nationale de ,france 7,bn,f_/,gallica7 ,,souvenirs ,,de ,,madame ,,louise-,,lisabeth ,,vig,e-,,lebrun1 ,,de ,l',,acad,,mie ,,royale ,,de ,,paris1 ,,de ,,rouen1 ,,de ,,saint-,,luc ,,de ,,rome ,,et ,d',,arcadie1 ,,de ,,parme ,,et ,,de ,,bologne1 ,,de ,,saint-,p,,tersbourg1 ,,de ,,berlin1 ,,de ,,gen,,ve ,,et ,,avignon4 ,en crivant mes ,souvenirs1 je me rappellerai le temps pass1 qui doublera pour ainsi dire mon existence4 ,j4-,j4 ,rousseau4 ,,tome ,,premier ,,paris1 ,,librairie ,,de ,h4 ,,fournier1 ,,rue ,,de ,,seine1 #ad ,,bis4 #ahce4 ,illustration4 ,,lettres ,,la ,,princesse ,,kourakin4 ,,lettre ,i4 ,mon enfance4--,mes parens4--,je suis mise au couvent4--,ma passion pour la peinture4--,socit de mon pre4--,doyen4 ,poinsinet4--,davesne4--,ma sortie du couvent4--,mon frre4 ,ma bien bonne amie1 vous me demandez avec tant d'instances de vous crire mes souvenirs1 que je me dcide vous satisfaire4 ,que de sensations je vais prouver en me rappelant et les vnemens divers dont j'ai t tmoin6 et des amis1 qui n'existent plus que dans ma pense6 ,toutefois1 la chose me sera facile1 car mon coeur a de la mmoire1 et dans mes heures de solitude1 ces amis si chers m'entourent encore1 tant mon imagination me les ralise4 ,je joindrai d'ailleurs mon rcit les notes que j'ai prises diffrentes poques de ma vie1 sur une foule de personnes dont j'ai fait le portrait1 et qui1 pour la plupart1 taient de ma socit2#a grce ce secours1 les plus doux momens de mon existence vous seront connus aussi bien qu'ils me le sont moi-mme4 ,je vous parlerai d'abord1 chre amie1 de mes premires annes1 parce qu'elles ont t le prsage de toute ma vie1 puisque mon amour pour la peinture s'est manifest ds1 mon enfance4 ,on me mit au couvent l'ge de six ans2 j'y suis reste jusqu' onze4 ,dans cet intervalle1 je crayonnais sans cesse et partout2 mes cahiers d'criture1 et mme ceux de mes camarades1 taient remplis la marge de petites ttes de face1 ou de profil2 sur les murs du dortoir1 je traais avec du charbon des figures et des paysages1 aussi vous devez penser que j'tais souvent en pnitence4 ,puis1 dans les momens de rcration1 je dessinais sur le sable tout ce qui me passait par la tte4 ,je me souviens qu' l'ge de sept ou huit ans1 je dessinai la lampe un homme barbe1 que j'ai toujours gard4 ,je le fis voir mon pre qui s'cria transport de joie3 ,tu seras peintre1 mon enfant1 ou jamais il n'en sera4 ,je vous fais ce rcit pour vous prouver quel point la passion de la peinture tait inne en moi4 ,cette passion ne s'est jamais affaiblie2 je crois mme qu'elle n'a fait que s'accrotre avec le temps2 car1 encore aujourd'hui1 j'en prouve tout le charme1 qui ne finira j'espre qu'avec ma vie4 ,c'est au reste cette divine passion que je dois1 non-seulement ma fortune1 mais aussi mon bonheur1 puisque dans ma jeunesse comme prsent1 elle a tabli des rapports entre moi et tout ce qu'il y avait de plus aimable1 de plus distingu dans l',europe1 en hommes et en femmes4 ,le souvenir de tant de personnes remarquables que j'ai connues prte souvent pour moi du charme la solitude4 ,je vis encore alors avec ceux qui ne sont plus1 et je dois remercier la ,providence qui m'a laiss ce reflet d'un bonheur pass4 ,j'avais au couvent une sant trs faible1 en sorte que mon pre et ma mre venaient souvent me chercher pour passer quelques jours avec eux1 ce qui me charmait sous tous les rapports4 ,mon pre1 nomm ,vige1 peignait fort bien au pastel2 il y a mme des portraits de lui qui seraient dignes du fameux ,latour4 ,il a fait aussi des tableaux l'huile1 dans le genre de ,wateau4 ,celui que vous avez vu chez moi est d'une charmante couleur1 et fait avec esprit4 ,mais1 pour en revenir aux jouissances que j'avais dans la maison maternelle1 je vous dirai que mon pre me donnait la permission de peindre quelques ttes au pastel1 et qu'il me laissait aussi barbouiller toute la journe avec ses crayons4 ,il avait tellement l'amour de son art que cette passion lui donnait de frquentes distractions4 ,je me rappelle qu'un jour1 tant tout habill pour aller dner en ville1 il sort2 mais en pensant au tableau qu'il avait commenc1 il retourne chez lui1 dans l'ide d'y retoucher4 ,il te sa perruque1 met son bonnet de nuit1 et ressort1 ainsi coiff1 vtu d'un habit brandebourgs dors1 l'pe au ct1 etc4 ,sans un voisin1 qui l'avertit de sa distraction1 il courait la ville dans ce costume4 ,mon pre avait infiniment d'esprit4 ,sa gaiet si naturelle1 se communiquait tout le monde1 et bien souvent on venait se faire peindre par lui pour jouir de son aimable conversation2 peut-tre connaissez-vous dj l'anecdote suivante3 faisant un jour le portrait d'une assez jolie femme1 il s'aperut que1 lorsqu'il travaillait la bouche1 cette femme grimaait sans cesse pour la rendre plus petite4 ,impatient de ce mange1 mon pre lui dit avec un grand sang-froid3--,ne vous tourmentez pas ainsi1 madame1 pour peu que vous le dsiriez1 je ne vous en ferai pas du tout4 ,ma mre tait trs belle 7on peut en juger par le portrait au pastel que mon pre a fait d'elle1 et par celui que j'ai fait l'huile beaucoup plus tard7#b4 ,sa sagesse tait austre4 ,mon pre l'adorait comme une divinit2 mais les grisettes lui tournaient la tte4 ,le premier jour de l'an tait pour lui un jour de fte3 il courait pied tout ,paris1 sans faire une seule visite1 uniquement pour embrasser toutes les jeunes fillettes qu'il rencontrait1 sous le prtexte de leur souhaiter une bonne anne4 ,ma mre tait trs pieuse4 ,je l'tais aussi de coeur4 ,nous entendions toujours la grand'messe2 nous allions aux offices divins4 ,dans le carme surtout nous n'en manquions aucun1 pas mme les prires du soir4 ,de tout temps j'ai aim les chants religieux1 et les sons de l'orgue me faisaient alors une telle impression que je pleurais sans pouvoir m'en empcher4 ,depuis1 ces sons m'ont toujours rappel la perte que j'ai faite de mon pre4 cette poque1 mon pre runissait les soirs plusieurs artistes et quelques gens de lettres4 ,je placerai en tte ,doyen1 peintre d'histoire1 l'ami intime de mon pre1 et mon premier ami4 ,doyen tait le meilleur homme du monde1 plein d'esprit et de sagacit2 ses aperus sur les choses et sur les personnes ont toujours t d'une justesse extrme2 et de plus1 il parlait avec tant de chaleur de la peinture1 qu'il me faisait battre le coeur2 ,poinsinet1 qui avait aussi beaucoup d'esprit et de gat4 ,peut-tre avez vous entendu parler de sa prodigieuse crdulit4 ,elle l'exposait sans cesse aux mystifications les plus tranges4 ,un jour1 par exemple1 on russit lui persuader qu'il existait une charge d'cran du roi1 et voil qu'on le place devant le feu le plus ardent1 de manire lui griller les mollets4 ,pour peu qu'il voult s'loigner3 ,ne bougez pas1 disait-on1 il faut vous habituer la grande chaleur1 autrement vous n'aurez pas la charge4 ,il s'en fallait de beaucoup1 cependant1 que ,poinsinet ft un sot4 ,plusieurs de ses ouvrages sont encore applaudis aujourd'hui1 et il est le seul homme de lettres qui ait obtenu le mme soir trois succs dramatiques4 ,ernelinde1 au grand ,opra1 le ,cercle aux ,franais1 et tom ,jones l',opra-,comique3 quelqu'un dit alors1 en parlant du ,cercle1 o la socit de cette poque est si bien peinte1 que ,poinsinet avait cout aux portes4 ,la fin de ,poinsinet est des plus tragiques4 ,on lui mit en tte le got des voyages2 il commena par l',espagne1 et prit en traversant le ,guadalquivir4 ,je dois citer aussi un nomm ,davesne1 peintre et pote1 assez mdiocre dans ces deux arts1 mais que sa conversation1 fort spirituelle1 avait fait admettre aux soupers de mon pre4 ,je puis vous donner un chantillon des vers de ce ,davesne2 car1 je ne sais comment1 je n'ai jamais oubli ceux-ci1 qui1 je crois n'ont point t imprims4 ,plus n'est le temps1 o de mes seuls couplets ,ma ,lise aimait se voir clbre4 ,plus n'est le temps o1 de mes seuls bouquets ,je la voyais toujours pare4 ,les vers que l'amour me dictait ,ne rptaient que le nom de ,lisette1 ,et ,lisette les coutait4 ,plus d'un baiser payait ma chansonnette4 ,au mme prix qui n'et t pote6 ,enfin1 quoique je fusse peine sortie de l'enfance alors1 je me rappelle parfaitement la gaiet de ces soupers de mon pre4 ,on me faisait quitter la table avant le dessert2 mais de ma chambre j'entendais des rires1 des joies1 des chansons1 auxquels je ne comprenais rien1 vrai dire1 et qui pourtant n'en rendaient pas moins mes1 jours de cong dlicieux4 onze ans je sortis tout--fait du couvent1 aprs avoir fait ma premire communion1 et ,davesne1 qui peignait l'huile1 me fit demander chez lui1 pour m'apprendre charger une palette2 sa femme venait me chercher4 ,ils taient si pauvres1 qu'ils me faisaient peine et piti4 ,un jour1 comme je dsirais finir une tte que j'avais commence1 ils me retinrent dner chez eux2 ce dner se composait d'une soupe et de pommes cuites4 ,tous deux1 je crois1 ne se restauraient qu'en venant souper chez mon pre4 ,j'prouvais un grand bonheur de ne plus quitter mes parens4 ,mon frre1 plus jeune que moi de trois ans1 tait beau comme un ange2 il avait une intelligence fort au-dessus de son ge1 et se distinguait dans ses tudes1 au point qu'il rapportait toujours de son collge les tmoignages les plus flatteurs4 ,j'tais bien loin d'avoir sa vivacit1 son esprit1 et surtout son joli visage2 car cette poque de ma vie1 j'tais laide4 ,j'avais un front norme1 les yeux trs enfoncs2 mon nez tait le seul joli trait de mon visage ple et amaigri4 ,en outre1 j'avais grandi si rapidement qu'il m'tait impossible de me tenir droite1 je pliais comme un roseau4 ,toutes ces imperfections dsolaient ma mre2 j'ai cru m'apercevoir qu'elle avait un faible pour mon frre2 car elle le gtait1 et lui pardonnait aisment ses torts de jeunesse1 tandis qu'elle tait fort svre pour moi4 ,en revanche1 mon pre me comblait de bonts et d'indulgence4 ,sa tendresse le rendait de plus en plus cher mon coeur3 aussi cet excellent pre m'est-il toujours prsent1 et je ne pense pas avoir oubli un seul mot qu'il ait dit devant moi4 ,combien de fois1 surtout1 me suis-je rappel1 en #aghi1 le trait suivant comme une sorte de prophtie3 un jour que mon pre sortait d'un dner de philosophes1 o se trouvaient ,diderot1 ,helvtius et d',alembert1 il paraissait si triste1 que ma mre lui demanda ce qu'il avait3 ,tout ce que je viens d'entendre1 ma chre amie1 rpondit-il1 me fait croire que bientt le monde sera sens dessus dessous4 ,je finis cette longue lettre1 ma bien bonne amie1 en vous embrassant de toute mon ame4 ,,lettre ,,ii4 ,mort de mon pre4--,notre douleur4--,je travaille dans l'atelier de ,briard4--,joseph ,vernet2 conseils qu'il me donne4--,l'abb ,arnault4--,je visite des galeries de tableaux4--,ma mre se remarie4--,mon beau-pre4--,je fais des portraits4 ,le comte ,orloff4--,le comte ,schouvaloff4--,visite de madame ,geoffrin4--,la duchesse de ,chartres4--,le ,palais-,royal4--,mademoiselle ,duth4--,mademoiselle ,boquet4 ,jusqu'ici1 ma chre amie1 je ne vous ai parl que de mes joies1 il me faut maintenant vous parler de la premire affliction qui m'ait t au coeur1 de la premire douleur que j'aie ressentie4 ,je venais de passer une anne de bonheur dans la maison paternelle1 quand mon pre tomba malade4 ,il avait aval une arte1 qui s'tait fixe dans son estomac1 et qui pour en tre extirpe1 ncessita plusieurs incisions4 ,les oprations furent faites par le plus habile chirurgien que l'on connt alors1 le frre ,come1 en qui nous avions toute confiance1 et qui avait l'air d'un vrai saint4 ,il soigna mon pre avec le plus grand zle2 toutefois1 malgr ses affectueuses assiduits1 les plaies s'envenimrent1 et aprs deux mois de souffrances1 l'tat de mon pre ne laissa aucun espoir de gurison4 ,ma mre pleurait jour et nuit1 et je n'essaierai pas de vous peindre ma dsolation3 j'allais perdre le meilleur des pres1 mon appui1 mon guide1 celui dont l'indulgence encourageait mes premiers essais6 ,lorsqu'il se sentit prs de ses derniers momens1 mon pre dsira revoir mon frre et moi4 ,nous nous approchmes tous deux de son lit1 en sanglottant4 ,son visage tait cruellement altr2 ses yeux1 sa physionomie1 si anims1 n'avaient plus aucuns mouvemens2 car la pleur et le froid de la mort l'avaient dj saisi4 ,nous prmes sa main glace1 et nous la couvrmes de baisers en l'arrosant de larmes4 ,il fit un effort1 se souleva pour nous donner sa bndiction3 ,soyez heureux1 mes enfans1 dit-il4 ,une heure aprs1 notre excellent pre n'existait plus6 ,je restai tellement abattue par ma douleur1 que je fus long-temps sans reprendre mes crayons4 ,doyen venait quelquefois nous revoir1 et comme il avait t le meilleur ami de mon pre1 ses visites taient pour nous une grande consolation4 ,ce fut lui qui m'engagea reprendre mon occupation chrie1 dans laquelle1 en effet1 je trouvai la seule distraction qui pt adoucir mes regrets et m'arracher mes tristes penses4 ,c'est cette poque que je commenai peindre d'aprs nature4 ,je fis successivement plusieurs portraits au pastel et l'huile4 ,je dessinais aussi d'aprs nature et d'aprs la bosse1 le plus souvent la lampe1 avec mademoiselle ,boquet que je connus alors4 ,je me rendais les soirs chez elle1 rue ,saint-,denis1 vis--vis celle de la ,truanderie1 o son pre tenait un magasin de curiosits4 ,la course tait assez longue2 car nous logions rue de ,clry1 vis--vis l'htel de ,lubert3 aussi ma mre me faisait-elle toujours accompagner4 ,dans ce mme temps1 nous allions trs souvent1 mademoiselle ,boquet et moi1 dessiner chez ,briard le peintre1 qui nous prtait ses dessins et des bustes antiques4 ,briard peignait mdiocrement1 quoiqu'il ait fait quelques plafonds assez remarquables par leur composition1 mais il tait fort bon dessinateur2 c'est pourquoi plusieurs jeunes personnes venaient prendre des leons chez lui4 ,il logeait au ,louvre1 et pour y dessiner plus long-temps1 nous apportions chacune notre petit dner1 dans un panier que nous portait la bonne4 ,je me rappelle encore que nous nous rgalions1 en achetant au concierge d'une des portes du ,louvre des morceaux de boeuf la mode si excellens1 que je n'ai jamais rien mang d'aussi bon4 ,mademoiselle ,boquet avait alors quinze ans1 et j'en avais quatorze4 ,nous rivalisions de beaut 7car j'ai oubli de vous dire1 chre amie1 qu'il s'tait fait en moi une mtamorphose et que j'tais devenue jolie74 ,ses dispositions pour la peinture taient remarquables1 et mes progrs taient si rapides1 que l'on commenait parler de moi dans le monde1 ce qui me valut la satisfaction de connatre ,joseph ,vernet4 ,ce clbre artiste m'encouragea et me donna les meilleurs conseils4--,mon enfant1 me disait-il1 ne suivez aucun systme d'cole4 ,consultez seulement les oeuvres des grands matres de l',italie1 ainsi que celles des matres flamands2 mais surtout faites le plus que vous pourrez d'aprs nature3 la nature est le premier de tous les matres4 ,si vous l'tudiez avec soin1 cela vous empchera de prendre aucune manire4 ,j'ai constamment suivi ses avis2 car je n'ai jamais eu de matre proprement dit4 ,quant ,joseph ,vernet1 il a bien prouv l'excellence de sa mthode par ses oeuvres1 qui ont t et seront toujours si justement admires4 ,je fis aussi connaissance alors avec l'abb ,arnault1 de l',acadmie franaise4 ,c'tait un homme plein d'imagination1 passionn de la haute littrature et des arts1 dont la conversation m'enrichissait d'ides1 si l'on peut s'exprimer ainsi4 ,il parlait peinture et musique avec le plus vif enthousiasme4 ,l'abb ,arnault tait un ardent partisan de ,gluck1 et plus tard1 il amena chez moi ce grand musicien2 car j'aimais aussi la musique passionnment4 ,ma mre devenait coquette de ma figure1 de ma taille 7car j'avais repris de l'embonpoint1 ce qui m'avait enfin donn la fracheur de la jeunesse74 ,elle me menait aux ,tuileries les dimanches2 elle tait encore fort belle elle-mme1 et tant d'annes se sont passes depuis lors1 que je puis vous dire aujourd'hui qu'on nous suivait de telle manire1 que j'en tais beaucoup plus embarrasse que flatte4 ,ma mre me voyait toujours si affecte de la perte cruelle que j'avais faite1 qu'elle n'imagina rien de mieux pour m'en distraire que de me mener voir des tableaux4 ,elle me conduisait au palais du ,luxembourg1 dont la galerie tait orne alors des chefs-d'oeuvre de ,rubens1 et beaucoup de salles remplies de tableaux des plus grands matres#c4 ,ces tableaux ont t transports depuis au ,musum1 et ceux de ,rubens perdent n'tre plus vus dans la place o ils ont t faits3 des tableaux bien ou mal clairs sont comme des pices bien ou mal joues4 ,nous allions aussi voir de riches collections chez des particuliers4 ,rendon de ,boisset possdait une galerie de tableaux flamands et franais4 ,le duc de ,praslin et le marquis de ,lvis avaient de riches collections des grands matres de toutes les coles4 ,m4 ,harens de ,presle en avait une trs riche en tableaux de matres italiens2 mais aucune ne pouvait se comparer celle du ,palais-,royal1 qui avait t faite par le rgent1 et dans laquelle se trouvaient tant de chefs-d'oeuvre des grands matres de l',italie4 ,elle a t vendue dans la rvolution4 ,un ,anglais1 ,lord ,stafford1 en a achet la plus grande partie4 ,ds que j'entrais dans une de ces riches galeries1 on pouvait exactement me comparer l'abeille1 tant j'y rcoltais de connaissances et de souvenirs utiles mon art tout en m'enivrant de jouissances dans la contemplation des grands matres4 ,en outre1 pour me fortifier1 je copiais quelques tableaux de ,rubens1 quelques ttes de ,rembrant1 de ,wandik1 et plusieurs ttes de jeunes filles de ,greuze1 parce que ces dernires m'expliquaient fortement les semi-tons qui se trouvent dans les carnations dlicates2 ,wandik les explique aussi1 mais plus finement4 ,je dois ce travail l'tude si importante de la dgradation des lumires sur les parties saillantes d'une tte1 dgradation que j'ai tant admire dans les ttes de ,raphal1 qui runissent1 il est vrai1 toutes les perfections4 ,aussi est-ce ,rome seulement1 et sous le beau ciel de l',italie1 qu'on peut tout--fait juger ,raphal4 ,lorsque plus tard j'ai pu voir ceux de ses chefs-d'oeuvre qui n'ont point quitt leur patrie1 j'ai trouv ,raphal au-dessus de son immense renomme4 ,mon pre n'avait point laiss de fortune2 la vrit1 je gagnais dj beaucoup d'argent1 ayant beaucoup de portraits faire2 mais cela ne pouvait suffire aux dpenses de la maison1 vu qu'en outre j'avais payer la pension de mon frre1 ses habits1 ses livres1 etc4 ,ma mre se vit donc oblige de se remarier2 elle pousa un riche joaillier1 que jamais nous n'avions souponn d'avarice1 et qui pourtant1 sitt aprs son mariage1 se montra tellement avare qu'il nous refusait jusqu'au ncessaire1 quoique j'eusse la bonhomie de lui donner tout ce que je gagnais4 ,joseph ,vernet en tait furieux2 il me conseillait sans cesse de payer une pension1 et de garder l'excdant pour moi2 mais je n'en fis rien2 je craignais trop qu'avec un pareil harpagon ma mre n'en souffrt4 ,je dtestais cet homme1 d'autant plus qu'il s'tait empar de la garde-robe de mon pre1 dont il portait les habits1 tout comme ils taient1 sans qu'il les et fait remettre sa taille4 ,vous pouvez comprendre aisment1 chre amie1 quelle triste impression j'en recevais6 ,j'avais1 comme je vous l'ai dit1 beaucoup de portraits faire1 et dj ma jeune rputation m'attirait la visite d'un grand nombre d'trangers4 ,plusieurs grands personnages russes vinrent me voir1 entre autres le fameux comte ,orloff1 l'un des assassins de ,pierre ,,iii4 ,c'tait un homme colossal1 et je me rappelle qu'il portait au doigt un diamant remarquable par son norme grosseur4 ,je fis presque aussitt le portrait du comte ,schouvaloff1 grand chambellan4 ,celui-ci alors tait g1 je crois1 de soixante ans1 et avait t l'amant d'lisabeth ,,ii4 ,il joignait une politesse bienveillante un ton parfait1 et comme il tait de plus excellent homme1 la meilleure compagnie le recherchait4 ,j'eus dans le mme temps la visite de madame ,geoffrin1 cette femme que son salon a rendue clbre4 ,madame ,geoffrin runissait chez elle tout ce qu'on connaissait d'hommes distingus dans la littrature et dans les arts1 les trangers de marque1 et les plus grands seigneurs de la cour4 ,sans naissance1 sans talens1 sans mme avoir une fortune considrable1 elle s'tait cr ainsi ,paris une existence unique dans son genre1 et qu'aucune femme ne pourrait plus s'y faire aujourd'hui4 ,ayant entendu parler de moi1 elle vint me voir un matin1 et me dit les choses les plus flatteuses sur ma personne et sur mon talent4 ,quoiqu'elle ne ft pas alors trs ge1 je lui aurais donn cent ans2 car1 non-seulement elle se tenait un peu courbe1 mais son costume la vieillissait beaucoup4 ,elle tait vtue d'une robe gris de fer1 et portait sur sa tte un bonnet grand papillon1 recouvert d'une coiffe noire1 noue sous le menton4 pareil ge maintenant1 les femmes1 au contraire1 russissent se rajeunir par le soin qu'elles apportent leur toilette4 ,aussitt aprs le mariage de ma mre1 nous avions t loger chez mon beau-pre1 rue ,saint-,honor1 vis--vis la terrasse du ,palais-,royal1 sur laquelle donnaient mes fentres4 ,je voyais souvent la duchesse de ,chartres se promener dans le jardin avec ses dames1 et je remarquai bientt qu'elle me regardait avec intrt et bont4 ,je venais de finir le portrait de ma mre1 qui faisait grand bruit alors4 ,la duchesse me fit demander pour aller la peindre chez elle4 ,elle communiqua tout ce qui l'entourait son extrme bienveillance pour mon jeune talent1 en sorte que je ne tardai pas recevoir la visite de la grande et belle comtesse de ,brionne et de sa fille1 la princesse de ,lorraine1 qui tait extrmement jolie1 puis successivement celle de toutes les grandes dames de la cour et du faubourg ,saint-,germain4 ,puisque j'ai pris le parti1 chre amie1 de vous avouer que j'tais toujours remarque aux promenades1 aux spectacles1 jusque l que l'on faisait foule autour de moi1 vous devinez sans peine que plusieurs amateurs de ma figure me faisaient peindre la leur1 dans l'espoir de parvenir me plaire2 mais j'tais si occupe de mon art1 qu'il n'y avait pas moyen de m'en distraire4 ,puis aussi1 les principes de morale et de religion que ma mre m'avait communiqus1 me protgeaient fortement contre les sductions dont j'tais entoure4 ,mon bonheur voulait que je ne connusse pas encore un seul roman4 ,le premier que j'aie lu 7c'tait ,clarisse ,harlove1 qui m'a prodigieusement intresse71 je ne l'ai lu qu'aprs mon mariage2 jusque l1 je ne lisais que des livres saints1 la morale des ,saints-,pres entre autres1 dont je ne me lassais pas1 car tout est l1 et quelques livres de classe de mon frre4 ,pour en revenir ces messieurs1 ds que je m'apercevais qu'ils voulaient me faire des yeux tendres#d1 je les peignais regards perdus1 ce qui s'oppose ce que l'on regarde le peintre4 ,alors au moindre mouvement que faisait leur prunelle de mon ct1 je leur disais3 j'en suis aux yeux2 cela les contrariait un peu1 comme vous pouvez croire1 et ma mre1 qui ne me quittait pas1 et que j'avais mise dans ma confidence1 riait tout bas4 ,les jours de ftes et les dimanches1 aprs avoir entendu la grand'messe1 ma mre et mon beau-pre me menaient promener au ,palais-,royal4 cette poque1 le jardin tait infiniment plus vaste et plus beau qu'il ne l'est maintenant1 touff et rtrci par les maisons qui l'environnent de toutes parts4 ,il y avait gauche une trs large et trs longue alle1 couverte d'arbres normes1 qui formaient une vote impntrable au soleil4 ,l se runissait la bonne compagnie1 en fort grande parure4 ,quant la mauvaise1 elle se rfugiait plus loin1 sous les quinconces4 ,l',opra tait alors tout ct 7il tenait au ,palais74 ,dans les jours d't1 ce spectacle finissait huit heures et demie1 et toutes les personnes lgantes sortaient mme avant la fin1 pour se promener dans le jardin4 ,il tait de mode alors que les femmes portassent de fort gros bouquets1 ce qui joint aux poudres odorifrantes dont chacun parfumait ses cheveux1 embaumait vritablement l'air que l'on respirait4 ,plus tard1 mais pourtant avant la rvolution1 j'ai vu ces soires se prolonger jusqu' deux heures du matin2 on y faisait de la musique au clair de lune1 en plein air4 ,des artistes1 des amateurs1 entre autres ,garat et ,asevedo1 y chantaient4 ,on y jouait de la harpe et de la guitare2 le fameux ,saint-,georges jouait souvent du violon3 la foule s'y portait4 ,c'est l que j'ai vu pour la premire fois l'lgante et jolie mademoiselle ,duth1 qui se promenait avec d'autres filles entretenues3 car jamais alors aucun homme ne se montrait avec ces demoiselles2 s'ils les rejoignaient au spectacle1 c'tait toujours en loges grilles4 ,les ,anglais sont moins dlicats sur ce point4 ,cette mme demoiselle ,duth tait souvent accompagne par un ,anglais1 si fidle1 que dix-huit ans aprs1 je les ai revus ensemble au spectacle ,londres4 ,le frre de l',anglais tait avec eux1 et l'on me dit qu'ils faisaient tous trois mnage ensemble4 ,vous ne sauriez avoir une ide1 chre amie1 de ce qu'taient les femmes entretenues l'poque dont je vous parle4 ,mademoiselle ,duth1 par exemple1 a mang des millions2 maintenant l'tat de courtisane est un tat perdu2 personne ne se ruine plus pour une fille4 ,ce dernier mot m'en rappelle un de la duchesse de ,chartres1 dont j'aime la navet4 ,je vous ai dj parl de cette princesse1 digne fille du vertueux et bienfaisant duc de ,penthivre4 ,quelque temps aprs son mariage1 comme elle tait la fentre1 un de ses gentilshommes1 voyant passer quelques-unes de ces demoiselles1 dit3 ,voil des filles4 ,comment pouvez-vous savoir qu'elles ne sont pas maries8 demanda la duchesse dans sa candide ignorance4 ,nous ne pouvions passer dans cette grande alle du ,palais-,royal1 mademoiselle ,boquet et moi1 sans fixer vivement l'attention4 ,toutes deux alors tions ges de seize dix-sept ans1 et mademoiselle ,boquet tait fort belle4 dix-neuf ans elle eut la petite vrole1 ce qui intressa si gnralement1 que de toutes les classes de la socit une foule de gens s'empressaient de venir s'informer de ses nouvelles1 et que l'on voyait sans cesse une grande quantit de voitures sa porte4 cette poque rellement1 la beaut tait une illustration4 ,mademoiselle ,boquet avait un talent remarquable pour la peinture1 mais elle l'abandonna presque entirement aprs avoir pous ,m4 ,filleul1 poque laquelle la reine la nomma concierge du chteau de la ,muette4 ,que ne puis-je vous parler de cette aimable femme1 sans me rappeler sa fin tragique8 ,hlas6 je me souviens qu'au moment o j'allais quitter la ,france1 pour fuir les horreurs que je prvoyais1 madame ,filleul me dit3 ,vous avez tort de partir3 moi1 je reste2 car je crois au bonheur que doit nous procurer la rvolution4 ,et cette rvolution l'a conduite sur l'chafaud6 ,elle n'avait point quitt le chteau de la ,muette quand arriva ce temps si justement nomm le temps de la terreur4 ,madame ,chalgrin1 fille de ,joseph ,vernet1 et l'amie intime de madame ,filleul1 vint clbrer dans ce chteau le mariage de sa fille1 sans aucun clat1 comme vous imaginez bien4 ,cependant ds le lendemain1 les rvolutionnaires n'en vinrent pas moins arrter madame ,filleul et madame ,chalgrin1 qui1 disait-on1 avaient brl les bougies de la nation1 et toutes deux furent guillotines peu de jours aprs4 ,je finis ici cette triste lettre4 ,,lettre ,,iii4 ,mes promenades4--,le ,colyse1 le ,wauxhall d't4--,marly1 ,sceaux4--,ma socit ,paris4--,le ,moine le sculpteur4--,gerbier4--,la princesse de ,rohan-,rochefort4--,la comtesse de ,brionne4--,le cardinal de ,rohan4--,m4 de ,rhullires4--,le duc de ,lauzun4--,je fais hommage l',acadmie franaise des portraits du cardinal de ,fleury et de ,la ,bruyre4--,lettre de d',alembert et sa visite cette occasion4 ,je reprendrai1 chre amie1 le cours de mes promenades dans ce que je puis appeler l'ancien ,paris1 tant1 depuis ma jeunesse1 cette ville a subi de mtamorphoses sous tous les rapports4 ,une des plus frquentes tait la promenade des boulevards du ,temple4 ,tous les jours1 mais le jeudi principalement1 des centaines de voitures allaient1 venaient1 ou stationnaient contre les alles o sont encore maintenant les cafs et les parades4 ,les jeunes gens cheval caracolaient autour d'elles1 comme ,longchamp2 car ,longchamp existait dj#e4 ,les alles1 ou bas-cts1 taient pleines d'une foule immense de promeneurs1 jouissant du plaisir d'admirer ou de critiquer toutes ces belle dames1 trs pares1 qui passaient dans leurs brillans quipages4 ,un des cts du boulevard 7celui o se trouve maintenant le caf ,turc7 offrait un spectacle qui bien souvent m'a donn le fou rire4 ,c'tait une longue range de vieilles femmes du ,marais1 assises gravement sur des chaises1 et les joues tellement couvertes de rouge qu'elles ressemblaient tout--fait des poupes4 ,comme cette poque les femmes d'un rang lev pouvaient seules porter du rouge1 ces dames croyaient devoir jouir du privilge dans toute sa latitude4 ,un de nos amis1 qui les connaissait pour la plupart1 nous dit qu'elles n'avaient d'autre occupation que celle de jouer au loto du matin au soir1 et qu'un jour qu'il revenait de ,versailles1 quelques-unes d'elles lui demandant des nouvelles1 il rpondit qu'il venait d'apprendre que ,m4 de ,la ,prouse devait partir pour aller faire le tour du monde3 ,en vrit1 s'cria la matresse de la maison1 il faut que cet homme-l soit bien dsoeuvr6 ,plus tard1 long-temps aprs mon mariage1 j'ai vu sur ce mme boulevard divers petits spectacles4 ,le seul o j'aie t souvent1 et qui m'amusait beaucoup1 tait celui des ,fantoccini de ,carlo ,prico4 ,ces marionnettes taient si bien faites1 et leurs mouvemens si naturels qu'elles faisaient parfois illusion4 ,ma fille1 qui avait au plus six ans et que j'y menais avec moi1 ne doutait pas d'abord que ces personnages ne fussent vivans4 ,quand je lui eus dit le contraire1 je me rappelle que je la menai peu de jours aprs la ,comdie ,franaise1 o ma loge tait assez loigne du thtre3 et ceux-l1 maman1 me dit-elle1 sont-ils vivans8 ,le ,colyse tait encore un lieu de runion fort la mode2 on l'avait tabli dans un des grands carrs des ,champs-lyses1 en btissant une immense rotonde4 ,au milieu se trouvait un lac1 rempli d'une eau limpide1 sur lequel se faisaient des joutes de bateliers4 ,on se promenait tout autour dans de larges alles sables1 et garnies de siges4 ,quand la nuit venait1 tout le monde quittait le jardin pour se runir dans un salon immense o l'on entendait tous les soirs une excellente musique grand orchestre4 ,mademoiselle ,lemaure1 trs clbre alors1 y a chant plusieurs fois1 ainsi que beaucoup d'autres fameuses cantatrices4 ,le large perron qui conduisait cette salle du concert tait le rendez-vous de tous les jeunes lgans de ,paris1 qui1 placs sous les portiques illumins1 ne laissaient point passer une femme sans lancer une pigramme4 ,un soir1 comme j'en descendais les degrs avec ma mre1 le duc de ,chartres 7depuis ,philippe galit7 se tenait l1 donnant le bras au marquis de ,genlis1 son compagnon d'orgies1 et les pauvres malheureuses qui se prsentaient leurs yeux n'chappaient point aux sarcasmes les plus infmes4--,ah6 pour celle-ci1 dit le duc trs haut en me dsignant1 il n'y a rien dire4 ,ce mot1 que beaucoup de personnes entendaient ainsi que moi1 me causa une si grande satisfaction1 que je me le rappelle encore aujourd'hui avec un certain plaisir4 peu prs dans le mme temps1 il existait sur le boulevard du ,temple ce qu'on appelait le ,wauxhall d't1 dont le jardin n'tait autre chose qu'un large espace destin la promenade et autour duquel s'levaient des gradins couverts1 o s'asseyait la bonne compagnie4 ,on s'y runissait de jour en t1 et la soire finissait par un trs beau feu d'artifice4 ,tous ces lieux taient bien plus la mode alors1 que ne l'est maintenant ,tivoli4 ,il est mme assez tonnant que les ,parisiens1 qui n'ont pour toutes promenades que les ,tuileries et le ,luxembourg1 aient renonc ces tablissemens1 moiti citadins1 moiti champtres1 o l'on allait respirer le soir en prenant des glaces4 ,mon vilain beau-pre1 ennuy sans doute des hommages publics que l'on rendait la beaut de ma mre1 et j'oserai dire aussi la mienne1 nous interdit les promenades1 et nous dit un jour qu'il allait louer une campagne4 ,a ces mots le coeur me battit de joie2 car j'aimais la campagne passionnment4 ,j'avais d'autant plus le dsir d'y sjourner que j'en prouvais un besoin rel1 attendu que je couchais alors au pied du lit de ma mre1 dans un coin enfonc1 o le jour n'arrivait jamais4 ,aussi le matin1 quelque temps qu'il ft1 mon premier soin tait d'ouvrir la fentre pour respirer1 tant j'avais soif d'air4 ,mon beau-pre loua donc une petite bicoque ,chaillot1 et nous allions y coucher le samedi pour revenir ,paris le lundi matin4 ,dieu6 quelle campagne6 imaginez-vous1 ma chre1 un trs petit jardin de cur2 point d'arbres1 point d'autre abri contre le soleil qu'un petit berceau o mon beau-pre avait plant des haricots et des capucines qui ne poussaient pas4 ,encore n'avions-nous que le quart de ce charmant jardin2 il tait spar en quatre par de petits btons1 et les trois autres parties taient loues des garons de boutique1 qui1 tous les dimanches1 venaient s'amuser tirer des coups de fusil sur les oiseaux4 ,ce bruit perptuel me mettait dans un tat de dsespoir1 outre que j'avais une peur affreuse d'tre tue par ces maladroits1 tant ils visaient de travers4 ,je ne comprenais pas qu'on pt appeler la campagne1 ce lieu si bte1 si anti-pittoresque1 o je m'ennuyais au point que je bille de souvenir en vous crivant ceci4 ,enfin mon bon ange amena mon secours une amie de ma mre1 madame ,suzanne1 qui vint dner un jour ,chaillot avec son mari4 ,tous deux eurent piti de moi1 de mon ennui1 et me menrent quelquefois faire des courses charmantes4 ,malheureusement on ne pouvait pas compter sur ,m4 ,suzanne tous les dimanches1 car il avait une singulire maladie3 de deux jours l'un1 il s'enfermait dans sa chambre1 sans voir personne1 pas mme sa femme2 ne voulant ni parler1 ni manger4 ,le lendemain1 il est vrai1 il reprenait toute sa gaiet et ses manires habituelles2 mais vous sentez que pour faire une partie avec lui1 il fallait se tenir au courant de l'intermittence4 ,nous allmes d'abord ,marly-le-,roi1 et l1 pour la premire fois1 je pris l'ide d'un sjour enchanteur4 ,de chaque ct du chteau1 qui tait superbe1 s'levaient six pavillons1 qui se communiquaient par des berceaux de jasmin et de chvrefeuille4 ,des eaux magnifiques1 qui tombaient en cascades du haut d'une montagne situe derrire le chteau1 fournissaient un immense canal1 sur lequel se promenaient des cignes4 ,ces beaux arbres1 ces salles de verdure1 ces bassins1 ces jets d'eau1 dont un s'levait une hauteur si prodigieuse qu'on le perdait de vue2 tout tait grand1 tout tait royal1 tout y parlait de ,louis ,,xiv4 ,l'aspect de ce sjour ravissant me fit alors tant d'impression1 qu'aprs mon mariage1 je suis retourne souvent ,marly4 ,un matin j'y ai rencontr la reine1 qui se promenait dans le parc avec plusieurs dames de sa cour4 ,toutes taient en robes blanches1 et si jeunes1 si jolies1 qu'elles me firent l'effet d'une apparition4 ,j'tais avec ma mre1 et je m'loignais1 quand la reine eut la bont de m'arrter1 m'engageant continuer ma promenade partout o il me plairait4 ,hlas6 quand je suis revenue en ,france1 en #ahjb1 j'ai couru revoir mon noble et riant ,marly4 ,le palais1 les arbres1 les cascades1 les bassins1 tout avait disparu2 je n'ai plus trouv qu'une seule pierre1 qui semble marquer le milieu du salon4 ,m4 et madame ,suzanne me menrent voir aussi le chteau et le parc de ,sceaux4 ,une partie de ce parc 7celle qui avoisinait le chteau7 tait dessine rgulirement en gazons1 en parterres1 remplis de mille fleurs1 comme le jardin des ,tuileries1 l'autre n'offrait aucune symtrie2 mais un magnifique canal et les plus beaux arbres que j'aie vus de ma vie la rendaient de beaucoup prfrable selon moi4 ,une chose qui prouvait la bont du matre de ce magnifique sjour1 c'est que le parc de ,sceaux tait une promenade publique2 l'excellent duc de ,penthivre avait toujours voulu que tout le monde y entrt1 et les dimanches principalement ce parc tait trs frquent4 ,je trouvais bien cruel de quitter ces magnifiques jardins pour rentrer dans le triste ,chaillot4 ,enfin1 l'hiver nous fixa tout--fait ,paris1 o je passais de la manire la plus agrable le temps que me laissait le travail4 ,ds l'ge de quinze ans1 j'avais t rpandue dans la haute socit2 je connaissais nos premiers artistes1 en sorte que je recevais des invitations de toutes parts4 ,je me souviens fort bien que j'ai dn en ville pour la premire fois chez le sculpteur ,le ,moine1 alors en grande rputation4 ,le ,moine tait d'une simplicit extrme2 mais il avait le bon got de rassembler chez lui une foule d'hommes clbres et distingus2 ses deux filles faisaient parfaitement les honneurs de sa maison4 ,je vis l le fameux ,le ,kain1 qui me fit peur1 tant il avait l'air sombre et farouche2 ses normes sourcils ajoutaient encore l'expression si peu gracieuse de son visage4 ,il ne parlait point1 mais il mangeait normment4 ct de lui1 tout en face de moi1 se trouvait la plus jolie femme de ,paris1 madame de ,bonneuil1 7mre de madame ,regnault ,saint-,jean d',angely7 qui alors tait frache comme une rose4 ,sa beaut si douce avait tant de charme que je ne pouvais en dtourner mes yeux1 d'autant plus qu'on l'avait aussi place prs de son mari1 qui tait laid comme un singe1 et que les figures de ,le ,kain et de ,m4 de ,bonneuil formaient un double repoussoir1 dont bien certainement elle n'avait pas besoin4 ,c'est chez ,le ,moine que j'ai connu ,gerbier1 le clbre avocat2 sa fille1 madame de ,roissy1 tait fort belle1 et c'est une des premires femmes dont j'aie fait le portrait4 ,nous avions souvent ces dners1 ,grtry1 ,latour1 fameux peintre au pastel2 on riait1 on s'amusait4 ,l'usage cette poque tait de chanter au dessert3 madame de ,bonneuil1 qui avait une voix charmante1 chantait avec son mari des duos de ,grtry1 puis venait le tour de toutes les jeunes demoiselles1 dont cette mode1 il faut l'avouer1 faisait le supplice2 car on les voyait plir1 trembler1 au point de chanter souvent faux4 ,malgr ces petites dissonnances1 le dner finissait gaiement1 et l'on se quittait toujours regret1 bien loin de demander sa voiture en se levant de table1 ainsi que l'on fait aujourd'hui4 ,je ne puis cependant parler des dners actuels que par ou-dire1 attendu que1 peu de temps aprs celui dont je vous parle1 j'ai cess pour toujours de dner en ville4 ,les heures de jour m'taient rellement trop prcieuses pour les donner la socit1 et un bien petit vnement qui m'arriva vint me dcider tout coup ne plus sortir que le soir4 ,j'avais accept dner chez la princesse de ,rohan ,rochefort4 ,toute habille et prte monter en voiture1 l'ide me prend d'aller revoir un portrait que j'avais commenc le matin4 ,j'tais vtue d'une robe de satin blanc1 que je mettais pour la premire