by the ,bibliothque nationale de ,france 7,bn,f_/,gallica7 at http3_/_/gallica4bnf4fr7 ,,guillaume ,,apollinaire ,l',hrsiarque ,cie --,,troisi,,me ,,dition-- ,,paris ,p4-,v4 ,,stock1 ,,diteur #aee1 ,,rue ,,saint-,,honor1 #aee #aiaj ,tous droits rservs4 ,l'auteur et l'diteur dclarent rserver leurs droits de traduction et de reproduction pour tous les pays1 y compris la ,sude et la ,norvge4 ,cet ouvrage a t dpos au ,ministre de l',intrieur 7section de la librairie7 en octobre #aiaj4 ,,ouvrages ,,du ,m,,me ,,auteur ,chez ,,henri ,,kahnweiler1 diteur1 #bh1 rue ,vignon3 ,l',enchanteur ,pourrissant1 avec bois d',andr ,derain2 dition de ,bibliophiles1 #ajf exemplaires4 ,l'exemplaire sur papier verg #fj francs ,l'exemplaire sur papier ,japon #abj -- ,,sous ,,presse ,chez ,,deplanche1 diteur d',art1 #ah1 rue de la ,chausse-d',antin3 ,le ,bestiaire ou ,cortge d',orphe1 pomes1 avec bois de ,raoul ,dufy1 dition de ,bibliophiles1 #abj exemplaires4 ,l'exemplaire sur papier ,hollande #ajj francs ,l'exemplaire sur papier ,japon #abe -- ,e4 ,,grevin--,,imprimerie ,,de ,,lagny ,de cet ouvrage il a t tir part ,,vingt ,,et ,,un ,,exemplaires ,,sur ,,papier ,,de ,,hollande numrots et paraphs par l'diteur4 ,,thad,e ,,natanson ,,ces ,,philtres ,,de ,,phantase ,,le ,,passant ,,de ,,prague ,en mars #aijb1 je fus ,prague4 ,j'arrivais de ,dresde4 ,ds ,bodenbach1 o sont les douanes autrichiennes1 les allures des employs de chemin de fer m'avaient montr que la raideur allemande n'existe pas dans l'empire des ,habsbourg4 ,lorsqu' la gare je m'enquis de la consigne1 afin d'y dposer ma valise1 l'employ me la prit2 puis1 tirant de sa poche un billet depuis longtemps utilis et graisseux1 il le dchira en deux et m'en donna une moiti en m'invitant la garder soigneusement4 ,il m'assura que1 de son ct1 il ferait de mme pour l'autre moiti1 et que1 les deux fragments de billet concidant1 je prouverais ainsi tre le propritaire du bagage quand il me plairait de rentrer en sa possession4 ,il me salua en retirant son disgracieux kpi autrichien4 la sortie de la gare ,franois-,joseph1 aprs avoir congdi les faquins1 d'obsquiosit tout italienne1 qui s'offraient en un allemand incomprhensible1 je m'engageai dans de vieilles rues1 afin de trouver un logis en rapport avec ma bourse de voyageur peu riche4 ,selon une habitude assez inconvenante1 mais trs commode quand on ne connat rien d'une ville1 je me renseignai auprs de plusieurs passants4 ,pour mon tonnement1 les cinq premiers ne comprenaient pas un mot d'allemand1 mais seulement le tchque4 ,le sixime1 auquel je m'adressai1 m'couta1 sourit1 et me rpondit en franais3 --,parlez franais1 monsieur1 nous dtestons les ,allemands bien plus que ne font les ,franais4 ,nous les hassons1 ces gens qui veulent nous imposer leur langue1 profitent de nos industries et de notre sol dont la fcondit produit tout1 le vin1 le charbon1 les pierres fines et les mtaux prcieux1 tout1 sauf le sel4 ,prague1 on ne parle que le tchque4 ,mais lorsque vous parlerez franais1 ceux qui sauront vous rpondre le feront toujours avec joie4 ,il m'indiqua un htel situ dans une rue dont le nom est orthographi de telle sorte qu'on le prononce ,porjitz1 et prit cong en m'assurant de sa sympathie pour la ,france4 99 99 99 99 99 ,peu de jours auparavant1 ,paris avait ft le centenaire de ,victor ,hugo4 ,je pus me rendre compte que les sympathies bohmiennes1 manifestes cette occasion1 n'taient pas vaines4 ,sur les murs1 de belles affiches annonaient les traductions en tchque des romans de ,victor ,hugo4 ,les devantures des librairies semblaient de vritables muses bibliographiques du pote4 ,sur les vitrines taient colls des extraits de journaux parisiens relatant la visite du maire de ,prague et des ,sokols4 ,je me demande encore quel tait le rle de la gymnastique en cette affaire4 ,le rez-de-chausse de l'htel qui m'avait t indiqu1 tait occup par un caf chantant4 ,au premier tage1 je trouvai une vieille qui1 aprs que j'eus dbattu le prix1 me mena dans une chambre troite o taient deux lits4 ,je spcifiai que j'entendais habiter seul4 ,la femme sourit1 et me dit que je ferais comme bon me semblerait2 qu'en tout cas je trouverais facilement une compagne au caf-chantant du rez-de-chausse4 99 99 99 99 99 ,je sortis1 dans l'intention de me promener tant qu'il ferait jour et de dner ensuite dans une auberge bohmienne4 ,selon ma coutume1 je me renseignai auprs d'un passant4 ,il se trouva que celui-ci reconnut aussi mon accent et me rpondit en franais3 --,je suis tranger comme vous1 mais je connais assez ,prague et ses beauts pour vous inviter m'accompagner travers la ville4 ,je regardai l'homme4 ,il me parut sexagnaire1 mais encore vert4 ,son vtement apparent se composait d'un long manteau marron au col de loutre1 d'un pantalon de drap noir assez troit pour mouler un mollet qu'on devinait trs muscl4 ,il tait coiff d'un large chapeau de feutre noir1 comme en portent souvent les professeurs allemands4 ,son front tait entour d'une bandelette de soie noire4 ,ses chaussures de cuir mou1 sans talons1 touffaient le bruit de ses pas gaux et lents comme ceux de quelqu'un qui1 ayant un long chemin parcourir1 ne veut pas tre fatigu en arrivant au but4 ,nous allions sans parler4 ,je dtaillai le profil de mon compagnon4 ,le visage disparaissait presque dans la masse de la barbe1 des moustaches1 et des cheveux dmesurment longs mais soigneusement peigns1 d'une blancheur d'hermine4 ,on voyait pourtant les lvres paisses et violettes4 ,le nez prominant1 poilu et courbe4 ,prs d'un urinoir1 l'inconnu s'arrta et me dit3 --,pardon1 monsieur4 ,je le suivis4 ,je vis que son pantalon tait pont4 ,ds que nous fmes sortis3 --,regardez ces anciennes maisons1 dit-il2 elles conservent les signes qui les distinguaient avant qu'on ne les et numrotes4 ,voici la maison la ,vierge1 celle-l est l',aigle1 et voil la maison au ,chevalier4 ,au-dessus du portail de cette dernire une date tait grave4 ,le vieillard la lut haute voix3 --#agba4 ,o tais-je donc8444 ,le #ba juin #agba j'arrivai aux portes de ,munich4 ,je l'coutais1 effray1 et pensant avoir affaire un fou4 ,il me regarda et sourit1 dcouvrant des gencives dentes4 ,il continua3 ,j'arrivai aux portes de ,munich4 ,mais il parat que ma figure ne plut pas aux soldats du poste1 car ils m'interrogrent de faon fort indiscrte4 ,mes rponses ne les satisfaisant pas1 ils me garrottrent et me menrent devant les inquisiteurs4 ,bien que ma conscience ft nette1 je n'tais pas fort rassur4 ,en chemin1 la vue du saint ,onuphre1 peint sur la maison qui porte actuellement le numro #ag de la ,marienplatz1 m'assura que je vivrais au moins jusqu'au lendemain4 ,car cette image a la proprit d'accorder un jour de vie qui la regarde4 ,il est vrai que1 pour moi1 cette vue n'avait que peu d'utilit2 je possde l'ironique certitude de survivre4 ,les juges me remirent en libert1 et1 durant huit jours1 je me promenai dans ,munich4 --,vous tiez bien jeune alors1 articulai-je pour dire quelque chose2 bien jeune6 ,il rpondit sur un ton d'indiffrence3 --,plus jeune de prs de deux sicles4 ,mais1 sauf le costume1 j'avais le mme aspect qu'aujourd'hui4 ,ce n'tait d'ailleurs pas ma premire visite ,munich4 ,j'y tais venu en #accd1 et je me souviens toujours de deux cortges que j'y rencontrai4 ,le premier tait compos d'archers promenant une ribaude1 qui faisait vaillamment tte aux hues populaires et portait royalement sa couronne de paille1 diadme infamant au sommet duquel tintinnabulait une clochette2 deux longues tresses de paille descendaient jusqu'aux jarrets de la belle fille4 ,ses mains enchanes taient croises sur son ventre qui avanait vnrieusement1 selon la mode d'une poque o la beaut des femmes consistait paratre enceintes4 ,c'est d'ailleurs leur seule beaut4 ,le second cortge tait celui d'un juif qu'on menait pendre4 ,avec la foule hurlante et saoule de bire1 je marchai jusqu'aux potences4 ,le juif avait la tte prise dans un masque de fer peint en rouge4 ,ce masque dissimulait une figure diabolique1 dont les oreilles avaient1 vrai dire1 la forme des cornets qui sont les oreilles d'ne dont on coiffe les mchants enfants4 ,le nez s'allongeait en pointe1 et1 pesant1 forait le malheureux marcher courb4 ,une langue immense1 plate1 troite et roule compltait ce jouet incommode4 ,nulle femme n'avait piti du juif4 ,aucune n'eut l'ide d'essuyer sa face suante sous le masque1--comme cette inconnue qui essuya le visage de ,jsus avec le linge appel ,sainte-,vronique4 ,ayant remarqu qu'un valet du cortge menait deux gros chiens en laisse1 la plbe exigea qu'on les pendt aux cts du juif4 ,je trouvai que c'tait un double sacrilge1 au point de vue de la religion de ces gens-l1 qui firent du juif une sorte de ,christ navrant1 et au point de vue de l'humanit1 car je dteste les animaux1 monsieur1 et ne supporte pas qu'on les traite en hommes6 --,vous tes isralite1 n'est-ce pas8 dis-je simplement4 ,il rpondit3 --,je suis le ,juif ,errant4 ,vous l'aviez sans doute dj devin4 ,je suis l'ternel ,juif--c'est ainsi que m'appellent les ,allemands4 ,je suis ,isaac ,laquedem4 ,je lui donnai ma carte en lui disant3 --,vous tiez ,paris1 l'an dernier1 en avril1 n'est-ce pas8 ,et vous avez crit la craie votre nom sur un mur de la rue de ,bretagne4 ,je me souviens de l'avoir lu1 un jour que1 sur l'impriale d'un omnibus1 je me rendais la ,bastille4 ,il dit que c'tait vrai1 et je continuai3 --,on vous attribue souvent le nom d',ahasvrus8 --,mon ,dieu1 ces noms m'appartiennent et bien d'autres encore6 ,la complainte que l'on chanta aprs ma visite ,bruxelles me nomme ,isaac ,laquedem1 d'aprs ,philippe ,mouskes1 qui1 en #abdc1 mit en rimes flamandes mon histoire4 ,le chroniqueur anglais ,mathieu de ,paris1 qui la tenait du patriarche armnien1 l'avait dj raconte4 ,depuis1 les potes et les chroniqueurs ont souvent rapport mes passages1 sous le nom d',ahasver1 ,ahasvrus ou ,ahasvre1 dans telles ou telles villes4 ,les ,italiens me nomment ,buttadio--en latin ,buttadeus2--les ,bretons1 ,boudedeo2 les ,espagnols1 ,juan ,espra-en-,dios4 ,je prfre le nom d',isaac ,laquedem1 sous lequel on m'a vu souvent en ,hollande4 ,des auteurs prtendent que j'tais portier chez ,ponce-,pilate1 et que mon nom tait ,karthaphilos4 ,d'autres ne voient en moi qu'un savetier1 et la ville de ,berne s'honore de conserver une paire de bottes qu'on prtend faites par moi et que j'y aurais laisses aprs mon passage4 ,mais je ne dirai rien sur mon identit1 sinon que ,jsus m'ordonna de marcher jusqu' son retour4 ,je n'ai pas lu les oeuvres que j'ai inspires1 mais j'en connais le nom des auteurs4 ,ce sont3 ,goethe1 ,schubart1 ,schlegel1 ,schreiber1 von ,schenck1 ,pfizer1 ,w4 ,mller1 ,lenau1 ,zedlitz1 ,mosens1 ,kohler1 ,klingemann1 ,levin1 ,schking1 ,andersen1 ,heller1 ,herrig1 ,hamerling1 ,robert ,giseke1 ,carmen ,sylva1 ,hellig1 ,neubaur1 ,paulus ,cassel1 ,edgard ,quinet1 ,eugne ,su1 ,gaston ,paris1 ,jean ,richepin1 ,jules ,jouy1 l',anglais ,conway1 les ,pragois ,max ,haushofer et ,suchomel4 ,il est juste d'ajouter que tous ces auteurs se sont aids du petit livre de colportage qui1 paru ,leyde en #afjb1 fut aussitt traduit en latin1 franais et hollandais1 et fut rajeuni et augment par ,simrock dans ses livres populaires allemands4 ,mais regardez6 ,voici le ,ring ou ,place de ,grve4 ,cette glise contient la tombe de l'astronome ,tycho-,brah2 ,jean ,huss y prcha1 et ses murailles gardent les marques des boulets des guerres de ,trente ,ans et de ,sept ,ans4 ,nous nous tmes1 visitmes l'glise1 puis allmes entendre tinter l'heure l'horloge de l',htel de ,ville4 ,la ,mort1 tirant la corde1 sonnait en hochant la tte4 ,d'autres statuettes remuaient1 tandis que le coq battait des ailes et que1 devant une fentre ouverte1 les ,douze ,aptres passaient en jetant un coup d'oeil impassible sur la rue4 ,aprs avoir visit la dsolante prison appele ,schbinska1 nous traversmes le quartier juif aux talages de vieux habits1 de ferrailles et d'autres choses sans nom4 ,des bouchers dpeaient des veaux4 ,des femmes bottes se htaient4 ,des juifs en deuil passaient1 reconnaissables leurs habits dchirs4 ,les enfants s'apostrophaient en tchque ou en jargon hbraque4 ,nous visitmes1 tte couverte1 l'antique synagogue1 o les femmes n'entrent point pendant les crmonies1 mais regardent par une lucarne4 ,cette synagogue a l'air d'une tombe1 o dort voil le vieux rouleau de parchemin qui est une admirable thora4 ,ensuite1 ,laquedem lut l'horloge de l',htel de ,ville juif qu'il tait trois heures4 ,cette horloge porte des chiffres hbreux et ses aiguilles marchent rebours4 ,nous passmes la ,moldau sur la ,carlsbrcke1 pont d'o saint ,jean ,npomucne1 martyr du secret de la ,confession1 fut jet dans la rivire4 ,de ce pont orn de statues pieuses1 on a le spectacle magnifique de la ,moldau et de toute la ville de ,prague avec ses glises et ses couvents4 ,en face de nous se dressait la colline du ,hradschin4 ,pendant que nous montions entre les palais1 nous parlmes4 --,je croyais1 dis-je1 que vous n'existiez pas4 ,votre lgende1 me semblait-il1 symbolisait votre race errante444 ,j'aime les ,juifs1 monsieur4 ,ils s'agitent agrablement et il en est de malheureux444 ,ainsi1 c'est vrai1 ,jsus vous chassa8 --,c'est vrai1 mais ne parlons pas de cela4 ,je suis accoutum ma vie sans fin et sans repos4 ,car je ne dors pas4 ,je marche sans cesse1 et marcherai encore pendant que se manifesteront les ,quinze ,signes du ,jugement ,dernier4 ,mais je ne parcours pas un chemin de la croix1 mes routes sont heureuses4 ,tmoin immortel et unique de la prsence du ,christ sur la terre1 j'atteste aux hommes la ralit du drame divin et rdempteur qui se dnoua sur le ,golgotha4 ,quelle gloire6 ,quelle joie6 ,mais je suis aussi depuis dix-neuf sicles le spectateur de l',humanit1 qui me procure de merveilleux divertissements4 ,mon pch1 monsieur1 fut un pch de gnie1 et il y a bien longtemps que j'ai cess de m'en repentir4 ,il se tut4 ,nous visitmes le chteau royal du ,hradschin1 aux salles majestueuses et dsoles1 puis la cathdrale1 o sont les tombes royales et la chsse d'argent de saint ,npomucne4 ,dans la chapelle o l'on couronnait les rois de ,bohme1 et o le saint roi ,wenceslas subit le martyre1 ,laquedem me fit remarquer que les murailles taient de gemmes3 agates et amthystes4 ,il m'indiqua une amthyste3 --,voyez1 au centre1 les veinures dessinent une face aux yeux flamboyants et fous4 ,on prtend que c'est le masque de ,napolon4 --,c'est mon visage1 m'criai-je1 avec mes yeux sombres et jaloux6 ,et c'est vrai4 ,il est l1 mon portrait douloureux1 prs de la porte de bronze o pend l'anneau que tenait saint ,wenceslas quand il fut massacr4 ,nous dmes sortir4 ,j'tais ple et malheureux de m'tre vu fou1 moi qui crains tant de le devenir4 ,laquedem1 pitoyable1 me consola et me dit3 --,ne visitons plus de monuments4 ,marchons dans les rues4 ,regardez bien ,prague2 ,humboldt affirme qu'elle est parmi les cinq villes les plus intressantes d',europe4 --,vous lisez donc8 --,oh6 parfois1 de bons livres1 en marchant444 ,allons1 riez6 ,j'aime aussi parfois en marchant4 --,quoi6 vous aimez et n'tes jamais jaloux8 --,mes amours d'un instant valent des amours d'un sicle4 ,mais1 par bonheur1 personne ne me suit1 et je n'ai pas le temps de prendre cette habitude d'o s'engendre la jalousie4 ,allons1 riez6 ne craignez ni l'avenir1 ni la mort4 ,on n'est jamais sr de mourir4 ,croyez-vous donc que je sois seul n'tre pas mort6 ,souvenez-vous d',enoch1 d',elie1 d',empdocle1 d',apollonius de ,tyane4 ,n'y a-t-il plus personne au monde pour croire que ,napolon vive encore8 ,et ce malheureux roi de ,bavire1 ,louis ,,ii6 ,demandez aux ,bavarois4 ,tous affirmeront que leur roi magnifique et fou vit encore4 ,vous-mme1 vous ne mourrez peut-tre pas4 99 99 99 99 99 ,la nuit descendait et les lumires naissaient sur la ville4 ,nous repassmes la ,moldau par un pont plus moderne3 --,il est l'heure de dner1 dit ,laquedem1 la marche excite l'apptit et je suis un gros mangeur4 ,nous entrmes dans une auberge o l'on faisait de la musique4 ,il y avait l un violoniste2 un homme qui tenait le tambour1 la grosse caisse et le triangle2 un troisime1 qui touchait une sorte d'harmonium deux petits claviers juxtaposs et placs sur soufflets4 ,ces trois musiciens faisaient un bruit du diable et accompagnaient fort bien le goulasch au paprika1 les pommes de terre sautes mles de grains de cumin1 le pain aux graines de pavot et la bire amre de ,pilsen qu'on nous servit4 ,laquedem mangea debout en se promenant dans la salle4 ,les musiciens jouaient puis qutaient4 ,pendant ce temps1 la salle s'emplissait des voix gutturales de ses htes1 tous ,bohmiens tte en boule1 face ronde1 au nez en l'air4 ,laquedem parla dlibrment4 ,je vis qu'il m'indiquait4 ,on me regarda2 quelqu'un vint me serrer la main en disant3 ,viv la ,frantz6 ,la musique joua la ,marseillaise4 ,petit petit l'auberge s'emplit4 ,il y avait l aussi des femmes4 ,alors1 on dansa4 ,laquedem saisit la jolie fille de l'hte1 et les voir me fut un ravissement4 ,tous deux dansaient comme des anges1 selon ce qu'en dit le ,talmud qui appelle les anges matres de danse4 ,soudain1 il empoigna sa danseuse1 la souleva et balla ainsi aux applaudissements de tous4 ,quand la fille fut de nouveau sur ses pieds1 elle tait srieuse et quasi pme4 ,laquedem lui donna un baiser qui claqua juvnilement4 ,il voulut payer son cot dont le montant tait d'un florin4 cet effet il tira sa bourse1 soeur de celle de ,fortunatus et jamais vide des cinq sous lgendaires4 99 99 99 99 99 ,nous sortmes de l'auberge et traversmes la grande place rectangulaire nomme ,wenzelplatz1 ,viehmarkt1 ,rossmarkt ou ,vclavsk ,nmesti4 ,il tait dix heures4 la lueur des rverbres rdaient des femmes qui1 au passage1 nous murmuraient des mots tchques d'invite4 ,laquedem m'entrana dans la ville juive en disant3 --,vous allez voir3 pour la nuit1 chaque maison s'est transforme en lupanar4 ,c'tait vrai4 chaque porte se tenait1 debout ou assise1 tte couverte d'un chle1 une matrone marmonnant l'appel l'amour nocturne4 ,tout d'un coup1 ,laquedem dit3 --,voulez-vous venir au quartier des ,vignobles ,royaux8 ,on y trouve des fillettes de quatorze quinze ans1 que des philopdes eux-mmes trouveraient de leur got4 ,je dclinai cette offre tentante4 ,dans une maison proche1 nous bmes du vin de ,hongrie avec des femmes en peignoir1 allemandes1 hongroises ou bohmiennes4 ,la fte devint crapuleuse1 mais je ne m'en mlai pas4 ,laquedem mprisa ma rserve4 ,il entreprit une ,hongroise ttonnire et fessue4 ,bientt dbraill1 il entrana la fille1 qui avait peur du vieillard4 ,son sexe circoncis voquait un tronc noueux1 ou ce poteau de couleurs des ,peaux-,rouges1 bariol de terre de ,sienne1 d'carlate et du violet sombre des ciels d'orage4 ,au bout d'un quart d'heure1 ils revinrent4 ,la fille lasse1 amoureuse1 mais effraye1 criait en allemand3 --,il a march tout le temps1 il a march tout le temps6 99 99 99 99 99 ,laquedem riait2 nous paymes et partmes4 ,il me dit3 --,j'ai t fort content de cette fille et je suis rarement satisfait4 ,je ne me souviens de pareilles jouissances qu' ,forli1 en #abfg1 o j'eus une pucelle4 ,je fus heureux aussi ,sienne1 je ne sais plus en quelle anne du ,x,i,ve sicle1 auprs d'une fornarine marie1 dont les cheveux avaient la couleur des pains dors4 ,en #aedb1 ,hambourg1 je fus si pris1 que j'allai dans une glise1 pieds nus1 supplier ,dieu vainement de me pardonner et de me permettre de m'arrter4 ,ce jour-l1 pendant le sermon1 je fus reconnu et accost par l'tudiant ,paulus von ,eitzen1 qui devint vque de ,schleswig4 ,il raconta son aventure son compagnon ,chrysostme ,ddalus1 qui l'imprima en #aefd4 --,vous vivez6 dis-je4 --,oui6 je vis une vie quasi divine1 pareil un ,wotan1 jamais triste4 ,mais1 je le sens1 il faut que je parte4 ,j'en ai assez de ,prague6 ,vous tombez de sommeil4 ,allez dormir4 ,adieu6 ,je pris sa longue main sche3 --,adieu1 ,juif ,errant1 voyageur heureux et sans but6 ,votre optimisme n'est pas mdiocre1 et qu'ils sont fous ceux qui vous reprsentent comme un aventurier hve et hant de remords4 --,des remords8 ,pourquoi8 ,gardez la paix de l'me et soyez mchant4 ,les bons vous en sauront gr4 ,le ,christ6 je l'ai bafou4 ,il m'a fait surhumain4 ,adieu6444 99 99 99 99 99 ,je suivis des yeux1 tandis qu'il s'loignait dans la nuit froide1 les jeux de son ombre1 simple1 double ou triple selon les lueurs des rverbres4 ,soudain1 il agita les bras1 poussa un cri lamentable de bte blesse et s'abattit sur le sol4 ,je me prcipitai en criant4 ,je m'agenouillai et dboutonnai sa chemise4 ,il tourna vers moi des yeux gars et parla confusment3 --,merci4 ,le temps est venu4 ,tous les quatre-vingt-dix ou cent ans1 un mal terrible me frappe4 ,mais je me guris1 et possde alors les forces ncessaires pour un nouveau sicle de vie4 ,et il se lamenta1 disant3 --,o6 o1 ce qui signifie hlas6 en hbreu4 ,durant ce temps1 toute la puterie du quartier juif1 attire par les cris1 tait descendue dans la rue4 ,la police accourut4 ,il y eut