1 pour retomber aprs dans son inertie naturelle4 ,cette apathie est l'unique raison de l'tat inculte des terrains si fertiles du niveau de la mer4 ,or1 l'tat de ,tabasco1 devant sa richesse l'exploitation de ses bois de teinture1 a port remde cette paresse invtre par un article de sa lgislation1 qui dclare que tout ,indien endett ne peut abandonner le service de son matre avant de s'tre intgralement libr4 ,il s'agissait donc d'endetter l',indien1 chose facile pour tous les hommes et par toute la terre4 ,outre une premire avance d'argent qui met d'abord le serviteur sous la dpendance du matre1 chaque ngociant possde une boutique o l',indien imprvoyant trouve crdit tout ce qui peut flatter sa prodigalit4 ,on accrot la dette1 on la maintient1 suivant le besoin du moment et voil le serviteur esclave perptuit4 ,s'il change de matre1 c'est que le second rembourse au premier les avances qu'il a faites4 ,il y a1 en outre1 une exploitation des plus habiles4 ,quoique grassement pay pour un travail1 il faut le dire1 fort pnible1 la somme que dbourse le matre1 se trouve fort rduite1 par l'obligation impose au serviteur de se fournir de tous objets au magasin de la maison4 ,des sommes considrables se trouvent ainsi engages sur la tte des travailleurs1 et quand un ngociant possde son service deux ou trois cents ,indiens1 il n'est pas tonnant qu'il ait dbours comme avance #c ou #djj1jjj fr4 ,le premier venu ne pourrait donc exploiter les bois de teinture1 et1 pour former un tablissement agricole1 il faudrait1 on le voit1 des sommes importantes4 ,un habitant me loua deux hommes et un cajuco1 tronc d'arbre creus2 on y installa mes bagages et des provisions1 un paillasson pour abri1 on calcula les journes d'aller et retour et la location du cajuco2 le tout monta la somme de #aej fr4 que je payai4 ,mon quipage tait des plus minces et mon canot fort troit3 assis ou couch1 je n'avais pas choisir2 ma seule distraction consistait tirer des crocodiles nageant fleur d'eau1 les singes qui se hasardaient sur la rive et d'normes iguanes aux brillantes couleurs4 ,le paysage1 toujours le mme1 tait d'une monotonie dsesprante2 la solitude n'tait trouble que par la rencontre de rares canots descendant le fleuve1 et la chaleur suffocante me jetait l'me dans une somnolence triste que je ne secouais qu'avec peine4 ,dans le haut du fleuve cependant1 mesure qu'on s'loigne des habitations1 cette solitude n'est plus la mme3 les forts1 dans toute l'exubrance de leur sve1 lancent vers le ciel des jets plus vigoureux o toute la gamme des verdures droule l'harmonie de ses couleurs4 ,le silence est plein de voix mystrieuses2 il semble que la nature fuit l'approche des hommes pour parler son divin langage4 ,cependant nous arrivons un embranchement du fleuve2 des marches tailles dans la terre de la rive indiquent un rancho1 et j'y monte pour acheter des fruits2 mais tout est dsert1 les piliers de bois supportent encore un toit de chaume ruin1 le lieu me plat pour une halte1 et comme les nuits sont belles1 et que la lune est dans son plein1 je voyagerai la nuit4 ,les ,indiens y consentent1 et nous nous installons4 ,tout annonait la prsence rcente des habitants2 un champ dfrich s'tendait au loin1 des bosquets de manguiers chargs de fruits ombrageaient la maisonnette1 et divers enclos avaient du renfermer les animaux domestiques4 ,tout auprs1 une plantation de cacaoyers tmoignait de l'industrie de l'ancien matre4 ,le cacahual1 dj vieux1 contenait un nombre immense de pieds en plein rapport1 d'o pendait une multitude de coques aux gousses parfumes2 la solitude tait complte2 qu'tait devenu le propritaire de cet ermitage abandonn8 ,je m'enfonai dans le bois1 le fusil d'une main1 le machete de l'autre1 pour m'ouvrir un passage au milieu des broussailles et des lianes1 quand tout coup je me trouvai en prsence d'une troupe de singes de grande espce1 logs dans les hauteurs d'un arbre4 ,je m'arrtai2 de leur ct1 ils m'examinaient avec attention2 nulle hostilit de part et d'autre3 ils ne cherchaient pas fuir1 et d'abord je n'avais aucune intention de les attaquer4 ,j'tais cependant fort intrigu1 j'aurais dsir me procurer l'un d'eux1 et ne savais comment faire2 je pensai qu'un bless me resterait comme prisonnier1 et je tirai4 ,mon fusil contenait des chevrotines1 huit chaque coup3 l'individu auquel j'adressai mon premier tir1 tait lev et bien en vue1 j'avais d le toucher1 mais il ne bougea pas1 un second coup ne fit d'autre effet que lui occasionner un lger soubresaut1 sans lui faire abandonner la place1 les autres commenaient me regarder avec terreur1 et se mouvaient lentement dans le feuillage4 ,je rechargeai1 et je vis au troisime coup de feu les bras de la pauvre bte s'ouvrir1 pour laisser tomber deux petits singes qu'elle tenait embrasss2 je devinai la cause de son insensibilit apparente1 elle avait t protge par le corps de ses enfants2 l'un tomba2 l'autre1 quoique mort1 resta suspendu par l'extrmit de sa queue4 ,pendant ce temps1 les membres de la compagnie s'taient clipss1 et la mre affaisse1 agonisante1 sur une grande branche1 ne quittait point des yeux les cadavres de ses chers petits4 ,j'eus un vritable remords de ma vilaine action3 la douleur de la mre tait tout humaine1 et je me htai d'abrger ses souffrances3 elle tomba4 ,j'allai ramasser mes victimes2 les jeunes singes taient cribls1 mais la peau de la mre tait en assez bon tat2 je priai les ,indiens de l'corcher pour en conserver la fourrure paisse et belle4 ,les chasseurs l'emploient par morceaux pour prserver la batterie du fusil de l'humidit des bois4 ,les trois malheureux taient de la tribu des singes hurleurs qui1 la nuit1 font retentir les forts de leurs cris pouvantables4 ,cependant la nuit approchait1 les ,indiens dtachrent des poteaux de la cabane le hamac dans lequel j'avais repos1 transportrent l'embarcation les divers objets qu'ils en avaient dbarqus1 et la pirogue charge1 nous nous mmes en route4 ,mes conducteurs changrent alors de direction2 au lieu de remonter le fleuve comme devant1 ils se laissrent aller au courant du bras que nous avions atteint2 celui-ci se dirigeait l'ouest dans la direction de ,tabasco4 ,la nuit vint1 et roul dans mon zarape1 je m'endormis bientt4 ,quand je me rveillai1 il pouvait tre onze heures2 la lune1 alors au milieu de sa course1 se refltait l'avant de la barque1 dans les eaux calmes de la rivire1 et semblait nous guider comme une lueur amie4 ,accroupi la poupe1 l'un des ,indiens1 silencieux comme un fantme1 dirigeait la marche4 ,le fleuve tait large1 et dans la pnombre o bleuissaient les rives1 l'oeil saisissait la silhouette gracieuse des palmiers sauvages4 ,oh6 la puissante chose que le silence6 ,au milieu de cette contre dserte1 entour de cette fort vierge s'tendant au loin1 sur les eaux calmes de la rivire et comme une barque charge d'ombres1 le cajuco glissait sans bruit4 ,le ciel tincelait1 et la lumire diaphane de la lune enveloppait toute chose de son voile magique4 ,pas un souffle dans le feuillage1 pas une ride sur l'onde4 ,au milieu de tous ces silences1 muet d'admiration1 j'avanais1 comprenant pour la premire fois la posie de ces admirables solitudes4 ,non1 rien ne saurait rendre les splendeurs de ces nuits toiles6 ,tout1 dans cette nature silencieuse1 tait aspiration1 mystre1 religieuse loquence1 et1 dans ce recueillement universel1 le coeur unissait sa prire la prire des choses4 ,si parfois les cris clatants des singes hurleurs1 si le rugissement du jaguar ou le chant lugubre d'un oiseau de nuit venait troubler cet hymne du sommeil1 il semblait qu'une puissance inconnue toufft ces voix1 et que la nature entire s'inclint de nouveau dans un silence plus majestueux encore4 ,ne suffit-il pas d'un moment pareil pour rendre l'me qui doute la foi qu'elle a perdue8444 ,abim dans la contemplation de ces beauts1 cras par leur grandeur1 je m'enivrais aux sources de cette posie ternellement jeune et divine1 et ne me laissai aller au sommeil que lorsque les premires clarts de l'aurore vinrent dorer la cime des bois4 ,l'un des ,indiens cependant m'appelait depuis longtemps3 --,seor1 disait-il1 seor1 levez-vous1 nous sommes arrivs4 --,arrivs6 m'criai-je en me dressant1 arrivs1 o cela8 -- ,san ,pedro1 rpondit-il1 et si vous voulez vous reposer l'ombre et djeuner1 je vais vous conduire la maison de don ,juan1 qui s'adresse une des lettres que vous avez4 --,c'est bien1 lui dis-je4 ,je vis1 en jetant les yeux autour de nous1 que le paysage tait chang3 le cajuco avait abandonn le cours du fleuve pour remonter un petit affluent4 ,la rivire o nous tions alors n'avait pas plus de vingt-cinq trente mtres de large1 les bords taient privs d'arbres1 mais couverts de plantes aquatiques4 ,sur la petite lande de droite paissaient quelques bestiaux1 et1 dans le fond1 appuyes au bois1 s'talaient les cabanes toit de chaume d'un village indien4 ,mon guide me conduisit la plus grande de ces habitations et me prsenta le propritaire1 don ,juan1 qui je remis la lettre de don ,francisco4 ,mon nouvel hte me donna une poigne de main amicale1 et1 m'indiquant un hamac1 m'invita m'y reposer2 puis il me pria de l'excuser une minute1 m'assurant qu'il serait bientt tout moi4 ,l'intrieur de la case1 jour comme toutes celles de ces parages1 annonait une certaine aisance3 la cabane1 divise en quatre compartiments1 contenait une tienda d'approvisionnement pour les ,indiens1 des chambres pour les femmes1 et la pice commune1 salle manger1 o l'on m'avait install4 ,la cour1 entoure d'une haute clture1 renfermait toute une mnagerie de bipdes1 o poules1 canards1 dindons normes1 gloussaient et piaulaient l'envi2 quant messieurs du grouin1 ils semblaient jouir des privilges les plus tendus1 entrant et sortant tour tour1 traversant les pices1 s'y reposant au besoin1 et me venant flairer avec une audacieuse familiarit4 ,la cuisine seule leur tait interdite1 et quand1 timidement et en tapinois1 comme une bte en faute1 ils parvenaient s'y introduire1 un cutch1 cutch1 plusieurs fois rpt1 les mettait en fuite l'instant4 ,don ,juan devait tre chasseur1 car deux fusils1 une poire poudre et de grands machetes pendaient l'une des cloisons2 j'en tais l de mon inventaire quand il reparut4 --,vous devez tre bien fatigu1 me dit-il1 car trois jours de cajuco1 par une telle chaleur1 sont une terrible affaire8 --,je le suis si peu1 rpondis-je1 que si vous avez quelque chose de nouveau et de curieux me montrer au village1 je suis prt vous suivre4 --,c'est parfait1 rpondit-il2 mais djeunons d'abord1 et plus tard je pense pouvoir vous intresser quelque peu4 ,sur ces entrefaites1 la mnagre1 grosse femme rebondie1 avait couvert une petite table fort basse d'une serviette grise frange1 sur laquelle un ragot de poulet de fort bonne mine1 flanqu d'un plat de haricots noirs1 nous attendait tout fumant4 ,une pile de tortilles blanches et minces remplaait le pain4 ,l'usage de la fourchette est inconnu3 l',indien prend un morceau de tortille1 qu'il arrondit en cuiller1 pour porter sa bouche les aliments quels qu'ils soient2 les doigts et le couteau viennent au besoin en aide cet instrument tout primitif2 on se lave les mains en sortant de table4 ,n'ayant point eu de vivres frais depuis trois jours1 je dvorais1 la grande satisfaction de mon hte1 auquel mon apptit faisait honneur4 --,avez-vous jamais mang du caman8 reprit don ,juan4 --,ma foi non1 rpondis-je1 et je m'en soucie peu2 cela doit tre dur et coriace8 --,pas tant que vous le pensez1 n'est-ce pas ,hyacinto8 fit-il au domestique qui nous servait4 ,celui-ci rpondit par un signe d'assentiment4 ,il faut que vous sachiez1 poursuivit don ,juan1 que les ,indiens de ce village ne vivent gure que de la chair du caman2 cette nourriture est saine1 vous le verrez1 car tous mes compatriotes sont robustes et1 sauf les accs de fivre qui de temps autre nous accompagnent jusqu' la tombe1 ils sont les mieux portants du monde4 ,de plus1 cela ne cote rien1 car1 vous avez d le remarquer1 les camans grouillent dans nos rivires1 et pche qui veut4 ,mais venez1 ajouta-t-il en se levant1 je veux vous montrer quelques belles pices de cet trange gibier4 ,je le suivis2 dans le premier jacal o je pntrai la suite de mon hte1 deux crocodiles vivants1 les pattes amarres1 le ventre en l'air et la queue coupe1 attendaient dans une triste rsignation que leur dernier jour ft arriv4 --,on leur coupe la queue par prcaution1 comme vous voyez1 me dit don ,juan1 car ils feraient des sottises et pourraient casser une jambe du moindre coup4 ,je m'approchai des deux monstres1 dont l'un avec sa queue devait avoir mesur quinze pieds au moins2 l'autre tait un novice4 ,ils ouvrirent tous deux leur gueule formidable1 mais impuissante1 frissonnant d'une rage strile4 ,les deux ovipares exhalaient une forte odeur1 tenant un peu du musc1 mais infiniment dsagrable4 ,nous en trouvmes encore dans d'autres cabanes1 tous dans le mme tat et destins au mme usage4 --,on les prend de deux manires1 me dit don ,juan3 avec un fort crochet garni d'un appt1 et il me montrait la trace du fer qui avait perc la mchoire infrieure1 ou bien la main4--,oh6 oh6 pensais-je1 don ,juan me prend pour un autre1 mais je ne la goberai point2 et comme il me vit sourire3 --,vous paraissez en douter1 seor8 --,non1 repris-je1 oh6 non1 vous me l'assurez4 ,nanmoins1 je serais enchant de le voir1 et voici mme une piastre l'adresse du hros qui me donnerait ce curieux spectacle4 --,la piastre tait inutile1 poursuivit mon homme1 cependant cela ne gte rien4 ,et comme nous croisions dans le village1 nous rapprochant de sa cabane3 --,hol6 h6 ,cyrilo444 ,cyrilo6 ,au troisime appel de don ,juan1 un grand gaillard1 noir1 maigre et nerveux comme un tigre1 l'aborda1 son chapeau la main4 --,qu'y a-t-il pour votre service1 don ,juan8 --,voil monsieur qui voudrait bien te voir amener un lagarto1 il a l'air de douter de tes moyens4 --,oh6 ce n'est pas une affaire1 reprit tranquillement l',indien1 et pour vous faire plaisir1 don ,juan444 --,c'est une piastre pour toi1 mon garon2 ainsi donc1 tche de te distinguer4 ,cyrilo demanda cinq minutes pour se prparer1 et nous promit de nous rejoindre au bord d'un bajou1 petite rivire troite et lente1 dans le bois1 de l'autre ct du village2 pour nous1 nous devions prendre une pirogue et nous faire conduire jusque-l4 ,quand nous arrivmes1 notre homme tait sur la berge nous attendant2 il tait nu et tenait la main un fort poignard1 dont la lame1 longue de huit pouces1 semblait un norme clou1 carr la base4 ,il avait dj jet sur les alentours un coup d'oeil de connaisseur4 vingt pas1 il nous fit signe d'arrter et1 nous prcdant avec prcaution1 il nous indiquait un point de la rive encombr de touffes de hautes herbes2 il n'en tait plus qu' dix pas environ1 quand deux camans courte queue plongrent dans le fleuve comme deux mastodontes4 ,en moins de temps qu'il ne faut pour l'crire1 ,cyrilo se prcipita le poignard entre les dents1 plongea et ne reparut pas4 ,nous nous dirigemes toute vitesse vers le lieu du combat2 la situation me semblait palpitante1 je fouillais la rivire de l'oeil1 un remous indiquait seul la place o l',indien avait disparu2 quelques secondes1 longues comme un sicle1 passrent1 l'eau s'agita de nouveau comme refoule par la puissance d'une hlice1 et la queue du monstre frappa la surface d'un coup terrible2 puis le corps parut dans une rapide volution2 ,cyrilo1 souill de fange1 adhrait au ventre du caman4 ,ils disparurent encore1 laissant une longue trane de sang4--,bravo1 ,cyrilo6 fit don ,juan2 pour moi1 je ne respirais plus1 le sang glac par la terreur1 tmoin muet de cette effroyable lutte1 je regrettais de l'avoir provoque4 ,cependant1 la rivire s'agitait sous les efforts des deux lutteurs et l'eau remontait la surface en tourbillons limoneux2 quelques secondes passrent encore et ,cyrilo reparut1 mais seul1 couvert de fange1 demi-suffoqu4 ,un cri de joie s'chappa de ma gorge comme un cri de dlivrance2 ,cyrilo nageait nous et je lui tendis la main pour l'aider1 mais il sauta lui-mme dans la barque1 o il fut un instant sans parler4 --,este c4444 me corto el dedo3 ,ce j4444 f44444 m'a coup le doigt1 fit-il en nous montrant la premire phalange de son index mutil4 ,au moment o ,cyrilo avait enlac le monstre corps corps1 son doigt s'tait trouv engag dans la gueule de l'animal4 --,pero me lo pago3 ,mais il me l'a pay1 ajouta-t-il1 et nous l'allons bien voir tout l'heure4 ,au reste1 s'il ne remonte pas1 comme il est probable qu'il s'est enfonc dans la vase1 je vais aller le chercher4 ,don ,juan me fit signe de l'oeil1 je m'inclinai2 cet ,indien me parut grand comme ,csar4 ,pour lui1 il se dbarrassait de la fange dont il tait couvert et se prparait vritablement replonger2 je l'arrtai2 et tenez1 le voil6 fit don ,juan dsignant une surface blanchtre flottant de l'autre cot du bajou4 ,c'tait bien le caman1 le ventre en l'air et la poitrine ouverte de quatre coups de poignard4 ,nous le remorqumes jusqu'au village3 il mesurait quatorze pieds trois pouces2 j'offris ,cyrilo deux piastres au lieu d'une1 et je payai vingt francs son poignard que je conserve encore4 --,veuillez remarquer1 me dit mon hte1 que nos ,indiens sont les seuls pour excuter le tour de force que vous venez de voir2 c'est pour ainsi dire un don particulier1 car vous iriez par tous les villages des alentours sans trouver un pcheur de lagartos la main4 ,ce qu'il y a de plus singulier dans cette affaire1 c'est que le caman lui-mme ne s'y laisse pas prendre2 l'instinct le fait fuir devant l',indien de ,san ,pedro1 tandis qu'il se jetterait sur tout autre pour le dvorer4 --,si vous vouliez nous rester une huitaine1 me dit don ,juan1 je pourrais vous montrer une chasse au jaguar qui ne manque pas d'intrt4 --,cela est bien tentant1 ami don ,juan1 lui rpondis-je2 mais j'ai deux hommes qui m'attendent et une longue traite fournir2 vous me conterez vos chasses1 si vous le voulez bien4 --,soit1 mais demain matin nous irons pcher des tortues4 ,nos ,indiens en font un petit commerce et vont en vendre dans les villages1 jusqu'au pied des montagnes1 las ,playas et ,palenqu4 ,pcher la tortue se dit clavar la tortuga1 parce qu'en effet on les chasse au moyen d'un fer pointu emmanch d'un bton4 ,le jour suivant1 de fort bonne heure1 j'accompagnai don ,juan dans son cajuco2 tous deux nous tions arms de l'engin susdit4 ,l'esquif1 guid par un jeune ,indien1 nous permettait de sonder et l le fond de la rivire2 il faut1 pour russir1 une certaine habitude1 et don ,juan avait dj harponn deux tortues que je n'avais encore senti l'caill d'une seule2 cependant je finis par en amener une1 et je jugeai au poids ma prise de peu d'importance4 ,c'tait1 en effet1 une jeune tortue de six pouces de diamtre1 dont la cuisinire n'aurait point voulu2 je me dgotai facilement d'un exercice o je n'excellais gure1 et le soleil montant1 nous rentrmes au village avec cinq magnifiques btes1 dont la plus grande n'avait pas moins de douze quatorze pouces de diamtre4 ,don ,juan nous en fit apprter une3 la chair en est graisseuse1 fade1 et ncessite un fort assaisonnement4 ,quant la chasse au tigre1 laquelle je ne pouvais assister1 don ,juan me raconta ce que chacun me confirma plus tard1 que c'tait la chasse du monde la plus innocente et la moins dangereuse1 malgr la frocit de la bte4 --,voil mes chiens1 dit-il1 en me dsignant les roquets assis autour de nous et demandant humblement quelques os ronger4 --,mais ce ne sont point des chiens de chasse8 --,cela ne fait rien1 reprit don ,juan2 ils ont assez de talent pour trouver une piste et la suivre1 le reste me regarde4 ,pendant le jour1 le tigre est timide2 il se blottit sous quelque roche ou se tient perch sur les branches d'un gros arbre3 il dort2 la nuit seulement il est terrible4 ,voil mon favori2 c'est le premier de mes pointeurs1 dit-il en jetant une moiti de tortille l'un des petits mendiants1 bte un peu maigre1 grise de couleur et d'un poil rare1 dont rien n'annonait les remarquables facults2 nous revenons rarement les mains vides quand nous partons de compagnie2 mais il se fait vieux et je ne sais si je pourrai jamais le remplacer4 --,mais au fait1 don ,juan6 lui dis-je 7car j'aime peu les prcautions oratoires1 et mon hte1 assez bavard1 menaait de faire traner le rcit74 --,voici1 poursuivit-il en souriant3 aussitt la bte dterre1 si1 cache dans les roches1 il s'agit de l'en faire sortir2 si1 dans la fort1 l'animal fuit devant l'aboiement1 monte dans un arbre et tombe1 pour ainsi dire1 en arrt sur mon chien1 qu'il couve de l'oeil en lui adressant1 la figure plisse1 ces rauques soupirs que vous devez voir d'ici1 il ne s'occupe en rien de ma personne et n'a point l'air de me voir2 aussi je prends mon temps1 je choisis l'endroit1 je vise aussi longtemps qu'il me plat2 en un mot1 je l'assassine4 ,vous voyez que cela n'a pas grand mrite4 ,il se rencontre des cas o l'immobilit du jaguar est si grande1 et son attention si compltement absorbe par le chien qui jappe1 qu'au moyen d'une branche d'arbre et d'un lasso on l'trangle1 pendu ou non1 comme le plus inoffensif des animaux4 ,tenez1 j'ai l quelques peaux assez bien conserves1 et si vous voulez en accepter une1 cela me fera plaisir4 ,j'acceptai de grand coeur3 celle que je choisis tait de moyenne taille1 et la balle1 entre au dfaut de l'paule1 tait sortie de l'autre ct4 ,je ne reverrai plus don ,juan1 et certes il n'entendra jamais parler de moi2 je lui adresse nanmoins mille grces pour les deux journes que je passai prs de lui4 ,mon domestique et mes deux ,indiens bouillaient d'impatience3 l'un s'ennuyait1 les deux autres craignaient1 au retour1 une semonce de leurs matres pour tant de jours perdus2 je rentrai donc dans ma prison flottante2 nous esprions atteindre las ,playas le soir mme4 ,plus nous avancions et plus les cours d'eau diminuaient d'importance2 les embranchements se multipliaient1 en outre1 jusqu' former des entre-croisements et des mandres o devait hsiter l'homme le plus expriment3 aussi mes conducteurs s'garrent-ils tout d'abord1 pour arriver au milieu d'un immense marais o peut-tre jamais cajuco n'avait pntr4 ,quelle joie pour un chasseur6 le marais semblait n'tre1 proportions gardes1 que le vaste rservoir d'un jardin d'acclimatation4 ,il y avait foule1 mais foule immense1 de canards de toutes espces1 oies1 hrons1 cigognes et de grands oiseaux de la mme famille1 nomms au ,mexique perros de agua1 et tant d'autres dont mon ignorance m'interdit la nomenclature4 ,c'tait un babil1 un bruit1 un grouillement indescriptible2 ces oiseaux taient peu sauvages1 ils nous regardaient tonns1 mais sans terreur2 ils nous laissaient approcher vingt pas1 puis ils s'en allaient vingt pas plus loin pour nous regarder encore4 ,j'en tuai quelques-uns sans beaucoup effaroucher les autres1 et1 du reste1 je les abandonnai1 ne sachant qu'en faire4 ,je prfrais les crocodiles dont le nombre tait vraiment prodigieux2 mais1 beaucoup plus fins qu'il ne semble1 ne montrant presque jamais que le bout du nez et les deux yeux saillants1 il fallait une grande adresse pour les atteindre1 et1 malgr mes coups de feu multiplis1 je n'en fusillai qu'un seul4 ,mes ,indiens cherchaient vainement une issue2 nous finmes par nous ensabler3 nouveau temps perdu4 ,ils retournrent en gmissant et s'enfoncrent dans une espce de canal entirement abrit sous l'ombrage1 mais presque combl par les troncs d'arbres4 ,l'eau1 dormant sur un fond de vase1 dgageait des vapeurs empestes2 des iguanes seules animaient ces lieux dsols2 il y en avait de magnifiques et d'une longueur incroyable2 j'en blessai une de sept pieds1 brillante de couleur et perle comme un beau lzard4 ,elle avait1 de la tte la queue1 la dentelle la plus finement dcoupe qui se pt voir1 et sa gorge1 gonfle par la colre1 atteignait un dveloppement considrable2 cette poche tait surtout l'objet de ma convoitise2 j'en voulais1 je l'avoue navement1 faire une blague tabac4 ,l'animal1 arrt dans sa course et gravement bless1 se dfendait encore1 et je dus lui donner trois coups de poignard dans la tte pour l'achever2 mais la bourse en question parfaitement dcoupe et frotte de pommade camphre1 ne put se conserver2 d'abord1 elle perdit ses couleurs1 puis les petites cailles tombrent1 et la peau mme finit par se couper4 ,j'avais hte de sortir de ce canal infect2 quelques embarcations amarres la rive nous firent esprer une cabane o mes guides pourraient se renseigner4 ,l'un d'eux disparut un instant1 et revint bientt la figure souriante2 nous approchions2 une demi-lieue au del nous devions apercevoir le village de las ,playas4 ,en effet1 nous dbouchmes presque immdiatement sur un vaste rservoir o le manque d'eau empchait la pirogue d'avancer2 il fallut quitter nos bottes1 retrousser nos pantalons et pousser la roue2 mon domestique1 nanmoins1 n'en voulut rien faire1 craignant de compromettre sa chre sant3 mais je devais en voir bien d'autres avec lui4 ,une fois les maisons en vue1 je laissai le cajuco1 promettant aux ,indiens d'envoyer du village des porteurs pour les aider et dcharger mes bagages4 ,une demi-heure aprs1 j'atteignais las ,playas et la maison de don ,ignacio o j'arrivai extnu1 mourant de soif1 et dans l'tat d'un homme compltement ivre4 ,j'attribuai ce malaise la chaleur suffocante1 aux exhalaisons mphitiques du canal1 et surtout la demi-heure de marche au milieu de la fange du marais4 ,la matresse du logis m'apporta une jicara pleine d'un posole sucr que j'avalai d'un trait1 une autre encore1 puis une autre1 car je ne pouvais me dsaltrer2 j'entrai alors dans une transpiration abondante et je m'endormis dans le hamac4 ,deux heures aprs1 l'indisposition avait disparu2 mais1 rarement dans mes voyages1 je ne crus ctoyer d'aussi prs quelque foudroyante maladie4 ,,xiii ,,palenqu ,de las ,playas ,palenqu4--,le village de ,santo ,domingo4--,don ,agustin ,gonzals4--,les deux bas-reliefs4--,les ruines4--,le palais et les temples4--,travaux photographiques4--,insuccs4--,les nuits1 apparitions4--,les lucioles4--,les