,j4 ,,michelet ,,la ,,mer ,,cinqui,,me ,,dition ,,paris ,,michel ,l,,vy ,,fr,,res ,,rue ,,auber1 #c1 ,,place ,,de ,l',,op,,ra ,,librairie ,,nouvelle ,,boulevard ,,des ,,italiens1 #ae1 ,,au ,,coin ,,de ,,la ,,rue ,,de ,,grammont #ahge ,droits de reproduction et de traduction rservs ,,table ,,des ,,mati,,res ,,livre ,ier4--,,un ,,regard ,,sur ,,les ,,mers4 ,i4 ,la mer vue du rivage ,,ii4 ,plages1 grves et falaises ,,iii4 ,plages1 grves et falaises 7suite7 ,,iv4 ,cercle des eaux1 cercles de feux4 ,fleuves de la mer ,v4 ,le pouls de la mer ,,vi4 ,les temptes ,,vii4 ,la tempte d'octobre #ahei ,,viii4 ,les phares ,,livre ,,ii4--,,la ,,gen,,se ,,de ,,la ,,mer4 ,i4 ,fcondit ,,ii4 ,la mer de lait ,,iii4 ,l'atome ,,iv4 ,fleur de sang ,v4 ,les faiseurs de mondes ,,vi4 ,fille des mers ,,vii4 ,le piqueur de pierres ,,viii4 ,coquilles1 nacre1 perles ,,ix4 ,l'cumeur de mer 7poulpe1 etc47 ,x4 ,crustacs4 ,la guerre et l'intrigue ,,xi4 ,le poisson ,,xii4 ,la baleine ,,xiii4 ,les sirnes ,,livre ,,iii4--,,conqu,,te ,,de ,,la ,,mer4 ,i4 ,le harpon ,,ii4 ,dcouverte des trois ocans ,,iii4 ,la loi des temptes ,,iv4 ,les mers des ples ,v4 ,la guerre aux races de la mer ,,vi4 ,le droit de la mer ,,livre ,,iv4--,,la ,,renaissance ,,par ,,la ,,mer4 ,i4 ,l'origine des bains de mer ,,ii4 ,choix du rivage ,,iii4 ,l'habitation ,,iv4 ,premire aspiration de la mer ,v4 ,bains4--,renaissance de la beaut ,,vi4 ,la renaissance du coeur et de la fraternit ,,vii4 ,vita nuova des nations ,,notes ,,fin ,,de ,,la ,,table ,,livre ,,premier ,,un ,,regard ,,sur ,,les ,,mers ,i ,,la ,,mer ,,vue ,,du ,,rivage ,un brave marin hollandais1 ferme et froid observateur1 qui passe sa vie sur la mer1 dit franchement que la premire impression qu'on en reoit1 c'est la crainte4 ,l'eau1 pour tout tre terrestre1 est l'lment non respirable1 l'lment de l'asphyxie4 ,barrire fatale1 ternelle1 qui spare irrmdiablement les deux mondes4 ,ne nous tonnons pas si l'norme masse d'eau qu'on appelle la mer1 inconnue et tnbreuse dans sa profonde paisseur1 apparut toujours redoutable l'imagination humaine4 ,les ,orientaux n'y voient que le gouffre amer1 la nuit de l'abme4 ,dans toutes les anciennes langues1 de l',inde l',irlande1 le nom de la mer a pour synonyme ou analogue le dsert et la nuit4 ,grande tristesse de voir tous les soirs le soleil1 cette joie du monde et ce pre de toute vie1 sombrer1 s'abmer dans les flots4 ,c'est le deuil quotidien du monde1 et spcialement de l',ouest4 ,nous avons beau voir chaque jour ce spectacle1 il a sur nous mme puissance1 mme effet de mlancolie4 ,si l'on plonge dans la mer une certaine profondeur1 on perd bientt la lumire2 on entre dans un crpuscule o persiste une seule couleur1 un rouge sinistre2 puis cela mme disparat et la nuit complte se fait1 c'est l'obscurit absolue1 sauf peut-tre des accidents de phosphorescence effrayante4 ,la masse1 immense d'tendue1 norme de profondeur1 qui couvre la plus grande partie du globe1 semble un monde de tnbres4 ,voil surtout ce qui saisit1 intimida les premiers hommes4 ,on supposait que la vie cesse partout o manque la lumire1 et qu'except les premires couches1 toute l'paisseur insondable1 le fond 7si l'abme a un fond71 tait une noire solitude1 rien que sable aride et cailloux1 sauf des ossements et des dbris1 tant de biens perdus que l'lment avare prend toujours et ne rend jamais1 les cachant jalousement au trsor profond des naufrages4 ,l'eau de mer ne nous rassure aucunement par la transparence4 ,ce n'est point l'engageante nymphe des sources1 des limpides fontaines4 ,celle-ci est opaque et lourde2 elle frappe fort4 ,qui s'y hasarde1 se sent fortement soulev4 ,elle aide1 il est vrai1 le nageur1 mais elle le matrise2 il se sent comme un faible enfant1 berc d'une puissante main1 qui peut aussi bien le briser4 ,la barque une fois dlie1 qui sait o un vent subit1 un courant irrsistible1 pourront la porter8 ,ainsi nos pcheurs du ,nord1 malgr eux1 trouvrent l',amrique polaire et rapportrent la terreur du funbre ,gronland4 ,toute nation a ses rcits1 ses contes sur la mer4 ,homre1 les ,mille et une ,nuits1 nous ont gard un bon nombre de ces traditions effrayantes1 les cueils et les temptes1 les calmes non moins meurtriers o l'on meurt de soif au milieu des eaux1 les mangeurs d'hommes1 les monstres1 le lviathan1 le kraken et le grand serpent de mer1 etc4 ,le nom qu'on donne au dsert1 le pays de la peur1 on aurait pu le donner au grand dsert maritime4 ,les plus hardis navigateurs1 ,phniciens et ,carthaginois1 les ,arabes conqurants qui voulaient englober le monde1 attirs par les rcits du pays de l'or et des ,hesprides1 dpassent la ,mditerrane1 se lancent sur la grande mer1 mais s'y arrtent bientt4 ,la ligne sombre1 ternellement couverte de nuages1 qu'on rencontre avant l'quateur1 leur impose4 ,ils s'arrtent4 ,ils disent3 ,c'est la mer des ,tnbres4 ,et ils retournent chez eux4 ,il y aurait de l'impit violer ce sanctuaire4 ,malheur celui qui suivrait sa curiosit sacrilge6 ,on a vu1 aux dernires les1 un colosse1 une menaante figure qui disait3 ,n'allez pas plus loin4 99 99 99 ,ces terreurs1 un peu enfantines1 du vieux monde ne diffrent en rien de ce qu'on peut voir toujours des motions du novice1 de la simple personne qui1 venue de l'intrieur1 tout coup aperoit la mer4 ,on peut dire que tout tre qui en a la surprise1 ressent cette impression4 ,les animaux1 visiblement1 se troublent4 ,mme au reflux1 lorsque1 lasse et dbonnaire1 l'eau trane mollement au rivage1 le cheval n'est pas rassur2 il frmit et souvent refuse de passer le flot languissant4 ,le chien recule et aboie1 injurie sa manire la lame dont il a peur4 ,jamais il ne fait la paix avec l'lment douteux qui lui semble plutt hostile4 ,un voyageur nous raconte que les chiens du ,kamtchatka1 habitus ce spectacle1 n'en sont pas moins effrays1 irrits4 ,en grandes bandes1 par milliers1 dans les longues nuits1 ils hurlent contre la vague hurlante1 et font assaut de fureur avec l'ocan du ,nord4 99 99 99 ,l'introduction naturelle1 le vestibule de l',ocan1 qui prpare le bien sentir1 c'est le cours mlancolique des fleuves du ,nord-,ouest1 les vastes sables du ,midi1 ou les landes de ,bretagne4 ,toute personne qui va la mer par ces voies est trs-frappe de la rgion intermdiaire qui l'annonce4 ,le long de ces fleuves1 c'est un vague infini de joncs1 d'oseraies1 de plantes diverses1 qui1 par les degrs des eaux mles et peu peu saumtres1 deviennent enfin marines4 ,dans les landes1 c'est1 avant la mer1 une mer pralable d'herbes rudes et basses1 fougres et bruyres4 tant encore une lieue1 deux lieues1 vous remarquez les arbres chtifs1 souffreteux1 rechigns1 qui annoncent leur manire par des attitudes1 j'allais dire par des gestes tranges1 la proximit du grand tyran1 et l'oppression de son souffle4 ,s'ils n'taient pris par les racines1 ils fuiraient visiblement2 ils regardent vers la terre1 tournent le dos l'ennemi1 semblent tout prs de partir1 en droute1 chevels4 ,ils ploient1 se courbent jusqu'au sol1 et ne pouvant mieux1 fixs l se tordent au vent des temptes4 ,ailleurs encore1 le tronc se fait petit et tend ses branches indfiniment dans le sens horizontal4 ,sur les plages o les coquilles1 dissoutes1 lvent une fine poussire1 l'arbre en est envahi1 englouti4 ,ses pores se fermant1 l'air lui manque2 il est touff1 mais conserve sa forme et reste l arbre de pierre1 spectre d'arbre1 ombre lugubre qui ne peut disparatre1 captive dans la mort mme4 ,bien avant de voir la mer1 on entend et on devine la redoutable personne4 ,d'abord1 c'est un bruit lointain1 sourd et uniforme4 ,et peu peu tous les bruits lui cdent et en sont couverts4 ,on en remarque bientt la solennelle alternative1 le retour invariable de la mme note1 forte et basse1 qui de plus en plus roule1 gronde4 ,moins rgulire l'oscillation du pendule qui nous mesure l'heure6 ,mais ici le balancier n'a pas la monotonie des choses mcaniques4 ,on y sent1 on croit y sentir la vibrante intonation de la vie4 ,en effet1 au moment du flux1 quand la vague monte sur la vague1 immense1 lectrique1 il se mle au roulement orageux des eaux le bruit des coquilles et de mille tres divers qu'elle apporte avec elle4 ,le reflux vient-il1 un bruissement fait comprendre qu'avec les sables elle remporte ce monde de tribus fidles1 et le recueille en son sein4 ,que d'autres voix elle a encore6 ,pour peu qu'elle soit mue1 ses plaintes et ses profonds soupirs contrastent avec le silence du morne rivage4 ,il semble se recueillir pour couter la menace de celle qui le flattait hier d'un flot caressant4 ,que va-t-elle bientt lui dire8 ,je ne veux pas le prvoir4 ,je ne veux point parler ici des pouvantables concerts qu'elle va donner peut-tre1 de ses duos avec les rocs1 des basses et des tonnerres sourds qu'elle fait au fond des cavernes1 ni de ces cris surprenants o l'on croit entendre3 ,au secours6444 ,non1 prenons-la dans ses jours graves1 o elle est forte sans violence4 99 99 99 ,si l'enfant et l'ignorant ont toujours devant ce sphinx une stupeur admirative et moins de plaisir que de crainte1 il ne faut pas s'en tonner4 ,pour nous-mmes1 par bien des cts1 c'est encore une grande nigme4 ,quelle est son tendue relle8 ,plus grande que celle de la terre1 voil ce qu'on sait le mieux4 ,sur la surface du globe1 l'eau est la gnralit1 la terre est l'exception4 ,mais leur proportion relative3 l'eau fait les quatre cinquimes1 c'est le plus probable2 d'autres ont dit les deux tiers ou les trois quarts4 ,chose difficile prciser4 ,la terre augmente et diminue2 elle est toujours en travail2 telle partie s'abaisse1 et telle monte4 ,certaines contres polaires1 dcouvertes et notes du navigateur1 ne se retrouvent plus au voyage suivant4 ,ailleurs1 des les innombrables1 des bancs immenses de madrpores1 de coraux1 se forment1 s'lvent et troublent la gographie4 ,la profondeur de la mer est bien plus inconnue que son tendue4 peine les premiers sondages1 peu nombreux et peu certains1 ont-ils t faits encore4 ,les petites liberts hardies que nous prenons la surface de l'lment indomptable1 notre audace courir sur ce profond inconnu1 sont peu1 et ne peuvent rien faire au juste orgueil que garde la mer4 ,elle reste1 en ralit1 ferme1 impntrable4 ,qu'un monde prodigieux de vie1 de guerre et d'amour1 de productions de toute sorte1 s'y meuve1 on le devine bien et dj on le sait un peu4 ,mais peine nous y entrons1 nous avons hte de sortir de cet lment tranger4 ,si nous avons besoin de lui1 lui1 il n'a pas besoin de nous4 ,il se passe de l'homme merveille4 ,la nature semble tenir peu avoir un tel tmoin4 ,dieu est l tout seul chez lui4 ,l'lment que nous appelons fluide1 mobile1 capricieux1 ne change pas rellement2 il est la rgularit mme4 ,ce qui change constamment1 c'est l'homme4 ,son corps 7dont les quatre cinquimes ne sont qu'eau1 selon ,berzlius7 sera demain vapor4 ,cette apparition phmre1 en prsence des grandes puissances immuables de la nature1 n'a que trop raison de rver4 ,quel que soit son trs-juste espoir de vivre en son me immortelle1 l'homme n'en est pas moins attrist de ces morts frquentes1 des crises qui rompent chaque instant la vie4 ,la mer a l'air d'en triompher4 ,chaque fois que nous approchons d'elle1 il semble qu'elle dise du fond de son immutabilit3 ,demain tu passes1 et moi jamais4 ,tes os seront dans la terre1 dissous mme force de sicles1 que je continuerai encore1 majestueuse1 indiffrente1 la grande vie quilibre qui m'harmonise1 heure par heure1 la vie des mondes lointains4 ,opposition humiliante qui se rvle durement1 et comme avec rise pour nous1 surtout aux violentes plages1 o la mer arrache aux falaises des cailloux qu'elle leur relance1 qu'elle ramne deux fois par jour1 les tranant avec un bruit sinistre comme de chanes et de boulets4 ,toute jeune imagination y voit une image de guerre1 un combat1 et d'abord s'effraye4 ,puis1 observant que cette fureur a des bornes o elle s'arrte1 l'enfant rassur hait plutt qu'il ne craint la chose sauvage qui semble lui en vouloir4 ,il lance son tour des cailloux la grande ennemie rugissante4 ,j'observais ce duel au ,havre1 en juillet #ahca4 ,une enfant que j'amenais l en prsence de la mer sentit son jeune courage et s'indigna de ces dfis4 ,elle rendait guerre pour guerre4 ,lutte ingale1 faire sourire1 entre la main dlicate de la fragile crature et l'pouvantable force qui en tenait si peu de compte4 ,mais on ne riait pas longtemps1 lorsque venait la pense du peu que vivrait l'tre aim1 de son impuissance phmre1 en prsence de l'infatigable ternit qui nous reprend4--,tel fut l'un de mes premiers regards sur la mer4 ,telles mes rveries1 assombries du trop juste augure que m'inspirait ce combat entre la mer que je revois et l'enfant que je ne vois plus4 ,,ii ,,plages1 ,,gr,,ves ,,et ,,falaises ,on peut voir l',ocan partout4 ,partout il apparatra imposant et redoutable4 ,tel il est autour des caps qui regardent de tous cts4 ,tel1 et parfois plus terrible1 aux lieux vastes1 mais circonscrits1 o l'encadrement des rivages le gne et l'indigne1 o il entre violent avec des courants rapides qui souvent heurtent aux cueils4 ,on ne le voit pas infini1 mais on le sent1 on l'entend1 on le devine infini1 et l'impression n'en est que plus profonde4 ,c'est celle que j'avais ,granville1 sur cette plage tumultueuse de grand flot et de grand vent1 qui finit la ,normandie et va commencer la ,bretagne4 ,la gaiet riche et aimable1 quelquefois un peu vulgaire1 des belles campagnes normandes1 disparat1 et par ,granville1 par le dangereux ,saint-,michel-en-,grve1 on se trouve entr dans un monde tout autre4 ,granville est normand de race1 breton d'aspect4 ,il oppose firement son rocher l'assaut pouvantable des vagues1 qui tantt apportent du ,nord les fureurs discordantes des courants de la ,manche1 tantt roulent de l',ouest un long flot toujours grossi dans sa course de mille lieues1 qui frappe de toute la force accumule de l',atlantique4 ,j'aimais cette petite ville singulire et un peu triste qui vit de la pche lointaine la plus dangereuse4 ,la famille sait qu'elle est nourrie des hasards de cette loterie1 de la vie1 de la mort de l'homme4 ,cela met en tout un srieux harmonique au caractre svre de cette cte4 ,j'y ai bien souvent got la mlancolie du soir1 soit que je me promenasse en bas sur la grve dj obscurcie1 soit que1 de la haute ville qui couronne le rocher1 je visse le soleil descendre dans l'horizon un peu brumeux4 ,son norme mappemonde1 souvent raye durement de raies noires et de raies rouges1 s'abmait1 sans s'arrter faire au ciel les fantaisies1 les paysages de lumire1 qui souvent ailleurs gayent la vue4 ,en aot1 c'tait1 dj l'automne4 ,il n'y avait gure de crpuscule4 ,le soleil peine disparu1 le vent frachissait1 les vagues couraient rapides1 vertes et sombres4 ,on ne voyait gure que quelques ombres de femmes dans leurs capes noires doubles de blanc4 ,les moutons attards aux maigres pturages des glacis1 qui surplombent la grve de quatre-vingts ou de cent pieds1 l'attristaient de blements plaintifs4 ,la haute ville1 fort petite1 a sa face du nord btie pic sur le bord de l'abme1 noire1 froide1 battue d'un vent ternel1 faisant front la grande mer4 ,il n'y a l que de pauvres logis4 ,on m'y mena chez un bonhomme dont l'art tait de faire des tableaux de coquilles4 ,mont par une sorte d'chelle dans une obscure petite chambre1 je vis1 encadre dans l'troite fentre1 cette vue tragique4 ,elle me fut aussi saisissante que l'avait t en ,suisse1 prise aussi dans une fentre1 et par une vive surprise1 celle du glacier du ,grindelwald4 ,le glacier me fit voir un monstre norme de glaces pointues qui marchaient moi4 ,et cette mer de ,granville1 une arme de flots ennemis qui venaient d'ensemble l'assaut4 ,mon homme1 sans tre vieux1 tait souffreteux1 fivreux4 ,il tenait1 en ce mois d'aot1 sa fentre calfeutre4 ,en regardant ses ouvrages et causant1 je vis qu'il avait la tte un peu faible4 ,elle avait t branle par un vnement de famille4 ,son frre avait pri sur cette grve dans une cruelle aventure4 ,la mer lui restait sinistre1 elle lui semblait garder contre lui une mauvaise volont4 ,l'hiver1 infatigablement1 elle flagellait sa vitre de neige ou de vents glacs4 ,elle ne le laissait pas dormir4 ,elle frappait sous lui son roc1 sans trve ni repos1 dans les longues nuits4 ,l't1 elle lui montrait d'incommensurables orages1 des clairs d'un monde l'autre4 ,aux grandes mares1 c'tait bien pis4 ,elle monte soixante pieds1 et son cume furieuse1 sautant bien plus haut encore1 outrageusement venait lui frapper dans sa fentre4 ,il n'tait pas mme sr que la mer s'en tnt toujours l4 ,elle pouvait dans sa haine1 lui jouer quelque mauvais tour4 ,mais il n'avait pas le moyen de chercher un meilleur abri1 et peut-tre aussi tait-il retenu1 son insu1 par je ne sais quel magntisme4 ,il n'et pas os se brouiller tout fait avec la terrible fe4 ,il avait pour elle un certain respect4 ,il en parlait peu1 et plus souvent la dsignait sans la nommer1 comme l',islandais en mer n'ose nommer l',ourque1 de peur qu'elle n'entende et ne vienne4 ,je vois encore sa mine ple lorsqu'il regardait la grve1 et disait3 ,cela me fait peur4 tait-ce un fou8 ,nullement1 il parlait de fort bon sens4 ,il me parut distingu et intressant4 ,c'tait un tre nerveux1 trs-finement organis1 trop pour de telles impressions4 ,la mer fait beaucoup de fous4 ,livingstone avait emmen d',afrique un homme intelligent1 courageux1 qui bravait les lions4 ,mais il n'avait pas vu la mer4 ,quand il monta sur un vaisseau1 et qu'il eut la fois cette double surprise et du redoutable lment1 et de tous les arts inconnus1 ce fut trop fort pour son cerveau4 ,il dlira2 quoi qu'on ft1 il trouva moyen d'chapper1 et se jeta aveuglment dans ces flots qui l'effrayaient et qui l'attiraient cependant4 ,d'autre part1 la mer attache tellement les hommes qui se sont confis longtemps elle1 qui ont vcu avec elle et dans sa familiarit1 qu'ils ne peuvent la quitter jamais4 ,j'ai vu1 dans un petit port1 de vieux pilotes qui1 devenus trop faibles1 rsignaient leur office4 ,mais ils ne s'en consolaient point1 ils tranaient misrablement1 et leurs ttes s'garaient4 99 99 99 ,au plus haut de ,saint-,michel1 on vous montre une plate-forme qu'on appelle celle des ,fous4 ,je ne connais aucun lieu plus propre en faire que cette maison de vertige4 ,reprsentez-vous tout autour une grande plaine comme de cendre blanche1 qui est toujours solitaire1 sable quivoque dont la fausse douceur est le pige le plus dangereux4 ,c'est et ce n'est pas la terre1 c'est et ce n'est pas la mer1 l'eau douce non plus1 quoiqu'en dessous des ruisseaux travaillent le sol incessamment4 ,rarement1 et pour de courts moments1 un bateau s'y hasarderait4 ,et1 si l'on passe quand l'eau se retire1 on risque d'tre englouti4 ,j'en puis parler1 je l'ai t presque moi-mme4 ,une voiture fort lgre1 dans laquelle j'tais1 disparut en deux minutes avec le cheval2 par miracle1 j'chappai4 ,mais1 moi-mme pied1 j'enfonais4 chaque pas1 je sentais un affreux clapotement1 comme un appel de l'abme qui me demandait doucement1 m'invitait et m'attirait1 et me prenait par dessous4 ,j'arrivai pourtant au roc1 la gigantesque abbaye1 clotre1 forteresse et prison1 d'une sublimit atroce1 vraiment digne du paysage4 ,ce n'est pas ici le lieu de dcrire un tel monument4 ,sur un gros bloc de granit1 il se dresse1 monte et monte encore indfiniment1 comme une babel d'un titanique entassement1 roc sur roc1 sicle sur sicle1 mais toujours cachot sur cachot4 ,au plus bas1 l'in pace des moines2 plus haut1 la cage de fer qu'y fit ,louis ,,xi2 plus haut1 celle de ,louis ,,xiv2 plus haut1 la prison d'aujourd'hui4 ,tout cela dans un tourbillon1 un vent1 un trouble ternel4 ,c'est le spulcre moins la paix4 ,est-ce la faute de la mer si cette plage est perfide8 point du tout4 ,elle arrive l1 comme ailleurs1 bruyante et forte1 mais loyale4 ,la vraie faute est la terre1 dont l'immobilit sournoise parat toujours innocente1 et qui en dessous filtre sous la plage les eaux des ruisseaux1 un mlange doucetre et blanchtre qui te toute solidit4 ,la faute est surtout l'homme1 son ignorance1 sa ngligence4 ,dans les longs ges barbares1 pendant qu'il rve la lgende et fonde le grand plerinage de l'archange vainqueur du diable1 le diable prit possession de cette plaine dlaisse4 ,la mer en est fort innocente4 ,loin de faire mal1 au contraire1 elle apporte1 cette furieuse1 dans ses flots si menaants1 un trsor de sel fcond1 meilleur que le limon du ,nil1 qui enrichit toute culture et fait la charmante beaut des anciens marais de ,dol1 de nos jours transforms en jardins4 ,c'est une mre un peu violente1 mais enfin1 c'est une mre4 ,riche en poissons1 elle entasse sur ,cancale qui est en face1 et sur d'autres bancs encore1 des millions1 des milliards d'hutres1 et de leurs coquilles brises elle donne cette riche vie qui se change en herbe1 en fruits1 et couvre les prairies de fleurs4 ,il faut entrer dans la vraie intelligence de la mer1 ne pas cder aux ides fausses que peut donner la terre voisine1 ni aux illusions terribles qu'elle nous ferait elle-mme par la simple grandeur de ses phnomnes1 par des fureurs apparentes qui souvent sont des bienfaits4 ,,iii ,,suite4--,,plages1 ,,gr,,ves ,,et ,,falaises ,les plages1 les grves et les falaises montrent la mer par trois aspects et toujours utilement4 ,elles l'expliquent1 la traduisent1 la mettent en rapport avec nous1 cette grande puissance1 sauvage au premier aspect1--mais divine au fond1 donc1 amie4 99 99 99 ,l'avantage des falaises1 c'est qu'au pied de ces hauts murs bien plus sensiblement qu'ailleurs on apprcie la mare1 la respiration1 disons-le1 le pouls de la mer4 ,insensible sur la ,mditerrane1 il est marqu dans l',ocan4 ,l',ocan respire comme moi1 il concorde mon mouvement intrieur1 celui d'en haut4 ,il m'oblige de compter sans cesse avec lui1 de supporter les jours1 les heures1 de regarder au ciel4 ,il me rappelle et moi et au monde4 ,que je m'assoie aux falaises1 celle d',antifer1 par exemple1 je vois ce spectacle immense4 ,la mer1 qui semblait morte tout l'heure1 a frissonn4 ,elle frmit4 ,signe premier du grand mouvement4 ,la mare a dpass ,cherbourg et ,barfleur1 tourn violemment la pointe du phare2 ses eaux divises suivent le ,calvados1 s'exhaussent au ,havre2 voil qu'elles viennent moi1 vers tretat1 ,fcamp1 ,dieppe1 pour s'enfoncer dans le canal1 malgr les courants du ,nord4 moi de me mettre en garde1 et d'observer bien son heure4 ,sa hauteur1 presque indiffrente aux dunes ou collines de sable qu'on peut remonter partout1 ici1 au pied des falaises1 impose une grande attention4 ,ce long mur de trente lieues n'a pas beaucoup d'escaliers4 ,ses troites perces1 qui font nos petits ports1 s'ouvrent d'assez grandes distances4 ,d'autant plus curieusement1 observe-t-on la mer basse les assises superposes o se lit l'histoire du globe1 en gigantesques registres o les sicles accumuls offrent tout ouvert le livre du temps4 ,chaque anne en mange une page4 ,c'est un monde en dmolition1 que la mer mord toujours en bas1 mais que les pluies1 les geles1 attaquent encore bien plus d'en haut1 ,le flot en dissout le calcaire1 emporte1 rapporte1 roule incessamment le silex qu'il arrondit en galets4--,ce rude travail fait de cette cte1 si riche du ct de la terre1 un vrai dsert maritime4 ,peu1 trs-peu de plantes de mer chappent au broiement ternel du galet froiss1 refroiss4 ,les mollusques et les coquilles en ont peur4 ,les poissons mmes se tiennent distance4 ,grand contraste d'une campagne douce et tellement humanise et d'une mer si inhospitalire4 ,on ne la voit gure que d'en haut4 ,en bas la ncessit dure de marcher sur un sol croulant1 roulant1 de boulets1 rend l'troite plage impossible1 fait de la moindre promenade une violente gymnastique4 ,il faut rester sur les sommets o les splendides villas1 les beaux bois1 les cultures magnifiques1 les bls1 les jardins1 avancent jusqu'aux bords du grand mur1 et regardent plaisir cette majestueuse rue de la ,manche1 pleine de barques et de vaisseaux1 qui spare les deux rivages et les deux grands empires du monde4 99 99 99 ,la terre et la mer6 quoi de plus6 ,toutes deux ont ici un charme4 ,cependant celui qui aime la mer pour elle-mme1 son ami1 son amant1 ira plutt la chercher dans un lieu moins vari4 ,pour entrer en relation suivie avec elle1 les grandes plages sablonneuses 7si le sable n'est trop mou7 sont bien plus commodes4 ,elles permettent des promenades infinies4 ,elles laissent rver4 ,elles souffrent1 entre l'homme et la mer1 des panchements mystrieux4 ,jamais je ne me suis plaint de ces vastes et libres arnes o d'autres trouvent un grand ennui4 ,je ne m'y trouve pas seul4 ,je vais1 je viens1 je le sens4 ,il est l le grand compagnon4 ,pour peu qu'il ne soit pas trop mu1 de mauvaise humeur1 je me hasarde lui parler1 et il ne ddaigne pas de rpondre4 ,que de choses nous nous sommes dites aux paisibles mois o la foule est absente sur les plages illimites de ,scheveningen et d',ostende1 de ,royan et de ,saint-,georges6 ,c'est l qu'en un long tte--tte1 quelque intimit s'tablit4 ,on y prend comme un sens nouveau pour comprendre la grande langue4 ,on trouve triste l',ocan1 lorsque des tours d',amsterdam1 le ,zuiderze apparat terreux et d'un flot de plomb1 lorsqu'aux dunes de ,scheveningen on voit ses eaux surplombantes1 toujours prtes franchir la digue4 ,moi1 ce combat m'intresse2 cette terre m'attache1 toute srieuse qu'elle peut tre2 c'est l'effort1 la cration1 l'invention de l'homme4 ,et la mer aussi me plat1 par les trsors de vie fconde que je lui sais dans son sein4 ,c'est1 une des plus peuples du monde4 ,vienne la nuit de la ,saint-,jean1 o s'ouvre la pche1 vous allez voir surgir des profondeurs l'ascension d'une autre mer1 la mer des harengs4 ,la plaine indfinie des eaux ne sera pas assez grande pour ce dluge vivant1 une des rvlations les plus triomphantes de la fcondit sans bornes de la nature4 ,voil ce que je sens d'avance dans cette mer1 et dans les tableaux o le gnie en a marqu le caractre profond4 ,la sombre ,estacade de ,ruysdal1 plus qu'aucun tableau1 m'a toujours attir au ,louvre4 ,pourquoi8 ,dans les teintes rousstres de ces eaux lectrises1 je ne sens aucunement le froid de la mer du ,nord2 au contraire1 la fermentation1 le flot de la vie4 99 99 99 ,si l'on me demandait nanmoins quelle cte de l',ocan donne la plus haute impression1 je dirais3 celle de ,bretagne1 spcialement aux sauvages et sublimes promontoires de granit qui finissent l'ancien monde1 cette pointe hardie qui dfie les temptes1 domine l',atlantique4 ,nulle part1 je n'ai mieux senti les nobles et hautes tristesses1 qui sont les meilleures impressions de la mer4 ,j'ai besoin d'expliquer ceci4 ,il y a tristesse et tristesse1--celle des femmes1 celle des forts1--celle des mes trop sensibles qui pleurent sur elles-mmes1 et celle des coeurs dsintresss1 qui pour eux acceptent le sort et bnissent toujours la nature1 mais sentent les maux du monde1 et puisent dans la tristesse mme les forces pour agir ou crer4--,combien les ntres ont besoin de retremper souvent leur me dans cet tat qu'on peut nommer la mlancolie hroque6 ,lorsqu'il y a prs de trente ans je visitais ce pays1 je ne me rendais pas compte de l'attrait srieux qu'il avait pour moi4 ,au fond1 c'est sa grande harmonie4 ,ailleurs1 sans qu'on se l'explique1 on sent une discordance entre le sol et l'habitant4 ,la trs-belle race normande1 dans les cantons o elle est pure1 o elle a gard le rouge1 le roux singulier de la ,scandinavie1 n'a nul rapport avec la terre qu'elle occupe par hasard4 ,au contraire1 en ,bretagne1 sur le sol gologique le plus ancien du globe1 sur le granit et le silex1 marche la race primitive1 un peuple aussi de granit4 ,race rude1 de grande noblesse1 d'une finesse de caillou4 ,autant la ,normandie progresse1 autant la ,bretagne est en dcadence4 ,imaginative et spirituelle1 elle n'en aime pas moins l'absurde1 l'impossible1 les causes perdues4 ,mais si elle perd en tant de choses1 une lui reste1 la plus rare1 c'est le caractre4 ,si l'on veut sortir un peu de l'anglicisme insipide et de la vulgarit qui se prtend positive1 enfin des sottes joies si tristes1 qu'on aille s'asseoir sur ces rocs1 la baie de ,douarnenez1 au promontoire de ,penmark4 ,ou1 si le vent est trop fort1 qu'on se mette dans une barque aux basses les du ,morbihan4 ,la mer y apporte un flot tide que l'on n'entend mme pas4 ,la ,bretagne1 o elle est douce1 est trs-douce4 ,dans ses archipels vous diriez l'onde de la mort4 ,o elle est forte1 elle est sublime4 ,je n'en sentis que les tristesses en #ahca2 elles ont pass dans mon histoire4 ,je ne connaissais pas alors le vrai caractre de cette mer4 ,c'est aux anses les plus solitaires1 entre ses rocs les plus sauvages1 qu'elle est vraiment gaie1 je veux dire vivante et joyeuse d'une grande vie4 ,ces rocs1 vous les voyez couverts comme d'une couche d'asprits grises1 mais ce sont des tres anims1 c'est tout un monde tabli l1 qui1 au reflux1 laiss sec1 se clt et s'enferme4 ,il ouvre ses petites fentres quand la bonne mer1 sa nourrice1 lui rapporte ses aliments4 ,l travaille encore en foule cette population estimable des petits piqueurs de pierre1 les oursins1 observs et si bien dcrits par ,m4 ,caillaud4 ,tout ce monde juge exactement au rebours de nous4 ,la belle ,normandie les effraye2 ils ont horreur et terreur des rudes galets des falaises1 sous lesquels ils seraient broys4 ,les calcaires croulants de ,saintonge1 avec leurs plages aimables1 ne les rassurent pas davantage4 ,ils n'ont garde de s'tablir sur ce qui doit tomber demain4 ,au contraire1 ils sont heureux de sentir sous eux le sol immuable des rochers bretons4 ,apprenons d'eux n'en pas croire l'apparence1 mais la vrit4 ,les rivages enchanteurs de la ,flore la plus sduisante sont ceux que fuit la vie marine2 ils sont riches1 mais en fossiles2 curieux pour le gologue1 ils l'instruisent par les os des morts4 ,l'pre granit au contraire voit sous lui la mer poissonneuse1 sur lui une autre vie encore1 le peuple intressant1 modeste1 des mollusques travailleurs1 pauvres petits ouvriers dont la vie laborieuse fait le charme srieux1 la moralit de la mer4 ,profond silence pourtant4 ,ce peuple infini est muet1 il ne me dit rien4 ,sa vie est de lui lui1 sans rapport moi1 et pour moi elle vaut la mort4 ,solitude6 7dit un coeur de femme7 grande et triste solitude6444 ,je ne suis pas rassure444 ,a tort4 ,tout est ami ici4 ,ces petits tres ne parlent pas au monde1 mais ils travaillent pour lui4 ,ils se remettent du discours leur sublime pre1 l',ocan1 qui parle leur place4 ,ils s'expliquent par sa grande voix4 ,entre la terre silencieuse et les tribus muettes de la mer1 il fait aussi le dialogue1 grand1 fort et grave1 sympathique1--l'harmonique concordance du grand ,moi avec lui-mme1 ce beau dbat qui n'est qu',amour4 ,,iv ,,cercle ,,des ,,eaux1 ,,cercle ,,de ,,feux4--,,fleuves ,,de ,,la ,,mer ,la terre a jet peine un regard sur elle-mme qu'elle s'est compare1 prfre au ciel4 ,la gologie1 toute jeune1 contre son ane l'astronomie1 reine orgueilleuse des sciences1 a pouss un cri de ,titan4 ,nos montagnes1 a-t-elle dit1 ne sont pas jetes au hasard1 comme les toiles dans le ciel2 elles forment des systmes o l'on trouve les lments d'une ordonnance gnrale dont les constellations clestes ne prsentent aucune trace4 ,ce mot hardi1 passionn1 a chapp un homme aussi modeste qu'illustre1 ,m4 lie de ,beaumont4 ,sans doute1 on n'a pas dml encore l'ordre 7probablement trs-grand7 qui rgne dans le ple-mle apparent de la ,voie lacte2 mais l'ordonnance plus visible de la superficie du globe1 rsultant des rvolutions insondables de son intrieur1 garde cependant1 gardera pour la plus ingnieuse science des ombres et des mystres4 ,les formes de la grande montagne merge des eaux qu'on appelle proprement la terre1 offrent plusieurs dispositions assez symtriques sans pouvoir tre ramenes encore ce qui semblerait un systme total4 ,ces parties sches et leves apparaissent plus ou moins1 selon ce que l'eau en dcouvre4 ,c'est la mer1 comme limite1 qui trace1 en ralit1 la forme des continents4 ,c'est par la mer qu'il convient de commencer toute gographie4 ,ajoutez une grande chose1 rvle depuis peu d'annes4 ,tandis que la terre nous offre tels traits qui semblent discordants 7exemple1 le ,nouveau monde tendu du nord au sud et l',ancien d'est en ouest71 la mer au contraire prsente une trs-grande harmonie1 une correspondance exacte entre les deux hmisphres4 ,c'est dans la partie fluide1 qu'on croyait si capricieuse1 qu'existe la rgularit4 ,ce que ce globe a de plus ordonn1 de plus symtrique1 c'est ce qui parat le plus libre1 le jeu de la circulation4 ,l'ossature et les vertbres du grand animal ont leurs singularits dont nous ne pouvons encore bien1 nous rendre compte4 ,mais son mouvement vital qui fait les courants de la mer1 qui de l'eau sale fait l'eau douce1 bientt convertie en vapeur pour retourner l'eau sale1 cet admirable mcanisme est aussi parfait que celui de la circulation sanguine dans les animaux les plus levs4 ,rien qui ressemble davantage la transformation constante de notre sang veineux et artriel4 99 99 99 ,la face du globe parat bien autrement comprhensible1 si l'on en classe les rgions1 non par chanes de montagnes1 mais par bassins maritimes4 ,l',espagne du ,sud ressemble au ,maroc plus qu' la ,navarre1 la ,provence l',algrie plus qu'au ,dauphin2 la ,sngambie aux rgions de l',amazone plus qu' la mer ,rouge1 et l',amazone a plus d'analogie avec les rgions humides de l',afrique qu'avec ses voisins qui lui sont adosss1 le ,chili et le ,prou1 etc4 ,la symtrie de l',atlantique est encore bien plus1 frappante dans les courants en dessous1 dans les vents et brises en dessus4 ,leur action aide puissamment crer ces analogies et former ce qu'on peut dire3 la fraternit des rivages4 ,le principe d'unit gographique1 l'lment classificateur sera de plus en plus cherch dans le bassin maritime1 o les eaux1 les vents messagers fidles crent la relation1 l'assimilation des bords opposs4 ,on demandera moins cette ide d'unit gographique aux montagnes1 dont les deux versants1 souvent en contradiction1 vous offrent sous mme latitude des flores et des populations absolument opposes1 ici l'invariable t1 deux pas l'ternel hiver selon les expositions4 ,la montagne donne rarement l'unit de la contre1 plus souvent sa dualit1 son divorce et ses discordances4 ,cette vue de gnie appartient ,bory de ,saint-,vincent4 ,les dcouvertes rcentes de ,maury et les lois qu'il a poses la confirment de mille manires4 99 99 99 ,dans l'immense valle de la mer1 sous la double montagne des deux continents1 il n'y a1 proprement parler1 que deux bassins3 #a ,le bassin de l',atlantique2 #b ,le grand bassin de la mer ,indienne et ,pacifique4 ,on ne peut appeler bassin la ceinture indtermine de l'norme ocan ,austral1 qui n'a ni borne1 ni rivage1 qui vers le nord seulement vient envelopper la mer de l',inde1 la ,mer de ,corail et le ,pacifique4 ,l'ocan ,austral1 lui seul1 est plus grand que toutes les mers4 ,il couvre presque la moiti de la surface du globe4 ,selon toute apparence1 l'tendue rpond la profondeur4 ,tandis que les sondages rcents de l',atlantique indiquent #aj ou #ab1jjj pieds1 dans l'ocan ,austral1 ,ross et ,denham ont trouv #ad1jjj1 #bg1jjj1 et jusqu' #df1jjj pieds4 ,ajoutez-y la masse des glaces antarctiques1 infiniment plus vastes que nos glaces borales4 ,on n'est pas loin du vrai1 si l'on simplifie en disant3 ,l'hmisphre ,austral est le monde des eaux1 et le ,boral celui de la terre4 99 99 99 ,celui qui part d',europe et veut traverser l',atlantique1 tant sorti heureusement de nos ports1 trop souvent ferms par le vent d',ouest1 aprs avoir franchi la zone variable de nos changeantes mers1 entre bientt dans le beau temps1 la srnit ternelle que les vents de ,n4-,e41 les doux vents alizs mettent sur la mer et dans le ciel4 ,tout sourit2 nulle inquitude4 ,mais en avanant vers la ,ligne2 la brise vivifiante cesse1 l'air devient touffant4 ,on entre dans la zone des calmes qui dominent sous l'quateur1 et sparent immuablement les ,alizs de notre hmisphre boral et les ,alizs de l'hmisphre ,sud4 ,de lourds nuages psent2 de grandes pluies fondent chaque instant4 ,on s'attriste1 on se plaint1 mais sans ce rideau sombre1 de quelles flches de feu le soleil frapperait les ttes branles sur le miroir de l',atlantique6 ,sans les dluges qui assaillent l'autre face du globe1 la mer ,indienne et la ,mer de corail1 quelle serait leur fermentation aux cratres de leurs vieux volcans6 ,cette masse noire de nuages1 jadis la terreur1 la barrire de la navigation1 cette nuit subite tendue sur les eaux1 c'est prcisment le salut1 la facilit protectrice qui nous adoucit le passage1 et nous fait bientt retrouver au sud le beau soleil et le ciel pur1 la douceur des vents rguliers4 ,tout naturellement la chaleur de la ,ligne lve l'eau en vapeurs1 et forme cette bande sombre4 ,l'observateur qui1 d'une autre plante1 regarderait la ntre1 verrait planer sur elle un anneau de nuages1 peu prs comme on voit l'anneau de ,saturne4 ,s'il en cherchait l'usage1 on pourrait lui rpondre3 ,c'est le rgulateur qui1 absorbant et rendant tour tour1 quilibre l'vaporation1 la prcipitation des eaux1 distribue les pluies1 les roses1 modifie la chaleur de chaque contre1 change les vapeurs des deux mondes1 emprunte au monde ,austral de quoi faire les rivires1 les fleuves de notre monde ,boral4 ,solidarit merveilleuse4 ,l',amrique du sud1 dans ses grandes forts1 de leur respiration1 condense en nuages1 abreuve fraternellement les fleurs et les fruits de l',europe4 ,l'air qui nous renouvelle1 c'est le tribut que cent les d',asie1 que la puissante flore de ,java ou de ,ceylan exhala1 confia au grand messager des nuages qui roule avec la terre et lui verse la vie4 99 99 99 ,posez-vous 7j'entends en esprit7 sur une des les volcaniques que la mer ,pacifique offre en si grand nombre et regardez au sud4 ,derrire la ,nouvelle-,hollande1 vous verrez l'ocan ,austral assiger d'un flot circulaire les deux pointes extrmes de l'ancien et du nouveau continent4 ,point de terre au monde ,antarctique1 ou de petites les1 ou de prtendues terres polaires que les dcouvreurs ne marquent que pour les voir disparatre1 et qui peut-tre ne sont que des glaces4 ,des eaux sans fin1 toujours des eaux4 ,du mme observatoire o je vous place1 en contraste avec le cercle des eaux ,antarctiques1 vous pouvez voir vers l'est1 vers l'hmisphre ,arctique1 ce que ,ritter nomme le cercle de feu4 ,pour parler plus exactement1 c'est un anneau dtendu1 une chane lche que forment les volcans1 d'abord aux ,cordillres1 puis sur les hauteurs de l',asie2 enfin dans ces groupes innombrables d'les basaltiques dont fourmille l'ocan ,oriental4 ,les premiers volcans1 ceux de l',amrique1 offrent sur mille lieues de long une succession de soixante phares gigantesques dont les ruptions constantes dominent la cte abrupte et les eaux lointaines4 ,les autres1 de la ,nouvelle-,zlande jusqu'au nord des ,philippines1 en ont quatre-vingts qui brlent1 d'innombrables qui sont teints4 ,si l'on pousse vers le nord 7du ,japon au ,kamtchatka71 cinquante cratres qui flamboient1 illuminent de leurs lueurs jusqu'aux les ,aloutiennes1 et les sombres mers arctiques 7,lopold de ,buch1 ,ritter1 ,humboldt74 ,au total1 trois cents volcans actifs dominent circulairement le monde oriental4 ,sur l'autre face du globe1 notre ocan ,atlantique offrait un aspect analogue avant les rvolutions qui teignirent la plupart des volcans d',europe1 et d'autre part anantirent le continent de l',atlantide4 ,humboldt croit que cette grande ruine1 si fortement atteste par la tradition1 n'a t que trop relle4 ,j'ose ajouter que l'existence de ce continent fut logique dans la symtrie gnrale du monde1 pour que cette face du globe ft harmonique l'autre4 ,l s'levaient avec le volcan de ,tnriffe qui en est rest1 avec nos volcans teints d',auvergne1 du ,rhin1 d',hereford1 etc41 ceux qui durent miner l',atlantide4 ,tous ensemble ils constituaient le vis--vis des volcans des ,antilles et autres cratres amricains4 99 99 99 ,de ces volcans enflamms ou teints1 de l',inde et des ,antilles1 de la mer de ,cuba1 de la mer de ,java1 partent deux normes fleuves d'eau chaude1 qui s'en vont rchauffer le nord1 et qu'on pourrait appeler les deux aortes du globe4 ,ils sont munis1 ou de ct ou en dessous1 de leurs contre-courants qui1 venant du nord1 amnent l'eau froide1 compensent l'effusion d'eau chaude et font l'quilibre4 ,aux deux courants chauds1 trs-sals1 les courants froids administrent une masse d'eau plus douce1 qui retourne l'quateur1 au grand foyer lectrique qui doit la chauffer1 la saler4 ,ces fleuves d'eau chaude1 d'abord troits1 de quelque vingt lieues de large1 gardant longtemps leur vigueur et leur puissante identit1 peu peu cependant se coupent1 s'attidissent1 mais s'tendent et prennent une largeur de mille lieues4 ,maury estime que celui qui part des ,antilles et qui pousse au nord vers nous dplace et modifie le quart des eaux de l',atlantique4 ,ces grands traits de la vie des mers1 observs rcemment1 taient pourtant visibles autant que les continents mmes4 ,notre grosse artre ,atlantique1 sa soeur1 l'artre ,indienne1 s'annoncent assez par leur couleur4 ,des deux cts galement1 c'est un grand torrent bleu qui court sur les eaux vertes1 trs-bleu1 d'un indigo si sombre1 que les ,japonais appellent le leur3 le fleuve noir4 ,on voit trs-bien sourdre le ntre1 entre ,cuba et la ,floride2 il sort brlant de sa chaudire1 le golfe du ,mexique4 ,il court1 chaud1 sal1 trs-distinct entre ses deux murs verts4 ,l',ocan a beau faire2 il le serre1 il le comprime1 mais il ne peut le pntrer4 ,je ne sais quelle densit intrinsque1 quelle attraction molculaire tient ces eaux bleues lies ensemble1 si bien que1 plutt que d'admettre l'eau verte1 elles s'accumulent1 forment un dos1 une vote1 qui a sa pente droite et gauche2 tout objet qu'on y jette en drive et en glisse1 tant plus haut que l',ocan4 ,rapide et fort1 il court d'abord au nord1 en suivant les tats-,unis2 mais quand il arrive la pointe du grand banc de ,terre-,neuve1 son bras droit pousse l',est1 son bras gauche se subordonne1 comme courant sous-marin1 s'en va consoler le ple1 y crer la mer tide 7je veux dire non glace7 qu'on vient de dcouvrir4 ,quant au bras droit1 pandu dans une largeur immense1 lorsque affaibli1 fatigu1 il arrive enfin en ,europe1 il trouve l',irlande et l',angleterre qui divisent encore ses eaux divises ,terre-,neuve4 ,dfaillant1 perdu dans la mer1 il tidit pourtant un peu la ,norvge1 et trouve moyen encore d'apporter aux ctes d',islande des bois amricains1 sans lesquels cette pauvre le1 neigeuse sous son volcan1 mourrait4 99 99 99 ,ces deux frres1 l',indien1 l',amricain1 ont ceci de commun que1 partis de la ,ligne1 du foyer lectrique du globe1 ils emportent des puissances prodigieuses de cration1 d'agitation4 ,d'une part1 ils semblent la matrice profonde d'un monde d'tres vivants1 leur tide et doux berceau4 ,d'autre part1 ils sont le centre et le vhicule des temptes2 les vents1 les trombes voyagent la surface4 ,tant de douceur1 tant de fureur1 n'est-ce pas une contradiction8 ,non1 ceci prouve seulement que la fureur ne trouble que le dehors1 les couches extrieures1 peu profondes4 ,dans l'paisseur1 on n'en sait rien4 ,les plus faibles des cratures1 les atomes coquille1 les mduses microscopiques1 tres fluides qu'un rien dissout1 profitant du mme courant1 naviguent en pleine paix sous l'orage4 ,peu arrivent jusqu' nous2 ils vont jusqu' ,terre-,neuve1 o le froid courant du ple les atteint1 les saisit1 les tue4 ,terre-,neuve n'est autre chose que le grand ossuaire de ces voyageurs frapps par le froid4 ,les plus lgers1 quoique morts1 restent en suspension1 mais finissent par pleuvoir1 comme neige1 au fond de l',ocan4 ,ils y dposent ces bancs de coquilles microscopiques qui1 de l',irlande l',amrique1 occupent ce fond4 ,maury appelle les deux fleuves d'eau chaude1 l',indien1 l',amricain1 les deux voies lactes de la mer4 99 99 99 ,semblables de chaleur1 de couleur1 de direction1 dcrivant prcisment la mme courbe1 ils n'ont pas mme destine4 ,l',amricain tout d'abord entre dans une rude mer1 ouverte au nord1 l',atlantique1 qui lche et envoie contre lui l'arme flottante des glaces du ple4 ,il y dpense sa chaleur4 ,au contraire1 le courant indien1 circulant d'abord par les les1 arrive dans une mer ferme et mieux garde du ,nord4 ,il se maintient longtemps le mme1 chaud1 lectrique et crateur1 et trace sur le globe une norme trane de vie4 ,son centre est l'apoge de l'nergie terrestre en trsors vgtaux1 en monstres1 en pices1 en poisons4 ,des courants secondaires qui s'en chappent et vont au sud1 rsulte encore un autre monde1 celui de la mer de ,corail4 ,l1 sur un espace1 dit ,maury1 grand comme les quatre continents1 les polypes consciencieusement btissent les milliers d'les1 les bancs et les rcifs qui coupent peu peu cette mer2 cueils aujourd'hui dangereux et maudits du navigateur1 mais qui montent1 se lient la longue1 feront un continent1 et qui sait8 dans un cataclysme1 le refuge de l'espce humaine4 ,v ,,le ,,pouls ,,de ,,la ,,mer ,notre terre n'est point solitaire1 comme l'observe ,jean ,reynaud1 dans le bel article de l',encyclopdie4 ,la courbe infiniment complique qu'elle dcrit exprime les forces1 les influences diverses qui agissent sur elle1 tmoigne de ses rapports et de ses communications avec le grand peuple des cieux4 ,ses relations hirarchiques sont particulirement visibles avec son chef le soleil1 et la lune1 qui1 pour tre sa servante1 n'en a que plus de puissance sur elle4 ,de mme que les fleurs de la terre se tournent vers le soleil1 la terre elle-mme qui les porte le regarde1 aspire vers lui4 ,en ce qu'elle a de plus mobile1 sa masse fluide1 elle se soulve et fait signe qu'elle ressent son attraction4 ,elle dborde d'elle-mme1 elle monte 7selon qu'elle peut71 et1 vers les astres amis1 deux fois par jour gonfle son sein1 leur adresse au moins un soupir4 99 99 99 ,ne sent-elle pas l'attraction d'autres globes encore8 ses mares ne sont-elles gouvernes que par la lune et le soleil8 ,tout le monde savant le disait1 tout le monde marin le croyait4 ,on s'en tenait aux rsultats trs-incomplets de la ,place4 ,de l des erreurs terribles qui se rsolvaient en naufrages4 ,aux dangereux bas-fonds de ,saint-,malo1 on se trompait de dix-huit pieds4 ,c'est en #ahci que ,chazallon1 qui avait failli prir par suite de ces erreurs1 commena dcouvrir et calculer les ondulations secondaires1 mais trs-considrables1 qui modifient la mare gnrale sous des influences diverses4 ,des astres moins dominants que le soleil et la lune ont sans doute aussi leur part d'action sur ce balancement des eaux de la terre4 ,sous quelle loi8 ,chazallon le dit3 ,l'ondulation de la mare dans un port suit la loi des cordes vibrantes4 ,mot grave et de grande porte qui nous mne comprendre que les rapports des astres entre eux sont les rapports mathmatiques de la musique cleste1 comme l'avait dit l'antiquit4 ,la terre1 par sa grande mare et par les mares partielles1 parle aux plantes ses soeurs4 ,rpondent-elles8 ,on doit le penser4 ,de leurs lments fluides1 elles doivent aussi se soulever1 sensibles l'lan de la terre4 ,l'attraction mutuelle1 la tendance de chaque astre sortir de son gosme1 doit crer travers les cieux de sublimes dialogues4 ,malheureusement1 l'oreille humaine en entend la moindre partie4 99 99 99 ,autre point considrer4 ,ce n'est point au moment du passage de l'astre influent que la mer lui cde4 ,elle n'a pas l'empressement d'une obissance servile4 ,il lui faut du temps pour sentir et suivre l'branlement4 ,il faut qu'elle appelle elle les eaux paresseuses1 qu'elle vainque leur force d'inertie1 qu'elle attire1 entrane les plus loignes4 ,la rotation de la terre1 si terriblement rapide1 dplace incessamment les points soumis l'attraction4 ,ajoutez que l'arme des flots1 dans son mouvement d'ensemble1 a toutes les contrarits des obstacles naturels1 les1 caps1 dtroits1 directions si varies des rivages1 les obstacles non moins rsistants des vents1 des courants1 les rivalits des fleuves de la terre1 qui1 tombs des monts1 emports par leurs pentes rapides1 selon les fontes de neige et cent accidents imprvus1 viennent se jeter au travers et changer le mouvement rgulier en luttes terribles4 ,l',ocan ne cde pas4 ,le dploiement de forces que font les grandes rivires n'est pas pour l'intimider4 ,les eaux qu'on pousse sur lui1 il les rembarre1 les ramasse1 les roule en montagne1 jusqu' ,rouen1 jusqu' ,bordeaux1 dans une si grande violence1 qu'on dirait qu'il va leur faire remonter les montagnes mmes4 ,des obstacles si divers crent aux mares d'apparentes irrgularits qui frappent1 embarrassent l'esprit4 ,rien ne surprend plus que leurs heures contradictoires entre des ports trs-voisins4 ,une mare du ,havre1 par exemple1 en vaut deux de ,dieppe 7,chazallon1 ,baude1 etc474 ,c'est une gloire du gnie humain d'avoir soumis au calcul des phnomnes si complexes4 99 99 99 ,mais sous ce mouvement extrieur la mer en a d'autres au dedans1 ceux des courants qui la traversent telle ou telle profondeur4 ,superposs des tages diffrents1 ou coulant latralement en sens opposs1 courants chauds1 contre-courants froids1 ils excutent entre eux la circulation de la mer1 l'change des eaux douces et sales1 la pulsation alternative qui en est le rsultat4 ,le chaud bat de la ligne au ple1 le froid du ple l'quateur4 ,est-ce dire que ces courants1 assez distincts et peu mls1 puissent se comparer strictement1 comme on l'a fait quelquefois1 aux vaisseaux1 veines et artres1 des animaux suprieurs8 ,non pas sans doute la rigueur4 ,mais ils ont quelque ressemblance avec la circulation moins dtermine que les naturalistes ont trouve rcemment chez quelques tres infrieurs1 mollusques1 annlides4 ,cette circulation lacunaire supple1 prpare la vasculaire2 le sang s'panche en courants avant de se faire des canaux prcis4 ,telle est la mer4 ,elle semble un grand animal arrt ce premier degr d'organisation4 99 99 99 ,qui a rvl les courants1 ces fluctuations rgulires de l'abme o nous ne descendons jamais8 qui nous a enseign la gographie des eaux tnbreuses8 ,ceux qui y vivent ou qui y flottent1 des animaux1 des vgtaux4 ,nous verrons comment la baleine1 comment les atomes coquilles 7foraminifres71 comment les bois amricains1 transports jusqu'en ,islande1 ont concouru rvler le fleuve d'eaux chaudes qui va des ,antilles l',europe1 et le contre-courant froid qui vient le joindre ,terre-,neuve1 et passe ct ou dessous1 rsolvant ses glaces en vastes brouillards4 ,une nue rouge d'animalcules1 transporte par une tempte de l',ornoque la ,france1 a expliqu le grand courant arien du ,sud-,ouest qui rafrachit notre ,europe avec les pluies des ,cordillres4 ,sans l'change constant des eaux qui se fait par les courants dans les profondeurs de la mer1 elle se comblerait par place de sels et de dtritus4 ,il en serait comme de la mer ,morte1 qui1 n'ayant ni coulement ni mouvement1 voit ses bords chargs de sel1 ses plantes incrustes de cristaux4 passer seulement sur elle1 les vents se font brlants1 arides1 portent la famine et la mort4 99 99 99 ,tant d'observations disperses sur les courants de l'air1 de l'eau1 les saisons1 les vents1 les temptes1 restaient dans la tradition1 dans la mmoire des pcheurs1 des marins1 se perdaient souvent1 mouraient avec eux4 ,le guide de la navigation1 la mtorologie1 non centralise1 semblait vaine1 et on en vint la nier4 ,l'illustre ,m4 ,biot lui demandait un compte svre du peu qu'elle avait fait encore4 ,cependant1 sur les deux rivages1 europen1 amricain1 des hommes persvrants fondaient cette science nie sur la base de l'observation4 ,le dernier et le plus clbre1 ,maury1 l',amricain1 courageusement entreprit ce qui et fait reculer toute une administration1 le dpouillement et la mise en ordre de je ne sais combien de livres de bord1 de ces informes documents1 souvent tronqus1 que rapportent les capitaines4 ,ces extraits1 rdigs en tables o ressortent les faits concordants1 ont donn1 en rsultat1 des rgles1 des gnralits4 ,un congrs des marins du globe1 runi ,bruxelles1 a dcid que les observations1 dsormais crites avec soin1 seraient centralises dans un mme dpt1 l',observatoire de ,washington4 ,noble hommage de l',europe la jeune ,amrique1 au patient et ingnieux ,maury1 le savant pote de la mer1 qui en a rsum les lois1 et qui a fait plus encore2 car par la force du coeur et par l'amour de la nature1 autant que par le positif de ses rsultats1 il a enlev le monde4 ,ses cartes et son premier ouvrage1 tir cent cinquante mille1 sont libralement donns aux marins de toute nation par la rpublique des tats-,unis4 ,nombre d'hommes minents1 en ,france et en ,hollande1 ,jansen1 ,tricaut1 ,julien1 ,margoll1 ,zurcher et autres1 se sont faits les interprtes1 les loquents missionnaires de cet aptre de la mer4 ,pourquoi l',amrique1 en cela1 a-t-elle fait plus que nous8 ,l',amrique c'est le dsir4 ,elle est jeune1 et elle brle d'tre en rapport avec le globe4 ,sur son superbe continent1 et au milieu de tant d'tats1 elle se croit pourtant solitaire4 ,si loin de sa mre l',europe1 elle regarde vers ce centre de la civilisation1 comme la terre vers le soleil1 et tout ce qui la rapproche du grand luminaire la fait palpiter4 ,qu'on en juge par l'ivresse1 par les ftes si touchantes auxquelles donna lieu l-bas le tlgraphe sous-marin qui mariait les deux rivages1 promettait le dialogue et la rplique par minutes1 de sorte que les deux mondes n'auraient plus qu'une pense6 99 99 99 ,maury nous a dmontr avec un gnie vritable l'harmonie de l'air et de l'eau4 ,tel l',ocan maritime1 tel l',ocan arien4 ,ses mouvements alternatifs1 l'change de ses lments1 sont tout fait analogues4 ,il distribue la chaleur sur le monde1 et fait la scheresse ou l'humidit4 ,celle-ci1 il la prend sur les mers1 sur l'infini de l'ocan ,central1 aux tropiques surtout1 aux grands bouilleurs de la chaudire universelle4 ,il se fait sec1 au contraire1 en passant sur les dserts brls1 les grands continents1 les glaciers 7vrais ples intermdiaires du globe7 qui lui pompent jusqu' sa dernire goutte4 ,l'chauffement de l'quateur et le refroidissement du ple1 alternant la densit et la lgret des vapeurs1 les font voyager en courants et contre-courants horizontaux qui s'changent4 ,sous la ligne1 la chaleur qui allge les vapeurs et les fait monter cre des courants de bas en haut4 ,avant de se distribuer1 elles planent en ce rservoir sombre qui 7nous l'avons dit7 fait autour du globe comme un anneau de nuages4 ,voil donc des pulsations et maritimes et ariennes1 autres que le pouls de la mare4 ,celui-ci tait extrieur1 imprim par d'autres astres au ntre4 ,mais ce pouls des courants divers est intrinsque la terre1 il est sa vie elle-mme4 99 99 99 ,dans le livre de ,maury1 le coup de gnie1 selon moi1 est d'avoir dit3 ,l'agent le plus apparent de la circulation maritime1 la chaleur1 n'y suffirait pas4 ,il en est un autre1 non moins important1 et plus encore1 c'est le sel4 ,le sel est si abondant dans la mer1 que1 si on le runissait sur l',amrique1 il la couvrirait d'une montagne de #d1ejj pieds d'paisseur4 ,la salure de la mer1 sans varier beaucoup1 augmente ou diminue pourtant selon les localits1 les courants1 le voisinage de l'quateur ou des ples4 ,dessale ou ressale1 la mer est par cela mme lourde1 ou lgre1 plus ou moins mobile4 ,ce mlange continuel1 avec ses variations1 fait courir l'eau plus ou moins vite1 c'est--dire produit des courants1--et des courants horizontaux1 au sein de la mer1--et des courants verticaux de la mer des eaux celle de l'air4 99 99 99 ,un ,franais1 ,m4 ,lartigue1 a ingnieusement relev plusieurs des lacunes et des inexactitudes que prsente la gographie de ,maury4 7,annales marit47 ,mais l'auteur amricain1 le prvenant en cela1 ne cache nullement ce qu'il pense de l'incomplet de sa science4 ,sur quelques points il dclare ne donner que des hypothses4 ,parfois il est manifestement incertain1 rveur1 inquiet4 ,son livre1 honnte et loyal1 laisse surprendre aisment le combat intrieur que s'y livrent deux esprits3 le littralisme biblique1 qui fait de la mer une chose1 cre de ,dieu en une fois1 une machine tournant sous sa main1--et le sentiment moderne1 la sympathie de la nature1 pour qui la mer est anime1 est une force de vie et presque une personne1 o l'me aimante du monde continue de crer toujours4 ,il est curieux de voir1 dans ce livre1 l'auteur approcher peu peu du dernier point de vue par une invincible pente4 ,tout ce qu'il peut1 il l'explique d'abord mcaniquement1 physiquement 7par la pesanteur1 la chaleur1 la densit1 etc474 ,mais cela ne suffit pas4 ,il ajoute1 en certains cas1 telle attraction molculaire1 telle action magntique4 ,cela ne suffit pas encore4 ,alors franchement il a recours aux lois physiologiques qui rgissent la vie4 ,il donne la mer un pouls1 des artres1 un coeur mme4 ,sont-ce de simples formes de style1 des comparaisons8 ,point du tout4 ,il a 7et c'est son gnie71 il a en lui un sentiment imprieux1 invincible1 de la personnalit de la mer4 ,voil le secret de sa puissance1 voil ce qui a ravi4 ,avant lui1 c'tait une chose pour tant de marins qui tranaient sur ses eaux4 ,par lui1 c'est une personne2 ils y sentent tous une violente et redoutable matresse qu'on adore1 qu'on veut dompter4 ,il aime1 il aime la