nationale de ,france 7,bn,f_/,gallica7 ,,souvenirs ,,de ,,madame ,,louise-,,lisabeth ,,vig,e-,,lebrun1 ,,de ,l',,acad,,mie ,,royale ,,de ,,paris1 ,,de ,,rouen1 ,,de ,,saint-,,luc ,,de ,,rome ,,et ,d',,arcadie1 ,,de ,,parme ,,et ,,de ,,bologne1 ,,de ,,saint-,p,,tersbourg1 ,,de ,,berlin1 ,,de ,,gen,,ve ,,et ,,avignon4 ,en crivant mes ,souvenirs1 je me rappellerai le temps pass1 qui doublera pour ainsi dire mon existence4 ,j4-,j4 ,rousseau4 ,,tome ,,second ,,paris1 ,,librairie ,,de ,h4 ,,fournier1 ,,rue ,,de ,,seine1 #ad ,,bis4 #ahce4 ,illustration4 ,,avant-,,propos ,,de ,l',,auteur4 ,la mort de la bonne et aimable princesse ,kourakin1 que le cholra vint enlever ,ptersbourg en #ahca1 m'avait fait renoncer pendant long-temps toute ide de continuer mes ,souvenirs1 pour lesquels cependant j'avais dj rassembl les matriaux ncessaires4 ,les instances de mes amis m'ayant fait consentir l'an dernier reprendre ce travail1 le lecteur ne sera pas surpris de voir mon second volume crit dans une autre forme que le premier1 puisque je n'ai point eu le bonheur d'achever le rcit de ma vie pour celle qui me l'avait fait entreprendre4 ,,chapitre ,,premier4 ,turin1 ,porporati1 le ,corrge4--,parme1 ,m4 de ,flavigni1 les glises1 l',infante de ,parme4--,modne4--,bologne4--,florence4 ,aprs avoir travers ,chambry1 j'arrivai ,turin extrmement fatigue de corps et d'esprit1 car une pluie battante m'avait empche1 pendant toute la route1 de descendre pour marcher un peu1 et je ne connais rien de plus ennuyeux que les voiturins qui cheminent constamment au pas4 ,enfin1 mon conducteur me dposa dans une trs mauvaise auberge4 ,il tait neuf heures du soir2 nous mourions de faim2 mais comme il ne se trouvait rien manger dans la maison1 ma fille1 sa gouvernante et moi1 nous fmes obliges de nous coucher sans souper4 ,le lendemain de trs bonne heure1 je fis prvenir de mon arrive le clbre ,porporati#a1 que j'avais beaucoup vu pendant son sjour ,paris4 ,il tait alors professeur ,turin1 et il vint aussitt me faire une visite4 ,me trouvant si mal dans mon auberge1 il me pria avec instance de venir loger chez lui1 ce que je n'osai d'abord accepter2 mais il insista sur cette offre avec une vivacit si franche1 que je n'hsitai plus1 et faisant porter mes paquets1 je le suivis aussitt avec mon enfant4 ,je fus reue par sa fille1 ge de dix-huit ans1 qui logeait avec lui1 et qui se joignit son pre pour avoir de moi tous les soins imaginables pendant les cinq ou six jours que je passai dans leur maison4 tant presse de continuer ma route vers ,rome1 je ne voulus voir personne ,turin4 ,je me contentai de visiter la ville et de faire quelques excursions dans les beaux sites qui l'environnent4 ,la ville est fort belle2 toutes les rues sont parfaitement alignes et les maisons bties rgulirement4 ,elle est domine par une montagne appele la ,superga1 lieu de spulture1 destine aux rois de ,sardaigne4 ,porporati me conduisit d'abord au muse royal1 o j'admirai une collection de superbes tableaux des diverses coles1 entre autres celui de la femme hydropique de ,grard ,dow#b1 qu'on peut appeler un chef-d'oeuvre dans son genre1 et plusieurs tableaux admirables de ,vandick1 parmi lesquels je dois citer celui qui reprsente une famille de bourguemestres1 dont les figures sont d'un pied et demi de hauteur4 ,il est certain que ,vandick a pris plaisir faire ce tableau si remarquable2 car1 non seulement les ttes et les mains1 mais les draperies1 les moindres accessoires1 tout est fini et tout est parfait1 tant pour le coloris que pour l'excution4 ,vandick1 au reste1 tenait la plus grande place dans ce muse du roi1 o je trouvai peu de tableaux des matres d',italie4 ,porporati voulut aussi me mener au spectacle4 ,nous allmes au grand thtre1 et l1 j'aperus aux premires loges le duc de ,bourbon et le duc d',enghien que je n'avais point vus depuis bien long-temps4 ,le pre alors paraissait encore si jeune1 qu'on l'aurait cru le frre de son fils4 ,la musique me fit grand plaisir1 et comme je demandais ,porporati si sa ville renfermait beaucoup d'amateurs des arts1 il secoua la tte et me dit3 ,ils n'en ont aucune ide1 et voici ce qui vient de m'arriver ici3 un trs grand personnage1 ayant entendu dire que j'tais graveur1 est venu dernirement chez moi pour me faire graver son cachet4 ,cette petite anecdote suffit1 je l'avoue1 pour me donner une mince opinion des habitans de ,turin sous le rapport des arts4 ,je quittai mes aimables htes pour aller ,parme4 peine tais-je arrive dans cette dernire ville1 que je reus la visite du comte de ,flavigny1 qui y sjournait alors comme ministre de ,louis ,,xvi4 ,m4 de ,flavigny avait soixante ans au moins2 je ne l'avais jamais rencontr en ,france2 mais son extrme bont et la grce qu'il mit m'obliger en tout me le firent bientt connatre et apprcier4 ,sa femme aussi combla de soins ma fille et moi1 et leur socit me fut de la plus agrable ressource dans une ville o je ne connaissais personne4 ,m4 de ,flavigny me fit voir tout ce que ,parme offrait de remarquable4 ,aprs avoir t contempler le magnifique tableau du ,corrge1 la ,crche ou la ,nativit#c1 je visitai les glises1 dont les ouvrages de ce grand peintre sont aussi le plus admirable ornement4 ,je ne pus voir tant de tableaux divins sans croire l'inspiration que l'artiste chrtien puise dans sa croyance3 la fable a sans doute de charmantes fictions2 mais la posie du christianisme me semble bien plus belle4 ,je montai tout au haut de l'glise ,saint-,jean2 l1 je m'tablis dans le cintre pour admirer de prs une coupole o le ,corrge a peint plusieurs anges dans une gloire1 entours de nuages lgers4 ,ces anges sont rellement clestes2 leurs physionomies1 toutes varies1 ont un charme impossible dcrire4 ,mais1 ce qui m'a le plus surpris1 c'est que les figures sont d'un fini tel1 qu'en les regardant de prs1 on croit voir un tableau de chevalet sans que cela nuise en rien l'effet de cette coupole1 vue du bas de l'glise4 ,on peut admirer aussi dans l'glise de ,saint-,antoine1 en entrant gauche1 une autre figure de ce grand peintre1 la plus gracieuse que je connaisse1 et d'une couleur inimitable4 ,j'ai remarqu dans la bibliothque de ,parme un buste antique d',adrien1 trs bien conserv1 quoiqu'il ait t dor4 ,un petit ,hercule en bronze d'un travail fort prcieux1 un petit ,bacchus charmant1 beaucoup de mdaillons antiques1 etc41 etc42 mais le ,corrge6444 le ,corrge est la grande gloire de ,parme4 ,m4 le comte de ,flavigny me prsenta l'infante 7soeur de ,marie-,antoinette71 qui tait beaucoup plus ge que notre reine1 dont elle n'avait ni la beaut ni la grce4 ,elle portait le grand deuil de son frre l'empereur ,joseph ,,ii1 et ses appartemens taient tout tendus de noir2 en sorte qu'elle m'apparut comme une ombre1 d'autant plus qu'elle tait fort maigre et d'une extrme pleur4 ,cette princesse montait tous les jours cheval4 ,sa faon de vivre comme ses manires taient celles d'un homme4 ,en tout1 elle ne m'a point charme1 quoiqu'elle m'ait reue parfaitement bien4 ,je ne sjournai que peu de jours ,parme2 la saison avanait1 et j'avais les montagnes de ,bologne traverser4 ,j'tais donc trs presse de me mettre en route2 mais l'excellent ,m4 de ,flavigny me fit retarder mon dpart de deux jours1 parce qu'il attendait un ami auquel il dsirait me confier1 ne voulant pas que je traversasse les montagnes seule avec ma fille et la gouvernante4 ,cet ami 7,m4 le vicomte de ,lespignire7 arriva1 et je fus remise ses soins4 ,son voiturin suivait le mien1 en sorte que je voyageai avec la plus grande scurit jusqu' ,rome4 ,je m'arrtai trs peu ,modne1 jolie petite ville1 qui me parut fort agrable habiter4 ,les rues sont bordes de longs portiques qui mettent les pitons l'abri de la pluie et du soleil4 ,le palais a un aspect grandiose et lgant4 ,il renferme plusieurs beaux tableaux1 un de ,raphal et plusieurs de ,jules ,romain1 la ,femme adultre du ,titien1 etc41 etc4 ,on y voit aussi quantit de curiosits remarquables et des dessins des plus grands matres italiens2 quelques statues antiques1 un grand nombre de belles mdailles1 ainsi que des cames en agate trs prcieux4 ,la bibliothque est fort belle2 elle contient1 m'a-t-on dit1 trente mille volumes1 beaucoup d'ditions trs rares et des manuscrits4 ,le thtre rappelle les amphithtres des anciens4 ,les remparts sont la promenade habituelle2 mais les campagnes qui bordent les grands chemins sont charmantes1 riches et bien cultives4 ,aprs avoir travers les montagnes qui ont bien quelque chose d'effrayant1 car le chemin est trs troit et trs escarp1 et bord de prcipices1 ce qui m'engagea en faire une partie pied1 nous arrivmes ,bologne4 ,mon dsir tait de passer au moins une semaine dans cette ville pour y admirer les chefs-d'oeuvre de son cole1 regarde gnralement comme une des premires de l',italie1 et pour visiter tant de magnifiques palais dont elle est orne4 ,tandis que1 dans cette intention1 je me pressais de dfaire mes paquets1--,hlas6 madame1 me dit l'aubergiste1 vous prenez une peine inutile2 car1 tant ,franaise1 vous ne pouvez passer qu'une nuit ici4 ,me voil au dsespoir1 d'autant plus que dans le moment mme1 je vis entrer un grand homme noir1 costum tout--fait comme ,bartholo1 ce qui me le fit reconnatre aussitt pour un messager du gouvernement papal4 ,ses habits1 son visage ple et srieux1 lui donnaient un aspect qui me fit tout--fait peur4 ,il tenait la main un papier1 que je pris naturellement pour l'ordre de quitter la ville dans les vingt-quatre heures4--,je sais ce que vous venez m'apprendre1 signor1 lui dis-je d'un air assez chagrin4--,je viens vous apporter la permission de rester ici tant qu'il vous plaira1 madame1 rpondit-il4 ,on juge de la joie que me donna une aussi bonne nouvelle1 et de mon empressement profiter de cette faveur#d4 ,je me rendis aussitt l'glise de ,sainte-,agns1 o se trouve plac le tableau du martyre de cette sainte1 peint par le ,dominicain4 ,la jeunesse1 la candeur est si bien exprime sur le beau visage de sainte ,agns1 celui du bourreau qui la frappe d'un poignard forme un si cruel contraste avec cette nature toute divine1 que la vue de cette admirable tableau me saisit d'une pieuse admiration4 ,je m'tais agenouille devant le chef-d'oeuvre1 et les sons de l'orgue me faisaient entendre l'ouverture d',iphignie parfaitement bien excute4 ,le rapprochement involontaire que je fis entre la jeune victime des paens et la jeune victime chrtienne1 le souvenir du temps si calme et si heureux o j'avais entendu cette mme musique1 et la triste pense des maux qui pesaient alors sur ma malheureuse patrie1 tout oppressa mon coeur au point que je me mis pleurer amrement et prier ,dieu pour la ,france4 ,heureusement j'tais seule dans l'glise1 et je pus y rester long-temps1 livre aux motions si vives qui s'taient empares de mon ame4 ,en sortant1 j'allai visiter plusieurs des palais qui renferment les chefs-d'oeuvre des grands matres de l'cole de ,bologne1 plus fconde qu'aucune autre cole italienne4 ,il faudrait des volumes pour dcrire les beauts dont le ,guide1 le ,guerchin1 les ,carraches1 le ,dominicain1 ont orn ces pompeuses habitations4 ,dans l'un de ces palais1 le custode me suivait1 s'obstinant me nommer l'auteur de chaque tableau4 ,cela m'impatientait beaucoup1 et je lui dis doucement qu'il prenait une peine inutile2 que je connaissais tous ces matres4 ,il se contenta donc de continuer seulement m'accompagner2 mais comme il m'entendait m'extasier devant les plus beaux ouvrages en nommant le peintre1 il me quitta pour aller dire mon domestique3--,qui donc est cette dame8 j'ai conduit de bien grandes princesses1 mais je n'en ai jamais vue qui s'y connaisse aussi bien qu'elle4 ,le palais ,caprara renferme1 dans sa premire galerie1 des trophes militaires indiens et turcs1 dont plusieurs sont la dpouille de gnraux vaincus par la famille ,caprara4 ,le portrait du plus clbre guerrier de ce nom est au bout de la galerie1 qui1 je crois1 est unique dans son genre4 ,on voit1 dans la seconde galerie1 une tte de prophte et la ,sibylle de ,cumes du ,guerchin1 dans son meilleur temps2 une ,ascension du ,dominicain1 quelques ttes de ,carlo ,dolce et du ,titien2 une ,sainte ,famille du ,carrache1 et deux petits ronds de l',albane1 d'une grande finesse4 ,le palais ,bonfigliola possde un beau ,saint ,jrme de l',espagolet1 une ,sibylle du ,guide1 appuye sur sa main1 tenant son papyrus2 et plusieurs autres chefs-d'oeuvre4 ,le palais ,zampieri3 ,henri ,,iv et ,gabrielle de ,rubens2 dans la salle d',annibal ,carrache1 la ,dposition du ,christ1 effet de nuit1 superbe tableau4 ,le portrait de ,louis ,carrache1 peint par lui-mme4 ,un plafond du ,guerchin reprsentant ,hercule qui touffe ,ante1 et le ,dpart d',agar1 beau tableau1 plein d'expression4 ,c'est dans ce palais que l'on voit le chef-d'oeuvre du ,guide1 saint ,pierre et saint ,paul causant ensemble4 ,ce tableau runit toutes les perfections2 les moindres dtails y sont d'une telle vrit1 que ces deux figures font illusion au point qu'on croit les entendre parler4 ,c'est bien certainement ce que le ,guide a fait de plus beau4 ,trois jours aprs mon arrive 7le #c novembre #aghi71 j'avais t reue membre de l',acadmie et de l',institut de ,bologne4 ,m4 ,bequetti1 qui en tait le directeur1 vint m'apporter lui-mme mes lettres de rception4 ,je me consolais d'abandonner tant de chefs-d'oeuvre par l'ide de tous ceux que j'allais trouver ,florence4 ,aprs avoir travers les ,apennins et les montagnes arides de ,radico ,fani1 nous parcourmes un pays plein de belles cultures1 qui est la limite de la ,toscane4 droite du chemin1 on me montra un petit volcan1 qui s'enflamme l'approche d'une lumire1 et que l'on nomme ,fuoco di ,lagno4 ,plus loin1 le chemin s'tant lev1 je dcouvris ,florence1 situe au fond d'une large valle1 ce qui d'abord me parut triste2 car j'aime beaucoup que l'on btisse sur les hauteurs2 mais sitt que j'entrai dans la ville1 je fus surprise et charme de sa beaut4 ,aprs m'tre installe dans l'htel qu'on m'avait indiqu1 je dbutai par aller1 avec ma fille et le vicomte de ,lespignire1 me promener sur une montagne des environs1 d'o l'on dcouvre une vue magnifique1 et sur laquelle se trouvent beaucoup de cyprs4 ,ma fille1 en les regardant1 me dit3 ,ces arbres-l invitent au silence4 ,je fus si surprise qu'un enfant de sept ans pt avoir une ide de ce genre1 que je n'ai jamais oubli cela4 ,malgr le dsir extrme que j'avais d'arriver ,rome1 il m'tait impossible de ne pas sjourner un peu dans cette charmante ville4 ,j'allai voir avant tout la clbre galerie que les ,mdicis ont enrichie avec tant de magnificence4 ,en entrant par le vestibule1 on aperoit d'abord une quantit de tombeaux antiques#e2 et contre la porte1 se trouve place la fameuse statue du ,gladiateur4 ,de ce vestibule1 on entre dans la galerie qui renferme tant de superbes statues4 ,la ,vnus de ,mdicis1 les deux ,lutteurs1 le ,remouleur1 un jeune ,faune1 le ,satyre et le ,bacchus de ,jean de ,bologne1 et la belle scne de la ,niob4 ,ces principales figures ornent la salle de la tribune1 qui est aussi dcore par plusieurs beaux tableaux1 dont trois sont de ,raphal1 un d',andr del ,sarte1 et d'autres de divers grands matres4 ,dans une seconde salle1 on voit en sculpture3 ,euphrosine couche1 ,alexandre mourant2 en peinture3 une ,vnus du ,titien1 un trs beau ,vanderveft1 de superbes paysages de ,salvator ,rosa1 et cent autres chefs-d'oeuvre que je ne cite point2 car il faudrait un volume pour entrer dans quelques dtails sur toutes les richesses que j'eus le bonheur d'admirer dans ce lieu de dlices pour un artiste4 ,j'allai le lendemain au palais ,pitti1 o1 dans la premire salle1 je distinguai surtout la ,charit1 peinte par le ,guide1 le portrait d'un philosophe par ,rembrandt1 un tableau la fois trs fin et trs vigoureux de ,carlo ,dolce1 une sainte famille de ,louis ,carrache1 et la vision d'zchiel1 admirable petit tableau de ,raphal4 ,on y remarque aussi le portrait d'une femme habille en satin cramoisi1 peint par le ,titien avec autant de vigueur que de vrit4 ,la seconde salle renferme quatre beaux tableaux du vieux ,palme2 et de ,rubens1 un grand tableau allgorique1 une ,sainte ,famille1 ainsi que son tableau des ,philosophes1 qui est superbe2 le portrait d'un cardinal1 peint par ,vandick1 dont la belle couleur et la grande vrit sont remarquables4 ,c'est aussi dans cette salle que l'on voit la ,madone la ,seggiola1 ,lon ,x et ,jules ,,ii1 par ,raphal1 trois chefs-d'oeuvre1 si dignes de leur haute renomme4 ,on trouve dans la troisime salle un grand et beau tableau d',andr del ,sarte reprsentant la ,vierge1 ,jsus et saint ,jrme2 ,paul ,,iii1 du ,titien1 admirable de vrit2 un tableau allgorique1 deux paysages1 et la fameuse fte de village1 par ,rubens2 enfin1 une ,sainte ,famille assise sur des ruines1 magnifique tableau de ,raphal4 ,dans le jardin du palais ,pitti1 au-dessus d'un bassin qui a vingt pieds de diamtre1 on voit une statue colossale de ,neptune1 et trois ,fleuves qui versent de l'eau en abondance2 toutes ces figures1 d'une trs belle composition1 sont de ,jean de ,bologne4 ,ds que je pus m'arracher la jouissance de parcourir la galerie des ,mdicis et le palais ,pitti2 j'allai voir les autres beauts que renferme ,florence4 ,d'abord1 les portes du baptistre de ,guilberti1 dont les sujets1 en dix compartimens1 sont d'une composition admirable4 ,ces sujets sont pris dans l',ancien et le ,nouveau ,testament4 ,le relief des figures1 le style des draperies1 les accessoires1 arbres1 fabriques1 tout est d'une excution si parfaite1 qu'on pourrait en faire des tableaux1 car il n'y manque que la couleur2 aussi ,michel-,ange les nommait-il les portes du paradis4 l'glise de ,saint-,laurent1 je m'arrtai long-temps dans la chapelle des ,mdicis1 dont plusieurs tombeaux ont t excuts d'aprs les dessins de ,michel-,ange4 ,on ne peut rien voir de plus beau que ces tombeaux4 ,quelques-uns sont en granit oriental1 d'autres en granit gyptien4 ,dans des niches en marbre noir on a plac des statues en bronze dor4 ,c'est dans l'glise ,santa-,croce que se trouve le mausole de ,michel-,ange4 ,l1 il faut se prosterner4 ,je suis monte au clotre de l',annonciate1 peint par ,andr del ,sarte4 ,ces diverses compositions sont d'un style simple1 qui convient au sujet1 et qui tient mme de l'antique4 ,les figures pleines d'expression et de vrit sont d'une excellente couleur4 ,il est bien malheureux que l'on n'ait pas soign ces chefs-d'oeuvre1 qui auraient suffi la rputation de ce grand peintre4 ,la ,vierge1 nomme la ,madona del ,sacco1 est divine4 ,on la prendrait pour une vierge de ,raphal4 ,on sent bien que je ne pouvais quitter ,florence sans aller au palais ,altoviti pour voir le beau portrait que ,raphal a fait de lui-mme4 ,ce portrait a t mis sous verre afin de le conserver1 et cette prcaution a fait noircir les ombres1 mais tous les clairs de la chair sont rests purs et d'une belle couleur4 ,les traits du visage sont rgulirement beaux1 les yeux charmans1 et le regard est bien celui d'un observateur4 ,je ne ngligeai pas de visiter la bibliothque des ,mdicis1 qui possde les manuscrits les plus rares4 ,il s'y trouve d'anciens missels dont les marges gauche sont peintes dans la perfection2 ces sujets saints sont rendus en miniature avec des couleurs et un fini admirables4 ,le jour que j'allai visiter la galerie o se trouvent les portraits des peintres modernes peints par eux-mmes1 on me fit l'honneur de me demander le mien pour la ville de ,florence1 et je promis de l'envoyer quand je serais arrive ,rome4 ,je remarquai avec un certain orgueil dans cette galerie celui d',angelica ,kaufmann1 une des gloires de notre sexe4 ,tout le temps de mon sjour ,florence fut un temps d'enchantement4 ,j'avais fait connaissance avec une dame franaise1 la marquise de ,venturi1 qui me comblait d'amitis et d'obligeances4 ,les soirs1 elle me menait promener sur les bords de l',arno1 o arrivent1 une certaine heure1 une quantit de voitures lgantes et de beau monde1 dont la prsence animait ce lieu charmant4 ,ces promenades et mes courses du matin la galerie ,mdicis1 aux glises et aux palais de la ville1 me faisaient passer mes journes d'une manire ravissante2 et si j'avais pu ne point penser cette pauvre ,france1 j'aurais t alors la plus heureuse des cratures4 ,,chapitre ,,ii4 ,borne4--,saint-,pierre4--,le ,musum4--,drouais4--,raphal4--,le ,vatican4--,le ,colyse4--,angelica ,kaufmann4--,le cardinal de ,bernis4--,usage romain4--,mes dmnagemens4 ,peu de jours aprs mon arrive ,rome1 j'crivais ,robert le paysagiste la lettre suivante3 ,rome1 #a;er dcembre #aghi4 ,j'ai quitt avec peine1 mon ami1 cette belle ville de ,florence o j'ai vu trs rapidement des chefs-d'oeuvre si remarquables1 et que je me promets bien de revoir avec plus de soin mon retour de ,rome4 ,vous avez t tmoin des gros soupirs que me faisaient pousser les rcits de tous ceux qui avaient eu le bonheur de sjourner ici4 ,vous savez combien je dsirais visiter mon tour cette belle patrie des arts4 ,je puis dire que j'avais pour ,rome la maladie du pays4 ,mais1 tant de portraits que je me trouvais engage faire ne m'auraient pas permis de raliser mon dsir1 si1 pour notre malheur tous1 la rvolution n'tait pas venue me dterminer quitter ,paris1 dont le charme tait dtruit pour moi4 ,vous savez1 mon cher ami1 qu' quelque distance de ,rome on dcouvre dj le dme de ,saint-,pierre8 ,il m'est impossible de vous dire la joie que j'prouvai lorsque je l'aperus3 je croyais rver ce que j'avais souhait si long-temps en vain4 ,enfin je me trouvai sur le ,ponte ,mole2 je vous avouerai mme tout bas qu'il m'a paru bien petit1 et le ,tibre si chant1 bien sale4 ,j'arrive la porte del ,popolo1 je traverse la rue du ,cours1 puis je m'arrte l',acadmie de ,france4 ,notre directeur1 ,m4 ,mnageot1 vient ma voiture2 je lui demande l'hospitalit jusqu' ce que j'aie trouv un logement1 et voil qu'il me donne aussitt un petit appartement o ma fille et sa gouvernante sont loges prs de moi4 ,de plus1 il me prte dix louis pour que je puisse achever de payer mon voiturin2 car il faut dire que je n'ai emport avec moi que quatre-vingts louis1 mon cher mari gardant tout pour lui1 comme vous savez qu'il avait coutume de faire4 ,le jour mme de mon arrive1 ,m4 ,mnageot m'a mene avant tout ,saint-,pierre1 dont l'immensit1 d'aprs l'ide que l'on m'en avait donne1 ne m'a point frappe d'abord4 ,j'attribue cet effet la grandeur si bien calcule de tous ses dtails3 par exemple1 l'aspect de ces deux bnitiers de jaune antique1 en forme de coquilles1 que l'on voit en entrant1 les enfans de quatre ou cinq ans qui les entourent ont six pieds de hauteur1 et cette parfaite proportion diminue au premier coup d'oeil la grandeur de l'glise2 quoi qu'il en soit1 je n'ai su qu'en la parcourant quel point elle tait vaste4 ,ayant dit ,m4 ,mnageot que j'aurais prfr la voir soutenue par des colonnes au lieu de ces normes pilastres1 il me rpondit qu'on l'avait btie d'abord comme je le dsirais1 mais que les colonnes ne paraissant pas assez solides1 on les avait entoures ainsi2 il m'a fait voir en effet depuis un tableau o ,saint-,pierre est reprsente comme je voudrais qu'elle ft4 ,j'ai mont aussi l'escalier qui conduit la chapelle ,sixtine1 pour admirer la vote peinte fresque par ,michel-,ange1 et le tableau reprsentant le jugement dernier4 ,malgr toutes les critiques qu'on a faites de celui-ci1 il m'a sembl un chef-d'oeuvre du premier ordre1 pour l'expression et la hardiesse des raccourcis4 ,il y a vraiment du sublime dans la composition1 dans l'excution4 ,quant au dsordre qui y rgne1 il est1 selon moi1 compltement justifi par le sujet4 ,le lendemain1 je suis alle voir le ,musum4 ,il est bien vrai qu'on ne peut rien comparer sous le rapport des formes1 du style et de l'excution1 tant de chefs-d'oeuvre antiques4 ,c'est aux ,grecs surtout qu'il appartenait de runir dans une aussi haute perfection l'lgance des formes la vrit4 ,en voyant leurs ouvrages1 on ne peut douter qu'ils n'aient eu de bien admirables modles1 et que les hommes et les femmes de la ,grce n'aient ralis jadis ce que nous appelons le beau idal4 ,je n'ai fait encore que parcourir le musum1 mais l',apollon1 le ,gladiateur mourant1 le groupe du ,laocoon1 ces beaux autels1 ces magnifiques candlabres1 toutes ces beauts enfin qui me sont apparues1 m'ont dj laiss des souvenirs ineffaables4 ,au moment o j'allais partir pour cette course au musum1 j'ai reu la visite des pensionnaires de l',acadmie de peinture1 au nombre desquels tait ,girodet4 ,ils m'ont apport la palette du jeune ,drouais1 et m'ont demand en change quelques brosses dont je me sois servie pour peindre4 ,je ne puis vous cacher1 mon ami1 quel point j'ai t sensible cet hommage si distingu1 cette demande si flatteuse2 j'en garderai toujours une douce et reconnaissante pense4 ,combien je regrette de ne pas retrouver ici ce jeune ,drouais1 que la mort vient de nous enlever cruellement6 ,je l'avais connu ,paris1 il avait mme dn chez moi avec ses camarades la veille du jour o tous sont partis pour ,rome4 ,vous n'avez pas oubli sans doute son beau ,marius8 pour moi1 je le vois encore4 ,la foule se portait chez la mre du pauvre ,drouais pour voir ce tableau1 qui tait expos chez elle4 ,hlas6 la mort ne respecte rien2 n'a-t-elle pas frapp ,raphal avant qu'il et trente-huit ans8 n'a-t-elle pas enlev ce gnie au monde1 quand il tait dans toute sa force1 dans toute son nergie8 car je vous avoue que j'entre en fureur lorsque je songe qu'on a os dire1 qu'on a os crire que ,raphal tait mort par suite d'excs1 en un mot1 de libertinage4 ,quoi6 ce talent si pur1 si suave1 aurait t chercher ses inspirations dans les mauvais lieux6 ,de bonne foi1 cela peut-il se croire8 ,mais la preuve que rien n'est plus faux1 c'est que nous savons tous que ,raphal tait amoureux1 perduement amoureux de cette belle boulangre sans laquelle il ne pouvait vivre1 qui il restait fidle au point de refuser pour elle les honneurs1 les richesses et la main de la nice du cardinal ,bibina2 tellement que1 lorsque enfin le pape se laissa flchir et permit que la ,fornarina rentrt dans ,rome1 l'motion de joie qu'il prouva1 le bonheur de revoir cette femme adore1 contriburent beaucoup terminer ses jours4 ,un homme aussi passionn1 aussi constant1 pouvait-il rechercher les volupts grossires1 se rouler dans la fange8 ,non1 ces choses ne sont pas compatibles2 non1 ,raphal n'tait pas un libertin2 il ne faut que regarder ses ttes de ,vierges pour tre sr du contraire4 ,pardonnez-moi cette diatribe1 mon ami3 je sors du ,vatican2 c'est l surtout que le divin matre a dmontr toute la subtilit de son art4 ,les copies que l'on a faites des chefs-d'oeuvre de ,raphal sont loin d'en donner une juste ide2 il faut les voir face face pour admirer le dessin1 l'expression1 la composition de chaque sujet3 jusques aux draperies1 tout y est parfait4 ,j'ai mme remarqu que1 dans la plus grande partie de ces belles pages1 la couleur avait la vrit du ,titien4 ,la galerie1 les salles1 et mme ce corridor du ,vatican o j'ai vu dans le fond la belle ,cloptre mourante1 tout cela est unique dans le monde4 ,combien ne s'tonne-t-on pas de la varit des compositions de ,raphal en voyant cette cole d',athnes1 ordonne avec tant de sagesse1 puis l'incendie de ,borgo1 compos dans un genre si diffrent8 ,mais ce qui surprend le plus1 c'est que celui qui est mort si jeune ait laiss tant de chefs-d'oeuvre4 ,cela prouve avec vidence que la fcondit est un attribut inhrent au gnie4 ,il est bien malheureux de voir que tant de belles productions soient altres1 non-seulement par le temps1 mais aussi parce qu'on permet que de jeunes artistes aillent prendre le trait au calque4 ,je me rappelle ce sujet qu'un ancien directeur de l',acadmie disait ses lves3 ,qu'avez-vous besoin de prendre le trait des figures de ,raphal8 prenez la nature1 morbleu6 ce sera la mme chose2 allez sur la place del ,popolo4 ,je me suis rendue au ,colyse en mmoire de vous4 ,le ct d'o l'on peut le croire entier suffit pour faire estimer parfaitement sa grandeur1 et cette ruine est encore une des plus belles choses qu'on puisse voir2 le ton de ses pierres1 les effets que la vgtation y a sems partout1 en font un monument admirable pour la peinture4 ,je ne puis concevoir comment il a pu vous venir l'ide si hasardeuse de grimper jusqu'au fate pour l'unique plaisir d'y planter une croix8 ,la raison se refuse le croire4 ,je dois vous dire1 au reste1 que cette croix est reste1 et que votre adresse et votre courage sont devenus historiques1 car on en parle encore ,rome4 ,j'ai t voir ,angelica ,kaufmann1 que j'avais un extrme dsir de connatre4 ,je l'ai trouve bien intressante1 part son talent1 par son esprit et ses connaissances4 ,c'est une femme qui peut avoir cinquante ans1 trs dlicate1 sa sant s'tant altre par suite du malheur qu'elle avait eu d'pouser d'abord un aventurier qui l'avait ruine4 ,elle s'est remarie depuis un architecte qui est pour elle un homme d'affaires4 ,elle a caus avec moi beaucoup et trs bien1 pendant les deux soires que j'ai passes chez elle4 ,sa conversation est douce2 elle a prodigieusement d'instruction1 mais aucun enthousiasme1 ce qui1 vu mon peu de savoir1 ne m'lectrisait pas4 ,angelica possde quelques tableaux des plus grands matres1 et j'ai vu chez elle plusieurs de ses ouvrages3 ses esquisses m'ont fait plus de plaisir que ses tableaux1 parce qu'elles sont d'une couleur titianesque4 ,j'ai t dner hier avec elle chez notre ambassadeur1 le cardinal de ,bernis1 qui j'avais fait une visite trois jours aprs mon arrive4 ,il nous a places toutes deux table ct de lui4 ,il avait invit plusieurs trangers et une partie du corps diplomatique1 en sorte que nous tions une trentaine cette table1 dont le cardinal a fait les honneurs parfaitement1 tout en ne mangeant lui-mme que deux petits plats de lgumes4 ,mais voil le plaisant3 ce matin on me rveille sept heures en m'annonant la famille du cardinal de ,bernis4 ,je suis bien saisie1 comme vous imaginez6 ,je me lve1 toute essouffle1 et je fais entrer4 ,cette famille tait cinq grands laquais en livre qui venaient me demander la buona mano4 ,on m'expliqua que c'tait pour boire4 ,je les congdiai en leur donnant deux cus romains4 ,vous concevez toutefois mon tonnement1 n'tant pas instruite de cet usage4 ,voil1 mon ami1 une norme lettre2 mais j'avais besoin de causer avec vous4 ,rappelez-moi ce qui reste ,paris de mes amis et de mes connaissances4 ,comment va notre cher abb ,delille8 ,parlez-lui de moi1 ainsi qu' la marquise de ,grollier1 ,brongniart1 ma bonne amie madame de ,verdun4 ,hlas6 quand vous reverrai-je tous6 ,adieu4 ,comme je ne pouvais rester dans le trs petit appartement que j'occupais l',acadmie de ,france1 il me fallut chercher un logement4 ,je regrettais fort peu celui que je quittais1 attendu qu'il donnait sur une petite rue dans laquelle les voitures des trangers remisaient toute heure de nuit4 ,les chevaux1 les cochers1 faisaient un train infernal2 en outre1 il se trouvait une madone au coin de cette rue1 et les ,calabrois1 dont sans doute elle tait la sainte1 venaient chanter et jouer de la musette devant sa niche jusqu'au jour4 vrai dire1 il m'tait assez difficile de trouver me loger1 attendu l'extrme besoin que j'ai de sommeil et le calme environnant qui m'est absolument ncessaire pour dormir4 ,j'allai d'abord occuper un logement ment sur la place d',espagne1 chez ,denis1 le peintre de paysage2 mais1 toutes les nuits1 les voitures ne cessaient point d'aller et de venir sur cette place1 o logeait l'ambassadeur d',espagne4 ,de plus1 une foule de gens des diverses classes du peuple s'y runissait1 quand j'tais au lit1 pour chanter en choeur des morceaux que les jeunes filles et les jeunes garons improvisaient d'une manire charmante1 il est vrai1 car la nation italienne semble avoir t cre pour faire de bonne musique2 mais ce concert habituel1 qui m'aurait enchante le jour1 me dsolait la nuit4 ,il m'tait impossible de reposer avant cinq heures du matin4 ,je quittai donc la place d',espagne4 ,j'allai louer prs de l1 dans une rue fort tranquille1 une petite maison qui me convenait parfaitement1 o j'avais une charmante chambre coucher1 toute tendue en vert1 avantage dont je me flicitai beaucoup4 ,j'avais visit toute la maison depuis le haut jusqu'en bas2 j'avais mme examin les cours des maisons voisines sans rien apercevoir qui pt m'inquiter4 ,je pensai donc ne pouvoir entendre d'autre bruit que le bruit bien lger d'une petite fontaine place dans la cour1 et dans mon enchantement1 je m'empresse de payer le premier mois d'avance1 dix ou douze louis1 je crois4 ,bien joyeuse1 je me couche dans une quitude parfaite2 deux heures du matin1 voil que j'entends un bruit infernal prcisment derrire ma tte2 ce bruit tait si violent1 que la gouvernante de ma fille1 qui couchait deux chambres plus loin que la mienne1 en avait t rveille4 ,ds que je suis leve1 je fais venir mon htesse pour lui demander la cause de cet horrible vacarme1 et j'apprends que c'est le bruit d'une pompe attache la muraille prs de mon lit3 les blanchisseuses1 ne pouvant blanchir le linge pendant le jour1 attendu l'extrme chaleur1 ne venaient cette pompe que la nuit4 ,on imagine si je m'empressai de quitter cette charmante petite maison4 ,aprs avoir beaucoup cherch inutilement pour m'tablir ma fantaisie1 on m'indiqua un petit palais dans lequel je pouvais louer un appartement2 n'ayant encore rien trouv qui pt me convenir1 je pris le parti de m'y installer4 ,j'avais l bien plus d'espace qu'il n'en fallait pour me loger commodment2 mais toutes ces pices taient d'une salet dgotante4 ,enfin1 aprs en avoir fait nettoyer quelques-unes1 je vais m'y tablir4 ,ds la premire nuit je pus juger des agrmens de cette habitation4 ,un froid1 une humidit effroyables1 m'auraient permis de dormir1 qu'une troupe de rats normes1 qui couraient dans ma chambre1 qui rongeaient les boiseries et mes couleurs1 m'en auraient empche4 ,quand je demandai le lendemain au gardien comment il se faisait que ce petit palais ft si froid et que les rats y eussent tabli leur domicile1 il me rpondit que depuis neuf ans on n'avait pu trouver le louer3 ce que je n'eus point de peine croire4 ,malgr tous ces inconvniens1 cependant1 je me vis force d'y rester six semaines4 ,enfin1 je trouvai une maison qui paraissait tre entirement ma convenance4 ,je ne la louai nanmoins que sous la condition de l'essayer pendant une nuit1 et peine m'tais-je mise au lit1 que j'entendis sur ma tte un bruit tout--fait insurmontable2 c'tait une quantit innombrable de vers qui grugeaient les solives4 ,ds que j'eus fait ouvrir les volets1 le bruit cessa2 mais il n'en fallut pas moins abandonner cette maison mon grand regret1 car je ne crois pas qu'il soit possible de dmnager plus souvent que je ne l'ai fait pendant mes diffrens sjours dans la ville du ,capitole3 aussi suis-je reste convaincue que la chose la plus difficile faire dans ,rome1 c'est de s'y loger4 ,,chapitre ,,iii4 ,portraits que je fais en arrivant ,rome4--,les palais4--,les glises4--,la ,semaine-,sainte4--,le jour de ,pques4--,la bndiction du ,pape4--,la ,girande4--,le ,carnaval4--,madame ,benti4--,crescentini4--,marchesi4--,sa dernire reprsentation ,rome4 ,aussitt aprs mon arrive ,rome1 je fis mon portrait pour la galerie de ,florence4 ,je me peignis la palette la main1 devant une toile sur laquelle je trace la reine avec du crayon blanc4 ,puis1 je peignis miss ,pitt1 la fille de lord ,camelfort4 ,elle avait seize ans1 tait fort jolie3 aussi la reprsentai-je en ,hb1 sur des nuages1 tenant la main une coupe1 dans laquelle un aigle venait boire4 ,j'ai peint cet aigle d'aprs nature1 et j'ai pens tre dvore par lui4 ,il appartenait au cardinal de ,bernis4 ,le maudit animal1 qui avait l'habitude d'tre toujours en plein air1 enchan dans la cour1 tait si furieux de se trouver dans ma chambre1 qu'il voulait fondre sur moi1 et j'avoue qu'il me fit grand'peur4 ,je fis dans le mme temps le portrait d'une ,polonaise1 la comtesse ,potoska4 ,elle vint chez moi avec son mari1 et ds qu'il nous eut quittes1 elle me dit d'un grand sang-froid3--,c'est mon troisime mari2 mais je crois que je vais reprendre le premier1 qui me convient mieux1 quoiqu'il soit ivrogne4 ,j'ai peint cette ,polonaise d'une manire trs pittoresque3 elle est appuye sur un rocher couvert de mousse1 et prs d'elle s'chappent des cascades4 ,je peignis ensuite mademoiselle ,roland1 alors la matresse de lord ,welesley1 qui a peu tard l'pouser4 ,puis1 je fis mon portrait pour ma rception l',acadmie de ,rome2 une copie de celui que je destinais ,florence1 que vint me demander lord ,bristol2 le portrait de lord ,bristol lui-mme jusqu'aux genoux1 et celui de madame ,silva1 jeune ,portugaise que j'ai retrouve depuis ,naples1 et dont je parlerai plus tard4 ,en tout1 j'ai prodigieusement travaill ,rome pendant les trois ans que j'ai passs en ,italie4 ,non seulement je trouvais une grande jouissance m'occuper de peinture1 entoure comme je l'tais de tant de chefs-d'oeuvre2 mais il fallait aussi me refaire une fortune1 car je ne possdais pas cent francs de rente4 ,heureusement je n'eus qu' choisir1 parmi les plus grands personnages1 les portraits qu'il me plaisait de faire4 ,la satisfaction d'habiter ,rome pouvait seule me consoler un peu du chagrin d'avoir quitt mon pays1 ma famille1 et tant d'amis que je chrissais4 ,l'intrt qu'inspirent les beaux lieux est si vif pour tout le monde et si profitable un artiste1 qu'il suffit pour rpandre quelque douceur sur la vie4 ,combien de fois1 voulant me distraire de penses trop pnibles1 j'ai t au soleil couchant revoir ce ,colyse1 dont l'imagination ne saurait agrandir l'espace6 ,il est impossible1 quand on est l1 de songer autre chose qu' ces effets si beaux1 si divers6 ,les arcades1 claires d'un ton jaune rougetre1 se dtachent sur ce ciel d'outre-mer que l'on ne voit nulle part aussi fonc qu'en ,italie4 ,l'intrieur ruin de ce grand thtre1 qui est maintenant rempli de verdure1 d'arbustes en fleur1 et de lire qui court et l1 ne doit encore sa conservation actuelle qu' une douzaine de petites chapelles portant une croix1 places symtriquement au milieu de l'enceinte4 ,c'est l que des confrries viennent faire des stations1 et d'autres entendre prcher un capucin4 ,ainsi1 ce qui fut jadis l'arne des gladiateurs et des btes froces1 est devenu un lieu consacr notre culte4 ,quelles rflexions ne font point natre de semblables mtamorphoses6 ,mais dans ,rome1 peut-on faire un pas sans rver l'instabilit des choses humaines2 soit que l'on foule aux pieds ces marbres1 ces dbris de colonnes1 ces fragmens de bas-reliefs qui faisaient l'ornement des temples1 des palais1 et qui1 malgr leur vtust1 conservent encore le style et le faire dlicat des ,grecs2 soit qu'on entre dans les glises et qu'on y trouve ces baignoires de marbre prcieux1 qui peut-tre ont servi ,pricls ou ,lays1 transformes en tabernacles8 ,le matre-autel de ,sainte-,marie-,majeure est une urne antique de porphyre2 les colonnes de la plupart des glises sont celles des anciens temples4 ,tout offre un mlange de sacr et de profane2 et ces superbes restes d'un temps qui n'est plus ajoutent prodigieusement la magnificence des crmonies religieuses1 qui d'ailleurs ont conserv toute la pompe de l'ancienne ,rome4 ,mon travail ne me privait point du plaisir journalier de parcourir ,rome et ses environs4 ,j'allais toujours seule visiter les palais qui renfermaient des collections de tableaux et de statues1 afin de n'tre point distraite de ma jouissance par des entretiens ou des questions souvent insipides4 ,tous ces palais sont ouverts aux trangers1 qui doivent beaucoup de reconnaissance aux grands seigneurs romains d'une telle obligeance4 ,je me suis dcide ne donner ici qu'un trs lger aperu de ces magnifiques habitations et des beauts qu'elles renferment1 d'abord parce qu'il existe une multitude d'ouvrages qui les dcrivent en dtail1 ensuite parce que tant d'annes se sont coules depuis mon voyage ,rome1 que beaucoup de chefs-d'oeuvre ont chang de place4 ,j'apprends sans cesse aujourd'hui1 par des gens arrivant d',italie1 que telle statue ou tel tableau n'est plus o je l'avais vu1 et je ne veux point induire en erreur les amis des arts4 ,le palais ,justinien renfermait alors une immense quantit de chefs-d'oeuvre qui depuis ont tous t vendus4 ,j'y admirai l',ombre de ,samuel1 un des plus beaux tableaux de ,grard de la ,note2 c'est un effet de nuit du genre habituel de ce matre2 plusieurs statues antiques1 entre autres la fameuse ,minerve devant laquelle on a long-temps brl l'encens1 ce qu'on reconnat en voyant le bas de cette statue trs enfum4 ,le palais ,farnse1 ,doria1 ,barbarini1 taient pleins aussi d'objets d'art qu'on ne se lassait pas d'aller revoir4 ,dans le dernier1 qui est situ sur le ,mont-,quirinal et dont la cour renfermait alors un oblisque gyptien1 la vote du grand salon est peinte par ,pierre de ,cortone2 dans d'autres salles1 on trouvait la ,mort de ,germanicus1 du ,poussin1 une ,magdeleine1 et un ,enfant endormi de ,guide1 et plusieurs beaux portraits de ce peintre4 ,en sculpture1 un magnifique buste d',adrien1 le ,faune qui dort1 et beaucoup d'autres statues et bas-reliefs antiques4 ,le palais ,colona est cit comme le plus beau de ,rome2 toutefois1 il est loin d'offrir le mme intrt que le palais ,borghse4 ,celui-ci est si riche en tableaux des grands matres et en statues1 qu'il peut1 ainsi que la villa du mme nom1 passer pour un muse royal4 ,c'est l que j'ai vu les plus beaux tableaux de ,claude ,lorrain4 ,si l'on s'en croyait1 on passerait sa vie ,rome dans les palais dont je parle et dans les glises4 ,les glises renferment des trsors en peinture1 en mausoles admirables4 ,en ce genre1 les richesses qui ornent ,saint-,pierre sont assez connues2 pourtant je veux dire un mot du mausole de ,ganganelli par ,canova1 qui est une bien belle chose4 ,c'est ,san ,pietro in vincoli que se trouve celui de ,jules ,,ii par ,michel-,ange4 ,saint-,laurent hors des murs1 on voit des tombeaux antiques3 l'un d'eux reprsente un mariage1 et l'autre une vendange4 ,l'glise de ,saint-,jean-de-,latran1 qui est orne de colonnes1 renferme aussi plusieurs tombeaux du mme genre1 dont l'un est en porphyre et d'une immense dimension2 le clotre1 qui joint la sacristie1 est rempli d'inscriptions antiques crites en diverses langues4 ,c'est ,saint-,jean-de-,latran que le peuple monte genoux les vingt-huit degrs qui prcdent le portail4 ,la plus belle des glises sous le rapport d'architecture est celle de ,saint-,paul hors des murs1 dont l'intrieur1 de chaque ct1 est orn de colonnes4 ,on ne peut douter que ,saint-,paul n'ait t un temple1 et c'est dans ce style que j'aurais dsir ,saint-,pierre4 ,saint-,andr-de-la-,valle1 la coupole et les quatre vanglistes sont peints par le ,dominiquin4 ,c'est la ,trinit-du-,mont1 que se trouve la clbre ,descente de ,croix de ,daniel de ,volterra4 ,ce tableau1 aussi admirable par la composition que par l'expression1 est un des chefs-d'oeuvre les plus remarquables de ,rome4 ,je l'ai vu bien dgrad2 mais on m'assure qu'aujourd'hui il est parfaitement restaur4 ,je ne sais s'il faut dire que l'on voit dans l'glise de la ,victoire de ,sainte-,marie1 la fameuse ,sainte-,thrse du ,bernin1 dont l'expression scandaleuse ne peut se dcrire2 mais c'est ,san ,pietro in ,montorio qu'on pouvait admirer alors la ,transfiguration de ,raphal4 ,on ne peut avoir une ide de l'effet imposant et grandiose que produit la religion catholique1 quand on n'a point vu ,rome pendant le carme4 ,la semaine sainte commence au dimanche des ,rameaux1 et se passe en crmonies religieuses dont la pompe est vraiment admirable4 ,le mercredi1 je me portai avec la foule la chapelle de ,monte-,cavalo o se chante le ,stabat ,mater de ,pergolze1 musique qu'on peut appeler cleste4 ,le jeudi j'assistai la messe qui se dit ,saint-,pierre avec la plus grande magnificence4 ,les cardinaux1 revtus de riches chasubles et tenant un cierge la main1 se rendent dans la chapelle ,pauline1 qui est claire par mille cierges4 ,un grand nombre de soldats1 qui portent des cuirasses et des casques de fer1 suivent le cortge1 et le coup d'oeil de cette procession est superbe4 ,le matin du vendredi-saint1 j'allai la chapelle ,sixtine1 entendre le fameux ,miserere d',allgri1 chant par des soprani sans aucun instrument4 ,c'tait vraiment la musique des anges4 ,le soir1 je me rendis ,saint-,pierre1 les cent lampes de l'autel taient teintes4 ,l'glise ne se trouve plus claire que par une croix illumine1 prodigieusement brillante4 ,cette croix a pour le moins vingt pieds de hauteur1 et vous parait tre suspendue d'une manire magique4 ,nous vmes entrer le pape1 qui s'agenouilla2 il tait suivi de tous les cardinaux qui l'imitrent2 mais ce qui1 je l'avoue1 me surprit et me scandalisa mme1 ce fut de voir1 