tigres4--,retour ,santo ,domingo4 ,au sortir de las ,playas1 le sentier1 ferm d'abord par une ligne de forts1 s'ouvre bientt sur une perspective de prairies entoures d'arbres o la nature puise toutes les feries de sa vierge fcondit4 ,des bosquets ombreux1 sems au milieu des plaines verdoyantes1 paraissent disposs pour le plaisir des yeux1 tandis que la ceinture des grands arbres qui bornent l'horizon1 lui donnent cet aspect apprt des parcs anglais uni la sauvage grandeur des oeuvres de la cration4 ,tantt le cheval qui vous emporte semble en vainqueur guider vos pas sous des arcs de triomphe o des lianes gigantesques pendent en festons splendides1 et tantt1 courbant la tte sous des arceaux troits1 vous glissez comme un chevreuil gar dans les massifs de la fort4 ,ici1 la plaine s'ouvre de nouveau1 et dans sa lutte avec le bois qui l'enserre1 victorieuse ou vaincue tour tour1 elle se rtrcit1 s'allonge1 s'agrandit ou se ferme1 dployant une varit de contours1 une richesse de lignes o les molles ondulations des pelouses factices se mlent aux prets des solitudes4 ,l1 s'panouit la flore des savanes2 mais plus loin1 reprenant ses droits1 la fort jalouse1 crase toute vgtation fleurie sous le poids formidable de ses ombres sculaires4 ,des livres effars sillonnent en tous sens les hautes herbes de la prairie1 pendant que des peccaris froces1 indiffrents dans leur audace1 poursuivent en longue file des sentiers dj fouls4 ,de grands aras mlent leurs cris perants aux hurlements des zaraguatos suspendus dans les dmes1 tandis que le daim timide vous adresse de loin un regard tonn4 ,l'esprit est frapp par le rve biblique de l'den1 et l'oeil cherche vainement l've et l',adam de ce jardin des merveilles3 nul tre humain n'y planta sa tente2 sept lieues durant ces perspectives dlicieuses se succdent1 sept lieues de ces magnifiques solitudes que bornent de trois cts les horizons bleus de la ,cordillre4 ,c'est au milieu de ces enchantements que le voyageur arrive ,santo ,domingo del ,palenqu4 tendu sur l'affaissement de deux collines1 comme une paresseuse ,indienne dans le creux d'un hamac1 le village s'tiole dans son isolement1 et n'offre plus au regard qu'une rue de gazon vert borde de cabanes dsertes2 l'glise1 place sur l'minence1 n'est qu'une masure en ruine sans pasteur pour la desservir4 ,le village est nanmoins une sous-prfecture1 et le fonctionnaire1 don ,agustin ,gonzals1 voulut bien nous offrir l'hospitalit4 ,quatre ou cinq familles de race blanche habitent la bourgade3 don ,agustin1 don ,dionysio1 le receveur2 je ne fis qu'entrevoir les autres4 ,entre tous1 je remarquai un jeune ,allemand1 grand admirateur des ruines1 naturaliste passionn1 qui1 peut-tre dgot du monde1 est venu fixer sa demeure ,santo ,domingo4 ,mari depuis avec une fille du pays1 il y poursuit des recherches que sa sant chancelante rend de jour en jour plus pnibles4 ,longtemps il m'entretint des ruines que j'allais visiter1 m'exaltant leur grandeur et leur originalit3 il avait dcouvert1 disait-il1 cinq ou six temples nouveaux1 espacs dans la montagne2 il comptait en dcouvrir d'autres4 ,mon hte1 don ,agustin1 me conduisit la maisonnette faisant face la sienne1 dont le propritaire possde1 incrusts dans le mur de son logis1 les deux bas-reliefs si connus et reproduits par tous les voyageurs1 reprsentant3 l'un1 un personnage debout1 couvert d'ornements d'une grande richesse1 les jambes chausses d'espces de hauts cothurnes2 par derrire1 un enfant suspendu sa ceinture1 semble pousser des cris de dsespoir2 l'autre1 un vieillard paraissant souffler dans un instrument bizarre1 corne de guerre ou calumet1 instrument qu'on retrouve dans les bas-reliefs de la chambre croule du palais du ,cirque ,chichen-,itza2 il a sur la tte1 au-dessous de la coiffure symbolique1 une couronne de laurier1 et ses reins sont couverts d'une peau de tigre4 ,ces deux normes pierres avaient t arraches de l'autel d'un temple1 prs du grand palais1 et apportes grands frais jusqu'au village4 ,stephen1 dans son ouvrage1 les a fort exactement reproduites4 ,palenqu est encore un lieu d'exil o le gouvernement de ,chiapas envoie ses administrs turbulents2 six mois de sjour1 me disait-on1 calment les plus factieux1 un exil de quatre ans quivaut une sentence de mort4 ,l'ennui1 l'isolement1 les fivres abattent les plus vigoureux4 mon arrive1 le village avait ainsi deux htes forcs2 don ,pio1 l'un des bannis1 tait un personnage bien original4 ,jeune encore1 et d'une taille infiniment petite1 il s'agitait en de violentes dmonstrations contre la tyrannie de ses perscuteurs4 ,il chantait sa patrie absente et me faisait des beauts lointaines de ,san ,cristobal des rcits enchanteurs4 ,puis il comptait les jours1 dsesprait de nouveau1 et parlait de sa mort prochaine4 ,c'taient les ,tristes d',ovide dans son exil ,tomes4 ,il mlait souvent ses discours le nom de la ,pancha1 et longtemps je crus qu'une jument favorite tait sa compagne d'exil2 il me contait les difficults qu'elle avait eues voyager par les sentiers rapides de la ,cordillre1 ses souffrances1 et le dplorable tat o elle tait rduite4 --,venez la voir1 me dit-il en me guidant la maisonnette qu'il occupait4 ,il m'introduisit auprs d'une norme et magnifique personne1 doa ,pancha1 son pouse1 de deux fois sa taille et de six fois au moins son poids4 ,je frmis en pensant la bvue que j'avais failli commettre1 ayant t sur le point de lui demander si son prcieux animal avait quelque blessure4 ,je compris1 aux dimensions de cette aimable personne toutes les difficults du passage de la sierra4 ,la ,pancha devait avoir reint bien des ,indiens dans les pres sentiers de la ,cordillre4 ,depuis deux jours1 don ,agustin avait envoy mon intention douze ,indiens dans les ruines pour couper les bois et dgager les palais2 l'ouvrage devait avancer1 et je partis pour les rejoindre4 ,j'tais accompagn de mon domestique et d'un guide que l'tat de ,chiapas impose aujourd'hui chaque voyageur1 moyennant une solde de cinq francs par jour4 ,celui-ci devait me servir deux fins3 guider mes explorations dans les monuments et surveiller ma conduite l'gard des palais1 sa consigne tant de m'empcher de commettre toute dgradation quelconque2 quatre ,indiens nous suivaient galement1 chargs de mes bagages1 d'une table1 de divers ustensiles de cuisine et de provisions de bouche4 ,les ruines sont douze kilomtres au moins du village2 c'est une course assez longue4 ,le bruit des cognes frappant sur les troncs d'arbres m'avertit que nous approchions2 cependant on n'apercevait pas la moindre trace des monuments1 la fort vierge nous enveloppait dans l'paisseur de ses ombres1 et nous n'avancions qu'avec difficult4 ,j'arrivai bientt dans l'claircie que venait de pratiquer la hache des travailleurs1 et je n'apercevais toujours point le palais4 --,ah 6 mais l'ami1 dis-je au guide1 o donc se cache le palais8 --,le voil1 seor1 rpondit-il1 me dsignant une masse noirtre1 couverte d'une vgtation aussi vigoureuse que celle du sol1 et dont la faade tait moiti cache sous un fouillis de lianes4 ,en vrit1 l'on pouvait passer dix mtres et ne point l'apercevoir4 ,je compris aussitt les difficults qui m'attendaient dans la reproduction de ces monuments2 tout tait noir1 vermicul1 ruin1 perdu2 je ne pouvais1 du reste1 me mettre l'oeuvre de sitt1 car le travail des ,indiens n'allait point aussi vite que je l'avais pens d'abord1 il leur fallait deux jours encore pour me permettre de prendre une perspective de la faade4 ,il fallait1 de plus1 abattre au moins les arbres les plus gnants qui couvraient les toits de l'difice et dbarrasser la faade des plantes grimpantes qui en obstruaient la vue4 ,on installa donc simplement mon bagage dans l'une des galeries2 je laissai des ordres pour le dgagement de certaines parties1 et je m'enfonai de nouveau dans le bois1 la recherche des temples environnants4 ,un ,indien nous prcdait1 ouvrant un passage l'aide du machete4 ,chacun de nous en avait un1 et je portais de plus mon fusil sur l'paule1 pour les fauves1 s'il nous arrivait d'en rencontrer4 ,le premier temple1 sur la droite du palais1 trois cents mtres environ1 et de l'autre ct d'un petit ruisseau1 est construit sur une pyramide d'une grande hauteur4 ,l'ascension en est des plus pnibles2 les pierres dont tait double la pyramide s'boulent sous les pieds2 les lianes entravent la marche1 et les arbres sont quelquefois serrs barrer le passage4 ,on se rend difficilement compte de ces ouvrages gigantesques et l'on se demande si les constructeurs ne profitrent pas des minences naturelles1 si communes en ,amrique1 les modifiant suivant leur besoin1 les levant ou les aplatissant1 aprs quoi ils doublaient de pierre l'extrieur du monticule4 ,le temple en question est une btisse oblongue1 avec trois ouvertures de face4 ,ces ouvertures1 angles droits1 et dont les linteaux de bois ont disparu1 donnent le jour une galerie intrieure de huit neuf mtres de long1 qui communique elle-mme avec trois petites chambres1 dont l'une1 celle du centre1 renferme un autel4 ,cet autel1 qui rappelle par sa forme l'arche des ,hbreux1 est une espce de caisse couverte1 orne d'une petite frise1 avec encadrement4 ,aux deux extrmits de cette frise1 dans le haut1 se dploient deux ailes rappelant le mme genre d'ornementation souvent employ sur les frontons des monuments gyptiens4 ,de chaque ct de l'ouverture1 des ornements en stuc1 et quelquefois en pierre1 reprsentent divers personnages1 et1 tout au fond de l'autel1 dans la demi-obscurit1 se trouve un vaste panneau compos de trois immenses dalles parfaitement jointes et couvertes de sculptures prcieuses4 ,le temple dont nous parlons contenait la pierre de la croix que nous ne reproduisons qu'en partie dans notre ouvrage des ,cits et ,ruines amricaines4 ,nous n'avons pu faire autrement4 ,arrache de son emplacement primitif par une main fanatique qui voyait en elle la reproduction du signe chrtien miraculeusement employ par les anciens habitants de ces palais1 elle tait destine orner la maison d'une riche veuve du village de ,palenqu2 mais l'autorit s'mut de cette dvastation et s'opposa au transport de la pierre3 elle fut donc abandonne dans la fort o je la foulai sans la connatre et sans la voir1 lorsque mon guide me fit remarquer ce prcieux dbris4 ,elle tait couverte de mousses1 et les sculptures avaient entirement disparu4 ,lorsque plus tard je voulus la reproduire1 il fallut la frotter avec des brosses1 la laver et la dresser contre un arbre4 ,la partie reproduite dans notre grand ouvrage formait le centre1 et reprsente une croix surmonte d'un oiseau fantastique1 auquel un personnage debout1 et d'un dessin parfaitement pur1 offre en prsent un enfant tendu sur ses bras2 une inscription1 compose de cinq caractres1 se trouve la hauteur de la tte du personnage2 quatre autres caractres du mme genre existent sur les bas cts de la croix4 ,une hideuse figure d'idole forme la base de ce monument4 ,les deux autres dalles1 aujourd'hui en place dans l'autel du temple1 contiennent3 celle de gauche1 un personnage debout et qui semble dans l'attente du sacrifice qui s'accomplit en sa prsence4 ,derrire le bas-relief1 s'tend une longue inscription2 la dalle droite est de mme couverte de caractres qui doivent donner l'explication de la croix et l'histoire du temple ou de ses fondateurs4 ,outre l'appartement qui renferme l'autel1 le temple en contient deux autres1 droite et gauche du sanctuaire4 ,la salle de gauche pntre par un escalier dans un souterrain qui s'tend prcisment sous l'autel mme que nous avons dcrit4 ,il est probable que le prtre1 cach dans ce caveau ignor des fidles1 rendait haute voix des oracles que le consultant prenait pour la voix de ses dieux2 tant il est vrai que1 depuis la cration1 les moyens sont toujours les mmes4 quelque distance de ce premier difice1 presque sur la mme ligne1 nous trouvons un autre temple1 de mme architecture et de mme distribution1 mais plus petit4 ,les trois dalles du fond de l'autel sont en place et mritent une description tendue4 ,un masque hideux et froce occupe la partie centrale du bas-relief1 les yeux injects et sortant de l'orbite1 la langue pendante1 l'affreuse expression de la physionomie attachent ce masque symbolique l'ide d'un dieu destructeur4 ,ce masque est port par deux sceptres en croix qui s'appuient sur une estrade supporte par deux figures humaines accroupies1 brises par la douleur et d'une expression dchirante4 ,les figures rappellent le vieillard du panneau qui se trouve dans une maison du village de ,palenqu et dont nous avons parl plus haut4 droite et gauche1 deux personnages debout1 galement supports par deux figures prosternes1 semblent offrir la terrible divinit que reprsente le masque deux cratures humaines1 d'une expression moins douloureuse que comique2 des deux victimes1 celle de droite parat tre une femme4 ,quant aux grands bas-reliefs de l'offrande1 le type est toujours semblable1 et partout ,palenqu il offre les mmes particularits3 le nez et le front en ligne un peu courbe1 la tte fuyante1 le cerveau comprim et s'allongeant en pointe4 ,comme dans les autres tablettes1 les caractres compliqus d'une inscription religieuse garnissent les extrmits4 ,ce bas-relief prouve1 n'en pas douter1 que les sacrifices humains taient pratiqus ds l'poque la plus recule4 ,ce n'est pas chose naturelle1 mais cela montre du moins une filiation chez des peuples loigns les uns des autres et des sicles de distance4 ,on s'tonne de trouver les sacrifices humains tablis comme une coutume gnrale du nord au sud de l',amrique et se perptuant aux poques les plus avances de la civilisation chez ces peuples4 ,pour nous1 ce phnomne aurait deux causes3 la prodigieuse fcondit de ces races et le manque d'animaux domestiques4 ,les sacrifices humains auraient de ce ct la mme origine que l'anthropophagie1 qui n'existe que chez les peuplades prives d'animaux1 et qu'on observe l'tat d'exception chez les peuples pasteurs4 ,le prtre1 ne pouvant offrir ses dieux une hcatombe de taureaux1 lui sacrifiait une hcatombe humaine2 le fait est naturel1 tout aussi bien que l'homme mourant de faim qui dvore son semblable4 ,nous voudrions voir tudier la question suivante3 ,l'histoire d'une race contenant une lacune dans sa marche travers les diverses poques civilises1 passant de l'tat sauvage l'tat chasseur1 franchissant1 par dfaut de moyens1 l'poque nomade des peuples pasteurs pour arriver aux tablissements fixes d'une haute civilisation3 ne pourrait-on pas tirer de cette tude des conclusions favorables l'ide d'une race autochtone amricaine1 o se seraient fondues plus tard diverses immixtions de races trangres qui ne purent en modifier les instincts8 ,la visite ces temples1 si courte que soit la distance1 nous avait occups une partie de la journe2 je retournai donc au palais3 il s'agissait de rgler notre manire de vivre et d'encourager les ,indiens dans leur travail4 ,vers les quatre heures1 ils abandonnrent les ruines pour regagner le village et revenir le lendemain4 ,ce fut en vain que je les priai de rester1 offrant comme consquence une augmentation de paye2 ils ne voulurent point y consentir4 ,comme les ,indiens du ,yucatan1 ils conservent l'gard des vieux palais des ides superstitieuses invincibles1 et pour rien au monde ils ne consentiraient y passer la nuit4 ,notre installation fut vite faite2 mon domestique tablit nos hamacs sous les galeries4 ,trois pierres en triangle figurrent le foyer o mijotaient dans des marmites de fer des ragots inconnus ,brillat-,savarin4 ,le soir1 il fallait songer la provision de bois pour la nuit2 le guide avait1 de ce ct1 de bonnes raisons que je partageais du reste1 car je n'aimais point dormir ciel ouvert dans une obscurit dangereuse avec cet entourage de forts4 ,la premire nuit fut dplorable1 et bien que nous n'ayons t inquits d'aucune manire grave1 il fut impossible de dormir4 ,des nues de moustiques traversant draps et couvertures1 dont je m'tais envelopp malgr la chaleur1 m'empchrent de fermer l'oeil4 ,il fallut le lendemain renoncer au hamac et songer ma moustiquaire4 ,j'tendis par terre les deux ou trois paillassons qui servaient envelopper mes instruments1 et mon lit fut fait2 la gaze1 bordant le paillasson1 fermait toute issue1 et mes ennemis m'assigrent en vain4 ,au jour1 je vis arriver mes abatteurs de bois qui se mirent promptement en besogne4 ,le palais commenait prendre tournure2 j'esprais commencer mon travail le lendemain4 ,ma seconde expdition fut dirige au sud1 cinq cents mtres au moins du palais4 ,le guide me fit gravir1 comme toujours1 une pyramide que surmontait un temple1 toujours le mme1 et dont les dimensions seules varient4 ,stephens1 dans sa relation qui m'a paru si exacte dans certains cas1 prodigue ces petits oratoires des embellissements exagrs1 ou qui ont disparu depuis1 car je ne pus trouver la plupart d'entre eux4 ,un autre difice1 tout auprs du grand palais1 ne possde en fait d'ornementation que des dalles juxtaposes1 couvertes de caractres4 ,heureux qui pourra trouver la clef de cette criture1 muette aujourd'hui1 et qui nous dira quels furent ces peuples dont l'origine est le sujet des hypothses les plus contraires6 ,les piliers de ce temple portent encore les empreintes des bas-reliefs en stuc qui les couvraient du haut en bas4 ,au nord du grand palais et une distance que je ne peux prciser1 sur une pyramide moins leve que les prcdentes1 existe un autre monument d'une tendue plus considrable et dont ,stephens ne parle pas dans sa relation4 ,il est presque entirement ruin1 et c'est seulement au moyen de moulages qu'il serait possible de recueillir les documents indispensables la science pour qu'elle pt tudier avec fruit les dbris de bas-reliefs et les inscriptions de cette race anantie4 ,voici la description du palais3 ,orient comme toutes les ruines que nous avons visites1 la faade est tourne l'est4 ,l'tat de ruine de la pyramide oblongue sur laquelle se dressait l'difice ne permet pas de lui assigner une hauteur exacte1 je ne crois pas qu'elle dpasse quinze pieds1 et la mauvaise photographie de notre album vient l'appui de cette supposition4 ,la base de la pyramide pouvait avoir cent mtres de face sur soixante-dix de ct4 ,un mur perpendiculaire1 dans l'axe de la porte de communication des galeries intrieures et extrieures1 sparait deux escaliers qui permettaient d'arriver jusqu'au monument4 ,je ne sais quoi peut tenir cette diffrence dans les plans des palais reproduits jusqu'alors2 ,stephens donne une pyramide marches continues1 ,baradre et ,saint-,priest figurent sur la mme pyramide un simple escalier dans le milieu4 ,une partie de l'difice s'est-elle croule depuis8 ,c'est la seule supposition admissible pour expliquer cette divergence dans les dessins et reprsentations d'un mme objet4 ,je ne peux avoir invent le mur perpendiculaire1 et la photographie le reproduit4 ,le palais se compose de quatre galeries parallles bordes de btiments au sud et l'ouest4 ,les galeries enferment deux cours1 la premire ayant vingt mtres de long sur dix-sept de large2 la seconde1 de moindre dimension1 n'en a gure que quinze sur huit4 ,la galerie extrieure devait entourer le palais tout entier1 et les restes de piliers existants le feraient croire2 le plan donn par ,stephens dans son ouvrage nous a paru d'une grande exactitude1 et il lui a fallu de longues recherches pour le reconstruire aussi parfait4 ,aujourd'hui1 la galerie extrieure de face n'offre plus que huit piliers debout1 et l'espace libre encore est de trente-deux trente-cinq mtres4 ,la galerie1 affaisse son extrmit de gauche1 se trouve1 par un plan inclin1 relie avec le toit de l'difice4 ,chaque pilier a huit pieds d'lvation1 et chacun possde un bas-relief de mme hauteur avec un riche encadrement4 ,le sujet reprsente gnralement de un trois personnages3 l'un debout1 guerrier1 prtre ou monarque dans l'attitude du commandement1 la tte couverte d'une parure de plumes1 de lauriers ou d'ornements bizarres1 les deux autres prosterns en suppliants4 ,cinq de ces piliers ont le mme genre de bas-reliefs2 le sixime1 celui de gauche1 ne porte que des hiroglyphes4 ,il est probable alors que les deux piliers suivants1 portant aussi des inscriptions1 taient placs au milieu de l'difice1 et qu'un autre escalier correspondant celui dont l'emplacement est marqu dans notre photographie1 donnait accs sur une porte semblable celle qui s'ouvre du ct de la premire cour4 ,l'autre se serait ouverte au sud vers les btiments d'habitation4 ,tous les bas-reliefs sont dans le plus triste tat2 l'un n'a qu'une tte1 une jambe1 un bras1 ou quelqu'autre partie du corps2 il faut beaucoup d'habilet pour les reconstruire4 ,cependant1 avec les profils marqus sur le plat du mur on pourrait y arriver4 ,on reconnat au dcollage de certaines portions des bas-reliefs que les sujets ont t models sur le ciment dj sec dont les piliers sont enduits4 ,ainsi que nous l'avons fait observer pour les temples1 chaque dessus de porte tait form par un linteau de bois compos de deux pices dont les empreintes existent encore au sommet de chaque pilier4 ,comme ceux du ,yucatan1 le btiment lui-mme n'tait compos que d'une frise s'levant du pilier la hauteur du monument2 mais cette frise tait plus troite que celles d',uxmal1 se rapprochant de celles de ,chichen-,itza2 seulement1 au lieu d'tre perpendiculaire1 elle obliquait un peu sur elle-mme4 ,il est difficile1 aujourd'hui1 de juger de l'ornementation de cette frise1 il en reste fort peu de chose1 ce sont des espces de mandres1 models dans le ciment1 et dont la manire ainsi que les matriaux employs rappellent le style des monuments d',izamal4 ,l'encadrement de pierres est beaucoup plus dvelopp que dans les monuments d',uxmal et devait former et forme encore au-dessus de chaque pilier une saillie norme4 ,l'intrieur de la galerie porte hauteur d'homme six cussons au milieu desquels on voyait autrefois des figures d'homme et dont il ne reste aujourd'hui que des dbris4 ,ces cussons1 placs l'abri1 ont conserv une couleur claire4 ,au-dessus des cussons1 des ouvertures en forme de trfle sont creuses dans le mur de soutnement des deux galeries1 mais sans le perforer entirement2 elles n'ont gure que dix-huit pouces de creux4 ,les trois feuilles du trfle n'ont pas mme la forme compltement ronde1 car les extrmits sont termines par de petites dalles4 ,le dessus de la grande porte affecte la mme figure4 ,la faade et la galerie que nous venons de dcrire est noire et couverte de mousses2 j'essayai de la nettoyer et de frotter les piliers1 afin de leur donner une couleur plus photognique1 mais sans y russir2 je fus1 du reste1 oblig de le faire pour tous les objets que je voulus reproduire4 ,dans l'origine1 l'difice tait entirement peint1 et l'on retrouve encore des traces de couleur4 ,la seconde galerie rpte la premire1 moins les cussons2 les trfles y sont galement trs-profondment creuss4 ,le sol de cette galerie devait s'lever six ou sept pieds au-dessus du niveau de la cour1 qui se trouve aujourd'hui fort exhausse par les dtritus de toutes sortes1 arbres1 pierres1 etc4 ,on descendait dans cette cour par un escalier parfaitement conserv2 de droite et de gauche1 partant du sol pour atteindre la hauteur de la galerie1 sur laquelle elles s'appuient en pente1 se trouvent cinq dalles sculptes1 reprsentant divers personnages dont quelques-uns d'une expression assez heureuse1 mais d'un tout autre caractre que les bas-reliefs en pierre et en stuc dj connus4 ,la troisime galerie a ses soutiens orns de la mme manire que celle dj dcrite1 et ne se distingue que par les soubassements des piliers1 en pierres charges d'ornements et de sculptures bien conserves4 ,la seconde cour est sans ornementation4 ,les btiments d'habitation1 placs au sud des deux cours se composent d'un enchevtrement de galeries et d'intrieurs de diverses grandeurs1 de couloirs et de souterrains o l'on remarque un autel et des pierres de sacrifice2 il est fort difficile de pntrer dans ces intrieurs3 la plupart sont affaisss et les autres menacent ruine4 ,le mme tigre deux ttes qu'on voit sur l'autel1 au milieu de la vaste esplanade du palais ,uxmal1 se retrouve ,palenqu1 dans le bas-relief oval incrust l'intrieur d'un appartement du palais2 il supporte une femme ou une desse laquelle un personnage genoux semble offrir un diadme orn d'une haute aigrette de plumes4 ,j'allais oublier de parler du canal souterrain qui coule aux pieds du palais2 j'ignore jusqu'o il conduit1 et je ne pntrai pas au del de dix mtres2 d'une largeur de deux mtres sur une hauteur gale1 il est couvert d'immenses pierres1 qui lui donnent une solidit que n'branlent pas encore les dvastations de la fort4 ,l'eau1 qui coule dans ses profondeurs1 est toujours limpide et d'une fracheur remarquable dans ce climat dvorant4 ,une tour carre de deux tages s'lve dans une petite cour1 au sud de la quatrime galerie4 ,perce de quatre fentres chaque tage1 elle domine l'ensemble du palais4 ,cette tour offre un coup d'oeil des plus pittoresques3 des arbres normes ont pouss dans l'intrieur du second tage1 et semblent sortir d'une caisse1 comme les orangers dans nos serres4 ,les racines ayant perc les murailles1 encerclent la tour comme les cerceaux d'une immense cuve1 et menacent de la briser par l'irrsistible pression de leur croissante vigueur4 ,je voulus prendre une vue de ce monument original dans son aspect sauvage1 et c'tait la meilleure de mes reproductions1 mais elle fut perdue ainsi que beaucoup d'autres1 et les quatre plus mauvaises me restrent seules4 ,du reste1 je l'avoue1 mon expdition ,palenqu fut un insuccs dplorable4 ,il m'et fallu dix fois les ressources dont je disposais1 et j'en eus l moins qu'ailleurs2 il m'et fallu des glaces et du collodion1 et je n'avais que du papier iodur dont l'exposition est d'une longueur norme1 la russite toujours incertaine1 et dont le dveloppement demande de l'eau distille que je n'avais pas1 et des soins impossibles dans le dsert4 ,j'avais apprci d'avance les