,,pierre ,,villey ,professeur ,adjoint l',universit de ,caen ,montaigne et ,franois ,bacon ,,paris ,,revue ,,de ,,la ,,renaissance #ad1 ,rue du ,cardinal-,lemoine1 #ad #aiac ,,table ,,des ,,mati,,res ,introduction #e ,,chapitre ,i4--,les donnes objectives du problme #g ,,chapitre ,,ii4--,influence de ,montaigne sur les ,essais de ,bacon #ah #a4--;,edition de #aeig #bj #b4--;,edition de #afab #cj #c--;,edition de #afbe #cg #d--;,conclusion #ej ,,chapitre ,,iii4--,influence de ,montaigne sur le ,de dignitate et augmentis scientiarum #ec #a4--,l',apologie de la ,science et le ,de dignitate scientiarum #ed #b4--,l',objet de la ,science et le ,de augmentis scientiarum #fb ,,chapitre ,,iv4--,la ,mthode de la ,science4--,montaigne et le ,novum ,organum #gg ,montaigne a-t-il eu quelque influence sur ,franois ,bacon8 ,,introduction ,les deux grands noms qui figurent au titre de cette tude serviront d'excuse son extrme minutie4 ,on ne saurait tre trop prcis lorsqu'il s'agit de penseurs qui ont jou un rle si considrable4 ,depuis quelques annes1 il est fort la mode en ,angleterre et en ,allemagne de rechercher chez ,montaigne l'origine de nombre d'ides exprimes par ,shakespeare et par ,bacon4 ,un sport d'un genre nouveau1 plus germanique1 semble-t-il1 qu'anglo-saxon1 est de faire la chasse aux passages de ces trois auteurs qui1 placs en parallle1 prouveront l'influence du moraliste franais sur les deux grands gnies de l',angleterre qui lui sont presque contemporains4 ,on est all dans cette voie jusqu'aux plus purils rapprochements1 et l'on a montr quelles ridicules fantaisies une mthode excellente1 quand elle est mal applique1 peut sembler autoriser4 ,quelque flatteuse que puisse tre pour notre orgueil national cette manie d'rudits1 force nous est de nous montrer un peu circonspects4 ,shakespeare a lu les ,essais2 incontestablement mme il leur a fait deux ou trois emprunts2 ce sont l nanmoins des raisons insuffisantes pour que nous donnions crdit cent autres emprunts que lui attribue l'imagination de critiques en qute d'indit1 et pour que nous prenions en considration les thories ambitieuses qu'on btit sur d'aussi fragiles fondements4 ,pour ,shakespeare1 je ne saurais discuter les hypothses trop insaisissables des ,stedefeld1 des ,jacob ,feis et des ,robertson4 ,pour ,bacon aussi1 la fantaisie s'est donn libre carrire4 ,il m'a paru cependant qu'en ce qui le concerne1 les donnes du problme taient moins fuyantes1 et qu'il y avait lieu de se demander si l'on pouvait dgager de ce courant d'opinion quelque enseignement prcis4 ,les rsultats essentiels de cette enqute peuvent se rsumer en deux mots4 ,bacon a certainement connu et apprci l'oeuvre de ,montaigne4 ,de cela les preuves abondent4 ,pourtant les ,essais de ,bacon ne sont pas1 comme on le supposait1 dans leur forme originelle1 imits des ,essais de ,montaigne3 l'examen des ditions successives dans lesquelles ils ont paru et des rapprochements qu'on a signals entre les deux oeuvres ne laisse gure de doute ce sujet4 ,ils ont peut-tre subi l'influence lointaine des ,essais de ,montaigne1 ils n'en sont pas sortis4 ,d'autre part1 il est probable que ,bacon a prpar par son commerce avec eux cette critique de la raison humaine qui est la base de sa mthode nouvelle4 ,sur ce dernier point toutefois1 nous ne pouvons formuler qu'une hypothse vraisemblable1 et il est peu croyable qu'on parvienne jamais une certitude4 ,tout cela revient dire que1 dans les pages de ,bacon o l'on a relev le plus de rapprochements avec ,montaigne1 l'influence de ,montaigne semble tre peu importante1 tandis qu'elle est peut-tre trs considrable dans des pages o l'on n'en relevait point4 ,concluons une fois de plus que la mthode qui consiste juger l'influence d'une oeuvre sur une autre au moyen de similitudes verbales que l'on remarque entre elles est une mthode dont il convient d'user avec une extrme prudence4 ,,chapitre ,,premier ,,les ,,donn,,es ,,objectives ,,du ,,probl,,me4 ,il y a prs de cinquante ans que1 pour la premire fois je crois1 on s'est avis de se demander si ,bacon n'avait pas contract une dette envers ,montaigne4 ,en #ahfb parut en allemand1 dans l',archiv de ,herrig1 un article intitul3 ,montaigne et ,bacon4 ,l'auteur avait t frapp de constater que tous les deux ,montaigne et ,bacon avaient1 presque en mme temps1 fait usage du titre d',essais4 ,il en prenait prtexte pour instituer un parallle entre le rle littraire de ,montaigne et celui de ,bacon dans une tude d'ailleurs trs gnrale1 dpourvue de tout rapprochement prcis4 ,aucune conclusion ferme ne s'en dgageait sur les rapports littraires des deux crivains4 ,presque la mme poque1 en #ahfg probablement sans connatre cet article1 un des admirateurs les plus fervents de ,montaigne1 un lecteur assidu des ,essais1 ,edouard ,fitzgerald1 crivait dans une lettre adresse ,wright3 ,me trouvant avec ,robert ,groome1 le mois dernier1 je lui dis avoir rencontr du ,bacon chez ,montaigne4 ,robert ,groome me rpondit que vous aviez fait la mme observation et que vous tiez effectivement en train d'en recueillir des tmoignages4 ,il s'agit1 je crois1 de citations de ,snque employes par ,bacon de telle manire qu'il les devrait videmment ,montaigne444 ,je n'avais pas remarqu ces rencontres de ,snque mais j'avais observ quelques passages de ,montaigne lui-mme qui me semblaient tre passs dans les ,essais de ,bacon4 ,le fait avait donc frapp en mme temps les deux correspondants4 ,l'investigation laquelle ,fitzgerald songeait se livrer tait bien diffrente de celle du critique allemand4 ,il ne l'entreprit pas1 je pense1 mais d'autres s'en acquittrent4 ,on signala des emprunts2 l'impulsion une fois donne1 on n'en releva que trop4 ,on en dcouvrit au-del de toute mesure4 ,chaque chercheur tenait honneur d'enchrir sur son devancier4 ,reynolds en indiquait un grand nombre dans son excellente dition des ,essais de ,bacon4 ,dieckow les reprit dans une dissertation inaugurale prsente l',universit de ,strasbourg en #aijca1 et en ajouta beaucoup auxquels ,reynolds n'avait pas song4 ,une nouvelle liste parut encore en #aijh1 dans l'ouvrage de ,miss ,norton intitul3 ,the spirit of ,montaigne4 ,entre temps1 on ne se faisait pas faute d'affirmer que les ,essais de ,montaigne avaient eu sur les ,essais de ,bacon une influence considrable#b4 ,devant un tel concert d'affirmations et d'enqutes1 nous sommes tenus de nous demander ce qu'elles renferment de solide4 ,pour ne parler que des enqutes1 constatons d'abord qu'elles ont le tort de vouloir trop prouver4 ,elles multiplient sans mesure les rapprochements insignifiants1 ceux qui ne rvlent ni une influence de ,montaigne ni mme une similitude de pense vraiment instructive4 ,on s'amuse relever chez ,bacon jusqu'aux ides les plus banales pour les faire driver de ,montaigne4 ,elles ont encore le dfaut1 invitable il est vrai1 celui-l1 de ngliger quelques rapprochements qui m'ont paru importants4 ,il y avait donc lieu de les rviser entirement#c pour les complter et pour les laguer4 ,plus encore1 je leur reprocherai toutes d'tre de simples listes trs sches dans lesquelles aucun effort n'est tent pour montrer la valeur ou l'insignifiance de chaque rapprochement1 et pour dgager des conclusions d'ensemble4 ,de semblables numrations1 o chaque terme est d'une apprciation si dlicate parce que le lecteur est priv des contextes et du coup d'oeil d'ensemble qui seul donne chaque pense sa vraie porte1 me semblent presque striles si l'auteur ne nous aide pas les interprter4 ,j'avertis1 au reste1 que nous n'aboutirons qu' des rsultats probables4 ,bacon est de ceux pour lesquels une tude d'influence est toujours discutable4 ,il y a bien des manires de subir une influence3 certains reproduisent les penses ou les anecdotes qui les ont frapps presque dans les termes mmes o elles se sont prsentes eux4 ,en travaillant ils ont des livres ouverts sur leur table1 ou bien des notes trs prcises1 ou encore leur mmoire trs verbale conserve et leur rend le texte avec le sens4 ,c'est ainsi que ,montaigne transcrit presque intgralement de nombreux passages de ses auteurs1 du ,plutarque d',amyot surtout1 qu'il traduit fidlement des morceaux de son cher ,sneca1 qu'il cite des vers de ses potes4 ,son originalit est alors dans l'cho que ces penses veillent en lui1 dans la mditation qu'il y accroche4 ,ceux-l nous aident singulirement dcouvrir leurs dettes4 ,mais il en est d'autres1 et ,bacon est de ce nombre1 qui se pntrent d'une pense trangre la digrent1 la transforment2 lorsqu'ils l'expriment elle est devenue leur1 elle ne porte plus la signature de l'inventeur4 ,quelquefois1 elle a fourni un simple chanon dans un long raisonnement1 un argument dans une dmonstration2 quelquefois elle s'est enrichie d'aperus et de dveloppements inattendus4 ,pour ces derniers surtout1 la recherche d'influence est infiniment dlicate4 ,bien plus1 mme lorsqu'il veut citer1 ,bacon est trs inexact et dfigure ses sources4 ,la ngligence1 nous dit ,reynolds#d1 est certainement un des traits caractristiques des ,essais de ,bacon4 ,travaills et polics comme ils le sont par endroits1 aspirant vivre autant que les livres1 ils n'en fourmillent pas moins d'erreurs et de citations fausses4 ,avec tout son dsir de dfendre ,bacon1 ,spedding ne peut qu'excuser ses dfauts1 il lui est impossible de les mconnatre4 ,aussi1 pour donner une base solide nos hypothses1 nous est-il particulirement ncessaire de rechercher s'il existe quelques preuves incontestables de relations entre ,montaigne et ,bacon4 ,dans leur dsir de faire large l'influence de ,montaigne1 les commentateurs ont suppos qu'il avait connu personnellement ,bacon4 ,la rencontre aurait eu lieu en ,france1 dans l't de #aegg4 ,miss ,grace ,norton#e1 auteur de cette hypothse1 a relev dans l',histoire de la vie et de la mort#f1 un passage o ,bacon dclare avoir rencontr ,poitiers un ,franais qui devint clbre par la suite1 et dans lequel elle croit reconnatre ,montaigne4 ,la chose est possible1 mais rien de plus4 ,aucun des faits allgus par ,miss ,norton n'emporte la conviction4 ,ce juvenis ingenuosissimus sed paululum loquax1 avec lequel ,bacon eut des relations familires1 qui in mores senum invehere solitus est1 atque dicere3 si daretur conspici animos senum1 quemadmodum cernuntur corpora1 non minores apparituras in iisdem deformitates3 quin etiam ingenio suo indulgens1 contendebat vitia animorum in senibus vitiis corporum esse quodam modo consentientia et parallela4 ,pro ariditate cutis1 substituebat impudentiam2 pro duritie viscerum1 immisericordiam2 pro lippitudine oculorum1 oculum malum et invidiam2 pro immersione oculorum et curvatione corporis versus terram1 atheismum neque enim coelum1 inquit1 respiciunt1 ut prius2 pro tremore membrorum1 vacillationem decretorum1 et fluxam inconstantiam2 pro inflexione digitorum1 tanquam ad prehensionem1 rapacitatem et avaritiam2 pro labascentia genuum timiditatem2 pro rugis1 calliditatem et obliquitatem3 et alia qu non occurunt4 ,il est vrai que ,montaigne a t dur pour la vieillesse3 miss ,norton n'a pas eu de mal le montrer4 ,mais bon nombre de ses contemporains ont pu penser comme lui sur ce sujet4 ,antoine de ,guevara en parle avec aussi peu de mnagement dans ses ,eptres dores1 et l'on sait de quelle faveur jouissaient alors les ,eptres dores de ,guevara4 ,une ide aussi gnrale n'appartient personne4 ,ce qu'il et fallu pour nous convaincre1 'et t de trouver dans les ,essais de ,montaigne quelques-unes de ces ingnieuses comparaisons qui avaient frapp ,bacon dans la conversation de son interlocuteur4 ,or1 miss ,norton n'en signale point1 et il est impossible d'en relever aucune4 ,nous ne pouvons pas nous fier une conjecture plus sduisante que solide4 ,si ,francis ,bacon n'a pas rencontr ,montaigne1 tout le moins il est bien probable qu'il a entendu parler de lui par quelqu'un qui lui touchait de prs4 ,c'est par l'intermdiaire d',antony ,bacon1 le frre de ,francis1 qu'on devait chercher un lien entre les deux crivains4 ,antony a pass en ,france non quelques mois1 mais une grande partie de sa vie1 plus de douze annes4 ,il a voyag dans diverses provinces1 s'occupant partout de nouer des relations avec les protestants4 ,arriv ,bordeaux la fin de #aehc1 il y resta quinze mois4 ,il y revint en #aeij pour y demeurer de nouveau4 ,il tait bien probable priori que durant ces sjours1 surtout dans le premier qui se place au temps de la mairie de ,montaigne1 ,antony ,bacon avait d rencontrer l'auteur des ,essais1 qui comptait des protestants dans sa famille4 ,le dictionnaire britannique de biographie nationale#g l'affirmait sans en donner de preuve4 ,une lettre de ,pierre de ,brach#h1 retrouve dans la volumineuse correspondance du diplomate anglais1 nous en fournit une incontestable2 elle tmoigne non seulement qu'il tait li avec des amis intimes de ,montaigne1 mais qu'il entretenait un commerce pistolaire avec ,montaigne lui-mme4 ,la dernire lettre que reut ,montaigne lui venait d',antony ,bacon et la mort ne lui permit pas d'y rpondre4 ,le diplomate tait rentr en ,angleterre depuis quelques mois 7fvrier #aeib74 ,il est vraisemblable qu'il y apporta les ,essais et qu'il les fit lire son frre1 s'il n'avait dj pris soin de les lui envoyer4 ,on peut encore supposer sans invraisemblance que ,pierre de ,brach1 qui prpara avec ,mlle de ,gournay l'dition posthume parue en #aeie1 la premire complte1 tint lui faire parvenir les penses encore indites de leur ami commun4 ,en tout cas1 trois faits tablissent que ,francis ,bacon a connu et pratiqu les ,essais3 il a fait un emprunt direct ,montaigne2 il a fait une allusion sa personne en le nommant2 il a cit un passage extrait de son livre dont il a indiqu lui-mme la source4 ,ce qu'il emprunte1 c'est le titre de son premier ouvrage1 les ,essais4 ,nous verrons tout l'heure qu'il n'y a pas de contestation sur ce point4 ,en #afbc1 lorsqu'il traduit en latin et remanie sa premire partie du ,de augmentis1 il y insre cette phrase que les confessions de ,montaigne lui inspirent3 ,ceux qui ont naturellement le dfaut d'tre trop la chose1 trop occups de l'affaire qu'ils ont actuellement dans les mains1 et qui ne pensent pas mme tout ce qui survient 7ce qui1 de l'aveu de ,montaigne1 tait son dfaut71 ces gens-l peuvent tre de bons ministres1 de bons administrateurs de ,rpublique1 mais s'il s'agit d'aller leur propre fortune1 ils ne feront que boiter#i4 ,enfin1 dans l'dition des ,essais1 qui parut en #afbe1 tout la fin de sa vie1 ,bacon cite textuellement une explication psychologique de ,montaigne#aj4 ,je ne connais aucun autre passage emprunt textuellement par ,bacon ,montaigne4 ,plusieurs citations d'auteurs latins se retrouvent chez l'un et chez l'autre4 ,il est prsumer que ,bacon n'est pas toujours remont la source antique1 et qu'il a pris quelques textes chez ,montaigne4 ,je n'ai pu m'en assurer pour aucun4 ,pour cela1 il et fallu trouver un texte qui1 identique chez ,montaigne et chez ,bacon1 prsentt une leon diffrente de celles que fournissent les ditions de l'poque4 ,alors seulement nous aurions su avec certitude que ,montaigne est la source4 ,etant donn qu'il habille parfois sa mode ses citations1 on pouvait esprer que pareille enqute aboutirait4 ,mais je n'ai rien rencontr qui permt une affirmation4 ,comme tmoignages objectifs1 incontestables1 nous sommes donc rduits aux trois que j'ai indiqus4 ,de ce nombre1 nous ne pouvons videmment pas conclure que ,montaigne ait t l'un des auteurs prfrs de ,bacon1 car d'autres noms sont cits beaucoup plus souvent que le sien2 il ne faudrait pourtant pas en conclure non plus que son influence est ngligeable1 car l'influence d'un crivain ne se mesure pas au nombre de fois que son nom se retrouve mentionn par ses successeurs4 ,des motifs varis peuvent appeler ces mentions4 ,si ,bacon nomme si frquemment beaucoup d'auteurs anciens1 tout particulirement ,tacite et ,csar1 ce n'est pas seulement parce qu'il est leur disciple fervent et que sa culture classique est de premier ordre1 c'est encore par coquetterie d'homme de lettres4 ,la mode y tait3 c'est elle aussi qui le pousse orner son discours de citations de potes latins1 comme elle avait conduit ,montaigne multiplier ses allgations1 bien qu'il en condamnt l'abus4 ,parmi les modernes1 ,gilbert et ,machiavel sont nomms chacun plus de vingt fois4 ,machiavel a t le matre de ,bacon en politique4 ,bien qu'il le critique souvent1 il a beaucoup admir sa mthode et son oeuvre1 et il semble que ,gilbert ait jou1 lui aussi1 un rle important dans la formation de ses ides4 ,d'autres crivains ont eu une influence moindre sans doute1 mais bien probable1 comme ,baldassare ,castiglione1 ,guazzo1 qui ne sont pas mme nomms par lui4 ,guichardin semble avoir eu une part1 lui aussi1 dans l'laboration de ses ides politiques2 or1 je ne trouve le nom de ,guichardin qu'une seule fois4 ,machiavel en politique1 et ,gilbert en physique1 taient des novateurs audacieux qui ont frapp l'imagination de leurs contemporains par l'originalit de leurs thories2 la plupart de leurs ides1 troitement lies l'ensemble de leurs conceptions1 y restent en quelque sorte attaches1 voquent le souvenir du systme et conservent pour ainsi dire la marque de leur origine4 ,montaigne n'a pas de systme3 on lui en prtera un plus tard1 mais il n'en a pas4 ,sans ordre1 il mdite sur les questions que son esprit se pose et jette des vues en tous sens2 et ces questions encore sont les plus courantes1 celles que tout esprit rflchi a mdites1 soit en morale soit en logique4 ,on voit plus clair et plus loin en le quittant1 lorsqu'on revient aux questions qu'il a traites1 on y apporte un esprit nouveau1 mais on ne sait plus qui a transform le point de vue1 on ne sait mme plus que quelqu'un l'a transform4 ,ses ides1 trs dtaches les unes des autres1 plus senses que neuves1 s'assimilent aisment et perdent leur tiquette de provenance4 ,c'est peut-tre une premire raison qui rend croyable que1 tout en tant beaucoup moins souvent nomm que ,machiavel1 ,montaigne a pu avoir une influence comparable la sienne4 ,il y en a une autre3 c'est que1 prcisment parce qu'elles sont moins systmatiques et moins inattendues1 les ides de ,montaigne appellent moins une contradiction formelle que celles de ,machiavel et de ,gilbert4 ,malgr les apparences1 le scepticisme de ,montaigne n'est que sur fort peu de points en opposition avec les gigantesques esprances que ,bacon fonde sur la raison1 et nous aurons lieu de voir que ,bacon accepte presque en entier la critique de ,montaigne4 ,or1 la rfutation appelle volontiers le nom de l'auteur rfut1 et c'est parfois pour les rfuter que ,bacon cite ,machiavel et surtout ,gilbert4 ,sans en tirer des conclusions de fantaisie1 ou pour le moins prmatures1 retenons de ces trois tmoignages ce qu'ils peuvent incontestablement nous apprendre4 ,ils nous apportent la preuve vidente que ,bacon a lu les ,essais de ,montaigne4 ,par leurs dates ils nous enseignent mme que les ,essais n'ont pas t pour lui un de ces livres de passage qu'on lit une fois1 au temps de leur publication ou bien au moment o ils vous tombent sous la main1 et auxquels on ne revient plus3 l'un d'eux est du dbut de sa carrire1 les deux autres sont de la fin1 probablement spars l'un de l'autre par plusieurs annes4 ,notons encore que ,bacon appelle simplement notre auteur de son nom latinis ,montaneus sans y adjoindre aucun commentaire1 ce qui parait signifier qu'il lui tait familier4 ,enfin1 la mention du ,de augmentis montre qu'il s'intressait sa personne et son caractre4 ,voil tout ce que nous savons d'incontestable4 ,nous y pouvons ajouter toutefois 7et c'est l une considration de grand poids71 qu'on lisait beaucoup ,montaigne autour de ,bacon1 qu'on faisait grand cas de ses ,essais1 que l'opinion publique appelait imprieusement sur eux l'attention4 ,quand ,florio eut publi sa traduction en #afjc1 trs vite ,montaigne semble avoir t en ,angleterre un crivain d'une grande notorit1 d'une notorit comparable celle des ,boccace et des ,machiavel4 ,de nombreux tmoignages#aa1 sur lesquels j'aurai occasion de revenir dans un autre ouvrage1 en fournissent la preuve incontestable4 ,montaigne est avant tout un moraliste3 l'objet de son tude1 il l'a rpt1 c'est l'homme dans sa diversit ondoyante et multiple2 et dans la peinture si attachante de son moi1 d'une faon gnrale1 nous pouvons dire que c'est l'homme qu'il a toujours cherch4 ,mais1 pour connatre l'homme1 ,montaigne devait ncessairement s'efforcer de connatre l'origine et le fondement des ides de l'homme2 il devait encore prciser la mthode de son tude4 ,et ainsi1 par une double voie1 il s'est trouv amen examiner le problme de la connaissance4 ,comme ,montaigne1 ,bacon1 avant tout peut-tre1 s'est attach tudier le problme de la connaissance1 et faire oeuvre de moraliste4 ,il est historien dans son rcit du rgne de ,henri ,,vii1 il est mdecin dans son ,histoire de la vie et de la mort1 naturaliste dans sa ,silva silvarum1 romancier dans sa ,nouvelle ,atlantide1 physicien dans son ,histoire des vents2 la thologie excepte1 il n'est pas de science cultive de son temps dont il ne se soit srieusement occup1 mais la grande affaire de sa vie 'a t de dfinir l'objet et la mthode de la connaissance4 ,avec cette tche1 peut-tre aucune ne lui a paru attachante comme la composition de ses essais de morale4 ,c'est sa distraction favorite1 comme il l'crit lui-mme quelque part1 il y revient avec une notable prdilection2 il enrichit et il gonfle son volume d'dition en dition1 la manire mme de ,montaigne4 ,nos deux philosophes se sont donc proccups des mmes questions4 ,on pourrait signaler un rapport troit entre l'ide que ,montaigne se fait de l'histoire et la manire dont ,bacon la traite1 mais il serait chimrique de chercher l une influence2 en matire de sciences non plus1 ,montaigne1 qui n'est rien moins qu'un savant1 n'avait rien enseigner ,bacon4 ,nous devons nous en tenir aux deux domaines que je viens d'indiquer4 ,nous chercherons d'abord l'influence de ,montaigne sur l'oeuvre de ,bacon moraliste1 ensuite son influence sur l'oeuvre de ,bacon inventeur de la mthode scientifique4 #a ,john ,florio's englische ,uebersetzung der ,essais ,montaigne's und lord ,bacon's ,ben ,jonson's und ,robert ,burton's ,verhltnis zu ,montaigne--,strasbourg1 #aijc4 #b ,voir par exemple ,ueberweg-,heinze3 ,grundniss der ,geschichte der ,philosophie der ,neuzeit1 volume ,i1 #h;e d4 ,berlin #ahif1 ,s4 #fh2 et aussi ,kuno ,fischer3 ,francis ,bacon und seine ,nachtfolger2 #b;e d4 ,leipzig #ahge2 ,s4 #ah4--,les jugements de ces deux critiques sont reproduits dans la brochure de ,dieckow1 p4 #ef4 #c ,il ne sera peut-tre pas inutile de faire remarquer que1 lorsqu'elle a entrepris ses recherches1 ,miss ,norton1 ignorait celles de ,m4 ,dieckow1 et que j'ai moi-mme entrepris les miennes antrieurement la publication de ,miss ,norton et sans connatre celle de ,m4 ,dieckow4 ,nos trois enqutes ont t conduites indpendamment les unes des autres4 ,il y a donc quelque chances pour que peu de rapprochements essentiels nous aient chapp4 #d ,voir son dition des ,essais de ,bacon1 #ahij1 introduction4 #e ,miss ,norton3 ,early ,writings of ,montaigne3 ,new-,york1 #aijd1 page #bje4 #f ,ed4 ,spedding1 t4 ,,ii1 page #baa4 #g ,article ,antony ,bacon4 #h ,au moment o j'ai crit cette tude1 en #aijg1 je devais la connaissance de cette lettre ,m4 ,auguste ,salles qui me l'avait trs aimablement communique et auquel j'exprime ici ma sincre gratitude4 ,elle a depuis t publie par ,m4 ,sidney ,lee4 ,en voici le texte tel que le donne ,m4 ,sidney ,lee3 ,monsr42 ,il me souvenoit tant de l'estat ou vous estiez quand vostre despart vous desroba de nous1 qu'aussitost que je vy le sieur1 qui me rendist la vostre lettre je luy demanday comment il vous alloit1 sans que je prins le loisir de l'apprendre par vous-mme4 ,ainsi s'enquiert-on1 souvent de savoir et de voir1 ce que le plus souvent nous trouverons contre nostre desirs comme contre mon desir et avec grande desplaisir je seus la continuation de vostre mauvais portement4 ,il me souvient bien1 que je me deffiois qu'en une saison si facheuse1 vous peussiez supporter le travail de la mer qui vous devoit porter4 ,mais vous estiez si affam de vostre air natural1 que ce desin vous faisoit mespriser tout danger4 ,vous aviez raison de vouloir s'loigner le nostre pour la mauvaise qualit1 qu'il a prins par les evaporations de nos troubles1 qui l'ont tellement infect1 qu'il n'a nous laiss rien de sain1 et nous enmalad autant de l'esprit que du corps4 ,quant moy1 monsieur1 je me suis retir en ce lieu1 ayant tout faict quitt ,bourdeaux1 pour ce que ,bourdeaux ne me pouvoit rendre ce que j'y ay perdu1 et je continue en ma solitude de rendre ce que je dois la mmoire de ma perte4 ,j'ay icy dress un estude aussi plaisant mon desplaisir que nouveau en ses peintures et devises1 qui ne sortent point de mon subject4 ,je les vous descriray1 si j'avois autant de libert d'esprit que de volont4 ,mais je suis touch si au vif d'un nouvel ennuy par la nouvelle de la mort de ,monsr4 de ,montaigne1 que je ne suis point moy4 ,j'y ay perdu le meilleur de mes amis2 la ,france le plus entier et le plus vif esprit qu'elle eut oncques1 tout le monde le patron et mirroir de la pure philosophie1 qu'il a tesmoigne aux coups de sa mort comme aux escrits de sa vie1 et ce que j'ay entendu ce grand effect dernier n'a peu en luy faire dementir ces hautes parolles4 ,la dernire lettre missive1 qu'il receut1 fut la vostre1 que je luy envoiay1 laquelle il n'a respondu1 pource-qu'il avoit respondre la ,mort1 