pendant la prire du saint ,pre1 une quantit d'tranger se promener dans l'glise avec la mme libert que s'ils taient dans le jardin du ,palais-,royal4 ,le jour de ,pques1 j'eus soin de me trouver sur la place de ,saint-,pierre1 pour voir le pape donner la bndiction4 ,rien n'est plus solennel4 ,cette place immense est couverte ds le grand matin par des groupes de paysans et d'habitans de la ville voisine1 tous en costumes diffrens1 de couleurs fortes est varies2 on y voit un grand nombre de plerins4 ,et pas un de ces groupes ne se divise4 ,les galeries de chaque ct de l'glise taient remplies de ,romains et d'trangers1 puis en avant1 se trouvaient places les troupes du pape et les troupes suisses1 enseignes et drapeaux dploys4 ,le plus religieux silence rgnait partout4 ,ce peuple tait aussi immobile que le superbe oblisque de granit oriental qui orne la place2 on n'entendait que le bruit de l'eau tombant des deux belles fontaines1 se perdre doucement dans l'immensit de la place4 dix heures le pape arriva1 tout habill de blanc1 et la tiare sur la tte4 ,il se plaa dans la tribune du milieu en dehors de l'glise1 sur un magnifique trne cramoisi trs lev4 ,tous les cardinaux1 vtus de leur beau costume1 l'entouraient4 ,il faut dire que le pape ,pie ,,vi tait superbe4 ,son visage color n'offrait aucune trace des fatigues de l'ge4 ,ses mains taient trs blanches et poteles4 ,il s'agenouilla pour lire sa prire2 aprs quoi1 se levant1 il donna trois bndictions en prononant ces mots3 urbi et orbi7 la ville et au monde74 ,alors comme frapps par un coup d'lectricit1 le peuple1 les trangers1 les troupes1 tout se prosterna1 tandis que le canon retentissait de toute part2 ce qui ajoute encore la majest de cette scne1 dont il est1 je crois1 impossible de ne pas se sentir attendri4 ,la bndiction donne1 les cardinaux jettent de la tribune une grande quantit de papiers1 que l'on m'a dit porter des indulgences4 ,c'est ce moment seulement que les groupes dont j'ai parl se rompent1 se confondent2 qu'un millier de bras s'lvent pour saisir un de ces papiers4 ,le mouvement1 l'ardeur de cette foule qui s'lance et se presse1 est au-dessus de toute description4 ,lorsque le pape se retire1 la musique des rgimens joue des fanfares1 et les troupes dfilent ensuite au son des tambours4 ,le soir1 le dme de ,saint-,pierre est illumin1 d'abord en verres de couleur1 puis subitement en lumires blanches du plus grand clat4 ,on ne peut concevoir comment ce changement s'opre avec tant de rapidit2 mais c'est un spectacle aussi beau qu'extraordinaire4 ,le soir aussi on tire un trs beau feu d'artifice au-dessus du chteau ,saint-,ange4 ,des milliers de bombes et de ballons enflamms sont lancs dans l'air2 la girandole qui termine est ce qu'on peut voir de plus magnifique en ce genre1 et le reflet de ce beau feu dans le ,tibre en double l'effet4 ,rome1 o tout est rest grandiose1 on n'illumine point avec de misrables lampions4 ,on place devant chaque palais d'normes candlabres d'o sortent de grands feux dont les flammes s'lvent et rendent1 pour ainsi dire1 le jour toute la ville4 ,ce luxe de lumire frappe d'autant plus un tranger1 que les rues de ,rome habituellement ne sont claires que par les lampes qui brlent devant les madones4 ,la foule des trangers est attire ,rome bien plus pour la semaine sainte1 que pour le carnaval1 qui ne m'a pas sembl fort remarquable4 ,les masques s'tablissent sur des gradins1 dguiss en arlequin1 en polichinelle1 etc41 ainsi que nous les voyons ,paris sur les boulevards1 si ce n'est qu' ,rome ils ne bougent point4 ,je n'ai vu qu'un seul jeune homme qui courait les rues1 costum la franaise4 ,il contrefaisait s'y mprendre un lgant trs manir que nous avons tous reconnu4 ,les voitures1 les chars vont et reviennent remplis de personnes costumes richement4 ,les chevaux sont pars de plumes1 de rubans1 de grelots1 et la livre porte des habits de scaramouche ou d'arlequin2 mais tout cela se passe le plus tranquillement du monde4 ,enfin1 vers le soir1 quelques coups de canon annoncent les courses de chevaux1 qui animent le reste du jour4 ,une de mes jouissances1 ds que je fus arrive ,rome1 fut celle d'entendre de la musique1 et certes1 les occasions ne manquaient pas4 ,la clbre ,banti s'y trouva pendant mon sjour4 ,quoiqu'elle et chant plusieurs fois ,paris1 je ne l'avais jamais entendue1 et j'eus cette jouissance un concert qui se donna dans une galerie immense4 ,je ne sais pourquoi je m'tais figur qu'elle avait une taille prodigieusement grande4 ,elle tait au contraire trs petite et fort laide1 ayant une telle quantit de cheveux1 que son chignon ressemblait une crinire de cheval4 ,mais quelle voix6 il n'en a jamais exist de pareille pour la force et l'tendue2 la salle1 toute grande qu'elle tait1 ne pouvait la contenir4 ,le style de son chant1 je me le rappelle1 tait absolument le mme que celui du fameux ,pachiarotti1 dont madame ,grassini a t l'lve4 ,cette admirable cantatrice tait conforme d'une manire trs particulire3 elle avait la poitrine leve et construite tout--fait comme un soufflet2 c'est ce qu'elle nous fit voir aprs le concert1 lorsque quelques dames et moi furent passes avec elle dans un cabinet2 et je pensai que cette trange organisation pouvait expliquer la force et l'agilit de sa voix4 ,trs peu de temps aprs mon arrive1 j'allai avec ,angelica ,kaufmann voir l'opra de ,csar1 dans lequel ,crescentini dbutait4 ,son chant et sa voix cette poque avaient la mme perfection3 il jouait un rle de femme1 et il tait affubl d'un grand panier comme on en portait la cour de ,versailles1 ce qui nous fit beaucoup rire4 ,il faut ajouter qu'alors ,crescentini avait toute la fracheur de la jeunesse et qu'il jouait avec une grande expression4 ,enfin1 pour tout dire1 il succdait ,marchesi1 dont toutes les ,romaines taient folles1 au point qu' la dernire reprsentation qu'il donna1 elles lui parlaient tout haut de leurs regrets2 plusieurs mme pleuraient amrement1 ce qui1 pour bien du monde1 devint un second spectacle4 ,,chapitre ,,iv4 ,la place ,saint-,pierre4--,les poignards4--,la princesse ,joseph de ,monaco4--,la duchesse de ,fleury2 son mot ,bonaparte4--,bonts de ,louis ,,xvi pour moi4--,l'abb ,maury4--,usage qui m'empche de faire le portrait du pape4--,les ,cascatelles et ,tasculum4--,la villa ,conti1 la villa ,adriana4--,monte ,mario4--,genesano4--,nmi4--,son lac4--,aventure4 ,il n'existe pas une ville au monde dans laquelle on puisse passer le temps aussi dlicieusement qu' ,rome1 y ft-on priv de toutes les ressources qu'offre la socit4 ,la promenade seule dans ces murs est une jouissance2 car on ne se lasse point de revoir ce ,colyse1 ce ,capitole1 ce ,panthon1 cette place ,saint-,pierre avec sa colonnade1 sa superbe pyramide1 ses belles fontaines que le soleil claire d'une manire si magnifique1 que souvent l'arc-en-ciel se joue sur celle qui est droite en entrant4 ,cette place est d'un effet surprenant au coucher du soleil et au clair de lune2 que ce ft ou non mon chemin1 je me plaisais alors la traverser4 ,ce qui m'a beaucoup tonne ,rome1 c'est de trouver le dimanche matin au ,colyse une quantit de femmes des plus basses classes extraordinairement pares1 couvertes de bijoux1 et portant aux oreilles d'normes girandoles en diamans faux4 ,c'est aussi dans cette toilette qu'elles se rendent l'glise1 suivies d'un domestique1 qui1 trs souvent1 n'est autre que leur mari ou leur amant1 dont l'tat est presque toujours celui de valet de place4 ,ces femmes ne font rien dans leur mnage2 leur paresse est telle1 qu'elles vivent misrables et deviennent pour la plupart des femmes publiques4 ,on les voit leurs fentres dans les rues de ,rome1 coiffes avec des fleurs1 des plumes1 fardes de rouge et de blanc2 le haut de leur corsage1 que l'on aperoit1 annonce une fort grande parure2 en sorte qu'un amateur novice1 qui veut faire connaissance avec elles1 est tout surpris1 quand il entre dans leurs chambres1 de les trouver seulement vtues d'un jupon sale4 ,les plaisantes ,romaines dont je parle n'en jouent pas moins les grandes dames1 et quand le temps de se rendre aux villa arrive1 elles ferment avec soin leurs volets1 pour faire croire qu'elles sont aussi parties pour la campagne4 ,on m'a assur que toutes les femmes ,rome avaient sur elles un poignard2 je ne crois cependant pas que les grandes dames en portent2 mais il est certain que la femme de ,denis le peintre en paysage1 chez qui j'ai log1 et qui tait ,romaine1 m'a fait voir celui qu'elle portait constamment4 ,quant aux hommes du peuple1 ils ne marchent jamais sans en tre munis1 ce qui amne souvent des accidens bien graves4 ,trois jours aprs mon arrive1 par exemple1 j'entendis le soir1 dans la rue1 des cris suivis d'un grand tumulte4 ,j'envoyai savoir ce qui se passait1 et l'on revint me dire qu'un homme venait d'en tuer un autre avec son poignard4 ,comme ces manires d'agir m'effrayaient beaucoup pour les trangers1 on m'assura que les trangers n'avaient rien craindre1 qu'il ne s'agissait jamais que de vengeance entre compatriotes4 ,dans le cas dont il est question notamment1 il y avait dix ans que l'assassin et l'homme assassin s'taient pris de querelle3 le premier venait de reconnatre son adversaire1 et l'avait frapp de son poignard2 ce qui prouve combien de temps un ,italien peut conserver sa rancune4 coup sr1 les moeurs de la classe leve sont plus douces1 car la haute socit est peu prs la mme dans toute l',europe4 ,toutefois1 j'en serais assez mauvais juge2 car l'exception des rapports relatifs mon art1 et des invitations qui m'taient adresses pour des runions nombreuses1 j'ai eu peu de moyens de connatre les grandes dames romaines4 ,il m'est arriv ce qui arrive naturellement tout exil1 c'est de rechercher ,rome1 pour socit intime1 celle de mes compatriotes4 ,pendant les annes #aghi et #agij1 cette ville tait pleine d'migrs franais que je connaissais pour la plupart1 ou avec lesquels je fis bientt connaissance4 ,au nombre de ces voyageurs1 qui plus tt ou plus tard venaient de quitter la ,france1 je citerai le duc et la duchesse de ,fitz-,james avec leur fils1 que nous voyons jouir aujourd'hui d'une si belle clbrit1 la famille des ,polignac2 je m'abstins nanmoins de frquenter ceux-ci1 dans la crainte d'exciter la calomnie2 car on n'aurait pas manqu de dire que je complotais avec eux1 et je crus devoir viter cela en considration des parens et des amis que j'avais laisss en ,france4 ,nous vmes arriver aussi la princesse ,joseph ,monaco1 la duchesse de ,fleury1 et une foule d'autres personnes marquantes4 ,la princesse ,joseph avait une charmante figure1 beaucoup de douceur et d'amabilit4 ,pour son malheur1 hlas6 elle ne resta pas ,rome4 ,elle voulut retourner ,paris afin d'y soigner le peu de fortune qui restait ses enfans1 et s'y trouva l'poque de la terreur4 ,arrte1 condamne mort1 on lui conseilla vainement de se dire grosse2 son mari n'tant plus en ,france1 elle n'y consentit pas et fut conduite l'chafaud4 ,ce qui dsespre1 quand on pense cette aimable femme1 c'est que le #i thermidor approchait et qu'il ne lui fallait que gagner fort peu de temps4 ,celle que je distinguai bientt parmi toutes les dames franaises qui se trouvaient ,rome1 tait la charmante duchesse de ,fleury1 trs jeune alors2 la nature semblait s'tre plu la combler de tous ses dons4 ,son visage tait enchanteur1 son regard brlant1 sa taille celle qu'on donne ,vnus1 et son esprit suprieur4 ,nous nous sentmes entranes nous rechercher mutuellement2 elle aimait les arts1 et se passionnait comme moi pour les beauts de la nature2 enfin je trouvai en elle une compagne telle que je l'avais souvent dsire4 ,nous allions habituellement ensemble passer nos soires chez le prince ,camille de ,rohan1 qui tait alors ambassadeur de ,malte et grand commandeur de l'ordre2 tous les soirs il runissait chez lui les trangers les plus distingus2 la conversation tait trs anime et trs intressante2 chacun y parlait de ce qu'il avait vu dans la journe1 et le got1 l'esprit de la duchesse de ,fleury brillait par-dessus tout4 ,cette femme si sduisante me semblait ds lors expose aux dangers qui menacent tous les tres dous d'une imagination vive et d'une ame ardente2 elle tait tellement susceptible de se passionner qu'en songeant combien elle tait jeune1 combien elle tait belle1 je tremblais pour le repos de sa vie2 je la voyais souvent crire au duc de ,lauzun1 qui tait bel homme1 plein d'esprit et trs aimable1 mais d'une grande immoralit1 et je craignais pour elle cette liaison1 quoique je puisse penser qu'elle tait fort innocente4 ,le duc de ,lauzun tait rest en ,france2 j'ignore s'il a pris une part active la rvolution2 ce qui est certain1 c'est qu'il a t guillotin4 ,quant la duchesse de ,fleury1 elle est revenue ,paris avant moi4 ,les passions y taient encore dbordes4 ,tout en arrivant1 elle fit divorce avec son mari1 puis tant devenue trs amoureuse de ,m4 de ,montrond1 homme bonne fortune1 jeune encore1 et trs spirituel1 elle l'pousa4 ,tous deux quittrent le monde pour aller jouir de leur bonheur dans la solitude1 mais1 hlas6 la solitude tua l'amour et ils ne revinrent ,paris que pour divorcer4 ,la dernire passion qu'elle prit s'alluma pour un frre de ,garat1 qui1 m'a-t-on dit1 la traitait cruellement2 enfin elle ne retrouva la paix et du bonheur qu' la restauration qui lui ramena son pre1 le comte de ,coigny1 dans les bras duquel elle alla se jeter pour le soigner jusqu' sa mort2 avant la rentre des ,bourbons1 tant alle voir un jour l'empereur ,bonaparte1 celui-ci lui dit brusquement3--,aimez-vous toujours les hommes8--,oui1 sire1 quand ils sont polis1 rpondit-elle4 ,l'arrive ,rome de tant de personnes qui apportaient des nouvelles de la ,france me faisait prouver chaque jour des motions1 souvent bien tristes1 et quelquefois bien douces3 on me raconta1 par exemple1 que peu de temps aprs mon dpart1 comme on suppliait le roi de se faire peindre1 il avait rpondu3 ,non1 j'attendrai le retour de madame ,lebrun1 pour qu'elle fasse mon portrait en pendant celui de la reine4 ,je veux qu'elle me peigne en pied1 donnant l'ordre ,m4 de ,la ,prouse d'aller faire le tour du monde4 ,rien ne m'est plus doux que de me rappeler combien ,louis ,,xvi m'a toujours tmoign de bont1 au point que je me suis beaucoup reproch d'avoir oubli de dire1 dans mon premier volume1 qu' l'poque o je fis le grand portrait de la reine avec ses enfans1 ,m4 d',angevilliers vint chez moi et me dit que le roi voulait me donner le cordon de ,saint-,michel1 qui ne s'accordait alors qu'aux artistes et aux gens de lettres de premier ordre2 comme dans ce temps aussi les plus odieuses calomnies s'attachaient ma personne1 je craignis qu'une aussi haute distinction ne portt son comble l'envie que j'excitais dj1 et1 toute pntre que j'tais de reconnaissance1 je n'en priai pas moins ,m4 d',angevilliers de faire ses efforts pour que le roi perdt l'ide de m'accorder cette faveur4 ,je retrouvai ,rome un de mes meilleurs et de mes anciens amis1 ,m4 ,dagincour1 qui1 lorsqu'il habitait ,paris1 me prtait les beaux dessins qu'il possdait pour les copier4 ,m4 ,dagincour tait un grand enthousiaste des arts et surtout de la peinture2 j'tais fort jeune quand il quitta la ,france2 il me dit en partant3 ,je ne vous reverrai que dans trois ans1 et il s'en tait coul quatorze depuis lors1 sans qu'il pt se dcider quitter ,rome1 ne pouvant plus imaginer que l'on pt vivre autre part4 ,aussi a-t-il fini ses jours dans cette ville1 regrett de tous ceux qui l'avaient connu4 ,c'est aussi1 je crois1 pendant mon premier sjour ,rome1 que je revis l'abb ,maury1 qui n'tait pas encore cardinal2 il vint chez moi pour me dire que le pape voulait que je fisse son portrait2 je le dsirais infiniment2 mais il fallait que je fusse voile pour peindre le ,saint-,pre et la crainte de ne pouvoir ainsi rien faire dont je fusse contente1 m'obligea refuser cet honneur4 ,j'en eus bien du regret1 car ,pie ,,vi tait encore un des plus beaux hommes qu'on pt voir4 ,j'tais arrive ,rome1 o il pleut si rarement1 prcisment l'poque des pluies d'automne1 qui sont de vrais dluges4 ,il me fallut attendre le beau temps pour visiter les environs4 ,m4 ,mnageot alors me mena ,tivoli avec ma fille et ,denis le peintre2 ce fut une charmante partie4 ,nous allmes d'abord voir les cascatelles1 dont je fus si enchante que ces messieurs ne pouvaient m'en arracher4 ,je les crayonnai aussitt avec du pastel1 dsirant colorer l'arc-en-ciel qui ornait ces belles chutes d'eaux4 ,la montagne qui s'lve gauche1 couverte d'oliviers1 complte le charme du point de vue4 ,quand nous emes enfin quitt les cascades1 ,mnageot nous fit monter par un mauvais petit sentier pic jusqu'au temple de la ,sibylle1 o nous dnmes de bon apptit2 puis aprs1 j'allai me coucher sur le soubassement des colonnes du temple pour y faire la sieste4 ,de l1 j'entendais le bruit des cascades1 qui me berait dlicieusement2 car celui-l n'a rien d'aigre comme tant d'autres que je dteste4 ,sans parler du terrible bruit du tonnerre1 il y en a d'insupportables1 pour moi1 dont je pourrais tracer la forme d'aprs l'impression que j'en reois3 je connais des bruits ronds1 des bruits pointus2 de mme1 il en est qui m'ont toujours t agrables3 celui des vagues de la mer1 par exemple1 est moelleux et porte une douce rverie2 enfin je serais capable1 je crois1 d'crire un trait sur les bruits1 tant j'y ai1 toute ma vie1 attach d'importance4 ,mais je reviens ,tivoli4 ,nous couchmes l'auberge1 et de grand matin nous retournmes aux cascatelles1 o je finis mon esquisse4 ,ensuite nous allmes voir la grotte de ,neptune1 du haut de laquelle tombe une norme quantit d'eau1 qui1 aprs avoir bouillonn en cascades sur de grosses pierres noires1 va former une large nappe blanche et limpide4 ,de l1 nous entrmes dans ce qu'on appelle l'antre de ,neptune1 qui n'est autre chose qu'un amas de rochers couverts de mousse1 sur lesquels tombent des cascades qui rendent cette caverne trs pittoresque4 ,prs de l1 nous trouvmes une nouvelle cascade que l'on aperoit sous l'arche d'un pont3 je la dessinai aussi2 car tous les artistes ont d sentir comme moi qu'il est impossible de marcher autour de ,rome sans prouver le besoin de prendre ses crayons2 je n'ai jamais pu faire un petit voyage1 pas mme une promenade1 sans rapporter quelques croquis4 ,toute place m'tait bonne pour me poser1 tout papier me convenait pour faire mon dessin4 ,je me souviens1 par exemple1 que1 pendant mon sjour ,rome1 je reus une lettre de ,m4 de la ,borde1 qui renfermait fermait une lettre de change de dix-huit mille francs sur son banquier ,rome1 en paiement de deux tableaux que je lui avais vendus avant de quitter la ,france#f4 ,n'ayant point alors besoin d'argent1 je remis me faire payer plus tard de cette somme 7en quoi l'on va voir que j'eus fort grand tort73 me trouvant un soir sur la terrasse de la ,trinit-du-,mont1 je suis frappe de la beaut du soleil couchant2 et comme je n'avais point d'autre papier sur moi que la lettre de ,m4 de la ,borde1 charge d'criture1 je prends la lettre de change qu'elle contenait et je trace derrire ce coucher du soleil4 ,trois ans aprs1 comme je songeais rentrer en ,france1 ce que je ne fis pourtant pas alors1 je touchai chez un banquier de ,turin dix mille francs compte1 qui mme ne m'en valurent que huit mille1 tant le change sur ,paris tait mauvais cette poque4 ,par suite1 quand je fus de retour en ,france1 ,m4 ,alexandre de la ,borde ne voulant ou ne pouvant pas acquitter les huit mille francs qui restaient payer1 nous rompmes le march1 il me rendit mes tableaux1 et je lui remis la lettre de change avec mon coucher du soleil derrire4 ,m4 ,mnageot1 qui nous faisait les honneurs de ,rome1 nous conduisit la villa ,aldobrandini1 dont le parc est trs beau et les jets d'eau superbes4 ,du cazin1 qui est fort lev1 on dcouvre une vue magnifique3 d'un ct on aperoit les anciens aqueducs qui traversent la campagne de ,rome2 de l'autre la mer et la belle ligne des ,apennins et plus bas1 ,tusculum4 ,nous allmes visiter cette ville dtruite1 qui tait situe sur une montagne4 ,c'est un triste spectacle que l'amas de pierres form par ces maisons1 par ces murailles renverses sans forme1 et l1 sur terre4 ,il n'est rest debout que l'enceinte o ,ciceron tenait son cole4 ,le coeur se serre la vue de ces grands dsastres1 qui font natre de si tristes penses4 ,en quittant ,tusculum1 nous allmes ,monte-,cavi4 ,nous trouvmes droite de cette montagne une fort qu'il faut gravir pour aller voir les restes informes d'un temple de ,jupiter4 ,ce temple a1 dit-on1 t bti par ,tarquin-le-,superbe4 ,nous allmes aussi visiter la villa ,conti1 o j'ai vu les plus beaux arbres de toutes les espces2 puis1 la villa ,palavicina1 dont le cazin est superbe et les appartemens trs beaux4 ,nous trouvmes peu de distance une chapelle dans laquelle tant entrs1 nous vmes une sainte ,victoire trs bien habille et couche sur une chsse4 ,comme un rideau la couvrait1 le petit garon qui nous conduisait1 en le tirant1 fit remuer la sainte2 je crus que ma fille en mourrait de frayeur4 ,enfin nous terminmes cette tourne par une course la villa ,bracciano que je trouvai trs belle4 ,le souvenir qui me reste de toutes ces superbes villas1 nanmoins1 est loin de m'intresser autant que celui de cette grande ruine qu'on appelle la villa ,adriana4 ,malgr les normes dbris qui couvrent le terrain sur lequel tait bti ce vaste palais antique1 on peut encore juger de sa beaut4 ,il avait trois milles de longueur2 ses murs seuls attestent son ancienne magnificence1 et l'on prend une ide des merveilles qu'on a pu en tirer1 en voyant cette quantit de statues antiques qui ornent aujourd'hui la villa d',este1 le ,capitole et plusieurs palais de ,rome4 ,adrien1 dit ,m4 de ,lalande dans son ,voyage d',italie1 avait imit dans son palais tout ce que l'antiquit avait eu de plus clbre4 ,on y trouvait un lyce1 une acadmie1 le portique1 le temple de ,thessalie1 la piscine d',athnes1 etc41 etc4 ,on y avait construit un double portique trs long et trs lev1 qui garantissait du soleil toutes les heures du jour4 ,vingt-cinq niches1 pratiques dans les murs de la bibliothque1 avaient sans doute contenu des statues4 ,on reconnat dans ces ruines fameuses l'excellente distribution des appartemens1 qui sont extrmement vastes4 ,les dcorations extrieures et intrieures feront toujours l'admiration des architectes1 autant par leur style que par leur excution4 ,nous sommes bien loin1 hlas6 de cette lgance et de ce grandiose4 ,j'avais peine quitter ce lieu de splendeur et de destruction4 ,ah6 combien ce qui reste fait rver6 ,combien le temps fait nos plus grandes choses petites6 ,depuis que le monde existe1 les merveilles du ciel sont les seules qui n'aient point chang4 ,ayons donc de l'orgueil1 quand chaque pas que l'on fait dans les environs de ,rome nous rvle l'instabilit des choses humaines2 car on peut dire que l on foule aux pieds les chefs-d'oeuvre4 ,je me rappelle qu'un jour1 me promenant fort prs de la ville avec la duchesse de ,fleury1 nous entrmes dans une villa dont le jardin tait presque en friche et qui nous paraissait dsert4 ,en entrant dans une alle o l'herbe poussait1 nous apermes de loin plusieurs dbris de vases et de statues mutiles4 ,ayant pouss plus loin1 nous trouvmes quelques ouvriers qui dmolissaient une petite maison dans laquelle ils avaient dj trouv ces restes d'antiquits1 qu'ils brisaient en les jetant et l sans aucune prcaution2 madame de ,fleury et moi1 furieuses contre le propritaire qui n'avait pas song faire surveiller ses manoeuvres1 nous tions dcides l'aller trouver pour arrter ce massacre2 mais on nous dit que la personne qui appartenait le jardin tait en voyage1 et il nous fut impossible de savoir qui nous pouvions nous adresser pour obtenir que l'on fit avec soin des fouilles aussi intressantes4 ,un lieu que j'avais pris en grande affection1 c'tait la hauteur du ,monte-,mario1 sur laquelle est situe la villa ,mellini4 ,on m'a dit qu'en creusant le chemin qui y conduit1 on avait trouv des coquilles d'hutres et une roue semblable celles que l'on fait aujourd'hui4 ,on voit encore sur ces chemins d'normes troncs d'arbres coups2 ces arbres ont t ceux de la fort sacre qui conduisait au temple antique1 la place mme o se trouve maintenant le cazin1 qui est abandonn4 ,arrive sur les ctes du mont1 j'aperus la belle ligne des ,apennins2 cette vue est si magnifique1 cet air est si bon1 je me trouvais si bien l1 qu'aprs y tre venue d'abord avec ,m4 ,mnageot1 j'y retournai plusieurs fois toute seule2 et pour que je pusse y rester plus long-temps1 mon domestique1 qui me suivait1 portait mon dner dans un panier4 ,ce dner tait un poulet2 mais comme il y avait une espce de ferme sur le plateau1 j'y faisais demander des oeufs frais4 ,je ne puis dire la jouissance que j'prouvais contempler ces lignes des ,apennins jusqu' l'heure o le soleil couchant les colorait des tons de l'arc-en ciel6 ,cette vote cleste d'un bleu d'azur1 cet air si pur1 cette complte solitude1 tout m'levait l'me2 j'adressais au ciel une prire pour la ,france1 pour mes amis1 et ,dieu sait quel mpris j'prouvais alors pour les petitesses du monde2 car1 ainsi que l'a dit le pote ,lebrun3 ,l'ame prend la hauteur des cieux qui l'environnent4 ,m4 ,mnageot m'avait recommand de ne jamais aller seule dans les chemins escarps et solitaires1 en sorte que mon domestique me suivait toujours2 mais je voulais que ce ft de loin1 d'autant plus qu'il avait des souliers qui faisaient un bruit insupportable4 ,pour cette raison1 je lui dis un jour3 ,germain1 loignez-vous1 je vous prie1 vous m'empchez de penser4 ,en sorte que1 si j'allais me promener1 le pauvre homme1 qui n'avait rien de mieux faire1 s'amusait guetter toutes les personnes qui voulaient s'approcher de moi1 et les accostait pour leur dire3 ,n'allez pas prs de madame1 cela l'empche de penser1 ce que plusieurs gens de mes connaissances me rptaient le soir4 ,lorsque les chaleurs devinrent insupportables ,rome1 je fis plusieurs excursions aux environs1 dsirant trouver une maison dans laquelle je pusse me loger avec la duchesse de ,fleury4 ,j'allai d'abord la ,riccia1 j'y fis une charmante promenade dans les bois1 qui sont superbes et fort pittoresques4 ,on y trouve une quantit de beaux arbres trs anciens et une jolie fontaine4 ,aprs avoir couru quelque temps1 nous loumes ,genesano une maison qui tait justement ce qu'il nous fallait4 ,cette maison avait appartenu ,carle ,maratte2 on voyait sur les murailles d'une grande salle1 diverses compositions traces par lui1 ce qui me la rendait prcieuse4 ,nous allmes l'habiter en commun1 la duchesse et moi1 et nous faisions trs bon mnage4 ,ds que nous fmes tablies1 les courses dans les environs commencrent4 ,nous avions lou trois nes2 car ma fille voulait toujours tre de nos parties3 nous allmes d'abord au lac d',albano2 il est trs spacieux1 et l'on parcourt avec dlices les hauteurs qui l'avoisinent4 ,cette promenade s'appelle la ,galerie d',albano4 ,nous lui prfrmes bientt nanmoins les bords du charmant lac de ,nmi1 gauche duquel on voit un temple de ,diane1 dont le soubassement est recouvert par les eaux4 ,ce lac a quatre milles de circuit1 il est comme encaiss dans un fond qu'entoure une si riche vgtation1 que les sentiers sont bords de mille fleurs odorantes4 ,sur la hauteur se montre la ville de ,nmi1 surmonte d'une tour et d'un aqueduc4 ,nous vmes un jour une procession sortir des rues de la ville1 et parcourir le chemin qui tourne la montagne2 je n'ai pas de souvenir plus pittoresque que celui-l4 ,une autre fois1 nous entrmes dans un cimetire o des ttes de morts taient ranges avec ordre3 madame de ,fleury ne pouvait quitter ces ttes2 quant moi1 je ne les regardais pas volontiers4 ,les arbres qui entourent le lac de ,nmi sont normes2 il y en a de si vieux1 que leur tronc1 leurs branches1 sont desschs et blanchis par le temps4 ,nous fmes la partie de venir les contempler au clair de lune1 et ma fille voulut nous accompagner4 ,on ne peut rien voir de plus charmant que l'effet produit par ces arbres1 portant des ombres sur les eaux du lac4 ,nous restmes long-temps en admiration2 mais plus loin1 comme nous suivions un sentier1 ces mmes arbres1 ayant t agits par le vent1 prirent tout--fait l'aspect de grands spectres qui nous menaaient2 ma pauvre enfant se mourait de peur2 elle me disait toute tremblante3 ,ils sont vivans1 maman1 je t'assure qu'ils sont vivans4 ,en certaines circonstances1 il faut l'avouer1 ma compagne et moi n'tions pas beaucoup plus braves que ma fille1 tmoin l'aventure suivante3 tant alles un jour nous promener toutes deux dans les bois de la ,riccia1 nous prmes1 pour gagner un grand vallon situ prs de l1 un chemin dans lequel on voit droite et gauche plusieurs tombeaux anciens garnis de lierre4 ,ce chemin est fort isol4 ,tout coup nous apercevons venir derrire nous un homme qui nous sembla avoir tout l'air d'un brigand4 ,nous pressons le pas1 cet homme nous poursuit2 dans la terreur que nous prouvons1 voulant faire croire que nos domestiques ne sont pas loigns1 la duchesse appelle ,francisco1 moi1 ,germain2 mais l'ennemi approchait toujours1 et1 trop sres que ceux que nous appelions ne viendraient pas1 nous nous mmes gravir la montagne en courant de toutes nos forces1 pour regagner le grand chemin qui se trouve sur la hauteur4 ,je n'ai jamais su si celui qui nous forait nous essouffler de la sorte tait un brigand ou le plus honnte homme du monde4 ,,chapitre ,v4 ,je pars pour ,naples4--,le mari de ,mme ,denis1 nice de ,voltaire4--,le comte et la comtesse ,scawronski--,le chevalier ,hamilton4--,lady ,hamilton4--,son histoire1 ses attitudes4--,l'htel de ,maroc4--,chiaja4--,l',hercule ,farnse4 ,j'tais ,rome depuis huit mois peu prs1 lorsque1 voyant tous les trangers partir pour ,naples1 il me prit grande envie de m'y rendre aussi4 ,je fis part de mon projet au cardinal de ,bernis qui1 tout en l'approuvant1 me conseilla beaucoup de ne point aller seule4 ,il me parla d'un ,m4 ,d9999991 mari de la nice de ,voltaire1 madame ,denis1 qui se proposait de faire ce voyage et qui serait charm de m'accompagner4 ,m4 ,d9999991 en effet vint chez moi1 me rpter tout ce que m'avait dit le cardinal1 en me promettant d'avoir le plus grand soin de ma fille et de moi4 ,il ajouta1 pour me tenter davantage1 qu'il avait sous sa voiture une espce de marmite propre cuire une volaille1 ce qui nous serait trs utile1 attendu la mauvaise chre que l'on faisait dans les meilleures auberges de ,terracine4 ,tout cela me convenait merveille1 je partis avec ce monsieur4 ,sa voiture tait fort grande2 ma fille et sa gouvernante en occupaient le devant2 et de plus1 il y avait une banquette dans le milieu4 ,un norme valet de chambre vint s'y placer devant moi1 de manire que son gros dos me touchait et m'infectait4 ,il est rare que je parle en voiture1 et la conversation se bornait entre nous tous l'change de quelques mots4 ,mais comme nous traversions les marais ,pontins1 j'aperus au bord des canaux un berger assis1 dont les moutons paissaient dans une prairie tout maille de fleurs1 au-del de laquelle on voyait la mer et le cap ,circe4--,ceci ferait un charmant tableau1 dis-je mon compagnon de voyage3 ce berger1 ces moutons1 la prairie1 la mer6--,ces moutons sont tout crotts1 me rpondit-il2 c'est en ,angleterre qu'il faut en voir4 ,plus loin sur le chemin de ,terracine1 l'endroit o l'on traverse une petite rivire en bateau1 je vis gauche la ligne des ,apennins entoure de nuages superbes que le soleil couchant clairait2 je ne pus m'empcher d'exprimer tout haut mon admiration3--,ces nuages ne nous promettent que de la pluie pour demain1 dit mon homme4 ,arrivs ,terracine1 nous descendmes l'auberge pour souper et coucher4 ,ma fille n'avait jamais vu la mer qu'en peinture1 elle ne revenait pas de son tonnement3 ,sais-tu bien1 maman1 s'criait-elle1 que c'est plus grand que nature6 ,nous demandmes souper2 je comptais beaucoup sur la poularde de ,m4 ,d9999992 mais vraisemblablement elle avait t oublie1 car nous fmes rduits nous contenter de deux mauvais petits plats1 et nous nous remmes en route le lendemain matin fort mal restaurs4 ,les chemins qui mnent ,naples sont charmans2 outre de trs beaux arbres qu'on y trouve sems et l1 ils sont bords des deux cts de rosiers sauvages et de myrtes odorifrans4 ,j'tais enchante1 quoique mon compagnon prfrt1 disait-il1 les coteaux de ,bourgogne qui promettent de bon vin2 mais je ne l'coutais plus2 j'tais dcide ne point me laisser refroidir par ce glaon4 ,enfin nous arrivmes ,naples le lendemain1 vers trois ou quatre heures4 ,je ne puis exprimer l'impression que j'prouvai en entrant dans la ville4 ,ce soleil si brillant1 l'tendue de cette mer1 ces les que l'on aperoit dans le lointain1 ce ,vsuve d'o s'levait une forte colonne de fume1 et jusqu' cette population si anime1 si bruyante1 qui diffre tellement de celle de ,rome qu'on penserait qu'il existe entre elles mille lieues de distance2 tout me ravissait2 le plaisir de me sparer de mon ennuyeux compagnon de voyage entrait peut-tre bien pour quelque chose dans ma satisfaction4 ,je nommais ce monsieur mon teignoir2 c'est un titre dont souvent depuis j'ai gratifi quelques autres personnes4 ,j'avais retenu l'htel de ,maroc1 situ ,chiaja1 sur les bords de la pleine mer4 ,je voyais en face de moi l'le de ,capre1 et cette situation me charmait4 peine y tais-je arrive1 que le comte ,scawronski1 ambassadeur de ,russie ,naples1 dont l'htel touchait le mien1 envoya un de ses coureurs pour s'informer de mes nouvelles et me fit apporter aussitt le dner le plus recherch4 ,je fus d'autant plus sensible cette aimable attention1 que je serais morte de faim avant qu'on et chez moi le temps de songer la cuisine4 ,ds le soir mme1 j'allai le remercier1 et je fis alors connaissance avec sa charmante femme2 tous deux m'engagrent beaucoup n'avoir point d'autre table que la leur1 et quoiqu'il me ft impossible d'accepter entirement cette offre1 j'en ai profit souvent pendant mon sjour ,naples1 tant leur socit m'tait agrable4 ,le comte ,scawronski avait des traits nobles et rguliers2 il tait fort ple4 ,cette pleur tenait l'extrme faiblesse de sa sant1 qui ne l'empchait pas cependant d'tre parfaitement aimable et de causer avec autant de grce que d'esprit4 ,la comtesse tait douce et jolie comme un ange2 le fameux ,potemkin1 son oncle1 l'avait comble de richesses dont elle ne faisait aucun usage4 ,son bonheur tait de vivre tendue sur un canap1 enveloppe d'une grande pelisse noire et sans corset4 ,sa belle-mre faisait venir de ,paris pour elle des caisses remplies des plus charmantes parures que faisait alors mademoiselle ,bertin1 marchande de modes de la reine ,marie-,antoinette4 ,je ne crois pas que la comtesse en ait jamais ouvert une seule1 et quand sa belle-mre lui tmoignait le dsir de la voir porter les charmantes robes1 les charmantes coiffures que ces caisses renfermaient1 elle rpondait nonchalamment3 quoi bon8 pour qui8 pour quoi8 ,elle me fit la mme rponse quand elle me montra son crin1 un des plus riches qu'on puisse voir3 il contenait des diamans normes que lui avait donns ,potemkin1 et que je n'ai jamais vus sur elle4 ,je me souviens qu'elle m'a cont que pour s'endormir1 elle avait une esclave sous son lit1 qui lui racontait tous les soirs la mme histoire4 ,le jour1 elle restait constamment oisive2 elle n'avait aucune instruction1 et sa conversation tait des plus nulles2 en dpit de tout cela1 grce sa ravissante figure et une douceur anglique1 elle avait un charme invincible4 ,le comte ,scawronski en tait fort amoureux1 et quand il eut succomb ses longues souffrances1 la comtesse1 que je retrouvai ,ptersbourg1 se remaria au bailli de ,litta1 qui tait retourn ,milan pour se faire relever de ses voeux1 et revint ensuite en ,russie pouser cette belle nonchalante4 ,elle n'a jamais eu que deux filles de son premier mari1 dont l'une a pous le prince ,bagration4 ,ce voisinage ,naples me fut trs agrable1 et je passais la plupart de mes soires l'ambassade russe4 ,le comte et sa femme faisaient souvent une partie de cartes avec l'abb ,bertrand1 qui tait alors consul de ,france ,naples4 ,cet abb tait bossu dans toute l'tendue du terme1 et je ne sais par quelle fatalit1 ds que je me trouvais assise ct de lui prs de la table de jeu1 l'air des bossus me revenait toujours en tte4 ,j'avais toutes les peines du monde m'en distraire4 ,enfin1 un soir ma proccupation devint telle1 que je fredonnai tout haut ce malheureux air2 je m'arrtai aussitt1 et l'abb se retournant vers moi1 me dit du ton le plus aimable3 ,continuez1 continuez1 cela ne me blesse nullement4 ,je ne puis concevoir comment pareille chose m'tait arrive3 c'est un de ces mouvemens inexplicables4 ,le comte de ,scawronski m'avait fait promettre de faire le portrait de sa femme avant celui de toute autre personne2 je m'y engageai1 en sorte que1 deux jours aprs mon arrive1 je commenai ce portrait o l'ambassadrice est peinte presque en pied1 tenant en main et regardant un mdaillon sur lequel tait le portrait de son mari4 ,j'avais donn la premire sance1 quand je vis arriver chez moi le chevalier ,hamilton1 ambassadeur d',angleterre ,naples1 qui me demandait en grce que mon premier portrait ft celui d'une superbe femme qu'il me prsenta2 c'tait madame ,hart1 sa matresse1 qui ne tarda pas devenir lady ,hamilton1 et que sa beaut a rendue clbre4 ,d'aprs la promesse faite mes voisins1 je ne voulus commencer ce portrait que lorsque celui de la comtesse ,scawronski serait avanc4 ,je fis en mme temps un nouveau portrait de lord ,bristol que je retrouvai ,naples1 o l'on peut dire qu'il passait sa vie sur le ,vsuve1 car il y montait tous les jours4 ,je peignis madame ,hart couche au bord de la mer1 tenant une coupe la main4 ,sa belle figure tait fort anime et contrastait compltement avec celle de la comtesse2 elle avait une quantit norme de beaux cheveux chtains qui pouvaient la couvrir entirement1 et en bacchante1 ses cheveux pars1 elle tait admirable4 ,le chevalier ,hamilton faisait faire ce portrait pour lui2 mais il faut savoir qu'il revendait trs souvent ses tableaux lorsqu'il y trouvait un bnfice2 aussi1 ,m4 de ,talleyrand1 le fils an de notre ambassadeur ,naples1 entendant dire un jour que le chevalier ,hamilton protgeait les arts1 rpondit-il3 ,dites plutt que les arts le protgent4 ,le fait est qu'aprs avoir marchand fort long-temps pour le portrait de sa matresse1 il obtint que je le ferais pour cent louis et qu'il l'a vendu ,londres trois cents guines4 ,plus tard1 lorsque j'ai peint encore lady ,hamilton en sibylle pour le duc de ,brissac1 j'imaginai de copier la tte et d'en faire prsent au chevalier ,hamilton1 qui la vendit tout de mme sans hsiter4 ,la vie de lady ,hamilton est un roman3 elle se nommait ,emma ,lyon2 sa mre1 dit-on1 tait une pauvre servante1 et l'on n'est pas d'accord sur le lieu de sa naissance2 treize ans1 elle entra comme bonne d'enfant chez un honnte bourgeois ,hawarder2 mais1 ennuye de l'obscurit dans laquelle elle vivait1 et se flattant qu' ,londres elle pourrait se placer plus convenablement1 elle s'y rendit4 ,le prince de ,galles m'a dit l'avoir vue cette poque1 avec des sabots la porte d'une fruitire1 et quoiqu'elle ft trs pauvrement vtue1 sa charmante figure la faisait remarquer4 ,un dtaillant du march ,saint-,jean la reut son service1 mais elle sortit bientt de chez lui pour entrer comme femme de chambre chez une dame de bonne famille et trs honnte4 ,dans cette maison elle prit le got des romans1 puis le got des spectacles4 ,elle tudiait les gestes1 les inflexions de voix des acteurs1 et les rendait avec une facilit prodigieuse4 ,ce talent1 qui ne plaisait et ne convenait nullement sa matresse1 la fit renvoyer4 ,ce fut alors qu'ayant entendu parler d'une taverne o se rassemblaient tous les artistes1 elle imagina d'aller y chercher de l'emploi4 ,sa beaut tait dans tout son clat2 toutefois1 elle tait encore trs sage4 ,on raconte que sa premire faiblesse eut pour motif de sauver un de ses parens nomm ,galois1 qui venait d'tre press sur la ,tamise1 et qui tait matelot4 ,le capitaine1 auquel elle s'adressa pour obtenir la dlivrance de son parent1 y mit un prix qui lui livra la jeune fille4 ,devenu possesseur d',emma1 il lui donna des matres de toute espce1 puis il l'abandonna4 ,elle fit alors connaissance avec le chevalier ,feathersonhang1 qui la trouva trop fire avec lui1 et ne tarda pas l'abandonner aussi4 ,emma se voyant sans ressource1 descendit bientt au dernier degr d'avilissement4 ,un hasard trange la tira de cet abme4 ,le docteur ,graham s'empara d'elle1 pour la montrer chez lui1 couverte d'un lger voile1 sous le nom de la desse ,higia 7desse de la sant72 une quantit de curieux et d'amateurs venaient en foule la voir2 les artistes surtout en taient charms4 ,quelque temps aprs cette exhibition1 un peintre l'emmena chez lui comme modle2 il lui faisait prendre mille attitudes gracieuses qu'il fixait dans ses tableaux4 ,c'est l qu'elle perfectionna ce talent d'un nouveau genre1 qui l'a rendue clbre4 ,rien n'tait plus curieux en effet que la facult qu'avait acquise lady ,hamilton de donner subitement tous ses traits l'expression de la douleur ou de la joie1 et de se poser merveilleusement pour reprsenter des personnages divers4 ,l'oeil anim1 les cheveux pars1 elle vous montrait une bacchante dlicieuse1 puis tout coup son visage exprimait la douleur1 et l'on voyait une ,madeleine repentante admirable4 ,le jour que le chevalier ,hamilton me la prsenta1 il voulut que je la visse en action2 je fus ravie2 mais elle tait habille comme tout le monde1 ce qui me choquait4 ,je lui fis faire des robes comme celles que je portais1 pour peindre mon aise1 et qu'on appelle des blouses2 elle y ajouta des schals pour se draper1 ce qu'elle entendait trs bien2 ds lors1 on aurait pu copier ses diffrentes poses et ses diffrentes expressions pour faire toute une galerie de tableaux2 il en existe mme un recueil1 dessin par ,frdric ,reinberg1 qu'on a grav4 ,pour revenir au roman de sa vie1 c'est tandis qu'elle tait chez le peintre dont j'ai parl1 que lord ,grville#g en devint si fort amoureux1 qu'il allait l'pouser en #aghi1 quand il fut subitement dpouill de ses places et ruin4 ,il partit aussitt pour ,naples1 dans l'espoir d'obtenir des secours de son oncle1 le chevalier ,hamilton1 et il emmena ,emma afin qu'elle plaidt sa cause auprs de son grand parent4 ,le chevalier1 en effet1 consentit payer toutes les dettes de son neveu1 mais la condition qu',emma lui resterait4 7,je tiens ces dtails de lord ,grville lui-mme47 ,emma devint donc la matresse de lord ,hamilton1 jusqu'au printemps de #agia1 qu'il se dtermina l'pouser en dpit des remontrances de sa famille4 ,il me dit1 en partant pour ,londres3 ,elle sera ma femme malgr eux2 aprs tout1 c'est pour moi que je l'pouse4 ,ainsi1 ce fut lady ,hamilton qu'il ramena ,naples peu de temps aprs1 devenue aussi grande dame qu'on puisse l'tre4 ,on a prtendu que la reine de ,naples alors s'tait intimement lie avec elle4 ,il est certain que la reine la voyait2 mais on peut dire que c'tait politiquement4 ,lady ,hamilton tant trs indiscrte1 la mettait au fait d'une foule de petits secrets diplomatiques1 dont ,sa ,majest tirait parti pour les affaires de son royaume4 ,lady ,hamilton n'avait point d'esprit1 quoiqu'elle ft excessivement moqueuse et dnigrante1 au point que ces dfauts taient les seuls mobiles de sa conversation2 mais elle avait de l'astuce1 qui l'a servie se faire pouser4 ,elle manquait de tournure et s'habillait trs mal1 ds qu'il s'agissait de faire une toilette vulgaire4 ,je me souviens que lorsque je fis mon premier portrait d'elle en sibylle3 elle habitait ,caserte une maison que le chevalier ,hamilton avait loue2 je m'y rendais tous les jours1 dsirant avancer cet ouvrage4 ,la duchesse de ,fleury et la princesse ,joseph de ,monaco assistaient la troisime sance1 qui fut la dernire4 ,j'avais coiff madame ,hart 7elle n'tait pas encore marie7 avec un schall tourn autour de sa tte en forme de turban1 dont un bout tombait et faisait draperie4 ,cette coiffure l'embellissait au point que ces dames la trouvaient ravissante4 ,le chevalier nous ayant toutes invites dner1 madame ,hart passa dans ses appartemens pour faire sa toilette1 et lorsqu'elle vint nous retrouver au salon1 cette toilette1 qui tait des plus communes1 l'avait tellement change son dsavantage1 que ces deux dames eurent toutes les peines du monde la reconnatre4 ,lorsque j'allai ,londres1 en #ahjb1 lady ,hamilton venait de perdre son mari4 ,je me fis crire chez elle1 et elle vint aussitt me voir dans le plus grand deuil4 ,un immense voile noir l'entourait1 et elle avait fait couper ses beaux cheveux pour se coiffer la ,titus1 ce qui tait alors la mode4 ,je trouvai cette ,andromaque norme2 car elle avait