difficults qui m'attendaient1 et chaque jour il en surgissait de nouvelles4 ,ainsi1 les ,indiens ne voulurent point nettoyer les herbes qui couvraient la frise de la faade1 pas plus que couper les arbres qui s'avanaient1 cachant la plupart des dtails4 ,ils craignaient1 disaient-ils1 de voir l'difice s'crouler sous leurs pieds4 ,j'avais tabli mon cabinet noir dans un souterrain2 j'y prparai mes feuilles le matin4 ,mais l'eau du canal toute pure et limpide qu'elle part1 amenait dans mes lavages des milliers de taches que je ne pouvais prvenir4 ,j'exposais le jour1 et1 difficult nouvelle6 il faisait une telle humidit dans ces bois1 que ma chambre noire1 prouve par deux annes de voyage1 se resserrait jusqu' briser ses jointures1 de faon qu'il m'tait impossible de faire jouer les chssis4 ,plus tard1 vers le midi1 la chaleur tait tellement intense1 que le bois se contractait avec la mme puissance et que tout tait jour4 ,il fallait alors envelopper l'instrument du haut en bas avec des linges et des vtements que je mis en lambeaux pour cet usage4 ,le soir nous soupions1 ,dieu sait comment6 ,ma principale nourriture tait le pozole1 pte de mas crue dlaye dans de l'eau1 dont j'avalais des quantits effroyables4 ,je recommande cependant au lecteur une soupe d'escargots de la petite rivire1 d'une saveur toute particulire1 et dont je me rgalai plusieurs fois pendant mon sjour ,palenqu4 ,la nuit venue1 reint par un va-et-vient perptuel1 il fallait commencer le dveloppement des clichs1 opration qui durait jusqu' minuit1 une heure du matin4 ,mon domestique et le guide dormaient quand la voix des tigres ne venait pas troubler leur sommeil4 ,le guide1 un mtis du village1 aurait voulu nous quitter depuis longtemps1 et plusieurs fois la frayeur qu'il prouvait la nuit lui avait occasionn des accidents terribles4 ,le malheureux n'osait faire un pas en dehors des feux2 j'avais beau lui dire que l'animal le plus froce n'et point os l'attaquer dans une situation pareille1 et que certainement1 il n'oserait l'approcher1 il ne voulait rien entendre et restait dans la zone des feux1 c'est--dire beaucoup trop prs de nous4 ,quelquefois1 je cdais la lassitude et chargeais mon homme de surveiller les clichs dans leurs bains2 mais1 me rveillant en sursaut1 je le trouvais plong dans le plus profond sommeil4 ,ce fut ainsi qu'une nuit n'en pouvant plus et devant la prsence de deux jaguars1 rvle par leur rlement trois fois rpt1 je le priai de veiller deux heures et de m'appeler pour le remplacer4 ,mais peine tais-je enseveli sous ma moustiquaire1 qu'entendant les rlements se rapprocher1 je lui criai de veiller2 il me rpondit qu'il veillait effectivement1 et quelques minutes aprs1 les bruits ayant cess1 j'allais m'endormir1 quand j'entendis dix pas de moi la marche prudente d'un animal2 les feuilles sches criaient sous ses pattes2 un lger frisson me passa par le corps2 ne faisant qu'un bond en dehors de ma moustiquaire1 je passai par-dessus le premier feu1 et arrachant mon fusil des mains du misrable qui dormait1 je me retournai contre l'animal2 mais je ne pus apercevoir qu'une ombre incertaine dans les profondeurs de la galerie4 ,le jaguar1 car c'en tait un1 remonta sur le toit du palais et vint prcisment se tapir au-dessus de nos ttes4 ,j'essayai1 mais en vain1 de le toucher avec mon rvolver2 je n'osai m'aventurer sa poursuite dans l'obscurit1 et je crus prudent1 par la suite1 de coucher entre les deux feux que nous allumions chaque soir dix pas de distance l'un de l'autre4 ,j'avoue mme que je ne dormis gure cette nuit-l2 le jaguar m'inquitait1 quoique n'ayant rien craindre de lui4 ,le matin1 au petit jour1 il partit par le ct oppos2 je le vis bondir du toit sur la pente de la pyramide et disparatre4 ,combien souvent arrivait-il aussi que l'orage teignait mes lumires1 dispersait les feux1 souillait mes bains chimiques de dbris de toutes sortes3 il fallait recommencer le lendemain pour chouer encore4 ,comme compensation mes fatigues1 j'avais1 aprs l'orage de chaque soir1 le spectacle des nuits radieuses2 la lune1 se levant tard1 glissait obliquement ses rayons argents dans l'ombre paisse de la fort2 puis1 pntrant dans l'espce de clairire environnant le palais1 elle jetait dans ma solitude1 par le jeu des ombres et des lumires1 tout un peuple de fantmes4 ,gracieuses ou terribles1 lourdes1 lgres ou diaphanes1 mon imagination aidant1 ces fantasques apparitions prenaient mes yeux le corps de la ralit4 ,une nuit1 nuit merveilleuse1 j'assistai toute une cration des plus sublimes mystres de notre histoire religieuse4 ,je me rappelle encore une vaporeuse assomption1 telle qu'en savait peindre ,murillo3 les nues portant la ,vierge1 le croissant1 les longues draperies flottantes1 et dans l'ombre de vagues formes d'anges4 ,puis tout disparaissait1 changeait de place1 se transformait3 une cration nouvelle s'levait comme un rve au milieu des ombres de la cration vanouie4 ,un moment vint o muet1 atterr1 confondu1 je vis se formuler1 mais dans toute sa puissance et dans toute son crasante majest1 la plus haute expression du gnie humain dans les arts3 le ,dieu de ,raphal sparant les tnbres de la lumire4 ,oh6 c'tait bien l le crateur des mondes1 tel que l'imagination humaine l'a pu concevoir1 avec cette tte majestueuse1 ce front divin1 ce geste tout-puissant et sa marche souveraine dans les espaces4 ,le dessin1 la couleur1 le lieu1 en faisaient non plus un fantme1 non plus une apparition1 mais une terrifiante ralit4 ,tremblant1 ananti1 je crus voir ,dieu lui-mme venant rveiller de leur sommeil sculaire les habitants de ces ruines4 ,j'attendais que la trompette formidable donnt le signal1 que la terre s'ouvrt et que les ombres de ces guerriers1 de ces prtres et de ces souverains comparussent devant le ,matre de toutes choses4 tais-je le jouet d'un rve8 ,je m'avanai doucement1 sans dtourner les yeux1 de peur que la vision s'envolt1 puis ayant touch ,carlos endormi et l'ayant veill3 ,tiens1 regarde1 lui dis-je2 vois-tu8--,ah6 que cela est beau1 fit-il1 que cela est grand6 ,il tait frapp comme moi2 quant au guide1 il ne comprit pas et ne vit pas d'abord1 mais la puissante apparition s'empara bientt de lui1 il se mit genoux et pria4 ,quand la lune disparaissait derrire la montagne comme un flambeau qui s'teint1 la fort entire semblait illumine par des milliards de lucioles voltigeant en tous sens2 alors1 attires par la lumire d'une branche enflamme que nous agitions1 elles accouraient vers nous de tous les cts la fois1 et j'en remplissais un sac de gaze bleue qui1 pendu la vote de la galerie1 composait un lustre d'un effet magique4 ,j'attendais chaque jour la visite du jeune ,allemand2 il m'avait promis de me conduire aux temples nouvellement dcouverts2 mais il ne vint pas4 ,mon guide ne connaissait que les cinq difices dont nous avons parl4 ,je m'aventurai donc seul la recherche des monuments4 ,j'avais une petite boussole pour me guider1 et du reste je n'avais pas l'intention d'aller trs-loin4 ,je connaissais la direction des ruines1 elles s'tendent sur une ligne parallle aux lignes de la sierra2 je n'avais qu' suivre3 tant mieux si je devais rencontrer quelque chose4 ,je n'avanai qu'avec difficult1 et je pensais bien n'avoir parcouru qu'une faible distance aprs deux heures de marche2 j'avais abattu un magnifique hocco crte noire et blanche1 que je destinais notre souper2 je tuai galement un serpent vert de plus de deux mtres de longueur1 dont je ne connais malheureusement pas le nom4 ,mais de ruines point4 ,je commenais me fatiguer2 pourtant1 comme il tait de bonne heure1 je rsolus de marcher encore1 obliquant du ct de la montagne4 ,le terrain1 coup de montes et de descentes1 m'indiquait assez que j'tais au pied mme de la sierra4 ,je finis par trouver un monticule plus rapide que les autres1 et quelques pierres tailles me firent esprer que j'avais enfin retrouv l'un des temples2 je gravis la pyramide et je me trouvai bientt en prsence d'un difice du mme genre que les ruines environnant le palais2 la galerie de face1 avec deux ouvertures1 et les petits intrieurs du fond1 l'autel et ses trois pierres1 tout tait identique4 ,j'tais satisfait4 ,il s'agissait de regagner le campement et j'y mis plus de temps qu'il ne m'en avait fallu pour m'en loigner4 ,je finis nanmoins par retrouver le petit ruisseau1 et1 suivant son cours1 je reconnus la pyramide au temple de la croix3 cinq minutes plus tard1 je gravissais l'escalier du palais1 o je me couchai dans mon hamac1 rendu de fatigue et mourant de faim4 ,le hocco fut vite apprt2 nous le dvormes belles dents4 ,les ruines de ,palenqu impriment l'esprit l'ide de la plus haute antiquit2 mais rien1 dans ces monuments extraordinaires1 ne peut lutter de grandeur1 d'lgance1 de richesse et d'harmonie avec les difices d',uxmal4 ,il n'est pas improbable que les fondateurs des villes yucatques descendissent des habitants de ,palenqu1 ou1 tout au moins1 que leur civilisation ne procdt de cette civilisation beaucoup plus ancienne2 dans ce cas1 ,uxmal en serait l'apoge4 ,quant la ville mme1 dont l'existence est l'apprciation d'tudes si diverses1 nous ne croyons pas qu'elle exista jamais4 ,cette multitude de temples1 semblables entre eux et fort loigns les uns des autres1 s'tendant sur une ligne de prs de quatre-vingts lieues1 partant de ,palenqu1 par ,ocosingo jusqu' ,commitan1 frontire de ,guatmala1 ne fait supposer qu'une mme civilisation chez toutes les peuplades de ces montagnes1 civilisation religieuse1 organisation thocratique par excellence4 ,le grand palais1 entour de ses temples1 ne reprsente1 notre avis1 qu'un centre religieux plus considrable que les autres4 ,en voici la raison3 quand on parcourt la montagne et qu'on a vcu parmi les ,indiens1 on ne tarde pas se convaincre que ces populations ont conserv leur antique manire de vivre1 portant l'ide chrtienne et aux prtres qui les dirigent le mme respect dont ils entouraient leur ancienne religion4 ,comme autrefois1 ils vivent spars1 perdus dans les solitudes de la fort1 loin de l'glise comme jadis loin du temple4 ,les jours de fte et de crmonie publique1 ils accourent au village1 accomplissent leurs devoirs religieux1 coutent la voix du pasteur et vont retrouver l'habitation passagre qu'ils ont leve dans les bois4 ,c'est ainsi qu'un village parat ne se composer que d'une glise entoure de quelques cabanes1 et ne reprsente qu'une fort modeste population2 mais si vous vous informez1 on vous rpondra que cette bourgade compte dix mille habitants4 ,du reste1 la ville immense que l'on suppose avoir exist ,palenqu ne se compose pas que d'un palais et de quelques petits temples1 mais d'difices de tous genres et de monuments publics de toutes dimensions4 ,voyez le ,yucatan3 ,chichen-,itza1 sur une arne de trois kilomtres vous comptez dix difices et des ruines en quantit2 ,uxmal1 dans un rayon plus tendu1 pyramides1 temples et palais se succdent sans interruption4 ,des ruines mme de peu d'importance feraient croire l'existence d'habitations particulires encore debout2 il y avait agglomration et ville incontestablement2 ,palenqu1 rien de tout cela4 ,ce n'est point dire que ,palenqu manque d'importance4 ,ses ruines nous paraissent tre1 pour la science1 les plus prcieuses1 en tant qu' notre avis1 elles sont appeles nous donner un jour la clef des civilisations amricaines4 ,les nombreuses inscriptions que renferment ,palenqu et les temples de la montagne attendent le ,champollion qui doit faire cesser le mutisme de leur table de pierre4 ,l'tude assidue des langues maia1 zapotque1 toltque doit amener ce beau rsultat4 ,un homme nous semble destin jouer ce magnifique rle dans l'avenir3 ,m4 l'abb ,brasseur de ,bourbourg1 qui possde ces trois idiomes1 pourra sans doute1 dans son sjour prochain ,palenqu1 nous rapporter ces paroles vivantes4 ,cela ne nous dira pas quelle poque ,dieu jeta l'homme sur la terre1 ni de quelle manire il le forma2 la science1 si haute qu'elle soit1 recule impuissante devant ce problme4 ,mais ayant dcouvert1 par les inscriptions de ,palenqu1 la date probable de la fondation de ces temples et de l're civilise chez ces peuples1 elle pourrait remonter une poque assez recule dans les sicles1 pour nous dire si ces premiers crateurs furent les descendants du vieux monde ou si elle a le droit de les dclarer autochthones4 ,il nous reste formuler sur ces ruines1 un voeu que bien d'autres avant nous ont dj fait4 ,n'appartient-il pas une nation comme la ntre1 tte et lumire du monde1 de s'emparer de ces monuments prcieux1 de leur offrir dans nos muses la place que leur importance rclame8 ,cette absence de tout document sur les origines amricaines forme une vaste lacune dans l'histoire de l'humanit2 c'est au gouvernement la combler1 et1 s'il recule devant les frais immenses que comporterait le transport des originaux1 n'a-t-il pas le moulage1 si facile aujourd'hui avec le procd de ,m4 ,lottin de ,laval1 et n'a-t-il pas des hommes pour l'excuter8 ,l',amrique a pris sur nous l'avance2 l'poque du voyage de ,stephens1 des ,amricains avaient dj tent cette lourde entreprise2 ils chourent devant la mauvaise volont du gouvernement de ,chiapas4 ,aujourd'hui1 que nos armes victorieuses portent au ,mexique les ides civilisatrices et le repos1 aujourd'hui que l'influence franaise va soustraire ce beau pays l'engloutissement de la civilisation amricaine1 ne serait-il point propos de mler quelques ides d'art et de science la gloire de nos armes8 ,une note du gouvernement suffirait pour aplanir toute difficult et pour doter la ,france de documents que jalousent l',amrique et l',angleterre4 ,mes oprations termines1 et comprenant que1 malgr mes efforts1 je ne pourrais faire mieux1 je mandai les ,indiens pour enlever mes bagages2 ils partirent4 ,j'avais vcu neuf jours dans les ruines4 ,mon retour au village fut triste2 j'avanais la tte basse1 avec la contenance d'un vaincu1 me promettant nanmoins1 si ,dieu me prtait vie1 de revenir un jour pour arracher ces ruines des images plus fidles et les moulages de ses prcieux monuments4 ,,xiv ,,tumbala ,dpart pour ,san ,cristobal4--,de ,palenqu au rancho4--,absence des ,indiens4--,dpart pour le rancho de ,nopa4--,chemins affreux4--,dsespoir de ,carlos1 mon domestique4--,famine4--,les singes4--,nopa4--,san ,pedro4--,trois jours d'attente4--,le cabildo4--,attitude hostile des habitants4--,arrive des ,indiens4--,leur abandon dans la nuit4--,de ,san ,pedro ,tumbala4--,trois nuits dans la fort vierge4--,les jaguars4--,arrive ,tumbala4 ,don ,agustin1 notre arrive ,santo ,domingo1 s'informa prs de l'alcade s'il n'aurait point ma disposition des ,indiens de la montagne se dirigeant vers ,san ,cristobal4 ,six d'entre eux1 du pueblo de ,tumbala1 retournaient prcisment1 le dos libre1 leur village de la sierra4 ,ils devaient suffire au transport de mon matriel et je les arrtai4 ,il faut dire que1 dans toute la montagne1 les ,indiens font mtier de btes de somme1 chevaux et mules tant fort rares et ne pouvant franchir les sentiers pic1 seules voies de communication des villages entre eux4 ,ceci s'applique spcialement au parcours de ,palenqu ,iajalum2 car1 de ce dernier point ,san ,cristobal1 la route devient praticable et les distances peuvent se franchir sur une mule ou cheval4 ,mes prparatifs termins1 je payai1 car l'on paye d'avance1 coutume dplorable qui amne toujours1 du ct des ,indiens1 des difficults sans nombre4 ,don ,agustin m'avait donn l'itinraire suivre et j'avais inscrit sur mon carnet les noms des ,indiens1 afin que je pusse rclamer en cas d'accident4 ,j'avais en outre lou deux chevaux pour ,carlos et moi2 ils devaient nous porter jusqu' une premire station1 au pied de la sierra mme4 ,c'tait une distance de sept lieues pargnes nos pauvres jambes qu'attendaient plus tard d'tranges preuves4 ,un domestique de don ,agustin nous suivait pour ramener les btes1 et comme je n'apercevais pas les ,indiens1 on me tranquillisa1 me disant qu'ils seraient bientt en marche1 et nous rejoindraient la station4 ,je serrai donc la main de don ,agustin1 le remerciant de son obligeance4 ,don ,pio1 les larmes aux yeux me donna l'abrazo3 j'allais revoir sa chre patrie dont trois mois d'exil le sparaient encore2 je n'aperus point la ,pancha4 ,nous arrivmes au rancho vers les dix heures1 et comme le guide voulait retourner immdiatement ,palenqu1 j'exigeai qu'il restt jusqu' l'arrive des ,indiens que je ne voyais point venir4 ,la journe entire se passa dans l'attente1 recherches1 appels1 sifflements aigus l'usage des gars2 tout fut inutile1 et l'cho mme ne rpondait pas4 ,la position devenait gnante3 comptant sur l'arrive immdiate des porteurs1 nous tions partis sans autres vivres qu'une norme boule de posole1 nourriture fade et peu fortifiante pour des estomacs affams4 ,une rivire courait aux pieds du rancho1 et le guide s'en alla la recherche des escargots que nous connaissions dj4 ,il en fit une ample rcolte1 ce fut l tout le menu de notre souper4 ,la nuit venue1 et les feux allums1 je m'enveloppai dans mon zarape1 m'efforant de prendre mon mal en patience1 et persuad qu' la premire heure les ,indiens arriveraient4 ,il n'en fut rien2 je n'avais garde de laisser partir le guide et ses chevaux2 il tait le seul d'ailleurs avec lequel je pouvais m'entendre1 les ,indiens ne parlant pas l'espagnol1 et je saurais au moins1 si quelque voyageur arrivait de ,palenqu1 ce qui avait pu retarder ainsi mes compagnons de route4 ,je pouvais1 au besoin1 me servir des chevaux pour retourner en arrire4 ,je passai la matine dans le bois1 o je fis une trouvaille extraordinaire1 mes yeux du moins3 c'tait une tortue de huit dix pouces de long1 dont l'caille infrieure tait garnie ses extrmits de deux appendices charnire qui lui permettaient de s'enfermer hermtiquement dans sa coquille et de braver toute espce d'ennemis4 ,j'prouvai plusieurs fois la force de rsistance de ces portes naturelles et je ne pus les ouvrir4 ,je pensai d'abord conserver ce curieux animal1 mais ventre affam n'a pas d'oreilles1 je le mangeai4 midi1 le bruit d'un certain nombre d'hommes traversant la rivire me fit dresser l'oreille2 nous allions donc partir1 je m'lanai au-devant d'eux1 mais je ne rencontrai que deux ,indiens inconnus auxquels le guide adressa la parole4 ,ils venaient de ,palenqu2 j'appris alors que les porteurs s'taient enivrs1 puis battus et avaient occasionn une espce d'meute dans le village4 ,il avait fallu les arrter et les enfermer dans la prison1 o ils avaient cuv leur anizado2 que1 du reste1 on devait les relcher ce jour mme et que nous les verrions bientt4 ,le guide1 dont les chevaux depuis deux jours ne mangeaient que du feuillage et qui lui-mme ne demandait qu' s'en aller1 changea quelques paroles avec les ,indiens en question1 me dit que ces deux hommes1 moyennant une lgre rtribution1 consentiraient porter nos couvertures et le paquet que j'avais avec moi2 qu'ils nous serviraient de guides dans la fort et que nous devions atteindre ,san ,pedro dans la journe4 ,l1 disait-il1 nous trouverions des vivres en abondance et les porteurs nous y rejoindraient le soir mme4 ,comme on n'aime peu gnralement retourner sur ses pas1 que le village tait loin et ,san ,pedro une demi-journe de l1 suivant le guide1 j'acceptai sa proposition2 il enfourcha son cheval1 prit l'autre en main et disparut4 ,pour nous1 munis d'un long piquet1 le fusil en bandoulire et le revolver la ceinture1 nous nous mmes marcher la suite des ,indiens4 ,la cte1 d'abord assez douce1 devint bientt d'un escarpement extraordinaire2 ce n'tait plus une marche1 mais une escalade4 ,les deux hommes semblaient infatigables1 et nous avions peine les suivre4 ,il fallut bientt quitter veste et gilet dont ils se chargrent encore2 pour eux1 nus comme la main1 sauf une mince bande de coton remplaant la feuille de vigne1 ils continuaient le pas acclr4 ,je mis d'abord un certain amour-propre ne point me laisser dpasser1 mais il fallut bientt parlementer2 nous haletions1 et ,carlos n'en pouvait plus4 ,de temps autre1 les ,indiens faisaient une halte de quelques secondes1 poussaient deux ou trois soupirs en manire de sifflements prolongs et repartaient de plus belle4 ,je leur fis signe d'aller moins vite1 ils ne parurent y consentir qu' contre-coeur4 ,enfin1 nous nous arrtmes au bord d'un torrent o notre boule de posole1 notre seule ressource1 fort diminue dj1 s'vanouit tout entire4 ,en fait de vivres1 nos deux guides taient aussi pauvres que nous2 il me parut grand de partager4 ,nous montions sans cesse1 il tait cinq heures1 et ,san ,pedro ne paraissait point4 ,estomacs vides1 jambes faibles2 quoique vigoureux1 je ne gravissais plus avec la mme facilit les rocs et les asprits du sentier4 ,carlos se mit gmir de plus belle1 puis se coucha et refusa d'aller plus loin2 je ne pouvais l'abandonner ainsi4 --,voyons1 lui dis-je1 ne vois-tu pas le sommet de la montagne8 nous arrivons1 courage6 quelques minutes encore et tu te reposeras4 ,il se relevait1 essayait de nouveau1 puis s'arrtait encore4 ,un moment vint o1 les genoux ankyloss1 la tte perdue1 vraiment fou1 il se roulait en dsespr4 --,partez1 disait-il1 partez1 laissez-moi1 je veux mourir2 tenez1 brlez-moi la cervelle4 ,ah6 maudit soit le jour o je consentis vous suivre4 ,il blasphmait comme un damn1 pleurait comme un enfant1 et je ne pouvais le consoler4 ,c'tait en somme une pauvre nature4 ,je dus menacer nos ,indiens1 pour les forcer nous attendre4 ,ah6 s'criait ,carlos1 si nous descendions au moins1 je pourrais marcher4 ,une diversion vint heureusement lui donner le temps de reprendre ses esprits4 ,les ,indiens1 dans le parcours de la fort1 saisissaient tous les bruits1 tous les sons1 et les moindres murmures de la solitude taient perceptibles pour eux4 ,ils avaient un instinct merveilleux pour apercevoir des choses dont je ne me doutais point1 et plusieurs fois dj1 ils m'avaient montr des hoccos et des dindons sauvages qui se glissaient sans bruit dans les hautes branches des arbres4 ,ils n'auraient pas t fchs de m'en voir abattre quelques-uns1 car la soire s'avanait et notre souper devenait plus que problmatique2 mais je leur donnai certainement une pauvre ide de mon adresse1 car je manquai quarante pas le hocco le mieux plac du monde2 il faut ajouter que mon fusil contenait une balle et trois chevrotines4 ,comme les porteurs de ,palenqu avaient sur leur dos mes munitions de bouche et de guerre1 il ne me restait plus qu'un coup charg1 mon pistolet ne devant m'tre d'aucun usage des hauteurs et des distances semblables4 ,au moment dont je parle1 nous avions entendu de grands cris sur la gauche1 et les ,indiens1 par une pantomime expressive1 me faisaient entendre qu'il y aurait l pour nous quelque belle proie4 ,nous laissmes donc ,carlos son repos1 et1 nous enfonant dans le bois1 nous nous trouvmes1 a dix minutes au del1 en prsence d'une colonie de singes hurleurs4 ,il y avait conciliabule apparemment3 assis en rond dans les poses les plus singulires1 couchs1 debout ou suspendus1 il y en avait de tout ge et de toutes conditions4 ,un silence gnral accueillit notre approche2 mais pas la moindre vellit de fuite3 des regards curieux et quelques murmures d'improbation1 ce fut tout4 ,en vrit1 c'est encore une rputation d'esprit usurpe que celle de ces messieurs3 j'eus tout le temps de choisir ma victime4 ,je m'adressai un fort bel animal1 tranquillement assis cinquante ou soixante pieds au dessus de ma tte et m'offrant la surface entire de ses reins charnus2 et qu'on ne me fasse point ici reproche d'attaquer mon ennemi par derrire1 je n'tais pas trs-sr de mon adresse1 je songeais au souper1 et c'tait le mieux plac de la bande4 ,je visai longtemps1 la capsule humide rata4 ,je me htai d'essuyer la chemine et d'y replacer une capsule de mon revolver1 je n'en avais pas d'autres2 je visai de nouveau et l'animal tomba lourdement3 il tait mort4 ,la balle avait travers le corps prs du coeur1 et l'une des chevrotines avait bris la queue4 ,il y eut alors une espce de rvolution dans le haut1 et je crus une prise d'armes2 un singe ventru1 de grande taille1 le chef de la troupe assurment1 poussa deux grondements terribles1 s'agita1 descendit de vingt pieds au moins1 remonta1 me lanant des regards furieux4 ,les ,indiens1 chargs des restes mortels du dfunt1 avaient repris la direction du sentier2 je m'lanai sur leur trace4 ,la troupe nous suivit un instant1 passant d'un arbre l'autre1 toujours grondant1 puis les rangs s'claircirent1 et je n'en aperus plus qu'un seul en arrivant prs de ,carlos2 l'animal tait accompagn de deux jeunes cratures4 ,je pensai que c'tait la veuve plore de ma victime4 ,c'tait bien elle1 en effet1 la malheureuse2 elle nous suivait avec ses deux enfants4 ,nous tions alors sur un petit plateau qui dbouchait quelques centaines de pas1 sur le rancho de ,nopa1 simple toit de chaume port sur quatre piquets1 l'usage des voyageurs attards4 ,la nuit approchait1 il fallut y rester4 ,la guenon nous avait suivis jusque-l1 et s'tant arrte sur l'arbre le plus voisin1 elle ne quittait plus des yeux le cadavre de son poux4 ,malgr cette preuve touchante de fidlit conjugale1 je n'tais pas mu2 je convoitai les jeunes orphelins et je n'eus1 ma honte1 que des remords de crocodile1 le regret de ne point avoir de munitions pour m'emparer de la mre4 --,mais ,san ,pedro1 dis-je l',indien1 ,san ,pedro8 ,il me comprit et me fit signe son tour que ,san ,pedro tait encore au diable4 ,le guide de ,palenqu m'avait fait un conte bleu et ne dsirait qu'une chose1 se dbarrasser de nous4 ,enfin1 nous avions des vivres et nous allions manger4 ,ah6 quelle excellente perspective que celle de pouvoir briser un jene de vingt-quatre heures aprs une journe de marche6 ,je me chargeai des prparatifs1 laissant un ,indien le soin d'allumer le feu4 ,mon singe tait d'un magnifique pelage d'un rouge noir avec les parties jaune orange3 c'tait un contraste par trop frappant1 et je songeai part moi que1 si je m'tais empar de ses enfants pour en faire des compagnons de route1 il