qui a emport sur luy ce qui seulement estoit de son gibier3 mais le reste et la meilleure part1 qui est son nom et sa mmoire1 ne mourra qu'avec la mort de ce tout1 et demeurera ferme comme sera en moy la volont de demeurer tousjours1 ,monsr41 ,vostre trs humble et affectionn serviteur4 ,de ,brach4 #i ,bacon ,de augmentis1 livre ,,viii1 ch4 #b4 #aj ,bacon1 ,essays1 dition ,spedding4 t4 ,,vi1 page #cgi4 #aa ,on en trouvera dans l'ouvrage de ,miss ,grace ,norton1 the ,spirit of ,montaigne4 ,,chapitre ,,ii ,,influence ,,de ,,montaigne ,,sur ,,les ,essais ,,de ,,bacon#ab ,dans presque tous les ouvrages de ,bacon1 des degrs diffrents et sous des formes diverses1 on retrouve des soucis de moraliste3 il est bien par l et de son pays et de son temps4 ,mais l'ouvrage o se montre le mieux en lui le moraliste1 c'est assurment son recueil d',essais4 ,aussi est-ce dans ce recueil que1 comme il tait naturel1 les commentateurs ont recherch surtout l'influence de ,montaigne4 ,je crois qu'ils ont eu le tort de ne pas s'occuper assez des dates et que leurs conclusions en ont t fausses4 ,la premire dition des ,essais de ,bacon a t publie en #aeig4 ,mais dans deux des ditions postrieures1 donnes en #afab et en #afbe1 ,bacon les a considrablement modifis et augments4 ,en volume1 les premiers ,essais reprsentent peine la douzime partie des derniers4 ,vingt-huit annes sparent la premire oeuvre des dernires additions1 et ce sont vingt-huit annes d'une extraordinaire activit tant dans la vie politique que dans la contemplation scientifique4 ,il est trop clair qu'il serait artificiel de considrer d'ensemble1 comme si elles formaient un bloc1 ainsi qu'on l'a fait jusqu' prsent1 des ides qui ont jailli des poques si diffrentes1 et qui ont t inspires par des circonstances si varies4 ,nous nous priverions ainsi du moyen d'tude le plus prcieux1 celui qui peut nous donner les rsultats les plus exacts4 ,il nous faut donc chercher1 dans chacune des trois ditions successivement1 si l'influence de ,montaigne y est sensible4 ,i4--,prenons d'abord la premire dition1 celle de #aeig3 avant de l'ouvrir1 nous sommes frapps par le titre ,les ,essais de ,francis ,bacon4 ,voil qui nous enseigne que certainement il avait dj lu les ,essais de ,michel de ,montaigne2 cette lecture mme l'a probablement frapp puisqu'il en accepte ainsi le patronage1 et1 priori1 nous sommes disposs penser qu'il a beaucoup pris l'ouvrage franais4 ,l'hypothse d'une rencontre fortuite entre ,bacon et ,montaigne1 chacun d'eux ayant indpendamment imagin ce mme titre pour des ouvrages de mme genre1 est si invraisemblable qu'elle est ngliger4 ,celle d'un modle commun1 un modle italien par exemple1 qui aurait suggr tous les deux cette mme appellation1 serait assez probable premire vue tant donne l'abondance des emprunts que1 cette poque1 et la ,france et l',angleterre font l',italie2 mais malgr de longues recherches1 je n'ai rien trouv dans la littrature italienne du seizime sicle qui porte le nom de ,saggi ou qui puisse le suggrer4 ,reste l'hypothse d'un emprunt ,montaigne1 seule admissible4 ,sans doute aucune traduction anglaise des ,essais n'existait encore3 la premire1 celle dont se servira ,shakespeare1 est celle de ,florio1 qui date de #afjc2 mais ,bacon1 qui tait venu en ,france1 savait le franais4 ,il nomme dans ses ouvrages ,du ,bartas#ac1 ,commynes#ad plusieurs reprises1 d'autres encore4 ,plusieurs fois aussi il cite des proverbes franais1 aussi bien dans son ,instauratio ,magna#ae que dans ses ,essais#af4 ,il crivait mme le franais1 et la littrature franaise tait sa disposition1 non moins que l'italienne et l'espagnole4 ,or1 s'il n'existe pas encore de ,montaigne anglais1 en revanche1 en #aeif1 le ,montaigne franais est dj singulirement rpandu3 l'dition de #aeie1 la premire complte1 est probablement la huitime dition publie1 et ds avant cette date l'influence de ,montaigne est dj sensible chez plusieurs crivains franais1 tels que ,guillaume ,bouchet1 saint ,franois de ,salles1 du ,vair1 ,florimond de ,raimond4 ,on la sent mme au-del des frontires chez ,juste ,lipse4 ,rien de surprenant donc ce que les ,essais aient dj pntr en ,angleterre4 ,nous avons vu qu',antony ,bacon les avait peut-tre rapports de ,bordeaux ou reus de ses amis bordelais#ag1 et qu'il put les faire lire son frre ,francis1 si celui-ci ne les connaissait pas dj4 ,faudrait-il voir un acte de reconnaissance dans ce fait que ,francis lui ddia la premire dition de ses propres ,essais en #aeig8 ,j'insiste sur ces faits parce que1 le livre ouvert1 une surprise nous attend3 nous n'y trouvons presque rien qui rappelle ,montaigne4 ,trois ou quatre des dix titres de chapitres font penser1 il est vrai1 quelques-uns des ,essais franais qui sont parmi les plus connus3 le second1 ,of discourse1 qui dans la langue du temps signifie conversation2 le septime1 ,of health1 qui fait songer aux ironies de ,montaigne contre les mdecins1 le huitime ,of honour and reputation#ah4 ,mais il n'y a gure que les titres qui se ressemblent4 ,voyez le dernier de ces chapitres1 par exemple1 ,of ,honour and ,reputation#ai1 et rapprochez-le du seizime essai du second livre de ,montaigne1 ,de la gloire3 ,montaigne a pour fin de nous faire sentir toute la vanit de la gloire et ajoute que si1 nanmoins1 on peut tirer quelque profit de cette duperie pour contenir les mauvais princes1 il le faut faire sans hsiter2 ,bacon se place un tout autre point de vue3 sans examiner si l'amour des hommes pour la gloire est raisonnable ou non1 il cherche et numre les moyens les plus srs que nous ayons de l'acqurir1 parce qu'il sait que pour faire son chemin parmi les hommes1 elle est d'une singulire utilit4 ,est-ce une rplique au chapitre de ,montaigne1 la rplique d'un homme d'action trs ambitieux au philosophe qui pluche des ides dans la solitude de sa librairie8 ,il est possible1 mais rien n'invite srieusement le croire4 ,en tous cas1 ici1 ce serait uniquement par contraste et par opposition d'ides que ,montaigne aurait influ sur ,bacon4 ,pour ce qui est de la sant ,regiment of health#bj1 ,bacon1 en homme de science qu'il est1 croit aux mdecins et la mdecine2 il donne des indications pour bien choisir l'homme qui l'on veut confier le soin de son corps1 tandis que ,montaigne prtend n'en couter aucun4 ,montaigne raille les mdicaments1 ,bacon croit tellement leur efficacit qu'il en prend non seulement lorsqu'il est malade1 mais mme en sant1 afin qu'en temps de maladie son corps soit dispos les recevoir4 ,sans doute sur un point capital il y a accord entre eux3 c'est qu'avant tout il faut s'observer1 connatre son propre temprament1 profiter de ses expriences individuelles3 peut-tre la lecture de ,montaigne a-t-elle aid ,bacon dgager cette ide-l1 mais cela non plus1 rien n'invite le croire1 et en tous cas l se limiterait l'influence sur cette question qui tait capitale pour ces deux malades4 ,les autres traces d'influence que je relve sont aussi gnrales1 moins prcises encore4 ,faut-il entendre un cho de ,montaigne dans des sentences comme celles-ci3 ,on rencontre assez d'hommes qui dans la conversation1 sont plus jaloux de faire parade de la fcondit de leur esprit et de montrer qu'ils sont en tat de dfendre toute espce d'opinion et de parler pertinemment sur toute sorte de sujets1 que de faire preuve d'un jugement assez sain pour dmler promptement le vrai d'avec le faux3 comme si le vrai talent en ce genre consistait plutt savoir tout ce que l'on peut dire que ce qu'on doit penser4 ,il en est d'autres qui ont un certain nombre de lieux communs et de textes familiers sur lesquels ils ne tarissent point1 mais qui hors de l sont rduits au silence1 genre de strilit qui les fait paratre monotones et qui les rend d'abord ennuyeux puis fort ridicules ds qu'on dcouvre en eux ce dfaut4 ,montaigne a fait souvent de charmants portraits de ces pdants qui ne citent qu',aristote dans la conversation1 dont la robe et le latin font toute l'autorit4 ,je ne cite pas1 parce qu'il faudrait trop citer1 et aussi parce que je sens que la sentence de ,bacon se rfre plus au tour intellectuel de ,montaigne qu' telle phrase particulire#ba4 ,deux ou trois rapprochements de ce genre au plus1 aussi imprcis que celui-l1 seraient encore possibles1 et voil tout4 ,pour le fond notre rcolte est donc trs maigre3 visiblement trs peu des ides morales exprimes par ,bacon viennent de ,montaigne4 ,si nous regardons maintenant la forme1 c'est une opposition radicale que nous constatons4 ,il n'y a rien de vivant1 d'anim1 de personnel comme un essai de ,montaigne1 au moins dans les deux dernires formes1 celles des ditions de #aehh et #aeie4 ,sans cesse un exemple1 une anecdote viennent animer la dissertation morale et attachent des images concrtes l'attention du lecteur4 ,c'est toujours sur des faits psychologiques soigneusement raconts dans le dtail1 tantt pris aux histoires1 tantt puiss dans l'observation personnelle que ,montaigne disserte4 ,les caprices de la composition chez lui ont toute la souplesse et toute la vie de la conversation4 ,les dix essais de ,bacon1 au contraire1 apparaissent comme dix collections de petites recettes sches1 jetes presque ple-mle les unes sur les autres1 sans un fait qui les claire1 sans une anecdote qui repose4 ,il faut en donner un exemple afin qu'en sente le contraste complet entre les deux manires4 ,qu'on veuille bien songer1 en lisant ce dbut du chapitre ,sur les dpenses1 ce que ,montaigne a dit du mme sujet dans l'essai ,de la vanit et surtout au ton sur lequel il en parle3 il n'est besoin d'aucun commentaire4 ,des dpenses#bb4 ,les richesses ne sont de vrais biens qu'autant qu'on les dpense1 et que cette dpense a pour but l'honneur ou de bonnes actions2 mais les dpenses extraordinaires doivent tre proportionnes l'importance des occasions mmes qui les ncessitent1 car il est tel cas o il faut savoir se dpouiller de ses biens1 non seulement pour mriter le ciel1 mais aussi pour le service et l'utilit de sa patrie4 ,quant la dpense journalire1 chacun doit la proportionner ses propres biens1 et la rgler uniquement sur ses revenus en les administrant de manire qu'ils ne soient pas gaspills par la ngligence ou la friponnerie des domestiques4 ,il est bon aussi de la rgler dans son imagination sur un pied beaucoup plus haut que celui o l'on veut la mettre rellement1 afin que le total paraisse toujours au-dessous de ce qu'on avait imagin4 ,ce n'est rien moins qu'une bassesse de grands seigneurs d'entrer dans le dtail de leurs affaires2 et si la plupart d'entre eux ont tant de rpugnance pour les soins de cette espce1 c'est beaucoup moins par ngligence que pour ne pas s'exposer au chagrin qu'ils ressentiraient s'ils les trouvaient fort dranges4 ,ceux qui ne veulent pas grer eux-mmes leurs affaires et veulent s'pargner cet embarras1 n'ont d'autres ressource que celle de bien choisir les personnes qu'ils chargent de leurs intrts1 avec la prcaution de les changer de temps en temps1 les nouveaux venus tant plus timides et moins russ4 ,lorsqu'on a dessein de liquider son bien1 on peut nuire sa fortune en le faisant trop vite comme en le faisant trop lentement ou trop tard1 car on ne perd pas moins en se htant trop de vendre qu'en empruntant de l'argent gros intrts4 ,celui qui a un vrai dsir de rtablir ses affaires ne doit pas ngliger les plus petits objets1 il est moins honteux de retrancher les petites dpenses que de s'abaisser de petits gains4 ,a l'gard de la dpense journalire1 il faut la rgler de faon qu'on puisse toujours la soutenir sur le mme pied qu'en commenant2 cependant on peut dans les grandes occasions1 qui sont assez rares1 se permettre un peu plus de magnificence qu' l'ordinaire4 ,la traduction un peu diffuse1 ne nous laisse apercevoir que fort imparfaitement l'allure trs ramasse1 presque lapidaire du texte anglais1 dans lequel la plupart de ces conseils affectent la forme de courtes maximes trs denses4 ,ce qu'elle permet de voir tout le moins c'est qu'un essai de ,bacon1 j'entends un essai de la premire dition1 n'est qu'une collection de sentences pratiques1 toutes nues1 dcharnes1 dpouilles de toutes les circonstances vivantes qui les ont suggres l'auteur1 sans exemples1 sans explications1 sans justifications2 et l on aperoit la vellit de classer ces sentences sous divers chefs1 de rapprocher l'une de l'autre celles qui par la similitude de leur objet semblent s'appeler1 mais elle se dment vite3 ce qui frappe dans l'ensemble1 c'est l'absence totale d'ordre4 ,chez ,montaigne il n'y a qu'une composition fragmentaire1 mais les diffrentes pices s'agrgent les unes aux autres par des associations aises1 qui suivent le mouvement naturel de la pense2 chez ,bacon il y a simple juxtaposition de penses vraiment trs peu dpendantes les unes des autres1 unies seulement par l'ide trs gnrale qu'exprime le titre de l'essai4 ,nous autres lecteurs du vingtime sicle1 peine avons-nous lu deux de ces amas de maximes que la lassitude nous gagne1 et nous nous tonnons qu'on ait demand une seconde dition d'un pareil ouvrage4 ,je parle 7qu'on ne l'oublie pas7 des premiers essais1 et de ceux-l seulement4 ,nous n'y voyons pas un livre lire mais tout au plus un recueil de rflexions1 je dirais presque de comprims de raison pratique1 o l'on peut puiser de temps autre un sujet de mditation4 ,si j'avais cit au lieu du chapitre ,des dpenses1 celui ,des tudes ou celui ,de la conversation1 cette impression se dgagerait plus fortement encore4 ,les ides morales ont tant de fois pass et repass dans nos esprits que toutes sches elles n'veillent plus notre curiosit2 elles ne valent que dans la mesure o l'auteur1 par des faits1 des dmonstrations1 des explications1 sait les mettre en valeur et comme les ressusciter4 ,le lecteur collabore toujours avec l'auteur1 mais lui laisser toute cette tche d'illustration c'est trop lui demander3 en somme1 c'est dans la mesure o nous saurons par notre exprience1 par notre imagination1 enrichir et vivifier les maximes de ,bacon que chacun de nous y trouvera de l'intrt4 ,sur ce point comme sur bien d'autres il nous est malais de nous replacer dans l'tat d'esprit des hommes du seizime sicle4 ,le seizime sicle1 aussi bien en ,angleterre1 o l'on accueille si largement les littratures italienne et franaise1 qu'en ,france et en ,italie1 s'est plu manier les ides morales1 les prsenter sous toutes les formes4 ,quelques annes aprs ses ,essais1 ,bacon1 imitant en cela les ,italiens1 crira son ,de ,sapientia veterum1 o il recherche avec une ingniosit souvent plaisante un sens allgorique dans les mythes antiques2 le plus souvent c'est un sens moral qu'il dcouvrira sous leurs voiles4 ,le mme got amne partout un renouveau de jeunesse pour les fables d',esope et de ses continuateurs4 ,et les sentences toutes sches n'ont pas moins de succs que les apologues et les mythes moraliss1 tmoin tant de florilegia d'auteurs anciens qui s'impriment partout1 et des oeuvres originales fort bien accueillies telles que1 en ,france1 les ,proverbes de ,baf#bc et les quatrains stociens de ,m4 de ,pibrac#bd4 ,en ,italie les conseils et avis de ,guichardin#be1 de ,lottini#bf1 de ,sansovino#bg4 ,ceux-l sont les vritables modles de ,bacon1 ce n'est pas ,montaigne4 ,bacon est bien l en accord avec le got de son temps4 ,ces faits rappels1 on comprendra trs aisment1 je crois1 le succs de ces premiers ,essais4 ,par le caractre trs pratique1 trs positif de ses conseils1 qu'on a certainement not dans le chapitre ,des dpenses1 il a renouvel pour ses contemporains un genre fort en vogue4 ,les sentences morales s'inspiraient surtout de la philosophie ancienne et des ,pres2 elles avaient une tendance marque prcher surtout la vertu1 parler de la douleur1 de la mort1 de la science2 ,bacon parle au public de la manire de gouverner sa fortune1 il lui dit comment on s'assure la rputation1 comment il faut rpondre aux solliciteurs4 ,il s'adresse aux intrts les plus immdiatement sensibles4 ,montaigne avait renouvel la leon morale du seizime sicle2 ,bacon le fait aussi1 mais sa manire1 et sa manire est tout autre que celle de ,montaigne et1 plus que ,montaigne1 il se contente des cadres traditionnels du genre4 ,en rsum1 une forme tout autre1 qui semble ignorer l'oeuvre de ,montaigne et se rattache un mouvement diffrent2 pour le fonds1 trois titres sur dix et trois ou quatre penses qui rappellent de trs loin ,montaigne1 de si loin mme qu'il n'y a aucunement lieu d'y voir des rminiscences1 voil tout ce que nous trouvons si nous comparons ces deux ouvrages qui portent le mme titre4 ,ajoutons que deux courts traits compltent le petit volume de ,bacon1 les ,mditations sacres1 et les ,couleurs du bien et du mal3 or1 ni dans l'inspiration biblique de l'un1 ni dans le souci de rhteur qui a fait crire le second1 ni dans les matires contenues dans l'un et dans l'autre#bh1 je ne trouve l'influence de ,montaigne4 ,en somme1 en #aeig1 ,bacon adopte le titre d',essais1 ce qui semble indiquer qu'il va s'inspirer de ,montaigne1 et nanmoins il reste tout fait indpendant de lui4 ,a une poque o l'imitation est si courante1 et souvent si servile1 n'y-t-il pas l quelque chose de trs surprenant8 ,la raison de cette constatation inattendue pourrait bien tre que son ouvrage tait dj crit lorsque ,bacon a lu ,montaigne4 ,si seulement nous avions pu prouver que c'est l'dition complte1 celle de #aeie1 qu'il a connue1 par le rapprochement des dates l'hypothse serait rendue assez vraisemblable1 car la prface de ,bacon est du mois de janvier #aeig4 ,elle reste possible1 mais indmontrable4 ,en tout cas ce qui me parat trs probable1 c'est que ,bacon avait sa mthode arrte avant de connatre celle de son devancier4 ,n'oublions pas qu'il n'est plus un adolescent3 il a #cf ans2 s'il n'a rien publi il a beaucoup travaill4 ,au sixime livre de son ,de ,augmentis1 celui o il traite de la rhtorique1 il a insr un recueil de lieux communs sur bon nombre de sujets moraux et politiques qui reviennent frquemment dans les discours4 ,le but est de mettre la disposition de l'orateur sur tout sujet qui se prsente un trsor d'arguments pour et contre et1 pour ce motif1 sur chaque matire il donne une srie d'ides pour et une srie d'ides contre2 par exemple1 sur le sujet de la richesse1 il indiquera trois ou quatre lieux communs pour la dfendre contre ses contempteurs1 autant pour attaquer ceux qui la recherchent avec une excessive avidit4 ,ce qu'il m'importe de noter pour l'instant1 c'est qu'il dclare plusieurs reprises et avec insistance que c'est au temps de sa jeunesse qu'il a runi ces collections2 c'est qu'en second lieu chacun de ces lieux communs est prsent sous forme de sentence1 exactement comme sont les conseils de ses ,essais4 ,il en explique lui-mme la raison3 il faut que ces ides soient faciles retenir et faciles manier1 et pour cela qu'elles se prsentent comme de petites pelotes de penses que1 le cas chant1 on n'aura plus qu' dvider avec loquence4 ,voil pour la forme l'origine des ,essais de ,bacon3 il faut que ces conseils1 pour tre fructueux1 se retiennent aisment eux aussi4 ,on les mettra donc en maximes4 ,et quant au procd de composition1 il sera le mme3 mesure que1 soit une exprience1 soit une lecture lui suggrera quelque rflexion1 il la placera dans sa classe1 avec les autres de mme genre4 ,voici une sentence qui visiblement est inspire par ,snque1 cette autre 7et il en est beaucoup de cette sorte dans l'essai ,des dpenses7 a t suggre par un accident de la vie quotidienne4 ,la seule diffrence est qu'il n'est plus question ici d'toffer des discours d'apparat mais de diriger la vie4 ,il y faut des penses plus solides1 et qui proviennent plus de l'exprience1 moins des livres4 ,je pense donc que l'ouvrage de ,bacon tait dj dtermin dans sa pense1 peut-tre mme crit1 lorsqu'il a connu celui de ,montaigne4 ,c'est sous d'autres influences qu'il l'a conu4 ,la lecture de ,montaigne ne l'en a pas moins frapp2 peut-tre lui a-t-elle suggr quelques maximes comme d'autres lectures l'avaient fait2 elle a pu mme incliner ses proccupations vers certains sujets1 bien que cela soit fort incertain2 les moralistes1 quelque illimit que soit leur domaine1 aborderont toujours les mmes questions1 et il n'y a rien conclure de ce que deux d'entre eux ont trait les mmes problmes4 ,certainement il a apprci hautement l'enqute morale de ,montaigne4 ,il a aperu que1 comme lui1 ,montaigne donnait au public les fruits de son exprience1 de ses mditations1 de ses lectures4 ,il a pu penser aussi que la modestie du titre imagin par ,montaigne conviendrait singulirement aux dix maigres chapitres qui composent cette premire dition1 et c'est pour ces motifs qu'il a adopt l'appellation d',essais4 ,plus tard l'influence de ,montaigne ne se bornera pas si peu de chose4 ,nous allons en suivre le progrs d'dition en dition4 ,,ii4--,dans la deuxime dition#bi qui fut publie quinze ans plus tard1 il n'est encore que mdiocrement sensible4 ,les dix chapitres primitifs ont reu quelques additions peu importantes1 et vingt-huit nouveaux essais sont venus se joindre eux4 ,le livre est devenu cinq fois plus volumineux1 mais dans la plupart des chapitres le caractre n'en est gure chang4 ,c'est que ,bacon1 encourag par le succs qui approuvait sa mthode1 pour beaucoup de ces enrichissements recourut ces petites collections de sentences qu'il avait constitues dans sa jeunesse et qui taient destines toffer des compositions oratoires4 ,il les avait publies1 au moins en partie1 quelques annes plus tt1 en #afje1 dans son ,advancement of learning4 ,cela ne l'empcha pas de les reprendre parfois textuellement4 ,presque toutes portaient sur des sujets de morale ou de politique1 fort peu sur des questions juridiques1 si bien qu'elles taient tout fait aptes remplir ce nouvel office4 ,sans doute ces maximes runies en vue de soutenir volont le pour et le contre en toutes causes1 ne peuvent pas toujours s'harmoniser parfaitement ensemble3 n'importe1 il suffira de rejeter celles qui ne s'adaptent pas avec l'ide directrice1 ou de les prsenter comme des opinions fausses combattre4 ,plusieurs des essais qui paraissent pour la premire fois dans l'dition de #afab sont btis presque uniquement avec ces sentences#cj prises l',advancement of learning2 tels sont les essais ,of praise1 ,of delaie1 ,of fortune2 d'autres leur doivent beaucoup4 ,on pourra discuter la valeur de ce procd4 ,il risque de substituer au souci de l'observation vraie1 celui de l'expression frappante4 ,l',essai ,des dlais par exemple vaut bien plus par les trouvailles de style que par le fond4 ,cela n'est pas surprenant dans un trait qui sort d'un exercice de rhtorique4 ,on sera toutefois1 je crois1 oblig de reconnatre que1 le plus souvent1 l'esprit trs pratique1 trs positif de ,bacon a su viter les consquences fcheuses que sa mthode de composition semblait devoir entraner4 ,quoi qu'il en soit1 et quelque jugement qu'on porte sur le procd1 le fait est l4 ,grce cette circonstance que les recueils de sentences oratoires taient dj publis1 nous le saisissons cette fois sur le vif4 ,de cette constatation pour le sujet qui nous occupe1 nous avons deux choses retenir3 d'abord que ,bacon confirme l'hypothse exprime plus haut4 ,il reconnat implicitement une parent entre la composition des ,essais et la composition des recueils de lieux communs4 ,nous sommes ports supposer que1 comme ceux de #afab1 les ,essais de #aeig provenaient de recueils semblables1 que ,bacon n'a pas publis en #afje1 avec les autres1 prcisment parce qu'il les avait exploits dj4 ,en second lieu1 nous remarquons que la richesse de ses portefeuilles tient en chec l'influence de ,montaigne4 ,regardons-y de plus prs cependant3 je crois qu'elle commence se faire jour4 ,trs vraisemblablement cette fois quelques ides morales sont empruntes ,montaigne4 ,j'attire en passant l'attention sur les essais intituls ,of religion et ,of young men and age4 ,ils voquent singulirement le souvenir de ,montaigne4 ,le second en particulier qui indique paralllement les dfauts de la jeunesse et ceux de la vieillesse dans l'action pourrait bien tre une rplique aux perptuelles critiques dont ,montaigne accable les vieillards1 et comme une mise au point de la question4 ,je n'insiste pas3 aucun rapprochement ici ne serait probant4 ,voici deux ides encore pour lesquelles une influence est possible1 sans tre certaine4 ,pour n'tre pas propres ,montaigne1 elles ne sont pas si banales qu'on ne puisse songer avec quelque vraisemblance que ,bacon les lui doit4 ,si l'on s'tudie trop observer les convenances mondaines1 nous dit en substance ,bacon1 on tombe dans une affectation choquante qui est contraire la civilit#ca4 ,c'est tout fait la leon que ,montaigne dgageait la fin de son essai ,de l'entrevue des rois3 ,j'ay veu souvent des hommes incivils par trop de civilit1 et importuns de courtoisie#cb4 ,l'autre est dans l'essai ,sur le naturel considr dans l'homme4 ,c'est dans la vie prive seulement1 y dit ,bacon1 qu'on peut juger une me avec quit4 ,l l'individu se montre sans affectation2 il est lui-mme#cc4 ,chacun reconnat l un thme cher ,montaigne#cd4 ,il l'a dvelopp surtout dans son essai ,du repentir1 et c'est pour lui comme un principe directeur qui prside au choix de ses exemples et qui lui dicte sa mthode d'investigation morale4 ,mais c'est surtout dans trois essais que l'influence de ,montaigne semble probable3 je veux parler des essais ,de la mort1 ,des parents et des enfants1 ,de l'athisme4 ,il est vrai qu'en ce qui concerne la mort1 ,montaigne doit ,snque beaucoup des rflexions qu'elle lui inspire4 ,bacon a pu puiser directement