horriblement engraiss4 ,elle me dit en pleurant qu'elle tait bien plaindre1 qu'elle avait perdu dans le chevalier un ami1 un pre2 et qu'elle ne s'en consolerait jamais4 ,j'avoue que sa douleur me fit peu d'impression2 car je crus m'apercevoir qu'elle jouait la comdie4 ,je me trompais d'autant moins que peu de minutes aprs1 ayant aperu de la musique sur mon piano1 elle se mit chanter un des airs qui s'y trouvaient4 ,on sait que lord ,nelson ,naples avait t trs amoureux d'elle2 elle tait reste avec lui en correspondance fort tendre2 et quand j'allai lui rendre sa visite un matin1 je la trouvai rayonnante de joie2 de plus1 elle avait plac une rose dans ses cheveux comme ,nina4 ,je ne pus me tenir de lui demander ce que signifiait cette rose8--,c'est que je viens de recevoir une lettre de lord ,nelson1 me rpondit-elle4 ,le duc de ,berri et le duc de ,bourbon1 ayant entendu parler de ses attitudes1 avaient un dsir extrme de voir ce spectacle qu'elle n'avait jamais voulu donner ,londres4 ,je lui demandai de m'accorder une soire pour les deux princes1 et elle y consentit4 ,j'invitai alors quelques autres ,franais que je savais tre fort curieux d'assister cette scne2 et le jour venu je plaai dans le milieu de mon salon un trs grand cadre enferm droite et gauche dans deux paravens4 ,j'avais fait faire une norme bougie qui rpandait un grand foyer de lumire2 je la posai de faon qu'on ne pt la voir1 mais qu'elle clairt lady ,hamilton comme on claire un tableau4 ,toutes les personnes invites tant arrives1 lady ,hamilton prit dans ce cadre diverses attitudes avec une expression vraiment admirable4 ,elle avait amen avec elle une jeune fille qui pouvait avoir sept ou huit ans1 et qui lui ressemblait beaucoup#h4 ,elle la groupait avec elle1 et me rappelait ces femmes poursuivies dans l'enlvement des ,sabines du ,poussin4 ,elle passait de la douleur la joie1 de la joie l'effroi1 avec une telle rapidit que nous tions tous ravis4 ,comme je l'avais retenue souper1 le duc de ,bourbon1 qui tait table ct de moi1 me fit remarquer combien elle buvait de porter4 ,il fallait qu'elle y ft bien accoutume1 car elle n'tait pas ivre aprs deux ou trois bouteilles4 ,long-temps aprs avoir quitt ,londres1 en #ahae1 j'ai appris que lady ,hamilton venait de finir ses jours ,calais1 o elle tait morte dans l'isolement et la plus affreuse misre4 ,nous voil bien loin de ,naples et de #agij2 j'y reviens4 ,j'tais dans l'enchantement d'habiter cet htel de ,maroc1 sans parler de l'agrment de mon voisinage4 ,je jouissais de ma fentre de la vue la plus magnifique et du spectacle le plus rjouissant4 ,la mer et l'le ,capre en face2 gauche le ,vsuve1 qui promettait une ruption par la quantit de fume qu'il exhalait2 droite le coteau de ,pausilippe1 couvert de charmantes maisons1 et d'une superbe vgtation2 puis ce quai de ,chiaja est toujours si anim qu'il m'offrait sans cesse des tableaux amusans et varis2 tantt des lazzaroni venaient se dsaltrer au jet d'eau qui sortait d'une belle fontaine place devant mes fentres1 o de jeunes blanchisseuses y lavaient leur linge2 le dimanche de jeunes paysannes1 dans leurs plus beaux atours1 dansaient la tarentelle devant ma maison1 en jouant du tambour de basque1 et tous les soirs je voyais les pcheurs avec des torches dont la vive lumire refltait dans la mer des lames de feu4 ,aprs ma chambre coucher se trouvait une galerie ouverte qui donnait sur un jardin rempli d'orangers et de citronniers en fleurs2 mais comme toute chose ici-bas a ses inconvniens1 mon appartement en avait un dont il me fallut bien prendre mon parti4 ,pendant plusieurs heures de la matine je ne pouvais ouvrir mes fentres sur le devant1 attendu qu'il s'tablissait au-dessous de moi une cuisine ambulante o les femmes faisaient cuire des tripes dans de grands chaudrons1 avec de l'huile infecte dont l'odeur montait chez moi4 ,j'tais rduite regarder la mer travers mes carreaux4 ,qu'elle est belle cette mer de ,naples6 bien souvent j'ai pass des heures la contempler la nuit1 quand ses flots taient calmes et argents par le reflet d'une lune superbe4 ,bien souvent aussi j'ai pris un bateau pour faire une promenade1 et jouir du magnifique coup d'oeil que prsente la ville1 que l'on voit alors tout entire1 s'levant en amphithtre4 ,le chevalier ,hamilton avait sur le rivage un petit cazin o j'allais quelquefois dner#i4 ,il faisait venir de jeunes garons qui1 pour un sou1 plongeaient dans la mer pendant plusieurs minutes2 quand je tremblais pour eux1 je les voyais remonter triomphans1 leur sou la bouche4 ,c'est ,chiaja que se trouve la ,villa-,reale1 jardin public1 bord par la mer1 et qui devient le soir une promenade dlicieuse4 ,l',hercule ,farnse tait plac dans ce jardin2 comme on avait retrouv les jambes antiques de la statue1 elles taient remises en place de celles qu'avait faites dans le temps ,michel-,ange2 mais celles-ci restaient poses ct1 afin que l'on compart1 en sorte qu'il fallait reconnatre la sublime supriorit de l'antique1 mme auprs de ,michel-,ange4 ,,chapitre ,,vi4 ,le baron de ,talleyrand--,l'le de ,capre4--,le ,vsuve4--,ischia et ,procida4--,le mont ,saint-,nicolas4--,portrait des filles anes de la reine de ,naples4--,portrait du prince royal4--,pasiello4--,la ,nina4--,le coteau de ,pausilippe4--,ma fille1 son matre de musique4 ,aussitt que j'tais arrive ,naples1 j'avais t chez ,m4 le baron de ,talleyrand1 alors ambassadeur de ,france1 qui eut pour moi mille bonts pendant tout mon sjour4 ,je retrouvai chez lui madame ,silva1 ,portugaise trs aimable1 avec laquelle je projetai de faire plusieurs courses intressantes4 ,nous allmes d'abord l'le de ,capre4 ,le comte de la ,roche-,aymon et le fils an de ,m4 de ,talleyrand nous accompagnrent4 ,ils avaient engag deux musiciens1 l'un pour chanter et l'autre pour jouer de la guitare4 ,nous nous embarqumes minuit par un beau clair de lune2 mais la mer tait trs agite2 ses vagues normes dont l'cume s'amoncelait autour de nous1 menaaient si furieusement notre chtif bateau1 qu' chaque instant je pensais le voir englouti4 ,j'avoue que je mourais de peur4 ,il faut dire que je n'avais jamais fait sur mer un aussi long trajet1 n'ayant entrepris jusqu'alors que le passage du ,mordit dont la traverse est trs courte1 quand j'tais en ,hollande4 ,lorsque nous emes pris le large1 ,m4 de ,talleyrand engagea ses musiciens chanter2 mais ces deux pauvres jeunes gens taient pris du mal de mer un tel point1 qu'il leur tait bien impossible de faire de la musique4 ,ce mal saisit aussi madame ,silva et le jeune baron2 ,m4 de la ,roche-,aymon et moi1 nous n'en fmes que trs lgrement atteints4 ,enfin1 aprs avoir t ballotts sans relche par ces terribles vagues1 nous dbarqumes l'le de ,capre1 un peu aprs le lever du soleil4 ,nous ne trouvmes l que des pcheurs qui habitent les creux des rochers sur le bord de la mer4 ,un d'eux s'offrit pour nous servir de guide1 et nous prmes des nes2 car nous voulions monter jusqu'au sommet de l'le4 ,la route que nous gravissions tait borde notre gauche par des vergers d'orangers et de citronniers en fleurs1 des gazons aromatiques1 des bois d'alos1 qui rpandaient un parfum dlicieux4 notre droite taient des rochers et des dbris d'antiques constructions4 ,arrivs au sommet1 sur la plate-forme appele ,saint-,michel1 nous joumes de la vue de la pleine mer termine par le ,vsuve1 tout en respirant l'air le plus pur4 ,c'est l qu'tait plac le palais de ,tibre2 il n'en reste qu'un seul tronon de colonne1 sur lequel un ermite1 qui habite prs de ces dbris informes1 venait de poser son frugal repas du matin2 et c'tait de cette hauteur immense que ,tibre faisait jeter non-seulement des esclaves1 mais tous ceux qui lui dplaisaient4 ,on nous fit voir de loin une jolie maison qu'avait fait btir un ,anglais malade1 et que tous les mdecins avaient condamn depuis long-temps ,naples4 ,ayant suivi le conseil qu'on lui donna d'aller habiter ,capre1 il y vcut plus de vingt ans encore sans aucune souffrance4 ,aprs avoir respir avec dlice cet air vivifiant1 admir les sites les plus curieux1 nous revnmes ,naples1 ravis de notre course1 l'exception pourtant du jeune baron de ,talleyrand1 qui reut une forte rprimande de son pre pour avoir fait ce voyage par un aussi mauvais temps et dans un aussi lger bateau4 ,ce que je dsirais par-dessus tout1 c'tait de monter sur le ,vsuve1 et nous rsolmes de faire cette partie avec madame ,silva et l'abb ,bertrand4 ,je vais copier ici la fin d'une lettre que j'crivis de ,naples mon ami ,brongniart l'architecte1 parce que l'impression que m'avait faite le terrible phnomne tait alors bien plus rcente et bien plus vive4 444 ,maintenant je vais vous parler de mon spectacle favori1 du ,vsuve4 ,pour un peu je me ferais ,vsuvienne1 tant j'aime ce superbe volcan2 je crois qu'il m'aime aussi1 car il m'a fte et reue de la manire la plus grandiose4 ,que deviennent les plus beaux feux d'artifices1 sans en excepter la girande du chteau ,saint-,ange1 quand on songe au ,vsuve8 ,la premire fois que j'y suis monte1 nous fmes pris1 mes compagnons et moi1 par un orage affreux1 une pluie qui ressemblait au dluge4 ,nous tions tremps1 mais nous n'en cheminions pas moins sur une hauteur pour voir une des grandes laves qui coulaient nos pieds4 ,je croyais toucher aux avenues de l'enfer4 ,un brasier qui me suffoquait serpentait sous mes yeux2 il avait trois milles de circonfrence4 ,le mauvais temps nous empchant d'aller plus loin ce jour-l1 outre que la fume et la pluie de cendre qui nous couvrait rendaient le sommet du mont invisible1 nous montons sur nos mulets et descendons dans les laves noires4 ,deux tonnerres1 celui du ciel et celui du mont1 se mlaient2 le bruit tait infernal1 d'autant plus qu'il se rptait dans les cavits des montagnes environnantes4 ,comme nous tions prcisment sous la nue1 je tremblais1 et toute notre cavalcade tremblait comme moi1 que le mouvement de notre marche n'attirt sur nous la foudre4 ,malgr ma frayeur1 je ne pus m'empcher de rire en regardant un de nos compagnons de voyage1 l'abb ,bertrand4 ,il faut vous dire qu'il est bossu par derrire et par devant3 un grand manteau couvrait son ne et lui1 et tous deux taient tellement confondus ensemble1 que1 la petite humanit de l'abb disparaissant1 je ne voyais plus qu'un chameau4 ,j'arrivai chez moi dans un tat qui faisait piti3 ma robe n'tait que cendre dtrempe2 j'tais morte de fatigue2 je me sche et me couche fort heureusement4 ,bien loin d'tre dgote par ce dbut1 quelque jours aprs je retourne mon cher ,vsuve4 ,cette fois ma petite brunette tait de la partie2 je voulais qu'elle vt ce grand spectacle4 ,monsieur de la ,chenaye et deux autres personnes en taient aussi4 ,il faisait le plus beau temps du monde4 ,avant la nuit nous tions sur la montagne pour voir les anciennes laves et le coucher du soleil dans la mer4 ,le volcan tait plus furieux que jamais1 et comme au jour on ne distingue point de feu1 on ne voit sortir du cratre1 avec des nues de cendres et de laves1 qu'une norme fume blanchtre1 argente1 que le soleil claire d'une manire admirable4 ,j'ai peint cet effet1 car il est divin4 ,nous montmes chez l'ermite4 ,le soleil se couchait1 et je vis ses rayons se perdre sous le cap ,mysne1 ,ischia et ,procida2 quelle vue6 ,enfin la nuit vint1 et la fume se transforma en flammes1 les plus belles que j'aie jamais vues de ma vie4 ,des gerbes de feu s'lanaient du cratre1 et se succdaient rapidement1 jetant de tout ct des pierres embrases qui tombaient avec fracas4 ,en mme temps descendait une cascade de feu qui parcourait l'espace de quatre cinq milles4 ,une autre bouche du cratre place plus bas tait aussi enflamme2 celle-ci produisait une fume rouge et dore1 qui compltait le spectacle d'une manire effrayante et sublime4 ,la foudre qui partait du centre de la montagne1 faisait retentir tous les environs1 au point que la terre tremblait sous nos pas4 ,j'tais bien un peu effraye2 mais je n'en tmoignais rien cause de ma pauvre petite qui me disait en pleurant3 ,maman1 faut-il avoir peur8 ,d'ailleurs1 j'avais tant admirer que ce besoin l'emportait sur mon effroi4 ,imaginez que nous planions alors sur une immensit de brasiers1 sur des champs entiers que ces laves1 dans leur course1 mettaient en feu4 ,je voyais ces terribles laves brler les arbrisseaux1 les arbres1 les vignes2 je voyais la flamme s'allumer et s'teindre1 et j'entendais le bruit des broussailles voisines qu'elles consumaient4 ,cette grande scne de destruction a quelque chose de pnible et d'imposant1 qui remue fortement l'ame2 je ne pouvais plus parler en revenant ,naples2 dans le chemin je ne cessais de retourner la tte pour voir encore ces gerbes et cette rivire de feu4 ,c'est donc regret que j'ai quitt ce spectacle si grandiose2 mais j'en jouis par le souvenir1 et tous les jours je me reprsente encore ses diffrens effets4 ,j'en ai quatre dessins que je vous porterai ,paris4 ,deux sont dj en petite maquette2 on en est trs content ici4 ,donnez-moi de vos nouvelles1 et de celles de nos amis1 etc4 ,depuis lors je suis retourne plusieurs fois sur le ,vsuve1 un jour entre autres avec ,m4 ,lethire#aj1 trs habile peintre d'histoire1 qui tait grand amateur du volcan4 ,je me souviens que ce jour tait celui de la ,chandeleur4 ,nous partmes vers trois heures1 avec deux amis de ,m4 ,lethire4 ,il faisait beau2 mais lorsque nous fmes arrivs sur la montagne1 il s'leva un brouillard si pais qu'il ressemblait une norme fume4 ,tout disparut nos yeux2 nos compagnons1 quoiqu'ils fussent trs prs de nous1 taient devenus invisibles2 en un mot c'tait le nant4 ,ma petite mourait de peur1 et moi aussi4 ,pour comble de malheur l'humidit tait extrme1 et nous fmes obligs de rester en place pendant une heure et demie4 ,enfin le brouillard se dissipant peu peu1 nous dcouvrit la mer et tout ce qui l'environne jusqu'aux les les plus lointaines2 cette cration fut admirable4 ,j'avais fait porter notre dner chez l'ermite1 que nous avions invit le partager4 ,avant la fin du repas1 cet ermite se leva et passa derrire un vieux rideau qui touchait presque la table4 ,il resta l tout un quart d'heure2 quand il revint1 je lui demandai pour quel motif il nous avait quitts3--,c'est1 dit-il1 que je viens de faire ma prire auprs de mon compagnon qui est mort cette nuit1 et qui est l sous ce rideau4 ces mots1 on peut imaginer si je me lve mon tour et si je sors pour aller respirer le grand air4 ,nous remontmes pour voir le coucher du soleil4 ,son disque brillant d'o partaient d'immenses rayons1 se rflchissait dans la mer4 ,nous tions dans l'extase la vue de ce superbe tableau et de tout ce qui l'encadrait4 ,nous revnmes ,naples1 rapportant nos croquis4 ,m4 ,lethire avait fait un dessin dans lequel il me reprsentait descendant la montagne sur mon ne4 ,une des plus charmantes parties que j'aie faites ,naples1 c'est un petit voyage de cinq jours que le chevalier me fit entreprendre pour visiter les les d',ischia et de ,procida4 ,nous partmes cinq heures du matin4 ,j'tais dans une felouque avec madame ,hart1 sa mre1 le chevalier et quelques musiciens4 ,il faisait le plus beau temps du monde2 la mer tait calme au point de ressembler un grand lac4 peu de distance1 on voyait le coteau du mont ,pausilippe1 que le soleil clairait d'une faon ravissante4 ,tout cela m'aurait port une douce rverie1 si nos rameurs n'avaient point cri tue-tte1 ce qui vous empchait de suivre une ide4 neuf heures et demie nous arrivmes ,procida1 et nous fmes aussitt une promenade pendant laquelle je fus frappe de la beaut des femmes que nous rencontrions sur notre chemin4 ,presque toutes taient grandes et fortes1 et leurs costumes1 ainsi que leurs visages1 rappelaient les femmes grecques4 ,je vis peu d'habitations agrables1 l'le tant gnralement cultive en vignes et en arbres fruitiers4 midi nous allmes dner chez le gouverneur2 de la terrasse de son chteau1 on dcouvre le cap ,mysne1 l',achron1 les ,champs-lyses1 enfin1 tout ce que ,virgile dcrit2 ces divers points de vue sont assez rapprochs pour qu'on puisse en distinguer les dtails1 et le ,vsuve se voit dans le lointain4 ,aprs dner1 nous remontmes sur la felouque pour aller dbarquer ,ischia vers les six heures du soir4 ,un des plus jolis effets que j'ai vus tout en arrivant1 tait celui d'une quantit de maisons bties et l sur les monts1 et trs claires1 ce qui prsentait l'oeil comme un second firmament4 ,j'allai joindre madame ,silva1 mon aimable ,portugaise1 pour parcourir avec elle une partie de l'le1 qui est charmante2 tout son territoire est volcanique1 elle a quinze lieues d'tendue1 et partout on trouve des traces de foyers teints4 ,la plupart des montagnes1 qui sont en trs grand nombre et fort prs les unes des autres1 sont cultives4 ,le mont le plus lev 7,saint-,nicolas7 est plus haut que le ,vsuve4 ,nous trouvions ,ischia une socit trs aimable1 entre autres le gnral baron ,salis2 et le lendemain matin six heures1 nous partmes au nombre de vingt personnes1 toutes montes sur des nes1 pour aller dner au mont ,saint-,nicolas4 ,on ne peut se faire une ide des chemins qu'il nous fallut prendre2 les sentiers taient des ravins profonds pleins d'normes pierres noircies par le feu2 et les hauteurs de ces ravins tant cultives1 cette terre fertile1 prs de cette terre dsole1 offrait un contraste trange4 ,nous suivmes entre autres un chemin pic rempli de laves grosses comme des maisons1 qui ressemblait tout--fait au chemin de l'enfer1 et cette superbe horreur nous conduisit dans un lieu de dlices1 sous des berceaux de vignes parfaitement cultives1 et prs d'une trs belle fort de chtaigniers4 ,l1 j'aperus une seule petite habitation1 que mon guide me dit tre celle d'un ermite4 ,l'ermite tait absent2 je m'assis sur son banc1 et je dcouvris par une perce de la fort1 la mer et les les ,cyrnes1 que la vapeur du matin entourait d'un ton bleutre4 ,je croyais faire un rve enchanteur2 je me disais3 la posie est ne l6 ,il fallut m'arracher ma ravissante contemplation1 il nous restait encore gravir bien autrement4 ,nous arrivmes dans une espce de dsert1 bord de ravins si profonds1 que je n'osais y plonger mes yeux1 et mon maudit ne s'obstinait marcher toujours sur le bord4 ,ne pouvant regarder en bas1 je me mets regarder en haut1 et je vois la montagne que nous avions gravir1 toute couverte d'affreux nuages noirs4 ,il fallait pourtant traverser cela1 au risque d'tre touffe cent fois3 notez de plus que le chemin tait pic sur la mer1 et qu'il ne s'y trouvait pas une seule habitation4 ,le coeur me bat encore quand j'y pense4 ,je suivis pourtant1 non sans recommander mon ame ,dieu4 ,nous mmes une heure et demie1 marchant toujours1 traverser ces nuages4 ,l'humidit tait si grande1 que nos vtemens taient tremps2 on ne se voyait pas quatre pieds1 en sorte que je finis par perdre ma compagnie4 ,on peut juger de l'effroi que j'prouvais1 quand j'entendis le son d'une petite cloche2 je poussai un grand cri de joie1 pensant bien que c'tait celle de l'ermite chez lequel nous devions dner4 ,c'tait elle1 en effet1 et l'on vint au devant de moi4 ,je trouvai toute ma socit runie dans l'ermitage1 qui est situ sur la dernire pointe des rochers du mont ,saint-,nicolas4 ,dans ce moment nanmoins1 le brouillard tait si pais1 qu'il tait impossible de rien voir2 mais1 presque aussitt1 les nuages se divisent1 le brouillard se dissipe1 et je me trouve sous un ciel pur4 ,je domine ces nues qui m'avaient tant effraye1 je les vois descendre dans la mer que le soleil traait en ligne d'opale et d'autres couleurs d'arc-en-ciel2 quelques nuages argents embellissaient ce coup d'oeil4 ,on ne distinguait les barques qu' leurs voiles blanches qui brillaient au soleil4 ,notre vue plongeait sur les villages d',ischia2 mais cette masse de rochers crasait tellement de sa supriorit tout ce qui fait l'ambition des hommes1 que les chteaux1 les maisons1 ressemblaient de petits points blancs2 quant aux individus1 ils taient invisibles3 ce que c'est que de nous1 mon ,dieu6 ,nous tions contempler ce magnifique spectacle1 quand le gnral ,salis vint nous avertir que le dner tait servi1 nouvelle qui ne nous fut pas indiffrente aprs tant de fatigues et de tribulations4 ,ce dner qu'il nous donnait1 pouvait se comparer ceux de ,lucullus2 tout tait recherch1 rien n'y manquait1 au point que nous emes des glaces pour finir4 ,il fallait voir l'tonnement des trois bons religieux qui habitaient ce rocher et qui profitaient de cet excellent repas2 ils en gardrent les restes1 ce dont ils paraissaient fort contens4 ,aprs dner1 madame ,silva et moi nous fmes notre sieste en plein air sur des sacs d'orge renverss1 o l'odeur des gents et de mille fleurs nous embaumait4 ,puis1 nous remontmes sur nos nes pour parcourir l'autre ct de l'le4 ,l1 nous vmes des vergers sans nombre1 des sites trs pittoresques1 et ce chemin nous conduisit notre habitation4 ,je voulus aller aussi ,poestum2 quoique la distance de ,naples ne soit que de vingt-cinq lieues1 nous tions prvenus que le voyage est trs fatigant1 mais on ne tient pas au dsir d'aller admirer des monumens qui ont trois ou quatre mille ans1 quand ils se trouvent aussi prs de vous4 ,des trois temples que l'on y voit1 celui de ,junon tait encore alors bien conserv1 au point qu' l'extrieur il semblait tre entier4 ,ce temple est noble1 imposant1 comme tout ce qu'ont fait les anciens1 prs desquels nous ne sommes que des pygmes4 ,aussi puis-je dire avoir t fort surprise ,pompe que nous visitmes ainsi qu',herculanum1 de la petitesse des maisons et du temple d',isis4 ,il faut croire que la partie dcouverte tait autrefois un faubourg4 ,je conduisis aussi ma fille ,portici1 dans le musum1 beaut tout--fait unique dans le monde2 mais tant d'crivains l'ont si bien dcrit1 que je crois inutile d'en parler ici4 ,ces excursions et plusieurs autres ne m'empchaient pas de travailler beaucoup ,naples4 ,j'avais mme entrepris tant de portraits que mon premier sjour dans cette ville a t de six mois1 quoique je fusse arrive dans l'intention d'y passer six semaines4 ,l'ambassadeur de ,france1 ,m4 le baron de ,talleyrand1 vint m'annoncer un matin que la reine dsirait que je fisse les portraits de ses deux filles anes1 ce que je commenai tout de suite4 ,sa ,majest s'apprtait partir pour ,vienne o elle allait s'occuper de marier ces princesses4 ,je me souviens qu' son retour elle me dit3 ,j'ai fait un heureux voyage2 je viens de conclure deux mariages pour mes filles avec un grand bonheur4 ,l'ane en effet pousa peu de temps aprs l'empereur d',autriche1 ,franois ,,ii1 et la seconde1 qui se nommait ,louise1 le grand duc de ,toscane4 ,cette dernire tait fort laide1 et tellement grimacire1 que je ne voulais pas finir son portrait4 ,elle est morte quelques annes aprs son mariage4 ,lorsque la reine fut partie1 je peignis aussi le prince royal4 ,l'heure de mes sances la cour tait midi1 et pour m'y rendre il me fallait suivre le chemin de ,chiaja1 au moment de la plus grande chaleur4 ,les maisons qui sont bties gauche et qui font face la mer1 tant peintes en blanc pur1 le soleil y donnait avec une telle force que j'en tais aveugle4 ,pour sauver mes yeux j'imaginai de mettre un voile vert1 ce que je n'avais vu faire encore personne1 et devait paratre assez singulier1 car on n'en portait que de blancs ou de noirs2 mais quelques jours aprs je vis quantit d',anglaises m'imiter1 et les voiles verts furent la mode#aa4 cette mme poque je commenai le portrait de ,pasiello4 ,tout en me donnant sance1 il composait un morceau de musique1 qu'on devait excuter pour le retour de la reine1 et j'tais charme de cette circonstance qui me faisait saisir les traits du grand musicien au moment de l'inspiration4 ,j'avais quitt mon cher htel de ,maroc1 parce qu'aprs avoir admir tout le jour il faut pourtant bien dormir la nuit1 et qu'il m'tait impossible d'y fermer l'oeil4 ,les voitures allaient et venaient sans cesse sur le chemin de ,chiaja jusqu' la grotte de ,pausilippe1 o l'on fait souvent de mauvais soupers dans les cabarets4 ,ce bruit1 que j'entendais toutes les nuits1 me fit enfin dserter4 ,j'allai m'tablir dans un joli cazin baign par la mer1 dont les vagues venaient se briser sous mes fentres4 ,j'tais enchante2 ce bruit rond et lger me berait dlicieusement2 mais hlas6 huit jours aprs il survint un orage affreux1 une tempte si violente1 que les vagues furieuses montaient jusque dans mon appartement4 ,j'en tais inonde1 et la crainte d'une rcidive me fit quitter ce charmant cazin1 mon grand regret4 la vrit1 entre le mur et cette maison1 il y avait une place sur laquelle les voitures lgantes1 les mmes voitures qui m'empchaient de dormir ,chiaja1 venaient stationner1 pour ce qu'on appelle ,naples faire heure4 ,mais cela m'tait peu incommode4 ,je me rappelle que le jour de mon dpart la propritaire ouvrit une armoire dans laquelle j'avais serr mon linge1 et se mit crire mon nom sur toutes les planches2 comme je lui demandai le motif de ce qu'elle faisait1 elle me rpondit gracieusement qu'elle tait fire d'avoir log madame ,lebrun1 et qu'elle voulait que tout le monde le st4 ,aprs avoir quitt cette maison1 j'allai en louer une tout prs de la ville1 et je m'y installai la veille de ,nol4 ,ds le soir mme1 comme j'allais me mettre au lit1 je suis tout coup assourdie par des ptards sans nombre2 les jeunes garons qui les tiraient en jetaient dans ma cour1 dans mes fentres2 ce train-l dura trois jours et trois nuits4 ,en outre1 j'tais gele dans cet appartement4 ,je faisais alors le portrait de ,pasiello1 qui soufflait dans ses doigts ainsi que moi2 pour nous rchauffer1 je fis faire du feu dans mon atelier2 mais comme on s'occupe bien plus en ,italie d'obtenir de la fracheur que de la chaleur1 les chemines sont si mal soignes que la fume nous touffait4 ,les yeux de ,pasiello en pleuraient1 les miens aussi2 et je ne conois pas comment j'ai pu finir son portrait4 ,pasiello1 cette poque1 faisait les dlices de l',italie4 ,j'allais fort souvent au grand ,opra1 dans la loge de la comtesse ,scawronski4 ,j'assistai la premier reprsentation de ,nina1 qui bien certainement est un chef-d'oeuvre2 mais tel est l'effet de la premire impression reue1 que la musique de ,pasiello1 toute belle qu'elle tait1 ne me faisait pas autant de plaisir que celle de ,dalayrac2 il faut dire aussi que madame ,dugazon n'tait point l pour jouer ,nina4 ,le thtre de ,saint-,charles1 o se donnait cet opra et les autres1 est1 je crois1 le plus vaste de l',europe4 ,je m'y suis trouve le jour de la fte de la reine2 il tait alors magnifiquement clair1 totalement rempli de monde1 et ce coup d'oeil me parut superbe4 ,je me souviens d'avoir ri ce jour-l d'une mprise assez plaisante4 ,j'aperus prs de nous la baronne de ,talleyrand1 chez laquelle je n'avais pas t depuis quelque temps1 et je voulus lui faire ma visite dans sa loge2 la comtesse me dit alors3 ,elle prouve un grand chagrin1 l'ambassadrice2 elle a perdu ,rigi4 ,pensant qu'il s'agissait d'un ami1 je me dcide d'autant plus l'aller trouver2 j'y vais4 ,je suis en effet frappe du changement de son visage1 et je lui vois un air si triste que je commence croire qu'un de ses enfans est mort4 ,je lui dis donc combien je prenais part son affliction1 et lui demande si c'tait l'an4 ces mots1 malgr son chagrin1 elle se mit rire3 c'tait son chien qu'elle venait de perdre4 ,un de mes grands plaisirs tait d'aller me promener sur le beau coteau de ,pausilippe1 sous lequel est place la grotte du mme nom1 qui est un magnifique ouvrage d'un mille de longueur1 et qu'on voit bien avoir t fait par les ,romains4 ,cette cte de ,pausilippe est couverte de maisons de campagne1 de cazins1 de prairies et de trs beaux arbres1 autour desquels des vignes s'entrelacent en guirlandes4 ,c'est l qu'est plac le tombeau de ,virgile1 sur lequel on prtend qu'il pousse des lauriers2 mais je n'en ai point vu4 ,les soirs j'allais sur les bords de la mer2 j'y conduisais souvent ma fille1 et nous y restions quelquefois assises ensemble jusqu'au lever de la lune1 jouissant de ce bon air et de cette superbe vue1 ce qui la reposait de ses tudes journalires2 car j'avais rsolu1 tout en courant le monde1 de soigner son ducation autant qu'il serait possible1 et je lui avais donn ,naples des matres d'criture1 de gographie1 d'italien1 d'anglais et d'allemand4 ,elle prfrait cette dernire langue toutes les autres1 et montrait dans ses diverses tudes une intelligence remarquable4 ,elle annonait aussi quelques dispositions pour la peinture2 mais sa rcration favorite tait de composer des romans4 ,je la trouvais1 en revenant de passer mes soires dans le monde1 une plume la main1 et une autre sur son bonnet2 je l'obligeais alors se mettre au lit2 mais il n'tait pas rare qu'elle se relevt la nuit pour achever un chapitre2 et je me souviens trs bien qu' l'ge de neuf ans elle a crit ,vienne un petit roman remarquable par les situations autant que par le style4 ,me trouvant en ,italie1 on imagine bien que je n'avais point nglig de lui donner un matre de musique4 ,je prenais moi-mme des leons de ce matre1 qui montrait merveille1 mais qui tait bien le plus grand poltron que j'aie rencontr de mes jours4 ,il nous entretenait sans cesse de ses frayeurs4 ,comme il ne venait chez moi qu' sept heures du soir1 il retournait chez lui neuf1 heure laquelle tout le monde tant au spectacle1 les rues de ,naples sont fort dsertes1 sans excepter la rue de ,tolde1 qui1 dans le jour1 est la plus bruyante de toutes4 ,le pauvre homme me disait un soir3 ,j'ai eu terriblement peur hier2 j'ai rencontr un homme dans la rue de ,tolde2 heureusement j'ai pris l'autre ct1 et j'ai press le pas4 ,deux jours aprs il revenait3 ,dieu6 que j'ai eu peur6 je me suis trouv avec deux hommes dans la rue de ,tolde2 je n'ai eu que le temps de passer au milieu et de m'enfuir toutes jambes4 ,enfin une autre fois il me dit3 ,j'ai eu bien plus peur vraiment1 j'tais seul1 tout seul1 dans la rue de ,tolde4 ,,chapitre ,,vii ,je retourne ,rome4--,la reine de ,naples4--,je reviens ,naples4--,la fte de la madone de l',arca4--,la fte du pied de la ,grotte4--,la ,solfatara4--,pouzol4--,le cap ,mysne4--,portrait de la reine de ,naples4--,caractre de cette princesse4--,le ,napolitain4--,vol d'un lazzaroni4--,mon retour ,rome4--,mesdames de ,france1 tantes de ,louis ,,xvi4 ,tous les portraits que j'avais entrepris ,naples tant finis1 je retournai ,rome2 mais peine y tais-je arrive1 que la reine de ,naples s'y arrta en revenant de ,vienne4 ,comme je me trouvais sur son passage dans la foule1 elle m'aperut1 vint moi1 et me pria avec toute la grce imaginable de revenir ,naples pour y faire son portrait4 ,il me fut impossible de refuser1 et je ne tardai pas me remettre en route4 ,ce qui me consolait de toutes ces alles et venues1 c'est qu'il me restait encore voir plusieurs choses curieuses dans ce beau pays4 ,le chevalier ,hamilton se plaisait m'en faire les honneurs4 ,et ds que je fus de retour1 il s'empressa de me conduire la fte de la madone de l',arca1 qui par son originalit se distingue de toutes les ftes de village4 ,la place de l'glise tait couverte de marchands de gteaux ou d'images de la ,vierge et de groupes d'habitans1 venus des cantons voisins1 dont les divers costumes taient richement brods d'or4 ,tous portaient des thyrses en haut desquels tait place l'image de la madone1 ce qui rappelait les ftes antiques4 ,toutefois1 cette foule1 au lieu de nous donner le spectacle d'une bacchanale1 entra dvotement dans l'glise pour y entendre la messe4 ,le chevalier ,hamilton1 madame ,hart et moi1 nous tions placs prs d'une petite chapelle o se voyait un tableau de la ,vierge1 noir comme de l'encre4 ,de minute en minute1 des paysans et des paysannes venaient s'agenouiller devant cette ,vierge1 et solliciter quelque faveur ou rendre grce pour celles qu'ils avaient reues4 ,ils exprimaient tous leurs voeux d'une voix si haute1 que nous entendions les demandes de chacun4 ,nous vmes d'abord un homme beau comme une statue grecque1 le cou nu1 qui remerciait la ,vierge d'avoir guri son enfant4 ,il avait plac cet enfant sur l'autel en face du tableau2 quand il eut fini sa prire1 il le reprit et partit heureux4 ,aprs lui1 vint une femme qui grondait avec fureur la madone de ce que son mari la maltraitait4 ,j'touffais de rire2 mais le chevalier me dit de tout faire pour me contraindre1 qu'autrement je serais fort maltraite moi-mme4 ,il vint ensuite deux jeunes filles1 qui se mirent genoux en demandant des maris4 ,enfin1 les solliciteurs se succdrent pendant une heure de la manire la plus plaisante4 ,ds que chacun d'eux avait parl1 on sonnait du milieu de l'glise une clochette qui leur annonait vraisemblablement que la prire tait exauce2 car ils s'en allaient tous l'air content4 ,aprs la messe1 toutes ces bonnes gens se runirent sur la place de l'glise pour y danser la tarentelle2 c'est l seulement qu'on peut prendre l'ide de cette danse3 ce que j'avais vu jusqu'alors n'en tait qu'une faible copie4 ,ils commencent par former de grands ronds au milieu desquels la tarentelle se danse1 au bruit du tambour de basque et de longues guitares trois cordes dont ils tirent des sons vifs et harmonieux4 ,on ne saurait dcrire ni l'activit1 ni l'expression d'amour1 qu'offrent tous leurs mouvemens2 aucune danse ne ressemble cela4 ,nous restmes jusqu' la fin de la fte1 et nous vmes1 en retournant ,naples1 les hauteurs couvertes de femmes1 dont les unes jouaient du tambour de basque et les autres dansaient le thyrse la main3 c'tait un spectacle charmant4 ,j'assistai aussi une autre fte beaucoup plus clbre que celle dont je viens de parler2 c'est la fte du ,pied de ,grotte4 ,elle est ainsi nomme d'aprs la tradition qui raconte qu'un jour un ermite1 retir au fond de cette grotte1 eut une vision dans laquelle la ,vierge lui apparut et lui ordonna de faire btir une chapelle dans cet endroit4 ,le prtre en ayant instruit les habitans du canton1 la chapelle fut aussitt btie2 et tous les ans la famille royale s'y rend en grande crmonie pour y faire sa prire4 ,les chevau-lgers1 le rgiment de la reine1 celui du roi1 enfin toutes les troupes1 s'y trouvent rassembles1 ainsi que toute la noblesse en grand gala1 et une multitude prodigieuse de gens du peuple4 ,les cochers qui mnent la famille royale sont coiffs de perruques trois marteaux1 ou la ,louis ,,xiv4 ,cette fte est tellement en vnration1 que les habitans des petits pays dpendans du royaume de ,naples1 font mettre sur les contrats de mariage que l'on mnera leurs filles une fois la fte de la ,vierge du ,pied de ,grotte4 ,j'allai voir1 avec ,m4 ,amaury ,duval et ,m4 ,sacaut#ab1 la ,solfatare1 qui est encore brlante4 ,c'tait au mois de juin1 en sorte que le soleil dardait sur notre tte1 tandis que nous marchions sur du feu4 ,de ma vie je n'ai autant souffert de la chaleur4 ,pour comble de malheur1 j'avais ma fille avec moi2 je la couvrais de ma robe1 mais ce secours tait si faible1 que je tremblais chaque instant de la voir tomber sans connaissance4 ,elle me dit plusieurs fois3 ,maman1 on peut mourir de chaud1 n'est-ce pas8 ,alors1 ,dieu sait si j'tais au dsespoir de l'avoir emmene4 ,enfin1 nous apermes sur la hauteur une espce de chaumire1 dans laquelle il nous fut permis1 grce au ciel1 de nous reposer4 ,la chaleur nous avait tellement suffoqus1 qu'aucun de nous ne pouvait ni agir1 ni parler4 ,au bout d'un quart d'heure1 ,m4 ,duval se rappela qu'il avait une orange dans sa poche1 ce qui nous fit pousser un cri de joie2 car cette orange tait la manne dans le dsert4 ,quand nous fmes tout--fait remis1 nous descendmes ,pouzol4 ,c'tait un dimanche1 les habitans taient en habits de fte2 je me rappelle encore un jeune homme1 les cheveux boucls et tellement poudrs1 que son norme catogan avait blanchi son habit de taffetas bleu de ciel2 sa veste tait couleur de rose fane2 il portait un gros bouquet sa boutonnire2 enfin1 c'tait tout--fait le beau ,landre de la parade franaise1 et il avait un air si important1 si content de lui-mme1 qu'il me fit beaucoup rire4 ,nous traversmes toute la ville pour aller dner au bord de la mer1 o l'on nous servit d'excellens poissons4 ,l'amphithtre de ,pouzol1 quoiqu'il soit en ruines1 est encore fort curieux voir4 ,il y reste quelques gradins placs en face de la mer1 devant de grands rochers creux1 et l'on prtend que c'tait dans ces antres que les acteurs anciens jouaient les tragdies avec des masques caractristiques et des porte-voix4 ,aprs le dner1 nous prmes une barque qui nous conduisit au promontoire de ,mysne4 ,l1 nous foulions aux pieds des morceaux briss des marbres les plus prcieux2 car ,mysne a t dtruite de fond en comble par les ,lombards et les ,sarrazins3 il n'y reste que le grand souvenir de ,pline4 ,que de lieux de dlices ne sont plus maintenant que des lieux de mort6 ,bayes6 si renomm chez les ,romains qui venaient y prendre les eaux1 ,bayes n'est plus qu'un amas de ruines informes sur lesquelles plane un air infect2 aussi le rivage de cette mer est-il dsert4 ,on voit encore ,bayes les restes de trois temples1 celui de ,vnus1 de ,mercure et de ,diane1 dont les eaux du lac ,averne couvrent aujourd'hui les soubassemens4 ,mais il ne reste pas mme de vestiges de ces palais magnifiques1 de ces belles terrasses3 la mer a tout englouti4 ,sitt que j'avais t de retour ,naples1 j'avais commenc le portrait de la reine2 bien loin qu'il m'arrivt le mme inconvnient qu'avec ,pasiello1 il faisait alors si cruellement chaud1 qu'un jour qu'elle me donnait sance1 nous nous endormmes toutes deux4 ,je prenais plaisir faire ce portrait4 ,la reine de ,naples1 sans tre aussi jolie que sa soeur cadette1 la reine de ,france1 me la rappelait beaucoup2 son visage tait fatigu1 mais l'on pouvait encore juger qu'elle avait t belle2 ses mains et ses bras surtout taient la perfection pour la forme et pour le ton de la couleur des chairs4 ,cette princesse1 dont on a dit et crit tant de mal1 tait d'un naturel affectueux et trs simple dans son intrieur2 sa gnrosit tait vraiment royale3 le marquis de ,bombelles1 ambassadeur ,venise en #agij1 fut le seul ambassadeur franais qui refusa de prter serment la ,constitution2 la reine ayant appris que1 par cette conduite noble et courageuse1 ,m4 de ,bombelles1 pre d'une famille nombreuse1 tait rduit la position la plus cruelle1 lui crivit de sa propre main une lettre de flicitation4 ,elle ajoutait que tous les souverains devant se regarder comme solidaires en reconnaissance pour les sujets fidles1 elle le priait d'accepter une pension de douze mille francs#ac4 ,outre ce trait1 j'en connais plusieurs autres qui font honneur son coeur3 elle aimait soulager la misre1 elle ne craignait pas de monter au cinquime tage pour secourir des malheureux1 et j'ai su positivement que ses bienfaits ont sauv de la prison1 de la mort peut-tre1 une mre de famille et quatre enfans dont le pre venait de faire banqueroute4 ,voil cette soi-disant mgre contre qui1 sous ,bonaparte1 on exposait1 dans les rues de ,paris1 les gravures les plus infmes et les plus obscnes4 ,il fallait bien la calomnier1 on voulait sa couronne4 ,on sait qu'elle fut trahie par ceux mmes qu'elle avait toujours honors de son amiti et de sa confiance4 ,la femme qu'elle affectionnait le plus correspondait avec le conqurant qui parvint enfin1 par de viles menes1 dtrner la soeur de ,marie-,antoinette1 pour mettre sa place madame ,murat4 ,la reine de ,naples avait un grand caractre et beaucoup d'esprit4 ,elle seule portait tout le fardeau du gouvernement4 ,le roi ne voulait point rgner2 il restait presque toujours ,caserte1 occup de manufactures1 dont les ouvrires1 disait-on1 lui composaient un srail4 ,la reine ayant appris que je m'apprtais retourner ,rome1 me fit demander1 et me dit3 ,j'ai bien du regret que ,naples ne puisse vous retenir4 ,alors elle m'offrit son petit cazin au bord de la mer1 si je voulais rester2 mais je brlais de revoir encore ,rome1 et je refusai avec toute la reconnaissance que m'inspirait tant de bont4 ,enfin1 aprs qu'elle m'eut fait payer magnifiquement1 lorsque j'allai prendre un dernier cong1 elle me remit une belle bote de vieux laque qui renfermait son chiffre entour de trs beaux brillans4 ,ce chiffre vaut dix mille francs2 mais je le garderai toute ma vie4 ,tout magnifique que soit le pays que j'allais quitter1 il n'aurait pas t dans mon got d'y passer ma vie4 ,selon moi1 ,naples doit tre vue comme une lanterne magique ravissante1 mais pour y fixer ses jours1 il faut s'tre fait l'ide1 il faut avoir vaincu l'effroi qu'inspirent les volcans2 quand on songe que tout ce qui habite les lieux d'alentour vit dans l'attente ou d'une ruption1 ou d'un tremblement de terre1 sans parler de la peste1 qui pendant les chaleurs existe deux ou trois lieues de l4 ,en outre1 les lacs o l'on met rouir le lin produisent un air infect qui donne aux habitans de ces belles campagnes la fivre et la mort4 ,tous ces inconvniens sont graves1 on en conviendra2 mais aussi1 s'ils n'existaient pas1 qui ne voudrait habiter ce dlicieux climat8 ,le chevalier ,hamilton1 qui1 depuis prs de vingt ans1 tait ambassadeur d',angleterre ,naples1 connaissait parfaitement les moeurs et les usages de la haute socit de cette ville4 ,ce qu'il m'en rapportait1 je l'avoue1 tait peu favorable la noblesse napolitaine1 mais1 depuis cette poque1 sans douter1 tout a beaucoup chang4 ,il me contait sur les plus grandes dames mille histoires1 que je m'abstiens de rpter1 comme trop scandaleuses4 ,selon lui1 les ,napolitaines taient d'une ignorance surprenante2 elles ne lisaient rien1 quoiqu'elles fissent semblant de lire2 car un jour tant arriv chez l'une d'elles1 et lui trouvant un livre la main1 il reconnut1 en s'approchant1 que la dame tenait ce livre sens dessus dessous4 ,prives de toute espce d'instruction1 plusieurs d'entre elles1 selon lui1 ne savaient pas qu'il existt un autre pays que ,naples1 et leur unique occupation tait l'amour qui1 pour elles1 changeait souvent d'objet4 ,ce dont j'ai pu juger par moi-mme1 c'est que les dames napolitaines gesticulent beaucoup en parlant4 ,elles ne font d'autre exercice que celui de se promener en voiture1 jamais pied4 ,tous les soirs elles sont au spectacle et reoivent leurs visites dans leur loge2 comme elles n'coutent que l'aria1 c'est l que s'tablissent les conversations d'une manire beaucoup moins confortable1 selon moi1 que dans un salon4 ,les gens de la basse classe1 ,naples1 poussent au dernier degr l'exagration dans leurs cris et dans leurs gestes4 ,j'ai vu un jour passer sous mes fentres1 ,chiaja1 l'enterrement d'un homme du peuple1 que suivaient les amis et connaissances du mort2 hommes et femmes gmissaient de la faon la plus lamentable4 ,une femme surtout 7c'tait la veuve7 poussait des cris affreux en se tordant les bras4 ,un pareil dsespoir me faisait peur et piti2 mais on m'assura que ces cheveux pars et ces hurlemens taient d'usage4 ,un enterrement bien plus touchant que j'ai vu la ,torre del ,greco1 c'tait celui d'un jeune enfant que l'on portait dans sa bierre1 trs par et le visage dcouvert2 on lui jetait des fleurs et des drages des fentres sous lesquelles il passait1 et je ne puis dire combien ce spectacle serrait le coeur4 ,si l'on veut juger toute l'expression des visages napolitains1 il faut aller sur le chemin qui conduit l'glise de ,saint-,janvier1 le jour que s'opre le miracle de la sainte ampoule4 ,les habitans de ,naples et des environs se rendent en foule sur ce chemin1 o les voitures stationnent droite et les pitons gauche4 ,le dsir1 l'impatience1 se peignaient d'une manire si trange sur tous ces visages1 attendu que le miracle tardait un peu1 qu'il m'en prenait envie de rire1 quand heureusement on vint me dire de rester calme1 si je ne voulais pas me faire lapider par la multitude4 ,enfin le miracle s'opre2 il est annonc2 alors on ne voit plus une figure qui ne peigne la joie1 le ravissement avec une telle vivacit1 une telle vhmence1 qu'il est impossible de dcrire ce tableau4 ,la partie de la population napolitaine la plus curieuse observer1 ce sont les lazzaroni4 ,ces gens ont simplifi la vie1 au point de se passer de logement et presque de nourriture2 car ils n'ont d'autre habitation que les marches des glises1 et leur frugalit gale leur paresse1 ce qui n'est pas peu dire4 ,on les trouve tendus l'ombre des murs ou sur les bords de la mer4 peine sont-ils vtus1 et leurs enfans sont tous nus jusqu' l'ge de douze ans4 ,j'tais d'abord un peu scandalise et fort effraye de les voir jouer ainsi sur le quai de ,chiaja1 o passent continuellement des voitures2 car ce chemin est la promenade accoutume de tout le monde ,naples1 et mme celle des princesses4 ,la misre des lazzaroni ne les porte pas se faire voleurs2 ils sont peut-tre trop paresseux pour cela1 surtout ayant besoin de si peu de chose pour vivre4 ,la plupart des vols se commettent ,naples par les domestiques de louage1 