fois2 je m'assieds1 sur une chaise1 qui se trouvait en face de mon chevalet1 sans m'apercevoir que ma palette tait pose dessus2 vous jugiez que je mis ma robe dans un tel tat que je fus oblige de rester chez moi1 et ds lors je pris la rsolution de ne plus accepter que des soupers4 ,ceux de la princesse de ,rohan ,rochefort taient charmans4 ,le fond de la socit se composait de la belle comtesse de ,brionne et de sa fille la princesse de ,lorraine1 du duc de ,choiseul1 du cardinal de ,rohan1 de ,m4 de ,rulhires1 l'auteur des ,disputes2 mais le plus aimable de tous les convives tait sans contredit le duc de ,lauzun2 on n'a jamais eu autant d'esprit et de gaiet1 il nous charmait tous4 ,souvent la soire se passait faire de la musique1 et quelquefois je chantais en m'accompagnant sur la guitare4 ,on soupait dix heures et demie2 jamais plus de dix ou douze table4 ,c'tait qui serait le plus aimable et le plus spirituel4 ,j'coutais seulement1 comme vous pouvez croire1 et quoique trop jeune pour apprcier entirement le charme de cette conversation1 elle me dgotait de beaucoup d'autres4 ,je vous ai dit souvent1 chre amie1 que ma vie de jeune fille n'avait ressembl aucune autre4 ,non-seulement mon talent1 tout faible que je le trouvais1 quand je pensais aux grands matres1 me faisait accueillir et rechercher dans tous les salons2 mais je recevais parfois des preuves d'une bienveillance pour ainsi dire publique1 dont j'prouvais beaucoup de joie2 je vous l'avoue franchement4 ,par exemple1 j'avais fait1 d'aprs les gravures du temps1 les portraits du cardinal de ,fleury et de ,la ,bruyre4 ,j'en fis hommage l',acadmie franaise1 qui1 par l'organe de d',alembert1 son secrtaire perptuel1 m'adressa la lettre que je copie ici1 et que je conserve prcieusement3 ,,mademoiselle1 ,l',acadmie franaise a reu avec toute la reconnaissance possible la lettre charmante que vous lui avez crite1 et les beaux portraits de ,fleury et de ,la ,bruyre que vous avez bien voulu lui envoyer pour tre placs dans sa salle d'assemble1 o elle dsirait depuis longtemps de les voir4 ,ces deux portraits1 en lui retraant deux hommes dont le nom lui est cher1 lui rappelleront sans cesse1 ,mademoiselle1 le souvenir de tout ce qu'elle vous doit et qu'elle est trs flatte de vous devoir2 ils seront de plus ses yeux un monument durable de vos rares talens1 qui lui taient connus par la voix publique1 et qui sont encore relevs en vous par l'esprit1 par les grces et par le plus aimable modestie4 ,la compagnie1 dsirant de rpondre un procd aussi honnte que le vtre1 de la manire qui peut vous tre la plus agrable1 vous prie1 ,mademoiselle1 de vouloir bien accepter vos entres toutes ses assembles publiques4 ,c'est ce qu'elle a arrt dans son assemble d'hier par une dlibration unanime qui a t sur-le-champ insre dans ses registres et dont elle m'a charg de vous donner avis en y joignant tous ses remerciemens4 ,cette commission me flatte d'autant plus qu'elle me procure l'occasion de vous assurer1 ,mademoiselle1 de l'estime distingue dont je suis pntr depuis long-temps pour vos talens et pour votre personne1 et que je partage avec tous les gens de got1 et avec tous les gens honntes4 ,j'ai l'honneur d'tre avec respect1 mademoiselle1 votre trs humble et trs obissant serviteur1 ,d',,alembert1 ,secrtaire perptuel de l',acadmie franaise4 ,paris1 #aj aot #agge4 ,l'hommage de ces deux portraits l',acadmie me procura bientt l'honneur de la visite de d',alembert1 petit homme sec et froid1 mais d'une politesse exquise4 ,il resta long-temps et parcourut mon atelier1 en me disant mille choses flatteuses4 ,je n'ai jamais oubli qu'il venait de sortir1 quand une grande dame1 qui s'tait trouve l1 me demanda si j'avais fait d'aprs nature ces portraits de ,la ,bruyre et de ,fleury dont on venait de parler8--,je suis un peu trop jeune pour cela1 rpondis-je sans pouvoir m'empcher de rire1 mais fort contente pour la pauvre dame que l'acadmicien ft parti4 ,adieu1 chre amie4 ,,lettre ,,iv4 ,mon mariage4--,je prends des lves2 madame ,benoist4--,je renonce cette cole4--,mes portraits2 comment je les costume4--,sance de l',acadmie franaise4--,ma fille4--,la duchesse de ,mazarin4--,les ambassadeurs de ,tipoo-,sab4--,tableaux que je fais d'aprs eux4--,dner qu'ils me donnent4 ,mon beau-pre s'tant retir du commerce1 nous allmes loger l'htel ,lubert1 rue de ,clry4 ,m4 ,lebrun venait d'acheter cette maison2 il l'habitait1 et ds que nous fmes tablis1 j'allai voir les magnifiques tableaux de toutes les coles1 dont son appartement tait rempli4 ,j'tais enchante d'un voisinage qui me mettait mme de consulter les chefs-d'oeuvre des matres4 ,m4 ,lebrun me tmoignait une extrme obligeance en me prtant1 pour les copier1 des tableaux d'une beaut admirable et d'un grand prix4 ,je lui devais ainsi les plus fortes leons que je pusse prendre1 lorsque au bout de six mois il me demanda en mariage4 ,j'tais loin de vouloir l'pouser1 quoiqu'il ft trs bien fait et qu'il et une figure agrable4 ,j'avais alors vingt ans2 je vivais sans inquitude sur mon avenir1 puisque je gagnais beaucoup d'argent1 en sorte que je ne sentais aucun dsir de me marier4 ,mais ma mre1 qui croyait ,m4 ,lebrun fort riche1 ne cessait de m'engager avec instances ne point refuser un parti aussi avantageux1 et je me dcidai enfin ce mariage1 pousse surtout par l'envie de me soustraire au tourment de vivre avec mon beau-pre1 dont la mauvaise humeur augmentait chaque jour depuis qu'il tait oisif4 ,je me sentais si peu entrane1 toutefois1 faire le sacrifice de ma libert1 qu'en allant l'glise1 je me disais encore3 ,dirai-je oui8 dirai-je non8 ,hlas6 j'ai dit oui1 et j'ai chang mes peines contre d'autres peines4 ,ce n'est pas que ,m4 ,lebrun ft un mchant homme3 son caractre offrait un mlange de douceur et de vivacit2 il tait d'une grande obligeance pour tout le monde1 en un mot assez aimable2 mais sa passion effrne pour les femmes de mauvaises moeurs1 jointe la passion du jeu1 ont caus la ruine de sa fortune et la mienne1 dont il disposait entirement2 au point qu'en #aghi1 lorsque je quittai la ,france1 je ne possdais pas vingt francs de revenu1 aprs avoir gagn1 pour ma part1 plus d'un million4 ,il avait tout mang4 ,mon mariage fut tenu quelque temps secret3 ,m4 ,lebrun1 ayant d pouser la fille d'un ,hollandais avec lequel il faisait un grand commerce en tableaux1 me pria de ne point le dclarer avant qu'il et termin ses affaires4 ,j'y consentis d'autant plus volontiers1 que je ne quittais pas sans un grand regret mon nom de fille1 sous lequel j'tais dj trs connue2 mais ce mystre1 qui dura peu1 n'en eut pas moins un rsultat assez effrayent pour mon avenir4 ,plusieurs personnes1 qui croyaient simplement que j'allais pouser ,m4 ,lebrun1 venaient me trouver pour me dtourner de faire une pareille sottise4 ,tantt c'tait ,auber1 joaillier de la couronne1 qui me disait avec amiti3 ,vous feriez mieux de vous attacher une pierre au cou et de vous jeter dans la rivire que d'pouser ,lebrun4 ,tantt c'tait la duchesse d',aremberg1 accompagne de madame de ,canillac1 de madame de ,sonza 7alors ambassadrice de ,protugal71 toutes trois si jeunes et si jolies1 qui m'apportaient leurs conseils tardifs quand j'tais marie depuis quinze jours4--,au nom du ciel1 me disait la duchesse1 n'pousez pas ,m4 ,lebrun1 vous seriez trop malheureuse4 ,puis elle me contait une foule de choses que j'avais le bonheur de ne pas croire entirement1 quoiqu'elles se soient trop confirmes depuis2 mais ma mre1 qui se trouvait l1 avait peine retenir ses larmes4 ,enfin la dclaration de mon mariage vint mettre un terme ces tristes avertissemens1 qui grce ma chre peinture1 avaient peu altr ma gaiet habituelle4 ,je ne pouvais suffire aux portraits qui m'taient demands de toutes parts1 et quoique ,m4 ,lebrun prt ds lors l'habitude de s'emparer des paiemens1 il n'en imagina pas moins1 pour augmenter notre revenu1 de me faire avoir des lves4 ,je consentis ce qu'il dsirait1 sans prendre le temps d'y rflchir1 et bientt il me vint plusieurs demoiselles auxquelles je montrais faire des yeux1 des nez1 des ovales1 qu'il fallait retoucher sans cesse1 ce qui me dtournait de mon travail et m'ennuyait fortement4 ,parmi mes lves se trouvait mademoiselle ,emilie ,roux de ,la ,ville1 qui depuis a pous ,m4 ,benoist1 directeur des droits runis1 et pour laquelle ,demoustiers a crit les ,lettres sur la ,mythologie4 ,elle peignait au pastel des ttes o s'annonait dj le talent qui lui a donn une juste clbrit4 ,mademoiselle ,emilie tait la plus jeune de mes lves1 pour la plupart plus ges que moi1 ce qui nuisait prodigieusement au respect que doit imprimer un chef d'cole4 ,j'avais tabli l'atelier de ces demoiselles dans un ancien grenier fourrage1 dont le plafond laissait dcouvert de fort grosses poutres4 ,un matin1 je monte et je trouve mes lves1 qui venaient d'attacher une corde l'une de ces poutres1 et qui se balanaient qui mieux mieux4 ,je prends mon air srieux1 je gronde1 je fais un discours superbe sur la perte du temps2 puis voil que je veux essayer la balanoire1 et que je m'en amuse plus que toutes les autres4 ,vous jugez qu'avec de pareilles manires il m'tait difficile de leur imposer beaucoup1 et cet inconvnient1 joint l'ennui de revenir l'a b c de mon art en corrigeant des tudes1 me fit renoncer bien vite tenir cette cole4 ,l'obligation de laisser mon cher atelier pendant quelques heures avait encore ajout1 je crois1 mon amour pour le travail2 je ne quittais plus mes pinceaux qu' la nuit tout--fait close1 et le nombre de portraits que j'ai faits cette poque est vraiment prodigieux4 ,comme j'avais horreur du costume que les femmes portaient alors1 je faisais tous mes efforts pour le rendre un peu plus pittoresque1 et j'tais ravie1 quand j'obtenais la confiance de mes modles1 de pouvoir draper ma fantaisie4 ,on ne portait point encore de schals2 mais je disposais de larges charpes1 lgrement entrelaces autour du corps et sur les bras1 avec lesquelles je tchais d'imiter le beau style des draperies de ,raphal et du ,dominicain1 ainsi que vous avez pu le voir en ,russie dans plusieurs de mes portraits1 notamment dans celui de ma fille jouant de la guitare4 ,en outre1 je ne pouvais souffrir la poudre4 ,j'obtins de la belle duchesse de ,grammont-,cadrousse qu'elle n'en mettrait pas pour se faire peindre2 ses cheveux taient d'un noir d'bne2 je les sparai sur le front1 arrangs en boucles irrgulires4 ,aprs ma sance1 qui finissait l'heure du dner1 la duchesse ne drangeait rien sa coiffure et allait ainsi au spectacle2 une aussi jolie femme devait donner le ton3 cette mode prit doucement1 puis devint enfin gnrale4 ,ceci me rappelle qu'en #aghf1 peignant la reine1 je la suppliai de ne point mettre de poudre et de partager ses cheveux sur son front4--,je serai la dernire suivre cette mode1 dit la reine en riant1 je ne veux pas qu'on dise que je l'ai imagine pour cacher mon grand front4 ,je tchais autant qu'il m'tait possible de donner aux femmes que je peignais l'attitude et l'expression de leur physionomie2 celles qui n'avaient pas de physionomie 7on en voit71 je les peignais rveuses et nonchalamment appuyes4 ,enfin1 il faut croire qu'elles taient contentes2 car je ne pouvais suffire aux demandes2 on avait de la peine se faire placer sur ma liste2 en un mot j'tais la mode2 il semblait que tout se runt pour m'y mettre4 ,vous en jugerez par la scne suivante1 qui m'a toujours laiss un souvenir si flatteur3 ,quelque temps aprs mon mariage1 j'assistais une sance de l',acadmie franaise2 ,la ,harpe y lut son discours sur les talens des femmes4 ,quand il en vint ces vers o l'loge est si fort exagr1 et que j'entendais pour la premire fois3 ,lebrun1 de la beaut le peintre et le modle1 ,moderne ,rosalba1 mais plus brillante qu'elle1 ,joint la voix de ,favart au souris de ,vnus1 etc4 l'auteur de ,warwick me regarda3 aussitt tout le public 7sans en excepter la duchesse de ,chartres et le roi de ,sude qui assistaient la sance7 se lve1 se retourne vers moi1 en m'applaudissant avec de tels transports que je fus prte me trouver mal de confusion4 ,ces jouissances d'amour-propre1 dont je vous parle1 chre amie1 parce que vous avez exig que je vous dise tout1 sont bien loin de pouvoir se comparer la jouissance que j'prouvai lorsque au bout de deux annes de mariage je devins grosse4 ,mais ici vous allez voir combien cet extrme amour de mon art me rendait imprvoyante sur les petits dtails de la vie2 car toute heureuse que je me sentais1 l'ide de devenir mre1 les neuf mois de ma grossesse s'taient passs sans que j'eusse song le moins du monde prparer rien de ce qu'il faut pour une accouche4 ,le jour de la naissance de ma fille1 je n'ai point quitt mon atelier1 et je travaillais ma ,vnus qui lie les ailes de l',amour1 dans les intervalles que me laissaient les douleurs4 ,madame de ,verdun1 ma plus ancienne amie1 vint me voir le matin4 ,elle pressentit que j'accoucherais dans la journe1 et comme elle me connaissait1 elle me demanda si j'tais pourvue de tout ce qui me serait ncessaire2 quoi je rpondis d'un air tonn que je ne savais pas ce qui m'tait ncessaire4--,vous voil bien1 reprit-elle1 vous tes un vrai garon4 ,je vous avertis1 moi1 que vous accoucherez ce soir4--,non6 non6 dis-je1 j'ai demain sance1 je ne veux pas accoucher aujourd'hui4 ,sans me rpondre1 madame de ,verdun me quitta un instant pour envoyer chercher l'accoucheur1 qui arriva presque aussitt4 ,je le renvoyai1 mais il resta cach chez moi jusqu'au soir1 et dix heures ma fille vint au monde4 ,je n'essaierai pas de dcrire la joie qui me transporta quand j'entendis crier mon enfant4 ,cette joie1 toutes les mres la connaissent2 elle est d'autant plus vive qu'elle se joint au repos qui succde des douleurs atroces1 et selon moi1 ,m4 ,dubuc l'exprimait1 parfaitement en disant3 ,le bonheur c'est l'intrt dans le calme4 ,pendant ma grossesse j'avais peint la duchesse de ,mazarin1 qui n'tait plus jeune1 mais qui tait encore belle2 ma fille avait ses yeux et lui ressemblait prodigieusement4 ,cette duchesse de ,mazarin est celle qu'on disait avoir t doue sa naissance par trois fes3 la fe ,richesse1 la fe ,beaut1 et la fe ,guignon4 ,il est certain que la pauvre femme ne pouvait rien entreprendre1 pas mme de donner une fte1 sans qu'un accident quelconque ne vnt se jeter la traverse4 ,on a souvent cont plusieurs accidens de sa vie dans ce genre2 en voici un moins connu3 ,un soir qu'elle donnait souper soixante personnes1 elle imagine de faire placer au milieu de la table un norme pt1 dans lequel se trouvaient enferms une centaine de petits oiseaux vivans4 ,sur un signe de la duchesse1 on ouvre le pt1 et voil cette volatile effarouche qui vole sur les visages1 qui se niche dans les cheveux des femmes1 toutes trs pares et coiffes avec soin4 ,vous imaginez l'humeur1 les cris8 ,on ne pouvait se dbarrasser de ces malheureux oiseaux2 enfin on fut oblig de se lever de table1 en maudissant une si sotte invention4 ,la duchesse de ,mazarin tait devenue fort grosse2 on mettait un temps infini la corser4 ,une visit lui vint un jour tandis qu'on la laait1 et une de ses femmes courut la porte1 en disant3 n'entrez pas avant que nous ayons arrang les chairs4 ,je me rappelle que cet excs d'embonpoint excitait l'admiration des ambassadeurs turcs4 ,comme on leur demandait l',opra quelle femme leur plaisait davantage de toutes celles qui remplissaient les loges1 ils rpondirent sans hsiter que la duchesse de ,mazarin tait la plus belle1 parce qu'elle tait la plus grosse4 ,puisque je vous parle d'ambassadeurs1 je ne veux pas oublier de vous dire comment j'ai peint dans ma vie deux diplomates1 qui pour tre cuivrs1 n'en avaient pas moins des ttes superbes4 ,en #aghh1 des ambassadeurs furent envoys ,paris par l'empereur ,tipoo-,sab4 ,je vis ces ,indiens l',opra1 et ils me parurent si extraordinairement pittoresques que je voulus faire leurs portraits4 ,ayant communiqu mon dsir leur interprte1 je sus qu'ils ne consentiraient jamais se laisser peindre si la demande ne venait pas du roi1 et j'obtins cette faveur de ,sa ,majest4 ,je me rendis l'htel qu'ils habitaient 7car ils voulaient tre peints chez eux71 avec de grandes toiles et des couleurs4 ,quand j'arrivai dans leur salon1 un d'eux apporta de l'eau de rose et m'en jeta sur les mains2 puis le plus grand1 qui s'appelait ,davich ,khan1 me donna sance4 ,je le fis en pied1 tenant son poignard4 ,les draperies1 les mains1 tout fut fait d'aprs lui1 tant il se tenait avec complaisance4 ,je laissais scher le tableau dans un autre salon4 ,je commenai ensuite le portrait du vieux ambassadeur1 que je reprsentai assis avec son fils prs de lui4 ,le pre surtout avait une tte superbe4 ,tous deux taient vtus de robes de mousseline blanche1 parseme de fleurs d'or2 et ces robes1 espces de tuniques avec de larges manches plisses en travers1 taient retenues par de riches ceintures4 ,je finis alors entirement le tableau1 l'exception du fond et du bas des robes4 ,madame de ,bonneuil qui j'avais parl de mes sances dsirait beaucoup voir ces ambassadeurs4 ,ils nous invitrent toutes deux dner1 et nous acceptmes par pure curiosit4 ,en entrant dans la salle manger nous fmes un peu surprises de trouver le dner servi par terre1 ce qui nous obligea nous tenir comme eux presque couches autour de la table4 ,ils nous servirent avec leurs mains ce qu'ils prenaient dans les plats1 dont l'un contenait une fricasse de pieds de mouton la sauce blanche1 trs pice1 et l'autre1 je ne sais quel ragot4 ,vous devez penser que nous fmes un triste repas3 il nous rpugnait trop de les voir employer leurs mains bronzes en guise de cuillres4 ,ces ambassadeurs avaient amen avec eux un jeune homme1 qui parlait un peu le franais4 ,madame de ,bonneuil1 pendant les sances1 lui apprenait chanter ,annette l'ge de quinze ans4 ,lorsque nous allmes faire nos adieux1 ce jeune homme nous dit sa chanson1 et nous tmoigna le regret de nous quitter en disant3 ,ah6 comme mon coeur pleure6 ,ce que je trouvai fort oriental et fort bien dit4 ,lorsque le portrait de ,davich ,khan fut sec1 je l'envoyai chercher2 mais il l'avait cach derrire son lit et ne voulait point le rendre1 prtendant qu'il fallait une ame ce portrait4 ,ce refus donna lieu de fort jolis vers qui me furent adresss et que je copie ici4 ,,madame ,,lebrun1 ,au sujet du portrait de ,davich ,khan1 et du prjug des ,orientaux contre la peinture4 ,ce n'est point aux climats o rgnent les sultans ,que le marbre s'anime et la toile respire4 ,les prjugs de leurs imans ,du dieu des arts ont renvers l'empire4 ,ils ont rv qu',allah1 jaloux de nos talens1 ,doit1 en jugeant les mondes et les ges1 ,donner une ame ces images ,qui sauvent la beaut du ravage des temps4 ,sublime ,allah6 tu ris de cette erreur impie6 ,tu conviendras1 voyant cette copie1 ,o l'art de la nature a surpris les secrets1 ,que1 comme toi1 le gnie a ses flammes2 ,et que ,lebrun1 en peignant des portraits1 ,sait aussi leur donner une ame4 ,je ne pus avoir mon tableau qu'en employant la supercherie2 et lorsque l'ambassadeur ne le retrouva plus1 il s'en prit son valet de chambre qu'il voulait tuer4 ,l'interprte eut toutes les peines du monde lui faire comprendre qu'on ne tuait pas les valets de chambre ,paris1 et fut oblig de lui dire que le roi de ,france avait fait demander le portrait4 ,ces deux tableaux ont t exposs au salon1 en #aghi4 ,aprs la mort de ,m4 ,lebrun1 qui s'tait empar de tous mes ouvrages1 ils ont t vendus1 et j'ignore qui les possde aujourd'hui4 ,adieu1 chre et aimable amie4 ,,lettre ,v4 ,la ,reine4--,mes sances ,versailles4--,portraits que je fais d'elle diffrentes poques4--,sa ,bont4--,louis ,,xvi4--,dernier bal de la ,cour ,versailles4--,madame lisabeth4 ,monsieur1 frre du roi4--,la princesse ,lamballe4 ,c'est en l'anne #aggi1 ma chre amie1 que j'ai fait pour la premire fois le portrait de la reine1 alors dans tout l'clat de sa jeunesse et de sa beaut4 ,marie-,antoinette tait grande1 admirablement bien faite1 assez grasse sans l'tre trop4 ,ses bras taient superbes1 ses mains petites1 parfaites de forme1 et ses pieds charmans4 ,elle tait la femme de ,france qui marchait le mieux2 portant la tte fort leve1 avec une majest qui faisait reconnatre la souveraine au milieu de toute sa cour1 sans pourtant que cette majest nuist en rien tout ce que son aspect avait de doux et de bienveillant4 ,enfin1 il est trs difficile de donner qui n'a pas vu la reine1 une ide de tant de grces et de tant de noblesse runies4 ,ses traits n'taient point rguliers1 elle tenait de sa famille cet ovale long et troit particulier la nation autrichienne4 ,elle n'avait point de grands yeux2 leur couleur tait presque bleue2 son regard tait spirituel et doux1 son nez fin et joli1 sa bouche pas trop grange1 quoique les lvres fussent un peu fortes4 ,mais ce qu'il y avait de plus remarquable dans son visage1 c'tait l'clat de son teint4 ,je n'en ai jamais vu d'aussi brillant1 et brillant est le mot2 car sa peau tait si transparente qu'elle ne prenait point d'ombre4 ,aussi ne pouvais-je en rendre l'effet mon gr3 les couleurs me manquaient pour peindre cette fracheur1 ces tons si fins qui n'appartenaient qu' cette charmante figure et que je n'ai retrouvs chez aucune autre femme4 la premire sance1 l'air imposant de la reine m'intimida d'abord prodigieusement2 mais ,s4 ,m4 me parla avec tant de bont que sa grce si bienveillante dissipa bientt cette impression4 ,c'est alors que je fis le portrait qui la reprsente avec un grand panier1 vtue d'une robe de satin et tenant une rose la main4 ,ce portrait tait destin son frre1 l'empereur ,joseph ,,ii1 et la reine m'en ordonna deux copies3 l'une pour l'impratrice de ,russie1 l'autre pour ses appartememens de ,versailles ou de ,fontainebleau4 ,j'ai fait successivement diverses poques plusieurs autres portraits de la reine#f4 ,dans l'un1 je ne l'ai peinte que jusqu'aux genoux1 avec une robe nacaral et place devant une table1 sur laquelle elle arrange des fleurs dans un vase4 ,on peut croire que je prfrais beaucoup la peindre sans grande toilette et surtout sans grand panier4 ,ces portraits taient donns ses amis1 quelques-uns des ambassadeurs4 ,un entre autres la reprsente coiffe d'un chapeau de paille et habille d'une robe de mousseline blanche dont les manches sont plisses en travers1 mais assez ajustes3 quand celui-ci fut expos au salon1 les mchans ne manqurent pas de dire que la reine s'tait fait peindre en chemise2 car nous tions en #aghf1 et dj la calomnie commenait s'exercer sur elle4 ,ce portrait toutefois n'en eut pas moins un grand succs4 ,vers la fin de l'exposition on fit une petite pice au ,vaudeville1 qui1 je crois1 avait pour titre3 la ,runion des ,arts4 ,brongniart1 l'architecte1 et sa femme1 que l'auteur avait mis dans sa confidence1 firent louer une loge aux premires et vinrent me chercher le jour de la premire reprsentation pour me conduire au spectacle4 ,comme je ne pouvais nullement me douter de la surprise qu'on me mnageait1 vous pouvez juger de mon motion lorsque la peinture arriva1 et que je vis l'actrice me copier d'une manire surprenante1 peignant le portrait de la reine4 ,au mme instant1 tout ce qui tait au parterre et dans les loges se retourna vers moi en applaudissant tout rompre1 et je ne crois pas que l'on puisse tre la fois aussi touche1 aussi reconnaissante que je le fus ce soir-l4 ,la timidit que m'avait inspire le premier aspect de la reine avait entirement cd cette gracieuse bont qu'elle me tmoignait toujours4 ,ds que ,s4 ,m4 eut entendu dire que j'avais une jolie voix1 elle me donnait peu de sances sans me faire chanter avec elle plusieurs duos de ,grtry1 car elle aimait infiniment la musique1 quoique sa voix ne ft pas d'une grande justesse4 ,quant son entretien1 il me serait difficile d'en peindre toute la grce1 toute la bienveillance2 je ne crois pas que la reine ,marie-,antoinette ait jamais manqu l'occasion de dire une chose agrable ceux qui avaient l'honneur de l'approcher1 et la bont qu'elle m'a toujours tmoigne est un de mes plus doux souvenirs4 ,un jour il m'arriva de manquer au rendez-vous qu'elle m'avait donn pour une sance2 parce que tant alors trs avance dans ma seconde grossesse1 je m'tais sentie tout coup fort souffrante4 ,je me htai le lendemain de me rendre ,versailles pour m'excuser4 ,la reine ne m'attendait pas1 elle avait fait atteler sa calche pour aller se promener1 et cette calche fut la premire chose que j'aperus en entrant dans la cour du chteau4 ,toutefois je ne montai par moins parler aux garons de la chambre4 ,l'un d'eux1 ,m4 ,campan#g1 me reut d'un air sec et froid1 et me dit d'un ton colre1 avec sa voix de stentor3--,c'tait hier1 madame1 que ,sa ,majest vous attendait1 et bien srement elle va se promener1 et bien srement elle ne vous donnera pas sance4 ,sur ma rponse1 que je venais simplement prendre les ordres de ,sa ,majest pour un autre jour1 il va trouver la reine1 qui me fait entrer aussitt dans son cabinet4 ,sa ,majest finissait sa toilette2 elle tenait un livre la main pour faire rpter une leon sa fille1 la jeune ,madame4 ,le coeur me battait2 car j'avais d'autant plus peur que j'avais tort4 ,la reine se tourna vers moi et me dit avec douceur3--,je vous ai attendue hier toute la matine1 que vous est-il donc arriv8--,hlas6 madame1 rpondis-je1 j'tais si souffrante que je n'ai pu me rendre aux ordres de ,votre ,majest4 ,je viens aujourd'hui pour les recevoir1 et je repars l'instant4--,non6 non6 ne partez pas1 reprit la reine2 je ne veux pas que vous ayez fait cette course inutilement4 ,elle dcommanda sa calche et me donna sance4 ,je me rappelle que dans l'empressement o j'tais de rpondre cette bont1 je saisis ma bote couleurs avec tant de vivacit qu'elle se renversa2 mes brosses1 mes pinceaux tombrent sur le parquet2 je me baissais pour rparer ma maladresse4--,laissez1 laissez1 dit la reine1 vous tes trop avance dans votre grossesse pour vous baisser2 et1 quoi que je pusse dire1 elle releva tout elle-mme4 ,lors du dernier voyage qui s'est fait ,fontainebleau1 o la cour suivant l'usage devait tre en grande reprsentation1 je m'y rendis pour jouir de ce spectacle4 ,j'y vis la reine dans la plus grande parure1 couverte de diamans1 et1 comme un magnifique soleil l'clairait1 elle me parut vraiment blouissante4 ,sa tte leve sur son beau col grec1 lui donnait1 en marchant1 un air si imposant1 si majestueux1 que l'on croyait voir une desse au milieu de ses nymphes4 ,pendant la premire sance que j'eus de ,s4 ,m4 au retour de ce voyage1 je me permis de parler de l'impression que j'avais reue1 et de dire la reine combien l'lvation de sa tte ajoutait la noblesse de son aspect4 ,elle me rpondit d'un ton de plaisanterie3 ,si je n'tais pas reine1 on dirait que j'ai l'air insolent2 n'est-il pas vrai8 ,la reine ne ngligeait rien pour faire acqurir ses enfans ces manires gracieuses et affables qui la rendaient si chre ceux qui l'entouraient4 ,je l'ai vue faisant dner ,madame1 alors ge de six ans1 avec une petite paysanne dont elle prenait soin1 vouloir que cette petite ft servie la premire1 en disant sa fille3 ,vous devez lui faire les honneurs4 ,la dernire sance que j'eus de ,s4 ,m4 me fut donne ,trianon1 o je fis sa tte pour le grand tableau dans lequel je l'ai peinte avec ses enfans4 ,je me souviens que le baron de ,breteuil1 alors ministre1 tait prsent1 et que tant que dura la sance1 il ne cessa de mdire de toutes les femmes de la cour4 ,il fallait qu'il me crt sourde ou bien bonne personne1 pour ne pas craindre que je pusse rapporter aux intresses quelques-uns de ses mchans propos4 ,le fait est que jamais il ne m'est arriv d'en rpter un seul1 quoique je n'en aie oubli aucun4 ,aprs avoir fait la tte de la reine1 ainsi que les tudes spares du premier dauphin1 de ,madame ,royale et du duc de ,normandie1 je m'occupai aussitt de mon tableau auquel j'attachais une grande importance1 et je le terminai pour le salon de #aghh4 ,la bordure ayant t porte seule1 suffit pour exciter mille mauvais propos3 voil le dficit1 disait-on2 et beaucoup d'autres choses qui m'taient rapportes et me faisaient prvoir les plus amres critiques4 ,enfin j'envoyai mon tableau2 mais je n'eus pas le courage de le suivre pour savoir aussitt quel serait son sort1 tant je craignais qu'il ne ft mal reu du public2 ma peur tait si forte que j'en avais la fivre4 ,j'allai me renfermer dans ma chambre1 et j'tais l1 priant ,dieu pour le succs de ma famille royale1 quand mon frre et une foule d'amis vinrent me dire que j'obtenais le suffrage gnral4 ,aprs le salon1 le roi ayant fait apporter ce tableau ,versailles1 ce fut ,m4 d',angevilliers1 alors ministre des arts et directeur des btimens royaux qui me prsenta ,sa ,majest4 ,louis ,,xvi eut la bont de causer longtemps avec moi1 de me dire qu'il tait fort content2 puis il ajouta1 en regardant encore mon ouvrage3 ,je ne me connais pas en peinture2 mais vous me la faites aimer4 ,mon tableau fut plac dans une des salles du chteau de ,versailles1 et la reine passait devant en allant et en revenant de la messe4 la mort de monsieur le dauphin 7au commencement de #aghi71 cette vue ranimait si vivement le souvenir de la perte cruelle qu'elle venait de faire1 qu'elle ne pouvait plus traverser cette salle sans verser des larmes2 elle dit ,m4 d',angevilliers de faire enlever ce tableau2 mais avec sa grce habituelle1 elle eut soin de m'en instruire aussitt1 en me faisant savoir le motif de ce dplacement4 ,c'est la sensibilit de la reine que j'ai d la conservation de mon tableau2 car les poissardes et les bandits qui vinrent peu de temps aprs chercher ,leurs ,majests ,versailles1 l'auraient infailliblement lacr1 ainsi qu'ils firent du lit de la reine1 qui a t perc de part en part6 ,je n'ai jamais eu la jouissance de revoir ,marie-,antoinette depuis le dernier bal de la cour ,versailles2 ce bal se donnait dans la salle de spectacle1 et la loge o je me trouvais place tait assez prs de la reine pour que je pusse entendre ce qu'elle disait4 ,je la voyais fort agite1 invitant danser les jeunes gens de la cour1 tels que ,m4 de ,lameth#h et d'autres1 qui tous la refusaient2 si bien que la plupart des contredanses ne purent s'arranger4 ,la conduite de ces messieurs tait d'une inconvenance qui me frappa2 je ne sais pourquoi leur refus me semblait une sorte de rvolte1 prludant des rvoltes plus graves4 ,la rvolution approchait3 elle clata l'anne suivante4 l'exception de ,m4 le comte d',artois dont je n'ai pas fait le portrait1 j'ai peint successivement toute la famille royale2 les enfants de ,france2 ,monsieur1 frre du roi 7depuis ,louis ,,xviii72 ,madame1 madame la comtesse d',artois et madame lisabeth4 ,les traits de cette dernire n'taient point rguliers2 mais son visage exprimait la plus douce bienveillance et sa grande fracheur tait remarquable2 en tout elle avait le charme d'une jolie bergre4 ,vous n'ignorez pas1 chre amie1 que madame lisabeth tait un ange de bont4 ,combien de fois ai-je t tmoin du bien qu'elle faisait aux malheureux4 ,son coeur renfermait toutes les vertus2 indulgente1 modeste1 sensible1 dvoue2 la rvolution l'a conduite dployer un courage hroque2 on a vu cette douce princesse1 marcher au-devant des cannibales qui venaient pour assassiner la reine1 en disant3 ,ils me prendront pour elle6 ,le portrait que j'ai fait de ,monsieur1 m'a donn l'occasion de connatre un prince dont on pouvait sans flatterie vanter et l'esprit et l'instruction2 il tait impossible de ne pas se plaire l'entretien de ,louis ,,xviii1 qui causait sur toutes choses avec autant de got que de savoir4 ,quelquefois1 pour varier sans doute1 il me chantait1 pendant nos sances1 des chansons qui n'taient pas indcentes1 mais si communes1 que je ne pouvais comprendre par quel chemin de pareilles sottises arrivaient jusqu' la cour4 ,il avait la voix la plus fausse du monde4--,comment trouvez-vous que je chante1 ,madame ,lebrun8 me dit-il un jour--,comme un prince1 ,monseigneur1 rpondis-je4 ,le marquis de ,montesquiou1 grand cuyer de ,monsieur1 m'envoyait une fort belle voiture huit chevaux pour me conduire ,versailles et me ramener avec ma mre1 que j'avais prie de m'accompagner4 ,tout le long de la route on se mettait aux fentres pour me voir passer1 chacun m'tait son chapeau2 je riais de ces hommages rendus aux huit chevaux et au piqueur qui courait devant2 car revenue ,paris1 je montais en fiacre1 et personne ne me regardait plus4 ,monsieur tait ds lors ce qu'on appelle un libral 7dans le sens modr du mot1 vous sentez bien72 lui et ses courtisans formaient la cour un parti trs distinct de celui du roi4 ,aussi ne fus-je point surprise de voir pendant la rvolution1 le marquis de ,montesquiou nomm gnral en chef de l'arme rpublicaine en ,savoie4 ,je n'eus alors qu' me rappeler les discours tranges que je lui avais entendu tenir devant moi1 sans parler des propos qu'il se permettait si ouvertement contre la reine et tous ceux qu'elle aimait2 quant ,monsieur lui-mme1 les journaux nous le montrent se rendant l',assemble nationale1 pour y dire qu'il ne venait point siger comme prince1 mais comme citoyen4 ,je n'en crois pas moins qu'une pareille dclaration ne suffisait pas pour sauver sa tte1 et qu'il a fort bien fait un peu plus tard de quitter la ,france4 la mme poque j'ai fait aussi le portrait de la princesse ,lamballe4 ,sans tre jolie elle paraissait l'tre quelque distance2 elle avait de petits traits1 un teint blouissant de fracheur1 de superbes cheveux blonds1 et beaucoup d'lgance dans toute sa personne4 ,l'horrible fin de cette malheureuse princesse est assez connue1 de mme que le dvouement dont elle a pri victime2 car en #agic elle tait ,turin1 l'abri de tout pril1 lorsqu'elle rentra en ,france ds qu'elle sut la reine en danger4 ,me voil bien loin1 chre amie1 de l'anne #agii2 mais j'ai prfr vous parler dans une mme lettre des rapports que j'ai eus comme artiste avec tous ces grands personnages1 dont il n'existe plus aujourd'hui que le comte d',artois 7,charles ,x71 et la fille infortune de ,marie-,antoinette4 ,mille tendres amitis4 ,,lettre ,,vi4 ,voyage en ,flandre4--,bruxelles4--,le prince de ,ligne4--,le tableau de l',htel-de-,ville d',amsterdam par ,wanols4--,ma rception l',acadmie royale de peinture4--,mon logement4--,ma socit4--,mes concerts4--,garat4--,asevedo4--,madame ,todi4--,viotti4--,maestrino4--,leprince ,henry de ,prusse4--,salentin4--,hulmandel4--,cram er4--,madame de ,montgeron4--,mes soupers4--,je joue la comdie en socit4--,nos acteurs4 ,en #aghb ,m4 ,lebrun me mena en ,flandre o des affaires l'appelaient4 ,on faisait alors ,bruxelles une vente de la superbe collection de tableaux du prince ,charles1 et nous allmes voir l'exposition4 ,je trouvai l plusieurs dames de la cour qui m'accueillirent avec une extrme bont1 entre autres1 la princesse d',aremberg que j'avais beaucoup vue ,paris2 mais la rencontre dont je me flicitai le plus fut celle du prince de ,ligne1 que je ne connaissais point encore1 et qui1 sous le rapport d'esprit et d'amabilit1 a laiss une rputation pour ainsi dire historique4 ,il nous engagea venir voir sa galerie1 o j'admirai plusieurs chefs-d'oeuvre1 principalement des portraits de ,wandik et des ttes de ,rubens1 car il possdait peu de tableaux italiens4 ,il voulut aussi nous recevoir dans sa superbe habitation de ,bel-,oeil4 ,je me souviens qu'il nous fit monter dans un belvdre1 bti sur le sommet d'une montagne qui dominait toutes ses terres et tous le pays d'alentour4 ,l'air parfait qu'on y respirait1 joint cette belle vue1 avait quelque chose d'enchanteur2 mais ce qui effaait tout dans ce beau lieu1 c'tait l'accueil d'un matre de maison qui pour la grce de son esprit et de ses manires n'a jamais eu de pareil4 ,la ville de ,bruxelles cette poque me parut riche et anime4 ,dans la haute socit1 par exemple1 on s'occupait tellement de plaisirs1 que plusieurs amis du prince de ,ligne partaient quelquefois de ,bruxelles aprs leur djeuner1 arrivaient l',opra de ,paris tout juste l'heure de voir lever la toile1 et1 le spectacle fini1 retournaient aussitt ,bruxelles1 courant toute la nuit3 voil ce qui s'appelle aimer l'opra4 ,nous quittmes ,bruxelles pour aller en ,hollande et dans le ,northollande4 ,la vue de ,sardam et de ,mars me plut extrmement3 ces deux petites villes sont si propres1 si bien tenues1 que l'on envie le sort des habitans4 ,les rues tant fort troites et bordes de canaux1 on n'y va point en voiture1 mais cheval1 et l'on se sert de petites barques pour le transport des marchandises4 ,les maisons1 qui sont trs basses1 ont deux portes3 celle de la naissance1 puis celle de la mort1 par laquelle on ne passe que dans un cercueil4 ,les toits de ces maisons sont aussi brillans que s'ils taient d'acier1 et tout est si merveilleusement soign1 que je me rappelle avoir vu en dehors de la boutique d'un marchal ferrant une espce de lanterne dore et polie comme pour un boudoir4 ,les femmes du peuple1 dans cette partie de la ,hollande1 m'ont sembl fort belles1 mais si sauvages1 que la vue d'un tranger les faisait fuir aussitt4 ,elles taient ainsi alors2 je suppose cependant que le sjour des ,franais dans leur pays a pu les apprivoiser4 ,nous finmes par visiter ,amsterdam1 et l je vis l'htel de ville le superbe tableau de ,wanols qui reprsente les bourguemestres assembls4 ,je ne crois pas qu'il existe en peinture rien de plus beau1 rien de plus vrai3 c'est la nature mme4 ,les bourguemestres sont vtus de noir2 les ttes1 les mains1 les draperies1 tout est d'une beaut inimitable3 ces hommes vivent1 on se croit avec eux4 ,je suis persuade que c'est le tableau de ce genre le plus parfait2 je ne pouvais le quitter1 et l'impression qu'il m'a faite me le rend encore prsent4 ,nous revnmes en ,flandre revoir les chefs-d'oeuvre de ,rubens4 ,ils taient bien mieux placs alors qu'ils ne l'ont t depuis au muse de ,paris2 tous produisaient un effet admirable dans ces glises flamandes4 ,d'autres chefs-d'oeuvre du mme matre ornaient les galeries d'amateurs3 ,anvers1 je trouvai chez un particulier le fameux chapeau de paille qui vient d'tre vendu dernirement un ,anglais pour une somme considrable4 ,cet admirable tableau reprsente une des femmes de ,rubens2 son grand effet rside dans les deux diffrentes lumires que donnent le simple jour et la lueur du soleil#i1 et peut-tre faut-il tre peintre pour juger tout le mrite d'excution qu'a dploy l ,rubens4 ,ce tableau me ravit et m'inspira au point que je fis mon portrait ,bruxelles en cherchant le mme effet4 ,je me peignis portant sur la tte un chapeau de paille1 une plume et une guirlande de fleurs des champs1 et tenant ma palette la main4 ,quand le portrait fut expos au salon1 j'ose vous dire qu'il ajouta beaucoup ma rputation4 ,le clbre ,muller l'a grav2 mais vous devez sentir que les ombres noires de la gravure enlvent tout l'effet d'un pareil tableau4 ,peu de