chez ,snque1 et certainement mme il lui a emprunt quelques penses sur ce sujet4 ,il y a risque ici de confondre l'influence de ,montaigne avec celle de son matre4 ,les gmissements1 dit ,bacon1 les convulsions1 la pleur du visage1 des amis dsols1 une famille en pleurs1 le lugubre appareil des obsques1 voil ce qui rend la mort si terrible#ce4 ,qui n'est pas tent de reconnatre ici du ,montaigne8 ,n'a-t-il pas crit la fin d'un de ses plus clbres essais3 ,je croy1 la vrit1 que ce sont ces mines et appareils effroyables dequoy nous l'entournons qui nous font plus de peur qu'elle3 une toute nouvelle forme de vivre1 les cris des mres1 des femmes et des enfans1 la visitation de personnes estonnes et transies1 l'assistance d'une nombre de valets pasles et plors1 une chambre sans jour1 des cierges allumez1 nostre chevet assig de mdecins et de prescheurs1 somme toute horreur et tout effroy autour de nous#cf4 ,il est vrai que de part et d'autre l'ide est la mme1 mais elle se retrouve encore la ,x,x,i,vme ptre de ,snque1 et ,bacon dans ce passage cite textuellement une phrase de cette ptre4 ,visiblement elle est prsente son esprit4 ,il n'est pourtant pas tmraire peut-tre de croire que le stocisme de ,montaigne envisager la mort1 l'accointer1 qui avait si fort frapp en ,france les ,florimond de ,raimond1 les du ,vair1 a attir l'attention de ,bacon et l'a aid dgager ce qu'il a retenu de ,snque4 ,qu'on lise les chapitres de ,montaigne#cg aprs celui de ,bacon#ch1 on sera tout dispos le croire4 ,voici en tout cas une pense que personne n'avait exprime plus fortement que ,montaigne3 ,les stociens se donnent trop de soin pour exciter les hommes mpriser la mort1 et tous leurs prparatifs ne font que la rendre plus terrible2 j'aime mieux celui qui a dit que la mort est la dernire fonction et le dernier acte ou le dnouement de la vie#ci4 ,on reconnat l'ide qui emplit tout le chapitre ,de la physionomie1 qui y est rpte sous toutes les formes#dj4 ,de mme ,bacon a peut-tre eu prsent l'esprit le chapitre de ,montaigne intitul ,de l'affection des pres aux enfants#da en crivant son essai ,of parents and children#db4 ,sans doute ce n'est pas dans ,montaigne qu'il a trouv ces analyses trs pntrantes1 des joies et des peines que nous causent nos enfants1 mais c'est ,montaigne qui a d suggrer la comparaison des enfants de la chair avec les enfants de la pense 7son chapitre s'achve par un long dveloppement sur ce sujet7 et ce sont probablement encore ses remarques et les exemples qu'il cite qui attirent l'attention de ,bacon sur les dangers de l'avarice des pres#dc4 ,enfin dans l'essai ,of ,atheism je relve cette ide qu'un peu de philosophie incline l'esprit nier l'existence de ,dieu1 mais que beaucoup de philosophie ramne lui4 ,c'est une opinion chre ,montaigne que l'extrme sagesse se rencontre avec l'ignorance1 et que chez les demi-savants pullulent les erreurs4 ,des esprits simples moins curieux et moins instruits il s'en faict de bons chrestiens1 qui par reverence et obeissance croient simplement et se maintiennent soubs les loix4 ,en la moyenne vigueur des esprits et moyenne capacit1 s'engendre l'erreur des opinions3 ils suyvent l'apparence du premier sens1 et ont quelque tiltre d'interpreter niaiserie et bestise que nous soyons arrestez en l'ancien train1 regardant nous qui n'y sommes pas instruicts par estude4 ,les grands esprits1 plus rassis et clairvoians1 font un autre genre de bien croians2 lesquels1 par longue et religieuse investigation penetrent une plus profonde et abstruse lumiere s ,escriptures1 et sentent le misterieux et divin secret de nostre police ecclesiastique#dd4 ,sans doute les rminiscences que je relve ainsi sont des rminiscences de dtail1 mais parmi ces maximes trs sches de ,bacon on ne peut attendre que cela#de4 ,a tout le moins quelques-unes de ces ides sont peu courantes dans la littrature morale du temps2 elles sont assez propres ,montaigne2 elles nous invitent donc penser que ,bacon est rest en relation avec ces ,essais dont la lecture l'avait tout d'abord frapp4 ,cette impression se fortifiera encore si nous remarquons que quelques apophtegmes1 citations1 images emprunts aux anciens se retrouvent la fois chez ,montaigne et chez ,bacon4 ,bien videmment rien ne prouve que ,bacon les doive ,montaigne4 ,il vivait dans un commerce intime avec l'antiquit et a fort bien pu les puiser directement leur source4 ,il est probable pourtant qu'il n'y a pas l pure concidence4 ,a tout le moins ,montaigne les a fait passer une fois de plus devant son esprit4 ,il les lui a prsents1 comments1 illustrs par le contexte1 mis en pleine valeur et1 comme il disait1 en place marchande1 et ainsi l'a invit en faire usage son tour4 ,thales1 disait-il par exemple dans une dissertation sur l'ge auquel il convient de se marier1 y donna les plus vrayes bornes1 qui1 jeune1 respondit sa mre1 le pressant de se marier1 qu'il n'estoit pas temps1 et1 devenu sur l'age1 qu'il n'estoit plus temps4 ,il faut refuser l'opportunit toute action importune#df4 ,et ,bacon reprend ,les anciens n'ont pas laiss de mettre au nombre des sages celui auquel on demandait quel ge il fallait se marier1 et qui fit cette rponse3 quand on est jeune il n'est pas encore temps1 et quand on est vieux il n'est plus temps#dg4 ,d'autres rapprochements#dh1 sans tre plus dcisifs que celui-l1 inclinent nos esprits vers la mme opinion4 ,aussi y a-t-il quelque vraisemblance attribuer l'influence sourde de ,montaigne une modification de forme1 de mthode d'exposition1 qui commence se faire sentir lgrement dans cette seconde dition4 ,la phrase s'allonge2 les ides se lient entre elles2 des transitions conduisent de l'une l'autre2 quelques-uns des nouveaux essais1 ceux surtout qui ne sont pas sortis des maximes de jeunesse1 prsentent parfois de vritables petits dveloppements2 jusque dans ceux qui sont btis de maximes cousues ensemble1 il y a moins de morcellement qu'en #aeig2 mme parfois dans des essais de la premire dition sont ajouts certains dtails1 certains enrichissements de pense1 qui toffent des remarques auparavant trs sches3 voyez comme le dbut de l'essai ,of negociating tend changer d'allure4 ,il est manifeste que la mthode d'exposition de ,bacon est en voie de se transformer3 la maxime toute nue1 la formule sche commencent lui paratre insuffisantes pour l'expression des ides morales4 ,,iii4--,mais c'est en #afbe seulement que cette transformation sera complte4 ,alors l'exemple de ,montaigne agit davantage sur lui4 ,son influence se marque d'abord par l'apparition de quelques souvenirs personnels1 en petit nombre1 il est vrai4 ,rien n'tait plus objectif que les premiers ,essais2 jamais le ,moi de ,bacon n'apparaissait au milieu de ces penses gnrales1 toutes uniformment la troisime personne4 ,maintenant il lui arrive de raconter un mot qu'il a entendu1 une anecdote dont il a t le tmoin4 ,jamais toutefois dans aucun chapitre il ne se prendra lui-mme pour sujet1 et ses allusions des souvenirs personnels restent trop rares pour modifier sensiblement la couleur de l'oeuvre4 ,la multiplication des images et des comparaisons1 des phrases incidentes1 des explications et des justifications1 des indications de lieu et de temps et de circonstances de tout genre1 enfin de tout ce qui nuance et prcise l'expression des ides psychologiques est d'une importance bien plus considrable4 ,tout cela1 nous savons combien il le trouvait dans la pense souple et ondoyante de ,montaigne4 ,mais ce qu'il trouvait surtout chez ,montaigne c'tait l'emploi constant des exemples2 il en a senti toute la valeur4 ,dans ces ,essais de #aeig je n'en relve aucun2 la seconde dition en prsente un petit nombre2 dans la dernire il en insre presque tous les chapitres4 ,voyez le chapitre ,de la grandeur des ,etats#di3 tous les exemples historiques que nous y lisons sur ,rome1 sur ,athnes1 sur l',angleterre1 l',espagne1 la ,turquie1 etc4 ont t ajouts aprs #afab3 combien1 grce eux1 les ides abstraites exprimes l par ,bacon ont pris de relief1 combien l'intelligence en est plus vive1 plus lumineuse6 ,dans l'essai ,de la ,mort#ej1 au lieu d'allusions rapides aux morts de ,csar-,auguste1 de ,tibre1 de ,vespasien1 nous avons des dtails nombreux1 prcis1 exacts2 leurs mots mmes sont l1 et avec eux seulement pntre en nous ce sentiment du mpris de la mort que ,bacon veut nous faire prouver4 ,ces trois lments nouveaux1 souvenirs personnels1 exemples1 procds de style et tours de phrase capables de nuancer et de prciser les ides1 rvlent une transformation radicale dans la manire de ,bacon4 ,le systme qui avait prsid la construction des premiers ,essais est maintenant abandonn4 ,ce qui en eux nous avait paru1 au moins pour nous lecteurs du vingtime sicle1 particulirement frappant1 l'auteur y a renonc4 ,il n'y a pas l seulement une question de composition1 il y a une manire nouvelle de concevoir les ides morales3 au lieu de les concevoir sous leur forme la plus gnrale1 il les voit plus concrtes1 plus riches2 il pourra ainsi saisir des ralits psychologiques plus prcises1 et ces nouvelles conceptions1 beaucoup moins sches1 sont bien plus intressantes pour des esprits comme les ntres4 ,bacon a pass lentement du genre des maximes au genre de la mditation4 ,bien qu'il ne soit pas fourni dans les ,essais de ,montaigne d'exemples et d'images1 ma conviction est que ,montaigne est pour beaucoup dans cette transformation4 ,quiconque songera que1 depuis la traduction de ,florio1 le livre de ,montaigne tait devenu trs populaire en ,angleterre1 sera tout dispos le croire4 ,par le titre qu'il avait adopt d'ailleurs1 l'essayiste ,anglais n'avait-il pas marqu son admiration8 ,ne s'tait-il pas montr enclin subir l'influence de son devancier8 ,cela n'est pas dire qu' aucun moment ,bacon s'est propos comme modle la forme des ,essais de ,montaigne4 ,en aucune faon4 ,il aurait eu trop de chemin faire pour le rejoindre4 ,il n'a voulu que se rapprocher par degrs de sa manire tout en restant trs diffrent de lui4 ,voyez avec quel soin1 en bon disciple de ses matres1 les orateurs latins1 maintenant qu'il n'crit plus des maximes mais des dissertations1 il s'attache marquer la composition1 et1 ce que ,montaigne dtestait tant1 il annonce les parties de son plan4 ,l'essai ,of ,judicature#ea tait dj trs rgulirement compos en #afab2 en #afbe il y insre quatre phrases1 l'une pour annoncer son plan1 en trois parties1 les autres au dbut de chacune d'elles pour marquer les articulations du raisonnement4 ,il a d'ailleurs son but1 tout autre que celui de ,montaigne3 on l'aperoit dans quelques essais1 dans les plus achevs4 ,deux ans avant cette dernire dition des ,essais1 il avait publi son ,de augmentis1 o plus nettement que dans ,the advancement of learning1 il dfinissait sa conception de la science morale1 et proposait pour la constituer de faire des monographies sur chaque passion1 chaque vertu1 chaque espce de caractre1 etc4 ,clairement1 dans plusieurs des essais composs cette poque1 on devine l'intention de donner de petits modles de ces monographies4 ,de mme ses histoires des vents1 de la densit1 de la vie et de la mort1 sont des modles des tudes d'histoire naturelle qu'il demande4 ,ses apophtegmes sont des modles de ces recueils qu'il dsire voir extraire des histoires4 ,ses essais ,de l',envie1 ,de l'audace1 de la dissimulation1 sont ainsi de vritables petits traits organiss1 qui visent pousser des enqutes4 ,rien n'est plus contraire la manire de ,montaigne qu'une tude systmatique de ce genre4 ,bacon reste donc bien indpendant de ,montaigne2 il a sa conception lui1 il ne se propose pas d'imiter son devancier4 ,je crois seulement que la lecture de ,montaigne a t l'une des causes qui ont bris les anciens moules o il coulait ses observations morales1 qui lui ont appris se reprsenter autrement ses ides1 les vouloir plus concrtes4 ,a lire ,montaigne il a prouv le besoin d'user d'exemples lui aussi1 de commenter1 de serrer l'ide de plus prs1 d'en nuancer l'expression4 ,si nous regardons maintenant non plus la forme de l'essai1 mais son contenu1 c'est encore la mme remarque qu'il nous faudra faire3 ,bacon subit incontestablement l'influence de ,montaigne1 mais son originalit reste entire1 sa personnalit se dresse vigoureusement en face de celle de ,montaigne et s'oppose elle4 ,nous venons de voir que le moule nouveau que ,bacon construit vers la fin de sa vie pour y couler ses rflexions morales est bien lui1 trs diffrent de tous les moules de ,montaigne1 et pourtant ,montaigne l'a aid en former quelques pices4 ,de mme ,montaigne aide ,bacon dgager quelques ides de dtail1 mais dans l'ensemble sa pense se dveloppe trs librement1 et sa philosophie est toute diffrente4 ,comparer leurs deux oeuvres1 c'est en marquer le contraste4 ,au travers de ses dissertations impersonnelles c'est le ,moi de ,bacon que nous dcouvrons2 ce sont ses proccupations qui dictent le choix des sujets1 ses habitudes qui leur donnent leur caractre4 ,il n'est pas expos tous les regards1 comme celui de ,montaigne1 mais on le devine1 on sent qu'il est l'me du livre1 qu'il tablit comme une parent entre les diffrents chapitres et leur confre une sorte d'unit4 ,mais ,bacon ne s'est pas retir dans son chteau pour y chercher la sagesse antique au milieu des livres1 il a lutt longtemps pour arriver aux honneurs et rparer le tort que la fortune lui avait fait en le privant prmaturment de son pre1 il a fait converger toute sa volont et toute son intelligence vers les affaires publiques1 et d'chelon en chelon il est arriv la premire charge2 il a eu se pousser dans le monde1 se maintenir aux affaires dans des circonstances difficiles1 il est tomb du pouvoir sous le coup des plus rudes attaques2 chacune de ces tapes1 il a pu observer les hommes et les choses avec un sens pratique trs pntrant et une rare sagacit4 ,ce sont les rflexions de l'homme d'action que beaucoup de ses essais nous exposent1 les rsultats de son exprience qu'ils nous apportent4 ,s'il recommande d'avoir grand souci des bonnes manires1 c'est avant tout parce que par elles nous acqurons un bon renom qui sert notre avancement4 ,il a propos dans le ,de augmentis de constituer un art de s'avancer dans le monde#eb3 on pourrait presque dire que quelques chapitres en sont traits dans les ,essais4 ,sous les titres que voici3 ,de la ruse et de la finesse1 ,de l'expdition dans les affaires1 ,des ngociations1 ,des solliciteurs et des postulants et beaucoup d'autres on trouvera des remarques d'une psychologie trs pntrante1 trs prcise sur la manire de traiter les affaires4 ,il accumule l une collection de petites recettes dont il a pu prouver la valeur1 par exemple sur la manire d'apprendre une mauvaise nouvelle son prince sans risquer de lui dplaire1 sur les cas o il est plus prudent de ngocier par lettre plutt que par intermdiaire ou de vive voix4 ,l'exprience qu'il a acquise dans les questions politiques lorsqu'il a mis la main au pouvoir se dpose dans une srie de chapitres peut tre plus nombreux encore et dont l'observation n'est pas moins prcise2 tels sont pour ne prendre que les plus significatifs3 ,de la noblesse1 ,des troubles et des sditions1 ,de la souverainet et de l'art de commander1 ,du conseil et des conseils d',etat1 ,de la vritable grandeur des ,etats et des royaumes1 ,des colonies ou plantations de peuples1 ,des devoirs d'un juge4 ,il apporte la mme prcision d'esprit aux questions d'conomie prive3 nous avons vu une partie de ses prceptes sur la manire de rgler sa dpense2 il a des remarques offrir sur la manire de dessiner les jardins1 sur les btiments1 sur toutes les matires auxquelles son attention s'applique4 ,joignez ce sens des ralits pratiques un sentiment moral trs vigoureux sans cesse replong aux sources bibliques car ,bacon lit constamment la ,bible1 nous avons l les deux traits dominants de sa personnalit que ses ,essais laissent deviner4 ,montaigne1 qui se dfend avant tout de l'ambition1 qui cultive son moi dans des voyages ou dans des mditations solitaires que ses bon amis du temps pass viennent lui suggrer1 qui se laisse surprendre1 si nous l'en croyons1 ignorant qu'on met du levain dans son pain#ec1 a une manire tout autre d'envisager les choses4 ,sa morale1 ou plutt ses morales1 car il en a en plusieurs1 restent le plus souvent individuelles1 ineptes la socit publique#ed1 comme il se plat le rpter3 il vise passer sur cette terre aussi doucement et aussi agrablement que possible4 ,entendez-le parler de l'amour3 il se rappelle avec une douce volupt et avec une pointe de vanit aussi1 les passions et les succs de sa jeunesse2 plus les annes rapprochent du tombeau1 plus ce souvenir lui est cher4 ,ce sont d'exquises passions qui viennent ainsi chatouiller sa vieille me poisante et lui rendre encore aimable son dernier reste de vie4 ,il nous met en garde contre leur excs1 parce que1 excessives1 elles apportent plus de dangers que de plaisirs1 mais il nous enseigne les bien mnager1 en jouir longuement par la pense1 tendre sagement toutes les volupts4 ,pourvu que nous sachions y conserver la mesure et la prudence1 il estime que c'est un doux commerce que le commerce des femmes1 et qu'en somme les plus rels plaisirs de la vie corporelle sont l4 ,pour ,bacon1 l'amour est l'ennemi qui suce toute la volont de l'homme et trouble les affaires1 et quelque chose des foudres du christianisme semble passer dans les termes o il l'accuse de n'tre qu'une ridicule hyperbole1 bonne pour le thtre1 sans ralit1 un enfant de la folie qui bouleverse le jugement#ee1 ruine les situations les mieux tablies1 et fait draisonner jusqu' la sagesse la plus pratique4 ,comparez surtout la manire dont ils parlent l'un et l'autre de l'amiti#ef rien n'est plus caractristique4 ,montaigne1 dans la solitude de sa librairie1 jouit longuement du souvenir de ,la ,botie mort dj depuis bien des annes2 il le remche1 il le retourne en lui-mme1 il l'idalise au contact des beaux exemples d'amiti que l'antiquit nous a lgus4 ,il crit alors les pages immortelles que l'on sait1 si sublimes que peut-tre il y faut voir plutt le regret dchirant de l'ami qui a laiss en s'arrachant ses bras une plaie toujours ouverte1 qu'une peinture relle de ses rapports avec ,la ,botie4 ,les deux mes1 pour lui1 sont mesles et confondues d'une union si universelle qu'elles effacent la couture qui les a jointes2 la volont de l'ami s'abme si entirement dans celle de son ami qu'elles s'identifient l'une l'autre et sont mues par les mmes ressorts4 ,bacon n'imagine pas une dfinition aussi saisissante3 il se contente1 ou peu prs1 d'numrer les avantages de l'amiti4 ,ce sont pour lui d'abord qu'un ami nous permet de soulager notre coeur par des confidences qui allgent les douleurs et doublent les joies2 ensuite qu'il nous aide claircir nos propres ides en nous coutant les exposer1 qu'il nous donne de bons conseils tant pour nous bien conduire que pour faire prosprer nos affaires2 en troisime lieu l'amiti est pleine de petits secours de tout genre comme une grenade est pleine de grains3 par exemple notre ami peut solliciter pour nous dans les cas o notre dignit nous dfend de le faire1 il peut faire valoir nos mrites et l'occasion les exagrer1 ce que la modestie nous interdit nous-mmes1 etc41 etc4 ,on serait tent de conclure que ,bacon ne voit dans l'amiti qu'une association d'intrts3 je crois que ce serait une erreur absolue4 ,l'enthousiasme du texte anglais1 l'abondance presque lyrique des images et des comparaisons prservent de la commettre quand on ne s'en tient pas un rsum dcharn4 ,certainement ,bacon a connu la douceur de l'amiti2 pour lui comme pour ,montaigne c'est un sentiment trs lev4 ,s'il numre surtout les avantages pratiques qu'elle nous apporte1 c'est que1 en homme d'action1 c'est dans l'action1 au milieu de ses affaires1 qu'il l'a gote1 tandis que ,montaigne1 homme de cabinet1 en a joui dans ses mditations4 ,c'est dans la sensation de l'effort fait en commun o la prsence de l'ami double l'nergie1 dans la joie du succs partag que ,bacon a surtout l'occasion d'prouver les charmes de l'amiti3 cela ne veut en aucune faon dire que le plaisir qu'il y trouve ne dpasse pas le secours matriel1 mais cela explique qu'il en parle tout autrement que ,montaigne4 ,ce contraste de leurs tempraments et de leurs oeuvres n'a cependant pas empch ,bacon de tirer quelquefois profit de la lecture de ,montaigne et de prendre en lui le germe de quelques-unes de ses ides4 ,du moins c'est ce que rendent trs vraisemblable les rapprochements qui vont suivre4 ,ici toutefois1 comme prcdemment1 on ne peut parler que de probabilit4 ,a l'exception d'une ou deux peut-tre1 aucune de ces rminiscences proposes n'est certaine1 aucune ne rvle un emprunt direct et incontestable4 ,pour l'poque qui nous occupe1 il faut d'abord noter que quelques rflexions sur lesquelles ,bacon n'insiste pas1 qui sont exprimes par lui en passant1 avaient t dgages auparavant par ,montaigne3 cette ide1 par exemple1 que bien souvent nos querelles religieuses ne sont que des querelles de mots#eg2 cette autre encore qu'il est bien souvent malais de distinguer les aptitudes natives des enfants1 et que dans l'incertitude le mieux est de choisir pour eux la meilleure voie sans chercher percer le mystre de leur nature#eh4 ,cette dernire vient se joindre des remarques que prsentaient les ditions antrieures sur les relations des parents et des enfants1 et enrichit la psychologie de ,bacon sur ce point2 la premire taye fort heureusement d'un argument puissant ses exhortations la concorde et l'union en matire religieuse4 ,montaigne et ,bacon luttent aussi contre la crdulit de leur temps1 la foi aux prophties et pronostics de tout genre1 et ,bacon se souvient peut-tre d'avoir lu une ide toute semblable chez ,montaigne quand il crit3 ,lorsque l'vnement prdit est conforme la prdiction1 les hommes remarquent cette conformit2 mais dans le cas oppos1 ils ne remarquent point du tout le dfaut d'accord3 genre de mprise o il tombent galement par rapport aux songes et tout autre genre de prdictions superstitieuses#ei4 ,c'est l une des causes aux yeux de l'un et de l'autre1 qui accrditent de pareilles fables4 ,personne1 dit ,montaigne1 ne tient registre de leur mecomtes1 d'autant qu'ils sont ordinaires et infinis1 et fait-on valoir leurs divinations de ce qu'elles sont rares1 incroiables et prodigieuses4#fj ,voici encore chez ,bacon une ide laquelle ,montaigne a consacr un petit essai tout entier1 ,whatsoever is somewhere gotten is somewhere lost#fa4 ,c'est peu prs la traduction de la phrase franaise3 ,il ne se fait aucun profit qu'au dommage d'autrui4#fb ,ailleurs ,montaigne1 en fournissant des exemples et des tmoignages probants1 a aid ,bacon conduire telle ide sa maturit et son dernier dveloppement3 trois des faits#fc par lesquels ,bacon rend sensible la puissance de l'habitude ont t vulgariss par ,montaigne1 et peut-tre c'est ,montaigne qui l'engage tirer parti1 dans l'ducation1 de cette puissance de l'habitude1 en faisant apprendre les langues trangres ds la premire enfance#fd4 ,voici toutefois qui peut tre plus intressant3 il se pourrait que ,montaigne lui ait suggr des ides assez importantes ses yeux pour qu'il en fasse le sujet d'essais nouveaux4 ,je ne pense pas ici surtout l'essai intitul3 ,des innovations#fe1 des nouvellets1 comme aurait dit ,montaigne3 sans doute ,bacon connaissait les condamnations vigoureuses que le philosophe avait crites contre ces nouvellets1 qui avaient troubl l',etat1 menac si rudement sa vie1 sa tranquillit et son indpendance1 attrist son coeur trs pitoyable et trs humain1 quoi qu'on en ait dit1 d'affreux spectacles2 peut-tre elles ont contribu lui inspirer son extrme prudence4 ,mais enfin1 la question1 pose trs nettement par les anciens dj1 avait t trop dbattue dans toute la littrature politique du ,x,v,ie sicle1 pour que nous puissions affirmer que ,montaigne est pour beaucoup dans les mditations de ,bacon sur ce sujet#ff4 ,mais dans l'essai ,de la ,vrit#fg1 dirig contre la mode de scepticisme de son temps1 il est clair qu'il a ,montaigne prsent la pense1 il le nomme1 il le cite textuellement4 ,malheureusement il ne nous dit pas comment il juge le doute de ,montaigne2 on peut penser toutefois que1 s'il l'a estim sceptique1 il a t frapp par son scrupuleux besoin de vrit1 et a vu que son scepticisme lui n'tait pas affaire de mode4 ,l'essai ,des voyages#fh surtout me semble devoir son ide premire ,montaigne4 ,les voyages en pays trangers1 nous dit ,bacon en commenant1 font1 durant la premire jeunesse1 une partie de l'ducation1 et dans l'ge mr une partie de l'exprience#fi4 ,ce sont ces deux ides qu'il veut mettre en relief4 ,montaigne a fortement marqu tout ce que l'enfant peut tirer des voyages pour la formation de son jugement1 combien frotter et limer sa cervelle#gj celle des trangers peut lui tre profitable1 et plus tard1 aprs son long tour en ,suisse1 en ,allemagne et en ,italie1 il a dit dans ses ,essais quels avantages il y avait trouvs et de quelle utilit il est1 pour un homme fait de voir du pays#ga4 ,c'est lui1 je crois1 qui a vulgaris ces notions4 ,et dans le dveloppement1 et l nous retrouvions des ides de dtail que ,montaigne a pu suggrer3 celle-ci1 par exemple1 qu'en voyage il faut viter avec soin la compagnie de ses compatriotes1 rechercher les trangers1 interroger des gens de toutes sortes4 ,bacon toutefois ne se contente pas de rpter les ides de ,montaigne4 ,il va plus avant que son devancier4 ,avec son sens pratique trs avis1 et sa prcision habituelle1 il indique toutes les prcautions prendre pour que les voyages soient