mer4 ,mais1 d'autre part1 chaque instant1 il se contient et s'arrte1 craignant de dpasser le cadre o il voudrait s'enfermer4 ,comme ,swammerdam1 ,bonnet1 et tant de savants illustres d'me religieuse1 il craint qu'en expliquant trop l ,nature par elle-mme1 on ne fasse tort ,dieu4 ,timidit peu raisonnable4 ,plus on montre partout la vie1 plus on fait sentir la grande me1 adorable unit des tres par qui ils s'engendrent et se crent4 ,o donc serait le pril si l'on trouvait que la mer1 dans son aspiration constante l'existence organise1 est la forme la plus nergique de l'ternel ,dsir qui jadis voqua ce globe et toujours enfante en lui8 ,cette mer sale comme du sang1 qui a sa circulation1 qui a un pouls et un coeur 7,maury nomme ainsi l'quateur71 o elle change ses deux sangs1 un tre qui a tout cela est-il sr qu'il soit une chose1 un lment inorganique8 ,voil une grande horloge1 une grande machine vapeur qui imite s'y mprendre le mouvement des forces vitales4 ,est-ce un jeu de la nature8 ou bien ne faut-il pas croire qu'il y a dans ces masses un mlange d'animalit8 ,un fait norme1 qu'il pose1 mais secondairement1 de profil1 c'est que l'infini vivant de la mer1 les milliards de milliards d'tres qu'elle fait et dfait sans cesse1 absorbent le lait de vie1 l'cume mle ses eaux1 leur tent leurs sels divers1 dont ils se font1 eux et leurs coquilles1 etc41 etc4 ,par l1 ils rendent cette eau dessale1 donc plus lgre1 partant mobile et courante4 ,aux laboratoires puissants d'organisation animale1 comme celui de la mer des ,indes1 celui de la mer de ,corail1 cette force1 ailleurs moins remarque1 apparat ce qu'elle est1 immense4 ,chacun de ces imperceptibles1 dit ,maury1 change l'quilibre de l',ocan2 ils l'harmonisent1 et sont ses compensateurs4--,est-ce assez dire8 ne seraient-ils pas ses moteurs essentiels1 qui ont cr ses grands courants1 mis la machine en mouvement8 ,qui sait si ce circulus vital de l'animalit marine n'est pas le point de dpart de tout le circulus physique1 si la mer animalise ne donne pas le branle ternel la mer animalisable1 non organise encore1 mais ne demandant qu' l'tre et fermentant de vie prochaine8 ,,vi ,,les ,,temp,,tes ,il se fait de temps en temps des commotions dans la mer qui semblent avoir pour but d'assurer les poques de ses travaux4 ,ces phnomnes peuvent tre considrs comme les spasmes de la mer4 7,maury47 ,il entend par l spcialement les brusques mouvements qui paraissent venir du dessous1 et qui1 dans les mers d',asie1 quivalent de vritables temptes4 ,les causes qu'il leur assigne sont diverses3 #a la rencontre violente de deux mares1 de deux courants2 #b la surabondance subite des eaux de pluie la surface2 #c la rupture et la fonte rapide des glaces1 etc4 ,d'autres ajoutent l'hypothse des mouvements lectriques1 des soulvements volcaniques1 qui peuvent se faire au fond4 ,il est pourtant vraisemblable que le fond et la grande masse des eaux sont assez paisibles4 ,autrement1 la mer serait impropre remplir sa grande fonction de mre et nourrice des tres4 ,maury l'appelle quelque part une grande nourricerie4 ,un monde d'tres dlicats1 plus fragiles que ceux de la terre1 sont bercs1 allaits de ses eaux4 ,cela donne de son intrieur une ide trs-douce1 et porte croire que ces agitations si violentes ne sont pas communes4 99 99 99 ,de sa nature1 elle est gnralement rgulire1 soumise de grands mouvements uniformes1 priodiques4 ,les temptes sont des violences passagres que lui font les vents1 les forces lectriques ou certaines crises violentes d'vaporation4 ,ce sont des accidents qui se passent la surface1 et qui ne rvlent nullement la vraie1 la mystrieuse personnalit de la mer4 ,juger d'un temprament humain sur quelques accs de fivre1 ce serait chose insense4 ,combien plus de juger la mer sur ces mouvements momentans1 extrieurs1 qui paraissent n'affecter que des couches de quelques centaines de pieds8 ,partout o la mer est profonde1 sa1 vie continue quilibre1 parfaitement balance1 calme et fconde1 toute ses enfantements4 ,elle ne s'aperoit pas de ces petits accidents qui ne se passent qu'en haut4 ,les grandes lgions de ses enfants qui vivent 7quoi qu'on ait dit7 au fond de sa paisible nuit et ne remontent tout au plus qu'une fois par an vers la lumire et les temptes doivent aimer leur grande nourrice comme l'harmonie elle-mme4 99 99 99 ,quoi qu'il en soit1 ces accidents intressent trop la vie de l'homme pour qu'il ne mette pas tous ses soins les observer4 ,cela ne lui est pas facile4 ,il y garde peu son sang-froid4 ,les descriptions les plus srieuses donnent des traits vagues et gnraux1 fort peu ce qui fait pour chaque tempte son originalit1 ce qui l'individualise comme rsultante imprvue de mille circonstances obscures1 impossibles dmler4 ,l'observateur en sret qui regarde du rivage voit mieux sans doute1 n'tant pas occup de son pril4 ,mais peut-il juger de l'ensemble autant que celui qui est au centre du tourbillon et qui jouit de tous ctes du terrible panorama8 ,nous devons aux navigateurs1 nous autres hommes de terre1 ce respect de tenir grand compte des faits qu'ils attestent1 de ce qu'ils ont vu et souffert4 ,je trouve de trs-mauvais got la lgret sceptique que des savants de cabinet ont montre relativement ce que les marins nous disent1 par exemple de la hauteur des vagues4 ,ils plaisantent les navigateurs qui la portent cent pieds4 ,des ingnieurs ont cru pouvoir prendre mesure la tempte1 et calculer prcisment que l'eau ne monte gure plus de vingt pieds4 ,un excellent observateur nous assure tout au contraire avoir vu fort nettement1 du rivage1 en scurit1 des entassements de vagues plus levs que les tours de ,notre-,dame et plus que ,montmartre mme4 ,il est trop vident qu'on parle de choses diffrentes4 ,de l la contradiction4 ,s'il s'agit de ce qui fait comme le champ de la tempte1 son lit infrieur1 si l'on parle des longues ranges de vagues qui roulent en ligne et gardent dans leur fureur quelque rgularit1 le rapport des ingnieurs est exact4 ,avec leurs crtes arrondies et les valles alternatives qu'elles prsentent tour tour1 elles dferlent au plus dans une hauteur de vingt vingt-cinq pieds4 ,mais les vagues qui se contrarient et qui ne vont pas ensemble s'lvent bien d'autres hauteurs4 ,dans leur choc elles prennent des forces prodigieuses d'ascension1 se lancent1 et retombent d'un poids d'une incroyable lourdeur1 assommer1 enfoncer1 briser le vaisseau4 ,rien de lourd comme l'eau de mer4 ,ce sont ces jets de vagues en lutte1 ces retombes pouvantables dont les marins parlent1 phnomnes dont on ne peut nullement calculer la grandeur relle4 ,dans un jour1 non de tempte1 mais d'motion1 o l',ocan prludait par des gaiets sauvages1 j'tais tranquillement assis sur un beau promontoire d'environ quatre-vingts pieds4 ,je m'amusais le voir1 sur une ligne d'un quart de lieue1 faire l'assaut de mon rocher1 arrondir la verte crinire de sa longue vague1 la pousser comme la course4 ,elle frappait vaillamment1 faisait trembler le promontoire2 j'avais le tonnerre sous mes pieds4 ,mais cette rgularit se dmentit tout coup4 ,je ne sais quelle vague d'ouest vint par le travers1 frapper outrageusement ma grande vague rgulire qui me venait du midi4 ,dans le conflit1 tout coup le soleil me fut cach2 sur mon promontoire si haut1 ce fut1 non une vapeur irise d'cume lgre1 mais bien une grosse lame noire1 qui bondit1 tomba lourdement1 m'enveloppa1 me baigna2 j'en restai fortement mouill4 ,j'aurais voulu avoir l ,,mm4 les acadmiciens et ,,mm4 les ingnieurs qui mesurent si prcisment les combats de l',ocan4 99 99 99 ,il ne faut pas1 assis chez soi1 mettre en doute lgrement la vracit de tant d'hommes intrpides1 endurcis et rsigns1 qui voient trop souvent la mort pour avoir la vanit purile d'exagrer leurs dangers4 ,il ne faut pas non plus opposer les calmes rcits des navigateurs ordinaires1 qui suivent les grandes routes connues1 aux tableaux1 parfois mus1 des audacieux dcouvreurs qui les visitrent les premiers1 qui relevrent1 dcrivirent les rcifs1 les cueils1 attentifs voir de prs et tudier le pril1 autant que le vulgaire marin1 le roulier de la mer1 cherche l'viter4 ,les ,cook1 les ,perron1 les d',urville1 et autres chercheurs1 coururent de trs-rels dangers dans les eaux1 moins frquentes alors1 de la mer de ,corail1 de l',australie1 etc41 obligs d'affronter de prs des bancs qui changent sans cesse1 des courants contraris qui se croisent et qui produisent d'affreuses luttes intrieures aux passages troits4 ,sans tempte1 par le roulis seul1 le vent tant droit de l'arrire1 une lame qui vient de travers fait des secousses si dures1 que la cloche du vaisseau se met tinter d'elle-mme1 et1 si ces grands roulis duraient1 avec leurs mouvements faux1 il en serait dtraqu1 dmembr et dmoli4 ,aux ,aores du banc des ,aiguilles1 dit encore d',urville1 les lames atteignaient quatre-vingts1 cent pieds de hauteur4 ,jamais je ne vis une mer si monstrueuse4 ,ces vagues ne dferlaient sur nous heureusement que de leurs sommits2 autrement la corvette tait engloutie444 ,dans cet horrible combat1 elle resta immobile1 ne sachant qui entendre4 ,par moments1 les marins1 sur le pont1 taient submergs4 ,affreux chaos qui ne dura pas moins de quatre heures de nuit444 un sicle blanchir les cheveux6444--,telles sont les temptes australes1 si terribles1 que1 mme sur terre1 les naturels qui les pressentent en sont pouvants d'avance et se cachent dans leurs cavernes4 99 99 99 ,quelque exactes1 intressantes1 que soient ces descriptions1 je n'ai garde de les copier4 ,encore moins m'enhardirais-je imaginer1 arranger les choses que je n'aurais pas vues4 ,je ne dirai qu'un mot des temptes que j'ai observes4 ,j'y ai du moins saisi1 je crois1 les caractres diffrents qui distinguent l',ocan et la ,mditerrane4 ,pendant la moiti d'une anne passe deux lieues de ,gnes1 sur la plus jolie mer du monde1 la plus abrite1 ,nervi1 je n'eus qu'une petite tempte de caprice qui dura peu1 mais1 dans ce court moment1 ragea avec une furie singulire4 ,la voyant mal de ma fentre1 je sortis1 et1 par des ruelles tortueuses1 entre les hauts palazzi1 je me hasardai descendre1 non sur la plage 7il n'y en a point71 mais sur une corniche de noires roches volcaniques qui bordent le rivage1 troit sentier qui souvent n'a pas trois pieds de large1 et qui1 montant1 descendant1 souvent surplombant la mer1 la domine de trente pieds1 parfois de quarante ou soixante4 ,on ne dcouvrait pas bien loin4 ,des tourbillons continuels tiraient le rideau4 ,on voyait peu2 ce qu'on voyait tait born et affreux4 ,l'pret1 les angles cassants de cette cte de cailloux1 ses pointes et ses pics1 ses rentres subites et dures1 imposaient la tempte des sauts1 des bonds1 des efforts incroyables1 des tortures d'enfer4 ,elle grinait d'cume blanche1 et comme d'excrables sourires1 la frocit des laves qui1 sans piti1 la brisaient4 ,c'taient des bruits insenss1 absurdes2 jamais rien de suivi2 c'taient des tonnerres discordants1 de si aigres sifflements comme ceux des machines vapeur1 qu'on se bouchait les oreilles4 ,abasourdi d'un spectacle qui hbtait tous les sens1 j'essayai de me ravoir2 m'appuyant bien un mur qui rentrait et n'et pas permis la furieuse de me prendre1 je compris mieux ce tapage4 ,rude et courte tait la lame1 et le plus dur du combat tenait cette cte trange1 dcoupe si schement1 ces angles cruels qui pointaient dans la tempte1 dchiraient le flot4 ,la corniche par-dessous1 ici et l1 l'enfonait dans ses profondeurs tonnantes4 ,l'oeil aussi tait bless autant que l'oreille au contraste diabolique de cette neige blouissante fouettant dans ces laves si noires4 ,au total1 je le sentis1 la mer1 bien moins que la terre1 rendait la chose terrible4 ,c'est le contraire sur l',ocan4 ,,vii ,,la ,,temp,,te ,d',,octobre #ahei ,la tempte que j'ai le mieux vue1 c'est celle qui svit dans l',ouest1 le #bd et le #be octobre #ahei1 qui reprit plus furieuse et dans une horrible grandeur1 le vendredi #bh octobre1 dura le #bi1 le #cj et le #ca1 implacable1 infatigable1 six jours et six nuits1 sauf un court moment de repos4 ,toutes nos ctes occidentales furent semes de naufrages4 ,avant1 aprs1 de trs-graves perturbations baromtriques eurent lieu2 les fils tlgraphiques furent briss ou pervertis1 les communications rompues4 ,des annes chaudes avaient prcd4 ,on entra par cette tempte dans une srie fort diffrente de temps froids et pluvieux4 ,l'anne #ahfj elle-mme1 jusqu'au jour o j'cris ceci1 est livre la noyade obstine des vents d'ouest et de sud1 qui semblent vouloir nous jeter toutes les pluies de l',atlantique et du grand ,ocan austral4 99 99 99 ,j'observai cette tempte d'un lieu aimable et paisible1 dont le caractre trs-doux ne faisait rien attendre de tel4 ,c'est le petit port de ,saint-,georges1 prs ,royan1 l'entre de la ,gironde4 ,je venais d'y passer cinq mois en grande tranquillit1 me recueillant1 interrogeant mon coeur1 y cherchant de quoi rpondre au sujet que j'ai trait en #ahei1 sujet si dlicat1 si grave4 ,le lieu1 le livre1 se mlent agrablement dans mes souvenirs4 ,aurais-je pu l'crire ailleurs8 je ne sais4 ,ce qui est sr1 c'est que le parfum sauvage du pays1 sa douceur svre1 les senteurs d'amertume vivifiante dont ses bruyres sont charmes1 la flore des landes1 la flore des dunes1 ont fait beaucoup pour ce livre et s'y retrouveront toujours4 ,la population du lieu allait bien cette nature4 ,rien de vulgaire1 nulle grossiret4 ,les agriculteurs y sont graves1 de moeurs srieuses4 ,les marins sont des pilotes1 une petite tribu protestante1 chappe aux perscutions4 ,une honntet primitive 7la serrure n'est pas encore invente dans ce village74 ,point de bruit4 ,une modestie rare chez les hommes de mer1 la discrtion et le tact qu'on ne trouve pas toujours dans les classes les plus leves4 ,bien vu1 et bien voulu d'eux1 je n'en eus pas moins la solitude ncessaire au travail4 ,d'autant plus m'intressais-je ces hommes et leurs prils4 ,sans leur parler1 chaque jour je les suivais de mes voeux dans leur mtier hroque4 ,j'tais inquiet du temps1 et me demandais souvent1 en observant le dangereux passage1 si la mer1 longtemps belle et douce1 n'aurait pas de cruels retours4 ,ce lieu de danger n'est point triste4 ,chaque matin1 de ma fentre1 je voyais en face les voiles blanches1 lgrement roses de l'aurore1 d'une foule de vaisseaux de commerce qui attendent le vent pour sortir4 ,la ,gironde1 cet endroit1 n'a pas moins de trois lieues de large4 ,avec la solennit des grandes rivires d',amrique1 elle a la gaiet de ,bordeaux4 ,royan est un lieu de plaisir o l'on vient de tous ces pays de ,gascogne4 ,sa baie et celle de ,saint-,georges sont gratuitement rgales du spectacle des jeux foltres auxquels les marsouins se livrent dans la chasse aventureuse qu'ils viennent faire en pleine rivire et jusqu'au milieu des baigneurs4 ,ils bondissent et se jettent en l'air cinq ou six pieds de l'eau4 ,il semble qu'ils sachent merveille que personne1 en ce pays1 ne se livre la pche1 qu' ce lieu de grand combat o il s'agit chaque heure de diriger et sauver les vaisseaux1 on ne songe gure convoiter l'huile d'un marsouin4 cette gaiet des eaux joignez la belle et unique harmonie des deux rivages4 ,les riches vignes du ,mdoc regardent les moissons de la ,saintonge1 son agriculture varie4 ,le ciel n'a pas la beaut fixe1 quelquefois un peu monotone1 de la ,mditerrane4 ,celui-ci est trs-changeant4 ,des eaux de mer et des eaux douces s'lvent des nuages iriss qui projettent1 sur le miroir d'o ils viennent1 d'tranges couleurs1 verts clairs1 roses et violets4 ,des crations fantastiques1 qu'on ne voit un moment que pour les regretter1 dcorent de monuments bizarres1 d'arcades hardies1 de ponts sublimes1 parfois d'arcs de triomphe1 la porte de l',ocan4 ,les deux plages demi-circulaires1 de ,royan et de ,saint-,georges1 sur leur sable fin1 donnent aux pieds les plus dlicats la plus douce promenade qu'on prolonge sans se lasser dans la senteur des pins qui gayent la dune de leur jeune verdure4 ,les beaux promontoires qui sparent ces plages1 et les landes de l'intrieur vous envoient1 mme de loin1 de salubres manations4 ,celle qui domine aux dunes est quelque peu mdicale1 c'est l'odeur mielle des immortelles1 o semblent se concentrer tout le soleil et la chaleur des sables4 ,aux landes1 fleurissent les amers1 avec un charme pntrant qui rveille le cerveau1 ravive le coeur4 ,c'est le thym et le serpolet1 c'est la marjolaine amoureuse1 c'est la sauge bnie de nos pres pour ses grandes vertus4 ,la menthe poivre1 et surtout le petit oeillet sauvage1 ont les parfums les plus fins des pices de l',orient4 ,il me semblait que1 sur ces landes1 les oiseaux chantaient mieux qu'ailleurs4 ,jamais je ne trouvai une alouette comme celle que j'entendis en juillet sur le promontoire de ,vallire4 ,elle montait dans l'esprit des fleurs1 montait dore du soleil qui se couchait sur l',ocan4 ,sa voix qui venait de si haut 7elle tait peut-tre mille pieds71 pour tre tellement puissante1 n'tait pas moins modeste et douce4 ,c'est au nid1 l'humble sillon1 aux petits qui la regardaient1 qu'elle adressait visiblement ce chant agreste et sublime2 on et dit qu'elle interprtait en harmonie ce beau soleil1 cette gloire o elle planait sans orgueil1 les encourageant et disant3 ,montez1 mes petits6 ,de tout cela1 chants et parfums1 air doux et mer adoucie par l'eau de la belle rivire1 se compose une harmonie infiniment agrable1 toutefois sans grand clat4 ,la lune m'y paraissait lumineuse sans vive clart1 les toiles trs-visibles1 mais peu seintillantes4 ,climat heureux tout humain1 et qui serait voluptueux1 s'il ne s'y mlait je ne sais quoi qui fait rflchir1 loigne de la rverie et ramne la pense6 99 99 99 ,pourquoi8 ,sont-ce les sables mouvants1 les dunes changeantes1 les calcaires croulants et pleins de fossiles1 qui vous avertissent de la mobilit universelle8 ,est-ce le souvenir silencieux1 mais nullement effac1 des perscutions protestantes8 ,c'est aussi1 et bien plus encore1 la solennit du passage1 la frquence des naufrages1 la proximit d'une mer terrible entre toutes1 qui rend l'intrieur srieux4 ,un grand mystre se passe ce point solennel1 un trait1 un mariage1 mais bien autrement important qu'aucun hymen royal4 ,mariage1 il est vrai1 de raison entre poux peu assortis4 ,la dame des eaux du ,sud-,ouest1 double de ,tarn et de ,dordogne1 pousse de ses violents frres les torrents des ,pyrnes1 elle vient1 cette aimable et souveraine ,gironde1 s'offrir son poux gigantesque1 le vieil ,ocan4 ,mais nulle part il n'est plus dur1 plus rbarbatif4 ,la triste barrire des boues de ,charente1 puis la longue ligne des sables qui l'arrtent cinquante lieues1 le mettent de mauvaise humeur4 ,quand il n'amoncelle pas sa fureur contre ,bayonne et ,saint-,jean-de-,luz1 il bat la pauvre ,gironde4 ,elle ne sort pas1 comme la ,seine1 abrite de plusieurs cts4 ,elle tombe tout droit en face de l',ocan illimit4 ,le plus souvent il la rembarre4 ,elle recule2 elle se jette droite1 gauche4 ,elle se cache et dans les marais de ,saintonge1 et jusque sous les vignes du ,mdoc1 communiquant ses vins les qualits sobres et froides qui sont l'esprit de ses eaux4 ,maintenant1 imaginez des hommes assez hardis pour se jeter1 au grand dbat1 entre ces poux1 pour aller dans une barque1 affrontant les coups qu'ils se portent1 chercher le vaisseau timide qui attend l'embouchure et n'ose s'aventurer4 ,c'est la vie de mes pilotes1 modeste1 mais si glorieuse1 quand on saura la raconter4 ,il est facile comprendre que le vieux roi des naufrages1 l'antique thsauriseur de tant de biens submergs1 ne sait nul gr aux indiscrets qui viennent lui disputer sa proie4 ,si parfois il les laisse faire1 souvent aussi1 malicieux1 sournois1 il les atteint1 se venge1 charm de noyer un pilote plus que d'engloutir deux vaisseaux4 ,il y avait pourtant quelque temps qu'on ne parlait point d'accident4 ,l't1 fort chaud1 de #ahei1 ne prsenta gure de sinistres en ces parages qu'une barque brise en juin4 ,mais je ne sais quelle agitation faisait prvoir des malheurs4 ,septembre vint et octobre4 ,le monde brillant des visiteurs1 qui ne veut de la mer que ses sourires1 dj s'tait clips4 ,je restai1 attach l par mon travail inachev1 et aussi par l'attrait trange qu'ont ces saisons intermdiaires4 ,on remarquait des vents changeants1 bizarres1 et qu'on ne voit gure3 exemple1 un vent brlant de l'est1 un souffle d'orage venant du ct toujours serein4 ,les nuits taient parfois chaudes 7et plus en septembre qu'en aot71 sans sommeil1 agites1 nerveuses2 le pouls tait fort1 mu sans cause apparente1 l'humeur ingale4 ,un jour que nous tions assis dans les pinadas1 battus par le vent1 un peu garantis pourtant par la dune1 nous entendmes une jeune voix1 singulirement claire et perante2 d'un fin et fort timbre d'acier4 ,c'tait pourtant une trs-jeune fille1 fort petite1 de profil austre4 ,elle passait avec sa mre1 et chantait de toutes ses forces des paroles d'une vieille chanson4 ,nous les primes de s'asseoir et de la chanter tout du long4 ,ce petit pome rustique disait merveilleusement le double esprit de la contre4 ,la ,saintonge est agricole1 aime le foyer4 ,ce ne sont pas l les ,basques1 leur esprit d'aventures4 ,mais1 malgr ses gots sdentaires1 elle se fait maritime1 se lance dans les hasards4 ,pourquoi8 ,la lgende l'explique3 ,la jolie fille d'un roi1 qui s'amuse laver son linge1 comme la ,nausicaa de l',odysse1 a laiss aller son anneau la mer2 le fils de la cte s'y jette pour le chercher1 mais se noie4 ,elle pleure et elle est change dans le romarin du rivage1 si amer et si parfum4 ,cette ballade du naufrage1 chante ce temps critique dans cette fort gmissante d'orage imminent1 m'mut1 me charma1 mais en fortifiant mon pressentiment intrieur4 99 99 99 ,chaque fois que j'allais ,royan1 je pouvais attendre qu'en ce petit voyage1 qui n'est que de quelques heures1 l'orage me surprendrait sur la route sans abri4 ,il pesait sur moi dans les vignes de ,saint-,georges et la lande du promontoire que je gravissais d'abord4 ,il pesait1 plus lourd encore1 dans la grande plage circulaire de ,royan que je suivais4 ,la lande1 quoiqu'en octobre1 avait tous ses parfums sauvages1 et ils me semblaient par moments plus pntrants que jamais4 ,sur la plage1 encore paisible1 le vent me soufflait au visage1 tide et doux1 et1 non moins douce1 de ses caresses suspectes1 la mer venait lcher mes pieds4 ,je ne m'y laissais pas prendre1 et je me doutais assez de ce que tous deux prparaient4 ,pour prlude1 aprs des soires fort belles1 clataient dans la nuit d'effroyables coups de vent4 ,cela revint plusieurs fois1 et spcialement le #bf4 ,cette nuit-l1 je ne doutai pas qu'il n'y et de grands sinistres4 ,nos marins taient sortis4 ,dans ces longues fluctuations de la crise quinoxiale1 on attend d'abord un peu2 puis1 les choses se prolongeant1 le devoir et le mtier parlent2 on passe outre et l'on se hasarde1 au risque d'un coup subit4 ,j'en eus l'impression trs-forte4 ,je me dis3 ,quelqu'un prit4 ,cela n'tait que trop vrai4 ,sur une barque de pilote qui allait1 malgr le gros temps1 tirer un vaisseau du danger de la passe1 un malheureux fut enlev1 et la barque1 prs de prir elle-mme1 ne put jamais le reprendre4 ,il laissait trois enfants et une femme enceinte4 ,ce qui le rendait encore particulirement regrettable1 c'est que cet homme excellent1 par un amour gnreux qui n'est pas rare chez les marins1 avait justement pous une pauvre fille incapable de travail1 qui par accident avait perdu plusieurs phalanges des doigts4 ,terrible situation3 elle est infirme1 enceinte et veuve4 ,on faisait une collecte1 et j'allai porter ,royan ma petite offrande4 ,un pilote que je rencontrai parla de l'vnement avec une vraie douleur3 ,tel est notre mtier1 monsieur2 c'est surtout quand la mer est mauvaise que nous devons sortir4 ,le commissaire de la marine1 qui a en main les registres des vivants et des morts1 et connat mieux que personne la destine de ces familles1 me parut aussi triste et inquiet4 ,on sentait bien que ceci n'tait qu'un commencement4 ,je me remis en route par la plage1 et j'eus le loisir1 dans ce trajet assez long1 d'observer1 d'tudier1 dans une zone de nuages qui1 je crois1 pouvait s'tendre1 en tous sens1 huit ou dix lieues4 ma gauche1 la ,saintonge1 dont je suivais le rivage1 attendait morne et passive4 ma droite1 le ,mdoc1 dont le fleuve me sparait1 tait dans un calme sombre4 ,derrire moi1 venant de l'ouest1 de l',ocan1 montait un monde de nuages noirs4 ,mais1 devant moi1 un vent de terre soufflait contre eux 7de ,bordeaux74 ,ce vent descendait la ,gironde1 et l'on et pu esprer que la puissante rivire1 par ce grand courant protecteur1 repousserait le rideau lugubre que l',ocan levait4 ,encore dans l'incertitude1 je regardai derrire moi1 et consultai ,cordouan4 ,il me parut1 sur son cueil1 d'une pleur fantastique4 ,sa tour semblait un fantme qui disait3 ,malheur6 malheur6 99 99 99 ,je calculai mieux la situation4 ,je vis trs-bien que le vent de terre non-seulement serait vaincu1 mais qu'il tait l'auxiliaire de son ennemi4 ,ce vent de terre soufflait trs-bas sur la ,gironde1 enfonait1 abattait tout obstacle infrieur1 aplanissait par-dessous la voie aux hauts nuages sombres qui partaient de l',ocan2 il leur faisait comme un rail glissant1 sur lequel monts ils venaient d'autant plus vite4 ,en peu de temps1 tout fut fini du ct de la terre1 tout souffle cessa1 tout s'teignit en teintes grises2 sans obstacle rgnrent les vents suprieurs4 ,quand j'arrivai dans les vignes de ,vallire1 prs de ,saint-,georges1 beaucoup de gens taient aux champs1 achevant en hte ce qu'ils avaient faire1 et pensant que de longtemps on ne pourrait travailler4 ,les premires gouttes de pluie tombaient1 mais en un moment il fallut fuir la maison4 ,j'avais bien vu des orages4 ,j'avais lu mille descriptions de temptes1 et je m'attendais tout4 ,mais rien ne faisait prvoir l'effet que celle-ci eut par sa longue dure1 sa violence soutenue1 par son implacable uniformit4 ,ds qu'il y a du plus ou du moins1 une halte1 un crescendo mme1 enfin une variation1 l'me et les sens y trouvent quelque chose qui dtend1 distrait1 qui rpond ses besoins imprieux de changement4 ,mais ici1 cinq jours et cinq nuits1 sans trve1 sans augmentation ni diminution1 ce fut la mme fureur et rien ne changea dans l'horrible4 ,point de tonnerre1 point de combats de nuages1 point de dchirement de la mer4 ,du premier coup1 une grande tente grise ferma l'horizon en tous sens2 on se trouva enseveli dans ce linceul d'un morne gris de cendre1 qui n'tait pas toute lumire1 et laissait dcouvrir une mer de plomb et de pltre1 odieuse et dsolante de monotonie furieuse4 ,elle ne savait qu'une note4 ,c'tait toujours le hurlement d'une grande chaudire qui bout4 ,aucune posie de terreur n'et agi comme cette prose4 ,toujours1 toujours le mme son3 ,heu6 heu6 heu6 ou ,uh6 uh6 uh6 ,nous habitions sur la plage4 ,nous tions plus que spectateurs de cette scne2 nous y tions mls4 ,la mer par moments venait vingt pas4 ,elle ne frappait pas un coup que la maison ne tremblt4 ,nos fentres recevaient 7heureusement un peu de ct7 l'immense vent du sud-ouest qui apportait un torrent1 non1 mais un dluge1 l',ocan soulev en pluie4 ,du premier jour1 en grande hte1 et non sans beaucoup de peine1 il fallut fermer les volets1 allumer les bougies si l'on voulait voir en plein jour4 ,dans les pices qui regardaient la campagne1 le bruit1 la commotion1 taient tout aussi sensibles4 ,je persistais travailler1 curieux de voir si cette force sauvage russirait opprimer1 entraver un libre esprit4 ,je maintins ma pense active1 matresse d'elle-mme4 ,j'crivais et je m'observais4 la longue seulement la fatigue et la privation de sommeil blessaient en moi une puissance1 la plus dlicate de l'crivain1 je crois1 le sens du rhythme4 ,ma phrase venait inharmonique4 ,cette corde1 dans mon instrument1 la premire se trouva casse4 ,le grand hurlement n'avait de variante que les voix bizarres1 fantasques1 du vent acharn sur nous4 ,cette maison lui faisait obstacle2 elle tait pour lui un but qu'il assaillait de cent manires4 ,c'tait parfois le coup brusque d'un matre qui frappe la porte2 des secousses1 comme d'une main forte pour arracher le volet2 c'taient des plaintes aigus par la chemine1 des dsolations de ne pas entrer1 des menaces si l'on n'ouvrait pas1 enfin des emportements1 d'effrayantes tentatives d'enlever le toit4 ,tous ces bruits taient couverts pourtant par le grand ,heu6 heu6 ,tant celui-ci tait immense1 puissant1 pouvantable6 ,le vent nous semblait secondaire4 ,cependant il russissait faire pntrer la pluie4 ,notre maison 7j'allais dire notre vaisseau7 faisait eau4 ,le grenier1 perc par places1 versait des ondes4 ,chose plus srieuse6 la furie de l'ouragan1 par un effort dsespr russit desceller le gond d'un volet1 qui1 ds lors1 quoique ferm encore1 frmit1 branla1 s'agita4 ,il fallut le consolider en le liant fortement par ses ferrures celui qui tenait mieux1 et pour cela on dut hasarder d'ouvrir la fentre4 ,au moment o je l'ouvris1 quoique abrit par les volets1 je me sentis comme dans un tourbillon1 demi sourd par l'horrible force d'un bruit gal au canon1 d'un coup de canon permanent qu'on m'et1 sans interruption1 tir sous l'oreille4 ,j'apercevais1 par les fentes1 une chose qui donnait la mesure de ces forces incalculables4 ,c'est que les vagues1 croises et brises contre elles-mmes1 souvent ne pouvaient retomber4 ,la rafale1 par-dessous1 les enlevait comme une plume1 ces pesantes masses1 les faisait fuir par la campagne4 ,qu'et-ce t si1 nos volets s'arrachant1 la fentre s'enfonant1 le vent et embarqu chez nous ces grosses lames qu'il soutenait1 poussait avec la roideur d'une trombe1 qu'il portait travers les champs1 terribles et toutes brandies8444 ,nous avions la chance bizarre de faire naufrage sur terre4 ,notre maison1 si avance1 pouvait voir son toit emport1 ou tout un tage peut-tre4 ,c'tait l'inquitude des gens du village1 comme ils nous le dirent1 leur pense de chaque nuit4 ,on nous conseillait de quitter4 ,mais nous supposions toujours que cette tempte si longue aurait une fin pourtant1 et nous disions toujours3 ,demain4 ,les nouvelles qui venaient par terre ne nous apprenaient que naufrages4 ,tout prs de nous1 le #cj octobre1 un navire qui venait de la mer du ,sud avec une trentaine d'hommes prit la passe mme4 ,aprs avoir vit les rocs1 les cueils1 il tait venu en face d'une petite plage de fin sable1 o les femmes se baignent4 ,eh bien1 sur cette douce plage1 enlev par le tourbillon et sans doute grande hauteur1 il retomba d'un poids pouvantable1 fut assomm1 reint1 disloqu4 ,il resta l comme un corps mort4 ,qu'taient devenus les hommes8 on n'en trouva aucune trace4 ,on supposa que peut-tre tous avaient t balays du pont4 ,ce tragique vnement en faisait supposer bien d'autres1 et l'on ne rvait que malheurs4 ,mais la mer n'avait pas l'air d'en avoir encore assez4 ,tout le monde tait bout2 elle1 non4 ,je voyais nos pilotes se hasarder derrire un mur qui les couvrait du sud-ouest1 observer soucieusement1 secouer la tte4 ,nul vaisseau1 par bonheur pour eux1 n'osa entreprendre d'entrer et ne rclama leur secours4 ,autrement1 ils taient l1 prts donner leurs vies4 ,moi aussi1 je regardais insatiablement cette mer1 je la regardais avec haine4 ,n'tant pas en danger rel1 je n'en avais que davantage l'ennui et la dsolation4 ,elle tait laide1 d'affreuse mine4 ,rien ne rappelait les vains tableaux des potes4 ,seulement1 par un contraste trange1 moins je me sentais vivant1 plus1 elle1 elle avait l'air de vivre4 ,toutes ces vagues lectrises par un si furieux mouvement avaient pris une animation1 et comme une me fantastique4 ,dans la fureur gnrale1 chacun avait sa fureur4 ,dans l'uniformit totale 7chose vraie1 quoique contradictoire71 il y avait un diabolique fourmillement4 tait-ce la faute de mes yeux et de mon cerveau fatigu8 ou bien en tait-il ainsi8 ,elles me faisaient l'effet d'un pouvantable mob1 d'une horrible populace1 non d'hommes1 mais de chiens aboyants1 un million1 un milliard de dogues acharns1 ou plutt fous444 ,mais que dis-je8 des chiens1 des dogues8 ce n'tait pas cela encore4 ,c'taient des apparitions excrables et innomes1 des btes sans yeux ni oreilles1 n'ayant que des gueules cumantes4 ,monstres1 que voulez-vous donc8 n'tes-vous pas sols des naufrages que j'apprends de tous cts3 que demandez-vous8--,ta mort et la mort universelle1 la suppression de la terre1 et le retour au chaos4 ,,viii ,,les ,,phares ,imptueuse est la ,manche1 dans son dtroit o s'engouffre le flux de l'ocan du ,nord4 ,apre est la mer de ,bretagne1 dans les remous violents de ses dcoupures basaltiques4 ,mais le golfe de ,gascogne1 de ,cordouan ,biarritz1 est une mer de contradictions1 une nigme de combats4 ,en allant vers le midi1 elle devient tout coup extraordinairement profonde1 un abme o l'eau s'engouffre4 ,un ingnieux naturaliste la compare un gigantesque entonnoir qui absorberait brusquement4 ,le flot1 chapp de l sous une pression pouvantable1 remonte des hauteurs dont nos mers ne donnent aucun autre exemple4 ,la houle du ,nord-,ouest est le moteur de la machine4 ,si elle est un peu plus nord1 elle pousse au fond du golfe1 va craser ,saint-,jean-de-,luz4 ,et1 si elle est plus ouest1 elle refoule la ,gironde2 elle coiffe d'horribles lames l'infortun ,cordouan4 ,on ne connat pas assez ce respectable personnage1 ce martyr des mers4 ,il est1 entre tous les phares1 je crois1 l'an de l',europe4 ,un seul peut disputer avec lui d'antiquit1 la clbre ,lanterne de ,gnes4 ,mais la diffrence est grande4 ,celle-ci1 qui couronne un fort1 assise bien tranquillement sur un bon et ferme roc1 peut sourire de tous les orages4 ,cordouan est sur un cueil que l'eau ne quitte jamais4 ,l'audace1 en vrit1 fut grande de btir dans le flot mme1 que dis-je8 dans le flot violent1 dans le combat ternel d'un tel fleuve et d'une telle mer4 ,il en reoit chaque instant ou de tranchants coups de fouet1 ou de lourds soufflets qui tonnent sur lui comme ferait le canon4 ,c'est un assaut ternel4 ,il n'est pas jusqu' la ,gironde1 qui1 pousse par le vent de terre1 par les torrents des ,pyrnes ne vienne aussi par moments battre ce portier du passage1 comme s'il tait responsable des obstacles que lui oppose l',ocan qui est au del4 ,il est cependant lui seul la lumire de cette mer4 ,celui qui manque ,cordouan1 pouss par le vent du ,nord1 a craindre2 il pourra manquer encore ,arcachon4 ,cette mer1 la plus terrible1 est aussi la mer tnbreuse4 ,la nuit1 nul signe qui guide1 nul point de repre4 ,pendant six mois de sjour que nous fmes sur cette plage1 notre contemplation ordinaire1 je dirai presque notre socit habituelle1 tait ,cordouan4 ,nous sentmes combien cette position de gardien des mers1 de veilleur constant du dtroit1 en faisait une personne4 ,debout sur le vaste horizon du couchant1 il apparaissait sous cent aspects varis4 ,parfois1 dans une zone de gloire1 il triomphait sous le soleil2 parfois1 ple et indistinct1 il flottait dans le brouillard et ne disait rien de bon4 ,au soir1 quand il allumait brusquement sa rouge lumire et lanait son regard de feu1 il semblait un inspecteur zl qui surveillait les eaux1 pntr et inquiet de sa responsabilit4 ,quoi qu'il arrivt de la mer1 toujours on s'en prenait lui4 ,en clairant la tempte1 il en prservait souvent1 et on la lui attribuait4 ,c'est ainsi que l'ignorance traite trop souvent le gnie1 l'accusant des maux qu'il rvle4 ,nous-mmes1 nous n'tions pas justes4 ,s'il tardait s'allumer1 s'il venait du mauvais temps1 nous l'accusions1 nous le grondions4 ,ah6 ,cordouan1 ,cordouan1 ne sauras-tu donc1 blanc fantme1 nous amener que des orages8 ,ce fut lui pourtant1 je crois1 qui dans la tempte d'octobre sauva nos trente hommes4 ,le vaisseau fut bris1 mais ils chapprent4 ,c'est beaucoup de voir son naufrage1 d'chouer en pleine lumire1 en connaissance du lieu1 des circonstances et des ressources qui restent4 ,grand ,dieu1 s'il faut prir1 fais-nous prir au jour6 ,quand le vaisseau1 emport de la haute mer par cette houle furieuse1 arriva la nuit prs des ctes1 il avait mille chances pour une de ne pas entrer en ,gironde4 sa droite1 la pointe lumineuse de ,grave lui dit d'viter le ,mdoc2 sa gauche1 le petit phare de ,saint-,palais lui fit voir le dangereux roc de la ,grand',caute du ct de la ,saintonge4 ,entre ces feux blancs et fixes clatait sur l'cueil central le rouge clair de ,cordouan1 qui1 de minute en minute1 montre le passage4 ,par un effort dsespr1 il passa1 mais ce fut tout4 ,le vent1 la lame1 le courant1 l'accablrent ,saint-,palais4 ,la trinit secourable des trois feux s'y rverbrait2 les trente virent o ils taient1 qu'ils allaient tomber sur le sable1 et qu'ils avaient chance de vie s'ils quittaient temps le vaisseau4 ,ils se tinrent prts s'lancer1 se firent l'ouragan1 la fureur mme du vent4 ,il les traita en effet prcisment comme ces lames qu'il emporte dans les terres sans leur permettre le retour4 ,heurts1 froisss1 ils allrent tomber je ne sais o1 mais enfin ils tombrent vivants4 99 99 99 ,qui peut dire combien d'hommes et de vaisseaux sauvent les phares8 ,la lumire1 vue dans ces nuits horribles de confusion1 o les plus vaillants se troublent1 non-seulement montre la route1 mais elle soutient le courage1 empche l'esprit de s'garer4 ,c'est un grand appui moral de se dire dans le danger suprme3 ,persiste6 encore un effort6444 ,si le vent1 la mer1 sont contre1 tu n'es pas seul2 l',humanit est l qui veille pour toi4 ,les anciens qui suivaient les ctes et les regardaient sans cesse1 avaient1 encore plus que nous1 besoin de les clairer4 ,les trusques1 dit-on1 commencrent entretenir les feux de nuit sur les pierres sacres4 ,le phare tait un autel1 un temple1 une colonne1 une tour4 ,les ,celtes en levrent aussi2 de trs-importants dolmens existent prcisment aux points favorables d'o l'on peut le mieux voir des feux4 ,l'empire romain avait illumin1 de promontoire en promontoire1 toute la ,mditerrane4 ,la grande terreur des pirates du ,nord1 la vie tremblante du sombre moyen ge1 font teindre tout cela4 ,on n'a garde d'aider aux descentes4 ,la mer est un objet de crainte4 ,tout vaisseau est un ennemi1 et1 s'il choue1 une proie4 ,le pillage du naufrag est un revenu du seigneur3 c'est le noble droit de bris4 ,on sait ce comte de ,lon enrichi par son cueil1 pierre prcieuse1 disait-il1 plus que celles qu'on admire aux couronnes des rois4 99 99 99 ,de nos jours1 innocemment1 les pcheurs ont souvent caus des naufrages en allumant au rivage des feux qu'on voyait de la mer4 ,les phares mmes en ont caus tant qu'on put les confondre entre eux4 ,un feu pris pour un feu voisin provoqua parfois d'horribles mprises4 ,c'est la ,france1 aprs ses grandes guerres1 qui prit l'initiative des nouveaux arts de la lumire et de leur application au salut de la vie humaine4 ,arme du rayon de ,fresnel 7une lampe forte comme quatre mille1 et qu'on voit douze lieues71 elle se fit une ceinture de ces puissantes flammes qui entre-croisent leurs lueurs1 les pntrent l'une par l'autre4 ,les tnbres disparurent de la face de nos mers4 ,pour le marin qui se dirige d'aprs les constellations1 ce fut comme un ciel de plus qu'elle fit descendre4 ,elle cra la fois les plantes1 toiles fixes et satellites1 mit dans ces astres invents les nuances et les caractres diffrents de ceux de l-haut4 ,elle varia la couleur1 la dure1 l'intensit de leur scintillation4 ,aux uns1 elle donna la lumire tranquille1 qui suffit aux nuits sereines2 aux autres1 une lumire mobile tournante1 un regard de feu qui perce aux quatre coins de l'horizon4 ,ceux-ci1 comme les mystrieux animaux qui illuminent la mer1 ont la palpitation vivante d'une flamme qui flamboie et plit1 qui jaillit et qui se meurt4 ,dans les sombres nuits de temptes1 ils s'meuvent1 semblent prendre part aux convulsions de l',ocan1 et1 sans s'tonner1 ils rendent feu pour feu aux clairs du ciel4 99 99 99 ,il faut songer qu' cette poque 7#ahbf71 et en #ahcj encore1 toute la mer tait tnbreuse4 ,trs-peu de phares en ,europe4 ,nul en ,afrique que celui du ,cap4 ,nul en ,asie que ,bombay1 ,calcutta1 ,madras4 ,pas un dans l'norme tendue de l',amrique du ,sud4 ,depuis1 toutes les nations ont suivi1 imit la ,france4 ,peu peu la lumire se fait4 ,je voudrais pouvoir ici accomplir avec vous en une nuit la circumnavigation de notre ,ocan1 entre ,dunkerque et ,biarritz1 et la revue des grands phares4 ,mais elle serait bien longue4 ,calais1 de ses quatre phares de feux de couleurs diffrentes1 qu'on doit voir de ,douvres mme1 fait l',angleterre1 au monde qui passe par l',angleterre1 des signes hospitaliers4 ,le beau golfe de la ,seine1 entre la ,hve et ,barfleur1 illumin de phares amis1 ouvre le ,havre l',amrique et la reoit directement au foyer1 au coeur de la ,france4 ,elle-mme s'avance en mer pour recueillir les vaisseaux1 clairant d'un soin admirable toutes les pointes de la ,bretagne4 l'avant-garde de ,brest1 ,saint-,matthieu1 a ,penmark1 l'le de ,sen1 tout est couronn de feux1--tous diffrents1 par clairs de minutes ou de secondes1--qui disent au navigateur3 ,gare6 ,observe ce rocher444 ,fuis cet cueil444 ,tourne ici444 ,bon6 te voil dans le port4 99 99 99 ,notez que toutes ces tours1 leves aux lieux dangereux1 bties souvent sur les brisants et dans les temptes mmes1 posaient l'art le problme de l'absolue solidit4 ,plusieurs s'lvent des hauteurs immenses4 ,l'architecture du moyen ge1 dont on parle tant1 ne se hasardait btir si haut qu'en donnant l'difice des soutiens extrieurs1 contre-forts1 arcs-boutants1 et1 vers la pointe des tours1 elle ne se fiait plus la pierre1 mais appelait le secours peu artiste des crampons de fer qui reliaient les pierres entre elles4 ,c'est ce qu'on peut voir aisment la flche de ,strasbourg4 ,nos constructeurs mprisent ces moyens4 ,le phare des ,haux1 rcemment bti par ,m4 ,reynaud sur le dangereux cueil des pes de ,trguier1 a la simplicit sublime d'une gigantesque plante de mer4 ,il n'a que faire des contre-forts4 ,il enfonce dans la roche vive ses fondements taills au ciseau4 ,sur une base de soixante pieds en largeur1 il dresse sa colonne de vingt-quatre pieds de diamtre4 ,ses larges pierres de granit sont encastres l'une dans l'autre4 ,de plus1 pour les parties basses1 les assises sont relies par des ds 7aussi de granit7 qui pntrent la fois dans des pierres superposes4 ,le tout est taill si juste1 que le ciment est superflu4 ,du bas au haut1 toute pierre mordant ainsi dans sa voisine1 le phare n'est qu'un bloc unique1 plus un que son rocher mme4 ,la lame ne sait o se prendre4 ,elle bat1 elle rage1 elle glisse4 ,dans ses grands coups de tonnerre1 tout ce qu'elle gagne1 c'est que le phare branle et s'incline quelque peu4 ,mais cela n'a rien d'alarmant4 ,on retrouve cette ondulation dans les plus anciennes1 les plus solides tours4 99 99 99 ,donc1 au lieu de tristes bastions qui jadis menaaient la mer1 comme ceux que j'ai vus encore levs contre les ,barbaresques1 la civilisation moderne btit les tours de la paix1 de la bienveillante hospitalit4 ,beaux et nobles monuments1 parfois sublimes aux yeux de l'art1 et toujours touchants pour le coeur4 ,leurs feux de toutes couleurs1 o se retrouvent l'or1 l'argent des toiles1 offrent un firmament secourable qu'une ,providence humaine a organis sur la terre4 ,lorsque nul astre ne parat1 le marin voit encore ceux-ci et reprend courage1 en y revoyant son toile1 l'toile de la ,fraternit4 99 99 99 ,on aime s'asseoir prs des phares1 sous ces feux amis1 vrai foyer de la vie marine4 ,tel d'entre eux1 et des moins anciens1 est vnrable dj pour les hommes qu'il a sauvs4 ,plus d'un souvenir s'y rattache2 des traditions les entourent1 de belles lgendes1 mais vraies4 ,deux gnrations sont assez pour qu'ils deviennent antiques1 sacrs du temps4 ,la mre dira souvent la jeune famille3 ,celui-ci sauva votre aeul1 et1 sans lui1 vous n'tiez pas ns4 ,que de visites ils reoivent de la femme inquite qui pie le retour6 ,le soir1 et mme la nuit1 vous la trouveriez l assise1 attendant et demandant que la secourable lumire qui brille l-haut ramne l'absent1 le mette au port4 ,les anciens1 fort justement1 dans ces pierres sacres1 honoraient l'autel des dieux sauveurs de l'homme4 ,pour le coeur en pleine tempte1 qui tremble et espre1 la chose n'a pas chang1 et dans l'obscurit des nuits1 celle qui pleure et qui prie y voit l'autel et le dieu mme4 ,,livre ,,deuxi,,me 99 99 99 ,,la ,,gen,,se ,,de ,,la ,,mer ,i ,f,,condit ,dans la nuit de la ,saint-,jean 7du #bd au #be juin71 cinq minutes aprs minuit1 la grande pche du hareng s'ouvre dans les mers du ,nord4 ,des lueurs phosphorescentes ondulent ou dansent sur les flots4 ,voil les clairs du hareng1 c'est le signal consacr qui s'entend de toutes les barques4 ,des profondeurs la surface un monde vivant vient de monter1 suivant l'attrait de la chaleur1 du dsir et la lumire4 ,celle de la lune1 ple et douce1 plat la gent timide2 elle est le rassurant fanal qui semble les enhardir leur grande fte d'amour4 ,ils montent1 ils montent tous d'ensemble1 pas un ne reste en arrire4 ,la sociabilit est la loi de cette race2 on ne les voit jamais qu'ensemble4 ,ensemble ils vivent ensevelis aux tnbreuses profondeurs2 ensemble ils viennent au printemps prendre leur petite part du bonheur universel1 voir le jour1 jouir et mourir4 ,serrs1 presss1 ils ne sont jamais assez prs l'un de l'autre2 ils naviguent en bancs compactes4 ,c'est 7disaient les ,flamands7 comme si nos dunes se mettaient voguer4 ,entre l'cosse1 la ,hollande et la ,norvge1 il semble qu'une le immense se soit souleve1 et qu'un continent soit prs d'merger4 ,un bras s'en dtache l'est et s'engage dans le ,sund1 emplit l'entre de la ,baltique4 certains passages troits1 on ne peut ramer2 la mer est solide4 ,millions de millions1 milliards de milliards1 qui osera hasarder de deviner le nombre de ces lgions8 ,on conte que jadis1 prs du ,havre1 un seul pcheur en trouva un matin dans ses filets huit cent mille4 ,dans un port d'cosse1 on en fit onze mille barils dans une nuit4 ,ils vont comme un lment aveugle et fatal1 et nulle destruction ne les dcourage4 ,hommes1 poissons1 tout fond sur eux2 ils vont1 ils voguent toujours4 ,il ne faut pas s'en tonner3 c'est qu'en naviguant ils aiment4 ,plus on en tue1 plus ils produisent et multiplient chemin faisant4 ,les colonnes paisses1 profondes1 dans l'lectricit commune1 flottent livres uniquement la grande oeuvre du bonheur4 ,le tout va l'impulsion du flot et du flot lectrique4 ,prenez dans la masse au hasard1 vous en trouvez de fconds1 vous en trouvez qui le furent et d'autres qui voudraient l'tre4 ,dans ce monde1 qui ne connat pas l'union fixe1 le plaisir est une aventure1 l'amour une navigation4 ,sur toute la route1 ils panchent des torrents de fcondit4 deux ou trois brasses d'paisseur1 l'eau disparat sous l'abondance incroyable du flux maternel o nagent les oeufs du hareng4 ,c'est un spectacle1 au lever du soleil1 de voir aussi loin qu'on peut voir1 plusieurs lieues1 la mer blanche de la laitance des mles4 paisses1 grasses et visqueuses ondes1 o la vie fermente dans le levain de la vie4 ,sur des centaines de lieues1 en long et en large1 c'est comme un volcan de lait1 et de lait fcond qui a fait son ruption1 et qui a noy la mer4 99 99 99 ,pleine de vie la surface1 la mer en serait comble si cette puissance indicible de production n'tait violemment combattue par l'pre ligue de toutes les destructions4 ,qu'on songe que chaque hareng a quarante1 cinquante1 jusqu' soixante-dix mille oeufs6 ,si la mort violente n'y portait remde1 chacun d'eux se multipliant en moyenne par cinquante mille1 et chacun de ces cinquante mille se multipliant de mme son tour1 ils arriveraient en fort peu de gnrations combler1 solidifier l',ocan1 ou le putrfier1 supprimer toute race et faire du globe un dsert4 ,la vie imprieusement rclame ici l'assistance1 l'indispensable secours de sa soeur1 la mort4 ,elles se livrent un combat1 une lutte immense qui n'est qu'harmonie et fait le salut4 ,dans la grande chasse universelle sur la race condamne1 ceux qui se chargent de rabattre1 d'empcher la masse de se disperser1 ceux qui la poussent aux rivages1 ce sont les gants de la mer4 ,la baleine et les ctacs ne ddaignent pas ce gibier2 ils le suivent1 plongent dans les bancs1 entrent dans l'paisseur vivante2 de leurs gueules immenses ils absorbent par tonnes la proie infinie qui n'en est pas diminue et fuit vers les ctes4 ,l s'opre une bien autre et plus grande destruction4 ,d'abord les petits des petits1 les moindres poissons avalent le frai et les oeufs du hareng1 se gorgent de laite1 mangent l'avenir4 ,pour le prsent1 pour le hareng tout venu1 la nature a fait un genre glouton qui1 de ses yeux carts1 ne voit gure1 n'en mange que mieux1 qui n'est qu'estomac1 la gourmande tribu des gades 7merlan1 morue1 etc474 ,le merlan s'emplit1 se comble de harengs1 et devient gras4 ,la morue s'emplit1 se comble de merlans1 et devient grasse4 ,si bien que le danger des mers1 l'excs de la fcondit1 recommence ici1 plus terrible4 ,la morue est bien autre chose que le hareng2 elle a jusqu' neuf millions d'oeufs6 ,une morue de cinquante livres en a quatorze livres pesant6 le tiers de son poids6 ,ajoutez que cette bte1 de maternit redoutable1 est en amour neuf mois sur douze4 ,c'est celle-ci qui mettrait le monde en pril4 ,au secours6 lanons des vaisseaux1 quipons des flottes4 ,l',angleterre seule y envoie vingt ou trente mille matelots4 ,combien l',amrique et combien la ,france1 la ,hollande1 toute la terre8 ,la morue1 elle seule1 a cr des colonies1 fond des comptoirs et des villes4 ,sa prparation est un art4 ,et cet art a une langue1 tout un idiome technique propre aux pcheurs de morue4 99 99 99 ,mais qu'est-ce que l'homme peut faire8 ,la nature sait que nos petits efforts1 nos flottes et nos pcheries ne seraient rien pour son but1 que la morue vaincrait l'homme4 ,elle ne se fie point lui4 ,elle appelle des forces de mort bien autrement nergiques4 ,du fond des fleuves la mer arrive l'un des plus actifs1 des plus dtermins mangeurs1 l'esturgeon4 ,venu aux fleuves pour faire paisiblement l'amour1 il en sort maigri et pre2 il rentre1 d'un apptit immense1 dans le banquet de la mer4 ,grande douceur pour l'affam de trouver la grasse morue qui a assimil en elle les lgions du hareng4 ,bonheur infini pour lui de trouver l concentre la substance1 de mordre en chair pleine4 ,ce vaillant mangeur de morue1 quoique moins fcond1 l'est encore2 il a quinze cent mille oeufs4 ,un esturgeon de quatorze cents livres a cent livres de laite1 ou quatre cent cinquante livres d'oeufs4 ,le danger se reprsente4 ,le hareng a menac de sa fcondit terrible2 la morue a menac2 l'esturgeon menace encore4 ,il faut que la nature invente un suprme dvorateur1 mangeur admirable et producteur pauvre1 de digestion immense et de gnration avare4 ,monstre secourable et terrible qui coupe ce flot invincible de fcondit renaissante par un grand effort d'absorption1 qui avale toute espce indiffremment1 les morts1 les vivants1 que dis-je8 tout ce qu'il rencontre4 ,le beau mangeur de la nature1 mangeur patent3 le requin4 ,mais ces destructeurs terribles sont vaincus d'avance4 ,quelle que soit leur furie de manger1 ils produisent peu4 ,l'esturgeon1 comme on a vu1 est moins fcond que la morue1 et le requin est strile1 si on le compare tout autre poisson4 ,il ne se verse pas comme eux en torrents par toute la mer4 ,vivipare1 il labore dans son sein le jeune requin1 son hritier fodal1 qui nat terrible et tout arm4 99 99 99 ,dans ses fcondes tnbres1 la mer peut sourire elle-mme des destructeurs qu'elle suscite1 bien sre d'enfanter encore plus4 ,sa richesse principale dfie toutes les fureurs de ces tres dvorants1 est inaccessible leurs prises4 ,je parle du monde infini d'atomes vivants1 d'animaux microscopiques1 vritable abme de vie qui fermente dans son sein4 ,on a dit que l'absence de la lumire solaire excluait la vie1 et cependant aux dernires profondeurs le sol est jonch d'toiles de mer4 ,les flots sont peupls d'infusoires et de vers microscopiques4 ,des mollusques innombrables y tranent leurs coquilles4 ,crabes bronzs1 actinies rayonnantes1 porcelaines neigeuses1 cyclostomes dors1 volutes ondules1 tout vit et se meut4 ,l pullulent les animalcules lumineux qui1 par moments attirs la surface1 y apparaissent en tranes1 en serpents de feu1 en guirlandes tincelantes4 ,la mer1 dans son paisseur transparente1 doit en tre1 ici et l fortuitement illumine4 ,elle-mme a un certain clat1 je ne sais quelle demi-lueur qu'on observe sur les poissons et vivants et morts4 ,elle est sa propre lumire1 son fanal elle-mme1 son ciel1 sa lune et ses toiles4 99 99 99 ,chacun peut voir dans nos salines la fcondit de la mer4 ,les eaux que l'on y concentre y laissent des dpts violets qui ne sont rien qu'infusoires4 ,tous les navigateurs racontent que1 dans tel trajet assez long1 ils n'ont travers que des eaux vivantes4 ,freycinet a vu soixante millions de mtres carrs couverts d'un rouge carlate qui n'est qu'un animal plante1 si petit qu'un mtre carr en contient quarante millions4 ,dans le golfe du ,bengale1 en #ahed1 le capitaine ,kingman navigua pendant trente milles dans une norme tache blanche qui donnait la mer l'aspect d'une plaine couverte de neige4 ,pas un nuage1 et pourtant un ciel gris de plomb1 en contraste avec la mer brillante4 ,vue de prs1 cette eau blanche tait une glatine1 et1 observe la loupe1 une masse d'animalcules qui s'agitant produisaient de bizarres effets lumineux4 ,pron raconte de mme qu'il navigua1 vingt lieues durant1 travers une sorte de poudre grise4 ,vue au microscope1 ce n'tait qu'une couche d'oeufs d'espce inconnue qui1 sur cet espace immense1 couvraient et cachaient les eaux4 ,aux ctes dsoles du ,gronland1 o l'homme se figure que la nature expire1 la mer est normment peuple4 ,on navigue jusqu' deux cents milles en longueur ou quinze en largeur sur des eaux d'un brun fonc1 qui sont ainsi colores d'une mduse microscopique4 ,chaque pied cube de cette eau en contient plus de cent dix mille 7,schleiden74 ,ces eaux nourrissantes sont denses de toutes sortes d'atomes gras1 appropris la molle nature du poisson1 qui paresseusement ouvre la bouche et aspire1 nourri comme un embryon au sein de la mre commune4 ,sait-il qu'il avale8 peine4 ,la nourriture microscopique est comme un lait qui vient lui4 ,la grande fatalit du monde1 la faim1 n'est que pour la terre2 ici1 elle est prvenue1 ignore4 ,aucun effort de mouvement1 nulle recherche de nourriture4 ,la vie doit flotter comme un rve4 ,que fera l'tre de sa force8 ,toute dpense en est impossible4 ,elle est rserve pour l'amour4 99 99 99 ,c'est l'oeuvre relle1 le travail de ce grand monde des mers3 aimer et multiplier4 ,l'amour emplit sa nuit fconde4 ,il plonge dans la profondeur1 et semble plus riche encore chez les infiniment petits4 ,mais qui est vraiment l'atome8 ,lorsque vous croyez tenir le dernier1 l'indivisible1 vous voyez qu'il aime encore et divise son existence pour en tirer un autre tre4 ,aux plus bas degrs de la vie o tout autre organisme manque1 vous trouvez dj au complet toutes les formes de gnrations4 99 99 99 ,telle est la mer4 ,elle est1 ce semble1 la grande femelle du globe1 dont l'infatigable dsir1 la conception permanente1 l'enfantement1 ne finit jamais4 ,,ii ,,la ,,mer ,,de ,,lait ,l'eau de mer1 mme la plus pure1 prise au large1 loin de tout mlange1 est lgrement blanchtre et un peu visqueuse4 ,retenue entre les doigts1 elle file et passe lentement4 ,les analyses chimiques n'expliquent pas ce caractre4 ,il y a l une substance organique qu'elles n'atteignent qu'en la dtruisant1 lui tant ce qu'elle a de spcial1 et la ramenant violemment aux lments gnraux4 ,les plantes1 les animaux marins1 sont vtus de cette substance1 dont la mucosit1 consolide autour d'eux1 a un effet de glatine1 parfois fixe et parfois tremblante4 ,ils apparaissent travers comme sous un habit diaphane4 ,et rien ne contribue davantage aux illusions fantastiques que nous donne le monde des mers4 ,les reflets en sont singuliers1 souvent bizarrement iriss1 sur les cailles des poissons1 par exemple1 sur les mollusques1 qui semblent en tirer tout le luxe de leurs coquilles nacres4 ,c'est ce qui saisit le plus l'enfant qui voit pour la premire fois un poisson4 ,j'tais bien petit quand cela m'arriva1 mais je m'en rappelle parfaitement la vive impression4 ,cet tre brillant1 glissant1 dans ses cailles d'argent1 me jeta dans un tonnement1 un ravissement qu'on ne peut dire4 ,j'essayai de le saisir1 mais je le trouvai aussi difficile prendre que l'eau qui fuyait dans mes petits doigts4 ,il me parut identique l'lment o il nageait4 ,j'eus l'ide confuse qu'il n'tait rien autre chose que l'eau1 l'eau animale1 organise4 ,longtemps aprs1 devenu homme1 je ne fus gure moins frapp en voyant sur une plage je ne sais quel rayonn4 travers son corps transparent1 je distinguais les cailloux1 le sable4 ,incolore comme du verre1 lgrement consistant1 tremblant ds qu'on le remuait1 il m'apparut comme aux anciens et comme ,raumur encore1 qui appelait simplement ces tres une eau glatinise4 ,combien plus a-t-on cette impression quand on trouve en leur formation premire les rubans d'un blanc jauntre o la mer fait l'bauche molle de ses solides fucus1 les laminaires1 qui1 brunissant1 arriveront la solidit des peaux et des cuirs4 ,mais1 tout jeunes1 l'tat visqueux1 