nationale de ,france 7,bn,f_/,gallica7 ,,souvenirs ,,de ,,madame ,,louise-,,lisabeth ,,vig,e-,,lebrun1 ,,de ,l',,acad,,mie ,,royale ,,de ,,paris1 ,,de ,,rouen1 ,,de ,,saint-,,luc ,,de ,,rome ,,et ,d',,arcadie1 ,,de ,,parme ,,et ,,de ,,bologne1 ,,de ,,saint-,p,,tersbourg1 ,,de ,,berlin1 ,,de ,,gen,,ve ,,et ,,avignon4 ,en crivant mes ,souvenirs1 je me rappellerai le temps pass1 qui doublera pour ainsi dire mon existence4 ,j4-,j4 ,rousseau4 ,,tome ,,troisi,,me ,,paris1 ,,librairie ,,de ,h4 ,,fournier1 ,,rue ,,de ,,seine1 #ad ,,bis4 #ahce4 ,illustration4 ,,chapitre ,,premier4 ,paul ,ier4--,son caractre4--,incendie ,pergola4--,frogres4 ,m4 d',autichamp1 ,koutaisoff1 madame ,chevalier4 ,paul tait n le #a;er octobre #aged1 et monta sur le trne le #ab octobre #agif4 ,ce que j'ai dj racont des funrailles de ,catherine prouve assez que le nouvel empereur ne partageait point les regrets de la nation1 et de plus1 on sait qu'il dcora du cordon de ,saint-,andr ,nicolas ,zouboff1 qui lui apporta la nouvelle de la mort de sa mre4 ,paul avait beaucoup d'esprit1 d'instruction et d'activit2 mais la bizarrerie de son caractre allait jusqu' la folie4 ,chez ce malheureux prince des mouvemens de bont d'ame succdaient souvent des mouvemens de frocit1 et sa bienveillance ou sa colre1 sa faveur ou son ressentiment n'taient jamais que l'effet d'un caprice4 ,son premier soin1 ds qu'il fut mont sur le trne1 fut d'exiler ,platon ,zouboff en ,sibrie1 en lui confisquant la plus grande partie de sa fortune4 ,fort peu de temps aprs1 il le rappela1 lui rendit tous ses biens1 et toute la cour le vit un jour prsenter cet ex-favori aux ambassadeurs de ,gorgie avec la plus grande bienveillance1 et le combler de bonts4 ,un soir1 je me trouvai un bal qui se donnait la cour4 ,tout le monde1 l'exception de l'empereur1 tait masqu1 et les hommes et les femmes en dominos noirs4 ,il se fit un encombrement une porte qui donnait d'un salon dans un autre2 un jeune homme press de passer1 coudoya fortement une femme1 qui se mit pousser des cris4 ,paul se retournant aussitt vers un de ses aides-de-camp3 ,allez1 dit-il1 conduire ce monsieur la forteresse1 et vous reviendrez m'assurer qu'il y est bien enferm4 ,l'aide-de-camp ne tarda pas revenir dire qu'il avait excut cet ordre4 ,mais1 ajouta-t-il1 ,votre ,majest saura que ce jeune homme a la vue excessivement basse3 en voici la preuve2 et il montra les lunettes du prisonnier1 qu'il avait apportes4 ,paul1 aprs avoir essay les lunettes1 pour se convaincre de la vrit du fait1 dit vivement3 ,courez vite le chercher1 et menez-le chez ses parens2 je ne me coucherai pas que vous ne soyez venu me dire qu'il est retourn chez lui4 ,la plus lgre infraction aux ordres de ,paul tait punie de l'exil en ,sibrie1 ou pour le moins de la prison1 en sorte que1 ne pouvant prvoir o vous conduirait la folie jointe l'arbitraire1 on vivait dans des transes perptuelles4 ,on en vint bientt ne plus oser recevoir du monde chez soi2 si l'on recevait quelques amis1 on avait grand soin de fermer les volets1 et pour les jours de bal1 il tait convenu que l'on renverrait les voitures4 ,tout le monde tait surveill pour ses paroles et pour ses actions1 au point que j'entendais dire qu'il n'existait pas une socit qui n'et son espion4 ,on s'abstenait le plus souvent de parler de l'empereur1 mais je me souviens qu'un jour1 tant arrive dans un trs petit comit1 une dame qui ne me connaissait pas et qui venait de s'enhardir sur ce sujet1 s'arrta tout court en me voyant entrer4 ,la comtesse ,golowin fut oblige de lui dire1 pour qu'elle continut sa conversation3 ,vous pouvez parler sans crainte1 c'est madame ,lebrun4 ,tout cela paraissait bien dur1 aprs avoir vcu sous ,catherine1 qui laissait jouir chacun de la plus entire libert1 sans jamais1 il est vrai1 en prononcer le mot4 ,il serait trop long de raconter sur combien de choses futiles ,paul exerait sa tyrannie4 ,il avait ordonn1 par exemple1 que tout le monde salut son chteau1 mme lorsqu'il en tait absent4 ,il avait dfendu de porter des chapeaux ronds1 qu'il regardait comme un sign de jacobinisme4 ,des hommes de police avec leur canne faisaient sauter terre tous ceux qu'ils rencontraient1 au grand dpit des personnes que leur ignorance exposait se faire dcoiffer ainsi4 ,en revanche1 tout le monde tait contraint de porter de la poudre4 ,dans le temps que parut cette ordonnance1 je faisais le portrait du jeune prince ,bariatinski1 et comme je l'avais pri de ne pas me venir poudr1 il y avait consenti4 ,je le vis arriver un jour1 ple comme la mort4 ,qu'avez-vous donc8 lui dis-je4--,je viens de rencontrer l'empereur en venant chez vous1 me rpondit-il encore tout tremblant2 je n'ai eu que le temps de me jeter sous une porte cochre1 mais j'ai une peur affreuse qu'il ne m'ait aperu4 ,cette terreur du prince ,bariatinski n'avait rien de surprenant2 elle atteignait les personnes de toutes les classes2 car aucun habitant de ,ptersbourg n'tait sr le matin de coucher le soir dans son lit4 ,pour mon compte1 je puis dire avoir prouv1 sous le rgne de ,paul1 la plus effroyable peur que j'aie ressentie de mes jours4 ,j'tais alle ,pergola#a1 o je voulais passer la journe1 et j'avais avec moi ,m4 de ,rivire1 mon cocher1 et ,pierre1 mon bon domestique russe4 ,tandis que ,m4 de ,rivire se promenait1 avec son fusil1 pour tuer des oiseaux ou des lapins 7auxquels par parenthse il ne faisait jamais grand mal71 je restais sur les bords du lac1 quand1 tout coup1 je vis le feu que l'on avait allum pour faire cuire notre dner1 se communiquer aux sapins1 et se propager avec une grande rapidit4 ,les sapins se touchaient1 ,pergola n'est pas loin de ,ptersbourg6444 ,je me mis pousser des cris horribles1 en rappelant ,m4 de ,rivire1 et1 la frayeur aidant1 tous quatre runis1 nous parvnmes touffer l'incendie1 non sans nous brler cruellement les mains2 mais nous pensions l'empereur1 la ,sibrie1 et l'on peut juger que cela nous donnait du courage6 ,je ne saurais m'expliquer la terreur que m'inspirait ,paul1 qu'en me rappelant combien cette terreur tait gnrale2 car je dois avouer qu'il ne s'est jamais montr pour moi que bienveillant et poli4 ,lorsque je le vis pour la premire fois ,ptersbourg1 il se souvint de la manire la plus aimable que je lui avais t prsente ,paris1 lorsqu'il y vint sous le nom de comte du ,nord4 ,j'tais bien jeune alors1 et tant d'annes s'taient passes depuis1 que je l'avais oubli2 mais les princes en gnral sont dous de la mmoire des personnes et des noms2 c'est pour eux une grce d'tat4 ,parmi tant d'ordonnances bizarres qui ont signal son rgne1 une1 laquelle il tait fort pnible de se soumettre1 obligeait les femmes comme les hommes descendre de voiture sur le passage de l'empereur4 ,or1 il faut ajouter qu'il tait trs frquent que l'on rencontrt ,paul dans les rues de ,ptersbourg1 attendu qu'il les parcourait sans cesse1 quelquefois cheval1 avec fort peu de suite1 et souvent en traneau sans tre escort et sans aucun signe qui pt le faire reconnatre4 ,il ne fallait pas moins se soumettre l'ordre1 sous peine de courir les plus grands risques1 et l'on conviendra qu'il tait cruel par le froid le plus rigoureux de se mettre tout coup les pieds dans la neige4 ,un jour que je me trouvai sur sa route1 mon cocher ne l'ayant pas vu venir de loin1 je n'eus que le temps de crier3 ,arrtez6 c'est l'empereur6 mais comme1 on m'ouvrait la portire et que j'allais descendre1 lui-mme sortit de son traneau et se prcipita pour m'en empcher1 disant de l'air le plus gracieux que son ordre ne regardait pas les trangres1 et surtout madame ,lebrun4 ,ce qui peut expliquer comment les meilleurs caprices de ,paul ne rassuraient point pour l'avenir1 c'est qu'aucun homme n'tait plus inconstant dans ses gots et dans ses affections4 ,au commencement de son rgne1 par exemple1 il avait ,bonaparte en horreur2 plus tard1 il l'avait pris en si grande tendresse1 que le portrait du hros franais tait dans son sanctuaire et qu'il le montrait tout le monde4 ,sa disgrce ou sa faveur n'offrait rien de durable2 le comte ,strogonoff est1 je crois1 la seule personne qu'il n'ait point cess d'aimer et d'estimer4 ,on ne lui connaissait point de favoris parmi les seigneurs de la cour2 mais il se plaisait beaucoup avec un acteur franais nomm ,frogres1 qui n'tait point sans talens1 et qui avait de l'esprit4 ,frogres entrait toute heure1 dans le cabinet de l'empereur1 sans tre annonc2 on les voyait souvent se promener tous deux1 dans les jardins1 bras dessus bras dessous1 causant de littrature franaise1 que ,paul aimait beaucoup1 principalement notre thtre4 ,cet acteur tait souvent admis aux petites runions de la cour1 et comme il portait un haut degr le talent de mystificateur1 il se permettait avec les plus grands seigneurs des mystifications qui amusaient beaucoup l'empereur1 mais qui1 vraisemblablement1 amusaient fort peu ceux qui s'en trouvaient l'objet4 ,les grands-ducs eux-mmes n'taient pas l'abri des mauvaises plaisanteries de ,frogres2 aussi1 aprs la mort de ,paul1 n'avait-il plus os reparatre au palais4 ,l'empereur ,alexandre1 se promenant seul un jour dans les rues de ,moscou1 le rencontre et l'appelle4 ,pourquoi donc n'tes-vous pas venu me voir1 ,frogres8 lui dit-il1 d'un air affable4--,sire1 rpondit ,frogres dlivr de ses craintes1 je ne savais pas l'adresse de ,votre ,majest4 ,l'empereur rit beaucoup de cette bouffonnerie1 et fit payer avec munificence l'acteur franais un reste d'appointemens que le pauvre homme jusqu'alors n'avait pas os demander4 ,aprs avoir vcu long-temps prs de ,paul1 il tait naturel en effet que ,frogres redoutt le ressentiment d'un souverain2 car ,paul tait vindicatif au point que l'on attribuait la plus grande partie de ses torts sa haine pour la noblesse russe1 dont il avait eu se plaindre du vivant de ,catherine4 ,il confondait dans cette haine les innocens avec les coupables1 dtestait tous les grands seigneurs1 et se plaisait humilier ceux qu'il n'exilait pas4 ,il montrait au contraire une grande bienveillance pour les trangers1 et surtout pour les ,franais1 et je dois dire ici qu'on l'a toujours vu accueillir et traiter avec bont tous les voyageurs et les migrs qui venaient de ,france4 ,beaucoup de ces derniers ont reu de lui de gnreux secours4 ,je citerai entre autres le comte d',autichamp qui1 se trouvant ,ptersbourg sans aucunes ressources1 avait imagin de faire des sabots lastiques tout--fait jolis4 ,j'en achetai une paire que je fis voir le soir mme chez la princesse ,dolgorouki plusieurs femmes de la cour4 ,ils furent trouvs charmans1 et cela1 joint l'intrt qu'inspirait l'migr1 en fit commander aussitt un grand nombre de paires4 ,les petits sabots ne tardrent pas arriver sous les yeux de l'empereur1 qui1 ds qu'il apprit le nom de l'ouvrier1 le fit venir et lui donna une trs belle place4 ,par malheur1 c'tait une place de confiance2 les ,russes s'en trouvrent tellement offenss1 que ,paul ne put y laisser long-temps le comte d',autichamp2 mais il l'en ddommagea de manire le mettre l'abri du besoin4 ,plusieurs faits de ce genre1 que j'apprenais frquemment1 me rendaient1 je l'avoue1 plus indulgente pour l'empereur que ne pouvaient l'tre les ,russes1 dont le repos tait sans cesse troubl par les bizarres caprices d'un fou tout-puissant4 ,il serait difficile surtout de donner une ide des craintes1 du mcontentement et des murmures secrets de cette cour1 que j'avais vue nagure si calme et si joyeuse4 ,on peut dire avec vrit que tant qu'a rgn ,paul1 la terreur tait l'ordre du jour4 ,comme on ne saurait tourmenter ses semblables sans tre tourment soi-mme1 ,paul tait bien loin de vivre heureux4 ,il avait pour ide fixe qu'il mourrait assassin1 soit par le fer1 soit par le poison1 et ce fait1 qui est certain1 prouve encore combien il rgnait d'incohrence dans toute la conduite de ce malheureux prince4 ,tandis qu'on le voyait parcourir seul les rues de ,ptersbourg1 toute heure de jour et de nuit1 il prenait la prcaution de faire mettre un pot-au-feu dans sa chambre1 et le reste de sa cuisine se faisait dans le plus secret intrieur de son appartement4 ,le tout tait surveill par son fidle ,koutaisoff1 un valet de chambre de confiance qui l'avait suivi ,paris et ne quittait point sa personne4 ,ce ,koutaisoff avait pour l'empereur un dvouement sans borne1 que rien ne put jamais altrer1 pas mme la jalousie2 car ,paul lui joua le mauvais tour de lui enlever sa matresse1 la plus jolie actrice du thtre de ,ptersbourg4 ,cette femme se nommait madame ,chevalier4 ,elle jouait avec beaucoup de succs dans les opras comiques4 ,sa figure et sa voix taient charmantes1 et elle chantait avec infiniment de grce et d'expression4 ,koutaisoff l'aimait passionnment1 lorsque l'empereur en devint amoureux2 ce qui mit le pauvre homme dans un tel dsespoir1 qu'il en perdit presque la raison1 et son service en souffrit1 ainsi qu'on le verra plus tard1 dans une terrible circonstance4 ,paul tait excessivement laid4 ,un nez camard et une fort grande bouche1 garnie de dents trs longues1 le faisaient ressembler une tte de mort4 ,ses yeux taient plus qu'anims1 quoique souvent son regard et de la douceur4 ,il n'tait ni gras ni maigre1 ni grand ni petit2 et bien que toute sa personne ne manqut point d'une sorte d'lgance1 il faut avouer que son visage prtait infiniment la caricature4 ,aussi1 quelque ft le danger qu'offrait un pareil passe-temps1 il s'en fit un assez grand nombre4 ,une entre autres le reprsentait tenant un papier dans chacune de ses mains4 ,sur l'un on lisait3 ordre2 sur l'autre3 contre-ordre1 et sur son front3 dsordre4 ,rien qu'en parlant de cette caricature1 j'prouve encore un petit frmissement2 car on sent bien qu'il y allait de la vie1 non seulement pour celui qui l'avait faite1 mais aussi pour tous ceux qui se l'taient procure4 ,tout ce qu'on vient de lire n'empchait point que ,ptersbourg ne ft alors pour un artiste un sjour aussi utile qu'agrable4 ,l'empereur ,paul aimait et protgeait les arts4 ,grand amateur de la littrature franaise1 il attirait et retenait par ses gnrosits les acteurs auxquels il devait le plaisir de voir reprsenter nos chefs-d'oeuvre1 et l'on ne pouvait possder un talent en musique ou en peinture sans tre assur de sa bienveillance4 ,doyen1 l'ami de mon pre1 et le peintre d'histoire dont j'ai dj parl plusieurs fois1 se vit distingu par ,paul comme il l'avait t par ,catherine4 ,quoique fort g alors1 ,doyen avait conserv une manire de vivre si simple et si frugale1 qu'il n'avait accept qu'une partie des offres gnreuses de l'impratrice2 l'empereur lui continua les mmes bonts et lui commanda un plafond pour le nouveau palais de ,saint-,michel qui n'tait pas encore meubl4 ,le salon1 dans lequel ,doyen travaillait1 tait fort prs de l',ermitage2 ,paul et toute la cour le traversait pour aller la messe1 et il tait fort rare qu'en revenant l'empereur ne s'arrtt pas causer plus ou moins de temps avec le peintre1 d'une manire tout--fait aimable4 ,ceci me rappelle qu'un jour un des seigneurs qui le suivait s'approcha de ,doyen et lui dit3 ,me permettez-vous1 ,monsieur1 de vous faire une lgre observation3 vous peignez les ,heures qui dansent autour du char du ,soleil2 j'en vois une l1 plus loigne1 qui est plus petite que les autres2 cependant les heures sont toutes gales4--,monsieur1 lui rpondit ,doyen avec un grand sang-froid1 vous avez parfaitement raison1 mais celle dont vous me parlez n'est qu'une demi-heure4 ,l'observateur fit un signe d'approbation1 et s'loigna trs content de lui-mme4 ,je ne dois pas oublier de dire que l'empereur ayant voulu payer le prix du plafond avant qu'il ft termin1 remit ,doyen un billet de banque d'une somme considrable que je ne me rappelle plus2 mais ce billet tait envelopp d'un papier sur lequel ,paul avait crit de sa main3 ,voici pour acheter des couleurs2 quant l'huile1 il en reste encore beaucoup dans la lampe4 ,si l'ancien ami de mon pre tait satisfait de son sort ,ptersbourg1 je n'tais pas moins contente du mien4 ,je travaillais sans relche depuis le matin jusqu'au soir4 ,le dimanche seulement1 je perdais deux heures qu'il me fallait accorder aux personnes qui dsiraient visiter mon atelier1 au nombre desquelles se trouvrent plusieurs fois les grands-ducs et les grandes-duchesses4 ,outre les tableaux dont j'ai dj parl1 et les portraits qui se succdaient sans cesse1 j'avais fait venir de ,paris mon grand portrait de la reine ,marie-,antoinette 7celui dans lequel je l'ai peinte en robe de velours bleu71 et l'intrt gnral qu'il excitait1 me procurait une douce jouissance4 ,le prince de ,cond1 alors ,ptersbourg1 tant venu le voir1 ne pronona pas une parole1 il fondit en larmes4 ,sous le rapport des agrmens de la socit1 ,ptersbourg ne laissait rien dsirer4 ,on aurait pu d'ailleurs se croire ,paris1 tant il se trouvait de ,franais dans les runions4 ,c'est l que je revis le duc de ,richelieu et le comte de ,langeron2 la vrit ils ne sjournaient pas1 le premier tant gouverneur d',odessa1 et le second toujours sur les chemins pour des inspections militaires2 mais il n'en tait pas de mme d'une foule d'autres compatriotes4 ,par exemple1 je liai connaissance avec l'aimable et bien bonne comtesse ,ducrest de ,villeneuve4 ,outre que cette jeune femme tait trs jolie et trs bien faite1 on remarquait en elle un charme qui tenait son extrme bont4 ,je la voyais fort souvent ,ptersbourg aussi bien qu' ,moscou1 ce qui me rappelle qu'un jour1 allant dner chez elle1 il m'arriva un accident1 qui n'est pas rare en ,russie1 mais qui m'effraya extrmement4 ,m4 ,ducrest tait venu me chercher en traneau2 il faisait tellement froid1 que j'eus le front tout--fait gel4 ,je m'criais dans ma terreur3 ,je ne pourrai plus penser6 je ne pourrai plus peindre6 ,m4 ,ducrest se hta de me faire entrer dans une boutique o l'on me frotta le front avec de la neige1 et ce remde1 que tous les ,russes emploient en pareil cas1 fit cesser aussitt la cause de mon dsespoir4 ,mes amis franais ne me faisaient pas ngliger les habitans du pays qui me recevaient si bien1 et chaque jour augmentait le cercle de mes relations avec les familles russes4 ,outre tant de personnes dont j'ai dj parl1 je voyais souvent ,m4 ,dimidoff1 le plus riche particulier de la ,russie4 ,son pre lui avait laiss en hritage des mines de fer et de mercure si productives1 que les immenses fournitures qu'il faisait au gouvernement accroissaient sans cesse sa fortune4 ,son norme richesse fut cause qu'on lui donna en mariage une demoiselle ,strogonoff1 issue d'une des plus nobles et des plus anciennes familles de la ,russie4 ,leur union fut fort douce4 ,quoique sa femme et du charme et de la grce dans toute sa personne1 il n'en fut1 je crois1 jamais amoureux1 mais elle n'en vcut pas moins trs heureuse avec lui4 ,ils n'ont laiss que deux fils1 dont l'un vit le plus souvent ,paris1 et1 comme son pre1 est grand amateur de peinture4 ,,chapitre ,,ii4 ,portrait de l'impratrice ,marie4--,les grands-ducs4--,le grand archimandrite4--,fte ,pterhoff4--,le roi de ,pologne4--,sa mort4--,joseph ,poniatowski4 ,l'empereur m'avait command de faire le portrait de l'impratrice sa femme1 que je reprsentai en pied1 portant un costume de cour et une couronne de diamans sur la tte4 ,je n'aime point peindre des diamans1 le pinceau ne saurait en rendre l'clat4 ,toutefois1 en faisant pour fond un grand rideau de velours cramoisi1 qui me donnait un ton vigoureux dont j'avais besoin pour faire ressortir la couronne1 je parvins la faire briller autant que possible4 ,lorsque je fis venir ce tableau chez moi pour terminer les accessoires1 on voulut me prter avec l'habit de cour tous les diamans qui l'ornaient2 mais il y en avait pour une somme si considrable1 que je refusai cette marque de confiance1 qui m'aurait fait vivre dans l'inquitude2 je prfrai les peindre au palais1 o je fis reporter mon tableau4 ,l'impratrice ,marie tait une fort belle femme2 et son embonpoint lui conservait de la fracheur4 ,elle avait une taille leve1 pleine de noblesse1 et de superbes cheveux blonds4 ,je me souviens de l'avoir vue dans un grand bal1 ses beaux cheveux boucls retombant de chaque ct sur ses paules1 et le dessus de la tte couronn de diamans4 ,cette grande et belle personne s'levait majestueusement prs de ,paul qui lui donnait le bras1 ce qui formait un contraste frappant4 ,le plus beau caractre se joignait tant de beaut3 l'impratrice ,marie tait vraiment la femme de l'vangile1 et ses vertus taient si bien connues1 qu'elle offre peut-tre le seul exemple d'une femme que la calomnie n'osa jamais attaquer4 ,j'avoue que j'tais fire de me trouver honore de ses bonts1 et que j'attachais un grand prix la bienveillance qu'elle me tmoignait en toute occasion4 ,nos sances avaient lieu aussitt aprs le dner de la cour1 en sorte que l'empereur et ses deux fils1 ,alexandre et ,constantin1 y assistaient habituellement4 ,ceci ne me causait aucune gne1 attendu que l'empereur1 le seul qui aurait pu m'intimider1 tait fort aimable pour moi4 ,un jour que l'on vint servir le caf comme j'tais dj mon chevalet1 il m'en apporta lui-mme une tasse1 puis il attendit que je l'eusse bue pour la reprendre et la reporter4 ,il est vrai qu'une autre fois il me rendit tmoin d'une scne assez burlesque4 ,je faisais placer un paravent derrire l'impratrice1 pour me donner un fond tranquille4 ,dans un moment de repos1 ,paul se mit faire mille gambades1 absolument comme un singe2 grattant le paravent et faisant mine de l'escalader4 ,ce jeu dura long-temps4 ,alexandre et ,constantin me paraissaient souffrir de voir leur pre faire des tours aussi grotesques1 devant une trangre1 et moi-mme j'tais mal l'aise pour lui4 ,pendant l'une des sances1 l'impratrice fit venir ses deux plus jeunes fils1 le grand-duc ,nicolas et le grand-duc ,michel4 ,je n'ai jamais vu un plus bel enfant que le grand-duc ,nicolas#b4 ,je pourrais encore1 je crois1 le peindre de mmoire aujourd'hui1 tant j'admirai ce charmant visage qui avait tous les caractres de la beaut grecque4 ,je conserve de mme le souvenir d'un type de beaut1 dans un tout autre genre1 puisqu'il s'agit d'un vieillard4 ,quoique l'empereur soit en ,russie le chef suprme de la religion aussi bien que celui de l'administration et de l'arme1 le pouvoir religieux est exerc sous lui par le premier pope1 que l'on appelle le grand archimandrite1 et qui est peu prs pour les ,russes ce que le pape est pour nous4 ,depuis que j'habitais ,ptersbourg1 j'avais souvent entendu parler du mrite et des vertus de celui qui remplissait alors cette fonction1 et un jour1 plusieurs personnes de ma connaissance1 qui allaient le voir1 m'ayant propos de me mener avec elles1 j'acceptai l'offre avec empressement4 ,de ma vie je ne me suis trouve en prsence d'un homme dont l'aspect m'ait autant impos4 ,sa taille tait grande et majestueuse2 son beau visage1 dont tous les traits avaient une rgularit parfaite1 offrait la fois une expression de douceur et de dignit qu'on ne saurait peindre1 et une longue barbe blanche1 qui tombait plus bas que la poitrine1 ajoutait encore au caractre vnrable de cette superbe tte4 ,son costume tait simple et noble4 ,il portait une longue robe blanche1 coupe du haut en bas sur le devant par une large bande d'toffe noire1 sur laquelle ressortait admirablement la blancheur de sa barbe1 et sa dmarche1 ses gestes1 son regard1 enfin tout en lui imprimait le respect ds le premier abord4 ,le grand archimandrite en effet tait un homme suprieur4 ,il avait beaucoup d'esprit1 une prodigieuse instruction2 il parlait plusieurs langues1 et en outre1 ses vertus et sa bont le faisaient chrir de tous ceux qui l'approchaient4 ,la gravit de son tat ne l'avait jamais empch de se montrer aimable et gracieux avec le grand monde4 ,un jour1 une des princesses ,galitzin1 qui tait fort belle1 l'ayant aperu dans un jardin1 courut se jeter genoux devant lui4 ,le vieillard aussitt cueillit une rose avec laquelle il lui donna sa bndiction4 ,un de mes regrets1 en quittant ,ptersbourg1 tait celui de n'avoir point fait le portrait de l'archimandrite2 car je ne crois pas qu'un peintre puisse rencontrer un plus beau modle4 l'poque dont je viens de parler1 je vis clbrer ,pterhoff la fte de l'impratrice ,marie1 avec une grande magnificence4 ,il est vrai de dire que le lieu y prtait beaucoup4 ,ce parc immense1 ces belles eaux1 ces superbes alles1 dont une1 entre autres1 borde d'arbres normes1 encadre la mer couverte de vaisseaux2 toutes ces grandes beauts naturelles dont l'art a si admirablement bien tir parti1 font de ,pterhoff un sjour qui tient de la ferie4 ,il faisait le plus beau temps du monde1 et lorsque j'arrivai vers midi1 je trouvai le parc rempli d'une foule immense4 ,les hommes et les femmes taient costums comme pour un bal de carnaval2 mais personne n'avait de masque1 l'exception de l'empereur1 qui tait en domino rose4 ,la cour se distinguait par la richesse et la diversit de ses costumes4 ,chacun ayant lutt de magnificence aussi bien que d'originalit1 je n'ai jamais vu runis tant de manteaux brods d'or1 tant de diamans et tant de plumes4 ,de distance en distance1 des musiciens que l'on ne voyait point1 charmaient l'oreille par les sons de cette ravissante musique de cors1 que l'on n'entend qu'en ,russie4 ,toutes les eaux jouaient1 les eaux de ,pterhoff sont magnifiques2 je me souviens principalement d'une nappe d'eau prodigieuse1 qui s'lance d'un norme rocher dans un canal1 de telle sorte qu'elle forme une large vote sous laquelle on passait sans tre mouill4 ,lorsque le soir on illumina le chteau1 le parc et les vaisseaux1 on n'oublia point ce rocher1 et c'est alors que l'effet devint vraiment magique2 car il tait impossible d'apercevoir les lampions dont la lumire brillantait sur cette immense vote d'eau limpide qui retombait avec un bruit effrayant dans le canal4 ,le souvenir de cette journe m'est toujours rest1 comme celui de la plus belle fte que puisse donner un souverain4 ,ce dernier mot me conduit parler d'un homme que j'ai vu frquemment1 pour lequel j'avais beaucoup d'amiti1 et qui1 aprs avoir port la couronne1 vivait alors ,ptersbourg en simple particulier4 ,c'est ,stanislas-,auguste ,poniatowski1 roi de ,pologne4 ,dans ma premire jeunesse j'avais entendu parler de ce prince1 qui n'tait pas encore mont sur le trne1 par plusieurs personnes qui le voyaient chez madame ,geoffrin o il allait souvent dner4 ,tous ceux qui s'taient trouvs avec lui cette poque1 faisaient l'loge de son amabilit et de sa beaut4 ,pour son bonheur ou pour son malheur 7il est difficile d'en dcider71 il fit un voyage ,ptersbourg1 durant lequel ,catherine s'prit du beau ,polonais1 au point que1 lorsqu'elle fut en possession du trne1 elle l'aida de tout son pouvoir pour le faire roi de ,pologne1 et ,poniatowski fut couronn le #g septembre #agfd4 ,il faut croire que l'amour chez une souveraine cde aisment l'ambition1 puisque l'on a vu cette mme ,catherine dtruire bientt son ouvrage1 et renverser le monarque qu'elle avait si vivement protg4 ,la perte de la ,pologne une fois dcide1 ,replin et ,stakelberg1 ambassadeurs russes1 rgnrent de fait sur ce malheureux royaume1 jusqu'au jour o il cessa d'exister4 ,leur cour tait plus nombreuse que celle du prince qu'ils ne craignaient pas d'insulter sans cesse1 et qui ne conservait que le titre de roi4 ,poniatowski tait aimable et bon1 fort brave1 mais peut-tre manquait-il de l'nergie ncessaire pour contenir l'esprit de rbellion qui rgnait dans ses tats4 ,il fit tout pour se rendre agrable la noblesse et au peuple1 il y parvint mme en partie2 toutefois il existait tant d'lmens de dsordre l'intrieur1 joints au plan form par les trois grandes puissances environnantes pour s'emparer de la ,pologne1 que son triomphe et t un miracle4 ,aussi le vit-on succomber et se retirer ,grodno1 o il vivait d'une pension que lui faisaient la ,russie1 la ,prusse et l',autriche1 qui venaient de se partager son royaume4 ,l'empereur ,paul1 aprs la mort de ,catherine1 invita ,stanislas ,poniatowski venir ,ptersbourg pour assister son couronnement4 ,pendant toute la crmonie1 qui fut trs longue1 on laissa l'ex-roi debout1 ce qui1 vu son ge avanc1 fit peine toutes les personnes qui taient prsentes4 ,paul1 la vrit1 se montra plus aimable avec lui en l'engageant rester ,ptersbourg1 o il le logea dans le palais de marbre que l'on voit sur le beau quai de la ,nva4 ,ce qui produisait un singulier rapprochement1 c'est que ce palais se trouve situ presque en face de la forteresse o ,catherine est enterre4 ,le roi de ,pologne1 au reste1 tait fort convenablement log4 ,il s'tait fait une socit agrable1 compose en grande partie de ,franais1 auxquels il joignait quelques autres trangers qu'il avait distingus4 ,il eut l'extrme bont de me rechercher1 de m'inviter ses runions intimes1 et il m'appelait sa bonne amie1 comme faisait ,vienne le prince ,kaunitz4 ,rien ne me touchait autant que de l'entendre me rpter souvent qu'il aurait t heureux que j'eusse t ,varsovie lorsqu'il tait encore roi2 je savais en effet qu' cette poque1 quelqu'un lui disant que j'irais en ,pologne1 il rpondit qu'il me traiterait avec la plus grande distinction2 mais tout retour sur le pass me semblait devoir tre pnible pour lui4 ,stanislas ,poniatowski tait grand4 ,son beau visage exprimait la douceur et la bienveillance4 ,le son de sa voix tait pntrant1 et sa marche avait infiniment de dignit sans aucune affectation4 ,il causait avec un charme tout particulier1 possdant un haut degr l'amour et la connaissance des lettres4 ,il aimait les arts avec tant de passion1 qu' ,varsovie1 lorsqu'il tait roi1 il allait sans cesse visiter les artistes suprieurs4 ,sa bont tait vraiment sans pareille4 ,je me souviens d'en avoir reu moi-mme une preuve qui me rend un peu honteuse quand j'y pense4 ,il m'arrive1 lorsque je suis peindre1 de ne plus voir dans le monde que mon modle1 ce qui m'a rendue plus d'une fois tout--fait grossire pour ceux qui viennent me troubler quand je travaille4 ,un matin que j'tais occupe finir un portrait1 le roi de ,pologne vint pour me voir4 ,ayant entendu le bruit de plusieurs chevaux ma porte1 je me doutais bien que c'tait lui qui me rendait une visite2 mais j'tais tellement absorbe dans mon ouvrage1 que je pris de l'humeur1 et tel point1 qu' l'instant o il entr'ouvrait ma porte1 je lui criai3 ,je n'y suis pas4 ,le roi1 sans rien dire1 remit son manteau et partit4 ,quand j'eus quitt ma palette1 et que je me rappelai de sang-froid ce que je venais de faire1 je me le reprochai si vivement1 que le soir mme j'allai chez le roi de ,pologne lui porter mes excuses1 et chercher mon pardon4 ,comme vous m'avez reu ce matin6 me dit-il ds qu'il m'aperut4 ,puis il ajouta de suite3 ,je comprends parfaitement que lorsqu'on drange un artiste bien occup1 on lui cause de l'impatience2 aussi croyez bien que je ne vous en veux point du tout4 ,et il me fora rester souper1 o il ne fut plus question de mes torts4 ,je manquais rarement les petits soupers du roi de ,pologne4 ,lord ,withworth1 ambassadeur d',angleterre en ,russie1 et le marquis de ,rivire y taient aussi trs fidles4 ,nous prfrions tous trois ces runions intimes aux grandes cohues2 car1 aprs le souper1 il s'tablissait constamment une causerie charmante1 que le roi surtout savait animer par une foule d'anecdotes pleines d'intrt4 ,un soir que je m'tais rendue l'invitation habituelle1 je fus frappe du singulier changement que j'observai dans le regard de notre cher prince2 son oeil gauche surtout me parut si terne que j'en fus effraye4 ,en sortant1 je dis sur l'escalier lord ,withworth et au marquis de ,rivire qui me donnait le bras3 ,savez-vous que le roi m'inquite beaucoup8--,pourquoi cela8 me rpondit-on1 il paraissait tre merveille2 il vient de causer comme l'ordinaire4--,j'ai le malheur d'tre bonne physionomiste#c1 repris-je1 j'ai remarqu dans ses yeux un trouble extraordinaire4 ,le roi mourra bientt4 ,hlas6 j'avais trop bien devin2 car le lendemain il fut frapp d'une attaque d'apoplexie1 et peu de jours aprs on l'enterra dans la citadelle1 prs de ,catherine4 ,je ne pus apprendre cette mort sans prouver un chagrin bien rel1 que partagrent tous ceux qui avaient connu le roi de ,pologne4 ,stanislas ,poniatowski ne s'tait jamais mari2 il avait une nice et deux neveux4 ,l'an de ces derniers1 le prince ,joseph ,poniatowski1 est bien connu par ses talens et par l'extrme bravoure qui l'ont fait surnommer le ,bayard polonais4 l'poque o je l'ai connu ,ptersbourg1 il pouvait avoir vingt-cinq vingt-sept ans4 ,quoique son front ft dj dgarni de cheveux1 son visage tait remarquablement beau4 ,tous ses traits1 d'une rgularit admirable1 exprimaient la douceur et la noblesse d'ame4 ,il venait de dployer une si prodigieuse valeur1 de si grandes connaissances militaires dans les dernires guerres contre les ,turcs1 que la voix publique le proclamait dj grand capitaine1 et je m'tonnais en le voyant qu'on pt avoir acquis si jeune une si haute rputation4 ,chacun enviait ,ptersbourg la joie de le recevoir et de le fter4 ,dans un grand souper qu'on lui donna1 auquel je fus invite1 toutes les femmes le pressant de faire faire son portrait par moi1 il rpondit avec une modestie qui a toujours t dans son caractre3 ,il faut que je gagne plusieurs batailles avant de me faire peindre par madame ,lebrun4 ,lorsque1 plus tard1 j'ai revu ,joseph ,poniatowski ,paris1 je ne pouvais d'abord le reconnatre1 tant il tait chang4 ,il portait en outre une vilaine perruque qui achevait de le rendre mconnaissable4 ,toutefois sa renomme s'tait accrue au point1 qu'il pouvait se consoler d'avoir perdu sa beaut4 ,il se prparait alors partir pour faire la guerre d',allemagne sous ,napolon1 dont1 en sa qualit de ,polonais1 il tait devenu l'alli fidle4 ,on sait assez quelle valeur il dploya dans les campagnes de #ahab et #ahac1 et quel vnement funeste vint mettre un terme cette noble carrire#d4 ,le frre de ,joseph ,poniatowski ne lui ressemblait en aucune manire2 il tait grand1 sec et froid4 ,je l'ai trs peu vu ,ptersbourg1 je me souviens pourtant qu'il vint un matin chez moi voir le portrait de la comtesse ,strogonoff1 et qu'il ne s'occupa que du cadre4 ,il avait pourtant de grandes prtentions se connatre en peinture1 et se laissait guider dans ses jugemens par un artiste qui dessinait trs bien1 mais qui se distinguait surtout en imitant les croquis de ,raphal1 ce qui lui donnait un souverain mpris pour l'cole franaise4 ,la nice du roi de ,pologne1 madame ,mnicheck1 m'a constamment tmoign de l'obligeance1 et je l'ai revue ,paris avec un grand plaisir4 ,elle me fit faire ,ptersbourg le portrait de sa fille#e1 alors trs enfant1 que je peignis jouant avec son chien1 et celui de son oncle1 le roi de ,pologne1 costum la ,henri ,,iv4 ,le premier que j'avais fait de cet aimable prince1 je l'ai gard pour moi4 ,,chapitre ,,iii4 ,ma rception l',acadmie de ,ptersbourg4--,ma fille1 ,chagrins que me causa son mariage4--,la comtesse ,czernicheff4--,je pars pour ,moscou4 ,un des souvenirs les plus doux que j'aie rapports de mes voyages est celui de ma rception comme membre de l',acadmie de ,ptersbourg4 ,je fus prvenue du jour fix pour me recevoir#f par le comte de ,strogonoff1 alors directeur des beaux-arts4 ,je m'tais fait faire l'uniforme de l',acadmie3 un habit d'amazone1 petite veste violette1 jupe jaune1 chapeau et plumes noirs4 une heure j'arrivai dans un salon qui prcdait une grande galerie1 au fond de laquelle j'aperus de loin le comte ,strogonoff1 tabli une table4 ,on vint m'inviter me rendre prs de lui4 ,pour ce faire1 il me fallait traverser cette longue galerie o l'on avait dress de chaque ct des gradins1 qui taient tout couverts de spectateurs2 mais comme heureusement je reconnaissais dans cette foule beaucoup d'amis et de connaissances1 j'arrivai jusqu'au bout de la salle sans prouver une trop grande motion4 ,le comte m'adressa un petit discours trs flatteur1 puis me donna1 de la part de l'empereur1 le diplme qui me nommait membre de l',acadmie4 ,tout le monde alors applaudit d'une telle force que j'en fus touche jusqu'aux larmes1 et je n'oublierai jamais ce doux moment4 ,le soir je revis plusieurs personnes qui avaient assist la sance4 ,on me parla de mon courage traverser cette galerie remplie de monde4 ,il faut croire1 rpondis-je sans feinte1 que j'avais devin dans tous les regards la bienveillance qu'on allait me tmoigner4 ,je fis aussitt mon portrait pour l',acadmie de ,ptersbourg2 je m'y reprsentai peignant1 et ma palette la main4 ,en m'arrtant sur ces agrables souvenirs de ma vie1 j'essaie de reculer l'instant o je dois enfin parler des chagrins1 des tourmens cruels qui sont venus troubler le repos et le bonheur dont je jouissais ,ptersbourg1 mais enfin il me faut entrer dans ces tristes dtails4 ,ma fille avait atteint l'ge de dix-sept ans4 ,elle tait charmante sous tous les rapports4 ,ses grands yeux bleus o se peignait tant d'esprit1 son nez retrouss1 sa jolie bouche1 de trs belles dents1 une fracheur clatante1 tout formait un des plus jolis visages qu'on puisse voir4 ,sa taille n'tait pas trs leve1 mais svelte1 sans tre dpourvue d'embonpoint4 ,une grce naturelle rgnait dans toute sa personne1 quoiqu'il y et dans ses manires autant de vivacit que dans son esprit4 ,sa mmoire tait prodigieuse2 tout ce qu'elle avait appris dans ses diverses leons ou par ses lectures lui restait prsent4 ,elle avait une voix charmante et chantait l'italien merveille2 car ,naples et ,ptersbourg1 je lui avais donn les meilleurs matres de musique1 ainsi que des matres d'anglais et d'allemand4 ,de plus elle s'accompagnait sur le piano et sur la guitare2 mais ce qui me charmait par-dessus tout1 c'taient ses heureuses dispositions pour la peinture1 en sorte que je ne saurais dire quel point j'tais heureuse et fire de tous les avantages qu'elle runissait4 ,je voyais dans ma fille le bonheur de ma vie1 la joie qui restait ma vieillesse2 il n'tait donc pas surprenant qu'elle et pris un extrme ascendant sur moi1 et quand mes amis me disaient3 ,vous aimez si follement votre fille que c'est vous qui lui obissez1 je rpondais3 ,ne voyez-vous pas qu'elle est aime de tout le monde8 ,en effet1 les personnes les plus distingues de ,ptersbourg l'apprciaient et la recherchaient2 on ne m'engageait point sans elle1 et je jouissais des succs qu'elle obtenait dans la socit1 bien plus que je n'avais jamais joui des miens4 ,comme il tait trs rare que je pusse quitter mon atelier le matin1 j'avais consenti quelquefois confier ma fille la comtesse ,czernicheff1 pour lui faire faire des parties de traneau qui l'amusaient beaucoup1 et la comtesse l'emmenait aussi passer des soires chez elle o je n'allais pas toujours4 ,l se trouvait un nomm ,nigris1 le secrtaire du comte ,czernicheff4 ,ce ,m4 ,nigris tait assez bien de visage et de taille2 il pouvait avoir trente ans4 ,quant ses talens1 il dessinait un peu et son criture tait fort belle4 ,ses douces manires1 son regard mlancolique1 et mme sa pleur un peu jaune1 lui donnaient un air intressant et romanesque qui sduisit ma fille1 au point qu'elle en devint prise4 ,aussitt la famille ,czernicheff s'arrange1 intrigue pour faire de lui mon gendre4 ,instruite de ce qui se passait1 mon chagrin fut grand1 comme on peut le croire2 cependant1 toute douloureuse que m'tait l'ide de donner ma fille1 mon unique enfant1 un homme sans talent1 sans fortune1 sans nom1 je pris des informations sur ce qu'tait ce ,m4 ,nigris4 ,les uns me disaient du bien de lui1 mais d'autres m'en disaient du mal1 en sorte que les jours se passaient sans que je pusse me dcider prendre aucun engagement4 ,je m'efforais en vain de faire comprendre ma fille combien1 sous tous les rapports1 ce mariage tait loin de pouvoir la rendre heureuse2 sa tte tait trop exalte pour qu'elle voult s'en rapporter ma tendresse et mon exprience4 ,d'un autre ct1 les personnes qui avaient rsolu d'obtenir mon consentement employaient tous les moyens pour me l'arracher4 ,on venait me dire que ,m4 ,nigris enlverait ma fille et qu'ils se marieraient sur les grands chemins4 ,je croyais peu cet enlvement et ce mariage clandestin1 car ,m4 ,nigris n'avait point d'argent#g1 et la famille qui le protgeait n'en avait pas trop pour elle-mme4 ,on me menaait de l'empereur1 et je rpondais3 ,je lui dirai que les mres ont des droits plus vrais et plus anciens que ceux de tous les empereurs du monde4 ,une chose inconcevable1 c'est que la cabale monte contre moi esprait tellement me faire cder la perscution1 que l'on me parlait dj de la dot4 ,comme on me croyait fort riche1 je me rappelle que l'ambassadeur de ,naples vint me voir1 et me demanda pour ce mariage une somme qui dpassait de beaucoup ce que je possdais3 car on sait que j'avais quitt la ,france avec quatre-vingts louis dans ma poche1 et qu'une partie des conomies que j'avais faites depuis ce temps venait de m'tre enleve sur la banque de ,venise4 ,j'aurais pu long-temps supporter les mauvais et sots propos que la cabale se permettait sur moi et qui me revenaient de toutes parts3 une douleur bien plus vive tait de voir ma fille s'loigner de moi et me retirer toute sa confiance4 ,sa vieille gouvernante1 qui avait dj eu le grand tort de lui laisser lire des romans mon insu1 s'tait totalement empare de son esprit1 et l'aigrissait contre moi au point que tout mon amour de mre se trouvait impuissant pour combattre cette funeste influence4 ,enfin ma fille1 que je voyais maigrir et changer1 tomba tout--fait malade4 ,alors il fallut bien cder1 et j'crivis ,m4 ,lebrun pour qu'il envoyt son consentement4 ,m4 ,lebrun1 dans ses lettres1 venait de me parler du dsir qu'il avait de marier notre fille ,gurin1 dont les succs en peinture faisaient alors un bruit qui tait arriv jusqu' moi4 ,ce projet1 qui me souriait si fort1 ne pouvait plus s'excuter4 ,j'en instruisis ,m4 ,lebrun en lui faisant sentir que1 n'ayant que cette chre enfant1 nous devions tout sacrifier son bonheur4 ,ma lettre partie1 j'eus la jouissance de voir ma fille se rtablir2 mais hlas6 cette jouissance fut la seule qu'elle me donna4 ,la rponse de son pre ayant beaucoup tard1 attendu la distance1 on lui persuada que je n'avais crit ,m4 ,lebrun que pour l'empcher de consentir ce qu'elle appelait son bonheur4 ,ce soupon me blessa cruellement2 nanmoins je rcrivis plusieurs fois1 et1 aprs lui avoir fait lire mes lettres1 je les lui donnai pour qu'elle les mt elle-mme la poste4 ,une si grande condescendance de ma part ne parvint pas la dtromper2 fidle la mfiance qu'on ne cessait de lui inspirer contre moi1 elle me dit un jour3 ,je porte tes lettres1 mais je suis sre que tu en cris d'autres en sens contraire4 ,je restai stupfaite et le coeur navr1 lorsqu' l'instant mme le courrier arriva1 apportant la lettre de ,m4 ,lebrun qui donnait son consentement4 ,sans tre taxe d'exigence1 une mre pouvait alors compter sur quelques excuses1 ou sur quelques remerciemens2 mais1 pour que l'on juge quel point ces mchans m'avaient alin le coeur de ma fille1 je dirai que la cruelle enfant ne me tmoigna point la plus lgre satisfaction de ce que j'avais fait pour elle en lui sacrifiant et tous mes dsirs et toutes mes rpugnances4 ,le mariage n'en fut pas moins clbr peu de jours aprs4 ,je donnai ma fille un fort beau trousseau1 des bijoux1 entre autres un bracelet entour de fort beaux diamans1 sur lequel tait le portrait de son pre1 et je plaai sa dot 7le produit des portraits que j'avais faits ,ptersbourg7 chez le banquier ,livio4 ,le lendemain j'allai voir ma fille4 ,je la trouvai calme et sans exaltation sur son bonheur4 ,puis1 quinze jours aprs1 me trouvant chez elle1 je lui dis3 ,tu es bien heureuse j'espre1 maintenant que tu l'as pous8 ,m4 ,nigris1 qui causait avec quelqu'un1 nous tournait le dos1 et comme il tait fort enrhum1 il avait sur ses paules une grande houppelande4 ,elle me rpondit3 ,je t'avoue que cette robe fourre me dsenchante2 comment veux-tu que l'on soit prise d'une tournure pareille8 ,ainsi quinze jours avaient suffi pour que l'amour s'envolt#h4 ,quant moi1 tout le charme de ma vie me semblait dtruit sans retour4 ,je ne retrouvais plus le mme plaisir aimer ma fille1 et pourtant ,dieu sait combien je l'aimais encore malgr tous ses torts4 ,les mres seules me comprendront bien4 ,peu de temps aprs son mariage1 elle prit la petite vrole4 ,quoique je n'eusse jamais eu cette terrible maladie1 personne ne put m'empcher de courir chez elle4 ,je la trouvai le visage tellement enfl que j'en fus saisie d'effroi2 mais je n'eus peur que pour elle1 et tant que dura le mal1 je ne pensai pas un seul instant moi-mme4 ,enfin je fus assez heureuse pour qu'elle se rtablt sans rester marque le moins du monde4 ,je rsolus1 alors de partir pour ,moscou4 ,j'avais besoin de mouvement1 j'avais besoin de quitter ,ptersbourg o je venais de souffrir au point que ma sant en tait altre4 ,ce n'est pas que1 le mariage fait1 les indignes propos auxquels cette affaire avait donn lieu eussent laiss des traces4 ,bien loin de l2 les gens qui avaient le plus outrag mon caractre se repentaient de leur injustice1 et je tiens joindre ici une lettre du comte ,czernicheff1 comme une preuve des outrages auxquels1 pour mon malheur1 j'avais t trop sensible4 ,j'ai toujours conserv cette lettre1 et je la donne ici4 ,il n'y a point de fautes que le repentir n'efface6 et il n'y a pas de coupable qui ne puisse flchir votre indulgence6 voil ce qui me ramne vous4 ,oui1 madame1 je l'avoue1 emport par ma vivacit je vous ai accuse de mille torts1 j'ai os mme vous les reprocher avec assez d'amertume2 mais votre conduite actuelle si digne d'admiration1 votre tendresse pour ,brunette si faite pour servir d'exemple toutes les mres1 me font rougir moi-mme sur les soupons honteux que j'ai os former contre vous4 ,je m'avoue coupable vos yeux6 je rclame votre pardon1 j'ose esprer que vous ne me refuserez pas de venir me l'affirmer un de ces soirs chez moi2 ma femme attend ce moment avec bien de l'impatience4 ,continuez1 madame1 faire le bonheur de votre aimable enfant et de mon ami ,nigris1 tous deux en sont dignes1 tous deux vous le payeront au centuple1 et s'ils taient jamais assez ingrats pour oublier ce qu'ils vous doivent1 l'estime et le respect du public1 pour ce que vous faites pour eux1 vous en vengeront suffisamment4 ,oubliez mes torts1 de grce1 et venez vite m'en donner l'assurance4 ,amenez avec vous ,m4 de ,rivire1 je lui dois galement une rparation1 et j'aime payer mes dettes4 ,je vous attends avec autant d'impatience de rparer mes torts1 que de dsir de vous convaincre de toute mon estime4 ,c4 ,g4 ,,czernicheff4 ,toutes ces rparations arrivaient trop tard4 ,les coups avaient port2 je ne pouvais perdre le souvenir des mois qui venaient de s'couler2 enfin je me sentais malheureuse4 ,cependant je renfermais ma peine4 ,je ne me plaignais de personne2 je gardais surtout le silence1 mme avec mes plus chers amis1 sur ma fille et sur celui qu'elle m'avait donn pour fils1 au point de me taire avec mon frre1 qui j'crivais souvent depuis qu'il m'avait appris un nouveau malheur2 car ce temps de ma vie tait vou aux larmes1 et nous avions perdu notre mre4 ,tant de chagrins la fois finirent par altrer ma sant4 ,pour la rtablir j'esprais beaucoup du changement de lieu et de la distraction1 en sorte que je me htai de finir le grand portrait en pied que je faisais alors de l'impratrice ,marie1 ainsi que plusieurs de ses bustes1 et je partis pour ,moscou le #ae octobre de l'anne #ahjj4 ,,chapitre ,,iv4 ,mauvaise route4--,moscou4--,la comtesse ,strogonoff4--,la princesse ,tufakin4--,la marchale ,soltikoff4--,le prince ,alexandre ,kourakin4--,visite une ,anglaise4--,le prince ,bezborodko4--,le comte ,boutourlin4--,je retourne ,ptersbourg4 ,il est1 je crois1 difficile d'prouver une aussi horrible fatigue que celle qui m'attendait sur la route de ,ptersbourg ,moscou4 ,les chemins que je comptais trouver gels1 comme on me l'avait fait esprer1 ne l'taient point encore4 ,ces chemins sont atroces1 et les rondins1 qui les rendent peine praticables dans les grands froids1 n'tant plus fixs par la glace1 ballottent sans cesse sous les roues et produisent le mme effet que les grosses vagues de la mer4 ,ma voiture1 moiti embouche1 nous faisait ressentir de si terribles cahots1 que je croyais rendre l'ame chaque instant4 ,pour donner quelque relche ce supplice1 j'arrtai moiti chemin1 et je descendis l'auberge de ,novogorod 7la seule que l'on trouve sur la route71 dans laquelle on m'avait dit que je serais bien nourrie et bien loge4 ,ayant le plus grand besoin de me reposer1 mourant de faim et de fatigue1 je demandai une chambre4 peine y tais-je installe1 que je sentis je ne sais quelle odeur mphytique qui me tournait le coeur4 ,le matre de l'auberge1 que je priai de me faire changer d'appartement1 n'en ayant point d'autre me donner1 je me rsigne2 mais bientt1 croyant remarquer que cette odeur intolrable m'arrive par une porte vitre qui se trouvait dans la chambre1 j'appelle un garon1 et je l'interroge sur cette porte4 ,ah6 me rpond-il tranquillement1 c'est que derrire cette porte il y a un homme mort depuis hier2 c'est sans doute cela que madame sent4 ,je ne demande pas d'autres dtails2 je me lve1 je fais mettre des chevaux ma voiture1 et je pars1 n'emportant qu'un morceau de pain pour continuer ma route jusqu' ,moscou4 ,je n'avais fait que la moiti du chemin1 dont la seconde partie tait encore plus fatigante que la premire4 ,ce n'est pas qu'il s'y trouve de hautes montagnes1 mais la route se compose de montes et de descentes continuelles1 ce que j'appelle des tourmens4 ,pour comble d'ennui1 je ne pouvais me distraire par la vue du pays que je traversais2 car1 de tous les cts1 un pais brouillard voilait la nature1 ce qui m'attriste toujours4 ,si l'on joint ces tribulations la dite laquelle je me vis condamne quand j'eus dvor mon morceau de pain1 on concevra que je dus trouver le chemin bien long4 ,enfin j'arrivai dans cette immense capitale de la ,russie4 ,je crus entrer dans ,ispahan dont j'avais vu plusieurs dessins#i1 tant l'aspect de ,moscou diffre de tout ce qui existe en ,europe4 ,aussi n'essaierai-je point de dcrire l'effet que produisent ces milliers de dmes dors1 surmonts d'normes croix d'or1 ces larges rues1 ces superbes palais1 situs pour la plupart de telles distances les uns des autres que des villages les sparent2 car1 pour prendre une ide de ,moscou1 il faut le voir4 ,je me fis descendre au palais que ,m4 ,dimidoff avait eu la bont de me prter4 ,ce palais tait immense1 prcd d'une grande cour qu'entouraient des grilles trs leves4 ,personne ne l'habitant1 je me promettais une tranquillit parfaite4 ,on sent qu'aprs toutes mes fatigues et ma dite force1 mon premier besoin1 ds que j'eus satisfait mon apptit1 fut celui de dormir2 mais hlas6 voil que vers cinq heures du matin1 je suis rveille en sursaut par un bruit infernal4 ,une norme troupe de ces musiciens russes qui ne donnent chacun qu'une note de cor1 venait de s'tablir dans le salon voisin de ma chambre pour rpter4 ,ce salon tait fort grand1 et peut-tre tait-il le seul qui convnt ce genre de rptition4 ,j'eus grand soin de demander au concierge si pareille musique avait lieu tous les jours2 et sur sa rponse1 que1 le palais n'tant pas habit1 on avait consacr la plus grande pice cet usage1 je rsolus de ne rien changer aux habitudes d'une maison qui n'tait point la mienne1 et de chercher un autre logement4 ,dans mes premires courses j'allai voir la comtesse ,strogonoff1 femme de mon vieux et bon ami4 ,je la trouvai hisse sur une machine trs leve1 qui faisait continuellement la bascule4 ,je ne concevais pas comment elle pouvait supporter ce mouvement perptuel2 mais elle en avait besoin pour sa sant2 car elle tait dans l'impossibilit de marcher et d'agir1 ce qui ne l'empchait pas d'tre aimable4 ,je lui parlai de l'embarras o j'tais de trouver un logement4 ,elle me dit aussitt qu'elle avait une jolie maison qui n'tait point habite1 et me pria de l'accepter2 mais comme elle ne voulait pas entendre parler du prix de la location1 je refusai positivement4 ,voyant qu'elle me pressait en vain1 elle fit venir sa fille1 qui tait fort jolie1 et me demanda le portrait de cette jeune personne1 pour prix du loyer1 ce que j'acceptai avec plaisir4 ,j'allai donc1 quelques jours aprs1 m'tablir dans cette maison o j'esprais trouver du calme1 puisque je devais y loger seule4 ,ds que je fus installe dans ma nouvelle habitation1 je visitai la ville1 autant que me permettait de le faire la rigueur de la saison2 car durant les cinq mois que j'ai passs ,moscou1 la neige n'a point fondu1 ce qui m'a prive du plaisir de parcourir les environs que l'on dit admirables4 ,moscou a pour le moins dix lieues de tour4 ,la ,moskwa traverse la ville1 et deux autres petites rivires l'arrosent4 ,c'est un coup d'oeil vraiment surprenant que cette multitude de palais1 de monumens publics d'une trs belle architecture1 de couvens1 d'glises#aj1 entremls de sites agrestes et de villages4 ,ce mlange de magnificence et de simplicit champtre produit je ne sais quel effet fantastique qui doit plaire au voyageur1 toujours avide d'originalit4 ,la ville renferme1 dit-on1 quatre cent vingt mille habitans1 et le commerce qu'on y fait doit tre bien considrable1 puisqu'un seul quartier1 dont j'ai oubli le nom1 contient six mille boutiques4 ,c'est dans le quartier appel ,kremlin que se trouve la forteresse de ce nom1 l'ancien palais des czars4 ,cette forteresse est aussi vieille que la ville1 qu'on prtend avoir t btie vers le milieu du douzime sicle4 ,elle est place sur une hauteur au bas de laquelle coule la ,moskwa2 mais son style n'a rien de remarquable que son anciennet4 ,tout prs de ce monument dont les murs sont flanqus de tours1 on me fit voir une cloche d'une dimension colossale1 moiti recouverte de terre1 qu'on me dit n'avoir jamais pu enlever pour la placer dans le palais ou dans l'glise#aa4 ,les cimetires de ,moscou sont immenses1 et1 suivant l'usage rpandu dans toute la ,russie1 plusieurs fois dans l'anne1 mais principalement le jour qui rpond chez les ,russes notre jour des ,morts1 le peuple s'y porte en foule4 ,hommes et femmes se mettent genoux devant les tombes de leur famille1 et l1 ils poussent des cris lamentables qu'on peut entendre de trs loin4 ,un usage tout aussi gnral ,moscou comme ,ptersbourg est celui des bains de vapeur4 ,il en existe pour les femmes et pour les hommes2 seulement ces derniers1 quand ils ont pris leurs bains1 dont ils sortent rouges comme de l'carlate1 vont tout nus se rouler dans la neige1 par le froid le plus excessif4 ,on attribue cette coutume la vigueur et la bonne sant des ,russes4 ,il est bien certain qu'ils ne connaissent ni les maladies de poitrine ni les rhumatismes4 ,une promenade fort agrable ,moscou est le march1 que l'on trouve toujours approvisionn des fruits les plus beaux et les plus rares4 ,il est plac au milieu d'un jardin4 ,une trs grande alle le traverse1 ce qui rend cet endroit charmant4 ,aussi est-il reu que les plus grandes dames aillent elles-mmes y faire leurs achats4 ,elles s'y rendent l't en voiture quatre chevaux1 et l'hiver en traneau4 ,j'avais remarqu qu' ,ptersbourg la haute socit ne formait1 pour ainsi dire1 qu'une famille1 tous les nobles tant cousins les uns des autres2 ,moscou1 o la population est beaucoup plus considrable1 la noblesse beaucoup plus nombreuse1 la socit devient presque un public4 ,par exemple1 il peut tenir six mille personnes dans la salle de bal o se runissent les premires familles4 ,cette salle est entoure d'une galerie en colonnade1 leve de quelques marches1 o peuvent se promener les personnes qui ne dansent pas1 et prcde de plusieurs grands salons1 dans lesquels on soupe et l'on fait les parties de jeu4 ,je suis alle l'un de ces bals1 et je fus surprise du grand nombre de jolies personnes que j'y trouvai runies4 ,j'en puis dire autant d'un trs beau bal o m'invita la marchale ,soltikoff4 ,les jeunes femmes taient presque toutes d'une beaut remarquable4 ,elles avaient imit le costume antique dont j'avais donn l'ide la grande-duchesse lisabeth pour le bal de l'impratrice ,catherine2 elles portaient des tuniques en cachemire bordes de franges d'or2 de superbes diamans attachaient leurs manches courtes et retrousses1 et leurs coiffures la grecque taient ornes pour la plupart de bandelettes couvertes de brillans4 ,rien ne pouvait tre aussi lgant et aussi riche que ces costumes2 ils embellissaient encore cette foule de jolies femmes1 plus charmantes les unes que les autres4 ,une de celles que je remarquai principalement tait une jeune personne que le prince ,tufakin pousa peu de temps aprs4 ,son visage1 dont les traits taient fins et rguliers1 avait une expression extrmement mlancolique4 ,lorsqu'elle fut marie1 je commenai son portrait2 mais je ne pus finir ,moscou que la tte1 en sorte que j'emportai le tableau pour le terminer ,ptersbourg o je ne tardai pas apprendre la mort de cette jolie personne4 ,elle avait peine dix-sept ans4 ,je l'ai peinte en ,iris1 entoure d'une charpe ondoyante et assise sur des nuages#ab4 ,la marchale ,soltikoff tenait une des meilleures maisons de ,moscou4 ,j'avais t lui faire une visite mon arrive2 elle et son mari1 qui tait alors gouverneur de cette ville1 me reurent avec infiniment de bont4 ,elle me demanda de faire le portrait du marchal1 et le portrait de sa fille1 qui avait pous le comte ,grgoire ,orloff1 fils du comte ,vladimir4 ,je faisais aussi celui de la fille de la comtesse ,strogonoff1 de faon qu'au bout de dix ou douze jours1 j'avais commenc six portraits1 sans compter celui de la bonne et charmante madame ,ducrest de ,villeneuve1 que je retrouvais ,moscou avec bien de la joie1 et qui tait si jolie que je voulais la peindre4 ,un accident qui pensa me coter la vie vint me priver de mon atelier1 et retarder la terminaison de tous ces ouvrages4 ,je jouissais d'une tranquillit parfaite dans la maison que m'avait prte la comtesse ,strogonoff2 mais comme cette maison n'avait pas t habite depuis sept ans1 il y faisait un froid cruel4 ,j'y remdiais autant qu'il tait possible en faisant chauffer l'excs tous les poles4 ,cette prcaution n'empchait point que la nuit je ne fusse force de laisser du feu dans ma chambre coucher1 et j'tais tellement gele dans mon lit1 les rideaux hermtiquement ferms1 sans parler d'une petite lampe allume prs de moi pour adoucir l'air1 que je m'entourais totalement la tte dans mon oreiller que j'attachais avec un ruban1 au risque d'tre touffe4 ,une nuit que j'tais parvenue dormir1 je fus rveille par une fume qui m'asphyxiait4 ,je n'ai que le temps de sonner ma femme de chambre1 qui me soutient que c'est une ide et qu'elle a teint le feu partout4 ,ouvrez la porte de la galerie1 lui dis-je2 peine m'a-t-elle obi1 que sa chandelle est teinte1 et ma chambre1 tout l'appartement1 remplis d'une fume paisse et puante4 ,nous n'emes rien de plus press que de casser toutes les vitres1 mais ignorant d'o venait cette pouvantable fume1 on peut juger de mon inquitude4 ,enfin1 je fis venir un des hommes qui chauffaient les poles1 et il m'apprit que son camarade avait oubli d'ouvrir le couvercle qui ferme les tuyaux1 et qui est1 je crois1 plac sur les toits4 ,dlivre de la crainte d'avoir mis le feu la maison de la comtesse ,strogonoff1 je visitai mon appartement1 toute transie que j'tais4 ,prs du salon o je donnais mes sances1 tait un grand pole avec deux bouches de chaleur1 devant lequel j'avais pos le portrait du marchal ,soltikoff1 pour le faire scher4 ,je trouvai ce portrait moiti grill1 et calcin au point que j'ai t oblige de le recommencer4 ,mais ce qui causa mon plus grand tourment dans cette nuit de tribulations1 fut l'impossibilit o j'tais de faire enlever l'instant une collection de tableaux de plusieurs grands matres que mon mari m'avait envoye1 et que j'avais expose dans une salle voisine de ma chambre2 car il tait facile de prvoir que ces tableaux1 qui ne m'appartenaient pas1 souffriraient beaucoup4 ,il tait cinq heures du matin4 ,la fume se dissipait peine1 et depuis que nous avions cass les vitres1 la place n'tait plus tenable4 ,cependant que faire8 o aller8 ,je me dcidai envoyer chez l'excellente madame ,ducrest de ,villeneuve2 elle accourut aussitt et m'emmena chez elle1 o je restai quinze jours pendant lesquels cette charmante femme me prodigua des soins dont je ne perdrai jamais le souvenir4 ,lorsque je songeai retourner chez moi1 j'allai d'abord avec ,m4 ,ducrest reconnatre les lieux4 ,quoique les vitres n'eussent point t remises1 toute la maison conservait encore une si forte odeur de feu et de fume1 qu'il tait impossible de penser l'habiter si tt4 ,j'en tais extrmement contrarie1 lorsque le comte ,orloff#ac1 avec cette obligeance qui vraiment est naturelle aux ,russes1 vint m'offrir de me prter une maison lui qui se trouvait libre4 ,j'acceptai l'offre1 et j'allai m'tablir dans ce nouveau logis1 o1 par parenthse1 il pleuvait tellement1 que la marchale ,soltikoff1 qui vint m'y voir1 dsirant rester quelques instans dans la salle o mes tableaux taient exposs1 me demanda un parapluie4 ,malgr ce dsagrment d'un nouveau genre1 je suis reste dans cette maison jusqu' mon dpart4 ,les seigneurs russes dploient tout autant de luxe ,moscou qu' ,ptersbourg4 ,cette ville immense renferme une multitude de palais magnifiques1 meubls avec la plus grande recherche4 ,un des plus somptueux tait celui du prince ,alexandre ,kourakin#ad1 que j'avais connu ,ptersbourg1 o j'avais fait deux fois son portrait4 ,lorsqu'il apprit que j'tais ,moscou1 il vint me voir et voulut me donner dner avec mes amis1 la comtesse ,ducrest de ,villeneuve et son mari4 ,nous arrivmes dans un vaste palais1 orn l'extrieur avec une magnificence royale4 ,tous les salons qu'il nous fallut traverser1 avant d'arriver au dernier1 taient meubls plus richement les uns que les autres1 et dans la plupart on remarquait1 soit en pied1 soit en buste1 le portrait du matre de la maison4 ,avant de nous conduire table1 le prince ,kourakin nous fit voir sa chambre coucher1 qui surpassait tout le reste en lgance4 ,le lit1 lev sur des gradins recouverts de superbes tapis1 tait entour de colonnes richement drapes4 ,deux statues et deux vases de fleurs taient placs aux quatre coins de l'estrade1 et des meubles d'un got exquis1 de magnifiques divans1 rendaient cette chambre digne d'tre habite par ,vnus4 ,pour passer dans la salle manger1 nous traversmes de larges corridors o de chaque ct une quantit d'esclaves en grande livre taient rangs1 des flambeaux la main1 ce qui me fit l'effet d'une crmonie solennelle2 et tant que nous fmes table1 des musiciens invisibles1 qu'on avait placs au-dessus de nos ttes1 nous rcrrent par cette dlicieuse musique de cors1 dont j'ai dj parl plusieurs fois4 ,la grande fortune du prince ,kourakin lui permettait de tenir chez lui l'tat d'un souverain2 j'ai mme entendu dire qu'il avait un srail dans son palais1 et qu'il n'tait pas le seul ,moscou qui dployt ce luxe oriental4 ,quoi qu'il en soit1 le prince ,alexandre ,kourakin tait un excellent homme1 d'une politesse obligeante avec ses gaux1 et sans aucune morgue avec ses infrieurs4 ,je dnai aussi chez un prince ,galitzin#ae1 que ses manires affables et polies faisaient gnralement rechercher3 quoiqu'il ft trop g pour se mettre table avec ses convives1 qui taient au nombre de quarante personnes1 le dner1 exquis et extrmement abondant1 n'en dura pas moins plus de trois heures1 ce qui me fatigua cruellement1 d'autant plus que j'tais place en face d'normes fentres dont le jour m'aveuglait4 ,ce festin me parut insupportable2 en compensation1 j'avais eu le plaisir1 avant de me mettre table1 de parcourir une trs belle galerie qui contenait de bons tableaux de grands matres1 mlangs1 il est vrai1 de tableaux assez mdiocres4 ,le prince ,galitzin1 que l'ge et la souffrance retenaient dans son fauteuil1 avait charg son neveu de m'en faire les honneurs4 ,ce jeune homme1 qui ne se connaissait pas en peinture1 se bornait m'expliquer de son mieux les sujets1 et j'eus peine m'empcher de rire quand1 devant un tableau qui reprsentait ,psych1 ne pouvant prononcer ce nom1 il me dit3 ,celui-ci est ,fich4 ,ce long repas chez le prince ,galitzin m'en rappelle un autre qui1 je crois1 n'a jamais fini4 ,je m'tais engage dner chez un banquier de ,moscou1 gros1 gras et immensment riche4 ,nous tions dix-huit personnes table2 mais de ma vie je n'ai vu une runion de figures aussi laides et surtout aussi insignifiantes1 de vritables figures d'hommes argent2 quand je les eus tous regards une fois1 je n'osai plus lever les yeux1 dans la crainte de rencontrer encore un de ces visages2 aucune conversation ne s'tablissait2 on aurait pu les prendre pour des mannequins1 s'ils n'avaient mang comme des ogres4 ,quatre heures se passrent ainsi2 mon ennui tait parvenu un point que je me sentais prte me trouver mal2 enfin1 je pris mon parti1 et prtextant une indisposition1 je les laissai table o peut-tre ils sont encore4 ,ce jour tait un jour malencontreux2 car il m'arriva le soir mme un accident assez risible quoiqu'il ne m'amust point du tout4 ,je ne sais pour quel motif je me trouvais oblige de faire visite une ,anglaise2 une femme de ma connaissance m'y conduisit1 et m'y laissa pour quelque temps1 aprs avoir promis de venir me reprendre2 le malheur voulait que cette ,anglaise n'entendt pas un mot de franais1 et moi pas un mot d'anglais1 en sorte que l'on peut juger de son embarras et du mien4 ,je la vois encore devant une petite table1 entre deux bougies qui clairaient son visage ple comme la mort4 ,elle croyait devoir par politesse continuer me parler dans sa langue que je ne pouvais comprendre1 et rciproquement je lui adressais quelques mots franais qu'elle ne comprenait pas davantage4 ,nous restmes ainsi plus d'une heure ensemble1 laquelle heure me parut un sicle1 et je crois que cette pauvre ,anglaise ne la trouva pas moins longue4 l'poque o je me trouvais ,moscou1 le plus riche habitant de cette ville1 et peut-tre de toute la ,russie1 tait le prince ,bezborodko2 il pouvait1 dit-on1 lever sur ses terres une arme de trente mille hommes1 tant il possdait de paysans qui sont tous1 comme on ne l'ignore pas1 attachs en ,russie au territoire4 ,ses diverses habitations renfermaient un grand nombre d'esclaves1 qu'il traitait avec la plus grande bont1 et auxquels il avait fait apprendre des mtiers de diffrens genres4 ,lorsque j'allai le voir1 il me montra des salons encombrs de meubles achets ,paris1 qui sortaient des ateliers du clbre bniste ,dagure2 la plupart de ces meubles avaient t imits par ses esclaves1 et il tait impossible de distinguer la copie place prs de l'original4 ,ceci me conduit dire que le peuple russe est d'une intelligence extraordinaire2 il comprend tout1 et semble dou du talent d'excution4 ,aussi le prince de ,ligne crivait-il3 ,je vois des ,russes qui l'on dit3 soyez matelots1 chasseurs1 musiciens1 ingnieurs1 peintres1 comdiens1 et qui deviennent tout cela selon la volont de leur matre2 j'en vois qui chantent et dansent dans la tranche1 plongs dans la neige et dans la boue1 au milieu des coups de fusil1 des coups de canon2 et tous sont adroits1 attentifs1 obissans et respectueux4 ,le prince ,bezborodko tait un homme d'une haute capacit2 il a t employ sous les rgnes de ,catherine et de ,paul1 d'abord comme secrtaire du cabinet1 puis1 en #aghj1 comme secrtaire d'tat au dpartement des affaires extrieures4 ,dans le dsir d'viter les sollicitations sans nombre qu'on lui adressait1 il s'tait rendu peu abordable2 les femmes le poursuivaient quelquefois jusque dans sa voiture2 il rpondait alors leurs demandes3 ,je l'oublierai1 et s'il s'agissait d'une ptition3 ,je la perdrai4 ,son plus grand talent tait une connaissance savante et approfondie de la langue russe2 il possdait en outre une mmoire prodigieuse et une facilit de rdaction surprenante4 ,un trait de lui bien connu en donne la preuve2 il reut un jour de l'impratrice ,catherine l'ordre de rdiger un projet d'ukase que ses nombreuses affaires lui firent oublier2 la premire fois qu'il retourna chez l'impratrice1 celle-ci1 aprs avoir confr avec lui sur plusieurs points d'administration1 lui demanda son ukase4 ,bezborodko ne se dconcerte pas le moins du monde2 il tire un papier du portefeuille1 et improvise d'un bout l'autre1 sans hsiter une seconde1 tout le projet de loi2 ,catherine fut tellement satisfaite de cette rdaction1 qu'elle prit le papier pour y jeter les yeux2 on juge de sa surprise la vue d'un papier tout blanc6 ,bezborodko allait se confondre en excuses2 elle lui imposa silence par des complimens1 et le nomma le lendemain son conseiller priv4 ,un autre ,russe1 dont la mmoire tait aussi surprenante que celle du prince ,bezborodko1 tait le comte ,boutourlin que j'ai beaucoup vu ,moscou1 o1 par parenthse1 nous tions logs si loin l'un de l'autre1 que pour aller souper chez la comtesse ,boutourlin je faisais deux lieues dans ma soire4 ,le comte ,boutourlin1 par son savoir et ses connaissances1 est un des hommes les plus distingus que j'aie connus2 il parle toutes les langues avec une facilit prodigieuse1 et son instruction en tout genre prte un charme infini sa conversation2 mais sa supriorit sur les autres ne l'empchait pas d'tre extrmement simple1 et de recevoir ses amis avec autant de bonhomie que de grce4 ,il possdait ,moscou une bibliothque immense1 compose des livres les plus rares et les plus prcieux dans les diffrentes langues2 sa mmoire tait telle1 que lorsqu'il rapportait un trait historique ou une anecdote quelconque1 il pouvait dire l'instant dans quelle salle et sur quel rayon de sa bibliothque se trouvait le livre qu'il venait de citer2 j'en tais tonne au dernier point1 et cependant une chose pour le moins aussi surprenante tait de l'entendre parier de toutes les villes de l',europe et de ce qu'elles renferment de remarquable1 comme s'il les et habites longtemps1 tandis qu'il n'avait jamais quitt la ,russie3 pour mon compte1 je sais bien qu'il me parlait de ,paris1 de ses monumens1 de tout ce qu'on y trouve de curieux1 avec de si grands dtails1 que je m'criais3 ,il est impossible que vous n'ayez pas t ,paris6 ,les demandes de portraits qui m'taient faites1 la socit agrable que je m'tais forme ,moscou1 auraient d me retenir plus longtemps dans cette ville o je n'ai pass que cinq mois1 dont six semaines dans ma chambre2 mais j'tais triste1 souffrante1 je sentais le besoin de repos1 et surtout de respirer un air plus doux4 ,j'avais donc pris la rsolution de retourner ,ptersbourg pour voir ma fille1 aprs quoi je devais quitter la ,russie4 ,j'en fus empche pendant quelques jours par un redoublement de mes indispositions habituelles1 et je retrouve une lettre que j'crivais alors mon gendre1 qui peut donner une ide de mon tat d'esprit cette triste poque de ma vie4 ,je vous remercie1 mon cher ami1 de votre grande lettre2 jamais je ne me plaindrai lorsque vous converserez long-temps avec moi2 tout ce qui vous intresse m'intresse aussi3 le lien qui nous unit est trop prs de mon coeur pour que rien de ce qui vous touche me soit tranger1 et sans gosme je ne saurais y rester indiffrente2 ceux qui ne m'ont point rendu justice vous ont beaucoup trop loign de moi1 car je veux croire qu'il n'y a pas de votre faute ni de celle de ma fille2 on l'avait bien trompe6 j'en ai cruellement souffert1 et malgr le temps et mes efforts1 la plaie est encore si vive1 que1 livre moi-mme1 mes ides sur le bonheur que peut esprer une mre qui n'a jamais rien eu se reprocher m'affligent plus qu'elles ne me consolent4 ,les circonstances m'obligent depuis long-temps un travail assidu et pnible1 il s'ensuit que ma sant commence m'effrayer1 non pour ma vie1 je n'ai nul dsir de la voir se prolonger et je n'ai point vari sur ce que je vous ai dit souvent cet gard2 mais j'prouve une faiblesse qui me dissout2 je deviens si triste que le plus grand misanthrope me paratrait trop gai2 le monde me fatigue1 la solitude me tue1 et je ne vois aucune position qui puisse me convenir2 je n'ai d'esprance que dans le repos1 le soleil1 un beau climat1 et je compte avant peu les aller chercher4 ,si je devenais plus souffrante1 je vous le ferais savoir1 afin que vous vinssiez me prendre ici2 car pour rien au monde je ne voudrais mourir ,moscou4 ,peu de jours aprs1 me trouvant beaucoup mieux1 j'annonai mon dpart et je fis mes adieux4 ,tout fut mis en oeuvre pour me retenir2 on m'offrait de me payer mes portraits plus cher qu' ,ptersbourg1 de me laisser tout le temps de les terminer sans fatigue pour moi2 je me souviens que la veille encore du jour o je partis1 comme je me trouvais au rez-de-chausse de la maison1 occupe de mes paquets1 je vis entrer1 sans qu'on l'et annonc1 un homme d'une grandeur prodigieuse1 vtu d'un manteau blanc1 qui me fit une frayeur horrible4 ,on voyait sans cesse passer ,moscou des personnes que ,paul envoyait en ,sibrie1 et quoiqu'il n'et encore exil que deux ,franais1 tous deux auteurs d'infames libelles contre la ,russie1 je n'hsitai pas prendre cet inconnu pour un missaire de ,paul2 je ne respirai que lorsque je l'entendis me supplier de ne point quitter ,moscou1 et me demander un grand tableau de toute sa famille2 sur mon refus1 que je rendis le plus obligeant qu'il me fut possible1 le bon monsieur me pria instamment de vouloir bien au moins donner mon portrait la ville2 j'avoue que cette dernire demande me toucha au point que j'ai toujours regrett que mes occupations et ma sant m'aient empche depuis d'y satisfaire4 ,plusieurs personnes que je ne doute pas avoir t ds lors dans la confidence de la rvolution qui se prparait1 me pressrent beaucoup de retarder mon dpart de quelques jours1 m'assurant qu'elles partiraient pour ,ptersbourg avec moi2 mais dans l'ignorance totale o j'tais du complot1 je m'obstinai me mettre en route1 en quoi j'eus grand tort2 car1 en attendant un peu1 j'aurais vit les fatigues qu'il me fallut prouver sur ces abominables chemins que le dgel rendait de nouveau impraticables4 ,,chapitre ,v4 ,mort de ,paul4--,joie des ,russes4--,dtails de l'assassinat4--,l'empereur ,alexandre4--,je fais son portrait et celui de l'impratrice lizabeth4--,je quitte la ,russie4 ,c'est le #ab mars #ahja1 moiti chemin de ,moscou ,ptersbourg1 que j'appris la mort de ,paul4 ,je trouvai devant la maison de poste une quantit de courriers qui allaient annoncer cette nouvelle dans les diffrentes villes de l'empire1 et comme ils prenaient tous les chevaux il me fut impossible d'en avoir2 je fus oblige de rester dans ma voiture que l'on avait place sur un ct de la route au bord d'une rivire2 il soufflait un vent si froid que j'tais gele2 il ne m'en fallut pas moins passer toute la nuit ainsi2 enfin je parvins me procurer des chevaux de louage1 et je n'arrivai ,ptersbourg qu' huit ou neuf heures du matin4 ,je trouvai cette ville dans le dlire de la joie2 on chantait1 on dansait1 on s'embrassait dans les rues2 plusieurs personnes de ma connaissance accoururent ma voiture1 elles me serraient les mains en s'criant3 ,quelle dlivrance6 ,on me dit que la veille au soir1 les maisons avaient t illumines4 ,enfin1 la mort de ce malheureux prince excitait l'allgresse publique4 ,toutes les particularits du terrible vnement n'taient ignores de personne1 et je puis affirmer que les rcits qui m'en furent faits le jour mme de mon arrive taient tous uniformes4 ,palhen1 un des conjurs1 ne ngligeait rien pour effrayer ,paul d'un complot form1 disait-il1 par l'impratrice et ses enfans1 pour s'emparer du trne2 la mfiance habituelle de ,paul ne le portait que trop prter l'oreille ces fausses confidences1 et elles l'irritrent au point qu'il finit par ordonner au perfide conseiller de conduire sa femme et les grands-ducs la forteresse2 ,palhen refusa d'obir sans un ordre sign de l'empereur2 ,paul signa2 muni de ce papier1 ,palhen le porte aussitt ,alexandre4 ,vous voyez1 lui dit-il1 que votre pre est fou1 et que vous tes tous perdus si nous ne le prvenons en le faisant enfermer lui-mme4 ,alexandre1 qui voyait sa libert et celle des siens menace1 ne donna pourtant par son silence qu'un consentement tacite ce projet1 qui devait se borner mettre un insens hors d'tat de nuire2 mais ,palhen et ses complices crurent devoir aller plus loin4 ,cinq conjurs se chargrent de commettre l'attentat1 et l'un d'eux tait ,platon ,zouboff1 l'ancien favori de ,catherine1 que ,paul avait combl de faveurs aprs l'avoir rappel de l'exil4 ,tous les cinq se rendirent dans la chambre coucher de ,paul1 qui tait au lit2 les deux gardes placs la porte en dfendirent l'entre avec courage1 au point que l'un d'eux fut tu#af2 mais ils rsistrent inutilement4 la vue de ces furieux qui se prcipitaient sur lui1 ,paul se leva2 comme il tait trs vigoureux1 il lutta long-temps contre ses assassins1 qui parvinrent enfin l'trangler dans son fauteuil4 ,l'infortun s'criait3 ,vous aussi1 ,zouboff6 vous1 que je croyais mon ami6 en disant ces mots1 il expira4 ,il semble que le sort se soit plu runir toutes les circonstances qui pouvaient favoriser ce complot4 ,on avait fait venir un rgiment pour entourer le palais1 et bien loin que l'on et mis le colonel dans la confidence des conjurs1 ce militaire tait persuad qu'il s'agissait de djouer une tentative qui devait avoir lieu contre la vie de l'empereur2 une partie de cette troupe alla par le jardin se placer sous les fentres de ,paul1 que1 pour son malheur1 la marche des soldats ne rveilla pas1 non plus que le bruit d'une multitude de corbeaux qui dormaient habituellement sur les toits1 et qui se mirent croasser4 ,s'il en et t autrement1 le malheureux prince aurait eu le temps de gagner un escalier drob1 voisin de sa chambre1 par lequel il pouvait descendre chez une madame ,narichkin1 qui tait son amie1 et en qui il avait toute confiance2 une fois l1 rien ne lui tait plus facile que de se sauver au moyen d'un petit bateau toujours plac sur le canal qui borde le palais de ,saint-,michel2 de plus1 la mfiance qu'il avait de sa femme lui faisait fermer double tour une des deux portes qui sparaient seules son appartement de celui de l'impratrice2 lorsqu'il voulut y courir pour chapper la mort1 il tait trop tard3 les assassins avaient pris soin de retirer la clef2 enfin1 ,koutaisoff1 son fidle valet de chambre1 reut le jour mme du crime une lettre qui l'instruisait de tout le complot2 mais cet homme1 qui son amour pour madame ,chevalier et sa jalousie de l'empereur faisaient perdre la tte1 ngligeait la plus grande partie de son service et ne dcachetait plus les lettres2 il laissa sur sa table celle dont il s'agit1 et1 quand il l'ouvrit le lendemain1 le malheureux tomba dans un tel dsespoir1 qu'il pensa mourir2 il en fut de mme du colonel qui avait conduit son rgiment autour du palais2 ce jeune homme1 nomm ,talaisin1 instruit du crime qui venait de se commettre1 ressentit un tel chagrin d'avoir t tromp ainsi1 qu'il rentra chez lui saisi d'une fivre ardente et fut bientt toute extrmit2 je crois mme qu'il a peu survcu son remords1 tout innocent qu'il tait3 mais ce dont je suis sre1 c'est que pendant sa maladie l'empereur ,alexandre allait le voir tous les jours et fit dfendre un exercice feu qui avait lieu trop prs du malade4 ,quoique les divers obstacles dont je viens de parler eussent pu s'opposer l'excution du crime1 il faut croire que les auteurs du complot ne doutaient point de la russite2 car tout ,ptersbourg a su que le soir de l'vnement1 un des conjurs1 beau jeune homme1 nomm ,s444ky1 tira sa montre minuit1 au milieu d'une socit assez nombreuse1 en disant3 ,tout doit tre fini maintenant4 ,paul tait mort en effet1 son corps fut embaum aussitt1 et on l'exposa pendant six semaines sur un lit de parade1 le visage dcouvert et aussi peu dcompos que possible1 attendu qu'on lui avait mis du rouge4 ,l'impratrice ,marie1 sa veuve1 allait tous les jours prier genoux devant ce lit funbre2 elle y amenait ses deux plus jeunes fils1 ,nicolas et ,michel1 si enfans alors1 que le premier lui dit une fois3 ,pourquoi donc papa dort-il toujours8 ,la ruse qui fut employe pour faire consentir ,alexandre la dchance de son pre 7car il n'aborda jamais d'autre ide71 est un fait positif que je tiens du comte ,strogonoff1 un des hommes les plus honntes1 les plus sages que j'aie connu1 et l'homme le plus au fait de ce qui se passait la cour de ,russie2 il doutait d'autant moins de la facilit avec laquelle on avait d amener ,paul signer l'ordre d'emprisonner l'impratrice et ses enfans1 qu'il connaissait les affreux soupons dont l'esprit de ce pauvre prince tait tourment4 ,la veille mme de l'assassinat1 il y avait le soir la cour un grand concert1 toute la famille impriale s'y trouvait runie3 dans un moment o l'empereur causait part avec le comte ,strogonoff1 il lui dit3 ,vous me croyez sans doute le plus heureux des hommes1 mon ami8 j'habite enfin ce palais de ,saint-,michel que je me suis plu faire btir1 faire orner avec magnificence et selon mon got2 j'y rassemble pour la premire fois toute ma famille2 ma femme est belle encore1 mon fils an est beau aussi1 mes filles sont charmantes2 les voil tous en face de moi1 eh bien1 quand je les regarde1 je vois en eux tous mes assassins4 ,le comte ,strogonoff s'cria en reculant d'horreur3 ,on vous trompe1 sire6 c'est une atroce calomnie6 ,paul fixa sur lui des yeux hagards1 puis1 lui serrant la main1 il reprit3 ,ce que je viens de vous dire est la vrit4 ,l'infortun tait poursuivi par l'ide de sa mort4 ,le comte ,strogonoff me racontait aussi que la veille du jour dont je viens de parler1 ,paul lui avait dit le matin1 en se regardant dans la glace et remarquant que sa bouche tait de travers3 ,quand c'est ainsi1 mon cher comte1 il faut faire ses paquets4 ,j'ai la ferme persuasion qu',alexandre ignorait que l'on dt attenter la vie de son pre2 tous les faits que je connus alors ne me le prouveraient pas1 qu'une preuve qui repose sur la connaissance que nous avons du naturel de ce prince m'en donnerait l'assurance4 ,alexandre tait d'un caractre noble et gnreux2 non seulement il a toujours eu de la pit1 mais il avait de la franchise1 au point que1 mme en politique1 on ne l'a jamais vu employer l'astuce et la fausset2 eh bien1 en apprenant que ,paul n'tait plus1 son dsespoir fut tel qu'aucun de ceux qui l'approchaient ne put douter qu'il restait innocent du meurtre2 le plus fourbe des hommes n'aurait point trouv les larmes qu'on lui vit rpandre4 ,dans les premiers momens de sa douleur1 il ne voulait point rgner2 et j'ai su d'une manire certaine que sa femme lisabeth vint se jeter ses genoux pour le supplier de prendre les rnes du gouvernement2 il se rendit alors chez l'impratrice sa mre1 qui1 du plus loin qu'elle l'aperut1 s'cria3 ,retirez-vous6 retirez-vous6 je vous vois tout couvert du sang de votre pre6 ,alexandre leva vers le ciel ses yeux baigns de larmes1 et dit1 avec cet accent qui part de l'ame3 ,je prends ,dieu tmoin1 ma mre1 que je n'ai point ordonn cet pouvantable crime4 ,un si grand caractre de vrit tait empreint sur ce peu de mots1 que l'impratrice consentit l'couter2 et lorsqu'elle apprit comment les conjurs avaient tromp son fils sur le rsultat de leur entreprise1 elle se jeta ses pieds1 en disant3 ,je salue donc mon empereur4 ,alexandre la releva1 s'agenouilla son tour devant elle1 la serra dans ses bras1 et la combla de marques de respect et de tendresse4 ,cette tendresse ne s'est jamais dmentie4 ,l'empereur ,alexandre1 tant qu'il a vcu1 n'a rien su refuser sa mre2 et il avait pour elle un si grand respect1 qu'il voulut lui conserver tous les honneurs de sa cour3 elle marchait constamment devant l'impratrice lisabeth4 ,la mort de ,paul ne donna lieu aucune de ces ractions qui suivent trop souvent la mort d'un souverain4 ,tous ceux qui avaient joui de la faveur de ce prince conservrent les avantages qu'ils devaient sa protection2 ,koutaisoff1 son valet de chambre1 ce barbier qu'il avait si fort enrichi1 qu'il avait dcor des premiers ordres de la ,russie1 resta tranquille possesseur des bienfaits de son matre2 madame ,chevalier1 cette jolie actrice qui avait jou le rle de favorite1 put rester au thtre de ,ptersbourg2 la vrit1 comme elle avait reu de ,paul un magnifique diamant de la couronne1 ce qui tait su de tout le chteau1 quelques gens de la cour1 qui craignaient sans doute qu'elle ne quittt la ville en apprenant la mort de l'empereur1 se rendirent chez elle dans la nuit mme2 madame ,chevalier tait couche et endormie1 on l'veilla1 et sa frayeur fut grande lorsqu'elle aperut pareille heure plusieurs personnes dans sa chambre2 ces messieurs la rassurrent1 mais ils ne la quittrent pas qu'elle n'et rendu le diamant1 qui tait d'un prix norme4 ,s'il ne fut rien chang la position des amis de ,paul1 il en fut autrement de celle de ses victimes2 les exils revinrent et rentrrent dans leurs biens2 justice fut rendue tous ceux qui avaient t immols des caprices sans nombre1 enfin un sicle d'or commena pour la ,russie4 ,on n'en pouvait douter voir l'amour1 le respect1 l'enthousiasme des ,russes pour leur nouvel empereur4 ,cet enthousiasme allait au point que le plus grand bonheur pour tous tait d'avoir vu1 d'avoir rencontr ,alexandre2 s'il allait se promener le soir au jardin d't1 s'il traversait les rues de ,ptersbourg1 la foule l'entourait en le bnissant1 et lui1 le plus affable des princes1 rpondait avec une grace parfaite tous les hommages qu'il recevait4 ,je n'ai pu aller ,moscou lors de son couronnement2 mais plusieurs personnes qui taient prsentes cette crmonie m'ont dit que rien ne pouvait tre plus touchant et plus beau2 les transports de la joie publique clataient de toutes parts dans la ville et dans l'glise2 quand ,alexandre posa une couronne de diamans sur la tte de l'impratrice lisabeth1 clatante de beaut1 tous deux formaient un groupe si admirable que l'enthousiasme tait son comble4 ,au milieu de l'ivresse gnrale1 j'eus moi-mme la joie de rencontrer l'empereur sur un des quais de la ,nva1 peu de jours aprs mon arrive3 il tait cheval2 quoique la loi de ,paul fut abroge1 comme on l'imagine1 j'avais fait arrter ma voiture pour avoir le plaisir de regarder passer ,alexandre2 il vint aussitt moi1 et me demanda comment j'avais trouv ,moscou1 et si je n'avais pas souffert des chemins2 je lui rpondis que je regrettais de n'avoir pu rester assez long-temps dans cette superbe ville pour en connatre toutes les beauts2 quant aux chemins1 j'avouai qu'ils taient horribles2 il en convint1 disant qu'il comptait les faire rparer2 puis1 aprs m'avoir adress mille choses flatteuses1 il me quitta4 ,le surlendemain1 le comte ,strogonoff vint chez moi de la part de l'empereur1 qui me commandait de faire son portrait en buste et son portrait cheval4 peine cette nouvelle se fut-elle rpandue1 qu'une foule