vraiment profitables1 il crit une sorte de petit manuel du voyageur4 ,on devrait1 nous dit-il1 savoir dj un peu la langue du pays o l'on entre1 tre accompagn d'un gouverneur qui le connaisse bien et qui soit capable de choisir ce qui mrite d'tre vu1 tenir un journal1 s'tre soigneusement muni avant le dpart de cartes de gographie et d'indications topographiques1 changer souvent de lieu1 de manire de vivre1 de relations1 afin que rien ne vous chappe2 il dresse des listes des objets qui doivent avant tout attirer l'attention1 des personnes dont il est particulirement utile de faire la connaissance4 ,en tout cela il est conforme la pense de ,montaigne1 mais il ajoute son devancier2 il complte ses indications2 ses habitudes d'homme trs pratique1 trs mthodique1 exigeaient davantage4 ,ici nouveau nous le voyons original1 et c'est ,montaigne peut-tre qui lui fournit son thme4 ,je me demande encore si le titre inattendu que ,bacon destinait la traduction latine de ses ,essais1 ,sermones fideles1 n'est pas un cho de la premire phrase de ,montaigne3 ,c'est icy un livre de bonne foy1 lecteur4 ,il y aurait lieu d'ajouter aussi que1 dans l'dition de #afbe1 les souvenirs de l'antiquit communs aux deux auteurs se multiplient encore sensiblement#gb4 ,pas plus qu'en #afab il n'en est aucun dont on puisse dire avec certitude que ,bacon l'a pris ,montaigne1 mais leur nombre ne manque pas de les faire prendre en considration4 ,aussi bien1 parmi tous les rapprochements qu'on a pu faire1 il en est assez peu pour lesquels il soit permis d'tre affirmatif et qui prouvent une incontestable influence4 ,j'ai d multiplier les peut-tre4 ,je crois bien que si je n'avais craint leur monotonie1 j'en aurais encore ajout quelques-uns4 ,ce qui seul est indiscutable1 c'est l'opposition des deux oeuvres4 ,pourtant je crois que l'influence de ,montaigne n'est gure douteuse4 ,elle est seulement beaucoup moins importante et surtout trs diffrente de ce qu'on l'a suppose a priori1 ou1 ce qui revient au mme1 d'aprs des enqutes toutes diriges et fausses par des ides a priori4 ,elle n'a pas dtermin chez ,bacon la conception de l'essai4 ,cela est vident4 ,,iv4--,une conclusion se dgage1 en effet1 trs nettement de cette tude1 c'est que si l'essai1 pour ,bacon comme pour ,montaigne est une enqute morale1 ,bacon a fait cette enqute sa manire1 sans prendre ,montaigne1 au moins l'origine1 ni ses ides1 ni mme ses cadres4 ,le vritable imitateur des ,essais de ,montaigne1 celui qui a introduit le genre dans la littrature anglaise1 suivant le type que ,montaigne avait faonn1 ce n'est pas ,bacon1 mais son contemporain sir ,william ,cornwallis1 qui1 trois ans aprs ,bacon1 en #afjj1 a publi1 lui aussi1 des ,essais#gc1 o l'auteur ne cachait point son admiration pour ,montaigne1 et o le nom de ,montaigne revenait jusqu' sept fois4 ,le disciple que nous donnons ainsi notre philosophe est moins fameux sans doute que celui que nous lui contestons3 il ne gagne pas au change4 ,mais si les ,essais de ,cornwallis n'ont pas eu pour soutenir leur succs et pour traverser les sicles le secours d'un grand nom1 au temps de leur apparition ils ne semblent pas avoir rencontr beaucoup moins de faveur dans le public que ceux de ,bacon4 ,quoi qu'il en soit1 en #aeig1 ,bacon n'a pas pris ,montaigne pour modle4 ,il semble ne lui devoir cette poque que le titre de son livre4 ,probablement quand il l'a connu1 son petit ouvrage 7car il ne s'agissait encore que d'un fort petit ouvrage71 tait dj dtermin dans sa pense4 ,il l'avait conu d'aprs d'autres modles4 ,je crois mme qu'il l'avait crit dj4 ,le titre seul y manquait peut-tre4 ,en adoptant celui de ,montaigne1 il a montr qu'il en apprciait la modestie1 peut-tre aussi qu'il tait gagn par l'oeuvre tout entire4 ,toujours est-il qu'il y est revenu et diverses reprises4 ,il a d partager l'engouement de ses compatriotes qui a suivi la traduction de ,florio4 ,chaque fois qu'il a fait des additions ses propres ,essais1 il y a insr quelques rminiscences de leur prcurseur franais4 ,montaigne a d aider la germination de quelques ides1 surtout dans la dernire dition4 ,insensiblement aussi il a pouss ,bacon donner une forme plus concrte1 moins gnrale ses observations1 se dtacher de la mthode trop sche de la premire dition4 ,l s'est born son rle4 ,quelle que ft la vogue des ,essais de ,montaigne autour de lui1 quelle que ft la libert avec laquelle certains contemporains les imitaient1 jamais ,bacon n'a substitu son essai le type de l'essai tout personnel1 qui tait caractristique de la manire de ,montaigne1 jamais non plus il n'a rpt les ides de son devancier4 ,en dpit des apparences1 et quelque paradoxal que cela puisse sembler1 c'est donc au moment o il lui a emprunt son titre qu'il a le moins imit ,montaigne1 et c'est dans sa dernire dition qu'il est le plus voisin de lui4 ,il a trouv un stimulant dans les ,essais franais1 mais jusqu' la fin son livre est rest tout fait original3 la philosophie dont il l'a empli1 dans ses grandes lignes1 est bien l'expression de son exprience personnelle1 et la forme dernire qu'il a donne l'essai1 quoique ,montaigne paraisse y avoir apport sa contribution1 lui appartient en propre4 ,si cette tude nous a un peu dus en ne donnant pas ,montaigne la part que nous tions en droit d'esprer1 du moins nous a-t-elle fourni l'occasion de jeter une lumire nouvelle sur l'origine et l'volution des ,essais de ,bacon4 ,elle nous laisse aussi cette impression trs forte que1 s'il n'a pas proprement parler imit ,montaigne1 du moins ,bacon a got son livre1 et qu'il l'a probablement tudi avec une grande attention4 ,peut-tre dans quelque autre ouvrage sa pense devait-elle en tirer plus de profit4 #ab ,rappelons quelques dates qu'il est indispensable d'avoir prsentes l'esprit pour suivre cette tude4 ,les ,essais de ,bacon ont paru en trois fois3 l'dition de #aeig ne compte que dix courts essais2 celle de #afab en porte le nombre #ch2 celle de #afbe #eg4 ,l',advancement of learning 7en anglais71 qui est la premire forme de l',instauratio magna1 est de #afje4 ,l',instauratio magna comprend deux parties3 le ,novum organum1 en deux livres1 presque entirement nouveaux qui parurent en #afbj2 le ,de augmentis qui reproduit en latin l',advancement of learning en y insrant quelques additions importantes et en divisant la matire en neuf livres au lieu de deux2 il est de #afbc4 ,nous nous rfrons pour ,bacon1 l'dition de ,james ,spedding1 ,robert ,leslie1 ,ellis1 ,duglas ,denom ,heath1 de #aheh1 ,londres4 ,pour les ,essais on trouvera au tome ,,vi de cette dition les textes de #aeig1 #afab et #afbe1 que nous nous proposons d'tudier successivement4 ,les citations sont empruntes la traduction ,riaux 7,paris #ahdc71 mais nous aurons soin d'y introduire la distinction entre les trois ditions successives dont le traducteur n'a pas tenu compte4 ,je ne connais aucune traduction franaise de la premire dition2 la seconde a t traduite par ,beaudouin en #afai 7,paris1 #a vol4 in-#h74 ,rimprim en #afbf in-#ab1 #afcc1 #afcf1 #afcg1 antrieurement l'apparition de la troisime3 la troisime se trouve dans toutes les traductions de ,bacon4 #ac ,ed4 ,spedding1 tome ,i1 #ddi4 #ad ,id41 ,,vi1 #dci4 #ae ,cf4 ,livre ,,vi1 ch4 #c4 #af ,cf4 ,les essais3 of ,fortune1 of ,vain glory4 #ag ,aucun emprunt n'est assez prcis pour qu'on puisse dterminer quelle dition de ,montaigne ,bacon avait entre les mains lors de la composition de ses premiers essais4 ,toutefois si l'essai ,of discourse a quelque relation avec l'essai de ,montaigne1 ,de la conversation1 qui est le huitime du troisime livre1 il en rsulte qu'il a connu une des dernires ditions parues alors1 soit celle de #aehh soit celle de #aeie1 puisque ce sont les seules qui contiennent le troisime livre4 #ah ,comparer chez ,montaigne les essais ,,iii1 ,,viii1 ,de l'art de confrer2 ,,ii1 ,,xxxvii1 ,de la ressemblance des enfants aux pres2 ,,ii1 ,,xvii1 ,de la gloire4 #ai ,bacon1 dit4 ,spedding1 t4 ,,vi1 p4 #eca4 #bj ,bacon1 dit4 ,spedding4 t4 ,,vi1 p4 #ecj4 #ba ,sur ce sujet de la conversation1 outre cet essai ,cf4 le ,de ,augmentis #a;er chap4 livre ,,viii et des ,short notes for civil conversation1 ouvrage posthume qu'on estime tre de ,bacon et qu'on trouvera dans l'd4 ,spedding1 tome ,,vii1 page #aje4 ,on se convaincra aisment qu' propos de ce sujet ,bacon ne doit pas grand'chose ,montaigne4 ,il semble qu'il s'inspire davantage d'crivains ,italiens spcialement de ,baldassare ,castiglione dans son ,cortegiano4 ,les gestes1 les formes1 voil surtout ce qui parat attirer son attention4 #bb ,bacon1 d4 ,spedding1 tome ,,vi1 p4 #ebi1 traduction ,riaux1 tome ,,ii1 page #cad4 #bc ,les mimes1 enseignemens et proverbes de ,jan ,antoine de ,baf1 ,paris #aegf1 in-#ab1 l'd4 de #aeig est augmente du double4 #bd ,cinquante quatrains1 contenant prceptes et enseignemens utiles pour la vie de l'homme4 ,paris et ,lyon #aegd4 #be ,piu consigli e avvertimenti1 in materia di republica et di privata4 ,paris ,morel #aegf1 in-#d4 #bf ,avvertimenti civili di ,m4 ,gioc4 ,franc4 ,lottini3 ,firenze #aegd1 in-#d4 #bg ,sansovino runit les deux oeuvres prcdentes et y joint ses propres maximes dans un ouvrage publi ,venise en #aehh sous le titre de3 ,propositioni3 overo considerationi di stato444 #bh ,peut-tre cependant est-ce avec raison que ,fitzgerald a t frapp de la ressemblance des deux expressions que voici3 ,bacon3 ,proceeding and resolving in all actions is necessary3 for1 as he sayeth well1 not to resolve is to resolve 7,colours of good and evil1 ,,iv74 ,montaigne3 parfois c'est bien choisir de ne choisir pas 7,,iii1 ,,ix1 t4 ,,vi4 #ahb74 ,voir miss ,norton1 ,the ,spirit of ,montaigne p4 #aa et ,bacon1 d4 ,spedding1 t4 ,,vii1 p4 #ha4 #bi ,j'entends l'd4 augmente de #afab1 dont on trouvera la reproduction dans l'd4 ,spedding1 tome ,,vi1 page #edc4 #cj ,on trouvera les sentences dans le ,de augmentis1 l4 ,,vi1 ch4 ,,iii4 #ca ,bacon1 ,essais1 d4 #afab1 no ,,xxx1 d4 ,spedding1 tome ,,vi4 p4 #egf4 #cb ,montaigne1 ,i1 ,,xiii1 la fin4 #cc ,bacon1 trad4 ,riaux1 tome ,,ii1 p4 #cdj1 d4 ,spedding1 pour le texte de #afab1 tome ,,vi1 p4 #egb4 #cd ,montaigne1 ,,iii1 ,,ii4 #ce ,groanes and ,convulsions1 and a discoloured face1 and friends' weepings1 and ,blakes and obsequies1 and the like1 shew death terrible4 7,essai ,,ii vers le dbut74 #cf ,montaigne ,i1 ,,xx1 t4 ,i1 p4 #acb4 ,de mme quand ,bacon dit3 ,il n'est point dans le coeur de l'homme de passion si faible qu'elle ne puisse surmonter la crainte de la mort1 il peut penser aussi bien la ,v,ie ptre de ,snque qu' cette phrase de ,montaigne3 ,toute opinion est assez forte pour se faire espouser au prix de la mort 7,i1 ,,xiv74 ,les exemples qu'il allgue ce sujet peuvent tre suggrs par l'un des modles aussi bien que par l'autre4 #cg ,tout particulirement le chap4 #bj du premier livre ,que ,philosopher c'est apprendre mourir et le ,x,i,ie chap4 du livre ,,iii ,de la physionomie4 #ch ,outre l'essai de ,bacon 7,essai ,,ii7 on peut voir dans le ,de augmentis1 livre ,,vii1 chap4 ,,ii1 un passage o les mmes ides sont exprimes4 #ci ,the ,stoikes bestowed too much cost upon death1 and by their great preparations made it appeare more fearefull4 ,better saith he1 qui finem vit extremum inter munera ponat natur 7,essai ,,iii74 ,je ne rapproche ici que l'ide4 ,celui dsigne non ,montaigne1 mais ,juvnal1 dont la phrase est cite en latin dans le texte anglais4 #dj ,montaigne ,,iii1 ,,xii1 t4 ,,vi1 p4 #bib4 ,ils s'en venteront tant qu'il leur plaira1 tota philosophorum vita commentatio mortis est1 mais il m'est advis que c'est bien le bout1 non pourtant le but de la vie444 ,au nombre de plusieurs autres offices que comprend le gnral et le principal chapitre de savoir vivre est cet article de savoir mourir1 et des plus legers si nostre crainte ne luy donnoit poids4 #da ,montaigne1 ,essais ,,ii1 ,,viii4 #db ,bacon1 d4 ,spedding ,essay ,,vi4 t4 ,,vi1 page #edh4 #dc ,the illiberality of ,parents in allowance towards their children is an harmefull error3 makes them base1 acquaints them with shifts1 makes them sort with meane companie1 and makes them surfet more1 when they come to plenty4 7,essay ,,vi47 ,comparer chez ,montaigne ,essais ,,ii1 ,,viii1 tome ,,iii1 page #he4 #dd ,montaigne ,essais ,i1 ,,liv1 tome ,,ii1 page #bha sqq4 #de ,y a-t-il lieu de tenir compte encore du parallle que voici signal par ,dieckow 7p4 #fg78 ,montaigne3 ,il y en a plusieurs en ce temps qui discourent de pareille faon1 souhaitons que cette esmotion chaleureuse1 qui est parmy nous1 se peust deriver quelque guerre voisine1 de peur que ces humeurs peccantes1 qui dominent pour cette heure nostre corps1 si on ne les escoulle ailleurs1 maintiennent nostre fiebvre tousjours en force1 et apportent en fin nostre entire ruine4 ,et de vray1 une guerre estrangre est un mal bien plus doux que la civile4 ,par fois aussi ils ont escient nourry des guerres avec aucuns leurs ennemis1 non seulement pour tenir leurs hommes en haleine1 de peur que l'oysivet mre de corruption ne leur apportast quelque pire inconvenient3 ,et patimur long pacis mala svior armis ,luxuria incumbit4 7,,ii1 ,,xxiii74 ,bacon3 ,a civil war indeed is like the heat of a fever1 but a foreign war is like the heat of exercice1 and serveth to keep the body in health1 for in a slothful peace both courages wil effeminate and manners corrupt4 7,greatness of kingdoms1 d4 ,spedding1 t4 ,,vi1 p4 #ehf47 #df ,montaigne ,,ii1 ,,viii1 t4 ,,iii1 p4 #hh4 #dg ,yet hee was reputed one of the wise men1 that made answere to the question3 when a man should marrie4--,a young man not yet1 an elder man not at all4 ,ed4 ,spedding1 tome ,,vi1 p4 #egi4 #dh ,cf4 par exemple cette image d',aristote3 ,neither is the ancient ruse amisse1 to bend nature as a wand1 to a contrary extreame1 whereby to set it right4 7,essai ,,xxvi1 ,montaigne ,,iii1 ,x au dbut74 ,une citation de ,martial3 ,principis est virtus maxima nosse suos4 7,bacon d4 ,spedding1 t4 ,,vi4 p4 #eee1 ,montaigne ,,iii4 #h1 t4 ,,vi1 p4 #ii74 #di ,bacon4 ,essai4 ,,xxix1 d4 ,spedding1 t4 ,,vi1 page #edd4 #ej ,bacon4 ,essai ,,ii4 d4 ,spedding1 t4 ,,vi1 page #cgi4 #ea ,bacon1 ,essai ,,xxxvi1 d4 ,spedding1 t4 ,,vi1 p4 #ehb4 #eb ,de augmentis1 livre ,,viii1 chap4 #b4 #ec ,montaigne1 ,essai ,,ii1 ,,xviii1 t4 ,,iv1 p4 #bdf4 #ed ,montaigne1 ,essai ,,iii1 ,,ix4 #ee ,bacon1 ,essai ,x1 d4 ,spedding1 t4 ,,vi1 p4 #cig4 #ef ,montaigne1 ,essai ,i1 ,,xxviii4--,bacon1 ,essai ,,xxvii1 d4 ,spedding1 ,,vi4 p4 #dch4 #eg ,bacon1 ,essai ,,iii1 of ,unity in ,religion2 ,montaigne ,,ii1 ,,xii1 t4 ,,iv4 p4 #cj4 #eh ,cf4 ,bacon1 ,essai ,,vii1 d4 ,spedding1 t4 ,,vi1 p4 #cia4 ,montaigne ,i1 ,,xxvi1 t4 ,,ii1 p4 #bf4 #ei ,men mark when they 7predictions7 hit1 and never mark when they miss1 as they do generally also of dreams4 7,essai ,,xxxv47 #fj ,montaigne ,i1 ,,xi1 t4 ,i1 p4 #ed4 #fa ,bacon1 ,essai ,,xv4 #fb ,montaigne ,i1 ,,xxii1 t4 ,i1 p4 #adi4 ,il est clair qu'il serait facile de multiplier les rapprochements de cette sorte3 bon nombre d'ides morales sont communes aux deux auteurs4 ,je n'ai retenu que les plus significatives1 celles qui ont quelque chance d'avoir t suggres ,bacon par ,montaigne4 ,on trouvera d'autres rapprochements1 qui me paraissent superflus1 dans les ouvrages ci-dessus mentionns1 de ,reynolds1 de ,dieckow et de miss ,grace ,norton4 #fc ,ce sont le mpris des gymnosophistes indiens pour la douleur1 les contestations qui dans certains pays s'lvent entre les veuves qui aura l'honneur d'tre brle avec le corps du mari dfunt1 l'endurance des jeunes garons de ,sparte1 qui se laissent fouetter devant l'autel de ,diane sans pousser un cri4 ,cf4 ,bacon1 ,essai ,,xxxix ,of ,custom and education2 ,montaigne ,i1 ,,xiv et ,,ii1 ,,xxxii4 ,il faut ajouter toutefois que ,cicron avait runi ces exemples dans ses ,tusculanes ,v1 #bf4 #fd ,bacon1 ,essai ,,xxxviii4--,montaigne ,i1 ,,xxvi1 t4 ,,ii1 p4 #cd4 ,l'ide sans doute n'est pas trs originale1 si je la note nanmoins c'est qu'elle tait moins banale au ,x,v,ie sicle qu'aujourd'hui1 c'est aussi qu'il y a dans les termes dont use ,bacon un mot qui rappelle trs prcisment ,montaigne3 ,si vous ne la formez de bon heure1 dit ,montaigne1 la langue ne se peut plier au langage des nations voisines1 et ,bacon3 ,we see1 in languages1 the tongue is more pliant to expressions and sounds444 #fe ,essai ,,xxiv1 d4 ,spedding1 t4 ,,iv1 p4 #dcc4 #ff ,a noter toutefois que dans une pense comme celle-ci1 ,bacon considre la question tout fait au mme point de vue que ,montaigne dans son essai ,de la vanit3 ,il est vrai que ce qui est tabli depuis longtemps et enracin par l'habitude peut1 sans tre trs bon en soi-mme1 tre du moins plus convenable1 et que les choses qui ont longtemps march ensemble se sont ajustes et1 pour ainsi dire1 maries les unes aux autres1 au lieu que les institutions nouvelles ne s'ajustent pas si bien aux anciennes1 et1 quelque utiles qu'elle puissent tre en elles-mmes1 elles sont toujours un peu nuisibles par ce dfaut de convenance et de conformit4 7,essai ,,xxiv1 fin74 ,voir aussi ,novum organum1 livre ,i1 aphorisme #ij4 #fg ,bacon1 ,essai ,i4 ,therefore ,montaigne saith prettily1 when he inquired the reason1 why the word of the lie should be such a disgrace and such an odious charge8 ,saith he1 ,if it be well weighed1 to say that a man lieth1 is as much to say1 as that he is brave towards ,god and a coward towards men4 7,essai ,i47 #fh ,bacon1 ,essai ,,xviii4 #fi ,travel1 in the younger sort1 is a part of education2 in the elder1 a part of experience4 7,essai ,,xviii47 #gj ,montaigne1 ,essais ,i1 ,,xxvi1 t4 ,,ii1 p4 #cc4 #ga ,montaigne1 ,essais ,,iii1 ,,ix1 toute la premire moiti du chapitre4 #gb ,voici par exemple ce mot de ,platon que peu d'athes sont assez fermes dans leur athsme pour qu'un danger pressant ne suffise les ramener la religion4 ,bacon1 ,essai ,,xvi1 ,montaigne ,,ii1 ,,xii1 t4 ,,iii1 p4 #ahb4--,montaigne avait dit en franais ce mot rpt par ,cicron dans ses ,tusculanes et son de ,finibus que ceux mmes qui crivent du mpris de la gloire mettent leur nom en tte de leur ouvrage et sacrifient ainsi au dsir de la rputation 7,livre ,i1 ,essai ,,xli74 ,bacon cite en latin le passage de ,cicron4 ,essai ,,liv 7,of vain glory74--,montaigne avait rappel le mot d',agsilas que l'amour et la prudence ne peuvent ensemble4 7,essais1 ,,iii1 ,v1 t4 ,,vi1 p4 #cb74 ,bacon semble bien y faire allusion lorsqu'il dit dans son essai de l'amour1 p4 #bfj1 traduct4 ,riaux3 ,aussi a-t-on raison de dire qu'il est impossible d'tre en mme temps amoureux et sage4--,le ,hoc age que l'on rencontre plusieurs fois chez ,montaigne se retrouve au ,x,xe essai de ,bacon4--,voir aussi de part et d'autre une allusion l'le fabuleuse dont ,platon parle dans son ,time1 sous le nom d',atlantide3 ,montaigne ,i1 ,,xxxi1 dbut2 ,bacon1 ,essai ,,lvii4 #gc ,la premire partie des ,essais de ,cornwallis parut en #afjj1 la seconde partie en #afja4 ,tous taient donc publis antrieurement la traduction des ,essais de ,montaigne par ,florio1 qui date seulement de #afjc4 ,mais de son aveu mme ,cornwallis avait lu en manuscrit cette traduction de ,florio4 ,je reviendrai ailleurs sur les ,essais de ,cornwallis et sur leurs emprunts ,montaigne4 ,,chapitre ,,iii ,,influence ,,de ,,montaigne ,,sur ,,le ,de dignitate et augmentis scientiarum ,l'oeuvre capitale de ,bacon1 celle qui lui assure une place considrable dans l'histoire de la pense humaine1 ce n'est pas son recueil d'essais1 c'est son admirable ,instauratio magna1 ce plan gigantesque d'une domination complte de la nature par l'homme au moyen de la science exprimentale4 ,l aussi l'influence de ,montaigne1 quoique moins apparente1 est1 je crois1 d'un intrt beaucoup plus grand4 ,on doutera certainement de cette influence1 on s'tonnera que celui que plusieurs gnrations en ,france ont regard comme un des matres du scepticisme1 celui qui a si vivement rabaiss les prtentions de la raison humaine1 ait pu prparer les voies au penseur qui1 le premier dans les temps modernes1 a devin le pouvoir de la science et qui a fond sur elle les plus ambitieuses esprances4 ,son action toutefois me semble trs probable4 ,je vais essayer de montrer comment elle s'est exerce4 ,il est bien entendu que je n'ai pas parler des oeuvres proprement scientifiques de ,bacon3 ,montaigne n'a rien voir avec elles4 ,il ne s'agit que des oeuvres philosophiques o ,bacon dgage l'ide de la science exprimentale4 ,dans cette partie de l'oeuvre de ,bacon on peut distinguer trois tapes3 avant tout il lui faut affirmer sa foi en l'efficacit de la science1 et c'est pourquoi il dbute par un pangyrique destin en montrer la dignit et l'excellence4 ,c'est la matire qui remplit le premier livre de son ,advancement of learning paru en #afje4 ,ensuite1 dans un second livre du mme ouvrage qui fut plus tard remani et divis en huit livres1 il dfinit le but de la science1 dtermine les objets auxquels l'esprit humain devra s'attacher et les rsultats qu'il doit esprer de ses efforts4 ,enfin1 quinze ans plus tard1 il expose la mthode que la science doit suivre pour raliser la grande mission dont il l'a investie4 ,dans chacune de ces trois parties1 apologie de la science1 dtermination de son objet et exposition de sa mthode1 il nous faut rechercher si l'influence de ,montaigne est sensible4 ,les deux premires constituent le ,de ,dignitate et ,augmentis scientiarum#gd4 ,la dernire porte le titre de ,novum organum4 ,i4--,l',,apologie ,,de ,,la ,,science ,,et ,,le ,de dignitate scientiarum ,jusque dans l'apologie de la science on a cru relever quelques rminiscences de ,montaigne1 et l'on a pu se demander si ,bacon n'avait pas eu pour objet de donner la rplique ,montaigne1 l'illustre contempteur des sciences4 ,je crois que cette hypothse1 quelque sduisante qu'elle puisse tre1 n'est pas plus fonde que celle qui voit dans ,hamlet une critique du scepticisme de ,montaigne4 ,comme dans le cas des ,essais1 ici encore nous sommes tromps par notre ignorance de la littrature contemporaine4 ,elle nous porte toujours multiplier les dpendances des grandes oeuvres entre elles4 ,ne voyant plus qu'elles1 nous supposons toujours qu'elles se donnent la rplique les unes aux autres ou qu'elles sont composes l'imitation les unes des autres1 et nous ngligeons l'influence des oeuvres secondaires et de courants littraires que nous ne connaissons plus qu'au prix de laborieuses recherches4 ,cette apologie de la science est certainement la moins intressante et la moins originale des trois parties de l'oeuvre philosophique de ,bacon4 ,l'auteur avait donn une grande attention l'tude de la rhtorique3 ses ambitions politiques l'y invitaient2 nous l'avons vu composer des recueils de lieux communs qui devaient tre des manuels pour les orateurs1 et en maints endroits de ses crits le souci de la phrase ample1 richement cadence1 fatigue le lecteur moderne4 ,toutefois1 dans aucun endroit de ses crits philosophiques plus que dans ce premier livre du ,de ,dignitate et ,augmentis scientiarum il n'a tant accord l'loquence4 ,en plusieurs passages nous croyons entendre une vritable dclamation d'cole4 ,bacon dfend d'abord les sciences et les lettres contre les thologiens qui voient en elles des ferments de libre pense1 contre les politiques qui les accusent d'nerver les courages1 d'tre inutiles pour l'action et de dvorer un temps prcieux2 enfin contre les savants et les lettrs eux-mmes qui1 par l'humilit de leur condition1 par les carts de leur conduite1 dans leurs oeuvres par un souci excessif de la forme1 par la frivolit des questions auxquelles ils s'arrtent1 par la lgret de leurs affirmations1 par mille autres dfauts encore1 exposent au mpris du vulgaire l'objet de leurs travaux4 ,c'est la meilleure partie du plaidoyer4 ,il passe ensuite au pangyrique4 ,a vrai dire ,bacon rejette le nom de pangyrique1 il prtend s'abstenir de toute hyperbole1 et dire seulement la valeur relle de la science4 ,mais son argumentation1 ordinairement si vigoureuse1 se fait ici plus abondante et spcieuse que serre et utile4 ,c'est d'abord dans l'examen des choses divines qu'il voit la preuve de la dignit de la science3 ,dieu a cr la matire en un instant1 il a mis six jours lui donner sa forme2 c'est dclarer qu'il place la sagesse au-dessus de la puissance1 les oeuvres de l'intelligence au-dessus de celles de la force4 ,d'aprs ,denys l',aropagite les anges de sagesse et de lumire sont plus levs dans la hirarchie cleste que les anges de la puissance et de l'action4 ,la mission d',adam dans le paradis tait toute contemplative1 'a t sa dchance d'tre condamn des besognes actives4 ,dans les choses humaines ,bacon aperoit la mme hirarchie3 les hommes n'ont-ils pas des inventeurs des arts1 ,bacchus1 ,crs et tant d'autres1 fait des dieux1 tandis que les fondateurs de nations devenaient seulement des hros8 ,le mythe d',orphe n'exprime-t-il pas tout le prestige que l'humanit spontanment accorde la spculation8 ,enfin il indique les avantages innombrables que la culture des lettres trane avec elle1 il montre qu'elle contribue faire les grands politiques et les grands guerriers1 qu'elle fait fleurir toutes les vertus1 qu'elle apporte les richesses et les plaisirs les plus exquis4 ,et il conclut en citant le mot de l'vangliste3 ,la sagesse a t justifie par ses enfants4 ,telle est en substance cette apologie4 ,nous n'y retrouvons rien de la mthode prcise de ,montaigne4 ,cette fois encore ,bacon continue une tradition dont nous ne connaissons plus aujourd'hui les principaux reprsentants1 il obit une mode littraire qui explique le caractre trangement superficiel de son