aussi des hommes peine vtus qui s'taient levs en hte de leur lit4 ,des ttes paraissaient aux fentres4 ,je m'cartai et regardai s'loigner le cortge des agents de police emportant ,laquedem1 suivis de la foule des hommes sans chapeau et des filles en peignoir blanc empes4 99 99 99 99 99 ,bientt il ne resta dans la rue qu'un vieux juif aux yeux de prophte4 ,il me regarda avec dfiance et murmura en allemand3 --,c'est un juif4 ,il va mourir4 ,et je vis qu'avant d'entrer dans sa maison1 il ouvrait son manteau et dchirait sa chemise1 diagonalement4 ,,le ,,sacril,,ge ,le ,pre ,sraphin1 dont le nom monastique remplaait celui d'une illustre famille bavaroise1 tait grand et maigre4 ,il avait une peau bistre1 des cheveux blonds et des yeux d'un bleu de ruisseau4 ,il parlait le franais sans aucun accent tranger1 et1 seuls1 ceux qui l'entendaient dire la messe pouvaient se douter de son origine franconienne1 car le pre prononait le latin la faon des ,allemands4 ,d'abord destin pour l'tat militaire1 il avait port l'uniforme des chevau-lgers pendant un an1 au sortir du ,maximilianeum de ,munich1 o se trouve l'cole des cadets4 ,la vie l'ayant du de bonne heure1 l'officier s'tait retir en ,france dans un couvent de la ,rgle de saint ,franois1 et1 peu de temps aprs1 il reut les ,ordres4 ,personne ne connaissait l'aventure qui avait pouss le ,pre ,sraphin se rfugier chez les moines4 ,on savait seulement qu'un nom tait tatou sur son avant-bras droit4 ,des enfants de choeur l'avaient lu pendant que le pre prchait1 et que les manches larges de son froc1 couleur carmlite1 retombaient4 ,c'tait un nom de femme3 ,elinor1 qui est aussi un nom de fe dans les anciens romans de chevalerie4 99 99 99 99 99 ,quelques annes aprs les vnements qui avaient chang un officier bavarois en un ,franciscain franais1 la rputation du ,pre ,sraphin comme prdicateur1 thologien et casuiste parvint ,rome1 o on l'appela pour le charger de la fonction dlicate et ingrate d'avocat du diable4 ,le ,pre ,sraphin prit son rle au srieux1 et1 pendant son advocature1 il n'y eut point de canonisation4 ,avec une passion que1 n'et t la saintet du personnage1 on aurait pu croire satanique1 le ,pre ,sraphin mit un tel acharnement combattre la canonisation du ,bienheureux ,jrme de ,stavelot1 qu'elle est abandonne depuis ce temps-l4 ,il dmontra aussi que les extases de la ,vnrable ,marie de ,bethlem taient des crises d'hystrie4 ,les ,jsuites retirrent d'eux-mmes1 par peur du terrible avocat du diable1 la cause de batification du ,pre ,jean ,saill1 dclar vnrable ds le ,x,v,i,i,ie sicle4 ,quant ,juana du ,llobregat1 cette dentellire mayorquaise dont la vie s'est coule en ,catalogne1 et qui la ,vierge est apparue1 parat-il1 au moins trente fois1 seule ou accompagne soit de sainte ,thrse d',avila1 soit de saint ,isidore1 le ,pre ,sraphin dcouvrit dans sa vie de telles faiblesses que les vques espagnols eux-mmes ont renonc a la voir dclarer vnrable1 et son nom n'est plus invoqu cette heure que dans certaines maisons de ,barcelone1 particulirement mal fames4 ,irrits cause du fanatisme avec lequel le ,pre ,sraphin salissait les mrites des dfunts qu'ils honoraient1 les ,ordres qui avaient des intrts dans ces saintes causes intrigurent pour qu'il cesst son office4 ,et quelle victoire6 ,il dut retourner en ,france4 ,sa rputation trange d'avocat du diable l'y suivit4 ,on frmissait en l'coutant prcher sur la mort ou sur l'enfer4 ,s'il levait le bras1 sa main droite1 o il n'y avait que le majeur et l'annulaire1 car les autres doigts manquaient1 on ne sait par quelle aventure1 semblait la tte cornue d'un diable nain4 ,les lettres bleutres du nom d',elinor1 illisibles de loin1 paraissaient une brlure infernale1 et1 s'il prononait la gothique quelque phrase latine1 les dvots se signaient en tremblant4 ,en fouillant dans la vie des futurs saints1 le ,pre ,sraphin avait pris en msestime tout ce qui est humain2 il mprisait tous les saints1 se rendant compte qu'ils ne l'eussent point t1 s'il et rempli son office l'poque de leur procs de canonisation4 ,bien qu'il ne l'avout pas1 le culte de dulie qu'on leur rend lui paraissait presque hrtique2 aussi n'invoquait-il1 autant que possible1 que les personnes de la ,sainte ,trinit444 99 99 99 99 99 ,on ne mconnaissait point ses hautes vertus1 et il tait devenu le confesseur ordinaire de l'archevque4 ,vivant une poque d'anticlricalisme1 le ,pre ,sraphin ne pouvait manquer de chercher des moyens pour remdier l'irrligion universelle4 ,ses mditations l'amenrent penser que l'intervention des saints n'avait que peu d'action auprs de la ,divinit3 --,pour que le monde revienne ,dieu1 se disait-il1 il faut que ,dieu lui-mme revienne parmi les hommes4 99 99 99 99 99 ,une nuit1 s'tant veill1 il s'tonna3 --,comment ai-je pu blasphmer8 ,n'avons-nous pas sans cesse ,dieu parmi nous8 ,n'avons-nous pas l',eucharistie qui1 si tous les hommes s'en nourrissaient1 dtruirait l'impit sur la terre8 ,et le moine se leva1 dj vtu de son froc de bure2 il traversa le clotre endormi1 rveilla le frre portier et quitta le couvent4 ,les rues taient sombres1 les chiffonniers y semblaient des feux follets cause de leur lanterne1 et des teigneurs de rverbres se htaient vers les flammes de gaz dansant encore aux carrefours4 ,parfois luisait le soupirail d'une boulangerie2 le ,pre ,sraphin s'en approchait1 tendait les mains et prononait les paroles sacramentelles3 --,ceci est mon corps1 ceci est mon sang4441 consacrant ainsi les fournes entires4 ,aprs l'aurore1 il sentit qu'il tait las et reconnut qu'il avait consacr une quantit de pain suffisante pour donner communier prs d'un million d'hommes4 ,cette multitude se rassasierait de l',eucharistie le jour mme4 ,grce elle1 les hommes redeviendraient bons1 et1 ds aprs midi1 le rgne de ,dieu arriverait sur terre4 ,quel miracle et quelle jubilation6 ,le moine passa toute la matine dans les belles rues et se trouva vers midi prs de l'archevch4 ,trs content de soi1 il alla trouver l'archevque1 qui1 justement1 tait table3 --,prenez place1 mon ,pre1 dit le prlat1 vous djeunerez avec moi et vous tes venu fort propos4 ,le ,pre ,sraphin s'tait assis1 et1 attendant qu'on le servt1 regardait le pain qui s'allongeait sur la nappe4 ,l'archevque en avait coup un quignon et le ct tranch apparaissait rond et blanc comme une hostie4 ,l'archevque porta sa bouche un morceau de viande et du pain1 puis il continua3 --,vous tes venu fort propos1 j'avais besoin de votre ministre et n'ai point dit la sainte messe ce matin4 ,je me confesserai aprs ce repas4 ,le moine tressaillit et regarda l'archevque en demandant d'une voix rauque3 --,monseigneur6 un pch mortel8 ,mais le domestique arrivait1 portant des plats fumants qu'il dposa devant le moine1 auquel le prlat recommanda le silence en portant un doigt ses lvres4 ,le domestique sorti1 le ,pre ,sraphin se leva et rpta3 --,un pch mortel1 ,monseigneur8444 et vous avez mang du pain6 ,l'archevque tonn le regardait1 en roulant de petites boulettes de mie qu'il lanait vers le plafond4 ,il pensait3 --,quel fanatique6 ,je changerai de confesseur4 ,le moine reprit3 --,un pch mortel1 ,monseigneur1 et vous avez mang du pain eucharistique8 ,le prlat nia3 --,vous avez mal compris1 mon ,pre1 je vous l'ai dit1 je n'ai point clbr la sainte messe ce matin4 ,mais le ,pre ,sraphin se jeta genoux1 les bras en croix1 en criant3 --,je suis un grand pcheur1 ,monseigneur1 j'ai consacr ce matin tous les pains dans toutes les boulangeries de notre ville4 ,vous avez mang du pain consacr4 ,tant d'hommes dont beaucoup taient en tat de pch mortel ont mang le corps de ,notre-,seigneur6 ,le mets divin a t profan cause de moi1 prtre sacrilge444 ,l'archevque s'tait dress1 terrible4 ,il s'cria3 --,anathme sur toi1 moine6 ,puis1 l'ancienne fonction du ,pre se mlant dans son esprit des rminiscences classiques1 il dclama3 --,advocat infame vatem dici en prononant spirituellement la faon des ,franais du ,x,v,ie sicle3 --,avocat infme va-t-en d'ici6 ,et l-dessus1 il clata de rire4 ,mais le moine ne riait pas3 --,confessez-moi1 ,monseigneur1 dit-il1 je vous confesserai ensuite4 ,ils s'absolvirent mutuellement4 ,ensuite1 sur l'avis du ,franciscain coupable1 les carrosses de l'archevch furent attels1 et les domestiques1 les petits abbs qui peuplent les palais piscopaux1 allrent dans toutes les boulangeries1 acheter le pain qu'ils devaient dposer au couvent du moine sacrilge4 99 99 99 99 99 ,l1 les moines taient runis1 le ,pre gardien parlait3 --,qu'est devenu le ,pre ,sraphin8 ,il tait vertueux4 ,peut-tre1 au semblant de nos frres de jadis qui furent gars par des oiseaux clestes et restrent pendant des sicles en extase1 reviendra-t-il dans cent ans444 ,les moines se signrent et chacun d'eux avait citer une histoire3 --,l'un des moines de ,heisterbach1 qui avait dout de l'ternit1 suivit un cureuil dans la fort4 ,il pensa y tre demeur dix minutes4 ,mais en revenant au couvent1 il vit qu'au bord du chemin les petits cyprs taient devenus de grands arbres444 ,un autre dit3 --,un moine italien pensa n'avoir cout qu'une minute un rossignol chanteur1 mais en retournant au monastre444 ,un jeune moine ergoteur ricana3 --,on cite quelques aventures de cette espce chez les ,grecs1 et qui sait8 en ces oiseaux1 au ,moyen-ge1 tait peut-tre passe l'me des antiques ,sirnes444 ce moment on frappa la porte du couvent1 et les petits abbs de l'archevch entrrent1 portant1 avec des prcautions infinies1 les pains consacrs1 qui taient de diverses formes4 ,il y avait des fltes longues et minces1 des pains polkas pareils des cus ronds--fusels d'or cause de la crote1 et d'argent cause de la farine saupoudre--qu'avaient ptris des gindres ignorant l'art du blason2 des petits pains viennois1 pareils des oranges ples1 des pains de mnage appels bouleau ou fendu1 selon leur aspect4 ,et devant les moines chantant le ,tantum ergo1 les petits abbs portrent leur fardeau dans la chapelle et empilrent les pains sur l'autel444 ,en expiation du sacrilge1 les prtres et les moines passrent la nuit en adoration4 ,le matin ils communirent1 et aussi les jours suivants jusqu' consommation des ,saintes-,espces1 qui les derniers jours1 craquaient sous les dents1 car le pain s'tait rassis444 99 99 99 99 99 ,le ,pre ,sraphin ne reparut pas au couvent4 ,personne ne pourrait dire ce qu'il devint1 si les journaux n'avaient rapport la mort1 l'assaut de ,pkin1 d'un soldat anonyme de la ,lgion trangre1 sur l'avant-bras droit duquel tait tatou un nom de femme3 ,elinor1 qui est aussi un nom de fe dans les anciens romans de chevalerie444 ,,le ,,juif ,,latin ,un matin1 je dormais1 vivant en un beau songe4 ,un violent coup de sonnette m'veilla4 ,je me dressai1 jurant en latin1 en franais1 en allemand1 en italien1 en provenal et en wallon4 ,je passai un pantalon1 mis des savates et allai ouvrir4 ,un monsieur que je ne connaissais pas1 mais d'apparence correcte1 me demanda un instant d'entretien444 ,je fis entrer l'inconnu dans la chambre qui me sert de cabinet de travail1 salon1 et salle manger1 le cas chant4 ,il s'empara de l'unique fauteuil4 ,pendant ce temps1 dans la chambre coucher1 je prcipitais une toilette sommaire en regardant mon rveille-matin1 qui marquait onze heures4 ,je plongeai ma tte dans la cuvette1 et1 tandis que je frottais mes cheveux mouills1 le monsieur s'cria3 --,je ne suis pas un poireau6 ,les cheveux en dsordre1 je pntrai dans la pice o je vis ce monsieur1 pench sur un restant de pt que j'avais oubli de cacher4 ,je m'excusai1 demandai la permission de passer un veston1 et portai le plat dans la chambre coucher4 ,lorsque je revins1 le monsieur me dit en souriant3 --,j'ai lu le ,passant de ,prague1 et j'y ai vu que vous m'aimiez4 ,je balbutiai sans oser nier1 cause que je m'imaginai avoir affaire un diteur original qui1 sduit par ma littrature1 venait m'en demander contre espces4 ,il continua3 --,je me nomme ,gabriel ,fernisoun1 n en ,avignon4 ,vous ne me connaissez pas1 mais vous aimez les juifs1 donc vous m'aimez1 car je suis juif1 monsieur6 ,je ris en disant que1 par consquent1 il tait vrai que je l'aimasse1 mais ,fernisoun m'interrompit1 s'criant3 --,halte-l1 ne m'aimez pas4 ,vous tes indcent1 mon ami4 ,vous avez la gueule de bois1 ce matin1 mon pauvre1 et vous osez parler d'amour6 ,je me rcriai1 protestant que mes moeurs taient pures et que je ne m'tais pas couch plus tard qu' une heure du matin4 ,fernisoun se rinstalla dans le fauteuil4 ,je pris une chaise4 ,il parla3 --,j'y consens1 vous n'tes pas amoureux2 et1 puisque je vous vois raisonnable1 je vais lucider votre sympathie pour les juifs4 ,quels juifs prfrez-vous8 cette question bizarre1 je rpondis pour le flatter3 --,ceux d',avignon1 cher monsieur1 et1 parmi ceux-l1 je prfre les prnomms ,gabriel1 nom qui se termine en el comme les paroles qui me sont les plus chres3 ciel et miel4 ,mots finissant en el comme les noms des anges1 ,le ciel que l'on mdite et le miel que l'on mange4 ,fernisoun rit bruyamment et1 triomphant1 s'cria3 --,nous y voil donc1 ,boudiou6 ,dites-le crment et sans ambages1 ce sont les juifs du sud de l',europe occidentale que vous prfrez4 ,ce ne sont pas les juifs que vous aimez1 ce sont des ,latins4 ,oui des ,latins4 ,je vous ai dit que j'tais juif1 monsieur1 mais je parlais au point de vue confessionnel1 tous autres gards je suis latin4 ,vous aimez les juifs dits portugais qui1 jadis1 faussement convertis1 tinrent de leurs parrains espagnols ou portugais des noms espagnols ou portugais4 ,vous aimez les juifs dont les noms sont catholiques comme ,santa-,cruz ou ,saint-,paul4 ,vous aimez les juifs italiens et ceux franais1 dit ,comtadins4 ,je vous l'ai dit1 monsieur1 je suis n en ,avignon et issu d'une famille y tablie depuis des sicles4 ,vous aimez les noms comme ,muscat ou ,fernisoun4 ,vous aimez des ,latins et nous sommes d'accord4 ,vous nous aimez parce que1 ,portugais et ,comtadins1 nous ne sommes pas maudits4 ,non1 nous ne le sommes pas4 ,nous n'avons pas tremp dans le crime judiciaire accompli contre le ,christ4 ,la tradition en fait foi1 et la maldiction ne nous atteint pas6444 ,fernisoun s'tait dress1 rouge et gesticulant1 tandis que1 rest assis1 je le regardais bouche be4 ,il se calma1 regarda autour de soi et me dit1 avec une moue de ddain3 --,vous tes bien mal install1 ,boudiou6 ,au demeurant1 je m'en bats l'oeil4 ,mais1 enfin1 vous devriez possder quelque boisson dlicate4 ,vos visiteurs vous en sauraient gr4 ,j'allai la chemine1 en soulevai le manteau1 et pris dans les cendres un flacon de vieille liqueur aux poires bergamotes4 ,fernisoun le dboucha tandis que je lui cherchais une tasse4 ,en mme temps1 je lui vantai la finesse de cette liqueur que je tenais d'un distillateur de ,durckheim1 dans le le ,palatinat4 ,sans m'couter1 il remplit sa tasse jusqu'au bord et la vida d'un trait4 ,ensuite1 il secoua soigneusement les dernires gouttes sur le parquet tandis que je m'excusais3 --,vous auriez prfr un bol8 ,fernisoun ne daigna pas rpondre sur ce point4 ,il continua3 --,et puis1 au fait1 vous avez raison1 vous1 ,latins1 de nous aimer1 nous juifs latins4 ,car nous appartenons aux races latines autant que les ,grecs et les ,sarrazins de ,provence et de ,sicile4 ,nous ne sommes plus des mtques1 pas plus que tous les individus htrognes que les grandes invasions ont fait se mler aux ,romains de l'empire4 ,nous sommes1 en outre1 les meilleurs propagateurs de la latinit4 ,dans la plupart des milieux juifs de ,bulgarie et de ,turquie1 quelle langue parle-t-on1 sinon l'espagnol8 ,fernisoun but une nouvelle rasade de liqueur aux poires bergamotes1 puis1 fouillant dans son gilet1 il en tira un cahier de papier cigarettes4 ,il me demanda du tabac4 ,je lui en tendis avec des allumettes4 ,fernisoun roula une cigarette1 l'alluma et1 jetant triplement de la fume par la bouche et les narines1 il reprit3 --,en somme1 qu'est-ce qui a fait la diffrence des juifs et des chrtiens8 ,c'est que les juifs espraient un ,messie1 tandis que les chrtiens s'en souvenaient4 ,nietszche s'tait appropri l'ide juive4 ,combien de ,latins se sont imprgns de l'ide de ,nietszche et esprent ce surhumain peu messianique1 duquel proclame la venue le ,zarathoustra1 emprunt au ,vendidad1 o il clbre la parole sainte1 la trs brillante1 le ciel qui s'est produit soi-mme1 le temps infini1 l'air qui agit l-haut1 la bonne loi mazdenne1 la loi de ,zarathoustra contre les ,davas6 ,nous1 juifs latins1 nous n'avons plus d'espoir4 ,les ,prophtes nous avaient promis le bonheur matriel3 nous l'avons4 ,la ,france1 l',italie1 l',espagne1 ne nous traitent plus en trangers4 ,nous sommes libres4 ,aussi1 n'ayant plus rien dsirer1 nous n'esprons plus1 et j'y consens2 le ,messie est venu pour nous comme pour vous4 ,et je puis l'avouer3 ,au fond du coeur je suis catholique4 ,pourquoi8 demanderez-vous4 cause qu'il n'y a plus de religion hbraque en ,france4 ,les juifs russes1 polonais1 allemands1 ont conserv une religion extrieure4 ,leurs rabbins connaissent1 enseignent et fortifient la religion4 ,nous autres1 nous mangeons des rtis cuits au beurre1 nous bfrons de la cochonaille1 sans nous soucier de ,mose ni des ,prophtes4 ,pour moi1 j'adore les buissons d'crevisses des soupers galants1 et j'ai mme un faible pour les escargots4 ,l'hbreu8 c'est peine si la plupart d'entre nous le savent lire au moment d'tre ,barmitzva4 ,nos savants hbrasants font sourire les rabbins trangers2 et la traduction franaise qui existe du ,talmud est1 au dire des juifs allemands ou polonais1 un monument de l'ignorance des rabbins de ,france4 ,donc1 j'ignore la religion juive1 elle est abolie comme le paganisme1 ou plutt1 non1 de mme que le paganisme1 elle survit dans le catholicisme qui m'attire par ses thophanies surtout4 ,le judasme alexandrin ne fit plus cas des thophanies mosaques4 ,elles parurent cette poque fabuleuses et grossires4 ,le catholicisme a fait de la thophanie des dogmes divers4 ,ce miracle se renouvelle chaque jour la messe4 ,l'histoire du ,sacr-,coeur fait dlirer mon me ancienne de juif latin1 pris des thophanies et des anthropomorphismes4 ,je suis catholique1 sauf le baptme4 --,c'est fort simple1 dis-je1 faites-vous baptiser4 ,le baptme est un sacrement que n'importe qui peut vous administrer3 homme1 femme1 juif1 protestant1 bouddhiste1 mahomtan4 --,je le sais1 dit ,fernisoun1 mais je ne veux m'en servir que plus tard4 ,en attendant1 je m'amuse4 --,ah6 ,ah6 les effets du baptme sont d'effacer tous les pchs4 ,comme on ne peut en user qu'une seule fois1 vous voulez retarder le plus possible cet instant4 --,vous y tes4 ,je n'espre plus le ,messie1 mais j'espre le ,baptme4 ,cet espoir me donne toutes les joies possibles4 ,je vis pleinement4 ,je m'amuse superbement4 ,je vole1 je tue1 j'ventre des femmes1 je viole des spultures1 mais j'irai en paradis1 car j'espre le ,baptme et l'on ne dira pas le ,kadosch pour ma mort4 ,j'insinuai3 --,vous exagrez peut-tre4 ,je vous crois trop imbu de certaine littrature4 ,mais1 prenez garde1 la mort vient comme un voleur1 pas de loup1 l'improviste1 et si j'avais ce bonheur que vous avez d'tre croyant1 j'ajouterais que l'enfer est pav de bonnes intentions4 ,au fait1 quels livres lisez-vous8 --,cela vous intresse-t-il8 ,voici ma bibliothque2 elle est difiante4 ,il sortit de sa poche deux livres fatigus1 que je pris4 ,le titre du premier bouquin tait3 ,catchisme du diocse d',avignon2 celui du second3 ,les ,vampires de la ,hongrie1 par ,dom ,calmet4 ,ce dernier titre m'effraya plus que n'avait pu le faire la dclaration criminelle du juif latin4 ,je compris qu'il ne se vantait point1 et qu'rudit et sanguinaire1 l'homme qui j'avais affaire tait un maniaque du meurtre4 ,je regardai rapidement autour de moi1 en l'espoir de dcouvrir une arme pour me dfendre au cas o ,fernisoun ferait le forcen4 ,je vis sur une tagre1 porte de ma main1 un petit revolver parfumerie qui1 dtrior et sans valeur1 aurait d tre jet depuis longtemps4 ,cet objet me sauva la vie en l'occurrence1 car ,fernisoun1 profitant de ce que je dtournais les yeux1 avait tir un couteau pass sa ceinture1 sous ses vtements4 ,je laissai tomber les livres et saisis prcipitamment la minuscule et illusoire arme feu que je braquai sur le juif latin4 ,il plit et trembla de tous ses membres1 implorant3 --,grce1 vous vous mprenez6 ,je criai3 --,assassin6 va perptrer ailleurs des crimes que tu crois pardonnables6 ,mes principes ne me permettent point de te dnoncer1 mais je souhaite que1 ds ce soir1 tes sauvageries trouvent un chtiment4 ,ta lchet1 j'espre1 limite le nombre de tes victimes1 et ta loquacit te signalera la police4 ,il y a des juges ,paris et1 si tu reois le ,baptme1 que ce soit avant de monter l'chafaud6 ,durant que je parlais1 ,fernisoun ramassa ses livres et1 se relevant1 me demanda fort civilement pardon pour m'avoir effray4 ,je lui ordonnai de m'abandonner son couteau qui tait une lame catalane trs dangereuse4 ,il obit1 puis sortit toujours menac par le ridicule petit revolver parfumerie que je n'avais pas lch4 99 