qui sont1 en gnral1 de forts mauvais sujets1 le rebut de toutes les grandes villes des diffrentes nations4 ,je n'ai entendu parler1 pendant mon sjour1 que d'un seul vol1 commis par un lazzaroni1 et l'on peut dire qu'il porte un caractre de retenue qui quivaut l'innocence4 ,le baron de ,salis1 un jour qu'il donnait un grand dner1 se rendait sa cuisine2 comme il descendait doucement l'escalier1 il s'arrta la vue d'un homme qui1 se croyant seul1 s'approche du pot-au-feu1 y prend un morceau de boeuf et l'emporte4 ,le baron s'tait content de le suivre des yeux2 car toute son argenterie tait tale sur une table2 le lazzaroni l'avait trs bien vue1 et pourtant le pauvre homme bornait son larcin au morceau de boeuf qu'il emportait4 ,je fis mes adieux cette belle mer de ,naples1 ce charmant coteau de ,pausilippe1 ce terrible ,vsuve1 et je partis pour revoir une troisime fois ma chre ,rome1 et pour admirer encore ,raphal dans toute sa gloire4 ,l j'entrepris de nouveau un grand nombre de portraits1 ce qui me satisfaisait mdiocrement1 dire vrai4 ,j'avais regrett ,naples1 et je regrettais surtout ,rome de ne pas employer mon temps faire quelques tableaux dont les sujets m'inspiraient4 ,on m'avait nomm membre de toutes les acadmies de l',italie1 ce qui m'encourageait mriter des distinctions aussi flatteuses1 et je n'allais rien laisser dans ce beau pays qui pt ajouter beaucoup ma rputation4 ,ces ides me revenaient souvent en tte2 j'ai plus d'une esquisse dans mon portefeuille1 qui pourraient en fournir la preuve2 mais1 tantt le besoin de gagner de l'argent1 puisqu'il ne me restait pas un sou de tout ce que j'avais gagn en ,france2 tantt la faiblesse de mon caractre1 me faisait prendre des engagemens1 et je me schais la portraiture4 ,il en rsulte qu'aprs avoir dvou ma jeunesse au travail1 avec une constance1 une assiduit1 assez rares dans une femme1 aimant mon art autant que ma vie1 je puis peine compter quatre ouvrages 7portraits compris7 dont je sois rellement contente4 ,plusieurs des portraits que je fis nanmoins pendant mon dernier sjour ,rome me procurrent quelques satisfactions1 entre autres1 celle de revoir ,mesdames de ,france1 tantes de ,louis ,,xvi1 qui1 ds qu'elles furent arrives1 me firent venir et me demandrent de les peindre4 ,je n'ignorais pas qu'une femme artiste1 qui s'est toujours montre mon ennemie1 je ne sais pourquoi1 avait essay1 par tous les moyens imaginables1 de me noircir dans l'esprit de ces princesses2 mais l'extrme bont avec laquelle elles me traitrent m'assura bientt du peu d'effet qu'avaient produit ces viles calomnies4 ,je commenai par faire le portrait de madame ,adlade2 je fis ensuite celui de madame ,victoire4 ,cette princesse1 en me donnant sa dernire sance1 me dit3 ,je reois une nouvelle qui me comble de joie2 car j'apprends que le roi est parvenu sortir de ,france1 et je viens de lui crire1 en mettant seulement sur l'adresse3 ,sa ,majest le roi de ,france4 ,on saura bien le trouver1 ajouta-t-elle en souriant4 ,je rentrai chez moi bien contente1 et j'annonai cette heureuse nouvelle la gouvernante de ma fille1 qui pensait comme moi2 mais dans la soire nous entendmes chanter mon domestique1 homme trs morose1 qui ne chantait jamais1 et que nous connaissions pour tre rvolutionnaire4 ,nous nous disons aussitt3 ,il est arriv quelque malheur au roi6 ce qui ne nous fut que trop confirm le lendemain1 quand nous apprmes l'arrestation ,varennes1 et le retour ,paris4 ,la plupart de nos domestiques taient vendus aux jacobins pour nous pier1 ce qui peut expliquer comment ils taient mieux instruits que nous de tout ce qui se passait en ,france2 d'ailleurs beaucoup d'entre eux allaient attendre l'arrive du courrier1 qui leur en disait beaucoup plus que nous n'en apprenions par nos lettres4 ,,chapitre ,,viii4 ,je quitte ,rome4--,la cascade de ,terni4--,le cabinet de ,fontana ,florence4--,sienne4--,sa cathdrale4--,parme4--,ma sibylle4--,mantoue4--,jules ,romain4 ,je quittai ,rome le #ad avril #agib4 ,en montant en voiture1 je pleurais amrement4 ,j'enviais le sort de tous ceux qui restaient1 et sur la route1 je ne pouvais rencontrer des voyageurs sans m'crier3 ,ils sont bien heureux ceux-ci1 ils vont ,rome6 ,j'allai coucher le premier jour ,civita-,castellana4 ,en sortant de cette ville1 le lendemain1 nous vmes de superbes rochers1 puis nous entrmes dans des gorges de montagnes o nous marchions au milieu des prcipices2 en tout1 ce pays me parut le plus triste du monde4 ,il n'en fut pas de mme du chemin qui conduit ,narni2 ce chemin est dlicieux1 des vallons remplis de vignes en berceaux1 des haies de gents et de chvre-feuilles en fleurs2 tout cela rjouissait les yeux4 ,plus loin1 la vrit1 nous retrouvmes des montagnes de l'aspect le plus austre et le plus sauvage1 dont les cyprs et quelques vieux pins font le principal ornement4 ,ces rochers nous envelopprent jusqu' ,narni2 mais peine a-t-on travers cette ville1 dont l'aspect est trs pittoresque1 que l'on jouit du plus magnifique coup d'oeil4 ,la scne a compltement chang3 la route plonge sur la plus belle et la plus riche valle1 o s'tend perte de vue une rivire borde de peupliers2 de la hauteur o nous tions1 cette rivire semblait un petit ruisseau argent1 tant l'espace travers lequel elle serpente est immense4 ,des monts lointains terminent l'horizon2 le soleil couchant clairait leurs cimes1 ce qui produisait un effet enchanteur4 ,nous passmes devant trois grandes croix noires qui se dtachaient sur le fond dont je parle1 et dont l'immensit donnait ces monumens religieux un tel caractre1 qu'ils me firent prouver une sensation indicible4 ,la seule chose que je puisse regretter1 aprs avoir parcouru cette belle route1 c'est de n'avoir pas vu le pont d',auguste1 que mon voiturin1 trs mauvais cicerone1 ngligea de me faire remarquer4 ,nous ctoymes cette superbe valle jusqu' ,terni1 o nous couchmes1 et le lendemain matin1 quoique le temps ft trs couvert1 je voulus gravir la montagne pour aller voir la fameuse cascade4 ,je partis avec ma fille1 deux nes1 ,germain1 et deux petits bonshommes qui nous montraient le chemin4 ,brunette1 une baguette la main1 ne cessait de fouetter son ne et le mien1 en sorte que1 perant le brouillard du matin1 nous ne tardmes pas arriver sur le plateau qui mne la cascade4 ,l nous nous reposmes sur un beau gazon enrichi de fleurs et d'arbres divers4 ,une seule petite maison1 un troupeau1 un berger1 c'est tout ce que nous trouvmes dans ce lieu charmant1 o l'on respire l'air le plus pur en jouissant de la plus belle vue du monde4 ,j'aurais bien dsir avoir l ma chaumire2 je m'y plaisais tant6 ,il n'en fallut pas moins continuer notre chemin pour aller voir la cascade4 ,en traversant une roche coupe1 nous approchmes de ce large torrent dont la chute est si imposante2 ensuite nous entrmes dans un petit pavillon carr pour voir sous un autre aspect cette masse d'eau qui tombe bouillonnante1 et dont la vapeur nous environnait4 ,ensuite nous descendmes dans la grotte antique o jadis passait la cascade4 ,on ne peut rien voir d'aussi curieux que les diffrentes ptrifications qui s'y trouvent2 elles ressemblent en grand celles que l'on observe ,tivoli4 ,je dessinai l'entre si pittoresque de cette grotte1 et je m'emparai de quelques petits morceaux ptrifis4 ,ma curiosit sur la cascade n'tant pas encore satisfaite1 et le temps se trouvant favorable1 car le soleil commenait percer les nuages1 je descendis au bord de la rivire1 forme par cet norme torrent1 pour jouir d'un point de vue dont mon imagination s'tait flatte2 j'esprais voir en face la chute d'eau1 mais je ne la vis qu'en partie4 ,il est vrai que j'en fus ddommage par le spectacle qu'offre cette grande nappe du bas1 et le chemin qui y conduit4 gauche taient des rochers orns et nuancs par mille arbustes en fleurs2 droite1 sur la rivire courante1 de petites les garnies d'arbres lgers1 qui forment des bocages charmans4 ,toutes ces les sont spares par des cascades multiplies1 dont l'eau ruisselait et brillait comme des diamans au soleil1 qui avait alors tout son clat4 ,il tait midi1 et la chaleur tait si forte que1 lorsqu'il nous fallut remonter les rochers pour aller retrouver nos nes1 que nous avions laisss trois milles de l1 j'tais anantie de fatigue4 ,brunette n'en pouvait plus2 enfin nous parvnmes rejoindre nos montures qui nous rapportrent ,terni pour dner4 ,les campagnes de ,terni sont riches et belles1 la ville est bien btie2 mais1 soit dans les glises1 soit ailleurs1 je n'ai rien trouv de bien remarquable1 sinon les restes des fondations d'un grand temple antique4 ,je ne restai qu'un jour ,terni4 ,le lendemain1 nous passmes la ,somma1 une des plus hautes montagnes des ,apennins4 ,je me rappelle qu'en la descendant1 nous vmes dans une tour1 prs du chemin1 plusieurs bergres qui chantaient en choeur une musique suave et dlicieuse2 ces bonnes fortunes ne sont pas rares en ,italie4 ,le soir j'arrivai ,spolte1 et j'allai voir le lendemain l',adoration des ,rois1 grande composition de ,raphal3 ce tableau1 n'tant pas termin1 indique parfaitement la mthode du divin matre3 ,raphal peignait d'abord les ttes et les mains2 quant ses draperies1 il en essayait d'abord les tons avant de les terminer4 ,on voit sur la montagne1 ,spolte1 le temple de la ,concorde1 dont les beaux fragmens antiques sont arrangs avec symtrie les uns sur les autres4 ,les colonnes1 leurs chapiteaux1 sont du plus beau travail grec4 ,on voit aussi dans cette ville un superbe aqueduc d'une hauteur immense4 ,aprs ,spolte1 nous allmes ,trvi1 ,ctri1 puis nous nous arrtmes ,foligno4 ,l1 je trouvai encore un tableau de ,raphal1 un des plus beaux et des plus originaux qu'il ait faits2 il reprsente la ,vierge sur des nuages1 tenant l'enfant ,jsus dans ses bras4 ,l'enfant est plein de navet et semble en relief2 la ,vierge est d'une noblesse du plus grand style2 le saint ,jean1 le cardinal plac gauche1 sont peints tout--fait dans le genre de ,vandick1 et les autres figures sont aussi d'une grande vrit4 ,comme j'arrivais ,perruge1 qui est une belle et clbre ville1 o il reste quelques fortifications et quelques tombeaux antiques1 on me dcida aller voir le combat d'un taureau contre des chiens4 ,ce spectacle1 qui n'a lieu que tous les cinq ou six ans en mmoire d'une sainte1 se donne dans une espce d'arne1 la manire des anciens2 je puis dire qu'il ne me rjouit pas du tout4 ,en sortant de ,perruge1 on trouve des campagnes charmantes1 que nous traversmes pour aller dner en face du lac ,trasimne2 puis1 nous allmes ,cise1 o l'on voit sur la montagne une grande forteresse surmonte d'une tour1 et plus haut encore1 tout--fait sur la cime1 une abbaye2 enfin1 la ,combuccia1 ,arezzo1 ,levane et ,pietre-,fonte1 pour arriver ,florence4 ,ce fut pour moi une grande jouissance1 ds que je me retrouvai dans cette ville1 d'aller revoir tant de chefs-d'oeuvre auxquels je n'avais pu donner qu'un coup d'oeil en passant pour aller ,rome4 ,j'entrepris aussitt une copie du portrait de ,raphal1 que je fis avec amour1 comme disent les ,italiens1 et qui depuis1 n'a jamais quitt mon atelier4 ,un souvenir de ,florence qui m'a poursuivie bien long-temps1 est celui de la visite que je fis alors au clbre ,fontana4 ,ce grand anatomiste1 comme on sait1 avait imagin de reprsenter jusque dans les moindres dtails1 l'intrieur du corps humain1 dont toutes les parties sont si ingnieuses et si sublimes4 ,il me fit voir son cabinet1 qui tait rempli de pices d'anatomie1 faites en cire couleur de chair4 ,ce que j'observai d'abord avec admiration1 ce sont tous les ligamens presque imperceptibles qui entourent notre oeil1 et une foule d'autres dtails particulirement utiles notre conservation ou notre intelligence4 ,il est bien impossible de considrer la structure du corps de l'homme1 sans tre persuad de l'existence d'une divinit4 ,quoi que aient os dire quelques misrables philosophes1 dans le cabinet de ,m4 ,fontana il faut croire et se prosterner4 ,jusqu'ici je n'avais rien vu qui m'et fait prouver une sensation pnible2 mais1 comme je remarquais une femme couche de grandeur naturelle1 qui faisait vritablement illusion1 ,fontana me dit de m'approcher de cette figure1 puis1 levant une espce de couvercle1 il offrit mes regards tous les intestins1 tourns comme sont les ntres4 ,cette vue me fit une telle impression1 que je me sentis prs de me trouver mal4 ,pendant plusieurs jours1 il me fut impossible de m'en distraire1 au point que je ne pouvais voir une personne sans la dpouiller mentalement de ses habits et de sa peau1 ce qui me mettait dans un tat nerveux dplorable4 ,quand je revis ,m4 ,fontana1 je lui demandai ses conseils pour me dlivrer de l'importune susceptibilit de mes organes4--,j'entends trop1 lui dis-je1 je vois trop et je sens tout d'une lieue4--,ce que vous regardez comme une faiblesse1 me rpondit-il1 c'est votre force et c'est votre talent2 d'ailleurs1 si vous voulez diminuer les inconvniens de cette susceptibilit1 ne peignez plus4 ,on croira sans peine que je ne fus pas tente de suivre son conseil2 peindre et vivre n'a jamais t qu'un pour moi1 et j'ai bien souvent rendu grce la ,providence de m'avoir donn cette vue excellente1 dont je m'avisais de me plaindre comme une sotte au clbre anatomiste4 ,de ,florence1 je me rendis ,sienne1 et je n'ai jamais oubli la charmante soire que j'ai passe en arrivant dans cette ville1 o je ne suis reste que trs peu de temps4 ,mon habitude a toujours t1 ds que je descends dans une auberge1 et que j'ai command mon souper1 d'aller faire une petite course pied1 qui me dlasse de la voiture4 ,le soleil allait se coucher quand je partis pour me promener dans les environs de ,sienne1 et pour reconnatre les lieux4 ,assez prs de mon auberge1 j'aperois une porte ouverte1 qui me laisse voir un enclos et un assez grand canal2 je descends la marche de cette porte1 et je m'assieds dessus pour respirer la fracheur1 dont j'avais grand besoin4 ,l1 j'entendis bientt un concert nature1 que les ntres sont bien loin d'galer4 ,divers bruits harmonieux me beraient dlicieusement2 gauche1 c'tait celui de la cascade qui alimentait le canal2 puis un lger vent agitait les branches des normes peupliers plants sur le bord de l'eau2 et mille oiseaux par leurs chants1 faisaient leurs adieux au jour4 ,une pluie fine se mit tomber petit bruit sur les feuilles2 mais bien loin qu'elle me ft dloger1 elle me sembla si bien d'ensemble avec toute cette douce musique1 que1 pendant plus de deux heures1 j'oubliai mon souper4 ,la fille de l'auberge1 aprs m'avoir cherche long-temps1 finit par me trouver l1 et vint m'arracher mes jouissances4 ,si les propritaires de ce bel enclos lisent par hasard ceci1 et qu'ils reconnaissent les lieux1 je les remercie aujourd'hui du plaisir qu'ils m'ont procur leur insu4 ,le lendemain je fis quelques courses dans la ville1 qui est trs belle et trs bien situe1 sur une hauteur4 ,on y voit des palais et des maisons gothiques2 entre autres la maison de sainte ,catherine et celle de je ne sais quel saint4 ,l'htel-de-ville renferme des peintures antiques2 les ,augustins1 une fort belle bibliothque1 et la superbe glise btie par ,vauvitelli1 o se trouvent des tableaux de ,romanelli1 de ,carlo ,maratte et de ,pietre ,prugin2 mais ce qu'on peut admirer avant tout1 c'est la cathdrale4 ,cette belle glise est gothique1 extrmement vaste1 et revtue de marbre en dedans et en dehors4 ,sa vote est couleur d'azur1 parseme d'toiles d'or2 les vitres du haut sont toutes peintes1 et le pav mme est remarquable en ce que les sujets de l',ancien-,testament y sont tracs4 ,elle est orne par douze statues en marbre1 reprsentant les douze aptres1 par de belles fresques1 par des tableaux du ,calabrse1 du ,prugin1 etc41 et plusieurs des chapelles ont t dcores par le ,bernin4 ,ds que je fus revenue ,parme1 o je n'avais pass que trs peu de jours1 en allant ,rome1 on m'y reut de l',acadmie1 qui je donnai une petite tte que je venais de faire d'aprs ma fille4 ,dans la mme semaine j'prouvai aussi dans cette ville une satisfaction non moins vive4 ,j'emportais avec moi le tableau de la ,sibylle que j'avais fait ,naples1 d'aprs lady ,hamilton2 mon projet tait de le rapporter en ,france1 o je comptais alors rentrer bientt4 ,comme ce tableau tait encore frachement peint1 en arrivant ,parme1 pour qu'il ne jaunisse pas1 je le mis au jour sous chssis1 attach seulement dans l'une de mes chambres4 ,un matin1 j'tais faire ma toilette quand on m'annona que sept huit lves peintres venaient me faire une visite4 ,on les fit entrer dans la chambre o se trouvait place ma ,sibylle1 et quelques minutes aprs j'allai les y recevoir4 ,aprs m'avoir parl de tout le dsir qu'ils avaient eu de me connatre1 ils me dirent qu'ils seraient heureux de voir quelques-uns de mes ouvrages4--,voici un tableau que je viens de finir1 rpondis-je en montrant la ,sibylle4 ,tous tmoignrent d'abord une surprise bien plus flatteuse que n'auraient pu l'tre des paroles2 plusieurs s'crirent qu'ils avaient cru ce tableau fait par un des matres de leur cole1 et l'un d'eux se jeta mes pieds1 les larmes aux yeux4 ,je fus d'autant plus touche1 d'autant plus contente de cette preuve1 que ma ,sibylle a toujours t un de mes ouvrages de prdilection4 ,les lecteurs1 en lisant ce rcit1 m'accusent peut-tre de vanit3 je les supplie de rflchir qu'un artiste travaille toute sa vie pour avoir deux ou trois momens pareils celui dont je parle4 ,je restai quelques jours ,parme pour revoir les glises1 la bibliothque1 le thtre1 qui est bti par ,vignola1 et rappelle tout--fait l'antique2 c'est grand dommage qu'il n'ait pas t plus soign2 quoiqu'il soit immense1 il ne s'y perd pas un son4 ,je vis l des danseurs qu'on devrait appeler des tourneurs2 car ils ne faisaient pas un seul pas1 et ne cessrent de tourner comme des tontons4 ,je visitai aussi tous les palais qu'on me dit renfermer des objets d'arts2 dans l'un d'eux1 je ne sais lequel1 je vis des plafonds d',allegrini admirables4 ,je ne pouvais contempler tant de belles collections particulires1 sans regretter que ce beau luxe1 ce luxe de si bon got1 n'existt point en ,france4 ,on peut peine compter ,paris trois ou quatre cabinets d'amateurs1 et combien encore diffrent-ils de ceux des seigneurs italiens6 ,je quittai ,parme le #a;er juillet #agib2 la nature alors tait dans toute sa beaut1 et ma sortie de la ville m'offrit le coup d'oeil de la plus belle campagne qu'on puisse voir4 ,sans doute le beau ciel de l',italie aide la magie du spectacle2 nanmoins1 ces prairies perte de vue1 parsemes d'arbres1 autour desquels la vigne grimpe en s'entrelaant2 ces mille ruisseaux serpentant dans de riches vallons que terminent de hautes montagnes ou des collines boises2 ce grand chemin bord de chnes1 qui souvent sont baigns par des canaux dont mille fleurs champtres ornent les bords2 tout cela ravirait sous quelque ciel que ce ft4 ,je voulus aller ,mantoue1 qui mritait bien une visite1 et comme patrie de ,virgile1 et comme ane du ,capitole1 car on prtend qu'elle a t btie par les trusques ou ,toscans1 trois cents ans avant la fondation de ,rome4 ,cette ville1 situe au milieu d'un lac form par le ,mincio1 est grande et belle4 ,sa magnifique cathdrale est de ,jules ,romain1 qui1 comme on sait1 tait la fois peintre1 architecte et sculpteur4 ,jules ,romain et le ,primatice ont enrichi ,mantoue de chefs-d'oeuvre en tout genre4 ,toutes les salles du palais ducal sont ornes par ces deux grands peintres et par ,gonzals4 ,ce palais est immense et l'un des plus riches que l'on puisse voir sous le rapport des arts4 ,on vous fait voir ,mantoue la maison de ,jules ,romain2 elle est situe en face du palais ,gonzals1 qui est construit aussi sur les dessins de ce clbre matre4 ,il y a ,mantoue une ,acadmie des beaux-arts et un muse de statues4 ,l'glise ,saint-,andr renferme plusieurs beaux monumens1 et la bibliothque de nombreux manuscrits4 ,le palais du ,t4 est aussi trs remarquable par les peintures fresque de ,jules ,romain et du ,primatice4 ,ces fresques reprsentent des sujets hroques et l'histoire de ,psych4 ,jules ,romain est mort ,mantoue en #aedf2 mais son nom vit encore avec toute sa gloire dans cette ville1 o il a laiss un plus grand nombre de chefs-d'oeuvre que partout ailleurs4 ,,chapitre ,,ix4 ,venise4--,m4 ,denon4--,le mariage du doge avec la mer4--,madame ,marini4--,les palais4--,le ,tintoret4--,paccherotti4--,improvisateu r4--,le cimetire4--,vicence4--,padoue4--,vrone4- -,les conversazione4 ,je brlais du dsir de voir ,venise1 o j'arrivai la veille de l',ascension4 ,quoi qu'il m'et t dit jusque alors sur l'aspect extraordinaire de cette ville1 mes yeux seuls m'en donnrent la juste ide1 et j'avoue qu'il me surprit autant qu'il me charma4 la premire vue on croit n'apercevoir qu'une ville submerge2 mais bientt ces superbes palais1 btis dans le style gothique1 dont ces beaux canaux baignent les murs1 offrent l'effet le plus grandiose et le plus ravissant par son originalit4 ,j'admirai beaucoup le pont du ,rialto qui est d'une seule arche de quatre-vingt-neuf pieds de longueur1 et je me souviens qu'en passant dessus1 je vis un pauvre homme1 bien vieux1 raclant sur un mauvais violon1 et faisant chanter un petit garon de cinq ou six ans qui sanglotait4 ,peut-tre ce pauvre enfant mourait-il de faim2 aussi je m'empressai de lui donner une petite somme2 car sous ce beau ciel et dans cette belle ville1 je voulais que tout le monde chantt gaiement4 ,de mme1 je fus quelque temps sans m'accoutumer cette quantit de barques noires qui remplacent les voitures1 et dans lesquelles on s'embarque et l'on dbarque continuellement la porte de toutes les maisons4 ,j'aurais voulu que leur couleur ft moins triste2 mais les ambassadeurs seuls ont des barques de toutes les couleurs4 ,m4 ,denon1 que j'avais connu ,paris1 ayant appris mon arrive1 vint me voir aussitt4 ,son esprit et ses connaissances dans les arts faisaient de lui le plus aimable cicerone1 et je me rjouis beaucoup de cette rencontre4 ,ds le lendemain1 jour de l',ascension1 il me conduisit sur le canal o se faisait le mariage du doge avec la mer4 ,le doge et tous les membres du snat taient sur un btiment dor en dedans et en dehors1 appel le ,bucentaure2 mille barques dont plusieurs portaient des musiciens1 l'entouraient4 ,le doge et les snateurs taient vtus de noir et coiffs de perruques blanches trois marteaux4 ,lorsque le ,bucentaure fut arriv au lieu fix pour la clbration du mariage1 le doge tira de son doigt un anneau qu'il jeta dans la mer1 et dans le mme instant1 mille coups de canon instruisirent la ville et ses environs de cet hymen solennel1 qui se termine par une messe4 ,une foule d'trangers assistaient cette crmonie4 ,je trouvai l1 entre autres1 le prince auguste d',angleterre1 ainsi que la charmante princesse ,joseph ,monaco1 qui s'apprtait alors retourner en ,france pour retrouver ses enfans1 et que j'ai revue ,venise pour la dernire fois4 ,le soir de la fte1 nous allmes voir la lutte des gondoliers4 ,on ne saurait se faire une ide de l'adresse et de l'activit de cette espce d'hommes2 c'est un spectacle fort amusant4 ,plus tard1 la place ,saint-,marc fut illumine ainsi que la foire qui l'entoure4 ,l'illumination et la foire ont lieu pendant quinze jours4 ,le lendemain1 ,m4 ,denon me prsenta son amie1 madame ,marini1 qui depuis a pous le comte ,albridgi4 ,elle tait aimable et spirituelle4 ,le soir mme1 elle me proposa de me mener au caf1 ce qui me surprit un peu1 ne connaissant pas l'usage du pays2 mais je le fus bien davantage quand elle me dit3 ,est-ce que vous n'avez point d'ami qui vous accompagne8 ,je rpondis que j'tais venue seule avec ma fille et sa gouvernante4 ,eh bien1 reprit-elle1 il faut au moins que vous ayez l'air d'avoir quelqu'un2 je vais vous cder ,m4 ,denon1 qui vous donnera le bras1 et moi je prendrai le bras d'une autre personne2 on me croira brouille avec lui1 et ce sera pour tout le temps que vous sjournerez ici2 car vous ne pouvez pas aller sans un ami4 ,tout trange qu'tait cet arrangement1 il me convint beaucoup1 puisqu'il me donnait pour guide un de nos ,franais les plus aimables1 non sous le rapport de la figure1 il est vrai1 car ,m4 ,denon1 mme trs jeune1 a toujours t fort laid1 ce qui1 dit-on1 ne l'a pas empch de plaire une grand nombre de jolies femmes4 ,quoi qu'il en soit1 mon ami me conduisit d'abord au palais pour y voir les chefs-d'oeuvre que ,venise possde1 et qui sont en grand nombre4 ,dans la plus grande salle des btimens de la confrrie1 on s'arrte avec dlice devant les belles pages fresques peintes par le ,tintoret4 ,le ,crucifiement surtout est admirable1 et ce n'est qu' ,venise qu'on peut apprcier ce grand peintre1 qui runit dans ses belles compositions le dessin1 la couleur et l'expression4 ,il faut aussi remarquer1 dans la premire salle1 la ,fuite en gypte3 le paysage en est superbe4 ,nous visitmes ensuite les glises1 qui sont remplies des plus beaux ouvrages du ,tintoret1 de ,paul ,vronse1 des ,bassan et du ,titien4 ,c'est dans l'glise de ,saint-,jean et ,saint-,paul1 qu'on voit le martyre de saint ,pierre1 compos de trois figures et de deux anges2 toutes ces figures sont pleines d'expression1 et le paysage est ravissant4 ,l'glise ,saint-,marc1 dont le lion est le symbole1 est du style gothique4 ,les arcs de la faade sont soutenus par une quantit de colonnes en marbre et en porphyre2 les chevaux dors1 si fameux1 ajoutent ces ornemens2 mais ces chevaux1 quoique antiques1 sont bien loin d'tre parfaits#ad4 ,quant l'intrieur de l'glise1 il est impossible de dtailler toutes les richesses qu'il renferme en tout genre2 ces votes d'or1 ces parois de jaspes1 de porphyre1 d'albtre1 de vert antique1 ces tableaux1 ces bas-reliefs1 font de ,saint-,marc un vritable trsor4 ,m4 ,denon me mena aussi chez un ancien snateur2 nous vmes l une belle ,dana du ,corrge1 sujet que ce peintre a rpt plusieurs fois1 et douze portraits au pastel de la ,rosalba1 qui sont admirables pour la couleur et la vrit4 ,ces portraits tant ceux de la famille du snateur1 n'ont jamais t dplacs1 et ils sont conservs tel point1 qu'ils ont encore toute leur fracheur4 ,un seul suffirait pour rendre un peintre clbre4 ,la socit que je frquentais le plus ,venise tait celle de l'ambassadrice d',espagne1 qui avait mille bonts pour moi4 ,elle me mena au spectacle pour le dbut d'une belle actrice ge de quinze ans au plus1 que son chant et surtout son expression1 rendaient tonnante4 ,j'assistai aussi au dernier concert que donnait ,paccherotti1 ce clbre chanteur1 modle de la grande et belle mthode italienne4 ,il avait encore tout son talent2 mais depuis le jour dont je parle1 il n'a jamais chant en public4 ,je puis dire nanmoins qu'aucune musique n'galait celle que j'ai entendue de mme ,venise dans une glise4 ,elle tait excute par des jeunes filles1 et ces chants si simples1 si harmonieux1 chants par des voix si belles et si fraches1 semblaient vraiment clestes2 les jeunes filles taient places dans des tribunes leves et grilles2 on ne pouvait les voir1 en sorte que cette musique venait du ciel1 chante par des anges4 ,aprs le concert de ,paccherotti1 on nous prvint qu'il y avait1 dans une salle prs du thtre1 un improvisateur fameux4 ,je n'en avais jamais entendu1 et cet homme me fit l'effet d'un nergumne2 il courait de long en large1 criant ses improvisations d'une telle force1 qu'il en suait grosse goutte2 il dbitait si vite outre cela1 que ma fille1 qui parlait fort bien l'italien1 n'entendait pas un mot4 ,il nous faisait peur1 tant il avait l'air furieux2 quant moi1 je le crus fou1 et tout son talent me parut se rduire une pantomime effrayante4 ,m4 ,denon1 ayant vu ma ,sibylle1 me pria instamment de la lui laisser exposer chez lui1 afin de la montrer ses connaissances4 ,il s'ensuivit que beaucoup d'trangers allrent voir ce tableau1 qui eut du succs ,venise1 ma vive satisfaction4 ,m4 ,denon m'avait aussi prie de faire le portrait de son amie1 madame ,marini1 et je pris grand plaisir peindre cette jolie femme1 attendu qu'elle avait infiniment de physionomie4 ,avant de quitter ,venise1 je voulus voir le fameux cimetire qui est situ aux environs de la ville4 ,un ami de ,m4 ,denon m'offrit de m'y conduire1 et nous convnmes de faire cette course au clair de lune4 ,le soir mme nous prmes une barque qui nous conduisit en face du cimetire des ,anglais4 ,celui-ci est fort simple2 les tombes sont de pierre ou de marbre blanc1 toutes debout4 ,la lune1 entoure de nuages1 cessait parfois de donner sa lumire1 et ces tombes alors paraissaient se mouvoir4 ,notre but principal tait d'entrer dans l'enceinte des tombeaux vnitiens1 dont la plupart datent de la fondation de ,venise2 mais1 hlas6 la porte tait ferme4 ,nous fmes une partie du tour de l'enceinte1 et nous emes le bonheur de trouver un pan de mur abattu4 ,nous profitmes aussitt des pierres tombes pour en former un escalier qui nous facilita l'entre de ce vaste sjour des morts4 ,l'aspect de ce lieu vnrable nous imposa le plus profond silence4 ,nous marchmes en tous sens travers ces tombes colossales dont nous ne pouvions apprcier les dtails la ple clart de la lune1 et quand nous emes vu tout ce qu'il nous tait possible de voir1 nous pensmes retourner ,venise2 mais il fallait pour cela retrouver notre brche4 ,pendant prs d'une heure nous la cherchmes inutilement4 ,aucune habitation n'est voisine du cimetire2 nous entendions seulement la cloche d'une glise assez lointaine1 dont le son tait fort mlancolique4 ,nous ne trouvions pourtant pas trs gai de rester l toute la nuit4 ,enfin j'aperus la brche1 et nous sortmes1 charms d'aller retrouver des vivans4 ,nous ne rencontrmes que deux soldats en faction1 qui nous laissrent passer sans crier qui vive6 ,ils nous prirent sans doute pour deux amans1 ce qui est toujours fort respect en ,italie4 ,nous nous htmes de rejoindre notre barque1 et nous ne rentrmes dans la ville qu' trois heures du matin4 ,j'ai conserv de ,venise un souvenir agrable1 quoique depuis j'y aie perdu trente-cinq mille francs2 voici comment3 j'avais plac sur sa banque mes conomies de ,rome et de ,naples1 que ma ngligence m'empcha de retirer temps4 ,m4 ,sacaut1 que j'avais connu ,naples secrtaire d'ambassade auprs du baron de ,talleyrand1 et qui sous la rpublique a t ministre de ,france ,florence1 avait la bont de s'occuper de mes affaires1 afin que je pusse me livrer entirement ma peinture2 comme il prvoyait mieux que moi ce qui devait bientt se passer en ,europe1 il ne cessait de me conseiller d'crire ,venise pour retirer mes fonds4 ,bah6 lui disais-je1 des rpublicains n'attaqueront pas une rpublique4 ,il vint un matin1 entre autres1 comme il se trouvait sur ma table plusieurs lettres que je venais d'crire pour ,paris4 ,j'espre bien1 dit-il1 que vous avez l une lettre pour ,venise8--,non4-- qui donc crivez-vous tout cela8-- mes amis4--,est-ce qu'il y a des amis8 rpondit-il en hochant la tte4 ,on voit que le bon monsieur ,sacaut n'tait pas sentimental2 mais il tait mon matre en prudence et en politique2 car lorsque l'arme franaise1 commande par le gnral ,bonaparte1 s'empara de ,venise1 les chevaux dors1 les tableaux1 les trsors furent emports ainsi que la banque4 ,j'appris que ,bonaparte avait dit ,m4 ,haler1 le banquier1 qu'il voulait que l'on conservt mes fonds1 et que l'on m'en payt la rente2 mais1 ainsi qu'il arrive souvent en pareil cas1 ,bonaparte loign1 les assertions ritres de ,m4 ,haler ne purent faire respecter l'ordre du gnral2 mon argent fut transport ,milan1 et je n'ai jamais touch qu'un revenu de deux cent cinquante francs pour un fonds de quarante mille4 ,venise n'en est pas moins une ville bien curieuse voir1 et que je suis charme d'avoir vue4 ,je m'arrtai ,vicence1 qui date sa fondation de #chj ans avant ,j4-,c4 ,ses beaux palais1 parmi lesquels on remarque celui des comtes ,chieracati1 ont pour la plupart t btis par le ,palladio1 et sont d'une lgance remarquable4 ,la rotonde du marquis de ,capra mrite aussi d'tre cite4 ,elle est situe sur une minence1 et ,palladio en a fait un temple1 aux quatre cts duquel se trouvent quatre pristyles1 ayant chacun six colonnes qui soutiennent un fronton4 ,au milieu est une salle ronde1 entoure d'une galerie qui joint ces pristyles1 dont les quatre points de vue sont admirablement diversifis4 la ,madone del ,monte1 on plane sur de belles campagnes1 enrichies des plus beaux arbres4 ,dans l'intrieur de cette glise1 on voit un magnifique tableau de ,paul ,vronse2 il est d'une si belle couleur1 et peint avec une telle vrit1 que les figures se dtachent du fond4 ,sainte-,corone1 le ,baptme de ,jsus1 par ,jean ,bellin1 est parfait pour le dessin4 ,le thtre de ,vicence est du style antique4 ,c'est le chef-d'oeuvre du ,palladio1 qui l'a construit d'aprs les proportions et sur les dessins de ,vitruve4 ,la traverse de la ,brenta offre l'aspect le plus agrable4 ,d'un ct1 ses bords sont orns d'une multitude de palais du style de ,palladio1 qui font l'effet de temples1 et dont les formes grandioses se rptent dans les eaux4 ,je suis alle dner dans l'un de ces palais1 chez le marquis 9999992 l'escalier mme tait d'un style qui me charma4 ,le propritaire de cette belle habitation me fit une galanterie laquelle j'tais loin de m'attendre2 il me reut dans une galerie o se trouvait pos1 sur une table1 une trs grande quantit de gravures2 une seule tait place sens dessus dessous sur toutes les autres2 la curiosit me porta bien vite la retourner1 et je vis mon portrait que l'on venait de graver d'aprs celui que j'avais donn ,florence4 ,on voit encore ,vicence la maison du ,palladio1 qui est un modle d'lgance et de simplicit4 ,padoue est aussi situ sur les bords de la ,brenta4 ,cette ville est bien ancienne1 s'il faut en croire les habitans qui prtendent qu'elle a t btie par ,antenor le ,troyen4 ,le palais de justice ou l'htel-de-ville1 est une des plus belles fabriques de l',europe4 ,le salon a cent pas de long sur quarante de large2 il est couvert de plomb1 sans autre soutien que la muraille2 on y voit les douze signes du zodiaque1 et dans une niche1 une ,vierge qui a beaucoup de simplicit et de naturel4 ,on trouve aux ,augustins des fresques de ,montigni1 dont les figures et tous les accessoires sont de la plus grande finesse4 ,l'glise ,saint-,antoine1 qui est de style gothique1 renferme un nombre infini de tombeaux1 de bas-reliefs1 et tant de marbre travaill qu'elle en est fatigante2 mais les fresques de ,gioto1 qu'on y voit1 sont trs bien composes2 l'attitude simple et l'expression des figures se rapprochent du style des anciens4 ,la couleur est souvent celle du ,titien1 sans pourtant en avoir la perfection4 ,en sortant du clotre1 on remarque plusieurs tombeaux trs anciens1 dont les figures sont pleines de simplicit1 et la statue questre d'rasme de ,narni1 gnral vnitien4 ,dans l'glise de ,saint-,jean-,baptiste1 on admire les vanglistes dans le dsert1 un des plus beaux tableaux du ,guide2 la cathdrale1 dans la sacristie1 une ,vierge du ,titien1 bien conserve2 ,saint-,jean1 plusieurs fresques du ,titien1 reprsentant divers miracles4 ,les ttes1 pleines d'expression1 sont d'une belle couleur1 et la touche1 le ton du paysage et du ciel1 sont admirables4 ,une autre fresque gothique est aussi trs remarquable par la vrit des ttes et l'attitude des personnages4 ,je passai toute une semaine ,vrone2 c'est une grande ville1 dont les rues sont spacieuses et bien alignes1 et les maisons fort belles4 ,j'allai voir d'abord les restes de l'amphithtre1 qui a t bti sous le rgne d',adrien1 et que les ,gaulois ont dtruit2 puis le dme de l'glise1 qui est fort belle1 et dans laquelle se trouve un tombeau antique1 dont les ornemens sont du plus fin travail4 ,comme1 en ,italie1 les glises sont ouvertes toute la journe1 je fis ma tourne4 ,j'entrai dans celle de ,saint-,georges1 o le matre-autel est dcor d'un beau tableau de ,paul ,veronse1 et d'un autre tableau de ce peintre1 droite en entrant4 ,j'y vis aussi une ,vierge et deux vques de ,chieralino1 ainsi qu'un groupe d'anges2 mais ce que je remarquai surtout du mme matre1 est un tableau de trois figures qui reprsente un concert2 outre qu'il est peint avec le plus grand soin1 les figures sont pleines de grce et de navet4 ,l'glise de ,sainte-,amastrasie est tout--fait de style gothique1 avec des colonnes d'une belle proportion1 qui produisent un grand effet2 toutefois1 je lui prfre celle de ,saint-,zemon4 ,celle-ci est trs vaste1 et le jour1 qui l'claire seulement par en haut1 lui donne un aspect mystrieux et mlancolique4 ,je me trouvais seule dans ce temple silencieux1 et je me plaisais me livrer aux ides religieuses et douces qui s'emparaient de mon ame4 ,tous les soirs1 pendant mon sjour ,vrone1 j'allais la ,conversazione 7on sait que c'est ainsi qu'on appelle les assembles en ,italie73 l1 nous tions runis en assez grand nombre dans une galerie1 les femmes assises de chaque ct1 et les hommes se promenant au milieu4 ,la vivacit1 la gesticulation italienne1 rendent ces runions assez piquantes observer2 en outre1 j'y rencontrais la comtesse ,marioni1 sa soeur1 et la marquise de ,strozi1 qui toutes trois taient fort spirituelles4 ,pendant les huit jours que j'ai passs ,vrone1 j'ai dlog deux fois4 ,je m'tais d'abord installe dans un petit appartement1 aprs avoir demand si l'on n'y entendait point de bruit4 ,aucun1 avait rpondu l'htesse4 ,voil que le lendemain matin1 six heures1 j'entends sur ma tte un bacchanal pouvantable3 on sautait1 on jouait du violon2 je demande ce que ce peut tre8--,madame1 me dit mon htesse1 ce n'est rien de fcheux4 ,le matre de danse de la ville loge ici dessus1 et tous les jours les jeunes gens viennent prendre leur leon pendant deux heures1 voil tout4 ,je trouvai que c'tait assez pour me dcider chercher ailleurs4 ,,chapitre ,x4 ,turin4--,la reine de ,sardaigne4--,madame1 femme de ,louis ,,xviii4--,je m'tablis dans la ferme de ,porporati4--,affreuses nouvelles de la ,france4--,les migrs4--,m4 de ,rivire vient me rejoindre4--,je vais ,milan4--,la ,cne de ,lonard de ,vinci4--,la ,madone del ,monte4--,le lac ,majeur4--,je pars pour ,vienne4--,m4 et madame ,bistri4 ,mon dsir tant de rentrer en ,france1 je gagnai ,turin dans cette intention4 ,mesdames de ,france1 tantes de ,louis ,,xvi1 quand je les avais peintes ,rome1 sachant que je devais repasser par ,turin1 avaient eu la bont de me donner des lettres pour madame ,clothilde1 leur nice1 reine de ,sardaigne4 ,elles lui mandaient qu'elles dsiraient beaucoup avoir son portrait fait par moi2 en consquence1 ds que je fus tablie je me prsentai chez ,sa ,majest4 ,elle me reut fort bien1 mais quand elle eut pris lecture des lettres de madame ,adlade et de madame ,victoire1 elle me dit qu'elle tait bien fche de refuser ses tantes2 mais1 qu'ayant renonc entirement au monde1 elle ne se ferait pas peindre4 ,ce que je voyais d'elle1 en effet1 me semblait parfaitement d'accord avec ses paroles et sa rsolution2 cette princesse s'tait fait couper les cheveux2 elle avait sur sa tte un petit bonnet qui1 de mme que toute sa toilette1 tait le plus simple du monde4 ,sa maigreur me frappa d'autant plus que je l'avais vue trs jeune1 avant son mariage1 et qu'alors son embonpoint tait si prodigieux1 qu'on l'appelait en ,france le gros ,madame4 ,soit qu'une dvotion trop austre1 soit que la douleur que lui faisaient prouver les malheurs de sa famille1 et caus ce changement1 le fait est qu'elle n'tait plus reconnaissable4 ,le roi vint la rejoindre dans le salon o elle me recevait2 ce prince tait de mme si ple1 si maigre1 que tous deux faisaient peine voir4 ,j'allai aussitt chez ,madame1 femme de ,louis ,,xviii4 ,non seulement elle me reut merveille1 mais elle arrangea pour moi des courses pittoresques dans les environs de ,turin1 qu'elle me fit faire avec sa dame de compagnie1 madame de ,gourbillon et le fils de cette dame4 ,ces environs sont trs beaux2 mais notre dbut en fait d'excursion ne fut pas trs heureux4 ,nous nous mmes en route par une chaleur extrme pour aller voir une chartreuse1 qui est situe sur de hautes montagnes4 ,comme moiti chemin cette montagne est trs rapide1 nous fmes obligs de la gravir pied1 et je me souviens que nous passmes devant une fontaine1 de l'eau la plus limpide1 dont les gouttes brillaient comme des diamans1 que les paysans nous dirent avoir une grande vertu pour plusieurs maladies4 ,aprs avoir grimp si long-temps que nous en tions extnus1 nous arrivmes enfin la chartreuse1 mourant de chaud et de faim4 ,le couvert tait dj mis pour les religieux et pour les voyageurs1 ce qui nous fit une grande joie2 car on peut juger que nous attendions le dner avec impatience4 ,comme il tardait venir1 nous pensions que l'on faisait de l'extraordinaire pour nous1 attendu que madame nous recommandait aux religieux dans les lettres qu'elle nous avait donnes pour eux4 ,enfin on servit d'abord un plat de grenouilles au blanc1 que je pris pour une fricasse de poulet2 mais ds que j'en eus got1 il me ft impossible d'en manger1 quelque faim que j'eusse4 ,puis on apporta trois autres plats1 frits et grills1 sur lesquels je comptais beaucoup2 hlas6 ce n'tait encore que des grenouilles1 si bien que nous ne mangemes que du pain sec1 et ne bmes que de l'eau1 ces religieux ne buvant et ne donnant jamais de vin4 ,mon plus grand dsir alors aurait t d'obtenir une omelette2 mais il n'y avait point d'oeufs dans la maison4 ,au retour de ma visite cette chartreuse1 je vis ,porporati1 qui voulut encore que j'allasse loger chez lui4 ,il me proposa d'habiter la ferme qu'il possdait deux lieues de ,turin1 o il avait quelques chambres trs simples1 mais commodes4 ,j'acceptai cette offre avec joie1 dtestant habiter la ville1 et j'allai aussitt m'tablir avec ma fille et sa gouvernante dans ce rduit1 qui me charma4 ,la ferme tait situe en pleine campagne1 entoure de prairies et de petites rivires bordes d'arbres divers assez levs1 qui formaient de charmans bocages4 ,du matin au soir j'allais me promener avec dlice dans des lieux enchanteurs et solitaires2 mon enfant jouissait comme moi de cet air pur1 de cette vie douce et tranquille que nous menions2 pour comble de bonheur1 je n'entendais d'autre bruit que celui d'un torrent qui tait une demi-lieue de l1 et que j'allai voir4 ,c'tait une norme chute d'eau qui tombait de roche en roche1 et qu'entourait un bois de haute futaie4 ,nous allions le dimanche la messe par un chemin charmant2 la petite glise avait un porche trs joli1 et l nous tions comme en plein air3 entour de cette belle nature1 il semble que l'on prie mieux4 ,le soir1 mon spectacle favori tait celui du soleil couchant1 environn de ses beaux nuages dors et couleur de feu1 espce de nuages que l'on ne voit qu'en ,italie4 ,ce moment tait celui de mes mditations1 de mes chteaux en ,espagne2 je m'abandonnais alors la douce pense de revoir bientt la ,france1 me berant de l'espoir que la rvolution devait enfin se terminer4 ,hlas6 ce fut dans cette situation si paisible1 dans cet tat d'esprit si heureux1 que le coup le plus cruel vint me frapper4 ,la charrette qui apportait les lettres tant arrive un soir1 le voiturier m'en remit une de mon ami ,m4 de ,rivire#ae1 qui m'apprenait les affreux vnemens du #aj aot1 et me donnait des dtails pouvantables4 ,j'en fus bouleverse2 ce beau ciel1 cette belle campagne1 se couvrirent mes yeux d'un voile funbre4 ,je me reprochai l'extrme quitude1 les douces jouissances que je venais de goter2 dans l'angoisse que j'prouvais d'ailleurs1 la solitude me devenait insupportable1 et je pris le parti de retourner aussitt ,turin4 ,en entrant dans la ville1 que vois-je1 mon ,dieu8 les rues1 les places encombres d'hommes1 de femmes de tout ge1 qui se sauvaient des villes de ,france1 et venaient ,turin chercher un asile4 ,ils arrivaient par milliers1 et ce spectacle tait dchirant4 ,la plupart d'entre eux n'emportaient ni paquets1 ni argent1 ni mme de pain2 car le temps leur avait manqu pour songer autre chose qu' sauver leur vie4 ,on m'a cit depuis la duchesse de ,villeroi1 alors trs ge1 que sa femme de chambre1 qui possdait une petite somme1 venait de nourrir dans la route raison de dix sous par jour4 ,les enfans criaient la faim faire piti2 plusieurs femmes grosses1 qui n'taient jamais montes en charrette1 n'avaient pu supporter les cahots et accouchaient avant terme4 ,enfin on ne saurait rien voir de plus dplorable4 ,le roi de ,sardaigne envoya des ordres pour qu'on loget ces infortuns et qu'on leur donnt manger2 mais il n'y avait point de place pour tous4 ,madame fit aussi porter de nombreux secours2 nous parcourmes la ville1 accompagns de son cuyer1 cherchant des logemens et des vivres pour ces malheureux1 sans pouvoir en trouver autant qu'il en fallait4 ,je n'oublierai jamais l'impression que me fit un ancien militaire dcor de la croix de ,saint-,louis1 et qui pouvait avoir soixante-six ans4 ,il tait encore bel homme1 