dans leur lasticit1 ils ont comme la consistance d'un flot solidifi1 d'autant plus fort qu'il est plus mou4 ,ce que nous savons aujourd'hui de la gnration et de l'organisation complique des tres infrieurs1 vgtaux ou animaux1 nous interdit l'explication des anciens et de ,raumur4 ,mais tout cela n'empche pas de revenir la question que posa le premier ,bory de ,saint-,vincent3 ,qu'est-ce que le mucus de la mer8 la viscosit que prsente l'eau en gnral8 ,n'est-ce pas l'lment universel de la vie8 99 99 99 ,proccup de ces penses1 j'allai voir un chimiste illustre1 esprit positif et solide1 novateur prudent autant que hardi1 et1 sans prface1 je lui posai ex abrupto ma question3 ,monsieur1 qu'est-ce1 votre avis1 que cet lment visqueux1 blanchtre1 qu'offre l'eau de la mer8 --,rien autre chose que la vie4 ,puis1 revenant sur ce mot trop simple et trop absolu1 il ajouta3 ,je veux dire une matire demi organise et dj tout organisable4 ,elle n'est en certaines eaux qu'une densit d'infusoires1 en d'autres ce qui va l'tre1 ce qui peut le devenir4--,du reste1 cette tude est faire2 elle n'a pas t encore commence srieusement4 7#ag mai #ahfj47 ,en le quittant1 j'allai tout droit chez un grand physiologiste dont l'opinion n'a pas moins d'autorit sur mon esprit4 ,je lui pose la mme question4 ,sa rponse fut trs-longue1 trs-belle4 ,en voici le sens3 ,on ne sait pas plus la constitution de l'eau qu'on ne sait celle du sang4 ,ce qu'on entrevoit le mieux pour le mucus de l'eau de mer1 c'est qu'il est tout la fois une fin et un commencement4 ,rsulte-t-il des rsidus innombrables de la mort qui les cderait la vie8 ,oui1 sans doute1 c'est une loi2 mais1 en fait1 dans ce monde marin1 d'absorption rapide1 la plupart des tres sont absorbs vivants2 ne tranent pas l'tat de mort comme il en advient sur la terre1 o les destructions sont plus lentes4 ,la mer est l'lment trs-pur2 la guerre et la mort y pourvoient et n'y laissent rien de rebutant4 ,mais la vie1 sans arriver sa dissolution suprme1 mue sans cesse1 exsude de soi tout ce qui est de trop pour elle4 ,chez nous autres1 animaux terrestres1 l'piderme perd incessamment4 ,ces mues qu'on peut appeler la mort quotidienne et partielle1 remplissent le monde des mers d'une richesse glatineuse dont la vie naissante profite l'instant4 ,elle trouve en suspension la surabondance huileuse de cette exsudation commune1 les parcelles animes encore1 les liquides encore vivants1 qui n'ont pas le temps de mourir4 ,tout cela ne retombe pas l'tat inorganique1 mais entre rapidement dans les organismes nouveaux4 ,c'est1 de toutes les hypothses1 la plus vraisemblable2 en sortir1 c'est se jeter dans d'extrmes difficults4 99 99 99 ,ces ides des hommes les plus avancs et les plus srieux d'aujourd'hui ne sont point inconciliables avec celles que professait1 il y a prs de trente ans1 ,geoffroy ,saint-,hilaire sur le mucus gnral o il semble que la nature puise toute vie4 ,c'est1 dit-il1 la substance animalisable1 le premier degr des corps organiques4 ,point d'tres1 animaux1 vgtaux1 qui n'en absorbent et n'en produisent au premier temps de la vie1 et quelque faibles qu'ils soient4 ,son abondance augmente plutt en raison de leur dbilit4 ,ce dernier mot ouvre une vue profonde sur la vie de la mer4 ,ses enfants pour la plupart semblent des foetus l'tat glatineux qui absorbent et qui produisent la matire muqueuse1 en comblent les eaux1 leur donnent la fconde douceur d'une matrice infime o sans cesse de nouveaux enfants viennent nager comme en un lait tide4 99 99 99 ,assistons l'oeuvre divine4 ,prenons une goutte dans la mer4 ,nous y verrons recommencer la primitive cration4 ,dieu n'opre pas de telle faon aujourd'hui1 et d'autre demain4 ,ma goutte d'eau1 je n'en fais pas doute1 va dans ses transformations me raconter l'univers4 ,attendons et observons4 ,qui peut prvoir1 deviner l'histoire de cette goutte d'eau8--,plante-animal1 animal-plante1 qui le premier doit en sortir8 ,cette goutte1 sera-ce l'infusoire1 la monade primitive qui1 s'agitant et vibrant1 se fait bientt vibrion8 qui1 montant de rang en rang1 polype1 corail ou perle1 arrivera peut-tre en dix raille ans la dignit d'insecte8 ,cette goutte1 ce qui va en venir1 sera-ce le fil vgtal1 le lger duvet soyeux qu'on ne prendrait pas pour un tre1 et qui dj n'est pas moins que le cheveu premier-n d'une jeune desse1 cheveu sensible1 amoureux1 dit si bien3 cheveu de ,vnus8 ,ceci n'est point de la fable1 c'est de l'histoire naturelle4 ,ce cheveu de deux natures 7vgtale et animale7 o s'paissit la goutte d'eau1 c'est bien l'an de la vie4 99 99 99 ,regardez au fond d'une source1 vous ne voyez rien d'abord2 puis1 vous distinguez des gouttes un peu troubles4 ,avec une bonne lunette1 ce trouble est un petit nuage1 glatineux1 ou floconneux4 ,au microscope1 ce flocon devient multiple1 comme un groupe de filaments1 de petits cheveux4 ,on croit qu'ils sont mille fois plus fins que le plus fin cheveu de femme4 ,voil la premire et timide tentative de la vie qui voudrait s'organiser4 ,ces conferves1 comme on les appelle1 se trouvent universellement dans l'eau douce1 et dans l'eau sale quand elle est tranquille4 ,elles commencent la double srie des plantes originaires de mer et de celles qui sont devenues terrestres quand la mer a merg4 ,hors de l'eau monte la famille des innombrables champignons1 dans l'eau celles des conferves1 algues et autres plantes analogues4 ,c'est l'lment primitif1 indispensable de la vie1 et on le trouve dj o elle semble impossible4 ,dans les sombres eaux martiales charges et surcharges de fer1 dans des eaux thermales trs chaudes1 vous trouvez ce lger mucus et ces petites cratures qui ont l'air d'en tre des gouttes peine fixes1 mais qui oscillent et se meuvent4 ,peu importe comme on les classe1 que ,candolle les honore du nom d'animaux1 que ,dujardin les repousse au dernier rang des vgtaux4 ,ils ne demandent qu' vivre1 commencer par leur modeste existence la longue srie des tres qui ne deviennent possibles que par eux4 ,ces petits1 vivants ou morts1 les nourrissent d'eux-mmes et leur administrent d'en bas la glatine de vie qu'ils puisent incessamment dans l'eau maternelle4 99 99 99 ,c'est sans aucune vraisemblance qu'on montre comme spcimen de la cration premire des fossiles ou des empreintes d'animaux1 de vgtaux compliqus3 des animaux 7les trilobites7 qui ont dj des sens suprieurs1 des yeux1 par exemple2 des vgtaux gigantesques de puissante organisation4 ,il est infiniment probable que des tres bien plus simples prcdrent1 prparrent ceux-l1 mais leur molle consistance n'a pas laiss trace4 ,comment ces faibles auraient-ils pu ne pas disparatre1 lorsque les plus dures coquilles sont perces1 dissoutes8 ,on a vu dans la mer du ,sud des poissons dents acres brouter le corail1 comme un mouton broute l'herbe4 ,les molles bauches de la vie1 les glatines animes1 mais peine encore solides1 ont fondu des millions de fois avant que la nature pt faire son robuste trilobite1 son indestructible fougre4 ,restituons ces petits 7conferves1 algues microscopiques1 tres flottants entre deux rgnes1 atomes indcis encore qui convolent par moments du vgtal l'animal1 de l'animal au vgtal71 restituons-leur le droit d'anesse1 qui1 selon toute apparence1 doit leur revenir4 ,sur eux et leurs dpens1 commence s'lever l'immense1 la merveilleuse flore marine4 ce point o elle commence1 je ne puis m'empcher de dire ma tendre sympathie pour elle4 ,pour trois raisons1 je la bnis4 ,petites ou grandes1 ces plantes ont trois caractres aimables3 ,leur innocence d'abord4 ,pas une ne donne la mort4 ,il n'y a nul poison vgtal dans la mer4 ,tout1 dans les plantes marines1 est sant et salubrit1 bndiction de la vie4 ,ces innocentes ne demandent qu' nourrir l'animalit4 ,plusieurs 7comme les laminaires7 ont un sucre doux4 ,plusieurs ont une amertume salutaire 7comme la belle cramie pourpre et violette1 qu'on appelle mousse de ,corse74 ,toutes concentrent un mucilage nourrissant1 spcialement plusieurs fucus1 la cramie des salanganes dont on mange les nids la ,chine1 le capillaire1 ce sauveur des poitrines fatigues4 ,pour tous les cas o l'on ordonne l'iode aujourd'hui1 jadis l',angleterre faisait des confitures de varech4 ,le troisime caractre qui frappe dans cette vgtation1 c'est qu'elle est la plus amoureuse4 ,on est tent de le croire quand on voit ses tranges mtamorphoses d'hymen4 ,l'amour est l'effort de la vie pour tre au del de son tre et pouvoir plus que sa puissance4 ,on le voit par les lucioles et autres petits animaux qui s'exaltent jusqu' la flamme1 mais on ne le voit pas moins dans les plantes par les conjugues1 les algues1 qui1 au moment sacr1 sortent de leur vie vgtale1 en usurpent une plus haute et s'efforcent d'tre animaux4 99 99 99 ,o commencrent ces merveilles8 ,o se firent les premires bauches de l'animalit8 ,quel dut tre le thtre primitif de l'organisation8 ,jadis on en disputait fort4 ,aujourd'hui il y a sur ces choses un certain accord dans l',europe savante4 ,je puis prendre la rponse dans nombre de livres accepts1 autoriss1 mais j'aime mieux l'emprunter un ,mmoire rcemment couronn par l',acadmie des sciences et couvert par consquent de sa haute autorit4 ,on trouve des tres vivants dans les eaux chaudes de quatre-vingts quatre-vingt-dix degrs4 ,c'est quand le globe refroidi descendit cette temprature que la vie devint possible4 ,l'eau alors avait absorb en partie l'lment de mort1 le gaz acide carbonique4 ,on put respirer4 ,les mers furent d'abord semblables ces parties de l'ocan ,pacifique qui n'ont que peu de profondeur et sont semes de petits lots bas4 ,ces lots sont d'anciens volcans1 des cratres teints4 ,les voyageurs ne les connaissent que par le sommet qu'ils montrent et que les travaux des polypes exhaussent4 ,mais le fond1 entre ces volcans1 est probablement non moins volcanique1 et dut tre1 pour les essais de la cration primitive1 un rceptacle de vie4 ,la tradition populaire a fait longtemps des volcans les gardiens des trsors souterrains qui1 par moments1 laissent chapper l'or cach dans les profondeurs4 ,fausse posie qui a du vrai4 ,les rgions volcaniques ont en elles le trsor du globe1 de puissantes vertus de fcondit4 ,elles dourent la terre strile4 ,de la poussire de leurs laves1 de leurs cendres toujours tides1 la vie dut s'panouir4 ,on sait la richesse des flancs du ,vsuve1 des vals de l',etna dans les longues racines qu'il pousse la mer4 ,on sait le paradis que forme sous l',himalaya le beau cirque volcanique de la valle de ,cachemire4 ,cela se rpte chaque pas pour les les de la mer du ,sud4 ,dans les circonstances les moins favorables1 le voisinage des volcans et les courants chauds qui les accompagnent continuent la vie animale aux lieux les plus dsols4 ,sous l'horreur du ple antarctique1 non loin du volcan rbe1 ,james ,ross a trouv des coraux vivants mille brasses sous la mer glace4 99 99 99 ,aux premiers ges du monde1 les innombrables volcans avaient une action sous-marine bien plus puissante qu'aujourd'hui4 ,leurs fissures1 leurs valles intermdiaires permirent au mucus marin de s'accumuler par places1 de s'lectriser des courants4 ,l sans doute prit la glatine1 elle se fixa1 s'affermit1 se travailla et fermenta de toute sa jeune puissance4 ,le levain en fut l'attrait de la substance pour elle-mme4 ,des lments crateurs1 nativement dissous dans la mer1 se firent des combinaisons1 j'allais dire des mariages4 ,des vies lmentaires parurent1 d'abord pour fondre et mourir4 ,d'autres1 enrichis de leurs dbris1 durrent1 tres prparatoires1 lents et patients crateurs qui1 ds lors1 commencrent sous l'eau le travail ternel de fabrication et le continuent sous nos yeux4 ,la mer1 qui les nourrissait tous1 distribuait chacun ce qui lui allait davantage4 ,chacun la dcomposant sa manire1 son profit1 les uns 7polypes1 madrpores1 coquilles7 absorbrent du calcaire1 d'autres 7comme les tuniciers du ,tripoli1 les prles rugueuses1 etc47 concentrrent de la silice4 ,leurs dbris1 leurs constructions1 vtirent la sombre nudit des roches vierges1 filles du feu1 qui les avait arraches du noyau plantaire1 les lanait brlantes et striles4 ,quartz1 basaltes et porphyres1 cailloux demi-vitrifis1 tout cela reut de nos petits crateurs une enveloppe moins inhumaine1 des lments doux et fconds qu'ils tiraient du lait maternel 7j'appelle ainsi le mucus de la mer71 qu'ils laboraient1 dposaient1 dont ils firent la terre habitable4 ,dans ces milieux plus favorables put s'accomplir l'amlioration1 l'ascension des espces primitives4 ,ces travaux durent se faire d'abord entre les les volcaniques1 au fond de leurs archipels1 dans ces mandres sinueux1 ces paisibles labyrinthes o la vague ne pntre que discrtement1 tides berceaux pour les premiers-ns4 ,mais la fleur panouie fleurit en toute plnitude dans les enfoncements profonds1 par exemple des golfes indiens4 ,la mer fut l un grand artiste4 ,elle donna la terre les formes adores1 bnies1 o se plat crer l'amour4 ,de ses caresses assidues1 arrondissant le rivage1 elle lui donna les contours maternels1 et j'allais dire la tendresse visible du sein de la femme1 ce que l'enfant trouve si doux1 abri1 tideur et repos4 ,,iii ,l',,atome ,un pcheur m'avait donn un jour le fond de son filet1 trois cratures presque mourantes1 un oursin1 une toile de mer1 et une autre toile1 une jolie ophiure1 qui agitait encore et perdit bientt ses bras dlicats4 ,je leur donnai de l'eau de mer1 et les oubliai deux jours1 occup par d'autres soins4 ,quand j'y revins1 tout tait mort4 ,rien n'tait reconnaissable3 la scne tait renouvele4 ,une pellicule paisse et glatineuse s'tait forme la surface4 ,j'en pris un atome au bout d'une aiguille1 et l'atome1 sous le microscope1 me montra ceci3 ,un tourbillon d'animaux1 courts et forts1 trapus1 ardents 7des kolpodes71 allaient1 venaient1 ivres de vie1--j'oserais dire1 ravis d'tre ns1 faisant leur fte de naissance par une trange bacchanale4 ,au second plan fourmillaient de tout petits serpentaux ou anguilles microscopiques qui nageaient moins qu'ils ne vibraient pour se darder en avant 7on les nomme vibrions74 ,las d'un si grand mouvement1 l'oeil pourtant remarquait bientt que tout n'tait pas mobile4 ,il y avait des vibrions encore roides qui ne vibraient pas4 ,il y en avait de lis entre eux1 enlacs1 groups en grappes1 en essaims1 qui ne s'taient pas dtachs et qui avaient l'air d'attendre le moment de la dlivrance4 ,dans cette fermentation vivante d'tres immobiles encore1 se ruait1 rageait1 fourrageait1 la meute dsordonne de ces gros trapus 7les kolpodes71 qui semblaient en faire pture1 s'en rgaler1 s'y engraisser1 vivre l discrtion4 ,notez que ce grand spectacle se dployait dans l'enceinte d'un atome pris la pointe d'une aiguille sur la pellicule4 ,combien de scnes pareilles aurait offertes cet ocan glatineux1 si promptement venu sur le vase6 ,le temps avait t merveilleusement mis profit4 ,les mourants ou morts1 de leur vie chappe1 avaient sur-le-champ fait un monde4 ,pour trois animaux perdus1 j'en avais gagn des millions2 ceux-ci si jeunes et si vivants1 emports d'un mouvement si violent1 si absorbant1 d'une vraie furie de vivre6 99 99 99 ,ce monde infini1 tellement ml au ntre1 qui est partout autour de nous-mmes1 en nous1 tait peu prs inconnu jusqu' ce temps4 ,swammerdam et autres1 qui jadis l'avaient entrevu1 furent arrts au premier pas4 ,bien tard1 en #ahcj1 le magicien ,ehrenberg l'voqua1 le rvla1 le classa4 ,il tudia la figure de ces invisibles1 leur organisation1 leurs moeurs1 les vit absorber1 digrer1 naviguer1 chasser1 combattre4 ,leur gnration lui resta obscure4 ,quels sont leurs amours8 ont-ils des amours8 ,chez des tres si lmentaires1 la nature fait-elle les frais d'une gnration complique8 ,ou natraient-ils spontanment1 comme telle moisissure vgtale8 la foule dit comme un champignon4 ,grande question o plus d'un savant sourit et secoue la tte4 ,on est si sr de tenir dans sa main le mystre du monde1 d'avoir invariablement fix les lois de la vie6 ,c'est la nature d'obir4 ,lorsqu'on dit ,raumur1 il y a cent ans1 que la femelle du ver soie pouvait produire seule et sans mle1 il nia1 dit3 ,rien ne vient de rien4 ,le fait1 toujours dmenti1 et toujours prouv1 vient de l'tre enfin dcidment et admis1 non-seulement pour le ver soie1 mais pour l'abeille et certain papillon1 pour d'autres animaux encore4 99 99 99 ,de tout temps1 chez toute nation1 chez les sages et dans le peuple1 on disait3 ,la mort fait la vie4 ,on supposait spcialement que la vie des imperceptibles surgit immdiatement des dbris que la mort lui lgue4 ,harvey mme1 qui le premier formula la loi de gnration1 n'osa dmentir cette ancienne croyance4 ,en disant3 ,tout vient de l'oeuf1 il ajouta3 ou des lments dissous de la vie prcdente4 ,c'est justement la thorie qui vient de renatre avec tant d'clat par les expriences de ,m4 ,pouchet4 ,il tablit que des dbris d'infusoires et autres tres se cre la gele fconde1 la membrane prolifre1 d'o naissent non pas de nouveaux tres1 mais les germes1 les ovules d'o ils pourront natre ensuite4 ,nous sommes dans un temps de miracles4 ,il faut en prendre son parti4 ,celui-ci n'a rien qui tonne4 ,on aurait ri autrefois si quelqu'un et prtendu que des animaux1 indociles aux lois tablies1 se donnent la licence de respirer par la patte4 ,les beaux travaux de ,milne ,edwards ont mis cela en lumire4 ,de mme ,cuvier et ,blainville avaient1 dit-on1 observ que d'autres tres1 qui n'ont pas d'organes rguliers de circulation1 y supplent par les intestins2 mais ces grands naturalistes trouvrent la chose si norme1 qu'ils n'osrent la dire4 ,elle est tablie aujourd'hui par le mme ,milne ,edwards1 par ,m4 de ,quatrefages1 etc4 99 99 99 ,quoi qu'on pense de leur naissance1 nos atomes ns une fois offrent un monde infiniment1 admirablement vari4 ,toutes les formes de vie y sont dj reprsentes honorablement4 ,s'ils se connaissent1 ils doivent croire qu'ils composent entre eux une harmonie complte qui laisse peu dsirer4 ,ce ne sont pas des espces disperses1 cres part4 ,c'est visiblement un rgne1 o les genres divers ont organis une grande division du travail vital4 ,ils ont des tres collectifs comme nos polypes et nos coraux1 engags encore1 subissant les servitudes d'une vie commune4 ,ils ont de petits mollusques qui s'habillent dj de mignonnes coquilles4 ,ils ont des poissons agiles et de frtillants insectes1 de fiers crustacs1 miniature des crabes futurs1 comme eux1 arms jusqu'aux dents1 guerriers atomes qui chassent des atomes inoffensifs4 ,tout cela dans une richesse norme et pouvantable qui humilie la pauvret du monde visible4 ,sans parler de ces rhizopodes qui de leurs petits manteaux ont fait leur part des ,apennins1 surexhauss les ,cordillres1 les seuls foraminifres1 cette tribu si nombreuse d'atomes coquilles1 comptent jusqu' deux mille espces 7,charles d',orbigny74 ,on les trouve contemporains de tous les ges de la terre4 ,ils se reprsentent toujours diverses profondeurs dans nos trente crises du globe1 variant quelque peu de formes1 mais persistant comme genre1 restant tmoins identiques de la vie de la plante4 ,aujourd'hui le froid courant du ple austral que la pointe de l',amrique divise entre ses deux rivages en envoie impartialement quarante espces vers la ,plata1 quarante vers le ,chili4 ,mais la grande manufacture o ils se crent et s'organisent parat tre le fleuve chaud de la mer qui part des ,antilles4 ,les courants du ,nord les tuent4 ,le grand torrent paternel les charrie morts ,terre ,neuve et dans tout notre ocan1 dont ils composent le fond4 99 99 99 ,quand l'illustre pre des atomes1 j'entends leur parrain1 ,ehrenberg1 les baptisa1 les patrona1 les introduisit dans la science1 on l'accusa de faiblesse pour eux1 on dit qu'il faisait trop valoir ses petites cratures4 ,il les dclarait compliqus1 trs-levs d'organisation4 ,sa libralit tait telle pour eux1 qu'il allait jusqu' leur donner cent vingt estomacs4 ,le monde visible se piqua1 et1 par une raction violente1 ,dujardin les rduisit la dernire simplicit4 ,ces organes prtendus pour lui ne sont qu'apparence4 ,cependant1 ne pouvant nier leur puissance d'absorption1 il leur accorde le don d'improviser1 chaque instant1 des estomacs d' propos1 la mesure des morceaux qu'il s'agit d'avaler4 ,cette opinion n'a gagn nullement ,m4 ,pouchet 7qui penche pour ,ehrenberg74 99 99 99 ,ce qui est incontestable et admirable chez eux1 c'est la vigueur du mouvement4 ,plusieurs ont toute l'apparence d'une prcoce individualit4 ,ils ne restent pas longtemps asservis la vie communiste et polypire o tranent leurs suprieurs immdiats1 les vrais polypes4 ,beaucoup de ces invisibles1 de prime saut1 sont individus1 c'est--dire des tres capables d'aller1 venir seuls1 leur fantaisie1 de libres citoyens du monde qui ne dpendent que d'eux-mmes dans la direction de leurs mouvements4 ,tout ce qui pourra s'imaginer de locomotions diffrentes1 de manires d'aller dans le monde suprieur1 est gal1 surpass d'avance par les infusoires4 ,le tourbillon imptueux d'un astre puissant1 d'un soleil qui entrane comme ses plantes les faibles qu'il a rencontrs1 la course moins rgulire de la comte chevele qui traverse ou qui disperse des mondes vagues sur son passage1 la gracieuse ondulation de la svelte couleuvre qui suit l'eau ou nage terre1 la barque oscillante qui sait tourner propos1 driver pour passer plus loin2 enfin la reptation lente et circonspecte de nos tardigrades1 qui s'appuient1 s'attachent tout1 toutes ces allures diverses se trouvent chez les imperceptibles4 ,mais avec quelle merveilleuse simplicit de moyens6 ,tel n'est lui-mme qu'un fil qui1 pour avancer1 se darde1 comme un tire-bouchon lastique4 ,tel1 pour rame et gouvernail1 n'a qu'une queue ondulante ou de petits cils qui vibrent4 ,les charmantes vorticelles comme des urnes de fleurs s'amarrent ensemble sur une le 7une petite plante1 un petit crabe71 puis s'isolent en dtachant leur dlicat pdoncule4 99 99 99 ,ce qui frappe bien plus encore que les organes de mouvement1 c'est ce qu'on pourrait appeler les expressions1 les attitudes1 les signes originaux de l'humeur et du caractre4 ,il y a des tres apathiques1 d'autres trs-vifs et fantasques1 d'autres agits pour la guerre1 d'autres empresss sans cause 7ce semble7 et dans une vaine agitation4 ,parfois1 travers une masse de gens tranquilles et paisibles1 un tourdi1 sourd et aveugle1 renverse ou carte tout4 ,prodigieuse comdie6 ,ils ont l'air de faire entre eux la rptition du drame que jouera notre monde1 le noble et srieux monde des gros animaux visibles4 la tte des infusoires1 nommons avec quelque respect les gants majestueux1 les deux chefs d'ordre1 le haut type du mouvement1 celui de la force1 lente1 mais redoutable1 arme4 ,prenez de la mousse d'un toit1 mettez-la quelques jours dans l'eau1 regardez au microscope4 ,un puissant animal1 qui est1 faut-il dire1 l'lphant1 la baleine des infusoires1 se meut avec une vigueur et une grce de jeune vie que n'ont pas toujours ces colosses4 ,respect6 c'est le roi des atomes1 le rotifre1 ainsi nomm1 parce qu'aux deux cts de la tte il porte deux roues1 organes de locomotion qui l'assimileraient au bateau vapeur1 ou peut-tre armes de chasse qui l'aident atteindre de petites proies4 ,tout fuit1 tout cde1 un seul rsiste1 ne craint rien1 se fie ses armes4 ,c'est un monstre1 mais dj pourvu de sens suprieurs4 ,il a deux grands yeux de pourpre4 ,peu mobile1 et vrai tardigrade1 en revanche1 il voit et il est arm4 ,il a1 ses fortes pattes1 des ongles fort accentus1 qui lui servent s'amarrer1 au besoin1 sans doute1 combattre4 99 99 99 ,puissant dbut de la nature1 qui1 dans cette conomie de substance et de matire1 avec rien commence crer de faon si majestueuse6 ,sublime coup d'archet d'ouverture6 ,ceux-ci 7qu'importe la taille67 ont une puissance colossale d'absorption et de mouvement que seront bien loin d'avoir les normes animaux qu'on classe beaucoup plus haut dans la srie animale4 ,l'hutre1 fixe sur son rocher1 la limace marchant sur le ventre1 sont au rotifre ce que me seraient1 moi1 les ,alpes1 les ,cordillres1 des tres si disproportionns1 qu'on ne peut les mesurer du regard1 peine du calcul et de la pense4 ,cependant qu'est devenue chez ces montagnes animales la prestesse et l'ardeur de vie que dployait le rotifre8 ,quelle chute nous faisons en montant6444 ,mes atomes taient trop vivants1 mobiles jusqu' blouir1 et ces gigantesques btes sont frappes de paralysie4 ,que serait-ce si le rotifre pouvait concevoir l'tre collectif o sommeille un infini1 par exemple1 la superbe1 la colossale ponge toile que vous voyez au ,musum8 ,elle est lui ce qu'est l'homme le globe mme de la terre avec ses neuf mille lieues de tour4 ,eh bien1 je suis convaincu que dans cette comparaison1 loin d'en tre humili1 l'atome aurait un accs d'orgueil et dirait3 ,je suis grand4 99 99 99 ,ah6 rotifre1 rotifre6 ,il ne faut mpriser personne4 ,je sens bien tes avantages et la supriorit4--,mais qui sait si cette vie captive dont tu ris n'est pas un progrs8 ,ta libert tourdie d'agitation vertigineuse serait-elle le terme des choses8 ,pour prendre son point de dpart vers des destines plus hautes1 la nature aime mieux subir un immobile enchantement4 ,elle entre au spulcre obscur de ce triste communisme o chaque lment compte peu4 ,elle apprend dominer l'inquitude individuelle1 concentrer la substance au profit des vies suprieures4 ,elle sommeille l quelque temps1 comme la ,belle au bois dormant4 ,mais1 sommeil ou captivit1 ensorcellement1 quoi que ce soit1 cet tat n'est pas la mort4 ,elle vit1 cette pre matire de l'ponge1 feutre de silex4 ,sans se mouvoir1 sans respirer1 sans organes de circulation1 sans aucun appareil des sens1 elle vit4 ,comment le sait-on8 ,elle enfante deux fois par an4 ,elle a l'amour sa manire1 et mme plus richement que bien d'autres4 ,au jour venu1 de petites sphres chappent de la mre ponge1 armes de faibles nageoires qui leur donnent quelques moments de mouvement et de libert4 ,bientt fixes1 elles se montrent des spongilles dlicates qui vont leur tour grandir4 ,ainsi1 dans l'absence apparente des sens et de tout organisme1 dans cette mystrieuse nigme1 au seuil douteux de la vie1 la gnration la rvle et fait l'ouverture du monde visible par lequel nous allons monter4 ,rien n'est encore1 et dans ce rien apparat dj la maternit4 ,comme chez les dieux d'gypte1 ,isis1 ,osiris1 qui engendrent avant leur naissance1 l',amour ici nat avant l'tre4 ,,iv ,,fleur ,,de ,,sang ,au coeur du globe1 dans les eaux chaudes de la ligne et sur leur fond volcanique1 la mer surabonde de vie ce point de ne pouvoir1 ce semble1 quilibrer ses crations4 ,elle dpasse la vie vgtale4 ,ses enfantements du premier coup vont jusqu' la vie anime4 ,mais ces animaux se parent d'un trange luxe botanique1 des livres splendides d'une flore excentrique et luxuriante4 ,vous voyez perte de vue des fleurs1 des plantes et des arbustes2 vous les jugez tels aux formes1 aux couleurs4 ,et ces plantes ont des mouvements1 ces arbustes sont irritables1 ces fleurs frmissent d'une sensibilit naissante1 o va poindre la volont4 ,oscillation pleine de charme1 quivoque toute gracieuse6 ,aux limites des deux rgnes1 l'esprit1 sous ces apparences flottantes d'une fantastique ferie1 tmoigne de son premier rveil4 ,c'est une aube1 c'est une aurore4 ,par les couleurs clatantes1 les nacres ou les maux1 il dit le songe de la nuit et la pense du jour qui vient4 ,pense6 ,osons-nous dire ce mot8 ,non1 c'est un songe1 un rve encore1 mais qui peu peu s'claircit1 comme les rves du matin4 99 99 99 ,dj au nord de l',afrique1 ou de l'autre ct sur le ,cap1 le vgtal qui rgnait seul dans la zone tempre se voit des rivaux anims qui vgtent aussi1 fleurissent1 l'galent1 le surpassent bientt4 ,le grand enchantement commence1 et il va toujours augmenter1 en s'avanant vers l'quateur4 ,des arbustes singuliers1 lgants1 les gorgones1 les isis1 tendent leur riche ventail4 ,le corail rougit sous les flots4 ct des brillants parterres d'une iris de toute couleur commencent les plantes de pierres1 les madrpores o toutes branches 7faut-il dire leurs mains et leurs doigts87 fleurissent d'une neige rose comme celle des pchers1 des pommiers4 ,sept cents lieues avant l'quateur1 et sept cents lieues au del1 continue cette magie d'illusion4 ,il est des tres incertains1 les corallines1 par exemple1 que les trois rgnes se disputent4 ,elles tiennent de l'animal1 elles tiennent du minral2 finalement elles viennent d'tre adjuges aux vgtaux4 ,peut-tre est-ce le point rel o la vie obscurment se soulve du sommeil de pierre1 sans se dtacher encore de ce rude point de dpart1 comme pour nous avertir1 nous si fiers et placs si haut1 de la fraternit terniaire1 du droit que l'humble minral a de monter et s'animer1 et de l'aspiration profonde qui est au sein de la ,nature4 99 99 99 ,nos prairies1 nos forts de terre1 dit ,darwin1 paraissent dsertes et vides1 si on les compare celles de la mer4 ,et1 en effet1 tous ceux qui courent sur les transparentes mers des ,indes sont saisis de la fantasmagorie que leur offre le fond4 ,elle est surtout surprenante par l'change singulier que les plantes et les animaux font de leurs insignes naturels1 de leur apparence4 ,les plantes molles et glatineuses1 avec des organes arrondis qui ne semblent ni tiges ni feuilles1 affectant le gras1 la douceur des courbes animales1 semblent vouloir qu'on s'y trompe1 et qu'on les croie animaux4 ,les vrais animaux ont l'air de s'ingnier pour tre plantes et ressembler aux vgtaux4 ,ils imitent tout de l'autre rgne4 ,les uns ont la solidit1 la quasi-ternit de l'arbre4 ,les autres sont panouis1 puis se fanent1 comme la fleur4 ,ainsi l'anmone de mer s'ouvre en ple marguerite rose1 ou comme un aster grenat orn d'yeux d'azur4 ,mais1 ds qu'elle a de sa corolle laiss chapper une fille1 une anmone nouvelle1 vous la voyez fondre et s'vanouir4 ,bien autrement variable1 le prote des eaux1 l'alcyon1 prend toute forme et toute couleur4 ,il joue la plante1 il joue le fruit2 il se dresse en ventail1 devient une haie buissonneuse ou s'arrondit en gracieuse corbeille4 ,mais tout cela fugitif1 phmre1 de vie si craintive1 qu'au moindre frmissement tout disparat1 rien ne reste2 tout en un moment est rentr au sein de la mre commune4 ,vous retrouvez la sensitive dans une de ces formes lgres2 la cornulaire1 au toucher1 se replie sur elle-mme1 ferme son sein1 comme la fleur sensible la fracheur du soir4 ,lorsque d'en haut vous vous penchez au bord des rcifs1 des bancs de coraux1 vous voyez sous l'eau le fond du tapis1 vert d'astres et de tubipores1 les fungies moules en boules de neige1 les mandrines histories de leur labyrinthe1 dont les valles1 les collines1 se marquent en vives couleurs4 ,les cariophylles 7ou oeillets7 de velours vert1 nu d'orange1 au bout de leur rameau calcaire1 pchent leurs petits aliments en remuant doucement dans l'eau leurs riches tamines d'or4 ,sur la tte de ce monde d'en bas1 comme pour l'abriter du soleil1 ondulant en saules1 en lianes1 ou se balanant en palmiers1 les majestueuses gorgones de plusieurs pieds font1 avec les arbres nains de l'isis1 une fort4 ,d'un arbre l'autre1 la plumaria enroule sa spirale qu'on croirait une vrille de vigne et les fait correspondre ensemble par ses fins et lgers rameaux1 nuancs de brillants reflets4 ,cela charme1 cela trouble2 c'est un vertige et comme un songe4 ,la fe aux mirages glissants1 l'eau1 ajoute ces couleurs un prisme de teintes fuyantes1 une mobilit merveilleuse1 une inconstance capricieuse1 une hsitation1 un doute4 ,ai-je vu8 ,non1 ce n'tait pas444 tait-ce un tre ou un reflet8444 ,oui pourtant1 ce sont bien des tres6 car je vois un monde rel qui s'y loge et qui s'y joue4 ,les mollusques y ont confiance1 y tranent leur coquille nacre4 ,les crabes y ont confiance1 y courent1 y chassent4 ,d'tranges poissons1 ventrus et courts1 vtus d'or et de cent couleurs1 y promnent leur paresse4 ,des anlides pourpres1 violettes1 serpentent et s'agitent prs de la dlicate toile1 l'ophiure1 qui1 sous le soleil1 tend1 dtend1 roule et droule tour tour ses bras lgants4 ,dans cette fantasmagorie1 avec plus de gravit1 le madrpore arborescent montre ses couleurs moins vives4 ,sa beaut est dans la forme4 ,elle est dans l'ensemble surtout1 dans le noble aspect de la cit commune2 l'individu est modeste1 et la rpublique imposante4 ,ici1 elle a l'assise forte de l'alos et du cactus4 ,ailleurs1 c'est la tte du cerf1 sa superbe ramure4 ,ailleurs encore l'extension des vigoureux rameaux d'un cdre qui a d'abord tendu des bras horizontaux et qui va monter toujours4 ,ces formes1 aujourd'hui dpouilles des milliers de fleurs vivantes qui les animaient1 les couvraient1 ont peut-tre1 en cet tat svre1 un plus vif attrait pour l'esprit4 ,j'aime voir les arbres l'hiver1 quand leurs fins rameaux1 dgags du luxe encombrant des feuilles1 nous disent ce qu'ils sont en eux-mmes1 rvlent dlicatement leur personnalit cache4 ,il en est ainsi de ces madrpores4 ,dans leur nudit actuelle1 de peintures devenus sculptures1 plus abstraits pour ainsi dire1 il semble qu'ils vont nous apprendre le secret de ces petits peuples dont ils sont le monument4 ,plusieurs ont l'air de nous parler par d'tranges caractres4 ,ils ont des enlacements1 des enroulements compliqus qui visiblement diraient quelque chose4 ,qui saura les interprter8 et quel mot pourrait les traduire8 ,on sent bien qu'aujourd'hui encore il y a une pense l dedans4 ,on ne s'en dtache pas aisment4 ,on y revient1 et l'on y reste4 ,on ple1 on croit comprendre4 ,puis1 cette lueur vous fuit1 et l'on se frappe le front4 ,combien les ruches d'abeilles dans leur froide gomtrie sont moins significatives6 ,elles sont un produit de la vie4 ,mais ceci1 c'est la vie mme4 ,la pierre ne fut pas simplement la base et l'abri de ce peuple2 elle fut un peuple antrieur1 la gnration primitive qui1 peu peu supprime par les jeunes qui venaient dessus1 a pris cette consistance4 ,donc1 tout le mouvement d'alors1 l'allure de la cit premire1 sont l visibles et saisissants1 d'une vrit flagrante1 comme tel dtail vivant d',herculanum ou ,pompe4 ,mais ici tout s'est fait sans violence et sans catastrophe1 par un progrs naturel2 il y a une paix sereine1 un attrait singulier de douceur4 ,tout sculpteur y admirerait les formes d'un art merveilleux qui1 dans les mmes motifs1 a trouv d'infinies variantes1 changer et renouveler tous nos arts d'ornementation4 ,mais il y a considrer bien autre chose que la forme4 ,les riches arborescences o s'pancha l'activit de ces laborieuses tribus1 les ingnieux labyrinthes qui semblent chercher un fil1 ce profond jeu symbolique de vie vgtale et de toute vie1 c'est l'effort d'une pense1 d'une libell captive1 ses ttonnements timides vers la lumire promise1--clair charmant de la jeune me engage dans la vie commune1 mais qui doucement1 sans violence1 avec grce s'en mancipait4 ,j'ai chez moi deux de ces petits arbres1 d'espce analogue1 pourtant diffrente4 ,nul vgtal n'est comparable4 ,l'un de blancheur immacule1 comme d'un albtre sans clat1 d'une richesse amoureuse qui de chaque branche1 elle-mme ramifie1 donne flot boutons1 bourgeons1 petites fleurs1 sans jamais pouvoir dire3 ,assez4--,l'autre1 moins blanc et plus serr1 dont tout rameau comprend un monde4 ,adorables tous les deux par la ressemblance et la dissemblance1 l'innocence1 la fraternit4 ,oh6 qui me dirait le mystre de l'me enfantine et charmante qui a fait cette ferie6 ,on la sent circuler encore1 cette me libre et captive1 mais d'une captivit aime1 qui rve la libert et n'en voudrait pas tout fait4 ,les arts n'ont pas su jusqu'ici s'emparer de ces merveilles1 qui les auraient tant servis4 ,labelle statue de la ,nature 7 la porte du ,jardin des ,plantes7 et d en tre entoure4 ,on ne devait montrer la ,nature que dans la ferie triomphale qui ne la quitte jamais4 ,il fallait1 sans mnager1 exhausser de tous ses dons la hauteur d'une montagne le trne majestueux o on la fait asseoir4 ,ses premiers-ns1 les madrpores1 heureux de s'enterrer dessous1 en auraient fourni les assises1 y mettant leurs rameaux d'albtre1 leurs mandres et leurs toiles4 ,au-dessus leurs soeurs onduleuses1 de leurs corps1 de leurs fins cheveux1 auraient fait un doux lit vivant pour embrasser mollement de leur caressant amour la divine ,mre en son rve de l'ternel enfantement4 ,la peinture n'a pas russi ces choses mieux que la sculpture4 ,elle a peint les fleurs animes comme elle aurait fait des fleurs4 ,ce sont1 au fond1 des couleurs extraordinairement diffrentes4 ,les gravures colories dont on se contente en donnent la plus pauvre ide4 ,leurs teintes plates1 ples1 quoi qu'on fasse1 n'en rendent jamais l'onctueuse douceur1 la souplesse1 la tide motion4 ,les maux1 si l'on s'en servait1 comme l'a essay ,palissy1 y seraient toujours durs et froids2 admirables pour les reptiles1 pour les cailles de poissons1 ils sont trop luisants pour rendre ces molles et tendres cratures qui n'ont pas mme de peau4 ,les petits poumons extrieurs que montrent les annlides1 les lgers filets nuageux que font flotter certains polypes1 les cheveux mobiles et sensibles qui ondoient sous la mduse1 sont des objets non-seulement dlicats mais attendrissants4 ,ils sont de toutes nuances1 fines et vagues1 et pourtant chaudes4 ,c'est comme une haleine devenue visible4 ,vous y voyez une iris pour l'amusement des yeux4 ,pour eux1 c'est chose srieuse1 c'est leur sang1 leur faible vie traduite en teintes1 en reflets1 en lueurs changeantes qui s'animent ou plissent1 tour tour aspirent1 expirent4444 ,prenez garde4 ,n'touffez pas la petite me flottante1 muette1 qui pourtant vous dit tout1 et livre son mystre intime dans ces palpitantes couleurs4 99 99 99 ,les couleurs survivent peu4 ,la plupart fondent et disparaissent4 ,eux-mmes1 les madrpores1 ne laissent d'eux que leur base1 qu'on croirait inorganique1 et qui n'est pourtant que la vie condense1 solidifie4 ,les femmes1 qui ont ce sens bien plus fin que nous1 ne s'y sont pas trompes2 elles ont senti confusment qu'un de ces arbres1 le corail1 tait une chose vivante4 ,de l une juste prfrence4 ,la science eut beau leur soutenir que ce n'tait qu'une pierre2 puis1 que ce n'tait qu'un arbuste4 ,elles y sentaient autre chose4 ,madame1 pourquoi prfrez-vous toutes les pierres prcieuses cet arbre d'un rouge douteux8--,monsieur1 il va mon teint4 ,les rubis plissent4 ,celui-ci1 mat et moins vif1 relve plutt la blancheur4 ,elle a raison4 ,les deux objets sont parents4 ,dans le corail1 comme sur sa lvre et sur sa joue1 c'est le fer qui fait la couleur 7,vogel74 ,il rougit l'un et rose l'autre4 ,mais1 madame1 ces pierres brillantes ont un poli incomparable4--,oui1 mais celui-ci est doux4 ,il a la douceur de la peau1 et il en garde la tideur4 ,ds que je l'ai deux minutes1 c'est ma chair et c'est moi-mme4 ,et je ne m'en distingue plus4 --,madame1 il est de plus beaux rouges4--,docteur1 laissez-moi celui-ci4 ,je l'aime4 ,pourquoi8 ,je n'en sais rien444 ,ou1 s'il y a une raison1 celle qui en vaut bien une autre1 c'est que son nom oriental et le vrai1 c'est3 ,fleur de sang4 ,v ,,les ,,faiseurs ,,de ,,mondes ,notre ,musum d'histoire naturelle1 dans sa trop troite enceinte1 est un palais de ferie4 ,le gnie des mtamorphoses1 de ,lamarck et de ,geoffroy1 semble y rsider partout4 ,dans la sombre salle d'en bas les madrpores1 en silence1 fondent le monde de plus en plus vivant1 qui s'lve au-dessus d'eux4 ,plus haut le peuple des mers1 ayant atteint sa complte nergie d'organisation dans ses animaux suprieurs1 prpare les vies de la terre4 ,au sommet1 les mammifres4--,sur lesquels la tribu divine des oiseaux dploie ses ailes et semble chanter encore4 ,la foule ne regarde gure les premiers4 ,elle passe vite devant ces ans du globe4 ,il fait froid1 humide chez eux4 ,elle monte vers la lumire1 vers tant de choses brillantes4 ,nacre1 ailes de papillons1 plumes d'oiseaux1 c'est ce qui la charme4 ,moi qui m'arrte plus en bas1 je me suis souvent vu seul dans l'obscure petite galerie4 ,j'aime cette crypte de la grande glise4 ,j'y sens mieux l'me sacre1 l'esprit prsent de nos matres1 leur grand1 leur sublime effort1 et aussi l'audace immortelle des voyageurs partis de l4 ,quelque part que soient leurs os1 eux-mmes restent au ,musum par les trsors qu'ils lui donnrent et qu'ils ont pays de leur vie4 99 99 99 ,l'autre jour1 #a;er octobre1 m'y tant un peu attard1 j'y lisais non sans peine l'tiquette de quelques madrpores4 ,l'une1 place tout prs de la porte1 me montra ce nom3 ,lamarck4 ,une chaleur me passa au coeur1 un mouvement religieux4 ,grand nom et dj antique6 ,c'est comme si1 aux tombeaux de ,saint-,denis1 on voyait le nom de ,clovis4 ,la gloire de ses successeurs1 leur royaut1 leurs dbats1 ont obscurci1 recul dans le temps celui par lequel pourtant on passa d'un sicle l'autre4 ,c'est lui1 cet aveugle ,homre du ,musum1 qui1 par l'instinct du gnie1 cra1 organisa1 nomma1 ce qu'on ne savait gure encore1 la classe des ,invertbrs4 ,une classe8 mais c'est un monde1 c'est l'abme de la vie molle et demi-organise qui manque encore la vertbre1 la centralisation osseuse1 le soutien essentiel de la personnalit4 ,ils intressent d'autant plus1 car visiblement ils commencent tout4 ,humbles tribus1 jusque-l ngliges6 ,raumur1 dans les insectes1 avait mis les crocodiles4 ,le glorieux comte de ,buffon ne daigna savoir les noms de cette populace infime2 il les laissa hors du ,versailles olympien qu'il levait la ,nature4 ,ils attendirent jusqu' ,lamarck1 ces grands peuples obscurs1 confus1 ces exils de la science1 qui pourtant remplissent tout1 ont tout prpar4 ,c'taient justement les ans qu'on avait empchs d'entrer4 ,les admis1 les compter1 auraient t peu de chose4 ,si l'on veut juger par le nombre1 on pouvait dire que l'exclue1 oublie1 laisse la porte1 c'tait la ,nature elle-mme4 99 99 99 ,le gnie des mtamorphoses venait d'tre mancip par la botanique et par la chimie4 ,ce fut une chose hardie1 mais fconde1 de prendre ,lamarck dans la botanique o il avait pass sa vie et de lui imposer d'enseigner les animaux4 ,ce gnie ardent et fait aux miracles pour les transformations des plantes1 plein de foi dans l'unit de l vie1 fit sortir et les animaux1 et le grand animal1 le globe1 de l'tat ptrifi o on les tenait4 ,il rtablit de forme en forme la circulation de l'esprit4 ,demi-aveugle1 ttons1 il toucha intrpidement mille choses dont les clairvoyants n'osaient approcher encore4 ,du moins1 il y mettait sa flamme4 ,geoffroy1 ,cuvier et ,blainville les ont trouves chaudes et vivantes4 ,tout est vivant1 disait-il1 ou le fut4 ,tout est vie1 prsente ou passe4 ,grand effort rvolutionnaire contre la matire inerte1 et qui irait jusqu' supprimer l'inorganique4 ,rien ne serait mort tout fait4 ,ce qui a vcu peut dormir et garder la vie latente1 une aptitude revivre4 ,qui est vraiment mort8 personne4 ,ce mot a enfl d'un souffle immense les voiles du dix-neuvime sicle4 ,hasard1 ou non1 il nous a pousss o nous n'aurions t jamais4 ,nous nous sommes mis en qute1 demandant chaque chose1 histoire ou histoire naturelle3 ,qui es-tu8--,je suis la vie4--,la mort a t fuyant sous le regard des sciences4 ,l'esprit va toujours vainqueur et la faisant reculer4 99 99 99 ,entre ces ressuscits1 je vois d'abord mes madrpores4 ,jusque-l pierre morte et calcaire grossier1 ils prirent l'intrt de la vie4 ,lorsque ,lamarck les runit1 les expliqua au ,musum1 on venait de les surprendre dans le mystre de leur activit1 dans leurs immenses crations4 ,on avait appris d'eux comment se fait un monde4 ,on commena souponner que1 si la terre fait l'animal1 l'animal aussi fait la terre1 et que tous deux accomplissent l'un pour l'autre l'office de cration4 ,l'animalit est partout4 ,elle emplit tout et peuple tout4 ,on en trouve les restes ou l'empreinte jusque dans ces minraux1 comme le marbre statuaire1 l'albtre1 qui ont pass par le creuset des feux les plus destructeurs4 chaque pas dans la connaissance de l'actuel1 on dcouvre un pass norme de vie animale4 ,du jour o l'optique permit d'apercevoir l'infusoire1 on le vit faisant les montagnes1 on le vit pavant l',ocan4 ,le dur silex du tripoli est une masse d'animalcules1 l'ponge un silex anim4 ,nos calcaires tout animaux4 ,paris est bti d'infusoires4 ,une partie de l',allemagne repose sur une mer de corail1 aujourd'hui ensevelie4 ,infusoires1 coraux1 testacs1 c'est de la chaux1 de la craie4 ,sans cesse ils la tirent de la mer4 ,mais les poissons qui dvorent le corail le rendent comme craie1 et restituent celle-ci aux eaux d'o elle est venue4 ,ainsi la mer de corail1 dans son travail d'enfantement1 de soulvements1 de mouvements1 dans ses constructions sans cesse augmentes ou affaisses1 bties1 ruines1 rebties1 est une fabrique immense de calcaire1 qui va alternant entre ses deux vies3 vie agissante aujourd'hui1 vie disponible qui agira demain4 99 99 99 ,forster a vu1 et trs-bien vu 7ce qu'on a ni tort7 que ces les circulaires sont des cratres de volcans1 exhausss par les polypes4 ,dans toute hypothse contraire on ne peut expliquer cette identit de forme4 ,c'est toujours un petit anneau d'environ cent pas de diamtre1 fort bas1 battu au dehors par les flots1 mais renfermant au dedans un bassin tranquille4 ,quelques plantes de trois ou quatre espces font une couronne de verdure clairseme au bassin intrieur4 ,l'eau est du plus beau vert4 ,l'anneau est de sable blanc 7rsidu de coraux dissous7 en contraste avec le bleu fonc de l',ocan4 ,sous l'eau sale1 nos ouvriers travaillent4 ,selon leurs espces ou leurs caractres1 les uns plus hardis aux brisants1 aux cts paisibles les bonnes gens timides4 ,voil un monde peu vari4 ,attendez4 ,les vents les courants1 travaillent l'enrichir4 ,il ne faut qu'une bonne tempte pour que les les voisines fassent la fortune de celle-ci4 ,c'est l une des plus magnifiques fonctions de la tempte4 ,plus elle est grande1 violente1 tourbillonnante1 enlevant tout1 plus elle est fconde4 ,une trombe passe sur une le3 le torrent qu'elle y produit1 charg de limon1 de dbris1 de plantes mortes ou vivantes1 parfois de forts arraches1 flot noir1 bourbeux1 perce la mer1 et bientt pouss des vagues ici et l1 distribue ces prsents aux les prochaines4 ,un grand messager de la vie1 et l'un des plus transportables1 c'est la solide noix de coco4 ,non-seulement elle voyage2 mais1 jete sur les rcifs1 si elle trouve un peu de sable blanc1 o priraient d'autres plantes1 elle y prend et s'en contente4 ,si elle trouve une eau saumtre qu'aucun vgtal n'aimerait1 elle la compte pour eau douce1 et vit l1 et s'enfonce l4 ,elle germe1 elle pousse1 et c'est un arbre1 un robuste cocotier4 ,un arbre1 c'est bientt de l'eau douce1 et des dbris1 donc de la terre4 ,cela invite d'autres arbres1 et bientt l'on voit des palmiers4 ,des vapeurs arrtes par eux se fait un ruisseau qui1 coulant du centre de l'le1 maintient dans la blanche ceinture une perce que respectent les polypes1 habitants de l'eau sale4 99 99 99 ,on connat maintenant la rapidit extrme de leur travail4 ,rio-,janeiro1 en quarante jours de relche1 des canots disparaissaient dj sous les tubulaires qui s'en taient empars4 ,un dtroit1 prs de l',australie1 comptait nagure vingt-six lots4 ,il en a dj cent cinquante bien reconnus2 l',amiraut anglaise annonce qu'il en a davantage1 et qu'en vingt ans1 dans sa longueur de quarante lieues1 il sera impraticable4 ,le rcif oriental de l',australie a trois cent soixante lieues 7cent vingt-sept sans interruption72 celui de la ,nouvelle-,caldonie1 cent quarante-cinq lieues4 ,des groupes d'les1 dans le ,pacifique1 ont quatre cents lieues de long1 sur cent cinquante de large4 ,la seule chane des ,maldives a presque cinq cents milles de long4 ,ajoutez les bancs de l'le de ,france1 les bas-fonds de la mer ,rouge1 incessamment exhausss4 ,timor1 avec ses environs1 offre un monde tout animal4 ,on ne foule que choses vivantes4 ,les roches offrent tant de formes bizarres1 et de riches couleurs1 qu'on en est saisi1 bloui4 ,vous les voyez dans un espace de plusieurs lieues dans l'eau de mer1 peu profonde 7peut-tre d'un pied71 qui travaillent tranquillement1 mais activement continuent leur mtier de crateurs4 ,le premier observateur intelligent fut ,forster1 compagnon de ,cook1 qui les trouva l'ouvrage1 les prit sur le fait dans leur grande conspiration pour faire petit bruit des les par milliers1 des chanes d'les1 peu peu un continent4 ,cela se passait sous ses yeux comme aux premiers jours du monde4 ,des profondeurs sous-marines le feu central pousse un dme1 un cne1 qui1 s'entr'ouvrant1 de sa lave pendant quelque temps fait un cratre circulaire4 ,mais la force volcanique s'puise4 ,et ce cratre tide se couronne de gele vivante1 animale et polypire1 qui1 rejetant toujours de soi un mucus1 va exhaussant ce cirque jusqu' la basse mer2 pas plus haut2 car1 au-dessus1 ils seraient toujours sec2 mais1 d'autre part1 pas plus bas2 car ils visent la lumire4 ,s'ils n'ont pas d'organe spcial pour la percevoir1 elle les pntre4 ,le puissant soleil des tropiques1 qui traverse de part en part leur petit tre transparent1 semble avoir sur eux l'attraction d'un invincible magntisme4 ,quand la mer baisse et les dcouvre1 ils n'en restent pas moins ouverts et boivent la vive lumire4 99 99 99 ,dumont d',urville1 qui si souvent ctoyait leurs petites les1 dit3 ,c'est un trange supplice de voir de prs la paix de ce bassin intrieur1 de voir tout autour sous l'eau peu profonde des bancs avancs o s'talent les coraux en parfaite scurit1 lorsqu'on est soi-mme en pleine tempte4 ,ce monde aimable est un cueil4 ,touchez et vous tes bris4 ,la mer transparente vous montre un abme pic de cent brasses4 ,ne vous fiez pas aux ancres4 ,nul cble qui1 au frottement1 ne soit us1 bientt coup4 ,l'anxit est extrme dans les longues nuits o la houle australe vous pousse sur ces tranchants rasoirs4 99 99 99 ,les innocents faiseurs d'cueils ne manquent pourtant pas de rponse aux accusations4 ,ils disent3 ,donnez-nous le temps4 ,ces bords adoucis peu peu deviendront hospitaliers4 ,laissez-nous faire4 ,les bancs lis aux bancs voisins n'auront plus ces remous terribles4 ,nous vous faisons un monde de rechange pour le cas o prirait le vtre4 ,vous nous bnirez peut-tre1 s'il vous vient un cataclysme1 si1 comme l'a dit quelqu'un1 la mer verse d'un ple l'autre tous les dix mille ans4 ,vous vous tiendrez fort heureux de trouver l nos les australes o nous aurons fait un refuge4 ,avouons-le1 disent-ils encore1 quand mme malheureusement quelques vaisseaux y priraient1 ce que nous faisons ici est utile1 est bon et grand4 ,notre monde improvis pourrait avoir quelque orgueil4 ,sans parler de la beaut de ses triomphantes couleurs qui effacent celles de la terre1 sans parler des gracieux cercles1 des courbes o nous nous complaisons1--tant de problmes obscurs qui vous arrtent semblent chez nous avoir trouv solution4 ,la distribution du travail1 une charmante varit dans une grande rgularit1 un ordre gomtrique qui cependant a les grces d'une libert naissante1--o trouver cela chez vous autres hommes8 ,notre travail incessant pour allger l'eau de ses sels y cre les courants magnifiques qui en font la vie1 la salubrit4 ,nous sommes les esprits de la mer2 nous lui donnons le mouvement4 ,elle n'est pas ingrate1 il est vrai4 ,elle vient point nomm nous nourrir4 ,et1 non moins exacte1 la chaude lumire nous caresse1 nous pare de ses riches couleurs4 ,nous sommes les bien-aims de ,dieu1 ses ouvriers favoris4 ,il nous charge d'baucher ses mondes4 ,tous les puns de ce globe qui viennent ont besoin de nous4 ,notre ami1 le cocotier1 ce gant qui sur notre le inaugure la vie terrestre1 n'y parvient qu'en nous demandant nos poussires pour y puiser4 ,la vie vgtale1 au fond1 est un legs1 un don1 une aumne de nos libralits4 ,riche de nous1 elle nourrira la cration suprieure4 ,mais pourquoi d'autres animaux8 ,nous sommes un monde complet1 harmonique1 et qui suffit4 ,le cercle de la cration pourrait se fermer ici4 ,dieu par nous couronna son le2 sur son ancien volcan de feu1 il a fait un volcan de vie1--bien mieux1 l'panouissement de ce paradis vivant4 ,il a ce qu'il a voulu1 et maintenant va se reposer4 ,pas encore et pas encore4 ,une cration doit monter par-dessus la vtre1 une chose que vous ne craignez pas4 ,ce rival n'est pas la tempte1 vous la bravez2 ni l'eau douce1 vous btissez ct4 ,ce n'est pas mme la terre qui peu peu envahit et couvre vos constructions4 ,cette autre puissance1 o est-elle8 ,en vous4 ,tout polype n'est pas rsign rester polype4 ,il y a dans votre rpublique telle cration inquite1 qui dit que la perfection de cette vie vgtative ce n'est pas la vie4 ,elle en rve une autre part3--s'en aller et naviguer seule1 voir l'inconnu1 le vaste monde1 se crer1 au hasard du naufrage1 certaine chose qui va poindre en elle et reste obscure en vous3 ,c'est l'me4 ,,vi ,,fille ,,des ,,mers ,j'ai pass les premiers mois de #aheh dans l'agrable petite ville d',hyres1 qui de loin regarde la mer1 les les et la presqu'le dont sa cte est abrite4 ,la mer1 cette distance1 attire plus puissamment peut-tre que si l'on tait au bord4 ,les sentiers qui y mnent invitent1 soit qu'on suive1 entre les jardins1 les haies de jasmin et de myrte1 soit qu'en montant quelque peu on traverse les oliviers et un petit bois ml de lauriers et de pins4 ,le bois n'empche nullement qu'on n'ait de temps autre quelques chappes de la mer4 ,ce lieu est1 non sans raison1 nomm ,coste-,belle4 ,nous y rencontrions souvent1 dans les beaux jours d'un doux hiver1 une fort touchante malade1 une jeune princesse trangre venue l de cinq cents lieues pour prolonger quelque peu sa vie dfaillante4 ,cette vie courte avait t triste et dure4 peine heureuse1 elle se voyait mourir4 ,elle se tranait appuye1 tendrement enveloppe de celui qui vivait d'elle et comptait ne pas survivre4 ,si les voeux et les prires pouvaient prolonger une vie1 elle et vcu2 elle avait pour elle ceux de tous1 surtout des pauvres4 ,mais le printemps arrivait et sa fin4 ,dans un jour d'avril o tout renaissait1 nous vmes passer encore les deux ombres sous ce bois ple1 comme un lyse de ,virgile4 99 99 99 ,nous arrivmes au golfe le coeur plein de cette pense4 ,entre les rochers assez pres1 les lagunes que laissait la mer gardaient de petits animaux trop lents qui n'avaient pu la suivre4 ,quelques coquilles taient l toutes retires en elles-mmes et souffrant de rester sec4 ,au milieu d'elles1 sans coquille1 sans abri1 tout ploye gisait l'ombrelle vivante qu'on nomme assez mal mduse4 ,pourquoi ce terrible nom pour un tre si charmant8 ,jamais je n'avais arrt mon attention sur ces naufrages qu'on voit si souvent au bord de la mer4 ,celle-ci tait petite1 de la grandeur de ma main1 mais singulirement jolie1 de nuances douces et lgres4 ,elle tait d'un blanc d'opale o se perdait1 comme dans un nuage1 une couronne de tendre lilas4 ,le vent l'avait retourne4 ,sa couronne de cheveux lilas flottait en dessus1 et la dlicate ombrelle 7c'est--dire son propre corps71 se trouvant dessous1 touchait le rocher4 ,trs-froisse en ce pauvre corps1 elle tait blesse1 dchire en ses fins cheveux qui sont ses organes pour respirer1 absorber et mme aimer4 ,tout cela1 sens dessus dessous1 recevait d'aplomb le soleil provenal1 pre son premier rveil1 plus pre par l'aridit du mistral qui s'y mlait par moments4 ,double trait qui traversait la transparente crature4 ,vivant dans ce milieu de mer dont le contact est caressant1 elle ne se cuirasse pas d'piderme rsistant1 comme nous autres animaux de la terre2 elle reoit tout vif4 ,prs de sa lagune sche1 d'autres lagunes taient pleines et communiquaient la mer4 ,le salut tait un pas4 ,mais1 pour elle qui ne se meut que par ses ondoyants cheveux1 ce pas tait infranchissable4 ,sous ce soleil1 on pouvait croire qu'elle serait bientt dissoute1 absorbe1 vanouie4 ,rien de plus phmre1 de plus fugitif que ces filles de la mer4 ,il en est de plus fluides1 comme la lgre bande d'azur qu'on appelle ceinture de ,vnus1 et qui1 peine sortie de l'eau1 se dissipe et disparat4 ,la mduse1 un peu plus fixe1 a plus de peine mourir4 tait-elle morte ou mourante8 ,je ne crois pas aisment la mort2 je soutins qu'elle vivait4 tout hasard1 il cotait peu de l'ter de l et de la jeter dans la lagune d' ct4 ,s'il faut tout dire1 la toucher j'avais un peu de rpugnance4 ,la dlicieuse crature1 avec son innocence visible et l'iris de ses douces couleurs1 tait comme une gele tremblotante1 glissait1 chappait4 ,je passai outre cependant4 ,je glissai la main dessous1 soulevai avec prcaution le corps immobile1 d'o tous les cheveux retombrent1 revenant la position naturelle o ils sont quand elle nage4 ,telle je la mis dans l'eau voisine4 ,elle enfona1 ne donnant aucun signe de vie4 ,je me promenai sur le bord4 ,mais au bout de dix minutes1 j'allai revoir ma mduse4 ,elle ondulait sous le vent4 ,rellement1 elle remuait et se remettait flot4 ,avec une grce singulire1 ses cheveux fuyant sous elle nageaient1 doucement l'loignaient du rocher4 ,elle n'allait pas bien vite1 mais enfin elle allait4 ,bientt je la vis assez loin4 99 99 99 ,elle n'aura peut-tre pas tard de chavirer encore4 ,il est impossible de naviguer avec des moyens plus faibles et de faon plus dangereuse4 ,elles craignent fort le rivage1 o tant de choses dures les blessent1 et1 en pleine mer1 le vent chaque instant les retourne4 ,alors leurs cheveux-nageoires tant par-dessus1 elles flottent l'aventure1 la proie des poissons1 