99 99 99 99 ,le soir1 par conomie1 je soupai chez moi1 de charcuterie et du restant de pt sur lequel ,fernisoun s'tait pench4 ,je n'avais aucune ide du danger que je courais4 ,mais je connus bientt la noirceur d'me du juif latin4 ,je fus pris de douleurs d'entrailles intolrables4 ,le pt tait empoisonn4 ,fernisoun l'avait arros ou saupoudr avec quelque drogue infecte qui m'aurait tu en peu d'heures1 si je n'avais bu une burette d'huile1 puis une fiole de glycrine4 ,je provoquai des vomissements salutaires4 ,je courus acheter du lait et1 par bonheur1 je m'en tirai sans mdecin4 ,les jours suivants1 les journaux se trouvrent remplis par les rcits de crimes sensationnels commis sur des femmes dans tous les coins de ,paris4 ,l'une d'elles fut trouve nue1 tendue comme un drapeau flottant1 et fiche sur un pieu plant au milieu du boulevard de ,belleville4 ,des enfants1 des vieillards furent gorgs4 ,on remarquera qu'il ne s'agissait que d'tres faibles4 ,des passants1 hommes ou femmes1 dans la foule qui se presse sur les boulevards la tombe de la nuit1 eurent la cuisse ou le bras entaills par un rasoir qui1 d'un seul coup1 pntrait les vtements1 puis la chair4 ,le rasoir taillait sans douleur et les malheureux ne tombaient1 baigns dans leur sang1 qu'au bout de quelques pas4 ,les assassins demeurrent inconnus4 ,on attribua les premiers crimes aux bandes d',apaches et autres tatous qui effrayent nos mes meilleures1 et dsolent ceux qui croient la perfectibilit humaine4 ,les autres forfaits furent mis sur le compte d'un de ces maniaques qui pullulent et qui ne ressortissent pas la ,cour d'assises1 mais la ,salptrire4 ,je fus souvent tent de dnoncer l'auteur de tous ces crimes4 ,car je me doutais bien que c'tait le catchumne ,gabriel ,fernisoun qui agissait en l'attente du baptme4 ,l'gosme triompha4 ,j'avais chapp au monstre1 je le laissai agir sans le dnoncer4 99 99 99 99 99 444 ,au bout de quelques mois1 je me trouvai avec une de ces bandes htroclites qui frquentent les tavernes du quartier latin4 ,nous tions la ,lorraine1 attabls devant des absinthes que nous troublions mthodiquement4 ,il y avait l1 avec moi1 un de ces petits journalistes qui crivent de vagues chroniques en troisime page de canards mi-morts1 donnent des chos aux grands quotidiens1 et qumandent1 dans les maisons de commerce1 des commandes de publicit4 ,il y avait aussi1 en casquette et manteau de peau de phoque1 un de ces chauffeurs qui frquentent tous les fabricants de l'avenue de la ,grande-,arme1 ont toujours quelque auto vendre1 tant sans cesse sur le point d'en acheter1 connaissent fond les autos de toutes marques1 et vous tapent de cent sous l'occasion4 ,il y avait un lve de l'cole des ,beaux-,arts et un fonctionnaire des ,colonies rcemment revenu de la ,martinique4 ,il avait racont pour la troisime fois l'ruption du ,mont-,pel4 ,le journaliste parlait de faire un poker4 ,l'lve des ,beaux-,arts billa en exprimant le dsir de jouer avec le joker4 ,le chauffeur dit3 --,voil ,philippe6 ,philippe1 tudiant douteux mais chic1 trs beau garon1 arrivait avec la grande ,nella4 ,celle-ci tait une assez belle brune4 ,son corset descendant trs bas1 selon la mode1 la faisait paratre statopyge1 mais la prominence tait illusoire2 ceux qui connaissaient ,nella intimement lui dniaient la callipygie4 ,philippe nous serra la main1 se dfit de son chapeau et de son raglan1 arrangea sa coiffure1 sa cravate1 et s'assit en face de ,nella1 la table voisine4 ,il commanda un chambry-fraisette pour soi et un quinquina pour ,nella4 ,puis1 se tournant vers nous1 il dclara3 --,j'en ai une bonne6 ,nella veut se faire religieuse4 ,le chauffeur cria3 --,il n'y a plus de congrgations4 ,le journaliste dit qu'il fallait une forte dot4 ,nella affirma3 --,je veux me faire ,petite ,soeur des ,pauvres4 ,nous rmes bruyamment1 puis demandmes en choeur3 --,et pourquoi8 ,philippe ricana3 --,c'est une histoire dormir debout4 ,voyons1 raconte a1 ,nella4 --,la barbe6 dit ,nella4 ,mais1 sur nos instances1 elle se dcida3 --,voil6 ,j'avais eu affaire1 rue de la ,ppinire1 prs de la place ,saint-,augustin1 et je revenais par le boulevard ,malesherbes en l'intention de prendre l'omnibus la ,madeleine4 ,tout coup1 au coin de la rue des ,mathurins1 un homme se dressa devant moi en criant3 ,madame ou mademoiselle1 je suis juif4 ,je vais mourir1 baptisez-moi6 ,j'avais peur1 il tait prs de minuit4 ,je voulus courir1 mais le monsieur1 qui haletait1 s'accrocha mon bras en me suppliant3 ,je suis un grand criminel6 ,mon dernier crime1 le plus excrable1 est que je viens de m'empoisonner4 ,tout l'heure1 j'ai pens qu'aprs tout il se pourrait que je mourusse sans baptme1 et j'ai voulu finir par un suicide qui me laisserait encore le temps de me faire baptiser4 ,je me repens1 madame1 et je vous supplie4 ,il y a de l'eau dans le ruisseau1 au bord du trottoir4 ,vous n'avez qu' m'en verser sur la tte1 en disant3 ,je te baptise au nom du ,pre1 du ,fils et du ,saint-,esprit4 ,pressez-vous1 le poison fait son oeuvre et je me sens mourir4 ,des passants s'tant arrts1 nous regardaient curieusement4 ,le monsieur sentait les forces lui manquer1 il se coucha sur le trottoir4 ,j'eus piti de ce moribond qui m'implorait4 ,avec ma main1 je puisai de l'eau qui stagnait dans le ruisseau et je baptisai ce juif comme il m'avait demand1 tandis qu'il criait douloureusement3 ,mea culpa6 mea culpa6 ce moment1 des agents survinrent4 ,le nouveau baptis dlirait3 ,je suis chrtien6444 ,oh6 que je souffre444 boire444 ,le ciel s'ouvre444 ,et il mourut en se convulsant1 pendant que les agents l'emportaient4 ,je dus les suivre au poste4 ,cette affaire m'a occasionn quelques dmarches chez le commissaire de police4 ,on en a un peu parl dans les journaux1 mais d'autres vnements plus importants prennent en ce moment l'attention du public et je n'ai pas eu la rclame qu'un moment j'avais espre4 ,le juif s'appelait ,gabriel ,fernisoun4 ,on trouva sur lui un testament par lequel il laissait sa fortune l'archevque de ,paris1 charge pour lui de l'employer hter la conversion des juifs1 fait qui doit se produire peu avant la fin du monde4 ,en attendant1 il m'a convertie1 moi4 ,je n'aurai plus de repos avant de m'tre faite ,petite ,soeur des ,pauvres et cela ne tardera pas4 ,figurez-vous que tous ceux qui ont approch le cadavre de ,fernisoun1 ont t tonns de la bonne odeur qu'il exhalait4 ,le commissaire m'a dit que les mdecins peuvent expliquer ce fait qui se produit quelquefois4 ,pour moi1 je trouve cela miraculeux4 ,de plus1 des deux agents qui portrent le cadavre au poste1 l'un avait ri1 pensant avoir affaire un ivrogne4 ,il mourut d'une rupture d'anvrisme1 le lendemain4 ,le second avait essuy avec son mouchoir la bave qui vint aux lvres de l'agonisant1 puis il lui avait ferm les yeux4 ,il vient de faire un hritage qui le fait riche pour le reste de sa vie4 ,je tiens ces faits de ce dernier agent que je revis chez le commissaire de police4 99 99 99 99 99 ,cette histoire avait ennuy tout le monde4 ,le journaliste tait parti des premiers en disant qu'il ferait un cho au sujet de ,fernisoun et de ,nella4 ,mais je pense qu'il y renona1 l'histoire tant trop clricale et digne des ,bollandistes4 ,le chauffeur1 l'lve des ,beaux-,arts1 avaient pay leurs consommations1 puis taient partis sans rien dire4 ,philippe avait demand un jacquet1 et je partis enfin1 assez triste1 laissant la convertie et son amant aux dlices du jacquet4 99 99 99 99 99 ,le lendemain1 je vis un de mes amis qui est prtre4 ,je lui racontai l'histoire de ,fernisoun par le dtail1 depuis la visite qu'il me fit jusqu'aux phnomnes qui suivirent son dcs4 ,le prtre m'couta attentivement1 et me dit3 --,ce ,gabriel ,fernisoun est certainement en paradis4 ,le baptme l'a lav de tous ses pchs1 et c'est1 ml la troupe des ,innocents1 qu'il vaque l'adoration perptuelle4 ,il grossit le nombre des saints amres que l'glise honore le jour de la ,toussaint4 ,je quittai mon ami l-dessus4 ,mais j'appris1 depuis1 qu'avec l'assentiment de l'archevque1 qui vient d'hriter de la trs grosse fortune de ,fernisoun1 il tablit un dossier sur le cas bizarre et difiant de ce juif qui1 ayant vcu en criminel1 fut sauv parce qu'il eut la foi4 ,ce prtre a obtenu les dpositions crites de l'agent1 de ,nella1 du commissaire de police4 ,je lui ai promis la mienne4 99 99 99 99 99 ,dans cinquante ans1 le procs de canonisation de ,gabriel ,fernisoun viendra ,rome4 ,l'avocat de ,dieu aura le beau rle4 ,durant la minute qui se passa entre son baptme et sa mort1 ,fernisoun ne fut qu'difiant et admirable1 et sa vie prcdente1 lave dans l'eau baptismale1 ne compte pas au point de vue religieux4 ,les miracles oprs par son cadavre paratront incontestables4 ,la science est ridicule qui essaye d'expliquer par des moyens naturels la bonne odeur exhale par un corps mort4 ,de plus1 ce cadavre opra une conversion4 ,car ,nella1 pousse1 il est vrai1 par le prtre1 est1 en effet1 devenue une religieuse et difie ses compagnes de couvent cette heure4 ,les deux miracles accomplis sur les agents sont patents4 ,les incrdules peuvent invoquer le hasard propos de mort subite et d'hritage inattendu1 mais le hasard n'a rien faire dans les procs de canonisation4 ,la seule chicane dont l'avocat du diable pourra tirer parti1 portera sur l'eau ayant servi au baptme4 ,l'onde des ruisseaux parisiens est rarement claire4 ,comme ,fernisoun fut baptis non loin d'une station de voitures1 l'avocat du diable insinuera que cette eau ne fut peut-tre que du pissat de cheval4 ,si cette opinion prvaut1 il sera avr que ,gabriel ,fernisoun n'a jamais t baptis et1 en ce cas1 mon ,dieu6 nous savons tous que l'enfer est pav de bonnes intentions4 ,l',h,r,,siarque ,le monde anglo-saxon s'intresse aux questions religieuses4 ,en ,amrique surtout1 de nouvelles religions issues du christianisme surgissent chaque anne et recrutent nombre d'adhrents4 ,au contraire1 les rformateurs et les prophtes laisseraient la ,catholicit fort indiffrente4 ,en effet1 elle ne se soucie plus du fond de sa religion4 ,aussi est-il bien rare que se produisent de ces petites dissensions thologiques qui amenaient autrefois la fondation d'une hrsie4 la vrit1 il arrive souvent que des prtres catholiques se sparent de l'glise4 ,ces fuites sont dues la perte de la foi4 ,beaucoup de ces prtres s'en vont cause de leurs opinions spciales sur des points de morale ou de discipline 7le mariage des ecclsiastiques1 etc474 ,les dfroqus sont pour la plupart des incroyants2 quelques-uns pourtant crent un petit schisme4 ,mais il n'y a plus d'hrsiarque vritable--comme ,arius1 par exemple4 ,il peut exister quelque turlupin solitaire1 tandis qu'il semble impossible qu'un lisate surgisse4 ,pour ces raisons1 le cas de ,benedetto ,orfei qui1 la fin du ,x,i,xe sicle1 fonda ,rome l'hrsie dite des ,trois-,vies1 est unique1 mon sens4 99 99 99 99 99 partir de #ahgh1 le ,r4 ,p4 ,benedetto ,orfei fut1 ,rome1 le reprsentant prs de l'tat de son ,ordre expuls4 ,le pre ,benedetto ,orfei tait thologien et gastronome1 pieux et gourmand4 ,il tait fort bien en cour pontificale1 et1 n'eussent t ses actes ultrieurs1 il serait aujourd'hui cardinal1 c'est--dire papable4 ,cet homme si bien fait pour devenir un calme pourpr1 se perdit en prtendant fonder une hrsie4 la suite de son excommunication1 il s'tait retir dans une villa de ,frascati4 ,il y pontifiait1 ayant pour fidles ses domestiques1 deux pieuses dames1 et quelques enfants campagnards auxquels il enseignait le rudiment4 son sens1 il prparait ainsi une secte glorieuse destine remplacer le catholicisme4 ,comme tout hrsiarque1 il repoussait le dogme de l',infaillibit papale1 et jurait que ,dieu lui avait donn des pouvoirs de rforme sur son glise4 ,j'imagine que si ,benedetto ,orfei tait devenu pape1 et que l'ide de son hrsie ne lui et t inspire qu' ce moment1 il se serait au contraire servi du dogme de l',infaillibilit pour obliger les catholiques croire en sa doctrine1 que nul n'aurait alors nie sans tre hrtique4 99 99 99 99 99 ,je visitai ,benedetto ,orfei par une douce aprs-midi de mai4 ,l'hrsiarque tait assis dans un fauteuil moelleux4 ,sur sa table s'talaient des papiers--probablement des brefs ou encycliques1--,il me reut fort civilement et fit servir1 pour m'honorer1 de vieux flacons de vino santo et certaines confiseries romaines ou siciliennes3 des noix confites dans du miel1 une sorte de pt fait de pte de fondant aux trois parfums de rose1 de menthe et de citron1 o taient enfouis des morceaux de fruits confits 7corces d'orange1 cdrats1 ananas71 de la pte de coing trs douce appele cotogniata1 une autre pte nomme cocuzzata1 et une sorte de crpes de pte de pche que l'on nomme persicata4 ,il exigea que je gotasse au vino santo et le dgusta avec moi1 non sans donner des marques de satisfaction relle3 hochements de tte1 agitation d'une gorge de vin dans la bouche avec mouvements appropris des lvres et des joues1 lger frottement de la main gauche sur l'estomac4 ,je m'aperus bientt que ce bon hrsiarque tait sourd4 ,comme il savait que je venais le visiter afin de prendre des notes destines laborer dans la suite un essai sur son hrsie1 je le laissai parler sans jamais l'interrompre4 ,benedetto ,orfei1 qui tait originaire d',alessandria1 en parlait volontiers le dialecte4 ,son discours tait maill de paroles grasses1 presque obscnes1 mais tonnamment expressives4 ,c'est le fait des mystiques d'employer de telles paroles1 le mysticisme touche de prs l'rotisme4 ,malgr l'intrt que pourraient avoir certaines expressions pour les philologues1 je n'insisterai pas sur ce ct de l'esprit d',orfei4 ,ma science trs superficielle des dialectes italiens ne m'a d'ailleurs pas permis de tout comprendre1 et je n'ai saisi le sens de nombre de mots que grce la mimique qui accompagnait les discours de l'hrsiarque4 99 99 99 99 99 ,voici comment ,benedetto ,orfei me raconta ce qu'il nommait sa conversion illuminatrice3 --,je m'tais occup tout le jour de l'hypostase4 ,le soir venu1 aprs avoir dit ma prire1 je me couchai et commenai le rosaire4 ,en mme temps je mditais sur les mystres de la ,religion4 ,je songeais la bont du ,fils de ,dieu1 qui1 pour effacer la tache originelle1 se fit homme et mourut sur la ,croix1 supplice infamant1 entre deux larrons4 ,une phrase qui prit la forme d'un refrain populaire vint chanter en mon esprit3 ,ils taient trois hommes ,sur le ,golgotha1 ,de mme qu'au ciel ,ils sont en ,trinit4 ,ici l'hrsiarque s'arrta1 mu1 versa du vin dans nos deux verres1 et but1 d'un air triste bientt dissip1 la contenu du sien1 sans ngliger les frottements de main sur la panse1 agitations de visage1 exclamations sur le velout du vieux vin4 ,il m'obligea goter de la cocuzzata et continua ainsi3 99 99 99 99 99 --,le refrain divin chanta dans mon me jusqu' l'heure o je m'endormis4 ,mon sommeil fut profond1 et le matin1 l'heure des songes vridiques1 je vis le ciel ouvert4 ,parmi les choeurs des hirarchies d',assistance1 d',empire et d',excution1 et plus hauts que le choeur des ,sraphins1 qui est le plus lev1 trois crucifis s'offrirent mon adoration4 bloui de la lumire qui entourait les crucifis1 je baissai les yeux et vis la troupe sainte des ,vierges1 des ,veuves1 des ,confesseurs1 des ,docteurs1 des ,martyrs adorant les crucifis4 ,mon ,patron1 saint ,benot1 vint ma rencontre1 suivi d'un ange1 d'un lion1 d'un boeuf1 tandis qu'un aigle volait au-dessus de lui4 ,il me dit3 ,ami1 souviens-toi6 ,en mme temps1 il dressa sa main droite vers les crucifis4 ,je remarquai que le pouce1 l'index et le majeur de cette main taient tendus1 tandis que les deux autres doigts taient replis4 ,au mme instant les ,chrubins agitrent leurs encensoirs1 et un parfum1 plus suave que celui du plus pur des encens minens1 se rpandit dans l'air4 ,je vis alors que l'ange escortant mon saint ,patron portait un ciboire d'or1 d'un travail admirable4 ,saint ,benot ouvrit le ciboire1 y prit une hostie1 qu'il divisa en trois parties1 et je communiai triplement d'une seule hostie1 dont le got devait tre plus exquis que celui de la manne que savourrent les ,hbreux dans le dsert4 ,une musique ravissante de luths1 de harpes et autres instruments clestes1 tenus par des ,archanges1 se fit entendre et le choeur des ,saints chanta3 ,ils taient trois hommes ,sur le ,golgotha1 ,de mme qu'au ciel ,ils sont en ,trinit4 ,je m'veillai4 ,je compris que ce rve tait un vnement grave dans ma vie et pour les hommes4 ,l'heure laquelle il s'tait produit ne me laissait gure de doute sur la vracit d'un tel songe4 ,nanmoins1 comme il renversait les croyances sur lesquelles repose le christianisme1 j'hsitai en faire part au pape4 ,la nuit suivante1 je vis en songe matinal1 au milieu de deux femmes1 la ,trs ,sainte ,vierge1 leur disant3 ,vous aussi tes mres de ,dieu1 mais les hommes ne connaissent pas votre maternit6 ,et je m'veillai1 tout en nage4 ,je n'avais plus aucune hsitation4 ,je rcitai tout haut la doxologie4 ,je fus dire la messe ,sainte-,marie-,majeure1 puis j'allai au ,vatican demander une audience au ,saint-,pre qui me l'accorda4 ,je lui fis le rcit de ce qui s'tait pass4 ,le pape m'couta en silence et mdita un instant aprs m'avoir entendu4 ,sa mditation finie1 il me dit svrement de cesser toute tude thologique1 de ne plus songer des choses ridicules et impossibles qu'un dmon avait seul suscites en moi4 ,il m'enjoignit de revenir le visiter au bout d'un mois4 ,je m'en fus pein et honteux4 ,je rentrai dans mon couvent dsert et pleurai4 ,le refrain sacr3 ,ils taient trois hommes1 revint chanter en mon me4 ,je le repoussai de toute ma volont1 comme une tentation4 ,je m'humiliai devant ,dieu4 ,pendant un mois1 je suivis un jene rigoureux et pratiquai les douze mortifications recommandes par le contemplatif ,harphius au livre ,,ii de sa ,thologie mystique4 ,je me mortifiai surtout selon les cinq dernires3 mortification de toute curiosit de l'entendement1 mortification de tout scrupule de coeur1 mortification de toute impatience inquite de l'me1 mortification de toute volont1 et pratique de la rsignation supporter1 pour l'amour de ,dieu1 tout abandon4 ,au bout du mois1 aprs ces pnitences1 la conviction qui m'tait venue si fortuitement s'tait renforce dans mon me1 et je fus retrouver le ,saint-,pre qui1 trs affectueusement1 me demanda si j'avais abandonn les chimres que le dmon de l'hrsie m'avait inspires4 ,pour lui rpondre1 il ne me vint que ces paroles3 ,ils taient trois hommes444 ,hlas6 s'cria le pape1 cet homme est possd6 ,je me mis genoux alors4 ,je parlai de mes mortifications et suppliai le pontife de m'exorciser4 ,les larmes aux yeux1 il m'affirma que ,dieu me saurait gr de cette humiliation volontaire2 puis il m'exorcisa selon les rites4 ,je partis ensuite1 sans insister1 car j'tais bien assur que mes penses n'taient pas d'inspiration diabolique mais divine1 puisqu'aucun exorcisme n'avait prvalu contre elles4 99 99 99 99 99 ,l'hrsiarque cessa de parler1 fit son mange accoutum1 but son vino santo1 mdita un moment1 les yeux au plafond1 et1 renvers sur le dossier de son fauteuil1 fit tourner1 l'un autour de l'autre1 ses pouces rapprochs sur son ventre4 ,il reprit ainsi3 99 99 99 99 99 --,le lendemain1 j'crivis au pape1 lui faisant part de ma conviction et le priant1 puisqu'il tait le chef de la religion1 de proclamer la vrit que j'avais apprise si miraculeusement4 ,j'ajoutai qu'il n'y avait pas d'infaillibilit qui pt rendre mensonger ce qui tait vrai1 et que1 par consquent1 je me sparerais de l'glise1 au cas o il prfrerait les anciennes erreurs l'vidence nouvelle4 ,pour rponse1 on m'excommunia4 ,alors1 ayant abandonn mon ,ordre1 et riche des biens que je lui avais apports1 je vins me rfugier dans cet asile de paix o1 jet hors du giron de l'glise catholique1 je place les fondements de la nouvelle religion4 ,j'inaugurai la vritable communion triple en une hostie renfermant les trois corps humains d'un seul ,dieu en ,trois ,personnes4 ,car la vrit est celle-ci3 la ,trinit se fit hommes4 ,il y eut trois incarnations4 ,les ,trois ,personnes du seul ,dieu souffrirent1 le mme jour1 la ,passion ncessaire pour le rachat de l',humanit4 ,le larron de droite tait ,dieu le pre4 ,on le remarque aisment par les paroles de sollicitude qu'il eut sur la ,croix pour son ,fils bien-aim4 ,sa vie fut triste et patiente4 ,il souffrit injustement d'tre pris pour un larron qu'il n'tait pas4 tant tout puissant et infiniment majestueux1 il ne voulut avoir aucun disciple4 ,le ,christ1 qui mourut entre les ,larrons divins1 tait le ,verbe et1 l'tant1 fut le ,lgislateur4 ,ce sont ses paroles et ses actes qui devaient tre transmis au monde pour lui tre un enseignement4 ,il en fut ainsi4 ,le larron du gauche tait le ,saint-,esprit1 le ,paraclet1 l'ternel ,amour qui1 devenu homme1 voulut tre pareil l'amour humain qui est infme4 ,il fut larron rel et souffrit justement4 ,voici le mystre en toute sa saintet3 ,dieu se fit homme4 ,dieu le pre incarn souffrit pour exercer sur soi sa toute-puissance et s'humilia jusqu' rester inconnu