temps aprs mon retour de ,flandre1 en #aghc1 le portrait dont je vous parle et plusieurs autres ouvrages dcidrent ,joseph ,vernet me proposer comme membre de l',acadmie royale de peinture4 ,m4 ,pierre1 alors premier peintre du roi1 s'y opposait fortement1 ne voulant pas1 disait-il1 que l'on ret des femmes1 et pourtant madame ,valleyer-,coster1 qui peignait parfaitement les fleurs1 tait dj reue2 je crois mme que madame ,vien l'tait aussi4 ,quoi qu'il en soit1 ,m4 ,pierre 7peintre fort mdiocre1 car il ne voyait dans la peinture que le maniement de la brosse7 avait de l'esprit2 de plus1 il tait riche1 ce qui lui donnait les moyens de recevoir avec faste les artistes1 qui dans ce temps taient moins fortuns qu'ils ne le sont aujourd'hui4 ,son opposition aurait donc pu me devenir fatale1 si dans ce temps-l tous les vrais amateurs n'avaient pas t associs l',acadmie de peinture2 ils formaient une cabale pour moi contre celle de ,m4 ,pierre1 et c'est alors qu'on fit ce couplet4 ,,madame ,,lebrun4 ,sur l'air3 ,jardinier ne vois-tu pas4 ,au salon ton art vainqueur ,devrait tre en lumire#aj4 ,pour le ravir cet honneur1 ,lise1 il faut avoir le coeur ,de ,pierre1 de ,pierre1 de ,pierre4 ,enfin je fus reue2 et je donnai pour tableau de rception la ,paix qui ramne l',abondance#aa4 ,m4 ,pierre alors fit courir le bruit que c'tait par ordre de la cour qu'on me recevait4 ,je pense bien en effet que le roi et la reine taient assez bons pour dsirer me voir entrer l',acadmie2 mais voil tout4 ,je continuais peindre avec fureur1 j'avais souvent trois sances dans la mme journe1 et celles de l'aprs-dner1 qui me fatiguaient l'excs1 amenrent un dlabrement d'estomac tel1 que je ne digrais plus rien1 en sorte que je maigrissais faire peur4 ,mes amis me firent ordonner alors par le mdecin de dormir tous les jours aprs mon dner4 ,d'abord j'eus quelque peine prendre cette habitude2 mais on m'enfermait dans ma chambre1 les rideaux ferms1 et peu peu le sommeil arriva4 ,je suis persuade que je dois la vie cette ordonnance4 ,vous savez1 chre amie1 combien je tiens ce que j'appelle mon calme8 ,c'est qu'un travail forc1 joint la fatigue de mes longs voyages1 me l'a rendu tout--fait ncessaire2 sans ce court et lger repos1 dont j'ai conserv l'habitude1 je n'existerais plus4 ,tout ce que je puis reprocher cette sieste oblige1 c'est de m'avoir prive sans retour du plaisir d'aller dner en ville2 et comme je consacrais la matine entire la peinture1 il ne m'a jamais t permis de voir mes amis que le soir4 ,il est vrai qu'alors1 aucune des jouissances qu'offre le monde ne m'tait refuse1 car je passais mes soires dans la socit la plus aimable et la plus brillante4 ,aprs mon mariage1 je logeais encore rue de ,clry1 o ,m4 ,lebrun avait un grand appartement1 fort richement meubl1 dans lequel il plaait ses tableaux de tous les grands matres4 ,quant moi1 je m'tais rduite occuper une petite antichambre1 et une chambre coucher qui me servait de salon4 ,cette chambre tait tendue de papier1 pareil la toile de ,joui des rideaux de mon lit4 ,les meubles en taient fort simples1 trop simples peut-tre1 ce qui n'a pas empch ,m4 de ,champcenetz 7vu que sa belle-mre tait jalouse de moi71 d'crire que madame ,lebrun avait des lambris dors1 qu'elle allumait son feu avec des billets de caisse1 et quelle ne brlait que du bois d'alos2 mais je tarde autant que possible1 chre amie1 vous parler des mille calomnies dont j'ai t victime2 nous y viendrons4 ,ce qui les explique1 ces calomnies1 c'est que dans le modeste appartement dont je vous parle1 je recevais chaque soir la ville et la cour4 ,grandes dames1 grands seigneurs1 hommes marquans dans les lettres et dans les arts1 tout arrivait dans cette chambre2 c'tait qui serait de mes soires o souvent la foule tait telle que1 faute de sige1 les marchaux de ,france s'asseyaient par terre1 et je me rappelle que le marchal de ,noailles1 trs gros et trs g1 avait la plus grande peine se relever4 ,j'tais bien loin de me flatter1 comme vous pouvez croire1 que tous vinssent pour moi3 ainsi qu'il arrive dans les maisons ouvertes1 les uns venaient pour trouver les autres1 et le plus grand nombre pour entendre la meilleure musique qui se ft alors ,paris4 ,les compositeurs clbres1 ,grtry1 ,sacchini1 ,martini1 faisaient souvent entendre chez moi les morceaux de leurs opras avant la premire reprsentation4 ,nos chanteurs habituels taient ,garat1 ,asevedo1 ,richer1 madame ,todi1 ma belle-soeur1 qui avait une trs belle voix1 et pouvait tout accompagner livre ouvert1 ce qui nous tait fort utile4 ,moi-mme je chantais quelquefois1 sans mthode la vrit1 car je n'avais jamais eu le temps de prendre des leons1 mais ma voix tait assez agrable2 cet aimable ,grtry disait que j'avais des sons argents4 ,au reste1 il fallait mettre part toutes prtentions pour chanter avec ceux que je viens de nommer2 car ,garat surtout peut tre cit comme le talent le plus extraordinaire qu'on ait jamais entendu4 ,non seulement il n'existait pas de difficults pour ce gosier si flexible2 mais sous le rapport de l'expression1 il n'avait point de rival1 aussi personne1 je crois1 n'a chant ,gluck aussi bien que lui4 ,quant madame ,todi1 elle runissait une voix superbe toutes les qualits d'une grande cantatrice1 et elle chantait le bouffon et le srieux avec la mme perfection4 ,pour la musique instrumentale1 j'avais comme violoniste ,viotti1 dont le jeu1 plein de grce1 de force et d'expression1 tait si ravissant6 ,jarnovick1 ,maestrino1 le prince ,henri de ,prusse1 excellent amateur1 qui de plus m'amenait son premier violon4 ,salentin jouait du hautbois1 ,hulmandel et ,cramer du piano1 madame de ,montgeron vint aussi une fois1 peu de temps aprs son mariage4 ,quoiqu'elle ft trs jeune alors1 elle n'en tonna pas moins toute ma socit1 qui vraiment tait fort difficile1 par son admirable excution et surtout par son expression2 elle faisait parler les touches4 ,depuis1 et dj place au premier rang comme pianiste1 vous savez combien madame de ,montgeron s'est distingue comme compositeur4 l'poque o je donnais mes concerts1 on avait le got et le temps de s'amuser2 et mme1 quelques annes plus tt1 l'amour de la musique tait si gnral1 qu'il avait lev des querelles srieuses entre ce qu'on appelait les gluckistes et les piccinistes4 ,tous les amateurs s'taient spars en deux partis acharns l'un contre l'autre4 ,le champ de bataille ordinaire tait le jardin du ,palais-,royal4 ,l1 les partisans de ,gluck et les partisans de ,piccini disputaient avec une telle violence qu'il s'en est suivi plus d'un duel4 ,on se querellait bien aussi dans plusieurs salons pour ces deux grands matres4 ,marmontel et l'abb ,arnault se trouvaient en opposition2 car ,marmontel tait picciniste1 et l'abb gluckiste forcen4 ,tous deux se lanaient des pigrammes1 des couplets4 ,l'abb ,arnault1 par exemple1 fit les vers suivans3 ,ce ,marmontel1 si lent1 si lourd1 ,qui ne parle pas1 mais qui beugle1 ,juge la peinture en aveugle1 ,et la musique comme un sourd4 ,marmontel rpondit par ce couplet3 ,l'abb ,fatras1 ,de ,carpentras1 ,demande un bnfice4 ,il l'obtiendra1 ,car l',opra ,lui tient lieu de l'office4 ,convenez1 ma chre1 que c'tait un heureux temps que le temps o les sujets de trouble n'taient pas plus graves1 et ne pouvaient natre qu'entre gens clairs2 mais je reviens mes concerts4 ,les femmes qui s'y trouvaient habituellement taient la marquise de ,groslier1 ,mme de ,verdun1 la marquise de ,sabran qui depuis a pous le chevalier de ,boufflers1 madame le ,gouteux du ,molay1 toutes quatre mes meilleures amies1 la comtesse de ,sgur1 la marquise de ,roug1 madame de ,peze1 son amie1 que j'ai peinte avec elle dans le mme tableau1 une foule d'autres dames franaises1 que1 vu la petitesse du local1 je ne pouvais recevoir que plus rarement1 et les trangres les plus distingues4 ,quant aux hommes1 il serait trop long de vous les nommer1 attendu que je crois avoir vu chez moi tout ce que ,paris renfermait de gens talent et de gens d'esprit4 ,je choisissais dans cette foule les plus aimables pour les inviter mes soupers1 que l'abb ,delille1 ,lebrun le pote1 le chevalier de ,boufflers1 le vicomte de ,sgur et d'autres1 rendaient les plus amusans de ,paris4 ,on ne saurait juger ce qu'tait la socit en ,france1 quand on n'a pas vu le temps o1 toutes les affaires du jour termines1 douze ou quinze personnes aimables se runissaient chez une matresse de maison1 pour y finir leur soire4 ,l'aisance1 la douce gaiet1 qui rgnaient ces lgers repas du soir1 leur donnaient un charme que les dners n'auront jamais4 ,une sorte de confiance et d'intimit rgnait entre les convives2 et comme les gens de bon ton peuvent toujours bannir la gne sans inconvnient1 c'tait dans les soupers que la bonne socit de ,paris se montrait suprieure celle de toute l',europe4 ,chez moi1 par exemple1 on se runissait vers neuf heures4 ,jamais on ne parlait politique2 mais on causait de littrature1 on racontait l'anecdote du jour4 ,quelquefois nous nous amusions jouer des charades en action1 et quelquefois aussi l'abb ,delille ou ,lebrun 7,pindare7 nous lisaient quelques-uns de leurs vers4 dix heures1 on se mettait table2 mon souper tait des plus simples4 ,il se composait toujours d'une volaille1 d'un poisson1 d'un plat de lgumes et d'une salade2 en sorte que si je me laissais entraner retenir quelques visites1 il n'y avait rellement plus de quoi manger pour tout le monde2 mais peu importait1 on tait gai1 on tait aimable1 les heures passaient comme des minutes1 et vers minuit chacun se retirait4 ,non seulement j'avais des soupers chez moi1 mais je soupais frquemment en ville2 car je ne pouvais disposer de mon temps que le soir4 ,il m'tait doux alors de me reposer de mon travail par quelque distraction agrable4 ,tantt c'tait un bal1 bal o l'on n'touffait point comme aujourd'hui4 ,huit personnes seulement formaient la contredanse1 et les femmes qui ne dansaient pas pouvaient au moins voir danser2 car les hommes se tenaient debout derrire elles4 ,n'ayant jamais aim la danse1 je prfrais de beaucoup les maisons o l'on faisait de la musique4 ,j'allais souvent passer la soire chez ,m4 de ,rivire#ab1 o nous jouions la comdie et l'opra comique4 ,sa fille1 ma belle-soeur1 chantait merveille1 et pouvait passer pour une excellente actrice4 ,le fils an de ,m4 de ,rivire tait charmant dans les rles comiques1 et l'on m'avait donn l'emploi des soubrettes dans l'opra et dans la comdie4 ,madame la ,ruette1 retire du thtre depuis plusieurs annes1 ne ddaignait point notre troupe4 ,elle a jou avec nous dans divers opras1 et sa voix tait encore frache et fort belle4 ,mon frre ,vige jouait les premiers rles avec un vritable succs2 enfin1 tous nos acteurs taient excellens1 except ,talma4 ,vous riez sans doute8 ,le fait est que ,talma1 qui jouait les amoureux avec nous1 tait gauche1 embarrass1 et que personne alors n'aurait pu prvoir qu'il deviendrait un acteur inimitable4 ,ma surprise a t grande1 je l'avoue1 quand j'ai vu notre jeune premier surpasser ,larive et remplacer le ,kain4 ,mais le temps qu'il a fallu pour oprer cette mtamorphose et toutes celles du mme genre1 me prouve qu'un talent dramatique est de tous les talens celui qui s'acquiert le plus tard4 ,remarquez bien qu'on ne connat pas un seul grand acteur qui l'ait t dans sa jeunesse4 ,cette lettre est norme4 ,je n'ai plus d'espace pour vous parler d'un certain souper grec1 dont le bruit1 grce aux sots propos du monde1 s'est rpandu jusqu' ,ptersbourg1 et je finis en vous embrassant4 ,,lettre ,,vii4 ,souper grec4--,propos auxquels il donne lieu4--,ce qu'il m'a cot4--,mnageot4--,m4 de ,calonne4--,mot de mademoiselle ,arnoult4--,calomnies4--,madame de ,s9999994--,sa perfidie4 ,voici1 ma chre amie1 le rcit exact du souper le plus brillant que j'aie donn1 l'poque o l'on parlait sans cesse de mon luxe et de ma magnificence4 ,un soir1 que j'avais invit douze ou quinze personnes venir entendre une lecture du pote ,lebrun1 mon frre me lut pendant mon calme quelques pages des ,voyages d',anacharsis4 ,quand il arriva l'endroit o en dcrivant un dner grec1 on explique la manire de faire plusieurs sauces3--,il faudrait1 me dit-il1 faire goter cela ce soir4 ,je fis aussitt monter ma cuisinire1 je la mis bien au fait2 et nous convnmes qu'elle ferait une certaine sauce pour la poularde1 et une autre pour l'anguille4 ,comme j'attendais de fort jolies femmes1 j'imaginai de nous costumer tous la grecque1 afin de faire une surprise ,m4 de ,vaudreuil et ,m4 ,boutin1 que je savais ne devoir arriver qu' dix heures4 ,mon atelier1 plein de tout ce qui me servait draper mes modles1 devait me fournir assez de vtemens1 et le comte de ,parois1 qui logeait dans ma maison1 rue de ,clry1 avait une superbe collection de vases trusques4 ,il vint prcisment chez moi ce jour-l1 vers quatre heures4 ,je lui fis part de mon projet1 en sorte qu'il m'apporta une quantit de coupes1 de vases1 parmi lesquels je choisis4 ,je nettoyai tous ces objets moi-mme1 et je les plaai sur une table de bois d'acajou1 dresse sans nappe4 ,cela fait1 je plaai derrire les chaises un immense paravent1 que j'eus soin de dissimuler en le couvrant d'une draperie1 attache de distance distance1 comme on en voit dans les tableaux du ,poussin4 ,une lampe suspendue donnait une forte lumire sur la table2 enfin tout tait prpar1 jusqu' mes costumes1 lorsque la fille de ,joseph ,vernet1 la charmante madame ,chalgrin1 arriva la premire4 ,aussitt je la coiffe1 je l'habille4 ,puis vint madame de ,bonneuil1 si remarquable par sa beaut2 madame ,vige1 ma belle-soeur1 qui1 sans tre aussi jolie1 avait les plus beaux yeux du monde1 et les voil toutes trois mtamorphoses en vritables ,athniennes4 ,lebrun 7,pindare7 entre2 on lui te sa poudre1 on dfait ses boucles de ct1 et je lui ajuste sur la tte une couronne de laurier1 avec laquelle je venais de peindre le jeune prince ,henry ,lubomirski en ,amour de la ,gloire4 ,le comte de ,parois avait justement un grand manteau pourpre1 qui me servit draper mon pote1 dont je fis en un clin d'oeil ,pindare1 ,anacron4 ,puis vint le marquis de ,cubires4 ,tandis que l'on va chercher chez lui une guitare qu'il avait fait monter en lyre dore1 je le costume2 je costume aussi ,m4 de ,rivire 7frre de ma belle-soeur71 ,guinguen et ,chaudet1 le fameux sculpteur4 ,l'heure avanait2 j'avais peu de temps pour penser moi2 mais comme je portais toujours des robes blanches en forme de tunique 7ce qu'on appelle prsent des blouses71 il me suffit de mettre un voile et une couronne de fleurs sur ma tte4 ,je soignai principalement ma fille1 charmante enfant1 et mademoiselle de ,bonneuil#ac1 qui tait belle comme un ange4 ,toutes deux taient ravissantes voir1 portant un vase antique trs lger1 et s'apprtant nous servir boire4 neuf heures et demie les prparatifs taient termins1 et ds que nous fmes tous placs1 l'effet de cette table tait si neuf1 si pittoresque1 que nous nous levions chacun notre tour1 pour aller regarder ceux qui restaient assis4 dix heures nous entendmes entrer la voiture du comte de ,vaudreuil et de ,boutin1 et quand ces deux messieurs arrivrent devant la porte de la salle manger1 dont j'avais fait ouvrir les deux battans1 ils nous trouvrent chantant le choeur de ,gluck3 le dieu de ,paphos et de ,gnide1 que ,m4 de ,cubires accompagnait avec sa lyre4 ,de mes jours je n'ai vu deux figures aussi tonnes1 aussi stupfaites que celles de ,m4 de ,vaudreuil et de son compagnon4 ,ils taient surpris et charms1 au point qu'ils restrent un temps infini debout1 avant de se dcider prendre les places que nous avions gardes pour eux4 ,outre les deux plats dont je vous ai dj parl1 nous avions pour souper un gteau fait avec du miel et du raisin de ,corinthe1 et deux plats de lgumes4 la vrit1 nous bmes ce soir-l une bouteille de vieux vin de ,chypre dont on m'avait fait prsent2 voil tout l'excs4 ,nous n'en restmes pas moins trs long-temps table1 o ,lebrun nous rcita plusieurs odes d',anacron qu'il avait traduites1 et je ne crois pas avoir jamais pass une soire aussi amusante4 ,m4 ,boutin et ,m4 de ,vaudreuil en taient tellement enthousiasms qu'ils en parlrent le lendemain toutes leurs connaissances4 ,quelques femmes de la cour me demandaient une seconde reprsentation de cette plaisanterie4 ,je refusai pour diffrentes raisons1 et plusieurs d'entre elles furent blesses de mon refus4 ,bientt le bruit se rpandit dans le monde que ce souper m'avait cot vingt mille francs4 ,le roi en parla avec humeur au marquis de ,cubires1 qui fort heureusement avait t un de nos convives1 et qui convainquit ,sa ,majest de la sottise d'un pareil propos4 ,nanmoins1 ce que l'on tenait ,versailles au prix modeste de vingt mille francs1 fut port ,rome quarante mille1 ,vienne1 la baronne de ,strogonoff m'apprit que j'avais dpens soixante mille francs pour mon souper grec4 ,vous savez qu' ,ptersbourg la somme est enfin reste fixe quatre-vingt mille1 et la vrit est que ce souper m'a cot quinze francs4 ,ce qu'il y a de plus triste dans tout cela1 c'est que ces indignes mensonges taient colports dans l',europe par mes propres compatriotes1 et la ridicule calomnie dont je vous parle n'est pas la seule dont on ait cherch tourmenter ma vie2 tmoin ces vers que ,lebrun-,pindare m'adressa en #aghi1 et que peut-tre vous ne connaissez pas4 ,,madame ,,lebrun4 ,chre ,lebrun1 la gloire a ses orages2 ,l'envie est l qui guette le talent2 ,tout ce qui plat1 tout mrite excellent1 ,doit de ce monstre essuyer les outrages4 ,qui mieux que toi les mrita jamais8 ,un pinceau mle anime tes portraits4 ,non1 tu n'es plus femme que l'on renomme3 ,l',envie est juste1 et ses cris obstins ,et ses serpens contre toi dchans ,mieux que nos voix te dclarent grand homme4 ,mettant part l'exagration avec laquelle le pote parle de mon talent1 il reste malheureusement trop vrai1 que ds mon dbut dans le monde1 je me suis vue en butte la sottise et la mchancet4 ,d'abord mes ouvrages n'taient point de moi2 ,m4 ,mnageot peignait mes tableaux et jusqu' mes portraits1 quoique tant de personnes qui je donnais sance pussent naturellement porter tmoignage du contraire2 ce bruit absurde ne s'en propagea pas moins jusqu' l'poque o je fus reue de l',acadmie royale de peinture4 ,comme alors j'exposai au salon o l'auteur du ,mlagre exposait aussi1 il fallut bien reconnatre la vrit2 car ,mnageot1 dont au reste j'apprciais infiniment le talent et mme les conseils1 avait une manire de peindre entirement oppose la mienne#ad4 ,quoique je fusse1 je crois1 l'tre le plus inoffensif qui ait jamais exist1 j'avais des ennemis2 non seulement quelques femmes m'en voulaient de n'tre pas aussi laides qu'elles1 mais plusieurs peintres ne me pardonnaient pas d'avoir la vogue1 et de faire payer mes tableaux plus cher que les leurs2 il en rsultait contre moi mille propos de toute nature1 dont un surtout m'affligea profondment4 ,peu de temps avant la rvolution1 je fis le portrait de ,m4 de ,calonne1 et je l'exposai au salon2 j'avais peint ce ministre assis1 jusqu' mi-jambe2 ce qui fit dire mademoiselle ,arnoult en le regardant3 ,madame ,lebrun lui a coup les jambes1 afin qu'il reste en place4 ,malheureusement ce propos spirituel ne fut pas le seul auquel mon tableau donna lieu2 je me vis en butte en cette occasion des calomnies du genre le plus odieux2 d'abord on fit courir mille contes absurdes sur le paiement du portrait2 les uns prtendaient que le contrleur-gnral m'avait donn un grand nombre de ces bonbons qu'on appelle papillottes1 envelopps dans des billets de caisse2 d'autres1 que j'avais reus1 dans un pt1 une somme assez forte pour ruiner le trsor2 enfin1 mille versions plus ridicules les unes que les autres4 ,le fait est que ,m4 de ,calonne m'avait envoy quatre mille francs en billets1 dans une bote qui a t estime vingt louis4 ,quelques-unes des personnes qui se trouvaient chez moi quand je reus la bote existent encore et peuvent le certifier4 ,on fut mme tonn de la modicit de cette somme2 car1 peu de temps auparavant1 ,m4 de ,beaujon1 que je venais de peindre de mme grandeur1 m'avait envoy huit mille francs1 sans qu'on s'avist de trouver ce prix trop norme4 ,toutefois1 le canevas fourni1 les mchans s'en emparrent pour le broder4 ,j'tais harcele de libelles1 qui tous m'accusaient de vivre en liaison intime avec ,m4 de ,calonne4 ,un nomm ,gorsas1 que je n'ai jamais vu ni connu1 et que l'on m'a dit tre un jacobin forcen1 vomissait des horreurs contre moi4 ,le malheur voulut que ,m4 ,lebrun1 qui1 contre mon gr1 faisait btir une maison rue du ,gros-,chenet1 donnt par l prtexte la calomnie4 ,certainement lui et moi nous avions gagn assez d'argent pour nous permettre une pareille dpense2 cependant certaines gens soutenaient que ,m4 de ,calonne payait cette maison#ae4--,vous voyez1 disais-je sans cesse ,m4 ,lebrun1 quels infmes propos l'on tient6--,laissez-les dire1 me rpondait-il dans une sainte colre2 quand vous serez morte1 je ferai lever dans mon jardin une pyramide qui ira jusqu'au ciel1 et je ferai graver dessus la liste de vos portraits2 on saura bien alors quoi s'en tenir sur votre fortune4 ,mais j'avoue que l'espoir d'un pareil honneur me consolait peu de mon chagrin prsent2 ce chagrin tait d'autant plus vif1 que personne1 moins que moi1 n'avait craint de pouvoir devenir l'objet d'une pense avilissante4 ,j'avais sur l'argent une telle insouciance1 que je n'en connaissais presque pas la valeur3 la comtesse de la ,guiche qui vit encore1 peut affirmer qu'tant venue chez moi pour me demander de faire son portrait1 et me disant qu'elle ne pouvait y mettre que mille cus1 je rpondis que ,m4 ,lebrun ne voulait point que j'en fisse moins de cent louis4 ,ce dfaut de calcul m'a t fort dsavantageux pendant mon dernier voyage ,londres2 j'oubliais constamment que les guines valaient plus d'un louis1 et pour mes portraits1 entre autre pour celui de madame ,canning 7en #ahjc71 je faisais mon compte comme si j'tais ,paris4 ,tous ceux qui m'entouraient1 de plus1 savent que ,m4 ,lebrun s'emparait en totalit de l'argent que je gagnais1 me disant qu'il le ferait valoir dans son commerce2 je ne gardais souvent que six francs dans ma poche4 ,lorsque en #aghh je fis le portrait du beau prince ,lubomirski1 alors adolescent#af1 sa tante1 la princesse ,lubomirska1 m'envoya douze mille francs1 sur lesquels je priai ,m4 ,lebrun de me laisser deux louis2 mais il me refusa1 prtendant avoir besoin de la somme entire pour solder tout de suite un billet4 ,il tait plus habituel au reste1 que ,m4 ,lebrun toucht lui-mme1 et trs-souvent il ngligeait de me dire que l'on m'avait paye4 ,une seule fois dans ma vie1 au mois de septembre #aghi1 j'ai reu le prix d'un portrait2 c'tait celui du ,bailly de ,crussol1 qui m'envoya cent louis4 ,heureusement mon mari tait absent1 en sorte que je pus garder cette somme1 qui1 peu de jours aprs 7le #e octobre71 me servit pour aller ,rome4 ,mon indiffrence pour la fortune tenait sans doute alors au peu de besoin que j'avais d'tre riche4 ,ce qui rendait ma maison agrable n'exigeant aucun luxe1 j'ai toujours vcu fort modestement4 ,je dpensais extrmement peu pour ma toilette3 on me reprochait mme trop de ngligence1 car je ne portais que des robes blanches1 de mousseline ou de linon1 et je n'ai jamais fait faire de robes pares que pour mes sances ,versailles4 ,ma coiffure ne me cotait rien1 j'arrangeais mes cheveux moi-mme1 et le plus souvent je tortillais sur ma tte un fichu de mousseline1 ainsi qu'on peut le voir dans mes portraits1 ,florence1 ,ptersbourg et ,paris1 chez ,m4 de ,laborde4 ,dans tous mes portraits enfin1 je me suis peinte ainsi1 except dans celui qui est au ministre de l'intrieur1 o je suis costume la grecque4 ,certes1 ce n'tait pas une telle femme que pouvait sduire le titre de receveur-gnral des finances1 et1 sous tout autre rapport1 ,m4 de ,calonne m'a toujours sembl peu sduisant2 car il portait une perruque fiscale4 ,une perruque6 jugez comme1 avec mon amour du pittoresque1 j'aurais pu m'accoutumer une perruque6 je les ai toujours eues en horreur1 au point de refuser un riche mariage1 parce que le prtendant portait perruque2 et je ne peignais qu' regret les hommes coiffs ainsi4 ,ce qu'il y a d'ailleurs de surprenant dans cette affaire1 c'est que rien n'avait pu prter une ombre de vraisemblance la calomnie2 je connaissais peine ,m4 de ,calonne4 ,une seule fois dans ma vie j'avais t chez lui au ministre des finances2 il donnait une grande soire au prince ,henri de ,prusse1 et ce prince venant habituellement chez moi1 il avait jug convenable de m'inviter2 enfin je me souviens d'avoir ht son portrait au point de ne pas faire les mains d'aprs lui1 quoique j'eusse l'habitude de les faire toujours d'aprs mes modles4 ,je n'aurais donc jamais imagin de quelle source pouvaient natre ces propos dsolans1 sans la dcouverte que je fis plus tard d'une perfidie digne de l'enfer4 ,m4 de ,calonne allait trs souvent rue du ,gros-,chenet 7o je ne logeais pas encore cette poque71 chez madame de ,s9999991 femme de ,d9999991 surnomm le rou4 ,madame de ,s999999 avait un charmant et doux visage1 quoiqu'on pt remarquer quelque chose de faux dans son regard1 et ,m4 de ,calonne en tait trs amoureux4 ,dans le temps dont je vous parle1 elle m'avait prie de faire son portrait1 et1 comme un jour elle prenait sance1 elle me demanda avec son air de douceur habituel si je voulais lui prter ma voiture le soir1 pour aller au spectacle2 j'y consentis1 et mon cocher alla la prendre chez elle4 ,le lendemain matin je demandai mes chevaux pour onze heures2 mais onze heures1 cocher1 voiture1 rien n'tait rentr4 ,je dpche aussitt quelqu'un chez madame de ,s9999992 madame de ,s999999 n'tait point de retour2 elle avait pass la nuit l'htel des ,finances6 ,jugez de ma colre1 quand je l'appris quelques jours aprs par mon cocher1 auquel un bon pour-boire ne ferma pas la bouche1 et qui conta le fait plusieurs personnes de la maison4 ,en pensant que si les gens de l'htel des finances1 ou d'autres1 avaient demand cet homme le nom de ses matres1 cet homme avait d rpondre naturellement qu'il appartenait madame ,lebrun1 j'tais tout--fait hors de moi4 ,il est inutile d'ajouter que je n'ai jamais revu madame de ,s9999991 qui1 m'a-t-on dit1 vit ,toulouse1 et s'est jete dans la plus austre dvotion4 ,que ,dieu lui pardonne6 ,a-t-elle voulu sauver sa rputation aux dpens de la mienne8 ,me hassait-elle8 ,je ne sais2 mais elle m'a fait bien du mal2 car les longs dtails dans lesquels je viens d'entrer1 chre amie1 vous prouvent assez combien j'ai souffert d'une calomnie qui s'appliquait si mal et mon caractre et la conduite de toute une vie1 que j'ose dire avoir t honorable4 ,voil vraiment une triste lettre1 faite pour dgoter de la clbrit1 surtout lorsqu'on a le malheur d'tre femme4 ,quelqu'un me disait un jour3 ,quand je vous regarde et que je songe votre renomme1 il me semble voir des rayons autour de votre tte4--,ah6 rpondis-je1 en soupirant1 il y a bien quelques petits serpens dans ces rayons-l4 ,en effet1 a-t-on jamais vu une grande rputation1 dans quelque genre que ce soit1 ne pas attirer l'envie8 ,il est vrai qu'elle attire aussi prs de vous vos contemporains les plus distingus1 et cet entourage console de beaucoup de choses4 ,quand je songe tant de gens aimables et bons1 dont j'ai d l'amiti mon talent1 je me flicite d'avoir fait connatre mon nom2 et pour tout dire en un mot1 chre amie1 quand je pense vous1 j'oublie les mchans4 ,adieu4 ,,lettre ,,viii4 ,le ,kain4--,brizard4--,mademoiselle ,dumesnil4--,monvel4--,mademoiselle ,raucour4--,mademoiselle ,sainval4--,madame ,vestris4--,larive4--,mademoiselle ,clairon4--,talma4--,prville4--,dugazon4 --,mademoiselle ,doligny4--,mademoiselle ,contat4--,mol4--,fleury4--,mademoiselle ,mars4--,mademoiselle ,arnoult4--,madame ,saint-,huberti4--,les deux ,vestris4--,mademoiselle ,plin4--,mademoiselle ,allard4--,mademoiselle ,guimard4--,carlin4--,cailleau4--,laruet te4--,madame ,dugazon4 ,un de mes plus doux dlassemens tait d'aller au spectacle1 et je puis vous dire qu'il brillait sur la scne des acteurs si admirables1 que beaucoup d'entre eux n'ont jamais t remplacs4 ,je me souviens parfaitement d'avoir vu jouer le clbre ,le ,kain3 quoique je fusse trop jeune alors pour apprcier son grand talent1 les applaudissemens1 les transports unanimes qu'il excitait me prouvaient assez combien ce tragdien tait suprieur4 ,la laideur de ,le ,kain1 toute prodigieuse qu'elle ft1 disparaissait dans certains rles4 ,le costume de chevalier1 par exemple1 adoucissait l'expression svre et repoussante d'une figure dont tous les traits taient irrguliers1 en sorte qu'on pouvait le regarder quand il jouait ,tancrde2 mais dans le rle d',orosmane o je l'ai vu une fois1 j'tais place fort prs de la scne1 et le turban le rendait si hideux1 bien que j'admirasse sa noble et belle manire1 qu'il me faisait peur4 l'poque o ,le ,kain jouait les premiers rles1 et mme assez long-temps aprs1 j'ai vu ,brizard ainsi que mademoiselle ,dumesnil4 ,brizard remplissait les rles de pres2 la nature semblait l'avoir cr pour cet emploi3 ses cheveux blancs1 sa taille imposante1 son superbe organe lui donnait le caractre le plus noble1 le plus respectable qu'on puisse imaginer4 ,il excellait surtout dans le ,roi ,lear et dans l',oedipe de ,ducis4 ,vous auriez rellement cru voir ces deux vieux princes si malheureux et si touchans1 tant il y avait de grandiose dans l'aspect de celui qui les reprsentait4 ,mademoiselle ,dumesnil1 quoique petite et fort laide1 excitait des transports dans les grands rles tragiques4 ,son talent tait fort ingal3 elle tombait parfois dans la trivialit1 mais elle avait des momens sublimes4 ,en gnral1 elle exprimait mieux la fureur que la tendresse1 si ce n'est la tendresse maternelle1 car un de ses plus beaux rles tait ,mrope4 ,il arrivait quelquefois mademoiselle ,dumesnil de jouer une partie de la pice sans produire aucun effet2 puis1 tout coup1 elle s'animait2 son geste1 son organe1 son regard1 tout devenait si minemment tragique qu'elle enlevait les suffrages de toute la salle4 ,on m'a assur qu'avant de paratre en scne elle buvait une bouteille de vin et qu'elle s'en faisait tenir une autre en rserve dans la coulisse4 ,un des acteurs les plus remarquables du ,thtre ,franais dans la tragdie et la haute comdie1 tait ,monvel4 ,quelques dsavantages physiques et la faiblesse de son organe l'ont empch de se placer au premier rang1 mais son ame1 sa chaleur1 et surtout l'extrme justesse de sa diction1 ne laissaient rien dsirer4 mon retour en ,france il avait quitt les rles de jeunes premiers pour ceux des pres nobles4 ,je lui ai vu jouer alors ,auguste de ,cinna et l',abb de l'pe d'une manire admirable2 dans ce dernier rle il tait si parfait de naturel1 qu'un jour1 au moment o en quittant la scne il saluait les personnages de la pice1 je me levai et je lui rendis son salut4 ,les personnes qui taient avec moi dans la loge s'en amusrent beaucoup4 ,le dbut le plus brillant que je me rappelle avoir vu est celui de mademoiselle ,raucour dans le rle de ,didon4 ,elle avait tout au plus dix-huit ou vingt ans4 ,la beaut de son visage1 sa taille1 son organe1 sa diction1 tout en elle promettait une actrice parfaite2 elle joignait tant d'avantages un air de dcence remarquable1 et une rputation de sagesse austre1 qui la firent rechercher alors par nos plus grandes dames2 on lui donnait des bijoux1 ses habits de thtre1 et de l'argent pour elle et pour son pre qui ne la quittait jamais4 ,plus tard1 elle a bien chang de manire d'tre3 on prtend que l'heureux mortel1 qui le premier triompha de tant de vertus1 fut le marquis de ,bivres1 et que lorsqu'elle le quitta pour un autre amant1 il s'cria3 ,ah6 l'ingrate ma rente6 ,si mademoiselle ,raucour n'est point reste sage1 elle est reste grande tragdienne2 mais sa voix est devenue tellement rauque et dure1 que si l'on fermait les yeux on croyait entendre un homme4 ,elle n'a quitt qu' sa mort le thtre1 o elle a fini par jouer les rles de mres et de reines avec infiniment de succs4 ,j'ai vu jouer aussi mesdemoiselles ,sainval et madame ,vestris1 soeur de ,dugazon4 ,les deux premires pleuraient un peu trop constamment2 mais elles me semblaient1 surtout la cadette1 plus tragdienne que madame ,vestris1 qui1 toute belle qu'elle tait1 n'a jamais obtenu de grand succs1 si ce n'est dans le rle de ,gabrielle de ,vergy o l'effet qu'elle produisait au dernier acte1 tait dchirant2 il faut dire aussi que cette scne est horrible4 ,larive1 qui pour son malheur succdait ,le ,kain1 dont on n'avait point encore perdu le souvenir1 avait plus de talent que les vieux amateurs ne voulaient lui en reconnatre2 la comparaison seule lui faisait tort1 car il ne manquait ni de noblesse ni d'nergie4 ,son visage tait beau2 il tait grand1 bien fait1 mais jamais d'aplomb sur ses jambes1 ce qui faisait dire qu'il marchait ct de lui4 ,larive avait trs bon ton et causait avec esprit1 mme de choses qui n'avaient point rapport son art1 en sorte qu'il voyait la bonne compagnie4 ,mon frre me le prsenta1 et comme je le savais li intimement avec mademoiselle ,clairon1 je lui tmoignai une fois le dsir de rencontrer cette grande tragdienne que je n'avais jamais vue jouer4 ,il m'engagea aussitt dner chez lui pour me faire trouver avec elle1 ce que j'acceptai4 ,deux jours aprs1 je me rendis la maison qu'il avait fait construire et qu'il habitait dans le ,gros-,caillou4 ,cette maison tait charmante1 arrange avec un got parfait1 outre qu'un fort beau jardin y faisait jouir dans ,paris du charme de la campagne4 ,larive me promena dans ses berceaux1 sous ses vignes grimpantes la manire antique1 comme on en voit encore aux environs de ,naples2 et comme nous venions de rentrer dans le salon pour dner1 on annona mademoiselle ,clairon4 ,je me l'tais figure trs grande2 elle tait au contraire fort petite et fort maigre4 ,elle tenait sa tte extrmement leve1 ce qui lui donnait de la dignit4 ,du reste1 je n'ai jamais entendu parler avec autant d'emphase2 car elle conservait toujours le ton tragique et les airs d'une princesse2 mais elle me parut instruite et spirituelle4 ,j'tais table ct d'elle1 et je jouis beaucoup de sa conversation4 ,larive lui tmoignait un respect profond2 les gards qu'il avait pour elle annonaient la fois de l'admiration et de la reconnaissance2 c'tait sous ces deux rapports en effet que sans cesse il parlait d'elle4 ,lorsque je suis rentre en ,france1 j'ai t charme de revoir ,larive que j'ai rencontr souvent pinay chez la marquise de ,groslier4 ,n'tant plus au thtre alors1 il habitait une charmante campagne1 situe prs de l1 et madame de ,groslier tait enchante de ce voisinage4 ,il nous faisait des lectures ravissantes2 la manire dont il disait les vers acqurait un nouveau prix de la beaut de son organe4 ,talma1 notre dernier grand acteur tragique1 a1 selon moi1 surpass tous les autres4 ,il y avait du gnie dans son jeu4 ,on peut dire de plus qu'il a rvolutionn l'art3 d'abord en faisant disparatre la dclamation ampoule et manire1 par sa diction naturelle et vraie1 ensuite1 en forant l'innovation dans les costumes1 attendu qu'il s'habillait en grec et en romain pour jouer ,achille et ,brutus1 ce dont je lui sus un gr infini4 ,talma avait une des plus belles ttes1 un des visages les plus mobiles qu'on pt voir2 et1 si loin qu'allt la chaleur de son jeu1 il restait toujours noble1 ce qui me semble une premire qualit dans l'acteur tragique4 ,son organe tait quelquefois un peu sourd2 il convenait mieux aux rles furieux ou profonds qu'il ne convenait aux rles brillans3 aussi tait-il principalement admirable dans ceux d',oreste et de ,manlius2 mais dans tous1 il avait plusieurs momens sublimes4 ,le dernier qu'il ait compos n'a point t jou depuis lui4 ,personne n'oserait1 je crois2 car ,talma s'y tait montr suprieur lui-mme3 ce n'tait plus un acteur1 c'tait bien ,charles ,,vi1 un malheureux roi1 un malheureux fou1 dans toute son effrayante vrit4 ,hlas6 la mort a suivi de prs le triomphe2 et ce que tout ,paris applaudissait avec de si grands transports1 c'tait le chant du cygne4 ,talma tait un homme excellent1 et le plus facile vivre qu'on puisse rencontrer4 ,il faisait habituellement peu de frais dans la socit2 il fallait1 pour l'animer1 qu'un mot de la conversation remut un intrt de son coeur ou de son esprit2 alors il tait fort intressant entendre1 principalement quand il parlait de son art4 ,la comdie a peut-tre encore t plus riche en talens que la tragdie4 ,j'ai eu souvent le bonheur de voir jouer ,prville4 ,voil l'acteur parfait1 inimitable6 ,son jeu1 plein d'esprit1 de naturel1 de gaiet1 tait aussi le plus vari4 ,jouait-il tour tour ,crispin1 ,sosie1 ,figaro1 vous ne reconnaissiez pas le mme homme1 tant les nuances de son comique taient inpuisables3 aussi n'a-t-on point remplac ,prville4 ,il tait si parfaitement vrai par nature1 que tous ceux qui depuis ont voulu l'imiter ne sont parvenus qu' nous montrer sa charge4 ,je n'en excepte point ,dugazon1 qui certes avait un grand talent2 mais qui1 dans le rle de ,figaro du ,barbier de ,sville1 par exemple1 n'a jamais approch de son modle4 ,j'ai plusieurs fois dn avec ,prville2 il tait rare de rencontrer un aussi aimable convive2 sa gaiet si spirituelle nous charmait tous4 ,il racontait merveille une foule d'anecdotes extrmement piquantes1 et l'on recherchait avec empressement les occasions de se trouver avec lui4 ,dugazon1 son successeur dans les rles comiques1 et t un excellent comdien1 si l'envie de faire rire le public ne l'et pas entran souvent jusqu' la farce4 ,il jouait admirablement bien certains rles de valet2 il avait du mordant1 un masque parfait1 et peut-tre aurait-il gal ,prville s'il avait ddaign la charge4 ,mais ce qui peut faire croire que sa nature le portait ce misrable genre1 c'est que la nuance qui existait la scne entre lui et son devancier se montrait aussi dans les salons o ,prville tait un homme aimable1 et ,dugazon un farceur de beaucoup d'esprit4 ,on ne le recevait donc quelquefois que pour amuser les convives2 car il tait fort amusant1 surtout aprs dner4 ,dugazon a t atroce pendant la rvolution2 il fut un de ceux qui allrent chercher le roi ,varennes1 et un tmoin oculaire m'a dit l'avoir vu la portire de la voiture1 le fusil sur l'paule4 ,notez que cet homme avait t combl des bienfaits de la cour1 principalement par ,m4 le comte d',artois4 ,je me souviens d'avoir vu mademoiselle ,doligny dans les rles de jeunes premires1 qu'elle jouait avec une rare perfection4 ,elle avait la fois tant de vrit1 d'esprit et de dcence1 que son grand talent faisait tout--fait oublier sa laideur4 ,j'ai vu aussi dbuter mademoiselle ,contat4 ,elle tait extrmement jolie et bien faite1 mais si mauvaise dans les premiers temps1 que personne ne pouvait prvoir qu'elle deviendrait une aussi excellente artiste4 ,sa charmante figure ne suffisait