la joie des oiseaux qui se font un jeu de les enlever4 ,pendant toute une saison passe aux bords de la ,gironde1 je les voyais fatalement pousses par la passe1 jetes la cte par centaines1 scher l misrablement4 ,celles-ci taient grosses1 blanches1 fort belles leur arrive1 comme de grands lustres de cristal avec de riches girandoles1 o le soleil miroitant mettait des pierreries4 ,hlas6 quel tat diffrent au bout de deux jours6 le sable fort heureusement s'affaissait dessous1 les cachait4 ,elles sont l'aliment de tous1 et elles-mmes n'ont gure d'aliment que la vie peu organise1 vague encore1 les atomes flottants de la mer4 ,elles les engourdissent1 les thrisent1 pour ainsi parler1 et les sucent sans les faire souffrir4 ,elles n'ont ni dents1 ni armes4 ,nulle dfense4 ,seulement quelques espces 7et non pas toutes1 dit ,forbes7 peuvent1 si on les attaque1 scrter une liqueur qui pique un peu1 comme l'ortie4 ,sensation si faible1 au reste1 que ,dicquemare n'a pas craint de la recevoir dans l'oeil et l'a fait impunment4 99 99 99 ,voil une crature bien peu garantie1 et en grand hasard4 ,elle est suprieure dj4 ,elle a des sens1 et1 si l'on en juge par les contractions1 une susceptibilit notable de souffrir4 ,on ne peut1 comme le polype1 la partager impunment4 ,dans ce cas1 lui1 il se double1 elle1 elle meurt4 ,comme lui1 glatineuse1 elle semble un embryon1 mais l'embryon trop tt renvoy du sein de la mre commune1 tir de la base solide1 de l'association qui fit la scurit du polype1 est lanc dans l'aventure4 99 99 99 ,comment est-elle partie1 l'imprudente8 comment sans voile1 rame ni gouvernail1 avoir quitt le port8 ,quel est son point de dpart8 ,ellis1 en #agej1 avait vu sur un polype surgir une petite mduse4 ,de nos jours plusieurs observateurs ont vu et mis hors de doute qu'elle est une forme de polype1 sortie de l'association4 ,la mduse1 pour le dire simplement1 est un polype mancip4 ,quoi d'tonnant8 dit trs-bien le sage ,m4 ,forbes1 qui les a tant tudies4 ,cela veut dire seulement qu' ce degr l'animal suit encore la loi vgtale4 ,de l'arbre1 tre collectif1 sort l'individu1 le fruit dtach1 lequel fruit fera un autre arbre4 ,un poirier1 c'est comme une sorte de polypier vgtal1 dont la poire 7libre individu7 peut nous donner un poirier4 ,de mme1 dit ,forbes encore1 que la branche d'une plante qui allait se charger de feuilles s'arrte dans son dveloppement1 se contracte1 devient un organe d'amour1 je veux dire une fleur1--le polypier1 contractant quelques-uns de ses polypes1 transformant leurs estomacs contracts1 fait le placenta1 les oeufs d'o sort sa fleur mobile1 la jeune et gracieuse mduse4 7,ann4 of the ,nat4 hist41 t4 ,,xiv1 #chg47 99 99 99 ,on aurait pu le deviner cette grce indcise1 cette faiblesse dsarme qui ne craint rien1 qui s'embarque sans instruments pour naviguer1 qui se confie trop la vie4 ,c'est la premire et touchante chappe de l'me nouvelle1 sortie1 sans dfense encore1 des srets de la vie commune1 essayant d'tre soi-mme1 d'agir et souffrir pour son compte1--molle bauche de la nature libre1--embryon de la libert4 tre soi1 tre soi seul un petit monde complet1 grande tentation pour tous6 universelle sduction6 belle folie qui fait l'effort et tout le progrs du monde4 ,mais dans ces premiers essais1 qu'elle semble peu justifie6 ,on dirait que la mduse fut cre pour chavirer4 ,charge d'en haut1 d'en bas mal assure1 elle est faite l'oppos de la physalie1 sa parente4 ,celle-ci n'a au-dessus de l'eau qu'un petit ballon1 une vessie insubmersible1 et laisse traner au fond ses longs tentacules1 infiniment longs1 de vingt pieds ou davantage1 qui l'assurent1 balayent la mer1 frappent le poisson de torpeur1 le lui livrent4 ,lgre et insouciante1 gonflant son ballon nacr1 teint de bleu ou de pourpre1 elle lance1 par ses grands cheveux de sinistre azur1 un subtil venin dont la dcharge foudroie4 ,moins redoutables1 les vlelles ne peuvent prir non plus4 ,elles ont la forme de radeaux2 leur petite organisation est dj un peu solide2 elles savent se diriger1 tourner au vent la voile oblique4 ,les porpites1 qui ne semblent qu'une fleur1 une marguerite1 ont pour elles leur lgret2 elles flottent mme aprs leur mort4 ,il en est de mme de tant d'tres fantastiques et presque ariens1 guirlandes clochettes d'or ou guirlandes de boutons de roses 7physsophore1 stphanomie1 etc471 ceintures azures de ,vnus4 ,tout cela nage et surnage invinciblement1 ne craint que la terre1 vogue au large1 dans la grande mer1 et1 si violente qu'elle semble y trouver toujours son salut4 ,les porpites et les vlelles craignent si peu l',ocan que1 pouvant toujours surnager1 ils font effort pour enfoncer1 et1 ds qu'il vient du gros temps1 se cachent dans la profondeur4 ,telle n'est pas la pauvre mduse4 ,elle a craindre le rivage1 elle a craindre l'orage4 ,elle pourrait se faire pesante volont et descendre1 mais l'abme lui est interdit2 elle ne vit qu' la surface1 en pleine lumire1 en plein pril4 ,elle voit1 elle entend1 elle a le toucher fort dlicat1 beaucoup trop pour son malheur4 ,elle ne peut se diriger4 ,ses organes plus compliqus la surchargent et lui font perdre bien aisment l'quilibre4 ,aussi on est tent de croire qu'elle se repent d'un essai de libert si hasardeuse1 qu'elle regrette l'tat infrieur1 la scurit de la vie commune4 ,le polypier fit la mduse1 la mduse fait le polypier4 ,elle rentre l'association4 ,mais cette vie vgtative est si ennuyeuse1 qu' la gnration suivante1 elle s'en mancipe encore et se relance au hasard de sa vaine navigation4 ,alternative bizarre1 o elle flotte ternellement4 ,mobile1 elle rve le repos4 ,inerte1 elle rve le mouvement4 99 99 99 ,ces tranges mtamorphoses1 qui tour tour lvent1 abaissent1 l'tre indcis1 et le font alterner entre deux vies si diffrentes1 sont vraisemblablement le fait des espces infrieures1 des mduses qui n'ont pu entrer dcidment encore dans la carrire irrvocable de l'mancipation4 ,pour les autres1 on croirait sans peine que leurs varits charmantes marquent des progrs intrieurs de vie1 des degrs de dveloppement1 les jeux1 les grces et les sourires de la libert nouvelle4 ,celle-ci1 artiste admirable1 sur ce thme si simple de disque ou d'ombrelle qui flotte1 d'un lger lustre de cristal o le soleil met des lueurs1 a fait une cration infinie de jolies variantes1 un dluge de petites merveilles4 ,toutes ces belles1 l'envi flottant sur le vert miroir dans leurs couleurs gaies et douces1 dans les mille attraits d'une coquetterie enfantine et qui s'ignore1 ont embarrass la science1 qui1 pour leur trouver des noms1 a d appeler son secours et les reines de l'histoire et les desses de la mythologie4 ,celle-ci1 c'est l'ondoyante ,brnice dont la riche chevelure trane et fait un flot dans les flots4 ,celle-l c'est la petite ,orithye1 pouse d'ole1 qui1 au souffle de son poux1 promne son urne blanche et pure1 incertaine1 peine affermie par l'enchevtrement dlicat de ses cheveux1 que souvent elle enlace par-dessous4 ,l-bas1 ,dione1 la pleureuse1 semble une pleine coupe d'albtre qui laisse1 en filets cristallins1 dborder de splendides larmes4 ,telles1 en ,suisse1 j'ai vu s'pancher des cascades lasses et paresseuses1 qui1 ayant fait trop de dtours1 semblaient tomber de sommeil1 de langueur4 99 99 99 ,dans la grande ferie d'illumination que la mer dploie aux nuits orageuses1 la mduse a un rle part4 ,plonge1 comme tant d'autres tres1 dans le phosphore lectrique dont ils sont tous pntrs1 elle le rend sa manire avec un charme personnel4 ,qu'elle est sombre1 la nuit en mer1 quand on n'y voit pas ce phosphore6 ,qu'elles sont vastes et redoutables1 ses tnbres6 ,sur terre1 l'ombre est moins obscure2 on se reconnat toujours la varit des objets qu'on touche1 ou dont on pressent les formes2 ils vous donnent des points de repre4 ,mais la vaste nuit marine1 un noir infini6 rien et rien6444 ,mille dangers possibles1 inconnus6 ,on sent tout cela sur la cte mme1 quand on vit devant la mer4 ,c'est une grande jouissance quand1 l'air devenant lectrique1 on voit au loin apparatre un lger ruban de feu ple4 ,qu'est-ce cela6 ,on l'a vu chez soi sur le poisson mort1 par exemple le hareng4 ,mais vivant1 dans ses grandes flottes1 dans les grandes tranes visqueuses qu'il laisse derrire1 il est encore plus lumineux4 ,cet clat n'est point du tout le privilge de la mort4--,est-ce un effet de la chaleur8 ,non1 vous le trouvez aux deux ples1 et dans les mers ,antarctiques1 et dans les mers de ,sibrie4 ,il est dans les ntres1 et dans toutes4 ,c'est l'lectricit commune dont ces eaux1 demi-vivantes1 se dgagent aux temps orageux1 innocente et pacifique foudre dont tous les tres marins sont alors les conducteurs4 ,ils l'aspirent et ils l'expirent1 la restituent largement leur mort4 ,la mer la donne et la reprend4 ,le long des ctes et des dtroits1 les froissements et les remous la font circuler puissamment4 ,chaque tre en prend1 s'en empare plus ou moins selon sa nature4 ,ici1 des surfaces immenses de paisibles infusoires font comme une mer lacte1 d'une douce et blanche lumire1 qui ensuite plus anime tourne au jaune du soufre embras4 ,ici1 des cnes de lumire vont pirouettant sur eux-mmes1 ou roulent en boulets rouges4 ,un grand disque de feu se fait 7pyrosome71 qui part du jaune opalin1 un moment frapp de vert1 puis s'irrite1 clate dans le rouge1 l'orange1 puis s'assombrit d'azur4 ,ces changements ont quelque chose de rgulier qui indiquerait une fonction naturelle1 la contraction et dilatation d'un tre qui souffle le feu4 ,cependant1 l'horizon1 des serpents enflamms s'agitent sur une infinie longueur 7parfois vingt-cinq ou trente lieues74 ,les biphores et les salpas1 tres transparents qui traversent et la mer et le phosphore1 donnent cette comdie serpentine4 tonnante association qui mne ces danses effrnes1 puis se spare4 ,spars1 ses membres libres font des petits libres encore1 qui1 leur tour1 engendreront des rpubliques dansantes1 pour rpandre sur la mer cette bacchanale de feu4 ,de grandes flottes1 plus paisibles1 promnent sur les flots des lumires4 ,les vlelles allument la nuit leurs petites embarcations4 ,les bros vont triomphantes comme des flammes4 ,nulles plus magiques que celles de nos mduses4 ,est-ce un pur effet physique1 comme celui qui fait serpenter les salpas injects de feu8 ,est-ce un acte d'aspiration1 comme d'autres en donnent l'ide8 ,est-ce caprice1 comme chez tant d'tres qui se jouent aux tincelles d'une vaine et inconstante joie8 ,non1 les nobles et belles mduses 7comme l',ocanique couronne1 comme la charmante ,dione7 semblent exprimer des penses graves4 ,sous elles1 leurs cheveux lumineux1 comme une sombre lampe qui veille1 lancent des lueurs mystrieuses d'meraude et d'autres couleurs qui1 jaillissant ou plissant1 rvlent un sentiment1 et je ne sais quel mystre4 ,on dirait l'esprit de l'abme qui en mdite les secrets4 ,on dirait l'me qui vient ou celle qui doit vivre un jour4 ,ou bien faudrait-il y voir le rve mlancolique d'une destine impossible qui ne doit jamais atteindre son but8 ,ou l'appel au bonheur d'amour qui seul nous console ici-bas8 ,on sait que1 sur notre terre1 chez nos lucioles1 ce feu est le signal1 l'aveu de l'amante qui se dsigne1 dit sa retraite et se trahit4 ,a-t-il ce sens chez les mduses8 ,on l'ignore4 ,ce qui est sr1 c'est qu'elles versent ensemble leur flamme et leur vie4 ,la sve fconde1 chez elles1 la vertu de gnration1 y tient1 et1 chaque clair1 chappe et va diminuant4 ,si l'on veut le plaisir cruel de redoubler cette ferie1 on les expose la chaleur4 ,alors elles s'exasprent1 rayonnent et deviennent si belles1 si belles6444 que la scne est finie4 ,flamme1 amour et vie1 tout a fui1 tout s'est coul la fois4 ,,vii ,,le ,,piqueur ,,de ,,pierres ,lorsque l'excellent docteur ,livingstone pntra chez les pauvres peuplades de l',afrique qui ont peine se dfendre des marchands d'esclaves et des lions1 les femmes1 le voyant arm de tous les arts protecteurs de l',europe et l'invoquant avec raison comme une providence amie1 lui disaient ce mot touchant3 ,donne-nous le sommeil6 ,c'est le mot que tous les tres vivants1 chacun dans sa langue1 adressent la ,nature4 ,tous dsirent et rvent la scurit4 ,on n'en peut douter quand on voit les efforts ingnieux qu'ils font pour se la donner4 ,ces efforts ont cr des arts4 ,l'homme n'en invente pas un1 sans trouver que les animaux l'avaient invent avant lui1 inspir de cet instinct si fixe et si fort du salut4 ,ils souffrent1 ils craignent1 ils veulent vivre4 ,il faut se garder de croire que les tres peu avancs1 embryonnaires1 soient peu sensibles4 ,le contraire est certain4 ,en tout embryon1 ce qui est bauch d'abord1 c'est le systme nerveux1 c'est--dire la capacit de sentir et de souffrir4 ,la douleur est l'aiguillon par lequel la prvoyance est peu peu stimule1 et l'tre press1 forc de s'ingnier4 ,le plaisir y sert aussi1 et vous le voyez dj dans ceux qu'on croirait les plus froids4 ,on a justement not chez le limaon le bonheur qu'il a1 aprs des recherches pnibles d'amour1 de rencontrer l'objet aim4 ,tous deux1 d'une grce mue1 ondulant de leurs cous de cygne1 s'adressent de vives caresses4 ,qui dit cela8 le svre1 le trs-exact ,blainville4 7,moll41 p4 #aha47 ,mais1 hlas6 combien la douleur est largement prodigue6 ,qui n'a vu avec tristesse les lents et pnibles efforts du mollusque sans coquille1 qui trane sur le ventre8 ,choquante mais trop fidle image du foetus qu'un hasard cruel aurait arrach de la mre1 jet sur le sol sans dfense et nu4 ,la triste bte paissit sa peau autant qu'elle peut1 adoucit les asprits et rend sa route glissante4 ,n'importe4 ,elle doit subir un un tous les obstacles1 les chocs1 les pointes de caillou4 ,elle est endurcie1 rsigne1 je le veux bien4 ,et pourtant1 tel contact1 elle se tord1 elle se contracte1 donne les signes d'une trs-vive sensibilit4 99 99 99 ,avec tout cela1 elle aime1 la grande me d'harmonie1 qui est l'unit du monde4 ,elle aime1 et par l'alternative de plaisir et de douleur elle cultive tous les tres et les oblige monter4 ,mais1 pour monter1 pour passer un degr suprieur1 il faut qu'ils aient puis tout ce que l'infrieur contient d'preuves plus ou moins pnibles1 de stimulants d'invention et d'art instinctif4 ,il faut mme qu'ils aient exagr leur genre1 en aient rencontr l'excs1 qui1 par contraste1 fait sentir le besoin d'un genre oppos4 ,le progrs se fait ainsi par une sorte d'oscillation entre les qualits contraires qui tour tour se dgagent et s'incarnent dans la vie4 ,traduisons ces choses divines en langage humain1 familier1 peu digne de leur grandeur1 mais qui les fera comprendre3 ,la ,nature1 s'tant plu longtemps faire et dfaire la mduse1 varier l'infini ce thme gracieux de libert naissante1 un matin se frappa le front1 se dit3 ,j'ai fait un coup de tte4 ,cela est charmant4 ,mais j'ai oubli d'assurer la vie de la pauvre crature4 ,elle ne pourra subsister que par l'infini du nombre1 l'excs de sa fcondit4 ,il me faut maintenant un tre plus prudent et mieux gard4 ,qu'il soit craintif1 s'il le faut4 ,mais surtout1 je le veux1 qu'il vive6 99 99 99 ,ces craintifs1 ds qu'ils apparurent1 se jetrent dans la prudence jusqu'aux limites dernires4 ,ils fuirent le jour1 s'enfermrent4 ,pour se sauver des contacts durs1 secs1 tranchants1 de la pierre1 ils employrent le moyen universel1 celui de la mue4 ,de leur mue glatineuse1 ils scrtrent une enveloppe1 un tube qui va s'allongeant autant que leur chemin s'allonge4 ,misrable expdient qui tient ces mineurs 7les tarets7 hors de la lumire et hors de l'air libre1 qui leur cause une dpense norme de substance4 ,chaque pas leur cote infiniment1 les frais d'une maison complte4 ,un tre qui se ruine ainsi pour vivre ne peut que vgter pauvre1 incapable de progrs4 ,la ressource n'est gure meilleure1 de s'ensevelir par moment1 de se cacher dans le sable la mer basse1 en remontant quand le flux revient4 ,c'est le mange que vous voyez chez les solens4 ,vie variable1 incertaine1 fugitive deux fois par jour1 et de constante inquitude4 99 99 99 ,chez des tres bien infrieurs1 une chose obscure encore1 qui devait changer le monde la longue1 avait commenc poindre4 ,les simples toiles de mer1 dans leurs cinq rayons1 avaient un certain soutien1 quelque chose comme une charpente de pices articules1 au dehors quelques pines1 des suoirs qui avancent1 reculent volont4 ,un animal fort modeste1 mais timide et srieux1 semble avoir fait son profit de cette bauche grossire4 ,il dit1 je pense1 la ,nature3 ,je suis n sans ambition4 ,je ne demande pas les dons brillants de messieurs les mollusques4 ,je ne ferai nacre ni perle4 ,je ne veux pas de couleur brillante1 un luxe qui me dsignerait4 ,je dsire encore bien moins la grce de vos tourdies les mduses1 le charme ondoyant de leurs cheveux enflamms qui attirent1 les font attaquer et leur servent faire naufrage4 mre6 je ne veux qu'une chose1 tre444 tre un1 et sans appendices extrieurs et compromettants1--tre ramass1 fort en moi1 arrondi1 car c'est la forme qui donnera le moins de prise1--l'tre enfin centralis4 ,j'ai bien peu l'instinct des voyages4 ,de la mer haute la mer basse1 rouler quelquefois1 c'est assez4 ,coll strictement sur mon roc1 je rsoudrai l le problme que votre futur favori1 l'homme1 doit chercher en vain1 le problme de la sret3 exclure strictement l'ennemi1 tout en admettant l'ami1 surtout l'eau1 l'air et la lumire4 ,il m'en cotera1 je le sais1 du travail1 un constant effort4 ,couvert d'pines mobiles1 je me ferai viter4 ,hriss1 seul comme un ours1 on m'appelera l'oursin4 99 99 99 ,combien ce sage animal est suprieur aux polypes1 engags dans leur propre pierre qu'ils font de pure scrtion1 sans travail rel1 mais qui aussi ne leur donne nulle sret6 ,combien il parat suprieur ses suprieurs eux-mmes1 je veux dire tant de mollusques qui ont des sens plus varis1 mais n'ont pas la fixe unit de son bauche vertbrale1 ni son persvrant travail1 ni les ingnieux outils que ce travail a suscits6 ,la merveille1 c'est qu'il est la fois lui1 cette pauvre boule roulante1 qu'on croit une chtaigne pineuse2 il est un et il est multiple2--il est fixe1 et il est mobile1 fait de deux mille quatre cents pices qui se dmontent volont4 ,voyons comment il se cra4 ,c'tait dans une anse troite de la mer de ,bretagne4 ,il n'avait pas l un doux lit de polypes mous et d'algues comme les oursins de la mer des ,indes1 qui sont dispenss d'industrie4 ,il tait devant le pril1 la difficult1 comme l',ulysse de l',odysse1 qui1 jet1 ramen par le flot1 essaye de s'amarrer au roc avec ses ongles ensanglants4 ,chaque flux et chaque reflux1 c'tait pour le petit ,ulysse une grande tempte4 ,mais sa grande volont1 son puissant dsir1 lui fit si bien baiser la roche1 que ce baiser constant cra une ventouse qui fit le vide et l'unit la roche mme4 ,ce n'est pus tout3 de ses pines qui grattaient1 voulaient saisir1 une se subdivisa1 et devint une triple pince1 vritable ancre de salut1 qui seconderait la ventouse si celle-ci s'appliquait mal une surface peu polie4 ,quand il eut pinc1 aspir puissamment sa roche1 se sentit assis1 il comprit de plus en plus qu'il avait tout gagner si1 de convexe qu'elle tait1 il pouvait la faire concave1 y creuser sa mesure un petit trou1 se faire un nid4 ,car on n'est pas toujours jeune4 ,on n'a pas les mmes forces4 ,quelle douceur ne serait-ce si1 un jour1 l'oursin mrite pouvait relcher quelque chose de l'effort de cet ancrage qui continue jour et nuit8 ,donc il creusa4 ,c'est sa vie4 ,fait de pices dtaches1 il agit par cinq pines qui1 toujours poussant d'ensemble1 se soudrent et lui firent un pic admirable pour percer4 ,ce pic de cinq dents du plus bel mail est port par une charpente dlicate1 quoique trs-solide1 forme de quarante pices4 ,elles glissent dans une sorte de gane1 sortent1 rentrent1 ont un jeu parfait4 ,par cette lasticit1 elles vitent les chocs violents4 ,bien plus1 elles se rparent s'il survient des accidents4 ,c'est rarement dans la pierre1 qu'il mprise1 c'est dans le roc1 le granit1 qu'il sculpte1 ce hros du travail4 ,plus ce roc est dur1 rsistant1 mieux il s'y sent affermi4 ,que lui importe d'ailleurs8 ,le temps ne fait rien l'affaire1 et tous les sicles sont lui4 ,qu'il meure demain1 ayant us sa vie et son instrument1 un autre vient s'tablir l1 continue la mme place4 ,ils communiquent peu dans leur vie1 ces solitaires2 mais la fraternit existe pour eux par la mort1 et le jeune survenant qui trouve besogne demi-faite1 en jouit1 bnit la mmoire du bon travailleur qui la prpara4 ,ne croyez pas qu'il s'agisse de frapper1 et frapper toujours4 ,il a son art4 ,une fois qu'il a bien attaqu le ciment qui unit la roche1 et bien dchauss celle-ci1 il mord les asprits comme avec de petites tenailles1 dracine le silex4 ,o,euvre de grande patience1 qui implique d'assez longs chmages pour que l'eau agisse aussi sur les places dnudes4 ,on peut alors1 de la premire couche1 aller la seconde1 et1 par ces procds lents et srs1 en venir bout4 ,dans cette vie uniforme1 il y a des crises pourtant comme dans celle de l'ouvrier4 ,la mer fuit de certains rivages4 ,l't1 telle roche devient d'une insupportable chaleur4 ,il faut avoir deux maisons1 une d't1 une d'hiver4 ,grand vnement qu'un dmnagement pareil pour un tre sans pieds1 qui1 de tous cts1 a des pointes4 ,m4 ,caillaud l'a observ1 admir dans ces moments4 ,les baguettes faibles et mobiles1 qui jouent1 avancent et reculent1 ne sont nullement insensibles1 quoiqu'il les garantisse un peu en scrtant tout autour un peu de molle glatine qui sans doute fait matelas4 ,enfin1 il le faut1 il se lance1 il s'affermit sur ses pointes1 comme sur autant de bquilles1 roule son tonneau de ,diogne1 et1 comme il peut1 atteint le port4 ,l1 renferm de nouveau et dans sa coque hrisse1 et dans le petit nid qu'il trouve presque toujours commenc1 il se renfonce en lui-mme1 en sa jouissance solitaire de scurit bienheureuse4 ,que mille ennemis rdent au dehors1 que la vague tonne et mugisse2 tout cela1 c'est pour son plaisir4 ,que le roc tremble aux coups de mer3 il sait bien qu'il n'a rien craindre1 que c'est sa bonne nourrice qui fait ce bruit4 ,il est berc1 il sommeille et lui dit3 ,bonsoir4 ,,viii ,,coquilles1 ,,nacre1 ,,perle ,l'oursin a pos la borne du gnie dfensif4 ,sa cuirasse1 ou1 si l'on veut1 son fort de pices mobiles1 rsistantes1 cependant sensibles1 rtractiles1 et rparables en cas d'accident1 ce fort1 appliqu et ancr invinciblement au rocher1 bien plus le rocher creus longeant le tout1 de sorte que l'ennemi n'ait nul jour pour faire sauter la citadelle1--c'est un systme complet qui ne sera pas surpass4 ,nulle coquille n'est comparable1 encore bien moins les ouvrages de l'industrie humaine4 ,l'oursin est la fin des tres circulaires et rayonns4 ,en lui ils ont leur triomphe1 leur plus haut dveloppement4 ,le cercle a peu de variantes4 ,il est la forme absolue4 ,dans le globe de l'oursin1 si simple1 si compliqu1 il atteint une perfection qui finit le premier monde4 ,la beaut du monde qui vient sera l'harmonie des formes doubles1 leur quilibre1 la grce de leur oscillation4 ,des mollusques jusqu' l'homme1 tout tre est fait dsormais de deux moitis associes4 ,en chaque animal se trouve 7mieux que l'unit7 l'union4 ,le chef-d'oeuvre de l'oursin avait dpass le but mme2 ce miracle de la dfense avait fait un prisonnier2 il s'tait non-seulement enferm1 mais enseveli1 s'tait creus une tombe4 ,sa perfection d'isolement l'avait squestr1 mis part1 priv de toute relation qui fait le progrs4 ,pour que le progrs reprenne par une ascension rgulire1 il faut descendre trs-bas1 l'embryon lmentaire1 qui d'abord n'aura de mouvement que celui des lments4 ,le nouvel tre est le serf de la plante1 ce point que1 dans son oeuf1 il tourne comme la terre1 dcrivant sa double roue1 sa rotation sur elle-mme et sa rotation gnrale4 ,mme mancip de l'oeuf1 grandissant1 devenant adulte1 il restera embryon2 c'est son nom1 mou ou mollusque4 ,il reprsentera dans une vague bauche le progrs des vies suprieures4 ,il en sera le foetus1 la larve ou nymphe1 comme celle de l'insecte1 en qui1 replis et cachs1 se trouvent pourtant les organes de l'tre ail qui doit venir4 99 99 99 ,j'ai peur pour un tre si faible4 ,le polype1 non moins mou1 risquait moins4 ,une vie gale tant dans toutes ses parties1 la blessure1 la mutilation1 ne le tuaient pas2 il vivait1 semblait mme oublier la partie dtruite4 ,le mollusque centralis est bien autrement vulnrable4 ,quelle porte est ouverte la mort6 ,le mouvement incertain que possdait la mduse et qui parfois au hasard pouvait encore la sauver1 le mollusque l'a bien peu1 au moins dans les commencements4 ,tout ce qui lui est accord1 c'est de pouvoir1 de sa mue1 de la gele qu'il exude1 se crer deux murs qui remplacent et la cuirasse de l'oursin1 et le roc o il s'appliquait4 ,le mollusque a l'avantage de tirer de soi sa dfense4 ,deux valves forment une maison4 ,maison lgre et fragile2 ceux qui flottent l'ont transparente4 ceux qui veulent s'attacher1 le mucus filant1 collant1 procure un cble d'ancrage qu'on appelle leur byssus4 ,il se forme prcisment1 comme la soie1 d'un lment d'abord tout glatineux4 ,la gigantesque tridacne 7le bnitier des glises7 tient si ferme par ce cble1 que les madrpores s'y trompent4 ,ils la prennent pour une le1 btissent dessus1 l'enveloppent1 finissent par l'touffer4 ,vie passive1 vie immobile4 ,elle n'a d'autre vnement que la visite priodique du soleil et de la lumire1 d'autre action que d'absorber ce qui vient et de scrter la gele qui fit la maison1 et peu peu fera le reste4 ,l'attraction de la lumire toujours dans le mme sens centralise la vue4 ,voil l'oeil4 ,la scrtion1 fixe dans un effort toujours le mme1 fait un appendice1 un organe qui tout l'heure tait le cble1 et qui plus tard devient le pied1 masse informe1 inarticule1 qui peut se prter tout4 ,c'est la nageoire de ceux qui flottent1 le poinon de ceux qui se cachent et veulent enfoncer dans le sable1 enfin le pied des rampants1 un pied peu peu contractile1 qui leur permet de se traner4 ,quelques-uns se hasarderont le bander comme un arc pour sauter maladroitement4 ,pauvre troupeau1 bien expos1 poursuivi de toutes les tribus1 heurt par la vague et froiss des rocs4 ,ceux qui ne russissent pas se btir une maison cherchent pour leur tente fragile un lit vivant4 ,ils demandent abri aux polypes1 se perdent dans la mollesse des alcyons flottants4 ,l',avicule qui donne la perle cherche un peu de tranquillit dans la coupe des ponges4 ,la ,pinne cassante n'ose habiter que l'herbe vaseuse4 ,la ,pholade niche dans la pierre1 recommence les arts de l'oursin1 mais dans quelle infriorit6 au lieu du ciseau admirable qui peut faire l'envie des tailleurs de pierre1 elle n'a qu'une petite rpe1 et pour creuser un abri sa coquille fragile1 elle use cette coquille mme4 ,sauf trs-peu d'exceptions1 le mollusque est l'tre craintif qui se sait la pture de tous4 ,le ,cne sent si bien qu'on le guette1 qu'il n'ose sortir de chez lui1 et y meurt de peur de mourir4 ,la ,volute1 la ,porcelaine1 tranent lentement leurs jolies maisons1 et les cachent autant qu'elles peuvent4 ,le ,casque1 pour mouvoir son palais1 n'a qu'un petit pied de ,chinoise4 ,il renonce presque marcher4 ,telle vie et telle habitation4 ,dans nul autre genre1 plus d'identit entre l'habitant et le nid4 ,ici1 tir de sa substance1 l'difice est la continuation de son manteau de chair4 ,il en suit les formes et les teintes4 ,l'architecte1 sous l'difice1 en est lui-mme la pierre vive4 ,art fort simple pour les sdentaires4 ,l'hutre inerte1 que la mer viendra nourrir1 ne veut qu'une bonne bote charnire1 qu'on puisse entre-baller un peu quand l'ermite prendra son repas1 mais qu'il referme brusquement s'il craint d'tre lui-mme le repas de quelque voisin avide4 ,la chose est plus complique pour le mollusque voyageur1 qui se dit3 ,je possde un pied1 un organe pour marcher2 donc je dois marcher4 ,la chre maison1 il ne peut1 volont1 la quitter et la reprendre4 ,en marche1 elle lui est ncessaire2 c'est alors qu'on l'attaquera4 ,il faut qu'elle abrite du moins le plus dlicat de son tre1 l'arbre par lequel il respire et celui qui puise la vie par ses petites racines1 le nourrit et le rpare4 ,la tte est bien moins importante2 plusieurs la perdent impunment2 mais1 si les viscres n'taient toujours sous le bouclier1 s'ils taient blesss1 il mourrait4 ,ainsi prudent1 cuirass1 il cherche sa petite vie4 ,sa journe faite1 la nuit sera-t-il en scurit dans un logis tout ouvert8 ,les indiscrets n'iront-ils pas y mettre un regard curieux8 qui sait1 peut-tre la dent6444 ,l'ermite y songe1 il y emploie tout ce qu'il a d'industrie2 mais nul instrument que le pied1 qui lui sert toutes choses4 ,de ce pied1 qui veut clore l'entre1 se dveloppe la longue un appendice rsistant qui tient lieu de porte4 ,il le met l'ouverture1 et le voil ferm chez lui4 99 99 99 ,la difficult toutefois permanente1 la contradiction qui reste encore dans sa nature1 c'est qu'il faut qu'il soit garanti1 mais en mme temps en rapport avec le monde extrieur4 ,il ne peut1 comme l'oursin1 s'isoler4 ,ses ducateurs1 l'air1 la lumire1 peuvent seuls affermir ce corps si mou1 l'aider se faire des organes4 ,il faut qu'il acquire des sens1 l'oue1 l'odorat1 guides de l'aveugle4 ,il faut qu'il acquire la vue4 ,il faut surtout qu'il respire4 ,grande fonction si imprieuse6 nul n'y songe quand elle est facile4 ,mais1 si elle s'arrte un moment1 quel trouble terrible6 ,que notre poumon s'engorge1 que le larynx seulement s'embarrasse pour une nuit1 l'agitation1 l'anxit1 sont extrmes2 on n'y tient pas2 souvent mme1 grand pril1 on ouvre toutes les fentres4 ,on sait que1 chez les asthmatiques1 cette torture va si loin1 que1 ne pouvant se servir de l'organe naturel1 ils se crent un moyen supplmentaire de respirer4--,de l'air6 de l'air6 ou bien mourir6 ,la nature ainsi presse est terriblement inventive4 ,il ne faut pas s'tonner si ces pauvres enferms1 touffant sous leur maison1 ont trouv mille appareils1 mille genres de soupapes qui les soulagent un peu4 ,tel respire par des lamelles qui se rangent autour du pied1 tel par une sorte de peigne1 tel par un disque1 un bouclier1 d'autres par des fils allongs2 quelques-uns ont sur le ct de jolis panaches1 ou sur le dos un mignon petit arbre qui tremble1 va1 vient1 respire4 ,ces organes si sensibles1 qui craignent tant d'tre blesss1 affectent des formes charmantes2 on dirait qu'ils veulent plaire1 attendrir1 qu'ils demandent grce4 ,leur innocente comdie joue toute la nature1 prend toute forme et toute couleur4 ,ces petits enfants de la mer1 les mollusques1 en grce enfantine d'illusion1 en riches nuances1 lui font sa fte ternelle1 sa parure4 ,tant soit-elle austre1 elle est force de sourire4 99 99 99 ,avec cela1 la vie craintive est toute pleine de mlancolie4 ,on ne peut s'empcher de croire qu'elle ne souffre1 la belle des belles1 la fe des mers1 l',haliotide1 de sa svre rclusion4 ,elle a le pied1 peut se traner1 mais ne l'ose4 ,qui t'en empche8--,j'ai peur444 le crabe me guette2 que j'entr'ouvre1 il est chez moi4 ,un monde de poissons voraces flotte au-dessus de ma tte4 ,l'homme1 mon cruel admirateur1 me punit de ma beaut2 poursuivie aux mers des ,indes1 jusque dans les eaux du ple1 maintenant en ,californie1 on me charge par vaisseaux4 ,l'infortune1 n'osant sortir1 a trouv un moyen subtil de faire arriver l'air et l'eau4 sa maison elle fait de minimes fentres qui vont ses petits poumons4 ,la faim cependant l'oblige de se hasarder4 ,vers le soir1 elle rampe un peu alentour et pat quelque plante1 son unique nourriture4 ,remarquons ici en passant que ces merveilleuses coquilles1 non-seulement l',haliotide1 mais la ,veuve 7blanche et noire71 mais ,bouche-d',or 7 nacre dore71 sont de pauvres herbivores1 de la plus sobre nourriture4--,vivante rfutation de ceux qui croient aujourd'hui la beaut fille de la mort1 du sang1 du meurtre1 d'une brutale accumulation de substance4 ,il ne faut celles-ci presque rien pour vivre4 ,leur aliment1 c'est surtout la lumire qu'elles boivent1 dont elles se pntrent1 dont elles colorent et irisent leur appartement intrieur4 ,c'est aussi l'amour solitaire qu'elles cachent en cette retraite4 ,chacune est double2 en une seule se trouvent l'amante et l'amant4 ,comme les palais de l',orient ne montrent au dehors que de tristes murs et dissimulent leurs merveilles1 ici le dehors est rude et l'intrieur blouit4 ,l'hymen s'y fait aux lueurs d'une petite mer de nacre1 qui1 multipliant ses miroirs1 donne la maison1 mme close1 l'enchantement d'un crpuscule ferique et mystrieux4 ,c'est une grande consolation d'avoir1 sinon le soleil1 au moins une lune soi1 un paradis de douces nuances1 qui1 changeant toujours sans changer1 donne cette vie immobile ce peu de varit dont tout tre a le besoin4 ,les enfants qui travaillent aux mines demandent aux visiteurs1 non des vivres1 non de l'argent1 mais de quoi faire de la lumire4 ,il en est de mme de ces enfants-ci1 nos ,haliotides4 ,chaque jour1 quoique aveugles1 elle sentent la lumire revenir1 s'ouvrent elles avidement1 la reoivent1 la contemplent de tout leur corps transparent4 ,disparue1 elles la conservent en elles-mmes1 elles la couvent de leur amoureuse pense4 ,elles l'attendent1 elles l'esprent2 elles se font leur petite me de cet espoir1 de ce dsir4 ,qui doutera qu' son retour elles n'aient bien autant que nous le ravissement du rveil8 plus que nous1 distraits par la vie1 si multiple et si varie8 ,pour elles1 l'ternit se passe sentir et deviner1 rver et regretter le grand amant1 le ,soleil4 ,sans le voir notre manire1 elles peroivent certainement que cette chaleur1 cette gloire lumineuse1 leur vient du dehors1 d'un grand centre puissant et doux4 ,elles aiment cet autre ,moi1 ce grand ,moi qui les caresse1 les illumine de joie1 les inonde de vie4 ,si elles pouvaient1 sans doute1 elles iraient au-devant de ses rayons4 ,du moins1 attaches leur seuil1 comme le brame mditant aux portes de la pagode1 elles lui offrent silencieusement444 quoi8 la flicit qu'il donne1 et ce doux mouvement vers lui4--,fleur premire du culte instinctif4 ,c'est dj aimer et prier1 dire le petit mot qu'un saint prfrerait toute prire1 le3 ,oh6 dont le ciel se contente4 ,quand l',indien le dit l'aurore1 il sait que ce monde innocent1 nacre1 perle1 humbles coquilles1 s'unit lui du fond des mers4 99 99 99 ,je comprends trs-bien ce que sent1 en prsence de la perle1 le coeur ignorant et charmant de la femme qui rve1 est mue1 sans savoir pourquoi4 ,cette perle n'est pas une personne1 mais ce n'est pas une chose4 ,il y a l une destine4 ,quelle adorable blancheur6 non1 c'est candeur que je veux dire3--virginale8 non2 c'est bien mieux2 les vierges et les petites filles ont toujours1 tant douces soient-elles1 un peu de jeune verdeur4 ,la candeur de celle-ci serait plutt celle de l'innocente pouse1 si pure1 mais soumise l'amour4 ,nulle ambition de briller4 ,elle adoucit1 presque teint ses lueurs4 ,on n'y voit d'abord qu'un blanc mat4 ,ce n'est qu'au second regard qu'on commence dcouvrir son iris mystrieuse1 et1 comme on dit1 son orient4 ,o vcut-elle8 ,demandez au profond ,ocan4 ,de quoi8 demandez au soleil4 ,elle a vcu de lumire et d'amour de la lumire1 comme et fait un pur esprit4 ,grand mystre6444 ,mais elle-mme1 elle le fait assez comprendre4 ,on sent que cet tre si doux a vcu longtemps immobile1 rsign1 dans la quitude qui fait attendre en attendant1 ne veut rien faire et ne rien vouloir que ce que voudra l'tre aim4 ,l'enfant de la mer avait mis son beau rve dans sa coquille1 et celle-ci dans sa nacre1 et cette nacre dans sa perle1 qui n'est qu'elle-mme concentre4 ,mais cette dernire n'arrive1 dit-on1 que par une blessure1 une permanente souffrance1 une douleur quasi-ternelle1 qui attire1 absorbe tout l'tre1 anantit sa vie vulgaire en cette divine posie4 99 99 99 ,j'ai ou dire que les grandes dames de l',orient et du ,nord1 tout autrement dlicates que les lourdes enrichies1 vitaient les feux du diamant1 et n'accordaient de toucher leur fine peau qu' la douce perle4 ,en ralit1 l'clair du diamant fait tort l'clair de l'amour4 ,un collier1 deux bracelets de perles1 c'est l'harmonie d'une femme#a1 l'ornement vraiment fminin1 qui1 au lieu d'amuser1 meut1 attendrit l'attendrissement4 ,cela dit3 ,aimons6 ,point de bruit6 ,note #a3 ,voir la note la fin du volume4 ,la perle parat amoureuse de la femme1 elle de la perle4 ,ces dames du ,nord1 ds qu'elles les ont une fois mises1 ne les quittent plus4 ,elles les portent jour et nuit1 les cachent sous les vtements4 ,dans de rares occasions1 travers les riches fourrures1 toujours doubles de satin blanc1 on aperoit l'heureux bijou1 l'insparable collier4 ,c'est comme la tunique de soie que l'odalisque porte en dessous1 qu'elle aime tant4 ,elle ne quitte cette favorite qu'elle ne soit use1 dchire et sans remde hors de combat1 sachant que c'est un talisman1 l'infatigable aiguillon d'amour4 ,il en est ainsi de la perle4 ,comme la soie1 elle s'imprgne du plus intime et boit la vie4 ,une force inconnue y passe1 une vertu de celle qu'on aime4 ,quand elle a dormi tant de nuits sur son sein1 dans sa chaleur1 quand elle s'est ambre de sa peau et a pris ces teintes blondes qui font dlirer le coeur1 le bijou n'est plus un bijou1 c'est une partie de la personne que ne doit plus voir l'oeil indiffrent4 ,un seul a droit de le connatre1 et1 sur ce collier1 de surprendre le mystre de la femme aime4 ,,ix ,l',,cumeur ,,de ,,mer 7,,poulpe1 ,,etc474 ,les mduses et les mollusques ont t gnralement d'innocentes cratures1 on pourrait dire des enfants1 et j'ai vcu avec eux dans un monde aimable de paix4 ,peu de carnassiers jusqu'ici4 ,ceux mmes qui taient forcs de vivre ainsi ne dtruisaient que pour le besoin1 et encore vivaient la plupart aux dpens de la vie commence peine1 d'atomes1 de gele animale1 qui n'est pas mme organise4 ,donc1 la douleur tait absente4 ,nulle cruaut et nulle colre4 ,leurs petites mes1 si douces1 n'en avaient pas moins un rayon1 l'aspiration vers la lumire1 et vers celle qui nous vient du ciel1 et vers celle de l'amour1 rvl en changeante flamme1 qui1 la nuit1 fait la joie des mers4 ,maintenant1 il me faut entrer dans un monde bien autrement sombre3 la guerre1 le meurtre4 ,je suis oblig d'avouer que1 ds le commencement1 ds l'apparition de la vie1 apparut la mort violente1 puration rapide1 utile purification1 mais cruelle1 de tout ce qui languissait1 tranait ou aurait langui1 de la cration lente et faible dont la fcondit et encombr le globe4 ,dans les terrains les plus anciens1 on trouve deux btes meurtrires1 le ,mangeur et le ,suceur4 ,le premier nous est rvl par l'empreinte du ,trilobite1 espce aujourd'hui perdue1 destructeur teint des tres teints4 ,le second subsiste en un reste effrayant1 un bec presque de deux pieds qui fut celui du grand suceur1 seiche ou poulpe 7,dujardin74 ,d'aprs un tel bec1 ce monstre1 s'il lui tait proportionn1 aurait eu un corps norme1 des bras-suoirs pouvantables de vingt1 ou trente pieds peut-tre1 comme une prodigieuse araigne4 ,chose tragique6 ces tres de mort sont les premiers que l'on trouve au fond de la terre4 ,est-ce donc dire que la mort ait pu prcder la vie8 ,non1 mais les animaux mous qui alimentrent ceux-ci ont fondu1 n'ont pas laiss trace ni mme empreinte d'eux-mmes4 99 99 99 ,les mangeurs et les mangs taient-ils deux nations de diffrente origine8 ,le contraire est plus probable4 ,du mollusque1 forme indcise1 matire encore propre tout1 la force surabondante du jeune monde1 sa riche plthore1 prodiguant l'alimentation1 dut de bonne heure dgager deux formes1 contraires d'apparence1 qui allaient au mme but4 ,elle enfla1 souffla1 sans mesure1 le mollusque en un ballon1 une vessie absorbante1 qui1 de plus en plus gonfle et d'autant plus affame1--mais d'abord sans dents1--sua4 ,d'autre part1 la mme force1 dveloppant le mollusque en membres articuls dont chacun se fil sa coquille1 durcissant cet tre encrot1 le durcit surtout aux pinces1 aux mandibules pour mordre1 broyer les choses les plus dures4 ,parlons seulement d'abord du premier dans ce chapitre4 99 99 99 ,le suceur du monde mou1 glatineux1 l'est lui-mme4 ,en faisant la guerre aux mollusques1 il reste mollusque aussi1 c'est--dire toujours embryon4 ,il offre l'aspect trange1 ridicule1 caricatural1 s'il n'tait terrible1 de l'embryon allant en guerre1 d'un foetus cruel1 furieux1 mou1 transparent1 mais tendu1 soufflant d'un souffle meurtrier4 ,car ce n'est pas pour se nourrir uniquement qu'il guerroie4 ,il a besoin de dtruire4 ,mme rassasi1 crevant1 il dtruit encore4 ,manquant d'armure dfensive1 sous son ronflement menaant1 il n'en est pas moins inquiet2 sa sret1 c'est d'attaquer4 ,il regarde toute crature comme un ennemi possible4 ,il lui lance tout hasard ses longs bras1 ou plutt ses fouets arms de ventouses4 ,il lui lance1 avant tout combat1 ses effluves paralysantes1 engourdissantes1 un magntisme qui dispense du combat4 ,double force4 la puissance mcanique de ses bras-ventouses qui enlacent1 immobilisent1 ajoutez la force magique de cette foudre mystrieuse2 ajoutez l'oue trs-fine1 l'oeil perant4 ,vous tes effrays4 ,qu'tait-ce donc1 quand la richesse dbordante du premier monde1 o ils n'avaient point chercher1 plongs qu'ils taient toujours dans une mer vivante d'alimentation1 les gonflait indfiniment1 ces monstres d'lastique enveloppe qui prtait volont8 ,ils ont dcru4 ,cependant ,rang atteste qu'il en a vu un de la grosseur d'un tonneau4 ,pron1 dans la mer du ,sud1 en a rencontr un autre1 non moins gros4 ,il roulait1 ronflait1 dans la vague1 avec grand bruit4 ,ses bras de six ou sept pieds1 se droulant en tout sens1 simulaient une furieuse pantomime d'horribles serpents4 ,d'aprs ces rcits srieux1 on n'aurait pas d1 ce semble1 repousser avec rise celui de ,denis de ,monfort1 qui atteste avoir vu un norme poulpe frapper de ses fouets lectriques1 enlacer1 touffer un dogue malgr ses morsures1 ses efforts1 ses hurlements de douleur4 ,le poulpe1 cette machine terrible1 peut1 comme la machine vapeur1 se charger1 surcharger de force1 et alors prendre une puissance incalculable d'lasticit1 un lan jusqu' sauter de la mer sur un vaisseau 7d',orbigny1 article ,cphal474 ,ceci explique la merveille qui fit accuser de mensonge les anciens navigateurs4 ,ils avaient eu1 disaient-ils1 la rencontre d'un poulpe gant qui1 sautant sur le tillac1 embrassant de ses prodigieux bras les mts1 les cordages1 et pris le vaisseau1 dvor les hommes1 si l'on n'et coups de hache tranch ses bras4 ,mutil1 il retomba dans la mer4 ,quelques-uns avaient cru lui voir des bras de soixante pieds4 ,d'autres soutenaient avoir vu dans les mers du ,nord une le mouvante d'une demi-lieue de tour1 qui aurait t un poulpe1 l'pouvantable kraken1 le monstre des monstres1 capable de lier et d'absorber une baleine de cent pieds de long4 ,ces monstres1 s'ils ont exist1 eussent mis en danger la nature4 ,ils auraient suc le globe4 ,mais1 d'une part1 les oiseaux gante 7peut-tre l'piornis7 purent leur faire la guerre4 ,d'autre part1 la terre1 mieux rgle1 dut affaiblir1 dgonfler l'affreuse chimre en rduisant la gent mangeable1 diminuant l'alimentation4 99 99 99 ,grce ,dieu1 nos poulpes actuels sont un peu moins redoutables4 ,leurs espces lgantes1 l'argonaute1 gracieux nageur dans son onduleuse coquille1 le calmar1 bon navigateur1 la jolie seiche aux yeux d'azur1 se promnent sur l',ocan1 n'attaquent que de petits tres4 ,en eux apparat une ide1 une ombre du futur appareil vertbral 7l'os de seiche qu'on donne aux oiseaux74 ,ils brillent de toutes couleurs4 ,leur peau en change chaque instant4 ,on pourrait les appeler les camlons de la mer4 ,la seiche a le parfum exquis1 l'ambre gris1 qu'on ne trouve dans la baleine que comme rsidu des seiches en nombre infini qu'elle absorbe4 ,les marsouins en font aussi une immense destruction4 ,les seiches1 qui sont sociables et vont par troupeaux1 au mois de mai1 viennent toutes aux rivages pour y dposer des grappes qui sont leurs oeufs4 ,les marsouins les attendent l et en font des banquets splendides4 ,ces seigneurs sont si dlicats1 qu'ils ne mangent que la tte1 les huit bras1 morceau fort tendre et de facile digestion4 ,ils rejettent le plus dur1 l'arrire-corps4 ,toute la plage 7exemple1 ,royan7 est couverte de milliers de ces misrables seiches ainsi mutiles4 ,les marsouins en font la fte avec des bonds inous1 d'abord pour les effrayer1 ensuite pour leur donner la chasse2 enfin1 aprs le repas1 ils se livrent aux exercices salutaires de la gymnastique4 ,la seiche1 avec l'air bizarre que le bec lui donne1 n'en excite pas moins l'intrt4 ,toutes les nuances de l'iris la plus varie se succdent et se fondent sur sa peau transparente selon le jeu de la lumire1 le mouvement de la respiration4 ,mourante1 elle vous regarde encore de son oeil d'azur et trahit les dernires motions de la vie par des lueurs fugitives qui montent du fond la surface1 apparaissent par moments pour disparatre aussitt4 99 99 99 ,la dcadence gnrale de cette classe1 si normment importante aux premiers ges1 est moins frappante dans les navigateurs 7seiches1 etc471 mais visible chez le poulpe proprement dit1 triste habitant de nos rivages4 ,il n'a pas1 pour naviguer1 la fermet de la seiche1 btie sur un os intrieur4 ,il n'a pas1 comme l'argonaute1 un extrieur rsistant1 une coquille qui garantit les organes les plus vulnrables4 ,il n'a pas l'espce de voile qui seconde la navigation et dispense de ramer4 ,il barbote un peu sur la rive1 ou1 tout au plus1 on pourrait le comparer au caboteur qui serre la cte4 ,son infriorit lui donne des habitudes de ruse perfide1 d'embuscade1 de craintive audace1 si on ose dire4 ,il se dissimule1 se tient coi aux fentes des rochers4 ,la proie passe1 il lui allonge prestement son coup de fouet4 ,les faibles sont engourdis1 les forts se dgagent4 ,l'homme ainsi frapp en nageant ne peut se troubler dans sa lutte avec un si misrable ennemi4 ,il doit1 malgr son dgot1 l'empoigner1 et1 chose aise1 le retourner comme un gant4 ,il s'affaisse alors et retombe4 ,on est choqu1 irrit1 d'avoir eu un moment de peur1 au moins de saisissement4 ,il faut dire ce guerrier qui vient soufflant1 ronflant1 jurant3 ,faux brave1 tu n'as rien au dedans4 ,tu es un masque plus qu'un tre4 ,sans base1 sans fixit1 de la personnalit tu n'as que l'orgueil encore4 ,tu ronfles1 machine vapeur1 tu ronfles1 et tu n'es qu'une poche1--puis1 retourn1 une peau flasque et molle1 vessie pique1 ballon crev1 et demain un je ne sais quoi sans nom1 une eau de mer vanouie4 ,x ,,crustac,s4--,,la ,,guerre ,,et ,l',,intrigue ,si l'on visite d'abord notre riche collection des armures du moyen ge1 et qu'aprs avoir contempl ces pesantes masses de fer dont s'affublaient nos chevaliers1 on aille immdiatement au ,muse d'histoire naturelle voir les armures des crustacs1 on a piti des arts de l'homme4 ,les premires sont un carnaval de dguisements ridicules1 encombrants et assommants1 bons pour touffer les guerriers et les rendre inoffensifs4 ,les autres1 surtout les armes des terribles dcapodes1 sont tellement effrayantes1 que1 si elles taient grossies seulement la taille de l'homme1 personne n'en soutiendrait la vue2 les plus braves en seraient troubls1 magntiss de terreur4 ,ils sont l1 tous en arrt1 dans leurs allures de combat1 sous ce redoutable arsenal1 offensif et dfensif1 qu'ils portaient si lgrement1 fortes pinces1 lances acres1 mandibules trancher le fer1 cuirasses hrisses de dards qui n'ont qu' vous embrasser pour vous poignarder mille fois4 ,on rend grce la nature qui les fit de cette grosseur4 ,car qui aurait pu les combattre8 ,nulle arme feu n'y et mordu4 ,l'lphant se ft cach2 le tigre et mont aux arbres2 la peau du rhinocros ne l'et pas mis en sret4 ,on sent que l'agent intrieur1 le moteur de cette machine1 centralis dans sa forme 7presque toujours circulaire71 eut par cela seul une force norme4 ,la svelte lgance de l'homme1 sa forme longitudinale1 divise en trois parties1 avec quatre grands appendices1 divergents1 loigns du centre1 en font1 quoi qu'on dise1 un tre trs-faible4 ,dans ces armures de chevaliers1 les grands bras tlgraphiques1 les lourdes jambes pendantes1 donnent la triste impression d'un tre dcentralis1 impuissant et chancelant1 qu'un choc lger couchait par terre4 ,au contraire1 chez le crustac1 les appendices tiennent de si prs et si bien la masse ronde1 courte1 ramasse1 que le moindre coup qu'il donna fut donn par toute la masse4 ,quand l'animal pina1 piqua1 trancha1 ce fut de tout son tre1 qui1 mme au bout de son arme1 avait sa complte nergie4 ,il a deux cerveaux 7tte et tronc72 mais1 pour se serrer1 obtenir cette terrible centralisation1 l'animal a pris un parti1 c'est de n'avoir pas de cou1 d'avoir sa tte dans son ventre4 ,merveilleuse simplification4 ,cette tte unit les yeux1 les palpes1 les pinces et les mchoires4 ,ds que l'oeil perant a vu1 les palpes ttent1 les pinces serrent1 les mchoires brisent1 et derrire elles1 sans intermdiaire1 l'estomac1 qui lui-mme a une machine pour broyer1 triture et dissout4 ,en un moment tout est fini1 la proie disparue1 digre4 ,tout est suprieur en cet tre3 ,les yeux voient devant et derrire4 ,convexes1 extrieurs1 facettes1 ils sont mme d'embrasser une grande partie de l'horizon4 ,les palpes ou antennes1 organes d'essai1 d'avertissement1 de triple exprimentation1 ont le tact au bout1 la base l'oue1 l'odorat4 ,avantage immense que nous n'avons pas4 ,que serait-ce si la main humaine flairait1 entendait8 ,combien notre observation serait rapide et d'ensemble6 ,disperse entre trois sens qui travaillent sparment1 l'impression par cela est souvent inexacte1 ou s'vanouit4 ,des dix pieds 7du dcapode71 six sont des mains1 des tenailles1 et1 de plus1 par l'extrmit1 ce sont des organes de respiration4 ,le guerrier se tire ici par un expdient rvolutionnaire du problme qui a tant embarrass le pauvre mollusque3 ,respirer1 malgr la coquille4 ,il a rpondu cela3 ,je respirerai par le pied1 la main4 ,cet endroit faible o je pourrais donner prise1 je le mets dans l'arme de guerre4 ,et qu'on vienne l'attaquer l6 99 99 99 ,leurs seuls ennemis redoutables sont la tempte et le rocher4 ,peu voyagent en haute mer1 peu au fond4 ,ils sont presque tous au rivage guetter des proies4 ,souvent1 pendant qu'ils sont l attendre que l'hutre bille pour en faire leur djeuner1 la mer grossit1 les prend1 les roule4 ,leur armure fait leur pril4 ,dure1 sans lasticit1 elle reoit tous les chocs sec1 rudement et de manire cassante4 ,leurs pointes aux pointes du roc s'cachent1 clatent1 se brisent4 ,ils ne s'en tirent que mutils4 ,heureusement1 comme l'oursin1 ils peuvent se rparer1 substituer au membre bris un membre supplmentaire4 ,ils comptent tellement l-dessus1 que1 pris1 eux-mmes ils se cassent un membre pour se dlivrer4 ,il semble que la nature favorise spcialement des serviteurs si utiles4 ,contre son infini fcond1 elle a dans les crustacs un infini d'absorption4 ,ils sont partout1 sur toutes plages1 aussi diversifis que la mer4 ,ses vautours golands1 mouettes1 partagent avec les crustacs la fonction essentielle d'agents de la salubrit4 ,qu'un gros animal choue1 l'instant l'oiseau dessus1 le crabe dessous et dedans travaillent le faire disparatre4 ,le crabe minime et sauteur qu'on prendrait pour un insecte 7le talitre7 occupe les plages sablonneuses1 habite dessous4 ,qu'un naufrage jette en quantit les mduses ou autres corps1 vous voyez le sable onduler1 se mouvoir1 puis se couvrir des nues de ces croque-morts danseurs1 qui fourmillants1 sautillants1 approprient gaiement la plage1 s'efforant de balayer tout entre deux mares4 ,grands1 robustes1 pleins de ruse1 les crabes ou cancres sont un peuple de combat4 ,ils ont si bien l'instinct de guerre1 qu'ils savent employer jusqu'au bruit pour effrayer leurs ennemis4 ,en attitude menaante1 ils vont au combat1 les tenailles hautes et faisant claquer leurs pinces4 ,avec cela1 circonspects devant une force suprieure4 ,au moment de la basse mer1 du haut d'un roc1 je les voyais4 ,mais1 quoique je fusse bien haut1 ds qu'ils se sentaient regards1 l'assemble battait en retraite1 les guerriers1 courant de travers1 comme ils font1 en un moment1 rentraient chacun sous sa gurite4 ,ce ne sont pas des ,achille1 mais plutt des ,annibal4 ,ds qu'ils se sentent forts1 ils attaquent4 ,ils mangent les vivants et les morts4 ,l'homme bless a tout craindre4 ,on conte qu'en une le dserte ils mangrent plusieurs des marins de ,drake1 assaillis1 accabls de leurs grouillantes lgions4 ,nul tre vivant ne peut les combattre armes gales4 ,le poulpe gant qui touffe le plus petit crustac y risque ses tentacules4 ,le poisson le plus glouton hsite pour avaler un tre si pineux4 99 99 99 ,ds que le crustac grossit1 il est le tyran1 l'effroi des deux lments4 ,son inattaquable armure est en tat d'attaquer tout4 ,il multiplierait l'excs1 romprait la balance des tres1 s'il n'avait dans cette armure son entrave et son danger4 ,fixe et dure1 ne prtant pas aux variations de la vie1 elle est pour lui une prison4 ,pour s'ouvrir1 travers ce mur1 la voie de la respiration1 il a d en placer la porte dans un membre casuel qu'il perd frquemment1 la patte4 ,pour faire place la croissance1 l'extension progressive de ses organes intrieurs1 il faut1 chose si dangereuse6 que la cuirasse1 amollie par moments et flasque1 ne soit qu'une peau4 ,elle n'admet un tel changement qu'en se dpouillant1 se pelant1 jetant une partie d'elle-mme4 ,mue complte4 ,les yeux1 les branchies qui leur tiennent lieu de poumons1 la subissent1 comme tout le reste4 ,c'est un spectacle de voir l'crevisse se renverser1 s'agiter1 se tourmenter1 pour s'arracher d'elle-mme4 ,l'opration est si violente1 qu'elle y brise quelquefois ses pattes4 ,elle reste puise1 faible1 molle4 ,en deux ou trois jours1 le calcaire reparat1 cuirasse la peau4 ,le crabe n'en est pas quitte ainsi2 il lui faut beaucoup de temps pour reprendre sa carapace4 ,et jusque-l tous les tres1 les plus faibles1 en font cure4 ,la justice et l'galit reviennent ici terribles4 ,les victimes ont leur revanche4 ,le fort subit la loi des faibles1 tombe leur niveau1 comme espce1 au grand balancement de la mort4 ,si l'on ne mourait qu'une fois ici-bas1 il y aurait moins de tristesse4 ,mais tout tre qui a vie doit mourir un peu tous les jours1 c'est--dire muer1 subir la petite mort partielle qui renouvelle et fait vivre4 ,de l un tat de faiblesse et aussi de mlancolie qu'on n'avoue pas facilement4 ,mais que faire8 ,l'oiseau1 qui change de plumage par saison1 est triste4 ,plus triste la pauvre couleuvre son grand changement de peau4 ,la personne humaine aussi mue de peau et de tout tissu1 par mois1 par jour1 par instants1 elle perd un peu d'elle-mme incessamment1 doucement4 ,elle n'en est pas abattue1 elle est seulement affaiblie1 dans un moment vague et rveur1 o plit la flamme vitale pour revenir plus lucide4 ,combien la chose est plus terrible chez l'tre o tout doit changer la fois1 la charpente se disjoindre1 l'inflexible enveloppe s'carter1 s'arracher6 ,il est accabl1 assomm1 dfaillant1 absent de lui-mme1 livr au premier venu4 ,il est des crustacs d'eau douce qui doivent mourir ainsi vingt fois en deux mois4 ,d'autres 7des crustacs suceurs7 succombent cette fatigue1 ne peuvent pas se refaire les mmes1 mais se dforment et perdent le mouvement4 ,ils donnent1 pour ainsi dire1 leur dmission d'tres chasseurs4 ,ils cherchent lchement une vie paresseuse et parasitique1 un honteux abri aux viscres des grands animaux1 qui1 malgr eux1 les nourrissent1 s'puisent leur profit1 qutent et travaillent pour eux4 99 99 99 ,l'insecte1 dans sa chrysalide1 parat s'oublier1 s'ignorer1 rester tranger aux souffrances1 on dirait plutt jouir de cette mort relative1 comme un nourrisson dans le berceau tide4 ,mais le crustac1 dans la mue1 se voit1 se sait tel qu'il est2 prcipit tout coup de la vie la plus nergique une dplorable impuissance4 ,il semble effar1 perdu4 ,tout ce qu'il sait faire1 c'est de passer sous une pierre1 d'attendre tremblant4 ,n'ayant jamais rencontr d'ennemi srieux ni d'obstacle1 dispens de toute industrie par la supriorit de ses armes terribles1 au jour o elles lui manquent1 il n'a nulle ressource4 ,l'association pourrait le protger peut-tre si la mue ne venait pour tous1 et si chacun ce moment n'tait galement dsarm1 hors d'tat de protger les malades1 l'tant lui-mme4 ,on dit pourtant qu'en certaines espces le mle veut dfendre sa femelle1 la suit1 et que1 si on la prend1 les poux sont pris tous les deux4 99 99 99 ,cette terrible servitude de la mue1 l'pre recherche de l'homme 7de plus en plus roi des rivages71 enfin la disparition d'espces antiques qui les nourrissaient richement1 ont d amener pour eux une certaine dcadence4 ,le poulpe1 qui n'est bon rien1 qu'on ne chasse ni ne mange1 a bien dchu de taille et de nombre4 ,combien plus le crustac1 dont la chair est si excellente1 et dont toute la nature a le got et l'apptit6 ,ils ont l'air de le savoir4 ,ceux d'entre eux qui sont les moins forts imaginent1 on ne peut dire des arts pour se protger1 mais de grossires petites fraudes4 ,ils s'ingnient et s'intriguent4 ,ce dernier mot est le vrai4 ,ils font l'effet d'intrigants1 de gens dclasss1 qui1 sans mtier avouable1 vivent d'expdients1 de ressources peu choisies4 ,factotums btards1 ni chair1 ni poisson1 ils s'arrangent un peu de tout1 des morts1 des mourants1 des vivants1 parfois d'animaux terrestres4 ,l',oxystome se fait un masque1 