de l'aspect le plus noble4 ,appuy contre une borne dans un coin de rue isole1 il ne demandait rien personne3 il serait plutt mort de faim1 je crois1 que de s'y dcider1 mais le malheur profond empreint sur sa figure appelait l'intrt ds la premire vue4 ,nous allmes droit lui1 nous lui donnmes le peu d'argent qui nous restait1 et l'infortun nous remercia par des sanglots4 ,le lendemain il fut log dans le palais du roi1 ainsi que plusieurs autres migrs2 car il n'y avait plus de place dans la ville4 ,on peut juger combien le cruel spectacle que je venais de voir redoublait mes inquitudes sur ce qui pouvait se passer ,paris4 ,il m'tait impossible de me calmer2 je ne vivais pas2 d'autant plus que je ne voyais point arriver ,m4 de ,rivire1 qui m'avait crit de l'attendre ,turin4 ,enfin l'instant qu'il avait fix pour me rejoindre tait dpass de quinze jours quand il arriva1 si horriblement chang que j'avais peine le reconnatre4 ,ce qu'il venait de voir se passer sous ses yeux1 en effet1 tait bien capable d'affecter la fois l'esprit et le corps d'un homme2 il me raconta qu'au moment o il traversait le pont de ,beauvoisin1 on y massacrait tous les prtres1 avec une fureur dont il ne saurait me donner une ide4 ,il avait t oblig de rester ,chambry pour se faire soigner d'une fivre ardente1 cause par les atrocits dont il avait t tmoin4 ,je n'osai qu'en tremblant demander des nouvelles de ma mre1 de mon frre1 de ,m4 ,lebrun et de tous mes amis4 ,cependant ,m4 de ,rivire me rassura un peu1 en me disant que ma mre ne quittait plus ,neuilly1 que ,m4 ,lebrun restait assez tranquille ,paris1 et que mon frre et sa femme taient cachs4 ,quant mes amis et mes connaissances1 le danger ne les avait point encore atteints2 mais beaucoup d'entre eux taient inquits4 ,on imagine bien que je renonai au projet d'aller ,paris4 ,je me dcidai rester ,turin1 c'est--dire fort prs de cette ville1 pour tre plus porte des nouvelles4 ,en consquence1 je louai une petite maison 7ce qu'on appelle une vigne7 sur le coteau de ,montcarlier1 qui domine le ,p4 ,m4 de ,rivire vint habiter avec moi cette solitude1 o nous ne pouvions rencontrer que de bons paysans1 si pieux et si calmes1 que ces braves gens rjouissaient le coeur et consolaient l'esprit4 ,nous avions un clos1 entour de berceaux de vignes et de figuiers4 ,nous montions souvent la fort qui tait au-dessus de mon habitation2 plusieurs sentiers nous menaient de petites chapelles1 situes de distance en distance sur la hauteur du coteau1 dans lesquelles nous allions les dimanches entendre la messe4 ,j'avoue que les glises champtres m'ont toujours vue prier avec plus de ferveur que les autres4 ,je me souviens que mon amie1 madame de ,verdun1 me grondait souvent de ne point me montrer assez assidue au service divin4 ,certes1 si je n'allais pas en ,france rgulirement la messe1 ce n'est point par irrligion2 mais dans les glises de ,paris1 o il y a foule1 je ne suis pas assez ,dieu4 ,j'y vois des couleurs1 des draperies1 une multitude d'expressions diverses de physionomies1 des effets de soleil2 enfin1 comme la peinture m'y poursuit1 je ne puis prier aussi bien que je le fais dans une glise de village4 ,le sjour que ,m4 de ,rivire fit dans cette solitude remit peu peu sa sant4 ,quant moi1 je repris ma palette4 ,je peignis une baigneuse1 d'aprs ma fille1 et je vendis tout de suite ce tableau au prince ,ysoupoff1 qui vint me trouver dans ma ,thbade4 ,quand je fus rsolue retourner ,milan1 ne sachant comment reconnatre les bons soins que ,porporati avait pris de moi1 j'imaginai de lui faire le portrait de sa fille1 qu'il adorait avec raison4 ,il en fut si enchant qu'il grava ce portrait aussitt et m'en donna plusieurs charmantes preuves4 moiti chemin1 sur la route de ,milan1 je fus arrte deux jours comme ,franaise4 ,j'crivis tout de suite pour demander un permis de sjour1 que le comte de ,wilsheck1 ambassadeur d',autriche ,milan1 me fit obtenir4 ,j'allai l'en remercier ds que je fus installe1 et je fus reue par lui avec autant de bont que de distinction4 ,il m'engagea beaucoup me rendre ,vienne1 m'assurant que ma prsence y causerait une grande satisfaction4 ,comme les nouvelles que nous recevions de ,france m'obligeaient d'ajourner indfiniment mon retour ,paris1 je ne tardai pas me dcider1 ainsi qu'on le verra1 suivre ce conseil4 ,je fus reue ,milan de la manire la plus flatteuse2 le soir mme de mon arrive1 les jeunes gens des premires familles de la ville vinrent me donner une srnade sous mes fentres4 ,je me contentais d'couter avec grand plaisir1 ne souponnant pas le moins du monde que je fusse l'objet de cette galanterie italienne1 quand mon htesse monta pour me le dire1 et m'assurer de l'extrme dsir que l'on avait de me garder dans la ville au moins pendant quelque temps4 ,afin de tmoigner ma reconnaissance d'un pareil accueil1 je crus devoir m'tablir pour plusieurs jours ,milan1 o d'ailleurs je dsirais voir les tableaux des grands matres1 et beaucoup d'autres choses curieuses4 ,je visitai d'abord le rfectoire de l'glise des ,grazie1 o se trouve la fameuse ,cne1 peinte sur mur par ,lonard de ,vinci4 ,c'est un des chefs-d'oeuvre de l'cole italienne2 mais en admirant ce ,christ1 si noblement reprsent1 tous ces personnages1 peints avec tant de vrit et de caractre1 je gmissais de voir un aussi superbe tableau altr ce point2 il a d'abord t couvert de pltre1 puis repeint dans plusieurs parties4 ,toutefois on pouvait juger de ce qu'tait cette belle composition avant ces dsastres1 puisque1 vue d'un peu loin1 elle produisait encore un effet admirable#af4 ,je m'empressai1 comme on peut le croire1 d'aller voir les cartons de l'cole d',athnes1 tracs par ,raphal1 et je les contemplai long-temps avec dlices4 ,puis je trouvai aussi la bibliothque ,ambroisine une collection de dessins trs prcieux2 car plusieurs sont de ,raphal1 de ,lonard de ,vinci et d'autres grands matres4 ,ces dessins ne sont point termins1 mais tout y est indiqu avec autant d'esprit que de sentiment2 plus finis1 ils auraient perdu de leur piquante originalit4 ,on voit dans cette bibliothque ,ambroisine une grande quantit de mdailles antiques1 les plus intressans manuscrits et des trsors en pierres rares et en marbres prcieux4 ,je fis diffrentes excursions aux environs de ,milan1 une entre autres la montagne de la ,madone del ,monte1 o l'on voit gauche1 sur la hauteur1 un temple2 puis de distance en distance de petites chapelles dans lesquelles se trouvent tous les sujets de la passion4 ,les figures1 grandes comme nature1 sont sculptes4 ,elles ne sont pas d'un travail trs fin2 mais elles ont une grande vrit d'expression2 une ,vierge surtout1 sculpte1 plus grande que nature1 qui est reprsente seule et montant au ciel1 a beaucoup de majest et une trs belle pose4 ,je suis monte jusqu'au sommet de cette montagne1 d'o l'on dcouvre une vue magnifique et si tendue1 que les monts voisins paraissent des vallons4 ,dans le lointain1 diffrentes distances1 on aperoit trois lacs4 ,celui de ,cme1 le plus loign de tous1 est entour de montagnes vaporeuses4 ,les deux autres1 refltant le ciel1 taient d'un bleu d'azur4 ,les tons varis des vallons d'un vert tendre1 et des montagnes d'un vert fonc1 font un repoussoir admirable pour le lointain4 ,sur le haut de ce ,calvaire se trouve une glise1 environne de sites enchanteurs1 et d'une tendue immense2 en descendant1 je m'arrtais souvent pour contempler cette belle vgtation1 ces beaux arbres et ce chemin pittoresque4 ,en gnral1 la nature de cette contre est une des plus riches de l',italie1 et les environs de ,milan sont si ravissans1 que je ne cessais d'en faire des croquis4 ,quelques jours aprs j'allai au lac ,majeur1 dont la large tendue est environne de montagnes boises1 et au milieu duquel se trouvent deux les1 l'isola ,bella et l'isola ,madre4 ,j'ai habit la premire1 en ayant reu la permission du prince ,borome1 qui elle appartient4 ,l'isola ,bella n'a rien de pittoresque2 elle est en partie entoure de murailles garnies d'espaliers de pches4 ,l'autre le est1 dit-on1 plus jolie2 mais comme je m'embarquais dans l'intention de m'y rendre1 le lac tait si furieux que je fus oblige de renoncera mon projet1 et de profiter d'un moment de calme pour regagner la terre1 d'autant que l'on m'assurait qu'il n'tait pas rare de se trouver en danger sur ce lac4 ,de retour ,milan1 j'allai voir la cathdrale qui est fort belle1 et diffrentes curiosits que renferment les palais1 qui sont bien loin d'tre aussi riches en tableaux que les palais de ,parme1 et surtout ceux de ,bologne4 ,les promenades1 aux environs de la ville1 se font en voiture2 les femmes y sont extrmement pares1 ce qui me rappelait notre ,longchamp et notre ancien boulevard du ,temple4 ,en tout ,milan me faisait bien souvent penser ,paris1 tant par son luxe que par sa population4 ,la salle de spectacle 7la ,scala71 o j'ai entendu d'excellente musique1 est immense4 ,je ne crois pas qu'il en existe de plus grande2 sous ce rapport1 celle de ,naples peut seule lui tre compare4 ,je suis alle plusieurs beaux concerts2 car ,milan possde toujours quelque fameux chanteur et quelques grandes cantatrices4 ,au dernier1 je me trouvais place ct d'une ,polonaise trs belle et trs aimable1 nomme la comtesse ,bistri4 ,comme nous nous tions mises causer ensemble1 je lui parlai de mon prochain dpart pour ,vienne4 ,elle me dit qu'elle et son mari allaient aussi se rendre dans cette ville1 mais plus tard4 ,cependant tous deux me tmoignrent un grand dsir de faire route avec moi1 en sorte qu'ils eurent la bont d'avancer l'poque de leur voyage1 et comme j'allais en voiturin1 ils poussrent l'obligeance jusqu' ne pas prendre la poste1 afin de ne jamais me quitter sur le chemin4 ,il m'aurait t impossible de trouver des compagnons de voyage plus aimables4 ,ils me comblaient de soins1 et l'on peut dire que le mari et la femme taient d'une bont rare1 au point qu'ils emmenrent avec eux un pauvre vieux prtre migr1 et un autre jeune prtre1 qu'ils avaient trouvs en route1 et qui venaient d'chapper au massacre de ,pont de ,beauvoisin4 ,quoique madame ,bistri n'et pour voiture qu'une diligence deux places1 ils mirent le vieillard entre eux deux1 et le jeune homme derrire la voiture4 ,ils soignrent ces deux infortuns1 dont ils taient les anges tutlaires1 comme des amis1 comme des parens les plus proches4 ,je fus tellement difie de leur conduite envers ces deux malheureux1 que je ne puis exprimer quel point elle m'attacha cet excellent mnage1 que j'ai vu constamment ,vienne4 ,en faisant route pour la capitale de l',autriche1 nous traversmes une partie du ,tyrol4 ,ce chemin est grandiose et pittoresque4 ,on y voit des rochers d'une majest imposante1 embellis par la plus active vgtation1 et par des chutes d'eau1 brillantes comme du cristal1 qui vont alimenter des torrens4 ,nous parcourmes aussi une partie de la ,styrie2 mi-cte de ses montagnes1 on aperoit et l des habitations champtres et quelques chteaux1 qui sont du plus charmant effet4 ,en tout1 le chemin occupa mes yeux agrablement1 depuis ,milan jusqu' ,vienne4 ,,chapitre ,,xi4 ,je me loge ,vienne avec monsieur et madame ,bistri4--,la comtesse de ,thoun2 ses soires4--,la comtesse ,kinski4--,casanova4--,le prince ,kaunitz4--,le baron de ,strogonoff4--,le comte de ,langeron4--,la comtesse de ,fries1 ses spectacles4--,la comtesse de ,schoenfeld4 ,nous arrivmes enfin dans la bonne ville de ,vienne1 o deux annes et demie de ma vie devaient s'couler d'une manire si agrable1 que j'ai toujours su gr au comte de ,wilsheck de m'avoir engage faire ce voyage4 ,comme monsieur1 madame de ,bistri et moi1 nous ne voulions pas nous quitter1 il nous fut impossible de trouver nous loger dans la ville4 ,nous fmes obligs d'aller nous tablir dans un des faubourgs 7qui sont plus grands que la ville71 et l1 je fis le portrait de l'aimable comtesse de ,bistri1 qui tait une fort belle femme4 ,peu de jours aprs mon arrive1 j'allai dans la ville porter les lettres de recommandation que m'avait donnes le comte de ,wilsheck4 ,dans le nombre1 il s'en trouvait une pour le clbre prince ,kaunitz1 qui avait t ministre sous ,marie-,thrse4 ,mais je me rendis d'abord chez la comtesse de ,thoun4 ,elle m'invita aussitt ses soires1 o se runissaient les plus grandes dames de ,vienne1 et cette maison aurait suffi pour me faire connatre toute la haute socit de la ville4 ,j'y trouvais aussi beaucoup d'migrs de notre pauvre ,france3 le duc de ,richelieu1 le comte de ,langeron1 la comtesse de ,sabran et son fils1 la famille de ,polignac1 et plus tard l'aimable et bon comte de ,vaudreuil1 que je fus bien joyeuse de revoir4 ,je n'ai jamais vu1 rassembles dans un salon1 un aussi grand nombre de jolies femmes qu'il s'en trouvait dans celui de madame de ,thoun4 ,la plupart de ces dames apportaient leur ouvrage1 et s'tablissaient autour d'une grande table1 faisant de la tapisserie4 ,on m'appelait quelquefois pour me consulter sur les effets1 sur les nuances2 mais comme ce qui me fait le plus de mal aux yeux est de les attacher sur des couleurs vives1 la lueur des lampes ou des bougies1 j'avoue que je donnais souvent mon avis sans regarder4 ,en gnral1 j'ai toujours soign mes yeux avec une grande prudence1 et je m'en suis fort bien trouve1 puisque1 maintenant encore1 je peins sans tre oblige de prendre des lunettes4 ,parmi les jolies femmes dont j'ai parl1 il y en avait surtout trois remarquables par leur beaut3 la princesse ,linoski2 la femme de l'ambassadeur de ,russie1 le comte de ,rasowmoffski1 et la charmante comtesse ,kinski1 ne comtesse ,diedrochsten4 ,cette dernire avait tous les charmes qu'on peut avoir2 sa taille1 sa figure1 toute sa personne enfin tait la perfection3 aussi fus-je bien surprise quand on me raconta son histoire1 qui vraiment ressemble un roman4 ,les parens du comte ,kinski et les siens avaient arrang entre eux de marier les jeunes gens1 qui ne se connaissaient point4 ,le comte habitait je ne sais quelle ville d',allemagne1 et n'arriva que pour la clbration du mariage4 ,aussitt aprs la messe1 il dit sa jeune et charmante femme3 ,madame1 nous avons obi nos parens2 je vous quitte regret2 mais je ne puis vous cacher que depuis long-temps je suis attach une femme sans laquelle je ne puis vivre1 et je vais la rejoindre4 ,la chaise de poste tait la porte de l'glise2 cet adieu fait1 le comte monte en voiture1 et retourne vers sa ,dulcine4 ,la comtesse ,kinski n'tait donc ni fille1 ni femme1 ni veuve1 et cette bizarrerie devait surprendre quiconque la regardait2 car je n'ai point vu de personne aussi ravissante4 ,elle joignait sa grande beaut l'esprit le plus aimable1 et un coeur excellent2 un jour qu'elle me donnait sance1 je fis demander quelque chose la gouvernante de ma fille1 qui entra dans mon atelier avec un air si gai1 que je lui demandai ce qu'elle avait4 ,je viens1 rpondit-elle1 de recevoir une lettre de mon mari1 qui me mande que l'on m'a mise sur la liste des migrs4 ,je perds mes huit cents francs de rente2 mais je m'en console1 car me voil sur la liste des honntes gens4 ,la comtesse et moi1 nous fmes touches d'un dsintressement aussi honorable4 ,quelques minutes aprs1 madame ,kinski me dit que ma robe de peinture lui semblait si commode1 qu'elle voudrait bien en avoir une pareille 7elle savait dj que la gouvernante de ma fille me faisait ces blouses74 ,j'offris de lui en prter une4 ,non1 reprit-elle1 j'aimerais bien mieux que vous la fissiez faire par madame ,charot 7c'tait le nom de la gouvernante72 j'enverrai la toile ncessaire4 ,peu de jours aprs1 je lui remis la robe4 ,aussitt notre sance finie1 la comtesse court la chambre de madame ,charot et lui donne dix louis2 la bonne refuse2 mais l'aimable comtesse les pose sur la chemine et s'enfuit comme un oiseau1 bien contente d'avoir au moins rendu cette brave femme un quartier de la pension perdue4 ,ma coutume tant1 lorsque j'arrivais dans une ville1 de faire mes premires visites aux artistes1 je n'avais pas tard aller voir ,casanova1 peintre trs renomm dans le genre des batailles#ag4 ,il pouvait avoir soixante ans1 mais il avait encore beaucoup de vigueur1 quoiqu'il portt deux ou trois paires de lunettes les unes sur les autres4 ,il travaillait alors divers grands tableaux1 reprsentant les hauts faits du prince de ,nassau4 ,dans l'un1 on voyait le prince terrassant un lion2 dans un autre1 il crasait un tigre2 enfin1 tous taient de cette force1 ce qui donnait une terrible ide du personnage qui1 pour avoir fait rellement ces prodiges de valeur et beaucoup d'autres encore1 n'en avait pas moins l'air le plus doux et le plus tranquille qu'on puisse voir4 ,quant aux tableaux dont je parle1 ils avaient de l'effet1 de la couleur1 mais ils n'taient point termins4 ,casanova avait beaucoup d'esprit et d'originalit4 ,il tait trs bavard1 et je l'ai vu nous amuser extrmement aux dners du prince ,kaunitz1 par des histoires qui souvent n'avaient aucune vrit1 et qui devaient tout leur comique l'imagination vive et bizarre du conteur4 ,il avait la repartie prompte et heureuse4 ,un jour que nous dnions chez le prince de ,kaunitz1 la conversation roulant sur la peinture1 on parla de ,rubens1 et quand on eut fait l'loge de son immense talent1 quelqu'un dit que son instruction1 qui tait aussi prodigieuse1 l'avait fait nommer ambassadeur4 ces mots1 une vieille baronne allemande prend la parole1 et dit3 ,comment6 un peintre ambassadeur6 c'est sans doute un ambassadeur qui s'amusait peindre4--,non1 madame1 rpond ,casanova1 c'est un peintre qui s'amusait tre ambassadeur4 ,casanova avait gagn normment d'argent2 mais son dsordre tait tel1 qu'il ne lui en restait pas4 ,en sortant de chez lui1 je portai toutes mes lettres de recommandation4 ,je trouvai le prince de ,kaunitz que je dsirais beaucoup connatre4 ,ce grand ministre tait alors g de quatre-vingt-trois ans au moins2 il tait grand1 trs maigre1 et se tenait fort droit4 ,il me reut avec une bont parfaite1 et m'engagea pour dner le lendemain4 ,comme on ne se mettait table chez lui qu' sept heures1 et que j'avais l'habitude de dner seule chez moi deux heures et demie1 cette invitation et celles qui suivirent1 tout en me flattant1 me contrariaient un peu3 je n'aimais ni dner aussi tard1 ni dner avec tant de monde2 car sa table1 compose en grande partie d'trangers1 tait toujours de trente couverts1 souvent plus4 ,ds le premier jour dont il est question1 je pris le parti de dner chez moi avant de me rendre chez lui1 ce que je m'efforai de cacher autant qu'il m'tait possible1 en mettant une demi-heure manger un oeuf la coque1 mais ce petit mange1 dont il s'aperut1 le contraria2 et cela1 joint au soin que je pris par la suite pour esquiver quelques-unes de ses invitations1 causait les seules querelles qu'il m'ait jamais faites1 attendu qu'il ne tarda pas me prendre en grande amiti1 ce dont j'tais fort reconnaissante4 ,il ne m'appelait jamais autrement que sa bonne amie1 et il voulut que ma ,sibylle restt expose dans son salon pendant plus de quinze jours1 durant lesquels on le vit faire les honneurs de ce tableau la ville et la cour avec une grce toute affectueuse pour moi4 ,le prince de ,kaunitz1 malgr son grand ge1 avait encore une forte tte et un esprit plein de verve4 ,son got1 son jugement exquis1 sa haute raison1 tonnaient tous ses convives4 ,il recevait son monde admirablement2 son unique faiblesse tait de conserver la prtention de monter cheval mieux que personne4 ,il m'invita1 ainsi que plusieurs autres amis1 venir le voir caracoler dans son mange4 ,la vrit est qu'il s'en acquittait parfaitement bien1 et d'une manire fort surprenante son ge4 ,il montait la franaise3 son costume et sa personne me rappelaient les cavaliers du temps de ,louis ,,xiv1 tels que nous les voyons reprsents dans les beaux tableaux de ,wouvermans4 ,le prince de ,kaunitz jouissait ,vienne de la plus grande existence2 la gloire qu'il avait acquise comme ministre y vivait encore avec lui4 ,le premier jour de l'an et celui de sa fte1 une foule immense se rendait chez lui pour le complimenter2 nul ne s'en dispensait1 et l'on aurait pu le croire empereur ces deux jours-l3 aussi ai-je t bien surprise de l'indiffrence des ,viennois pour la perte de leur clbre compatriote4 ,j'tais encore ,vienne quand le prince de ,kaunitz mourut aprs une courte maladie2 peine eut-on l'air d'tre sensible la disparition de ce grand homme4 ,quant moi1 j'en fus trs afflige4 ,je me souviens qu'tant alle peu de temps aprs1 voir pour la seconde fois un cabinet de figures en cire fort curieux1 je fus saisie la vue de celle du prince de ,kaunitz couch1 revtu des habits qu'il portait1 coiff comme il avait l'habitude de l'tre1 enfin absolument tel que je l'avais vu si souvent chez lui4 ,ce spectacle1 auquel je ne m'attendais nullement1 me fit la plus douloureuse impression2 car je ne connais rien de si pnible voir1 que les traits exacts de quelqu'un que l'on a aim1 privs d'activit et de vie4 ,peu de jours aprs mon arrive ,vienne1 je fis connaissance avec le baron et la baronne de ,strogonoff1 qui me prirent tous deux de faire leurs portraits4 ,la premire se faisait aimer par sa douceur et son extrme bienveillance3 quant son mari1 il possdait un charme suprieur pour animer la socit2 il faisait les dlices de ,vienne en donnant des soupers1 des spectacles1 des ftes1 o chacun se pressait de se faire inviter4 ,j'ai peu connu d'hommes plus aimables1 plus gais1 que le baron de ,strogonoff4 ,quand le dsir de rire et de s'amuser lui prenait1 il inventait toutes les folies imaginables4 ,un jour entre autres1 sachant que plusieurs personnes de sa socit et moi1 devions aller visiter le cabinet de figures en cire que je n'avais pas encore vu alors1 il s'excusa sous un prtexte de ne pouvoir nous accompagner1 et1 prenant l'avance1 il va se placer dans ce cabinet derrire un pidestal1 de manire qu'il ne laissait voir que sa tte4 ,en parcourant la galerie des portraits1 nous passons devant lui2 mais il avait donn ses yeux une telle fixit1 et tant d'immobilit tous ses traits1 qu'aucun de nous ne le reconnat4 ,aprs avoir visit les autres salles1 nous repassons une seconde fois sans le reconnatre davantage2 mais alors voil qu'il remue et qu'il parle2 nous fmes tous effrays1 et surtout bien surpris de notre mprise4 ,elle prouve au reste combien1 lorsque l'on peint une personne1 sa physionomie ajoute la ressemblance2 c'est pourquoi il faut bien se garder de donner des sances trop longues1 ou de laisser un modle s'ennuyer4 ,j'ai rarement vu jouer la comdie par des amateurs aussi bien que chez la baronne de ,strogonoff4 ,les premiers rles taient remplis par le comte de ,langeron1 qui jouait les amoureux avec autant de grce que de facilit1 et qui avait une vritable passion pour la comdie4 ,m4 de ,rivire jouait les rles comiques d'une manire tonnante4 ,au reste1 cet aimable homme#ah possdait tous les talens2 aussi ,doyen disait-il que ,m4 de ,rivire tait un petit ncessaire de socit4 ,le fait est qu'il peignait trs bien1 et copiait tous mes portraits1 en grande miniature l'huile2 il chantait fort agrablement2 il jouait du violon1 de la basse1 et s'accompagnait sur le piano4 ,il avait de l'esprit1 un tact parfait1 et un coeur si excellent1 qu'en dpit de ses distractions1 qui taient frquentes et nombreuses1 il obligeait ses amis avec autant de zle que de succs4 ,m4 de ,rivire tait petit1 mince1 et il a toujours conserv l'air si jeune1 qu'g de soixante ans1 sa taille et sa tournure ne lui en donnaient que trente4 ,quant ,m4 de ,langeron1 je ne puis le faire mieux connatre1 qu'en plaant ici le portrait qu'il a trac de lui-mme1 avec la plus grande vrit1 et qu'il ajouta son rle1 dans la dernire pice qu'il a joue ,vienne1 avant le dpart du baron de ,strogonoff4 ,ces vers donneront l'ide la plus juste de ce brave et aimable ,franais1 qui1 grce notre rvolution1 est mort chez les ,russes1 gouverneur d',odessa4 ,portrait de ,m4 de ,langeron1 fait par lui-mme1 et ajout au rle de ,dorlange1 dans la comdie des ,chteaux en ,espagne4 ,je veux pour m'amuser faire ici mon portrait1 ,en bien tout comme en mal ressemblant trait pour trait4 ,du moins ce sera gai si ce n'est pas trop sage4 ,je dois la nature et j'acquis par l'usage1 ,de la facilit1 du babil1 du jargon1 ,plus de superficie en un mot que de fond2 ,aussi1 lgrement je glisse sur les choses1 ,et n'approfondis point les effets et les causes4 ,je suis bon1 confiant jusques l'abandon2 ,aussi1 je fus souvent tromp1 mais pourquoi non8 ,j'aime mieux me livrer1 hlas6 que de tout craindre2 ,bien plus que le tromp1 le trompeur est plaindre4 ,j'ai toujours ador l'honneur et l'amiti2 ,pour ces dieux j'ai tout fait1 j'ai tout sacrifi4 ,quant mon caractre1 il est lger sans doute2 ,mais heureux sur ma foi1 car de rien je ne doute ,et toujours trouve tout un remde assur2 ,si quelque chose enfin ne va pas mon gr1 ,on bien si le malheur veut verser sur ma vie ,ses poisons1 ses dgots ou sa mlancolie1 ,les rves et l'espoir viennent avec gat1 ,dans mon coeur tenir lieu de la ralit4 ,je fus d'aimer le sexe accus par l'envie2 ,je ne m'en dfends pas1 je l'aime la folie1 ,et l'aimerai demain plus encor qu'aujourd'hui4 ,valons-nous dans le fait quelque chose sans lui8 ,on m'a dit bien souvent que j'tais trop volage4 ,oui1 je suis1 j'en conviens1 plus tourdi que sage1 ,et mon esprit errant en projets1 en amours1 ,est tout comme mon corps1 il voyage toujours4 ,on m'a souvent aussi reproch1 ce me semble1 ,d'avoir aim parfois plusieurs femmes ensemble4 ,eh bien6 c'tait tromper1 dit-on444 ,non1 car je croi ,que je les adorais toutes de bonne foi4 ,du vritable amour j'ai cru que dans ma vie1 ,j'avais connu deux fois la triste frnsie4 ,je m'en plaignais au sort2 mais en me ttant bien1 ,j'ai vu1 je l'avouerai1 qu'il n'en fut jamais rien4 ,ai-je tort8 ,le profit est moindre que la peine4 ,j'ai cinq ans de l'hymen port l'aimable chane2 ,pendant trois1 j'ai vcu comme un franc tourdi2 ,mais on m'a vu depuis un excellent mari4 ,quelle en est la raison8 ,elle existe en mon ame2 ,je suis sensible et bon1 un ange tait ma femme4 ,j'ai connu la faveur sans en tre enivr4 ,j'ai connu le malheur sans en tre altr4 ,j'ai beaucoup voyag1 j'ai fait beaucoup la guerre2 ,comme le mouvement elle m'est ncessaire4 ,je l'ai faite souvent1 sans profit1 sans projet1 ,j'ai plus cherch la gloire enfin que l'intrt4 ,je suis fat1 ce n'est pas ma faute en vrit2 ,je le suis devenu parce qu'on m'a gt4 tre stable1 est pour moi dans les choses futures1 ,pour l'tre1 j'aime trop encor les aventures4 ,je serai1 j'en suis sr1 avant qu'il soit long-temps1 ,le meilleur des maris1 le meilleur des amans2 ,mais j'ai besoin d'user ma fureur vagabonde1 ,et quelque temps encor de parcourir le monde4 ,ce portrait de ,m4 de ,langeron tait celui de beaucoup de jeunes gens de la cour de ,france l'poque de la rvolution4 ,chez la plupart d'entre eux1 quelque peu d'tourderie se joignait la franchise1 la bravoure1 et surtout je ne sais quelle grce d'esprit qui1 s'il faut le dire1 a totalement disparu depuis que nous sommes devenus si profonds4 ,le chevalier de ,boufflers1 le vicomte de ,sgur1 le comte ,louis de ,narbonne1 taient des modles de cette grce d'esprit dont je parle4 ,je ne connais pas de mot de courtisan plus fin que la repartie du dernier l'empereur ,bonaparte1 qui1 parlant de madame de ,narbonne1 lui disait3 ,votre mre ne m'aime pas2 je le sais4--,sire1 rpondit le comte1 elle n'en est encore qu' l'admiration4 ,la maison du baron de ,strogonoff n'tait pas la seule ,vienne o l'on jout la comdie de socit4 ,la comtesse de ,fries1 veuve du fameux banquier de ce nom1 avait une trs jolie salle de spectacle1 dans laquelle je l'ai vue parfaitement bien jouer les rles de caractres4 ,sa fille1 mademoiselle de ,fries1 avait une trs belle voix1 et chantait merveille1 en sorte que l'on donna un jour pour elle un petit opra trois acteurs4 ,tout alla fort bien d'abord2 la scne se passait dans une le dserte1 o deux amans s'taient rfugis4 ,mademoiselle de ,fries jouait le rle de la jeune fille1 ,m4 de ,rivire celui de l'amant1 et tous deux chantaient admirablement2 mais vers la fin de la pice1 le pre de l'amante arrive dans une barque4 ,on avait coll une barbe de coton autour de la bouche et du menton de celui qui remplissait ce rle2 ds que ce jeune homme se mit chanter1 voil que cette barbe se dtache et lui entre dans la bouche de telle sorte1 qu'il en fut suffoqu4 ,nous l'entendions crier d'une voix touffe3 ,j'avale ma barbe6 j'avale ma barbe6 et quoique ce grotesque accident n'et aucune suite fcheuse1 l'opra en resta l4 ,mademoiselle de ,fries tait excellente musicienne1 et quand je fis son portrait1 je voulus la peindre en ,sapho1 chantant1 et s'accompagnant de la lyre4 ,son visage1 sans tre joli1 avait infiniment d'expression4 ,sa soeur1 la comtesse de ,schoenfeld1 tait trs jolie1 et fashionable autant qu'on puisse l'tre1 au point que sa mre1 madame de ,fries1 ayant un jour donn1 dans une pice1 un rle son neveu1 qui n'avait point l'air distingu1 comme je me trouvais place au spectacle ct de madame de ,schoenfeld1 je lui demandai qui tait ce monsieur8--,c'est le neveu de ma mre1 rpondit-elle1 ne pouvant se dcider dire3 ,c'est mon cousin4 ,,chapitre ,,xii4 ,je vais me loger dans la ville4--,portraits que je fais ,vienne4--,bienfaisance des ,viennois4--,muse royal4--,le ,prater4--,schoenbrunn4--,beaux parcs des environs de ,vienne4--,les bals4--,le jour de l'an4--,le prince d',esterhazy4--,la princesse marchale ,lubomirska4--,la comtesse de ,rombec4--,mort de ,louis ,,xvi et de ,marie-,antoinette4--,mort de madame de ,polignac4 ,monsieur et madame ,bistri devant retourner en ,pologne1 j'allai louer un logement dans l'intrieur de ,vienne4 ,je n'aurais pu d'ailleurs continuer habiter un faubourg2 car pour me rendre la ville1 il me fallait traverser les remparts1 les glacis1 o le vent constant et furieux levait une norme poussire qui me faisait trs mal aux yeux2 aussi le dicton de ,vienne est-il qu'il y a dans cette ville trois causes de mort3 le vent1 la poussire et la valse4 ,le fait est que la traverse de ces remparts tait alors une horrible chose2 maintenant1 m'a-t-on dit1 ils sont plants de beaux arbres1 et cet endroit sec et aride est devenu une immense et superbe promenade4 ,je m'tablis dans un logement ma convenance1 et j'y fis aussitt le portrait de la fille de l'ambassadeur d',espagne1 mademoiselle de ,kaguenek1 qui tait ge de seize ans et trs jolie1 ainsi que ceux du baron et de la baronne de ,strogonoff4 ,ma ,sibylle1 que l'on venait en foule voir chez moi1 ne contribua pas peu1 j'imagine1 dcider beaucoup de personnes me demander de les peindre2 car j'ai beaucoup travaill ,vienne4 ,en tout1 il me serait difficile d'exprimer toute la reconnaissance que je conserve du bon accueil que j'ai reu dans cette ville4 ,non seulement les ,viennois ont tmoign de l'affection pour ma personne1 mais ils mettaient de la coquetterie placer mes tableaux d'une manire qui leur ft favorable4 ,je me souviens1 par exemple1 que le prince ,paar1 qui l'on avait port le grand portrait que je venais de faire de sa soeur1 l'aimable et bonne comtesse ,dubuquoi1 m'invita venir voir ce portrait chez lui4 ,je trouvai le tableau plac dans son salon1 et comme les boiseries taient peintes en blanc1 ce qui tue la peinture1 il avait fait poser une large draperie verte qui entourait tout le cadre et retombait dessous4 ,en outre1 pour le soir1 il avait fait faire un candlabre plusieurs bougies1 portant un garde-vue1 et dispos de faon que toute la lumire ne se refltait que sur le portrait4 ,il est inutile de dire combien un peintre doit tre sensible ce genre de galanterie4 ,la bonne compagnie de ,vienne et la bonne compagnie de ,paris taient alors exactement la mme pour le ton et pour les usages4 ,quant au peuple1 nulle part je ne l'ai vu avoir cet air de bonheur et d'aisance1 qui n'a cess de me rjouir les yeux pendant mon sjour dans cette grande ville4 ,soit ,vienne1 soit dans les campagnes qui l'environnent1 je n'ai jamais rencontr un mendiant2 les hommes de peine1 les paysans1 les rouliers1 tous sont bien vtus4 ,on juge d'abord qu'ils vivent sous un gouvernement paternel4 ,il est bien vrai qu'il en est ainsi2 et de plus1 les riches familles viennoises1 dont quelques-unes ont des fortunes colossales1 dpensent leurs revenus de la manire la plus honorable et la plus utile aux pauvres4 ,on fait prodigieusement travailler1 et la bienfaisance est une vertu commune toutes les classes aises4 ,un de mes grands sujets d'tonnement a t1 la premire fois que j'allai au spectacle ,vienne1 de voir plusieurs dames1 entre autres la belle comtesse ,kinski1 tricoter de gros bas dans leurs loges2 je trouvais cela fort trange2 mais quand on m'eut dit que ces bas taient pour les pauvres1 j'ai pris plaisir depuis1 voir les plus jeunes et les plus jolies femmes travailler ainsi1 d'autant qu'elles tricotent tout en s'occupant d'autre chose1 sans mme regarder leur ouvrage et avec une vitesse prodigieuse4 ,vienne1 dont l'tendue est considrable1 si l'on y comprend ses trente-deux faubourgs1 est remplie de fort beaux palais4 ,le ,muse imprial possde des tableaux des plus grands matres que j'ai bien souvent t admirer ainsi que tous ceux du prince ,lichtenstein4 ,cette dernire galerie se compose de sept salles1 dont une ne renferme que des tableaux de ,vandick1 et les autres1 plusieurs beaux ,titien1 ,caravage1 ,rubens1 ,canaletti1 etc41 etc42 il se trouve aussi quelques chefs-d'oeuvre de ce grand matre dans le ,muse imprial4 ,on a dit avec raison que le ,prater tait une des plus belles promenades connues4 ,elle consiste en une longue et magnifique alle dans laquelle circulent un grand nombre de voitures lgantes1 et de chaque ct sont1 beaucoup de personnes assises1 ainsi qu'on en voit dans la grande alle des ,tuileries4 ,mais ce qui rend le ,prater plus agrable et plus pittoresque1 c'est que son alle conduit un bois1 peu ombrag et plein de cerfs1 si apprivoiss1 qu'on les approche sans les effrayer4 ,on voit encore une autre promenade sur les bords du ,danube1 o tous les dimanches se runissent diverses socits bourgeoises pour y manger des poulets frits4 ,le parc de ,schoenbrunn est aussi trs frquent1 surtout le dimanche4 ,ses belles alles1 et les repos pittoresques que l'on trouve sur les hauteurs l'extrmit du parc1 en font une promenade charmante4 ,on y rencontre fort souvent de jeunes couples se promenant en tte--tte1 ce que l'on respecte en s'loignant2 car presque toujours ces promenades ,schoenbrunn sont des prludes de mariages convenus4 ,les environs de ,vienne en gnral sont grandioses4 ,on remarque surtout le parc du marchal ,lansdon1 du marchal ,lassi1 et celui du comte de ,cobentzel4 ,tous les trois sont superbes1 et dans un tout autre genre que les parcs anglais4 ,ces derniers sont plus uniformes1 plus plats1 et par consquent moins pittoresques4 ,ceux des environs de ,vienne ont des montagnes naturelles1 boises dans le haut2 il s'y trouve des ravins profonds1 que l'on traverse sur des ponts d'une forme lgante1 des rivires naturelles et des cascades brillantes qui descendent avec rapidit des hauteurs4 ,vienne1 je suis alle plusieurs bals1 particulirement ceux que donnait l'ambassadeur de ,russie1 le comte de ,rasowmoffski1 qu'on pouvait appeler des ftes charmantes4 ,on y dansait la valse avec une telle fureur1 que je ne pouvais concevoir comment toutes ces personnes1 en tournant de la sorte1 ne s'tourdissaient pas au point de tomber2 mais hommes et femmes sont tous si bien habitus ce violent exercice1 qu'ils ne s'en reposent pas un seul moment1 tant que dure le bal4 ,on dansait souvent aussi la polonaise1 beaucoup moins fatigante2 car cette danse n'est autre chose qu'une promenade pour laquelle on marche tranquillement deux deux4 ,celle-ci convient merveille aux jolies femmes1 dont on a tout le temps d'admirer la taille et le visage4 ,je voulus aussi voir un grand bal de la cour4 ,l'empereur ,franois ,,ii avait pous en secondes noces ,marie-,thrse des ,deux-,siciles1 fille de la reine de ,naples4 ,j'avais peint cette princesse en #agib2 mais je la retrouvais si change qu'en la revoyant dans ce bal1 j'eus peine la reconnatre4 ,son nez s'tait allong1 et ses joues s'taient aplaties au point qu'elle ressemblait alors son pre4 ,je regrettai pour elle qu'elle n'et pas conserv les traits de sa mre1 qui1 je crois l'avoir dj dit1 rappelait beaucoup notre charmante reine de ,france4 ,il se donnait ,vienne de superbes concerts1 et j'en ai entendu plusieurs4 ,dans l'un d'eux1 on excuta d'abord1 grand orchestre et avec une rare perfection1 une des plus belles symphonies d',haydn2 puis je vis s'approcher du piano une ancienne cantatrice du temps de ,marie-,thrse1 qui j'aurais bien donn cent ans1 quoiqu'elle me part1 ma grande surprise1 s'apprter chanter4 ,je tremblais que la pauvre vieille ne pt faire entendre deux notes de suite2 mais ds qu'elle eut commenc le rcitatif1 son ge1 sa laideur1 tout disparut2 son visage prit une expression superbe1 et elle chanta si parfaitement bien1 que nous tions tous dans l'admiration4 ,j'avoue que je fus stupfaite2 je croyais assister l'opration d'un miracle4 ,le premier jour de l'an est trs brillant ,vienne4 ,on voit alors une grande quantit de ,hongrois dans leur lgant costume1 ce qui leur sied merveille1 attendu qu'en gnral ils sont grands et bien faits4 ,un des plus remarquables tait le prince d',esterhazy2 je l'ai vu passer1 mont sur un cheval richement caparaonn1 couvert d'une housse parseme de diamans4 ,l'habit du prince tait d'une richesse analogue1 et comme il faisait grand soleil1 les yeux taient vraiment blouis d'une telle magnificence4 ,une socit fort agrable1 tait celle des ,polonaises2 presque toutes sont aimables et jolies1 et j'ai peint quelques-unes des plus belles4 ,on les trouvait runies le plus souvent chez la princesse ,lubomirska1 que j'avais connue ,paris1 l'poque o je fis le portrait de son neveu en ,amour de la gloire1 et chez laquelle j'allais beaucoup ,vienne4 ,elle tenait une des maisons les plus brillantes de cette ville1 o elle donnait de trs beaux concerts et des bals charmans4 ,j'ai vu aussi une grande runion de ,polonaises chez la princesse ,czartorinska1 qui recevait merveille4 ,son mari tait fort aimable1 et leur fils1 que je connus alors1 a t depuis ministre ,ptersbourg4 ,une personne que je retrouvais avec bonheur ,vienne1 c'tait madame la comtesse de ,brionne1 princesse de ,lorraine4 ,elle avait t parfaite pour moi ds ma plus grande jeunesse1 et je repris la douce habitude d'aller souvent souper chez elle1 o je rencontrais frquemment ce vaillant prince de ,nassau1 si terrible dans un combat1 si doux et si modeste dans un salon4 ,je frquentais aussi beaucoup la maison de la comtesse de ,rombec1 soeur du comte de ,cobentzel4 ,madame de ,rombec tait la meilleure des femmes2 elle avait de l'esprit et un naturel parfait1 mettant son bonheur soulager les malheureux3 c'tait chez elle que se faisaient toutes les qutes1 que se tiraient toutes les loteries destines secourir les infortuns2 elle mettait ces bonnes oeuvres tant de grce et de zle1 qu'il tait impossible de ne pas lui ouvrir sa bourse4 ,j'ai remarqu1 au reste1 que les qutes faites dans les salons1 sont un des moyens les plus efficaces pour venir au secours des pauvres4 ,aussi en ai-je trouv l'usage tabli dans tous les pays que j'ai parcourus4 ,je me souviens qu' ,rome1 o je passais souvent la soire chez la douce et bonne lady ,cliford1 je la vis un soir se lever1 une bourse la main1 et faire le tour de son cercle1 qui tait fort nombreux4 ,lorsqu'elle approcha de moi1 voyant que j'avais prpar mon offrande3 ,non1 me dit-elle1 je qute pour un de nos compatriotes que nous ne connaissons pas1 mais qui vient de perdre au jeu tout ce qu'il possdait2 c'est nous seuls de le secourir4 ,je trouvai ce mot bien anglais4 ,la comtesse de ,rombec runissait dans son salon la socit la plus distingue de ,vienne4 ,c'est chez elle que j'ai vu le prince ,metternich avec son fils1 qui depuis est devenu premier ministre1 mais qui n'tait alors qu'un fort beau jeune homme4 ,j'y ai retrouv l'aimable prince de ,ligne2 il nous racontait le charmant voyage qu'il avait fait en ,crime avec l'impratrice ,catherine ,,ii1 et me donnait le dsir de voir cette grande souveraine4 ,j'y rencontrai aussi la duchesse de ,guiche1 dont le charmant visage n'avait pas chang4 ,sa mre1 madame de ,polignac1 habitait constamment une campagne voisine de ,vienne4 ,c'est l qu'elle apprit la mort de ,louis ,,xvi1 qui l'affecta au point que sa sant en fut trs altre2 mais lorsqu'elle reut l'affreuse nouvelle de celle de la reine1 elle y succomba4 ,le chagrin la changea au point que sa charmante figure tait devenue mconnaissable1 et que l'on pouvait prvoir sa fin prochaine4 ,elle mourut en effet peu de temps aprs1 laissant sa famille et plusieurs amis qui ne l'avaient pas quitte1 inconsolables de sa perte4 ,il est certain que je puis juger combien ce qui venait de se passer en ,france dut tre affreux pour elle1 par la douleur que j'en prouvai moi-mme4 ,je n'appris rien par les journaux1 car je n'en lisais plus depuis le jour qu'ayant ouvert une gazette chez madame de ,rombec1 j'y trouvai les noms de neuf personnes de ma connaissance1 qu'on avait guillotines2 on prenait mme grand soin dans ma socit de me cacher tous les papiers-nouvelles4 ,j'appris donc l'horrible vnement par mon frre1 qui me l'crivit sans ajouter aucun dtail4 ,le coeur navr1 il me dit seulement que ,louis ,,xvi et ,marie-,antoinette taient morts sur l'chafaud6 ,depuis1 par piti pour moi1 je me suis toujours garde de faire la moindre question sur tout ce qui a pu accompagner ou prcder cet affreux assassinat1 en sorte que je ne saurais rien de plus aujourd'hui sans un fait dont je parlerai plus tard4 ,,chapitre ,,xiii4 ,huitzing4--,la princesse ,lichtenstein4--,les corbeaux4--,je me dcide aller en ,russie4--,le prince de ,ligne me prte le couvent de ,caltemberg que je vais habiter4--,vers du prince de ,ligne4--,portrait en vers du prince de ,ligne par ,m4 de ,langeron4 ,sitt que le printemps tait venu1 j'avais lou une petite maison dans un village des environs de ,vienne1 o j'avais t m'tablir4 ,ce village1 nomm ,huitzing1 touchait presque le parc de ,schoenbrunn4 ,la famille de ,polignac l'habitait1 et quoique sa situation le rendt agrable ds ce temps1 j'ai su depuis1 par madame de ,rombec1 qu'il s'est fort embelli1 et qu'elle-mme y possdait une habitation ressemblante la maison carre de ,nmes4 ,j'apportai ,huitzing le grand portrait que je faisais alors de la princesse ,lichtenstein pour le terminer4 ,cette jeune princesse tait trs bien faite2 son joli visage avait une expression douce et cleste1 qui me donna l'ide de la reprsenter en ,iris4 ,elle tait peinte en pied1 s'lanant dans les airs4 ,son charpe1 aux couleurs de l'arc-en-ciel1 l'entourait1 en voltigeant autour d'elle4 ,on imagine bien que je la peignis les pieds nus2 mais lorsque ce tableau fut plac dans la galerie du prince1 son mari1 les chefs de la famille furent trs scandaliss de voir que l'on montrt la princesse sans chaussure1 et le prince me raconta qu'il avait fait placer dessous le portrait une jolie petite paire de souliers1 qui1 disait-il aux grands parens1 venaient de s'chapper et de tomber terre4 ,les bords du ,danube sont superbes et m'offraient tous les moyens de satisfaire mon got pour les promenades solitaires et pittoresques4 ,j'en dcouvris une un jour1 o1 de l'autre ct de la rive1 en face de moi1 s'levait un superbe groupe d'arbres1 que les nuances de l'automne enrichissaient de tons riches et varis1 et d'o j'apercevais gauche1 dans le lointain1 la haute montagne du ,caltemberg4 ,charme de ce magnifique paysage1 je m'tablis sur les bords du fleuve1 je prends mes pastels1 et je me mets peindre ces beaux arbres et ce qui les environne4 ,tout prs d'eux tait une cahute en planches1 et je voyais sur le ,danube un petit bateau1 qu'un homme dirigeait fort doucement dans l'intention de tuer des corbeaux4 ,quelques minutes ensuite1 effectivement1 cet homme tire son coup de fusil1 abat un de ces oiseaux1 qu'il prend et qu'il place sur la planche de son bateau2 mais dans l'instant mme une norme nue de corbeaux arrive tire-d'aile2 leur nombre tait tel1 que l'homme eut peur et courut se cacher dans sa petite baraque1 en quoi je pense qu'il agit prudemment2 car je n'ai pas le moindre doute que les corbeaux1 furieux du meurtre de leur camarade1 ne l'eussent assailli de manire le tuer4 ,l'homme enfui1 ces pauvres btes s'approchrent du corbeau bless mort1 le prirent1 et l'emportrent sur les branches d'un des plus grands arbres4 ,alors commencrent des cris1 des croassemens si violens1 qu'on ne peut en donner une ide4 ,je restai deux ou trois heures peindre les arbres o ils taient perchs1 et lorsque j'eus fini