de ,france 7,bn,f_/,gallica7 ,,physiologie ,,du ,,go,t ,,par ,,brillat-,,savarin1 ,,illustr,e ,par ,,bertall ,,pr,c,d,e ,d',,une ,,notice ,,biographique ,par ,,alph4 ,,karr4 ,dessins part du texte1 gravs sur acier par ,ch4 ,geoffroy1 ,gravures sur bois1 intercales dans le texte1 par ,midderigh4 ,illustration ,,gabriel ,,de ,,gonet1 ,,diteur1 ,,rue ,,des ,,beaux-,,arts1 #f4 #ahdh ,illustration3 ,,brillat-,,savarin ,,physiologie ,,du ,,go,t ,,ou ,m,,ditations ,,de ,,gastronomie ,,transcendante4 ,,ouvrage ,,th,,orique1 ,,historique ,,et ,l',,ordre ,,du ,,jour ,ddi aux ,gastronomes parisiens4 ,illustration ,,introduction ,,par ,,alph4 ,,karr4 99 99 99 99 99 ,,il est une chose dont on ne se dfie pas assez1--c'est la grosse morale1 la morale des livres et des prdicateurs2 cette morale qui met la vertu si haut qu'on se console facilement de n'y point atteindre1 et en disant d'elle ce qu'un philosophe ancien disait du vice3 ,non licet omnibus adire ,corinthum4 ,aussi la plupart se contentent d'une imitation de cette vertu trop ardue1--et cette morale rbarbative ne produit le plus souvent que des hypocrites4 ,un homme qui vendrait des casques1 des cuirasses et des pes la taille des hros d',homre1 casques peine remplis par une citrouille2 cuirasses dont on ne toucherait pas les bords et qui seraient comme de petites chambres2 pes qu'on ne pourrait soulever1--vendrait sans aucun doute fort peu de ces armes1 fussent-elles fournies par ,vulcain et ciseles sur les propres dessins de ,minerve4 ,le boulanger vous donnera pour quelques pices de cuivre1 ayant cours1 le pain qu'il vous refusera pour des mdailles d'or l'effigie de ,titus4--,il ne faut commander aux hommes qu'un labeur humain2 il faut que la vraie morale admette les passions et les faiblesses2--elle doit les monder1 les diriger1--mais elle ne les arrachera qu'en dtruisant l'arbre4 ,puisque les ruisseaux existent1 il ne faut pas fermer les gouts4 ,certes1 je n'ignore pas qu'on rserve toute son indulgence pour les passions qu'on a et qu'on n'en rserve pas pour les passions d'autrui2--je n'avais jamais parl sans mpris de la gourmandise1 jusqu'au moment o j'ai lu la ,physiologie du ,got de ,brillat ,savarin2 j'avais vu dans la gourmandise la plus brutale1 la plus goste1 la plus bte des passions2 la lecture de ,brillat ,savarin m'a rendu honteux de ne pas tre gourmand4 ,en effet1 quand on a vu tant d'esprit1 de finesse1 de gat1 de philosophie chez un gourmand de profession1 on regrette de ne pas avoir reu de la nature les facults ncessaires pour sentir et apprcier les plaisirs de la table2--on s'estime afflig d'une infirmit et de la privation d'un sens2--on se met au rang1--sinon des sourds et des aveugles1 au moins de ceux qui ont l'oreille dure et la vue basse1 et on envisage l'orgueil qu'on a manifest de ne pas tre gourmand1 comme on envisage la sotte vanit des gens qui sont fiers d'avoir des lunettes d'or1 et qui toisent avec ddain ceux qui n'ont pas de lunettes4 ,n'avons-nous pas tous nos gourmandises8--,est-ce que je n'ai pas la gourmandise des couleurs et celle des parfums2--est-ce que je ne m'enivre pas de chvrefeuille2--est-ce que je ne m'exalte pas la vue des splendeurs du soleil couchant2--est-ce que la musique me laisse toute la froideur de la raison2--est-ce que sous ces impressions enivrantes1--semblable aux ivrognes qui trouvent les rues trop troites1--il ne m'arrive pas de trouver trop troites les voies humaines1 les routes du possible1 les chemins de la ralit8 ,je sais bien que la passion de la gourmandise a t parfois pousse un peu loin2--mais quelle passion n'a pas ses excs8--,certes1 l'empereur qui engraissait ses poissons avec de la chair d'esclaves qu'on jetait coups en morceaux dans ses viviers1 semblera toujours avoir dpass les bornes permises des plaisirs de la table2 mais les gourmets romains qui reconnaissaient au got les poissons pris l'embouchure du ,tibre de ceux pris entre deux ponts1 et ne mangeaient pas les premiers4 ,ceux qui rejetaient le foie d'une oie nourrie de figues sches et n'admettaient que le foie de l'oie nourrie de figues fraches1 n'avaient rien de dangereux ni de rebutant2 leur got exerc ressemblait l'oreille d',habeneck qui1 dans un concert de deux cents instruments1 rappelle l'ordre une contre-basse qui appuie sur la corde avec l'index au lieu de se servir du pouce4 ,et sans aller chercher dans les plaisirs des autres sens des analogies plus ou moins justes1--n'avons-nous pas tous nos jouissances gastronomiques nous rappeler4--,puis-je1 moi1 me rappeler de sang-froid tous ces gigots l'ail sur des haricots baigns dans le jus1 que1 pendant tant d'annes1 j'ai mangs une fois par semaine avec un ami que j'avais invent et que je croyais avoir8--,est-ce que je puis1 sans motion1 me souvenir de ces excellents dners de navets crus pris dans les champs1 avant d'aller le soir consacrer le prix d'un dner plus luxueux au billet qui me permettait d'entrer dans un thtre o je rencontrais de loin un regard qui a si longtemps fait ma force et ma vie4 ,et qui donnera aux ananas1 mangs dans des assiettes de ,chine1 la saveur qu'avaient les mres des haies1 quand j'avais dix-huit ans4 ,est-ce que nos pauvres pcheurs des ctes de ,normandie ne se rjouissent pas l'avance de manger un homard ou des crevettes cuits dans l'eau de la mer1 quand ils peuvent viter les regards de la douane2--car le fisc dfend de puiser de l'eau la mer1 et l',ocan est gard par toute une arme d'hommes vtus de vert qui vous ferait rejeter la mer une cruche d'eau que vous auriez subrepticement puise3--cela pargnerait aux pauvres gens d'acheter du sel1 et le sel est un impt4 ,le naturel dans les livres a un charme qui consiste en ceci qu'on croyait lire un livre et qu'on cause avec un homme4--,le livre de ,brillat ,savarin joint1 au naturel le plus exquis1 la verve la plus soutenue1 l'esprit le plus franc1 l'atticisme le plus pur4--,c'est un modle de style simple sans vulgarit4 ,la gourmandise n'est pas la goinfrerie4 ,brillat ,savarin fait entrer l'esprit1 la bonne humeur et le bon got dans les assaisonnements d'un bon dner4 ,l'esprit qui n'est ou doit n'tre que la raison orne et arme est peu considr en ,france1--parce qu'on prend pour de l'esprit certains exercices de mots pareils ceux que font les jongleurs avec des boules4 ,de mme les goinfres et les ivrognes se sont rclame indment d',anacron1 d',epicure2 et se sont placs sous leur invocation sans les consulter4 ,anacron1 dans ses vers1 recommande trs souvent de mettre de l'eau dans le vin1--et ,epicure voulait de l noblesse dans le plaisir1 et mettait le plaisir dans la vertu4 ,le vrai disciple d',epicure compte1 pour le meilleur plat de son dner1--le pain qu'il a envoy son voisin pauvre4--,tel autre vous dira avec les ,allemands1--en vous invitant dner3 ,un seul plat et un visage ami4 ,brillat ,savarin dit3 ,ceux qui s'indigrent ou qui s'enivrent ne savent ni boire ni manger4 ,je ne sais ce qu'il aurait dit des banquets politiques qui ne faisaient que poindre de son temps1--festins o chacun sert un plat de sa faon1 au moyen de phrases sonores parce qu'elles sont creuses1--et o on s'occupe du gouvernement du pays la fin du dner1--c'est--dire dans une situation de corps et d'esprit o aucun de ces lgislateurs en goguette ne se permettrait de traiter la moins importante de ses petites affaires particulires4 ,certes1 ce n'est pas mourir que de laisser aprs soi sa pense vivante au milieu des hommes1 pense qui a plus de force1 et dont la puissance n'est plus conteste depuis qu'elle n'excite plus l'envie contre l'homme qui en tait le dpositaire4 ,tandis que les riches et les puissants se disputent quelques honneurs matriels et quelques avantages grossiers1 ne sont-ce pas ls vrais matres du monde que ceux qui gouvernent encore par leurs livres les ides des peuples et l pense humaine8 ,entre ces illustres morts1--devenus des rois immortels1--le souvenir fait de singulires diffrences1--c'est la puissance de leur pense qui assigne leur rang dans votre vnration2 mais il en est quelques-uns dont on veut savoir la vie1 sur lesquels on recherche prcieusement et on recueille avec avidit les moindres dtails1--pour les autres nous nous contentons de lire leurs crits et de les admirer1 tandis que les premiers sont nos amis4--,on peut prendre pour type de ces deux impressions ,voltaire et ,j4-,j4 ,rousseau4 ,on aime les fleurs qu'aimait ,rousseau1 et son souvenir donne une teinte toute particulire au paysage des lieux qu'il a habits4--,voltaire est tout dans ses livres et on ne le cherche pas ailleurs4 ,m4 ,brillat ,savarin tait un esprit charmant1--mais je ne pense pas qu'on tienne savoir quelle tait au juste la couleur de ses cheveux4--,on ne se demande pas s'il a t amoureux4--,nous serons donc sobres de dtails biographiques4--,anthelme ,brillat ,savarin--naquit ,belley1 au pied des ,alpes1 le #a;er avril #agee4--;,il tait avocat1 lorsqu'en #aghi il fut dput l',assemble constituante4 ,maire de ,belley en #agic1 il fut oblig de se rfugier en ,suisse pour chapper la tourmente rvolutionnaire4 ,proscrit pendant quatre ans1 tant en ,suisse qu'aux ,etats-,unis1--professeur de langue franaise1--musicien l'orchestre du thtre de ,new-,york4--s'il dut son existence matrielle ses talents1--il dut la srnit et le bonheur sa douce philosophie4 ,rentr en ,france en septembre #agif il occupa diverses fonctions1--jusqu' ce que le choix du snat l'appelt la cour de cassation o il a pass les vingt-cinq dernires annes de sa vie1 qui fut jusqu' la fin douce et calme1 entoure d'estime et d'unites4 ,il tait enrhum lorsqu'il fut nomm membre de la dputation charge de reprsenter la cour de cassation la crmonie funbre du #ba janvier dans l'glise de ,saint-,denis2--il y fut atteint d'une pripneumonie qui emporta en mme temps que lui ,m4 ,robert de ,saint-,vincent et l'avocat-gnral ,marchangy4--,il mourut le #b fvrier #ahbf-- l'ge de #ga ans4 ,alph4 ,,karr4 ,illustration ,,aphorismes ,,du ,,professeur ,,pour ,,servir ,,de ,,prol,,gom,,nes ,a ,,son ,,ouvrage ,,et ,,de ,,base ,,ternelle ,a ,,la ,,science2 99 99 99 99 99 ,i4 ,l'univers n'est rien que par la vie1 et tout ce qui vit se nourrit4 ,,ii4 ,ls animaux se repaissent2 l'homme mange2 l'homme d'esprit seul sait manger4 ,,iii4 ,la destine des nations dpend de la manire dont elles se nourrissent4 ,,iv4 ,dis-moi ce que tu manges1 je te dirai ce que tu es4 ,v4 ,le ,crateur1 en obligeant l'homme manger pour vivre1 l'y invite par l'apptit1 et l'en rcompense par le plaisir4 ,,vi4 ,la gourmandise est un acte de notre jugement1 par lequel nous accordons la prfrence aux choses qui sont agrables au got sur celles qui n'ont pas cette qualit4 ,,vii4 ,le plaisir de la table est de tous les ges1 de toutes les conditions1 de tous les pays et de tous les jours2 il peut s'associer tous les autres plaisirs1 et reste le dernier pour nous consoler de leur perte4 ,,viii4 ,la table est le seul endroit o l'on ne s'ennuie jamais pendant la premire heure4 ,,ix4 ,la dcouverte d'un mets nouveau fait plus pour le bonheur du genre humain que la dcouverte d'une toile4 ,x4 ,ceux qui s'indigrent ou qui s'enivrent ne savent ni boire ni manger4 ,,xi4 ,l'ordre des comestibles est des plus substantiels aux plus lgers4 ,,xii4 ,l'ordre des boissons est des plus tempres aux plus fumeuses et aux plus parfumes4 ,,xiii4 ,prtendre qu'il ne faut pas changer de vins est une hrsie2 la langue se sature2 et aprs le troisime verre1 le meilleur vin n'veille plus qu'une sensation obtuse4 ,,xiv4 ,un dessert sans fromage est une belle qui il manque un oeil4 ,,xv4 ,on devient cuisinier1 mais on nat rtisseur4 ,,xvi4 ,la qualit la plus indispensable du cuisinier est l'exactitude3 elle doit tre aussi celle du convi4 ,,xvii4 ,attendre trop longtemps un convive retardataire est un manque d'gards pour tous ceux qui sont prsents4 ,,xviii4 ,celui qui reoit ses amis et ne donne aucun soin personnel au repas qui leur est prpar1 n'est pas digne d'avoir des amis4 ,,xix4 ,la matresse de la maison doit toujours s'assurer que le caf est excellent2 et le matre1 que les liqueurs sont de premier choix4 ,,xx4 ,convier quelqu'un1 c'est se charger de son bonheur pendant tout le temps qu'il est sous notre toit4 99 99 99 99 99 ,,dialogue ,,entre ,l',,auteur ,,et ,,son ,,ami4 99 99 99 99 99 7,,apr,s ,,les ,,premiers ,,compliments7 ,l',,ami4--,ce matin nous avons1 en djeunant1 ma femme et moi1 arrt dans notre sagesse que vous feriez imprimer au plus tt vos ,mditations gastronomiques4 ,l',,auteur4--,ce que femme veut1 ,dieu le veut4 ,voil1 en sept mots1 toute la charte parisienne4 ,mais je ne suis pas de la paroisse2 et un clibataire444 ,l',,ami4--,mon ,dieu6 les clibataires sont tout aussi soumis que les autres1 et quelquefois notre grand prjudice4 ,mais ici le clibat ne peut pas vous sauver2 car ma femme prtend qu'elle a le droit d'ordonner1 parce que c'est chez elle1 la campagne1 que vous avez crit vos premires pages4 ,l',,auteur4--,tu connais1 cher docteur1 ma dfrence pour les dames2 tu as lou plus d'une fois ma soumission leurs ordres2 tu tais aussi de ceux qui disaient que je ferais un excellent mari444 ,et cependant je ne ferai pas imprimer4 ,l',,ami4--,et pourquoi8 ,l',,auteur4--,parce que1 vou par tat des tudes srieuses1 je crains que ceux qui ne connatront mon livre que par le titre ne croient que je ne m'occupe que de fariboles4 ,l',,ami4--,terreur panique6 ,trente-six ans de travaux publics et continus ne sont-ils pas l pour vous tablir une rputation contraire8 ,d'ailleurs1 ma femme et moi nous croyons que tout le monde voudra vous lire4 ,l',,auteur4--,vraiment8 ,l',,ami4--,les savants vous liront pour deviner et apprendre ce que vous n'avez fait qu'indiquer4 ,l',,auteur4--,cela pourrait bien tre4 ,l',,ami4--,les femmes vous liront1 parce qu'elles verront bien que444 ,l',,auteur4--,cher ami1 je suis vieux1 je suis tomb dans la sagesse3 ,miserere mei4 ,l',,ami4--,les gourmands vous liront1 parce que vous leur rendez justice et que vous leur assignez enfin le rang qui leur convient dans la socit4 ,l',,auteur4--,pour cette fois1 tu dis vrai3 il est inconcevable qu'ils aient t si longtemps mconnus1 ces chers gourmands6 j'ai pour eux des entrailles de pre2 ils sont si gentils6 ils ont les yeux si brillants6 ,l',,ami4--,d'ailleurs1 ne nous avez-vous pas dit souvent que votre ouvrage manquait nos bibliothques8 ,l',,auteur4--,je l'ai dit1 le fait est vrai1 et je me ferais trangler plutt que d'en dmordre4 ,l',,ami4--,mais vous parlez en homme tout--fait persuad1 et vous allez venir avec moi chez444 ,l',,auteur4--,oh6 que non6 si le mtier d'auteur a ses douceurs1 il a aussi bien ses pines1 et je lgue tout cela mes hritiers4 ,l',,ami4--,mais vous dshritez vos amis1 vos connaissances1 vos contemporains4 ,en aurez-vous bien le courage8 ,l',,auteur4--,mes hritiers6 mes hritiers6 j'ai ou dire que les ombres sont rgulirement flattes des louanges des vivants2 et c'est une espce de batitude que je veux me rserver pour l'autre monde4 ,l',,ami4--,mais tes-vous bien sr que ces louanges iront leur adresse8 tes-vous galement assur de l'exactitude de vos hritiers8 ,l',,auteur4--,mais je n'ai aucune raison de croire qu'ils pourraient ngliger un devoir en faveur duquel je les dispenserais de bien d'autres4 ,l',,ami4--,auront-ils1 pourront-ils avoir pour votre production cet amour de pre1 cette attention d'auteur1 sans lesquels un ouvrage se prsente toujours au public avec un certain air gauche8 ,l',,auteur4--,mon manuscrit sera corrig1 mis au net1 arm de toutes pices2 il n'y aura plus qu' imprimer4 ,l',,ami--,et le chapitre des vnements8 ,hlas6 de pareilles circonstances ont occasionn la perte de bien des ouvrages prcieux1 et entre autres de celui du fameux ,lecat1 sur l'tat de l'me pendant le sommeil1 travail de toute sa vie4 ,l',,auteur4--,ce fut sans doute une grande perte1 et je suis bien loin d'aspirer de pareils regrets4 ,l',,ami4--,croyez que des hritiers ont bien assez d'affaires pour compter avec l'glise1 avec la justice1 avec la facult1 avec eux-mmes1 et qu'il leur manquera1 sinon la volont1 du moins le temps de se livrer aux divers soins qui prcdent1 accompagnent et suivent la publication d'un livre1 quelque peu volumineux qu'il soit4 ,l',,auteur4--,mais le titre6 mais le sujet6 mais les mauvais plaisants6 ,l',,ami4--,le seul mot gastronomie fait dresser toujours les oreilles2 le sujet est la mode1 et les mauvais plaisants sont aussi gourmands que les autres4 ,ainsi voil de quoi vous tranquilliser3 d'ailleurs1 pouvez-vous ignorer que les graves personnages ont quelquefois fait des ouvrages lgers8 ,le prsident de ,montesquieu1 par exemple#a4 ,note #a3 ,m4 de ,montucla1 connu par une trs bonne ,histoire des ,mathmatiques1 avait fait un ,dictionnaire de gographie gourmande2 il m'en a montr des fragments pendant mon sjour ,versailles4 ,on assure que ,m4 ,berryat-,saint-,prix1 qui professe avec distinction la science de la procdure1 a fait un roman en plusieurs volumes4 ,l',,auteur1 vivement4--,c'est ma foi vrai6 il a fait le ,temple de ,gnide1 et on pourrait soutenir qu'il y a plus de vritable utilit mditer sur ce qui est la fois le besoin1 le plaisir et l'occupation de tous les jours1 qu' nous apprendre ce que faisaient ou disaient1 il y a plus de deux mille ans1 une paire de morveux dont l'un poursuivait1 dans les bosquets de la ,grce1 l'autre qui n'avait gure envie de s'enfuir4 ,l',,ami4--,vous vous rendez donc enfin8 ,l',,auteur4--,moi6 pas du tout2 c'est seulement le bout d'oreille d'auteur qui a paru1 et ceci rappelle ma mmoire une scne de la haute comdie anglaise1 qui m'a fort amus2 elle se trouve1 je crois1 dans la pice intitule ,the natural ,daughter 7la ,fille naturelle74 ,tu vas en juger#b4 ,note #b3 ,le lecteur a d s'apercevoir que mon ami se laisse tutoyer sans rciprocit4 ,c'est que mon ge est au sien comme d'un pre son fils1 et que1 quoique devenu un homme considrable tous gards1 il serait dsol si je changeais de nombre4 ,il s'agit de quakers1 et tu sais que ceux qui sont attachs cette secte tutoient tout le monde1 sont vtus simplement1 ne vont point la guerre1 ne font jamais de serment1 agissent avec flegme1 et surtout ne doivent jamais se mettre en colre4 ,or1 le hros de la pice est un jeune et beau quaker1 qui parat sur la scne avec un habit brun1 un grand chapeau rabattu et des cheveux plats2 ce qui ne l'empche pas d'tre amoureux4 ,un fat1 qui se trouve son rival1 enhardi par cet extrieur et par les dispositions qu'il lui suppose1 le raille1 le persifle et l'outrage2 de manire que le jeune homme1 s'chauffant peu peu1 devient furieux1 et rosse de main de matre l'impertinent qui le provoque4 ,l'excution faite1 il reprend subitement son premier maintien1 se recueille1 et dit d'un ton afflig3 ,hlas6 je crois que la chair l'a emport sur l'esprit4 ,j'agis de mme1 et aprs un mouvement bien pardonnable1 je reviens mon premier avis4 ,l',,ami4--,cela n'est plus possible3 vous avez1 de votre aveu1 montr le bout de l'oreille2 il y a de la prise1 et je vous mne chez le libraire4 ,je vous dirai mme qu'il en est plus d'un qui ont vent votre secret4 ,l',,auteur4--,ne t'y hasarde pas1 car je parlerai de toi2 et qui sait ce que j'en dirai8 ,l',,ami4--,que pourrez-vous en dire8 ,ne croyez pas m'intimider4 ,l',,auteur4--,je ne dirai pas que notre commune patrie#c se glorifie de t'avoir donn la naissance2 qu' vingt-quatre ans tu avais dj fait paratre un ouvrage lmentaire1 qui depuis lors est demeur classique2 qu'une rputation mrite t'attire la confiance2 que ton extrieur rassure les malades2 que ta dextrit les tonne2 que ta sensibilit les console3 tout le monde sait cela4 ,mais je rvlerai tout ,paris 7me redressant71 toute la ,france 7me rengorgeant71 l'univers entier1 le seul dfaut que je te connaisse4 ,l',,ami1 d'un ton srieux4--,et lequel1 s'il vous plat8 ,l',,auteur4--,un dfaut habituel dont toutes mes exhortations n'ont pu te corriger4 ,l',,ami1 effray4--,dites donc enfin2 c'est trop me tenir la torture4 ,l',,auteur4--,tu manges trop vite#d4 7,ici1 l'ami prend son chapeau1 et sort en souriant1 se doutant bien qu'il a prch un converti74 ,note #c3 ,belley1 capitale du ,bugey1 pays charmant o l'on trouve de hautes montagnes1 des collines1 des fleuves1 des ruisseaux limpides1 des cascades1 des abmes1 vrai jardin anglais de cent lieues carres1 et o1 avant la rvolution1 le tiers-tat avait1 par la constitution du pays1 le veto sur les deux autres ordres4 ,note #d3 ,historique4 99 99 99 99 99 ,,biographie ,le docteur que j'ai introduit dans le dialogue qui prcde n'est point un tre fantastique comme les ,chloris d'autrefois1 mais un docteur bel et bien vivant2 et tous ceux qui me connaissent auront bientt devin le docteur ,,richerand4 ,en m'occupant de lui1 j'ai remont jusqu' ceux qui l'ont prcd1 et je me suis aperu avec orgueil que l'arrondissement de ,belley1 au dpartement de l',ain1 ma patrie1 tait depuis longtemps en possession de donner la capitale du monde des mdecins de haute distinction2 et je n'ai pas rsist la tentation de leur lever un modeste monument dans une courte notice4 ,dans les jours de la ,rgence1 les docteurs ,,genin et ,,civoct furent des praticiens de premire classe1 et firent refluer dans leur patrie une fortune honorablement acquise4 ,le premier tait tout--fait hippocratique1 et procdait en forme3 le second1 qui soignait beaucoup de belles dames1 tait plus doux2 plus accommodant3 ,res novas molientem1 et dit ,tacite4 ,vers #agej1 le docteur ,,la ,,chapelle se distingua dans la carrire prilleuse de la mdecine militaire4 ,on a de lui quelques bons ouvrages1 et on lui doit l'importation du traitement des fluxions de poitrine par le beurre frais1 mthode qui gurit comme par enchantement1 quand on s'en sert dans les premires trente-six heures de l'invasion4 ,vers #agfj1 le docteur ,,dubois obtenait les plus grands succs dans le traitement des vapeurs1 maladie pour lors la mode1 et tout aussi frquent que les maux de nerfs qui l'ont remplace4 ,la vogue qu'il obtint tait d'autant plus remarquable1 qu'il tait loin d'tre beau garon4 ,malheureusement il arriva trop tt une fortune indpendante1 se laissa couler dans les bras de la paresse1 et se contenta d'tre convive aimable et conteur tout--fait amusant4 ,il tait d'une constitution robuste1 et a vcu plus de quatre-vingt-huit ans1 malgr les dners ou plutt grce aux dners de l'ancien et du nouveau rgime#e4 ,note #e3 ,je souriais en crivant cet article3 il rappelait mon souvenir un grand seigneur acadmicien1 dont ,fontenelle tait charg de faire l'loge4 ,le dfunt ne savait autre chose que bien jouer tous les jeux2 et l-dessus1 le secrtaire perptuel eut le talent d'asseoir un pangyrique trs bien tourn et de longueur convenable4 7,voyez au surplus la ,mditation sur le plaisir de la table1 o le docteur est en action47 ,sur la fin du rgne de ,louis ,,xv1 le docteur ,,coste1 natif de ,chtillon1 vint ,paris2 il tait porteur d'une lettre de ,voltaire pour ,m4 le duc de ,choiseul1 dont il eut le bonheur de gagner la bienveillance ds les premires visites4 ,protg par ce seigneur et par la duchesse de ,grammont sa soeur1 le jeune ,coste pera vite1 et1 aprs peu d'annes1 ,paris commena le compter parmi les mdecins de grande esprance4 ,la mme protection qui l'avait produit l'arracha cette carrire tranquille et fructueuse1 pour le mettre la tte du service de sant de l'arme que la ,france envoyait en ,amrique au secours des tats-,unis1 qui combattaient pour leur indpendance4 ,aprs avoir rempli sa mission1 le docteur ,coste revint en ,france1 passa peu prs inaperu le mauvais temps de #agic1 et fut lu maire ,versailles1 o l'on se souvient encore de son administration la fois active1 douce et paternelle4 ,bientt le ,directoire le rappela l'administration de la mdecine militaire1 ,bonaparte le nomma l'un des trois inspecteurs gnraux du service de la mdecine des armes2 et le docteur y fut constamment l'ami1 le protecteur et le pre des jeunes gens qui se destinaient cette carrire4 ,enfin il fut nomm mdecin de l'htel royal des ,invalides1 et en a rempli les fonctions jusqu' sa mort4 ,d'aussi longs services ne pouvaient rester sans rcompense sous le gouvernement des ,bourbons1 et ,louis ,,xviii fit un acte de toute justice en accordant ,m4 ,coste le cordon de ,saint-,michel4 ,le docteur ,coste est mort il y a quelques annes1 en laissant une mmoire vnre1 une fortune tout--fait philosophique1 et une fille unique1 pouse de ,m4 de ,lalot1 qui s'est distingu la chambre des dputs par une loquence vive et profonde1 et qui ne l'a pas empch de sombrer sous voiles4 ,un jour que nous avions dn chez ,m4 ,favre1 le cur de ,saint-,laurent1 notre compatriote1 le docteur ,coste me raconta la vive querelle qu'il avait eue1 ce jour mme1 avec le comte de ,cessac1 alors le ministre directeur de l'administration de la guerre1 au sujet d'une conomie que celui-ci voulait proposer pour faire sa cour ,napolon4 ,cette conomie consistait retrancher aux soldats malades la moiti de leur portion d'eau pane1 et faire laver la charpie qu'on tait de dessus les plaies1 pour la faire servir une seconde ou une troisime fois4 ,le docteur s'tait lev avec violence contre des mesures qu'il qualifiait d'abominables1 et il tait encore si plein de son sujet1 qu'il se remit en colre1 comme si l'objet de son courroux et encore t prsent4 ,je n'ai jamais pu savoir si le comte avait t rellement converti et avait laiss son conomie en portefeuille2 mais ce qu'il y a de certain1 c'est que les soldats malades purent toujours boire volont1 et qu'on continua jeter toute charpie qui avait servi4 ,vers #aghj1 le docteur ,,bordier1 n dans les environs d',amberieux1 vint exercer la mdecine ,paris4 ,sa pratique tait douce1 son systme expectant et son diagnostic sr4 ,il fut nomm professeur en la ,facult de mdecine2 son style tait simple1 mais ses leons taient paternelles et fructueuses4 ,les honneurs vinrent le chercher quand il n'y pensait pas1 et il fut nomm mdecin de l'impratrice ,marie-,louise4 ,mais il ne jouit pas longtemps de cette place3 l',empire s'croula1 et le docteur lui-mme fut emport par suite d'un mal de jambe contre lequel il avait lutt toute sa vie4 ,le docteur ,bordier tait d'une humeur tranquille1 d'un caractre bienfaisant et d'un commerce sr4 ,vers la fin du dix-huitime sicle parut le docteur ,,bichat444 ,bichat1 dont tous les crits portent l'empreinte du gnie1 qui usa sa vie dans des travaux faits pour avancer la science1 qui runissait l'lan de l'enthousiasme la patience des esprits borns1 et qui1 mort trente ans1 a mrit que des honneurs publics fussent dcerns sa mmoire4 ,plus tard1 le docteur ,,mont,,gre porta dans la clinique un esprit philosophique4 ,il rdigea avec savoir la ,gazette de sant1 et mourut quarante ans1 dans nos les1 o il tait all afin de complter les traits qu'il projetait sur la fivre jaune et le vomito negro4 ,dans le moment actuel1 le docteur ,,richerand est plac sur les plus hauts degrs de la mdecine opratoire1 et ses lments de physiologie ont t traduits dans toutes les langues4 ,nomm de bonne heure professeur en la facult de ,paris1 il est investi de la plus auguste confiance4 ,on n'a pas la parole plus consolante1 la main plus douce1 ni l'acier plus rapide4 ,le docteur ,,recamier#f1 professeur en la mme facult1 sige ct de son compatriote444 ,note #f3 ,filleul de l'auteur2 c'est lui qui l'a soign pendant sa dernire et courte maladie4 ,le prsent ainsi assur1 l'avenir se prpare2 et sous les ailes de ces puissants professeurs s'lvent des jeunes gens du mme pays1 qui promettent de suivre d'aussi honorables exemples4 ,dj les docteurs ,,janin et ,,manjot brlent le pav de ,paris4 ,le docteur ,manjot 7rue du ,bac1 n #ci7 s'adonne principalement aux maladies des enfants2 ses inspirations sont heureuses1 il doit bientt en faire part au public4 ,j'espre que tout lecteur bien n pardonnera cette digression un vieillard1 qui trente-cinq ans de sjour ,paris n'ont fait oublier ni son pays ni ses compatriotes4 ,il m'en cote dj assez de passer sous silence tant de mdecins dont la mmoire subsiste vnre dans le pays qui les vit natre1 et qui1 pour n'avoir pas eu l'avantage de briller sur le grand thtre1 n'ont eu ni moins de science ni moins de mrite4 ,,pr,,face4 ,pour offrir au public l'ouvrage que je livre sa bienveillance1 je ne me suis pas impos un grand travail1 je n'ai fait que mettre en ordre des matriaux rassembls depuis longtemps2 c'est une occupation amusante1 que j'avais rserve pour ma vieillesse4 ,en considrant le plaisir de la table sous tous ses rapports1 j'ai vu de bonne heure qu'il y avait l-dessus quelque chose de mieux faire que des livres de cuisine1 et qu'il y avait beaucoup dire sur des fonctions si essentielles1 si continues1 et qui influent d'une manire si directe sur la sant1 sur le bonheur1 et mme sur les affaires4 ,cette ide-mre une fois arrte1 tout le reste a coul de source3 j'ai regard autour de moi1 j'ai pris des notes1 et souvent1 au milieu des festins les plus somptueux1 le plaisir d'observer m'a sauv des ennuis du conviviat4 ,ce n'est pas que1 pour remplir la tche que je me suis propose1 il n'ait fallu tre physicien1 chimiste1 physiologue1 et mme un peu rudit4 ,mais1 ces tudes1 je les avais faites sans la moindre prtention tre auteur2 j'tais pouss par une curiosit louable1 par la crainte de rester en arrire de mon sicle1 et par le dsir de pouvoir causer1 sans dsavantage1 avec les savants1 avec qui j'ai toujours aim me trouver#g4 ,note #g3 ,venez dner avec moi jeudi prochain1 me dit un jour ,m4 ,greffuble1 je vous ferai trouver avec des savants ou avec des gens de lettres1 choisissez4--,mon choix est fait1 rpondis-je2 nous dnerons deux fois4 ,ce qui eut effectivement lieu1 et le repas des gens de lettres tait notablement plus dlicat et plus soign4 7,voyez la ,mditation ,x47 ,je suis surtout mdecin-amateur2 c'est chez moi presque une manie1 et je compte parmi mes plus beaux jours celui o1 entr par la porte des professeurs et avec eux la thse de concours du docteur ,cloquet1 j'eus le plaisir d'entendre un murmure de curiosit parcourir l'amphithtre1 chaque lve demandant son voisin quel pouvait tre le puissant professeur tranger qui honorait l'assemble par sa prsence4 ,il est cependant un autre jour dont le souvenir m'est1 je crois1 aussi cher3 c'est celui o je prsentai au conseil d'administration de la socit d'encouragement pour l'industrie nationale1 mon irrorateur1 instrument de mon invention1 qui n'est autre chose que la fontaine de compression approprie parfumer les appartements4 ,j'avais apport dans ma poche ma machine bien charge2 je tournai le robinet1 et il s'en chappa1 avec sifflement1 une vapeur odorante qui1 s'levant jusqu'au plafond1 retombait en gouttelettes sur les personnes et sur les papiers4 ,c'est alors que je vis avec un plaisir inexprimable les ttes les plus savantes de la capitale se courber sous mon irroration1 et je me pmais d'aise en remarquant que les plus mouills taient aussi les plus heureux4 ,en songeant quelquefois aux graves lucubrations auxquelles la latitude de mon sujet m'a entran1 j'ai eu sincrement la crainte d'avoir pu ennuyer2 car1 moi aussi1 j'ai quelquefois bill sur les ouvrages d'autrui4 ,j'ai fait tout ce qui a t en mon pouvoir pour chapper ce reproche2 je n'ai fait qu'effleurer tous les sujets qui ont pu s'y prter3 j'ai sem mon ouvrage d'anecdotes1 dont quelques-unes me sont personnelles2 j'ai laiss l'cart un grand nombre de faits extraordinaires et singuliers1 qu'une saine critique doit faire rejeter2 j'ai rveill l'attention en rendant claires et populaires certaines connaissances que les savants semblaient s'tre rserves4 ,si1 malgr tant d'efforts1 je n'ai pas prsent mes lecteurs de la science facile digrer1 je n'en dormirai pas moins sur les deux oreilles1 bien certain que la majorit m'absoudra sur l'intention4 ,on pourrait bien me reprocher encore que je laisse quelquefois trop courir ma plume1 et que1 quand je conte1 je tombe un peu dans la garrulit4 ,est-ce ma faute moi si je suis vieux8 ,est-ce ma faute si je suis comme ,ulysse1 qui avait vu les moeurs et les villes de beaucoup de peuples8 ,suis-je donc blmable de faire un peu de ma biographie8 ,enfin il faut que le lecteur me tienne compte de ce que je lui fais grce de mes ,mmoires politiques1 qu'il faudrait bien qu'il lt comme tant d'autres1 puisque1 depuis trente-six ans1 je suis aux premires loges pour voir passer les hommes et les vnements4 ,surtout qu'on se garde bien de me ranger parmi les compilateurs3 si j'en avais t rduit l1 ma plume se serait repose1 et je n'en aurais pas vcu moins heureux4 ,j'ai dit1 comme ,juvnal3 ,semper ego auditor tantum6 nunquamne reponam6 et ceux qui s'y connaissent verront facilement qu'galement accoutume au tumulte de la socit et au silence du cabinet1 j'ai bien fait de tirer partie de l'une et de l'autre de ces positions4 ,enfin1 j'ai fait beaucoup pour ma satisfaction particulire2 j'ai nomm plusieurs de mes amis qui ne s'y attendaient gure1 j'ai rappel quelques souvenirs aimables1 j'en ai fix d'autres qui allaient m'chapper2 et1 comme on dit dans le style familier1 j'ai pris mon caf4 ,peut-tre bien qu'un seul lecteur1 dans la catgorie des allongs1 s'criera3 ,j'avais bien besoin de savoir si444 ,a quoi pense-t-il1 en disant que444 etc41 etc48 ,mais je suis sr que tous les autres lui imposeront silence1 et qu'une majorit imposante accueillera avec bont ces effusions d'un sentiment louable4 ,il me reste quelque chose dire sur mon style1 car le style est tout l'homme1 dit ,buffon4 ,et qu'on ne croie pas que je vienne demander une grce qu'on n'accorde jamais ceux qui en ont besoin3 il ne s'agit que d'une simple explication4 ,je devrais crire merveille1 car ,voltaire1 ,jean-,jacques1 ,fnlon1 ,buffon1 et plus tard ,cochin et d',aguesseau1 ont t mes auteurs favoris1 je les sais par coeur4 ,mais peut-tre les dieux en ont-ils ordonn autrement2 et s'il est ainsi1 voici la cause de la volont des dieux4 ,je connais1 plus ou moins bien1 cinq langues vivantes1 ce qui m'a fait un rpertoire immense de mots de toutes livres4 ,quand j'ai besoin d'une expression1 et que je ne la trouve pas dans la case franaise1 je prends dans la case voisine1 et de l1 pour le lecteur1 la ncessit de me traduire ou de me deviner3 c'est son destin4 ,je pourrais bien faire autrement1 mais j'en suis empch par un esprit de systme auquel je tiens d'une manire invincible4 ,je sais intimement persuad que la langue franaise1 dont je me sers1 est comparativement pauvre4 ,que faire en cet tat8 ,emprunter ou voler4 ,je fais l'un et l'autre1 parce que ces emprunts ne sont pas sujets restitution1 et que le vol de mots n'est pas puni par le ,code pnal4 ,on aura une ide de mon audace1 quand on saura que j'appelle volante 7de l'espagnol7 tout homme que j'envoie faire une commission1 et que j'tais dtermin franciser le verbe anglais to sip1 qui signifie boire petites reprises1 si je n'avais exhum le mot franais siroter1 auquel on donnait peu prs la mme signification4 ,je m'attends bien que les svres vont crier ,bossuet1 ,fnlon1 ,racine1 ,boileau1 ,pascal1 et autres du sicle de ,louis ,,xiv2 il me semble les entendre faire un vacarme pouvantable4 ,a quoi je rponds posment que je suis loin de disconvenir du mrite de ces auteurs1 tant nomms que sous-entendus2 mais que suit-il de l8444 ,rien1 si ce n'est qu'ayant bien fait avec un instrument ingrat1 ils auraient incomparablement mieux fait avec un instrument suprieur4 ,c'est ainsi qu'on doit croire que ,tartini aurait encore bien mieux jou du violon1 si son archet avait t aussi long que celui de ,baillot4 ,je suis donc du parti des nologues1 et mme des romantiques2 ces derniers dcouvrent les trsors cachs2 les autres sont comme les navigateurs qui vont chercher au loin les provisions dont on a besoin4 ,les peuples du ,nord1 et surtout les ,anglais1 ont sur nous1 cet gard1 un immense avantage3 le gnie n'y est jamais gn par l'expression2 il cre ou emprunte4 ,aussi1 dans tous les sujets qui admettent la profondeur et l'nergie1 nos traducteurs ne font-ils que des copies ples et dcolores #h4 ,note #h3 ,l'excellente traduction de lord ,byron1 par ,m4 ,benjamin ,laroche1 fait exception cette rgle1 mais ne la dtruit pas4 ,c'est un tour de force qui ne sera pas recommenc4 ,j'ai autrefois entendu1 l',institut1 un discours fort gracieux sur le danger du nologisme et sur la ncessit de s'en tenir notre langue telle qu'elle a t fixe par les auteurs du bon sicle4 ,comme chimiste1 je passai cette oeuvre la cornue2 il n'en resta que ceci3 ,nous avons si bien fait qu'il n'y a pas moyen de mieux faire1 ni de faire autrement4 ,or1 j'ai vcu assez pour savoir que chaque gnration en dit autant1 et que la gnration suivante ne manque jamais de s'en moquer4 ,d'ailleurs1 comment les mots ne changeraient-ils pas1 quand les moeurs et les ides prouvent des modifications continuelles8 ,si nous faisons les mmes choses que les anciens1 nous ne les faisons pas de la mme manire1 et il est des pages entires1 dans quelques livres franais1 qu'on ne pourrait traduire ni en latin ni en grec4 ,toutes les langues ont eu leur naissance1 leur apoge et leur dclin2 et aucune de celles qui ont brill depuis ,ssostris jusqu' ,philippe-,auguste1 n'existe plus que dans les monuments4 ,la langue franaise aura le mme sort1 et en l'an #bhbe on ne me lira qu' l'aide d'un dictionnaire1 si toutefois on me lit444 ,j'ai eu ce sujet une discussion coups de canon avec l'aimable ,m4 ,andrieux1 de l',acadmie franaise4 ,je me prsentai en bon ordre1 je l'attaquai vigoureusement2 et je l'aurais pris1 s'il n'avait fait une prompte retraite1 laquelle je ne mis pas trop d'obstacle1 m'tant souvenu1 heureusement pour lui1 qu'il tait charg d'une lettre dans le nouveau lexique4 ,je finis par une observation importante2 aussi l'ai-je gard pour la dernire4 ,quand j'cris et parle de moi au singulier1 cela suppose une confabulation avec le lecteur2 il peut examiner1 discuter1 douter et mme rire4 ,mais quand je m'arme du redoutable nous1 je professe2 il faut se soumettre4 ,i am1 ,sir1 oracle1 ,and1 when ,i open my lips1 let no dog bark4 7,,shakespeare1 ,merchant of ,venice1 act4 ,i1 sc4 #a47 99 99 99 99 99 ,illustration3 ,les ,sens ,illustration ,m,,ditation4 ,i ,des ,sens4 ,les sens sont les organes par lesquels l'homme se met en rapport avec les objets extrieurs4 ,nombre des ,sens4 #a4 ,,on doit en compter au moins six3 ,la vue1 qui embrasse l'espace et nous instruit1 par le moyen de la lumire1 de l'existence et des couleurs des corps qui nous environnent2 ,l'oue1 qui reoit1 par l'intermdiaire de l'air1 l'branlement caus par les corps bruyants ou sonores2 ,l'odorat1 au moyen duquel nous flairons les odeurs des corps qui en sont dous2 ,le got1 par lequel nous apprcions tout ce qui est sapide ou esculent2 ,le toucher1 dont l'objet est la consistance et la surface des corps2 ,enfin le gnsique ou amour physique1 qui entrane les sexes l'un vers l'autre1 et dont le but est la reproduction de l'espce4 ,il est tonnant que1 presque jusqu' ,buffon1 un sens si important ait t mconnu1 et soit rest confondu ou plutt annex au toucher4 ,cependant la sensation dont il est le sige n'a rien de commun avec celle du tact2 il rside dans un appareil aussi complet que la bouche ou les yeux2 et ce qu'il y a de singulier1 c'est que chaque sexe ayant tout ce qu'il faut pour prouver cette sensation1 il est nanmoins ncessaire que les deux se runissent pour atteindre au but que la nature s'est propos4 ,et si le got1 qui a pour but la conservation de l'individu1 est incontestablement un sens1 plus forte raison doit-on accorder ce titre aux organes destins la conservation de l'espce4 ,donnons donc au gnsique la place sensuelle qu'on ne peut lui refuser1 et reposons-nous sur nos neveux du soin de lui assigner son rang4 ,mise en action des ,sens4 #b4--,s'il est permis de se porter1 par l'imagination1 jusqu'aux premiers moments de l'existence du genre humain1 il est aussi permis de croire que les premires sensations ont t purement directes1 c'est--dire qu'on a vu sans prcision1 ou confusment1 flair sans choix1 mang sans savour1 et joui avec brutalit4 ,illustration ,mais toutes ces sensations ayant pour centre commun l'me1 attribut spcial de l'espce humaine1 et cause toujours active de perfectibilit1 elles y ont t rflchies1 compares1 juges2 et bientt tous les sens ont t amens au secours les uns des autres1 pour l'utilit et le bien-tre du moi sensitif1 ou1 ce qui est la mme chose1 de l'individu4 ,ainsi1 le toucher a rectifi les erreurs de la vue2 le son1 au moyen de la parole articule1 est devenu l'interprte de tous les sentiments2 le got s'est aid de la vue et de l'odorat2 l'oue a compar les sons1 apprci les distances2 et le gnsique a envahi les organes de tous les autres sens4 ,le torrent des sicles1 en roulant sur l'espce humaine1 a sans cesse amen de nouveaux perfectionnements1 dont la cause1 toujours active1 quoique presque inaperue1 se trouve dans les rclamations de nos sens1 qui1 toujours et tour tour1 demandent tre agrablement occups4 ,ainsi1 la vue a donn naissance la peinture1 la sculpture et aux spectacles de toute espce2 ,le son1 la mlodie1 l'harmonie1 la danse et la musique1 avec toutes ses branches et ses moyens d'excution2 ,l'odorat1 la recherche1 la culture et l'emploi des parfums2 ,le got1 la production1 au choix et la prparation de tout ce qui peut servir d'aliment2 ,le toucher1 tous les arts1 toutes les adresses1 toutes les industries2 ,le gnsique1 tout ce qui peut prparer ou embellir la runion des sexes1 et1 depuis ,franois ,ier1 l'amour romanesque1 la coquetterie et la mode2 la coquetterie surtout1 qui est ne en ,france1 qui n'a de nom qu'en franais1 et dont l'lite des nations vient chaque jour prendre des leons dans la capitale de l'univers4 ,cette proposition1 tout trange qu'elle paraisse1 est cependant facile prouver2 car on ne pourrait s'exprimer avec clart1 dans aucune langue ancienne1 sur ces trois grands mobiles de la socit actuelle4 ,j'avais fait sur ce sujet un dialogue qui n'aurait pas t sans attraits2 mais je l'ai supprim1 pour laisser mes lecteurs le plaisir de le faire chacun sa manire3 il y a de quoi dployer de l'esprit1 et mme de l'rudition1 pendant toute une soire4 ,nous avons dit plus haut que le gnsique avait envahi les organes de tous les autres sens2 il n'a pas influ avec moins de puissance sur toutes les sciences2 et en y regardant d'un peu plus prs1 on verra que tout ce qu'elles ont de plus dlicat et de plus ingnieux est d au dsir1 l'espoir ou la reconnaissance1 qui se rapportent la runion des sexes4 ,telle est donc1 en bonne ralit1 la gnalogie des sciences1 mme les plus abstraites1 qu'elles ne sont que le rsultat immdiat des efforts continus que nous avons faits pour gratifier nos sens4 ,perfectionnement des ,sens4 #c4 ,,ces sens1 nos favoris1 sont cependant loin d'tre parfaits1 et je ne m'arrterai pas le prouver4 ,j'observerai seulement que la vue1 ce sens si thr1 et le toucher1 qui est l'autre bout de l'chelle1 ont acquis avec le temps une puissance additionnelle trs remarquable4 ,par le moyen des bsicles1 l'oeil chappe1 pour ainsi dire1 l'affaiblissement snile qui opprime la plupart des autres organes4 ,le tlescope a dcouvert des astres jusqu'alors inconnus et inaccessibles tous nos moyens de mensuration2 il s'est enfonc des distances telles que des corps lumineux et ncessairement immenses ne se prsentent nous que comme des taches nbuleuses et presque imperceptibles4 ,le microscope nous a initis dans la connaissance de la configuration intrieure des corps2 il nous a montr une vgtation et des plantes dont nous ne souponnions pas mme l'existence4 ,enfin1 nous avons vu des animaux cent mille fois au-dessous du plus petit qu'on aperoit l'oeil nu2 ces animalcules se meuvent cependant1 se nourrissent et se reproduisent3 ce qui suppose des organes d'une tnuit laquelle l'imagination ne peut pas atteindre4 ,d'un autre ct1 la mcanique a multipli les forces2 l'homme a excut tout ce qu'il a pu concevoir1 et a remu des fardeaux que la nature avait crs inaccessibles sa faiblesse4 ,a l'aide des armes et du levier1 l'homme a subjugu toute la nature2 il l'a soumise ses plaisirs1 ses besoins1 ses caprices2 il en a boulevers la surface1 et un faible bipde est devenu le roi de la cration4 ,la vue et le toucher1 ainsi agrandis dans leur puissance1 pourraient appartenir une espce bien suprieure l'homme2 ou plutt l'espce humaine serait toute autre1 si tous les sens avaient t ainsi amliors4 ,il faut remarquer cependant que1 si le toucher a acquis uni grand dveloppement comme puissance musculaire1 la civilisation n'a presque rien fait pour lui comme organe sensitif2 mais il ne faut dsesprer de rien1 et se ressouvenir que l'espce humaine est encore bien jeune1 et que ce n'est qu'aprs une longue srie de sicles que les sens peuvent agrandir leur domaine4 ,par exemple1 ce n'est que depuis environ quatre sicles qu'on a dcouvert l'harmonie1 science toute cleste1 et qui est au son ce que la peinture est aux couleurs #i4 ,note #i3 ,nous savons qu'on a soutenu le contraire2 mais ce systme est sans appui4 ,si les anciens avaient connu l'harmonie1 leurs crits auraient conserv quelques notions prcises cet gard1 au lieu qu'on ne se prvaut que de quelques phrases obscures1 qui se prtent toutes les inductions4 ,d'ailleurs1 on ne peut suivre la naissance et les progrs de l'harmonie dans les monuments qui nous restent2 c'est une obligation que nous avons aux ,arabes1 qui nous firent prsent de l'orgue1 qui1 faisant entendre la fois plusieurs sons continus1 fit natre la premire ide de l'harmonie4 ,sans doute les anciens savaient chanter accompagns d'instruments l'unisson2 mais l se bornaient leurs connaissances2 ils ne savaient ni dcomposer les sons ni en apprcier les rapports4 ,ce n'est que depuis le quinzime sicle qu'on a fix la tonalisation1 rgl la marche des accords1 et qu'on s'en est aid pour soutenir la voix et renforcer l'expression des sentiments4 ,cette dcouverte1 si tardive et cependant si naturelle1 a ddoubl l'oue1 elle y a montr deux facults en quelque sorte indpendantes1 dont l'une reoit les sons et l'autre en apprcie la rsonance4 ,les docteurs allemands disent que ceux qui sont sensibles l'harmonie ont un sens de plus que les autres4 ,quant ceux pour qui la musique n'est qu'un amas de sons confus1 il est bon de remarquer que presque tous chantent faux2 et il faut croire1 ou que chez eux l'appareil auditif est fait de manire ne recevoir que des vibrations courtes et sans ondulations1 ou plutt que les deux oreilles n'tant pas au mme diapason1 la diffrence en longueur et en sensibilit de leurs parties constituantes fait qu'elles ne transmettent au cerveau qu'une sensation obscure et indtermine1 comme deux instruments qui ne joueraient ni dans le mme ton ni dans la mme mesure1 et ne feraient entendre aucune mlodie suivie4 ,les derniers sicles qui se sont couls ont aussi donn la sphre du got d'importantes extensions3 la dcouverte du sucre et de ses diverses prparations1 les liqueurs alcooliques1 les glaces1 la vanille1 le th1 le caf1 nous ont transmis des saveurs d'une nature jusqu'alors inconnue4 ,qui sait si le toucher n'aura pas son tour1 et si quelque hasard heureux ne nous ouvrira pas1 de ce ct l1 quelque source de jouissances nouvelles8 ce qui est d'autant plus probable que la sensibilit tactile existe par tout le corps1 et consquemment peut partout tre excite4 ,puissance du ,got4 #d4--,on a vue que l'amour physique a envahi toutes les sciences3 il agit en cela avec cette tyrannie qui le caractrise toujours4 ,le got1 cette facult plus prudente1 plus mesure1 quoique non moins active2 le got1 disons-nous1 est parvenu au mme but avec une lenteur qui assure la dure de ses succs4 ,nous nous occuperons ailleurs en considrer la marche2 mais dj nous pourrons remarquer que celui qui a assist un repas somptueux1 dans une salle orne de glaces1 de peintures1 de sculptures1 de fleurs1 embaume de parfums1 enrichie de jolies femmes1 remplie des sons d'une douce harmonie2 celui-l1 disons-nous1 n'aura pas besoin d'un grand effort d'esprit pour se convaincre que toutes les sciences ont t mises contribution pour rehausser et encadrer convenablement les jouissances du got4 ,illustration ,but de l'action des ,sens4 #e4--;,jetons maintenant un coup d'oeil gnral sur le systme de nos sens pris dans leur ensemble1 et nous verrons que l'auteur de la cration a eu deux buts1 dont l'un est la consquence de l'autre1 savoir3 la conservation de l'individu et la dure de l'espce4 ,telle est la destine de l'homme1 considr comme tre sensitif3 c'est cette double fin que se rapportent toutes ses actions4 ,l'oeil aperoit les objets extrieurs1 rvle les merveilles dont l'homme est environn1 et lui apprend qu'il fait partie d'un grand tout4 ,l'oue peroit les sons1 non-seulement comme sensation agrable1 mais encore comme avertissement du mouvement des corps qui peuvent occasionner quelque danger4 ,la sensibilit veille pour donner1 par le moyen de la douleur1 avis de toute lsion immdiate4 ,la main1 ce serviteur fidle1 a non-seulement prpar sa retraite1 assur ses pas1 mais encore saisi1 de prfrence1 les objets que l'instinct lui fait croire propres rparer les pertes causes par l'entretien de la vie4 ,l'odorat les explore2 car les substances dltres sont presque toujours de mauvaise odeur4 ,alors le got se dcide1 les dents sont mises en action1 la langue s'unit au palais pour savourer1 et bientt l'estomac commencera l'assimilation4 ,dans cet tat1 une langueur inconnue se fait sentir1 les objets se dcolorent1 le corps plie1 les yeux se ferment2 tout disparat1 et les sens sont dans un repos absolu4 ,a son rveil1 l'homme voit que rien n'a chang autour de lui2 cependant un feu secret fermente dans son sein1 un organe nouveau s'est dvelopp2 il sent qu'il a besoin de partager son existence4 ,ce sentiment actif1 inquiet1 imprieux1 est commun aux deux sexes2 il les rapproche1 les unit et quand le germe d'une existence nouvelle est fcond1 les individus peuvent dormir en paix3 ils viennent de remplir le plus saint de leurs devoirs en assurant la dure de l'espce #aj4 ,tels sont les aperus gnraux et philosophiques que j'ai cru devoir offrir mes lecteurs1 pour les amener naturellement l'examen plus spcial de l'organe du got4 ,note #aj3 ,m4 de ,buffon a peint1 avec tous les charmes de la plus brillante loquence1 les premiers moments de l'existence d've4 ,appel traiter un sujet presque semblable1 nous n'avons prtendu donner qu'un dessin au simple trait2 les lecteurs sauront bien y ajouter le coloris4 ,illustration ,m,,ditation ,,ii4 ,du ,got4 ,illustration ,dfinition du ,got4 #f4 ,,le got est celui de nos sens qui nous met en relation avec les corps sapides1 au moyen de la sensation qu'ils exercent dans l'organe destin les apprcier4 ,le got1 qui a pour excitateurs l'apptit1 la faim et la soif1 est la base de plusieurs oprations dont le rsultat est que l'individu crot1 se dveloppe1 se conserve et rpare les pertes causes par les vaporations vitales4 ,les corps organiss ne se nourrissent pas tous de la mme manire2 l'auteur de la cration1 galement vari dans ses mthodes et sr dans ses effets1 leur a assign divers modes de conservation4 ,les vgtaux1 qui se trouvent au bas de l'chelle des tre vivants1 se nourrissent par des racines qui1 implantes dans le sol natal1 choisissent1 par le jeu d'une mcanique particulire1 les diverses substances qui ont la proprit de servir leur croissance et leur entretien4 ,en remontant un peu plus haut1 on rencontre les corps dous de la vie animale1 mais privs de locomotion2 ils naissent dans un milieu qui favorise leur existence1 et des organes spciaux en extraient tout ce qui est ncessaire pour soutenir la portion de vie et de dure qui leur a t accorde2 ils ne cherchent pas leur nourriture1 la nourriture vient les chercher4 ,un autre mode a t fix pour la conservation des animaux qui parcourent l'univers1 et dont l'homme est sans contredit le plus parfait4 ,un instinct particulier l'avertit qu'il a besoin de se repatre2 il cherche1 il saisit les objets dans lesquels il souponne la proprit d'apaiser ses besoins2 il mange1 se restaure1 et parcourt ainsi1 dans la vie1 la carrire qui lui est assigne4 ,le got peut se considrer sous trois rapports3 ,dans l'homme physique1 c'est l'appareil au moyen duquel il apprcie les saveurs4 ,considr dans l'homme moral1 c'est la sensation qu'excite1 au centre commun1 l'organe impressionn par un corps savoureux2 enfin1 considr dans sa cause matrielle1 le got est la proprit qu'a un corps d'impressionner l'organe et de faire natre la sensation4 ,le got parat avoir deux usages principaux3 #a ,il nous invite1 par le plaisir1 rparer les pertes continuelles que nous faisons par l'action de la vie2 #b ,il nous aide choisir1 parmi les diverses substances que la nature nous prsente1 celles qui nous sont propres nous servir d'aliments4 ,dans ce choix1 le got est puissamment aid par l'odorat1 comme nous le verrons plus tard2 car on peut tablir1 comme maxime gnrale1 que les substances nutritives ne sont repoussantes ni au got ni l'odorat4 ,mcanique du ,got4 #g4--;,il n'est pas facile de dterminer prcisment en quoi consiste l'organe du got4 ,il est plus compliqu qu'il ne parat4 ,certes1 la langue joue un grand rle dans le mcanisme de la dgustation2 car1 considre comme doue d'une force musculaire assez franche1 elle sert gcher1 retourner1 pressurer et avaler les aliments4 ,de plus1 au moyen des papilles plus ou moins nombreuses dont elle est parseme1 elle s'imprgne des particules sapides et solubles des corps avec lesquels elle se trouve en contact2 mais tout cela ne suffit pas1 et plusieurs autres parties adjacentes concourent complter la sensation1 savoir1 les joues1 le palais et surtout la fosse nasale1 sur laquelle les physiologistes n'ont peut-tre pas assez insist4 ,les joues fournissent la salive1 galement ncessaire la mastication et la formation du bol alimentaire2 elles sont1 ainsi que le palais1 doues d'une portion de facults apprciatives2 je ne sais pas mme si1 dans certains cas1 les gencives n'y participent pas un peu2 et sans l'odoration qui s'opre dans l'arrire-bouche1 la sensation du got serait obtuse et tout fait imparfaite4 ,les personnes qui n'ont pas de langue1 ou qui elle a t coupe1 ont encore assez bien la sensation de got4 ,le premier cas se trouve dans tous les livres2 le second m'a t assez bien expliqu par un pauvre diable auquel les ,algriens avaient coup la langue1 pour le punir de ce qu'avec quelques-uns de ses camarades de captivit1 il avait form le projet de se sauver et de s'enfuir4 ,cet homme1 que je rencontrai ,amsterdam1 o il gagnait sa vie faire des commissions1 avait eu quelque ducation1 et on pouvait facilement s'entretenir avec lui par crit4 ,aprs avoir observ qu'on lui avait enlev toute la partie antrieure de la langue jusqu'au filet1 je lui demandai s'il trouvait encore quelque saveur ce qu'il mangeait1 et si la sensation du got avait survcu l'opration cruelle qu'il avait subie4 ,il me rpondit que ce qui le fatiguait le plus tait d'avaler 7ce qu'il ne faisait qu'avec quelque difficult72 qu'il avait assez bien conserv le got2 qu'il apprciait comme les autres ce qui tait un peu sapide2 mais que les choses fortement acides ou amres lui causaient d'intolrables douleurs4 ,il m'apprit encore que l'abscision de la langue tait commune dans les royaumes d',afrique2 qu'on l'appliquait spcialement ceux qu'on croyait avoir t chefs de quelque complot1 et qu'on avait des instruments qui y taient appropris4 ,j'aurais voulu qu'il m'en ft la description2 mais il me montra1 cet gard1 une rpugnance tellement douloureuse1 que je n'insistai pas4 ,je rflchis sur ce qu'il me disait1 et1 remontant aux sicles d'ignorance1 o l'on perait et coupait la langue des blasphmateurs1 --et l'poque o ces lois avaient t faites1 je me crus en droit de conclure qu'elles taient d'origine africaine1 et imports par le retour des croiss4 ,on a vu plus haut que la sensation du got rsidait principalement dans les papilles de la langue4 ,or1 l'anatomie nous apprend que toutes les langues n'en sont pas galement munies2 de sorte qu'il en est telle o l'on en trouve trois fois plus que dans telle autre4 ,cette circonstance explique pourquoi1 de deux convives assis au mme banquet1 l'un est dlicieusement affect1 tandis que l'autre a l'air de ne manger que comme contraint3 c'est que ce dernier a la langue faiblement outille1 et que l'empire de la saveur a aussi ses aveugles et ses sourds4 ,illustration ,sensation du ,got4 #h4--,on a ouvert cinq ou six avis sur la manire dont s'opre la sensation du got2 j'ai aussi le mien1 et le voici3 ,la sensation du got est une opration chimique qui se fait par voie humide1 comme nous disions autrefois1 c'est--dire qu'il faut que les molcules sapides soient dissoutes dans un fluide quelconque1 pour pouvoir ensuite tres absorbes par les houppes nerveuses1 papilles ou suoirs1 qui tapissent l'intrieur de l'appareil dgustateur4 ,ce systme1 neuf ou non1 est appuy de preuves physiques et presque palpables4 ,l'eau pure ne cause point la sensation du got1 parce qu'elle ne contient aucune particule sapide4 ,dissolvez-y un grain de sel1 quelques gouttes de vinaigre1 la sensation aura lieu4 ,les autres boissons1 au contraire1 nous impressionnent parce qu'elles ne sont autre chose que des solutions plus ou moins charges de particules apprciables4 ,vainement la bouche se remplirait-elle de particules divises d'un corps insoluble1 la langue prouverait la sensation du toucher1 et nullement celle du got4 ,quant aux corps solides et savoureux1 il faut que les dents les divisent1 que la salive et les autres fluides gustuels les imbibent1 et que la langue les presse contre le palais pour en exprimer un suc qui1 pour lors suffisamment charg de sapidit1 est apprci par les papilles dgustatrices1 qui dlivrent au corps ainsi tritur le passeport qui lui est ncessaire pour tre admis dans l'estomac4 ,ce systme1 qui recevra encore d'autres dveloppements1 rpond sans effort aux principales questions qui peuvent se prsenter4 ,car1 si on demande ce qu'on entend par corps sapides1 on rpond que c'est tout corps soluble et propre tre absorb par l'organe du got4 ,et si on demande comment le corps sapide agit1 on rpond qu'il agit toutes les fois qu'il se trouve dans un tat de dissolution tel qu'il puisse pntrer dans les cavits charges de recevoir et de transmettre la sensation4 ,en un mot1 rien de sapide que ce qui est dj dissous ou prochainement soluble4 ,des saveurs4 #i4 ,,le nombre des saveurs est infini1 car tout corps soluble a une saveur spciale1 qui ne ressemble entirement aucune autre4 ,les saveurs se modifient en outre par leur agrgation simple1 double1 multiple2 de sorte qu'il est impossible d'en faire le tableau1 depuis la plus attrayante jusqu' la plus insupportable1 depuis la fraise jusqu' la coloquinte4 ,aussi tous ceux qui l'ont essay ont-ils peu prs chou4 ,ce rsultat ne doit pas tonner2 car tant donn qu'il existe des sries indfinies de saveurs simples qui peuvent se modifier par leur adjonction rciproque en tout nombre et en toute quantit1 il faudrait une langue nouvelle pour exprimer tous ces effets1 et des montagnes d'in-folio pour les dfinir1 et des caractres numriques inconnus pour les tiqueter4 ,or1 comme jusqu'ici il ne s'est encore prsent aucune circonstance o quelque saveur ait d tre apprcie avec une exactitude rigoureuse1 on a t forc de s'en tenir un petit nombre d'expressions gnrales1 telle que doux1 sucr1 acide1 acerbe1 et autres pareilles1 qui s'expriment1 en dernire analyse1 par les deux suivantes3 agrable ou dsagrable au got1 et suffisent pour se faire entendre et pour indiquer peu prs la proprit gustuelle du corps sapide dont on s'occupe4 ,ceux qui viendront aprs nous en sauront davantage1 et il n'est dj plus permis de douter que la chimie ne leur rvle les causes ou les lments primitifs des saveurs4 ,influence de l'odorat sur le got4 #aj4--,l'ordre que je me suis prescrit m'a insensiblement amen au moment de rendre l'odorat les droits qui lui appartiennent1 et de reconnatre les services importants qu'il nous rend dans l'apprciation des saveurs2 car1 parmi les auteurs qui me sont tombs sous la main1 je n'en ai trouv aucun qui me paraisse lui avoir fait pleine et entire justice4 ,pour moi1 je suis non seulement persuad que1 sans la participation de l'odorat1 il n'y a pas de dgustation complte1 mais encore je suis tent de croire que l'odorat et le got ne forment qu'un seul sens1 dont la bouche est le laboratoire et le nez la chemine1 ou1 pour parler plus exactement1 dont l'un sert la dgustation des corps tactiles1 et l'autre la dgustation des gaz4 ,ce systme peut tre rigoureusement dfendu2 cependant1 comme je n'ai point la prtention de faire secte1 je ne le hasarde que pour donner penser mes lecteurs1 et pour montrer que j'ai vu de prs le sujet que je traite4 ,maintenant je continue ma dmonstration au sujet de l'importance de l'odorat1 sinon comme partie constituante du got1 du moins comme accessoire oblig4 ,tout corps sapide est ncessairement odorant3 ce qui le place dans l'empire de l'odorat comme dans l'empire du got4 ,on ne mange rien sans le sentir avec plus ou moins de rflexion2 et pour les aliments inconnus1 le nez fait toujours fonction de sentinelle avance1 qui crie3 ,qui va l8 ,quand on intercepte l'odorat1 on paralyse le got2 c'est ce qui se prouve par trois expriences que tout le monde peut vrifier avec un gal succs4 ,,premi,,re ,,exp,,rience3 ,quand la membrane nasale est irrite par un violent coryza 7rhume de cerveau71 le got est entirement oblitr2 on ne trouve aucune saveur ce qu'on avale1 et cependant la langue reste dans son tat naturel4 ,,seconde ,,exp,,rience3 ,si on mange en se serrant le nez1 on est tout tonn de n'prouver la sensation du got que d'une manire obscure et imparfaite2 par ce moyen les mdicaments les plus repoussants passent presque inaperus4 ,,troisi,,me ,,exp,,rience3 ,on observe le mme effet1 si1 au moment o l'on avale1 au lieu de laisser revenir la langue sa place naturelle1 on continue la tenir attache au palais2 en ce cas1 on intercepte la circulation de l'air1 l'odorat n'est point frapp1 et la gustation n'a pas lieu4 ,ces divers effets dpendent de la mme cause1 le dfaut de coopration de l'odorat3 ce qui fait que le corps sapide n'est apprci que pour son suc1 et non pour le gaz odorant qui en mane4 ,analyse de la sensation du ,got4 #aa4 ,,les principes tant ainsi poss1 je regarde comme certain que le got donne lieu des sensations de trois ordres diffrents1 savoir3 la sensation directe1 la sensation complte et la sensation rflchie4 ,la sensation directe est ce premier aperu qui nat du travail immdiat des organes de la bouche1 pendant que le corps apprciable se trouve encore sur la langue antrieure4 ,la sensation complte est celle qui se compose de ce premier aperu et de l'impression qui nat quand l'aliment abandonne cette premire position1 passe dans l'arrire-bouche1 et frappe tout l'organe par son got et par son parfum4 ,enfin la sensation rflchie est le jugement que porte l'me sur les impressions qui lui sont transmises par l'organe4 ,mettons ce systme en action1 en voyant ce qui se passe dans l'homme qui mange ou qui boit4 ,celui qui mange une pche1 par exemple1 est d'abord frapp agrablement par l'odeur qui en mane2 il la met dans sa bouche1 et prouve une sensation de fracheur et d'acidit qui l'engage continuer2 mais ce n'est qu'au moment o il avale et que la bouche passe sous la fosse nasale que le parfum lui est rvl1 ce qui complte la sensation que doit causer une pche4 ,enfin1 ce n'est que lorsqu'il a aval que1 jugeant ce qu'il vient d'prouver1 il se dit lui-mme3 ,voil qui est dlicieux6 ,pareillement1 quand on boit3 tant que le vin est dans la bouche1 on est agrablement1 mais non parfaitement impressionn2 ce n'est qu'au moment o l'on cesse d'avaler qu'on peut vritablement goter1 apprcier1 et dcouvrir le parfum particulier chaque espce2 et il faut un petit intervalle de temps pour que le gourmet puisse dire3 ,il est bon1 passable ou mauvais4 ,peste6 c'est du chambertin6 ,o mon ,dieu6 c'est du surne6 ,illustration ,on voit par l que c'est consquemment aux principes1 et par suite d'une pratique bien entendue1 que les vrais amateurs sirotent leur vin 7they sip it72 car1 chaque gorge1 quand ils s'arrtent1 ils ont la somme entire du plaisir qu'ils auraient prouv s'ils avaient bu le verre d'un seul trait4 ,la mme chose se passe encore1 mais avec bien plus d'nergie1 quand le got doit tre dsagrablement affect4 ,voyez ce malade que la ,facult contraint s'ingrer un norme verre d'une mdecine noire1 telle qu'on les buvait sous le rgne de ,louis ,,xiv4 ,l'odorat1 moniteur fidle1 l'avertit de la saveur repoussante de la liqueur tratresse2 ses yeux s'arrondissent comme l'approche d'un danger2 le dgot est sur ses lvres1 et dj son estomac se soulve4 ,cependant on l'exhorte1 il s'arme de courage1 se gargarise d'eau-de-vie1 se serre le nez et boit444 ,tant que le breuvage empest remplit la bouche et tapisse l'organe1 la sensation est confuse et l'tat supportable2 mais la dernire gorge1 les arrire-gots se dveloppent1 les odeurs nausabondes agissent1 et tous les traits du patient expriment une horreur et un got que la peur de la mort peut seule faire affronter4 ,s'il est question1 au contraire1 d'une boisson insipide1 comme1 par exemple1 un verre d'eau1 on n'a ni got ni arrire-got2 on n'prouve rien1 on ne pense rien2 on a bu1 et voil tout4 ,ordre des diverses impressions du ,got4 #ab4--,le got n'est pas si richement dot que l'oue2 celle-ci peut entendre et comparer plusieurs sons la fois3 le got1 au contraire1 est simple en activit1 c'est--dire qu'il ne peut tre impressionn par deux saveurs en mme temps4 ,mais il peut tre double1 et mme multiple par succession1 c'est--dire que1 dans le mme acte de gutturation1 on peut prouver successivement une seconde et mme une troisime sensation1 qui vont en s'affaiblissant graduellement1 et qu'on dsigne par les mots1 arrire-got1 parfum ou fragrance2 de la mme manire que1 lorsqu'un son principal est frapp1 une oreille exerce y distingue une ou plusieurs sries de consonances1 dont le nombre n'est pas encore parfaitement connu4 ,ceux qui mangent vite et sans attention ne discernent pas les impressions du second degr2 elles sont l'apanage exclusif du petit nombre d'lus2 et c'est par leur moyen qu'ils peuvent classer1 par ordre d'excellence1 les diverses substances soumises leur examen4 ,ces nuances fugitives vibrent encore longtemps dans l'organe du got2 les professeurs prennent1 sans s'en douter1 une position approprie1 et c'est toujours le cou allong et le nez bbord qu'ils rendent leurs arrts4 ,jouissances dont le ,got est l'occasion4 #ac4 ,,jetons maintenant un coup d'oeil philosophique sur le plaisir ou la peine dont le got peut tre l'occasion4 ,nous trouvons d'abord l'application de cette vrit malheureusement trop gnrale1 savoir3 que l'homme est bien plus fortement organis pour la douleur que pour le plaisir4 ,effectivement1 l'injection des substances acerbes1 cres ou amres au dernier degr1 peut nous faire essuyer des sensations extrmement pnibles ou douloureuses4 ,on prtend mme que l'acide hydrocianique ne tue si promptement que parce qu'il cause une douleur si vive que les forces vitales ne peuvent la supporter sans s'teindre4 ,les sensations agrables ne parcourent1 au contraire1 qu'une chelle peu tendue1 et s'il y a une diffrence assez sensible entre ce qui est insipide et ce qui flatte le got1 l'intervalle n'est pas trs grand entre ce qui est reconnu pour bon et ce qui est rput excellent2 ce qui est clairci par l'exemple suivant3 premier terme1 un bouilli sec et dur2 deuxime terme1 un morceau de veau2 troisime terme1 un faisan cuit point4 ,cependant le got1 tel que la nature nous l'a accord1 est encore celui de nos sens qui1 tout bien considr1 nous procure le plus de jouissances3 #a ,parce que le plaisir de manger est le seul qui1 pris avec modration1 ne soit pas suivi de fatigue3 #b ,parce qu'il est de tous les temps1 de tous les ges et de toutes les conditions2 #c ,parce qu'il revient ncessairement au moins une fois par jour1 et qu'il peut tre rpt1 sans inconvnient1 deux ou trois fois dans cet espace de temps2 #d ,parce qu'il peut se mler tous les autres et mme nous consoler de leur absence2 #e ,parce que les impressions qu'il reoit sont la fois plus durables et plus dpendantes de notre volont4 #f ,enfin1 parce qu'en mangeant nous prouvons un certain bien-tre indfinissable et particulier1 qui vient de la conscience instinctive2 que1 par cela mme que nous mangeons1 nous rparons nos pertes et nous prolongeons notre existence4 ,c'est ce qui sera plus amplement dvelopp au chapitre o nous traiterons spcialement du plaisir de la table1 pris au point o la civilisation actuelle l'a amen4 ,suprmatie de l'homme4 #ad4 ,,nous avons t levs dans la douce croyance que1 de toutes les cratures qui marchent1 nagent1 rampent ou volent1 l'homme est celle dont le got est le plus parfait4 ,cette foi est menace d'tre branle4 ,le docteur ,gall1 fond sur je ne sais quelles inspections1 prtend qu'il est des animaux chez qui l'appareil gustuel est plus dvelopp1 et partant plus parfait que celui de l'homme4 ,cette doctrine est malsonnante et sent l'hrsie4 ,l'homme1 de droit divin1 roi de toute la nature1 et au profit duquel la terre a t couverte et peuple1 doit ncessairement tre muni d'un organe qui puisse le mettre en rapport avec tout ce qu'il y a de sapide chez ses sujets4 ,la langue des animaux ne passe pas la porte de leur intelligence3 dans les poissons1 ce n'est qu'un os mobile2 dans les oiseaux1 gnralement1 un cartilage membraneux2 dans les quadrupdes1 elle est souvent revtue d'cailles ou d'asprits1 et d'ailleurs elle n'a point de mouvements circonflexes4 ,la langue de l'homme1 au contraire1 par la dlicatesse de sa contexture et des diverses membranes dont elle est environne et avoisine1 annonce assez la sublimit des oprations auxquelles elle est destine4 ,j'y ai1 en outre1 dcouvert au moins trois mouvements inconnus aux animaux1 et que je nomme mouvements de spication1 de rotation et de verrition 7 verro1 lat41 je balaye74 ,le premier a lieu quand la langue sort en forme d'pi d'entre les lvres qui la compriment2 le second1 quand la langue se meut circulairement dans l'espace compris entre l'intrieur des joues et le palais2 le troisime1 quand la langue1 se recourbant en dessus ou en dessous1 ramasse les portions qui peuvent rester dans le canal demi-circulaire form par les lvres et les gencives4 ,les animaux sont borns dans leurs gots3 les uns ne vivent que de vgtaux1 d'autres ne mangent que de la chair2 d'autres se nourrissent exclusivement de graines3 aucun d'eux ne connat les saveurs composes4 ,l'homme1 au contraire1 est omnivore2 tout ce qui est mangeable est soumis son vaste apptit2 ce qui entrane1 pour consquence immdiate1 des pouvoirs dgustateurs proportionns l'usage gnral qu'il doit en faire4 ,effectivement1 l'appareil du got est d'une rare perfection chez l'homme1 et pour bien nous en convaincre1 voyons-le manoeuvrer4 ,ds qu'un corps esculent est introduit dans la bouche1 il est confisqu1 gaz et sucs1 sans retour4 ,les lvres s'opposent ce qu'il rtrograde2 les dents s'en emparent et le broient2 la salive l'imbibe2 la langue le gche et le retourne2 un mouvement aspiratoire le pousse vers le gosier2 la langue se soulve pour le faire glisser2 l'odorat le flaire en passant1 et il est prcipit dans l'estomac pour y subir des transformations ultrieures1 sans que1 dans toute cette opration1 il se soit chapp une parcelle1 une goutte ou un atome1 qui n'ait pas t soumis au pouvoir apprciateur4 ,c'est aussi par suite de cette perfection que la gourmandise est l'apanage exclusif de l'homme4 ,cette gourmandise est mme contagieuse1 et nous la transmettons assez promptement aux animaux que nous avons appropris notre usage1 et qui font en quelque sorte socit avec nous1 tels que les lphants1 les chiens1 les chats et mme les perroquets4 ,si quelques animaux ont la langue plus grosse1 le palais plus dvelopp1 le gosier plus large1 c'est que cette langue1 agissant comme muscle1 est destine remuer de grands poids1 le palais presser1 le gosier avaler de plus grosses portions2 mais toute analogie bien entendue s'oppose ce qu'on puisse en induire que le sens est plus parfait4 ,d'ailleurs1 le got ne devant s'estimer que par la nature de la sensation qu'il porte au centre commun1 l'impression reue par l'animal ne peut pas se comparer celle qui a lieu dans l'homme2 cette dernire1 tant la fois plus claire et plus prcise1 suppose ncessairement une qualit suprieure dans l'organe qui la transmet4 ,enfin1 que peut-on dsirer dans une facult susceptible d'un tel point de perfection1 que les gourmands de ,rome distinguaient1 au got1 les poissons pris entre les ponts de celui qui avait t pch plus bas8 ,n'en voyons-nous pas1 de nos jours1 qui ont dcouvert la saveur particulire de la cuisse sur laquelle la perdrix s'appuie en dormant8 ,et ne sommes-nous pas environns de gourmets qui peuvent indiquer la latitude sous laquelle un vin a mri1 tout aussi srement qu'un lve de ,biot ou d',arago sait prdire une clipse8 ,que s'ensuit-il de l8 qu'il faut rendre ,csar ce qui est ,csar1 proclamer l'homme le grand gourmand de la nature1 et ne pas s'tonner si le bon docteur fait quelquefois comme ,homre3 ,auch zuweiler schlaffert der guter ,g9999994 ,mthode adopte par l'auteur4 #ae4 ,,jusqu',,ici nous n'avons examin le got que sous le rapport de sa constitution physique2 et quelques dtails anatomiques prs1 que peu de personnes regretteront1 nous nous sommes tenus au niveau de la science4 ,mais l ne finit pas la tche que nous nous sommes impose2 car c'est surtout de son histoire morale que ce sens rparateur tire son importance et sa gloire4 ,nous avons donc rang1 suivant un ordre analytique1 les thories et les faits qui composent l'ensemble de cette histoire1 de manire qu'il puisse en rsulter de l'instruction sans fatigue4 ,c'est ainsi que1 dans les chapitres qui vont suivre1 nous montrerons comment les sensations1 force de se rpter et de se rflchir1 ont perfectionn l'organe et tendu la sphre de ses pouvoirs2 comment le besoin de manger1 qui n'tait d'abord qu'un instinct1 est devenu une passion influente1 qui a pris un ascendant bien marqu sur tout ce qui tient la socit4 ,nous dirons aussi comment toutes les sciences qui s'occupent de la composition des corps se sont accordes pour classer et mettre part ceux de ces corps qui sont apprciables par le got1 et comment les voyageurs ont march vers le mme but1 en soumettant nos essais les substances que la nature ne semblait pas avoir destines jamais se rencontrer4 ,nous suivrons la chimie au moment o elle a pntr dans nos laboratoires souterrains pour y clairer nos prparateurs1 poser des principes1 crer des mthodes et dvoiler des causes qui jusque l taient restes occultes4 ,enfin nous verrons comment1 par le pouvoir combin du temps et de l'exprience1 une science nouvelle nous est tout coup apparue1 qui nourrit1 restaure1 conserve1 persuade1 console1 et1 non content de jeter pleine mains des fleurs sur la carrire de l'individu1 contribue encore puissamment la force et la prosprit des empires4 ,si1 au milieu de ces graves lucubrations1 une anecdote piquante1 un souvenir aimable1 quelque aventure d'une vie agite1 se prsente au bout de la plume1 nous la laisserons couler pour reposer un peu l'attention de nos lecteurs1 dont le nombre ne nous effraie point1 et avec lesquels au contraire nous nous plairons confabuler2 car si ce sont des hommes1 nous sommes srs qu'ils sont aussi indulgents qu'instruits2 et si ce sont des dames1 elles sont ncessairement charmantes4 ,illustration ,ici le professeur1 plein de son sujet1 laissa tomber sa main1 et s'leva dans les hautes rgions4 ,il remonta le torrent des ges1 et prit dans leur berceau les sciences qui ont pour but la gratification du got3 il en suivit les progrs travers la nuit des temps2 et voyant que1 pour les jouissances qu'elles nous procurent1 les premiers sicles ont toujours t moins avantags que ceux qui les ont suivis1 il saisit sa lyre1 et chanta sur le mode dorien la ,mlope historique qu'on trouvera parmi les ,,vari,t,s4 7,voyez la fin du volume47 ,illustration ,illustration ,m,,ditation #c ,de la ,gastronomie ,origine des sciences4 #af4--,les sciences ne sont pas comme ,minerve1 qui sortit tout arme du cerveau de ,jupiter2 elles sont filles du temps1 et se forment insensiblement1 d'abord par la collection des mthodes indiques par l'exprience1 et plus tard par la dcouverte des principes qui se dduisent de la combinaison de ces mthodes4 ,illustration ,ainsi1 les premiers vieillards que leur prudence fit appeler auprs du lit des malades1 ceux que la compassion poussa soigner les plaies1 furent aussi les premiers mdecins4 ,les bergers d'gypte1 qui observrent que quelques astres1 aprs une certaine priode1 venaient correspondre au mme en droit du ciel1 furent les premiers astronomes4 ,celui qui1 le premier1 exprima par des caractres cette proposition si simple3 deux plus deux galent quatre1 cra les mathmatiques1 cette science si puissante1 et qui a vritablement lev l'homme sur le trne de l'univers4 ,dans le cours des soixante dernires annes qui viennent de s'couler1 plusieurs sciences nouvelles sont venues prendre place dans le systme de nos connaissances1 et entre autres la strotomie1 la gomtrie descriptive et la chimie des gaz4 ,toutes ces sciences1 cultives pendant un nombre infini de gnrations1 feront des progrs d'autant plus srs que l'imprimerie les affranchit du danger de reculer4 ,eh6 qui sait1 par exemple1 si la chimie des gaz ne viendra pas bout de matriser ces lments jusqu' prsent si rebelles1 de les mler1 et d'obtenir par ce moyen des substances jusqu'ici non tentes1 et d'obtenir par ce moyen des substances et des effets qui reculeraient de beaucoup les limites de nos pouvoirs6 ,origine de la gastronomie4 #ag4 ,,la gastronomie s'est prsente son tour1 et toutes ses soeurs se sont approches pour lui faire place4 ,eh6 que pouvait-on refuser celle qui nous soutient de la naissance au tombeau1 qui accrot les dlices de l'amour et la confiance de l'amiti1 qui dsarme la haine1 facilite les affaires1 et nous offre1 dans le court trajet de la vie1 la seule jouissance qui1 n'tant pas suivie de fatigue1 nous dlasse encore de toutes les autres6 ,sans doute1 tant que les prparations ont t exclusivement confies des serviteurs salaris1 tant que les cuisiniers seuls se sont rserv cette matire et qu'on n'a crit que des dispensaires1 les rsultats de ces travaux n'ont t que les produits d'un art4 ,mais enfin1 trop tard peut-tre1 les savants se sont approches4 ,ils ont examin1 analys et class les substances alimentaires1 et les ont rduites leurs plus simples lments4 ,ils ont sond les mystres de l'assimilation1 et1 suivant la matire inerte dans ses mtamorphoses1 ils ont vu comment elle pouvait prendre vie4 ,ils ont suivi la dite dans ses effets passagers ou permanents1 sur quelques jours1 sur quelques mois1 ou sur toute la vie4 ,ils ont apprci son influence jusque sur la facult de penser1 soit que l'me se trouve impressionne par les sens1 soit qu'elle sente sans le secours de ses organes2 et de tous ces travaux ils ont dduit une haute thorie1 qui embrasse tout l'homme et toute la partie de la cration qui peut s'animaliser4 ,tandis que toutes ces choses se passaient dans les cabinets des savants1 on disait tout haut dans les salons que la science qui nourrit les hommes vaut bien au moins celle qui enseigne les faire tuer2 les potes chantaient les plaisirs de la table1 et les livres qui avaient la bonne chre pour objet prsentaient des vues plus profondes et des maximes d'un intrt plus gnral4 ,telles sont les circonstances qui ont prcd l'avnement de la gastronomie4 ,dfinition de la gastronomie4 #ah4--,la gastronomie est la connaissance raisonne de tout ce qui a rapport l'homme1 en tant qu'il se nourrit4 ,son but est de veiller la conservation des hommes1 au moyen de la meilleure nourriture possible4 ,elle y parvient en dirigeant1 par des principes certains1 tous ceux qui recherchent1 fournissent ou prparent les choses qui peuvent se convertir en aliments4 ,ainsi1 c'est elle1 vrai dire1 qui fait mouvoir les cultivateurs1 les vignerons1 les pcheurs1 les chasseurs et la nombreuse famille des cuisiniers1 quel que soit le titre ou la qualification sous laquelle ils dguisent leur emploi la prparation des aliments4 ,la gastronomie tient3 l'histoire naturelle1 par la classification qu'elle fait des substances alimentaires2 ,a la physique1 par l'examen de leurs compositions et de leurs qualits2 ,a la chimie1 par les diverses analyses et dcompositions qu'elle leur fait subir2 ,a la cuisine1 par l'art d'apprter les mets et de les rendre agrables au got2 ,au commerce1 par la recherche des moyens d'acheter au meilleur march possible ce qu'elle consomme1 et de dbiter le plus avantageusement ce qu'elle prsente vendre2 ,enfin1 l'conomie politique1 par les ressources qu'elle prsente l'impt1 et par les moyens d'change qu'elle tablit entre les nations4 ,la gastronomie rgit la vie tout entire2 car les pleurs du nouveau-n appellent le sein de sa nourrice2 et le mourant reoit encore avec quelque plaisir la potion suprme qu'hlas6 il ne doit plus digrer4 ,illustration ,elle s'occupe aussi de tous les tats de la socit2 car si c'est elle qui dirige les banquets des rois rassembls1 c'est encore elle qui a calcul le nombre de minutes d'bullition qui est ncessaire pour qu'un oeuf soit cuit point4 ,le sujet matriel de la gastronomie est tout ce qui peut tre mang2 son but direct1 la conservation des individus1 et ses moyens d'excution1 la culture qui produit1 le commerce qui change1 l'industrie qui prpare1 et l'exprience qui invente les moyens de tout disposer pour le meilleur usage4 ,objets divers dont s'occupe la gastronomie4 #ai4 ,,la gastronomie considre le got dans ses jouissances comme dans ses douleurs2 elle a dcouvert les excitations graduelles dont il est susceptible2 elle en a rgularis l'action1 et a pos les limites que l'homme qui se respecte ne doit jamais outrepasser4 ,elle considre aussi l'action des aliments sur le moral de l'homme1 sur son imagination1 son esprit1 son jugement1 son courage et ses perceptions1 soit qu'il veille1 soit qu'il dorme1 soit qu'il agisse1 soit qu'il repose4 ,c'est la gastronomie qui fixe le point d'esculence de chaque substance alimentaire2 car toutes ne sont pas prsentables dans les mmes circonstances4 ,les unes doivent tre prises avant que d'tre parvenues leur entier dveloppement1 comme les cpres1 les asperges1 les cochons de lait1 les pigeons la cuiller1 et autres animaux qu'on mange dans leur premier ge2 d'autres1 au moment o elles ont atteint toute la perfection qui leur est destine1 comme les melons1 la plupart des fruits1 le mouton1 le boeuf1 et tous les animaux adultes2 d'autres1 quand elles commencent se dcomposer1 telles que le nfles1 la bcasse1 et surtout le faisan2 d'autres1 enfin1 aprs que les oprations de l'art leur ont t leurs qualits malfaisantes1 telles que la pomme de terre1 le manioc1 et d'autres4 ,c'est encore la gastronomie qui classe ces substances d'aprs leurs qualits diverses1 qui indique