pas toujours pour la mettre l'abri des sifflets1 lorsque ,beaumarchais lui confia le rle de ,suzanne dans le ,mariage de ,figaro4 partir de ce moment1 elle marcha de succs en succs3 d'abord dans l'emploi des grandes coquettes1 puis enfin dans des rles plus convenables son ge1 et surtout sa taille qui1 par malheur1 avait pris trop d'embonpoint4 ,mademoiselle ,contat avait pous ,m4 de ,parny1 neveu du clbre pote de ce nom2 mais son mariage ne fut dclar qu' l'poque o elle quitta le thtre2 elle a conserv jusqu' sa mort un visage charmant2 je n'ai jamais vu de sourire plus enchanteur2 comme elle avait infiniment d'esprit1 sa conversation tait tout--fait piquante1 et je la trouvais si aimable que je l'invitais souvent venir chez moi4 ,mademoiselle ,contat tait admirablement bien seconde dans tous ses rles par ,mol1 qui jouait presque toujours avec elle4 ,mol1 sans avoir jamais gal ,prville1 tait pourtant un grand acteur2 il avait de la grce et de la dignit2 il tenait la scne comme on dit1 outre que j'ai peu vu de talent aussi vari1 et surtout aussi brillant qu'tait le sien4 ,je l'ai reu chez moi plusieurs fois2 quoique son jeu ft trs-spirituel1 ,mol n'avait rien de remarquable dans un salon sous le rapport de l'amabilit1 si ce n'est un excellent ton4 ,fleury1 qui aprs l'avoir doubl lui a succd dans les grands rles1 est le dernier qui nous ait conserv les traditions de la haute comdie4 ,il avait moins de verve et moins d'lvation que ,mol2 mais personne n'a jou comme lui les jeunes grands seigneurs4 ,comme il avait beaucoup d'esprit et de fort bonnes manires1 il voyait souvent de prs la haute socit1 et il en avait si bien saisi les usages1 les agrmens et les travers1 qu'il nous offrait encore1 il y a peu d'annes1 une copie parfaite de modles qui avaient disparu4 l'poque o tous les grands acteurs dont je vous parle commenaient vieillir1 il s'levait prs d'eux un jeune talent1 qui fait aujourd'hui l'ornement de la scne franaise3 mademoiselle ,mars jouait alors avec une perfection inimitable les rles d'ingnues2 elle excellait dans celui de ,victorine du ,philosophe sans le savoir1 et dans vingt autres pour lesquels on ne l'a jamais remplace2 car il est impossible d'tre aussi vraie1 aussi touchante3 c'tait la nature dans tout son charme4 ,quand vous avez vu mademoiselle ,mars1 ma chre amie1 elle avait dj pris l'emploi de mademoiselle ,contat1 qu'elle seule pouvait faire oublier4 ,vous vous souvenez bien certainement de sa jolie figure1 de sa charmante taille1 et de sa voix1 la voix des anges8 heureusement ce visage1 cette taille1 cet organe enchanteur1 se conservent si parfaitement1 que mademoiselle ,mars n'a point d'ge1 n'en aura je crois jamais2 et chaque soir le public par ses transports lui prouve qu'il est de mon avis4 ,je me rappelle avoir vu jouer deux fois mademoiselle ,arnoult au grand ,opra1 dans ,castor et ,pollux4 ,j'tais peu capable alors de juger son talent d'actrice2 je me souviens cependant qu'elle me parut avoir de la grce et de l'expression4 ,quant son talent comme cantatrice1 la musique de ce temps-l m'ennuyait si horriblement que j'coutais trop mal pour en pouvoir parler4 ,mademoiselle ,arnoult n'tait point jolie2 sa bouche dparait son visage1 ses yeux seulement lui donnaient une physionomie o se peignait l'esprit remarquable qui l'a rendue clbre4 ,on a rpt et imprim un nombre infini de ses bons mots1 en voici un que je ne crois pas connu1 et que je trouve fort comique3 elle assistait au mariage de sa fille1 avec la mre1 la tante1 et plusieurs autres honntes femmes parentes de son gendre2 pendant la crmonie nuptiale1 mademoiselle ,arnoult se retourne et leur dit3 ,c'est plaisant6 je suis la seule demoiselle qui se trouve ici4 ,une femme dont le talent suprieur nous a ravis long-temps a succd mademoiselle ,arnoult4 ,c'tait madame ,saint-,huberti1 qu'il faut avoir entendue pour savoir jusqu'o peut aller l'effet de la tragdie lyrique4 ,madame ,saint-,huberti non seulement avait une voix superbe2 mais elle tait encore grande actrice1 le bonheur a voulu qu'elle et chanter les opras de ,piccini1 de ,sacchini1 de ,gluck1 et cette musique si belle1 si expressive1 convenait parfaitement son talent plein d'expression1 de vrit et de grandiose4 ,il est impossible d'tre plus touchante qu'elle ne l'tait dans les rles d',alceste1 de ,didon1 etc42 toujours vraie1 toujours noble1 ses accens arrachaient les larmes de toute la salle1 et je me souviens encore de certains mots1 de certaines notes auxquelles il tait impossible de rsister4 ,madame ,saint-,huberti n'tait point jolie1 mais son visage tait ravissant de physionomie et d'expression4 ,le comte d',entragues1 trs bel homme1 et trs distingu par son esprit1 en devint tellement amoureux qu'il l'pousa4 ,la rvolution ayant clat1 il se rfugia ,londres avec elle4 ,c'est l1 qu'un soir1 comme ils montaient ensemble en voiture1 ils furent assassins tous les deux1 sans qu'on ait jamais pu dcouvrir1 ni les assassins1 ni les motifs d'une pareille horreur4 ,sous le rapport du chant1 tout l',opra se composait pour moi de madame ,saint-,huberti2 je ne vous dirai donc rien de ceux qui chantaient avec elle1 car je les coutais peine2 j'aimais mieux rserver une partie de mon attention pour les ballets1 o se montraient alors plusieurs talens remarquables4 ,gardel et ,vestris pre tenaient le premier rang4 ,je les ai vus souvent danser ensemble1 notamment dans une chaconne de je ne sais quel opra de ,grtry1 chaconne qui je crois a fait courir tout ,paris3 c'tait un pas de deux dans lequel les deux coryphes poursuivaient mademoiselle ,guimard1 fort petite et fort maigre2 ce qui fit dire qu'ils avaient l'air de deux grands chiens qui se disputaient un os4 ,gardel m'a toujours sembl fort infrieur ,vestris pre1 qui tait grand1 trs bel homme1 et parfait dans la danse noble et grave4 ,je ne saurais vous dire avec quelle grce il tait et remettait son chapeau1 au salut qui prcdait le menuet2 aussi toutes les jeunes femmes de la cour1 avant leur prsentation1 prenaient-elles quelques leons de lui pour faire les trois rvrences4 ,vestris pre a succd ,vestris fils1 le danseur le plus surprenant qu'on puisse voir1 tant il avait la fois de grce et de lgret4 ,quoique nos danseurs actuels n'pargnent point les pirouettes1 personne bien certainement n'en fera jamais autant qu'il en a fait1 puis tout coup1 il s'levait au ciel d'une manire si prodigieuse1 qu'on lui croyait des ailes2 ce qui faisait dire au pre ,vestris3 ,si mon fils touche la terre1 c'est par procd pour ses camarades4 ,mademoiselle ,plin et mademoiselle ,allard taient deux danseuses du genre qu'on appelle grotesque en ,italie4 ,elles faisaient des tours de force1 des pirouettes sans fin et sans charme2 mais toutes deux1 bien qu'elles fussent trs grasses1 taient vraiment surprenantes par leur agilit2 mademoiselle ,allard surtout4 ,mademoiselle ,guimard avait tout un autre genre de talent2 sa danse n'tait qu'une esquisse2 elle ne faisait que de petits pas1 mais avec des mouvemens si gracieux1 que le public la prfrait toute autre danseuse2 elle tait petite1 mince1 trs bien faite2 et quoique laide1 elle avait des traits si fins1 qu' l'ge de quarante-cinq ans elle semblait1 sur la scne1 n'en avoir pas plus de quinze4 l'instar1 et mme en rival heureux du grand ,opra1 j'ai vu s'lever l',opra ,comique1 qui prenait la place de ce qu'on nommait la ,comdie ,italienne4 ,j'aurais peine vous dire quelque chose de cette ,comdie ,italienne1 si je ne me rappelais que j'y suis alle voir jouer ,carlin1 dont toute jeune que j'tais1 le souvenir m'est rest4 ,carlin jouait l'arlequin dans des pices canevas1 espces de proverbes1 qui ncessitent des acteurs spirituels4 ,ses saillies taient inpuisables1 le naturel et la gat de son jeu1 faisaient de lui un acteur tout--fait part4 ,quoique fort gros1 il avait dans les mouvemens une lestesse surprenante2 on m'a dit qu'il tudiait ses gestes si moelleux et si gracieux1 en regardant jouer de jeunes chats1 dont il est trs vrai qu'il avait la souplesse4 ,lui seul suffisait pour attirer le public1 pour remplir la salle et charmer les spectateurs2 quand il a disparu la ,comdie ,italienne a fini4 ,la troupe lyrique qui l'a remplace1 possdait plus d'un talent remarquable et chantait les opras de ,duni1 de ,philidor1 de ,grtry1 etc4 ,un des acteurs les plus aims du public tait ,cailleau2 il a quitt le thtre lorsque j'tais encore fort jeune2 je l'ai pourtant vu jouer deux fois dans ,annette et ,lubin4 ,sa belle physionomie1 si gaie1 si anime1 et sa superbe voix1 seraient restes dans ma mmoire1 lors mme que je n'aurais pas eu plus tard le plaisir de jouer la comdie avec lui en socit4 ,au moment de ses plus grands succs1 il lui arriva sur la scne un lger accident du gosier1 auquel sont exposs tous les chanteurs2 une hue tant alors partie de la salle1 ,cailleau s'en trouva tellement offens1 qu'il quitta le thtre le soir mme1 et depuis1 les plus vives instances ne purent le faire consentir reparatre devant le public4 ,outre son grand talent1 ,cailleau avait beaucoup d'esprit2 il tait charmant en socit o sa gaiet si franche amenait la joie2 il racontait merveille1 et chez le comte de ,vaudreuil1 ,gennevilliers1 il rendait les cercles et les repas tout--fait amusans1 tantt par une anecdote piquante1 tantt en nous chantant1 avec sa belle voix1 les romances et les chansons qui se faisaient alors4 ,comme il tait grand chasseur1 on le mettait de toutes les parties de chasse4 ,le comte de ,vaudreuil1 pour lequel il avait t si aimable1 lui fit donner par monseigneur le comte d',artois un petit castel1 nomm le ,belloi1 qui se trouve au bout de la terrasse de ,saint-,germain1 et qui avait un fort joli jardin4 ,cailleau vivait l le plus heureux des hommes avec sa femme et son enfant4 ,j'ai t passer quelques jours chez lui1 et1 dans son bonheur1 il me rappelait exactement ce ,lubin1 dont je lui avais vu si bien jouer le rle4 ,m4 le comte d',artois1 en lui faisant don du petit castel1 l'avait nomm capitaine des chasses de tout l'arrondissement4 ,il en portait l'uniforme1 et c'est avec cet habit que je l'ai peint1 tenant son fusil sur l'paule4 ,sa belle et riante physionomie m'inspirait au point que j'ai fait ce portrait en une sance#ag4 ,lorsque la rvolution arriva1 ,cailleau fut trs suspect1 comme ayant reu des bienfaits d'un prince4 ,on m'a dit1 mais je ne veux pas le croire1 qu'il s'tait montr ingrat1 et qu'il avait jou le rle de jacobin4 ,si la chose est vraie1 je suis persuade que la peur et sa femme lui avaient tourn la tte4 ,j'ai des raisons pour croire que sa femme tait fort rvolutionnaire3 en #agia1 je reus ,rome o j'tais alors1 une lettre dans laquelle elle m'engageait rentrer en ,france1 me disant que nous serions tous gaux1 et qu'enfin ce serait l'ge d'or4 ,heureusement je ne la crus pas2 car on sait quel ge d'or a suivi6 ,peu de temps aprs avoir reu cette lettre1 j'appris que madame ,cailleau s'tait jete par la fentre de dsespoir4 ,laruette et sa femme sont rests au thtre plus tard que ,cailleau#ah4 ,tous deux taient excellens dans leur genre4 ,mais madame ,laruette surtout jouait avec un charme1 une finesse1 chantait avec un got et une expression indicible4 ,elle avait plus de cinquante ans qu'elle n'en paraissait pas avoir seize1 tant sa taille tait jeune et ses traits dlicats4 ,non-seulement elle n'tait pas ridicule dans les rles nafs1 mais elle tait charmante2 et jamais peut-tre les transports et les regrets du public n'ont t aussi loin que le jour o quittant enfin le thtre1 elle joua pour la dernire fois dans ,isabelle et ,gertrude1 et dans je ne sais quel autre opra1 les deux plus jeunes rles du rpertoire4 ,quoique je l'aie trs peu vue jouer1 je me la rappelle parfaitement4 ,j'arrive enfin celle dont j'ai pu suivre toute la carrire dramatique1 au talent le plus parfait que l',opra ,comique ait possd1 madame ,dugazon4 ,jamais on n'a port sur la scne autant de vrit4 ,madame ,dugazon avait un de ces talens de nature qui semblent ne rien devoir l'tude4 ,on n'apercevait plus l'actrice2 c'tait ,babet1 c'tait la comtesse d',albert ou ,nicolette4 ,noble1 nave1 gracieuse1 piquante1 elle avait vingt physionomies1 de mme qu'elle faisait toujours entendre l'accent propre au personnage1 et son chant n'annonait aucune autre prtention4 ,elle avait mme la voix assez faible1 mais cette voix suffisait au rire1 aux larmes1 toutes les situations1 tous les rles4 ,grtry et ,daleyrac1 qui ont travaill pour elle1 en taient fous1 et j'en tais folle4 ,ce dernier mot me rappelle un rle1 dans lequel on a toujours vainement essay de la copier4 ,jamais on n'a pu nous rendre ,nina4 ,nina tout la fois si dcente et si passionne6 et si malheureuse1 si touchante1 que son aspect seul faisait fondre en larmes les spectateurs4 ,je crois avoir vu ,nina vingt fois au moins1 et chaque fois mon attendrissement a t le mme4 ,j'tais trop enthousiaste de madame ,dugazon pour ne pas l'engager souvent venir souper chez moi4 ,nous remarquions que si elle venait de jouer ,nina1 elle conservait encore les yeux un peu hagards1 en un mot qu'elle restait ,nina toute la soire4 ,c'tait bien certainement cette facult de se pntrer aussi profondment de son rle qu'elle devait l'tonnante perfection de son talent4 ,madame ,dugazon tait royaliste de coeur et d'ame4 ,elle en donna la preuve au public une poque fort avance de la rvolution1 un soir1 qu'elle jouait la soubrette des vnemens imprvus4 ,la reine assistait ce spectacle1 et dans un duo que le valet commence en disant3 j'aime mon matre tendrement1 madame ,dugazon1 qui devait rpondre3 ,ah6 comme j'aime ma matresse1 se tourna vers la loge de ,sa ,majest1 la main sur son coeur1 et chanta sa rplique d'une voix mue1 en s'inclinant devant la reine4 ,on m'a dit qu'un peu plus tard1 le public1 et quel public6 voulut tirer vengeance de ce noble mouvement en s'obstinant lui faire chanter je ne sais quelle horreur1 qu'on chantait alors tous les soirs sur la scne4 ,madame ,dugazon ne cda point3 elle quitta le thtre4 ,la longueur dmesure de cette lettre vous prouve1 chre amie1 que j'ai beaucoup aim moi-mme jouer la comdie2 car je ne vous ai point pargn les dtails4 ,adieu4 ,,lettre ,,ix4 ,chantilly4--,le ,raincy4--,madame de ,montesson4--,la vieille princesse de ,conti4--,gennevilliers4--,nos spectacles4--,le ,mariage de ,figaro4--,beaumarchais4--,m4 et madame de ,villette4--,moulin-,joli4--,watelet4--, m4 de ,morfontaine4--,le marquis de ,montesquiou4--,mon horoscope4 ,il m'tait impossible1 mon grand regret1 de rester long-temps la campagne2 mais je ne me refusais pas le plaisir d'y passer souvent plusieurs jours de suite1 et j'tais invite dans les plus beaux lieux voisins de ,paris4 ,j'ai pu voir1 par exemple1 les ftes magnifiques de ,chantilly1 que le prince de ,cond 7celui que vous avez vu revenir en ,france avec ,louis ,,xviii7 savait si bien ordonner1 et dont il faisait si bien les honneurs4 ,vous connaissez le superbe chteau de ,chantilly4 ,son immense galerie tait garnie alors d'armures franaises de diffrens sicles1 dont quelques-unes par leur lourdeur et leur dimension semblaient avoir t faites pour des gants2 ce qui1 je trouve1 ornait merveille l'habitation d'un descendant du grand ,cond4 ,on voyait au bout de cette galerie le masque de ,henri ,,iv1 moul sur lui1 sitt aprs sa mort1 et auquel taient encore attachs quelques poils des sourcils du bon roi4 ,je ne sais ce qu'est devenu ce masque1 que l'on a beaucoup reproduit en pltre2 quant aux armures1 elles ont t pilles pendant la rvolution1 et plusieurs sont maintenant rassembles dans un muse4 ,ce chteau avait je ne sais quoi de grandiose1 qui le rendait digne de ses matres4 ,la salle manger tait d'une beaut remarquable3 entre des colonnes de marbre se trouvaient places de larges coupes1 en marbre aussi1 qui recevaient des cascades d'eau limpide et sans cesse renouvele4 ,cette salle semblait tre en plein air1 son effet tait magique4 ,le parc dans son immense tendue donnait l'ide d'une ferie avec ses lacs1 ses rivires bordes de mille fleurs4 ,ce hameau charmant1 dont les chaumires l'intrieur brillaient de la plus grande magnificence1 tout enfin faisait de ,chantilly un sjour admirable2 aussi les trangers s'y rendaient-ils en foule1 l'poque dont je vous parle1 cette heureuse poque o le matre de ce beau lieu y vivait1 ador de tous les habitans1 qu'il comblait de ses bienfaits et qui l'ont si vivement regrett4 ,en #aghb j'ai sjourn quelque temps au ,raincy4 ,le duc d',orlans1 pre de ,philippe-galit1 qui l'habitait alors1 m'y fit venir pour y faire son portrait et celui de madame de ,montesson4 l'exception du plaisir que je pris voir de grandes parties de chasse1 je m'ennuyai passablement au ,raincy2 mes sances finies1 je n'avais de socit qui me ft agrable que celle de madame ,bertholet1 fort aimable femme1 qui jouait fort bien de la harpe4 ,saint-,georges1 le multre1 si fort et si adroit1 tait du nombre des chasseurs4 ,j'ai compris l comment il est des hommes1 et surtout des princes1 qui deviennent passionns de la chasse2 cet exercice1 quand beaucoup de monde s'y trouve runi1 donne vraiment un grand spectacle4 ,ce mouvement gnral1 joint aux sons des cors1 a bien quelque chose de belliqueux4 propos de ce voyage1 je ne puis me rappeler aujourd'hui sans rire une particularit1 qui dans le temps me scandalisa beaucoup4 ,pendant que madame de ,montesson me donnait sance1 la vieille princesse de ,conti vint un jour lui faire une visite1 et cette princesse en me parlant m'appela toujours mademoiselle4 ,il est vrai que jadis toutes les grandes dames en agissaient ainsi avec leurs infrieures4 ,mais cette morgue de la cour avait fini1 avec ,louis ,,xv4 ,j'tais alors sur le point d'accoucher de mon premier enfant1 ce qui rendait la chose tout--fait trange4 ,si mon voyage au ,raincy me parut peu rjouissant1 il n'en tait pas de mme de ceux que je faisais ,gennevilliers1 qui appartenait alors ,m4 le comte de ,vaudreuil1 un des hommes les plus aimables que l'on pt voir4 ,gennevilliers n'tait nullement pittoresque2 le comte de ,vaudreuil avait achet cette proprit en grande partie pour monseigneur le comte d',artois1 parce qu'elle renfermait de beaux cantons de chasse1 et l'avait embellie autant qu'il tait possible4 ,la maison tait meuble dans le meilleur got1 quoique sans magnificence2 il s'y trouvait une salle de comdie1 petite1 mais charmante1 dans laquelle ma belle-soeur1 mon frre1 ,m4 de ,rivire1 et moi nous avons jou plusieurs opras-comiques1 avec madame ,dugazon1 ,garat1 ,cailleau et ,laruette4 ,ces deux derniers1 qui taient alors retirs du thtre1 jouaient admirablement1 et avec un tel naturel1 qu'un jour1 comme ils rptaient ensemble la scne des deux pres dans ,rose et ,colas1 je crus qu'ils causaient entre eux1 et je leur dis3 ,allons1 il faut commencer la rptition4 ,on m'avait donn le rle de ,rose2 ,garat jouait assez gauchement celui de ,colas2 mais il chantait si bien6 il tait surtout dlicieux de l'entendre dans la ,colonie1 dont la musique est ravissante mon got4 ,il avait pris le rle de ,saint-,albe2 moi celui de ,marine2 et ma belle-soeur celui de la comtesse1 qu'elle jouait comme un ange4 ,elle et ,m4 de ,rivire taient vraiment des acteurs4 ,ils auraient pu briller mme au thtre4 ,m4 le comte d',artois et sa socit venaient nos spectacles4 ,j'avoue que tout ce beau monde me donnait la peur au point que la premire fois qu'ils y vinrent1 sans que j'en fusse prvenue1 je ne voulais plus jouer2 la crainte de dsobliger les amis qui jouaient avec moi me dcida seule entrer en scne3 aussi ,m4 le comte d',artois1 avec sa grce ordinaire1 vint-il entre les deux pices nous encourager par tous les complimens imaginables4 ,le dernier spectacle qui fut donn dans la salle de ,gennevilliers fut une reprsentation du ,mariage de ,figaro par les acteurs de la ,comdie ,franaise4 ,je me rappelle que mademoiselle ,sainval jouait la comtesse1 mademoiselle ,olivier le page2 et que mademoiselle ,contat tait charmante dans le rle de ,suzanne4 ,il fallait nanmoins que ,beaumarchais et cruellement harcel ,m4 de ,vaudreuil pour parvenir faire jouer sur ce thtre une pice aussi inconvenante sous tous les rapports4 ,dialogue1 couplets1 tout tait dirig contre la cour1 dont une grande partie se trouvait l1 sans parler de la prsence de notre excellent prince4 ,chacun souffrait de ce manque de mesure2 mais ,beaumarchais n'en tait pas moins ivre de bonheur3 il courait de tous cts1 comme un homme hors de lui-mme2 et comme on se plaignait de la chaleur1 il ne donna pas le temps d'ouvrir les fentres1 et cassa tous les carreaux avec sa canne1 ce qui fit dire aprs la pice1 qu'il avait doublement cass les vitres4 ,le comte de ,vaudreuil dut se repentir doublement aussi d'avoir accord sa protection l'auteur du ,mariage de ,figaro4 ,peu de temps aprs cette reprsentation1 ,beaumarchais lui fait demander un rendez-vous qu'il obtient aussitt1 et il arrive ,versailles de si bonne heure1 que le comte venait peine de se lever4 ,il parle alors d'un projet de finance qu'il vient d'imaginer et qui devait lui rapporter des trsors3 puis il finit par proposer ,m4 de ,vaudreuil une somme considrable s'il veut se charger de faire russir l'affaire4 ,le comte l'coute avec le plus grand calme1 et quand ,beaumarchais a tout dit3--,monsieur de ,beaumarchais1 lui rpondit-il1 vous ne pouviez venir dans un moment plus favorable2 car j'ai pass une bonne nuit1 j'ai bien digr1 jamais je ne me suis mieux port qu'aujourd'hui2 si vous m'aviez fait hier une pareille proposition1 je vous aurais fait jeter par la fentre4 ,une des belles campagnes que j'aie vues tait ,villette4 ,la marquise de ,villette 7,belle et ,bonne71 m'ayant engage venir l'y voir1 j'y suis alle passer quelques jours1 et je retrouve dans mes papiers de fort jolis vers que ,m4 de ,villette fit pour mon arrive4 ,je les copie ici1 en vous priant toutefois de ne pas oublier que c'est un pote qui parle3 ,j'avais lu dans les vieux auteurs ,que les dieux autrefois visitaient les pasteurs1 ,et qu'ils venaient charmer leur belle solitude3 ,j'aimais me bercer de ces douces erreurs4 ,embellir ces forts devint ma seule tude1 ,j'y crai des jardins1 je les semai de fleurs2 ,mais des dieux vainement j'attendais la prsence4 sublime ,lebrun6 ,vous1 l'orgueil de la ,france1 ,dont l'esprit crateur1 dont l'immortel crayon ,de plaire et d'tonner a la double puissance1 ,et fait natre l'amour par l'admiration1 ,la ,gloire qui vous accompagne ,agrandit ce petit chteau2 ,elle ranime la campagne2 ,vous nous rendez le jour plus beau1 ,et vous ralisez mes chteaux en ,espagne4 ,nous trouvmes une fois dans ce beau parc un homme qui peignait des barrires4 ,ce barbouilleur tait si expditif que ,m4 de ,villette lui en fit compliment4--,moi6 rpondit-il1 je me fais fort d'effacer en un jour tout ce que ,rubens a peint dans sa vie4 ,madame de ,villette recevait avec grce1 et faisait merveille les honneurs de sa maison4 ,ce qui doit complter son loge vos yeux1 c'est qu'elle tait extrmement bienfaisante2 j'ai vu dans son parc une lvation circulaire et naturelle1 o l'on m'a dit qu'elle rassemblait les jeunes filles du village1 pour les instruire comme aurait pu le faire un matre d'cole4 ,ah6 que j'aurais aim1 chre amie1 me promener avec vous dans les bois de ,moulin-,joli6 ,voil un de ces lieux qu'on n'oublie pas3 si beau6 si vari6 pittoresque1 lysien1 sauvage1 ravissant enfin4 ,reprsentez-vous une grande le1 couverte de bois1 de jardins1 de vergers1 que la ,seine coupait par le milieu4 ,on passait d'un bord l'autre sur un pont de bateaux1 garni des deux cts par des caisses remplies de fleurs1 que l'on renouvelait chaque saison1 et des bancs1 placs de distance en distance1 vous permettaient de jouir long-temps d'un air parfum1 et de points de vues admirables2 de loin1 ce pont qui se rptait dans l'eau produisait un effet charmant4 ,des arbres de haute futaie1 d'un ton trs vigoureux1 bordaient la rivire droite2 gauche1 la rive tait couverte d'normes peupliers et de grands saules pleureurs1 dont les branches douce verdure tombaient en berceau2 un de ces saules entre autres1 formait une norme vote1 sous laquelle on se reposait1 on rvait avec dlices#ai4 ,je ne puis vous dire combien je me sentais heureuse dans ce beau lieu1 auquel1 mon gr1 je n'ai rien vu de comparable4 ,cet lyse appartenait un homme de ma connaissance1 ,m4 ,watelet1 grand amateur des arts1 et auteur d'un pome sur la peinture4 ,m4 ,watelet tait un homme distingu1 d'un caractre doux et liant1 qui s'tait fait beaucoup d'amis4 ,dans son le enchante1 je le trouvais en harmonie avec tout ce qui l'entourait2 il y recevait avec grce et simplicit une socit peu nombreuse1 mais parfaitement bien choisie4 ,une amie laquelle il tait attach depuis trente ans1 tait tablie chez lui3 le temps avait sanctifi pour ainsi dire leur liaison1 au point qu'on les recevait ensemble dans la meilleure compagnie1 ainsi que le mari de la dame1 qui1 chose assez bizarre1 ne la quittait jamais4 ,plus tard1 en #aghh1 ,moulin-,joli fut achet par un nomm ,m4 ,gaudran1 riche commerant1 qui m'invita avec ma famille venir y passer un mois4 ,ce nouveau propritaire n'entendait rien au pittoresque2 je vis avec peine qu'il avait dj gt quelques parties de cet lyse2 heureusement les plus grandes beauts taient restes intactes4 ,robert1 le peintre de paysage1 et moi1 nous retrouvmes tout l'enchantement que ce lieu nous avait dj fait prouver4 ,c'est pendant ce voyage que je fis un de mes meilleurs portraits1 celui de ,robert1 la palette la main4 ,lebrun ,pindare composa son ,exegi monumentum1 ce morceau si plein d'un orgueil que justifie sa beaut4 ,mon frre aussi fit de trs jolis vers4 ,ces bois nous inspiraient tous4 ,monsieur de ,calonne1 qui m'a donn tant de choses1 comme vous savez1 m'avait1 disait-on1 donn aussi ,moulin-,joli4 ,ah6 si j'avais eu ,moulin-,joli1 je ne l'aurais1 je crois1 jamais quitt4 ,mon bien grand regret1 au contraire1 est de ne l'avoir pas achet lorsqu' ma rentre en ,france je l'ai trouv en vente2 mais un retard qui survint dans l'envoi des fonds que j'attendais de ,russie m'en ta les moyens4 ,moulin-,joli fut vendu alors quatre-vingt mille francs un chaudronnier1 qui1 en faisant couper tous les beaux arbres1 a retrouv pour le moins1 le prix de son acquisition2 et maintenant1 quand mes souvenirs me reportent dans ce dlicieux sjour1 il s'ensuit la triste pense de sa destruction totale4 ,quelque temps avant la rvolution1 j'allai ,morfontaine1 et de l nous fmes une course ,ermenonville1 o je vis le tombeau de ,j4-,j4 ,rousseau4 ,la clbrit de ce beau parc d',ermenonville en gtait la promenade pour moi2 on y trouve des inscriptions chaque pas1 cela tyrannise la pense4 ,morfontaine1 j'ai toujours prfr cette partie pittoresque du parc qui n'est point arrange l'anglaise1 et o se trouve maintenant un grand lac2 de l'avis de tous les artistes1 au reste1 elle tient un premier rang dans son genre4 l'poque dont je vous parle1 ,m4 de ,morfontaine l'avait embellie1 en y creusant des canaux1 sur lesquels nous nous promenions en bateau4 ,le lac1 qui n'avait pas alors une aussi grande tendue1 tait entrecoup d'les charmantes3 prsent1 on n'y voit plus qu'une seule petite le1 qui me fait absolument l'effet d'un petit pte1 au milieu de cette immense masse d'eau4 ,m4 de ,morfontaine recevait avec tant de bienveillance et de simplicit1 que chacun chez lui se croyait chez soi4 ,le comte de ,vaudreuil1 ,lebrun le pote1 le chevalier de ,coigny1 si aimable et si gai1 ,brongniart1 ,robert1 ,rivire et mon frre1 faisaient toutes les nuits des charades1 et se rveillaient mutuellement pour se les dire2 cette folle gaiet prouve assez de quelle libert l'on jouissait dans ce beau lieu4 la vrit1 l'ordre en tait banni aussi bien que la gne4 ,heureusement1 nous tions entre intimes et en petit nombre2 car je n'ai jamais vu chteau aussi mal tenu4 ,m4 de ,morfontaine1 en toutes choses1 poussait le dcousu un degr inimaginable1 et vous jugez que sa maison devait se ressentir de cette manire d'tre4 cette poque1 ,m4 le ,pelletier de ,morfontaine tait prvt des marchands2 il a fait construire1 je ne sais quel pont de ,paris4 ,je me souviens qu'il portait constamment dans sa poche un petit calpin1 sur lequel il crivait sans cesse ce qu'il entendait dire de remarquable dans la socit4 ,j'ai souvent essay de lire par-dessus son paule2 mais1 quoique ses lettres fussent trs grosses1 il m'a toujours t impossible de dchiffrer un seul mot1 tant son criture tait informe2 je dfie bien ses hritiers de tirer jamais parti des souvenirs qu'il doit avoir laisss4 ,quand on quittait ,morfontaine pour aller ,maupertuis1 on ne pouvait s'abstenir de comparer la tenue de ces deux belles maisons2 car la diffrence tait frappante4 ,partout ,maupertuis rgnaient l'ordre et la magnificence4 ,m4 de ,montesquiou tenait l vritablement l'tat d'un grand seigneur4 ,comme il tait cuyer de ,monsieur 7depuis ,louis ,,xviii71 il lui tait facile de mettre nos ordres1 chevaux1 calches et voitures de toute espce4 ,les repas taient splendides1 le chteau assez vaste pour contenir habituellement trente ou quarante matres1 tous bien logs1 parfaitement soigns2 et cette nombreuse socit se renouvelait sans cesse4 ,la mre et la femme de ,m4 de ,montesquiou avaient pour moi mille bonts4 ,sa belle-fille1 qui depuis a t gouvernante du fils de ,napolon1 tait douce1 naturelle1 trs aimable4 ,quant lui1 je l'avais vu souvent ,paris1 et il m'avait toujours sembl fort spirituel1 mais sec et frondeur2 ,maupertuis1 il tait doux1 affable1 en un mot ce n'tait plus le mme homme4 ,quand par hasard nous nous trouvions en petit nombre1 il nous faisait le soir des lectures1 et s'en acquittait merveille4 ,c'est ,maupertuis1 tant grosse et souffrante1 que j'ai fait son portrait1 dont je n'ai jamais t satisfaite4 ,je me souviens qu'un soir1 en petit comit1 le marquis de ,montesquiou tira l'horoscope de chacun de nous4 ,il me prdit que je vivrais long-temps1 et que je serais une aimable vieille1 parce que je n'tais pas coquette4 ,maintenant que j'ai vcu long-temps1 suis-je une aimable vieille8 ,j'en doute2 mais au moins je suis une vieille aimante1 car je vous aime tendrement4 ,adieu4 ,,lettre ,x4 ,le duc de ,nivernais4--,le marchal de ,noailles4--,son mot ,louis ,,xv4--,madame ,dubarry4--,louvecienne4--,le duc de ,brissac4--,sa mort4--,celle de madame ,dubarry4--,portraits que j'ai faits ,louveciennes4 ,j'ai t dner plusieurs fois ,saint-,ouen1 chez le duc de ,nivernais1 qui avait l une fort belle habitation1 et qui runissait chez lui la plus aimable socit qu'on puisse voir4 ,le duc de ,nivernais1 que l'on a toujours cit pour la grce et la finesse de son esprit1 avait des manires nobles et douces sans aucune affterie4 ,il se distinguait surtout par son extrme galanterie avec les femmes de tout ge4 ,sous ces rapports1 je pourrais en parler comme d'un modle dont je n'aurais point trouv de copie si je n'avais pas connu le comte de ,vaudreuil1 qui1 beaucoup plus jeune que ,m4 de ,nivernais1 joignait une galanterie recherche une politesse d'autant plus flatteuse qu'elle partait du coeur4 ,au reste1 il est devenu fort difficile aujourd'hui de donner une ide de l'urbanit1 de la gracieuse aisance1 en un mot des manires aimables qui faisaient1 il y a quarante ans1 le charme de la socit ,paris4 ,cette galanterie dont je vous parle1 par exemple1 a totalement disparu4 ,les femmes rgnaient alors1 la rvolution les a dtrnes4 ,le duc de ,nivernais tait petit1 fort maigre4 ,quoique trs g1 quand je l'ai connu1 il tait encore plein de vivacit4 ,il aimait passionnment la posie1 et faisait des vers charmans4 ,je suis alle souvent aussi dner chez le marchal de ,noailles1 dans son beau chteau situ l'entre de ,saint-,germain4 ,il y avait alors un fort grand parc1 admirablement soign4 ,le marchal tait trs aimable3 son esprit1 sa gaiet animaient tous ses convives1 qu'il choisissait parmi les clbrits littraires et les gens les plus distingus de la ville et de la cour4 ,le marchal de ,noailles avait un esprit original et surtout piquant4 ,il tait rare qu'il pt rsister au dsir de lancer un trait malin2 c'est lui qui rpondit ,louis ,,xv1 mangeant la chasse des olives qu'il trouvait mauvaises3 ,c'est sans doute le fond du baril1 sire4 ,ce mot reporte mon souvenir sur une femme dont je ne vous ai pas encore parl1 quoique je l'aie vue de fort prs2 une femme qui1 sortie des derniers rangs de la socit1 a pass par les palais d'un roi pour aller l'chafaud1 et qui sa triste fin fait pardonner le scandaleux clat de sa vie4 ,c'est en #aghf que j'allai1 pour la premire fois1 ,louveciennes1 o j'avais promis de peindre madame ,dubarry1 et j'tais extrmement curieuse de voir cette favorite1 dont j'avais si souvent entendu parler4 ,madame ,dubarry pouvait avoir alors quarante-cinq ans environ4 ,elle tait grande sans l'tre trop2 elle avait de l'embonpoint2 la gorge un peu forte1 mais fort belle2 son visage tait encore charmant1 ses traits rguliers et gracieux2 ses cheveux taient cendrs et boucls comme ceux d'un enfant2 son teint seulement commenait se gter4 ,elle me reut avec beaucoup de grces1 et me parut avoir fort bon ton2 mais je lui trouvai plus de naturel dans l'esprit que dans les manires3 outre que son regard tait celui d'une coquette1 car ses yeux allongs n'taient jamais entirement ouverts1 sa prononciation avait quelque chose d'enfantin qui ne seyait plus son ge4 ,elle m'tablit dans un corps de logis1 situ derrire la machine de ,marly1 dont le bruit lamentable m'ennuyait fort4 ,dessous mon appartement1 se trouvait une galerie fort peu soigne1 dans laquelle taient placs1 sans ordre1 des bustes1 des vases1 des colonnes1 des marbres les plus rares et une quantit d'autres objets prcieux2 en sorte qu'on aurait pu se croire chez la matresse de plusieurs souverains1 qui tous l'avaient enrichie de leurs dons4 ,ces restes de magnificence contrastaient avec la simplicit qu'avait adopte la matresse de la maison1 et dans sa toilette1 et dans sa faon de vivre4 ,l't comme l'hiver1 madame ,dubarry ne portait plus que des robes-peignoirs de percale ou de mousseline blanche1 et tous les jours1 quelque temps qu'il ft1 elle se promenait dans son parc ou dehors1 sans qu'il en rsultt aucun inconvnient pour elle1 tant le sjour de la campagne avait rendu sa sant robuste4 ,elle n'avait conserv aucune relation avec la nombreuse cour qui pendant longtemps l'avait entoure4 ,l'ambassadrice de ,portugal1 la belle madame de ,sousa1 et la marquise de ,brunoy taient1 je crois1 les deux seules femmes qu'elle vt alors1 et durant mes sjours chez elle1 que j'ai faits trois poques diffrentes1 j'ai pu m'assurer que les visites ne troublaient point sa solitude#bj4 ,je ne sais pourquoi cependant les ambassadeurs de ,tipoo-,sab se crurent obligs d'aller visiter l'ancienne matresse de ,louis ,,xv4 ,non-seulement ils vinrent ,louveciennes1 mais ils apportrent des prsens madame ,dubarry2 entre autres1 des pices de mousseline1 trs richement brodes en or4 ,elle m'en donna une superbe1 fleurs larges et dtaches1 dont les couleurs et l'or sont parfaitement nuancs4 ,les soirs1 nous tions le plus souvent seules1 au coin du feu1 madame ,dubarry et moi4 ,elle me parlait quelquefois de ,louis ,,xv et de sa cour1 toujours avec le plus grand respect pour l'un et les plus grands mnagemens pour l'autre4 ,mais elle vitait tous dtails2 il tait mme vident qu'elle prfrait s'abstenir de ce sujet d'entretien1 en sorte qu'habituellement sa conversation tait assez nulle4 ,au reste1 elle se montrait aussi bonne femme par ses paroles que par ses actions1 et elle faisait beaucoup de bien ,louveciennes1 o tous les pauvres taient secourus par elle4 ,nous allions souvent ensemble visiter quelque malheureux1 et je me rappelle encore la sainte colre o je la vis1 un jour1 chez une pauvre accouche qui manquait de tout4--,comment6 disait madame ,dubarry1 vous n'avez eu ni linge1 ni vin1 ni bouillon8--,hlas6 rien1 madame4 ,aussitt nous rentrons au chteau2 madame ,dubarry fait venir sa femme de charge et d'autres domestiques qui n'avaient point excut ses ordres4 ,je ne puis vous dire dans quelle fureur elle se mit contre eux1 tout en faisant faire devant elle un paquet de linge qu'elle leur fit porter l'instant mme1 avec du bouillon et du vin de ,bordeaux4 ,tous les jours1 aprs dner1 nous allions prendre le caf dans ce pavillon1 si renomm pour le got et la richesse de ses ornemens4 ,la premire fois que madame ,dubarry me le fit voir1 elle me dit3 ,c'est dans cette salle que ,louis ,,xv me faisait l'honneur de venir dner4 ,il y avait au-dessus une tribune pour les musiciens qui chantaient pendant le repas4 ,le salon tait ravissant3 outre qu'on y jouit de la plus belle vue du monde1 les chemines1 les portes1 tout tait du travail le plus prcieux2 les serrures mme pouvaient tre admires comme des chefs-d'oeuvre d'orfvrerie1 et les meubles taient d'une richesse1 d'une lgance au-dessus de toute description4 ,ce n'tait plus ,louis ,,xv alors qui s'tendait sur ces magnifiques canaps1 c'tait le duc de ,brissac1 et nous l'y laissions souvent1 parce qu'il aimait faire sa sieste4 ,le duc de ,brissac vivait comme tabli ,louveciennes2 mais rien1 dans ses manires et dans celles de madame ,dubarry1 ne pouvait laisser souponner qu'il ft plus que l'ami de la matresse du chteau4 ,toutefois il tait ais de voir qu'un tendre attachement unissait ces deux personnes1 et peut-tre cet attachement leur a-t-il cot la vie4 ,lorsqu'avant l'poque de la terreur1 madame ,dubarry passa en ,angleterre pour retrouver ses diamans vols1 qu'en effet elle y retrouva1 les ,anglais l'avaient trs bien reue4 ,ils firent tout pour l'empcher de retourner en ,france1 au point qu'au moment de son dpart1 des amis dtelrent ses chevaux de poste4 ,le seul dsir de rejoindre le duc de ,brissac1 qu'elle avait laiss cach dans son chteau de ,louveciennes1 la fit rsister aux instances de ceux qui voulaient la retenir ,londres1 o la vente de ses diamans pouvait la faire vivre dans l'aisance4 ,elle partit pour son malheur1 et vint retrouver le duc de ,brissac ,louveciennes4 ,fort peu de temps aprs1 le duc fut arrt sous ses yeux et conduit en prison ,orlans4 ,c'est l qu'on vint le chercher1 lui et trois autres1 pour les transporter1 disait-on1 ,versailles4 ,tous les quatre furent mis dans un tombereau1 et peine moiti chemin1 tous les quatre furent indignement massacrs6 ,on porta la tte sanglante du duc de ,brissac madame ,dubarry1 et vous imaginez ce que l'infortune dut souffrir cette horrible vue6 elle ne tarda pas elle-mme subir le sort rserv alors tous ceux qui possdaient quelque fortune1 comme ceux qui portaient un grand nom2 elle fut trahie et dnonce par un petit ngre1 nomm ,zamore1 dont il est question dans tous les mmoires du temps1 pour avoir t combl de ses bienfaits et des bienfaits de ,louis ,,xv4 ,arrte1 mise en prison1 madame ,dubarry fut juge et condamne mort par le tribunal rvolutionnaire la fin de #agic4 ,elle est la seule femme1 parmi tant de femmes que ces jours affreux ont vues prir1 qui ne put soutenir l'aspect de l'chafaud2 elle cria1 elle implora sa grce de la foule atroce qui l'environnait1 et cette foule s'mut au point que le bourreau se hta de terminer le supplice4 ,ceci m'a toujours persuad que1 si les victimes de ce temps d'excrable mmoire n'avaient pas eu le noble orgueil de mourir avec courage1 la terreur aurait cess beaucoup plus tt4 ,les hommes dont l'intelligence n'est point dveloppe ont trop peu d'imagination pour qu'une souffrance intrieure les touche1 et l'on excite bien plus aisment la piti du peuple que son admiration4 ,j'ai fait trois portraits de madame ,dubarry4 ,dans le premier je l'ai peinte en buste1 petit trois-quarts1 en peignoir1 avec un chapeau de paille2 dans le second1 elle est vtue en satin blanc2 d'une main elle tient une couronne1 et l'un de ses bras est appuy sur un pidestal4 ,j'ai fait ce tableau avec le plus grand soin2 il tait1 ainsi que le premier1 destin au duc de ,brissac1 et je l'ai revu dernirement4 ,le vieux gnral qui il appartient a sans doute fait barbouiller la tte1 car ce n'est point celle que j'ai faite2 celle-ci a du rouge jusqu'aux yeux1 et madame ,dubarry n'en mettait jamais4 ,je renie donc cette tte qui n'est point de moi2 tout le reste du tableau est intact et bien conserv4 ,il vient d'tre vendu la mort de ce gnral4 ,le troisime portrait que j'ai fait de madame ,dubarry1 est chez moi4 ,je l'ai commenc vers le milieu de septembre #aghi4 ,de ,louveciennes1 nous entendions des canonnades l'infini1 et je me rappelle que la pauvre femme me disait3 ,si ,louis ,,xv vivait1 srement tout cela n'aurait pas t ainsi4 ,j'avais peint la tte et trac la taille et les bras1 lorsque je fus oblige de faire une course ,paris2 j'esprais pouvoir retourner ,louveciennes pour finir mon ouvrage2 mais on venait d'assassiner ,berthier et ,foulon4 ,mon effroi tait port au comble1 et je ne songeais plus qu' quitter la ,france2 je laissai donc ce tableau moiti termin4 ,je ne sais pas par quel hasard ,m4 le comte ,louis de ,narbonne s'en trouva possesseur pendant mon absence2 mon retour en ,france1 il me l'a rendu1 et je viens de le terminer4 ,le triste contenu de cette lettre1 m'avertit que je suis arrive l'poque de mon existence dont je voudrais pouvoir perdre la mmoire1 dont je repousserais les souvenirs1 ainsi que je le fais bien souvent1 si je ne vous avais promis le rcit sincre et complet de ma vie4 ,il ne s'agira plus maintenant de joies1 de soupers grecs1 de comdies1 mais de jours d'angoisses et d'effroi2 et je remets vous en parler dans mes premires lettres4 ,adieu1 chre4 ,,lettre ,,xi4 ,romainville4--,le marchal de ,sgur4--,la ,malmaison4--,madame le ,couteux-du-,moley4--,l'abb ,sieyes4--,madame ,auguier4--,mot de la reine4--,madame ,campan4--,sa lettre4--,madame ,rousseau4--,le premier dauphin4 ,je ne puis songer aux dernires campagnes que j'ai visites1 sans qu'il se mle au souvenir de quelques doux momens plus d'un souvenir pnible3 en #aghh1 par exemple1 je partis avec ,robert1 pour aller passer quelques jours ,romainville1 chez le marchal de ,sgur2 en route1 nous remarqumes que les paysans ne nous taient plus leurs chapeaux2 ils nous regardaient au contraire avec insolence1 et quelques-uns mme nous menaaient avec leurs btons4 ,arrivs ,romainville1 nous fmes tmoins du plus terrible orage que l'on puisse voir4 ,le ciel avait pris un ton jauntre1 teint de gris fonc1 et quand ces nuages effrayans s'entr'ouvrirent1 il en sortit des milliers d'clairs1 accompagns d'un tonnerre affreux1 et de grlons si normes qu'ils ravagrent un espace de quarante lieues des environs de ,paris4 ,tant que dura l'orage1 je me rappelle que madame de ,sgur et moi1 ples et tremblantes1 nous nous regardions en frissonnant2 il nous semblait voir dans ce jour sinistre le prsage des malheurs1 que1 sans tre astrologue1 on pouvait prdire alors4 ,le soir et le lendemain1 nous allmes tous avec le marchal contempler les tristes effets de l'orage4 ,le bl1 les vignes1 les arbres fruitiers1 tout tait dtruit4 ,les paysans pleuraient et s'arrachaient les cheveux4 ,chacun s'empressa de venir au secours de ces infortuns2 les gros propritaires donnrent beaucoup d'argent2 un homme fort riche distribua aussitt pour son compte quarante mille francs aux malheureux qui l'entouraient4 la honte de l'humanit1 ce mme homme1 l'anne suivante1 fut massacr un des premiers par les cannibales rvolutionnaires4 ,dans cet t de #aghh1 j'allai passer quinze jours la ,malmaison1 qui appartenait alors madame la comtesse du ,moley4 ,madame du ,moley tait une jolie femme trs la mode4 ,son esprit n'lectrisait pas2 mais elle comprenait celui des autres avec intelligence4 ,le comte ,olivars tait alors tabli chez elle1 et elle avait eu pour lui la galanterie de faire placer l'entre d'un chemin situ dans le haut du parc1 une inscription portant3 ,sierra ,morena4 ,olivars n'tait point ce qu'on appelle aimable4 ,ce que j'ai remarqu en lui de plus saillant tait sa malpropret2 ses poches1 pleines de tabac d',espagne1 lui servaient de tabatire4 ,le duc de ,crillon et le cher abb ,delille venaient fort souvent la ,malmaison o je me trouvais heureuse de les rencontrer4 ,madame du ,moley aimait beaucoup se promener toute seule1 et j'tais parfaitement de son got2 en sorte qu'il tait convenu que l'on tiendrait une branche de verdure la main1 si l'on ne dsirait pas se chercher ou s'aborder4 ,je ne marchais jamais sans ma branche2 mais si j'apercevais l'abb ,delille1 je la jetais bien vite4 ,en juin #aghi1 j'allai dner la ,malmaison2 j'y trouvai l'abb ,sieyes et plusieurs autres amateurs de la rvolution4 ,m4 du ,moley hurlait contre les nobles2 chacun criait1 prorait sur toutes choses propres oprer un bouleversement gnral2 on et dit un vrai club1 et ces conversations m'effrayaient horriblement4 ,aprs dner1 l'abb ,sieyes dit je ne sais plus quelle personne3 ,en vrit1 je crois que nous irons trop loin4--,ils iront si loin qu'ils se perdront en chemin1 dis-je madame du ,moley1 qui avait entendu l'abb comme moi1 et qui s'attristait aussi de tant de prsages funestes4 ,dans le mme temps peu prs1 j'allai passer quelques jours ,marly1 chez madame ,auguier1 soeur de madame ,campan1 et attache elle-mme au service de la reine4 ,elle avait prs de la machine un chteau et un fort beau parc4 ,un jour qu'elle et moi tions une fentre qui avait vue sur la cour1 laquelle cour donnait sur le grand chemin1 nous vmes entrer un homme ivre1 qui tomba par terre4 ,madame ,auguier1 avec sa bont ordinaire1 appela le valet de chambre de son mari1 lui dit de secourir ce malheureux1 de le conduire la cuisine et d'en avoir bien soin4 ,peu de momens aprs1 le valet de chambre revint4--,en vrit1 dit-il1 madame est trop bonne2 c'est un misrable que cet homme6 voici les papiers qui viennent de tomber de sa poche4 ,et il nous remit plusieurs cahiers1 dont l'un commenait ainsi3 bas la famille royale6 bas les nobles6 bas les prtres6 puis suivaient les litanies rvolutionnaires et mille prdictions atroces1 crites en termes qui faisaient dresser les cheveux4 ,madame ,auguier fit venir la marchausse1 qui tait alors confie la garde des villages4 ,quatre de ces militaires arrivent2 on leur enjoint d'emmener cet homme et de prendre des informations sur son compte2 ils l'emmnent2 mais le valet de chambre les ayant suivis de loin sans qu'ils s'en aperussent1 les vit1 ds qu'ils eurent tourn le chemin1 prendre leur prisonnier bras dessus bras dessous1 et sauter1 chanter avec lui1 de l'air du meilleur accord4 ,je ne puis vous dire quel point ceci nous effraya4 ,qu'allions-nous devenir1 mon ,dieu6 si la force publique faisait cause commune avec les coupables8 ,j'avais conseill madame ,auguier de montrer ces cahiers la reine1 et quelques jours aprs1 se trouvant de service1 elle les fit lire ,s4 ,m41 qui les lui rendit en disant3 ,ce sont des choses impossibles2 je ne croirai jamais qu'ils mditent de pareilles atrocits4 ,hlas6 les vnemens n'ont que trop tt dissip ce noble doute1 et sans parler de l'auguste victime qui ne voulait point croire tant d'horreurs1 la pauvre madame ,auguier elle-mme tait destine payer son dvouement de sa vie4 ,ce dvouement ne s'est jamais dmenti2 dans les cruels momens de la rvolution1 sachant que la reine tait sans argent1 elle s'empressa de lui prter vingt-cinq louis4 ,les rvolutionnaires le surent1 et vinrent aussitt au chteau des ,tuileries pour la conduire en prison1 ou pour mieux dire la guillotine4 ,en les voyant arriver1 l'air furieux1 la menace la bouche1 madame ,auguier prfra une mort prompte l'angoisse de tomber entre leurs mains4 ,elle se jeta par la fentre et se tua4 ,j'ai peu connu de femmes aussi belles et aussi aimables que madame ,auguier4 ,elle tait grande et bien faite2 son visage tait d'une fracheur remarquable1 son teint blanc et rose1 et ses jolis yeux exprimaient sa douceur et sa bont4 ,elle a laiss deux filles1 que j'ai connues ds leur enfance ,marly4 ,l'une a pous le marchal ,ney2 la seconde a t marie ,m4 ,debroc4 ,cette dernire a pri bien jeune encore1 et bien malheureusement4 ,comme elle voyageait avec madame ,louis ,bonaparte1 son intime amie1 elle voulut1 dans une incursion ,ancenis1 traverser sur une planche un profond prcipice2 la planche manqua sous ses pieds1 et l'infortune tomba morte dans l'abme6 ,madame ,auguier avait deux soeurs3 l'une tait madame ,campan si connue1 et comme la premire femme de chambre de la reine1 et comme l'habile directrice de cette maison d'ducation1 ,saint-,germain1 dans laquelle toutes les notabilits de l'empire faisaient lever leurs filles4 ,j'avais connu madame ,campan ,versailles1 l'poque o elle jouissait de toute la faveur et de toute la confiance de la reine4 ,je ne doutais nullement qu'elle n'et conserv son auguste matresse le dvouement et la reconnaissance dus tant de bonts1 lorsque1 pendant mon sjour ,ptersbourg1 vous pouvez vous rappeler qu'un soir je l'entendis accuser d'avoir abandonn et trahi la reine4 ,ne pouvant voir dans ce propos que la plus infme calomnie1 je pris avec chaleur la dfense de ma compatriote1 et je m'criai plusieurs fois3 ,c'est impossible6 ,deux ans plus tard1 revenue en ,france1 je reus1 peu de jours aprs mon arrive1 la lettre suivante1 que m'crivit madame ,campan1 et que je copie ici1 afin de vous faire connatre une justification qui me semble porter tous les caractres de la franchise4 ,saint-,germain1 ce #bg janvier1 vieux style4 ,vous avez dit bien loin de moi1 aimable dame3 ,c'est impossible6 ,le vritable esprit1 la bont1 la sensibilit ont dirig votre opinion2 et ces qualits rares1 si rares de nos jours1 se sont1 pour mon bonheur1 trouves chez vous runies des talens encore plus rares4 ,vous entendez mon impossible autant que je suis pntre de ce qu'il a t prononc par vous4 ,en effet1 comment croire que jamais j'aie pu sparer un moment mes sentimens1 mes opinions1 mon dvouement1 de tout ce que je devais l'tre trop infortun qui1 tous les jours1 faisait mon bonheur et celui des miens1 et dont la conservation dans des droits qui taient attaqus par une faction perfide et sanguinaire assurait le bonheur de tous et le mien particulirement8 ,j'ai eu1 au contraire1 l'avantage de lui donner des preuves non quivoques d'une reconnaissance telle qu'elle avait droit d'attendre4 ,ma pauvre soeur ,auguier et moi1 quoique je ne fusse pas de service1 avons affront la mort1 pour ne la point quitter1 dans la nuit jamais mmorable et horrible du #aj aot4 ,sorties de ce massacre1 caches et mourantes d'effroi dans des maisons de ,paris1 nous avons ranim nos forces pour parvenir jusqu'aux ,feuillans1 et la servir encore dans sa premire dtention l',assemble4 ,ption seul nous a spares d'elle1 lorsque nous voulmes la suivre au ,temple4--,avec des faits aussi vrais et si naturels1 que je suis loin d'en tirer vanit1 comment1 direz-vous1 peut-on avoir t aussi trangement calomnie8 ,ne fallait-il pas me faire payer chrement une faveur marque et soutenue pendant tant d'annes4 ,pardonne-t-on la faveur dans une cour1 mme quand elle tombe sur une personne de la classe de la domesticit8 ,on voulait me perdre dans l'esprit de la reine1 voil tout4 ,on n'y russit pas1 et l'on saura quelque jour jusqu' quel degr elle m'a conserv sa bienveillance et sa confiance dans les choses les plus importantes4 ,je dois cependant ajouter1 pour ne rien dguiser de ce qui a pu porter mconnatre mes vritables sentimens1 que jamais je n'avais pu amener mon esprit concevoir le plan de l'migration2 que je le regardais comme funeste aux migrans1 mais bien plus encore1 dans mes ides cette poque1 au salut de ,louis ,,xvi4 ,habitant les ,tuileries1 j'tais sans cesse frappe de cette rflexion1 qu'il n'y avait qu'un quart de lieue de ce palais aux faubourgs insurgs1 et cent lieues de ,coblentz ou des armes protectrices4 ,le sentiment et l'esprit des femmes sont bavards2 je disais trop et trop souvent mon opinion sur cette mesure qui1 dans ce temps1 tait l'espoir de tous4 ,un sentiment bien diffrent de l'amour insens et criminel d'une rvolution affreuse dictait mes craintes4 ,le temps ne les a que trop justifies2 et les innombrables victimes de ce projet ne devraient plus me les imputer crime4 ,mais enfin1 j'existe prsent sous une forme nouvelle2 j'y suis livre en entier1 et avec la paix d'un coeur qui n'a pas le plus lger reproche se faire4 ,depuis long-temps je dsire vous faire voir l'ensemble de mon plan d'ducation1 vous recevoir1 vous fter en amie sincre et prcieuse4 ,prenez un jour avec l'intressante et infortune ,rousseau1 et ce sera pour moi un jour de fte4 ,croyez ma tendresse1 mon estime1 ma reconnaissance1 enfin tous les sentimens que je vous ai vous4 ,,genet ,,campan4 ,madame ,auguier1 outre madame ,campan1 avait une autre soeur1 nomme madame ,rousseau1 fort aimable femme1 que la reine avait attache au service du premier dauphin1 et qui m'a souvent donn l'hospitalit1 lorsque j'avais des sances la cour#ba4 ,elle tait devenue si chre au jeune prince qu'elle soignait1 que l'aimable enfant lui disait1 deux jours avant de mourir3 ,je t'aime tant1 ,rousseau1 que je t'aimerai encore aprs ma mort4 ,le mari de madame ,rousseau tait matre d'armes des enfans de ,france4 ,aussi1 comme attach double titre la famille royale1 ne put-il chapper la mort3 il fut pris et guillotin4 ,on m'a dit que1 son jugement rendu1 un juge avait eu l'atrocit de lui crier3 ,pare celle-ci1 ,rousseau6 ,en vous entretenant de ces horreurs1 j'anticipe sur le temps dont il me reste vous parler jusqu'au jour o j'ai quitt la ,france4 ,je reprendrai dans une premire lettre le rcit des tristes vnemens qui m'ont oblige fuir mon pays pour aller chercher dans des pays trangers1 non-seulement ma sret1 mais cette bienveillance dont vous-mme m'avez comble1 durant mon sjour en ,russie1 et dont je garde une si douce mmoire4 ,adieu1 chre amie4 ,,lettre ,,xii4 #aghi4--,terreur dont je suis frappe4--,je me rfugie chez ,brongniart4--,,mm4 de ,sombreuil4--,pamla4--,le #e octobre4--,on va chercher la famille royale ,versailles4--,je quitte ,paris4--,mes compagnons dans la diligence4--,je passe les monts4 ,l'affreuse anne de #aghi tait commence1 et la terreur s'emparait dj de tous les esprits sages4 ,je me rappelle parfaitement qu'un soir o j'avais runi du monde chez moi pour un concert1 la plus grande partie des personnes qui m'arrivaient1 entraient avec l'air constern2 elles avaient t le matin la promenade de ,longchamp2 la populace1 rassemble la barrire de l'toile1 avait injuri de la faon la plus effrayante les gens qui passaient en voiture2 des misrables montaient sur les marche-pieds en criant3 ,l'anne prochaine1 vous serez derrire vos carrosses1 c'est nous qui serons dedans6 et mille autres propos plus infmes encore4 ,ces rcits1 comme vous pouvez croire1 attristrent beaucoup ma soire2 je me souviens d'avoir remarqu que la personne la moins effraye tait madame de ,villette1 la belle et bonne de ,voltaire4 ,quant moi1 j'avais peu besoin d'apprendre de nouveaux dtails pour entrevoir les horreurs qui se prparaient4 ,je savais1 n'en pouvoir douter1 que ma maison1 rue du ,gros-,chenet1 o je venais de m'tablir depuis trois mois seulement1 tait marque par les malfaiteurs4 ,on jetait du soufre dans mes caves par les soupiraux4 ,si j'tais ma fentre1 de grossiers sans-culottes me menaaient du poing2 mille bruits sinistres m'arrivaient de tous les cts2 enfin1 je ne vivais plus que dans un tat d'anxit et de chagrin profond4 ,ma sant s'altrait sensiblement1 et deux de mes bons amis1 ,brongniart1 l'architecte1 et sa femme1 tant venus me voir1 me trouvrent si maigre et si change1 qu'ils me conjurrent de venir passer quelques jours chez eux1 ce que j'acceptai avec reconnaissance4 ,brongniart avait son logement aux ,invalides2 je fus conduite chez lui par un mdecin attach au ,palais-,royal1 et dont les gens portaient la livre d',orlans1 la seule qui ft alors respecte4 ,on me donna le meilleur lit4 ,comme je ne pouvais pas manger1 on me nourrissait avec d'excellent vin de ,bordeaux et du bouillon1 et madame ,brongniart ne me quittait pas4 ,tant de soins auraient d me calmer1 outre que mes amis voyaient beaucoup moins en noir que moi2 mais il tait impossible de me rassurer contre les maux que je prvoyais4-- quoi bon vivre8 quoi bon se soigner8 disais-je souvent mes bons amis2 car l'effroi que m'inspirait l'avenir me faisait prendre la vie en dgot2 et pourtant il faut le dire1 si loin que pt aller mon imagination1 je ne devinais qu'une partie des crimes qui se sont commis plus tard4 ,je me rappelle avoir soup chez ,brongniart avec l'excellent ,m4 de ,sombreuil1 alors gouverneur des ,invalides4 ,il nous dit savoir qu'on devait venir s'emparer des armes qu'il tenait en dpt4--,mais1 ajouta-t-il1 je les ai si bien caches que je dfie bien qu'ils les trouvent4 ,ce brave homme ne songeait pas qu'on ne pouvait alors compter que sur soi-mme4 ,comme les armes ne tardrent pas tre enleves1 il faut croire qu'il fut trahi par les gens de l'htel qu'il avait employs4 ,m4 de ,sombreuil1 aussi recommandable par ses vertus prives que par ses talens militaires1 s'est trouv au nombre des prisonniers que l'on devait immoler dans les prisons le #b septembre4 ,les assassins accordrent sa vie aux larmes1 aux supplications de son hroque fille2 mais1 atroces jusque dans le pardon1 ils forcrent mademoiselle de ,sombreuil boire un verre du sang qui coulait flots devant la prison6 et pendant fort long-temps1 la vue de tout ce qui portait la couleur rouge causait d'horribles vomissemens cette jeune infortune4 ,plus tard 7en #agid71 ,m4 de ,sombreuil fut envoy l'chafaud par le tribunal rvolutionnaire4 ,ces deux vnemens ont inspir au pote ,legouv le plus beau de ses vers3 ,des bourreaux l'ont absous1 des juges l'ont frapp4 ,m4 de ,sombreuil avait laiss un fils1 trs distingu par son caractre et par sa bravoure4 ,il commandait un des rgimens venus d',angleterre ,quiberon vers la fin de #agie4 ,la ,convention nationale ayant viol la capitulation souscrite par le gnral ,hoche1 ,m4 de ,sombreuil reut la mort comme un brave2 il ne voulut pas qu'on lui bandt les yeux1 et commanda lui-mme le feu4 ,tallien1 au moment de l'excution1 lui dit3--,monsieur1 vous tes d'une famille bien malheureuse4--,j'tais venu la venger1 rpondit ,m4 de ,sombreuil1 mais je ne puis que l'imiter4 ,madame ,brongniart me menait promener derrire les ,invalides2 il y avait tout prs de l quelques maisons de paysans4 ,comme nous tions assises contre une de ces masures1 nous entendmes causer entre eux deux hommes qui ne pouvaient nous voir4--,veux-tu gagner dix francs1 disait l'un1 viens avec nous faire le train4 ,il ne s'agit que de crier3 bas celui-ci6 bas celui-l6 et surtout de crier bien fort contre ,cayonne4--,dix francs sont bons gagner1 rpondait l'autre2 mais n'aurons nous pas des taloches8--,allons donc6 reprit le premier1 c'est nous qui les donnons les taloches4 ,vous jugez de l'effet que faisaient sur moi de pareils dialogues6 ,le lendemain du jour dont je vous parle1 nous passions devant la grille des ,invalides o se trouvait une foule immense1 compose de ce vilain monde qui se promenait habituellement sous les galeries du ,palais-,royal2 tous gens sans aveu et sans habits1 qui n'taient ni ouvriers1 ni paysans1 auxquels on ne pouvait supposer un tat1 sinon celui de bandit1 tant leurs figures taient effrayantes4 ,madame ,brongniart1 plus courageuse que moi1 s'efforait de me rassurer2 mais j'avais une telle peur1 que je reprenais le chemin de la maison1 quand nous vmes arriver de loin une jeune personne cheval1 qui portait un habit d'amazone et un chapeau ombrag de plumes noires4 l'instant1 l'horrible bande forme la haie de deux cts pour laisser passer au milieu d'elle la jeune personne1 que suivaient deux piqueurs la livre d',orlans4 ,je reconnus aussitt cette belle ,pamla#bb que madame de ,genlis avait amene chez moi4 ,elle tait alors dans toute sa fracheur et vraiment ravissante2 aussi entendions-nous toute la horde crier3 ,voil1 voil celle qu'il nous faudrait pour reine6 ,pamla allait et revenait sans cesse au milieu de cette dgotante populace1 ce qui me donna bien tristement penser4 ,peu aprs je retournai chez moi1 mais je ne pouvais y vivre4 ,la socit me semblait tre en dissolution complte1 et les honntes gens sans aucun appui2 car la garde nationale tait si singulirement compose qu'elle offrait un mlange aussi bizarre qu'il tait effrayant4 ,aussi la peur agissait-elle sur tout le monde2 les femmes grosses que je voyais passer me faisaient peine2 la plupart avaient la jaunisse de frayeur4 ,j'ai remarqu au reste1 que la gnration ne pendant la rvolution1 est en gnral beaucoup moins robuste que la prcdente3 que d'enfans en effet1 cette triste poque1 ont d natre faibles et souffrans4 ,m4 de ,rivire1 charg d'affaires de la ,saxe1 dont la fille avait pous mon frre1 vint m'offrir de me donner l'hospitalit1 et je passai chez lui deux semaines au moins4 ,c'est l que je vis porter le buste du duc d',orlans et celui de ,m4 ,necker qu'une nombreuse populace suivait1 en proclamant grands cris que l'un serait leur roi et l'autre leur protecteur6 ,le soir ces honntes gens revinrent1 ils mirent le feu la barrire qui se trouvait au bout de notre rue 7la rue ,chausse-d',antin71 puis ils dpavrent1 ils tablirent des barricades1 en criant3 ,voil les ennemis qui arrivent4 ,les ennemis n'arrivaient point2 hlas6 ils taient dans ,paris4 ,quoique je fusse traite chez ,m4 de ,rivire comme un de ses enfans1 et que je pusse me croire en sret chez lui puisqu'il tait ministre tranger1 mon parti tait pris de quitter la ,france4 ,depuis plusieurs annes1 j'avais le dsir d'aller ,rome4 ,le grand nombre de portraits que je m'tais engage faire m'avait seul empch jusqu'alors d'excuter mon projet2 mais1 si l'instant de partir devait jamais arriver pour moi1 certes1 il tait venu1 je ne pouvais plus peindre3 mon imagination attriste1 fltrie par tant d'horreurs1 cessait de s'exercer sur mon art2 d'ailleurs1 des libelles affreux pleuvaient sur mes amis1 sur mes connaissances1 sur moi-mme1 hlas6 et quoique1 grce au ciel1 je n'eusse jamais fait de mal personne1 je pensais un peu comme celui qui disait3 ,on m'accuse d'avoir pris les tours de ,notre-,dame2 elles sont encore en place2 mais je m'en vais1 car il est clair que l'on m'en veut4 ,je laissais plusieurs portraits commencs1 entre autres celui de mademoiselle ,contat2 je refusai aussi dans ce moment de peindre mademoiselle de ,la ,borde 7depuis duchesse de ,noailles71 que son pre m'amena3 elle avait peine seize ans et elle tait charmante2 mais il ne s'agissait plus de succs1 de fortune2 il s'agissait seulement de sauver sa tte4 ,en consquence1 je fis charger ma voiture1 et j'avais mon passeport pour partir le lendemain avec ma fille et sa gouvernante1 lorsque je vis entrer dans mon salon une foule norme de gardes nationaux avec leurs fusils4 ,la plupart d'entre eux taient ivres1 mal vtus1 et portaient des figures effroyables4 ,quelques-uns s'approchrent de moi1 et me dirent dans les termes les plus grossiers que je ne partirais point1 qu'il fallait rester4 ,je rpondis que1 chacun tant appel alors jouir de sa libert1 je voulais en profiter pour mon compte4 peine m'coutaient-ils1 rptant toujours3 ,vous ne partirez pas1 citoyenne1 vous ne partirez pas4 ,enfin ils s'en allrent1 je restai plonge dans une anxit cruelle1 quand j'en vis rentrer deux1 qui ne m'effrayrent pas1 quoiqu'ils fussent de la bande1 tant je reconnus vite qu'ils ne me voulaient point de mal4--,madame1 me dit l'un1 nous sommes vos voisins2 nous venons vous donner le conseil de partir1 et de partir le plus tt possible4 ,vous ne pourriez pas vivre ici1 vous tes si change que vous nous faites de la peine#bc4 ,mais n'allez pas dans votre voiture2 partez par la diligence1 c'est bien plus sr4 ,je les remerciai de tout mon coeur1 et je suivis leurs bons avis4 ,j'envoyai donc retenir trois places1 voulant toujours emmener ma fille1 qui avait alors cinq ou six ans2 mais je ne pus les avoir que quinze jours plus tard1 tout ce qui migrait partant comme moi par la diligence4 ,enfin1 ce jour si attendu fut le #e octobre1 le jour mme o le roi et la reine furent amens de ,versailles ,paris au milieu des piques6 ,mon frre fut tmoin de l'arrive de ,leurs ,majests l',htel-de-,ville2 il entendit le discours de ,m4 ,bailly1 et comme il savait que je devais partir dans la nuit1 il revint chez moi vers dix heures du soir4--,jamais1 me dit-il1 la reine n'a t plus reine qu'aujourd'hui1 lorsqu'elle est entre d'un air si calme et si noble au milieu de ces nergumnes4 ,puis il me rapporta cette belle rponse qu'elle avait faite ,m4 ,bailly3 ,j'ai tout vu1 tout su1 et j'ai tout oubli4 ,les vnemens de cette journe m'accablaient d'inquitude sur le sort de ,leurs ,majests et sur celui des honntes gens1 en sorte qu' minuit1 on me trana la diligence dans un tat qui ne peut se dcrire4 ,je redoutais extrmement le faubourg ,saint-,antoine1 que j'allais traverser pour gagner la barrire du ,trne4 ,mon frre1 le bon ,robert1 et mon mari m'accompagnrent jusqu' cette barrire1 sans quitter un instant la portire de la diligence4 ,ce faubourg1 dont nous avions une si grande peur1 tait d'une tranquillit parfaite2 tous ses habitans1 ouvriers et autres1 avaient t ,versailles chercher la famille royale1 et la fatigue du voyage les tenait tous endormis4 ,j'avais en face de moi1 dans la diligence1 un homme extrmement sale1 et puant comme la peste1 qui me dit fort simplement avoir vol des montres et plusieurs effets4 ,heureusement il ne voyait rien sur moi qui pt le tenter2 car je n'emportais que trs peu de linge et quatre-vingts louis pour mon voyage4 ,j'avais laiss ,paris mes effets1 mes bijoux1 et le fruit de mon travail tait rest dans les mains de mon mari qui dpensa tout#bd1 ainsi que je vous l'ai dj dit4 ,le voleur ne se contentait pas de nous raconter ses hauts faits1 il parlait sans cesse de mettre la lanterne telles ou telles gens1 nommant ainsi une foule de personnes de ma connaissance4 ,ma fille trouvait cet homme bien mchant2 il lui faisait peur1 ce qui me donna le courage de dire3 ,je vous en prie1 monsieur1 ne parlez pas de meurtre devant cette enfant4 ,il se tut1 et finit par jouer la bataille avec la petite4 ,il se trouvait en outre1 sur la banquette o j'tais assise1 un forcen jacobin de ,grenoble1 g de #ej ans environ1 laid1 au teint bilieux1 qui1 chaque fois que nous arrtions dans une auberge pour dner ou pour souper1 se mettait prorer dans son sens de la plus terrible faon4 ,dans toutes les villes1 une foule de gens arrtaient la diligence pour apprendre des nouvelles de ,paris4 ,notre jacobin s'criait alors3 ,soyez tranquilles1 mes enfans2 nous tenons ,paris le boulanger et la boulangre4 ,on leur fera une constitution2 ils seront forcs de l'accepter1 et tout sera fini4 ,les gobe-mouches1 dont on montait ainsi les ttes1 croyaient cet homme comme un oracle4 ,tout cela me faisait cheminer bien tristement4 ,je ne craignais plus pour moi-mme2 mais je craignais pour tous1 pour ma mre1 mon frre1 mes amis4 ,je tremblais aussi sur le sort de ,leurs ,majests2 car tout le long de la route1 presque jusqu' ,lyon1 des hommes cheval s'approchaient de la diligence1 pour nous dire que le roi et la reine taient massacrs1 que ,paris tait en feu4 ,ma pauvre petite fille devenait toute tremblante2 elle croyait voir son pre et notre maison brls1 et quand mes efforts parvenaient la rassurer1 arrivait bientt un autre homme cheval qui nous rptait ces horreurs4 ,enfin1 j'entrai dans ,lyon2 je me fis conduire chez ,m4 ,artaut1 ngociant1 que j'avais quelquefois reu chez moi1 ,paris1 ainsi que sa femme4 ,je les connaissais peu tous deux2 mais ils m'avaient inspir de la confiance1 vu que nos opinions taient entirement les mmes sur tout ce qui se passait alors4 ,mon premier soin fut de leur demander s'il tait vrai que le roi et la reine eussent t massacrs1 et1 grce au ciel1 pour cette fois on me rassura6 ,monsieur et madame ,artaut eurent d'abord quelque peine me reconnatre1 non-seulement parce que j'tais change un point inimaginable1 mais aussi parce que je portais le costume d'une ouvrire mal habille1 avec un gros fichu me tombant sur les yeux4 ,j'avais eu lieu dans la route de m'applaudir d'avoir pris cette prcaution3 je venais d'exposer au salon le portrait qui me reprsente avec ma fille dans mes bras#be4 ,le jacobin de ,grenoble parla de l'exposition1 et fit mme l'loge de ce portrait4 ,je tremblais qu'il ne me reconnt2 j'employai toute mon adresse lui cacher mon visage3 grce ce soin et mon costume1 j'en fus quitte pour la peur4 ,je passai trois jours ,lyon dans la famille ,artaut4 ,j'avais grand besoin de ce repos2 mais l'exception de mes htes1 je ne vis personne de la ville1 dsirant conserver le plus strict incognito4 ,m4 ,artaut arrta pour moi un voiturier1 auquel il dit que j'tais sa parente4 ,il me recommanda fortement ce brave homme1 qui eut en effet pour moi et pour ma fille tous les soins imaginables4 ,je ne puis vous dire ce que j'prouvai en passant le pont ,beauvoisin4 ,l seulement je commenai respirer1 j'tais hors de ,france1 de cette ,france qui pourtant tait ma patrie1 et que je me reprochais de quitter avec joie4 ,l'aspect des monts parvint me distraire de toutes mes penses1 je n'avais jamais vu de hautes montagnes2 celles de la ,savoie me parurent toucher au ciel avec lequel un pais brouillard les confondait4 ,mon premier sentiment fut celui de la peur1 mais je m'accoutumai insensiblement ce spectacle1 et je finis par admirer4 ,le paysage du chemin des chelles me ravit2 je crus voir la ,galerie des ,titans1 et je l'ai toujours appel ainsi depuis4 ,voulant jouir plus compltement de toutes ces beauts1 je descendis de voiture2 mais moiti du chemin peu prs je fus saisie d'une grande terreur2 car on exploitait au moyen de la poudre une partie de rochers2 il en rsultait l'effet d'un milliers de coups de canon1 et ce bruit1 se rptant de roche en roche1 tait infernal4 ,je montai le mont ,cnis1 comme plusieurs trangers le montaient aussi2 un postillon s'approcha de moi3--,madame devrait prendre un mulet1 me dit-il1 car monter pied1 c'est trop fatigant pour une dame comme elle4 ,je lui rpondis que j'tais une ouvrire1 bien accoutume marcher4--,ah6 reprit-il en riant1 madame n'est pas une ouvrire1 on sait qui elle est4--,eh bien1 qui suis-je donc8 demandai-je4--,vous tes madame ,lebrun1 qui peint dans la perfection1 et nous sommes tous trs contens de vous savoir loin des mchans4 ,je n'ai jamais pu deviner comment cet homme avait pu savoir mon nom2 mais cela m'a prouv combien les jacobins avaient d'missaires4 ,heureusement je ne les craignais plus2 j'tais hors de leur excrable puissance4 dfaut de patrie1 j'allais habiter des lieux o fleurissaient les arts1 o rgnait l'urbanit2 j'allais visiter ,rome1 ,naples1 ,berlin1 ,vienne1 ,ptersbourg1 et surtout1 ce que j'ignorais alors1 chre amie1 surtout1 j'allais vous trouver1 vous connatre et vous aimer4 ,,notes ,,et ,,portraits4 ,l',,abb ,,delille4 ,jacques ,delille n'a t toute sa vie qu'un enfant1 le plus aimable1 le meilleur1 et le plus spirituel enfant qu'on puisse voir4 ,on l'appelait chose lgre1 et j'ai toujours t frappe de la justesse de ce mot2 car nul homme plus que lui n'effleurait la vie1 sans s'attacher fortement quoi que ce soit au monde4 ,jouissant de l'heure prsente sans songer l'heure qui devait suivre1 il tait rare qu'il fixt son esprit sur une pense profonde4 ,rien n'tait plus facile qui voulait prendre de l'empire sur lui que de le conduire et de l'entraner3 son mariage en est une bien forte preuve4 ,avec qui n'avait-il pas gmi de la chane qu'il portait1 alors qu'il tait encore temps de la rompre6 ,enfin1 un ami le dcide reprendre sa libert1 et lui offre un asile4 ,delille accepte2 ravi1 tout--fait rsolu1 il demande seulement une heure pour aller se munir de quelques effets4 ,le soir1 cet ami ne le voyant point reparatre1 va le chercher4--,eh bien8--,eh bien6 rpond ,delille1 je l'pouse1 mon ami2 j'espre que tu voudras bien me servir de tmoin4 ,le comte de ,choiseul-,gouffier1 avec qui il tait intimement li1 et qui partait pour la ,grce1 lui avait parl plusieurs fois du dsir qu'il avait de l'emmener avec lui2 cependant rien n'tait convenu1 rien n'tait arrt entre eux pour ce voyage4 ,le jour du dpart1 le comte va chez l'abb et lui dit3 ,je pars l'instant1 venez avec moi1 la voiture est prte4 ,et l'abb monte1 sans avoir fait aucuns prparatifs1 auxquels la vrit ,m4 de ,choiseul avait pourvu4 ,arriv ,marseille1 ,delille se promne sur le rivage1 regarde la mer3 une profonde mlancolie s'empare de lui4 ,je ne pourrai jamais1 se dit-il1 mettre cette immensit entre mes amis et moi2 non1 je n'irai pas plus loin4 ,alors il quitte furtivement ,m4 de ,choiseul1 et va se cacher dans un petit cabaret1 un vritable bouchon1 o il se croit introuvable2 mais1 force de recherches1 ,m4 de ,choiseul le dcouvre1 le ramne et l'embarque avec lui4 loign de ses amis1 il ne les oublia jamais1 et leur donnait souvent de ses nouvelles4 ,il m'crivit plusieurs fois d',athnes2 dans une de ses lettres1 il me disait avoir inscrit mon nom sur le temple de ,minerve2 ce que m'tant rappel ,naples1 je lui crivis1 mon tour1 qu'avec beaucoup plus de raison j'avais crit le sien sur le tombeau de ,virgile4 ,je regretterai toujours la perte que j'ai faite et des lettres de l'abb ,delille1 et de celles que ,m4 de ,vaudreuil m'adressait pendant le voyage qu'il fit en ,espagne avec le comte d',artois1 qui taient pleines de dtails intressans sur ce pays4 ,je confiai le tout mon frre en quittant la ,france1 et dans le temps des visites domiciliaires1 mon frre jugea prudent de brler ces correspondances4 ,l'abb ,delille a pass sa vie dans la haute socit1 dont il faisait le plus brillant ornement4 ,non-seulement il disait ses vers d'une manire ravissante2 mais son esprit si fin1 sa gaiet si naturelle donnaient sa conversation un charme indicible4 ,personne ne contait comme lui2 il faisait les dlices de tous les cercles par mille rcits1 par mille anecdotes1 sans jamais y mler le fiel ou la satire2 aussi peut-on dire que tout le monde l'aimait1 comme on peut dire aussi qu'il aimait tout le monde4 ,ce dernier mrite 7si c'en est un7 tenait en lui1 je pense1 cette faiblesse de caractre dont j'ai dj parl4 ,il ne savait pas plus har que rsister1 et dans l'ordinaire de la vie1 sa facilit tait vraiment rare4 ,vous avait-il promis de venir dner chez vous2 au moment de partir pour s'y rendre1 s'il arrivait une personne qui vnt le chercher1 elle vous l'enlevait1 et vous l'attendiez en vain4 ,je me souviens qu'un jour1 comme nous lui reprochions d'avoir ainsi manqu de parole1 il nous prouva qu'il avait rponse tout3 ,je me persuade1 dit-il1 que celui qui vient me chercher est plus press que celui qui m'attend4 ,il avait des traits de bonhomie qui rappelaient beaucoup ,la ,fontaine4 ,un soir qu'il venait de souper chez moi1 je lui dis3--,l'abb1 il est bien tard2 vous demeurez si loin1 que je m'inquiette de vous voir retourner cette heure-ci1 menant votre cabriolet4--,j'ai toujours la prcaution de porter un bonnet de nuit dans ma poche1 rpondit-il4 ,je lui proposai alors de lui faire tablir un lit dans mon salon4--,non1 non1 dit-il1 j'ai dans votre rue un ami chez lequel je vais coucher trs souvent2 cela ne le gne en rien1 et je puis m'y rendre toute heure4 ,ce qu'il fit aussitt4 ,nul tre ne jouissait autant de la vie1 n'en effleurait davantage tous les charmes3 toujours prt rire1 s'amuser1 ,delille avait une sorte de bonheur qui ressemblait au bonheur d'un enfant4 ,ce mme homme pourtant a dploy la plus grande nergie tant qu'a dur la rvolution4 ,tout le monde sait avec quel glorieux courage il repoussa ,chaumette1 procureur de la commune1 qui lui commandait en #agic une ode la desse de la raison4 ,delille ne pouvait ignorer que son refus tait son arrt de mort1 et c'est alors qu'il fit ce beau dithyrambe sur l'immortalit de l'ame2 il le lut ,chaumette1 et quand il en fut ces vers3 ,oui1 vous qui de l',olympe usurpant le tonnerre1 ,des ternelles lois renversez les autels2 ,lches oppresseurs de la terre1 ,tremblez1 vous tes immortels6 il s'arrta1 regarda le tribun1 et rpta d'une voix forte et assure3 vous aussi1 tremblez1 vous tes immortel4 ,chaumette1 quoique fort interdit1 murmura quelques menaces3--,je suis tout prt1 rpondit ,delille1 je viens de vous lire mon testament4 ,pour cette fois le courage de l'honnte homme eut un heureux succs1 car ,chaumette le quitta pour aller dire ses amis qu'il n'tait pas encore temps de faire mourir ,delille1 que depuis il ne cessa de protger4 ,le pote n'en crut pas moins qu'il tait prudent d'migrer2 il passa en ,angleterre1 o il se vit accueilli et recherch par tout ce qu'on y trouvait de personnes distingues et recommandables4 ,sa muse garda toujours son feu sacr pour ses rois lgitimes4 ,sous le rgne de l'usurpateur qui faisait trembler le monde entier1 il fit paratre son pome de la ,piti1 et rentr en ,france1 il eut le courage1 plus rare peut-tre1 de rsister aux feintes caresses d'un pouvoir absolu4 ,il ne craignit pas de s'exposer la disgrce pour conserver sa propre estime1 l'estime de ses amis et l'admiration gnrale1 dont il a joui jusqu' son dernier jour4 ,,le ,,comte ,,de ,,vaudreuil4 ,n dans un rang lev1 le comte de ,vaudreuil devait encore plus la nature qu' la fortune1 quoique celle-ci l'et combl de tous ses dons4 ,aux avantages que donne une haute position dans le monde il joignait toutes les qualits1 toutes les grces qui rendent un homme aimable2 il tait grand1 bien fait1 son maintien avait une noblesse et une lgance remarquables2 