de personnes de la cour accoururent chez moi pour me demander des copies1 soit cheval1 soit en buste1 peu importait1 pourvu qu'on et le portrait d',alexandre4 ,dans tout autre temps de ma vie cette circonstance m'offrait un moyen de faire ma fortune2 mais hlas6 mes souffrances physiques1 sans parler de souffrances morales dont j'tais encore tourmente1 ne me permirent pas d'en profiter2 le triste tat de ma sant s'aggravait tous les jours4 ,me sentant hors d'tat de commencer le portrait en pied1 je pris le parti de faire au pastel le buste de l'empereur et celui de l'impratrice2 ils devaient me servir plus tard faire les portraits en grand1 soit ,dresde1 soit ,berlin#ag1 si je me voyais force de quitter ,ptersbourg2 bientt en effet mes maux devinrent intolrables2 le mdecin que je consultai m'assura que j'avais des obstructions1 et m'ordonna d'aller prendre les eaux de ,carlsbad4 ,au moment de quitter ,ptersbourg1 o pendant des annes j'avais vcu si heureuse1 je ne puis exprimer la peine que je ressentais2 on doit penser aussi que ce n'tait pas sans une vive douleur que je me sparais de ma fille1 tout amer qu'il m'tait de la voir s'loigner de moi1 de la voir entirement gouverne par une coterie la tte de laquelle agissait cette vilaine gouvernante que j'aime accuser de tous les torts4 ,peu de jours avant mon dpart1 mon gendre me dit qu'il ne concevait pas comment je pouvais quitter ,ptersbourg au moment le plus favorable pour ma fortune4 ,convenez1 lui rpondis-je1 qu'il faut que mon coeur soit bien malade8 il vous est facile d'en deviner la cause4 ,d'autres sparations me semblaient bien pnibles aussi2 les princesses ,kourakin et ,dolgorouki1 cet excellent comte ,strogonoff qui m'avait donn tant de preuves d'attachement1 voil ce que je regrettais bien plus que la fortune laquelle je renonais4 ,je me souviens que ce cher comte1 ds qu'il apprit que j'allais partir1 vint me voir2 son chagrin tait si grand qu'il marchait en long et en large dans mon atelier o j'tais peindre1 se parlant lui-mme1 disant3 ,non1 non1 elle ne partira pas1 cela est impossible4 ,ma fille qui tait prsente1 crut qu'il devenait fou4 ,je ne pouvais rpondre tant de marques d'amiti que l'on voulait bien me donner1 qu'en promettant de revenir ,ptersbourg1 et telle tait alors ma ferme intention4 ,ds que je fus dcide partir1 je demandai une audience l'impratrice1 qui me l'accorda aussitt1 et je me rendis chez elle o je trouvai l'empereur2 je tmoignai ,leurs ,majests1 mes regrets les plus vifs et les plus sincres en leur disant que ma sant m'obligeait aller prendre les eaux de ,carlsbad1 qui m'taient ordonnes2 pour les obstructions2 sur quoi l'empereur me rpondit avec bont3 ,ne partez pas1 vous iriez trop loin chercher le remde2 je vous donnerai le cheval de l'impratrice1 et quand vous1 l'aurez mont quelque temps vous1 serez gurie4 ,je remerciai cent fois l'empereur de cette offre1 mais j'avouai que je ne savais pas monter cheval4 ,eh bien1 reprit-il1 je vous donnerai un cuyer qui vous2 conduira4 ,il1 m'est impossible de dire combien j'tais touche d'une bienveillance si grande1 et quand je pris cong de ,leurs ,majests1 je ne trouvais1 point de termes1 assez1 forts pour en exprimer ma reconnaissance4 ,quelques jours aprs cette1 conversation1 je rencontrai l'impratrice la promenade du jardin d't2 j'tais avec ma fille et ,m4 de ,rivire2 ,sa ,majest vint moi et me dit3 ,ne partez pas1 je vous en prie1 madame ,lebrun2 restez ici1 soignez votre sant2 votre dpart me fait de la peine4 ,je l'assurai que mon dsir et ma volont taient de revenir ,ptersbourg pour avoir le bonheur de la revoir4 ,dieu sait que je disais vrai2 je n'en ai pas moins t tourmente souvent par la crainte que le refus de rester en ,russie n'ait eu l'apparence de l'ingratitude1 et que l'empereur et l'impratrice ne me l'aient pas tout--fait pardonn4 ,ni ces souverains1 ni toutes les personnes qui m'ont marqu un intrt si flatteur pendant mon sjour comme mon dpart1 n'ont jamais su avec quel chagrin je m'loignais de ,ptersbourg4 ,lorsque je passai les frontires de la ,russie1 je fondais en larmes2 je voulais retourner sur mes pas1 je me jurais de venir retrouver ceux qui m'avaient comble si longtemps de marques de bienveillance et d'amiti1 dont le souvenir est dans mon coeur2 et il faut croire la destine1 puisque je n'ai point revu le pays que je regardais1 que je regarde encore comme une seconde patrie4 ,,chapitre ,,vi4 ,narva4--,sa cataracte4--,berlin4--,la douane4--,m4 ,ranspach4--,la reine de ,prusse4--,sa famille4--,l'le des ,paons4--,le gnral ,bournonville4 ,je partais de ,ptersbourg triste1 malade1 et seule dans ma voiture1 n'ayant pu garder ma femme de chambre1 qui tait ,russe1 marie et fort avance dans sa grossesse4 ,j'emmenais seulement un trs vieux homme qui dsirait aller en ,prusse1 qui j'avais donn par piti la place d'un domestique1 ce dont je me suis bien repentie1 car cet homme s'enivrait chaque poste au point qu'on tait oblig de le reporter sur le sige4 ,m4 de ,rivire1 qui m'accompagnait dans sa calche1 ne me fut pas d'un grand secours1 surtout quand nous emes pass la frontire russe et que nous trouvmes les sables2 car les postillons1 dont il ne savait pas se faire obir1 l'emportaient sans cesse par les chemins de traverse tandis que je suivais la grande route4 ,je fis ma premire station ,narva1 petite ville bien fortifie1 mais laide et mal pave4 ,le chemin qui y conduit est ravissant1 bord de maisons charmantes1 de jardins anglais1 et dans le lointain on aperoit la mer couverte de vaisseaux1 ce qui rend cette route tout--fait pittoresque4 ,les femmes1 ,narva1 portent le costume des femmes de l'antiquit4 ,elles sont belles1 car en gnral le peuple de la ,livonie est superbe2 presque toutes les ttes de vieillards me rappelaient les ttes de ,christ de ,raphael1 et les jeunes gens1 dont les cheveux plats tombent sur les paules1 semblent avoir servi de modle ce grand matre4 ,le lendemain de mon arrive1 j'allai voir1 quelque distance de la ville1 une magnifique cataracte4 ,une norme quantit d'eau1 dont on n'aperoit pas la source1 forme un torrent si fort et si rapide1 qu'il s'lve dans son cours sur des rochers normes1 dont il se prcipite avec fracas pour surmonter d'autres rochers2 cette multitude de cascades qui se succdent1 s'lancent et s'engloutissent avec fureur1 produit un bruit pouvantable4 ,comme j'tais occupe retracer cette belle horreur1 plusieurs habitans de ,narva1 qui me regardaient dessiner1 me racontrent un vnement affreux dont ils avaient t tmoins4 ,les eaux de ces cataractes1 tant augmentes par de grandes pluies1 avaient entran1 avec une partie des terrains qui les bordent1 une maison o logeait une famille entire4 ,on entendait les cris de dtresse de ces malheureux1 on voyait leur affreux dsespoir sans pouvoir leur porter aucun secours1 puisqu'il tait impossible aux bateaux de traverser le torrent4 ,enfin ce spectacle affreux et dchirant fut suivi bientt d'un spectacle plus horrible1 lorsque la maison et la malheureuse famille1 entrans dans le gouffre1 disparurent aux yeux de ceux qui me parlaient de ce dsastre et qui en taient encore mus4 ,j'arrivai ,riga2 cette ville1 comme ,narva1 n'est ni jolie ni bien pave1 mais elle est trs commerante1 ainsi qu'on le sait1 et le port est trs beau4 ,la plupart des hommes y sont habills la turque1 la polonaise1 etc41 et toutes les femmes qui ne sont pas de la classe du peuple mettent1 pour sortir1 un voile de gaze noir sur leur tte4 ,je n'eus gure le temps de faire d'autres observations1 car je me htai d'arriver ,mittau1 o j'esprais trouver encore la famille royale2 mais j'eus le chagrin de venir trop tard et de ne pas l'y rencontrer1 en sorte que je restai fort peu dans cette ville1 o je n'tais alle que pour voir nos princes4 ,l'tat de notre esprit et de notre sant influe si fort sur les objets qui nous environnent1 que je me rappelai plus d'une fois alors avec quelle gaiet j'avais fait1 en allant ,ptersbourg1 le chemin que je venais de parcourir si tristement4 ,je me souvenais surtout que la vue de la ,courlande m'avait ravie4 ,ces magnifiques forts de vieux chnes1 d'normes sapins ou d'aulniers1 dont les troncs blanchtres se dtachent si bien sur leur feuillage qui ressemble celui du saule pleureur2 ces beaux lacs1 ces charmantes collines1 ces jolis vallons1 mon imagination calme et heureuse animait tout cela par mille ides riantes ou potiques4 ,dans les bois1 je voyais ,diane suivie de son cortge1 dans les prairies1 des danses de bergers et de bergres1 telles que j'en avais vu ,rome sur les bas-reliefs antiques2 enfin je charmais ma route4 ,mais au retour plus de figures fantastiques1 plus de danses joyeuses4 ,ma tristesse et mes souffrances avaient dpeupl ce beau pays1 que je regardais peine4 ,et pourtant ce qui me restait faire de chemin jusqu' ,berlin tait de beaucoup le plus pnible1 puisqu'il me fallait arriver ,memel et ,koenigsberg4 ,en partant de ,ptersbourg1 j'avais bien pris la poste1 mais nous avions rencontr ,riga la grande-duchesse de ,bade1 qui allait voir l'impratrice sa fille1 et qui ne laissait plus de chevaux sur notre route4 ,je fus oblige d'en prendre des voiturins1 qui1 au lieu de me mener coucher aux maisons de poste1 me descendaient dans des espces de cabanes o l'on ne trouvait point de lits et rien manger1 en sorte que le plus souvent je passais la nuit dans ma voiture4 ,quant aux repas1 la soupe que l'on me donnait tait faite sans viande1 avec du mauvais beurre et des carottes2 si je faisais tuer un poulet1 il tait si maigre et si dur que ,m4 de ,rivire et moi nous ne pouvions parvenir le couper2 encore avions-nous peine le temps de faire ce mauvais dner1 tant les voiturins taient presss de repartir4 ,en route1 nous tions tellement dans le sable1 que la voiture allait au petit pas4 ,il faisait une chaleur horrible2 j'tais oblige1 pour respirer1 de laisser toutes mes glaces ouvertes1 et les deux postillons fumaient constamment2 cette vilaine odeur de pipe me tournait le coeur au point que je prfrais presque toujours aller pied1 quoique j'eusse du sable jusqu' la cheville4 ,heureusement on ne rencontre jamais de voleurs sur ces chemins4 ,j'apercevais bien de loin quelques loups sur les hauteurs1 mais apparemment ils avaient peur de nous1 car ils s'enfuyaient toujours notre approche1 de mme que les pauvres cerfs1 effrays par la calche de ,m4 de ,rivire1 que je voyais souvent traverser la route4 ,dans l'tat de maladie o j'tais1 une manire de vivre aussi fatigante devait m'tre fatale2 peu de jours suffirent en effet pour me jeter dans un accablement que tout mon courage et mon vif dsir de ne point m'arrter en route pouvait peine surmonter4 ,je devins si faible et si souffrante1 qu'il fallait me traner dans ma voiture1 o je restais comme sans mouvement1 prive mme de la facult de penser4 ,je n'avais d'autre sensation que celle d'une douleur aigu dans le ct droit1 que me causait un rhumatisme et que chaque secousse redoublait4 ,cette douleur tait si intolrable1 qu'un jour1 les voiturins s'tant enfoncs dans un chemin que l'on rparait et qui tait rempli de pierres1 je perdis entirement connaissance dans ma voiture4 ,une partie de mon supplice finit ,koenigsberg2 l je repris la poste jusqu' ,berlin1 o j'arrivai vers la fin de juillet #ahja1 dix heures du soir2 mais1 en dpit du besoin que j'avais de repos1 il me restait prouver les tourmens de la douane4 ,on me fit passer sous une grande vote trs sombre1 o j'attendis au moins deux grandes heures2 ensuite les douaniers voulaient garder ma voiture pour la visiter la nuit1 ce qui m'obligeait me rendre pied jusqu' l'auberge1 et il pleuvait verse4 ,je me dbattais en franais1 ces hommes me ripostaient en allemand2 il y avait de quoi perdre l'esprit4 ,on ne voulait seulement pas me permettre de retirer mon bonnet de nuit et de petites fioles qui contenaient des antispasmodiques1 dont certes j'avais grand besoin aprs de pareilles scnes2 car1 force de crier avec ces barbares1 j'tais enroue au point que je ne pouvais plus parler4 ,enfin j'obtins que l'on me laisst quitter la douane dans ma voiture1 et je me rendis l'auberge de la ,ville de ,paris avec un douanier2 vrai dmon1 qui de plus tait ivre-mort4 ,il dfaisait mes paquets1 mes vaches1 mettant tout sens dessus dessous1 et s'empara d'une pice de mousseline des ,indes brode1 qui m'avait t donne par madame ,dubarry lorsque je quittai ,paris4 ,comme je ne voulais pas que l'on droult ma ,sibylle ni les tudes que j'avais faites de l'empereur et de l'impratrice de ,russie1 ma voiture fut cachete1 et je pus enfin me mettre au lit1 mais non sans un tremblement affreux qui ne me permit pas de dormir un seul instant4 ,le lendemain matin de bonne heure1 j'envoyai chercher ,m4 ,ranspach1 mon banquier1 qui arrangea tous mes dmls avec la douane2 il me fit rendre ma pice de mousseline1 laquelle je tenais beaucoup1 sans que j'eusse rien payer1 et les chefs des douaniers poussrent la politesse jusqu' venir chez moi me faire des excuses de ce qui s'tait pass4 ,m4 ,ranspach1 qui me guidait pour mes affaires pcuniaires1 tait un fort aimable homme dont je n'ai jamais eu qu' me louer4 ,j'allai dner chez lui quelques jours aprs1 et je trouvai l plusieurs de ses compatriotes qui joignaient beaucoup d'instruction le mrite de n'avoir aucune pdanterie1 et dont la conversation m'intressa beaucoup4 ,trois jours me suffirent pour me remettre de mes fatigues1 et je me sentais beaucoup mieux1 quand la reine de ,prusse1 qui n'tait point alors ,berlin1 eut la bont de me faire dire de venir la trouver ,potsdam4 ,je partis2 mais ici ma plume est impuissante pour peindre l'impression que j'prouvai la premire fois que je vis cette princesse4 ,le charme de son cleste visage1 qui exprimait la bienveillance1 la bont1 et dont les traits taient si rguliers et si fins2 la beaut de sa taille1 de son cou1 de ses bras1 l'blouissante fracheur de son teint1 tout enfin surpassait en elle ce qu'on peut imaginer de plus ravissant4 ,elle tait en grand deuil1 coiffe avec une couronne d'pis de jais noir1 ce qui1 loin de lui nuire1 rendait sa blancheur clatante4 ,enfin1 il faut avoir vu la reine de ,prusse pour comprendre comment1 son premier aspect1 je restai d'abord comme charme4 ,elle me fixa le jour de la premire sance4 ,je ne puis1 dit-elle1 vous la donner avant midi2 car le roi1 qui passe la revue tous les matins dix heures1 est bien aise que j'y assiste4 ,elle dsirait que j'eusse un logement dans le chteau1 mais1 sachant qu'il aurait fallu pour cela dranger l'une de ses dames1 je remerciai1 et j'allai me loger aussitt dans un htel garni1 voisin du palais1 dans lequel j'tais fort mal sous tous les rapports4 ,mon sjour ,potsdam n'en fut pas moins une vritable jouissance pour moi2 car plus je voyais cette charmante reine1 plus j'tais sensible au bonheur de l'approcher4 ,elle parut dsirer voir les tudes que j'avais faites d'aprs l'empereur ,alexandre et l'impratrice lisabeth2 je m'empressai de les lui porter1 ainsi que mon tableau de la ,sibylle1 que je fis remettre sur chssis4 ,je ne saurais dire avec quelle grce elle savait me tmoigner qu'elle en tait satisfaite2 elle tait si aimable et si bonne1 que l'attachement qu'elle inspirait tenait tout--fait de la tendresse4 ,je me plais rappeler tant de marques de cette gracieuse bienveillance dont elle me comblait jusque dans les moindres choses3 par exemple1 j'avais l'habitude de prendre du caf tous les matins1 et dans mon htel garni l'on m'en donnait qui tait toujours dtestable2 je ne sais comment il se fit que je le dis la reine1 qui1 le lendemain1 m'en envoya d'excellent4 ,un autre jour1 comme je lui faisais compliment de ses bracelets1 qui taient dans le genre antique1 elle les dtache aussitt et les met mes bras2 ce don me toucha plus peut-tre que celui d'une fortune1 et ces bracelets-l ont toujours depuis voyag avec moi4 ,elle eut aussi la bont de me faire donner une loge au spectacle tout prs des places qu'elle occupait habituellement2 de cette petite distance je me plaisais par-dessus tout la regarder3 son charmant visage avait seize ans4 ,pendant une de nos sances la reine fit venir ses enfans1 qu' ma grande surprise je trouvai laids2 en me les montrant1 elle me dit3 ,ils ne sont pas beaux4 ,j'avoue que je n'eus pas assez de front pour la dmentir2 je me contentai de rpondre qu'ils avaient beaucoup de physionomie#ah4 ,je parlais souvent la reine de mon amour pour la campagne et pour les beaux sites2 elle dsira que j'allasse voir son le des ,paons4 ,une de ses voitures m'y conduisit4 ,on arrive ce lieu charmant par une paisse fort de sapins que l'on traverse1 puis on descend un chemin rapide qui vous mne un lac sur lequel est situe l'le des ,paons et son petit chteau4 ,le temps tait triste1 il pleuvait mme1 et ce sjour ne m'en parut pas moins lysen4 ,outre les deux tudes au pastel que me faisait faire ,s4 ,m41 je fis de la mme manire celles de la famille du prince ,ferdinand#ai4 ,une des jeunes princesses1 la princesse ,louise1 qui avait pous le prince ,radzivill1 tait jolie et trs aimable2 j'ai eu pendant quelque temps avec elle une correspondance qui me charmait2 car je la compte au nombre des personnes qu'il est impossible d'oublier4 ,son mari1 le prince ,radzivill1 tait fort bon musicien4 ,je me rappelle qu'un jour il me causa une surprise qui tenait uniquement la diffrence des usages de tel ou tel pays3 pendant mon sjour ,berlin1 on me mena un grand concert public1 et je fus tonne au dernier point1 en entrant dans la salle1 de voir le prince ,radzivill qui jouait de la harpe4 ,jamais chose semblable ne pourrait avoir lieu chez nous1 qu'un amateur1 surtout un prince1 se mt jouer devant une autre socit que la sienne1 et une socit payante3 il faut croire qu'en ,prusse cela semblait tout naturel4 ,c'est ,berlin que je fis connaissance avec la baronne de ,krudner1 si connue par son esprit et son exaltation de tte4 ,sa rputation comme auteur tait dj faite2 mais elle n'avait pas encore acquis le caractre d'aptre religieux qui l'a rendue si clbre dans le ,nord2 elle et son mari ont t trs obligeans pour moi4 ,j'en puis dire autant de madame de ,souza1 ambassadrice de ,portugal1 dont je fis alors le portrait4 ,il m'arrivait d'ailleurs1 comme tous ceux qui courent le monde1 de retrouver plusieurs gens de connaissance3 je revoyais entre autres avec grand plaisir le comte et la comtesse ,golowkin1 que j'avais connus ,ptersbourg4 ,je vis arriver ,berlin la charmante actrice1 madame ,chevalier2 elle tait fort riche2 aussi ai-je su depuis qu'aprs avoir divorc1 elle avait pous un jeune homme attach la lgation franaise4 mon arrive ,berlin1 j'avais t faire une visite l'ambassadeur de ,france1 le gnral ,bournonville1 car j'abordais enfin l'ide de retourner ,paris4 ,mes amis1 mon frre surtout1 m'en sollicitaient vivement4 ,il leur avait t facile de me faire rayer de la liste des migrs1 et j'tais rtablie dans ma qualit de ,franaise1 qu'en dpit de tout je n'avais pas perdue dans mon coeur4 ,le gnral ,bournonville tait un brave et bon militaire que l'on estimait beaucoup ,berlin4 ,il me reut merveille1 et m'engagea de la manire la plus flatteuse retourner dans ma patrie1 m'assurant que l'ordre et la paix y taient compltement rtablis4 ,quoique le gnral ,bournonville ft le premier ambassadeur de la rpublique que j'allais trouver1 j'en avais dj vu d'autres4 ,vers la fin de mon sjour ,ptersbourg1 le gnral ,duroc et ,m4 de ,chteaugiron taient arrivs la cour d',alexandre1 envoys par ,bonaparte1 et je me rappelle que1 me trouvant cette poque chez l'impratrice ,elisabeth1 je l'entendis dire l'empereur3 ,quand donc recevrons-nous les citoyens8 ,m4 de ,chteaugiron vint me faire une visite4 ,je le reus de mon mieux2 mais je ne saurais dire l'effet que me fit cette cocarde tricolore4 ,quelques jours aprs ils dnrent tous deux chez la princesse ,galitzin ,beauris4 ,je me trouvai place table prs du gnral ,duroc1 qu'on m'avait dit tre l'intime de ,bonaparte2 il ne me dit pas un seul mot1 et j'en fis de mme avec lui4 ,le dner dont je parle donna lieu une chose assez plaisante4 ,le cuisinier de la princesse1 dans l'ignorance totale o il tait de la rvolution franaise1 prit naturellement ces messieurs pour les ambassadeurs du roi de ,france4 ,voulant leur faire honneur1 aprs avoir long-temps rv1 il se souvint que les fleurs-de-lis taient les armes de ,france1 et il se hta de mettre les truffes1 les filets1 les pts en fleurs-de-lis4 ,cette surprise consterna si fort les convives1 que la princesse1 dans la crainte sans doute qu'on ne l'accust d'une aussi mauvaise plaisanterie1 fit monter le chef de cuisine et l'interrogea sur cette pluie de fleurs-de-lis4 ,le brave homme rpondit d'un air satisfait3 ,j'ai voulu faire voir ,son ,excellence que je sais ce qu'il convient de faire dans les grandes occasions4 ,une femme de mes amies1 fort spirituelle1 me dit alors tout bas3 ,plt ,dieu que les cuisiniers et les marmitons n'en eussent jamais su davantage6 ,peu de jours avant mon dpart de ,berlin1 le directeur-gnral de l',acadmie de peinture vint avec une grce infinie m'apporter lui-mme le diplme de ma rception cette ,acadmie4 ,tant de marques de bienveillance dont on me comblait la cour de ,prusse m'aurait bien certainement retenue plus long-temps1 si mon plan n'avait pas t alors tout--fait arrt4 ,dcide partir1 je pris cong de cette charmante reine si jeune6 si belle6 si aimable6 ,j'ignorais1 hlas6 que bien peu d'annes aprs j'aurais la douleur d'apprendre sa mort4 ,j'ignorais quel infame calomnie se joindrait aux revers de la guerre pour la conduire au tombeau la fleur de son ge6 ,jamais je n'ai pu lire alors les bulletins de l'arme de ,bonaparte1 sans ressentir une indignation qu'il m'est impossible d'exprimer4 ,je me souviens qu' cette poque1 me trouvant l',opra de ,paris1 dans la loge de la comtesse ,potocka1 il y vint un ,polonais qui arrivait de l'arme franaise4 7,certes un ,polonais n'tait pas suspect quand il dfendait une puissance du ,nord74 ,je lui parlai des indignes mensonges qu'on se permettait sur la liaison de la reine de ,prusse avec l'empereur ,alexandre4 ,ce jeune homme rpondit3 ,rien n'est plus faux1 on crit tout cela pour gayer les bulletins4 ,et cependant l'aimable crature que l'on prenait pour victime lisait ces horreurs1 et le chagrin qu'elle en ressentait1 joint tant d'autres chagrins1 htait peut-tre sa mort6 ,,chapitre ,,vii4 ,je quitte ,berlin4--,dresde4--,lettre mon frre4--,francfort4--,la famille ,divoff4--,je rentre en ,france4 ,je pensai perdre1 en quittant ,berlin1 tout ce que je possdais1 et voici comment4 ,j'avais command mes chevaux pour cinq heures du matin4 ,mon domestique vraisemblablement tait all faire ses adieux quelques gens de sa connaissance1 il n'arrivait pas1 et l'on sait qu'en ,prusse les chevaux n'attendent jamais4 ,je m'tais leve encore toute engourdie par le sommeil1 et le garon de l'auberge1 ne voyant point mon domestique1 s'tait empar de mon ncessaire pour le descendre ainsi que tous mes autres effets4 ,ce ncessaire1 qui renfermait mes diamans1 mon or1 toute ma fortune enfin1 tait toujours plac sous mes pieds quand je voyageais4 ,par le plus grand des bonheurs1 ds que je fus dans la voiture1 je m'aperus1 quoique moiti endormie1 que mes pieds n'taient pas soutenus comme d'ordinaire4 ,les chevaux partaient2 je criai que l'on arrtt1 et je demandai mon ncessaire au garon1 ayant grand soin de parler assez haut pour rveiller la matresse de la maison4 ,ceci me russit1 car1 aprs quelques rponses vasives de cet homme1 le ncessaire fut rapport4 ,on venait de le trouver dans une curie au fond de la cour1 tout recouvert de foin4 ,cet accident avait donn le temps mon domestique d'arriver1 et je partis1 fort heureuse1 comme on pense bien1 d'avoir recouvr mon ncessaire4 ,je rapporte cette aventure1 parce qu'elle peut servir de leon aux voyageurs4 ,en quittant ,berlin1 j'allais ,dresde o je devais m'arrter pour faire plusieurs copies du portrait de l'empereur ,alexandre1 que j'avais promises4 ,je comptais ensuite poursuivre ma route vers la ,france sans sjourner long-temps nulle part4 ,ce n'tait pourtant qu'avec une sorte de terreur que je pensais revoir ,paris4 ,la lettre suivante1 que j'crivais de ,dresde mon frre1 peut donner une ide de ce qui se passait en moi3 ,dresde1 ce #ah septembre #ahja4 ,il y a des sicles1 mon bon ami1 que je veux t'crire2 mais j'ai toujours t en camp volant1 dmnageant sans cesse1 sans trouver un bon coin o je puisse m'tablir pour peindre4 ,enfin me voil peu prs bien1 et je commence demain les copies du portrait de l'empereur ,alexandre4 ,j'ai reu de toi une petite lettre par le bon pre ,rivire2 l'impatience que tu as de me revoir ne surpasse certainement pas la mienne2 mais1 mon bon ami1 je ne puis te cacher ce qui se passe dans ma pauvre tte et dans mon coeur l'ide de mon retour ,paris4 ,en me rapprochant de la ,france1 le souvenir des horreurs qui s'y sont passes se retrace moi si vivement que je crains de revoir les lieux qui ont t tmoins de ces scnes affreuses4 ,mon imagination replacera tout4 ,je voudrais tre aveugle ou avoir bu du fleuve d'oubli pour vivre sur cette terre ensanglante6 ,il me semble enfin que je marche vers un tombeau1 et je ne suis pas matresse de mes ides noires ce sujet4 ,d'un autre ct1 quand je songe que j'aurai la jouissance de t'embrasser1 de revoir les amis qui me restent1 d'admirer encore tant de chefs-d'oeuvre des arts et d'objets intressans1 je me sens agite dans un sens contraire et je n'hsite plus1 je me dis que j'irai4 ,oui1 mon ami1 j'irai pour vous retrouver tous2 mais1 hlas6 je ne retrouverai pas notre pauvre mre6 ,cette peine est la plus sensible4 ,tu me conduiras sur sa tombe444 ,mon ,dieu6 que d'ides tristes6 ,depuis que j'ai quitt la ,russie1 on me demande ,vienne1 ,brunswick1 ,munich et ,londres1 sans parler de ,ptersbourg o l'on me rappelle avec instance1 et que j'avais tant espr revoir6 ,partout j'ai reu l'accueil le plus doux et le plus flatteur2 partout j'ai retrouv une patrie1 avec la diffrence toutefois que la calomnie ne m'y dchirait pas comme en ,france4 ,tu sais ce que cette vipre m'a fait souffrir8 ,tous mes perscuteurs sont encore l2 si j'allais retomber sous leurs griffes envenimes6444 ,je te manderai au juste le jour de mon dpart et mon itinraire2 mais sitt cette lettre reue1 rponds poste pour poste toutes mes terreurs4 ,dis-moi surtout si j'aurai la facilit d'aller et de venir2 car aprs avoir pass l'hiver avec vous1 il me faudra encore faire un petit voyage4 ,je ne crains pas les courses1 elles me font du bien4 ,le sjour des villes me tue et les grands chemins me gurissent3 la route et quelques bains ont suffi pour rtablir tout--fait ma sant4 ,j'ai lu avec le plus grand plaisir tes derniers ouvrages2 tes conventions sont charmantes1 et je t'assure que tu es apprci ,ptersbourg et partout comme ,paris2 j'en jouissais vritablement4 ,je retrouve ici la belle et aimable princesse ,dolgorouki4 ,m4 ,dimidoff y est aussi1 et il s'ennuie beaucoup4 ,il me disait ces jours-ci3 ,quelle triste ville que ,dresde6 j'ai beau faire1 je ne puis trouver le moyen d'y dpenser mille cus par jour4 ,c'est le bon ,m4 ,laya qui te porte cette lettre4 ,je l'ai connu ici1 et il m'a plu tout de suite4 ,c'est un homme de lettres distingu1 le meilleur enfant du monde4 ,le sachant ton ami1 j'tais dj prvenue en sa faveur2 mais il n'a fait que gagner plus ample connaissance4 ,voil un homme aussi estimable pour sa faon de penser que par son courage4 ,je n'en dirai pas autant de notre ,pindare4 ,sa conduite avec le roi et la reine dont il avait reu tant de bienfaits est atroce4 ,je ne le reverrai jamais#bj4 ,je dsire beaucoup au contraire connatre particulirement ce ,m4 ,legouv dont tu me parles4 ,ses ouvrages me le font aimer1 et tu me le prsenteras tout de suite mon arrive4 ,adieu4 ,je t'embrasse1 ainsi que ,suzette1 de tout mon coeur1 sans oublier la petite#ba1 que je voudrais avoir moi4 ,ne m'oublie pas auprs de la bonne madame de ,verdun4 ,comme je serai aise de la revoir1 ainsi que le bon ,robert1 ,mnageot1 la famille ,brongniart1 etc4 ,voil mes sujets de consolation1 ils me sont bien ncessaires4 ,adieu4 ,une fois ma rsolution prise de retourner en ,france avant l'hiver1 je pressai mon travail1 en sorte que je pus aller passer quelques jours dans la famille ,rivire1 qui habitait ,brunswick4 ,je vis chez eux le duc de ,brunswick1 qui voulait me connatre2 je lui fus prsente1 et il me tmoigna le dsir que je fisse son portrait4 ,comme le temps ne me le permettait plus1 je le refusai avec regret1 attendu que ce prince avait une fort belle tte4 ,aprs avoir sjourn cinq ou six jours chez les parens de ,m4 de ,rivire1 je repartis seule1 mon compagnon de voyage restant1 dans sa famille4 ,je passai ,weimar1 mais je n'y restai qu'une nuit1 et la journe qui la prcda fut une journe de tribulations4 ,j'tais partie comptant arriver ,weimar vers les midi1 en sorte que je n'avais pris aucunes prcautions pour mon dner4 ,le malheur voulut que l'on me donnt un postillon qui ne connaissait pas le chemin1 et qui1 au lieu de prendre la bonne route1 nous gara dans des terres grasses o nous passmes la journe entire4 ,la nuit venue1 j'tais tout--fait mourante de fatigue et de faim4 ,les chevaux1 reints1 ne voulaient plus traner la voiture1 qui tait fort lourde1 et1 pour comble d'embarras1 mon domestique avait au doigt un panaris qui le mettait hors d'tat de nous aider4 ,je me souviens que1 pour tromper mon impatience1 et surtout mon apptit1 je pris de cette terre maudite avec laquelle j'essayai de modeler une tte1 et1 sans y voir1 je parvins faire quelque chose qui ressemblait assez un visage4 ,nous ne sortmes que fort tard de cette triste position2 car je n'arrivai ,weimar qu' minuit1 si faible1 et si tourdie par cette longue course1 que tout le long de la route1 la nuit tant trs noire1 j'avais donn au page des barrires deux ducats au lieu de deux gruts#bb4 ,je ne m'aperus de mon erreur qu' la porte de l'auberge1 en payant la dernire poste1 et je renvoyai chercher mes deux derniers ducats1 qui me furent rendus4 ,j'tais en route depuis onze heures du matin sans avoir rien pris1 encore me fallut-il attendre long-temps la porte de l'auberge que l'on vnt m'ouvrir1 car on se couche de bonne heure ,weimar1 et personne n'tait sur pied4 ,lorsque enfin je me retrouvai dans une chambre1 et que je me regardai dans la glace1 je me fis peur1 tant l'ennui1 la fatigue et la faim m'avaient mise dans un tat pitoyable4 ,on m'avait donn1 la cour de ,prusse1 des lettres pour la cour de ,weimar2 mais j'tais si fatigue1 si souffrante1 et si mal dans cette auberge1 que je partis le lendemain de bonne heure4 ,gotha1 o j'allai ensuite1 je trouvai le baron de ,grimm1 que j'avais beaucoup connu ,paris2 il fut pour moi d'une grande obligeance1 en s'occupant de mes intrts d'argent sur le change du pays1 et de tout ce qui m'tait ncessaire pour mon voyage1 et je ne m'arrtai plus qu' ,francfort4 ,je descendis dans cette ville un trs bel htel garni1 qui portait le nom d'htel de ,france ou de ,paris1 je ne sais plus lequel des deux4 ,j'avais laiss ,berlin mon vieux ivrogne1 qui m'avait tant tourmente1 et quand je sortis de voiture1 un jeune ,allemand1 trs bien mis1 qui se trouvait sous la porte de l'htel1 m'offrit de me monter mon ncessaire4 ,il le porta sur la table de la premire chambre que je devais occuper1 puis1 comme naturellement je l'avais suivi1 il voulut me baiser la main1 ce que je refusai le plus poliment du monde1 tout en le remerciant de sa politesse4 ,il retourna aussitt sous la porte cochre1 et je fermai la mienne en entrant dans ma chambre2 car1 je ne sais pourquoi1 la figure de ce jeune homme me dplaisait et m'inspirait de la mfiance4 ,quelques momens aprs1 j'entendis une voiture s'arrter devant l'htel4 ,je me mets la fentre qui donnait sur la rue1 et je vois descendre la bonne madame ,divoff1 son mari et son fils1 que j'avais beaucoup connus ,ptersbourg4 ,je fus doublement satisfaite de cette rencontre1 ayant un peu peur malgr moi de mon inconnu4 ,je courus embrasser cette excellente famille1 et voil le jeune ,allemand qui arrive leur voiture pour aider les domestiques porter les paquets dans leurs chambres4 ,tant d'empressement me parut bien suspect2 mais madame ,divoff1 reconnaissante de cette obligeance1 invita le jeune homme souper avec nous4 table1 il nous raconta ses malheurs1 au sujet d'un mariage d'amour qu'il avait manqu4 ,c'tait un vrai roman1 et j'tais si fortement persuade qu'il l'inventait1 qu'il ne me toucha pas le moins du monde1 quoique la bonne madame ,divoff en et les larmes aux yeux4 ,le lendemain encore1 elle invita le conteur djeuner1 ce que je n'approuvai pas du tout4 ,nous fmes obligs de rester six jours ,francfort1 pendant lesquels je m'ennuyai beaucoup#bc2 mais le bruit cotait que ,bonaparte avait t assassin1 ce qui aurait chang tous nos plans4 ,enfin lorsque nous fmes prts partir et que l'on fit les paquets1 il manquait plusieurs couverts d'argent madame ,divoff4 ,je ne doutai pas une minute qu'ils n'eussent t pris par le jeune ,allemand1 et tout aussitt aprs mon arrive ,paris1 en effet1 je lus dans la gazette que ce jeune homme venait d'tre arrt pour vol4 ,je n'essaierai point de peindre ce qui se passa en moi lorsque je touchai cette terre de ,france que j'avais quitte depuis douze ans2 la douleur1 l'effroi1 la joie qui m'agitaient tour tour 7car il y avait de tout cela dans les mille sensations qui me bouleversaient l'ame74 ,je pleurais les amis que j'avais perdus sur l'chafaud2 mais j'allais revoir ceux qui me restaient encore4 ,cette ,france dans laquelle je rentrais avait t le thtre de crimes atroces2 mais cette ,france tait ma patrie6 ,,chapitre ,,viii4 ,j'arrive ,paris4--,concert de la rue de ,clry4--,bal chez madame ,regnault de ,saint-,jean-d',angely4--,madame ,bonaparte4--,vien4--,grard4--,madame ,rcamier4--,madame ,tallien4--,ducis4--,mes soires4--,je pars pour ,londres4 mon arrive ,paris dans notre maison de la rue du ,gros-,chenet1 ,m4 ,lebrun1 mon frre1 ma belle-soeur et sa fille1 vinrent me recevoir ma descente de voiture1 pleurant tous de joie de me revoir1 et j'tais moi-mme bien attendrie4 ,je trouvai l'escalier rempli de fleurs1 et mon appartement parfaitement arrang4 ,la tenture et les rideaux de ma chambre coucher taient en casimir vert1 les rideaux bords d'une broderie en soie flote couleur d'or2 ,m4 ,lebrun avait fait surmonter le lit d'une couronne d'toiles d'or2 tous les meubles taient commodes et de bon got1 enfin je me trouvais fort bien installe4 ,quoique ,m4 ,lebrun m'ait certes fait payer tout cela bien cher1 je n'en fus pas moins sensible aux soins qu'il avait pris pour me rendre mon habitation agrable4 ,la maison de la rue du ,gros-,chenet tait spare par un jardin d'une maison qui donnait sur la rue de ,clry1 et qui appartenait aussi ,m4 ,lebrun4 ,il y avait dans cette dernire une salle immense#bd1 o se donnaient de trs beaux concerts4 ,on m'y conduisit le soir mme de mon arrive1 et ds que je fus entre1 tout le monde se tourna vers moi1 les spectateurs en battant des mains1 et les musiciens en frappant de leur archet sur leur violon4 ,je fus tellement sensible un accueil si flatteur1 que je fondis en larmes4 ,je me souviens que madame ,tallien tait ce concert1 clatante de beaut4 ,la premire visite que je reus le lendemain mon lever1 fut celle de ,greuze1 que je ne trouvai pas chang4 ,on et dit qu'il ne s'tait point dcoiff3 ses boucles de cheveux flottaient encore de chaque ct de sa tte comme mon dpart4 ,je fus touche de son empressement1 et bien contente de le revoir4 ,aprs ,greuze arriva ma bonne amie1 madame de ,bonneuil1 aussi jolie que par le pass2 car la conservation de cette charmante femme a tenu du prodige4 ,elle me dit que sa fille1 madame ,regnault de ,saint-,jean-d',angely1 donnait un bal le lendemain1 et qu'il fallait absolument que j'y vinsse4 ,mais1 lui dis-je1 je n'ai point de robe pare4 ,alors je lui montrai cette fameuse pice de mousseline des ,indes brode1 qui avait fait tant de chemin avec moi1 et qui1 comme on sait1 avait couru de si grands risques depuis que madame ,dubarry me l'avait donne4 ,madame de ,bonneuil la trouva fort belle1 et l'envoya madame ,germain1 la clbre couturire1 qui me fit tout de suite une robe la mode1 qu'elle m'apporta le soir mme4 ,j'allai donc au bal de madame ,regnault1 et je trouvai l les plus belles femmes de l'poque1 en tte desquelles il faut placer madame ,regnault elle-mme1 puis madame ,visconti1 si remarquable par la beaut de sa taille et de son visage4 ,tandis que je me plaisais fixer mes regards sur toutes ces charmantes personnes1 une femme qui tait assise devant moi se retourna2 elle tait si admirable1 que je ne pus m'empcher de lui dire3 ,ah6 ,madame1 comme vous tes belle6 ,cette femme tait madame ,jouberto1 alors sans fortune1 et qui depuis a pous ,lucien ,bonaparte4 ,je vis aussi ce bal beaucoup des gnraux franais2 on me montra ,macdonald1 ,marmont et plusieurs autres2 enfin c'tait un monde tout nouveau pour moi4 ,peu de jours aprs mon arrive1 madame ,bonaparte vint me voir un matin2 elle me rappela les bals o nous nous tions trouves ensemble avant la rvolution1 ce que j'avais tout--fait oubli2 mais j'en fus d'autant plus sensible son souvenir4 ,elle fut trs aimable1 et m'invita aller djeuner chez le premier consul4 ,toutefois1 comme je n'y mis pas un grand empressement1 le jour de ce djeuner ne fut jamais fix4 ,je ne tardai pas recevoir la visite de mon ami ,robert1 des ,brongniart1 et celle de ,mnageot1 qui avait t directeur de ,rome4 ,ce dernier me parla1 la premire fois qu'il vint me voir2 de la rvolte des jeunes gens qui lui avait fait quitter ,rome2 il me conta aussi qu' son retour il avait vu ,bonaparte ,lodi aprs la grande victoire que venait d'y remporter ce gnral4 ,bonaparte1 en lui montrant le champ de bataille encore tout couvert de morts1 lui dit avec un grand sang-froid3 ,ce serait un beau tableau faire4 ,mnageot avait t indign de ce mot4 ,c'tait1 ajouta-t-il1 un spectacle affreux1 dchirant2 il y avait plusieurs chiens qui pleuraient auprs du cadavre de leur matre3 ces pauvres chiens me parurent bien plus humains que ,bonaparte6 ,j'tais bien vivement touche de la joie que me tmoignaient les amis et les connaissances qui chaque jour accouraient chez moi4 la vrit1 le plaisir que j'prouvais les revoir tous tait cruellement troubl par le chagrin d'apprendre beaucoup de morts que j'ignorais2 car il ne me venait pas une personne qui n'et perdu ou sa mre1 ou son mari1 ou pour le moins quelque parent4 ,il me fallut subir une autre peine plus sensible que les autres3 la biensance m'obligeait faire une visite mon vilain beau-pre2 il habitait ,neuilly une petite maison qui avait t achete par mon pre1 et o j'tais alle bien souvent dans ma premire jeunesse4 ,tout dans ce lieu me rappela ma pauvre mre1 le temps heureux que j'avais pass prs d'elle2 j'y retrouvai son panier ouvrage tel encore qu'elle l'avait laiss2 enfin cette visite fut pour moi cruellement triste1 d'autant plus que je n'tais dj que trop dispose aux larmes4 ,en allant ,neuilly je venais pour la premire fois de passer sur la place ,louis ,,xv1 o je croyais voir encore le sang de tant de nobles victimes6 mon frre1 qui tait avec moi1 se reprocha beaucoup de n'avoir pas fait prendre un autre chemin1 car ce que je souffris alors ne saurait se dcrire2 mme encore aujourd'hui il m'est impossible de passer sur cette place sans me rappeler les horreurs dont elle a t le thtre1 et je ne puis me rendre matresse de mon imagination4 ,on peut bien penser avec quel empressement je me rendis au muse du ,louvre1 qui possdait alors tant de chefs-d'oeuvre2 la premire fois j'y allai seule1 pour jouir de cette vue sans distraction3 je parcourus d'abord la galerie de tableaux1 ensuite celle des statues2 et lorsque1 enfin1 aprs tre reste plusieurs heures sur mes jambes1 je pense retourner chez moi pour dner quatre heures et demie1 les gardiens1 ignorant que je n'tais point sortie1 avaient ferm toutes les portes2 je cours droite1 gauche2 je crie2 il m'est impossible de me faire entendre et de me faire ouvrir2 je mourais de faim et de froid1 car nous tions au mois de fvrier2 je ne pouvais frapper aux fentres1 elles taient beaucoup trop leves3 ainsi je me trouvais en prison au milieu de ces belles statues que je n'tais plus du tout en disposition d'admirer2 elles me paraissaient des fantmes2 et l'ide qu'il me faudrait passer la journe et la nuit avec elles1 la frayeur et le dsespoir s'emparaient de moi2 enfin1 aprs avoir fait mille dtours1 j'aperus une petite porte contre laquelle je frappai si fort que l'on vint m'ouvrir2 je sortis prcipitamment1 ravie de reprendre ma libert et de pouvoir aller dner1 car j'avais grand besoin de manger4 ,peu de jours aprs mon arrive1 je reus de la ,comdie ,franaise la lettre suivante3 ,madame1 ,la ,comdie ,franaise me fait l'honneur de me charger de vous adresser la copie d'un arrt qu'elle vient de prendre pour rtablir votre nom sur la liste des entres son thtre2 elle vous prie d'agrer cet hommage comme une marque de son admiration pour vos rares talens1 et de la haute estime que vous lui inspirez tant de titres4 ,j'ai l'honneur1 etc4 ,,maignein1 ,secrtaire4 ,la ,comdie ,franaise ne se borna pas me donner cette marque flatteuse de son souvenir3 ,mol et ,fleury allrent trouver mon frre pour lui dire que les premiers acteurs dsiraient venir jouer une comdie chez moi1 et ,vestris le pre le prvint aussi que l',opra danserait un ballet aprs la pice4 ,tout cela1 selon leur plan1 devait avoir lieu dans ma galerie4 ,quoique sensible autant qu'on peut l'imaginer ces tmoignages de bienveillance pour moi1 ne dsirant pas tre place en vidence1 je refusai des hommages si flatteurs2 toutefois1 j'en ai conserv un souvenir d'autant plus reconnaissant qu'il semblait que ,paris voult me consoler1 mon retour1 de tant d'odieuses calomnies qui avaient prcd mon dpart4 ,la premire fois que j'allai au spectacle1 l'aspect de la salle me parut extrmement triste2 habitue comme je l'tais voir autrefois en ,france1 et depuis dans l'tranger1 tout le monde poudr1 ces ttes noires et ces hommes vtus d'habits noirs formaient un sombre coup d'oeil4 ,on aurait cru que le public tait rassembl pour suivre un convoi4 ,en gnral l'aspect de ,paris me paraissait moins gai2 les rues me semblaient si troites que j'tais tente de croire qu'on y avait bti double rang de maisons4 ,ceci tenait sans doute au souvenir rcent des rues de ,ptersbourg et de ,berlin1 qui sont pour la plupart extrmement spacieuses4 ,mais ce qui me dplaisait bien davantage1 c'tait de voir encore crit sur les murs3 libert1 fraternit ou la mort4 ,ces mots consacrs par la terreur faisaient natre de bien tristes ides sur le pass et ne vous laissaient pas sans crainte sur l'avenir4 ,on me mena voir une grande parade du premier consul sur la place du ,louvre4 ,j'tais place une fentre du ,muse1 et je me souviens que je ne voulais pas reconnatre pour ,bonaparte le petit homme si mince que l'on me montrait2 le duc de ,crillon1 qui tait ct de moi1 avait toute la peine du monde me le persuader4 ,il m'arrivait ici comme pour l'impratrice ,catherine1 de m'tre peint en imagination cet homme si clbre sous la figure d'un homme colossal4 ,peu de jours aprs mon arrive1 les frres de ,bonaparte vinrent voir