une visire et vole la nuit4 ,le ,birgus1 le soir venu1 quitte la mer1 va la maraude1 monte mme sur les cocotiers1 mange des fruits1 ne trouvant mieux4 ,les ,dromies se dissimulent en se faisant un habit de corps trangers4 ,le ,bernard-l'ermite1 qui ne peut pas achever de durcir sa carapace1 imagine1 pour garder mieux la partie qui reste molle1 de se faire un faux mollusque4 ,il avise une coquille bien sa taille1 mange l'habitant1 s'accommode du logis vol1 si bien qu'il le porte avec lui4 ,le soir1 dans ce dguisement1 il va aux vivres3 on l'entend1 on le reconnat1 le plerin1 au bruit de sa coquille1 qu'il ne peut s'empcher de faire en boitant et trbuchant4 ,d'autres enfin1 plus honntes1 dcourags du mouvement et des combats de la mer1 se laissent gagner la terre1 moins guerrire et moins agite4 ,l'hiver1 et presque toujours1 ils l'habitent1 y font des terriers4 ,peut-tre ils changeraient tout fait1 et se constitueraient insectes1 si la mer ne leur restait chre1 comme leur patrie d'amour4 ,de mme qu'une fois par an les douze tribus d',isral s'en allaient ,jrusalem pour la fte des ,tabernacles1 on voit sur certaines plages ces fidles enfants de la mer qui s'en vont1 en corps de peuple1 lui prsenter leurs hommages1 lui confier leurs tendres oeufs1 cette grande et bonne nourrice1 et recommander leurs petits celle qui bera leurs aeux4 ,,xi ,,le ,,poisson ,le libre lment1 la mer1 doit tt ou tard nous crer un tre sa ressemblance1 un tre minemment libre1 glissant1 onduleux1 fluide1 qui coule l'image du flot1 mais en qui la mobilit merveilleuse vienne d'un miracle intrieur1 plus grand encore1 d'un organisme central1 fin et fort1 trs-lastique1 tel que jusqu'ici nul tre n'eut rien d'approchant4 ,le mollusque rampant sur le ventre fut le pauvre serf de la glbe4 ,le poulpe1 avec son orgueil1 son enflure1 son ronflement1 mauvais nageur et point marcheur1 n'est gure moins le serf du hasard2 sans sa puissance d'engourdir1 il n'et pas vcu4 ,le crustac belliqueux1 tour tour si haut et si bas1 la terreur1 la rise de tous1 subit les morts alternatives o il est l'esclave1 la proie1 le jouet mme du plus faible4 ,grandes et terribles servitudes3 comment nous en dgager8 99 99 99 ,la libert est dans la force4 ,ds l'origine1 ttons1 la vie1 en cherchant la force1 semblait confusment rver la future cration d'un axe central qui ferait l'tre un1 et dcuplerait la vigueur du mouvement4 ,les rayonns1 les mollusques1 en eurent des pressentiments1 en bauchrent quelques essais4 ,mais ils taient trop distraits par le problme accablant de la dfense extrieure4 ,l'enveloppe1 toujours l'enveloppe1 c'est ce qui proccupait obstinment ces pauvres tres4 ,en ce genre1 ils firent des chefs-d'oeuvre3 boule pineuse de l'oursin1 conque tout la fois ouverte et ferme de l'haliotide1 enfin l'armure du crustac pices articules1 perfection de la dfense1 et terriblement offensive6 ,quoi de plus8 qu'ajoutera-t-on8 rien1 ce semble4 ,rien8 non1 tout4 ,qu'il vienne un tre qui se fie au mouvement1 un tre de libre audace1 qui mprise tous ces gens comme infirmes ou tardigrades1 qui considre l'enveloppe comme chose subordonne et concentre la force en soi4 ,le crustac s'entourait comme d'un squelette extrieur4 ,le poisson se le fait au centre1 en son intime intrieur1 sur l'axe o les nerfs1 les muscles1 tout organe viendra s'attacher4 ,fantasque invention1 ce semble1 et au rebours du bon sens3 placer le dur1 le solide1 prcisment l'endroit que garde si bien la chair6 ,l'os1 si utile au dehors1 le mettre la place profonde o sa duret sert si peu6 ,le crustac dut en rire1 quand il vit la premire fois un tre mou1 gros1 trapu 7les poissons de la mer des ,indes71 qui1 s'essayant1 glissait1 coulait1 sans coquille1 armure1 ni dfense2 n'ayant sa force qu'au dedans1 protg uniquement par sa fluidit gluante1 par le mucus exubrant qui l'entoure1 et qui1 peu peu1 se fixe en cailles lastiques4 ,molle cuirasse qui prte et plie1 qui cde sans cder tout fait4 99 99 99 ,c'tait une rvolution analogue celle de ,gustave-,adolphe quand il allgea son soldat des pesantes armures de fer1 ne lui couvrant plus la poitrine que d'un justaucorps de chamois1 d'une peau forte1 lgre et souple4 ,rvolution hardie1 mais sage4 ,notre poisson1 n'tant plus1 comme le crabe1 captif d'une armure1 est du mme coup dlivr de la condition cruelle laquelle tenait cette armure1 la mue1 le danger1 la faiblesse1 l'effort1 la dperdition norme de force qui se fait en ce moment4 ,il mue peu et lentement1 comme l'homme et les grands animaux4 ,il pargne1 amasse la vie1 se cre le trsor d'un puissant systme nerveux1 nombreux fils tlgraphiques qui vont sonner1 retentir l'pine et au cerveau4 ,que l'os soit absent ou trs-mou1 que le poisson garde encore l'apparence embryonnaire1 il n'en a pas moins sa grande harmonie par ce riche cheveau des filets nerveux4 ,nous n'avons pas dans le poisson les faiblesses lgantes du reptile et de l'insecte1 si sveltes1 qu'on peut1 telles places1 couper comme un fil4 ,il est segment comme eux1 mais ces segments sont dessous1 bien cachs et bien gards4 ,il s'en aide pour se contracter sans s'exposer1 comme ils font1 tre aisment divis4 ,comme le crustac1 le poisson prfre la force la beaut1 et1 pour cela1 il supprime le cou4 ,tte et tronc1 tout est d'une masse4 ,principe admirable de force1 qui fait que pour couper l'eau1 un lment si divisible1 il frappe normment fort1 s'il veut mille fois plus qu'il ne faut4 ,alors c'est un trait1 une flche1 la rapidit de la foudre4 ,l'os intrieur1 qui dans la seiche apparut unique et informe1 ici est un grand systme un1 mais trs-multiple1--un pour la force d'unit1--multiple pour l'lasticit1 pour s'approprier aux muscles1 qui1 contracts1 dilats tour tour1 font le mouvement4 ,merveille1 vritable merveille que cette forme du poisson1 si compacte 7 voir du dehors71 et si contractable au dedans1 cette carne de fines ctes si flexibles 7dans le hareng1 dans l'alose1 etc471 o s'attachent les muscles moteurs qui poussent d'un choc alternatif4 ,aussi il n'expose au dehors que des rames auxiliaires1 courtes nageoires qui risquent peu1 qui1 fortes1 piquantes et gluantes1 blessent1 ludent1 chappent4 ,que tout cela est suprieur au poulpe ou la mduse1 qui prsentent tout venant de molles tentacules de chair1 friand morceau pour l'apptit des crustacs ou des marsouins6 ,au total1 ce vrai fils de l'eau1 mobile autant que sa mre1 glisse travers par son mucus1 fend de sa tte1 choque des muscles 7contracts sur ses vertbres1 sur ses fines ctes onduleuses71 enfin de ses fortes nageoires il coupe1 il rame1 il dirige4 ,la moindre de ces puissances suffirait4 ,il les unit toutes1--type absolu du mouvement4 ,l'oiseau mme est moins mobile1 en ce sens qu'il a besoin de poser4 ,il est fix pour la nuit4 ,le poisson jamais4 ,endormi il flotte encore4 ,mobile ce point1 il est en mme temps au plus haut degr robuste et vivace4 ,partout o on voit de l'eau1 on est sr de le trouver2 c'est l'tre universel du globe4 ,aux plus hauts lacs des ,cordillres et des montagnes d',asie1 o l'air est si rarfi1 o nul tre ne vit plus1 l1 dans une grande solitude1 le poisson seul s'obstine vivre4 ,c'est le goujon1 le poisson rouge1 qui ont la gloire de voir ainsi toute la terre au-dessous d'eux4 ,de mme1 aux grandes profondeurs1 sous des pesanteurs effroyables1 habitent les harengs1 les morues4 ,forbes1 qui divise la mer en une dizaine de couches ou tages superposs1 les a trouvs tous habits1 et au dernier1 qu'on croit si sombre1 il a trouv un poisson muni d'admirables yeux1 qui y voit par consquent et trouve assez de lumire dans ce qui nous semble la nuit4 ,autre libert du poisson4 ,nombre d'espces 7saumons1 aloses1 anguilles1 esturgeons1 etc47 supportent galement l'eau douce et l'eau de mer1 alternent1 et rgulirement vont de l'une l'autre4 ,plusieurs familles de poissons ont des espces marines et d'autres fluviatiles 7exemples1 les raies1 les bars74 ,toutefois tel degr de chaleur1 telle nourriture1 telle habitude1 semblent les fixer1 les parquer1 dans cet lment si libre4 ,les mers chaudes sont comme un mur pour les espces polaires1 qui les trouvent infranchissables4 ,d'autre part1 ceux des mers chaudes sont arrts aux courants froids du cap de ,bonne-,esprance4 ,on ne connat que deux ou trois espces de poissons cosmopolites4 ,peu frquentent la haute mer4 ,la plupart sont littoraux et n'aiment que certains rivages4 ,ceux des tats-,unis ne sont point ceux de l',europe4 ,ajoutez des spcialits de got1 qui ne les enchanent pas absolument1 mais les retiennent4 ,la raie barbote sur la vase1 et les soles aux fonds sablonneux1 les cottes rampent sur les hauts-fonds1 la murne se plat sur les roches1 et la perche sur les grves1 les balistes dans l'eau peu profonde sur un lit de madrpores4 ,la scorpne1 tour tour nage et vole2 poursuivie par les poissons1 elle s'lance1 se soutient dans l'air1 et si les oiseaux la chassent1 elle plonge l'instant dans les flots4 99 99 99 ,le proverbe populaire3 ,heureux comme un poisson dans l'eau1 exprime une vrit4 ,dans les temps calmes1 un ballon d'air1 plus ou moins charg et qui lui permet de se faire plus ou moins pesant1 le fait naviguer son aise suspendu entre deux eaux4 ,il va1 paisible1 berc1 caress du flot1 dort1 s'il veut1 en route4 ,il est tout la fois embrass et isol par la substance onctueuse qui rend sa peau1 ses cailles glissantes et impermables4 ,son milieu est peu variable1 toujours peu prs le mme1 pas trop froid et pas trop chaud4 ,quelle terrible diffrence entre une vie si commode et celle qui nous est dpartie1 nous habitants de la terre6 ,chaque pas que nous faisons nous fait rencontrer des asprits1 des obstacles4 ,la rude terre nous met des pierres au passage1 nous fatigue1 nous puise1 monter1 descendre1 remonter ses pentes4 ,l'air varie selon les saisons1 et souvent trs-cruellement4 ,l'eau1 la froide pluie1 pendant des nuits et des jours1 tombe impitoyablement1 nous pntre1 nous morfond1 parfois gle nos cheveux1 et nous entoure frissonnants des pointes aigus de ses cristaux4 ,la flicit du poisson1 sa bienheureuse plnitude de vie1 s'expriment sous les tropiques par le luxe de ses couleurs1 et se traduit dans le ,nord par la vigueur du mouvement4 ,dans l',ocanie et la mer des ,indes1 ils jouent1 errent et vagabondent1 sous les formes les plus bizarres1 les plus fantastiques parures2 ils prennent leurs bats joyeux entre les coraux1 sur les fleurs vivantes4 ,nos poissons des mers froides et tempres sont les grands voiliers1 les rameurs puissants1 les vrais navigateurs4 ,leurs formes allonges et sveltes en font des flches de vitesse4 ,ils peuvent en remontrer tout constructeur de vaisseaux2 quelques-uns ont jusqu' dix nageoires1 qui1 volont rames et voiles1 peuvent tre tenues toutes ouvertes1 ou bien en partie plies4 ,la queue1 merveilleux gouvernail1 est aussi la principale rame4 ,les meilleurs nageurs l'ont fourchue2 c'est l'pine entire qui aboutit l1 et qui1 contractant ses muscles1 fait avancer le poisson4 ,la raie a deux nageoires immenses1 deux grandes ailes pour battre les flots4 ,sa queue longue1 souple et dlie1 est une arme pour frapper1 un fouet pour fendre et diviser la densit de la lame4 ,mince et dplaant si peu d'eau1 filant dans un sens oblique1 elle est par cela mme aisment souleve et n'a que faire de la vessie qui soutient les poissons pais4 ,ainsi tous ont des appareils appropris leur milieu4 ,la sole est ovale1 aplatie1 pour se glisser dans le sable4 ,l'anguille1 pour se rouler sur les vases1 prend des formes serpentines et se fait un long ruban4 ,les lophies1 qui doivent vivre souvent accroches aux rochers1 ont des nageoires-mains qui rappellent le poisson moins que la grenouille4 99 99 99 ,la vue est le sens de l'oiseau1 l'odorat celui du poisson4 ,le faucon dans les nuages perce du regard l'espace profond1 voit le gibier presque invisible4 ,de mme1 des profondeurs de l'eau1 l'odeur d'une proie tentante1 la raie est avertie1 remonte4 ,dans ce monde demi-obscur1 de lueurs douteuses et trompeuses1 on se fie l'odorat1 parfois au toucher4 ,ceux qui1 comme l'esturgeon1 fouillent la vase1 ont le tact exquis4 ,le requin1 la raie1 la morue 7avec ses gros yeux carts71 voient mal1 mais flairent et sentent4 ,chez la raie1 l'odorat est si sensible1 qu'elle a un voile tout exprs pour le fermer par moment1 et en annuler la puissance1 qui sans doute l'importunerait et la prendrait au cerveau4 ce puissant moyen de chasse1 ajoutez des dents admirables1 acres1 parfois en scie1 multiplies chez quelques-uns en plusieurs ranges1 au point de paver la bouche1 le palais et le gosier4 ,la langue mme en est arme4 ,ces dents1 fines1 partant fragiles1 en ont d'autres1 derrire1 toutes prtes1 si elles cassent1 pour les remplacer4 ,nous l'avons dit ds l'ouverture de ce second livre1 il a fallu que la mer produist ces tres terribles1 ces tout-puissants destructeurs1 pour combattre1 gurir elle-mme l'trange mal qui la travaille1 l'excs de la fcondit4 ,la ,mort1 chirurgien secourable1 par une saigne persvrante1 d'abondance immense1 la soulage de cette plthore dont elle et t noye4 ,l'pouvantable torrent de gnration qui s'y fait1 le dluge du hareng1 les milliards d'oeufs de la morue1 tant d'effrayantes machines multiplier1 qui1 dcuplant1 centuplant1 combleraient les ocans1 toufferaient la nature1 elle s'en dfend surtout par l'engouffrement rapide de la machine de mort1 le nageur arm1 le poisson4 ,beau spectacle1 grand1 saisissant4 ,le combat universel de la ,mort et de l',amour ne semble rien sur la terre lorsqu'on oppose vis--vis ce qu'il est au fond de la mer4 ,l1 d'inconcevable grandeur1 il effraye par sa furie1 mais en regardant de plus prs on le voit trs-harmonique et d'un surprenant quilibre4 ,cette furie est ncessaire4 ,cet change de la substance1 si rapide 7 blouir671 cette prodigalit de la mort1 c'est le salut4 ,rien de triste2 une joie sauvage semble rgner dans tout cela4 ,de cette vie de la mer1 prement mle des deux forces qui semblent se dtruire l'une l'autre1 ressort une sant merveilleuse1 une puret incomparable1 une beaut terrible et sublime4 ,dans les morts et dans les vivants1 elle triomphe galement4 ,sans en faire grande diffrence1 elle leur prte et leur reprend l'lectricit1 la lumire1 elle en tire ce jeu d'tincelles1 et cet infini d'clairs ples1 qui1 jusque sous la nuit du ple1 fait sa sinistre ferie4 ,la mlancolie de la mer n'est pas dans son insouciance multiplier la mort4 ,elle est dans son impuissance de concilier le progrs avec l'excs du mouvement4 ,elle est cent fois et mille fois plus riche que la terre1 plus rapidement fconde4 ,elle difie mme et btit4 ,les accroissements que prend la terre 7on l'a vu par les coraux71 elle les tient de la mer encore2 car la mer n'est pas autre chose que le globe en son travail1 en son plus actif enfantement4 ,elle a son obstacle unique dans cette rapidit4 ,son infriorit parat la difficult qu'elle a 7elle si riche de gnration7 pour organiser l',amour4 ,on est triste quand on songe que les milliards et milliards des habitants de la mer n'ont que l'amour vague encore1 lmentaire1 impersonnel4 ,ces peuples qui1 chacun son tour1 montent et viennent en plerinage vers le bonheur et la lumire1 donnent flots le meilleur d'eux-mmes1 leur vie1 la chance inconnue4 ,ils aiment1 et ils ne connatront jamais l'tre aim o leur rve1 leur dsir se ft incarn4 ,ils enfantent1 sans avoir jamais cette flicit de renaissance qu'on trouve en sa postrit4 ,peu1 trs-peu1 des plus vivants1 des plus guerriers1 des plus cruels1 ont l'amour notre manire4 ,ces monstres si dangereux1 le requin et sa requine1 sont forcs de s'approcher4 ,la nature leur a impos le pril de s'embrasser4 ,baiser terrible et suspect4 ,habitus dvorer1 engloutir tout l'aveugle 7animaux1 bois1 pierres1 n'importe71 cette fois1 chose admirable6 ils s'abstiennent4 ,quelque apptissants qu'ils puissent tre l'un pour l'autre1 impunment1 ils s'approchent de leur scie1 de leurs dents mortelles4 ,la femelle1 intrpidement1 se laisse accrocher1 matriser1 par les terribles grappins qu'il lui jette4 ,et1 en effet1 elle n'est pas dvore4 ,c'est elle qui l'absorbe et l'emporte4 ,mls1 les monstres furieux roulent ainsi des semaines entires1 ne pouvant1 quoique affams1 se rsigner au divorce1 ni s'arracher l'un de l'autre1 et1 mme en pleine tempte1 invincibles1 invariables dans leur farouche embrassement4 ,on prtend que1 spars mme1 ils se poursuivent encore d'amour1 que le fidle requin1 attach ce doux objet1 la suit jusqu' sa dlivrance1 aime son hritier prsomptif1 unique fruit de ce mariage1 et jamais1 jamais ne le mange4 ,il le suit et veille sur lui4 ,enfin1 s'il vient un pril1 cet excellent pre le ravale et l'abrite dans sa vaste gueule1 mais non pas pour le digrer4 99 99 99 ,si la vie des mers a un rve1 un voeu1 un dsir confus1 c'est celui de la fixit4 ,le moyen violent1 tyrannique1 du requin1 ces prises d'acier1 ce grappin sur la femelle1 la fureur de leur union1 donnent l'ide d'un amour de dsesprs4 ,qui sait en effet si dans d'autres espces1 douces et propres la famille1 qui sait si cette impuissance d'union1 cette fluctuation sans fin d'un voyage ternel sans but1 n'est pas une cause de tristesse8 ,ils deviennent1 ces enfants des mers1 tout amoureux de la terre4 ,beaucoup remontent dans les fleuves1 acceptent la fadeur de l'eau douce1 si pauvre et si peu nourrissante1 pour lui confier1 loin des temptes1 l'espoir de leur postrit4 ,tout au moins ils se rapprochent des rivages de la mer1 cherchent quelque anse sinueuse4 ,ils deviennent mme industrieux1 et1 de sable1 de limon1 d'herbe1 essayent de faire de petits nids4 ,effort touchant4 ,ils n'ont nullement les instruments de l'insecte1 merveille d'industrie animale4 ,ils sont dpourvus bien plus que l'oiseau4 ,c'est force de persvrance1 sans mains1 ni pattes1 ni bec1 uniquement de leur pauvre corps1 qu'ils rassemblent un paquet d'herbes1 le percent1 y passent et repassent1 jusqu' obtenir une certaine cohsion 7voir ,coste sur les pinoches74 ,mais que de choses les entravent6 ,la femelle1 aveugle et gourmande1 trouble le travail1 menace les oeufs4 ,le mle ne les quitte pas1 les dfend1 les protge1 plus mre que la mre elle-mme4 ,cet instinct se trouve dans plusieurs espces1 spcialement chez les plus humbles1 les gobies1 un petit poisson1 ni beau1 ni bon2 si mpris1 qu'on ne daigne pas le pcher2 ou1 pch1 on le rejette4 ,eh bien1 ce dernier des derniers est un tendre pre de famille1 laborieux1 qui1 si petit1 si faible1 si dpourvu1 n'en est pas moins l'architecte ingnieux1 l'ouvrier du nid1 et1 de sa volont seule1 de sa tendresse1 vient bout de construire le berceau protecteur4 ,c'est piti1 cependant1 devoir qu'un tel effort de coeur n'atteigne pas tout son but1 que cet tre soit arrt ce premier lan de l'art par la fatalit de sa nature4 ,on tombe dans la rverie4 ,on sent que ce monde des eaux ne se suffit pas lui-mme4 99 99 99 ,grande mre qui commenas la vie1 tu ne peux la mener bout4 ,permets que ta fille1 la ,terre1 continue l'oeuvre commence4 ,tu le vois1 dans ton sein mme1 au moment sacr1 tes enfants rvent la ,terre et sa fixit2 ils l'abordent1 lui rendent hommage4 toi de commencer encore la srie des tres nouveaux par un prodige inattendu1 une bauche grandiose de la chaude vie amoureuse1 de sang1 de lait1 de tendresse1 qui dans les races terrestres aura son dveloppement4 ,,xii ,,la ,,baleine ,le pcheur1 attard dans les nuits de la mer du ,nord1 voit une le1 un cueil1 comme un dos de montagne1 qui plane1 norme1 sur les flots4 ,il y enfonce l'ancre444 ,l'le fuit et l'emporte4 ,lviathan fut cet cueil4 7,milton47 ,erreur trop naturelle1 ,dumont ,durville y fut tromp4 ,il voyait au loin des brisants1 un remous tout autour4 ,en avanant1 des taches blanches semblaient dsigner un rocher4 ,autour de ce banc l'hirondelle et l'oiseau des temptes1 le ptrel1 se jouaient1 s'battaient1 tournoyaient4 ,le rocher surnageait1 vnrable d'antiquit1 tout gris de coronules1 de coquilles et de madrpores4 ,mais la masse se meut4 ,deux normes jets d'eau1 qui partent de son front1 rvlent la baleine veille4 ,l'habitant d'une autre plante qui descendrait sur la ntre en ballon1 et1 d'une grande hauteur observerait la surface du globe1 voulant savoir s'il est peupl1 dirait3 ,les seuls tres qu'il m'est donn de dcouvrir ici sont d'assez belle taille1 de cent deux cents pieds de long2 leurs bras n'ont que vingt-quatre pieds1 mais leur superbe queue1 de trente1 bat royalement la mer1 la matrise1 les fait avancer avec une rapidit1 une aisance majestueuse1 auxquelles on reconnat trs-bien les souverains de la plante4 ,et il ajouterait3 ,il est fcheux que la partie solide de ce globe soit dserte1 ou n'ait que des animalcules trop petits pour qu'on les distingue4 ,la mer seule est habite1 et d'une race bonne et douce4 ,la famille y est en honneur1 la mre allaite avec tendresse1 et quoique ses bras soient bien courts1 elle trouve moyen1 dans la tempte1 de serrer contre elle-mme et de protger son petit4 99 99 99 ,ils vont ensemble volontiers4 ,on les voyait jadis naviguer deux deux1 parfois en grandes familles de dix ou douze1 dans les mers solitaires4 ,rien n'tait magnifique comme ces grandes flottes1 parfois illumines de leur phosphorescence1 lanant des colonnes d'eau de trente quarante pieds qui1 dans les mers polaires1 montaient fumantes4 ,ils approchaient paisibles1 curieux1 regardant le vaisseau comme un frre d'espce nouvelle2 ils y prenaient plaisir1 faisaient fte au nouveau venu4 ,dans leurs jeux ils se mettaient droits et retombaient de leur hauteur1 grand fracas1 faisant un gouffre bouillonnant4 ,leur familiarit allait jusqu' toucher le navire1 les canots4 ,confiance imprudente1 trompe si cruellement6 ,en moins d'un sicle1 la grande espce de la baleine a presque disparu4 ,leurs moeurs1 leur organisation1 sont celles de nos herbivores4 ,comme les ruminants1 ils ont une succession d'estomacs o s'labore la nourriture2 les dents leur sont peu ncessaires1 ils n'en ont pas4 ,ils paissent aisment les vivantes prairies de la mer2 j'entends les fucus gigantesques1 doux et glatineux2 j'entends des couches d'infusoires1 des bancs d'atomes imperceptibles4 ,pour de tels aliments1 la chasse n'est pas ncessaire4 ,n'ayant nulle occasion de guerre1 ils ont t dispenss de se faire les affreuses mchoires et les scies1 ces instruments de mort et de supplice1 que le requin et tant de btes faibles ont acquise force de meurtres4 ,ils ne poursuivent point4 7,boitard47 ,c'est l'aliment plutt qui va eux1 apport par le flot4 ,innocents et paisibles1 ils engouffrent un monde peine organis qui meurt avant d'avoir vcu1 passe endormi ce creuset de l'universel changement4 99 99 99 ,nul rapport entre cette douce race de mammifres qui ont1 comme nous1 le sang rouge et le lait1 et les monstres de l'ge prcdent1 horribles avortons de la fange primitive4 ,les baleines1 bien plus rcentes1 trouvrent une eau purifie1 la mer libre et le globe en paix4 ,il avait rv son vieux rve discordant des lzards-poissons1 des dragons volants1 le rgne effrayant du reptile2 il sortait du brouillard sinistre pour entrer dans l'aimable aurore des conceptions harmoniques4 ,nos carnivores n'avaient pas pris naissance4 ,il y eut un petit moment 7quelque cent mille annes peut-tre7 de grande douceur et d'innocence1 o sur terre parurent les tres excellents 7sarigues1 etc471 qui aiment tant leur famille1 la portent sur eux et en eux1 la font1 s'il le faut1 rentrer dans leur sein4 ,sur l'eau parurent les bons gants4 ,le lait de la mer1 son huile1 surabondaient2 sa chaude graisse1 animalise1 fermentait dans une puissance inoue1 voulait vivre4 ,elle gonfla1 s'organisa en ces colosses1 enfants gts de la nature1 qu'elle doua de force incomparable et de ce qui vaut plus1 du beau sang rouge ardent4 ,il parut pour la premire fois4 99 99 99 ,ceci est la vraie fleur du monde4 ,toute la cration sang ple1 goste1 languissante1 vgtante relativement1 a l'air de n'avoir pas de coeur1 si on la compare la vie gnreuse qui bouillonne dans cette pourpre1 y roule la colre ou l'amour4 ,la force du monde suprieur1 son charme1 sa beaut1 c'est le sang4 ,par lui commence une jeunesse toute nouvelle dans la nature1 par lui une flamme de dsir1 l'amour1 et l'amour de famille1 de race1 qui1 tendu par l'homme1 donnera le couronnement divin de la vie1 la ,piti4 ,mais1 avec ce don magnifique1 augmente infiniment la sensibilit nerveuse4 ,on est plus vulnrable1 bien plus capable de jouir1 de souffrir4 ,la baleine n'ayant gure le sens du chasseur1 l'odorat1 ni l'oue trs-dveloppe1 tout en elle profite au toucher4 ,la graisse1 qui la dfend du froid ne la garde nullement d'aucun choc4 ,sa peau1 finement organise1 de six tissus distincts1 frmit et vibre tout4 ,les papilles tendres qu'on y trouve sont des instruments de tact dlicat4 ,tout cela anim1 vivifi d'un riche flot de sang rouge1 qui1 mme en tenant compte de la taille diffrente1 surpasse infiniment en abondance celui des mammifres terrestres4 ,la baleine blesse en inonde la mer en un moment1 la rougit grande distance4 ,le sang que nous avons par gouttes lui fut prodigu par torrents4 ,la femelle porte neuf mois4 ,son agrable lait1 un peu sucr1 a la tide douceur du lait de femme4 ,mais1 comme elle doit toujours fendre la vague1 des mamelles en avant1 places sur la poitrine1 exposeraient l'enfant tous les chocs2 elles ont fui un peu plus bas1 dans un lieu plus paisible1 au ventre d'o il est sorti4 ,le petit s'y abrite1 prote du flot dj bris4 ,la forme de vaisseau1 inhrente une telle vie1 resserre la mre la ceintur et ne lui permet pas d'avoir la riche ceinture de la femme1 ce miracle adorable d'une vie pose1 assise et harmonique1 o tout se fond dans la tendresse4 ,celle-ci1 la grande femme de mer1 quelque tendre qu'elle soit1 est force de faire tout dpendre de son combat contre les flots4 ,du reste1 l'organisme est le mme sous cet trange masque2 mme forme1 mme sensibilit4 ,poisson dessus1 femme dessous4 ,elle est infiniment timide4 ,un oiseau parfois lui fait peur et la fait plonger si brusquement1 qu'elle se blesse au fond4 ,l'amour1 chez eux1 soumis des conditions difficiles1 veut un lieu de profonde paix4 ,ainsi que le noble lphant1 qui craint les yeux profanes1 la baleine n'aime qu'au dsert4 ,le rendez-vous est vers les ples1 aux anses solitaires du ,gronland1 aux brouillards de ,behring1 sans doute aussi dans la mer tide qu'on a trouve prs du ple mme4 ,la retrouvera-t-on8 ,on n'y va qu' travers les dfils horribles que la glace ouvre1 ferme et change chaque hiver1 comme pour empcher le retour4 ,pour eux1 on croit qu'ils passent sous les glaces1 d'une mer l'autre1 par la voie tnbreuse4 ,voyage tmraire4 ,forcs de venir respirer de quart d'heure en quart d'heure1 quoiqu'ils aient des rserves d'air qui peuvent leur suffire un peu plus1 ils s'exposent beaucoup sous cette norme crote perce peine de quelques soupiraux4 ,s'ils ne les trouvent temps1 elle est si dure et si paisse1 que nulle force1 nul coup de tte la briserait4 ,l on peut se noyer aussi bien que ,landre dans l',hellespont4 ,ne sachant cette histoire1 ils s'engagent hardiment et passent4 ,la solitude est grande4 ,c'est un thtre trange de mort et de silence pour cette fte de l'ardente vie4 ,un ours blanc1 un phoque1 un renard bleu peut-tre1 tmoins respectueux1 prudents1 observent distance4 ,les lustres et girandoles1 les miroirs fantastiques1 ne manquent pas4 ,cristaux bleutres1 pics1 aigrettes de glace blouissante1 neiges vierges1 ce sont les tmoins qui sigent tout autour et regardent4 ,ce qui rend cet hymen touchant et grave1 c'est qu'il y faut l'expresse volont4 ,ils n'ont pas l'arme tyrannique du requin1 ces attaches qui matrisent le plus faible4 ,au contraire1 leurs fourreaux glissants les sparent1 les loignent4 ,ils se fuient malgr eux1 chappent1 par ce dsesprant obstacle4 ,dans un si grand accord1 on dirait un combat4 ,des baleiniers prtendent avoir eu ce spectacle unique4 ,les amants1 d'un brlant transport1 par instant1 dresss et debout1 comme les deux tours de ,notre-,dame1 gmissant de leurs bras trop courts1 entreprenaient de s'embrasser4 ,ils retombaient d'un poids immense444 ,l'ours et l'homme fuyaient pouvants de leurs soupirs4 99 99 99 ,la solution est inconnue4 ,celles qu'on a donnes semblent absurdes4 ,ce qui est sr1 c'est qu'en toute chose1 pour l'amour1 pour l'allaitement1 pour la dfense mme1 l'infortune baleine subit la double servitude et de sa pesanteur et de la difficult de respirer4 ,elle ne respire que hors de l'eau1 et si elle y reste elle touffe4 ,donc elle est animal terrestre1 appartient la terre8 ,point du tout4 ,si1 par accident1 elle choue la cte1 la pesanteur norme de1 ses chairs1 de sa graisse1 l'accable2 ses organes s'affaissent4 ,elle est galement touffe4 ,dans le seul lment respirable pour elle1 l'asphyxie lui vient aussi bien que dans cette eau non respirable o elle vit4 ,tranchons le mot4 ,de la cration grandiose du mammifre gant n'est sorti qu'un tre impossible1 premier jet potique de la force cratrice1 qui d'abord visa au sublime1 puis revint par degrs au possible1 au durable4 ,l'admirable animal avait tout1 taille et force1 sang chaud1 doux lait1 bont4 ,il ne lui manquait rien que le moyen de vivre4 ,il avait t fait sans gard aux proportions gnrales de ce globe1 sans gard la loi imprieuse de la pesanteur4 ,il eut beau par-dessous se faire des os normes4 ,ses ctes gigantesques ne sont pas assez rsistantes pour tenir sa poitrine suffisamment libre et ouverte4 ,ds qu'il chappe l'eau son ennemie1 il trouve la terre son ennemie1 et son pesant poumon l'crase4 ,ses vents magnifiques1 la superbe colonne d'eau qu'il lance trente pieds1 ce sont les signes1 les tmoins d'une organisation enfantine et barbare encore4 ,en la lanant au ciel par ce puissant effort1 le souffleur essouffl 7c'est le vrai nom du genre71 semble dire3 nature6 pourquoi m'avoir fait serf8 99 99 99 ,sa vie fut un problme1 et il ne semblait pas que l'bauche splendide1 mais manque1 pt durer4 ,l'amour furtif1 si difficile1 l'allaitement au roulis des temptes entre l'asphyxie et le naufrage1 les deux grands actes de la vie presque impossibles1 se faisant par effort et par volont hroques6--,quelles conditions d'existence6 ,la mre n'a jamais qu'un petit1 et c'est beaucoup4 ,elle et lui sont tiraills par trois choses3 le travail de la nage1 l'allaitement et la fatale ncessit de remonter6 ,l'ducation1 c'est un combat4 ,battu1 roul de l',ocan1 l'enfant prend le lait comme au vol1 quand la mre peut se coucher de ct4 ,elle est1 dans ce devoir1 admirable d'lan4 ,elle sait qu'en son petit effort pour teter1 il lcherait prise4 ,dans cet acte o la femme est passive1 laisse faire l'enfant1 la baleine est active4 ,profitant du moment1 par un puissant piston elle lui lance un tonneau de lait4 ,le mle la quitte peu4 ,leur embarras est grand1 quand le pcheur froce les attaque dans leur enfant4 ,on harponne le petit pour les faire suivre1 et en effet ils font d'incroyables efforts pour le sauver1 pour l'entraner2 ils remontent1 s'exposent aux coups pour le ramener la surface et le faire respirer4 ,mort1 ils le dfendent encore4 ,pouvant plonger et chapper1 ils restent sur les eaux en plein pril pour suivre le petit corps flottant4 99 99 99 ,les naufrages sont communs chez eux1 pour deux raisons4 ,ils ne peuvent1 comme les poissons1 rester dans les temptes aux couches infrieures et paisibles4 ,puis1 ils ne veulent pas se quitter2 les forts suivent le destin du faible4 ,ils se noient en famille4 ,en dcembre #agbc1 l'embouchure de l',elbe1 huit femelles chourent1 et prs de leurs cadavres on trouva leurs huit mles4 ,en mars #aghd1 en ,bretagne1 ,audierne1 mme scne4 ,d'abord des poissons1 des marsouins1 vinrent la cte effars4 ,puis on entendit des mugissements tranges1 pouvantables4 ,c'tait une grande famille de baleines que poussait la tempte1 qui luttaient1 gmissaient1 ne voulaient point mourir4 ,ici encore les mles prissaient avec les femelles4 ,nombreuses1 enceintes1 et sans dfense contre l'impitoyable flot1 elles furent 7elles et eux7 lances terre assommes par le coup4 ,deux accouchrent sur le rivage1 avec des cris perants1 comme auraient fait des femmes1 et aussi de navrantes lamentations de dsespoir1 comme si elles pleuraient leurs enfants4 ,,xiii ,,les ,,sir,,nes ,j'aborde1 et me voici terre4 ,j'ai assez et trop de naufrages4 ,je voudrais des races durables4 ,le ctac disparatra4 ,rduisons nos conceptions1 et de cette posie gigantesque des premiers-ns de la mamelle1 du lait et du sang chaud1 conservons tout1 moins le gant4 ,conservons surtout la douceur1 l'amour et la tendresse de famille4 ,ces dons divins1 gardons-les bien dans les races1 plus humbles1 mais bonnes1 o les deux lments vont mettre en commun leur esprit4 ,les bndictions de la terre se font sentir dj4 ,en quittant la vie du poisson1 plusieurs choses1 lui impossibles vont s'harmoniser aisment4 ,ainsi la baleine1 mre tendre1 connut l'treinte et serra son enfant1 mais elle ne le serra pas sur la mamelle2 son bras tait trop haut1 et la mamelle1 dans ce vaisseau vivant1 ne pouvait tre qu' l'arrire4 ,chez les tres nouveaux qui nagent1 mais qui rampent aussi sur la terre 7morses1 lamantins1 phoques1 etc471 la mamelle1 pour ne pas traner1 heurter dessous1 remonte la poitrine4 ,nous voyons apparatre une ombre de la femme1 forme et attitude gracieuse qui fait illusion distance4 ,en ralit1 vue de prs1 avec moins de blancheur1 de charme1 c'est bien pourtant la mamelle fminine1 ce globe qui1 gonfl d'amour et du doux besoin d'allaiter1 reproduit dans son mouvement tous les soupirs du coeur qui est dessous4 ,il rclame l'enfant pour le porter1 lui donner l'aliment1 le repos4 ,tout cela fut refus la mre qui nageait4 ,celle qui pose1 en a le bonheur4 ,la fixit de la famille1 la tendresse1 fond ressentie1 et approfondie chaque jour 7disons plus1 la ,socit71 ces grandes choses commencent1 ds que l'enfant dort sur son sein4 99 99 99 ,mais comment se fit le passage du ctac l'amphibie8 ,essayons de le deviner4 ,leur parent d'abord est vidente4 ,maints amphibies tranent encore1 leur trs-grand dommage1 la lourde queue de la baleine4 ,et celle-ci 7chez une espce du moins7 a cach dans sa queue l'bauche et les commencements distincts des deux pieds de derrire qu'auront les plus hauts amphibies4 ,dans les mers semes d'les1 coupes de terres chaque instant1 les ctacs1 constamment arrts1 durent modifier leurs habitudes4 ,leur effort moins rapide1 leur vie captive1 diminua leur taille1 la rduisit de la baleine l'lphant4 ,l'lphant de mer apparut4 ,gardant le souvenir des superbes dfenses qui avaient arm certains ctacs dans leur grande vie marine1 il montre encore de fortes dents en avant1 mais peu offensives4 ,mme les dents de mastication ne sont bien nettement ni herbivores1 ni carnivores4 ,elle se prtent mal aux deux rgimes et doivent oprer lentement4 ,deux choses allgeaient la baleine1 sa masse d'huile qui la faisait flotter sur l'eau1 et cette queue puissante dont le choc alternatif frappant des deux cts la poussait en avant4 ,mais tout cela accable l'amphibie barbotant dans des eaux peu profondes1 et rampant aux rochers1 comme un lourd limaon4 ,le poisson1 si agile1 rit d'un tel tre qui n'en peut faire sa proie4 ,il n'atteint gure que les mollusques1 lents comme lui4 ,il se fait peu peu manger les fucus abondants1 glatineux1 qui nourrissent et engraissent1 sans donner la vigueur de la nourriture animale4 ,tel on peut voir dans la mer ,rouge1 dans la mer des les ,malaises et celles d',australie1 traner1 siger ce rare colosse1 le dugong1 qui domine l'eau de la poitrine et des mamelles4 ,on le nomme parfois dugong des tabernacles1 inerte idole qui impose mais se dfend peine1 et qui disparatra bientt1 rentrera dans le domaine de la fable1 parmi ces lgendes relles dont nous rions tourdiment4 99 99 99 ,qui a fait ce grand changement1 cr ce ctac terrestre1 le dugong et le morse1 son frre8 ,la douceur de la terre1 vraiment pacifique avant l'homme1--l'attrait d'aliments vgtaux qui ne fuient pas comme la proie marine1--l'amour aussi sans doute1 si difficile la baleine1 si facile dans la vie pose de l'amphibie4 ,l'amour n'est plus fuite et hasard4 ,la femelle n'est plus ce fier gant qu'il fallait suivre au bout du monde4 ,celle-ci est l soumise1 sur les algues onduleuses1 pour obir son seigneur4 ,elle lui rend la vie douce et molle4 ,peu de mystres4 ,les amphibies vivent bonnement au soleil4 ,les femelles1 tant fort nombreuses1 s'empressent et font srail4 ,de la sauvage posie1 on tombe aux moeurs bourgeoises1 ou1 si l'on veut1 patriarcales1 des plaisirs trop faciles4 ,lui1 le bon patriarche1 respectable par sa forte tte1 ses moustaches et ses dfenses1 il trne entre ,agar et ,sarah1 ,rebecca et ,lia1 qu'il aime fort1 ainsi que ses enfants qui lui font un petit troupeau4 ,dans sa vie immobile1 la grande force de cet tre sanguin tourne toute aux tendresses de famille4 ,il embrasse les siens d'un amour tendre1 orgueilleux1 colrique4 ,il est vaillant1 prt mourir pour eux4 ,hlas6 sa force et sa fureur lui servent peu4 ,sa masse norme le livre l'ennemi4 ,il rugit1 il se trane1 veut combattre et ne peut1 gigantesque avorton1 manqu entre deux mondes1 pauvre ,caliban dsarm6 99 99 99 ,la pesanteur1 fatale la baleine1 l'est bien plus ceux-ci4 ,rduisons donc la taille encore1 allgeons l'embonpoint1 assouplissons l'pine1 supprimons surtout cette queue1 ou plutt fendons-en la fourche en deux appendices charnus qui vont tre bien plus utiles4 ,le nouvel tre1 le phoque1 plus lger1 bon nageur1 bon pcheur1 vivant de la mer1 mais ayant son amour terre 7son petit paradis71 emploiera sa vie dans l'effort d'y revenir toujours1 cette terre1 de gravir le rocher o sa femme1 ses enfants l'appellent1 o il leur porte le poisson4 ,son gibier la bouche1 n'ayant pas les dfenses dont le morse s'aidait pour gravir1 il y met les quatre membres du haut1 du bas1 s'accrochant au varech1 distendant1 divisant chacun d'eux selon son pouvoir1 de sorte qu' la longue ramifi1 il montre cinq doigts4 ,ce qui est trs-beau dans le phoque1 ce qui meut ds qu'on voit sa ronde tte1 c'est la capacit du cerveau4 ,nul tre1 sauf l'homme1 ne l'a dvelopp ce point 7,boitard74 ,l'impression est forte1 et bien plus que celle du singe1 dont la grimace nous est antipathique4 ,je me souviendrai toujours des phoques du ,jardin d',amsterdam1 charmant muse1 si riche1 si bien organis1 et l'un des beaux lieux de la terre4 ,c'tait le #ab juillet1 aprs une pluie d'orage2 l'air tait lourd2 deux phoques cherchaient le frais au fond de l'eau1 nageaient et bondissaient4 ,quand ils se reposrent1 ils regardrent le voyageur1 intelligents et sympathiques1 posrent sur moi leurs doux yeux de velours4 ,le regard tait un peu ,dict4l leur manquait1 il me manquait aussi la langue intermdiaire4 ,on ne peut pas en dtacher les yeux4 ,on regrette1 entre l'me et l'me1 d avoir cette ternelle barrire4 ,la terre est leur patrie de coeur3 ils y naissent1 ils y aiment2 blesss1 ils y viennent mourir4 ,ils y mnent leurs femelles enceintes1 les couchent sur les algues et les nourrissent de poisson4 ,ils sont doux1 bons voisins1 se dfendent l'un l'autre4 ,seulement1 au temps d'amour1 ils dlirent et se battent4 ,chacun a trois ou quatre pouses1 qu'il tablit terre sur un rocher mousseux d'tendue suffisante4 ,c'est son quartier lui1 et il ne souffre pas qu'on empite1 fait respecter son droit d'occupation4 ,les femelles sont douces et sans dfense4 ,si on leur fait du mal1 elles pleurent1 s'agitent douloureusement avec des regards de dsespoir4 ,elles portent neuf mois1 et lvent l'enfant cinq ou six mois1 lui enseignant nager1 pcher1 choisir les bons aliments4 ,elles le garderaient bien plus1 si le mari n'tait jaloux4 ,il le chasse1 craignant que la trop faible mre ne lui donne un rival en lui4 99 99 99 ,une si courte ducation a limit sans doute les progrs que le phoque aurait faits4 ,la maternit n'est complte que chez les ,lamantins1 excellente tribu1 o les parents n'ont pas le courage de renvoyer l'enfant4 ,la mre le garde trs-longtemps4 ,enceinte de nouveau1 allaitant un second enfant1 on la voit mener avec elle l'an1 un jeune mle que le pre ne maltraite pas1 qu'il aime aussi1 et qu'il laisse la mre4 ,cette extrme tendresse1 particulire aux ,lamantins1 s'est exprime dans l'organisation par un progrs physique4 ,chez le phoque1 grand nageur1 chez l'lphant marin1 si lourd1 le bras reste nageoire4 ,il est serr et engag au corps2 il ne peut pas se dlier4 ,enfin1 le ,lamantin femelle1 tendre femme amphibie1 mama di l'eau1 disent nos ngres1 accomplit le miracle4 ,tout se dlie par un effort constant4 ,la nature s'ingnie dans l'ide fixe de caresser l'enfant1 de le prendre et de l'approcher4 ,les ligaments cdent1 s'tendent1 laissent aller l'avant-bras1 et de ce bras rayonne un polype palm4--,c'est la main4 ,donc celle-ci a ce bonheur suprme1 elle embrasse son enfant de sa main pour l'embrasser de sa poitrine4 ,elle le prend et le met sur son coeur4 ,voil deux grandes choses qui pouvaient mener loin ces amphibies3 ,dj chez eux1 la main est ne1 l'organe d'industrie1 l'essentiel instrument du travail venir ,qu'elle s'assouplisse1 aide les dents1 comme chez le ,castor1 et l'art commencera1 d'abord l'art d'abriter la famille4 ,d'autre part1 l'ducation est devenue possible4 ,l'enfant pos sur le coeur de la mre et lentement s'imbibant de sa vie1 restant longtemps prs d'elle et l'ge o il peut apprendre1 tout cela tient la bont du pre qui garde l'innocent rival4 ,et c'est ce qui permet le progrs4 99 99 99 ,si l'on en croyait certaines traditions1 le progrs et continu4 ,les amphibies dvelopps1 rapprochs de la forme humaine1 seraient devenus demi-hommes1 hommes de mer1 tritons ou sirnes4 ,seulement au rebours des mlodieuses sirnes de la fable1 ceux-ci seraient rests muets1 dans l'impuissance de se faire un langage1 de s'entendre avec l'homme1 d'obtenir sa piti4 ,ces races auraient pri1 comme nous voyons prir l'infortun ,castor1 qui ne peut parler1 mais qui pleure4 ,on a dit fort lgrement que ces figures tranges taient des phoques4 ,mais1 put-on s'y tromper8 ,le phoque1 en toutes ses espces1 est connu fort anciennement4 ,ds le septime sicle1 au temps de saint ,colomban1 on le pchait1 on l'apportait et l'on mangeait sa chair4 ,les hommes et femmes de mer dont on parle au seizime sicle1 ont t vus non un moment sur l'eau1 mais amens sur terre1 montrs1 nourris dans les grands centres1 ,anvers et ,amsterdam1 chez ,charles-,quint et ,philippe ,,ii1 donc1 sous les yeux de ,vsale et des premiers savants4 ,on mentionne une femme marine qui vcut longues annes en habit de religieuse1 dans un couvent o tous pouvaient la voir4 ,elle ne parlait pas1 mais travaillait1 filait4 ,seulement elle ne pouvait se corriger d'aimer l'eau et de faire effort pour y revenir4 ,on dira3 ,si ces tres ont exist rellement1 pourquoi furent-ils si rares8 ,hlas6 nous n'avons pas chercher bien loin la rponse4 ,c'est que gnralement on les tuait4 ,il y avait pch les laisser en vie1 car ils taient des monstres4 ,c'est ce que disent expressment les vieux rcits4 ,tout ce qui n'tait pas dans les formes connues de l'animalit1 et tout ce qui1 au contraire1 approchait de celles de l'homme1 passait pour monstre1 et on le dpchait4 ,la mre qui avait le malheur de mettre au monde un fils mal conform ne pouvait le dfendre2 on l'touffait entre des matelas4 ,on supposait qu'il tait fils du ,diable1 une invention de sa malice pour outrager la cration1 calomnier ,dieu4 ,d'autre part1 ces ,sirnens1 trop analogues l'homme1 passaient d'autant plus pour une illusion diabolique4 ,le moyen use en avait tant d'horreur1 que leurs apparitions taient comptes dans les affreux prodiges que ,dieu permet dans sa colre pour terrifier le pch4 peine osait-on les nommer4 ,on avait hte de les faire disparatre4 ,le hardi seizime sicle les crut encore des diables en fourrure d'hommes1 qu'on ne devait toucher que du harpon4 ,ils devenaient trs-rares1 lorsque des mcrants firent la spculation de les garder1 de les montrer4 ,en reste-t-il au moins des dbris1 des ossements8 ,on le saura quand les ,muses d',europe commenceront faire l'exposition complte de leurs immenses dpts4 ,la place manque1 je le sais bien1 et elle manquera toujours1 s'il faut pour cela des palais4 ,mais le plus simple abri1 un toit vaste 7et trs peu coteux7 permettrait d'taler des choses aussi solides4 ,jusqu'ici1 on n'en voit que des chantillons et des pices choisies4 99 99 99 ,ajoutons que l'exposition des amphibies empaills1 pour tre vraie1 doit prsenter ces monstres trop ressemblants l'homme1 par les cts et dans des poses o ils firent cette illusion4 ,laissez-leur cet honneur2 ils l'ont assez pay4 ,que la mre ,phoque ou la mre ,lamantine m'apparaisse sur son rocher en sirne1 dans le premier usage de la main et de la mamelle1 tenant son enfant sur son sein4 99 99 99 ,est-ce dire que ces tres auraient pu monter jusqu' nous8 ,est-ce dire qu'ils aient t les auteurs1 les aeux de l'homme8 ,mallet l'a cru4 ,moi1 je n'y vous aucune vraisemblance4 ,la mer commena tout1 sans doute4 ,mais ce n'est pas des plus hauts animaux de mer que sortit la srie parallle des formes terrestres dont l'homme est le couronnement4 ,ils taient trop fixs dj1 trop spciaux1 pour donner l'bauche molle d'une nature si diffrente4 ,ils avaient pouss loin1 presque puis1 la fcondit de leurs genres4 ,dans ce cas1 les ans prissent2 et c'est trs-bas1 chez les cadets obscurs de quelque classe parente1 que surgit la srie nouvelle qui montera plus haut 7,v4 nos notes47 ,l'homme leur fut1 non un fils1 mais un frre--un frre cruellement ennemi4 99 99 99 ,le voil arriv1 le fort des forts1 l'ingnieux1 l'actif1 le cruel roi du monde4 ,mon livre s'illumine4 ,mais aussi que va-t-il montrer8 ,et que de choses tristes il me faut maintenant amener dans cette lumire6 ,ce crateur1 ce ,dieu tyran1 il a su faire une seconde nature dans la nature4 ,mais qu'a-t-il fait de l'autre1 la primitive1 sa nourrice et sa mre8 ,des dents qu'elle lui fit1 il lui mordit le sein4 ,tant d'animaux qui vivaient doucement1 s'humanisaient et commenaient des arts1 aujourd'hui effars1 abrutis1 ne sont que des btes4 ,les singes1 rois de ,ceylan1 dont la sagesse fut clbre dans l',inde1 sont devenus d'effroyables sauvages4 ,le brame de la cration1 l'lphant1 chass1 asservi1 n'est plus qu'une bte de somme4 ,les plus libres des tres1 qui nagure gayaient la mer1 ces bons phoques1 ces douces baleines1 le pacifique orgueil de l',ocan1 tout cela a fui aux mers des ples1 au monde affreux des glaces4 ,mais ils ne peuvent tous supporter une vie si dure2 encore un peu de temps1 ils disparatront tout fait4 ,une race infortune1 celle des paysans polonais1 a trouv dans son coeur le sens1 l'intelligence de l'exil muet1 rfugi aux lacs de la ,lithuanie4 ,ils disent3 ,qui fait pleurer le ,castor ne russit jamais4 ,l'artiste est devenu une bte craintive1 qui ne sait plus1 ne peut plus rien4 ,ceux qui subsistent encore en ,amrique1 reculant et fuyant toujours1 n'ont le courage de rien faire4 ,un voyageur nagure en trouva un qui1 loin1 trs-loin vers les hauts lacs1 timidement reprenait son mtier1 voulait btir le foyer de famille1 coupait du bois4 ,quand il aperut l'homme1 le bois lui chappa2 il n'osa mme fuir1 et il ne sut que fondre en larmes4 ,,livre ,,troisieme ,,conqu,,te ,,de ,,la ,,mer ,i ,,le ,,harpon ,le marin qui arrive en vue du ,gronland n'a 7dit navement ,john ,ross7 aucun plaisir voir cette terre4 ,je le crois bien4 ,c'est d'abord une cte de fer1 d'aspect impitoyable1 o le noir granit escarp ne garde pas mme la neige4 ,partout ailleurs1 des glaces4 ,point de vgtation4 ,cette terre dsole1 qui nous cache le ple1 semble un pays de mort et de famine4 ,pendant le temps trs court o l'eau n'est pas gele1 on pourrait vivre encore4 ,mais elle l'est neuf mois sur douze4 ,tout ce temps-l que faire8 et que manger8 ,on ne peut gure chercher4 ,la nuit dure plusieurs mois1 et parfois si profonde1 que ,kane1 entour de ses chiens11 ne les retrouvait qu' leur souffle1 leur haleine humide4 ,dans cette longue1 si longue obscurit1 sur cette terre dsespre1 strile1 vtue d'impntrables glaces1 errent cependant deux solitaires qui s'obstinent vivre l1 dans l'horreur d'un monde impossible4 ,l'un d'eux est l'ours pcheur1 pre rdeur sous sa riche fourrure et dans sa graisse paisse1 qui lui permet des intervalles de jene4 ,l'autre1 figure bizarre1 fait l'effet1 distance1 d'un poisson dress sur la queue1 poisson mal conform et gauche1 longues nageoires pendantes4 ,ce faux poisson1 c'est l'homme4 ,ils se flairent et se cherchent4 ,ils ont faim l'un de l'autre4 ,l'ours fuit parfois pourtant1 dcline le combat1 croyant l'autre encore plus froce et plus cruellement affam4 ,l'homme qui a faim est terrible4 ,arm d'une simple arte de poisson1 il poursuit cette bte norme4 ,mais il aurait pri cent fois1 s'il n'avait eu manger que ce redoutable compagnon4 ,il ne vcut que par un crime4 ,la terre ne donnant rien1 il chercha vers la mer1 et comme elle tait close1 il ne trouva tuer que son ami le phoque4 ,en lui il trouvait concentre la graisse de la mer1 l'huile1 sans laquelle il serait mort de froid1 encore plus que de faim4 ,le rve du ,gronlandais1 c'est1 sa mort1 de passer dans la lune1 o il y aura du bois de chauffage1 le feu1 la lumire du foyer4 ,l'huile ici-bas tient lieu de tout cela4 ,bue largement1 elle le i chauffe4 ,grand contraste entre l'homme et les amphibies somnolents1 qui1 mme en ce climat1 savent vivre sans grandes souffrances4 ,l'oeil doux du phoque l'indique assez4 ,nourrisson de la mer1 il est toujours en rapport avec elle4 ,il y reste des interstices o l'excellent nageur sait se pourvoir4 ,tout lourd qu'on le croirait1 il monte adroitement sur un glaon et se fait voiturer4 ,l'eau paisse de mollusques1 grasse d'atomes anims1 nourrit richement le poisson pour l'usage du phoque1 qui1 bien repu1 s'endort sur son rocher d'un lourd sommeil que rien ne rompt4 ,la vie de l'homme est toute contraire4 ,il semble tre l malgr ,dieu1 maudit1 et tout lui fait la guerre4 ,sur les photographies que nous avons de l',esquimau1 on lit sa destine terrible dans la fixit du regard1 dans son oeil dur et noir1 sombre comme la nuit4 ,il semble ptrifi d'une vision1 du spectacle habituel d'un infini lugubre4 ,cette nature de ,terreur ternelle a cach d'un masque d'airain sa forte intelligence1 rapide cependant et pleine d'expdients dans une vie de dangers imprvus4 99 99 99 ,qu'aurait-il fait8 ,sa famille avait faim1 et ses enfants criaient2 sa femme enceinte grelottait sur la neige4 ,le vent du ple leur jetait infatigablement ce dluge de givre1 ce tourbillon de fines flches qui piquent et entrent1 hbtent1 font perdre la voix et le sens4 ,la mer ferme1 plus de poisson4 ,mais le phoque tait l4 ,et que de poissons dans un phoque1 quelle richesse d'huile accumule6 ,il tait l endormi1 sans dfense4 ,mme veill1 il ne fuit gure4 ,il se laisse approcher1 toucher4 ,comme le lamantin1 il faut le battre1 si on veut l'loigner4 ,ceux qu'on prend jeunes1 on a beau les rejeter la mer1 ils vous suivent obstinment4 ,une telle facilit dut troubler l'homme et le faire hsiter1 combattre la tentation4 ,enfin1 le froid vainquit1 et il fit cet assassinat4 ,ds lors1 il fut riche et vcut4 ,la chair nourrit ces affams4 ,l'huile1 absorbe flots1 les rchauffa4 ,les os servirent mille usages domestiques4 ,des fibres on fit des cordes et des filets4 ,la peau du phoque1 coupe la taille de la femme1 la couvrit frissonnante4 ,mme habit pour les deux1 sauf la pointe un peu basse qu'elle allonge4 ,plus un petit ruban de cuir rouge qu'elle met galamment en bordure pour lui plaire et pour tre aime4 ,mais ce qui fut bien plus utile1 c'est qu'industrieusement1 de peaux cousues1 ils firent la machine lgre1 forte pourtant1 o cet homme intrpide ose monter1 et qu'il nomme une barque4 ,misrable petit vhicule long1 mince et qui ne pse rien4 ,il est trs-strictement ferm1 sauf un trou1 o le rameur se met1 serrant la peau sa ceinture4 ,on gagerait toujours que cela va chavirer444 ,mais point4 ,il file comme une flche sur le dos de la vague1 disparat1 reparat1 dans les remous durs1 saccads1 que font les glaces autour1 entre les montagnes flottantes4 ,homme et canot1 c'est un4 ,le tout est un poisson artificiel4 ,mais qu'il est infrieur au vrai6 ,il n'a pas l'appareil1 la vessie natatoire qui soutient l'autre1 le fait volont lourd ou lger4 ,il n'a pas l'huile qui1 plus lgre que l'eau1 veut toujours surnager et remonter la surface4 ,il n'a pas surtout ce qui fait1 chez le vrai poisson1 la vigueur du mouvement1 sa vive contraction de l'pine pour frapper de forts coups de queue4 ,ce qu'il imite seulement1 faiblement1 ce sont les nageoires4 ,ses rames qui ne sont pas serres au corps1 mais mues au loin par un long bras1 sont bien molles en comparaison1 et bien promptes se fatiguer4 ,qui rpare tout cela8 ,la terrible nergie de l'homme1 et1 sous ce masque fixe1 sa vive raison1 qui1 par clairs1 dcide1 invente et trouve1 de minute en minute1 remdie sans cesse aux prils de cette peau flottante qui seule le dfend de la mort4 ,trs-souvent on ne peut passer2 on trouve une barre de glace4 ,alors les rles changent4 ,la barque portait l'homme1 et maintenant il porte la barque1 la prend sur son paule1 traverse la glace craquante et se remet flot plus loin4 ,parfois des monts flottants1 venant sa rencontre1 n'offrent entre eux que dtroits corridors qui s'ouvrent1 se ferment tout coup4 ,il peut y disparatre1 s'ensevelir vivant1 il peut1 de moment en moment1 voir les deux murs bleutres1 s'approchant1 peser sur sa barque1 sur lui1 d'une si pouvantable pression1 qu'il en soit aminci jusqu' l'paisseur d'un cheveu4 ,un grand navire eut cette destine4 ,il fut coup en deux1 les deux moitis crases1 aplaties4 99 99 99 ,ils assurent que leurs pres ont pch la baleine4 ,moins misrables alors1 leur terre tant moins froide1 ils s'ingniaient mieux1 avaient du fer sans doute4 ,peut-tre il leur venait de ,norvge ou d',islande4 ,les baleines ont toujours surabond aux mers du ,gronland4 ,grand objet de concupiscence pour ceux dont l'huile est le premier besoin4 ,le poisson la donne par gouttes1 et le phoque flots2 la baleine en montagne4 ,ce fut un homme1 celui qui le premier tenta un pareil coup1 qui1 mal mont1 mal arm1 et la mer grondant sous ses pieds1 dans les tnbres1 dans les glaces1 seul seul1 joignit le colosse4 ,celui qui se fia tellement sa force et son courage1 la vigueur du bras1 la roideur du coup1 la pesanteur du harpon4 ,celui qui crut qu'il percerait et la peau et le mur de lard1 la chair paisse4 ,celui qui crut qu' son rveil terrible1 dans la tempte que le bless fait de ses sauts et de ses coups de queue1 il n'allait pas l'engouffrer avec lui4 ,comble d'audace6 il ajoutait un cble son harpon pour poursuivre sa proie1 bravait l'effroyable secousse1 sans songer que la bte effraye pouvait descendre brusquement1 s'enfuir en profondeur1 plonger la tte en bas4 ,il y a un bien autre danger4 ,c'est qu'au lieu de la baleine1 on ne trouve sa place l'ennemi de la baleine1 la terreur de la mer1 le ,cachalot4 ,il n'est pas grand1 n'a gure que soixante ou quatre-vingts pieds4 ,sa tte1 elle seule1 fait le tiers1 vingt ou vingt-cinq4 ,dans ce cas1 malheur au pcheur6 c'est lui qui devient le poisson1 il est la proie du monstre4 ,celui-ci a quarante-huit dents normes et d'horribles mchoires1 tout dvorer1 homme et barque4 ,il semble ivre de sang4 ,sa rage aveugle pouvante tous les ctacs1 qui fuient en mugissant1 s'chouent mme au rivage1 se cachent dans le sable ou la boue4 ,mort mme1 ils le redoutent1 n'osent approcher de son cadavre4 ,la plus sauvage espce du ,cachalot est l',ourque1 ou le ,phystre des anciens1 tellement craint des ,islandais qu'ils n'osaient le nommer en mer1 de peur qu'il n'entendt et n'arrivt4 ,ils croyaient au contraire qu'une espce de baleine 7la ,jubarte7 les aimait et les protgeait1 et provoquait le monstre afin de les sauver4 99 99 99 ,plusieurs disent que les premiers qui affrontrent une si effrayante aventure avaient besoin d'tre exalts1 excentriques et cerveaux brls4 ,la chose1 selon eux1 n'aurait pas commenc par les sages hommes du ,nord1 mais par nos ,basques1 les hros du vertige4 ,marcheurs terribles1 chasseurs du ,mont ,perdu1 et pcheurs effrns1 ils couraient en batelet leur mer capricieuse1 le golfe ou gouffre de ,gascogne4 ,ils y pchaient le thon4 ,ils virent jouer des baleines1 et se mirent courir aprs1 comme ils s'acharnent aprs l'isard dans les fondrires1 les abmes1 et les plus affreux casse-cou4 ,cet norme gibier1 normment tentant pour sa grosseur1 pour la chance et pour le pril1 ils le chassrent mort et n'importe o1 quelque part qu'il les conduist4 ,sans s'en apercevoir1 ils poussaient jusqu'au ple4 ,l1 le pauvre colosse croyait eu tre quitte1 et1 ne supposant pas1 sans doute1 qu'on pt tre si fou1 il dormait tranquillement1 quand nos tourdis hroques approchaient sans souffler4 ,serrant sa ceinture rouge1 le plus fort1 le plus leste1 s'lanait de la barque1 et1 sur ce dos immense1 sans souci de sa vie1 d'un han6 enfonait le harpon4 ,,ii ,,decouverte ,,des ,,trois ,,oceans ,qui a ouvert aux hommes la grande navigation8 qui rvla la mer1 en marqua les zones et les voies8 enfin1 qui dcouvrit le globe8 ,la baleine et le baleinier4 ,tout cela bien avant ,colomb et les fameux chercheurs d'or1 qui eurent toute la