celles qui peuvent s'associer1 et qui1 mesurant leurs divers degrs d'alibilit1 distingue celles qui doivent faire la base de nos repas d'avec celles qui n'en sont que les accessoires et d'avec celles encore qui1 n'tant dj plus ncessaires1 sont cependant une distraction agrable1 et deviennent l'accompagnement oblig de la confabulation conviviale4 ,elle ne s'occupe pas avec moins d'intrt des boissons qui nous sont destines1 suivant le temps1 les lieux et les climats4 ,elle enseigne les prparer1 les conserver1 et surtout les prsenter dans un ordre tellement calcul que la jouissance qui en rsulte aille toujours en augmentant1 jusqu'au moment o le plaisir finit et o l'abus commence4 ,c'est la gastronomie qui inspecte les hommes et les choses1 pour transporter d'un pays l'autre tout ce qui mrite d'tre connu1 et qui fait qu'un festin savamment ordonn est comme un abrg du monde1 o chaque partie figure par ses reprsentants4 ,utilit des connaissances gastronomiques4 #bj4--,les connaissances gastronomiques sont ncessaires tous les hommes1 puisqu'elles tendent augmenter la somme du plaisir qui leur est destine3 cette utilit augmente en proportion de ce qu'elle est applique des classes plus aises de la socit2 enfin elles sont indispensables ceux qui1 jouissant d'un grand revenu1 reoivent beaucoup de monde1 soit qu'en cela ils fassent acte d'une reprsentation ncessaire1 soit qu'ils suivent leur inclination1 soit enfin qu'ils obissent la mode4 ,ils y trouvent cet avantage spcial1 qu'il y a de leur part quelque chose de personnel dans la manire dont leur table est tenue2 qu'ils peuvent surveiller jusqu' un certain point les dpositaires forcs de leur confiance1 et mme les diriger en beaucoup d'occasions4 ,le prince de ,soubise avait un jour l'intention de donner une fte2 elle devait se terminer par un souper1 et il en avait demand le menu4 ,le matre d'htel se prsente son lever avec une belle pancarte vignettes1 et le premier article sur lequel le prince jeta les yeux fut celui-ci3 cinquante jambons2 ,eh quoi1 ,bertrand1 dit-il1 je crois que tu extravagues2 cinquante jambons6 veux-tu donc rgaler tout mon rgiment8--,non1 mon prince2 il n'en paratra qu'un sur la table2 mais le surplus ne m'est pas moins ncessaire pour mon espagnole1 mes blonds1 mes garnitures1 mes444--,bertrand1 vous me volez1 et cet article ne passera pas4--,ah6 monseigneur1 dit l'artiste1 pouvant peine retenir sa colre1 vous ne connaissez pas nos ressources6 ,ordonnez1 et ces cinquante jambons qui vous offusquent1 je vais les faire entrer dans un flacon de cristal pas plus gros que le pouce4 ,que rpondre une assertion aussi positive8 ,le prince sourit1 baissa la tte1 et l'article passa4 ,influence de la gastronomie dans les affaires4 #ba4 ,on sait que chez les hommes encore voisins de l'tat de nature1 aucune affaire de quelqu'importance ne se traite qu' table2 c'est au milieu des festins que les sauvages dcident la guerre ou font la paix2 et sans aller si loin1 nous voyons que les villageois font toutes leurs affaires au cabaret4 ,cette observation n'a pas chapp ceux qui ont souvent traiter les plus grands intrts2 ils ont vu que l'homme repu n'tait pas le mme que l'homme jeun2 que la table tablissait une espce de lien entre celui qui traite et celui qui est trait2 qu'elle rendait les convives plus aptes recevoir certaines impressions1 se soumettre de certaines influences2 de l est ne la gastronomie politique4 ,les repas sont devenus un moyen de gouvernement1 et le sort des peuples s'est dcid dans un banquet4 ,ceci n'est ni un paradoxe ni mme une nouveaut1 mais une simple observation de faits4 ,qu'on ouvre tous les historiens1 depuis ,hrodote jusqu' nos jours1 et on verra que1 sans mme en excepter les conspirations1 il ne s'est jamais pass un grand vnement qui n'ait t conu1 prpar et ordonn dans les festins4 ,acadmie des gastronomes4 #bb4 ,tel est1 au premier aperu1 le domaine de la gastronomie1 domaine fertile en rsultats de toute espce1 et qui ne peut que s'agrandir par les dcouvertes et les travaux des savants qui vont le cultiver2 car il est impossible que1 avant le laps de peu d'annes1 la gastronomie n'ait pas ses acadmiciens1 ses cours1 ses professeurs1 et ses propositions de prix4 ,d'abord1 un gastronome riche et zl tablira chez lui des assembles priodiques1 o les plus savants thoriciens se runiront aux artistes1 pour discuter et approfondir les diverses parties de la science alimentaire4 ,bientt 7et telle est l'histoire de toutes les acadmies71 le gouvernement interviendra1 rgularisera1 protgera1 instituera1 et saisira l'occasion de donner au peuple une compensation pour tous les orphelins que le canon a faits1 pour toutes les ,arianes que la gnrale a fait pleurer4 ,heureux le dpositaire du pouvoir qui attachera son nom cette institution si ncessaire6 ,ce nom sera rpt d'ge en ge avec ceux de ,no1 de ,bacchus1 de ,triptolme1 et des autres bienfaiteurs de l'humanit2 il sera1 parmi les ministres1 ce que ,henri ,,iv est parmi les rois1 et son loge sera dans toutes les bouches1 sans qu'aucun rglement en fasse une ncessit4 ,illustration3 ,le ,nanan ,g4 de ,,gonet diteur4 ,m,,ditation #d ,de l',apptit ,dfinition de l',apptit4 #bc4--,le mouvement et la vie occasionnent dans le corps vivant une dperdition continuelle de substance2 et le corps humain1 cette machine si complique1 serait bientt hors de service1 si la ,providence n'y avait plac un ressort qui l'avertit du moment o ses forces ne sont plus en quilibre avec ses besoins4 ,ce moniteur est l'apptit4 ,on entend par ce mot la premire impression du besoin de manger4 ,l'apptit s'annonce par un peu de langueur dans l'estomac et une lgre sensation de fatigue4 ,en mme temps1 l'me s'occupe d'objets analogues ses besoins1 la mmoire se rappelle les choses qui ont flatt le got2 l'imagination croit les voir2 il y a l quelque chose qui tient du rve4 ,cet tat n'est pas sans charmes2 et nous avons entendu des milliers d'adeptes s'crier dans la joie de leur coeur3 ,quel plaisir d'avoir un bon apptit1 quand on a la certitude de faire bientt un excellent repas6 ,cependant l'appareil nutritif s'meut tout entier3 l'estomac devient sensible2 les sucs gastriques s'exhalent2 les gaz intrieurs se dplacent avec bruit2 la bouche se remplit de sucs1 et toutes les puissances digestives sont sous les armes1 comme des soldats qui n'attendent plus que le commandement pour agir4 ,encore quelques moments1 on aura des mouvements spasmodiques1 on billera1 on souffrira1 on aura faim4 ,on peut observer toutes les nuances de ces divers tats dans tout salon o le dner se fait attendre4 ,elles sont tellement dans la nature1 que la politesse la plus exquise ne peut en dguiser les symptmes2 d'o j'ai dgag cet apophthegme3 ,de toutes les qualits du cuisinier1 la plus indispensable est l'exactitude4 ,anecdote4 #bd4 ,j'appuie cette grave maxime par les dtails d'une observation faite dans une runion dont je faisais partie1 ,quorum pars magna fui1 et o le plaisir d'observer me sauva des angoisses de la misre4 ,j'tais un jour invit dner chez un haut fonctionnaire public4 ,le billet d'invitation tait pour cinq heures et demie1 et au moment indiqu tout le monde tait rendu2 car on savait qu'il aimait qu'on ft exact1 et grondait quelquefois les paresseux4 ,je fus frapp1 en arrivant1 de l'air de consternation que je vis rgner dans l'assemble3 on se parlait l'oreille1 on regardait dans la cour travers les carreaux de la croise2 quelques visages annonaient la stupeur4 ,il tait certainement arriv quelque chose d'extraordinaire4 ,je m'approchai de celui des convives que je crus le plus en tat de satisfaire ma curiosit1 et lui demandai ce qu'il y avait de nouveau1 ,hlas6 me rpondit-il avec l'accent de la plus profonde affliction1 monseigneur vient d'tre mand au conseil d'tat2 il part en ce moment1 et qui sait quand il reviendra8--,n'est-ce que cela8 rpondis-je d'un air d'insouciance qui tait bien loin de mon coeur4 ,c'est tout au plus l'affaire d'un quart-d'heure2 quelque renseignement dont on aura eu besoin2 on sait qu'il y a ici aujourd'hui dner officiel2 on n'a aucune raison pour nous faire jener4 ,je parlais ainsi2 mais au fond de l'me1 je n'tais pas sans inquitude1 et j'aurais voulu tre bien loin4 ,la premire heure se passa bien1 on s'assit auprs de ceux avec qui on tait li2 on puisa les sujets banaux de conversation1 et on s'amusa faire des conjectures sur la cause qui avait pu faire appeler aux ,tuileries notre cher amphitryon4 la seconde heure1 on commena apercevoir quelques symptmes d'impatience3 on se regardait avec inquitude1 et les premiers qui murmurrent furent trois ou quatre convives qui1 n'ayant pas trouv de place pour s'asseoir1 n'taient pas en position commode pour attendre4 la troisime heure1 le mcontentement fut gnral1 et tout le monde se plaignait4 ,quand reviendra-t-il8 disait l'un4--,a quoi pense-t-il8 disait l'autre4--,c'est en mourir6 disait un troisime4 ,et on se faisait1 sans jamais la rsoudre1 la question suivante3 ,s'en ira-t-on8 ne s'en ira-t-on pas8 la quatrime heure1 tous les symptmes s'aggravrent3 on tendait les bras1 au hasard d'borgner les voisins2 on entendait de toutes parts des billements chantants2 toutes les figures taient empreintes des couleurs qui annoncent la concentration2 et on ne m'couta pas quand je me hasardai de dire que celui dont l'absence nous attristait tant tait sans doute le plus malheureux de tous4 ,l'attention fut un instant distraite par une apparition4 ,un des convives1 plus habitu que les autres1 pntra jusque dans les cuisines2 il en revint tout essouffl2 sa figure annonait la fin du monde1 et il s'cria d'une voix peine articule et de ce ton sourd qui exprime la fois la crainte de faire du bruit et l'envie d'tre entendu3 ,monseigneur est parti sans donner d'ordre1 et1 quelle que soit son absence1 on ne servira pas qu'il ne revienne4 ,il dit3 et l'effroi que causa son allocution ne sera pas surpass par l'effet de la trompette du jugement dernier4 ,parmi tous ces martyrs1 le plus malheureux tait le bon d',aigrefeuille1 que tout ,paris a connu2 son corps n'tait que souffrance1 et la douleur de ,laocoon tait sur son visage4 ,ple1 gar1 ne voyant rien1 il vint se hucher sur un fauteuil1 croisa ses petites mains sur son gros ventre1 et ferma les yeux1 non pour dormir1 mais pour attendre la mort4 ,illustration3 page #fc ,elle ne vint cependant pas4 ,vers les dix heures on entendit une voiture rouler dans la cour2 tout le monde se leva d'un mouvement spontan4 ,l'hilarit succda la tristesse1 et aprs cinq minutes on tait table4 ,mais l'heure de l'apptit tait passe4 ,on avait l'air tonn de commencer dner une heure si indue2 les mchoires n'eurent point ce mouvement isochrone qui annonce un travail rgulier2 et j'ai su que plusieurs convives en avaient t incommods4 ,la marche indique en pareil cas est de ne point manger immdiatement aprs que l'obstacle a cess2 mais d'avaler un verre d'eau sucre1 ou une tasse de bouillon1 pour consoler l'estomac2 d'attendre ensuite douze ou quinze minutes1 sinon l'organe convuls se trouve opprim1 par le poids des aliments dont on le surcharge4 ,grands apptits4 #be4 ,quand on voit1 dans les livres primitifs1 les apprts qui se faisaient pour recevoir deux ou trois personnes1 ainsi que les portions normes que l'on servait un seul hte1 il est difficile de se refuser croire que les hommes qui vivaient plus prs que nous du berceau du monde ne fussent ainsi dous d'un bien plus grand apptit4 ,cet apptit tait cens s'accrotre en raison directe de la dignit du personnage2 et celui qui on ne servait pas moins que le dos entier d'un taureau de cinq ans tait destin boire dans une coupe dont il avait peine supporter le poids4 ,quelques individus ont exist depuis1 pour porter tmoignage de ce qui a pu se passer autrefois1 et les recueils sont pleins d'exemples d'une voracit peine croyable1 et qui s'tendait tout1 mme aux objets les plus immondes4 ,je ferai grce mes lecteurs de ces dtails quelquefois assez dgotants1 et je prfre leur conter deux faits particuliers1 dont j'ai t tmoin1 et qui n'exigent pas de leur part une foi bien implicite4 ,j'allai1 il y a environ quarante ans1 faire une visite volante au cur de ,bregnier1 homme de grande taille1 et dont l'apptit avait une rputation bailliagre4 ,illustration ,quoiqu'il ft peine midi1 je le trouvai dj table4 ,on avait emport la soupe et le bouilli1 et ces deux plats obligs avaient succd un gigot de mouton la royale1 un assez beau chapon et une salade copieuse4 ,ds qu'il me vit paratre1 il demanda pour moi un couvert1 que je refusai1 et je fis bien2 car1 seul et sans aide1 il se dbarrassa trs lestement de tout1 savoir3 du gigot jusqu' l'ivoire1 du chapon jusqu'aux os1 et de la salade jusqu'au fond du plat4 ,on apporta bientt un assez grand fromage blanc1 dans lequel il fit une brche angulaire de quatre-vingt-dix degrs2 il arrosa le tout d'une bouteille de vin et d'une carafe d'eau1 aprs quoi il se reposa4 ,ce qui m'en fit plaisir1 c'est que1 pendant toute cette opration qui dura peu prs trois quarts d'heure1 le vnrable pasteur n'eut point l'air affair4 ,les gros morceaux qu'il jetait dans sa bouche profonde ne l'empchaient ni de parler ni de rire2 et il expdia tout ce qu'on avait servi devant lui sans y mettre plus d'appareil que s'il n'avait mang que trois mauviettes4 ,c'est ainsi que le gnral ,bisson1 qui buvait chaque jour huit bouteilles de vin son djeuner1 n'avait pas l'air d'y toucher2 il avait un plus grand verre que les autres1 et le vidait plus souvent2 mais on et dit qu'il n'y faisait pas attention1 et1 tout en humant ainsi seize livres de liquide1 il n'tait pas plus empch de plaisanter et de donner ses ordres que s'il n'et d boire qu'un carafon4 ,le second fait rappelle ma mmoire le brave gnral ,p4 ,sibuet1 mon compatriote1 longtemps premier aide de camp du gnral ,massna1 et mort au champ d'honneur en #ahac1 au passage de la ,bober4 ,prosper tait g de dix-huit ans1 et avait cet apptit heureux par lequel la nature annonce qu'elle s'occupe achever un homme bien constitu1 lorsqu'il entra un soir dans la cuisine de ,genin1 aubergiste chez lequel les anciens de ,belley avaient coutume de s'assembler pour manger des marrons et boire du vin blanc nouveau qu'on appelle vin bourru4 ,on venait de tirer de la broche un magnifique dindon1 beau1 bien fait1 dor1 cuit point1 et dont le fumet aurait tent un saint4 ,les anciens1 qui n'avaient plus faim1 n'y firent pas beaucoup d'attention2 mais les puissances digestives du jeune ,prosper en furent branles2 l'eau lui vint la bouche1 et il s'cria3 ,je ne fais que sortir de table1 je n'en gage pas moins que je mangerai ce gros dindon moi tout seul4--,sez vosu mes1 z'u payo1 rpondit ,bouvier du ,bouchet1 gros fermier qui se trouvait prsent2 sez vos caca en rotaz1 i-zet vos ket pair et may ket mezerai la restaz#aa4 ,l'excution commena immdiatement4 ,le jeune athlte dtacha proprement une aile1 l'avala en deux bouches1 aprs quoi il se nettoya les dents en grugeant le cou de la volaille1 et but un verre de vin pour servir d'entracte4 ,bientt il attaqua la cuisse1 la mangea avec le mme sang-froid1 et dpcha un second verre de vin1 pour prparer les voies au passage du surplus4 ,aussitt la seconde aile suivit la mme route3 elle disparut1 et l'officiant1 toujours plus anim1 saisissait dj le dernier membre1 quand le malheureux fermier s'cria d'une voix dolente3 ,hai6 ze vaie praou qu'izet fotu2 m'ez1 monche ,chibouet1 poez kaet zu daive paiet1 less m'en a m'en mesiet on mocho#ab4 ,note #aa3 ,si vous le mangez1 je vous le paie2 mais si vous restez en route2 c'est vous qui paierez1 et moi qui mangerai le reste4 ,note #ab3 ,hlas6 je vois bien que c'en est fini2 mais1 monsieur ,sibuet1 puisque je dois le payer1 laissez-m'en au moins manger un morceau4 ,je cite avec plaisir cet chantillon du patois du ,bugey1 o l'on trouve le th des ,grecs et des ,anglais1 et1 dans le mot praou et autres semblables1 une diphtongue qui n'existe en aucune langue1 et dont on ne peut peindre le sou par aucun caractre connu4 7,voyez le #c;e volume des ,mmoires de la ,socit royale des ,antiquaires de ,france74 ,prosper tait aussi bon garon qu'il fut depuis bon militaire2 il consentit la demande de son anti-partenaire1 qui eut1 pour sa part1 la carcasse encore assez opime1 de l'oiseau en consommation1 et paya ensuite de fort bonne grce et le principal et les accessoires obligs4 ,le gnral ,sibuet se plaisait beaucoup raconter cette prouesse de son jeune ge2 il disait que ce qu'il avait fait1 en associant le fermier1 tait de pure courtoisie2 il assurait que1 sans cette assistance1 il se sentait toute la puissance ncessaire pour gagner la gageure2 et ce qui1 quarante ans1 lui restait d'apptit1 ne permettait pas de douter de son assertion4 ,illustration3 page #jfg ,m,,ditation #e ,des ,aliments en ,gnral4 ,,section ,,premi,,re4 ,dfinitions4 #bf4 ,qu'entend-on par aliments8 ,rponse populaire3 ,l'aliment est tout ce qui nous nourrit4 ,rponse scientifique3 ,on entend par aliment les substances qui1 soumises l'estomac1 peuvent s'animaliser par la digestion1 et rparer les pertes que fait le corps humain par l'usage de la vie4 ,ainsi1 la qualit distinctive de l'aliment consiste dans la proprit de subir l'assimilation animale4 ,travaux analytiques4 #bg4--,le rgne animal et le rgne vgtal sont ceux qui1 jusqu' prsent1 ont fourni des aliments au genre humain4 ,on n'a encore tir des minraux que des remdes ou des poisons4 ,depuis que la chimie analytique est devenue une science certaine1 on a pntr trs avant dans la double nature des lments dont notre corps est compos1 et des substances que la nature semble avoir destines en rparer les pertes4 ,ces tudes avaient entre elles une grande analogie1 puisque l'homme est compos en grande partie des mmes substances que les animaux dont il se nourrit1 et qu'il a bien fallu chercher aussi dans les vgtaux les affinits par suite desquelles ils deviennent eux-mmes animalisables4 ,on a fait dans ces deux voies les travaux les plus louables et en mme temps les plus minutieux1 et on a suivi1 soit le corps humain1 soit les aliments par lesquels il se rpare1 d'abord dans leurs particules secondaires1 et ensuite dans leurs lments1 au-del desquels il ne nous a point encore t permis de pntrer4 ,ici j'avais l'intention de placer un petit trait de chimie alimentaire1 et d'apprendre mes lecteurs en combien de millimes de carbone1 d'hydrogne1 etc41 on pourrait rduire eux et les mets qui les nourrissent2 mais j'ai t arrt par le rflexion que je ne pouvais gure remplir cette tche qu'en copiant les excellents traits de chimie qui sont entre les mains de tout le monde4 ,j'ai craint encore de tomber dans des dtails striles1 et me suis rduit une nomenclature raisonne1 sauf faire passer par-ci par-l quelques rsultats chimiques1 en termes moins hrisss et plus intelligibles4 ,osmazme4 #bh4 ,le plus grand service rendu par la chimie la science alimentaire est la dcouverte ou plutt la prcision de l'osmazme4 ,l'osmazme est cette partie minemment sapide des viandes1 qui est soluble l'eau froide1 et qui se distingue de la partie extractive en ce que cette dernire n'est soluble que dans l'eau bouillante4 ,c'est l'osmazme qui fait le mrite des bons potages2 c'est lui qui1 en se caramlisant1 forme le roux des viandes2 c'est par lui que se forme le rissol des rtis1 enfin c'est de lui que sort le fumet de la venaison et du gibier4 ,l'osmazme se retire surtout des animaux adultes chairs rouges1 noires1 et qu'on est convenu d'appeler chairs faites2 on n'en trouve point ou presque point dans l'agneau1 le cochon de lait1 le poulet1 et mme dans le blanc des plus grosses volailles3 c'est par cette raison que les vrais connaisseurs ont toujours prfr l'entre-cuisse2 chez eux l'instinct du got avait prvenu la science4 ,illustration3 ,,les ,,aliments ,g4 de ,,conet1 diteur ,c'est aussi la prescience de l'osmazme qui a fait chasser tant de cuisiniers1 convaincus de distraire le premier bouillon3 c'est elle qui fit la rputation des soupes de primes1 qui a fait adopter les crotes au pot comme confortatives dans le bain1 et qui fit inventer au chanoine ,chevrier des marmites fermantes clef2 c'est le mme qui l'on ne servait jamais des pinards le vendredi qu'autant qu'ils avaient t cuits ds le dimanche1 et remis chaque jour sur le feu avec une nouvelle addition de beurre frais4 ,enfin c'est pour mnager cette substance1 quoique encore inconnue1 que s'est introduite la maxime que1 pour faire de bon bouillon1 la marmite ne devait que sourire1 expression fort distingue pour le pays d'o elle est venue4 ,l'osmazme1 dcouvert aprs avoir fait si longtemps les dlices de nos pres1 peut se comparer l'alcool1 qui a gris bien des gnrations avant qu'on ait su qu'on pouvait le mettre nu par la distillation4 l'osmazme succde1 par le traitement l'eau bouillante1 ce qu'on entend plus spcialement par matire extractive3 ce dernier produit1 runi l'osmazme1 compose le jus de la viande4 ,principe des aliments4 ,la fibre est ce qui compose le tissu de la chair et ce qui se prsente l'oeil aprs la cuisson4 ,la fibre rsiste l'eau bouillante1 et conserve sa forme1 quoique dpouille d'une partie de ses enveloppes4 ,pour bien dpecer les viandes1 il faut avoir soin que la fibre fasse un angle droit1 ou peu prs1 avec la lame du couteau3 la viande ainsi coupe a un aspect plus agrable1 se gote mieux1 et se mche plus facilement4 ,les os sont principalement composs de glatine et de phosphate de chaux4 ,la quantit de glatine diminue mesure qu'on avance en ge soixante-dix ans1 les os ne sont plus qu'un marbre imparfait2 c'est ce qui les rend si cassants1 et fait une loi de prudence aux vieillards d'viter toute occasion de chute4 ,l'albumine se trouve galement dans la chair et dans le sang2 elle se coagule une chaleur au dessous de #dj degrs3 c'est elle qui forme l'cume du pot-au-feu4 ,la glatine se rencontre galement dans les os1 les parties molles et cartilagineuses2 sa qualit distinctive est de se coaguler la temprature ordinaire de l'atmosphre2 deux parties et demie sur cent d'eau chaude suffisent pour cela4 ,la glatine est la base de toute les geles grasses et maigres1 blancs-mangers1 et autres prparations analogues4 ,la graisse est une huile concrte qui se forme dans les interstices du tissu cellulaire1 et s'agglomre quelquefois en masse dans les animaux que l'art ou la nature y prdispose1 comme les cochons1 les volailles1 les ortolans et les becs-figues2 dans quelques-uns de ces animaux1 elle perd son insipidit1 et prend un lger arme qui la rend fort agrable4 ,le sang se compose d'un srum albumineux1 de fibrine1 d'un peu de glatine et d'un peu d'osmazme2 il se coagule l'eau chaude1 et devient un aliment trs nourrissant 7v4 g4 le boudin74 ,tous les principes que nous venons de passer en revue sont communs l'homme et aux animaux dont il a coutume de se nourrir4 ,il n'est donc point tonnant que la dite animale soit minemment restaurante et fortifiante2 car les particules dont elle se compose1 ayant avec les ntres une grande similitude et ayant dj t animalises1 peuvent facilement s'animaliser de nouveau lorsqu'elles sont soumises l'action vitale de nos organes digesteurs4 ,rgne vgtal4 #bi4 ,cependant le rgne vgtal ne prsente la nutrition ni moins de varits ni moins de ressources4 ,la fcule nourrit parfaitement1 et d'autant mieux qu'elle est moins mlange de principes trangers4 ,on entend par fcule la farine ou poussire qu'on peut obtenir des graines crales1 des lgumineuses et de plusieurs espces de racines1 parmi lesquelles la pomme de terre tient jusqu' prsent le premier rang4 ,la fcule est la base du pain1 des ptisseries et des pures de toute espce1 et entre ainsi pour une trs grande partie dans la nourriture de presque tous les peuples4 ,on a observ qu'une pareille nourriture amollit la fibre et mme le courage4 ,on en donne pour preuve les ,indiens1 qui vivent presque exclusivement de riz et qui se sont soumis quiconque a voulu les asservir4 ,presque tous les animaux domestiques mangent avec avidit la fcule1 et ils sont1 au contraire1 singulirement fortifis1 parce que c'est une nourriture plus substantielle que les vgtaux secs ou verts qui sont leur pture habituelle4 ,le sucre n'est pas moins considrable1 soit comme aliment1 soit comme mdicament4 ,cette substance1 autrefois relgue aux ,indes ou aux colonies1 est devenue indigne au commencement de ce sicle4 ,on l'a dcouverte et suivie dans le raisin1 les navets1 la chtaigne1 et surtout dans la betterave2 de sorte que1 rigoureusement parlant1 l',europe pourrait1 sous ce rapport1 se suffire et se passer de l',amrique ou de l',inde4 ,c'est un service minent que la science a rendu la socit1 et un exemple qui peut avoir dans la suite des rsultats plus tendus4 7,voyez ci-aprs1 article ,,sucre74 ,le sucre1 soit l'tat solide1 soit dans les diverses plantes o la nature l'a plac1 est extrmement nourrissant2 les animaux en sont friands1 et les ,anglais1 qui en donnent beaucoup leurs chevaux de luxe1 ont remarqu qu'ils en soutiennent bien mieux les diverses preuves auxquelles on les soumet4 ,le sucre1 qu'aux jours de ,louis ,,xiv on ne trouvait que chez les apothicaires1 a donn naissance diverses professions lucratives1 telles que les ptissiers du petit-four1 les confiseurs1 les liquoristes et autres marchands de friandises4 ,les huiles douces proviennent ainsi du rgne vgtal2 elles ne sont esculentes qu'autant qu'elles sont unies d'autres substances1 et doivent surtout tre regardes comme un assaisonnement4 ,le gluten1 qu'on trouve particulirement dans le froment1 concourt puissamment la fermentation du pain dont il fait partie2 les chimistes ont t jusqu' lui donner une nature animale4 ,on a fait ,paris1 pour les enfants et les oiseaux1 et pour les hommes dans quelques dpartements1 des ptisseries o le gluten domine1 parce qu'une partie de la fcule a t soustraite au moyen de l'eau4 ,le mucilage doit sa qualit nutritive aux diverses substances auxquelles il sert de vhicule4 ,la gomme peut devenir1 au besoin1 un aliment2 ce qui ne doit pas tonner1 puisqu' trs peu de chose prs elle contient les mmes lments que le sucre4 ,la glatine vgtale qu'on extrait de plusieurs espces de fruits1 notamment des pommes1 des groseilles1 des coings1 et de quelques autres1 peut aussi servir d'aliment3 elle en fait mieux la fonction1 unie au sucre1 mais toujours beaucoup moins que les geles animales qu'on tire des os1 des cornes1 des pieds de veau et de la colle de poisson4 ,cette nourriture est en gnral lgre1 adoucissante et salutaire4 ,aussi la cuisine et l'office s'en emparent et se la disputent4 ,diffrence du gras au maigre4 ,au jus prs1 qui1 comme nous l'avons dit1 se compose d'osmazme et d'extractif1 on trouve dans les poissons la plupart des substances que nous avons signales dans les animaux terrestres1 telles que la fibrine1 la glatine1 l'albumine3 de sorte qu'on peut dire avec raison que c'est le jus qui spare le rgime gras du maigre4 ,ce dernier est encore marqu par une autre particularit3 c'est que le poisson contient en outre une quantit notable de phosphore et d'hydrogne1 c'est--dire ce qu'il y a de plus combustible dans la nature4 ,d'o il suit que l'ichthyophagie est une dite chauffante3 ce qui pourrait lgitimer certaines louanges donnes jadis quelques ordres religieux1 dont le rgime tait directement contraire celui de leurs voeux dj rput le plus fragile4 ,observations particulires4 #cj4--;,je n'en dirai pas davantage sur cette question de physiologie2 mais je ne dois pas omettre un fait dont on peut facilement vrifier l'existence3 ,il y a quelques annes que j'allai voir une maison de campagne1 dans un petit hameau des environs de ,paris1 situ sur le bord de la ,seine1 en avant de l'le de ,saint-,denis1 et consistant principalement en huit cabanes de pcheurs4 ,je fus frapp de la quantit d'enfants que je vis fourmiller sur la route4 ,j'en marquai mon tonnement au batelier avec lequel je traversai la rivire4 ,monsieur1 me dit-il1 nous ne sommes ici que huit familles1 et nous avons cinquante-trois enfants1 parmi lesquels il se trouve quarante-neuf filles et seulement quatre garons1 et de ces quatre garons1 en voil un qui m'appartient4 ,en disant ces mots1 il se redressait d'un air de triomphe1 et me montrait un petit marmot de cinq six ans1 couch sur le devant du bateau1 o il s'amusait gruger des crevisses crues4 ,ce petit hameau s'appelle444 ,illustration ,de cette observation qui remonte plus de dix ans1 et de quelques autres que je ne puis pas aussi facilement indiquer1 j'ai t amen penser que le mouvement gnsique caus par la dite ichthyaque pourrait bien tre plus irritant que plthorique et substantiel2 et j'y persiste d'autant plus volontiers que1 tout rcemment1 le docteur ,bailly a prouv1 par une suite de faits observs pendant prs d'un sicle1 que toutes les fois que1 dans les naissances annuelles1 le nombre des filles est notablement plus grand que celui des garons1 la surabondance des femelles est toujours due des circonstances dbilitantes2 ce qui pourrait bien nous indiquer aussi l'origine des plaisanteries qu'on a faites de tout temps au mari dont la femme accouche d'une fille4 ,il y aurait encore beaucoup de choses dire sur les aliments considrs dans leur ensemble1 et sur les diverses modifications qu'ils peuvent subir par le mlange qu'on peut en faire2 mais j'espre que ce qui prcde suffira1 et au-del1 pour le plus grand nombre de mes lecteurs4 ,je renvoie les autres au trait ex professo1 et je finis par deux considrations qui ne sont pas sans quelque intrt4 ,la premire est que l'animalisation se fait peu prs de la mme manire que la vgtation1 c'est--dire que le courant rparateur form par la digestion est aspir de diverses manires par les cribles ou suoirs dont nos organes sont pourvus1 et devient chair1 ongle1 os ou cheveu1 comme la mme terre arrose de la mme eau produit un radis1 une laitue ou un pissenlit1 selon les graines que le jardinier lui a confies4 ,la seconde est qu'on n'obtient point1 dans l'organisation vitale1 les mmes produits que dans la chimie absolue2 car les organes destins produire la vie et le mouvement agissent puissamment sur les principes qui leur sont soumis4 ,mais la nature1 qui se plat s'envelopper de voiles et nous arrter au second ou au troisime pas1 a cach le laboratoire o elle fait ses transformations2 et il est vritablement difficile d'expliquer comment1 tant convenu que le corps humain contient de la chaux1 du phosphore1 du fer et dix autres substances encore1 tout cela peut cependant se soutenir et se renouveler pendant plusieurs annes avec du pain et de l'eau4 ,,meditation ,,vi ,des ,spcialits4 ,,section ,,ii4 #ca4 ,lorsque j'ai commenc d'crire1 ma table des matires tait faite1 et mon livre tout entier dans ma tte2 cependant je n'ai avanc qu'avec lenteur1 parce qu'une partie de mon temps est consacre des travaux plus srieux4 ,durant cet intervalle de temps1 quelques parties de la matire que je croyais m'tre rserve ont t effleures2 des livres lmentaires de chimie et de matire mdicale ont t mis entre les mains de tout le monde2 et des choses que je croyais enseigner pour la premire fois sont devenues populaires3 par exemple1 j'avais employ la chimie du pot-au-feu plusieurs pages dont la substance se trouve dans deux ou trois ouvrages rcemment publis4 ,en consquence1 j'ai d revoir cette partie de mon travail1 et l'ai tellement resserre qu'elle se trouve rduite quelques principes lmentaires1 des thories qui ne sauraient tre trop propages1 et quelques observations1 fruit d'une longue exprience1 et qui1 je l'espre1 seront nouvelles pour la grande partie de mes lecteurs4 ,ier4--,pot-au-feu1 ,potage1 etc4 #cb4 ,on appelle pot-au-feu un morceau de boeuf destin tre trait l'eau bouillante lgrement sale1 pour en extraire les parties solubles4 ,le bouillon est le liquide qui reste aprs l'opration consomme4 ,enfin on appelle bouilli la chair dpouille de sa partie soluble4 ,l'eau dissout d'abord une partie de l'osmazme2 puis l'albumine1 qui1 se coagulant avant le #ej;e degr de ,raumur1 forme l'cume qu'on enlve ordinairement2 puis1 le surplus de l'osmazme avec la partie extractive ou jus2 enfin1 quelques portions de l'enveloppe des fibres1 qui sont dtaches par la continuit de l'bullition4 ,pour avoir de bon bouillon1 il faut que l'eau s'chauffe lentement1 afin que l'albumine ne se coagule pas dans l'intrieur avant d'tre extraite2 et il faut que l'bullition s'aperoive peine1 afin que les diverses parties qui sont successivement dissoutes puissent s'unir intimement et sans trouble4 ,on joint au bouillon des lgumes ou des racines pour en relever le got1 et du pain ou des ptes pour le rendre plus nourrissant3 c'est ce qu'on appelle un potage4 ,le potage est une nourriture saine1 lgre1 nourrissante1 et qui convient tout le monde2 il rjouit l'estomac1 et le dispose recevoir et digrer4 ,les personnes menaces d'obsit n'en doivent prendre que le bouillon4 ,on convient gnralement qu'on ne mange nulle part d'aussi bon potage qu'en ,france1 et j'ai trouv dans mes voyages la confirmation de cette vrit4 ,ce rsultat ne doit point tonner2 car le potage est la base de la dite nationale franaise1 et l'exprience des sicles a d le porter sa perfection4 ,,ii4--,du ,bouilli4 #cc4 ,le bouilli est une nourriture saine1 qui apaise promptement la faim1 se digre assez bien1 mais qui seul ne restaure pas beaucoup1 parce que la viande a perdu dans l'bullition une partie des sucs animalisables4 ,on tient comme rgle gnrale en administration que le boeuf bouilli a perdu la moiti de son poids4 ,nous comprenons sous quatre catgories les personnes qui mangent le bouilli3 #a ,les routiniers1 qui en mangent parce que leurs parents en mangeaient1 et qui1 suivant cette pratique avec une soumission implicite1 esprent bien aussi tre imits par leurs enfants2 #b ,les impatients1 qui1 abhorrant l'inactivit table1 ont contract l'habitude de se jeter immdiatement sur la premire matire qui se prsente 7materiam subjectam72 #c ,les inattentifs1 qui1 n'ayant pas reu du ciel le feu sacr1 regardent les repas comme les heures d'un travail oblig1 mettent sur le mme niveau tout ce qui peut les nourrir1 et sont table comme l'hutre sur son banc2 #d ,les dvorants1 qui1 dous d'un apptit dont ils cherchent dissimuler l'tendue1 se htent de jeter dans leur estomac une premire victime pour apaiser le feu gastrique qui les dvore1 et servir de base aux divers envois qu'ils se proposent d'acheminer pour la mme destination4 ,les professeurs ne mangent jamais de bouilli1 par respect pour les principes et parce qu'ils ont fait entendre en chaire cette vrit incontestable3 ,le bouilli est de la chair moins son jus#ac4 ,note #ac3 ,cette vrit commence percer1 et le bouilli a disparu dans les dners vritablement soigns2 on le remplace par un filet rti1 un turbot ou une matelote4 ,,iii4--,volailles4 #cd4 ,je suis grand partisan des causes secondes1 et crois fermement que le genre entier des gallinacs a t cr uniquement pour doter nos garde-mangers et enrichir nos banquets4 ,effectivement1 depuis la caille jusqu'au coq-d',inde1 partout o on rencontre un individu de cette nombreuse famille1 on est sr de trouver un aliment lger1 savoureux1 et qui convient galement au convalescent et l'homme qui jouit de la plus robuste sant4 ,car quel est celui d'entre nous qui1 condamn par la ,facult la chre des ,pres du dsert1 n'a pas souri l'aile de poulet proprement coupe1 qui lui annonait qu'enfin il allait tre rendu la vie sociale8 ,illustration ,nous ne nous sommes pas contents des qualits que la nature avait donnes aux gallinacs2 l'art s'en est empar1 et sous prtexte de les amliorer1 il en a fait des martyrs4 ,non seulement on les prive des moyens de se reproduire1 mais on les tient dans la solitude1 on les jette dans l'obscurit1 on les force manger et on les amne ainsi un embonpoint qui ne leur tait pas destin4 ,il est vrai que cette graisse ultra-naturelle est aussi dlicieuse1 et que c'est au moyen de ces pratiques damnables qu'on leur donne cette finesse et cette succulence qui en font les dlices de nos meilleures tables4 ,ainsi amliore1 la volaille est pour la cuisine ce qu'est la toile pour les peintres1 et pour les charlatans le chapeau de ,fortunatus2 on nous la sert bouillie1 rtie1 frite1 chaude ou froide1 entire ou par parties1 avec ou sans sauce1 dsosse1 corche1 farcie1 et toujours avec un gal succs4 ,trois pays de l'ancienne ,france se disputent l'honneur de fournir les meilleures volailles savoir3 le pays de ,caux1 le ,mans et la ,bresse4 ,relativement aux chapons1 il y a du doute1 et celui qu'on tient sous la fourchette doit paratre le meilleur2 mais pour les poulardes1 la prfrence appartient celles de ,bresse1 qu'on appelle poulardes fines1 et qui sont rondes comme une pomme2 c'est grand dommage qu'elles soient rares ,paris1 o elles n'arrivent que dans des bourriches votives4 ,,iv4--,du ,coq-d',inde4 #ce4 ,le dindon est certainement un des plus beaux cadeaux que le nouveau monde ait faits l'ancien4 ,ceux qui veulent toujours en savoir plus que les autres ont dit que le dindon tait connu aux ,romains1 qu'il en fut servi un aux noces de ,charlemagne1 et qu'ainsi c'est mal propos qu'on attribue aux jsuites l'honneur de cette savoureuse importation4 ces paradoxes on pourrait n'opposer que deux choses3 #a ,le nom de l'oiseau1 qui atteste son origine2 car autrefois l',amrique tait dsigne sous le nom d',indes occidentales2 #b ,la figure du coq-d',inde1 qui est videmment tout trangre4 ,un savant ne pourrait pas s'y tromper4 ,mais1 quoique dj bien persuad1 j'ai fait ce sujet des recherches assez tendues1 dont je fait grce au lecteur1 et qui m'ont donn pour rsultat3 #a ,que le dindon a paru en ,europe vers la fin du dix-septime sicle4 #b ,qu'il a t import par les jsuites1 qui en levaient une grande quantit1 spcialement dans une ferme qu'ils possdaient aux environs de ,bourges4 #c ,que c'est de l qu'ils se sont rpandus peu peu sur la surface de la ,france3 c'est ce qui fait qu'en beaucoup d'endroits1 et dans le langage familier1 on disait autrefois et on dit encore un jsuite1 pour dsigner un dindon2 #d ,que l',amrique est le seul endroit o on a trouv le dindon sauvage et dans l'tat de nature 7il n'en existe pas en ,afrique72 #e ,que dans les fermes de l',amrique septentrionale o il est fort commun1 il provient1 soit des oeufs qu'on a pris et fait couver1 soit des jeunes dindonneaux qu'on a surpris dans les bois et apprivoiss3 ce qui fait qu'ils sont plus prs de l'tat de nature1 et conservent davantage leur plumage primitif4 ,et vaincu par ces preuves1 je conserve aux bons pres une double part de reconnaissance1 car ils ont aussi import le quinquina1 qui se nommait en anglais ,jsuit's bark 7corce des jsuites74 ,les mmes recherches m'ont appris que l'espce du coq-d',inde s'acclimate insensiblement en ,france avec le temps4 ,des observateurs clairs m'ont appris que vers le milieu du sicle prcdent1 sur vingt dindons clos1 dix peine venaient bien2 tandis que maintenant1 toutes choses gales1 sur vingt on en lve quinze4 ,les pluies d'orage leur sont surtout funestes4 ,les grosses gouttes de pluie1 chasses par le vent1 frappent sur leur tte tendre et mal abrite1 elles font prir4 ,des ,dindoniphiles4 #cf4--,le dindon est le plus gros1 et sinon le plus fin1 du moins le plus savoureux de nos oiseaux domestiques4 ,il jouit encore de l'avantage unique de runir autour de soi toutes les classes de la socit4 ,quand les vignerons et les cultivateurs de nos campagnes veulent se rgaler dans les longues soires d'hiver1 que voit-on rtir au feu brillant de la cuisine o la table est mise8 un dindon4 ,quand le fabricant utile1 quand l'artiste laborieux rassemble quelques amis pour jouir d'un relche d'autant plus doux qu'il est plus rare1 quelle est la pice oblige du dner qu'il leur offre8 un dindon farci de saucisses ou de marrons de ,lyon4 ,et dans nos cercles les plus minemment gastronomiques1 dans ces runions choisies1 o la politique est force de cder le pas aux dissertations sur le got1 qu'attend-on8 que dsire-t-on8 que voit-on au second service8 une dinde truffe6444 ,et mes mmoires secrets contiennent la note que son suc restaurateur a plus d'une fois clairci des faces minemment diplomatiques4 ,influence financire du dindon4 #cg4--,l'importation des dindons est devenue la cause d'une addition importante la fortune publique1 et donne lieu un commerce assez considrable4 ,au moyen de l'ducation des dindons1 les fermiers acquittent plus facilement le prix de leurs baux2 les jeunes filles amassent souvent une dot suffisante1 et les citadins qui veulent se rgaler de cette chair trangre sont obligs de cder leurs cus en compensation4 ,dans cet article purement financier1 les dindes truffes demandent une attention particulire4 ,j'ai quelque raison de croire que depuis le commencement de novembre jusqu' la fin de fvrier1 il se consomme ,paris trois cents dindes truffes par jour3 en tout trente-six mille dindes4 ,le prix commun de chaque dinde1 ainsi conditionne1 est au moins de #bj fr41 en tout #gbj1jjj fr42 ce qui fait un fort joli mouvement d'argent4 quoi il faut joindre une somme pareille pour les volailles1 faisans1 poulets et perdrix pareillement truffs1 qu'on voit chaque jour tals dans les magasins de comestibles1 pour le supplice des contemplateurs qui se trouvent trop courts pour y atteindre4 ,exploit du professeur4 #ch4 ,pendant mon sjour ,hartfort dans le ,connecticut1 j'ai eu le bonheur de tuer une dinde sauvage4 ,cet exploit mrite de passer la postrit1 et je le conterai avec d'autant plus de complaisance que c'est moi qui en suis le hros4 ,un vnrable propritaire amricain 7american farmer7 m'avait invit aller chasser chez lui2 il demeurait sur les derrires de l'tat 7back grounds71 me promettait des perdrix1 des cureuils gris1 des dindes sauvages 7wild cocks71 et me donnait la facult d'y mener avec moi un ami ou deux mon choix4 ,illustration3 page #jhd ,en consquence1 un beau jour d'octobre #agid1 nous nous acheminmes1 ,m4 ,king et moi1 monts sur deux chevaux de louage1 avec l'espoir d'arriver vers le soir la ferme de ,m4 ,bulow1 situe cinq mortelles lieues de ,hartfort1 dans le ,connecticut4 ,m4 ,king tait un chasseur d'une espce extraordinaire2 il aimait passionnment cet exercice2 mais quand il avait tu une pice de gibier1 il se regardait comme un meurtrier1 et faisait sur le sort du dfunt des rflexions morales et des lgies qui ne l'empchaient pas de recommencer4 ,quoique le chemin ft peine trac1 nous arrivmes sans accident1 et nous fmes reus avec cette hospitalit cordiale et silencieuse qui s'exprime par des actes1 c'est--dire qu'en peu d'instants tout fut examin1 caress et hberg1 hommes1 chevaux et chiens suivant les convenances respectives4 ,deux heures environ furent employes examiner la ferme et ses dpendances3 je dcrirais tout cela si je voulais1 mais j'aime mieux montrer au lecteur quatre beaux brins de fille 7buxum lasses7 dont ,m4 ,bulow tait pre1 et pour qui notre arrive tait un grand vnement4 ,leur ge tait de seize vingt ans2 elles taient rayonnantes de fracheur et de sant1 et il y avait dans toute leur personne tant de simplicit1 de souplesse et d'abandon1 que l'action la plus commune suffisait pour leur prter mille charmes4 ,peu aprs notre retour de la promenade1 nous nous assmes autour d'une table abondamment servie4 ,un superbe morceau de corn'd beef 7boeuf mi-sel71 une oie daube 7stew'd71 et une magnifique jambe de mouton 7gigot71 puis des racines de toute espce 7plenty71 et aux deux bouts de la table deux normes pots d'un cidre excellent dont je ne pouvais pas me rassasier4 ,quand nous emes montr notre hte que nous tions de vrais chasseurs1 du moins par l'apptit1 il s'occupa du but de notre voyage3 il nous indiqua de son mieux les endroits o nous trouverions du gibier1 les points de reconnaissance qui nous guideraient au retour1 et surtout les fermes o nous pourrions trouver de quoi nous rafrachir4 ,pendant cette conversation1 les dames avaient prpar d'excellent th1 dont nous avalmes plusieurs tasses2 aprs quoi on nous montra une chambre deux lits1 o l'exercice et la bonne chre nous procurrent un sommeil dlicieux4 ,le lendemain1 nous nous mmes en chasse un peu tard2 et parvenus au bout des dfrichements faits par les ordres de ,m4 ,bulow1 je me trouvai1 pour la premire fois1 dans une fort vierge1 et o la cogne ne s'tait jamais fait entendre4 ,je m'y promenais avec dlices1 observant les bienfaits et les ravages du temps qui cre et dtruit1 et je m'amusais suivre toutes les priodes de la vie d'un chne1 depuis le moment o il sort de la terre avec deux feuilles1 jusqu' celui o il ne reste plus de lui qu'une longue trace noire1 qui est la poussire de son coeur4 ,m4 ,king me reprocha mes distractions1 et nous nous mmes chasser4 ,nous tumes d'abord quelques-unes de ces jolies petites perdrix grises qui sont si rondes et si tendres4 ,nous abattmes ensuite six ou sept cureuils gris1 dont on fait grand cas dans ce pays2 enfin notre heureuse toile nous amena au milieu d'une compagnie de coqs-d',inde4 ,ils partirent peu d'intervalle les uns des autres1 d'un vol bruyant1 rapide1 et en faisant de grands cris4 ,m4 ,kang tira sur le premier1 et courut aprs3 les autres taient hors de porte2 enfin1 le plus paresseux s'leva dix pas de moi2 je le tirai dans une clairire1 et il tomba raide mort4 ,il faut tre chasseur pour concevoir l'extrme joie que me causa un si beau coup de fusil4 ,j'empoignai la superbe volatile1 et je la retournais en tout sens depuis un quart d'heure1 quand j'entendis ,m4 ,king qui criait l'aide2 j'y courus1 et je trouvai qu'il ne m'appelait que pour l'aider dans la recherche d'un dindon qu'il prtendait avoir tu1 et qui n'en avait pas moins disparu4 ,je mis mon chien sur la trace2 mais il nous conduisit dans des halliers si pais et si pineux qu'un serpent n'y aurait pas pntr2 il fallut donc y renoncer2 ce qui mit mon camarade dans un accs d'humeur qui dura jusqu'au retour4 ,le surplus de notre chasse ne mrite pas les honneurs de l'impression4 ,au retour1 nous nous garmes dans ces bois indfinis1 et nous courions grand risque d'y passer la nuit1 sans les voix argentines des demoiselles ,bulow et la pdale de leur papa1 qui avait eu la bont de venir au-devant de nous1 et qui nous aidrent nous en tirer4 ,les quatre soeurs s'taient mises sous les armes3 des robes trs fraches1 des ceintures neuves1 de jolis chapeaux et une chaussure soigne annoncrent qu'on avait fait quelques frais pour nous2 et j'eus1 de mon ct1 l'intention d'tre aimable pour celle de ces demoiselles qui vint prendre mon bras1 tout aussi propritairement que si elle et t ma femme4 ,en arrivant la ferme1 nous trouvmes le souper servi2 mais1 avant que d'en profiter1 nous nous assmes un instant auprs d'un feu vif et brillant qu'on avait allum pour nous1 quoique le temps n'et pas indiqu cette prcaution4 ,nous nous en trouvmes trs bien1 et fmes dlasss comme par enchantement4 ,cette pratique venait sans doute des ,indiens1 qui ont toujours du feu dans leur case4 ,peut-tre aussi est-ce une tradition de saint ,franois de ,sales1 qui disait que le feu tait bon douze mois de l'anne4 7,non liquet47 ,nous mangemes comme des affams2 un ample bowl de punch vint nous aider finir la soire1 et une conversation o notre hte mit bien plus d'abandon que la veille nous conduisit assez avant dans la nuit4 ,nous parlmes de la guerre de l'indpendance1 o ,m4 ,bulow avait servi comme officier suprieur2 de ,m4 de ,la ,fayette1 qui grandit sans cesse dans le souvenir des ,amricains1 qui ne le dsignent que par sa qualit 7the marquis72 de l'agriculture1 qui1 en ce temps1 enrichissait les tats-,unis1 et enfin de cette chre ,france1 que j'aimais bien plus depuis que j'avais t forc de la quitter4 ,pour reposer la conversation1 ,m4 ,bulow disait de temps autre sa fille ane3 ,mariah6 give us a song4 ,et elle nous chanta sans se faire prier1 et avec un embarras charmant1 la chanson nationale ,yankee dudde1 la complainte de la reine ,marie et celle du major ,andr1 qui sont tout--fait populaires en ce pays4 ,maria avait pris quelques leons1 et1 dans ces lieux levs1 passait pour une virtuose2 mais son chant tirait surtout son mrite de la qualit de sa voix1 qui tait la fois douce1 frache et accentue4 ,le lendemain nous partmes malgr les instances les plus amicales3 car l aussi j'avais des devoirs remplir4 ,pendant qu'on prparait les chevaux1 ,m4 ,bulow1 m'ayant pris part1 me dit ces paroles remarquables3 ,vous voyez en moi1 mon cher monsieur1 un homme heureux1 s'il y en a un sous le ciel3 tout ce qui vous entoure et ce que vous avez vu chez moi sort de mes proprits4 ,ces bas1 mes filles les ont tricots2 mes souliers et mes habits proviennent de mes troupeaux2 ils contribuent aussi1 avec mon jardin et ma basse-cour1 me fournir une nourriture simple et substantielle2 et ce qui fait l'loge de notre gouvernement1 c'est qu'on compte dans le ,connecticut des milliers de fermiers tout aussi contents que moi1 et dont les portes1 de mme que les miennes1 n'ont pas de serrures4 ,les impts ici ne sont presque rien2 et tant qu'ils sont pays nous pouvons dormir sur les deux oreilles4 ,le congrs favorise de tout son pouvoir notre industrie naissante2 des facteurs se croisent en tout sens pour nous dbarrasser de ce que nous avons vendre2 et j'ai de l'argent comptant pour longtemps1 car je viens de vendre1 au prix de vingt-quatre dollars le tonneau1 la farine que je donne ordinairement pour huit4 ,tout nous vient de la libert que nous avons conquise et fonde sur de bonnes lois4 ,je suis matre chez moi1 et vous ne vous en tonnerez pas quand vous saurez qu'on n'y entend jamais le bruit du tambour1 et que1 hors le #d juillet1 anniversaire glorieux de notre indpendance1 on n'y voit ni soldats1 ni uniformes1 ni baonnettes4 ,pendant tout le temps que dura notre retour1 j'eus l'air absorb dans de profondes rflexions3 on croira peut-tre que je m'occupais de la dernire allocution de ,m4 ,bulow2 mais j'avais bien d'autres sujets de mditation3 je pensais la manire dont je ferais cuire mon coq-d',inde1 et je n'tais pas sans embarras1 parce que je craignais de ne pas trouver ,hartford tout ce que j'aurais dsir2 car je voulais m'lever un trophe en talant avec avantage mes dpouilles opimes4 ,je fais un douloureux sacrifice en supprimant les dtails du travail profond dont le but tait de traiter d'une manire distingue les convives amricains que j'avais engags4 ,il suffira de dire que les ailes de perdrix furent servies en papillote1 et les cureuils gris courbouillonns au vin de ,madre4 ,quant au dindon1 qui faisait notre unique plat de rti1 il fut charmant la vue1 flatteur l'odorat et dlicieux au got4 ,aussi1 jusqu' la consommation de la dernire de ses particules1 on entendait tout autour de la table3 ,very good6 exceedingly good6 oh6 dear sir1 what a glorious bit6 ,trs bon1 extrmement bon6 mon cher monsieur1 quel glorieux morceau #ad6 ,v4--,du ,gibier4 #ci4 ,on entend par gibier les animaux bons manger qui vivent dans les bois et les campagnes1 dans l'tat de libert naturelle4 ,nous disons bons manger1 parce que quelques-uns de ces animaux ne sont pas compris sous la dnomination de gibier4 ,tels sont les renards1 blaireaux1 corbeaux1 pies1 chats-huants et autres3 on les appelle btes puantes4 ,nous divisons le gibier en trois sries3 ,la premire commence la grive et contient1 en descendant1 tous les oiseaux de moindre volume1 appels petits oiseaux4 ,note #ad3 ,la chair de la dinde sauvage est plus colore et plus parfume que celle de la dinde domestique44 ,j'ai appris avec plaisir que mon estimable collgue1 ,m4 ,bosc1 en avait tu dans la ,caroline1 qu'il les avait trouves excellentes1 et surtout bien meilleures que celles que nous levons en ,europe4 ,aussi conseille-t-il ceux qui en lvent de leur donner le plus de libert possible1 de les conduire aux champs1 et mme dans les bois1 pour en rehausser le got et les rapprocher d'autant de l'espce primitive4 7,annales d',agriculture1 cah4 du #bh fvrier #ahba47 ,la seconde commence en remontant au rle de gent1 la bcasse1 la perdrix1 au faisan1 au lapin et au livre2 c'est le gibier proprement dit3 gibier de terre et gibier de marais1 gibier de poil1 gibier de plume4 ,la troisime est plus connue sous le nom de venaison2 elle se compose du sanglier1 du chevreuil et de tous les autres animaux fissipdes4 ,le gibier fait les dlices de nos tables2 c'est une nourriture saine1 chaude1 savoureuse1 de haut got1 et facile digrer toutes les fois que l'individu est jeune4 ,mais ces qualits n'y sont pas tellement inhrentes qu'elles ne dpendent beaucoup de l'habilet du prparateur qui s'en occupe4 ,jetez dans un pot du sel1 de l'eau et un morceau de boeuf1 vous en retirerez du bouilli et du potage4 ,au boeuf1 substituez du sanglier ou du chevreuil1 vous n'aurez rien de bon2 tout l'avantage1 sous ce rapport1 appartient la viande de boucherie4 ,mais sous les ordres d'un chef instruit1 le gibier subit un grand nombre de modifications et transformations savantes1 et fournit la plupart des mets de haute saveur qui constituent la cuisine transcendante4 ,le gibier tire aussi une grande partie de son prix de la nature du sol o il se nourrit2 le got d'une perdrix rouge du ,prigord n'est pas le mme que celui d'une perdrix rouge de ,sologne2 et quand le livre tu dans les plaines des environs de ,paris ne parat qu'un plat assez insignifiant1 un levreau n sur les coteaux brls du ,valromey ou du ,haut-,dauphin est peut-tre le plus parfum de tous les quadrupdes4 ,parmi les petits oiseaux1 le premier1 par ordre d'excellence1 est sans contredit le becfigue4 ,il s'engraisse au moins autant que le rouge-gorge ou l'ortolan1 et la nature lui a donn en outre une amertume lgre et un parfum unique si exquis1 qu'ils engagent1 remplissent et batifient toutes les puissances dgustatrices4 ,si un becfigue tait de la grosseur d'un faisan1 on le paierait certainement l'gal d'un arpent de terre4 ,c'est grand dommage que cet oiseau privilgi se voie si rarement ,paris3 il en arrive la vrit quelques-uns1 mais il leur manque la graisse qui fait tout leur mrite1 et on peut dire qu'ils ressemblent peine ceux qu'on voit dans les dpartements de l'est ou du midi de la ,france #ae4 ,note #ae3 ,j'ai entendu parler ,belley1 dans ma jeunesse1 du jsuite ,fabi1 n dans ce diocse1 et du got particulier qu'il avait pour les becfigues4 ,ds qu'on en entendait crier1 on disait3 ,voil les becfigues1 le pre ,fabi est en route4 ,effectivement1 il ne manquait jamais d'arriver le #a;er septembre avec un ami3 ils venaient s'en rgaler pendant tout le passage2 chacun se faisait un plaisir de les inviter1 et ils partaient vers le #be4 ,tant qu'il fut en ,france1 il ne manqua jamais de faire son voyage ornithophilique1 et ne l'interrompit que quand il fut envoy ,rome1 o il mourut pnitencier en #afhh4 ,le pre ,fabi 7,honor7 tait un homme de grand savoir2 il a fait divers ouvrages de thologie et de physique1 dans l'un desquels il cherche prouver qu'il avait dcouvert la circulation du sang avant ou du moins aussitt qu',harvey4 ,peu de gens savent manger les petits oiseaux2 en voici la mthode telle qu'elle m'a t confidentiellement transmise par le chanoine ,charcot1 gourmand par tat et gastronome parfait1 trente ans avant que le nom ft connu4 ,prenez par le bec un petit oiseau bien gras1 saupoudrez-le d'un peu de sel1 tez-en le gsier1 enfoncez-le adroitement dans votre bouche1 mordez et tranchez tout prs de vos doigts1 et mchez vivement3 il en rsulte un suc assez abondant pour envelopper tout l'organe1 et vous goterez un plaisir inconnu au vulgaire4 ,odi profanum vulgus1 et arceo4 ,,horace4 ,la caille est1 parmi le gibier proprement dit1 ce qu'il y a de plus mignon et de plus aimable4 ,une caille bien grasse plat galement par son got1 sa forme et sa couleur4 ,on fait acte d'ignorance toutes les fois qu'on la sert autrement que rtie ou en papillotes1 parce que son parfum est trs fugace1 et toutes les fois que l'animal est en contact avec un liquide1 il se dissout1 s'vapore et se perd4 ,la bcasse est encore un oiseau trs distingu1 mais peu de gens en connaissent tous les charmes4 ,une bcasse n'est dans toute sa gloire que quand elle a t rtie sous les yeux d'un chasseur1 surtout du chasseur qui l'a tue2 alors la rtie est confectionne suivant les rgles voulues1 et la bouche s'inonde de dlices4 ,au-dessus des prcdents1 et mme de tous1 devrait se placer le faisan2 mais peu de mortels savent le prsenter point4 ,un faisan mang dans la premire huitaine de sa mort ne vaut ni une perdrix ni un poulet1 car son mrite consiste dans son arme4 ,la science a considr l'expansion de cet arme1 l'exprience l'a mise en action1 et un faisan saisi pour son infocation est un morceau digne des gourmands les plus exalts4 ,on trouvera dans les ,varits la manire de rtir un faisan la sainte alliance4 ,le moment est venu o cette mthode1 jusqu'ici concentre dans un petit cercle d'amis1 doit s'pancher au dehors pour le bonheur de l'humanit4 ,un faisan aux truffes est moins bon qu'on ne pourrait le croire2 l'oiseau est trop sec pour oindre le tubercule2 et d'ailleurs le fumet de l'un et le parfum de l'autre se neutralisent en s'unissant1 ou plutt ne se conviennent pas4 ,,vi4--,du ,poisson4 #dj4 ,quelques savants1 d'ailleurs peu orthodoxes1 ont prtendu que l',ocan avait t le berceau commun de tout ce qui existe2 que l'espce humaine elle-mme tait ne dans la mer1 et qu'elle ne devait son tat actuel qu' l'influence de l'air et aux habitudes qu'elle a t oblige de prendre pour sjourner dans ce nouvel lment4 ,quoi qu'il en soit1 il est au moins certain que l'empire des eaux contient une immense quantit d'tres de toutes les formes et de toutes les dimensions1 qui jouissent des proprits vitales dans des proportions trs diffrentes1 et suivant un mode qui n'est point le mme que celui des animaux sang chaud44 ,il n'est pas moins vrai qu'il prsente1 en tout temps et partout une masse norme d'aliments1 etc41 et que1 dans l'tat actuel de la science1 il introduit sur nos tables la plus agrable varit4 ,le poisson1 moins nourrissant que la chair1 plus succulent que les vgtaux1 est un mezzo termine qui convient presque tous les tempraments1 et qu'on peut permettre mme aux convalescents4 ,les ,grecs et les ,romains1 quoique moins avancs que nous dans l'art d'assaisonner le poisson1 n'en faisaient pas moins trs grand cas1 et poussaient la dlicatesse jusqu' pouvoir deviner au got en quelles eaux ils avaient t pris4 ,ils en conservaient dans des viviers2 et l'on connat la cruaut de ,vadius ,pollion1 qui nourrissait des murnes avec les corps des esclaves qu'il faisait mourir3 cruaut que l'empereur ,domitien dsapprouva hautement1 mais qu'il aurait d punir4 ,un grand dbat s'est lev sur la question de savoir lequel doit l'emporter1 du poisson de mer ou du poisson d'eau douce4 ,le diffrend ne sera probablement jamais jug1 conformment au proverbe espagnol1 sobre los gustos1 no hai disputa4 ,chacun est affect sa manire3 ces sensations fugitives ne peuvent s'exprimer par aucun caractre connu1 et il n'y a pas d'chelle pour estimer si un cabillaud1 une sole ou un turbot valent mieux qu'une truite saumonne1 un brochet de haut bord1 ou mme une tanche de six ou sept livres4 ,,ii est bien convenu que le poisson est beaucoup moins nourrissant que la viande1 soit parce qu'il ne contient point d'osmazme1 soit parce qu'tant bien plus lger en poids1 sous le mme volume il contient moins de matire4 ,le coquillage et spcialement les hutres fournissent peu de substance nutritive1 c'est ce qui fait qu'on en peut manger beaucoup sans nuire au repas qui suit immdiatement4 ,on se souvient qu'autrefois un festin de quelque apparat commenait ordinairement par des hutres1 et qu'il se trouvait toujours un bon nombre de convives qui ne s'arrtaient pas sans en avoir aval une grosse 7douze douzaines1 cent quarante-quatre74 ,j'ai voulu savoir quel tait le poids de cette avant-garde1 et j'ai vrifi qu'une douzaine d'hutres 7eau comprise7 pesait quatre onces1 poids marchand3 ce qui donne pour la grosse trois livres4 ,or1 je regarde comme certain que les mmes personnes1 qui n'en dnaient pas moins bien aprs les hutres1 eussent t compltement rassasies si elles avaient mang la mme quantit de viande1 quand mme 'aurait t de la chair de poulet4 ,anecdote4 ,en #agih1 j'tais ,versailles1 en qualit de commissaire du ,directoire1 et j'avais des relations assez frquentes avec le sieur ,laperte1 greffier du tribunal du dpartement2 il tait grand amateur d'hutres et se plaignait de n'en avoir jamais mang satit1 ou1 comme il le disait3 tout son sol4 ,je rsolus de lui procurer cette satisfaction1 et cet effet je l'invitai dner avec moi le lendemain4 ,il vint2 je lui tins compagnie jusqu' la troisime douzaine1 aprs quoi je le laissai aller seul4 ,il alla ainsi jusqu' la trente-deuxime1 c'est--dire pendant plus d'une heure1 car l'ouvreuse n'tait pas bien habile4 ,illustration3 page #jid ,cependant j'tais dans l'inaction1 et comme c'est table qu'elle est vraiment pnible1 j'arrtai mon convive au moment o il tait le plus en train3 ,mon cher1 lui dis-je1 votre destin n'est pas de manger aujourd'hui votre sol d'hutres1 dnons4 ,nous dnmes1 et il se comporta avec la vigueur et la tenue d'un homme qui aurait t jeun4 ,muria4--,garum4 #da4 ,les anciens tiraient du poisson deux assaisonnements de trs haut got1 le muria et le garum4 ,le premier n'tait que la saumure de thon1 ou1 pour parler plus exactement1 la substance liquide que le mlange de sel faisait dcouler de ce poisson4 ,le garum1 qui tait plus cher1 nous est beaucoup moins connu4 ,on croit qu'on le tirait par expression des entrailles marines du scombre ou maquereau2 mais alors rien ne rendrait raison de ce haut prix4 ,il y a lieu de croire que c'tait une sauce trangre1 et peut-tre n'tait-ce autre chose que le soy qui nous vient de l',inde1 et qu'on sait tre le rsultat de poissons ferments avec des champignons4 ,certains peuples1 par leur position1 sont rduits vivre presque uniquement de poisson2 ils en nourrissent pareillement leurs animaux de travail1 que l'habitude finit par soumettre ces aliments insolites2 ils en fument mme leurs terres1 et cependant la mer qui les environne ne cesse pas de leur en fournir toujours la mme quantit4 ,on a remarqu que ces peuples ont moins de courage que ceux qui se nourrissent de chair2 ils sont ples1 ce qui n'est point tonnant1 parce que1 d'aprs les lments dont le poisson est compos1 il doit plus augmenter la lymphe que rparer le sang4 ,on a pareillement observ parmi les nations ichthyophages des exemples nombreux de longvit1 soit parce qu'une nourriture peu substantielle et plus lgre leur sauve les inconvnients de la plthore1 soit que les sucs qu'elle contient1 n'tant destins par la nature qu' former au plus des artes et des cartilages qui n'ont jamais une grande dure1 l'usage habituel qu'en font les hommes retarde chez eux de quelques annes la solidification de toutes les parties du corps1 qui devient enfin la cause ncessaire de la mort naturelle4 ,quoi qu'il en soit1 le poisson1 entre les mains d'un prparateur habile1 peut devenir une source inpuisable de jouissances gustuelles2 on le sert entier1 dpec1 trononn1 l'eau1 l'huile1 au vin1 froid1 chaud1 et toujours il est galement bien reu2 mais il ne mrite jamais un accueil plus distingu que lorsqu'il parait sous la forme d'une matelotte4 ,ce ragot1 quoiqu'impos par la ncessit aux mariniers qui parcourent nos fleuves1 et perfectionn seulement par les cabaretiers du bord de l'eau1 ne leur est pas moins redevable d'une bont que rien ne surpasse2 et les ichthyophiles ne les voient jamais paratre sans exprimer leur ravissement1 soit cause de la franchise de son got1 soit parce qu'il runit plusieurs qualits1 soit enfin parce qu'on peut en manger presque indfiniment sans craindre ni la satit ni l'indigestion4 ,la gastronomie analytique a cherch examiner quels sont1 sur l'conomie animale1 les effets du rgime ichthyaque1 et des observations unanimes ont dmontr qu'il agit fortement sur le gnsique1 et veille chez les deux sexes l'instinct de la production4 ,l'effet une fois connu1 on en trouva d'abord deux causes tellement immdiates qu'elles taient la porte de tout le monde1 savoir3 #a diverses manires de prparer le poisson1 dont les assaisonnements sont videmment irritants1 tel que le caviar1 les harengs saurs1 le thon marin1 la morue1 le stock-fish1 et autres pareils2 #b les sucs divers dont le poisson est imbib1 qui sont minemment inflammables1 et s'oxygnent et se rancissent par la digestion4 ,une analyse plus profonde en a dcouvert une troisime encore plus active1 savoir3 la prsence du phosphore qui se trouve tout form dans les laites1 et qui ne manque pas de se montrer en dcomposition4 ,ces vrits physiques taient sans doute ignores de ces lgislateurs ecclsiastiques qui imposrent la dite quadragsimale diverses communauts de moines1 telles que les ,chartreux1 les ,rcollets1 les ,trappistes et les ,carmes ,dchaux rforms par sainte ,thrse2 car on ne peut pas supposer qu'ils aient eu pour but de rendre encore plus difficile l'observance du but de chastet1 dj si antisocial4 ,sans doute1 dans cet tat de choses1 des victoires clatantes ont t remportes1 des sens bien rebelles ont t soumis2 mais aussi que de chutes6 que de dfaites6 ,il faut qu'elles aient t bien avres1 puisqu'elles finirent par donner un ordre religieux une rputation semblable celle d',hercule chez les filles de ,danas1 ou du marchal de ,saxe auprs de mademoiselle ,lecouvreur4 ,au reste1 ils auraient pu tre clairs par une anecdote dj ancienne1 puisqu'elle nous est venue par les croisades4 ,le sultan ,saladin1 voulant prouver jusqu' quel point pouvait aller la continence des derviches1 en prit deux dans son palais1 et pendant un certain espace de temps les fit nourrir des viandes les plus succulentes4 ,bientt la trace des svrits qu'ils avaient exerces sur eux-mmes s'effaa1 et leur embonpoint commena reparatre4 ,dans cet tat1 on leur donna pour compagnes deux odalisques d'une beaut toute puissante1 mais elles chourent dans leurs attaques les mieux diriges1 et les deux saints sortirent d'une preuve aussi dlicate1 purs comme le diamant de ,visapour4 ,le sultan les garda encore dans son palais1 et pour clbrer leur triomphe1 leur fit faire pendant plusieurs semaines une chre galement soigne1 mais exclusivement en poisson4 peu de jours1 on les soumit de nouveau au pouvoir runi de la jeunesse et de la beaut2 mais cette fois1 la nature fut la plus forte1 et les trop heureux cnobites succombrent444 tonnamment4 ,dans l'tat actuel de nos connaissances1 il est probable que1 si le cours des choses ramenait quelque ordre monacal2 les suprieurs chargs de les diriger adopteraient un rgime plus favorable l'accomplissement de leurs devoirs4 ,rflexion philosophique4 #db4--,le poisson1 pris dans la collection de ses espces1 est pour le philosophe un sujet inpuisable de mditation et d'tonnement4 ,les formes varies de ces tranges animaux1 les sens qui leur manquent1 la restriction de ceux qui leur ont t accords1 leurs diverses manires d'exister1 l'influence qu'a d exercer sur tout cela la diffrence du milieu dans lequel ils sont destins vivre1 respirer et se mouvoir1 tendent la sphre de nos ides et des modifications indfinies qui peuvent rsulter de la matire1 du mouvement et de la vie4 ,quant moi1 j'ai pour eux un sentiment qui ressemble au respect1 et qui nat de persuasion intime o je suis que ce sont des cratures videmment antdiluviennes2 car le grand cataclysme1 qui noya nos grands-oncles vers le dix-huitime sicle de la cration du monde1 ne fut pour les poissons qu'un temps de joie1 de conqute1 de festivit4 ,,vii4--,des ,truffes4 #dc4 ,qui dit truffe prononce un grand mot qui rveille des souvenirs rotiques et gourmands chez le sexe portant jupes1 et des souvenirs gourmands et rotiques chez le sexe portant barbe4 ,cette duplication honorable vient de ce que cet minent tubercule passe non-seulement pour dlicieux au got2 mais encore parce qu'on croit qu'il lve une puissance dont l'exercice est accompagn des plus doux plaisirs4 ,l'origine de la truffe est inconnue3 on la trouve1 mais on ne sait ni comment elle nat ni comment elle vgte4 ,les hommes les plus habiles s'en sont occups3 on a cru en reconnatre les graines1 on a promis qu'on en smerait volont4 ,efforts inutiles6 promesses mensongres6 jamais la plantation n'a t suivie de la rcolte1 et ce n'est peut-tre pas un grand malheur2 car1 comme le prix des truffes tient un peu au caprice1 peut-tre les estimerait-on moins si on les avait en quantit et bon march4 ,rjouissez-vous1 chre amie1 disais-je un jour madame de ,ville-,plaine2 on vient de prsenter la ,socit d'encouragement un mtier au moyen duquel on fera de la dentelle superbe1 et qui ne cotera presque rien4--,eh6 me rpondit cette belle avec un regard de souveraine indiffrence1 si la dentelle tait bon march1 croyez-vous qu'on voudrait porter de semblables guenilles8 ,de la ,vertu rotique des ,truffes4 #dd4 ,les ,romains ont connu la truffe2 mais il ne parat pas que l'espce franaise soit parvenue jusqu' eux4 ,celles dont ils faisaient leurs dlices leur venaient de ,grce1 d',afrique1 et principalement de ,libye2 la substance en tait blanche et rougetre1 et les truffes de ,libye taient les plus recherches1 comme la fois plus dlicates et plus parfumes4 ,libidinis alimenta per omnia qurunt4 ,juvnal4 ,des ,romains jusqu' nous il y a eu un long interrgne1 et la rsurrection des truffes est assez rcente2 car j'ai lu plusieurs anciens dispensaires o il n'en est pas mention3 on peut mme dire que la gnration qui s'coule au moment o j'cris en a t presque tmoin4 ,vers #aghj1 les truffes taient rares ,paris2 on n'en trouvait1 et seulement en petite quantit1 qu' l'htel des ,amricains et l'htel de ,provence1 et une dinde truffe tait un objet de luxe qu'on ne voyait qu' la table des plus grands seigneurs1 ou chez les filles entretenues4 ,nous devons leur multiplication aux marchands de comestibles1 dont le nombre s'est fort accru1 et qui1 voyant que cette marchandise prenait faveur1 en ont fait demander dans tout le royaume1 et qui1 les payant bien et les faisant arriver par les courriers de la malle et par la diligence1 en ont rendu la recherche gnrale2 car1 puisqu'on ne peut pas les planter1 ce n'est qu'en les recherchant avec soin qu'on peut en augmenter la consommation4 ,on peut dire qu'au moment o j'cris 7#ahbe7 la gloire de la truffe est son apoge4 ,on n'ose pas dire qu'on s'est trouv un repas o il n'y aurait pas eu une pice truffe4 ,quelque bonne en soi que puisse tre une entre1 elle se prsente mal si elle n'est pas enrichie de truffes4 ,qui n'a pas senti sa bouche se mouiller en entendant parler de truffes la provenale8 ,un saut de truffes est un plat dont la matresse de la maison se rserve de faire les honneurs2 bref1 la truffe est le diamant de la cuisine4 ,j'ai cherch la raison de cette prfrence2 car il m'a sembl que plusieurs autres substances avaient un droit gal cet honneur2 et je l'ai trouve dans la persuasion assez gnrale o l'on est que la truffe dispose aux plaisirs gnsiques2 et1 qui plus est1 je me suis assur que la plus grande partie de nos perfections1 de nos prdilections et de nos admirations proviennent de la mme cause1 tant est puissant et gnral le servage o nous tient ce sens tyrannique et capricieux6 ,cette dcouverte m'a conduit dsirer de savoir si l'effet est rel et l'opinion fonde en ralit4 ,une pareille recherche est sans doute scabreuse et pourrait prter rire aux malins2 mais honni soit qui mal y pense6 toute vrit est bonne dcouvrir4 ,je me suis d'abord adress aux dames1 parce qu'elles ont le coup d'oeil juste et le tact fin2 mais je me suis bientt aperu que j'aurais d commencer cette disquisition quarante ans plus tt1 et je n'ai reu que des rponses ironiques ou vasives3 une seule y a mis de la bonne foi1 et je vais la laisser parler2 c'est une femme spirituelle sans prtention1 vertueuse sans bgueulerie1 et pour qui l'amour n'est plus qu'un souvenir aimable4 ,monsieur1 me dit-elle1 dans le temps o l'on soupait encore1 je soupai un jour chez moi en trio avec mon mari et un de ses amis4 ,verseuil 7c'tait le nom de cet ami7 tait beau garon1 ne manquait pas d'esprit1 et venait souvent chez moi2 mais il ne m'avait jamais rien dit qui pt le faire regarder comme mon amant2 et s'il me faisait la cour1 c'tait d'une manire si enveloppe qu'il n'y a qu'une sotte qui et pu s'en fcher4 ,il paraissait1 ce jour-l1 destin me tenir compagnie pendant le reste de la soire1 car mon mari avait un rendez-vous d'affaires1 et devait nous quitter bientt4 ,notre souper1 assez lger d'ailleurs1 avait cependant pour base une superbe volaille truffe4 ,le subdlgu de ,prigueux nous l'avait envoye4 ,en ce temps1 c'tait un cadeau2 et d'aprs son origine1 vous pensez bien que c'tait une perfection4 ,les truffes surtout taient dlicieuses1 et vous savez que je les aime beaucoup3 cependant je me contins2 je ne bus aussi qu'un seul verre de ,champagne2 j'avais je ne sais quel pressentiment de femme que la soire ne se passerait pas sans quelqu'vnement4 ,bientt mon mari partit et me laissa seule avec ,verseuil1 qu'il regardait comme tout fait sans consquence4 ,la conversation roula d'abord sur des sujets indiffrents2 mais elle ne tarda pas prendre une tournure plus serre et plus intressante4 ,verseuil fut successivement flatteur1 expansif1 affectueux1 caressant1 et voyant que je ne faisais que plaisanter tant de belles choses1 il devint si pressant que je ne pus plus me tromper sur ses prtentions4 ,alors je me rveillai comme d'un songe1 et me dfendis avec d'autant plus de franchise que mon coeur ne me disait rien pour lui4 ,il persistait avec une action qui pouvait devenir tout--fait offensante2 j'eus beaucoup de peine le ramener2 et j'avoue ma honte que je n'y parvins que parce que j'eus l'art de lui faire croire que toute esprance ne lui serait pas interdite4 ,enfin il me quitta1 j'allai me coucher et dormir tout d'un somme4 ,mais le lendemain fut le jour du jugement3 j'examinai ma conduite de la veille et je la trouvai rprhensible4 ,j'aurais d arrter ,verseuil ds les premires phrases et ne pas me prter une conversation qui ne prsageait rien de bon4 ,ma fiert aurait d se rveiller plus tt1 mes yeux s'armer de svrit2 j'aurais d sonner1 crier1 me fcher1 faire enfin tout ce que je ne fis pas4 ,que vous dirai-je monsieur8 je mis tout cela sur le compte des truffes2 je suis rellement persuade qu'elles m'avaient donn une prdisposition dangereuse2 et si je n'y renonai pas 7ce qui et t trop rigoureux71 du moins je n'en mange jamais sans que le plaisir qu'elles me causent ne soit ml d'un peu de dfiance4 ,illustration3 page #aja ,un aveu1 quelque franc qu'il soit1 ne peut jamais faire doctrine4 ,j'ai donc cherch des renseignements ultrieurs2 j'ai rassembl mes souvenirs1 j'ai consult les hommes qui1 par tat1 sont investis de plus de confiance individuelle2 je les ai runis en comit1 en tribunal1 en snat1 en sanhdrin1 en aropage1 et nous avons rendu la dcision suivante pour tre commente par les littrateurs du vingt-cinquime sicle4 ,la truffe n'est point un aphrodisiaque positif2 mais elle peut1 en certaines occasions1 rendre les femmes plus tendres et les hommes plus aimables4 ,on trouve en ,pimont les truffes blanches1 qui sont trs estims2 elles ont un petit got d'ail qui ne nuit point leur perfection1 parce qu'il ne donne lieu aucun retour dsagrable4 ,les meilleures truffes de ,france viennent du ,prigord et de la ,haute-,provence2 c'est vers le mois de janvier qu'elles ont tout leur parfum4 ,il en vient aussi en ,bugey1 qui sont de trs haute qualit2 mais cette espce a le dfaut de ne pas se conserver4 ,j'ai fait1 pour les offrir aux flneurs des bords de la ,seine1 quatre tentatives dont une seule a russi2 mais pour lors ils jouirent de la bont de la chose et du mrite de la difficult vaincue4 ,les truffes de ,bourgogne et du ,dauphin sont de qualit infrieure2 elles sont dures et manquent d'avoine2 ainsi2 il y a truffes et truffes1 comme il y a fagots et fagots4 ,on se sert le plus souvent1 pour trouver les truffes1 de chiens et de cochons qu'on dresse cet effet2 mais il est des hommes dont le coup d'oeil est si exerc1 qu' l'inspection d'un terrain ils peuvent dire1 avec quelque certitude1 si on y peut trouver des truffes1 et quelle en est la grosseur et la qualit4 ,les ,truffes sont-elles indigestes8 ,il ne nous reste plus qu' l'examiner si la truffe est indigeste4 ,nous rpondrons ngativement4 ,cette dcision officielle et en dernier ressort est fonde3 #a ,sur la nature de l'objet mme examiner 7la truffe est un aliment facile mcher1 lger de poids1 et qui n'a en soi rien de dur ni de coriace72 #b ,sur nos observations pendant plus de cinquante ans qui se sont couls sans que nous ayons vu en indigestion aucun mangeur de truffes2 #c ,sur l'attestation des plus clbres praticiens de ,paris1 cit admirablement gourmande1 et truffivore par excellence2 #d ,enfin1 sur la conduite journalire de ces docteurs de la loi qui1 toutes choses gales1 consomment plus de truffes qu'aucune autre classe de citoyens2 tmoin1 entre autres1 le docteur ,malouet1 qui en absorbait des quantits indigrer un lphant1 et qui n'en a pas moins vcu jusqu' quatre-vingt-six ans4 ,ainsi on peut regarder comme certain que la truffe est un aliment aussi sain qu'agrable1 et qui1 pris avec modration1 passe comme une lettre la poste4 ,ce n'est pas qu'on ne puisse tre indispos la suite d'un grand repas o1 entre autres choses1 on aurait mang des truffes2 mais ces accidents n'arrivent qu' ceux qui s'tant dj1 au premier service1 bourrs comme des canons1 se crvent encore au second1 pour ne pas laisser passer intactes les bonnes choses qui leur sont offertes4 ,alors ce n'est point la fautes des truffes2 et on peut assurer qu'ils seraient encore plus malades si1 au lieu de truffes1 ils avaient1 en pareilles circonstances1 aval la mme quantit de pommes de terre4 ,finissons par un fait qui montre combien il est facile de se tromper quand on n'observe pas avec soin4 ,j'avais un jour invit dner ,m4 ,simonard1 vieillard fort aimable1 et gourmand au plus haut de l'chelle4 ,soit parce que je connaissais ses gots1 soit pour prouver tous mes convives que j'avais leur jouissance coeur1 je n'avais pas pargn les truffes1 et elles se prsentaient sous l'gide d'un dindon vierge avantageusement farci4 ,m4 ,s444 en mangea avec nergie2 et comme je savais que jusque-l il n'en tait pas mort1 je le laissai faire1 en l'exhortant ne pas se presser1 parce que personne ne voulait attenter la proprit qui lui tait acquise4 ,tout se passa trs bien1 et on se spara assez tard2 mais1 arriv chez lui1 ,m4 ,simonard fut saisi de violentes coliques d'estomac1 avec des envies de vomir1 une toux convulsive et un malaise gnral4 ,cet tat dura quelque temps et donnait de l'inquitude2 on criait dj l'indigestion de truffes1 quand la nature vint au secours du patient1 ,m4 ,simonard ouvrit sa large bouche1 et ructa violemment un seul fragment de truffes qui alla frapper la tapisserie1 et rebondit avec force1 non sans danger pour ceux qui lui donnaient des soins4 ,au mme instant tous les symptmes fcheux cessrent1 la tranquillit reparut1 la digestion reprit son cours1 le malade s'endormit1 et se rveilla le lendemain dispos et tout--fait sans rancune4 ,la cause du mal fut bientt connue4 ,m4 ,simonard mange depuis longtemps2 ses dents n'ont pas pu soutenir le travail qu'il leur a impos2 plusieurs de ces prcieux osselets ont migr1 et les autres ne conservent pas la concidence dsirable4 ,dans cet tat de choses1 une truffe avait chapp la mastication1 et s'tait1 presque entire1 prcipite dans l'abme2 l'action de la digestion l'avait porte vers le pylore1 o elle s'tait momentanment engage3 c'est cet engagement mcanique qui avait caus le mal1 comme l'expulsion en fut le remde4 ,ainsi il n'y eut jamais indigestion1 mais seulement supposition d'un corps tranger4 ,c'est ce qui fut dcid par le comit consultatif qui vit la pice de conviction1 et qui voulut bien m'agrer pour rapporteur4 ,m4 ,simonard n'en est pas1 pour cela1 rest moins fidlement attach la truffe2 il l'aborde toujours avec la mme audace2 mais il a soin de la mcher avec plus de prcision1 de l'avaler avec plus de prudence2 et il remercie ,dieu1 dans la joie de son coeur1 de ce que cette prcaution sanitaire lui procure une prolongation de jouissances4 ,,viii4--,du ,sucre4 #de4 ,au terme o la science est parvenue aujourd'hui1 on entend par sucre une substance douce au got1 cristallisable1 et qui1 par la fermentation1 se rsout en acide carbonique et en alcool4 ,autrefois on entendait par sucre le sucre paissi et cristallis de la canne 7arundo saccharifera74 ,ce roseau est originaire des ,indes2 cependant il est certain que les ,romains ne connaissaient pas le sucre comme chose usuelle ni comme cristallisation4 ,quelques pages des livres anciens peuvent bien faire croire qu'on avait remarqu1 dans certains roseaux1 une partie extractive et douce1 ,lucain a dit3 ,quique bibunt tenera dulces ab arundine succos4 ,mais d'une eau dulcore par le sucre et la canne1 au sucre tel que nous l'avons1 il y a loin2 et chez les ,romains l'art n'tait point encore assez avanc pour y parvenir4 ,c'est dans les colonies du ,nouveau-,monde que le sucre a vritablement pris naissance2 la canne y a t importe il y a environ deux sicles2 elle y prospre4 ,on a cherch utiliser le doux jus qui en dcoule1 de ttonnements en ttonnements on est parvenu en extraire successivement du vesou1 du sirop1 du sucre terr1 de la mlasse1 et du sucre raffin diffrents degrs4 ,la culture de la canne sucre est devenue un objet de la plus haute importance2 car elle est une source de richesse1 soit pour ceux qui la font cultiver1 soit pour ceux qui commercent de son produit1 soit pour ceux qui l'laborent1 soit enfin pour les gouvernements qui le soumettent aux impositions4 ,du ,sucre indigne4 ,on a cru pendant longtemps qu'il ne fallait pas moins que la chaleur des tropiques pour faire laborer le sucre2 mais vers #agdj1 ,margraff le dcouvrit dans quelques plantes des zones tempres1 et entre autres dans la betterave2 et cette vrit fut pousse jusqu' la dmonstration1 par les travaux que fit ,berlin le professeur ,achard4 ,au commencement du dix-neuvime sicle1 les circonstances ayant rendu le sucre rare1 et par consquent cher en ,france1 le gouvernement en fit l'objet de la recherche des savants4 ,cet appel eut un plein succs3 on s'assura que le sucre tait assez abondamment rpandu dans le rgne vgtal2 on le dcouvrit dans le raisin1 dans la chtaigne1 dans la pomme de terre1 et surtout dans la betterave4 ,cette dernire plante devint l'objet d'une grande culture et d'une foule de tentatives qui prouvrent que l'ancien monde pouvait1 sous ce rapport1 se passer du nouveau4 ,la ,france se couvrit de manufactures qui travaillrent avec divers succs1 et la saccharication s'y naturalisa3 art nouveau1 et que les circonstances peuvent quelque jour rappeler4 ,parmi ces manufactures1 on distingua surtout celle qu'tablit ,passy1 prs ,paris1 ,m4 ,benjamin ,delessert1 citoyen respectable dont le nom est toujours uni ce qui est bon et utile4 ,par une suite d'oprations bien entendues1 il parvint dbarrasser la pratique de ce qu'elle avait de douteux1 ne fit