et fallu leur imposer culotte4 ,le dpouillement ne fut point aussi facile que je le pensais d'abord2 il fallut se mettre deux pour en venir bout4 ,la femelle tait toujours l1 tmoin de ce navrant spectacle4 ,l'opration termine1 je me htai de trancher la tte de l'animal1 tte par trop humaine dans sa nudit sanglante1 et dont la vue1 malgr mon froce apptit1 m'et enlev toute envie de goter ce mets original4 ,le feu tant allum1 le corps fut lav1 coup en quatre1 le foie et le coeur mis part comme morceaux de choix1 et le tout suspendu sur les branches vertes1 au-dessus de la flamme ptillante1 rtissait avec ce petit grsillement plein de charmes que fait la graisse1 tombant par gouttes sur les charbons ardents4 ,nous soupmes aux flambeaux1 car la nuit tait venue2 je trouvai le rti de bon got1 mais le sel manquant1 un peu fade2 marin1 le rble et t dlicieux4 ,le djeuner se composa des reliefs de la veille4 ,la descente commenait1 et ,carlos1 un peu remis de ses chaudes alarmes1 marchait d'un pas plus assur4 ,ce jour-l1 le sentier se peupla de troupes d',indiens chargs1 se dirigeant vers las playas3 nous en croisions tout instant2 chaque nouveau passant1 je m'informais de ,san ,pedro4 ,l'un d'eux enfin1 parlant quelque peu l'espagnol1 me rpondit qu'il nous restait bien encore six lieues faire4 ,nous marchions depuis trois heures1 c'tait donc1 avec la course de la veille1 un total approximatif de seize lieues au moins4 ,une grande et belle rivire1 que je ne retrouve point dans la carte de ,chiapas1 nous barrait la route2 un ,indien nous fit passer en pirogue1 et deux heures plus tard nous apercevions les cabanes du village4 ,l devait commencer une srie d'preuves que la protection toute spciale de la ,providence me permit seule de franchir sain et sauf4 ,san ,pedro est un village d',indiens moiti barbares1 et vous n'y rencontrez pas une figure indiquant le plus petit mlange de sang espagnol4 ,il se compose d'une centaine de cabanes1 dissmines sans ordre sur les petits monticules d'une plaine moutonneuse2 l'aspect en est pauvre1 sans charme1 et d'un sauvage abtardi2 l'glise me fit croire la prsence d'un cur1 mais il n'y en avait point4 ,je me dirigeai vers le centre du village1 comptant prendre gte 7en payant1 naturellement7 dans la premire case venue2 mais je n'avais plus affaire aux ,indiens d',oaxaca2 dans le premier jacal o je mis les pieds1 au lieu de la bienvenue que j'attendais1 je ne trouvai que des femmes qui poussrent ma vue des cris d'effroi et s'enfuirent aussitt4 ,j'avais1 il est vrai1 mon fusil sur l'paule1 une grande barbe2 mais1 en vrit1 je ne me croyais point d'apparence si redoutable4 ,les cris de ces ,indiennes avaient attir1 au dehors des cases1 toute la population fminine de l'endroit2 elle m'environnait avec une curiosit inquite et se sauvait mon approche4 ,comme nous ne parlions pas la mme langue1 il tait difficile de nous entendre2 cependant1 l'interrogation rpte du mot gobernador1 gouverneur 7car l'alcade s'appelle gouverneur dans cette partie de la montagne71 l'une de ces femmes1 plus courageuse que les autres m'indiqua sur la droite une cabane de grande apparence1 et je m'y dirigeai1 suivi de ,carlos4 ,j'entrai2 trois jeunes filles1 nues jusqu' la ceinture1 crasaient le mas sur des metates 7pices de granit tailles en creux71 tandis qu'une vieille femme1 aux seins pendants1 remuait1 au moyen d'une cuiller de bois1 un pot fumant1 dont les exhalaisons graisseuses sinon dlicates1 ne laissaient pas que de chatouiller mon odorat4 ,deux gamins1 de dix douze ans1 en nature1 compltaient le tableau4 ,je produisis moins d'effet dans la demeure du chef que dans les prcdentes cabanes2 cependant les jeunes filles suspendirent leurs travaux1 et la gouvernante1 sa cuiller la main1 fit mine de me barrer le passage1 m'adressant dans son idiome une foule de questions inutiles4 ,j'entrai nanmoins1 et me servant de cette pantomime l'usage de tous les peuples1 qui consiste faire agir en va-et-vient l'index devant la bouche ouverte2 je lui lis comprendre que j'avais faim et que je dsirais qu'elle me servit1 le plus tt possible1 quelque peu du fricot qui mijotait dans sa marmite4 ,j'appuyai la dmonstration de la vue d'une pice blanche1 l'assurant par l de la puret de mes intentions4 ,mais elle me rpondit par un geste ngatif des plus formels1 insinuant qu'elle n'avait rien m'offrir et que j'allasse voir ailleurs4 --,diable1 dis-je ,carlos1 nous ne sommes point prcisment ici chez des montagnards cossais4 ,carlos ne comprit pas4 ,je voulus reprendre le fil de la ngociation interrompue2 peine inutile1 la vieille ne voulut rien entendre4 ,comme je n'avais esprer meilleur accueil nulle part1 et qu'en somme j'tais dans la place1 je rsolus de ne point faire retraite devant le mauvais vouloir de la vieille4 ,quant aux vivres1 un coq blanc se pavanait dans la cour au milieu de ses poules1 et soit prmditation de ma part1 soit mauvaise chance de la sienne1 il tomba le premier sous ma main2 je lui tordis immdiatement le cou4 ,toute la famille avait jet des cris ameuter le village1 je n'en avais pas moins continu ma poursuite1 couronne1 comme on le voit1 d'un plein succs4 ,je prsentai donc le coq la gouvernante1 la priant de le prparer3 je lui remis deux raux dans la main1 comme prix du bipde1 et m'allai coucher sur un banc4 ,carlos ronflait dj4 ,quelques instants aprs1 l',indienne m'apportait le coq parfaitement plum1 mais cru et non vid2 et qu'on n'aille pas croire que je charge les choses1 je raconte un fait4 ,l'aimable gouvernante me prenait pour un sauvage2 la crature civilise1 c'tait elle2 je reprsentais ses yeux la barbarie4 ,je lui pris donc le poulet des mains le plus respectueusement que je pus1 et j'allai l'enfoncer moi-mme dans le liquide bouillant de son pot au feu4 ,le coq tait dvor depuis longtemps et je dormais1 tendu sur mes couvertures1 quand on me rveilla brusquement4 ,deux ,indiens se trouvaient devant moi2 c'taient les premiers que j'eusse aperus depuis mon entre dans le village2 ils vont leur milpa dans la journe et ne rentrent que le soir4 ,ils avaient des figures hostiles et me firent comprendre qu'il fallait absolument vider la place o je n'avais aucun droit2 d'autres ,indiens s'taient joints aux premiers3 toutes ces physionomies taient menaantes1 je cdai prudemment4 ,l'un d'eux me conduisit au cabildo1 dj rempli d'une foule d',indiens de toutes les parties de la sierra1 descendant las playas ou remontant leurs villages2 mais des gens de ,palenqu1 pas de nouvelles4 ,il y avait fort heureusement parmi ces hommes un mtis de ,chilon1 parlant trs-bien l'espagnol1 auquel je contai ma pitoyable histoire2 je le priai donc1 s'il connaissait quelqu'un dans le village1 de vouloir bien me recommander lui1 de faon que1 si je devais longtemps encore attendre mes bagages1 je pusse au moins me procurer le ncessaire sans avoir recours la violence et sans m'exposer des accidents fcheux4 ,il arrangea l'affaire avec un bon vieux mnage qui1 matin et soir1 m'envoyait des vivres2 il me promit1 en outre1 de hter l'arrive de mes porteurs s'il les rencontrait sur sa route4 ,je le remerciai2 il partit4 ,la nuit que je passai dans cet infme cabildo fut une des plus terribles que puisse retracer ma mmoire4 ,tous ces ,indiens1 nus ou en chemise1 rpandaient dans l'atmosphre une odeur sui generis qui soulevait le coeur3 sales comme des peignes1 ils avaient import de leur village dans ce cloaque des chantillons de tous les parasites connus1 et toute la vermine du globe semblait s'tre donn rendez-vous dans cette infecte maison commune4 ,je ne pouvais sortir1 il pleuvait torrent4 ,envelopp dans ma couverture1 au milieu d'une poussire vivante1 je croyais littralement sentir mon corps se mouvoir et changer de place4 ,je ne pus fermer l'oeil4 ,trois nuits encore j'endurai ce supplice et la mauvaise volont des habitants2 je me rappelle qu'un jour je fus oblig de mettre mon revolver en avant pour me procurer un peu d'eau que me refusait un ,indien4 ,le troisime jour1 j'eus une immense joie2 mes ,indiens arrivrent1 ils portaient la tte basse1 comme des coupables1 et l'un deux me montrait piteusement une large coupure la jambe1 consquence de l'orgie et de la lutte qui l'avait suivie4 ,ne pouvant communiquer avec eux que par gestes1 tout reproche devenait impossible2 je me trouvais d'ailleurs trop heureux de pouvoir changer de linge et dormir dans un hamac1 au-dessus de la pourriture o j'avais croupi trois jours4 ,j'avais srieusement craint quelque hostilit des habitants du village2 j'avais maintenant de la poudre et du plomb sous la main1 j'tais rassur3 de plus1 nous partions cinq heures du matin1 tout tait pour le mieux dans le meilleur des mondes4 ,je dormis donc comme un loir1 et quand je m'veillai1 il faisait grand jour4 ,mon premier regard fut pour mes ,indiens et je ne les aperus pas4 ,mes bagages taient bien l1 symtriquement rangs1 tels que je les avais vus la veille2 seulement les lanires d'corce qui servent les fixer sur le dos des porteurs avaient disparu4--,mes hommes sont dehors1 pensai-je2 ils ont voulu respecter mon sommeil4 ,nanmoins le soupon me heurta comme un glaive2 suivi de ,carlos1 je me prcipitai au dehors3 personne des ntres2 j'envoyai ,carlos s'informer au village1 je ne pouvais croire1 aprs tant de misres dj subies1 la lchet d'un tel abandon4 ,cependant la moiti des ,indiens du cabildo avait dj disparu1 d'autres1 se prparant au dpart1 avalaient la hte quelques tortilles1 suivies d'un coup de pozole1 d'autres chargeaient et se mettaient en route4 ,quand ,carlos revint1 j'tais seul3 il n'y avait plus d'illusion possible1 les ,indiens s'taient drobs pendant la nuit4 ,cela sentait la conspiration d'une lieue1 et mon parti fut bientt pris4 ,je laissai ,carlos se dsolant1 la garde de mes bagages1 et muni de mon fusil et du revolver nouvellement chargs1 j'allai parcourir le village1 la recherche de nouveaux porteurs4 ,partout je n'prouvai que des refus2 l'argent la main1 j'offris jusqu' dix fois la valeur des services que je rclamais2 je n'obtins que des regards de haine ou des sourires de dfi4 ,rsolu de partir envers et contre tous1 je me rendis chez le vieil ,indien qui1 seul1 m'avait montr quelques sympathies1 et l'emmenant au cabildo1 je lui fis comprendre qu'il et prendre soin de mes bagages1 et sur l'heure1 lui1 ,carlos et moi1 nous les transportmes dans son jacal4 ,cela fait1 je mis de ct ce que je pensais utile ou ncessaire pour une marche de trois jours1 savoir3 nos couvertures1 deux manteaux de gutta-percha pour l'orage1 et devant servir de tente au besoin1 une boule de posole que la vieille ,indienne m'apporta1 deux livres de jambon cru qui m'tait rest de mes provisions avaries1 des balles1 de la poudre1 ma hache et divers ustensiles1 etc41 le tout devant former deux fardeaux1 l'un pour ,carlos et l'autre pour moi4 ,j'avais pris la charge la plus lourde1 cinquante livres environ1 car je m'tais habitu depuis trois jours n'tre que le serviteur de mon domestique1 et longtemps encore je devais continuer ce joli rle4 ,ces apprts termins1 je hissai le tout sur mes paules1 comme un sac de soldat1 au moyen de bandes d'corce1 et dans cet attirail la ,robinson qui devait tre du plus haut comique s'il n'avait t des plus lamentables1 j'enfilai1 guid par le vieux1 le sentier de ,tumbala4 la lisire de la fort1 l',indien me montra le petit chemin s'enfonant dans le bois1 eut l'air de me souhaiter un bon voyage1 et nous laissa seuls4 ,j'ignore si ses compatriotes du village avaient dessein de m'attaquer en route1 en tout cas j'tais bien dcid brler la cervelle au premier qui se prsenterait4 ,j'avais huit coups tirer1 ce qui constituait une force respectable4 ,il s'agissait d'atteindre ,tumbala4 ,je regardais ,tumbala comme le terme de mes misres4 ,j'avais une lettre pour le padre du lieu2 il me savait en route et devait m'attendre4 ,mes premiers pas dans cette nouvelle carrire furent chancelants1 je l'avoue2 les lanires d'corce me fatiguaient trangement les paules1 et si j'avais eu quelques difficults gravir sans fardeau les premires pentes de la sierra1 ce n'tait que roses auprs de ce qui me restait faire4 ,quant ,carlos1 je n'en parle pas1 il geignait plus que mon mulet des montagnes d',oaxaca1 et ses soupirs lamentables lui eussent plus juste titre mrit le surnom de pujador1 soupireur4 ,malgr l'ombre paisse et l'humidit de la fort1 la chaleur me semblait suffocante1 et nous n'avancions qu'avec des peines inoues4 ,chaque cinq minutes nous faisions halte1 je dchargeais mon sac et reprenais haleine4 ,cependant le sentier devenait de plus en plus rapide1 et le frottement du pantalon l'endroit du genou1 menaait de paralyser l'articulation3 je le coupai donc la hauteur des cuisses et j'en prouvai un immense soulagement4 ,toute innovation en appelle une autre3 je quittai veste1 pantalon1 chemise1 que je pendis ma ceinture1 et je me trouvai tout fait l'aise4 ,carlos ne m'imita point1 il craignait de s'enrhumer4 ,ah6 le charmant serviteur que j'avais l6 ,je ris d'abord comme un fou de ma mtamorphose1 et dans cet trange appareil1 la hache et le pistolet au ct1 le fusil en bandoulire1 le bton la main et la poitrine moiti couverte par une barbe de deux ans1 je devais tre fait peindre2 la nuit de bon sommeil que je venais de passer m'avait rendu quelque vigueur1 et de temps en temps nous trouvions de l'eau pour nous dsaltrer4 ,comme la position n'tait point si mauvaise1 le djeuner de jambon cru arros de posole1 au bord du torrent1 fut mme assez gai1 et ,carlos1 qui m'avait encore repass quelques bibelots de son paquet1 commenait en prendre son parti4 ,vers les huit heures nous nous arrtmes2 il et t difficile d'aller plus loin2 nous tions parvenus de grandes hauteurs1 il s'agissait donc de trouver de l'eau et d'tablir notre campement4 ,j'obliquai sur la droite2 cinq minutes au plus1 je rencontrai une source1 la place tait bonne1 et j'eus bientt fait de nettoyer les broussailles qui garnissaient le sol au-dessous des grands arbres4 ,le bois mort ne manque pas et j'en fis une provision pouvoir entretenir un feu de joie toute la nuit4 l'aide de ma hache1 je plantai des piquets formant palissade2 en quelques instants1 j'eus la carcasse d'une petite tente1 que je recouvris d'un manteau de gutta2 l'autre1 tendu par-dessous1 nous permettait de braver l'humidit4 ,j'avais orient la tente contre le vent1 et garni les cts de feuilles et de branchages2 aussi1 lorsque l'orage de tous les jours arriva1 le feu flambait c'tait un plaisir1 et nous pouvions dfier les intempries4 ,la nuit venue1 nous devions faire alternativement1 ,carlos et moi1 une veille de deux heures2 on entendait au loin la voix des jaguars1 et c'est toujours un voisinage dsagrable4 ,la nuit se passa sans encombre2 je dormis peu1 mais on pouvait s'attendre plus mal4 l'aube j'entendis retentir les chants d'un coq2 il y avait donc des habitations auprs de nous4 ,je ne cherchai pas dcouvrir la cabane1 je n'avais d'ailleurs rien demander2 il nous restait encore un peu de posole1 et je pouvais bien1 en tout cas1 tuer un singe1 une dinde sauvage ou quelque autre gibier4 ,d'ailleurs1 mon apprciation1 nous devions arriver ,tumbala sur les midi4 ,dplorable erreur6 nous n'avions fait1 avec nos haltes perptuelles1 que fort peu de chemin4 ,midi vint1 deux heures1 et1 nos provisions puises1 le bois dsert1 ne nous faisait plus esprer qu'une nuit semblable la prcdente1 moins le souper qui l'avait rendue supportable4 chaque pas en avant1 nos haltes se rptaient plus longues2 je sentais avec terreur que l'nergie baissait et que le courage allait m'abandonner2 j'eus une dfaillance de coeur1 elle ne dura point heureusement4 ,ah6 si ma mre me rencontrait6 disais-je1 et me reportant la patrie lointaine1 j'ambitionnais le sort des plus infinies et des plus pauvres2 ils boivent au moins1 ils mangent1 ils causent1 et les fatigues de leurs travaux s'vanouissent au milieu des compensations de toutes sortes que prodigue la vie civilise4 ,il faut avoir souffert un long temps de la privation de ces choses1 que dans le monde on traite de satisfactions grossires1 pour comprendre tout le prix qui s'attache leur jouissance1 et quelle gloutonnerie se dveloppe chez l'homme le plus matre de lui1 la pense d'un morceau de viande et d'une simple bouteille de vin4 ,alors1 mon ambition n'allait pas jusque-l2 un morceau de pain m'et sembl pitance merveilleuse1 et je jurai bien de ne plus quitter la ,france1 si ,dieu me permettait jamais de la revoir4 ,vain serment1 que bien des voyageurs ont d faire comme moi1 s'ils ont travers les mmes preuves4 ,cependant la fort tait d'une grandeur merveilleuse1 nous entrions dans la zone des fougres arborescentes1 et je m'extasiais devant les tiges lances de ces magnifiques arbustes4 ,rien ne peut donner l'ide de leur gracieuse lgance1 et dans la famille des palmiers1 on ne trouve rien lui comparer2 le cocotier est lourd et gauche auprs de la grande fougre1 et la couronne de petites feuilles du dattier n'est plus qu'un ornement court prs de son magnifique diadme4 ,le tronc de l'une devait s'lever quarante pieds1 ses feuilles gigantesques en mesuraient au moins quinze1 et la tige n'avait pas six pouces de diamtre4 ,les plantes parasites s'talaient en couches paisses sur l'corce des arbres1 et la famille des orchides maillait de ses fleurs rouges1 bleues et blanches1 la verdure de ce parterre arien4 ,d'immenses colonies de fourmis arrieras croisaient le sentier qu'elles couvraient sur une largeur de plusieurs mtres1 toutes charges de dcoupures de feuilles1 qu'elles portent en l'air comme une voile1 ce qui les faisait ressembler une bande de verdure anime4 la vue de tant de choses belles et nouvelles pour moi1 j'oubliais la fatigue et la faim1 qui reprenaient bien vite leurs droits4 ,vers le soir1 je fis la rencontre d'un ,indien2 j'en avais crois d'autres dans la journe1 me bornant leur demander ,tumbala1 que tous m'avaient indiqu dans la mme direction4 ,celui-ci portait sur son dos une assez grosse boule de pte de mas2 il consentit m'en cder une partie pour une pice d'argent4 ,c'tait une rserve pour la nuit4 ,je campai1 comme la veille1 dans un fourr1 et tout alla bien d'abord2 mais l'orage1 d'une violence extraordinaire1 se changea en vritable tempte4 ,l'eau envahit notre fragile abri1 et j'avais toutes les peines du monde tenir allum le feu qui nous gardait4 ,les arbres s'abattaient autour de nous avec un bruit pouvantable1 et des gmissements de btes fauves se mlaient la voix de l'orage2 ce fut une nuit terrible4 ,sur les onze heures1 la pluie s'arrta2 mais le bois1 mouill1 charbonnait sans jeter de flamme3 nous tions dans la plus affreuse obscurit1 je grelottais sous ma couverture trempe2 pour comble1 les rauques soupirs d'un jaguar se rapprochaient insensiblement4 ,je priai ,carlos de souffler le feu son tour2 il tait tomb dans un affaiblissement complet et ne me rpondit que par un gmissement de dsespoir4 ,le tigre avait fini par se rapprocher et se tenait dix pas dans les broussailles qui nous entouraient2 ses cris gutturaux se rptaient par intervalles de cinq minutes et m'empchaient de songer au repos2 le fusil la main1 soufflant le feu dont les lueurs mouraient1 je m'efforais de dcouvrir l'endroit exact o se tenait mon ennemi2 ce fut en vain2 l'ombre paisse1 ces fourrs impntrables masquaient sa prsence1 et je ne pus que tirer au jug les six coups de mon revolver1 sans pour cela lui faire abandonner la place4 ,il nous tint bloqus jusqu' quatre heures du matin1 et j'avais pass cette affreuse nuit sans fermer l'oeil1 soufflant mon feu1 grelottant de froid4 ,il tait temps que ,tumbala se prsentt1 et je ne crois pas que j'eusse pu braver encore deux jours de privations et de fatigues semblables2 nous y arrivmes dix heures4 ,j'avais mis trois jours faire quatorze lieues4 ,,xv ,,san ,,cristobal ,tumbala4--,le cur4--,la chasse aux dindes4--,jajalun4--,chilon4--,citala4-- ,le dominicain et son ami4--,moeurs indiennes4--,ouikatepec4--,cankuk4--,les ,indiens porteurs4--,tnjapa4--,san ,cristobal4--,hospitalit de ,m4 ,bordwin4--,les moeurs4--,les glises4--,le psalterion4--,le gouvernement4--,ruines aux environs de ,comitan4 ,en l'absence du cur1 la vue de nos visages terreux et de nos vtements souills de fange1 la gouvernante du presbytre refusait de nous recevoir4 ,je lui fis part de l'abandon des ,indiens et des vnements qui en avaient t la suite1 et lui prsentai la lettre l'adresse de son matre2 il se trouvait en promenade aux environs1 on l'envoya chercher aussitt4 ,du haut de la galerie de sa maison1 je le vis venir3 c'tait un jeune homme de trente ans au plus1 en redingote noire et en chapeau de feutre2 sa figure tait avenante et sympathique3 je m'empressai au-devant de lui1 et1 m'ayant donn la main3 --,hombre6 s'cria-t-il1 ah6 mon ami1 comme vous voil fait6 ,je le mis au courant de mes infortunes1 ce qui lui fit pousser des exclamations de piti4 --,ah6 les misrables1 fit-il1 parlant des ,indiens qui s'taient enfuis2 avez-vous leurs noms8--,je lui en donnai la liste4--,justice pour tous1 me dit-il1 chacun aura son affaire2 mais les drles sont capables de ne pas revenir au village avant deux mois d'ici4 ,je confiai au padre que je mourais de faim4 --,venez1 nous allons prendre un bol de caldo 7bouillon7 en attendant le dner qui ne peut tarder4 ,j'avalai le bol de bouillon d'un trait1 formant tout bas le voeu que la cuisinire se htt de servir4 ,je n'avais pas oubli mes bagages1 laisss au soin du vieux de ,san ,pedro4 ,le padre fit venir le gouverneur et lui demanda six hommes sur l'heure4 ,ils arrivrent1 le cur les paya1 leur donnant1 au sujet de mon matriel1 les indications voulues1 avec ordre de revenir immdiatement4 ,mon hte alors s'informa de mes travaux1 de mon voyage1 et surtout des choses du vieux monde4 ,cependant la table avait t dresse1 et ce fut au milieu d'une causerie pleine de charmes que je me livrai aux jouissances d'un dner1 la somptuosit duquel je n'tais plus habitu2 le padre vivait bien1 et je notai entre autres une dinde sauvage la chair noirtre1 d'un fumet dlicieux2 une bouteille de xrs arrosa le tout1 et nous terminmes par quelques copitas de ,comiteco 7eau-de-vie de ,comitan74 ,mais j'tais si faible1 que la liqueur du padre1 que j'aurais supporte sans fatigue en tout autre cas1 me grisa comme un enfant3 il tait deux heures environ2 j'allai m'tendre sur une peau de boeuf tendue en lit de camp1 et je ne m'veillai que le lendemain midi4 ,toute trace de fatigue avait disparu1 je me sentais frais et dispos1 prt recommencer4 ,le cher cur m'avait prt l'une de ses culottes1 en attendant que mes malles arrivassent4 ,je pus donc l'accompagner dans une promenade au milieu de son village4 ,les villages indiens se ressemblent tous1 et ,tumbala n'a rien qui le distingue4 lev sur l'un des points culminants de la sierra ,madre1 l'oeil domine1 du haut de ses rochers1 une vaste tendue de forts4 ,les deux cents cabanes dissmines sur le plateau ne donnent aucune ide de l'importance du village1 dont la population s'lve de dix douze mille habitants2 mais1 vivant pour la plupart dans les bois1 ils ne viennent que rarement au village4 ,souvent1 me disait le padre1 je suis trois et quatre mois sans revoir quelques-uns de mes administrs4 ,cette existence sauvage entretient chez ces hommes une vie insouciante et libre1 affranchie des liens que leur imposent la prsence des blancs4 ,indpendants de fait1 ils ne reconnaissent le gouvernement de l'tat que par une taxe d'un ral par tte et par mois1 ce qui donne un total de sept francs cinquante centimes par anne4 ,aussi les revenus de la province de ,chiapas sont-ils fort modiques et ne dpassent point1 malgr l'tendue du territoire1 la somme de soixante mille piastres1 trois cent mille francs4 ,les seules autorits du village sont le gouverneur1 charg de la collection des taxes2 c'est d'habitude un ,indien de la commune1 nomm par lection1 et dont le pouvoir1 tout fictif1 consiste recevoir les ordres du cur2 puis le cur3 lui reviennent tous les pouvoirs1 il est prtre1 roi1 matre absolu4 ,non pas qu'il en abuse1 car son influence est la seule efficace et peut seule balancer les penchants intraitables de ses sauvages subordonns4 ,tous ne s'adressent lui qu'avec le plus profond respect2 ses paroles sont des oracles et ses arrts ont force de loi4 ,il punit ou rcompense1 et le chtiment qu'il applique est accept sans murmure4 ,la prison et la bastonnade sont les seules applications de la loi pnale2 elle est simple et primitive1 mais suffit tous les dlits2 le nombre des coups varie de douze cent cinquante1 ce qui peut bien entraner mort d'homme4 ,une chose remarquable entre toutes1 c'est de voir le systme de la rhabilitation tabli chez ces peuplades4 ,il ne peut entrer dans les ides de ces natures primitives qu'un homme puni soit un homme coupable4 ,tout chtiment lave la faute4 ,quoi de plus logique1 en effet2 le forfait commis1 la loi purge1 la socit dclare l'individu quitte envers elle comme envers la loi1 et le reoit dans son sein sur le pied de l'galit la plus complte2 ce privilge s'tend aux fautes les plus graves4 ,il arrive souvent qu'un coupable1 jugeant sa faute au-dessus du chtiment appliqu1 rclame1 pour la satisfaction de sa conscience1 un supplment de peine1 chose toujours accorde2 d'autres fois1 il lui arrive de demander tant en plus pour une faute venir2 cela rappelle quelque peu le temps de la vente des indulgences1 et l'histoire de ce voleur mrite achetant d'un moine charg d'or le pardon de ces fautes passes et de ses forfaits venir1 tuant le moine une fois l'indulgence accorde1 puis s'emparant du trsor4 ,pendant mon sjour ,tumbala1 je vis une mre demander justice contre son fils1 qui1 disait-elle1 lui avait manqu de respect4 ,le fils1 grand gaillard de vingt-cinq ans1 la suivait en riant2 tous deux taient ivres4 ,le cur fit la mre quelques remontrances1 elle ne voulut rien entendre1 elle criait justice et rclamait douze coups de bton2 c'tait son chiffre1 elle