gloire1 retrouvant grand bruit ce qu'avaient trouv les pcheurs4 ,la traverse de l',ocan1 que l'on clbra tant au quinzime sicle1 s'tait faite souvent par le passage troit d',islande en ,gronland1 et mme par le large2 car les ,basques allaient ,terre-,neuve4 ,le moindre danger tait la traverse pour des gens qui cherchaient au bout du monde ce suprme danger1 le duel avec la baleine4 ,s'en aller dans les mers du ,nord1 se prendre corps corps avec la montagne vivante1 en pleine nuit1 et1 on peut le dire1 en plein naufrage1 le pied sur elle et le gouffre dessous1 ceux qui faisaient cela taient assez tremps de coeur pour prendre en grande insouciance les vnements ordinaires de la mer4 ,noble guerre1 grande cole de courage4 ,cette pche n'tait pas comme aujourd'hui un carnage facile qui se fait prudemment de loin avec une machine3 on frappait de sa main1 on risquait vie pour vie4 ,on tuait peu de baleines1 mais on gagnait infiniment en habilet maritime1 en patience1 en sagacit1 en intrpidit4 ,on rapportait moins d'huile et plus de gloire4 ,chaque nation se montrait l dans son gnie particulier4 ,on les reconnaissait leurs allures4 ,il y a cent formes de courage1 et leurs varits gradues taient comme une gamme hroque4 ,au ,nord1 les ,scandinaves1 les races rousses 7de la ,norvge en ,flandre71 leur sanguine fureur4--,au ,midi1 l'lan basque et la folie lucide qui se guida si bien autour du monde4--,au centre1 la fermet bretonne1 muette et patiente2 mais1 l'heure du danger1 d'une excentricit sublime2--,enfin1 la sagesse normande1 arme de l'association et de toute prvoyance1 courage calcul1 bravant tout1 mais pour le succs4 ,telle tait la beaut de l'homme1 dans cette manifestation souveraine4 99 99 99 ,on doit beaucoup la baleine3 sans elle1 les pcheurs se seraient tenus la cte1 car presque tout poisson est riverain2 c'est elle qui les mancipa1 et les mena partout4 ,ils allrent1 entrans1 au large1 et1 de proche en proche1 si loin1 qu'en la suivant toujours1 ils se trouvrent avoir pass1 leur insu1 d'un monde l'autre4 ,il y avait moins de glace alors1 et ils assurent avoir touch le ple 7 sept lieues seulement de distance74 ,le ,gronland ne les sduisit pas3 ce n'est pas la terre qu'ils cherchaient1 mais la mer seulement et les routes de la baleine4 ,l',ocan entier est son gte1 et elle s'y promne1 en large surtout4 ,chaque espce habite de prfrence une certaine latitude1 une zone d'eau plus ou moins froide2 ,voil ce qui traa les grandes divisions de l',atlantique4 ,la populace des baleines infrieures qui ont une nageoire sur le dos 7balinoptres7 se trouve au plus chaud et au plus froid1 sous la ligne et aux mers polaires4 ,dans la grande rgion intermdiaire1 le cachalot froce incline au sud1 dvaste les eaux tides4 ,au contraire1 la baleine franche les craint1 ou les craignait plutt 7car elle est si rare aujourd'hui674 ,nourrie spcialement de mollusques et autres vies lmentaires1 elle les cherchait dans les eaux tempres1 un peu au nord4 ,jamais on ne la trouvait dans le chaud courant du midi2 c'est ce qui fit remarquer le courant1 et amena cette dcouverte essentielle de la vraie voie d',amrique en ,europe4 ,d',europe en ,amrique1 on est pouss par les vents alizs4 ,si la baleine franche a horreur des eaux chaudes et ne peut passer l'quateur1 elle ne peut tourner l',amrique4 ,comment donc se fait-il qu'une baleine1 blesse de notre ct dans l',atlantique1 se retrouve parfois de l'autre1 entre l',amrique et l',asie8 ,c'est qu'un passage existe au ,nord4 ,seconde dcouverte4 ,vive lueur jete sur la forme du globe et la gographie des mers4 ,de proche en proche1 la baleine nous a mens partout4 ,rare aujourd'hui1 elle nous fait fouiller les deux ples1 le dernier coin du ,pacifique au dtroit de ,behring1 et l'infini des eaux antarctiques4 ,il est mme une rgion norme qu'aucun vaisseau d'tat ni de commerce ne traverse jamais1 quelques degrs au del des pointes d',amrique et d',afrique4 ,nul n'y va que les baleiniers4 99 99 99 ,si l'on avait voulu1 on et fait bien plus tt les grandes dcouvertes du quinzime sicle4 ,il fallait s'adresser aux rdeurs de la mer1 aux ,basques1 aux ,islandais ou ,norvgiens1 et nos ,normands4 ,pour des raisons diverses1 on s'en dfiait4 ,les ,portugais ne voulaient1 employer que des hommes eux1 et de l'cole qu'ils avaient forme4 ,ils craignaient nos ,normands1 qu'ils chassaient et dpossdaient de la cte d',afrique4 ,d'autre part1 les rois de ,castille tinrent toujours pour suspects leurs sujets1 les ,basques1 qui1 par leurs privilges1 taient comme une rpublique1 et de plus passaient pour des ttes dangereuses1 indomptables4 ,c'est ce qui fit manquer ces princes plus d'une entreprise4 ,ne parlons que d'une seule1 l',invincible ,armada4 ,philippe ,,ii1 qui avait deux vieux amiraux basques1 la fit commander par un ,castillan4 ,on agit contre leur avis3 de l le grand dsastre4 99 99 99 ,une maladie terrible avait clat au quinzime sicle1 la faim1 la soif de l'or1 le besoin absolu de l'or4 ,peuples et rois1 tous pleuraient pour l'or4 ,il n'y avait plus aucun moyen d'quilibrer les dpenses et les recettes4 ,fausse monnaie1 cruels procs et guerres atroces1 on employait tout1 mais point d'or4 ,les alchimistes en promettaient1 et on allait en faire dans peu2 mais il fallait attendre4 ,le fisc1 comme un lion furieux de faim1 mangeait des ,juifs1 mangeait des ,maures1 et de cette riche nourriture il ne lui restait rien aux dents4 ,les peuples taient de mme4 ,maigres et sucs jusqu' l'os1 ils demandaient1 imploraient un miracle qui ferait venir l'or du ciel4 ,on connat la trs-belle histoire de ,sindbad 7,mille et une ,nuits71 son dbut1 d'histoire ternelle1 qui se renouvelle toujours4 ,le pauvre travailleur ,hindbad1 le dos charg de bois1 entend de la rue les concerts1 les galas qui se font au palais de ,sindbad1 le grand voyageur enrichi4 ,il se compare1 envie4 ,mais l'autre lui raconte tout ce qu'il a souffert pour conqurir de l'or4 ,hindbad est effray du rcit4 ,l'effet total du conte est d'exagrer les prils1 mais aussi les profits de cette grande loterie des voyages1 et de dcourager le travail sdentaire4 ,la lgende qui1 au quinzime sicle1 brouillait toutes les cervelles1 c'tait un rchauff de la fable des ,hesprides1 un ,eldorado1 terre de l'or1 qu'on plaait dans les ,indes et qu'on souponnait tre le paradis terrestre1 subsistant toujours ici-bas4 ,il ne s'agissait que de le trouver4 ,on n'avait garde de le chercher au nord4 ,voil pourquoi on fit si peu d'usage de la dcouverte de ,terre-,neuve et du ,gronland4 ,au midi1 au contraire1 on avait dj trouv en ,afrique de la poudre d'or4 ,cela encourageait4 ,les rveurs et les rudits d'un sicle pdantesque entassaient1 commentaient les textes4 ,et la dcouverte1 peu difficile d'elle-mme1 le devenait force de lectures1 de rflexions1 d'utopies chimriques4 ,cette terre de l'or tait-elle1 n'tait-elle pas le paradis8 tait-elle nos antipodes8 et avions-nous des antipodes8444 ce mot1 les docteurs1 les robes noires1 arrtaient les savants1 leur rappelaient que l-dessus la doctrine de l'glise tait formelle1 l'hrsie des antipodes ayant t expressment condamne4 ,voil une grave difficult6 ,on tait l arrt court4 ,pourquoi l',amrique1 dj dcouverte1 se trouva-t-elle encore si difficile dcouvrir8 ,c'est qu'on dsirait la fois et qu'on craignait de la trouver4 99 99 99 ,le savant libraire italien1 ,colomb1 tait bien sr de son affaire4 ,il avait t en ,islande recueillir les traditions2 et1 d'autre part1 les ,basques lui disaient tout ce qu'ils savaient de ,terre-,neuve4 ,un ,gallicien y avait t jet et y avait habit4 ,colomb prit pour associs des pilotes tablis en ,andalousie1 les ,pinzon1 qu'on croit tre identiques aux ,pinon de ,dieppe4 ,ce dernier point est vraisemblable4 ,nos ,normands et les ,basques1 sujets de la ,castille1 taient en intime rapport4 ,ce sont ceux-ci1 qu'on nommait ,castillans1 qui1 sous le ,normand ,bthencourt1 firent la clbre expdition des ,canaries 7,navarrete74 ,nos rois donnrent des privilges aux ,castillans tablis ,honfleur et ,dieppe2 et1 par contre1 les ,dieppois avaient des comptoirs ,sville4 ,il n'est pas sr qu'un ,dieppois ait trouv l',amrique quatre ans avant ,colomb2 mais il est presque sr que ces ,pinon d',andalousie taient des armateurs normands4 ,ni ,basques1 ni ,normands1 n'auraient pu1 en leur propre nom1 se faire autoriser par la ,castille4 ,il y fallut un ,italien habile et loquent1 un ,gnois obstin qui poursuivt quinze ans la chose1 qui trouvt le moment unique1 empoignt l'occasion1 st lever le scrupule4 ,le moment fut celui o la ruine des ,maures cota si cher la ,castille1 o l'on criait de plus en plus3 ,de l'or6 ,le moment fut celui o l',espagne victorieuse frmissait de sa guerre de croisade et d'inquisition4 ,l',italien saisit ce levier1 fut plus dvot que les dvots4 ,il agit par l'glise mme3 on fit scrupule ,isabelle de laisser tant de nations paennes dans les ombres de la mort4 ,on lui dmontra clairement que dcouvrir la terre de l'or1 c'tait se mettre mme d'exterminer le ,turc et reprendre ,jrusalem4 ,on sait que1 sur trois vaisseaux1 les ,pinon en fournirent deux et les menrent eux-mmes4 ,ils allrent en avant4 ,l'un d'eux1 il est vrai1 se trompa2 mais les autres1 ,franois ,pinon et son jeune frre ,vincent1 pilote du vaisseau la ,nina1 firent signe ,colomb qu'il devait les suivre au sud-ouest 7#ab octobre #adib74 ,colomb1 qui allait droit l'ouest1 et rencontr dans sa plus grande force le courant chaud qui va des ,antilles l',europe4 ,il n'aurait travers ce mur liquide qu'avec grande difficult4 ,il et pri ou navigu si lentement1 que son quipage se ft rvolt4 ,au contraire1 les ,pinon1 qui peut-tre avaient l-dessus des traditions1 navigurent comme s'ils avaient connaissance de ce courant2 ils ne l'affrontrent pas sa sortie1 mais1 dclinant au sud1 passrent sans peine1 et abordrent au lieu mme o les vents alizs poussent les eaux1 d',afrique cri ,amrique1 aux parages d',hati4 ,ceci est constat par le journal mme de ,colomb1 qui1 franchement1 avoue que les ,pinon le dirigrent4 ,qui vit le premier l',amrique8 ,un matelot des ,pinon1 si l'on en crot l'enqute royale de #aeac4 ,il semblait d'aprs tout cela qu'une forte part du gain et de la gloire et d leur revenir4 ,ils plaidrent4 ,mais le roi jugea en faveur de ,colomb4 ,pourquoi8 ,parce que1 vraisemblablement1 les ,pinon taient des ,normands1 et que l',espagne aima mieux reconnatre le droit d'un ,gnois sans consistance et sans patrie que celui des ,franais1 de la grande nation rivale1 des sujets de ,louis ,,xii et de ,franois ,ier1 qui un jour auraient pu transfrer ce droit leurs matres4 ,un des ,pinon mourut de dsespoir4 ,du reste1 qui avait lev le grand obstacle des rpugnances religieuses8 fait dcider l'expdition1 avec tant d'loquence1 d'adresse et de persvrance8 ,colomb1 le seul ,colomb4 ,il tait le vrai crateur de l'entreprise1 et il en fut aussi l'excuteur trs-hroque4 ,il mrite la gloire qu'il garde dans la postrit4 99 99 99 ,je crois1 comme ,m4 ,jules de ,blosseville 7un noble coeur1 bon juge des grandes choses71 je crois qu'il n'y eut rellement de difficile en ces dcouvertes que le tour du monde1 l'entreprise de ,magellan et de son pilote1 le ,basque ,sbastien del ,cano4 ,le plus brillant1 le plus facile1 avait t la traverse de l',atlantique1 sous le souffle des vents alizs1 la rencontre de l',amrique1 ds longtemps dcouverte au nord4 ,les ,portugais firent une chose bien moins extraordinaire encore en mettant tout un sicle dcouvrir la cte occidentale de l',afrique4 ,nos ,normands1 en peu de temps1 en avaient trouv la moiti4 ,malgr ce qu'on a dit de l'cole de ,lisbonne et de la louable persvrance du prince ,henri qui la cra1 le ,vnitien ,cadamosto tmoigne dans sa relation du peu d'habilet des pilotes portugais4 ,ds qu'ils en eurent un vraiment hardi et de gnie1 ,barthlemi ,diaz1 qui doubla le ,cap1 ils le remplacrent par ,gama1 un grand seigneur de la maison du roi1 homme de guerre surtout4 ,ils taient plus proccups de conqutes faire et de trsors prendre que de dcouvertes proprement dites4 ,gama fut admirable de courage2 mais il ne fut que trop fidle aux ordres qu'il avait de ne souffrir personne dans les mmes mers4 ,un vaisseau de plerins de la ,mecque1 tout charg de familles1 qu'il gorgea barbarement1 exaspra toutes les haines1 augmenta dans tout l',orient l'horreur du nom chrtien1 ferma de plus en plus l',asie4 99 99 99 ,est-il vrai que ,magellan ait vu le ,pacifique marqu d'avance sur un globe par l',allemand ,bebaim8 ,non1 ce globe qu'on a ne le montre pas4 ,aurait-il vu chez son matre1 le roi de ,portugal1 une carte qui l'indiquait8 ,on l'a dit1 non prouv4 ,il est bien plus probable que les aventuriers qui dj1 depuis une vingtaine d'annes1 couraient le continent amricain1 avaient vu1 de leurs yeux vu1 la mer ,pacifique4 ,ce bruit qui circulait s'accordait merveille avec l'ide que donnait le calcul d'un tel contre-poids1 ncessaire l'hmisphre que nous habitons et l'quilibre du globe4 ,il n'y a pas de vie plus terrible que celle de ,magellan4 ,tout est combat1 navigations lointaines1 fuites et procs1 naufrages1 assassinat manqu1 enfin la mort chez les barbares4 ,il se bat en ,afrique4 ,il se bat dans les ,indes4 ,il se marie chez les ,malais1 si braves et si froces4 ,lui-mme semble avoir t tel4 ,dans son long sjour en ,asie1 il recueille toutes les lumires1 prpare sa grande expdition1 sa tentative d'aller par l',amrique aux les mmes des pices1 aux ,moluques4 ,les prenant la source1 on tait sr de les avoir meilleur prix qu'on n'avait pu encore1 en les tirant de l'occident de l',inde4 ,l'entreprise1 dans son ide originaire1 fut ainsi toute commerciale4 7,voy4 ,navarete1 ,f4 ,denis1 ,charton47 ,un rabais sur le poivre fut l'inspiration primitive du voyage le plus hroque qu'on ait fait sur cette plante4 ,l'esprit de cour1 l'intrigue1 dominait tout alors en ,portugal4 ,magellan1 maltrait1 passa en ,espagne1 et magnifiquement ,charles-,quint lui donna cinq vaisseaux4 ,mais il n'osa se fier tout fait au transfuge portugais2 il lui imposa un associ castillan4 ,magellan partit entre deux dangers1 la malveillance castillane et la vengeance portugaise1 qui le cherchait pour l'assassiner4 ,il eut bientt rvolte sur la flotte1 et dploya un terrible hrosme1 indomptable et barbare4 ,il mit aux fers l'associ1 se fit seul chef4 ,il fit poignarder1 gorger1 corcher les rcalcitrants4-- travers tout cela1 naufrage6 et des vaisseaux perdus4--personne ne voulait plus le suivre1 quand on vit l'effrayant aspect de la pointe de l',amrique1 la dsole ,terre de ,feu1 et le funbre cap ,forward4 ,cette contre arrache du continent par de violentes convulsions1 par la furieuse bullition de mille volcans1 semble une tourmente de granit4 ,boursoufle1 crevasse par un refroidissement subit1 elle fait horreur4 ,ce sont des pics aigus1 des clochers excentriques1 d'affreuses et noires mamelles1 des dents atroces trois pointes1 et toute cette masse de lave1 de basalte1 de fontes de feu1 est coiffe de lugubre neige4 ,tous en avaient assez4 ,il dit3 ,plus loin6 ,il chercha1 il tourna1 il se dmla de cent les1 entra dans une mer sans bornes1 ce jour-l pacifique1 et qui en a gard le nom4 ,il prit dans les ,philippines4 ,quatre vaisseaux prirent4 ,le seul qui resta1 la ,victoire1 la fin n'eut plus que treize hommes1 mais il avait son grand pilote1 l'intrpide et l'indestructible1 le ,basque ,sbastien1 qui revint seul ainsi 7#aeba71 ayant le premier des mortels fait le tour du monde4 ,rien de plus grand4 ,le globe tait sr dsormais de sa sphricit4 ,cette merveille physique de l'eau uniformment tendue sur une boule o elle adhre sans s'carter1 ce miracle tait dmontr4 ,le ,pacifique enfin tait connu1 le grand et mystrieux laboratoire o1 loin de nos yeux1 la nature travaille profondment la vie1 nous labore des mondes1 des continents nouveaux4 ,rvlation d'immense porte1 non matrielle seulement1 mais morale1 qui centuplait l'audace de l'homme et le lanait dans un autre voyage sur le libre ocan des sciences1 dans l'effort 7tmraire1 fcond7 de faire le tour de l'infini4 ,,iii ,,la ,,loi ,,des ,,temp,,tes ,c'est d'hier qu'on a su construire des vaisseaux propres la navigation australe1 la lame si longue et si forte1 qui1 sur ces eaux sans bornes1 va roulant1 s'entassant1 et fait de vraies montagnes4 ,que dire de ces premiers1 les ,diaz et les ,magellan1 qui s'y hasardrent sur les lourdes petites coques de ce temps-l8 ,pour les mers polaires surtout1 arctiques et antarctiques1 il faut des navires faits exprs4 ,ils furent vaillants1 ceux qui1 comme un ,cabot1 un ,brentz1 un ,willoughby1 sur des chaloupes informes1 remontant le torrent de glaces1 affrontrent le ,spitzberg1 ouvrirent le ,gronland par son entre funbre1 le cap ,adieu1 percrent jusqu' ce coin o1 de nos jours encore1 furent briss deux cents baleiniers4 ,ce qui fait le sublime de ces anciens hros1 c'est leur ignorance mme1 leur aveugle courage1 leur rsolution dsespre4 ,ils ne connaissaient rien la mer1 bravaient d'effrayants phnomnes dont ils ne souponnaient pas la cause4 ,ils ne savaient pas mieux le ciel4 ,la boussole fut tout leur bagage4 ,nul de ces instruments physiques qui nous guident et nous parlent en langage si prcis4 ,ils allaient comme les yeux ferms et dans la nuit4 ,ils taient effrays1 ils le disent eux-mmes1 mais n'en dmordaient pas4 ,les temptes de mer1 les tourbillons de l'air1 les tragiques dialogues de ces deux ocans1 les orages magntiques qu'on appelle aurores borales1 toute cette fantasmagorie leur semblait la fureur de la nature trouble et irrite1 la lutte des dmons4 99 99 99 ,les progrs ont t lents pendant trois sicles4 ,on voit dans ,cook et dans ,pron combien1 mme en ces temps si prs de nous1 la navigation tait difficile1 prilleuse1 incertaine4 ,cook1 de si grand courage1 mais de vive imagination1 en est mu1 et dit dans son journal3 ,les dangers sont si grands1 que j'ose dire que personne ne se hasardera aller plus loin que moi4 ,or1 c'est prcisment depuis1 que les voyages ont commenc de manire rgulire et pouss au plus loin4 ,un grand sicle1 un sicle ,titan1 le dix-neuvime1 a froidement observ ces objets4 ,il a le premier os regarder l'orage la face1 noter sa furie1 crire1 pour ainsi dire1 sous sa dicte4 ,ses prsages1 ses caractres1 ses rsultats1 tout a t enregistr4 ,puis on a expliqu et gnralis4 ,un systme a surgi1 nomm d'un titre hardi qui jadis et sembl impie3 ,loi des temptes4 ,donc ce qu'on avait cru un caprice se ramnerait une loi4 ,ces faits terribles1 rentrant dans certaines formes rgulires1 perdraient en grande partie leur puissance de vertige4 ,calme et fort1 l'homme en plein pril aviserait si l'on ne peut leur opposer des moyens de dfense non moins rguliers4 ,en deux mots1 si la tempte arrive faire une science1 ne peut-on crer un art du salut8 un art d'viter l'ouragan1 et d'en profiter mme8 99 99 99 ,cette science ne put commencer tant qu'on se tint aux vieilles ides qui attribuaient la tempte au caprice des vents4 ,une observation attentive fit connatre que les vents n'ont point de caprice1--qu'ils sont l'accident1 parfois l'agent de la tempte1 mais qu'elle est en gnral un phnomne lectrique et souvent se passe des vents4 ,le frre du conventionnel ,romme 7principal auteur du calendrier7 posa les premires bases4 ,les ,anglais avaient remarqu que1 dans les temptes de l',inde1 ils naviguaient longtemps sans avancer et se retrouvaient au point de dpart4 ,romme runit toutes les observations1 montra qu'il en tait de mme dans les ouragans de la ,chine1 de l',afrique1 de la mer des ,antilles4 ,le premier il nota que les coups de vent rectilignes sont plus rares1 et qu'en gnral la tempte a le caractre circulaire1 est un tourbillon4 ,la tempte tourbillonnante des tats-,unis en #ahae1 celle de #ahba 7l'anne d'une grande ruption de l',hcla71 o les vents soufflaient de tous les points vers un centre1 veillrent l'attention de l',amrique et de l',europe4 ,brande en ,allemagne1 et en mme temps ,redfield1 de ,new-,york1 firent le premier pas aprs ,romme4 ,ils tablirent cette loi1 que la tempte tait gnralement un tourbillon progressif qui avance en tournant sur lui-mme4 ,en #ahch1 l'ingnieur anglais ,reid1 envoy la ,barbade1 aprs la clbre tourmente qui tua quinze cents personnes1 prcisa le double mouvement de rotation4 ,mais sa dcouverte capitale1 c'est qu'il observa1 formula3 ,que dans notre hmisphre boral la tempte tourne de droite gauche1 c'est--dire part de l'est1 va au nord1 tourne l'ouest1 au sud1 pour revenir l'est4 ,dans l'hmisphre austral1 la tempte tourne de gauche droite4 ,observation de grande utilit pratique1 qui guide dsormais la manoeuvre4 ,reid trs-justement prit pour son livre ce grand titre3 ,de la ,loi des temptes4 99 99 99 ,c'tait la loi de leur mouvement1 non l'explication de leur cause4 ,cela ne disait pas ce qui les fait et ce qu'elles sont en elles-mmes4 ,ici la ,france reparat4 ,peltier 7,causes des trombes1 #ahdj7 a tabli1 et par un grand nombre de faits et par ses ingnieuses expriences1 que les trombes de terre et de mer sont des phnomnes lectriques1 o les vents jouent un rle secondaire4 ,beccaria1 il y a cent ans1 l'avait souponn4 ,mais il tait rserv ,peltier de pntrer la chose en la reproduisant1 de faire des trombes en miniature et des temptes d'agrment4 ,les trombes lectriques naissent volontiers prs des volcans1 aux soupiraux du monde souterrain2 donc elles sont plus communes dans les mers d',asie que dans les ntres4 ,l',atlantique1 ouverte aux deux bouts et toute traverse par les vents1 doit avoir moins de trombes1 plus de coups de vent rectilignes4 ,cependant ,piddington en cite une infinit de circulaires4 ,de #ahdj #ahej1 se sont faites ,calcutta et ,new-,york les immenses compilations de ,piddington et de ,maury4 ,le second1 si illustre par ses cartes1 ses ,directions1 sa ,gographie de la mer1 vangile de la marine d'aujourd'hui4 ,piddington1 moins artiste1 non moins savant1 dans son ,guide du marin1 l'encyclopdie des temptes1 donne les rsultats d'une exprience infinie1 les moyens minutieux de calculer l'loignement de la cyclone ou tourbillon1 d'en dterminer la vitesse1 d'apprcier la courbe des vents1 la nature des diverses lames4 ,il a corrobor les ides de ,peltier1 adopt la cause lectrique1 rfut les explications qu'on cherchait dans les vents en prenant l'effet pour la cause4 99 99 99 ,l'art ancien des augures1 la science des prsages1 nullement mprisables1 reoit dans cet excellent livre un heureux renouvellement4 ,le coucher du soleil n'est point indiffrent4 ,s'il est rouge1 si la mer en garde des lames sanglantes1 l'autre ocan1 celui de l'air1 te prpare un orage4 ,un anneau autour du soleil1 une lueur rouge dans un cercle ple1 des toiles changeantes et qui semblent descendre1 ce sont des signes d'un travail menaant dans la rgion suprieure4 ,c'est bien pis si lu vois1 sur un ciel sale1 de petits nuages filer comme des flches d'un pourpre sombre1 si des masses compactes se mettent figurer des difices tranges1 des arcs-en-ciel briss1 des ponts en ruines et cent autres caprices4 ,tu peux croire que dj le drame a commenc l-haut4 ,tout est calme1 mais l'horizon tremblent des clairs ples4 ,tout est calme1 et1 dans ce silence1 on surprend par instants des bruits roulants1 qui s'arrtent soudain4 ,la mer vient au rivage plaintive et gonfle de soupirs4 ,parfois mme1 du fond1 monte un bruit sourd444 ,ici sois attentif3 ,c'est l'appel de la mer4 7,locution anglaise47 ,l'oiseau est averti4 ,s'il n'est pas loin des ctes1 on le voit 7cormoran1 goland ou mouette7 qui regagne la terre tire-d'aile1 quelque trou de rocher4 ,en haute mer1 ton vaisseau leur sert d'le et de point de repos4 ,ils tournent tout autour1 et parfois franchement te demandent l'hospitalit1 perchent un moment sur tes mts4 ,bientt viendra le ptrel sombre1 l'oiseau au vol sinistre1 qui1 si habilement1 entre lui et l'orage1 sait mettre le vaisseau en danger4 ,rjouis-toi s'il tonne4 ,la dcharge lectrique se fait en haut4 ,autant de moins sur la tempte4 ,observation antique1 mais confirme scientifiquement par ,peltier1 et par l'exprience de ,piddington et de tant d'autres4 ,si l'lectricit1 accumule en haut1 descend silencieuse1 s'il ne pleut pas1 la dcharge se fera en bas1 crera des courants circulaires4 ,il y aura trombe et tempte4 99 99 99 ,la trombe parfois vous prend en rade4 ,en #afih1 le capitaine ,langford1 au port et bien ancr1 vit la trombe venir1 et sur-le-champ partit1 se mit sous la protection de la mer4 ,les navires plus prudents restrent et furent briss4 ,madras et la ,barbade1 des signaux sont donns pour avertir les vaisseaux l'ancre4 ,au ,canada1 le tlgraphe lectrique1 plus prompt encore que l'lectricit du ciel1 fait circuler de port en port l'avis de la tempte qui doit aller de l'un l'autre4 ,pour le marin en pleine mer1 le baromtre est le grand conseiller4 ,sa sensibilit parfaite rvle les degrs prcis du poids dont l'orage l'opprime4 ,muet d'abord1 il a l'air de dormir4 ,mais un lger coup l'a frapp1 coup d'archet qui prlude4 ,le voil inquiet4 ,il rpond1 vibre1 oscille2 il se replie1 descend4 ,l'atmosphre lastique1 sous les lourdes vapeurs1 pse1 puis tout coup rebondit et remonte4 ,le baromtre a son orage lui4 ,des lueurs de ple lumire lui chappent parfois du mercure et remplissent son tube 7,pron l'observa ,maurice74 ,dans les rafales1 il semble respirer4 ,le baromtre eau1 dans ses fluctuations1 disent ,daniel et ,barlow1 avait l'haleine1 le souffle d'un animal sauvage4 ,elle avance pourtant1 la cyclone1 et parfois franchement1 s'illuminant dans sa vaste paisseur de toutes ses lueurs lectriques4 ,parfois elle s'annonce par des jets1 des boules de feu4 ,en #aggb1 au grand ouragan des ,antilles o la mer monta de soixante-dix pieds1 dans le noir de la nuit1 les mornes des rivages s'clairrent de globes enflamms4 ,l'approche est plus ou moins rapide4 ,dans l'ocan ,indien1 sem d'les et d'obstacles1 la trombe ne fait souvent que deux milles l'heure1 tandis qu'au courant chaud qui nous vient des ,antilles1 elle se prcipite raison de quarante-trois milles4 ,sa force de translation serait incalculable1 si elle n'avait en elle-mme une oscillation sous la lutte des vents du dedans1 du dehors4 ,lente ou rapide1 sa fureur est la mme4 ,en #aghi1 il suffit d'un moment et d'une lame pour briser dans le port de ,coringa tous les vaisseaux1 les lancer dans les plaines2 seconde lame1 la ville est noye2 la troisime elle s'croule2 vingt mille habitants crass4 ,en #ahbb1 au contraire1 aux bouches du ,bengale1 on vit la trombe1 pendant vingt-quatre heures1 aspirer l'air1 et l'eau monter d'autant2 et cinquante mille hommes engloutis4 ,l'aspect est diffrent4 ,en ,afrique1 c'est la tornade4 ,par un temps calme et clair1 on sent de l'oppression la poitrine4 ,un point noir apparat au ciel1 comme une aile de vautour4 ,ce vautour fond2 il est immense2 tout disparat1 tout tourne4 ,c'est fait en un quart d'heure4 ,terre dvaste1 mer bouleverse4 ,du vaisseau nulle nouvelle4 ,la nature ne s'en souvient plus4 ,vers ,sumatra et au ,bengale1 vous voyez1 vers le soir ou dans la nuit 7point au matin71 se faire un arc en haut4 ,dans un moment il a grandi1 et de cette arche noire descendent1 sur une lumire terne1 des nappes de tristes clairs ples4 ,malheur qui reoit le premier vent qui sort de l6 ,il peut sombrer1 tre englouti4 ,mais la forme ordinaire est celle d'un entonnoir4 ,un marin qui s'y laissa prendre dit3 ,je me vis comme au fond d'un cratre norme de volcan2 autour de nous1 rien que tnbres2 en haut1 une chappe et un peu de lumire4 ,c'est ce que l'on appelle techniquement l'oeil de la tempte4 ,engren1 il n'y a plus s'en ddire2 elle vous tient4 ,rugissements sauvages1 hurlements plaintifs1 rle et cris de noyade1 gmissements du malheureux vaisseau1 qui redevient vivant1 comme dans sa fort1 se lamente avant de mourir1 tout cet affreux concert n'empche pas d'entendre aux cordages d'aigres sifflements de serpents4 ,tout coup un silence444 ,le noyau de la trombe passe alors dans l'horrible foudre1 qui rend sourd1 presque aveugle444 ,vous revenez vous4 ,elle a rompu les mts sans qu'on en ait rien entendu4 ,l'quipage parfois en garde longtemps les ongles noirs et la vue affaiblie 7,seymour74 ,on se souvient alors avec horreur qu'au moment du passage la trombe1 aspirant l'eau1 aspirait aussi le navire1 voulait le boire1 le tenait suspendu dans l'air et hors de l'eau1 puis elle le lchait1 le faisait plonger dans l'abme4 ,en la voyant ainsi se gorger et s'enfler1 absorber et vagues et vaisseaux1 les ,chinois l'ont conue comme une horrible femme1 la mre ,typhon1 qui1 en planant au ciel1 choisissant ses victimes1 conoit1 s'emplit et se fait grosse1 pleine d'enfants de mort1 les tourbillons de fer 7,keu ,woo74 ,on lui a fait des temples et des autels4 ,on la prie1 on l'adore dans l'espoir de l'humaniser4 99 99 99 ,le brave ,piddington ne l'adore pas4 ,tout au contraire4 ,il en parle sans mnagement4 ,il l'appelle un corsaire trop fort1 un coquin de pirate qui abuse de ses forces1 et qu'on ne doit pas se piquer de combattre4 ,il faut le fuir1 sans point d'honneur4 ,ce perfide ennemi vous tend parfois un pige4 ,par un bon vent1 il vous invite4 ,il a hte de vous embrasser4 ,laissez l ce bon vent1 et tournez-lui le dos1 s'il est possible4 ,naviguez au plus loin de ce dangereux compagnon4 ,n'allez pas voguer de conserve4 ,il prendrait son moment pour vous engrener dans sa danse1 vous matriser1 vous avaler4 ,je voudrais suivre cet excellent homme dans tous ses conseils paternels4 ,ils seraient inutiles si les deux adversaires1 la trombe et le vaisseau1 taient dans un petit espace enferms en champ clos4 ,mais rarement il en est ainsi4 ,le plus souvent1 ce tournoiement d'air et d'eau est immense1 dans un cercle de dix1 vingt1 trente lieues4 ,cela donne au vaisseau des chances pour observer et se tenir une honnte distance4 ,le point est de savoir surtout o elle est centrale1 cette trombe1 o elle a son foyer d'attraction2 puis de connatre son allure1 sa vitesse venir vous joindre4 99 99 99 ,c'est une belle lumire pour le marin de marcher aujourd'hui entre ces deux flambeaux6 ,d'un ct1 son ,maury lui enseigne les lois gnrales de l'air et de la mer1 l'art de choisir et suivre les courants2 il le dirige par des voies calcules1 qui sont comme les rues de l',ocan4 ,d'autre ct1 son ,piddington1 dans un petit volume1 lui rsume et lui met en main l'exprience des temptes1 ce qu'on fit pour les viter1 parfois pour en profiter mme4 ,cela explique et justifie les belles paroles d'un ,hollandais1 le capitaine ,jansen3 ,sur mer1 la premire impression est le sentiment de l'abme1 de l'infini1 de notre nant4 ,sur le plus grand navire1 on se sent toujours en pril4 ,mais1 lorsque les yeux de l'esprit ont sond l'espace et la profondeur1 le danger disparat pour l'homme4 ,il s'lve et comprend4 ,guid par l'astronomie1 instruit des routes liquides1 dirig par les cartes de ,maury1 il trace sa route sur la mer en scurit4 ,cela est simplement sublime4 ,la tempte n'est pas supprime4 ,mais ce qui l'est1 c'est l'ignorance1 c'est le trouble et le vertige qui fait l'obscurit de ce pril1 et le pire de tout pril1 ce qu'il eut de fantastique4--,du moins1 si l'on prit1 on sait pourquoi4 ,grande1 trs-grande scurit1 de conserver l'esprit lucide1 l'me en pleine lumire1 rsigne aux effets quelconques des grandes lois divines du monde qui1 au prix de quelques naufrages1 font l'quilibre et le salut4 ,,iv ,,les ,,mers ,,des ,p,,les ,le plus tentant pour l'homme1 c'est l'inutile et l'impossible4 ,de toutes les entreprises maritimes1 celle o il a mis le plus de persvrance1 c'est la dcouverte d'un passage au nord de l',amrique pour aller tout droit d',europe en ,asie4 ,le plus simple bon sens et fait juger d'avance que1 si ce passage existait1 dans une latitude si froide1 dans la zone hrisse des glaces1 il ne servirait point1 que personne n'y voudrait passer4 ,notez que cette rgion n'a pas la platitude des ctes ,sibriques1 o l'on glisse en traneau4 ,c'est une montagne de mille lieues horriblement accidente1 avec de profondes coupures1 des mers qui dglent un moment pour regeler1 des corridors de glaces qui changent tous les ans1 s'ouvrent et se referment sur vous4 ,il vient d'tre trouv1 ce passage1 par un homme qui1 engag trs-loin1 et ne pouvant plus reculer1 s'est jet en avant et a pass 7#ahec74 ,on sait maintenant ce que c'est4 ,voil les imaginations calmes1 et personne n'en a plus envie4 ,quand j'ai dit l'inutile1 je l'ai dit pour le but qu'on s'tait propos1 de crer une voie commerciale4--,mais1 en suivant cette folie1 on a trouv maintes choses nullement folles1 trs-utiles pour la science1 pour la gographie1 la mtorologie1 l'tude du magntisme de la terre4 99 99 99 ,que voulait-on ds l'origine8 ,s'ouvrir un chemin court au pays de l'or1 aux ,indes orientales4 ,l',angleterre et autres tats1 jaloux de l',espagne et du ,portugal1 comptaient les surprendre par l au coeur de leur lointain empire1 au sanctuaire de la richesse4 ,du temps d'lisabeth1 des chercheurs ayant trouv ou cru trouver quelques parcelles d'or au ,gronland1 exploitrent la vieille lgende du ,nord1 le trsor cach sous le ple1 les masses d'or gardes par les gnomes1 etc4 ,et les ttes se prirent4 ,sur un espoir si raisonnable1 une grande flotte de seize vaisseaux fut envoye1 emmenant comme volontaires les fils des plus nobles familles4 ,on se disputa qui partirait pour cet ,eldorado polaire4 ,ce qu'on trouva1 ce fut la mort1 la faim1 des murs de glaces4 ,cet chec n'y fit rien4 ,pendant plus de trois sicles1 avec une persvrance tonnante1 les explorateurs s'y acharnent4 ,c'est une succession de martyrs4 ,cabot1 le premier1 n'est sauv que par la rvolte de son quipage qui l'empcha d'aller plus loin4 ,brentz meurt de froid1 et ,willoughby de faim4 ,cortereal prit1 corps et biens4 ,hudson est jet par les siens1 sans vivres1 sans voiles1 dans une chaloupe1 et l'on ne sait ce qu'il devient4 ,behring1 en trouvant le dtroit qui spare l',amrique de l',asie1 prit de fatigue1 de froid1 de misre1 dans une le dserte4 ,de nos jours1 ,franklin est perdu dans les glaces2 on ne le retrouve que mort1 ayant eu1 lui et les siens1 la ncessit terrible d'en venir la dernire ressource 7de se manger les uns les autres76 99 99 99 ,tout ce qui peut dcourager les hommes se trouve runi ds l'entre de ces navigations du ,nord4 ,bien avant le cercle polaire1 un froid brouillard pse sur la mer1 vous morfond1 vous couvre de givre4 ,les cordages se roidissent2 les voiles s'immobilisent2 le pont est glissant de verglas2 la manoeuvre difficile4 ,les cueils mouvants qu'on a craindre se distinguent peine4 ,au haut du mt1 dans sa logette charge de frimas1 le veilleur 7vraie stalactite vivante7 signale1 de moment en moment1 l'approche d'un nouvel ennemi1 d'un blanc fantme gigantesque1 qui souvent a deux cents1 trois cents pieds au-dessus de l'eau4 ,mais cette procession lugubre qui annonce le monde des glaces1 ce combat pour les viter1 donnent plutt envie d'aller plus loin4 ,il y a dans l'inconnu du ,ple je ne sais quel attrait d'horreur sublime1 de souffrance hroque4 ,ceux qui1 sans tenter le passage1 ont seulement t au ,nord1 et contempl le ,spitzberg1 en gardent l'esprit frapp4 ,cette masse de pics1 de chanes1 de prcipices1 qui porte quatre mille cinq cents pieds son front de cristaux1 est comme une apparition dans la sombre mer4 ,ses glaciers1 sur les neiges mates1 se dtachent en vives lueurs1 vertes1 bleues1 pourpres1 en tincelles1 en pierreries1 qui lui font un blouissant diadme4 ,pendant la nuit de plusieurs mois1 l'aurore borale clate chaque instant dans les splendeurs bizarres d'une illumination sinistre4 ,vastes et effrayants incendies qui remplissent tout l'horizon1 ruption de jets magnifiques2 un fantastique ,etna1 inondant de lave illusoire la scne de l'ternel hiver4 ,tout est prisme dans une atmosphre de particules glaces o l'air n'est que miroirs et petits cristaux4 ,de l de surprenants mirages4 ,nombre d'objets vus l'envers1 pour un moment apparaissent la tte en bas4 ,les couches d'air qui produisent ces effets sont en rvolution constante2 ce qui y devient plus lger monte son tour et change tout2 la moindre variation de temprature abaisse1 lve2 incline le miroir2 l'image se confond avec l'objet1 puis s'en spare1 se disperse1 une autre image redresse monte au-dessus1 une troisime apparat ple1 affaiblie1 de nouveau renverse4 ,c'est le monde de l'illusion4 ,si vous aimez les songes1 si1 rvant veill1 vous vous plaisez suivre la mobile improvisation et le jeu des nuages1 allez au ,nord2 tout cela se retrouve rel1 et non moins fugitif1 dans la flotte des glaces mouvantes4 ,sur le chemin1 elles donnent ce spectacle4 ,elles singent toutes les architectures4 ,voici du grec classique1 des portiques et des colonnades4 ,des oblisques gyptiens apparaissent1 des aiguilles qui pointent au ciel1 appuyes d'aiguilles tombes4 ,puis voici venir des montagnes1 ,ossa sur ,plion1 la cit des ,gants1 qui1 rgularise1 vous donne des murs cyclopens1 des tables et dolmens druidiques4 ,dessous s'enfoncent des grottes sombres4 ,mais tout cela caduc2 tout1 aux frissons du vent1 ondule et croule4 ,on n'y prend pas plaisir1 parce que rien ne s'asseoit4 chaque instant1 dans ce monde l'envers1 la loi de pesanteur n'est rien3 le faible1 le lger1 portent le fort2 c'est1 ce semble1 un art insens1 un gigantesque jeu d'enfant1 qui menace et peut craser4 ,il arrive parfois un incident terrible4 travers la grande flotte qui majestueusement1 lentement1 descend du nord1 vient brusquement du sud un gant de base profonde1 qui1 enfonant de six1 de sept cents pieds sous la mer1 est violemment pouss par les courants d'en bas4 ,il carte ou renverse tout2 il aborde1 il arrive la plaine de glaces2 mais il n'est pas embarrass4 ,la banquise fut brise en une minute sur un espace de plusieurs milles4 ,elle craqua1 tonna1 comme cent pices de canon2 ce fut comme un tremblement de terre4 ,la montagne courut prs de nous2 tout fut comble1 entre elle et nous1 de blocs briss4 ,nous prissions2 mais elle fila1 rapidement emporte au nord-est4 7,duncan1 #ahbf47 ,c'est en #ahah1 aprs la guerre europenne1 qu'on reprit cette guerre contre la nature1 la recherche du grand passage4 ,elle s'ouvrit par un grave et singulier vnement4 ,le brave capitaine ,john ,ross1 envoy avec deux vaisseaux dans la baie de ,baffin1 fut dupe des fantasmagories de ce monde des songes4 ,il vit distinctement une terre qui n'existait pas1 soutint qu'on ne pouvait passer4 ,au retour1 on l'accable1 on lui dit qu'il n'a pas os2 on lui refuse mme de prendre sa revanche et de rtablir son honneur4 ,un marchand de liqueurs de ,londres se piqua de faire plus que l'empire britannique4 ,il lui donna cinq cent mille francs1 et ,ross retourna1 dtermin passer ou mourir4 ,ni l'un ni l'autre ne lui fut accord6 ,mais il resta1 je ne sais combien d'hivers1 ignor1 oubli1 dans ces terribles solitudes4 ,il ne fui ramen que par ds baleiniers qui1 trouvant ce sauvage1 lui demandrent si jadis il n'avait pas rencontr par hasard feu le capitaine ,john ,ross4 ,son lieutenant ,parry1 qui s'tait cru sr de passer1 lit quatre fois quatre efforts obstins2 tantt par la baie de ,baffin et l',ouest1 tantt par le ,spitzberg et le ,nord4 ,il fit des dcouvertes1 s'avana hardiment avec un traneau-barque1 qui tour tour flottait ou passait les glaons4 ,mais ceux-ci1 invariables dans leur route du ,sud1 l'emportaient toujours en arrire4 ,il ne passa pas plus que ,ross4 ,en #ahcb1 un courageux jeune homme1 un ,franais1 ,jules de ,blosseville1 voulut que cette gloire appartint la ,france4 ,il y mit sa vie1 son argent2 il paya pour prir4 ,il ne put mme avoir un vaisseau de son choix3 on lui donna la ,lilloise1 qui fit eau le jour mme du dpart4 7,voir la notice de son frre74 ,il la raccommoda ses frais1 pour quarante mille francs4 ,dans ce hasardeux vhicule1 il voulait attaquer la cte de fer1 le ,gronland oriental4 ,selon toute apparence1 il n'y arriva mme pas4 ,on n'en eut nulle nouvelle4 ,les expditions des ,anglais taient tout autrement prpares1 avec grande prudence1 grande dpense1 mais ne russissaient gure mieux4 ,en #ahde1 l'infortun ,franklin se perdit dans les glaces4 ,douze ans durant1 on le chercha4 ,l',angleterre y montra une honorable obstination4 ,tous y aidrent4 ,des ,amricains1 des ,franais1 y ont pri4 ,les pics1 les caps de la rgion dsole1 ct du nom de ,franklin1 gardent celui de notre ,bellot et des autres1 qui se dvourent sauver un ,anglais4 ,de son ct1 ,john ,ross avait offert de diriger les ntres dans la recherche de ,blosseville1 d'organiser l'expdition4 ,le sombre ,gronland est par de tels souvenirs1 et le dsert n'est plus dsert1 lorsque l'on y retrouv ces noms qui y tmoignent de la fraternit humaine4 ,lady ,franklin fut admirable de foi4 ,jamais elle ne voulut se croire veuve4 ,elle sollicita incessamment de nouvelles expditions4 ,elle jura qu'il vivait encore1 et elle le persuada si bien1 que1 sept annes aprs qu'il fut perdu1 on le nomma contre-amiral4 ,elle avait raison1 il vivait4 ,en #ahej1 les ,esquimaux le virent1 disent-ils1 avec une soixantaine d'hommes4 ,bientt ils ne furent plus que trente1 ne purent plus marcher ni chasser4 ,il leur fallut manger ceux qui mouraient4 ,si l'on et cout lady ,franklin1 on l'aurait retrouv4 ,car elle disait 7et le bon sens disait7 qu'il fallait le chercher au ,sud2 qu'un homme1 dans cette situation dsespre1 n'irait pas l'aggraver en marchant vers le ,nord4 ,l',amiraut1 qui probablement s'inquitait bien moins de ,franklin que du fameux passage1 poussait toujours ses envoys au ,nord4 ,la pauvre femme dsole finit par faire elle-mme ce qu'on ne voulait pas faire4 ,elle arma grands frais un vaisseau pour le ,sud4 ,mais il tait trop tard4 ,on trouva les os de ,franklin4 99 99 99 ,pendant ce temps1 des voyages plus longs1 et ce pendant plus heureux1 furent faits vers le ple antarctique4 ,l1 ce n'est pas ce mlange de terre1 de mer1 de glaces et de dgels temptueux qui font l'horreur du ,gronland4 ,c'est une grande mer sans bornes1 de lame forte et violente4 ,une immense glacire1 bien plus tendue que la ntre4 ,peu de terre4 ,la plupart de celles qu'on a vues ou cru voir laissent toujours ce doute1 si leurs changeants rivages ne seraient pas une simple ligne de glaces continues et accumules4 ,tout varie selon les hivers4 ,morel1 en #ahbj1 ,weddell en #ahbd1 ,ballerry en #ahci1 trouvrent une chancrure1 pntrrent dans une mer libre que plusieurs n'ont pu retrouver4 ,le ,franais ,kerguelen et l',anglais ,james ,ross ont eu des rsultats certains1 trouv des terres incontestables4 ,le premier1 en #agga1 dcouvrit la grande le ,kerguelen1 que les ,anglais appellent la ,dsolation4 ,longue de deux cents lieues1 elle d'excellents ports1 et1 malgr le climat1 une assez riche vie animale1 de phoques1 d'oiseaux1 qui peuvent approvisionner un vaisseau4 ,cette glorieuse dcouverte1 que ,louis ,,xvi son avnement rcompensa d'un grade1 fut la perte de ,kerguelen4 ,on lui forgea des crimes4 ,la furieuse rivalit des nobles officiers d'alors l'accabla4 ,ses jaloux servirent de tmoins contre lui4 ,c'est d'un cachot de six pieds carrs qu'il data le rcit de sa dcouverte 7#aghb74 ,en #ahch1 la ,france1 l',angleterre1 l',amrique1 firent trois expditions dans l'intrt des sciences4 ,l'illustre ,duperrey avait ouvert la voie des observations magntiques4 ,on et voulu les continuer sous le ple mme4 ,les ,anglais chargrent de cette tude une expdition confie ,james ,ross1 neveu1 lve et lieutenant de ,john ,ross1 dont nous avons parl4 ,ce fut un armement modle1 o tout fut calcul1 choisi1 prvu4 ,james revint sans avoir perdu un seul homme ni eu mme un malade4 ,l',amricain et le ,franais ,wilkes et ,dumont d',urville n'taient nullement armes ainsi4 ,les dangers et les maladies furent terribles pour eux4 ,plus heureux1 ,james1 tournant le cercle antarctique1 entra dans les glaces1 et trouva une terre relle4 ,il avoue1 avec une remarquable modestie1 qu'il dut ce succs uniquement au soin admirable avec lequel on avait prpar ses vaisseaux4 ,l'rbe et la ,terreur1 de leurs fortes machines1 de leur scie1 de leur proue1 de leur poitrail de fer1 ouvrirent la ceinture de glaces1 navigurent travers la crote grinante1 et au del trouvrent une mer libre1 avec des phoques1 des oiseaux1 des baleines4 ,un volcan1 de douze mille pieds1 aussi haut que l',etna1 jetait des flammes4 ,nulle vgtation1 nul abord2 un granit escarp o la neige ne tient mme pas4 ,c'est la terre2 point de doute4 ,l',etna du ple1 qu'on a nomm rbe1 avec sa colonne de feux1 reste l pour le tmoigner4 ,donc un noyau terrestre centralise la glace antarctique 7#ahda74 99 99 99 ,pour revenir notre ple arctique1 les mois d'avril et mai #ahec sont pour lui une grande date4 ,en avril1 on trouva le passage cherch pendant trois cents ans4 ,on dut la chose un heureux coup de dsespoir4 ,le capitaine ,maclure1 entr par le dtroit de ,behring1 enferm dans les glaces1 affam1 au bout de deux ans1 ne pouvant retourner1 se hasarda marcher en avant4 ,il ne fit que quarante milles1 et trouva dans la mer de l',est des vaisseaux anglais4 ,sa hardiesse le sauva1 et la grande dcouverte fut enfin consomme4 ,au mme moment1 mai #ahec1 partit une expdition de ,new-,york pour l'extrme ,nord4 ,un jeune marin1 ,elischa ,kent ,kane1 qui n'avait pas trente ans1 et qui dj avait couru toute la terre1 venait de lancer une ide1 hasarde1 mais trs-belle1 qui piquait vivement l'ambition amricaine4 ,de mme que ,wilkes avait promis de dcouvrir un monde1 ,kane s'engageait trouver une mer1 une mer libre sous le ple4 ,tandis que les ,anglais1 dans leur routine1 cherchaient d'est en ouest1 ,kane allait monter droit au nord1 et prendre possession de ce bassin inexplor4 ,les imaginations furent saisies4 ,un armateur de ,new-,york1 ,m4 ,grinnell1 donna gnreusement deux vaisseaux4 ,les socits savantes aidrent et tout le public4 ,les dames1 de leurs mains1 travaillaient aux prparatifs avec un zle religieux4 ,les quipages1 choisis1 forms de volontaires1 jurrent trois choses3 obissance1 abstinence de liqueurs et de tout langage profane4 ,une premire expdition1 qui manqua1 ne dcouragea pas ,m4 ,grinnell ni le public amricain4 ,une seconde fut organise avec le secours de certaines socits de ,londres qui avaient en vue ou la propagation biblique ou une dernire recherche de ,franklin4 ,peu de voyages sont plus intressants4 ,on s'explique merveille l'ascendant que le jeune ,kane avait exerc4 ,chaque ligne est marque de sa force1 de sa vivacit brillante1 et d'un merveilleux en avant6 ,il sait tout1 il est sr de tout1 ardent1 mais positif4 ,il ne mollira pas1 on le sent1 devant les obstacles4 ,il ira loin1 et aussi loin qu'on peut aller4 ,le combat est curieux entre un tel caractre et l'impitoyable lenteur de la nature du ,nord1 remparts d'obstacles terribles4 peine est-il parti1 qu'il est dj pris de l'hiver1 forc d'hiverner six mois sous les glaces4 ,au printemps mme1 un froid de soixante-dix degrs6 l'approche du second hiver1 au #bh aot1 il est abandonn2 il ne lui reste que huit hommes sur dix-sept4 ,moins il a d'hommes et de ressources1 plus il est pre et dur1 voulant1 dit-il1 se faire mieux respecter4 ,ses bons amis les ,esquimaux qui aident le nourrir1 et dont il est mme forc de prendre quelques petits objets 7p4 #ddj71 se sont accommods chez lui de trois vases de cuivre4 ,en retour1 il leur prend deux femmes4 ,chtiment excessif1 sauvage4 ,entre huit matelots qui lui sont rests grand'peine1 et dans un relchement forc de la discipline1 il n'tait gure prudent d'amener l ces pauvres cratures4 ,elles taient maries4 ,sivu1 femme de ,metek1 et ,aningna1 femme de ,marsinga1 restent pleurer cinq jours4 ,kane s'efforce d'en rire et de nous en faire rire3 ,elles pleuraient1 dit-il1 et chantaient des lamentations1 mais ne perdaient pas l'apptit4 ,les maris1 les parents1 arrivent avec les objets drobs1 et prennent tout en douceur1 comme des hommes intelligents qui n'ont d'armes que des artes de poissons contre des revolvers4 ,ils souscrivent tout1 promettent amiti1 alliance4 ,mais1 quelques jours aprs1 ils ont fui1 disparu6 dans quels sentiments d'amiti8 on le devine4 ,ils diront sur leur route aux peuplades errantes combien il faut fuir l'homme blanc4 ,voil comme on se ferme un monde4 ,la suite est bien lugubre4 ,si cruelles sont les misres1 que les uns meurent1 les autres veulent retourner4 ,kane ne lche pas prise3 il a promis une mer1 il faut qu'il en trouve une4 ,complots1 dsertions1 trahisons1 tout ajoute l'horreur de la situation4 ,au troisime hivernage1 sans vivres1 sans chauffage1 il serait mort si d'autres ,esquimaux ne l'eussent nourri de leur pche3 lui1 il chassai pour eux4 ,pendant ce temps1 quelques-uns de ses hommes1 envoys en expdition1 ont la bonne fortune de voir la mer dont il a tant besoin4 ,ils rapportent du moins qu'ils ont aperu une grande tendue d'eau libre et non gele1 et autour1 des oiseaux1 qui semblaient s'abriter dans ce climat moins rude4 ,c'est tout ce qu'il fallait pour revenir4 ,kane1 sauv par les ,esquimaux1 qui n'abusrent pas de leur nombre1 ni de son extrme misre1 leur laisse son vaisseau dans les glaces4 ,faible1 puis1 il russit encore1 par un voyage de quatre-vingt-deux jours1 revenir au sud2 mais c'est pour y mourir4 ,ce jeune homme intrpide1 qui approcha du ple plus prs qu'aucun mortel1 mourant1 emporta la couronne que les socits savantes de la ,france ont mise son tombeau1 le grand prix de gographie4 ,dans ce rcit1 o il y a tant de choses terribles1 il y en a une touchante4 ,elle donne la mesure des souffrances excessives d'un tel voyage3 c'est la mort de ses chiens4 ,il en avait de ,terre-,neuve1 admirables2 il avait des chiens ,esquimaux2 c'taient ses compagnons plus qu'aucun homme4 ,dans ses longs hivernages1 des nuits de tant de mois1 ils veillaient autour du vaisseau4 ,sortant dans les tnbres paisses1 il rencontrait le souffle tide de ces bonnes btes1 qui venaient rchauffer ses mains4 ,les ,terre-,neuve d'abord furent malades3 il l'attribue la privation de lumire2 quand on leur montrait des lanternes1 ils allaient mieux4 ,mais1 peu peu une mlancolie trange les gagna1 ils devinrent fous4 ,les chiens ,esquimaux les suivirent3 il n'y eut pas jusqu' sa chienne ,flora1 la plus sage1 la plus rflchie1 qui ne dlirt comme les autres et qui ne succombt4 ,c'est le seul point1 je crois1 dans son pre rcit1 o ce ferme coeur semble mu4 ,v ,,la ,,guerre ,,aux ,,races ,,de ,,la ,,mer ,en revenant sur tout ce qui prcde et sur toute l'histoire des voyages1 on a deux sentiments contraires3 #a ,l'admiration de l'audace1 du gnie1 avec lesquels l'homme a conquis les mers1 matris sa plante2 #b ,l'tonnement de le voir si inhabile en tout ce qui touche l'homme2 de voir que1 pour la conqute des choses1 il n'a su faire nul emploi des personnes2 que partout le navigateur est venu en ennemi1 a bris les jeunes peuples1 qui1 mnags1 eussent t1 chacun dans son petit monde1 l'instrument spcial pour le mettre en valeur4 ,voil l'homme en prsence du globe qu'il vient de dcouvrir3 il est l comme un musicien novice devant un orgue immense1 dont peine il tire quelques notes4 ,sortant du moyen ge1 aprs tant de thologie et de philosophie1 il s'est trouv barbare3 de l'instrument sacr1 il n'a su que casser les touches4 ,les chercheurs d'or ont commenc1 comme on a vu1 ne voulant qu'or1 rien de plus1 brisant l'homme4 ,colomb1 le meilleur de tous1 dans son propre journal1 montre cela avec une navet terrible qui1 d'avance1 fait frmir de ce que feront ses successeurs4 ,ds qu'il touche ,hati3 ,o est l'or8 et qui a de l'or8 ce sont ses premiers mots4 ,les naturels en souriaient1 taient tonns de cette faim d'or4 ,ils lui promettaient d'en chercher4 ,ils s'taient leurs propres anneaux pour satisfaire plus tt ce pressant apptit4 ,il nous fait un touchant portrait de cette race infortune1 de sa beaut1 de sa bont1 de son attendrissante confiance4 ,avec tout cela1 le ,gnois a sa mission d'avarice1 ses dures habitudes d'esprit4 ,les guerres turques1 les galres atroces et leurs forats1 les ventes d'hommes1 c'tait la vie commune4 ,la vue de ce jeune monde dsarm1 ces pauvres corps tout nus d'enfants1 de femmes innocentes et charmantes1 tout cela ne lui inspire qu'une pense tristement mercantile1 c'est qu'on pourrait les faire esclaves4 ,il ne veut pas pourtant qu'on les enlve1 car ils appartiennent au roi et la reine4 ,mais il dit ces sombres paroles1 bien significatives3 ,ils sont craintifs et faits pour obir4 ,ils feront tous les travaux qu'on leur commandera4 ,mille d'entre eux fuient devant trois des ntres4 ,si ,vos ,altesses m'ordonnaient de les emmener ou de les asservir ici1 rien ne s'y opposerait3 il suffirait de cinquante hommes4 7#ad oct4 et #af dc47 ,tout l'heure reviendra d',europe l'arrt gnral de ce peuple4 ,ils sont les serfs de l'or1 tous employs le chercher1 tous soumis aux travaux forcs4 ,lui-mme nous apprend que1 douze ans aprs1 les six septimes de la population ont disparu2 et ,herrera ajoute qu'en vingt-cinq ans elle tomba d'un million d'mes quatorze mille4 99 99 99 ,ce qui suit1 on le sait4 ,le mineur1 le planteur1 exterminrent un monde1 le repeuplant sans cesse aux dpens du sang noir4 ,et qu'est-il arriv8 ,le noir seul a vcu1 et vit1 dans les terres basses et chaudes1 immensment fcondes4 ,l',amrique lui restera3 l',europe a fait prcisment l'envers de ce qu'elle a voulu4 ,son impuissance coloniale a clat partout4 ,l'aventurier franais n'a pas vcu2 il venait sans famille1 et apportait ses vices1 fondait dans la masse barbare1 au lieu de la civiliser4 ,l',anglais1 sauf deux pays temprs o il a pass en masse et en famille1 ne vit pas davantage au del des mers2 l',inde ne saura pas dans un sicle qu'il y vcut4 ,le missionnaire protestant1 catholique1 a-t-il eu influence1 a-t-il fait un chrtien8 ,pas un1 me disait ,burnouf1 si inform4 ,il y a entre eux et nous trente sicles1 trente religions4 ,si l'on veut forcer leur cerveau1 il advient ce que ,m4 de ,humboldt observa dans les villages amricains qu'on appelle encore les ,missions2 ayant perdu la sve indigne sans rien prendre de nous1 vivants de corps et morts d'esprit1 striles1 inutiles jamais1 ils restent de grands enfants1 hbts1 idiots4 ,nos voyages de savants1 qui font tant d'honneur aux modernes1 le contact de l',europe civilise qui va partout1 ont-ils profit aux sauvages8 ,je ne le vois pas4 ,pendant que les races hroques de l',amrique du ,nord prissent de faim et de misre1 les races molles et douces de l',ocanie fondent1 la honte de nos navigateurs1 qui1 l1 au bout du monde1 jettent le masque de dcence1 ne se contraignent plus4 ,population aimable et faible1 o ,bougainville trouva l'excs de l'abandon1 o les marchands aptres de l',angleterre gagnent de l'argent et point d'mes1 elle s'coule misrablement dvore de nos vices1 de nos maladies4 ,la longue cte de ,sibrie avait nagure des habitants4 ,sous ce climat si dur1 des nomades vivaient1 chassant les animaux fourrures prcieuses1 qui les nourrissaient1 les couvraient4 ,la police russe1 insense1 les a forcs de se fixer et de se faire agriculteurs1 l o la culture est impossible4 ,donc1 ils meurent1 et plus d'hommes4 ,d'autre part1 le commerce1 insatiable et imprvoyant1 n'pargnant pas la bte ses saisons d'amour1 l'a galement extermine4 ,solitude1 aujourd'hui1 parfaite solitude1 sur une cte de mille lieues de long4 ,que le vent siffle1 que la mer gle4 ,que l'aurore borale transfigure la longue nuit4 ,la nature aujourd'hui n'a plus de tmoin qu'elle-mme4 ,le premier soin1 dans les voyages arctiques du ,gronland1 aurait d tre de former tout prix une bonne amiti avec les ,esquimaux1 d'adoucir leurs misres1 d'adopter leurs enfants1 et d'en lever en ,europe1 de faire au milieu d'eux des colonies1 des coles de dcouvreurs4 ,on voit dans ,john ,ross1 et partout1 qu'ils sont intelligents et trs-vite acceptent les arts de l',europe4 ,des mariages se seraient faits entre leurs filles et nos marins3 une population mixte serait ne1 laquelle ce continent du ,nord aurait appartenu4 ,c'tait le vrai moyen de trouver aisment1 de rgulariser le passage qu'on dsirait tant4 ,il y fallait trente ans2 on en a mis trois cents2 et il se trouve qu'on n'a rien fait1 parce qu'en effrayant ces pauvres sauvages qui vont au ,nord et meurent1 on a bris dfinitivement l'homme du lieu et le gnie du lieu6 ,qu'importe d'avoir vu ce dsert1 s'il devient jamais inhabitable et impossible8 99 99 99 ,on peut juger que si l'homme a ainsi trait l'homme1 il n'a pas t plus clment ni meilleur pour les animaux4 ,des espces les plus douces1 il a fait d'horribles carnages1 les a ensauvages et barbarises pour toujours4 ,les anciennes relations s'accordent dire qu' nos premires approches1 ils ne montraient que confiance et curiosit sympathique4 ,on passait travers les familles paisibles des lamantins et des phoques1 qui laissaient approcher4 ,les pingouins1 les manchots1 suivaient le voyageur1 profitaient du foyer1 et1 la nuit1 venaient se glisser sous l'habit des matelots4 ,nos pres supposaient volontiers1 et non sans vraisemblance1 que les animaux sentent comme nous4 ,les ,flamands attiraient l'alose par un bruit de clochettes 7,valenc41 #bj1 #cbg74 ,quand on faisait de la musique sur les barques1 on ne manquait pas de voir venir la baleine 7,nol1 #bbc72 la jubarte spcialement se plaisait avec les hommes1 venait tout autour jouer et foltrer4 99 99 