point mystre de ses dcouvertes1 mme ceux qui auraient t tents de devenir ses rivaux1 reut la visite du chef du gouvernement1 et demeura charg de fournir la consommation du palais des ,tuileries4 ,des circonstances nouvelles1 la restauration et la paix1 ayant ramen le sucre des colonies des prix assez bas1 les manufactures de sucre de betterave ont perdu une grande partie de leurs avantages4 ,cependant il en est encore plusieurs qui prosprent2 et ,m4 ,benjamin ,delessert en fait chaque anne quelques milliers1 sur lesquels il ne perd point1 et qui lui fournissent l'occasion de conserver des mthodes auxquelles il peut devenir utile d'avoir recours#af4 ,note #af3 ,on peut ajouter qu' sa sance gnrale1 la ,socit d'encouragement pour l'industrie nationale a dcern une mdaille d'or ,m4 ,crespel1 manufacturier d',arras1 qui fabrique chaque anne plus de cent cinquante milliers de sucre de betterave1 dont il fait un commerce avantageux1 mme lorsque le sucre de canne descend #b francs #bj centimes le kilogramme3 ce qui provient de ce qu'on est parvenu tirer parti des marcs1 qu'on distille pour en extraire les esprits1 et qu'on emploie ensuite la nourriture des bestiaux4 ,lorsque le sucre de betterave fut dans le commerce1 les gens de parti1 les roturiers et les ignorants trouvrent qu'il avait mauvais got1 qu'il sucrait mal2 quelques-uns mme prtendirent qu'il tait malsain4 ,des expriences exactes et multiplies ont prouv le contraire2 et ,m4 le comte ,chaptal en a insr le rsultat dans son excellent livre3 ,la chimie applique l'agriculture1 tome ,,ii1 pag4 #ac1 #are dition4 ,les sucres qui proviennent de ces diverses plantes1 dit ce clbre chimiste1 sont rigoureusement de mme nature et ne diffrent en aucune manire1 lorsqu'on les a ports par le raffinage au mme degr de puret4 ,le got1 la cristallisation1 la couleur1 la pesanteur1 sont absolument identiques1 et l'on peut dfier l'homme le plus habitu juger ces produits ou les consommer de les distinguer l'un de l'autre4 ,on aura un exemple frappant de la force des prjugs et de la peine que la vrit trouve s'tablir1 quand on saura que1 sur cent sujets de la ,grande-,bretagne pris indistinctement1 il n'y en a pas dix qui croient qu'on puisse faire du sucre avec de la betterave4 ,divers usages du sucre4 ,le sucre est entr dans le monde par l'officine des apothicaires4 ,il devait y jouer un grand rle2 car1 pour dsigner quelqu'un qui il aurait manqu quelque chose essentielle1 on disait3 ,c'est comme un apothicaire sans sucre4 ,il suffisait qu'il vnt de l pour qu'on le ret avec dfaveur3 les uns disaient qu'il tait chauffant2 d'autres1 qu'il attaquait la poitrine2 quelques-uns1 qu'il disposait l'apoplexie2 mais la calomnie fut oblige de s'enfuir devant la vrit1 et il y a plus de quatre-vingts ans que fut profr ce mmorable apophthegme3 ,le sucre ne fait mal qu' la bourse4 ,sous une gide aussi impntrable1 l'usage du sucre est devenu chaque jour plus frquent1 plus gnral1 et il n'est pas de substance alimentaire qui ait subi plus d'amalgames et de transformations4 ,bien des personnes aiment manger le sucre pur1 et1 dans quelques cas1 la plupart dsesprs1 la ,facult l'ordonne sous cette forme1 comme un remde qui ne peut nuire1 et qui n'a du moins rien de repoussant4 ,ml l'eau1 il donne l'eau sucre1 boisson rafrachissante1 saine1 agrable1 et quelquefois salutaire comme remde4 ,ml l'eau en plus forte dose1 et concentr par le feu1 il donne les sirops1 qui se chargent de tous les parfums1 et prsentent toute heure un rafrachissement qui plat tout le monde par sa varit4 ,illustration ,ml l'eau1 dont l'art vient ensuite soustraire le calorique1 il donne les glaces1 qui sont d'origine italienne1 et dont l'importation parat due ,catherine de ,mdicis4 ,ml au vin1 il donne un cordial1 un restaurant tellement reconnu1 que1 dans quelques pays1 on en mouille des rties qu'on porte aux nouveaux maris la premire nuit de leurs noces1 de la mme manire qu'en pareille occasion on leur porte en ,perse des pieds de de mouton au vinaigre4 ,ml la farine et aux oeufs1 il donne les biscuits1 les macarons1 les croquignoles1 les babas1 et cette multitude de ptisseries lgres1 qui constituent l'art assez rcent du ptissier petit-fournier4 ,ml avec du lait1 il donne les crmes1 les blancs-mangers1 et autres prparations d'office qui terminent si agrablement un second service1 en substituant au got substantiel des viandes un parfum plus fin et plus thr4 ,ml au caf1 il en fait ressortir l'arme4 ,ml au caf au lait1 il donne un aliment lger1 agrable1 facile se procurer1 et qui convient parfaitement ceux pour qui le travail de cabinet suit immdiatement le djeuner4 ,le caf au lait plat aussi souverainement aux dames2 mais l'oeil clairvoyant de la science a dcouvert que son usage trop frquent pouvait leur nuire dans ce qu'elles ont de plus cher4 ,ml aux fruits et aux fleurs1 il donne les confitures1 les marmelades1 les conserves1 les ptes et les candis1 mthode conservatrice qui nous fait jouir du parfum de ces fruits et de ces fleurs longtemps aprs l'poque que la nature avait fixe pour leur dure4 ,peut-tre1 envisag sous ce dernier rapport1 le sucre pourrait-il tre employ avec avantage dans l'art de l'embaumement1 encore peu avanc parmi nous4 ,enfin le sucre1 ml l'alcool1 donne des liqueurs spiritueuses1 inventes1 comme on sait1 pour rchauffer la vieillesse de ,louis ,,xiv1 et qui1 saisissant le palais par leur nergie1 et l'odorat par les gaz parfums qui y sont joints1 forment en ce moment le nec plus ultra des jouissances du got4 ,l'usage du sucre ne se borne pas l4 ,on peut dire qu'il est le condiment universel1 et qu'il ne gte rien4 ,quelques personnes en usent avec les viandes1 quelquefois avec les lgumes1 et souvent avec les fruits la main4 ,il est de rigueur dans les boissons composes le plus la mode1 telles que le punch1 le ngus1 le sillabub1 et autres d'origine exotique2 et ses applications varient l'infini1 parce qu'elles se modifient au gr des peuples et des individus4 ,telle est cette substance que les ,franais du temps de ,louis ,,xiii connaissaient peine de nom1 et qui1 pour ceux du ,x,i,xe sicle1 est devenue une denre de premire ncessit2 car il n'est pas de femme1 surtout dans l'aisance1 qui ne dpense plus d'argent pour son sucre que pour son pain4 ,m4 ,delacroix1 littrateur aussi aimable que fcond1 se plaignait ,versailles du prix du sucre1 qui1 cette poque1 dpassait #e francs la livre4 ,ah6 disait-il d'une voix douce et tendre1 si jamais le sucre revient trente sous1 je ne boirai jamais d'eau qu'elle ne soit sucre4 ,ses voeux ont t exaucs2 il vit encore1 et j'espre qu'il se sera tenu parole4 ,,ix4--,origine du ,caf4 #df4--,le premier cafier a t trouv en ,arabie1 et malgr les diverses transplantations que cet arbuste a subies1 c'est encore de l que nous vient le meilleur caf4 ,illustration ,une ancienne tradition porte que le caf fut dcouvert par un berger1 qui s'aperut que son troupeau tait dans une agitation et une hilarit particulires1 toutes les fois qu'il avait brout les baies du cafier4 ,quoi qu'il en soit de cette vieille histoire1 l'honneur de la dcouverte n'appartiendrait qu' moiti au chevrier observateur2 le surplus appartient incontestablement celui qui1 le premier1 s'est avis de torrfier cette fve4 ,effectivement la dcoction du caf cru est une boisson insignifiante2 mais la carbonisation y dveloppe un arme1 et y forme une huile qui caractrisent le caf tel que nous le prenons1 et qui resteraient ternellement inconnus sans l'intervention de la chaleur4 ,les ,turcs1 qui sont nos matres en cette partie1 n'emploient point de moulin pour triturer le caf2 ils le pilent dans des mortiers et avec des pilons de bois2 et quand ces instruments ont t longtemps employs cet usage1 ils deviennent prcieux et se vendent de grands prix4 ,il m'appartenait1 plusieurs titres1 de vrifier si1 en rsultat1 il y avait quelque indiffrence1 et laquelle des deux mthodes tait prfrable4 ,en consquence1 j'ai torrfi avec soin une livre de bon moka2 je l'ai spare en deux portions gales1 dont l'une a t moulue1 et l'autre pile la manire des ,turcs4 ,j'ai fait du caf avec l'une et l'autre des poudres2 j'en ai pris de chacune pareil poids1 et j'y ai vers pareil poids d'eau bouillante1 agissant en tout avec une galit parfaite4 ,j'ai got ce caf1 et l'ai fait dguster par les plus gros bonnets4 ,l'opinion unanime t que celui qui rsultait de la poudre pile tait videmment suprieur celui provenu de la poudre moulue4 ,chacun pourra rpter l'exprience4 ,en attendant1 je puis donner un exemple assez singulier de l'influence que peut avoir telle ou telle manire de manipuler4 ,monsieur1 disait un jour ,napolon au snateur ,laplace1 comment se fait-il qu'un verre d'eau dans lequel je fais fondre un morceau de sucre me paraisse beaucoup meilleur que celui dans lequel je mets pareille quantit de sucre pil8--,sire1 rpondit le savant1 il existe trois substances dont les principes sont exactement les mmes1 savoir3 le sucre1 la gomme et l'amidon2 elles ne diffrent que par certaines conditions1 dont la nature s'est rserv le secret2 et je crois qu'il est possible que1 dans la collision qui s'exerce par le pilon1 quelques portions sucres passent l'tat de gomme ou d'amidon1 et causent la diffrence qui a lieu en ce cas4 ,ce fait a eu quelque publicit1 et des observations ultrieures ont confirm la premire4 ,diverses manires de faire le caf4 ,il y a quelques annes que toutes les ides se portrent simultanment sur la meilleure manire de faire le caf2 ce qui provenait1 sans presque qu'on s'en doutt1 de ce que le chef du gouvernement en prenait beaucoup4 ,on proposait de le faire sans le brler1 sans le mettre en poudre1 de l'infuser froid1 de le faire bouillir pendant trois quarts d'heure1 de le soumettre l'autoclave1 etc4 ,j'ai essay dans le temps toutes ces mthodes et celles qu'on a proposes jusqu' ce jour1 et je me suis fix1 en connaissance de cause1 celles qu'on appelle la ,dubelloy1 qui consiste verser de l'eau bouillante sur le caf mis dans un vase de porcelaine ou d'argent1 perc de trs petit trous4 ,on prend cette premire dcoction1 on la chauffe jusqu' l'bullition1 on la repasse de nouveau1 et on a un caf aussi clair et aussi bon que possible4 ,j'ai essay entre autres de faire du caf dans une bouilloire haute pression2 mais j'ai eu pour rsultat un caf charg d'extractif et d'amertume1 bon tout au plus gratter le gosier d'un ,cosaque4 ,effets du caf4 ,les docteurs ont mis diverses opinions sur les proprits sanitaires du caf1 et n'ont pas toujours t d'accord entre eux2 nous passerons ct de cette mle1 pour ne nous occuper que de la plus importante1 savoir1 de son influence sur les organes de la pense4 ,il est hors de doute que le caf porte une grande excitation dans les puissances crbrales3 aussi tout homme qui en boit pour la premire fois est sr d'tre priv d'une partie de son sommeil4 ,quelquefois cet effet est adouci ou modifi par l'habitude2 mais il est beaucoup d'individus sur lesquels cette excitation toujours lieu1 et qui1 par consquent1 sont obligs de renoncer l'usage du caf4 ,j'ai dit que cet effet tait modifi par l'habitude1 ce qui ne l'empche pas d'avoir lieu d'une autre manire2 car j'ai observ que les personnes que le caf n'empche pas de dormir pendant la nuit en ont besoin pour se tenir veilles pendant le jour1 et ne manquent pas de s'endormir pendant la soire quand elles n'en ont pas pris aprs leur dner4 ,il en est encore beaucoup d'autres qui sont soporeuses toute la journe quand elles n'ont pas pris leur tasse de caf ds le matin4 ,voltaire et ,buffon prenaient beaucoup de caf2 peut-tre devaient-ils cet usage1 le premier1 la clart admirable qu'on observe dans ses oeuvres2 le second1 l'harmonie enthousiastique qu'on trouve dans son style4 ,il est vident que plusieurs pages des ,traits sur l'homme1 sur le chien1 le tigre1 le lion et le cheval1 ont t crites dans un tat d'exaltation crbrale extraordinaire4 ,l'insomnie cause par le caf n'est pas pnible2 on a des perceptions trs claires1 et nulle envie de dormir3 voil tout4 ,on n'est pas agit et malheureux comme quand l'insomnie provient de toute autre cause3 ce qui n'empche pas que cette excitation intempestive ne puisse la longue devenir trs nuisible4 ,autrefois1 il n'y avait que les personnes au moins d'un ge mr qui prissent du caf2 maintenant tout le monde en prend1 et peut-tre est-ce le coup de fouet que l'esprit en reoit qui fait marcher la foule immense qui assige toutes les avenues de l',olympe et du ,temple de ,mmoire4 ,le cordonnier1 auteur de la tragdie de la ,reine de ,palmyre1 que tout ,paris a entendu lire il y a quelques annes1 prenait beaucoup de caf3 aussi s'est-il lev plus haut que le menuisier de ,nevers1 qui n'tait qu'ivrogne4 ,illustration ,le caf est une liqueur beaucoup plus nergique qu'on ne croit communment4 ,un homme bien constitu peut vivre longtemps en buvant deux bouteilles de vin chaque jour4 ,le mme homme ne soutiendrait pas aussi longtemps une pareille quantit de caf2 il deviendrait imbcile1 ou mourrait de consomption4 ,j'ai vu1 ,londres sur la place de ,leicester1 un homme que l'usage immodr du caf avait rduit en boule 7cripple72 il avait cess de souffrir1 s'tait accoutum cet tat1 et s'tait rduit cinq ou six tasses par jour4 ,c'est une obligation pour tous les papas et mamans du monde d'interdire svrement le caf leurs enfants1 s'ils ne veulent pas avoir de petites machines sches1 rabougries et vieilles vingt ans4 ,cet avis est surtout fort propos pour les ,parisiens1 dont les enfants n'ont pas toujours autant d'lments de force et de sant que s'ils taient ns dans certains dpartements1 dans celui de l',ain1 par exemple4 ,je suis de ceux qui ont t obligs de renoncer au caf2 et je finis cet article en racontant comme quoi j'ai t un jour rigoureusement soumis son pouvoir4 ,le duc de ,massa1 pour lors ministre de la justice1 m'avait demand un travail que je voulais soigner1 et pour lequel il m'avait donn peu de temps2 car il le voulait du jour au lendemain4 ,je me rsignai donc passer la nuit2 et pour me prmunir contre l'envie de dormir1 je fortifiai mon dner de deux grandes tasses de caf1 galement fort et parfum4 ,je revins chez moi sept heures pour y recevoir les papiers qui m'avaient t annoncs2 mais je n'y trouvai qu'une lettre qui m'apprenait que1 par suite de je ne sais qu'elle formalit de bureau1 je ne les recevrais que le lendemain4 ,ainsi dsappoint1 dans toute la force du terme1 je retournai dans la maison o j'avais dn1 et j'y fis une partie de piquet sans prouver aucune de ces distractions auxquelles je suis ordinairement sujet4 ,j'en fis honneur au caf2 mais1 tout en recueillant cet avantage1 je n'tais pas sans inquitude sur la manire dont je passerais la nuit4 ,cependant je me couchai l'heure ordinaire1 pensant que1 si je n'avais pas un sommeil bien tranquille1 du moins je dormirais quatre cinq heures1 ce qui me conduirait tout doucement au lendemain4 ,je me trompai3 j'avais dj pass deux heures au lit1 que je n'en tais que plus rveill2 j'tais dans un tat d'agitation mentale trs vive1 et je me figurais mon cerveau comme un moulin dont les rouages sont en mouvement sans avoir quelque chose moudre4 ,je sentis qu'il fallait user cette disposition1 sans quoi le besoin de repos ne viendrait point2 et je m'occupai mettre en vers un petit conte que j'avais lu depuis peu dans un livre anglais4 ,j'en vins assez facilement bout2 et comme je n'en dormais ni plus ni moins1 j'en entrepris un second1 mais ce fut inutilement4 ,une douzaine de vers avaient puis ma verve potique1 et il fallut y renoncer4 ,je passai donc la nuit sans dormir1 et sans mme tre assoupi un seul instant2 je me levai et passai la journe dans le mme tat1 sans que ni les repas1 ni les occupations y apportassent aucun changement4 ,enfin1 quand je me couchai mon heure accoutume1 je calculai qu'il y avait quarante heures que je n'avais pas ferm les yeux4 ,x4--,du ,chocolat4--,son origine4 #dg4 ,ceux qui1 les premiers1 abordrent en ,amrique1 y furent pousss par la soif de l'or4 cette poque1 on ne connaissait presque de valeurs que celles qui sortaient des mines3 l'agriculture1 le commerce1 taient dans l'enfance1 et l'conomie politique n'tait pas encore ne4 ,les ,espagnols trouvrent donc des mtaux prcieux1 dcouverte peu prs strile1 puisqu'ils se dprcient en se multipliant1 et que nous avons bien des moyens plus actifs pour augmenter la masse des richesses4 ,mais ces contres1 o un soleil de toutes les chaleurs fait fermenter des champs d'une extrme fcondit1 se sont trouves propres la culture du sucre et du caf2 on y a1 en outre1 dcouvert la pomme de terre1 l'indigo1 la vanille1 le quina1 le cacao1 etc42 et ce sont l de vritables trsors4 ,si ces dcouvertes ont eu lieu1 malgr les barrires qu'opposait la curiosit une nation jalouse1 on peut raisonnablement esprer qu'elles seront dcuples dans les annes qui vont suivre1 et que les recherches que feront les savants de la vieille ,europe dans tant de pays inexplors enrichiront les trois rgnes d'une multitude de substances qui nous donneront des sensations nouvelles1 comme a fait la vanille1 ou augmenteront nos ressources alimentaires1 comme le cacao4 ,on est convenu d'appeler chocolat le mlange qui rsulte de l'amande du cacao grille avec le sucre et la cannelle3 telle est la dfinition classique du chocolat4 ,le sucre en fait partie intgrante2 car avec du cacao tout seul1 on ne fait que de la pte de cacao et non du chocolat4 ,quant au sucre1 la cannelle et au cacao1 on joint l'arme dlicieux de la vanille1 on atteint le nec plus ultra de la perfection laquelle cette prparation peut tre porte4 ,c'est ce petit nombre de substances que le got et l'exprience ont rduit les nombreux ingrdients qu'on avait tent d'associer au cacao1 tels que le poivre1 le piment1 l'anis1 le gingembre1 l'aciole et autres1 dont on a successivement fait l'essai4 ,le cacaoyer est indigne de l',amrique mridionale2 on le trouve galement dans les les et sur le continent3 mais on convient maintenant que les arbres qui donnent le meilleur fruit sont ceux qui croissent sur les bords du ,maracabo1 dans les valles de ,caracas et dans la riche province de ,sokomusco4 ,l'amande y est plus grosse1 le sucre moins acerbe et l'arme plus exalt4 ,depuis que ces pays sont devenus plus accessibles1 la comparaison a pu se faire tous les jours1 et les palais exercs ne s'y trompent plus4 ,les dames espagnoles du nouveau monde aiment le chocolat jusqu' la fureur1 au point que1 non contentes d'en prendre plusieurs fois par jour1 elles s'en font quelquefois apporter l'glise4 ,cette sensualit leur a souvent attir la censure des vques2 mais ils ont fini par fermer les yeux2 et le rvrend pre ,escobar1 dont la mtaphysique fut aussi subtile que sa morale tait accommodante1 dclara formellement que le chocolat l'eau ne rompait pas le jene1 tirant ainsi1 en faveur de ses pnitentes1 l'ancien adage3 ,liquidum non frangit jejunium4 ,le chocolat fut apport en ,espagne vers le dix-septime sicle1 et l'usage en devint promptement populaire1 par le got trs prononc que marqurent1 pour cette boisson aromatique1 les femmes et surtout les moines4 ,les moeurs n'ont point chang cet gard2 et encore aujourd'hui1 dans toute la ,pninsule1 on prsente du chocolat dans toutes les occasions o il est de la politesse d'offrir quelques rafrachissements4 ,le chocolat passa les monts avec ,anne d',autriche1 fille de ,philippe ,,ii et pouse de ,louis ,,xiii4 ,les moines espagnols le firent aussi connatre par les cadeaux qu'ils en firent leurs confrres de ,france4 ,les divers ambassadeurs d',espagne contriburent aussi le mettre en vogue2 et au commencement de la ,rgence1 il tait plus universellement en usage que le caf1 parce qu'alors on le prenait comme un aliment agrable1 tandis que le caf ne passait encore que comme une boisson de luxe et de curiosit4 ,on sait que ,linne appelle le cacao cacao theobroma 7boisson des dieux74 ,on a cherch une cause cette qualification emphatique3 les uns l'attribuent ce que ce savant aimait passionnment le chocolat2 les autres1 l'envie qu'il avait de plaire son confesseur2 d'autres enfin sa galanterie1 en ce que c'est une reine qui en avait la premire introduit l'usage4 7,incertum74 ,proprits du ,chocolat4 ,le chocolat a donn lieu de profondes dissertations dont le but tait d'en dterminer la nature et les proprits1 et de le placer dans la catgorie des aliments chauds1 froids ou temprs2 et il faut avouer que ces doctes crits ont peu servi la manifestation de la vrit4 ,mais avec le temps et l'exprience1 ces deux grands matres1 il est rest pour dmontr que le chocolat1 prpar avec soin1 est un aliment aussi salutaire qu'agrable2 qu'il est nourrissant1 de facile digestion2 qu'il n'a pas pour la beaut les inconvnients qu'on reproche au caf1 dont il est au contraire le remde1 qu'il est trs convenable aux personnes qui se livrent une grande contention d'esprit1 aux travaux de la chaire ou du barreau1 et surtout aux voyageurs2 qu'enfin il convient aux estomacs les plus faibles2 qu'on en a eu de bons effets dans les maladies chroniques1 et qu'il devient la dernire ressource dans les affections du pylore4 ,ces diverses proprits1 le chocolat les doit ce que1 n'tant vrai dire qu'un eleosaccharum1 il est peu de substances qui contiennent1 volume gal1 plus de particules alimentaires3 ce qui fait qu'il s'animalise presque en entier4 ,pendant la guerre le cacao tait rare1 et surtout trs cher3 on s'occupa de le remplacer2 mais tous les efforts furent vains1 et un des bienfaits de la paix a t de nous dbarrasser de ces divers brouets1 qu'il fallait bien goter par complaisance1 et qui n'taient pas plus du chocolat que l'infusion de chicore n'est du caf moka4 ,quelques personnes se plaignent de ne pouvoir digrer le chocolat2 d'autres1 au contraire1 prtendent qu'il ne les nourrit pas assez et qu'il passe trop vite4 ,il est trs probable que les premiers ne doivent s'en prendre qu' eux-mmes1 et que le chocolat dont ils usent est de mauvaise qualit ou mal fabriqu2 car le chocolat bon et bien fait doit passer dans tout estomac o il reste un peu de pouvoir digestif4 ,quant aux autres1 le remde est facile3 il faut qu'ils renforcent leur djeuner par le petit pt1 la ctelette ou le rognon la brochette2 qu'ils versent sur le tout un bon bowl de sokomusco1 et qu'ils remercient ,dieu de leur avoir donn un estomac d'une activit suprieure4 ,ceci me donne occasion de consigner ici une observation sur l'exactitude de laquelle on peut compter4 ,quand on a bien et copieusement djeun1 si on avale sur le tout une ample tasse de bon chocolat1 on aura parfaitement digr trois heures aprs1 et l'on dnera quand mme444 ,par zle pour la science et force d'loquence1 j'ai fait tenter cette exprience bien des dames1 qui assuraient qu'elles en mourraient2 elles s'en sont toujours trouves merveille1 et n'ont pas manqu de glorifier le professeur4 ,les personnes qui font usage de chocolat sont celles qui jouissent d'une sant plus constamment gale1 et qui sont le moins sujettes une foule de petits maux qui nuisent au bonheur de la vie2 leur embonpoint est aussi plus stationnaire3 ce sont deux avantages que chacun peut vrifier dans sa socit1 et parmi ceux dont le rgime est connu4 ,c'est ici le vrai lieu de parler des proprits du chocolat l'ambre1 proprits que j'ai vrifies par un grand nombre d'expriences1 et dont je suis fier d'offrir le rsultat mes lecteurs#ag4 ,note #ag3 ,voyez aux ,varits4 ,or donc1 que tout homme qui aura bu quelques traits de trop la coupe de la volupt2 que tout homme qui aura pass travailler une partie notable du temps qu'on doit passer dormir2 que tout homme d'esprit qui se sentira temporairement devenu bte2 que tout homme qui trouvera l'air humide1 le temps long et l'atmosphre difficile porter2 que tout homme qui sera tourment d'une ide fixe qui lui tera la libert de penser3 que tous ceux-l1 disons-nous1 s'administrent un bon demi-litre de chocolat ambr1 raison de soixante soixante-douze grains d'ambre par demi-kilogramme1 et ils verront merveilles4 ,dans ma manire particulire de spcifier les choses1 je nomme le chocolat l'ambre chocolat des affligs1 parce que1 dans chacun des divers tats que j'ai dsigns1 on prouve je ne sais quel sentiment qui leur est commun1 et qui ressemble l'affliction4 ,difficults pour faire de bon chocolat4 ,on fait en ,espagne de fort bon chocolat2 mais on s'est dgot d'en faire venir parce que tous les prparateurs ne sont pas galement habiles1 et que1 quand on l'a reu mauvais1 on est bien forc de le consommer comme il est4 ,les chocolats d',italie conviennent peu aux ,franais1 en gnral1 le cacao en est trop rti2 ce qui rend le chocolat amer et peu nourrissant1 parce qu'une partie de l'amande a pass l'tat de charbon4 ,le chocolat tant devenu tout fait usuel en ,france1 tout le monde s'est avis d'en faire2 mais peu sont arrivs la perfection1 parce que cette fabrication est bien loin d'tre sans difficult4 ,d'abord il faut connatre le bon cacao et vouloir en faire usage dans toute sa puret1 car il n'est pas de caisse de premier choix qui n'ait ses infriorits1 et un intrt mal entendu laisse souvent passer des amandes avaries1 que le dsir de bien faire devrait faire rejeter4 ,le rtissage du cacao est encore une opration dlicate2 elle exige un certain tact presque voisin de l'inspiration4 ,il est des ouvriers qui le tiennent de la nature et qui ne se trompent jamais4 ,il faut encore un talent particulier pour bien rgler la quantit de sucre qui doit entrer dans la composition2 elle ne doit point tre invariable et routinire1 mais se dterminer en raison compose du degr d'arme de l'amande et de celui de torrfaction auquel on s'est arrt4 ,la trituration et le mlange ne demandent pas moins de soins1 en ce que c'est de la perfection absolue que dpend en partie le plus ou moins de digestibilit du chocolat4 ,d'autres considrations doivent prsider au choix et la dose des aromates1 qui ne doit pas tre la mme pour les chocolats destins tre pris comme aliments1 et pour ceux qui sont destins tre mangs comme friandise4 ,elle doit varier aussi suivant que la masse doit ou ne doit pas recevoir de la vanille2 de sorte que1 pour faire du chocolat exquis1 il faut rsoudre une quantit d'quations trs subtiles1 dont nous profitons sans nous douter qu'elles ont eu lieu4 ,depuis quelque temps on a employ les machines pour la fabrication du chocolat2 nous ne pensons pas que cette mthode ajoute rien sa perfection1 mais elle diminue de beaucoup la main d'oeuvre1 et ceux qui ont adopt cette mthode pourraient donner la marchandise meilleur march4 ,cependant ils vendent ordinairement plus cher3 ce qui nous apprend trop que le vritable esprit commercial n'est point encore naturalis en ,france2 car1 en bonne justice1 la facilit procure par les machines doit profiter au marchand et au consommateur4 ,amateur de chocolat1 nous avons peu prs parcouru l'chelle des prparateurs1 et nous nous sommes fixs ,m4 ,debauve1 rue des ,saints-,pres1 n #bf1 chocolatier du roi1 en nous rjouissant de ce que le rayon solaire est tomb sur le plus digne4 ,il n'y a pas s'en tonner3 ,m4 ,debauve1 pharmacien trs distingu1 apporte dans la fabrication du chocolat des lumires qu'il avait acquises pour en faire usage dans une sphre plus tendue4 ,ceux qui n'ont pas manipul ne se doutent pas des difficults qu'on prouve pour parvenir la perfection1 en quelque matire que ce soit1 ni ce qu'il faut d'attention1 de tact et d'exprience pour nous prsenter un chocolat qui soit sucr sans tre fade2 ferme sans tre acerbe1 aromatique sans tre malsain1 et li sans tre fculent4 ,tels sont les chocolats de ,m4 ,debauve3 ils doivent leur suprmatie un bon choix de matriaux1 une volont ferme que rien d'infrieur ne sorte de sa manufacture1 et au coup d'oeil du matre qui embrasse tous les dtails de la fabrication4 ,en suivant les lumires d'une saine doctrine1 ,m4 ,debauve cherche en outre offrir ses nombreux clients des mdicaments agrables contre quelques tendances maladives4 ,ainsi aux personnes qui manquent d'embonpoint il offre le chocolat analeptique au salep2 celles qui ont les nerfs dlicats1 le chocolat antispasmodique la fleur d'oranger2 aux tempraments susceptibles d'irritation1 le chocolat au lait d'amandes2 quoi il ajoutera sans doute le chocolat des affligs1 ambr et dos secundum artem4 ,mais son principal mrite est surtout de nous offrir1 un prix modr1 un excellent chocolat usuel1 o nous trouvons le matin un djeuner assez suffisant1 qui nous dlecte1 dner1 dans les crmes1 et nous rjouit encore1 sur la fin de la soire1 dans les glaces1 les croquettes et autres friandises de salon1 sans compter la distraction agrable des pastilles et diablotins1 avec ou sans devises4 ,nous ne connaissons ,m4 ,debauve que par ses prparations1 nous ne l'avons jamais vu2 mais nous savons qu'il contribue puissamment affranchir la ,france du tribut qu'elle payait autrefois l',espagne1 en ce qu'il fournit ,paris et aux provinces un chocolat dont la rputation crot sans cesse4 ,nous savons encore qu'il reoit journellement de nouvelles commandes de l'tranger3 c'est donc sous ce rapport1 et comme membre fondateur de la ,socit d'encouragement pour l'industrie nationale1 que nous lui accordons ici un suffrage et une mention dont on verra bien que nous ne sommes pas prodigue4 ,manire officielle de prparer le chocolat4 ,les ,amricains prparent leur pte de cacao sans sucre4 ,lorsqu'ils veulent prendre du chocolat1 ils font apporter de l'eau bouillante2 chacun rpe dans sa tasse la quantit qu'il veut du cacao1 verse l'eau chaude dessus1 et ajoute le sucre et les aromates comme il juge convenable4 ,cette mthode ne convient ni nos moeurs ni nos gots1 et nous voulons que le chocolat nous arrive tout prpar4 ,en cet tat1 la chimie transcendante nous a appris qu'il ne faut ni le racler au couteau ni le broyer au pilon1 parce que la collision sche qui a lieu dans les deux cas amidonise quelques portions de sucre1 et rend cette boisson plus fade4 ,ainsi1 pour faire du chocolat1 c'est--dire pour le rendre propre la consommation immdiate1 on en prend environ une once et demie pour une tasse1 qu'on fait dissoudre doucement dans l'eau1 mesure qu'elle s'chauffe1 en la remuant avec une spatule de bois2 on la fait bouillir pendant un quart d'heure1 pour que la solution prenne consistance1 et on sert chaudement4 ,monsieur1 me disait1 il y a plus de cinquante ans1 madame d',arestrel1 suprieure du couvent de la ,visitation ,belley1 quand vous voudrez prendre du chocolat1 faites-le faire1 ds la veille1 dans une cafetire de faence1 et laissez-le l4 ,le repos de la nuit le concentre et lui donne un velout qui le rend bien meilleur4 ,le bon ,dieu ne peut pas s'offenser de ce petit raffinement1 car il est lui-mme tout excellence4 ,illustration ,m,,ditation ,,vii ,thorie de la ,friture4#ah #dh4 ,c'tait un beau jour du mois de mai3 le soleil versait ses rayons les plus doux sur les toits enfums de la ville aux jouissances1 et les rues 7chose rare71 ne prsentaient ni boue ni poussire4 ,les lourdes diligences avaient depuis longtemps cess d'branler le pav2 les tombereaux massifs se reposaient encore1 et on ne voyait plus circuler que ces voitures dcouvertes1 d'o les beauts indignes et exotiques1 abrites sous les chapeaux les plus lgants1 ont coutume de laisser tomber des regards tant ddaigneux sur les chtifs1 et tant coquets sur les beaux garons4 ,il tait donc trois heures aprs midi quand le professeur vint s'asseoir dans le fauteuil aux mditations4 ,note #ah3 ,ce mot friture s'applique galement l'action de frire1 au moyen employ pour frire et la chose frite4 ,sa jambe droite tait verticalement appuye sur le parquet2 la gauche1 en s'tendant1 formait une diagonale2 il avait les reins convenablement adosss1 et ses mains taient poses sur les ttes de lion qui terminent les sous-bras de ce meuble vnrable4 ,son front lev indiquait l'amour des tudes svres1 et sa bouche le got des distractions aimables4 ,son air tait recueilli1 et sa pose telle1 que tout homme qui l'eut vu n'aurait pas manqu de dire3 ,cet ancien des jours doit tre un sage4 ,ainsi tabli1 le professeur fit appeler son prparateur en chef1 et bientt le serviteur arriva1 prt recevoir des conseils1 des leons ou des ordres4 ,allocution4 ,matre ,la ,planche1 dit le professeur avec cet accent grave qui pntre jusqu'au fond des coeurs1 tous ceux qui s'asseient ma table vous proclament potagiste d premire classe1 ce qui est fort bien1 car le potage est la premire consolation de l'estomac besogneux2 mais je vois avec peine que vous n'tes encore qu'un friturier incertain4 ,je vous entendis hier gmir sur cette sole triomphale que vous nous servtes ple1 mollasse et dcolore4 ,mon ami ,r444#ai jeta sur vous un regard dsapprobateur2 ,m4 ,h4 ,r4 porta l'ouest son nez gnomonique1 et le prsident ,s444 dplora cet accident a l'gal d'une calamit publique4 ,ce malheur vous arriva pour avoir nglig la thorie dont vous ne sentez pas toute l'importance4 ,vous tes un peu opinitre1 et j'ai de la peine vous faire concevoir que les phnomnes qui se passent dans votre laboratoire ne sont autre chose que l'excution des lois ternelles de la nature2 et que certaines choses que vous faites sans attention1 et seulement parce que vous les avez vu faire d'autres1 n'en drivent pas moins des plus hautes abstractions de la science4 ,note #ai3 ,m4 ,r4441 n ,seyssel1 district de ,belley1 vers #ageg4 lecteur du grand collge1 on peut le proposer tous comme exemple des rsultats heureux d'une conduite prudente jointe la plus inflexible probit4 coutez donc avec attention1 et instruisez-vous1 pour n'avoir plus dsormais rougir de vos oeuvres4 #a;er4 ,chimie4 ,les liquides que vous exposez l'action du feu ne peuvent pas tous se charger d'une gale quantit de chaleur2 la nature les y a dposs ingalement3 c'est un ordre de choses dont elle s'est rserv le secret1 et que nous appelons capacit du calorique4 ,ainsi1 vous pourriez tremper impunment votre doigt dans l'esprit-de-vin bouillant1 vous le retireriez bien vite de l'eau-de-vie1 plus vite encore si c'tait de l'eau1 et une immersion rapide dans l'huile bouillante vous ferait une blessure cruelle2 car l'huile peut s'chauffer au moins trois fois plus que l'eau4 ,c'est par une suite de cette disposition que les liquides chauds agissent d'une manire diffrente sur les corps sapides qui y sont plongs4 ,ceux qui sont traits l'eau se ramollissent1 se dissolvent et se rduisent en bouillie2 il en provient du bouillon ou des extraits3 ceux au contraire qui sont traits l'huile se resserrent1 se colorent d'une manire plus ou moins fonce1 et finissent par se charbonner4 ,dans le premier cas1 l'eau dissout et entrane les sucs intrieurs des aliments qui y sont plongs2 dans le second1 ces sucs sont conservs1 parce que l'huile ne peut pas les dissoudre2 et si ces corps se desschent1 c'est que la continuation de la chaleur finit par en vaporiser les parties humides4 ,les deux mthodes ont aussi des noms diffrents1 et on appelle frire l'action de faire bouillir dans l'huile ou la graisse des corps destins tre mangs4 ,je crois dj avoir dit que1 sous le rapport officinal1 huile ou graisse sont peu prs synonymes1 la graisse n'tant qu'une huile concrte1 ou l'huile une graisse liquide4 ,,ii4 ,application4 ,les choses frites sont bien reues dans les festins2 elles y introduisent une variation piquante2 elles sont agrables la vue1 conservent leur got primitif1 et peuvent se manger la main1 ce qui plat toujours aux dames4 ,la friture fournit encore aux cuisiniers bien des moyens pour masquer ce qui a paru la veille1 et leur donne au besoin des secours pour les cas imprvus2 car il ne faut pas plus de temps pour frire une carpe de quatre livres que pour cuire un oeuf la coque4 ,tout le mrite d'une bonne friture provient de la surprise2 c'est ainsi qu'on appelle l'invasion du liquide bouillant qui carbonise ou roussit1 l'instant mme de l'immersion1 la surface extrieure du corps qui lui est soumis4 ,au moyen de la surprise1 il se forme une espce de vote qui contient l'objet1 empche la graisse de le pntrer1 et concentre les sucs1 qui subissent ainsi une coction intrieure qui donne l'aliment tout le got dont il est susceptible4 ,pour que la surprise ait lieu1 il faut que le liquide brlant ait acquis assez de chaleur pour que son action soit brusque et instantane2 mais il n'arrive ce point qu'aprs avoir t expos assez longtemps un feu vif et flamboyant4 ,on connat par le moyen suivant que la friture est chaude au degr dsir3 ,vous couperez un morceau de pain en forme de mouillette1 et vous le tremperez dans la pole pendant cinq six secondes2 si vous le retirez ferme et color1 oprez immdiatement l'immersion1 sinon il faut pousser le feu et recommencer l'essai4 ,la surprise une fois opre1 modrez le feu1 afin que la coction ne soit pas trop prcipite1 et que les sucs que vous avez enferms subissent1 au moyen d'une chaleur prolonge1 le changement qui les unit et en rehausse le got4 ,vous avez sans doute observ que la surface des objets bien frits ne peut plus dissoudre ni le sel ni le sucre dont ils ont cependant besoin suivant leur nature diverse4 ,ainsi vous ne manquerez pas de rduire ces deux substances en poudre trs fine2 afin qu'elles contractent une grande facilit d'adhrence1 et qu'au moyen du saupoudroir la friture puisse s'en assaisonner par juxtaposition4 ,je ne vous parle pas du choix des huiles et ds graisses3 les dispensaires divers dont j'ai compos votre bibliothque vous ont donn l-dessus des lumires suffisantes4 ,cependant n'oubliez pas1 quand il vous arrivera quelques-unes de ces truites qui dpassent peine un quart de livre1 et qui proviennent des ruisseaux d'eau vive qui murmurent loin de la capitale2 n'oubliez pas1 dis-je1 de les frire avec ce que vous aurez de plus fin en huile d'olive3 ce mets si simple1 dment saupoudr et rehauss de tranches de citron1 est digne d'tre offert une minence#bj4 ,note #bj3 ,m4 ,aulissin1 avocat napolitain trs instruit et joli amateur violoncelliste1 dnait un jour chez moi1 et1 mangeant quelque chose qui lui parut son gr1 me dit3 ,questo un vero boccone di cardinale6--,pourquoi1 lui rpondis-je dans la mme langue1 ne dites-vous pas comme nous3 un morceau de roi8--,monsieur1 rpliqua l'amateur1 nous autres ,italiens1 nous croyons que les rois ne peuvent pas tre gourmands1 parce que leurs repas sont trop courts et trop solennels2 mais les cardinaux6 eh666 ,et il fit le petit hurlement qui lui est familier2 hou1 hou1 hou1 hou1 hou1 hou6 ,traitez de mme les perlans1 dont les adeptes font tant de cas4 ,l'perlan est le becfigue des eaux2 mme petitesse1 mme parfum1 mme supriorit4 ,ces deux prescriptions sont encore fondes sur la nature des choses4 ,l'exprience a appris qu'on ne doit se servir d'huile d'olive que pour les oprations qui peuvent s'achever en peu de temps ou qui n'exigent pas une grande chaleur1 parce que l'bullition prolonge y dveloppe un got empyreumatique et dsagrable qui provient de quelques parties de parenchyme dont il est trs difficile de la dbarrasser et qui se charbonnent4 ,vous avez essay mon enfer1 et le premier1 vous avez eu la gloire d'offrir l'univers tonn un immense turbot frit4 ,il y eut ce jour-l grande jubilation parmi les lus4 ,allez3 continuez soigner tout ce que vous faites1 et n'oubliez jamais que du moment o les convives ont mis le pied dans mon salon1 c'est nous qui demeurons charg du soin de leur bonheur4 ,illustration ,m,,ditation #h ,de la ,soif4 #di4 ,la soif est le sentiment intrieur du besoin de boire4 ,une chaleur d'environ trente-deux degrs de ,raumur vaporisant sans cesse les divers fluides dont la circulation entretient la vie1 la dperdition qui en est la suite aurait bientt rendu ces fluides inaptes remplir leur destination1 s'ils n'taient souvent renouvels et rafrachis3 c'est ce besoin qui fait sentir la soif4 ,nous croyons que le sige de la soif rside dans tout le systme digesteur4 ,quand on a soif 7et en notre qualit de chasseur nous y avons souvent t expos71 on sent distinctement que toutes les parties inhalantes de la bouche1 du gosier et de l'estomac sont entreprises et nrtises2 et si quelquefois on apaise la soif par l'application des liquides ailleurs qu' ses organes1 comme par exemple le bain1 c'est qu'aussitt qu'ils sont introduits dans la circulation1 ils sont rapidement ports vers le sige du mal1 et s'y appliquent comme remdes4 ,diverses espces de ,soif4 ,en envisageant ce besoin dans toute son tendue1 on peut compter trois espces de soif3 la soif latente1 la soif factice et la soif adurante4 ,la soif latente ou habituelle est cet quilibre insensible qui s'tablit entre la vaporisation transpiratoire et la ncessite d'y fournir2 c'est elle qui1 sans que nous prouvions quelque douleur1 nous invite boire pendant le repas1 et fait que nous pouvons boire presque tous les moments de la journe4 ,cette soif nous accompagne partout et fait en quelque faon partie de notre existence4 ,la loi factice1 qui est spciale l'espce humaine1 provient de cet instinct inn qui nous porte chercher dans les boissons une force que la nature n'y a pas mise et qui n'y survient que par la fermentation4 ,elle constitue une jouissance artificielle plutt qu'un besoin naturel3 cette soif est vritablement inextinguible1 parce que les boissons qu'on prend pour l'apaiser ont l'effet immanquable de la faire renatre2 cette soif1 qui finit par devenir habituelle1 constitue les ivrognes de tous les pays2 et il arrive presque toujours que l'impotation ne cesse que quand la liqueur manque1 ou qu'elle a vaincu le buveur et l'a mis hors de combat4 ,illustration ,quand1 au contraire1 on n'apaise la soif que par l'eau pure1 qui parat en tre l'antidote naturel1 on ne boit jamais une gorge au-del du besoin4 ,la soif adurante est celle qui survient par l'augmentation du besoin et par l'impossibilit de satisfaire la soif latente4 ,on l'appelle adurante1 parce qu'elle est accompagne de l'ardeur de la langue1 de la scheresse du palais1 et d'une chaleur dvorante dans tout le corps4 ,le sentiment de la soif est tellement vif1 que le mot est1 presque dans toutes les langues1 le synonyme d'une apptence excessive et d'un dsir imprieux2 ainsi on a soif d'or1 de richesses1 de pouvoir1 de vengeance1 etc41 expressions qui n'eussent pas pass1 s'il ne suffisait pas d'avoir eu soif une fois dans sa vie pour en sentir la justesse4 ,l'apptit est accompagn d'une sensation agrable1 tant qu'il ne va pas jusqu' la faim2 la soif n'a point de crpuscule1 et ds qu'elle se fait sentir il y a malaise1 anxit1 et cette anxit est affreuse quand on n'a pas l'espoir de se dsaltrer4 ,par une juste compensation1 l'action de boire peut1 suivant les circonstances1 nous procurer des jouissances extrmement vives2 et quand on apaise une soif haut degr1 ou qu' une soif modre on oppose une boisson dlicieuse1 tout l'appareil papillaire est en titillation1 depuis la pointe de la langue jusque dans les profondeurs de l'estomac4 ,on meurt aussi beaucoup plus vite de soif que de faim4 ,on a des exemples d'hommes qui1 ayant de l'eau1 se sont soutenus pendant plus de huit jours sans manger1 tandis que ceux qui sont absolument privs de boissons ne passent jamais le cinquime jour4 ,la raison de cette diffrence se tire de ce que celui-ci meurt seulement d'puisement et de faiblesse1 tandis que le premier est saisi d'une fivre qui le brle et va toujours en s'exasprant4 ,on ne rsiste pas toujours si longtemps la soif2 et en #aghg1 on vit mourir un des cent suisses de la garde de ,louis ,,xvi1 pour tre rest seulement vingt-quatre heures sans boire4 ,il tait au cabaret avec quelques-uns de ses camarades3 l1 comme il prsentait son verre1 un d'entre eux lui reprocha de boire plus souvent que les autres et de ne pouvoir s'en passer un moment4 ,c'est sur ce propos qu'il gagea de demeurer vingt-quatre heures sans boire1 pari qui fut accept1 et qui tait de dix bouteilles de vin consommer4 ,ds ce moment le soldat cessa de boire1 quoiqu'il restt encore plus de deux heures voir faire les autres avant que de se retirer4 ,la nuit se passa bien1 comme on peut croire2 mais ds la pointe du jour1 il trouva trs dur de ne pouvoir prendre son petit verre d'eau-de-vie1 ainsi qu'il n'y manquait jamais4 ,toute la matine il fut inquiet et troubl2 il allait1 venait1 se levait1 s'asseyait sans raison1 et avait l'air de ne savoir que faire4 une heure il se coucha1 croyant tre plus tranquille3 il souffrait1 il tait vraiment malade2 mais vainement ceux qui l'entouraient l'invitaient-ils boire1 il prtendait qu'il irait bien jusqu'au soir2 il voulait gagner la gageure1 quoi se mlait sans doute un peu d'orgueil militaire qui l'empchait de cder la douleur4 ,il se soutint ainsi jusqu' sept heures2 mais sept heures et demie1 il se trouva mal1 tourna la mort1 et expira sans pouvoir goter un verre de vin qu'on lui prsentait4 ,je fus instruit de tous ces dtails ds le soir mme par le sieur ,schneider1 honorable fifre de la compagnie des cent suisses1 chez lequel je logeais ,versailles4 ,causes de la soif4 #ej4--;,diverses circonstances unies ou spares peuvent contribuer augmenter la soif4 ,nous allons en indiquer quelques-unes qui n'ont pas t sans influence sur nos usages4 ,la chaleur augmente la soif2 et de l le penchant qu'ont toujours eu les hommes fixer leurs habitations sur le bord des fleuves4 ,les travaux corporels augmentent la soif2 aussi les propritaires qui emploient des ouvriers ne manquent jamais de les fortifier par des boissons2 et de l le proverbe que le vin qu'on leur donne est toujours le mieux vendu4 ,la danse augmente la soif2 et de l recueil des boissons corroborantes ou rafrachissantes qui ont toujours accompagn les runions dansantes4 ,la dclamation augmente la soif2 de l le verre d'eau que tous les lecteurs s'tudient boire avec grce1 et qui se verra bientt sur les bords de la chaire ct du mouchoir blanc#ba4 ,note #ba3 ,le chanoine ,delestra1 prdicateur fort agrable1 ne manquait jamais d'avaler une noix confite1 dans l'intervalle de temps qu'il laissait ses auditeurs1 entre chaque point de son discours1 pour tousser1 cracher et moucher4 ,les jouissances gnsiques augmentent la soif2 de l ces descriptions potiques de ,chypre1 ,amathonte1 ,gnide et autres lieux habits par ,vnus1 o l'on ne manque jamais de trouver des ombrages frais et des ruisseaux qui serpentent1 coulent et murmurent4 ,les chants augmentent la soif2 et de l rputation universelle qu'ont eue les musiciens d'tre infatigables buveurs4 ,musicien moi-mme1 je m'lve contre ce prjug1 qui n'a plus maintenant ni sel ni vrit4 ,les artistes qui circulent dans nos salons boivent avec autant de discrtion que de sagacit2 mais ce qu'ils ont perdu d'un ct1 ils le regagnent de l'autre2 et s'ils ne sont plus ivrognes1 ils sont gourmands jusqu'au troisime ciel1 tellement qu'on assure qu'au ,cercle d'harmonie transcendante1 la clbration de la fte de sainte ,ccile a dur quelquefois plus de vingt-quatre heures4 ,exemple4 #ea4--,l'exposition un courant d'air trs rapide est une cause trs active de l'augmentation de la soif2 et je pense que l'observation suivante sera lue avec plaisir par les chasseurs4 ,on sait que les cailles se plaisent beaucoup dans les hautes montagnes1 o la russite de leur ponte est plus assure1 parce que la rcolte s'y fait beaucoup plus tard4 ,lorsqu'on moissonne le seigle1 elles passent dans les orges et les avoines2 et quand on vient faucher ces dernires1 elles se retirent dans les parties o la maturit est moins avance4 ,c'est alors le moment de les chasser1 parce qu'on trouve dans un petit nombre d'arpents de terre1 les cailles qui1 un mois auparavant1 taient dissmines dans toute une commune1 et que1 la saison tant sa fin1 elles sont grosses et grasses satisfaction4 ,c'est dans ce but que je me trouvais un jour avec quelques amis sur une montagne de l'arrondissement de ,nantua1 dans le canton connu sous le nom de ,plan d',hotonne1 et nous tions sur le point de commencer la chasse1 par un des plus beaux jours du mois de septembre et sous l'influence d'un soleil brillant inconnu aux cockneys#bb4 ,note #bb3 ,c'est le nom par lequel on dsigne les habitants de ,londres qui n'en sont pas sortis2 il quivaut celui de badauds4 ,mais1 pendant que nous djeunions1 il s'leva un vent du nord extrmement violent et bien contraire nos plaisirs2 ce qui ne nous empcha pas de nous mettre en campagne4 peine avions-nous chass un quart d'heure1 que le plus douillet de la troupe commena dire qu'il avait soif2 sur quoi on l'aurait sans doute plaisant1 si chacun de nous n'avait pas aussi prouv le mme besoin4 ,nous bmes tous1 car l'ne cantinier nous suivait2 mais le soulagement ne fut pas long4 ,la soif ne tarda pas reparatre avec une telle intensit1 que quelques-uns se croyaient malades1 d'autres prts le devenir1 et on parlait de s'en retourner1 ce qui nous aurait fait un voyage de dix lieues en pure perte4 ,j'avais eu le temps de recueillir mes ides1 et j'avais dcouvert la raison de cette soif extraordinaire4 ,je rassemblai donc les camarades1 et je leur dis que nous tions sous l'influence de quatre causes qui se runissaient pour nous altrer3 la diminution notable de la colonne qui pesait sur notre corps1 qui devait rendre la circulation plus rapide2 l'action du soleil qui nous chauffait directement2 la marche qui activait la transpiration2 et1 plus que tout cela1 l'action du vent qui1 nous perant jour1 enlevait le produit de cette transpiration1 soutirait le fluide1 et empchait toute moiteur de la peau4 ,j'ajouterai que1 sur le tout1 il n'y avait aucun danger2 que l'ennemi tant connu1 il fallait le combattre3 et il demeura arrt qu'on boirait chaque demi-heure4 ,la prcaution ne fut cependant qu'insuffisante1 cette soif tait invincible3 ni le vin1 ni l'eau-de-vie1 ni le vin ml d'eau1 ni l'eau mle d'eau-de-vie1 n'y purent rien4 ,nous avions soif mme en buvant1 et nous fmes mal notre aise toute la journe4 ,cette journe finit cependant comme une autre3 le propritaire du domaine de ,latour nous donna l'hospitalit1 en joignant nos provisions aux siennes4 ,illustration ,nous dnmes merveilles2 et bientt nous allmes nous enterrer dans le foin et y jouir d'un sommeil dlicieux4 ,le lendemain ma thorie reut la sanction de l'exprience4 ,le vent tomba tout--fait pendant la nuit2 et quoique le soleil ft aussi beau et mme plus chaud que la veille1 nous chassmes encore une partie de la journe sans prouver une soif incommode4 ,mais le plus grand mal tait fait3 nos cantines1 quoique remplies avec une sage prvoyance1 n'avaient pu rsister aux charges ritres que nous avions faites sur elles2 ce n'tait plus que des corps sans me1 et nous tombmes dans les futailles des cabaretiers4 ,il fallut bien s'y rsoudre1 mais ce ne fut pas sans murmurer2 et j'adressai au vent dessicateur une allocution pleine d'invectives1 quand je vis qu'un mets digne de la table des rois1 un plat d'pinards la graisse de cailles1 allait tre arros d'un vin peine aussi bon que celui de ,surne#bc4 ,note #bc3 ,surne1 village fort agrable1 deux lieues de ,paris4 ,il est renomm par ses mauvais vins4 ,on dit proverbialement que1 pour boire un verre de vin de ,surne il faut tre trois1 savoir3 le buveur et deux acolytes pour le soutenir et empcher que le coeur ne lui manque4 ,on en dit autant du vin de ,prieux2 ce qui n'empche pas qu'on ne le boive4 ,m,,ditation ,,ix ,des ,boissons4#bd #eb4 ,on doit entendre par boisson tout liquide qui peut se mler nos aliments4 ,l'eau parat tre la boisson la plus naturelle4 ,elle se trouve partout o il y a des animaux1 remplace le lait pour les adultes1 et nous est aussi ncessaire que l'air4 ,eau4 ,l'eau est la seule boisson qui apaise vritablement la soif1 et c'est par cette raison qu'on n'en peut boire qu'une assez petite quantit4 ,la plupart des autres liqueurs dont l'homme s'abreuve ne sont que des palliatifs1 et s'il s'en tait tenu l'eau1 on n'aurait jamais dit de lui qu'un de ses privilges tait de boire sans avoir soif4 ,note #bd3 ,ce chapitre est purement philosophique2 le dtail des diverses boissons connues ne pouvait pas entrer dans le plan que je me suis form3 c'et t n'en plus finir4 ,illustration3 ,les ,boissons ,prompt effet des ,boissons ,les boissons s'absorbent dans l'conomie animale avec une extrme facilit2 leur effet est prompt et le soulagement qu'on en reoit en quelque sorte instantan4 ,servez un homme fatigu les aliments les plus substantiels1 il mangera avec peine et n'en prouvera d'abord que peu de bien4 ,donnez-lui un verre de vin ou d'eau-de-vie1 l'instant mme il se trouve mieux1 et vous le voyez renatre4 ,je puis appuyer cette thorie sur un fait assez remarquable que je tiens de mon neveu1 le colonel ,guignard1 peu conteur de son naturel2 mais sur la vracit duquel on peut compter4 ,il tait la tte d'un dtachement qui revenait du sige de ,jaffa1 et n'tait loign que de quelques centaines de toises du lieu o l'on devait s'arrter et rencontrer de l'eau1 quand on commena trouver sur la route les corps de quelques soldats qui devaient le prcder d'un jour de marche1 et qui taient morts de chaleur4 ,parmi les victimes de ce climat brlant se trouvait un carabinier1 qui tait de la connaissance de plusieurs personnes du dtachement4 ,il devait tre mort depuis plus de vingt-quatre heures1 et le soleil1 qui l'avait frapp toute la journe1 lui avait rendu le visage noir comme un corbeau4 ,quelques camarades s'en approchrent1 soit pour le voir une dernire fois1 soit pour en hriter1 s'il y avait de quoi1 et ils s'tonnrent en voyant que ses membres taient encore flexibles et qu'il y avait mme encore un peu d chaleur autour de la rgion du coeur4 ,donnez-lui une goutte de sacr-chien1 dit le lustig de la troupe2 je garantis que1 s'il n'est pas encore bien loin dans l'autre monde1 il reviendra pour y goter4 ,effectivement1 la premire cuillere de spiritueux le mort ouvrit les yeux2 on s'cria1 on lui en frotta les tempes1 on lui en fit avaler encore un peu1 et au bout d'un quart d'heure il put1 avec un peu d'aide1 se soutenir sur un ne4 ,on le conduisit ainsi jusqu' la fontaine2 on le soigna pendant la nuit1 on lui fit manger quelques dattes1 on le nourrit avec prcaution2 et le lendemain1 remont sur un ne1 il arriva au ,caire avec les autres4 ,boissons fortes4 #ec4 ,une chose trs digne de remarque est cette espce d'instinct1 aussi gnral qu'imprieux1 qui nous porte la recherche des boissons fortes4 ,le vin1 la plus aimable des boissons1 soit qu'on le doive ,no1 qui planta la vigne1 soit qu'on le doive ,bacchus1 qui a exprim le jus du raisin1 date de l'enfance du monde2 et la bire1 qu'on attribue ,osiris1 remonte jusqu'aux temps au-del desquels il n'y avait rien de certain4 ,tous les hommes1 mme ceux qu'on est convenu d'appeler sauvages1 ont t tellement tourments par cette apptence des boissons fortes1 qu'ils sont parvenus s'en procurer1 quelles qu'aient t les bornes de leurs connaissances4 ,ils ont fait aigrir le lait de leurs animaux domestiques1 ils ont extrait le jus de divers fruits1 de diverses racines1 o ils ont souponn les lments de la fermentation1 et partout o on a rencontr les hommes en socit1 on les a trouvs munis de liqueurs fortes dont ils faisaient usage dans leurs festins1 dans leurs sacrifices1 leurs mariages1 leurs funrailles1 enfin tout ce qui avait parmi eux quelque air de fte et de solennit4 ,on a bu et chant le vin pendant bien des sicles1 avant de se douter qu'il ft possible d'en extraire la partie spiritueuse qui en fait la force2 mais les ,arabes nous ayant appris l'art de la distillation1 qu'ils avaient invente pour extraire le parfum des fleurs1 et surtout de la rose tant clbre dans leurs crits1 on commena croire qu'il tait possible de dcouvrir dans le vin la cause de l'exaltation de saveur qui donne au got une excitation si particulire2 et de ttonnements en ttonnements1 on dcouvrit l'alcool1 l'esprit-de-vin1 l'eau-de-vie4 ,l'alcool est le monarque des liquides et porte au dernier degr l'exaltation palatale3 ces diverses prparations ont ouvert de nouvelles sources de jouissances#be2 il donne certains mdicaments#bf une nergie qu'ils n'auraient pas sans cet intermde2 il est mme devenu dans nos mains une arme formidable1 car les nations du nouveau monde ont t presque autant domptes et dtruites par l'eau-de-vie que par les armes feu4 ,la mthode qui nous a fait dcouvrir l'alcool a conduit encore d'autres rsultats importants2 par comme elle consiste sparer et mettre nu les parties1 qui constituent un corps et le distinguent de tous les autres1 elle a d servir de modle ceux qui se sont livrs des recherches analogues1 et qui nous ont fait connatre des substances tout fait nouvelles1 telles que la quinine1 la morphine1 la strychnine et autres semblables1 dcouvertes et dcouvrir4 ,note #be3 ,les liqueurs de table4 ,note #bf3 ,les lixirs4 ,illustration ,quoi qu'il en soit1 cette soif d'une espce de liquide que la nature avait enveloppe de voiles1 cette apptence extraordinaire qui agit sur toutes les races d'hommes1 sous tous les climats et sous toutes les tempratures1 est bien digne de fixer l'attention de l'observateur philosophe4 ,j'y ai song comme un autre1 et je suis tent de mettre l'apptence des liqueurs fermentes1 qui n'est pas connue des animaux1 ct de l'inquitude de l'avenir1 qui leur est galement trangre1 et de les regarder l'une et l'autre comme des attributs distinctifs du chef-d'oeuvre de la dernire rvolution sublunaire4 ,m,,ditation ,x ,et pisodique sur la fin du monde4 #ed4 ,j'ai dit3 la dernire rvolution sublunaire1 et cette pense1 ainsi exprime1 m'a entran bien loin1 bien loin4 ,des monuments irrcusables nous apprennent que notre globe a dj prouv plusieurs changements absolus1 qui ont t autant de fins du monde2 et je ne sais quel instinct nous avertit que d'autres rvolutions doivent se succder encore4 ,dj1 souvent1 on a cru ces rvolutions prtes arriver1 et bien des gens existent que la comte aqueuse prdite par le bon ,jrme ,lalande envoya jadis confesse4 ,d'aprs ce qui a t dit cet gard1 on est tout dispos environner cette catastrophe de vengeances1 d'anges exterminateurs1 de trompettes1 et autres accessoires non moins terribles4 ,hlas6 il ne faut pas tant de fracas pour nous dtruire1 nous ne valons pas tant de pompes2 et si la volont du ,seigneur est telle1 il peut changer la surface du globe sans y mettre tant d'appareil4 ,supposons1 par exemple1 qu'un de ces astres errants1 dont personne ne connat la route ni la mission1 et dont l'apparition a toujours t accompagne d'une terreur traditionnelle2 supposons1 dis-je1 qu'une comte passe assez prs du soleil pour se charger d'un calorique surabondant1 et nous approche assez pour causer sur la terre six mois d'un tat gnral de #fj degrs de ,raumur 7une fois plus chaud que celui de la comte de #ahaa74 la fin de cette saison funrale1 tout ce qui vit ou vgte aura pri1 tous les bruits auront cess2 la terre roulera1 silencieuse1 jusqu' ce que d'autres circonstances aient dvelopp d'autres germes2 et cependant la cause de ce dsastre sera reste perdue dans les vastes champs de l'air et ne nous aura pas seulement approchs de plusieurs millions de lieues4 ,cet vnement1 tout aussi possible qu'un autre1 m'a toujours paru un beau sujet de rverie1 et je n'ai pas hsit un moment de m'y arrter4 ,il est curieux de suivre1 par l'esprit1 cette chaleur ascensionnelle1 d'en prvoir les effets1 le dveloppement1 l'action1 et de se demander3 ,quid pendant le premier jour1 pendant le second1 et ainsi de suite jusqu'au dernier8 ,quid sur l'air1 la terre et l'eau1 la formation1 le mlange et la dtonation des gaz8 ,quid sur les hommes1 regards dans le rapport de l'ge du sexe de la force1 de la faiblesse8 ,quid sur la subordination aux lois1 la soumission l'autorit1 le respect des personnes et des proprits8 ,quid sur les moyens chercher ou les tentatives faire pour se drober au danger8 ,quid sur les liens d'amour1 d'amiti1 de parent sur l'gosme1 le dvouement8 ,quid sur les sentiments religieux1 la foi1 la rsignation1 l'esprance1 etc41 etc48 ,l'histoire pourra fournir quelques donnes sur les influences morales2 car dj plusieurs fois la fin du monde a t prdite1 et mme indique un jour dtermin4 ,j'ai vritablement quelque regret de ne pas apprendre mes lecteurs comment j'ai rgl tout cela dans ma sagesse2 mais je ne veux pas les priver du plaisir de s'en occuper eux-mmes4 ,cela peut abrger quelques insomnies pendant la nuit1 et prparer quelques siestas pendant le jour4 ,le grand danger dissout tous les liens4 ,on a vu1 dans la grande fivre jaune qui eut lieu ,philadelphie vers #agib1 des maris fermer leurs femmes la porte du domicile conjugal1 des enfants abandonner leur pre1 et autres phnomnes pareils en grand nombre4 ,quod a nobis ,deus avertat6 ,illustration ,m,,ditation ,,xi ,de la ,gourmandise4 #ee4 ,j'ai parcouru les dictionnaires au mot ,gourmandise1 et je n'ai point t satisfait de ce que j'y ai trouv1 n'est qu'une confusion perptuelle de la gourmandise proprement dite avec la gloutonnerie et la voracit3 d'o j'ai conclu que les lexicographes1 quoique trs estimables d'ailleurs1 ne sont pas de ces savants aimables qui embouchent avec grce une aile de perdrix au suprme pour l'arroser1 le petit doigt en l'air1 d'un verre de vin de ,laffitte ou du clos ,vougeot4 ,ils ont oubli1 compltement oubli la gourmandise sociale qui runit l'lgance athnienne1 le luxe romain et la dlicatesse franaise1 qui dispose avec sagacit1 fait excuter savamment1 savoure avec nergie1 et juge avec profondeur3 qualit prcieuse1 qui pourrait bien tre une vertu1 et qui est du moins bien certainement la source de nos plus pures jouissances4 ,dfinitions4 ,dfinissons donc et entendons-nous4 ,la gourmandise est une prfrence passionne1 raisonne et habituelle pour les objets qui flattent le got4 ,la gourmandise est ennemie des excs2 tout homme qui s'indigre ou s'enivre court risque d'tre ray des contrles4 ,la gourmandise comprend aussi la friandise1 qui n'est autre que la mme prfrence applique aux mets lgers1 dlicats1 de peu de volume1 aux confitures1 aux ptisseries1 etc4 ,c'est une modification introduite en faveur des femmes et des hommes qui leur ressemblent4 ,illustration ,sous quelque rapport qu'on envisage la gourmandise1 elle ne mrite qu'loge et encouragement4 ,sous le rapport physique1 elle est le rsultat et la preuve de l'tat sain et parfait des organes destins la nutrition4 ,au moral1 c'est une rsignation implicite aux ordres du ,crateur1 qui1 nous ayant ordonn de manger pour vivre1 nous y invite par l'apptit1 nous soutient par la saveur1 et nous en rcompense par le plaisir4 ,avantages de la ,gourmandise4 ,sous le rapport de l'conomie politique1 la gourmandise est le lien commun qui unit les peuples par l'change rciproque des objets qui servent la consommation journalire4 ,c'est elle qui fait voyager d'un ple l'autre1 les vins1 les eaux-de-vie1 les sucres1 les piceries1 les marinades1 les salaisons1 les provisions de toute espce1 et jusqu'aux oeufs et aux melons4 ,c'est elle qui donne un prix proportionnel aux choses soit mdiocres1 bonnes ou excellentes1 soit que ces qualits leur viennent de l'art1 soit qu'elles les aient reues de la nature4 ,c'est elle qui soutient l'espoir et l'mulation de cette foule de pcheurs1 de chasseurs1 horticulteurs et autres1 qui remplissent journellement les offices les plus somptueux du rsultat de leur travail et de leurs dcouvertes4 ,c'est elle enfin qui fait vivre la multitude industrieuse des cuisiniers1 ptissiers1 confiseurs et autres prparateurs sous divers titres1 qui1 leur tour1 emploient pour leurs besoins d'autres ouvriers de toute espce1 ce qui donne lieu en tout tempe et toute heure1 une circulation de fonds dont l'esprit le plus exerc ne peut ni calculer le mouvement ni assigner la quotit4 ,et remarquons bien que l'industrie qui a la gourmandise pour objet prsente d'autant plus d'avantage qu'elle s'appuie1 d'une part1 sur les plus grandes infortunes1 et de l'autre1 sur des besoins qui renaissent tous les jours4 ,dans l'tat de socit o nous sommes maintenant parvenus1 il est difficile de se figurer un peuple qui vivrait uniquement de pain et de lgumes4 ,cette nation1 si elle existait1 serait infailliblement subjugue par les armes carnivores1 comme les ,indous1 qui ont t successivement la proie de tous ceux qui ont voulu les attaquer2 ou bien elle serait convertie par les cuisines de ses voisins1 comme jadis les ,botiens1 qui devinrent gourmands aprs la bataille de ,leuctres4 ,suite4 #ef4--,la gourmandise offre de grandes ressources la fiscalit3 elle alimente les octrois1 les douanes1 les impositions indirectes4 ,tout ce que nous consommons paie le tribut1 et il n'est point de trsor public dont les gourmands ne soient le plus ferme soutien4 ,parlerons-nous de cet essaim de prparateurs qui depuis plusieurs sicles1 s'chappent annuellement de la ,france pour exploiter les gourmandises exotiques8 ,la plupart russissent1 et1 obissant ensuite un instinct qui ne meurt jamais dans le coeur des ,franais1 rapportent dans leur patrie le fruit de leur conomie4 ,cet apport est plus considrable qu'on ne pense1 et ceux-l1 comme les autres1 auront aussi un arbre gnalogique4 ,mais si les peuples taient reconnaissants1 qui mieux que les ,franais aurait d lever la ,gourmandise un temple et des autels8 ,pouvoir de la ,gourmandise4 #eg4--;,en #ahae1 le trait du mois de novembre imposa la ,france la condition de payer aux allis sept cent cinquante millions en trois ans4 cette charge se joignit celle de faire face aux rclamations particulires des habitants des divers pays dont les souverains runis avaient stipul les intrts1 montant plus de trois cent millions4 ,enfin il faut ajouter tout cela les rquisitions de toute espce faites en nature par les gnraux ennemis1 qui en chargeaient des fourgons qu'ils faisaient filer vers les frontires1 et qu'il a fallu que le trsor public payt plus tard2 en tout1 plus de quinze cent millions4 ,on pouvait1 on devait mme craindre que des paiements aussi considrables1 et qui s'effectuaient jour par jour en numraire n'amenassent la gne dans le trsor1 la dprciation dans toutes les valeurs fictives1 et par suite tous les malheurs qui menacent un pays sans argent et sans moyens de s'en procurer4 ,hlas6 disaient les gens de bien en voyant passer le fatal tombereau qui allait se remplir dans la rue ,vivienne1 hlas6 voil notre argent qui migre en masse2 l'an prochain on s'agenouillera devant un cu2 nous allons tomber dans l'tat dplorable d'un homme ruin2 toutes les entreprises resteront sans succs2 on ne trouvera point emprunter2 il y aura tisie1 marasme1 mort civile4 ,l'vnement dmentit ces terreurs2 et au grand tonnement de tous ceux qui s'occupent de finances1 les paiements se firent avec facilit1 le crdit augmenta1 on se jeta avec avidit vers les emprunts1 et pendant tout le temps que dura cette superpurgation1 le cours du change1 cette mesure infaillible de la circulation montaire1 fut en notre faveur3 c'est--dire qu'on eut la preuve arithmtique qu'il entrait en ,france plus d'argent qu'il n'en sortait4 ,quelle est la puissance qui vint notre secours8 quelle est la divinit qui opra ce miracle8 la ,gourmandise4 ,quand les ,bretons1 les ,germains1 les ,teutons1 les ,cimmriens et les ,scythes firent irruption en ,france1 ils y apportrent une voracit rare et des estomacs d'une capacit peu commune4 ,ils ne se contentrent pas longtemps de la chre officielle que devait leur fournir une hospitalit force2 ils aspirrent des jouissances plus dlicates2 et bientt la ville-reine ne fut plus qu'un immense rfectoire4 ,ils mangeaient1 ces intrus1 chez les restaurateurs1 chez les traiteurs1 dans les cabarets1 dans les tavernes1 dans les choppes1 et jusque dans les rues4 ,ils se gorgeaient de viandes1 de poissons1 de gibier1 de truffes1 de ptisseries1 et surtout de nos fruits4 ,ils buvaient avec une avidit gale leur apptit1 et demandaient toujours les vins les plus chers1 esprant y trouver des jouissances inoues1 qu'ils taient ensuite tout tonns de ne pas prouver4 ,les observateurs superficiels ne savaient que penser de cette mangerie sans faim et sans terme2 mais les vrais ,franais riaient et se frottaient les mains en disant3 ,les voil sous le charme1 et ils nous auront rendu ce soir plus d'cus que le trsor public ne leur en a compt ce matin4 ,cette poque fut favorable tous ceux qui fournissaient aux jouissances du got4 ,vry acheva sa fortune2 ,achard commena la sienne2 ,beauvilliers en fit une troisime1 et madame ,sullot1 dont le magasin1 au ,palais-,royal1 n'avait pas deux toises carres1 vendait par jour jusqu' douze mille petits pts#bg4 ,cet effet dure encore3 les trangers affluent de toutes les parties de l',europe1 pour rafrachir1 durant la paix1 les douces habitudes qu'ils contractrent pendant la guerre2 il faut qu'ils viennent ,paris2 quand ils y sont1 il faut qu'ils se rgalent tout prix4 ,et si nos effets publics ont quelque faveur1 on le doit moins l'intrt avantageux qu'ils prsentent qu' la confiance d'instinct qu'on ne peut s'empcher d'avoir dans un peuple chez qui les gourmands sont heureux#bh4 ,portrait d'une jolie gourmande4 #eh--,la gourmandise ne messied point aux femmes3 elle convient la dlicatesse de leurs organes1 et leur sert de compensation pour quelques plaisirs dont il faut bien qu'elles se privent1 et pour quelques maux auxquels la nature parat les avoir condamnes4 ,note #bg3 ,quand l'arme d'invasion passa en ,champagne1 elle prit six cent mille bouteilles de vin dans les caves de ,m4 ,moet1 d'pernay1 renomm pour la beaut de ses caves4 ,il s'est consol de cette perte norme quand il a vu que les pillards en avaient gard le got1 et que les commandes qu'il reoit du ,nord ont plus que doubl depuis cette poque4 ,note #bh3 ,les calculs sur lesquels cet article est fond m'ont t fournis par ,m4 ,m ,b4441 gastronome aspirant1 qui les titres ne manquent pas1 car il est financier et musicien4 ,rien n'est plus agrable voir qu'une jolie gourmande sous les armes3 sa serviette est avantageusement mise2 une de ses mains est pose sur la table2 l'autre voiture sa bouche de petits morceaux lgamment coups1 ou l'aile de perdrix qu'il faut mordre2 ses yeux sont brillants1 ses lvres vernisses1 sa conversation agrable1 tous ses mouvements gracieux2 elle ne manque pas de ce grain de coquetterie que les femmes mettent tout4 ,avec tant d'avantages1 elle est irrsistible2 et ,caton-le-,censeur lui-mme se laisserait mouvoir4 ,illustration ,anecdote4 ,ici cependant se place pour moi un souvenir amer4 ,j'tais un jour bien commodment plac table ct de la jolie madame ,m444d1 et je me rjouissais intrieurement d'un si bon lot1 quand1 se tournant tout coup vers moi3 votre sant6 me dit-elle4 ,je commenai de suite une phrase d'actions de grces2 mais je n'achevai pas2 car la coquette se portant vers son voisin de gauche3 ,trinquons6444 ,ils trinqurent1 et cette brusque transition me parut une perfidie1 qui me fit au coeur une blessure que bien des annes n'ont pas encore gurie4 ,les ,femmes sont gourmandes4 ,le penchant du beau sexe pour la gourmandise quelque chose qui tient de l'instinct1 car la gourmandise est favorable la beaut4 ,une suite d'observations exactes et rigoureuses a dmontr qu'un rgime succulent1 dlicat et soign1 repousse longtemps et bien loin les apparences extrieures de la vieillesse4 ,il donne aux yeux plus de brillant1 la peau plus de fracheur et aux muscles plus de soutien2 et comme il est certain1 en physiologie1 que c'est la dpression des muscles qui cause les rides1 ces redoutables ennemis de la beaut1 il est galement vrai de dire que1 toutes choses gales1 ceux qui savent manger1 sont comparativement de dix ans plus jeunes que ceux qui cette science est trangre4 ,les peintres et les sculpteurs sont bien pntrs de cette vrit1 car jamais ils ne reprsentent ceux qui font abstinence par choix ou par devoir1 comme les avares et les anachortes1 sans leur donner la pleur de la maladie1 la maigreur de la misre et les rides de la dcrpitude4 ,effets de la gourmandise sur la sociabilit4 #ei4--,la gourmandise est un des principaux liens de la socit2 c'est elle qui tend graduellement cet esprit de convivialit qui runit chaque jour les divers tats1 les fond en un seul tout1 anime la conversation1 et adoucit les angles de l'ingalit conventionnelle4 ,c'est elle aussi qui motive les efforts que doit faire tout amphitryon pour bien recevoir ses convives1 ainsi que la reconnaissance de ceux-ci1 quand ils voient qu'on s'est savamment occup d'eux2 et c'est ici le lieu de honnir jamais ces mangeurs stupides qui avalent avec une indiffrence coupable les morceaux les plus distingus1 ou qui aspirent avec une distraction sacrilge un nectar odorant et limpide4 ,loi gnrale4 ,toute disposition de haute intelligence ncessite des loges explicites1 et une louange dlicate est oblige partout o s'annonce l'envie de plaire4 ,influence de la gourmandise sur le bonheur conjugal4 #fj4--;,enfin1 la gourmandise1 quand elle est partage1 a l'influence la plus marque sur le bonheur qu'on peut trouver dans l'union conjugale4 ,illustration ,deux poux gourmands ont1 au moins une fois par jour1 une occasion agrable de se runir2 car1 mme ceux qui font lit part 7et il y en a un grand nombre7 mangent du moins la mme table2 ils ont un sujet de conversation toujours renaissant2 ils parlent non-seulement de ce qu'ils mangent1 mais encore de ce qu'ils ont mang1 de ce qu'ils mangeront1 de ce qu'ils ont observ chez les autres1 des plats la mode1 des inventions nouvelles1 etc41 etc42 et on sait que les causeries familires 7chit chat7 sont pleines de charmes4 ,la musique a sans doute aussi des attraits bien puissants pour ceux qui l'aiment2 mais il faut s'y mettre1 c'est une besogne4 ,d'ailleurs1 on est quelquefois enrhum1 la musique est gare1 les instruments sont discords1 on a la migraine1 il y a du chmage4 ,au contraire1 un besoin partag appelle les poux table1 le mme penchant les y retient2 ils ont naturellement l'un pour l'autre ces petits gards qui annoncent l'envie d'obliger1 et la manire dont se passent les repas entre pour beaucoup dans le bonheur de la vie4 ,cette observation1 assez neuve en ,france1 n'avait point chapp au moraliste anglais ,fielding1 et il l'a dveloppe en peignant1 dans son roman de ,pamla1 la manire diverse dont deux couples maris finissent leur journe4 ,le premier est un lord1 l'an1 et par consquent le possesseur de tous les biens de la famille4 ,le second est son frre pun1 poux de ,pamla1 dshrit cause de ce mariage1 et vivant du produit de sa demi-paie1 dans un tat de gne assez voisin de l'indigence4 ,le lord et sa femme arrivent de diffrents cts1 et se saluent froidement1 quoiqu'ils ne se soient pas vus de la journe4 ,ils s'assoient une table splendidement servie1 entours de laquais brillants d'or1 se servent en silence et mangent sans plaisir4 ,cependant1 aprs que les domestiques se sont retirs1 une espce de conversation s'engage entre eux2 bientt l'aigreur s'en mle3 elle devient querelle1 et ils se lvent furieux pour aller1 chacun dans son appartement1 mditer sur la douceur du veuvage4 ,son frre1 au contraire1 en arrivant dans son modeste appartement1 est accueilli avec le plus tendre empressement et les plus douces caresses4 ,il s'assied prs d'une table frugale2 mais les mets qui lui sont servis peuvent-ils ne pas tre excellents6 ,c'est ,pamla elle-mme qui les a apprts6 ,ils mangent avec dlices1 en causant de leurs affaires1 de leurs projets1 de leurs amours4 ,une demi-bouteille de madre leur sert prolonger le repas et l'entretien2 bientt le mme lit les reoit2 et aprs les transports d'un amour partag1 un doux sommeil leur fera oublier le prsent et rver un meilleur avenir4 ,honneur la gourmandise1 telle que nous la prsentons nos lecteurs1 et tant qu'elle ne dtourne l'homme ni de ses occupations ni de ce qu'il doit sa fortune6 car1 de mme que les dissolutions de ,sardanapale n'ont pas fait prendre les femmes en horreur1 ainsi les excs de ,vitellius ne peuvent pas faire tourner le dos un festin savamment ordonn4 ,la gourmandise devient-elle gloutonnerie1 voracit1 crapule1 elle perd son nom et ses avantages1 chappe nos attributions1 et tombe dans celles du moraliste1 qui la traitera par ses conseils1 ou du mdecin1 qui la gurira par les remdes4 ,la gourmandise1 telle que le professeur l'a caractrise dans cet article1 n'a de nom qu'en franais2 elle ne peut tre dsigne ni par le mot latin gula1 ni par l'anglais gluttony1 ni par l'allemand lusternheit2 nous conseillons donc ceux qui seraient tents de traduire ce livre instructif1 de conserver le substantif1 et de changer seulement l'article2 c'est ce que tous les peuples ont fait pour la coquetterie et tout ce qui s'y rapporte4 ,,note ,d',,un ,,gastronome ,,patriote4 ,je remarque avec orgueil que la coquetterie et la gourmandise1 ces deux grandes modifications que l'extrme sociabilit a apportes nos plus imprieux besoins1 sont toutes deux d'origine franaise4 ,m,,ditation #ab ,des ,gourmands4 ,n'est pas gourmand qui veut4 #fa4 ,il est des individus qui la nature a refus une finesse d'organes1 ou une tenue d'attention sans lesquelles les mets les plus succulents passent inaperus4 ,la physiologie a dj reconnu la premire de ces varits1 en nous montrant la langue de ces infortuns mal pourvue des houpes nerveuses destines inhaler et apprcier les saveurs4 ,elles n'veillent chez eux qu'un sentiment obtus2 ils sont pour les saveurs ce que les aveugles sont pour la lumire4 ,la seconde se compose des distraits1 des babillards1 des affairs1 des ambitieux et autres1 qui veulent s'occuper de deux choses la fois1 et ne mangent que pour se remplir4 ,napolon4 ,tel tait entre autres ,napolon3 il tait irrgulier dans ses repas1 et mangeait vite et mal2 mais l se retrouvait aussi cette volont absolue qu'il mettait tout4 ,ds que l'apptit se faisait sentir1 il fallait qu'il ft satisfait1 et son service tait mont de manire qu'en tout lieu et toute heure on pouvait1 au premier mot1 lui prsenter de la volaille1 des ctelettes et du caf4 ,gourmands par prdestination4 ,mais il est une classe privilgie qu'une prdestination matrielle et organique appelle aux jouissances du got4 ,j'ai t de tout temps ,lavatrien et ,galliste je crois aux dispositions innes4 ,puisqu'il est des individus qui sont videmment venus au monde pour mal voir1 mal marcher1 mal entendre1 parce qu'ils sont ns myopes1 boiteux ou sourds1 pourquoi n'y en aurait-il pas d'autres qui ont t prdisposs prouver plus spcialement certaines sries de sensations8 ,d'ailleurs1 pour peu qu'on ait du penchant l'observation1 on rencontre chaque instant dans le monde des physionomies qui portent l'empreinte irrcusable d'un sentiment dominant1 tel qu'une impertinence ddaigneuse1 le contentement de soi-mme1 la misanthropie1 la sensualit1 etc41 etc4 la vrit1 on peut porter tout cela avec une figure insignifiante2 mais quand la physionomie a un cachet dtermin1 il est rare qu'elle soit trompeuse4 ,illustration ,les passions agissent sur les muscles2 et trs souvent1 quoiqu'un homme se taise1 on peut lire sur son visage les divers sentiments dont il est agit4 ,cette tension1 pour peu qu'elle soit habituelle1 finit par laisser des traces sensibles1 et donne ainsi la physionomie un caractre permanent et reconnaissable4 ,prdestination sensuelle4 #fb4--,les prdestines de la gourmandise sont en gnral d'une stature moyenne2 ils ont le visage rond ou carr1 les yeux brillants1 le front petit1 le nez court1 les lvres charnues et le menton arrondi4 ,les femmes sont poteles1 plus jolies que belles1 et visant un peu l'obsit4 ,celles qui sont principalement friandes ont les traits plus fins1 l'air plus dlicat1 sont plus mignonnes1 et se distinguent surtout par un coup de langue qui leur est particulier4 ,c'est sous cet extrieur qu'il faut chercher les convives les plus aimables3 ils acceptent tout ce qu'on leur offre1 mangent lentement1 et savourent avec rflexion4 ,ils ne se htent point de s'loigner des lieux o ils ont reu une hospitalit distingue2 et on les a pour la soire1 parce qu'ils connaissent tous les jeux et passe-temps qui sont les accessoires ordinaires d'une runion gastronomique4 ,ceux1 au contraire1 qui la nature a refus l'aptitude aux jouissances du got1 ont le visage1 le nez et les yeux longs2 quelle que soit leur taille1 ils ont dans leur tournure quelque chose d'allong4 ,ils ont les cheveux noirs et plats1 et manquent surtout d'embonpoint2 ce sont eux qui ont invent les pantalons4 ,illustration ,les femmes que la nature a affliges du mme malheur sont anguleuses1 s'ennuient table1 et ne vivent que de bostons et de mdisance4 ,cette thorie physiologique ne trouvera1 je l'espre1 que peu de contradicteurs1 parce que chacun peut la vrifier autour de soi3 je vais cependant encore l'appuyer par des faits4 ,je sigeais un jour un trs grand repas1 et j'avais en face une trs jolie personne dont la figure tait tout fait sensuelle4 ,je me penchai vers mon voisin1 et lui dis tout bas qu'avec des traits pareils il tait impossible que cette demoiselle ne ft pas trs gourmande4 ,quelle folie6 me rpondit-il2 elle a tout au plus quinze ans2 ce n'est pas encore l'ge de la gourmandise444 ,au surplus1 observons4 ,les commencements ne me furent pas favorables3 j'eus peur de m'tre compromis2 car1 pendant les deux premiers services1 la jeune fille fut d'une discrtion qui m'tonnait1 et je craignais d'tre tomb sur une exception1 car il y en a pour toutes les rgles4 ,mais enfin le dessert vint1 dessert aussi brillant que copieux1 et qui me rendit l'esprance4 ,mon espoir ne fut pas du3 non-seulement elle mangea de tout ce qu'on lui offrit1 mais encore elle se fit servir des plats qui taient les plus loigns d'elle4 ,enfin elle gota tout2 et le voisin s'tonnait de ce que ce petit estomac pouvait contenir tant de choses4 ,ainsi fut vrifi mon diagnostic1 et la science triompha encore une fois4 deux ans de l1 je rencontrai encore la mme personne2 c'tait huit jours aprs son mariage3 elle s'tait dveloppe tout fait son avantage2 elle laissait pointer un peu de coquetterie1 et talant tout ce que la mode permet de montrer d'attraits1 elle tait ravissante4 ,son mari tait peindre3 il ressemblait un certain ventriloque qui savait rire d'un ct et pleurer de l'autre1 c'est--dire qu'il paraissait trs content de ce qu'on admirait sa femme2 mais ds qu'un amateur avait l'air d'insister1 il tait saisi du frisson d'une jalousie trs apparente4 ,ce dernier sentiment prvalut2 il emporta sa femme dans un dpartement loign1 et l1 pour moi1 finit sa biographie4 ,je fis une autre fois une remarque pareille sur le duc ,decrs1 qui a t si longtemps ministre de la marine4 ,on sait qu'il tait gros1 court1 brun1 crpu et carr2 qu'il avait le visage au moins rond1 le menton relev1 les lvres paisses et la bouche d'un gant2 aussi je le proclamai sur-le-champ amateur prdestin de la bonne chre et des belles4 ,cette remarque physiognomonique1 je la coulai bien doucement et bien bas dans l'oreille d'une dame fort jolie et que je croyais discrte4 ,hlas6 je me trompai6 elle tait fille d've1 et mon secret l'et touffe4 ,aussi1 dans la soire1 l'excellence fut instruite de l'induction scientifique que j'avais tire de l'ensemble de ses traits4 ,c'est ce que j'appris le lendemain par une lettre fort aimable que m'crivit le duc1 et par laquelle il se dfendait avec modestie de possder les deux qualits1 d'ailleurs fort estimables1 que