son regard tait doux et fin1 sa physionomie extrmement mobile comme ses ides1 et son sourire obligeant prvenait pour lui au premier abord4 ,le comte de ,vaudreuil avait beaucoup d'esprit1 mais on tait tent de croire qu'il n'ouvrait la bouche que pour faire valoir le vtre1 tant il vous coutait d'une manire aimable et gracieuse2 soit que la conversation ft srieuse ou plaisante1 il en savait prendre tous les tons1 toutes les nuances1 car il avait autant d'instruction que de gaiet2 il contait admirablement1 et je connais des vers de lui que les gens les plus difficiles citeraient avec loge2 mais ces vers n'ont t lus que par ses amis2 il dsirait d'autant moins les rpandre1 qu'il s'est permis d'employer dans quelques-uns l'esprit et la forme de l'pigramme2 il fallait la vrit1 pour qu'il agt ainsi1 qu'une mauvaise action et rvolt son ame noble et pure1 et l'on peut dire que s'il montrait peu de piti pour tout ce qui tait mal1 il s'exaltait vivement pour tout ce qui tait bien4 ,personne ne servait aussi chaudement ceux qui possdaient son estime2 si l'on attaquait ses amis1 il les dfendait avec tant d'nergie que les gens froids l'accusaient d'exagration4--,vous devez me juger ainsi1 rpondit-il une fois un goste de notre connaissance2 car je prends tout ce qui est bon1 et vous ne prenez rien4 ,la socit qu'il recherchait de prfrence tait celle des artistes et des gens de lettres les plus distingus2 il y comptait des amis1 qu'il a toujours conservs1 mme parmi ceux dont les opinions politiques n'taient point les siennes4 ,il aimait tous les arts avec passion1 et ses connaissances en peinture taient trs remarquables4 ,comme sa fortune lui permettait de satisfaire des gots fort dispendieux1 il avait une galerie de tableaux des plus grands matres de diverses coles#bf2 son salon tait enrichi de meubles prcieux et d'ornemens du meilleur got4 ,il donnait frquemment des ftes magnifiques et qui tenaient de la ferie1 au point qu'on l'appelait l'enchanteur2 mais sa plus grande jouissance pourtant tait de soulager les malheureux2 aussi1 combien a-t-il fait d'ingrats6 ,la seule contradiction que l'on pt remarquer dans cet esprit si sain et si droit1 c'est que ,m4 de ,vaudreuil se plaignait trs souvent de vivre la cour1 quand il tait clair pour tous ses amis qu'il n'aurait pu vivre ailleurs4 ,en y rflchissant nanmoins1 je me suis expliqu cette bizarrerie4 ,la belle trempe de son ame faisait de lui un enfant de la nature1 qu'il aimait1 et dont il jouissait trop peu2 son rang l'loignait trop souvent d'un monde dans lequel la solidit de son esprit1 son got pour les arts l'entranaient sans cesse2 puis d'un autre ct il lui plaisait sans doute d'occuper la cour une place si distingue1 qu'il devait son mrite personnel1 son caractre franc et loyal4 ,d'ailleurs il adorait son prince1 monseigneur le comte d',artois1 qu'il n'a jamais flatt et qu'il n'a jamais quitt dans ses malheurs4 ,il est rare qu'une pareille amiti s'tablisse entre deux hommes dont l'un est n si prs d'un trne2 car cette amiti tait rciproque4 ,en #ahad il arriva que ,m4 de ,vaudreuil eut une discussion avec monseigneur le comte d',artois1 et ce sujet il lui crivit une longue lettre dans laquelle il lui disait qu'il lui semblait cruel d'tre ainsi en contradiction aprs trente ans d'amiti4 ,le prince lui rpondit en deux lignes3 ,tais-toi1 vieux fou1 tu as perdu la mmoire1 car il y a quarante ans que je suis ton meilleur ami4 ,pendant l'migration1 et dans un ge avanc1 il se maria en ,angleterre avec une de ses cousines1 trs jeune et trs jolie2 il en eut deux fils1 et fut aussi bon mari que bon pre4 ,de longs malheurs1 la perte entire de sa fortune que la restauration ne lui a point fait recouvrer1 ne sont jamais parvenus l'abattre2 il a conserv le mme coeur et le mme esprit jusqu' son dernier moment4 la restauration1 il avait t nomm gouverneur du ,louvre1 aussi peut-on remarquer qu'il a termin ses jours prs de l'enceinte o sont renferms les chefs-d'oeuvre que pendant sa vie il avait tant admirs4 ,son ame tendre prouvant le besoin d'lever ses affections plus haut que cette terre1 il tait devenu trs pieux1 mais sans aucune bigoterie4 ,ces sentimens ont adouci sa fin1 et il est mort1 entour de ses amis1 dans les bras de son prince chri1 qui ne l'a point quitt4 ,les vers suivans1 adresss ,m4 de ,vaudreuil par le pote ,lebrun1 justifient tout ce que je viens de dire4 ,m4 ,,le ,,comte ,,de ,,vaudreuil4 ,une grce1 une muse1 en effet m'a remis ,les jolis vers dicts par le ,dieu du ,parnasse ,au plus cleste des amis1 ,mcne--,vaudreuil1 qui chante comme ,horace4 ,eh quoi6 l'ennui des cours n'a donc rien qui vous glace8 ,quoi6 votre luth brillant n'est jamais dtendu8 ,vous puisez dans votre ame un art divin de plaire1 ,et vous joignez toujours le bien-dire au bien-faire4 ,horace avec plaisir chez vous s'tait perdu2 ,vous en avez si bien l'esprit et le langage1 ,que par un charmant badinage ,vous me l'avez deux fois rendu4 ,,la ,,comtesse ,,de ,,sabran1 ,,depuis1 ,,marquise ,,de ,,boufflers4 ,j'avais fait connaissance avec elle quelques annes avant la rvolution4 ,elle tait alors fort jolie1 ses yeux bleus exprimaient sa finesse et sa bont4 ,elle aimait les arts et les lettres1 faisait de trs jolis vers1 racontait merveille1 et tout cela sans montrer la moindre prtention quoi que ce soit4 ,son esprit naf et gai avait une simplicit toute gracieuse qui la faisait aimer et rechercher gnralement1 sans qu'elle se prvalt en rien de ses nombreux succs dans le monde4 ,quant aux qualits de son coeur1 il suffira de dire qu'une tendresse extrme pour son fils n'empchait point qu'elle n'et beaucoup d'amis1 auxquels elle est toujours reste fidle et dvoue4 ,madame de ,sabran tait une des femmes que je voyais le plus souvent1 que j'allais chercher et que je recevais chez moi avec le plus de plaisir4 ,prs d'elle1 on n'a jamais connu l'ennui2 aussi fus-je charme dans l'migration de la retrouver en ,prusse4 ,elle tait alors tablie ,rainsberg1 chez le prince ,henri1 de mme que le chevalier de ,boufflers1 qu'elle a depuis pous4 ,rentre en ,france et dans les derniers temps de sa vie1 elle devint aveugle4 ,son fils alors ne la quitta plus2 son bras1 pour ainsi dire tait attach au bras de sa mre1 et vraiment on pouvait envier le sort de ,m4 de ,sabran2 car1 malgr ses souffrances et son ge1 madame de ,boufflers toujours bonne1 toujours aimable1 conservait ce charme qui plat et qui attire tout le monde4 ,je me rappelle que sur la fin de sa vie1 ,forlense1 fameux oculiste1 venant de lui faire l'opration de la cataracte1 elle tait oblige de se tenir dans la plus grande obscurit4 ,un soir1 j'allais la voir1 je la trouve seule1 sans lumire1 je croyais n'y rester qu'un moment2 mais le charme toujours renaissant de cette conversation si piquante1 si pleine d'anecdotes que personne ne savait conter ainsi1 me retint plus de trois heures auprs d'elle4 ,je pensais en l'coutant1 que ne voyant rien1 ne recevant aucune distraction des objets extrieurs1 elle lisait en elle-mme1 si je puis m'exprimer ainsi1 et cette sorte de lanterne magique de choses et d'ides1 qu'elle me retraait avec tant de grce1 me retenait l4 ,je ne la quittai qu' regret1 car jamais je ne l'avais trouve plus aimable4 ,madame de ,boufflers n'a laiss que deux enfans1 son fils1 ,m4 le comte de ,sabran1 bien connu aussi non-seulement par son esprit plein de finesse1 mais encore par des fables charmantes qu'il rcite dans la perfection1 et madame de ,custine1 que j'ai connue dans sa jeunesse et qui ressemblait alors au printemps4 ,elle tait passionne pour la peinture1 et copiait parfaitement les grands matres1 dont elle imitait le coloris et la vigueur1 au point1 qu'en entrant un jour dans son cabinet1 je pris sa copie pour l'original4 ,elle ne cacha point tout le plaisir que lui causait mon erreur2 car elle tait aussi naturelle qu'elle tait aimable et belle4 ,,lebrun ,,le ,,po,,te4 ,je ne crois pas avoir eu pour aucun auteur vivant autant d'admiration que j'en avais pour ,lebrun1 qui s'tait lui-mme surnomm ,pindare4 ,le caractre grandiose de ses posies excitait tellement mon enthousiasme que j'avais pris pour le pote une vritable amiti4 ,tout prodigieux qu'tait l'orgueil de cet homme1 je le trouvais si naturel qu'il ne me venait point en tte que le ridicule dt jamais s'y attacher4 ,ainsi1 le jour o ,lebrun termina son ode exegi monumentum et qu'il nous la fit entendre il put arriver ces vers3 ,comme un cdre aux vastes ombrages1 ,mon nom1 croissant avec les ges1 ,rgne sur la postrit4 ,sicles1 vous tes ma conqute2 ,et la palme qui ceint ma tte ,rayonne d'immortalit4 sans que personne de nous y trouvt rien dire1 sinon3 c'est superbe6 c'est vrai6 ,lebrun venait trs souvent chez moi2 je n'arrangeais pas la plus petite runion que je ne l'invitasse un des premiers1 et mon admiration pour son talent me le faisait aimer au point1 que je ne pouvais souffrir que l'on dt du mal de lui4 ,un jour1 j'avais quelques personnes dner2 j'entendis attaquer sa moralit de la faon la plus grave4 ,on disait1 entre autres choses1 qu'il avait vendu sa femme au prince de ,conti4 ,on sent bien que je n'en voulus rien croire2 j'tais furieuse3--,ne m'a-t-on pas aussi calomnie8 disais-je dans ma colre4 ,voyez toutes les absurdits que l'on dbite sur moi au sujet de ,m4 de ,calonne8 ,ce que vous dites n'est pas plus vrai1 j'en suis certaine4 ,enfin voyant que je ne parvenais pas dissuader les accusateurs1 je pris le parti de quitter la table pour aller pleurer dans ma chambre coucher4 ,doyen arrive1 il me trouve en larmes4--,eh qu'avez-vous donc1 mon enfant8 dit-il4--,je n'ai pu tenir avec ces messieurs1 rpondis-je1 ils calomnient ,lebrun d'une manire horrible4 ,et je lui racontai ce qui s'tait dit4 ,doyen sourit4--,je ne prtends pas1 reprit-il1 que tout ceci soit vrai2 mais vous tes trop jeune1 ma chre amie1 pour savoir que la plupart des beaux esprits ont tout la maison de campagne1 et rien la maison de ville1 autrement dit1 tout dans la tte et rien dans le coeur4 ,plus tard1 je me suis rappel bien des fois ce mot de ,doyen4 ,lorsque j'ai connu ,lebrun1 il tait fort pauvre1 et toujours vtu comme un misrable4 ,m4 de ,vaudreuil1 qui n'avait pas tard s'enflammer avec raison pour son beau talent1 lui envoya1 sans se faire connatre1 un grand coffre1 rempli de linge et d'habits4 ,je ne sais si le pote est parvenu deviner l'auteur de ce don anonyme2 mais la rvolution venue1 il est de fait qu'il n'a jamais vocifr contre ,m4 de ,vaudreuil autant qu'il vocifrait contre beaucoup d'autres4 la vrit1 ,m4 de ,vaudreuil ne ngligeait aucune occasion de le faire connatre et de rpandre sa rputation4 ,lebrun n'avait encore rien imprim1 que le comte1 ravi de l'ode sur les ,courtisans1 parla de cette ode la reine1 qui lui marqua quelque dsir de la connatre4 ,m4 de ,vaudreuil s'empressa de l'apporter et de la lire ,sa ,majest4 ,quand il eut fini3 ,savez-vous1 lui dit la reine1 qu'il nous te notre enveloppe8 ,m4 de ,vaudreuil me rapporta cette rflexion si juste3 elle me frappa beaucoup plus qu'elle ne l'avait frapp lui-mme2 car il ne voulait voir dans tout cela que de la philosophie potise1 tandis que ,lebrun et ses pareils prchaient pour l'avenir4 ,la preuve en est que1 pendant la rvolution1 ce ,pindare devint atroce4 ,ses strophes sur la mort du roi et de la reine sont infernales4 ,pour la honte de sa mmoire1 je voudrais qu'elles fussent imprimes en face du quatrain compos par lui1 le jour o le roi lui fit une pension1 et qui finit ainsi3 ,larmes que n'avait pu m'arracher le malheur1 ,coulez pour la reconnaissance4 ,bien loin de l1 l'aimable et bon ,m4 ,desprs a supprim1 dans le nouveau recueil des posies de ,lebrun1 toutes les horreurs1 esprant sans doute les faire oublier jamais4 ,pour moi1 j'aime mieux que justice soit faite1 et cela quel que soit le talent de l'homme4 ma rentre en ,france1 ,lebrun vivait encore2 mais ni lui ni moi n'avons jamais dsir nous revoir4 ,,champfort4 ,de tous les gens de lettres qui venaient chez moi1 il en tait un que j'ai toujours dtest1 comme par inspiration de l'avenir3 c'tait ,champfort4 ,je le recevais pourtant trs souvent1 par complaisance pour quelques-uns de mes amis1 notamment pour ,m4 de ,vaudreuil dont il avait gagn le coeur1 d'autant plus qu'il tait malheureux4 ,sa conversation tait fort spirituelle1 mais cre1 pleine de fiel et sans aucun charme pour moi1 qui1 du reste1 son cynisme et sa salet dplaisaient souverainement4 ,son vritable nom tait ,nicolas2 il le changea sur le conseil de ,m4 de ,vaudreuil1 qui dsirait le pousser dans le monde1 et mme la cour s'il tait possible4 ,m4 de ,vaudreuil l'avait parfaitement log chez lui1 et vivant presque toujours ,versailles1 en son absence1 il faisait servir une table pour ,champfort et ceux qu'il plaisait ,champfort d'inviter4 ,enfin1 il traitait cet homme comme un frre2 et cet homme1 quand ses amis les rvolutionnaires lui reprochaient plus tard d'avoir vcu dans la maison d'un ci-devant noble1 rpondait lchement3 ,que voulez-vous8 j'tais ,platon la cour du tyran ,denis4 ,je vous demande quel tyran c'tait que ,m4 de ,vaudreuil6 mais aussi quel ,platon tait-ce que ,champfort6 ,des liaisons intimes avec ,mirabeau1 et par-dessus tout1 l'envie des grands1 qui1 de tout temps1 avait rong son ame1 n'avait pas tard faire de ,champfort un partisan nergumne de la rvolution4 ,oubliant1 ou plutt se rappelant1 qu'il avait t secrtaire des commandemens de ,m4 le prince de ,cond et de madame lisabeth1 qui tous deux l'avaient combl de bienfaits1 on sait qu'il se montra un des plus ardens ennemis du trne et de la noblesse4 ,en dpit du proverbe1 qui prtend que les loups ne se mangent point entre eux1 ,champfort fut mis en prison par les hommes qu'avaient si bien servis sa voix et sa plume2 et comme on venait l'arrter une seconde fois1 aprs qu'il en fut sorti1 il se coupa la gorge avec son rasoir4 ,,la ,,marquise ,,de ,,grollier4 ,madame de ,grollier1 quoiqu'elle rechercht peu le monde1 tait connue de toute la haute socit1 dont elle faisait le charme et l'ornement par son esprit suprieur4 ,l'ducation qu'elle avait reue tait fort au-dessus de celle que reoivent habituellement les femmes3 elle savait le grec1 le latin1 et connaissait parfaitement les matres classiques2 mais dans un salon1 elle ne montrait jamais que son esprit et cachait son savoir4 ,une personne mdiocre peut se prvaloir avec orgueil de quelque lgre instruction2 madame de ,grollier1 toujours simple1 toujours naturelle1 n'annonait aucune prtention et n'avait aucune pdanterie4 ,dans les premiers temps de mon mariage1 j'allais fort rarement dans le monde1 je prfrais aux nombreuses runions les trs petits comits de la marquise de ,grollier2 il m'arrivait mme souvent1 ce que j'aimais beaucoup mieux1 de passer ma soire entire seule avec elle4 ,sa conversation1 toujours anime1 tait riche d'ides1 pleine de traits1 et pourtant on ne pourrait citer parmi tant de bons mots qui lui chappaient sans cesse1 un seul mot qui ft entach de mdisance2 ceci est d'autant plus remarquable1 que cette femme si suprieure devait son tact1 l'extrme finesse de son esprit1 une parfaite connaissance des hommes1 et qu'elle tait un peu misanthrope2 plus d'une fois ses discours m'en fournissaient la preuve2 par exemple1 elle avait un chien qui1 lorsqu'elle fut devenue sourde et aveugle1 faisait le bonheur de tous ses instans2 j'en avais un aussi que j'aimais beaucoup4 ,un jour que nous nous entretenions ensemble de l'attachement et de la fidlit de nos deux petites btes3--,je voudrais1 dis-je1 que les chiens pussent parler1 ils nous diraient de si jolies choses6--,s'ils parlaient1 ma chre1 rpondit-elle1 ils entendraient1 et seraient bientt corrompus4 ,madame de ,grollier peignait les fleurs avec une grande supriorit4 ,bien loin que son talent ft ce qu'on appelle un talent d'amateur1 beaucoup de ses tableaux pourraient tre placs cot de ceux de ,wanspeudev1 dont elle tait l'lve2 elle parlait peinture merveille1 comme elle parlait de tout1 au reste1 car je ne suis jamais sortie du salon de madame de ,grollier1 sans avoir appris quelque chose d'intressant ou d'instructif2 aussi je ne la quittais qu'avec regret1 et j'avais tellement l'habitude d'aller chez elle1 que mon cocher m'y menait sans que je lui dise rien1 ce qu'elle m'a bien souvent rappel d'un air tout aimable4 ,comme il faut des ombres aux tableaux1 quelques personnes ont reproch madame de ,grollier de l'exagration dans ses sentimens et dans ses opinions4 ,il est bien certain que sur toute espce de choses1 elle avait un peu d'exaltation dans l'esprit2 mais il en rsultait tant de gnrosit de coeur1 tant de noblesse d'me1 qu'elle a d cette faon d'tre des amis vritables et dvous1 qui lui sont rests fidles jusqu' son dernier jour4 ,personne d'ailleurs1 n'avait autant que madame de ,grollier1 ce charme dans les manires1 ce ton parfait1 que l'on ne connat plus aujourd'hui et qui semble avoir fini avec elle2 car hlas6 elle a fini1 et cette pense est une des bien tristes penses de ma vie2 elle a fini1 jouissant encore des hautes facults de son esprit4 ,j'ai su que peu d'instans avant d'expirer1 elle se souleva sur son sant1 et les yeux levs au ciel1 ses cheveux blancs pars1 elle adressa ,dieu une prire qui fit fondre en larmes et saisit d'admiration tous ceux qui l'coutaient4 ,elle pria pour elle1 pour son pays1 pour cette restauration qu'elle croyait devoir assurer le bonheur des ,franais4 ,elle parla long-temps comme ,homre1 comme ,bossuet1 et rendit le dernier soupir4 ,,madame ,,de ,,genlis4 ,j'ai connu madame de ,genlis avant la rvolution4 ,elle vint me voir1 me prsenta aux jeunes princes d',orlans1 dont elle faisait l'ducation1 puis1 peu de temps aprs1 elle m'amena ,pamla1 qui me parut aussi jolie qu'on peut l'tre4 ,madame de ,genlis tait coquette pour cette jeune personne1 dont elle cherchait faire valoir les charmes4 ,je me rappelle qu'elle lui faisait prendre diffrentes attitudes1 lever les yeux au ciel1 donner son beau visage diverses expressions1 et quoique tout cela ft fort agrable voir1 il me parut qu'une aussi profonde tude de coquetterie pourrait profiter beaucoup trop l'colire4 ,la conversation de madame de ,genlis m'a toujours sembl prfrable ses ouvrages1 quoiqu'elle en ait fait de charmans1 notamment ,mademoiselle de ,clermont1 que je regarde comme son chef-d'oeuvre4 ,mais lorsqu'elle causait1 son langage avait un certain abandon1 et sur plusieurs points une certaine franchise1 qui manquent ses crits4 ,elle racontait d'une manire ravissante1 et pouvait raconter beaucoup2 car nul1 je crois1 n'avait vu1 soit la cour1 soit la ville1 plus de personnes et plus de choses qu'elle n'en avait vues4 ,ses moindres discours avaient un charme dont il est difficile de donner l'ide4 ,ses expressions avaient tant de grce1 le choix de tous ses mots tait de si bon got1 qu'on aurait voulu pouvoir crire ce qu'elle disait4 ,au retour de mes voyages1 elle vint un matin chez moi1 et comme elle m'avait annonc sa visite1 j'en avertis plusieurs personnes de ma connaissance1 dont quelques-unes n'aimaient point madame de ,genlis4 peine eut-elle caus1 pendant une demi-heure1 qu'amis1 ennemis1 tout tait ravi1 et comme enchant par cette conversation si brillante4 ,madame de ,genlis n'a jamais d tre prcisment jolie2 elle tait assez grande et trs bien faite2 elle avait beaucoup de physionomie1 le regard et le sourire trs fin4 ,je pense que sa figure aurait pris difficilement l'expression de la bont2 mais elle prenait toute autre expression avec une mobilit prodigieuse4 ,,madame ,,de ,,verdun4 ,sans tre clbre comme la femme dont je viens de parler1 madame de ,verdun peut tre cite pour son esprit si fin et si naturel la fois4 ,la bont1 la gaiet de son caractre la faisaient rechercher gnralement1 et je puis regarder comme un bonheur de ma vie1 qu'elle ait t ma premire et qu'elle soit encore ma meilleure amie4 ,son mari tait fermier-gnral3 c'tait un homme froid en apparence1 mais plein d'esprit et de bont1 et qui ne pouvait voir des malheureux sans se presser de les secourir4 ,il tait propritaire du chteau de ,colombes1 prs ,paris4 ,ce chteau avait anciennement t habit par la reine ,henriette d',angleterre2 les murs des salons et des galeries taient presque tous peints par ,simon ,vouet2 mais l'humidit avait terni ces peintures remarquables1 et ,m4 de ,verdun1 trs amateur et connaisseur1 ayant entrepris de les faire rparer1 y russit parfaitement4 ,je suis alle fort souvent habiter ce chteau plusieurs jours de suite4 ,m4 et madame de ,verdun y runissaient la socit la plus aimable1 compose d'artistes1 de gens de lettres et d'hommes spirituels4 ,carmontel1 ami intime des matres de la maison1 nous tait d'une ressource extrme2 il nous faisait jouer ses ,proverbes4 ,d'ailleurs la conversation habituelle ne permettait pas que l'ennui nous gagnt1 tant elle tait vive et anime4 ,il serait inutile aujourd'hui de chercher retrouver les jouissances qui provenaient alors du charme de la conversation4 ,l'abb ,delille m'crivait ,rome3 ,la politique a tout perdu2 on ne cause plus ,paris4 mon retour en ,france1 en effet1 je ne me suis que trop assure de cette vrit4 ,entrez dans quelque salon que ce soit1 vous trouverez les femmes billant en cercle1 et les hommes1 dans un coin du salon1 se disputant sur telle et telle loi2 mais nous avons vu finir1 comme tant d'autres choses1 ce qu'on appelait la conversation1 c'est--dire un des plus grands charmes de la socit franaise4 ,la rvolution vint mettre fin tous les plaisirs de ,colombes4 ,comme on savait ,m4 de ,verdun fort riche1 on ne tarda pas le mettre en prison1 et l'on peut juger du dsespoir de sa femme qui l'adorait4 ,il faut dire l'honneur de l'humanit1 qu'aussitt que la nouvelle de sa dtention fut arrive ,colombes1 les paysans s'assemblrent et vinrent tous ,paris rclamer en pleurant leur bienfaiteur4 ,cette dmarche empcha les autorits d'oser le mettre mort2 nanmoins il restait toujours prisonnier1 quand ces braves gens revinrent une seconde fois1 et renouvelrent leur demande avec tant d'instance1 qu'ils obtinrent enfin sa libert4 ,madame de ,verdun1 en apprenant cette nouvelle1 prouva une si grande joie1 qu'elle en perdit la tte1 au point qu'elle envoya chercher deux fiacres pour aller prendre son mari dans la prison1 pensant arriver plus vite ainsi4 ,,robert4 ,robert1 peintre en paysage1 excellait surtout reprsenter des ruines2 ses tableaux dans ce genre1 peuvent tre placs ct de ceux de ,jean-,paul ,paunini4 ,il tait de mode1 et trs magnifique1 de faire peindre son salon par ,robert2 aussi le nombre des tableaux qu'il a laisss est-il vraiment prodigieux4 ,il s'en faut bien1 la vrit1 que tous soient de la mme beaut2 ,robert avait cette extrme facilit qu'on peut appeler heureuse1 qu'on peut appeler fatale3 il peignait un tableau aussi vite qu'il crivait une lettre2 mais quand il voulait captiver cette facilit1 ses ouvrages ditent souvent parfaits4 ,on en connat de lui qui font trs bien pendant ceux de ,vernet4 ,de tous les artistes que j'ai connus1 ,robert tait le plus rpandu dans le monde1 que du reste il aimait beaucoup4 ,amateur de tous les plaisirs1 sans en excepter celui de la table1 il tait recherch gnralement1 et je ne crois pas qu'il dnt chez lui trois fois dans l'anne4 ,spectacles1 bals1 repas1 concerts1 parties de campagne1 rien n'tait refus par lui2 car tout le temps qu'il n'employait point au travail1 il le passait s'amuser4 ,il avait de l'esprit naturel1 beaucoup d'instruction1 sans aucune pdanterie1 et l'intarissable gaiet de son caractre le rendait l'homme le plus aimable qu'on pt voir en socit4 ,de tout temps ,robert avait t renomm pour son adresse tous les exercices du corps1 et dans un ge fort avanc il conservait encore les gots de sa jeunesse4 soixante ans passs1 quoiqu'il ft devenu fort gros1 il tait rest si leste qu'il courait mieux que personne dans une partie de barres1 jouait la paume1 au ballon et nous rjouissait par des tours d'colier qui nous faisaient rire aux larmes4 ,un jour1 par exemple1 ,colombes1 il traa sur le parquet du salon une longue raie avec du blanc d',espagne2 puis1 costum en saltimbanque1 un balancier dans les mains1 il se mit marcher gravement1 courir sur cette ligne1 imitant si bien les attitudes et les gestes d'un homme qui danse sur la corde1 que l'illusion tait parfaite1 et qu'on n'a rien vu d'aussi drle4 tant lve l'acadmie de ,rome1 ,robert avait au plus vingt ans1 lorsqu'il paria six cahiers de papier gris avec ses camarades1 qu'il monterait tout seul au plus haut du ,colyse4 ,l'tourdi1 bien qu'en risquant mille fois sa vie1 parvint en effet jusqu'au fate2 mais lorsqu'il lui fallut descendre1 n'ayant plus les saillies de pierres qui l'avaient aid monter1 on fut oblig de lui jeter par une des fentres une corde qu'il saisit1 laquelle il s'attacha1 et1 lanc dans l'espace1 il eut le bonheur qu'on russt le faire rentrer dans l'intrieur du monument4 ,le seul rcit de ce tour de force fait dresser les cheveux4 ,robert est le seul homme qui ait jamais os le tenter1 et cela pour six cahiers de papier gris6 ,c'est encore ,robert qui s'est perdu ,rome dans les catacombes1 et que l'abb ,delille a chant dans son pome de l',imagination4 ,madame de ,grollier1 qui1 comme nous1 connaissait par ,robert l'aventure des catacombes1 aprs avoir entendu les vers de l'abb ,delille1 disait3--,l'abb ,delille m'a fait plus de plaisir1 mais ,robert plus de peur4 ,le bonheur dont fut accompagne toute la vie de ,robert semble avoir prsid aussi sa mort4 ,le bon1 le joyeux artiste n'a point prvu sa fin1 n'a point endur les angoisses de l'agonie2 il tait fort bien portant1 et tout habill pour aller dner en ville2 madame ,robert1 qui venait elle-mme de terminer sa toilette1 passa dans l'atelier de son mari pour l'avertir qu'elle tait prte1 et le trouva mort1 frapp d'un coup d'apoplexie foudroyante4 ,,la ,,duchesse ,,de ,,polignac4 ,il n'est point de calomnie1 point d'horreurs que l'envie et la haine n'aient inventes contre la duchesse de ,polignac2 tant de libelles ont t crits pour la perdre1 que1 joints aux vocifrations des rvolutionnaires1 ils ont d laisser dans l'esprit de quelques gens crdules1 l'ide que l'amie de ,marie-,antoinette tait un monstre4 ,ce monstre1 je l'ai connu3 c'tait la plus belle1 la plus douce1 la plus aimable femme qu'on pt voir4 ,quelques annes avant la rvolution1 la duchesse de ,polignac vint chez moi1 et j'ai fait plusieurs fois son portrait de mme que celui de sa fille1 la duchesse de ,guiche#bg4 ,madame de ,polignac avait l'air si jeune qu'on pouvait la croire soeur de sa fille1 et toutes deux taient les plus jolies femmes de la cour4 ,madame de ,guiche aurait parfaitement servi de modle pour reprsenter une des ,grces2 quant sa mre1 je n'essaierai pas de dpeindre sa figure2 cette figure tait cleste4 ,la duchesse de ,polignac joignait sa beaut vraiment ravissante1 une douceur d'ange1 l'esprit la fois le plus attrayant et le plus solide4 ,tous ceux qui l'ont connue intimement peuvent dire que l'on s'expliquait bien vite comment la reine l'avait choisie pour amie1 car elle tait vritablement l'amie de la reine2 elle dut ce titre celui de gouvernante des enfans de ,france3 aussitt1 la rage de toutes celles qui dsiraient cette place ne lui laissa plus de repos2 mille calomnies atroces furent lances sur elle4 ,il m'est arriv souvent d'entendre discourir les personnes de la cour qui lui taient opposes1 et j'avoue que je m'indignais d'une mchancet si noire et si persvrante4 ,ce qu'aucun courtisan ne pouvait croire1 quoique ce ft l'exacte vrit1 c'est que madame de ,polignac n'avait point envi la place qu'elle occupait3 il se peut que sa famille se rjouit de l'y voir leve2 mais elle-mme n'avait cd qu' son respect pour le dsir de la reine et aux instances ritres du roi2 ce qu'elle ambitionnait avant tout1 c'tait sa libert1 au point que la vie de la cour ne lui convenait nullement2 indolente1 paresseuse1 le repos aurait fait ses dlices1 et les devoirs de sa place lui semblaient le plus lourd fardeau4 ,un jour que je faisais son profil ,versailles1 il ne se passait pas cinq minutes sans que notre porte s'ouvrt2 on venait lui demander ses ordres1 et mille choses qu'il fallait pour les enfans4--,eh6 bien1 me dit-elle enfin d'un air1 accabl1 tous les matins ce sont les mmes demandes1 je n'ai pas un instant moi jusqu' l'heure du dner1 et le soir d'autres fatigues m'attendent4 ,au chteau de la ,muette1 dans lequel elle passa la belle saison1 elle jouissait d'un peu plus de libert4 ,les enfans de ,france s'y plaisaient extrmement1 et elle y donnait de petits bals sans prtention o l'on s'amusait beaucoup4 ,c'est l qu'elle est accouche du comte ,melchior de ,polignac1 en mme temps que sa fille accouchait du duc de ,guiche actuel4 ,peu de temps avant la rvolution1 elle supplia le roi d'accepter sa dmission qu'il ne voulut pas recevoir2 toutefois1 sa sant l'obligeant se soigner1 elle obtint d'aller prendre des bains renomms en ,angleterre1 et elle partit1 dans la ferme intention de quitter sa place son retour2 mais j'ai su positivement que le roi1 effray du chagrin qu'allait prouver la reine1 se mit ses genoux pour obtenir qu'elle restt gouvernante des enfans de ,france4 ,on sent bien qu'une faveur aussi clatante1 aussi soutenue1 excitait la fureur des envieux4 ,un redoublement de haine s'leva contre la favorite2 il servit merveilleusement la rvolution qui s'avanait1 et qui vint bientt frapper et les ,polignac et leurs ennemis4 ,,le ,,prince ,,de ,,ligne ,c'est ,bruxelles que j'ai fait connaissance avec le prince de ,ligne2 mais lorsqu'il vint en ,france1 peu d'annes avant la rvolution1 nous nous revmes tous deux avec tant de plaisir1 qu'il passait un grand nombre de ses soires chez moi4 ,lorsque lui1 l'abb ,delille1 le marquis de ,chastellux1 le comte de ,vaudreuil1 le vicomte de ,sgur1 et quelques autres encore de ce temps-l1 se trouvaient runis autour de mon feu1 il s'tablissait une causerie si anime1 si intressante1 que nous ne nous sparions jamais qu'avec peine4 ,madame de ,stal a dit du prince de ,ligne3 ,il est peut-tre le seul tranger qui dans le genre franais soit devenu modle1 au lieu d'tre imitateur6 ,et dans un autre endroit3 ,les hommes1 les choses et les vnemens ont pass devant le prince de ,ligne2 il les a jugs sans vouloir leur imposer le despotisme d'un systme1 il sut mettre tout du naturel6 ,ce naturel1 dont madame de ,stal tait si bon juge1 car elle en avait beaucoup elle-mme1 tait un des premiers charmes de l'esprit du prince de ,ligne4 ,cette brillante imagination1 ces aperus si fins1 si justes sur toutes choses1 ces bons mots1 qui partaient sans cesse pour courir aussitt l',europe1 rien n'avait pu donner au prince de ,ligne la moindre prtention se faire couter2 ses discours et ses manires conservaient tant de simplicit1 qu'un sot aurait pu le croire un homme ordinaire4 ,le prince de ,ligne tait grand1 il avait une extrme noblesse dans le maintien1 sans aucune roideur1 sans aucune affterie2 tout le charme de son esprit se peignait si bien sur sa figure1 que j'ai peu connu d'hommes dont le premier aspect ft aussi sduisant1 et la bont de son coeur ne tardait pas vous attacher lui pour toujours2 il tait la fois brave et savant militaire4 ,dans tous les pays de l',europe1 ses profondes connaissances sur l'art de la guerre ont t apprcies1 et l'amour de la gloire l'a toujours domin2 en revanche1 il poussait l'excs son indiffrence pour sa fortune2 non-seulement son extrme gnrosit l'a de tout temps entran dans des dpenses normes1 sans qu'il consentt jamais compter2 mais quand je le retrouvai ,vienne1 en #agib1 il entra un soir chez madame de ,rombech1 pour nous apprendre que les ,franais venaient de s'emparer de tous les biens qu'il possdait en ,flandre 7en ,belgique71 et il nous parut trs peu affect de cette nouvelle3 ,je n'ai plus que deux louis1 ajouta-t-il d'un air dgag3 qui donc paiera mes dettes8 ,une perte bien autrement douloureuse pour lui1 la seule qui l'ait profondment afflig1 a t celle de son fils ,charles2 ce jeune homme1 plein de valeur1 est mort glorieusement au combat de ,boux1 en ,champagne2 le coup qui le frappa1 frappa de mme le prince de ,ligne1 qui en perdit jamais sa gaiet et tout le plaisir qu'il prenait vivre4 ,tout le monde connat les ,mmoires et les ,lettres du prince de ,ligne1 dont le style1 ce style parl1 comme dit madame de ,stal1 offre un charme tout particulier4 ,parmi les lettres1 celles que je prfre sont celles qu'il adressait la marquise de ,coigny pendant son voyage en ,crime avec l'impratrice ,catherine1 voyage dont il nous a fait si souvent des rcits2 elles le font revivre pour moi1 surtout celle qu'il crivit de ,parthenizza3 cette lettre est remplie d'ides la fois si spirituelles et si philosophiques1 elle peint si bien l'esprit et l'ame du prince de ,ligne1 qu'elle me fait l'effet d'un prisme moral4 ,j'ai relu cette lettre dix fois1 et j'espre bien la relire encore4 ,,la ,,comtesse ,d',,houtetot4 ,j'ai connu la comtesse d',houtetot long-temps avant la rvolution2 elle s'entourait alors de tout ce qu'il y avait ,paris d'hommes d'esprit et d'artistes clbres4 ,comme j'avais un grand dsir de la voir1 madame de ,verdun1 mon amie1 qui la connaissait intimement1 me conduisit ,sannois1 o madame d',houtetot avait une maison1 et me fit inviter passer la journe4 ,je savais qu'elle n'tait point jolie1 mais d'aprs la passion qu'elle avait inspire ,j4-,j4 ,rousseau1 je pensai au moins lui trouver un visage agrable2 je fus donc bien dsappointe en la voyant si laide1 qu'aussitt son roman s'effaa de mon imagination2 elle louchait d'une telle manire1 qu'il tait impossible lorsqu'elle vous parlait de deviner si c'tait vous que s'adressaient ses paroles2 dner1 je croyais toujours qu'elle offrait une autre personne ce qu'elle m'offrait1 tant son regard tait quivoque2 il faut dire toutefois que son aimable esprit pouvait faire oublier sa laideur4 ,madame d',houtetot tait bonne1 indulgente1 chrie avec raison de tous ceux qui la connaissaient1 et comme je l'ai toujours trouve digne d'inspirer les sentimens les plus tendres1 j'ai fini par croire aprs tout1 qu'elle a pu inspirer l'amour4 ,,le ,,mar,,chal ,,de ,,biron1 ,,le ,,mar,,chal ,,de ,,brissac4 ,la figure1 la taille1 la contenance de ces deux vieux soutiens de la monarchie franaise1 sont si bien restes dans ma mmoire1 qu'aujourd'hui je pourrais les peindre tous deux de souvenir4 ,ayant entendu parler du superbe jardin de l'htel de ,biron1 que l'on disait rempli des fleurs les plus rares1 je fis demander au marchal la permission de m'y promener3 il me l'accorda1 et je me rendis un matin chez lui avec mon frre4 ,malgr son grand ge 7il avait1 je crois1 quatre-vingt-quatre ans7 et ses infirmits1 le marchal de ,biron1 marchant avec peine1 vint au-devant de moi3 il descendit son large perron pour me donner la main quand je sortis de ma voiture1 puis s'excusa beaucoup de ne pouvoir me faire les honneurs de son jardin4 ,ma promenade finie1 je revins au salon1 o le marchal me retint longtemps2 il causait avec grce et facilit1 parlant du temps pass de manire m'intresser beaucoup4 ,quand je retournai ma voiture1 il voulut absolument me donner la main jusqu'au bas de son perron1 et le corps droit1 la tte nue1 il attendit pour rentrer dans la maison qu'il m'et vue partir2 cette galanterie dans un homme plus qu'octognaire me parut charmante4 ,le marchal de ,biron est mort en #aghhbh2 il n'eut pas la douleur d'tre tmoin de la dfection des gardes franaises3 il avait tabli dans ce corps une discipline extrmement svre1 que le duc du ,chtelet1 qui lui succda1 venait de relcher beaucoup trop quand la rvolution arriva4 ,pour le marchal de ,brissac1 je ne l'ai vu qu'aux ,tuileries1 o il se promenait trs souvent3 il paraissait bien g1 mais il se tenait fort droit1 et marchait encore comme un jeune homme2 son costume le faisait remarquer2 car il portait toujours ses cheveux natts1 qui formaient deux queues tombant derrire la tte1 l'habit long1 trs ample1 avec une ceinture au bas de la taille1 et des bas coins brods en or rouls sur ses genoux2 une toilette aussi antique ne lui donnait rien de grotesque1 il avait l'air extrmement noble1 et l'on croyait voir un courtisan sortant des salons de ,louis ,,xiv4 ,,monsieur ,,de ,,talleyrand4 ,champfort m'amena un matin ,m4 de ,talleyrand1 alors l'abb de ,prigord2 son visage tait gracieux1 ses joues trs rondes1 et1 quoiqu'il fut boteux1 il n'en tait pas moins fort lgant et cit comme un homme bonnes fortunes2 il ne me dit que quelques mots sur mes tableaux2 j'eus des raisons de croire alors qu'il voulait savoir si j'avais autant de luxe et de magnificence qu'on le disait1 et que ,champfort l'amenait pour le convaincre du contraire4 ,ma chambre coucher1 la seule pice o je pusse recevoir1 tait meuble avec une simplicit extrme1 et ,m4 de ,talleyrand peut se le rappeler aujourd'hui aussi bien que beaucoup d'autres personnes4 ,jamais1 je crois1 ,m4 de ,talleyrand n'est revenu chez moi2 mais je l'ai revu quelque temps ,gennevilliers1 o il est venu dner chez le comte de ,vaudreuil1 et plus tard aussi1 quand je suis rentre en ,france2 alors il tait mari avec madame ,grant1 trs jolie femme dont j'avais fait le portrait avant la rvolution2 c'est d'elle qu'on raconte une aventure assez plaisante3 ,m4 de ,talleyrand1 donnant dner ,denon1 qui venait d'accompagner ,bonaparte en gypte1 engagea sa femme lire quelques pages de l'histoire du clbre voyageur auquel il dsirait qu'elle pt adresser un mot aimable2 il ajouta qu'elle trouverait le volume sur son bureau2 madame de ,talleyrand obit1 mais elle se trompe1 et lit une assez grande partie des aventures de ,robinson-,cruso2 table1 la voil qui prend l'air le plus gracieux et dit ,denon3 ,ah6 monsieur1 avec quel plaisir je viens de lire votre voyage6 qu'il est intressant1 surtout quand vous rencontrez ce pauvre ,vendredi6 ,dieu sait ces mots quelle figure1 a d faire ,denon1 et surtout ,m4 de ,talleyrand8 ,ce petit fait a couru l',europe1 et peut-tre n'est-il pas vrai2 mais ce qui l'est incontestablement1 c'est que madame de ,talleyrand avait fort peu d'esprit2 sous ce rapport1 la vrit1 son mari pouvait payer pour deux4 ,,le ,,docteur ,,franklin4 ,je vis pour la premire fois le docteur ,franklin lorsque je faisais le portrait de ,monsieur1 depuis ,louis ,,xviii2 il venait avec les autres ambassadeurs faire sa visite de cour2 je fus frappe de son extrme simplicit3 il tait vtu d'un habit gris tout uni1 ses cheveux plats1 sans poudre1 tombaient sur ses paules1 et si ce n'et t son noble visage1 je l'aurais pris pour un gros fermier1 tant il faisait contraste avec les autres diplomates1 qui tous taient poudrs1 en grande tenue1 et chamarrs d'or et de cordons4 ,nul homme ,paris n'tait plus la mode1 plus recherch que le docteur ,franklin2 la foule courait aprs lui dans les promenades et les lieux publics2 les chapeaux1 les cannes1 les tabatires1 tout tait la ,franklin1 et l'on regardait comme une bonne fortune d'tre invit un dner o se trouvait ce clbre personnage4 ,je puis dire toutefois qu'il ne suffisait pas de se rencontrer avec lui1 ft-ce mme trs frquemment1 pour satisfaire la curiosit qu'il excitait2 je l'ai beaucoup vu chez madame ,brion1 qui habitait constamment ,passy2 ,franklin passait l toutes ses soires2 madame ,brion et ses deux filles faisaient de la musique1 qu'il semblait couter avec plaisir1 mais dans les intervalles des morceaux1 je ne lui ai jamais entendu dire un seul mot1 et j'tais tente de croire que le docteur tait vou au silence4 ,,le ,,prince ,,de ,,nassau4 ,je n'tais pas encore marie quand le prince de ,nassau1 qui tait jeune alors1 me fut prsent par l'abb ,giroux3 il me demanda son portrait1 que je fis en pied1 d'une trs petite dimension et l'huile4 ,le prince de ,nassau1 surnomm l'invulnrable par le prince de ,ligne1 tait dj connu par des actions d'clat tellement hroques1 qu'on pourrait les croire fabuleuses2 sa vie entire offre une suite d'aventures1 toutes plus surprenantes les unes que les autres3 il avait peu prs vingt ans lorsqu'il suivit ,bougainville dans le voyage autour du monde1 et s'enfona dans les dserts1 o l'intrpidit qu'il dploya lui valut le surnom de dompteur de monstres2 depuis1 vainqueur1 sur mer1 vainqueur sur terre1 il s'est1 je crois1 battu contre toutes les nations du globe2 toujours guerroyant1 toujours en activit1 il a couru le monde d'une extrmit l'autre2 aussi disait-on qu'il fallait lui adresser ses lettres sur les grands chemins4 ,rien dans la figure et dans tout l'aspect du prince de ,nassau n'annonait le hros d'une histoire aventureuse3 il tait grand1 bien fait1 avait des traits rguliers avec une grande fracheur de carnation2 mais l'extrme douceur et le calme habituel de sa physionomie ne laissaient prsumer ni tant de hauts faits1 ni cette valeur intrpide qui le signalait entre tous2 ,vienne1 o je l'ai retrouv pendant l'migration1 j'avais men ma fille1 ge de neuf ans alors1 chez ,casanova1 qui dans plusieurs tableaux avait reprsent le prince de ,nassau terrassant des tigres1 des lions1 etc42 peu de temps aprs1 nous nous trouvions un soir chez la princesse de ,lorraine1 on annona le prince de ,nassau2 ma fille1 qui s'attendait contempler un homme froce1 me dit tout bas3--,comment6 est-ce l celui dont j'ai tant entendu parler8 il a l'air doux et timide comme une demoiselle qui sort du couvent4 ,,monsieur ,,de ,,la ,,fayette4 ,peu avant la rvolution1 je reus la visite de ,m4 de ,la ,fayette2 il vint chez moi uniquement pour voir le portrait que je faisais alors de la jolie madame de ,simiane1 laquelle1 dit-on1 il rendait des soins2 depuis je ne l'ai pas mme rencontr1 et bien certainement nous aurions eu de la peine nous reconnatre1 car j'tais jeune lors de cette visite1 et il l'tait aussi1 quoique ce ft aprs son voyage en ,amrique4 ,sa figure me parut agrable2 son ton1 ses manires1 avaient beaucoup de noblesse1 et n'annonaient pas le moins du monde des gots rvolutionnaires4 ,,madame ,,de ,,la ,,reyni,,re4 ,aprs mon mariage1 je suis alle souper chez madame de ,la ,reynire1 et passer quelques soires dans le bel htel que son mari avait fait btir rue des ,champs-lyses1 o se runissait la meilleure compagnie de ,paris4 ,madame de ,la ,reynire tait ne ,jarente4 ,sa famille1 noble1 mais trs pauvre1 lui avait fait pouser ,m4 de ,la ,reynire1 un de nos plus riches financiers1 et tout en elle annonait la contrarit qu'elle prouvait porter un nom bourgeois4 ,elle avait t belle1 trs grande et trs maigre4 ,son air noble et fier1 tait remarquable4 ,elle s'tait rendue la matresse souveraine de la maison1 dans laquelle elle recevait toujours avec la plus grande dignit1 afin qu'on ne perdt pas le souvenir de sa naissance4 ,comme on demandait un jour ,doyen le peintre1 qui venait de dner chez elle1 ce qu'il pensait de madame de ,la ,reynire3 ,elle reoit fort bien1 rpondit-il1 mais je la crois attaque de noblesse4 ,son mari tait un bon homme dans toute l'tendue du terme1 facile vivre1 ne disant jamais de mal de personne2 nanmoins on le tournait en ridicule1 ou plutt on s'amusait de lui pour la prtention qu'il avait de savoir peindre et de savoir chanter2 ces deux prtendus talens occupaient toutes ses journes1 l'un le matin et l'autre le soir2 il avait une peur horrible du tonnerre1 au point d'avoir fait arranger dans ses caves une chambre tapisse d'un double taffetas1 dans laquelle je suis descendue par curiosit4 ,ds qu'un orage commenait1 il se rfugiait sous cette vote1 o l'un de ses gens battait de toutes ses forces sur un gros tambour1 tant que grondait la foudre2 nulle puissance humaine n'aurait pu le faire sortir de l avant que le ciel n'et repris sa srnit4 ,comme il soutenait cependant qu'il n'avait point peur du tonnerre2 qu'il ne se rfugiait dans cette cave que pour viter la vive impression que l'orage faisait sur ses nerfs1 on eut la malice d'enlever cette excuse au pauvre homme3 un jour il tait all faire sa partie la ,muette chez la duchesse de ,polignac1 qui habitait ce chteau en t2 on dressa la table de jeu prs d'une fentre ouvrant sur le parc1 au bas de laquelle le comte de ,vaudreuil avait fait placer deux fuses4 ,m4 de ,la ,reynire tait jouer tranquillement1 car le temps tait fort calme1 quand tout coup on mit le feu l'artifice1 dont il eut une telle frayeur1 qu'en s'criant3 le tonnerre6 le tonnerre6 il se trouva presque mal4 ,on parvint bientt le rassurer en lui expliquant la chose2 toutefois il n'en fut pas moins prouv que le tonnerre n'agissait point sur ses nerfs1 mais qu'il en avait peur4 ,la socit de madame de ,la ,reynire se composait des personnes les plus distingues de la cour et de la ville2 elle attirait aussi chez elle les hommes clbres dans les arts et dans la littrature4 ,l'abb ,barthlemi1 auteur d',anacharsis1 y passait sa vie2 le comte d',adhmar1 si spirituel et si aimable1 y venait presque tous les soirs1 ainsi que le comte de ,vaudreuil1 et le baron de ,besenval1 colonel-gnral des ,suisses4 ,les grandes soires de madame de ,la ,reynire rassemblaient habituellement les plus charmantes femmes de la cour2 c'est l que j'ai fait connaissance avec la comtesse de ,sgur1 qui tait alors aussi jolie que bonne et aimable4 ,sa douceur1 son affabilit1 la faisaient aimer ds le premier abord2 elle ne quittait pas son beau-pre1 le marchal de ,sgur1 vieux et infirme1 qui trouvait en elle une vritable ,antigone4 ,son mari1 connu par son esprit et son talent littraire1 tait1 cette poque1 ambassadeur en ,russie4 ,pour qu'il ne manqut rien au charme des soires de madame de ,la ,reynire1 on y faisait trs souvent de la musique dans la galerie1 et c'tait ,sacchini1 ,piccini1 ,garat1 ,richer1 et autres clbres artistes1 qui l'excutaient4 ,enfin il serait difficile maintenant de faire comprendre avec quel dlice on se rassemblait dans ce bel htel1 quelle amnit1 quelles bonnes manires rgnaient dans ces salons remplis de personnes charmes de se trouver ensemble4 ,au reste1 l'poque dont je parle1 il existait plusieurs maisons de ce genre2 et je citerai surtout celles des marchales de ,boufflers et de ,luxembourg4 ,quoique l'on soit forc d'avouer que ces deux grandes dames ne passaient point pour les femmes les plus morales de leur temps1 les jeunes femmes se rendaient chez elles avec empressement2 c'est l1 me disaient-elles1 que nous prenons les meilleures leons du ton de la bonne compagnie1 et que nous recevons les meilleurs conseils4 ,la marquise de ,boufflers1 belle-fille de la marchale et mre de ce chevalier de ,boufflers si connu par son esprit1 est l'auteur d'une charmante chanson1 espce de code social1 que je copie ici1 parce qu'elle est peu connue3 ,sur l'air3 ,sentir avec ardeur flamme discrte4 ,il faut dire en deux mots ce que l'on veut dire1 ,les longs propos sont sots4 ,il faut savoir lire ,avant que d'crire1 ,et puis dire en deux mots ce que l'on veut dire4 ,les longs propos sont sots4 ,il ne faut pas toujours parler1 ,citer1 ,dater1 ,mais couter2 ,il faut savoir trancher l'emploi1 ,du moi1 ,du moi1 ,voici pourquoi3 ,il est tyrannique1 ,trop acadmique2 ,l'ennui1 l'ennui ,marche avec lui4 ,je me conduis toujours ainsi ,ici2 ,aussi ,j'ai russi4 ,pour en revenir madame de ,la ,reynire1 devenue veuve1 il lui restait un fils1 bien loign de partager la fiert nobiliaire de sa mre1 et qui1 sous ce rapport1 a d la dsesprer plus d'une fois4 ,d'abord il s'obstinait se faire appeler ,grimod de ,la ,reynire 7le vritable nom de ,m4 de ,la ,reynire tait ,grimod71 et le plus souvent ,grimod tout court4 ,ensuite1 il avait pris en tendresse sa parent du ct paternel1 et sans cesse1 aux grands dners de sa mre1 il parlait devant toute la cour de son oncle l'picier1 de son cousin le parfumeur1 ce qui mettait la pauvre femme au supplice4 ,ce ,grimod de ,la ,reynire avait beaucoup d'esprit1 quoiqu'il se plt se montrer original en toute espce de choses4 ,jamais1 par exemple1 il ne posait son chapeau sur sa tte2 mais comme il avait prodigieusement de cheveux1 son valet de chambre en construisait un toupet d'une hauteur dmesure4 ,un jour qu'il se trouvait l'amphithtre de l',opra1 o l'on reprsentait un nouveau ballet1 un homme de petite taille1 plac derrire lui1 maudissait tout haut ce mur de nouvelle espce qui lui cachait totalement le thtre2 las de ne rien voir1 le petit homme commena par introduire un de ses doigts dans le toupet1 puis deux1 et finit par former une sorte de lorgnette1 laquelle il appliqua son oeil4 ,pendant tout ce mange1 ,m4 de ,la ,reynire ne bougea pas1 ne dit mot2 mais1 le spectacle fini1 il se lve1 arrte d'une main le monsieur qui s'apprtait sortir1 et de l'autre tirant un petit peigne de sa poche3--,monsieur1 dit-il avec un grand sang-froid1 je vous ai laiss faire tout ce qu'il vous a plu de mon toupet pour vous aider voir le ballet votre aise2 mais je vais souper en ville1 vous sentez qu'il ne m'est pas possible de me prsenter dans l'tat o vous avez mis ma coiffure1 et vous allez avoir la bont de la raccommoder1 ou nous nous couperons demain la gorge ensemble4--,monsieur1 rpondit l'inconnu en riant1 ,dieu ne plaise que je me batte avec un homme aussi complaisant que vous l'avez t pour moi2 je vais faire de mon mieux3 et prenant le petit peigne1 il rapprocha les cheveux tant bien que mal1 aprs quoi tous deux se sparrent les meilleurs amis du monde4 ,,david4 ,je recherchais avec empressement la socit de tous les artistes renomms1 et principalement celle des artistes qui se distinguaient dans mon art4 ,david venait donc assez frquemment chez moi1 quand tout coup il n'y parut plus4 ,l'ayant rencontr dans le monde1 je crus devoir lui adresser quelques reproches aimables ce sujet4--,je n'aime pas1 me dit-il1 me trouver avec des domestiques de condition4--,comment8 rpondis-je3 avez-vous pu remarquer que je traite les personnes de la cour mieux que d'autres personnes8 ne me voyez-vous pas accueillir tout le monde avec les mmes gards8 ,et comme il insistait d'un air humoriste3--,ah6 dis-je en riant1 je crois que vous avez de l'orgueil1 que vous souffrez de n'tre pas duc ou marquis4 ,pour moi1 qui les titres sont parfaitement indiffrens1 je reois avec plaisir tous les gens aimables4 ,depuis lors ,david n'est point revenu chez moi4 ,il fit mme rejaillir sur ma personne la haine qu'il portait quelques-uns de mes amis4 ,la preuve en est que1 plus tard1 il se procura je ne sais quel gros livre crit contre ,m4 de ,calonne1 et dans lequel on n'avait pas manqu d'inscrire toutes les infmes calomnies dont j'avais t l'objet4 ,ce livre restait constamment dans son atelier sur un tabouret1 toujours ouvert1 prcisment la page o il tait question de moi4 ,une pareille mchancet tait si noire et si purile la fois1 que je n'y aurais point ajout croyance1 si je n'en eusse t instruite par ,m4 de ,fitzjames1 le comte ,louis de ,narbonne1 et d'autres gens de ma connaissance qui tous avaient remarqu le fait1 et mme plusieurs reprises4 ,il faut dire toutefois que ,david aimait tellement son art1 qu'aucune haine ne l'empchait de rendre justice au talent qu'on pouvait avoir4 ,aprs que j'eus quitt la ,france1 j'envoyai ,paris le portrait de ,pasiello1 que je venais de faire ,naples4 ,on le plaa au salon en pendant d'un portrait peint par ,david1 mais dont sans doute il tait peu satisfait4 ,s'tant approch de mon tableau1 il le regarda long-temps1 puis se retournant vers quelques-uns de ses lves et d'autres personnes qui l'environnaient3--,on croirait1 dit-il1 mon portrait fait par une femme et le ,pasiello par un homme4 ,c'est de ,m4 ,lebrun1 qui tait tmoin1 que je tiens ces paroles1 et de plus j'ai la certitude qu'en toute occasion ,david ne me refusait point ses loges4 ,il est bien vraisemblable que des louanges aussi flatteuses sur mon talent m'auraient fait oublier tt ou tard les attaques de ,david contre ma personne2 mais ce que je n'ai jamais pu lui pardonner1 c'est l'atroce conduite qu'il a tenue pendant la terreur2 ce sont les perscutions exerces lchement par lui contre un grand nombre d'artistes1 entre autres contre ,robert le paysagiste qu'il fit arrter et traiter dans la prison avec une svrit qui allait jusqu' la barbarie4 ,il m'aurait t impossible de me retrouver avec un pareil homme4 ,lorsque je fus rentre en ,france1 un de nos plus clbres peintres tant venu chez moi1 me dit dans la conversation que ,david avait un vif dsir de me revoir4 ,je ne rpondis pas1 et comme le peintre dont je parle a prodigieusement d'esprit1 il comprit que mon silence n'tait point celui auquel on peut appliquer le proverbe3 qui ne dit rien consent4 ,m4 ,,de ,,beaujon4 ,m4 de ,beaujon m'ayant fait demander de faire son portrait1 qu'il destinait l'hpital fond par lui dans le faubourg du ,roule1 et qui porte encore son nom1 je me rendis dans le magnifique htel qu'on appelle aujourd'hui l'lyse-,bourbon1 attendu que l'infortun millionnaire tait hors d'tat de venir chez moi4 ,je le trouvai seul1 assis sur un grand fauteuil roulettes1 dans une salle manger2 il avait les mains et les jambes tellement enfles qu'il ne pouvait se servir ni des unes ni des autres2 son dner se bornait un triste plat d'pinards2 mais plus loin1 en face de lui1 tait dresse une table de trente quarante couverts o se faisait1 disait-on1 une chre exquise1 et qu'on allait servir pour quelques femmes1 amies intimes de ,m4 de ,beaujon1 et les personnes qu'il leur plaisait d'inviter2 ces dames1 toutes fort bien nes et de trs bonne compagnie1 taient appeles dans le monde les berceuses de ,m4 de ,beaujon4 ,elles donnaient des ordres chez lui1 disposaient entirement de son htel1 de ses chevaux1 et payaient ces avantages avec quelques instans de conversation qu'elles accordaient au pauvre impotent1 ennuy de vivre seul4 ,m4 de ,beaujon voulut me retenir dner1 ce que je refusai1 ne dnant jamais hors de chez moi2 mais nous convnmes du prix et de la pose de son portrait2 il dsirait tre peint assis devant un bureau1 jusqu' mi-jambes1 avec les deux mains1 et je ne tardai pas commencer et finir cet ouvrage4 ,quand je pus me passer du modle1 j'emportai le portrait chez moi pour terminer quelques dtails1 et j'imaginai de placer sur le bureau le plan de l'hospice4 ,m4 de ,beaujon en ayant t instruit m'envoya aussitt son valet de chambre pour me prier instamment d'effacer ce plan1 et pour me remettre trente louis en ddommagement du temps que j'y emploierais2 j'avais peine trac l'esquisse1 en sorte que je refusai naturellement les trente louis2 mais le valet de chambre revint encore le lendemain1 insistant de la part de son matre1 au point que1 pour le forcer remporter cet argent1 je fus oblige d'effacer le plan devant lui1 afin de lui prouver que cela ne me faisait pas perdre cinq minutes4 ,pendant que je faisais le portrait de ,m4 de ,beaujon1 je voulus visiter son bel htel1 que j'avais toujours entendu citer pour sa magnificence3 aucun particulier1 en effet1 n'tait log avec autant de luxe2 tout tait d'une grande richesse et d'un got exquis4 ,un premier salon renfermait des tableaux effet1 dont aucun n'tait fort remarquable1 tant il est ais de tromper les amateurs1 quelque prix qu'ils puissent mettre leurs acquisitions4 ,le second tait un salon de musique3 grands et petits pianos1 instrumens de toute espce1 rien n'y manquait2 d'autres pices1 ainsi que les boudoirs et les cabinets1 taient meubles avec la plus grande lgance4 ,la salle de bain surtout tait charmante2 un lit1 une baignoire taient draps1 comme les murailles1 en belle mousseline petits bouquets1 double de rose2 je n'ai jamais rien vu d'aussi joli2 on aurait aim se baigner l4 ,les appartemens du premier tage taient meubls avec autant de soin4 ,dans une chambre entre autres1 qui tait orne de colonnes1 on avait plac au milieu une norme corbeille dore et entoure de fleurs1 qui renfermait un lit1 lit dans lequel personne n'avait jamais couch4 ,toute cette faade de l'htel donnait sur le jardin que1 vu son tendue1 on pouvait appeler le parc1 qu'un habile architecte avait dessin1 et qu'embellissait une norme quantit de fleurs et d'arbres verts4 ,il me fut impossible de parcourir cette dlicieuse habitation sans donner un soupir de piti son riche propritaire1 et sans me rappeler une anecdote que l'on m'avait conte peu de jours avant4 ,un ,anglais1 jaloux de voir tout ce que l'on citait comme curieux ,paris1 fit demander ,m4 de ,beaujon la permission de visiter ce bel htel4 ,arriv dans la salle manger1 il y trouva la grande table dresse1 ainsi que je l'avais trouve moi-mme1 et se retournant vers le domestique qui le conduisait3--,votre matre1 dit-il1 doit faire une bien excellente chre8--,hlas6 monsieur1 rpondit le cicerone1 mon matre ne se met jamais table1 on lui sert seulement un plat de lgumes4 ,l',anglais passant alors dans le premier salon3--,voil du moins ce qui doit rjouir ses yeux1 reprit-il en montrant les tableaux4--,hlas6 monsieur1 mon matre est presque aveugle4--,ah6 dit l',anglais en entrant dans le second salon1 il s'en ddommage1 j'espre1 en coutant de la bonne musique4--,hlas6 monsieur1 mon matre n'a jamais entendu celle qu'on fait ici1 il se couche de trop bonne heure1 dans l'espoir de dormir quelques instans4 ,l',anglais regardant alors le magnifique jardin qui se dployait sous ses fentres3--,mais enfin1 votre matre peut jouir du plaisir de la promenade4--,hlas6 monsieur1 il ne marche plus4 ,dans ce moment arrivaient les personnes invites dner1 parmi lesquelles se trouvaient de fort jolies femmes4 ,l',anglais reprend3--,enfin voil plus d'une beaut1 qui peuvent lui faire passer des momens trs agrables8 ,le domestique ne rpondit ces mots que par deux hlas6 au lieu d'un1 et n'ajouta rien de plus4 ,m4 de ,beaujon tait trs petit et trs gros1 sans aucune physionomie2 ,m4 de ,calonne1 que j'ai peint en mme temps1 offrait son parfait contraste1 et les deux portraits se trouvant exposs chez moi1 l'abb ,arnault qui les vit ct l'un de l'autre1 s'cria3 ,voil prcisment l'esprit et la matire4 ,m4 de ,beaujon avait t le banquier de la cour sous ,louis ,,xv1 et ses oprations financires furent toujours si habiles qu'avant sa vieillesse il possdait dj des millions4 ,il faut dire sa louange qu'il dpensait en bonnes oeuvres une grande partie de son immense fortune2 jamais un malheureux ne s'est adress vainement lui1 et l'hpital du faubourg du ,roule recommande encore aujourd'hui son nom comme celui d'un bienfaiteur de l'humanit4 ,m4 ,,boutin4 ,un autre financier immensment riche et tout aussi bienfaisant que ,m4 de ,beaujon tait ,m4 ,boutin pour qui j'avais beaucoup d'amiti4 ,m4 ,boutin n'tait plus jeune quand je fis connaissance avec lui2 il tait petit et boiteux1 gai1 spirituel1 et d'un caractre si affable1 si bon1 que l'on s'attachait vritablement lui ds qu'on le voyait un peu intimement4 ,comme il possdait une trs grande fortune1 il recevait souvent et avec une extrme noblesse ses nombreux amis1 sans que cela portt en rien prjudice aux secours qu'il accordait tant de pauvres dont il tait l'appui4 ,m4 ,boutin faisait les honneurs de chez lui avec une grce parfaite3 j'ai pu en juger souvent2 car il avait arrang pour moi1 disait-il1 un dner du jeudi1 o se trouvaient tous mes intimes3 ,brongniart1 ,robert et sa femme1 ,lebrun le pote1 l'abb ,delille1 le comte de ,vaudreuil1 qui ne manquait jamais cette runion quand il se trouvait ,paris le jeudi1 etc41 etc4 ,nous tions au plus douze personnes table1 et ces dners taient si amusans qu'ils me faisaient fausser une fois par semaine la parole que je m'tais donne de ne jamais dner hors de chez moi4 ,ils avaient lieu dans cette charmante maison de ,m4 ,boutin1 place sur la hauteur du magnifique jardin qu'il avait nomm ,tivoli3 cette poque la rue de ,clichy n'tait point encore btie1 et quand on se trouvait l1 au milieu d'arbres superbes qui formaient de belles et grandes alles1 on pouvait se croire tout fait la campagne1 je puis mme dire que cette belle habitation me semblait un peu trop isole2 j'aurais eu peur d'y aller le soir et je conseillais souvent ,m4 ,boutin de ne jamais revenir seul4 ,lorsque j'eus quitt la ,france1 mon frre m'crivit que ,m4 ,boutin avait continu ses dners du jeudi en souvenir de moi2 que l'on y buvait ma sant1 ainsi qu' celle de ,m4 de ,vaudreuil1 qui avait migr alors4 ,pour son malheur ,m4 ,boutin pensa comme ,m4 de ,laborde1 qui me disait dans une lettre que je reus de lui ,rome3 ,je reste en ,france2 je suis tranquille4 ,comme je n'ai jamais fait de mal personne4446 ,hlas6 lui aussi1 ce bon et aimable ,m4 ,boutin n'avait jamais fait de mal personne3 tous deux n'en sont pas moins tombs sous la hache rvolutionnaire2 car tous deux taient riches1 et l'on voulait leurs biens4 ,je ne puis exprimer la douleur que me fit prouver cette nouvelle2 ,m4 ,boutin tait un de ces hommes que je regretterai toute ma vie4 ,le gouvernement s'empara de tout ce qu'il possdait4 ,son beau parc fut totalement dtruit1 l'exception d'une petite partie dont on fit une promenade la mode sous le nom de ,tivoli1 et dans laquelle se donnent1 dit-on1 de fort belles ftes que je n'ai jamais vues2 car on pense bien qu' mon retour en ,france je n'ai pas eu le courage de retourner dans ce triste lieu4 ,m4 ,,de ,,sainte-,,james4 ,m4 de ,sainte-,james tait fermier-gnral1 puissamment riche1 et vraiment financier dans toute l'tendue du terme4 ,c'tait un homme de moyenne grandeur1 gros et gras1 au visage trs color de cette fracheur qu'on peut avoir cinquante ans passs quand on se porte bien et qu'on est heureux4 ,m4 de ,sainte-,james tenait un tat de maison de la plus grande opulence2 il habitait un des beaux htels de la place ,vendme1 et donnait l de trs grands et bons dners1 o il runissait trente ou quarante personnes pour le moins4 ,n'ayant pu refuser d'y aller une fois1 je regrettai beaucoup de n'tre ni gourmande ni friande2 car sous ces deux rapports j'aurais t compltement satisfaite1 tandis que cette socit si nombreuse ne me sembla pas1 beaucoup prs1 aussi aimable que celle qu'on trouvait chez ce bon ,m4 ,boutin4 ,m4 de ,sainte-,james recevait son monde avec plus de bonhomie que de grces4 ,aprs le dner on passait dans un superbe salon1 entirement garni de glaces2 mais tout cela ne faisait point que tant de personnes runies1 qui ne se connaissaient pas1 pussent causer ensemble avec cette espce de confiance et d'intimit qui fait le charme des conversations4 ,plus tard1 lorsque ,m4 de ,sainte-,james eut arrang sa maison et son magnifique jardin de ,neuilly1 ce qu'on a toujours appel la folie ,sainte-,james1 il m'engagea venir y dner avec quelques-uns de mes amis4 ,cette journe fut agrable1 il nous promena dans ce beau parc1 qui venait de coter des trsors4 ,entre autres folles dpenses1 on avait construit un rocher factice1 dont les normes pierres1 apportes de fort loin sans doute1 et bien grands frais1 avaient l'air de n'tre que suspendues4 ,j'avoue que je le traversai trs rapidement1 tant ces votes immenses me paraissaient peu solides4 ,c'est dans cette superbe habitation que ,m4 de ,sainte-,james se plaisait donner de vritables ftes4 ,je m'y rendis un jour pour y voir jouer la comdie4 ,tant de personnes taient invites et parcouraient le jardin avant et aprs le spectacle1 qu'on se croyait dans une promenade publique4 ,il faut croire que la rvolution n'est point arrive temps pour punir ,m4 de ,sainte-,james d'avoir tal tant de magnificence1 car je n'ai jamais entendu dire1 ni dans l'tranger1 ni depuis mon retour en ,france1 qu'il ait t guillotin4 ,une mort naturelle l'aura soustrait au sort affreux de ,m4 de ,laborde et de ,m4 ,boutin4 ,,la ,,comtesse ,d',,angevilliers4 ,madame d',angevilliers tait ce qu'on appelle un bel esprit4 ,elle en avait dj la rputation lorsqu'elle tait madame ,marchais4 ,tous les hommes de lettres1 et mme les savans1 composaient alors sa socit4 ,le comte d',angevilliers1 qu'elle recevait souvent1 en devint amoureux et l'pousa4 ,elle avait un tel ascendant sur lui qu'il ne parlait point en sa prsence1 quoiqu'il et de l'esprit1 du got et des connaissances qu'on pouvait apprcier aisment partout o n'tait pas sa femme4 ,il me serait impossible de dire si madame d',angevilliers tait laide ou jolie2 je l'ai cependant vue nombre de fois1 et j'ai souvent t place table ct d'elle4 ,mais elle avait toujours la figure cache sous un voile1 qu'elle n'tait pas mme pour dner4 ,ce voile couvrait1 ainsi que son visage1 un norme bouquet de branches d'arbres verts1 qu'elle portait constamment son ct4 ,je ne concevais pas comment elle pouvait s'enfermer ainsi avec ce bouquet sans prendre mal la tte3 mais plus tard1 quand je suis entre dans sa chambre coucher1 j'ai t encore plus surprise de voir cette chambre garnie de gradins toujours couverts d'arbres verts de toute espce1 que l'on n'tait pas mme la nuit4 ,madame d',angevilliers tait aussi polie qu'on pouvait l'tre1 mais si trangement complimenteuse1 qu'on lui en voulait quelquefois de rendre la politesse ridicule4 ,un jour que ,m4 d',angevilliers avait engag dner plusieurs artistes de l',acadmie de peinture1 ,vestier y vint4 ,vestier tait fort bon peintre de portraits et venait d'exposer au salon un tableau de famille trs bien compos et trs harmonieux qu'on avait beaucoup remarqu4 ,mais il pouvait avoir au moins cinquante ans1 il tait maigre1 ple et prodigieusement laid4 ,madame d',angevilliers1 qui dsirait lui adresser quelques mots flatteurs1 lui dit tout haut3--,en vrit1 ,monsieur1 je vous trouve embelli4 ,le pauvre ,vestier devint rouge comme un coq1 il regardait droite et gauche pour voir si ces paroles ne s'adressaient pas quelque autre qu' lui1 en sorte que le fou rire me prit4 ,c'est chez madame d',angevilliers que j'ai dn pour la premire fois avec le marquis de ,bivre1 qui est devenu clbre comme faiseur de calembourgs4 ,j'eus du malheur1 car le jour dont je parle il n'en fit aucun2 mais on m'en apprit un fort joli qu'il avait adress la reine4 ,sa ,majest lui demandant un calembourg1 ,m4 de ,bivre1 s'tant inclin1 s'aperut que la reine avait des souliers verts3--,les dsirs de ,votre ,majest sont des ordres1 dit-il aussitt1 l'univers est ses pieds4 ,,ginguen4 ,ginguen m'avait t prsent par ,lebrun le pote comme son ami intime1 en sorte qu'il venait quelquefois mes soires1 quoiqu'il ne me plt sous aucuns rapports4 ,je lui trouvais un esprit sec1 sans charme et sans gaiet2 il n'tait pas en harmonie avec ma socit1 et ses oeuvres m'taient tout aussi antipathiques que sa conversation4 ,en #aghi1 il nous lut une ode qu'il venait de faire pour ,m4 ,necker4 ,cette ode pouvait passer pour le programme de #agic1 il y parlait de victimes1 et soutenait qu'on ne pouvait rgnrer la ,france sans rpandre du sang4 ,des opinions aussi atroces me faisaient frissonner4 ,le comte de ,vaudreuil1 qui tait prsent1 ne dit rien1 mais nous nous regardmes1 et je vis bien qu'ainsi que moi il devinait l'homme4 ,ginguen ne quittait gure son ami ,lebrun ,pindare4 ,sitt aprs la mort de celui-ci1 il alla trouver madame ,lebrun 7qui par parenthse avait t cuisinire71 et lui demanda les manuscrits de ,lebrun1 dont il dsirait se faire diteur4 ,madame ,lebrun les lui remit tous4 ,en les feuilletant pour les mettre en ordre1 ,ginguen fut un peu saisi de trouver plus de cent pigrammes faites contre lui-mme2 quelques-unes taient atroces4 ,on conoit que l'diteur les mit toutes de ct2 mais je l'ai toujours souponn de s'tre veng en faisant imprimer trop de choses faibles et inutiles dans les oeuvres de ,lebrun1 ce qui nuit beaucoup un recueil qui pouvait tre excellent4 ,tout le monde sait que1 la rvolution venue1 ,ginguen s'y jeta corps perdu1 et qu'il tmoignait hautement son regret de n'avoir pas t mme de voter la mort de ,louis ,,xvi4 ,,vig,e4 ,mon frre tait un de ces hommes faits pour se voir trs recherchs dans la socit4 ,il avait un excellent ton1 ayant frquent fort jeune la bonne compagnie1 de l'esprit1 de l'instruction2 il faisait de trs jolis vers avec une extrme facilit1 et jouait la comdie mieux que beaucoup d'acteurs4 ,il contribuait infiniment au charme et la gaiet de toutes nos runions2 peut-tre mme l'empressement que mettait le monde le rechercher a-t-il nui sa carrire littraire1 car nous lui prenions beaucoup de temps4 ,il lui en resta assez nanmoins pour se distinguer comme homme de lettres4 ,outre le cours de littrature qu'il fit l',athne avec un grand succs1 quoiqu'il succdt au cours que venait d'y faire ,la ,harpe1 ,vige a laiss un volume de posies lgres et plusieurs comdies crites en vers1 dont deux1 les ,aveux difficiles et l',entrevue sont restes fort long-temps au rpertoire du ,thtre-,franais4 ,je suis mme surprise qu'on ne les donne plus1 surtout l',entrevue1 charmante petite pice1 que mademoiselle ,contat et ,mol jouaient admirablement4 ,mon frre1 jeune encore1 pousa la fille ane de ,m4 de ,rivire1 charg d'affaires de ,saxe3 c'tait une femme charmante1 pleine de vertus et de talens1 si excellente musicienne1 et doue d'une si belle voix1 qu'elle a chant chez moi avec madame ,todi1 sans que la comparaison lui ft dfavorable4 ,mon frre et mademoiselle de ,rivire n'ont laiss de leur mariage qu'un seul enfant1 ma nice1 ma bien-aime nice1 celle qui m'a rendu une fille depuis1 hlas6 que j'ai perdu la mienne4 ,,le ,,marquis ,,de ,,rivi,,re4 ,jamais je ne pense ce brave sans songer aux anciens preux2 tout en lui tait chevaleresque2 il a cent fois affront la mort1 et la mort la plus horrible1 avec un courage1 un sang-froid1 une persvrance inimaginable1 pour servir le prince auquel il avait consacr sa vie2 et ce dvouement si complet1 si constant1 ne prenait sa source dans aucune ambition1 mais dans l'amiti la plus vive1 dans une amiti bien rare mme entre particuliers4 ,cette affection du marquis de ,rivire pour ,m4 le comte d',artois dominait en lui tout autre sentiment2 elle a pu le conduire l'exil1 la pauvret1 dans les cachots1 sans qu'il crt lui faire trop de sacrifices4 ,je n'ai plus rien1 me disait-il un jour ,londres2 mais1 ajouta-t-il en mettant la main sur son coeur1 o tait toujours plac le portrait de son prince chri1 la dernire goutte du sang qui coule l est pour lui4 ,peut-tre le sort m'a-t-il prserv si souvent parce que je dois lui tre utile4 ,je serais bien heureux alors d'avoir chapp tant de fois la mort4 ,c'est par suite d'un dsir si louable qu'on a toujours vu ,m4 de ,rivire se charger des missions les plus importantes et souvent les plus dangereuses4 ,le repos lui tait devenu tranger1 ne lui semblait plus ncessaire2 il partait pour ,vienne1 pour ,berlin1 pour ,ptersbourg1 etc41 portant aux rois qui restaient encore sur leurs trnes les demandes d'un roi tomb du sien4 ,il courait jour et nuit sans s'arrter1 quelquefois sans prendre de nourriture1 et remplissait sa mission avec tant de noblesse et d'habilet1 qu'il emportait l'estime et la considration de tous les souverains et de tous les diplomates de l',europe4 ,ces voyages rpts d'une manire vraiment fabuleuse n'avaient rien de dangereux1 part l'extrme fatigue qu'ils lui causaient2 mais combien de fois ne s'est-il pas introduit en ,france1 sur cette terre qu'il ne pouvait toucher qu'au risque de sa tte8 ,dans les nombreuses courses qu'il faisait ,paris pendant le temps de la terreur1 combien de fois son zle1 son activit1 lui ont-ils fait affronter la mort8 ,dieu semblait le protger4 ,un jour1 sur le point de dbarquer en ,bretagne1 il trouve la cte garnie de soldats2 l'instant il saute du canot dans la mer1 plonge1 et reste sous l'eau jusqu'au moment o1 la cte devenue libre1 il lui est possible de gagner la terre4 ,il entrait ,paris et il en sortait tantt dguis en marchand d'allumettes1 tantt sous tout autre dguisement du mme genre4 ,il s'y tenait cach le jour chez un brave homme qui l'avait servi autrefois et lui tait entirement dvou2 il ne pouvait agir que la nuit en s'exposant encore aux plus grands prils2 fallait-il repartir1 il ne parvenait souvent se soustraire aux poursuites qu'il excitait qu'en sautant des ravins profonds1 en traversant rapidement des rivires la nage2 souffrant la faim1 la soif1 ne pouvant prendre aucun repos4 ,c'est ainsi qu'il parvint toujours s'chapper jusqu' la triste affaire de ,georges4 ,je me souviens que1 peu de temps avant cette fatale entreprise1 je me trouvais ,londres avec lui dans une maison o se trouvait aussi ,pichegru4 ,m4 de ,rivire1 qui prtendait que j'tais excellente physionomiste1 s'approcha de moi et me montrant le gnral franais3 ,observez cet homme1 me dit-il1 croyez-vous qu'on puisse s'y fier1 qu'il ne trahira pas8 ,on pense bien que j'ignorais compltement de quelle affaire il s'agissait2 mais je regardai ,pichegru et je rpondis sans hsiter3--,on peut s'y fier2 la franchise me parat siger sur ce front-l4 ,pichegru ne trahit point en effet1 on sait trop qu'il est mort la premire victime de cette malheureuse tentative4 ,le sort de ,m4 de ,rivire ne fut pas aussi affreux1 quoique sa prison ait t bien longue et bien cruelle2 car il m'a racont mon retour en ,france que le premier cachot o il fut mis tait plein d'une eau stagnante qui lui venait jusqu' la cheville4 ,si l'on joint cette situation l'ide que cette prison ne s'ouvrirait peut-tre jamais pour lui1 et la douleur de vivre loin de son prince bien-aim1 loin de tous ses amis1 on juge de ce qu'il a d souffrir4 ,c'est cette poque de malheur que ,m4 de ,rivire devint dvot1 et qu'il puisa dans la religion la force qui lui tait ncessaire pour supporter tant de peines et tant de privations4 ,aprs tre rest plusieurs annes en prison1 il en sortit enfin sur sa parole d'honneur de ne point quitter la ,france2 car ,bonaparte lui-mme savait ce qu'tait la parole d'honneur de ,m4 de ,rivire1 qui la respecta scrupuleusement en effet1 jusqu'au jour o il eut l'ineffable joie de voir revenir les ,bourbons4 ,on sait que le roi le fit duc1 qu'il fut envoy ,constantinople comme ambassadeur dans des circonstances difficiles1 et qu'enfin ,charles ,x l'avait choisi pour gouverneur du duc de ,bordeaux1 quand une mort prmature vint l'enlever son jeune lve1 son prince chri1 et l'on peut dire la ,france4 ,ayant appris quel point ,charles ,x ressentait douloureusement la perte d'un tel ami1 comme j'avais dj fait de souvenir le portrait de plusieurs personnes1 j'essayai de faire ainsi celui de ,m4 de ,rivire2 j'eus le bonheur de russir4 ,je portai aussitt le portrait au roi1 qui le reut avec une extrme sensibilit1 et qui s'cria les larmes aux yeux3--,ah6 madame ,lebrun1 combien je vous suis oblig de votre heureuse et touchante ide6 ,j'tais plus que paye par ces paroles2 mais je n'en reus pas moins le lendemain de ,sa ,majest un superbe ncessaire en vermeil1 que je garderai toute ma vie4 ,le duc de ,rivire tait d'une taille moyenne1 ni beau ni laid2 on ne pouvait remarquer dans sa figure qu'une extrme finesse de regard1 qui1 jointe une expression de franchise et de bont1 annonait tout le caractre de l'homme4 ,tel que je le dpeins1 cependant1 ,m4 de ,rivire a toujours fait les conqutes les plus brillantes4 ,il ne les devait point ses avantages extrieurs1 mais bien aux qualits de son ame1 auxquelles il devait aussi tant d'amis1 qui lui sont rests attachs jusqu' sa mort et ne perdront jamais son souvenir4 ,parmi plusieurs beauts distingues qui ont eu de l'amour pour lui1 la dernire surtout tait bien certainement la plus jolie femme de la cour2 elle l'a aim tant qu'elle a vcu1 et ,m4 de ,rivire lui conservait un souvenir touchant4 ,il portait habituellement sur son coeur1 ct du portrait de ,m4 le comte d',artois1 un portrait d'elle qu'il me montra ,londres4 ,il ne commettait en cela aucune indiscrtion1 sa liaison avec cette charmante personne ayant t connue de tout le monde4 ,de retour en ,france1 il se maria avec une femme qui l'adorait1 et dont il a fait constamment le bonheur4 ,il en a eu plusieurs enfans4 ,m4 de ,rivire1 outre son noble et beau caractre1 avait beaucoup d'esprit4 ,on pourrait imprimer plusieurs de ses lettres comme modle de style1 et dans la conversation le mot d'-propos ne lui manquait jamais4 ,un jour1 par exemple1 djeunant ,ptersbourg chez ,suvarow1 qui avait pour lui de l'estime et de l'affection1 ce gnral dit aux officiers russes1 en le dsignant3 ,allons1 messieurs1 buvons au plus brave6-- votre sant1 monsieur le marchal1 rpondit aussitt ,m4 de ,rivire4 ,sous le titre de ,mmoires1 ,m4 le chevalier de ,chazet a crit la vie du duc de ,rivire4 ,tous les documens ncessaires lui avaient t fournis pour qu'on ne pt contester la vracit de cet ouvrage1 qui se lit avec un vif intrt et qui fait honneur au coeur comme au talent littraire de l'auteur4 ,m4 ,,de ,,buffon4 ,je suis alle1 en #aghe1 avec mon frre et ,m4 le comte de ,vaudreuil1 dner chez cet homme si clbre comme savant et comme crivain4 ,buffon tait dj fort vieux1 puisqu'il est mort trois ans aprs1 g de quatre-vingt-un ans4 ,je fus d'abord frappe de la svrit de sa physionomie2 mais ds qu'il se fut mis causer avec nous1 nous crmes voir s'oprer une mtamorphose2 car son visage s'anima au point qu'on pouvait dire de lui avec toute vrit que le gnie tincelait dans ses yeux4 ,nous le quittmes pour aller table2 lui resta dans son salon1 ne mangeant plus alors que des lgumes4 ,son fils et sa jolie belle-fille firent les honneurs du dner1 aprs lequel nous retournmes au salon pour y prendre le caf4 ,une conversation s'tant tablie1 ,m4 de ,buffon en fit presque tous les frais1 et parut se plaire la prolonger2 il nous rcita de mmoire plusieurs fragmens de ses ouvrages1 qui nous charmrent doublement par la chaleur et l'expression qu'y prtait l'accent du gnie4 ,nous le quittmes assez tard1 avec un grand regret1 et j'tais tellement enthousiasme de lui1 que j'enviais beaucoup le sort de son fils et de sa belle-fille1 