n'en voulait pas dmordre4 ,le grand garon riait toujours4--,baste1 dit-il au cur1 seor padre1 donnez-les moi2 a ne les vaut pas1 je le sais bien1 mais c'est ma mre et a lui fera plaisir4 ,il reut les douze coups1 faiblement appliqus la vrit1 puis mre et fils se jetrent dans les bras l'un de l'autre1 et durent aller boire en l'honneur d'une si belle rconciliation4 ,deux frres1 dans un autre cas1 prfrrent douze coups de fouet au dplaisir de se rconcilier4 ,l'ivresse est de coutume au village2 l'on ne voyait qu',indiens en goguette et l'on n'entendait que le bruit du tambour et des chansons4 ,je souponnai fort les habitants de ne quitter leurs habitations des bois que dans la louable intention de venir se rafrachir au village1 qu'ils abandonnaient1 une fois leurs finances puises4 ,en fait d'espces cependant1 ils sont pauvres et n'exportant rien1 ne vendant rien1 ils ne possdent d'autre numraire que l'argent gagn dans les transports qu'ils font pour les blancs des communes plus rapproches de ,san ,cristobal4 ,il faut mme ajouter que la plus grande partie de ce salaire revient au padre par les mille et une ventouses de l'glise4 ,c'est3 un mariage1 #ajj #abe fr42 un baptme1 #be fr42 un enterrement1 #be fr42 une confession1 tant2 une messe1 tant2 le droit d'tole1 tant1 etc41 etc41 de faon que la cure de ,tumbala rapportait quelque chose comme #be1jjj fr4 par an4 ,le cur en expdie la moiti l'vque de ,chiapas et garde l'autre4 ,cela n'empche pas les prestations en nature2 chaque jour tant de poules1 tant de mesures de mas1 tant de mesures de haricots2 au premier appel du padre1 l',indien accourt et rpare la maison2 vous les voyez alors groups comme les abeilles d'une ruche1 travaillant au tambour et1 pour ainsi dire1 en mesure2 ils soignent les chevaux1 s'envolent au loin1 porteurs d'une missive1 et reviennent heureux1 leurs commissions remplies4 ,si le cur voyage1 une troupe nombreuse s'lance en avant pour prparer la route1 la rtablir1 en aplanir les difficults2 et si le cheval ne peut suivre son matre1 c'est qui choiera l'honneur de porter le saint homme4 ,en vrit1 cela est touchant et fort beau1 surtout quand cela s'adresse des hommes de coeur comme ceux que j'eus le bonheur de rencontrer dans ces montagnes1 et le gouvernement de ,chiapas pourrait utiliser plus grandement encore une si noble influence4 ,en toute circonstance1 l',indien consultera le padre1 ivresse part1 cas auquel celui-ci ne peut rien2 il exerce son influence dans tous les dtails de la vie de ce grand enfant2 quelques-uns semblent croire sa toute-puissance4 ,la seconde nuit que je passai dans le presbytre1 il y eut un orage assez violent1 la foudre tomba deux fois au milieu du village et consuma au ras du sol la cabane d'un habitant4 ,celui-ci1 probablement en partie fine dans une case des alentours1 ignorait son malheur1 et lorsqu'il revint1 en chancelant au logis1 il chercha d'abord1 mais vainement1 sa cabane1 ne pouvant en croire ses yeux2 il finit par en retrouver la place et s'assit1 se dsolant1 au milieu des cendres de la masure2 puis une ide lui vint1 le padre6 ,il arriva et se prosternant3 --,ah6 padrecito1 ma maison a disparu1 la foudre l'a brle2 ayant l'air de lui dire3 faites1 oh6 padre1 qu'elle soit rebtie et elle le sera4 --,eh6 mon pauvre ami1 rpondit le cur1 si tu t'tais moins enivr1 peut-tre l'aurais-tu prserve de ruine4 ,va1 travaille et reconstruis-la toi-mme4 ,ces incendies sont peu de chose2 avec l'aide des amis1 deux ou trois jours suffisent l'rection d'une nouvelle hutte4 ,le cur avait son service un jeune mtis qui se chargeait de fournir la table de son matre les savoureux gibiers de la montagne2 je le suivis un matin1 et notre chasse s'ouvrit au sortir du village4 ,comme les pentes sont toujours et partout d'une prodigieuse rapidit1 nous passmes en peu d'instants de la froide atmosphre du petit plateau la brlante temprature des valles3 quand je dis valle1 c'est une simple pithte pour dsigner le fond des gorges4 ,on ne peut appeler ce chaos de pics et de prcipices1 de descentes et de montes perptuelles chane de montagne1 et les valles n'existent que prs des grands cours d'eau4 ,nous tions en pleine fort et souvent nous nous trouvions en prsence de ces habitations isoles o l',indien vit en vrai sauvage1 en compagnie de sa femme1 de ses poules et de ses chiens4 ,plusieurs fois dj1 nous avions rencontr des compagnies de dindes et nous en avions deux sur nos paules2 nous ne vmes point de hoccos1 ils habitent plus bas et plus prs de la ,terre ,chaude2 mais il y avait une si grande quantit de dindes et si familires1 que mon fusil rata six fois sur l'une d'elles sans qu'elle partt pour cela1 me donnant le loisir de dboucher mes chemines1 de replacer d'autres capsules et de l'abattre au septime coup4 ,le zaraguato1 le singe hurleur1 ne vient pas non plus jusqu' ces hauteurs2 il est remplac par un confrre de mme taille1 queue prenante1 mais beaucoup plus lger et d'une dfiance extraordinaire4 ,on l'appelle tucha3 ceux-ci1 d'habitude1 vont par couple et chaque fois que j'en aperus1 ils taient deux4 ,ce jour-l1 nous en rencontrmes une paire2 il fallut1 pour ainsi dire1 les tirer au vol4 ,j'abattis la femelle2 quant au mle1 loin d'imiter la touchante sollicitude de celle qui1 si longtemps1 avait suivi le corps de son poux1 il abandonna sa femme entre nos mains et disparut comme une flche4 ,ceci me fit faire d'tranges rflexions l'gard des hommes4 ,mais nous tions plus que chargs1 nous avions cinq dindes2 mon compagnon en avait tu trois pour sa part et moi deux1 mais la tucha que j'avais abattue rtablissait l'galit4 ,j'eusse pass une charmante journe sans l'ascension nouvelle qu'il fallait recommencer pour atteindre le village4 ,je trouvai mes bagages arrivs1 aucun ne manquait l'appel1 et comme rien ne me retenait plus ,tumbala1 je pris1 le lendemain1 cong du brave cur1 bien muni de vivres et charg de lettres d'introduction pour les padres de la route4 ,je me dirigeai sur ,jajalun4 ,la course se faisait pied1 mais au del1 je devais trouver des chevaux4 ,une descente de quatre lieues nous conduisit au bord d'un torrent large1 profond et rapide2 le padre m'avait averti qu'une fois la saison des pluies avance1 on ne pouvait plus le franchir3 c'tait donc une perspective de trois mois d'isolement dans la montagne2 mais il n'en fut rien heureusement1 il commenait peine dborder4 ,un ,indien1 muni d'une perche1 nous passa ballot par ballot1 homme par homme1 sur trois petites pices de bois brut1 formant radeau2 il fallait s'accroupir sur ce fragile esquif1 sous peine de le voir chavirer1 et l'on n'arrivait l'autre bord qu'avec une dviation de cent mtres au moins4 ,jajalun est un village appartenant au versant du ,pacifique2 il doit occuper le milieu de la chane des ,cordillres2 aussi1 quoique beaucoup moins lev que ,tumbala1 les collines sont meubles de sapins et de conifres4 ,les productions ne varient point1 c'est toujours le mas1 le frijol1 et l'on ne rencontre la canne et le tabac qu'en arrivant ,ouikatepec4 ,on y parle l'espagnol1 et plusieurs familles de mtis y possdent des maisons murailles de terre1 blanchies la chaux4 ,les moeurs y sont autres que dans les villages que nous avions laisss derrire nous1 et rappellent la vie des plateaux du haut ,mexique4 ,les tapirs sont communs dans les forts et sur le bord des torrents2 les ,indiens les nomment ante burros4 ,le cur nous reut1 le sourire aux lvres1 la coupe la main1 et se montra1 comme celui de ,tumbala1 plein d'obligeance et de gnreuse amiti4 ,le prfet voulut voir nos papiers1 formalit que ncessitait l'tat agit des populations1 o des ,espagnols s'taient glisss1 soufflant la rvolte4 ,il fallut encore se rsigner faire l'tape suivante pied1 impossible de se procurer des chevaux2 mais1 ,chilon1 je devais assurment en trouver4 ,le chemin1 du reste1 tait plan et facile1 compar celui que nous avions parcouru2 la route fut donc des plus gaies1 et ,carlos se permit une romance espagnole en signe de joie3 le courage lui revenait1 alors qu'il n'en fallait plus4 ,nous arrivmes de ,chilon ,citala1 sur le dos de deux braves btes qui nous dposrent1 frais et dispos1 la cure d'un dominicain charg de l'administration de l'glise4 ,mon nouvel hte sduisait de prime abord1 par des manires d'une douceur et d'une distinction remarquables2 sa causerie indiquait de l'instruction et beaucoup de lecture4 ,il n'tait point ignorant des choses de l',europe et1 s'il n'tait pas trs au courant de la politique actuelle1 il connaissait du moins l'histoire2 mais le caractre qu'il avait tudi1 l'homme qu'il admirait par-dessus tout1 tait le premier empereur4 ,il s'tendait avec complaisance sur les hauts faits de ce hros1 et ne connaissait rien d'admirable comme cette pope du ,x,i,xe sicle4 ,il avait port1 dans l'apprciation des rformes religieuses1 un esprit d'investigation qui peut-tre lui et valu de son vque un lger soupon d'hrsie4 ,en somme1 il tait au-dessus des siens de toute la hauteur de l'homme instruit qui domine l'ignorance4 ,plusieurs fois il m'interrogea sur les grandes qualits du nouveau souverain qui nous gouverne1 et je l'difiai de mon mieux4 ,je passai prs de cet homme d'lite une journe dlicieuse1 cherchant en vain comment je pourrais lui prouver ma reconnaissance4 ,d'une nature impressionnable1 tendre et communicative1 il souffrait cruellement de l'espce d'exil o sa sant dprissait1 o se consumaient dans l'isolement les plus beaux jours de sa jeunesse3 je pensai combien il fallait de mrite1 d'abngation et de dvouement tous ces jeunes prtres1 pour sacrifier ainsi leur vie la tche ingrate qu'ils s'efforaient de remplir4 ,auprs du cur de ,citala j'entrai plus avant dans les moeurs indiennes1 et je pus me convaincre de l'influence qu'avait la religion sur des esprits barbares1 peine dgrossis4 ,le dominicain tait au confessionnal1 et1 me trouvant dans l'glise1 je le vis avec surprise confesser deux personnes la fois2 chacun des pnitents parlait assez haut pour que je l'entendisse1 seulement je ne comprenais point2 mais quiconque d'entre eux se ft trouv l1 ils n'auraient en rien modifi leur voix4--,il m'arrive assez souvent1 me disait le prtre au sortir de son tribunal1 il m'arrive assez souvent de confesser le mari et la femme1 et comme mes administrs sont1 ainsi que toutes personnes au monde1 tributaires de l'inconstance humaine1 femmes et maris avouent leurs fautes1 o amants et matresses jouent un grand rle4 ,les deux coupables se lancent bien quelques regards furibonds1 au travers de mon grillage de bois2 mais absolvant l'un et l'autre sur leur promesse de mieux faire1 sans leur pargner une pnitence toujours exactement remplie1 les deux poux1 rconcilis avant d'avoir vu la paix du mnage trouble1 regagnent ensemble leur cabane4 ,la confession s'est faite devant ,dieu1 ,dieu a pardonn1 tout est bien3 mais si l',indien surprenait sa femme ou qu'il ft instruit de sa faute d'une autre manire1 il la tuerait4 ,c'est encore une consquence du systme de la rhabilitation4 ,ne partez pas encore1 me disait le dominicain1 je vais procder demain au mariage en masse de plus de vingt jeunes couples2 cela m'vite1 ainsi qu' eux1 une perte de temps1 et puis au lieu de vingt orgies1 nous n'en avons qu'une3 c'est de la moralit4 ,je m'aperus que les ,indiens de ,citala regardaient leur pasteur avec plus de respect que les ,indiens des prcdents villages2 ils reconnaissaient en quelque sorte sa valeur1 et c'tait1 en tout cas1 un tmoignage de reconnaissance pour les soins qu'il prenait d'eux2 chaque soir ils venaient en longue file1 les jeunes filles en tte1 baiser ses mains et lui demander sa bndiction2 les trangers prsents doivent accorder la mme faveur et je m'empressai de le faire4 ,j'avais donc pass en revue tout le personnel de ,citala1 et je n'avais point t sduit par les beauts de l'endroit2 le padre1 qui m'observait1 me dit alors3 ,avouez qu'il est facile de rsister la tentation4 ,je m'inclinai2 mais sans doute mon hte faisait exception la rgle1 car la gouvernante1 est bien de la plus haute antiquit4 ,la route se poursuit montueuse et difficile jusqu' ,cankuk4 ,un ami du dominicain1 en visite la cure1 me voulut prter ses deux chevaux1 de sorte que nous fmes la traverse sans fatigue4 ,cankuk1 plus de chevaux2 mais le padre du lieu1 toujours aimable et charmant1 mit ma disposition quatre ,indiens qui1 meubls d'une chaise1 devaient nous porter ,tnjapa1 c'est--dire fournir une carrire de neuf lieues moyennant1 je crois1 #f raux par homme3 l',indien libre relayait son camarade fatigu4 ,c'est un moyen de locomotion fort usit dans la montagne et qui n'a rien de bien attrayant2 on prouve1 monter sur cette ble humaine un sentiment dsagrable1 o se mle un profond dgot pour l'humiliation qu'on impose l'tre de mme nature que vous et qui vous porte1 ainsi qu'un ne1 sur son bt4 ,mais le malheureux a si peu conscience de sa dgradation1 qu'on s'y fait d'abord1 et d'ailleurs vous vous trouvez bientt absorb dans les soins de votre conservation personnelle1 car il va1 vient1 repart et s'arrte sans plus s'inquiter de son ballot vivant que s'il portait une charge de sucre ou quelque baril d'eau-de-vie4 ,plusieurs fois mme je trouvai prudent de soulager ma monture1 et je fis pied toute la scabreuse descente de ,tnjapa2 il tait nuit quand nous y arrivmes4 ,six lieues seulement nous sparaient de ,san ,cristobal4 ,du haut des sommets qui dominent la valle1 le voyageur saisit mainte fois des aperus de la grande ville1 au milieu de sa plaine cultive1 mais nue et dpouille d'ombrages4 ,l'ancienne capitale de l'tat de ,chiapas s'tend sur un plateau resserr1 d'une hauteur de #b1cjj mtres environ au-dessus du niveau de la mer4 ,le climat est moins agrable que celui de ,mexico1 plus froid et beaucoup plus humide1 car il y pleut souvent4 ,la ville1 qui ne compte gure aujourd'hui que douze mille habitants1 forme un vaste quadrilatre d'o surgissent les clochers modestes de quatre glises qui1 sauf ,santo ,domingo1 d'un cachet original1 ne rappellent plus le luxe des temples au ,mexique4 ,l'ensemble de la valle est joli1 mais n'a rien de la grandeur de celle de ,mexico1 et les maisons de la ville1 presque toutes semblables entre elles1 n'ont qu'un rez-de-chausse fort bas2 vous n'y trouvez ni sculpture1 ni ornementation quelconque2 c'est un grand village d'une apparence pauvre1 et pauvre1 en effet1 aujourd'hui4 ,san ,cristobal1 depuis l'avnement de la rpublique1 n'a fait que perdre en importance et en richesse4 ,on m'avait parl d'un compatriote1 issu de famille amricaine1 don ,carlos ,bordwin2 comme l'htel est inconnu dans une contre o le voyageur tranger n'est qu'une exception1 j'allai frapper sa porte4 ,il me reut avec bienveillance1 mettant ma disposition son logis1 sa table et sa connaissance du pays1 qu'il habite depuis plus de vingt ans4 ,ce n'est pas un des moindres tonnements de l'tranger1 dans ces contres lointaines1 que cette gnrosit d'accueil toute de bienveillance1 laquelle il n'a d'autre droit que son ignorance des lieux et la sympathie que l'isolement inspire4 ,je trouvai1 dans l'homme affable qui m'ouvrit sa maison1 plus que l'hospitalit2 j'y gotai les charmes de la famille et les douceurs d'une intimit si prcieuse qui1 depuis longtemps1 en est sevr4 ,premier mdecin de l'tat de ,chiapas1 don ,carlos doit sa longue exprience la haute rputation dont il jouit2 homme de savoir et d'intelligence1 nul ne connat mieux que lui les ressources de la contre qu'il habite1 et sachant mettre profit ses connaissances acquises1 de premier docteur de ,san ,cristobal il en devint aussi le premier ngociant4 ,il avait visit les ruines de ,palenqu et n'ignorait rien des merveilleux monuments qui peuplent les dserts de ,chiapas4 ,il me racontait1 m'engageant les visiter1 que prs d',ococingo et de ,comitan1 se trouvaient une foule d'difices anciens1 et des pyramides artificielles d'une hauteur prodigieuse4 ,je rpte1 d'aprs lui1 que ces pyramides peuvent atteindre jusqu' huit cents pieds d'lvation2 qu'elles avaient t affectes la spulture des chefs et des grands1 et qu'elles ne sont que d'immenses ossuaires4 ,chacune de ces pyramides est perce d'une multitude de puits profonds1 hermtiquement ferms par des dalles cimentes2 dans chacun de ces puits se trouve un squelette ayant entre ses jambes des urnes de terre cuite1 rouge et d'une finesse extrme4 ,ces poteries1 ornes de figures et de dessins de couleur noire1 rappellent la forme des vases trusques4 ,que de dcouvertes faire et que de prcieux documents apparatront un jour6 ,un voyage ces ruines tait des plus attrayants1 mais les ressources commenaient manquer1 il me devenait impossible de faire traite sur ,mexico1 seule ville o je pusse me procurer de l'argent2 les lettres n'arrivaient pas ou mettaient jusqu' deux ou trois mois pour atteindre leur destination2 je fus mme oblig de vendre divers objets1 dont le prix devait me permettre1 je l'esprais du moins1 d'atteindre ,oaxaca sans encombre4 ,je renonai donc l'excursion de ,comitan2 mon absence de ,mexico durait depuis neuf mois et j'avais hte de m'y rendre4 ,le march de ,san ,cristobal est un des seuls au ,mexique1 offrant encore cette particularit1 qui consiste faire circuler les grains de cacao comme menue monnaie2 cela tient l'absence de billon dans l'tat4 ,je me suis souvent demand ce que devenaient ces grains de cacao1 aprs avoir pass dans des milliers de mains indiennes1 presque toujours d'une salet repoussante8 ,les livre-t-on de nouveau la consommation8 ,et quels sont les malheureux condamns cette affreuse boisson8 ,ne serait-il pas original de penser que nous le consommons nous-mmes1 et qu'ayant suffisamment rouls1 on nous les expdie en masse8 ,ce march n'est pas trs-anim et les fruits1 parmi lesquels on distingue quelques chantillons de nos produits d',europe1 sont petits et manquent de saveur4 ,les troites boutiques qui bordent la place lui donnent un faux air du ,temple et de ses environs4 ,la cathdrale1 qui se prsente en profil1 est pauvre et de mauvais got4 ,le clerg de ,chiapas1 si riche autrefois1 s'est vu1 dans ces derniers temps1 dpouill de ses maisons et de ses proprits rurales1 c'est dire que le gouvernement est libral4 ,les couvents ont subi la mme mesure et peuvent peine nourrir quelques moines1 derniers habitants de leurs clotres dserts4 ,un seul conserve encore l'apparence d'une certaine grandeur1 c'est celui de ,santo ,domingo4 ,le portail de son glise est charg d'ornements2 l'intrieur en est riche et semble imiter1 dans ses dispositions1 l'intrieur de la cathdrale de ,mexico4 ,lorsque j'entrai pour la visiter1 c'tait l'heure des prires2 un prtre officiait l'autel1 quelques personnes suivaient la messe et la galerie de l'orgue qui1 de temps autre1 accompagnait les chants1 contenait des jeunes gens et des moines4 ,je me bornai parcourir la nef gauche de l'glise1 m'arrtant visiter les chapelles et marchant avec la prcaution d'un homme qui ne veut troubler personne4 ,les fidles cependant me suivaient de l'oeil avec inquitude4 ,l'lvation vint et je m'approchai d'une colonne o je me recueillis religieusement1 sans pour cela m'agenouiller4 ,il y eut alors une certaine agitation dans l'glise1 des regards scandaliss et des chuchotements que je ne m'appliquai point d'abord4 ,en mme temps1 deux diacres se dtachrent du matre-autel se dirigeant vers moi2 je continuai nanmoins ma visite et j'tais arrt dans une chapelle de la ,vierge1 lorsque je fus rejoint par les deux acolytes4 ,ils s'agenouillrent prs de moi1 rcitrent dvotement une oraison1 puis se levant tout coup1 l'un d'eux1 m'apostropha d'une manire furieuse4 --,n'tes-vous point catholique1 me dit-il1 que vous insultez ainsi la majest du temple et de ses ministres8 ,je lui rpondis que je n'avais l'intention d'insulter personne2 que1 dans tous les pays du monde1 on avait l'habitude de visiter les glises1 mme pendant les offices1 et que j'avais cru pouvoir user ,san ,cristobal du mme privilge2 que puisque1 sans le vouloir1 j'avais scandalis les fidles1 je leur en faisais mes humbles excuses4 ,la douceur et la modration de ma rponse ne fit qu'accrotre l'insolence et la rage de mes deux sminaristes4 --,sortez1 monsieur1 sortez1 me dit l'un d'eux1 vous n'tes pas catholique4 --,je sortirai quand il me plaira1 dis-je cet nergumne1 et quant n'tre pas catholique1 vous avez raison1 je suis protestant4 --,protestant6 ,oh6 ,jsus6 s'cria l'un2 ave ,maria purssima6 rpondit l'autre2 protestant6 ,ils n'en pouvaient croire leurs yeux et n'avaient sans doute jamais rencontr d'hrtiques4--,protestant6 rptaient-ils en choeur4 ,je les laissai leur tonnement et je sortis de l'glise4 ,cette anecdote me rappelle que1 dans mon enfance1 au sortir du sminaire1 l'ge de douze ans1 je voulais brler tous les protestants et tous les hrtiques de ,france qui1 m'apprenait-on chaque jour1 n'adoraient pas la sainte ,vierge4 ,ces deux jeunes gens1 frachement moulus1 avaient fait du zle2 un vieillard et t plus indulgent4 ,la socit n'est pas des plus brillantes ,san ,cristobal1 et les distractions y sont rares2 le soir1 on se runit autour d'une estrade1 les femmes assises sur des tapis1 les jambes croises la turque1 d'autres accroupies sur des chaises1 et les cartes en main1 la soire s'coule au milieu des pripties d'un jeu fort innocent et de commrages sans fin4 ,j'excepterai toutefois la famille de mon hte1 o des causeries srieuses se mlaient aux bavardages de la petite ville4 ,l'une des filles de don ,carlos1 assez bonne musicienne1 avait un psalterion duquel elle tirait toute l'harmonie qu'il pouvait donner4 ,c'est un instrument cordes de cuivre1 de forme triangulaire1 qui se tient sur les genoux et dont les cordes1 trois par trois1 rendent un son grinant qu'on ne supporte qu' distance2 de prs1 il finit par agacer les nerfs au suprme degr4 ,de cration ancienne1 le psalterion remonte aux premires poques musicales1 et ,san ,cristobal est peut-tre une des dernires villes o l'usage s'en conserve encore2 cela tient l'isolement de la ville1 aux difficults des communications qui ne permettent pas aux pianos1 mme du plus petit format1 d'arriver jusque-l4 ,l'une des curiosits de l'tat de ,chiapas est un village indien d'une population de vingt mille mes1 disperse sur un vaste territoire1 tout auprs de ,san ,cristobal4 ,c'est le village de ,chamula1 dont tous les habitants exerant l'tat de menuisier1 fournissent la province de tables1 bancs1 chaises et canaps d'une forme simple1 mais enjolivs de sculptures naves rappelant les ouvrages suisses4 ,tous ces objets sont livrs au commerce des prix d'un bon march fabuleux1 et dont il est difficile de se rendre compte2 je me rappelle encore des chaises soixante centimes et de vastes canaps deux francs cinquante1 tout cela rendu quelquefois des distances considrables4 ,le gouvernement1 comme tous ceux de la rpublique1 se trouvait en dsarroi2 des bandes ractionnaires occupaient les environs de ,comitan et tenaient la frontire de ,guatmala4 ,aussi1 quand je voulus partir et que je me rendis au palais1 je ne pus trouver ni prfet1 ni sous-prfet1 ni mme un simple employ2 du reste1 la dmarche tait une simple prcaution et personne l'avenir1 ne s'informa du but de mon voyage4 ,il me fallait un mois de marche1 sans compter les arrts ncessaires dans une aussi longue route1 avant d'arriver ,mexico4 ,ce fut avec cette aimable perspective que je me dirigeai sur ,tuxtla4 ,,xvi ,,tehuantepec ,la ville et la valle de ,chiapas4--,les troupeaux dans les bois4--,la rivire4 ,tuxtla4--,don ,julio ,lickens4--,la fte du ,corpus 7,fte-,dieu74--,organisation nouvelle4--,de ,tuxtla ,tehuantepec4--,la compagnie amricaine4--,les patricios4--,la poursuite4--,les plantes grasses4--,totalapa4--,oaxaca4 ,histoire de voleurs4--,mexico4 ,de ,san ,cristobal la ville de ,chiapas1 le sentier se droule en une longue descente1 au milieu d'un pays hriss1 tordu1 bris par des torrents1 des barrancas et des prcipices2 sauvage et dsert1 couvert de sapins1 il rappelle les solitudes septentrionales4 ,aprs avoir travers le village salin d',ystapa1 o le cur me demanda si la ,france tait un port de mer comme ,vera ,cruz1 nous remontmes un instant encore pour venir dboucher sur la grande valle de ,chiapas4 ,un immense cours d'eau en occupe le centre et se dtache comme un ruban d'argent sur le vert sombre des forts2 la vue1 borne de face par les collines de ,tuxtla1 se perd droite et gauche dans les profondeurs de l'horizon2 la ville se distingue peine dans le lointain1 tendue sur les bords du fleuve4 ,une fois engags dans la descente et perdus sous l'ombre des grands arbres1 nous entendmes des mugissements et des grondements terribles mls au bruit d'une avalanche2 il semblait que la fort se brist sous les efforts d'une tempte invisible2 tout coup1 nous nous trouvmes environns par un millier de boeufs sauvages que conduisaient grand renfort de fouets1 de cris et de blasphmes une douzaine de cavaliers l'air froce1 et vtus de ces tranges costumes de cuir dont j'ai parl plus haut4 ,je craignis un instant d'tre entran dans ce tourbillon1 et je ne pouvais me rendre compte du passage de ces animaux au milieu des asprits de cette nature4 ,le sentier1 le bois1 tout tait plein2 ils bondissaient1 tombaient1 se relevaient et franchissaient tous les obstacles2 quant leurs farouches conducteurs1 il tait vraiment beau de les voir se prcipiter la suite des troupeaux indociles1 et l'on ne savait lequel admirer le plus1 du cheval ou du cavalier4 ,le guide me mit au courant de cette migration4 ,comme les pturages de l'tat de ,chiapas ne se trouvent que dans les prairies de la ,terre ,chaude1 presque toutes les haciendas ne s'occupent que de l'levage des bestiaux2 il en est qui possdent jusqu' trente mille ttes4 ,les marchands des montagnes et de ,tabasco mme viennent en acheter sur place pour les conduire des distances considrables1 au milieu de dangers de tous genres4 ,ils traversent la ,cordillre dans sa plus grande largeur2 mais il faut dire aussi qu'ils n'arrivent le plus souvent