99 ,ce que les animaux avaient de meilleur1 et ce qu'on a presque dtruit force de perscutions1 c'tait le mariage4 ,isols1 fugitifs1 ils n'ont maintenant que l'amour passager1 sont tombs l'tat d'un misrable clibat1 qui de plus en plus est strile4 ,le mariage1 fixe1 rel1 c'est la vie de nature qui se trouvait presque chez tous4 ,le mariage1 et d'un seul amour1 fidle jusqu' la mort1 existe chez le chevreuil1 chez la pie1 le pigeon1 l'insparable 7espce de joli perroquet71 chez le courageux kamichi1 etc4 ,pour les autres oiseaux1 il dure au moins jusqu' ce que les petits soient levs4 ,la famille est alors force de se sparer par le besoin qu'elle a d'tendre le rayon o elle cherche sa nourriture4 ,le livre dans sa vie agite1 la chauve-souris dans ses tnbres1 sont trs-tendres pour la famille4 ,il n'est pas jusqu'aux crustacs1 aux poulpes1 qui ne s'aiment et ne se dfendent2 la femelle prise1 le mle se prcipite et se fait prendre4 ,combien plus l'amour1 la famille1 le mariage au sens propre1 existent-ils chez les doux amphibies6 ,leur lenteur1 leur vie sdentaire1 favorisent l'union fixe4 ,chez le ,morse 7lphant marin71 cet animal norme et de figure bizarre1 l'amour est intrpide2 le mari se fait tuer pour la femme1 elle pour l'enfant4 ,mais1 ce qui est unique1 ce qu'on ne retrouve nulle part1 mme chez les plus hauts animaux1 c'est que le petit1 dj sauv et cach par la mre1 la voyant combattre pour lui1 accourt pour la dfendre1 et1 d'un coeur admirable1 vient combattre et mourir pour elle4 ,chez l',otarie1 autre amphibie1 ,steller vit une scne trange1 une scne de mnage absolument humaine3 ,une femelle s'tait laiss voler son petit4 ,le mari1 furieux1 la battait4 ,elle rampait devant lui1 le baisait1 pleurait chaudes larmes3 ,sa poitrine tait inonde4 ,les baleines1 qui n'ont pas la vie fixe de ces amphibies1 dans leurs courses errantes travers l',ocan1 vont cependant volontiers deux deux4 ,duhamel et ,lacpde disent qu'en #agbc deux baleines qu'on rencontra ainsi1 ayant t blesses1 aucune ne voulut quitter l'autre4 ,quand l'une fut tue1 l'autre se jeta sur son corps avec d'pouvantables mugissements4 ,s'il tait dans le monde un tre qu'on dt mnager1 c'tait la baleine franche1 admirable trsor1 o la nature a entass tant de richesses4 tre1 de plus1 inoffensif1 qui ne fait la guerre personne1 et ne se nourrit point des espces qui nous alimentent4 ,sauf sa queue redoutable1 elle n'a nulle arme1 nulle dfense4 ,et elle a tant d'ennemis6 ,tout le monde est hardi contre elle4 ,nombre d'espces s'tablissent sur elle et vivent d'elle1 jusqu' ronger sa langue4 ,le ,narval1 arm de perantes dfenses1 les lui enfonce dans la chair4 ,des ,dauphins sautent et la mordent2 et le ,requin1 au vol1 d'un coup de scie1 lui arrache un lambeau sanglant4 ,deux tres1 aveugles et froces1 s'attaquent l'avenir1 font lchement la guerre aux femelles pleines2 c'est le cachalot1 et c'est l'homme4 ,l'horrible cachalot1 o la tte est le tiers du corps1 o tout est dents1 mchoires1 de ses quarante-huit dents1 la mord au ventre1 lui mange son petit dans le corps4 ,hurlante de douleur1 il la mange elle-mme4 ,l'homme la fait souffrir plus longtemps2 il la saigne1 lui fait1 coup sur coup1 de cruelles blessures4 ,lente mourir1 dans sa longue agonie1 elle tressaille1 elle a des retours terribles de force et de douleur4 ,elle est morte1 et sa queue1 comme galvanise1 frmit d'un mouvement redoutable4 ,ils vibrent1 ces pauvres bras1 nagure chauds d'amour maternel2 ils semblent vivre encore et chercher encore le petit4 99 99 99 ,on ne peut se reprsenter ce que fut cette guerre1 il y a cent ans ou deux cents ans1 lorsque les baleines abondaient1 naviguaient par familles1 lorsque des peuples d'amphibies couvraient tous les rivages4 ,on faisait des massacres immenses1 des effusions de sang1 telles qu'on n'en vit jamais dans les plus grandes batailles4 ,on tuait en un jour des quinze ou vingt baleines et quinze cents lphants marins6 ,c'est--dire qu'on tuait pour tuer4 ,car comment profiter de cet abatis de colosses dont un seul a tant d'huile et tant de sang8 ,que voulait-on dans ce sanglant dluge8 ,rougir la terre8 souiller la mer8 ,on voulait le plaisir des tyrans1 des bourreaux1 frapper1 svir1 jouir de sa force et de sa fureur1 savourer la douleur1 la mort4 ,souvent on s'amusait martyriser1 dsesprer1 faire mourir lentement des animaux trop lourds1 ou trop doux1 pour se revancher4 ,pron vit un matelot qui s'acharnait ainsi sur la femelle d'un phoque2 elle pleurait comme une femme1 gmissait1 et chaque fois qu'elle ouvrait sa bouche sanglante1 il frappait d'un gros aviron1 et lui cassait les dents4 ,aux nouvelles ,shetlands du sud1 dit ,dumont d',urville1 les ,anglais et ,amricains ont extermin les phoques en quatre ans4 ,par une fureur aveugle1 ils gorgeaient les nouveau-ns1 tuaient les femelles pleines4 ,souvent1 ils tuent pour la peau seule1 et perdent des quantits normes d'huile dont on et profit4 99 99 99 ,ces carnages sont une cole dtestable de frocit qui dprave indignement l'homme4 ,les plus hideux instincts clatent dans cette ivresse de bouchers4 ,honte de la nature6 on voit alors en tous 7mme1 l'occasion1 dans les plus dlicates personnes71 on voit quelque chose surgir d'inattendu1 d'horrible4 ,chez un aimable peuple1 au plus charmant rivage1 il se fait une trange fte4 ,on runit jusqu' cinq cents ou six cents thons1 pour les gorger en un jour4 ,dans une enceinte de barques1 le vaste filet1 la madrague divise en plusieurs chambres1 souleve par des cabestans1 les fait peu peu arriver en haut dans la chambre de mort4 ,autour1 deux cents hommes cuivrs1 avec des harpons1 des crochets1 attendent4 ,de vingt lieues la ronde arrivent le beau monde1 les jolies femmes et leurs amants4 ,elles se mettent au bord et au plus prs1 pour bien voir la tuerie1 parent l'enceinte d'un cercle charmant4 ,le signal est donn1 on frappe4 ,ces poissons1 qu'on dirait des hommes1 bondissent1 piqus1 percs1 tranchs1 rougissant l'eau dplus en plus4 ,leur agitation douloureuse1 et la furie de leurs bourreaux1 la mer qui n'est plus mer1 mais je ne sais quoi d'cumant qui vit et fume1 tout cela porte la tte4 ,ceux qui venaient pour regarder agissent1 ils trpignent1 ils crient1 ils trouvent qu'on tue lentement4 ,enfin1 on circonscrit l'espace2 la masse fourmillante des blesss1 des morts1 des mourants1 se concentre dans un seul point3 sauts convulsifs1 coups furieux2 l'eau jaillit et la rose rouge444 ,et cela a combl l'ivresse4 ,mme la femme dlire et s'oublie2 elle est emporte du vertige4 ,tout fini1 elle soupire1 puise1 mais non satisfaite1 et dit en partant3 ,quoi6 c'est tout8 ,,vi ,,le ,,droit ,,de ,,la ,,mer ,un grand crivain populaire qui donne tout ce qu'il touche un caractre de simplicit lumineuse et saisissante1 ,eugne ,nol a dit3 ,on peut faire de l',ocan une fabrique immense de vivres1 un laboratoire de subsistances plus productif que la terre mme2 fertiliser tout1 mer1 fleuves1 rivires1 tangs4 ,on ne cultivait que la terre2 voici venir l'art de cultiver les eaux444 ,entendez-vous1 nations6 7,pisciculture47 ,plus productif que la terre8 comment cela8 ,m4 ,baude l'explique trs-bien dans un important travail sur la pche qu'il a publi4 ,c'est que le poisson est1 entre tous les tres1 susceptible de prendre1 avec une nourriture minime1 le plus norme accroissement4 ,pour l'entretenir seulement1 il ne faut rien1 ou presque rien4 ,rondelet raconte qu'une carpe1 qu'il garda trois ans dans une bouteille d'eau sans lui donner manger1 grossit cependant de sorte qu'elle n'aurait pu tre tire de la bouteille4 ,le saumon1 pendant le sjour de deux mois qu'il fait dans l'eau douce1 s'abstient presque de nourriture1 et pourtant ne dprit pas4 ,son sjour dans les eaux sales lui donne en moyenne 7accroissement prodigieux67 six livres de chair4 ,cela ne ressemble gure au lent et coteux progrs de nos animaux terrestres4 ,si l'on mettait en un tas ce que mange pour s'engraisser un boeuf1 ou seulement un porc1 on serait effray de voir la montagne de nourriture qu'ils consomment pour en venir l4 ,aussi celui de tous les peuples o la question de subsistance a t la plus menaante1 le peuple chinois1 si prolifique1 si nombreux1 avec ses trois cent millions d'hommes1 s'est adress directement cette grande puissance de gnration1 la plus riche manufacture de vie nourrissante4 ,sur tout le cours de ses grands fleuves1 de prodigieuses multitudes ont cherch dans l'eau une alimentation plus rgulire que celle de la culture des plantes4 ,l'agriculteur tremble toujours2 un coup de vent1 une gele1 le moindre accident1 lui enlve tout et le frappe de famine4 ,au contraire1 la moisson vivante qui pousse au fond de ces fleuves nourrit invariablement les innombrables familles qui la couvrent de leurs barques1 et qui1 sres de leurs poissons1 fourmillent et multiplient de mme4 ,en mai1 sur le fleuve central de l',empire1 se fait un commerce immense de frai de poisson1 que des marchands viennent acheter pour le revendre partout ceux qui veulent dposer dans leurs viviers domestiques l'lment de fcondation4 ,chacun a ainsi sa rserve1 qu'il nourrit tout bonnement avec les dbris du mnage4 ,les ,romains agissaient de mme4 ,ils poussaient l'art de l'acclimatation jusqu' faire clore dans l'eau douce les oeufs des poissons de mer4 ,la fcondation artificielle1 trouve au dernier sicle par ,jacobi en ,allemagne1 pratique au ntre en ,angleterre avec le plus fructueux succs1 a t rinvente chez nous1 en #ahdj1 par un pcheur de la ,bresse1 ,remy1 et c'est depuis ce temps qu'il est devenu populaire et en ,france et en ,europe4 ,entre les mains de nos savants1 ,coste1 ,pouchet1 etc41 cette pratique est devenue une science4 ,on a connu entre autres choses les relations rgulires de la mer et de l'eau douce1 je veux dire les habitudes de certains poissons de mer qui viennent dans nos rivires certaines saisons4 ,l'anguille1 quel qu'en soit le berceau1 ds qu'elle a acquis seulement la grosseur d'une pingle1 s'empresse de remonter la ,seine1 en tel nombre et d'un tel torrent1 que le fleuve s'en trouve blanchi4 ,ce trsor1 qui mnag1 donnerait des milliards de poissons pesant chacun plusieurs livres1 est indignement dvast4 ,on vend par baquets1 vil prix1 ces germes si prcieux4 ,le saumon n'est pas moins fidle4 ,il revient invariablement de la mer la rivire o il a pris naissance4 ,ceux qu'on a marqus d'un signe se reprsentent sans qu'aucun presque manque l'appel4 ,leur amour du fleuve natal est tel1 que1 s'il est coup par des barrages1 des cascades mmes1 ils s'lancent et font de mortels efforts pour y remonter4 99 99 99 ,la mer1 qui commena la vie sur ce globe1 en serait encore la bienfaisante nourrice1 si l'homme savait seulement respecter l'ordre qui y rgne et s'abstenait de le troubler4 ,il ne doit pas oublier qu'elle a sa vie propre et sacre1 ses fonctions tout indpendantes1 pour le salut de la plante4 ,elle contribue puissamment en crer l'harmonie1 en assurer la conservation1 la salubrit4 ,tout cela se faisait1 pendant des millions de sicles peut-tre1 avant la naissance de l'homme4 ,on se passait merveille de lui et de sa sagesse4 ,ses ans1 enfants de la mer1 accomplissaient entre eux parfaitement la circulation de substance1 les changes1 les successions de vie1 qui sont le mouvement rapide de purification constante4 ,que peut-il ce mouvement1 continu si loin de lui1 dans ce monde obscur et profond8 ,peu en bien1 davantage en mal4 ,la destruction de telle espce peut tre une atteinte fcheuse l'ordre1 l'harmonie du tout4 ,qu'il prlve une moisson raisonnable sur celles qui pullulent surabondamment1 la bonne heure2 qu'il vive sur des individus1 mais qu'il conserve les espces2 dans chacune il doit respecter le rle1 que toutes elles jouent1 de fonctionnaires de la nature4 ,nous avons dj travers deux ges de barbarie4 ,au premier1 on dit comme ,homre3 la mer strile4 ,on ne la traverse que pour chercher au del des trsors fabuleux1 ou exagrs follement4 ,au second1 on aperut que la richesse de la mer est surtout en elle-mme1 et l'on mit la main dessus1 mais de manire aveugle1 brutale1 violente4 la haine de la nature qu'eut le moyen ge1 s'est ajoute l'pret mercantile1 industrielle1 arme de machines terribles1 qui tuent de loin1 tuent sans pril1 tuent en masse4 chaque progrs dans l'art1 progrs de barbarie froce1 progrs dans l'extermination4 ,exemple3 le harpon lanc par une machine foudroyante4 ,exemple3 la drague1 le filet destructeur1 employ ds #agjj1 filet qui trane1 immense et lourd1 et moissonne jusqu' l'esprance1 a balay le fond de l',ocan4 ,on nous le dfendait4 ,mais l'tranger venait et draguait sous nos yeux4 7,v4 ,tifaigne47 ,des espces s'enfuirent de la ,manche1 passrent vers la ,gironde4 ,d'autres ont dfailli pour toujours4 ,il en sera de mme d'un poisson excellent1 magnifique1 le maquereau1 qu'on poursuit barbarement en toute saison4 7,valenc41 ,dict4 ,x1 #ceb47 ,la prodigieuse gnration de la morue ne la garantit pas4 ,elle diminue mme ,terre-,neuve4 ,peut-tre elle s'exile vers des solitudes inconnues4 99 99 99 ,il faut que les grandes nations s'entendent pour substituer cet tat sauvage un tat de civilisation1 o l'homme plus rflchi ne gaspille plus ses biens1 ne se nuise plus lui-mme4 ,il faut que la ,france1 l',angleterre1 les tats-,unis1 proposent aux autres nations et les dcident promulguer1 toutes ensemble1 un ,droit de la mer4 ,les vieux rglements spciaux des pches riveraines ne peuvent plus servir rien dans la navigation moderne4 ,il faut un code commun des nations1 applicable toutes les mers1 un code qui rgularise1 non-seulement les rapports de l'homme l'homme1 mais ceux de l'homme aux animaux4 ,ce qu'il se doit1 ce qu'il leur doit1 c'est de ne plus faire de la pche une chasse aveugle1 barbare1 o l'on tue plus qu'on ne peut prendre1 o le pcheur immole sans profit le petit qui1 dans un an1 l'aurait richement nourri1 et qui1 par la mort d'un seul1 l'et dispens de donner la mort une foule d'autres4 ,ce que l'homme se doit et leur doit1 c'est de ne pas prodiguer sans cause la mort et la douleur4 ,les ,hollandais et les ,anglais ont l'attention de tuer immdiatement le hareng4 ,les ,franais1 plus ngligents1 le jettent dans la barque et l'entassent1 le laissent mourir d'asphyxie4 ,cette longue agonie l'altre1 lui te de son got1 de sa fermet4 ,il est macr de douleur1 il lui advient ce qu'on observe dans les bestiaux qui meurent de maladie4 ,pour la morue1 nos pcheurs la dcoupent au moment o elle est prise2 celle qui tombe la nuit aux filets1 et qui a de longues heures d'efforts1 d'agonie dsespre1 ne vaut rien en comparaison de celle qu'on tue du premier coup 7excellentes observations de ,m4 ,baude74 99 99 99 ,sur terre1 les temps de la chasse sont rgls2 ceux de la pche doivent l'tre galement1 en ayant gard aux saisons o se reproduit chaque espce4 ,elle doit tre amnage1 comme on fait pour la coupe des bois1 en laissant la production le temps de se rparer4 ,les petits1 les femelles pleines1 doivent tre respects1 spcialement dans les espces qui ne sont pas surabondantes1 spcialement chez les tres suprieurs et moins prolifiques1 les ctacs1 les amphibies4 ,nous sommes forcs de tuer3 nos dents1 notre estomac1 dmontrent que c'est notre fatalit d'avoir besoin de la mort4 ,nous devons compenser cela en multipliant la vie4 ,sur terre1 nous crons1 dfendons les troupeaux1 nous faisons multiplier nombre d'tres qui ne natraient pas1 seraient moins fconds1 ou priraient jeunes1 dvors des btes froces4 ,c'est un quasi-droit que nous avons sur eux4 ,dans les eaux1 il y a encore plus de jeunes vies annules3 en les dfendant1 en les propageant1 et les rendant trs-nombreuses1 nous nous crons un droit de vivre du trop-plein4 ,la gnration y est susceptible d'tre dirige comme un lment1 indfiniment augmente4 ,l'homme1 en ce monde-l surtout1 apparat le grand magicien1 le puissant promoteur de l'amour et de la fcondit4 ,il est l'adversaire de la mort2 car1 s'il en profite lui-mme1 la part qu'il s'adjuge n'est rien1 en comparaison des torrents de vie qu'il peut crer volont4 ,pour les espces prcieuses qui sont prs de disparatre1 surtout pour la baleine1 l'animal le plus grand1 la vie la plus riche de toute la cration1 il faut la paix absolue pour un demi-sicle4 ,elle rparera ses dsastres4 ,n'tant plus poursuivie1 elle reviendra dans son climat naturel1 la zone tempre2 elle y retrouvera son innocente vie de patre la prairie vivante1 les petits tres lmentaires4 ,replace dans ses habitudes et dans son alimentation1 elle refleurira1 reprendra ses proportions gigantesques2 nous reverrons des baleines de deux cents1 trois cents pieds de long4 ,que ses anciens rendez-vous d'amour soient sacrs4 ,cela aidera beaucoup la rendre de nouveau fconde4 ,jadis elle prfrait une baie de la ,californie4 ,pourquoi ne pas la lui laisser8 ,elle n'irait plus chercher les glaces atroces du ple1 les misrables retraites o l'on va follement la troubler encore1 de manire rendre impossible l'amour dont on et profit4 99 99 99 ,la paix pour la baleine franche2 la paix pour le dugong1 le morse1 le lamantin1 ces prcieuses espces1 qui bientt auraient disparu4 ,il leur faut une longue paix1 comme celle qui trs-sagement a t ordonne en ,suisse pour le bouquetin1 bel animal qu'on avait traqu1 et presque dtruit2 on le croyait perdu mme1 et bientt il a reparu4 ,pour tous1 amphibies et poissons1 il faut une saison de repos3 il faut une ,trve de ,dieu4 ,la meilleure manire de les multiplier1 c'est de les pargner au moment o ils se reproduisent1 l'heure o la nature accomplit en eux son oeuvre de maternit4 ,il semble qu'eux-mmes ils sachent qu' ce moment ils sont sacrs3 ils perdent leur timidit1 ils montent la lumire1 ils approchent des rivages2 ils ont l'air de se croire srs de quelque protection4 ,c'est l'apoge de leur beaut1 de leur force4 ,leurs livres brillantes1 leur phosphorescence1 indiquent le suprme rayonnement de la vie4 ,en toute espce qui n'est point menaante par l'excs de la fcondit1 il faut religieusement respecter ce moment4 ,qu'ils meurent aprs1 la bonne heure6 ,s'il faut les tuer1 tuez-les6 mais que d'abord ils aient vcu4 ,toute vie innocente a droit au moment du bonheur1 au moment o l'individu1 quelque bas qu'il semble plac1 dpasse la limite troite de son moi individuel1 veut au del de lui-mme1 et1 de son dsir obscur1 pntre dans l'infini o il doit se perptuer4 ,que l'homme y coopre6 qu'il aide la nature6 ,il en sera bni1 de l'abme aux toiles4 ,il aura un regard de ,dieu1 s'il se fait avec lui promoteur de la vie1 de la flicit1 s'il distribue tous la part que les plus petits mme ont droit d'en avoir ici-bas4 ,,livre ,,quatri,,me ,,la ,,renaissance ,,par ,,la ,,mer ,i ,l',,origine ,,des ,,bains ,,de ,,mer ,la mer1 si mal traite par l'homme dans cette guerre impitoyable1 n'en a pas moins t pour lui gnreuse et bienfaisante4 ,lorsque la terre qu'il aime tant1 la rude terre l'usait1 l'puisait1 c'est cette mer redoute1 maudite1 qui l'accueillait sans rancune1 le reprenait sur son sein1 lui rendait la sve et la vie4 ,n'est-ce pas d'elle en effet que surgit la vie primitive8 ,elle en a tous les lments dans une merveilleuse plnitude4 ,pourquoi1 quand nous dfaillons1 n'irions-nous pas nous refaire la source dbordante qui nous invite puiser8 ,elle est bonne et large pour tous1 mais plus bienfaisante1 ce semble1 plus sympathique pour les cratures moins loignes de la vie naturelle1 pour les enfants innocents qui souffrent des pchs de leurs pres1 pour les femmes1 victimes sociales1 dont les fautes sont surtout d'amour1 et qui1 moins coupables que nous1 portent cependant bien plus le poids de la vie4 ,la mer1 qui est une femme1 se plat les relever2 elle donne sa force leur faiblesse2 elle dissipe leurs langueurs2 elle les pare et les refait belles1 jeunes de son ternelle fracheur4 ,vnus1 qui jadis sortit d'elle1 en renat encore tous les jours1--non pas la ,vnus nerve1 la pleureuse1 la mlancolique1--la vraie ,vnus1 victorieuse1 dans sa puissance triomphale de fcondit1 de dsir4 99 99 99 ,comment entre cette grande force1 salutaire1 mais pre1 sauvage1 et notre grande faiblesse1 peut se faire le rapprochement8 ,quelle union entre deux partis ce point disproportionns8 ,c'tait une grande question4 ,un art1 une initiation1 y furent ncessaires4 ,pour les comprendre1 il faut connatre le temps et l'occasion o cet art commena se rvler4 ,entre deux ges de force1 la force de la ,renaissance1 la force de la ,rvolution1 il y eut un temps d'affaissement1 o des signes graves accusrent une nervation morale et physique4 ,le vieux monde qui s'en allait1 et le jeune qui n'arrivait pas1 laissrent entre eux un entr'acte d'un sicle ou deux4 ,conues du vide1 naquirent des gnrations faibles1 maladives4 ,l'excs des plaisirs1 l'excs des misres1 les dcimaient galement4 ,la ,france1 trois fois ruine de fond en comble en un sicle1 s'acheva dans une orgie de malades1 la ,rgence4 ,l',angleterre1 qui pourtant alors grandissait sur nos ruines1 ne semblait gure moins atteinte4 ,l'ide puritaine y avait faibli et nulle autre ne venait4 ,aplatie sous ,charles ,,ii1 elle traversa plus tard le bourbeux marais des ,walpole4 ,dans l'affaissement public1 les bas instincts se firent jour4 ,le beau livre du ,robinson laisse entrevoir l'apparition imminente de l'alcoolisme4 ,un autre livre 7terrible71 o la mdecine s'aidait de toutes les menaces bibliques1 dnona le sombre suicide de dpravation goste qui fuyait le mariage4 ,penses troubles1 habitudes mauvaises1 vie molle et malsaine1 tout cela se traduisait physiquement par le relchement des tissus1 l'affaissement morbide des chairs1 les scrofules1 etc4 ,des carnations charmantes cachaient les plus tristes maux4 ,anne d',autriche1 renomme pour son extrme fracheur1 tait morte d'un ulcre4 ,la princesse de ,soubise1 cette blonde blouissante1 fondit1 pour ainsi parler1 s'en alla comme en lambeaux4 ,en ,angleterre1 un grand seigneur curieux1 le duc de ,newcastle1 demande au docteur ,russell pourquoi la race s'altre1 va dgnrant1 pourquoi ces lis et ces roses couvrent des scrofules4 ,il est fort rare qu'une race entame se raffermisse4 ,la race anglaise le fit cependant4 ,elle reprit 7pour soixante-dix ou quatre-vingts ans7 une force extraordinaire et une extrme activit4 ,elle dut sa rnovation d'abord ses grandes affaires 7rien de sain comme le mouvement71 et aussi1 il faut le dire1 au changement de ses habitudes4 ,elle adopta une autre alimentation1 une autre ducation1 une autre mdecine2 chacun voulut tre fort pour agir1 commercer1 gagner4 ,il n'y fallut pas de gnie4 ,les grandes ides de cette rnovation taient trouves1 mais il fallait les appliquer4 ,le ,morave ,comnius1 devanant ,rousseau d'un sicle1 avait dit3 ,revenez la nature4 ,suivez-la dans l'ducation4 ,le ,saxon ,hoffmann avait dit3 ,revenez la nature4 ,suivez-la dans la mdecine4 ,hoffmann tait venu point1 vers le temps de la ,rgence1 aprs l'orgie des plaisirs et l'orgie de mdicaments par laquelle on aggravait l'autre4 ,il dit3 ,fuyez les mdecins2 soyez sobres et buvez de l'eau4 ,ce fut une rforme morale4 ,ainsi nous avons vu ,priessnitz 7#ahcj71 aprs les bacchanales de la ,restauration1 imposer la haute aristocratie de l',europe la plus rude pnitence1 la nourrir du pain des paysans1 tenir en plein hiver les dames les plus dlicates sous les cascades d'eau de neige1 au milieu des sapins du ,nord1 dans un enfer de froid qui1 par raction1 en fait un de feu4 ,tellement violent est1 dans l'homme1 l'amour de la vie1 si forte est sa peur de la mort1 sa dvotion la ,nature1 quand il en espre un rpit4 ,au fait1 pourquoi l'eau ne serait-elle pas le salut de l'homme8 ,selon ,berzlius1 il n'est qu'eau 7aux quatre cinquimes71 et1 demain1 il va se rsoudre en eau4 ,elle est1 dans la plupart des plantes1 juste en mme proportion4 ,et de mme1 comme eau sale1 elle couvre les quatre cinquimes du globe4 ,elle est1 pour l'lment aride1 une constante hydrothrapie qui le gurit de sa scheresse4 ,elle le dsaltre1 le nourrit1 gonfle ses fruits1 ses moissons4 trange et prodigieuse fe6 avec peu1 elle fait tout2 avec peu1 elle dtruit tout1 basalte1 granit et porphyre4 ,elle est la grande force1 mais la plus lastique1 qui se prte aux transitions de l'universelle mtamorphose4 ,elle enveloppe1 pntre1 traduit1 transforme la nature4 ,dans quel affreux dsert1 dans quelle sombre fort ne va-t-on pas chercher les eaux qui sortent de la terre6 ,quelle religion superstitieuse pour ces sources redoutables qui nous apportent les vertus caches et les esprits du globe6 ,j'ai vu des fanatiques qui n'avaient de ,dieu que ,carlsbad1 ce miraculeux rendez-vous des eaux les plus contradictoires4 ,j'ai vu des dvots de ,barges4 ,et1 moi-mme1 j'eus l'esprit frapp devant les fanges bouillonnantes o l'eau sulfureuse d',acqui fourmille1 se travaille elle-mme avec d'tranges pulsations qu'on ne voit qu'aux tres anims4 ,les thermes1 c'est la vie ou la mort2 leur action est dcisive4 ,que de malades auraient langui et leur ont d une prompte fin6 ,souvent ces puissantes eaux donnent une subite renaissance1 ramnent un moment la sant et font un rappel redoutable des passions d'o est n le mal4 ,celles-ci reviennent violentes1 gros bouillons1 comme les sources brlantes qui les rveillent4 ,fumes1 vapeurs sulfureuses1 air enivrant de la contre1 tout cela semble l'aura qui gonflait1 troublait la sibylle et la forait de parler4 ,c'est une ruption en nous qui fait clater en dehors ce qu'on aurait cach le plus4 ,rien ne l'est dans ces babels o1 sous prtexte de sant1 on vit hors des lois de ce monde1 comme dans les liberts de l'autre4 ,morts et mortes1 aux tables de jeu1 ples1 ouvrent leur nuit sinistre de jouissances effrnes qui souvent n'ont pas de rveil4 99 99 99 ,autre est le souffle de la mer4 ,de lui-mme1 il purifie4 ,cette puret vient aussi de l'air4 ,elle vient surtout de l'change rapide qui se fait de l'un l'autre1 de la transformation mutuelle des deux ocans4 ,nul repos2 nulle part la vie ne languit et ne s'endort4 ,la mer la fait1 dfait1 refait4 ,de moment en moment1 elle passe1 sauvage et vivace1 par le creuset de la mort4 ,l'air encore plus violent1 battu et rebattu du vent1 emport des tourbillons1 concentr pour clater dans les trombes lectriques1 est en rvolution constante4 ,vivre la terre1 c'est un repos2 vivre la mer1 c'est un combat1 un combat vivifiant pour qui peut le supporter4 99 99 99 ,le moyen ge avait l'horreur et le dgot de la mer1 royaume du ,prince des vents2 on nommait ainsi le ,diable4 ,le noble dix-septime sicle n'avait garde d'aller vivre entre les rudes matelots4 ,le chteau d'aspect monotone1 avec un jardin maussade1 tait presque toujours plac loin1 au plus loin de la mer1 dans quelque lieu sans air1 sans vue1 envelopp de bois humides4 ,de mme1 le manoir anglais1 perdu dans l'ombre des grands arbres et dans le pesant brouillard1 se mirait souvent dans la boue d'un insalubre marais4 ,ce qui frappe aujourd'hui dans l',angleterre1 ses nombreuses villas maritimes1 l'amour du sjour de la mer1 les bains jusqu'en plein hiver1 tout cela est chose moderne1 prmdite et voulue4 ,les populations des ctes que la mer nourrit lui taient plus sympathiques4 ,leur instinct y pressentait une grande puissance de vie4 ,elles taient frappes d'abord de sa vertu purgative4 ,elles avaient fort bien remarqu que cette purgation aidait neutraliser le mal du temps1 les scrofules1 les plaies qui en rsultaient4 ,elles croyaient son amertume excellente contre les vers qui tourmentent les enfants4 ,elles mangeaient volontiers des algues et certains polypes 7,halcyonia71 devinant l'iode dont ils sont chargs1 et sa puissance constrictive pour assainir1 raffermir les tissus4 ,ces recettes populaires furent connues et recueillies par ,russell2 elles le mirent sur la voie et l'aidrent fort rpondre la grave question que lui adressait le duc de ,newcastle4 ,de sa rponse il fit un livre important et curieux3 de ,tabe glandulari1 seu de usu aqu marin1 #agej4 ,il y dit un mot de gnie3 ,il ne s'agit pas de gurir1 mais de refaire et crer4 ,il se propose un miracle1 mais un miracle possible3 faire des chairs1 crer des tissus4 ,c'est dire assez qu'il travaille sur l'enfant de prfrence1 qui1 quoique compromis de race1 peut encore tre refait4 ,c'tait l'poque o ,bakewell venait d'inventer la viande4 ,les bestiaux dont jusque-l on ne tirait gure que du lait1 allaient donner dsormais une nourriture plus gnreuse4 ,le fade rgime lact devait tre dlaiss par ceux qui de plus en plus se lanaient dans l'action4 ,russell1 de son ct1 point1 dans ce petit livre1 inventa la mer1 je veux dire1 la mit la mode4 ,le tout se rsume en un mot1 mais ce mot est la fois une mdecine et une ducation3 #a il faut boire l'eau de mer1 s'y baigner et manger toute chose marine o sa vertu est concentre2 #b il faut vtir trs-peu l'enfant1 le tenir toujours en rapport avec l'air4--,de l'air1 de l'eau1 rien de plus4 ,le dernier conseil tait bien hardi4 ,tenir l'enfant presque nu1 sous un climat humide et variable1 c'tait se rsigner d'avance sacrifier les faibles4 ,les forts survcurent1 et la race1 perptue par eux seuls1 en fut d'autant plus releve4 ,ajoutez que les affaires1 le mouvement1 la navigation1 enlevant l'enfant aux coles et l'mancipant de bonne heure1 il fut quitte de l'ducation assise et de la vie de cul-de-jatte1 que l',angleterre rserva aux seuls enfants de ses lords1 aux nobles lves d',oxford et de ,cambridge4 99 99 99 ,dans son livre ingnieux1 clair du seul instinct populaire1 ,russell tait loin de deviner qu'en un sicle toutes les sciences viendraient lui donner raison1 et que chacune rvlant quelque aspect nouveau du sujet1 en la mer on dcouvrirait toute une thrapeutique4 ,les plus prcieux lments de l'animalit terrestre sont richement dans la mer1 entiers et invariables1 salubres1 vivants1 en dpt pour refaire la vie4 ,donc1 la science a pu dire tous3 ,venez ici1 nations1 venez1 travailleurs fatigus1 venez1 jeunes femmes puises1 enfants punis des vices de vos pres2--approchez1 ple humanit1--et dites-moi tout franchement1 en prsence de la mer1 ce qu'il vous faudrait pour vous relever4 ,ce principe rparateur1 quel qu'il soit1 il se trouve en elle4 ,la base universelle de vie1 le mucus embryonnaire1 la vivante gele animale o l'homme naquit et renat1 o il prit et reprend sans cesse la moelleuse consistance de son tre1 la mer l'a tellement1 ce trsor1 que c'est la mer elle-mme4 ,elle en fait1 en enveloppe ses vgtaux1 ses animaux1 la leur donne prodiguement4 ,sa gnrosit fait honte l'conomie de la terre4 ,elle donne2 sachez donc recevoir4 ,sa richesse nourricire va vous allaiter par torrents4 ,mais1 disent-ils1 nous sommes atteints dans ce qui fait le soutien et comme la charpente de l'homme4 ,nos os plient1 courbs1 djets1 par la trop faible nourriture qui ne fait que tromper la faim2 ils sont ramollis1 chancellent4 ,eh bien1 le calcaire qui leur manque abonde tellement dans la mer1 qu'elle en comble ses coquilles1 ses madrpores constructeurs1 jusqu' faire des continents4 ,ses poissons le font voyager par bancs et par grandes flottes1 si grandes1 qu'choues aux rivages1 ce riche aliment sert d'engrais4 ,et vous1 jeune femme maladive qui1 sans oser mme vous plaindre1 descendez vers le tombeau1 qui ne le voit8 vous fondez1 vous vous coulez de vous-mme4 ,mais la puissance tonique1 la salubre tonicit qui rassure tout tissu vivant1 elle est triplement dans la mer4 ,elle l'a rpandue dans ses eaux iodes la surface2 elle l'a dans son varech1 qui s'en imprgne incessamment2 elle l'a1 tout animalise1 dans sa plus fconde tribu1 les gades 7morues1 etc47 ,la morue et ses millions d'oeufs suffirait elle seule pour ioder toute la terre4 ,est-ce la chaleur qui vous manque8 ,la mer l'a1 et la plus parfaite1 cette chaleur insensible que tous les corps gras reclent1 latente1 mais si puissante1 que si elle n'tait rpandue1 balance1 quilibre1 elle fondrait toutes les glaces1 ferait du ple un quateur4 ,le beau sang rouge1 le sang chaud1 c'est le triomphe de la mer4 ,par lui elle a anim1 arm d'incomparable force1 ses gants1 tellement au-dessus de toute cration terrestre4 ,elle a fait cet lment2 elle peut bien1 pour vous1 le refaire1 vous roser1 vous relever1 pauvre fleur penche1 plie4 ,elle en regorge1 en surabonde4 ,dans ces enfants de la mer1 le sang lui-mme est une mer1 qui1 au premier coup1 roule et fume1 empourpre au loin l',ocan4 ,voil le mystre rvl4 ,tous les principes qui1 en toi1 sont unis1 elle les a diviss1 cette grande personne impersonnelle4 ,elle a tes os1 elle a ton sang1 elle a ta sve et ta chaleur1 chaque lment reprsent par tel ou tel de ses enfants4 ,et elle a ce que tu n'as gure1 le trop-plein et l'excs de force4 ,son souffle donne je ne sais quoi de gai1 d'actif1 de crateur1 ce qu'on pourrait appeler un hrosme physique4 ,avec toute sa violence1 la grande gnratrice n'en verse pas moins l'pre joie1 l'alacrit vive et fconde1 la flamme de sauvage amour dont elle palpite elle-mme4 ,,ii ,,choix ,,du ,,rivage ,la terre est son mdecin2 chaque climat est un remde4 ,la mdecine1 de plus en plus1 sera une migration4 ,une migration prvoyante4 ,on agira pour l'avenir2 on ne restera pas inerte1 couver des maux incurables1 mais on ira au-devant par l'ducation1 l'hygine1 surtout par des voyages1--non rapides et tourdis1 nuisibles1 comme ceux d'aujourd'hui1 mais calculs habilement pour profiter des secours1 des vivifications puissantes que la nature a partout en rserve4 ,la ,jouvence de l'avenir se trouvera dans ces deux choses3 une science de l'migration1 un art de l'acclimatation4 ,l'homme est jusqu'ici un captif1 comme l'hutre sur le rocher4 ,s'il migr quelque peu hors de sa zone tempre1 ce n'est que pour mourir4 ,il ne sera libre et homme que1 quand cet art spcial l'aura fait vritablement l'habitant de sa plante4 ,peu de maladies gurissent dans les circonstances et les lieux o elles naissent et qui les ont faites4 ,elles tiennent certaines habitudes que ces lieux perptuent et rendent invincibles4 ,nulle rforme 7physique ou morale7 pour qui reste obstinment dans son pch originel4 ,la mdecine1 claire par toutes les sciences auxiliaires1 en viendra nous donner des mthodes1 des directions1 pour nous conduire avec prudence dans cette voie nouvelle4 ,les transitions surtout ont besoin d'tre mnages4 ,peut-on1 sans prparation1 sans quelque modification de vie1 de rgime1 tre brusquement transfr d'un climat tout intrieur 7,paris1 ,lyon1 ,dijon1 ,strasbourg7 dans un climat maritime8 ,peut-on1 sans avoir longtemps respir l'air de la cte1 commencer les bains de mer8 ,peut-on1 sans quelque habitude de prudente hydrothrapie1 commence dans l'intrieur1 aller braver1 au grand air1 la constriction nerveuse1 l'horripilation d'une eau froide qu'on garde sur soi au retour1 et souvent sous un grand vent8 ,ces questions pralables attireront de plus en plus l'attention des mdecins4 ,l'extrme rapidit des voyages en chemin de fer est une chose antimdicale4 ,aller1 comme on fait1 en vingt heures1 de ,paris la ,mditerrane1 en traversant d'heure en heure des climats si diffrents1 c'est la chose la plus imprudente pour une personne nerveuse4 ,elle arrive ivre ,marseille1 pleine d'agitation1 de vertige4--,quand madame de ,svign mettait un mois pour aller de ,bretagne en ,provence1 elle franchissait peu peu et par degrs mnags la violente opposition de ces deux climats4 ,elle passait insensiblement de la zone maritime de l'ouest dans celle de l'est1 dans le climat tout terrestre de ,bourgogne4 ,puis1 cheminant lentement sur le haut du ,rhne en ,dauphin1 elle affrontait avec moins de peine les grands vents1 ,valence1 ,avignon4 ,enfin1 se reposant ,aix1 dans la ,provence intrieure1 hors du ,rhne et hors des ctes1 elle s'y faisait ,provenale de poitrine1 de respiration4 ,alors1 seulement alors1 elle approchait de la mer4 99 99 99 ,la ,france a l'avantage admirable d'avoir les deux mers4 ,de l des facilits d'alterner selon les saisons1 les tempraments1 les degrs de la maladie1 entre la tonicit sale de la ,mditerrane1 et la tonicit plus moite1 plus douce 7n'taient les temptes71 que nous offre l',ocan4 ,sur chacune des deux mers1 il y a une chelle gradue de stations1 plus ou moins douces1 plus ou moins fortifiantes4 ,il est trs-intressant d'observer cette double gamme1 et le plus souvent de la suivre1 en allant du faible au fort4 ,celle de l',ocan1 qui part des eaux fortes et fortifiantes1 ventes1 agites1 de la ,manche1 s'adoucit extrmement au midi de la ,bretagne1 s'humanise encore en ,gironde et trouve une grande douceur au bassin ferm d',arcachon4 ,celle de la ,mditerrane1 pour ainsi dire circulaire1 a sa note la plus haute dans le climat sec et vif de ,provence et de ,gnes4 ,elle s'amollit vers ,pise2 elle s'quilibre en ,sicile1 obtient ,alger un degr remarquable de fixit4 ,au retour1 grande douceur ,valence et ,majorque1 aux petits ports du ,roussillon1 si bien abrits du nord4 99 99 99 ,la ,mditerrane est belle surtout par deux caractres3 son cadre si harmonique1 et la vivacit1 la transparence de l'air et de la lumire4 ,c'est une mer bleue trs-amre1 trs-sale4 ,elle perd par vaporation trois fois plus d'eau qu'elle n'en reoit par les fleuves4 ,elle ne serait plus que sel1 et deviendrait d'une cret comparable la mer ,morte1 si des courants infrieurs1 comme celui de ,gibraltar1 ne la tempraient sans cesse par les eaux de l',ocan4 ,tout ce que j'ai vu de ses rivages tait beau1 mais un peu pre4 ,rien de vulgaire4 ,la trace des feux souterrains qu'on y trouve partout1 ses sombres rochers plutoniques1 ne sont jamais ennuyeux1 comme les longues dunes de sable ou les sdiments aqueux des falaises4 ,si les fameux bois d'orangers semblent un peu monotones1 en revanche1 aux coins abrits1 la vgtation africaine1 les alos et les cactus1 dans les champs des haies exquises o dominent le myrte et le jasmin1 enfin des landes odorantes1 sauvagement parfumes1 tout vous charme4 ,sur votre tte1 il est vrai1 le plus souvent de chauves et striles montagnes vous suivent l'horizon4 ,leurs longs pieds1 leurs vastes racines1 qui se continuent dans la mer1 se distinguent jusqu'au fond des eaux4 ,il me semblait que ma barque1 dit un voyageur1 naget entre deux atmosphres1 et de l'air dessus et dessous4 ,il dcrit le monde vari de plantes et d'animaux qu'il contemplait sous ce cristal dans les parages de ,sicile4 ,moins heureux1 sur la mer de ,gnes1 dans une eau aussi transparente1 je ne voyais que le dsert4 ,les sches roches volcaniques du rivage1 avec leurs marbres noirs1 ou d'un blanc encore plus lugubre1 me reprsentaient au fond du brillant miroir des monuments naturels1 comme des sarcophages antiques1 des glises renverses4 ,j'y croyais voir parfois tels aspects des cathdrales de ,florence ou de ,pise4 ,parfois aussi1 il me semblait voir des sphinx silencieux1 des monstres innomms encore1 baleines8 lphants8 je ne sais1 des chimres et d'tranges songes2 mais1 de vie relle1 aucune4 ,telle qu'elle est1 cette belle mer1 avec ces climats puissants1 elle trempe admirablement l'homme4 ,elle lui donne la force sche1 la plus rsistante2 elle fait les plus solides races4 ,nos hercules du ,nord sont plus forts peut-tre1 mais certainement moins robustes1 moins acclimatables partout1 que le marin provenal1 catalan1 celui de ,gnes1 de ,calabre1 de ,grce4 ,ceux-ci1 cuivrs et bronzs1 passent l'tat de mtal4 ,riche couleur qui n'est point un accident de l'piderme1 mais une imbibition profonde de soleil et de vie4 ,un sage mdecin de mes amis envoyait ses clients blafards1 de ,paris1 de ,lyon1 prendre l des bains de soleil2 lui-mme s'y exposait sur un rocher des heures entires4 ,il ne dfendait que sa tte1 et pour tout le reste acqurait le plus beau teint africain4 ,les malades vraiment malades iront en ,sicile1 ,alger1 ,madre1 aux ,canaries4 ,mais la rgnration des faibles1 des fatigus1 des ples populations urbaines1 se fera peut-tre mieux dans les climats moins gaux4 ,elle doit tre attendue surtout des pays qui ont donn la plus haute nergie du globe1--l'acier du genre humain1 la ,grce1--et la race de silex1 fine aiguise1 indestructible1 des ,colomb et des ,doria1 des ,massna1 des ,garibaldi4 99 99 99 ,nos ports de l'extrme ,nord1 ,dunkerque1 ,boulogne1 ,dieppe1 la rencontre des vents et des courants de la ,manche1 sont encore une fabrique d'hommes qui les fait et les refait4 ,ce grand souffle et cette grande mer1 dans leur ternel combat1 c'est ressusciter les morts4 ,on y voit rellement des renaissances inattendues4 ,qui n'a pas de lsions graves est remis en un moment4 ,toute la machine humaine joue1 bon gr1 mal gr1 fortement2 elle digre1 elle respire4 ,la nature y est exigeante et sait bien la faire aller4 ,les vgtaux si robustes qui verdoient jusqu' la cte sous les plus grands vents de mer nous font honte de nos langueurs4 ,chacun des petits ports normands est une perce dans la falaise o l'infatigable nord-ouest 7le ,norouais1 en bon normand7 souffle et siffle et nous ravive4 ,tout cela1 bien entendu1 moins violent l'entre de la ,seine1 sous les pommiers d',honfleur et de ,trouville4 ,la bonne rivire1 en sortant1 incline mollement gauche et y porte les influences d'un aimable et doux caractre4 ,on a vu plus haut la mer vhmente1 souvent terrible1 de ,granville1 ,saint-,malo1 ,cancale4 ,c'est l la meilleure cole o doivent aller les jeunes gens4 ,l est le dfi de la mer l'homme1 la lutte o les forts deviennent trs-forts4 ,la grande gymnastique navale doit se faire dans ces parages entre ,normands et ,bretons4 99 99 99 ,s'il s'agissait1 au contraire1 d'une vie entame1 fragile1 d'un enfant faible et maladif1 ou d'une femme trop aime1 fatigue du travail d'amour1 nous chercherions un lieu plus doux pour abriter ce trsor4 ,une plage tout fait paisible et une eau dj moins froide1 sans aller beaucoup au ,midi1 c'est celle qu'on trouve au milieu des petites les ou presqu'les endormies du ,morbihan4 ,tous ces lots font entre eux un labyrinthe ml plus que celui o jadis un roi cacha sa ,rosamonde4 ,confiez la vtre cette mer discrte4 ,personne n'en saura rien que les vieilles pierres druidiques1 qui1 seules avec quelques pcheurs1 habitent ces lieux sauvages et doux4--,mais1 dit-elle1 de quoi y vit-on8--,surtout de pche1 madame4--,et de quoi encore8--,de pche4 ,ce n'est pas loin de ,saint-,gildas1 l'abbaye o les ,bretons disent qu',hlose vint rejoindre ,abailard4 ,ils y vcurent de peu de chose1 du rgime sobre et solitaire de ,robinson1 de ,vendredi4 ,des lieux plus civiliss1 aimables1 charmants1 se trouvent en allant au ,midi3 ,pornic1 ,royan et ,saint-,georges1 ,arcachon1 etc4 ,j'ai parl ailleurs de ,saint-,georges1 la douce plage aux senteurs amres4 ,arcachon est aussi trs-doux dans ses pinadas rsineuses qui ont si bonne odeur de vie4 ,sans l'invasion mondaine de cette grande et riche ,bordeaux1 sans la foule qui1 certains jours1 afflue et se prcipite1 c'est bien l qu'on aimerait cacher ses chers malades1 les tendres et dlicats objets pour qui l'on craint le choc du monde4 ,ce lieu1 tant qu'il fut contenu dans son bassin intrieur1 avait le contraste d'offrir un calme profond1 absolu1 deux pas d'une mer terrible4 ,hors du phare1 le furieux golfe de ,gascogne4 ,au dedans1 une eau somnolente et la langueur d'un flot muet qui ne fait gure plus de bruit que n'en peut faire le petit pied sur le coussin lastique de la molle algue marine dont on affermit un sable trop mou4 ,dans un climat intermdiaire1 qui n'est ni ,nord1 ni ,midi1 ni ,bretagne1 ni ,vende1 j'ai vu1 revu avec plaisir1 l'aimable et srieux abri de ,pornic1 ses bons marins1 ses jolies filles1 charmantes sous leurs bonnets pointus4 ,c'est un petit lieu repos1 qui1 ayant devant lui la longue le 7presqu'le plutt7 de ,noirmoutiers1 ne reoit qu'une mer oblique1 indirecte et bien mnage4 ,cette mer est peine entre qu'elle s'humanise2 elle file1 de sa vague ride1 du lin1 ce semble1 ou de la moire4 ,dans ce bassin de quelques lieues1 elle s'en est creus de petits1 des anses troites pentes douces pour les femmes ou des baignoires pour les enfants4 ,ces jolies plages sables1 que de respectables rochers sparent et cachent aux indiscrets1 amusent de leurs petits mystres4 ,on y voit quelque vie marine1 mais bien plus pauvre qu'autrefois4 ,l'abri sert1 mais il nuit aussi4 ,le monde des eaux ne reoit pas dans ce bassin trop tranquille une riche alimentation1 et il le dlaisse4 ,de moins en moins cette mer tire le grand flot de l',ocan4 ,elle met la sourdine ses bruits4 ,on ne les entend qu'affaiblis4 ,demi-silence d'un grand charme4 ,nulle part ailleurs je n'ai trouv avec une plus grande douceur la libert de rverie1 la grce des mers mourantes4 ,,iii ,l',,habitation ,qu'on permette un ignorant1 qui a cependant acquis de l'exprience ses dpens1 de donner quelques conseils sur les points dont les livres ne parlent pas1 et dont les mdecins se proccupent rarement jusqu'ici4 ,pour que ces conseils soient moins vagues1 je les adresse une personne malade qui voudrait se diriger4 ,est-ce une personne fictive8 ,point du tout4 ,celle qui je parle1 je l'ai rellement rencontre1 et plus d'une fois dans ma vie4 ,voici une jeune dame malade1 ou prs de l'tre1 affaiblie1 un enfant plus faible encore4 ,on a travers l'hiver1 le printemps1 fort pniblement4 ,cependant nulle lsion grave4 ,faiblesse1 anmie seulement2 rien qu'une difficult de vivre4 ,on les envoie la mer pour y passer tout l't4 ,grande dpense pour une fortune mdiocre et peu aise4 ,pnible drangement pour une matresse de maison4 ,dure sparation1 surtout pour des poux trs-unis4 ,on ngocie4 ,on voudrait faire adoucir la sentence4 ,un mois ne suffirait-il pas8 ,mais le trs-sage mdecin insiste4 ,il croit qu'un court sjour nuit souvent plus qu'il ne sert4 ,l'impression brusque1 violente des bains1 sans prparation1 est trs-propre branler les sants les plus robustes4 ,toute personne raisonnable doit s'acclimater d'abord1 respirer3 le mois de juin est excellent pour cela2--juillet et aot pour les bains2--septembre et parfois mme octobre dlassent des grandes chaleurs1 adoucissent l'excitation qu'a produite l'cret saline1 consolident les rsultats1 et mme par leurs grands vents frais aguerrissent contre les froids de l'hiver4 ,peu d'hommes sont libres tout l't4 ,c'est beaucoup si le mari pourra rejoindre sa femme un mois ou deux1 en aot1 septembre4 ,quelque dispos qu'il soit lui sacrifier tout intrt secondaire1 pour elle-mme il doit rester4 ,il est1 dans la vie serre de l'homme de labeur1 des chanes qu'il ne pourrait rompre qu'au grand dtriment de la famille4 ,donc il faut qu'elle parte seule4 ,et les voil divorcs6 ,seule8 ,elle ne l'a jamais t4 ,elle serait plus rassure si elle suivait une famille d'amis riches1 qui s'en va complte1 mari1 femme1 enfants1 domestiques4--,si j'osais donner mon avis1 je dirais3 ,qu'elle parte seule4 ,ce dpart en compagnie1 d'abord gai et agrable1 a souvent des suites tout autres4 ,on s'incommode1 on se brouille1 et l'on revient ennemis1--ou 7pis encore7 trop amis4 ,le dsoeuvrement des bains a trop souvent des rsultats imprvus1 qu'on regrette toute la vie4 ,le moindre inconvnient qui1 selon moi1 n'est pas petit1 c'est que des gens qui1 spars1 auraient mieux senti la mer1 et en auraient rapport une bonne et grande impression1 vont1 s'il leur faut vivre ensemble1 continuer la vie de la grande ville 7frivolit1 vulgarit1 fausse gaiet1 etc474 ,seul1 on s'occupe1 et on pense4 ,ensemble1 on jase1 on mdit4 ,ces amis riches et mondains traneront la jeune dame leurs amusements4 ,elle en aura l'agitation1 une existence plus trouble1 et plus antimdicale que celle qu'elle avait ,paris4 ,elle manquera tout fait le but4 ,rflchissez-y1 madame4 ,soyez courageuse et prudente4 ,c'est dans une solitude srieuse1 dans la petite vie innocente que vous aurez l avec votre enfant1 vie1 s'il le faut1 enfantine1 mais pure1 mais noble1 potique1 c'est1 dis-je1 dans une telle vie que vous trouverez vraiment le renouvellement dsir4 ,la justice dlicate et tendre qui vous fait craindre le plaisir1 quand un autre qui reste au logis travaille pour la famille1 elle vous comptera1 croyez-le4 ,la mer vous en aimera mieux1 si vous ne voulez d'amie qu'elle4 ,en ce repos1 elle vous prodiguera son trsor de vie1 de jeunesse4 ,l'enfant crotra comme un bel arbre1 et vous fleurirez dans la grce4 ,vous reviendrez jeune1 adore4 99 99 99 ,elle se rsigne4 ,elle part4 ,la station est indique4 ,elle est connue4 ,on apprcie par l'analyse chimique la valeur relle des eaux4 ,mais il y a une infinit de circonstances locales qu'on ne devine pas de loin4 ,rarement le mdecin les connat4 ,l'homme1 si occup1 de la grande ville1 n'a gure eu l'occasion ni le loisir d'tudier ces localits4 ,pour quelques-unes1 importantes1 on a publi des guides1 qui ne sont pas sans mrite4 ,on y voit les maladies innombrables dont on peut gurir dans la station recommande4 ,mais peu1 trs-peu spcifient la chose essentielle qu'on y cherche1 l'originalit du lieu2 ils n'osent en dire nettement le fort et le faible1 la place que ce lieu occupe dans l'chelle des stations4 ,c'est un loge gnral1 et tellement gnral1 qu'il est fort peu instructif4 ,quelle est l'exposition prcise8 ,si vous regardez la carte1 la cte est tourne au midi4 ,mais cela n'apprend rien du tout4 ,il peut se faire que telle courbe particulire du terrain place votre habitation sous une influence trs-froide1 que1 par exemple1 un torrent qui dbouche la cte1 un vallon cach1 perfide1 vous souffle le vent du ,nord1 ou que1 par un pli de terrain1 le vent d',ouest s'engouffre et vous noie de ses torrents4 ,y a-t-il des marais dans le voisinage8 ,presque toujours on peut dire3 ,oui4 ,mais la diffrence est grande si les marais sont sals1 renouvels1 assainis par la mer1--ou des marais dormants d'eau douce qui1 aprs les scheresses1 donnent des manations fivreuses4 ,la mer est-elle trs-pure1 ou mle8 et dans quelle proportion8 ,grand mystre qu'on craint d'claircir4 ,mais1 pour les personnes nerveuses1 pour les novices qui commencent la srie des bains de mer1 les plus doux sont les meilleurs4 ,une mer un peu mle1 un air moins sal et moins cre1 une plage moins dsole qui offre les agrments de la campagne1 ce sont les meilleures circonstances4 ,un point grave et capital1 c'est le choix de l'habitation4 ,qui vous dirigera8 ,personne4 ,il faut voir1 observer soi-mme4 ,vous tirerez fort peu de lumire de ceux qui ont visit le pays1 qui mme y ont sjourn4 ,ils le louent ou ils le blment1 moins selon son vrai mrite que selon les plaisirs qu'ils y ont trouvs1 les amis qu'ils y ont laisss4 ,ils vous adressent ces amis1 qui vous reoivent merveille4 ,et1 au bout de quelques jours1 vous voyez les inconvnients4 ,vous vous trouvez habiter la maison la moins commode1 parfois malsaine et dangereuse4 ,n'importe1 vous tes li4 ,vous blesseriez la personne qui vous a envoy l1 et cette famille aimable1 bonne1 hospitalire1 qui vous a reu4 ,eh bien1 je resterai libre4 ,mais1 en arrivant1 s'il se trouve un mdecin honnte1 estim1 je le prierai de m'clairer4--,honnte6 ce n'est pas assez2 il faudrait qu'il ft intrpide1 hroque1 pour parler franchement l-dessus4 ,il se brouillerait mort avec tous les habitants4 ,ce serait un homme perdu4 ,il serait au ban du pays4 ,il vivrait seul comme un loup1 heureux encore si quelque soir on ne lui faisait un mauvais parti4 99 99 99 ,j'ai l'horreur des constructions absurdement lgres1 que la spculation nous fait pour un climat si variable4 ,ces maisonnettes de carton sont les piges les plus dangereux4 ,comme on vient aux grandes chaleurs1 on accepte ce bivouac4 ,mais souvent on y reste en septembre1 et parfois mme en octobre1 dans le grand vent1 sous les pluies4 ,les propritaires du pays1 pour eux1 bien portants1 se btissent de bonnes et solides maisons1 trs-bien garanties4 ,et pour nous1 pauvres malades1 ils font des maisons en planches1 d'absurdes chalets 7non feutrs de mousse1 la suisse71 mais ouverts1 o rien ne joint4 ,c'est trop se moquer de nous4 ,dans ces villas1 d'apparence luxueuse1 au fond misrables1 rien de prvu4 ,des salons1 des pices d'apparat en vue de la mer1 mais nulle d'intrieur agrable4 ,rien de ce doux confortable dont une femme a besoin4 ,elle ne sait o se retirer4 ,elle vit comme en demi-tempte1 et subit chaque instant de brusques passages de temprature4 ,d'autre part1 la maison solide du pcheur1 du bourgeois mme1 est souvent basse et humide1 incommode1 inconvenante par certaines dispositions4 ,souvent elle n'a pas de plafond double1 pais1 mais un simple plancher de bois1 par o passe et monte l'air d'un froid rez-de-chausse4 ,de l1 rhumes et rhumatismes1 gastrites et vingt maladies4 ,quel que soit votre choix1 madame1 entre ces deux habitations1 savez-vous bien ce que je veux pour vous avant toute chose8 ,riez1 si vous voulez1 n'importe4 ,quoique nous soyons en juin1 c'est une trs-bonne chemine1 et l'preuve du vent4 ,dans notre beau pays de ,france1 avec son froid nord-ouest1 avec son pluvieux sud-ouest1 qui1 cette anne1 a rgn seulement neuf mois sur douze1 il faut pouvoir faire du feu en tout temps4 ,il faut1 par un soir humide1 quand votre enfant revient grelottant et ne peut reprendre chaleur avant le coucher1 il faut un moment de feu clair4 ,deux choses en tout logis doivent tre prvues d'abord3 le feu et l'eau2--une eau passable1 chose assez rare prs de la mer4 ,si elle est tout fait mauvaise1 essayez de suppler par la bire ou quelque boisson du pays1 qui vous dispense de l'eau4 ,que ne puis-je btir pour vous d'une parole la villa de l'avenir1 telle que je l'ai dans l'esprit6 ,je ne parle pas de la maison de faste1 du chteau1 que les riches voudront se faire la mer4 ,je parle de l'humble maison des mdiocres fortunes4 ,c'est un art nouveau crer1 dont on ne parat pas se douter4 ,ce qu'on essaye est copi de types en contradiction avec nos climats et la vie des ctes4 ,ces kiosques1 accidents d'ornements lgers1 sont bons pour des lieux abrits1 mais ici ils font trembler3 on croit que le vent va les emporter4 ,les chalets qui1 dans la ,suisse1 tendent des toits immenses pour se dfendre des neiges et serrer les foins1 ont le grave inconvnient d'ter trop de lumire4 ,le soleil 7dans nos mers du ,nord7 ne doit pas tre cart1 mais trs-prcieusement recueilli4 ,quant aux imitations de chapelles1 d'glises gothiques1 si incommodes comme logement1 laissons ces joujoux ridicules4 ,le premier problme1 la mer1 c'est une grande solidit1 une fermet1 une paisseur de murs qui exclue le tremblement1 le roulis qu'on sent partout dans leurs frles constructions1 une assise rassurante1 qui1 dans les plus grandes temptes1 donne la femme timide la scurit1 le sourire1 et ce bonheur du contraste qui fait dire3 ,qu'on est bien ici6 ,le second point1 c'est que le ct de la maison qui regarde la terre soit si parfaitement abrit1 qu'on puisse y oublier la mer1 et qu' ct de ce grand mouvement on y trouve le plus grand repos4 ,pour rpondre ces deux besoins1 je prfrerais la forme qui donne le moins de prise au vent1 la forme demi-circulaire1 celle d'un croissant1 dont la partie convexe me donnerait sur la mer un panorama vari1 verrait le soleil tourner tout autour de fentre en fentre et le recevrait toute heure4 ,le concave de ce demi-cercle1 l'intrieur1 serait protg par les cornes du croissant1 de manire embrasser le joli petit parterre de la matresse de maison4 partir de ce parterre1 l'abaissement progressif du sol permettrait de faire un jardin d'une certaine tendue1 garanti des vents de mer4 ,souvent un pli de terrain en neutralise l'influence4 ,flore fuit la mer1 nous dit-on4 ,ce qu'elle fuit1 c'est la ngligence de l'homme4 ,je vois d'ici tretat1 devant une trs-forte mer1 au plus haut de la falaise1 et au plus grand vent1 une ferme avec un verger et des arbres admirables4 ,quelle prcaution a-t-on prise8 ,un simple remblai de cinq pieds de haut1 en laissant venir dessus toute vgtation fortuite1 un buisson4 ,derrire ce remblai a pouss une ligne d'ormes assez forts qui ont abrit tout le reste4 ,telles localits de ,bretagne auraient pu aussi me servir d'exemple4 ,qui ne sait tout ce que ,roscoff produit de fruits1 de lgumes1 jusqu' en fournir bas prix la ,normandie mme8 ,pour revenir l'difice1 je le veux fort peu lev4 ,seulement un rez-de-chausse1 avec un premier tage pour les chambres coucher4 ,point de haut grenier1 mais quelques chambres basses1 qui isolent le premier du toit4 ,donc1 la maison sera petite4 ,en revanche1 qu'elle soit paisse1 qu'elle ait deux lignes de chambres1 un appartement sur la mer et un autre vers la terre4 ,le rez-de-chausse1 vers la terre1 serait un peu abrit par le premier tage qui dborderait de quatre ou cinq pieds seulement4 ,cela ferait dans ce croissant intrieur une sorte de galerie pour le mauvais temps4 ,les chambres du bas seront la salle manger1 une petite pice peut-tre pour les livres 7voyages1 histoire naturelle71 une autre pour la baignoire4 ,je n'entends nullement une vraie bibliothque1 ni une luxueuse salle de bains4 ,l'essentiel1 le trs-simple1 le commode1 et rien de plus4 ,j'aimerais1 dans les jours violents o la plage n'est pas tenable pour une faible poitrine1 j'aimerais voir la dame1 assise bien l'abri1 lire1 travailler1 dans son parterre4 ,elle y aurait un peu de vie1 fleurs1 volire1 un petit bassin qu'on remplirait d'eau de mer1 et o elle pourrait chaque jour rapporter ses dcouvertes1 les petites curiosits que lui donneraient les pcheurs4 ,pour la volire1 j'aimerais mieux que ce ft la libre volire que j'ai conseille