j'avais dcouvertes en lui4 ,je ne me tins pas pour battu4 ,je rpondis que la nature ne fait rien en vain2 qu'elle l'avait videmment form pour de certaines missions2 que1 s'il ne les remplissait pas1 il contrariait son voeu2 qu'au reste1 je n'avais aucun droit de pareilles confidences1 etc41 etc4 ,la correspondance resta l2 mais peu de temps aprs1 tout ,paris fut instruit par la voie des journaux de la mmorable bataille qui eut lieu entre le ministre et son cuisinier1 bataille qui fut longue1 dispute1 et o l'excellence n'eut pas toujours le dessus4 ,or1 si aprs une pareille aventure le cuisinier ne fut pas renvoy 7et il ne le fut pas71 je puis1 je crois1 en tirer la consquence que le duc tait absolument domin par les talents de cet artiste1 et qu'il dsesprait d'en trouver un autre qui st flatter aussi agrablement son got2 sans quoi il n'aurait jamais pu surmonter la rpugnance toute naturelle qu'il devait prouver tre servi par un prpos aussi belliqueux4 ,comme je traais ces lignes par une belle soire d'hiver1 ,m4 ,cartier1 ancien premier violon de l',opra et dmonstrateur habile1 entre chez moi et s'assied prs de mon feu4 ,j'tais plein de mon sujet1 et le considrant avec attention3 ,cher professeur1 lui dis-je1 comment se fait-il que vous ne soyez pas gourmand1 quand vous en avez tous les traits8--,je l'tais trs fort1 rpondit-il1 mais je m'abstiens4--,serait-ce par sagesse8 lui rpliquai-je4 ,il ne rpondit pas1 mais il poussa un soupir la ,walter ,scott1 c'est--dire tout semblable un gmissement4 ,gourmands par tat4 #fc4--,s'il est des gourmands par prdestination1 il en est aussi par tat2 et je dois en signaler ici quatre grandes thories3 les financiers1 les mdecins1 les gens de lettres et les dvots4 ,les financiers4 ,les financiers sont les hros de la ,gourmandise4 ,ici1 hros est le mot propre1 car il y avait combat2 et l'aristocratie nobiliaire et cras les financiers sous le poids de ses titres et de ses cussons1 si ceux-ci n'y eussent oppos une table somptueuse et leurs coffres-forts4 ,les cuisiniers combattaient les gnalogistes1 et quoique les ducs n'attendissent pas d'tre sortis pour persifler l'amphitryon qui les traitait1 ils taient venus1 et leur prsence attestait leur dfaite4 ,d'ailleurs tous ceux qui amassent beaucoup d'argent et avec facilit1 sont presque indispensablement obligs d'tre gourmands4 ,l'ingalit des conditions entrane l'ingalit des richesses1 mais l'ingalit des richesses n'amne pas l'ingalit des besoins2 et tel qui pourrait payer chaque jour un dner suffisant pour cent personnes1 est souvent rassasi aprs avoir mang une cuisse de poulet4 ,il faut donc que l'art use de toutes ses ressources pour ranimer cette ombre d'apptit par des mets qui le soutiennent sans dommage et le caressent sans l'touffer4 ,c'est ainsi que ,mondor est devenu gourmand1 et que de toutes parts les gourmands ont accouru auprs de lui4 ,aussi dans toutes les sries d'apprts que nous prsentent les livres de cuisine lmentaire1 il y en a toujours un ou plusieurs qui portent pour qualification3 la financire4 ,et on sait que ce n'tait pas le roi1 mais les fermiers gnraux qui mangeaient autrefois le premier plat de petits pois qui se payait toujours huit cents francs4 ,les choses ne se passent pas autrement de nos jours3 les tables financires continuent offrir tout ce que la nature a de plus parfait1 les serres de plus prcoce1 l'art de plus exquis2 et les personnages les plus historiques ne ddaignent point de s'asseoir ces festins4 ,les ,mdecins4 #fd4--;,des causes d'une autre nature1 quoique non moins puissantes1 agissent sur les mdecins3 ils sont gourmands par sduction1 et il faudrait qu'ils fussent de bronze pour rsister la force des choses4 ,illustration ,les chers docteurs sont d'autant mieux accueillis que la sant1 qui est sous leur patronage1 est le plus prcieux de tous les biens2 aussi sont-ils enfants gts dans toute la force du terme4 ,toujours impatiemment attendus1 ils sont accueillis avec empressement4 ,c'est une jolie malade qui les engage2 c'est une jeune personne qui les caresse2 c'est un pre1 c'est un mari1 qui leur recommandent ce qu'ils ont de plus cher4 ,l'esprance les tourne par la droite1 la reconnaissance par la gauche2 on les embecque comme des pigeons2 ils se laissent faire1 et en six mois l'habitude est prise1 ils sont gourmands sans retour 7past redemption74 ,c'est ce que j'osai exprimer un jour dans un repas o je figurais1 moi neuvime1 sous la prsidence du docteur ,corvisart4 ,c'tait vers #ahjf3 ,vous tes1 m'criai-je du ton inspir d'un prdicateur puritain1 vous tes les derniers restes d'une corporation qui jadis couvrait toute la ,france4 ,hlas6 les membres en sont anantis ou disperss3 plus de fermiers gnraux1 d'abbs1 de chevaliers1 de moines blancs2 tout le corps dgustateur rside en vous seuls4 ,soutenez avec fermet un si grand poids1 dussiez-vous essuyer le sort des trois cents ,spartiates au pas des ,thermopyles4 ,je dis1 et il n'y eut pas une rclamation3 nous agmes en consquence1 et la vrit reste4 ,je fis ce dner une observation qui mrite d'tre connue4 ,le docteur ,corvisart1 qui tait fort aimable quand il voulait1 ne buvait que du vin de ,champagne frapp de glace4 ,aussi1 ds le commencement du repas et pendant que les autres convives s'occupaient manger1 il tait bruyant1 conteur1 anecdotier4 ,au dessert1 au contraire1 et quand la conversation commenait s'animer1 il devenait srieux1 taciturne et quelquefois morose4 ,de cette observation et de plusieurs autres conformes1 j'ai dduit le thorme suivant ,le vin de ,champagne1 qui est excitant dans ses premiers effets 7ab initio71 est stupfiant dans ceux qui suivent 7in recessu72 ce qui est au surplus un effet notoire du gaz acide carbonique qu'il contient4 ,objurgation4 #fe4--,puisque je tiens les docteurs diplme1 je ne veux pas mourir sans leur reprocher l'extrme svrit dont ils usent envers leurs malades4 ,ds qu'on a le malheur de tomber dans leur mains1 il faut subir une kyrielle de dfenses1 et renoncer tout ce que nos habitudes ont d'agrable4 ,je m'lve contre la plupart de ces interdictions comme inutiles4 ,je dis inutiles1 parce que les malades n'apptent presque jamais ce qui leur serait nuisible4 ,le mdecin rationnel ne doit jamais perdre de vue la tendance naturelle de nos penchants1 ni oublier que si les sensations douloureuses sont funestes par leur nature1 celles qui sont agrables disposent la sant4 ,on a vu un peu de vin1 une cuillere de caf1 quelques gouttes de liqueur1 rappeler le sourire sur les faces les plus hippocratiques4 ,au surplus1 il faut qu'ils sachent bien1 ces ordonnateurs svres1 que leurs prescriptions restent presque toujours sans effet2 le malade cherche s'y soustraire2 ceux qui l'environnent ne manquent jamais de raisons pour lui complaire1 et on n'en meurt ni plus ni moins4 ,la ration d'un ,russe malade1 en #ahae1 aurait gris un fort de la halle1 et celle des ,anglais et rassasi un ,limousin4 ,et il n'y avait pas de retranchement y faire1 car des inspecteurs militaires parcouraient sans cesse nos hpitaux1 et surveillaient la fois la fourniture et la consommation4 ,j'mets mon avis avec d'autant plus de confiance qu'il est appuy sur des faits nombreux1 et que les praticiens les plus heureux se rapprochent de ce systme4 ,le chanoine ,rollet1 mort il y a environ cinquante ans1 tait buveur1 suivant l'usage de ces temps antiques2 il tomba malade1 et la premire phrase du mdecin fut employe lui interdire tout usage de vin4 ,cependant1 la visite suivante1 le docteur trouva le patient couch1 et devant son lit un corps de dlit presque complet2 savoir3 une table couverte d'une nappe bien blanche1 un gobelet de cristal1 une bouteille de belle apparence1 et une serviette pour s'essuyer les lvres4 cette vue il entra dans une violente colre et parlait de se retirer1 quand le malheureux chanoine lui cria1 d'une voix lamentable3 ,ah6 docteur1 souvenez-vous que quand vous m'avez dfendu de boire1 vous ne m'avez pas dfendu le plaisir de voir la bouteille4 ,le mdecin qui traitait ,m4 de ,montlusin de ,pont-de-,veyle fut bien encore plus cruel1 car non-seulement il interdit l'usage du vin son malade1 mais encore il lui prescrivit de boire de l'eau grandes doses4 ,peu de temps aprs le dpart de l'ordonnateur1 madame de ,montlusin1 jalouse d'appuyer l'ordonnance et de contribuer au retour de la sant de son mari1 lui prsenta un grand verre d'eau la plus belle et la plus limpide4 ,le malade le reut avec docilit1 et se mit le boire avec rsignation2 mais il s'arrta la premire gorge1 et rendant le vase sa femme3 ,prenez cela1 ma chre1 lui dit-il1 et gardez-le pour une autre fois3 j'ai toujours ou dire qu'il ne fallait pas badiner avec les remdes4 ,les gens de lettres4 #ff4--;,dans l'empire gastronomique1 le quartier des gens de lettres est tout prs de celui des mdecins4 ,sous le rgne de ,louis ,,xiv1 les gens de lettres taient ivrognes2 ils se conformaient la mode1 et les mmoires du temps sont tout fait difiants ce sujet4 ,maintenant ils sont gourmands3 en quoi il y a amlioration4 ,je suis bien loin d'tre de l'avis du cynique ,geoffroy1 qui disait que si les productions modernes manquent de force1 cela vient de ce que les auteurs ne boivent que de l'eau sucre4 ,je crois1 au contraire1 qu'il a fait une double mprise1 et qu'il s'est tromp sur le fait et sur la consquence4 ,l'poque actuelle est riche en talents2 ils se nuisent peut-tre par leur multitude2 mais la postrit1 jugeant avec plus de calme1 y verra bien des sujets d'admiration3 c'est ainsi que nous-mmes avons rendu justice aux chefs-d'oeuvre de ,racine et de ,molire1 qui furent froidement reus par les contemporains4 ,jamais la position des gens de lettres dans la socit n'a t plus agrable4 ,ils ne logent plus dans les rgions leves qu'on leur reprochait autrefois2 les domaines de la littrature sont devenus plus fertiles2 les flots de l',hippocrne roulent aussi des paillettes d'or3 gaux de tout le monde1 ils n'entendent plus le langage du protectorat1 et1 pour comble de biens1 la ,gourmandise les comble de ses plus chres faveurs4 ,on engage les gens de lettres cause de l'estime qu'on fait de leurs talents1 parce que leur conversation a en gnral quelque chose de piquant1 et aussi parce que depuis quelque temps il est de rgle que toute socit doit avoir son homme de lettres4 ,ces messieurs arrivent toujours un peu tard2 on ne les accueille que mieux1 parce qu'on les a dsirs2 on les affriande pour qu'ils reviennent2 on les rgale pour qu'ils tincellent2 et comme ils trouvent cela fort naturel1 ils s'y accoutument1 deviennent1 sont et demeurent gourmands4 ,les choses mme ont t si loin qu'il y a eu un peu de scandale4 ,quelques furets ont prtendu que certains djeuneurs s'taient laiss sduire1 que certaines promotions taient issues de certains pts1 et que le temple de l'immortalit s'tait ouvert la fourchette4 ,mais c'taient de mchantes langues2 ces bruits sont tombs comme tant d'autres3 ce qui est fait est bien fait2 et je n'en fais ici mention que pour montrer que je suis au courant de tout ce qui tient mon sujet4 ,les dvots4 #fg4--;,enfin la ,gourmandise compte beaucoup de dvots parmi ses plus fidles sectateurs4 ,nous entendons par dvots ce qu'entendaient ,louis ,,xiv et ,molire1 c'est--dire ceux dont toute la religion consiste en pratiques extrieures2 les gens pieux et charitables n'ont rien faire l4 ,voyons donc comment la vocation leur vient4 ,parmi ceux qui veulent faire leur salut1 le plus grand nombre cherche le chemin le plus doux2 ceux qui fuient les hommes1 couchent sur la dure et revtent le cilice1 ont toujours t et ne peuvent jamais tre que des exceptions4 ,or1 il est des choses damnables sans quivoque1 et qu'on ne peut jamais se permettre1 comme le bal1 les spectacles1 le jeu et autres passe-temps semblables4 ,pendant qu'on les abomine1 ainsi que ceux qui les mettent en pratique1 la ,gourmandise se prsente et se glisse avec une face tout fait thologique4 ,de droit divin1 l'homme est le roi de la nature1 et tout ce que la terre produit a t cr pour lui4 ,c'est pour lui que la caille s'engraisse1 pour lui que le moka a un si doux parfum1 pour lui que le sucre est favorable la sant4 ,comment donc ne pas user1 du moins avec la modration convenable1 des biens que la ,providence nous offre surtout si nous continuons les regarder comme des choses prissables1 surtout si elles exaltent notre reconnaissance envers l'auteur de toutes choses6 ,des raisons non moins fortes viennent encore renforcer celles-ci4 ,peut-on trop bien recevoir ceux qui dirigent nos mes et nous tiennent dans la voie du salut8 ,ne doit-on pas rendre aimables1 et par cela mme plus frquentes1 des runions dont le but est excellent8 ,quelquefois aussi les dons de ,comus arrivent sans qu'on les cherche3 c'est un souvenir de collge1 c'est le don d'une vieille amiti1 c'est un pnitent qui s'humilie1 c'est un collatral qui se rappelle1 c'est un protg qui se reconnat4 ,comment repousser de pareilles offrandes8 comment ne pas les assortir8 ,c'est une pure ncessit4 ,d'ailleurs les choses se sont toujours passes ainsi3 ,les moutiers taient de vrais magasins des plus adorables friandises2 et voil pourquoi certains amateurs les regrettent si amrement#bi4 ,plusieurs ordres monastiques1 les ,bernardins surtout1 faisaient profession de bonne chre4 ,les cuisiniers du clerg ont recul les limites de l'art2 et quand ,m4 de ,pressigny 7mort archevque de ,besanon71 revint du conclave qui avait nomm ,pie ,,vi1 il disait que le meilleur dner qu'il et fait ,rome avait t chez le gnral des ,capucins4 ,les chevaliers et les abbs4 #fh4--,nous ne pouvons mieux finir cet article qu'en faisant une mention honorable de deux corporations que nous avons vues dans toute leur gloire1 et que la rvolution a clipses3 les chevaliers et les abbs4 ,qu'ils taient gourmands1 ces chers amis6 il tait impossible de s'y mprendre leurs narines ouvertes1 leurs yeux carquills1 leurs lvres vernisses1 leur langue promeneuse2 cependant chaque classe avait une manire de manger qui lui tait particulire4 ,illustration ,note #bi3 ,les meilleures liqueurs de ,france se faisaient la ,cte1 chez les ,visitandines2 celles de ,niort ont invent la confiture d'anglique2 on vante les pains de fleur d'orange des soeurs de ,chteau-,thierry2 et les ,ursulines de ,belley avaient pour les noix confites une recette qui en faisait un trsor d'amour et de friandise4 ,il est a craindre1 hlas6 qu'elle ne soit perdue4 ,les chevaliers avaient quelque chose de militaire dans leur pose2 ils s'administraient les morceaux avec dignit1 les travaillaient avec calme1 et promenaient horizontalement1 du matre la matresse de la maison1 des regards approbateurs4 ,les abbs1 au contraire1 se pelotonnaient pour se rapprocher de l'assiette2 leur main droite s'arrondissait comme la patte du chat qui tire les marrons du feu2 leur physionomie tait toute jouissance1 et leur regard avait quelque chose de concentr qu'il est plus facile de concevoir que de peindre4 ,comme les trois quarts de ceux qui composent la gnration actuelle n'ont rien vu qui ressemble aux chevaliers et aux abbs que nous venons de dsigner1 et qu'il est cependant indispensable de les reconnatre pour bien entendre beaucoup de livres crits dans le dix-huitime sicle2 nous emprunterons l'auteur du ,trait historique sur le duel quelques pages qui ne laisseront rien dsirer ce sujet47,voyez les ,varits1 n#bj47 ,longvit annonce aux ,gourmand4 #fi4--;,d'aprs mes dernires lectures1 je suis heureux1 on ne peut pas plus heureux1 de pouvoir donner mes lecteurs une bonne nouvelle1 savoir1 que la bonne chre est bien loin de nuire la sant1 et que1 toutes choses gales1 les gourmands vivent plus longtemps que les autres4 ,c'est ce qui est arithmtiquement prouv dans un mmoire trs bien fait1 lu dernirement l',acadmie des ,sciences par le docteur ,villermet4 ,il a compar les divers tats de la socit o l'on fait bonne chre avec ceux o l'on se nourrit mal1 et en a parcouru l'chelle tout entire4 ,il a galement compar entre eux les divers arrondissements de ,paris o l'aisance est plus ou moins gnralement rpandue1 et o l'on sait que1 sous ce rapport1 il existe une extrme diffrence1 comme1 par exemple1 entre le faubourg ,saint-,marceau et la ,chausse d',antin4 ,enfin le docteur a pouss ses recherches jusqu'aux dpartements de la ,france1 et compar1 sous le mme rapport1 ceux qui sont plus ou moins fertiles3 partout il a obtenu pour rsultat gnral que la mortalit diminue dans la mme proportion que les moyens qu'on a de se bien nourrir augmentent1 et qu'ainsi ceux que la fortune soumet au malheur de se mal nourrir peuvent du moins tre srs que la mort les en dlivrera plus vite4 ,les deux extrmes de cette progression sont que1 dans l'tat de la vie le plus favoris1 il ne meurt dans un an qu'un individu sur cinquante1 tandis que1 parmi ceux qui sont les plus exposs la misre1 il en meurt un sur quatre dans le mme espace de temps4 ,ce n'est pas que ceux qui font excellente chre ne soient jamais malades2 hlas6 ils tombent aussi quelquefois dans le domaine de la facult1 qui a coutume de les dsigner sous la qualification de bons malades2 mais comme ils ont une plus grande dose de vitalit1 et que toutes les parties de l'organisation sont mieux entretenues1 la nature a plus de ressources1 et le corps rsiste incomparablement mieux la destruction4 ,cette vrit physiologique peut galement s'appuyer sur l'histoire qui nous apprend que toutes les fois que des circonstances imprieuses1 telles que la guerre1 les siges1 le drangement des saisons1 ont diminu les moyens de se nourrir1 cet tat de dtresse a toujours t accompagn de maladies contagieuses et d'un grand surcrot de mortalit4 ,la caisse ,lafarge1 si connue des ,parisiens1 aurait sans doute prospr1 si ceux qui l'ont tablie avaient fait entrer dans leurs calculs la vrit de fait dveloppe par le docteur ,villermet4 ,ils avaient calcul la mortalit d'aprs les tables de ,buffon1 de ,parcieux et autres1 qui sont toutes tablies sur des nombres pris dans toutes les classes et dans tous les ges d'une population4 ,mais comme ceux qui placent des capitaux pour se faire un avenir ont en gnral chapp aux dangers de l'enfance1 et sont accoutums un ordinaire rgl1 soign1 et quelquefois succulent1 la mort n'a pas donn1 les esprances ont t dues1 et la spculation a manqu4 ,cette cause n'a sans doute pas t la seule2 mais elle est lmentaire4 ,cette dernire observation nous a t fournie par ,m4 le professeur ,pardessus4 ,m4 du ,belloy1 archevque de ,paris1 qui a vcu prs d'un sicle1 avait un apptit assez prononc2 il aimait la bonne chre1 et j'ai vu plusieurs fois sa figure patriarcale s'animer l'arrive d'un morceau distingu4 ,napolon lui marquait1 en toute occasion1 dfrence et respect4 ,m,,ditation ,,xiii4 prouvettes gastronomiques4 #gj4--,on a vu dans le chapitre prcdent que le caractre distinctif de ceux qui ont plus de prtentions que de droits aux honneurs de la gourmandise1 consiste en ce qu'au sein de la meilleure chre leurs yeux restent ternes et leur visage inanim4 ,ceux-l ne sont pas dignes qu'on leur prodigue des trsors dont ils ne sentent pas le prix3 il nous a donc paru trs intressant de pouvoir les signaler1 et nous avons cherch les moyens de parvenir une connaissance si importante pour l'assortiment des hommes et pour la connaissance des convives4 ,nous nous sommes occup de cette recherche avec cette suite qui force le succs1 et c'est notre persvrance que nous devons l'avantage de prsenter au corps honorable des amphitryons la dcouverte des prouvettes gastronomiques1 dcouverte qui honorera le dix-neuvime sicle4 ,nous entendons par prouvettes gastronomiques1 des mets d'une saveur reconnue et d'une excellence tellement indisputable1 que leur apparition seule doit mouvoir1 chez un homme bien organis1 toutes les puissances dgustatrices2 de sorte que tous ceux chez lesquels1 en pareil cas1 on n'aperoit ni l'clair du dsir1 ni la radiance de l'extase1 peuvent justement tre nots comme indignes des honneurs de la sance et des plaisirs qui y sont attachs4 ,la mthode des prouvettes1 dment examine et dlibre en grand conseil1 a t inscrite au livre d'or dans les termes suivants1 pris d'une langue qui ne change plus4 ,utcumque ferculum1 eximii et bene noti saporis1 appositum fuerit1 fiat auptosia conviv2 et nisi facies ejus ac oculi vertantur ad ecstasim1 notetur ut indignus4 ,ce qui a t traduit comme il suit par le traducteur jur du grand conseil3 ,toutes les fois qu'on servira un mets d'une saveur distingue et bien connue1 on observera attentivement les convives1 et on notera comme indignes tous ceux dont la physionomie n'annoncera pas le ravissement4 ,la force des prouvettes est relative1 et doit tre approprie aux facults et aux habitudes des diverses classes de la socit4 ,toutes circonstances apprcies1 elle doit tre calcule pour causer admiration et surprise3 c'est un dynamomtre dont la force doit augmenter mesure qu'on monte dans les hautes zones de la socit4 ,ainsi l'prouvette destine un petit rentier de la rue ,coquenard ne fonctionnerait dj plus chez un second commis1 et ne s'apercevrait mme pas un dner d'lus 7select few7 chez un financier ou un ministre4 ,dans l'numration que nous allons faire des mets qui ont t levs la dignit d'prouvettes1 nous commencerons par ceux qui sont plus basse pression2 nous monterons ensuite graduellement1 pour en clairer la thorie1 de manire non seulement que chacun puisse s'en servir avec fruit1 mais qu'il puisse encore en inventer de nouvelles sur le mme principe1 y donner son nom1 et en faire usage dans la sphre o le hasard l'a plac4 ,nous avons eu un moment l'intention de donner ici1 comme pices justificatives1 la recette pour confectionner les diverses prparations que nous indiquons comme prouvettes2 mais nous nous en sommes abstenu2 nous avons cru que ce serait faire injustice aux divers recueils qui ont paru depuis et y compris celui de ,beauvilliers1 et tout rcemment le ,cuisinier des cuisiniers4 ,nous nous contentons d'y renvoyer1 ainsi qu' ceux de ,viart et d',appert1 en observant qu'on trouve dans ce dernier divers aperus scientifiques auparavant inconnus dans les ouvrages de cette espce4 ,il est regretter que le public n'ait pas pu jouir de la relation tachygraphique de ce qui fut dit au conseil1 lorsqu'il dlibra sur les prouvettes4 ,tout cela est rest dans la nuit du secret1 mais il est du moins une circonstance qu'il m'a t permis de rvler4 ,quelqu'un#cj proposa des prouvettes ngatives et par privation4 ,ainsi1 par exemple1 un accident qui aurait dtruit un plat d'une haute saveur1 une bourriche devant arriver par le courrier et qui aurait t retarde1 soit que le fait ft vrai1 soit qu'il ne ft qu'une supposition1 ces fcheuses nouvelles1 on aurait observ et notre tristesse graduelle imprime sur le front des convives1 et on aurait pu se procurer ainsi une bonne chelle de sensibilit gastrique4 ,mais cette proposition1 quoique sduisante au premier coup d'oeil1 ne rsista pas un examen plus approfondi4 ,le prsident observa1 et observa avec grande raison1 que de pareils vnements1 qui n'agiraient que superficiellement sur les organes disgracis des indiffrents1 pourraient exercer sur les vrais croyants une influence funeste1 et peut-tre leur occasionner un saisissement mortel4 ,ainsi1 malgr quelque insistance de la part de l'auteur1 la proposition fut rejete l'unanimit4 ,nous allons maintenant donner l'tat des mets que nous avons jugs propres servir d'prouvettes2 nous les avons diviss en trois sries d'ascension graduelle1 suivant l'ordre et la mthode ci-devant indiqus4 ,note #cj3 ,m4 ,f444 ,s444 qui1 par sa physionomie classique1 la finesse de son got et ses talents administratifs1 a tout ce qu'il faut pour devenir un financier parfait4 prouvettes gastronomiques4 ,,premi,,re ,s,,rie4 ,,revenu ,,pr,,sum3 #e1jjj ,,francs 7,m,,diocrit74 ,une forte rouelle de veau pique de gros lard et cuite dans son jus2 ,un dindon de ferme farci de marrons de ,lyon2 ,des pigeons de volire gras1 bards et cuits propos2 ,des oeufs la neige2 ,un plat de choucroute 7saur-kraut7 hriss de saucisses et couronn de lard fum de ,strasbourg4 ,expression3 ,peste8 voil qui a bonne mine3 allons1 il faut y faire honneur6444 ,i,ie ,s,,rie4 ,,revenu ,,pr,,sum3 #ae1jjj ,,fr4 7,,aisance74 ,un filet de boeuf coeur ros piqu1 et cuit dans son jus2 ,un quartier de chevreuil1 sauce hache aux cornichons2 ,un turbot au naturel2 ,un gigot de prsal la provenale2 ,un dindon truff2 ,des petits pois en primeur4 ,expression3 ,ah6 mon ami1 quelle aimable apparition6 il y a vraiment nopces#ca et festins4 ,i,i,ie ,s,,rie4 ,,revenu ,,pr,,sum3 #cj1jjj ,,fr4 ,,et ,,plus4 7,,richesse74 ,une pice de volaille de sept livres1 bourre de truffes du ,prigord jusqu' sa conversion en sphrode2 ,note #ca3 ,pour que cette phrase soit convenablement articule1 il faut faire sentir le p4 ,un norme pt de foie gras de ,strasbourg1 ayant forme de bastion2 ,une grosse carpe du ,rhin la ,chambord1 richement dote et pare2 ,illustration ,des cailles truffes la moelle1 tendues sur des toasts beurrs au basilic2 ,un brochet de rivire piqu1 farci et baign d'une crme d'crevisses1 secundum artem2 ,un faisan son point1 piqu en toupet1 gisant sur une rtie travaille la sainte-alliance2 ,cent asperges de cinq six lignes de diamtre1 en primeur1 sauce l'osmazme2 ,deux douzaines d'ortolans la provenale1 comme il est dit dans le ,secrtaire et le ,cuisinier2 ,une pyramide de meringues la vanille et la rose4 7,cette prouvette n'a d'effet ncessaire que sur les dames et sur les hommes mollets d'abb1 etc47 ,expression3 ,ah6 monsieur ou monseigneur1 que votre cuisinier est un homme admirable6 on ne rencontre ces choses-l que chez vous6 ,observation gnrale4 ,pour qu'une prouvette produise certainement son effet1 il est ncessaire qu'elle soit comparativement en large proportion3 l'exprience1 fonde sur la connaissance du genre humain1 nous a appris que la raret la plus savoureuse perd son influence quand elle n'est pas en proportion exubrante2 car le premier mouvement qu'elle imprime aux convives est justement arrt par la crainte qu'ils peuvent avoir d'tre mesquinement servis ou d'tre1 dans certaines positions1 obligs de refuser par politesse3 ce qui arrive souvent chez les avares fastueux4 ,j'ai eu plusieurs fois occasion de vrifier l'effet des prouvettes gastronomiques2 j'en rapporte un exemple qui suffira3 ,j'assistais un dner de gourmands de la quatrime catgorie1 o nous ne nous trouvions que deux profanes1 mon ami ,r444 et moi4 ,aprs un premier service de haute distinction1 on servit entre autres choses un norme coq vierge#cb de ,barbezieux1 truff tout rompre1 et un gibraltar de foie gras de ,strasbourg4 ,note #cb3 ,des hommes1 dont l'avis peut faire doctrine1 m'ont assur que la chair de coq vierge est sinon plus tendre1 du moins certainement de plus haut got que celle du chapon4 ,j'ai trop d'affaires en ce bas monde pour faire cette exprience1 que je dlgue mes lecteurs3 mais je crois qu'on peut d'avance se ranger cet avis1 parce qu'il y a dans la premire de ces chairs un lment de sapidit qui manque dans la seconde4 ,une femme de beaucoup d'esprit m'a dit qu'elle connat les gourmands la manire dont ils prononcent le mot bon dans les phrases3 ,voil qui est bon1 voil qui est bien bon1 et autres pareilles2 elle assure que les adeptes mettent ce monosyllabe si court un accent de vrit1 de douceur et d'enthousiasme auquel les palais disgracis ne peuvent jamais atteindre4 ,cette apparition produisit sur l'assemble un effet marqu1 mais difficile dcrire1 peu prs comme le rire silencieux indiqu par ,cooper2 et je vis bien qu'il y avait lieu observation4 ,effectivement1 toutes les conversations cessrent par la plnitude des coeurs2 toutes les attentions se fixrent sur l'adresse des protecteurs2 et quand les assiettes de distribution eurent pass1 je vis se succder tour--tour1 sur toutes les physionomies1 le feu du dsir1 l'extase de la jouissance1 le repos parfait de la batitude4 ,illustration ,illustration ,m,,ditation ,,xiv4 ,du plaisir de la table4 #ga4--,l'homme est incontestablement1 des tres sensitifs qui peuplent notre globe1 celui qui prouve le plus de souffrances4 ,la nature l'a primitivement condamn la douleur par la nudit de sa peau1 par la forme de ses pieds1 et par l'instinct de guerre et de destruction qui accompagne l'espce humaine partout o on l'a rencontre4 ,les animaux n'ont point t frapps de cette maldiction2 et sans quelques combats causs par l'instinct de la reproduction1 la douleur1 dans l'tat de nature1 serait absolument inconnue la plupart des espces3 tandis que l'homme1 qui ne peut prouver le plaisir que passagrement et par un petit nombre d'organes1 peut toujours1 et dans toutes les parties de son corps1 tre soumis d'pouvantables douleurs4 ,cet arrt de la destine a t aggrav1 dans son excution1 par une foule de maladies qui sont nes des habitudes de l'tat social3 de sorte que le plaisir le plus vif et le mieux conditionn que l'on puisse imaginer ne peut1 soit en intensit1 soit en dure1 servir de compensation pour les douleurs atroces qui accompagnent certains drangements1 tels que la goutte1 la rage de dent1 les rhumatismes aigus1 la strangurie1 ou qui sont causs par les supplices rigoureux en usage chez certains peuples4 ,c'est cette crainte pratique de la douleur qui fait que1 sans mme s'en apercevoir1 l'homme se jette avec lan du ct oppos1 et s'attache avec abandon au petit nombre de plaisirs que la nature a mis dans son lot4 ,c'est pour la mme raison qu'il les augmente1 les tire1 les faonne1 les adore enfin1 puisque1 sous le rgne de l'idoltrie1 et pendant une longue suite de sicles1 tous les plaisirs ont t des divinits secondaires1 prsides par des dieux suprieurs4 ,la svrit des religions nouvelles a dtruit tous ces patronages3 ,bacchus1 l',amour et ,cornus1 ,diane1 ne sont plus que des souvenirs potiques2 mais la chose subsiste3 et sous la plus srieuse de toutes les croyances1 on se rgale l'occasion des mariages1 des baptmes et mme des spultures4 ,origine du plaisir de la table4 #gb4--,les repas1 dans le sens que nous donnons ce mot1 ont commenc avec le second ge de l'espce humaine1 c'est--dire au moment o elle a cess de se nourrir de fruits4 ,les apprts et la distribution des viandes ont ncessit le rassemblement de la famille1 les chefs distribuant leurs enfants le produit de leur chasse1 et les enfants adultes rendant ensuite le mme service leurs parents vieillis4 ,ces runions1 bornes d'abord aux relations les plus proches1 se sont tendues peu peu celles de voisinage et d'amiti4 ,plus tard1 et quand le genre humain se fut tendu1 le voyageur fatigu vint s'asseoir ces repas primitifs1 et raconta ce qui se passait dans les contres lointaines4 ,ainsi naquit l'hospitalit1 avec ses droits rputs sacrs chez tous les peuples2 car il n'en est aucun si froce qui ne se fit un devoir de respecter les jours de celui avec qui il avait consenti de partager le pain et le sel4 ,c'est pendant le repas que durent natre ou se perfectionner les langues1 soit parce que c'tait une occasion de rassemblement toujours renaissante1 soit parce que le loisir qui accompagne et suit le repas dispose naturellement la confiance et la loquacit4 ,diffrence entre le plaisir de manger et le plaisir de la table4 #gc4--,tels durent tre1 par la nature des choses1 les lments du plaisir de la table1 qu'il faut bien distinguer du plaisir de manger1 qui est son antcdent ncessaire4 ,le plaisir de manger est la sensation actuelle et directe d'un besoin qui se satisfait4 ,le plaisir de la table est la sensation rflchie qui nat de diverses circonstances de faits1 de lieux1 de choses et de personnes qui accompagnent le repas4 ,le plaisir de manger nous est commun avec les animaux1 il ne suppose que la faim et ce qu'il faut pour la satisfaire4 ,le plaisir de la table est particulier l'espce humaine2 il suppose des soins antcdents pour les apprts du repas1 pour le choix du lieu et le rassemblement des convives4 ,le plaisir de manger exige1 sinon la faim1 au moins de l'apptit2 le plaisir de la table est le plus souvent indpendant de l'un et de l'autre4 ,ces deux tats peuvent toujours s'observer dans nos festins4 ,au premier service1 et en commenant la session1 chacun mange avidement1 sans parler1 sans faire attention ce qui peut tre dit2 et quel que soit le rang qu'on occupe dans la socit1 on oublie tout pour n'tre qu'un ouvrier de la grande manufacture4 ,mais quand le besoin commence tre satisfait1 la rflexion nat1 la conversation s'engage1 un autre ordre de choses commence1 et celui qui jusque-l n'tait que consommateur1 devient convive plus ou moins aimable1 suivant que le matre de toutes choses lui en a dispens les moyens4 ,effets4 #gd4--,le plaisir de la table ne comporte ni ravissements1 ni extases1 ni transports1 mais il gagne en dure ce qu'il perd en intensit1 et se distingue surtout par le privilge particulier dont il jouit1 de nous disposer tous les autres1 ou du moins de nous consoler de leur perte4 ,effectivement1 la suite d'un repas bien entendu1 le corps et l'me jouissent d'un bien-tre particulier4 ,au physique1 en mme temps que le cerveau se rafrachit1 la physionomie s'panouit1 le coloris s'lve1 les yeux brillent1 une douce chaleur se rpand dans tous les membres44 ,au moral1 l'esprit s'aiguise1 l'imagination s'chauffe1 les bons mots naissent et circulent2 et si ,la ,farre et ,saint-,aulaire vont la postrit avec la rputation d'auteurs spirituels1 ils le doivent surtout ce qu'ils furent convives aimables4 ,d'ailleurs1 on trouve souvent rassembles autour de la mme table toutes les modifications que l'extrme sociabilit a introduites parmi nous3 l'amour1 l'amiti1 les affaires1 les spculations1 la puissance1 les sollicitations1 le protectorat1 l'ambition1 l'intrigue1 voil pourquoi le conviviat touche tout2 voil pourquoi il produit des fruits de toutes les saveurs4 ,accessoires ,industriels4 #ge4--;,c'est par une consquence immdiate de ces antcdents que toute l'industrie humaine s'est concentre pour augmenter la dure et l'intensit du plaisir de la table4 ,des potes se plaignirent de ce que le cou tant trop court s'opposait la dure du plaisir de la dgustation2 d'autres dploraient le peu de capacit de l'estomac2 et on en vint jusqu' dlivrer ce viscre du soin de digrer un premier repas1 pour se donner le plaisir d'en avaler un second4 ,ce fut l l'effort suprme tent pour amplifier les jouissances du got2 mais si1 de ce ct1 on ne put pas franchir les bornes poses par la nature1 on se jeta dans les accessoires1 qui du moins offraient plus de latitude4 ,on orna de fleurs les vases et les coupes2 on en couronna les convives2 on mangea sous la vote du ciel1 dans les jardins1 dans les bosquets1 en prsence de toutes les merveilles de la nature4 ,au plaisir de la table1 on joignit les charmes de la musique et le son des instruments4 ,ainsi1 pendant que la cour du roi des ,phaciens se rgalait1 le chantre ,phmius clbrait les faits et les guerriers des temps passs4 ,souvent des danseurs1 des bateleurs et des mimes des deux sexes et de tous les costumes1 venaient occuper les yeux sans nuire aux jouissances du got2 les parfums les plus exquis se rpandaient dans les airs2 on alla jusqu' se faire servir par la beaut sans voile1 de sorte que tous les sens taient appels une jouissance universelle4 ,je pourrais employer plusieurs pages prouver ce que j'avance4 ,les auteurs grecs1 romains1 et nos vieilles chroniques1 sont l prts tre copis2 mais ces recherches ont dj t faites1 et ma facile rudition aurait peu de mrite3 je donne donc pour constant ce que d'autres ont prouv3 c'est un droit dont j'use souvent et dont le lecteur doit me savoir gr4 ,dix-huitime et dix-neuvime sicle4 #gf4--,nous avons adopt1 plus ou moins1 suivant les circonstances1 ces divers moyens de batification1 et nous y avons joint encore ceux que les dcouvertes nouvelles nous ont rvls4 ,sans doute la dlicatesse de nos moeurs ne pouvait pas laisser subsister les vomitoires des ,romains2 mais nous avons mieux fait1 et nous sommes parvenus au mme but par une voie avoue par le bon got4 ,on a invent des mets tellement attrayants1 qu'ils font renatre sans cesse l'apptit2 ils sont en mme temps si lgers1 qu'ils flattent le palais1 sans presque surcharger l'estomac4 ,snque aurait dit3 ,nubes esculentas4 ,nous sommes donc parvenus une telle progression alimentaire1 que si la ncessit des affaires ne nous forait pas nous lever de table1 ou si le besoin du sommeil ne venait pas s'interposer1 la dure des repas serait peu prs indfinie1 et on n'aurait aucune donne certaine pour dterminer le temps qui pourrait s'couler depuis le premier coup de madre jusqu'au dernier verre de punch4 ,au surplus1 il ne faut pas croire que tous ces accessoires soient indispensables pour constituer le plaisir de la table4 ,on gote ce plaisir dans presque toute son tendue1 toutes les fois qu'on runit les quatre conditions suivantes3 chre au moins passable1 bon vin1 convives aimables1 temps suffisant4 ,c'est ainsi que j'ai souvent dsir avoir assist au repas frugal qu',horace destinait au voisin qu'il aurait invit1 ou l'hte que le mauvais temps aurait contraint chercher un abri auprs de lui2 savoir3 un bon poulet1 un chevreau 7sans doute bien gras71 et1 pour dessert1 des raisins1 des figues et des noix4 ,en y joignant du vin rcolt sous le consulat de ,manlius 7nata mecum consule ,manlio71 et la conversation de ce pote voluptueux1 il me semble que j'aurais soup de la manire la plus confortable4 ,at mihi cm longum post tempus venerat hospes ,sive operum vacuo1 longum conviva per imbrem ,vicinus1 ben erat1 non piscibus urbe petitis1 ,sed pullo atque hsedo1 tum#cc pensilis uva secundas ,et nux ornabat mensas1 cum duplice ficu4 ,note #cc3 ,le dessert se trouve prcisment dsign et distingu par l'adverbe tum et par les mots secundas mensas4 ,c'est encore ainsi qu'hier ou demain trois paires d'amis se seront rgals du gigot l'eau et du rognon de ,pontoise1 arross d'orlans et de mdoc bien limpides2 et qu'ayant fini la soire dans une causerie pleine d'abandon et de charmes1 ils auront totalement oubli qu'il existe des mets plus fins et des cuisiniers plus savants4 ,au contraire1 quelque recherche que soit la bonne chre1 quelque somptueux que soient les accessoires1 il n'y a pas plaisir de table si le vin est mauvais1 les convives ramasss sans choix1 les physionomies tristes et le repas consomm avec prcipitation4 ,esquisse4 ,mais dira peut-tre le lecteur impatient1 comment donc doit tre fait1 en l'an de grce #ahbe1 un repas pour runir toutes les conditions qui procurent au suprme degr le plaisir de la table8 ,je vais rpondre cette question4 ,recueillez-vous1 lecteurs1 et prtez attention3 c'est ,gasterea1 c'est la plus jolie des muses qui m'inspire2 je serai plus clair qu'un oracle1 et mes prceptes traverseront les sicles4 ,que le nombre des convives n'excde pas douze1 afin que la conversation puisse tre constamment gnrale2 ,qu'ils soient tellement choisis1 que leurs occupations soient varies1 leurs gots analogues1 et avec de tels points de contact qu'on ne soit point oblig d'avoir recours l'odieuse formalit des prsentations2 ,que la salle manger soit claire avec luxe1 le couvert d'une propret remarquable1 et l'atmosphre la temprature de treize seize degrs au thermomtre de ,raumur2 ,que les hommes soient spirituels sans prtention1 et les femmes aimables sans tre trop coquettes#cd2 ,note #cd3 ,j'cris ,paris1 entre le ,palais-,royal et la ,chausse-d',antin4 ,que les mets soient d'un choix exquis1 mais en nombre resserr2 et les vins de premire qualit1 chacun dans son degr2 ,que la progression1 pour les premiers1 soit des plus substantiels aux plus lgers2 et pour les seconds1 des plus lampants aux plus parfums2 ,que le mouvement de consommation soit modr1 le dner tant la dernire affaire de la journe2 et que les convives se tiennent comme des voyageurs qui doivent arriver ensemble au mme but2 ,que le caf soit brlant1 et les liqueurs spcialement de choix de matre2 ,que le salon qui doit recevoir les convives soit assez spacieux pour organiser une partie de jeu pour ceux qui ne peuvent pas s'en passer1 et pour qu'il reste cependant assez d'espace pour les colloques post-mridiens2 ,que les convives soient retenus par les agrments de la socit et ranims par l'espoir que la soire ne se passera pas sans quelque jouissance ultrieure2 ,que le th ne soit pas trop charg2 que les rties soient artistement beurres1 et le punch fait avec soin2 ,que la retraite ne commence pas avant onze heures1 mais qu' minuit tout le monde soit couch4 ,si quelqu'un a assist un repas runissant toutes ces conditions1 il peut se vanter d'avoir assist sa propre apothose1 et on aura d'autant moins de plaisir qu'un plus grand nombre d'entre elles auront t oublies ou mconnues4 ,j'ai dit que le plaisir de la table1 tel que je l'ai caractris1 tait susceptible d'une assez longue dure2 je vais le prouver en donnant la relation vridique et circonstancie du plus long repas que j'aie fait en ma vie3 c'est un bonbon que je mets dans la bouche du lecteur1 pour le rcompenser de la complaisance qu'il a de me lire avec plaisir4 ,la voici3 ,j'avais1 au fond de la ru du ,bac1 une famille de parents1 compose comme il suit3 le docteur1 soixante-dix-huit ans2 le capitaine1 soixante-seize ans2 leur soeur ,jeannette1 soixante-quatorze4 ,je les allais voir quelquefois1 et ils me recevaient toujours avec beaucoup d'amiti4 ,illustration ,parbleu6 me dit un jour le docteur ,dubois en se levant sur la pointe des pieds pour me frapper sur l'paule1 il y a longtemps que tu nous vantes tes fondues 7oeufs brouills au fromage71 tu ne cesses de nous en faire venir l'eau la bouche2 il est temps que cela finisse4 ,nous irons un jour djeuner chez toi1 le capitaine et moi1 et nous verrons ce que c'est4 7,c'est1 je crois1 vers #ahja1 qu'il me faisait cette agacerie47 ,trs-volontiers1 lui rpondis-je1 et vous l'aurez dans toute sa gloire1 car c'est moi qui la ferai4 ,votre proposition me rend tout--fait heureux4 ,ainsi1 demain dix heures1 heure militaire#ce4 ,note #ce3 ,toutes les fois qu'un rendez-vous est annonc ainsi1 on doit servir l'heure sonnante3 les retardataires sont rputs dserteurs4 ,au temps indiqu1 je vis arriver mes deux convives1 rass de frais1 bien peigns1 bien poudrs3 deux petits vieillards encore verts et bien portants4 ,ils sourirent de plaisir quand ils virent la table prte1 du linge blanc1 trois couverts mis1 et chaque place deux douzaines d'hutres1 avec un citron luisant et dor4 ,aux deux bouts de la table s'levait une bouteille de vin de ,sauterne1 soigneusement essuye1 fors le bouchon1 qui indiquait d'une manire certaine qu'il y avait longtemps que le tirage avait eu lieu4 ,hlas6 j'ai vu disparatre1 ou peu prs1 ces djeuners d'hutres1 autrefois si frquents et si gais1 o on les avalait par milliers2 ils ont disparu avec les abbs1 qui n'en mangeaient jamais moins d'une grosse1 et les chevaliers1 qui n'en finissaient plus4 ,je les regrette1 mais en philosophe3 si le temps modifie les gouvernements1 quels droits n'a-t-il pas eus sur de simples usages6 ,aprs les hutres1 qui furent trouves trs fraches1 on servit des rognons la brochette1 une casse de foie gras aux truffes1 et enfin la fondue4 ,on en avait rassembl les lments dans une casserole1 qu'on apporta sur la table avec un rchaud l'esprit-de-vin4 ,je fonctionnai sur le champ de bataille1 et les cousins ne perdirent pas un de mes mouvements4 ,ils se rcrirent sur les charmes de cette prparation1 et m'en demandrent la recette1 que je leur promis1 tout en leur contant ce sujet deux anecdotes que le lecteur rencontrera peut-tre ailleurs4 ,aprs la fondue vinrent les fruits de la saison et les confitures1 une tasse de vrai moka fait la ,dubelloy1 dont la mthode commenait se propager1 et enfin deux espces de liqueurs1 un esprit pour dterger1 et une huile pour adoucir4 ,le djeuner bien fini1 je proposai mes convives de prendre un peu d'exercice1 et pour cela de faire le tour de mon appartement1 appartement qui est loin d'tre lgant1 mais qui est vaste1 confortable1 et o mes amis se trouvaient d'autant mieux que les plafonds et les dorures datent du milieu du rgne de ,louis ,,xv4 ,je leur montrai l'argile originale du buste de ma jolie cousine ,mme ,rcamier par ,chinard1 et son portrait en miniature par ,augustin2 ils en furent si ravis1 que le docteur1 avec ses grosses lvres1 baisa le portrait1 et que le capitaine se permit sur le buste une licence pour laquelle je le battis2 car si tous les admirateurs de l'original venaient en faire autant1 ce sein si voluptueusement contourn serait bientt dans le mme tat que l'orteil de saint ,pierre de ,rome1 que les plerins ont raccourci force de le baiser4 ,je leur montrai ensuite quelques pltres des meilleurs sculpteurs antiques1 des peintures qui ne sont pas sans mrite1 mes fusils1 mes instruments de musique et quelques belles ditions tant franaises qu'trangres4 ,dans ce voyage polymathique1 ils n'oublirent pas ma cuisine4 ,je leur fis voir mon pot-au-feu conomique1 ma coquille rtir1 mon tournebroche pendule1 et mon vaporisateur4 ,ils examinrent tout avec une curiosit minutieuse1 et s'tonnrent d'autant plus1 que chez eux tout se faisait encore comme du temps de la rgence4 ,au moment o nous rentrmes dans mon salon1 deux heures sonnrent4 ,peste6 dit le docteur1 voil l'heure du dner1 et ma soeur ,jeannette nous attend6 ,il faut aller la rejoindre4 ,ce n'est pas que je sente une grande envie de manger1 mais il me faut mon potage4 ,c'est une si vieille habitude1 que quand je passe une journe sans en prendre1 je dis comme ,titus3 ,diem perdidi4--,cher docteur1 lui rpondis-je1 pourquoi aller si loin pour trouver ce que vous avez sous la main8 ,je vais envoyer quelqu'un la cousine1 pour la prvenir que vous restez avec moi1 et que vous me faites le plaisir d'accepter un dner pour lequel vous aurez quelque indulgence1 parce qu'il n'aura pas tout le mrite d'un impromptu fait loisir4 ,il y eut ce sujet1 entre les deux frres1 dlibration oculaire1 et ensuite consentement formel4 ,alors j'expdiai un volante pour le faubourg ,saint-,germain2 je dis un mot mon matre queux2 et aprs un intervalle de temps tout--fait modr1 et partie avec ses ressources1 partie avec celles des restaurateurs voisins1 il nous servit un petit dner bien retrouss et tout--fait apptissant4 ,illustration ,ce fut pour moi une grande satisfaction que de voir le sang-froid et l'aplomb avec lequel mes deux amis s'assirent1 s'approchrent de la table1 talrent leurs serviettes1 et se prparrent agir4 ,ils prouvrent deux surprises auxquelles je n'avais pas moi-mme pens2 car je leur fis servir du parmesan avec le potage1 et leur offris aprs un verre de madre sec4 ,c'taient deux nouveauts importes depuis peu par ,m4 le prince de ,talleyrand1 le premier de nos diplomates1 qui nous devons tant de mots fins1 spirituels1 profonds1 et que l'attention publique a toujours suivi avec un intrt distinct1 soit dans sa puissance1 soit dans sa retraite4 ,le dner se passa trs bien1 tant dans sa partie substantielle que dans ses accessoires obligs1 et mes amis y mirent autant de complaisance que de gat4 ,aprs le dner1 je proposai un piquet1 qui fut refus2 ils prfrrent le far niente des ,italiens1 disait le capitaine2 et nous nous constitumes en petit cercle autour de la chemine4 ,malgr les dlices du far niente1 j'ai toujours pens que rien ne donne plus de douceur la conversation qu'une occupation quelconque1 quand elle n'absorbe pas l'attention2 ainsi je proposai le th4 ,le th tait une tranget pour des ,franais de la vieille roche2 cependant il fut accept4 ,je le fis en leur prsence1 et ils en prirent quelques tasses avec d'autant plus de plaisir qu'ils ne l'avaient jamais regard que comme un remde4 ,une longue pratique m'avait appris qu'une complaisance en amne une autre1 et que quand on est une fois engag dans cette voie on perd le pouvoir de refuser4 ,aussi c'est avec un ton presque impratif que je parlai de finir par un bowl de punch4 ,mais tu me tueras1 disait le docteur4--,mais vous nous griserez1 disait le capitaine4 quoi je ne rpondais qu'en demandant grands cris des citrons1 du sucre et du rhum4 ,je fis donc le punch1 et pendant que j'y tais occup1 on excutait des rties 7toast7 bien minces1 dlicatement beurres et sales point4 ,cette fois il y eut rclamation4 ,les cousins assurrent qu'ils avaient bien assez mang1 et qu'ils n'y toucheraient pas2 mais comme je connais l'attrait de cette prparation si simple1 je rpondis que je ne souhaitais qu'une chose1 c'est qu'il y en et assez4 ,effectivement1 peu aprs le capitaine prenait la dernire tranche1 et je le surpris regardant s'il n'en restait pas ou si on n'en faisait pas d'autres2 ce que j'ordonnai l'instant4 ,cependant le temps avait coul1 et ma pendule marquait plus de huit heures4 ,sauvons-nous1 dirent mes htes2 il faut bien que nous allions manger une feuille de salade avec notre pauvre soeur1 qui ne nous a pas vus de la journe4 cela je n'eus pas d'objections2 et1 fidle aux devoirs de l'hospitalit vis--vis de deux vieillards aussi aimables1 je les accompagnai jusqu' leur voiture1 et je les vis partir4 ,on demandera peut-tre si l'ennui ne se coula pas quelques moments dans une aussi longue sance4 ,je rpondrai ngativement3 l'attention de mes convives fut soutenu par la confection de la fondue1 par le voyage autour de l'appartement1 par quelques nouveauts dans le dner1 par le th1 et surtout par le punch1 dont ils n'avaient jamais got4 ,d'ailleurs le docteur connaissait tout ,paris par gnalogies et anecdotes2 le capitaine avait pass une partie de sa vie en ,italie1 soit comme militaire1 soit comme envoy la cour de ,parme2 j'ai moi-mme beaucoup voyag2 nous causions sans prtention1 nous coutions avec complaisance4 ,il n'en faut pas tant pour que le temps fuie avec douceur et rapidit4 ,le lendemain matin je reus une lettre du docteur2 il avait l'attention de m'apprendre que la petite dbauche de la veille ne leur avait fait aucun mal2 bien au contraire1 aprs un premier sommeil des plus heureux1 ils s'taient levs frais1 dispos1 et prts recommencer4 ,illustration3 ,,la ,,chasse ,,et ,,la ,p,,che4 ,g de4 ,,gonet1 ,editeur ,m,,ditation ,,xv4 ,des haltes de chasse4 #gg4--;,de toutes les circonstances de la vie o le manger est compt pour quelque chose1 une des plus agrables est sans doute la halte de chasse2 et1 de tous les entr'actes connus1 c'est encore la halte de chasse qui peut le plus se prolonger sans ennui4 ,aprs quelques heures d'exercice1 le chasseur le plus vigoureux sent qu'il a besoin de repos2 son visage a t caress par la brise du matin2 l'adresse ne lui a pas manqu dans l'occasion2 le soleil est prs d'atteindre le plus haut de son cours2 le chasseur va donc s'arrter quelques heures1 non par excs de fatigue1 mais par cette impulsion d'instinct qui nous avertit que notre activit ne peut pas tre indfinie4 ,un ombrage l'attire2 le gazon le reoit1 et le murmure de la source voisine l'invite y dposer le flacon destin le dsaltrer#cf4 ,note #cf3 ,j'invite les camarades prfrer le vin blanc2 il rsiste mieux au mouvement et la chaleur1 et dsaltre plus agrablement4 ,ainsi plac1 il sort avec un plaisir tranquille les petits pains crote dore1 dvoile le poulet froid qu'une main amie a plac dans son sac1 et pose tout auprs le carr de gruyre ou de roquefort destin figurer tout un dessert4 ,illustration ,pendant qu'il se prpare ainsi1 le chasseur n'est pas seul2 il est accompagn de l'animal fidle que le ciel a cr pour lui3 le chien accroupi regarde son matre avec amour2 la coopration a combl les distances1 ce sont deux amis1 et le serviteur est la fois heureux et fier d'tre le convive de son matre4 ,ils ont un apptit galement inconnu aux mondains et aux dvots3 aux premiers1 parce qu'ils ne laissent point la faim le temps d'arriver2 aux autres1 parce qu'ils ne se livrent jamais aux exercices qui le font natre4 ,le repas a t consomm avec dlices2 chacun a eu sa part2 tout s'est pass dans l'ordre et la paix4 ,pourquoi ne donnerait-on1 pas quelques instants au sommeil8 l'heure de midi est aussi une heure de repos pour toute la cration4 ,ces plaisirs sont dcupls si plusieurs amis les partagent2 car alors1 en ce cas1 un repas plus copieux a t apport dans ces cantines militaires1 maintenant employes de plus doux usages4 ,on cause avec enjouement des prouesses de l'un1 des solcismes de l'autre1 et des esprances de l'aprs-midi4 ,que sera-ce donc si des serviteurs attentifs arrivent chargs de ces vases consacrs ,bacchus1 o un froid artificiel fait glacer la fois le madre1 le suc de la fraise et de l'ananas1 liqueurs dlicieuses1 prparations divines1 qui font couler dans les veines une fracheur ravissante1 et portent dans tous les sens un bien-tre inconnu aux profanes#cg4 ,note #cg3 ,c'est mon ami ,alexandre ,delessert qui1 le premier1 a mis en usage cette pratique pleine de charmes4 ,nous chassions ,villeneuve par un soleil ardent1 le thermomtre de ,raumur marquant #bf a l'ombre4 ,ainsi placs sous la zone torride1 il avait eu l'attention de faire trouver sous nos pas des serviteurs potophores#ch qui avaient1 dans des seaux de cuir pleins de glace1 tout ce que l'on pouvait dsirer1 soit pour rafrachir1 soit pour conforter4 ,on choisissait1 et on se sentait revivre4 ,je suis tent de croire que l'application d'un liquide aussi frais des langues arides et des gosiers desschs1 cause la sensation la plus dlicieuse qu'on puisse goter en sret de conscience4 ,note #ch3 ,m4 ,hoffmann condamne cette expression a cause de sa ressemblance avec pot-au-feu2 il vient substituer oenophore1 mot dj connu4 ,mais ce n'est point encore le dernier terme de cette progression d'enchantements4 ,les ,dames4 #gh4--;,il est des jours o nos femmes1 nos soeurs1 nos cousines1 leurs amies1 ont t invites venir prendre part nos amusements4 l'heure promise1 on voit arriver des voitures lgres et des chevaux fringants1 chargs de belles1 de plmes et de fleurs4 ,la toilette de ces dames a quelque chose de militaire et de coquet2 et l'oeil du professeur peut1 de temps autre1 saisir les chappes de vue que le hasard seul n'a pas mnages4 ,bientt le flanc des calches s'entrouvre et laisse apercevoir les trsors du ,prigord1 les merveilles de ,strasbourg1 les friandises d',achard1 et tout ce qu'il y a de transportable dans les laboratoires les plus savants4 ,on n'a point oubli le champagne fougueux qui s'agite sous la main de la beaut2 on s'assied sur la verdure1 on mange1 les bouchons volent2 on cause1 on rit1 on plaisante en toute libert2 car on a l'univers pour salon et le soleil pour lumire4 ,d'ailleurs l'apptit1 cette manation du ciel1 donne ce repas une vivacit inconnue dans les enclos1 quelque bien dcors qu'ils soient4 ,cependant comme il faut que tout finisse1 le doyen donne le signal2 on se lve1 les hommes s'arment de leurs fusils1 les dames de leurs chapeaux4 ,on se dit adieu1 les voitures s'avancent1 et les beauts s'envolent pour ne plusse montrer qu' la chute du jour4 ,voil ce que j'ai vu dans les hautes classes de la socit o le ,pactole roule ses flots2 mais tout cela n'est pas indispensable4 ,j'ai chass au centre de la ,france et au fond des dpartements2 j'ai vu arriver la halte des femmes charmantes1 des jeunes personnes rayonnantes de fracheur1 les unes en cabriolets1 les autres dans de simples carrioles1 ou sur l'ne modeste qui fait la gloire et la fortune des habitants de ,montmorency2 je les ai vues les premires rire des inconvnients du transport2 je les ai vues taler sur la pelouse la dinde gele transparente1 le pt de mnage1 la salade toute prte tre retourne2 je les ai vues danser d'un pied lger autour du feu du bivouac allum en pareille occasion2 j'ai pris part aux jeux et aux foltreries qui accompagnent ce repas nomade1 et je suis bien convaincu qu'avec moins de luxe on ne rencontre ni moins de charmes1 ni moins de gat1 ni moins de plaisir4 ,eh6 pourquoi quand on se spare1 n'changerait-on pas quelques baisers avec le roi de la chasse parce qu'il est dans sa gloire2 avec le culot1 parce qu'il est malheureux2 avec les autres1 pour ne pas faire de jaloux8 il y a dpart1 l'usage l'autorise1 il est permis et mme enjoint d'en profiter4 ,camarades6 chasseurs prudents1 qui visez au solide1 tirez droit et soignez les bourriches avant l'arrive des dames2 car l'exprience a appris qu'aprs leur dpart il est rare que la chasse soit fructueuse4 ,on s'est puis en conjectures pour expliquer cet effet4 ,les uns l'attribuent au travail de la digestion1 qui rend toujours le corps un peu lourd2 d'autres1 l'attention distraite qui ne peut plus se recueillir2 d'autres1 des colloques confidentiels qui peuvent donner l'envie de retourner bien vite4 ,quant nous1 ,dont jusqu'au fond des coeurs le regard a pu lire1 nous pensons que1 l'ge des dames tant l'orient1 et les chasseurs matire inflammable1 il est impossible que1 par la collision des sexes1 il ne s'chappe pas quelque tincelle gnsique qui effarouche la chaste ,diane1 et qui fait que dans son dplaisir elle retire1 pour le reste de la journe1 ses faveurs aux dlinquants4 ,nous disons pour le reste de la journe1 car l'histoire d',endymion nous a appris que la desse est bien loin d'tre svre aprs le soleil couch4 7,voyez le tableau de ,girodet47 ,les haltes de chasse sont une matire vierge que nous n'avons fait qu'effleurer2 elle pourrait tre l'objet d'un trait aussi amusant qu'instructif4 ,nous le lguons au lecteur intelligent qui voudra s'en occuper4 ,illustration ,m,,ditation ,,xvi ,de la ,digestion4 #gi4--,on ne vit pas de ce qu'on mange1 dit un vieil adage1 mais de ce qu'on digre4 ,il faut donc digrer pour vivre2 et cette ncessit est un niveau qui couche sous sa puissance le pauvre et le riche1 le berger et le roi4 ,mais combien peu savent ce qu'ils font quand ils digrent6 ,la plupart sont comme ,m4 ,jourdain1 qui faisait de la prose sans le savoir2 et c'est pour ceux-l que je trace un histoire populaire de la digestion1 persuad que je suis que ,m4 ,jourdain fut bien plus content2 quand le philosophe l'eut rendu certain que ce qu'il faisait tait de la prose4 ,pour connatre la digestion dans son ensemble1 il faut la joindre ses antcdents et ses consquences4 ,ingestion4 #hj4--,l'apptit1 la faim et la soif nous avertissent que le corps a besoin de se restaurer2 et la douleur1 ce moniteur universel1 ne tarde pas nous tourmenter1 si nous ne pouvons pas y obir4 ,alors viennent le manger et le boire1 qui constituent l'ingestion1 opration qui commence au moment o les aliments arrivent la bouche1 et finit celui o ils entrent dans l'oesophage4#ci ,note #ci3 ,l'oesophage est le canal qui commence derrire la trache-artre1 et conduit du gosier l'estomac3 son extrmit suprieure se nomme pharynx4 ,pendant ce trajet1 qui n'est que de quelques pouces1 il se passe bien des choses4 ,les dents divisent les aliments solides2 les glandes de toutes espces qui tapissent la bouche intrieure les humectent1 la langue les gche pour les mler2 elle les presse ensuite contre le palais pour en exprimer le jus et en savourer le got2 en faisant cette fonction1 la langue runit les aliments en masse dans le milieu de la bouche2 aprs quoi1 s'appuyant contre la mchoire infrieure1 elle se soulve dans le milieu1 de sorte qu'il se forme sa racine une pente qui les entrane dans l'arrire-bouche1 o ils sont reus par le pharynx1 qui1 se contractant son tour1 les fait entrer dans l'oesophage1 dont le mouvement pristaltique les conduit jusqu' l'estomac4 ,une bouche ainsi dbite1 une seconde lui succde de la mme manire2 les boissons qui sont aspires dans les entr'actes prennent la mme route1 et la dglutition continue jusqu' ce que le mme instinct qui avait appel l'ingestion nous avertisse qu'il est temps de finir4 ,mais il est rare qu'on obisse la premire injonction2 car un des privilges de l'espce humaine est de boire sans avoir soif2 et dans l'tat actuel de l'art1 les cuisiniers savent bien nous faire manger sans avoir faim4 ,par un tour de force trs remarquable1 pour que chaque morceau arrive jusqu' l'estomac1 il faut qu'il chappe deux dangers3 ,le premier est d'tre refoul dans les arrire-narines2 mais heureusement l'abaissement du voile du palais et la construction du pharynx s'y opposent2 ,la second danger serait de tomber dans la trache-artre1 au-dessus de laquelle tous nos aliments passent1 et celui-ci serait beaucoup plus grave2 car1 ds qu'un corps tranger tombe dans la trache-artre1 une toux convulsive commence1 pour ne finir que quand il est expuls4 ,mais1 par un mcanisme admirable1 la glotte se resserre pendant qu'on avale2 elle est dfendue par l'piglotte1 qui la recouvre1 et nous avons un certain instinct qui nous porte ne pas respirer pendant la dglutition2 de sorte qu'en gnral on peut dire que1 malgr cette trange conformation1 les aliments arrivent facilement dans l'estomac1 o finit l'empire de la volont et o commence la digestion proprement dite4 ,office de l'estomac4 #ha4 ,la digestion est une opration tout fait mcanique1 et l'appareil digesteur peut tre considr comme un moulin garni de ses blutoirs1 dont l'effet est d'extraire des aliments ce qui peut servir rparer nos corps1 et de rejeter le marc dpouill de ses parties animalisables4 ,on a longtemps et vigoureusement disput sur la manire dont se fait la digestion dans l'estomac1 et pour savoir si elle se fait par coction1 maturation1 fermentation1 dissolution gastrique1 chimique ou vitale1 etc4 ,on y peut trouver un peu de tout cela2 et il n'y avait faute que parce qu'on voulait attribuer un agent unique le rsultat de plusieurs causes ncessairement runies4 ,effectivement1 les aliments1 imprgns de tous les fluides que leur fournissent la bouche et l'oesophage1 arrivent dans l'estomac1 o ils sont pntrs par le suc gastrique dont il est toujours plein3 ils sont soumis pendant plusieurs heures une chaleur de plus de trente degrs de ,raumur2 ils sont sasss et mls par le mouvement organique de l'estomac1 que leur prsence excite3 ils agissent les uns sur les autres par l'effet de cette juxtaposition1 et il est impossible qu'il n'y ait pas fermentation1 puisque presque tout ce qui est alimentaire est fermentescible4 ,par suite de toutes ces oprations1 le chyle s'labore2 la couche alimentaire1 qui est immdiatement superpose1 est la premire qui est approprie2 elle passe par le pylore et tombe dans les intestins3 une autre lui succde1 et ainsi de suite1 jusqu' ce qu'il n'y ait plus rien dans l'estomac1 qui se vide1 pour ainsi dire1 par bouches1 et de la mme manire dont il s'tait rempli4 ,le pylore est une espce d'entonnoir charnu1 qui sert de communication entre l'estomac et les intestins2 il est fait de manire ce que les aliments ne puissent1 du moins que difficilement1 remonter4 ,ce viscre important est sujet quelquefois s'obstruer1 et alors on meurt de faim1 aprs de longues et effroyables douleurs4 ,l'intestin qui reoit les aliments au sortir du pylore est le duodnum2 il a t ainsi nomm parce qu'il est long de douze doigts4 ,le chyle arriv dans le duodnum y reoit une laboration nouvelle par le mlange de la bile et du suc pancratique2 il perd la couleur gristre et acide qu'il avait auparavant1 se colore en jaune1 et commence contracter le fumet stercoral1 qui va toujours en s'aggravant mesure qu'il s'avance vers le rectum4 ,les divers principes qui se trouvent dans ce mlange agissent rciproquement les uns sur les autres3 le chyle se prpare1 et il doit y avoir formation de gaz analogues4 ,le mouvement organique d'impulsion qui avait fait sortir le chyle de l'estomac1 continuant1 le pousse vers les intestins grles3 l se dgage le chyle1 qui est absorb par les organes destins cet usage1 et qui est port vers le foie pour s'y mler au sang1 qu'il rafrachit en rparant les pertes causes par l'absorption des organes vitaux et par l'exhalation transpiratoire4 ,il est assez difficile d'expliquer comment le chyle1 qui est une liqueur blanche et peu prs insipide et inodore1 peut s'extraire d'une masse dont la couleur1 l'odeur et le got doivent tre trs prononcs4 ,quoi qu'il en soit1 l'extraction du chyle parat tre le vritable but de la digestion1 et aussitt qu'il est ml la circulation1 l'individu en est averti par une augmentation de force vitale et par une conviction intime que ses pertes sont rpares4 ,la digestion des liquides est bien moins complique que celle des aliments solides1 et peut s'exposer en peu de mots4 ,la partie alimentaire qui se trouve suspendue se spare1 se joint au chyle1 et en subit toutes les vicissitudes4 ,la partie purement liquide est absorbe par les suoirs de l'estomac et jete dans la circulation3 de l elle est porte par les artres mulgentes vers les reins1 qui la filtrent et l'laborent1 et1 au moyen des uretres #dj1 la font parvenir dans la vessie sous la forme d'urine4 ,note #dj3 ,ces uretres sont deux conduits de la grosseur d'un tuyau de plume crire1 qui partent de chacun des reins1 et aboutissent au col postrieur de la vessie4 ,arrive ce dernier rcipient1 et quoique galement retenue par un sphincter1 l'urine y rside peu2 son action excitante fait natre le besoin2 et bientt une constriction volontaire la rend la lumire et la fait jaillir par les canaux d'irrigation que tout le monde connat et qu'on est convenu de ne jamais nommer4 ,la digestion dure plus ou moins de temps1 suivant la disposition particulire des individus4 ,cependant on peut lui donner un terme moyen de sept heures1 savoir3 un peu plus de trois heures pour l'estomac1 et le surplus pour le trajet jusqu'au rectum4 ,illustration3 page #bjh ,illustration3 ,,influences ,g4 de ,,gonet1 ,editeur ,au moyen de cet expos1 que j'ai extrait des meilleurs auteurs1 et que j'ai convenablement dgag des aridits anatomiques et des abstractions de la science1 mes lecteurs pourront dsormais assez bien juger de l'endroit o doit se trouver le dernier repas qu'ils auront pris1 savoir3 pendant les trois premires heures1 dans l'estomac2 plus tard1 dans le trajet intestinal2 et aprs sept ou huit heures1 dans le rectum1 en attendant son tour d'expulsion4 ,influence de la digestion4 #hb4 ,la digestion est de toutes les oprations corporelle celle qui influe le plus sur l'tat moral de l'individu4 ,cette assertion ne doit tonner personne1 et il est impossible que cela soit autrement4 ,les principes de l plus simple psychologie nous apprennent que l'me n'est impressionne qu'au moyen des organes qui lui sont soumis et qui la mettent en rapport avec les objets extrieurs2 d'o il suit que1 quand ces organes sont mal conservs1 mal restaurs1 ou irrits1 cet tat de dgradation exerce une influence ncessaire sur les sensations1 qui sont les moyens intermdiaires et occasionnels des oprations intellectuelles4 ,ainsi1 la manire habituelle dont la digestion se fait1 et surtout se termine1 nous rend habituellement tristes1 gais1 taciturnes1 parleurs1 moroses ou mlancoliques1 sans que nous nous en doutions1 et surtout sans que nous puissions nous y refuser4 ,on pourrait ranger sous ce rapport1 le genre humain civilis en trois grandes catgories3 les rguliers1 les rservs et les relchs4 ,il est d'exprience que tous ceux qui se trouvent dans ces diverses sries1 non seulement ont des dispositions naturelles semblables et des propensions qui leur sont communes1 mais encore qu'ils ont quelque chose d'analogue et de similaire dans l manire dont ils remplissent les missions que le hasard leur a dparties dans le cours de la vie4 ,pour me faire comprendre par un exemple1 je le prendrai dans le vaste champ de la littrature4 ,je crois que les gens de lettres doivent le plus souvent leur estomac le genre qu'ils ont prfrablement choisi4 ,sous ce point de vue1 les potes comiques doivent tre dans les rguliers1 les tragiques dans les resserrs1 et les lgiaques et pastoureaux dans les relchs3 d'o il suit que le pote le plus lacrymal n'est spar du pote que par quelque degr de coction digestionnaire4 ,c'est par application de ce principe au courage que1 dans le temps o le prince ,eugne de ,savoie faisait le plus grand mal la ,france1 quelqu'un de la cour de ,louis ,,xiv s'criait3 ,oh6 que ne puis-je lui envoyer la foire pendant huit jours6 ,j'en aurais bientt fait le plus grand j444-f44444de l',europe4 ,htons-nous1 disait un gnral anglais1 de faire battre nos soldats pendant qu'ils ont encore le morceau de boeuf dans l'estomac4 ,la digestion1 chez les jeunes gens1 est souvent accompagne d'un lger frisson1 et chez les vieillards d'une assez forte envie de dormir4 ,dans le premier cas1 c'est la nature qui retire le calorique des surfaces1 pour l'employer dans son laboratoire2 dans le second1 c'est la mme puissance qui1 dj affaiblie par l'ge1 ne peut plus suffire la fois au travail de la digestion et l'excitation des sens4 ,dans les premiers moments de la digestion1 il est dangereux de se livrer aux travaux de l'esprit1 plus dangereux encore de s'abandonner aux jouissances gnsiques4 ,le courant qui porte vers les cimetires de la capitale y entrane chaque anne des centaines d'hommes qui1 aprs avoir trs bien dn1 et quelquefois pour avoir trop bien dn1 n'ont pas su fermer les yeux et se boucher les oreilles4 ,cette observation contient un avis1 mme pour la jeunesse1 qui ne regarde rien2 un conseil pour les hommes faits1 qui oublient que le temps ne s'arrte jamais2 et une loi pnale pour ceux qui sont du mauvais ct de cinquante ans 7on the wrong side of fifty74 ,quelques personnes ont de l'humeur pendant tout le temps qu'elles digrent2 ce n'est le temps alors ni de leur prsenter des projets1 ni de leur demander des grces4 ,de ce nombre tait spcialement le marchal ,augereau2 pendant la premire heure aprs son dner1 il tuait tout1 amis et ennemis4 ,je lui ai entendu dire un jour qu'il y avait dans l'arme deux personnes que le gnral en chef tait toujours matre de faire fusiller1 savoir3 le commissaire ordonnateur en chef et le chef de son tat-major4 ,ils taient prsents l'un et l'autre2 le gnral ,chrin rpondit en clinant1 mais avec esprit2 l'ordonnateur ne rpondit rien1 mais il n'en pensa probablement pas moins4 ,j'tais cette poque attach son tat-major1 et mon couvert tait toujours mis sa table2 mais j'y venais rarement1 par la crainte de ces bourrasques priodiques2 j'avais peur que1 sur un mot1 il ne m'envoyt digrer en prison4 ,je l'ai souvent rencontr depuis ,paris2 et comme il me tmoignait obligeamment le regret de ne m'avoir pas vu plus souvent1 je ne lui en dissimulai point la cause2 nous en rmes ensemble2 mais il avoua presque que je n'avais pas eu tout--fait tort4 ,nous tions alors ,offenbourg1 et on se plaignait l'tat-major de ce que nous ne mangions ni gibier ni poisson4 ,cette plainte tait fonde2 car c'est une maxime de droit public1 que les vainqueurs doivent faire bonne chre aux dpens des vaincus4 ,ainsi1 le jour mme1 j'crivis au conservateur des forts une lettre fort polie pour lui indiquer le mal et lui prescrire le remde4 ,le conservateur tait un vieux retre1 grand1 sec et noir1 qui ne pouvait pas nous souffrir1 et qui sans doute ne nous traitait pas bien1 de peur que nous ne prissions racine dans son territoire4 ,sa rponse fut donc peu prs ngative et pleine d'vasions4 ,les gardes s'taient enfuis1 de peur de nos soldats2 les pcheurs ne gardaient plus de subordination2 les eaux taient grosses1 etc41 etc4 de si bonnes raisons je ne rpliquai pas2 mais je lui envoyai dix grenadiers pour les loger et nourrir discrtion jusqu' nouvel ordre4 ,le topique fit effet3 le surlendemain1 de trs grand-matin1 il nous arriva un chariot bien et richement charg2 les gardes taient sans doute revenus1 les pcheurs soumis1 car on nous apportait1 en gibier et en poisson1 de quoi nous rgaler pour plus d'une semaine3 chevreuils1 bcasses1 carpes1 brochets2 c'tait une bndiction4 ,a la rception de cette offrande expiatoire1 je dlivrai de ses htes le conservateur malencontreux4 ,il vint nous voir2 je lui fis entendre raison2 et pendant le reste de notre sjour en ce pays1 nous n'emes qu' nous louer de ses bons procds4 ,illustration3 glyph ,m,,ditation ,,xvii4 ,du ,repos4 #hc4 ,l'homme n'est pas fait pour jouir d'une activit indfinie2 la nature ne l'a destin qu' une existence interrompue1 il faut que ses perceptions finissent aprs un certain temps4 ,ce temps d'activit peut s'allonger en variant le genre et la nature des sensations qu'il lui fait prouver2 mais cette continuit d'existence l'amne dsirer le repos4 ,le repos conduit au sommeil1 et le sommeil produit les rves4 ,ici nous nous trouvons aux dernires limites de l'humanit3 car l'homme qui dort n'est dj plus l'homme social2 la loi protge encore1 mais ne lui commande plus4 ,ici se place naturellement un fait assez singulier2 qui m'a t racont par dom ,duhaget1 autrefois prieur de la chartreuse de ,pierre-,chtel4 ,dom ,duhaget tait d'une trs-bonne famille de ,gascogne1 et avait servi avec distinction1 il avait t vingt ans capitaine d'infanterie2 il tait chevalier de ,saint-,louis4 ,je n'ai connu personne d'une pit plus douce et d'une conversation plus aimable4 ,illustration3 a monk ,nous avions1 me disait-il1 44441 o j'ai t prieur avant que de venir ,pierre-,chtel1 un religieux d'une humeur mlancolique1 d'un caractre sombre1 et qui tait connu pour tre somnambule4 ,quelquefois1 dans ses accs1 il sortait de sa cellule1 et y rentrait seul2 d'autres fois il s'garait1 et on tait oblig de l'y reconduire4 ,on avait consult et fait quelques remdes2 ensuite les rechutes tant devenues plus rares1 on avait cess de s'en occuper4 ,un soir que je ne m'tais point couch l'heure ordinaire1 j'tais mon bureau1 occup examiner quelques papiers1 lorsque j'entendis ouvrir la porte de mon appartement1 dont je ne retirais presque jamais la clef1 et bientt je vis entrer ce religieux dans un tat absolu de somnambulisme4 ,il avait les yeux ouverts1 mais fixes1 n'tait vtu que de la tunique avec laquelle il avait d se coucher1 et tenait un grand couteau la main4 ,il alla droit mon lit1 dont il connaissait la position1 eut l'air de vrifier1 en ttant avec la main1 si je m'y trouvais effectivement2 aprs quoi1 il frappa trois grands coups tellement fournis1 qu'aprs avoir perc les couvertures la lame entra profondment dans le matelas1 ou plutt la natte qui m'en tenait lieu4 ,lorsqu'il avait pass devant moi1 il avait la figur contracte et les sourcils froncs4 ,quand il eut frapp1 il se retourna1 et j'observai que son visage tait dtendu et qu'il y rgnait quelque air de satisfaction4 ,l'clat des deux lampes qui taient sur mon bureau ne fit aucune impression sur ses yeux1 et il s'en retourna comme il tait venu1 ouvrant et fermant avec discrtion deux portes qui conduisaient ma cellule1 et bientt je m'assurai qu'il se retirait directement et paisiblement dans la sienne4 ,vous pouvez juger1 continua le prieur1 de l'tat o je me trouvai pendant cette terrible apparition4 ,je frmis d'horreur la vue du danger auquel je venais d'chapper1 et je remerciai la ,providence2 mais mon motion tait telle1 qu'il me fut impossible de fermer les yeux le reste de la nuit4 ,le lendemain je fis appeler le somnambule1 et lui demandai sans affectation quoi il avait rv la nuit prcdente4 cette question1 il se troubla4 ,mon pre1 me rpondit-il1 j'ai fait un rve si trange1 que j'ai vritablement quelque peine vous le dcouvrir3 c'est peut-tre l'oeuvre du dmon1 et444--,je vous l'ordonne1 lui rpliquai-je2 un rve est toujours involontaire2 ce n'est qu'une illusion4 ,parlez avec sincrit4--,mon pre1 dit-il alors1 peine tais-je couch que j'ai rv que vous aviez tu ma mre2 que son ombre sanglante m'tait apparue pour demander vengeance1 et qu' cette vue j'avais t transport d'une telle fureur1 que j'ai couru comme un forcen votre appartement2 et vous ayant trouv dans votre lit1 je vous y ai poignard4 ,peu aprs1 je me suis rveill tout en sueur1 en dtestant mon attentat1 et bientt j'ai bni ,dieu qu'un si grand crime n'est pas t commis4444--,il a t plus commis que vous ne pensez1 lui dis-je avec un air srieux et tranquille4 ,alors je lui racontai ce qui s'tait pass1 et lui montrai la trace des coups qu'il avait cru m'adresser4 cette vue1 il se jeta mes pieds1 tout en larmes1 gmissant du malheur involontaire qui avait pens arriver1 et implorant telle pnitence que je croyais devoir lui infliger4 --,non1 non1 m'criai-je1 je ne vous punirai point d'un fait involontaire2 mais dsormais je vous dispense d'assister aux offices de la nuit1 et vous prviens que votre cellule sera ferme en dehors1 aprs le repas du soir1 et ne s'ouvrira que pour vous donner la facilit de venir la messe de famille qui se dit la pointe du jour4 ,si1 dans cette circonstance laquelle il n'chappa que par miracle1 le prieur et t tu1 le moine somnambule n'et pas t puni1 parce que c'et t de sa part un meurtre involontaire4 ,temps du repos4 #hd4--,les lois gnrales imposes au globe que nous habitons ont d influer sur la manire d'exister de l'espce humaine4 ,l'alternative de jour et de nuit qui se fait sentir sur toute la terre avec certaines varits1 mais cependant de manire qu'en rsultat de compte l'un et l'autre se compensent1 a indiqu assez naturellement le temps de l'activit comme celui du repos2 et probablement l'usage de notre vie n'et point t le mme si nous eussions eu un jour sans fin4 ,quoi qu'il en soit1 quand l'homme a joui1 pendant une certaine dure1 de la plnitude de sa vie1 il vient un moment o il ne peut plus y suffire2 son impressionnabilit diminue graduellement2 les attaques les mieux diriges sur chacun de ses sens demeurent sans effet1 les organes se refusent ce qu'ils avaient appel avec plus d'ardeur1 l'me est sature de sensations1 le temps du repos arriv4 ,il est facile de voir que nous avons considr l'homme social1 environn de toutes les ressources et du bien-tre de la haute civilisation2 car ce besoin de se reposer arrive bien plus vite et bien plus rgulirement pour celui qui subit la fatigue d'un travail assidu dans son cabinet1 dans son atelier1 en voyage1 la guerre1 la chasse ou de toute autre manire4 ce repos1 comme tous les actes conservateurs1 la nature1 cette excellente mre1 a joint un grand plaisir4 ,l'homme qui se repose prouve un bien-tre aussi gnral qu'indfinissable2 il sent ses bras retomber par leur propre poids1 ses fibres se distendre1 son cerveau se rafrachir2 ses sens sont calmes1 ses sensations obtuses2 il ne dsire rien1 il ne rflchit plus2 un voile de gaze s'tend sur ses yeux4 ,encore quelques instants1 et il dormira4 ,illustration3 page #bah ,m,,ditation #ah ,du ,sommeil4 #he4--,quoiqu'il y ait quelques hommes tellement organiss qu'on peut presque dire qu'ils ne dorment pas1 cependant il est de vrit gnrale que le besoin de dormir est aussi imprieux que la faim et la soif4 ,les sentinelles avances l'arme s'endorment souvent1 tout en se jetant du tabac dans les yeux2 et ,pichegru1 traqu par la police de ,bonaparte1 paya #cj1jjj fr4 une nuit de sommeil pendant laquelle il fut vendu et livr4 ,dfinition4 #hf4--,le sommeil est cet tat d'engourdissement dans lequel l'homme1 spar des objets extrieurs par l'inactivit force de ses sens1 ne vit plus que de la vie mcanique4 ,le sommeil1 comme la nuit1 est prcd et suivi de deux crpuscules1 dont le premier conduite l'inertie absolue1 et le second ramne la vie active4 ,tchons d'examiner ces divers phnomnes4 ,au moment o le sommeil commence1 les organes des sens tombent peu peu dans l'inaction3 le got d'abord1 la vue et l'odorat ensuite2 l'oue veille encore1 et le toucher toujours2 car il est l pour nous avertir par la douleur des dangers que le corps peut courir4 ,le sommeil est toujours prcd d'une sensation plus ou moins voluptueuse3 le corps y tombe avec plaisir par l certitude d'une prompte restauration2 et l'me s'y abandonne avec confiance1 dans l'espoir que ses moyens d'activit y seront retremps4 ,c'est faute d'avoir bien apprci cette sensation1 cependant si positive1 que des savants de premier ordre ont compar le sommeil la mort1 laquelle tous les tres vivants rsistent de toutes leurs forces1 et qui est marque par des symptmes si particuliers et qui font horreur mme aux animaux4 ,comme tous les plaisirs1 le sommeil devient une passion2 car on a vu des personnes dormir les trois quarts de leur vie2 et1 comme toutes les passions1 il ne produit alors que des effets funestes1 savoir3 la paresse1 l'indolence1 l'affaiblissement1 la stupidit et la mort4 ,l'cole de ,salerne n'accordait que sept heures de sommeil1 sans distinction d'ge ou de sexe4 ,cette doctrine est trop svre2 il faut accorder quelque chose aux enfants par besoin1 et aux femmes par complaisance2 mais on peut regarder comme certain que toutes les fois qu'on passe plus de dix heures au lit1 il y a excs4 ,dans les premiers moments du sommeil crpusculaire1 la volont dure encore3 on pourrait se rveiller1 l'oeil n'a pas encore perdu toute sa puissance4 ,non omnibus dormio1 disait ,mcnes1 et dans cet tat plus d'un mari a acquis de fcheuses certitudes4 ,quelques ides naissent encore1 mais elles sont incohrentes2 on a des lueurs douteuses2 on croit voir voltiger des objets mal termins4 ,cet tat dure peu2 bientt tout disparat1 tout branlement cesse1 et on tombe dans le sommeil absolu4 ,que fait l'me pendant ce temps8 elle vit en elle-mme2 elle est comme le pilote pendant le calme1 comme un miroir pendant la nuit1 comme un luth dont personne ne touche2 elle attend de nouvelles excitations4 ,cependant quelques psychologues1 et entre autres ,m4 le comte de ,redern1 prtendent que l'me ne cesse jamais d'agir2 et ce dernier en donne pour preuve que tout homme que l'on arrache son premier sommeil prouve la sensation de celui qu'on trouble dans une opration laquelle il serait srieusement occup4 ,cette observation n'est pas sans fondement1 et mrite d'tre attentivement vrifie4 ,au surplus cet tat d'anantissement absolu est de peu de dure 7il ne passe presque jamais cinq ou six heures72 peu peu les pertes se rparent2 un sentiment obscur d'existence commence renatre1 et le dormeur passe dans l'empire des songes4 ,illustration3 page #bba ,m,,ditation ,,xix ,des ,rves4 ,les rves sont des impressions unilatrales qui arrivent l'me sans le secours des objets extrieurs4 ,ces phnomnes1 si communs et en mme temps si extraordinaires1 sont cependant encore peu connus4 ,la faute en est aux savants1 qui ne nous ont pas encore laiss un corps d'observations suffisant4 ,ce secours indispensable viendra avec le temps1 et la double nature de l'homme en sera mieux connue4 ,dans l'tat actuel de la science1 il doit rester pour convenu qu'il existe un fluide aussi subtil que puissant1 qui transmet au cerveau les impressions reues par les sens2 et que c'est par l'excitation que causent ces impressions que naissent les ides4 ,le sommeil absolu est d la dperdition et l'inertie de ce fluide4 ,il faut croire que les travaux de la digestion et de l'assimilation1 qui sont loin de s'arrter pendant le sommeil1 rparent cette perte1 de sorte qu'il est un temps o l'individu1 ayant dj tout ce qu'il faut pour agir1 n'est point encore excit par les objets extrieurs4 ,alors le fluide nerveux1 mobile par sa nature1 se porte au cerveau par les conduits nerveux2 il s'insinue dans les mmes endroits et dans les mmes traces1 puisqu'il arrive par la mme voie1 il doit donc produire les mmes effets1 mais cependant avec moins d'intensit4 ,la raison de cette diffrence me parut facile saisir4 ,quand l'homme veill est impressionn par un objet extrieur1 