plaidoyer4 ,ce n'est pas ,montaigne qui gonfle ainsi d'arguments et d'exemples d'apparat la phrase cicronienne de ,bacon4 ,des manies de fausse rudition psent ici lourdement sur sa pense4 ,il clt une contestation ouverte depuis bien longtemps1 et1 pour la clore1 il subit la mthode de discussion dont ses devanciers ont us4 ,pendant tout le ,x,v,ie sicle la question de la valeur des sciences et des lettres a t l'ordre du jour4 ,il n'est pas tonnant que la rsurrection des doctrines anciennes et la dcouverte de l'imprimerie l'aient rveille4 ,la culture littraire1 jusqu'alors confine dans le monde des clercs1 prtendait conqurir la socit laque4 ,comment n'et-on pas discut de son utilit8 ,de l des pangyriques enthousiastes destins emporter les suffrages4 ,ils se heurtrent pourtant un courant de raction4 ,certains esprits1 trs attachs au christianisme1 s'inquitrent du ferment de libre-pense que les livres antiques semaient autour d'eux4 ,on dcouvrait tout un monde qui s'tait pass de la foi dans le ,christ et de l'autorit de l',eglise1 qui1 par la seule force de la raison1 avait prtendu btir une morale et dcouvrir toutes sortes de vrits3 n'tait-il pas craindre qu'on voult imiter ces anciens tant admirs qu'on fortifit sa raison leur contact1 et qu'on prtendt la librer de toute entrave8 ,les deux principaux reprsentants de cette manire de voir sont ,franois ,pic de la ,mirandole#ge et ,corneille ,agrippa4 ,agrippa surtout a joui d'une grande vogue4 ,dans son ,de incertitudine et vanitate scientiarum1 examinant toutes les sciences l'une aprs l'autre1 il montre la fragilit et l'inanit de chacune d'elles1 surtout les dangers que le savoir prsente pour notre prsomptueuse nature1 et il termine en conjurant ses contemporains de lire sans cesse les saintes ,ecritures1 et de se tenir convaincus que l sont ramasses toutes les connaissances que ,dieu nous a permis d'acqurir4 ,le srieux de sa thse est touff sous un amas d'argumentations puriles1 d'allgations pdantesques et d'affirmations fantaisistes4 ,cet ouvrage1 qui fut trs rpandu au ,x,v,ie sicle1 reprsentait dans le grand public ce qu'on peut appeler l'opposition thologique la science4 ,ce ne fut pas la seule4 ,la noblesse1 en ,angleterre comme en ,france1 rsista longtemps avant de cder l'idal nouveau4 ,elle affectait volontiers de mpriser les savants4 ,elle opposait la grandeur des lettres la dignit des armes qui1 seule1 lui semblait convenir des hommes bien ns4 ,il y avait l un point de vue pour contester la valeur des sciences1 et il semble avoir joui d'une grande faveur dans les cercles lettrs du temps4 ,on discuta perte de vue sur les mrites respectifs des lettres et des armes4 ,cedant arma tog1 avait crit ,cicron4 ,il fournissait quelques arguments aux deux partis4 ,le ,courtisan de ,baldassare ,castiglione avait repris ce thme4 ,on pourrait dresser une fort longue liste d'crits o on le retrouve1 et la fin du sicle l'intrt qu'on y prend ne semble pas encore puis4 ,on n'apportait pas plus de srieux ces dbats qu'aux dbats sur la bont et la mauvaiseti de la femme1 sur le mariage1 et autres questions similaires1 qui n'taient pas moins en faveur4 ,a dvelopper ces lieux communs1 qu'on se transmettait de main en main1 une sorte de tradition se formait4 ,on leur demandait non de la nouveaut1 mais de l'abondance1 un style ampoul1 quelques exemples pris l'antiquit4 ,les auteurs se rptaient l'un l'autre avec une servilit inconcevable4 ,certains arguments et certains exemples se retrouvent presque uniformment dans toutes les dissertations de ce genre4 ,il en est que ,bacon a repris son tour3 l'anecdote du coffret prcieux de ,darius1 qu',alexandre rserve ,homre1 le mot qu'on lui prte sur le tombeau d',achille4 ,il rappelle aprs tant d'autres que ,csar a t l'un des plus fameux crivains de ,rome1 et qu',alexandre a reu les leons d',aristote1 pour en infrer que la culture des lettres est prcieuse ceux mmes qui s'adonnent aux armes4 ,il dclare quelque part qu'il ngligera certaines considrations1 comme1 par exemple1 que par la science nous nous levons au-dessus des brutes et autres tels argument rebattus1 dit-il4 ,c'est indiquer que les dissertations sur ce lieu commun lui sont familires2 mais1 en dpit de ses intentions1 il a fait trop de place aux argumentations rebattues4 ,malgr des observations intressantes et des analyses prcises1 la dissertation de ,bacon rappelle toute cette tradition1 elle s'y rattache troitement4 ,elle a conserv beaucoup de sa frivolit4 ,montaigne1 sans doute1 n'tait pas rest tranger ce dbat4 ,il s'tait rang rsolument parmi les adversaires de la science4 ,il n'a pas ddaign de faire quelques emprunts1 lui aussi1 aux fatras d'arguments et d'exemples que lui offre ,corneille ,agrippa4 ,il est vrai que son scepticisme l'gard de la science repose sur des raisons plus solides#gf4 ,rien pourtant ne donne supposer que ,bacon ait voulu lui rpondre4 ,les efforts qu'on a tents pour tablir des rapprochements entre ce premier livre de ,bacon et les ,essais de ,montaigne n'ont abouti qu' des rsultats bien peu convaincants4 ,l'image que voici se retrouve sans doute chez ,montaigne1 mais elle y est peine indique1 et il est bien peu croyable qu'elle ait t suggre par lui4 ,aux yeux de qui contemple l'immensit des choses et la totalit de l'univers1 dit ,bacon1 le globe terrestre1 avec tous les hommes qui l'habitent1 ne semblera rien de plus qu'un petit groupe de fourmis1 dont les unes charges de grain1 les autres portant leurs oeufs1 d'autres vide rampent et trottent autour d'un petit tas de poussire#gg4 ,montaigne disait en parlant des troubles de la guerre qui nous meuvent si fort3 ,ce n'est que fourmilliere esmeue ete eschauffe#gh4 ,cette image tait tout au long chez ,lucien#gi et c'est chez ,lucien sans doute que ,bacon l'a prise1 bien plutt que chez ,montaigne4 ,les autres rapprochements qu'on pourrait tablir ne sont gure de mme que des souvenirs de l'antiquit qui sont communs aux deux auteurs4 ,il en est dans le nombre qui prsentent des divergences telles que ,montaigne n'est videmment pas la source de ,bacon#hj4 ,d'autres taient trop vulgariss pour qu'il y ait lieu d'en rien infrer#ha4 ,a regarder les choses de plus haut et comparer les ides qui sont dveloppes par nos deux auteurs1 ,montaigne avait insist sans doute sur les inconvnients de la culture des lettres1 qui1 son avis1 met en pril la foi religieuse1 qui effmine les courages et que dcrie le pdantisme de ses partisans4 ,on retrouve donc bien chez lui tous les reproches dont ,bacon prtend la laver4 ,mais ils sont partout ailleurs encore1 et rien dans la forme que ,bacon donne l'expression de ses ides ne rvle qu'il ait eu le dessein de prendre ,montaigne partie plutt que tout autre dtracteur des sciences4 ,l'opposition mme de leurs penses n'est pas aussi complte qu'on pourrait d'abord le supposer1 et il n'y a pas que des contradictions signaler entre elles4 ,si ,montaigne avait fait la critique du pdantisme1 ,bacon ne l'entreprend pas avec moins d'acharnement afin de montrer aux pdants par quels dfauts ils s'alinent la considration publique1 et afin de dgager la vraie science de la fausse opinion qu'ils en donnent#hb4 ,montaigne avait tourn en ridicule ceux chez qui le souci des mots touffe celui des penses#hc1 il avait dnonc la vanit des questions agites par les savants1 qui ne servent de rien au bonheur ou la sagesse des hommes#hd1 les gloses poursuivies jusqu' l'infini1 gloses par de nouvelles gloses qui sont ensevelissant le sens du texte#he au lieu de l'claircir2 il avait reproch aux savants leurs dsaccords augments plaisir et par vanit1 dsaccords dont le vulgaire prend prtexte pour conclure que tous se trompent galement4 ,tous ces mmes dfauts sont signals et invectivs par ,bacon4 ,avant ,bacon1 mais sans en faire comme ,bacon un reproche aux gens de lettres1 il avait remarqu que l'tude les rend parfois incapables du maniement des affaires1 en plaant trop haut leur idal#hf4 ,il s'tait mme charg quelquefois de dfendre les vrais savants contre des reproches injustes3 en parlant de son cher ,turnbe1 n'avait-il pas rpondu ceux qui font un crime aux hommes de cabinet de leur gaucherie et de quelque faon externe qui peut n'tre pas civilise la courtisane1 que ce sont l choses de nant1 et que ce n'est pas la rvrence1 au maintien et aux bottes d'un homme qu'on regarde quel il est#hg4 ,n'avait-il pas dit que la vraie science n'est pas contraire la religion1 ide chre ,bacon1 puisque 7nous l'avons vu7 il doit la reprendre dans ses ,essais8 ,si peu de science carte de la religion1 dit ,bacon aprs ,montaigne1 beaucoup de science y ramne4 ,bue longs traits1 la philosophie1 qui avait d'abord conduit l'athisme1 nous rend la foi#hh4 ,en tout cela ,montaigne a-t-il aid ,bacon dgager ses propres opinions8 ,il est possible4 ,nulle part cependant les expressions des deux auteurs ne sont assez voisines les unes des autres pour que nous ayons prouv le besoin de citer4 ,nulle part on ne rencontre ces similitudes verbales qui dclent une influence directe4 ,en somme1 je ne trouve dans l'apologie de la science ni une opposition complte au point de vue de ,montaigne1 ni des rminiscences qui soient de nature nous prouver qu'en crivant ,bacon avait le texte des ,essais prsent l'esprit4 ,s'il s'tait propos de rpondre ,montaigne1 je ne doute pas que son apologie y et gagn4 ,lorsqu'en la lisant1 en effet1 il nous arrive de penser ,montaigne1 ce n'est que dans les passages les plus solides1 dans ceux o l'analyse se fait le plus pntrante4 ,la pense d'un pareil adversaire1 le plus srieux assurment des adversaires avec lesquels sur un pareil terrain il pouvait se mesurer1 et pu l'inviter donner un peu de poids son plaidoyer4 ,en ralit1 ,montaigne ne lui a pas du tout masqu la tradition du ,x,v,ie sicle4 ,le got des amplifications faciles1 des arguments spcieux1 sans consistance1 des exemples uss1 est venu jusqu' lui et l'on retrouve encore chez lui tout un bric--brac de dclamations vides1 qui peut-tre ne lassaient pas encore4 ,malgr des pages prcises1 dont il ne faut pas mconnatre la valeur1 cette introduction de ,bacon reste un morceau d'apparat autant qu'une profession de foi sincre4 ,,ii4--,l',,objet ,,de ,,la ,,science ,,et ,,le ,de augmentis scientiarum ,bacon a dfendu la science contre ses adversaires4 ,il a ni une partie des dfauts qu'on lui impute1 reconnu les autres1 mais en dmontrant qu'ils tiennent des circonstances passagres1 qu'ils ne sont pas inhrents son essence4 ,quelle se ressaisisse et s'organise1 elle fera voir qu'elle est capable de raliser des prodiges4 ,elle n'a besoin que de deux choses1 que ,bacon va lui donner3 un objet bien dfini1 et une mthode rationnelle4 ,j'essayerai de montrer tout l'heure que ,montaigne a peut-tre une part importante dans la conception de la mthode de la science chez ,bacon1 mais nous allons constater d'abord qu'il est pour peu de chose dans la dtermination de son objet4 ,une fois de plus nous nous trouverons en prsence de rapprochements assez nombreux1 mais1 les peser1 nous verrons qu'ils prouvent peu1 et qu'ils ne constituent pas au passif de ,bacon une dette bien importante envers son devancier4 ,c'est assister l'une des plus rares merveilles que nous offre l'histoire des lettres humaines que de voir ,bacon1 au milieu de l'anarchie intellectuelle du temps1 appliquer avec une prodigieuse puissance son concept de science tous les objets de la nature et de la pense1 organiser rationnellement aussi bien l'tude de l'histoire que celle de la mdecine1 de la philosophie1 de la logique1 de la morale1 de la politique1 constituer enfin ce globe intellectuel1 globe de cristal1 o tous les lments du globe rel sont reflts4 ,partout autour de lui la raison ttonne1 elle n'a encore aucune mthode ferme2 et du premier coup ,bacon prvoit et organise toutes les conqutes qu'elle tentera dans l'avenir4 ,a diverses reprises1 ,bacon rpte qu'on sera tonn qu'un homme ait pu penser tant de choses si nouvelles3 on peut trouver dplaisant de le lui entendre dire2 l'loge est justifi nanmoins4 ,a le lire1 nous avons parfois l'impression d'entendre une prophtie1 un oracle qui lve le voile de l'avenir4 ,il sait qu'il faudra des sicles pour raliser l'oeuvre qu'il projette4 ,il est pench tout entier sur cet avenir de conqutes scientifiques4 ,certes1 ce n'est pas ,montaigne1 le timide ,montaigne toujours occup railler les prtentions de la raison1 qui lui inspire de si vastes esprances4 ,si l'on cherche lever le mystre d'une si puissante conception1 on reconnatra1 je crois que1 comme les ,essais de ,bacon et son apologie de la science1 l'ide qu'il se fait du but de la science s'explique en partie par les souvenirs d'un pass qu'on ne songe gure voquer quand on parle d'une oeuvre aussi moderne d'allure4 ,bacon doit beaucoup aux alchimistes et aux pseudo-savants qu'il attaque et dont son oeuvre prpare la ruine4 ,lisez les premiers aphorismes1 un peu arides peut-tre mais trs clairs1 du second livre du ,novum organum#hi1 vous y verrez nettement que la prtention de ,bacon1 c'est de dominer la nature tel point qu'une substance quelconque tant donne1 nous puissions la transformer notre gr en une autre substance4 ,voil les applications qu'il attend des sciences physiques et naturelles bien constitues4 ,n'tait-ce pas l la rverie des alchimistes qui se faisaient forts de fabriquer de l'or dans leurs creusets8 ,avec moins de navet et une rigueur rationnelle dans l'exposition1 ,bacon aspire au mme pouvoir sur la nature2 il espre1 lui aussi1 fabriquer de l'or4 ,les applications qu'il fait de cette notion aux diverses spcialits s'expliquent surtout par la vigueur d'une pense qui1 d'une ide1 sait dduire jusqu'au bout toutes les consquences qu'elle comporte1 qui sait embrasser un principe dans toute sa richesse et toute sa complexit4 ,il y a t aid toutefois par certains spcialistes qui avaient su recueillir avant lui l'hritage de l'antiquit et dans des adaptations et des travaux originaux donner un certain corps leurs sciences respectives4 ,ceux-l lui ont singulirement prpar les voies4 ,en politique1 par exemple1 ,machiavel a eu une influence considrable4 ,dans son ,prince1 et plus encore dans ses ,discours sur la premire dcade de ,tite-,live1 il unit ses expriences personnelles celles que lui avaient lgues les anciens dans leurs histoires4 ,c'est bien des faits1 d'une psychologie trs relle des passions humaines1 qu'il est parti2 c'est aussi des formules gnrales destines aux applications pratiques qu'il prtend aboutir4 ,bacon trouvait en lui l'esprit scientifique tel qu'il le concevait4 ,certainement la lecture de ,machiavel l'a beaucoup aid tendre sa notion de la science au domaine des faits politiques#ij4 ,si aucune lecture tait capable de dcourager ,bacon de sa gigantesque entreprise1 de lui couper les ailes1 c'tait bien1 semble-t-il1 la lecture des ,essais de ,montaigne3 propos de la logique1 de la rhtorique1 de la mdecine1 il avait se prmunir contre sa pense dissolvante4 ,plus encore il avait se garder de la contagion de cet esprit critique qui se dfie de toute ide ambitieuse1 qui examine tout la loupe4 ,une pense aussi souple que celle de ,montaigne1 sans doute1 pntre partout1 prsente des bauches de toutes les ides4 ,on pourrait citer tel passage o il peint avec son bonheur habituel d'expression le progrs continu des sciences qui ne se jettent pas en moule1 mais se forment et se figurent peu peu en les maniant et polissant comme l'ours lche ses petits4 ,ce n'est qu'une chappe3 dans un instant1 il se retournera contre la science1 et montrera que son prtendu progrs n'est qu'un passage d'une hypothse une autre hypothse aussi peu solide4 ,mais ,montaigne est un spcialiste1 lui aussi2 c'est dans le domaine de sa spcialit seul1 et pour constituer l'ide de la science morale1 qu'il a pu seconder ,bacon4 ,nul au ,x,v,ie sicle n'a pouss si loin que lui l'enqute morale4 ,nul n'y a apport un esprit aussi prcis4 ,son oeuvre est parallle celle de ,machiavel3 il contrle son exprience personnelle par celle des grands crivains de l'antiquit1 et cherche dgager ainsi des rgles morales comme ,machiavel pose des rgles politiques4 ,on pourrait tre tent de croire que l'action de ,montaigne a t semblable celle de ,machiavel4 ,je pense qu'elle a t analogue1 mais moins efficace4 ,nous n'avons que peu d'enseignement tirer d'une dizaine de souvenirs antiques qu'on s'est plu retrouver la fois dans les ,essais de ,montaigne et dans le ,de augmentis4 ,pour quatre de ces rencontres1 la version de ,bacon diffre de celle de ,montaigne#ia4 ,dans deux autres cas1 ,bacon nous renvoie directement la source ancienne#ib4 ,il est vrai que1 tout en indiquant une rfrence la source premire1 il peut faire usage d'un intermdiaire1 et il est vrai encore que les dformations lui sont fort habituelles2 il serait bien tmraire nanmoins de prtendre que ,montaigne a suggr ces allgations4 ,restent quatre ou cinq cas o ,bacon n'indique pas de source#ic1 et o son allgation est conforme celle de ,montaigne4 ,ajoutons que dans son recueil d'apophtegmes1 qui a t compos pour raliser un des points du programme trac dans le ,de augmentis1 une douzaine de mots fameux de l'antiquit sont repris sur lesquels ,montaigne avait insist dj4 ,ces faits inclinent nos esprits admettre une relation entre les deux oeuvres4 ,il serait hasardeux toutefois d'en tirer une conclusion autre que celle-ci3 que ,bacon s'intresse aux mmes exemples que ,montaigne1 que sa curiosit est attire par les mmes objets4 ,quelques similitudes d'ides entre nos deux crivains sont signaler4 ,bien entendu1 nous les chercherons surtout dans les livres ,,vii et ,,viii de ,bacon1 o il est trait de la morale et de la science civile4 ,n'oublions pas1 au reste1 que ,bacon n'expose pas ses ides morales4 ,il l'a fait dans les ,essais et n'y revient qu'accessoirement ici4 ,son objet est de frayer la voie une science des moeurs4 ,nous ne sommes donc pas en droit d'attendre un grand nombre de similitudes4 ,l'idal de la sant du corps1 pour ,bacon#id1 est la sant qui met en tat de supporter toutes sortes de changements et de soutenir toutes espces de choses4 ,c'est exactement l'idal que ,montaigne proposait son disciple quand il lui donnait comme modle la merveilleuse nature d',alcibiades qui savait se transformer si aisement faons si diverses1 sans interest de sa sant surpassant tantost la somptuosit et pompe persienne1 tantost l'austerit et frugalit lacedemonienne1 autant reform en ,sparte comme voluptueux en ,ionie#ie4 ,montaigne revient frquemment sur cette ide4 ,dans les derniers jugements qu'il a ports sur ,alexandre#if1 sur ,csar#ig1 sur ,socrate#ih1 on constate que c'est avant tout cette flexibilit de leur me1 cette souplesse s'adapter toutes les circonstances de la vie qui l'ont sduit4 ,bacon raille la chimre de la sagesse stoque et les prtentions des philosophes3 ,voyez sur quel ton tout fait tragique ,snque nous dit3 ,quoi de plus grand que de voir un tre aussi fragile que l'homme atteindre la scurit d'un ,dieu6#ii ,montaigne a choisi chez ,snque un autre passage1 d'ailleurs dtach de la mme ptre#ajj1 pour le tourner en drision#aja1 mais l'esprit qui l'anime est le mme et1 comme ,bacon1 les rodomontades stociennes le divertissent bien souvent4 ,bacon reproche en particulier aux sectateurs de ,znon de troubler les esprits et de les terroriser avec leurs remdes contre la peur de la mort4 ,certes la plupart des doctrines des philosophes nous paraissent tre trop timides et prendre1 en faveur des hommes1 plus de prcautions que la nature ne le veut1 par exemple1 lorsque1 voulant remdier la crainte de la mort1 ils ne font que l'augmenter4 ,comme ils ne font de la vie humaine qu'une sorte de prparation sa fin1 d'apprentissage de la mort1 il est forc qu'un ennemi contre lequel on fait tant de prparatifs paraisse bien terrible et bien redoutable#ajb4 ,montaigne avait d'abord pens que la mort devait tre notre proccupation constante1 mais il avait si bien chang d'opinion qu' la fin de sa vie il avait protest aussi nergiquement que ,bacon contre cette mthode contre nature4 ,son essai ,de la physionomie est plein de cette pense4 ,il y critique le mot de ,cicron tota philosophorum vita commentatio mortis est1 et rplique que la mort n'est point le but mais seulement le bout de la vie#ajc4 ,par de nombreux exemples1 il montre que toute cette vaine prparation nous effraie au lieu de nous tranquilliser1 et nous rend insupportable la mort que l'homme de la nature souffre sans motion4 ,aprs ,montaigne1 ,bacon est si pntr de cette ide que 7nous l'avons constat7 il la reprendra dans ses ,essais quelques annes plus tard4 ,d'autres ides communes aux deux auteurs1 qui doivent reparatre dans les ,essais de #afab1 trouvent dans l',advancement of learning leur premire expression4 ,sans y revenir1 je me contente d'indiquer le fait4 ,a titre d'exemple on pourra voir1 au chap4 ,,iii du livre ,,vi1 ce que ,bacon dit de la mort et de l'esprit d'innovation4 ,bacon#ajd et ,montaigne#aje s'accordent dclarer que1 pour bien connatre les moeurs d'un homme1 c'est ses domestiques et ceux qui vivent familirement avec lui qu'il convient de s'adresser4 ,tous deux voient dans les reprsentations thtrales un excellent exercice pour la jeunesse1 et ils les recommandent aux ducateurs#ajf4 ,quand on entend ,bacon proclamer ,epitomes are the moths and corruptions of learning#ajg1 le mot de ,montaigne revient la mmoire3 ,tout abrg sur un bon livre est un sot abrg#ajh4 ,ces derniers rapprochements toutefois sont peu significatifs4 ,il est plus intressant peut-tre de constater que1 de mme que ,montaigne#aji1 ,bacon donne l'assassin de ,guillaume d',orange comme un modle de fermet dans la douleur#aaj4 ,une image aussi leur est commune qui pourrait bien trahir une rminiscence4 ,bacon3 ,so as ,diogenes' opinion is to be accepted1 who commended not them which abstained1 but them which sustained and could refrain their mind in praecipitio1 and could give unto the mind 7as is used in horsemanship7 the shortest stop or turn#aaa4 ,montaigne3 ,c'est chose difficile de fermer un propos et de le coupper despuis qu'on est arrout1 et n'est rien o la force d'un cheval se cognoist plus qu' faire un arrest rond et net#aab4 ,pour la plupart1 ces textes de ,bacon figurent dj dans l'dition anglaise de #afje4 ,il convient de rappeler encore qu'en #afbc1 au moment o ,bacon complte son oeuvre et la traduit en latin1 le personnage de ,montaigne est prsent son esprit1 non pas seulement l'auteur1 mais l'homme qui s'est dcrit dans ses ,essais3 ,ceux qui1 nous dit-il1 ont naturellement le dfaut d'tre trop la chose1 trop occups de l'affaire qu'ils ont actuellement dans les mains1 et qui ne pensent pas mme tout ce qui survient 7ce qui1 de l'aveu de ,montaigne1 tait son dfaut71 ces gens-l peuvent tre de bons ministres1 de bons administrateurs de rpubliques1 mais s'il s'agit d'aller leur propre fortune1 ils ne feront que boiter#aac4 ,l'ide ici exprime ne rpond que bien imparfaitement celle que ,montaigne donne de lui-mme dans le chapitre intitul ,de l'utile et de l'honneste#aad4 ,ma conviction est qu'il n'y a pas lieu de chercher un texte prcis1 que ,bacon n'en avait aucun dans la pense4 ,il y a l sans doute un effet de sa ngligence habituelle4 ,mais est-il paradoxal de voir dans l'imprcision de cette allgation sinon une preuve1 du moins une invitation croire que ,montaigne tait familirement connu de ,bacon8 ,on fait une allusion prcise un texte qu'on vient de lire1 ne l'et-on parcouru qu'une seule fois4 ,s'agit-il1 au contraire1 d'un ouvrage auquel on revient de temps autre1 on en parle d'aprs les souvenirs et les impressions qu'il a laisss4 ,on apprcie le caractre de l'auteur qui s'y peint d'aprs l'ide globale qui se dgage de son livre4 ,on s'y trompe d'ailleurs quelquefois4 ,j'ajoute que dans le mme passage1 ,bacon dveloppe des recommandations qui sont particulirement chres ,montaigne#aae1 celle-ci1 par exemple1 qu'il faut viter de se mler inconsidrment de trop de choses2 cette autre surtout que le premier des prceptes1 pour bien agir1 est de se connatre soi-mme4 ,l'oracle qui nous dit3 ,connais-toi toi-mme1 n'est pas seulement une rgle gnrale de prudence1 mais un prcepte qui tient le premier rang en politique4 ,on sait quelle large place lui a t faite dans les ,essais4 ,si l'on rapproche ces indications des constatations que nous avons faites en tudiant les ,essais de ,bacon1 on sera port croire que ,montaigne est l'un des moralistes dans la familiarit desquels ,bacon a fortifi et stimul sa propre rflexion morale4 ,voici qui est plus prcis3 avant ,bacon1 ,montaigne avait indiqu les sources de la science morale2 il avait dit que les ouvrages des potes et des historiens taient ses livres prfrs1 ceux dont il nourrissait sa pense#aaf4 ,au chapitre ,de l'institution des enfans1 il a montr quel profit pour la vie pratique on pouvait tirer des histoires1 et particulirement des biographies de ,plutarque4 ,les historiens1 dit-il encore1 sont ma droitte bale3 car ils sont plaisans et aysez2 et quant l'homme en gnral1 de qui je cherche la congnoissance1 y paroist plus vif et plus entier qu'en nul autre lieu2 la varit et vrit de ses conditions internes1 en gros et en dtail1 la diversit des moyens de son assemblage et des accidents qui le menacent4 ,or ceux qui escrivent les vies1 d'autant qu'ils s'amusent plus aux conseils qu'aux vnemens1 plus ce qui part du dedans qu' ce qui arrive au dehors1 ceux-l me sont plus propres3 voyl pourquoy en toutes sortes1 c'est mon homme que ,plutarque#aag4 ,bacon n'avait qu' recueillir des