et sans histoire4 ,dieu le fils incarn souffrit pour attester la vrit de son enseignement et donner l'exemple du martyre4 ,il souffrit injustement mais glorieusement pour frapper l'esprit des hommes4 ,dieu le ,saint-,esprit voulut souffrir justement4 ,il s'incarna dans les pires faiblesses humaines1 et s'abandonna tous les pchs par compassion et amour profond pour l',humanit4 ,voici la vrit3 ,ils taient trois hommes ,sur le ,golgotha ,de mme qu'au ciel ,ils sont en ,trinit4 99 99 99 99 99 ,c'est ainsi que ,benedetto ,orfei me raconta l'histoire de son hrsie et me dveloppa sa doctrine4 ,emport par son rcit1 il avait oubli de boire4 ,aussitt son discours termin1 il allongea la main droite1 tout en restant renvers dans son fauteuil1 saisit une crpe de persicata1 qu'il roula soigneusement1 et en fit une bouche4 ,puis1 s'tant vers du vino santo1 il le but1 mais maladroitement1 car persicata et vino santo dvirent dans son gosier4 ,il avala de travers1 et ce fut une explosion par la bouche et le nez4 ,l'hrsiarque1 rouge clater1 toussa cinq bonnes minutes4 ,il eut besoin de se moucher4 ,comme il n'usait pas de tabac1 au lieu d'un norme mouchoir de couleur1 il sortit un petit mouchoir de batiste blanche1 fort peu ecclsiastique4 ,cette lgance m'tonna4 ,il reprit haleine en respirant bruyamment1 non sans m'indiquer du doigt le cotignac pour m'inviter en prendre4 ,il me confessa ensuite que la religion catholique tait pourrie1 tant trop vieille1 et que le pape craignait d'y toucher de peur que tout ne s'croult4 ,il fut mme plus expressif1 et1 employant son dialecte natal1 il ajouta3 --,l' cm ra merda3 p a s'asmircia1 p ra spissa4 99 99 99 99 99 ,lorsque je me levai pour prendre cong1 l'hrsiarque voulut m'accompagner jusqu' la porte4 ,au moment o il se leva1 sa soutane1 sorte de robe monacale de bure noire1 s'ouvrit et je vis qu'en dessous l'hrsiarque tait nu4 ,son corps velu tait sillonn de marques de flagellation4 ,une ceinture rugueuse1 hrisse de piquants de fer1 qui devaient dterminer d'insupportables souffrances1 entourait sa taille4 ,je vis encore d'autres choses1 mais elles sont de telle nature que je ne peux les dcrire4 ,toute cette nudit1 vrai dire1 ne m'apparut qu'un instant4 ,l'hrsiarque referma aussitt sa soutane dont il noua la cordelire1 et1 souriant1 m'invita passer dans la pice voisine qui tait la bibliothque4 ,j'tais stupfait de voir que cet homme donnait de tels chtiments sa chair et satisfaisait en mme temps sa sensualit gourmande4 ,je mditai sur ces contrastes en passant dans la bibliothque1 o je vis1 convenablement rangs sur des rayons1 des livres de toute sorte que l'hrsiarque m'invita regarder4 ,il y avait l1 mls1 des volumes prcieux ou vulgaires1 de thologie1 de philosophie1 de littrature et de sciences4 ,c'taient des livres et des manuscrits anciens et modernes sur papier ou parchemin4 ,je remarquai les oeuvres d',aristote1 de ,galien1 d',oribase1 la ,syphilis de ,fracastor1 la ,sagesse de ,charron1 le livre du jsuite ,mariana1 les contes de ,boccace1 de ,bandello1 du ,lasca1 ,saint ,thomas1 ,vico1 ,kant1 ,marcile ,ficin1 le diadme des ,moines de ,smaragdus et d'autres4 ,je quittai ensuite l'hrsiarque1 que je n'ai plus revu4 99 99 99 99 99 quelque temps de l1 j'appris que venait de paratre3 l'vangile vridique1 de ,benedetto ,orfei1 traduit en langue vulgaire1 contenant la vie de ,dieu le pre1 premier des deux vangiles parallles aux vangiles canoniques4 ,je me procurai le livre1 qui tait fort court4 ,il ne contenait rien de prcis sur la vie de la premire personne de ,dieu4 ,on y apprenait que l'on ne savait rien de la naissance de ,dieu le pre4 ,de sa vie1 on ne savait presque rien1 sinon qu'il fut juste1 obscur et sans amis4 ,son existence tait mle celle de deux autres personnes de la ,trinit1 et c'est en essayant de dtourner ,dieu l',esprit-,saint d'un crime que celui-ci commettait1 qu'il fut pris avec lui et condamn injustement4 ,chacune des paroles qu'il changea au lieu du supplice avec ,jsus et le mauvais larron1 faisait l'objet d'un chapitre o elle tait commente4 ,c'tait en effet le seul moment bien connu de sa vie1 et encore l'hrsiarque en avait-il emprunt le rcit aux vangiles synoptiques4 ,aprs la mort de ,dieu le pre1 tout redevenait mystrieux4 ,on ne savait plus rien1 ni de sa rsurrection et ascension1 probables1 mais inconnues4 ,l'ouvrage avait t1 parat-il1 crit en latin1 traduit aussitt en italien et publi4 ,le manuscrit latin sur parchemin doit encore exister4 ,l'anne suivante1 ,benedetto ,orfei fit paratre le second vangile parallle aux vangiles canoniques ou vangile du ,saint-,esprit4 ,comme celle de ,dieu le pre1 sa vie tait peu connue4 ,mais1 tandis que du ,pre ternel on ne connaissait que sa mort1 on savait du ,saint-,esprit qu'il viola1 un jour1 une vierge endormie4 ,ce stupre avait t l'opration du ,saint-,esprit de laquelle tait n ,jsus4 ,on insistait aussi sur les paroles prononces sur la croix1 puis le mystre se faisait aprs l'instant o les soldats eurent bris les jambes des deux larrons4 ,ce volume1 la vrit fort beau et d'une grande lvation de pense par certains endroits1 contenait des passages d'une telle crudit que les autorits italiennes le firent saisir comme livre obscne2 aussi est-il introuvable4 ,les exemplaires du premier vangile1 ou ,vie de ,dieu le pre1 sont d'ailleurs fort rares eux-mmes3 soucieuse de les dtruire1 la cour pontificale en avait achet la plus grande partie4 ,l'hrsie des ,trois-,vies ne se rpandit pas4 ,benedetto ,orfei mourut au seuil du sicle4 ,ses quelques disciples se dispersrent1 et il est probable que l'enseignement de l'hrsiarque aura t vain1 qu'il n'en sortira rien1 et que nul ne songera le reprendre4 99 99 99 99 99 ,un prtre qui avait beaucoup connu ,benedetto ,orfei1 et qui avait souvent essay de lui faire abjurer ce que les catholiques appelaient ses erreurs1 m'a racont la fin de l'hrsiarque4 ,il mourut1 ce qu'il sembla1 des suites d'une indigestion1 mais son corps fut trouv tout couvert de plaies rsultant des tortures qu',orfei s'imposait2 si bien que les mdecins hsitrent attribuer son dcs sa gourmandise ou ses mortifications4 ,la vrit est que l'hrsiarque tait pareil tous les hommes1 car tous sont la fois pcheurs et saints1 quand ils ne sont pas criminels et martyrs4 ,l',,infaillibilit ,le #be juin #aijf1 le cardinal ,porporelli achevait de dner lorsqu'on lui annona la visite d'un prtre franais1 l'abb ,delhonneau4 ,il tait trois heures de l'aprs-midi4 ,l'implacable soleil qui exalta la ruse triomphatrice des anciens ,romains et qui chauffe avec peine la froide rouerie de ceux de nos temps1 s'il laissait tomber des rayons insoutenables sur la place d',espagne o s'lve le palais cardinalice1 respectait l'appartement de ,mgr ,porporelli4 ,des persiennes entretenaient une fracheur agrable et un demi-jour presque voluptueux4 ,l'abb ,delhonneau fut introduit dans la salle manger4 ,c'tait un prtre morvandiau4 ,son aspect ttu n'allait point sans analogie avec celui des ,peaux-,rouges4 ,autunois1 il aurait d natre dans l'enceinte celtique de l'ancienne ,bibracte1 sur le mont ,beuvray4 ,il y a encore ,autun1 ville d'origine gallo-romaine1 et aux environs1 des ,gaulois dans les veines desquels il ne coule point de sang latin1 et l'abb ,delhonneau tait de ce nombre4 ,il s'approcha du prince de l'glise et lui baisa l'anneau selon l'usage4 ,refusant les fruits de ,sicile que ,mgr ,porporelli lui offrait dans une corbeille1 il exposa le but de sa dmarche4 --,je souhaite1 dit-il1 avoir une entrevue avec notre ,saint-,pre le ,pape1 mais en audience prive4 --,mission secrte gouvernementale8 demanda le cardinal en clignant d'un oeil4 --,non point1 ,monseigneur6 rpondit l'abb ,delhonneau1 les raisons qui me font solliciter cette audience n'intressent pas seulement l'glise de ,france1 mais la ,catholicit tout entire4 --,dio mio6 s'cria le cardinal en mordant dans une figue sche1 farcie avec une noisette et de l'anis4 ,est-ce rellement si grave8 --,trs grave1 ,monseigneur1 rpta le prtre franais1 tandis qu'apercevant quelques taches de bougie sur sa soutane1 il s'efforait de les gratter4 ,le prlat gmit3 --,que peut-il encore y avoir8 ,nous avons dj assez d'ennuis avec votre loi sur la sparation et les divagations de ce chanoine ,bierbaum1 de ,landshut1 en ,bavire1 qui ne cesse d'crire contre l',infaillibilit444 --,l'imprudent6 interrompit l'abb ,delhonneau4 ,mgr ,porporelli se mordit les lvres4 ,dans sa jeunesse1 alors qu'il n'tait qu'un prtre mondain de ,florence1 il avait combattu l',infaillibilit1 mais il s'tait inclin ensuite devant le dogme4 --,vous aurez audience demain1 signor abb1 dit-il1 vous connaissez le crmonial8 ,il tendit la main2 le prtre s'inclina1 y appliqua un baiser sonore1 et se retira1 marchant reculons jusqu' la porte o il s'inclina une seconde fois1 tandis que le cardinal1 d'un air las1 le bnissait de la main droite1 pendant que de la gauche il ttait des pches dans la corbeille4 99 99 99 99 99 ,lorsque le lendemain l'abb ,delhonneau fut introduit chez le pape1 il se jeta genoux et baisa la mule du blanc ,pontife1 puis s'tant relev dlibrment1 il le pria en latin de l'entendre seul1 comme en confession4 ,et quelle condescendance6 ,le ,saint-,pre accueillit cette requte ose4 ,lorsqu'ils furent seuls1 l'abb ,delhonneau se mit parler lentement4 ,il s'efforait de prononcer le latin l'italienne1 mais les gallicismes abondaient dans son langage de sminaire2 de plus1 l'u franais y revenait souvent1 incomprhensible pour le pape qui interrompait l'orateur et se faisait rpter ce qu'il ne comprenait point4 --,saint-,pre1 disait l'abb ,delhonneau1 la suite d'tudes et de rflexions pnibles j'ai acquis la certitude que nos dogmes ne sont pas d'origine divine4 ,j'ai perdu la foi et je suis convaincu que chez aucun homme elle ne peut rsister un examen honnte4 ,il n'est pas une branche de la science qui ne contredise par des faits irrfutables les soi-disant vrits de la religion4 ,hlas6 ,saint-,pre1 quelle peine pour un prtre de dcouvrir ces erreurs et quelle douleur d'oser les avouer6 --,mon enfant1 dit le pape1 je pense que dans ces conditions vous avez cess de clbrer la ,sainte-,messe4 ,les doutes qui sont venus vous assaillir1 aucun prtre ne peut se vanter de ne pas les avoir connus2 mais une retraite dans cette ville1 berceau du catholicisme1 vous rendra la foi perdue1 et par les mrites de444 --,non6 ,non6 ,saint-,pre4 ,j'ai fait tout ce qui tait possible pour recouvrer une foi qui1 d'abord vacillante1 s'est effondre jamais4 ,je me suis efforc de me dtourner de penses qui me torturaient4 ,c'tait en vain6444 ,et vous-mme1 ,saint-,pre1 vous l'avez dclar1 des doutes vous sont venus4 ,que dis-je8 des doutes8 ,non6 mais des clarts1 des illuminations1 des certitudes6 ,avouez-le1 le trirgne qui pse sur votre front est lourd de faussets sacres4 ,et si la politique vous empche d'affirmer les ngations qui roulent dans votre cerveau1 elles n'en existent pas moins4 ,et l'effroi de rgner au moyen de mensonges sculaires1 voil le vrai fardeau de la papaut1 fardeau qui fait hsiter les lus au sortir du conclave444 444 ,rpondez-moi1 ,saint-,pre3 ,vous savez tout cela4 ,un pontife romain ne doit pas tre moins perspicace qu'un pauvre prtre du ,morvan6 99 99 99 99 99 ,le pape tait assis immobile1 grave1 et pendant cette dernire partie du discours il n'ouvrit pas la bouche4 ,devant lui1 l'abb ,delhonneau semblait un de ces ,gaulois qui pendant le sac de ,rome venaient agacer les snateurs majestueux1 pareils des statues1 sur leur chaise curule4 ,levant lentement les yeux1 le pontife demanda3 --,prtre6 o voulez-vous en venir8 --,saint-,pre1 rpondit l'abb ,delhonneau1 vous dtenez une puissance formidable1 vous avez le droit de dcrter le ,bien et le ,mal4 ,votre ,infaillibilit1 ce dogme incontestable parce qu'il repose sur une ralit terrestre1 vous donne un magistre qui ne souffre point de contradiction4 ,vous pouvez imposer aux catholiques la vrit ou l'erreur1 votre choix4 ,soyez bon6 ,soyez humain6 ,enseignez ce qui est vrai6 ,ordonnez ex cathedra que le catholicisme soit dissous6 ,proclamez que ses pratiques sont superstitieuses6 ,annoncez que le rle glorieux et millnaire de l'glise est termin6 rigez ces vrits en dogme et vous aurez acquis la reconnaissance de l',humanit4 ,vous descendrez ensuite dignement d'un trne d'o vous dominiez par l'erreur et que nul ne pourrait dsormais lgitimement occuper si vous le dclariez vacant jamais6 99 99 99 99 99 ,le pape s'tait lev4 ,ddaigneux de tout crmonial1 il sortit de la pice sans adresser un mot ni un regard au prtre franais qui souriait avec mpris1 et qu'un garde-noble vint guider travers les galeries somptueuses du ,vatican1 jusqu' la sortie4 99 99 99 99 99 ,quelque temps aprs1 la curie romaine cra un nouvel vch ,fontainebleau et y nomma l'abb ,delhonneau4 ,lors de son premier voyage ad limina1 cet vque ayant propos au ,saint-,sige l'rection en dogme de la croyance la mission divine de la ,france1 le cardinal ,porporelli1 quand il l'apprit1 s'cria3 --,pur gallicanisme6 ,mais l'administration gallo-romaine1 quel bienfait pour les ,gaules6 ,elle est ncessaire pour dompter la turbulence des ,franais4 ,et que de peine pour les civiliser6444 ,,trois ,,histoires ,,de ,,ch,,timents ,,divins ,i ,,le ,,giton ,le nomm ,louis ,gian1 fils d'un petit marchand d'huiles ,nice1 ne manifesta jamais la moindre pit au contraire des autres enfants qui1 au moins l'poque de leur premire communion1 font preuve d'une dvotion touchante4 ,le vicaire boiteux de ,sainte-,rparate lui avait dit1 un jour1 pendant le catchisme1 en essuyant ses lunettes avec sa soutane sale3 --,toi1 ,louis6 il t'arrivera malheur1 parce que tu es faux4 te voir1 on te prendrait pour un ange4 ,la vrit8 tu es plat comme une punaise genoux4 ,tu te moques de moi4 ,je le sais1 et tu le peux4 ,mais on ne se rit pas de ,dieu4 ,d'ailleurs1 tu l'apprendras1 trop tt ton souhait4 ,louis ,gian avait cout1 debout et les yeux baisss1 l'admonestation du vicaire4 ,mais1 ds que celui-ci eut le dos tourn1 l'impie singea sa marche chancelante et chantonna3 --,cinq et trois font huit4 ,cinq et trois font huit4 ,le jeune ,nissard ne s'amenda pas4 ,jusqu' quatorze ans il frquenta peu l'cole1 mais paillarda sous les ponts du ,paillon et au ,chteau1 d'abord avec les garons de son ge1 ensuite avec les petites filles4 quatorze ans1 il fut plac chez un chemisier et quitta le vieux ,nice aux parfums de fruits et d'aromates mls aux odeurs de chair crue1 de pte aigre1 de morue et de latrines1 pour une boutique dans la ville neuve4 ,ds les premiers jours il fut remarqu par le patron et la patronne qui1 en bons ,nissards1 ne firent chmer l'apprenti ni le jour1 ni la nuit4 ,la patronne tait rousse comme une orange1 mais le patron sentait le pissala4 ,louis ,gian se fit enlever en temps de carnaval par un ,russe quinquagnaire et mticuleux qu'il fallait appeler3 ,mon gnral6 et qui l'appelait3 ,ganymde6 ,ayant reconnu que le ,russe tait exigeant et avare1 il le vola et le quitta4 ,ensuite il se prodigua un ,turc brutal et gourmand4 ,le ,turc1 s'tant dcav ,monte-,carlo1 fut remplac par un ,amricain4 ,louis ,gian avait compris que sa condition fructueuse le vouait1 comme une mappemonde1 toutes les nationalits4 ,pourtant il ne sut pas dans la fortune garder cette srnit qui est le privilge des vertueux4 ,il mprisa ses compagnons d'autrefois et passait prs d'eux sans paratre les voir4 ,ceux-ci lui rendirent d'abord mpris pour mpris4 ,ils ne manquaient pas1 lorsqu'ils le rencontraient1 de faire le geste qui consiste placer le bras gauche la jointure du droit pli et agiter le poing droit ferm4 ,ou bien encore1 ils mimaient1 son passage1 l'obscne lettre ,z d'un alphabet muet qu'emploient volontiers les ,nissards1 les ,mongasques1 les ,turbiasques et les ,mentonasques4 la fin1 l'inconduite de ,louis ,gian fut en horreur au ,ciel1 comme elle l'tait ses anciens camarades4 ,celui qui pisse contre le vent se mouille la chemise2 il plut ,dieu de punir par la peine du talion les pchs du giton4 ,louis ,gian insulta un ami d'autrefois qui l'avait apostroph4 ,il y eut querelle1 bataille et promesse de vengeance4 ,quatre jeunes gens1 qui ne valaient en somme pas mieux que ,louis ,gian1 l'attendirent un soir qu'il tait all seul au thtre4 ,ils se saoulrent de ce vin de ,corse bien tomb de la rputation qu'il eut au ,x,v,ie sicle1 puis guettrent en face de la villa o l'encroup vivait avec un ,autrichien morbide4 ,lorsque ,louis ,gian arriva aprs minuit1 ils se prcipitrent sur lui1 le billonnrent et1 l'ayant hiss sur la grille de la ville1 l'empalrent et se sauvrent en se donnant des tapes444 ,l'empal mourut1 avec volupt peut-tre4 ,il tait beau comme ,attys4 ,les lucioles luisaient autour de lui444 ,,ii ,,la ,,danseuse ,j'ai lu1 jadis1 dans un vieil auteur1 ce rcit authentique ou lgendaire de la mort de ,salom4 ,je n'ai point orn le conte de mots hbreux1 de descriptions exactes de costumes et de palais2 sophisteries qui eussent donn au rcit cette couleur locale tant cherche aujourd'hui4 la vrit1 mon ignorance m'et empch de le faire1 et j'ai mme conserv mes personnages les noms qu'ils portent dans nos vangiles4 ,ceux qui avaient fait mourir saint ,jean-,baptiste furent chtis4 ,hrodiade avait t frue de la maigreur ragoutante du pnitent qui invitait les hommes prendre des bains4 ,bien qu'ayant agi comme ,joseph chez ,putiphar1 le mangeur de sauterelles avait sans doute prouv des dsirs charnels1 tt rprims1 pour celle qui le voulait4 ,lorsqu',hrodiade1 incestueuse selon la loi des ,juifs1 eut pous son beau-frre ,hrode ,antipas1 il se mla un peu de jalousie aux reproches faits par le ,baptiste4 ,salom1 enjolive1 attife1 diapre1 farde1 dansa devant le roi et1 excitant un vouloir doublement incestueux1 obtint la tte du ,saint refuse sa mre4 ,hrodiade reut dans un vaisseau d'or la tte chevelue face barbue4 ,sa passion se rveillant soudain1 elle baisa ardemment les lvres violtres du ,baptiste dcoll4 ,mais son ressentiment fut plus fort4 ,elle le satisfit en perant coups d'pingle la langue1 les yeux et toutes les parties du chef sanglant4 ,le sacrilge cessa par la mort d',hrodiade1 qui1 jouant encore avec la tte prcieuse1 succomba suivant toute vraisemblance une rupture d'anvrisme4 ,cette femme orgueilleuse ne demeura point en enfer4 ,elle fait partie de ces hordes d'esprits qui peuplent les airs1 et que1 lorsqu'ils sont bons1 j'aime fort appeler des dieux4 ,bien entendu1 j'entends par dieu ce sur quoi l'homme n'a nul pouvoir1 et non pas cette me du monde que ,speusippe d',athnes a le premier cru gouverner sans entendement l'univers4 ,les nuits d'orage1 ,hrodiade1 annonce par les ululements des hiboux et l'effroi des animaux1 mne une chasse fantastique qui passe au-dessus de la cime de nos forts4 ,hrode ,antipas1 roi de ,jude1 dont le pouvoir quivalait celui du bey de ,tunis de nos jours1 fut exil par ,tibre et mourut malheureux ,lyon4 ,salom1 dont la belle danse avait sill les yeux du roi1 prit en dansant2 mort trange qu'envieront les ballerines4 ,cette dame dansa une fois pendant une fte sur la terrasse de marbre incrust de serpentine d'un proconsul1 et celui-ci l'emmena1 lorsqu'il quitta la ,jude pour une province barbare au bord du ,danube4 ,il arriva que1 s'tant un jour d'hiver gare seule au bord du fleuve gel1 elle fut sduite par la glace bleutre et s'lana dessus en dansant4 ,elle tait comme toujours richement accoutre et dore de ces chanes mailles minuscules pareilles celles que firent depuis les joailliers vnitiens1 que ce travail rendait aveugles vers l'ge de trente ans4 ,elle dansa longtemps1 mimant l'amour1 la mort et la folie4 ,et1 de vrai1 il paraissait qu'il y et un peu de foleur dans sa grce et sa joliesse4 ,selon les attitudes de son corps nel1 ses mains gesticulaient en chironomie4 ,nostalgiquement1 elle mima encore les mouvements lents des oliveuses de ,jude gantes et accroupies1 quand choient les olives mres4 ,puis1 les yeux mi-clos1 elle essaya des pas presque oublis3 cette danse damnable qui lui avait valu jadis la tte du ,baptiste4 ,soudain1 la glace se brisa sous elle qui s'enfona dans le ,danube1 mais de telle faon que1 le corps tant baign1 la tte resta au-dessus des glaces rapproches et ressoudes4 ,quelques cris terribles effrayrent de grands oiseaux au vol lourd1 et1 lorsque la malheureuse se tut1 sa tte semblait tranche et pose sur un plat d'argent4 ,la nuit vint1 claire et froide4 ,les constellations luisaient4 ,des btes sauvages venaient flairer la mourante qui les regardait encore avec terreur4 ,enfin1 en un dernier effort1 elle dtourna ses yeux des ourses de la terre pour les reporter vers les ourses du ciel1 et expira4 ,comme une gemme terne1 la tte demeura longtemps au-dessus des glaces lisses autour d'elle4 ,les oiseaux rapaces et les btes sauvages la respectrent4 ,et l'hiver passa4 ,puis1 au soleil de ,pques1 ce fut la dbcle et le corps par1 incrust de joyaux1 jet sur une rive pour les pourritures fatales4 ,certains rabbins pensent que l'me