la sensation est prcise1 soudaine et ncessaire2 l'organe tout entier est en mouvement4 ,quand1 au contraire1 la mme impression lui est transmise pendant son sommeil1 il n'y a que la partie postrieure des nerfs qui soit en mouvement2 la sensation doit ncessairement tre moins vive et moins positive2 et pour tre plus facilement entendu1 nous disons que chez l'homme veill il y a percussion de tout l'organe1 et chez l'homme dormant il n'y a qu'branlement de la partie qui avoisine le cerveau4 ,cependant on sait que dans les rves voluptueux la nature atteint son but peu prs comme dans la veille2 mais cette diffrence nat de la diffrence mme des organes2 car la gnsique n'a besoin que d'une excitation quelle qu'elle soit1 et chaque sexe porte avec soi tout le matriel ncessaire pour la consommation de l'acte auquel la nature l'a destin4 ,recherche faire4 #hg4--,quand le fluide nerveux est ainsi port au cerveau1 il y afflue toujours par les couloirs destins l'exercice de quelqu'un de nos sens1 et voil pourquoi il y rveille certaines sensations ou sries d'ides prfrablement d'autres4 ,ainsi1 on croit voir quand c'est le nerf optique qui est branl1 entendre quand ce sont les nerfs auditifs1 etc42 et remarquons ici1 comme singularit1 qu'il est au moins trs rare que les sensations qu'on prouve en rvant se rapportent au got et l'odorat3 quand on rve d'un parterre o d'une prairie1 on voit des fleurs sans en sentir le parfum2 si l'on croit assister un repas1 on en voit les mets sans en savourer le got4 ,ce serait un travail digne des plus savants que de rechercher pourquoi deux de nos sens n'impressionnent point l'me pendant le sommeil1 tandis que les quatre autres jouissent de presque toute leur puissance4 ,je ne connais aucun psychologue qui s'en soit occup4 ,remarquons aussi que plus les affections que nous prouvons en dormant sont intrieures1 plus elles ont de force4 ,ainsi1 les ides les plus sensuelles ne sont rien auprs des angoisses qu'on ressent si on rve qu'on a perdu un enfant chri ou qu'on va tre pendu4 ,on peut se rveiller1 en pareil cas1 tout tremp de sueur ou tout mouill de larmes4 ,nature des songes4 #hh4 ,,quelle que soit la bizarrerie des ides qui quelquefois nous agitent en dormant1 cependant en y regardant d'un peu prs1 on verra que ce ne sont que des souvenirs ou des combinaisons de souvenirs4 ,je suis tent de dire que les songes ne sont que la mmoire des sens4 ,leur tranget ne consiste donc qu'en ce que l'association de ces ides est insolite1 parce qu'elle s'est affranchie des lois de la chronologie1 des convenances et du temps2 de sorte que1 en dernire analyse1 personne n'a jamais rv ce qui lui tait auparavant tout--fait inconnu4 ,on ne s'tonnera pas de la singularit de nos rves1 si l'on rflchit que1 pour l'homme veill1 quatre puissances se surveillent et se rectifient rciproquement2 savoir3 la vue1 l'oue1 le toucher et la mmoire2 au lieu que1 chez celui qui dort1 chaque sens est abandonn ses seules ressources4 ,je serais tent de comparer ces deux tats du cerveau un piano prs duquel serait assis un musicien qui1 jetant par distraction les doigts sur les touches1 y formerait par rminiscence quelque mlodie1 et qui pourrait y ajouter une harmonie complte s'il usait de tous ses moyens4 ,cette comparaison pourrait se pousser beaucoup plus loin1 en ajoutant que la rflexion est aux ides ce que l'harmonie est aux sons1 et certaines ides en contiennent d'autres1 tout comme un son principal en contient aussi d'autres qui lui sont secondaires1 etc41 etc4 ,systme du docteur ,gall4 #hi4 ,,en me laissant doucement conduire par un sujet qui n'est pas sans charmes1 me voil parvenu aux confins du systme du docteur ,gall1 qui enseigne et soutient la multiformit des organes du cerveau4 ,je ne dois donc pas aller plus loin1 ni franchir les limites que je me suis fixes2 cependant1 par amour pour la science1 laquelle on peut bien voir que je ne suis pas tranger1 je ne puis m'empcher de consigner ici deux observations que j'ai faites avec soin1 et sur lesquelles on peut d'autant mieux compter1 que1 parmi ceux qui me liront1 il existe plusieurs personnes qui pourraient en attester la vrit4 ,,premi,,re ,,observation4 ,vers #agij1 il existait1 dans un village appel ,gevrin1 arrondissement de ,belley1 un commerant extrmement rus1 il s'appelait ,landot1 et s'tait arrondi une assez jolie fortune4 ,il fut tout--coup frapp d'un tel coup de paralysie1 qu'on le crut mort4 ,la ,facult vint son secours1 et il s'en tira1 mais non sans perte1 car il laissa peu prs derrire lui toutes les facults intellectuelles1 et surtout la mmoire4 ,cependant1 comme il se tranait encore1 tant bien que mal1 et qu'il avait repris l'apptit1 il avait conserv l'administration de ses biens4 ,quand on le vit dans cet tat1 ceux qui avaient eu des affaires avec lui crurent que le temps tait venu de prendre leur revanche2 et sous prtexte de venir lui tenir compagnie1 on venait de toutes parts lui proposer des marchs1 des achats1 des ventes1 des changes1 et autres de cette espce qui avaient t jusque-l l'objet de son commerce habituel4 ,mais les assaillants se trouvrent bien surpris1 et sentirent bientt qu'il fallait dcompter4 ,le madr vieillard n'avait rien perdu de ses puissances commerciales1 et le mme homme qui quelquefois ne connaissait pas ses domestiques et oubliait jusqu' son nom1 tait toujours au courant du prix de toutes les denres1 ainsi que de la valeur de de tout arpent de prs1 de vignes ou de bois trois lieues la ronde4 ,sous ces divers rapports1 son jugement tait rest intact2 et comme on s'en dfiait moins1 la plupart de ceux qui ttrent le marchand invalide furent pris aux piges qu'eux-mmes avaient prpars pour lui4 ,,deuxi,,me ,,observation4 ,il existait ,belley un ,m4 ,chirol1 qui avait servi longtemps dans les gardes-du-corps1 tant sous ,louis ,,xv que sous ,louis ,,xvi4 ,son intelligence tait tout juste la hauteur du service qu'il avait eu faire toute sa vie2 mais il avait au suprme degr l'esprit des jeux1 de sorte que1 non-seulement il jouait bien tous jeux anciens1 tels que l'hombre1 le piquet1 le whist1 mais encore que1 quand la mode en introduisait un nouveau1 ds la troisime partie il en connaissait toutes les finesses4 ,or1 ce ,m4 ,chirol fut aussi frapp d'une paralysie1 et le coup fut tel qu'il tomba dans un tat d'insensibilit presque absolue4 ,deux choses cependant furent pargnes1 les facults digestives et la facult de jouer4 ,il venait tous les jours dans la maison o depuis plus de vingt ans il avait coutume de faire sa partie1 s'asseyait en un coin1 et y demeurait immobile et somnolent1 sans s'occuper en rien de ce qui se passait autour de lui4 ,le moment d'arranger les parties tant venu1 on lui proposait d'y prendre part2 il acceptait toujours1 et se tranait vers la table2 on pouvait se convaincre que la maladie qui avait paralys la plus grande partie de ses facults ne lui avait pas fait perdre un point de son jeu4 ,peu de temps avant sa mort1 ,m4 ,chirol donna une preuve authentique de l'intgrit de son existence comme joueur4 ,il nous survint ,belley un banquier de ,paris qui s'appelait1 je crois1 ,m4 ,delins4 ,il tait porteur de lettres de recommandation2 il tait tranger1 il tait ,parisien3 c'tait plus qu'il n'en fallait dans une petite ville pour qu'on s'empresst faire tout ce qui pouvait lui tre agrable4 ,m4 ,delins tait gourmand et joueur4 ,sous le premier rapport on lui donna suffisamment d'occupation en le tenant chaque jour cinq ou six heures table2 sous le second rapport1 il tait plus difficile amuser3 il avait un grand amour pour le piquet1 et parlait de jouer six francs la fiche1 ce qui excdait de beaucoup le taux de notre jeu le plus cher4 ,pour surmonter cet obstacle1 on fit une socit o chacun prit ou ne prit pas intrt1 suivant la nature de ses pressentiments3 les uns en disant que les ,parisiens en savent bien plus long que les provinciaux2 d'autres soutenant1 au contraire1 que tous les habitants de cette grande ville ont toujours1 dans leur individu1 quelques atomes de badauderie4 ,quoi qu'il en soit1 la socit se forma2 et qui confia-t-on le soin de dfendre la masse commune8444 ,m4 ,chirol4 ,quand le banquier parisien vit arriver cette grande figure ple1 blme1 marchant de ct1 qui vint s'asseoir en face de lui1 il crut d'abord que c'tait une plaisanterie2 mais quand il vit le spectre prendre les cartes et les battre en professeur1 il commena croire que cet adversaire avait autrefois pu tre digne de lui4 ,il ne fut pas longtemps se convaincre que cette facult durait encore2 car1 non seulement cette partie1 mais encore un grand nombre d'autres qui se succdrent ,m4 ,delins fut battu1 opprim1 plum tellement1 qu' son dpart il eut nous compter plus de six cents francs qui furent soigneusement partags entre tous les associs4 ,illustration ,avant de partir1 ,m4 ,delins vint nous remercier du bon accueil qu'il avait reu de nous3 cependant il se rcriait sur l'tat caduc de l'adversaire que nous lui avions oppos1 et nous assurait qu'il ne pourrait jamais se consoler d'avoir lutt avec tant de dsavantage contre un mort4 ,rsultat ,la consquence de ces deux observations est facile dduire3 il me semble vident que le coup qui1 dans ces deux cas1 avait boulevers le cerveau1 avait respect la portion de cet organe qui avait si longtemps t employe aux combinaisons du commerce et du jeu3 et sans doute cette portion d'organe n'avait rsist que parce qu'un exercice continuel lui avait donn plus de vigueur1 ou encore parce que les mmes impressions1 si longtemps rptes1 y avaient laiss des traces plus profondes4 ,influence de l'ge4 #ij4--- ,l'ge a une influence marque sur la nature des songes4 ,dans l'enfance1 on rve jeux1 jardins1 fleurs1 verdure et autres objets riants2 plus tard1 plaisirs1 amours1 combats1 mariages2 plus tard1 tablissements1 voyages1 faveurs du prince ou de ses reprsentants2 plus tard enfin1 affaires1 embarras1 trsors1 plaisirs d'autrefois et amis morts depuis longtemps4 ,phnomnes des songes4 #ia4--;,certains phnomnes peu communs accompagnent quelquefois le sommeil et les rves3 leur examen peut servir aux progrs de l'anthroponomie2 et c'est par cette raison que je consigne ici trois observations prises parmi plusieurs que1 pendant le cours d'une assez longue vie1 j'ai eu occasion de faire sur moi-mme dans le silence de la nuit4 ,,premi,,re ,,observation4 ,je rvai une nuit que j'avais trouv le secret de m'affranchir des lois de la pesanteur1 de manire que mon corps tant devenu indiffrent monter ou descendre1 je pouvais faire l'un ou l'autre avec une facilit gale et d'aprs ma volont4 ,cet tat me paraissait dlicieux2 et peut-tre bien des personnes ont rv quelque chose de pareil2 mais ce qui devient plus spcial1 c'est que je m'expliquais moi-mme trs clairement 7ce me semble du moins7 les moyens qui m'avaient conduit ce rsultat1 et que ces moyens me paraissaient tellement simples1 que je m'tonnais qu'ils n'eussent pas t trouvs plus tt4 ,en m'veillant1 cette partie explicative m'chappa tout--fait1 mais la conclusion m'est reste2 et depuis ce temps1 il m'est impossible de ne pas tre persuad que tt ou tard un gnie plus clair fera cette dcouverte1 et tout hasard je prends date4 ,,deuxi,,me ,,observation4 #ib4--;,il n'y a que peu de mois que j'prouvai1 en dormant1 une sensation de plaisir tout--fait extraordinaire4 ,elle consistait en une espce de frmissement dlicieux de toutes les particules qui composent mon tre4 ,c'tait une espce de fourmillement plein de charmes qui1 partant de l'piderme depuis les pieds jusqu' la tte1 m'agitait jusque dans la moelle des os4 ,il me semblait voir une flamme violette qui se jouait autour de mon front4 ,lambere flamma comas1 et circum tempora pasci4 ,j'estime que cet tat1 que je sentis bien physiquement1 dura au moins trente secondes1 et je me rveillai rempli d'un tonnement qui n'tait pas sans quelque mlange de frayeur4 ,de cette sensation1 qui est encore trs prsente mon souvenir1 et de quelques observations qui ont t faites sur les extatiques et sur les nerveux1 j'ai tir la consquence que les limites du plaisir ne sont encore ni connues ni poses1 et qu'on ne sait pas jusqu' quel point notre corps peut tre batifi4 ,j'ai espr que dans quelques sicles la physiologie venir s'emparera de ces sensations extraordinaires1 les procurera volont comme on provoque le sommeil par l'opium1 et que nos arrire-neveux auront par-l des compensations pour les douleurs atroces auxquelles nous sommes quelquefois soumis4 ,la proposition que je viens d'noncer a quelque appui dans l'analogie2 car j'ai dj remarqu que le pouvoir de l'harmonie1 qui procure des jouissances si vives1 si pures et si avidement recherches1 tait totalement inconnu aux ,romains3 c'est une dcouverte qui n'a pas plus de cinq cents ans d'antiquit4 ,,troisi,,me ,,observation4 #ic4--;,en l'an ,,viii 7#ahjj71 m'tant couch sans aucun antcdent remarquable1 je me rveillai vers une heure du matin1 temps ordinaire de mon premier sommeil2 je me trouvai dans un tat d'excitation crbrale tout--fait extraordinaire2 mes conceptions taient vives1 mes penses profondes2 la sphre de mon intelligence me paraissait agrandie4 ,j'tais lev sur mon sant et mes yeux taient affects de la sensation d'une lumire ple1 vaporeuse1 indtermine1 et qui ne servait en aucune manire faire distinguer les objets4 ne consulter que la foule des ides qui se succdrent rapidement1 j'aurais pu croire que cette situation et dur plusieurs heures2 mais1 d'aprs ma pendule1 je suis certain qu'elle ne dura qu'un peu plus d'une demi-heure4 ,j'en fus tir par un incident extrieur et indpendant de ma volont2 je fus rappel aux choses de la terre4 l'instant la sensation lumineuse disparut1 je me sentis dchoir2 les limites de mon intelligence se rapprochrent2 en un mot1 je redevins ce que j'tais la veille4 ,mais comme j'tais bien veill1 ma mmoire1 quoique avec des couleurs ternes1 a retenu une partie des ides qui traversrent mon esprit4 ,les premires eurent le temps pour objet4 ,il me semblait que le pass1 le prsent et l'avenir taient de mme nature et ne faisaient qu'un point1 de sorte qu'il devait tre aussi facile de prvoir l'avenir que de se souvenir du pass4 ,voil tout ce qui m'est rest de cette premire intuition2 qui fut en partie efface par celles qui suivirent4 ,mon attention se porta ensuite sur les sens2 je les classai par ordre de perfection1 et tant venu penser que nous dvions en avoir autant l'intrieur qu' l'extrieur1 je m'occupai en faire la recherche4 ,j'en avais dj trouv trois1 et presque quatre1 quand je retombai sur la terre4 ,les voici3 #a ,la compassion1 qui est une sensation prcordiale qu'on prouve quand on voit souffrir son semblable2 #b ,la prdilection1 qui est un sentiment d prfrence non seulement pour un objet1 mais pour tout ce qui tient cet objet1 ou en rappelle le souvenir2 #c ,la sympathie1 qui est aussi un sentiment de prfrence qui entrane deux objets l'un vers l'autre4 ,on pourrait croire1 au premier aspect1 que ces deux sentiments ne sont qu'une seule et mme chose2 mais ce qui empche de les confondre1 c'est que la prdilection n'est pas toujours rciproque1 et que la sympathie l'est ncessairement4 ,enfin1 en m'occupant de la compassion1 je fus conduit une induction que je crus trs juste1 et que je n'aurais pas aperue en un autre moment1 savoir3 que c'est de la compassion que drive ce beau thorme1 base premire de toutes les lgislations3 ,,ne ,,fais ,,pas ,,aux ,,autres ,,ce ,,que ,,tu ,,ne ,,voudrais ,,pas ,,qu',,on ,,te ,f,t4 ,do as you will done by4 ,,alteri ,,ne ,,facias ,,quod ,,tibi ,,fieri ,,non ,,vis4 ,telle est1 au surplus1 l'ide qui m'est reste de l'tat o j'tais et de ce que j'prouvai dans cette occasion1 que je donnerais volontiers1 s'il tait possible1 tout le temps qui me reste vivre pour un mois d'une existence pareille4 ,les gens de lettres me comprendront bien plus facilement que les autres2 car il en est peu qui il ne soit arriv1 un degr sans doute trs infrieur1 quelque chose de semblable4 ,on est1 dans son lit1 couch bien chaudement1 dans une position horizontale1 et la tte bien couverte2 on pense l'ouvrage qu'on a sur le mtier1 l'imagination s'chauffe1 les ides abondent1 les expressions les suivent2 et comme il faut se lever pour crire1 on s'habille1 on quitte son bonnet de nuit1 et on se met son bureau4 ,mais voil que tout--coup on ne se retrouve plus le mme2 l'imagination s'est refroidie1 le fil des ides est rompu1 les expressions manquent2 on est oblig de chercher avec peine ce qu'on avait si facilement trouv1 et fort souvent on est contraint d'ajourner le travail un jour plus heureux4 ,tout cela s'explique facilement par l'effet que doit produire sur le cerveau le changement de position et de temprature3 on retrouve encore ici l'influence du physique sur le moral4 ,en creusant cette observation1 j'ai t conduit trop loin peut-tre2 mais enfin j'ai t conduit penser que l'exaltation des ,orientaux tait due en partie ce que1 tant de la religion de ,mahomet1 ils ont toujours la tte chaudement couverte1 et que c'est pour obtenir l'effet contraire que tous les lgislateurs des moines leur ont impos l'obligation d'avoir cette partie du corps dcouverte et rase4 ,illustration ,m,,ditation ,,xx4 ,de l'influence de la dite sur le repos1 le sommeil et les songes4 #id4--,que l'homme se repose1 qu'il s'endorme ou qu'il rve1 il ne cesse d'tre sous la puissance des lois de la nutrition1 et ne sort pas de l'empire de la gastronomie4 ,la thorie et l'exprience s'accordent pour prouver que la qualit et la quantit des aliments influent puissamment sur le travail1 le repos1 le sommeil et les rves4 ,effets de la dite sur le travail4 #ie4--,l'homme mal nourri ne peut longtemps suffire aux fatigues d'un travail prolong2 son corps se couvre de sueur2 bientt ses forces l'abandonnent2 et pour lui le repos n'est autre chose que l'impossibilit d'agir4 ,s'il s'agit d'un travail d'esprit1 les ides naissent sans vigueur et sans prcision2 la rflexion se refuse les joindre1 le jugement les analyser2 le cerveau s'puise dans ces vains efforts1 et l'on s'endort sur le champ de bataille4 ,j'ai toujours pens que les soupers d',auteuil1 ainsi que ceux des htels de ,rambouillet et de ,soissons1 avaient fait grand bien aux auteurs du temps de ,louis ,,xiv2 et le malin ,geoffroy 7si le fait et t vrai7 n'aurait pas tant eu tort quand il plaisantait les potes de la fin du dix-huitime sicle sur l'eau sucre1 qu'il croyait leur boisson favorite4 ,d'aprs ces principes1 j'ai examin les ouvrages de certains auteurs connus pour avoir t pauvres et souffreteux1 et je ne leur ai vritablement trouv d'nergie que quand ils ont d tre stimuls par le sentiment habituel de leurs maux ou par l'envie souvent assez mal dissimule4 ,au contraire1 celui qui se nourrit bien et qui rpare ses forces avec prudence et discernement1 peut suffire une somme de travail qu'aucun tre anim ne peut supporter4 ,la veille de son dpart pour ,boulogne1 l'empereur ,napolon travailla pendant plus de trente heures1 tant avec son conseil d'tat qu'avec les divers dpositaires de son pouvoir1 sans autre rfection que deux trs courts repas et quelques tasses de caf4 ,brown parle d'un commis de l'amiraut d',angleterre qui1 ayant perdu par accident des tats auxquels seul il pouvait travailler1 employa cinquante-deux heures conscutives les refaire4 ,jamais1 sans un rgime appropri1 il n'et pu faire face cette norme dperdition2 il se soutint de la manire suivante3 d'abord de l'eau1 puis des aliments lgers1 puis du vin1 puis des consomms1 enfin de l'opium4 ,je rencontrai un jour un courrier que j'avais connu l'arme1 et qui arrivait d',espagne o il avait t envoy en dpche par le gouvernement 7correo ganando horas4--,esp472 il avait fait le voyage en douze jours1 s'tant arrt ,madrid seulement quatre heures2 quelques verres de vin et quelques tasses de bouillon1 voil tout ce qu'il avait pris pendant cette longue suite de secousses et d'insomnie2 et il ajoutait que des aliments plus solides l'eussent infailliblement mis dans l'impossibilit de continuer sa route4 ,sur les rves4 #if4--,la dite n'a pas une moindre influence sur le sommeil et sur les rves4 ,celui qui a besoin de manger ne peut pas dormir2 les angoisses de son estomac le tiennent dans un rveil douloureux1 et si la faiblesse et l'puisement le forcent s'assoupir1 ce sommeil est lger1 inquiet et interrompu4 ,celui qui1 au contraire1 a pass dans son repas les bornes de la discrtion1 tombe immdiatement dans le sommeil absolu3 s'il a rv1 il ne lui reste aucun souvenir1 parce que le fluide nerveux s'est crois en tous sens dans les canaux sensitifs4 ,par la mme raison son rveil est brusque3 il revient avec peine la vie sociale2 et quand le sommeil est tout--fait dissip1 il se ressent encore longtemps des fatigues de la digestion4 ,on peut donc donner comme maxime gnrale1 que le caf repousse le sommeil4 ,l'habitude affaiblit et fait mme totalement disparatre cet inconvnient2 mais il a infailliblement lieu chez tous les ,europens1 quand ils commencent en prendre4 ,quelques aliments1 au contraire1 provoquent doucement le sommeil3 tels sont ceux o le lait domine1 la famille entire des laitues1 la volaille1 le pourpier1 la fleur d'oranger1 et surtout la pomme de reinette1 quand on la mange immdiatement avant de se coucher4 ,suite #ig4--,l'exprience1 assise sur des millions d'observations1 a appris que la dite dtermine les rves4 ,en gnral1 tous les aliments qui sont lgrement excitants font rver3 telles sont les viandes noires1 les pigeons1 le canard1 le gibier1 et surtout le livre4 ,on reconnat encore cette proprit aux asperges1 au cleri1 aux truffes1 aux sucreries parfumes1 et particulirement la vanille4 ,ce serait une grande erreur de croire qu'il faut bannir de nos tables les substances qui sont ainsi somnifres2 car les rves qui en rsultent sont en gnral d'une nature agrable1 lgre1 et prolongent notre existence1 mme pendant le temps o elle parat suspendue4 ,il est des personnes pour qui le sommeil est une vie part1 une espce de roman prolong1 c'est--dire que leurs songes ont une suite1 qu'ils achvent dans la seconde nuit celui qu'ils avaient commenc la veille1 et voient en dormant certaines physionomies qu'ils reconnaissent pour les avoir dj vues1 et que cependant ils n'ont jamais rencontres dans le monde rel4 ,rsultat4 #ih4--,l'homme qui a rflchi sur son existence physique1 et qui la conduit d'aprs les principes que nous dveloppons1 celui-l prpare avec sagacit son repos1 son sommeil et ses rves4 ,il partage son travail de manire ne jamais s'excder2 il le rend plus lger en le variant avec discernement1 et rafrachit son attitude par de courts intervalles de repos1 qui le soulagent sans interrompre la continuit1 qui est quelquefois un devoir4 ,si1 pendant le jour1 un repos plus long lui est ncessaire1 il ne s'y livre jamais que dans l'attitude de session3 il se refuse au sommeil1 moins qu'il n'y soit invinciblement entran1 et se garde bien surtout d'en contracter l'habitude4 ,quand la nuit a amen l'heure du repos diurnal1 il se retire dans une chambre are1 ne s'entoure point de rideaux qui lui feraient cent fois respirer le mme air1 et se garde bien de fermer les volets de ses croises1 afin que1 toutes les fois que son oeil s'entr'ouvrirait1 il soit consol par un reste de lumire4 ,il s'tend dans un lit lgrement relev vers la tte2 son oreiller est de crin2 son bonnet de nuit est de toile2 son buste n'est point accabl sous le poids des couvertures2 mais il a soin que ses pieds soient chaudement couverts4 ,il a mang avec discernement1 ne s'est refus la bonne ni l'excellente chre2 il a bu les meilleurs vins1 et avec prcaution1 mme les plus fameux4 ,au dessert1 il a plus parl de galanterie que de politique1 et a fait plus de madrigaux que d'pigrammes2 il a pris une tasse de caf1 si sa constitution s'y prte1 et accept1 aprs quelques instants1 une cuillere d'excellente liqueur1 seulement pour parfumer sa bouche4 ,en tout il s'est montr convive aimable1 amateur distingu1 et n'a cependant outrepass que de peu la limite du besoin4 ,illustration ,en cet tat1 il se couche content de lui et des autres1 ses yeux se ferment2 il traverse le crpuscule1 et tombe1 pour quelques heures1 dans le sommeil absolu4 ,bientt la nature a lev son tribut2 l'assimilation a remplac la perte4 ,alors des rves agrables viennent lui donner une existence mystrieuse2 il voit les personnes qu'il aime1 retrouve ses occupations favorites2 et se transporte aux lieux o il s'est plu4 ,enfin1 il sent le sommeil se dissiper par degrs et rentre dans la socit sans avoir regretter de tempe perdu1 parce que1 mme dans son sommeil1 il a joui d'une activit sans fatigue et d'un plaisir sans mlange4 ,m,,ditation ,,xxi ,de l',obsit4 #ii4--,si j'avais t mdecin avec diplme1 j'aurais d'abord fait une bonne monographie de l'obsit2 j'aurais ensuite tabli mon empire dans ce recoin de la science2 et j'aurais eu le double avantage d'avoir pour malades les gens qui se portent le mieux1 et d'tre journellement assig par la plus jolie moiti du genre humain2 car avoir une juste portion d'embonpoint1 ni trop ni peu1 est pour les femmes l'tude de toute leur vie4 ,ce que je n'ai pas fait1 un autre docteur le fera2 et s'il est la fois savant1 discret et beau garon1 je lui prdis des succs miracles4 ,exoriare aliquis nostris ex ossibas hoeres6 ,en attendant1 je vais ouvrir la carrire2 car un article sur l'obsit est de rigueur dans un ouvrage qui a pour objet l'homme en tant qu'il se repat4 ,j'entends par obsit cet tat de congestion graisseuse o1 sans que l'individu soit malade1 les membres augmentent peu peu en volume1 et perdent leur forme et leur harmonie primitives4 ,il est une sorte d'obsit qui se borne au ventre2 je ne l'ai jamais observe chez les femmes3 comme elles ont gnralement la fibre plus molle1 quand l'obsit les attaque1 elle n'pargne rien4 ,j'appelle cette varit gastrophorie1 et gastrophores ceux qui en sont atteints4 ,je suis mme de ce nombre2 mais1 quoique porteur d'un ventre assez prominent1 j'ai encore le bas de la jambe sec1 et le nerf dtach comme un cheval arabe4 ,illustration ,je n'en ai pas moins toujours regard mon ventre comme un ennemi redoutable2 je l'ai vaincu et fix au majestueux2 mais pour le vaincre1 il fallait le combattre3 c'est une lutte de trente ans que je dois ce qu'il y a de bon dans cet essai4 ,je commence par un extrait de plus de cinq cents dialogues que j'ai eus autrefois avec mes voisins de table menacs ou affligs de l'obsit4 ,l',,ob,,se4--,dieu6 quel pain dlicieux4 ,o le prenez-vous donc8 ,,moi4--,chez ,m4 ,limet1 rue de ,richelieu3 il est le boulanger de ,,ll4 ,,aa4 ,,rr4 le duc d',orlans et le prince de ,cond2 je l'ai pris parce qu'il est mon voisin1 et je le garde parce que je l'ai proclam le premier panificateur du monde4 ,l',,ob,,se4--,j'en prends note2 je mange beaucoup de pain1 et avec de pareilles fltes je me passerais de tout le reste4 ,,autre ,,ob,,se4--,mais que faites-vous donc l8 ,vous recueillez le bouillon de votre potage1 et vous laissez ce beau riz de la ,caroline4 ,,moi4--,c'est un rgime particulier que je me suis fait4 ,l',,ob,,se4--,mauvais rgime1 le riz fait mes dlices ainsi que les fcules1 les ptes et autres pareilles3 rien ne nourrit mieux1 meilleur march1 et avec moins de peine4 ,,un ,,ob,,se renforc4--,faites-moi1 monsieur1 le plaisir de me passer les pommes de terre qui sont devant vous4 ,au train dont on va1 j'ai peur de ne pas y tre temps4 ,,moi4--,monsieur1 les voil votre porte4 ,l',,ob,,se4--,mais vous allez sans doute vous servir8 il y en a assez pour nous deux1 et aprs nous le dluge4 ,,moi4--,je n'en prendrai pas2 je n'estime la pomme de terre que comme prservatif contre la famine2 cela prs1 je ne trouve rien de plus minemment fade4 ,l',,ob,,se4--,hrsie gastronomique6 rien n'est meilleur que les pommes de terre2 j'en mange de toutes les manires2 et s'il en parat au second service1 soit la lyonnaise1 soit au souffl1 je fais ici mes protestations pour la conservation de mes droits4 ,,une ,,dame ,,ob,,se4--,vous seriez bien bon si vous envoyiez chercher pour moi de ces haricots de ,soissons que j'aperois au bout de la table4 ,,moi1 aprs avoir excut l'ordre en chantant tout bas bas un air connu3 ,les ,sossonnais sont heureux1 ,les haricots sont chez eux444 ,l',,ob,,se4--,ne plaisantez pas2 c'est un vrai trsor pour ce pays-l4 ,paris en tire pour des sommes considrables4 ,je vous demande grce aussi pour les petites fves de marais1 qu'on appelle fves anglaises2 quand elles sont encore vertes1 c'est un manger des dieux4 ,,moi4--,anathme aux haricots6 anathme aux fves de marais4 ,l',,ob,,se1 d'un air rsolu4--,je me moque de votre anathme2 ne dirait-on pas que vous tes vous seul tout un concile8 ,,moi1 une autre4--,je vous flicite sur votre belle sant2 il me semble1 madame1 que vous avez un peu engraiss depuis la dernire fois que j'ai eu l'honneur de vous voir4 ,l',,ob,,se4--,je le dois probablement mon nouveau rgime4 ,,moi4--,comment donc8 ,l',,ob,,se4--,depuis quelque temps je djeune avec une bonne soupe grasse1 un bowl comme pour deux et quelle soupe encore6 la cuiller y tiendrait droite4 ,,moi1 une autre4--,madame1 si vos yeux ne me trompent pas1 vous accepterez un morceau de cette charlotte8 et je vais l'attaquer en votre faveur4 ,l',,ob,,se4--,eh bien6 monsieur1 mes yeux vous trompent3 j'ai ici deux objets de prdilection1 et ils sont tous du genre masculin3 c'est ce gteau de riz ctes dores1 et ce gigantesque biscuit de ,savoie2 car vous saurez pour votre rgle que je raffole des ptisseries sucres4 ,,moi1 une autre4--,pendant qu'on politique l-bas1 voulez-vous1 madame1 que j'interroge pour vous cette tourte la frangipane8 ,l',,ob,,se4--,trs volontiers3 rien ne me va mieux1 que la ptisserie4 ,nous avons un ptissier pour locataire2 et1 entre ma fille et moi1 je crois bien que nous absorbons le prix de la location1 et peut-tre au-del4 ,,moi1 aprs avoir regard la jeune personne4--,ce rgime vous profite merveille2 mademoiselle votre fille est une trs belle personne1 arme de toutes pices4 ,l',,ob,,se4--,eh bien6 croiriez-vous que ses compagnes lui disent quelquefois qu'elle est trop grasse8 ,,moi4--,c'est peut-tre par envie444 ,l',,ob,,se4--,cela pourrait bien tre4 ,au surplus1 je la marie1 et le premier enfant arrangera tout cela4 ,illustration ,c'est par des discours semblables que j'claircissais une thorie dont j'avais pris les lments hors de l'espce humaine2 savoir que la corpulence graisseuse a toujours pour principale cause une dite trop charge d'lments fculents et farineux1 et que je m'assurais que le mme rgime est toujours suivi du mme effet3 ,effectivement1 les animaux carnivores ne s'engraissent jamais 7voyez les loups1 les chacals1 les oiseaux de proie1 le corbeau1 etc474 ,les herbivores s'engraissent peu1 du moins tant que l'ge ne les a pas rduits au repos2 et au contraire ils s'engraissant vite et en tout temps1 aussitt qu'on leur a fait manger des pommes de terre1 des grains et des farines de toute espce4 ,l'obsit ne se trouve jamais ni chez les sauvages1 ni dans les classes de la socit o on travaille pour manger et o on ne mange que pour vivre4 ,causes de l'obsit4 #ajj4--;,d'aprs les observations qui prcdent1 et dont chacun peut vrifier l'exactitude1 il est facile d'assigner les principales causes de l'obsit4 ,la premire est la disposition naturelle de l'individu4 ,presque tous les hommes naissent avec certaines prdispositions dont leur physionomie porte l'empreinte4 ,sur cent personnes qui meurent de la poitrine1 quatre-vingt-dix ont les cheveux bruns1 le visage long et le nez pointu4 ,sur cent obses1 quatre-vingt-dix ont le visage court1 les yeux ronds et le nez obtus4 ,il est donc vrai qu'il existe des personnes prdestines en quelque sorte pour l'obsit1 et dont1 toutes choses gales1 les puissances digestives laborent une plus grande quantit de graisse4 ,cette vrit physique1 dont je suis profondment convaincu1 influe d'une manire fcheuse sur ma manire de voir en certaines occasions4 ,quand on rencontre dans la socit une demoiselle bien vive1 bien rose1 au nez fripon1 aux formes arrondies1 aux mains rondelettes1 aux pieds courts et grassouillets1 tout le monde est ravi et la trouve charmante1 tandis que1 instruit par l'exprience1 je jette sur elle des regards postrieurs de dix ans1 je vois les ravages que l'obsit aura faits sur ces charmes si frais1 et je gmis sur des maux qui n'existent pas encore4 ,cette compassion anticipe est un sentiment pnible1 et fournit une preuve entre mille autres1 que l'homme serait plus malheureux s'il pouvait prvoir l'avenir4 ,la seconde des principales causes de l'obsit est dans les farines et fcules dont l'homme fait la base de sa nourriture journalire4 ,nous l'avons dj dit1 tous les animaux qui vivent de farineux s'engraissent de gr ou de force2 l'homme suit la loi commune4 ,la fcule produit plus vite et plus srement son effet quand elle est unie au sucre3 le sucre et la graisse contiennent l'hydrogne1 principe qui leur est commun2 l'un et l'autre sont inflammables4 ,avec cet amalgame1 elle est d'autant plus active qu'elle flatte plus le got et qu'on ne mange gure les entremets sucrs que quand l'apptit naturel est dj satisfait1 et qu'il ne reste plus alors que cet autre apptit de luxe qu'on est oblig de solliciter par tout ce que l'art a de plus raffin et le changement de plus tentatif4 ,la fcule n'est pas moins incrassante quand elle est charroye par les boissons1 comme dans la bire et autres de la mme espce4 ,les peuples qui en boivent habituellement sont aussi ceux o on trouve les ventres les plus merveilleux1 et quelques familles parisiennes qui1 en #ahag1 burent de la bire par conomie1 parce que le vin tait fort cher1 en ont t rcompenses par un embonpoint dont elles ne savent plus que faire4 ,suite4 #aja4--,une double cause d'obsit rsulte de la prolongation du sommeil et du dfaut d'exercice4 ,le corps humain rpare beaucoup pendant le sommeil2 et dans le mme temps il perd peu1 puisque l'action musculeuse est suspendue4 ,il faudrait donc que le superflu acquis fut vapor par l'exercice2 mais1 par cela mme qu'on dort beaucoup1 on limite d'autant le temps ou l'on pourrait agir4 ,par une autre consquence1 les grands dormeurs se refusent tout ce qui leur prsente jusqu' l'ombre d'une fatigue2 l'excdant de l'assimilation est donc emport par le torrent de la circulation2 il s'y charge1 par une opration dont la nature s'est rserv le secret2 de quelques centimes additionnels d'hydrogne1 et la graisse se trouve forme1 pour tre dpose par le mme mouvement dans les capsules du tissu cellulaire4 ,suite4 #ajb4--,une dernire cause d'obsit consiste dans l'excs du manger et du boire4 ,on a eu raison de dire qu'un des privilges de l'espce humaine est de manger sans avoir faim et de boire sans avoir soif2 et1 en effet1 il ne peut appartenir aux btes2 car il nat de la rflexion sur le plaisir de la table et du dsir d'en prolonger la dure4 ,on a trouv ce double penchant partout o l'on a trouv des hommes2 et on sait que les sauvages mangent avec excs et s'enivrent jusqu' l'abrutissement1 toutes les fois qu'ils en trouvent l'occasion4 ,quant nous1 citoyens des deux mondes1 qui croyons tre l'apoge de la civilisation1 il est certain que nous mangeons trop4 ,je ne dis pas cela pour le petit nombre de ceux qui1 serrs par l'avarice ou l'impuissance1 vivent seuls et l'cart3 les premiers1 rjouis de sentir qu'ils amassent2 les autres1 gmissant de ne pouvoir mieux faire2 mais je le dis avec affirmation pour tous ceux qui1 circulant autour de nous1 sont tour--tour amphitryons ou convives1 offrent avec politesse ou acceptent avec complaisance2 qui1 n'ayant dj plus de besoin1 mangent d'un mets parce qu'il est attrayant1 et boivent d'un vin parce qu'il est tranger2 je le dis1 soit qu'ils sigent chaque jour dans un salon1 soit qu'ils ftent seulement le dimanche et quelquefois le lundi2 dans chaque majorit immense1 tous mangent et boivent trop1 et des poids normes en comestibles sont chaque jour absorbs sans besoin4 ,cette cause1 presque toujours prsente1 agit diffremment suivant la constitution des individus2 et pour ceux qui ont l'estomac mauvais1 elle a pour effet non l'obsit1 mais l'indigestion4 ,anecdote4 #ajc4--,nous en avons sous les yeux un exemple que la moiti de ,paris a pu connatre4 ,m4 ,lang avait une des maisons les plus brillantes de cette ville2 sa table surtout tait excellente1 mais son estomac tait aussi mauvais que sa gourmandise tait grande4 ,il faisait parfaitement les honneurs1 et mangeait surtout avec un courage digne d'un meilleur sort4 ,tout se passait bien jusqu'au caf inclusivement2 mais bientt l'estomac se refusait au travail qu'on lui avait impos1 les douleurs commenaient1 et le malheureux gastronome tait oblig de se jeter sur un canap1 o il restait jusqu'au lendemain expier dans de longues angoisses le court plaisir qu'il avait got4 ,ce qu'il y a de trs remarquable1 c'est qu'il ne s'est jamais corrig2 tant qu'il a vcu1 il s'est soumis cette trange alternative1 et les souffrances de la veille n'ont jamais influ sur le repas du lendemain4 ,chez les individus qui ont l'estomac actif1 l'excs de nutrition agit comme dans l'article prcdent4 ,tout est digr1 et ce qui n'est pas ncessaire pour la rparation du corps se fixe et se tourne en graisse4 ,chez les autres1 il y a indigestion perptuelle3 les aliments dfilent sans faire profit1 et ceux qui n'en connaissent pas la cause s'tonnent que tant de bonnes choses ne produisent pas un meilleur rsultat4 ,on doit bien s'apercevoir que je n'puise point minutieusement la matire2 car il est une foule de causes secondaires qui naissent de nos habitudes1 de l'tat embrass1 de nos manies1 de nos plaisirs1 qui secondent et activent celles que je viens d'indiquer4 ,je lgue tout cela au successeur que j'ai plant en commenant ce chapitre1 et me contente de prliber1 ce qui est le droit du premier venu en toute matire4 ,il y a longtemps que l'intemprance a fix les regards des observateurs4 ,les philosophes ont vant la temprance2 les princes ont fait des lois somptuaires1 la religion a moralis la gourmandise2 hlas6 on n'en a pas mang une bouche de moins1 et l'art de trop manger devient chaque jour plus florissant4 ,je serai peut-tre plus heureux en prenant une route nouvelle1 j'exposerai les inconvnients physiques de l'obsit2 le soin de soi-mme 7self-preservation7 sera peut-tre plus influent que la morale1 plus persuasif que les sermons1 plus puissant que les lois1 et je crois le beau sexe tout dispos ouvrir les yeux la lumire4 ,inconvnients de l'obsit4 #ajd4--,l'obsit a une influence fcheuse sur les deux sexes en ce qu'elle nuit la force et la beaut4 ,elle nuit la force1 parce qu'en augmentant le poids de la masse mouvoir1 elle n'augmente pas la puissance motrice2 elle y nuit encore en gnant la respiration1 ce qui rend impossible tout travail qui exige un emploi prolong de la force musculaire4 ,illustration3 ,l',,ob,,sit ,,et ,,la ,,maigreur4 ,l'obsit nuit la beaut en dtruisant l'harmonie de proportion primitivement tablie2 parce que toutes les parties ne grossissent pas d'une manire gale4 ,elle y nuit encore en remplissant des cavits que la nature avait destines faire ombre3 aussi1 rien n'est si commun que de rencontrer des physionomies jadis trs piquantes et que l'obsit rendues peu prs insignifiantes4 ,le chef du dernier gouvernement n'avait pas chapp cette loi4 ,il avait fort engraiss dans ses dernires campagnes1 de ple il tait devenu blafard1 et ses yeux avaient perdu une partie de leur fiert4 ,l'obsit entrane avec elle le dgot pour la danse1 la promenade1 l'quitation1 ou l'inaptitude pour toutes les occupations ou amusements qui exigent un peu d'agilit ou d'adresse4 ,elle prdispose aussi diverses maladies1 telles que l'apoplexie1 l'hydropisie1 les ulcres aux jambes1 et rend toutes les autres affections plus difficiles gurir4 ,exemples d'obsit4 #aje4--,parmi les hros corpulents1 je n'ai gard le souvenir que de ,marius et de ,jean ,sobieski4 ,marius1 qui tait de petite taille1 tait devenu aussi large que long1 et c'est peut-tre cette normit qui effraya le ,cimbre charg de le tuer4 ,quant au roi de ,pologne1 son obsit pensa lui tre funeste1 car1 tant tomb dans un gros de cavalerie turque devant lequel il fut oblig de fuir1 la respiration lui manqua bientt1 et il aurait t infailliblement massacr1 si quelques-uns de ses aides-de-camp ne l'avaient soutenu1 presque vanoui sur son cheval1 tandis que d'autres se sacrifiaient gnreusement pour arrter l'ennemi4 ,si je ne me trompe1 le duc de ,vendme1 ce digne fils du grand ,henri1 tait aussi d'une corpulence remarquable4 ,il mourut dans une auberge1 abandonn de tout le monde1 et conserva assez de connaissance pour voir le dernier de ses gens arracher le coussin sur lequel il reposait au moment de rendre le dernier soupir4 ,les recueils sont pleins d'exemples d'obsit monstrueuse2 je les y laisse pour parler en peu de mots de ceux que j'ai moi-mme recueillis4 ,m4 ,rameau1 mon condisciple1 maire de la ,chaleur1 en ,bourgogne1 n'avait que cinq pieds deux pouces1 et pesait cinq cents4 ,m4 le duc de ,luynes1 ct duquel j'ai souvent sig1 tait devenu norme2 la graisse avait dsorganis sa belle figure1 et il avait pass les dernires annes de sa vie dans une somnolence presque habituelle4 ,mais ce que j'ai vu de plus extraordinaire en ce genre tait un habitant de ,new-,york1 que bien des ,franais encore existants ,paris peuvent avoir vu dans la rue de ,broadway1 assis sur un norme fauteuil dont les jambes auraient pu porter une glise4 douard avait au moins cinq pieds dix pouces1 mesure de ,france1 et comme la graisse l'avait gonfl en tous sens1 il avait au moins huit pieds de circonfrence4 ,ses doigts taient comme ceux de cet empereur romain qui les colliers de sa femme servaient d'anneaux2 ses bras et ses cuisses taient tubuls1 de la grosseur d'un homme de moyenne stature1 et il avait les pieds comme un lphant1 couverts par l'augmentation de ses jambes2 le poids de la graisse1 avait entran et fait biller la paupire infrieure2 mais ce qui le rendait hideux voir1 c'tait trois mentons en sphrodes qui lui pendaient sur la poitrine dans la longueur de plus d'un pied1 de sorte que sa figure paraissait tre le chapiteau d'une colonne torse4 ,dans cet tat1 douard passait sa vie assis prs de la fentre d'une salle basse qui donnait sur la rue1 et buvant de temps en temps un verre d'ale1 dont un pitcher de grande capacit tait toujours auprs de lui4 ,une figure aussi extraordinaire ne pouvait pas manquer d'arrter les passants2 mais il ne fallait pas qu'ils y missent trop de temps1 douard ne tardait pas les mettre en fuite1 en leur disant d'une voix spulcrale3 ,wat have you to stare like wild cats6444 ,go your way you lazy body444 ,be gone you good fort nothing dogs444 7,qu'avez-vous regarder d'un air effar1 comme des chats sauvages8444 ,passez votre chemin1 paresseux444 ,allez-vous-en1 chiens de vauriens67 et autres douceurs pareilles4 ,l'ayant souvent salu par son nom1 j'ai quelquefois caus avec lui2 il assurait qu'il ne s'ennuyait point1 qu'il n'tait point malheureux1 et que si la mort ne venait point le dranger1 il attendrait volontiers ainsi la fin du monde4 ,de ce qui prcde il rsulte que si l'obsit n'est pas une maladie1 c'est au moins une indisposition fcheuse1 dans laquelle nous tombons presque toujours par notre faute4 ,il en rsulte encore que tous doivent dsirer de s'en prserver quand ils n'y sont pas parvenus1 ou d'en sortir quand ils y sont arrivs2 et c'est en leur faveur que nous allons examiner quelles sont les ressources que nous prsente la science aide de l'observation4 ,illustration ,m,,ditation ,,xxii ,traitement prservatif ou curatif de l',obsit4#da ,note #da3 ,il y a environ vingt ans que j'avais entrepris un trait ex professo sur l'obsit4 ,mes lecteurs doivent surtout en regretter la prface3 elle avait la forme dramatique1 et j'y prouvais un mdecin que la fivre est bien moins dangereuse qu'un procs1 car ce dernier1 aprs avoir fait courir1 attendre1 mentir1 pester le plaideur1 aprs l'avoir indfiniment priv de repos1 de joie et d'argent1 finissait encore par le rendre malade et le faire mourir de malemort3 vrit tout aussi bonne propager qu'aucune autre4 #ajf4--;,je commence par un fait qui prouve qu'il faut du courage1 soit pour se prserver1 soit pour se gurir de l'obsit4 ,m4 ,louis ,greffulhe1 que sa majest honora plus tard du titr de comte1 vint me voir un matin1 et me dit qu'il avait appris que je m'tais occup de l'obsit2 qu'il en tait fortement menac1 et qu'il venait me demander des conseils4 ,monsieur1 lui dis-je1 n'tant pas docteur diplme1 je suis matre de vous refuser2 cependant je suis vos ordres1 mais une condition3 c'est que vous donnerez votre parole d'honneur de suivre1 pendant un mois1 avec une exactitude rigoureuse1 la rgle de conduite que je vous donnerai4 ,m4 ,greffulhe fit la promesse exige1 en me prenant la main1 et ds le lendemain je lui dlivrai mon fetva1 dont le premier article tait de se peser au commencement et la fin du traitement1 l'effet d'avoir une base mathmatique pour en vrifier le rsultat4 un mois de l1 ,m4 ,greffulhe revint me voir1 et me parla peu prs en ces termes3 ,monsieur1 dit-il1 j'ai suivi votre prescription comme si ma vie en avait dpendu1 et j'ai vrifi que dans le mois1 le poids de mon corps a diminu de trois livres1 mme un peu plus4 ,mais1 pour parvenir ce rsultat1 j'ai t oblig de faire tous mes gots1 toutes mes habitudes1 une telle violence1 en un mot1 j'ai tant souffert1 qu'en vous faisant tous mes remerciements de vos bons conseils1 je renonce au bien qui peut m'en provenir1 et m'abandonne pour l'avenir ce que la ,providence en ordonnera4 ,aprs cette rsolution1 que je n'entendis pas sans peine1 l'vnement fut ce qu'il devait tre2 ,m4 ,greffulhe devint de plus en plus corpulent1 fut sujet aux inconvnients d l'extrme obsit1 et1 peine g de quarante ans1 mourut des suites d'une maladie suffocatoire laquelle il tait devenu sujet4 ,gnralits4 #ajg4--,toute cure de l'obsit doit commencer par ces trois prceptes de thorie absolue3 discrtion dans le manger1 modration dans le sommeil1 exercice pied ou cheval4 ,ce sont les premires ressources que nous prsente la science3 cependant j'y compte peu1 parce que je connais les hommes et les choses1 et que toute prescription qui n'est pas excute la lettre ne peut pas produire d'effet4 ,or1 #a il faut beaucoup de caractre pour sortir de table avec apptit2 tant que ce besoin dure1 un morceau appelle l'autre avec un attrait irrsistible2 et en gnral on mange tant qu'on a faim1 en dpit des docteurs1 et mme l'exemple des docteurs4 #b ,proposer des obses de se lever matin1 c'est leur percer le coeur3 ils vous diront que leur sant s'y oppose2 que quand ils se sont levs matin1 ils ne sont bons rien toute la journe2 les femmes se plaindront d'avoir les yeux battus2 tous consentiront veiller tard1 mais il se rserveront de dormir la grasse matine2 et voil une ressource qui chappe4 #c ,monter cheval est un remde cher1 qui ne convient ni toutes les fortunes1 ni toutes les positions4 ,proposez une jolie obse de monter cheval1 elle y consentira avec joie1 mais trois conditions3 la premire1 qu'elle aura la fois un beau cheval1 vif et doux2 la seconde1 qu'elle aura un habit d'amazone frais et coup dans le dernier got2 la troisime1 qu'elle aura un cuyer d'accompagnement complaisant et beau garon4 ,il est assez rare que tout cela se trouve1 et on n'quite pas4 ,l'exercice pied donne lieu bien d'autres objections3 il est fatigant mourir1 on transpire et on s'expose une fausse pleursie2 la poussire abme les bas1 les pierres percent les petits souliers1 et il n'y a pas moyen de persister4 ,enfin si1 pendant ces diverses tentatives1 il survient le plus lger accs de migraine1 si un bouton gros comme la tte d'une pingle perce la peau1 on le met sur le compte du rgime1 on l'abandonne1 et le docteur enrage4 ,ainsi1 restant convenu que toute personne qui dsire voir diminuer son embonpoint doit manger modrment1 peu dormir1 et faire autant d'exercice qu'il lui est possible1 il faut cependant chercher une autre voie pour arriver au but4 ,or1 il est une mthode infaillible pour empcher la corpulence de devenir excessive1 ou pour la diminuer1 quand elle en est venue ce point4 ,cette mthode1 qui est fonde sur tout ce que la physique et la chimie ont de plus certain1 consiste dans un rgime dittique appropri l'effet qu'on veut obtenir4 ,de toutes les puissances mdicales1 le rgime est la premire1 parce qu'il agit sans cesse1 le jour1 la nuit1 pendant la veille1 pendant le sommeil2 que l'effet s'en rafrachit chaque repas1 et qu'il finit par subjuguer toutes les parties de l'individu4 ,or1 le rgime antiobsique est indiqu par la cause la plus commune et la plus active de l'obsit1 et puisqu'il est dmontr que ce n'est qu' force de farines et de fcules que les congestions graisseuses se forment1 tant chez l'homme que chez les animaux2 puisque1 l'gard de ces derniers1 cet effet se produit chaque jour sous nos yeux1 et donne lieu au commerce des animaux engraisss1 on peut en dduire1 comme consquence exacte1 qu'une abstinence plus ou moins rigide de tout ce qui est farineux ou fculent conduit la diminution de l'embonpoint4 mon ,dieu6 allez-vous tous vous crier1 lecteurs et lectrices1 mon ,dieu6 mais voyez donc comme le professeur est barbare6 voil que d'un seul mot il proscrit tout ce que nous aimons1 ces pains si blancs de ,limet1 ces biscuits d',achard1 ces galettes de444 et tant de bonnes choses qui se font avec des farines et du beurre1 avec des farines et du sucre1 avec des farines1 du sucre et des oeufs6 ,il ne fait grce ni aux pommes de terre1 ni aux macaronis6 ,aurait-on d s'attendre cela d'un amateur qui paraissait si bon8 ,qu'est-ce que j'entends l8 ai-je rpondu en prenant ma physionomie svre1 que je ne mets qu'une fois l'an2 eh bien6 mangez1 engraissez2 devenez laids1 pesants1 asthmatiques1 et mourez de gras-fondu2 je suis l pour en prendre note1 et vous figurerez dans ma seconde dition444 ,mais que vois-je8 une seule phrase vous a vaincus2 vous avez peur1 et vous priez pour suspendre la foudre444 ,rassurez-vous2 je vais tracer votre rgime1 et vous prouver que quelques dlices vous attendent encore sur cette terre o l'on vit pour manger4 ,vous aimez le pain3 eh bien1 vous mangerez du pain de seigle3 l'estimable ,cadet de ,vaux en a depuis longtemps prconis les vertus2 il est moins nourrissant1 et surtout il est moins agrable3 ce qui rend le prcepte plus facile remplir4 ,car pour tre sr de soi1 il faut surtout fuir la tentation4 ,retenez bien ceci1 c'est de la morale4 ,vous aimez le potage1 ayez-le la julienne1 aux lgumes verts1 aux choux1 aux racines2 je vous interdis pain1 ptes et pures4 ,au premier service1 tout est votre usage1 peu d'exceptions prs3 comme le riz aux volailles et la crote des pts chauds4 ,travaillez1 mais soyez circonspects1 pour ne pas satisfaire plus tard un besoin qui n'existera plus4 ,le second service va paratre1 et vous aurez besoin de philosophie4 ,fuyez les farineux1 sous quelque forme qu'ils se prsentent2 ne vous reste-t-il pas le rti1 la salade1 les lgumes herbacs8 et puisqu'il faut vous passer quelques sucreries1 prfrez la crme au chocolat et les geles au punch1 l'orange et autres pareilles4 ,voil le dessert4 ,nouveau danger3 mais si jusque-l vous vous tes bien conduits1 votre sagesse ira toujours croissant4 ,dfiez-vous des bouts de table 7ce sont toujours des brioches plus ou moins pares72 ne regardez ni aux biscuits ni aux macarons2 il vous reste des fruits de toute espce1 des confitures1 et bien des choses que vous saurez choisir si vous adoptez mes principes4 ,aprs dner1 je vous ordonne le caf1 vous permets la liqueur1 et vous conseille le th et le punch dans l'occasion4 ,au djeuner1 le pain de seigle de rigueur1 le chocolat plutt que le caf4 ,cependant je permets le caf au lait un peu fort2 point d'oeufs2 tout le reste volont4 ,mais on ne saurait djeuner de trop bonne heure4 ,quand on djeune tard1 le dner vient avant que la digestion soit faite2 on n'en mange pas moins2 et cette mangerie sans apptit est une cause de l'obsit trs active1 parce qu'elle a lieu souvent4 ,suite du rgime4 #ajh4--;,jusqu'ici je vous ai trac1 en pre tendre et un peu complaisant1 les limites d'un rgime qui repousse l'obsit qui vous menace3 ajoutons-y encore quelques prceptes contre celle qui vous a atteints4 ,buvez1 chaque t1 trente bouteilles d'eau de ,seltz1 un trs grand verre le matin1 deux avant le djeuner1 et autant en vous couchant4 ,ayez l'ordinaire des vins blancs1 lgers et aciduls1 comme ceux d',anjou4 ,fuyez la bire comme la peste1 demandez souvent des radis1 des artichauts la poivrade1 des asperges1 du cleri1 des cardons4 ,parmi les viandes1 prfrez le veau et la volaille2 du pain1 ne mangez que la crote2 dans le cas douteux1 laissez-vous guider par un docteur qui adopte mes principes2 et quel que soit le moment o vous aurez commenc les suivre1 vous serez avant peu frais1 jolis1 lestes1 bien portants et propres tout4 ,aprs vous avoir ainsi placs sur votre terrain1 je dois aussi vous en montrer les cueils1 de peur que1 emports par un zle obsifuge1 vous n'outrepassiez le but4 ,l'cueil que je veux signaler est l'usage habituel des acides que des ignorants conseillent quelquefois1 et dont l'exprience a toujours dmontr les mauvais effets4 ,dangers des acides4 #aji4--;,il circule parmi les femmes une doctrine funeste1 et qui fait prir chaque anne bien des jeunes personnes1 savoir3 que les acides1 et surtout le vinaigre1 sont des prservatifs contre l'obsit4 ,sans doute l'usage continu des acides fait maigrir1 mais c'est en dtruisant la fracheur1 la sant et la vie2 et quoique la limonade soit le plus doux d'entre eux1 il est peu d'estomacs qui y rsistent longtemps4 ,la vrit que je viens d'noncer ne saurait tre rendue trop publique2 il est peu de mes lecteurs qui ne pussent me fournir quelque observation pour l'appuyer1 et dans le nombre je prfre la suivante qui m'est en quelque sorte personnelle4 ,en #aggf1 j'habitais ,dijon2 j'y faisais un cours de droit en la facult2 un cours de chimie sous ,m4 ,guyton de ,morveau1 pour lors avocat-gnral1 et un cours de mdecine domestique sous ,m4 ,maret1 secrtaire perptuel de l',acadmie1 et pre de ,m4 le duc de ,bassano4 ,j'avais une sympathie d'amiti pour une des plus jolies personnes dont ma mmoire ait conserv le souvenir4 ,je dis sympathie d'amiti1 ce qui est rigoureusement vrai et en mme temps bien surprenant1 car j'tais alors grandement en fonds pour des affinits bien autrement exigeantes4 ,cette amiti1 qu'il faut prendre pour ce qu'elle a t et non pour ce qu'elle aurait pu devenir1 avait pour caractre une familiarit qui tait devenue1 ds le premier jour1 une confiance qui nous paraissait toute naturelle1 et des chuchotements ne plus finir1 dont la maman ne s'alarmait point1 parce qu'ils avaient un caractre d'innocence digne des premiers ges4 ,louise tait donc trs jolie1 et avait surtout1 dans une juste proportion1 cet embonpoint classique qui fait le charme des yeux et la gloire des arts d'imitation4 ,quoique je ne fusse que son ami1 j'tais bien loin d'tre aveugle sur les attraits qu'elle laissait voir ou souponner1 et peut-tre ajoutaient-ils1 sans que je pusse m'en douter1 au chaste sentiment qui m'attachait elle4 ,quoi qu'il en soit1 un soir que j'avais considr ,louise avec plus d'attention qu' l'ordinaire3 ,chre amie1 lui dis-je1 vous tes malade2 il me semble que vous avez maigri4--,oh6 non1 me rpondit-elle avec un sourire qui avait quelque chose de mlancolique1 je me porte bien2 et si j'ai un peu maigri1 je puis1 sous ce rapport1 perdre un peu sans m'appauvrir4--,perdre1 lui rpliquai-je avec feu2 vous n'avez besoin ni de perdre ni d'acqurir2 restez comme vous tes1 charmante croquer2 et autres phrases pareilles qu'un ami de vingt ans toujours commandement4 ,depuis cette conversation1 j'observai cette jeune fille avec un intrt ml d'inquitude1 et bientt je vis son teint plir1 ses joues se creuser1 ses appas se fltrir444 ,oh6 comme la beaut est une chose fragile et fugitive6 ,enfin je la joignis au bal o elle allait encore comme l'ordinaire2 j'obtins d'elle qu'elle se reposerait pendant deux contredanses2 et mettant ce temps profit1 j'en reus l'aveu que1 fatigue des plaisanteries de quelques-unes de ses amies qui lui annonaient qu'avant deux ans elle serait aussi grosse que saint ,christophe1 et aide par les conseils de quelques autres1 elle avait cherch maigrir1 et1 dans cette vue1 avait bu pendant un mois un verre de vinaigre chaque matin2 elle ajouta que jusqu'alors elle n'avait fait personne confidence de cet essai4 ,je frmis cette confession3 je sentis toute l'tendue du danger1 et j'en fis part ds le lendemain la mre de ,louise1 qui ne fut pas moins alarme que moi2 car elle adorait sa fille4 ,on ne perdit pas de temps2 on s'assembla1 on consulta1 on mdicamenta4 ,peines inutiles6 les sources de la vie taient irrmdiablement attaques2 et au moment o on commenait souponner le danger1 il ne restait dj plus d'esprance4 ,ainsi1 pour avoir suivi d'imprudents conseils1 l'aimable ,louise1 rduite l'tat affreux qui accompagne le marasme1 s'endormit pour toujours1 qu'elle avait peine dix-huit ans4 ,elle s'teignit en jetant des regards douloureux vers un avenir qui ne devait pas exister pour elle2 et l'ide d'avoir1 quoique involontairement1 attent sa vie1 rendit sa fin plus douloureuse et plus prompte4 ,c'est la premire personne que j'aie vue mourir2 car elle rendit le dernier soupir dans mes bras1 au moment o1 suivant son dsir1 je la soulevais pour lui faire voir le jour4 ,huit heures environ aprs sa mort1 sa mre dsole me pria de l'accompagner dans une dernire visite qu'elle voulait faire ce qui restait de sa fille2 et nous observmes avec surprise que l'ensemble de sa physionomie avait pris quelque chose de radieux et d'extatique qui n'y paraissait point auparavant4 ,je m'en tonnai3 la maman en tira un augure consolateur4 ,mais ce cas n'est pas rare4 ,lavater en fait mention dans son ,trait de la physionomie4 ,ceinture antiobsique4 #aaj4--,tout rgime antiobsique doit tre accompagn d'une prcaution que j'avais oublie1 et par laquelle j'aurais d commencer3 elle consiste porter jour et nuit une ceinture qui contienne le ventre1 en le serrant modrment4 ,pour en bien sentir la ncessit1 il faut considrer que la colonne vertbrale1 qui forme une des parois de la caisse intestinale1 est ferme et inflexible3 d'o il suit que tout l'excdant de poids que les intestins acquirent1 au moment o l'obsit les fait dvier de la ligne verticale1 s'appuie sur les diverses enveloppes qui composent la peau du ventre1 et celles-ci1 pouvant se distendre presque indfiniment#db1 pourraient bien n'avoir pas assez de ressort pour se retraire quand cet effort diminue1 si on ne leur donnait pas un aide mcanique qui1 ayant son point d'appui sur la colonne dorsale elle-mme1 devnt son antagoniste et rtablit l'quilibre4 ,ainsi1 cette ceinture produit le double effet d'empcher le ventre de cder ultrieurement au poids actuel des intestins1 et de lui donner la force ncessaire pour se rtrcir quand ce poids diminue4 ,on ne doit jamais la quitter2 autrement le bien produit pendant le jour serait dtruit par l'abandon de la nuit2 mais elle est peu gnante1 et on s'y accoutume bien vite4 ,note #db3 ,mirabeau disait d'un homme excessivement gros1 que ,dieu ne l'avait cr que pour montrer jusqu' quel point la peau humaine pouvait s'tendre sans rompre4 ,la ceinture1 qui sert aussi de moniteur pour indiquer qu'on est suffisamment repu1 doit tre faite avec quelque soin1 sa pression doit tre la fois modre et toujours la mme1 c'est--dire qu'elle doit tre faite de manire se resserrer mesure que l'embonpoint diminue4 ,on n'est point condamn la porter toute la vie2 on peut la quitter sans inconvnient quand on est revenu au point dsir1 et qu'on y a demeur stationnaire pendant quelques semaines4 ,bien entendu qu'on observera une dite convenable4 ,il y a au moins six ans que je n'en porte plus4 ,du ,quinquina4 #aaa4--;,il existe une substance que je crois activement antiobsique2 plusieurs observations m'ont conduit le croire2 cependant1 je permets encore de douter1 et j'appelle les docteurs exprimenter4 ,cette substance doit tre le quinquina4 ,dix ou douze personnes de ma connaissance ont eu de longues fivres intermittentes2 quelques-unes se sont guries par des remdes de bonne femme1 des poudres1 etc42 d'autres par l'usage continu du quinquina1 qui ne manque jamais son effet4 ,tous les individus de la premire catgorie1 qui taient obses1 ont repris leur ancienne corpulence2 tous ceux de la seconde sont rests dgags du superflu de leur embonpoint3 ce qui me donne le droit de penser que c'est le quinquina qui a produit ce dernier effet1 car il n'y a eu de diffrence entre eux que le mode de gurison4 ,la thorie rationnelle ne s'oppose point cette consquence2 car1 d'une part1 le quinquina1 levant toutes les puissances vitales1 peut bien donner la circulation une activit qui trouble et dissipe les gaz destins devenir de la graisse2 et1 d'autre part1 il est prouv qu'il y a dans le quinquina une partie de tannin qui peut fermer les capsules destines1 dans les cas ordinaires1 recevoir des congestions graisseuses4 ,il est mme probable que ces deux effets concourent et se renforcent l'un l'autre4 ,c'est d'aprs ces donnes1 dont chacun peut apprcier la justesse1 que je crois pouvoir conseiller l'usage du quinquina tous ceux qui dsirent se dbarrasser d'un embonpoint devenu incommode4 ,ainsi1 dummodo annuerint in omni medicationis genere doctissimi ,facultatis professores1 je pense qu'aprs le premier mois d'un rgime appropri1 celui ou celle qui dsire se dgraisser fera bien de prendre pendant un mois1 de deux jours l'un1 sept heures du matin1 deux heures avant le djeuner1 un verre de vin blanc sec1 dans lequel on aura dlay environ une cuillere caf de bon quinquina rouge1 et qu'on en prouvera de bons effets4 ,tels sont les moyens que je propose pour combattre une incommodit aussi fcheuse que commune4 ,je les ai accommods la faiblesse humaine1 modifie par l'tat de socit dans lequel nous vivons4 ,je me suis pour cela appuy sur cette vrit exprimentale que1 plus un rgime est rigoureux1 moins il produit d'effet1 parce qu'on le suit mal ou qu'on ne le suit pas du tout4 ,les grands efforts sont rares2 et si on veut tre suivi1 il ne faut proposer aux hommes que ce qui leur est facile1 et mme1 quand on le peut1 ce qui leur est agrable4 ,m,,ditation ,,xxiii4 ,de la maigreur4 ,dfinition4 #aab4--,la maigreur est l'tat d'un individu dont la chair musculaire1 n'tant pas renfle par la graisse1 laisse apercevoir les formes et les angles de la charpente osseuse4 ,espces4 ,il y a deux sortes de maigreur3 la premire est celle qui1 tant le rsultat de la disposition primitive du corps1 est accompagne de la sant et de l'exercice complet de toutes les fonctions organiques2 la seconde est celle qui1 ayant pour cause la faiblesse de certains organes o l'action dfectueuse de quelques autres1 donne celui qui en est atteint une apparence misrable et chtive4 ,j'ai connu une jeune femme de taille moyenne qui ne pesait que soixante-cinq livres4 ,effets de la maigreur4 #aac4--,la maigreur n'est pas un grand dsavantage pour les hommes2 ils n'en ont pas moins de vigueur1 et sont beaucoup plus dispos4 ,le pre de la jeune dame dont je viens de faire mention1 quoique tout aussi maigre qu'elle1 tait assez fort pour prendre avec les dents une chaise pesante1 et la jeter derrire lui1 en la faisant passer par-dessus sa tte4 ,mais elle est un malheur effroyable pour les femmes2 car pour elles la beaut est plus que la vie1 et la beaut consiste surtout dans la rondeur des formes et la courbure gracieuse des lignes4 ,la toilette la plus recherche1 la couturire la plus sublime1 ne peuvent masquer certaines absences1 ni dissimuler certains angles2 et on dit assez communment que1 chaque pingle qu'elle te1 une femme maigre1 quelque belle qu'elle paraisse1 perd quelque chose de ses charmes4 ,avec les chtives il n'y a point de remde1 ou plutt il faut que la ,facult s'en mle1 et le rgime peut tre si long que la gurison arrivera bien tard4 ,mais pour les femmes qui sont nes maigres et qui ont l'estomac bon1 nous ne voyons pas qu'elles puissent tre plus difficiles engraisser que les poulardes2 et s'il faut y mettre un peu plus de temps1 c'est que les femmes ont l'estomac comparativement plus petit1 et ne peuvent pas tre soumises un rgime rigoureux et ponctuellement excut comme ces animaux dvous4 ,cette comparaison est la plus douce que j'aie pu trouver2 il m'en fallait une1 et les dames la pardonneront1 cause des intentions louables dans lesquelles le chapitre est mdit4 ,prdestination naturelle4 #aad4--,la nature1 varie dans ses oeuvres1 a des moules pour la maigreur comme pour l'obsit4 ,les personnes destines tre maigres sont construites dans un systme allong4 ,elles ont les mains et les pieds menus1 les jambes grles1 la rgion du coccyx peu toffe1 les ctes apparentes1 le nez aquilin1 les yeux en amande1 la bouche grande1 le menton pointu et les cheveux bruns4 ,tel est le type gnral3 quelques parties du corps peuvent y chapper2 mais cela arrive rarement4 ,on voit quelquefois des personnes maigres qui mangent beaucoup4 ,toutes celles que j'ai pu interroger m'ont avou qu'elles digraient mal1 qu'elles444 et voil pourquoi elles restent dans le mme tat4 ,les chtifs sont de tous les poils et de toutes les formes4 ,on les distingue en ce qu'ils n'ont rien de saillant1 ni dans les traits ni dans la tournure2 qu'ils ont les yeux morts1 les lvres ples1 et que la combinaison de leurs traits indique l'innergie1 la faiblesse1 quelque chose qui ressemble la souffrance4 ,on pourrait presque dire d'eux qu'ils ont l'air de n'tre pas finis1 et que chez eux le flambeau de la vie n'est pas encore tout--fait allum4 ,rgime ,incrassant4 #aae4--,toute femme maigre dsire engraisser3 c'est un voeu que nous avons recueilli mille fois2 c'est donc pour rendre un dernier hommage ce sexe tout-puissant que nous allons chercher remplacer par des formes relles ces appas de soie ou de coton qu'on voit exposs avec profusion dans les magasins de nouveauts1 au grand scandale des svres1 qui passent tout effarouchs1 et se dtournent de ces chimres avec autant et plus de soin que si la ralit se prsentait leurs yeux4 ,tout le secret pour acqurir de l'embonpoint consiste dans un rgime convenable3 il ne faut que manger et choisir ses aliments4 ,avec ce rgime1 les prescriptions positives relativement au repos et au sommeil deviennent peu prs indiffrentes1 et on n'en arrive pas moins au but qu'on se propose4 ,car si vous ne faites pas d'exercice1 cela vous disposera engraisser2 si vous en faites vous engraisserez encore1 car vous mangerez davantage2 et quand l'apptit est savamment satisfait1 non-seulement on rpare1 mais encore on acquiert quand on a besoin d'acqurir4 ,si vous dormez beaucoup1 le sommeil est incrassant2 si vous dormez peu1 votre digestion ira plus vite1 et vous mangerez davantage4 ,il ne s'agit donc que d'indiquer la manire dont doivent toujours se nourrir ceux qui dsirent arrondir leurs formes2 et cette tche ne peut tre difficile1 aprs les divers principes que nous avons dj tablis4 ,pour rsoudre le problme1 il faut prsenter l'estomac des aliments qui l'occupent sans le fatiguer1 et aux puissances assimilatives des matriaux qu'elles puissent tourner en graisse4 ,essayons de tracer la journe alimentaire d'un sylphe ou d'une sylphide qui l'envie aura pris de se matrialiser4 ,rgle gnrale4 ,on mangera beaucoup de pain frais et fait dans la journe2 on se gardera bien d'en carter la mie4 ,on prendra avant huit heures du matin1 et au lit1 s'il le faut1 un potage au pain ou aux ptes1 pas trop copieux1 afin qu'il passe vite1 ou1 si on veut1 une tasse de bon chocolat4 onze heures1 on djenera avec des oeufs frais1 brouills ou sur le plat1 des petits pts1 des ctelettes1 et ce qu'on voudra2 l'essentiel est qu'il y ait des oeufs4 ,la tasse de caf ne nuira pas4 ,l'heure du dner aura t rgle de manire ce que le djeuner ait pass avant qu'on se mette table2 car nous avons coutume de dire que quand l'ingestion d'un repas empite sur la digestion du prcdent1 il y a malversation4 ,aprs le djeuner1 on fera un peu d'exercice3 les hommes1 si l'tat qu'ils ont embrass le permet1 car le devoir avant tout2 les dames iront au bois de ,boulogne1 aux ,tuileries1 chez leur couturire1 chez leur marchande de modes1 dans les magasins de nouveauts1 et chez leurs amies1 pour causer de ce qu'elles auront vu4 ,nous tenons pour certain qu'une pareille causerie est minemment mdicamenteuse1 par le grand contentement qui l'accompagne4 dner1 potage1 viande et poisson volont2 mais on y joindra les mets au riz1 les macaronis1 les ptisseries sucres1 les crmes douces1 les charlottes1 etc4 ,au dessert1 les biscuits de ,savoie1 babas1 et autres prparations qui runissent les fcules1 les oeufs et le sucre4 ,ce rgime1 quoique circonscrit en apparence1 est cependant susceptible d'une grande varit2 il admet tout le rgne animal2 et on aura grand soin de changer l'espce1 l'apprt et l'assaisonnement des divers mets farineux dont on fera usage et qu'on relvera par tous les moyens connus1 afin de prvenir le dgot1 qui opposerait un obstacle invincible toute amlioration ultrieure4 ,on boira de la bire par prfrence1 sinon des vins de ,bordeaux ou du midi de la ,france4 ,on fuira les acides1 except la salade1 qui rjouit le coeur4 ,on sucrera les fruits qui en sont susceptibles1 on ne prendra pas de bains trop froids2 on tchera de respirer de temps en temps l'air pur de la campagne2 on mangera beaucoup de raisin dans la saison2 on ne s'extnuera pas au bal force de danser4 ,on se couchera vers onze heures dans les jours ordinaires1 et pas plus tard qu'une heure du matin dans les extra4 ,en suivant ce rgime avec exactitude et courage1 on aura bientt rpar les distractions de la nature2 la sant gagnera autant que la beaut2 la volupt fera son profit de l'un et de l'autre1 et des accents de reconnaissance retentiront agrablement l'oreille du professeur4 ,on engraisse les moutons1 les veaux1 les boeufs1 la volaille1 les carpes1 les crevisses1 les hutres2 d'o je dduis la maxime gnrale3 ,tout ce qui mange peut s'engraisser1 pourvu que les aliments soient bien et convenablement choisis4 ,illustration ,m,,ditation #bd ,du ,jene4 ,dfinition4 #aaf4--,le jene est une abstinence volontaire d'aliments dans un but moral ou religieux4 ,quoique le jene soit contraire un de nos penchants1 ou plutt de nos besoins les plus habituels1 il est cependant de la plus haute antiquit4 ,origine du jene4 ,voici comment les auteurs en expliquent l'tablissement4 ,dans les afflictions particulires1 disent-ils1 un pre1 une mre1 un enfant chri1 venant mourir dans une famille1 toute ta maison tait en deuil3 on le pleurait1 on lavait son corps1 on l'embaumait1 on lui faisait des obsques conformes son rang4 ,dans ces occasions1 on ne songeait gure manger3 on jenait sans s'en apercevoir4 ,de mme1 dans les dsolations publiques1 quand on tait afflig d'une scheresse extraordinaire1 de pluies excessives1 de guerres cruelles1 de maladies contagieuses1 en un mot1 de ces flaux o la force et l'industrie ne peuvent rien1 on s'abandonnait aux larmes1 on imputait toutes ces dsolations la colre des dieux2 on s'humiliait devant eux1 on leur offrait les mortifications de l'abstinence4 ,les malheurs cessaient1 on se persuada qu'il fallait en attribuer les causes aux larmes et au jene1 et on continua d'y avoir recours dans des conjonctures semblables4 ,ainsi1 les hommes affligs de calamits publiques ou particulires se sont livrs la tristesse1 et ont nglig de prendre de la nourriture2 ensuite ils ont regard cette abstinence volontaire comme un acte de religion4 ,illustration ,ils ont cru qu'en macrant leur corps quand leur me tait dsole1 ils pouvaient mouvoir la misricorde des dieux2 et cette ide saisissant tous les peuples1 leur a inspir le deuil1 les voeux1 les prires1 les sacrifices1 les mortifications et l'abstinence4 ,enfin1 ,jsus-,christ tant venu sur la terre a sanctifi le jene1 et toutes les sectes chrtiennes l'ont adopt avec plus ou moins de mortifications4 ,comment on jenait4 #aag4--;,cette pratique du jene1 je suis forc de le dire1 est singulirement tombe en dsutude2 et1 soit pour l'dification des mcrants1 soit pour leur conversion1 je me plais raconter comment nous faisions vers le milieu du dix-huitime sicle4 ,en temps ordinaire1 nous djeunions avant neuf heures avec du pain1 du fromage1 des fruits1 quelquefois du pt et de la viande froide4 ,entre midi et une heure1 nous dnions avec le potage et le pot-au-feu officiels1 plus ou moins bien accompagns1 suivant les fortunes et les occurrences4 ,vers quatre heures on gotait3 ce repas tait lger1 et spcialement destin aux enfants et ceux qui se piquaient de suivre les usages des temps passs4 ,mais il y avait des goters soupatoires1 qui commenaient cinq heures et duraient indfiniment2 ces repas taient ordinairement fort gais1 et les dames s'en accommodaient merveille2 elles s'en donnaient mme quelquefois entre elles1 d'o les hommes taient exclus4 ,je trouve dans mes ,mmoires secrets qu'il y avait l force mdisances et cancans4 ,vers huit heures1 on soupait avec entre1 rti1 entremets1 salade et dessert3 on faisait une partie1 et l'on allait se coucher4 ,il y a toujours eu ,paris des soupers d'un ordre plus relev1 et qui commenaient aprs le spectacle4 ,ils se composaient1 suivant les circonstances1 de jolies femmes1 d'actrices la mode1 d'impures lgantes1 de grands seigneurs1 de financiers1 de libertins et de beaux esprits4 ,l1 on contait l'aventure du jour1 on chantait la chanson nouvelle2 on parlait politique1 littrature1 spectacles1 et surtout on faisait l'amour4 ,voyons maintenant ce qu'on faisait les jours de jene4 ,on faisait maigre1 on ne djeunait point1 et par cela mme on avait plus d'apptit qu' l'ordinaire4 ,l'heure venue1 on dnait tant qu'on pouvait2 mais le poisson et les lgumes passent vite2 avant cinq heures on mourait de faim2 on regardait sa montre1 on attendait1 et on enrageait tout en faisant son salut4 ,vers huit heures1 on trouvait1 non un bon souper1 mais la collation1 mot venu du mot clotre1 parce que1 vers la fin du jour1 les moines s'assemblaient pour faire des confrences sur les ,pres de l'glise1 aprs quoi on leur permettait un verre de vin4 la collation1 on ne pouvait servir ni beurre1 ni oeufs1 ni rien de ce qui avait eu vie4 ,il fallait donc se contenter de salade1 de confitures1 de fruits2 mets1 hlas6 bien peu consistants1 si on les compare aux apptits qu'on avait en ce temps-l2 mais on prenait patience pour l'amour du ciel1 on allait se coucher et tout le long du carme on recommenait4 ,quant ceux qui faisaient les petits soupers dont j'ai fait mention1 on m'a assur qu'ils ne jenaient pas et n'ont jamais jen4 ,le chef-d'oeuvre de la cuisine de ces temps anciens tait une collation rigoureusement apostolique1 et qui cependant et l'air d'un bon souper4 ,la science tait venue bout de rsoudre ce problme au moyen de la tolrance du poisson au bleu1 des coulis de racines et de la ptisserie l'huile4 ,l'observance exacte du carme donnait lieu un plaisir qui nous est inconnu1 celui de se dcarmer en djeunant le jour de ,pques4 ,en y regardant de prs1 les lments de nos plaisirs sont la difficult1 la privation1 le dsir de la jouissance4 ,tout cela se rencontrait dans l'acte qui rompait l'abstinence2 j'ai vu deux de mes grands-oncles1 gens sages et braves1 se pmer d'aise au moment o1 le jour de ,pques1 ils voyaient entamer un jambon ou ventrer un pt4 ,maintenant1 race dgnre que nous sommes6 nous ne suffirions pas de si puissantes sensations4 ,origine du relchement4 #aah4--;,j'ai vu natre le relchement2 il est venu par nuances insensibles4 ,les jeunes gens jusqu' un certain ge n'taient pas astreints au jene2 et les femmes enceintes1 ou qui croyaient l'tre1 en taient exemptes par leur position1 et dj on servait pour eux du gras et un souper qui tentait violemment les jeneurs4 ,ensuite1 les gens faits vinrent s'apercevoir que le jene les irritait1 leur donnait mal la tte1 les empchait de dormir4 ,on mit ensuite sur le compte du jene tous les petits accidents qui assigent l'homme l'poque du printemps1 tels que les ruptions vernales1 les blouissements1 les saignements de nez1 et autres symptmes d'effervescence qui signalent le renouvellement de la nature4 ,de sorte que l'un ne jenait pas parce qu'il se croyait malade1 l'autre parce qu'il l'avait t1 et un troisime parce qu'il craignait de le devenir2 d'o il arrivait que le maigre et les collations devenaient tous les jours plus rares4 ,ce n'est pas tout3 quelques hivers furent assez rudes pour qu'on craignt de manquer de racines2 et la puissance ecclsiastique elle-mme se relcha officiellement de sa rigueur1 pendant que les matres se plaignaient du surcrot de dpenses que leur causait le rgime du maigre1 que quelques-uns disaient que ,dieu ne voulait pas qu'on expost sa sant1 et que les gens de peu de foi ajoutaient qu'on ne prenait pas le paradis par la famine4 ,cependant le devoir restait reconnu1 et presque toujours on demandait aux pasteurs des permissions qu'ils refusaient rarement1 en ajoutant toutefois la condition de faire quelques aumnes pour remplacer l'abstinence4 ,enfin la rvolution vint1 qui1 remplissant tous les coeurs de soins1 de craintes et d'intrts d'une autre nature1 fit qu'on n'eut ni le temps ni l'occasion de recourir des prtres1 dont les uns taient poursuivis comme ennemis de l'tat1 ce qui ne les empchait pas de traiter les autres de schismatiques4 cette cause1 qui heureusement ne subsiste plus1 il s'en est joint une autre non moins influente4 ,l'heure de nos repas a totalement chang3 nous ne mangeons plus ni aussi souvent1 ni aux mmes heures que nos anctres1 et le jene aurait besoin d'une organisation nouvelle4 ,cela est si vrai1 que quoique je ne frquente que des gens rgls1 sages1 et mme assez croyants1 je ne crois pas1 en vingt-cinq ans1 avoir trouv1 hors de chez moi1 dix repas maigres et une seule collation4 ,bien des gens pourraient se trouver fort embarrasss en pareil cas2 mais je sais que saint ,paul l'a prvu1 et je reste l'abri sous sa protection4 ,au reste1 on se tromperait fort1 si on croyait que l'intemprance a gagn en ce nouvel ordre de choses4 ,le nombre des repas a diminu de prs de moiti4 ,l'ivrognerie a disparu pour se rfugier1 en de certains jours1 dans les dernires classes de la socit4 ,on ne fait plus d'orgies3 un homme crapuleux serait honni4 ,plus du tiers de ,paris ne se permet1 le matin1 qu'une lgre collation2 et si quelques-uns se livrent aux douceurs d'une gourmandise dlicate et recherche1 je ne vois pas trop comment on pourrait leur en faire le reproche1 car nous avons vu ailleurs que tout le monde y gagne et que personne n'y perd4 ,ne finissons pas ce chapitre sans observer la nouvelle direction qu'ont prise les gots des peuples4 ,chaque jour des milliers d'hommes passent au spectacle ou au caf la soire que quarante ans plutt ils auraient passe au cabaret4 ,sans doute l'conomie ne gagne rien ce nouvel arrangement1 mais il est trs avantageux sous le rapport des moeurs4 ,les moeurs s'adoucissent au spectacle2 on s'instruit au caf par la lecture des journaux2 et on chappe certainement aux querelles1 aux maladies et l'abrutissement1 qui sont les suites infaillibles de la frquentation des cabarets4 ,illustration ,m,,ditation ,,xxv4 ,de l'puisement4 #aai4--,on entend par puisement un tat de faiblesse1 de langueur et d'accablement caus par des circonstances antcdentes1 et qui rend plus difficile l'exercice des fonctions vitales4 ,on peut1 en n'y comprenant pas l'puisement caus par la privation des aliments1 en compter trois espces4 ,l'puisement caus par la fatigue musculaire1 l'puisement caus par les travaux de l'esprit1 et l'puisement caus par les excs gnsiques4 ,un remde commun aux trois espces d'puisement est la cessation immdiate des actes qui ont amen cet tat1 sinon maladif1 du moins trs voisin de la maladie4 ,traitement4 #abj4--;,aprs ce prliminaire indispensable1 la gastronomie est l1 toujours prte prsenter des ressources4 l'homme excd par l'exercice trop prolong de ses forces musculaires1 elle offre un bon potage1 du vin gnreux1 de la viande faite et le sommeil4 ,au savant qui s'est laiss entraner par les charmes de son sujet1 un exercice au grand air pour rafrachir son cerveau1 le bain pour dtendre ses fibres irrites1 la volaille1 les lgumes herbacs et le repos4 ,enfin nous apprendrons1 par l'observation suivante1 ce qu'elle peut faire pour celui qui oublie que la volupt a ses limites1 et le plaisir ses dangers4 ,cure opre par le professeur4 #aba4--;,j'allai un jour faire visite un de mes meilleurs amis 7,m4 ,rubat72 on me dit qu'il tait malade1 et effectivement je le trouvai en robe de chambre auprs de son feu1 et en attitude d'affaissement4 ,sa physionomie m'effraya3 il avait le visage ple1 les yeux brillants et sa lvre tombait de manire laisser voir les dents de la mchoire infrieure1 ce qui avait quelque chose de hideux4 ,je m'enquis avec intrt de la cause de ce changement subit2 il hsita1 je le pressai1 et aprs quelque rsistance3 ,mon ami1 dit-il en rougissant1 tu sais que ma femme est jalouse1 et que cette manie m'a fait passer bien des mauvais moments4 ,depuis quelques jours1 il lui en a pris une crise effroyable1 et c'est en voulant lui prouver qu'elle n'a rien perdu de mon affection et qu'il ne se fait son prjudice aucune drivation du tribut conjugal1 que je me suis mis en cet tat4--,tu as donc oubli1 lui dis-je1 et que tu as quarante-cinq ans1 et que la jalousie est un mal sans remde8 ,ne sais-tu pas furens quid femina possit8 ,je tins encore quelques autres propos galants1 car j'tais en colre4 ,voyons1 au surplus1 continuai-je3 ton pouls est petit1 dur1 concentr2 que vas-tu faire8--,le docteur1 me dit-il1 sort d'ici2 il a pens que j'avais une fivre nerveuse1 et a ordonn une saigne pour laquelle il doit incessamment m'envoyer le chirurgien4--,le chirurgien6 m'criai-je1 garde-t'en bien1 ou tu es mort2 chasse-le comme un meurtrier1 et dis-lui que je me suis empar de toi1 corps et me4 ,au surplus1 ton mdecin connat-il la cause occasionnelle de ton mal8--,hlas6 non1 une mauvaise honte m'a empch de lui faire une confession entire4--,eh bien1 il faut le prier de passer chez toi4 ,je vais te faire1 une potion approprie ton tat2 en attendant prends ceci4 ,je lui prsentai un verre d'eau sature de sucre1 qu'il avala avec la confiance d',alexandre et la foi du charbonnier4 ,alors je le quittai et courus chez moi pour y mixtionner1 fonctionner et laborer un magister rparateur qu'on trouvera dans les ,varits#dc1 avec les divers modes que j'adoptai pour me hter2 car1 en pareil cas1 quelques heures de retard peuvent donner lieu des accidents irrparables4 ,note #dc3 ,voyez la fin du volume1 n #aj4 ,je revins bientt arm de ma potion1 et dj je trouvai du mieux2 la couleur reparaissait aux joues1 l'oeil tait dtendu2 mais la lvre pendait toujours avec une effrayante difformit4 ,le mdecin ne tarda pas reparatre2 je l'instruisis de ce que j'avais fait et le malade fit ses aveux4 ,son front doctoral prit d'abord un aspect svre2 mais bientt nous