mes ouvrages2 ils furent trs aimables pour moi et me dirent les choses les plus flatteuses2 ,lucien surtout regarda avec une attention toute particulire ma ,sibylle dont il fit mille loges4 ,mes premires visites furent pour mes bonnes et anciennes amies1 la marquise de ,groslier et madame de ,verdun1 que j'tais si heureuse de retrouver2 pour la comtesse d',andelau1 trs aimable femme1 qui avait infiniment de grce dans l'esprit3 je vis en mme temps chez elle ses deux filles1 madame de ,rosambo#be et madame d',orglande1 qui taient dignes de leur mre par leur esprit et par leur beaut4 ,j'allai voir aussi la comtesse de ,sgur4 ,je la trouvai seule et fort triste2 son mari n'avait pas encore de place1 et tous deux vivaient trs gns4 ,plus tard1 mon retour de ,londres1 lorsque ,bonaparte fut empereur1 il nomma le comte de ,sgur matre des crmonies#bf1 ce qui leur donna beaucoup d'aisance4 ,je me rappelle qu' cette poque1 ayant t la voir un soir vers les huit heures1 et la trouvant toute seule1 elle me dit3 ,vous ne croiriez pas que j'ai eu vingt personnes dner8 ils sont tous partis aprs le caf4 ,j'en fus en effet assez surprise2 car avant la rvolution1 la plupart des gens que l'on avait dner restaient avec vous jusqu'au soir1 ce que je trouvais beaucoup plus sociable que la mthode actuelle4 ,dans le mme temps1 madame de ,sgur m'invita une grande soire de musique1 o elle avait rassembl toutes les puissances du jour4 ,j'eus lieu d'y remarquer une autre innovation qui ne me sembla pas plus heureuse4 ,je fus tonne1 en entrant1 de voir tous les hommes d'un ct et toutes les femmes de l'autre2 on et dit des ennemis en prsence4 ,pas un homme ne venait de notre ct1 l'exception du matre de la maison1 le comte de ,sgur1 que son ancienne coutume de galanterie engageait venir adresser aux dames quelques mots flatteurs4 ,on annona madame de ,canisy1 trs belle femme1 faite comme un modle4 ,nous perdmes alors notre unique chevalier2 le comte alla se prosterner devant cette beaut1 qui1 dans ce moment1 me dit-on1 l'empereur rendait des soins1 et ne la quitta plus de la soire4 ,je me trouvais assise ct de madame de ,bassano que l'on m'avait fort vante1 et que je dsirais voir4 ,elle parut faire beaucoup d'attention au chiffre en diamans qui m'avait t donn par la reine de ,naples lorsque j'avais pris cong de cette princesse1 lequel tait en effet trs beau4 ,du reste1 me considrant l sans doute comme une intruse1 puisque je n'tais ni femme de ministre1 ni de la cour1 elle ne me dit pas une parole1 ce qui ne m'empcha point de la regarder souvent et de la trouver fort jolie4 ,le premier artiste auquel je fis visite fut ,m4 ,vien1 qui avait t anciennement nomm premier peintre du roi1 et que ,bonaparte venait de faire snateur4 ,je fus infiniment flatte de l'aimable accueil qu'il voulut bien me faire1 et de l'extrme bont qu'il me tmoigna4 ,il avait alors quatre vingt-deux ans1 et pourtant il me montra deux esquisses composes dans le genre des bacchanales antiques1 qu'il venait de peindre4 ,elles taient charmantes4 ,j'en fus surprise et charme au point qu'il y a trente-cinq ans que je les ai vues1 et que je me les rappelle parfaitement4 ,on peut regarder ,m4 ,vien comme le chef d'une restauration de l'cole franaise4 ,c'est lui qui1 le premier1 rendit du style et de l'exactitude aux costumes grecs et romains4 ,david et ses lves1 ,grard1 ,gros1 ,girodet1 sous ce rapport1 sont certainement renomms avec raison4 ,mais il est juste de dire que ,m4 ,vien avait donn l'exemple de ce perfectionnement dans ses sujets historiques4 ,aprs cette visite1 j'allai chez ,m4 ,grard1 dj si clbre par ses tableaux de ,blisaire et de ,psych4 ,j'avais le plus grand dsir de connatre ce grand artiste que l'on disait se distinguer par son esprit autant que par son rare talent4 ,je le trouvai en tout digne de sa renomme1 et je l'ai toujours compt depuis au nombre des personnes dont j'aime me rapprocher4 ,il venait alors de terminer le beau portrait de madame ,bonaparte tendue sur un canap1 qui devait ajouter encore sa rputation dans ce genre4 ,le portrait de madame ,bonaparte me donna le dsir de voir aussi celui que ,grard avait fait de madame ,rcamier2 alors j'allai chez cette belle personne1 charme d'une circonstance qui me procurait le plaisir de la voir et de faire connaissance avec elle4 ,trs peu de jours aprs1 elle m'invita un grand bal1 o je me rendis avec la princesse ,dolgorouki1 que j'avais la joie de possder ,paris4 ,ce bal tait charmant1 beaucoup de monde sans confusion1 un grand nombre de jolies femmes1 un fort bel htel1 rien n'y manquait4 ,comme la paix d',amiens venait de se faire1 on retrouvait dans cette runion je ne sais quel air de tenue et de magnificence que la jeune gnration n'avait pu connatre jusqu'alors4 ,c'tait pour la premire fois que les hommes et les femmes de vingt ans voyaient ,paris des livres dans les antichambres1 dans les salons des ambassadeurs2 des trangers de marque1 richement vtus1 tous dcors d'ordres brillans3 et1 quoi qu'on puisse dire1 ce luxe convient mieux pour un bal que les carmagnoles et les pantalons4 ,une femme rivalisait alors ,paris avec madame ,rcamier sous le rapport de la beaut4 ,c'tait madame ,tallien4 ,robert1 qui la connaissait beaucoup1 me mena chez elle2 et j'avoue que je cherchai vainement un dfaut dans l'ensemble de cette charmante personne4 ,elle tait la fois belle et jolie2 car la rgularit de ses traits ne lui enlevait point ce qu'on appelle la physionomie4 ,son sourire1 son regard1 avaient quelque chose de ravissant1 et sa taille1 ses bras1 ses paules1 taient admirables4 ,madame ,tallien joignait sa beaut un coeur excellent2 on sait que dans la rvolution une foule de victimes1 dvoues la mort1 avaient d leur salut l'empire qu'elle exerait sur ,tallien1 les infortuns la nommaient alors notre dame de bon secours4 ,elle me reut avec une grce parfaite4 ,plus tard1 lorsqu'elle eut pous le prince de ,chimay1 elle habitait au bout de la rue de ,babylone un trs bel htel o son mari et elle s'amusaient jouer la comdie4 ,tous deux la jouaient fort bien2 elle m'invita l'un de ces spectacles et vint plusieurs fois mes soires4 ,je ne tardai pas former ,paris quelques nouvelles liaisons1 dont le temps a fait des amitis4 ,j'avais le bonheur d'tre fort proche voisine de la marquise d',hautpoult1 que son caractre1 sa bont1 son esprit1 me firent aimer promptement1 et qui est reste une de mes meilleures amies4 ,je fis aussi connaissance1 dans ce temps1 avec madame de ,bawr1 qui venait d'pouser un officier russe1 fils du clbre gnral de ce nom4 ,elle tait fort jeune alors1 et ne s'tait pas encore distingue dans les lettres comme elle l'a fait depuis1 quand elle eut perdu et son mari et sa fortune2 mais alors comme aujourd'hui1 elle joignait son esprit et ses talens cette modestie si vraie1 si relle1 et surtout cette bont d'ame qui me la font chrir4 ,j'eus de mme le bonheur1 cette poque1 de connatre ,ducis dont le beau caractre galait le rare talent4 ,le naturel1 l'extrme simplicit de toutes ses manires contrastaient si bien avec la brillante imagination dont le ciel l'avait dou1 que je n'ai jamais vu d'homme plus attachant que cet excellent ,ducis4 ,ses amis n'avaient d'autre regret que celui de ne pouvoir le fixer ,paris2 mais il n'aimait point la ville1 et pour que tout ft semblable dans sa faon d'tre1 il fallait des bergers1 des prairies1 l'auteur d',oedipe et d',otello4 ,la vie solitaire qu'il se plaisait mener fut pour moi la cause d'une surprise1 ou plutt d'une peur que je n'ai jamais oublie4 mon retour de ,londres1 j'allai le voir ,versailles o j'avais appris qu'il s'tait retir4 ,c'tait le soir2 arrive sa porte1 je frappe1 et madame ,peyre1 la veuve de l'architecte1 que je croyais morte depuis long-temps1 vient m'ouvrir1 tenant une chandelle la main4 ,je fis un cri d'effroi2 je la regardais d'un air effar1 sans pouvoir reprendre mes esprits1 tandis qu'elle me racontait comment1 depuis peu1 elle avait pous ,ducis4 ,je finis pourtant par comprendre et par me rassurer4 ,elle me conduisit prs de son mari que je trouvai seul dans une petite chambre au dernier tage de la maison1 entour de livres et de manuscrits4 ,rien de cette habitation ne me parut ni bien champtre1 ni bien agrable2 mais l'imagination de ,ducis faisait de ce grenier1 qu'il appelait son belvder1 un lieu de dlices4 ,je retrouvais avec grand plaisir madame ,campan4 ,elle jouait alors un assez grand rle dans la famille qui devait bientt devenir famille rgnante4 ,elle m'invita dner un jour ,saint-,germain o elle avait tabli son pensionnat4 ,je me trouvai table avec madame ,murat1 soeur de ,napolon2 mais nous tions places de manire que je ne pus voir que son profil1 attendu qu'elle ne tourna pas la tte de mon ct4 ,je jugeai pourtant sur ce seul aperu qu'elle tait jolie4 ,le soir les jeunes pensionnaires nous donnrent une reprsentation d',esther o mademoiselle ,augu1 qui pousa depuis le marchal ,ney1 joua fort bien le premier rle4 ,bonaparte assistait ce spectacle4 ,il tait assis sur la premire banquette2 je me mis sur la seconde1 dans un coin1 mais trs peu de distance de lui1 afin de pouvoir l'examiner mon aise4 ,quoique je fusse place dans l'obscurit1 madame ,campan vint me dire dans l'entr'acte qu'il m'avait devine4 ,j'avais remarqu avec plaisir dans la chambre de madame ,campan un buste de ,marie-,antoinette4 ,je lui savais gr de ce souvenir1 et elle me dit que ,bonaparte l'approuvait1 ce que je trouvai bien de la part de celui-ci4 ,il est vrai de dire qu' cette poque il semblait ne devoir rien redouter ni du pass ni de l'avenir4 ,ses victoires excitaient l'enthousiasme des ,franais1 et mme celui des trangers4 ,il avait surtout beaucoup d'admirateurs parmi les ,anglais1 et je me souviens qu'un jour que j'allai dner chez la duchesse de ,gordon1 elle me montra le portrait de ,bonaparte en me disant3 ,voil mon zro4 ,comme elle parlait fort mal le franais1 je compris ce qu'elle voulait dire1 et nous rmes beaucoup toutes deux quand je lui expliquai ce que c'tait qu'un zro4 ,le grand nombre d'trangers de ma connaissance qui se trouvaient alors ,paris1 et le dsir de me distraire d'une mlancolie que je ne pouvais parvenir vaincre1 m'engagrent donner des soires4 ,la princesse ,dolgorouki dsirait vivement connatre l'abb ,delille que j'invitai venir souper chez moi avec beaucoup d'autres personnes qui taient dignes de l'entendre4 ,quoique ce charmant pote ft devenu aveugle1 il n'en avait pas moins conserv l'aimable gaiet de son caractre4 ,il nous rcita ses beaux vers dont nous fmes tous enchants4 ,aprs ce souper1 j'en donnai plusieurs autres4 ,je runis l'un d'eux tous les principaux artistes de cette poque1 et nous soupmes gaiement1 comme avant la rvolution4 ,au dessert1 chacun fut contraint de chanter une chanson4 ,grard choisit l'air de ,marlboroug2 mais1 vrai dire1 son chant n'tait point aussi parfait que sa peinture1 car il avait la voix fausse2 et nous en rmes beaucoup4 ,une autre fois j'arrangeai un souper1 o se trouvaient tous les grands personnages de ce temps1 et les ambassadeurs au nombre desquels tait ,m4 de ,metternich4 ,puis je donnai un bal o dansrent madame ,hamelin1 ,m4 de ,trnis et plusieurs autres danseurs renomms2 car alors la mode tait venue de danser dans la socit aussi bien que l'on danse l',opra4 ,madame ,hamelin tait regarde comme la meilleure danseuse des salons de ,paris4 ,il est certain qu'elle avait une grce et une lgret admirables4 ,je me rappelle qu' ce bal madame ,dimidoff dansa ce qu'on appelait la valse russe d'une manire si ravissante1 que l'on montait sur les banquettes pour la voir4 ,comme j'avais dans la maison de la rue du ,gros-,chenet une fort belle galerie1 j'imaginai de faire dresser un thtre pour qu'on y jout la comdie4 ,tout ce qu'il y avait alors de personnes marquantes taient au nombre des spectateurs4 ,le spectacle se composait d'une comdie de mon frre1 intitule l',entrevue1 et de ,crispin rival de son matre4 ,mon frre1 ma belle-soeur1 ,m4 de ,rivire et madame de ,bawr1 qui fut charmante dans la soubrette1 jourent la premire pice4 ,crispin rival de son matre1 7quoiqu'il nous manqut le comte de ,langeron si plaisant dans ,labranche71 fit le plus grand plaisir1 au point que ,mol1 ,fleury et mademoiselle ,contat1 qui taient prsens1 furent tout--fait surpris de la manire dont on joua les deux pices4 ,je m'empressais par ces runions de rendre aux ,russes et aux ,allemands qui se trouvaient ,paris quelques-uns des plaisirs qu'ils m'avaient procurs dans leur pays4 ,avec tant de grces et de bienveillance1 je passais ma vie avec eux4 ,je voyais surtout presque tous les jours la princesse ,dolgorouki1 qui avait t si parfaite pour moi ,ptersbourg4 ,le sjour de ,paris lui plaisait assez1 et elle tait parvenue promptement se former une socit des plus aimables gens de nos salons4 ,ceci me rappelle que je retrouvai chez elle un soir le vicomte de ,sgur que j'avais beaucoup vu avant la rvolution4 ,il tait alors jeune1 lgant1 faisant mille conqutes par le charme de sa physionomie4 ,je le revoyais chez la princesse la figure teinte1 ride1 coiff d'une perruque boucles1 symtrique de chaque ct1 qui laissait le front sans cheveux4 ,douze annes de plus et cette perruque le vieillissaient tellement que je ne le reconnus qu' sa voix4 ,hlas6 me dis-je tout bas1 ce que c'est que de nous6 ,la princesse ,dolgorouki vint me voir le jour qu'elle avait t prsente ,bonaparte4 ,je lui demandai comment elle avait trouv la cour du premier consul3 ,ce n'est point une cour1 me rpondit-elle1 mais une puissance4 ,la chose en effet dut lui paratre ainsi1 tant accoutume la cour de ,ptersbourg qui est si nombreuse et si brillante1 tandis qu'elle trouva aux ,tuileries fort peu de femmes1 mais un nombre prodigieux de militaires de tous grades4 ,au milieu des distractions que m'offrait le sjour de ,paris1 je n'en tais pas moins poursuivie par une foule d'ides noires1 qui venaient m'accabler mme au sein des plaisirs4 ,je finis par prouver un besoin ardent de vivre seule1 en sorte que j'allai m'tablir ,meudon1 dans un endroit qu'on appelait la ,capucinire et qui avait t habit par des religieux4 ,la petite maison que je louai1 btie pour servir de retraite l'un des suprieurs1 avait tout--fait l'air d'une ,thbade4 ,elle tait place au milieu des bois1 et son aspect agreste et solitaire aurait pu me faire croire que j'tais mille lieues de ,paris4 ,cela me convenait merveille2 car ma mlancolie tait si grande1 que je ne pouvais voir personne2 lorsque j'entendais une voiture1 je m'enfuyais dans les bois de ,meudon4 ,la premire visite que je reus l1 ce fut celle de la duchesse de ,fleury et de mesdames de ,bellegarde qui habitaient ensemble une maison dans les environs4 ,elles m'invitrent venir les voir1 et toutes trois taient si aimables1 que ce voisinage me charma au point de me rconcilier avec l'humanit et de dissiper ma mlancolie4 ,toutefois1 lorsque l'automne vint1 je retournai ,paris o je retrouvai toutes mes ides tristes4 ,pour mettre fin un tat d'esprit aussi pnible1 je me dcidai faire un voyage4 ,plusieurs fois1 pendant que j'tais ,rome1 on avait mis dans les journaux que j'tais ,londres1 pour faire croire que j'avais suivi ,m4 de ,calonne2 mais le fait est que je n'avais jamais vu cette ville1 et je rsolus de m'y rendre4 ,,chapitre ,,ix4 ,londres4--,les routs4--,west4--,reynolds4--,madame ,siddons4--,madame ,billington4--,madame ,grassini4--,la duchesse de ,devonshire4--,sir ,francis ,burdett4 ,je partis pour ,londres le #ae avril #ahjb4 ,je ne savais pas un mot d'anglais4 la vrit j'emmenais avec moi une femme de chambre anglaise2 mais cette fille m'avait dj assez mal servie jusqu'alors1 et je fus oblige de la renvoyer fort peu de temps aprs mon arrive ,londres1 vu qu'elle ne faisait autre chose toute la journe que manger des tartines de beurre4 ,heureusement j'emmenais aussi avec moi une personne charmante1 qui la mauvaise fortune rendait prcieux l'asile qu'elle avait trouv chez moi1 o elle vivait sur le pied d'amie4 ,c'tait ma bonne ,adlade1 dont les soins et les conseils m'ont toujours t si utiles4 ,en dbarquant ,douvres1 je fus d'abord un peu effraye la vue de toute une population assemble sur le rivage2 mais on me rassura en me disant que cette foule tait compose simplement de curieux1 qui1 selon la coutume1 venaient voir dbarquer les voyageurs4 ,le soleil commenait se coucher4 ,je pris aussitt une chaise attele de trois chevaux1 et je partis sans retard2 car je n'tais pas sans inquitude1 attendu que l'on m'avait assure que je pourrais bien rencontrer des voleurs sur la route4 ,j'avais pris la prcaution de placer mes diamans dans mes bas1 et je m'en sus bon gr1 lorsque j'aperus de loin deux hommes cheval qui accouraient vers moi au galop4 ,ce qui mit le comble ma frayeur fut de les voir se sparer afin de pouvoir1 comme je l'imaginais1 se placer aux deux portires de ma voiture4 ,j'avoue que je fus saisie d'un affreux tremblement2 mais j'en fus quitte pour la peur4 ,arrive ,londres1 je descendis l'htel ,brunet1 dans ,leicester-,square4 ,j'tais extrmement fatigue et j'avais un grand besoin de sommeil2 toutefois il me fut impossible de dormir2 tant que la nuit dura1 j'entendis parler et marcher grands pas sur ma tte4 ,la cause de ce bruit1 qui tait insupportable1 me fut explique le lendemain3 je rencontrai dans l'escalier ,m4 de ,parceval ,grand-,maison1 que j'avais beaucoup connu ,paris1 et que j'tais charme de voir4 ,lorsqu'il m'eut dit qu'il logeait au-dessus de moi1 je le priai de ne plus se promener toute la nuit1 et de ne pas choisir cette heure pour rciter ses vers1 attendu qu'il avait la voix si forte et si sonore qu'elle arrivait jusqu' ma chambre4 ,il me le promit1 et depuis ce jour me laissa reposer tranquillement4 ,comme mon intention n'tait pas de rester dans l'htel que j'habitais1 je profitai de l'obligeance d'un de mes compatriotes1 nomm ,charmilly1 qui vint me voir1 mais que je ne connaissais pas1 pour aller chercher un logement4 ,j'en pris un dans ,beck-,street1 et ceci me rappelle qu' mon arrive ,londres1 l'ignorance o j'tais de la langue anglaise me fit tomber dans une mprise assez plaisante4 ,accoutume que j'tais lire rue de ,richelieu1 rue de ,clry1 etc41 le mot street#bg1 crit le dernier1 me semblait le nom de la rue1 et je disais mon domestique3 ,en voici une qui ne finit pas4 ,ce logement que je venais de prendre dans ,beck-,street1 prsentait tant d'inconvniens pour moi1 qu'il me fut impossible d'y rester long-temps4 ,d'abord1 sur le derrire de la maison1 je touchais au logis de la garde royale1 et tous les matins1 de trois quatre heures1 j'entendais sonner une trompette si forte et si fausse qu'elle aurait pu servir pour le jugement dernier4 ce bruit se joignait celui des chevaux de cette garde1 dont les curies se trouvaient sous mes fentres1 et qui m'empchait de dormir toute la nuit4 ,le jour1 j'avais le bruit des enfans d'une voisine que j'entendais continuellement monter ou descendre les escaliers4 ,ces enfans taient fort nombreux1 au point que leur mre1 ayant appris que l'on venait voir mes tableaux1 arriva un jour chez moi avec toute sa famille1 et me fit l'effet de madame ,gigogne4 ,j'aurais pu1 il est vrai1 me rfugier dans une chambre situe beaucoup plus heureusement2 mais j'avais trop de rpugnance l'habiter1 sachant qu'il venait d'y mourir une dame2 les armes de la dfunte taient encore au-dessus de la porte de la rue2 mais je ne connaissais pas cet usage1 autrement je n'aurais jamais lou cette maison4 ,je quittai donc ,beck-,street4 ,j'allai m'tablir dans un bel htel ,portmann-,square4 ,cette place trs grande me faisait esprer de la tranquillit4 ,avant de louer1 j'avais regard les derrires de la maison1 qui me promettaient le plus grand calme4 ,je couchais de ce ct pour tre plus tranquille4 ,mais voil que le lendemain1 la pointe du jour1 j'entends des cris qui me peraient les oreilles4 ,je me lve1 j'avance la tte la fentre1 et j'aperois celle qui m'tait la plus voisine1 un oiseau norme comme jamais on n'en a vu4 ,il tait attach sur un grand bton4 ,son regard tait furieux1 son bec et sa queue d'une longueur monstrueuse2 enfin je puis affirmer1 sans aucune exagration1 qu'un gros aigle prs de lui aurait eu l'air d'un petit serin4 ,d'aprs ce qu'on me dit1 il parat que cette horrible bte venait des grandes ,indes4 ,mais quel que ft le lieu de son origine1 je n'en crivis pas moins sa matresse de vouloir bien le faire mettre du ct de la rue4 ,cette dame me rpondit qu'il avait d'abord t plac ainsi1 mais que la police l'avait fait ter parce qu'il effrayait les passans4 ,ne pouvant me dbarrasser de l'oiseau1 j'aurais peut-tre endur ce tourment2 mais l'htel avait t habit avant moi par des ambassadeurs indiens1 et l'on vint me dire que ces diplomates avaient fait enterrer deux de leurs esclaves dans ma cave o ils taient encore4 ,c'tait trop la fois de ces cadavres et de l'oiseau2 je quittai ,portmann-,square1 et j'allai m'tablir ,madox-,street1 dans un logement o l'humidit tait affreuse1 ce qui ne m'empcha pas d'y rester1 tant j'tais lasse de dmnagemens4 ,si grande et si belle que soit la ville de ,londres1 elle offre moins de pture la curiosit d'un artiste que ,paris et les villes d',italie4 ,ce n'est pas qu'on ne trouve en ,angleterre un grand nombre d'objets d'arts prcieux1 mais la plupart sont possds par de riches particuliers qui en font l'ornement de leur chteau la campagne et en province4 l'poque dont je parle1 ,londres ne possdait point de muse de peinture4 ,celui qui existe maintenant tant le fruit de legs et de prsens faits la nation depuis peu d'annes4 dfaut de tableaux j'allai voir des monumens4 ,je retournai plusieurs fois l'abbaye de ,westminster1 o les tombeaux des rois et des reines sont superbes4 ,comme ils appartiennent tous les sicles1 ils offrent un grand intrt aux artistes et aux amateurs4 ,j'admirai1 entre autres1 celui de ,marie-,stuart1 dans lequel les restes de cette malheureuse reine furent dposs par son fils1 ,jacques ,ier4 ,je m'arrtai souvent et long-temps dans la partie de l'glise consacre la spulture des grands potes1 ,milton1 ,shakspeare1 ,pope1 ,chatterton4 ,on sait que ce dernier1 mourant de misre1 s'empoisonna1 et je pensais que l'argent employ lui rendre cet honneur posthume aurait suffi1 de son vivant1 pour lui procurer une douce existence4 ,l'glise de ,saint-,paul est aussi fort belle4 ,c'est une imitation de la coupole de ,saint-,pierre de ,rome4 ,je vis1 la ,tour de ,londres1 une collection trs curieuse d'armures de diffrens sicles4 ,il s'y trouve aussi une suite de figures de rois cheval1 parmi lesquels on remarque ,elisabeth1 monte sur son coursier1 et prte passer la revue de ses troupes4 ,le muse de ,londres possde une collection de minraux1 d'oiseaux1 d'armes et d'ustensiles de sauvages de la mer du ,sud1 que l'on doit au clbre capitaine ,cook4 ,les rues de ,londres sont belles et propres4 ,de larges trottoirs les rendent trs commodes pour les pitons1 aussi est-on surpris de s'y trouver parfois tmoin de scnes que la civilisation semblerait devoir proscrire3 il n'est pas rare d'y voir des boxeurs se battre et se blesser jusqu'au sang4 ,loin que cette vue paraisse rpugner ceux qui les entourent1 on leur donne un verre de genivre pour les stimuler4 ,c'est vraiment un spectacle affreux3 on se croirait un temps de barbarie et d'extermination4 ,les dimanches ,londres sont aussi tristes que le climat4 ,aucune boutique n'est ouverte1 point de spectacles1 de bals1 de concerts4 ,un silence gnral rgne partout2 et comme ce jour-l1 nul ne peut travailler1 pas mme faire de la musique1 sans courir le risque de voir ses vitres casses par le peuple1 on n'a d'autre ressource1 pour passer son temps1 que les promenades1 qui sont alors trs frquentes4 ,les grands plaisirs de la ville sont des rassemblemens de bonne compagnie que l'on appelle des routs4 ,deux ou trois cents personnes se promnent dans les salons en long et en large1 les femmes se donnant le bras entre elles2 car les hommes se tiennent presque toujours part4 ,dans cette foule on est press1 heurt continuellement1 au point que cela devient une grande fatigue1 et pourtant rien pour s'asseoir4 l'un de ces routs1 o je me trouvais1 un ,anglais que j'avais connu en ,italie m'aperut2 il vint moi1 et me dit1 au milieu du profond silence qui rgne toujours dans ces assembles3 ,n'est-ce pas que ces runions sont amusantes8--,vous vous amusez comme nous nous ennuierions1 lui rpondis-je4 ,je ne voyais pas1 en effet1 quel plaisir on pouvait trouver s'touffer ainsi dans une foule qui est telle qu'on ne peut approcher la matresse de la maison4 ,les promenades ,londres ne sont pas plus gaies1 les femmes se promnent ensemble d'un ct1 toutes vtues de blanc2 leur silence1 leur calme parfait1 ferait croire que ce sont des ombres qui marchent2 les hommes se tiennent1 spars d'elles et gardent le mme srieux4 ,j'ai quelquefois rencontr des tte--tte 7la femme donnant le bras l'homme72 quand il m'arrivait de marcher quelque temps prs de ces deux personnes1 je m'amusais voir si elles se diraient un mot3 je n'en ai jamais vues rompre le silence4 ,le premier artiste qui j'allai faire visite ,londres fut ,m4 ,west1 peintre d'histoire trs renomm2 je vis chez lui plusieurs ouvrages qu'il n'avait pas encore termins1 mais dont la composition me parut fort belle4 ,j'allai de mme chez les principaux artistes1 et je fus extrmement surprise de voir chez tous1 dans une grande salle1 une quantit de portraits dont la tte seule tait finie4 ,je leur demandai pourquoi ils mettaient ainsi ces portraits en exhibition avant qu'ils fussent termins2 tous me rpondirent que les personnes qui avaient pos se contentaient d'tre vues et nommes2 que d'ailleurs1 l'bauche faite1 on payait d'avance la moiti du prix1 en sorte que le peintre tait satisfait4 ,je vis ,londres beaucoup de tableaux du fameux ,reynolds2 ils sont d'une excellente couleur qui rappelle celle du ,titien1 mais en gnral peu finis1 l'exception des ttes2 j'admirai de lui cependant un ,samuel enfant1 qui m'a charme sous le rapport du fini comme sous le rapport de la couleur4 ,reynolds tait aussi modeste qu'habile3 quand mon portrait de ,m4 de ,calonne arriva la douane1 en ayant t prvenu1 il alla le voir1 et voici ce que j'ai su par des personnes qui l'ont entendu4 ,lorsque la caisse fut ouverte1 il regarda long-temps le tableau et en fit l'loge1 sur quoi un gobe-mouche qui rptait les sots propos de la calomnie1 se mit dire3 ,ce portrait doit tre beau1 car il a t pay madame ,lebrun quatre-vingt mille francs4--,eh bien1 rpondit ,reynolds1 on m'en donnerait cent mille1 que je ne pourrais le faire aussi bien4 ,le climat de ,londres le dsesprait1 tant il est dfavorable pour scher la peinture1 et il avait imagin de mler de la cire ses couleurs1 ce qui les ternissait2 effectivement l'humidit tait telle ,londres que1 pour faire scher les portraits que j'y faisais1 je prenais le parti de laisser constamment du feu dans mon atelier jusqu'au moment de me coucher2 je plaais mes tableaux certaine distance de la chemine1 et trs souvent je quittais les routs1 afin d'aller voir s'il fallait les rapprocher ou les loigner du feu4 ,cette sujtion tait indispensable4 ,je suis alle ,londres dans l'atelier d'un fameux sculpteur2 son nom ne me revient plus1 quoique je me rappelle fort bien avoir vu chez lui un groupe1 de grandeur naturelle1 trs intressant3 il reprsentait une femme mourante dans son lit1 sitt aprs tre accouche2 elle tenait une de ses mains pose sur son enfant qui tait prs d'elle1 tandis qu'au pied de son lit1 place entre les rideaux1 la ,religion lui montrait le ciel4 ,ce groupe tait fort beau et rempli d'intrt4 ,lorsque en ,angleterre on va chez un peintre voir ses tableaux1 il est d'usage que l'on paie une certaine somme avant d'entrer dans l'atelier1 et d'ordinaire c'est le peintre qui touche en dfinitive l'argent que les trangers donnent ses domestiques2 quoique je fusse instruite de cette coutume1 je ne voulus pas y participer3 mon domestique seul en profita2 ce garon me confiait ses conomies1 et je finis par avoir lui dans mon secrtaire soixante guines qu'il avait reues des personnes qui sont venues voir mes tableaux2 le clbre ,fox entre autres y vint plusieurs fois et paya chaque fois le prix d'usage2 j'eus beaucoup de regret de ne m'tre jamais trouve chez moi pour le recevoir1 car j'avais le plus grand dsir de voir ce grand politique4 ,je fus plus heureuse avec madame ,siddons dont je ne perdis point la visite2 j'avais vu cette clbre actrice pour la premire fois dans le ,joueur1 et je pus lui exprimer avec quel bonheur je l'avais applaudie4 ,je ne crois pas qu'il soit possible de possder1 pour le thtre1 plus de talent que n'en avait madame ,siddons2 tous les ,anglais taient d'accord pour louer le naturel et la perfection de sa manire de dire2 le son de sa voix tait enchanteur2 celui de mademoiselle ,mars me l'a seul rappel1 et 7ce qui constitue1 selon moi1 la grande comdienne7 son silence mme tait admirable d'expression4 ,heureusement ce ne fut pas le jour o je reus madame ,siddons qu'il m'arriva d'avoir une de ces distractions auxquelles je suis assez sujette et qui peuvent prter rire2 voici le fait3 je ne recevais que le dimanche matin les personnes qui dsiraient voir mes tableaux2 les autres jours j'tais constamment peindre dans mon atelier1 en toilette fort peu soigne2 mais deux dames anglaises1 qui partaient dans la semaine1 m'ayant beaucoup presse de les recevoir avant leur dpart1 je leur fixai le jeudi2 ce jour arriv1 en les attendant1 je me mis peindre2 ma bonne ,adlade1 qui me connaissait bien1 sachant que j'attendais des femmes dont la toilette tait fort recherche1 entre1 et me dit qu'il ne fallait point qu'on me trouvt dans ma robe de peinture1 tache par les couleurs1 et mon bonnet de nuit sur la tte4 ,j'en convins4 ,en consquence1 je mis sous mon sarrau une charmante robe blanche1 et ma bonne ,adlade fit apporter prs de moi ma jolie perruque coiffe l'antique comme on les portait alors1 me recommandant bien1 sitt que j'entendrais frapper la porte de la rue1 d'ter mon bonnet1 mon sarrau1 et de mettre ma perruque4 ,toute occupe de mon travail je n'entends point frapper2 mais j'entends ces dames qui montaient l'escalier2 vite je prends ma perruque1 je m'en coiffe par dessus mon bonnet de nuit2 et j'oublie tout--fait d'ter ma robe de peinture4 ,je vis bien que ces ,anglaises me regardaient d'une manire trange1 sans que je pusse imaginer pourquoi2 enfin1 aprs leur dpart1 ,adlade revint1 et me voyant ainsi1 me dit d'un ton grondeur3 ,voyez1 regardez-vous dans la glace2 je m'aperus alors que la dentelle de mon bonnet passait sous ma perruque1 et que j'avais gard ma blouse2 ,adlade tait furieuse et elle avait raison1 car ces dames ont d me prendre pour une folle1 au point que je ne serais pas fche que cet article leur tombt sous les yeux4 ,quoique mon appartement dans ,madox-,street et l'inconvnient d'tre humide1 il tait beau et trs convenable pour recevoir1 en sorte que j'y donnai plusieurs grandes soires1 une entre autres fort brillante1 o les deux premires cantatrices de l',opra de ,londres1 madame ,billington et la belle madame ,grassini1 chantrent ensemble deux duos avec une rare perfection2 ,viotti joua du violon1 et son talent si noble et si beau ravit tout le monde2 aussi le prince de ,galles#bh qui assistait ce concert me dit-il gracieusement3 ,je voltige dans toutes les soires1 mais ici1 je reste4 ,je prsentai madame ,grassini toutes les grandes dames que j'avais invites2 car on la recherchait beaucoup ,londres1 ce qui tait bien naturel1 attendu qu'elle joignait sa beaut et son talent si remarquables une extrme amabilit2 sa voix tait une de ces voix basses1 appeles contralto1 qui sont fort rares et fort estimes en ,italie1 tandis que madame ,billington avait un soprano2 mais toutes deux se plaisaient quelquefois empiter sur le domaine de sa rivale1 ce qui1 selon moi1 n'tait avantageux ni l'une ni l'autre4 ,je me souviens qu'un jour j'tais la reprsentation d'un opra dans lequel madame ,grassini et madame ,billington chantaient ensemble1 et la premire venait de donner quelques notes fort leves1 lorsque le directeur vint dans ma loge et me dit d'un air furieux3 ,vous voyez ce qui vient d'arriver2 eh bien6 quand je vais le matin chez ces dames1 je trouve madame ,billington qui rpte ses rles dans le bas1 et madame ,grassini dans le haut2 voil ce qui me dsespre4 ,les concerts taient fort la mode ,londres1 et je les prfrais de beaucoup aux simples routs1 quoique ceux-ci offrent une trangre1 quand elle est bien accueillie des ,anglaises1 ce qui par bonheur m'arrivait1 l'occasion de connatre toute la haute socit4 ,les invitations ne se font point par lettre comme en ,france2 on envoie simplement une carte sur laquelle on crit3 ,je serai chez moi tel jour4 ,lady ,hertford1 qui tait une trs belle femme1 donnait de superbes routs4 ,j'y rencontrai souvent lady ,monck1 fort jolie femme1 ainsi que ses deux filles1 lord ,borington1 aimant extrmement les arts1 et dont la conversation me plaisait beaucoup1 et une foule d'autres personnes qui me composrent bientt une socit1 quoi qu'on en dise de la retenue anglaise4 ,la femme de ,londres la plus la mode cette poque tait la duchesse de ,devonshire4 ,j'avais souvent entendu parler de sa beaut et de son caractre influent en politique1 et lorsque j'allai lui faire visite1 elle me reut de la manire la plus aimable4 ,elle pouvait alors avoir quarante-cinq ans4 ,ses traits taient fort rguliers2 mais je ne fus pas frappe de sa beaut4 ,elle avait le teint trop anim1 et son malheur voulait qu'elle et un oeil dont elle ne voyait plus4 ,comme cette poque on portait les cheveux sur le front1 elle cachait cet oeil sous une masse de boucles1 ce qui ne parvenait point dissimuler une dfectuosit aussi grave4 ,la duchesse de ,devonshire tait assez grande1 d'un embonpoint qui1 l'ge qu'elle avait1 russit fort bien1 et ses manires faciles taient extrmement gracieuses4 ,je suis retourne chez elle un grand rout pour un concert public4 ,il faut savoir que les grandes dames anglaises prtent parfois leurs salons pour des runions de ce genre1 se rservant une ou deux pices1 afin de pouvoir inviter les personnes de leur connaissance4 ,je fus de ce nombre1 et dans un moment o je me trouvais assise ct de la duchesse1 elle me fit remarquer un homme plac fort loin de nous1 mais en face1 et me dit3 ,n'est-ce pas1 qu'il a l'air remarquablement spirituel et distingu8 ,il est vrai que des traits prononcs et un grand front dgarni de cheveux lui donnaient beaucoup de physionomie4 ,c'tait sir ,francis ,burdett dont elle protgeait l'lection et qui fut en effet nomm dput4 ,je n'ai pas oubli la frayeur que me causa son triomphe1 lorsque1 me trouvant dans la rue1 je vis passer en fiacre une grande quantit d'hommes du peuple1 les uns dans la voiture1 les autres sur l'impriale1 et tous criant tue-tte3 ,sir ,francis ,burdett6 sir ,francis ,burdett6 ,la plupart de ces gens taient ivres-morts2 ils jetaient des pierres dans les vitres4 ,une jeune femme1 qui tait grosse1 en fut tellement effraye qu'elle accoucha de peur1 et l'on m'a mme dit qu'elle en tait morte4 ,quant moi1 ignorant le motif d'un pareil vacarme1 j'tais saisie de terreur1 croyant qu'une rvolution commenait en ,angleterre4 ,je rentrai vite chez moi toute tremblante1 et je fus trs heureuse que le prince ,bariatinski1 qui habitait ,londres depuis long-temps1 se doutant de ma frayeur1 vnt pour me rassurer4 ,il me dit que les choses se passaient ainsi quand il s'agissait d'une lection importante1 et que ce train serait fini le lendemain4 ,le lendemain en effet le calme tait rtabli4 ,la duchesse de ,devonshire avait de mme appuy de tout son crdit l'lection de ,fox au parlement1 et elle avait russi le faire nommer dput dans un temps o cela paraissait trs difficile4 ,ne me mlant jamais de politique1 je ne concevais pas trop comment cette grande dame1 qui me semblait tre la tte du parti populaire1 tait de la socit du prince de ,galles4 ,le fait est qu'ils taient fort lis1 au point qu'elle se permettait de lui faire des leons4 ,me trouvant un soir avec tous les deux1 dans un rout1 je reprochai au prince de ,galles de m'avoir fait attendre inutilement pour une sance2 la duchesse parut trs contente de ma franchise1 disant3 ,vous avez raison1 les princes ne doivent jamais manquer leur parole4 ,j'appris en ,france1 en #ahjh1 la mort de la duchesse de ,devonshire1 qui a laiss trois enfans3 un fils1 le duc de ,devonshire actuel2 et deux filles1 dont l'une a pous lord ,granville qui est maintenant ambassadeur d',angleterre en ,france1 et l'autre1 lord ,morpot4 ,,chapitre ,x4 ,le prince de ,galles4--,je fais son portrait4--,madame ,fitz-,herbert4--,ma lettre un peintre anglais4--,m4 le comte d',artois4--,la comtesse de ,polastron4--,le duc de ,berri4 ,peu de temps aprs mon arrive ,londres1 le trait d',amiens avait t rompu1 et tous les ,franais qui ne rsidaient point en ,angleterre depuis plus d'une anne1 furent obligs de partir aussitt4 ,le prince de ,galles1 auquel je fus prsente1 m'assura que je ne devais pas tre comprise dans cet arrt1 qu'il s'y opposait1 et qu'il allait demander tout de suite au roi son pre une permission pour moi4 ,cette permission me fut accorde avec tous les dtails ncessaires1 mentionnant que je pouvais voyager dans tout l'intrieur du royaume1 sjourner o bon me semblerait1 et que de plus je devais tre protge dans les ports de mer o il me plairait de m'arrter1 faveur que les ,franais tablis en ,angleterre depuis nombre d'annes avaient peine obtenir cette poque4 ,le prince de ,galles mit le comble son obligeance en m'apportant ce papier lui-mme4 ,le prince de ,galles pouvait alors avoir quarante ans1 mais il paraissait plus g1 attendu qu'il avait dj pris trop d'embonpoint4 ,grand et bien fait1 il avait un beau visage2 tous ses traits taient nobles et rguliers4 ,il portait une perruque arrange avec beaucoup d'art1 dont les cheveux taient spars sur le devant1 comme le sont ceux de l',apollon1 ce qui lui allait merveille4 ,il se montrait trs habile dans tous les exercices du corps1 et parlait le franais trs bien1 avec la plus grande facilit4 ,il tait d'une lgance recherche1 d'une magnificence qui allait jusqu' la prodigalit2 car il eut un moment1 dit-on1 pour trois cent mille louis de dettes1 que son pre et le parlement finirent par payer4 ,comme il fut long-temps un des plus beaux hommes des trois royaumes1 il se vit l'idole des femmes4 ,sa premire matresse fut mistriss ,robenson2 puis1 quelque temps aprs1 il eut un engagement plus srieux avec mistriss ,fitz-,herbert1 veuve1 plus ge que lui1 mais d'une extrme beaut4 ,son amour fut si violent alors1 qu'on craignit un moment qu'il ne voult se marier avec cette femme1 issue d'une des premires familles catholiques d',irlande4 ,son inconstance naturelle le sauva de ce danger1 et depuis1 un grand nombre de femmes succdrent mistriss ,fitz-,herbert4 ,ce fut peu avant mon dpart que je fis le portrait du prince de ,galles4 ,je le peignis presque en pied1 et en uniforme4 ,plusieurs peintres anglais taient furieux contre moi1 quand ils surent que j'avais commenc ce portrait1 et que le prince me donnait tout le temps ncessaire pour le terminer2 car1 depuis long-temps1 ils attendaient inutilement cette faveur4 ,je sus que la reine-mre disait que son fils me faisait la cour1 et qu'il venait souvent djeuner chez moi4 ,elle rptait un mensonge2 car jamais le prince de ,galles n'est venu chez moi le matin que pour ses sances4 ,ds que ce portrait fut termin1 le prince le donna son ancienne amie1 madame ,fitz-,herbert4 ,celle-ci le fit placer dans un cadre roulant1 comme sont les grands miroirs de toilette1 afin de pouvoir le transporter dans toutes les chambres qu'elle occupait1 ce que je trouvai trs ingnieux4 ,l'humeur des peintres anglais contre moi ne se borna pas des propos4 ,un ,m4 ,m9999991 peintre de portrait1 fit paratre un ouvrage dans lequel il dnigrait avec acharnement la peinture franaise en gnral1 et la mienne en particulier4 ,on m'en traduisit diffrentes parties1 qui1 mon petit amour-propre part1 me parurent si injustes et si ridicules1 que je ne pus m'empcher de prendre la dfense des peintres clbres dont j'tais la compatriote1 et j'crivis ce ,m4 ,m999999 la lettre suivante3 ,monsieur1 ,j'apprends que dans votre ouvrage sur la peinture1 vous parlez de l'cole franaise4 ,comme1 d'aprs ce qui m'est rapport de vos observations1 je prsume que vous n'avez aucune ide de cette cole1 je crois devoir vous donner quelques renseignemens qui peuvent vous tre utiles4 ,je pense d'abord que vous n'attaquez pas les grands peintres qui ont vcu sous le rgne de ,louis ,,xiv1 tel que ,lebrun1 ,le ,sueur1 ,savonet1 etc42 et pour le portrait1 ,rigaut1 ,mignard et ,largillire4 ,pour ce qui concerne notre temps1 vous auriez le plus grand tort si vous jugiez l'cole franaise sur ce qu'elle tait il y a trente ans4 ,depuis cette poque1 elle a fait d'immenses progrs dans un genre tout contraire celui qui l'a fait dgnrer4 ,ce n'est pas cependant que l'homme qui la perdit alors ne ft point dou d'un trs grand talent4 ,boucher tait n coloriste1 il avait du got dans ses compositions1 de la grce dans le choix de ses figures2 mais tout coup1 ne travaillant plus que pour les boudoirs1 son coloris devint fade1 sa grce de la manire1 et l'impulsion une fois donne1 tous les artistes voulurent l'imiter4 ,on exagra ses dfauts1 ainsi qu'il arrive toujours2 on fit de pire en pire1 et l'art semblait teint sans retour4 ,alors il vint un homme habile1 nomm ,vien1 qui parut avec un style simple et svre4 ,il fut admir des vrais connaisseurs1 et remonta notre cole4 ,depuis1 elle a produit ,david1 le jeune peintre ,drouai1 mort ,rome l'ge de vingt-cinq ans1 alors qu'il allait peut-tre nous sembler l'ombre de ,raphal1 ,grard1 ,gros1 ,girodet1 ,gurin1 et tant d'autres que je pourrais citer4 ,il n'est pas surprenant qu'aprs avoir critiqu les ouvrages de ,david qu'videmment vous ne connaissez point1 vous me fassiez l'honneur de critiquer les miens1 que vous ne connaissez pas davantage4 ,ne sachant pas l'anglais1 je n'avais pu lire ce que vous avez crit sur ma peinture1 et lorsqu'on m'apprit1 sans me donner de dtails1 que vous m'aviez fort maltraite1 je rpondis que vous auriez beau dnigrer mes tableaux1 tout le mal que vous pourriez en dire serait infrieur celui que j'en pense4 ,je ne crois pas qu'aucun artiste se flatte d'avoir atteint la perfection2 et bien loin d'avoir cette prsomption1 pour mon compte1 il ne m'est jamais arriv d'tre tout--fait contente d'un ouvrage de moi4 ,nanmoins1 mieux instruite aujourd'hui1 et sachant que votre critique porte principalement sur un point qui me semble important1 je crois devoir la repousser dans l'intrt de l'art4 ,la patience1 seul mrite dont vous me croyez capable1 n'est malheureusement pas une vertu de mon caractre4 ,seulement1 il est vrai de dire que je quitte difficilement mes ouvrages4 ,je ne les crois jamais assez finis1 et1 dans la crainte de les laisser trop imparfaits1 ma nature me commande long-temps d'y rflchir1 et d'y retoucher encore4 ,il parat que mes dentelles vous ont choqu1 quoique je n'en fasse plus depuis quinze ans4 ,je prfre infiniment les shalls1 dont vous feriez bien de vous servir aussi1 ,monsieur4 ,croyez-moi1 les shalls sont