qu'avec le quart des animaux1 les autres prissent en route de misre ou de fatigue4 ,en approchant de la ville de ,chiapas1 l'air retentissait du bruit des cloches1 et les coetes1 fuses volantes1 jetaient la face du soleil leurs tincelles invisibles4 ,je n'avais point encore rencontr de village qu'on n'y clbrt1 ce jour mme1 une fte quelconque4 ,intrigu par ces rjouissances perptuelles1 je m'informai prs d'un habitant du nom du saint qu'on ftait ainsi4--,c'est la fte du ,pre ternel1 me rpondit-il navement4 ,je jetai les yeux sur mon almanach1 car je pensais d'abord que c'tait la ,fte-,dieu que mon homme voulait dire2 mais point1 elle n'arrivait que dans dix jours4 ,c'est cela1 me dis-je1 aprs avoir puis le calendrier1 et ne sachant qui s'en prendre1 ils ftent ,dieu le ,pre4 ,ayant trouv des mules notre arrive1 nous ne fmes que passer2 du reste1 la ville de ,chiapas n'offre au voyageur que sa belle rivire1 d'un cours rapide et qui1 deux kilomtres en aval1 ayant bris l'obstacle que lui opposait la montagne1 se prcipite comme un torrent entre des berges perpendiculaires de plus de mille pieds1 pour reprendre un cours paisible sur le versant du golfe4 ,tuxtla1 qui se trouve sept lieues de ,chiapas1 est aujourd'hui la capitale politique de l'tat2 je dus1 en y arrivant1 modifier mon itinraire et ma faon de voyager4 ,il me fut impossible d'y trouver des mules1 pas plus que des domestiques pour m'accompagner jusqu' ,tehuacan1 et j'avais dj bien assez du malheureux que je tranais avec moi4 ,je devais donc compter sur un sjour assez long4 ,je louai1 cet effet1 un petit appartement o j'tais peine install que je reus la visite d'un gros homme1 figure riante qui1 m'apostrophant avec une brusque cordialit1 me demanda dans le franais le plus pur1 pourquoi je n'avais pas t frapper sa porte4--,j'ignorais que j'eusse un compatriote ,tuxtla1 rpondis-je1 et du reste1 on finit par tre pris d'une certaine pudeur s'imposer ainsi1 comme l'hte1 de personnes qui ne vous connaissent point2 mais don ,julio1 mon visiteur1 ne voulut rien entendre1 il fallut le suivre4 ,don ,julio tait ,parisien pur sang1 jeune encore1 grand causeur et d'un coeur1 d'une bont sans gale4 ,il me le fit bien voir4 ,depuis dix ans1 il habitait le ,mexique3 ,tehuantepec d'abord1 puis ,tuxtla4 ,s'tant vu ruin dans une affaire de contrebande1 il avait embrass l'tat de docteur qui lui russissait admirablement2 j'ajouterai qu'il y mettait une sorte de passion et qu'il tudiait tous les jours4 ,rien ne l'tonnait du reste1 il avait coup des cuisses avec un rare bonheur1 et les oprations chirurgicales les plus dlicates ne le faisaient point reculer4 ,c'est ainsi qu'il lui arriva de pratiquer l'opration du strabisme1 et dans un cas exceptionnel4 ,un docteur tranger parcourait le pays1 se donnant1 comme spcialit1 le traitement des yeux et le redressement de la vue2 mais soit charlatanisme1 soit mauvaise fortune1 il creva les yeux du premier patient qui lui tomba dans les mains2 le malheureux fut aveugle pour le restant de ses jours4 ,don ,julio1 piqu d'une noble mulation1 s'empara d'une seconde victime1 opra le premier oeil1 mais creva l'autre1 c'tait de toute faon un progrs1 et c'est ici le cas d'ajouter que1 dans le pays des aveugles1 les borgnes sont rois4 ,ce demi-succs l'avait encourag2 la clientle s'tait faite et1 de plus de vingt lieues la ronde1 don ,julio tait le seul docteur possible2 cela me rappelle un mdecin de ,palissada1 auquel une ,indienne avait confi sa mchoire4 ,il s'agissait d'extirper une molaire des plus tenaces1 et le docteur se servait encore d'une antique et formidable clef qu'il avait eu la plus grande difficult introduire dans la bouche de la malade4 ,j'tais prsent4 ,la dent saisie1 le malheureux s'efforait en vain de l'amener lui2 il branlait1 tirait1 faisait levier2 la dent tenait bon1 l',indienne se tordait comme un ver2 il tira si bien1 que la dent finit par cder4--,enfin1 la voil1 dit-il4--,mais je ne la vois pas1 lui dis-je1 l'auriez-vous manque8--,attendez1 reprit-il1 elle ne tient plus que par la gencive4 ,et s'tant arm d'une immense paire de ciseaux1 il se mit tailler dans la bouche de l',indienne aux abois1 puis lui prsentant sa dent1 entoure d'une demi-livre de chair sanglante3--,la voil2 mais1 ajouta-t-il1 elle tenait diablement2 c'est deux francs cinquante4 ,ceci ne s'adresse en rien mon ami don ,julio4 ,cependant1 j'avais rencontr un muletier se dirigeant vers ,oaxaca2 ses mules1 me disait-il1 taient prtes et je devais l'accompagner2 mais chaque jour1 c'tait un empchement nouveau4 ,je rsolus donc de lui laisser mes bagages et de prendre les devants4 ,il s'agissait d'acheter deux chevaux pour mon domestique et pour moi1 deux selles et les divers accessoires2 les fonds baissaient2 je me dfis1 en faveur de mon hte qui accepta pour m'obliger1 de mes fusils1 de mon rvolver1 et de deux livres de nitrate qui me restaient encore4 ,don ,julio me procura lui-mme deux jolies btes1 jeunes et saines4 ,je n'avais plus qu' lui faire mes adieux1 mais l'excellent homme me retenait encore4 ,ce fut pendant mon sjour ,tuxtla1 que se passrent les ftes du ,corpus 7,fte-,dieu72 c'est pour les ,indiens la fte prfre1 un prtexte d'orgie sans rivale1 o les crmonies religieuses se mlent et se confondent aux saturnales des jours gras4 ,ils s'y prparent de longue main1 et vont quter l'avance de vieux vtements europens1 des chapeaux noirs et des casquettes modernes1 et1 s'affublant de ces oripeaux auxquels ils joignent des dpouilles de btes fauves et d'oiseaux1 queues de coyotes1 plumes d'aras1 etc41 ils entourent ou prcdent le saint-sacrement1 se livrant des hurlements de sauvages et des danses de ,carabes4 ,et que nul ne vienne assister en profane ce spectacle au moins tonnant1 un sourire pourrait blesser leur susceptibilit jalouse et coter cher son auteur4 ,il me souvient encore qu'un ,espagnol tranger1 se balanant dans son hamac1 dans l'intrieur de sa maison1 dont la porte donnait sur la place1 fut sur le point d'tre lapid4 ,il fallut qu'il se renfermt chez lui1 sous peine d'encourir le ressentiment de ces nergumnes4 ,le jour de la sparation avait sonn2 mon nouvel ami1 car don ,julio fut un vritable ami1 nous accompagna plus de trois lieues sur la route de ,tehuantepec1 et l1 le coeur gros1 nous nous sparmes2 son souvenir me sera toujours prsent4 ,j'entreprenais de parcourir sans guide une distance de plus de trois cents lieues4 ,j'arrivai le soir ,ocosocautla1 ma premire tape1 le coeur charg de la mlancolie que donne l'isolement4 ,le champ de lave qui entoure ce dernier village une fois franchi1 l'on retombe dans les grandes plaines coupes de rivires1 o bois et prairies se succdent tour tour4 ,voil ,santa ,lucia1 la plus belle hacienda de la contre4 ,l'habitation1 entoure de cabanes indiennes comme un matre de ses vassaux1 est grande et bien btie2 une immense galerie en borde le contour2 l1 travaillent les nombreux employs de la ferme2 auprs1 se trouvent le moulin pour la canne1 l'aire pour les bls et le magasin du mas4 ,les alentours regorgent de gibier1 oiseaux1 daims et btes fauves qu'on peut chasser courre1 tant la plaine est admirablement dispose4 ,les bois sont grands et magnifiques1 peupls d'aras rouges et bleus1 et la rivire1 dans ses nombreux dtours1 jette sur cette terre privilgie le manteau d'une ternelle verdure4 ,le soir1 aprs l'oracin1 et lorsque les serviteurs sont venus1 en lui souhaitant une nuit heureuse1 prendre pour le lendemain les ordres du matre1 les ,indiens1 runis dans la vaste cour1 se reposent de leurs travaux par des chants bizarres2 la mesure saccade1 presse1 haletante1 rappelle le galop du coursier la poursuite du btail dans les bois1 les clats de voix et les mugissements4 ,le chanteur s'accompagne sur la marimba1 espce de piano compos de touches de bois sonore de diffrentes grandeurs2 des tuyaux du mme bois rpondent aux touches pour donner aux sons plus de force2 quelques-uns possdent quatre octaves4 ,deux ,indiens1 munis de petites baguettes armes de boules de gutta1 arrachent de cet instrument de primitives harmonies2 leurs airs1 peu nombreux1 ressemblent aux chants des oiseaux qui sont toujours les mmes et qui n'en sont pas moins varis et charmants2 comme eux aussi1 les sons de la marimba1 faibles quand on les coute de prs1 s'entendent des distances considrables1 plus harmonieux1 plus doux et plus potiques4 ,mais nous passons successivement et par journe1 ,llano ,grande1 ,casa ,blanca1 ,san ,pedro et la ,gineta4 ,la ,gineta est une montagne des plus leves de la sierra1 qui semble jete1 comme un immense promontoire jusqu'au bord du ,pacifique1 dans la plaine de ,tehuantepec4 ,couverte de bois du ct du golfe1 elle n'a sur le ,pacifique d'autre vgtation qu'un immense tapis de gazon vert4 ,l'ascension est longue et difficile2 mais une fois parvenu au sommet1 si vous abandonnez le sentier pour gravir certaine minence sur la droite1 vous avez alors l'un des spectacles les plus imposants qu'on puisse imaginer4 ,en vous tournant au nord1 la ,cordillre1 qui s'abaisse graduellement depuis les hauts plateaux de ,chiapas1 laisse planer le regard sur toute la largeur de sa chane boise et de ses valles sombres2 au del1 l'oeil saisit encore les vagues ondulations de la plaine1 pour se perdre plus au loin dans le scintillement des eaux du golfe4 ,au sud1 la ,gineta dploie sous vos pieds toute la splendeur de son tapis d'meraude2 plus bas1 la plaine de ,tehuantepec tend la perspective de ses riantes prairies2 comme horizon1 vous avez l'immense nappe de l'ocan ,pacifique4 ,en hiver1 le passage de la ,gineta est des plus dangereux2 il y rgne des vents pouvantables1 auxquels hommes et mulets ne sauraient rsister3 de graves accidents signalent cette poque1 et les prcipices ne rendent jamais compte des victimes que leur a jetes l'orage4 ,la plaine de ,tehuantepec n'offre au regard qu'un vaste taillis au milieu duquel s'battent une multitude de livres normes1 hauts sur pattes et ventre blanc4 ,on les chasse peu1 aussi sont-ils d'une effronterie singulire2 on les tue au bton1 et quand on les tire c'est toujours balle4 ,vous avancez1 les coutumes changent1 le village a remplac l'hacienda1 et l'on retrouve alors1 peu de chose prs1 l'organisation du haut ,mexique2 toutes ces populations vivent indolentes et peut-tre heureuses dans leur apathique repos4 ,le mme champ1 de mme tendue1 se cultive chaque anne de la mme manire2 vienne la scheresse ou l'inondation1 l',indien se passera de mas au besoin1 ou prira de disette plutt que de travailler2 mais la leon qu'il vient de recevoir ne lui fera pas dfricher un mtre de plus qu'il n'a coutume de le faire3 il nat avec cet instinct1 il meurt dans la mme imprvoyance4 ,chaque village est ordinairement prs de ruisseaux o l'eau ne manque jamais1 et o les habitantes indiennes et blanches viennent1 toute heure du jour1 faire de longues ablutions4 ,souvent il m'arrivait d'en trouver sur les bords de la rivire1 dans le plus simple costume2 mais la vue d'un tranger ne les effrayait point2 elles tournaient simplement le dos en me regardant1 moins surprises et peut-tre moins gnes que moi4 ,c'est ainsi qu'aprs avoir travers ,zanatepec1 ,niltepec1 ,yztaltepec1 l'on arrive ,tehuantepec4 ,en partant d',yztaltepec1 je m'tais gar dans les bois2 c'tait la seconde fois que cela m'arrivait1 et je faillis payer cher mon imprudence4 ,je savais qu'au nord je devais trouver la nouvelle route amricaine2 mais j'avais beau m'orienter1 les broussailles me barraient le passage et m'obligeaient des dtours1 ou1 de nouveau perdu1 je ne retrouvais des clairires que pour me reperdre encore4 ,mes chevaux taient rendus et dvors par des milliers de taons normes2 de mon ct1 tout en ne craignant d'autre dsagrment qu'une nuit la belle toile1 je n'tais pas sans inquitude2 les tigres y sont trs-nombreux1 si nombreux mme1 que chaque hacienda possde deux tigreros qui passent leur vie chasser cet animal1 dont les ravages dans les troupeaux deviennent de vritables calamits4 ,je n'avais plus avec moi ni hache pour tablir une tente1 ni fusil pour me dfendre3 la position n'avait donc rien de bien attrayant4 ,je laissai reposer mes pauvres btes et1 leur enlevant le mors1 je les fis patre une heure environ4 ,je repris alors ma course et longtemps encore j'errai au hasard1 lorsque j'eus le bonheur de rencontrer un petit ruisseau2 je reconnus des traces d'hommes sur le sable des bords et je m'empressai de les suivre3 j'tais retrouv1 car une demi-heure aprs je rencontrais la route amricaine4 ,elle tait dans un tat pitoyable1 les chevaux enfonaient dans les terres dtrempes1 et nous n'avancions qu'avec une lenteur dsesprante4 ,il tait nuit quand j'atteignis ,tehuantepec4 ,il y avait alors une foule d'htels dont la fondation remontait la cration de la compagnie amricaine2 je me rendis chez un compatriote dont la maison1 parfaitement monte1 offrait tout le confort dsirable4 ,mes chevaux avaient besoin de quelques jours de repos1 et je comptais en vendre un pour me dbarrasser de ,carlos qui1 passant par ,minatitlan1 pouvait de l regagner la ,lagune1 son pays4 ,je n'en avais aucun besoin1 et j'tais fatigu de le servir4 ,tehuantepec est une ville de quinze mille mes1 en y comprenant les immenses faubourgs indiens qui possdent1 en fait de femmes1 une des plus belles races de la rpublique4 ,il fait beau les voir campes comme des viragos1 la tte haute1 la poitrine en avant1 marchant fires et dfiant les regards2 trs-sduisantes1 malgr leur tournure virile1 elles joignent des figures pleines de caractre1 une fermet de chair et des contours admirables4 ,leur costume1 gracieux et provocant la fois1 prte au charme de ces cratures4 ,il se compose de jupes de couleur1 bordes de dentelles1 ne descendant pas la cheville et laissant deviner une jambe fine et d'un beau model4 ,une petite veste1 large comme la main1 permet d'entrevoir les chairs bronzes d'une taille trs-fine1 elle laisse les bras nus et cache peine les contours d'une gorge toujours heureuse3 je ne parle que des jeunes femmes4 ,quant aux vieilles1 ce costume est des plus dplorables2 car souvent il arrive que leurs seins dlabrs1 descendant plus bas que la veste1 talent aux regards le dgotant spectacle de ces charmes fltris4 ,la tte est couverte par un lger uipile brod d'or et d'argent2 le pied se cambre nu dans un escarpin largement dcouvert1 ce qui lui fait toujours gagner en petitesse4 ,plusieurs de ces costumes atteignent des prix fabuleux1 et j'entendis parler de #ejj piastres 7#b1jjj #b1ejj fr474 ,avant l'tablissement de la compagnie amricaine1 ,tehuantepec dormait du sommeil de toutes les villes loignes1 et le pauvre commerce des environs1 mas1 indigo1 etc41 suffisait peine l'occupation de deux hommes intelligents1 ,franais tous deux1 et dont ,m4 ,alexandre de ,gives1 ,juchitan1 est le plus riche et le plus influent4 ,lors du commencement des travaux1 la ville sembla se rveiller un moment au contact de l'agitation yankee2 mais la dsastreuse issue de cette compagnie1 qui ne fit que passer et disparatre1 laissa ,tehuantepec ruin1 ainsi que les habitants de la campagne1 qui attendent encore le salaire de leurs travaux1 le prix du louage de leurs bestiaux et des instruments de travail qu'ils ont fournis4 ,les travaux avaient march avec la rapidit qui distingue le ,yankee1 mais tout avait t sacrifi l'amour-propre de tracer la route1 et la prcipitation des ingnieurs les avait empchs de rien prvoir des causes de destruction qui menaaient leur voie4 ,ils n'avaient pens ni la vgtation qui l'envahirait1 ni aux ornires d'une terre dtrempe1 ni aux inondations qui la couvriraient1 ni aux ruisseaux qui la ravineraient2 ils n'avaient mme pas song jeter a et l quelques ponts pour l'coulement des eaux3 aussi la route fut-elle immdiatement ruine1 et la premire disette des fonds qu'on avait gaspills1 il y eut un sauve-qui-peut gnral2 le pays se vida comme par enchantement1 de ,tehuantepec ,xuchil4 ,ceux-l seuls restrent1 que le manque d'espces avait clous sur place et que la misre retenait ,tehuantepec4 ,la ville tait pleine de ces malheureux qui1 ples et hves1 promenaient par la ville leurs famliques personnes1 ne devant qu' la charit le soutien d'une misrable existence4 ,on trouve dj dans la plaine de ,tehuantepec quelques chantillons de cette race toute particulire au ,mexique1 appele pinto1 qui appartient principalement l'tat de ,guerrero4 ,le pinto est un ,indien dont le corps1 tigr de taches blanches sur fond jaune1 prsente l'oeil un triste spectacle2 ces taches1 de toutes dimensions1 envahissent quelquefois la moiti de la figure1 laissant au visage1 d'un ct sa couleur naturelle1 et couvrant l'autre d'une teinte mate1 blanc sale et d'un aspect maladif4 ,d'autres fois1 elles s'parpillent en points menus1 de manire figurer nos taches de rousseur1 mais avec un contraste beaucoup plus frappant2 le corps est gnralement atteint de la mme infirmit1 et le sujet afflig de cette maladie inspire1 premire vue1 la mme rpulsion qu'un lpreux4 ,nous croyons devoir attribuer ce phnomne au croisement du sang chez les habitants des terres chaudes qui bordent le ,pacifique4 ,les individus de race pure1 ,indiens ou blancs1 sont rarement pintos4 ,je savais qu'en partant de ,tehuantepec je devais tre arrt dans la montagne1 et sans aucun doute dvalis4 ,les dfenseurs du parti ractionnaire1 vaincus a ,tehuantepec1 s'taient rfugis dans la sierra1 qu'ils occupaient au nombre de deux cents environ1 et comme centre d'action1 ils habitaient le village de ,tkicistlan1 quinze lieues au del4 ,on les appelle patricios4 ,j'avais pris mon parti d'tre vol2 je vendis donc l'un de mes chevaux1 et1 dans le plus mince quipage1 ayant peine la somme suffisante pour atteindre ,oaxaca1 je me mis en route4 ,le bonheur voulut qu' deux lieues dans le bois je rejoignis un corps de cent cinquante hommes1 qui1 sous les ordres du gouverneur de ,tehuantepec1 don ,rodriguez1 marchait la poursuite des brigands1 dont les hauts faits devenaient par trop intolrables4 ,toute communication tait interrompue1 les convois de mules ne pouvaient passer que moyennant un fort tribut1 et quant aux voyageurs isols1 des disparitions frquentes indiquaient assez quel avait d tre leur sort4 ,je me mis donc joyeusement la suite de l'expdition2 je priai le chef de me faire remettre un fusil afin de pouvoir charger avec la troupe s'il y avait lieu4 ,cette perspective donnait une couleur pittoresque mon voyage1 et je n'aurais pas t fch de me venger un peu des compadres pour les mille et une vexations qu'ils m'avaient fait subir4 ,une partie de la troupe occupait le sentier1 pendant que des pelotons couraient de gauche droite sur les flancs du corps d'arme4 ,la marche n'tait point facile au milieu des bois1 il faut toute l'intelligence des chevaux et leur habitude de la montagne pour expliquer la possibilit d'une course dans ces conditions4 ,je faisais partie du piquet de droite et la premire moiti du jour se passa bien4 ,en approchant de ,tkicistlan1 un coup de sifflet retentit en avant de nous1 et fut immdiatement suivi de cris d'angoisses et d'appels au secours4 ,nous nous prcipitmes au galop dans la direction1 et peu aprs la fusillade s'engageait entre une demi-douzaine de voleurs et les soldats que j'accompagnais4 ,le combat fut court1 ou plutt il n'y eu point combat1 car leurs armes dcharges1 les compadres prirent la fuite1 nous laissant un des leurs1 bless la cuisse4 ,quant aux cris d'appel1 ils avaient t pousss par un malheureux qu'ils venaient de dpouiller1 et dont les malles ventres gisaient parses dans le monte2 du reste1 les fuyards n'avaient point lch leur prise et dans leur fuite prcipite1 chacun avait enlev sa part4 ,le ,sauvons la caisse6 se retrouve partout4 ,quelques hommes s'lancrent la poursuite des fugitifs2 le prisonnier fut hiss sur un cheval1 afin que le chef dcidt de son sort1 et l'on s'occupa du vol4 ,celui-ci s'arrachait les cheveux de dsespoir2 on lui avait enlev1 disait-il1 tant en espces qu'en bijoux et objets de valeur1 pour une somme de vingt mille francs4 ,il n'avait plus que son cheval et ses deux mules qui1 seules1 devaient se rjouir1 ne devant plus avoir de fardeaux porter4 ,nos hommes revinrent bientt1 ils n'avaient pu atteindre les brigands1 et nous nous htmes dans la direction du commandant1 que cette fusillade avait d inquiter4 ,il nous attendait effectivement1 et lorsqu'on l'eut mis au fait de l'histoire1 il ordonna tranquillement qu'on fusillt le bless1 dont le corps1 pendu prs du sentier1 devait servir d'exemple4 ,puis comme ses camarades pouvaient porter la nouvelle de l'arrive des troupes dans le village1 on prcipita la marche afin de les prvenir4 ,tkicistlan fut abord au pas de course1 par trois cts la fois1 pour couper toute retraite2 mais les oiseaux s'taient envols1 et l'on ne put mettre la main que sur trois individus suspects1 dont la culpabilit ne fut pas suffisamment tablie pour provoquer une arrestation4 ,un grand nombre1 j'en eus la conviction plus tard1 furent cachs par les habitants1 car dans la maison o je pris mon gte1 j'entendis pendant la nuit des chuchotements et des alles et venues mystrieuses1 qui lui donnaient toute la tournure d'un repaire4 ,le lendemain1 je poursuivis ma route en compagnie de la victime de la veille2 le pauvre vol tait simplement un gnral1 autrefois le bras droit de ,santa-,anna2 je sus que son zle remplir les ordres cruels de son chef lui avait valu le surnom de bourreau du dictateur4 ,mon nouveau compagnon de voyage1 en me racontant son histoire1 se garda bien de me donner ces dtails2 mais par un hasard singulier1 il se trouva que nous tions en pays de connaissance4 ,p444 ,c4441 ,espagnol et partisan de don ,carlos1 s'tait autrefois rfugi en ,france et s'tait mari dans le dpartement mme que j'habite2 je connaissais aussi ses deux fils ,mexico4 ,il me pria de les voir si j'y arrivais avant lui4 ,absent depuis quatre ans1 il revenait de ,nicaragua1 o il avait t guerroyer au service de je ne sais quelle cause1 et n'avait eu1 depuis ce temps1 aucune nouvelle de sa famille4 ,je savais que sa pauvre femme tait morte de misre1 et je n'eus pas le courage de lui apprendre ce triste vnement4 ,du reste1 il n'atteignit jamais ,mexico1 et j'appris plus tard que1 arrt ,oaxaca1 on l'avait envoy pourrir ,vera-,cruz1 dans un cul de basse-fosse4 ,voil les pripties du sort4 ,comme il se plaignait de sa triste destine1 je lui demandai pourquoi il tenait servir un pays qui rcompensait si mal les dvouements4--,ah6 me rpondit-il1 six mois de commandement dans une province1 et la fortune est faite4 ,voil tout le ,mexique4 ,j'abandonnai ,m4 ,p444 ,c444 las ,vacas pour continuer seul ma route4 ,le lendemain je gagnai ,san ,bartolo1 le surlendemain ,san ,juan1 puis ,totolapa4 partir de ,san ,juan1 la vgtation n'est plus la mme1 et la montagne dnude ne produit plus que des cactus gants de toutes formes4 ,il y en a de triangulaires et d'autres qui comptent jusqu' vingt-quatre cts4 ,ceux-ci s'lancent d'un seul jet1 comme des mts de navire1 jusqu' une hauteur de quarante pieds2 les octogones1 moins levs mais plus puissants1 se bifurquent1 trois mtres du sol1 en une multitude de pousses1 au nombre de deux et trois cents1 de plus de vingt pieds d'lvation2 le tout de forme ronde et embrassant un diamtre de trente pieds au moins4 ,j'ai mesur le tronc de l'un de ces magnifiques vgtaux1 il avait plus de six pieds de diamtre4 ,on dsigne toute cette famille au ,mexique sous le nom gnrique d'organos4 ,le sol tait1 en outre1 parsem d'oursins normes1 dont quelques-uns en fleurs1 et de ttes de vieillard1 espce de cactus pousse isole1 termine par une chevelure blanche4 ,la marche est pleine de prils au milieu de cette vgtation pineuse1 dont les pointes ont la duret de l'acier2 souvent le petit sentier n'offrait que juste la place pour passer entre ces colonnades d'un nouveau genre que bordent presque toujours des pentes pic et des prcipices effrayants4 ,deux journes encore me sparaient d',oaxaca2 je laissai ,san ,dionyzio sur la gauche et j'allai revoir une dernire fois les ruines de ,mitla4 ,huit jours aprs1 j'atteignais ,tehuacan o devaient finir mes fatigues4 ,j'y arrivai dans un accoutrement difficile dpeindre2 six mois de route continue m'avaient bronz comme un ,indien1 mon costume tombait en lambeaux1 et je me rappelle que1 deux jours auparavant1 j'avais t oblig de relier les semelles de mes bottes au moyen de ficelles2 il tait donc temps d'arriver4 ,je vendis mon cheval1 je renouvelai certaine partie de ma garde-robe et1 le lendemain1 je montai plein de joie dans la diligence de ,mexico4 ,j'tais une pauvre proie pour les voleurs et n'avais conserv de prcieux qu'une montre rptition4 ,j'avais fait en sorte que ces messieurs ne pussent la dcouvrir4 ,la montre pendait dans le dos et le cordon qui la supportait passait par-dessus le cou en se repliant sous l'paule1 de telle sorte que la chemise mme tant ouverte1 on n'en dcouvrait pas le moindre vestige4 ,je comptais bien la rapporter ,mexico1 mais je comptais sans la fortune4 ,deux fois dj l'on nous avait arrts2 j'en avais t quitte pour les quelques piastres qui me restaient2 ,puebla1 je n'tais point en peine de trouver des fonds4 ,en approchant d',amozok1 nous tombmes dans une troisime embuscade4 ,je ne m'effrayai pas davantage cette fois2 nanmoins1 chaque nouvelle alerte1 mes mouvements taient gns1 je craignais qu'un changement violent ou une secousse ne brist le cordon qui1 du reste1 me blessait prodigieusement4 ,les deux voleurs furent plus persvrants dans leurs recherches que leurs prcdents accolytes1 et c'tait chose naturelle1 il ne restait plus voler que des vtements de rebut4 ,ils nous palprent donc longuement et minutieusement1 j'eus le bonheur qu'ils ne sentissent point la montre et je me rjouissais dj de mon heureuse chance4 ,nous tions huit2 l'un des voleurs1 le fusil la main1 surveillait nos mouvements pendant que son ami fouillait chacun4 ,je l'ai dit1 mon tour tait pass quand1 mettant1 je ne sais