regardant avec un air o il y avait un peu d'ironie3 ,vous ne devez pas tre tonn1 dit-il mon ami1 que je n'aie pas devin une maladie qui ne convient ni votre ge ni votre tat1 et il y a de votre part trop de modestie en cacher la cause1 qui ne pouvait que vous faire honneur4 ,j'ai encore vous gronder de ce que vous m'avez expos une erreur qui aurait pu vous tre funeste4 ,au surplus1 mon confrre1 ajouta-t-il en me faisant un salut que je lui rendis avec usure1 vous a indiqu la bonne route2 prenez son potage1 quel que soit le nom qu'il y donne1 et si la fivre vous quitte1 comme je le crois1 djeunez demain avec une tasse de chocolat dans laquelle vous ferez dlayer deux jaunes d'oeufs frais4 ces mots il prit sa canne1 son chapeau et nous quitta1 nous laissant fort tents de nous gayer ses dpens4 ,bientt je fis prendre mon malade une forte tasse de mon lixir de vie2 il le but avec avidit1 et voulait redoubler2 mais j'exigeai un ajournement de deux heures1 et lui servis une seconde dose avant de me retirer4 ,le lendemain il tait sans fivre et presque bien portant2 il djeuna suivant l'ordonnance1 continua la potion1 et put vaquer ds le surlendemain ses occupations ordinaires2 mais la lvre rebelle ne se releva qu'aprs le troisime jour4 ,peu de temps aprs1 l'affaire transpira1 et toutes les dames en chuchotaient entre elles4 ,quelques-unes admiraient mon ami1 presque toutes le plaignaient1 et le professeur gastronome fut glorifi4 ,illustration ,m,,ditation ,,xxvi4 ,de la ,mort4 ,omnia mors poscit2 lex est1 non poena1 perire4 #abb4--,le ,crateur a impos l'homme six grandes et principales ncessits1 qui sont3 la naissance1 l'action1 le manger1 la reproduction et la mort4 ,la mort est l'interruption absolue des relations sensuelles et l'anantissement absolu des forces vitales1 qui abandonne le corps aux lois del dcomposition4 ,ces diverses ncessits sont toutes accompagnes et adoucies par quelques sensations de plaisir1 et la mort elle-mme n'est pas sans charmes quand elle est naturelle1 c'est--dire quand le corps a parcouru les diverses phases de croissance1 de virilit1 de vieillesse et de dcrpitude auxquelles il est destin4 ,si je n'avais pas rsolu de ne faire ici qu'un trs court chapitre1 j'appellerais mon aide les mdecins qui ont observ par quelles nuances insensibles les corps anims passent l'tat de matire inerte4 ,je citerais des philosophes1 des rois1 des littrateurs1 qui1 sur les bornes de l'ternit1 loin d'tre en proie la douleur1 avaient des penses aimables et les ornaient du charme de la posie4 ,je rappellerais cette rponse de ,fontenelle mourant1 qui1 interrog sur ce qu'il sentait1 rpondit3 ,rien autre chose qu'une difficult de vivre4 ,mais je prfre n'annoncer que ma conviction1 fonde non-seulement sur l'analogie1 mais encore sur plusieurs observations que je crois bien faites1 et dont voici la dernire3 ,j'avais une grand'tante ge de quatre-vingt-treize ans1 qui se mourait4 ,quoique gardant le lit depuis quelque temps1 elle avait conserv toutes ses facults1 et on ne s'tait aperu de son tat qu' la diminution de son apptit et l'affaiblissement de sa voix4 ,elle m'avait toujours montr beaucoup d'amiti1 et j'tais auprs de son lit1 prt la servir avec tendresse1 ce qui ne m'empchait pas de l'observer avec cet oeil philosophique que j'ai toujours port sur tout ce qui m'environne4 ,es-tu l1 mon neveu8 me dit-elle d'une voix peine articule4--,oui1 ma tante2 je suis vos ordres1 et je crois que vous feriez bien de prendre un peu de bon vin vieux4--,donne1 mon ami2 le liquide va toujours en bas4 ,je me htai2 et la soulevant doucement1 je lui fis avaler un demi-verre de mon meilleur vin4 ,elle se ranima l'instant2 et tournant sur moi des yeux qui avaient t fort beaux3 ,grand merci1 me dit-elle1 de ce dernier service2 si jamais tu viens mon ge1 tu verras que la mort devient un besoin tout comme le sommeil4 ,ce furent ses dernires paroles1 et une demi-heure aprs elle s'tait endormie pour toujours4 ,le docteur ,richerand a dcrit avec tant de vrit et de philosophie les dernires dgradations du corps humain et les derniers moments de l'individu1 que mes lecteurs me sauront gr de leur faire connatre le passage suivant3 ,voici l'ordre dans lequel les facults intellectuelles cessent et se dcomposent4 ,la raison1 cet attribut dont l'homme se prtend le possesseur exclusif1 l'abandonne la premire4 ,il perd d'abord la puissance d'associer des jugements1 et bientt aprs celle de comparer1 d'assembler1 de combiner1 de joindre ensemble plusieurs ides pour prononcer sur leurs rapports4 ,on dit alors que le malade perd la tte1 qu'il draisonne1 qu'il est en dlire4 ,celui-ci roule ordinairement sur les ides les plus familires l'individu2 la passion dominante s'y fait aisment reconnatre3 l'avare tient sur ses trsors enfouis les propos les plus indiscrets2 tel autre meurt assig de religieuses terreurs4 ,souvenirs dlicieux de la patrie absente1 vous vous rveillez alors avec tous vos charmes et toute votre nergie4 ,aprs le raisonnement et le jugement1 c'est la facult d'associer1 des ides qui se trouve frappe de la destruction successive4 ,ceci arrive dans l'tat connu sous le nom de dfaillance1 comme je l'ai prouv sur moi-mme4 ,je causais avec un de mes amis1 lorsque j'prouvai une difficult insurmontable joindre deux ides sur la ressemblance desquelles je voulais former un jugement2 cependant la syncope n'tait pas complte2 je conservais encore la mmoire et la facult de sentir2 j'entendais distinctement les personnes qui taient autour de moi dire3 ,il s'vanouit1 et s'agiter pour me faire sortir de cet tat1 qui n'tait pas sans quelque douceur4 ,la mmoire s'teint ensuite4 ,le malade1 qui dans son dlire reconnaissait encore ceux qui l'approchaient1 mconnat enfin ses proches1 puis ceux avec lesquels il vivait dans une grande intimit4 ,enfin1 il cesse de sentir2 mais les sens s'teignent dans un ordre successif et dtermin3 le got et l'odorat ne donnent plus aucun signe de leur existence2 les yeux se couvrent d'un nuage terne et prennent une expression sinistre2 l'oreille est encore sensible aux sons et au bruit4 ,voil pourquoi sans doute les anciens1 pour s'assurer de la ralit de la mort1 taient dans l'usage de pousser de grands cris aux oreilles du dfunt4 ,le mourant ne flaire1 ne gote1 ne voit et n'entend plus4 ,il lui reste la sensation du toucher1 il s'agite dans sa couche1 promne ses bras au dehors1 change chaque instant de posture2 il exerce1 comme nous l'avons dj dit1 des mouvements analogues ceux du ftus qui remue dans le sein de sa mre4 ,la mort qui va le frapper ne peut lui inspirer aucune frayeur2 car il n'a plus d'ides1 et il finit de vivre comme il avait commenc1 sans en avoir la conscience4 7,,richerand1 ,nouveaux lments de ,physiologie1 neuvime dition1 tome ,,ii1 page #fjj47 ,illustration ,m,,ditation ,,xxvii4 ,histoire philosophique de la ,cuisine4 #abc4--,la cuisine est le plus ancien des arts2 car ,adam naquit jeun1 et le nouveau-n1 peine entr dans ce monde1 pousse des cris qui ne se calment que sur le sein de sa nourrice4 ,c'est aussi de tous les arts celui qui nous a rendu le service le plus important pour la vie civile2 car ce sont les besoins de la cuisine qui nous ont appris appliquer le feu1 et c'est par le feu que l'homme a dompt la nature4 ,quand on voit les choses d'en haut1 on peut compter jusqu' trois espces de cuisine3 ,la premire1 qui s'occupe de la prparation des aliments1 a conserv le nom primitif2 ,la seconde s'occupe les analyser et en vrifier les lments3 on est convenu de l'appeler chimie2 ,et la troisime1 qu'on peut appeler cuisine de rparation1 est plus connue sous le nom de pharmacie4 ,si elles diffrent par le but1 elles se tiennent par l'application du feu1 par l'usage des fourneaux et par l'emploi des mmes vases4 ,ainsi1 le mme morceau de boeuf que le cuisinier convertit en potage et en bouilli1 le chimiste s'en empare pour savoir en combien de sortes de corps il est rsoluble1 et le pharmacien nous le fait violemment sortir du corps1 si par hasard il y cause une indigestion4 ,ordre d'alimentation4 #abd4--,l'homme est un animal omnivore2 il a des dents incisives pour diviser les fruits1 des dents molaires pour broyer les graines1 et des dents canines pour dchirer les chairs3 sur quoi on a remarqu que plus l'homme est rapproch de l'tat sauvage1 plus les dents canines sont fortes et faciles distinguer4 ,il est extrmement probable que l'espce fut longtemps frugivore1 et elle y fut rduite par la ncessit2 car l'homme est le plus lourd des animaux de l'ancien monde1 et ses moyens d'attaque sont trs borns1 tant qu'il n'est pas arm4 ,mais l'instinct de perfectionnement attach sa nature ne tarda pas se dvelopper3 le sentiment mme de sa faiblesse le porta chercher se faire des armes2 il y fut pouss aussi par l'instinct carnivore1 annonc par ses dents canines2 et ds qu'il fut arm1 il fit sa proie et sa nourriture de tous les animaux dont il tait environn4 ,cet instinct de destruction subsiste encore2 les enfants ne manquent presque jamais de tuer les petits animaux qu'on leur abandonne2 ils les mangeraient s'ils avaient faim4 ,il n'est point tonnant que l'homme ait dsir se nourrir de chair2 il a l'estomac trop petit1 et les fruits ont trop peu de substances animalisables pour suffire pleinement sa restauration2 il pourrait se nourrir mieux de lgumes2 mais ce rgime suppose des arts qui n'ont pu venir qu' la suite des sicles4 ,les premires armes durent tre des branches d'arbres1 et plus tard on eut des arcs et des flches4 ,il est trs digne de remarque que partout o on a trouv l'homme1 sous tous les climats1 toutes les latitudes1 on l'a toujours trouv arm d'arcs et de flches4 ,cette uniformit est difficile expliquer4 ,on ne voit pas comment la mme srie d'ides s'est prsente des individus soumis des circonstances si diffrentes2 elle doit provenir d'une cause qui s'est cache derrire le rideau des ges4 ,la chair crue n'a qu'un inconvnient2 c'est de s'attacher aux dents par sa viscosit2 cela prs1 elle n'est point dsagrable au got4 ,assaisonne d'un peu de sel1 elle se digre trs bien1 et doit tre plus nourrissante que toute autre4 ,mein ,god1 me disait1 en #ahae1 un capitaine de ,croates qui je donnais dner1 il ne faut pas tant d'apprts pour faire bonne chre4 ,quand nous sommes en campagne et que nous avons faim1 nous abattons la premire bte qui nous tombe sous la main2 nous en coupons un morceau bien charnu1 nous le saupoudrons d'un peu de sel1 que nous avons toujours dans la sabre-tasche#dd2 nous le mettons sous la selle1 sur le dos du cheval2 nous donnons un temps de galop1 et 7faisant le mouvement d'un homme qui dchire belles dents7 gnian1 gnian1 gnian1 nous nous rgalons comme des princes4 ,note #dd3 ,la sabre-tasche1 ou poche de sabre1 est cette espce de sac cussonn qui est suspendu au baudrier d'o pend le sabre des troupes lgres2 elle joue un grand rle dans les contes que les soldats font entre eux4 ,quand les chasseurs du ,dauphin vont la chasse dans le mois de septembre1 ils sont galement pourvus de poivre et de sel4 ,s'ils tuent un becfigue de haute graisse1 ils le plument1 l'assaisonnent1 le portent quelque temps sur leurs chapeaux et le mangent4 ,ils assurent que cet oiseau ainsi trait est encore meilleur que rti4 ,d'ailleurs1 si nos trisaeux mangeaient leurs aliments crus1 nous n'en avons pas tout--fait perdu l'habitude4 ,les palais les plus dlicats s'arrangent trs bien des saucissons d',arles1 des mortadelles1 du boeuf fum d',hambourg1 des anchois1 des harengs secs1 et d'autres pareils1 qui n'ont pas pass par le feu et qui n'en rveillent pas moins l'apptit4 ,dcouverte du feu4 #abe4--;,aprs qu'on se fut rgal assez longtemps la manire des ,croates1 on dcouvrit le feu2 et ce fut encore un hasard2 car le feu n'existe pas spontanment sur la terre2 les habitants des les ,mariannes ne le connaissaient pas4 ,cuisson4 #abf4--,le feu une fois connu1 l'instinct de perfectionnement fit qu'on en approcha les viandes1 d'abord pour les scher1 et ensuite on les mit sur des charbons pour les cuire4 ,la viande ainsi traite1 fut trouve bien meilleure1 elle prend plus de consistance1 se mche avec beaucoup plus de facilit1 et l'osmazme1 en se rissolant1 s'aromatise et lui donne un parfum qui n'a pas cess de nous plaire4 ,cependant on vint s'apercevoir que la viande cuite sur les charbons n'est pas exempte de souillure2 car elle entrane toujours avec elle quelques parties de cendre ou de charbon dont on la dbarrasse difficilement4 ,on remdia cet inconvnient en la perant avec des broches qu'on mettait au-dessus des charbons ardents1 en les appuyant sur des pierres d'une hauteur convenable4 ,c'est ainsi qu'on parvint aux grillades1 prparation aussi simple que savoureuse1 car toute viande grille est de haut got1 parce qu'elle se fume en partie4 ,les choses n'taient pas beaucoup plus avances du temps d',homre2 et j'espre qu'on verra ici avec plaisir la manire dont ,achille reut dans sa tente trois des plus considrables d'entre les ,grecs1 dont l'un tait roi4 ,je ddie aux dames la narration que j'en vais faire1 parce qu',achille tait le plus beau des ,grecs1 et que sa fiert ne l'empcha pas de pleurer quand on lui enleva ,brisis2 c'est aussi pour elles que je choisis la traduction lgante de ,m4 ,dugas-,montbel1 auteur doux1 complaisant1 et assez gourmand pour un hellniste3 ,majorem jam crateram1 ,moenetii fili1 appone1 ,meracisque misce1 poculum autem para unicuique2 ,charissimi enim isti viri meo sub tecto4 ,sic dixit3 ,patroclus dilecto obedivit socio2 ,sed cacabum ingentem posuit ad ignis jubar2 ,tergum in ipso posuit ovis et pinguis capr4 ,apposuit et suis saginati scapulam abundantem pinguedine4 ,huic tenebat carnes ,automedon1 secabatque nobilis ,achilles1 ,eas quidem minute secabat1 et verubus afligebat4 ,ignem ,moenetiades accendebat magnum1 deo similis vir2 ,sed postquam ignis deflagravit1 et fiamma exstincta est1 ,prunas sternens1 verua desuper extendit4 ,inspersit autem sale cacro1 a lapidibus elevans4 ,at postquam assavit et in mensas culinarias fudit1 ,patroclus quidem1 panem accipiens1 distribuit in mensas ,pulchris in canistris1 sed carnem distribuit ,achilles4 ,ipse autem adversus sedit ,ulyssi divino1 ,ad parietem alterum4 ,diis autem sacrificare jussit ,patroclum suum socium4 ,is in ignem jecit libamenta4 ,hi in cibos paratos appositos manus immiserunt2 ,sed postquam pots et cibi desiderium exemerunt1 ,innuit ,ajax ,phoenici3 intellexit autem divinus ,ulysses1 ,implensque vino poculum1 propinavit ,achilli#de1 etc4 ,,ii4 ,,ix1 #bjb4 ,note #de3 ,je n'ai pas copi le texte original1 que peu de personnes auraient entendu3 mais j'ai cru devoir donner la version latine1 parce que cette langue1 plus rpandue1 se moulant parfaitement sur le grec1 se prte mieux aux dtails et la simplicit de ce repas hroque4 ,aussitt ,patrocle obit aux ordres de son compagnon fidle4 ,cependant ,achille approche de la flamme tincelante un vase qui renferme les paules d'une brebis1 d'une chvre grasse2 et le large dos d'un porc succulent4 ,automdon tient les viandes que coupe le divin ,achille2 celui-ci les divise en morceaux1 et les perce avec des pointes de fer4 ,illustration ,patrocle1 semblable aux immortels1 allume un grand feu4 ,ds que le bois consum ne jette plus qu'une flamme languissante1 il pose sur le brasier deux longs dards soutenus par deux fortes pierres1 et rpand le sel sacr4 ,quand les viandes sont prtes1 que le festin est dress1 ,patrocle distribue le pain autour de la table dans de riches corbeilles2 mais ,achille veut lui-mme servir les viandes4 ,ensuite il se place vis--vis d',ulysse1 l'autre extrmit de la table1 et commande son compagnon de sacrifier aux dieux4 ,patrocle jette dans les flammes les prmices du repas1 et tous portent bientt les mains vers les mets qu'on leur a servis et prpars4 ,lorsque dans l'abondance des festins ils ont chass la faim et la soif1 ,ajax fait un signe ,phnix2 ,ulysse l'aperoit1 il remplit de vin sa large coupe1 et s'adressant au hros3 ,salut1 ,achille1 dit-il444 ,ainsi1 un roi1 un fils de roi1 et trois gnraux grecs1 dnrent fort bien avec du pain1 du vin et de la viande grille4 ,il faut croire que si ,achille et ,patrocle s'occuprent eux-mmes des apprts du festin1 c'tait par extraordinaire1 et pour honorer d'autant plus les htes distingus dont ils recevaient la visite2 car ordinairement les soins de la cuisine taient abandonns aux esclaves et aux femmes3 c'est ce qu',homre nous apprend encore en s'occupant1 dans l',odysse1 des repas des poursuivants4 ,on regardait alors les entrailles des animaux farcies de sang et de graisse comme un mets trs distingu 7c'tait du boudin74 cette poque1 et sans doute longtemps auparavant1 la posie et la musique s'taient associes aux dlices des repas4 ,des chantres vnrs clbraient les merveilles de la nature1 les amours des dieux et les hauts faits des guerriers2 ils exeraient une espce de sacerdoce1 et il est probable que le divin ,homre lui-mme tait issu de quelques-uns de ces hommes favoriss du ciel2 il ne se ft point lev si haut si ses tudes potiques n'avaient pas commenc ds son enfance4 ,madame ,dacier remarque qu',homre ne parle de viande bouillie en aucun endroit de ses ouvrages4 ,les ,hbreux taient plus avancs1 cause du sjour qu'ils avaient fait en gypte2 ils avaient des vaisseaux qui allaient sur le feu2 et c'est dans un vase pareil que fut faite la soupe que ,jacob vendit si cher son frre sa4 ,il est vritablement difficile de deviner comment l'homme est parvenu travailler les mtaux2 ce fut1 dit-on1 ,tubal-,can qui s'en occupa le premier4 ,dans l'tat actuel de nos connaissances1 des mtaux nous servent traiter d'autres mtaux2 nous les assujettissions avec des pinces en fer1 nous les forgeons avec des marteaux de fer2 nous les taillons avec des limes d'acier2 mais je n'ai encore trouv personne qui ait pu m'expliquer comment fut faite la premire pince et forg le premier marteau4 ,festins des ,orientaux4--,des ,grecs4 #abg4--,la cuisine fit de grands progrs quand on eut1 soit en airain1 soit en poterie1 des vases qui rsistrent au feu4 ,on put assaisonner les viandes1 faire cuire les lgumes2 on eut du bouillon1 du jus1 des geles2 toutes ces choses se suivent et se soutiennent4 ,les livres les plus anciens qui nous restent font mention honorable des festins des rois d',orient4 ,il n'est pas difficile de croire que des monarques qui rgnaient sur des pays si fertiles en toutes choses1 et surtout en piceries et en parfums1 eussent des tables somptueuses2 mais les dtails nous manquent4 ,on sait seulement que ,cadmus1 qui apporta l'criture en ,grce1 avait t cuisinier du roi de ,sidon4 ,ce fut chez ces peuples voluptueux et mous que s'introduisit la coutume d'entourer de lits les tables des festins1 et de manger couchs4 ,ce raffinement1 qui tient de la faiblesse1 ne fut pas partout galement bien reu4 ,les peuples qui faisaient un cas particulier de la force et du courage1 ceux chez qui la frugalit tait une vertu1 le repoussrent longtemps2 mais il fut adopt ,athnes1 et cet usage fut longtemps gnral dans le monde civilis4 ,la cuisine et ses douceurs furent en grande faveur chez les ,athniens1 peuple lgant et avide de nouveauts3 les rois1 les particuliers riches1 les potes1 les savants1 donnrent l'exemple1 et les philosophes eux-mmes ne crurent pas devoir se refuser des jouissances puises au sein de la nature4 ,aprs ce qu'on lit dans les anciens auteurs1 on ne peut pas douter que leurs festins ne fussent de vritables ftes4 ,la chasse1 la pche et le commerce leur procuraient une grande partie des objets qui passent encore pour excellents1 et la concurrence les avait fait monter un prix excessif4 ,tous les arts concouraient l'ornement de leurs tables1 autour desquelles les convives se rangeaient1 couchs sur des lits couverts de riches tapis de pourpre4 ,on se faisait une tude de donner encore plus de prix la bonne chre par une conversation agrable1 et les propos de table devinrent une science4 ,les chants1 qui avaient lieu vers le troisime service1 perdirent leur svrit antique2 ils ne furent plus exclusivement employs clbrer les dieux1 les hros et les faits historiques3 on chanta l'amiti1 le plaisir et l'amour1 avec une douceur et une harmonie auxquelles nos langues sches et dures ne pourront jamais atteindre4 ,les vins de la ,grce1 que nous trouvons encore excellents1 avaient t examins et classs par les gourmets1 commencer par les plus doux jusqu'aux plus fumeux2 dans certains repas1 on en parcourait l'chelle tout entire1 et1 au contraire de ce qui se passe aujourd'hui1 les verres grandissaient en raison de la bont du vin qui y tait vers4 ,les plus jolies femmes venaient encore embellir ces runions voluptueuse3 des danses1 des jeux et des divertissements de toute espce prolongeaient les plaisirs de la soire4 ,on respirait la volupt par tous les pores2 et plus d'un ,aristippe1 arriv sous la bannire de ,platon1 fit retraite sous celle d'picure4 ,illustration ,les savants s'empressrent l'envi d'crire sur un art qui procurait de si douces jouissances4 ,platon1 ,athne et plusieurs autres nous ont conserv leurs noms4 ,mais hlas6 leurs ouvrages sont perdus2 et s'il faut surtout en regretter quelqu'un1 ce doit tre la ,gastronomie d',achestrade1 qui fut l'ami d'un des fils de ,pricls4 ,ce grand crivain1 dit ,thotime1 avait parcouru les terres et les mers pour connatre par lui-mme ce qu'elles produisent de meilleur4 ,il s'instruisait dans ses voyages1 non des moeurs des peuples1 puisqu'il est impossible de les changer2 mais il entrait dans les laboratoires o se prparent les dlices de la table1 et il n'eut de commerce qu'avec les hommes utiles ses plaisirs4 ,son pome est un trsor de science1 et ne contient un vers qui ne soit un prcepte4 ,tel fut l'tat de la cuisine en ,grce2 et il se soutint ainsi jusqu'au moment o une poigne d'hommes1 qui taient venus s'tablir sur les bords du ,tibre1 tendit sa domination sur les peuples voisins1 et finit par envahir le monde4 ,festins des ,romains4 #abh4--,la bonne chre fut inconnue aux ,romains tant qu'ils ne combattirent que pour assurer leur indpendance ou pour subjuguer leurs voisins1 tout aussi pauvres qu'eux4 ,alors leurs gnraux conduisaient la charrue1 vivaient de lgumes1 etc4 ,les historiens frugivores ne manquent pas de louer ces temps primitifs1 o la frugalit tait alors en grand honneur4 ,mais quand leurs conqutes se furent tendues en ,afrique1 en ,sicile et en ,grce2 quand ils se furent rgals aux dpens des vaincus dans des pays o la civilisation tait plus avance1 ils emportrent ,rome des prparations qui les avaient charms chez les trangers1 et tout porte croire qu'elles y furent bien reues4 ,les ,romains avaient envoy ,athnes une dputation pour en rapporter les lois de ,solon2 ils y allaient encore pour tudier les belles-lettres et la philosophie4 ,tout en polissant leurs moeurs1 ils connurent les dlices des festins2 et les cuisiniers arrivrent ,rome avec les orateurs1 les philosophes1 les rhteurs et les potes4 ,avec le temps et la srie de succs qui firent affluer ,rome toutes les richesses de l'univers1 le luxe de la table fut pouss un point presque incroyable4 ,on gota de tout1 depuis la cigale jusqu' l'autruche1 depuis le loir jusqu'au sanglier#df2 tout ce qui put piquer le got fut essay comme assaisonnement ou employ comme tel1 des substances dont nous ne pouvons pas concevoir l'usage1 comme l'assa fetida1 la rue1 etc4 ,note #df3 ,,glires ,,fabsi4--,glires isicio porcino1 item pulpis ex omni glirium membro tritis1 cum pipere1 nucleis1 lasere1 liquamine1 farcies glires1 et sutos in tegul positos1 mittes in furnum1 an farsos in clibano coques4 ,les loirs passaient pour un mets dlicat3 on apportait quelquefois des balances sur la table pour en vrifier le poids4 ,on connat cette pigramme de ,martial1 au sujet des loirs1 ,,xiii1 #ei4 ,tota mihi dormitur hiems1 et pinguior illo ,tempore sum1 quo me nil nisi somnus alit4 ,lister1 mdecin gourmand d'une reine trs gourmande 7la reine ,anne71 s'occupant des avantages qu'on peut tirer pour la cuisine de l'usage des balances1 observe que si douze alouettes ne psent point douze onces1 elles sont peine mangeables1 qu'elles sont passables si elles psent douze onces1 mais que si elles psent treize onces1 elles sont grasses et excellentes4 ,l'univers connu fut mis contribution par les armes et les voyageurs4 ,on apporta d',afrique les pintades et les truffes1 les lapins d',espagne1 les faisans de la ,grce1 o ils taient venus des bords du ,phase1 et les paons de l'extrmit de l',asie4 ,les plus considrables d'entre les ,romains se firent gloire d'avoir de beaux jardins o ils firent cultiver non-seulement les fruits anciennement connus1 tels que les poires1 les pommes1 les figues1 le raisin1 mais encore ceux qui furent apports de divers pays1 savoir3 l'abricot d',armnie1 la pche de ,perse1 le coing de ,sidon1 la framboise des valles du mont ,ida1 et la cerise1 conqute de ,lucullus dans le royaume de ,pont4 ,ces importations1 qui eurent ncessairement lieu dans des circonstances trs diverses1 prouvent du moins que l'impulsion tait gnrale1 et que chacun se faisait une gloire et un devoir de contribuer aux jouissances du peuple-roi4 ,parmi les comestibles1 le poisson fut surtout un objet de luxe4 ,il s'tablit des prfrences en faveur de certaines espces1 et ces prfrences augmentaient quand la pche avait eu lieu dans certains parages4 ,le poisson des contres loignes fut apport dans des vases pleins de miel1 et quand les individus dpassrent la grandeur ordinaire1 ils furent vendus des prix considrables1 par la concurrence qui s'tablissait entre des consommateurs1 dont quelques-uns taient plus riches que des rois4 ,les boissons ne furent pas l'objet d'une attention moins suivie et de soins moins attentifs4 ,les vins de ,grce1 de ,sicile et d',italie firent les dlices des ,romains2 et comme ils tiraient leur prix soit du canton1 soit de l'anne o ils avaient t produits1 une espce d'acte de naissance tait inscrit sur chaque amphore4 ,o nata mecum consule ,manlio4 ,,horace4 ,ce ne fut pas tout4 ,par une suite de cet instinct d'exaltation que nous avons dj indiqu1 on s'appliqua rendre les vins plus piquants et plus parfums2 on y fit infuser des fleurs1 des aromates1 les drogues de diverses espces1 et les prparations que les auteurs contemporains nous ont transmises sous le nom de condita1 devaient brler la bouche et violemment irriter l'estomac4 ,c'est ainsi que dj1 cette poque1 les ,romains rvaient l'alcool1 qui n'a t dcouvert qu'aprs plus de quinze sicles4 ,mais c'est surtout vers les accessoires des repas que ce luxe gigantesque se portait avec plus de ferveur4 ,tous les meubles ncessaires pour les festins furent faits avec recherche1 soit pour la matire1 soit pour la main-d'oeuvre4 ,le nombre des services augmenta graduellement jusques et pass vingt1 et chaque service on enlevait tout ce qui avait t employ aux services prcdents4 ,des esclaves taient spcialement attachs chaque fonction conviviale1 et ces fonctions taient minutieusement distingues4 ,les parfums les plus distingus embaumaient la salle du festin4 ,des espces de hrauts proclamaient le mrite des mets dignes d'une attention spciale2 ils annonaient les titres qu'ils avaient cette espce d'ovation2 enfin on n'oubliait rien de ce qui pouvait aiguiser l'apptit1 soutenir l'attention et prolonger les jouissances4 ,ce luxe avait aussi ses aberrations et ses bizarreries4 ,tels taient ces festins o les poissons et les oiseaux servis se comptaient par milliers1 et ces mets qui n'avaient d'autre mrite que d'avoir cot cher1 tel que ce plat compos de la cervelle de cinq cents autruches21 et cet autre o l'on voyait les langues de cinq mille oiseaux qui tous avaient parl4 ,d'aprs ce qui prcde1 il me semble qu'on peut facilement se rendre compte des sommes considrables que ,lucullus dpensait sa table et de la chert des festins qu'il donnait dans le salon d',apollon1 o il tait d'tiquette d'puiser tous les moyens connus pour flatter la sensualit de ses convives4 ,rsurrection de ,lucullus4 #abi4--,les jours de gloire pourraient renatre sous nos yeux1 et pour en renouveler les merveilles il ne nous manque qu'un ,lucullus4 ,supposons donc qu'un homme connu pour tre puissamment riche voult clbrer un grand vnement politique ou financier1 et donner cette occasion une fte mmorable1 sans s'inquiter de ce qu'il en coterait4 ,supposons qu'il appelle tous les arts pour orner le lieu de la fte dans ses diverses parties1 et qu'il ordonne aux prparateurs d'employer pour la bonne chre toutes les ressources de l'art1 et d'abreuver les convives avec ce que les caveaux contiennent de plus distingu2 ,qu'il fasse reprsenter pour eux1 en ce dner solennel1 deux pices joues par les meilleurs acteurs2 ,que1 pendant le repas1 la musique se fasse entendre1 excute par les artistes les plus renomms1 tant pour les voix que pour les instruments2 ,qu'il ait fait prparer1 pour entr'actes1 entre le dner et le caf1 un ballet dans dans tout ce que l',opra a de plus lger et de plus joli2 ,que la soire se termine par un bal qui rassemble deux cents femmes choisies parmi les plus belles1 et quatre cents danseurs choisis parmi les plus lgants2 ,que le buffet soit constamment garni de ce qu'on connat de mieux en boissons chaudes1 fraches et glaces2 ,que1 vers le milieu de la nuit1 une collation savante vienne rendre tous une vigueur nouvelle2 ,que les servants soient beaux et bien vtus1 l'illumination parfaite2 et1 pour ne rien oublier1 que l'amphitryon se soit charg d'envoyer chercher et de reconduire commodment tout le monde4 ,cette fte ayant t bien entendue1 bien ordonne1 bien soigne et bien conduite1 tous ceux qui connaissent ,paris1 conviendront avec moi qu'il y aurait dans les mmoires du lendemain de quoi faire trembler le caissier mme de ,lucullus4 ,en indiquant ce qu'il faudrait faire aujourd'hui pour imiter les ftes de ce ,romain magnifique1 j'ai suffisamment appris au lecteur ce qui se pratiquait alors pour les accessoires obligs des repas1 o l'on ne manquait pas de faire intervenir les comdiens1 les chanteurs1 les mimes1 les grimes1 et tout ce qui peut contribuer augmenter la joie des personnes qui n'ont t convoques que dans le but de se divertir4 ,ce qu'on avait fait chez les ,athniens1 ensuite chez les ,romains1 plus tard chez nous dans le moyen ge1 et enfin de nos jours1 prend sa source dans la nature de l'homme1 qui cherche avec impatience la fin de la carrire o il est entr1 et dans certaine inquitude qui le tourmente tant que la somme totale de vie dont il peut disposer n'est pas entirement occupe4 ,lectisternium et ,incubitatium4 #acj4--;,comme les ,athniens1 les ,romains mangeaient couchs2 mais ils n'y arrivrent que par une voie en quelque faon dtourne4 ,ils se servirent d'abord des lits pour les repas sacrs qu'on offrait aux dieux2 les premiers magistrats et les hommes puissants en adoptrent ensuite l'usage1 et en peu de temps il devint gnral et s'est conserv jusque vers le commencement du quatrime sicle de l're chrtienne4 ,ces lits1 qui n'taient d'abord que des espces de bancs rembourrs de paille et recouverts de peaux1 participrent bientt au luxe qui envahit tout ce qui avait rapport aux festins4 ,ils furent faits des bois les plus prcieux1 incrusts d'ivoire1 d'or1 et quelquefois de pierreries2 ils furent forms de coussins d'une mollesse recherche1 et les tapis qui les recouvraient furent orns de magnifiques broderies4 ,on se couchait sur le ct gauche1 appuy sur le coude2 et ordinairement le mme lit recevait trois personnes4 ,cette manire de se tenir table1 que les ,romains appelaient lectisternium1 tait-elle plus commode1 tait-elle plus favorable que celle que nous avons adopte1 ou plutt reprise8 ,je ne le crois pas4 ,physiquement envisage1 l'incubitation exige un certain dploiement de forces pour garder l'quilibre1 et ce n'est pas sans quelque douleur que le poids d'une partie du corps porte sur l'articulation du bras4 ,sous le rapport physiologique1 il y a bien aussi quelque chose dire3 l'imbuccation se fait d'une manire moins naturelle2 les aliments coulent avec plus de peine et se tassent moins dans l'estomac4 ,l'ingestion des liquides ou l'action de boire tait surtout bien plus difficile encore2 elle devait exiger une attention particulire pour ne pas rpandre mal propos le vin contenu dans ces larges coupes qui brillaient sur la table des grands2 et c'est sans doute pendant le rgne du lectisternium qu'est n le proverbe qui dit que de la coupe la bouche il y a souvent bien du vin perdu4 ,il ne devait pas tre plus facile de manger proprement1 quand on mangeait couch1 surtout si l'on fait attention que plusieurs des convives portaient la barbe longue1 et qu'on se servait des doigts1 ou tout au plus du couteau1 pour porter les morceaux la bouche1 car l'usage des fourchettes est moderne2 on n'en a point trouv dans les ruines d',herculanum1 o l'on a cependant trouv beaucoup de cuillers4 ,il faut croire aussi qu'il se faisait par-ci par-l quelques outrages la pudeur1 dans des repas o l'on dpassait frquemment les bornes de la temprance1 sur des lits o les deux sexes taient mls1 et o il n'tait pas rare de voir une partie des convives endormie4 ,nam pransus jaceo1 et satur supinus ,pertundo tunicamque1 palliumque4 ,aussi c'est la morale qui rclama la premire4 ,ds que la religion chrtienne1 chappe aux perscutions qui ensanglantrent son berceau1 eut acquis quelque influence1 ses ministres levrent la voix contre les excs de l'intemprance4 ,ils se rcrirent contre la longueur des repas1 o l'on violait tous leurs prceptes en s'entourant de toutes les volupts4 ,vous par choix un rgime austre1 ils placrent la gourmandise parmi les pchs capitaux1 critiqurent amrement la promiscuit des sexes1 et attaqurent surtout l'usage de manger sur des lits1 usage qui leur parut le rsultat d'une mollesse coupable et la cause principale des abus qu'ils dploraient4 ,leur voie menaante fut entendue3 les lits cessrent d'orner la salle des festins1 on revint l'ancienne manire de manger en tat de session2 et par un rare bonheur1 cette forme1 ordonne par la morale2 n'a point tourn au dtriment du plaisir4 ,posie4 #aca4-- l'poque dont nous nous occupons1 la posie conviviale subit une modification nouvelle1 et prit1 dans la bouche d',horace1 de ,tibulle1 et autres auteurs peu prs contemporains1 une langueur et une mollesse que les ,muses grecques ne connaissaient pas4 ,dulce ridentem ,lalagem amabo1 ,dulce loquentem4 ,,hor4 ,quaeris quot mibi batiationes ,tuae1 ,lesbia1 sint satis superque4 ,,cat4 ,pande1 puella1 pande capillulos ,flavos1 lucentes ut aurum nitidum4 ,pande1 puella1 collum candidum ,productum bene candidis humeris4 ,,gallus4 ,irruption des barbares4 #acb4--,les cinq ou six sicles que nous venons de parcourir en un petit nombre de pages furent les beaux temps pour la cuisine1 ainsi que pour ceux qui l'aiment et la cultivent2 mais l'arrive1 ou plutt l'irruption des peuples du ,nord1 changea tout1 bouleversa tout2 et ces jours de gloire furent suivis d'une longue et terrible obscurit4 l'apparition de ces trangers1 l'art alimentaire disparut avec les autres sciences dont il est le compagnon et le consolateur4 ,la plupart des cuisiniers furent massacrs dans les palais qu'ils desservaient2 les autres s'enfuirent pour ne pas rgaler les oppresseurs de leur pays2 et le petit nombre qui vint offrir ses services eut la honte de les voir refuser4 ,ces bouches froces1 ces gosiers brls1 taient insensibles aux douceurs d'une chre dlicate4 ,d'normes quartiers de viande et de venaison1 des quantits incommensurables des plus fortes boissons1 suffisaient pour les charmer2 et comme les usurpateurs taient toujours arms1 la plupart de ces repas dgnraient en orgies1 et la salle des festins vit souvent couler le sang4 ,cependant il est dans la nature des choses que ce qui est excessif ne dure pas4 ,les vainqueurs se lassrent enfin d'tre cruels2 ils s'allirent avec les vaincus1 prirent une teinte de civilisation1 et commencrent connatre les douceurs de la vie sociale4 ,les repas se ressentirent de cet adoucissement4 ,on invita ses amis moins pour les repatre que pour les rgaler2 les autres s'aperurent qu'on faisait quelques efforts pour leur plaire2 une joie plus dcente les anima1 et les devoirs de l'hospitalit eurent quelque chose de plus affectueux4 ,ces amliorations1 qui auraient eu lieu vers le cinquime sicle de notre re devinrent plus remarquables sous ,charlemagne2 et on voit1 par ses capitulaires1 que ce grand roi se donnait des soins personnels pour que ses domaines pussent fournir au luxe de sa table4 ,illustration ,sous ce prince et sous ses successeurs1 les ftes prirent une tournure la foi galante et chevaleresque2 les dames vinrent embellir la cour2 elles distriburent le prix de la valeur2 et l'on vit le faisan aux pattes dores et le paon la queue panouie ports sur les tables des princes par des pages chamarrs d'or1 et par de gentes pucelles chez qui l'innocence n'excluait pas toujours le dsir de plaire4 ,remarquons bien que ce fut pour la troisime fois que les femmes1 squestres chez les ,grecs1 chez les ,romains et chez les ,francs1 furent appeles faire l'ornement de leurs banquets4 ,les ,ottomans ont seuls rsist l'appel2 mais d'effroyables temptes menacent ce peuple insociable1 et trente ans ne s'couleront pas sans que la voix puissante du canon ait proclam l'mancipation des odalisques4 ,le mouvement une fois imprim a t transmis jusqu' nous1 en recevant une forte progression par le choc des gnrations4 ,les femmes1 mme les plus titres1 s'occuprent1 dans l'intrieur de leurs maisons1 de la prparation des aliments1 qu'elles regardrent comme faisant partie des soins de l'hospitalit1 qui avait encore lieu en ,france vers la fin du dix-septime sicle4 ,sous leurs jolies mains les aliments subirent quelquefois des mtamorphoses singulires3 l'anguille eut le dard du serpent1 le livre les oreilles d'un chat1 et autres joyeusets pareilles4 ,elles firent grand usage des pices que les ,vnitiens commencerait tirer de l',orient1 ainsi que des eaux parfumes qui taient fournies par les ,arabes1 de sorte que le poisson fut quelquefois cuit l'eau de rose4 ,le luxe de la table consistait surtout dans l'abondance des mets2 et les choses allrent si loin1 que nos rois se crurent obligs d'y mettre un frein par des lois somptuaires qui eurent le mme sort que celles rendues en pareille matire par les lgislateurs grecs et romains4 ,on en rit1 on les luda1 on les oublia1 et elles ne restrent dans les livres que comme monuments historiques4 ,on continua donc faire bonne chre tant qu'on put1 et surtout dans les abbayes1 couvents et moutiers1 parce que les richesses affectes ces tablissements taient moins exposes aux chances et aux dangers des guerres intrieures qui ont si longtemps dsol la ,france4 tant bien certain que les dames franaises se sont toujours plus ou moins mles de ce qui se faisait dans leurs cuisine1 on doit en conclure que c'est leur intervention qu'est due la prminence indisputable qu'a toujours eue en ,europe la cuisine franaise1 et qu'elle a principalement acquise par une quantit immense1 de prparations recherches1 lgres et friandes1 dont les femmes seules ont pu concevoir l'ide4 ,j'ai dit qu'on faisait bonne chre tant qu'on pouvait2 mais on ne pouvait pas toujours4 ,le souper de nos rois eux-mmes tait quelquefois abandonn au hasard4 ,on sait qu'il ne fut pas toujours assur pendant les troubles civils2 et ,henri ,,iv et fait un soir un bien maigre repas1 s'il n'et eu le bon esprit d'admettre sa table le bourgeois possesseur heureux de la seule dinde qui existt dans une ville o le roi devait passer la nuit4 ,cependant la science avanait insensiblement3 les chevaliers croiss la dotrent de l'chalote arrache aux plaines d',ascalon2 le persil fut import d',italie2 et longtemps avant ,louis ,,ix1 les charcutiers et saucisseurs avaient fond sur la manipulation du porc un espoir de fortune dont nous avons eu sous les yeux de mmorables exemples4 ,les ptissiers n'eurent pas moins de succs2 et les produits de leur industrie figuraient honorablement dans tous les festins4 ,ds avant ,charles ,,ix ils formaient une corporation considrable2 et ce prince leur donna des statuts o l'on remarque le privilge de fabriquer le pain chanter messe4 ,vers le milieu du dix-septime sicle1 les ,hollandais apportrent le caf en ,europe#dg4 ,soliman ,aga1 ce ,turc puissant dont raffolrent nos trisaeules1 leur en fit prendre les premires tasses en #affj2 un ,amricain en vendit publiquement la foire de ,saint-,germain en #afgj2 et la rue ,saint-,andr-des-,arcs eut le premier caf orn de glaces et de tables de marbre1 peu prs comme on le voit de nos jours4 ,note #dg3 ,parmi les ,europens1 les ,hollandais furent les premiers qui tirrent d',arabie des plants du cafier1 qu'ils transportrent ,batavia1 et qu'ils apportrent ensuite en ,europe4 ,m4 de ,reissout1 lieutenant-gnral d'artillerie1 en fit venir un pied d',amsterdam1 et en fit cadeau au ,jardin du roi3 c'est le premier qu'on ait vu ,paris4 ,cet arbre1 dont ,m4 ,jussieu a fait la description1 avait1 en #afac1 un pouce de diamtre et cinq pieds de hauteur3 le fruit est fort joli1 et ressemble un peu une cerise4 ,alors aussi le sucre commena poindre#dg2 et ,scarron1 en se plaignant de ce que sa soeur avait1 par avarice1 fait rtrcir les trous de son sucrier1 nous a du moins appris que de son temps ce meuble tait usuel4 ,note #dh3 ,quoi qu'ait dit ,lucrce les anciens ne connurent pas le sucre4 ,le sucre est un produit de l'art2 et sans la cristallisation1 la canne ne donnerait qu'une boisson fade et sans utilit4 ,c'est encore dans le dix-septime sicle que l'usage de l'eau-de-vie commena se rpandre4 ,la distillation1 dont la premire ide avait t apporte par les croiss1 tait jusque-l demeure un arcane qui n'tait connu que d'un petit nombre d'adeptes4 ,vers le commencement du rgne de ,louis ,,xiv1 les alambics commencrent devenir communs1 mais ce n'est que sous ,louis ,,xv que cette boisson est devenue vraiment populaire2 et ce n'est que depuis peu d'annes que de ttonnements en ttonnements on est venu obtenir de l'alcool en une seule opration4 ,c'est encore vers la mme poque qu'on commena user du tabac2 de sorte que le sucre1 le caf1 l'eau-de-vie et le tabac1 ces quatre objets si importants1 soit au commerce1 soit la richesse fiscale1 ont peine deux sicles de date4 ,sicle de ,louis ,,xiv et de ,louis ,,xv4 #acc4--;,ce fut sous ces auspices que commena le sicle de ,louis ,,xiv2 et sous ce rgne brillant la science des festins obit l'impulsion progressive qui fit avancer toutes les autres sciences4 ,on a point encore perdu la mmoire de ces ftes qui firent accourir toute l',europe1 ni de ces tournois o brillrent pour la dernire fois les lances que la baonnette a si nergiquement remplaces1 et ces armures chevaleresques1 faibles ressources contre la brutalit du canon4 ,toutes ces ftes se terminaient par de somptueux banquets1 qui en taient comme le couronnement2 car telle est la constitution de l'homme1 qu'il ne peut point tre tout--fait heureux quand son got n'a point t gratifi2 et ce besoin imprieux a soumis jusqu' la grammaire1 tellement que1 pour exprimer qu'une chose a t faite avec perfection1 nous disons qu'elle a t faite avec got4 ,par une consquence ncessaire1 les hommes qui prsidrent aux prparations de ces festins devinrent des hommes considrables1 et ce ne fut pas sans raison2 car ils durent runir bien des qualits diverses1 c'est--dire le gnie pour inventer1 le savoir pour disposer1 le jugement pour proportionner1 la sagacit pour dcouvrir1 la fermet pour se faire obir1 et l'exactitude pour ne pas faire attendre4 ,ce fut dans ces grandes occasions que commena se dployer la magnificence des surtouts1 art nouveau qui1 runissant la peinture et la sculpture1 prsente l'oeil un tableau agrable et quelquefois un site appropri la circonstance ou au hros de la fte4 ,c'tait l le grand et mme le gigantesque de l'art du cuisinier2 mais bientt des runions moins nombreuses et des repas plus fins exigrent une attention plus raisonne et des soins plus minutieux4 ,ce fut au petit couvert1 dans le salon des favorites1 et aux soupers fins des courtisans et des financiers1 que les artistes firent admirer leur savoir1 et1 anims d'une louable mulation1 cherchrent se surpasser les uns les autres4 ,sur la fin de ce rgne1 le nom des cuisiniers les plus fameux tait presque toujours annex celui de leurs patrons3 ces derniers en tiraient vanit4 ,ces deux mrites s'unissaient2 et les noms les plus glorieux figurrent dans les livres de cuisine ct des prparations qu'ils avaient protges1 inventes ou mises au monde4 ,cet amalgame a cess de nos jours3 nous ne sommes pas moins gourmands que nos anctres1 et bien au contraire2 mais nous nous inquitons beaucoup moins du nom de celui qui rgne dans les souterrains4 ,l'applaudissement par inclination de l'oreille gauche est le seul tribut d'admiration que nous accordons l'artiste qui nous enchante2 et les restaurateurs1 c'est--dire les cuisiniers du public1 sont les seuls qui obtiennent une estime nominale qui les place promptement au rang des grands capitalistes4 ,utile dulci4 ,ce fut pour ,louis ,,xiv qu'on apporta des chelles du ,levant l'pine d't1 qu'il appelait la bonne poire2 et c'est sa vieillesse que nous devons les liqueurs4 ,ce prince prouvait quelquefois de la faiblesse1 et cette difficult de vivre qui se manifeste souvent aprs l'ge de soixante ans2 on unit l'eau-de-vie au sucre et aux parfums1 pour lui en faire des potions qu'on appelait1 suivant l'usage du temps1 potions cordiales4 ,telle est l'origine de l'art du liquoriste4 ,il est remarquer qu' peu prs vers le mme temps l'art de la cuisine florissait la cour d',angleterre4 ,la reine ,anne tait trs gourmande2 elle ne ddaignait pas de s'entretenir avec son cuisinier1 et les dispensaires anglais contiennent beaucoup de prparations dsignes 7after queen's ,ann fashion7 la manire de la reine ,anne4 ,la science1 qui tait reste stationnaire pendant la domination de madame de ,maintenon1 continua sa marche ascensionnelle sous la rgence4 ,le duc d',orlans1 prince spirituel et digne d'avoir des amis1 partageait avec eux des repas aussi fins que bien entendus4 ,des renseignements certains m'ont appris qu'on y distinguait surtout des piqus d'une finesse extrme1 des matelotes aussi apptissantes qu'au bord de l'eau1 et des dindes glorieusement truffes4 ,des dindes truffes666 dont la rputation et le prix vont toujours croissant6 ,astres bnins dont l'apparition fait scintiller1 radier et tripudier les gourmands de toutes les catgories4 ,le rgne de ,louis ,,xv ne fut pas moins favorable l'art alimentaire4 ,dix-huit ans de paix gurirent sans peine toutes les plaies qu'avaient faites plus de soixante ans de guerre2 les richesses cres par l'industrie1 et rpandues par le commerce ou acquises par les traitants1 firent disparatre l'ingalit des fortunes1 et l'esprit de convivialit se rpandit dans toutes les classes de la socit4 ,illustration ,c'est dater de cette poque#di qu'on a tabli gnralement dans tous les repas plus d'ordre1 de propret1 d'lgance1 et ces divers raffinements qui1 ayant toujours t en augmentant jusqu' nos jours1 menacent maintenant de dpasser toutes les limites et de nous conduire au ridicule4 ,note #di3 ,d'aprs les informations que j'ai prises auprs des habitants de plusieurs dpartements1 vers #agdj un dner de dix personnes se composait comme il suit3 le bouilli2 #a;er service444 une entre de veau cuit dans son jus2 un hors d'oeuvre1 un dindon2 #b;e service444444 un plat de lgumes2 une salade2 une crme 7quelquefois74 du fromage2 ,dessert4444444444 du fruit2 un pot de confitures4 ,on ne changeait que trois fois d'assiettes1 savoir3 aprs le potage1 au second service et au dessert4 ,on servait trs rarement du caf1 mais assez souvent du ratafia de cerises ou d'oeillets1 qu'on ne connaissait que depuis peu de temps4 ,sous ce rgne encore1 les petites maisons et les femmes entretenues exigrent des cuisiniers des efforts qui tournrent au profit de la science4 ,on a de grandes facilits quand on traite une assemble nombreuse et des apptits robustes2 avec de la viande de boucherie1 du gibier1 de la venaison et quelques grosses pices de poisson1 on a bientt compos un repas pour soixante personnes4 ,mais pour gratifier des bouches qui ne s'ouvrent que pour minauder1 pour allcher des femmes vaporeuses1 pour mouvoir des estomacs de papier mch et faire aller des efflanqus chez qui l'apptit n'est qu'une vellit toujours prte s'teindre1 il faut plus de gnie1 plus de pntration et plus de travail que pour rsoudre un des plus difficiles problmes de gomtrie de l'infini4 ,louis ,,xvi4 #acd4--;,arriv maintenant au rgne de ,louis ,,xvi et aux jours de la rvolution1 nous ne nous tranerons pas minutieusement sur les dtails des changements dont nous avons t tmoins2 mais nous nous contenterons de signaler grands traits les diverses amliorations qui1 depuis #aggd1 ont eu lieu dans la science des festins4 ,ces amliorations ont eu pour objet la partie naturelle de l'art1 ou les moeurs et institutions sociales qui s'y rattachent2 et quoique ces deux ordres de choses agissent l'un sur l'autre avec une rciprocit continuelle1 nous avons cru devoir1 pour plus de clart1 nous en occuper sparment4 ,amlioration sous le rapport de l'art4 #ace4--,toutes les professions dont le rsultat est de prparer ou de vendre des aliments1 telles que cuisiniers1 traiteurs1 ptissiers1 confiseurs1 magasins de comestibles et autres pareils1 se sont multiplies dans des proportions toujours croissantes2 et ce qui prouve que cette augmentation n'a lieu que d'aprs des besoins rels1 c'est que leur nombre n'a point nui leur prosprit4 ,la physique et la chimie ont t appeles au secours de l'art alimentaire3 les savants les plus distingus n'ont point cru au-dessous d'eux de s'occuper de nos premiers besoins1 et ont introduit des perfectionnements depuis le simple pot-au-feu de l'ouvrier jusqu' ces mets extractifs et transparents qui ne sont servis que dans l'or ou le cristal4 ,des professions nouvelles se sont leves2 par exemple1 les ptissiers de petit four1 qui sont la nuance entre les ptissiers proprement dits et les confiseurs4 ,ils ont dans leurs domaines les prparations o le beurre s'unit au sucre1 aux oeufs1 la fcule1 telles que les biscuits1 les macarons1 les gteaux pars1 les meringues1 et autres friandises pareilles4 ,l'art de conserver les aliments est aussi devenu une profession distincte1 dont le but est de nous offrir dans tous les temps de l'anne1 les diverses substances qui sont particulires chaque saison4 ,l'horticulture a fait d'immenses progrs1 les serres chaudes ont mis sous nos yeux les fruits des tropiques2 diverses espces de lgumes ont t acquises par la culture ou l'importation1 et entre autres l'espce de melons cantaloups qui1 ne produisant que de bons fruits1 donne aussi un dmenti journalier au proverbe#ej4 ,note #ej3 ,il faut en essayer cinquante ,avant que d'en trouver un bon4 ,il parat que les melons tels que nous les cultivons n'taient pas connus des ,romains2 ce qu'ils appelaient melo et fispo n'taient que des concombres qu'ils mangeaient avec des sauces extrmement releves4 ,,apicius1 ,de re coquinaria4 ,on a cultiv1 import et prsent dans un ordre rgulier les vins de tous les pays3 le madre qui ouvre la tranche1 les vins de ,france qui se partagent les services1 et ceux d',espagne et d',afrique qui couronnent l'oeuvre4 ,la cuisine franaise s'est appropri des mets de prparation trangre1 comme le karik et le beefsteak2 des assaisonnements1 comme le caviar et le soy2 des boissons1 comme le punch1 le ngus et autres4 ,le caf est devenu populaire3 le matin comme aliment1 et aprs dner comme boisson exhilarante et tonique4 ,on a invent une grande diversit de vases1 ustensiles et autres accessoires1 qui donnent au repas une teinte plus ou moins marque de luxe et de festivit2 de sorte que les trangers qui arrivent ,paris trouvent sur les tables beaucoup d'objets dont ils ignorent le nom et dont ils n'osent souvent pas demander l'usage4 ,et de tous ces faits on peut tirer la conclusion gnrale que1 au moment o j'cris ces lignes1 tout ce qui prcde1 accompagne ou suit les festins1 est trait avec un ordre1 une mthode et une tenue qui marquent une envie de plaire tout--fait aimable pour des convives4 ,derniers perfectionnements4 #acf4--,on a ressuscit du grec le mot de gastronomie2 il a paru doux aux oreilles franaises2 et quoiqu' peine compris1 il a suffi de le prononcer pour porter sur toutes les physionomies le sourire de l'hilarit4 ,on a commenc sparer la gourmandise de la voracit et de la goinfrerie2 on l'a regarde comme un penchant qu'on pouvait avouer1 comme une qualit sociale1 agrable l'amphitryon1 profitable au convive1 utile la science1 et on a mis les gourmands ct de tous les autres amateurs qui ont aussi un objet connu de prdilection4 ,un esprit gnral de convivialit s'est rpandu dans toutes les classes de la socit2 les runions se sont multiplies1 et chacun1 en rgalant ses amis1 s'est efforc de leur offrir ce qu'il avait remarqu de meilleur dans les zones suprieures4 ,par suite du plaisir qu'on a trouv tre ensemble1 on a adopt pour le temps une division plus commode1 en donnant aux affaires le temps qui s'coule depuis le commencement du jour jusqu' sa chute1 et en destinant le surplus aux plaisirs qui accompagnent et suivent les festins4 ,illustration ,on a institu les djeuners la fourchette1 repas qui a un caractre particulier par les mets dont il est compos1 par la gat qui y rgne1 et par la toilette nglige qui y est tolre4 ,on a donn des ths1 genre de comessation tout--fait extraordinaire1 en ce que1 tant offerte des personnes qui ont bien dn1 elle ne suppose ni l'apptit ni la soif2 qu'elle n'a pour but que la distraction et pour base que la friandise4 ,on a cr les banquets politiques1 qui ont constamment eu lieu depuis trente ans toutes les fois qu'il a t ncessaire d'exercer une influence actuelle sur un grand nombre de volonts2 repas qui exigent une grande chre1 laquelle on ne fait pas attention1 et o le plaisir n'est compt que pour mmoire4 ,enfin les restaurateurs ont paru3 institution tout--fait nouvelle qu'on n'a point assez mdite1 et dont l'effet est tel1 que tout homme qui est matre de trois ou quatre pistoles peut immdiatement1 infailliblement1 et sans autre peine que celle de dsirer1 se procurer toutes les jouissances positives dont le got est susceptible4 ,m,,ditation #bh4 ,des ,restaurateurs4 #acg4--,un restaurateur est celui dont le commerce consiste offrir au public un festin toujours prt1 et dont les mets se dtaillent en portions prix fixe1 sur la demande des consommateurs4 ,l'tablissement se nomme restaurant2 celui qui le dirige est le restaurateur4 ,on appelle simplement carte l'tat nominatif des mets1 avec l'indication du prix1 et carte payer la note de la quantit des mets fournis et de leur prix4 ,parmi ceux qui accourent en foule chez les restaurateurs1 il en est peu qui se doutent qu'il est impossible que celui qui cra le restaurant ne ft pas un homme de gnie et un observateur profond4 ,nous allons aider la paresse1 et suivre la filiation des ides dont la succession dut amener cet tablissement si usuel et si commode4 tablissement4 #ach4--,vers #aggj1 aprs les jours glorieux de ,louis ,,xiv1 les roueries de la rgence et la longue tranquillit du ministre du cardinal de ,fleury1 les trangers n'avaient encore ,paris que bien peu de ressources sous le rapport de la bonne chre4 ,ils taient forcs d'avoir recours la cuisine des aubergistes1 qui tait gnralement mauvaise4 ,il existait quelques htels avec table d'hte1 qui1 peu d'exceptions prs1 n'offraient que le strict ncessaire1 et qui d'ailleurs avaient une heure fixe4 ,on avait bien la ressource des traiteurs2 mais ils ne livraient que des pices entires1 et celui qui voulait rgaler quelques amis1 tait forc de commander l'avance1 de sorte que ceux qui n'avaient pas le bonheur d'tre invits dans quelque maison opulente1 quittaient la grande ville sans connatre les ressources et les dlices de la cuisine parisienne4 ,un ordre de choses qui blessait des intrts si journaliers ne pouvait pas durer1 et dj quelques penseurs rvaient une amlioration4 ,enfin il se trouva un homme de tte qui jugea qu'une cause active ne pouvait rester sans effet2 que le mme besoin se reproduisant chaque jour vers les mmes heures1 les consommateurs viendraient en foule l o ils seraient certains que ce besoin serait agrablement satisfait2 que1 si l'on dtachait une aile de volaille en faveur du premier venu1 il ne manquerait pas de s'en prsenter un second qui se contenterait de la cuisse2 que l'abscision d'une premire tranche dans l'obscurit de la cuisine ne dshonorerait pas le restant de la pice2 qu'on n'en regarderait pas une lgre augmentation de paiement quand on aurait t bien1 promptement et proprement servi2 qu'on n'en finirait jamais dans un dtail ncessairement considrable1 si les convives pouvaient disputer sur le prix et la qualit des plats qu'ils auraient demands2 que d'ailleurs la varit des mets1 combine avec la fixit des prix1 aurait l'avantage de pouvoir convenir toutes les fortunes4 ,cet homme pensa encore beaucoup de choses qu'il est facile de deviner4 ,celui-l fut le premier restaurateur1 et cra une profession qui commande la fortune toutes les fois que celui qui l'exera de la bonne foi1 de l'ordre et de l'habilet4 ,avantages des ,restaurants4 #aci4--,l'adoption des restaurateurs1 qui de ,france a fait le tour de l',europe1 est d'un avantage extrme pour tous les citoyens1 et d'une grande importance pour la science4 ,illustration l ,par ce moyen1 tout homme peut dner l'heure qui lui convient1 d'aprs les circonstances o il se trouve plac par ses affaires ou ses plaisirs4 #b ,il est certain de ne pas outrepasser la somme qu'il a jug propos de fixer pour son repas1 parce qu'il sait d'avance le prix de chaque plat qui lui est servi4 #c ,le compte tant une fois fait avec sa bourse1 le consommateur peut1 sa volont1 faire un repas solide1 dlicat ou friand1 l'arroser des meilleurs vins franais ou trangers1 l'aromatiser de moka et le parfumer des liqueurs des deux mondes1 sans autres limites que la vigueur de son apptit ou la capacit de on estomac4 ,le salon d'un restaurateur est l'den des gourmands4 ,illustration #d ,c'est encore une chose extrmement commode pour les voyageurs1 pour les trangers1 pour ceux dont la famille rside momentanment la campagne1 et pour tous ceux1 en un mot1 qui n'ont point de cuisine chez eux1 ou qui en sont momentanment privs4 ,avant l'poque dont nous avons parl 7#aggj71 les gens riches et puissants jouissaient presque exclusivement de deux grands avantages3 ils voyageaient avec rapidit et faisaient constamment bonne chre4 ,l'tablissement des nouvelles voitures qui font cinquante lieues en vingt-quatre heures a effac le premier privilge2 l'tablissement des restaurateurs a dtruit le second3 par eux1 la meilleure chre est devenue populaire4 ,tout homme qui peut disposer de quinze vingt francs1 et qui s'assied la table d'un restaurateur de premire classe1 est aussi bien et mme mieux trait que s'il tait la table d'un prince2 car le festin qui s'offre lui est tout aussi splendide1 et ayant en outre1 tous les mets commandement1 il n'est gn par aucune considration personnelle4 ,examen du salon4 #adj4--,le salon d'un restaurateur1 examin avec un peu de dtail1 offre l'oeil scrutateur du philosophe un tableau digne de son intrt par la varit situations qu'il rassemble4 ,le fond est occup par la foule des consommateurs solidaires1 qui commandent haute voix1 attendent avec impatience1 mangent avec prcipitation1 paient et s'en vont4 ,on voit des familles voyageuses qui1 contentes d'un repas frugal1 l'aiguisent cependant par quelques mets qui leur taient inconnus1 et paraissent jouir avec plaisir d'un spectacle tout--fait nouveau pour elles4 ,prs de l sont deux poux parisiens3 on les distingue par le chapeau et le schall suspendus sur leur tte2 on voit que1 depuis longtemps1 ils n'ont plus rien se dire2 ils ont fait la partie d'aller quelque petit spectacle1 et il y a parier que l'un des deux y dormira4 ,plus loin sont deux amants2 on en juge par l'empressement de l'un1 les petites mignardises de l'autre et la gourmandise de tous les deux4 ,le plaisir brille dans leurs yeux2 et par le choix qui prside la composition de leur repas1 le prsent sert deviner de pass et prvoir l'avenir4 ,au centre est une table meuble d'habitus qui1 le plus souvent1 obtiennent un rabais et dnent prix fixe4 ,ils connaissent par leur nom tous les garons de salle1 et ceux-ci leur indiquent en secret ce qu'il y a de plus frais et de plus nouveau2 ils sont l comme un fonds de magasin1 comme un centre autour duquel les groupes viennent se former1 ou1 pour mieux dire1 comme les canards privs dont on se sert en ,bretagne pour attirer les canards sauvages4 ,on y rencontre aussi des individus dont tout le monde connat la figure1 et dont personne ne sait le nom4 ,ils sont l'aise comme chez eux1 et cherchent assez souvent engager la conversation avec leurs voisins4 ,ils appartiennent quelques-unes de ces espces qu'on ne rencontre qu' ,paris1 et qui1 n'ayant ni proprit1 ni capitaux1 ni industrie1 n'en font pas moins une forte dpense4 ,enfin1 on aperoit et l des trangers1 et surtout des ,anglais2 ces derniers se bourrent de viandes portions doubles1 demandent tout ce qu'il a de plus cher1 boivent les vins les plus fumeux1 et ne se retirent pas toujours sans aides4 ,on peut vrifier chaque jour l'exactitude de ce tableau2 et s'il est fait pour piquer la curiosit1 peut-tre pourrait-il affliger la morale4 ,inconvnients4 #ada4--,nul doute que l'occasion et la toute-puissance des objets prsents n'entranent beaucoup de personnes dans des dpenses qui excdent leurs facults4 ,peut-tre les estomacs dlicats lui doivent-ils quelques indigestions1 et la ,vnus infime quelques sacrifices intempestifs4 ,mais ce qui est bien plus funeste pour l'ordre social1 c'est que nous regardons comme certain que la rfection solidaire renforce l'gosme1 habitue l'individu ne regarder que soi1 s'isoler de tout ce qui l'entoure1 se dispenser d'gards2 et par leur conduite avant1 pendant et aprs le repas1 dans la socit ordinaire1 il est facile de distinguer parmi les convives1 ceux qui vivent habituellement chez le restaurateur#ea4 ,note #ea3 ,entre autres1 quand on fait courir une assiette pleine de morceaux tout dcoups1 ils se servent et la posent devant eux sans la passer au voisin1 dont ils n'ont pas coutume de s'occuper4 mulation4 #adb4--,nous avons dit que l'tablissement des restaurateurs avait t d'une grande importance pour l'tablissement de la science4 ,effectivement1 ds que l'exprience a pu apprendre qu'un seul ragot minemment trait suffisait pour faire la fortune de l'inventeur1 l'intrt1 ce puissant mobile1 a allum toutes les imaginations et mis en oeuvre tous les prparateurs4 ,l'analyse a dcouvert des parties esculentes dans des substances jusqu'ici rputes inutiles2 des comestibles nouveaux ont t trouvs1 les anciens ont t amliors1 les uns et les autres ont t combins de mille manires4 ,les inventions trangres ont t importes2 l'univers entier a t mis contribution1 et il est tel de nos repas o l'on pourrait faire un cours complet de gographie alimentaire4 ,restaurateurs prix fixe4 #adc4--,tandis que l'art suivait ainsi un mouvement d'ascension1 tant en dcouvertes qu'en chert 7car il faut toujours que la nouveaut se paie71 le mme motif1 c'est--dire l'espoir du gain1 lui donnait un mouvement contraire1 du moins relativement la dpense4 ,quelques restaurateurs se proposrent pour but de joindre la bonne chre l'conomie1 et en se rapprochant des fortunes mdiocres1 qui sont ncessairement les plus nombreuses1 de s'assurer ainsi de la foule des consommateurs4 ,ils cherchaient dans les objets d'un prix peu lev1 ceux qu'une bonne prparation peut rendre agrables4 ,ils trouvaient dans la viande de boucherie1 toujours bonne ,paris1 et dans le poisson de mer qui y abonde1 une ressource inpuisable2 et1 pour complment1 des lgumes et des fruits1 que la nouvelle culture donne toujours bon march4 ,ils calculaient ce qui est rigoureusement ncessaire pour remplir un estomac d'une capacit ordinaire et apaiser une soif non cynique4 ,ils observaient qu'il est beaucoup d'objets qui ne doivent leur prix qu' la nouveaut ou la saison1 et qui peuvent tre offerts un peu plus tard et dgags de cet obstacle2 enfin1 ils sont venus peu peu un point de prcision tel1 qu'en gagnant #be ou #cj pour cent1 ils ont pu donner leurs habitus1 pour deux francs1 et mme moins1 un dner suffisant1 et dont tout homme bien n peut se contenter1 puisqu'il coterait au moins mille francs par mois pour tenir1 dans une maison particulire1 une table aussi bien fournie et aussi varie4 ,les restaurateurs1 considrs sous ce dernier point de vue1 ont rendu un service signal cette partie intressante de la population de toute grande ville qui se compose des trangers1 des militaires et des employs1 et ils ont t conduits par leur intrt la solution d'un problme qui y semblait contraire1 savoir3 de faire bonne chre1 et cependant prix modr1 et mme bon march4 ,les restaurateurs qui ont suivi cette route n'ont pas t moins bien rcompenss que leurs autres confrres3 ils n'ont pas essuy autant de revers que ceux qui taient l'autre extrmit de l'chelle2 et leur fortune1 quoique plus lente1 a t plus sre2 car1 s'ils gagnaient moins la fois1 ils gagnaient tous les jours1 et il est de vrit mathmatique que1 quand un nombre gal d'units sont rassembles en un point1 elles donnent un total gal1 soit qu'elles aient t runies par dizaines1 soit qu'elles aient t rassembles une une4 ,les amateurs ont retenu les noms de plusieurs artistes qui ont brill ,paris depuis l'adoption des restaurants4 ,on peut citer ,beauvilliers1 ,mot1 ,robert1 ,rose1 ,legacque1 les frres ,vry1 ,henneveu et ,baleine4 ,quelques-uns de ces tablissements ont d leur prosprit des causes spciales1 savoir3 le ,veau qui tette1 aux pieds de mouton2 le444 au gras-double sur le gril2 les ,frres ,provenaux1 la morue l'ail2 ,vry1 aux entres truffes2 ,robert1 aux dners commands2 ,baleine1 aux soins qu'il se donnait pour avoir d'excellent poisson2 et ,henneveu1 aux boudoirs mystrieux de son quatrime tage4 ,mais de tous ces hros de la gastronomie1 nul n'a plus le droit une notice biographique que ,beauvilliers1 dont les journaux de #ahbj ont annonc la mort4 ,beauvilliers4 #add4--;,beauvilliers1 qui s'tait tabli vers #aghb1 a t1 pendant plus de quinze ans1 le plus fameux restaurateur de ,paris4 ,le premier1 il eut un salon lgant1 des garons bien mis1 un caveau soign et une cuisine suprieure3 et quand plusieurs de ceux que nous avons nomms ont cherch l'galer1 il a soutenu la lutte sans dsavantage1 parce qu'il n'a eu que quelques pas faire pour suivre les progrs de la science4 ,pendant les deux occupations successives de ,paris1 en #ahad et #ahae1 on voyait constamment devant son htel des vhicules de toutes les nations3 il connaissait tous les chefs des corps trangers et avait fini par parler toutes leurs langues1 autant qu'il tait ncessaire son commerce4 ,beauvilliers publia1 vers la fin de sa vie1 un ouvrage en deux volumes in-#h1 intitul3 l',art du cuisinier4 ,cet ouvrage1 fruit d'une longue exprience1 porte le cachet d'une pratique claire1 et jouit encore de toute l'estime qu'on lui accorda dans sa nouveaut4 ,jusque-l l'art n'avait point t trait avec autant d'exactitude et de mthode4 ,ce livre1 qui a eu plusieurs ditions1 a rendu bien faciles les ouvrages qui l'ont suivi1 mais qui ne l'ont pas surpass4 ,beauvilliers avait une mmoire prodigieuse3 il reconnaissait et accueillait1 aprs vingt ans1 des personnes qui n'avaient mang chez lui qu'une fois ou deux3 il avait aussi1 dans certains cas1 une mthode qui lui tait particulire4 ,quand il savait qu'une socit de gens riches tait rassemble dans ses salons1 il s'approchait d'un air officieux1 faisait ses baise-mains2 et il paraissait donner ses htes une attention toute spciale4 ,il indiquait un plat qu'il ne fallait pas prendre1 un autre pour lequel il fallait se hter1 en commandait un troisime auquel personne ne songeait1 faisait venir du vin d'un caveau dont lui seul avait la clef2 enfin1 il prenait un ton si aimable et si engageant1 que tous ces articles extra avaient l'air d'tre autant de gracieusets de sa part4 ,mais ce rle d'amphitryon ne durait qu'un moment2 il s'clipsait aprs l'avoir rempli2 et peu aprs1 l'enflure de la carte et l'amertume du quart d'heure de ,rabelais montraient suffisamment qu'on avait dn chez un restaurateur4 ,beauvilliers avait fait1 dfait et refait plusieurs fois sa fortune2 nous ne savons pas quel est celui de ces divers tats o la mort l'a surpris2 mais il avait de tels exutoires que nous ne pensons pas que sa succession ait t une dpouille opime4 ,le ,gastronome chez le ,restaurateur4 #ade4--;,il rsulte de l'examen des cartes de divers restaurateurs de premire classe1 et notamment de celle des frres ,vry et des ,frres ,provenaux1 que le consommateur qui vient s'asseoir dans le salon a sous la main1 comme lments de son dner1 au moins3 #ab potages1 #bd hors-d'oeuvre1 #ae ou #bj entres de boeuf1 #bj entres de mouton1 #cj entres de volaille et gibier1 #af ou #bj de veau1 #ab de ptisserie1 #bd de poisson1 #ae de rts1 #ej entremets1 #ej desserts4 ,en outre1 le bienheureux gastronome peut arroser tout cela d'au moins trente espces de vins choisir1 depuis le vin de ,bourgogne jusqu'au vin de ,tokai ou du ,cap2 et de vingt ou trente espces de liqueurs parfumes2 sans compter le caf et les mlanges2 tels que le punch1 le ngus1 le sillabud1 et autres pareils4 ,parmi ces diverses parties constituantes du dner d'un amateur1 les parties principales viennent de ,france1 telles que la viande de boucherie1 la volaille1 les fruits2 d'autres sont d'imitation anglaise1 telles que le beefsteak1 le welchrabbet1 le punch1 etc42 d'autres viennent d',allemagne1 comme le sauerkraut1 le boeuf de ,hambourg1 les filets de la fort ,noire2 d'autres d',espagne1 comme l'olla-podrida1 les garbanos1 les raisins secs de ,malaga1 les jambons au poivre de ,xerica1 et les vins de liqueur2 d'autres d',italie1 comme le macaroni1 le parmesan1 les saucissons de ,bologne1 la polenta1 les glaces1 les liqueurs2 d'autres de ,russie1 comme les viandes dessches1 les anguilles fumes1 le caviar2 d'autres de ,hollande1 comme la morue1 les fromages1 les harengs-secs1 le curaao1 l'anisette2 d'autres d',asie1 comme le riz de l',inde1 le sagou1 le karrik1 le soy1 le vin de ,schiraz1 le caf2 d'autres d',afrique1 comme le vin du ,cap2 d'autres enfin d',amrique1 comme les pommes de terre1 les patates1 les ananas1 le chocolat1 la vanille1 le sucre1 etc43 ce qui fournit suffisance la preuve de la proposition que nous avons mise ailleurs1 savoir3 qu'un repas tel qu'on peut l'avoir ,paris est un tout cosmopolite o chaque partie du monde comparat par ses productions4 ,illustration ,m,,ditation ,,xxix4 ,la ,gourmandise classique ,,mise ,,en ,,action4 ,histoire de ,m4 de ,borose4 #adf4--,m4 de ,borose naquit vers #aghj4 ,son pre tait secrtaire du roi4 ,il perdit ses parents en bas ge1 et se trouva de bonne heure possesseur de quarante mille livres de rentes4 ,c'tait alors une belle fortune2 maintenant ce n'est que ce qu'il faut tout juste pour ne pas mourir de faim4 ,un oncle paternel soigna son ducation4 ,il apprit le latin1 tout en s'tonnant que1 quand on pouvait tout exprimer en franais1 on se donnt tant de peine pour apprendre dire les mmes choses en d'autres termes4 ,cependant il fit des progrs2 et quand il fut parvenu jusqu' ,horace1 il se convertit1 trouva un grand plaisir mditer sur des ides si lgamment revtues1 et fit de vritables efforts pour bien connatre la langue qu'avait parle ce pote spirituel4 ,il apprit aussi la musique2 et aprs plusieurs essais1 se fixa au piano4 ,il ne se jeta point dans les difficults indfinies de cet outil musical#eb1 et1 le rduisant son vritable usage1 il se contenta de devenir assez fort pour accompagner le chant4 ,note #eb3 ,le piano est fait pour faciliter la composition de la musique et pour accompagner le chant4 ,jou seul1 il n'a ni chaleur ni expression4 ,les ,espagnols indiquent par bordonear l'action de jouer des instruments qui se pincent4 ,mais1 sous ce rapport1 on le prfrait mme aux professeurs1 parce qu'il ne cherchait pas se mettre sur le premier plan2 ne faisait ni les bras ni les yeux#ec2 et qu'il remplissait consciencieusement le devoir impos tout accompagnateur1 de soutenir et faire briller la personne qui chante4 ,note #ec3 ,terme d'argot musical3 faire les bras1 c'est soulever les coudes et les arrire-bras1 comme si on tait touff par le sentiment3 faire les yeux1 c'est les tourner vers le ciel1 comme si on allait se pmer2 faire des brioches1 c'est manquer un trait1 une intonation4 ,sous l'gide de son ge1 il traversa sans accident les temps les plus terribles de la rvolution2 mais il fut conscrit son tour1 acheta un homme qui alla bravement se faire tuer pour lui2 et bien muni de l'extrait mortuaire de son ,sosie1 se trouva convenablement plac pour clbrer nos triomphes1 ou dplorer nos revers4 ,m4 de ,borose tait de taille moyenne1 mais il tait parfaitement bien fait4 ,quant sa figure1 elle tait sensuelle1 et nous en donnons une ide en disant que1 si on et rassembl avec lui dans le mme salon1 ,gavaudan des ,varits1 ,michot des ,franais1 et le vaudevilliste ,dsaugiers1 ils auraient tous quatre eu l'air d'tre de la mme famille4 ,sur le tout1 il tait convenu de dire qu'il tait joli garon1 et il eut parfois quelque raison d'y croire4 ,prendre un tat fut pour lui une grande affaire3 il en essaya plusieurs2 mais1 y trouvant toujours quelques inconvnients1 il se rduisit une oisivet occupe1 c'est--dire qu'il se fit recevoir dans quelques socits littraires2 qu'il fut du comit de bienfaisance de son arrondissement1 souscrivit quelques runions philanthropiques2 et1 en ajoutant cela le soin de sa fortune1 qu'il rgissait merveille1 il eut tout comme un autre1 ses affaires1 sa correspondance et son cabinet4 ,arriv vingt-huit ans1 il crut qu'il tait temps de se marier1 ne voulut voir sa future qu' table1 et1 la troisime entrevue1 se trouva suffisamment convaincu qu'elle tait galement jolie1 bonne et spirituelle4 ,le bonheur conjugal de ,borose fut de courte dure3 peine y avait-il dix-huit mois qu'il tait mari1 quand sa femme mourut en couches1 lui laissant un regret ternel de cette sparation si prompte1 et pour consolation une fille qu'il nomma ,herminie1 et dont nous nous occuperons plus tard4 ,m4 de ,borose trouva assez de plaisirs dans les diverses occupations qu'il s'tait faites4 ,cependant il s'aperut la longue que1 mme dans les assembles choisies1 il y a des prtentions1 des protecteurs1 quelquefois un peu de jalousie4 ,il mit toutes ces misres sur le compte de l'humanit qui n'est parfaite nulle part1 n'en fut pas moins assidu1 mais obissant1 sans s'en douter1 a l'ordre du destin imprim sur ses traits1 vint peu peu se faire une affaire principale des jouissances du got4 ,m4 de ,borose disait que la gastronomie n'est autre chose que la rflexion qui apprcie1 applique la science qui amliore4 ,il disait avec picure#ed3 ,l',homme est-il donc fait pour ddaigner les dons de la nature8 ,n'arrive-t-il sur la terre que pour y cueillir des fruits amers8 ,pour qui sont les fleurs que les dieux font crotre aux pieds des mortels8444 ,c'est complaire la ,providence que de s'abandonner aux divers penchants qu'elle nous suggre2 nos devoirs viennent de ses lois2 nos dsirs1 de ses inspirations4 ,note #ed3 ,,alibert1 ,physiologie des passions1 t4 ,i1 p4 #bda4 ,il disait avec le professeur sbusien1 que les bonnes choses sont pour les bonnes gens2 autrement il faudrait tomber dans l'absurdit1 et croire que ,dieu ne les a cres que pour les mchants4 ,le premier travail de ,borose eut lieu avec son cuisinier1 et eut pour but de lui montrer ses fonctions sous leur vritable point de vue4 ,il lui dit qu'un cuisinier habile1 qui pouvait tre un savant par la thorie1 l'tait toujours par la pratique2 que la nature de ses fonctions le plaait entre le chimiste et le physicien2 il alla mme jusqu' lui dire que le cuisinier charg de l'entretien du mcanisme animal1 tait au-dessus du pharmacien1 dont l'utilit n'est qu'occasionnelle4 ,il ajoutait1 avec un docteur aussi spirituel que savant#ee1 que le cuisinier a d approfondir l'art de modifier les aliments par l'action du feu1 art inconnu aux anciens4 ,cet art exige de nos jours des tudes et des combinaisons savantes1 il faut avoir rflchi longtemps sur les productions du globe pour employer avec habilet les assaisonnements1 et dguiser l'amertume de certains mets1 pour en rendre d'autres plus savoureux1 pour mettre en oeuvre les meilleurs ingrdients4 ,le cuisinier europen est celui qui brille surtout dans l'art d'oprer ces merveilleux mlanges4 ,l'allocution fit son effet1 et le chef#ef1 bien pntr de son importance1 se tint toujours la hauteur de son emploi4 ,note #ee3 ,,alibert1 ,physiologie des passions1 t4 ,i1 p4 #aif4 ,note #ef3 ,dans une maison bien organise1 le cuisinier se nomme chef4 ,il a sous lui l'aide aux entres1 le ptissier1 le rtisseur et les fouille-au-pot 7l'office est une institution part74 ,les fouille-au-pot sont les mousses de la cuisine3 comme eux1 ils sont souvent battus3 et comme eux1 ils font quelquefois leur chemin4 ,un peu de temps1 de rflexion et d'exprience apprirent bientt ,m4 de ,borose que1 le nombre des mets tant peu prs fix par l'usage1 un bon dner n'est pas de beaucoup plus cher qu'un mauvais2 qu'il n'en cote pas cinq cents francs de plus par an pour ne boire jamais que de trs bon vin2 et que tout dpend de la volont du matre1 de l'ordre qu'il met dans sa maison et du mouvement qu'il imprime tous ceux dont il paie les services4 partir de ces points fondamentaux1 les dners de ,borose prirent un aspect classique et solennel3 la renomme en clbrera les dlices2 on se fit une gloire d'y avoir t appel2 et tels en vantrent les charmes1 qu'ils n'y avaient jamais paru4 ,il n'engageait jamais ces soi-disant gastronomes qui ne sont que des gloutons1 dont le ventre est un abme1 et qui mangent partout1 de tout et tout4 ,il trouvait souhait1 parmi ses amis1 dans les trois premires catgories1 des convives aimables qui1 savourant avec une attention vraiment philosophique1 et donnant cette tude tout le temps qu'elle exige1 n'oubliaient jamais qu'il est un instant o la raison dit l'apptit3 ,non procedes amplius 7tu n'iras pas plus loin74 ,il lui arrivait souvent que des marchands de comestibles lui apportaient des morceaux de haute distinction1 et qu'ils prfraient les lui vendre un prix modr1 par la certitude o ils taient que ces mets seraient consomms avec calme et rflexion1 qu'il en serait bruit dans la socit1 et que la rputation de leurs magasins s'en accrotrait d'autant4 ,le nombre des convives chez ,m4 de ,borose excdait rarement neuf1 et les mets n'taient pas trs nombreux2 mais l'insistance du matre et son got exquis avaient fini par les rendre parfaits4 ,la table prsentait en tout temps ce que la saison pouvait offrir de meilleur1 soit par la raret1 soit par la primeur2 et le service se faisait avec tant de soin qu'il ne laissait rien dsirer4 ,la conversation pendant le repas tait toujours gnrale1 gaie et souvent instructive2 cette dernire qualit tait due une prcaution trs particulire que prenait ,borose4 ,chaque semaine1 un savant distingu1 mais pauvre1 auquel il faisait une pension1 descendait de son septime tage1 et lui remettait une srie d'objets propres tre discuts table4 ,l'amphitryon avait soin de les mettre en avant quand les propos du jour commenaient s'user1 ce qui ranimait la conversation et raccourcissait d'autant les discussions politiques qui troublent galement l'ingestion et la digestion4 ,deux fois par semaine1 il invitait les dames1 et il avait soin d'arranger les choses de manire que chacune trouvait parmi les convives un cavalier qui s'occupait uniquement d'elle4 ,cette prcaution jetait beaucoup d'agrment dans sa socit1 car la prude mme la plus svre est humilie quand elle reste inaperue4 ces jours seulement1 un modeste cart tait permis2 les autres jours1 on n'admettait que le piquet et le whist1 jeux graves1 rflchis1 et qui indiquent une ducation soigne4 ,mais le plus souvent ses soires se passaient dans une aimable causerie1 entremle de quelques romances nouvelles que ,borose accompagnait avec ce talent que nous avons dj indiqu1 ce qui lui attirait des applaudissements auxquels il tait bien loin d'tre insensible4 ,le premier lundi de chaque mois1 le cur de ,borose venait dner chez son paroissien2 il tait sr d'y tre accueilli avec toutes sortes d'gards4 ,la conversation1 ce jour-l1 s'arrtait sur un ton un peu plus srieux1 mais qui n'excluait cependant pas une innocente plaisanterie4 ,le cher pasteur ne se refusait pas aux charmes de cette runion1 et il se surprenait quelquefois dsirer que chaque mois et quatre premiers lundis4 ,c'est au mme jour que la jeune ,herminie sortait de la maison de madame ,migneron#eg1 o elle tait en pension3 cette dame accompagnait le plus souvent sa pupille4 ,celle-ci annonait1 chaque visite1 une grce nouvelle2 elle adorait son pre1 et quand il la bnissait en dposant un baiser sur son front inclin1 nuls tres au monde n'taient plus heureux qu'eux4 ,note #eg3 ,madame ,migneron ,remy dirige1 rue de ,valois1 faubourg du ,roule1 n #d1 une maison d'ducation sous la protection de ,madame la duchesse d',orlans3 le local est superbe1 la tenue parfaite1 le ton excellent1 les matres les meilleurs de ,paris1 et ce qui touche surtout le professeur1 c'est que1 avec tant d'avantages1 le prix est tel que des fortunes presque modestes peuvent y atteindre4 ,borose se donnait des soins continuels pour que la dpense qu'il faisait pour sa table pt tourner au profit de la morale4 ,il ne donnait sa confiance qu'aux fournisseurs qui se faisaient connatre par leur loyaut dans la qualit des choses et leur modration dans les prix2 il les prnait et les aidait au besoin1 car il avait encore coutume de dire que les gens trop presss de faire leur fortune sont souvent peu dlicats sur le choix des moyens4 ,son marchand de vin s'enrichit assez promptement parce qu'il fut proclam sans mlang1 qualit dj rare mme chez les ,athniens du temps de ,pricls1 et qui n'est pas commune au dix-neuvime sicle4 ,on croit que c'est lui qui1 par ses conseils1 dirigea la conduite d',hurbain1 restaurateur au ,palais-,royal2 ,hurbain1 chez qui l'on trouve pour deux francs un dner qu'on paierait ailleurs plus du double1 et qui marche la fortune par une route d'autant plus sre que la foule crot chez lui en raison directe de la modration de ses prix4 ,les mets enlevs de dessus la table du gastronome n'taient point livrs la discrtion des domestiques2 amplement ddommags d'ailleurs2 tout ce qui conservait une belle apparence avait une destination indique par le matre4 ,instruit1 par sa place au comit de bienfaisance1 des besoins et de la moralit d'un grand nombre de ses administrs2 il tait sr de bien diriger ses dons1 et des portions de comestibles1 encore trs dsirables1 venaient de temps en temps chasser le besoin et faire natre la joie2 