une bonne fortune pour les peintres1 et si vous en aviez fait usage1 vous auriez acquis le bon got des draperies que vous ne possdez pas assez4 ,quant ces toffes1 ces coussins parlans1 ces velours qui se voient dans ma boutique1 mon avis est que l'on doit soigner tous ces accessoires autant que la chose est possible1 sans nuire aux ttes4 ,sur ce point1 j'ai pour autorit ,raphal1 qui n'a jamais rien nglig dans ce genre1 qui voulait que tout ft expliqu1 rendu 7termes de l'art71 jusqu'aux fleurettes des gazons4 ,je puis vous donner encore pour exemple la sculpture antique1 o l'on ne trouve pas le moindre accessoire nglig3 les draperies shalls qui caressent si bien le nu1 et dont les seuls fragmens dtachs se vendent encore aujourd'hui aux vrais amateurs1 les ornemens des cuirasses1 les brodequins1 tout cela est d'un fini parfait4 ,maintenant1 ,monsieur1 permettez-moi de vous dire que le mot boutique1 dont vous vous servez en parlant de mon atelier1 est peu digne du langage d'un artiste4 ,je fais voir mes tableaux sans que l'on soit oblig de payer ma porte4 ,j'ai mme1 pour me soustraire cet usage1 donn un jour par semaine o je reois les personnes connues1 et celles qu'il leur plat de me prsenter2 je puis donc vous faire observer que le mot boutique est impropre et que la svrit ne dispense jamais un homme de politesse4 ,j'ai l'honneur d'tre1 etc4 ,cette lettre1 que je lus quelques amis1 ne resta pas un mystre pour la socit de ,londres1 et les rieurs ne furent pas pour ,m4 ,m9999991 qui1 rancune part1 ne savait pas faire une draperie4 ,je retrouvais en ,angleterre une grande quantit de mes compatriotes1 que je connaissais depuis long-temps4 ,le comte de ,mnard1 le baron de ,roll1 le duc de ,srant1 le duc de ,rivire1 et une foule d'autres migrs franais1 que j'invitais mes soires4 ,j'eus le bonheur aussi de rencontrer ,m4 le comte d',artois4 ,je me trouvais avec lui dans une runion chez lady ,parceval1 qui recevait beaucoup d'migrs4 ,il avait pris de l'embonpoint1 et me parut vraiment trs beau4 ,peu de temps aprs1 il me fit l'honneur de venir voir mon atelier2 j'tais dehors1 et ne revins qu'au moment o il sortait de chez moi2 mais il eut la bont de rentrer pour me faire compliment du portrait du prince de ,galles dont il paraissait fort satisfait4 ,m4 le comte d',artois n'allait point dans le monde4 ,n'ayant qu'un revenu trs modique1 il faisait des conomies qu'il employait secourir les ,franais les plus malheureux1 et la bont de son coeur le portait sacrifier tous les plaisirs sa bienfaisance4 ,j'en acquis moi-mme la preuve par un fait que j'aime rapporter4 ,une jeune personne fort intressante1 nomme mademoiselle ,mrel1 qui jouait parfaitement bien de la harpe1 tait venue ,londres dans l'espoir d'y vivre de son talent4 ,elle annona un concert4 ,je m'empressai de prendre des billets et d'en placer autant qu'il m'tait possible de le faire2 mais1 en dpit de tous mes efforts1 il se trouva si peu de monde dans la salle qu'on y gelait1 au point que je fus oblige de sortir avant la fin du concert4 ,je racontai la chose au comte de ,vaudreuil1 et je ne sais par quel hasard il en parla le jour mme son prince4 ,est-elle ,franaise8 demanda ,m4 le comte d',artois4 ,sur la rponse affirmative il chargea aussitt ,m4 de ,vaudreuil de faire parvenir dix guines la jeune artiste4 ,m4 le comte d',artois ne quittait pas son ancienne amie1 la comtesse de ,polastron1 qui tait toujours souffrante et ne pouvait sortir4 ,la sollicitude du prince pour elle allait au point qu'il devinait ce dont elle avait besoin dans tous les momens1 et lui tenait lieu de garde assidue4 ,outre ses douleurs physiques1 madame de ,polastron avait eu le malheur de perdre son fils unique1 jeune homme trs intressant1 qui mourut de la fivre jaune ,gibraltar4 ,elle mourut enfin elle-mme1 et ,m4 le comte d',artois en resta inconsolable4 ,le fils de ce prince1 ,m4 le duc de ,berri1 venait me voir souvent le matin4 ,il arrivait quelquefois1 portant sous son bras de petits tableaux1 qu'il venait d'acheter trs bas prix4 ,ce qui prouve combien il se connaissait en peinture1 c'est que ces petits tableaux taient de superbes ,wouwermans2 mais il fallait un tact trs fin pour apprcier leur mrite sous la salet qui les couvrait4 ,j'ai revu depuis ces tableaux chez lui1 au palais de l'lyse ,bourbon4 ,le duc de ,berri avait aussi la passion de la musique4 ,son esprit tait juste et plein de finesse1 son caractre fort vif1 mais son coeur excellent2 je pourrai citer plus tard quelques traits1 entre mille1 de sa bont envers ses infrieurs1 bont qui l'a toujours fait chrir de tous ceux qui l'entouraient4 ,j'tais au spectacle ,londres1 quand on apprit l'assassinat du duc d',enghien4 peine cette nouvelle se fut-elle rpandue dans la salle1 que toutes les femmes qui remplissaient les loges1 tournrent le dos au thtre1 et la pice n'aurait pas fini1 si quelques instans aprs on n'tait point venu dire que la nouvelle tait fausse4 ,chacun alors reprit sa place1 et le spectacle se termina2 mais la sortie1 tout1 hlas6 nous fut confirm4 ,nous apprmes mme plusieurs dtails de ce crime atroce1 qui laissera toujours une horrible tache de sang sur la vie de ,bonaparte#bi4 ,le lendemain1 nous allmes la messe funbre qui fut clbre pour cette noble victime4 ,tous les ,franais1 nos princes compris1 et un grand nombre de dames anglaises1 y assistrent4 ,l'abb de ,bouvant pronona un sermon extrmement touchant sur le sort de l'infortun duc d',enghien4 ,ce sermon finissait par une invocation au ,tout-,puissant pour qu'une mme destine n'attendt pas nos chers princes4 ,hlas6 ce voeu n'a point t exauc1 puisque nous avons vu le duc de ,berri tomber sous le poignard d'un infame assassin4 ,je fus quelque temps aprs la mort du duc d',enghien sans revoir son malheureux pre1 le duc de ,bourbon1 et quand1 au bout d'un mois environ1 il vint chez moi1 le chagrin l'avait tellement chang qu'il me fit un mal affreux4 ,il entra sans me parler1 s'assit1 et mettant ses deux mains sur son visage1 qui tait inond de larmes3 ,non1 je ne m'en consolerai jamais6 me dit-il4 ,il me serait impossible de rendre la peine que ce peu de mots me fit prouver4 ,,chapitre ,,xi4 ,la famille ,chinnery4--,viotti4--,windsor4--,hampto ncourt4--,herschell4--,bains4--,la duchesse ,dorset4--,madame de ,vaudreuil4--,m4 le duc d',orlans4--,m4 le duc de ,montpensier4--,la margrave d',anspach4--,stowe4--,warwick4 ,quoique le bon accueil qu'on voulait bien me faire m'ait engage rester prs de trois ans ,londres1 quand je ne comptais d'abord y passer que trois mois1 le climat de cette ville me semblait fort triste4 ,il tait mme contraire ma sant1 et je saisissais toutes les occasions d'aller respirer dans les belles campagnes de l',angleterre1 o du moins je voyais le soleil4 ,trs peu de temps aprs mon arrive je dbutai par aller passer quinze jours chez madame ,chinnery ,gillwell1 o se trouvait le clbre ,viotti4 ,la maison tait de la plus grande lgance1 et l'on m'y fit une rception charmante4 ,lorsque j'arrivai1 je vis la porte d'entre orne de guirlandes de fleurs entrelaces dans les colonnes4 ,sur l'escalier1 qui tait garni de mme1 de petits ,amours en marbre1 placs de distance en distance1 portaient des vases remplis de roses2 enfin c'tait une ferie printanire4 ,sitt que je fus entre dans le salon1 deux petits anges1 le fils et la fille de madame ,chinnery1 me chantrent un morceau de musique charmant1 que cet aimable ,viotti avait compos pour moi4 ,je fus vraiment touche de cet accueil affectueux2 aussi les quinze jours que j'ai passs ,gillwell ont-ils t pour moi des jours de joie et de bonheur4 ,madame de ,chinnery tait une trs belle femme1 dont l'esprit avait beaucoup de finesse et de charme4 ,sa fille1 ge alors de quatorze ans1 tait surprenante par son talent sur le piano1 en sorte que tous les soirs cette jeune personne1 ,viotti1 et madame ,chinnery1 qui tait trs bonne musicienne1 nous donnaient des concerts charmans4 ,je me souviens que le fils de madame ,chinnery1 quoiqu'il ne ft encore qu'un enfant1 avait une vritable passion pour l'tude4 ,on ne pouvait lui faire quitter ses livres4 ,quand1 aux heures de rcration1 je lui disais3 ,allez donc jouer avec votre soeur4--,je joue1 rpondait-il1 et il continuait sa lecture4 ,aussi1 l'ge de dix-huit ans1 ce jeune homme avait-il dj acquis tant de considration qu' la restauration il fut charg de revoir tous les comptes des dpenses occasiones par le sjour de l'arme anglaise en ,france4 ,je ne tardai pas visiter les environs de ,londres1 et ces courses employrent tout le temps que je pouvais donner mes plaisirs4 ,windsor1 o le roi faisait sa rsidence1 je n'admirai que le parc1 qui est fort beau4 ,le roi se plaisait souvent se promener avec ses deux filles sur une magnifique terrasse d'o l'on dcouvre une vue superbe et trs tendue4 ,hamptancourt est un autre chteau royal o j'ai vu des vitraux superbes2 ils sont extrmement anciens1 et me parurent suprieurs tous ceux que j'avais vus jusqu'alors4 ,j'y trouvai aussi de fort beaux tableaux1 et de grands cartons1 dessins par ,raphal1 que je ne pouvais trop admirer2 ces cartons taient poss par terre1 en sorte que je me tins genoux devant eux si long-temps que le gardien s'en montrait surpris4 ,on me fit voir aussi1 dans les galeries1 des armures qui remontent aux temps les plus reculs1 puis1 dans les jardins1 de magnifiques rosiers jaunes1 enfin une vigne norme1 enferme dans une serre1 et qui1 je ne sais quelle anne1 a produit quinze cents livres de raisin4 ,j'allai avec le prince ,bariatinski et plusieurs autres ,russes faire une visite au docteur ,herschell4 ,ce clbre astronome vivait fort retir quelque distance de ,londres4 ,sa soeur1 qui ne le quittait jamais1 l'aidait dans ses recherches astronomiques1 et tous deux taient dignes l'un de l'autre1 autant par leur savoir que par leur noble simplicit4 ,nous trouvmes prs de l'escalier un tlescope d'une si grande dimension que l'on pouvait se promener dans l'intrieur4 ,le docteur nous reut avec la cordialit la plus obligeante2 il eut la complaisance de nous faire voir le soleil dans un verre brun1 en nous faisant remarquer les deux taches qu'on y dcouvre1 dont l'une est assez tendue2 puis1 le soir1 il nous montra la plante qu'il a dcouverte et qui porte son nom2 nous vmes aussi chez lui une grande carte de la lune1 trs dtaille1 o sont reprsents des montagnes1 des ravins1 des rivires1 qui rendent cette plante semblable au globe que nous habitons2 enfin1 tout le temps de notre visite se passa sans un moment d'ennui1 et mes compagnons russes1 ,adlade et moi1 nous fmes charms de l'avoir faite4 ,on ne saurait parler des environs de ,londres sans se rappeler plusieurs beaux lieux o les ,anglais vont prendre les bains4 ,mat-,lock1 par exemple1 offre tout--fait l'aspect d'un paysage suisse4 ,la promenade est borde d'un ct par des rochers du plus bel effet1 couverts d'arbustes colors2 de l'autre1 des prairies magnifiques3 cette vgtation de l',angleterre1 qui est vraiment admirable1 tout prsente un coup d'oeil ravissant aux amateurs d'une belle nature4 ,je me souviens d'avoir suivi les bords d'un ruisseau si joli1 si limpide1 que je ne pouvais le quitter4 ,tumbridge-,well1 o l'on prend aussi des bains1 est de mme un endroit fort pittoresque4 ,il est vrai que si l'on se dlecte le matin en parcourant ses beaux environs1 le soir on s'ennuie beaucoup dans les assembles qui sont trs nombreuses2 on se runissait pour les repas1 et aprs le souper1 comme aprs le dner1 tout le monde se levait pour chanter le ,god save the ,king1 prire pour le roi1 qui me touchait jusqu'aux larmes par le triste rapprochement qu'elle me faisait faire entre l',angleterre et la ,france4 ,brigton tait plus renomm pour ses eaux que ,tumbridge-,well et ,mat-,lock4 ,brigton1 o le prince de ,galles avait alors fix sa rsidence1 est une assez jolie ville situe en face de ,dieppe1 de laquelle on peut voir les ctes de ,france4 l'poque o je m'y trouvai1 on craignait en ,angleterre une descente des ,franais2 les gnraux ne cessaient de passer en revue la garde nationale1 qui tait continuellement en mouvement1 battait le tambour1 et faisait un bruit d'enfer4 ,j'ai fait ,brigton des promenades dlicieuses sur les bords de la mer2 j'y fus tmoin un jour d'un effet trs extraordinaire2 ce jour-l1 le brouillard tait si pais que les vaisseaux loigns de la cte nous paraissaient suspendus en l'air4 ,je voulus aussi visiter la ville de ,bath2 on me l'avait vante comme celle de l',angleterre o l'on s'amuse le plus1 et je retrouve une lettre que j'crivis mon frre mon retour de cette course4 ,londres1 ce #ab fvrier #ahjc4 ,il y a quelques semaines1 mon bien bon ami1 que je dois te rpondre2 ne m'en veux point1 je t'en prie1 car je ne puis te dire combien j'cris peu1 tant les jours sont courts2 les soires1 en revanche1 sont bien d'une longueur assommante1 et si d'crire aux bougies me fatiguait moins les yeux1 je t'aurais envoy des volumes4 ,je vois que tu es inquiet de la manire dont je supporte les brouillards et l'odeur du charbon de terre2 quant ce dernier j'y suis tout--fait accoutume1 au point que je ne le sens plus2 je prfre mme prsent ce feu au ntre2 pour ce qui est de l'air pais et lourd qui m'enveloppe1 je ne pourrai jamais m'y faire2 d'abord on n'y voit pas1 et tu ne saurais imaginer combien cette teinte sombre1 noire1 obstrue les ides2 ce crpe sale me ternit l'imagination1 et je trouve bien naturel que le spleen soit n ici4 ,on m'assure pourtant que cette anne est rare1 qu'elle est une des plus claires1 des plus belles que l'on ait vues depuis long-temps1 ce qui me fait juger de ce qu'taient les autres6 la vrit1 l'air est bien plus pur dans les campagnes situes cinq ou six milles de ,londres2 c'est un tout autre climat1 que je vais chercher le plus souvent possible4 ,je reviens de ,bath1 o je t'ai souvent dsir2 c'est une superbe ville1 dont l'aspect est noble et pittoresque2 en arrivant un mille en de de ses murs1 on aperoit1 des deux cts de la route1 des montagnes trs leves2 gauche s'tend ,bath1 et l'on voit se dtacher sur le ciel de grandes lignes de maisons1 des palais1 des cirques grandioses1 tous btis sur le plus haut des monts4 ,le coup d'oeil est vraiment magique1 thtral2 je croyais rver1 et j'ai pens ,mnageot2 il aurait beaucoup joui de ce spectacle2 car1 bien que l'architecture de ces monumens ne soit pas de bon got1 de loin1 l'effet est immense4 ,le seul inconvnient que prsente une ville btie de cette manire1 c'est qu'on n'y peut faire un pas sans monter ou descendre2 mais il faut bien payer un peu le plaisir des yeux4 ,dans le bas de la ville1 les places1 les rues sont du plus grand genre1 et de chaque coin de ces rues on dcouvre des sites superbes2 enfin1 pour te rendre la sensation que la vue de ,bath m'a fait prouver1 je te dirai que je croyais tre dans une ville des anciens ,romains2 c'est bien certainement la plus belle du royaume1 je l'aime d'autant plus que c'est une cit btie la campagne2 aussi l'air qu'on y respire est-il parfum4 ,bath est chaque anne le rendez-vous des coryphes fashionables1 ou1 si tu le prfres en bon franais1 des lgans des deux sexes4 ,on y prend des bains chauds naturels1 mais surtout on y donne des bals1 des concerts et des routs1 dont la plupart ont lieu dans les salles publiques2 on se runit l cinq ou six cents personnes1 et d'ordinaire on s'y touffe1 ou bien la salle est presque dserte2 il n'existe pas dans le grand monde d'intermdiaire1 en cela comme en beaucoup d'autres choses4 ,dans un de ces concerts1 j'ai entendu madame ,krumoltz1 qui joua de la harpe parfaitement2 quoiqu'elle soit petite et qu'elle ait l'air fort dlicat1 son jeu a tout autant de force que d'expression2 aprs le concert on soupa dans une trs grande salle manger dont les longues tables1 assez troites1 ressemblaient celles d'un rfectoire2 j'tais avec madame de ,beaurepaire1 et nous prmes place ct de trs vieilles et trs laides ,anglaises2 je prsumai avec raison qu'elles taient du nombre de celles qui ne quittent point leur province o elles conservent la morgue gothique2 car les grandes dames de ,londres et les ,anglaises qui ont voyag sont aimables et polies1 tandis que nos voisines1 ds que nous fmes assises1 nous tournrent le dos avec un certain air de mpris4 ,nous tions rsignes supporter le ddain de ces vieilles femmes1 quand un ,anglais de leur connaissance s'approcha d'elles1 et leur dit quelques mots l'oreille qui les engagrent aussitt se retourner et nous tmoigner plus d'amnit4 ,je suis reste trois semaines ,bath4 ,on m'avait tant assur que je m'y amuserais infiniment1 que je m'attendais retrouver l les dlices de ,capoue4 ,il s'en est bien fallu vraiment3 ces dlices se sont rduites au plaisir que j'avais de passer ma matine grimper sur les montagnes1 encore n'en ai-je joui que bien rarement1 attendu qu'il n'a presque pas cess de pleuvoir4 ,du reste1 je me croyais en automne plutt qu'en hiver2 point de neige1 point de froid1 beaucoup d'arbres verts1 ce qui prolonge la belle saison1 et nous donne la douce illusion du beau temps4 cris-moi bientt1 et ne compte pas avec moi2 adieu1 mon cher ami4 ,peu de temps avant d'aller ,bath1 j'avais t passer quelques jours au chteau de ,knowles1 qui1 aprs avoir appartenu autrefois la reine lisabeth1 appartient aujourd'hui la duchesse ,dorset4 ,c'est devant la porte d'entre de ce chteau que j'ai vu deux gros ormes qu'on m'a dit avoir plus de mille ans1 et qui pourtant verdoyaient encore1 surtout vers leur sommet4 ,le parc1 dont l'extrmit touche une fort1 est extrmement pittoresque4 ,le chteau renferme de fort beaux tableaux2 les meubles sont encore les mmes qu'au temps d'lisabeth4 ,dans la chambre coucher de la duchesse1 les rideaux du lit sont tout parsems d'toiles d'or et d'argent1 et la toilette est d'argent massif4 ,la duchesse ,dorset1 qui tait fort riche1 avait pous le chevalier de ,wilfort1 que j'avais connu ambassadeur d',angleterre ,ptersbourg4 ,celui-ci ne possdait aucune fortune2 mais il tait fort bel homme1 il avait surtout l'air noble et distingu4 ,la premire fois que nous nous runmes tous pour dner1 la duchesse me dit3 ,vous allez bien vous ennuyer2 car nous ne parlons pas table4 ,je la rassurai sur ce point en lui disant que telle tait aussi mon habitude1 ayant presque toujours mang seule depuis bien des annes4 ,il faut croire qu'elle tenait prodigieusement cet usage2 car1 au dessert1 son fils1 g de onze ou douze ans1 vint prs d'elle1 et peine lui adressa-t-elle quelques mots3 enfin1 elle le congdia sans lui donner aucune marque de tendresse4 ,je ne pus alors m'empcher de songer ce qu'on rapporte des ,anglaises2 qu'en gnral1 leurs enfans devenus grands1 elles s'en occupent fort peu1 ce qui a fait dire qu'elles n'aiment que leurs petits4 ,j'avais revu ,londres l'aimable comte de ,vaudreuil4 ,je le trouvais bien chang1 bien maigri2 tout ce qu'il avait souffert pour la ,france l'avait accabl4 ,il s'tait mari en ,angleterre sa nice1 que j'allai voir ,tutlam o elle s'tait tablie4 ,madame la comtesse de ,vaudreuil tait jeune et jolie4 ,elle avait de fort beaux yeux bleus1 un visage charmant et de la plus grande fracheur4 ,elle m'engagea venir passer quelques jours ,tutlam1 ce que j'acceptai1 et pendant le temps que je fus chez elle1 je fis le portrait de ses deux fils4 ,m4 le duc d',orlans et ses deux frres habitaient fort prs de l4 ,le comte de ,vaudreuil me mena faire une visite au duc d',orlans qu'il avait particulirement distingu4 ,nous trouvmes ce prince1 qui faisait ses dlices de l'tude1 assis une longue table couverte de gros livres dont un tait ouvert devant lui4 ,pendant notre visite1 il me fit remarquer un tableau de paysage fait par son frre1 le duc de ,montpensier1 avec lequel je fis aussi connaissance pendant mon sjour chez madame de ,vaudreuil4 ,quant au plus jeune de ces princes1 le duc de ,beaujolais1 je n'ai fait que le rencontrer dans une promenade2 il m'a paru assez bien de visage1 et d'une grande vivacit4 ,le duc de ,montpensier venait quelquefois me prendre1 et nous allions dessiner ensemble4 ,il me conduisit sur la terrasse de ,richemond d'o la vue est superbe3 de cette hauteur1 on domine une grande partie du cours de la rivire4 ,nous parcourmes aussi la belle prairie o se trouve encore le tronc coup de l'arbre sous lequel s'asseyait ,milton4 ,c'est l1 m'a-t-on dit1 qu'il composait son pome du ,paradis perdu4 ,j'aurais bien voulu que l'on et conserv cet arbre1 seul tmoin de si grandes penses2 mais il ne reste que la place4 ,en tout1 les environs de ,tutlam taient fort intressans1 le duc de ,montpensier les connaissait merveille et je me flicitais qu'il ft devenu mon cicerone1 d'autant plus que ce jeune prince tait extrmement aimable et bon4 ,je m'tais engage faire le portrait de la margrave d',anspach1 qui vint me prier de passer quelques jours chez elle1 la campagne1 o je lui tiendrais ma promesse4 ,comme on m'avait dit que la margrave tait une femme trs bizarre1 qui ne me laisserait pas tranquille un moment1 qui me ferait rveiller tous les matins cinq heures1 et mille autres choses aussi insupportables1 je n'acceptai son invitation qu'aprs avoir fait avec elle mes conditions4 ,je demandai d'abord une chambre o je n'entendisse aucun bruit1 dsirant dormir assez tard4 ,ensuite je la prvins que si nous faisions ensemble quelques courses1 je ne partais jamais en voiture1 et qu'en outre j'aimerais me promener seule4 ,l'excellente femme consentit tout et me tint religieusement sa parole1 au point que si1 par hasard1 je la rencontrais dans son parc o elle tait souvent labourer1 ainsi qu'aurait fait un homme de peine1 elle feignait de ne point me voir1 et me laissait passer sans me dire une seule parole4 ,soit que l'on et calomni la margrave d',anspach1 soit qu'elle et la bont de se contraindre pour moi1 je me trouvai si bien pendant mon sjour chez elle1 que lorsqu'elle m'invita venir la voir dans une autre campagne qui lui appartenait aussi1 et qui se nommait ,benheim1 je n'hsitai pas m'y rendre4 ,l le parc et le chteau taient beaucoup plus beaux qu' ,armesmott1 et j'y passai le temps d'une manire fort agrable4 ,des soires charmantes1 spectacles1 musique1 rien n'y manquait1 si bien qu'ayant promis d'y rester huit jours1 j'y passai trois semaines4 ,je fis aussi avec la margrave plusieurs courses en pleine mer4 ,nous allmes une fois dbarquer l'le de ,whigt1 qui est leve sur un rocher et rappelle la ,suisse4 ,cette le est renomme pour les moeurs douces et paisibles de ses habitans4 ,ils vivent tous l1 m'a-t-on dit1 comme une seule famille1 jouissant d'une paix et d'un bonheur parfaits4 ,il se peut que depuis1 un grand nombre de rgimens ayant frquent cette le1 elle ne soit plus la mme sous le rapport dont je parle2 mais il est de fait qu' l'poque o je l'ai visite1 tous ceux qui l'habitaient taient bien vtus1 avaient l'air affable et bon1 et ne paraissaient pas atteints par la contagion des grandes villes4 ,outre l'amnit que je remarquai dans la population1 le paysage tait si ravissant1 que j'aurais voulu passer ma vie dans ce beau lieu3 l'le de ,whigt et l'le d',ischia1 prs de ,naples1 ont pu seules me faire prouver ce dsir4 ,ces promenades sur l',ocan me plaisaient beaucoup1 et nous les renouvelmes assez souvent4 ,la margrave1 un jour1 fit arrter son btiment en pleine mer et demanda des hutres2 mais elles taient tellement sales qu'il me fut impossible d'en manger4 ,il faut sans doute1 pour que les hutres deviennent bonnes1 qu'elles ne soient pas aussi nouvellement pches4 ,ce que l'on peut faire de mieux l'poque o ,londres est dserte1 c'est de courir les campagnes1 qui sont vraiment superbes4 ,en sorte que j'acceptais avec beaucoup de reconnaissance les invitations qui m'taient faites4 ,et je prenais mon parti sur la monotonie de cette vie anglaise1 qui ne pouvait tre de mon got aprs avoir habit si long-temps ,paris et ,ptersbourg4 ,je passai quelque temps ,stowe1 chez la marquise de ,buckingham4 ,le chteau tait magnifique et rempli de tableaux des plus grands matres4 ,je me souviens surtout d'un grand portrait de ,van-,dyck o je vois encore une main tellement belle et tellement en relief1 qu'elle faisait illusion4 ,le parc de ,stowe1 orn d'un temple1 de monumens1 de fabriques de toute espce1 est de la plus grande beaut4 ,le marquis et la marquise de ,buckingham recevaient les ,franais avec infiniment de grce et de bont4 ,tous deux ont beaucoup secouru les migrs distingus2 j'en ai t instruite par le duc de ,srant1 qui a sjourn long-temps chez eux1 et qui tait pntr de reconnaissance pour ce noble couple#cj4 ,j'allai aussi la campagne de lord ,moiras4 ,quoique j'aie oubli le nom de ce chteau1 je me souviens qu'on y est tabli trs confortablement1 et surtout qu'il y rgne la propret la plus recherche4 ,la soeur de lord ,moiras1 lady ,charlotte1 qui est bonne et aimable1 en faisait les honneurs avec infiniment de grce2 il tait bien malheureux que l'ennui ft l6 ,au dner1 les femmes sortent de table avant le dessert2 les hommes restent pour boire et pour parler politique4 ,il est pourtant vrai de dire que dans aucune des runions o je me suis trouve les hommes ne s'enivraient2 ce qui me persuade que si cet usage existait en ,angleterre1 comme on le rpte souvent1 il n'y existe plus dans la bonne compagnie4 ,je dirai aussi que j'ai dn plusieurs fois chez lord ,moiras avec le duc de ,berri qui revenait de la chasse1 et que ce prince ne buvait jamais que de l'eau1 bien loin de boire trop de vin1 comme on l'a prtendu plus tard4 ,aprs le dner1 on se runissait dans une belle galerie1 o les femmes sont part1 occupes broder1 faire de la tapisserie1 sans dire un seul mot4 ,de leur ct1 les hommes prennent des livres et gardent le mme silence4 ,je demandai un soir la soeur de lord ,moiras1 par un beau clair de lune1 si l'on ne pouvait pas aller se promener dans le parc4 ,elle me rpondit que les volets taient ferms et qu'on ne les rouvrait point par prudence1 la galerie de tableaux se trouvant au rez-de-chausse4 ,comme la bibliothque1 qui tait magnifique1 renfermait aussi des recueils de gravures1 ma seule ressource alors tait de m'emparer de ces recueils et de les parcourir1 en m'abstenant1 l'exemple gnral1 de prononcer une parole4 ,au milieu d'un cercle aussi taciturne1 me croyant seule un jour1 il m'arriva de faire une exclamation la vue d'une gravure charmante1 ce qui surprit au dernier point tous les assistans4 ,il est pourtant de fait que l'absence totale de conversation ne tient pas en ,angleterre l'impossibilit de causer avec agrment2 je connais beaucoup d',anglais qui sont fort spirituels2 j'ajouterai mme que je n'en ai pas rencontr un seul qui ft un sot4 ,la saison tait trop avance pendant mon sjour chez lord ,moiras pour que je pusse faire de longues courses pied4 ,lady ,charlotte me proposa de venir promener avec elle en voiture2 mais elle se servait d'une espce de cariole dure comme une charrette1 dans laquelle je ne pus rester long-temps4 ,les ,anglaises en outre se sont habitues braver leur climat4 ,j'en rencontrais souvent par des pluies battantes1 dans des calches ouvertes et sans parapluie4 ,elles se contentent alors de s'entourer de leur manteau1 ce qui ne serait pas sans inconvnient pour une trangre peu faite ce rgime aquatique4 ,j'avais un grand dsir de voir le chteau de ,warwick que l'on m'avait beaucoup vant4 ,je m'y rendis1 esprant pouvoir le visiter incognito pour viter toute gne rciproque4 ,mais lord ,warwick1 ne voulant recevoir que des trangers connus1 fit demander mon nom1 que je ne cachai point4 ,alors il vint au devant de moi1 me fit lui-mme les honneurs de son chteau1 et me reut en tout avec la plus obligeante distinction4 ,warwick est un chteau gothique comme celui de la duchesse ,dorset2 mais son aspect est bien plus pittoresque et bien plus romantique4 ,en traversant sa grande cour entoure de rochers1 je replaais dans ce beau manoir des nobles dames1 des chevaliers avec leurs bannires2 j'aurais dsir l'habiter moi-mme1 tandis que le chteau de la duchesse1 quoique plus grand1 est si triste1 qu'on se ferait conscience d'y placer quelqu'un4 ,aprs m'avoir prsente sa femme1 qui m'offrit djeuner1 et m'engagea venir passer quelques jours avec eux1 lord ,warwick me fit traverser son parc dans sa voiture2 ensuite il me fit voir lui-mme avec dtail l'intrieur du chteau1 qui est rempli d'antiquits1 de tableaux1 d'armures et d'objets prcieux de tous les genres4 ,il me montra entre autres dans sa serre chaude une norme coupe antique de la plus grande beaut4 ,cette coupe est en forme de jatte2 je prsume qu'elle tait place chez les ,grecs dans un temple de ,bacchus2 car les ornemens se composent de grappes de raisin et de feuilles de vigne entrelaces4 ,il me fit voir aussi sur son clavecin les deux petits dessins de moi dont je parle dans mon second volume et que j'avais faits au charbon sur les dessus de portes de lord ,hamilton4 ,il me dit les avoir achets fort cher de ce lord1 qui pourtant je ne les avais pas vendus4 ,l'entre du chteau de ,warwick est taille dans les rochers sur lesquels il est bti4 ,le grand chemin passe dans le parc1 ce qui anime cette magnifique habitation1 dont le propritaire me parut un excellent homme1 qui jouissait bien de tout ce qu'il possdait4 ,je visitai aussi ,blenheim1 dit ,marlboroug1 o je vis de superbes tableaux et un trs beau parc4 ,souvent1 en revenant de ces diffrentes courses1 je m'arrtais sur des hauteurs quatre ou cinq milles de ,londres1 esprant jouir de l'aspect de cette ville immense2 mais le brouillard qui la couvrait tait toujours d'une telle paisseur1 que je n'ai jamais pu apercevoir que la pointe de ses clochers4 ,,chapitre ,,xii4 ,je quitte l',angleterre4--,rotterdam4--,anvers4--, m4 d',hdouville4--,j'arrive ,paris4--,madame ,catalani4--,mademoiselle ,duchesnois4--,madame ,murat4--,je fais son portrait4--,je pars pour la ,suisse4--,lettres la comtesse ,vincent ,polocka4 ,quoique je fusse arrive en ,angleterre dans l'intention d'y passer quatre ou cinq mois1 j'y restais depuis prs de trois ans2 j'tais retenue1 non seulement par mes intrts de fortune comme peintre1 mais encore par la bienveillance qu'on me tmoignait4 ,j'ai souvent entendu dire que les ,anglais taient peu hospitaliers2 je suis bien loin de partager cette opinion1 et je conserve une vive reconnaissance de l'accueil qui m'a t fait ,londres4 ,outre que je recevais1 pour aller dans le monde1 plus d'invitations qu'il ne m'tait possible d'en accepter1 j'avais russi 7ce qu'on dit tre plus difficile7 me former une socit selon mon got pour l'intimit1 en me liant avec lady ,bentick et sa soeur1 les demoiselles ,villers1 madame ,anderson1 et lord ,trimlestown qui1 trs amateur des arts1 cultive la peinture et la littrature avec got1 et qui1 maintenant ,paris1 me conserve sa bonne amiti4 ,je ne me serais donc pas dcide retourner si tt en ,france1 si je n'avais appris que ma fille tait arrive ,paris2 je dsirais bien vivement la revoir1 d'autant plus que l'on m'crivait en secret que son pre lui faisait former diffrentes liaisons qui me semblaient peu convenables pour une jeune femme1 en sorte que je rsolus mon dpart4 ,il fallait vraiment que je fusse entrane par un intrt de coeur pour rsister aux regrets que voulaient bien me tmoigner mes amis et mes simples connaissances4 ,comme cette poque1 ,bonaparte1 qui s'tait fait empereur1 ne laissait point sortir de ,france les ,anglais qui s'y trouvaient la rupture du trait d',amiens#ca1 lady ,herne1 connue par son got pour les arts1 disait qu'il fallait me retenir en otage4 ,aucun des motifs qui devaient m'engager rester ne fut oubli par les aimables gens que j'allais quitter1 et j'tais trop sensible ces bienveillans efforts pour ne pas y cder en toute autre circonstance4 ,comme j'allais monter dans ma chaise de poste pour me rendre l'auberge situe prs de l'endroit o je devais m'embarquer1 je vis arriver la charmante madame ,grassini2 je crus qu'elle venait simplement me faire ses adieux1 mais elle me dclara qu'elle voulait me conduire l'auberge1 et me fit monter dans sa voiture1 que je trouvai encombre d'oreillers et de paquets4 ,pourquoi donc tout cela8 lui demandai-je4--,vous ne savez donc pas1 me dit-elle1 que vous allez dans la plus dtestable auberge du monde8 vous pouvez y rester huit jours et plus si le vent n'est pas favorable1 et mon intention est d'y rester avec vous4 ,je ne saurais dire quel point je fus touche de cette marque d'intrt4 ,cette belle femme quittait les plaisirs de ,londres1 ses amis1 sans parler de la foule d'adorateurs toujours attachs ses pas2 ce trait me parut bien aimable1 aussi ne l'ai-je jamais oubli4 ,je m'embarquai pour ,rotterdam1 o nous arrivmes le matin cinq heures2 mais je restai dans le vaisseau1 par ordre1 ainsi que plusieurs autres personnes1 et nous ne pmes dbarquer qu' deux heures4 ,ds que je fus terre1 j'allai chez ,m4 de ,beauharnais1 beau-frre de ,josphine et alors prfet de ,rotterdam2 comme j'arrivais de ,londres1 il me consigna pour huit ou dix jours dans la ville1 qu'il me laissait pour promenade1 ce qui me contraria fort2 de plus1 je ne tardai pas tre mande chez le gnral ,oudinot1 et j'avoue que je ne fis pas cette visite sans avoir un peu peur2 mais le gnral me reut si bien que mes craintes se dissiprent aussitt1 et je me rsignai attendre que ma libert me ft rendue4 ,l'ambassadeur d',espagne1 que j'avais connu ,ptersbourg1 et qui rsidait ,la ,haye1 ayant appris mon aventure1 eut piti de moi2 il vint me chercher plusieurs fois dans sa voiture pour me faire faire des courses ,la ,haye1 distraction qui m'tait fort agrable4 ,enfin1 au bout de dix jours j'obtins mon passeport et je fus libre4 ,je partis pour ,anvers o le prfet1 ,m4 ,hdouville1 me combla de soins et de prvenances2 il me conduisit dans la ville pour me faire voir tout ce qu'elle renfermait de remarquable4 ,ne sachant comment reconnatre l'obligeance que madame ,hdouville et lui me tmoignaient1 je m'empressai d'aller1 sur leur demande1 voir un jeune peintre fort malade1 qui les intressait beaucoup1 et qui avait1 disaient-ils1 le plus vif dsir de me connatre2 ,m4 ,hdouville m'y conduisit1 et son aimable femme voulait me persuader que ma visite avait fait tant de plaisir cet artiste que la fivre avait cess aussitt2 quoi qu'il en soit de cette cure dont on me faisait honneur1 je ne pus savoir si elle fut complte1 car je repris le lendemain ma route pour ,paris4 ,ce fut une grande joie pour moi que celle de revoir mes amis1 et ma fille surtout2 son mari1 qu'elle avait accompagn en ,france1 tait charg par le prince ,narishkin de la mission particulire d'engager des artistes pour ,ptersbourg2 il repartit quelques mois aprs1 mais seul1 car l'amour avait fui depuis long-temps1 et ma fille resta1 ma grande satisfaction4 ,pour son malheur et pour le mien1 ma pauvre enfant avait une tte extrmement vive2 de plus1 je n'tais point parvenue lui donner le dgot que je ressentais pour la mauvaise compagnie4 ,ajoutez cela1 soit qu'il y et de ma faute ou non1 que si son empire sur mon esprit tait grand1 je n'en possdais aucun sur le sien1 et l'on concevra que parfois elle ait pu me faire verser quelques larmes amres4 ,mais enfin c'tait ma fille2 sa beaut1 ses talens1 son esprit1 la rendaient aussi sduisante qu'on peut l'tre1 et quoique j'eusse alors le chagrin de ne pouvoir la dcider venir loger avec moi1 attendu qu'elle s'enttait voir plusieurs personnes que je ne devais pas recevoir1 je la voyais tous les jours1 ce qui m'tait une grande joie4 ,la premire personne avec laquelle je fis connaissance mon retour de ,londres1 fut madame ,catalani1 dont les talens faisaient alors les dlices de ,paris4 ,cette grande cantatrice tait jeune et belle4 ,sa voix1 une des plus tonnantes que l'on puisse entendre1 joignait une tendue prodigieuse une lgret qui tenait du miracle4 ,elle n'avait point l'expression qui charmait dans madame ,grassini2 elle ravissait la manire du rossignol4 ,je fis le portrait de cette charmante femme1 voulant le garder chez moi1 o il fait encore pendant celui de madame ,grassini4 ,je m'empressai de reprendre mes soires de musique1 o madame ,catalani eut la complaisance de venir chanter1 la grande satisfaction de toute ma socit4 ,nous faisions surtout de la musique vocale2 car je n'avais plus ,viotti1 et ce ne fut que plus tard que le dlicieux violon de ,lafond vint nous consoler de son absence4 ,je me souviens qu' cette poque1 o nous entendions les plus jeunes et les plus habiles chanteurs de l',europe1 madame ,dugazon1 se trouvant un soir chez moi1 nous chanta la romance de ,nina de ,daleyrac avec une telle expression qu'elle nous attendrit jusqu'aux larmes4 ,comme on ne peut pas toujours arranger de la musique1 je fis un soir de ces tableaux vivans qui avaient eu tant de succs ,ptersbourg2 et en prenant soin de ne placer derrire la gaze que de beaux hommes et de jolies femmes1 nous en composmes de charmans4 ,un autre jour1 j'imaginai de tracer sur un paravent plusieurs coiffures de personnages historiques1 dessous lesquelles je fis des trous o pouvait passer un visage4 ,les conversations qui s'tablissaient avec ceux qui allaient y placer leurs ttes1 nous amusrent beaucoup1 et ,robert1 qui prenait part toutes les gaiets comme un colier1 alla poser la sienne sous la coiffure de ,ninon1 ce qui nous fit rire comme des fous4 ,tous ces dtails paratront bien purils aujourd'hui que les soires se passent parler politique ou jouer2 mais plusieurs d'entre nous n'avaient pas encore perdu l'habitude de s'amuser1 et le fait est que nous nous amusions beaucoup2 aprs tout1 ces plaisirs valaient bien les cartes des salons de ,paris et les touffans routs des salons de ,londres4 ,pour une personne qui dsirait faire passer agrablement le temps ses amis1 il m'arriva ce que je puis appeler une bonne fortune4 ,mon frre donnait alors des leons de dclamation mademoiselle ,duchesnois4 ,il me l'amena et lui fit rciter dans mon salon quelques fragmens de rles4 ,nous fmes tous charms d'un talent si suprieur1 et nous ne pouvions concevoir qu'on ne voult pas l'engager la ,comdie-,franaise4 ,le fait est qu'il s'en fallait de beaucoup que mademoiselle ,duchesnois ft jolie2 mais je ne doutais pas que le public en l'coutant n'oublit sa laideur4 ,comme j'avais alors fort peu de crdit par moi-mme1 j'allai trouver madame de ,montesson1 qui tait en faveur la cour de ,bonaparte4 ,je lui vantai si bien ma jeune actrice1 qu'elle voulut la faire entendre chez elle1 dans une grande soire4 ,tout le monde ayant t enchant1 ,m4 de ,valence se chargea aussitt de faire les dmarches ncessaires pour obtenir un ordre de dbut1 et notre protge fut enfin admise4 ,on se souvient encore sans doute de l'immense succs qu'elle obtint ds le premier jour dans le rle de ,phdre4 ,ce succs fut tel qu'il lui permit de lutter sans aucun dsavantage contre la plus belle crature que l'on ait jamais vue sur la scne1 mademoiselle ,georges1 qui dbutait prcisment en mme temps qu'elle et dans le mme emploi4 ,le jour du dbut de mademoiselle ,duchesnois1 je lui donnai mes conseils de peintre pour son costume et pour sa coiffure2 car c'tait surtout le visage qu'il s'agissait de sauver4 ,je ne saurais dire quel point je jouissais des transports du public pendant et aprs la tragdie4 ,j'tais vraiment heureuse d'avoir contribu la fortune de cette jeune fille1 qui n'avait d'autre moyen d'existence que son talent1 et qui tait de plus une excellente personne4 ,elle m'a toujours tmoign la plus grande reconnaissance de l'appui dont mon frre et moi lui avions t1 et m'a montr jusqu' sa mort un tendre attachement4 ,quant sa complaisance1 je puis dire qu'elle avait mis son talent ma disposition2 non seulement elle disait dans mon salon une scne de ses rles toutes les fois que je l'en priais1 mais elle a jou chez moi plusieurs proverbes1 entre autres1 la ,cuisine dans le salon1 o nous la vmes remplacer la dignit de ,clytemnestre par une rondeur et une vrit qui nous charmrent4 ,une des premires personnes que j'avais revues mon retour de ,londres avait t madame de ,sgur1 et j'allais souvent chez elle4 ,un jour1 son mari me fit entendre que mon voyage en ,angleterre avait dplu l'empereur1 qui lui avait dit schement3 ,madame ,lebrun est alle voir ses amis4 ,il faut croire que cette rancune de ,bonaparte contre moi n'tait pas bien forte1 car trs peu de jours aprs avoir parl ainsi1 il m'envoya ,m4 ,denon me commander de sa part le portrait de sa soeur1 madame ,murat4 ,je ne crus pas devoir refuser1 quoique ce portrait ne me ft pay que dix-huit cents francs1 c'est--dire moins de la moiti de ce que je prenais habituellement pour ceux de cette grandeur4 ,cette somme devint d'autant plus modique1 que1 pour me satisfaire dans la composition du tableau1 je peignis ct de madame ,murat sa petite fille qui tait fort jolie1 et cela sans augmenter le prix4 ,il me serait impossible de dcrire toutes les contrarits1 tous les tourmens qu'il me fallut endurer pendant que je faisais ce portrait4 ,d'abord1 la premire sance1 je vis arriver madame ,murat avec deux femmes de chambre qui devaient la coiffer pendant que je la peindrais4 ,toutefois1 sur mon observation qu'il me serait impossible ainsi de pouvoir saisir des traits1 elle consentit renvoyer les deux femmes4 ,ensuite1 elle manquait sans cesse aux rendez-vous qu'elle me donnait1 de faon que1 dans mon dsir de terminer1 elle m'a fait passer presque tout l't ,paris1 attendant le plus souvent en vain1 ce qui m'impatientait un point que je ne saurais dire4 ,de plus1 l'intervalle entre les sances tait si long1 qu'il lui arrivait de changer de coiffure4 ,dans les premiers jours1 par exemple1 elle portait des boucles de cheveux pendantes sur ses joues1 et je les fis comme je les voyais2 mais quelque temps aprs1 cette coiffure ayant pass de mode1 elle revint coiffe tout autrement1 en sorte que je fus oblige de gratter les cheveux que j'avais peints sur le visage1 de mme qu'il me fallut effacer des perles qui formaient un bandeau1 pour les remplacer par des cames4 ,il en arrivait autant pour les robes4 ,celle que j'avais faite d'abord tait assez ouverte1 comme on les portait alors1 et garnie d'une large broderie2 cette mode ayant chang1 force fut de rapprocher la robe et de recommencer les broderies1 qui se trouvaient beaucoup trop loignes4 ,enfin tous les ennuis que madame ,murat me faisait prouver finirent par me donner tant d'humeur1 qu'un jour1 comme elle se trouvait dans mon atelier1 je dis ,m4 ,denon1 assez haut pour qu'elle pt l'entendre3 ,j'ai peint de vritables princesses qui ne m'ont jamais tourmente et ne m'ont jamais fait attendre4 ,le fait est que celle-ci ignorait parfaitement que l'exactitude est la politesse des rois1 comme le disait si bien ,louis ,,xviii1 qui1 la vrit1 n'tait pas un parvenu4 ,dlivre du tracas que m'avait donn ce portrait de madame ,murat1 je repris le train de vie paisible dont j'avais la douce habitude2 mais mon got pour les voyages n'tait point encore satisfait3 je n'avais point vu la ,suisse1 et je brlais du dsir d'aller contempler cette belle nature4 ,je rsolus donc de quitter encore une fois ,paris1 et je partis en #ahjh1 pour aller courir les montagnes4 ,comme j'adressai dans le temps la relation exacte de ce voyage la comtesse ,vincent ,potocka1 je me borne placer ici les lettres que je lui crivais1 dont j'ai gard les doubles4 ,,voyage ,,en ,,suisse ,,en #ahjh ,,et #ahji4 ,,lettre ,ire#cb4 ,de ,ble ,bienne2 de ,bienne l'le ,saint-,pierre4 ,puisque vous le voulez1 ,madame1 je vais causer avec vous de mes courses pittoresques en ,suisse o bien souvent je vous ai promene en ide2 mes rcits et mes descriptions seront simples comme la nature2 je n'ose pas vous garantir leur intrt2 mais j'ose vous garantir leur vrit4 ,c'est par ,ble que j'ai fait mon entre en ,suisse2 je ne m'arrterai pas vous dcrire cette ville1 parce qu'elle est beaucoup trop connue2 je me bornerai vous dire qu'en arrivant ,ble1 je me fis annoncer chez ,m4 ,ethinger1 banquier1 qu'il se rendit tout de suite mon htel1 et qu'il me donna un dner o il avait invit beaucoup de monde4 ,je pris le chemin de l'vch de ,ble pour aller ,bienne2 c'est ,m4 ,ethinger qui me conseilla de suivre cette route4 ,il avait grandement raison1 car cette route est sans contredit la plus pittoresque1 la plus varie1 la plus grandiose4 ,on y voit des scnes de paysage qui surpassent en beaut tout ce qu'on peut voir dans l'intrieur de la ,suisse2 j'tais sans cesse en admiration4 ,sur ce chemin se trouve ,pierre-,pertuis1 arcade de rocher forme par la nature elle-mme1 qui prsente elle seule un paysage et qui encadre une vue dlicieuse4 ,aimable comtesse1 si vous avez peur des prcipices1 je ne vous engage pas suivre la route de l'vch de ,ble2 vous pourriez bien n'y prouver d'autre sensation que le mal de la peur2 les prcipices sont perte de vue1 sans parapets ni barrires2 on les trouve la droite du chemin2 d'normes rochers pic bordent le ct gauche4 ,il s'en est peu fallu que je ne sois tombe dans ces abmes4 ,le cheval qui menait ma voiture1 allait de droite gauche au bord des prcipices4 ,le chemin est troit4 ,tout coup mon cheval se cabre2 le sang lui sort des narines et jaillit sur les vitres de ma voiture3 le cocher descend pour arrter le cheval1 qui bondissait toujours4 ,j'avoue que j'tais fortement effraye2 je dissimulais ma peur pour ne pas augmenter celle de ma chre compagne ,adlade2 le ciel eut enfin piti de nous4 ,au moment mme o nous tions sur le point d'tre emportes dans les prcipices1 un homme 7le seul que nous ayons rencontr sur cette route7 vient nous1 ouvre la portire et nous fait descendre2 puis aussitt il se runit au cocher pour retenir le cheval et lui relcher le harnais2 le col de la pauvre bte tait trop serr1 et le sang lui avait port la tte4 ,nous tions certainement perdues sans ce bon paysan2 j'ai voulu le rcompenser1 mais il m'a refuse en disant3 ,je suis heureux de m'tre trouv l4 ,que ,dieu le bnisse pour prix du service qu'il nous a rendu6 ,nous continumes notre route presque toujours pied1 pour ne pas nous exposer de nouveaux prils1 et nous arrivmes ,bienne4 ,je ne suis reste qu'un jour ,bienne pour me reposer1 et je m'abstiendrai de vous en parler4 ,il me tardait de voir l'le de ,saint-,pierre1 devenue fameuse par le sjour de l'auteur de la ,nouvelle ,hlose4 ,je traversai donc le lac1 et je touchai ce coin de terre qui n'a point l'imposant caractre des paysages suisses1 mais qui offre l'oeil de paisibles champs o le bonheur semble nous attendre4 ,malgr son peu d'tendue1 on trouve dans l'le de ,saint-,pierre toutes sortes de productions1 des vignes1 du bl1 des fruits2 la nature y est vivace1 et la vgtation y brille du plus riche clat4 ,on monte sur une hauteur par un joli chemin ombrag1 qui conduit un bois de haute futaie2 on s'enfonce avec dlices dans l'ombre et la verdure de ce grand bois2 aucun bruit ne trouble le promeneur solitaire qui vient y rver2 le silence de ce charmant asile n'est interrompu que par les mlodies du rossignol et les chants d'autres oiseaux4 ,j'ai vu dans ce lieu pastoral et tout--fait lysen une grande salle o chaque dimanche les villageois du voisinage se runissent pour danser4 ,vous auriez t heureuse1 aimable comtesse1 de vous asseoir sur un banc plac l'extrmit du bois sur la hauteur2 on y jouit de l'air de plus pur et de la vue du lac2 on y est seul sans tre isol1 car les bords du lac sont peupls de mille habitations bties au pied des montagnes1 et ces montagnes sont cultives soigneusement4 ,aprs les diffrens spectacles de la nature1 la seule curiosit1 la seule chose intressante de l'le de ,saint-,pierre1 c'est la maison qu'habita ,rousseau2 elle est situe au milieu de l'le1 et1 vous le dirai-je1 ,madame1 ce n'est plus qu'un cabaret6444 ,l'immortelle renomme de l'crivain genevois n'a pu sauver sa demeure de cette profanation4 ,quelques douces que fussent pour moi les promenades et les rveries dans l'le de ,saint-,pierre1 il a fallu m'arracher ces lieux2 je suis retourne ,bienne1 et de ,bienne je suis venue ,berne4 ,le chemin qui mne ,berne passe travers les sites les plus varis4 ,en approchant de la ville1 on dcouvre sur le plateau d'une montagne quatre lacs1 et bientt ensuite la chane des glaciers et tous les monts environnans2 le spectacle de ces grandes chanes montagneuses frappe vivement l'imagination4 ,le lendemain de mon arrive ,berne1 je suis alle chez madame de ,vatteville dont le mari tait lendamman1 et chez le gnral ,vial1 notre ambassadeur2 j'ai reu d'eux le plus aimable accueil4 ,j'ai fait avec le gnral ,vial des courses charmantes aux environs de ,berne2 l',arno entoure la ville2 il anime et embellit tout1 et chaque pas conduit des sites qu'il faut admirer4 ,berne a une cathdrale et deux hospices qui mritent d'tre visits par les voyageurs4 ,la ville est btie sur la hauteur2 on trouverait difficilement un point de vue aussi beau que celui qu'on dcouvre de la plate-forme de ,berne4 ,,lettre ,,ii4 ,la valle de ,lauterbrunn1 la chute du ,schaubach1 les glaciers de ,grindelwald2 ,schaffouse4 ,aimable comtesse1 je continuerai vous faire voyager avec moi dans cette contre tant aime des artistes1 des potes et des esprits rveurs2 les spectacles1 les tableaux qui vont passer sous vos yeux sont de la plus grande sublimit4 ,dans les courses dont il va tre question1 j'avais une compagne de plus1 la belle et gracieuse madame de ,brac dont j'ai fait la connaissance ,berne2 son mari occupait le poste de charg d'affaires de la ,hollande en ,suisse2 madame de ,brac tait grosse de sept mois4 ,elle avait un fils g de dix ans1 d'une remarquable intelligence4 ,le jeune de ,brac tait constamment me regarder peindre2 il me disait3 ,madame1 vos paysages sont vivans1 permettez-moi d'en copier4 ,un jour je lui en donnai un1 il me rapporta la copie que je pris pour mon original4 ,en quittant ,berne1 je suis venue ,thoun1 et de ,thoun je me suis dirige vers le fameux glacier2 avant d'arriver ce glacier1 il faut traverser la grande valle de ,lauterbrunn qui prsente l'aspect le plus sauvage2 la valle de ,lauterbrunn est si pre et sombre1 que je ne pouvais pas me rsoudre la croire habite4 ,elle est enferme de tous cts par des montagnes si leves que le soleil ne peut l'clairer entirement qu' son midi2 aussi les matines y sont tnbreuses1 et sitt que le soleil descend l'horizon1 la nuit y revient4 ,la valle de ,lauterbrunn est donc les trois quarts du temps le domaine des noires ombres4 ,d'aprs cela1 jugez quelle charmante surprise dut tre pour nous la rencontre de plusieurs jeunes filles jolies comme des anges2 leur teint tait rose et blanc2 un air de candeur nave ajoutait encore leur beaut4 ,elles nous apportrent de trs belles et d'excellentes cerises4 ,dans un lieu aussi triste1 aussi sauvage1 ne pourrions-nous pas croire que ces jeunes bergres1 ainsi que leurs fruits1 nous taient descendus du ciel8 ,cette scne toute fantastique tait pour moi comme une scne des ,mille et une ,nuits4 ,de grosses pierres encombrent les chemins de la valle2 notre voiture tait horriblement cahote1 et je tremblais que madame de ,brac ne ft une fausse couche4 ,nous avons rencontr de gros torrens sales et trs rapides dont mon teignoir aurait eu grand'peur1 s'il avait t l4 ,celui que j'appelle ici du nom d'teignoir1 parce qu'il refoulait en moi toutes les penses d'art et de posie1 est un certain ,m4 ,d444 qui probablement vous est inconnu1 aimable comtesse4 ,quel vilain pays que la ,suisse6 me disait ce ,m4 ,d4442 les montagnes et les torrens me font mourir de peur2 je n'aime de la ,suisse que les prairies4 ,il ne faut pas que j'oublie de vous parler de la cascade du ,schaubach devant laquelle nous nous sommes arrtes en chemin4 ,cette cascade tombe d'une hauteur de huit cents pieds2 aussi le bas de sa chute se transforme en tourbillons de fume2 cette immense nappe d'eau qui roule et se prcipite avec fracas vous blouit1 vous tourdit1 vous fait perdre la tte4 ,en face de la cascade se trouvent quelques habitations4 ,de l on voit cette superbe montagne de neige appele ,iung-,frau1 o l'homme n'a jamais pu monter4 ,arrives au bout de la valle de ,lauterbrunn1 nous trouvmes une grande quantit de chalets entours d'arbres fruitiers4 ,nous couchmes l'auberge du ,cur1 en face des glaciers de ,grindelwald1 trs beaux et trs imposans par leur masse norme4 ,nous sommes retourns ,berne1 en passant par ,brientz1 et de ,berne nous sommes venus ,schaffouse4 ,aprs avoir dn ,schaffouse1 je reus la visite du bourgmestre qui j'avais t recommande2 il me proposa de me conduire la chute du ,rhin2 j'acceptai son offre obligeante4 ,le bourgmestre me mena dans un trs petit bateau1 et je ne pouvais me dfendre d'un peu de frayeur en voyant quantit de rochers placs et l sur notre passage4 ,enfin nous voil au bas de cette chute d'eau dont la majestueuse beaut inspire une sorte de terreur4 ,je suis monte aussitt dans le petit pavillon qu'branle continuellement la violence de la cascade4 ,ce pavillon est le point d'o on peut jouir de la manire la plus complte de l'effet de ces vastes masses d'eau2 l'arc-en-ciel s'y voit constamment4 ,j'ai visit galement le dessus de la chute qui est superbe4 ,j'ai peint ces deux vues4 ,des coteaux couverts de vignes entourent la chute du ,rhin1 et je demandai au bourgmestre de m'envoyer du vin de sa vigne2 il me rpondit avec un peu d'embarras que le port coterait plus que le vin ne vaudrait2 je l'assurai que j'en avais bu et qu'il tait excellent3 ,monsieur a bien raison1 me dit alors ,adlade2 le vin que vous avez bu l'auberge est de la cte du ,rhin4 ,je reconnus ma mprise2 j'avais confondu la cte et la chute1 et j'en fus honteuse4 ,si je me mettais sur le chapitre des mprises1 j'en aurais plus d'une vous raconter4 mon retour de ,suisse1 j'eus une distraction de ce genre que je ne me pardonne pas4 ,j'arrive chez madame de ,bellegarde1 leur chteau de ,marche en ,savoie2 aprs un doux repos1 je vais avec ces dames ,chambry chez ,m4 de ,boigne qui nous mne aussitt sa charmante maison de campagne prs de la ville2 tant monte sur une terrasse qui domine ,chambry3 ,cette vue est ravissante1 m'criai-je1 on dcouvre si bien le village6 ,m4 de ,boigne#cc en fut choqu1 et ce n'tait pas sans raison4 ,,lettre ,,iii4 ,zurich2 ,ehrlebacz1 l'le d',houfnau1 ,rapercheld1 la valle de ,glaris4 ,en voyageant en ,suisse1 on passe d'enchantement en enchantement2 quand on sait bien voir1 on n'y connat point la monotonie2 chaque pas la scne varie2 d'un site charmant vous passez un site svre3 c'est ce que j'prouvai en allant ,zurich4 ,aprs avoir visit les curiosits de la ville et les environs1 j'allai m'installer dans une jolie maison de campagne ,ehrlebacz1 au bord du lac2 cette maison appartenait au gnral baron de ,salis2 lui-mme habitait tout prs de l avec sa femme1 sa fille et sa belle-fille1 et ce voisinage ne faisait qu'augmenter le charme de mon sjour4 ,je fus reue par le gnral et par les siens comme si j'eusse t de la famille4 ,je ne puis oublier les douces heures que j'ai passes dans leur socit4 ,le bon gnral avait quatre-vingt-un ans2 malgr son ge et ses infirmits1 il tait toujours gai1 spirituel2 il me racontait mille piquantes anecdotes2 l'ge du gnral1 la main peut bien tre paresseuse1 et cependant le vieux et excellent baron crivait souvent ses amis4 ,j'avais rencontr aussi le gnral baron de ,salis dans mon voyage ,naples1 et je l'avais trouv aimable et bon1 comme je l'ai dit ailleurs4 ,du reste1 il n'tait point pour moi une connaissance nouvelle2 avant que l'ouragan rvolutionnaire et tout dispers1 j'avais connu et reu chez moi ,paris le bon gnral2 tous les gens de bien l'estimaient et l'aimaient4 ,les deux cts du lac sont parsems de villages pittoresques et d'lgantes maisons de campagne1 la vgtation y est riche et varie2 une fort de sapins couvre les riantes habitations4 ,les sites sont tellement champtres1 surtout la droite du lac du ct du mont ,albis1 qu'on se rappelle involontairement les peintures de ,gessner2 en effet1 c'est l qu'tait sa demeure1 et c'est l qu'il a crit d'aprs nature4 ,une de nos jouissances tait d'entendre tous les dimanches matin1 huit heures prcises1 les cloches de diffrens villages des bords du lac1 qui toutes sonnent la mme heure2 leurs sons diffrens se confondent1 se perdent ensemble selon leur distance3 c'est un mlange qui1 sans tre calcul1 produit une harmonie lointaine dlicieuse4 ,avant de quitter ,ehrlebacz1 je dsirais beaucoup faire une excursion1 et je priai le gnral de permettre que sa belle-fille vnt m'accompagner2 j'obtins cette permission2 cette dame1 qui n'avait gure plus de vingt ans1 en fut aussi contente que moi4 ,ds le lendemain nous nous embarqumes sur le lac de ,zurich4 ,nous nous arrtmes la petite le d',houfnau1 qui n'a pour habitans qu'une vieille femme et une jeune fille dont la nourriture se compose tout simplement de lait et de lgumes4 ,une petite glise1 bien ancienne1 entoure d'un cimetire1 se trouve au milieu de l'le4 ,la jeune fille nous montra un caveau ouvert1 rempli de ttes de morts d'une grosseur prodigieuse3 je ne pouvais en croire mes yeux4 ,depuis quand ces ttes sont-elles entasses l8 demandai-je la jeune fille4--,ces ttes de morts1 me rpondit-elle1 sont si anciennes qu'on ne peut savoir l'poque o elles ont t mises l4 ,nous quittmes cette le et reprmes notre barque pour aller coucher ,rapercheld2 le soleil n'clairait plus que les sommets des montagnes de ,glaris2 ces sommets taient couleur de feu2 les autres montagnes plus prs de nous1 plus basses1 taient dans l'ombre2 cet effet mlancolique me charma tellement1 que vite je pris mes pastels pour le peindre4 ,arrives l'auberge de ,rapercheld1 nous tions presses de nous coucher1 parce que nous voulions partir le lendemain de trs bon matin pour une dernire excursion4 ,il m'a t impossible de dormir1 parce qu'en face de nous des chants plaintifs se faisaient entendre4 ,qui chante ainsi8 m'criai-je4--,ce sont des bergers1 me rpondit-on1 qui soupirent leurs amours pour des jeunes filles loges l chez leurs parens4 ,on ajouta que c'tait l'usage dans la contre1 et que souvent les parens ouvrent leur porte au jeune berger qui ils veulent donner leur fille2 en ce cas1 les amoureux ont la permission de rester la nuit prs du lit de celle qu'ils doivent pouser2 on m'a bien assur que jamais ils n'abusaient de cette permission4 ,ce coin de la ,suisse est assez peu frquent2 les habitans peuvent avoir conserv l'innocence primitive4 ,le lendemain nous partons pour aller sur le lac de ,walenstad2 gardez-vous bien1 ,madame1 de vous embarquer jamais sur ce lac2 il n'a pas le charme des autres lacs de la ,suisse1 et ne prsente que des prils2 d'normes montagnes l'entourent et le resserrent4 gauche1 en entrant1 se trouve un petit village avec son clocher1 c'est le seul endroit o l'on puisse dbarquer4 ,nous allions toujours en avant1 lorsqu'un grand vent s'lve1 et tout coup de gros nuages noirs s'amoncellent sur les monts et sur nos ttes2 j'admirais cet effet terrible2 mais ma jeune compagne mourait de peur1 d'autant que le batelier nous dit qu'il fallait vite retourner2 plus loin nous n'aurions pu dbarquer4 ,d'aprs l'avis du batelier1 et aussi vu la frayeur de ma compagne1 nous rebroussmes chemin4 ,il tait temps1 car la tempte ne tarda pas gronder1 et un peu plus tard nous aurions t en pril4 ,nous retournmes ,rapercheld4 ,nous avions eu le projet de visiter la valle de ,glaris1 et plusieurs amis du gnral de ,salis nous attendaient pour nous accompagner4 ,cette valle n'a de remarquable qu'une cascade2 elle est encaisse par de grandes roches1 de sorte qu' l'heure de midi on y touffe de chaleur4 ,ma pauvre tte brlait sous mon chapeau1 et je ne pouvais plus y tenir2 ayant aperu en chemin des plantes larges feuilles1 j'en ramassai pour en couvrir ma tte2 je les renouvelais sans cesse1 et c'est ainsi que je parvenais me rafrachir4 ,nous tions tous accabls par la chaleur1 lorsque enfin nous dcouvrmes un chalet au bout de la valle2 nous y entrmes pour nous reposer1 et nous y bmes du lait avec dlices4 ,la femme qui nous avait donn cette hospitalit si gnreuse ne voulut point recevoir d'argent2 nos compagnons nous firent entendre qu'elle accepterait plus volontiers des rubans2 aussitt nous dtachmes nos ceintures1 et cette femme fut parfaitement satisfaite4 ,en traversant la valle de ,glaris1 j'aperus un village plac tout--fait au-dessous d'une montagne qui menaait de crouler2 plusieurs grosses pierres avaient dj roul jusques auprs des habitations2 je dis plusieurs des bonnes gens du village3 ,je crains bien que cette montagne ne tombe un jour sur vous4--,que voulez-vous8 me rpondirent ces bonnes gens1 nous sommes ns l1 nous y mourrons4 ,tristes et naves paroles qui peignent toute la simplicit de ces lieux4 ,on montre au bout de cette valle1 droite et gauche1 les deux chemins que l'arme franaise et l'anne russe ont suivis dans le temps des guerres de la rvolution4 ,,lettre ,,iv4 ,soleure2 la montagne de ,wunschestein2 coucher et lever du soleil sur les montagnes4 ,je n'ai rien vous dire de ,soleure1 ,madame1 car je m'occupe peu de l'tude des villes2 mais c'est la nature que je donne toute mon attention1 toutes mes penses4 ,en me promenant dans ,soleure1 je dcouvris1 sur un des plus hauts sommets de la ligne du ,jura1 un petit chalet tout seul1 bien petit2 c'tait un point2 je demande qui loge l1 si haut1 tout seul2 on me rpond qu'on peut y arriver trs facilement2 j'avais peine le croire1 car la montagne est pic2 cependant1 aprs des informations plus prcises1 on me conseille d'y monter pour voir le coucher et le lever du soleil2 le matre de l'auberge o j'tais me dcide enfin1 en me disant qu'on y va par une grande route superbe1 que ma calche et quatre chevaux m'y mneront dans la perfection4 ,me voil dcide4 ,il faisait le plus beau temps du monde2 pas un nuage4 ,je vais assez bien en voiture pendant trois quarts d'heure2 mais ensuite cette soi-disant grande route n'tait plus qu'une sorte de chaos2 c'taient de grosses pierres les unes sur les autres1 pointues1 bossues2 une monte pic sans garde-fou4 ,vous jugez bien1 ,madame1 que je pris le parti d'aller pied4 ,mon guide ne revenait pas de mon courage2 il fut grandement tonn de ma marche1 qui a dur depuis quatre heures jusqu' huit et demie2 je suis monte pic l'espace de trois lieues et demie2 aux deux premires heures de la marche1 la chaleur tait affreuse2 les ardeurs du soleil une fois passes1 plus je montais1 plus je me sentais forte2 dire vrai1 le spectacle dont je jouissais me charmait au point de me faire oublier la fatigue4 ,j'ai vu cinq ou six vastes forts les unes sur les autres s'abaisser sous mes yeux2 le canton de ,soleure ne me paraissait plus qu'une plaine1 la ville et les villages1 de petits points2 la belle ligne de glaciers qui bordait l'horizon se colorait de plus en plus des feux du soleil couchant2 les autres montagnes taient couleurs d'iris2 des lignes d'or avec des arcs-en-ciel s'tendaient sur ma montagne gauche2 le soleil se couchait derrire le sommet2 des monts violets-rougetres se perdaient insensiblement dans le lointain jusqu'au lac de ,bienne et l'extrmit de celui de ,neuchtel1 si distans l'un de l'autre1 qu'ils ne se dtachaient que par deux lignes dores et entoures de vapeurs transparentes4 ,je dominais encore des cavits profondes1 des montagnes de la plus belle vgtation2 mes pieds apparaissaient des vallons sauvages entours de noirs sapins4 mesure que le soleil baissait1 je voyais les nuances s'effacer2 les diffrens sites prenaient un caractre svre1 tant par leurs formes que par le long silence qui est si bien en harmonie avec la chute du jour4 ,je puis vous dire1 ,madame1 que j'ai joui de toute mon ame de ce spectacle si solennel et si mlancolique4 ,la lune s'est leve radieuse2 je me trouvais ct du chalet o je devais coucher2 c'tait l ce petit point que j'avais aperu de la ville de ,soleure4 ,les paroles me manquent pour dire quelle fut ma batitude2 l'air le plus pur1 l'odeur aromatique des gazons que je foulais1 me donnaient un vritable bonheur2 si j'avais eu l quelques amis1 je crois que je ne serais jamais descendue4 ,les vaches restent sur ces hauteurs pendant tout l't2 l'herbe odorante devient leur nourriture1 et leur lait en est tout parfum4 ,le lait fit seul les frais de mon souper1 car le poulet qu'on m'avait donn au chalet tait dur et sec4 ,je devais me lever avant trois heures pour aller encore une lieue plus loin sur la cime d'une montagne d'o je devais voir le lever du soleil4 ,je ne pus dormir cause des puces1 et j'attendis impatiemment l'heure du dpart sur une chaise4 ,me voil en chemin avec mon ,adlade et mon guide pour assister au spectacle du lever du soleil1 mille fois plus radieux sur les montagnes que dans les plaines4 ,arrive sur la cime du mont1 je vois le disque dor du soleil levant1 si brillant que mes yeux ne peuvent en soutenir l'clat2 le ciel tait aussi pur que la veille2 la nature n'tait pas encore claire2 un brouillard blanchtre couvrait la valle entire2 c'tait un nant de fume4 ,peu peu la ligne du glacier1 qui avait t blanc-bleutre1 se colore sur les sommets2 elle prend des teintes roses1 dores2 plus lentement les autres montagnes se verdissent1 la plaine se dcouvre1 les pointes des clochers reluisent2 enfin les villes1 les villages1 les forts1 les prairies renaissent2 cela ressemblait une cration4 ,le silence de ma montagne n'tait interrompu que par le joli bruit des clochettes des troupeaux paissant et l autour du chalet4 ,il y avait avec nous un gros chien que j'ai tout de suite aim2 imaginez-vous qu'il regardait le soleil levant1 immobile sur ses pieds1 et qu'il pleurait en face de ce radieux spectacle4 ,ce chien tait vraiment un bon compagnon1 et je l'ai quitt avec regret4 huit heures et demie1 je suis retourne pied1 descendant presque au galop ce mauvais chemin2 ma voiture suivait2 le bruit qu'elle faisait sur les pierres du chemin m'impatientait2 ce bruit m'empchait de penser et de jouir de mes impressions4 ,aussi ai-je pris le parti d'envoyer la voiture en avant pour ne plus l'entendre2 une heure aprs midi j'tais de retour ,soleure4 ,cette course la montagne de ,wunschestein restera toujours dans ma mmoire3 que n'tiez-vous avec moi1 aimable comtesse6 c'est toujours mon refrain4 ,,lettre ,v4 ,vevay et ses environs4 ,ne vous est-il pas arriv1 ,madame1 de rver des lieux o vous voudriez vivre et mourir8 ,moi c'est dans un endroit comme ,vevay que j'aimerais passer ma vie avec quelques amis2 ,vevay1 c'est le site de mes rves1 c'est mon lieu de prdilection2 mais on ne s'arrte pas toujours l o on voudrait s'arrter1 et le destin ne nous permet gure d'tre heureux4 ,le climat de ,vevay est le meilleur climat de la ,suisse2 j'avais pris l une demeure sur les bords du lac de ,genve qu'on voit dans sa plus grande largeur2 droite et en face1 le lac est encadr par les hautes montagnes de ,meillerie jusqu' l'entre du ,valais1 d'o sort le ,rhne qui se prcipite dans le lac4 ,les montagnes qu'on voit en face et gauche produisent un effet superbe au soleil couchant2 la vgtation dont elles sont ornes1 varie leurs tons l'infini4 ,c'est l qu'on dcouvre sur la hauteur la dent de ,jamand4 ,les environs de ,vevay offrent de ravissantes promenades4 ,en suivant la gauche du lac1 on arrive au chteau de ,chillon par des coteaux boiss entrecoups de villages4 ,au bas1 prs du chemin1 un ruisseau limpide s'chappe avec rapidit1 et vous charme par son murmure2 droite1 des arbres de haute futaie bordent le lac qu'on dcouvre travers les branches4 ,la dlicieuse promenade au chteau de ,chillon rappelle la ,nouvelle ,hlose4 ,je suis alle ,clarence au lever du soleil2 appuye sur les ruines du chalet de ,jean-,jacques1 j'ai peint l'ensemble de ces lieux si pleins de romanesques souvenirs4 ,ce n'est pas l que se sont bornes nos promenades autour de ,vevay2 nous allmes1 moiti pied1 moiti en char--bancs1 sur la montagne pierreuse de ,blonay4 ,accabls de fatigue et de chaleur1 nous avions fait halte pour prendre un peu de repos1 lorsque ,,mm4 de ,blonay vinrent nous tmoigner le dsir de nous recevoir dans leur chteau2 j'acceptai avec plaisir4 ,on dcouvre du chteau de ,blonay une vue admirable2 on y domine le lac et les montagnes environnantes4 ,de belles pches nous furent apportes2 j'avoue qu'en ce moment de lassitude et de soif1 ces pches taient pour nous comme la manne dans le dsert4 ,nous descendmes la montagne de ,blonay par le plus beau temps du monde2 la lune se levait radieuse4 ,arrive mon htel de ,vevay1 je dis l'aubergiste que je dsirais faire une course sur le lac1 et lui demandai des rameurs2 l'aubergiste me rpondit qu'il me conduirait lui-mme dans son bateau4 ,il avait l'air si bon homme que j'acceptai sa proposition1 condition toutefois qu'il ne prononcerait pas un seul mot pendant le trajet1 voulant comme toujours admirer en silence les effets de la belle nature4 ,mon ,adlade tant trop fatigue pour me suivre1 je partis seule avec le gros aubergiste2 ce n'tait pas ,saint-,preux1 je n'tais pas ,julie1 et n'en fus pas moins heureuse4 ,ma barque se trouvait seule sur le lac2 le vaste silence qui s'tendait autour de moi n'tait troubl que par le lger bruit des rames4 ,je jouissais compltement de cette belle lune si brillante2 quelques nuages argents la suivaient sur un ciel d'azur4 ,le lac tait si calme1 si transparent1 que la lune et ces beaux nuages s'y refltaient comme dans un miroir4 ,en vous crivant1 trs aimable comtesse1 je me crois encore dans mon bateau sur ce magnifique lac dont vous auriez joui comme moi4 ,je pourrais vous parler encore des salines de ,beg1 de la belle cascade de ,pisse-,vache ,sion 7 laquelle je prfre pourtant celle du ,reichenback71 de ,saint-,martin1 de ,saint-,maurice dont le pont et les anciennes fortifications forment un intressant tableau4 ,on trouve au bas de ces montagnes une population hideuse2 hommes et femmes ont tous des gotres et paraissent idiots2 j'tais triste de voir cette vilaine humanit4 ,je voulais pousser ma course au-del des salines de ,beg1 mais j'ai t arrte par la suffocante chaleur des montagnes qui tout--coup se rapprochent et deviennent comme des gorges profondes4 ,je suis retourne par le chemin qui conduit aux rochers de ,meillerie4 ,aprs quelque temps de marche1 un orage survint2 je m'arrtai et me trouvai en face de ,vevay4 ,le ciel tait noir2 on ne dcouvrait ni les montagnes ni l'entre du ,valais2 mais de l je vis un effet radieux1 un superbe arc-en-ciel qui se courbait justement sur ,vevay2 la ville en tait si bien claire que je pouvais aisment distinguer le clocher et les maisons3 ce qui m'a rappel ,jean-,jacques lorgnant de cet endroit l'habitation d',hlose#cd4 ,,lettre ,,vi4 ,coppet2 madame de ,stal4 ,j'ai pass une semaine ,coppet chez madame de ,stal2 je venais de lire son dernier roman1 ,corinne ou l',italie2 sa physionomie si anime et si pleine de gnie me donna l'ide de la reprsenter en ,corinne1 assise1 la lyre en main1 sur un rocher2 je la peignis sous le costume antique#ce4 ,madame de ,stal n'est pas jolie1 mais l'animation de son visage peut lui tenir lieu de beaut4 ,pour soutenir l'expression que je voulais donner sa figure1 je la priais de me rciter des vers de tragdie 7que je n'coutais gure71 occupe que j'tais la peindre avec un air inspir4 ,lorsqu'elle avait termin ses tirades1 je lui disais3 ,rcitez encore2 elle me rpondait3 ,mais vous ne m'coutez pas4 ,comprenant enfin mon intention1 elle continuait dclamer des morceaux de ,corneille ou de ,racine4 ,je me propose d'emporter le portrait ,paris pour lui mettre la dernire main#cf4 ,je trouvai ,coppet plusieurs personnes tablies2 la bien jolie madame ,rcamier1 le comte de ,sabran et un jeune ,anglais2 puis je vis arriver ,benjamin ,constant1 et le prince ,auguste-,ferdinand de ,prusse4 ,la socit se renouvelait sans cesse2 on venait visiter l'illustre exile1 celle que l'empereur poursuivait de ses rancunes4 ,les deux fils de madame de ,stal se trouvaient alors ,coppet2 ils avaient pour gouverneur le littrateur allemand ,schlegel2 sa fille1 trs jeune encore1 tait fort jolie2 elle avait un got passionn pour l'tude4 ,madame de ,stal recevait avec grce et sans affectation2 elle laissait sa socit libre toute la matine4 ,on ne se runissait que le soir2 c'est aprs dner seulement qu'on pouvait causer avec elle4 ,on la voyait alors marchant dans son salon1 tenant en main une petite branche de verdure2 quand elle parlait1 elle agitait ce rameau1 et sa parole avait une chaleur qui n'appartenait qu' elle seule2 impossible de l'interrompre3 dans ces instans elle me faisait l'effet d'une improvisatrice4 ,pendant mon sjour ,coppet1 j'y ai vu jouer ,smiramis2 madame de ,stal remplissait le rle d',azma2 elle a eu de beaux momens dans ce rle1 mais son jeu tait ingal4 ,madame ,rcamier mourait de peur dans son rle de ,smiramis2 ,m4 de ,sabran n'tait pas trop rassur dans son rle d',arsace4 ,j'ai toujours remarqu qu'il n'y a que les comdies et les proverbes qui se jouent bien en socit1 mais jamais la tragdie4 ,de ,genve je suis alle ,ferney voir la maison de ,voltaire4 ,je l'ai trouve bien petite et d'une telle salet que je crois qu'elle n'a pas t nettoye depuis que ce grand homme l'a quitte4 ,la chambre coucher est reste meuble4 ,on y voit le portrait de ,le ,kain1 droite prs de son lit4 ,en face prs de la fentre1 ceux de madame ,duchatelet1 de l'abb ,delille et de quelques autres4 ,en sortant de son petit salon1 on trouve une terrasse d'o l'oeil dcouvre les montagnes du ,jura4 ,son jardin tait en friche3 ce manque de soin pour l'habitation de ,voltaire m'a vraiment attriste#cg4 ,j'avais t triste aussi en voyant l'le ,saint-,pierre la maison de ,rousseau change en un mauvais cabaret#ch4 ,,lettre ,,vii4 ,genve et ,chamouni4 ,je ne vous dirai pas grand'chose de ,genve dont il existe assez de descriptions2 vous savez d'ailleurs que je ne suis pas venue en ,suisse pour voir des villes4 ,il faut pourtant que je vous dise que ,genve1 toute rpublique qu'elle est1 ne connat point l'galit2 le quartier d'en haut ne frquente point le quartier d'en bas1 et jamais un mariage ne se fait de bas en haut4 ,pendant mon court sjour ,genve1 on m'a fait monter sur une terrasse qui domine une promenade1 o les ,genevois se sont battus outrance pour empcher l'rection de la statue de ,jean-,jacques2 ce grand crivain est gnralement dtest ,genve4 ,avant de quitter cette ville1 j'ai reu un honneur que vous me permettrez de ne pas oublier2 on a daign me donner le brevet de membre de l',acadmie de ,genve4 ,je vous ai parl d'une famille hollandaise avec laquelle j'avais fait connaissance ,berne1 ,m4 et madame de ,brac et leur fils2 nous partmes tous ensemble pour ,chamouni4 ,aprs avoir pass ,saint-,martin et ,bonneville1 nous arrivmes ,salange1 par un chemin bord droite par de grands et superbes rochers dont le soleil clairait les tons riches et varis4 ,nous montmes tout en haut pour jouir de la magnifique vue du dme du ,mont-,blanc1 de l'aiguille du ,got4 ,le soleil couchant rpandait des teintes dores sur les hauteurs de cette masse norme2 les rgions infrieures de la chane taient couleur d'iris et d'opale2 cette partie des glaciers n'avait pour toute lumire que le reflet du ciel4 ,enfin cette masse grandiose tait intercepte gauche par de hautes montagnes de sapins tout--fait dans l'ombre2 en bas1 les plaines l'taient aussi1 ce qui faisait un contraste et un repoussoir dont l'effet du ,mont-,blanc n'avait pas besoin3 mais ce contraste achevait le tableau4 ,je voulus peindre ce reflet2 je saisis mes pastels2 mais hlas6 impossible2 il n'y avait ni palette ni couleurs qui pussent rendre ces tons radieux444 ,nous montmes ,salange4 ,aprs notre djeuner1 nous partmes aussitt pour la valle de ,chamouni1 qui ne ressemble en rien tout ce que j'ai parcouru4 ,de chaque ct ce sont de hautes montagnes de noirs sapins2 droite en entrant1 ces tristes forts sont entrecoupes d'normes glaciers4 ,on aperoit au-dessus le ,mont-,blanc1 son dme et l'aiguille du ,got et d'autres glaciers4 ,la source de l',aveyron sort d'un ton sale d'une grande vote de glace3 en tout1 ce lieu sauvage tonne1 mais ne charme pas4 ,aprs notre djeuner1 comme il faisait un trs beau temps1 nous fmes la partie d'aller voir la mer de glace4 ,il faut vous dire qu'il y avait quantit de voyageurs qui s'y rendaient en mme temps2 mais moi1 pour viter cette foule qui parlait1 qui criait1 je les laissai aller un peu en avant4 ,enfin je pars seule avec mon guide1 pour viter le train1 les parlages sans fin de toute cette bande4 ,je vais donc pour monter la mer de glace4 ,aprs une demi-heure de marche1 je tournais un sentier trs troit sur la hauteur d'un norme prcipice1 sans aucune barrire4 ,arrive l1 j'entends ,m4 de ,brac qui me crie3 ,au nom du ciel1 madame ,lebrun1 ne montez pas1 je vous prie4 ,lui1 sa femme1 son fils1 continuent leur marche4 ,je descends donc tout de suite avec mon guide3 il me mne au glacier de ,bosson1 le plus beau de la valle3 j'en fus enchante3 ces nombreuses votes de glaces sont normes de prs2 elles sont d'un ton transparent bleutre4 ,je m'tablis pour peindre ce glacier en face1 appuyant mon portefeuille sur le dos de mon compagnon2 je mourais de soif4 ,mon guide avait un peu de vin1 il m'en donna1 et pour le rafrachir il prit un petit morceau de glace4 ,aprs m'tre repose en peignant1 je descends au-dessous de ce glacier2 mon guide m'y cherche des fraises et m'en apporte quelques-unes qui taient excellentes4 ,en me promenant1 je m'arrtai encore pour peindre un point de ces montagnes bordes par un torrent2 voyant une masse d'arbres superbes dans la prairie1 je voulus aussi la fixer tout de suite3 c'est1 je crois1 l'endroit le moins sauvage de la valle4 ,aprs cette promenade1 je revins mon auberge4 ,tous les voyageurs taient de retour de la mer de glace4 ,ne voyant pas la famille de ,brac1 j'en demandai des nouvelles2 on me rpondit3 ,hlas6 le mari de cette dame s'est trouv si mal par la frayeur que lui a cause ce chemin prilleux1 qu'il a perdu connaissance4 ,on vient de lui porter un matelas dans une petite cahute tout en haut de la montagne2 sa femme se dsespre ainsi que son fils4--,me voil bien inquite de lui1 de sa femme trs avance dans sa grossesse4 ,je reste devant l'auberge1 attendant avec anxit leur retour4 ,enfin aprs plus d'une heure 7 la chute du jour71 je vois arriver ,m4 de ,brac couch sur un brancard1 le visage moiti couvert1 sa femme fondant en larmes1 son fils poussant des cris dchirans3 nombre de paysans entouraient et suivaient ce triste cortge1 qui me fit l'effet d'un enterrement4 ,je ne puis exprimer la peine que j'prouvais4 ,je fis porter ,m4 de ,brac mourant prs de la chambre que j'habitais1 ne pouvant quitter sa femme si intressante1 et si justement effraye4 ,je pleurais avec elle1 avec son fils4 ,toute la nuit1 ne pouvant dormir1 nous coutions sans cesse la porte du malade2 mais hlas6 nous n'entendions que des gmissemens4 ,nous en tions si oppresses que nous nous mmes la fentre pour respirer4 ,toute la nuit nous entendmes tomber successivement des avalanches4 ,ce bruit sinistre ressemble d'horribles coups de tonnerre4 ,nous attendions avec anxit le matin pour savoir des nouvelles de ,m4 de ,brac2 mais hlas6 point de mieux4 ,il avait encore la mme immobilit4 ,ce ne fut que le troisime jour qu'il commena ouvrir les yeux1 et successivement1 mais lentement1 son tat s'amliora4 ,sans cette catastrophe1 je serais reste peu de temps ,chamouni2 mais j'y passai huit jours de plus1 ne voulant pas quitter cette malheureuse famille1 sans tre assure du rtablissement de ,m4 de ,brac4 ,on m'a dit que ce qu'il avait prouv tait une catalepsie4 ,enfin j'arrangeai mon dpart4 ,les onze jours passs ,chamouni m'avaient paru un sicle4 ,je croyais pouvoir partir1 lorsqu'on vint me dire que les chemins taient impraticables par la quantit d'avalanches tombes3 c'tait celles que j'avais entendues toutes les nuits et qui taient fondues2 la route en avait t inonde4 ,n'tant plus utile nos compagnons de voyage1 j'tais au dsespoir de rester dans ce triste ,chamouni qui ne devrait tre habit que par les chvres et les chamois4 ,les prairies elles-mmes ont leur tristesse2 les soucis sont les seules fleurs qu'on y trouve2 voil les bouquets que vous offrent les jeunes bergres4 ,pour rien au monde je ne retournerais ,chamouni4 ,aimable comtesse1 cette course est la seule o je ne vous ai point regrette#ci4 ,,lettre ,,viii#dj4 ,neuchtel2 ,lucerne1 chute du ,goldau4 ,l'an dernier1 mes courses en ,suisse m'avaient procur trop de jouissances1 ,madame1 pour que je n'eusse pas le dsir et le besoin de revoir cette intressante rgion2 je suis donc revenue dans cette contre de moeurs naves et de beaux paysages4 ,l'anne dernire1 j'avais fait mon entre en ,suisse par ,ble2 cette fois-ci1 c'est par ,neuchtel4 ,la ville de ,neuchtel est btie en amphithtre2 le lac1 dont la longueur est de sept lieues et la largeur de trois lieues1 porte un caractre de grande majest2 l'eau est vive et transparente4 ,c'est un peu avant le coucher du soleil et hors de la ville1 sur la hauteur1 que j'ai le mieux joui de la vue du lac4 ,j'avais en face les montagnes de la ,savoie et les glaciers2 la grande ligne des ,alpes1 l'extrmit du lac1 se colorait d'un ton rougetre2 gauche1 plus prs1 s'levaient les montagnes de ,moutiers-,travers qui se dtachaient en violet bleutre sur le ciel dor par le soleil couchant4 ,neuchtel1 qui se trouvait en avant1 formait un repoussoir vigoureux et pittoresque4 ,je suis alle de ,neuchtel ,lucerne4 ,je vous recommande bien1 ,madame1 quand vous irez de ces cts1 de gravir l',albis4 ,de l on dcouvre une des plus belles vues de la ,suisse3 dans le lointain1 droite1 on voit plusieurs lacs entours de hautes montagnes qui1 aux premiers rayons du soleil 7moment o j'ai joui de cette vue71 sont enveloppes d'une lgre vapeur bleutre1 d'un effet magique4 ,c'est comme un beau rve arien4 ,je suis alle par cette montagne ,lucerne4 ,le canton de ,lucerne est le plus pittoresque et le plus sauvage de la ,suisse3 prs de la ville1 en bas et sur les hauteurs1 partout le peintre a de quoi s'enrichir l'imagination par les beaux contrastes des points de vue4 ,en s'arrtant sur le pont1 l'aspect du lac est effrayant par la svrit des montagnes qui l'entourent et dont il est entrecoup3 la premire1 droite1 est le ,mont-,pilate1 dont on n'a jamais pu gravir le sommet strile3 il est si lev qu'il est presque toujours entour de gros nuages3 plus bas sont d'autres monts tout cultivs et du plus beau vert2 plus bas1 des maisons de campagne bordent le lac4 gauche est le ,rigi qui1 comme le ,pilate1 domine aussi les autres monts qui l'environnent2 mais les voyageurs y peuvent monter pour jouir de la vue la plus immense de la ,suisse#da4 ,ce qui ajoute l'austrit du lac est la couleur de ses eaux1 plus verte et plus fonce que celle des autres eaux4 ,il est souvent furieux2 je l'ai travers avec beaucoup de vagues1 et aussi beaucoup de peur1 d'autant que je ne voyais d'autre barque que la mienne4 ,je savais que dans le mauvais temps on ne peut aborder2 vers le milieu du trajet que j'avais faire1 j'aperus1 droite1 la tour et le clocher de ,stanzstrade qui se dtachait en demi-teinte douce sur ces coteaux de la plus belle vgtation4 ,le soleil rendait ces couleurs radieuses4 ,les montagnes qui surmontaient ces coteaux avaient aussi un ton fin et dlicat qu'elles empruntaient de la vapeur du lac1 et qui en adoucissait les effets4 ,la montagne gauche1 dont la teinte tait en ombre vigoureuse1 faisait un contraste frappant4 ,je me suis fait dbarquer ,stanz pour parcourir cette charmante valle1 la plus belle de la ,suisse3 on y voit les plus beaux noyers1 des prairies du plus beau vert1 des collines boises1 des montagnes cultives et couvertes de chalets sur leurs hauteurs2 et plus bas1 de jolies maisons de campagne4 ,en montant sur les collines qui l'entourent1 on jouit du coup d'oeil le plus ravissant3 et la vue des villages pars et l1 dont les toits1 rouge fonc1 se dtachent si bien au milieu des diffrentes verdures1 rend ce coup d'oeil pittoresque et riant tout la fois4 ,le mont ,pilate et le ,rigi dominent aussi cette dlicieuse valle4 ,aprs m'y tre beaucoup promene1 je me suis rembarque1 et suis descendue ,brown1 autre valle charmante4 ,les vergers1 les prairies y bordent une petite rivire1 la plus claire et la plus limpide que j'aie jamais vue4 ,ce sont des lames de cristal1 des diamans qui courent avec rapidit4 ,aprs plus d'une heure de marche1 je suis arrive au bourg de ,schwitz2 c'est l que j'ai vu les plus jolies maisons4 ,elles sont situes sur une hauteur entoure d'un vallon fertile4 ,l'auberge o je logeais se trouve en face de l'glise1 qui est assez leve3 j'avais pour point de vue le cimetire1 rempli de croix charges d'ornemens noirs et dors3 immdiatement au-dessous se trouve un abri o les gens du pays viennent danser ou jouer diffrens jeux3 ces morts au-dessus des vivans me donnaient rver2 vous en auriez fait autant4 ,je suis alle de ,lucerne ,zug2 le chemin est bord de collines trs habites4 ,c'tait le temps de la moisson3 nous rencontrmes quantit de moissonneurs et de moissonneuses rangs autour de leurs chars de transport2 ils les avaient orns de branches et de fleurs2 ils chantaient et dansaient en rjouissance de leur bonne rcolte4 ,j'ai travers le lac de ,zug1 qui est charmant2 ses bords sont entours de jolis coteaux couverts de maisons2 on y voit les hautes montagnes de ,schwitz4 ,arrives l'auberge du ,zug1 la matresse1 qui sait trs bien le franais1 nous parla de la chute de ,goldau2 elle y avait perdu une tante1 et avait failli y perdre ses deux filles1 qui devaient ce mme jour la venir voir4 ,elle nous raconta la catastrophe4 ,onze voyageurs qu'elle avait eus chez elle s'embarqurent pour ,goldau4 ,quatre d'entre eux voulurent entrer dans l'glise d',art2 les autres compagnons continurent leur route disant3 ,nous ne voulons pas perdre de temps pour arriver ,goldau2 ,sortis de l'glise1 les quatre voyageurs virent l'horrible spectacle de la chute de la montagne dont les pierres entoures de sables1 d'arbres1 n'avaient fait aucun bruit4 ,cette chute venait d'ensevelir leurs amis dont deux taient avec leurs femmes et d'autres parens4 ,une jeune personne promise un jeune homme1 avait t aussi engloutie4 ,les quatre voyageurs chapps ce cruel malheur1 revinrent l'auberge les yeux gars et pleurant chaudes larmes4 ,la matresse de l'auberge leur demanda pourquoi ils taient si tt de retour8 ,hlas6 dirent-ils1 vous voyez le reste de notre compagnie4 ,l'un de ces voyageurs a perdu entirement la tte4 ,on fit des fouilles1 on n'a pu y retrouver qu'une mre et son enfant3 on les a enterres aux deux croix noires2 comme par miracle1 on a aussi dcouvert un enfant tout vivant dans son berceau4 ,les habitans des environs de ,goldau ont t