indications aussi nettes4 ,s'il faut dire ce que nous pensons sur ce point1 crit-il au sujet de la connaissance des passions humaines1 les vritables matres en cette science1 ce sont les historiens et les potes2 eux seuls1 en nous donnant une sorte de peinture vive et d'anatomie1 nous enseignent comment on peut d'abord exciter et allumer les passions1 puis les modrer et les assoupir2 comment aussi on peut les contenir1 les rprimer1 empcher qu'elles ne se produisent au dehors par des actes2 comment encore1 malgr les efforts qu'on fait pour les comprimer et les tenir caches1 elles se dclent et se trahissent2 quels actes elles enfantent4441 et une infinit d'autres choses de cette espce#aah4 ,bacon revient diverses reprises sur cette ide1 et il ne mconnat pas non plus la valeur du genre biographique4 ,ce sont les biographies qui serviront surtout construire la science des affaires4 ,comme c'est l'histoire des temps qui fournit les meilleurs matriaux pour les dissertations sur la politique1 ce sont aussi les vies particulires qui fournissent les meilleurs documents pour les affaires1 parce qu'elles embrassent toute la varit et tout le dtail des affaires et des occasions tant grandes que lgres#aai4 ,l toutefois s'arrte la ressemblance4 ,l'usage que ,montaigne a fait de ces sources est trs diffrent de celui que ,bacon en voulait faire4 ,ce que ,bacon demande1 c'est une enqute mthodique qui aboutisse une vritable thrapeutique de l'me4 ,il veut qu'au moyen des lettres1 des papiers des ngociateurs1 au traits essentiels les principaux types de caractres afin de les cataloguer4 ,cela fait1 avec la mme prcision1 on entreprendra l'tude des affections1 des passions1 on en dterminera les causes1 on en mesurera les effets1 on en dressera un inventaire raisonn et pratique4 ,enfin1 et c'est une troisime enqute faire chez les historiens et les potes1 il faudra examiner toutes les forces par lesquelles on peut agir sur les mes2 la coutume1 l'ducation1 la louange1 la frquentation1 l'amiti2 il faudra prciser les conditions dans lesquelles elles agissent1 l'intensit et la dure de leur action4 ,ainsi1 quand la science morale sera constitue1 si nous nous trouvons en face d'un homme1 nous n'aurons qu' reconnatre quel type appartient son temprament1 quelles sont les passions qui l'agitent1 et nous connatrons les remdes qui nous permettront de le gurir de ses dfauts1 les ressorts qui le feront agir notre volont4 ,peut-tre j'exagre1 en le prcisant1 le dterminisme de ,bacon2 peut-tre il n'a pas l'illusion que sa mdecine morale puisse tre jamais si rigoureuse2 nanmoins dans l'ensemble telle est bien sa pense4 ,on sent quel abme spare un pareil tat d'esprit de celui de ,montaigne4 ,montaigne a analys avec pntration certaines de ces forces morales dont ,bacon demande l'tude3 la coutume1 par exemple1 l'amiti1 la gloire1 et de toutes ces analyses un disciple de ,bacon pourrait tirer grand profit2 il a dit des choses fort justes sur la plupart des passions humaines1 mais jamais il ne l'a fait avec la mthode que rclame ,bacon1 je veux dire avec l'intention d'clairer toutes les faces de la question qu'il traite1 de subordonner son tude une fin dtermine4 ,il a bien employ quelque part avant ,bacon le mot de science morale1 mais dans sa bouche ce mot avait un sens diffrent1 le sens habituel du seizime sicle1 et n'entranait aucune autre ide que celle de connaissance4 ,de caractres1 il a dclar hautement qu'il tudiait le sien et rien que le sien1 qu'il ne jetait un regard sur les autres que pour clairer par le contraste sa propre peinture4 ,surtout il n'a jamais eu la prtention de fixer des formules universelles4 ,il ne donne pas de recettes infaillibles pour agir sur les esprits4 ,il aide seulement ses lecteurs se mieux connatre et mieux connatre les autres4 ,je ne dirai pas1 certes1 que ,machiavel a conu1 lui non plus1 les sciences morales avec le mme dterminisme que ,bacon2 je crois cependant qu'il s'en est approch4 ,il dfinit1 par exemple1 les cinq prcautions qu'un prince doit prendre lorsqu'il ajoute un ,etat nouveau ses ,etats hrditaires2 il dtermine les conditions dans lesquelles telle ou telle de ces prcautions peut devenir superflue2 il exprime ses conclusions en termes impratifs1 sous forme de lois4 ,rien que le style de ,machiavel devait avoir une action sur ,bacon4 ,aussi1 quand ,bacon prescrit la mthode dont il convient d'user pour extraire des histoires1 la science des affaires et la science morale1 c'est chez ,machiavel1 non chez ,montaigne1 qu'il en trouve le modle4 ,la manire d'crire qui convient le mieux un sujet aussi diversifi et aussi tendu que l'est un trait des affaires et sur les occasions parses1 la plus convenable1 dis-je1 serait celle qu'a choisie ,machiavel pour traiter la politique1 je veux dire celle qui procde par observations1 et1 pour me servir d'une expression commune1 par dissertations sur l'histoire et sur les exemples1 car la science qui se tire des faits particuliers tout rcents et qui se sont pour ainsi dire passs sous nos yeux est celle qui montre le mieux le chemin et qui apprend le plus aisment repasser par les faits4 ,or1 c'est suivre une mthode beaucoup plus utile1 dans la pratique1 de faire militer la dissertation sous l'exemple que de faire marcher d'abord la dissertation et d'y joindre ensuite l'exemple4 ,et il ne s'agit pas ici simplement de l'ordre1 mais du fond mme du sujet1 car lorsqu'on expose d'abord l'exemple comme base de la dissertation1 on le prsente ordinairement avec tout l'appareil de ses circonstances1 lesquelles peuvent quelquefois rectifier la dissertation1 et quelquefois aussi la suppler#abj444 ,autant que ,machiavel1 je crois1 ,montaigne se montre docile au fait4 ,il subordonne la dissertation l'exemple4 ,mais il le fait d'instinct1 par besoin de vrit1 non par systme et d'une manire ostensible comme ,machiavel dans ses ,discours sur ,tite-,live4 ,il semble bien qu' l'origine1 dans ses premiers ,essais1 il avait adopt le mme cadre4 ,mais trop souple1 trop dfiant de lui-mme et des forces de la raison humaine1 il dsespra vite d'enfermer la ralit dans des formules4 ,si les autres se reconnaissent en lui1 s'ils peuvent profiter de ses remarques1 c'est que tout homme porte en soi la forme de l'humaine nature2 ce n'est pas qu'il ait la prtention de dcrire les diffrents types humains1 de les classer1 de fournir de sres recettes pour agir sur chacun d'eux et modifier volont les passions et les activits4 ,il a donc prsent ,bacon une collection de faits moraux1 telle qu'aucun moderne ne pouvait lui en offrir4 ,je ne dirai pas que ,bacon lui doit des ides morales qu'il n'aurait pas eues sans lui3 ces questions d'origine sont trop dlicates pour que nous puissions nous prononcer leur sujet4 ,du moins personne ne pouvait mieux que ,montaigne donner l'habitude de l'analyse psychologique1 enseigner voir les faits moraux sans les dformer1 les noter scrupuleusement4 ,la lecture d'une oeuvre o tant de sujets moraux taient abords1 o l'tude du temprament individuel et des passions tait entreprise avec un esprit si positif1 tait un stimulant pour ,bacon4 ,c'tait quelque chose1 pour susciter un constructeur1 que d'entasser tant de matriaux de la science morale4 ,mais aux yeux de ,bacon1 ,montaigne a su peine commencer la construction4 ,il a trs bien explor les sources o l'on devait puiser2 mais l'essentiel de la doctrine baconienne1 l'objet de la science future1 sa mthode1 ses partitions1 toute cette conception d'une science rigide que le philosophe anglais1 pntr qu'il est des mthodes des sciences physiques1 prtend imposer aux tudes morales1 tout cela est absolument tranger ,montaigne4 #gd ,il serait sans intrt de distinguer ici1 comme nous l'avons fait pour les ,essais1 les deux rdactions successives de cet ouvrage1 la rdaction anglaise de #afje 7,advancement of learning7 et la rdaction latine de #afbc 7,de ,augmentis scientiarum74 ,je renverrai uniformment cette dernire4 #ge ,dans son ,examen vanitatis doctrin gentium et veritatis disciplin christian4 #gf ,voir mon ouvrage sur les ,sources et l',evolution des ,essais de ,montaigne1 t4 ,,ii1 p4 #bab4 #gg ,certainly1 if a man meditate much upon the universal frame of nature1 the earth with men upon it444 will not seem much other than an ant-hill1 whereas some ants carry corn1 and some carry their young1 and some go empty1 and all to and from a little heap of dust 7,advancement of learning1 ,i1 ,,viii1 #a74 #gh ,,ii1 ,,xii1 t4 ,,iii1 p4 #bcd4 #gi ,dialogues ,,xlvi1 #ai4 #hj ,par exemple1 le mot d'un ancien sur le nombre de serviteurs que nourrit ,homre1 mot qui est diffremment rapport chez ,bacon1 ,i1 ,,viii1 #d1 et chez ,montaigne1 ,,ii1 ,,xxxvi4 #ha ,telle est cette ide diverses reprises exprime par ,cicron que ,socrate a ramen la philosophie du ciel sur la terre3 ,bacon ,i1 ,v1 ,,ii2 ,montaigne ,,iii1 ,,xii1 t4 ,,vi1 p4 #aga4 ,voici encore deux traits pris ,plutarque3 le mot d'un musicien ,philippe3 ,bacon ,i1 ,,vii1 #f2 ,montaigne ,i1 ,,xl2 le mot de ,solon sur les lois qu'il a donnes aux ,athniens3 ,bacon ,i1 ,,iii1 #e2 ,montaigne ,,iii1 ,,ix1 t4 ,,vi1 p4 #ach4 ,peut-tre y a-t-il plus de compte faire de ce dernier rapprochement qui porte sur un trait moins vulgaris1 semble-t-il1 et aussi de cette ide1 pourtant inspire par ,cicron et par ,platon1 que l'tonnement est le germe du savoir3 ,bacon ,i1 ,,iii1 #c2 ,montaigne ,,iii1 ,,xi1 t4 ,,vi4 p4 #bei4 ,le nombre de ces rapprochements est peut-tre aussi prendre en considration4 ,pourtant ces indications restent vagues4 #hb ,voir en particulier1 dans ,i1 ,v1 de longs dveloppements sur ce sujet4 #hc ,voir surtout l'essai ,du pdantisme4 #hd ,i1 ,,xxxix1 p4 #ahb3 ,cettuy-cy1 tout pituiteux1 chassieux et crasseux444 #he ,,iii1 ,,xiii au dbut4 #hf ,dbut de ,i1 #be et ,,iii1 #a4 #hg ,i1 ,,xxiv1 t4 ,,ii1 p4 #ab4 #hh ,a farther proceeding therein 7in philosophy7 doth bring the mind back again to religion4 7,of the advancement of learning1 liv4 ,i2 d4 ,spedding1 p4 #bfg47 7,voir ci-dessus p4 #ce47 #hi ,cf4 ,novum organum1 livre ,,ii1 aphorisme #e4 #ij ,pour la science du gouvernement dont il indique seulement la matire dans son ,de augmentis1 qu'on lise dans les ,essais les chapitres qu'il lui a consacrs2 on verra combien d'ides sont inspires de ,machiavel2 et ici mme qu'on parcoure les deux parties qu'il distingue dans la science des affaires1 la fois ce qui concerne l'art des occasions parses1 et l'art de se pousser dans le monde1 on sentira nettement que son matre n'est ni l'idaliste ,thomas ,morus1 ni l'auteur des ,six livres de la ,rpublique1 ,jean ,bodin1 mais le politique raliste de ,florence4 #ia ,l'aventure de ,thals qui1 regardant les toiles1 tombe dans un puits3 ,bacon1 ,,ii1 #b2 ,montaigne1 ,,ii1 ,,xii1 t4 ,,iv1 p4 #dg2 le mot de ,pythagore sur les jeux ,olympiques3 ,bacon1 ,,vii1 #a2 ,montaigne1 ,i1 ,,xxvi1 t4 ,,ii1 p4 #db2 le mot de ,bias sur l'amiti1 que ,montaigne1 d'aprs ,aulu-,gelle attribue ,chilon3 ,bacon1 ,,viii1 #b2 ,montaigne1 ,i1 ,,xxviii1 t4 ,,ii1 p4 #id2 le mot de ,statilius l'occasion du meurtre de ,csar3 ,bacon ,,vii1 #b2 ,montaigne1 ,i4 ,l1 t4 ,,ii1 p4 #bga4 #ib ,l'image emprunte ,snque sur les joueurs de passe-passe3 ,bacon1 ,v1 #b2 ,montaigne1 ,,iii1 ,,viii1 t4 ,,vi1 p4 #ij2 un mot sur l'loquence pris la ,,lii ptre de ,senque3 ,bacon1 ,,vii1 #a2 ,montaigne1 ,i1 ,,xl1 t4 ,,ii1 p4 #aih4 #ic ,faits allgus de part et d'autre pour prouver que les animaux nous ont enseign divers arts3 ,bacon ,v1 #a2 ,montaigne1 ,,ii1 ,,xii1 t4 ,,iii1 p4 #baa2 exemples de raison raisonnante chez les animaux3 ,bacon1 ibid42 ,montaigne1 ,,ii1 ,,xii1 t4 ,,iii1 p4 #bah pour les corbeaux de ,barbarie1 p4 #bca pour les fourmis qui rongent les extrmits du grain de bl afin de l'empcher de germer2 opinion de ,platon qui met la raison au cerveau1 l'ire au coeur1 la cupidit au foie3 ,bacon1 ,,iv1 #a1 la fin2 ,montaigne1 ,,ii1 ,,xii1 t4 ,,iv1 p4 #fb2 allusion au rmora3 ,bacon1 ,,iii1 #d2 ,montaigne1 ,,ii1 ,,xii1 t4 ,,iii1 p4 #bbc4 ,ajouter encore le mot de ,csar qui prfre tre le premier dans un village tre le second dans ,rome3 ,bacon1 ,,viii1 #b2 ,montaigne n'y fait qu'une allusion1 ,,iii1 ,,vii1 t4 ,,vi1 p4 #gd4 ,la citation du ,trinummus de ,plaute 7,,ii4 #hd71 que ,bacon reproduit en la modifiant ,nam pol' sapiens fingit fortunam sibi peut avoir t suggre par ,montaigne1 ,i1 ,,xlii1 t4 ,,ii1 p4 #bjh1 ou encore par ,juste ,lipse1 ,politiques1 ,i1 ,,vii4 #id ,,vii1 #a1 fin1 trad4 ,riaux1 p4 #cce4 #ie ,i1 ,,xxvi1 t4 ,,ii1 p4 #eg4 #if ,,iii1 ,,xiii1 t4 ,,vii1 p4 #gh4 #ig ,ibid4 #ih ,,iii1 ,,xiii1 t4 ,,vii1 p4 #ha4 #ii ,,vii1 #a1 trad4 ,riaux1 p4 #ccj4 #ajj ,eptres ,lucilius1 ,,liii4 #aja ,,ii1 ,,xii1 t4 ,,iii1 p4 #bfa4 #ajb ,,vii1 #b1 trad4 ,riaux1 p4 #cci4 #ajc ,,iii1 ,,xii1 t4 ,,vi4 p4 #bib4 #ajd ,,viii1 #b1 trad4 ,riaux1 p4 #cic4 #aje ,,iii1 ,,ii4 #ajf ,bacon1 ,,vi4 #d1 la fin2 ,montaigne1 ,i1 ,,xxvi1 la fin4 #ajg ,,iii1 #f4 #ajh ,,iii1 ,,viii1 t4 ,,vi1 p4 #aab4 #aji ,essais1 ,,ii1 ,,xxix4 #aaj ,,iv1 #a4 #aaa ,,vii1 #a1 la fin4 #aab ,i1 ,,ix1 t4 ,i4 p4 #da4 #aac ,,viii1 #b4 trad4 ,riaux1 p4 #cih4 #aad ,essais1 ,,iii1 #a1 auquel ,spedding renvoie dans une note de son dition4 #aae ,notons toutefois que ces dveloppements sont de #afje1 tandis que la phrase sur ,montaigne a t ajoute en #afbc4 #aaf ,,ii1 ,x et ,i1 #bf1 t4 ,,ii4 p4 #ba4 #aag ,,ii1 ,x1 t4 ,,iii1 p4 #ace4 #aah ,,vii1 #c1 trad4 ,riaux1 p4 #cej4 #aai ,,viii1 #b1 trad4 ,riaux1 p4 #che4 #abj ,,viii1 #b1 trad4 ,riaux1 p4 #che4 ,,chapitre ,,iv ,,la ,m,,thode ,,de ,,la ,,science4 ,,montaigne ,,et ,,le ,novum organum ,jusqu' prsent nous ne sommes arrivs dmler qu'une influence de peu d'importance4 ,montaigne a pu aider ,bacon dgager quelques ides de dtail1 dvelopper en lui l'habitude de l'analyse psychologique4 ,il ne lui a ni donn un genre littraire1 comme le titre d',essais pouvait le faire supposer1 ni suggr son apologie de la science1 ni fourni sa conception de la morale4 ,nous avons seulement constat1 et cela partout o nous avons port notre investigation1 des prsomptions trs srieuses pour admettre que son livre a t fort tudi par ,bacon4 ,tant de similitudes ne peuvent gure s'expliquer autrement4 ,c'est dans la composition du ,novum organum1 si je ne me trompe1 que les fruits de cette tude vont se faire voir4 ,il me faut avouer toutefois que c'est l seulement une hypothse4 ,mme ici nous ne touchons pas une influence certaine2 elle n'est que vraisemblable1 aucune mention de ,montaigne1 aucune communaut d'expression chez les deux crivains ne permettent d'tre affirmatif4 ,je ne puis qu'indiquer les raisons qui me rendent cette opinion trs probable4 ,et d'abord comment une pareille influence est-elle possible8 ,comment se peut-il que ,montaigne qui1 nous venons de le voir1 ne construit pas une science1 qui1 au lieu d'encourager l'esprit humain la fonder1 critique sans cesse ses prtentions et lui tale ses faiblesses1 ait pu prparer la cration d'une mthode8 ,bacon se charge de nous l'expliquer lui-mme4 ,il a dclar que sa mthode avait les mmes commencements que l'acatalepsie1 qu'on lui reprocherait d'nerver l'esprit1 de lui ter toute confiance en soi-mme4 ,dans la suite seulement il doit sortir du doute et fournir des lments de connaissance positive4 ,son but est de placer l'esprit en face des faits1 de lui apprendre les examiner sans les dformer1 en tirer toute la leon qu'ils comportent4 ,pour cela il lui faut en arracher les mauvaises habitudes qui l'empchent de voir les choses dans leur intgrit1 il lui faut dnoncer les vices natifs qui l'ont pouss contracter ces mauvaises habitudes afin qu'il les vite l'avenir4 ,toute cette prparation de la mthode remplit le premier livre du ,novum organum4 ,a premire vue on aperoit combien elle est conforme ce qu'on est convenu d'appeler le scepticisme de ,montaigne4 ,l'ide matresse de tout le livre1 c'est cette constatation faite par ,bacon que l'esprit humain a besoin d'tre assujetti une mthode4 ,livr lui-mme1 il ne sait pas examiner les faits ni s'y asservir4 ,il est trop htif1 trop souple1 il court aux conclusions aveuglment2 il a trop de confiance en lui1 il se fie ses forces2 il est le jouet de ses prjugs et de ses habitudes4 ,la source de tous les abus1 nous dit ,bacon1 c'est l'admiration pour l'esprit humain#aba2 c'est elle qui nous empche de penser aux vrais secours dont nous aurions besoin4 ,et ailleurs3 c'est du plomb qu'il nous faut attacher l'esprit1 non des ailes#abb2 il n'est que trop actif par lui-mme4 ,cette ide-l est exprime sous bien des formes dans le premier livre du ,novum organum2 elle y est sous-entendue plus souvent encore1 elle est le principe de presque toutes les remarques particulires4 ,or1 tout prendre1 c'est bien aussi l'ide capitale de la critique de ,montaigne4 ,il est vrai qu'il hsite sur la manire de brider cette raison si fuyante2 pour les questions qui n'intressent que la spculation1 c'est au fait que1 lui aussi1 veut l'assujettir4 ,pour les questions pratiques1 comme il ne conoit pas l'ide qu'on pourrait dduire des faits une politique et une morale1 c'est l'autorit qu'il a recours2 autorit de l',eglise pour la religion1 autorit de la coutume pour la politique et la morale4 ,mais quoi qu'il puisse penser des remdes1 en tous cas1 chaque instant1 il signale le mal4 ,la raison est un instrument de plomb et de cire1 allongeable1 ployable et accommodable tous biais#abc1 dit-il quelque part2 l'esprit est un outil drgl1 dangereux et tmraire4 ,la raison va toujours1 torte1 boiteuse et dhanche#abd4 ,nous n'examinons pas le fond des choses2 nous dcrtons juste ce qui est conforme notre coutume1 injuste ce qui lui est contraire4 ,nous voyons le doigt de ,dieu dans la victoire de la ,rochelabeille2 et que dirons-nous aprs la dfaite de ,mont-,contour#abe8 ,il serait ais d'accumuler un grand nombre de passages o ,montaigne se plat montrer le drglement de la raison1 o il oppose un fait un jugement htif4 ,c'est l dans les ,essais son attitude habituelle4 ,or l'hypothse que je prsente se rduit ceci3 la plupart des critiques que ,bacon va adresser l'esprit humain avaient t dgages par ,montaigne4 ,puisque nous savons que les ,essais de ,montaigne jouissaient d'une trs grande faveur au temps de ,bacon1 puisque nous avons constat que ,bacon lui-mme s'en inspirait frquemment1 il est bien probable que la critique de ,montaigne a prpar celle de ,bacon et l'a facilite4 ,la lecture des ,essais a fortifi le point de vue de l'auteur du ,novum organum4 ,mais s'il en est ainsi1 comment s'expliquer un fait tout le moins paradoxal8 ,les rapprochements de texte1 qui jusqu' prsent se sont offerts nous en abondance1 vont maintenant nous faire dfaut4 ,dans le ,novum organum les commentateurs ne nous en proposent plus4 ,ne serait-ce pas que la mthode qui consiste mesurer l'influence d'un crivain au nombre de rapprochements qu'on peut tablir entre ses oeuvres et les oeuvres de ses successeurs est une mthode dfectueuse8 ,certes1 relever des similitudes de ce genre est ncessaire1 car souvent elles fournissent la seule base solide de semblables tudes4 ,mais1 par la force des choses1 elles signalent l'attention des ressemblances de mots et de faits plus que des ressemblances d'ides4 ,elles se trouvent par l souvent trs incompltes1 et toujours elles demandent tre manies avec une extrme prudence4 ,l'interprtation des rsultats qu'apporte une semblable mthode ncessite une extrme circonspection4 ,plusieurs raisons nous expliquent que dans le ,novum organum on n'ait pas signal de rminiscences de ,montaigne4 ,pour faire la critique de l'esprit humain1 les deux philosophes ne se placent pas au mme point de vue4 ,bacon catalogue et classe les dfauts inhrents la raison humaine2 sans esprit de systme et sans plan1 ,montaigne qui1 l'occasion de ses lectures1 veut montrer son jugement1 chaque fois qu'il se heurte quelque prjug le signale et en dcouvre la racine4 ,on conoit par suite que la frquentation de ,montaigne ait pu aider ,bacon dans son enqute1 et d'autre part que la diversit de leurs buts nous cache un peu son influence4 ,de plus ,bacon1 tout proccup qu'il est1 autour de #afbj1 de commencer sa btisse par la plus fructueuse des sciences1 son avis1 la science des choses naturelles1 qui doit servir de base une philosophie de la nature1 signale de prfrence les illusions que causent les fantmes dans l'examen des choses physiques4 ,montaigne s'attache surtout la morale3 c'est dans l'interprtation des faits de la vie quotidienne1 rencontrs soit dans son exprience personnelle1 soit dans les histoires1 qu'il cherche voir broncher les jugements humains4 ,aussi c'est seulement sous leur forme la plus gnrale et dans leur application aux phnomnes moraux qu'il dnonce les vices de l'esprit4 ,lorsque ,montaigne1 par exemple1 dclare que nos habitudes entravent notre jugement1 ce qui le frappe particulirement1 c'est que notre ide de justice n'est pas fonde en raison2 elle n'a rien d'absolu et d'universel1 elle est relative aux coutumes de chaque pays4 ,le juste1 c'est ce que nous sommes habitus considrer comme tel#abf4 ,bacon fait la mme observation sur la fcheuse influence de l'habitude1 mais ce qui l'intresse1 lui1 ce sera par exemple que dans les tudes les plus varies le spcialiste apporte ses habitudes d'esprit au lieu de s'adapter son sujet4 ,aristote reste logicien en physique#abg4 ,ce sera encore que1 lorsque nous prenons l'habitude de l'analyse1 nous devenons incapables de synthse1 et inversement la synthse nous fait ngliger l'analyse4 ,dmocrite ne voit que les lments1 et les autres philosophes ne considrent que les ensembles4 ,enfin1 ici peut-tre plus que jamais1 ,bacon repense sa manire les ides qui lui sont suggres par ses devanciers4 ,en traversant son cerveau1 elles subissent une sorte de refonte1 au point qu'elles ne conservent plus aucune trace des lments qui les ont formes4 ,bacon les enferme afin de les rendre plus frappantes et plus faciles retenir1 dans une srie d'aphorismes d'allure trs lapidaire qui marquent avec une grande nettet les artes de la pense1 mais qui la dpouillent aussi des nuances d'expression qu'elle revtait parfois chez l'auteur qui a pu la suggrer4 ,n'oublions pas surtout les magnifiques mtaphores dont il les pare4 ,bacon a compar les dfauts naturels l'esprit humain autant de fantmes qui le hantent et qui lui cachent la ralit4 ,les uns troublent la tribu humaine tout entire1 d'autres s'attachent chacun de nous et ne frquentent que notre antre particulire1 d'autres se tiennent sur la place publique4 ,derrire ces crations potiques qui sont bien lui1 il faut reconnatre des erreurs de tous les temps qui1 en tous les temps1 ont t plus ou moins distinctement aperues4 ,une systmatisation mthodique1 une application constante de ses ides l'activit scientifique1 une terminologie trs neuve et expressive qui recouvre sa pense d'un riche manteau potique1 voil en somme ce qui appartient en propre ,bacon dans sa critique de l'esprit4 ,cela n'empche pas que les ides dominantes de cette critique n'aient t auparavant trs vigoureusement mises en vidence par ,montaigne1 et que ,bacon1 qui lisait familirement ,montaigne1 n'ait d tre aid par lui donner corps sa doctrine4 ,selon ,bacon1 quatre sortes de fantmes hantent les cerveaux des hommes3 les fantmes de race1 les fantmes de l'antre1 les fantmes de la place publique et les fantmes du thtre4 ,sans les cataloguer ni les nommer ainsi1 ,montaigne s'est attaqu tous les quatre4 ,les fantmes de race l'ont occup plus que les autres4 ,les fantmes de race1 dit ,bacon1 ont leur source dans la nature mme de l'homme2 c'est un mal inhrent la race humaine1 un vrai mal de famille1 car rien n'est plus dnu de fondement que ce principe3 ,le sens humain est la mesure de toutes les choses4 ,il faut dire au contraire que toutes les perceptions1 soit des sens1 soit de l'esprit1 ne sont que des relations l'homme1 et non des relations l'univers4 ,l'entendement humain1 semblable un miroir faux1 flchissant les rayons qui jaillissent des objets1 et mlant sa propre nature celle des choses gte tout1 pour ainsi dire1 et dfigure toutes les images qu'il rflchit#abh4 ,on reconnat l ds l'abord une ide chre ,montaigne4 ,c'est une des ides directrices de l',apologie de ,raimond ,sebonde1 peut-tre la principale4 ,l ,montaigne a1 lui aussi1 comment le mot de ,protagoras qui fait l'homme mesure des choses4 ,toute la dernire partie du chapitre1 qui traite des perceptions des sens1 tend faire voir combien elles nous faussent la ralit1 combien1 au lieu de nous transmettre la nature dans son intgrit1 elles nous projettent dans cette nature1 nous mlent elles1 et ne nous rflchissent qu'une image trs altre du monde4 ,voil pour les perceptions des sens4 ,quant aux inductions de l'esprit1 relisez les pages qu'il consacre l'ide que l'homme se fait de la divinit4 ,ce qu'il lui reproche1 c'est1 au lieu de la loger en son cerveau telle qu'elle est1 de la construire d'lments purement humains3 nous lions la puissance de ,dieu avec nos lois physiques et intellectuelles1 nous l'honorons de ce qui nous honore1 nous lui donnons une part de nos plaisirs1 nous l'asservissons nos caprices4 ,et ce mme anthropomorphisme qui nous donne de ,dieu une ide si fantastique1 vicie dans leur principe toutes nos ides des choses3 ,il nous faut noter qu' chaque chose il n'est rien plus cher et plus estimable que son estre et que chacun raporte les qualitez de toutes autres choses ses propres qualitez1 lesquelles nous pouvons bien estendre et racourcir1 mais c'est tout1 car hors de ce raport et de ce principe nostre imagination ne peut aller1 ne peut rien diviner