pourquoi1 mes deux mains dans mes poches1 il s'opra sur le cordon une traction violente2 je sentis la montre se dresser sur mes reins et tout coup1 la stupeur de chacun et ma trs-grande confusion1 l'affreux bijou se mit sonner trois heures et quart4 ,au premier tintement1 je fus pris d'un accs de toux prodigieux2 j'esprais ainsi donner le change1 mais je ne pouvais couvrir entirement le bruit argentin de la sonnerie2 je regardais derrire moi moi comme un colier pris en faute4 ,la situation ne manquait pas de piquant2 chacun me regardait moiti riant1 moiti srieux4 --,tiens1 tiens1 fit le voleur d'un ton narquois1 nous avons donc une montre8 ,et comme je continuais mon rle d'tonn3 --,a ver el relog3 ,voyons cette montre1 fit-il brutalement4 ,je ne pouvais rsister1 il m'et mis nu comme un ver1 et l'autre camarade me tenait en joue4 ,je m'excutai4 --,rendez grce ,dieu1 me dit l'effront1 rendez grce ,dieu d'tre tomb sur des caballeros comme nous1 car de tout autre1 cela ne se fut point pass de mme2 et comme je lui remettais la montre4--,allez1 dit-il1 et ne pchez plus4 ,une mtisse avait t plus heureuse2 elle avait sur ses genoux une charmante fille de quatre ans3 chaque fois1 elle avait cach ses boucles d'oreille dans la bouche de son enfant1 en lui recommandant bien de ne point parler1 et la chre petite avait parfaitement jou son rle4 ,la route de ,puebla ,mexico tait garde1 j'arrivai donc sans nouvel accident4 ,,xvii ,,le ,,popocatepetl ,ascension du ,popocatepetl4--,le village d',amcamca4--,la famille ,perez4--,tomacoco4--,le rancho de ,tlamacas4--,excursions aux environs4--,le cimetire indien4--,le volcan4--,retour ,amcamca4--,dpart pour ,vera ,cruz--,rencontre de deux partis4--,encore les voleurs4--,dolors ,molina4--,son enlvement4--,vera ,cruz4--,retour en ,europe4 ,je ne pouvais quitter le ,mexique sans tenter l'ascension du ,popocatepetl1 le volcan le plus lev de l',amrique du ,nord4 ,il y avait l de belles vues prendre1 et tout au moins1 comme souvenir1 je tenais reproduire l'intrieur du cratre1 le pic et ses environs2 il me paraissait1 en outre1 flatteur pour mon amour-propre de voyageur1 d'aller faire de la photographie #ag1heb pieds au-dessus du niveau de la mer1 et je serais dsol de n'tre point le seul4 ,je prparai donc mon petit bagage artistique1 compos d'une chambre stroscopique et de divers produits4 ,j'avais avec moi un jeune homme nomm ,louis1 qui1 ,mexico1 m'avait aid dans mes travaux photographiques2 notre dpart fut fix la fin de septembre4 ,il existe un service de diligences qui transportent les voyageurs jusqu'au pied du volcan4 ,la diligence traverse ,ayotla1 laisse droite la route de ,vera ,cruz et s'enfonce dans la plaine1 passe devant la filature de ,miraflores1 s'arrte un instant ,tlalmanalco pour dboucher sur ,amcamca4 ,amcamca est un grand village au pied du volcan1 et sa position dans la plaine est une des plus belles de la valle4 ,je m'tais li d'amiti1 dans ce dernier village1 avec don ,cyrilo ,perez1 ngociant1 et son frre don ,pablo1 juez conciliador1 juge de paix d',amca4 ,ce dernier s'occupait avec passion de photographie1 et nous avait accompagns dans diverses excursions2 aussi1 ces deux aimables caballeros firent-ils leur possible pour nous faciliter l'ascension du pic4 ,il fallut nanmoins retarder le dpart2 huit jours de pluie nous clourent au village1 et le volcan ne se montrait que par intervalles rares3 dans ces conditions1 le voyage et t manqu4 ,le temps enfin se remit au beau et nous partmes4 ,nous allmes d'abord coucher l'hacienda de ,tomacoco1 belle habitation appartenant la famille ,perez et situe au milieu d'un paysage admirable4 ,nos guides et les domestiques devaient nous y rejoindre4 ,le lendemain1 de fort bonne heure1 nous tions en route2 ma troupe se composait des deux guides1 de quatre ,indiens1 de don ,louis et moi4 ,le sentier s'enfonce dans les bois de sapins pour devenir bientt abrupt et glissant4 ,chaque pas en avant donne au panorama de la valle une plus grande extension1 et dans les claircies du bois1 l'oeil se repose ravi sur les sites les plus enchanteurs2 la fort se dveloppe grande et majestueuse1 nous croisons chaque instant des arbres d'un diamtre norme et d'une hauteur gigantesque4 ,mais le froid nous saisit1 il nous faut mettre pied terre pour soulager nos montures1 dont le souffle bruyant annonce la fatigue et l'oppression4 ,nous atteignons alors un premier plateau que croise le sentier de ,puebla4 ,cette route est la mme que suivit ,cortez dans sa marche de ,cholula sur ,mexico1 et nous croyons intresser le lecteur en lui donnant la belle page que l'historien ,prescott a consacre cet pisode de la vie du conqurant4 ,la voici3 ,les ,espagnols dfilrent entre deux des plus hautes montagnes de l',amrique septentrionale1 ,popocatepetl1 la montagne qui fume1 et ,iztaccihuatl1 ou la femme blanche1 nom suggr sans doute par l'clatant manteau de neige qui s'tend sur sa large surface accidente4 ,une superstition purile des ,indiens avait difi ces montagnes clbres1 et ,iztaccihuatl tait1 leurs yeux1 l'pouse de son voisin plus formidable4 ,une tradition d'un ordre plus lev reprsentait le volcan du nord comme le sjour des mchants chefs1 qui1 par les tortures qu'ils prouvaient dans leur prison de feu1 occasionnaient ces effroyables mugissements et ces convulsions terribles qui accompagnaient chaque ruption4 ,c'tait la fable classique de l'antiquit4 ,ces lgendes superstitieuses avaient environn cette montagne d'une mystrieuse horreur1 qui empchait les naturels d'en tenter l'ascension2 c'tait1 il est vrai1 ne considrer que les obstacles naturels1 une entreprise qui prsentait d'immenses difficults4 ,le grand volcan1 c'est ainsi qu'on appelait le ,popocatepetl1 s'levait la hauteur prodigieuse de #ag1heb pieds au-dessus du niveau de la mer1 c'est--dire plus de #b1jjj pieds au-dessus du monarque des montagnes1 la plus haute sommit de l',europe4 ,ce mont a rarement1 pendant le sicle actuel1 donn signe de son origine volcanique1 et la montagne qui fume a presque perdu son titre cette appellation4 ,mais l'poque de la conqute1 il tait souvent en activit1 et il dploya surtout ses fureurs dans le temps que les ,espagnols taient ,tlascala1 ce qui fut considr comme un sinistre prsage pour les peuples de l',anahuac4 ,sa cime1 faonne en cne rgulier par les dpts des ruptions successives1 affectait la forme ordinaire des montagnes volcaniques1 lorsqu'elle n'est point altre par l'affaissement intrieur du cratre4 ,s'levant dans la rgion des nuages1 avec son enveloppe de neiges ternelles1 on l'apercevait au loin de tous les points des vastes plaines de ,mexico et de ,puebla2 c'tait le premier objet que salut le soleil du matin1 le dernier sur lequel s'arrtaient les rayons du couchant4 ,cette cime se couronnait alors d'une glorieuse aurole1 dont l'clat contrastait d'une manire frappante avec l'affreux chaos de laves et de scories immdiatement au-dessous1 et l'pais et sombre rideau de pins funraires qui entouraient sa base4 ,le mystre mme et les terreurs qui planaient sur le ,popocatepetl inspirrent quelques cavaliers espagnols1 bien dignes de rivaliser avec les hros de roman de leur pays1 le dsir de tenter l'ascension de cette montagne1 tentative dont la mort devait tre1 au dire des naturels1 le rsultat invitable4 ,cortez les encouragea dans ce dessein1 voulant montrer aux ,indiens que rien n'tait au-dessus de l'audace indomptable de ses compagnons4 ,en consquence1 ,digo ,ortaz1 un de ses capitaines1 accompagn de neuf ,espagnols et de plusieurs ,tlascalans enhardis par leur exemple1 entreprit l'ascension1 qui prsenta plus de difficults qu'on ne l'avait suppos4 ,la rgion infrieure de la montagne tait couverte par une paisse fort qui semblait souvent impntrable4 ,cette futaie s'claircit cependant mesure que l'on avanait1 dgnrant peu peu en une vgtation rabougrie et de plus en plus rare1 qui disparut entirement lorsqu'on fut parvenu une lvation d'un peu plus de treize mille pieds4 ,les ,indiens1 qui avaient tenu bon jusque-l1 effrays par les bruits souterrains du volcan alors en travail1 abandonnrent tout coup leurs compagnons4 ,la route escarpe que ceux-ci avaient maintenant gravir n'offrait qu'une noire surface de sable volcanique vitrifi et de lave1 dont les fragments briss1 affectant mille formes fantastiques1 opposaient de continuels obstacles leur progrs4 ,un norme rocher1 le pico del ,fraile 7le pic du ,moine71 qui avait cent cinquante pieds de hauteur perpendiculaire1 et qu'on voyait distinctement du pied de la montagne1 les obligea faire un grand dtour4 ,ils arrivrent bientt aux limites des neiges perptuelles1 o l'on avait peine prendre pied sur la glace perfide1 o un faux pas pouvait prcipiter nos audacieux voyageurs dans les abmes bants autour d'eux4 ,pour surcrot d'embarras1 la respiration devint si pnible dans ces rgions ariennes1 que chaque effort tait accompagn de douleurs aigus dans la tte et dans les membres4 ,ils continurent nanmoins d'avancer jusqu'aux approches du cratre1 o d'pais tourbillons de fume1 une pluie de cendres brlantes et d'tincelles1 vomis du sein enflamm du volcan1 et chasss sur la croupe de la montagne1 faillirent les suffoquer en mme temps qu'ils les aveuglaient4 ,c'tait plus que leurs corps1 tout endurcis qu'ils taient1 ne pouvaient supporter1 et ils se virent regret forcs d'abandonner leur prilleuse entreprise1 au moment o ils touchaient au but4 ,ils rapportrent1 comme trophes de leur expdition1 quelques gros glaons1 produits assez curieux dans ces rgions tropicales1 et leur succs1 sans avoir t complet1 n'en suffit pas moins pour frapper les naturels de stupeur1 en leur faisant voir que les obstacles les plus formidables1 les prils les plus mystrieux1 n'taient qu'un jeu pour les ,espagnols4 ,ce trait1 d'ailleurs1 peint bien l'esprit aventureux des cavaliers de cette poque1 qui1 non contents des dangers qui s'offraient naturellement eux1 semblaient les rechercher pour le plaisir de les affronter4 ,une relation de l'ascension du ,popocatepetl fut transmise l'empereur ,charles-,quint1 et la famille d',ortaz fut autorise porter1 en mmoire de cet exploit1 une montagne enflamme dans ses armes4 ,au dtour d'un angle de la sierra1 les ,espagnols dcouvrirent une perspective qui leur eut bientt fait oublier leurs fatigues de la veille4 ,c'tait la valle de ,mexico ou de ,tenochtitlan1 comme l'appellent plus communment les naturels2 mlange pittoresque d'eaux1 de bois1 de plaines cultives1 de cits tincelantes1 de collines couvertes d'ombrages1 qui se droulaient leurs yeux comme un riche et brillant panorama4 ,les objets loigns eux-mmes ont1 dans l'atmosphre rarfie de ces hautes rgions1 une fracheur de teintes et une nettet de contours qui semblent anantir la distance4 leurs pieds s'tendaient au loin de nobles forts de chnes1 de sycomores et de cdres1 puis au del1 des champs dors de mas et de hauts alos1 entremls de vergers et de jardins en fleurs2 car les fleurs1 dont on faisait une si grande consommation dans les ftes religieuses1 taient encore plus abondantes dans cette valle populeuse que dans les autres parties de l',anahuac4 ,au centre de cet immense bassin1 on voyait les lacs1 qui occupaient cette poque une portion beaucoup plus considrable de sa surface2 leurs bords taient parsems de nombreuses villes et de hameaux2 enfin1 au milieu du panorama1 la belle cit de ,mexico1 avec ses blanches tours et ses temples pyramidaux1 la ,venise des ,aztques1 reposant1 comme sa rivale1 au sein des eaux4 ,au-dessus de tous ses monuments1 se dressait le mont royal de ,chapeltepec1 rsidence des monarques mexicains1 couronn de ces mmes massifs de gigantesques cyprs1 qui projettent encore aujourd'hui leurs larges ombres sur la plaine4 ,dans le lointain1 au del des eaux bleues du lac1 on apercevait1 comme un point brillant1 ,tezcuco1 la seconde capitale de l'empire2 et plus loin encore1 la sombre ceinture de porphyre qui servait de cadre au riche tableau de la valle4 ,telle tait la vue magnifique qui frappa les yeux des conqurants4 ,et aujourd'hui mme encore1 que ces lieux ont subi de si tristes changements1 aujourd'hui que ces forts majestueuses ont t abattues1 et que la terre1 sans abri contre les ardeurs d'un soleil tropical1 est1 en beaucoup d'endroits1 frappe de strilit2 aujourd'hui que les eaux se sont retires1 laissant autour d'elles une large plage aride et blanchie par les incrustations salines1 tandis que les villes et les hameaux qui animaient autrefois leurs bords sont tombs en ruine2 aujourd'hui que la dsolation a mis son sceau sur ce riant paysage1 le voyageur ne peut les contempler sans un sentiment d'admiration et de ravissement#gd4 ,les temps ont chang1 le lecteur en jugera par la suite de ce chapitre2 et cette ascension1 qualifie d'exploit par le conqurant1 et qui valut son auteur un nouveau symbole dans son blason1 ne nous sembla1 en dehors de quelques fatigues1 qu'une simple partie de plaisir4 ,mais poursuivons4 ,nous laissons le sentier sur la gauche1 pour nous enfoncer droite entre les monts ,hielosochitl et ,penacho4 ,les arbres ont perdu de leur vigueur et la fort est clair-seme2 la pente1 assez douce1 permet aux chevaux d'avancer d'un pas plus rapide1 et vingt minutes au del nous atteignons la cime du ,tlamacas1 au pied duquel se trouve le rancho du mme nom4 ,le rancho de ,tlamacas ne contient que trois misrables cabanes1 dont l'une sert d'abri aux ,indiens employs l'extraction du soufre dans le volcan1 l'autre d'habitation au matre du rancho1 et la plus grande est l'usine o s'labore le soufre brut1 pour en sortir en masses carres ou rondes de #ej kilog4 ,le rancho de ,tlamacas se trouve prs de quatre mille mtres au-dessus du niveau de la mer2 aussi1 la nuit1 le froid fut-il terrible2 mon thermomtre marquait #aj au-dessous de zro4 ,il fallut se retirer dans la hutte des fourneaux alors en pleine activit2 mais les vapeurs suffocantes du soufre nous en chassrent bientt2 nous y avions t pris de quintes de toux qui durrent longtemps1 et je ne pouvais me rendre compte de l'insensibilit des malheureux ,indiens chargs de la fabrication4 ,cette premire nuit fut dsolante1 et je me rveillai gel1 engourdi1 presque insensible4 ,la journe ne s'annonait pas brillante2 ds la premire heure1 le sommet du volcan s'tait couvert d'pais nuages1 il fallut retarder l'ascension4 ,notre temps fut employ en excursions aux environs1 notamment sur le sommet d'une montagne qui fait face au rancho de ,tlamacas1 d'o la vue s'tend sur les deux valles de ,puebla et de ,mexico4 ,de ce point lev1 le touriste est assez rapproch de l',iztaccihuatl1 qui se prsente en raccourci1 et je pus en prendre une image assez bien russie4 ,la chose qui m'tonna le plus dans ces hauteurs fut de voir passer mes pieds1 dans les bois de sapins qui couvrent la montagne1 trois ou quatre couples d'aras verts2 je n'osais en croire mes yeux1 des aras au pied des neiges1 la chose me semblait impossible2 mais leur plumage meraude et leurs cris1 familiers mon oreille1 ne me laissrent aucun doute cet gard4 ,ils devaient arriver de ,terre ,chaude la recherche des pommes de pin2 car je les vis se perdre dans les bois pour n'en sortir que longtemps aprs et s'loigner dans la direction de l'tat de ,guerrero4 ,le mme jour1 le guide nous conduisit la base mme du volcan1 prs du pic du ,moine qui se trouve en surplomb de la barranca de ,mispayantla4 ,la monte1 dans ce sable mouvant mlang de cendres1 est des plus pnibles1 et la respiration nous manquait chaque instant3 arriv sur la hauteur1 je fis dresser la tente1 mais un vent terrible faillit l'emporter2 il fallut que les peones s'accrochassent aux extrmits pour la retenir2 ce fut au milieu de ces difficults que je pris divers clichs du pic du ,moine1 du chaos de roches volcaniques qui l'entoure et des profondeurs de la barranca4 --,sous vos pieds1 me dit le guide1 se trouvait jadis un cimetire1 et dernirement encore l'on dcouvrit cette mme place toute une srie de vases aztques4 ,cette communication alluma notre curiosit2 arms tous deux1 don ,louis et moi1 d'un simple bton1 nous nous mmes fouiller les terres assez friables de l'endroit1 et nous rencontrmes effectivement des dbris d'ossements humains et des morceaux de poteries anciennes4 ,cette demi-russite ne fit qu'enflammer notre ardeur2 don ,louis creusait avec son bton et1 muni d'un poignard1 je dgageais avec prcaution les poteries1 car moiti pourries par un long sjour dans la terre1 elles taient d'une fragilit extraordinaire1 et ne reprenaient leur duret qu'en schant au soleil4 ,nous exhummes ainsi une douzaine de pots de formes diverses1 d'une terre rouge1 mais presque tous semblables pour la dcoration3 elle consistait en une grossire imitation de la figure humaine1 obtenue au moyen de petites bandes d'argile colles sur la surface du vase4 ,l'un d'eux cependant offrait une certaine lgance de forme1 et la pice la plus remarquable tait une lampe de style trusque1 avec diverses peintures noires sur le fond rouge de la terre cuite4 ,il est assez probable que cette spulture date des premiers temps de la conqute1 alors que les ,indiens1 traqus comme des btes fauves1 se rfugiaient dans les bois et dans les hauteurs inaccessibles de la sierra4 ,on connat leur religion pour les tombeaux1 ils pouvaient esprer que1 dans ces hauteurs vierges alors de pas humains1 les dpouilles mortelles des leurs seraient l'abri des profanations espagnoles4 ,la journe suivante se passa de mme dans une fivreuse attente du grand jour2 le pic se voilait sans cesse nos yeux comme pour nous dfendre son approche2 tous les bas-fonds cependant jouissaient d'un temps magnifique et d'un soleil splendide2 nous distinguions les moindres accidents de la plaine1 et le soir on voyait s'allumer les rverbres de ,puebla4 ,les nuits taient glaciales et nos forces s'puisaient de plus en plus2 nos guides mexicains1 en nous parlant des difficults de l'ascension1 jugeant mal de nos forces et de notre ardeur1 semblaient nous prendre en commisration1 exprimant haute voix des doutes assez blessants pour notre amour-propre de voyageurs4 ,j'imposai silence cette faconde toute mexicaine1 bien rsolu de donner l'injurieuse prophtie le dmenti le plus formel4 ,la soire du troisime jour annonait une matine favorable1 et nous travaillmes nos prparatifs4 ,outre les deux guides et les quatre ,indiens qui nous avaient accompagns1 je louai du matre du rancho trois autres ,indiens pour soulager les ntres1 en divisant les fardeaux4 ,je fis remplir douze bouteilles d'eau1 car nous n'en devions pas trouver dans le volcan1 je me munis de deux bouteilles de mezcal pour nous donner des forces au besoin1 et les pieds emmaillotts de pices d'une grosse toffe de laine1 nous attendmes le lendemain avec impatience4 trois heures du matin1 nous montions cheval1 ,louis et moi2 nos hommes nous prcdaient pied1 guidant nos montures dans le sentier du bois2 peu aprs1 nous atteignions l'extrme limite de la vgtation1 et nos montures n'avanaient plus qu'avec des difficults inoues dans l'arne mouvante des sables4 ,l'aube blanchissait peine quand nous traversmes la barranca de ,huiloac1 espce de ravin profond1 creus au temps des pluies par l'coulement des eaux de la montagne1 mais alors parfaitement sec4 ,la ,croix et ses rochers se dessinaient devant nous la limite des neiges1 il semblait que nous en fussions courte distance1 et nous ne l'atteignmes qu'aprs une heure d'une marche haletante et de poses rptes4 ,il tait cinq heures et demie4 ,en cet endroit1 nous descendmes de cheval1 un ,indien devait ramener nos btes ,tlamacas4 ,la besogne la plus difficile restait faire2 engourdies par le froid1 nos jambes avaient peine nous porter1 il fallut les dlier par un exercice prparatoire4 ,le disque du soleil sortait comme un nimbe des profondeurs de l'horizon1 et ne jetait encore qu'une lueur d'un rose ple sur le manteau neigeux du volcan4 ,le site est sauvage1 grandiose1 terrible1 et rien n'en saurait donner l'ide4 ,la caravane se mit en marche2 nous tions munis de lunettes bleues pour prvenir les accidents ophthalmiques si frquents dans ces ascensions1 au milieu de cette foudroyante lumire que multiplie la rverbration des glaces2 les ,indiens du rancho en portaient galement4 ,le guide s'tait1 en outre1 muni d'une quantit d'ocosochitl1 herbe d'une vertu singulire1 qui consiste faciliter la respiration dans ces hauteurs4 ,on en remplit alors la calotte de son chapeau1 et lorsque l'oppression devient trop forte1 on aspire l'arome qu'elle rpand1 arome d'autant plus violent que l'herbe est plus sche4 ,je remerciai le guide de son herbe prservatrice1 en lui disant que je saurais m'en passer4 ,il sourit d'un air de doute et prit les devants3 je le suivais1 puis venait don ,louis et le reste de la troupe4 ,chacun m'avait fait un monde de cette ascension1 et je m'attendais des difficults inoues2 j'avoue que tout d'abord je me sentis mal l'aise3 on m'avait prdit une affreuse suffocation1 je n'prouvais en somme que de l'apprhension1 laquelle se dissipa bientt1 en voyant que nous avancions assez rapidement et sans accident d'aucune sorte4 ,le jeu de mes poumons tait admirable1 et je n'prouvais d'autre phnomne qu'une grande scheresse dans la gorge1 accompagne d'une soif inextinguible2 le remde tait ct du mal2 chaque instant1 je me baissais et1 ramassant des poignes de neige1 je la buvais longs traits4 ,cependant1 nous nous arrtions de temps autre2 le guide se retournait souvent1 le rire aux lvres1 croyant nous avoir laisss loin derrire lui2 mais ,louis et moi ne perdions pas une semelle1 et n'et t l'ignorance o nous tions de la route suivre1 nous l'eussions pu dpasser2 un seul ,indien nous suivait1 les autres taient quelques centaines de pieds au-dessous4 ,il tait huit heures et quart quand nous arrivmes l'orifice du cratre4 ,le guide s'arrta3 c'tait l'entre qui menait l'intrieur du volcan2 il devait y attendre les hommes pour prparer la tente de manire que je pusse immdiatement commencer mes oprations4 ,louis et moi1 nous continumes sur la droite pour atteindre la plus haute cime de la montagne4 ,nos jambes tremblaient alors comme celles d'un homme ivre1 une lgre oppression s'tait empare de nous1 mais elle disparut aprs quelques instants de repos2 nous avions la neige pour nous dsaltrer1 et nous en mlangemes dans une coupe avec une gale quantit de mezcal4 ,il fallut nanmoins nous asseoir1 la pente tait pic et l'ocanesque panorama qui se dveloppait aux quatre points cardinaux nous avait jet dans une terrifiante admiration4 ,comment oser dcrire ce que j'ai vu8 ,je veux le tenter1 cependant1 et j'en parlerai autant que l'infiniment petit peut parler des choses infinies1 car n'est-ce pas l'infini que cet horizon de #hj lieues1 triplant l'tendue de l'horizon marin avec la mme grandeur de lignes1 mais plus riche1 de ses dserts1 de ses champs cultivs1 de ses forts1 de ses mille plans tags1 o le prisme clatant de la lumire verse en prodigue ses plus tincelantes couleurs4 ,arriv au point culminant de la lvre suprieure du cratre1 le voyageur se trouve entre deux abmes1 et le vertige1 qui tout d'abord s'empare de lui1 semble plutt un blouissement des splendeurs que son regard embrasse1 que l'effet des gouffres bants qu'il ose braver4 ,il a derrire lui le cratre immense1 ses jets de vapeurs sulfureuses et ses grondements souterrains2 ses pieds1 un chaos de roches mutiles1 scories gigantesques se soulevant de leur couche de neige et de cendre1 rappellent1 dans le convulsif et le tourment de leurs attitudes1 les damns de ,dante cherchant s'arracher de leur cercle de glace2 droite1 le pic du ,moine lve sa tte altire1 et tout au bas1 l'oeil se perd dans les prcipices vertigineux de la barranca de ,mispayantla4 ,aux heures matinales1 l'aurore se lve peine pour les profondeurs de la valle2 seule1 une large ceinture de forts s'tale verdoyante sur les gradins de la sierra1 baignant ses pieds dans les blanches vapeurs que soulvent les premiers rayons du jour4 ,les plaines alors1 semblables d'immenses lacs1 n'offrent l'oeil que l'aspect d'normes vagues de nuages1 d'o surgissent1 au milieu de cette mer arienne1 les noirs sommets des pitons de la valle4 ,mais le soleil monte1 et vous assistez bloui aux magiques transformations de cette nature enchanteresse3 les vapeurs se groupent et s'lvent1 des claircies se forment1 et comme au travers d'un ciel moutonneux on aperoit par moment les toiles1 l'oeil saisit1 dans les mandres des nues qui s'agitent1 quelque blanche maison1 une partie de village1 la rive d'un lac1 un bouquet de verdure1 ou le scintillement des clochers lointains4 ,puis comme un voile qu'on dchire1 et dont les lambeaux sont emports par les vents1 les nuages disparaissent1 et la valle tout entire dveloppe aux regards ses merveilleuses beauts4 ,des hauteurs de glace o vous trnez1 un prodigieux royaume s'offre vous3 grce la transparence de cette atmosphre lumineuse1 tout se rapproche et se dessine1 la distance est anantie1 et l'oeil distingue1 vingt lieues au del1 les plus lgers dtails de cet admirable tableau4 ,voil le bourg d',amca et le sacro mont qui le garde1 et la plaine fleurie qui l'entoure2 gauche1 la valle d',ozumba2 droite1 les monts de ,tlalmanalco1 ,miraflores et ses clochers mauresques2 plus loin1 ,chalco se mire au soleil dans les eaux de ses lagunes2 ici1 c'est le ,peon1 le lac de ,tezcuco1 sur les bords duquel se trane languissante1 l'ombre des sabinos centenaires1 l'hritire de la grande ville aztque2 puis les murailles tincelantes de ,mexico1 les mille clochers qui les dominent1 et les ravissantes villas qui l'accompagnent3 toutes1 malgr les vingt lieues qui vous sparent d'elles1 se distinguent encore dans l'loignement2 voil ,san ,agustin la joueuse1 ,tacubaya la blonde1 ,chapultepec d'impriale mmoire1 et ,guadelupe la ,sainte4 ,c'est un ensemble extraordinaire de dserts1 de lacs1 de villes et de villages1 de plaines verdoyantes1 de monts volcaniques et de sommets boiss4 ,comme ceinture ce magnifique tableau1 la ,cordillre