profondment mus de ce dsastre2 parmi eux1 il y en avait qui se croyaient la fin du monde4 ,je quittai regret de belles valles1 pour aller1 peu de distance de l1 voir cette fameuse chute de la montagne de ,goldau4 ,imaginez-vous1 ,madame1 que cette montagne a englouti l'espace de sept lieues de circonfrence2 avant ce dsastre1 ce pays offrait la plus dlicieuse valle parseme de diffrens villages1 entoure de la plus frache vgtation1 habite par les meilleures gens du monde3 prsent1 ce ne sont que rochers et pierres normes accumules les unes sur les autres2 des torrens de sable entrecoups de mares d'une eau verte et stagnante4 ,des forts entires ont t entranes dans cette horrible chute4 ,au moment o j'ai voulu m'tablir pour peindre ce dsastre1 j'entendis une dtonation telle que je crus que c'tait une nouvelle chute de la montagne4 ,j'tais seule dans mon char--bancs2 je ne puis rendre ma frayeur4 ,on vint heureusement me dire qu'on y faisait sauter des rochers pour ouvrir un chemin2 mais les travailleurs cessrent pour me laisser peindre4 ,on voit sur le lac de ,lovers1 qui est dans le voisinage1 des dbris de maisons pars et l1 ainsi que des pierres normes1 dbris de l'boulement4 ,dans le lac de ,lovers1 on aperoit encore les dbris de la maison de l'ermite1 qui tait btie sur une petite le au milieu du lac4 ,je suis monte travers des rochers pour visiter en dtails le thtre de la catastrophe2 je n'ai plus vu de verdure1 plus d'habitations2 cela ressemblait la fin du monde6 ,au milieu de ce chaos1 je ne puis vous exprimer mon effroi et la peine que j'prouvais en pensant aux malheureux engloutis sous mes pas2 j'errai long-temps dans ce lieu funbre qui remplissait mon ame de tristesse4 ,je m'arrtais chaque instant4 ,tout coup j'aperois deux petites croix noires tout prs l'une de l'autre3 c'taient les deux fosses de la mre et de l'enfant qui avaient t trouvs dans les sables par les ouvriers employs pratiquer un petit chemin pour les char--bancs4 ,ces deux croix noires forment le seul monument de ce vaste cimetire1 et c'est peine si on le dcouvre dans cette immensit4 ,j'ai peint d'aprs nature ce triste lieu4 ,de l1 je suis alle m'embarquer ,art3 ensuite j'ai mont ,kusmach pour voir la chapelle de ,guillaume ,tell1 rige l'endroit o il a tu ,gessler4 ,cet endroit me parut charmant2 c'tait vers le soir3 j'entendais dans un vallon chanter un berger et sa bergre4 ,le berger tait cach dans un bois sur la hauteur1 la bergre tait dans le vallon appuye sur une fontaine 7car c'est ainsi qu'ils se parlent d'amour74 ,ils se rpondaient comme par cho3 si tt qu'ils nous ont aperus1 ils ont cess leurs chants4 ,cette correspondance d'amour qui se faisait par mlodie1 offrait une gracieuse scne pastorale3 c'tait une glogue en action4 ,,lettre ,,ix4 ,underse2 la fte des bergers4 ,voil bien des lettres que je vous ai crites1 ,madame2 je vous ai associe toutes mes impressions1 toutes mes penses de voyage1 et vous savez maintenant quelle est ma manire de voir la ,suisse2 mais je ne vous ai pas encore dit ma manire d'tre en voiture4 ,lorsque je suis en route travers ces belles rgions de la ,suisse1 je ne parle pas1 je ne dis pas un mot dans ma calche4 ,je suis ainsi muette mme avec mon ,adlade qui pourtant me comprend si bien2 bien souvent je fais arrter ma voiture pour peindre les sites qui me plaisent1 et alors je me borne dire3 ,adlade1 faites-moi donner mes pastels4 ,en voyageant j'ai un si grand besoin de me croire seule1 que je me suis fait arranger dans ma voiture un rideau qui m'isole entirement3 partout et toujours mes contemplations sont silencieuses4 ,cette lettre sera la dernire o je vous parlerai de la ,suisse2 je terminerai mes rcits par celui de la fte des ,bergers1 qui se clbre ,underse2 fte solennelle et touchante laquelle je suis bien aise d'avoir assist4 ,me trouvant ,lucerne une seconde fois1 je retournai ,berne pour gagner ,thoun1 et arriver ,underse quelques jours avant la fte des ,bergers4 ,le chemin de ,berne ,thoun est le plus dlicieux du monde avec ses points de vue varis et ses nombreuses habitations4 ,la ville de ,thoun1 domine par un vieux chteau crnel1 offre un aspect trs pittoresque4 ,la varit des sites donne un grand charme au passage du lac2 parmi les sites du lac1 il en est de gracieux et d'imposans1 de gais et de sauvages2 ils sont couverts de villages et de chteaux4 ,c'est ainsi que je suis arrive ,underse1 prs d',underlach4 ,je savais que ,m4 ,konig m'avait prpar un logement1 et je me suis rendue chez lui4 ,j'ai trouv effectivement une chambre charmante1 un lit tout neuf avec des rideaux verts4 ,il y avait1 dans la maison de ,m4 ,konig1 table d'hte pour tous les trangers de distinction qui venaient la fte des ,bergers4 ,avant d'aller plus loin1 j'ai hte de dire que ,m4 et madame ,konig n'ont pas voulu accepter une maille pour les quinze jours que j'ai passs dans leur maison3 ,nous avons t si heureux de vous recevoir6 me disaient-ils#db4 ,m4 ,konig dessinait le paysage2 ses costumes de ,suisses reoivent un double intrt de la manire dont il les a groups1 ce qui les rend suprieurs ceux que d'autres ont faits avant lui4 ,j'ai parcouru avec ,m4 ,konig les environs d',underse1 qu'il dessinait avec facilit et talent4 ,une vgtation grande et varie caractrise le canton d',underse2 on ne voit nulle part d'aussi beaux arbres1 des prairies d'un plus beau vert1 des maisons de paysans aussi pittoresques4 ,le ,iung-,frau1 une des plus hautes montagnes de neige1 surmonte d'immenses montagnes de sapins1 dont la sombre verdure forme avec la neige un contraste frappant4 ,gantz1 ce sont d'pres rochers d'une belle couleur1 et la vue du pont d',underse est des plus pittoresques4 ,des deux cts sont de longues et larges cluses qui coulent en sens divers1 ce qui fait un coup d'oeil magique4 ,le bruit de ces diffrentes cascades1 la limpidit de ces eaux bordes l'extrmit par des les charmantes1 offre un spectacle qui rappelle l'imagination les jardins d',armide4 ,la veille de la fte1 au soir1 la pluie1 qui nous contrariait depuis quelque temps1 cessa4 ,nous tions tous au chteau du bailli2 la cour tait remplie de monde1 tous les bergers et les bergres y taient rassembls3 neuf heures le bailli donne le signal1 et l'instant1 sur la montagne vis--vis du chteau1 part un feu d'artifice qui claire au mme moment tous ces groupes2 bergers et bergres chantent aussitt en choeur une musique pastorale et harmonieuse4 ,de tous cts aussi s'allument les feux que l'on avait prpars sur les hautes montagnes qui entourent ce riant vallon2 les cors des ,alpes se rpondent4 ,le premier moment fut si attendrissant1 si solennel1 que les larmes m'en vinrent aux yeux4 ,je ne fus pas la seule qui prouvai cette motion3 elle nous venait de l'ensemble du pays et des habitans4 ,en retournant ma maison1 je jouis encore des effets de ces feux1 qui paraissaient tre de petits volcans de distance en distance2 la fume ajoutait encore l'effet2 en recevant la lumire1 elle agrandissait les masses rougetres1 au milieu de la nuit noire qu'il faisait4 ,j'ai regrett qu'il n'y et pas de lune1 elle aurait ajout au charme de ce tableau#dc4 ,le lendemain le temps1 qui nous avait inquits la veille au soir1 s'claircit neuf heures4 ,tout le monde part de tous les cts pour se rendre au lieu de la fte3 j'arrive dix heures et demie1 et ds l'entre je suis ravie du plus charmant coup d'oeil possible3 imaginez-vous un amphithtre de verdure couronn par une haute montagne de la plus belle vgtation2 plus bas1 gauche1 des gradins de verdure ombrags et entrecoups d'arbres clairs et lgers2 mi-cte1 un peu sur la hauteur1 s'lve une ruine nomme d',unspunnen1 reste d'un vieux chteau1 entoure de lierres1 qui se dtachait en demi-teinte sur une norme montagne de sapins entrecoupe de champs cultivs4 ,lorsque j'arrivai1 ces lieux taient remplis de monde1 le soleil radieux clairait des groupes de paysans de diverses cantons1 assis sur la hauteur2 au milieu des diffrentes couleurs de tant de costumes on ne pouvait distinguer aucun personnage2 cette distance cette multitude faisait l'effet d'un superbe champ de reines-marguerites2 puis d'autres groupes s'avanaient plus haut vers la tour#dd2 plus haut1 plusieurs aussi s'taient runis et formaient1 dans la prairie1 le cercle destin aux exercices1 ce qui variait encore le point de vue4 ,enfin1 c'tait un coup d'oeil enchanteur3 le plus beau temps embellissait la fte4 ,aprs en avoir joui1 je vais m'asseoir sur les bancs disposs pour les trangers1 en face du cercle o devaient avoir lieu les jeux des lutteurs et des lanceurs de pierres1 form par les bergers et bergres4 ,je me trouvai justement et heureusement ct de madame de ,stal4 ,peu d'instans aprs1 nous entendmes une musique religieuse chante parfaitement par de jeunes bergres1 puis aussi le ranz des vaches4 ,les bergres taient prcdes par le bailli et par les magistrats4 ,puis venaient des paysans de divers cantons1 tous vtus de diffrens costumes2 des hommes cheveux blancs portaient les bannires et les hallebardes de chaque valle4 ,ils taient vtus comme on l'tait1 il y a cinq sicles1 lors de la conjuration de ,rutti4 ,ces vieux temps taient reprsents par ces vnrables vieillards4 ,enfin madame de ,stal et moi1 nous fmes si mues1 si attendries de cette procession solennelle1 de cette musique champtre1 que nous nous serrmes la main sans pouvoir nous dire un seul mot2 mais nos yeux se remplirent de douces larmes4 ,je n'oublierai jamais ce moment de sensibilit rciproque4 ,aprs cette procession1 les jeux commencrent4 ,douze montagnards et ceux de la valle lancrent d'normes pierres1 du poids de quatre-vingts livres1 de dessus leurs paules avec une force incroyable4 ,le jeu des lutteurs commena ensuite4 ,ils montrrent tous une agilit et une force tonnante4 ,lorsque les exercices de la fte furent termins1 le bailli distribua les prix aux vainqueurs4 ,des hymnes furent encore chants la prosprit du pays2 puis le ranz des vaches se fit entendre4 ,aprs cette crmonie1 tout le monde se dispersa1 et partout des groupes chantaient1 dansaient1 valsaient et mangeaient4 ,on avait dress plusieurs tentes avec des tables2 plusieurs trangers s'y tablirent pour dner4 ,les paysans faisaient leur cuisine en plein air4 ,c'tait le coup d'oeil le plus vari1 le plus vivant que j'aie jamais vu4 ,cette fte m'a donn l'ide de la vie1 comme la chute de ,goldau m'avait donn l'ide de la mort4 ,jamais je ne vous ai tant regrette1 ,madame2 car vous saurez que cette fte n'a lieu que tous les cent ans2 c'tait le cinquime jubil national#de4 ,,chapitre ,,xiii4 ,louveciennes4--,madame ,hocquart4--,le #ba mars #ahad4--,les trangers4--,le pavillon de ,louveciennes4--,louis ,,xviii4--,le #bj mars #ahae4--,la famille de ,louis ,,xviii4 mon retour de ,suisse1 ne dsirant pas habiter ,paris l't1 j'achetai1 ,louveciennes1 la maison de campagne que j'ai encore4 ,je fus sduite par cette vue1 si tendue que l'oeil peut y suivre pendant long-temps le cours de la ,seine2 par ces magnifiques bois de ,marly1 par ces vergers dlicieux1 si bien cultivs que l'on se croit dans la terre promise2 enfin1 par tout ce qui fait de ,louveciennes un des plus charmans environs de ,paris4 ,une jouissance de plus pour moi dans mon tablissement champtre1 tait d'avoir pour voisines madame ,pourat et sa fille1 la comtesse ,hocquart3 madame ,hocquart est une de ces femmes distingues avec lesquelles on aimerait passer sa vie4 ,son esprit1 sa gaiet naturelle1 me l'avait toujours fait rechercher1 et c'tait une bonne fortune que de loger prs d'elle4 ,parmi plusieurs talens qu'elle possdait1 elle en avait un si remarquable pour jouer la comdie1 que1 dans certains rles1 on pouvait la comparer1 sans aucune flatterie1 mademoiselle ,contat4 ,il en rsultait qu'il y avait assez souvent spectacle au chteau1 et la foule venait de ,paris pour applaudir madame ,hocquart4 ,en allant ,louveciennes1 je m'tais empresse d'aller visiter le pavillon que j'avais vu au mois de septembre #aghi dans toute sa beaut4 ,il tait entirement dmeubl1 et tout ce qui l'ornait du temps de madame ,dubarry avait disparu4 ,non-seulement les statues1 les bustes taient enlevs1 mais aussi les bronzes des chemines1 les serrures travailles comme de l'orfvrerie2 enfin1 la rvolution avait pass l comme partout4 ,toutefois1 il restait encore les quatre murs1 tandis qu' ,marly1 ,sceaux1 ,belle-,vue1 et tant d'autres endroits1 il ne reste que la place4 ,pendant les premires annes qui suivirent mes voyages en ,suisse1 ayant enfin pris le got du repos1 joint celui que j'avais toujours eu pour la campagne1 je partais pour ,louveciennes avant les premires feuilles1 en sorte que j'y tais tout tablie lorsque les allis s'avancrent sur ,paris4 ,chacun sait que les troupes trangres ont beaucoup plus maltrait les villages que les villes2 aussi n'oublierai-je jamais ma nuit du #ca mars #ahad4 ,ignorant que le danger ft si prochain1 je n'avais pas encore mdit ma fuite2 il tait onze heures du soir1 et je venais de me mettre au lit1 lorsque ,joseph1 mon domestique1 qui tait ,suisse1 et qui parlait allemand1 entra dans ma chambre1 pensant bien que j'aurais besoin d'tre protge4 ,le village venait d'tre envahi par les ,anglais et les ,prussiens1 qui mettaient toutes nos maisons au pillage1 et ,joseph tait suivi de trois soldats figures atroces1 qui1 le sabre la main1 s'approchrent de mon lit4 ,joseph s'gosillait leur dire en allemand que j'tais ,suisse et malade2 mais sans lui rpondre1 ils commencrent par prendre ma tabatire d'or qui tait sur ma table de nuit4 ,puis ils ttrent si je n'avais point d'argent sous ma couverture1 dont l'un se mit tranquillement couper un morceau avec son sabre4 ,un d'eux1 qui paraissait ,franais1 ou du moins qui parlait parfaitement notre langue1 leur dit bien3 ,rendez-lui sa bote2 mais1 loin d'obir cette invitation1 ils allrent mon secrtaire1 s'emparrent de tout ce qui s'y trouvait1 et mes armoires furent pilles#df4 ,enfin1 aprs m'avoir fait passer quatre heures dans la terreur la plus affreuse1 ces terribles gens quittrent ma maison1 o je ne voulus pas rester davantage4 ,mon dsir aurait t de gagner ,saint-,germain1 mais la route tait trop peu sre4 ,j'allai me rfugier chez une excellente femme1 qui logeait au-dessus de la machine de ,marly1 prs du pavillon de madame ,dubarry4 ,d'autres femmes1 effrayes comme moi1 avaient dj choisi cet asile4 ,nous dnions toutes ensemble1 et nous couchions six dans une mme chambre1 o il me fut impossible de dormir1 les nuits se passant en alertes continuelles1 outre que j'prouvais les plus vives inquitudes pour mon pauvre domestique qui je devais la vie4 ,cet honnte garon avait voulu rester dans ma maison1 afin de tenir tte aux soldats1 et de rpondre leur exigence1 ce qui me faisait trembler pour lui1 car le village tait de fait livr au pillage4 ,les paysans bivouaquaient dans les vignes1 et couchaient sur la paille en plein air1 aprs avoir t dpouills de tout ce qu'ils possdaient4 ,plusieurs d'entre eux venaient nous trouver1 se lamenter sur leurs malheurs1 et ces tristes rcits1 qu'accompagnait le bruit sinistre de la machine1 nous taient faits dans le magnifique jardin de madame ,dubarry1 prs du ,temple de l',amour entour de fleurs1 par le plus beau temps du monde6 ,j'tais tellement effraye de tout ce qu'on venait nous raconter1 ainsi que des canonnades ou fusillades que nous entendions sans cesse1 qu'un soir j'essayai de descendre dans un souterrain o je voulais rester2 mais je me fis mal la jambe et fus oblige de remonter4 ,la dernire affaire eut lieu ,roquancourt2 on se battit aussi prs du chteau de madame ,hocquart1 fort voisin de l'endroit o j'tais4 ,nous smes que1 le combat fini1 les ,prussiens avaient saccag de fond en comble la maison d'une dame trs bonapartiste1 qui1 pendant qu'on se battait1 criait de sa terrasse aux ,franais3 ,tuez-moi tous ces gens-l6 ,les vainqueurs1 qui l'avaient entendue1 entrrent dans son chteau dont ils cassrent toutes les glaces et tous les meubles1 tandis qu'en chemise1 sans souliers1 elle s'enfuyait jusqu' ,versailles1 o elle pouvait trouver un asile4 ,quoique nous fussions assez mal informes des nouvelles de ,paris1 il tait facile de voir que les bourgeois de ,louveciennes1 qui se runissaient tous les soirs dans le lieu que nous habitions1 espraient le retour des ,bourbons autant qu'ils le dsiraient4 ,enfin le maire1 dont la conduite avait t aussi honorable qu'nergique1 se montra dans le village1 entour de tous les braves gens du pays1 et revtu d'une charpe blanche4 ,le lendemain nous tions tous rassembls dans le jardin1 lorsqu'on nous dit que ,m4 ,daguet#dg1 un des plus honntes habitans de ,louveciennes1 tait l1 et qu'il annonait l'arrive de ,m4 le comte d',artois4 ,cette nouvelle me donna tant de joie1 qu'oubliant que j'tais dans un jardin1 je m'criai3 ,faites entrer ,m4 ,daguet6 faites entrer ,m4 ,daguet6 ce qui fit rire mes compagnons d'infortune4 ,je partis aussitt pour ,paris1 laissant1 mon grand regret1 le bon ,joseph ,louveciennes pour garder ma maison4 ,j'ai conserv les lettres que je recevais alors de ce fidle serviteur1 qui gmissait de voir mon jardin ravag1 ma cave mise sec1 ma belle cour dtruite1 et mes appartemens saccags4 ,je les supplie1 m'crit-il1 d'tre moins mchans1 de se contenter de ce que je leur donne4 ,ils me rpondent3 ,les ,franais ont fait encore bien pis chez nous4 ,en cela les ,prussiens avaient raison2 mon pauvre ,joseph et moi1 nous tions victimes du mauvais exemple4 ,c'est le #ab avril #ahad que j'eus la jouissance de voir entrer ,m4 le comte d',artois dans ,paris4 ,il m'est impossible de dcrire les douces sensations que ce jour me fit prouver2 je versais des larmes de joie1 de bonheur4 ,on sait assez avec quel enthousiasme la grande majorit des ,parisiens reut nos princes4 ,comme on demandait ,m4 le comte d',artois des nouvelles du roi1 qu'il prcdait1 il rpondit3 ,il a toujours mal aux jambes1 mais sa tte est excellente1 nous marcherons pour lui1 il pensera pour nous2 l'exprience a prouv toute la justesse de ce mot1 car l'esprit1 et surtout la raison de ,louis ,,xviii1 taient bien ncessaires pour affermir la restauration l'poque o le parti bonapartiste tait encore aussi nombreux4 ,enfin lui-mme entra dans ,paris1 apportant le pardon et l'oubli pour tous2 j'allai le voir passer sur le quai des ,orfvres2 il tait dans une calche1 assis ct de madame la duchesse d',angoulme2 la ,charte qu'il venait de faire proclamer ayant t reue avec des acclamations de joie1 l'ivresse de la foule tait grande et gnrale2 toutes les fentres taient pavoises sur son passage2 les cris de vive le roi6 s'levaient jusqu'au ciel1 pousss avec tant d'lan et de si bon coeur1 que j'en tais attendrie un point que je ne puis dire4 ,on lisait tour tour sur la figure de la duchesse d',angoulme1 et la satisfaction que lui causait un pareil accueil1 et la pnible expression des souvenirs qui devaient l'assiger2 son sourire tait doux mais triste2 effet bien naturel1 car elle suivait le chemin que sa mre avait suivi nagure en allant l'chafaud1 et elle le savait2 toutefois les acclamations qu'excitaient la vue du roi et la sienne devaient consoler ce coeur afflig4 ,ces acclamations les suivirent jusqu'aux ,tuileries1 o la foule qui remplissait le jardin fit clater les mmes transports2 on chantait1 on dansait devant le chteau2 le roi alors parut une fentre1 envoyant mille baisers au peuple1 ce qui porta l'ivresse son comble4 ,le soir il y eut grand cercle aux ,tuileries2 une immense quantit de femmes s'y trouvrent2 le roi parla toutes avec une grce parfaite1 et rappela mme plusieurs d'entre elles diverses anecdotes flatteuses sur leur famille4 ,comme j'avais un extrme dsir de revoir de prs ,louis ,,xviii1 j'allai me mler la foule qui se pressait le dimanche dans la galerie pour le voir passer quand il allait la messe2 j'tais place avec tout le monde en face des fentres1 en sorte que le roi pouvait nous distinguer parfaitement3 ds qu'il m'aperut il vint moi1 me donna la main de l'air le plus aimable1 et me dit mille choses flatteuses sur la joie qu'il avait me retrouver3 comme il resta quelques instans ainsi1 me tenant toujours la main1 et qu'il ne s'approcha d'aucune autre femme1 ceux qui nous regardaient me prirent sans doute pour une trs grande dame1 car1 ds que le roi fut pass1 un jeune officier1 qui me voyait seule1 vint m'offrir son bras et ne voulut jamais me quitter qu'il ne m'et accompagne jusqu' ma voiture4 ,la plupart des personnes qui revenaient avec nos princes taient ou mes amis ou mes connaissances4 ,il tait bien doux1 aprs tant d'annes d'exil1 de se trouver runis de nouveau dans sa patrie2 mais hlas6 ce bonheur ne dura que peu de mois1 et tandis que nous nous rjouissions de notre sort1 ,bonaparte dbarquait ,cannes6 ,j'ai pu1 comme tout le monde1 comparer l'accueil qu'il reut de la capitale celui que nagure on avait fait au roi4 ,ce fut le #ai mars minuit que ,louis ,,xviii et toute la famille royale quittrent ,paris4 ,napolon rentra le #bj2 mais quoiqu'il ft ramen par l'arme1 soutenu par les baonnettes1 les ,parisiens n'en taient pas moins dans un tat de stupeur4 ,chacun savait trop bien qu'il rapportait la ,france la guerre et la ruine2 aussi les cris de vive l'empereur6 taient-ils fort rares4 ,soit hasard1 soit calcul1 il n'entra point de jour2 ce fut neuf heures du soir qu'il reprit possession des ,tuileries1 entour de militaires exalts et de toute une population morne et triste4 ,les cours remplies de troupes donnaient au palais de nos princes l'aspect d'un chteau pris d'assaut4 ,le roi cependant s'tait retir ,gand1 et je me souviens que des gens du peuple chantaient tout haut dans les rues de ,paris3 ,rendez-nous notre paire de gants1 rendez-nous notre paire2 je n'ai pas oubli non plus le mot d'une bouquetire1 qui1 pour n'tre pas un propos de salon1 n'en est que plus caractris3 je passais sur le boulevard de la ,madeleine1 et j'entendis une femme qui vendait des bouquets1 dire une autre3 ,eh bien8 il n'y a plus rien faire sur tes lis et je vends toujours mes violettes4--,c'est vrai1 rpond l'autre1 tes violettes1 il est bien ais de faire dessus1 mais sur les lis je t'en dfie4 ,sans insulter la mmoire d'un grand capitaine et aux braves gnraux et soldats qui l'ont aid remporter de si belles victoires1 on peut se demander o ces victoires nous ont conduits1 et s'il nous reste un pouce de cette terre qui nous avait cot tant de sang4 ,pour mon compte1 j'avoue que les bulletins de la campagne de ,russie me navraient et me rvoltaient2 dans un des derniers1 aprs avoir parl de milliers de soldats franais que nous avions perdus1 on finissait ainsi3 l'empereur ne s'est jamais si bien port4 ,nous lisions ce bulletin chez mesdames de ,bellegarde1 il nous indigna tellement que nous le jetmes au feu4 ,ce qui peut attester combien le peuple tait las de ces guerres ternelles1 c'est le peu d'enthousiasme qu'il montra pendant les ,cent ,jours4 ,plus d'une fois alors1 j'ai vu ,bonaparte paratre sa fentre1 et se retirer aussitt1 trs en colre sans doute1 car les acclamations se bornaient aux cris d'une centaine de petits gamins que l'on payait1 je crois1 par drision1 pour leur faire dire3 vive l'empereur6 ,que l'on compare cette indiffrence de la population la joie que fit clater le retour du roi1 qui rentra dans ,paris le #h juillet #ahae2 cette joie tait presque gnrale1 car1 aprs tant de malheurs qu'un autre que lui venait de causer1 ,louis ,,xviii rapportait la paix4 ,ds lors on put juger combien ce prince joignait de sagesse et d'habilet aux qualits brillantes de son esprit4 ,les circonstances taient difficiles1 et l'on n'en vit pas moins la ,france et son roi sortir dignement de l'abme o ,bonaparte les avait plongs4 ,louis ,,xviii tait bien rellement le monarque qui convenait l'poque2 beaucoup de courage et de sang-froid il unissait de l'lvation d'ame et une grande finesse d'esprit2 toutes ses manires taient royales2 il donnait facilement et avec munificence2 il se plaisait protger les arts1 et les lettres1 qu'il cultivait lui-mme2 ses traits n'taient point dpourvus de beaut1 et leur expression avait tant de noblesse que1 tout infirme qu'il tait1 son premier abord imprimait un respect involontaire4 ,son dlassement favori tait de causer littrature avec quelques gens d'esprit2 dans sa jeunesse il avait fait de fort jolis vers1 et son style tait celui d'un homme de lettres spirituel2 comme il savait parfaitement le latin1 il aimait s'entretenir dans cette langue avec nos plus savans latinistes2 sa mmoire tait prodigieuse1 il pouvait toujours citer les endroits les plus remarquables d'un livre qu'il avait lu rapidement1 d'une pice qu'il avait vue une fois4 ,ducis ayant quitt sa retraite pour aller lui prsenter ses hommages#dh1 le roi le reconnut1 le reut merveille1 et lui rcita les plus beaux vers de son ,oedipe1 dont le vieux pote se souvenait peine4 ,louis ,,xviii aimait beaucoup la ,comdie ,franaise2 il allait souvent ce thtre1 et il apprciait surtout le talent de ,talma2 lorsqu'il arrivait que ce grand acteur1 se trouvant semainier1 portait les flambeaux pour le conduire sa loge1 le roi s'arrtait toujours long-temps causer avec lui1 et ces conversations avaient lieu en anglais que tous les deux parlaient aussi bien que leur langue4 ,on m'a rapport que ,talma disait3 ,je prfre la grce de ,louis ,,xviii la pension de ,bonaparte4 ,cette grce en effet est le plus grand charme des princes1 elle double le prix du moindre don4 ,sous ce rapport1 ,m4 le comte d',artois ne le cdait en rien son frre4 ,on n'a point oubli cette foule de mots heureux1 marqus au coin de la bont1 qui lui gagnaient les coeurs4 ,lorsqu'aprs la mort de ,louis ,,xviii il fut devenu roi1 je me trouvais au ,louvre le jour o il distribuait les mdailles aux peintres et aux sculpteurs4 ,avant de les donner1 il dit de l'air le plus gracieux3 ,ce ne sont pas des encouragemens1 mais des rcompenses4 ,tous les artistes furent touchs de ce qu'il y avait de fin et de flatteur dans ces paroles4 ,il m'aperut dans la foule1 vint moi1 et me tmoigna si vivement la joie qu'il avait me revoir1 me retrouver bien portante1 que j'eus peine retenir des larmes de reconnaissance2 car personne ne savait mieux que lui trouver le mot qui vous allait au coeur4 ,si ,m4 le duc de ,berri n'avait peut-tre pas toute la grce de son pre1 il en avait l'esprit1 et surtout l'esprit d'-propos si utile aux princes4 ,j'en choisis un exemple entre mille4 ,la premire fois qu'il passa des troupes en revue1 il entendit partir des rangs quelques cris de3 vive l',empereur6--,vous avez raison1 mes amis1 dit-il aussitt1 il faut que tout le monde vive4 ,alors ces mmes soldats crirent3 ,vive le duc de ,berri6 ,la bont de son coeur tait si grande que non seulement il s'intressait tout ce qui touchait ses amis1 mais qu'il se conduisait avec les gens de sa maison comme aurait pu le faire un pre de famille4 ,il tait ador de tous ses domestiques et se servait de cette influence pour les encourager dans la bonne conduite1 et les engager placer les conomies qu'ils pouvaient faire4 ,un jour1 comme il allait monter en voiture1 un petit garon de cuisine court vers lui1 disant3 ,mon prince1 j'ai conomis quinze francs cette anne1--,eh bien1 mon enfant1 cela t'en fait trente1 rpondit le duc de ,berri1 qui lui doubla la somme4 ,lui-mme mettait beaucoup d'ordre dans son revenu2 ses plus fortes dpenses taient occasiones par le got qu'il avait pour les arts1 got que partageait son aimable femme4 ,la duchesse de ,berri aimait encourager les jeunes artistes2 elle achetait leurs tableaux et leur en commandait fort souvent4 ,la gnrosit avec laquelle elle payait ne la dispensait jamais de mettre une grce parfaite dans tous ses rapports avec les hommes de talent4 ,je n'oserais parler de madame la duchesse d',angoulme4 ,que dirais-je qui ne soit au-dessous du vrai8 ,les vertus de cette princesse sont connues du monde entier1 et je craindrais d'affaiblir ce qu'en dira l'histoire4 ,on sait de mme que le sort l'unissait un prince dont l'ame pure tait digne de l'apprcier4 ,telle tait la famille que nous ramenait la restauration4 ,c'est aux hommes politiques qu'il appartient d'expliquer comment tant de vertus et de bont n'ont pas suffi pour lui conserver le trne2 mon coeur reconnaissant ne doit que le regretter4 ,,chapitre ,,xiv4 ,le grand portrait de la reine4--,m4 ,briffaut4--,m4 ,aim-,martin4--,dsaugiers4--,gros4--,je fais le portrait de la duchesse de ,berri4 ,sous ,bonaparte on avait relgu dans un coin du chteau de ,versailles le grand portrait que j'avais fait de la reine entoure de ses enfans4 ,je partis un matin de ,paris pour le voir4 ,arrive la grille des ,princes1 un custode me conduisit la salle qui le renfermait1 dont l'entre tait interdite au public1 et le gardien qui nous ouvrit la porte1 me reconnaissant pour m'avoir vue ,rome1 s'cria3 ,ah6 que je suis heureux de recevoir ici madame ,lebrun6 ,cet homme s'empressa de retourner mon tableau1 dont les figurs taient places contre le mur1 attendu que ,bonaparte1 apprenant que beaucoup de personnes venaient le voir1 avait ordonn qu'on l'enlevt4 ,l'ordre1 comme on le voit1 tait bien mal excut1 puisque l'on continuait le montrer1 au point que le custode1 quand je voulus lui donner quelque chose1 me refusa avec obstination1 disant que je lui faisais gagner assez d'argent4 la restauration ce tableau fut expos de nouveau au salon4 ,il reprsente ,marie-,antoinette ayant prs d'elle le premier dauphin1 ,madame1 et tenant sur ses genoux le jeune duc de ,normandie4 ,je gardais chez moi un autre tableau reprsentant la reine1 que j'avais fait sous le rgne de ,bonaparte4 ,marie-,antoinette y tait peinte montant au ciel2 gauche1 sur des nuages1 on voit ,louis ,,xvi et deux anges1 allusion aux deux enfans qu'il avait perdus4 ,j'envoyai ce tableau madame la vicomtesse de ,chateaubriand1 pour tre mis dans l'tablissement de ,sainte-,thrse1 qu'elle a fond4 ,madame de ,chateaubriand le plaa dans la salle qui prcde l'glise1 et voici la lettre qu'elle m'crivit ce sujet3 ,mercredi1 ,madame1 je serai vos ordres1 et bien touche du pieux plerinage que vous voulez bien entreprendre4 ,madame la comtesse de ,choiseul a t contente de la place que nous destinons votre admirable rve4 ,pour moi je la voudrais meilleure2 mais c'est du moins ce que nous avons de mieux dans le pauvre tablissement qui vous devra un chef-d'oeuvre4 ,agrez1 je vous en supplie1 ,madame1 l'expression de tous les sentimens de reconnaissance dont je me trouve heureuse de pouvoir vous ritrer l'assurance4 ,la vicomtesse ,,de ,,chateaubriand4 ,ce lundi #bj mai4 ,depuis que la paix de mon pays semblait assure1 je ne songeais plus le quitter1 et je partageais mon temps entre ,paris et la campagne2 car mon got pour ma jolie maison de ,louveciennes ne s'tait pas affaibli2 j'y passais huit mois de l'anne4 ,l1 ma vie s'coulait le plus doucement du monde4 ,je peignais1 je m'occupais de mon jardin1 je faisais de longues promenades solitaires1 et les dimanches je recevais mes amis4 ,j'aimais tant ,louveciennes1 que voulant y laisser un souvenir de moi1 je peignis1 pour son glise1 une sainte ,genevive4 ,madame de ,genlis1 qui sut que je m'occupais de cet ouvrage1 eut l'amabilit de m'envoyer les vers suivans3 ,,sainte ,,genevi,,ve4 ,prier ,dieu1 garder ses troupeaux1 ,filer1 rver1 contempler la nature1 ,se reposer sur la verdure ,avec sa croix et ses fuseaux2 ,tels furent ses plaisirs1 tels furent ses travaux4 ,innocente et sainte bergre1 l'abri des mchans que ton sort fut heureux6 ,combien doit t'envier son heure dernire ,le mondain et l'ambitieux6 ,j'ai parl de ses moeurs1 j'ai parl de sa vie1 ,mais pour la peindre il fallait vos couleurs4 ,et de vos pinceaux enchanteurs ,la douce et brillante magie4 ,je n'ai pu seulement qu'baucher le portrait ,dont votre art et votre gnie ,offriront un tableau parfait4 ,si je donnais des tableaux on m'en donnait aussi1 et de la manire la plus aimable4 ,j'avais souvent tmoign le dsir que mes amis s'emparassent des panneaux de mon salon ,louveciennes pour m'y laisser un souvenir4 ,par un beau jour d't1 quatre heures du matin1 ,m4 de ,crespy-le-,prince1 le baron de ,feisthamel1 ,m4 de ,rivire et ma nice ,eugnie ,lebrun1 se mirent silencieusement l'ouvrage2 dix heures1 chacun eut rempli son encadrement4 ,on peut juger de ma surprise lorsqu'tant descendue pour djeuner1 j'entre dans mon salon et le trouve orn de ces charmantes peintures et de fleurs1 car c'tait le jour de ma fte4 ,les larmes me gagnrent1 ce fut le seul remerciement que reurent mes amis4 ,paris1 je n'avais point renonc mes soires du samedi4 ,la mort m'avait enlev mon cher abb ,delille1 et plusieurs autres gens de lettres qui long-temps en avaient fait le charme4 ,mais j'avais form de nouvelles liaisons1 dont quelques-unes m'taient devenues bien chres4 ,je parlerai d'abord de ,m4 ,briffaut1 que madame de ,bawr avait prsent chez moi2 ,m4 ,briffaut1 aujourd'hui acadmicien1 tait l'auteur d'une tragdie joue la ,comdie ,franaise avec le plus grand succs 7,ninus ,,ii71 et d'une foule de vers charmans2 il est certain que son talent seul m'aurait engage le rechercher1 mais je ne pus le voir souvent sans m'attacher rellement lui3 outre qu'il est impossible de rencontrer un homme dont le commerce soit plus doux et plus sr1 il possde une qualit malheureusement fort rare parmi les gens de lettres2 il est exempt d'envie1 c'est dans toute la franchise de son ame qu'il se rjouit d'un succs en littrature1 obtenu par un autre que lui1 et jamais il ne critique amrement l'ouvrage qui renferme quelques beauts4 ,le style pistolaire de ,m4 ,briffaut est tout--fait remarquable sous les rapports de grce et d'esprit4 ,lorsque j'habitais ma campagne et qu'il ne pouvait venir me voir1 il m'crivait2 je puis dire que ses lettres me ddommageaient presque de son absence2 amiti part1 il en est plusieurs qui peuvent tre compares celles de madame de ,sevign2 aussi les ai-je toutes gardes soigneusement4 ,je voyais de mme fort souvent ,m4 ,desprs et ,m4 ,aim ,martin4 ,m4 ,desprs1 un des hommes les plus spirituels que j'aie connus1 fut rapidement enlev la socit1 qui regrettera toujours ses talens1 son honorable caractre et sa conversation si brillante4 ,m4 ,aim ,martin1 j'espre1 sera conserv long-temps l'affection de ses amis1 et l'estime du public qui lui doit plusieurs ouvrages crits du meilleur style1 et pleins d'une morale attrayante4 ,on m'avait amen aussi ,m4 ,dsaugiers4 ,son esprit1 sa joyeuse figure suffisaient pour gayer un repas4 ,j'eus le plaisir de lui donner quelquefois dner1 et je me souviens que cette pauvre princesse ,kourakin s'invitait toujours ces jours-l1 disant que ,m4 ,dsaugiers faisait ses dlices2 au dessert1 il ne nous refusait jamais quelques unes de ses charmantes chansons4 ,on sait qu'il en est un grand nombre que rien n'gale pour la verve et la franche gaiet2 le comte de ,forbin1 qui les connaissait toutes1 avait soin de lui demander les meilleures1 et notre indiscrtion ne parvenait pas lasser sa complaisance4 ,les chansons de ,dsaugiers1 c'tait lui-mme3 ce pote joyeux offrait le type parfait de ce qu'on appelle un bon vivant3 il aimait le plaisir1 la table et le bon vin1 quoiqu'il ne lui arrivt jamais de s'enivrer4 ,on peut remarquer parfois au milieu d'un de ses couplets les plus gais1 certain vers dont le sentiment vous mouille les yeux2 cela tient ce que ,dsaugiers tait un excellent homme2 heureux de vivre et de chanter1 il n'a jamais connu ni l'envie1 ni la mdisance2 il n'ambitionnait pas plus les places qu'il n'ambitionnait la fortune1 et sans tre riche il faisait du bien sa famille1 plus pauvre que lui4 ,une personne avec laquelle je m'tais intimement lie tait le clbre peintre que notre art vient de perdre rcemment4 ,j'avais connu ,gros qu'il avait peine sept ans2 cette poque je fis son portrait1 et j'eus lieu de reconnatre dans ses yeux enfantins son amour pour la peinture1 et mme son avenir comme grand coloriste4 mon retour en ,france1 cependant1 je n'en fus pas moins tonne de retrouver l'enfant homme de gnie et chef d'cole4 ,de ce moment commena entre nous une liaison que le temps n'a fait qu'accrotre2 car je trouvais dans ,gros un noble et sincre ami4 ,son caractre franc et original apportait un grand charme dans nos relations2 attendu qu'on pouvait compter sur la sincrit de ses loges comme sur l'utilit de sa critique4 ,je reconnaissais l'amiti qu'il me tmoignait1 en prenant la part la plus vive tous ses succs4 ,aussi fus-je bien heureuse de celui qu'il obtint pour son admirable peinture de la coupole de ,sainte-,genevive4 ,chacun sait que ce bel ouvrage excita l'enthousiasme du public et l'approbation du roi1 qui nomma le grand peintre baron4 ,gros tait rest l'homme de la nature4 ,susceptible d'prouver les sensations les plus vives1 il se passionnait galement pour une bonne action ou pour un bel ouvrage4 ,il se plaisait peu dans le grand monde2 rarement il rompait le silence au milieu d'un cercle nombreux2 mais il coutait attentivement1 et rpondait par un seul mot toujours plac trs propos4 ,pour apprcier ,gros1 il fallait le voir dans l'intimit4 ,l son coeur se montrait dcouvert1 et ce coeur tait noble et bon2 une certaine rudesse de ton1 qu'on lui a quelquefois reproche1 disparaissait entirement4 ,sa conversation tait d'autant plus piquante qu'il ne s'exprimait pas comme les autres hommes2 il trouvait toujours des images pleines d'originalit et de force pour rendre sa pense1 et l'on peut dire de lui qu'il peignait en parlant4 ,la mort de ,gros m'a fait prouver une vive affliction4 ,peu de jours avant de nous quitter sans retour1 il tait venu dner chez moi1 et je remarquai avec peine qu'il prenait coeur quelques critiques inconvenantes qu'il aurait d mpriser4 ,comme artiste1 comme amie1 je regretterai toujours ce grand peintre1 et le triste souvenir de sa mort violente rend mes regrets plus amers4 ,je me suis laisse entraner bien au-del de l'poque de ma vie o j'avais conduit mes lecteurs4 ,j'y reviens4 ,en #ahai ,m4 le duc de ,berri marqua le dsir de m'acheter ma ,sibylle#di qu'il avait vue ,londres1 dans mon atelier1 et quoique ce tableau ft peut-tre celui de mes ouvrages auquel je tenais le plus1 je m'empressai de le satisfaire4 ,plusieurs annes aprs1 je fis le portrait de madame la duchesse de ,berri1 qui me donnait ses sances aux ,tuileries1 avec une exactitude bien aimable1 outre qu'il est impossible de se montrer plus gracieuse qu'elle ne l'tait avec moi4 ,je n'oublierai jamais qu'un jour1 pendant que je la peignais1 elle me dit3 ,attendez-moi un instant4 ,et1 se levant1 elle alla dans sa bibliothque chercher un livre o se trouvait un article ma louange1 qu'elle eut la bont de me lire d'un bout l'autre4 ,pendant une de nos sances1 ,m4 le duc de ,bordeaux vint apporter sa mre son cahier d'tude sur lequel le matre avait crit2 trs content4 ,la duchesse lui donna deux louis4 ,alors le jeune prince1 qui pouvait avoir six ans1 se mit sauter de joie1 en s'criant3 ,voil pour mes pauvres6 et d'abord ma vieille6 ,quand il fut sorti1 madame la duchesse de ,berri me dit qu'il s'agissait d'une pauvre femme que son fils rencontrait souvent sur son chemin1 et qu'il affectionnait particulirement4 ,il tait doux de voir cet enfant ressembler par sa bont une mre dont le coeur tait toujours ouvert aux plaintes des malheureux4 ,lorsque la duchesse me donnait sance1 j'tais fort impatiente du grand nombre de personnes qui venaient faire des visites4 ,elle s'en aperut1 et fut assez bonne pour me dire3 ,pourquoi ne m'avez-vous pas demand d'aller poser chez vous8 ,ce qu'elle fit pour les deux dernires sances4 ,j'avoue que je ne pouvais me trouver l'objet d'une aussi douce bienveillance1 sans comparer les heures que je consacrais cette aimable princesse aux tristes heures que m'avait fait passer madame ,murat4 ,j'ai fait deux portraits de madame la duchesse de ,berri4 ,dans l'un1 elle est habille d'une robe de velours rouge1 et dans l'autre1 d'une robe de velours bleu4 ,j'ignore ce que sont devenus ces portraits4 ,,chapitre ,,xv4 ,pertes cruelles que je fais dans ma famille4--,voyage ,bordeaux4--,mrville4--,le monastre de ,marmoutier4--,retour ,paris4--,mes nices4 ,il faut enfin parler des tristes annes de ma vie o dans un court espace de temps j'ai vu disparatre de ce monde les tres qui m'taient le plus cher4 ,je perdis ,m4 ,lebrun le premier2 depuis bien long-temps1 il est vrai1 je n'avais plus aucune espce de relations avec lui1 mais je n'en fus pas moins douloureusement affecte de sa mort3 on ne peut sans regrets se voir spare pour toujours de celui auquel nous attachait un lien aussi intime que celui du mariage4 ,toutefois ce chagrin n'approcha pas de la douleur cruelle que me fit prouver la mort de ma fille4 ,je m'tais hte de courir chez elle1 ds que j'avais appris qu'elle tait souffrante2 mais la maladie marcha rapidement1 et je ne saurais exprimer ce que je ressentis lorsque je perdis toute esprance de la sauver3 lorsque j'allai la voir1 pour le dernier jour1 hlas6 et que mes yeux se fixrent sur ce joli visage totalement dcompos1 je me trouvai mal2 madame de ,noisville1 mon ancienne amie1 qui m'avait accompagne1 parvint m'arracher de ce lit de douleur2 elle me soutint1 car mes jambes ne me portaient plus1 et me ramena chez moi4 ,le lendemain1 je n'avais plus d'enfant6 ,madame de ,verdun vint me l'annoncer en s'efforant vainement d'apaiser mon dsespoir2 car les torts de la pauvre petite taient effacs1 je la revoyais1 je la revois encore aux jours de son enfance444 ,hlas6 elle tait si jeune6 ne devait-elle pas me survivre8 ,c'est en #ahah que je perdis ma fille2 en #ahbj je perdis mon frre4 ,tant de chagrins qui se succdaient me livrrent une si grande tristesse que mes amis1 affligs de mes peines1 me conseillrent d'essayer de la distraction et de faire un voyage4 ,je me dterminai partir pour ,bordeaux4 ,je ne connaissais point cette ville1 et la route qu'il fallait suivre pour m'y rendre devait occuper agrablement mes yeux4 ,comme je pris le chemin d',orlans1 j'allai visiter ,mrville qui appartient ,m4 de ,laborde4 ,le pre de celui-ci1 dont la fortune tait immense1 a dpens des millions pour embellir ce sjour vraiment enchanteur4 ,nulle part on ne peut voir des sites plus varis1 de plus beaux arbres1 une vgtation plus abondante1 et nulle part l'art n'est venu ajouter aux beauts de la nature avec un got mieux entendu4 ,les fabriques multiplies sont semes sur le terrain sans aucune confusion4 ,les rochers1 qui sont immenses et qui ont d coter des trsors1 les cascades1 les temples1 les pavillons1 tout est sa place et concourt au charme du coup d'oeil4 ,sur un des points les plus levs du parc est une colonne dont la hauteur gale celle de la place ,vendme4 ,du sommet de cette colonne la vue s'tend sur l'ensemble du parc et sur une campagne magnifique dont l'horizon est vingt lieues de vous4 ,un des temples1 appel le temple de la ,sibylle1 est la copie exacte de celui de ,tivoli1 mais restaur dans son entier avec un soin et un got parfaits4 ,d'un autre ct1 appuy l'un des bras de la rivire1 est un moulin et plusieurs petites habitations qui rappellent les jolies maisons suisses4 ,prs du chteau on voit un pont lev sur des rochers1 que le temps et la nature ont pris soin d'embellir en le couronnant de lianes qui tombent en guirlandes dans l'eau bouillonnante4 ,enfin il serait trop long d'numrer tout ce qui fait