autre1 et est impossible qu'elle sorte de l et passe au del4#abi ,donc1 pour ,montaigne comme pour ,bacon1 nos perceptions1 tant celles de l'esprit que celles des sens1 sont des relations l'homme beaucoup plus que des relations l'univers2 tous les lments de notre connaissance sont tellement imprgns de nous qu'ils nous renseignent fort difficilement sur les choses4 ,il ne s'est pas content d'exprimer sous cette forme gnrale ce vice capital de l'esprit humain4 ,avant ,bacon il avait1 trs nettement1 dvoil quelques-uns de ces fantmes de la premire espce contre lesquels le philosophe de la science met en garde les futurs savants4 ,je ne dis pas qu'il les ait tous dvoils3 il en est un ou deux que nous trouvons chez ,bacon1 et que ,montaigne n'a pas clairement dgags3 celui-ci par exemple que l'esprit fausse la ralit en y introduisant de l'ordre et de la symtrie#acj4 ,pour la plupart ils sont l nanmoins1 parfois avec plus de relief que chez ,bacon4 ,bacon insiste beaucoup sur ce dfaut commun de tout ramener nos ides#aca4 ,c'est par l1 dit-il1 que s'explique le crdit extraordinaire des prophties et des songes1 le monde n'en retient que ce qui se ralise1 ce qui flatte ses ides4 ,tout ce qui est contraire notre manire de voir1 nous n'en tenons aucun compte4 ,l'entendement1 une fois familiaris avec certaines ides qui lui plaisent1 soit comme gnralement reues1 soit comme agrables en elles-mmes1 s'y attache obstinment2 il ramne tout ces ides de prdilection1 il veut que tout s'accorde avec elles2 il les fait juges de tout2 et les faits qui contredisent ces opinions favorites ont beau se prsenter en foule1 ils ne peuvent les branler dans son esprit2 ou il n'aperoit point ces faits1 ou il les ddaigne1 ou il s'en dbarrasse l'aide de quelque frivole distinction1 ne souffrant jamais qu'on manque de respect ces premires maximes qu'il s'est faites4 ,elles sont pour lui comme sacres et inviolables4 ,cette critique tait dj trs vive chez ,montaigne4 ,je crois mme que pour la question des prophties et des songes1 ,bacon a d avoir prsent l'esprit le onzime essai du premier livre#acb3 vous y trouverez la mme explication dans des termes analogues2 un mme exemple l'illustre chez l'un et chez l'autre1 celui de ,diagoras qui1 comme on prtend le convaincre de l'existence des dieux par le grand nombre des ex-voto placs dans le temple par des voyageurs chapps au naufrage1 rpond judicieusement que rien ne tmoigne le nombre de ceux qui1 en dpit de leurs prires et de leurs voeux1 ont t engloutis par les temptes4#acc ,en tous cas ,montaigne a dit combien nos ides sont tenaces1 qu'elles habitent une rgion de notre esprit o le libre examen ne pntre pas1 et il a reproch l'homme de les prendre comme pierre de touche au lieu de l'exprience4 ,on reoit comme un jargon ce qui en est communement tenu2 on reoit cette verit avec tout son bastiment et son attelage d'argumens et de preuves comme un corps ferme et solide qu'on n'esbranle plus1 qu'on ne juge plus4 ,au contraire1 chacun qui mieux mieux va plastrant et confortant cette creance reeue de tout ce que peut sa raison qui est un util souple1 contournable et accommodable toute figure4 ,ainsi se remplit le monde et se confit en fadesse et en mensonge4 ,ce qui fait qu'on ne doute de gures de choses1 c'est que les communes opinions on ne les essaye jamais4#acd ,et ailleurs il montre que jamais1 quoi qu'elle fasse1 l'exprience n'est capable de nous ter notre confiance native en nos ides3 ,que la fortune nous remue cinq cens fois de place1 qu'elle ne face que vuyder et remplir sans cesse1 comme dans un vaisseau1 dans nostre croyance autres et autres opinions1 toujours la presente et la derniere c'est la certaine et infayllible2 pour cette cy il faut abandonner les biens1 l'honneur1 la vie1 et le salut1 et tout4#ace ,plusieurs de ses essais n'ont d'autre objet que de nous enseigner nous prserver de ce vice commun4 ,il veut que nous sachions voir et comprendre les vnements qui contredisent nos ides aussi bien que ceux qui semblent les confirmer4 ,prenons pour exemple le chapitre intitul3 ,qu'il faut sobrement se mesler de puger des ordonnances divines#acf4 ,c'est une brillante victoire1 nous dit ,montaigne1 que la chrestient vient de remporter ,lpante sur les ,turcs2 nous y voyons le doigt de ,dieu3 ,dieu ne peut que protger les chrtiens1 il manifeste sa prdilection pour notre sainte religion1 disons-nous4 ,mais prenez garde1 si une autre fois les infidles1 comme il leur est arriv dj si souvent1 triomphent de nous1 que dirons-nous8 ,arrius et ,lon1 deux grands hrtiques1 sont morts ignominieusement dans des latrines3 ,dieu a voulu les confondre en face du monde1 dites-vous4 ,peut-tre1 rpond ,montaigne1 mais n'oubliez pas qu',irne est mort de mme4 ,gardez-vous des ides a priori1 et surtout quand vous voulez les prouver par des faits1 voyez bien si d'autres faits ne les infirment pas4 ,et c'est ainsi qu' plusieurs reprises ,montaigne met en pratique ses prceptes de critique4 ,c'tait offrir ,bacon des exemples1 plus puissants que des rgles1 pour l'aider prendre conscience de sa mthode4 ,un autre fantme de race1 nous dit ,bacon1 c'est cette manie qu'a l'esprit humain de rechercher toujours des causes4 ,mme si les lments de cette enqute lui font dfaut1 il va de l'avant1 il ne peut s'arrter4 ,c'est ainsi qu'il engendre ces vierges striles qu'on nomme les causes finales#acg4 ,montaigne ne s'est pas particulirement attaqu aux causes finales1 bien qu'il semble les critiquer quelquefois2 en revanche il a bien nettement signal le vice initial qui nous conduit elles4 ,dans deux endroits surtout1 au chapitre ,des coches#ach et au chapitre ,des boteux#aci1 il s'est amus montrer la lgret avec laquelle les philosophes les plus autoriss se piquent de trouver les causes de toutes choses4 ,les problmes d',aristote surtout lui ont prt rire sur ce point4 ,inventez-nous un fait de toutes pices1 nous dit-il1 ft-il invraisemblable1 avant mme de songer le contester1 nous lui aurons trouv trois ou quatre explications4 ,nostre discours est capable d'estoffer cent autres mondes et d'en trouver les principes et la contexture4 ,il ne lui faut ny matire ny baze3 laissez-le courre2 il bastit aussi bien sur le vuide que sur le plain1 et de l'inanit que de la matiere4 ,dare corpus idonea fumo444 #adj ,et il revient volontiers sur cette flexibilit de nostre invention forger des raisons toute sorte de songes1 la souplesse de cet esprit que rien ne contient1 son impatience faire jouer ses rouages1 ft-ce vide4 ,nos passions donnent naissance un troisime fantme1 qui est encore signal par nos deux philosophes4 ,les passions1 dit ,bacon1 pntrent et teignent toute la substance de l'entendement#ada4 ,montaigne insiste sur cette ide en moraliste4 ,les faits qui se prsentent son esprit1 ce sont ses expriences amoureuses3 il se rappelle combien diffremment il jugeait les mmes choses lorsqu'une image chre le possdait et lorsque la crise tait passe4 ,bacon en parle en savant3 notre besoin de croire ce que nous souhaitons1 notre paresse entreprendre une enqute difficile1 creuser jusqu'au fond les questions1 notre timidit en face de tout rsultat paradoxal1 notre mpris pour le travail exprimental1 notre vaniteuse fiert tout tirer de notre raison1 voil les exemples qu'il en allgue4 ,montaigne se tient tout particulirement en garde contre ce fantme4 ,sa coquetterie est d'avoir le jugement libre4 ,l est ses yeux la principale qualit de son esprit#adb4 ,il est sans cesse occup dcouvrir les impressions fugitives qui pourraient surprendre sa bonne foi#adc4 ,plus l'homme souhaite qu'une opinion soit vraie1 disait ,bacon1 plus il la croit aisment4 ,et ,montaigne3 ,aux pronostiques ou evenements sinistres des affaires1 ils veulent que chacun en son party soit aveugle ou hbet2 que nostre persuasion et jugement serve non la verit1 mais au project de nostre desir4 ,je faudrois plustost vers l'autre extremit1 tant je crains que mon desir me suborne4 ,joinct que je me deffie un peu tendrement des choses que je souhaite#add4 ,la figure de ,montaigne1 partout prsente dans son oeuvre1 tait une invitation perptuelle pour ,bacon se dfier de ce fantme4 ,il en signale mme expressment une des formes que nous venons de retrouver chez ,bacon4 ,l'oeil de l'entendement444 disait ,bacon1 rejette444 la lumire de l'exprience par mpris1 par orgueil1 et de peur de paratre occuper son esprit de choses basses et prissables4 ,il est vrai que dans un court passage ,montaigne semble tomber1 lui aussi1 dans ce prjug et mettre la dduction bien au-dessus de l'exprience en dignit#ade4 ,ce n'est qu'une boutade4 ,en pratique1 c'est l'exprience1 bien que plus vile qu'il a sans cesse recours1 et il prtend faire admettre ses contemporains que d'observer par soi-mme et de collectionner de petits faits n'est aucunement une occupation mprisable4 ,que ferons-nous ce peuple qui ne fait recepte que de tesmoignages imprimez1 qui ne croit les hommes s'ils ne sont en livre1 ny la verit si elle n'est d'aage competant44444 ,mais moy444 j'allegue aussi volontiers un mien amy que ,aulugelle et que ,macrobe1 et ce que j'ay veu que ce qu'ils ont escrit4 ,je dis souvent que c'est pure sottise qui nous fait courir aprs les exemples estrangers et scholastiques3 leur fertilit est pareille1 cette heure1 celle du temps d',homere et de ,platon4 ,mais n'est-ce pas que nous cherchons plus d'honneur de l'allegation que la verit du discours8 comme s'il estoit plus d'emprunter de la boutique de ,vascosan ou de ,plantin nos preuves que de ce qui se voit en nostre village2 ou bien1 certes1 que nous n'avons pas l'esprit d'esplucher et faire valoir ce qui se passe devant nous1 et le juger assez vifvement pour le tirer en exemple3 4444des plus ordinaires choses et plus communes et cogneus1 si nous savions trouver leur jour1 se peuvent former les plus grands miracles de nature et les plus merveilleux exemples1 notamment sur le subject des actions humaines4#adf ,c'est dire pour l'exprience morale ce que ,bacon dira de l'exprience scientifique en gnral4 ,l'originalit principale des ,essais de ,montaigne parmi les productions morales de son temps consiste peut-tre surtout en ce que1 aux faits rapports dans les livres et aux ides reues il a joint les faits de son exprience quotidienne et ses ides personnelles grce la large place qu'il a rserve la peinture du moi4 ,deux fantmes de race sont encore signals par ,bacon3 l'un tient la conformation de nos sens#adg1 l'autre la conformation de notre esprit#adh4 ,nos sens nous trompent3 ils altrent les images des choses2 ils manquent d'acuit et nous renseignent incompltement sur les phnomnes qui sont de leur domaine2 enfin il est1 dans la nature1 des ordres de phnomnes dont ils n'ont aucune perception4 ,ces ides avaient t exprimes par les ,sceptiques et par les ,acadmiciens de l'antiquit1 par aucun toutefois plus nettement que par ,sextus ,empiricus4 ,bacon avait lu ,sextus assurment1 mais ,montaigne avait rsum avec vigueur les ides principales de ,sextus sur ce point2 chaque fois que ,bacon relisait l',apologie de ,sebonde il les retrouvait l claires et succinctes4 ,quant notre esprit1 sa tendance naturelle c'est de faire des abstractions1 c'est de crer l'occasion des ralits concrtes des formes artificielles dans lesquelles il les arrte et les fige4 ,montaigne1 il est vrai1 n'a pas aussi nettement dnonc ce vice1 mais il est impliqu parfois dans sa critique4 ,voyez la belle page emprunte au ,plutarque d',amyot qui sert de conclusion l',apologie3 c'est ce contraste qu'elle met en vidence entre ce besoin natif de l'esprit d'arrter la ralit et le monde des phnomnes qui est dans un coulement perptuel4 ,nous n'avons aucune communication l'estre1 par ce que toute humaine nature est tousjours au milieu entre le naistre et le mourir1 ne baillant de soy qu'une obscure apparence et ombre et une incertaine et debile opinion4 ,et si1 de fortune1 vous fichez vostre pense vouloir prendre son estre1 ce sera ne plus ne moins que qui voudroit empoigner l'eau3 car tant plus il serrera et pressera ce qui de sa nature coule par tout1 tant plus il perdra ce qu'il vouloit tenir et empoigner4 ,ainsin1 estant toutes choses subjectes passer d'un changement en autre1 la raison1 y cherchant une reelle subsistance1 se trouve deceue1 ne pouvant rien apprehender de subsistant et permanent1 par ce que tout ou vient en estre et n'est pas encore du tout1 ou commence mourir avant qu'il soit nay4#adi4 ,l'une des causes de ce qu'on a appel le scepticisme de ,montaigne1 c'est prcisment le sentiment qu'il a eu de cette antinomie entre la nature du monde psychologique et la nature du monde rel1 sentiment qui s'exprime avec tant de force dans cette fin de l',apologie de ,sebonde4 ,les fantmes de race sont les plus universels puisque par dfinition ils tiennent la nature mme de l'esprit humain2 les fantmes de l'antre1 au contraire1 dpendent des circonstances particulires la vie de chacun de nous ou du milieu social dans lequel nous sommes plongs4 ,bien souvent ce ne seront pas les mmes dont auront se dfier l'homme de science que ,bacon prpare1 et le sage que forme ,montaigne4 ,tous les deux s'en sont occups chacun sa manire4 ,montaigne les a attaqus frquemment4 ,il se dfend1 par exemple1 de participer cette erreur commune de juger d'autruy selon luy et de rapporter la condition des autres hommes la sienne4#aej ,tous les vices de l'esprit que ,bacon dsigne sous ce nom de fantme de l'antre reviennent1 en somme1 des habitudes que des dispositions naturelles et des circonstances fortuites nous font contracter4 ,or sans cesse ,montaigne s'lve contre l'habitude1 contre la coutume qui rtrcissent l'esprit et aveuglent l'oeil de la raison4 ,ou que je vueille donner1 nous dit-il1 il me faut forcer quelque barriere de la coustume1 tant ell' a soigneusement brid toutes nos avenues4#aea4 ,bacon a relev les principaux dangers des habitudes individuelles chez le savant3 elles risquent de lui faire porter dans toutes ses tudes le tour d'esprit de sa spcialit#aeb1 de l'attacher telles autorits plutt qu' telles autres#aec4 ,et ,montaigne de mme analyse les dangers que ses gots et ses habitudes font courir au moraliste4 ,c'est l'habitude qui fausse toute notre critique des faits moraux et psychologiques3 entendons-nous citer un fait1 c'est d'aprs notre seule suffisance que nous prtendons dcider s'il est possible ou non3 or notre suffisance est strictement limite par notre exprience4 ,tout ce qui sort du cercle de nos habitudes nous parat incroyable2 tout ce qui y rentre est clair pour nous#aed4 ,ainsi1 au lieu d'interroger notre raison1 nous confondons les limites du possible avec les limites de notre exprience courante4 ,dans l'apprciation des faits moraux1 mme vice3 ce que nous appelons juste n'est pas ce que la raison nous dmontre tre juste1 c'est ce que la coutume nous prsente comme juste4 ,les usages des cannibales nous paraissent barbares non parce qu'ils le sont effectivement1 mais parce qu'ils diffrent des ntres#aee4 ,enfin tout le systme d'ducation labor par ,montaigne vise prcisment tendre dans tous les sens au moyen de lectures1 de conversations1 de frquentations1 de voyages1 l'exprience de l'enfant1 afin de ne le laisser assujettir son esprit aucune habitude qui le garrotte dans des prjugs individuels ou sociaux#aef4 ,les fantmes de la place publique sont ceux qui naissent du langage4 ,au lieu d'tre mouls sur les choses1 de les revtir exactement1 les mots correspondent des notions grossires1 imprcises1 mal labores par le vulgaire4 ,il s'en suit que toute phrase prte au doute1 et que les hommes se comprennent difficilement4 ,de l naissent une masse de disputes oiseuses entre les savants3 ils veulent discuter des choses1 mais l'ambiguit des mots les empche de s'entendre1 il leur faut s'arrter l'corce4 ,le seul remde est de donner des dfinitions exactes4 ,encore1 ajoute ,bacon1 ce remde est-il trs insuffisant car les dfinitions se composent de mots qui leur tour ont besoin d'tre dfinis1 et ainsi de suite444 ,or ces trois ides3 imprcision du langage1 frquence des disputes qu'elle entrane1 impuissance o nous sommes de dfinir exactement1 ont t mises en vidence par ,montaigne4 ,il n'est aucun sens ny visage1 dit-il1 ou droict1 ou amer1 ou doux1 ou courbe1 que l'esprit humain ne trouve aux escrits qu'il entreprend de fouiller4 ,en la parole la plus nette1 pure et parfaicte qui puisse estre1 combien de faucet et de mensonge l'on faict naistre8 quelle heresie n'y a trouv des fondemens assez et tesmoignages pour entreprendre et pour se maintenir8 ,c'est pour cela que les autheurs de telles erreurs ne se veulent jamais departir de cette preuve du tesmoignage de l'interpretation des mots4#aeg4 ,et1 au chapitre ,de l'exprience#aeh1 revenant sur ce mme sujet de l'obscurit des crits humains et de l'inpuisable source de commentaires qu'ils font jaillir1 plus explicitement cette fois il nous dira que cette incertitude vient sans doute en partie de ce qu'une mme ide ne saurait se retrouver deux fois identique elle-mme dans des cerveaux humains1 mais que la raison en est aussi dans l'insuffisance de nostre langage4 ,nostre contestation est verbale3 je te demande que c'est que ,nature1 ,volupt1 ,cercle et ,substitution4 ,la question est de parolles et se paye de mesme4 ,une pierre1 c'est un corps2 mais qui presseroi3 ,et corps1 qu'est-ce8--,substance4--,et substance1 quoi8 ainsi de suitte1 acculeroit en fin le respondant au bout de son calepin4 ,on eschange un mot pour un autre mot1 et souvent plus incogneu3 je say mieux que c'est qu',homme1 que je ne say que c'est ,animal1 ou ,mortel1 ou ,raisonnable4 ,pour satisfaire un doubte ils m'en donnent trois3 c'est la teste de ,hydra4#aei4 ,c'est presque dans les mmes termes que ,bacon dira l'inefficacit de la dfinition pour remdier cet tat de choses4 ,et si ,montaigne n'avait pas analys avec autant de prcision que lui les causes du mal1 il en avait aussi fortement marqu les funestes consquences3 ,la plus part des occasions des troubles du monde sont grammairiennes4 ,nos procez ne naissent que du dbat de l'interpretation des loix2 et la plus part des guerres de cette impuissance de n'avoir sceu clairement exprimer les conventions et traitez d'accord des princes4 ,combien de querelles et combien importantes a produit au monde le doubte du sens de cette syllabe3 ,hoc6#afj ,restent les fantmes du thtre4 ,ce sont les prjugs qu'imposent nos esprits les doctrines des diverses sectes de la philosophie ancienne4 ,par le prestige de leur autorit elles nous asservissent certaines croyances et certaines mthodes qui entravent notre libert d'examen des faits4 ,c'est contre l'assujettissement de l'esprit une autorit que ,bacon s'lve ici1 et surtout l'autorit qui a le plus lourdement pes sur le seizime sicle1 celle de la science antique4 ,il voudrait prendre une une les doctrines des philosophes anciens et les rfuter afin de leur oter leur prestige1 et rendre la raison son indpendance4 ,a dfaut de cet examen critique qui l'entranerait trop loin1 il range ces philosophies en trois catgories selon les mthodes de pense dont elles procdent et il analyse les vices fondamentaux de chacune d'elles4 ,nous n'avons rien de si mthodique chez ,montaigne4 ,il n'avait pas d'ailleurs une connaissance suffisante des systmes anciens pour les critiquer avec cette pntration4 ,aussi les suggestions qu'il a pu fournir ,bacon sont sur ce point moins nombreuses que sur les prcdents4 ,mais l'attitude critique est la mme de part et d'autre4 ,il a beau nous dire qu'il plie volontiers sa fantaisie aux imaginations de ces grandes mes du temps pass et nous rpter sous bien des formes l'admiration qu'elles lui inspirent1 il n'est plus de la gnration qui se jetait sans discernement la dpouille de l'antiquit2 ,il est dj de ceux qui n'acceptent aucune opinion sans la contreroller1 sans la faire passer par l'estamine de leur jugement#afa2 il demande l'antiquit non de lui fournir des ides trangres1 mais de lui mettre en main ses propres ides dj formes1 de lui en donner la jouissance4 ,il serait ais de relever dans son oeuvre un bon nombre de formules o cette indpendance s'affirme4 ,s'il n'a pas mthodiquement critiqu les diffrentes doctrines philosophiques1 il s'est trs nettement attaqu au plus autoris des philosophes1 ,aristote1 et sa critique nous la retrouvons presque identique chez ,bacon3 ,le dieu de la science scolastique1 c'est ,aristote1 c'est religion de debatre de ses ordonnances1 comme celles de ,lycurgus ,sparte4 ,sa doctrine nous sert de loy magistrale1 qui est l'avanture autant faulse que une autre4 ,je ne say pas pourquoy je n'acceptasse autant volontiers ou les ides de ,platon1 ou les atomes d',epicurus ou le plain et le vuide de ,leucippus et ,democritus1 ou l'eau de ,thales1 ou l'infinit de nature d',anaximander1 ou l'air de ,diogenes1 ou les nombres et symmetrie de ,pythagoras1 444ou tout autre opinion1 de cette confusion infinie d'advis et de sentences que produit cette belle raison humaine par sa certitude et clair-voyance en tout ce de quoy elle se mesle1 comme je feroy l'opinion d',aristote1 sur ce subject des principes des choses naturelles3 lesquels principes il bastit de trois pieces1 matire1 forme et privation4 ,et qu'est-il plus vain que de faire l'inanit mesme cause de la production des choses8 ,la privation1 c'est une ngative2 de quelle humeur en a il peu faire la cause et l'origine des choses qui sont#afb4 ,bacon1 lui aussi1 numre les principes physiques de plusieurs philosophes1 et il conclut3 ,or1 dans toutes ces opinions-l1 on voit une certaine teinte de physique1 on y reconnat quelque peu de la nature et de l'exprience1 cela sent le corps et la matire2 au lieu que la physique d',aristote n'est qu'un fracas de termes de dialectique2 et cette dialectique il l'a remanie dans sa mtaphysique sous un nom plus imposant444 #afc ,mais la physique n'est pas le domaine ordinaire de la pense de ,montaigne4 ,si nous le cherchons chez lui1 en morale1 nous constaterons1 je crois1 que1 d'abord sduit par la prestigieuse lvation du stocisme qui flatte son imagination1 ,montaigne se dgage peu peu de cette autorit3 il prend possession de son moi1 et c'est en opposition avec cette arrogance stocienne un moment partage qu'il affirme sa doctrine lui1 trs personnelle4 ,sans doute1 ,bacon n'a pas recherch l'histoire de la pense de ,montaigne1 il n'a pas pu dmler cette ascension progressive vers la libert2 mais il en a connu les effets1 et cela suffit3 il a pu voir qu'au chapitre ,de la vanit#afd1 si ,montaigne dveloppe si complaisamment son got pour les voyages1 c'est afin de critiquer la prtention qu'ont les stociens de bannir toute frivolit de notre vie2 au chapitre ,de la physionomie#afe1 s'il nous montre avec tant de vivacit le courage des paysans en face de la mort1 c'est pour critiquer tous les efforts infructueux que font ces mmes stociens nous y prparer4 ,entran par leur autorit1 il a partag leurs erreurs2 il en est d'autant plus ardent les combattre4 ,enfin1 l'ombre de sa critique contre l'autorit des anciens1 ,bacon en glisse une autre contre l'autorit de l',ecriture ,sainte en matire scientifique4 ,ce n'est pas chez lui marque d'incrdulit1 c'est besoin d'un esprit scientifique dj singulirement vigoureux de puiser ses connaissances la seule source des faits4 ,il prtend sparer totalement le domaine de la science du domaine de la foi4 ,or1 chez ,montaigne1 il avait rencontr trs nette cette mme tendance4 ,montaigne l'avait porte dans la science morale1 entreprise plus hardie que s'il se ft agi de science physique4 ,j'ay veu aussi1 de mon temps1 faire plainte d'aucun escris1 de ce qu'ils sont purement humains et philosophiques1 sans meslange de theologie4 ,qui diroit au contraire1 ce ne seroit pourtant sans quelque raison3 ,que la doctrine divine tient mieux son rang part1 comme royne et dominatrice2 qu'elle doibt estre principale partout1 poinct suffragante et subsidiaire444 ,que les raisons divines se considerent plus venerablement et reveramment seules et en leur stile qu'apparies aux discours humains2 ,qu'il se voit plus souvent cette faute que les theologiens escrivent trop humainement1 que cette autre que les humanistes escrivent trop peu theologalement3 la philosophie1 dict sainct ,chrysostome1 est piea banie de l'escole sainte1 comme une servant inutile1 et estime indigne de voir seulement en passant1 de l'entre1 le sacraire des saints thresors de la doctrine cleste444 #aff4 ,bacon n'est pas moins respectueux dans les formes qu'il prend pour relguer chez elles les ,ecritures3 prtendre tabli la physique sur le premier livre de la ,gense3 ,c'est1 dit-il1 s'il est permis d'employer le langage des ,saintes ,ecritures1 chercher les choses mortes parmi les vivantes4#afg4 ,et maintenant1 que signifient ces nombreux rapprochements que nous venons d'tablir8 ,il importe d'en limiter le sens1 afin qu'on ne leur fasse pas dire ce qu'ils ne disent pas4 ,bacon n'a certes pas pris de toutes pices1 chez ,montaigne1 sa critique de l'esprit humain1 la manire o1 par exemple1 ,montaigne a cueilli chez ,plutarque une large part de ses ides morales3 rien de pareil4 ,jamais1 en somme1 l'expression de ,bacon ne manifeste un souvenir direct de ,montaigne4 ,ce que nous montre ce parallle1 c'est que la plupart des ides que nous trouvons dans la ,critique des fantmes taient dj parses dans les ,essais de ,montaigne1 qu'aucun crivain1 peut-tre1 ne les prsentait ,bacon aussi bien runies et aussi fortement mises en oeuvre4 ,or1 comme nous savons d'ailleurs 7tout