tend au loin les lignes sombres de ses monts de porphyre4 ,mais la plaine de ,puebla nous appelle1 offrant les mmes perspectives avec plus de lointain encore dans l'horizon2 douze lieues1 la ville semble vos pieds1 et le regard1 en suivant la valle de ,tehuacan1 pntre jusqu'en ,terre ,chaude1 pour saisir la silhouette des cactus gigantesques et des palmiers sauvages4 ,cinq volcans1 cinq pics neigeux1 la ,nevada de ,toluca1 l',iztaccihuatl1 la ,malincha1 l',orizaba1 le ,popocatepetl1 ce dernier1 matre et roi de ces gants dompts1 s'lvent au-dessus des plateaux de l',anahuac2 chaque soir1 le soleil les dore de ses feux1 alors que ds longtemps il abandonna les plaines2 on dirait de cinq lustres immenses que la main du ,tout-,puissant espaa dans ces hauteurs1 pour illuminer le plus merveilleux panorama du globe4 ,en descendant1 nous trouvmes la tente tablie cent pieds environ1 dans un premier repli du cratre1 sur la petite esplanade du ,malacate 7c'est un cylindre de bois1 autour duquel s'enroule le cble qui permet de descendre dans le fond du cratre et d'en remonter les matires soufres qu'on exploite ,tlamacas74 ,une heure peine nous suffit pour prendre les vues du ct droit du cratre1 du fond mme du volcan et de ,l',espinago del diablo1 le ct gauche2 les bains d'argent se voilaient bien d'une lgre couche de sulfure1 mais les vues russirent cependant1 et deux surtout furent trs-belles4 ,nous voulmes descendre dans le cratre4 ,amarrs l'extrmit du cble1 le cylindre se droula lentement1 nous isolant dans l'abme2 nous avions la main un bton pour nous loigner des anfractuosits de la roche2 des pierres tombaient de temps autre1 nous menaant d'une lapidation d'un nouveau genre4 ,la descente parat longue2 car le coeur volontiers se trouverait pris de dfaillance dans le parcours de cette prodigieuse descente2 elle me sembla de plus de trois cents pieds2 on arrive alors au cne tronqu form par la chute continue des sables et des pierres du sommet2 ce cne s'lance du fond du cratre1 pour atteindre lui-mme une hauteur d'au moins deux cents pieds1 avec une pente de #de3 on roule plutt qu'on arrive jusqu'au fond du cratre1 toute sa surface est couverte de neige1 sauf aux abords des respiraderos 7il y en a deux1 le plus important est gauche72 on ne peut en approcher qu' dix mtres1 encore la chaleur est-elle intense et les manations suffocantes4 ,ces deux jets de vapeur1 qui1 du haut du cratre apparaissent comme de minces filets blancs et dont on distingue peine le bruit1 sont1 de prs1 deux normes ouvertures lanant avec un bruit de tonnerre une paisse colonne de vapeur sulfureuse4 ,une source vient dverser ses eaux dans une petite mare verdtre1 au milieu du cratre4 ,cette mme source1 me disait depuis don ,cyrilo ,perez1 alimente douze et quatorze lieues1 l'une ,puebla1 et l'autre a ,cuernavucca1 deux sources thermales4 ,une multitude de fumeroles s'chappe en sifflant des murailles du cratre1 et le soufre qu'on exploite se trouve1 mlang la terre1 dpos en fleurs aux environs des respiraderos1 ou bien en morceaux d'un jaune clair et d'une cassure brillante2 j'en ai rapport quelques beaux chantillons4 ,mais malgr les prodigieuses quantits qui gisent au fond du volcan1 le soufre d',europe se vend encore ,mexico meilleur march que celui du ,popocatepetl1 ce qui peut donner une ide de l'exploitation de ce produit dans la pauvre usine de ,tlamacas4 ,il tait trois heures quand1 aprs avoir gravi le cne de dbris1 nous regagnmes l'orifice du volcan4 ,la dclivit du pic est si rapide que les ,indiens prposs l'extraction du soufre se contentent d'imprimer aux charges de terre soufre tires du volcan un lger lan1 de faon qu'elles arrivent seules jusqu' la limite des neiges4 ,cela s'appelle la corrida2 lorsque la neige n'est point trop durcie par la gele1 les hommes se mettent cheval sur les ballots et descendent avec eux2 mais quand la surface est glace1 la corrida menaant d'tre trop rapide1 ils descendent a pied de peur des accidents4 ,cela me donna l'ide d'oprer ma descente de la mme manire4 ,je m'assis donc simplement sur mon chapeau de feutre pli en quatre1 et1 sur ce lger traneau1 je me laissai couler sur la pente1 au grand tonnement de nos guides1 qui n'osrent point s'engager dans pareille entreprise4 ,don ,louis me suivait2 nous atteignmes en peu d'instants une vitesse prodigieuse2 nous allions comme un tourbillon sur les flancs de la montagne2 le bton qui devait guider notre marche n'entravait en rien la rapidit de la chute2 nous passions comme des arolithes1 c'tait un dlire4 ,jamais montagne russe ne donna l'ide d'une course semblable2 impossible de nous arrter3 aveugls par une poussire de neige1 enivrs de sensations tranges1 inconscients du danger1 nous arrivmes aux cendres qui bordent les neiges1 et roulant plus de vingt fois sur nous-mmes1 nous nous relevmes mus1 mais intacts4 ,nous avions parcouru prs de deux kilomtres en sept minutes4 ,cela seul valait l'ascension4 ,je ne prtendrais pas que nos postrieurs ne fussent point endommags2 mais c'tait la moindre des choses en change d'une jouissance si grande1 et j'aurais certainement1 au mme prix1 recommenc avec plaisir4 ,le lendemain nous arrivions ,amcamca1 o don ,pablo ,ferez1 tout surpris de notre russite1 admirait en s'exclamant la beaut de nos vues4 ,quinze jours aprs je reprenais la diligence de ,vera-,cruz2 je revenais en ,europe4 ,au sortir d',ayotla1 nous nous trouvmes pris entre deux partis1 dont les avant-gardes tiraillaient cent mtres l'une de l'autre4 ,il fallut s'arrter1 et nous entendions siffler les balles2 cela me mit mme de juger du tir mexicain4 ,pendant une heure au moins que dura l'escarmouche1 je ne vis pas tomber un seul homme4 ,l'engagement ayant cess1 je m'informai2 il n'y avait pas eu un seul bless4 ,nous passmes1 et tombant dans l'arrire-garde de l'autre troupe1 je m'informai galement du rsultat de la bataille4--,baste6 ce sont des maladroits1 me rpondit un sous-lieutenant1 nous n'avons pas eu un homme de touch4 ,c'tait charmant4 ,ce qui le fut moins1 c'est qu'une fois engags dans les bois de ,rio ,frio1 une demi-heure peine aprs avoir quitt le petit corps d'arme1 nous fmes arrts par deux bandits les plus dguenills que j'aie jamais vus2 aussi furent-ils sans piti4 ,comme d'habitude1 il fallut mettre pied terre4 ,ces brigands taient des cratures chtives qu'on et ananties d'un coup de poing1 et telle est la rsignation des voyageurs1 ou la crainte qu'on a des camarades cachs dans le bois1 que personne ne manifesta la moindre ide de rsistance4 ,pour cette fois1 je fus bien et dment dpouill2 j'avais deux caisses1 une malle bien garnie1 quelque argent1 je complais sur le hasard pour passer1 je tombai mal3 ils m'enlevrent tout4 ,l'un d'eux ouvrit d'abord ma malle1 faisant mine de choisir parmi les effets4 --,en somme1 dit-il1 je prends tout4 ,et il passa l'objet son acolyte2 mes papiers1 mes notes1 quelques prcieuses curiosits1 furent perdus2 je les rclamai vainement4 ,j'avais sur les paules un paletot neuf que j'esprais conserver4 --,tiens1 dit l'un d'eux en s'en allant1 passez-moi donc cette pelure1 elle est fort belle4 ,je la lui passai1 ce qui me permit d'arriver ,puebla en manche de chemise4 ,ce ne fut point ma dernire aventure4 ,en sortant de ,puebla1 nous avions une nouvelle compagne de voyage3 c'tait une jeune fille de seize ans1 nomme ,dolors ,molina2 elle tait fort belle1 et d'une beaut dangereuse pour braver1 par ces temps de troubles1 les hasards des grands chemins4 ,elle allait ,cordova rejoindre sa mre qui l'attendait1 et se faisait une fte de l'embrasser1 l'ayant quitte depuis longtemps4 ,la diligence eut le bonheur d'arriver ,tehuacan sans accident1 et les voyageurs qui couvaient de l'oeil la belle enfant n'avaient trouv rien de mieux faire que de l'pouvanter par des alarmes continuelles4 ,au moindre arrt de la voiture1 elle plissait et se rcriait1 la grande joie de ces messieurs4 ,l'un d'eux1 enfin1 plus galant que les autres1 et pensant faire preuve d'esprit1 lui dit3 --,seorita1 c'est chose bien imprudente vous de voyager dans les temps o nous sommes1 et si j'tais coureur de route1 ce n'est point la bourse de ces messieurs que je m'adresserais2 j'ambitionnerais de plus doux trsors1 et je vous emporterais si loin qu'on ne vous verrait plus4 ,cette dlicate plaisanterie fit monter le rouge la figure de la jeune fille et des larmes ses yeux4 ,on imposa silence au malencontreux galant2 mais partir de ce moment1 ,dolors1 sous le coup de douloureux pressentiments1 se trouvait prise la moindre alerte de tremblements convulsifs et d'une pouvante que rien ne pouvait calmer4 ,j'tais silencieux tmoin de ce prologue et je flairais dans l'air une vague odeur de drame4 ,cependant nous arrivmes ,tehuacan sans que rien justifit les alarmes de ,dolors4 ,nous devions repartir le lendemain pour ,cordova1 et cette partie de la route n'offre d'habitude aucun danger4 ,mais la fatalit voulut que la diligence d',orizaba n'arrivt point2 il fallut donc sjourner ,tehuacan1 et nous y restmes trois jours1 attendant vainement la diligence4 ,je conseillai la jeune fille de se montrer le moins possible1 afin de ne point attirer les regards2 aussi ne sortit-elle pas de l'intrieur de la fonda1 vivant dans l'intimit des femmes de la maison4 ,la diligence arriva cependant1 et le quatrime jour1 deux heures et demie du matin1 nous partions pour ,orizaba4 ,nous n'tions que cinq voyageurs3 une vieille femme et ses deux enfants1 ,dolors et moi2 nos compagnons de ,puebla avaient suivi d'autres routes4 ,nous roulions depuis deux heures dans le monte sauvage qui se trouve aux environs de la ville2 il faisait un clair de lune splendide1 et les palmiers nains et les grands organos qui bordaient la route1 les plantes pineuses o disparaissaient les coyotes1 prtaient au paysage la potique physionomie du grand dsert4 ,tout coup un bruit de sabots frappant le sol se fit entendre l'avant2 ,dolors1 frmissante1 se jeta dans mes bras2 une troupe de cavaliers arrivait sur nous au triple galop1 soulevant des flots de poussire4 ,la diligence s'arrta4 --,pied terre1 fit l'un d'eux2 et comme je descendais seul3 --,n'y a-t-il qu'un homme dans ta voiture8 dit-il au cocher4 --,qu'un seul1 rpondit celui-ci3 le tableau rappelait une scne de ,fra ,diavolo ou de ,marco ,spada1 mais avec un cadre plus grandiose4 ,je me trouvais en prsence de sept cavaliers monts sur des chevaux admirables2 ils avaient des costumes de grand prix1 de belles armes1 des chappareras de peaux de tigres1 et leurs grands chapeaux mexicains taient galonns d'or avec des toquilles normes4 ,je n'avais jamais vu1 ma foi1 de voleurs aussi bien habills4 ,passez devant1 me dit l'un d'eux avec une grce parfaite1 il ne vous sera fait aucun mal4 ,bronz par une vie d'aventure1 j'assistai indiffrent la scne qui suivit2 j'y prouvais mme une certaine jouissance1 c'tait le complment de ma vie de voyage4 ,cependant1 lorsque j'entendis les cris dchirants que poussa la jeune fille1 je ne pus m'empcher de voler son aide2 elle se jeta sur moi1 enlaant mon cou de ses beaux bras blancs et pleurant1 suppliant1 invoquant sa mre4 --,ah6 sauvez-moi1 disait-elle1 sauvez-moi6 ,pauvre enfant1 la sauver6 de toute mon me44444 mais que faire8 ,sept hommes arms1 seul1 et pas un couteau4 ,ces messieurs nanmoins n'usrent ni de brutalit1 ni de menaces4 --,allons1 ma chre enfant1 disait le chef1 schez vos larmes1 somos caballeros1 nous sommes des gens bien levs et vous n'aurez aucun mauvais traitement subir4 ,venez1 le temps presse1 partons2 et comme la jeune fille se dbattait en dsespre1 deux des hommes l'enlevrent de force et la posrent en croupe sur la monture de l'un d'eux4 ,vamos1 commanda le chef4 ,ils disparurent dans le monte1 o bientt les cris de la pauvre ,dolors se perdirent dans le lointain4 ,au premier village o nous arrivmes1 il y avait un relai4 --,ne ferez-vous point une dposition8 fis-je au cocher4 -- quoi bon1 dit-il8 on la rendra bien toujours sa mre4 ,nous passmes4 ,peu aprs nous descendions les cumbres d',aculcingo1 et sur les trois heures de l'aprs-midi1 nous arrivions l'htel des ,diligences1 ,orizaba4 ,la mre de ,dolors tait l1 attendant sa fille3 il fallut lui conter l'enlvement2 je ne dirai point sa douleur4 ,j'ignore si jamais son enfant lui fut rendue4 ,un jour encore et j'allais atteindre ,vera ,cruz1 revoir la mer et m'embarquer pour l',europe3 je n'osais croire tant de bonheur1 et cet ,ocan que j'ai toujours tant redout n'avait plus pour moi que des sourires4 ,le #bh dcembre #ahei1 je faisais mes adieux aux plages mexicaines2 j'allais traverser de nouveau les tats-,unis1 alors en voie d'insurrection4 ,aprs quatre annes d'absence1 le #b fvrier #ahfa1 je foulais la terre d',europe4 ,,fin ,,notes3 #a ,par ,orderic ,vital1 entre autres4 #b ,popol-,vuh1 le ,livre sacr et les ,mythes de l'antiquit mexicaine4 ,paris1 #ahfa4 #c ,lettre adresse ,m4 l'abb ,brasseur de ,bourbourg4 #d ,tulan en ,xibalbay1 c'est--dire la cit btie par les ,nahuas1 aprs leur colonisation en ,tamoanchan4 #e ,un troisime ,tulan1 l'occident du cte amricain de l',ocan1 peut-tre le ,tile dsign par ,m4 ,rafn1 qu'il faudrait placer au nord des tats-,unis1 et enfin le ,tulan o est le dieu1 qui correspondrait ,tula ou ,tollan1 l'une des capitales toltques de l',anahuac1 #ad lieues au nord de ,mexico1 aujourd'hui la petite ville de ,tula1 route de ,queretaro4 #f ,melpomne1 ch4 ,,lxii4 #g ,melpomne1 ch4 ,,lxiv4 #h ,sahagun1 ,hist4 de ,nueva ,espaa1 lib4 ,x1 cap4 ,,xxix4 7,v4 le ,livre sacr1 par ,m4 l'abb ,brasseur de ,bourbourg1 p4 ,,cxlv47 #i ,history of the conquest of ,mexico1 t4 ,,iii1 p4 #bee4 #aj ,le ,livre sacr1 par ,m4 l'abb ,brasseur de ,bourbourg1 p4 ,,clxv4 ,beauvois1 ,dcouvertes des ,scandinaves en ,amrique1 dans la ,revue orientale et amricaine1 t4 ,,ii1 p4 #aaf4 #aa ,le ,livre sacr1 par ,m4 l'abb ,brasseur de ,bourbourg1 p4 ,,clxv4 ,beauvois1 ,dcouvertes des ,scandinaves en ,amrique1 dans la ,revue orientale et amricaine1 t4 ,,ii1 p4 #aaf4 #ab ,relation d',escalante ,fontanedo1 p4 #bd4 #ac ,relation de ,biedma1 p4 #ajd4 #ad ,le ,livre sacr1 par ,m4 l'abb ,brasseur de ,bourbourg1 p4 ,,clxxiv4 #ae ,transact4 ,americ4 ,phil4 ,soc41 v4 ,i1 p4 #aeh4 #af ,sance du #ad mai #ahei4 #ag ,voir1 dans le compte rendu de cette mme sance1 un fac-simile4 #ah ,quand nous disons btir1 nous entendons construire au moyen de blocs quarris taills1 et poss jointifs4 ,nous mettons les dolmens1 menhirs1 etc41 en dehors des constructions de pierre4 ,au contraire1 ces monuments1 si improprement appels druidiques notre sens1 paraissent appartenir des races touraniennes1 finniques1 ou du moins trs-profondment pntres de sang jaune4 ,mais ce n'est pas ici le lieu de dvelopper cette opinion4 #ai ,histoire du ,japon4 dit4 de #aged1 t4 ,i1 chap4 ,x1 p4 #aga et suiv4 #bj ,nous retrouvons ce culte des ,camis chez les peuples aryans1 ce sont les oura1 les ,clestes1 hros qui1 aprs leur mort1 allaient habiter le ,svarga1 o ils taient reus par ,indra1 le plus grand des dieux2 o1 devenus dieux eux-mmes1 ils formaient ce conseil turbulent qui menaait sans cesse le dieu suprme ,indra4 ,la mythologie scandinave nous prsente cette mme divinisation du hros4 ,il n'est pas besoin de dire que1 chez les ,grecs1 l'poque hroque n'est qu'un dveloppement de la mme ide4 #ba ,emory1 ,notes4 ,voy4 les planches4 #bb ,le ,livre sacr1 p4 ,,cxc4 #bc ,ces restes des anciennes tribus1 qui ont une parent directe avec les anciens possesseurs du ,mexique1 habitent les montagnes et vivent de prfrence dans des souterrains4 #bd ,part4 ,,ii1 chap4 ,,vi4 #be ,terre-,neuve4 #bf ,ouvrage original des indignes de ,guatmala1 traduit par ,m4 l'abb ,brasseur de ,bourbourg4 #bg ,troisime partie du ,livre sacr1 ch4 ,i4 #bh ,lieu marcageux1 la rgion1 pense le traducteur1 arrose par les affluents de l',uzumacinta et du ,tabasco1 entre la mer et les montagnes1 etc4 #bi ,les barbares1 ce sont les indignes1 qui1 dans tous les rcits du ,livre sacr1 sont toujours reprsents sous la figure d'animaux4 #cj ,le nombre quatre est sacr dans les mystres quichs 7ch4 ,,ii74 #ca ,chap4 ,,iii4 #cb ,princes purificateurs de la race quiche4 #cc ,les trois cimes de ,mamah1 d',avilix et de ,tohil1 sont situes au nord-est de ,santa-,cruz del ,quich4 #cd ,chap4 ,,viii4 #ce ,historia ecclesiastica ,adami ,bremensis4 ,libellus de situ ,dani et reliquarum qu trans ,daniam sunt regionum natur4 ,edit4 cur ac labore ,erpoldi ,lindenbruch1 ,lugduni ,batavorum4 ,leyde1 #aeie 7,,ci,c,i,c,,xcv71 p4 #adc4 #cf ,parmi les divinits primitives des ,quichs1 on reconnat galement3 ,le sillonnement de l'clair1 la ,foudre qui frappe1 ,celui qui engendre et ,celui qui donne l'tre1 l'dificateur et le ,formateur4 ,plus tard1 lorsque les ,quichs sont arrivs ,tulan1 c'est ,tohil 7le bruit1 le grondement1 l'averse7 qui est le ,dieu suprme4 ,c'est ,avilix et ,hacavitz qui sont les dieux secondaires1 mais dont les attributions ne sont pas dfinies4 #cg ,comme les ,quichs honoraient les chefs des familles nobles1 tels que ,balam-,quitz1 ,balam-,agab1 ,mahucutah et ,iqi-,balam4 ,c'est--dire3 ,tigre au doux sourire1 ,tigre de la nuit1 ,nom signal1 ,tigre de la lune4 #ch ,qu'on aille mettre la tte de ,hun-hun-,ahpu dans l'arbre qui est au milieu du chemin1 ajoutrent ,hun-,cam et ,vukub-,cam4 ,au moment o on alla placer la tte au milieu de l'arbre1 cet arbre se couvrit aussitt de fruits444444 ,grand dans leur pense devint le caractre de cet arbre1 cause de ce qui s'tait accompli si subitement1 quand on avait mis la tte de ,hun-hun-,ahpu entre ses branches4 ,alors ceux du ,xibalba se parlrent entre eux3 ,qu'il n'y ait personne qui 7soit assez hardi7 pour s'asseoir au pied de l'arbre1 dirent tous ceux de ,xibalba1 s'interdisant mutuellement et se dfendant 7d'en approcher74 ,le ,popol-,vuh1 part4 ,,ii1 chap4 ,,ii1 trad4 de ,m4 l'abb ,brasseur de ,bourbourg4 #ci ,on retrouvait encore des institutions phalliques chez les ,natchez au commencement du ,x,v,i,i,ie sicle 7,charlevoix74 ,les ,toltques1 dans leur retour vers le nord1 fondrent de grandes cits dans les valles arroses par le ,rio-,gila4 ,au temps de la conqute1 il existait encore sur les rivages du golfe de ,californie une monarchie puissante1 dont la capitale 7,colhuacan7 tait populeuse et florissante4 ,les institutions phalliques y taient en honneur de temps immmorial4 7,hist4 apol4 de las ,ind4 occid41 t4 ,i1 cap4 ,,liii et ,,liv1 manuscrit cit par ,m4 l'abb ,brasseur de ,bourbourg4--,relation de ,castaeda1 coll4 ,ternaux1 deuxime partie1 chap4 ,i1 p4 #aej47 #dj ,troisime assise1 commenant par le bas1 deuxime pierre1 ct gauche4 #da ,quatrime assise1 commenant par le haut1 ct droit4 #db ,p4 ,,cxxi4 #dc ,l'ancien1 l'aeul4 #dd ,chap4 ,,iii1 quatrime partie4 #de ,depuis que les difices de ,palenqu sont sortis de l'oubli1 s'ils n'ont plus craindre le vandalisme des fanatiques1 ils subissent la destruction mthodique des amateurs4 ,la plupart des voyageurs curieux en arrachent des fragments pour enrichir leurs collections4 ,une des parties du bas-relief de la croix a ainsi t enleve1 l'autre1 descelle de sa place1 est reste au milieu des broussailles1 o ,m4 ,charnay a pu la photographier4 ,mais tel est encore l'tat de barbarie de notre temps1 qui cependant prtend tre civilis1 que pendant nos discussions sur tel monument dont l'existence importe l'histoire du monde entier1 quelque obscur voyageur enlve ou dtruit pour toujours l'objet de ces discussions3 et cela n'a pas lieu qu' ,palenqu6 #df ,ces linteaux s'tant briss1 on a ajout1 une poque rcente1 deux pieds-droits en maonnerie pour rtrcir l'entre4 #dg ,prichard1 entre autres4 #dh ,ewald1 ,geschichte des volkes d',isral4 ,lassen1 ,indische ,alterthums ,kunde4 #di ,m4 ,charnay a bien voulu nous remettre quelques-uns de ces objets4 ,au ,mexique1 les ,toltques et leurs successeurs ne connaissaient pas le fer3 nous avons eu entre les mains de beaux outils de cuivre rosette1 seul mtal dont ils pussent faire emploi pour leurs armes comme pour leurs ustensiles et outils journaliers4 #ej ,hist4 apol4 de las ,ind4 ,occid41 t4 ,,iv1 cap4 ,,ccxxxv1 ,,ms4 ,nous empruntons ici ,m4 l'abb ,brasseur de ,bourbourg la traduction de ce passage4 #ea l'poque de la conqute1 le ,tlapallan1 qui avoisinait ,xibalba1 et qui bornait au sud le golfe de ,honduras1 contenait une ville aussi grande que ,mexico4 #eb ,les noms dans lesquels l'pithte de blanc se rpte paraissent assez indiquer une race comparativement pure4 #ec ,au temps de la conqute1 les derniers descendants peut-tre de cette race de ,xibalba1 les ,mayas de l',yucatan1 se peignaient encore le visage4 #ed ,ixtlilxochitl1 ,sumaria ,relacion4 #ee ,m4 l'abb ,brasseur de ,bourbourg1 p4 ,,cxxxiii4 ,dans le ,livre sacr1 on lit ce passage curieux1 qui indique la culture des arts chez les hommes de race nahuatl ou toltque4 ,la mre de ,hun-hun-,ahpu et de ,vukub-,hunahpu1 victimes des princes de ,xibalba1 a deux autres fils1 ,hunbatz et ,hunchoven2 mais ceux-ci1 rsigns leur sort1 ne cherchent point affranchir la nation du joug de ,xibalba3 jouer de la flte et chanter ils s'occupaient uniquement2 peindre et sculpter ils employaient tout le jour1 et ils taient la consolation de la vieille 7chap4 ,,iv1 p4 #ajc74 ,et plus loin3 ,or1 ,hunbatz et ,hunchoven taient de trs-grands musiciens et chanteurs2 ayant cr au milieu de grandes peines et de grands travaux qu'ils avaient passs1 tourments de toute manire1 ils taient devenus de grands sages2 ils s'taient rendus galement 7habiles comme7 joueurs de flte1 chanteurs1 peintres et sculpteurs2 tout sortait parfait de leurs mains 7chapitre ,v74 ,toutefois1 dans le ,livre sacr1 devant les descendants miraculeux de ,hun-hun-,ahpu1 destins devenir les librateurs de la nation nahuatl et conqurir ,xibalba1 ces deux artistes sont changs en singes1 comme indignes1 probablement1 de concourir l'oeuvre hroque4 #ef ,hist4 antigua de ,mexico1 t4 ,i1 cap ,,xii4 #eg ,au signe ,ome-,tochtli1 ,,ii4 ,lapin4 #eh ,or1 le calme tait aussi aux coeurs des sacrificateurs qui habitaient sur la montagne3 ainsi donc1 ,balam-,quitz1 ,balam-,agab1 ,mahucutah et ,iqi-,balam 7les chefs des ,quichs avant l'tablissement de ceux-ci dans les tats de ,chiapas et de ,guatmala7 ayant tenu un grand conseil1 firent des fortifications au bord de leur ville1 environnant les contours de leur ville de palissades et de troncs d'arbres4 7,le ,popol-,vuh1 ,i,ve partie1 chap4 ,,iii47 ,en ,izmachi est donc le nom du lieu de leur ville1 o ils demeurrent enfin et s'y tablirent dfinitivement3 l donc ils mirent en oeuvre leur puissance1 ayant commenc btir leurs maisons de pierre et de chaux sous la quatrime gnration des rois4 7,chap4 ,,vii47 ,dans l'origine de la race quiche1 il est parl d'une premire cration d'hommes de bois1 antrieurement un cataclysme qui les fit tous prir4 ,les quatre cents jeunes gens qui apparaissent parmi les premiers de l'migration quiche au ,mexique sont prsents dans le ,livre sacr 7chap4 ,,vii1 #are partie7 cheminant1 aprs avoir coup un grand arbre pour servir de poutre mre leur maison4 ,zipacua1 le chef1 le roi des indignes1 parmi lesquels s'tablissent les quatre cents jeunes gens 7le nombre quatre ou quatre cents dsigne1 dans les traditions quiches1 un grand nombre1 une nation1 une runion de tribus7 charge lui seul l'arbre sur ses paules et le porte devant la maison des jeunes gens4--,or a1 reprirent ceux-ci1 nous vous reprendrons encore une fois demain pour signaler un autre arbre pour pilier de notre maison4 #ei ,tepeu et ,oliman1 que le manuscrit ,cakchiquel indique devoir se trouver vers la zone qui spare le ,peten de l',yucatan 7,voir le chap4 ,,ix de la ,i,i,ie partie du ,livre sacr et les notes74 #fj ,le ,livre sacr1 chap4 ,,ii1 ,i,ve partie4 #fa ,ibid41 cockchap4 ,,vii4 #fb ,baillire et fils1 #ahfa4 #fc ,le ,p4 ,antonio de ,remesal raconte qu'on retrouvait dans la valle les traces de dix langages diffrents4 #fd ,voyez l'preuve parfaitement russie de l'album4 ,planche ,,xxviii4 #fe ,voir l'album1 ,cits et ruines amricaines1 pl4 ,i ,,xvii4 #ff ,le pays de ,yucatan1 abord pour la premire fois par ,cordova en #aeag1 puis explor par ,griyalva1 ne tarda pas tre conquis par don ,francisco de ,montejo1 qui rassembla ses frais une petite arme de #a1ejj hommes1 ds #aebg1 pour soumettre ce vaste territoire4 ,la civilisation maya qui rgnait au ,yucatan tait fort diffrente de celle des ,aztques vaincus par ,cortez4 ,c'tait sans doute cette civilisation1 mais dans un ge que la science ne saurait indiquer1 que l'on devait plusieurs des magnifiques monuments qui excitent aujourd'hui si vivement notre curiosit4 #fg ,mrida fut fond sur les ruines de l'antique cit indienne qu'on dsignait sous le nom de ,tihoo3 on la construisit en #aeda1 par les ordres du petit-fils de ,francisco de ,montejo4 ,elle rclamait dus privilges comme capitale du ,yucatan ds l'anne #aedc4 7,lopez ,cogollude1 ,historia de ,yucatan47 #fh ,la cathdrale de ,mrida fut acheve en #aeih1 la ville avait t rige en cit piscopale ds #aefa4 #fi ,espce de volante1 voiture havanaise4 #gj ,selon un historien moderne1 les ruines d',izamal appartiendraient la mme priode que celle de ,mayapam et ,palenqu2 c'est--dire qu'elles remonteraient la plus haute antiquit4 ,la tradition en fait un lieu de spulture au prophte ,zamma4 #ga ,vainqueur des ,kudules1 le neveu de l'adelantado ,montejo fonda ,valladolid en #aedc1 sur le territoire des ,chanachna4 #gb ,cette ville1 qui obtient aujourd'hui une si grande clbrit au point de vue archologique1 faisait partie de l'antique empire de ,mayapan1 dtruit vers l'anne #adbj de notre re4 ,chichen-,itza tait parvenue conserver son indpendance jusqu' la fin du ,x,v,i,ie sicle4 ,elle tomba entre les mains des ,espagnols1 le #ac mars #afig2 pendant plusieurs heures1 ces temples furent livrs au pillage4 7,voy4 ,juarros1 t4 ,,ii4 p4 #adf74 #gc ,voir le plan dans le texte de ,m4 ,viollet-le-,duc1 et les vues de ,,xxv ,,xlix4 #gd ,w4 ,prescott1 ,histoire de la conqute du ,mexique1 liv4 ,,iii chap4 ,,vii4