du parc de ,mrville un lieu de dlices1 qui surpasse selon moi tout ce qu'on peut voir en ,angleterre dans ce genre4 ,ce parc a t compos en grande partie par ,robert1 le peintre en paysage2 aussi pourrait-il fournir les modles des plus dlicieux tableaux4 ,le chteau1 flanqu de quatre tourelles gothiques1 qui lui donnent l'aspect d'un manoir seigneurial1 est meubl avec une riche lgance4 ,la salle manger et le billard sont surtout admirablement dcors1 et le superbe plain-pied de ce rez-de-chausse o les marbres1 les bronzes1 les bois prcieux1 les statues1 les tableaux1 sont prodigus1 fait de cette demeure une habitation royale4 ,j'arrivai ,orlans1 o j'allai voir tout ce que cette ville offre de curieux2 la cathdrale1 entre autres choses1 qui se dtachait en vigueur noirtre sur le ciel le plus pur2 car depuis mon dpart j'avais toujours eu le plus beau temps du monde2 aussi1 chemin faisant1 je courais aux ruines de ces anciens chteaux dont il ne reste que quelques tours et des vieux murs orns de lierre4 ,pour un peintre1 la route que je suivais est trs intressante2 on y trouve chaque pas de noble dbris1 qui font natre parfois de tristes rflexions1 quand on reconnat que les guerres et les rvolutions dtruisent plus en un sicle que le temps ne pourrait le faire en des milliers d'annes4 ,ds que je fus arrive ,blois1 j'allai visiter le chteau de ,chambord1 cette ferie si romanesque1 que l'on ne peut rien voir qui agisse autant sur l'imagination4 ,on s'arrte long-temps devant ces vieilles portes en bois o sont sculpts des salamandres et les chiffres de ,franois ,ier2 on se raconte l'histoire de ce roi galant et mille autres histoires moins anciennes et moins romantiques4 ,j'aurais voulu pouvoir emporter ces portes pour les faire encadrer4 ,j'aurais bien voulu aussi dessiner l'intrieur de cette tour o sont sculptes trois cariatides1 dont deux reprsentent ,diane de ,poitiers1 et celle du milieu ,franois ,ier2 mais il faisait une telle chaleur jointe un vent si violent1 qu'tant en nage je ne pus trouver un coin propre m'abriter4 ,maintenant1 hlas6 ole seul habite ces tours1 ces terrasses1 et pourtant je ne pouvais quitter une demeure qui est unique dans son genre4 ,en partant de ,blois1 je ctoyai les bords de la ,loire1 qui1 comme on sait1 sont charmans2 mais quand on a voyag en ,suisse1 cette vue ne vous fait pas autant d'impression4 ,j'allai ,chanteloup4 ,ce chteau est superbe et garde encore les restes de la magnificence du duc de ,choiseul4 ,le parc devait tre magnifique2 prs d'un grand lac se trouve une haute pagode que le duc avait fait construire en mmoire des amis qui l'taient venus voir dans son exil4 ,comme tous les noms qu'on y avait inscrits taient des noms de nobles1 la rvolution avec son grand houssoir les a effacs1 bien qu'ils fussent gravs sur le marbre4 ,les appartemens du chteau sont distribus d'une manire commode et grandiose2 ceux du rez-de-chausse ont t si bien dors qu'ils sont plus frais que ceux que l'on fait de nos jours4 ,ce chteau1 de chaque ct1 est orn de trs belles colonnades4 ,l'air de ce beau sjour est tellement bienfaisant que l'on s'y sent tout autre qu'ailleurs4 dire vrai1 je suis doue sur ce point d'un instinct peu commun2 je gote l'air1 comme les gourmets savourent la bonne chre1 et je crois que ma sant tient ma susceptibilit pour n'en respirer que de pur1 autant que la chose m'est possible4 ,l'instinct dont je viens de parler ne m'a point permis de sjourner long-temps ,tours4 ,cette ville est trs belle2 mais une odeur de latrines vous poursuit dans toutes les rues4 ,mon auberge1 qui pourtant tait la meilleure1 m'infectait en dpit des herbes odorantes1 des vinaigres dont j'ai soin de me munir en voyage1 au point que je n'y pus rester que deux jours4 ,heureusement1 comme1 sitt arrive dans un lieu1 je ne reste jamais en place1 j'eus le temps d'aller voir la cathdrale1 l'acadmie1 plusieurs chteaux ruins2 puis je traversai la ,loire en bateau pour aller pleurer sur les dbris du vieux monastre de ,marmoutier4 ,je fus conduite ces belles ruines par le directeur de l'acadmie de ,tours4 ,sitt aprs mon arrive j'avais t lui faire une visite2 il me prsenta tous ses jeunes lves2 de plus il eut la complaisance de me servir de cicerone1 ce qui me fut d'un grand secours1 attendu qu'il habitait la ville depuis trente-cinq ans1 et connaissait merveille tous les environs4 ,on ferait des tableaux ravissans de ce qui reste encore des ruines de ,marmoutier4 ,j'aurais voulu me multiplier pour fixer sur le papier ce qu'on abattait en ma prsence avec tant de barbarie et de sang-froid6 ,une bande infernale de chaudronniers dtruisait toutes ces belles choses4 ,il s'tait prsent une compagnie de ngocians hollandais qui voulaient acheter ce monastre pour en faire une manufacture2 ils en offraient #cjj1jjj francs1 on les refusa1 et plus tard1 les vilains chaudronniers l'ont eu pour #bj1jjj1 la condition que ce superbe difice serait abattu6 ,les ,vandales ne feraient pas pis6 ,et bien1 partout sur ma route j'apprenais des traits de ce genre4 ,sous le portail de la seconde entre du monastre de ,marmoutier je dessinai une tour2 c'est au-dessous de cette tour que sont inhums les ,sept ,dormans1 dans une chapelle prs de la grande glise de l'abbaye1 o leurs tombes sont tailles sparment dans le roc4 ,on tient par tradition dans ,marmoutier que les ,sept ,dormans taient sept disciples de saint ,martin1 qui1 ayant renonc au monde en mme temps1 et vcu dans une grande saintet sous sa conduite1 moururent dans le monastre sans tre atteints d'aucune maladie1 et tous sept le mme jour4 ,leur mort1 dit-on1 fut si douce et changea si peu leurs visages qu'on pouvait croire qu'il dormaient1 d'o leur est rest le nom des ,sept ,dormans4 ,on les honore ,marmoutier comme saints et l'on y chme publiquement leur fte4 ,pour arriver ,bordeaux je traversai ,poitiers et ,angoulme4 ,ces deux villes sont pittoresquement places sur le haut d'une colline4 ,de la premire on ctoie des rochers1 des maisons bties en amphithtre4 ,la seconde1 plus leve encore1 a des environs dlicieux2 et je ne dois pas oublier de dire que depuis ,paris jusqu' l'approche de ,bordeaux1 le chemin ressemble une alle de jardin2 il est ferr1 battu de manire que l'on n'prouve aucune fatigue4 ,ma voiture1 qui tait trs douce1 compltait la douceur de ma route4 ,je me figurais parcourir un grand parc o je peignais des yeux2 aussi ne pouvais-je tenir dans les auberges4 ,je me couchais huit heures du soir et j'tais tout veille quatre heures et demie du matin1 attendant le jour avec une impatience extrme pour me remettre en route3 ,adlade prtendait que j'tais comme un enfant qui veut toujours aller dada4 ,arrive ,bordeaux1 je me logeai dans la plus belle auberge1 dans l'htel ,fumel1 qui avant la rvolution appartenait au marquis de ce nom4 ,cet htel est admirablement situ tout en face du port1 qui peut contenir des milliers de vaisseaux2 l'autre rive qu'on a pour point de vue est termine par un coteau bien vert1 que couvrent et l quelques maisons1 et pour second plan une longue montagne sur laquelle on aperoit des chteaux4 ,je ne saurais exprimer mon extase1 mon ravissement la vue du magnifique tableau qui s'offrit mes yeux lorsque j'ouvris ma fentre2 je croyais faire un beau rve4 ,tant de vaisseaux en rade1 mille barques et bateaux qui vont et viennent dans tous les sens1 tandis que les navires restent immobiles2 le silence qui rgne sur cette immense masse d'eau1 tout concourt vous donner l'ide d'une ferie4 ,quoique je sois reste prs d'une semaine ,bordeaux et que nuit et jour j'aie joui de ce coup d'oeil1 je n'ai pu m'en lasser1 surtout au clair de lune2 on voit alors sur les coteaux quelques petites lumires dans les maisons et le tout devient magique4 ,le plaisir que je gotais de ma fentre valait seul la peine de faire le voyage1 et je ne me repentais point d'tre venue ,bordeaux4 ,il est bien vrai que si je puis parler des beauts de cette ville1 je ne saurais rien dire de ceux qui l'habitent2 car1 l'exception du prfet1 ,m4 le comte de ,tournon1 qui dessinait1 et qui fut trs bien pour moi1 je n'eus de rapports avec personne4 ,la plupart du temps mme1 tant loge trs haut1 les hommes ne me semblaient que des petits points noirs qui allaient et venaient sous mes yeux4 ,je ne renonai pas toutefois mon habitude de courir la ville et les environs2 j'allai voir le cimetire1 dont la rgularit tout--fait spulcrale me plut infiniment4 ,j'aime que les cimetires soient rguliers1 au point que1 celui du ,pre-,la-,chaise except1 je prfre celui-ci tout ce que j'ai vu dans ce triste genre4 ,c'est un grand terrain carr1 bord tout autour par une alle de platanes4 ,les tombes de pierre blanche travaille avec soin sont toutes de forme antique et places rgulirement entre les arbres1 o des cyprs1 des fleurs et une grille noire1 les entourent4 ,dans une des alles sont des pyramides d'un aspect sombre et grandiose1 qui renferment une chambre o le cercueil est plac4 ,au milieu du terrain est la fosse commune seme de simples croix noires4 ,l'uniformit qui rgne dans ce lieu prsente un coup d'oeil qui satisfait les regards et l'esprit2 on se croit dans les ,champs-lisiens1 et je ne suis sortie qu' regret de ce dernier asile de l'homme4 ,je voulus voir le temple des juifs1 bti sur le modle du temple de ,salomon4 ,c'est un monument trs intressant1 et si mystrieux qu'il invite la prire4 ,je courus aussi visiter les dbris du cirque de ,gallien1 ces dbris sont si imposans6 ,il ne reste plus que quelques murailles1 nanmoins1 on peut admirer encore des fragmens d'antiquits romaines1 tels que la porte basse1 et un amphithtre de deux cents sept pieds de long sur cent quarante de large4 ,la salle de spectacle1 qui est superbe1 et beaucoup d'autres monumens font de ,bordeaux une des plus belles1 sinon la plus belle ville de la ,france1 aprs la capitale4 ,je me sus fort bon gr d'avoir entrepris cette longue course1 d'autant plus que1 grce mon amour pour les ruines1 je rapportais un portefeuille plein de dessins faits en route4 ,si j'apercevais sur mon chemin une vieille tour1 aussitt arrive mon auberge1 je courais1 je grimpais pour la voir de prs4 ,souvent1 quand je me mettais dessiner1 quelques habitans de l'endroit venaient m'entourer4 ,un jour que je me lamentais avec ces bonnes gens sur tant de destructions1 un d'eux me dit3 ,je vois bien que madame la comtesse avait aussi des chteaux par ici4--,non1 rpondis-je1 mes chteaux1 moi1 sont en ,espagne4 ,le titre de comtesse dont je me voyais gratifie ne me surprenait nullement1 j'tais accoutume me voir traite en grande dame2 dans toutes les auberges o je m'arrtais on me prodiguait les titres4 ,mais comme je devais cet honneur ma voiture qui tait fashionable1 je n'en devenais pas plus fire1 j'en payais seulement davantage4 ,ma sant s'tait un peu remise1 et je revins ,paris l'esprit beaucoup moins noir4 ,ce petit voyage est le dernier que j'aie entrepris depuis lors jusqu' ce jour4 ,je repris mes habitudes et mon travail1 qui1 de toutes les distractions1 a toujours t pour moi la plus douce4 ,quoique j'eusse eu le malheur de perdre tant d'tres qui m'avaient t chers1 je ne restais point isole4 ,j'ai dj parl de madame de ,rivire1 ma nice1 qui par sa tendresse et ses soins fait le charme de ma vie2 je dois aussi parler de mon autre nice1 ,eugnie ,lebrun1 maintenant madame ,tripier-le-,franc4 ,ses tudes m'empchrent d'abord de la voir aussi souvent que je l'aurais voulu2 car1 ds sa premire jeunesse1 elle promettait dj1 par son caractre1 son esprit et ses grandes dispositions pour la peinture1 d'ajouter mon bonheur4 ,je me plaisais la guider1 lui prodiguer mes conseils1 et la suivre dans ses progrs4 ,j'en suis bien rcompense aujourd'hui qu'elle a ralis toutes mes esprances1 par son aimable caractre et par un talent trs remarquable en peinture4 ,elle a suivi la mme route que moi en adoptant le genre du portrait1 dans lequel elle obtient un succs mrit par une belle couleur1 une grande vrit1 et surtout par une ressemblance parfaite4 ,jeune encore1 elle ne peut qu'ajouter une rputation qu'osait peine entrevoir sa timidit et sa modestie4 ,madame ,lefranc et madame de ,rivire sont devenues mes enfans4 ,elles me font retrouver tous les sentimens d'une mre1 et leur tendre dvouement rpand un grand charme sur mon existence4 ,c'est prs de ces deux tres chris et des amis qui me sont rests que j'espre terminer doucement une vie errante1 mais calme2 laborieuse1 mais honorable4 ,,liste ,,de ,,mes ,,portraits ,,faits ,p,,tersbourg4 #a ,madame ,dimidoff1 ne ,strogonoff4 #a ,la princesse ,menzicoff jusqu' mi-jambe1 tenant son enfant4 #a ,la comtesse ,potocka1 en pied1 couche sur un trs grand divan1 tenant une colombe sur son sein2 cette comtesse est une des plus jolies femmes que j'aie peintes4 #a ,la jeune comtesse ,schouvaloff en buste4 #b ,les deux jeunes grandes-duchesses ,hlne et ,alexandrine1 toutes deux trs belles4 ,je les ai peintes ensemble tenant le mdaillon de l'impratrice ,catherine qu'elles regardaient4 #e ,la grande duchesse lizabeth en pied1 arrangeant des fleurs dans une corbeille4 ,deux copies mi-corps avec les mains4 ,plus deux grands bustes avec une main4 #b ,la grande-duchesse ,anne4 ,deux portraits mi-corps4 #b ,la comtesse de ,scawronski4 ,deux bustes4 ,la mme que j'avais peinte ,naples jusqu' mi-corps4 #b ,la comtesse de ,strogonoff tenant son enfant4 ,son mari en pendant mi-jambes4 #a ,la comtesse ,sammacloff avec ses deux enfans prs d'elle4 #a ,la comtesse ,apraxine4 ,grand buste4 #b ,la princesse ,isoupoff1 mi-jambe4 ,plus son fils4 #a ,la comtesse de ,worandsoff4 ,buste4 #a ,la comtesse ,golowin1 avec une main4 #a ,la comtesse ,tolstoy1 mi-jambes1 appuye sur un rocher prs d'une cascade4 #b ,la princesse ,alexis ,kourakin1 et le prince son mari4 #b ,le roi de ,pologne4 ,deux grands bustes3 l'un en costume d',henri ,,iv1 et l'autre avec un manteau de velours1 que j'ai gard4 #a ,la petite-nice du roi de ,pologne1 jouant avec un petit chien4 #a ,la princesse ,michel ,galitzin4 ,grand buste4 #b ,la comtesse ,dietricten1 et le comte son mari4 #a ,la princesse ,bauris ,galitzin presque en pied1 mi-jambes4 #a ,milord ,talbot4 ,buste4 #a ,la princesse ,sapia pass les genoux1 dansant avec un tambour de basque4 #a ,la fille de la princesse ,isoupoff4 #a ,madame ,koutousoff4 ,buste4 #a ,le baron de ,strogonoff4 #a ,mademoiselle ,kasisky1 soeur de la princesse ,belloseski4 #a ,la princesse ,alexandre ,galitzin4 #a ,madame ,kalitcheff4 #a ,le comte ,potocki4 #a ,le comte ,litta4 #a ,la princesse ,viaminski4 #a ,le jeune prince ,bariatinski4 ,grand buste4 #a ,le prince ,alexandre ,kourakin1 deux bustes4 #a ,mon portrait jusques aux genoux1 en noir1 tenant ma palette4 ,pour l',acadmie de ,saint-,ptersbourg4 -- #dg 99 99 99 99 99 ,,berlin4 #b ,pastels d'aprs la reine4 #a ,l'ambassadrice de ,portugal4 #a ,une autre dame dont j'ai oubli le nom4 -- #d 99 99 99 99 99 ,,dresde4 #c ,bustes du portrait de l'empereur ,alexandre1 #a ,la fille de la comtesse ,potocka4 #a ,une ,allemande4 -- #e 99 99 99 99 99 ,,portraits ,,faits ,,londres4 #a ,la demoiselle ,dorset4 #a ,madame ,chinnery4 #b ,ses enfans4 #a ,mademoiselle ,dillon4 #a ,madame ,villiers4 #a ,la margrave d',anspach4 #a ,madame ,bering4 #a ,le prince de ,galles4 #a ,madame de ,polastron4 #a ,la comtesse ,driedrestein4 #a ,le jeune ,polastron enfant4 #a ,lord ,byron4 #a ,le prince ,bariatinski4 #a ,une ,amricaine trs jolie4 #a ,m4 ,kepell1 fils de la margrave d',anspach4 #c ,portraits de moi4 #b ,madame ,grassini1 deux portraits en sultane1 l'un en grand1 et l'autre en petit id41 plus un buste4 #a ,portrait d'une ,irlandaise4 #a ,lady ,georgine1 fille de lady ,gordon4 #a ,le prince ,biron de ,courlande1 en chasseur4 ,plusieurs peints de vue au bord de la mer2 points au pastel2 puis aussi quelques paysages4 -- #bd 99 99 99 99 99 ,,portraits ,,depuis ,,mon ,,retour ,,paris4 #a ,le portrait de la reine de ,prusse1 peint d'aprs l'tude que j'avais faite d'aprs ,sa ,majest1 ,berlin4 ,grand buste4 #a ,le prince ,ferdinand de ,prusse4 #a ,le prince ,auguste-,ferdinand1 leur fils4 #a ,la princesse ,louise1 sa soeur1 princesse de ,radzivill4 #a ,la princesse ,tufakin1 dont j'avais fait la tte seulement ,moscou4 #a ,madame ,catalani avec les mains1 chantant debout prs du piano4 #a ,madame ,murat en pied1 ayant sa fille prs d'elle4 #d ,portraits de moi pour mes amies4 #c ,trois portraits de madame ,grassini2 un pass les genoux1 le dernier avec une main4 #a ,m4 ,ragani1 mari de madame ,grassini4 ,grand buste4 #a ,la vicomtesse de ,vaudreuil1 nice de ,m4 le comte de ,vaudreuil4 #a ,le comte de ,vaudreuil4 ,deux bustes4 #a ,deux portraits de la duchesse de ,guiche1 fille de madame de ,polignac4 #a ,la jeune princesse ,potemski1 mi-jambes4 #a ,madame ,constans4 ,buste4 #a ,la comtesse d',andlau1 avec les mains4 #b ,la comtesse de ,rosambeau et la comtesse d',orglande1 filles de la comtesse d',andlau1 toutes deux avec les mains4 #b ,,mm4 d',andlau1 leurs deux frres4 #a ,viotti1 clbre violon4 #a ,la marquise de ,groslier1 peignant des fleurs4 #a ,le bailli de ,crussol4 ,grand buste4 #a ,mademoiselle de ,grnonville4 ,buste4 #a ,madame ,davidoff1 avec la main4 #a ,pour le roi ,charles ,x1 le marquis de ,rivire4 ,buste4 #a ,le comte de ,cotlosquet4 ,buste4 #a ,madame de ,pront1 nice de ,m4 de ,cotlosquet4 #b ,s4 ,a4 ,r4 la duchesse de ,berri1 avec les mains4 #a ,mademoiselle de ,sassenay4 ,buste4 #a ,m4 ,raoul-,rochette4 ,buste4 #a ,m4 ,sapey4 ,buste4 #a ,madame ,lafont4 #a ,mademoiselle de ,rivire4 #a ,alfred de ,rivire1 idem4 #a ,le baron de ,feisthamel avec les mains1 peignant4 #a ,le baron de ,crespy-le-,prince dessinant4 #a ,madame ,ditte4 #a ,madame de ,rivire ma nice1 avec les deux mains4 #a ,mon portrait de profil1 pour la ville de ,ptersbourg2 on devait1 sur la mme mdaille1 graver mon portrait1 et celui d',anglica ,koffmann4 ,,de ,,souvenir3 #a ,madame de ,suffrein4 #a ,l'abb ,delille4 #a ,la comtesse de ,las ,cazes4 #a ,le comte de ,chatellux4 -- #ej #acj total gnral4 99 99 99 99 99 ,,tableaux4 #a ,l'apothose de la reine4 #a ,la naufrage4 #a ,la cataracte de ,narva4 #a ,amphion jouant de la lyre avec trois ,naades4 #a ,un vieillard et son petit-fils2 incendie1 effet4 #a ,prs de cent paysages suisses au pastel1 faits dans mes deux voyages4 ,total gnral des portraits1 #ffb4 #ae tableaux1 et prs de #bjj paysages tant en ,suisse qu'en ,angleterre4 ,,fin ,,du ,,troisi,,me ,,et ,,dernier ,,volume4 ,,note4 ,j'ai dsir placer la fin de ce volume les conseils que j'ai crits pour ma nice1 madame ,lefranc1 qui peuvent tre utiles aux femmes qui se destinent peindre le portrait4 ,,sur ,,la ,,peinture ,,du ,,portrait4 ,concernant ce qu'on doit observer avant de commencer le portrait4--,il faut toujours tre prt une demi-heure avant que le modle n'arrive1 afin de se recueillir3 c'est une chose ncessaire pour plusieurs raisons4 #a ,il ne faut passe faire attendre2 #b il faut que la palette soit prpare1 et faire en sorte de ne pas tre tracasse par du monde et des dtails d'affaire4 ,rgle ncessaire4--,il faut placer son modle assis1 plus haut que soi2 que les femmes le soient commodment2 qu'elles aient de quoi s'appuyer1 et un tabouret sous les pieds4 ,il faut1 le plus possible1 s'loigner de son modle1 c'est le vrai moyen de bien saisir le juste ensemble des traits et l'aplomb des signes1 tant pour la tournure du corps que pour ses habitudes qu'il est ncessaire d'observer1 mme pour la ressemblance totale2 ne reconnat-on pas les personnes par derrire1 mme sans apercevoir leur visage8 ,pour faire le portrait d'un homme 7surtout s'il est jeune71 il faut le faire tenir un instant debout avant de commencer1 pour tracer les signes gnraux et extrieurs plus justes4 ,si on traait le personnage assis1 le corps n'aurait pas d'lgance1 et la tte paratrait trop rapproche des paules4 ,pour les hommes surtout cette observation est ncessaire1 les voyant plus souvent debout qu'assis4 ,il faut ne pas placer la tte trop haute dans la toile1 cela grandit trop le modle1 et trop bas cela le rapetisse3 on doit placer la figure de manire qu'il y ait plus d'espace du ct o est tourn le corps4 ,il faut avoir derrire soi une glace1 place de manire apercevoir son modle et son portrait1 pour pouvoir le consulter trs souvent1 c'est le meilleur guide1 il explique nettement les dfauts4 ,avant de commencer causez avec votre modle2 essayez plusieurs attitudes1 et choisissez non-seulement la plus agrable1 mais celle qui convient son ge et son caractre2 ce qui peut ajouter la ressemblance1 de mme pour sa tte3 placez la de face ou de trois-quarts1 cela ajoute plus ou moins la vrit des traits1 surtout pour le public2 le miroir peut aussi dcider ce sujet4 ,il faut tcher de faire la tte 7le masque surtout7 dans trois ou quatre sances d'une heure et demie chaque1 deux au plus2 car le modle s'ennuie1 s'impatiente 7ce qu'il faut viter71 son visage change visiblement1 c'est pourquoi il faut le faire reposer1 et le distraire le plus possible4 ,tout cela est d'exprience avec les femmes2 il faut les flatter1 leur dire qu'elles sont belles1 qu'elles ont le teint frais1 etc41 etc4 ,cela les met en belle humeur1 et les fait tenir avec plus de plaisir4 ,le contraire les changerait visiblement4 ,il faut aussi leur dire qu'elles posent merveille2 elles se trouvent engages par l se bien tenir4 ,il faut bien leur recommander de ne point amener de socits4 ,toutes veulent donner leur avis1 et font tout gter4 ,quant aux artistes et aux gens de got1 on peut les consulter4 ,ne vous rebutez pas si quelques personnes ne trouvent aucune ressemblance vos portraits2 il y a tant de gens qui ne savent point voir4 ,tant que vous travaillez la tte d'une femme1 si elle est vtue de blanc1 mettez sur elle une draperie de couleur absente 7gris ou verdtre71 afin de ne pas distraire les rayons visuels1 et qu'ils puissent se reposer seulement sur la tte du modle2 si cependant vous la peignez en blanc1 laissez-en un peu pour la tte1 qui doit en tre reflte4 ,que le fond derrire le modle soit en gnral d'un ton doux et uni1 ni trop clair1 ni trop fonc2 si c'est un fond de ciel1 c'est autre chose2 mettez du bleutre derrire la tte4 ,pour peindre la tte au pastel ou l'huile1 il faut tablir les masses de vigueur1 les demi-teintes1 ensuite les clairs4 ,il faut empter les lumires1 et les rendre toujours dores2 entre les lumires et les demi-teintes2 il y a un ton mixte qu'il ne faut pas omettre1 il participe du violtre1 du verdtre1 du bleutre4 ,voyez ,van ,dyck4 ,les demi-teintes doivent tre de ton rompu1 et moins emptes que les lumires2 que sa lumire indique fortement ses os et ses parties musculeuses qui cdent aux premires4 ,immdiatement aprs cette premire lumire se trouve le ton de chair dcid selon le teint de la personne1 il se perd avec les tons mixtes et fugaces des demi-teintes4 ,les ombres doivent tre rigoureuses et transparentes la fois1 c'est--dire point emptes1 mais d'un ton mr1 accompagn de touches fermes et sanguines dans les cavits1 telles que l'orbite de l'oeil1 l'enfoncement des narines1 et dans les parties ombres et internes de l'oreille1 etc4 ,les couleurs des joues1 si elles sont naturelles1 doivent tenir de la pche dans la partie fuyante1 et de la rose dore dans la saillante1 et se perdre insensiblement1 avec les lumires occasiones par la saillie des os 7elles sont d'un ton dor72 o les lumires doivent toujours tre1 et se dgrader insensiblement1 c'est l'os du front1 celui de la joue autour du nez1 au haut de la lvre suprieure1 dans le coin de l'infrieure1 et sur le haut du menton4 ,il faut observer que la lumire doit diminuer mesure1 et que la partie la plus saillante1 et la plus claire par consquent1 doit toujours tre la lumineuse4 ,les lumires scintillantes1 fines et gnrales d'une tte sont dans la prunelle1 ou dans le blanc de l'oeil1 selon la position de l'oeil et de la tte 7ces deux-ci cdent aux autres de beaucoup1 et sont d'un ton moins dor71 au milieu de la paupire suprieure1 au milieu de la paupire infrieure1 ou du moins sur une partie1 c'est selon comme la tte est claire2 ensuite sur le milieu du nez1 sur le cartilage1 sur la lvre infrieure3 plus le nez de la personne est fin1 plus la lumire doit tre fine4 ,il ne faut jamais empter les prunelles1 pour qu'elles soient vraies et transparentes2 il faut1 le plus possible1 les bien dtailler1 prendre garde de leur faire un regard quivoque1 surtout les faire rondes4 ,il faut observer que quelques personnes les ont plus petites ou plus grandes1 mais toujours parfaitement rondes2 le haut du cercle de la prunelle est toujours intercept par la paupire suprieure2 l'oeil en colre1 la prunelle se voit entirement4 ,quand l'oeil sourit1 la prunelle est intercepte par la paupire infrieure qui la recouvre4 ,le blanc de l'oeil doit tre d'un ton vierge et pur dans l'ombre1 et la demi-teinte1 quoique perdant son vrai ton 7de mme que tous les objets71 ne doit jamais tre grise ni d'un ton sale4 ,il doit reflter quelquefois la lumire du nez1 et participer un peu de l'orifice4 ,les cils dans la partie ombre se dtachent en clair1 c'est pourquoi il faut peindre ces tons avec de l'outre-mer dans la partie claire en ombre4 ,l'orbite de l'oeil est bien observer1 il est plus ou moins vigoureux ou clair1 selon sa forme4 ,il est compos d'ombres1 de clairs1 de demi-teintes et de reflets du nez4 ,le sourcil doit tre prpar d'un ton chaud1 et l'on doit sentir la chair dessous les petites chappes des poils1 qui doivent tre faits finement et avec lgret4 ,le battu1 l'enchssement de l'oeil est toujours d'un ton fin 7plus ou moins1 selon la dlicatesse et la blancheur de la peau71 bleutre1 violtre4 ,il faut bien prendre garde de trop pousser ces tons1 cela rendrait l'oeil pleureur4 ,c'est pourquoi il faut quelquefois les rompre par des dors1 mais avec mnagement4 ,il faut bien observer la partie du front2 elle est ncessaire la ressemblance1 et donne en partie le caractre de la physionomie4 ,les fronts dont l'os a une saillie carre1 tels que ,raphal1 ,rubens et ,van ,dyck 7comme on peut le voir dans leurs portraits71 la lumire s'indique fortement sur leurs saillies4 ,la premire est en haut du front1 peu de distance aprs les cheveux4 ,elle s'interrompt un peu et vient s'asseoir prs du sourcil1 ce qui fait cder le ton de la tempe1 o se dcrit souvent la veine bleue1 surtout aux peaux dlicates2 aprs cette lumire est un ton de chair entier1 qui se dgrade vers le milieu1 la lumire se rappelle faiblement sur cette mme forme d'os du petit ct1 d'une demi-teinte1 et se marie doucement par des demi-teintes1 qui vont gagner l'ombre qui dessine encore cette mme forme de l'os frontal4 ,aprs cette ombre il existe un reflet plus ou moins dor1 selon la couleur des cheveux3 dessous le sourcil1 le ton se prpare un peu plus chaud1 les poils du sourcil multiplis1 font le mme effet que des boucles de cheveux qui retomberaient sur un front clair4 ,l'ombre en est chaude4 7,voyez les ttes de ,greuze1 observez bien l'habitude des cheveux du modle que vous peignez1 cela ajoute la ressemblance et la vrit47 ,il faut bien observer les passages qui se verront des cheveux avec la chair1 afin de les rendre aussi vrais que possible2 qu'il n'y ait jamais de duret1 et que les cheveux se mlent bien avec la chair1 tant par le contour que par la couleur2 afin que cela n'ait point l'air perruque1 ce qui arriverait immanquablement sans ce que je viens d'expliquer4 ,les cheveux doivent se dessiner par masse et trs peu l'emporter2 le mieux serait de les faire par glacis1 la toile produisant souvent des transparens dans l'ombre et dans le ton entier4 ,les clairs des cheveux ne s'tablissent que sur les parties saillantes de la tte2 les boucles des cheveux reoivent la lumire au milieu et sont lgrement interceptes par quelques lgers chapps de cheveux qui viennent en ter l'uniformit4 ,il faut toujours que les bords des cheveux 7comme mtal7 participent du ton du fond1 ce qui aide faire tourner les parties fuyantes de la tte4 ,l'oreille est trs ncessaire bien tudier et bien mettre sa place1 attendu qu'elle attache le col la tte2 il faut le plus possible la faire d'une belle forme2 tudiez l'antique ou la belle nature4 ,on peut observer1 par exemple1 que gnralement la nation allemande et surtout autrichienne les ont attaches plus haut qu'elles ne devraient l'tre dans la proportion exacte1 de mme que l'emmanchement de leur col est diffrent de celui des autres4 ,il est large1 gros1 et prend trs haut derrire l'oreille2 cette nation a le mastode trs fort4 ,si l'on peint donc une ,allemande1 on doit conserver ce trait caractristique de leur nation1 qui se trouve aussi dans l'ossement large de leur front et dans leurs joues assez ordinairement plates et troites4 ,il faut le plus possible faire en entier l'oreille1 et bien tudier 7quitte mettre par-dessus des cheveux7 ses cartilages4 ,ce qui dtermine ses formes doit tre d'une couleur chaude et transparente1 except le trou du milieu qui est toujours vigoureux4 ,son ton de chair1 mme dans la lumire1 doit cder en gnral la lumire de la joue1 qui est plus saillante4 ,l'ombre porte de l'oreille sur le col doit tre trs chaude1 le jour passant au travers2 la mchoire doit se dcrire d'un ton color fin et par de lgres demi-teintes pour obtenir la saillie qu'elle doit avoir sur le col2 si c'est une tte de femme1 les restes du bas de sa mchoire se dcrivent par des tons plus chauds qu' un homme1 cause des tons de la barbe1 qui abasourdit les tons naturellement chauds de la chair4 ,le ton du col est en gnral d'un ton trs fin1 et cde beaucoup au ton sanguin du visage4 ,il est essentiel de bien observer l'aplomb des clavicules 7relativement la position de la tte7 et leur lumire2 la poitrine se colore toujours un peu plus prs vers le milieu de l'attache des clavicules2 en gnral les parties osseuses1 telles que le coude1 la rotule1 le talon1 l'extrmit du doigt1 ces parties1 dis-je1 doivent toujours tre les plus fortes en couleur4 ,si l'on doit peindre une gorge1 clairez-la de faon qu'elle reoive bien la lumire2 les plus belles gorges sont celles dont la lumire n'est point intercepte1 jusqu'au bouton qui se colore peu peu jusqu' l'extrmit2 les demi-teintes qui font tourner le sein doivent tre du ton le plus fin et le plus frais2 l'ombre qui drive de la saillie de la gorge doit tre chaude et transparente4 ,il y a la mme dgradation de lumire sur tous le corps que celle ci-dessus explique pour la tte2 si la figure est assise1 la lumire alors se rappellera trs vivement sur les cuisses et dgradera jusqu'au talon4 ,,notes #a3 ,pergola1 dont j'ai dj parl1 appartenait madame ,souwaloff1 femme de l'auteur de l'ptre ,ninon4 ,sa fille a pous te comte ,diedestein1 ,autrichien1 et frre de la belle madame ,kinski4 #b3 ,l'empereur actuel4 #c3 ,il est fort rare que je me trompe l'expression du regard4 ,la dernire fois que je vis la duchesse de ,mazarin1 qui se portait merveille et chez laquelle personne n'observait aucun changement1 je dis mon mari3 ,la duchesse ne vivra pas dans un mois2 ce qui arriva comme je l'avais prdit4 #d3 ,poniatowski1 que ,napolon venait de nommer marchal de ,france1 quoiqu'il ne voult d'autre titre que celui de chef des ,polonais1 venait de protger la retraite de l'arme franaise1 n'ayant avec lui que #gfj hommes2 bless grivement1 il arriva sur les bords de l',elster1 dont par un funeste malentendu les ,franais avaient coup le pont2 il s'arrte1 et l'ennemi lui criant de se rendre1 il se jette dans le fleuve et disparat4 #e3 ,celle qui est devenue depuis la princesse ,radzivill4 #f3 ,c'tait le #af juin #ahjj4 #g3 ,il en avait si peu que le jour de son mariage il fut oblig de me demander quelques ducats pour donner l'glise4 #h3 ,je dois dire cependant que ,m4 ,nigris ayant le caractre doux et l'esprit insinuant1 ils ont vcu fort bien ensemble pendant quelques annes4 #i3 ,ces dessins avaient t faits en ,turquie1 principalement ,constantinople4 #aj3 ,les glises sont en si grand nombre qu'un dicton du peuple est3 ,moscou avec sa quarante quarantaine d'glises4 #aa3 ,cette cloche n'a t dgage de la terre qui la couvrait qu'en cette anne #ahcf4 #ab3 ,ce portrait est chez le prince ,tufakin1 son mari1 qui l'a apport avec lui lorsqu'il vint en ,france4 #ac3 ,le comte ,grgoire ,orloff1 gendre de la marchale ,soltikoff1 tait un trs aimable jeune homme4 ,je l'ai revu depuis avec bien du plaisir lorsqu'il est veau ,paris pour consulter sur la maladie de sa femme4 #ad3 ,ce prince ,alexandre1 qui est rest long-temps ,paris comme ambassadeur russe prs de ,napolon1 tait beau frre de la bonne et aimable princesse ,kourakin1 qui sont adresses les premires lettres de mes souvenirs4 #ae3 ,je ne saurais dire combien il y avait ,moscou1 l'poque o je m'y trouvais1 de princes1 et surtout de princesses ,galitzin4 ,plusieurs de ces dernires n'taient point maries4 #af3 ,l'impratrice ,marie a pris l'autre son service4 #ag3 ,j'ai fait ,dresde plusieurs grands bustes d',alexandre d'aprs ces pastels1 mais ,m4 de ,krudner les ayant ports par mer trop frais encore1 ils ont souffert du voyage4 #ah3 ,ces enfans1 depuis1 ont beaucoup chang leur avantage4 ,celle qui est maintenant impratrice de ,russie a fort embelli4 #ai3 ,je devais plus tard copier tous ces pastels l'huile1 ce que j'ai fait aussitt mon arrive ,paris4 #bj3 ,j'ai tenu parole1 quoique ,lebrun le pote m'ait fait prier souvent de le recevoir4 #ba3 ,cette petite dont je parlais l est aujourd'hui madame de ,rivire1 ma nice1 qui m'est si tendrement attache1 et que j'aime comme ma fille4 #bb3 ,le ducat vaut douze francs1 le grutz deux sols4 #bc3 ,pour passer le temps pendant ces six jours je raccommodai mes vieilles chemises1 et ,dieu sait comme cela tait cousu6 aussi1 mon arrive ,paris1 je pris une femme de chambre qui1 voyant mon raccommodage1 me dit3 ,on voit bien que madame vient d'un pays barbare1 car ceci est cousu la diable4 ,je me mis rire et lui rpondis que c'tait mon ouvrage4 ,la pauvre fille tout embarrasse aurait bien voulu reprendre ses paroles2 mais je la rassurai en lui avouant que je n'avais jamais su coudre4 #bd3 ,dans la rvolution1 toutes les glises tant fermes1 ,m4 ,lebrun prta cette salle pour y dire la messe4 #be3 ,la comtesse de ,rosambo est morte peu de temps aprs la ,restauration4 ,cette femme si parfaite sous tous les rapports est vivement regrette de toute sa famille et de ceux qui ont eu le bonheur de la connatre4 #bf3 ,le frre de celui-ci1 le vicomte de ,sgur1 mettait alors assez plaisamment sur ses cartes3 ,sgur sans crmonies4 #bg3 ,on sait que street veut dire rue4 #bh3 ,depuis ,georges ,,iv4 #bi3 ,je puis tmoigner de l'effet que produisit cet assassinat sur tous les ,anglais2 l'horreur qu'il inspira fut gnrale4 #cj3 ,j'ai appris en ,france1 mon grand regret1 que les dignes matres de ,stowe taient morts1 et que depuis le chteau avait brl ainsi que tous les chefs-d'oeuvre qu'il renfermait4 ,on m'a dit que1 lors de cet vnement1 ,stowe appartenait ,m4 ,hope1 banquier4 #ca3 ,on m'a assure qu'un ,anglais1 ne voyant point de terme sa dtention dans la ville de ,verdun1 avait pris le parti d'y faire btir une maison4 #cb3 ,ces lettres sont adresses madame la comtesse ,vincent ,potocka1 ne ,massalska2 elle avait pous en premires noces le prince ,charles de ,ligne1 qui fut tu dans les guerres de la rvolution2 le prince ,charles tait un brave et excellent jeune homme dont la mort a t beaucoup pleure4 #cc3 ,m4 de ,boigne1 mort depuis quelques annes1 tait n ,chambry2 il a eu le bon esprit d'employer une grande partie de sa fortune faire btir dans sa ville natale des hpitaux et des monumens utiles ses compatriotes4 #cd3 ,j'ai peint ces effets d'aprs nature4 #ce3 ,ce portrait est ,genve chez madame ,necker1 tante de madame de ,stal4 #cf3 ,dans le courant de l'anne #ahjh et de l'anne #ahji1 madame de ,stal crivit trois petites lettres qui se rapportent ce portrait1 et qu'on nous saura gr de donner ici2 la premire1 date de ,coppet1 le #af septembre #ahjh1 est adresse madame ,lebrun3 ,je serais vraiment honteuse1 ,madame1 d'tre reste si long-temps sans vous rpondre1 si je n'avais pas t si souffrante depuis quelque temps1 que tout m'tait difficile4 ,je m'en remets vous pour l'exposition au salon1 et je me flatte que votre talent fera pardonner ce qui manque l'original4 ,quant la gravure1 je m'en charge ici2 ce serait trop retarder le moment o je possderai le portrait1 et d'ailleurs tous nos arrangemens sont faits cet gard ,genve4 ,je vais ,vienne passer l'hiver2 si je pouvais vous y tre utile1 donnez-moi vos commissions2 je les ferai trs exactement2 il est bien juste que je vous rende un peu dans le rel de la vie ce que vous avez fait pour moi dans l'idal4 ,daignez me rappeler au souvenir de madame ,nigris1 et conservez-moi toujours1 je vous prie1 quelque bienveillance4 ,la seconde lettre1 date de ,genve1 le #i janvier #ahji1 est adresse madame ,nigris1 la fille de madame ,lebrun3 ,j'ai renonc1 ,madame1 la gravure du portrait de madame votre mre2 c'est trop cher pour une fantaisie1 et je viens d'prouver un procs considrable qui m'oblige des mnagemens de fortune2 mais aurez-vous la bont de me dire quand le portrait de ,corinne me sera remis par madame ,lebrun8 ,mon intention tait de lui envoyer mille cus en le recevant1 mais n'ayant pas de ses nouvelles1 je ne sais pas du tout ce que je dois faire4 ,soyez assez bonne pour vous en mler1 et me ngocier1 cet gard1 ce que je dsire4 ,une ngociation qui me serait bien douce aussi1 c'est celle qui vous amnerait en ,suisse cet t4 ,prosper dit qu'il y viendra4 ,m4 de ,maleteste ne se laisserait-il pas sduire par cette runion de tous ses amis8 car j'ose me mettre du nombre2 en le voyant une fois1 il m'a sembl que je rencontrais une ancienne connaissance4 ,vous avez eu la bont d'crire mon homme d'affaires1 et je lui vole le plaisir de vous rpondre4 ,agrez1 ,madame1 mes complimens empresss4 ,la troisime lettre1 date de ,coppet1 le #ad juillet #ahji1 est adresse madame ,lebrun3 ,j'ai enfin reu votre magnifique tableau1 ,madame1 et1 sans penser mon portrait1 j'ai admir votre ouvrage4 ,il y a l tout votre talent1 et je voudrais bien que le mien pt tre encourag par votre exemple2 mais j'ai peur qu'il ne soit plus que dans les yeux que vous m'avez donns4 ,me permettez-vous de vous envoyer ce mandat payable le #a;er de septembre8 ,agrez1 ,madame1 l'assurance des sentimens que je vous ai vous4 ,nous avons sous les yeux une lettre de madame ,lebrun sa fille1 madame ,nigris1 date de ,coppet1 le #ab septembre2 on trouve dans cette lettre tout ce que l'amour maternel a de plus tendre2 nous nous contenterons d'en extraire ce qui se rapporte au voyage en ,suisse de madame ,lebrun3 ,les spectacles de la nature consolent ou distraient de bien des peines2 je viens de l'prouver plus fortement que jamais4 ,tu ne peux avoir l'ide des jouissances que j'ai ressenties dans nos courses en ,suisse2 tu ne peux te figurer tous ces tableaux1 tous ces points de vue1 tous ces sites si varis1 si pittoresques4 ,que de choses j'aurai te dire mon retour6 ,il me semble avoir vcu dix ans depuis deux mois et demi2 ce n'est pas que le temps m'ait paru long1 mais toutes mes heures ont t si intressantes et si remplies que j'en ai pour ainsi dire fix ou not les intervalles4 la suite de cette lettre de madame ,lebrun1 nous trouvons un post-scriptum de madame de ,stal la mme adresse3 ,madame votre mre1 ,madame1 a fait de moi ,corinne dans un portrait vraiment plus potique que mon ouvrage4 ,je vous prie1 ,madame1 de trouver bon que je vous remercie de l'intrt que madame votre mre m'a tmoign2 c'est vous qu'elle aime rapporter ses succs4 ,si je n'tais pas exile1 ,madame1 je parlerais de mon dsir de vous connatre2 nos amis communs me l'ont inspir4 ,dites1 je vous prie1 ,m4 de ,maleteste que je vais parler de lui et de vous avec ,prosper1 et que je me flatte toujours qu'il pense moi1 bien qu'il ne me l'crive jamais4 ,adieu1 ,madame1 je vous vois d'ici2 votre portrait par madame votre mre et par ses amis me persuade que nous nous connaissons dj4 ,c'est ,paris que le portrait de madame de ,stal fut achev2 madame ,beaufort d',hautpoult1 ayant vu ce bel ouvrage1 improvisa les vers suivans3 ,je la vois1 je l'entends2 tes pinceaux crateurs ,donnent l'ame et la vie et l'esprit aux couleurs2 ,voil ses yeux brillans d'ardentes tincelles1 ,ces sons mlodieux1 ces cordes immortelles1 ,qui de ses chants divins accompagnent les vers1 ,et la toile anime en parfume les airs4 ,je ne sais qui des deux remporte la victoire3 ,l'une guide la main1 l'autre fixe la gloire1 ,et la mme couronne enlace en ce tableau ,le front inspirateur et l'immortel pinceau4 ,stal offrait ,lebrun un talent digne d'elle2 ,lebrun mritait seule un si parfait modle2 ,l'univers tonn de cet ensemble heureux ,sans choix tombe en silence au pied de toutes deux4 7,note de l'diteur47 #cg3 ,depuis ce temps1 la maison de ,voltaire a t achete par une personne qui en a fait btir une plus grande2 mais le nouveau propritaire a conserv et soign celle du philosophe1 qu'il laisse voir aux trangers4 #ch3 ,dans mon sjour en ,angleterre je vis aussi un manque de respect pour ,milton4 ,richemont1 au milieu d'une prairie1 se trouvait un arbre o l'auteur du ,paradis ,perdu allait s'asseoir pour crire2 eh bien6 cet arbre a t coup4 #ci3 ,dans le sjour prolong que j'ai fait ,chamouni1 j'ai peint toute la ligne des montagnes entrecoupes de glaciers2 j'ai peint aussi toute la valle4 #dj3 ,cette lettre et les suivantes sur la ,suisse appartiennent au second voyage que j'ai fait en #ahji4 #da3 ,la lettre de ,m4 ,raoul ,rochette1 sur sa course au ,rigi1 est si parfaite par sa description1 que l'on y voyage avec lui4 #db3 ,le seul tmoignage de reconnaissance que j'aie pu faire accepter ,m4 et madame ,konig1 c'est mon portrait l'huile que je leur ai envoy de ,paris4 ,m4 ,konig est venu ,paris montrer des tableaux de lui en transparens2 je les ai eus chez moi1 et tout le monde en tait enchant4 #dc3 ,j'ai rflchi que les effets de la lune auraient dtruit celui des feux qui ressortissait avec vigueur sur le haut des montagnes o ils taient placs4 #dd3 ,cette tour est la ruine du chteau d',unspunnen1 que possdait ,berthold1 fondateur de ,berne4 ,c'est en mmoire de lui que se donne cette fte patriotique4 #de3 ,aprs la fte1 madame de ,stal alla se promener avec le duc de ,montmorency2 moi1 je m'tablis sur la prairie pour peindre le site et les masses de groupes4 ,le comte de ,grammont tenait ma bote au pastel4 ,l'aspect de cette fte est peint l'huile2 ,m4 le prince de ,talleyrand possde ce tableau4 ,dans le rcit de mes deux voyages en ,suisse1 je n'ai pu indiquer d'une manire complte les paysages que j'ai dessins d'aprs nature2 j'ai fait environ deux cents paysages au pastel4 #df3 ,je n'en fus pas quitte pour cette fois4 ,au retour des trangers en #ahae1 il revint des ,anglais ,louveciennes2 ils me prirent1 entre autres choses1 un superbe coffre de lacque1 que j'ai beaucoup regrett1 parce qu'il m'avait t donn ,ptersbourg par mon ancien ami le comte ,strogonoff4 #dg3 ,c'est ,m4 ,daguet que le ,roi chargea de distribuer ses bienfaits aux pauvres4 #dh3 ,ducis1 avant la rvolution1 avait occup un emploi dans la maison de ,monsieur4 #di3 ,la ,sibylle n'a point t vendue ,rosny avec les autres tableaux de la duchesse de ,berri1 parce que1 faisant partie de l'hritage du duc1 elle appartient son fils4