d',adam anima aussi ,mose et ,david4 ,je ne suis pas loign de croire que celle de ,salom avait empli la fille de ,jepht1 et que1 n'ayant jamais chm depuis1 elle survit en ,espagne1 en ,turquie1 ou peut-tre aux provinces danubiennes1 dans le corps d'une danseuse de kolo1--cette ronde obscne qu'on peut appeler3 la danse de la croupe4 ,,iii ,d',,un ,,monstre ,,lyon ,,ou ,l',,envie ,il y eut une fois1 ,lyon1 un soyeux nomm ,gorne auquel ses parents1 fort pieux1 avaient donn le prnom de ,gatan parce qu'il tait n le jour de la fuite du pape ,gate4 ,gatan ,gorne tait devenu un bon catholique4 ,il hrita de la grande fortune de son pre1 et1 lui ayant succd1 il prit pour femme une fille de sa condition4 ,ses biens s'augmentaient2 il tait heureux en mnage1 mais sa flicit n'tait pas complte4 ,aprs trois ans de mariage1 il n'avait pas encore d'enfant4 ,dans l'espoir d'en obtenir un1 il fit suivre sa femme les prescriptions des plus grands mdecins4 ,il la mena en vain aux sources rputes merveilleuses contre la strilit4 ,enfin1 connaissant que les ressorts humains taient impuissants1 d'accord avec sa femme1 il eut recours la religion4 ,il couta les conseils du confesseur de son pouse4 ,mais la vertu des plerinages les plus fameux fut trouve en dfaut1 et les prires les plus ferventes furent dites inutilement4 ,le fabricant lyonnais gagna un nombre incalculable de jours d'indulgence1 mais son pouse resta brhaigne comme avant4 ,il blasphma contre le ciel1 douta des vrits religieuses et finalement perdit la foi de ses pres4 ,cet homme prsomptueux ne pouvait supporter que la ,divinit n'et point fait de miracle en sa faveur4 ,il ne se confessa plus1 ne communia plus1 n'alla plus aux offices religieux et cessa de donner aux oeuvres pieuses qu'il avait soutenues jusque-l4 ,il relut l'histoire de ,napolon1 et dlibra mme de rpudier une pouse strile1 demeure pieuse malgr son mari4 ,il se trouva alors un mdecin sans renom1 mais de haute science1 qui1 ayant appris la dtresse du riche soyeux1 entreprit la cure1 et1 de faon ou d'autre1 rendit propre tre ensemence la terre infconde4 ,gatan ,gorne pensa touffer de joie lorsque sa femme lui annona un jour que1 par divers signes irrcusables1 elle avait reconnu tre enceinte et qu'elle esprait mme ne pas demeurer primipare si cette grossesse avait une heureuse issue4 ,le fabricant fut ainsi confirm dans son impit et s'ouvrit sur ce sujet sa femme pour la dtourner des pratiques dvotieuses4 ,la dame en bonne chrtienne ne manqua pas de tout raconter son confesseur4 ,celui-ci tait un prtre robuste1 dans la force de l'ge1 ttu dans la foi1 pensant que tout est permis pour que le rgne de ,dieu arrive4 ,il avait appris avec douleur le scandale caus par l'irrligion du fabricant1 et voyant le rsultat obtenu par ceux qui avaient suivi ses conseils sincres1 il en prouva du dpit4 ,comprenant qu' cause de la grossesse de la dame1 ,satan avait t le plus fort1 le prtre entreprit de ramener au bercail la brebis gare4 ,vraiment1 le ciel tira une clatante vengeance de l'impit de ,gatan ,gorne4 ,une nuit de prires inspira au religieux un tour qui russit pleinement4 ,un jour d't1 sachant que le mari tait ,lyon pour ses affaires et la femme la campagne1 le prtre1 abandonnant la soutane1 se vtit du plus mal qu'il put1 simulant un vagabond1 colporteur1 gueux1 mendiant1 bltre1 fainant ou chemineau1 comme on en voit sur toutes les routes4 ,ainsi accoutr1 il alla la ville o la dame enceinte1 s'ennuyant seule1 regardait par la fentre4 ,c'tait un jour violent d't1 l'heure de midi dont ,pan1 cach dans les moissons1 symbolise le rut effrayant4 ,le faux vagabond s'approcha de la muraille1 sous la fentre de la dame qui s'ennuyait4 ,il accomplit un acte naturel qu'il est inutile de nommer et exposait un pilon mortier1 un bton pastoral1 une flte ,robin1 et mieux1 un rossignol tel que beaucoup de dames l'eussent voulu entendre chanter ,kyrie eleison4 ,celle-ci1 malgr sa dvotion1 ne fut pas indiffrente et eut envie d'tre le mortier du pilon1 la cage du rossignol4 ,mais1 tant honnte1 elle ne pouvait satisfaire son vouloir4 ,nanmoins1 il est certain qu'prouvant des dmangeaisons1 elle se gratta4 ,bien que les phnomnes relatifs aux envies des femmes grosses soient contests par plusieurs savants1 il me parat certain aussi que la dame tait enceinte d'une fille4 ,car1 quelques mois aprs1 elle accoucha1 et1 lorsque le mari1 haletant d'motion1 voulut savoir de quel sexe tait l'enfant1 la sage-femme leva les bras au ciel en disant3 ,c'est un monstre61 et le mdecin qui l'assistait dit3 ,c'est un hermaphrodite6 la suite de ce monstrueux vnement1 le riche soyeux faillit devenir fou de douleur4 ,reconnaissant que tout arrive par la main de ,dieu1 il se rsigna1 devint dvot1 donna de grandes sommes aux oeuvres1 et difia tout le monde par sa pit4 ,le prtre1 apprenant ce qui tait arriv1 rit clater1 se roula1 sauta1 toussa1 et finalement alla confesse4 ,mais le cur lui refusa l'absolution et il dut l'implorer chez l'archevque4 ,l'androgyne mourut bientt4 ,gatan1 redevenu pieux1 vcut heureux avec sa femme et ils eurent beaucoup d'enfants4 ,,simon ,,mage 444 ,et tandis que la foule rendait gloire celui dont les disciples accomplissaient tant de prodiges1 un homme aux cheveux noirs et friss1 la barbe rousse et fine1 la face farde1 s'approcha du diacre ,philippe et lui dit3 --,devin6 veuille1 en retour de ta science que je dsire apprendre1 te laisser inculquer la mienne qui comprend avant tout les dix degrs dmoniaques4 ,depuis longtemps1 mon entendement a franchi les trois degrs tnbreux et je connais prsent les sept parvis de l'enfer proprement dit4 --,arrire6 cria le diacre ,philippe1 il n'y a rien de commun1 sorcier1 entre toi et moi4 ,je suis le disciple de ,celui qui dans sa bont livra tes matres maudits toutes les douleurs4 ,je suis de son glise1 et1 selon son vouloir1 les portes de l'enfer ne prvaudront point contre elle4 ,mais l'homme sourit1 et1 assujetissant sur sa tte1 de la main droite1 la tiare couleur de safran o1 comme le ,mandre au soleil1 brillait un serpent fait d'opales1 il reprit3 --,je commande durement aux lgions de dmons et communique avec les myriades d'anges4 ,en leur suavit consiste ma force1 et1 le plus riche1 le plus savant de ,samarie1 je veux me soumettre celui dont les suppts accomplissent tant de prodiges4 ,comment se nomme ton matre8 --,c'est1 rpondit le diacre1 ,jsus de ,nazareth1 le ,messie1 ,fils de ,dieu4 ,puis il l'endoctrina1 et voyant qu'humble et soumis il reconnaissait la vrit1 il lui demanda son nom1 et l'homme saisit dans chaque main un anneau d'or de ses oreilles4 ses doigts1 des pierres opaques1 serties dans des bagues d'or1 portaient gravs des signes divers4 ,dans cette position1 le haut du corps1 les bras et la tte figuraient un triangle isocle4 ,de longues paupires violettes voilrent l'clat des yeux noirs1 et la bouche peinte pronona3 --,simon4 ,le diacre se souvint de ce nom qui avait t celui du chef des aptres1 puis il baptisa l'homme1 l'appelant ,pierre1 et ajoutant3 --,simon1 dsormais tu es ,pierre1 comme l'est le ,vicaire de ,dieu sur la terre4 ce moment1 le peuple ayant cri3 ,place1 en s'cartant1 ,philippe vit venir ,pierre lui-mme1 les yeux troubls par les larmes1 qui ne tarissaient plus depuis que1 par trois fois1 il avait reni son divin ,matre4 ,prs de l'ancien pcheur du lac de ,tibriade marchait ,jean1 le disciple bien-aim4 ,et le diacre dit3 --,voici que ,pierre vient en pleurant4 ct de lui1 marche1 jeune et grave1 ,jean le prfr4 ,homme que le baptme a renouvel1 demande-leur de te confrer le ,saint-,esprit4 ,le peuple s'tait dispers4 ,il ne restait plus sur la place1 avec le diacre ,philippe et ,jean1 que le nouveau baptis4 ,il ramena par devant les plis de sa robe tranante1 dont l'toffe jaune tait trame de dessins violets figurant des btes fantastiques1 et dcouvrit ainsi des sandales de cuir azur1 ornes au cou-de-pied d'un quadruple triangle d'or4 ,et ,pierre1 se penchant vers ,philippe1 demanda3 --,quel est cet homme l'attitude orgueilleuse8 ,il ne parat avoir la vritable humilit du coeur4 ,et le diacre ,philippe rpondit3 --,c'est un magicien4 son dire1 il commandait durement aux lgions de dmons et s'accordait avec les myriades d'anges4 ,il s'est soumis1 lui1 sa science et ses suppts surnaturels la divine autorit du ,christ1 notre ,matre1 et il a t baptis4 ,une longue thorie de femmes gantes1 portant une cruche sur la tte1 traversa la place4 ,elles s'approchrent des aptres1 et l'une d'elles1 gracieuse et forte1 ayant dpos sa cruche1 s'agenouilla devant ,pierre en disant3 --,matre1 on assure que vous parlez au nom de ,jsus de ,nazareth4 ,un jour1 il s'entretint avec moi4 ,j'tais assise1 peu de distance de la ville1 sur la margelle du puits o nous allons4 ,matre1 parlez-nous de ,jsus4 ,et le sorcier se mit devant elle1 disant3 --,matre1 ne lui rpondez pas1 c'est une prostitue4 ,mais1 ,pierre rpliqua3 --,mage carte-toi6 ,et souriant1 tout en pleurs1 il dit la ,samaritaine3 --,femme qui avez la foi1 allez jusqu'au puits avec vos compagnes qurir l'eau de votre baptme1 et revenez vers moi4 ,et la ,samaritaine1 aprs s'tre releve1 se dirigea1 suivie des autres femmes1 vers la porte de la ville4 ,le sorcier1 s'tant de nouveau approch de ,pierre1 lui dit3 --,je suis venu vers ,philippe ton disciple1 qui accomplit ici1 avant ta venue1 des prodiges admirables4 ,je te prie de me confrer le ,saint-,esprit et le pouvoir de le confrer mon tour4 ,et ,pierre demanda3 --,mage1 pourquoi dsires-tu le pouvoir de confrer le ,saint-,esprit8 ,et le sorcier rpondit3 -- cause de la gloire que j'en acquerrai4 ,elle me mettra au-dessus des autres hommes1 et un jour1 si tu mourais avant moi1 je serais digne de prendre ta place1 ,matre6 ,et ,pierre rpliqua3 --,celui qui souhaite une autre gloire que celle du ,trs-,haut est indigne de confrer le ,saint-,esprit4 ,va-t'en1 mage1 avec ta magie4 ,mais le sorcier s'inclinant reprit3 --,matre1 vous tes pauvre et je suis riche3 vendez-moi la science dont ma magie n'est que l'erreur6 ,pierre se dtourna de lui1 et demanda ,philippe3 --,comment s'appelait cet homme8 --,simon6 rpondit le diacre4 ,et ,pierre1 tombant genoux1 s'cria3 -- mon nom de pcheur6 ,que ,simons soient tous ceux qui voudraient acheter les dons sacrs4 ,que ce pch excrable soit en horreur au ciel et la terre6 ,le magicien s'tait baiss1 et1 tandis que les manches lourdes et pendantes de sa robe soulevaient la poussire1 il traa sur le sol les mots ,,ablanatanalba et ,,onorarono qui peuvent se lire indiffremment de droite gauche ou de gauche droite1 et1 lorsqu'il se releva1 les disciples virent devant eux la vivante image de ,pierre1 le chef des ,aptres1 mais qui ne pleurait pas et disait3 --,simon-,pierre1 je ne suis nul autre que celui que tu es1 et nos noms sont les mmes4 ,je vivrai aussi longtemps que l'glise o tu commandes4 ,j'en deviens pour toujours le mauvais chef1 tandis que tu en es le bon pasteur4 ,et l o tu reprsenteras la bont cleste1 je serai l'infernale mchancet qui met en branle1 quand il me plat1 les lgions de dmons et les myriades d'anges4 ,alors1 il disparut1 et les aptres le cherchaient en vain des yeux sur la place1 o revenait1 par la porte de la ville1 la thorie des ,samaritaines1 qui1 les bras levs1 maintenaient sur leur tte balance le vase empli de leur eau baptismale4 99 99 99 99 99 444 ,et voyant s'avancer deux vieillards d'une ressemblance parfaite1 ,nron demanda3 --,lequel d'entre vous est ce ,galilen dont les miracles tonnent la ville8 ,mais l'un des hommes leva les yeux au ciel sans rien rpondre1 tandis que son compagnon s'criait3 --,cet autre qui me ressemble n'est qu'un imposteur4 ,et1 dans ce jardin o tu nous accueilles1 ,csar1 je veux m'lever devant toi comme un oiseau prenant son vol4 ,mon art me donne le moyen de confondre ainsi ce silencieux4 ,l'empereur clata de rire3 --trangers1 dit-il1 je vous ai pris d'abord pour ,castor et ,pollux1 mais ils s'aiment et vivent alternativement4 ,votre inimiti excite mon imagination4 ,enchanteurs1 faites des prodiges4 ,ma musique accompagnera vos gestes4 ,ensuite1 je clbrerai votre lutte en strophes alcaques4 ,il vit alors que le visage du vieillard qui avait parl tait calme et rus1 tandis que sur les joues du silencieux1 des larmes1 qui ne cessaient de couler1 avaient creus deux sillons4 ,prenant un luth accord1 ,nron le fit sonner1 et l'homme qui ne pleurait pas s'cria3 --,pierre1 voici le moment o je te confondrai4 ,mon art dtruira tous les enchantements de ton ignorance4 ,mes allis veillent dans le ,ciel et dans l',enfer4 ,il traa sur le sol le nom d',,anatana1 qui se lit de droite gauche et rciproquement4 ,une nue sombre s'tant leve1 le magicien lui dit3 --,anatana1 prince de l',enfer1 si mon ennemi m'attaque au moment o venant de quitter la terre1 j'aurai peine me dfendre1 tu feras la nuit et combattras cet homme dans l'obscurit4 ,il s'accroupit pour renouer les cordons de sa sandale droite1 orne au cou de pied d'un quadruple triangle d'or1 et se releva en appelant3 --,eloah ,quanah1 ,dieu jaloux1 prpos aux portes de la demeure cleste1 l'ouest1 carte-toi en ouvrant pour laisser passer ceux qui me servent6 ,alors il cria3 --,kokhabiel6 ,et ce fut une rumeur argentine d'armes clestes1 tandis que s'avanaient ,kokhabiel et les trois cent soixante-cinq mille ,anges qu'il commande4 ,le magicien jeta un regard triomphant sur ,pierre qui1 tomb genoux1 priait maintenant les bras en croix4 ,l'enchanteur appela3 --,quemuel6 ,et avec un bruit semblable au chant de milliers d'oiseaux s'avancrent ,quemuel et les douze mille ,esprits qui sont sous ses ordres4 ,le mage commanda3 --,ange ,dumiel1 portier de l'enfer1 laisse passer ceux qui me servent4 ,et1 silencieux1 comme le vol des chauves-souris1 s'avancrent califourchon sur des zbres1 des hmiones1 des onagres1 ou debout sur des lphants portant de belles citadelles1 ou bien assis sur des panthres1 ou encore pied1 menant des ours1 des onces enchans1 les quatre-vingt dix mille ,dmons prsents l'exode d'gypte4 ,et le magicien dit ceux qui lui obissaient3 --,vous qui tes la fois mes matres et mes serviteurs1 voici que je m'lverai devant ,csar comme l'oiseau prend son vol4 ,dfendez-moi tandis que je serai dans l'air1 afin que mon ennemi demeure sur la terre1 impuissant et confondu4 ,il s'approcha de ,pierre et lui parla3 --,les puissances du ,ciel et de l',enfer m'obissent4 ,dieu lui-mme va paratre devant toi pour te confondre en attestant ma science et ton ignorance4 ,il appela3 --,sidra6 ,et l',ordre qui est la ,bouche de ,dieu parut au firmament o1 la parole du mage1 se manifestrent ,tathmahinta1 qui est le ,coude gauche au ,corps de ,dieu1 ,adramat1 qui est un ,doigt majestueux au ,pied droit du ,corps de ,dieu1 ,auhez1 qui est un ,doigt prhensif au ,pied gauche du corps de ,dieu1 auprs d',hatoumah1 qui1 l',intgrit mme1 est aussi un ,orteil au ,pied gauche du ,corps de ,dieu4 ,et quelle immense ,majest emplissait le ciel1 mesure qu'apparaissaient les clestes ,puissances1 qui sont des ,membres au ,corps de ,dieu6 ,dagoul ,we ,adom s'inscrivit en une distincte rubrique sur le ,corps de ,dieu4 ,alors1 ,kokhabiel et ses trois cent soixante-cinq mille ,anges1 ,quemuel et ses douze mille ,esprits1 ,anatana l'obscur1 et les quatre-vingt-dix mille ,dmons prsents l'exode d'gypte1 les lgions de dmons et les myriades d'anges de toutes hirarchies s'inclinrent1 et le fulgurant ,ohaztah parut qui est le ,prince de la ,face divine4 ,prompts et inous1 entourant1 supportant le ,corps adorable se manifestrent ,afap1 ,elohmancith1 ,tamani1 ,ouriel et les autres ,faces d'aigles1 de lions ou de chrubins qui ornent le ,char cleste4 ,les ,ofanim1 classe d'anges multicolores1 qui sont les roues de ce ,char plus rapide que l'esprit humain ne saurait le concevoir1 tournrent dans le ciel en jetant un clat insupportable1 et1 prenant tous les tons1 depuis les blancheurs totales et infiniment varies des plus pures rgions toiles jusqu'aux dernires nuances qui flamboient dans les abmes1 tandis que1 sombre et terrible1 comme une annonciation de tempte1 dominait au znith la profondeur violette d',humasion1 l',amthyste1 qui est une appellation de la ,divinit4 ,et ,pierre1 le front contre terre1 suppliait le ,trs-,haut de confondre le magicien1 qui s'cria3 --,csar6 je vais maintenant m'lever devant toi1 la face de ,dieu4 ,il appela3 --,isda6 ,auhabiel6 ,auferethel6 ,et ,isda1 qui est l'ange de la nourriture1 s'avana1 et lui donna les forces ncessaires l'accomplissement de son faux miracle2 ensuite1 ,auhabiel1 l'ange aim de ,dieu et prpos l'amour1 tendit ses ailes1 et1 prenant le mage par les cheveux1 l'emporta vers les rgions suprieures1 tandis qu',auferethel1 qui est l'ange du plomb1 retenait ,simon1 afin qu'il ne montt pas trop vite et ne perdt point connaissance4 ,mais1 soudain1 s'tant lev1 ,pierre rompit le charme d'un seul geste1 et1 dans un silence auguste1 s'croula l'anglique et rayonnante majest du ,corps divin1 pendant qu'avec un bruit d'argent et de soie1 disparaissaient les myriades d'anges1 pendant qu'avec la rumeur d'un grouillement de cloaque1 s'enfonaient dans l'abme les lgions dmoniaques4 99 99 99 99 99 444 ,et crucifi la tte en bas1 par respect pour l'adorable position de son ,matre1 ,pierre aux yeux brls par les larmes1 ,pierre sur le point de mourir1 regardait un homme qui lui ressemblait s'avancer vers le bourreau1 auquel il demandait3 --,combien me vendrais-tu le corps de ce supplici8 ,et le bourreau rpondait3 --tranger1 ce martyr qui te ressemble est sans doute ton frre444 ,moi aussi1 je suis chrtien1 car j'ai t baptis4 ,j'exerce mon mtier1 et1 faisant cela1 j'accomplis la volont divine4 ,mais1 le corps d'un martyr est un don sacr de ,dieu ses fidles1 et il est interdit de vendre les dons sacrs4 ,quand cet homme sera mort1 tu emporteras le cadavre1 afin que les croyants puissent l'honorer444 ,en attendant1 pour passer le temps1 jouons aux ds mon silence contre tes sandales azures1 qu'orne1 au cou de pied1 un quadruple triangle d'or4 ,l',,otmika ,sur le pr1 proche les vergers aux pruniers fleuris qui entourent le village bosniaque1 le kolo tournait1 ronde chevele et chantante4 ,les croupes s'agitaient en cadence3 celles des garons sautaient1 nerveuses et troites2 celles des filles roulaient1 lourdes et bulbeuses1 et tendaient le jupon court4 ,les chansons s'envolaient1 lyriques1 satiriques ou gaillardes1 et en ce cas les filles faisaient semblant de ne pas comprendre4 ,on chantait3 ,le premier disait3 ,tu es une rose4 ,le second disait3 ,tu es une toile4 ,le troisime disait3 ,tu es un ange des cieux4 ,mais le quatrime m'a contemple sans rien me dire4 ,de par mon miroir1 je ne suis ni rose1 ni toile1 ni ange1 ,de par mon miroir les trois ont menti4 ,et celui qui s'est tu sera mon bien-aim4 ,le kolo tourna un instant en silence4 ,les croupes remuaient1 sautillaient1 frtillaient1 se tortillaient4 ,les tziganes1 hommes et femmes1 assis sur le talus du chemin qui borde le pr1 prludrent un autre air sur leurs guitares1 et la troupe dansante entonna3 ,le vieux beg turc de ,sarajevo ,pesait cent dix okes4 ,sa fille qui n'en pesait que trente ,s'est enfuie chez les ,serbes pour danser la poskotznika4 ,puis les garons chantrent3 ,la fiance n'tait pas vierge1 ,elle tait comme un sac trou444 ce moment un cri retentit1 sauvagement3 --,otmika6 ,et une troupe de garons1 qui1 sans doute avec la complicit des tziganes1 s'taient tenus cachs derrire une haie1 de l'autre ct du chemin1 s'lancrent vers les danseurs de kolo4 ,au cri d',otmika tous avaient compris qu'il s'agissait du rapt traditionnel chez les ,sud-,slaves4 ,un amoureux conduit1 sachant que sa bien-aime dansait le kolo sur le pr1 avait runi une troupe d'amis1 et ils taient venus1 dcids ravir la ddaigneuse4 ,mais le moment avait t mal choisi4 ,les danseuses avaient pouss un cri de terreur et s'taient places derrire les danseurs1 parmi lesquels il y avait peut-tre l'amant favoris4 ,voyant qu'une rsistance s'tait organise si promptement1 les ravisseurs s'arrtrent1 interdits4 ,ils n'taient que six1 tandis qu'il y avait onze danseurs avec autant de filles4 ,celles-ci chuchotaient3 --,c'est ,omer1 le petit tailleur4 ,il veut enlever ,mara4 ,omer tait au premier rang des otmikari2 petit1 brun1 fort comme un taureau1 il tremblait de rage4 ,les tziganes pincrent leurs guitares4 ,les yeux d',omer brillrent4 ,il fit un pas en avant et entonna3 ,igra kolo1 igra kolo nadvadeset idva4 ,u tom kolu1 u tom kolu1 lipa ,mara igra4 ,kakva ,mara1 kakva ,mara medna asta una444 ,le kolo tourne compos de vingt-deux personnes4 ,dans la ronde balle la jolie ,mara4 ,quelle bouche de miel a ,mara444 ,un joli garon1 grand et maigre1 dfenseur des filles1 l'interrompit3 --,omer1 tu sais que chez nous1 lorsqu'on ne sait pas le nom d'une fille ou qu'on ne veut pas la nommer1 on l'appelle ,mara4 ,dis pour quelle fille tu as cri1 ,otmika6 afin qu'elle puisse se dfendre4 ,omer cria3 --,mara1 la fille du vieux ,tenso4 ,mara passa sa