mon tude1 leur fureur n'tait point calme4 ,cette scne1 qui me surprit beaucoup1 me jeta dans je ne sais quelle rverie sur l'espce humaine1 qui1 je dois l'avouer1 tait toute l'avantage des corbeaux4 ,j'tais heureuse ,vienne autant qu'il est possible de l'tre loin des siens et de son pays4 ,l'hiver1 la ville m'offrait une des plus aimables et des plus brillantes socits de l',europe1 et quand le beau temps revenait1 j'allais jouir avec dlice du charme de ma petite retraite4 ,je ne pensais donc nullement quitter l',autriche avant qu'il ft possible de rentrer en ,france sans danger1 lorsque l'ambassadeur de ,russie et plusieurs de ses compatriotes me pressrent vivement d'aller ,ptersbourg o l'on m'assurait que l'impratrice me verrait arriver avec un extrme plaisir4 ,tout ce que le prince de ,ligne m'avait dit de ,catherine ,,ii m'inspirait un grand dsir de voir cette souveraine4 ,je pensais avec raison1 d'ailleurs1 que le plus court sjour en ,russie complterait la fortune que je m'tais promis de faire avant de retourner ,paris2 je me dcidai donc faire ce voyage4 ,je m'occupais de mes prparatifs pour quitter ,vienne1 et j'allais me mettre en route dans peu de jours1 quand le prince de ,ligne vint me voir4 ,il me conseilla d'attendre la fonte des neiges1 et pour m'engager rester encore1 il m'offrit d'aller habiter1 sur la montagne de ,caltemberg1 l'ancien couvent qui lui avait t donn par l'empereur ,joseph ,,ii4 ,connaissant mon got pour les lieux levs1 il me tenta en me parlant de ,caltemberg comme de la plus haute montagne des environs de ,vienne1 et je ne rsistai pas l'envie d'y passer quelque temps4 ,j'allai donc prendre avec ma fille1 sa gouvernante et ,m4 de ,rivire1 le chemin horrible et rocailleux qui conduit ce couvent4 ,nous le fmes pied1 les cahots de la cariole n'tant pas supportables1 en sorte que nous arrivmes trs fatigus4 ,le gardien et sa femme1 qui le prince nous avait fortement recommands1 eurent pour nous les soins les plus empresss4 ,tous les btimens qu'avaient occups anciennement les religieux existaient encore4 ,on prpara aussitt nos chambres1 qui n'taient autre chose que de petites cellules distantes les unes des autres4 ,pendant ces arrangemens1 j'allai me reposer sur un banc1 d'o l'on avait une vue magnifique4 ,je planais sur le ,danube1 coup par des les qu'embellissait la plus belle vgtation1 et sur des campagnes perte de vue2 enfin c'tait l'immensit1 et l'on peut remarquer que les religieux avaient le bon esprit d'habiter toujours des lieux fort levs4 ,privs des jouissances du monde1 au moins gotaient-ils le charme qu'on prouve respirer un air pur en contemplant une nature grandiose4 ,je le gotais moi-mme alors1 d'autant plus qu'il faisait un temps admirable4 ,je me reposai promptement de mes fatigues2 et je courus de l'autre ct de la montagne1 o1 de la lisire d'un bois1 j'apercevais dans le fond un village trs peupl que traversait une petite rivire courante et limpide2 enfin1 j'tais ravie de me trouver l3 je prfrais la cellule que j'allais habiter tous les salons du monde1 et je bnissais ce bon prince de ,ligne en regrettant bien qu'il ne ft pas tmoin de mon bonheur4 ,je suis reste trois semaines dans ce beau lieu4 ,m4 de ,rivire1 plus citadin que moi1 allait souvent la ville1 mais nous n'en avons pas moins fait ensemble de charmantes promenades sur la montagne4 ,ma fille venait quelquefois s'asseoir avec moi sur le banc dont j'ai parl1 o nous attendions le clair de lune4 ,je me souviens qu'un soir1 l'heure de son coucher approchant1 elle me dit3 ,maman1 tu trouves que cela fait rver2 pour moi1 je trouve que cela donne envie de dormir4 ,les grandes salles du couvent taient restes intactes dans leur construction2 depuis1 le prince les a fait meubler pour y donner de trs belles ftes4 ,les bals durant une partie de la nuit1 les dames restaient tout habilles1 et se couchaient sur les divans qui entouraient ces immenses salons4 ,pour mon got1 ,caltemberg1 tel qu'il tait quand je l'ai habit1 me plaisait infiniment mieux qu' l'poque o se donnaient toutes ces ftes4 ,je retrouve des vers que le prince de ,ligne m'adressa lorsque j'allai m'tablir sur sa charmante montagne4 ,,madame ,,lebrun4 ,pour avoir fait l'empyre ,le mme vol que ,promthe1 ,vous mritez punition4 ce mont soyez attache4 ,par un vautour au lieu d'tre ici dchire1 ,de vous nous voulons bien avoir compassion2 ,de caresses soyez mange3 ,par notre amour soyez cloue2 ,et par notre admiration ,pour toujours en ces lieux fixe4 ,prs de votre habitation ,de la vote azure ,dont vous semblez tre chappe1 ,oubliez votre nation1 ,par votre gnie honore1 ,mais prsent1 pays de dsolation6 ,que ma montagne fortune ,par la fire possession ,des talens dont la terre est ravie1 tonne1 ,soit par nos chants jamais clbre4 ,certes1 on peut dire qu'une trop flatteuse exagration a dict ces vers l'aimable prince de ,ligne2 mais en voici faits sur lui-mme1 pour lesquels le pote n'a laiss parler que la vrit4 ,vers faits sur le prince de ,ligne par ,m4 de ,langeron1 en #agij4 ,de ,mars et d',apollon tu vois le favori1 ,et de ,vnus le serviteur fidle4 ,es-tu bon citoyen8 ce sera ton ami4 ,es-tu soldat8 ce sera ton modle4 ,es-tu triste8 ses soins calmeront ta douleur4 ,es-tu femme8 bientt il sera ton vainqueur4 ,,chapitre ,,xiv4 ,je quitte ,vienne4--,prague4--,les glises4--,budin4--,dresde4--,les promenades4--,la galerie4--,raphal4--,la forteresse de ,koenigsberg4--,berlin4--,reinsberg4--,l e prince ,henri de ,prusse4 ,aprs avoir sjourn ,vienne deux ans et demi1 j'en partis le dimanche #ai avril #agie pour me rendre ,prague o j'arrivai le #bc avril1 par une route trs belle4 ,ce que nous remarqumes d'abord en entrant dans la capitale de la ,bohme1 ville grande et bien btie1 ce fut le pont plac sur la rivire qui traverse la ville et qui va se jeter dans l',elbe4 ,ce pont est trs beau et trs long2 car il a vingt-quatre arches4 ,je commenai par aller voir les glises4 ,la premire que je visitai1 ,saint ,thomas1 est assez belle4 ,j'y ai admir un beau tableau de ,rubens1 qui reprsente le martyre de saint ,thomas2 puis un autre du ,caravage1 qui est trs noirci1 mais qui a de beaux dtails4 ,on trouve au matre-autel de la cathdrale un superbe tableau de ,grard de la ,notte1 qui reprsente sainte ,anne crivant1 et la ,vierge tenant l'enfant ,jsus4 ,ces trois figures sont de la plus grande vrit4 ,le style en est parfait1 de mme que celui des draperies4 ,le fond aussi est du plus grand effet4 ,l'arcade du milieu fait illusion et perce la toile2 les bas-reliefs sont extrmement soigns2 enfin cet ouvrage est un des plus finis de ce matre4 gauche du matre-autel1 on voit un tableau de ,lairesse1 reprsentant un martyr2 les figures du second et du troisime plan sont d'une finesse extraordinaire2 le fond en est fort bien compos et bien peint4 ,cette cathdrale renferme les tombeaux de trois empereurs couchs1 qui sont d'un beau travail4 ,une chapelle toute en argent1 dans laquelle est saint ,npomucne2 un superbe dais1 soutenu par quatre anges plus grands que nature1 en argent aussi2 un petit bas-relief1 reprsentant le saint1 que des guerriers jettent du haut en bas des remparts4 ,de plus on conserve dans l'glise la cotte de mailles en fer de saint ,npomucne1 et beaucoup de personnes viennent baiser cette relique historique4 ,le palais de l'archiduchesse ,marianne est trs grand et trs beau2 il me rappelait celui du roi de ,naples4 ,la vieille ville est sur une montagne1 et la nouvelle dans la plaine2 mais j'ai eu peu de temps pour les parcourir2 car je ne suis reste qu'un jour ,prague1 dsirant arriver ,dresde le plus tt possible4 ,sur notre route1 nous passmes ,budin dont les environs sont charmans4 ,cette ville est dserte1 ses fortifications sont en ruine2 on n'y rencontre que des vieillards1 quelques femmes et des enfans1 mais encore en trs petit nombre4 ,enfin nous arrivmes ,dresde1 aprs avoir pass la ,corniche1 chemin fort troit1 sur une grande hauteur1 d'o l'on ctoie l',elbe qui coule dans un fond trs spacieux4 ,dresde est une jolie ville1 bien btie1 mais cette poque elle tait trs mal pave2 l',elbe la traverse4 ,ses environs sont charmans1 principalement le ,plaone1 d'o l'on dcouvre une vue superbe2 mais malheureusement tous ces beaux lieux sont infects de l'odeur des pipes4 ,c'est l que les bourgeois viennent1 surtout le dimanche1 faire des parties de plaisir2 beaucoup y apportent leur dner1 et sitt leur repas termin1 ils se mettent tous fumer1 ce qui dsenchantait1 pour moi1 ces dlicieuses promenades4 ,cet inconvnient1 la vrit1 n'existe pas dans plusieurs beaux jardins que j'ai parcourus1 et qui sont en grand nombre4 ,je citerai principalement le ,brill1 le parc ,antoine1 le grand jardin de l'lecteur et le jardin de ,hollande1 comme les plus remarquables4 ,j'allai l'glise catholique pour voir un trs beau tableau de ,mengs1 qui reprsente l',ascension1 et le lendemain de mon arrive1 je visitai enfin cette fameuse galerie de ,dresde1 unique dans le monde4 ,sa vue ne dment point sa grande clbrit2 il est bien certain que c'est la plus belle de l',europe4 ,j'y suis retourne bien souvent1 toujours plus convaincue de sa supriorit1 en admirant le nombre immense de chefs-d'oeuvre qu'elle renferme4 ,ces chefs-d'oeuvre sont trop connus par une foule d'ouvrages divers propres en donner l'ide pour que j'entre ici dans aucuns dtails4 ,je dirai seulement que l comme partout on reconnat combien ,raphal s'lve au-dessus de tous les autres matres4 ,je venais de visiter plusieurs salles de la galerie1 lorsque j'arrivai devant un tableau qui me saisit d'une admiration au-dessus de toutes celles que peut faire prouver l'art du peintre4 ,il reprsente la ,vierge1 place sur des nuages1 tenant l'enfant ,jsus dans ses bras4 ,cette figure est d'une beaut1 d'une noblesse dignes du divin pinceau qui l'a trace4 ,le visage de l'enfant1 qui est charmant1 porte une expression la fois nave et cleste2 les draperies sont du dessin le plus correct et d'une belle couleur4 la droite de la ,vierge1 on voit un saint dont le caractre de vrit est admirable2 ses deux mains surtout sont remarquer4 gauche est une jeune sainte1 la tte baisse1 qui regarde deux anges placs en bas du tableau4 ,sa figure est pleine de beaut1 de candeur et de modestie4 ,les deux petits anges sont appuys sur leurs mains1 les yeux levs vers les personnages qui se trouvent au-dessus d'eux1 et leurs ttes ont une ingnuit et une finesse dont il est impossible de donner l'ide par des mots#ai4 ,aprs tre reste trs long-temps en adoration devant ce chef-d'oeuvre1 je repassai pour sortir de la galerie par les mmes salles que je venais de traverser4 ,les meilleurs tableaux des plus grands matres avaient perdu1 pour moi1 quelque chose de leur perfection2 car j'emportais l'image de cette admirable composition et de cette divine figure de ,vierge6 ,rien ne peut se comparer dans les arts la noble simplicit1 et toutes les figures que je revoyais me semblaient grimacer un peu4 ,ce qui rend cette galerie de ,dresde aussi admirable1 c'est qu'elle renferme des chefs-d'oeuvre des grands matres de toutes les coles4 ,on peut dire que toute la peinture est l1 et que l'art ne possde pas un nom clbre qui n'y soit inscrit4 ,tout en vitant de donner ici un catalogue1 je parlerai d'un saint ,jrme de ,rubens1 qui m'a sembl un de ses ouvrages suprieurs1 et d'une salle remplie de portraits et de tableaux de la ,rosalba1 qui sont d'une vrit enchanteresse4 ,les pastels notamment ont une grce et un moelleux qui rappelle tout--fait le ,corrge4 ,l'lecteur me fit prier d'exposer dans cette belle galerie ma ,sibylle1 qui voyageait avec moi1 et pendant une semaine toute la cour y vint voir mon tableau4 ,je m'y rendis moi-mme le premier jour1 afin de tmoigner combien j'tais vivement touche et reconnaissante de cette haute faveur1 que j'tais loin d'attendre et de mriter4 ,la bibliothque de ,dresde est trs belle2 on y voit1 outre des livres rares1 une grande quantit de porcelaines trs prcieuses1 et de trs beaux antiques4 ,le trsor est un des plus riches que l'on connaisse en diamans et en perles fines4 ,une chose fort curieuse voir1 ce sont les salles qui renferment les armes1 les costumes des anciens rois et chevaliers4 ,on vous montre le chapeau de ,pierre-le-,grand1 ainsi que son pe1 le casque et la cuirasse d',auguste1 ancien roi de ,pologne3 cette cuirasse est si lourde qu'on ne peut concevoir comment ce prince a pu la porter2 car maintenant il faut trois hommes pour la soulever4 ,nous allmes voir la fameuse forteresse de ,koenigstein1 et ma fille fut de cette partie4 ,notre chemin nous conduisit un petit village nomm ,krebs1 bti sur une montagne1 entour de collines trs fertiles1 et de beaux bois de cyprs et de sapins4 ,nous nous y arrtmes pour jouir d'une superbe vue1 qui vous montre1 droite1 la ville de ,dresde1 ,pilnitz1 l',elbe1 des montagnes lointaines1 et gauche la magnifique forteresse de ,koenigstein4 ,brunette aimait tellement ce hameau1 qu'elle aurait voulu y rester1 disant que l'on serait heureux l1 loin des villes4 ,nous arrivmes la forteresse de ,koenigstein1 l'une des plus belles du monde1 tant par sa situation que par ses ouvrages4 ,il s'y trouve un puits si profond qu'il faut trente secondes pour entendre tomber dans l'eau ce qu'on y jette4 ,l'eau de ce puits est trs bonne boire4 ,tout concourt faire de cette place forte un lieu de dfense admirable2 de son immense hauteur1 elle plane sur un pays de culture en bl1 et sur d'excellens pturages4 ,elle est entoure de canons1 et le magasin poudre est plac au milieu d'un bois qui la touche4 ,dans l'intention sans doute de nous prmunir contre les dangers que nous pouvions courir une telle lvation1 on nous raconta dans cette forteresse plusieurs vnemens arrivs par suite d'imprudence3 une nourrice et son enfant taient tombs de trois cents pieds dans l',elbe2 on sauva l'enfant1 mais la femme fut tue4 ,le vent est si furieux sur cette hauteur1 qu'un jour il enleva un soldat qui n'avait pas eu la prcaution de quitter son manteau1 et1 par un bien heureux hasard1 ce soldat ne se fit aucun mal4 ,une autre fois1 un jeune page eut l'imprudence de s'endormir sur un roc qui n'a pas quatre pieds de large et tout au plus huit pieds de long4 ,heureusement ce jour-l l'lecteur donnait dner ,koenigstein2 il aperut l'tourdi qu'il fit lier avec des cordes1 et rentrer par la fentre4 ,la vue que l'on dcouvre de cette belle forteresse est d'une immensit vraiment prodigieuse4 tant trs presse de me rendre ,ptersbourg1 j'allai directement de ,dresde ,berlin1 o je ne suis reste que cinq jours1 car mon projet tait d'y revenir et d'y sjourner mon retour de ,russie1 pour y voir la charmante reine de ,prusse4 ,berlin1 comme on sait1 est une trs belle ville1 mais pas assez peuple pour sa grandeur1 ce qui rend les rues un peu tristes2 elle est traverse par la ,spre1 qui va se jeter dans l',ebre1 et plusieurs difices y sont trs remarquables4 ,le palais du roi est superbe2 celui du prince ,henri est aussi fort beau4 ,on en peut dire autant des btimens de l'arsenal et de l'glise catholique qui a la forme de la rotonde1 et d'un grand nombre de palais4 ,la salle de la comdie se trouve place entre deux glises4 ,les dehors de la salle de l',opra1 qui est trs grande1 sont simples et d'une belle architecture4 ,la plus belle rue de ,berlin a un mille de longueur4 ,elle est parfaitement aligne1 et l'on trouve son extrmit une porte orne de huit colonnes1 qui conduit ,charlottenbourg4 ,ce parc est magnifique1 plus grand que le ,prater et le ,casino de ,florence4 ,on s'y promne pied1 cheval et en voiture4 ,en allant cette belle promenade1 on peut voir une charmante maison de plaisance du prince ,ferdinand1 qui se nomme ,belle-,vue4 ,charlottenbourg est un village trois quarts d'heure de chemin de ,berlin4 ,le roi y possde un chteau superbe1 dont les appartenons sont fort curieux4 ,quelques-uns sont modernes1 d'autres gothiques1 chinois1 japonais1 et l'ordonnance de tous est de trs bon got4 ,le thtre a quatre-vingt-trois pieds de profondeur4 ,il s'y trouve aussi quelques tableaux remarquables1 entre autres un de ,charles ,le ,brun1 qui reprsente une ,vierge montant au ciel1 dans lequel un des aptres est le portrait du peintre4 ,j'ai admir ,berlin une superbe collection de porcelaines4 ,le palais du roi renferme de fort beaux tableaux1 un grand nombre de statues antiques1 qui pour la plupart sont remarquables1 et le lit de noce de plusieurs rois de ,prusse4 ,mais ce qu'on y voit avec plus d'intrt que toute autre chose1 c'est la chambre du grand ,frdric4 ,la mmoire de ce prince vous suit partout ,berlin et ,potsdam1 o je suis alle aussi m'asseoir sur le banc o s'asseyait le grand capitaine4 ,c'est de l qu'il jouissait de la plus belle vue du monde1 en se livrant sans doute ces hautes penses qui importaient tant au sort de l',europe4 ,aprs avoir sjourn cinq jours ,berlin1 je partis le #bh mai #agie pour aller ,reinsberg1 rsidence du prince ,henri1 situe vingt lieues de la capitale4 ,nous fmes cette route fort lentement1 le chemin n'tant que sable4 ,on ctoie plusieurs forts et des plaines bien cultives2 en gnral1 le ,brandebourg a de belles campagnes jusqu' ,reinsberg4 ,j'allais avoir la joie de retrouver la marquise de ,sabran et le chevalier de ,boufflers4 ,c'tait mme sur une lettre que cette aimable femme m'avait adresse ,berlin1 dans laquelle elle me disait que le prince ,henri ne me pardonnerait point d'aller en ,russie sans m'arrter chez lui1 que je m'tais dcide ce petit voyage4 ,j'eus tout lieu d'tre persuade que madame de ,sabran m'avait dit vrai quand je vis le prince accourir au-devant de ma voiture pour me recevoir avec une bont sans gale4 ,quoique je fusse en habit de voyage1 il voulut me prsenter aussitt ses parens et parentes 7la famille ,ferdinand71 sans me donner le temps de faire ma toilette4 ,je crus m'apercevoir que les dames en taient au moins tonnes2 mais le bon prince se chargea de toutes les excuses1 ce qui tait d'autant plus juste1 dire vrai1 qu'il tait le seul coupable4 ,le chteau est trs bien situ1 et divis en deux parties1 dont la famille ,ferdinand habitait la plus grande4 ,le lendemain1 le prince ,henri me promena dans son parc1 qui est immense et trs beau4 ,par amour pour les braves guerriers qui combattaient avec lui dans la guerre de ,sept-,ans1 le prince y avait fait lever une norme pyramide sur laquelle tous leurs noms sont inscrits4 ,un autre monument tait un temple ddi l'amiti1 et couvert d'inscriptions en prose1 aussi tristes qu'affectueuses1 sur les amis qu'il avait perdus4 ,mais ce qui me toucha surtout1 ce fut la vue d'une colonne1 au bas de laquelle sont des vers en l'honneur du dvouement et de la mort gnreuse de ,malesherbes4 ,je n'aurais pas connu le coeur noble et bon du prince ,henri1 que ce trait me l'aurait fait connatre4 ,le prince me fit faire aussi une charmante promenade sur son lac1 au milieu duquel est une le qu'on prtend avoir t habite par ,rmus dont elle porte le nom4 ,la comtesse de ,sabran1 son fils et le chevalier de ,boufflers taient tablis ,reinsberg2 ils y sont encore rests trs long-temps aprs mon dpart4 ,le prince leur avait donn des terres1 et le chevalier s'tait fait cultivateur4 ,on menait dans ce beau lieu la vie la plus douce et la plus agrable4 ,il y avait une troupe de comdiens franais1 qui appartenait au prince4 ,on a donn pendant mon sjour quelques comdies assez bien joues1 et plusieurs concerts2 car le matre avait conserv toute sa passion pour la musique4 ,je ne puis dire combien j'tais triste de quitter cet excellent prince1 que je ne devais1 hlas6 jamais revoir1 et que je regretterai toute ma vie4 ,l'accueil que j'en avais reu1 les bonts dont il m'avait comble pendant mon sjour chez lui1 tout me rendait cette sparation pnible4 ,ses attentions pour moi ne se ralentirent pas un instant1 et ds que j'eus quitt ,reinsberg1 je fus touche au dernier point1 en dcouvrant la quantit de provisions qu'il avait fait mettre dans ma voiture1 sachant que je ne trouverais rien jusqu' ,riga4 ,on avait plac des comestibles et des bouteilles de vin dans les poches et dans les coffres2 j'y trouvai de quoi nourrir tout un rgiment prussien1 et certes le bon prince dut tre bien assur que je ne mourrais pas d'inanition en route4 ,en quittant ,reinsberg1 nous prmes le chemin de la ,prusse qui conduit ,koenigsberg4 ,les petites villes que l'on trouve en route sont trs bien bties2 la plupart des campagnes sont fertiles2 mais ce chemin si sablonneux me donnait bien de l'ennui4 ,nous ne pouvions faire qu'une poste en sept heures1 ce qui m'a oblige souvent marcher la nuit4 ,avant d'arriver de ,mariaverde ,koenigsberg1 on voit la mer1 et fort prs du chemin1 qui est trs troit1 la ,hafft4 ,je mis dix jours pour aller de ,reinsberg ,koenigsberg1 d'o je repartis aussitt pour ,memel4 ,loin de s'amliorer1 la route devient alors plus affreuse4 ,jour et nuit nous marchions dans des sables horribles1 ctoyant la ,hafft de si prs que la moiti de la voiture tait penche dans cette rivire4 ,enfin j'arrivai ,riga1 et je m'y reposai plusieurs jours en attendant nos passeports pour ,ptersbourg4 ,,chapitre ,,xv4 ,peterhoff4--,ptersbourg4--,le comte d',esterhazy4--,czarskozelo4--,la grande-duchesse ,elizabeth1 femme d',alexandre4--,catherine ,,ii4--,le comte ,strogonoff4--,kaminostroff4--,esprit hospitalier des ,russes4 ,j'entrai ,ptersbourg le #be juillet #agie1 par le chemin de ,peterhoff1 qui m'avait donn une ide avantageuse de la ville2 car ce chemin est bord des deux cts par de charmantes maisons de campagne1 entoures de jardins du meilleur got dans le genre anglais4 ,les habitans ont tir parti du terrain1 qui est trs marcageux1 pour orner ces jardins1 o se trouvent des kiosques1 de jolis ponts1 etc41 par des canaux et des petites rivires qui les traversent4 ,il est malheureux qu'une humidit effroyable vienne le soir dsenchanter tout cela2 mme avant le coucher du soleil1 il s'lve un tel brouillard que l'on se croit entour d'une paisse fume presque noire4 ,toute magnifique que je me reprsentais ,ptersbourg1 je fus ravie par l'aspect de ses monumens1 de ses beaux htels et de ses larges rues1 dont une1 que l'on nomme la ,perspective1 a une lieue de long4 ,la belle ,nva1 si claire1 si limpide1 traverse la ville charge de vaisseaux et de barques1 qui vont et viennent sans cesse1 ce qui anime cette belle cit d'une manire charmante4 ,les quais de la ,nva sont en granit1 ainsi que ceux de plusieurs grands canaux que ,catherine a fait creuser dans l'intrieur de la ville4 ,d'un ct de la rivire se trouvent de superbes monumens1 celui de l',acadmie des arts1 celui de l',acadmie des sciences et beaucoup d'autres encore1 qui se refltent dans la ,nva4 ,on ne peut rien voir de plus beau1 au clair de lune1 que les masses de ces majestueux difices1 qui ressemblent des temples antiques4 ,en tout1 ,ptersbourg me transportait au temps d',agamemnon1 tant par le grandiose de ses monumens que par le costume du peuple1 qui rappelle celui de l'ancien ge4 ,quoique j'aie parl plus haut du clair de lune1 ce n'est pas qu' l'poque de mon arrive il me ft possible d'en jouir2 car au mois de juillet on n'a pas ,ptersbourg une heure de nuit2 le soleil se couche vers dix heures et demie du soir2 la brune dure jusqu'au crpuscule1 qui commence vers minuit et demi1 en sorte que l'on y voit toujours clair1 et j'ai souvent soup onze heures avec le jour4 ,mon premier soin fut de me reposer2 car depuis ,riga les chemins avaient t ce qu'on imagine de plus effroyables#bj2 de grosses pierres poses les unes sur les autres nous donnaient chaque pas des secousses d'autant plus violentes1 que ma voiture tait une des plus rudes du monde1 et les auberges tant trop mauvaises sur cette route pour qu'il ft possible de s'y arrter1 nous avions march de cahot en cahot jusqu' ,ptersbourg sans prendre de repos4 ,j'tais bien loin de me sentir remise de toutes mes fatigues1 car je n'habitais ,ptersbourg que depuis vingt-quatre heures1 lorsqu'on m'annona l'ambassadeur de ,france1 le comte d',esterhazy4 ,il me dit qu'il allait informer tout de suite l'impratrice de mon arrive1 et prendre en mme temps ses ordres pour ma prsentation4 ,un instant aprs1 je reus la visite du comte de ,choiseul-,gouffier4 ,tout en causant avec lui1 je lui tmoignai le bonheur que j'aurais voir cette grande ,catherine2 mais je ne lui dissimulai pas la peur et l'embarras que j'prouverais lorsque je serais prsente cette princesse si imposante4 ,rassurez-vous1 me rpondit-il2 lorsque vous verrez l'impratrice1 vous serez tonne de son air de bonhomie2 car1 ajouta-t-il1 c'est vraiment une bonne femme4 ,j'avoue que cette expression me surprit2 je ne pouvais croire sa justesse1 d'aprs ce que j'avais entendu dire jusqu'alors4 ,il est vrai que le prince de ,ligne1 en nous faisant avec tant de charme la narration de son voyage en ,crime1 nous avait cont plusieurs choses qui prouvaient que cette grande princesse avait autant de grce que de simplicit dans ses manires2 mais une bonne femme1 on en conviendra1 n'tait pas le mot propre4 ,quoi qu'il en soit1 le soir mme1 ,m4 d',esterhazy1 en revenant de ,czarskozelo1 o l'impratrice tait tablie1 vint me prvenir que ,sa ,majest me recevrait le lendemain une heure4 ,une prsentation aussi prompte1 que je n'avais pas espre1 me jeta dans un extrme embarras2 je n'avais que des robes de mousseline trs simples1 n'en portant point d'autres habituellement1 et il tait impossible de faire faire une robe pare du jour au lendemain4 ,m4 d',esterhazy m'avait dit qu'il viendrait me prendre dix heures prcises1 pour me mener djeuner avec sa femme1 qui habitait aussi ,czarskozelo1 en sorte que1 lorsqu'il arriva l'heure indique1 je partis assez inquite de ma toilette1 qui vraiment n'tait pas une toilette de cour4 ,en entrant chez madame d',esterhazy1 en effet1 je remarquai bien son tonnement4 ,toute sa politesse ne put l'empcher de me dire3 ,madame1 est-ce que vous n'avez pas apport une autre robe8 ,je devins cramoisie1 et j'expliquai comment le temps m'avait manqu pour me faire faire une robe plus convenable4 ,son air mcontent de moi redoubla mon anxit1 au point que j'eus besoin de m'armer de tout mon courage quand le moment d'aller chez l'impratrice arriva4 ,m4 d',esterhazy me donnait le bras1 et nous traversions une partie du parc1 lorsqu' la fentre d'un rez-de-chausse j'aperus une jeune personne qui arrosait un pot d'oeillets4 ,elle avait dix-sept ans au plus2 ses traits taient fins et rguliers1 et son ovale parfait2 son beau teint n'tait pas anim1 mais d'une pleur tout--fait en harmonie avec l'expression de son visage1 dont la douceur tait anglique4 ,ses cheveux blond cendr flottaient sur son cou1 sur son front4 ,elle tait vtue d'une tunique blanche1 attache par une ceinture noue ngligemment autour d'une taille fine et souple comme celle d'une nymphe4 ,telle que je viens de la peindre1 elle se dtachait sur le fond de son appartement1 orn de colonnes1 et drap en gaze rose et argent1 d'une manire si ravissante que je m'criai3 ,c'est ,psych6 ,c'tait la princesse lizabeth1 femme d',alexandre4 ,elle m'adressa la parole1 et me retint assez long-temps pour me dire mille choses flatteuses2 puis elle ajouta3--,il y a bien long-temps1 madame1 que nous vous dsirions ici1 au point que j'ai rv souvent que vous y tiez arrive4 ,je la quittai regret1 et j'ai toujours conserv le souvenir de cette charmante apparition4 ,j'arrivai chez l'impratrice un peu tremblante1 et me voil tte tte avec l'autocrate de toutes les ,russies4 ,m4 d',esterhazy m'avait dit qu'il fallait lui baiser la main1 et consquemment cet usage elle avait t un de ses gants1 ce qui aurait d me le rappeler2 mais je l'oubliai compltement4 ,il est vrai que l'aspect de cette femme si clbre me faisait une telle impression1 qu'il m'tait impossible de songer autre chose qu' la contempler4 ,j'tais d'abord extrmement tonne de la trouver trs petite2 je me l'tais figure d'une grandeur prodigieuse1 aussi haute que sa renomme4 ,elle tait fort grasse1 mais elle avait encore un beau visage1 que ses cheveux blancs et relevs encadraient merveille4 ,le gnie paraissait siger sur son front large et trs lev4 ,ses yeux taient doux et fins1 son nez tout--fait grec1 son teint fort anim1 et sa physionomie trs mobile4 ,elle me dit aussitt avec un son de voix plein de douceur1 un peu gras pourtant3 ,je suis charme1 madame1 de vous recevoir ici2 votre rputation vous avait devance4 ,j'aime beaucoup les arts1 et surtout la peinture4 ,je ne suis pas connaisseur1 mais amateur4 ,tout ce qu'elle ajouta pendant cet entretien1 qui fut assez long1 sur le dsir qu'elle avait que je pusse me plaire assez en ,russie pour y rester long-temps1 portait le caractre d'une si grande bienveillance1 que ma timidit disparut1 et lorsque je pris cong1 j'tais entirement rassure4 ,seulement je ne me pardonnais pas de n'avoir pas bais sa main1 qui tait trs belle et trs blanche1 d'autant plus que ,m4 d',esterhazy m'en fit des reproches4 ,quant ma toilette1 elle ne me parut pas y faire la moindre attention1 ou peut-tre tait-elle moins difficile sous ce rapport que notre ambassadrice4 ,je parcourus une partie des jardins de ,czarskozelo1 qui sont une vraie ferie4 ,l'impratrice y avait une terrasse qui communiquait ses appartemens1 sur laquelle elle entretenait une grande quantit d'oiseaux2 on me dit que tous les matins elle venait leur donner la bque1 et que c'tait un de ses grands plaisirs4 ,tout de suite aprs m'avoir reue1 ,sa ,majest tmoigna l'intention de me faire passer l't dans cette belle campagne4 ,elle commanda aux marchaux-des-logis 7dont l'un tait le vieux prince ,bariatinski7 de me donner un appartement dans le chteau1 dsirant m'avoir prs d'elle afin de me voir peindre4 ,mais j'ai su depuis que ces ,messieurs ne se soucirent nullement de me placer aussi prs de l'impratrice2 et malgr ses ordres ritrs1 ils soutinrent toujours qu'ils n'avaient aucun logement disponible4 ,ce qui me surprit au dernier point1 lorsqu'on m'instruisit de ce dtail1 c'est qu'on me dit que ces courtisans1 me croyant du parti du comte d',artois1 craignaient que je ne fusse venue pour faire remplacer ,m4 d',esterhazy par un autre ambassadeur4 ,il est vraisemblable que ,m4 d',esterhazy s'entendait de tout cela avec eux2 mais certes1 il fallait bien peu me connatre pour ne pas savoir que j'tais trop occupe de mon art pour pouvoir donner du temps des affaires politiques1 lors mme que je n'aurais pas eu l'aversion que j'ai toujours ressentie pour tout ce qui ressemble l'intrigue4 ,au reste1 part l'honneur de me trouver loge chez la souveraine1 et le plaisir d'habiter un aussi beau lieu1 tout tait gne et contrarit pour moi dans un tablissement ,czarskozelo4 ,j'ai toujours eu le plus grand besoin de jouir de ma libert1 et1 pour vivre selon mon got1 j'aimais infiniment mieux loger chez moi4 ,l'accueil que je recevais en ,russie1 d'ailleurs1 tait bien fait pour me consoler d'une petite tracasserie de cour4 ,je ne saurais dire avec quel empressement1 avec quelle bienveillance affectueuse1 un tranger se voit recherch dans ce pays1 surtout s'il possde quelque talent4 ,mes lettres de recommandation me devinrent tout--fait inutiles2 non seulement je fus aussitt invite passer ma vie dans les meilleures et les plus agrables maisons1 mais je retrouvais ,ptersbourg plusieurs anciennes connaissances1 et mme d'anciens amis4 ,d'abord le comte de ,strogonoff1 vritable amateur des arts1 dont j'avais fait le portrait ,paris1 dans ma trs grande jeunesse4 ,nous nous revmes tous deux avec un plaisir extrme4 ,il possdait ,ptersbourg une superbe collection de tableaux1 et prs de la ville1 ,kaminostroff1 un charmant cazin l'italienne1 o il donnait tous les dimanches un grand dner4 ,il vint me chercher pour m'y conduire1 et je fus enchante de cette habitation3 le cazin donnait sur le grand chemin1 et des fentres on voyait la ,nva4 ,le jardin1 dont on n'apercevait pas les limites1 tait dans le genre anglais4 ,une quantit de barques arrivaient de tout ct1 amenant du monde qui descendait chez le comte ,strogonoff2 car beaucoup de personnes1 qui n'taient point du dner1 venaient se promener dans le parc4 ,le comte permettait aussi des marchands de s'y installer avec leurs boutiques1 ce qui animait ce beau lieu par une foire amusante1 attendu que les costumes des divers pays voisins taient pittoresques et varis4 ,vers les trois heures1 nous montmes sur une terrasse couverte et entoure de colonnes1 o le jour arrivait de toute part4 ,d'un ct1 nous jouissions de la vue du parc1 et de l'autre1 de celle de la ,nva1 charge de mille barques plus ou moins lgantes4 ,il faisait le plus beau temps du monde2 car l't est superbe en ,russie1 o souvent au mois de juillet j'ai eu plus chaud qu'en ,italie4 ,nous dnmes sur cette mme terrasse1 et le dner fut splendide1 au point que l'on nous servit au dessert des fruits magnifiques et d'excellens melons1 ce qui me parut devoir tre un grand luxe4 ,ds que nous fmes table1 une musique d'instrumens vent dlicieuse se fit entendre4 ,elle excuta surtout l'ouverture d',iphignie d'une manire ravissante4 ,aussi fus-je bien surprise quand le comte ,strogonoff me dit que chacun des musiciens ne donnait qu'une note2 il m'tait impossible de concevoir comment tous ces sons particuliers arrivaient former un ensemble vraiment parfait1 et comment l'expression pouvait natre d'une excution aussi machinale4 ,aprs le dner1 nous fmes une promenade charmante dans le parc2 puis1 vers le soir1 nous remontmes sur la terrasse d'o nous vmes tirer1 ds que la nuit fut venue1 un trs beau feu d'artifice que le comte avait fait prparer4 ,ce feu1 rpt dans les eaux de la ,nva1 tait d'un effet magique4 ,enfin1 pour terminer les plaisirs de cette journe1 arrivrent1 dans deux petits bateaux trs troits1 des ,indiens qui se mirent danser devant nous4 ,cette danse consistait faire de si lgers mouvemens sans bouger de place1 qu'elle nous divertit beaucoup4 ,la maison du comte de ,strogonoff tait bien loin d'tre la seule qui ft tenue avec autant de magnificence4 ,ptersbourg comme ,moscou1 une foule de seigneurs qui possdent des fortunes colossales1 se plaisent tenir table ouverte1 au point qu'un tranger connu1 ou bien recommand1 n'a jamais besoin d'avoir recours au restaurateur#ba4 ,il trouve partout un dner1 un souper1 il n'a que l'embarras du choix4 ,j'ai eu toute la peine possible me dispenser d'aller souvent dner en ville2 mes sances1 et le besoin que j'ai de dormir en sortant de table1 pouvaient seuls me faire pardonner mes refus1 tant les ,russes sont enchants que l'on vienne dner chez eux4 ,ce caractre hospitalier existe aussi dans l'intrieur de la ,russie o la civilisation moderne n'a point encore pntr4 ,lorsque les seigneurs russes vont visiter leurs terres1 qui gnralement sont situes de grandes distances de la capitale1 ils s'arrtent en chemin dans les chteaux de leurs compatriotes1 o1 sans tre connus personnellement du matre de la maison1 eux1 leurs gens et leurs btes sont reus et traits merveille1 quand ils devraient y rester un mois4 ,de plus1 j'ai vu un voyageur qui venait de parcourir ce vaste pays avec deux de ses amis4 ,tous les trois avaient travers les provinces les plus recules ainsi qu'on aurait pu le faire dans l'ge d'or1 au temps des patriarches4 ,partout on les avait logs et nourris avec tant de bont que leur bourse tait devenue inutile4 ,ils ne parvenaient seulement pas faire accepter le pour-boire aux gens qui les avaient servis et qui avaient soign leurs chevaux4 ,leurs htes1 qui pour la plupart taient des ngocians ou des cultivateurs1 s'tonnaient beaucoup de la vivacit de leurs remerciemens4 ,si nous tions dans votre pays1 disaient-ils1 bien certainement vous en feriez autant pour nous4 ,hlas6 ,,chapitre ,,xvi4 ,le comte de ,cobentzel4--,la princesse ,dolgorouki4--,les tableaux vivans4--,potemkin4--,madame de ,with4--,je suis vole4--,doyen4--,m4 de ,l9999994 ,je profitais du reste de la belle saison pour courir un peu les campagnes2 car l't finit en ,russie au mois d'aot et il n'y a point d'automne4 ,j'allais souvent me promener ,czarkozelo1 dont le parc1 bord par la mer1 est une des belles choses qu'on puisse voir4 ,il est rempli de monumens que l'impratrice appelait ses caprices4 ,on y voit un superbe pont de marbre dans le style du ,palladio2 des bains turcs1 trophes des victoires de ,romazoff et d',orloff2 un temple trente-deux colonnes1 puis la colonnade et le grand escalier d',hercule4 ,ce parc a des alles d'arbres superbes4 ,en face du chteau est un long et large gazon au bout duquel se trouve une cerisaie o je me souviens d'avoir mang des cerises excellentes4 ,le comte de ,cobentzel dsirait beaucoup me faire faire connaissance avec une femme dont j'avais entendu vanter l'esprit et la beaut1 la princesse ,dolgorouki4 ,je reus d'elle un billet d'invitation pour aller dner ,alexandrowski o elle avait une maison de campagne1 et le comte vint me prendre pour m'y conduire avec ma fille4 ,cette maison fort grande tait meuble sans aucune recherche2 mais la rivire terminait le jardin1 et c'tait un grand plaisir pour moi que la vue de ce passage continuel de barques1 dans lesquelles les rameurs chantaient en choeur4 ,les chants du peuple russe ont une originalit un peu barbare2 mais ils sont mlancoliques et mlodieux4 ,la beaut de la princesse ,dolgorouki me frappa4 ,ses traits avaient tout le caractre grec ml de quelque chose de juif1 surtout de profil4 ,ses longs cheveux chtain fonc1 relevs ngligemment1 tombaient sur ses paules2 sa taille tait admirable1 et foute sa personne avait la fois de la noblesse et de la grce sans aucune affectation4 ,elle me ret avec tant d'amabilit et de distinction1 que je cdai volontiers la demande qu'elle me fit de rester huit jours chez elle4 ,l'aimable princesse ,kourakin1 avec qui je fis connaissance alors1 tait tablie dans cette maison1 o ces deux dames et le comte de ,cobentzel faisaient mnage commun4 ,la socit tait fort nombreuse1 et personne ne songeait autre chose qu' s'amuser4 ,aprs dner nous faisions des promenades charmantes dans des barques fort lgantes1 ornes de rideaux de velours cramoisi crpines d'or4 ,des musiciens nous devanaient dans une barque plus simple1 nous charmant par leur chant1 car ce chant tait toujours d'une justesse parfaite1 mme dans les sons les plus levs4 ,le jour de mon arrive nous emes de la musique le soir1 et le lendemain un spectacle charmant4 ,on donna le ,souterrain de ,dalayrac4 ,la princesse ,dolgorouki jouait le rle de ,camille2 le jeune de la ,ribaussire#bb celui de l'enfant1 et le comte de ,cobentzel celui du jardinier4 ,je me souviens que pendant la reprsentation1 un courrier arriva de ,vienne1 charg de dpches pour le comte1 qui tait ambassadeur d',autriche ,ptersbourg1 et qu' la vue d'un homme costum en jardinier1 il ne voulait pas lui remettre ses dpches1 ce qui leva dans la coulisse une contestation fort plaisante4 ,le petit thtre tait charmant1 je voulus en profiter pour composer des tableaux vivans4 ,il nous arrivait sans cesse du monde de ,ptersbourg2 je choisissais mes personnages entre les plus beaux hommes et les plus belles femmes1 et je les costumais en les drapant avec des schals de cachemire que nous avions profusion4 ,je prfrais les sujets graves ou ceux de la ,bible tout autre4 ,je reprsentai aussi de souvenir plusieurs tableaux connus1 tels que la famille de ,darius1 qui russit merveille2 mais celui qui obtint le plus grand succs fut celui d',achille la cour de ,lycomde2 je me chargeai du personnage d',achille1 car le plus souvent je m'habillais de manire qu'un casque et un bouclier suffirent pour me composer un costume fort exact4 ,les tableaux vivans amusaient extrmement la socit4 ,l'hiver suivant ils servirent varier les divertissemens du soir dans les salons de ,ptersbourg4 ,chacun voulait s'y trouver plac1 et je me voyais force de contrarier quelques dames qui dsiraient beaucoup tre en exhibition4 ,au bout de huit jours qui ne m'avaient paru qu'un moment1 il me fallut1 mon grand regret1 quitter la maison de la trs aimable princesse ,dolgorouki2 car j'avais pris une foule d'engagemens pour des portraits faire4 ,toutefois1 je venais de former ,alexandrowski plusieurs liaisons qui me furent infiniment agrables pendant tout mon sjour en ,russie4 ,le comte de ,cobentzel tait passionnment amoureux de la princesse ,dolgorouki1 sans qu'elle rpondt le moins du monde son amour2 mais l'insouciance avec laquelle elle recevait ses soins ne parvenait point l'loigner1 et1 comme dit une chanson1 il prfrait ses rigueurs toutes les faveurs des autres femmes4 ,ne pouvant esprer d'autre bonheur que celui de la voir1 il voulait au moins jouir de celui-l dans toute sa latitude3 soit la campagne1 soit la ville1 il ne la quittait jamais4 ,ds que ses dpches1 qu'il faisait avec une grande facilit1 taient expdies1 il volait chez elle1 et s'tait compltement fait son esclave4 ,on le voyait courir au moindre mot1 au moindre geste de sa divinit4 ,voulait-on jouer la comdie1 il prenait le rle qu'elle lui donnait1 mme lorsque ce rle ne convenait point du tout son physique4 ,car le comte de ,cobentzel1 qui paraissait avoir cinquante ans1 tait fort laid et louchait horriblement4 ,il tait assez grand1 mais trs gros1 ce qui ne l'empchait pas d'tre fort actif1 surtout lorsqu'il s'agissait d'excuter les ordres de sa bien-aime princesse4 ,au reste il avait de l'esprit1 il tait habile2 sa conversation tait anime par mille anecdotes qu'il racontait merveille1 et je l'ai toujours connu pour le meilleur et le plus obligeant des hommes4 ,ce qui pouvait donner la princesse ,dolgorouki de l'indiffrence pour les soins de ,m4 de ,cobentzel comme pour ceux de beaucoup d'autres adorateurs1 c'est qu'elle en avait reu de si brillans1 que les souverains les plus pris d'une femme n'en avaient jamais rendu de pareils4 ,le fameux ,potemkin1 celui qui voulait que l'on rayt le mot impossible de la grammaire1 l'avait aime passionnment1 et la magnificence avec laquelle il lui tmoignait son amour surpasse tout ce que nous lisons dans les ,mille et une ,nuits4 ,lorsqu'en #agia1 aprs avoir fait son voyage en ,crime1 l',impratrice retourna ,ptersbourg1 le prince ,potemkin resta pour commander l'arme o plusieurs gnraux avaient amen leurs femmes4 ,ce fut alors qu'il eut occasion de connatre la princesse ,dolgorouki4 ,elle se nommait aussi ,catherine1 et le jour de cette fte arriv1 le prince donna un grand dner1 soi-disant en l'honneur de l',impratrice4 ,il avait plac la princesse table ct de lui4 ,au dessert on apporta des coupes de cristal remplies de diamans que l'on servit aux dames pleines cuilleres4 ,la reine du festin paraissant remarquer cette magnificence3--,puisque c'est vous que je fte1 lui dit-il tout bas1 comment vous tonnez-vous de quelque chose8 ,rien ne lui cotait pour satisfaire un dsir1 un caprice de cette femme adore4 ,ayant appris qu'elle manquait de souliers de bal1 qu'habituellement elle faisait venir de ,france1 ,potemkin fit partir pour ,paris un exprs1 qui courut jour et nuit et rapporta des souliers4 ,une chose qui tait bien connue aussi de tout ,ptersbourg1 c'est que1 pour offrir la princesse ,dolgorouki un spectacle qu'elle dsirait voir1 il avait fait donner l'assaut la forteresse d',otshakoff plus tt qu'il n'tait convenu1 et peut-tre qu'il n'tait prudent de le faire4 ,lorsque j'arrivai ,ptersbourg il y avait dj plusieurs annes que le prince ,potemkin tait mort2 mais on y parlait encore de lui comme d'un enchanteur4 ,on peut prendre une ide de ce qu'il avait d'extraordinaire et de grandiose dans l'imagination1 en lisant ce qu'ont crit le prince de ,ligne et le comte de ,sgur du voyage qu'il fit faire l'impratrice en ,crime4 ,ces palais1 ces villages en bois1 btis sur toute la route comme par un coup de baguette2 cette immense fort qu'il brle pour donner un feu d'artifice ,sa ,majest1 tout ce voyage enfin1 a quelque chose de fantastique4 ,sa nice1 la comtesse ,scawronski1 me disait ,vienne3 ,si mon oncle vous avait connue1 il vous aurait comble d'honneurs et de richesses4 ,il est certain qu'en toute occasion cet homme si clbre se montrait gnreux jusqu' la prodigalit1 magnifique jusqu' la folie4 ,tous ses gots taient dispendieux1 toutes ses habitudes royales1 au point qu'ayant possd une fortune qui dpassait celle de certains souverains1 le prince de ,ligne m'a dit l'avoir vu quelquefois sans argent4 ,la faveur1 la puissance1 avaient habitu le prince ,potemkin satisfaire aussitt ses plus lgres volonts4 ,on cite un trait qui le prouve admirablement4 ,comme on parlait un jour chez lui de la grandeur d'un de ses aides-de-camp1 il dit qu'un officier de l'arme russe1 qu'il nomma1 tait encore d'une plus haute taille4 ,tous ceux qui connaissaient cet officier n'en tant pas convenus1 il fit partir aussitt un exprs avec