ailleurs1 celle o les oiseaux viennent chercher la protection de la nuit et un peu de nourriture4 ,on la ferme sur eux le soir pour les garder de la chouette1 et on la leur ouvre au matin4 ,ils reviennent fort exactement4 ,je crois mme que si la volire tait grande et qu'on y plat l'arbre qui leur est ordinaire1 ils y couveraient volontiers1 sous votre protection1 et vous confieraient leurs petits4 ,vie srieuse1 vie charmante4 ,quelle grce de solitude est dans ce petit entr'acte de la vie1 dans ce court veuvage6 ,la situation est nouvelle4 ,plus de mnage1 plus d'affaires4 ,avec l'enfant1 elle est seule bien plus qu'elle ne serait sans lui4 ,si elle n'avait avec elle le petit compagnon1 une compagne lui viendrait1 la rverie1 menant les vains songes4 ,mais cet innocent gardien1 l'enfant1 ne le permet pas4 ,il l'occupe1 il la fait parler4 ,il rappelle la maison4 ,avec lui1 elle a toujours ce sentiment que quelqu'un travaille l-bas pour eux et compte aussi les jours4 ,fleurissez1 pure1 aimable fleur4 ,plus jeune aujourd'hui que jamais1 vous vous retrouvez demoiselle1 libre1 et de libert bien douce1 sous la garde de votre enfant4 ,,iv ,,premi,,re ,,aspiration ,,de ,,la ,,mer ,c'est un grand et brusque passage de quitter ,paris en ce beau moment pour la plage dserte2 ,paris alors blouissant de ses jardins magnifiques et de ses marronniers en fleurs4 ,juin serait trs-beau la cte si l'on s'y trouvait deux1 avant l'invasion de la foule4 ,mais1 lorsque l'on y vient seul1 le tte--tte avec la mer et la noble socit de cette grande solitaire1 ne sont pas sans quelque tristesse4 ,aux premires visites qu'on fait la plage1 l'impression est peu favorable4 ,c'est monotone1 et c'est sauvage1 aride4 ,la grandeur inusite du spectacle fait1 par contraste1 sentir qu'on est faible et petit2 le coeur est un peu serr4 ,la dlicate poitrine qui respirait dans une chambre1 et qui tout coup se trouve en cette chambre de l'univers1 au soleil et au grand vent1 prouve de l'oppression4 ,l'enfant joue1 va1 vient1 court4 ,elle s'asseoit1 et1 immobile1 elle frissonne ce souffle froid4 ,la tideur du nid dlaiss lui revient la pense4 ,cependant l'enfant s'amuse4 ,cela la console un peu4 ,tout cela changera1 madame4 ,affermissez-vous4 ,l'impression sera tout autre1 lorsque1 connaissant mieux la mer1 vous la sentirez si peuple4 ,la constriction pnible que vous sentez la poitrine disparatra par l'habitude4 ,il faut se faire cet air frais1 mais sal et pre1 qui ne rafrachit nullement4 ,il faut s'y faire lentement1 ne pas vouloir expressment l'aspirer4 ,peu peu1 n'y songeant plus1 dans les recoins abrits1 en jouant avec votre enfant1 vous respirerez librement1 et vous vous dilaterez4 ,mais pour les commencements1 restez peu de temps la plage4 ,dirigez vos promenades vers l'intrieur du pays4 ,la terre1 votre amie d'habitude1 vous rappelle4 ,les forts de pins rivalisent avec la mer en manations salubres4 ,les leurs1 toutes rsineuses1 sont tonifiantes comme elles1 et elles n'en ont pas l'cret4 ,elles pntrent tout notre tre1 nous entrent par tous les pores1 modifient le sang1 l'assainissent1 nous parfument d'un subtil arme4 ,aux landes1 derrire les pins1 les simples et les herbes un peu dures que vous foulez vous prodiguent des senteurs1--non fades1 enivrantes1 comme celle des dangereuses roses1--mais agrablement amres4 ,asseyez-vous au milieu d'elles1 et comme elles1 bien abrite1 par ce lger pli de terrain4 ,ne dirait-on pas qu'on est ici cent lieues de la mer8 ,aspirez-les1 ces purs esprits1 l'me de ces sauvages fleurs1 vos soeurs par la puret4 ,cueillez-en1 s'il le faut1 madame4 ,elles ne demandent pas mieux4 ,un peu rudes1 mais si suaves6 elles ont ce singulier mystre dans leur parfum virginal1 de calmer et d'affermir4 ,ne craignez pas de les cacher dans votre sein1 sur votre coeur4 99 99 99 ,n'oublions pas de remarquer que ces landes abrites sont brlantes certaines heures4 ,elles absorbent1 elles concentrent les rayons du soleil4 ,la faible femme y scherait4 ,la jeune fille1 riche de vie1 s'enflammerait1 bouillonnerait1 aurait de redoutables fivres4 ,sa tte se perdrait de mirages tonnants et dangereux4 ,pour y aller1 il faut choisir des jours couverts1 moites et doux2 ou bien se lever de bonne heure1 quand tout est frais1 quand le thym garde un peu de sa rose1 lorsque le lapin agile erre encore et fait tous ses tours4 ,mais revenons l',ocan4 ,aux heures o il se retire1 il manifeste lui-mme et vous offre en quelque sorte la riche vie qu'il nourrit en lui4 ,il faut le suivre pas pas1 avancer sur le sable humide1 qui alors enfonce peu4 ,n'ayez peur4 ,le flot amolli tout au plus veut baiser vos pieds4 ,si vous regardez1 vous verrez que ce sable n'est pas mort1 qu'ici et l s'agitent nombre de retardataires que le reflux a surpris4 ,des petits poissons s'y cachent1 sur certaines plages4 l'embouchure des rivires1 l'anguille frtille dessous1 et fait de petits tremblements de terre4 ,le crabe1 trop acharn au repas ou au combat1 a voulu1 mais un peu tard1 rejoindre la mer4 ,sa fuite laisse la surface une mosaque trange1 le zigzag de sa marche oblique4 ,o cette ligne finit1 vous le dcouvrez blotti qui attend la mare prochaine4 ,le solen 7manche de couteau7 a plong1 mais sa retraite est trahie par l'entonnoir qu'il rserve pour respirer4 ,la vnus l'est par un fucus attach sa coquille qui dpasse la surface et rvle son logis4 ,les ondulations du sol vous dnoncent les galeries des annlides guerrires2 leur arsenal vous charmerait1 et l'iris 7vue au microscope7 de leurs changeantes couleurs4 ,le plus beau coup de thtre se fait aux grandes mares4 ,l',ocan qui monta beaucoup1 d'autant plus1 au reflux1 recule4 ,il dcouvre alors1 il livre des espaces immenses1 inconnus4 ,le mystrieux fond de la mer1 sur lequel on fait tant de rves1 apparat4 ,vous surprenez l1 dans le mouvement1 dans la vie1 dans le secret de leurs retraites1 des populations tonnes qui se croyaient bien l'abri1 et qui1 jamais1 presque jamais1 n'avaient t sous le soleil1 encore moins sous les yeux de l'homme4 ,rassurez-vous1 peuple effray4 ,c'est ici l'oeil curieux1 mais compatissant1 d'une femme4 ,ce n'est pas la main du pcheur4 ,que veut celle-ci8 ,rien que vous voir1 vous saluer1 vous montrer son enfant1 et vous laisser votre lment naturel1 en vous souhaitant bonne sant et toute prosprit4 ,parfois il n'est pas ncessaire d'errer bien loin4 ,on trouve tout en un point4 ,l',ocan s'amuse faire dans le rocher creus des ocans en miniature qui n'en sont pas moins complets1 un monde de quelques pieds carrs4 ,on s'asseoit1 et l'on regarde4 ,plus on regarde longtemps1 plus on voit des vies1 d'abord inaperues1 qui se dtachent4 ,on y resterait indfiniment1 si le matre1 le souverain imprieux de la plage1 ne vous en chassait par le flux4 ,demain1 on y retournera4 ,c'est l'cole1 c'est le musum1 l'intarissable amusement pour l'enfant et pour la mre4 ,l1 la pntrante finesse de la femme1 et son tendre coeur1 tout d'abord saisissent et devinent4 ,la maternit lui dit tout1 comment la vie va se crant1 s'enfantant4 ,voulez-vous savoir pourquoi son instinct si vite lui rvle la cration1 pourquoi elle entre de plain-pied 7comme quelqu'un rentrerait chez soi7 dans le mystre de la nature8 ,elle est la nature elle-mme4 ,au fond de l'eau onctueuse1 de petites algues1 petites1 mais grasses et nourrissantes1 d'autres plantes lilliputiennes de fins et jolis dessins1 sont l1 prairie patiente1 pour alimenter leurs bestiaux1 les mollusques1 qui broutent dessus4 ,patelle et buccin1 turbot1 moules violettes1 tellines roses ou lilas1 tous1 gens tranquilles1 attendront4 ,mieux garanties1 les balanes1 dans leur ville fortifie1 ferment leurs quadruples volets4 ,demain1 ils y seront encore4 ,est-ce dire qu'en leur inertie ils ne rvent pas le mouvement8 qu'ils n'aient pas la confuse ide et l'amour de l'inconnu8 de quelqu'un de bienveillant qui viendra certaines heures les rafrachir et les nourrir8444 ,oh6 ils y songent1 ils attendent4 ,veufs du grand poux l',ocan1 ils savent qu'il va revenir vers la terre et la caresser4 ,d'avance1 ils regardent vers lui1 et ceux qui ont des maisons fixes ont bien soin de tenir la porte en ce sens et prte ouvrir4 ,s'il est un peu violent1 tant mieux1 ils n'en sont que plus aises1 trop heureux de ce flot vivant qui va puissamment les bercer4 ,vois1 mon enfant1 notre approche1 ces immobiles ont rest seuls4 ,mais d'autres1 plus vifs1 avaient fui4 ,les voil qui se rassurent4 ,la crevette sautillante1 de ses palpes fines et lgres1 irise l'eau2 elle se charge de faire la vague et la tempte la mesure d'un tel ocan4 ,l'araigne de mer1 lente et incertaine1 se livre par sa craintive audace3 elle remonte la lumire1 la surface tide4 ,un personnage prudent1 tapi au fond du gomon1 sous les corallines violettes1 le crabe s'avance curieux1 et aprs un coup d'oeil furtif1 se replonge dans sa fort4 ,mais que vois-je8 et qu'est ceci8 ,une grosse coquille immobile prend vie1 entreprend d'avancer444 ,oh6 ceci n'est pas naturel4 ,la fraude est grossire4 ,l'intrus se trahit par ses tranges culbutes444 ,qui ne vous reconnatrait1 beau masque1 sire ,bernard l',ermite1 crabe rus qui voulez faire l'innocent mollusque4 ,votre mauvaise conscience vous trouble et vous agite trop4 ,au rivage de notre ocan1 trangres ces mouvements1 les fleurs animes panouissent leur corolle4 ,prs de la lourde anmone1 de charmantes petites fes1 des annlides1 apparaissent et se produisent au soleil4 ,d'un tube tortueux surgit un disque1 une ombrelle blanche ou lilas1 et parfois de couleur de chair4 ,rejete un peu de ct1 elle a dgag d'elle-mme un objet qui n'a rien de comparable dans le monde vgtal4 ,pas une n'est semblable sa soeur2 toutes sont inimitables par le dlicat velout4 ,en voici une1 sans ombrelle1 qui laisse flotter une nue de filets lgers1 floconneux1 peine teinte d'un gris d'argent2 cinq filets s'chappent plus longs1 richement colors de cerise4 ,ils ondulent1 se nouent1 se dnouent1 s'enchevtrent aux cheveux d'argent1 en faisant sous l'eau de charmants mirages4 ,ce n'est rien pour nos sens grossiers2 c'est beaucoup pour celle o la vie nerveuse1 le fin gnie maladif de la femme vibre toute chose4 ces couleurs rougissantes1 plissantes1 tour tour1 elle se sent et se reconnat1 elle sent la flamme de la vie1 qui flamboie1 brille et s'teint4 ,attendrissante vision6 ,elle replonge ses regards au charmant petit ocan1 et elle y voit mieux la ,nature1 mre fconde1 mais si svre1 qui1 se dvorer soi-mme1 semble trouver une pre joie4 ,elle resta bien rveuse1 oppresse de cette pense4 ,la femme ne serait pas la femme1 c'est--dire le charme du monde1 si elle n'avait un don touchant3 ,la tendresse pour toute vie1 la piti et ses belles larmes4 ,elle ne pleurait pas encore1 mais tait si prs de pleurer6 ,l'enfant le vit4 tant dj1 comme ils sont1 attentifs1 de sens rapide1 il se tut4 ,ils revinrent silencieux4 ,c'tait l'aimable premier jour o1 pour lui1 elle commena peler avec son coeur la langue de la nature4 ,et cette langue du premier coup lui avait adress des mots d'un mystre si mouvant1 que le pauvre coeur fut atteint4 ,le jour baissait4 ,l'oiseau de mer attard forait de rames1 regagnait la terre et son nid4 ,en remontant par la falaise et le jardin dj obscur1 un premier cri d'oiseau de nuit1 aigu1 sinistre1 s'entendit4 ,mais la volire de refuge tait bien ferme1 les oiseaux dormaient la tte sous l'aile4 ,elle s'en assura elle-mme1 elle vit tout en sret4 ,son coeur s'allgea d'un soupir1 et elle embrassa son fils4 ,v ,,bains4--,,renaissance ,,de ,,la ,,beaut ,si1 comme disent certains mdecins franais1 les bains de mer n'ont qu'une action mcanique1 ne donnent au sang aucun principe nouveau1 et ne sont qu'une simple branche de l'hydrothrapie1--il faut avouer que c'est1 des formes de l'hydrothrapie1 la plus dure1 la plus hasardeuse4 ,du moment que cette eau1 si riche de vie1 n'en donne pas plus que de l'eau claire1 il est insens de faire de telles expriences en plein air1 tous les hasards du vent1 du soleil1 de mille accidents4 ,quiconque voit sortir de l'eau la pauvre crature qui prend un de ses premiers bains1 qui la voit ple1 hve1 effrayante1 avec un frisson mortel1 sent la duret d'un tel essai1 tout ce qu'il a de danger pour certaines constitutions4 ,soyez sr que personne n'ira affronter une chose si pnible1 si l'on peut chez soi suppler1 sans danger1 par une douce et prudente hydrothrapie4 ,ajoutez que l'impression1 comme si elle n'tait assez forte1 s'aggrave pour la femme nerveuse de la prsence de la foule4 ,c'est une cruelle exhibition devant un monde critique1 devant les rivales charmes de la trouver laide une fois1 devant les hommes lgers1 sottement rieurs et sans piti1 qui observent1 la lorgnette en main1 les tristes hasards de toilette d'une pauvre femme humilie4 ,pour endurer tout cela1 il faut que la malade ait foi1 une foi forte la mer1 qu'elle croie qu'aucun autre remde ne servirait1 qu'elle veuille tout prix s'imbiber des vertus de ses eaux4 ,pourquoi pas8 disent les ,allemands4 ,si le premier moment du bain vous contracte et ferme vos pores1 le second1 la raction de chaleur qui vient ensuite1 les rouvre1 dilate la peau1 et la rend fort susceptible d'absorber la vie de la mer4 ,les deux oprations se font presque toujours en cinq ou six minutes4 ,au del1 le bain nuit souvent4 ,du reste1 il ne faut arriver cette violente motion des bains froids que prpar par l'usage des bains tides qui facilitent l'absorption4 ,notre peau1 qui1 tout entire1 se compose de petites bouches1 et qui sa faon absorbe et digre comme l'estomac1 a besoin de s'habituer cette forte nourriture1 boire le mucus de la mer1 ce lait sal qui est sa vie1 dont elle fait et refait les tres4 ,dans la succession gradue des bains chauds1 tides et presque froids1 la peau prendra cette habitude1 ce besoin2 elle en prendra soif1 et boira de plus en plus4 ,pour la rude crmonie des premiers bains froids1 il faut du moins viter l'odieux regard des foules4 ,qu'elle se fasse en lieu sr1 sans tmoin que l'indispensable1 une personne dvoue1 qui secoure au besoin1 qui veille1 soutienne1 frictionne au dur moment du retour avec de trs-chaudes laines1 donne un lger cordial d'une boisson chaude1 o l'on met quelques gouttes d'lixir puissant4 ,mais1 dira-t-on1 le danger est moindre sous les yeux de tous4 ,nous sommes loin de ,virginie1 qui1 dans un extrme pril1 aima mieux se noyer que de prendre un bain4--,erreur4 ,nous sommes plus nerveux que nous ne fmes jamais4 ,et l'impression dont je parle est si vive et si rvoltante1 j'entends pour certaines personnes1 qu'elle peut entraner des effets mortels1 anvrisme1 apoplexie4 99 99 99 ,j'aime le peuple1 et je hais la foule2 surtout la foule bruyante des viveurs1 qui viennent attrister la mer de leur gaiet1 de leurs modes1 de leurs ridicules4 ,quoi6 la terre n'est pas assez grande8 ,il faut que vous veniez ici faire la guerre aux pauvres malades1 vulgariser la majest de la mer1 la sauvage et la vraie grandeur6 ,j'eus le malheureux hasard de passer un jour du ,havre ,honfleur sur un bateau charg1 surcharg de ces imbciles4 ,dans cette traverse si courte1 ils eurent le temps de s'ennuyer et organisrent un bal4 ,je ne sais qui 7un matre de danse87 avait sa pochette en poche1 et jouait des contredanses devant l',ocan4 ,il est vrai qu'on n'entendait rien4 peine une petite note aigre grinait travers la basse solennelle1 formidable1 qui grondait autour de nous4 ,je conois bien la tristesse de la dame qui voit en juillet sa chre solitude trouble par cette invasion1 tant de fats1 tant d'incroyables1 de causeuses1 de curieuses4 ,la libert a cess4 ,la demeure la plus carte a toute la nuit l'cho des lgantes guinguettes1 de caf1 de casino4 ,le jour1 des nues d'agrables1 en gants jaunes et bottes vernies1 papillonnent sur la plage4 ,une personne seule est remarque4 ,seule8 ,pourquoi8 ,on se le demande4 ,on approche1 on veut par l'enfant entamer conversation2 on lui ramasse des coquilles4 ,bref1 la dame1 embarrasse1 excde1 reste chez elle ou ne sort que le matin4 ,l-dessus1 mille commentaires malveillants4 ,il lui en revient quelque chose4 ,elle n'est pas sans inquitude4 ,ces importuns qu'elle carte sont parfois des gens influents1 qui pourraient nuire son mari4 ,nulle part plus qu'aux bains de mer on n'est imaginatif4 ,les nuits de juillet et d'aot1 ardentes et de peu de sommeil1 sont agites de tout cela4 ,si au matin elle s'endort1 elle n'en est pas plus tranquille4 ,les bains1 loin de rafrachir1 ajoutent l'irritation saline la chaleur caniculaire4 ,de la jeunesse1 elle a repris non la force1 mais le bouillonnement4 ,faible encore1 et toute nerveuse1 elle est d'autant plus trouble de cet orage intrieur4 ,intrieur1 mais non cach4 ,la mer1 l'impitoyable mer1 amne et rvle la peau toute cette excitation qu'on voudrait garder secrte4 ,elle la trahit par des rougeurs1 de lgres efflorescences4 ,toutes ces petites misres1 dont souffrent encore plus les enfants1 et que les mres aiment en eux comme un retour de sant1 elles en sont humilies1 quand elles les ont elles-mmes4 ,elles craignent d'en tre moins aimes4 ,tant elles connaissent peu l'homme6 ,elles ignorent que le grand attrait1 le plus vif aiguillon d'amour1 c'est moins la beaut que l'orage4 ,mais1 s'il allait me trouver laide6 ,c'est ce qu'elle dit chaque matin en se regardant au miroir4 ,elle craint1 tout en le dsirant1 l'arrive de celui qu'elle aime4 ,elle se sent pourtant bien seule1 elle a peur sans savoir pourquoi1 au milieu de cette foule4 ,elle n'ose plus s'carter1 se promener distance4 ,son agitation va croissant4 ,elle prend fivre1 elle s'alite444 peine vingt-quatre heures aprs1 elle le voit auprs d'elle4 ,qui l'a averti8 ,non pas elle4 ,mais1 de sa grosse criture1 une petite main a crit3 ,mon cher papa1 venez vite4 ,maman est au lit4 ,elle a dit l'autre jour3 ,s'il tait l6 ,il a paru4 ,elle est gurie4 ,voil un homme bienheureux6 ,heureux de la voir remise1 heureux d'tre ncessaire1 heureux de la voir si belle4 ,elle a bruni1 mais qu'elle est jeune6 quelle vie dans son charmant regard6 quel doux rayonnement de sant dans la soie de ses beaux cheveux qui ondoient indpendants6 99 99 99 ,est-ce un conte que l'on vient de lire8 ,cette renaissance si prompte de vie1 de beaut1 de tendresse1 cette charmante aventure de retrouver dans sa femme une jeune matresse mue1 si heureuse du retour1 ce miracle1 est-ce une fiction6 ,point du tout4 ,c'est l'agrable spectacle qu'on a trs-souvent4 ,s'il est rare chez les riches1 il ne l'est point dans les familles laborieuses et captives de leurs devoirs4 ,leurs sparations forces sont pnibles2 les chappes1 qui permettent enfin de se runir1 ont un charme qu'on ne cache point2 on n'y rougit pas d'tre heureux4 ,quand on connat la tension prodigieuse de la vie moderne pour les hommes de travail 7c'est--dire pour tout le monde1 moins quelques oisifs71 on est trop heureux d'observer ces scnes de joie o la famille runie dilate un moment son coeur4 ,ceux qui n'en ont pas diront que c'est bourgeois1 prosaque4 ,la forme importe peu1 quand le fond est si touchant4 ,le ngociant soucieux qui1 d'chance en chance1 a sauv encore la barque o est la destine des siens1 la victime administrative1 l'employ qu'usent l'injustice et la tyrannie des bureaux1 ces captifs ont quitt leur chane1 et1 dans ce repos trop court1 une aimable et tendre famille voudrait leur faire tout oublier4 ,la mre1 l'enfant1 y sont habiles4 ,de leur gaiet1 de leurs caresses1 des distractions de la mer1 ils s'emparent de l'esprit chagrin1 veillent en lui d'autres penses4 ,c'est leur triomphe2 ils le mnent2 lui font visiter leur plage1 contempler leur mer1 jouissent de son admiration4 ,car tout cela est eux4 ,l',ocan o ils se baignent1 ils en ont pris possession et se plaisent lui en faire part4 ,la femme redevient tout aimable1 bienveillante cette foule mme qui jusqu'ici l'inquitait4 ,elle se sent si bien prs de lui1 tellement dans son harmonie6 ,elle est plus qu'en scurit1 elle est brave2 elle est familire avec la mer1 avec la vague4 ,elle assure qu'elle va nager3 elle veut dompter la mer4 ,ambition un peu bien forte4 ,elle est tout d'abord prime par son concurrent1 son enfant1 tout autrement leste et hardi4 ,se croyant tenue1 elle nage4 ,autrement1 elle a peur1 enfonce444 ,elle se ddommagera force de bains4 ,car elle est tombe amoureuse de la mer2 elle en est jalouse4 ,cette mer1 en effet1 ne fait pas de mdiocres passions4 ,je ne sais quelle ivresse lectrique est en elle1 qu'on voudrait tout absorber4 ,,vi ,,la ,,renaissance ,,du ,,coeur ,,et ,,de ,,la ,,fraternit ,trois formes de la nature tendent et grandissent notre me1 la font sortir d'elle-mme1 et voguer dans l'infini4 ,le variable ocan de l'air1 avec sa fte de lumire1 ses vapeurs et son clair-obscur1 sa fantasmagorie mobile de crations capricieuses1 si promptement vanouies4 ,le fixe ocan de la terre1 son ondulation que l'on suit du haut des grandes montagnes1 les soulvements qui tmoignent de sa mobilit antique1 la sublimit des sommets1 de leurs glaces ternelles4 ,enfin l'ocan des eaux1 moins mobile que le premier1 et moins fixe que le second1 docile aux mouvements clestes dans son balancement rgulier4 ,ces trois choses font la gamme o l'infini parle notre me4 ,toutefois1 notons la diffrence3 ,la premire est si mobile1 que nous l'observons peine3 elle trompe1 elle leurre1 elle amuse2 elle disperse et rompt nos penses4 ,c'est par moment l'espoir immense1 un jour subit dans l'infini2 on va voir jusqu'au fond de ,dieu444 ,non1 tout s'enfuit2 le coeur est chagrin1 trouble et plein de doute4 ,pourquoi m'avoir fait entrevoir ce sublime songe de lumire8 je ne puis plus l'oublier1 et le monde en reste obscur4 ,le fixe ocan des montagnes ne fuit pas ainsi4 ,au contraire4 ,il nous arrte chaque pas1 nous impose une trs-dure et salutaire gymnastique4 ,la contemplation s'y achte par la plus violente action4 ,cependant l'opacit de la terre1 comme la transparence de l'air1 souvent nous trompe et nous gare4 ,qui ne sait que ,ramond1 dix ans1 chercha en vain le ,mont-,perdu1 qu'on voit et qu'on ne peut atteindre8 ,grande1 trs-grande diffrence entre les deux lments3 la terre est muette1 et l',ocan parle4 ,l',ocan est une voix4 ,il parle aux astres lointains1 rpond leur mouvement dans sa langue grave et solennelle4 ,il parle la terre1 au rivage1 d'un accent pathtique1 dialogue avec leurs chos2 plaintif1 menaant tour tour1 il gronde ou soupire4 ,il s'adresse l'homme surtout4 ,comme il est le creuset fcond o la cration commena et continue dans sa puissance1 il en a la vivante loquence2 c'est la vie qui parle la vie4 ,les tres qui1 par millions1 milliards1 naissent de lui1 ce sont ses paroles4 ,la mer de lait dont ils sortent1 la fconde gele marine1 avant mme de s'organiser1 blanche1 cumante1 elle parle4 ,tout cela ensemble1 ml1 c'est la grande voix de l',ocan4 ,que dit-il8 ,il dit la vie1 la mtamorphose ternelle4 ,il dit l'existence fluide4 ,il fait honte aux ambitions ptrifies de la vie terrestre4 ,que dit-il8 ,immortalit4 ,une force indomptable de vie est au plus bas de la nature4 ,combien plus au plus haut1 dans l'me6 ,que dit-il8 ,solidarit4 ,acceptons le rapide change qui1 dans l'individu1 existe entre ses lments divers4 ,acceptons la loi suprieure qui unit les membres vivants d'un mme corps3 humanit4 ,et1 au-dessus1 la loi suprme qui nous fait cooprer1 crer1 avec la grande me1 associs 7dans notre mesure7 l'aimante ,harmonie du monde1 solidaires dans la vie de ,dieu4 99 99 99 ,la mer1 trs-distinctement1 dans ses voix que l'on croit confuses1 articule ces graves paroles4 ,mais l'homme n'entend pas aisment quand il arrive au rivage assourdi par les bruits vulgaires1 las1 surmen1 prosas4 ,le sens de la haute vie1 mme chez le meilleur1 a baiss4 ,il est en garde contre elle4 ,qui aura prise sur lui8 ,la ,nature8 ,non pas encore4 ,adouci par la famille1 par l'innocence de l'enfant1 par la tendresse de la femme1 l'homme reprend d'abord intrt aux choses de l'humanit4 ,on voit l que les mes ont des sexes et sentent trs-diversement4 ,elle1 elle est plus touche de la mer1 de la posie de l'infini2 mais lui1 de l'homme de mer1 de ses dangers1 de son drame de chaque jour1 de la flottante destine de sa famille4 ,quoique la femme soit tendre aux misres individuelles1 elle ne donne pas aux classes un aussi srieux intrt4 ,tout homme laborieux qui vient la cte fixe son attention principale sur la vie des hommes de travail1 pcheurs1 marins1 cette vie rude1 hasardeuse1 de grand pril1 de peu de gain4 ,je le vois1 pendant que la femme se lve et qu'on habille l'enfant1 se promener sur la grve4 ,par une froide matine1 aprs une nuit de grande pluie1 une une1 les barques reviennent2 tout est tremp1 morfondu2 les habits de ces gens dgouttent4 ,les jeunes enfants aussi ont pass la nuit en mer4 ,que rapporte-t-on8 ,pas grand'chose4 ,on revient en vie pourtant4 ,au vent violent de cette nuit1 les bateaux embarquaient des lames4 ,on a vu de prs la mort4 ,grande occasion pour l'homme qui se plaignait tant hier1 de revenir sur lui-mme1 de dire3 ,mon sort est plus doux4 ,le soir1 par le couchant douteux1 o des nuages cuivrs montent sur une mer sinistre1 il les voit dj repartir4 ,n'aurons-nous pas de mauvais temps8 leur dit-il4--,monsieur1 il faut vivre4 ,ils partent1 avec eux leurs enfants4 ,leurs femmes1 plus que srieuses1 suivent des yeux1 et plus d'une fait tout bas quelques prires4 ,qui ne s'y joindrait8 ,l'tranger fait des voeux lui-mme2 il dit3 ,la nuit sera mauvaise4 ,on voudrait les voir revenus4 ,ainsi la mer ouvre le coeur4 ,et les plus durs y sont pris4 ,quoi qu'on fasse1 on se retrouve homme4 ,ah6 on n'en a que trop sujet6 ,toutes les formes de misres s'y trouvent chez des populations braves1 intelligentes1 honntes1 qui sont incomparablement les meilleures de notre pays4 ,j'ai beaucoup vcu la cte4 ,toute vertu hroque1 qu'on noterait dans l'intrieur comme chose rare1 est la vie commune4 ,et1 ce qui est curieux1 nul orgueil6 ,tout l'orgueil en ,france est pour la vie militaire4 ,hors de l1 les plus grands dangers ne comptent pas2 on trouve tout simple de les braver chaque jour1 et sans jamais s'en vanter4 ,je n'ai jamais vu des hommes plus modestes 7j'allais dire timides7 que nos pilotes de ,gironde1 qui1 de ,royan1 de ,saint-,georges1 vont intrpidement sans cesse au grand combat de ,cordouan4 ,l1 comme ,granville 7et partout71 les femmes seules parlaient1 criaient1 rglaient tout1 faisaient les affaires4 ,ces braves gens1 une fois terre1 ne soufflaient mot1 aussi paisibles que leurs vaillantes pouses taient bruyantes et superbes1 exerant sur les enfants toute l'autorit paternelle4 ,le mari suivait la lettre le mot du pote romain3 ,heureux de n'tre rien chez moi6 ,leurs dames1 fort intresses avec l'tranger et dans toute la vie commune1 n'avaient pas moins1 il faut le dire1 dans les grandes circonstances1 un coeur royal1 magnifique et gnreux4 ,saint-,georges1 elles donnaient tous leurs draps pour la charpie des blesss de ,solfrino4 tretat1 trois ,anglais s'tant briss presque la cte1 dans un endroit inaccessible1 toute la population se prcipita au secours1 et1 tant qu'ils furent en pril1 se dsespra2 hommes et femmes donnrent tous les signes d'une violente sensibilit4 ,sauvs1 on les recueillit avec des cris1 avec des larmes4 ,ils furent hbergs1 rhabills1 combls d'amitis1 de dons4 7,avril #ahei47 le bon peuple de ,france6 ,et combien pourtant jusqu'ici il a la vie triste et dure6 ,dans le rgime des classes 7qui du reste est si utile et nous donne une si grande force71 il faut qu'il quitte chaque instant les avantages du commerce pour la marine de l'tat1 trs-svre1 et de plus en plus4 ,la manoeuvre1 il y a quarante ans1 s'y faisait encore en chantant4 ,aujourd'hui1 elle est muette4 7,jal1 ,arch41 ,,ii1 #ebb47 ,dans la marine du commerce1 les grandes pches ont cess4 ,les primes de la baleine ne profitaient qu'aux armateurs4 7,boitard1 ,dict41 art4 ,ctacs1 ,baleine47 ,la morue a diminu1 le maquereau faiblit1 le hareng s'loigne4 ,un trs-prcieux petit livre 7,histoire de ,rose ,duchemin par elle-mme7 donne un tableau saisissant de cette misre4 ,le spirituel ,alphonse ,karr1 qui a crit sous la dicte de cette femme de pcheur1 a eu le tact excellent de n'y changer pas un seul mot4 tretat n'est pas proprement un port4 ,fort bas1 au niveau de la mer1 il en est dfendu uniquement par une montagne de galets1 barrire dont la tempte est le seul ingnieur1 y poussant1 y ajoutant de nouvelles jetes de cailloux4 ,aucun abri4 ,donc il faut1 selon l'ancien et rude usage celtique1 que chaque barque qui arrive soit remonte sur le quai1 tire par une corde qui se roule sur un cabestan4 ,le cabestan1 quatre barres1 est fort pniblement tourn par la famille du pcheur1 sa femme1 ses filles et leurs amies2 car les garons sont en mer4 ,on comprend la difficult4 ,la lourde barque1 en montant1 heurte de galet en galet1 d'obstacle en obstacle1 et ne les franchit que par sauts4 ,chaque saut et chaque secousse retentit ces poitrines de femmes1 et ce n'est point une figure de dire que ce retour si dur se fait sur leur chair froisse1 sur leur sein1 leur propre coeur4 ,je fus d'abord attrist1 bless4 ,mon premier lan tait de me mettre aussi de la partie et d'aider4 ,la chose et paru singulire1 et je ne sais quelle fausse honte m'arrta4 ,mais1 chaque jour1 j'assistais1 au moins de mes voeux4 ,je venais1 je regardais4 ,ces jeunes et charmantes filles 7rarement jolies1 mais charmantes7 n'avaient point le court jupon rouge de l'ancien costume des ctes1 mais de longues robes2 elles taient pour la plupart affines de race et d'esprit1 et plusieurs fort dlicates2 elles tenaient de la demoiselle4 ,courbes sur cette oeuvre rude filiale1 et1 partant1 releves1 elles n'taient pas sans grce ni fiert2 leur jeune coeur1 dans ce trs-pnible effort1 ne donnait la faiblesse pas une plainte1 pas un soupir4 ,ce petit quai de galets1 trs-petit1 est encore trop grand4 ,j'y voyais nombre de barques abandonnes1 inutiles4 ,la pche est devenue strile4 ,le poisson a fui4 tretat languit1 prit1 prs de ,dieppe languissante4 ,de plus en plus1 il est rduit la ressource des bains2 il attend sa vie des baigneurs1 du hasard des logements1 qui1 tantt lous1 tantt vides1 rapportent un jour1 et l'autre appauvrissent4 ,ce mlange avec ,paris1 le ,paris mondain1 quelque cher que celui-ci paye1 est un flau pour le pays4 ,nos populations normandes1 qui dcouvrirent l',amrique1 qui1 ds le quatorzime sicle1 conquirent la cte d',afrique1 de moins en moins aiment la mer4 ,beaucoup tournent dsormais le dos la cte et regardent vers l'intrieur4 ,le descendant de celui qui jadis lana le harpon se rsigne au mtier de femme1 devient un cotonnier blme de ,montville ou de ,bolbec4 ,c'est la science1 la loi1 d'arrter cette dcadence4 ,la premire1 par sa direction habile1 si elle est fermement suivie1 crera l'conomie de la mer et reconstituera la pche1 cole de la marine4 ,la seconde1 moins exclusivement influence de l'intrt de la terre1 gardera dans le marin la fleur du pays1 lite part1 nullement comparable aux grandes masses dont nous tirons le soldat1 et qui sera le vrai soldat dans telles circonstances1 qui trancheraient le noeud du monde4 ,telle tait ma rverie sur ce petit quai d'tretat dans le sombre t de #ahfj1 o la pluie tombait flots1 pendant que le dur cabestan grinait1 que la corde criait1 que la barque montait lentement4 ,elle trane aussi1 celle du sicle1 et elle a peine monter4 ,il y a lenteur1 il y a fatigue1 comme en #agcj4 ,il serait bon qu'on aidt et qu'on se mt la barre4 ,mais plusieurs perdent le temps1 jouent aux coquilles1 aux cailloux4 ,on dit que ,scipion1 le vainqueur de ,carthage1 et ,trence1 captif chapp de ce naufrage d'un monde1 ramassaient des coquilles au bord de la mer1 bons amis dans l'indiffrence et dans l'abandon du pass4 ,ils y gotaient ce bonheur d'oublier1 d'effacer la vie1 de redevenir enfants4 ,rome ingrate1 ,carthage dtruite1 leurs deux patries1 leur pesaient peu1 ne laissant gure trace leur me1 pas plus que la ride du flot4 ,nous1 ce n'est pas l notre voeu4 ,nous ne voulons pas tre enfants4 ,nous ne voulons pas oublier1 mais de persvrante ardeur1 aider la manoeuvre pnible de ce grand sicle fatigu4 ,nous voulons remonter la barque1 et pousser de nos fortes mains au cabestan de l'avenir4 ,,vii ,,vita ,,nuova ,,des ,,nations ,pendant que j'achevais ce livre1 en dcembre #ahfj1 la ressuscite1 l',italie1 notre glorieuse mre tous1 m'envoie de belles trennes4 ,une nouvelle1 une brochure1 m'arrivent de ,florence4 ,c'est un pays d'o il nous vient souvent de grandes nouvelles3 en #acjj1 celle de ,dante2 en #aejj1 celle d',amerigo2 en #afjj1 ,galile4 ,quelle sera donc aujourd'hui la nouvelle de ,florence6 ,oh6 bien petite en apparence6 ,mais qui sait8 immense par les rsultats6 ,c'est un discours de quelques pages1 un opuscule mdical2 le titre n'a rien qui attire2 il loignerait plutt4 ,et pourtant il y a l un germe de consquence incalculable1 et qui peut changer le monde4 ,en regard du titre1 je vois le portrait de deux enfants1 l'un mort et l'autre mourant aux hpitaux de ,florence4 ,l'auteur est le mdecin1 qui 7chose rare7 avait tellement pris coeur ses petits malades1 pauvres enfants inconnus1 qu'il a voulu crire sa douleur et ses regrets4 ,le premier1 de sept ou huit ans1 de fine et austre noblesse1 dans l'amertume1 ce semble1 d'un grand destin inachev1 a sur l'oreiller une fleur4 ,sa mre1 trop pauvre pour lui donner autre chose1 lui en apportait en venant le voir2 il les gardait avec tant de soin1 tant de religion1 qu'on lui a laiss celle-ci4 ,l'autre1 plus petit1 dans la grce attendrissante de son ge de quatre ou cinq ans1 visiblement va mourir2 ses yeux flottent dans le dernier rve4 ,ces enfants avaient tmoign de la sympathie l'un pour l'autre4 ,sans pouvoir parler1 ils aimaient se voir1 se regarder1 et le compatissant mdecin les avait fait placer en face l'un de l'autre4 ,il les a rapprochs dans la gravure comme ils l'ont t en mourant4 ,c'est une chose tout italienne4 ,on se garderait bien ailleurs de se montrer faible et tendre2 on craindrait le ridicule4 ,en ,italie1 point4 ,le docteur crit devant le public tout comme s'il tait seul4 ,il s'panche sans rserve avec une abondance1 une sensibilit fminine qui fait sourire et pleurer4 ,il faut avouer aussi que la langue y fait beaucoup1 langue charmante de femmes et d'enfants1 si tendre1 et pourtant brillante1 jolie dans la douleur mme4 ,c'est une pluie de larmes et de fleurs4 ,puis il s'arrte et s'excuse4 ,s'il a parl ainsi1 ce n'est pas sans cause4 ,c'est que ces enfants ne seraient pas morts si on avait pu les envoyer la mer4 ,conclusion3 il faudrait tablir la cte un hospice d'enfants4 ,voil un homme bien habile4 ,il a pris le coeur4 ,tout suivra4 ,les hommes sont attentifs1 touchs1 les dames en pleurs4 ,elles prient1 elles veulent1 elles exigent4 ,on ne peut rien leur refuser4 ,sans attendre le gouvernement1 une libre socit fonde sur-le-champ les ,bains d'enfants ,viareggio4 ,on connat cette belle route1 ce demi-cercle enchanteur que fait la ,mditerrane quand on a quitt l'pret de ,gnes1 qu'on a dpass la rade magnifique de la ,spezzia1 et qu'on s'enfonce sous les oliviers virgiliens de la ,toscane4 mi-chemin de ,livourne1 une cte conquise sur la mer offre le petit port solitaire que consacre dsormais la charmante fondation4 ,florence a eu l'initiative de la charit sur toute l',europe1 des hospices avant l'an #ajjj4 ,en #abhg1 quand la divine ,batrix inspira ,dante1 son pre fonda celui de ,s4 ,maria ,nuova4 ,luther1 dans son voyage1 peu favorable l',italie1 n'admire pas moins ses hpitaux1 les belles dames italiennes qui1 voiles1 sans gloriole1 allaient y servir les malades4 99 99 99 ,la nouvelle fondation sera pour l',europe un modle4 ,nous devons cela aux enfants4 ,la vie d'enfer que nous menons1 cette vie de travail terrible et d'excs plus meurtriers1 c'est sur eux qu'elle retombe4 ,on ne peut se dissimuler la profonde altration dont sont visiblement atteintes nos races de l',occident4 ,les causes en sont nombreuses4 ,la plus frappante1 c'est l'immensit1 la rapidit croissante de notre travail4 ,elle est force pour la plupart1 impose par le mtier4 ,mais ceux mme qui le mtier ne commande pas ne se prcipitent pas moins4 ,je ne sais quelle ardeur d'aller de plus en plus vite est maintenant dans le temprament1 l'humeur1 l'cret du sang4 ,tous les sicles furent paresseux1 striles1 si on les compare4 ,nos rsultats sont immenses4 ,nous versons de notre cerveau un merveilleux fleuve de sciences1 d'arts1 d'inventions1 d'ides1 de produits1 dont nous inondons le globe1 le prsent1 mme l'avenir4 ,mais quel prix tout cela8 ,au prix d'une effusion pouvantable de force1 d'une dpense crbrale qui d'autant nerve la gnration4 ,nos oeuvres sont prodigieuses et nos enfants misrables4 ,notez que ce grand effort1 cette excessive production1 c'est le fait d'un petit nombre4 ,l',amrique fait peu1 l',asie rien4 ,et dans l',europe elle-mme tout se fait par quelques millions d'hommes de l'extrme ,occident4 ,les autres rient de les voir s'user et croient les remplacer4 ,pauvres barbares1 pensez-vous donc que tel ,russe ou tel pionnier des tats-,unis de l',ouest sera demain un artiste1 un mcanicien d',angleterre ou un opticien de ,paris8 ,nous sommes tels par raffinement et l'ducation des sicles4 ,une longue tradition est en nous4 ,qu'adviendra-t-il si nous mourons8 ,nul n'est prt pour nous succder4 ,ce travail exterminateur1 ce suicide de fcondit1 s'il nous plat de l'accepter pour l'intrt du genre humain1 nous ne pouvons en conscience vouloir y perdre nos enfants et les enterrer avec nous4 ,et c'est pourtant ce qui arrive4 ,ils naissent tout prpars2 ils ont nos arts dans le sang1 mais aussi notre fatigue4 ,d'effrayante prcocit1 ils savent1 ils peuvent1 ils feraient4 ,mais ils ne font rien2 ils meurent4 ,l'enfance de l'homme1 comme celle des plantes et de toute chose1 a besoin de repos1 d'air1 de douce libert4 ,ici tout lui est contraire1 nos mrites autant que nos vices4 ,tout semblerait combin pour touffer les enfants4 ,les aimons-nous8 ,oui1 sans doute4 ,et cependant nous les tuons4 ,une socit si agite1 si violente1 c'est 7qu'elle le sache ou non7 une vraie guerre l'enfance4 ,il est des moments surtout dans son dveloppement1 des crises o elle tient un fil4 ,la vie a l'air d'hsiter1 de se demander3 ,durerai-je6 ces moments dcisifs1 notre contact1 le sjour des villes et la vie des foules1 pour ces cratures chancelantes1 c'est la mort4 ,ou 7pis encore7 c'est l'entre d'une longue carrire de maladies4 ,un misrable commence qui1 tombant1 se relevant1 retombant1 les trois quarts du temps se tranera la charge de la charit publique4 ,il faut couper court cela4 ,il faut prvoir4 ,il faut tirer l'enfant de ce milieu funeste1 l'ter l'homme1 le donner la ,nature1 lui faire aspirer la vie dans les souffles de la mer4 ,l'enfant malade y gurirait4 ,l'enfant trouv y grandirait4 ,affermi1 fortifi1 plus d'un y prendrait une vocation maritime2 au lieu d'un ouvrier dbile1 d'un habitu d'hpital1 l'tat aurait un robuste et hardi marin4 99 99 99 ,du reste1 pourquoi l'tat8 ,florence nous a prouv que coeur royal vaut royaut4 ,la femme est une royaut4 ,il lui appartient d'ordonner4 ,si j'tais une belle jeune dame1 je sais bien ce que je ferais4 ,j'aurais ma magnificence1 mon luxe1 et je dirais un jour1 dans ces moments o l'amour atteste1 proteste1 jure1 prouve le besoin de donner1 je dirais3 ,je vous prends au mot4 ,mais ne croyez pas m'amuser avec les prsents ordinaires4 ,je hais vos gros cachemires d'aujourd'hui qu'on fait dans l',inde sur les dessins de ,londres4 ,je fais peu de cas des diamants4 ,les diamants vont courir les rues4 ,m4 ,berthelot1 qui refait la nature en partie double1 qui cre tant de choses vivantes1 bien plus aisment encore va nous prodiguer les diamants4 ,j'aime le solide4 ,je veux une bonne maison la cte1 un peu abrite et bien soleille1 pour loger cinquante enfants4 ,il n'y faut pas grand mobilier4 ,une fois tablis l1 ils ne mourront pas de faim4 ,il n'y aura pas une dame allant la mer qui n'y aide avec grande joie4 ,si les ,batrix de ,florence ont fond de telles maisons1 pourquoi pas celles de ,france8 ,est-ce que nous sommes moins belles1 et vous autres moins amoureux8 ,si la mer m'a embellie1 comme vous dites du matin au soir1 vous lui devez de donner un souvenir son rivage4 ,et1 si vous m'aimez1 je suppose que vous devez tre heureux d'tre encore ici de moiti1 de crer ensemble une chose1 de commencer avec moi ce petit monde d'enfants prs de la grande nourrice4 ,qu'elle garde un gage durable de tendresse et de pur amour6 qu'elle tmoigne1 par une oeuvre vive1 que nous fmes1 devant l'infini1 unis d'une sainte pense4 99 99 99 ,une femme ainsi commencerait4 ,et une autre continuerait1 la mre commune1 la ,france4 ,nulle institution plus utile2 nuls sacrifices mieux placs4 ,mais il n'en faudrait pas beaucoup4 ,il suffirait d'y transfrer quelques tablissements de l'intrieur4 ,ce serait un allgement4 ,car tel de ces tablissements est d'immense dpense en pure perte2 il pourrait tre dfini une fabrique de malades qui toute la vie mendieront de nouveaux secours4 ,les ,romains ne savaient pas ce que c'est que marchander en ce qui touche la sant publique et la vie de tous4 ,quand on voit leur munificence1 leurs travaux pour amener des eaux salubres mme aux villes secondaires1 leurs prodigieux aqueducs1 leurs ,pont-du-,gard1 etc41 les thermes immenses o la foule venait se baigner gratis 7tout au plus pour une obole71 on sent leur haute sagesse4 ,ils eurent aussi les piscines d'eau de mer1 o l'on nageait4 ,ce qu'ils firent pour une plbe oisive et improductive1 hsiterions-nous le faire pour sauver la race de ces cratures uniques qui font tout le progrs du globe8 ,je ne parle pas ici des enfants seuls1 mais de tous4 ,chaque ville a aujourd'hui dans son sein une autre ville encombre1 c'est l'hpital1 o le travailleur dfaillant vient1 revient sans cesse4 ,il cote ainsi normment1 qui8 aux autres travailleurs1 qui1 en dernire analyse1 portent toute dpense publique4 ,il meurt jeune1 laisse les siens leur charge4 ,il serait bien plus ais de prvenir que de gurir4 ,l'homme pour qui l'on peut beaucoup1 c'est moins le malade1 que celui qui va le devenir1 qui est au bout de ses forces4 ,dix jours de repos la mer le remettraient1 conserveraient un solide travailleur4 ,le transport1 le trs-simple abri d'un si court sjour d't1 une table publique bas prix1 coteraient infiniment moins qu'un long sjour d'hpital4 ,et l'homme serait sauv1 la famille et les enfants2 un homme souvent irrparable2 car1 je l'ai dit1 chacun d'eux est la production tardive d'une longue tradition d'industrie2 il est lui-mme une oeuvre d'art1 de l'art humain1 si inconnu1 o l'humanit va s'levant1 se formant1 comme puissance de cration4 ,qui me donnera de voir cette lite de la terre1 cette foule du peuple inventeur1 crateur et fabricateur1 qui sue et s'use pour le monde1 reprendre incessamment ses forces la grande piscine de ,dieu6 ,toute l'humanit en profite2 elle fleurit du labeur norme de ceux-ci4 ,elle leur doit toute jouissance1 toute lgance1 toute lumire4 ,elle prospre de leurs bienfaits1 vit de leur moelle et de leur sang4 ,qu'on donnt ceux-ci la rnovation de nature1 l'air1 la mer1 un jour de repos1 ce serait une justice1 un bienfait encore pour le genre humain1 qui ils sont si ncessaires1 et qui1 demain1 par leur mort1 se trouvera orphelin4 ,ayez piti de vous-mmes1 pauvres hommes d',occident4 ,aidez-vous srieusement1 avisez au salut commun4 ,la ,terre vous supplie de vivre2 elle vous offre ce qu'elle a de meilleur1 la ,mer1 pour vous relever4 ,elle se perdrait en vous perdant4 ,car vous tes son gnie1 son me inventive4 ,de votre vie1 elle vit1 et1 vous morts1 elle mourrait4 ,,thought ,,notes ,le gros animal1 la ,terre1 qui a pour coeur un aimant1 a sa surface un tre douteux1 lectrique et phosphorescent1 plus sensible que lui-mme1 infiniment plus fcond4 ,cet tre1 qu'on nomme la ,mer1 est-ce un parasite du grand animal8 ,non4 ,elle n'a pas une personnalit distincte et hostile4 ,elle fconde1 vivifie la ,terre de ses vapeurs4 ,elle semble tre la ,terre mme en ce qu'elle a de plus productif1 autrement dit son organe principal de fcondit4 ,voil des rves allemands4 ,est-ce dire que tout y soit rve8 ,plus d'un grand esprit1 sans aller jusque-l1 semble admettre pour la ,terre1 pour la ,mer1 une sorte de personnalit obscure4 ,ritter et ,lyell ont dit3 ,la ,terre se travaille elle-mme4 ,serait-elle impuissante pour s'organiser8 ,comment supposer que la force cratrice qu'on trouve en tout tre du globe soit refuse au globe mme8 ,mais comment le globe agit-il8 comment aujourd'hui s'accrot-il8 ,par la ,mer et la vie marine4 ,la solution de ces hautes questions supposerait une tude profonde de sa physiologie1 que l'on n'a pas faite encore4 ,cependant1 depuis vingt ans1 tout gravite de ce ct3 #a ,on a tudi le ct irrgulier1 extrieur1 des mouvements de la mer1 cherch la loi des temptes2 #b ,on a approfondi les mouvements propres la ,mer1 ses courants1 le jeu de ses artres et de ses veines dont les premires lancent l'eau sale de l'quateur aux ples1 les secondes la ramnent dessale du ple l'quateur2 #c ,la troisime question1 la plus intrieure1 dont la nouvelle chimie donnera l'claircissement1 c'est celle de la nature propre du mucus marin1 de ce gluant glatineux qu'offre partout l'eau de mer1 et qui parat tre un liquide vivant4 ,c'est tout rcemment que la sonde de ,brooke1 et spcialement les sondages du cble transatlantique1 ont commenc rvler le fond de la mer4 ,est-elle peuple dans ses profondeurs8 ,on le niait2 ,forbes1 ,james ,ross1 y ont trouv partout la vie4 ,avant ces belles dcouvertes1 qui n'ont pas vingt annes de date1 on ne pouvait entreprendre le livre de la ,mer4 ,celui de ,m4 ,hartwig en fut le premier essai4 ,pour moi1 j'tais encore loin de cette ide1 lorsqu'on #ahde1 prparant mon livre le ,peuple1 je commenai en ,normandie l'tude de la population des ctes4 ,dans les quinze dernires annes1 ce sujet vaste et difficile a t grandissant pour moi et m'a suivi de plage en plage4 ,le #a;er livre1 un ,regard sur les ,mers1 n'est1 comme ce titre l'indique1 qu'une promenade pralable4 ,toutes les matires importantes reviendront dans les livres suivants4 ,j'en excepte deux1 les ,mares et les ,phares4 ,ici1 mon guide principal a t ,m4 ,chazallon2 son important ,annuaire1 qui compte aujourd'hui vingt volumes4 ,le premier est de #ahei4 ,si l'on donnait une couronne civique celui qui sauve une vie humaine1 combien n'en et-il pas reu6 ,jusqu' lui1 les erreurs sur les mares taient normes4 ,par un travail immense1 il a rectifi les observations pour prs de cinq cents ports1 de l',adour l',elbe4--,son ,annuaire donne sur les phares les renseignements les plus prcis4 ,rapprochez-en l'expos clair et agrable que ,m4 de ,quatrefages 7,souvenirs7 a fait du systme d'clairage de ,fresnel et ,arago4 ,l'admirable invention des phares clipses est due ,descroizilles et ,lemoine1 tous deux de ,dieppe4 7,v4 ,m4 ,ferey47 ,pour les noms divers de la ,mer 7p4 #c71 voir ,ad4 ,pictet1 ,origines indo-europennes4--,sur l'eau1 ,introduction de l',annuaire des eaux de ,france 7par ,deville72 ,aim1 ,annales de chimie1 ,,ii1 ,v1 ,,xii1 ,,xiii1 ,,xv2 ,morren1 ibidem1 ,i1 et ,acad4 de ,bruxelles1 ,,xiv1 etc4--,sur la salure de la mer1 ,chapmann1 cit par ,tricaut1 ,ann4 d'hydrographie1 ,,xiii1 #aheg2 et ,thomassy1 ,bulletin de la ,socit gographique1 #d juin #ahfj4 ,page #ai4 ,s4 ,michel en grve4 ,je n'ai bien compris cette plage et les questions qui s'y rattachent qu'en lisant dans la ,revue des ,deux ,mondes les trs-beaux articles de ,m4 ,baude1 si instructifs1 pleins de faits1 pleins d'ides4 ,je parle ailleurs de ses vues excellentes sur la pche4 ,en parlant de la ,bretagne 7ch4 ,,iii1 p4 #be71 j'aurais d remercier le livre de ,cambry1 qui m'en a donn jadis la premire impression4 ,il faut le dire dans l'dition que ,souvestre a enrichie 7et double1 on peut le dire7 de ses notes et notices excellentes1 qui faisaient ds lors prvoir les ,derniers ,bretons4 ,dans plusieurs petits romans1 admirables de vrit1 ,souvestre a donn les meilleurs tableaux que l'on ait de nos ctes de l',ouest1 spcialement pour le ,finistre1 et aussi pour les parages voisins de la ,loire4 ,j'aurais t heureux de citer quelque chose d'un si agrable crivain 7d'un ami si regrettable74 ,mais je me suis interdit dans ce petit livre toute citation littraire4 ,le mot remarquable d'lie de ,beaumont 7ch4 ,,iv1 p4 #ca7 se trouve en tte d'un article qui est un grand livre1 son article ,terrains1 dans le ,dictionnaire de ,m4 d',orbigny4 ,,chap4 ,,vii1 p4 #gj4 ,ce que je dis de ,royan et ,saint-,georges1 on le retrouvera bien mieux dit dans les charmants livres de ,pelletan1 dans sa ,naissance d'une ville1 et dans son ,pasteur du ,dsert4 ,ce pasteur est1 comme on sait1 le grand-pre de ,pelletan1 le ministre ,jarousseau1 admirable et hroque pour sauver ses ennemis4 ,la petite maison qui subsiste est un temple de l'humanit4 ,,notes ,,du ,,livre ,,ii4 ,gense de la ,mer4--,,chap4 ,i4 ,fcondit4--,sur le ,hareng1 voir l'anonyme hollandais1 trad4 par de ,reste1 tome ,i2 ,nol de la ,morinire1 dans ses trs-bons ouvrages1 imprims et indits3 ,valenciennes1 ,poissons2 etc4 ,,chap4 ,,ii4 ,mer de lait3--,bory de ,saint-,vincent1 ,dict4 classique1 articles ,mer et ,matire2 ,zimmermann1 le ,monde avant l'homme4 ,ce beau livre populaire est dans les mains de tout le monde4-- la p4 #aba1 je suis l'ouvrage de ,m4 ,bronn1 que l',acadmie des sciences a couronn4--,sur l'innocuit des plantes de la mer1 voir la ,botanique de ,pouchet1 livre de premier ordre4 ,pour les plantes qui se font animaux1 ,vaucher1 ,conferves1 #ahjc2 ,decaisne et ,thuret1 ,annales des sc4 nat41 #ahde1 tomes ,,iii1 ,,xiv1 ,,xvi1 et ,comptes de l',acad41 #ahec1 tome ,,xxxvi2 articles de ,montagne1 ,dict4 d',orb4--,sur les volcans1 voir ,humboldt1 ,cosmos1 ,i,ve partie1 et ,ritter1 trad4 par lise ,reclus1 ,revue germ41 #cj novembre #ahei4 ,,chap4 ,,iii4 ,l',atome4 ,j'ai cit dans le texte les matres1 ,ehrenberg1 ,dujardin1 ,pouchet 7,htrognie74 ,la gnration spontane vaincra la longue4 ,,chap4 ,,iv1 ,v1 ,,vi1 etc4 ,pour monter dans tout ce livre la vie suprieure1 j'ai pris pour fil conducteur l'hypothse de la mtamorphose1 sans vouloir srieusement construire une chane des tres4 ,l'ide de mtamorphose ascendante est naturelle l'esprit1 et nous est en quelque sorte impose fatalement4 ,cuvier lui-mme avoue 7fin de l',introduction aux ,poissons7 que1 si cette thorie n'a pas de valeur historique1 elle en a une logique4--,sur l'ponge1 voir ,paul ,gervais1 ,dict4 d',orb41 ,v1 #cbe2 ,grant1 dans ,chenu1 #cjg1 etc4--,sur les polypes1 coraux1 madrpores 7ch4 ,,iv et ,v71 outre ,forster1 ,pron1 ,darwin1 consulter aussi ,quoy et ,gaimard2 ,lamouroux1 ,polypes flexibles2 ,milne ,edwards1 ,polypes et ascities de la ,manche1 etc4 ,voir aussi sur le calcaire les deux gologies de ,lyell4 ,,chap4 ,,vi4 ,mduses1 physalies1 etc4 ,voir ,ehrenberg1 ,lesson1 ,dujardin1 etc4 ,forbes montre par les analogies vgtales que ces mtamorphoses animales sont un phnomne trs simple3 ,ann4 of the ,natural ,history1 dc4 #ahdd4 ,lire aussi ses excellentes dissertations3 ,medus1 in-#d1 #ahdh4 ,,chap4 ,,vii4 ,l',oursin4 ,voir spcialement les curieuses dissertations o ,m4 ,caillaud a consign sa dcouverte4 ,,chap4 ,,viii4 ,coquilles1 nacre1 perle 7,mollusques74--,l'ouvrage capital est la ,malacologie de ,blainville4 ,sur la perle1 ,moebius de ,hambourg1 ,revue germ41 #ca juillet #aheh4 ,j'ai consult trs-utilement sur ce sujet notre clbre joaillier1 ,m4 ,froment ,meurice4--,si j'ai parl de la perle comme parure essentielle de la femme1 c'est qu'on a dcouvert l'art de faire des perles naturelles4 ,toute femme1 je n'en doute pas1 pourra bientt en porter4 ,,chap4 ,,ix4 ,le ,poulpe4--,cuvier1 ,blainville1 ,dujardin1 ,ann4 des sciences nat41 #are srie1 tome ,v1 p4 #bad1 et ,i,ie srie1 tomes ,,iii1 ,,xvi et ,,xviii2 ,robin et ,second1 ,locomotion des ,cphalopodes1 ,revue de zoologie1 #ahdi1 p4 #eec4 ,,chap4 ,x4 ,crustacs4--,outre l'ouvrage capital et classique de ,m4 ,milne ,edwards1 j'ai consult d',orbigny et divers voyageurs4 ,voir le bel ,atlas de ,dumont d',urville4 ,,chap4 ,,xi4 ,poisson4--,l',introduction de ,cuvier1 ,valenciennes1 article ,poisson 7,dict4 d',orbigny72 c'est tout un livre1 savant et excellent4 ,sur l'anatomie1 voir la clbre dissertation de ,geoffroy4 ,ce que j'ai dit sur les nids de poisson1 je le dois ,,mm4 ,coste et ,gerbe4 ,,chap4 ,,xii et ,,xiii4 ,baleines1 amphibies1 sirnes4--,lacpde est ici loquent et instructif4 ,rien de meilleur que les articles de ,boitard 7,dict4 d',orbigny74 ,,notes ,,du ,,livre ,,iii4 ,conqutes de la mer4--,tout ce livre est naturellement sorti de la lecture des voyageurs1 depuis la primitive histoire de ,dieppe 7,vitet1 ,estancelin71 jusqu'aux dcouvertes rcentes4 ,voir surtout ,kerguelen1 ,john ,ross1 ,parry1 ,weddell1 ,dumont d',urville1 ,james ,ross1 et ,kane2 ,biol1 ,journal des ,savants1 et l'abrg judicieux1 lumineux1 que ,m4 ,laugel a donn de ces voyages 7,revue des ,deux ,mondes74 ,sur la pche1 outre le grand ouvrage de ,duhamel1 voir ,tiphaigne1 ,histoire conomique des mers occidentales de ,france1 #agfj4 ,,chap4 ,,iii4 ,loi des temptes2 ajoutez aux livres cits dans le texte l'excellent rsum de ,m4 ,f4 ,julien 7,courants1 etc471 et le curieux systme de ,m4 ,adhmar1 sur un dplacement de la mer qui se ferait tous les dix mille ans4 ,,notes ,,du ,,livre ,,iv4 ,renaissance par la mer4--,ds #agbe1 ,marsigli semble avoir souponn l'iode4 ,en #agcj1 un ouvrage anonyme1 ,comes domesticus1 recommande les bains de mer4 ,la bibliographie de la mer serait infinie4 ,toutes les bibliothques m'ont fourni des secours4 ,je me plais citer1 entre autres bons livres1 les ,manuels et ,guides de ,,mm4 ,guadet1 ,roccas1 ,cochet1 ,ernst1 etc4 ,j'en ai trouv de trs-rares 7comme ,russell7 l'cole de mdecine1 beaucoup de spciaux1 d'trangers au ,dpt de la marine 7par exemple1 la ,mditerrane de ,smith1 #ahed72 je ne puis assez reconnatre l'obligeance de ,m4 le directeur1 celle de ,m4 le bibliothcaire1 qui m'a souvent indiqu des livres peu connus4 ,sur la dgnrescence des races1 voir ,morel 7#aheg72 ,magnus ,huss1 ,alcoholismus 7#aheb71 etc4 ,je dois la connaissance de la brochure du docteur ,barellay 7,ospizi marini7 mon illustre ami ,montanelli1 et aux charmants articles de ,m4 dall' ,ongaro4 ,mon savant ami1 le docteur ,lortet1 de ,lyon1 en recevant la premire dition de cet ouvrage1 m'crit3 ,pour les enfants tiols1 j'ai obtenu de bons rsultats d'une exposition prolonge la lumire 7une lumire vive1 excitante74 ,il faudrait une plage mditerranenne1 que l'enfant y vct nu2 n'ayant que la tte couverte et le caleon1 qu'il se roult dans la mer1 dans le sable chaud4 proximit1 un hangar1 une sorte de serre1 qui1 ferme de fentres pour les jours froids1 n'en recevrait pas moins le soleil4 ,p4-,s4 ,j'apprends avec bonheur que l'administration parisienne de l',assistance publique cre en ce moment un tablissement de ce genre4 ,qu'il me soit permis d'exprimer mes voeux3 ,le premier1 c'est qu'on ne centralise pas les enfants dans un mme lieu2 qu'on ne fasse pas un ,versailles1 une fondation fastueuse1 mais plusieurs petits tablissements dans des stations diffrentes1 o les jeunes malades soient rpartis selon la diffrence des maladies et des tempraments4 ,mon second voeu1 c'est que cette cration1 pour tre durable1 profite l'tat1 loin de lui tre onreuse2 que les enfants trouvs que l'on y placerait1 les convalescents valides1 les malades rtablis1 soient employs1 selon les lieux1 aux travaux les moins fatigants des ports et de la navigation1 aux mtiers qui s'y rattachent1 qu'ils y prennent l'habitude et le got de la vie marine4 ,lorsque des populations malheureusement trop nombreuses de pcheurs et de matelots tournent le dos la mer et se font industrielles1 il faut suppler cette dsertion4 ,il faut faire des hommes tout neufs1 qui n'aient pas entendu dbattre dans la cabane paternelle les profits de la vie prudente1 abrite1 de l'intrieur4 ,il faut que l'adoption de la ,france cre un peuple de marins qui1 vou d'avance son mtier hroque1 le prfre tout2 qui1 ds les premires annes1 berc par la ,mer1 n'aime que cette grande nourrice et ne la distingue pas de la ,patrie elle-mme4 ,,fin 99 99 99 ,,michel ,l,,vy ,,fr,,res1 ,,diteurs ,,ouvrages ,,de ,j4 ,,michelet ,,format ,,in-#h ,,pr,,cis ,,de ,l',,histoire ,,moderne1 nouvelle dition4 #a vol4 ,,guerres ,,de ,,religion4 #c;e dition4 #a -- ,,henri ,,iv ,,et ,,richelieu4 #b;e dition4 #a -- ,,richelieu ,,et ,,la ,,fronde4 #b;e dition4 #a -- ,,louis ,,xiv ,,et ,,la ,r,,vocation ,,de ,l',,dit ,,de ,,nantes4 #c;e dition4 #a -- ,,louis ,,xiv ,,et ,,la ,,duc ,,de ,,bourgogne4 #a -- ,,louis ,,xv 7#agbd-ageg74 #a -- ,,louis ,,xv ,,et ,,louis ,,xvi1 nouvelle dition4 #a -- ,,histoire ,,du ,x,i,xe ,,si,,cle4 -- ,,origine ,,des ,,bonapartes4 #a -- ,,format ,,grand ,,in-#ah ,l',,amour4 #h;e dition4 #a -- ,,bible ,,de ,l',,humanit4 #b;e dition4 #a -- ,,la ,,femme4 #c;e dition4 #a -- ,,les ,,femmes ,,de ,,la ,r,,volution4 #a -- ,,la ,,mer4 #d;e dition4 #a -- ,,le ,,pr,,tre1 ,,la ,,femme ,,et ,,la ,,famille4 ,nouvelle dition4 #a -- ,,paris4--,,imp4 ,,simon ,,ra,,on ,,et ,,comp41 ,,rue ,d',,erfurth1 #a4