l'ensemble de cette tude nous l'a dmontr7 que ,bacon pratiquait ,montaigne1 qu'il le lisait dj au moment o il publiait sa premire oeuvre1 et qu'il est revenu lui diverses poques de sa vie1 n'est-il pas naturel de penser que ,montaigne l'a singulirement aid mrir1 dgager ces ides qu'il expose tout la fin de sa carrire8 ,la pense de ,montaigne est tout imprgne de cette crainte des fantmes4 ,son exemple tait peut-tre plus instructif que ses prceptes4 ,il signale souvent les cueils1 mais plus souvent encore on le voit gouverner de manire les viter4 ,le commerce d'un philosophe aussi scrupuleux tait minemment propre inspirer de la prudence au hardi penseur qui se promettait tant de la science1 et lui faire crire la premire partie de son ,novum organum4 ,a propos d'un sujet voisin1 nous allons saisir peut-tre d'une manire plus prcise cette influence4 ,outre cette psychologie des fantmes de l'esprit humain1 la premire partie du ,novum organum contient une srie de critiques sur la mthode employe jusqu'alors dans l'enqute scientifique4 ,ici encore1 la forme trs sche des aphorismes1 qui ne comporte ni exemples1 ni commentaires1 ne nous laisse rien deviner touchant la provenance de ces ides4 ,si nous n'avions que ces aphorismes1 sans doute nous pourrions penser que ,montaigne est pour quelque chose dans leur formation2 il serait toutefois malais de le montrer4 ,mais ,bacon avait exprim dj ces mmes ides auparavant4 ,nous les trouvons dans son oeuvre1 pour ainsi dire en formation1 avant leur pleine maturit4 ,par l1 nous pouvons avoir quelques indications sur leur histoire4 ,le deuxime chapitre du livre ,v du ,de augmentis s'ouvre par un passage dont 7la chose est vidente premire vue7 les aphorismes que nous nous proposons d'tudier sont le dernier panouissement4 ,je vais en reproduire les principaux passages4 ,bacon y prtend montrer que la dialectique1 seule mthode employe jusqu' lui1 est impuissante dcouvrir les arts4 ,la dialectique444 parle aux hommes comme en passant et les congdie en leur criant qu'il faut s'en rapporter1 sur chaque art1 ceux qui l'exercent444 ,ceux qui ont parl des premiers inventeurs en tout genre et de l'origine des sciences en ont fait honneur au hasard plutt qu'aux hommes1 et ont reprsent les animaux brutes1 quadrupdes1 oiseaux1 poissons1 reptiles1 comme ayant t1 plus que les hommes1 nos matres dans les sciences4 ,en sorte que1 comme les anciens taient dans l'usage de consacrer les inventeurs des choses utiles1 il n'est nullement tonnant que1 chez les ,egyptiens1 nation ancienne1 les temples fussent tout remplis d'effigies d'animaux1 et presque vides d'effigies d'hommes444 ,que si1 d'aprs la tradition des ,grecs1 vous aimez mieux faire honneur aux hommes de l'invention des arts1 encore n'oseriez-vous dire que ,promthe dut ses mditations la connaissance de la manire d'allumer du feu1 et qu'au moment o il frappait un caillou pour la premire fois1 il s'attendait voir jaillir des tincelles1 mais vous avouerez bien qu'il ne dut cette invention qu'au hasard et que1 suivant l'expression des potes1 il fit un larcin ,jupiter2 en sorte que1 par rapport l'invention des arts1 c'est la chvre sauvage que nous devons celle des empltres1 au rossignol celle des modulations de la musique1 la cigogne celle des lavements1 ce couvercle de marmite qui saute en l'air celle de la poudre canon4 ,une mthode d'invention qui ne diffre pas beaucoup de celle dont nous parlons ici1 c'est celle dont ,virgile donne l'ide lorsqu'il dit3 ut varios usu meditando extunderet artes paulatim4 ,car la mthode qu'on nous propose ici n'est autre que celle dont les brutes mmes sont capables et qu'elles emploient frquemment2 je veux dire une attention soutenue1 une perptuelle sollicitude1 un exercice sans relche par rapport une seule chose2 mthode dont le besoin mme de se conserver fait ces animaux une loi et une ncessit444 ,quel tait le conseiller de ce corbeau qui1 durant une grande scheresse1 jetait de petits cailloux dans le creux d'un arbre1 o il avait aperu de l'eau1 pour faire monter le niveau porte de son bec8 ,qui a montr le chemin aux abeilles qu'on voit traversant les plaines de l'air1 comme un vaste ocan1 et parcourant les champs fleuris1 quoique fort loigns de leurs ruches1 puis revenant leurs rayons4 ,qui a appris la fourmi ronger d'abord tout autour le grain qu'elle serre dans son petit magasin1 de peur que ce grain1 venant germer1 ne trompe ainsi ses esprances8 ,et aprs une critique de la conception que les dialecticiens se faisaient de l'induction et de la dduction1 le morceau conclut que ce n'est pas sans apparence de raison que des philosophes se sont prononcs pour le doute des ,sceptiques et des ,acadmiciens trouvant cette dialectique vaine4 ,parmi ces philosophes qui se dclarent sceptiques1 bien probablement c'est ,montaigne que ,bacon pense tout particulirement4 ,la page qu'on vient de lire semble bien prsenter quelques rminiscences des ,essais4 ,ces exemples de leons de mdecine donnes l'homme par les animaux1 ces contes qui mettent en vidence l'intelligence animale1 viennent sans doute de ,plutarque#afh1 mais ,montaigne les avait repris et rendus familiers#afi4 ,nous retrouvons chez lui les animaux inventeurs1 le corbeau qui jette des cailloux dans un arbre creux1 la fourmi qui ronge son grain pour l'empcher de germer4 ,il avait longuement compar la raison de l'animal celle de l'homme1 comme fait ici ,bacon1 et quand1 dans un aphorisme du ,novum organum#agj1 nous entendrons ,bacon concder qu'il y a chez les animaux des rudiments de syllogismes1 ,montaigne a si fort attach son nom cette ide que nous serons trs tents de voir l une influence de son ,apologie de ,sebonde4 ,quelques pages plus loin1 dans la mme ,apologie1 il avait reproch aux savants d'avoir pris pour argent comptant ce prcepte que chaque expert doit estre creu en son art#aga4 ,enfin1 l'objet de tout le morceau de ,bacon est de montrer que1 faute de mthode1 la recherche scientifique n'a pu donner aucun rsultat1 que les quelques progrs accomplis sont dus au hasard et qu'il n'en faut en aucune sorte faire honneur l'esprit humain1 que la situation restera la mme tant que l'exprience ne sera pas guide par une mthode4 ,or1 dans son chapitre sur la mdecine#agb1 ,montaigne1 il est vrai1 n'avait pas parl de la possibilit de guider l'exprience1 mais1 en revanche1 il avait montr avec une singulire force combien elle tait incapable de donner des rsultats par elle seule1 de dmler aucune application pratique dans l'extrme complexit des phnomnes4 ,et avant ,bacon1 il avait dit que les rsultats obtenus taient dus1 non une enqute rationnelle1 mais au hasard4 ,en telles preuves1 celles qu'ils disent avoir acquises par l'inspiration de quelque dmon1 je suis content de les recevoir 7car quant aux miracles je n'y touche jamais72 ou bien encore1 les preuves qui se tirent des choses qui1 pour autre consideration1 tombent souvent en nostre usage1 comme si en la laine1 dequoy nous avons accoustum de nous vestir1 il s'est trouv par accident quelque occulte proprit dessicative qui guerisse les muscles au talon1 et si au reffort1 que nous mangeons pour la nourriture1 il s'est rencontr quelque opration apperitive1 tout ainsi comme ,galen recite qu'il advint un ladre de recevoir guerison par le moyen du vin qu'il beut1 d'autant que de fortune une vipere s'estoit coulee dans le vaisseau4 ,nous trouvons en cest exemple le moyen et une conduite vray-semblable ceste experience1 comme aussi en celles ausquelles ils disent avoir est acheminez par l'exemple d'aucunes bestes4 ,mais1 en la plupart des autres experiences quoy ils disent avoir est conduis par la fortune et n'avoir eu d'autre guide que le hazard1 je trouve le progrez de ceste information incroyable4 ,j'imagine l'homme regardant autour de luy le nombre infiny des choses1 plantes1 animaux1 metaux4 ,je ne say o luy faire commencer son essay2 et quand sa premiere fantasie se jettera sur la corne d'un elan1 quoy il faut prester une creance bien molle et aise1 il se trouve encore autant empesch en sa seconde opration4 ,il luy est propos tant de maladies et tant de circonstances1 qu'avant qu'il soit venu la certitude de ce point o doit joindre la perfection de son experience1 le sens humain y perd son latin2 et avant qu'il ait trouv parmi cette infinit de choses que c'est cette corne1 parmy cette infinit de maladies l'epilepsie1 tant de complexions au melancolique1 tant de saisons en hyver1 tant de nations au ,franois1 tant d'aages en la vieillesse1 tant de mutations celestes en la conjonction de ,venus et de ,saturne1 tant de parties du corps au doigt3 tout cela n'estant guid ny d'argument1 ny de conjecture1 ny d'exemple1 ny d'inspiration divine1 ains du seul mouvement de la fortune1 il faudroit que ce fust par une fortune parfaitement artificielle1 regle et methodique4 ,et puis1 quand la guerison fut faicte1 comment se peut-il asseurer que ce ne fust que le mal estoit arriv sa periode1 ou un effect du hasard1 ou l'operation de quelque austre chose qu'il eust ou mange1 ou beu1 ou touch ce jour-l1 ou le mrite des prieres de sa mere'grand8 ,davantage1 quand cette preuve auroit est parfaicte1 combien de fois fut-elle reitere1 et cette longue corde de fortunes et de rencontres r'enfile1 pour en conclure une regle8 ,quand elle sera conclue par qui est-ce8 ,de tant de millions1 il n'y a que trois hommes qui se meslent d'enregistrer leurs experiences4 ,le sort aura-il r'encontr point nomm l'un de ceux-cy8 ,quoy1 si un autre et si cents autres ont faict des experiences contraires8#agc ,ainsi1 ,montaigne indique deux moyens par lesquels la science mdicale a progress3 l'imitation des animaux et les rvlations fortuites de l'exprience4 ,ce sont les deux mmes que nous avons trouves chez ,bacon4 ,les exemples que ,bacon allgue pour illustrer le premier1 les clystres de cigognes et autres merveilles de ce genre1 se rencontraient dans d'autres passages des ,essais4 ,quant au second1 l'exemple de ,promthe frappant par hasard sa pierre est bien l'quivalent du ladre de ,galien qui trouve une vipre au fond de son verre de vin4 ,bacon pousse plus profondment l'analyse en commentant le mot de ,virgile1 et voil tout2 encore trouve-t-il probablement chez ,montaigne les faits sur lesqueles il taye son commentaire4 ,ensuite1 ,montaigne1 tout en esquissant1 lui aussi1 la critique de l'induction des dialecticiens1 montre qu'tant donne l'extrme complexit des phnomnes de la nature1 il est fou d'esprer qu'on pourra formuler des rgles mdicales si la recherche de l'esprit n'est guide et dirige par rien4 ,c'est prcisment la conclusion laquelle ,bacon veut arriver1 et qu'il tendra de la medecine tous les ordres de sciences4 ,qu'il aille au del1 qu'il pose la ncessit de trouver un guide pour cette exprience1 de constituer une mthode1 tandis que ,montaigne s'en tient cette constatation1 cela n'empche en aucune faon que l'analyse critique de ,montaigne ait pu seconder la pense de ,bacon4 ,ainsi1 la page o ,bacon1 en #afje1 prsente au public1 pour la premire fois1 les ides qui1 dans le premier livre du ,novum organum1 constitueront sa critique de la science telle qu'on l'a comprise avant lui1 semble bien porter la marque de l'influence de ,montaigne4 ,elle prsente des ressemblances frappantes avec une page de son essai sur la mdecine2 elle rpte des ides et des faits que son ,apologie de ,raimond ,sebonde a vulgariss4 ,dans les aphorismes trs nus ou ces penses s'enchsseront plus tard1 rien ne pourra nous dire si ,montaigne est pour quelque chose dans leur formation2 nous serons en droit cependant de supposer qu'il y a contribu4 ,je pourrais encore examiner quelques aphorismes du premier livre du ,novum organum et en rapprocher des passages semblables de ,montaigne2 mais cela nous ferait revenir sur des ides dj vues propos du ,de augmentis#agd4 ,les deux pices matresses de ce livre1 celles qui en donnent vraiment la signification et en mesurent la porte1 ce sont la critique de l'esprit humain et la critique de la mthode des sciences lgue par les anciens1 au seizime sicle2 or1 toutes deux1 nous l'avons vu1 ont des chances de devoir beaucoup ,montaigne4 ,ici toutefois s'arrtent les obligations de ,bacon envers lui4 ,nous n'avons plus qu'un pas faire pour arriver la mthode propre de ,bacon4 ,l'expos de cette mthode remplit le second livre du ,novum organum4 ,on se souvient comment ,bacon en fait connatre d'abord le but1 qui est d'agir sur la nature et de la transformer au gr de la volont humaine2 comment1 ensuite1 il tablit ses tables d'exprience1 d'o presque mathmatiquement devra jaillir l'axiome scientifique2 comment il classe en catgories diverses les expriences1 afin d'attacher l'esprit aux plus fructueuses4 ,de tout cela1 il n'y a rien chercher chez son devancier4 ,mais si ,montaigne n'entre pas avec ,bacon dans la mthode1 il l'accompagne toutefois jusqu' la porte4 ,l'axiome dont dcoule toute la thorie baconienne1 c'est l'axiome de la puissance absolue du fait4 ,c'est la pierre d'assise sur laquelle repose tout l'difice4 ,montaigne avait senti cette puissance du fait4 ,il avait eu l'impression nette que c'tait l le seul fondement solide sur lequel on pt btir4 ,j'ai montr ailleurs#age que ,montaigne n'est pas un sceptique4 ,un moment1 il a t saisi d'un vertige de pyrrhonisme4 ,c'tait le dsarroi d'une conscience qui1 tout coup1 sent la plupart de ses croyances se drober4 ,bientt1 il s'est ressaisi4 ,ce qui lui a chapp dans cette crise1 ce sont les ides chimriques auxquelles le monde1 autour de lui1 est asservi1 et qui ne reposent sur aucun fondement4 ,le rsultat en a t de lui faire reconnatre que l'exprience seule mrite sa confiance4 ,dsormais1 il ne veut plus plier que devant le fait4 ,il ne btira que sur des faits4 ,il limite son dessein la peinture du moi1 afin de bien s'assurer de son objet et pour ne pas risquer de s'garer loin des faits4 ,conformment cette conviction que les faits seuls mritent notre confiance1 il trace les bornes du connaissable4 ,les vrits de la religion ne peuvent pas tre confirmes ou critiques par l'exprience3 elles ne sont donc pas du domaine de la raison4 ,la politique est plus prs de nous4 ,la raison a bien une certaine comptence en matire politique4 ,elle peut corriger des dfauts de dtail4 ,mais elle doit se dfendre des thories ambitieuses et ne jamais oublier qu'elle est incapable de construire un ,etat de toutes pices4 ,il est intressant de relever des rserves de mme genre chez le rationaliste ,bacon4 ,nous avons vu qu'il se dfie lui aussi des nouveauts politiques#agf4 ,en religion1 il creuse1 moins profondment que ,montaigne peut-tre1 le foss qui spare la foi de la raison1 en ce qu'il estime la raison capable de rfuter l'athisme4 ,mais1 comme ,montaigne1 il croit qu'elle ne peut pas dmontrer les vrits religieuses1 et que prtendre attaquer ou dfendre la foi par des arguments humains1 c'est se hasarder dans une entreprise des plus dangereuses1 qui enfantera fatalement l'erreur#agg4 ,c'est le mme agnosticisme qui provient de la mme confiance exclusive dans les faits4 ,on conoit de quelle importance1 pour assurer l'indpendance de la science1 est une telle ligne de dmarcation entre la rvlation et les constructions de la raison humaine4 ,partout o l'exprience peut servir de guide1 ,montaigne se permet de juger4 ,il juge1 avec prudence sans doute1 mais avec fermet4 ,il lit les historiens pour trier dans leurs oeuvres des faits sur lesquels se faonneront et se modleront ses ides4 ,c'est dans l'observation directe de la nature qu'il puise les arguments dont il combat le stocisme4 ,il affirme4 ,il btit un systme de pdagogie4 ,lisez ,montaigne en vous plaant ce point de vue3 vous verrez que1 chez lui1 presque toujours1 le fait--vrai ou faux d'ailleurs1 l n'est pas la question--est la base de l'ide1 et qu'il s'y assujettit avec docilit4 ,son esprit est singulirement raliste et positif pour son temps1 bien fait pour sduire un ,bacon4 ,comment ,montaigne n'a-t-il pas t au del8 ,pourquoi1 lui qui avait une forme d'esprit somme toute si scientifique1 n'a-t-il pas su dterminer la mthode des sciences8 ,il en a bien l'intuition3 il accumule des faits2 sa raison sait parfaitement s'assujettir eux4 ,un pas seulement lui reste faire4 ,s'il ne l'a pas franchi1 c'est1 je crois1 parce que son activit s'est limite la science morale4 ,en physique1 un fait est relativement peu complexe2 on peut le traiter comme une unit1 le coucher sur des tables en classes aisment distinctes1 l'additionner1 le soustraire4 ,dans l'ordre psychologique1 il faut une audacieuse abstraction pour l'assimiler aux faits de mme espce4 ,un psychologue1 et surtout un psychologue trs adonn1 comme ,montaigne1 l'observation intrieure1 n'tait pas port formuler la mthode2 c'tait bien plutt l'affaire d'un physicien4 ,quand ,bacon l'appliquera aux sciences morales1 nous aurons l'impression qu'il transporte dans ces sciences la mthode des sciences positives4 ,dans son essai ,de l',exprience1 ,montaigne a bien indiqu sa manire lui d'interprter l'exprience4 ,c'est celle d'un moraliste4 ,il a trs vif le sentiment que chaque fait est singulier1 et c'est ce qui l'arrte4 ,la raison1 nous dit-il1 a tant de formes que nous ne savons laquelle nous prendre2 l'experience n'en a pas moins4 ,la consequence que nous voulons tirer de la conference des evenemens est mal seure1 d'autant qu'ils sont toujours dissemblables4 ,il n'est aucune qualit si universelle en cette image des choses que la diversit et varit444 ,la ressemblance ne faict pas tant un1 comme la difference faict autre444 ,qu'ont gaign nos legislateurs choisir cent mille espces et faicts particuliers1 et y attacher cent mille loix8 ,ce nombre n'a aucune proportion avec l'infinie diversit des actions humaines44444 ,jamais deux hommes ne jugeront pareillement de mesme chose2 et est impossible de voir deux opinions semblables exactement1 non seulement en divers hommes1 mais en mesme homme en diverses heures4#agh ,et ailleurs encore3 ,l'exemple est un patron libre1 universel et tout sens4 ,sans nul doute on peut tirer profit de l'exprience1 car ces faits trs diffrents1 ont pourtant quelques ressemblances qui les rapprochent4 ,a la raison de saisir ces analogies fugitives d'interprter1 de juger3 sa tche est infiniment dlicate4 ,nous restons ainsi loin de la conception de ,bacon qui prtend rendre presque mcaniques les applications de la mthode et rduire une sorte de machinisme le rle de l'esprit dans la recherche de la vrit4 ,elle ne pouvait gure clore dans le cerveau d'un moraliste4 ,ce n'est que par un excs manifeste de l'esprit de systmatisation que ,bacon en a tendu l'application la science morale4 ,mme dans les sciences physiques et naturelles il ne semble pas que les dcouvertes se soient jamais faites suivant les procds mcaniques imagins par ,bacon4 ,l'induction et l'intuition y ont toujours jou un rle capital4 ,pourtant c'est l'observation des phnomnes physiques et naturels qui seuls pouvaient les suggrer4 ,aussi d'autres savants1 physiciens et naturalistes1 prdcesseurs de ,bacon ou ses contemporains1 bauchaient-ils vers le mme temps les grandes lignes de la mthode exprimentale4 ,c'est d'eux1 c'est des milieux scientifiques qu'est venue l'impulsion4 ,mais l'attitude de ,montaigne en face des faits nous expliquent que ,bacon ait senti en lui1 une pense soeur de la sienne4 ,il a compris que leurs tendances taient les mmes3 toute la critique de ,montaigne ne l'a pas effray2 elle l'a attir1 parce qu'elle n'tait pas ngative1 parce qu'elle purait la notion du fait et habituait l'esprit considrer le fait dans sa nudit4 ,je crois donc que1 contrairement l'opinion qui tend s'accrditer1 l'influence de ,montaigne sur l'essayiste qui est en ,bacon a t de peu d'importance4 ,mais si les remarques qui prcdent1 d'ailleurs hypothtiques1 je le rpte1 ne sont pas sans fondement1 il se pourrait que ,montaigne1 lu de bonne heure par ,bacon1 et veill et aiguis son esprit critique1 que lui montrant la pauvret des mthodes en usage et la faiblesse de la raison humaine abandonne ses seules forces1 il l'et incit construire sa mthode4 ,voil ce que les savants ne faisaient pas1 ce que personne1 je crois1 au ,x,v,ie sicle ne pouvait faire aussi bien que ,montaigne4 ,ce serait alors dans le premier livre du ,novum organum1 qui est la base de toute l',instauratio magna1 qu'il faudrait chercher son influence4 ,elle serait comparable celle qu'on s'accorde lui reconnaitre sur la pense de ,descartes1 qui part du doute mthodique1 ou sur celle de ,pascal qui crase l'orgueil de la raison4 ,toute mthode s'appuie sur une critique des dmarches spontanes de l'esprit humain4 ,c'est cette critique de la raison que ,montaigne aurait prpare la fois pour ,bacon1 pour ,descartes et pour ,pascal4 ,remarquons toutefois qu'il est bien plus prs de ,bacon que des deux autres4 ,c'est par l'observation des faits qu'il chappe au doute2 ce n'est pas par l'vidence qui sera le refuge de ,descartes1 et rien ne lui est plus tranger que le mysticisme de ,pascal4 #aba ,cf4 ,nov4 ,org41 ,i1 aphor4 #i4 #abb ,cf4 ,nov4 ,org41 ,i1 aphor4 #ajd4 #abc ,montaigne1 ,essais1 ,,ii1 ,,xii1 tome ,,iv1 p4 #if4 #abd ,montaigne1 ,essais1 ,,ii1 ,,xiii1 tome ,,iv1 p4 #ie4 #abe ,montaigne1 ,essais1 ,i1 ,,xxxii4 #abf ,montaigne1 ,essais1 ,,ii1 ,,xii1 passim4 #abg ,nov4 org4 ,i1 aphor4 #ed4 #abh ,novum organum1 ,i1 aphor4 #da4 #abi ,montaigne3 ,essais1 ,,ii1 ,,xii1 tome ,,iv1 p4 #ch4 #acj ,novum organum1 ,i1 aphor4 #de4 ,encore pourrait-on rapprocher l'essai 7,i1 ,,xxxviii7 de ,montaigne intitul3 ,comme nous pleurons et rions d'une mesme chose4 ,il y critique ceux qui n'apportent pas assez de souplesse juger les actions des hommes1 ceux qui doutent par exemple que les larmes de ,csar en voyant la tte de ,pompe mort aient pu tre des larmes sincres4 ,ici et en plusieurs autres chapitres 7,i1 ,,ii1 ch4 #a par exemple de l',inconstance de nos actions71 il accuse l'esprit humain de vouloir ramener toutes les actions d'un mme homme un petit nombre de principes1 c'est--dire de dformer la ralit psychologique par un besoin naturel d'ordre4 #aca ,novum organum1 ,i1 aphor4 #df4 #acb ,voir ci-dessus1 p4 #de et #df4 #acc ,montaigne1 ,essais1 ,i1 ,,xi1 tome ,i1 p4 #ed4 #acd ,montaigne1 ,essais1 ,,ii1 ,,xii1 tome ,,iv1 p4 #di4 #ace ,montaigne1 ,essais1 ,,ii1 ,,xii1 tome ,,iv1 p4 #ib4 #acf ,montaigne1 ,essais1 ,i1 ,,xxxii4 #acg ,novum organum1 ,i4 aphor4 #dh4 #ach ,montaigne4 ,essais1 ,,iii4 ,,vi4 #aci ,ibid41 ,,iii4 ,,xi4 #adj ,ibid41 ,,iii1 ,,xi1 tome ,,vi4 p4 #beb4 #ada ,montaigne1 ,essais1 ,,ii4 ,,xvii4 #adb ,voir l'essai ,i1 ,,xxxviii et aussi ce que ,montaigne dit des guerres civiles1 dans l'essai ,,iii1 ,x4 #adc ,nov4 org41 ,i1 aphor4 #di4 #add ,montaigne1 ,essais1 ,,iii1 ,x1 t4 ,,vi1 p4 #bca4 #ade ,montaigne1 ,essais ,,iii1 ,,xiii1 dbut4 #adf ,montaigne1 ,essais ,,iii4 ,,xiii1 tome ,,vii4 p4 #cj4 #adg ,novum organum ,i1 apho4 #ej4 #adh ,ibid41 ,i1 apho4 #ea4 #adi ,montaigne1 ,essais ,,ii4 ,,xii2 tome ,,iv4 p4 #afa4 #aej ,montaigne1 ,essais1 ,i1 ,,xxxvii4 #aea ,ibid41 ,i1 ,,xxxvi1 tome ,,ii1 page #afa4 #aeb ,novum organum1 ,i1 apho4 #ed4 #aec ,ibid41 ,i1 apho4 #ef4 #aed ,montaigne1 ,essais1 ,i1 ,,xxxvii4 #aee ,ibid41 ,i1 ,,xxxi4 #aef ,ibid41 ,i1 ,,xxvi4 #aeg ,montaigne1 ,essais1 ,,ii1 ,,xii1 tome ,,iv1 p4 #acc4 #aeh ,ibid41 ,,iii1 ,,xiii4 #aei ,montaigne1 ,essais1 ,,iii1 ,,xiii1 tome ,,vii1 p4 #i4 #afj ,ibid41 ,,ii1 ,,xii1 tome ,,iv1 p4 #cj4 #afa ,ibid41 ,i1 ,,xxvi1 tome ,,ii1 p4 #ca4 #afb ,montaigne1 ,essais1 ,,ii1 ,,xii1 tome ,,iv1 p4 #ej4 #afc ,novum organum1 ,i1 apho4 #fc4 ,trad4 ,riaux1 tome ,,ii1 p4 #be4 ,bien entendu je ne pense pas qu'il y ait ici plus que dans les textes prcdents une rminiscence consciente de ,montaigne4 #afd ,montaigne1 ,essais1 ,,iii1 ,,ix4 #afe ,ibid41 ,,iii1 ,,xii4 #aff ,montaigne1 ,essais ,i1 ,,lvi1 tome ,,ii1 p4 #big4 #afg ,novum organum1 ,i1 #fe1 ,ed4 ,riaux1 tome ,,ii1 p4 #bf4 #afh ,de ,augmentis1 ,v4 ,,ii4 ,traduct4 ,riaux1 tome ,i1 p4 #bbd4 #afi ,montaigne1 ,essais ,,ii1 ,,xii1 toute la premire partie du chapitre4 #agj ,novum organum ,,ii1 #be3 ,on croit avoir fait une division bien exacte lorsqu'on les a divises en raison humaine et instinct des brutes4 ,cependant il est telles actions qu'on voit faire ces brutes et qui porteraient penser qu'elles sont capables aussi de faire des espces de syllogismes1 surtout si l'on en veut croire ce qu'on rapporte de certain corbeau qui1 durant une grande scheresse1 tant presque mort du soif1 aperut de l'eau dans le creux d'un tronc d'arbre et n'y pouvant entrer parce que l'ouverture tait trop troite1 ne cessa d'y jeter de petits cailloux jusqu' ce que le niveau de l'eau s'levt assez haut pour qu'il pt boire son aise1 et ce fait a depuis pass en proverbe4 #aga ,ibid41 ,,ii1 ,,xii1 tome ,,iv1 page #ea4 #agb ,ibid41 ,,ii1 ,,xxxvii4 #agc ,montaigne1 ,essais ,,ii1 ,,xxxii1 tome ,v1 page #aee4 #agd ,cf4 par exemple l'aphorisme #ga sur les striles disputes des philosophes4 #hc3 ide que c'est rabaisser la majest de l'esprit que de l'attacher aux vulgaires expriences4 #hd3 ide que la vrit est fille du temps1 non de l'autorit4 #ij3 manque absolu de jugement dans les exercices d'cole4441 etc4 #age ,pour toutes ces ides voir mon ouvrage sur les ,sources et l',evolution des ides de ,montaigne1 ,paris1 ,hachette #aijh1 t4 ,,ii1 pp4 #bjf1 #cji1 #cbc1 etc4 #agf ,voir ci-dessus p4 #df4 #agg ,de ,augmentis 7liv4 ,,ix7 ,the doctrine of religion1 as well moral as mystical1 is not to be attained but by inspiration and revelation from ,god4 #agh ,essai ,,iii1 ,,xiii2 tome ,,vii4