ordre d'amener ce militaire1 qui se trouvait alors huit cents lieues de l4 ,lorsque celui-ci apprit qu'on venait le chercher de la part du prince1 sa joie fut extrme2 car il se persuada qu'il venait d'tre nomm quelque grade suprieur4 ,on peut donc imaginer son dsappointement1 quand son arrive au camp1 on le fit se mesurer avec l'aide-de-camp de ,potemkin1 aprs quoi il fallut s'en retourner bien tristement1 le tout n'ayant d'autre rsultat pour lui que la fatigue d'un aussi long voyage4 ,on sent bien que l'homme qu'une si longue faveur avait accoutum pour ainsi dire rgner ct de la souveraine1 ne pouvait survivre la pense d'une disgrce4 ,lorsqu'on lui crivit que le nouveau favori 7le jeune ,platon ,zouboff7 paraissait prendre un empire absolu sur l'esprit de l'impratrice1 il se hta de quitter l'arme pour voler ,ptersbourg4 ,comme il y arrivait1 ,catherine venait d'envoyer au prince ,repnin1 qui le remplaait dans le commandement des troupes1 l'ordre de traiter de la paix1 laquelle ,potemkin s'tait toujours oppos4 ,irrit autant qu'on peut l'tre1 il repart l'instant dans l'espoir d'arrter la signature2 mais c'est pour apprendre ,passy que la paix tait conclue4 ,cette nouvelle lui porta le coup fatal2 dj souffrant1 il tomba mortellement malade1 ce qui ne l'empcha pas de se remettre aussitt en route pour ,ptersbourg4 ,en peu d'heures1 son mal fit de tels progrs1 qu'il lui devint impossible de supporter le mouvement de la voiture2 on l'tendit sur un pr1 couvert de son manteau1 et l1 ,potemkin rendit le dernier soupir1 le #ae octobre #agia1 dans les bras de la comtesse ,branitska1 sa nice4 ,je n'ai jamais oubli qu'un jour1 que je demandais une vieille princesse ,galitzin1 qui parlait fort mal franais1 comment tait mort cet homme si clbre4 ,elle me rpondit3 ,hlas1 ma chre6 ce grand prince qui avait tant de diamans1 tant d'or1 est mort sur l'herbette4 ,la princesse ,dolgorouki n'a pas t la seule beaut dont le prince se soit montr pris4 ,on l'a vu aussi perduement amoureux d'une charmante ,polonaise1 nomme d'abord madame de ,with1 et marie depuis un ,potoski1 pour laquelle il dploya de mme tout ce que la galanterie a de plus recherch4 ,entre plusieurs traits de magnificence1 on cite que1 voulant lui faire accepter un cachemire de fort grand prix1 il imagina de donner une fte o se trouvaient deux cents femmes1 et fit tirer aprs le dner une loterie laquelle toutes ces dames gagnrent chacune un cachemire1 trop heureux qu'il tait de faire tomber ce prix le plus beau shall dans les mains de la plus belle4 ,long-temps avant cette poque1 j'avais vu madame de ,with ,paris1 elle tait alors extrmement jeune et aussi jolie qu'on puisse l'tre1 mais passablement vaine de sa charmante figure4 ,j'ai entendu conter que1 comme on lui parlait sans cesse de ses beaux yeux1 quelqu'un s'informant de sa sant1 un jour qu'ils taient un peu enflamms1 elle rpondit navement3 ,j'ai mal mes beaux yeux4 ,il est possible1 la vrit1 qu'elle ne sut pas trs bien notre langue1 quoique en gnral toutes les ,polonaises parlent le franais merveille1 et mme sans aucun accent4 ,sous le rapport de la fortune1 les premiers temps de mon sjour en ,russie ne furent point heureux pour moi4 ,on peut en prendre une ide par la copie d'une lettre que j'crivais madame ,vige1 ma belle-soeur1 moins de deux mois aprs mon arrive4 ,ptersbourg1 ce #aj septembre4 ,il faut bien1 ma chre ,suzette1 que je te mette au courant de tous mes soucis et tribulations4 ,je suis installe dans un appartement qui me convient assez1 attendu que j'y ai un fort bel atelier2 mais il est trs humide1 la maison n'tant btie que depuis trois ans1 et n'ayant pas encore t habite1 ce qui me fait prvoir un dmnagement pour la fin de la belle saison4 ,cette contrarit1 laquelle je devrais tre habitue1 n'est malheureusement pas la seule4 ,entre autres qui l'accompagnent1 il vient de m'arriver un vnement qui m'a donn beaucoup de tracas4 ,peu de temps aprs mon arrive1 je fus invite passer la soire chez la princesse ,menzicoff1 o l'on donnait un trs joli spectacle4 ,en revenant chez moi vers une heure du matin1 je trouve sur mon escalier la gouvernante de ma fille1 toute effare et toute ple3 ,ah6 madame1 s'cria-t-elle1 vous venez d'tre vole de tout votre argent6 ,tu sens bien que je fus fort saisie4 ,puis1 elle me conte que mon petit domestique allemand avait fait ce mauvais coup2 qu'on avait trouv sous son lit et sur lui des paquets de mon or2 qu'il en avait mme jet un peu sur l'escalier1 afin de faire croire que le petit ,russe tait le voleur2 enfin1 qu'il venait d'tre emmen par les gens de la police1 qui1 aprs avoir compt les pices1 les avaient emportes comme preuve du dlit4 ,je commenai par dire madame ,charrot qu'elle avait eu grand tort de laisser emporter mes pices d'or1 et j'avais bien raison2 car maintenant que l'affaire est finie1 on m'a bien rendu le nombre de ces pices1 mais non leur valeur3 j'avais des ,doppio1 des quadruples de ,vienne1 pour lesquels on ne m'a donn que de mauvais ducats1 en sorte que j'ai perdu tout juste la moiti de trente mille cinq cents livres4 ,cependant1 ce n'tait pas cela qui m'inquitait le plus alors1 c'tait ce malheureux enfant1 qui1 selon la loi du pays1 allait tre pendu4 ,il est fils des concierges de ce couvent de ,caltemberg1 que le prince de ,ligne m'a prt ,vienne4 ,l'homme et la femme sont les plus honntes gens du monde1 ils ont eu mille soins de moi1 en sorte que je ne pouvais supporter l'ide de voir pendre leur fils4 ,je courus chez le gouverneur1 et je le suppliai de sauver ce misrable jeune homme en le faisant partir sans bruit4 ,mais le comte ,samoeloff ne voulut pas cder mes instances1 disant que l'impratrice tait instruite du vol1 et qu'elle en tait outre4 ,je ne puis te dire ce qu'il m'en a cot de prires1 de dmarches1 pour obtenir enfin la certitude qu'on le ferait partir par mer1 ce qui fut excut4 ,pour en revenir mes quinze mille francs1 je les regrette d'autant plus que je viens d'en perdre quarante-cinq mille d'un autre ct2 ,voici comment3 pendant le premier mois de mon sjour ici1 j'avais gagn quinze mille roubles#bc4 ,on m'a conseill de les placer aussitt chez un banquier qui me paraissait un fort honnte homme4 ,cet honnte homme vient de faire banqueroute1 et je n'aurai rien de mes quinze mille roubles4 ,tu dois reconnatre l cette destine que tu sais8 ,il m'a t impossible jusqu'ici de conserver la moindre chose de ce que je gagne2 j'attends avec rsignation un temps plus heureux4 ,pour changer de discours1 je te dirai que je viens de voir mon plus ancien ami1 ,doyen le peintre1 si bon1 si spirituel6 l'impratrice l'aime beaucoup4 ,elle est venue son secours2 car il a migr sans aucune fortune1 n'ayant laiss en ,france qu'une maison de campagne qu'on lui a prise4 ,il a sa place au spectacle tout prs de la loge de l'impratrice1 qui1 m'a-t-on dit1 cause souvent avec lui4 ,j'ai retrouv aussi avec plaisir la baronne de ,strogonoff1 que je voyais beaucoup ,vienne1 o j'ai fait son portrait et celui de son mari4 ,il vient de m'arriver chez elle une petite aventure que je veux te conter parce qu'elle te fera rire4 ,il faut te dire qu'un jour ,vienne1 pendant qu'elle me donnait sance1 elle me parla de ce souper grec1 dont tu peux te souvenir1 en ajoutant le plus simplement du monde qu'elle savait que ce souper m'avait cot soixante mille francs4 ,je fis un grand saut sur ma chaise en entendant cela1 puis je me pressai de lui conter tous les dtails de la chose1 et de lui prouver que j'avais dpens quinze francs4--,vous m'tonnez bien1 me dit-elle quand elle fut persuade que je disais vrai2 car ,ptersbourg1 nous tenions le fait d'un de vos compatriotes1 monsieur de ,l9999991 qui se dit fort li avec vous1 et qui prtend avoir t un des convives4 ,je rpondis1 ce qui tait exact1 que je ne connaissais ,m4 de ,l999999 que de nom1 et nous n'en parlmes plus alors4 ,peu de jours aprs mon arrive ,ptersbourg1 o certainement ,m4 de ,l999999 n'avait pas cru que je viendrais jamais1 la baronne de ,strogonoff fut indispose2 j'allai la voir1 et comme j'tais assise auprs de son lit1 on annona ,m4 de ,l9999992 vite1 je me cache derrire les rideaux1 on fait entrer le personnage1 et la baronne lui dit3--,eh bien6 vous devez tre bien content2 car madame ,lebrun vient d'arriver8 ,puis avec malice elle veut le ramener sur ses liaisons avec moi1 et sur le souper grec4 ,mon homme alors commence balbutier1 la baronne le poussant toujours de questions1 lorsque enfin je me montre2 je vais lui3 ,monsieur1 lui dis-je1 vous connaissez donc beaucoup madame ,lebrun8 ,il est forc de rpondre que oui4--,voil qui est bien trange1 repris-je1 car c'est moi1 ,monsieur1 qui suis madame ,lebrun1 celle que vous avez calomnie1 et je vous rencontre aujourd'hui pour la premire fois de ma vie4 ces mots il fut saisi au point que ses jambes tremblaient sous lui4 ,il prit son chapeau1 sortit1 et depuis on ne l'a point revu2 car il a t consign la porte des meilleures maisons4 ,une chose1 triste c'est de remarquer1 ainsi que j'ai pu le faire trop souvent1 que dans un pays tranger1 des ,franais seuls sont capables de chercher nuire leurs compatriotes1 mme en employant la calomnie4 ,partout1 au contraire1 on voit les ,anglais1 les ,allemands1 les ,italiens1 se soutenir et s'appuyer entre eux mutuellement4 ,adieu1 ma bonne ,suzette1 je t'embrasse et je t'aime de tout mon coeur4 ,j'embrasse aussi mon frre1 et ta chre petite1 qui est si jolie et si intressante4 ,,chapitre ,,xvii4 ,je peins les deux jeunes grandes-duchesses1 filles de ,paul4--,platon ,zouboff4--,la grande duchesse ,elisabeth4--,la grande duchesse ,anne1 femme de ,constantin4--,madame ,narischkin4--,un bal la cour4--,un gala4--,les dners ,ptersbourg4 ,ainsi que je l'avais prvu1 je ne tardai pas dmnager1 et j'allai loger sur la grande place du palais imprial4 ,quand l'impratrice fut rentre en ville1 je la voyais tous les matins ouvrir un vasistas1 et jeter de la mie de pain des centaines de corbeaux qui chaque jour1 l'heure fixe2 venaient chercher leur pitance4 ,le soir1 vers les dix heures1 quand ses salons taient illumins1 je la voyais encore faire venir ses petits enfans et quelques personnes de sa cour1 pour jouer avec eux la main-chaude ou cache-cache4 ,ds que ,sa ,majest fut de retour de ,czarkozelo1 le comte de ,strogonoff vint me commander1 de sa part1 les portraits des deux grandes-duchesses ,alexandrine et ,hlne4 ,ces princesses pouvaient avoir treize ou quatorze ans1 et leurs visages taient clestes1 bien qu'avec des expressions toutes diffrentes4 ,leur teint surtout tait si fin et si dlicat qu'on aurait pu croire qu'elles vivaient d'ambroisie4 ,l'ane1 ,alexandrine1 avait la beaut grecque1 elle ressemblait beaucoup ,alexandre2 mais la figure de la cadette1 ,hlne1 avait infiniment plus de finesse4 ,je les avais groupes ensemble1 tenant et regardant le portrait de l'impratrice2 le costume tait un peu grec1 mais trs modeste4 ,je fus donc assez surprise quand ,zouboff1 le favori1 me fit dire que ,sa ,majest tait scandalise de la manire dont j'avais costum les deux grandes-duchesses dans mon tableau4 ,je crus tellement ce mauvais propos1 que je me htai de remplacer mes tuniques par les robes que portaient les princesses1 et de couvrir les bras de tristes amadis#bd4 ,la vrit est que l'impratrice n'avait rien dit2 car elle eut la bont de m'en assurer la premire fois que je la revis4 ,je n'en avais pas moins gt l'ensemble de mon tableau1 sans compter que les jolis bras que j'avais faits de mon mieux1 ne s'y voyaient plus4 ,je me souviens que ,paul1 devenu empereur1 me fit un jour des reproches d'avoir chang le costume que j'avais d'abord donn ses deux filles4 ,je lui racontai alors comment la chose s'tait passe1 sur quoi1 il leva les paules en disant3 ,c'est un tour que l'on vous a jou4 ,au reste1 ce ne fut point le seul1 car ,zouboff ne m'aimait pas4 ,sa malveillance pour moi me fut encore prouve dans une autre occasion4 ,voici comment4 ,on venait en foule chez moi voir les portraits des grandes-duchesses et mes autres ouvrages4 ,comme je ne voulais point perdre toutes mes matines1 j'avais fix le dimanche matin pour ouvrir mon atelier1 ainsi que je l'ai toujours fait dans les divers pays que j'ai habits4 ,j'ai dj dit que j'tais loge en face du palais1 en sorte que les voitures de toutes les personnes qui venaient de faire leur cour l'impratrice tournaient pour venir aussitt s'arrter ma porte4 ,zouboff1 qui ne pouvait concevoir1 apparemment1 que la foule se portt chez un peintre pour y voir des tableaux1 dit un jour ,sa ,majest3 ,voyez1 madame1 on va aussi faire sa cour madame ,lebrun2 ce sont srement des rendez-vous que l'on se donne chez elle4 ,heureusement pour moi1 la petitesse glissa sur l'esprit lev auquel elle s'adressait1 et l'impratrice ne fit pas plus d'attention ce qu'il y avait d'inconvenant ou de perfide dans ces paroles de son favori2 mais le prince de ,nassau1 qui les entendit1 vint me les rapporter tout de suite1 et il en tait indign4 ,pourquoi ,zouboff ne m'aimait pas1 c'est ce que je n'ai jamais pu savoir au juste4 la vrit1 il s'tait fait le protecteur de ,lampi1 peintre habile pour les portraits1 que j'avais trouv tabli ,ptersbourg2 mais ,lampi lui-mme a toujours t fort bien pour moi4 ,le lendemain de mon arrive1 il vint me faire une visite et m'engager dner chez lui4 ,je me souviens mme que ce dner fut trs recherch1 et que pendant tout le repas1 nous fmes rjouis par une excellente musique d'harmonie4 ,quoiqu'on m'et assur d'abord que j'exciterais la jalousie de ,lampi1 j'ai su depuis au contraire1 d'une manire certaine1 qu'il louait mes ouvrages1 au point de dire1 en voyant les mains d'un portrait que j'avais fait du baron de ,strogonoff1 qu'il ne pourrait pas faire aussi bien4 ,il se peut aussi que le favori ft mal dispos pour moi1 parce que je ne parus jamais rechercher sa faveur4 ,j'avais mme nglig pendant six de mois de porter une lettre de recommandation que j'avais pour sa soeur4 ,zouboff aimait que l'on rechercht son appui2 mais un orgueil que je ne crois pas blmable m'a toujours fait craindre que l'on pt attribuer la protection les succs que je dsirais obtenir2 soit tort1 soit raison1 je n'ai jamais voulu devoir qu' ma palette ma rputation et ma fortune4 ,zouboff devait avoir peine comprendre une pareille faon d'agir1 lui qui voyait toute une cour ses pieds4 ,enivr de sa faveur qui de plus en plus devenait clatante1 on m'a dit qu'il traitait souvent avec une extrme insolence les ministres et les seigneurs4 ,ds le matin1 les plus grands personnages de la cour attendaient dans ses antichambres l'instant o sa porte s'ouvrait2 car il avait un lever1 comme ,louis ,,xiv1 aprs lequel on se retirait1 heureux d'avoir assist la toilette de ,platon ,zouboff1 surtout s'il vous avait honor d'un sourire4 ,ds que j'eus fini les portraits des jeunes grandes-duchesses1 l'impratrice me commanda celui de la grande-duchesse lizabeth1 marie depuis peu ,alexandre4 ,j'ai dj dit quelle ravissante personne tait cette princesse2 j'aurais bien voulu ne point reprsenter sous un costume vulgaire une aussi cleste figure1 j'ai mme toujours dsir faire un tableau historique d'elle et d',alexandre1 tant les traits de tous deux taient nobles et rguliers4 ,toutefois1 ce qui venait de m'arriver pour les portraits des grandes-duchesses ne me permettant pas de me livrer mon inspiration1 je la peignis en pied1 dans le grand costume de cour1 arrangeant des fleurs prs d'une corbeille qui en tait remplie4 ,je me rendis chez elle pour les sances1 et l'on me fit entrer dans son divan#be1 drap en velours bleu clair1 garni de grandes crpines d'argent4 ,le fond de cette salle tait tout en glaces d'une prodigieuse dimension1 en face desquelles se trouvaient les fentres1 en glaces aussi1 en sorte qu'elles rptaient d'une manire vraiment magique la vue de la ,nva couverte de vaisseaux4 ,la grande-duchesse ne tarda pas paratre1 vtue d'une tunique blanche1 ainsi que je l'avais dj vue une premire fois2 c'tait encore ,psych1 et son abord si doux1 si gracieux1 joint cette charmante figure1 la faisait chrir doublement4 ,quand j'eus fini son grand portrait1 elle m'en fit faire encore un autre pour sa mre1 dans lequel je la peignis avec un schall violet1 transparent1 appuye sur un coussin4 ,je puis dire que plus la grande-duchesse lisabeth m'a donn de sances1 plus je l'ai trouve bonne et attachante4 ,un matin1 tandis qu'elle posait1 il me prit un tourdissement1 et des scintillations telles que mes yeux ne pouvaient plus rien fixer4 ,elle s'en alarma1 et courut vite elle-mme chercher de l'eau1 me frotta les yeux1 me soigna avec une bont inimaginable1 et ds que je fus rentre chez moi1 on vint de sa part savoir de mes nouvelles4 ,je fis aussi dans le mme temps le portrait de la grande-duchesse ,anne1 femme du grand-duc ,constantin4 ,celle-ci1 ne princesse de ,cobourg1 sans avoir un visage aussi cleste que celui de sa belle-soeur1 n'en tait pas moins jolie ravir4 ,elle pouvait avoir seize ans1 et la plus vive gat rgnait sur tous ses traits4 ,ce n'tait pourtant pas que cette jeune princesse ait jamais connu le bonheur en ,russie4 ,si l'on peut dire qu',alexandre tenait de sa mre par sa beaut et par son caractre1 on sait qu'il n'en tait pas ainsi de ,constantin1 qui ressemblait beaucoup son pre1 sans tre pourtant tout--fait aussi laid1 et qui se montrait comme lui prodigieusement enclin la colre4 ,il est bien vrai que par momens ,constantin a tmoign de l'obligeance et de la bont2 quand il aimait1 par exemple1 il aimait bien2 mais l'exception de quelques personnes qui avaient trouv le chemin de son coeur1 ses emportemens1 sa violence1 le rendaient redoutable tous ceux qui l'approchaient4 ,entre diffrens traits bizarres que l'on racontait de lui1 on disait que le soir de ses noces1 au moment de monter chez sa femme1 il entra dans une fureur horrible contre un soldat de garde la porte1 qui n'excutait pas assez strictement sa consigne4 ,cette scne se prolongea d'une manire si trange que toutes les personnes de sa cour qui l'accompagnaient ne pouvaient concevoir qu'il restt aussi long-temps maltraiter un factionnaire1 au lieu d'aller rejoindre la jeune et jolie femme qu'il avait pouse le matin4 ,quelque temps aprs son mariage1 il devint trs jaloux de son frre ,alexandre1 ce qui amenait de fortes querelles entre lui et la duchesse ,anne1 indigne de ses soupons4 ,les choses allrent au point qu'il en rsulta1 comme on sait1 un divorce4 ,la princesse alla rejoindre d'abord sa famille1 et lorsque1 beaucoup plus tard1 je suis alle en ,suisse1 elle y tait tablie4 ,tout porte croire que la grande-duchesse lisabeth1 cet ange de beaut1 n'a pas t plus heureuse que sa belle-soeur conserver le coeur d'un poux4 ,l'amour d',alexandre pour une charmante ,polonaise qu'il a marie au prince ,narischkin est connu de toute l',europe4 ,j'ai vu madame ,narischkin1 bien jeune1 la cour de ,ptersbourg4 ,elle et sa soeur y arrivrent aprs la mort de leur pre1 qui fut tu lors de la dernire guerre de ,pologne4 ,l'ane des deux pouvait avoir seize ans4 ,elles taient ravissantes voir1 elles dansaient avec une grce parfaite1 et bientt l'une fit la conqute d',alexandre et l'autre celle de ,constantin4 ,madame ,narischkin tait la plus rgulirement belle2 sa taille fine et souple1 son visage tout--fait grec la rendait extrmement remarquable2 mais elle n'avait pas1 mes yeux1 ce charme cleste de la grande-duchesse lisabeth4 ,en gnral1 cette poque1 la cour de ,russie tait compose d'un si grand nombre de femmes charmantes1 qu'un bal chez l'impratrice offrait un coup-d'oeil ravissant4 ,j'ai assist au plus magnifique qu'elle ait donn4 ,l'impratrice1 trs pare1 tait assise dans le fond de sa salle1 entoure des premiers personnages de la cour4 ,prs d'elle se tenaient la grande-duchesse ,marie1 femme de ,paul1 ,paul1 ,alexandre1 qui tait superbe1 et ,constantin1 tous debout4 ,une balustrade ouverte les sparait de la galerie o l'on dansait4 ,la danse n'tait autre chose que des polonaises1 o je pris place d'abord avec le jeune prince ,bariatinski1 afin de faire ainsi le tour du bal1 aprs quoi je m'assis sur une banquette pour mieux voir toutes les danseuses4 ,il me serait impossible de dire quelle quantit de jolies femmes je vis alors passer devant moi2 mais la vrit est qu'au milieu de toutes ces beauts1 les princesses de la famille impriale l'emportaient encore4 ,toutes les quatre taient habilles la grecque1 avec des tuniques qu'attachaient sur leurs paules des agrafes en gros diamans4 ,je m'tais mle de la toilette de la grande-duchesse lisabeth1 en sorte que son costume tait le plus correct2 cependant les deux filles de ,paul1 ,hlne et ,alexandrine1 avaient sur la tte des voiles de gaze bleu clair1 seme d'argent1 qui donnaient leurs visages je ne sais quoi de cleste4 ,la magnificence de tout ce qui entourait l'impratrice1 la richesse de la salle1 le grand nombre de belles personnes1 cette profusion de diamans1 l'clat de mille bougies1 faisaient vritablement de ce bal quelque chose de magique4 ,peu de jours aprs1 je retournai la cour pour voir un gala4 ,lorsque j'arrivai dans la salle#bf1 toutes les dames invites taient dj debout1 prs de la table1 qui venait d'tre servie4 ,peu d'instans aprs1 on ouvrit une grande porte deux battans1 et l'impratrice parut4 ,j'ai dit qu'elle tait petite de taille1 et pourtant1 les jours de reprsentation1 sa tte haute1 son regard d'aigle1 cette contenance que donne l'habitude de commander1 tout en elle enfin avait tant de majest1 qu'elle me paraissait la reine du monde2 elle portait les grands cordons de trois ordres1 et son costume tait simple et noble2 il consistait en une tunique de mousseline brode en or1 que serrait une ceinture de diamans1 et dont les manches1 trs amples1 taient plisses en travers dans le genre asiatique4 ,par-dessus cette tunique1 tait un dolman de velours rouge manches trs courtes4 ,le bonnet qui encadrait ses cheveux blancs1 n'tait pas orn de rubans1 mais de diamans de la plus grande beaut#bg4 ,ds que ,sa ,majest eut pris place1 toutes les dames s'assirent table1 et posrent1 comme tout le monde fait1 leur serviette sur leurs genoux1 tandis que l'impratrice attacha la sienne avec deux pingles1 ainsi qu'on l'attache aux enfans4 ,elle s'aperut bientt que ces dames ne mangeaient point1 et leur dit tout coup3--,mesdames1 vous ne voulez pas suivre mon exemple1 aussi faites-vous semblant de manger4 ,moi1 j'ai pris pour toujours le parti d'attacher ma serviette2 car autrement1 je ne puis mme manger un oeuf sans en jeter sur ma collerette4 ,je la vis en effet dner de fort bon apptit4 ,cette belle musique d'harmonie dont j'ai parl1 se fit entendre pendant tout le repas2 les musiciens tant placs au bout de la salle1 dans une large tribune4 ,j'avoue que c'est pour moi une chose charmante1 que de la musique quand on est table4 ,c'est la seule qui m'ait jamais fait dsirer d'tre trs grande dame ou trs riche2 car je prfre la musique toutes les causeries de gens qui dnent1 quoique l'abb ,delille ait dit souvent1 que les morceaux caquets se digraient beaucoup mieux4 propos de dners1 je dirai ici que bien certainement le plus triste que j'aie fait ,ptersbourg1 eut lieu chez cette soeur de ,zouboff1 chez laquelle j'avais nglig de porter ma lettre de recommandation4 ,six mois de mon sjour en ,russie s'taient passs lorsque je la rencontrai en sortant du spectacle4 ,elle vint moi et me dit d'un air fort aimable1 qu'elle attendait toujours une lettre que l'on m'avait remise pour elle4 ,ne sachant pas trop comment m'excuser1 je lui rpondis que j'avais gar cette lettre2 mais que je la chercherais de nouveau et m'empresserais de la lui porter4 ,je vais en effet un matin chez la comtesse ,d9999991 qui m'engage dner pour le surlendemain4 ,on dnait alors deux heures et demie dans toutes les maisons de ,ptersbourg2 je me rendis donc chez la comtesse l'heure fixe1 avec ma fille qu'elle avait invite aussi4 ,on nous introduisit dans un salon fort triste1 sans que j'eusse aperu sur mon passage aucun apprt de dner4 ,une heure1 deux heures se passent2 mais il n'est pas plus question de se mettre table que si nous venions de prendre le caf2 enfin1 je vois entrer deux domestiques qui dploient plusieurs tables de jeu1 et quoiqu'il me part un peu trange que l'on manget dans un salon1 je me flatte qu'ils vont servir2 point du tout1 ces gens sortent1 et quelques minutes aprs1 une partie des convives se mettent jouer4 ,vers six heures1 ma pauvre fille et moi1 nous tions tellement affames1 qu'en nous regardant toutes deux dans une glace1 nous nous fmes peur et piti4 ,je me sentais tout--fait mourante2 ce ne fut qu' sept heures et demie qu'enfin l'on vint nous dire que l'on tait servi2 mais nos pauvres estomacs avaient trop souffert2 il nous fut impossible de manger4 ,j'appris alors que la comtesse ,d999999 tant intimement lie avec lord ,wilford1 ne dnait1 pour lui complaire1 qu' l'heure o l'on dne ,londres4 ,le fait est que la comtesse aurait d m'en avertir2 mais peut-tre la soeur du favori s'tait-elle persuad que tout l'univers savait quelle heure elle se mettait table4 ,en gnral1 rien ne me contrariait autant que de dner en ville2 j'tais cependant parfois oblige de le faire1 surtout en ,russie1 o l'on risque de fcher tout--fait les matres de maison si l'on refuse trop souvent leurs invitations4 ,les dners me plaisaient d'autant moins qu'ils taient habituellement fort nombreux4 ,au reste1 la plus grande magnificence prsidait ces repas2 la plupart des seigneurs avaient de trs bons cuisiniers franais1 et la chre tait exquise4 ,un quart d'heure avant de se mettre table1 un domestique apporte sur un plateau des liqueurs de toute espce avec de petites tartines de pain beurres4 ,on ne prend gure de liqueur aprs le dner2 mais toujours du vin de ,malaga excellent4 ,il est d'usage que les grandes dames chez elles passent table avant les personnes invites1 en sorte que la princesse ,dolgorouki et d'autres venaient me prendre le bras afin de me faire passer en mme temps qu'elles2 car il est impossible de pousser plus loin que les dames russes la politesse bienveillante qui fait le charme de la bonne compagnie4 ,j'irai mme jusqu' dire qu'elles n'ont point cette morgue que l'on peut reprocher quelques-unes de nos dames franaises4 ,,chapitre ,,xviii4 ,le froid ,ptersbourg4--,le peuple russe4--,la douceur de ses moeurs4--,sa probit4--,son intelligence4--,les femmes de marchands russes4--,le comte ,golovin4--,la dbcle de la ,nva4--,les salons de ,ptersbourg4--,le thtre4--,madame ,hus4--,mandini4--,la comtesse ,strogonoff4--,la princesse ,kourakin4 ,on ne s'apercevrait point ,ptersbourg de la rigueur du climat1 si1 l'hiver arriv1 on ne sortait pas de chez soi1 tant les ,russes ont perfectionn les moyens d'entretenir de la chaleur dans les appartemens4 partir de la porte cochre1 tout est chauff par des poles si excellens1 que le feu qu'on entretient dans les chemines n'est autre chose que du luxe4 ,les escaliers1 les corridors1 sont la mme temprature que les chambres1 dont les portes de communication restent ouvertes sans aucun inconvnient4 ,aussi lorsque l'empereur ,paul1 qui n'tait alors que grand-duc1 vint en ,france sous le nom de prince du ,nord1 il disait aux ,parisiens3 ,ptersbourg nous voyons le froid2 mais ici nous le sentons4 ,de mme quand1 aprs avoir pass sept ans et demi en ,russie1 je fus de retour ,paris1 o la princesse ,dolgorouki se trouvait aussi1 je me rappelle qu'un jour tant alle la voir1 nous avions un tel froid toutes deux devant sa chemine que nous nous disions3 ,il faut aller passer l'hiver en ,russie pour nous rchauffer4 ,on ne sort qu'en prenant de telles prcautions1 que les trangers mmes souffrent peine de la rigueur du climat4 ,chacun1 dans sa voiture1 a de grandes bottes de velours fourres1 et des manteaux doubls d'paisses fourrures4 dix-sept degrs on ferme le spectacle1 et tout le monde reste chez soi4 ,je suis la seule peut-tre qui1 ne me doutant pas un jour du froid qu'il faisait1 imaginai d'aller faire une visite la comtesse ,golovin1 le thermomtre tant dix-huit4 ,elle logeait assez loin de chez moi1 dans la grande rue qu'on appelle la ,perspective1 et depuis ma maison jusqu' la sienne1 je ne rencontrai pas une seule voiture1 ce qui m'tonnait beaucoup2 mais j'allais toujours4 ,le froid tait tel1 que d'abord je croyais les glaces de ma voiture ouvertes4 ,lorsque la comtesse me vit entrer dans son salon1 elle s'cria3 ,mon ,dieu6 comment sortez-vous ce soir8 ne savez-vous donc pas qu'il y a prs de vingt degrs8 ces mots je pense mon pauvre cocher1 et sans ter ma pelisse1 je cours regagner ma voiture1 et retourne bien vite chez moi4 ,mais ma tte avait t saisie par le froid1 au point que j'en tais tourdie4 ,on me la frotta avec de l'eau de ,cologne pour la rchauffer1 autrement je serais devenue folle4 ,une chose tout--fait surprenante1 c'est le peu d'impression que semble faire une aussi rigoureuse temprature sur les gens du peuple4 ,bien loin que leur sant en souffre1 on a remarqu que c'est en ,russie qu'il existe le plus de centenaires4 ,ptersbourg comme ,moscou1 les grands seigneurs et toutes les notabilits de l'empire vont six et huit chevaux2 leurs postillons sont de petits garons de huit dix ans1 qui mnent avec une adresse et une dextrit surprenantes4 ,on en met deux pour conduire huit chevaux1 et c'est une chose curieuse de voir ces petits bons-hommes1 vtus assez lgrement1 et quelquefois mme leur chemise toute ouverte sur leur poitrine1 rester gaiement exposs un froid qui bien certainement ferait prir en peu d'heures un grenadier prussien ou franais4 ,moi1 qui me contentais de deux chevaux ma voiture1 je m'tonnais de mme de la douceur et de la rsignation des cochers2 jamais ils ne se plaignent4 ,par les temps les plus rigoureux1 lorsqu'ils attendent leurs matres1 soit au spectacle1 soit au bal1 ils restent tous l sans bouger1 on les voit seulement battre du pied sur leurs siges pour se rchauffer un peu1 tandis que les petits postillons vont s'tendre sur le bas des escaliers#bh4 ,le peuple russe est laid en gnral1 mais il a une tenue la fois simple et fire1 et ce sont les meilleures gens du monde4 ,on ne rencontre jamais un homme ivre1 quoique leur boisson habituelle soit de l'eau-de-vie de grain4 ,la plupart se nourrissent de pommes de terre1 et force ail ml d'huile1 qu'ils mangent avec leur pain1 en sorte qu'ils infectent1 bien qu'ils aient l'usage de se baigner tous les samedis4 ,cette pauvre nourriture ne les empche pas de chanter tue-tte en travaillant ou en menant leurs barques1 et ce peuple m'a bien souvent rappel ce qu'au commencement de la rvolution disait un soir chez moi le marquis de ,chastellux3 ,si on leur te leur bandeau1 ils seront bien plus malheureux6 ,les ,russes sont adroits et intelligens1 car ils apprennent tous les mtiers avec une facilit prodigieuse2 plusieurs mme obtiennent du succs dans les arts4 ,je vis un jour chez le comte de ,strogonoff1 son architecte qui avait t son esclave4 ,ce jeune homme montrait tant de talent1 que le comte le prsenta l'empereur ,paul1 qui le nomma un de ses architectes1 et lui commanda de btir une salle de spectacle sur des plans qu'il avait faits4 ,je n'ai point vu cette salle finie1 mais on m'a dit qu'elle tait fort belle4 ,en fait d'esclaves devenus artistes1 je n'avais pas t aussi heureuse que le comte4 ,comme je me trouvais sans domestique1 lorsque celui que j'avais amen de ,vienne m'eut vol1 le comte de ,strogonoff me donna un de ses esclaves1 qu'il me dit savoir arranger la palette et nettoyer les brosses de sa belle-fille1 quand elle s'amusait peindre4 ,ce jeune homme que j'employais en effet cet usage1 au bout de quinze jours qu'il me servait1 se persuada qu'il tait peintre aussi1 et ne me donna point de repos que je n'eusse obtenu sa libert du comte1 afin qu'il pt aller travailler avec les lves de l',acadmie4 ,il m'crivit sur ce sujet plusieurs lettres qui sont vraiment curieuses de style et de penses4 ,le comte1 en cdant ma prire1 me dit3 ,soyez sre qu'avant peu il voudra me revenir4 ,je donne vingt roubles ce jeune homme1 le comte lui en donne au moins autant1 en sorte qu'il court aussitt acheter l'uniforme des lves en peinture1 avec lequel il vient me remercier d'un air triomphant4 ,mais1 deux mois aprs environ1 il revint m'apporter un grand tableau de famille si mauvais1 que je ne pouvais le regarder1 et qu'on lui avait pay si peu1 que le pauvre jeune homme1 les frais solds1 y perdait huit roubles de son argent4 ,ainsi que le comte l'avait prvu1 un pareil dsappointement le fit renoncer sa triste libert4 ,les domestiques sont remarquables par leur intelligence4 ,j'en avais un qui ne savait pas un mot de franais1 et moi1 je ne savais pas un mot de russe2 mais nous nous entendions parfaitement sans le secours de la parole4 ,en levant le bras1 je lui demandais mon chevalet1 ma bote couleurs1 enfin je lui figurais les diffrens objets dont j'avais besoin4 ,il comprenait tout et me servait merveille4 ,une autre qualit bien prcieuse que je trouvais en lui1 c'tait une fidlit toute preuve3 on m'envoyait trs souvent des billets de banque en paiement de mes tableaux1 et lorsque j'tais occupe peindre1 je les posais prs de moi sur une table2 en quittant mon travail1 j'oubliais constamment d'emporter ces billets1 qui restaient l souvent trois ou quatre jours sans que jamais il en ait soustrait un seul4 ,il tait en outre d'une sobrit rare1 je ne l'ai pas vu ivre une fois4 ,ce bon serviteur se nommait ,pierre2 il pleura lorsque je quittai ,ptersbourg1 et moi je l'ai toujours vivement regrett4 ,le peuple russe en gnral a de la probit et sa nature est douce4 ,ptersbourg1 ,moscou1 non-seulement on n'entend jamais parler d'un grand crime1 mais on n'entend parler d'aucun vol4 ,cette conduite honnte et paisible surprend dans des hommes encore peu prs barbares1 et beaucoup de personnes l'attribueront l'esclavage2 mais moi1 je pense qu'elle tient ce que les ,russes sont extrmement dvots4 ,peu de temps aprs mon arrive ,ptersbourg1 j'allai voir la campagne la belle-fille de mon ancien ami le comte de ,strogonoff4 ,sa maison ,kaminostroff tait situe droite du grand chemin qui bordait la ,nva4 ,je descendis de voiture1 j'ouvris une petite barrire en treillage qui donnait entre dans le jardin que je traversai1 et j'arrivai dans un salon au rez-de-chausse1 dont je trouvai la porte toute grande ouverte4 ,il tait donc trs facile d'entrer chez la comtesse de ,strogonoff2 aussi1 quand je l'eus trouve dans un petit boudoir et qu'elle me montra ses appartemens1 je fus trs surprise de voir tous ses diamans prs d'une fentre qui donnait sur le jardin1 et par consquent peu prs sur le grand chemin4 ,cela me parut d'autant plus imprudent1 que les dames russes ont l'usage d'taler leurs diamans et leurs bijoux dans de grandes montres couvertes d'un verre1 telles qu'on en voit chez les bijoutiers4--,madame1 lui dis-je1 ne craignez-vous pas d'tre vole8--,jamais1 rpondit-elle1 voil la meilleure des polices4 ,et elle me montra places au-dessus de l'crin1 plusieurs images de la ,vierge et de saint ,nicolas1 patron du pays1 devant lesquelles brlait une lampe4 ,il est de fait que1 durant les sept annes et plus que j'ai passes en ,russie1 j'ai toujours reconnu qu'en toute occasion l'image de la ,vierge1 ou d'un saint1 et la prsence d'un enfant1 ont toujours quelque chose de sacr pour un ,russe4 ,les gens du peuple1 lorsqu'ils vous adressent la parole1 ne vous nomment pas autrement 7selon votre ge7 que mre1 pre1 frre ou soeur1 sans que cet usage excepte l'empereur1 l'impratrice et toute la famille impriale4 ,on ne voit pas ,ptersbourg de filles publiques se promener dans la ville2 elles habitent un quartier qui leur est assign1 et sont de si mauvais genre que les gens comme il faut ne vont jamais chez elles4 ,je n'ai pas entendu dire non plus1 qu'il y et des filles entretenues comme ,paris1 si ce n'taient quelques actrices4 ,dans la classe suprieure celle du peuple1 il existe un grand nombre de personnes aises et mme riches4 ,les femmes de marchands1 par exemple1 dpensent beaucoup pour leur toilette1 sans que cela paraisse apporter aucune gne dans le mnage4 ,elles sont surtout coiffes avec une magnificence fort lgante4 ,sur leurs bonnets dont les papillons sont le plus souvent orns de perles fines1 elles portent une large draperie qui de leur tte retombe sur leurs paules et sur leur dos1 jusqu'en bas des reins4 ,cette espce de voile produit sur le visage un demi jour1 dont il faut avouer qu'elles ont besoin1 attendu que toutes1 je ne sais pourquoi1 mettent du blanc1 du rouge1 et peignent leurs sourcils en noir1 de la manire la plus ridicule4 ,plusieurs fermiers sont aussi fort riches4 ,je me souviens qu'arrivant un jour pour dner chez le comte ,golovin1 je trouvai dans le salon un grand et gros homme qui avait tout--fait l'air d'un paysan renforc4 ,quand on eut annonc le dner1 je vis cet homme se mettre table avec nous1 ce qui me parut extraordinaire1 et je demandai la comtesse qui il tait3 ,c'est1 me dit-elle1 le fermier de mon mari1 qui vient lui prter soixante mille roubles pour que nous puissions satisfaire quelques dettes2 l'obligeance de ce bon fermier vaut bien le dner que nous lui donnons4 ,rien n'tait plus naturel en effet2 ce qui pouvait me le paratre un peu moins1 c'est que le comte ,golovin1 avec une fortune aussi considrable que la sienne1 pt avoir besoin de l'argent de son fermier2 mais je n'en tais plus apprendre avec quelle facilit les seigneurs russes dpensent leur revenu2 il faut dire1 la vrit1 qu'ils sont infiniment plus magnifiques que les ,franais4 ,il rsulte toutefois de ce luxe extraordinaire1 auquel le ntre ne peut tre compar1 que1 pour tre pay quand ils vous doivent1 il faut aller chez eux vers le #a;er janvier1 ou vers le #a;er juillet1 poques o ils touchent le revenu de leurs terres2 autrement1 on court risque de les trouver sans argent4 ,tant que je suis reste dans l'ignorance de cet usage1 j'ai souvent attendu le paiement des portraits que j'avais faits4 ,au reste1 le comte ,golovin dont je parle1 tait le meilleur homme du monde2 mais il n'avait aucun ordre4 ,par exemple1 il acceptait tous les placemens qu'on lui offrait2 car pour son malheur1 on avait beaucoup de confiance en lui4 ,il tenait compte exactement de l'intrt dix pour cent1 7taux ordinaire ,ptersbourg71 puis au lieu de faire valoir ces fonds de manire ou d'autre1 il les gardait dans une cassette1 pour s'en servir s'il s'en prsentait l'occasion2 en sorte qu'on m'a dit qu' sa mort1 lorsque l'on ouvrit cette cassette1 on y trouva de quoi payer la plus grande partie de ce qu'il devait4 ,la comtesse ,golovin tait une femme charmante1 pleine d'esprit et de talens1 ce qui suffisait souvent pour nous tenir compagnie2 car elle recevait peu de monde4 ,elle dessinait trs bien1 et composait des romances charmantes1 qu'elle chantait en s'accompagnant du piano4 ,de plus1 elle tait l'afft de toutes les nouvelles littraires de l',europe1 qui1 je crois1 taient connues chez elle aussitt qu' ,paris4 ,elle avait pour amie intime la comtesse ,tolstoi qui tait belle et bonne1 mais beaucoup moins anime que la comtesse ,golovin2 et peut-tre ce contraste dans leur caractre avait-il form et ciment leur liaison4 ,lorsque le mois de mai arrive ,ptersbourg1 il ne s'agit encore ni de fleurs printanires dont l'air soit embaum1 ni de ce chant du rossignol tant chant par les potes4 ,la terre est couverte de neige moiti fondue2 la ,doga apporte dans la ,nva des glaons aussi gros que d'normes rochers amoncels les uns sur les autres1 et ces glaons ramnent le froid qui s'tait adouci aprs la dbcle de la ,nva4 ,on peut appeler cette dbcle une belle horreur1 le bruit en est pouvantable2 car prs de la bourse1 la ,nva a plus de trois fois la largeur de la ,seine au pont ,royal#bi2 que l'on imagine donc l'effet que produit cette mer de glace1 se fendant de toutes parts4 ,en dpit des factionnaires que l'on place alors tout le long des quais pour empcher le peuple de sauter de glaon en glaon1 des tmraires s'aventurent sur la glace devenue mouvante pour gagner l'autre bord4 ,avant d'entreprendre ce dangereux trajet1 ils font le signe de la croix1 et s'lancent bien persuads que1 s'ils prissent1 c'est qu'ils y sont prdestins4 ,au moment de la dbcle1 le premier qui traverse la ,nva en bateau1 prsente une coupe en argent1 remplie d'eau de la ,nva1 l'empereur1 qui la lui rend remplie d'or4 ,on ne dcalfeutre pas encore les fentres cette poque1 et la ,russie n'a point de printemps2 mais aussi la vgtation se presse pour regagner le temps perdu4 ,on peut dire la lettre que les feuilles poussent vue d'oeil4 ,j'allai un jour1 la fin du mois de mai1 me promener avec ma fille au jardin d't1 et voulant nous assurer si tout ce qu'on nous avait dit sur la rapidit de la vgtation tait vrai1 nous remarqumes des feuilles d'arbustes qui n'taient encore qu'en bourgeons4 ,nous fmes un tour d'alle1 puis tant revenues aussitt la place que nous venions de quitter1 nous trouvmes les bourgeons ouverts1 et les feuilles entirement tendues4 ,les ,russes tirent parti1 mme de la rigueur de leur climat pour se divertir4 ,par le plus grand froid1 il se fait des parties de traneaux1 soit de jour1 soit de nuit aux flambeaux4 ,puis1 dans plusieurs quartiers1 on tablit des montagnes de neige sur lesquelles on va glisser avec une rapidit prodigieuse1 sans aucun danger2 car des hommes1 habitus ce mtier1 vous lancent du haut de la montagne1 et d'autres vous reoivent en bas4 ,une des belles crmonies qu'on puisse voir est celle de la bndiction de la ,nva4 ,elle a lieu tous les ans1 et c'est l'archimandrite qui donne la bndiction en prsence de l'empereur1 de la famille impriale et de tous les grands dignitaires4 ,comme cette poque la glace de la ,nva a pour le moins trois pieds d'paisseur1 on y pratique un grand trou dans lequel1 aprs la crmonie1 chacun vient puiser de l'eau bnite4 ,assez souvent on voit des femmes y plonger de petits enfans2 parfois il arrive ces malheureuses mres de laisser chapper la pauvre victime du prjug2 mais alors1 au lieu de pleurer la perte de son enfant1 la mre se flicite du bonheur de l'ange qui s'en va prier pour elle4 ,l'empereur est oblig de boire le premier verre d'eau1 que l'archimandrite lui prsente4 ,j'ai dj dit qu'il faut aller dans la rue pour s'apercevoir qu'il fait froid ,ptersbourg4 ,les ,russes ne se contentent pas de donner leurs appartemens la temprature du printemps1 plusieurs salons sont entours de grands paravens vitrs1 derrire lesquels sont placs des caisses et des pots remplis des plus belles fleurs que donne chez nous le mois de mai4 ,l'hiver1 les appartemens sont clairs avec le plus grand luxe4 ,on les parfume avec du vinaigre chaud dans lequel on jette des branches de menthe1 ce qui donne une odeur trs agrable et trs saine4 ,toutes les pices sont garnies de longs et larges divans1 sur lesquels les femmes et les hommes s'tablissent2 j'avais si bien pris l'habitude de ces siges que je ne pouvais plus m'asseoir sur un fauteuil4 ,les dames russes saluent en s'inclinant1 ce qui me paraissait plus noble et plus gracieux que nos rvrences4 ,elles ne sonnaient point leurs domestiques1 mais les appelaient en frappant dans leurs mains1 comme on dit que font les sultanes dans le srail4 ,toutes avaient la porte de leur salon un homme en grande livre1 qui restait toujours l1 pour ouvrir aux visites2 car je crois avoir remarqu qu' cette poque l'usage n'tait pas de les annoncer4 ,mais ce qui m'a paru plus trange1 c'est de voir quelques-unes de ces dames faire coucher une femme esclave sous leur lit4 ,tous les soirs j'allais dans le monde4 ,non-seulement les bals1 les concerts1 les spectacles1 taient frquens1 mais je me plaisais dans ces runions journalires1 o je retrouvais toute l'urbanit1 toute la grce d'un cercle franais2 car1 pour me servir de l'expression de la princesse ,dolgorouki1 il semble que le bon got a saut pieds joints de ,paris ,ptersbourg4 ,les maisons ouvertes ne manquaient pas1 et dans toutes on tait reu de la manire la plus aimable4 ,on se runissait vers les huit heures1 et l'on soupait dix4 ,dans l'intervalle1 on prenait du th comme partout ailleurs2 mais le th en ,russie est si excellent que moi1 qu'il incommode et qui ne puis en prendre1 j'tais embaume par son parfum4 ,je buvais au lieu de th de l'hydromle4 ,cette boisson1 qui est charmante1 se fait avec de bon miel et des petits fruits qui viennent dans les bois de la ,russie2 on la laisse pendant un certain temps la cave avant de la mettre en bouteille2 je la trouve bien prfrable au cidre1 la bire1 et mme la limonade4 ,deux maisons extrmement recherches taient celles de la princesse ,michel ,galitzin#cj et de la princesse ,dolgorouki2 il existait mme entre ces deux dames1 relativement leurs