qui pouvaient tous les jours le voir et l'entendre4 ,m4 ,,le ,,pelletier ,,de ,,morfontaine4 ,m4 ,le ,pelletier de ,morfontaine1 qui a t longtemps prvt des marchands sous ,louis ,,xvi1 avait de l'esprit1 de l'instruction1 de la bonhomie1 un ton parfait1 et pourtant je n'ai connu personne plus charg que lui de ridicule4 ,il tait assez grand1 trs maigre4 cinquante-cinq ans au moins qu'il avait quand je l'ai connu1 son visage tait ple et fan1 il mettait pour s'animer le teint une forte couche de rouge sur ses joues et jusque sur son nez4 ,la chose tait vidente au point qu'il en convenait en nous disant qu'il ferait peur s'il ne portait point de rouge4 ,cette figure dj assez comique tait entoure d'une coiffure tellement trange1 qu'en la voyant pour la premire fois j'clatai de rire4 ,c'tait une immense perruque fiscale dont le toupet s'levait en pointe comme un pain de sucre1 accompagn de longues boucles qui tombait sur les paules2 le tout poudr blanc4 ,ce n'est pas tout2 ,m4 ,le ,pelletier avait de fatales infirmits qu'il ne devait pas son ge avanc1 mais une malheureuse nature3 il tait oblig de tenir sans cesse dans sa bouche des pastilles odorantes et de se garder de parler aux gens de prs4 ,il prenait plusieurs bains de pieds dans le jour1 il en prenait mme la nuit et portait constamment deux paires de souliers doubles semelles4 ,tant de prcautions n'empchaient point qu'il ne ft impossible de tenir prs de lui dans une voiture ferme2 j'en ai fait une fois la triste exprience1 ainsi que ma belle-soeur1 en revenant de ,morfontaine4 ,eh bien6 tel que le voil1 ,m4 ,le ,pelletier avait les plus grandes prtentions auprs des femmes1 et se croyait l'homme du monde le plus dangereux pour elles4 ,il parlait sans cesse de ses amours1 de ses succs1 de ses conqutes1 ce qui prtait beaucoup rire4 ,le chevalier de ,coigny m'a racont qu'tant all un matin voir ,m4 ,le ,pelletier1 il le trouva tendu sur une chaise longue1 prs d'une table couverte de fioles1 de mdicamens1 de sachets1 etc41 et si ple1 car il n'avait pas encore mis son rouge1 qu'en entrant dans sa chambre1 ,m4 de ,coigny le crut mourant4--,ah6 mon cher chevalier1 dit-il aussitt1 que je suis ravi de vous voir6 ,vous allez me donner vos bons avis sur une chose qui m'occupe beaucoup4 ,il faut que vous sachiez que je viens de rompre toutes mes liaisons2 je suis libre1 absolument libre1 et vous qui connaissez les plus jolies femmes de la cour1 vous allez me dire laquelle vous me conseillez d'adresser mes soins4 ,le chevalier de ,coigny tait peut-tre de notre socit celui qui s'amusait le plus des ridicules de ,m4 ,le ,pelletier2 on juge s'il saisit l'occasion4 ,il se mit passer en revue avec lui les femmes les plus remarquables par leur beaut2 mais toutes ,m4 ,le ,pelletier trouvait quelque dfaut qui le repoussait4 ,cette scne dura long-temps3--,ma foi1 mon cher1 dit enfin le chevalier en clatant de rire1 puisque vous tes si difficile1 je vous conseille d'imiter le beau ,narcisse et de devenir amoureux de vous-mme4 ,c'est sous la prvt de ,m4 ,le ,pelletier de ,morfontaine que le pont de la place ,louis ,,xv fut bti1 et cette occasion1 le roi lui donna le cordon bleu1 que l'on pouvait obtenir par charge1 lorsqu'on ne faisait point partie de la haute noblesse4 ,ce cordon bleu lui tourna tellement la tte qu'il le portait toujours2 je serais tente de croire qu'il le mettait ds le matin sur sa robe de chambre4 ,un jour je l'aperus grimpant sur les rochers qui bordent le lac de ,morfontaine1 et costum selon son ordinaire comme s'il allait partir pour ,versailles4 ,je lui criai d'en bas1 o je me promenais1 plonge dans mes rveries champtres1 que son cordon bleu tait tout--fait ridicule au milieu de cette belle nature4 ,il ne m'en voulut pas un instant de lui avoir ainsi fait sentir son travers2 car aprs tout il faut dire que ce pauvre ,m4 ,le ,pelletier tait le meilleur homme du monde4 ,,voltaire4 ,j'tais la ,comdie-,franaise le jour que ,voltaire vint y voir reprsenter sa tragdie d',irne4 ,de ma vie je n'ai assist un pareil triomphe4 ,quand le grand homme entra dans sa loge1 les cris1 les applaudissemens furent tels que je crus que la salle allait s'effondrer4 ,il en fut de mme au moment o on lui plaa la couronne sur la tte1 et le clbre vieillard tait si maigre1 si chtif1 que d'aussi vives motions me faisaient trembler pour lui4 ,quant la pice1 on n'en couta pas un mot1 et cependant ,voltaire put quitter la salle persuad qu',irne tait son meilleur ouvrage4 ,j'avais une extrme envie d'aller le voir l'htel de ,m4 de ,villette chez qui il logeait2 mais ayant entendu dire que tout flatt qu'il tait des visites sans nombre qui lui taient faites1 il en prouvait une grande fatigue1 je renonai mon projet4 ,je puis donc dire n'avoir t chez lui qu'en peinture1 et voici comment4 ,hall1 le plus habile peintre en miniature de cette poque1 venait de finir mon portrait4 ,ce portrait tait extrmement ressemblant1 et ,hall tant all voir ,voltaire1 le lui montra4 ,le clbre vieillard1 aprs l'avoir regard long-temps1 le baisa plusieurs reprises4 ,j'avoue que je fus trs flatte d'avoir reu une pareille faveur1 et que je sus fort bon gr ,hall d'tre venu me l'affirmer4 ,,le ,,prince ,,henri ,,de ,,prusse4 ,lorsque la comtesse de ,sabran me prsenta chez elle au frre du grand ,frdric1 je voyais ce prince pour la premire fois1 et je ne saurais dire combien je le trouvai laid4 ,il pouvait avoir peu prs cinquante-cinq ans cette poque1 le roi de ,prusse tant de beaucoup son an4 ,il tait petit1 mince1 et sa taille1 quoiqu'il se tnt fort droit1 n'avait aucune noblesse4 ,il avait conserv un accent allemand trs marqu1 et grasseyait excessivement4 ,quant la laideur de son visage1 elle tait au premier abord tout--fait repoussante4 ,cependant avec deux gros yeux dont l'un regardait droite et l'autre gauche1 son regard n'en avait pas moins je ne sais quelle douceur1 qu'on remarquait aussi dans le son de sa voix1 et lorsqu'on l'coutait1 ses paroles tant toujours d'une obligeance extrme3 on s'accoutumait le voir4 ,sa valeur guerrire est assez connue pour qu'il soit inutile d'en parler2 on sait qu'il aimait la gloire en digne frre de ,frdric2 mais ce qu'il faut dire1 c'est qu'il tait aussi sensible un trait d'humanit qu' un trait d'hrosme3 il tait bon et faisait un trs grand cas de la bont dans les autres4 ,il avait pour les arts1 et surtout pour la musique1 une vritable passion1 au point qu'il voyageait avec son premier violon afin de pouvoir cultiver son talent en route4 ,ce talent tait assez mdiocre1 mais le prince ,henri ne laissait chapper aucune occasion de l'exercer4 ,pendant tout le sjour qu'il a fait ,paris1 il venait constamment mes soires musicales1 ne redoutait point la prsence des premiers virtuoses1 et je ne l'ai jamais vu refuser de faire sa partie dans un quatuor ct de ,viottis qui jouait le premier violon4 ,,le ,,comte ,d',,albaret4 ,un autre amateur forcen de musique1 qui vivait ,paris la mme poque1 tait le comte d',albaret4 ,non-seulement il s'empressait d'aller tous les concerts2 mais1 quoique sa fortune ne ft pas trs considrable1 il avait une musique lui1 comme en ont les souverains4 ,il logeait et nourrissait dans sa maison huit ou dix musiciens auxquels il payait des appointemens1 leur permettant en outre de prendre des coliers dehors aux heures qu'il leur laissait libres4 ,ces artistes1 comme on doit l'imaginer1 taient tous du second ordre4 ,la chanteuse1 par exemple1 qui ne chantait que des airs italiens1 avait une assez belle voix1 mais ne pouvait passer pour une prima dona1 et je me souviens qu'il m'avait donn pour matre de chant un homme dont le savoir tait mdiocre4 ,il en tait de mme de ses instrumentistes1 pris isolment1 sans en excepter son premier violon2 et cependant1 tous ces gens-l avaient une telle habitude de marcher ensemble1 et faisaient un si grand nombre de rptions1 qu'on n'entendait nulle part de la musique aussi bien excute que chez le comte d',albaret4 ,aussi tous les amateurs se rendaient-ils avec empressement ses concerts4 ,ils avaient lieu le dimanche matin3 j'y suis alle plusieurs fois1 et j'en suis toujours sortie charme4 ,,le ,,comte ,d',,espinchal4 ,voici un homme dont les affaires1 les plaisirs1 en un mot toute l'existence1 se bornaient savoir1 jour par jour1 tout ce qui se passait dans ,paris4 ,le comte d',espinchal tait toujours instruit le premier d'un mariage1 d'une intrigue amoureuse1 d'une mort1 de la rception ou du refus d'une pice de thtre1 etc42 au point que si l'on avait besoin d'un renseignement quelconque sur qui ou sur quoi que ce ft au monde1 on se disait aussitt3 ,il faut le demander d',espinchal4 ,on imagine bien que1 pour tre aussi parfaitement au fait1 il fallait qu'il connt une prodigieuse quantit de gens2 aussi ne pouvait-il marcher dans la rue sans saluer quelqu'un chaque pas1 et cela depuis le grand seigneur jusqu'au garon de thtre1 depuis la duchesse jusqu' la grisette et la fille entretenue4 ,en outre1 le comte d',espinchal allait partout4 ,on tait certain1 ne ft-ce que pour un moment1 de le voir dans les promenades1 aux courses de chevaux1 au salon1 le soir deux ou trois spectacles4 ,je n'ai vraiment jamais su quel temps il prenait pour se reposer et mme pour dormir2 car il passait presque toutes ses nuits dans les bals4 l',opra ainsi qu' la ,comdie-,franaise1 il savait au juste qui appartenaient toutes les loges1 dont la plupart1 il est vrai1 taient loues l'anne cette poque4 ,on le voyait se les faire ouvrir l'une aprs l'autre pour rester cinq minutes dans chacune2 car trop d'affaires l'appelaient de tous cts pour qu'il ft des visites longues4 ,il n'y mettait que le temps d'apprendre quelques nouvelles de plus4 ,heureusement le comte d',espinchal n'tait point mchant1 autrement il aurait pu brouiller bien des mnages1 causer bien des ruptures de liaisons d'amour ou d'amiti1 enfin nuire beaucoup de gens4 ,il n'tait pas mme trs bavard et savait se taire avec les personnes intresses dans les mystres sans nombre qu'il parvenait dcouvrir4 ,il suffisait sa satisfaction personnelle d'tre parfaitement au courant de tout ce qui se passait ,paris et ,versailles2 mais pour parvenir ce but il ne ngligeait aucun soin1 et bien certainement il tait plus au fait de mille choses que ne l'tait le lieutenant de police4 ,une pareille manie est si bizarre1 qu'afin de faire croire sa ralit1 je vais raconter un trait qui1 dans le temps1 a t connu de tout ,paris4 ,un jour1 ou plutt une nuit1 le comte d',espinchal se trouvait au bal de l',opra4 ,ce bal n'tait point alors ce qu'il est devenu maintenant2 la bonne compagnie le frquentait1 et les plus honntes femmes de la cour et de la ville ne se refusaient pas le plaisir d'y aller1 masques jusqu'aux dents1 comme on disait2 mais pour ,m4 d',espinchal il n'existait point de masque2 du premier coup d'oeil il reconnaissait son monde3 aussi tous les dominos le fuyaient-ils comme la peste4 ,il se promenait dans la salle quand il remarqua un homme qu'il ne connaissait pas1 et qui courait de cts et d'autres1 ple1 effar1 s'approchant de toutes les femmes en dominos bleus1 puis s'loignant aussitt d'un air dsespr4 ,le comte n'hsite pas l'aborder1 et lui dit avec intrt3--,vous me paraissez en peine1 monsieur4 ,si je pouvais vous tre bon quelque chose1 j'en serais charm4--,ah6 monsieur1 rpond l'inconnu1 je suis le plus malheureux des hommes4 ,imaginez que ce matin je suis arriv d',orlans avec ma femme1 qui m'a tourment pour la mener au bal de l',opra4 ,dans cette foule1 je viens de la perdre1 et la pauvre petite ne sait pas le nom de l'htel1 pas mme le nom de la rue o nous sommes descendus4--,calmez-vous1 calmez-vous1 dit le comte d',espinchal1 je vais vous conduire prs d'elle4 ,madame votre femme est assise dans le foyer la seconde fentre4 ,c'tait la dame en effet4 ,le mari1 transport de joie1 se confond en remerciemens3--,mais comment se fait-il1 monsieur1 que vous ayez devin8444--,rien n'est plus simple1 rpond le comte d',espinchal3 madame tant la seule femme du bal que je ne connaisse pas1 j'avais dj bien pens qu'elle devait tre arrive de province trs nouvellement4 ,quand je suis revenue ,paris1 sous le consulat1 j'ai revu le comte d',espinchal3--,eh bien6 lui dis-je1 vous devez tre furieusement dsorient2 vous ne connaissez plus personne dans les loges de l',opra et de la ,comdie4 ,pour toute rponse1 il leva les yeux au ciel4 ,il est mort peu de temps aprs1 d'ennui sans doute2 car il n'tait pas extrmement vieux4 ,on assure qu'avant de mourir il brla une norme quantit de notes qu'il avait l'habitude d'crire chaque soir4 ,j'avais en effet entendu parler de ces notes par plusieurs personnes que peut-tre elles effrayaient4 ,il est certain qu'elles auraient pu fournir la matire d'un ouvrage trs piquant1 mais bien certainement trs scandaleux4 ,,la ,,comtesse ,,de ,,flahaut4 ,parmi les femmes les plus distingues que j'ai connues avant la rvolution1 je ne dois pas oublier l'auteur d',adle de ,snanges1 d',eugne de ,rothesin1 et de plusieurs autres ouvrages charmans1 que tout le monde a lus pour le moins une fois4 ,madame de ,flahaut1 aujourd'hui madame de ,souza1 n'crivait point encore quand j'ai fait connaissance avec elle4 ,son fils1 qui est maintenant pair de ,france1 tait alors un enfant de trois ou quatre ans4 ,elle-mme tait fort jeune4 ,elle avait une jolie taille1 un visage charmant1 les yeux les plus spirituels du monde1 et tant d'amabilit qu'un de mes plaisirs tait d'aller passer la soire chez elle1 o le plus souvent je la trouvais seule4 mon retour en ,france j'avais un grand dsir de revoir madame de ,flahaut4 ,une multitude d'affaires1 d'occupations diverses1 m'en ont empche pendant si long-temps1 que je n'ai plus os me prsenter chez elle4 ,si le hasard fait qu'elle lise ces lignes1 elle saura du moins que je suis loin de l'avoir oublie4 ,,mademoiselle ,,quinault4 ,madame de ,verdun1 une de mes meilleures amies1 me fit faire connaissance avec mademoiselle ,quinault1 qui1 aprs avoir t clbre comme grande actrice dans la tragdie et dans la comdie1 l'tait encore comme une des femmes les plus spirituelles et les plus instruites de son temps2 elle avait quitt le thtre en #agda4 ,amie intime de ,m4 d',argenson et de d',alembert1 son salon tait devenu le rendez-vous de tout ce que ,paris avait de distingu en gens de lettres et en gens du monde1 et l'on recherchait avec empressement le plaisir de passer quelques momens avec elle4 l'poque o je l'ai connue1 mademoiselle ,quinault1 malgr son grand ge1 conservait tant d'esprit et tant de gaiet1 qu'en l'coutant on la voyait jeune4 ,sa mmoire tait prodigieuse1 et certes elle avait eu le temps de l'orner2 car elle avait alors quatre-vingt-cinq ans4 ,entre mille anecdotes que lui fournissaient sans cesse ses souvenirs1 elle nous raconta qu'tant alle un jour voir ,voltaire1 avec qui elle tait fort lie1 elle trouva le grand homme au lit4 ,il lui parla d'une tragdie de lui pour laquelle il dsirait que ,le ,kain mt une charpe2 mais une charpe place de certaine faon1 et dans la chaleur de la description1 voil ,voltaire qui jette ses couvertures1 relve sa chemise pour en former une charpe1 laissant totalement dcouvert son corps dcrpit aux yeux de mademoiselle ,quinault1 fort embarrasse de sa personne4 ,mademoiselle ,quinault n'est morte qu'en #aghc1 plus que nonagnaire4 ,madame de ,verdun1 qui tait alle chez elle un matin1 fut surprise de la trouver pare1 couverte de rubans couleur de rose1 mais dans son lit4--,comment1 dit madame de ,verdun1 je ne vous ai jamais vue si coquette8--,je me suis pare ainsi1 rpondit mademoiselle ,quinault1 parce que je dois mourir aujourd'hui4 ,le soir mme1 en effet1 elle avait cess de vivre4 ,,le ,,comte ,,de ,,rivarol4 ,mon frre me prsenta un matin le comte de ,rivarol1 que son esprit faisait extrmement rechercher dans les plus brillantes socits de ,paris1 mme avant qu'il et rien crit4 ,comme je ne l'attendais point1 j'tais dans mon atelier1 et je mettais ce que nous appelons l'harmonie plusieurs tableaux que je venais de terminer4 ,on sait que ce dernier travail ne permet aucune distraction1 en sorte qu'en dpit du dsir que j'avais toujours eu d'entendre causer ,m4 de ,rivarol1 je jouis fort peu du charme de sa conversation1 tant j'tais proccupe3 il parlait en outre avec une telle volubilit que j'en tais comme tourdie4 ,je remarquai cependant qu'il avait une belle figure et une taille extrmement lgante2 il n'en dut pas moins me trouver si maussade que je ne l'ai plus revu chez moi4 ,il se peut la vrit qu'un autre motif l'ait empch d'y revenir4 ,il passait sa vie avec le marquis de ,champcenetz1 qui s'est toujours montr fort mchant pour moi4 ,le marquis de ,champcenetz1 sans avoir ni tout le talent1 ni la force de tte de l'auteur du discours sur l'universalit de la langue franaise1 avait beaucoup d'esprit1 qu'il employait habituellement dchirer le prochain4 ,il avait1 comme ,m4 de ,bivre1 le got des calembourgs2 et il en faisait sans cesse1 en sorte que ,rivarol l'appelait l'pigramme de la langue franaise4 ,c'est le marquis de ,champcenetz1 qui1 condamn mort par le tribunal rvolutionnaire1 demanda gaiement ses juges s'il lui tait permis de chercher un remplaant pour la garde nationale4 ,,paul ,,jones4 ,j'ai souvent soup chez madame ,thilori1 soeur de madame de ,bonneuil1 avec ce clbre marin1 qui a rendu tant de services la cause amricaine et fait tant de mal aux ,anglais4 ,sa rputation l'avait prcd ,paris1 o l'on savait dans combien de combats1 avec sa petite escadre1 il avait triomph des forces dix fois suprieures de l',angleterre4 ,nanmoins1 je n'ai jamais rencontr d'homme aussi modeste3 il tait impossible de le faire jamais parler de ses hauts faits2 mais sur tout autre sujet1 il causait volontiers avec infiniment d'esprit et de naturel4 ,paul ,jones tait cossais de naissance4 ,je crois qu'il aurait beaucoup dsir devenir amiral dans la marine franaise2 j'ai mme entendu dire que1 lorsqu'il revint ,paris une seconde fois1 il en fit la demande ,louis ,,xvi1 qui le refusa4 ,quoi qu'il en soit1 il alla d'abord en ,russie1 o le comte de ,sgur le prsenta l'impratrice ,catherine ,,ii1 qui l'accueillit avec la plus grande distinction et le fit dner avec elle4 ,il quitta ,ptersbourg pour aller joindre ,suvarow et le prince de ,nassau1 avec lesquels il se distingua de nouveau dans la guerre contre les ,turcs4 ,de retour ,paris1 il y est mort pendant la rvolution1 mais avant la terreur4 ,,mesmer4 ,comme j'entendais parler sans cesse de ce fameux charlatan1 j'eus la curiosit d'assister une fois ce qu'il appelait ses sances1 afin de juger par moi-mme cette jonglerie4 ,en entrant dans la premire salle o se tenaient les partisans du magntisme animal1 je trouvai beaucoup de monde rang autour d'un grand baquet bien goudronn3 hommes et femmes1 pour la plupart1 se tenaient par la main1 formant la chane4 ,mon dsir fut d'abord de faire partie de ce cercle2 mais je crus m'apercevoir que l'homme qui allait devenir mon voisin avait la gale2 on sent si je me htai de retirer ma main et de passer dans une autre pice4 ,pendant le trajet1 plusieurs affids de ,mesmer dirigeaient vers moi de toutes parts de petites baguettes de fer dont ils taient munis1 ce qui m'impatientait prodigieusement4 ,aprs avoir visit les diffrentes salles1 qui toutes taient remplies comme la premire de malades et de curieux1 j'allais m'en aller1 lorsque je vis sortir d'une chambre voisine une jeune et grande demoiselle1 assez jolie1 que ,mesmer tenait par la main4 ,elle tait tout chevele1 et jouait le dlire1 ayant grand soin pourtant de tenir ses yeux ferms4 ,tout le monde aussitt entoura les deux personnages4--,elle est inspire1 dit ,mesmer1 et elle devine tout1 quoique parfaitement endormie4 ,alors1 il la fit asseoir1 s'assit devant elle et lui prenant les deux mains1 il lui demanda quelle heure il tait8 ,je remarquai fort bien que le patron tenait ses pieds poss sur les pieds de la prtendue sibylle1 ce qui rendait facile d'indiquer l'heure1 et mme les minutes2 aussi la demoiselle rpondit-elle avec tant d'exactitude1 qu'elle se trouva d'accord avec toutes les montres des assistans4 ,j'avoue que je sortis indigne qu'une pareille charlatanerie pt russir chez nous4 ,ce ,mesmer a gagn des monceaux d'or2 outre ses sances1 qui1 toujours fort suivies1 lui ont rapport immensment1 ses nombreuses dupes firent en sa faveur une souscription qui s'leva1 m'a-t-on dit1 prs de cinq cent mille francs4 ,mesmer1 cependant fut bientt contraint d'aller jouir dans quelque lieu ignor de la fortune qu'il venait d'amasser ,paris3 le bruit s'tant gnralement rpandu qu'il se passait ses sances beaucoup de choses indcentes1 les doctrines de ce jongleur furent soumises l'examen de l',acadmie des ,sciences et de la ,socit royale de ,mdecine1 et le jugement de ses deux corps savans sur le magntisme animal fut tel1 qu'il obligea ,mesmer quitter la ,france4 ,aujourd'hui que les baquets et les petites baguettes de fer ont disparu1 nous voyons encore des personnes persuades que telle ou telle femme qui souvent ne sait pas lire1 endormie par un magntiseur1 non-seulement peut vous dire l'heure qu'il est1 mais encore deviner votre maladie et vous indiquer le meilleur traitement suivre4 ,grand bien fasse ces sibylles somnambules ceux qui les consultent2 pour mon compte1 si j'tais malade1 j'aimerais mieux appeler un habile mdecin veill4 ,,mm4 ,,charles ,,et ,,robert4 ,j'ai vu monter en ballon les deux premiers hommes qui ont eu le courage de s'lever dans l'air avec une si frle machine1 dont l'invention venait d'tre faite trs rcemment par ,montgolfier4 ,ces deux hommes taient ,charles et ,robert4 ,ils avaient pos leur ballon sur le grand bassin des ,tuileries1 et le jour fix pour l'ascension1 une foule telle que je n'en ai jamais vu de pareille remplissait le jardin4 ,quand on eut coup les cordes et que le ballon s'leva majestueusement une si grande hauteur que nous le perdmes de vue1 l'admiration1 la peur pour les deux braves que portait la petite nacelle firent pousser un cri gnral4 ,beaucoup de personnes1 et j'avoue que j'tais du nombre1 avaient les larmes aux yeux4 ,heureusement on apprit peu d'heures aprs que ,charles et ,robert taient descendus sans aucun accident quelques lieues de ,paris1 dans un village1 o l'arrive de ces tres ariens dut faire une bien vive sensation4 ,m4 ,charles tait membre de l',acadmie des ,sciences et l'un de nos savans les plus distingus4 ,c'tait de plus un excellent homme1 aimant la musique avec passion4 ,il faisait chaque anne dans son magnifique cabinet de physique des cours extrmement suivis1 non-seulement par les personnes occupes de sciences1 mais aussi par les gens du monde4 ,,liste ,,des ,,tableaux ,,et ,,des ,,portraits ,,que ,j',,avais ,,faits ,,avant ,,de ,,quitter ,,la ,,france ,,en #aghi4 99 99 99 99 99 ,de #agfh #aggb4 #a ,ma mre en sultane1 grand pastel4 #a ,ma mre1 vue par le dos4 #b ,mon frre en colier4 ,un l'huile1 l'autre au pastel4 #a ,m4 ,le ,svre1 en bonnet de nuit et en robe de chambre4 #c ,monsieur1 madame et mademoiselle ,bandelaire4 #a ,m4 ,vandergust4 #a ,mademoiselle ,pigale1 marchande de modes de la reine4 #a ,son commis4 #a ,ma mre en pelisse blanche4 l'huile4 #a ,madame ,raffeneau4 #a ,la baronne d',esthal4 #b ,ses deux enfans4 #a ,madame ,daguesseau avec son chien4 #a ,madame ,suzanne4 #a ,madame la comtesse de la ,vieuville4 #a ,m4 ,mousat4 #a ,mademoiselle ,lespare4 #b ,madame de ,fossy et son fils4 #b ,le vicomte et la vicomtesse de la ,blache4 #a ,mademoiselle ,dorion4 #a ,mademoiselle ,mousat4 #a ,m4 ,tranchart4 #a ,m4 le marquis de ,choiseul4 #a ,le comte de ,zanicourt4 #a ,m4 ,bandelaire en buste1 au pastel4 -- #ca ,un grand nombre de ttes d'tudes et de copies d'aprs ,raphal1 ,vandyck1 ,rembrandt1 etc4 99 99 99 99 99 #aggc4 #b ,m4 et madame de ,roisy4 #a ,m4 de la ,fontaine4 #a ,m4 le comte ,dubarry4 #e ,m4 le comte de ,geoffr4 #a ,m4 le marchal comte de ,stainville4 #c ,madame de ,bonneuil4 #a ,madame de ,saint-,pays4 #a ,madame ,paris4 #a ,m4 ,perrin4 #a ,copie du marquis de ,vrac4 #a ,une ,amricaine4 #a ,madame ,thilori1 buste4 #a ,copie de la mme4 #a ,madame ,ttare4 #a ,copie de l'vque de ,beauvais4 #a ,m4 de ,vismes4 #a ,m4 ,pernon4 #a ,mademoiselle ,dupetitoire4 #a ,mademoiselle ,baillot4 -- #bg 99 99 99 99 99 #aggd #a ,l'abb ,giroux4 #a ,le petit ,roissy4 #a ,copie du chancelier4 #a ,copie de ,m4 de la ,marche4 #a ,madame ,damerval4 #a ,le comte de ,brie4 #a ,madame ,maingat4 #a ,madame la baronne de ,lande4 #a ,madame ,le ,normand4 #a ,madame de la ,grange4 #a ,m4 ,mraut4 #a ,le vicomte de ,boisjelin4 #a ,m4 de ,saint-,malo4 #a ,m4 ,desmarets4 #a ,madame la comtesse d',harcourt4 #b ,mesdemoiselles ,saint-,brie et de ,sence4 #a ,madame la comtesse de ,gontault4 #a ,mademoiselle ,robin4 #a ,m4 de ,borelly4 #a ,m4 de ,momanville4 #b ,mesdemoiselles ,rossignol1 ,amricaines4 #a ,madame de ,belgarde4 -- #bd 99 99 99 99 99 #agge4 #a ,madame de ,monville avec son enfant4 #a ,madame ,denis4 #a ,m4 le comte de ,schouvaloff4 #a ,m4 le comte de ,langeas4 #a ,madame ,mong4 #a ,madame ,tabari4 #a ,madame de ,fougerait4 #a ,madame de ,jumilhac4 #a ,la marquise de ,roncherol4 #a ,le prince de ,rochefort4 #a ,m4 de ,livoy4 #a ,madame de ,ronsy4 #a ,m4 de ,monville4 #a ,mademoiselle de ,coss4 #a ,madame ,augeard4 #a ,copie de madame ,dameroal4 #a ,madame ,deplan4 #a ,m4 ,caze4 #a ,m4 ,goban4 #a ,mademoiselle de ,rubec4 #a ,le chevalier de ,roncherol4 #a ,le prince de ,rohan pre4 #a ,le prince ,jules de ,rohan4 #a ,mademoiselle de ,rochefort4 #a ,m4 ,ducluzel4 #b ,le comte et la comtesse de ,cologand4 #a ,mademoiselle ,julie1 qui a pous ,talma4 #a ,madame ,courville4 #a ,madame la marquise de ,grac4 #a ,madame de la ,borde4 #a ,mademoiselle de ,givris4 #a ,mademoiselle de ,ganiselot4 #a ,m4 de ,veselay4 -- #cd 99 99 99 99 99 #aggf4 ,depuis mon mariage4 #a ,la princesse de ,craon4 #a ,le marquis de ,chouart4 #a ,le prince de ,montbarrey4 #a ,m4 ,gros1 peintre1 enfant4 #a ,madame ,grant1 depuis princesse de ,talleyrand4 #a ,le comte des ,deux-,ponts4 #a ,madame de ,montbarrey4 #a ,un banquier4 #b ,m4 et madame ,toullier4 #a ,la princesse d',aremberg4 #a ,m4 de ,saint-,denis4 #ab ,monsieur1 frre du roi4 #b ,m4 et madame de ,valesque4 #a ,le petit ,vaubal4 #a ,madame de ,lamoignon4 #d ,m4 de ,savalette4 #a ,le prince de ,nassau4 #a ,madame de ,brente4 #a ,milady ,berkley4 #a ,madame ,saulot4 #a ,la comtesse ,potoska4 #b ,madame de ,verdun4 #a ,madame de ,montmorin4 #a ,sa fille4 -- #da 99 99 99 99 99 #aggg4 #a ,le marquis de ,crevecoeur4 #a ,le baron de ,vombal4 #a ,madame ,prin4 #a ,m4 ,oglovi4 #a ,m4 ,saint-,hubert4 #a ,madame de ,nolstein4 #a ,madame de ,beaugoin4 #b ,mademoiselle ,dartois4 #a ,madame ,le ,normand4 #a ,m4 de ,finnel4 #a ,m4 de ,lange4 #a ,madame de ,montlegits4 #a ,madame de la ,fargue4 -- #ad 99 99 99 99 99 #aggh4 #a ,madame la duchesse de ,chartres4 #a ,madame de ,teuilly4 #a ,m4 de ,saint-,priest1 ambassadeur4 #b ,m4 et madame ,dailly4 #b ,m4 et madame ,domnival4 #a ,madame ,monge4 #a ,madame ,degraudot4 #a ,m4 le marquis de ,coss4 #a ,le marquis d',armaill4 #a ,le duc de ,coss4 #a ,mademoiselle de ,ponse4 #a ,monsieur1 frre du roi1 pour ,m4 de ,lvis4 #a ,madame la marquise de ,montemey4 #a ,madame de ,foissy4 #b ,les enfans de ,brongniart4 #a ,m4 de ,raunomanoski4 #a ,madame de ,rassy4 #a ,madame la prsidente de ,bec de ,livre4 #a ,copie d'un portrait de la reine4 #b ,madame1 femme de ,monsieur1 frre du roi4 #a ,copie d'un portrait de madame ,dubarry4 #a ,mademoiselle ,lamoignon4 #a ,ma tte4 #a ,copie d'un portrait de la reine pour ,m4 ,boquet4 #a ,madame ,filorier4 -- #bi 99 99 99 99 99 #aggi4 #a ,le marquis de ,vrague4 #a ,madame la comtesse de ,virieux4 #a ,la prsidente ,richard4 #a ,madame de ,mong4 #a ,grand portrait de la reine pour l'impratrice de ,russie4 #b ,bustes de la reine4 #b ,copies des mmes4 #a ,madame de ,savigny4 #b ,la mme et son fils4 #b ,m4 et madame de ,lastic4 #a ,une femme en lvite pour ,m4 de ,coss4 #a ,madame ,dicbrie4 #b ,copies des bustes de la reine4 #b ,madame ,duclusel4 #a ,madame de ,verdun4 #a ,le comte de ,dorsen fils4 #b ,m4 et madame de ,montesquiou4 #a ,portrait de la reine pour ,m4 de ,sartines4 #a ,madame de ,palerme4 #a ,petit ,amricain4 #a ,mademoiselle de la ,fert4 #a ,tte penche pour ,m4 de ,coss4 #a ,monseigneur le duc d',orlans4 #a4 ,madame la marquise de ,montellon4 #b ,copies du duc d',orlans4 #b ,copies du grand portrait de la reine1 pour ,m4 et madame de ,vergennes4 #a ,madame de ,vannes4 #a ,madame la comtesse de ,tournon4 #a ,le prince de ,montbarrey4 -- #ch 99 99 99 99 99 #aghj4 #a ,madame ,lessout4 #a ,grand tableau de la reine4 #a ,idem4 #d ,madame de ,verdun1 sa mre1 sa belle-soeur et son mari4 #a ,madame la baronne de ,montesquiou4 #a ,madame de ,montaudrari4 #a ,madame ,foulquier4 #b ,madame ,genty4 #a ,la duchesse de ,mazarin4 -- #ac 99 99 99 99 99 #agha4 #a ,tte d'une jeune fille1 respirant l'odeur d'une rose4 #a ,madame ,young4 #a ,m4 le comte de ,coss4 #a ,madame la princesse de ,crouy4 #a ,madame de ,saint-,alban4 #a ,m4 de ,landry4 #b ,portraits de moi4 #a ,tte d'tude pour ,m4 le ,pelletier de ,morfontaine4 #a ,tte d'tude pour ,m4 ,proult4 #c ,ttes d'tude pour ,m4 de ,coss4 #a ,monsieur1 frre du roi4 #a ,copie du mme4 #a ,madame la duchesse de ,chaulnes4 #a ,mademoiselle ,dumoley4 #a ,la comtesse ,dubarry4 #a ,esquisse de mon tableau de ,junon4 #a ,tte d'tude de ma ,vnus4 #a ,madame d',harvelay4 #b ,mademoiselle de la ,borde4 #a ,mademoiselle ,devaron4 #a ,madame de ,moreton4 #a ,madame de la ,porte4 #a ,m4 ,dumoley fils4 #c ,la princesse de ,lamballe4 #a ,copie de ,m4 de ,moreton4 -- #ca 99 99 99 99 99 #aghb4 #a ,madame1 soeur du roi4 #a ,copie de la mme4 #a ,madame la duchesse de ,polignac4 #a ,copie de la mme4 #a ,le baron de ,montesquiou4 #a ,madame de ,verdun4 #a ,madame de ,chatenay4 #c ,le prince ,henry de ,prusse4 -- #aj 99 99 99 99 99 #aghc4 #a ,madame la marquise de la ,guiche4 #a ,madame ,grant4 #a ,la landgrave de ,salm4 #a ,madame la marchale de ,mailly4 #b ,madame la comtesse d',artois4 #b ,madame la comtesse de ,simiane4 #b ,madame la duchesse de ,guiche4 #a ,la reine avec un chapeau4 #b ,la reine en grand habit4 #b ,madame ,elisabeth4 #a ,copie de la mme4 #a ,mademoiselle ,lavigne4 #c ,copies de la reine avec un chapeau4 #d ,la reine en robe de velours4 #d ,copies du mme4 #a ,monsieur le dauphin4 #a ,madame1 fille du roi4 -- #cj 99 99 99 99 99 #aghd4 #a ,m4 le comte de ,vaudreuil4 #e ,copies du mme4 #a ,la comtesse de ,grammont-,cadrousse4 #a ,madame la comtesse de ,serre4 #a ,m4 de ,beaujou4 -- #i 99 99 99 99 99 #aghe4 #a ,m4 de ,beaujon4 #a ,la princesse de ,carignan4 #a ,madame ,fodi4 #a ,m4 de ,calonne4 #a ,madame la comtesse de ,sgur4 #a ,copie de la mme4 #a ,m4 le comte de ,sgur4 #a ,copie du mme4 #a ,madame la baronne de ,crussol4 #a ,m4 de ,saint-,hermine4 #a ,grtry4 #a ,madame la comtesse de ,clermont-,tonnerre4 #a ,madame la comtesse de ,virieux4 #a ,la vicomtesse de ,vaudreuil4 #b ,copies de la reine en grand habit4 #a ,madame ,vige4 #a ,copie de ,m4 de ,calonne4 #a ,m4 de ,beaujon pour son hospice4 -- #ai 99 99 99 99 99 #aghf4 #a ,la petite ,fouquet4 #a ,madame de ,tott4 #a ,le petit d',espagnac4 #a ,la petite de la ,briche4 #a ,madame de ,puysgur4 #a ,madame ,raymond4 #a ,madame ,daudelot4 #a ,madame ,davaray4 #a ,madame la comtesse de ,sabran4 #a ,mon portrait avec ma fille4 -- #aj 99 99 99 99 99 #aghg4 #a ,ma fille lisant la ,bible4 #a ,madame de ,roug et ses deux fils4 #a ,madame ,dugazon1 dans ,nina4 #a ,cailleau1 en chasseur4 #b ,ses deux enfans4 #b ,ma fille1 de profil et de face dans un miroir4 #a ,madame de la ,grange4 #a ,grand tableau de la reine et de ses enfans4 #a ,mon portrait4 #b ,madame la comtesse de ,bon4 #a ,m4 ,le ,jeune4 #c ,monsieur le dauphin1 ,madame1 et ,m4 le duc de ,normandie1 pour madame de ,polignac4 #a ,la tante de madam de ,verdun4 #a ,la duchesse de ,guiche1 tenant une guirlande de fleurs4 #a ,la mme1 au pastel4 #b ,la duchesse de ,polignac1 avec un chapeau de paille4 #a ,la mme tenant un papier de musique et chantant prs d'un piano4 #a ,madame de ,chatenay la mre4 #a ,madame ,dubarry en pied4 #a ,la mme en peignoir4 #a ,madame de ,polignac4 -- #bg 99 99 99 99 99 #aghh4 #a ,le duc de ,polignac4 #a ,son pre4 #a ,robert1 le peintre1 pour moi4 #a ,madame ,dumoley4 #a ,madame de la ,briche4 #a ,madame la comtesse de ,beaumont4 #a ,le petit baron d',escars4 #a ,le petit prince ,lubomirsky4 #a ,le mme en amour de la gloire4 #a ,le petit ,brongniart4 #a ,la marquise de ,grollier4 #a ,le ,bailly de ,crussol4 #a ,madame de la ,guiche en laitire4 #a ,m4 d',angevilliers4 -- #ad 99 99 99 99 99 #aghi4 #a ,m4 de ,chatelux1 fait de souvenir4 #a ,m4 le duc de ,normandie en pied4 #a ,madame ,pregaux4 #a ,madame de ,sgur1 profil4 #a ,grand portrait de la reine pour le baron de ,breteuil4 #a ,la duchesse de la ,rochefoucauld4 #a ,petit amour pour ,m4 le ,pelletier de ,morfontaine4 #a ,madame la duchesse d',orlans4 #a ,mon portrait avec ma fille pour ,m4 d',angevilliers4 #a ,madame de ,grollier4 #a ,le ,bailly de ,crussol4 #a ,madame d',aumont4 #b ,madame de ,polignac4 #b ,madame de ,guiche1 pastel4 #a ,madame de ,pienne4 #a ,madame de la ,chtre4 #a ,madame de ,fresne-,daguesseau4 #a ,le marchal de ,sgur4 #a ,madame1 et monsieur le dauphin4 #a ,robert1 peintre de paysage4 #a ,petit ovale de ma fille4 #a ,madame ,chalgrin4 #a ,mon portrait au pastel4 #a ,le portrait de ,joseph ,vernet1 qui est au ,muse4 #a ,le prince de ,nassau en pied4 #a ,mon portrait tenant ma fille dans mes bras4 #a ,madame ,raymond tenant son enfant4 #b ,madame de ,simiane4 #b ,madame ,rousseau4 #a ,madame ,duvernais4 #a ,madame de ,saint-,alban4 #a ,madame ,savigni4 #a ,mademoiselle ,dorion4 -- #cg #ddd total gnral4 99 99 99 99 99 ,,tableaux ,d',,histoire4 ,la ,posie1 la ,peinture et la ,musique4 ,une scne espagnole4 ,l',amour endormi sous un bosquet de roses1 avec deux nymphes qui le regardent4 ,une jeune fille effraye d'tre surprise en chemise et se cachant la gorge4 ,une jeune fille qui crit et que l'on surprend4 ,l',innocence qui se rfugie dans les bras de la ,justice4 ,une ,vnus1 liant les ailes de l',amour4 ,junon demandant ,vnus sa ceinture4 ,une bacchante avec la peau de tigre4 ,la ,paix qui ramne l',abondance4 ,,notes #a3 ,nous avons plac toutes les notes et portraits la fin de ce volume4 7,note de l'diteur47 #b3 ,ce portrait est un buste ovale que je fis d'aprs elle3 j'avais alors quinze ans et demi4 #c3 prsent on y voit des tableaux des peintres modernes franais4 ,je suis la seule qui n'en ait pas dans cette collection4 #d3 cette poque1 le marquis de ,choiseul tait du nombre1 ce qui m'indignait1 car il venait d'pouser la plus jolie personne du monde4 ,elle s'appelait mademoiselle ,rabi2 c'tait une ,amricaine1 ge de seize ans4 ,je ne crois pas qu'on ait jamais rien vu de plus parfait4 #e3 ,il tait mme fort brillant4 ,les filles entretenues dpensaient des trsors pour y clipser tout le monde1 et l'on cite une demoiselle ,renard que l'on y vit paratre un jour dans une voiture trane par quatre chevaux dont les harnais taient couverts de pierres fausses1 imitant le diamant s'y mprendre4 #f3 ,je ne sais pour lequel ,la ,harpe fit les vers suivans3 ,quatrain pour le portrait de la reine4 ,le ciel mit dans ses traits cet clat qu'on admire2 ,france1 il la couronna pour la flicit3 ,un sceptre est inutile avec tant de beaut2 ,mais tant de vertus il fallait un empire4 #g3 ,ce ,m4 ,campan parlait toujours de la reine4 ,un jour qu'il dnait chez moi1 ma fille1 qui avait alors sept ans1 me dit tout bas3 ,maman1 ce ,monsieur1 est-ce le roi8 #h3 ,cette famille avait t comble des bonts de la reine4 #i3 ,les clairs sont au soleil2 ce qu'il me faut appeler les ombres1 faute d'un autre mot1 est le jour4 7,note de l',auteur47 #aj3 ,les seuls membres de l',acadmie royale de peinture avaient le droit1 cette poque1 d'exposer au salon4 7,note de l'diteur47 #aa3 ,ce tableau est au ministre de l'intrieur4 ,on aurait bien d me le rendre1 puisque je ne suis plus de l',acadmie4 7,note de l',auteur47 #ab3 ,m4 de ,rivire tait charg d'affaires de la cour de ,saxe4 ,c'tait un homme distingu par son esprit et ses qualits morales4 7,note de l'auteur47 #ac3 ,aujourd'hui madame ,regnault d',angly4 #ad3 ,les tableaux de ,mnageot sont parfaitement bien composs et d'un bon style historique4 ,ce peintre excellait dans la manire de draper4 ,son ,lonard de ,vinci mourant dans les bras de ,franois ,ier est trs remarquable1 mais ne vaut pas le ,mlagre que l'on garde aux ,gobelins depuis nombre d'annes pour l'excuter en tapisserie4 ,m4 ,mnageot tait un trs bel homme1 parfaitement aimable1 spirituel et trs gai3 aussi le recherchait-on dans la meilleure socit4 #ae3 ,il l'aurait paye bien tard2 car elle ne l'a t tout--fait qu' mon retour de ,russie en #ahja4 ,m4 ,lebrun m'avait laiss ce soin1 mon grand dsappointement4 #af3 ,je l'ai reprsent en ,amour de la ,gloire1 agenouill devant un laurier et tressant une couronne4 ,ce tableau est toujours rest dans la famille2 le roi de ,pologne m'a dit ,ptersbourg que jamais on n'avait voulu consentir le lui cder pour aucun prix4 #ag3 ,ce portrait a t achet la vente de ,m4 ,lebrun par ,m4 le comte d',harcour4 7,note de l',auteur47 #ah3 ,laruette n'a quitt qu'en #agii4 7,note de l'diteur47 #ai3 ,le prince de ,ligne parle1 dans ses ,mmoires1 de ce superbe saule4 #bj3 ,j'y voyais souvent ,m4 de ,monville2 aimable et trs lgant1 il nous mena sa campagne1 appele le ,dsert1 dont la maison tait une tour seulement4 #ba3 ,madame ,rousseau a laiss un fils1 connu sous le nom d',amde de ,beauplan1 qui est trs bon musicien4 ,il compose des romances charmantes1 et les chante merveille4 7,note de l',auteur47 #bb3 ,elle a pous depuis lord ,fitz-,gerald1 dont elle est veuve maintenant1 car elle vit encore1 mais bien change4 7,note de l',auteur47 #bc3 ,la veille de mon dpart1 j'allai chez ma mre1 qui ne me reconnut qu' mon son de voix4 ,il n'y avait pas trois semaines que nous nous tions vues4 #bd3 ,j'ai vcu dans l'tranger des portraits que je faisais4 ,bien loin que ,m4 ,lebrun m'ait jamais fait passer de l'argent1 il m'crivait des lettres si lamentables sur sa dtresse1 que je lui envoyai une fois mille cus et une autre fois cent louis1 de mme que plus tard j'envoyai la mme somme ma mre4 #be3 ,j'avais fait ce portrait pour ,m4 d',angevilliers4 ,il a t soustrait son propritaire lors de l'migration1 et port depuis au ministre de l'intrieur4 #bf3 ,la plus grande partie de ces tableaux sont maintenant au ,muse4 7,note de l',auteur47 #bg3 ,la plupart de ces portraits1 notamment celui que j'ai fait au pastel de la duchesse de ,guiche1 sont chez madame la comtesse de ,vaudreuil4 #bh3 ,il n'est mort qu' quatre-vingt-six ans4 7,note de l'diteur47