par exemple1 la queue d'un gras brochet1 la mitre d'un dindon1 un morceau de filet1 de la ptisserie1 etc4 ,mais pour rendre ces envois encore plus profitables1 il avait attention de les annoncer pour le lundi matin1 ou pour le lendemain d'une fte1 obviant ainsi la cessation du travail pendant les jours fris1 combattant les inconvnients de la saint lundi#eh1 et faisant de la sensualit l'antidote de la crapule4 ,note #eh3 ,la plupart des ouvriers1 ,paris1 travaillent le dimanche matin pour finir l'ouvrage commenc1 le rendre qui de droit1 et en recevoir le prix3 aprs quoi ils partent et vont se divertir le reste du jour4 ,le lundi matin1 ils s'assemblent par coteries1 mettent en commun tout ce qui leur reste d'argent1 et ne se quittent pas que tout ne soit dpens4 ,cet tat de choses qui tait rigoureusement vrai il y a dix ans1 s'est un peu amlior par les soins des matres d'ateliers et par les tablissements d'conomie et d'accumulation2 mais le mal est encore trs grand1 et il y a beaucoup de temps et de travail perdu au profit des ,tivolis1 rparateurs1 cabaretiers et taverniers des faubourgs et la banlieue4 ,quand ,m4 de ,borose avait dcouvert dans la troisime ou quatrime classe des commerants un jeune mnage bien uni1 et dont la conduite prudente annonait les qualits sur lesquelles se fonde la prosprit des nations1 il leur faisait la prvenance d'une visite1 et se faisait un devoir de les engager dner4 ,au jour indiqu1 la jeune femme ne manquait pas de trouver des dames qui lui parlaient des soins intrieurs d'une maison1 et le mari1 des hommes pour causer de commerce et de manufactures4 ,ces invitations1 dont le motif tait connu1 finirent par devenir une distinction1 et chacun s'empressa de les mriter4 ,pendant que toutes ces choses se passaient1 la jeune ,herminie croissait et se dveloppait sous les ombrages de la rue de ,valois1 et nous devons nos lecteurs le portrait de la fille1 comme partie intgrante de la biographie du pre4 ,mademoiselle ,herminie de ,borose est grande 7#e pieds #a pouce7 et sa taille runit la lgret d'une nymphe la taille d'une desse4 ,fruit unique d'un mariage heureux1 sa sant est parfaite1 sa force physique remarquable2 elle ne craint ni la chaleur ni le hle1 et les plus longues promenades ne l'pouvantent pas4 ,de loin on la croirait brune1 mais en y regardant de plus prs1 on s'aperoit que ses cheveux sont chtain fonc1 ses cils noirs et ses yeux bleu d'azur4 ,la plupart de ses traits sont grecs1 mais son nez est gaulois2 ce nez charmant fait un effet si gracieux1 qu'un comit d'artistes1 aprs en avoir dlibr pendant trois dners1 a dcid que ce type tout franais est au moins aussi digne que1 tout autre d'tre immortalis par le pinceau1 le ciseau et le burin4 ,le pied de cette jeune fille est remarquablement petit et bien fait2 le professeur l'a tant loue et mme cajole ce sujet1 qu'au jour de l'an #ahbe1 et avec l'approbation de son pre1 elle lui a fait cadeau d'un petit soulier de satin noir1 qu'il montre aux lus1 et dont il se sert pour prouver que l'extrme sociabilit agit sur les formes comme sur les personnes2 car il prtend qu'un petit pied tel que nous le recherchons maintenant1 est le produit des soins et de la culture1 ne se trouve presque jamais parmi les villageois1 et indique presque toujours une personne dont les aeux ont longtemps vcu dans l'aisance4 ,quand ,herminie a relev sur son peigne la fort de cheveux qui couvre sa tte et serr une simple tunique avec une ceinture de rubans1 on la trouve charmante1 et on ne se figure pas que des fleurs1 des perles ou des diamants puissent ajouter sa beaut4 ,illustration ,sa conversation est simple et facile1 et on ne se douterait pas qu'elle connat nos meilleurs auteurs2 mais dans l'occasion elle s'anime1 et la finesse de ses remarques trahit son secret3 aussitt qu'elle s'en aperoit elle rougit1 ses yeux se baissent1 et sa rougeur prouve sa modestie4 ,mademoiselle de ,borose joue galement bien du piano et de la harpe2 mais elle prfre ce dernier instrument par je ne sais quel sentiment enthousiastique pour les harpes clestes dont sont arms les anges1 et pour les harpes d'or tant clbres par ,ossian4 ,sa voix est aussi d'une douceur et d'une rectitude clestes2 ce qui ne l'empche pas d'tre un peu timide2 cependant elle chante sans se faire prier1 mais elle ne manque pas1 en commenant1 de jeter sur son auditoire un regard qui l'ensorcelle1 de sorte qu'elle pourrait chanter faux comme tant d'autres1 qu'on n'aurait pas la force de s'en apercevoir4 ,elle n'a point nglig les travaux de l'aiguille1 source de jouissances bien innocentes et ressources toujours prtes contre l'ennui2 elle travaille comme une fe1 et chaque fois qu'il parat quelque chose de nouveau en ce genre1 la premire ouvrire du ,pre de famille est habituellement charge de venir le lui apprendre4 ,le coeur d',herminie n'a point encore parl1 et la pit filiale a jusqu'ici suffi son bonheur2 mais elle a une vritable passion pour la danse1 qu'elle aime la folie4 ,quand elle se place une contredanse1 elle parait grandir de deux pouces1 et on croirait qu'elle va s'envoler2 cependant sa danse est modre1 et ses pas sans prtention2 elle se contente de circuler avec lgret1 en dveloppant ses formes aimables et gracieuses2 mais quelques chappes on devine ses pouvoirs1 et on souponne que si elle usait de tous ses moyens1 madame ,montessu aurait une rivale4 ,mme quand l'oiseau marche on voit qu'il a des ailes4 ,auprs de cette fille charmante qu'il avait retire de sa pension1 jouissant d'une fortune sagement administre et d'une considration justement mrite1 ,m4 de ,borose vivait heureux1 et apercevait encore devant lui une langue carrire parcourir2 mais toute esprance est trompeuse1 et on ne peut pas rpondre de l'avenir4 ,vers le milieu du mois de mars dernier1 ,m4 de ,borose ft invit aller passer une journe la campagne avec quelques amis4 ,on tait un de ces jours prmaturment chauds1 avant-coureurs du printemps1 et on entendait aux bornes de l'horizon quelques-uns de ces grondements sourds qui font dire proverbialement que l'hiver se casse le cou3 ce qui n'empcha pas qu'on se mt en route pour la promenade4 ,cependant bientt le ciel prit une face menaante1 les nuages s'amoncelrent1 et un orage pouvantable clata avec tonnerre1 pluie et grle4 ,chacun se sauva comme il put et o il put2 ,m4 de ,borose chercha un asile sous un peuplier dont les branches infrieures1 inclines en parasol1 paraissaient devoir le garantir4 ,asile funeste6 la pointe de l'arbre allait chercher le fluide lectrique jusque dans les nuages1 et la pluie en tombant le long des branches1 lui servait de conducteur4 ,bientt une dtonnation effroyable se fit entendre1 et l'infortun promeneur tomba mort sans avoir eu le temps de pousser un soupir4 ,enlev ainsi par ce genre de mort que dsirait ,csar1 et sur lequel il n'y avait pas moyen de gloser1 ,m4 de ,borose fut enterr avec les crmonies du rituel le plus complet4 ,son convoi fut suivi jusqu'au cimetire du ,pre-,lachaise par une foule de gens pied et en voiture2 son loge tait dans toutes les bouches1 et quand une voix amie pronona sur sa tombe une allocution touchante1 il y eut cho dans le coeur de tous les assistants4 ,herminie fut atterre d'un malheur si grand et si inattendu2 elle n'eut pas de convulsions1 elle n'eut pas de crises de nerfs1 elle n'alla pas cacher sa douleur dans son lit2 mais elle pleura son pre avec tant d'abandon1 de continuit et d'amertume1 que ses amis esprrent que l'excs de sa douleur en deviendrait le remde1 car nous ne sommes pas assez fortement tremps pour prouver pendant longtemps un sentiment si vif4 ,le temps a donc fait sur ce jeune coeur son effet immanquable2 ,herminie peut nommer son pre sans fondre en larmes2 mais elle en parle avec une pit douce1 un regret si ingnu1 un amour si actuel et un accent si profond1 qu'il est impossible de l'entendre et de ne pas partager son attendrissement4 ,heureux celui qui ,herminie donnera le droit de l'accompagner et de porter avec elle une couronne funraire sur la tombe de leur pre6 ,dans une chapelle latrale de l'glise de444 on remarque chaque dimanche1 la messe de midi1 une grande et belle jeune personne accompagne par une dame ge4 ,sa tournure est charmante1 mais un voile pais cache son visage4 ,il faut cependant que les traits en soient connus1 car on remarque tout autour de cette chapelle une foule de jeunes dvots de frache date1 tous fort lgamment mis1 et dont quelques-uns sont fort beaux garons4 ,cortge d'une hritire4 #adg4--,passant un jour de la rue de la ,paix la place ,vendme1 je fus arrt par le cortge de la plus riche hritire de ,paris1 pour lors marier et revenant du bois de ,boulogne4 ,il tait compos comme il suit3 #a ,la belle1 objet de tous les voeux1 monte sur un trs beau cheval bai1 qu'elle maniait avec adresse3 amazone bleue longue queue1 chapeau noir plumes blanches2 #b ,son tuteur1 marchant ct d'elle avec la physionomie grave et le maintien important attach ses fonctions2 #c ,groupe de douze quinze poursuivants1 cherchant tous se faire distinguer1 qui par son empressement1 qui par son adresse hippiatrique1 qui par sa mlancolie2 #d ,un en cas magnifiquement attel1 pour servir en cas de pluie ou de fatigue2 cocher corpulent1 jokey pas plus gros que le poing2 #e ,domestiques cheval de toutes les livres1 en grand nombre et ple-mle4 ,ils passrent444 et je continuai de mditer4 ,m,,ditation #cj ,bouquet4 #adh4--;,,gast,r,a est la dixime muse3 elle prside aux jouissances du got4 ,elle pourrait prtendre l'empire de l'univers2 car l'univers n'est rien sans la vie1 et tout ce qui vit se nourrit4 ,elle se plat particulirement sur les coteaux o la vigne fleurit1 sur ceux que l'oranger parfume1 dans les bosquets o la truffe s'labore1 dans les pays abondants en gibier et en fruits4 ,quand elle daigne se montrer1 elle apparat sous la figure d'une jeune fille3 sa ceinture est couleur de feu2 ses cheveux sont noirs1 ses yeux bleu d'azur1 et ses formes pleines de grces2 belle comme ,vnus1 elle est surtout souverainement jolie4 ,elle se montre rarement aux mortels2 mais sa statue les console de son invisibilit4 ,un seul sculpteur a t admis contempler tant de charmes1 et tel a t le succs de cet artiste aim des dieux1 que quiconque voit son ouvrage1 croit y reconnatre les traits de la femme qu'il a le plus aime4 ,de tous les lieux o ,gastra a des autels1 celui qu'elle prfre est celle ville1 reine du monde1 qui emprisonne la ,seine entre les marbres de ses palais4 ,son temple est bti sur cette montagne clbre laquelle ,mars donn son nom2 il est pos sur un socle immense de marbre blanc1 sur lequel on monte de tous cts par cent marches4 ,c'est dans ce bloc rvr que sont percs ces souterrains mystrieux o l'art interroge la nature et la soumet ses lois4 ,c'est l que l'air1 l'eau1 le fer et le feu1 mis en action par des mains habiles1 divisent1 runissent1 triturent1 amalgament et produisent les effets dont le vulgaire ne connat pas la cause4 ,c'est de l enfin que s'chappent1 des poques dtermines1 des recettes merveilleuses dont les auteurs aiment rester inconnus1 parce que leur bonheur est dans leur conscience1 et que leur rcompense consiste savoir qu'ils ont recul les bornes de la science et procur aux hommes des jouissances nouvelles4 ,le temple1 monument unique d'architecture simple et majestueuse1 est support par cent colonnes de jaspe oriental et clair par un dme qui imite la vote des cieux4 ,nous n'entrerons pas dans le dtail des merveilles que cet difice renferme1 il suffira de dire que les sculptures qui en ornent les frontons1 ainsi que les bas-reliefs qui en dcorent l'enceinte1 sont consacres la mmoire des hommes qui ont bien mrit de leurs semblables par des inventions utiles1 telles que l'application du feu aux besoins de la vie1 l'invention de la charrue1 et autres pareilles4 ,bien loin du dme et dans le sanctuaire1 on voit la statue de la desse3 elle a la main gauche appuye sur un fourneau1 et tient de la droite la production la plus chre ses adorateurs4 ,le baldaquin de cristal qui la couvre est soutenu par huit colonnes de mme matire2 et ces colonnes1 continuellement inondes de flamme lectrique1 rpandent dans le lieu saint une clart qui a quelque chose de divin4 ,le culte de la desse est simple3 chaque jour1 au lever du soleil1 ses prtres viennent enlever la couronne de fleurs qui orne sa statue1 en placent une nouvelle et chantent en choeur un des hymnes nombreux par lesquels la posie a clbr les biens dont l'immortelle comble le genre humain4 ,ces prtres sont au nombre de douze1 prsids par le plus g3 ils sont choisis parmi les plus savants2 et les plus beaux1 toutes choses gales1 obtiennent la prfrence4 ,leur ge est celui de la maturit2 ils sont sujets la vieillesse1 mais jamais la caducit2 l'air qu'il respirent dans le temple les en dfend4 ,les ftes de la desse galent le nombre des jours de l'anne2 car elle ne cesse jamais de verser ses bienfaits2 mais parmi ces jours il en est un qui lui est spcialement consacr3 c'est le ,,vingt-,,un ,,septembre1 appel le grand halel gastronomique4 ,en ce jour solennel1 la ville-reine est1 ds le matin1 environne d'un nuage d'encens2 le peuple1 couronn de fleurs1 parcourt les rues en chantant les louanges de la desse2 les citoyens s'appellent par les titres de la plus aimable parent2 tous les coeurs sont mus des plus doux sentiments2 l'atmosphre se charge de sympathie1 et propage partout l'amour et l'amiti4 ,une partie de la journe se passe dans ces panchements1 et l'heure dtermine par l'usage1 la foule se porte vers le temple o doit se clbrer le banquet sacr4 ,dans le sanctuaire1 aux pieds de la statue1 s'lve une table destine aux collge des prtres4 ,une autre table de douze cents couverts a t prpare sous le dme pour des convives des deux sexes4 ,tous les arts ont concouru l'ornement de ces tables solennelles2 rien de si lgant ne parut jamais dans le palais des rois4 ,les prtres arrivent d'un pas grave et d'un air prpar2 ils sont vtus d'une tunique blanche de laine de cachemire1 une broderie incarnat en orne les bords1 et une ceinture de mme couleur en ramasse les plis2 leur physionomie annonce la sant et la bienveillance2 ils s'asseyent aprs s'tre rciproquement salus4 ,dj des serviteurs1 vtus de fin lin1 ont plac les mets devant eux3 ce ne sont point des prparations communes faites pour apaiser des besoins vulgaires2 rien n'est servi sur cette table auguste qui n'en ait t jug digne1 et qui ne tienne la sphre transcendante1 tant par le choix de la matire que par la profondeur du travail4 ,les vnrables consommateurs sont au-dessus de leurs fonctions3 leur conversation paisible et substantielle roule sur les merveilles de la cration et la puissance de l'art2 ils mangent avec lenteur et savourent avec nergie2 le mouvement imprim leur mchoire quelque chose de moelleux2 on dirait que chaque coup de dent a un accent particulier1 et s'il leur arrive de promener la langue sur leurs lvres vernisses1 l'auteur des mets en consommation en acquiert une gloire immortelle4 ,les boissons1 qui se succdent par intervalles1 sont dignes de ce banquet2 elles sont verses par douze jeunes filles choisies1 pour ce jour seulement1 par un comit de peintres et de sculpteurs2 elles sont vtues l'athnienne1 costume heureux qui favorise la beaut sans alarmer la pudeur4 ,les prtres de la desse n'affectent point de dtourner des regards hypocrites1 tandis que de jolies mains font couler pour eux les dlices des deux mondes2 mais tout en admirant le plus bel ouvrage du ,crateur1 la retenue de la sagesse ne cesse pas de siger sur leur front3 la manire dont ils remercient1 dont ils boivent1 exprime ce double sentiment4 ,autour de cette table mystrieuse on voit circuler des rois1 des princes et d'illustres trangers1 arrivs exprs de toutes les parties du monde2 ils marchent en silence et observent avec attention3 ils sont venus pour s'instruire dans le grand art de bien manger1 art difficile1 et que des peuples entiers ignorent encore4 ,pendant que ces choses se passent dans le sanctuaire1 une hilarit gnrale et brillante anime les convives placs autour de la table du dme4 ,cette gat est due surtout ce qu'aucun d'entre eux n'est plac ct de la femme laquelle il a dj tout dit4 ,ainsi l'a voulu la desse4 cette table immense ont t appels1 par choix1 les savants des deux sexes qui ont enrichi l'art par leurs dcouvertes1 les matres de maisons qui remplissent avec tant de grce les devoirs de l'hospitalit franaise1 les savants cosmopolites qui la socit doit des importations utiles ou agrables1 et ces hommes misricordieux qui nourrissent le pauvre des dpouilles opimes de leur superflu4 ,le centre en est vid1 et laisse un grand espace qui est occup par une foule de prosecteurs et de distributeurs qui offrent et voiturent des parties les plus loignes tout ce que les convives peuvent dsirer4 ,l se trouve plac avec avantage tout ce que la nature1 dans sa prodigalit1 a cr pour la nourriture de l'homme4 ,ces trsors sont centupls1 non seulement par leur association1 mais encore par les mtamorphoses que l'art leur a fait subir4 ,cet enchanteur a runi les deux mondes1 confondu les rgnes et rapproch les distances2 le parfum qui s'lve de ces prparations savantes embaume l'air et le remplit de gaz excitateurs4 ,cependant de jeunes garons1 aussi beaux que bien vtus1 parcourent le cercle extrieur1 et prsentent incessamment des coupes remplies de vin dlicieux1 qui ont tantt l'clat du rubis1 tantt la couleur plus modeste de la topaze4 ,de temps en temps1 d'habiles musiciens1 placs dans les galeries du dme1 font retentir le temple des accents mlodieux d'une harmonie aussi simple que savante4 ,alors les ttes s'lvent1 l'attention est entrane1 et pendant ces courts intervalles1 toutes les conversations sont suspendues2 mais elles recommencent bientt avec plus1 de charme2 il semble que ce nouveau prsent des dieux ait donn l'imagination plus de fracheur1 et tous les coeurs plus d'abandon4 ,lorsque le plaisir de la table a rempli le temps qui lui est assign1 le collge des prtres s'avance1 sur le bord de l'enceinte2 ils viennent prendre part au bouquet1 se mler avec les convives1 et boire avec eux le moka que le lgislateur de l',orient permet ses disciples4 ,la liqueur embaume fume dans des vases rehausss d'or2 et les belles acolytes du sanctuaire parcourent l'assemble pour distribuer le sucre qui en adoucit l'amertume4 ,elles sont charmantes1 et cependant telle est l'influence de l'air qu'on respire dans le temple de ,gastra1 qu'aucun coeur de femme ne s'ouvre la jalousie4 ,enfin le doyen des prtres entonne l'hymne de reconnaissance2 toutes les voix s'y joignent1 les instruments s'y confondent3 cet hommage des coeurs s'lve vers le ciel1 et le service est fini4 ,alors seulement commence le banquet populaire1 car il n'est point de vritables ftes quand le peuple ne jouit pas4 ,des tables1 dont l'oeil n'aperoit pas la fin1 sont dresses dans toutes les rues1 sur toutes les places1 au-devant de tous les palais4 ,on s'assied o l'on se trouve2 le hasard rapproche les rangs1 les ges1 les quartiers3 toutes les mains se rencontrent et se serrent avec cordialit2 on ne voit que des visages contents4 ,quoique la grande ville ne soit alors qu'un immense rfectoire1 la gnrosit des particuliers assure l'abondance1 tandis qu'un gouvernement paternel veille avec sollicitude pour le maintien de l'ordre1 et pour que les dernires limites de la sobrit ne soient pas outrepasses4 ,bientt une musique vive et anime se fait entendre2 elle annonce la danse1 cet exercice aim de la jeunesse4 ,des salles immenses1 des estrades lastiques qui ont t prpares1 et des rafrachissements de toute espce1 ne manqueront pas4 ,on y court en foule1 les uns pour agir1 les autres pour encourager et comme simples spectateurs4 ,on rit en voyant quelques vieillards1 anims d'un feu passager1 offrir la beaut un hommage phmre2 mais le culte de la desse et la solennit du jour excusent tout4 ,pendant longtemps ce plaisir se soutient2 l'allgresse est gnrale1 le mouvement universel1 et on entend avec peine la dernire heure annoncer le repos4 ,cependant personne ne rsiste cet appel2 tout s'est pass avec dcence2 chacun se retire content de sa journe1 et se couche plein d'espoir dans les vnements d'une anne qui a commenc sous d'aussi heureux auspices4 ,illustration ,,physiologie ,,du ,,gout ,,seconde ,,partie4 ,,transition4 ,si l'on m'a lu jusqu'ici avec cette attention que j'ai cherch faire natre et soutenir1 on a d voir qu'en crivant j'ai eu un double but que je n'ai jamais perdu de vue3 le premier a t de poser les bases thoriques de la gastronomie1 afin qu'elle puisse se placer1 parmi les sciences1 au rang qui lui est incontestablement d2 le second1 de dfinir avec prcision ce qu'on doit entendre par gourmandise1 et de sparer pour toujours cette qualit sociale de la gloutonnerie et de l'intemprance1 avec lesquelles on l'a si mal propos confondue4 ,cette quivoque a t introduite par des moralistes intolrants qui1 tromps par un zle outr1 ont voulu voir des excs l o il n'y avait qu'une jouissance bien entendue2 car les trsors de la cration ne sont pas faits pour qu'on les foule aux pieds4 ,il a t ensuite propag par des grammairiens insociables1 qui dfinissaient en aveugles et juraient in verba magistri4 ,il est temps qu'une pareille erreur finisse1 car maintenant2 tout le monde s'entend2 ce qui est si vrai1 qu'en mme temps qu'il n'est personne qui n'avoue une petite teinte de gourmandise et ne s'en fasse gloire1 il n'est personne non plus qui ne prit grosse injure l'accusation de gloutonnerie1 de voracit ou d'intemprance4 ,sur ces deux points cardinaux1 il me semble que ce que j'ai crit jusqu' prsent quivaut la dmonstration1 et doit suffire pour persuader tous ceux qui ne se refusent pas la conviction4 ,je pourrais donc quitter la plume et regarder comme finie la tche que je me suis impose2 mais en approfondissant des sujets qui touchent tout1 il m'est revenu dans la mmoire beaucoup de choses qui m'ont paru bonnes crire1 des anecdotes certainement indites1 des bons mots ns sous mes yeux1 quelques recettes de haute distinction et autres hors-d'oeuvre pareils4 ,sems dans la partie thorique1 ils en eussent rompu l'ensemble2 runis1 j'espre qu'ils seront lus avec plaisir1 parce que1 tout en s'amusant1 on pourra y trouver quelques vrits exprimentales et dveloppements utiles4 ,il faut bien aussi1 comme je l'ai annonc1 que je fasse pour moi un peu de cette biographie qui ne donne lieu ni discussion ni commentaires4 ,j'ai cherch la rcompense de mon travail dans cette partie o je me retrouve avec mes amis4 ,c'est surtout quand l'existence est prs de nous chapper que le moi nous devient cher1 et les amis en font ncessairement partie4 ,cependant1 en relisant les endroits qui me sont personnels1 je ne dissimulerai pas que j'ai eu quelques mouvements d'inquitude4 ,ce malaise provenait de mes dernires1 tout--fait dernires lectures1 et des gloses qu'on a faites sur des mmoires qui sont dans les mains de tout le monde4 ,j'ai craint que quelque malin1 qui aura mal digr et mal dormi1 ne vienne dire3 ,mais voil un professeur qui ne se dit pas d'injures6 voil un professeur qui se fait sans cesse des compliments6 voil un professeur qui444 voil un professeur que4446 quoi je rponds d'avance1 en me mettant en garde1 que celui qui ne dit de mal de personne a bien le droit de se traiter avec quelque indulgence2 et que je ne vois pas par quelle raison je serais exclu de ma propre bienveillance1 moi qui ai toujours t tranger aux sentiments haineux4 ,aprs cette rponse1 bien fonde en ralit1 je crois pouvoir tre tranquille1 bien abrit dans mon manteau de philosophe2 et ceux qui insisteront1 je les dclare mauvais coucheurs4 ,mauvais coucheurs6 injure nouvelle1 et pour laquelle je veux prendre un brevet d'invention1 parce que1 le premier1 j'ai dcouvert qu'elle contient en soi une vritable excommunication4 ,,vari,t,s4 ,i4 ,l',omelette du ,cur4 ,tout le monde sait que madame ,r999999 a occup pendant vingt ans1 sans contradiction1 le trne de la beaut ,paris4 ,on sait aussi qu'elle est extrmement charitable1 et qu' une certaine poque elle prenait intrt dans la plupart des entreprises qui avaient pour but de soulager la misre1 quelquefois plus poignante dans la capitale que partout ailleurs#ei4 ,note #ei3 ,ceux-l surtout sont plaindre1 dont les besoins sont ignors2 car il faut rendre justice aux ,parisiens1 et dire qu'ils sont charitables et aumniers4 ,je faisais1 en l'an x1 une petite pension hebdomadaire une vieille religieuse qui gisait un sixime tage1 paralyse de la moiti du corps4 ,cette brave fille recevait assez de la bienfaisance des voisins pour vivre peu prs confortablement et pour nourrir une soeur converse qui s'tait attache son sort4 ,ayant confrer ce sujet avec ,m4 le cur de444 elle se rendit chez lui vers les cinq heures de l'aprs-midi1 et fut fort tonne de le trouver dj table4 ,la chre habitante de la rue du ,mont-,blanc croyait que tout le monde1 ,paris1 dnait six heures1 et ne savait pas que les ecclsiastiques commencent en gnral de bonne heure1 parce qu'il en est beaucoup qui font le soir une lgre collation4 ,madame ,r999999 voulait se retirer2 mais le cur la retint1 soit parce que l'affaire dont ils avaient causer n'tait pas de nature l'empcher de dner1 soit parce qu'une jolie femme n'est jamais un trouble-fte pour qui que ce soit1 ou bien enfin parce qu'il vint s'apercevoir qu'il ne lui manquait qu'un interlocuteur pour faire de son salon un vrai lyse gastronomique4 ,effectivement1 le couvert tait mis avec une propret remarquable2 un vin vieux tincelait dans un flacon de cristal2 la porcelaine blanche tait de premier choix2 les plats tenus chauds par l'eau bouillante2 et une bonne1 la fois canonique et bien mise1 tait l prte recevoir les ordres4 ,le repas tait limitrophe entre la frugalit et la recherche4 ,un potage au coulis d'crevisses venait d'tre enlev1 et on voyait sur la table une truite saumone1 une omelette et une salade4 ,mon dner vous apprend ce que vous ne savez peut-tre pas1 dit le pasteur en souriant2 c'est aujourd'hui jour maigre suivant les lois de l'glise4 ,notre amie s'inclina en signe d'assentiment2 mais des mmoires particuliers assurent qu'elle rougit un peu1 ce qui n'empcha pas le cur de manger4 ,l'excution avait commenc par la truite1 dont la partie suprieure tait en consommation2 la sauce indiquait une main habile et une satisfaction intrieure paraissait sur le front du pasteur4 ,aprs ce premier plat1 il attaqua l'omelette1 qui tait ronde1 ventrue1 et cuite point4 ,au premier coup de la cuiller1 la panse laissa chapper un jus li qui flattait la fois la vue et l'odorat2 le plat en paraissait plein et la chre ,juliette avouait que l'eau lui en tait venue la bouche4 ,le mouvement sympathique n'chappa pas au cur1 accoutum surveiller les passions des hommes2 et ayant l'air de rpondre une question que madame ,r999999 s'tait bien garde de faire3 ,c'est une omelette au thon1 dit-il2 ma cuisinire les entend merveille1 et peu de gens y gotent sans m'en faire compliment4--,je n'en suis pas tonne1 rpondit l'habitante de la ,chausse-d',antin2 et jamais omelette si apptissante ne parut sur nos tables mondaines4 ,illustration3 page #ced ,la salade survint4 7,j'en recommande l'usage tous ceux qui ont confiance en moi1 la salade rafrachit sans affaiblir1 et conforte sans irriter3 j'ai coutume de dire qu'elle rajeunit47 ,le dner n'interrompit pas la conversation4 ,on causa de l'affaire qui avait occasionn la visite1 de la guerre qui faisait alors rage1 des affaires du temps1 des esprances de l'glise1 et autres propos de table qui font passer un mauvais dner et en embellissent un bon4 ,le dessert vint en son lieu2 il consistait en un fromage de ,septmoncel1 trois pommes de calville et un pot de confitures4 ,enfin1 la bonne approcha une petite table ronde1 telle qu'on en avait autrefois et qu'on nommait guridon1 sur laquelle elle posa une tasse de moka bien limpide1 bien chaud1 et dont l'arme remplit l'appartement4 ,aprs l'avoir sirot 7siped7 le cur dit ses grces et ajouta en se levant3 ,je ne prends jamais de liqueurs fortes2 c'est un superflu que j'offre toujours mes convives1 mais dont je ne fais aucun usage personnel4 ,je me rserve ainsi un secours pour l'extrme vieillesse1 si ,dieu me fait la grce d'y parvenir4 ,pendant que ces choses se passaient1 le temps avait couru1 six heures arrivaient2 madame ,r999999 se hta donc de remonter en voiture1 car elle avait ce jour-l dner quelques amis dont je faisais partie4 ,elle arriva tard1 suivant sa coutume2 mais enfin elle arriva1 encore tout mue de ce qu'elle avait vu et flair4 ,il ne fut question1 pendant tout le repas1 que du menu du cur et surtout de son omelette au thon4 ,madame ,r999999 eut soin de la louer sous les divers rapports de la taille1 de la rondeur1 de la tournure1 et toutes ses donnes tant certaines1 il fut unanimement conclu qu'elle devait tre excellente4 ,c'tait une vritable quation sensuelle que chacun fit sa manire4 ,le sujet de la conversation puis1 on passa d'autres et on n'y pensa plus4 ,quant moi1 propagateur de vrits utiles1 je crus devoir tirer de l'obscurit une prparation que je crois aussi saine qu'agrable4 ,je chargeai mon matre-queux de s'en procurer la recette avec les dtails les plus minutieux1 et je la donne d'autant plus volontiers aux amateurs que je ne l'ai trouve dans aucun dispensaire4 ,prparation de l'omelette au thon4 ,prenez1 pour six personnes1 deux laitances de carpes bien laves que vous ferez blanchir1 en les plongeant pendant cinq minutes dans l'eau dj bouillante et lgrement sale4 ,ayez pareillement gros comme un oeuf de poule de thon nouveau1 auquel vous joindrez une petite chalote dj coupe en atomes4 ,hachez ensemble les laitances et le thon1 de manire les bien mler1 et jetez le tout dans une casserole avec un morceau suffisant de trs bon beurre1 pour l'y sauter jusqu' ce que le beurre soit fondu4 ,c'est l ce qui constitue la spcialit de l'omelette4 ,prenez encore un second morceau de beurre discrtion1 mariez-le avec du persil et de la ciboulette1 mettez-le dans un plat pisciforme destin recevoir l'omelette2 arrosez-le du jus d'un citron1 et posez-le sur la cendre chaude4 ,battez ensuite douze oeufs 7les plus frais sont les meilleurs72 le saut de laitance et de thon y sera vers et agit de manire que le mlange soit bien fait4 ,confectionnez ensuite l'omelette la manire ordinaire1 et tchez qu'elle soit allonge1 paisse et molette4 talez-la avec adresse sur le plat que vous avez prpar pour la recevoir1 et servez pour tre mange de suite4 ,ce mets doit tre rserv pour les djeuners fins1 pour les runions d'amateurs o l'on sait ce qu'on fait et o l'on mange posment2 qu'on l'arrose surtout de bon vin vieux1 et on verra merveilles4 ,notes thoriques pour les prparations4 ,on doit sauter les laitances et le thon sans les faire bouillir1 afin qu'ils ne durcissent pas2 ce qui les empcherait de se bien mler avec les oeufs2 #b ,le plat doit tre creux1 afin que la sauce se concentre et puisse tre servie la cuiller2 #c ,le plat doit tre lgrement chauff2 car s'il tait froid1 la porcelaine soustrairait tout le calorique de l'omelette1 et il ne lui en resterait pas assez pour fondre la matre-d'htel1 sur laquelle elle est assise4 ,,ii4 ,les oeufs au jus4 ,je voyageais un jour avec deux dames que je conduisais ,melun4 ,nous n'tions pas partis trs matin1 et nous arrivmes ,montgeron avec un apptit qui menaait de tout dtruire4 ,menaces vaines3 l'auberge o nous descendmes1 quoique d'une assez bonne apparence1 tait dpourvue de provisions2 trois diligences et deux chaises de poste avaient pass1 et1 semblables aux sauterelles d'gypte1 avaient tout dvor4 ,ainsi disait le chef4 ,cependant je voyais tourner une broche charge d'un gigot tout--fait comme il faut1 et sur lequel les dames1 par habitude1 jetaient des regards trs coquets4 ,hlas6 elles s'adressaient mal2 le gigot appartenait trois ,anglais qui l'avaient apport1 et l'attendaient sans impatience en buvant du champagne 7prating over a bottle of champain74 ,mais du moins1 dis-je d'un air moiti chagrin et moiti suppliant ne pourriez-vous pas nous brouiller ces oeufs dans le jus de ce gigot8 ,avec ces oeufs et une tasse de caf la crme nous nous rsignerons4--,oh6 trs volontiers1 rpondit le chef1 le jus nous appartient de droit public1 et je vais de suite faire votre affaire4 ,sur quoi il se mit casser les oeufs avec prcaution4 ,quand je le vis occup1 je m'approchai du feu1 et tirant de ma poche un couteau de voyage1 je fis au gigot dfendu une quinzaine de profondes blessures1 par lesquelles le jus dut s'couler jusqu' la dernire goutte4 cette premire opration1 je joignis l'attention d'assister la concoction des oeufs1 de peur qu'il ne ft fait quelque distraction notre prjudice4 ,quand ils furent point1 je m'en emparai et les portai l'appartement qu'on nous avait prpar4 ,l1 nous nous en rgalmes1 et rmes comme des fous de ce qu'en ralit nous avalions la substance du gigot1 en ne laissant nos amis les ,anglais que la peine de mcher le rsidu4 ,,iii4 ,victoire nationale4 ,pendant mon sjour ,new-,york1 j'allais quelquefois passer la soire dans une espce de caf-taverne tenu par un sieur ,little1 chez qui on trouvait le matin de la soupe la tortue1 et le soir tous les rafrachissements d'usage aux tats-,unis4 ,j'y conduisais le plus souvent le vicomte de la ,massue et ,jean-,rodolphe ,fehr1 ancien courtier de commerce ,marseille1 l'un et l'autre migrs comme moi2 je les rgalais d'un welch rabbet#fj que nous arrosions d'ale ou de cidre1 et la soire se passait tout doucement parler de nos malheurs1 de nos plaisirs et de nos esprances4 ,note #fj3 ,les ,anglais appellent pigrammatiquement walch rabbet 7lapin gallois71 un morceau de fromage grill sur une tranche de pain4 ,certes1 cette prparation n'est pas si substantielle qu'un lapin2 mais elle invite a boire1 fait trouver le vin bon1 et tient fort bien sa place au dessert en petit comit4 ,l je fis connaissance avec ,m4 ,wilkinson1 planteur la ,jamaque1 et avec un homme qui tait sans doute un de ses amis1 car il ne le quittait jamais4 ,ce dernier1 dont je n'ai jamais su le nom1 tait un des hommes les plus extraordinaires que j'aie rencontrs3 il avait le visage carr1 les yeux vifs1 et paraissait tout examiner avec attention2 mais il ne parlait jamais1 et ses traits taient immobiles comme ceux d'un aveugle4 ,seulement1 quand il entendait une saillie ou un trait comique1 son visage s'panouissait1 ses yeux se fermaient1 et ouvrant une bouche aussi large que le pavillon d'un cor1 il en faisait sortir un son prolong1 qui tenait la fois du rire et du hennissement appel en anglais horse laugh1 aprs quoi tout rentrait dans l'ordre1 et il retombait dans sa taciturnit habituelle3 c'tait l'effet de la dure de l'clair qui dchire la nue4 ,quant ,m4 ,wilkinson1 qui paraissait g d'environ cinquante ans1 il avait les manires et tout l'extrieur d'un homme comme il faut 7of a gentleman74 ,illustration ,ces deux ,anglais paraissaient faire cas de notre socit1 et avaient dj partag plusieurs fois1 de fort bonne grce1 la collation frugale que j'offrais mes amis1 lorsqu'un soir ,m4 ,wilkinson me prit part1 et me dclara l'intention o il tait de nous engager tous trois dner4 ,je remerciai1 et me croyant suffisamment fond de pouvoir dans une affaire o j'tais videmment la partie principale1 j'acceptai pour tous1 et l'invitation resta fixe au surlendemain trois heures4 ,la soire se passa comme l'ordinaire2 mais au moment o je me retirais1 le garon de salle 7waiter7 me prit part et m'apprit que les ,jamacains avaient command un bon repas2 qu'ils avaient donn des ordres pour que les liquides fussent soigns1 parce qu'ils regardaient leur invitation comme un dfi qui boirait le mieux1 et que l'homme la grande bouche avait dit qu'il esprait bien qu' lui seul il mettrait les ,franais sous la table4 ,cette nouvelle m'aurait fait rejeter le banquet offert1 si je l'avais pu avec honneur2 car j'ai toujours fui de pareilles orgies2 mais la chose tait impossible4 ,les ,anglais auraient t crier partout que nous n'avions pas os nous prsenter au combat1 que leur prsence seule avait suffi pour nous faire reculer2 et1 quoique bien instruits du danger1 nous suivmes la maxime du marchal de ,saxe3 le vin tait tir1 nous nous prparmes le boire4 ,je n'tais pas sans quelques soucis2 mais en vrit1 ces soucis ne m'avaient pas pour objet4 ,je regardais comme certain qu'tant la fois plus jeune1 plus grand et plus vigoureux que nos amphitryons1 ma constitution1 vierge d'excs bachiques1 triompherait facilement de deux ,anglais1 probablement uss par l'excs des liqueurs spiritueuses4 ,sans doute1 rest seul au milieu des quatre autres rservs1 on m'aurait proclam vainqueur2 mais cette victoire qui m'aurait t personnelle1 aurait t singulirement affaiblie par la chute de mes deux compatriotes1 qu'on aurait emports avec les vaincus dans l'tat hideux qui suit une pareille dfaite4 ,je dsirais leur pargner cet affront2 en un mot1 je voulais le triomphe de la nation et non celui de l'individu4 ,en consquence je rassemblai chez moi ,fehr et la ,massue1 et leur fis une allocution svre et formelle pour leur annoncer mes craintes2 je leur recommandai de boire petits coups autant que possible1 d'en esquiver quelques uns pendant que j'attirerais l'attention de mes antagonistes1 et surtout de manger doucement et de conserver un peu d'apptit pendant toute la sance1 parce que les aliments mls aux boissons en temprent l'ardeur et les empchent de se porter au cerveau avec tant de violence2 enfin nous partagemes une assiette d'amandes amres1 dont j'avais entendu vanter la proprit pour modrer les fumes du vin4 ,ainsi arm au physique et au moral1 nous nous rendmes chez ,little1 o nous trouvmes les ,jamacains1 et bientt aprs le dner fut servi4 ,il consistait en une norme pice de rostbeef1 un dindon cuit dans son jus1 des racines bouillies1 une salade de choux crus1 et une tarte aux confitures4 ,on but la franaise1 c'est--dire que le vin fut servi ds le commencement3 c'tait du fort bon clairet qui tait alors bien meilleur march qu'en ,france1 parce qu'il en tait arriv successivement plusieurs cargaisons dont les dernires s'taient trs mal vendues4 ,m4 ,wilkinson faisait ses honneurs merveille1 nous invitant manger et nous donnant l'exemple2 son ami paraissait abm dans son assiette1 ne disait mot1 regardait de ct1 et riait du coin des lvres4 ,pour moi1 j'tais charm de mes deux acolytes4 ,la ,massue1 quoique dou d'un assez vaste apptit1 mnageait ses morceaux comme une petite matresse2 et ,fehr escamotait de temps en temps quelques verres de vin1 qu'il faisait passer avec adresse dans un pot bire qui tait au bout de la table4 ,de mon ct1 je tenais rondement tte aux deux ,anglais1 et plus le repas avanait1 plus je me sentais plein de confiance4 ,aprs le clairet vint le porto1 aprs le porto le madre1 auquel nous nous tnmes longtemps4 ,le dessert tait arriv1 compos de beurre1 de fromage1 de noix de coco et d'ycory4 ,ce fut alors le moment des toasts2 et nous bmes amplement au pouvoir des rois1 la libert des peuples et la beaut des dames2 nous portmes1 avec ,m4 ,wilkinson1 la sant de sa fille ,mariah1 qu'il nous assura tre la plus belle personne de toute l'le de la ,jamaque4 ,aprs le vin arrivrent les spirits1 c'est--dire le rhum et les eaux-de-vie de vin1 de grains et de framboises2 avec les spirits1 les chansons2 et je vis qu'il allait faire chaud4 ,je craignais les spirits2 je les ludai en demandant du punch2 et ,little lui-mme1 nous en apporta un bowl1 sans doute prpar d'avance1 qui aurait suffi pour quarante personnes4 ,nous n'avons point en ,france de vases de cette dimension4 ,cette vue me rendit le courage2 je mangeai cinq six rties d'un beurre extrmement frais1 et je sentis renatre mes forces4 ,alors je jetai un coup d'oeil scrutateur sur tout ce qui m'environnait2 car je commenais tre inquiet sur la manire dont tout cela finirait4 ,mes deux amis me parurent assez frais2 ils buvaient en pluchant des noix d'ycory4 ,m4 ,wilkinson avait la face rouge-cramoisi1 ses yeux taient troubles1 il paraissait affaiss2 son ami gardait le silence2 mais sa tte fumait comme une chaudire bouillante1 et sa bouche immense s'tait forme en cul de poule4 ,je vis bien que la catastrophe approchait4 ,effectivement1 ,m4 ,wilkinson1 s'tant rveill comme en sursaut1 se leva et entonna d'une voix assez forte l'air national ,rule ,britannia2 mais il ne put jamais aller plus loin2 ses forces le trahirent2 il se laissa retomber sur sa chaise1 et de l coula sous la table4 ,son ami1 le voyant dans cet tat1 laissa chapper un de ses plus bruyants ricanements1 et s'tant baiss pour l'aider1 tomba ct de lui4 ,il est impossible d'exprimer la satisfaction que me causa ce brusque dnouement et le poids dont il me dbarrassa4 ,je me htai de sonner4 ,little monta1 et aprs lui avoir adress la phrase officielle3 ,voyez ce que ces gentlemen soient convenablement soigns1 nous bmes avec lui un dernier verre de punch leur sant4 ,bientt le waiter arriva1 aid de ses sous-ordres1 et ils s'emparrent des vaincus1 qu'ils transportrent chez eux les pieds les premiers1 suivant la rgle the feet foremost#fa1 l'ami gardant une immobilit absolue1 et ,m4 ,wilkinson essayant toujours de chanter l'air ,rule ,britannia4 ,note #fa3 ,on se sert1 en anglais1 de cette expression pour dsigner ceux qu'on emporte morts ou ivres4 ,le lendemain les journaux de ,new-,york1 qui furent ensuite successivement copis par tous ceux de l',union1 racontrent avec assez d'exactitude ce qui s'tait pass1 et ayant ajout que les deux ,anglais avaient t malades des suites de cette aventure1 j'allai les voir4 ,je trouvai l'ami tout stupfi par les suites d'une forte indigestion1 et ,m4 ,wilkinson retenu sur sa chaise par un accs de goutte que notre lutte bachique avait probablement rveille4 ,il parut sensible cette attention1 et me dit1 entre autres choses3 ,oh6 dear sir1 you are very good company indeed1 but too good a drinker for us#fb4 ,note #fb3 ,mon cher monsieur1 vous tes en vrit de trs bonne compagnie1 mais vous tes trop fort buveur pour nous4 ,illustration ,,iv4 ,les ,ablutions4 ,j'ai crit que le vomitoire des ,romains rpugnait la dlicatesse de nos moeurs2 j'ai peu d'avoir en cela commis une imprudence et d'tre oblig de chanter la palinodie4 ,je m'explique4 ,il y a peu prs quarante ans que quelques personnes de la haute socit1 presque toujours des dames1 avaient coutume de se rincer la bouche aprs le repas4 cet effet1 au moment o elles quittaient la table1 elles tournaient le dos la compagnie2 un laquais leur prsentait un verre d'eau2 elles en prenaient une gorge qu'elles rejetaient bien vite dans la soucoupe2 le valet emportait le tout2 et l'opration tait peu prs inaperue de la manire dont elle se faisait4 ,nous avons chang tout cela4 ,illustration ,dans la maison o l'on se pique des plus beaux usages1 des domestiques1 vers la fin du dessert1 distribuent aux convives des bowls pleins d'eau froide1 au milieu desquels se trouve un gobelet d'eau chaude4 ,l1 en prsence les uns des autres1 on plonge les doigts dans l'eau froide1 pour avoir l'air de les laver1 et on avale l'eau chaude1 dont on se gargarise avec bruit1 et qu'on vomit dans le gobelet ou dans le bowl4 ,je ne suis pas le seul qui se soit lev contre cette innovation1 galement inutile1 indcente et dgotante4 ,inutile1 car chez tous ceux qui savent manger1 la bouche est propre la fin du repas2 elle s'est nettoye soit par le fruit1 soit par les derniers verres qu'on a coutume de boire au dessert4 ,quant aux mains on ne doit pas s'en servir de manire les salir2 et d'ailleurs chacun n'a-t-il pas une serviette pour les essuyer8 ,indcente1 car il est de principe gnralement reconnu que toute ablution doit se cacher dans le secret de la toilette4 ,innovation dgotante surtout2 car la bouche la plus jolie et la plus frache perd tous ses charmes quand elle usurpe les fonctions ds organes vacuateurs3 que sera-ce donc si cette bouche n'est ni jolie ni frache8 ,mais que dire de ces chancrures normes qui s'vident pour montrer des abmes qu'on croirait sans fond1 si on n'y dcouvrait des pics uniformes que le temps a corrods8 ,proh pudor6 ,telle est la position ridicule o nous a placs une affectation de propret prtentieuse qui n'est ni dans nos gots ni dans nos moeurs4 ,quand on a une fois pass certaines limites1 on ne sait plus o l'on s'arrtera1 et je ne puis dire quelle purification on ne nous imposera pas4 ,depuis l'apparition officielle de ces bowls innovs1 je me dsole jour et nuit4 ,nouveau ,jrmie1 je dplore les aberrations de la mode1 et1 trop instruit par mes voyages1 je n'entre plus dans un salon sans trembler d'y rencontrer l'abominable chamberpot#fc4 ,note #fc3 ,on sait qu'il existe ou qu'il existait il y a peu d'annes1 en ,angleterre1 des salles manger o l'on pouvait faire son petit tour sans sortir de l'appartement3 facilit trange1 mais qui avait un peu moins d'inconvnients dans un pays o les dames se retirent aussitt que les hommes commencent boire du vin4 ,v4 ,mystification du ,professeur et dfaite d'un ,gnral4 ,il y a quelques annes que les journaux nous annoncrent la dcouverte d'un nouveau parfum1 celui de l'hmrocallis1 plante bulbeuse qui a effectivement une odeur fort agrable1 ressemblant assez celle du jasmin4 ,je suis fort curieux et passablement musard1 et ces deux causes combines me poussrent jusqu'au faubourg ,saint-,germain1 o je devais trouver le parfum1 charme des narines1 comme disent les ,turcs4 ,l je reus l'accueil d un amateur1 et on tira pour moi du tabernacle d'une pharmacie trs bien garnie une petite bote bien enveloppe1 et paraissant contenir deux onces de la prcieuse cristallisation3 politesse que je reconnus par le dlaissement de trois francs1 suivant les rgles de compensation dont ,m4 ,azas agrandit chaque jour la sphre et les principes4 ,un tourdi aurait sur-le-champ dploy1 ouvert1 flair et dgust4 ,un professeur agit diffremment3 je pensai qu'en pareil cas le retirement tait indiqu2 je me rendis donc chez moi au pas officiel2 et bientt cal dans mon sofa1 je me prparai prouver une sensation nouvelle4 ,je tirai de ma poche la bote odorante1 et la dbarrassai des langes dans lesquels elle tait encore enveloppe2 c'taient trois imprims diffrents1 tous relatifs l'hmrocallis1 son histoire naturelle1 sa culture1 sa fleur1 et aux jouissances distingues qu'on pouvait tirer de son parfum1 soit qu'il ft concentr dans des pastilles1 soit qu'il ft ml des prparations d'office1 soit enfin qu'il part sur nos tables1 dissous dans des liqueurs alcooliques ou ml des crmes glaces4 ,je lus attentivement les trois imprims accessoires3 #a pour m'indemniser d'autant de la compensation dont j'ai parl plus haut2 #b pour me prparer convenablement l'apprciation du nouveau trsor extrait du rgne vgtal4 ,j'ouvris donc1 avec due rvrence1 la bote que je supposais pleine de pastilles4 ,mais1 surprise6 1 douleur6 j'y trouvai1 en premier ordre1 un second exemplaire des trois imprims que je venais de dvorer1 et1 seulement comme accessoires1 environ deux douzaines de ces trochisques dont la conqute m'avait fait faire le voyage du noble faubourg4 ,avant tout1 je dgustai2 et je dois rendre hommage la vrit en disant que je trouvai ces pastilles fort agrables2 mais je n'en regrettai que plus fort que1 contre l'apparence extrieure1 elles fussent en si petit nombre1 et vritablement plus j'y pensais1 plus je me croyais mystifi4 ,je me levai donc avec l'intention de reporter la bote son auteur1 dt-il en retenir le prix2 mais ce mouvement1 une glace me montra mes cheveux gris2 je me moquai de ma vivacit1 et me rassis1 rancune tenante3 on voit qu'elle a dur longtemps4 ,d'ailleurs une considration particulire me retint3 il s'agissait d'un pharmacien1 et il n'y avait pas quatre jours que j'avais t tmoin de l'extrme imperturbabilit des membres de ce collge respectable4 ,c'est encore une anecdote qu'il faut que mes lecteurs connaissent4 ,je suis aujourd'hui 7#ag juin #ahbe7 en train de conter4 ,dieu veuille que ce ne soit pas une calamit publique6 ,or donc1 j'allai un matin faire une visite au gnral ,bouvier des clats1 mon ami et mon compatriote4 ,je le trouvai parcourant son appartement d'un air agit1 et froissant dans ses mains un crit que je pris pour une pice de vers4 ,prenez1 dit-il en me le prsentant1 et dites-moi votre avis2 vous vous y connaissez4 ,je reus le papier1 et1 l'ayant parcouru1 je fus fort tonn de voir que c'tait une note de mdicaments fournis3 de sorte que ce n'tait point en ma qualit de pote que j'tais requis1 mais comme pharmaconome4 ,ma foi1 mon ami1 lui dis-je en lui rendant sa proprit1 vous connaissez l'habitude de la corporation que vous avez mise en oeuvre2 les limites ont bien t peut-tre un peu outrepasses2 mais pourquoi avez-vous un habit brod1 trois ordres1 un chapeau graines d'pinards8 ,voil trois circonstances aggravantes1 et vous vous en tirerez mal4--,taisez-vous donc1 me dit-il avec humeur1 cet tat est pouvantable4 ,au reste1 vous allez voir mon corcheur1 je l'ai fait appeler2 il va venir1 et vous me soutiendrez4 ,il parlait encore quand la porte s'ouvrit1 et nous vmes entrer un homme d'environ cinquante-cinq ans1 vtu avec soin2 il avait la taille haute1 la dmarche grave1 et toute sa physionomie aurait eu une teinte uniforme de svrit1 si le rapport de sa bouche ses yeux n'y avait pas introduit quelque chose de sardonique4 ,il s'approcha de la chemine1 refusa de s'asseoir1 et je fus tmoin auditeur du dialogue suivant1 que j'ai fidlement retenu3 ,,le ,g,n,,ral4--,monsieur2 la note que vous m'avez envoye est un vritable compte d'apothicaire1 et444 ,l',,homme ,,noir4--,monsieur1 je ne suis point apothicaire4 ,,le ,g,n,,ral4--,et qu'tes-vous donc1 ,monsieur8 ,l',,homme ,,noir4--,monsieur1 je suis pharmacien4 ,,le ,g,n,,ral4--,eh bien1 monsieur le pharmacien1 votre garon a d vous dire444 ,l',,homme ,,noir4--,monsieur1 je n'ai point de garon4 ,le ,g,n,,ral4--,qu'tait donc ce jeune homme8 ,l',,homme ,,noir4--,monsieur1 c'est un lve4 ,,le ,g,n,,ral4--,je voulais donc vous dire1 ,monsieur1 que vos drogues444 ,l',,homme ,,noir4--,monsieur1 je ne vends point de drogues444 ,,le ,g,n,,ral4--,que vendez-vous donc1 ,monsieur8 ,l',,homme ,,noir4--,monsieur1 je vends des mdicaments4 ,l finit la discussion4 ,le gnral1 honteux d'avoir fait tant de solcismes et d'tre si peu avanc dans la connaissance de la langue pharmaceutique1 se troubla1 oublia ce qu'il avait dire1 et paya tout ce qu'on voulut4 ,illustration ,,vi4 ,le ,plat d',anguille4 ,il existait ,paris1 rue de la ,chausse-d',antin1 un particulier nomm ,briguet1 qui1 ayant d'abord t cocher1 puis marchand de chevaux1 avait fini par faire une petite fortune4 ,il tait n ,talissieu2 et ayant rsolu de s'y retirer1 il pousa une rentire qui avait autrefois t cuisinire chez mademoiselle ,thevenin1 que tout ,paris a connue par son surnom d',as de pique4 ,l'occasion se prsenta d'acqurir un petit domaine dans son village natal2 il en profita1 et vint s'y tablir avec sa femme vers la fin de #agia4 ,dans ces temps-l1 les curs de chaque arrondissement archi-presbytral avaient coutume de se runir une fois par mois chez chacun d'entre eux tour--tour pour confrer sur les matires ecclsiastiques4 ,on clbrait une grand'messe1 on confrait1 ensuite on dnait4 ,le tout s'appelait la confrence2 et le cur chez qui elle devait avoir lieu ne manquait pas de se prparer l'avance pour bien et dignement recevoir ses confrres4 ,or1 quand ce fut le tour du cur de ,talissieu1 il arriva qu'un de ses paroissiens lui fit cadeau d'une magnifique anguille prise dans les eaux1 limpides de ,serans1 et de plus de trois pieds de longueur4 ,illustration ,ravi de possder un poisson de pareille souche1 le pasteur craignit que sa cuisinire ne ft pas en tat d'apprter un mets de si haute esprance2 il vint donc trouver madame ,briguet1 et rendant hommage ses connaissances suprieures1 il la pria d'imprimer son cachet un plat digne d'un archevque1 et qui ferait le plus grand honneur son dner4 ,l'ouaille docile y consentit sans difficult1 et avec d'autant plus de plaisir1 disait-elle1 qu'il lui restait encore une petite caisse de divers assaisonnements rares dont elle faisait usage chez son ancienne matresse4 ,le plat d'anguille fut confectionn avec soin et servi avec distinction4 ,non-seulement il avait une tournure lgante1 mais encore un fumet enchanteur2 et quand on l'eut got1 les expressions manquaient pour en faire l'loge2 aussi disparut-il1 corps et sauce jusqu' la dernire particule4 ,mais il arriva qu'au dessert les vnrables se sentirent mus d'une manire inaccoutume1 et que1 par suite de l'influence ncessaire du physique sur le moral1 les propos tournrent la gaillardise4 ,les uns faisaient de bons contes de leurs aventures du sminaire2 d'autres raillaient leurs voisins sur quelques on dit de chronique scandaleuse2 bref1 la conversation s'tablit et se maintint sur le plus mignon des pchs capitaux2 et ce qu'il y eut de trs remarquable1 c'est qu'ils ne se doutrent mme pas du scandale1 tant le diable tait malin4 ,ils se sparrent tard1 et mes mmoires secrets ne vont pas plus loin pour ce jour-l4 ,mais la confrence suivante1 quand les convives se revirent1 ils taient honteux de ce qu'ils avaient dit1 se demandaient excuse de ce qu'ils s'taient reproch1 et finirent par attribuer le tout l'influence du plat d'anguille1 de sorte que1 tout en avouant qu'il tait dlicieux1 cependant ils convinrent qu'il ne serait pas prudent de mettre le savoir de madame ,briguet une seconde preuve4 ,j'ai cherch vainement m'assurer de la nature du condiment qui avait produit de si merveilleux effets1 d'autant qu'on ne s'tait pas plaint qu'il ft d'une nature dangereuse ou corrosive4 ,l'artiste avouait bien un coulis d'crevisses fortement piment2 mais je regarde comme certain qu'elle ne disait pas tout4 ,,vii ,l',asperge4 ,on vint dire un jour monseigneur ,courtois de ,quincey1 vque de ,belley1 qu'une asperge d'une grosseur merveilleuse pointait dans un des carrs de son jardin potager4 l'instant1 toute la socit se transporta sur les lieux pour vrifier le fait2 car dans les palais piscopaux aussi1 on est charm d'avoir quelque chose faire4 ,la nouvelle ne se trouva ni fausse ni exagre4 ,la plante avait perc la terre1 et paraissait dj au-dessus du sol2 la tte en tait arrondie1 vernisse1 diapre1 et promettait une colonne plus que de pleine main4 ,on se rcria sur ce phnomne d'horticulture3 on convint qu' monseigneur seul appartenait le droit de le sparer de sa racine1 et le coutelier voisin fut charg de faire immdiatement un couteau appropri cette haute fonction4 ,pendant les jours suivants1 l'asperge ne fit que crotre en grce et en beaut2 sa marche tait lente1 mais continue1 et bientt on commena apercevoir la partie blanche o finit la proprit esculente de ce lgume4 ,le temps de la moisson ainsi indiqu1 on s'y prpara par un bon dner1 et on ajourna l'opration au retour de la promenade4 ,alors monseigneur s'avana arm du couteau officiel1 se baissa avec gravit1 et s'occupa sparer de sa tige le vgtal orgueilleux1 tandis que toute la cour piscopale marquait quelque impatience d'en examiner les fibres et la contexture4 ,mais1 surprise6 dsappointement6 douleur6 le prlat se releva les mains vides444 ,l'asperge tait de bois4 ,cette plaisanterie1 peut-tre un peu forte1 tait du chanoine ,rosset1 qui1 n ,saint-,claude1 tournait merveille et peignait fort agrablement4 ,il avait conditionn de tout point la fausse plante1 l'avait enfonce en cachette1 et la soulevait un peu chaque jour pour imiter la croissance naturelle4 ,monseigneur ne savait pas trop de quelle manire il devait prendre cette mystification 7car c'en tait bien une72 mais voyant dj l'hilarit se peindre sur la figure des assistants1 il sourit2 et ce sourire fut suivi de l'explosion gnrale d'un rire vritablement homrique3 on emporta donc le corps du dlit1 sans s'occuper du dlinquant2 et pour cette soire du moins1 la statue-asperge fut admise aux honneurs du salon4 ,,viii ,le ,pige4 ,le chevalier de ,langeac avait une assez belle fortune qui s'tait coule par les exutoires obligs qui environnent tout homme qui est riche1 jeune et beau garon4 ,il en avait rassembl les dbris1 et au moyen d'une petite pension qu'il recevait du gouvernement1 il avait ,lyon une existence agrable dans la meilleure socit1 car l'exprience lui avait donn de l'ordre4 ,quoique toujours galant1 il s'tait cependant retir de fait du service des dames1 il se plaisait encore faire leur partie tous les jeux de commerce1 qu'il jouait galement bien2 mais il dfendait contre elles son argent1 avec le sang-froid qui caractrise ceux qui ont renonc leurs bonts4 ,la gourmandise s'tait enrichie de la perte de ses autres penchants2 on peut dire qu'il en faisait profession2 et comme il tait d'ailleurs fort aimable1 il recevait tant d'invitations qu'il ne pouvait y suffire4 ,lyon est une ville de bonne chre2 sa position y fait abonder avec une gale facilit les vins de ,bordeaux1 ceux de l',ermitage et ceux de ,bourgogne2 le gibier des coteaux voisins est excellent2 on tire des lacs de ,genve et du ,bourget les meilleurs poissons du monde1 et les amateurs se pment la vue des poulardes de ,bresse dont cette ville est l'entrept4 ,illustration ,le chevalier de ,langeac avait donc sa place marque aux meilleures tables de la ville2 mais celle o il se plaisait spcialement tait celle de ,m4 ,a9999991 banquier fort riche et amateur distingu4 ,le chevalier mettait cette prfrence sur le compte de la liaison qu'ils avaient contracte en faisant ensemble leurs tudes4 ,les malins 7car il y en a partout7 l'attribuaient ce que ,m4 ,a999999 avait pour cuisinier le meilleur lve de ,ramier1 traiteur habile qui florissait dans ces temps reculs4 ,quoi qu'il en soit1 vers la fin de l'hiver de #aghj1 le chevalier de ,langeac reut un billet par lequel ,m4 ,a999999 l'invitait souper dix jours de l 7car on soupait alors71 et mes mmoires secrets assurent qu'il tressaillit de joie en pensant qu'une citation si longs jours indiquait une sance solennelle et une festivit de premier ordre4 ,il se rendit au jour et l'heure fixs1 et trouva les convives rassembls au nombre de dix1 tous amis de la joie et de la bonne chre2 le mot gastronome n'avait pas encore t tir du grec1 ou du moins n'tait pas usuel comme aujourd'hui4 ,bientt un repas substantiel leur fut servi2 on y voyait entr'autres un norme aloyau dans son jus1 une fricasse de poulet bien garnie1 une tranche de veau de la plus belle apparence1 et une trs belle carpe farcie4 ,tout cela tait beau et bon1 mais ne rpondait pas1 aux yeux du chevalier1 l'espoir qu'il avait conu d'aprs une invitation ultra-dcadaire4 ,une autre singularit le frappait3 les convives1 tous gens de bon apptit1 ou ne mangeaient pas1 ou ne mangeaient que du bout des lvres2 l'un avait la migraine1 l'autre se sentait un frisson1 un troisime avait dn tard1 ainsi des autres4 ,le chevalier s'tonnait du hasard qui avait accumul sur cette soire des dispositions aussi anticonviales1 attaquait hardiment1 tranchait avait prcision1 et mettait en action un grand pouvoir d'intussusception4 ,le second service ne fut pas assis sur des bases moins solides2 un norme dindon de ,crmieu faisait face un trs beau brochet au bleu1 le tout flanqu de six entremets obligs 7salade non comprise71 parmi lesquels se distinguait un ample macaroni au parmesan4 cette apparition1 le chevalier sentit se ranimer sa valeur expirante1 tandis que les autres avaient l'air de rendre les derniers soupirs4 ,exalt par le changement de vins1 il triomphait de leur impuissance1 et toastait leur sant des nombreuses rasades dont il arrosait un tronon considrable de brochet qui avait suivi l'entre-cuisse du dindon4 ,les entremets furent fts leur tour1 et il fournit glorieusement sa carrire1 ne se rservant1 pour le dessert1 qu'un morceau de fromage et un verre de vin de ,malaga2 car les sucreries n'entraient jamais dans son budget4 ,on a vu qu'il avait dj eu deux tonnements dans la soire3 le premier1 de voir une chre par trop solide2 l'autre1 de trouver des convives trop mal disposs2 il devait en prouver un troisime bien autrement motiv4 ,effectivement1 au lieu de servir le dessert1 les domestiques enlevrent tout ce qui couvrait la table1 argenterie et linge1 en donnrent d'autres aux convives1 et y posrent quatre entres nouvelles1 dont le fumet s'leva jusqu'aux cieux4 ,c'taient des ris de veau au coulis d'crevisses1 des laitances aux truffes1 un brochet piqu et farci1 et des ailes de bartavelles la pure de champignons4 ,semblable ce vieillard magicien dont parle l',arioste qui1 ayant la belle ,armide en sa puissance1 ne fit pour la dshonorer que d'impuissants efforts1 le chevalier fut atterr la vue de tant de bonnes choses qu'il ne pouvait plus fter1 et commena souponner qu'on avait eu de mchantes intentions4 ,par un effet contraire1 tous les autres convives se sentirent ranims3 l'apptit revint1 les migraines disparurent1 un cartement ironique semblait agrandir leurs bouches2 et ce fut leur tour de boire la sant du chevalier1 dont les pouvoirs taient finis4 ,il faisait cependant bonne contenance1 et semblait vouloir faire tte l'orage2 mais la troisime bouche1 la nature se rvolta1 et son estomac menaa de le trahir4 ,il fut donc forc de rester inactif1 et1 comme on dit en musique1 il compta des pauses4 ,que ne ressentit-il pas1 au troisime changement1 quand il vit arriver par douzaines des beccassines1 blanches de graisse1 dormant sur des rties officielles2 un faisan1 oiseau trs rare alors et arriv des bords de la ,seine2 un thon frais1 et tout ce que la cuisine du temps et le petit-four prsentaient de plus lgant en entremets6 #aa dlibra1 et fut sur le point de rester1 de continuer1 et de mourir bravement sur le champ de bataille3 ce fut le premier cri de l'honneur bien ou mal entendu4 ,mais bientt l'gosme vint son secours1 et l'amena des ides plus modres4 ,il rflcht qu'en pareil cas la prudence n'est pas lchet2 qu'une mort par indigestion prte toujours au ridicule1 et que l'avenir lui gardait sans doute bien des compensations pour ce dsappointement2 il prit donc son parti1 et jetant sa serviette3 ,monsieur1 dit-il au financier1 on n'expose pas ainsi ses amis2 il y a perfidie de votre part1 et je ne vous verrai de ma vie4 ,il dit1 et disparut4 ,son dpart ne fit pas une trs grande sensation2 il annonait le succs d'une conspiration qui avait pour but de le mettre en face d'un bon repas dont il ne pourrait pas profiter1 et tout le monde tait dans le secret4 ,cependant le chevalier bouda plus longtemps qu'on n'aurait cru2 il fallut quelques prvenances pour l'apaiser2 enfin il revint avec les becfigues1 et il n'y pensait plus l'apparition des truffes4 ,,ix4 ,le ,turbot4 ,la ,discorde avait tent un jour de s'introduire dans le sein d'un des mnages les plus unis de la capitale4 ,c'tait justement un samedi1 jour de sabbat3 il s'agissait d'un turbot cuire2 c'tait la campagne1 et cette campagne tait ,villecrne4 ,ce poisson1 qu'on disait arrach une destine bien plus glorieuse1 devait tre servi le lendemain une runion de bonnes gens dont je faisais partie2 il tait frais1 dodu1 brillant satisfaction2 mais ses dimensions excdaient tellement tous les vases dont on pouvait disposer2 qu'on ne savait comment le prparer4 ,eh bien1 on le partagera en deux1 disait le mari4--,oserais-tu bien dshonorer ainsi cette pauvre crature8 disait la femme4--,il le faut bien1 ma chre2 puisqu'il n'y a pas moyen de faire autrement4 ,allons1 qu'on apporte le couperet1 et bientt ce sera chose faite4--,attendons encore1 mon ami1 on y sera toujours temps2 tu sais bien d'ailleurs que le cousin va venir2 c'est un professeur1 et il trouvera bien le moyen de nous tirer d'affaire4--,un professeur444 nous tirer d'affaire444 ,bah6444 ,et un rapport fidle assure que celui qui parlait ainsi ne paraissait pas avoir grande confiance au professeur2 et cependant ce professeur c'tait moi6 ,schwernoth6 ,illustration ,la difficult allait probablement se terminer la manire d',alexandre1 lorsque j'arrivai au pas de charge1 le nez au vent1 et avec l'apptit qu'on a toujours quand on a voyag1 qu'il est sept heures du soir1 et que l'odeur d'un bon dner salue l'odorat et sollicite le got4 mon entre1 je tentai vainement de faire les compliments d'usage2 on ne me rpondit point1 parce qu'on ne m'avait pas cout4 ,bientt la question qui absorbait toutes les attentions me fut expose peu prs en duo2 aprs quoi les deux parties se turent comme de concert2 la cousine me regardant avec des yeux qui semblaient dire3 ,j'espre que nous nous en tirerons2 le cousin ayant au contraire l'air moqueur et narquois1 comme s'il et t sr que je ne m'en tirerais pas1 tandis que sa main droite tait appuye sur le redoutable couperet1 qu'on avait apport sur sa rquisition4 ,ces nuances diverses disparurent pour faire place l'empreinte d'une vive curiosit1 lorsque1 d'une voix grave et oraculeuse1 je prononai ces paroles solennelles3 ,le turbot restera entier jusqu' sa prsentation officielle4 ,dj j'tais sr de ne pas me compromettre1 parce que j'aurais propos de le faire cuire au four2 mais ce mode pouvant prsenter quelques difficults1 je ne m'expliquai point encore1 et me dirigeai en silence vers la cuisine1 moi ouvrant la procession1 les poux servant d'acolytes1 la famille reprsentant les fidles1 et la cuisinire in fiocchi fermant la marche4 ,les deux premires pices ne me prsentrent rien de favorable mes vues2 mais1 arriv la buanderie1 une chaudire1 quoique petite1 bien encastre dans son fourneau1 s'offrit mes yeux2 j'en jugeai de suite l'application2 et me tournant vers ma suite3 ,soyez sans inquitude1 m'criai-je avec cette foi qui transporte les montagnes1 le turbot cuira entier2 il cuira la vapeur1 il va cuire l'instant4 ,effectivement1 quoiqu'il ft tout--fait temps de dner1 je mis immdiatement tout le monde en oeuvre4 ,pendant que quelques-uns allumaient le fourneau1 je taillai1 dans un panier de cinquante bouteilles1 une claie de la grandeur prcise du poisson gant4 ,sur cette claie1 je fis mettre un lit de bulbes et herbes de haut got1 sur lequel il fut tendu1 aprs avoir t bien lav1 bien sch et convenablement sal4 ,un second lit du mme assaisonnement fut plac sur le dos4 ,on posa la claie1 ainsi charge1 sur la chaudire demi pleine d'eau2 on couvrit le tout d'un petit cuvier autour duquel on amassa du sable sec1 pour empcher la vapeur de s'chapper trop facilement4 ,bientt la chaudire fut en bullition2 la vapeur ne tarda pas remplir toute la capacit du cuvier1 qu'on enleva au bout d'une demi-heure1 et la claie fut retire de dessus la chaudire avec le turbot cuit point1 bien blanc1 et de la plus aimable apparence4 ,l'opration finie1 nous courmes nous mettre table avec des apptits aiguiss par le retard1 par le travail et par le succs1 de sorte que nous employmes assez de temps pour arriver ce moment heureux1 toujours indiqu par ,homre1 o l'abondance et la varit des mets avaient chass la faim4 ,le lendemain1 dner1 le turbot fut servi aux honorables consommateurs1 et on se rcria sur sa bonne mine4 ,alors le matre de la maison rapporta par lui-mme la manire inespre dont il avait t cuit2 et je fus lou non-seulement pour l'-propos de l'invention1 mais encore pour son effet2 car1 aprs une dgustation attentive1 il fut dcid l'unanimit que le poisson apprt de cette manire tait incomparablement meilleur que s'il et t cuit dans une turbotire4 ,cette dcision n'tonna personne1 puisque1 n'ayant pas pass dans l'eau bouillante1 il n'avait rien perdu de ses principes1 et avait au contraire pomp tout l'arme de l'assaisonnement4 ,pendant que mon oreille se saturait satisfaction des compliments qui m'taient prodigus1 mes yeux en cherchaient encore d'autres plus sincres dans l'autopsie des convives1 et j'observai1 avec un contentement secret1 que le gnral ,labasse tait si content qu'il souriait chaque morceau1 que le cur avait le cou tendu et les yeux fixs au plafond en signe d'extase3 et que1 de deux acadmiciens aussi spirituels que gourmands qui se trouvaient parmi nous1 le premier ,m4 ,auger1 avait les yeux brillants et la face radieuse comme un auteur qu'on applaudit1 tandis que le deuxime1 ,m4 ,villemain1 avait la tte penche et le menton l'ouest comme quelqu'un qui coute avec attention4 ,tout ceci est bon retenir1 parce qu'il est peu de maisons de campagne o l'on ne puisse1 trouver tout ce qu'il est ncessaire pour constituer l'appareil dont je me servis dans cette occasion1 et qu'on peut y avoir recours toutes les fois qu'il est question de faire cuire quelque objet qui survient inopinment et qui dpasse les dimensions ordinaires4 ,cependant mes lecteurs auraient t privs de la connaissance de cette grande aventure1 si elle ne m'avait pas paru devoir conduire des rsultats d'une utilit plus gnrale4 ,effectivement1 ceux qui connaissent la nature et les effets de la vapeur savent qu'elle gale en temprature le liquide qu'elle abandonne2 qu'elle peut mme s'lever de quelques degrs par une lgre concentration1 tant qu'elle ne trouve pas d'issue4 ,il suit de l que1 toutes choses restant les mmes1 en augmentant seulement la capacit du cuvier qui couvrait le tout dans mon exprience1 et en y substituant par exemple un tonneau vide1 on pourrait1 au moyen de la vapeur1 faire cuire promptement et peu de frais plusieurs boisseaux de pommes de terre1 des racines de toute espce1 enfin tout ce qu'on aurait empil sur la claie et recouvert du tonneau1 soit pour les hommes1 soit l'usage des bestiaux2 et tout cela serait cuit avec six fois moins de temps et six fois moins de bois qu'il n'en faudrait pour mettre seulement en bullition une chaudire de la contenance d'un hectolitre4 ,je crois que cet appareil si simple peut tre de quelque importance partout o il existe une manutention un peu considrable1 soit la ville1 soit la campagne2 et voil pourquoi je l'ai dcrit de manire que tout le monde puisse l'entendre et en profiter4 ,je crois encore qu'on n'a point assez tourn au profit de nos usages domestiques la puissance de la vapeur2 et j'espre bien que1 quelque jour1 le bulletin de la ,socit d'encouragement apprendra aux agriculteurs que je m'en suis ultrieurement occup4 ,p4 ,s4 ,un jour que nous tions assembls en comit de professeurs1 rue de la ,paix1 n #ad1 je racontai l'histoire vritable du turbot la vapeur4 ,quand j'eus fini1 mon voisin de gauche se tourna vers moi3 ,n'y tais-je donc pas8 me dit-il d'un air de reproche4 --,et moi donc1 n'ai-je donc pas opin tout aussi bien que1 les autres8--,certainement1 lui rpondis-je1 vous tiez l tout prs du cur1 et1 sans reproche1 vous en avez bien pris votre part2 ne croyez pas que444 ,le rclamant tait ,m4 ,lorrain1 dgustateur fortement papill1 financier aussi aimable que prudent1 qui s'est bien cal dans le port pour juger plus sainement des effets de la tempte1 et consquemment digne plus d'un titre de la nomination en toutes lettres4 ,x4 ,divers ,magistres restaurants1 ,,par ,,le ,,professeur4 ,improviss pour le cas de la ,mditation ,,xxv4 ,a4 ,prenez six gros oignons1 trois racines de carottes1 une poigne de persil2 hachez le tout et le jetez dans une casserole1 o vous le ferez chauffer et roussir au moyen d'un morceau de bon beurre frais4 ,quand ce mlange est bien point1 jetez-y six onces de sucre candi1 vingt grains d'ambre pil1 avec une crote de pain grill et trois bouteilles d'eau1 que vous ferez bouillir pendant trois quarts d'heure en y ajoutant de nouvelle eau pour compenser la perte qui se fait par l'bullition1 de manire qu'il y ait toujours trois bouteilles de liquide4 ,pendant que ces choses se passent1 tuez1 plumez et videz un vieux coq1 que vous pilerez chair et os1 dans un mortier1 avec le pilon de fer2 hachez galement deux livres de chair de boeuf bien choisie4 ,cela fait1 on mle ensemble ces deux chairs1 auxquelles on ajoute suffisante quantit de sel et de poivre4 ,on les met dans une casserole1 sur un feu bien vif1 de manire se pntrer de calorique2 et on y jette de temps en temps un peu de beurre frais1 afin de pouvoir bien sauter ce mlange sans qu'il s'attache4 ,quand on voit qu'il a roussi1 c'est--dire que l'osmazne est rissole1 on passe le bouillon qui est dans la premire casserole4 ,on en mouille peu peu la seconde2 et quand tout y est entr1 on fait bouillir grandes vagues pendant trois quarts d'heure1 en ayant toujours soin d'ajouter de l'eau chaude pour conserver la mme quantit de liquide4 ,au bout de ce temps1 l'opration est finie1 et on a une potion dont l'effet est certain toutes les fois que le malade1 quoique puis par quelqu'une des causes que nous avons indiques1 a cependant conserv un estomac faisant ses fonctions4 ,pour en faire usage1 on en donne1 le premier jour1 une tasse toutes les trois heures1 jusqu' l'heure du sommeil de la nuit2 les jours suivants1 une forte tasse seulement le matin1 et pareille quantit le soir1 jusqu' l'puisement de trois bouteilles4 ,on tient le malade un rgime dittique lger1 mais cependant nourrissant1 comme des cuisses de volaille1 du poisson1 des fruits doux1 des confitures2 il n'arrive presque jamais qu'on soit oblig de recommencer une nouvelle confection4 ,vers le quatrime jour il peut reprendre ses occupations ordinaires1 et doit s'efforcer d'tre plus sage l'avenir1 s'il est possible4 ,en supprimant l'ambre et le sucre candi1 on peut1 par cette mthode1 improviser un potage de haut got et digne de figurer un dner de connaisseurs4 ,on peut remplacer le vieux coq par quatre vieilles perdrix1 et le boeuf par un morceau de gigot de mouton3 la prparation n'en sera ni moins efficace ni moins agrable4 ,la mthode de hacher la viande et de la roussir avant que de la mouiller peut tre gnralise pour tous les cas o l'on est press4 ,elle est fonde sur ce que les viandes traites ainsi se chargent de beaucoup plus de calorique que quand elles sont dans l'eau3 on s'en pourra donc servir toutes les fois qu'on aura besoin d'un bon potage gras1 sans tre oblig de l'attendre cinq ou six heures1 ce qui peut arriver trs souvent surtout la campagne4 ,bien entendu que ceux qui s'en serviront glorifieront le professeur4 ,b4 ,il est bien que tout le monde sache que si l'ambre1 considr comme parfum1 peut tre nuisible aux profanes qui ont les nerfs dlicats1 pris intrieurement il est souverainement tonique et exhilarant2 nos aeux en faisaient grand usage dans leur cuisine1 et ne s'en portaient pas plus mal4 ,j'ai su que le marchal de ,richelieu1 de glorieuse mmoire1 mchait habituellement des pastilles ambres2 et pour moi1 quand je me trouve dans quelqu'un de ces jours o le poids de l'ge se fait sentir1 o l'on pense avec peine et o l'on se sent opprim par une puissance inconnue1 je mle avec une forte tasse de chocolat gros comme une fve d'ambre pil avec du sucre1 et je m'en suis toujours trouv merveille4 ,au moyen de ce tonique1 l'action de la vie devient aise1 la pense se dgage avec facilit1 et je n'prouve pas l'insomnie qui serait la suite infaillible d'une tasse de caf l'eau1 prise avec l'intention de produire le mme effet4 ,c4 ,le magistre ,a est destin aux tempraments robustes1 aux gens dcids1 et ceux en gnral qui s'puisent par action4 ,j'ai t conduit par l'occasion en composer un autre beaucoup plus agrable au got1 d'un effet plus doux et que je rserve pour les tempraments faibles1 pour les caractres indcis1 pour ceux1 en un mot1 qui s'puisent peu de frais2 le voici3 ,prenez un jarret de veau pesant au moins deux livres1 fendez-le en quatre sur sa longueur1 os et chair1 faites-le roussir avec quatre oignons coups en tranches et une poigne de cresson de fontaine1 et quand il s'approche d'tre cuit1 mouillez-le avec trois bouteilles d'eau que vous ferez bouillir pendant deux heures avec la prcaution de remplacer ce qui s'vapore1 et dj vous aurez un bon bouillon de veau3 poivrez et salez modrment4 ,faites piler sparment trois vieux pigeons et vingt-cinq crevisses bien vivantes3 ,runissez le tout pour faire roussir comme j'ai dit au numro ,a1 et quand vous voyez que la chaleur a pntr le mlange et qu'il commence gratiner1 mouillez avec le bouillon de veau et poussez le feu pendant une heure2 on passe ce bouillon ainsi enrichi1 et on peut en prendre matin et soir1 ou plutt le matin seulement1 deux heures avant djeuner4 ,c'est aussi un potage dlicieux4 ,j'ai t conduit ce dernier magistre par une paire de littrateurs qui1 me voyant dans un tat assez positif1 ont pris confiance en moi1 et comme ils disaient1 ont eu recours mes lumires4 ,ils en ont fait usage et n'ont pas eu lieu de s'en repentir4 ,le pote qui tait simplement lgiaque1 est devenu romantique2 la dame1 qui n'avait fait qu'un roman assez ple et catastrophe malheureuse1 en a fait un second beaucoup meilleur1 et qui finit par un beau et bon mariage4 ,on voit qu'il y a eu1 dans l'un et l'autre cas1 exaltation de puissances1 et je crois1 en conscience1 que je puis m'en glorifier un peu4 ,illustration ,,xi4 ,la ,poularde de ,bresse4 ,un des premiers jours de janvier de l'anne courante #ahbe1 deux jeunes poux1 ,madame et ,m4 de ,versy1 avaient assist un grand djeuner d'hutres scell et brid2 on sait ce que cela veut dire4 ,ces repas sont charmants1 soit parce qu'ils sont composs de mets apptissants1 soit par la gat qui ordinairement y rgne2 mais ils ont l'inconvnient de dranger toutes les oprations de la journe4 ,c'est ce qui arriva dans cette occasion4 ,l'heure du dner tant venue1 les poux se mirent table2 mais ce ne fut que pour la forme4 ,madame mangea un peu de potage1 monsieur but un verre d'eau rougie2 quelques amis survinrent1 on fit une partie de whist1 la soire se passa1 et le mme lit reut les deux poux4 ,vers deux heures du matin1 ,m4 de ,versy se rveilla2 il tait mal son aise1 il billait2 il se retournait tellement que sa femme s'en inquita et lui demanda s'il tait malade4 ,non1 ma chre1 mais il me semble que j'ai faim1 et je songeais cette poularde de ,bresse si blanchette1 si joliette1 qu'on nous a prsente dner1 et laquelle cependant nous avons fait un si mauvais accueil4 --,s'il faut te dire ma confession1 je t'avouerai1 mon ami1 que j'ai tout autant d'apptit que toi1 et puisque tu as song la poularde1 il faut la faire venir et la manger4--,quelle folie6 tout dort dans la maison et on se moquera de nous4--,si tout dort1 tout se rveillera1 et on ne se moquera pas de nous parce qu'on n'en saura rien4 ,d'ailleurs1 qui sait si d'ici demain l'un de nous ne mourra pas de faim8 je ne veux pas en courir la chance4 ,je vais sonner ,justine4 ,aussitt dit1 aussitt fait1 et on veilla la pauvre soubrette1 qui1 ayant bien soupe1 dormait comme on dort dix-neuf ans quand l'amour ne tourmente pas #fd4 ,note #fd3 ,a pierna tendida4 7,esp47 ,elle arriva tout en dsordre1 les yeux bouffis1 billant1 et s'assit en tendant les bras4 ,mais ce n'tait l qu'une tche facile2 il s'agissait d'avoir la cuisinire et ce fut une affaire4 ,celle-ci tait cordon bleu1 et partant souverainement rechigneuse2 elle gronda1 hennit1 grogna1 rugit et rencla2 cependant elle se leva la fin1 et cette circonfrence norme commena se mouvoir4 ,sur ces entrefaites1 madame de ,versy avait pass une camisole1 son mari s'tait arrang tant bien que mal1 ,justine avait tendu sur le lit une nappe1 et apport les accessoires indispensables d'un festin improvis4 ,illustration ,tout tant ainsi prpar1 on vit paratre la poularde1 qui fut l'instant dpece et avale sans misricorde4 ,aprs ce premier exploit1 les poux se partagrent une grosse poire de ,saint-,germain1 et mangrent un peu de confitures d'oranges4 ,dans les entr'actes1 ils avaient creus jusqu'au fond une bouteille de vin de ,grave1 et rpt plusieurs fois1 avec variations1 qu'ils n'avaient jamais fait un plus agrable repas4 ,ce repas finit pourtant2 car tout finit dans ce bas monde4 ,justine ta le couvert1 fit disparatre les pices de conviction1 regagna son lit1 et le rideau conjugal tomba sur les convives4 ,le lendemain matin1 madame de ,versy courut chez son amie madame de ,franval1 et lui raconta tout ce qui s'tait pass1 et c'est l'indiscrtion de celle-ci que le public doit la prsente confidence4 ,elle ne manquait jamais de remarquer qu'en finissant son rcit1 madame de ,versy avait touss deux fois et rougi trs positivement4 ,,xii4 ,le ,faisan4 ,le faisan est une nigme dont le mot n'est rvl qu'aux adeptes2 eux seuls peuvent le savourer dans toute sa bont4 ,chaque substance a son apoge d'esculence3 quelques-unes y sont dj parvenues avant leur entier dveloppement1 comme les cpres1 les asperges1 les perdreaux gris1 les pigeons la cuiller1 etc42 les autres y parviennent au moment o elles ont toute la perfection d'existence qui leur est destine1 comme les melons1 la plupart des fruits1 le mouton1 le boeuf1 le chevreuil1 les perdrix rouges2 d'autres enfin quand elles commencent se dcomposer1 telles que les nfles1 la bcasse et surtout le faisan4 ,ce dernier oiseau1 quand il est mang dans les trois jours qui suivent sa mort1 n'a rien qui le distingue4 ,il n'est ni si dlicat qu'une poularde1 ni si parfum qu'une caille4 ,pris point1 c'est une chair tendre1 sublime et de haut got1 car elle tient la fois de la volaille et de la venaison4 ,ce point si dsirable est celui o le faisan commence se dcomposer2 alors son arme se dveloppe et se joint une huile qui1 pour s'exalter1 avait besoin d'un peu de fermentation1 comme l'huile du caf1 que l'on n'obtient que par la torrfaction4 ,ce moment se manifeste aux sens des profanes1 par une lgre odeur et par le changement de couleur du ventre de l'oiseau2 mais les inspirs le devinent par une sorte d'instinct qui agit en plusieurs occasions1 et qui fait1 par exemple1 qu'un rtisseur habile dcide1 au premier coup d'oeil1 qu'il faut tirer une volaille de la broche ou lui laisser faire encore quelques tours4 ,illustration ,quand le faisan est arriv l1 on le plume et non plus tt1 et on le pique avec soin1 en choisissant le lard le plus frais et le plus ferme4 ,il n'est point indiffrent de ne pas plumer le faisan trop tt2 des expriences trs bien faites ont appris que ceux qui sont conservs dans la plume sont bien plus parfums que ceux qui sont rests longtemps nus1 soit que le contact de l'air neutralise quelques portions de l'arme1 soit qu'une partie du suc destin nourrir les plumes soit rsorb et serve relever la chair4 ,l'oiseau ainsi prpar1 il s'agit de l'toffer1 ce qui se fait de la manire suivante3 ,ayez deux bcasses1 dsossez-les et videz-les de manire en faire deux lots3 le premier de la chair1 le second des entrailles et des foies4 ,vous prenez la chair et vous en faites une farce en la hachant avec de la moelle de boeuf cuite la vapeur1 un peu de lard rp2 poivre1 sel1 fines herbes1 et la quantit de bonnes truffes suffisante pour remplir la capacit intrieure du faisan4 ,vous aurez soin de fixer cette farce de manire ce qu'elle ne se rpande pas en dehors1 ce qui est quelquefois assez difficile1 quand l'oiseau est un peu avanc4 ,cependant on y parvient par divers moyens1 et entre autres en taillant une crote de pain qu'on attache avec un ruban de fil et qui fait l'office d'obturateur4 ,prparez une tranche de pain qui dpasse de deux pouces de chaque ct le faisan couch dans le sens de sa longueur2 prenez alors les foies1 les entrailles de bcasses1 et pilez-les avec deux grosses truffes1 un anchois1 un peu de lard rp1 et