soires1 une sorte de rivalit4 ,la premire1 moins belle que la princesse ,dolgorouki1 tait plus jolie4 ,elle avait infiniment d'esprit1 mais fantasque l'excs4 ,elle vous boudait tout coup sans aucun motif1 puis l'instant d'aprs vous disait les choses les plus aimables et les plus flatteuses4 ,le comte de ,choiseul-,gouffier en tait amoureux fou au point que les caprices1 l'humeur bizarre qu'il lui fallait supporter1 ne faisaient qu'augmenter son amour4 ,il tait curieux de le voir saluer la princesse jusqu' terre lorsqu'elle arrivait aprs lui dans un salon2 mais tel tait autrefois le respect que l'on marquait la femme que l'on ne voulait pas afficher1 et cela1 quel que ft l'amour qu'on avait pour elle4 ,de nos jours1 il est vrai1 on n'affiche pas davantage1 mais c'est par indiffrence4 ,les soupers de la princesse ,dolgorouki taient charmans2 elle y runissait le corps diplomatique1 les trangers les plus marquans1 et chacun s'empressait de s'y rendre1 tant la matresse de maison tait aimable4 ,aussi n'avais-je pas tard rpondre aux avances qu'elle avait bien voulu me faire1 et je la voyais trs souvent4 ,elle me donnait toujours au spectacle une place dans sa loge1 qui tait fort prs du thtre1 en sorte que je pouvais apprcier parfaitement dans la tragdie le jeu si noble de madame ,hus1 dont le son de voix tait enchanteur1 et dans la comdie le jeu si fin de mademoiselle ,suzette1 qui jouait les rles de soubrettes4 ,les acteurs et les actrices de ,ptersbourg taient tous ,franais1 et sans galer les grands comdiens que ,paris possdait alors1 ils avaient pour la plupart beaucoup de talent1 et jouaient avec un ensemble parfait4 ,nous ne tardmes pas d'ailleurs voir arriver un homme qui1 quoique jeune1 avait dj fait les dlices de l',italie et de la ,france4 ,c'tait ,mandini1 que l'on peut dire avoir runi pour le thtre tous les avantages imaginables4 ,il tait beau2 il tait grand acteur1 et il chantait admirablement#ca4 ,comme il ne pouvait point jouer les opras franais1 on monta l't chez la princesse ,dolgorouki plusieurs opras italiens1 qui furent reprsents sur le petit thtre d',alexandrowski4 ,on donnait naturellement ,mandini les premiers rles1 dans lesquels il tait si ravissant1 qu'il fallait que les dames et les seigneurs qui le secondaient1 eussent fait l'entier sacrifice de leur amour-propre4 ,aucune femme1 je crois1 n'avait plus de dignit dans sa personne et dans ses manires que la princesse ,dolgorouki2 comme elle avait vu ma ,sibylle1 dont elle tait enthousiasme1 elle dsira que je fisse son portrait dans ce genre1 et j'eus le plaisir de la satisfaire entirement4 ,le portrait fini1 elle m'envoya une fort belle voiture1 et mit mon bras un bracelet1 fait d'une tresse de cheveux1 sur laquelle des diamans sont arrangs de manire qu'on y lit3 ,ornez celle qui orne son sicle4 ,je fus extrmement touche de la grce et de la dlicatesse d'un pareil prsent4 ,je voyais aussi trs frquemment le comte de ,strogonoff1 son fils et sa belle-fille4 ,cette dernire tait jeune1 jolie et trs spirituelle4 ,son mari1 qui avait vingt-cinq ans au plus1 tait un homme charmant4 ,une actrice qui venait de ,paris lui tourna la tte4 ,la comtesse s'aperut de son infidlit1 et comme elle l'aimait beaucoup1 elle en souffrit excessivement sans jamais lui en parler4 ,le jeune comte entretenait avec faste cette actrice1 qui s'appelait mademoiselle ,lachassaigne2 il eut d'elle un enfant1 et lui fit alors six mille roubles de pension4 ,lorsque la guerre avec les ,franais eut lieu1 il fut tu2 mais la jeune comtesse continua la pension de six mille roubles l'actrice4 ,ce trait me semble la fois si noble et si bon qu'il suffit son loge4 ,la bonne1 la charmante princesse ,kourakin recevait peu2 mais chaque soir elle se runissait la socit1 le plus souvent chez la princesse ,dolgorouki1 o c'tait un bonheur pour moi de la rencontrer4 ,il tait tout--fait impossible de la voir deux fois sans l'aimer4 ,son esprit1 son naturel1 sa bont1 je ne sais quoi de naf dans son caractre qui me faisait l'appeler l'enfant de sept ans2 tout en elle me charmait1 tout lui gagnait les coeurs2 et je ne veux pas que l'on croie ici que la tendre amiti que j'ai sentie pour elle m'engage flatter sa mmoire4 ,la princesse ,kourakin est venue ,paris o elle est reste long-temps2 madame de ,bawr1 ,m4 de ,sabran1 ,m4 ,briffaut l'ont connue1 ont t ses amis3 ils peuvent dire si mes regrets m'aveuglent1 et si la socit n'a point perdu en elle un de ses plus aimables ornemens4 ,,chapitre ,,xix4 ,le lac de ,pergola4--,l'le de ,krestowski4--,l'le de ,zelaguin4--,le gnral ,melissimo4--,dner turc4--,j'cris ,clry1 valet-de-chambre de ,louis ,,xvi4--,sa rponse4--,je fais le portrait de ,marie-,antoinette pour madame la duchesse d',angoulme4--,lettre que m'crit madame la duchesse d',angoulme4 ,une grande jouissance avait lieu pour moi lorsque1 aprs avoir respir pendant plusieurs mois un air glac ou l'air des poles1 je voyais arriver l't4 ,la promenade alors me semblait une chose dlicieuse1 et je me pressais de parcourir les beaux environs de ,ptersbourg4 ,j'allais trs souvent au lac de ,pergola#cb1 seule avec mon bon domestique russe1 prendre ce que j'appelais un bain d'air4 ,je me plaisais contempler ce beau lac si limpide1 qui rflchissait vivement les arbres qui l'environnaient4 ,puis je montais sur les hauteurs dont il est entour4 ,d'un ct j'avais la mer pour horizon1 et je distinguais les voiles des vaisseaux1 claires par le soleil4 ,l rgnait un silence qui n'tait troubl que par le chant de mille oiseaux1 ou souvent par celui d'une petite cloche lointaine4 ,cet air pur1 ce lieu sauvage et pittoresque1 me charmait4 ,mon bon ,pierre1 qui faisait rchauffer mon petit dner1 ou qui cueillait des bouquets de fleurs champtres pour me les apporter1 me faisait penser ,robinson dans son le avec ,vendredi4 ,j'allais souvent aussi me promener de trs grand matin avec ma fille l'le de ,krestowski4 ,l'extrmit de cette le parait joindre la mer sur laquelle naviguaient de grandes barques4 ,l'horizon n'avait point de bornes1 et cette vue tait calme et belle4 ,nous y allmes au soir pour voir danser les paysannes russes1 dont le costume est si pittoresque4 ,puis un jour du mois de juillet de je ne sais quelle anne1 pendant laquelle la chaleur fut plus forte qu'en ,italie1 je me souviens que la mre#cc de la princesse ,dolgorouki1 ne pouvant la supporter1 s'tait tablie dans sa cave2 sa dame de compagnie1 moins susceptible1 restait sur les marches levs1 et lui faisait la lecture4 ,mais pour en revenir l'le de ,krestowski1 comme nous faisions une promenade en bateau1 nous rencontrmes une multitude d'hommes et de femmes1 se baignant tous ple-mle4 ,nous vmes mme de loin des jeunes gens tout nus cheval1 qui allaient ainsi se baigner avec leurs chevaux4 ,dans tout autre pays un grand scandale natrait de pareilles choses2 mais il en est autrement l o rgne l'innocence de la pense4 ,aucune indcence ne se passait1 personne ne songeait mal2 car le peuple russe a vraiment l'ingnuit de la premire nature4 ,dans les familles1 l'hiver1 le mari1 la femme1 les enfans1 se couchent ensemble sur leur pole2 si le pole ne suffit pas1 ils s'tendent sur des bancs de bois1 rangs autour de leur hangard1 envelopps seulement de leur peau de mouton4 ,enfui ils ont conserv les moeurs des anciens patriarches4 ,une des promenades qui me charmaient le plus1 tait celle de l'le de ,zelaguin1 qui1 pour avoir t un trs beau jardin anglais1 n'en tait pas moins abandonne alors4 ,toutefois il y restait encore de trs beaux arbres1 des alles charmantes1 un temple1 entour de superbes saules pleureurs et de petites rivires courantes1 quelques masses de fleurs qui rjouissaient les yeux1 des ponts dans le genre anglais1 et des arbres verts magnifiques4 ,je ne concevais pas comment on avait abandonn ce lieu qui pouvait devenir le plus dlicieux du monde2 depuis mon retour en ,france1 en effet1 j'ai appris qu',alexandre l'a fait soigner1 et qu'il en a fait un des beaux jardins que l'on puisse voir4 ,il y avait dans cette le des vues si belles et si pittoresques que j'en ai dessin une grande quantit et pour jouir tout mon aise de cette charmante promenade1 je louai presque en face1 sur les bords de la ,neva1 une petite maison de bois4 ,la situation de cette maisonnette tait dlicieuse et d'une gaiet ravissante1 en ce que la plupart des barques qui allaient et venaient sans cesse sur la rivire me donnaient un concert perptuel de musique vocale ou d'instrumens vent4 ,tout prs de moi1 le gnral ,melissimo1 grand-matre de l'artillerie1 habitait une fort jolie maison1 et j'tais charme de ce voisinage2 car le gnral tait le meilleur et le plus obligeant des hommes4 ,comme il avait sjourn long-temps en ,turquie1 sa maison offrait un modle1 non-seulement du luxe1 mais du confortable oriental4 ,il s'y trouvait une salle de bain1 claire par en haut1 et dans le milieu de laquelle tait une cuve assez grande pour contenir une douzaine de personnes4 ,on descendait dans l'eau par quelques marches2 le linge qui servait s'essuyer en sortant du bain1 tait pos sur la balustrade en or qui entourait la cuve1 et ce linge consistait en de grands morceaux de mousseline de l',inde brods en bas de fleurs et d'or1 afin que la pesanteur de cette bordure pt fixer la mousseline sur les chairs1 ce qui me parut une recherche pleine de magnificence4 ,autour de cette salle rgnait un large divan1 sur lequel on pouvait s'tendre et se reposer aprs le bain1 outre qu'une des portes ouvrait sur un charmant petit boudoir dont le divan formait un lit de repos4 ,ce boudoir donnait sur un parterre de fleurs odorifrantes1 et quelques tiges venaient toucher la fentre4 ,c'est l que le gnral nous donna un djeuner en fruits1 en fromage la crme1 et en excellent caf moka1 qui rgala beaucoup ma fille4 ,il nous invita une autre fois un trs bon dner1 et le fit servir sous une belle tente turque qu'il avait rapporte de ses voyages4 ,on avait dress cette tente sur la pelouse fleurie qui faisait face la maison4 ,nous tions une douzaine de personnes1 toutes assises sur de magnifiques divans qui entouraient la table3 on nous servit une quantit de fruits parfaits au dessert3 enfin ce dner fut tout--fait asiatique1 et la manire dont le gnral recevait donnait encore du prix toutes ces choses4 ,j'aurais seulement dsir chez lui qu'on ne tirt point tout prs de nous des coups de canon au moment o nous nous mettions table1 mais on me dit que c'tait l'usage chez tous les gnraux d'arme4 ,je ne louai qu'un t ma petite maison sur la ,neva2 l't suivant1 le jeune comte de ,strogonoff me prta une maison charmante ,kaminostroff1 o je me plaisais beaucoup4 ,tous les matins1 j'allais seule me promener dans une fort voisine1 et je passais mes soires chez la comtesse ,golovin1 qui tait tablie tout ct de moi4 ,je trouvais l le jeune prince ,bariatinski1 la princesse ,tarente et plusieurs autres personnes aimables4 ,nous causions1 ou nous faisions des lectures jusqu'au moment du souper2 enfin mon temps se passait le plus agrablement du monde4 ,la paix et le bonheur dont je jouissais1 ne m'empchaient pas nanmoins de penser bien souvent la ,france et ses malheurs4 ,j'tais surtout poursuivie par le souvenir de ,louis ,,xvi et de ,marie-,antoinette1 au point qu'un de mes dsirs les plus vifs tait de faire un tableau qui les reprsentt dans un des momens touchans et solennels qui avaient d prcder leur mort4 ,j'ai dj dit que j'avais vit soigneusement la connaissance de ces tristes dtails1 mais alors il me fallait bien les connatre1 si je voulais intresser4 ,je savais que ,clry s'tait rfugi ,vienne aprs la mort de son auguste matre1 je lui crivis1 et je l'instruisis de mon dsir1 en le priant de m'aider l'excuter4 ,fort peu de temps aprs1 je reus de lui la lettre suivante1 que j'ai toujours garde1 et que je copie mot pour mot4 ,madame1 ,la connaissance parfaite que vous avez des personnages de l'auguste famille de ,louis ,,xvi m'avait fait dire madame la comtesse de ,rombeck que personne autre que vous ne pourrait rendre les scnes dchirantes qu'a eu prouver cette malheureuse famille1 dans le cours de sa captivit4 ,des faits aussi intressans doivent passer la postrit1 et le pinceau de madame ,lebrun peut seul les y transmettre avec vrit4 ,parmi ces scnes de douleur1 on pourrait en peindre six3 #a ,louis ,,xvi dans sa prison1 entour de sa famille1 donnant des leons de gographie et de lecture ses enfans2 la reine et madame lisabeth occupes en ce moment coudre et raccommoder leurs habits2 #b ,la sparation du roi et de son fils1 le #aa dcembre1 jour que le roi parut la convention pour la premire fois1 et qu'il a t spar de sa famille jusqu' la veille de sa mort4 #c ,louis ,,xvi interrog dans la tour1 par quatre membres de la convention1 et entour de son conseil3 ,,mm4 de ,malesherbes1 de ,sze et ,tronchet2 #d ,le conseil excutif annonant au roi son dcret de mort1 et la lecture de ce dcret par ,gronvelle2 #e ,les adieux du roi sa famille la veille de sa mort2 #f ,son dpart de la tour pour marcher au lieu du supplice4 ,celui de ces faits qui parat gnralement toucher le plus les ames sensibles1 est le moment des adieux4 ,une gravure a t faite en ,angleterre sur ce sujet2 mais elle est bien loin de la vrit1 tant dans la ressemblance des personnages que des localits4 ,je vais tcher1 madame1 de vous donner les dtails que vous dsirez pour faire une esquisse de ce tableau4 ,la chambre o s'est passe cette scne peut avoir quinze pieds carrs2 les murs sont recouverts en papier en forme de pierre de taille1 ce qui reprsente bien l'intrieur d'une prison4 droite1 prs de la porte d'entre1 est une grande croise1 et comme les murs de la tour ont neuf pieds d'paisseur1 la croise se trouve dans un enfoncement d'environ huit pieds de large2 mais en diminuant vers l'extrmit o l'on aperoit de trs gros barreaux4 ,dans l'embrasure de cette croise est un pole de faence de deux pieds et demi de large sur trois pieds et demi de haut2 le tuyau passe sous la croise1 et il est adoss la partie gauche de l'embrasure et au commencement4 ,de la croise au mur de face1 il peut y avoir huit pieds2 ce mur et prs du pole est une lampe-quinquet et qui clairait toute la salle1 la scne s'tant passe de nuit1 c'est--dire dix heures du soir4 ,le mur de face peut avoir quinze pieds2 une porte deux venteaux le spare2 mais elle se trouve plus du ct droit que du gauche4 ,cette porte est peinte en gris2 un des venteaux doit tre ouvert pour laisser apercevoir une partie de la chambre coucher4 ,on doit voir la moiti de la chemine qui se trouve en face de la porte2 une glace est dessus1 une partie d'une tenture de papier jaune1 une chaise prs de la chemine1 une table devant2 une critoire1 des plumes1 du papier et des livres1 sont sur la table4 ,la partie gauche de la salle est une cloison en vitrage2 aux deux extrmits sont deux portes vitres2 derrire cette cloison est une petite pice qui servait de salle manger4 ,c'est dans cette salle que le roi assis et entour de sa famille leur a fait part de ses dernires volonts4 ,c'est en sortant de cette petite salle manger1 le roi s'avanant vers la porte d'entre1 comme pour reconduire sa famille1 que cette scne doit tre prise1 et ce fut aussi le moment le plus douloureux4 ,le roi tait debout1 tenant par la main droite la reine1 qui peine pouvait se soutenir2 elle tait appuye sur l'paule droite du roi2 le dauphin1 du mme ct1 se trouve enlac dans le bras droit de la reine qui le presse vers elle2 il tient avec ses petites mains celle droite du roi et la gauche de la reine1 les baise et les arrose de ses larmes4 ,madame lisabeth est au ct gauche du roi1 pressant de ses deux mains le haut du bras du roi1 et levant les yeux remplis de larmes vers le ciel2 ,madame ,royale est devant elle1 tenant la main gauche du roi1 en faisant retentir la salle des gmissemens les plus douloureux4 ,le roi toujours calme1 toujours auguste1 ne versait aucune larme2 mais il paraissait cruellement affect de l'tat douloureux de sa famille4 ,il lui dit avec le son de voix le plus doux1 mais plein d'expressions touchantes3 ,je ne vous dis point adieu1 soyez assure que je vous verrai encore demain matin1 sept heures4--,vous nous le promettez81 dit la reine1 pouvant peine articuler4--,oui1 je vous le promets1 rpondit le roi2 adieu4--,dans ce moment les sanglots redoublrent1 ,madame ,royale tomba presque vanouie aux pieds du roi qu'elle tenait embrass2 madame lisabeth s'occupa vivement de la soutenir4 ,le roi fit un effort bien pnible sur lui-mme1 il s'arracha de leurs bras et rentra dans sa chambre4 ,comme j'tais prs de madame lisabeth1 j'aidai cette princesse soutenir ,madame ,royale pendant quelques degrs2 mais on ne me permit pas de suivre plus loin1 et je rentrai prs du roi4 ,pendant cette scne1 quatre officiers municipaux1 dont deux trs mal vtus et le chapeau sur la tte1 se tenaient dans l'embrasure de la croise1 se chauffant au pole sans se mouvoir4 ,ils taient dcors d'un ruban tricolore avec une cocarde au milieu4 ,le roi tait vtu d'un habit brun mlang1 avec un collet de mme1 une veste blanche de piqu de ,marseille1 une culotte de casimir gris et des bas de soie gris1 des boucles d'or1 mais trs simples1 ses souliers1 un col de mousseline1 les cheveux un peu poudrs1 une boucle spare en deux ou trois1 le toupet en vergette un peu longue1 les cheveux de derrire nous en catogan4 ,la reine1 ,madame ,royale et madame lisabeth taient vtues d'une robe blanche de mousseline1 des fichus trs simples en linon1 des bonnets absolument pareils faits en forme de baigneuses1 garnis d'une petite dentelle1 un mouchoir garni aussi de dentelle1 nou dessus le bonnet en forme de marmotte4 ,le jeune prince avait un habit de casimir d'un gris verdtre1 une culotte ou pantalon pareille1 un petit gilet de basin blanc ray1 l'habit dcollet et revers1 le col de la chemise uni et retombant dessus le collet de l'habit1 le jabot de batiste pliss1 des souliers noirs nous avec un ruban1 les cheveux blonds sans poudre1 tombant ngligemment et boucls sur le front et sur les paules1 relevs en natte derrire1 et ceux de devant tombaient naturellement et sans poudre4 ,les cheveux de la reine taient presque tous blancs1 ceux de ,madame du beau blond clair1 et ceux de madame lisabeth aussi blonds1 mais de nuance plus fonce4 ,voil peu prs1 madame1 les dtails que je puis vous donner sur ce sujet2 s'ils ne remplissent point vos dsirs1 daignez me faire d'autres questions1 et je tcherai d'y rpondre4 ,il me reste une grce vous demander1 c'est que tous ces dtails restent entre nous4 ,comme j'ai des notes o tous ces faits sont crits1 je ne voudrais point qu'ils soient connus avant leur impression#cd4 ,j'espre que quelque jour vous reviendrez habiter cette ville2 et si vous dsirez faire d'autres tableaux sur ces tristes vnemens1 je suis fort aise de pouvoir vous tre agrable en quelque chose4 ,en attendant1 je vous prie d'agrer1 madame1 les respectueux hommages ,de votre trs humble et trs obissant serviteur1 ,,cl,,ry4 ,vienne1 le #bg octobre #agif4 ,cette lettre me fit une si cruelle impression que je reconnus l'impossibilit d'entreprendre un ouvrage pour lequel chaque coup de pinceau m'aurait fait fondre en pleurs4 ,je renonai donc mon projet2 toutefois j'eus le bonheur1 pendant mon sjour en ,russie1 de retracer encore des traits augustes et chris2 voici quelle occasion4 ,le comte de ,coss arriva ,ptersbourg1 venant de ,mitau o il avait laiss la famille royale4 ,il me fit une visite pour m'engager me rendre auprs des princes1 qui me verraient1 me dit-il1 avec plaisir4 ,j'prouvai dans le moment un bien vif chagrin2 car1 ma fille tant malade1 je ne pouvais la quitter1 et de plus j'avais remplir des engagemens pris1 non seulement avec des personnages marquans1 mais avec la famille impriale1 pour plusieurs portraits1 ce qui ne me permettait pas de quitter avant quelque temps ,ptersbourg4 ,j'en exprimai toute ma peine ,m4 de ,coss1 et comme il ne repartait pas tout de suite1 je fis aussitt de souvenir le portrait de la reine1 que je le priai de remettre madame la duchesse d',angoulme1 en attendant que je pusse aller moi-mme recevoir les ordres de ,son ,altesse ,royale4 ,cet envoi me procura la jouissance de recevoir de ,madame la lettre que je joins ici1 et que je conserve comme un tmoignage qui m'est bien cher1 de sa satisfaction4 ,ds que j'eus repris ma libert1 je courus ,mitau2 mais j'eus le malheur de n'y plus retrouver la famille royale4 ,,chapitre ,,xx4 ,catherine4--,le roi de ,sude4--,le bal masqu4--,mort de ,catherine4--,ses funrailles4 ,on vivait si heureux sous le rgne de ,catherine1 que je puis affirmer avoir entendu bnir1 par les petits comme par les grands1 celle qui la nation devait tant de gloire et tant de bien-tre4 ,je ne parlerai point de conqutes dont l'orgueil national tait si prodigieusement flatt1 mais du bien rel et durable que cette souveraine a fait son peuple4 ,durant l'espace de trente-quatre ans qu'elle a rgn1 son gnie bienfaisant a cr ou protg tout ce qui tait utile1 comme tout ce qui tait grandiose4 ,on la voyait riger la mmoire de ,pierre ,ier un monument immortel1 faire btir deux cent trente-sept villes en pierres1 disant que les villages en bois qui brlaient si souvent lui cotaient beaucoup2 couvrir la mer de ses flottes2 tablir partout des manufactures et des banques1 si propices au commerce1 ,ptersbourg1 ,moscou et ,tobolsck2 accorder de nouveaux privilges l',acadmie2 fonder des coles dans toutes les villes et les campagnes2 faire creuser des canaux2 lever des quais de granit2 donner un code de lois2 enfin1 introduire l'inoculation que sa volont puissante tait seule capable de faire adopter par les ,russes#ce4 ,tous ces bienfaits sont dus ,catherine seule2 car elle n'a jamais accord personne aucune vritable autorit2 elle dictait elle-mme les dpches ses ministres1 qui n'taient rellement que ses secrtaires4 ,on raconte que la comtesse de ,bruce1 qui long-temps a t son amie intime1 lui disait un jour3--,je remarque que les favoris de ,votre ,majest sont bien jeunes4--,je les veux ainsi1 rpondit-elle3 s'ils taient d'un ge raisonnable1 on dirait qu'ils me gouvernent4 ,zouboff1 en effet1 qui fut le dernier1 avait tout au plus vingt-deux ans4 ,il tait grand1 mince1 bien fait1 et il avait des traits rguliers4 ,je l'ai vu pour la premire fois un bal de la cour1 donnant le bras l'impratrice1 qui se promenait4 ,il portait sa boutonnire le portrait de ,catherine1 entour de superbes diamans1 et elle paraissait le traiter avec une grande bont2 nanmoins on s'accordait dire que celui de ses favoris qu'elle avait le plus aim1 tait ,lanskoi4 ,elle le pleura long-temps4 ,elle lui avait fait lever un tombeau prs du chteau de ,czarskozelo1 o l'on m'a assur qu'elle allait trs souvent seule1 au clair de lune4 ,au reste1 ,catherine-le-,grand1 comme l'appelle le prince de ,ligne1 s'tait fait homme2 on ne peut parler de ses faiblesses que comme on parle de celles de ,franois ,ier ou de ,louis ,,xiv1 faiblesses qui n'influrent nullement sur le bonheur de leurs sujets#cf4 ,catherine ,,ii aimait tout ce qui tait grandiose dans les arts4 ,elle avait fait construire l'ermitage les salles du ,vatican1 et copier les cinquante tableaux de ,raphal dont ces salles sont ornes4 ,elle avait aussi dcor l',acadmie des beaux-arts de copis en pltre des plus belles statues antiques1 et d'un grand nombre de tableaux des diffrens matres4 ,l'ermitage qu'elle avait cr et plac tout prs de son palais#cg1 tait un modle de bon got sous tous les rapports4 ,on sait qu'elle crivait le franais avec la plus grande facilit 7j'ai vu la bibliothque le manuscrit original du code de lois qu'elle a donn aux ,russes entirement crit de sa main1 et dans notre langue74 ,son style1 m'a-t-on dit1 tait lgant et trs concis1 ce qui me rappelle un trait de laconisme que l'on m'a cit d'elle1 que je trouve charmant4 ,quand le gnral ,souwaroff eut gagn la bataille de ,varsovie1 ,catherine fit partir aussitt un courrier pour lui1 et ce courrier ne portait l'heureux vainqueur qu'une enveloppe de lettre1 sur laquelle elle avait crit de sa main3 ,au marchal ,souwaroff4 ,cette femme dont la puissance tait si grande1 tait dans son intrieur la plus simple et la moins exigeante des femmes4 ,elle se levait cinq heures du matin1 allumait son feu1 puis faisait son caf elle-mme4 ,on racontait mme qu'un jour1 ayant allum ce feu sans savoir qu'un ramoneur venait de monter dans la chemine1 le ramoneur se mit jurer aprs elle et la gratifier des plus grosses invectives1 croyant s'adresser un feutier4 ,l'impratrice se hta d'teindre1 non sans rire beaucoup de se voir traite ainsi4 ,ds que l'impratrice avait djeun1 elle crivait ses lettres1 prparait ses dpches1 restant ainsi seule jusqu' neuf heures4 ,alors elle sonnait ses valets de chambre1 qui quelquefois ne rpondaient point sa sonnette4 ,un jour1 par exemple1 impatiente d'attendre1 elle ouvrit la porte de la salle o ils se tenaient1 et les trouvant tablis jouer aux cartes1 elle demanda pourquoi ils ne venaient pas quand elle sonnait2 sur quoi l'un d'eux rpondit tranquillement qu'ils avaient voulu finir leur partie1 et il n'en fut pas davantage4 ,une autre fois1 la comtesse de ,bruce1 qui avait ses entres chez elle toute heure1 arrive un matin1 et la trouve seule1 appuye sur sa toilette4--,votre ,majest est bien isole1 lui dit la comtesse4--,que voulez-vous1 rpond l'impratrice1 mes femmes de chambre m'ont toutes abandonne4 ,je venais d'essayer une robe qui allait si mal1 que j'en ai pris de l'humeur2 alors1 elles m'ont plante l4 ,il n'y a pas jusqu' ,reinette 7la premire femme de chambre71 qui ne m'ait quitte1 et j'attends qu'elles soient dfches4 ,le soir1 ,catherine runissait autour d'elle quelques-unes des personnes de sa cour qu'elle affectionnait le plus4 ,elle faisait venir ses petits enfans1 et l'on jouait colin-maillard1 la main chaude1 etc41 jusqu' dix heures que ,sa ,majest allait se coucher4 ,la princesse ,dolgorouki1 qui tait du nombre des favorises1 m'a dit souvent par combien de gat et de bonhomie l'impratrice animait ces runions4 ,le comte ,stackelberg tait des petites soires1 ainsi que le comte de ,sgur1 dont ,catherine avait distingu l'esprit et l'amabilit4 ,on sait que1 lorsqu'elle rompit avec la ,france1 et qu'elle congdia cet ambassadeur#ch1 elle lui tmoigna tout le regret qu'elle avait de le perdre2--,mais1 ajouta-t-elle1 je suis aristocrate2 il faut que chacun fasse son mtier4 ,le nom des personnes que l'impratrice invitait aux petites soires dont je viens de parler1 aussi bien que la prsence des jeunes grands-ducs et grandes-duchesses1 semblaient devoir tre une garantie suffisante de la dcence qui rgnait dans ces runions4 ,il n'en parut pas moins ,ptersbourg un libelle affreux dans lequel on accusait ,catherine de prsider tous les soirs aux plus dgotantes orgies4 ,l'auteur de cet infme crit fut dcouvert et chass de la ,russie2 mais il faut malheureusement avouer1 la honte de l'humanit1 que ce libelliste1 qui tait un migr franais1 distingu par son esprit1 avait d'abord intress l'impratrice ses malheurs1 au point qu'elle l'avait log convenablement1 et lui faisait une pension de douze mille roubles6 ,beaucoup de personnes ont attribu la mort de ,catherine au vif chagrin que lui fit prouver la rupture du mariage projet entre sa petite-fille1 la grande-duchesse ,alexandrine1 et le jeune roi de ,sude4 ,ce prince arriva ,ptersbourg avec son oncle le duc de ,sudermanie1 le #ad aot #agif4 ,il n'avait que dix-sept ans2 sa taille tait lance1 son air doux1 noble et fier1 ce qui le faisait respecter malgr son jeune ge4 ,son ducation ayant t trs soigne1 il montrait une politesse tout--fait obligeante4 ,la princesse qu'il venait pouser1 ge de quatorze ans1 tait belle comme un ange1 et il en devint aussitt trs amoureux4 ,je me souviens qu'tant venu chez moi voir le portrait que j'avais fait d'elle1 il regardait ce portrait avec tant d'attention1 que son chapeau s'chappa de sa main4 ,l'impratrice ne dsirait rien tant que ce mariage2 mais elle exigeait que sa petite-fille pt avoir dans le palais de ,stockholm et une chapelle et un clerg de sa religion1 et le jeune roi1 malgr tout son amour pour la duchesse ,alexandrine1 refusait de consentir ce qui drogeait aux lois de son pays4 ,sachant que ,catherine avait fait venir le patriarche pour le fiancer aprs le bal qui se donnait le soir1 le roi ne se rendit pas ce bal1 en dpit des courses multiplies de ,m4 de ,marcoff pour le presser d'y venir4 ,je faisais alors le portrait du comte ,diedrestein2 lui et moi allions souvent ma fentre pour voir si le jeune roi cderait tant d'instances et prendrait le chemin du bal2 il ne cda point4 ,enfin1 d'aprs ce que j'ai su de la princesse ,dolgorouki1 tout le monde tait runi1 lorsque l'impratrice entr'ouvrit la porte de sa chambre1 et dit1 d'une voix trs altre3 ,mesdames1 il n'y aura pas de bal ce soir4 ,le roi de ,sude et le duc de ,sudermanie quittrent ,ptersbourg le lendemain matin4 ,que ce soit ou non le chagrin que lui causa cet vnement1 qui abrgea les jours de ,catherine1 la ,russie ne tarda pas la perdre4 ,le dimanche qui prcda sa mort1 j'allai1 le matin aprs la messe1 prsenter le portrait que j'avais fait de la grande-duchesse lisabeth4 ,l'impratrice vint moi1 m'en fit compliment1 puis me dit3 ,on veut absolument que vous fassiez mon portrait1 je suis bien vieille2 mais enfin1 puisqu'ils le dsirent tous1 je vous donnerai la premire sance d'aujourd'hui en huit4 ,le jeudi suivant1 elle ne sonna pas neuf heures ainsi qu'elle faisait ordinairement4 ,on attendit jusqu' dix heures et mme un peu plus2 enfin la premire femme de chambre entra4 ,ne voyant pas l'impratrice dans sa chambre1 elle alla au petit cabinet de garde-robe1 et ds qu'elle en ouvrit la porte1 le corps de ,catherine tomba terre4 ,on ne pouvait savoir quelle heure l'attaque d'apoplexie l'avait frappe2 toutefois le pouls battait encore1 on ne perdit donc pas toute esprance aussitt2 mais de mes jours je n'ai vu une alarme aussi vive se propager aussi gnralement4 ,pour mon compte1 je fus tellement saisie quand on vint me dire tout bas cette terrible nouvelle1 que ma fille1 qui tait convalescente1 s'aperut de mon tat et s'en trouva mal4 ,je courus1 aprs mon dner1 chez la princesse ,dolgorouki o le comte de ,cobentzel1 qui allait toutes les dix minutes au palais savoir ce qui se passait1 venait nous en instruire4 ,l'anxit allait toujours croissant2 elle tait affreuse pour tout le monde2 car non-seulement on adorait ,catherine1 mais on avait une telle peur du rgne de ,paul6 ,vers le soir1 ,paul arriva d'un lieu voisin de ,ptersbourg qu'il habitait presque toujours4 ,lorsqu'il vit sa mre tendue sans connaissance1 la nature reprit un moment ses droits2 il s'approcha de l',impratrice1 lui baisa la main et versa quelques larmes4 ,enfin ,catherine ,,ii expira neuf heures du soir1 le #ag novembre #agif4 ,le comte de ,cobentzel1 qui lui vit rendre le dernier soupir1 vint nous dire aussitt qu'elle n'existait plus4 ,j'avoue que je ne sortis pas de chez la princesse ,dolgorouki sans une grande frayeur1 attendu que l'on entendait dire gnralement qu'il y aurait une rvolution contre ,paul4 ,la foule immense que je vis en rentrant chez moi1 sur la place du chteau1 n'tait pas propre me rassurer2 nanmoins tout ce monde tait si tranquille que je pensai bientt1 avec raison1 que nous n'avions rien craindre pour le moment4 ,le lendemain matin1 le peuple se rassembla de nouveau sur la place1 exprimant son dsespoir1 sous les fentres de ,catherine1 par les cris les plus dchirans4 ,on entendait les vieillards1 les jeunes gens1 les enfans appeler leur matusha 7leur mre71 s'crier en sanglotant qu'ils avaient tout perdu4 ,cette journe fut d'autant plus affligeante qu'elle tait de triste augure pour le prince qui montait sur le trne4 ,le corps de l'impratrice resta expos pendant six semaines dans une grande salle du chteau1 illumine jour et nuit#ci1 et magnifiquement dcore4 ,catherine tait tendue sur un lit de parade entour d'cussons portant les armes de toutes les villes de l'empire4 ,son visage tait dcouvert1 sa belle main pose sur le lit4 ,toutes les dames 7dont quelques-unes taient alternativement de service auprs du corps7 allaient baiser cette main1 ou faisaient le semblant4 ,pour moi1 je ne l'avais point baise vivante1 je ne voulus pas la baiser morte1 et j'vitai mme de regarder le visage1 qui me serait rest si tristement dans l'imagination4 ,sitt aprs la mort de sa mre1 ,paul avait fait dterrer ,pierre ,,iii1 son pre1 inhum depuis trente-cinq ans dans le couvent d',alexandre ,newski4 ,on n'avait trouv dans le cercueil que des os et la manche de l'uniforme de ,pierre4 ,paul voulut que l'on rendt ces restes les mmes honneurs qu' ceux de ,catherine4 ,il les fit exposer au milieu de l'glise de ,cazan1 et le service fut fait par de vieux officiers1 amis de ,pierre ,,iii1 que son fils s'tait press de faire revenir1 et qu'il combla d'honneurs et de bienfaits4 ,l'poque des funrailles arrive1 on transporta avec pompe le cercueil de ,pierre ,,iii1 sur lequel son fils avait fait placer une couronne1 prs de celui de ,catherine1 et tous deux furent conduits ensemble la citadelle1 celui de ,pierre marchant le premier2 car ,paul voulait au moins humilier la cendre de sa mre4 ,je vis de ma fentre cette lugubre crmonie comme on voit un spectacle des premires loges4 ,le cercueil de l'empereur dfunt tait prcd par un chevalier de la garde1 arm de pied en cap d'une armure d'or2 celui qui marchait devant le cercueil de l'impratrice n'avait qu'une armure de fer#dj1 et les assassins de ,pierre ,,iii1 sur l'ordre de son fils1 taient obligs de porter les coins de son drap mortuaire4 ,paul suivait le cortge pied1 tte nue1 avec sa femme et toute la cour1 qui tait trs nombreuse et dans le plus grand deuil4 ,les dames avaient de longues robes queue et d'immenses voiles noirs qui les entouraient4 ,il leur fallut marcher ainsi dans la neige par un froid horrible1 depuis le palais jusqu' la forteresse#da1 qui est une fort grande distance de l'autre ct de la ,nva4 ,au retour1 j'en vis quelques-unes qui taient mourantes de fatigue4 ,le deuil se porta six mois4 ,les femmes sans cheveux1 ayant des bonnets pointe avancs sur le front1 qui ne les embellissaient pas du tout2 mais ce lger dsagrment tait bien peu de choses1 compar aux vives inquitudes que faisait natre dans tout l'empire la mort de ,catherine ,,ii4 ,,liste ,,de ,,mes ,,portraits4 #a ,buste1 d'aprs moi1 pour l',acadmie de ,saint-,luc4 #a ,mon portrait pour la galerie de ,florence4 #a ,copie du mme pour lord ,bristol4 #a ,miss ,pitt1 fille de lord ,camelfort4 #a ,mademoiselle ,roland1 depuis lady ,welesley4 #a ,madame ,silva1 ,portugaise4 #a ,la comtesse ,potoska4 #b ,mesdames de ,france1 ,adlade et ,victoire4 ,plusieurs tudes de paysages1 l'huile et au pastel1 des environs de ,rome4 -- #i 99 99 99 99 99 ,,naples4 #a ,la comtesse ,scawronski mi-jambes4 #b ,deux bustes de la mme4 #a ,lady ,hamilton en bacchante couche4 #a ,la mme en sibylle en pied4 #a ,la mme en bacchante1 dansant avec un tambour de basque4 #a ,tte de la mme en sibylle4 #a ,la princesse ,marie-,thrse1 qui a pous l'empereur ,franois ,,ii4 #a ,la princesse ,marie-,louise1 qui a pous le grand-duc de ,toscane4 #a ,le prince hrditaire1 pre de la duchesse de ,berry4 #a ,la princesse ,marie-,christine4 #a ,pasiello composant4 #a ,le prince ,resoniko4 #a ,lord ,bistol1 mi-jambes4 #a ,le bailly de ,litta4 #a ,la reine de ,naples4 ,plusieurs tudes du ,vsuve et des environs de ,naples4 -- #af 99 99 99 99 99 ,,parme1 ,,bologne1 ,,turin1 ,,florence4 #a ,une tte l'huile pour l',acadmie de ,parme4 #a ,un petit buste l'huile pour l',institut de ,bologne4 #a ,madame ,gourbillon1 attache ,madame1 femme de ,louis ,,xviii4 #a ,son fils4 #a ,une baigneuse1 d'aprs ma fille4 #a ,mademoiselle ,porporati4 #a ,copie du portrait de ,raphal ,florence4 ,plusieurs paysages d'aprs nature4 -- #g 99 99 99 99 99 ,,venise4 #a ,madame ,marini4 99 99 99 99 99 ,,vienne4 #a ,madame ,bistri1 ,polonaise4 #a ,mademoiselle de ,kaquenet4 #a ,la comtesse ,kinski1 mi-jambes4 #a ,la mme en buste4 #a ,la comtesse du ,buquoi1 soeur du prince ,paar4 #a ,la comtesse ,rosamowfski4 #a ,la comtesse de ,palfi4 #a ,la princesse ,lichtenstein1 en pied4 #a ,le baron de ,strogonoff1 grand buste4 #a ,le baron de ,strogonoff1 avec les mains4 #a ,le comte de ,czhernicheff1 avec un domino noir1 tenant un masque4 #a ,la comtesse ,zamoiska1 dansant avec un schall4 #a ,mademoiselle la comtesse de ,fries1 en ,sapho1 tenant une lyre et chantant1 jusqu' mi-jambes4 #a ,la duchesse de ,guiche1 buste1 en turban bleu4 #b ,deux portaits du prince ,schotorinsky1 dont l'un en manteau4 #a ,madame de ,schoenfeld1 femme du ministre de ,saxe1 tenant son enfant sur ses genoux4 #a ,le prince ,henry ,lubomirski1 jouant de la lyre1 en ,amphyon1 et deux nayades qui l'coutent4 #a ,la princesse de ,lystenstein1 en pied1 en ,iris1 traversant des nuages4 #a ,la princesse d',esterhazy1 en pied1 rvant au bord de la mer1 assise sur des rochers4 #a ,la princesse ,louise ,galitzin4 #a ,madame de ,mayer4 #a ,une petite baigneuse pour la reine4 #a ,madame la comtesse ,severin ,potoska4 #a ,la princesse de ,wurtemberg4 #a ,un petit tableau pour le comte de ,wilsechk4 #a ,madame la comtesse de ,braonne1 jusqu'aux genoux4 #a ,un petit portrait pour madame de ,carpeny4 #a ,madame la duchesse de ,polignac1 faite de souvenir aprs sa mort4 #a ,le jeune ,edmond1 de la famille de ,polignac4 #a ,la princesse ,sapia4 -- #ca 99 99 99 99 99 ,,pastels ,,faits ,,vienne4 #a ,m4 le comte de ,woina1 fils de l'ambassadeur de ,pologne4 #a ,mademoiselle ,caroline de ,woina1 sa soeur4 #a ,mademoiselle la comtesse ,metzy de ,polignac1 fille du pre du duc de ,polignac4 #a ,mademoiselle la comtesse ,thrse de ,hardik4 #b ,les deux frres de la duchesse de ,guiche4 #a ,le frre de mademoiselle de ,fries1 en buste4 #b ,deux bustes de la comtesse de ,rombec4 #a ,le comte ,jules de ,polignac4 #a ,la princesse de ,lynoski4 #a ,lady ,guisford4 #b ,mesdemoiselles de ,choisy4 #a ,mademoiselle ,schon4 #a ,angenor1 enfant1 fils de la duchesse de ,polignac4 #a ,le jeune comte son frre1 ,m4 de ,fries4 #a ,madame la comtesse de ,thoun4 #a ,madame la comtesse d',harrack4 #a ,un petit dessin de la mme4 #a ,m4 de ,rivire4 #a ,m4 ,thomas1 architecte4 #a ,madame la comtesse de ,rombec4 #a ,le marquis de ,rivire4 ,plusieurs paysages faits d'aprs nature dans les environs de ,vienne4 -- #bd #hh total gnral4 ,,fin ,,du ,,tome ,,second4 ,,notes #a3 ,celui dont on connat de si belles gravures1 entre autres une faite d'aprs le tableau de ,santerre1 qui reprsente la chaste ,suzanne entre les deux vieillards4 ,le burin minemment classique de ,porporati1 comme celui de ,m4 ,desnoyers1 sera toujours apprci par les vrais connaisseurs4 #b3 ,ce tableau a t achet par la ,france2 il est rest depuis au muse du ,louvre4 #c3 ,nous l'avons eu au ,muse4 #d3 ,il faut croire que de ,turin on instruisait le gouvernement papal du nom de tous les voyageurs franais qui traversaient les tats romains4 #e3 ,les ,mdicis ont lev ,gioto1 ,florentin de naissance1 un monument sur lequel est plac le portrait de ce peintre4 #f3 ,ces deux tableaux taient le portrait de ,robert1 sa palette la main1 et le mien tenant ma fille dans mes bras4 #g3 ,lord ,grville tait de l'antique famille des ,warwick4 #h3 ,on m'a dit que cette enfant tait la fille de lord ,nelson4 #i3 ,ceci me rappelle encore un trait du chevalier ,hamilton4 ,dans le cazin dont je parle j'avais fait avec du charbon1 sur un dessus de porte1 deux petites ttes d'expression1 que je fus bien surprise de retrouver en ,angleterre chez lord ,warwick4 ,le chevalier avait fait scier le chambranle1 et vendu ces croquis3 je ne me rappelle plus pour quelle somme4 #aj3 ,m4 ,lethire1 qui a t directeur de l',acadmie de ,rome1 il y a peu d'annes1 tait venu alors ,naples pour y copier quelques tableaux1 entre autres la ,descente de croix de l',espagnolet qui est la ,chartreuse et qu'il copia admirablement4 #aa3 ,je me suis aussi trs bien trouv de mon voile vert ,ptersbourg1 o la neige est si brillante qu'elle m'aurait fait perdre la vue4 #ab3 ,tous deux taient alors secrtaires de lgation ,naples4 ,m4 ,amaury ,duval est frre de ,m4 ,alexandre ,duval1 l'auteur dramatique4 #ac3 ,trois des enfans de ,m4 de ,bombelles ont aujourd'hui dans le monde des positions brillantes4 ,l'an1 le conte ,louis de ,bombelles1 est ministre d',autriche en ,suisse2 le second1 le comte ,charles1 est grand-matre de la maison de ,marie-,louise2 et le troisime1 le comte ,henri1 est ministre d',autriche ,turin4 #ad3 ,on les a vus ,paris4 #ae3 ,frre de ma belle-soeur4 #af3 ,depuis j'ai su que ce chef-d'oeuvre avait t bien autrement dgrad4 ,on m'a dit que1 pendant les dernires guerres de ,bonaparte en ,italie1 les soldats s'amusaient tirer des coups de fusils balles dans la ,cne de ,lonard de ,vinci6 ,maudits soient ces barbares6 #ag3 ,avant la rvolution1 on voyait au palais ,bourbon plusieurs grands et beaux tableaux de lui1 qui reprsentaient les batailles du prince de ,cond1 pre du duc de ,bourbon4 #ah3 ,m4 de ,rivire ayant embrass plus tard la carrire de la diplomatie1 est mort en #ahcc1 ,paris1 o il tait ministre de ,hesse-,cassel4 #ai3 ,ce tableau de ,raphal a t fort bien grav ,dresde par ,schender4 #bj3 ,l'empereur ,alexandre a fait rtablir cette route depuis que j'ai quitt la ,russie3 elle est fort belle maintenant4 #ba3 ,dans les derniers temps de mon sjour ,ptersbourg1 le prince ,nariebskin1 grand cuyer1 tenait constamment une table ouverte de vingt-cinq trente couverts pour les trangers4 #bb3 ,celui qui depuis a t ministre en ,russie4 #bc3 ,le rouble valait trois francs4 #bd3 ,on appelait ainsi alors les manches longues4 #be3 ,on appelle ainsi d'immenses salons dont un large divan fait le tour4 #bf3 ,cette salle tait garnie de chaque ct par des gradins1 sur lesquels1 les jours de bal1 se plaaient les habitans de ,ptersbourg qui n'taient pas de la cour4 #bg3 ,ce costume tait habituellement celui de ,catherine4 ,seulement elle ne portait de diamans que les jours de bal ou de gala1 et changeait l'toffe du dolman selon la saison4 #bh3 la vrit on a soin de donner aux cochers des habits et des gants fourrs1 et quand le froid dpasse les degrs ordinaires1 si quelque seigneur veut recevoir ou donner un bal1 il leur fait distribuer du bois pour qu'ils tablissent des feux de bivouac dans les cours et dans la rue4 #bi3 ,il a toujours t impossible d'tablir un pont d'une rive l'autre2 aucun ne rsisterait aux glaons de la ,doga4 ,la communication entre les deux bords n'existe que par un pont de bateaux qu'on retire au moment de la dbcle4 ,j'ai vu pourtant au palais des beaux-arts le modle d'un pont d'une seule arche qu'un esclave russe fait d'instinct1 n'ayant reu nulle ducation4 ,ce modle est admirable4 ,il faut que de fortes raisons empchent de l'excuter4 #cj3 ,la princesse ,galitzin a fait plusieurs sjours ,paris1 o elle a mari une de ses filles un ,franais1 ,m4 le comte de ,caumont4 #ca3 ,il arrivait de ,paris o plusieurs personnes peuvent encore se souvenir de l'avoir entendu4 #cb3 ,ce lieu appartenait madame de ,schouvaloff1 femme de l'auteur de l'pitre ,ninon4 ,sa fille a pous le comte ,diedrestein1 frre de la belle comtesse ,kinski4 #cc3 ,la princesse ,bariatinski4 ,elle avait t jolie comme un ange1 et son esprit fin et naturel la rendait une des plus aimables femmes de ,ptersbourg4 #cd3 ,tout le monde sait que les mmoires de ,clry ont paru4 #ce3 ,elle se fit inoculer la premire pour donner l'exemple2 elle fonda aussi un tablissement pour les enfans trouvs4 #cf3 ,je suis trs fche que madame la duchesse d',abrantes1 qui a fait paratre rcemment un ouvrage sur ,catherine ,,ii1 ou n'ait pas lu ce qu'ont crit le prince de ,ligne et le comte de ,sgur1 ou ne se soit pas soumise ces deux tmoignages irrcusables4 ,elle aurait plus justement apprci1 admir1 ce qui distingue cette grande impratrice1 considre comme souveraine1 et elle aurait respect davantage la mmoire d'une femme dont notre sexe peut s'enorgueillir sous tant de rapports importans4 #cg3 ,le palais que ,catherine habitait ,ptersbourg est d'une architecture lourde1 mais les appartemens sont vastes et beaux4 #ch3 ,le comte d',esterhazy1 envoy par ,louis ,,xviii1 tait l'ambassadeur de ,france reconnu la cour de ,ptersbourg quand j'y arrivai4 #ci3 ,c'tait dans cette mme salle que j'avais vu donner les bals4 ,aussi je ne saurais dire quel effet me fit prouver pendant six semaines cette illumination que je voyais tous les soirs en rentrant chez moi4 #dj3 ,le chevalier qui portait l'armure d'or est mort de fatigue4 #da3 ,c'est dans la forteresse que sont enterrs tous les souverains russes4 ,le tombeau de ,pierre ,ier que l'on y voit est le plus simple du monde4