un morceau convenable de bon beurre frais4 ,vous tendez avec galit cette pte sur la rtie2 et vous la placez sous le faisan prpar comme dessus1 de manire tre arrose en entier de tout le jus qui en dcoule pendant qu'il rtit4 ,quand le faisan est cuit1 servez-le couch avec grce sur sa rtie2 environnez-le d'oranges amres1 et soyez tranquille sur l'vnement4 ,ce mets de haute saveur doit tre arros1 par prfrence1 de vin du cr de la haute ,bourgogne2 j'ai dgag cette vrit d'une suite d'observations qui m'ont cot plus de travail qu'une table de logarithmes4 ,un faisan ainsi prpar serait digne d'tre servi des anges1 s'ils voyageaient encore sur la terre comme du temps de ,loth4 ,que dis-je6 l'exprience a t faite4 ,un faisan toff a t excut1 sous mes yeux1 par le digne chef ,picard au chteau de la ,grange1 chez ma charmante amie madame de ,ville-,plaine1 apport sur la table par le majordome ,louis1 marchant pas processionnels4 ,on l'a examin avec autant de soin qu'un chapeau de madame ,herbault2 on l'a savour avec attention1 et pendant ce docte travail1 les yeux de ces dames brillaient comme des toiles1 leurs lvres taient vernisses de corail1 et leur physionomie tournait l'extase4 7,voyez les prouvettes gastronomiques47 ,j'ai fait plus3 j'en ai prsent un pareil un comit de magistrats de la cour suprme1 qui savent qu'il faut quelquefois dposer la toge snatoriale1 et qui j'ai dmontr sans peine que la bonne chre est une compensation naturelle des ennuis du cabinet4 ,aprs un examen convenable1 le doyen articula1 d'une voix grave1 le mot excellent6 ,toutes les ttes se baissrent en signe d'acquiescement1 et l'arrt passa l'unanimit4 ,j'avais observ1 pendant la dlibration1 que les nez de ces vnrables avaient t agits par des mouvements trs prononcs d'olfaction1 que leurs fronts augustes taient panouis par une srnit paisible1 et que leur bouche vridique avait quelque chose de jubilant qui ressemblait un demi-sourire4 ,au reste ces effets merveilleux sont dans la nature des choses4 ,trait d'aprs la recette prcdente1 le faisan1 dj distingu par lui-mme1 est imbib1 l'extrieur1 de la graisse savoureuse du lard qui se carbonise2 il s'imprgne1 l'intrieur1 des gaz odorants qui s'chappent de la bcasse et de la truffe4 ,la rtie1 dj si richement pare1 reoit encore les sucs triple combinaison qui dcoulent de l'oiseau qui rtit4 ,ainsi de toutes les bonnes choses qui se trouvent rassembles1 pas un atome n'chappe l'apprciation1 et attendu l'excellence de ce mets1 je le crois digne des tables les plus augustes4 ,parve1 nec invideo1 sine me liber ibis in aulam4 ,,xiii4 ,industrie gastronomique des migrs4 ,toute ,franaise1 ce que j'imagine1 ,sait1 bien ou mal1 faire un peu de cuisine4 ,belle ,arsne1 act4 ,,iii4 ,j'ai expos dans un chapitre prcdent les avantages immenses que la ,france a tirs de la gourmandise dans les circonstances de #ahae4 ,cette propension si gnrale n'a pas t moins utile aux migrs2 et ceux d'entre eux qui avaient quelques talents pour l'art alimentaire en ont tir de prcieux secours4 ,en passant ,boston1 j'appris au restaurateur ,julien#fe faire des oeufs brouills au fromage4 ,ce mets1 nouveau pour les ,amricains1 fit tellement fureur1 qu'il se crut oblig de me remercier1 en m'en voyant1 ,new-,york1 le derrire d'un de ces jolis petits chevreuils qu'on tire en hiver du ,canada1 et qui fut trouv exquis par le comit choisi que je convoquai en cette occasion4 ,note #fe3 ,julien florissait en #agid4 ,c'tait un habile garon1 qui avait1 disait-il1 t cuisinier de l'archevque de ,bordeaux4 ,il a d faire une grande fortune1 si ,dieu lui a prt vie4 ,le capitaine ,collet gagna aussi beaucoup d'argent ,new-,york en #agid et #agie1 en faisant pour les habitants de cette ville commerante des glaces et des sorbets4 ,les femmes surtout ne se lassaient pas d'un plaisir si nouveau pour elles2 rien n'tait plus amusant que de voir les petites mines qu'elles faisaient en y gotant4 ,elles avaient surtout peine concevoir comment cela pouvait se maintenir si froid par une chaleur de vingt-six degrs de ,raumur4 ,en passant ,cologne1 j'avais rencontr un gentilhomme breton qui se trouvait trs bien de s'tre fait traiteur1 et je pourrais multiplier indfiniment les exemples2 mais j'aime mieux conter1 comme plus singulire1 l'histoire d'un ,franais qui s'enrichit ,londres par son habilet faire de la salade4 ,il tait ,limousin1 et si ma mmoire est fidle1 il s'appelait d',aubignac ou d',albignac4 ,quoique sa pitance ft fortement restreinte par le mauvais tat de ses finances1 il n'en tait pas moins un jour dner dans une des plus fameuses tavernes de ,londres2 il tait de ceux qui ont pour systme qu'on peut bien dner avec un seul plat1 pourvu qu'il soit excellent4 ,pendant qu'il achevait un succulent rostbeef1 cinq six jeunes gens des premires familles 7dandies7 se rgalaient une table voisine1 et l'un d'eux s'tant lev s'approcha1 et lui dit d'un ton poli3 ,monsieur le ,franais1 on dit que votre nation excelle dans l'art de faire la salade#ff2 voudriez-vous nous favoriser et en accommoder une pour nous8 ,note #ff3 ,traduction mot mot du compliment anglais qui doit tre fait dans cette occasion4 ,d',albignac y consentit aprs quelque hsitation1 demanda tout ce qu'il crut ncessaire pour faire le chef-d'oeuvre attendu1 y mit tous ses soins et eut le bonheur de russir4 ,pendant qu'il tudiait ses doses1 il rpondait avec franchise aux questions qu'on lui faisait sur sa situation actuelle2 il dit qu'il tait migr et avoua1 non sans rougir un peu1 qu'il recevait les secours du gouvernement anglais1 circonstance qui autorisa sans doute un des jeunes gens lui glisser dans la main un billet de cinq livres sterlings qu'il accepta aprs une molle rsistance4 ,il avait donn son adresse2 et quelque temps de l il ne fut que mdiocrement surpris de recevoir une lettre par laquelle on le priait1 dans les termes les plus honntes1 de venir accommoder une salade dans un des plus beaux htels de ,grosvenor-,square4 ,d',albignac1 commenant prvoir quelque avantage durable1 ne balana pas un instant1 et arriva ponctuellement aprs s'tre muni de quelques assaisonnements nouveaux qu'il jugea convenables pour donner son ouvrage un plus haut degr de perfection4 ,il avait eu le temps de songer la besogne qu'il avait faire2 il eut donc le bonheur de russir encore1 et reut1 pour cette fois1 une gratification telle qu'il n'et pas pu la refuser sans se nuire4 ,les premiers jeunes gens pour qui il avait opr avaient1 comme on peut le prsumer1 vant jusqu' l'exagration le mrite de la salade qu'il avait assaisonne pour eux4 ,la seconde compagnie fit encore plus de bruit1 de sorte que la rputation de d',albignac s'tendit promptement3 on le dsigna sous la qualification de fashionable salat-maker2 et dans ce pays avide de nouveauts1 tout ce qu'il y avait de plus lgant dans la capitale des trois royaumes se mourait pour une salade de la faon du gentleman franais3 ,i die for it1 c'est l'expression consacre4 ,dsir de nonne est un feu qui dvore1 ,dsir d',anglaise est cent fois pire encore4 ,d',albignac profita en homme d'esprit de l'engouement dont il tait l'objet2 bientt il eut un carrik pour se transporter plus vite dans les divers endroits o il tait appel1 et un domestique portant1 dans un ncessaire d'acajou1 tous les ingrdients dont il avait enrichi son rpertoire1 tels que des vinaigres diffrents parfums1 des huiles avec ou sans got de fruit1 du soy1 du caviar1 des truffes1 des anchois1 du calchup1 du jus de viandes1 et mme des jaunes d'oeufs1 qui sont le caractre distinctif de la mayonnaise4 ,plus tard1 il fit fabriquer des ncessaires pareils1 qu'il garnit compltement1 et qu'il vendit par centaines4 ,enfin1 en suivant avec exactitude et sagesse sa ligne d'opration1 il vint bout de raliser une fortune de plus de #hj1jjj fr4 qu'il transporta en ,france quand les temps furent devenus meilleurs4 ,rentr dans sa patrie1 il ne s'amusa point briller sur le pav de ,paris2 mais il s'occupa de son avenir4 ,il plaa #fj1jjj fr4 dans les fonds publics1 qui pour lors taient cinquante pour cent1 et acheta pour #bj1jjj fr4 une petite gentilhommire situe en ,limousin1 ou probablement il vit encore1 content et heureux1 puisqu'il sait borner ses dsirs4 ,ces dtails me furent donns dans le temps par un de mes amis qui avait connu d',albignac ,londres et qui l'avait tout nouvellement rencontr lors de son passage ,paris4 ,illustration ,,xiv4 ,autres souvenirs d'migration4 ,le ,tisserand4 ,en #agid1 nous tions en ,suisse1 ,m4 ,rostaing#fg et moi1 montrant un visage serein la fortune contraire1 et gardant notre amour la patrie qui nous perscutait4 ,note #fg3 ,m4 le baron ,rostaing1 mon parent et mon ami1 aujourd'hui intendant militaire ,lyon4 ,c'est un administrateur de premire force4 ,il a dans ses cartons un systme de comptabilit militaire tellement clair1 qu'il faudra bien qu'on y vienne4 ,nous vnmes a ,mondon1 o j'avais des parents1 et fmes reus par la famille ,trolliet avec une bienveillance dont j'ai gard chrement le souvenir4 ,cette famille1 une des plus anciennes du pays1 est maintenant teinte1 le dernier bailli n'ayant laiss qu'une fille1 qui elle-mme n'a point eu d'enfant mle4 ,on me montra1 en cette ville1 un jeune officier franais qui y exerait la profession de tisserand2 et voici comment il en tait venu l3 ,ce jeune homme1 d'une trs bonne famille1 traversant ,mondon pour se rendre l'arme de ,cond1 se trouva table ct d'un vieillard porteur d'une de ces figures la fois graves et animes1 telle que les peintres la donnent aux compagnons de ,guillaume ,tell4 ,au dessert1 on causa3 l'officier ne dissimula pas sa position1 et reut diverses marques d'intrt de la part de son voisin4 ,celui-ci le plaignait d'tre oblig de renoncer1 si jeune1 tout ce qu'il devait aimer1 et lui fit remarquer la justesse de la maxime de ,rousseau qui voudrait que chaque homme st un mtier pour s'en aider dans l'adversit et se nourrir partout4 ,quant lui1 il dclara qu'il tait tisserand1 veuf sans enfants1 et qu'il tait content de son sort4 ,la conversation en resta l2 le lendemain l'officier partit1 et peu de temps aprs se trouva install dans les rangs de l'arme de ,cond4 ,mais tout ce qui se passait1 tant au dedans qu'au dehors de cette arme1 il jugea facilement que ce n'tait pas par cette porte qu'il pouvait esprer de rentrer en ,france4 ,il ne tarda pas y prouver quelques-uns de ces dsagrments qu'y ont quelquefois rencontrs ceux qui n'avaient d'autres titres que leur zle pour la cause royale2 et plus tard on lui fit un passe-droit1 ou quelque chose de pareil1 qui lui parut d'une injustice criante4 ,alors le discours du tisserand lui revint dans la mmoire2 il y rva quelque temps2 et ayant pris son parti1 quitta l'arme1 revint ,mondon1 et se prsenta au tisserand1 en le priant de le recevoir comme apprenti4 ,je ne laisserai pas chapper cette occasion de faire une bonne action1 dit le vieillard2 vous mangerez avec moi2 je ne sais qu'une chose1 je vous l'apprendrai2 je n'ai qu'un lit1 vous le partagerez2 vous travaillerez ainsi pendant un an1 et au bout de ce temps vous travaillerez votre compte1 et vous vivrez heureux dans un pays o le travail est honor et provoqu4 ,ds le lendemain1 l'officier se mit l'ouvrage1 et y russit si bien1 qu'au bout de six mois son matre lui dclara qu'il n'avait plus rien lui apprendre1 qu'il se regardait comme pay des soins qu'il lui avait donns1 et que dsormais tout ce qu'il ferait tournerait son profit particulier4 ,quand je passai ,mondon1 le nouvel artisan avait dj gagn assez d'argent pour acheter un mtier et un lit2 il travaillait avec une assiduit remarquable1 et on prenait lui un tel intrt1 que les premires maisons de la ville s'taient arranges pour lui donner tour--tour dner chaque dimanche4 ,ce jour-l1 il endossait son uniforme1 reprenait ses droits dans la socit2 et comme il tait fort aimable et fort instruit1 il tait ft et caress par tout le monde4 ,mais le lundi1 il redevenait tisserand1 et1 passant le temps dans cette alternative1 ne paraissait pas trop mcontent de son sort4 ,l'affam4 ce tableau des avantages de l'industrie j'en vais accoler un autre d'un genre absolument oppos4 ,je rencontrai ,lausanne un migr lyonnais1 grand et beau garon1 qui1 pour ne pas travailler1 s'tait rduit ne manger que deux fois par semaine4 ,il serait mort de faim de la meilleure grce du monde1 si un brave ngociant de la ville ne lui avait pas ouvert un crdit chez un traiteur1 pour y dner le dimanche et le mercredi de chaque semaine4 ,l'migr arrivait au jour indiqu1 se bourrait jusqu' l'oesophage et partait1 non sans emporter avec lui un assez gros morceau de pain2 c'tait chose convenue4 ,il mnageait le mieux qu'il pouvait cette provision supplmentaire1 buvait de l'eau quand l'estomac lui faisait mal1 passait une partie de son temps au lit dans une rvasserie qui n'tait pas sans charmes1 et gagnait ainsi le repas suivant4 ,il y avait trois mois qu'il vivait ainsi quand je le rencontrai3 il n'tait pas malade2 mais il rgnait dans toute sa personne une telle langueur1 ses traits taient tellement tirs1 et il y avait entre son nez et ses oreilles quelque chose de si hippocratique1 qu'il faisait peine voir4 ,je m'tonnai qu'il se soumt de telles angoisses plutt que de chercher utiliser sa personne1 et je l'invitai dner dans mon auberge1 o il officia faire trembler4 ,mais je ne rcidivai pas1 parce que j'aime qu'on se raidisse contre l'adversit1 et qu'on obisse1 quand il le faut1 cet arrt port contre l'espce humaine3 ,tu travailleras4 ,le ,lion d',argent4 ,quels bons dners nous faisions en ce temps ,lausanne1 au ,lion d',argent6 ,moyennant quinze batz 7#b fr4 #be c47 nous passions en revue trois services complets1 o l'on voyait1 entre autres1 le bon gibier des montagnes voisines1 l'excellent poisson du lac de ,genve1 et1 nous humections tout cela1 volont et discrtion1 avec un petit vin blanc limpide comme eau de roche1 qui aurait fait boire un enrag4 ,le haut bout de la table tait tenu par un chanoine de ,notre-,dame de ,paris 7je souhaite qu'il vive encore71 qui tait l comme chez lui1 et devant qui le keller ne manquait pas de placer tout ce qu'il y avait de meilleur dans le menu4 ,il me fit l'honneur de me distinguer et de m'appeler1 en qualit d'aide-de-camp1 dans la rgion qu'il habitait2 mais je ne profitai pas longtemps de cet avantage2 les vnements m'entranrent1 et je partis pour les tats-,unis1 o je trouvai un asile1 du travail et de la tranquillit4 ,sjour en ,amrique4 ,bataille4 ,je finis ce chapitre en racontant une circonstance de ma vie qui prouve bien que rien n'est sr en ce bas monde1 et que le malheur peut nous surprendre au moment o on s'y attend le moins4 ,je partais pour la ,france1 je quittais les tats-,unis aprs trois ans de sjour1 et je m'y tais si bien trouv que tout ce que je demandai au ciel 7et il m'a exauc7 dans ces moments d'attendrissement qui prcdent le dpart1 fut de ne pas tre plus malheureux dans l'ancien monde que je ne l'avais t dans le nouveau4 ,ce bonheur1 je l'avais principalement d ce que1 ds que je fus arriv parmi les ,amricains1 je parlai comme eux#fh1 je m'habillai comme eux1 je me gardai bien d'avoir plus d'esprit qu'eux1 et je trouvai bon tout ce qu'ils faisaient2 payant ainsi l'hospitalit que je trouvais parmi eux par une condescendance que je crois ncessaire et que je conseille tous ceux qui pourraient se trouver en pareille position4 ,note #fh3 ,je dnais un jour ct d'un crole qui demeurait ,new-,york depuis deux ans1 et qui ne savait pas assez d'anglais pour demander du pain3 et je lui en tmoignai mon tonnement4 ,bah6 dit-il en levant les paules1 croyez-vous que je sois assez bon pour me donner la peine d'tudier la langue d'un peuple aussi maussade8 ,je quittais donc paisiblement un pays o j'avais vcu en paix avec tout le monde1 et il n'y avait pas un bipde sans plumes dans toute la cration qui et plus actuellement que moi l'amour de ses semblables1 quand il survint un incident tout--fait indpendant de ma volont1 et qui faillit me rejeter dans les vnements tragiques4 ,j'tais sur le paquebot qui devait me conduire de ,new-,york ,philadelphie2 il faut savoir que1 pour faire ce voyage avec sret et certitude1 il faut profiter du moment o la mare descend4 ,or la mer tait tale1 c'est--dire qu'elle allait descendre1 et le moment de partir tait venu sans qu'on se mt le moins du monde en mouvement pour dmarrer4 ,nous tions l beaucoup de ,franais1 et entre autres un sieur ,gauthier1 qui doit tre encore en ce moment ,paris2 brave garon qui s'est ruin en voulant btir ultra vires la maison qui fait l'angle sud-ouest du palais du ministre des finances4 ,la cause du retard fut bientt connue2 elle provenait de deux ,amricains qui n'arrivaient point1 et qu'on avait la bont d'attendre2 ce qui nous mettait en danger d'tre surpris par la mare basse1 et de mettre le double de temps pour arriver notre destination2 car la mer n'attend personne4 ,de l grands murmures1 et surtout de la part des ,franais1 qui ont les passions bien autrement vives que les habitants de l'autre bord de l',atlantique4 ,non seulement je ne m'en mlais pas1 mais peine m'en apercevais-je1 car j'avais le coeur gros1 et je pensais au sort qui m'attendait en ,france2 de sorte que je ne sais pas bien ce qui se passa4 ,mais bientt j'entendis un bruit clatant1 et je vis qu'il provenait de ce que ,gauthier avait appliqu sur la joue d'un ,amricain un soufflet assommer un rhinocros4 ,cet acte de violence amena une confusion pouvantable4 ,les mots franais et amricains ayant t plusieurs fois prononcs en opposition1 la querelle devint nationale2 et il n'tait pas moins question que de nous jeter tous la mer2 ce qui et t cependant une opration difficile1 car nous tions huit contre onze4 ,j'tais1 par mon extrieur2 celui qui annonait devoir faire le plus de rsistance la transbordation2 car je suis carr1 de haute taille2 et je n'avais alors que trente-neuf ans4 ,ce fut sans doute par cette raison qu'on dirigea sur moi le guerrier le plus apparent de la troupe ennemie1 qui vint me faire en face une attitude hostile4 ,il tait haut comme un clocher1 et gros en proportion2 mais quand je le toisai avec ce regard qui pntre jusqu' la moelle des os1 je vis qu'il tait d'un temprament lymphatique1 qu'il avait le visage boursoufl1 les yeux morts1 la tte petite et des jambes de femme4 ,mens non agitat molem1 dis-je en moi-mme2 voyons ce qu'il tient1 et on mourra aprs1 s'il le faut4 ,alors voici textuellement ce que je lui dis1 la manire des hros d',homre3 ,do you believe#fi to bully me8 you damned rogue4 ,by ,god6 it will not be so444 and ,i'll overboard you like a dead cat444 ,if ,i find you too heavy1 ,i'll cling to you with hands1 legs1 teeth1 nails1 every thing1 and if ,i cannot do better1 we will sink together to the bottom2 my life is nothing to send such dog to hell4 ,now1 just now444 ,croyez-vous m'effrayer1 damn coquin8444par ,dieu6 il n'en sera rien1 et je vous jetterai par-dessus le bord comme un chat crev4 ,si je vous trouve trop lourd1 je m'attacherai vous avec les mains1 avec les jambes1 avec les ongles1 avec les dents1 de toutes les manires1 et nous irons ensemble au fond4 ,ma vie n'est rien pour envoyer en enfer un chien comme vous4 ,allons444#gj ,note #fi3 ,on ne se tutoie pas en anglais2 et un charretier tout en rouant son cheval de coups de fouet1 lui dit3 ,go1 sir2 go1 sir2 ,i say 7allez1 monsieur2 allez1 monsieur1 vous dis-je74 ,note #gj3 ,dans tous les pays rgis par les lois anglaises1 les batteries sont toujours prcdes de beaucoup d'injures verbales1 parce qu'on y dit que les injures ne cassent pas les os 7high words break no bones74 ,souvent aussi on s'en tient l1 et la loi fait qu'on hsite pour frapper2 car celui qui frappe le premier rompt la paix publique1 et sera toujours condamn l'amende1 quel que soit l'vnement du combat4 ces paroles1 avec lesquelles toute ma personne tait sans doute en harmonie 7car je me sentais la force d',hercule71 je vis mon homme se raccourcir d'un pouce1 ses bras tombrent1 ses joues s'aplatirent2 en un mot1 il donna des marques si videntes de frayeur1 que celui qui l'avait sans doute amen s'en aperut1 et vint comme pour s'interposer2 et il fit bien1 car j'tais lanc1 et l'habitant du nouveau monde allait sentir que ceux qui se baignent dans le ,furens#ga ont les nerfs durement tremps4 ,note #ga3 ,rivire limpide qui prend sa source au-dessus de ,rossillon1 passe prs de ,belley1 et se jette dans le ,rhne au-dessus de ,peyrieux4 ,les truites qu'on y prend ont la chair couleur de rose et les brochets l'ont comme ivoire4 ,gut6 gut6 gut6 7autem74 ,cependant quelques paroles de paix s'taient fait3 entendre dans l'autre partie du navire3 l'arrive des retardataires fit diversion2 il fallut s'occuper mettre la voile2 de sorte que1 pendant que j'tais en attitude de lutteur1 le tumulte cessa tout d'un coup4 ,les choses se passrent mme au mieux2 car lorsque tout fut apais1 m'tant occup chercher ,gauthier pour le gronder de sa vivacit1 je trouvai le soufflet assis la mme table1 en prsence d'un jambon de la plus aimable apparence et d'un pitcher de bire d'une coude de hauteur4 ,illustration ,,xv4 ,la botte d'asperges4 ,passant au ,palais-,royal1 par un beau jour du mois de fvrier1 je m'arrtai devant le magasin de madame ,chevet1 la plus fameuse marchande de comestibles de ,paris1 qui m'a toujours fait l'honneur de me vouloir du bien2 et y remarquant une botte d'asperges dont la moindre tait plus grosse que mon doigt indicateur1 je lui en demandai le prix4 --,quarante francs1 monsieur1 rpondit-elle4--,elles sont vraiment fort belles2 mais ce prix1 il n'y a gure que le roi ou quelque prince qui pourront en manger4--,vous tes dans l'erreur1 de pareils choix n'abordent jamais les palais2 on y veut du beau et non du magnifique1 ma botte d'asperges n'en partira pas moins1 et voici comment3 ,au moment o nous parlons1 il y a dans cette ville au moins trois cents richards1 financiers1 capitalistes1 fournisseurs et autres1 qui sont retenus chez eux par la goutte1 la peur des catarrhes1 les ordres du mdecin1 et autres causes qui n'empchent pas de manger2 ils sont auprs de leur feu se creuser le cerveau pour savoir ce qui pourrait les ragoter1 et quand ils se sont bien fatigus sans russir1 ils envoient leur valet de chambre la dcouverte2 celui-ci viendra chez moi1 remarquera ces asperges1 fera son rapport2 et elles seront enleves tout prix4 ,ou bien ce sera une jolie petite femme qui passera avec son amant1 et qui lui dira3 ,ah6 mon ami1 les belles asperges6 achetons-les2 vous savez que ma bonne en fait si bien la sauce6 ,or1 en pareil cas1 un amant comme il faut ne refuse ni ne marchande4 ,ou bien c'est une gageure1 un baptme1 une hausse subite de la rente444 ,que sais-je1 moi8 ,en un mot1 les objets trs chers s'coulent plus vite que les autres1 parce qu' ,paris le cours de la vie amne tant de circonstances extraordinaires qu'il y a toujours motifs suffisants pour les placer4 ,comme elle parlait ainsi1 deux gros ,anglais1 qui passaient en se tenant sous le bras s'arrtrent auprs de nous1 et leur visage prit l'instant une teinte admirative4 ,l'un d'eux fit envelopper la botte miraculeuse1 mme sans en demander le prix1 la paya1 la mit sous son bras et l'emporta en sifflant l'air3 ,god save the king4 ,illustration ,voil1 monsieur1 me dit en riant madame ,chevet1 une chance tout aussi commune que les autres1 dont je ne vous avais pas encore parl4 ,,xvi4 ,de la fondue ,la fondue est originaire de la ,suisse4 ,ce n'est autre chose que des oeufs brouills au fromage1 dans certaines proportions que le temps et l'exprience ont rvles4 ,j'en donnerai la recette officielle4 ,c'est un mets sain1 savoureux1 apptissant1 de prompte confection1 et partant toujours prt faire face l'arrive de quelques convives inattendus4 ,au reste1 je n'en fais mention ici que pour ma satisfaction particulire1 et parce que ce mot rappelle un fait dont les vieillards du district de ,belley ont gard le souvenir4 ,vers la fin du dix-septime sicle1 un ,m4 de ,madot fut nomm l'vch de ,belley1 et y arrivait pour en prendre possession4 ,ceux qui taient chargs de le recevoir et de lui faire les honneurs de son propre palais avaient prpar un festin digne de l'occasion1 et avaient fait usage de toutes les ressources de la cuisine d'alors pour fter l'arrive de monseigneur4 ,parmi les entremets brillait une ample fondue1 dont le prlat se servit copieusement4 ,mais1 surprise6 se mprenant l'extrieur et la croyant une crme1 il la mangea la cuiller1 au lieu de se servir de la fourchette1 de temps immmorial destine cet usage4 ,tous les convives1 tonns de cette tranget1 se regardrent du coin de l'oeil1 et avec un sourire imperceptible4 ,cependant le respect arrta toutes les langues1 car tout ce qu'un vque venant de ,paris fait table1 et surtout le premier jour de son arrive1 ne peut manquer d'tre bien fait4 ,mais la chose s'bruita1 et ds le lendemain on ne se rencontrait point sans se demander3 ,eh bien1 savez-vous comment notre nouvel vque a mang hier au soir sa fondue8--,eh6 oui1 je le sais2 il l'a mange avec une cuiller4 ,je le tiens d'un tmoin oculaire1 etc4 ,la ville transmit le fait la campagne2 et aprs trois mois il tait public dans tout le diocse4 ,ce qu'il y a de remarquable1 c'est que cet incident faillit branler la foi de nos pres4 ,il y eut des novateurs qui prirent le parti de la cuiller1 mais ils furent bientt oublis3 la fourchette triompha2 et aprs plus d'un sicle1 un de mes grands-oncles s'en gayait encore et me contait1 en riant d'un rire immense1 comme quoi ,m4 de ,madot avait une fois mang1 de la fondue avec une cuiller4 ,recette de la fondue4 ,telle qu'elle a t extraite des papiers de ,m4 ,,trollet1 bailli de ,mondon1 au canton de ,berne4 ,pesez le nombre d'oeufs que vous voudrez employer d'aprs le nombre prsum de vos convives4 ,vous prendrez ensuite un morceau de bon fromage de ,gruyre pesant le tiers1 et un morceau de beurre1 pesant le sixime de ce poids4 ,vous casserez et battrez bien les oeufs dans une casserole2 aprs quoi vous y mettrez le beurre et le fromage rp ou minc4 ,posez la casserole sur un fourneau bien allum1 et tournez avec une spatule1 jusqu' ce que le mlange soit convenablement paissi et mollet2 mettez-y un peu ou point de sel1 suivant que le fromage sera plus ou moins vieux1 et une forte portion de poivre1 qui est un des caractres positifs de ce mets antique2 servez sur un plat lgrement chauff2 faites apporter le meilleur vin1 qu'on boira rondement1 et on verra merveilles4 ,,xvii ,dsappointement4 ,tout tait tranquille un jour dans l'auberge de l'cu de ,france1 ,bourg en ,bresse1 quand un grand roulement se fit entendre1 et qu'on vit paratre une superbe berline1 forme anglaise1 quatre chevaux1 remarquable surtout par deux trs jolies ,abigails qui taient caches sur le sige du cocher1 bien ployes dans une ample enveloppe de drap carlate1 double et brode en bleu4 cette apparition1 qui annonait un milord voyageant petites journes1 ,chicot 7c'tait le nom de l'aubergiste7 accourut1 le bonnet la main3 sa femme se tint sur la porte de l'htel2 les filles faillirent se rompre le cou en descendant l'escalier1 et les garons d'curie se prsentrent1 comptant dj sur un ample pour-boire4 ,on dballa les suivantes1 non sans les faire rougir un peu1 attendu les difficults de la descente2 et la berline accoucha3 #a d'un milord gros1 court1 enlumin et ventru2 #b de deux miss1 longues1 ples et rousses2 #c d'une milady paraissant entre le premier et le second degr de la consomption4 ,illustration ,ce fut cette dernire qui prit la parole3 ,monsieur l'aubergiste1 dit-elle1 faites bien soigner mes chevaux2 donnez-nous une chambre pour nous reposer1 et faites rafrachir mes femmes de chambre2 mais je ne veux pas que le tout cote plus de six francs2 prenez vos mesures l-dessus4 ,aussitt aprs la prononciation de cette phrase conomique1 ,chicot remit son bonnet1 madame rentra1 et les filles retournrent leur poste4 ,cependant les chevaux furent mis l'curie1 o ils lurent la gazette2 on montra aux dames une chambre au premier 7up stairs71 et on offrit aux suivantes des verres et une carafe d'eau bien claire4 ,mais les six francs obligs ne furent reus qu'en rechignant1 et comme une mesquine compensation pour l'embarras caus et pour les esprances dues4 ,,xviii4 ,effets merveilleux d'un dner classique4 ,hlas6 que je suis plaindre6 disait d'une voix lgiaque un gastronome de la cour royale de la ,seine4 ,esprant retourner bientt ma terre1 j'y ai laiss mon cuisinier3 les affaires me retiennent ,paris1 et je suis abandonn aux soins d'une bonne officieuse dont les prparations m'affadissent le coeur4 ,ma femme se contente de tout1 mes enfants n'y connaissent encore rien3 bouilli peu cuit1 rti brl1 je pris la fois par la broche et par la marmite1 hlas6 ,il parlait ainsi1 en traversant d'un pas douloureux la place ,dauphine4 ,heureusement pour la chose publique1 le professeur entendit de si justes plaintes1 et dans le plaignant reconnut un ami4 ,vous ne mourrez pas mon cher1 dit-il d'un ton affectueux au magistrat martyr2 non1 vous ne mourrez pas d'un mal dont je puis vous offrir le remde4 ,veuillez accepter pour demain un dner classique1 en petit comit3 aprs dner une partie de piquet que nous arrangerons de manire ce que tout le monde s'amuse2 et comme les autres1 cette soire se prcipitera dans l'abme du pass4 ,l'invitation lut accepte2 le mystre s'accomplit suivant les coutumes1 rites et crmonies voulus2 et depuis ce jour 7#bc juin #ahbe71 le professeur se trouve heureux d'avoir conserv la cour royale un de ses plus dignes soutiens4 ,,xix4 ,effets et dangers des liqueurs fortes4 ,la soif factice dont nous avons fait mention 7,mditation ,,viii71 celle qui appelle les liqueurs fortes comme soulagement momentan1 devient1 avec le temps1 si intense et si habituelle1 que ceux qui s'y livrent ne peuvent pas passer la nuit sans boire1 et sont obligs de quitter leur lit pour l'apaiser4 ,cette soif devient alors une vritable maladie2 et quand l'individu en est l on peut pronostiquer avec certitude qu'il ne lui reste pas deux ans vivre4 ,j'ai voyag en ,hollande avec un riche commerant de ,dantzick qui tenait1 depuis cinquante ans1 la premire maison de dtail en eaux-de-vie4 ,monsieur1 me disait ce patriarche1 on ne se doute pas en ,france de l'importance du commerce que nous faisons1 de pre en fils1 depuis plus d'un sicle4 ,j'ai observ avec attention les ouvriers qui viennent chez moi2 et quand ils s'abandonnent sans rserve au penchant1 trop commun chez les ,allemands1 pour les liqueurs fortes1 ils arrivent leur fin tous peu prs de la mme manire4 ,d'abord ils ne prennent qu'un petit verre d'eau-de-vie le matin1 et cette quantit leur suffit pendant plusieurs annes 7au surplus1 ce rgime est commun tous les ouvriers1 et celui qui ne prendrait pas son petit verre serait honni par tous les camarades72 ensuite ils doublent la dose1 c'est--dire qu'ils en prennent un petit verre le matin et autant vers le midi4 ,ils restent ce taux environ deux ou trois ans2 puis ils en boivent rgulirement le matin1 midi et le soir4 ,bientt ils en viennent prendre toute heure1 et n'en veulent plus que de celle dans laquelle on a fait infuser du girofle2 aussi1 lorsqu'ils en sont l1 il y a certitude qu'ils ont tout au plus six mois vivre2 ils se desschent1 la fivre les prend1 ils vont l'hpital1 et on ne les revoit plus4 ,,xx4 ,les chevaliers et les abbs4 ,j'ai dj cit deux fois ces deux catgories gourmandes que le temps a dtruites4 ,comme elles ont disparu depuis plus de trente ans1 la plus grande partie de la gnration actuelle ne les a pas vues4 ,elles reparatront probablement vers la fin de ce sicle2 mais comme un pareil phnomne exige la concidence de bien des futurs contingents1 je crois que bien peu1 parmi ceux qui vivent actuellement1 seront tmoins de cette palingnsie4 ,illustration ,il faut donc qu'en ma qualit de peintre de moeurs je leur donne le dernier coup de pinceau2 et pour y parvenir plus commodment1 j'emprunte le passage suivant un auteur qui n'a rien me refuser4 ,rgulirement1 et d'aprs l'usage1 la qualification de chevalier n'aurait d s'accorder qu'aux personnes dcores d'un ordre1 ou aux cadets des maisons titres2 mais beaucoup de ces chevaliers avaient trouv avantageux de se donner l'accolade eux-mmes#gb1 et si le porteur avait de l'ducation et une bonne tournure1 telle tait l'insouciance de cette poque que personne ne s'avisait d'y regarder4 ,note #gb3 ,self created4 ,les chevaliers taient gnralement beaux garons1 ils portaient l'pe verticale1 le jarret tendu1 la tte haute et le nez au vent2 ils taient joueurs1 libertins1 tapageurs1 et faisaient partie essentielle du train d'une beaut la mode4 ,ils se distinguaient encore par un courage brillant et une facilit excessive mettre l'pe la main4 ,il suffisait quelquefois de les regarder pour se faire une affaire4 ,c'est ainsi que finit le chevalier de ,s4441 l'un des plus connus de son temps4 ,il avait cherch une querelle gratuite un jeune homme tout nouvellement arriv de ,charolles1 et on tait all se battre sur les derrires de la ,chausse-d',antin1 presque entirement occupe alors par des marais4 la manire dont le nouveau venu se dveloppa sous les armes1 ,s444 vit bien qu'il n'avait pas faire un novice3 il ne se mit pas moins en devoir de le tter2 mais au premier mouvement qu'il fit1 le ,charollais partit d'un coup de temps1 et le coup fut tellement fourni que le chevalier tait mort avant d'tre tomb4 ,un de ses amis1 tmoin du combat1 examina longtemps en silence une blessure si foudroyante et la route que l'pe avait parcourue3 ,quel beau coup de quarte dans les armes1 dit-il tout--coup1 en s'en allant1 et que ce jeune homme a la main bien place6444 ,le dfunt n'eut pas d'autre oraison funbre4 ,au commencement ds guerres de la rvolution1 la plupart de ces chevaliers se placrent dans les bataillons1 d'autres migrrent1 le reste se perdit dans la foule4 ,ceux qui survivent1 en petit nombre1 sont encore reconnaissables l'air de tte2 mais ils sont maigres et marchent avec peine2 ils ont la goutte4 99 99 99 99 99 ,quand il y avait beaucoup d'enfants dans une famille noble1 on en destinait un l'glise3 il commenait par obtenir les bnfices simples qui fournissaient aux frais de son ducation2 et dans la suite1 il devenait prince1 abb1 commendataire ou vque1 selon qu'il avait plus ou moins de dispositions l'apostolat4 ,illustration ,c'tait l le type lgitime des abbs2 mais il y en avait de faux2 et beaucoup de jeunes gens qui avaient quelque aisance1 et qui ne se souciaient pas de courir les chances de la chevalerie1 se donnaient le titre d'abb en venant ,paris4 ,rien n'tait plus commode3 avec une lgre altration dans la toilette1 on se donnait tout--coup l'apparence d'un bnficier3 on se plaait au niveau de tout le monde2 on tait ft1 caress1 couru2 car il n'y avait pas de maison qui n'et son abb4 ,les abbs taient petits1 trapus1 rondelets1 bien mis1 clins1 complaisants1 curieux1 gourmands1 alertes1 insinuants2 ceux qui restent ont tourn la graisse2 ils se sont faits dvots4 ,illustration ,il n'y avait pas de sort plus heureux que celui d'un riche prieur ou d'un abb commendataire2 ils avaient de la considration1 de l'argent2 point de suprieurs1 et rien faire4 ,les chevaliers se retrouveront si la paix est longue1 comme on peut l'esprer2 mais moins d'un grand changement dans l'administration ecclsiastique1 l'espce des abbs est perdue sans retour2 il n'y a plus de sincures2 et on est revenu aux principes de la primitive glise3 beneficium propter officium4 ,,xxi4 ,miscellanea4 ,monsieur le conseiller1 disait un jour d'un bout d'une table l'autre1 une vieille marquise du faubourg ,saint-,germain1 lequel prfrez-vous du bourgogne ou du bordeaux8--,madame1 rpondit d'une voix druidique le magistrat ainsi interrog1 c'est un procs dont j'ai tant de plaisir visiter les pices que j'ajourne toujours huitaine la prononciation de l'arrt4 99 99 99 99 99 ,un amphitryon de la ,chausse-d',antin avait fait servir sur sa table un saucisson d',arles de taille hroque4 ,acceptez-en une tranche1 disait-il sa voisine2 voil un meuble qui1 je l'espre1 annonce une bonne maison4--,il est vraiment trs gros1 dit la dame en le lorgnant d'un air malin2 c'est dommage que cela ne ressemble rien4 99 99 99 99 99 ,ce sont surtout les gens d'esprit qui tiennent la gourmandise honneur3 les autres ne sont pas capables d'une opration qui consiste dans une suite d'apprciations et de jugements4 ,madame la comtesse de ,genlis se vante1 dans ses ,mmoires1 d'avoir appris une ,allemande qui l'avait bien reue la manire d'apprter jusqu' sept plats dlicieux4 ,c'est ,m4 le comte de la ,place qui a dcouvert une manire trs releve d'accommoder les fraises1 qui consiste les mouiller avec le jus d'une orange douce 7pomme des ,hesprides74 ,un autre savant a encore enchri sur le premier1 en y ajoutant le jaune de l'orange1 qu'il enlve en la frottant avec un morceau de sucre2 et il prtend prouver1 au moyen d'un lambeau chapp aux flammes qui dtruisirent la bibliothque d',alexandrie1 que c'est ainsi assaisonn que ce fruit tait servi dans les banquets du mont ,ida4 99 99 99 99 99 ,je n'ai pas grande ide de cet homme1 disait le comte de ,m444 en parlant d'un candidat qui venait d'attraper une place2 il n'a jamais mang de boudin la ,richelieu1 et ne connat pas les ctelettes la ,soubise4 99 99 99 99 99 ,un buveur tait table1 et au dessert on lui offrit du raisin4 ,je vous remercie1 dit-il en repoussant l'assiette2 je n'ai pas coutume de prendre mon vin en pilules4 99 99 99 99 99 ,on flicitait un amateur qui venait d'tre nomm directeur des contributions directes ,prigueux2 on l'entretenait du plaisir qu'il aurait vivre au centre de la bonne chre1 dans le pays des truffes1 des bartavelles1 des dindes truffes1 etc41 etc4 ,hlas6 dit en soupirant le gastronome contrist1 est-il bien sr qu'on puisse1 vivre dans un pays o la mare n'arrive pas8 ,,xxii ,une journe chez les ,bernardins4 ,il tait prs d'une heure du matin2 il faisait une belle nuit d't et nous tions forcs en cavalcade1 non sans avoir donn une vigoureuse srnade aux belles qui avaient le bonheur de nous intresser 7c'est vers #aghb74 ,nous partions de ,belley1 et nous allions ,saint-,sulpice1 abbaye de ,bernardins situe sur une des plus hautes montagnes de l'arrondissement1 au moins cinq mille pieds au-dessus du niveau de la mer4 ,j'tais alors chef d'une troupe de musiciens amateurs1 tous amis de la joie et possdant haute dose toutes les vertus qui accompagnent la jeunesse et la sant4 ,monsieur1 m'avait dit un jour l'abb de ,saint-,sulpice1 en me tirant1 aprs dner1 dans l'embrasure d'une croise1 vous seriez bien aimable si vous veniez avec vos amis nous faire un peu de musique le jour de ,saint-,bernard2 le saint en serait plus compltement glorifi1 nos voisins en seraient rjouis1 et vous auriez l'honneur d'tre les premiers ,orphes qui auraient pntr dans ces rgions leves4 ,je ne fis pas rpter une demande qui promettait une partie agrable1 je promis d'un signe de tte1 et le salon en fut branl4 ,annuit1 et totum nutu tremefecit olympum4 ,toutes prcautions taient prises d'avance2 et nous partions de bonne heure1 parce que nous avions quatre lieues faire par des chemins capables d'effrayer mme les voyageurs audacieux qui ont brav les hauteurs de la puissante butte ,montmartre4 ,le monastre tait bti dans une valle ferme l'ouest par le sommet de la montagne1 et l'est par un coteau moins lev4 ,le pic de l'ouest tait couronn par une fort de sapins o un seul coup de vent en renversa un jour trente-sept mille#gc4 ,le fond de la valle tait occup par une vaste prairie1 o des buissons de htres formaient divers compartiments irrguliers1 modles immenses de ces petits jardins anglais que nous aimons tant4 ,note #gc3 ,la matrise des eaux et forts les compta1 les vendit2 le commerce en profita1 les moines en profitrent1 de grands capitaux furent mis en circulation1 et1 personne ne se plaignit de l'ouragan4 ,nous arrivmes la pointe du jour1 et nous fmes reus par le pre cellrier1 dont le visage tait quadrangulaire et le nez en oblisque4 ,illustration3 page #dag ,messieurs1 dit le bon pre1 soyez les bienvenus3 notre rvrend abb sera bien content quand il saura que vous tes arrivs2 il est encore dans son lit1 car hier il tait bien fatigu2 mais vous allez venir avec moi1 et vous verrez si nous vous attendions4 ,il dit1 se mit en marche1 et nous le suivmes1 supposant avec raison qu'il nous conduisait vers le rfectoire4 ,l tous nos sens furent envahis par l'apparition du djeuner le plus sduisant1 d'un djeuner vraiment classique4 ,au milieu d'une table spacieuse1 s'levait un pt grand comme une glise2 il tait flanqu au nord par un quartier de veau froid1 au sud par un jambon norme1 l'est par une pelote de beurre monumentale1 et l'ouest par un boisseau d'artichauts la poivrade4 ,on y voyait encore diverses espces de fruits1 des assiettes1 des serviettes1 des couteaux1 et de l'argenterie dans des corbeilles2 et au bout de la table1 des frres lais et des domestiques prts servir1 quoique tonns de se voir levs si matin4 ,en un coin du rfectoire1 on voyait une pile de plus de cent bouteilles1 continuellement arrose par une fontaine naturelle1 qui s'chappait en murmurant ,evohe ,bacche2 et si l'arme du moka ne chatouillait pas nos narines1 c'est que dans ces temps hroques on ne prenait pas encore de caf si matin4 ,le rvrend cellrier jouit quelque temps de notre tonnement2 aprs quoi il nous adressa l'allocution suivante1 que1 dans notre sagesse1 nous jugemes avoir t prpare3 ,messieurs1 dit-il1 je voudrais pouvoir vous tenir compagnie1 mais je n'ai pas encore dit ma messe1 et c'est aujourd'hui jour de grand office4 ,je devrais vous inviter manger2 mais votre ge1 le voyage et l'air vif de nos montagnes doivent m'en dispenser4 ,acceptez avec plaisir ce que nous vous offrons de bon coeur2 je vous quitte et vais chanter matines4 ces mots1 il disparut4 ,ce fut alors le moment d'agir2 et nous attaqumes avec l'nergie que supposaient en effet les trois circonstances aggravantes si bien indiques par le cellrier4 ,mais que pouvaient de faibles enfants d',adam contre un repas qui paraissait prpar pour les habitants de ,sirius6 nos efforts furent impuissants2 quoique ultra-repus1 nous n'avions laiss de notre passage que des traces imperceptibles4 ,ainsi1 bien munis jusqu'au dner1 on se dispersa2 et j'allai me tapir dans un bon lit1 o je dormis en attendant la messe1 semblable au hros de ,rocroy et d'autres encore1 qui ont dormi jusqu'au moment de commencer la bataille4 ,je fus rveill par un robuste frre1 qui faillit m'arracher le bras1 et je courus l'glise1 o je trouvai tout le monde son poste4 ,nous excutmes une symphonie l'offertoire2 on chanta un motet l'lvation1 et on finit par un quatuor d'instruments vent4 ,et malgr les mauvaises plaisanteries contre la musique d'amateurs1 le respect que je dois la vrit m'oblige d'assurer que nous nous en tirmes fort bien4 ,je remarque cette occasion que tous ceux qui ne sont jamais contents de rien1 sont presque toujours des ignorants qui ne tranchent hardiment que parce qu'ils esprent que leur audace pourra leur faire supposer des connaissances qu'ils n'ont pas eu le courage d'acqurir4 ,nous remes avec bnignit les loges qu'on ne manqua pas de nous prodiguer en cette occasion1 et1 aprs avoir reu les remerciements de l'abb1 nous allmes nous mettre table4 ,le dner fut servi dans le got du quinzime sicle2 peu d'entremets1 peu de superfluits2 mais un excellent choix de viandes1 ds ragots simples1 substantiels1 une bonne cuisine1 une cuisson parfaite et surtout des lgumes d'une saveur inconnue dans les marais1 empchaient de dsirer ce qu'on ne voyait pas4 ,on jugera1 au surplus de l'abondance qui rgnait en ce bon lieu1 quand on saura que le second service offrit jusqu' quatorze plats de rt4 ,le dessert fut d'autant plus remarquable qu'il tait compos en partie de fruits qui ne croissent point cette hauteur1 et qu'on avait apports du pays bas2 car on avait mis contribution les jardins de ,machuraz1 la ,morflent1 et autres endroits favoriss de l'astre pre de la chaleur4 ,les liqueurs ne manqurent pas2 mais le caf mrite une mention particulire4 ,il tait limpide1 parfum1 chaud merveille2 mais surtout il n'tait pas servi dans ces vases dgnrs qu'on os appeler tasses sur les rives de la ,seine1 mais dans de beaux et profonds bowls o se plongeaient souhait les lvres paisses des rvrends1 qui en aspiraient le liquide vivifiant avec un bruit qui aurait fait honneur des cachalots avant l'orage4 ,aprs dner1 nous allmes vpres1 et nous y excutmes1 entre les psaumes1 des antiphones que j'avais composs exprs4 ,c'tait de la musique courante comme on en faisait alors2 et je n'en dis ni bien ni mal1 de peur d'tre arrt par la modestie1 ou influenc par la paternit4 ,la journe officielle tant ainsi termine1 les voisins commencrent dfiler2 les autres s'arrangrent pour faire quelques parties des jeux de commerce4 ,pour moi1 je prfrai la promenade2 et ayant runi quelques amis1 j'allai fouler ce gazon si doux et si serr qui vaut bien les tapis de la ,savonnerie1 et respirer cet air pur des hauts lieux1 qui rafrachit l'me et dispose l'imagination la mditation et au romantisme#gd4 ,note #gd3 ,j'ai constamment prouv cet effet dans les mmes circonstances1 et je suis port croire que la lgret de l'air1 dans les montagnes1 laisse agir certaines puissances crbrales que sa pesanteur opprime dans la plaine4 ,il tait tard quand nous rentrmes4 ,l'abb vint a moi pour me souhaiter le bon soir et une bonne nuit4 ,je vais1 me dit-il1 rentrer chez moi1 et vous laisser finir la soire4 ,ce n'est pas que je croie que ma prsence pt tre importune nos pres2 mais je veux qu'ils sachent bien qu'ils ont libert plnire4 ,ce n'est pas tous les jours ,saint-,bernard2 demain nous rentrerons dans l'ordre accoutum3 oras iterabimus quor4 ,effectivement1 aprs le dpart de l'abb1 il y eut plus de mouvement dans l'assemble2 elle devint plus bruyante1 et on fit plus de ces plaisanteries spciales aux clotres qui ne voulaient pas dire grand'chose1 et dont on riait sans savoir pourquoi4 ,vers neuf heures1 le souper fut servi3 souper soign1 dlicat1 et loign du dner de plusieurs sicles4 ,on mangea sur nouveaux frais1 on causa1 on rit1 on chanta des chansons de table2 et un des pres nous lut quelques vers de sa faon1 qui vraiment n'taient pas mauvais pour avoir t faits par un tondu4 ,sur la fin de la soire1 une voix s'leva et cria3 ,pre cellrier1 o est donc votre plat8--,c'est trop juste1 rpondit le rvrend2 je ne suis pas cellrier pour rien4 ,il sortit un moment1 et revint bientt aprs1 accompagn de trois serviteurs1 dont le premier apportait des rties d'excellent beurre1 et les deux autres taient chargs d'une table sur laquelle se trouvait une cuve d'eau-de-vie sucre et brlante3 ce qui quivalait presque au punch1 qui n'tait point encore connu4 ,les nouveaux venus furent reus avec acclamation2 on mangea les rties1 on but l'eau-de-vie brle1 et quand l'horloge de l'abbaye sonna minuit1 chacun se retira dans son appartement pour y jouir des douceurs d'un sommeil auquel les travaux de la journe lui avaient donn des dispositions et des droits4 ,n4 ,b4 ,le pre cellrier dont il est fait mention dans cette narration vritablement historique1 tant devenu vieux1 on parlait devant lui d'un abb nouvellement nomm qui arrivait de ,paris1 et dont on redoutait la rigueur4 ,je suis tranquille son gard1 dit le rvrend2 qu'il soit mchant tant qu'il voudra1 il n'aura jamais le courage d'ter un vieillard ni le coin du feu ni la clef de la cave4 ,,xxiii4 ,bonheur en voyage4 ,j'tais un jour mont sur mon cheval la ,joie1 et je parcourais les coteaux riants du ,jura4 ,c'tait dans les plus mauvais jours de la rvolution2 et j'allais ,dle1 auprs du reprsentant ,prt1 pour en obtenir un sauf-conduit qui devait m'empcher d'aller en prison1 et probablement ensuite l'chafaud4 ,en arrivant1 vers onze heures du matin1 une auberge du petit bourg ou village de ,mont-sous-,vaudrey1 je fis d'abord bien soigner ma monture2 et de l1 passant la cuisine1 j'y fus frapp d'un spectacle qu'aucun voyageur n'et pu voir sans plaisir4 ,devant un feu vif et brillant tournait une broche admirablement garnie de cailles1 rois de cailles1 et de ces petits rles pied verts qui sont toujours si gras4 ,ce gibier de choix rendait ses dernires gouttes sur une immense rtie1 dont la facture annonait la main d'un chasseur2 et tout auprs1 on voyait dj cuit un de ces levrauts ctes rondes1 que les ,parisiens ne connaissent pas1 et dont le fumet embaumerait une glise4 ,bon6 dis-je en moi-mme1 ranim par cette vue1 la ,providence ne m'abandonne pas tout--fait4 ,cueillons encore cette fleur en passant2 il sera toujours temps de mourir4 ,alors1 en m'adressant l'hte qui1 pendant cet examen sifflait1 les mains derrire le dos1 en promenant dans la cuisine sa statue de gant1 je lui dis3 ,mon cher1 qu'allez-vous me donner de bon pour mon dner8--,rien que de bon1 monsieur2 bon bouilli1 bonne soupe aux pommes de terre1 bonne paule de mouton et bons haricots4 cette rponse inattendue1 un frisson de dsappointement parcourut tout mon corps2 on sait que je ne mange point de bouilli1 parce que c'est de la viande moins son jus2 les pommes de terre et les haricots sont obsignes2 je ne me sentais pas des dents d'acier pour dchirer l'clanche2 ce menu tait fait exprs pour me dsoler1 et tous mes maux retombrent sur moi4 ,l'hte me rgalait d'un air sournois1 et avait l'air de deviner la cause de mon dsappointement444 ,et pour qui rservez-vous donc tout ce joli gibier8 lui dis-je d'un air tout--fait contrari4--,hlas6 monsieur1 rpondit-il d'un ton sympathique1 je ne puis en disposer2 tout cela appartient des messieurs de justice qui sont ici depuis dix jours1 pour une expertise qui intresse une dame fort riche2 ils ont fini hier et se rgalent pour clbrer cet vnement heureux2 c'est ce que nous appelons ici faire la rvolte4--,monsieur1 rpliquai-je aprs avoir mus quelques instants1 faites-moi le plaisir de dire ces messieurs qu'un homme de bonne compagnie demande1 comme une faveur1 d'tre admis dner avec eux1 qu'il prendra sa part de la dpense1 et qu'il leur en aura surtout une extrme obligation4 ,je dis1 il partit1 et ne revint plus4 ,mais1 peu aprs1 je vis entrer un petit homme gras1 frais1 joufflu1 trapu1 guilleret1 qui vint rder dans la cuisine1 dplaa quelques meubles1 leva le couvercle d'une casserole et disparut4 ,bon1 dis-je en moi-mme1 voil le frre tuileur qui vient me reconnatre6 ,et je commenai esprer1 car l'exprience m'avait dj appris que mon extrieur n'est pas repoussant4 ,le coeur ne m'en battit pas moins comme un candidat sur la fin du dpouillement du scrutin1 quand l'hte reparut et vint m'annoncer que ces messieurs taient trs flatts de ma proposition1 et n'attendaient que moi pour se mettre table4 ,je partis en entrechats2 je reus l'accueil le plus flatteur1 et au bout de quelques minutes j'avais pris racine4 ,quel bon dner666 ,je n'en ferai pas le dtail2 mais je dois une mention honorable une fricasse de poulets de haute facture1 telle qu'on n'en trouve qu'en province1 et si richement dote de truffes1 qu'il y en avait assez pour retremper le vieux ,tithon4 ,on connat dj le rt2 son got rpondait son extrieur3 il tait cuit point1 et la difficult que j'avais prouve m'en approcher en rehaussait encore la saveur4 ,le dessert tait compos d'une crme la vanille1 de fromage de choix et de fruits excellents4 ,nous arrosions tout cela avec un vin lger et couleur de grenat2 plus tard avec du vin de l',ermitage2 plus tard encore1 avec du vin de paille1 galement doux et gnreux3 le tout fut couronn par de trs bon caf1 confectionn par le tuileur guilleret1 qui eut aussi l'attention de ne nous laisser pas manquer de certaines liqueurs de ,verdun1 qu'il sortit d'une espce de tabernacle dont il avait la clef4 ,non seulement le dner fut bon1 mais il fut trs gai4 ,aprs avoir parl avec circonspection des affaires du temps1 ces messieurs s'attaqurent de plaisanteries qui me mirent au fait d'une partie de leur biographie2 ils parlrent peu de l'affaire qui les avait runis2 on dit quelques bons contes1 on chanta2 je m'y joignis par quelques couplets indits2 j'en fis mme un en impromptu1 et qui fut fort applaudi suivant l'usage2 le voici3 ,,air3 du marchal ferrant4 ,qu'il est doux pour les voyageurs ,de trouver d'aimables buveurs3 ,c'est une vraie#ge batitude4 ,entour d'aussi bons enfants1 ,ma foi je passerais cans1 ,libre de toute inquitude1 ,quatre jours1 ,quinze jours1 ,trente jours1 ,une anne1 ,et bnirais ma destine4 ,note #ge3 ,il y a ici une faute que nous conservons par respect pour le texte de l'auteur1 le passage qui suit le couplet fait voir d'ailleurs que nous ne faisons en cela que suivre son intention4 ,si je rapporte ce couplet1 ce n'est pas que je le crois excellent1 j'en ai fait1 grce au ciel6 de meilleurs1 et j'aurais refait celui-l si j'avais voulu2 mais j'ai prfr lui laisser sa tournure d'impromptu afin que le lecteur convienne que celui qui1 avec un comit rvolutionnaire en croupe1 pouvait se jouer ainsi1 celui-l1 dis-je1 avait bien certainement la tte et le coeur d'un ,franais4 ,il y avait bien quatre heures que nous tions table1 et on commenait s'occuper de la manire de finir la soire2 on allait faire une longue promenade pour aider la digestion1 et en rentrant on ferait une partie de bte hombre pour attendre le repas du soir qui se composait d'un plat de truites en rserve1 et des reliefs du dner encore trs dsirables4 toutes ces propositions je fus oblig de rpondre par un refus1 le soleil penchant vers l'horizon m'avertissait de partir4 ,ces messieurs insistrent autant que la politesse le permet1 et s'arrtrent quand je leur assurai que je ne voyageais pas tout--fait pour mon plaisir4 ,on a dj devin qu'ils ne voulurent pas entendre parler de mon cot3 ainsi1 sans me faire de questions importunes1 ils voulurent me voir monter cheval1 et nous nous sparmes aprs avoir fait et reu les adieux les plus affectueux4 ,si quelqu'un de ceux qui m'accueillirent si bien existe encore1 et que ce livre tombe entre ses mains1 je dsire qu'il sache1 qu'aprs plus de trente ans1 ce chapitre a t crit avec la plus vive gratitude4 ,un bonheur ne vient jamais seul2 et mon voyage eut un succs que je n'aurais presque pas espr4 ,je trouvai1 la vrit1 le reprsentant ,prt fortement prvenu contre moi3 il me regarda d'un air sinistre2 et je crus qu'il allait me faire arrter2 mais j'en fus quitte pour la peur1 et aprs quelques claircissements1 il me sembla que ses traits se dtendaient un peu4 ,je ne suis point de ceux que la peur rend cruels1 et je crois que cet homme n'tait pas mchant2 mais il avait peu de capacit et ne savait que faire du pouvoir redoutable qui lui avait t confi3 c'tait un enfant arm de la massue d',hercule4 ,m4 ,amondru1 dont je retrace ici le nom avec bien du plaisir1 eut vritablement quelque peine lui faire accepter un souper o il tait convenu que je me trouverais2 cependant il y vint et me ret d'une manire qui tait bien loin de me satisfaire4 ,je fus un peu moins mal accueilli de madame ,prt1 qui j'allai prsenter mon hommage4 ,les circonstances o je me prsentais admettaient au moins un intrt de curiosit4 ,ds les premires phrases1 elle me demanda si j'aimais la musique4 ,oh bonheur inespr6 elle paraissait en faire ses dlices1 et comme je suis moi-mme trs bon musicien1 ds ce moment nos coeurs vibrrent l'unisson4 ,nous causmes avant souper1 et nous fmes ce qu'on appelle une main fond4 ,elle me parla des traits de composition1 je les connaissais tous2 elle me parla des opras les plus la mode1 je les savais par coeur2 elle me nomma les auteurs les plus connus1 je les avais vus pour la plupart4 ,elle ne finissait pas1 parce que depuis longtemps elle n'avait rencontr personne avec qui traiter ce chapitre1 dont elle parlait en amateur1 quoique j'aie su depuis qu'elle avait profess comme matresse de chant4 ,aprs souper elle envoya chercher ses cahiers2 elle chanta1 je chantai1 nous chantmes2 jamais je n'y mis plus de zle1 jamais je n'y eus plus de plaisir4 ,m4 ,prt avait dj parl plusieurs fois de se retirer qu'elle n'en avait pas tenu compte1 et nous sonnions comme deux trompettes le duo de la ,fausse ,magie4 ,vous souvient-il de cette fte4 quand il fit entendre l'ordre du dpart4 ,il fallut bien finir2 mais au moment o nous nous quittmes1 madame ,prt me dit3 ,citoyen1 quand on cultive comme vous les beaux-arts1 on ne trahit pas son pays4 ,je sais que vous demandez quelque chose mon mari3 vous l'aurez2 c'est moi qui vous le promets4 ce discours consolant1 je lui baisai la main du plus chaud de mon coeur2 et effectivement ds le lendemain matin je reus mon sauf-conduit bien sign et magnifiquement cachet4 ,ainsi fut rempli le but de mon voyage4 ,je revins chez moi la tte haute2 et grce l'harmonie1 cette aimable fille du ,ciel1 mon ascension fut retarde d'un bon nombre d'annes4 ,illustration ,,xxiv4 ,potique4 ,nulla placere diu1 nec vivere carmina possunt1 ,quae scribuntur aqu potoribus4 ,ut male sanos ,adscripsit ,liber ,satyris ,faunisque poetas1 ,vina fere dulces oluerunt mane ,camoen4 ,laudibus arguitur vini vinosus ,homerus2 ,ennius ipsr pater nunquam1 nisi potus1 ad arma ,prosiluit dicenda3 ,forum putealque ,libonis ,mandabo siccis2 adimam cantare severis4 ,hoc simul edixit1 non cessavere poet ,nocturno certare mero1 dotare diurno1 ,,horat4 ,epirt4 ,i1#ai4 ,si j'avais eu assez de temps j'aurais fait un choix raisonn de posies gastronomiques depuis les ,grecs et les ,latins jusqu' nos jours1 et je l'aurais divis par poques historiques1 pour montrer l'alliance intime qui a toujours exist entre l'art de bien dire et l'art de bien manger4 ,ce que je n'ai pas fait1 un autre le fera#gf4 ,nous verrons comment la table a toujours donn le ton la lyre1 et on aura une preuve additionnelle de l'influence du physique sur le moral4 ,note #gf3 ,voil1 si je ne me trompe1 le troisime ouvrage que je dlgue aux travailleurs3 #a ,monographie de l',obsit2 #b ,trait thorique et pratique des ,haltes de chasse2 #c ,recueil chronologique de ,posies gastronomiques4 ,jusque vers le milieu du dix-huitime sicle1 les posies de ce genre ont eu surtout pour objet de clbrer ,bacchus et ses dons1 parce qu'alors boire du vin et en boire beaucoup tait le plus haut degr d'exaltation gustuelle auquel on et pu parvenir4 ,cependant1 pour rompre la monotonie et agrandir la carrire1 on y associait l',amour1 association dont il n'est pas certain que l'amour se trouve bien4 ,la dcouverte du nouveau monde et les acquisitions qui en ont t la suite ont amen un nouvel ordre de choses4 ,le sucre1 le caf1 le th1 le chocolat1 les liqueurs alcooliques et tous les mlanges qui en rsultent ont fait de la bonne chre un tout plus compos1 dont le vin n'est plus qu'un accessoire plus ou moins oblig2 car le th peut trs bien remplacer le vin djeuner#gg4 ,note #gg3 ,les ,anglais et les ,hollandais mangent djeuner du pain1 du beurre1 du poisson1 du jambon1 des oeufs1 et ne boivent presque jamais que du th4 ,illustration ,ainsi une carrire plus vaste s'est ouverte aux potes de nos jours2 ils ont pu chanter les plaisirs de la table sans tre ncessairement obligs de se noyer dans la tonne1 et dj des pices charmantes ont clbr les nouveaux trsors dont la gastronomie s'est enrichie4 ,comme un autre j'ai ouvert les recueils1 et j'ai joui du parfum de ces offrandes thres4 ,mais1 tout en admirant les ressources du talent et gotant l'harmonie des vers1 j'avais une satisfaction de plus qu'un autre en voyant tous ces auteurs se coordonner mon systme favori2 car la plupart de ces jolies choses ont t faites pour dner1 en dnant ou aprs dner4 ,j'espre bien que les ouvriers habiles exploiteront la partie de mon domaine que je leur abandonne1 et je me contente en ce moment d'offrir mes lecteurs un petit nombre de pices choisies au gr de mon caprice1 accompagnes de notes trs courtes1 pour qu'on ne se creuse pas la tte pour chercher la raison de mon choix4 ,,chanson ,,de ,d,,mocares ,,au ,,festin ,,de ,,denias4 ,cette chanson est tire du ,voyage du jeune ,anacharsis3 cette raison suffit4 ,buvons1 chantons ,bacchus1 ,il se plat nos danses1 il se plat nos chants2 il touffe l'envie1 la haine et les chagrins4 ,aux ,grces sduisantes1 aux ,amours enchanteurs1 il donna la naissance4 ,aimons1 buvons2 chantons ,bacchus4 ,l'avenir n'est point encore2 le prsent n'est bientt plus2 le seul instant de la vie est l'instant de la jouissance4 ,aimons1 buvons2 chantons ,bacchus4 ,sages de nos folies1 riches de nos plaisirs1 foulons aux pieds la terre et ses vaines grandeurs2 et dans la douce ivresse que des moments si beaux font couler dans nos mes1 ,buvons1 chantons ,bacchus4 7,voyage du jeune ,anacharsis en ,grce1 tom4 ,,ii1 chap4 #be47 ,celle-ci est de ,motin1 qui1 dit-on1 fit le premier en ,france des chansons boire4 ,elle est du vrai bon temps de l'ivrognerie1 et ne manque pas de verve4 ,,air3 ,que j'aime en tout temps la taverne6 ,que librement je m'y gouverne6 ,elle n'a rien d'gal soi2 ,j'y vois tout ce que je demande3 ,et les torchons y sont pour moi ,de fine toile de ,hollande4 ,pendant que le chaud nous outrage1 ,on ne trouve point de bocage ,agrable et frais comme elle est2 ,et quand la froidure m'y mne1 ,un malheureux fagot m'y plat ,plus que tout le bois de ,vincenne4 ,j'y trouve souhait toutes choses2 ,les chardons m'y semblent des roses1 ,et les tripes des ortolans2 ,l'on n'y combat jamais qu'au verre4 ,les cabarets et les brelans ,sont les paradis de la terre4 ,c'est ,bacchus que nous devons suivre2 ,le nectar dont il nous enivre ,a quelque chose de divin1 ,et quiconque a cette louange ,d'tre homme sans boire du vin1 ,s'il en buvait1 serait un ange4 ,le vin me rit1 je le caresse2 ,c'est lui qui bannit ma tristesse1 ,et rveille tous mes esprits3 ,nous nous aimons de mme force4 ,je le prends1 aprs j'en suis pris2 ,je le porte1 et puis il m'emporte4 ,quand j'ai mis quarte dessus pinte1 ,je suis gai1 l'oreille me tinte1 ,je recule au lieu d'avancer3 ,avec le premier je me frotte1 ,et je fais1 sans savoir danser1 ,de beaux entrechats dans la crotte4 ,pour moi1 jusqu' ce que je meure1 ,je veux que le vin blanc demeure1 ,avec le clairet dans mon corps1 ,pourvu que la paix les assemble3 ,car je les jetterai dehors1 ,s'ils ne s'accordent bien ensemble4 ,la suivante est de ,racan1 un de nos plus anciens potes2 elle est pleine de grce et de philosophie1 a servi de modle beaucoup d'autres1 et parat plus jeune que son extrait de naissance4 ,,maynard4 ,pourquoi se donner tant de peine8 ,buvons plutt perdre haleine1 ,de ce nectar dlicieux1 ,qui1 pour l'excellence1 prcde ,celui mme que ,ganymde ,verse dans la coupe des dieux4 ,c'est lui qui fait que les annes1 ,nous durent moins que les journes4 ,c'est lui qui nous fait rajeunir1 ,et qui bannit de nos penses ,le regret des choses passes ,et la crainte de l'avenir4 ,buvons1 ,maynard1 pleine tasse ,l'ge insensiblement se passe1 ,et nous mne nos derniers jours2 ,l'on a beau faire des prires1 ,les ans1 non plus que les rivires1 ,jamais ne rebroussent leur cours4 ,le printemps1 vtu de verdure1 ,chassera bientt la froidure4 ,la mer a son flux et reflux2 ,mais1 depuis que notre jeunesse ,quitte la place la vieillesse1 ,le temps ne la ramne plus4 ,les lois de la mort sont fatales ,aussi bien au maisons royales ,qu'aux taudis couverts de roseaux2 ,tous nos jours sont sujets aux ,parques2 ,ceux des bergers et des monarques ,sont coups des mmes ciseaux4 ,leurs rigueurs1 par qui tout s'efface1 ,ravissent1 en bien peu d'espace1 ,ce qu'on a de mieux tabli1 ,et bientt nous mneront boire1 ,au-del de la rive noire1 ,dans les eaux du fleuve d'oubli4 ,celle-ci est du professeur qui l'a aussi mise en musique4 ,il a recul devant les embarras de la gravure1 malgr le plaisir qu'il aurait eu de se savoir sur tous les pianos2 mais par un bonheur inou1 elle peut se chanter et on la chantera sur l'air du vaudeville de ,figaro4 ,,le ,,choix ,,des ,,sciences4 ,me poursuivons plus la gloire2 ,elle vend cher ses faveurs2 ,tchons d'oublier l'histoire3 ,c'est un tissu de malheurs4 ,mais appliquons-nous boire ,ce vin qu'aimaient nos aeux4 ,qu'il est bon1 quand il est vieux6 7bis47 ,j'ai quitt l'astronomie1 ,je m'garais dans les cieux2 ,je renonce la chimie1 ,ce got devient trop coteux4 ,mais pour la gastronomie ,je veux suivre mon penchant4 ,qu'il est doux d'tre gourmand6 7bis47 ,jeune1 je lisais sans cesse2 ,mes cheveux en sont tout gris6 ,les sept sages de la ,grce ,ne m'ont pourtant rien appris4 ,je travaille la paresse3 ,c'est un aimable pch1 ,ah6 comme on est bien couch6 7bis47 ,j'tais fort en mdecine ,je m'en tirais plaisir4 ,mais tout ce qu'elle imagine ,ne fait qu'aider mourir4 ,je prfre la cuisine3 ,c'est un art rparateur4 ,quel grand homme qu'un traiteur6 7bis47 ,ces travaux sont un peu rudes1 ,mais sur le dclin du jour1 ,pour gayer mes tudes1 ,je laisse approcher l'amour4 ,malgr les caquets des prudes1 ,l'amour est un joli jeu3 ,jouons-le toujours un peu6 7bis47 ,j'ai vu natre le couplet suivant1 et voil pourquoi je l'ai plant4 ,les truffes sont la divinit du jour1 et peut-tre cette idoltrie ne nous fait-elle pas honneur4 ,,impromptu4 ,buvons la truffe noire1 ,et ne soyons point ingrats2 ,elle assure la victoire ,dans les plus charmants combats4 ,au secours ,des amours1 ,du plaisir1 la ,providence ,envoya cette substance3 ,qu'on en serve tous les jours4 ,par ,m4 ,b444 de ,v4441 amateur distingu1 et lve chri du professeur4 ,je finis par une pice de vers qui appartient la ,mditation ,,xxvi4 ,j'ai voulu la mettre en musique1 et n'ai pas russi mon gr2 un autre fera mieux1 surtout s'il se monte un peu la tte4 ,l'harmonie doit en tre forte1 et marquer au deuxime couplet que le malade expire4 ,l',,agonie4 ,romance physiologique4 ,dans tous mes sens6 hlas6 faiblit la vie1 ,mon oeil est terne et mon corps sans chaleur4 ,louis en pleurs1 et cette tendre amie ,en frmissant met la main sur mon coeur4 ,des visiteurs la troupe fugitive ,a pris cong pour ne plus revenir ,le docteur part et le pasteur arrive3 ,je vais mourir4 ,je veux prier1 ma tte s'y refuse1 ,je veux varier1 et ne puis m'exprimer1 ,un tintement m'inquite et m'abuse1 ,je ne sais quoi me parait voltiger4 ,je ne vois plus4 ,ma poitrine oppresse ,va s'puiser pour former un soupir3 ,il errera sur ma bouche glace444 ,je vais mourir4 ,par le ,,professeur4 ,illustration ,,xxv ,m4 ,henrion de ,pensey ,je croyais de bonne foi tre le premier qui et conu1 de nos jours1 l'ide de l',acadmie des ,gastronomes2 mais je crains bien d'avoir t devanc2 comme cela arrive quelquefois4 ,on peut en juger par le fait suivant1 qui a prs de quinze ans de date4 ,m4 le prsident ,henrion de ,pensey1 dont l'enjouement spirituel a brav les glaces de l'ge1 s'adressant trois des savants les plus distingus de l'poque actuelle 7,,mm4 de ,laplace1 ,chaptal et ,bertholet71 leur disait1 en #ahab3 ,je regarde la dcouverte d'un mets nouveau1 qui soutient notre apptit et prolonge nos jouissances1 comme un vnement bien plus intressant que la dcouverte d'une toile2 on en voit toujours assez4 ,je ne regarderai point1 continuait ce magistrat1 les sciences comme suffisamment honores1 ni comme convenablement reprsentes1 tant que je ne verrai pas un cuisinier siger la premire classe de l',institut4 ,ce cher prsident tait toujours en joie quand il songeait l'objet de mon travail2 il voulait me fournir une pigraphe1 et disait que ce ne fut pas l',esprit des ,lois qui ouvrit ,m4 de ,montesquieu les portes de l',acadmie4 ,c'est de lui que j'ai appris que le professeur ,berriat ,saint-,prix avait fait un roman2 et c'est encore lui qui m'a indiqu le chapitre o il est parl de l'industrie alimentaire des migrs4 ,aussi1 comme il faut que justice se fasse1 je lui ai rig le quatrain suivant qui contient a la fois son histoire et son loge4 ,,vers ,,pour ,,tre ,,mis ,,au ,,bas ,,du ,,portrait ,,de ,m4 ,,henrion ,,de ,,pensey4 ,dans ses doctes travaux il fut infatigable2 ,il eut de grands emplois1 qu'il remplit dignement3 ,et quoiqu'il ft profond1 rudit et savant1 ,il ne se crut jamais dispens d'tre aimable4 ,m4 le prsident ,henrion reut1 en #ahad1 le portefeuille de la justice1 et les employs de ce ministre ont gard la mmoire de la rponse qu'il leur fit1 lorsqu'ils vinrent en corps lui prsenter un premier hommage4 ,messieurs1 leur dit-il avec ce ton paternel qui sied si bien sa haute taille et son grand ge1 il est probable que je ne resterai pas avec vous assez de temps pour vous faire du bien2 mais du moins soyez assurs que je ne vous ferai pas de mal4 ,,xxvi4 ,indications4 ,voil mon ouvrage fini2 et cependant1 pour montrer que je ne suis pas hors d'haleine1 je vais faire d'une pierre trois coups4 ,je donnerai mes lecteurs de tous les pays des indications dont ils feront leur profit2 je donnerai mes artistes de prdilection un souvenir dont ils sont dignes1 et je donnerai au public un chantillon du bois dont je me chauffe4 #a ,madame ,,chevet1 magasin de comestibles1 ,palais-,royal1 #bbj1 prs du ,thtre-,franais4 ,je suis pour elle un client plus fidle que gros consommateur3 nos rapports datent de son apparition sur l'horizon gastronomique1 et elle a eu la bont de pleurer ma mort2 ce n'tait heureusement qu'une mprise par ressemblance4 ,madame ,chevet est l'intermdiaire oblig entre la haute comestibilit et les grandes fortunes4 ,elle doit sa prosprit la puret de sa foi commerciale3 tout ce que le temps a atteint disparat de chez elle comme par enchantement4 ,la nature de son commerce exige qu'elle fasse un gain assez prononc2 mais le prix une fois convenu1 on est sr d'avoir de l'excellent4 ,cette foi sera hrditaire2 et ses demoiselles1 peine chappes l'enfance1 suivent dj invariablement les mmes principes4 ,madame ,chevet a des chargs d'affaires dans tous les pays o peuvent atteindre les voeux du gastronome le plus capricieux2 et plus elle a de rivaux1 plus elle s'est leve dans l'opinion4 #b ,m4 ,,achard1 ptissier-petit-fournier1 rue de ,grammont1 n #i1 ,lyonnais1 tabli depuis environ dix ans1 a commenc sa rputation par des biscuits de fcule et des gaufres la vanille qui ont t longtemps inimites4 ,tout ce qui est dans son magasin a quelque chose de fini et de coquet qu'on chercherait vainement ailleurs2 la main de l'homme n'y parat pas4 ,on dirait des productions naturelles de quelque pays enchant3 aussi1 tout ce qui se fait chez lui est enlev le jour mme1 on peut dire qu'il n'a point de lendemain4 ,dans les beaux jours quinoxiaux1 on voit arriver chaque instant rue de ,grammont quelque brillant carricle1 ordinairement charg d'un beau titus et d'une jolie emplume4 ,le premier se prcipite chez ,achard1 o il s'arme d'un gros cornet de friandises4 son retour1 il est salu par un3 mon ami6 que cela a bonne mine6 ou bien1 #j dear6 how it looks good6 my mouth6444 ,et vite le cheval part1 et mne tout cela au bois de ,boulogne4 ,les gourmands ont tant d'ardeur et de bont1 qu'ils ont support pendant longtemps les asprits d'une demoiselle de boutique disgracieuse4 ,cet inconvnient a disparu2 le comptoir est renouvel et la jolie petite main de mademoiselle ,anna ,achard donne un nouveau mrite des prparations qui se recommandent dj par elles-mmes4 #c ,m4 ,,limet1 rue de ,richelieu1 n #gi1 mon voisin1 boulanger de plusieurs altesses1 a aussi fix mon choix4 ,acqureur d'un fonds assez insignifiant1 il l'a promptement lev un haut degr de prosprit et de rputation4 ,ses pains taxs sont trs beaux2 et il est difficile de runir dans les pains de luxe tant de blancheur1 de saveur et de lgret4 ,les trangers1 aussi bien que les habitants des dpartements1 trouvent toujours chez ,m4 ,limet le pain auquel ils sont accoutums2 aussi les consommateurs viennent en personne1 dfilent et font quelquefois queue4 ,ces succs n'tonneront pas quand on saura que ,m4 ,limet ne se trane pas dans l'ornire de la routine1 qu'il travaille avec assiduit pour dcouvrir de nouvelles ressources1 et qu'il est dirig par des savants du premier ordre4 ,,xxvii ,les ,privations lgie historique4 ,premiers parents du genre humain1 dont la gourmandise est historique1 qui vous perdtes pour une pomme1 que n'auriez-vous pas fait pour une dinde aux truffes8 mais il n'tait dans le paradis terrestre ni cuisiniers ni confiseurs4 ,que je vous plains6 ,rois puissants qui ruintes1 la superbe ,troie1 votre valeur passera d'ge en ge2 mais votre table tait mauvaise4 ,rduits la cuisse de boeuf et au dos de cochon1 vous ignortes toujours les charmes de la matelotte et les dlices de la fricasse de poulets4 ,que je vous plains6 ,aspasie1 ,chlo1 et vous toutes dont le ciseau des ,grecs ternisa les termes pour le dsespoir des belles d'aujourd'hui1 jamais votre bouche charmante n'aspira la suavit d'une meringue la vanille ou la rose2 peine vous levtes-vous jusqu'au pain d'pice4 ,que je vous plains6 ,douces prtresses de ,vesta1 combles la fois de tant d'honneurs et menaces de si horribles supplices1 si du moins vous aviez got ces sirops aimables qui rafrachissent l'me1 ces fruits confits qui bravent les saisons1 ces crmes parfumes1 merveilles de nos jours4 ,que je vous plains6 ,financiers romains qui pressurtes tout l'univers connu1 jamais vos salons si renomms ne virent paratre ni ces geles succulentes1 dlices des paresseux2 ni ces glaces varies1 dont le froid braverait la zone torride4 ,que je vous plains6 ,paladins invincibles1 clbrs par des chantres gabeurs1 quand vous auriez pourfendu des gants1 dlivr des dames1 extermin des armes1 jamais1 hlas6 jamais une captive aux yeux noirs ne vous prsenta le champagne mousseux1 le malvoisie de ,madre1 les liqueurs1 cration du grand sicle2 vous en tiez rduits la cervoise ou au surne herb4 ,que je vous plains6 ,abbs crosss1 mitrs1 dispensateurs des faveurs du ciel2 et vous1 templiers terribles1 qui armtes vos bras pour l'extermination des ,sarrazins1 vous ne conntes pas les douceurs du chocolat qui restaure ou de la fve arabique qui fait penser4 ,que je vous plains6 ,superbes chtelaines1 qui1 pendant le vide des croisades1 leviez au rang suprme vos aumniers et vos pages1 vous ne partagetes point avec eux les charmes du biscuit et les dlices du macaron4 ,que je vous plains6 ,et vous enfin1 gastronomes de #ahbe1 qui trouvez dj la satit au sein de l'abondance1 et rvez des prparations nouvelles1 vous ne jouirez pas des dcouvertes que les sciences prparent pour l'an #aijj1 telles que les esculences minrales1 les liqueurs1 rsultat de la pression de cent atmosphres2 vous ne verrez pas les importations que des voyageurs qui ne sont pas encore ns feront arriver de cette moiti du globe qui reste encore dcouvrir ou explorer4 ,que je vous plains6 ,illustration ,,envoi ,,aux ,,gastronomes ,,des ,,deux ,,mondes4 ,,excellences6 ,le travail dont je vous fais hommage a pour but de dvelopper tous les yeux les principes de la science dont vous tes l'ornement et le soutien4 ,j'offre aussi un premier encens la ,gastronomie1 cette jeune immortelle1 qui1 peine pare de sa couronne d'toiles1 s'lve dj au-dessus de ses soeurs1 semblable ,calypso1 qui dpassait de toute la tte le groupe charmant des nymphes dont elle tait entoure4 ,le temple de la ,gastronomie1 ornement de la mtropole du monde1 lvera bientt vers le ciel ses portiques immenses2 vous les ferez retentir de vos voix2 vous les enrichirez de vos dons2 et quand l'acadmie promise par les oracles s'tablira sur les bases immuables du plaisir et de la ncessit1 gourmands clairs1 convives aimables1 vous en serez les membres ou les correspondants4 ,en attendant1 levez vers le ciel vos faces radieuses2 avancez dans votre force et votre majest2 l'univers esculent est ouvert devant vous4 ,travaillez1 ,excellences1 professez pour le bien de la science2 digrez dans votre intrt particulier2 et si1 dans le cours de vos travaux1 il vous arrive de faire quelque dcouverte importante1 veuillez en faire part au plus humble de vos serviteurs4 ,l',auteur des ,mditations gastronomiques4 ,illustration ,,table ,,des ,,mati,,res4 ,,physiologie ,,du ,,go,t4 ,,introduction1 ,,par ,,alphonse ,,karr4 i ,,aphorismes du ,professeur1 pour servir de prolgomnes son ouvrage et de base ternelle la science4 ,,dialogue ,,entre ,l',,auteur ,,et ,,son ,,ami4 ,,biographie4 ,,pr,,face4 ,m,,ditation ,i4 ,,des ,,sens4 ,nombre des ,sens4 ,mise en action des ,sens4 ,perfectionnement des ,sens4 ,puissance du ,got4 ,but de l'action des ,sens4 ,m,,ditation ,,ii4 ,,du ,,go,t4 ,dfinition du ,got4 ,mcanique du ,got4 ,sensation du ,got4 ,des ,saveurs4 ,influence de l',odorat sur le ,got4 ,analyse de l sensation du ,got4 ,ordre des diverses impressions du ,got4 ,jouissances dont le ,got est l'occasion4 ,suprmatie de l',homme4 ,mthode adopte par l',auteur4 ,m,,ditation ,,iii4 ,,de ,,la ,,gastronomie4 ,origine des sciences4 ,origine de la ,gastronomie4 ,dfinition de la ,gastronomie4 ,objets divers dont s'occupe la ,gastronomie4 ,utilit des connaissances gastronomiques4 ,influence de la ,gastronomie dans les affaires4 ,acadmie des ,gastronomes4 ,m,,ditation ,,iv4 ,,de ,l',,app,,tit4 ,dfinition de l',apptit4 ,anecdote4 ,grands ,apptits4 ,m,,ditation ,v4 ,,des ,,aliments ,,en ,g,n,,ral4 ,section premire4 ,d,,finitions3--,des ,aliments4 ,travaux analytiques4 ,osmazme4 ,principe des aliments4 ,rgne vgtal4 ,diffrence du gras au maigre4 ,observations particulires4 ,m,,ditation ,,vi4 ,section ,,ii4 ,,sp,,cialit,s4 ,ier -- ,pot-au-feu1 ,potage1 etc ,,ii4 -- ,du bouilli4 ,,iii4 -- ,volailles4 ,,iv4 -- ,du ,coq-d',inde4 -- ,dindoniphiles4 -- ,influence financire du ,dindon4 -- ,exploit du ,professeur4 ,v4 --,du ,gibier4 ,,vi4 -- ,du ,poisson4 --,anecdote4 --,muria4--,garum4 --,rflexion philosophique4 ,,vii4 --,des ,truffes4 --,de la vertu rotique des ,truffes4 --,les ,truffes sont-elles indigestes8 ,,viii4 --,du ,sucre4 --,du ,sucre indigne4 --,divers usages du ,sucre4 ,,ix4 --,origine du ,caf4 --,diverses manires de faire le ,caf4 --,effets du ,caf4 ,x4 --,du ,chocolat4 --,son origine4 --,proprits du ,chocolat4 --,difficults pour faire du bon ,chocolat4 --,manire officielle de prparer le ,chocolat4 ,m,,ditation ,,vii4 ,,th,,orie ,,de ,,la ,,friture4 ,allocution4 ,ier--,chimie4 ,,ii4--,application4 ,m,,ditation ,,viii4 ,,de ,,la ,,soif4 ,diverses espces de ,soif4 ,causes de la ,soif4 ,exemple4 ,m,,ditation ,,ix4 ,,des ,,boissons4 ,eau4 ,prompt effet des ,boissons4 ,boissons fortes4 ,m,,ditation ,x ,,et ,,pisodique4 ,,sur ,,la ,,fin ,,du ,,monde4 ,m,,ditation ,,xi4 ,,de ,,la ,,gourmandise ,dfinitions4 ,avantages de la ,gourmandise4 ,suite4 #abc ,pouvoir de la ,gourmandise4 ,portrait d'une jolie ,gourmande4 ,anecdote4 ,les femmes sont gourmandes4 ,effets de la ,gourmandise sur la ,sociabilit4 ,influence de la ,gourmandise sur le bonheur conjugal4 ,note d'un ,gastronome patriote4 ,m,,ditation ,,xii4 ,,des ,,gourmands4 ,n'est pas gourmand qui veut44 ,napolon44 ,gourmands par prdestination44 ,prdestination sensuelle4 ,gourmands par tat4 ,les ,financiers4 ,les ,mdecins4 ,objurgation4 ,les ,gens de lettres4 ,les ,dvots4 ,les ,chevaliers et les ,abbs4 ,longvit annonce aux ,gourmands4 ,m4 du ,belloy1 archevque de ,paris4 ,m,,ditation ,,xiii4 ,,prouvettes ,,gastronomiques4 #are srie4 #e1jjj fr4 7,mdiocrit74 ,revenu #b;e srie4 #ae1jjj;fr4 prsum4 7,aisance74 #c;e srie4 #cj1jjj fr4 7,richesse74 ,observation gnrale4 ,m,,ditation ,,xiv4 ,,du ,,plaisir ,,de ,,la ,,table4 ,origine du plaisir de la ,table4 ,diffrence entre le plaisir de manger et le plaisir de la ,table4 ,effets4 ,accessoires industriels4 ,dix-huitime et dix-neuvime sicle4 ,esquisse4 ,m,,ditation ,,xv4 ,,des ,,haltes ,,de ,,chasse4 ,les ,dames4 ,m,,ditation ,,xvi4 ,,de ,,la ,,digestion4 ,ingestion4 ,office de l',estomac4 ,influence de la ,digestion4 ,m,,ditation ,,xvii4 ,,du ,,repos4 ,temps du ,repos4 ,m,,ditation ,,xviii4 ,,du ,,sommeil4 ,dfinition4 ,m,,ditation ,,xix2 ,,des ,r,,ves4 ,recherche faire4 ,nature des ,songes4 ,systme du docteur ,gall4 ,premire ,observation4 ,deuxime ,observation4 ,rsultat4 ,influence de l'ge4 ,phnomne des ,songes4 ,premire ,observation4 ,deuxime ,observation4 ,troisime ,observation4 ,m,,ditation ,,xx4 ,,de ,l',,influence ,,de ,,la ,,di,,te ,,sur ,,le ,,repos1 ,,le ,,sommeil ,,et ,,les ,,songes4 ,effets de la ,dite sur le ,travail4 ,effets del ,dite sur les ,rves4 ,suite4 ,rsultat4 ,m,,ditation ,,xxi4 ,,de ,l',,ob,,sit4 ,causes de l',obsit4 ,suite4 ,suite4 ,anecdote4 ,inconvnients de l',obsit4 ,exemples d',obsit4 ,m,,ditation ,,xxii4 ,,traitement ,,pr,,servatif ,,ou ,,curatif ,,de ,l',,ob,,sit4 ,gnralits4 ,suite du rgime4 ,danger des ,acides4 ,ceinture antiobsique4 ,du ,quinquina4 ,m,,ditation ,,xxiii4 ,,de ,,la ,,maigreur4 ,dfinition4 ,espces4 ,effets de la ,maigreur4 ,prdestination naturelle4 ,rgime incrassant ,m,,ditation ,,xxiv4 ,,du ,,jeune4 ,dfinition4 ,origine du ,jene4 ,comment on jenait4 ,origine du relchement4 ,m,,ditation ,,xxv4 ,,de ,l',,puisement4 ,traitement4 ,cure opre par le ,professeur4 ,m,,ditation ,,xxvi4 ,,de ,,la ,,mort4 ,m,,ditation ,,xxvii4 ,,histoire ,,philosophique ,,de ,,la ,,cuisine4 ,ordre d'alimentation4 ,dcouverte du feu4 ,cuisson4 ,festins des ,orientaux4--,des ,grecs4 ,festins des ,romains4 ,rsurrection de ,lucullus4 ,lecti sternium et ,incubitatium4 ,posie4 ,irruption des ,barbares4 ,sicles de ,louis ,,xiv et de ,louis ,,xv4 ,louis ,,xvi4 ,amlioration sous le rapport de l'art4 ,derniers perfectionnements4 ,m,,ditation ,,xxviii4 ,,des ,,restaurateurs4 ,etablissement4 ,avantages des ,restaurants4 ,examen du ,salon4 ,inconvnients du ,salon4 mulation4 ,restaurateurs prix fixe4 ,beauvilliers4 ,le ,gastronome chez le ,restaurateur4 ,m,,ditation ,,xxix4 ,,la ,,gourmandise ,,classique ,,mise ,,en ,,action4 ,histoire de ,m4 de ,borose4 ,cortge d'une ,hritire4 ,m,,ditation ,,xxx4 ,,bouquet4 ,mythologie gastronomique4 ,,seconde ,,partie4 ,,transition4 ,,vari,t,s4 ,prparation de l',omelette au thon4 ,notes thoriques pour les prparations4 ,i4 ,l',omelette du ,cur4 ,,ii4 ,les ,o,eufs au jus4 ,,iii4 ,victoire nationale4 ,,iv4 ,les ,ablutions4 ,v4 ,mystification du ,professeur et dfaite d'un ,gnral4 ,,vi4 ,le plat d',anguille4 ,,vii4 ,l',asperge4 ,,viii4 ,le ,pige4 ,,ix4 ,le ,turbot4 ,x4 ,divers ,magistres restaurants1 par le ,professeur1 improviss pour le cas de la ,mditation ,,xxv4 ,a4 ,b4 ,c4 ,,xi4 ,la ,poularde de ,bresse4 ,,xii4 ,le ,faisan4 ,,xiii4 ,industrie gastronomique des ,emigrs4 ,,xiv4 ,autres souvenirs d'migration4 ,le ,tisserand4 ,l',affam4 ,le ,lion d',argent4 ,sjour en ,amrique4 ,bataille4 ,,xv4 ,la ,botte d',asperges4 ,,xvi4 ,de la ,fonde4 ,recette de la ,fondue4 ,,xvii4 ,dsappointement4 ,,xviii4 ,effets merveilleux d'un ,dner classique4 ,,xix4 ,effets et dangers des liqueurs fortes4 ,,xx4 ,les ,chevaliers et les ,abbs4 ,,xxi4 ,miscellanea4 ,,xxii4 ,une ,journe chez les ,bernardins4 ,,xxiii4 ,bonheur en ,voyage4 ,,xxiv4 ,potique4 ,chanson de ,dmocars au festin de ,dnias4 ,chanson de ,molin4 ,chanson de ,racan ,maynard4 ,le ,choix des ,sciences1 chanson par le ,professeur4 ,impromptu1 par ,m4 ,boscary de ,villeplaine4 ,l',agonie1 romance physiologique1 par le ,professeur4 ,,xxv4 ,m4 ,henrion de ,pensey4 ,,xxvi4 ,indications4 ,,xxvii4 ,les ,privations4--,elgie historique4 ,envoi aux ,gastronomes des deux ,mondes4 ,,fin ,,de ,,la ,,table ,,paris4--,typographie de ,a4 ,,lacour1 rue ,st-,hyacinthe-,st-,michel1 #cc4