jolie tte brune et peureuse entre ses dfenseurs en disant3 --,omer1 je ne te veux pas de mal4 ,tu as assez longtemps chant sous mes fentres1 en toute saison4 ,mais je n'ai jamais rpondu4 ,tu sais de belles chansons1 mais je ne veux pas me marier avec toi4 ,la troupe des danseurs de kolo cria3 --,adieu1 ,omer6 et se mit alors en marche vers le village4 ,les otmikari ne s'opposrent pas cette retraite4 ,mais les tziganes1 sur la route1 ayant commenc l'air des ,litanies de ,marco1 les ravisseurs psalmodirent pour insulte la belle ,mara1 ce chant misogyne3 ,marco1 des femmes dlivre-nous4 ,marco1 de ces vipres dlivre-nous1 ,marco1 de ces putains dlivre-nous1 ,marco1 de ces charognes dlivre-nous1 ,marco1 de ces tratresses dlivre-nous444 ,ensuite ,omer se tourna rageur vers ses compagnons3 --,dire que j'tais si empress auprs d'elle6 ,l'anne dernire1 elle se laissait faire encore4 ,aprs le kolo1 elle acceptait les gurabi mielleux1 les tartes aux prunes1 les alv de froment1 saindoux et miel que je lui apportais4 ,mais depuis1 elle a t la ville4 ,elle y a vu des ,italiens1 des ,juifs1 des ,turcs1 des ,viennois1 qui sait8 et peut-tre de ces ,grecs que je dteste et que je ne peux voir sans leur montrer les cinq doigts de la main droite en disant3 ,pend61 ce qui est la plus grave injure qu'on leur puisse faire6 ,un des ,otmikari rpondit3 --,si elle connat la ville1 elle ne sera pas facile prendre4 ,de plus1 son pre a aussi des ides de la ville4 ,il en est venu mpriser les institutions sculaires de notre race et il sera dans le cas de se plaindre4 ,l'otmika traditionnelle est svrement punie quand il y a plainte1 et il ferait ramener sa fille chez lui par les gendarmes4 ,les tziganes s'taient approchs et tendaient leurs mains ouvertes4 ,ils taient beaux1 mais sales et sournois4 ,omer leur jeta quelques pices4 ,l'un d'eux dit en ricanant3 --,les jours les plus heureux pour l'homme sont celui o il se marie et celui o sa femme crve4 ,une vieille tzigane face dessche avait tir de sa poche une longue chevelure noire1 coupe par surprise quelque misrable gardeuse d'oies1 endormie dans une prairie4 ,avec un vieux peigne cass elle peignait cette chevelure triste comme une relique de morte1 en marmonnant inintelligiblement4 ,elle releva la tte1 et1 regardant fixement ,omer1 elle lui dit en chevrotant3 --,pourquoi ne fais-tu pas l'otmika sur une fille d'un village voisin1 comme cela se pratique ordinairement8 ,si tu veux1 je t'en volerai une dont les cheveux seront plus beaux que ceux que je tiens4 ,mais ,omer rpondit3 --,un hros ne vole pas1 il ravit4 ,je veux ,mara4 ,la vieille continua3 --,si tu me donnes bien de l'argent1 je ravirai pour toi ,mara4 ,car tu n'es pas rus1 mais je suis fine comme les aiguilles de sapin1 moi4 ,omer rflchit1 puis consentit le prix voulu par la vieille1 lui donna des arrhes et s'en alla avec ses compagnons1 tandis qu'en signe de joie pour l'aubaine1 les tziganes1 au son d'une guitare1 dansaient la khaliandra1 sautant et se battant les semelles sur les fesses1 en se tenant d'une main par l'oreille et de l'autre par l'organe gnital4 99 99 99 99 99 ,le lendemain1 ,omer ne se montra pas dans le village4 ,il passa sa journe coudre et broder1 accroupi la turque4 ,dans les rues les gens parlaient de l'otmika et beaucoup dsapprouvaient ,omer d'avoir interrompu le kolo4 ,bandi1 le marchand de cochons1 annonait qu'il ferait dsormais dix lieues1 quand il aurait besoin d'un tailleur1 plutt que d'avoir affaire ,omer4 ,le vieux et riche ,tenso1 veuf pour la seconde fois1 avait paru un instant dans la rue et avait jur qu',omer n'aurait pas sa fille1 qu'elle ne quittait plus la maison et qu'il tait dcid recourir la gendarmerie en cas de violence4 ,le soir1 le vieux cur entra dans la maison de ,tenso4 ,lorsqu'il en sortit1 au bout d'une heure1 ceux qui le virent assurrent qu'il avait l'air fort agit1 et qu'il avait rpondu d'une voix brise par les sanglots refouls ceux qui lui avaient parl4 99 99 99 99 99 ,le surlendemain1 vers deux heures1 le village tait presque dsert1 comme il l'est toujours pendant l'aprs-midi4 ,le vieux ,tenso1 dans sa chambre1 souffrait d'une rage aux dents4 ,mara1 dans la cuisine1 surveillait la cuisson du remde infaillible contre le mal de dents3 des figues bouillies dans du lait4 ce moment1 on frappa la porte de la maison4 ,mara regarda par la fentre et vit une vieille tzigane qui cria3 --,frajle6 ,frajle6#a #a ,mademoiselle4 ,mara descendit ouvrir et la vieille lui dit3 --,n'as-tu pas besoin de mes services1 la belle6 --,d'o viens-tu8 demanda ,mara4 --,de ,bohme1 le pays merveilleux o l'on doit passer mais non sjourner1 sous peine d'y demeurer envot1 ensorcel1 incant4 --,que sais-tu8 --,j'enseigne danser1 chanter4 ,je sais jeter les sorts les plus insidieux4 ,je sais lire l'avenir dans la main1 dans les cartes4 ,je sais coiffer1 piler1 et mme repuceler une nourrice4 ,mara lui tendit la main gauche en disant3 --,regarde6 ,la vieille l'examina et rpliqua3 --,tu te marieras sous peu4 ,mara lui donna une pice de monnaie1 en disant3 --,va-t'en1 vieille6 ,je sais danser1 chanter4 ,nul n'a encore cart mes jambes4 ,je me coiffe seule et je ne veux pas tre pile4 ,la vieille ricana3 --,tremtt6 ,j'ai pil de belles musulmanes1 dans l',herzgovine1 et des chrtiennes aussi4 ,le got de la chair lisse se propage1 ma fille1 et les touffes de fenouil1 aux endroits secrets d'un corps poli1 rpugnent plus d'un homme1 mme parmi les chrtiens4 ,mara tapa du pied et cria3 --,va-t'en6 ,mais la vieille leva la main1 et1 d'un coup1 dfit la chevelure de ,mara dont les nattes retombrent3 --,vois-tu1 la belle1 tu ne sais pas te coiffer4 ,je vais te recoiffer pour rien4 ,tourne-toi4 ,honteuse de son impatience1 ,mara se laissa faire docilement4 ,la vieille tira une paire de ciseaux1 mais1 ce moment1 une main nerveuse la saisit la gorge4 ,la vieille poussa un cri en laissant tomber les ciseaux1 qui firent un bruit mtallique sur le pav4 ,mara se retourna et vit d'un coup d'oeil les ciseaux ouverts sur le sol et le cur serrant la tzigane la gorge4 ,omer1 qui la vieille avait promis de retenir ,mara la porte1 afin qu'il pt l'enlever1 arrivait en courant4 ,l'apercevant1 ,mara poussa un cri et referma violemment la porte1 qu'elle verrouilla4 ,omer s'arrta dsespr en murmurant3 --,trop tard6 ce moment1 une troupe de cochons dboucha un tournant4 ,les btes flaireuses1 aux petits yeux1 aux jambes courtes1 grognaient1 gargouillaient1 ronflaient1 renclaient1 reniflaient4 ,derrire1 le troupeau grouillant et rose sale1 venait ,bandi qui1 arm d'un gourdin1 dirigeait les cochons en se dandinant1 et sifflotant4 la vue d',omer1 ,bandi fit tournoyer son bton en menaant le tailleur4 ,mais le cur lui cria3 --,h1 ,bandi6 laisse ,omer1 j'en fais mon affaire4 ,occupe-toi de cette vieille qui voulait voler la chevelure de ,mara4 ,le cur se dirigea vers ,omer1 qu'il saisit par l'oreille et entrana4 ,de l'autre ct1 la vieille courait3 les cochons la suivaient de prs1 en trottant plus vite1 en frtillant et en remuant leur queue tortille4 ,bandi en quelques sauts la rattrapa1 et lui administra une vole qui1 bien que rudement applique1 ne retarda pas la fuite de la tzigane4 ,en courant1 elle poussait des hurlements1 criait des maldictions et vomissait des jurons immondes444 99 99 99 99 99 ,le cur tira ,omer par l'oreille jusque devant le presbytre4 ,l1 il le lcha enfin et parla3 --,omer1 tu es le scandale de ce village4 ,tu veux enlever une fille qui ne veut pas de toi4 ,sduire une fille est une mauvaise action1 mon fils6 ,omer se rcria3 --,je ne veux pas la sduire1 je veux l'pouser4 ,qu'importe qu'elle ne me veuille pas8 ,l'homme doit-il s'embarrasser des volonts des femmes qui pleurent quand elles veulent et rient quand elles peuvent8 ,le cur l'couta d'un air attendri3 --,ainsi1 c'est diffrent4 ,omer1 mon enfant1 tes intentions sont donc pures444 ,l'as-tu demande son pre8 --,oui6 cria ,omer1 ,tenso a jur que je n'aurais pas sa fille4 ,mais je veux pouser ,mara4 ,d'ailleurs vous savez tout4 ,vous tes rest plus d'une heure1 hier1 dans sa maison4 --,oui6 rpliqua le cur1 je sais tout ce qui s'est pass avant4 ,mais j'avais pens1 comme croit ,tenso1 du reste1 que1 ne pouvant avoir ,mara pour pouse1 tu voulais l'enlever pour la dshonorer et l'abandonner4 --,le vieux ,tenso mpriserait-il assez nos coutumes1 dit d'une-voix sombre ,omer1 pour me refuser sa fille au cas o1 l'otmika ayant russi1 j'aurais enlev ,mara8 --,hlas6 dit tristement le cur4 ,hlas6 mais toi1 ,omer1 mprises-tu assez les divertissements de notre race1 pour venir interrompre le kolo1 la danse nationale et crier3 ,otmika6 pendant les rondes8 --,je croyais que les prtres considraient la danse comme mauvaise4 --,quoi8444 ,il en est1 c'est vrai1 qui croient que la danse est l'oeuvre de ,satan4 ,moi1 je suis de l'avis du cur ,spangenberg qui1 en #aedg1 prcha que la danse est bonne1 car on dansa aux noces de ,cana1 et ,jsus y dansa peut-tre aussi4 ,mais toi1 ,omer1 qu'as-tu fait6 ,n'ayant pas russi l'enlvement pendant la danse1 qu'as-tu imagin1 ,omer6 ,car j'ai tout devin4 ,tu as pris pour complice une possde1 un tre infme1 une receleuse de dmons1 une tzigane voleuse de chevelures4 --,le diable couche avec6 dit ,omer1 elle m'a induit en lchet4 ,mais aussi1 comment avoir ,mara maintenant8 ,elle ne sortira plus1 sinon accompagne pour aller la messe4 ,le vieux ,tenso1 dit-on1 veut aller habiter en ville4 ,je suis forc de recourir la ruse4 ,le cur rflchit3 --,non1 il n'y a rien faire du ct du vieux ,tenso4 ,mara veut se marier la ville4 ,mon pauvre ,omer1 renonce l'otmika1 dsaime ,mara4 ,marie-toi avec une autre4 --,jamais6 ,je veux ,mara6 99 99 99 99 99 ce moment des enfants qui passaient vinrent baiser les mains du cur4 ,quand ils s'en furent alls1 il sourit3 --,omer6 la place de ,mara l'glise est gauche prs de la petite porte4 ,omer tressaillit3 --,mais444 le pch444 un rapt dans l'glise444 pendant la messe444 -- ta place1 ,omer1 je commettrais ce pch4 ,sois hroque1 mais demande pardon ,dieu1 avant et aprs4 ,moi1 je t'absoudrai quand tu viendras te confesser4 ,omer parut hsiter3 --,mais444 les gendarmes4 --,sois hroque1 ,omer1 le ciel ne t'abandonnera pas4 ,moi1 je te bnis4 ,il le bnit en souriant et disparut derrire la porte du presbytre4 ,omer fixa un instant le sol1 se gratta la tte1 fit un grand signe de croix et revint dans son atelier4 ,le soir tombait4 ,plus tt que de coutume1 il alluma la lampe4 ,il tira des ballots d'toffes et coupa deux vtements1 l'un d'homme1 l'autre de femme4 ,puis1 avant de s'accroupir pour coudre1 il se signa et murmura3 --,notre ,pre1 qui tes aux ,cieux1 que votre rgne arrive1 que l'otmika russisse444 99 99 99 99 99 ,le dimanche suivant fut un beau jour sans nuages4 ,sur la place de l'glise s'tait install un de ces hommes qui promnent des phonographes de village en village4 ,il avait plac1 pour donner l'exemple1 deux des tubes de son appareil ses oreilles1 et invitait les passants en faire autant1 moyennant dix kreutzer4 ,des enfants1 rangs autour1 le regardaient4 ,des hommes1 groups plus loin1 parlaient de la partie de quilles de la veille4 ,quelques femmes babillaient en tricotant4 ,l'une d'elles1 vieille1 dente1 qu'on appelait ,croix de ,hongrie parce qu'elle tait penche comme la croix qui termine la couronne figure sur les monnaies hongroises1 dclara3 --,omer aura ,mara1 allez6 qu'un homme vienne aimer une femme1 il n'y a rien faire2 il l'aura1 et il faudra qu'elle l'aime4 ce moment1 la cloche sonna pour la messe1 et1 sur la place1 parut ,mara donnant le bras au vieux ,tenso4 ,prs d'eux marchaient ,bandi1 le meneur de porcs1 fier et digne1 et le joli garon qui avait interpell ,omer sur le pr4 ,ils entrrent dans l'glise qui s'emplit bientt de tous les habitants du village1 endimanchs4 ,selon la coutume1 les hommes se placrent d'un ct de la nef1 les femmes de l'autre4 ,omer tait venu aussi avec ses compagnons4 ,mara l'aperut au fond de l'glise et remarqua qu'il tait richement vtu4 ,puis1 elle le vit sortir avec ses amis4 ,l'office commena4 l'vangile1 tout le monde se dressa4 ,tout coup1 la petite porte prs de laquelle tait place ,mara s'ouvrit pour laisser passer ,omer qui saisit la jeune fille bras-le-corps1 la souleva et s'enfuit en un clin d'oeil4 ,les femmes poussrent des cris et se sauvrent du ct des hommes o des jurons tonnaient formidablement4 ,le vieux ,tenso1 plusieurs jeunes gens1 dont ,bandi1 se prcipitrent vers la sortie pour rattraper les ravisseurs4 ,mais le vieux prtre1 l'autel1 s'tait tourn4 ,il cria3 --,arrtez-vous1 paens6 arrtez-vous4 la voix de leur pasteur1 les hommes s'arrtrent1 interdits4 ,seul1 le vieux ,tenso sortit4 ,le prtre continua3 --,quoi6 paens6 voudriez-vous manquer la messe parce qu'un garon enlve une fille qu'il veut pouser8 ,il y eut des murmures4 ,le prtre reprit plus fort3 --,l'otmika n'est-elle pas une de nos coutumes8 ,il y eut alors des exclamations approbatives1 et tous reprirent leurs places tandis que le vieux prtre parlait3 --,ferez-vous votre salut en poursuivant les otmikari1 ou en assistant la messe8 ,omer et ses amis manquent la messe1 c'est affaire leur me4 ,mais1 vous autres1 voudriez-vous que votre pasteur n'achve la crmonie que devant des femmes8 ,pcheurs1 ,satan a trouv cette nouvelle ruse pour vous induire en pch mortel6 ,je ne ferai pas d'autre sermon aujourd'hui4 ,ayez confiance en ,dieu et repentez-vous4 ,c'est la grce que je vous souhaite4 --,amen6 rpondit d'une voix casse la vieille ,croix de ,hongrie4 ,le prtre se tourna et dans un silence difiant reprit la lecture de l'vangile4 ,le vieux ,tenso rentra bientt en gmissant4 ,des rires touffs du ct des femmes accueillirent son retour4 99 99 99 99 99 ,aprs la messe1 les groupes se reformrent sur la place4 ,la vieille ,croix de ,hongrie parlait en faveur d',omer1 disant que l'otmika tait un fait accompli1 qu'il fallait que ,tenso se rsignt4 ,les filles disaient qu',omer tait un hros4 ,les garons l'enviaient en constatant que ,mara tait une bien belle fille4 ,bandi et d'autres jeunes gens taient partis pour chercher la retraite des otmikari4 ,le vieux ,tenso1 la messe finie1 s'tait dirig vers la sacristie4 ,le cur se dvtissait des habits sacerdotaux4 ,il rit en voyant entrer ,tenso4 ,le paysan1 d'un air finaud1 lui dit3 --,c'est vous1 notre pasteur1 qui avez donn cette ide ,omer4 ,je sais bien4 ,vous tes pour les vieilles ides4 ,mais les ides pour lesquelles je suis ont les gendarmes pour elles1 et ,mara me reviendra1 morte ou vive4 ,le cur sourit3 --,tu as tort1 ,tenso4 ,tu as eu ta premire femme1 celle avec qui tu seras au ciel--si tu y vas--par l'otmika4 --,dieu ait son me1 interrompit ,tenso1 j'ai mal agi4 --,bien1 rpondit le cur1 mais tu sais qu'au pouvoir d'un garon1 une fille ne reste pas intacte4 ,que feras-tu de ta fille enceinte8 ,personne ne voudra l'pouser1 et c'est aussi une ide de la ville4 ,et l'enfant qui viendra1 qu'en feras-tu8 ,et puis1 ,mara ne dteste pas ,omer1 comme elle le prtend4 ,elle m'a dit1 au contraire1 qu'il lui plaisait1 mais qu'elle prfrait se marier la ville pour devenir une dame4 ,demain1 ,mara sera folle d',omer4 ,ce ne sera pas elle qui refusera de se marier avec lui4 ,tu es riche1 marie les jeunes gens1 puis achte-leur un bon commerce la ville4 ,ainsi ,mara pourra devenir une dame et ses voeux seront combls4 ,mais1 sur ton me1 souviens-toi de ta jeunesse4 ,respecte l'otmika1 le rapt sacr de notre race4 ,le vieux ,tenso hsita1 toussota1 et1 finalement1 clata en sanglots1 gmissant en phrases brises3 --,ah6 oui444 l'otmika444 l'otmika444 ,ma premire femme1 ma ,njera444 la mre de ,mara444 ,ma ,njera qui sera ma compagne au ciel444 j'espre444 ,oui1 il faut les marier444 ce sera une belle noce444 ,et le cur accompagna ,tenso jusqu'au portail de l'glise en disant3 --,oui1 ce sera une belle noce6 ,les vtements sont dj prts4 ,tu seras heureux1 ensuite1 vieux ,tenso1 d'avoir mari ta fille un homme de ta race4 ,aprs1 tu pourras t'endormir doucement dans la paix du ,seigneur1 et tes petits-enfants1 de ta race1 eux aussi1 viendront prier sur ta tombe plante de romarin4 ,sur la place1 des tziganes taient venus1 jouant de la guitare4 ,les filles et les garons dansaient le kolo1 et la vieille ,croix de ,hongrie ballait avec eux4 ,ils chantaient3 ,il faut les marier1 il faut les marier1 ,car aprs l'otmika la fille est enceinte4 ,il faut les marier1 ,tenso1 ou la tuer444 ,le vieux ,tenso regarda un instant le kolo1 puis1 dlibrment1 il prit part la ronde4 ,et il faisait sauter sa croupe nerveusement1 en chantant3 ,il faut les marier444 ,,que ,,vlo-,,ve8 ,la guitare de ,que vlo-ve8 tait un peu du vent qui gmit toujours dans les ,ardennes de ,belgique444 ,que vlo-ve8 tait la divinit de cette fort o erra ,genevive de ,brabant1 depuis les bords de la ,meuse jusqu'au ,rhin1 par l',eifel volcanique aux mers mortes que sont les mares de ,daun1 l',eifel o jaillit la source de ,saint-,apollinaire1 et o le lac de ,maria ,laach est un crachat de la ,vierge444 ,les yeux de ,que vlo-ve8 clignotants et chassieux1 chair des paupires rouge de jambon cru1 larmoyaient sans cesse et les larmes lui brlaient les lvres comme l'eau des fontaines acides qui abondent dans les ,ardennes4 ,il tait le compre des sangliers1 le cousin des livres1 des cureuils1 et la vie secouait son me comme le vent d'est secoue les grappes oranges aux sorbiers des oiseaux444 ,que vlo-ve8 c'est--dire3 ,que voulez-vous8 wallon wallonant de ,wallonie tait n prussien ,mont1 lieu appel ,berg en allemand et situ prs de ,malmdy sur le chemin qui mne dans ces dangereuses tourbires appeles ,hautes-,fanges ou ,hautes-,fagnes1 ou plus justement ,hohe-,venn1 puisqu'on est en ,prusse dj1 comme l'attestent des poteaux noir et blanc1 sable et argent1 couleur de nuit1 couleur de jour1 sur toutes les routes4 ,que vlo-ve8 prfrait son sobriquet son nom3 ,poppon ,remacle ,lehez4 ,mais si on le saluait de son surnom3 ,li bai valet 7le beau garon71 il faisait rsonner l'me de sa guitare et tapait sur le ventre de son interlocuteur en disant3 --,il sonne creux comme ma guitare1 il jase la soif1 il n'a plus de pket pisser4 ,on se prenait par le bras et sans se tutoyer1 car on ne se tutoye jamais en wallon1 on allait1 nom de ,dieu6 boire du pket qui est de la plus vulgaire eau-de-vie de grains1 laquelle1 en parlant franais1 on donne par euphmisme le nom de genivre4 ,et c'et t bien extraordinaire que dans un coin de l'auberge on ne dcouvrt pas ,guyame le pote1 qui avait le don d'ubiquit1 car on le voyait chez tous les dbitants de bire et de pket1 entre ,stavelot et ,malmdy4 ,et combien de fois tait-il arriv que des gars s'taient battus1 parce que l'un disait3 --,j'ai bu hier avec ,guyame la station1 il tait telle heure4 --,menteur1 disait un autre1 la mme heure1 ,guyame tait avec nous l'estaminet du ,bonnet poil1 et il y avait l le percepteur des postes et le receveur des contributions4 ,et1 de fil en aiguille1 les gars finissaient par se flanquer des beignes en l'honneur du pote4 ,guyame tait phtisique et logeait l'hospice1 ,stavelot4 ,comme on lui donnait partout boire gratis1 ,guyame allait boire partout4 ,et1 ds qu'il avait bu1 il en contait des contes bleus1 des histoires de brigands1 de l'autre monde ou dormir debout6 ,il en dclamait des vers contre la famille protestante de la place de l'glise1 contre le bossu de ,francorchamps1 et contre la fille rousse de ,trois-,ponts1 qui allait toujours en automne ramasser les champignons6 ,pouah6 les champignons donnent la crve aux vaches1 et elle en bouffait1 la roussotte1 sans mourir6 ,ah6 la sorcire6444 ,mais il chantait aussi la gloire des airelles1 des myrtilles et le bien que font aux tripes humaines du lait et des myrtilles1 c'est--dire le tchatcha archidivin1 ambroisiaque4 ,il faisait souvent des vers pour les servantes qui plent les krompires1 les bonnes pommes de terre1 les magna bona444 99 99 99 99 99 ,ce jour-l1 ,que vlo-ve8 sur la route borde d'arbres forts et tors1 battait le briquet pour allumer sa pipe444 ,quatre gars passrent4 ,c'taient3 ,hinri de ,vielsalm2 ,prosper le journalier1 qui avait t trimardeur et avait travaill aussi prs de ,paris dans les raffineries1 il habitait ,stavelot prsentement2 ,gaspard ,tassin le chasseur1 braconnier de ,wanne3 son feutre s'ornait d'une aile d'pervier et il fumait une puante bouffarde de bois de genvrier2 enfin ,thomas le babo1 c'est--dire le coyon1 ouvrier tanneur de ,malmdy4 ,sa femme tait assez jolie1 ce qui tait cause qu'elle couchait avec toutes sortes de gens1 bourgeois et ouvriers1 tandis qu'il engrossait1 quand il pouvait1 des ouvrires de fabrique ou des servantes allemandes1 qui1 disait-il1 aimaient aller schlf avec lui1 parce qu'il tait expert comme pas un faire pimpam dur et longtemps4 ,aprs avoir allum sa pipe1 ,que vlo-ve8 courut aprs eux et cria3 --,bonjou1 tertous6 ,ils se retournrent3 --,bonjou bai' valet6 ,que vlo-ve8 les regarda joyeusement en prononant son ternelle question1 cause de son sobriquet3 --,que vlo-ve8 ,nom di ,dio6 ,oyez ma guitare4 ,l'entendez-vous8 ,il tapa deux coups dessus4 ,elle rsonna4 --,elle sonne plus creux qu'un pet du diable4 ,nom de ,dieu6 ,je fais le pari qu'on va boire du pket chez la ,chancesse1 ici prs6444 ,oyez-ve6444 ,et ayant accord sa guitare1 il attaqua la ,brabanonne4 ,mais on cria3 --,taisez-vous6 ,alors il commena la ,marseillaise1 puis aprs le premier couplet il cria3 --,nom di ,dio6 ,et entonna3 ,isch bin an ,preusse444 ,mais le babo rpta3 --,taisez-vous1 vous tes un ,prussien qui ne sait pas l'allemand444 ,taisez-vous6444 je veux aller schlf avec la ,chancesse4 ,et les gars chantrent en choeur3 444 ,et s'il en reste un bout ce s'ra pour la servante1 ,s'il en rest' pas du tout elle se tapera su'l'ventre6 ,et zon zon zon ,lisette1 ma ,lisette ,et zon zon zon ,lisette1 ma ,lison4 99 99 99 99 99 ,on entra chez la ,chancesse4 ,elle disait son chapelet1 assise1 les jambes cartes4 ,ses ttons1 sous la camisole1 semblaient dgringoler comme une avalanche4 ,dans un coin1 ,guyame le pote parlait tout seul devant son verre de pket4 ,en entrant1 les gars salurent3 --,bonjou vos deusses6 ,guyame et la ,chancesse rpondirent3 --,bonjou tertous6 ,elle porta des verres et servit le pket tandis qu'on chantait3 ,j'entends le cul du verre444 ,guyame s'approcha3 --,que vlo-ve8 dit le guitariste en rallumant sa pipe4 ,guyame versa du pket dans un verre qu'il avait apport4 ,il but1 fit claquer sa langue1 puis lcha un pet en disant ,prosper3 --,essaye de l'attraper1 toi qui as t ,parisien4 ,et comme c'tait le coucher du soleil1 un long troupeau de vaches1 men par une petite fille aux pieds nus1 passa lentement et longtemps devant l'auberge4 99 99 99 99 99 ,il faut maintenant prendre son courage deux mains1 car voici l'instant difficile4 ,il s'agit de dire la gloire et la beaut du gueux dguenill ,que vlo-ve8 et du pote ,guillaume ,wirin1 dont les guenilles couvraient aussi un bon gueux gueusant4 ,allons d'ahan6444 ,apollon6 mon ,patron1 tu t'essouffles1 va-t'en6 ,fais venir cet autre2 ,herms le voleur1 digne plus que toi de chanter la mort du ,wallon ,que vlo-ve8 sur laquelle se lamentent tous les elfes de l',amblve4 ,qu'il vienne1 voleur subtil1 aux pieds ails1 ,herms1 dieu de la lyre et voleur de troupeaux1 qu'il jette sur ,que vlo-ve8 et sur la ,chancesse toutes les mouches ganiques que l'on croit1 au nord1 tourmenter certaines vies comme une fatalit4 ,qu'il amne avec soi mon second ,patron1 en mitre et pluvial1 l'vque saint ,apollinaire4 ,ce dernier voilera le calvaire de bois peint qui ptit au carrefour2 ,et des santons venus des bergeries qu'attristent ,des blements et des yeux doux d'agneaux mignons ,mneront chaque soir vers la croix de ce ,christ ,un long troupeau lyrique avec un crmignon4 99 99 99 99 99 ,la nuit tait venue4 ,la ,chancesse disait toujours le chapelet4 ,sur la table1 prs des bouteilles vides ou pleines de pket1 une lampe ptrole brasillait et fumait4 ,que vlo-ve8 avait tir du pain et du fromage de tte de cochon4 ,il mangeait lentement en coutant jaser ses compagnons1 et aussi bouillir l'eau pour le caf de la ,chancesse4 ,guyame raconta l'histoire de ,poncin et de ses quatre frres1 ce qui signifie le pouce et les quatre autres doigts4 ,poncin dans l'histoire rossait toujours ,longuedame qui est le majeur4 ,guyame se leva et alla pisser la porte4 ,en revenant1 il dit3 --,je voudrais tre dans les fagnes derrire la baraque ,michel1 je serais assis dans les bruyres et les airelles1 et plus heureux que saint ,remcle en sa chsse1 nom di ,dio6 ,il y en a-t-il des boules d'or au ciel clair de ce soir6 nom di ,dio di nom di ,dio1 le ciel est plein de couilles lumineuses qu'on appelle astres1 plantes1 toiles1 lunes4 ,il but du pket et le babo dit3 --,la femme du mayeur m'a dit que j'tais comme la lune4 ,mais1 nom di ,dio1 ,guyame1 j'ai trois couilles et la lune n'en est qu'une4 ,parat6 --,babo6 n'jasez nin comme a1 v's estez la lune malgr vos trois couilles1 nom di ,dio6444 ,vous n'avez jamais parl avec une chaise4 ,parat8444 ,nona6444 ,eh bien6 ,demandez voire une chaise3 ,qu'est-ce un homme8--,c'est un cul1 parat6 dist-elle4 ,demandez un banc3 ,qu'est-ce une femme8--,c'est un cul1 parat6 dist-il4 ,demandez l'escabeau et l'escabelle3 ,qu'est-ce un valet et une bacelle8 ,ce sont deux culs1 parat6 disent-ils4 ,demandez au fauteuil du cur3 ,qu'est-ce le cur8 ,qu'est-ce sa servante8 ,qu'est-ce la nice du cur1 la crapaute du fils ,rawaye-,jonceux8 ,avec le dernier a fait quatre culs1 dist-il1 ou huit fesses1 parat6 ,ha6 ha6 nom di ,dio4 ,v' n'en savez nin comme a1 vous qu'avez trois couilles4 ,il en faut plus que a pour atteindre le quorum et ressembler au ciel4 ,allons1 un peu de guitare1 l1 nom di ,dio6444 ,que vlo-ve8444 ,nost'ogne avi li qwat pis blancs ,et les oreyes l'advinant4 ,et l'trou di cou tot neur ,tot neur comme du tcherbon4 --,taisez vous6 dit le babo1 je veux aller schlf avec la ,chancesse4 --,nom di ,dio6 cria ,que vlo-ve81 vous le babo1 vous n'avez mme pas de censes pour payer votre pket1 vous irez schlf ,mmdi ou ,stavleu4 ,allons1 vite6 ,vous allez boire on vre sol hawai4 ,faites claquer vosse lainwe1 et puis allez-vous en6 ,le babo but le verre de pket1 fit claquer sa langue1 puis3 --,venez un peu1 ,que vlo ve8 ,je veux v'grusiner one saquou4 ,que vlo-ve8 fit sa question3 --,que vlo-ve8 ,puis il prit son couteau et jeta sa guitare sur ses lombes4 ,ensuite il s'approcha du babo4 99 99 99 99 99 ,guyame divaguait3 --,de jolies petites vieilles dansent la maclotte dans un jardin de tournesols1 les beaux soleils6 ,que vlo-ve8 m'coye binamye1 ne vous battez pas4 ,le babo vous tranglera comme la rampioule trangle les arbres444 ,prenez garde vous1 ,que vlo-ve8 ,il va vous fout' un coup su l' tiesse4 ,dansons la ,crmagnole ,vive le son1 ,vive le son444 ,voil le plus beau des crmignons4 99 99 99 99 99 ,le babo et ,que vlo-ve8 se dvisageaient1 se dfiaient1 arms chacun d'un couteau4 ,et ce moment la ,chancesse tait plus belle qu',hlne qui n'tait d'ailleurs pas plus jeune qu'elle quand ,pris l'enleva4 ,la ,chancesse avait remis son chapelet dans sa poche et regardait les combattants en grusinant3 --,nom di ,dio6 one parteye di toupet6 ,prosper lui cria3 --,c'estait vo1 la crapaute6 ,puis il se leva et1 suivi de ses deux compagnons1 il sortit en chantant3 ,s'il n'en reste pas du tout elle se tapera sur le ventre ,depuis l' #a;er janvier jusqu'au #ca dcembre ,et zon zon zon444 99 99 99 99 99 ,que vlo-ve8 et le babo se dfiaient1 les yeux dans les yeux3 --,que vlo-ve8 j'irai schlf avec la ,chancesse6 --,le babo6 ,la garce est pour les garons1 ,mareye1 vosse femme est une garce4 --,que vlo-ve8 ,vous n'savez nin la couleur de son cul4 --,babo6 vous n'coucherez mae avec la ,chancesse et vosse femme a la vrole4 ,et ,que vlo-ve8 s'lana sur le babo4 ,ils s'treignirent et se donnaient des coups de couteau4 ,leur sang coulait4 ,la ,chancesse pleurait en criant3 --,qu n'affaire6 ,et ,guyame chantait lentement3 --,je regarde ceci qui peut servir de miroir l'amour4 ,belle ,chancesse qui faites se battre dans votre dbit un hros trois couilles et un musicien insigne1 ,que vlo-ve8 ,li bai valet errant6444 ,belle ,chancesse1 c'est moi je crois1 qui irai au schlf avec vous6 ,prparez1 car j'ai faim1 une bonne fricasse que je veux magni avec vous1 la belle6444 ,honneur aux hros1 dont le sang tombe comme la cascade de ,coo4 coutez6 coutez6 oyez-ve6444 ,les elfes sortent de l',amblve444 ,l'un pleure parce qu'il a bris ses petits souliers de verre444 coutez6 coutez6444 ,le vent bruit dans les aunes444 ,belle ,chancesse1 si les autres se battent1 on va baller4 ,ah6 pauv' babo1 je vois que c'est vos qu'ests o labrint4 99 99 99 99 99 ,que vlo-ve8 et le babo continuaient se tirer des pintes de sang en l'honneur de la ,chancesse qui dansait maintenant la maclotte vis--vis de ,guyame1 tandis que la bouilloire chantait plus fort4 ,le babo faiblissait4 ,que vlo-ve8 lui avait fait sauter ses boutons de culotte et1 comme elle tait tombe1 le cul s'talait cauteleux1 contourn1 piteux comme deux quartiers de lune4 ,bientt1 cause d'un coup habile port par ,que vlo-ve8 sa raie culire naturellement sombre1 d'un brun verdtre et velue1 s'ensanglanta et cette aurore1 le babo se mit gmir4 ,il criait3 --,nenni1 je ne ferai pas pim-pam avec la ,chancesse4 ,ah6 ,que vlo-ve8 voil que j'ai mal aux couilles6 ,et ,que vlo-ve8 s'acharnait4 --,ah6 v's avez trois couilles6 ,friand6 ,ah6 ,galant6 ,et il lui donna un tel coup de pied dans le ventre que le babo tomba sur son derrire ensanglant1 on et dit1 cause des menstrues2 tandis que ,guyame et la ,chancesse cessaient leur maclotte4 99 99 99 99 99 ,mais voici l'instant superbe6444 ,que vlo-ve8 ivre de sang se rua sur le babo et de son couteau lui laboura la poitrine4 ,le babo rlait doucement3 --,nom di ,dio6 ,nom di ,dio6 ,nom di ,dio6 ,ses yeux se renversrent4 ,que vlo-ve8 se redressa en tenant la main du babo4 ,de son couteau il se mit couper le bras la jointure4 ,le babo cria3 --,ae6 ,ae6 vo direz-ve ma ,mareye que je lui envoie on betch d'amour4 ,mais la ,chancesse cria3 --,v'estez cocu6 tandis que le babo faisait un dernier soubresaut et mourait comme un poisson prs du pcheur4 ,que vlo ve8 continuait couper444 ,le bras se dtacha enfin4 ,que vlo-ve8 poussa un cri de satisfaction et de sauvagerie4 ,comme son veston roussi de vieillesse et tach de sang avait une pochette sur la poitrine1 ,que vlo-ve8 y enfona le bras dont la main pendait comme une belle fleur444 ,la lampe brasillait et fumait444 ,sur le feu1 l'eau tait en colre1 elle nasillait1 ronflait1 ronchonnait4 ,que vlo-ve8 affal sur un banc1 caressait sa guitare4 ,guyame dit3 --,que vlo-ve8 m'coye binameye1 arveye6 ,je vous aiderai toujours4 ,fuyez cette nuit1 car les gendarmes vous prendraient demain4 ,moi1 je rentre l'hospice1 et je serai grond parce que j'arriverai en retard4 ,il s'en alla doucement et ses pas rsonnrent longtemps sur la route444 99 99 99 99 99 ,que vlo-ve8 et la ,chancesse regardaient le corps4 ,l'eau bouillait4 ,tout coup ,que vlo-ve8 se leva et chanta3 444 ,arveye6 ,rabrassons-nous pour nous qwitter1 ,puisque1 c'est houye li dlreine fye ,et voss' mohonne qui ji vins hanter4 --,n'jasez nin comme a1 dit la ,chancesse1 j' v's ainme1 bai valet4 ,elle s'approcha de ,que vlo-ve8 ,le cadavre les sparait4 ,ils s'embrassrent4 ,mais le bras du mort tant remont dans la pochette1 droit et pareil une tige florie de cinq ptales1 se trouva entre eux4 ,dans la triste lumire1 ils embrassrent la main morte1 et1 comme la paume tait tourne du ct de la ,chancesse1 les ongles du babo la chatouillrent au visage4 ,elle frissonna3 --,ah6 douceur de misricorde6 ,et ,que vlo-ve8 cria3 --,nom di ,dio6 nom di ,dio6 ,sur le feu1 l'eau murmurait la prire des morts4 ,que vlo-ve8 continuait3 --,nom di ,dio6 il est mort4 ,la ,chancesse ajouta3 --,le sang coule jusqu' la porte4 --,il fuit sous la porte1 remarqua ,que vlo-ve8 ,en descendant1 il ira jusqu' la caserne des carabiniers1 et1 ceux-ci1 en remontant le long de la coulure1 arriveront jusqu'au babo4 ,nom di ,dio6 nom di ,dio6 arveye la ,chancesse6 99 99 99 99 99 ,ayant ouvert brusquement la porte il se mit courir sur la route4 ,sa guitare voletait prs de lui comme un faucon priv1 lui-mme bondissait comme un crapaud1 et le vent d'est dans la nuit claire battait des ailes comme mille compagnies de perdreaux4 ,les sorbiers des oiseaux1 au bord du chemin1 poussaient leurs branches au sud1 dsesprment4 ,la ,chancesse sur la porte cria longtemps3 --,que vlo-ve8 li bai valet6 ,que vlo-ve8 ,que vlo-ve8 ,mais ,que vlo-ve8 marchait maintenant sur la route4 ,il prit sa guitare et gratta son chant de mort4 ,en marchant et jouant1 il regardait les toiles habituelles1 dont les lueurs versicolores palpitaient4 ,il songea3 --,je les connais toutes de vue1 mais nom di ,dio6 ,je vais subitement les connatre chacune en particulier1 nom di ,dio6 ,or1 l',amblve tait proche et coulait froide1 entre les aunes qui l'emmantellent4 ,les elfes faisaient craquer leurs petits souliers de verre sur les perles qui couvrent le lit de la rivire4 ,le vent perptuait maintenant les sons tristes de la guitare4 ,les voix des ,elfes traversaient l'eau1 et ,que vlo-ve8 du bord les entendait jaser3 --,mnieu1 mnieu1 mnieu4 ,puis il descendit dans la rivire1 et1 comme elle tait froide1 il eut peur de mourir4 ,heureusement les voix des ,elfes se rapprochaient3 --,mni1 mni1 mni4 ,puis1 nom di ,dio6 dans la rivire il oublia brusquement tout ce qu'il savait1 et connut que l',amblve communique souterrainement avec le ,leth1 puisque ses eaux font perdre connaissance4 ,nom di ,dio6 ,mais les elfes jasaient si joliment maintenant1 de plus en plus prs3 --,mni1 mni1 mni444 ,et partout1 la ronde1 les ,elfes des pouhons1 ou fontaines qui bouillonnent dans la fort1 leur rpondaient444 ,,la ,,rose ,,de ,,hildesheim ,,ou ,,les ,,tr,,sors ,,des ,,rois ,,mages ,il y avait1 la fin du sicle dernier1 ,hildesheim1 pris de ,hanovre1 une fille qui s'appelait ,ilse4 ,ses cheveux1 d'un blond ple1 avaient des reflets un peu dors et donnaient l'impression d'un clair de lune4 ,son corps se dressait nel et svelte4 ,son visage tait clair1 avenant et rieur1 avec une fossette adorable au menton grasset1 et des yeux gris qui1 sans tre fort beaux1 seyaient sa figure et remuaient sans cesse comme des oiseaux4 ,sa grce tait incomparable4 ,elle tait fort mauvaise mnagre1 comme la plupart des ,allemandes1 et cousait trs mal4 ,les travaux domestiques termins1 elle se mettait au piano et chantait qu'on et dit d'une sirne1 ou bien lisait et semblait1 en ce cas1 une potesse4 ,quand elle parlait1 l'allemand1 qui est appel la langue des chevaux1 devenait plus doux que l'italien1 qui est la langue des dames4 ,et parce qu'elle avait l'accent hanovrien1 o les ,s n'ont jamais le son du ,ch1 son parler tait rellement charmeur4 ,son pre1 ayant t autrefois l',amrique1 y avait pous une ,anglaise1 puis1 aprs des ans1 tait revenu au pays natal habiter la maison paternelle4 ,c'est une des plus jolies petites villes du monde que ,hildesheim4 ,avec ses maisons peintes1 de forme trange1 aux toits dmesurs1 elle semble sortir d'un conte de fes4 ,quel voyageur pourrait oublier le spectacle de sa place de l',htel-de-,ville1 qui est d'un pittoresque fait pour encadrer du lyrique8 ,la demeure des parents d',ilse1 comme presque toutes les maisons de ,hildesheim1 tait trs haute4 ,sa toiture1 presque verticale1 tait plus leve que toute la faade4 ,ses fentres sans volets s'ouvraient en dehors4 ,elles taient nombreuses et il n'y avait entre elles que peu d'espace4 ,sur les portes et les poutres taient sculptes des figures pieuses ou grimaantes1 commentes par d'anciens vers allemands ou des inscriptions latines4 ,on voyait3 les ,trois ,vertus ,thologales1 et les ,quatre ,vertus ,cardinales1 les ,pchs ,capitaux1 les ,quatre vanglistes1 les ,aptres1 saint ,martin donnant son manteau au mendiant1 sainte ,catherine et sa roue1 des cigognes1 des cussons4 ,le tout peint de bleu1 de rouge1 de vert et de jaune4 ,les tages1 avanant l'un au-dessus de l'autre1 lui donnaient l'air d'un escalier renvers4 ,c'tait une maison multicolore et plaisante4 ,ilse tait venue toute petite dans cette demeure et y avait grandi4 ,ds qu'elle eut dix-huit ans1 le renom de sa beaut alla jusqu' ,hanovre et1 de l1 ,berlin4 ,ceux qui venaient visiter la jolie ville de ,hildesheim1 son rosier millnaire et les trsors de sa cathdrale1 ne manquaient pas de venir admirer celle qu'on surnommait la ,rose de ,hildesheim4 ,elle fut maintes fois demande en mariage1 mais1 invariablement1 elle rpondait1 yeux baisss1 son pre qui lui faisait valoir les avantages du dernier prtendant1 qu'elle voulait encore rester fille pour jouir de sa jeunesse4 ,le pre disait3 --,tu as tort1 mais fais comme tu voudras4 ,et le prtendant tait oubli4 ,lorsqu',ilse revenait de promenade1 toutes les figures dcoupes sur la maison souriaient en lui souhaitant la bienvenue4 ,les ,pchs lui criaient en choeur3 --,regarde-nous1 ,ilse4 ,nous figurons les ,sept ,pchs ,capitaux1 c'est vrai4 ,mais ceux qui nous ont dcoups et peints n'avaient eux-mmes pas assez de malice pour que nous devinssions des pchs mortels4 ,regarde-nous4 ,nous sommes sept pchs vniels1 sept peccadilles4 ,nous n'essayons pas de te tenter4 ,au contraire4 ,nous sommes si laids6 ,les ,vertus ,thologales et ,mondaines1 se tenant par la main1 comme pour baller en rond1 chantaient3 --,ringel1 ,ringel1 ,reihe4 nous sept nous figurons ta vertu4 ,regarde-nous1 souris-nous4 ,aucune de nous n'est si belle que toi6 ,ringel1 ,ringel1 ,reihe4 99 99 99 99 99 ,or1 ,ilse avait un cousin qui tudiait ,heidelberg4 ,il s'appelait ,egon4 ,il tait grand1 blond1 large d'paules et rveur4 ,les jeunes gens se virent ,dresde pendant des vacances et s'aimrent4 ,ils se le dirent devant le tableau de ,raphal1 l'admirable ,madone ,sixtine1 dont ,ilse avait un peu les traits d'anglique douceur4 ,egon demanda la main d',ilse1 mais1 naturellement1 le pre exigea fortune et position4 ,et1 retourn ,heidelberg1 pendant les loisirs que lui laissaient ses tudes et les duels de la ,hirschgasse1 le jeune homme s'en allait du ct du chteau1 dans l',alle des ,philosophes1 rver aux moyens de conqurir la fortune qui devait lui donner sa cousine4 99 99 99 99 99 ,un dimanche de janvier1 comme il tait all au sermon1 le pasteur parla des sages d',orient qui vinrent visiter ,jsus dans sa crche4 ,il cita le verset de l'vangile de saint ,mathieu1 o il n'est rien dit quant au nombre et quant la condition des pieux personnages qui portrent ,jsus l'or1 l'encens1 la myrrhe4 ,les jours suivants1 ,egon ne put s'empcher de penser ces sages d',orient1 que1 bien que protestant1 il se figurait1 selon la lgende catholique1 couronns et au nombre de trois3 ,gaspard1 ,balthasar et ,melchior4 ,les ,rois ,mages1 le ngre au milieu1 dfilaient devant lui4 ,il se les figura portant tous trois de l'or4 ,quelques jours plus tard1 il ne les vit plus que sous les traits et le costume de ncromants alchimistes transmuant tout en or sur leur passage4 ,toute cette fantasmagorie ne lui tait suscite que parce qu'il aimait l'or qui lui permettrait d'pouser sa cousine4 ,il en perdit le boire et le manger1 comme si1 nouveau ,midas1 il n'et plus eu pour aliments que les lingots transmus par les astrologues1 dont la cathdrale de ,cologne s'honore de possder les ossements4 ,il fouilla les bibliothques1 lisant tout ce o il tait question des ,trois ,rois ,mages3 le vnrable ,bde1 les lgendes anciennes et tous les auteurs modernes qui ont discut l'authenticit des vangiles4 ,puis1 en marchant1 il roulait des penses dores3 --,quelle valeur inestimable doit avoir ce trsor d'or fin6 ,il n'est crit nulle part que ce trsor ait t distribu1 employ1 dpens1 drob ou trouv444 ,enfin1 un soir1 il s'avoua qu'il voulait le trsor des ,rois ,mages4 ,outre le bonheur amoureux1 cette trouvaille lui donnerait une gloire incontestable4 99 99 99 99 99 ,ses allures bizarres intrigurent bientt les professeurs et les tudiants de ,heidelberg4 ,ceux qui ne faisaient pas partie du mme corps que lui n'hsitaient pas dire qu'il tait fou4 ,ceux de son association le dfendirent1 si bien qu'il fut cause d'une srie interminable de duels1 dont on parle encore aux bords du ,neckar4 ,puis1 les anecdotes coururent son sujet4 ,un tudiant l'avait suivi au cours d'une de ses promenades dans la campagne4 ,il raconta qu',egon s'tait approch d'un boeuf et lui avait parl3 --,je cherche un chrubin4 ,les analogies m'meuvent4 ,je trouve un boeuf4 ,les chrubins1 c'est vrai1 sont des boeufs ails4 ,mais1 dis-moi1 beau boeuf qui ptures444 ,il se peut que ta bonhomie dtienne une part de la science de ces animaux qui font partie d'une des plus nobles hirarchies clestes4 ,dis-moi1 ne s'est-elle point perptue dans ta race1 la tradition de ,nol8 ,ne t'honores-tu pas qu'un des tiens ait rchauff de son souffle l'enfant dans sa crche8 ,et1 en ce cas1 peut-tre sais-tu1 noble animal cr l'image des chrubins1 sais-tu o est l'or des ,rois ,mages8 ,je cherche ce trsor qui me fera riche d'une fortune sacre4 boeuf1 mon seul espoir1 rponds6 ,j'ai interrog les nes1 mais ils ne sont que des btes1 et ne sont l'image de rien de cleste4 ,hlas6 ces nergiques animaux ne savent qu'une rponse3 la rauque affirmation germanique4 ,c'tait une fin de crpuscule4 ,dans les maisons lointaines les lampes s'allumaient4 ,des villages luisaient la ronde4 ,le boeuf tourna la tte lentement et beugla4 99 99 99 99 99 ,hildesheim1 ,ilse1 confiante1 recevait de son cousin des lettres enthousiastes et amoureuses4 ,elle et ses parents supposaient qu',egon tait sur le point de faire fortune4 ,ce fut l'hiver1 la neige tomba1 tide d'aspect comme le duvet des cygnes4 ,les bonshommes sculpts des maisons en taient eux-mmes recouverts et avaient l'air de grelotter4 ,ce fut ,nol avec ses arbres lumineux autour desquels on chante3 ,l'arbre de ,nol1 c'est le plus bel arbre ,qui soit sur la terre4 ,comme il fleurit joliment1 l'arbre miraculeux1 ,quand ses fleurettes luisent1 ,quand ses fleurettes luisent1 ,oui1 luisent6 99 99 99 99 99 ,un matin de gel1 o les traneaux glissaient dans la petite ville1 arriva une lettre timbre de ,dresde1 o habitaient les parents d',egon4 ,le pre d',ilse ne trouvant pas ses lunettes1 ce fut elle qui lut la lettre haute voix4 ,la missive tait triste et courte4 ,le pre d',egon racontait que son fils tait devenu fou par amour4 ,il racontait l'histoire du trsor des ,rois ,mages que son fils voulait tout prix1 puis ses fureurs qui l'avaient fait interner dans un asile1 et que1 dans sa folie1 il ne cessait de rpter le nom de sa cousine4 la suite de cette lettre1 ,ilse commena de dprir rapidement4 ,ses joues s'macirent1 ses lvres plirent1 ses yeux prirent plus d'clat4 ,elle cessa tous travaux de mnage ou d'aiguille4 ,elle passait tout son temps au piano ou rvait4 ,puis1 vers le milieu de fvrier1 elle dut s'aliter4 99 99 99 99 99 la mme poque1 une nouvelle mut tous les habitants de ,hildesheim4 ,le rosier millnaire1 tmoin miraculeux de la fondation de la ville1 se mourait de froid et de vieillesse4 ,derrire la cathdrale1 dans le cimetire clos o il grimpe1 son bois antique se desschait4 ,tout le monde se dsola4 ,la municipalit eut recours aux jardiniers les plus habiles4 ,tous se dclaraient impuissants le faire revivre4 ,enfin1 il en vint un1 de ,hanovre1 qui entreprit la cure4 ,il mit en oeuvre les ressources les plus savantes de son art4 ,et1 un matin de commencement de mars1 ce fut une grande joie dans ,hildesheim4 ,tout le monde s'abordait en sa flicitant3 --,le rosier est ressuscit4 ,le jardinier de ,hanovre lui a rendu la vie au moyen de sang de boeuf savamment employ4 99 99 99 99 99 ,ce mme matin1 les parents d',ilse pleuraient auprs du cercueil de leur fille morte par amour4 ,quand on emporta la bire couverte d'un drap blanc1 les bonshommes dcoups et peints1 qui1 couverts de neige1 grelottaient sur la faade de la vieille maison1 semblaient sangloter3 --,ringel1 ,ringel1 ,reihe4 ,adieu1 ,ilse1 pour toujours4 ,adieu1 tes pchs vertueux et tes vertus moins belles que toi4 ,adieu1 pour toujours4 ,devant le convoi1 un rgiment passa4 ,les tambours et les fifres sonnaient une musique lgre et triste4 ,des femmes disaient1 en s'inclinant3 --,on a ressuscit le rosier lgendaire1 mais l'on enterre la ,rose de ,hildesheim4 ,,les ,p,,lerins ,,pi,,montais ,les plerins dbouchaient de tous les chemins4 ,il en venait d'essouffls1 qui avaient grimp par la rude cte de la ,trinit-,victor4 ,des paysannes arrivaient de ,peille et portaient1 poss sur un coussinet au-dessus de leur tte1 des paniers pleins d'oeufs4 ,elles marchaient trs droites1 ne remuant qu'imperceptiblement la tte1 pour suivre les oscillations de leur fardeau et le maintenir en quilibre4 ,de leurs mains restes libres1 elles tricotaient4 ,un vieux paysan1 ras1 avait au bras un coffin plein de galettes saupoudres de bonbons l'anis4 ,il avait vendu une partie de sa marchandise en route et marchait pniblement en fumant sa pipe4 ,des paysannes riches taient assises sur leurs mules au sabot assur4 ,des filles se donnaient le bras et grenaient le rosaire4 ,elles taient coiffes de ces chapeaux de paille1 presque plats1 particuliers aux femmes du comt de ,nice et pareils ceux que portaient les dames grecques1 comme on peut voir aux statuettes de ,tanagre4 ,quelques-unes avaient cueilli des branches d'olivier dont elles s'ventaient4 ,d'autres marchaient derrire leur mule qu'elles tenaient par la queue4 ,elles avaient charg leurs btes de prsents pour les moines3 paniers de figues1 barils d'huile1 sang caill d'agneau4 ,des troupes de plerins lgants1 des demoiselles robes de foulard1 des bandes d',anglais arrivaient de ,monaco4 ,il y avait aussi des croupiers farauds et des groupes de filles mongasques1 minaudires et diapres4 ,les simples curieux se dirigeaient d'abord vers une des auberges qui font face au couvent de ,laghet pour s'y rafrachir et commander le repas de midi4 ,les plerins sincres allaient de suite au couvent4 ,les valets des auberges emmenaient les mules l'curie4 ,les plerins1 hommes et femmes1 entraient dans le clotre et se mlaient la foule des premiers arrivs1 qui1 depuis l'aube1 tournaient lentement en psalmodiant le rosaire et en regardant les innombrables ex-voto suspendus dans le clotre4 99 99 99 99 99 ,galerie riche d'anonymes seulement1 ce clotre de ,laghet1 et mystrieuse4 ,la gaucherie1 merveille et minutieuse1 de l'art primitif qui rgne ici a de quoi toucher ceux mme qui n'ont pas la foi4 ,il y a l des tableaux de tous genres1 le portrait seul n'y a point de place4 ,tous les envois sont exposs perptuit4 ,il suffit que la peinture commmore un miracle d l'intervention de ,notre-,dame de ,laghet4 ,tous les accidents possibles1 les maladies fatales1 les douleurs profondes1 toutes les misres humaines y sont dpeintes navement1 dvotement1 ingnument444 ,la mer dchane ballotte une pauvre coque dmte sur laquelle est agenouill un homme plus grand que le vaisseau4 ,tout semble perdu1 mais la ,vierge de ,laghet veille dans un nimbe de clart1 au coin du tableau4 ,le dvot fut sauv4 ,une inscription italienne l'atteste4 ,c'tait en #ahaa444 444 ,une voiture emporte par des chevaux indociles roule dans un prcipice4 ,les voyageurs priront1 fracasss1 sur les rochers4 ,marie veille au coin du tableau dans le nimbe lumineux4 ,elle mit des broussailles aux flancs du prcipice4 ,les voyageurs s'y accrochrent et1 par la suite1 suspendirent ce tableau dans le clotre de ,laghet1 en reconnaissance4 ,c'tait en #ahcj444 ,et toujours3 en #ahej1 en #ahfj1 chaque anne1 chaque mois1 presque chaque jour des aveugles virent1 des muets parlrent1 des phtisiques survcurent grce la dame de ,laghet qui sourit doucement nimbe de jaune au coin des tableaux444 99 99 99 99 99 ,vers dix heures1 on entendit des chants italiens4 ,les plerins pimontais arrivaient1 las1 mais courageux et fervents4 ,leurs pieds nus taient chausss de poussire4 ,les yeux brillaient dans les faces maigres et nergiques4 ,les femmes avaient attach des feuilles de figuier sur leur tte pour se garantir du soleil de juillet4 ,quelques-unes mordaient des morceaux de polenta sur lesquels se posaient les tourbillons de mouches souleves sur leur passage4 ,des enfants teigneux grignotaient des caroubes ramasses en route4 ,les ,pimontais arrivaient en bandes compactes et interminables4 ,comme ils taient gueux1 ils venaient pied du fond de leurs provinces4 ,tous1 hommes et femmes1 portaient au-dessus de leurs vtements le scapulaire brun du ,mont-,carmel4 ,la plupart chantaient4 ,un gars que la pelade avait rendu chauve comme ,csar1 serrait entre ses dents une guimbarde qu'il tenait de la main gauche1 tandis que de la droite il faisait vibrer son instrument pour accompagner le cantique4 ,ceux qui taient sains portaient les malades tour de rle4 ,un vieillard marchait courb sous le poids d'un jeune homme1 dont les deux jambes avaient t broyes en quelque accident4 ,il semblait vident qu'aussi puissante ft-elle1 ,marie ne lui rendrait pas ses jambes4 ,mais qu'importe au croyant8 ,la ,foi est aveugle4 ,une fille d'une beaut non pareille1 mais dont le visage trs pale tait sem de taches de rousseur1 tait porte sur un brancard par sa mre et son frre4 ,des bquillards sautillaient de-ci1 de-l4 la vue du couvent et au son des cloches que les moines mirent en branle ce moment1 les ,pimontais sentirent leur courage renatre4 ,leurs chants devinrent plus ardents4 ,leurs supplications montrent plus ferventes vers la ,vierge1 dont le nom revenait toujours comme une litanie3 ,santa ,maria444 ,leurs yeux se levaient au ciel1 peut-tre en l'espoir d'y voir paratre1 en haut1 gauche ou droite1 comme au coin des tableaux votifs1 la ,vierge de ,laghet1 nimbe de soleil4 ,mais le ciel latin restait pur4 ,en arrivant devant l'glise1 un homme poussa un cri lamentable et s'abattit en vomissant des flots de sang4 ,dans le clotre1 une femme tomba en une crise d'pilepsie navrante4 ,les plerins chantaient4 ,ils firent dix fois le tour du clotre4 ,lorsque vint l'heure de la grand'messe1 ils entrrent dans l'glise blouissante d'ors et de flammes de cierges4 ,les plerins humaient avec dlices l'odeur d'encens et de cire4 ,ils s'merveillaient pieusement des balcons dors1 des colonnes torsardes1 de tout le luxe en stuc du style jsuite4 ,un enfant1 port dans les bras de sa mre1 criait en tendant les mains vers les navires1 les bquilles1 les coeurs d'or ou d'argent suspendus aux parois de la nef et du choeur4 ,l'enfant prenait ces ex-votos pour des jouets4 ,tout--coup il se mit crier3 ,bambola en agitant ses petits bras vers la ,vierge miraculeuse1 qui1 engonce dans une robe raide de velours charg de pierreries1 souriait sur l'autel4 ,l'enfant pleurait et criait ,bambola1 c'est--dire poupe1 car le simulacre prodigieux et honorable n'est pas autre chose4 99 99 99 99 99 ,le choeur s'emplit de moines4 ,l'un d'eux vtu d'habits sacerdotaux monta l'autel4 ,les plerins et les moines chantrent l'unisson4 ,l'accent des moines tait pareil celui des plerins venus pied du ,pimont1 le matin4 ,il y avait de vieux ,carmes courbs1 dont la voix chevrotait pour rpondre1 lorsque l'officiant disait3 ,dominous vobiscoum4 ,il y en avait de jeunes1 qui1 certainement1 n'avaient pas encore prononc de voeux perptuels4 ,l'un1 grand1 fort1 et qui portait une couronne de cheveux bruns et drus autour du crne ras1 se tourna un instant face la nef o la fille qu'on avait porte sur le brancard se dressa soudain1 criant3 --,amedeo6 ,amedeo6 puis retomba1 puise4 ,sa mre et son frre s'empressrent autour d'elle1 tandis que des plerins chuchotaient3 --,un miracle6 un miracle6 ,l',apollonia qui1 depuis trois ans1 ne s'est tenue debout vient de se dresser4 ,dans le choeur1 le moine avait tressailli et brusquement s'tait dtourn4 ,les chants avaient cess4 ,c'tait l'instant de l'lvation1 tous ceux qui le pouvaient s'taient agenouills4 ,dans le silence1 on entendait distinctement le garon aux jambes coupes implorer un miracle4 ,sa voix jeune vibrait en paroles ferventes4 ,les mots pimontais sonnaient firement1 concis et distincts3 --,je te le demande1 ,vierge sainte6 moi pauvre estropi1 moi1 le caganido 7excrment du nid71 guris-moi6 ,rends-moi mes deux jambes afin que je puisse gagner ma vie4 ,alors la voix devenait dure et imprieuse3 --,m'entends-tu8 m'entends-tu8 guris-moi6 ,et cela continuait en hoquets blasphmatoires1 en imprcations hurles3 --,guris-moi6 sacramento6 ou je te casserai la gueule6 ce moment1 la clochette qui tinta fit s'incliner les fronts1 tandis que le prtre levait l'hostie4 ,l'estropi continuait ses prires mles de blasphmes4 ,la clochette sonna pour la troisime fois4 ,alors on cria de nouveau3 --,amedeo6 ,amedeo6 ,et les plerins1 relevant vivement la tte1 virent l',apollonia retomber sur son brancard4 ,dans le choeur1 le moine se dressa4 ,il ouvrit la grille et s'avana vers la malade1 qui murmurait encore3 --,amedeo6 ,amedeo6 ,il lui demanda durement en son dialecte3 --,que veux-tu8 ,elle rpondit3 --,basm444 7,embrasse-moi7444 ,le moine tremblait1 les larmes lui vinrent aux paupires4 ,la mre d',apollonia le regarda craintivement et lui dit en montrant sa fille3 --,elle est malade4 ,et elle insistait3 --,malade6 malade6 ,marota6 marota6 ,apollonia puise le regardait et murmurait3 --,basm ,amedeo6 ,depuis que tu es parti1 les jours furent obscurs comme dans la gueule du loup4 ,sa mre rpta le dernier membre de phrase3 --444 ,schr cm'n bucca a u luv4 ,pench sur la malade1 le moine l'embrassa doucement en disant3 --,apollonia444 ,tandis qu'elle murmurait3 --,amedeo444 ,la mre dit3 --,amedeo1 tu peux encore quitter le couvent4 ,reviens avec nous4 ,elle mourra sans toi4 ,il rptait3 --,apollonia444 ,puis1 se dressant1 dcid1 il souleva sa cuculle1 la fit passer par-dessus la tte et la laissa tomber4 ,il dnoua sa cordelire1 dboutonna le froc1 s'en dvtit et apparut comme un rude ouvrier pimontais1 en tricot et pantalon de velours bleu soutenu par la ceinture de laine rouge4 ,dans le fond de l'glise1 on entendait les rires touffs des filles mongasques1 on distinguait les mots de3 ,piafou6 ,piafi6 qui dsignent les ,pimontais4 ,l'enfant qui voulait la ,vierge pour poupe pleurait4 ,sa mre le grondait haute voix parce qu'elle ne voyait plus son cou le ruban maintenant la main ferme en corail qui protge les enfants contre les sorts4 ,le moine regardait les plerins4 ,il se sentait leur frre1 vtu comme eux et parlant leur dialecte4 ,tous le contemplaient extasis1 chuchotant3 --,le miracle444 ,il fit signe au frre d',apollonia4 ,les deux hommes se baissrent pour soulever le brancard4 ,l'estropi hurlait3 --,sacramento6 guris-moi6 canaille6 chienne6 ou je te crache au visage4 ,amde pronona tout haut3 --,venez1 vous autres1 retournons en ,pimont4 ,et portant le brancard1 il sortit suivi de la foule des plerins qui criaient3 --,miracle4 ,dehors1 ,apollonia1 les yeux hagards1 se dressant sur le brancard1 haleta3 --,basm6 ,amedeo6 ,il posa le brancard sur le sol et s'agenouilla4 ,elle prit sa main1 et retomba inerte4 ,il l'embrassa1 perdu1 disant de petits mots tendres4 ,un mdecin venu au plerinage par curiosit s'approcha1 examina la pauvre fille et dclara3 --,c'est fini1 elle est morte4 ,amde se dressa1 livide4 ,il regarda les ,pimontais qui se taisaient consterns4 ,puis1 levant son poing vers le ciel trs bleu1 il s'cria3 --,frres chrtiens1 le monde est mal fait6 ,et il rentra dans le clotre1 pour toujours444 99 99 99 99 99 ,les femmes faisaient des signes de croix1 les hommes rptaient l'exclamation douloureuse du moine1 en hochant la tte3 --,fradei cristiang1 ir mund l' mal fa4 ,la mre cartait les mouches qui venaient aux yeux et sur la bouche de la morte4 ,les mules piaffaient dans les curies4 ,des auberges venait le bruit de la vaisselle entrechoque4 ,dans le clotre1 on chantait toujours la litanie attristante domine par le nom de la ,vierge3 ,santa ,maria444 ,de nouveaux plerins arrivaient4 ,d'autres s'en allaient joyeux et ceinturs d'un grand rosaire1 grains gros comme des noix4 ,dans les futaies1 assez loin1 un coucou faisait entendre1 intervalles rguliers1 sa double note paisible et invariable444 ,,la ,,disparition ,d',,honor ,,subrac ,en dpit des recherches les plus minutieuses1 la police n'est pas arrive lucider le mystre de la disparition d',honor ,subrac4 ,il tait mon ami1 et comme je connaissais la vrit sur son cas1 je me fis un devoir de mettre la justice au courant de ce qui s'tait pass4 ,le juge qui recueillit mes dclarations prit avec moi1 aprs avoir cout mon rcit1 un ton de politesse si pouvante que je n'eus aucune peine comprendre qu'il me prenait pour un fou4 ,je le lui dis4 ,il devint plus poli encore1 puis1 se levant1 il me poussa vers la porte1 et je vis son greffier1 debout1 les poings serrs1 prt sauter sur moi si je faisais le forcen4 ,je n'insistai pas4 ,le cas d',honor ,subrac est1 en effet1 si trange que la vrit parat incroyable4 ,on a appris par les rcits des journaux que ,subrac passait pour un original4 ,l'hiver comme l't1 il n'tait vtu que d'une houppelande et n'avait aux pieds que des pantoufles4 ,il tait fort riche1 et1 comme sa tenue m'tonnait1 je lui en demandai un jour la raison3 --,c'est pour tre plus vite dvtu1 en cas de ncessit1 me rpondit-il4 ,au demeurant1 on s'accoutume vite sortir peu vtu4 ,on se passe fort bien de linge1 de bas et de chapeau4 ,je vis ainsi depuis l'ge de vingt-cinq ans et je n'ai jamais t malade4 ,ces paroles1 au lieu de m'clairer1 aiguisrent ma curiosit4 --,pourquoi donc1 pensai-je1 ,honor ,subrac a-t-il besoin de se dvtir si vite8 ,et je faisais un grand nombre de suppositions444 99 99 99 99 99 ,une nuit que je rentrais chez moi--il pouvait tre une heure1 une heure un quart--j'entendis mon nom prononc voix basse4 ,il me parut venir de la muraille que je frlais4 ,je m'arrtai dsagrablement surpris4 --,n'y a-t-il plus personne dans la rue8 reprit la voix4 ,c'est moi1 ,honor ,subrac4 --,o tes-vous donc8 m'criai-je1 en regardant de tous cts sans parvenir me faire une ide de l'endroit o mon ami pouvait se cacher4 ,je dcouvris seulement sa fameuse houppelande gisant sur le trottoir1 ct de ses non moins fameuses pantoufles4 --,voil un cas1 pensai-je1 o la ncessit a forc ,honor ,subrac se dvtir en un clin d'oeil4 ,je vais enfin connatre un beau mystre4 ,et je dis haute voix3 --,la rue est dserte1 cher ami1 vous pouvez apparatre4 ,brusquement1 ,honor ,subrac se dtacha en quelque sorte de la muraille contre laquelle je ne l'avais pas aperu4 ,il tait compltement nu et1 avant tout1 il s'empara de sa houppelande qu'il endossa et boutonna le plus vite qu'il put4 ,il se chaussa ensuite et1 dlibrment1 me parla en m'accompagnant jusqu' ma porte4 99 99 99 99 99 --,vous avez t tonn6 dit-il1 mais vous comprenez maintenant la raison pour laquelle je m'habille avec tant de bizarrerie4 ,et cependant vous n'avez pas compris comment j'ai pu chapper aussi compltement vos regards4 ,c'est bien simple4 ,il ne faut voir l qu'un phnomne de mimtisme444 ,la nature est une bonne mre4 ,elle a dparti ceux de ses enfants que des dangers menacent1 et qui sont trop faibles pour se dfendre1 le don de se confondre avec ce qui les entoure444 ,mais1 vous connaissez tout cela4 ,vous savez que les papillons ressemblent aux fleurs1 que certains insectes sont semblables des feuilles1 que le camlon peut prendre la couleur qui le dissimule le mieux1 que le livre polaire est devenu blanc comme les glaciales contres o1 couard autant que celui de nos gurets1 il dtale presque invisible4 ,c'est ainsi que ces faibles animaux chappent leurs ennemis par une ingniosit instinctive qui modifie leur aspect4 ,et moi1 qu'un ennemi poursuit sans cesse1 moi1 qui suis peureux et qui me sens incapable de me dfendre dans une lutte1 je suis semblable ces btes3 je me confonds volont et par terreur avec le milieu ambiant4 ,j'ai exerc pour la premire fois cette facult instinctive1 il y a un certain nombre d'annes dj4 ,j'avais vingt-cinq ans1 et1 gnralement1 les femmes me trouvaient avenant et bien fait4 ,l'une d'elles1 qui tait marie1 me tmoigna tant d'amiti que je ne sus point rsister4 ,fatale liaison6444 ,une nuit1 j'tais chez ma matresse4 ,son mari1 soi-disant1 tait parti pour plusieurs jours4 ,nous tions nus comme des divinits1 lorsque la porte s'ouvrit soudain1 et le mari apparut un revolver la main4 ,ma terreur fut indicible1 et je n'eus qu'une envie1 lche que j'tais et que je suis encore3 celle de disparatre4 ,m'adossant au mur1 je souhaitai me confondre avec lui4 ,et l'vnement imprvu se ralisa aussitt4 ,je devins de la couleur du papier de tenture1 et mes membres1 s'aplatissant dans un tirement volontaire et inconcevable1 il me parut que je faisais corps avec le mur et que personne dsormais ne me voyait4 ,c'tait vrai4 ,le mari me cherchait pour me faire mourir4 ,il m'avait vu1 et il tait impossible que je me fusse enfui4 ,il devint comme fou1 et1 tournant sa rage contre sa femme1 il la tua sauvagement en lui tirant six coups de revolver dans la tte4 ,il s'en alla ensuite1 pleurant dsesprment4 ,aprs son dpart1 instinctivement1 mon corps reprit sa forme normale et sa couleur naturelle4 ,je m'habillai1 et parvins a m'en aller avant que personne ne ft venu444 ,cette bienheureuse facult1 qui ressortit au mimtisme1 je l'ai conserve depuis4 ,le mari1 ne m'ayant pas tu1 a consacr son existence l'accomplissement de cette tche4 ,il me poursuit depuis longtemps travers le monde1 et je pensais lui avoir chapp en venant habiter ,paris4 ,mais1 j'ai aperu cet homme1 quelques instants avant votre passage4 ,la terreur me faisait claquer des dents4 ,je n'ai eu que le temps de me dvtir et de me confondre avec la muraille4 ,il a pass prs de moi1 regardant curieusement cette houppelande et ces pantoufles abandonnes sur le trottoir4 ,vous voyez combien j'ai raison de m'habiller sommairement4 ,ma facult mimtique ne pourrait pas s'exercer si j'tais vtu comme tout le monde4 ,je ne pourrais pas me dshabiller assez vite pour chapper mon bourreau1 et il importe1 avant tout1 que je sois nu1 afin que mes vtements1 aplatis contre la muraille1 ne rendent pas inutile ma disparition dfensive4 ,je flicitai ,honor ,subrac d'une facult dont j'avais les preuves et que je lui enviais444 99 99 99 99 99 ,les jours suivants1 je ne pensai qu' cela et je me surprenais1 tout propos1 tendant ma volont dans le but de modifier ma forme et ma couleur4 ,je tentai de me changer en autobus1 en ,tour ,eiffel1 en ,acadmicien1 en gagnant du gros lot4 ,mes efforts furent vains4 ,je n'y tais pas4 ,ma volont n'avait pas assez de force1 et puis il me manquait cette sainte terreur1 ce formidable danger qui avait rveill les instincts d',honor ,subrac444 99 99 99 99 99 ,je ne l'avais point vu depuis quelque temps1 lorsqu'un jour1 il arriva affol3 --,cet homme1 mon ennemi1 me dit-il1 me guette partout4 ,j'ai pu lui chapper trois fois en exerant ma facult1 mais j'ai peur1 j'ai peur1 cher ami4 ,je vis qu'il avait maigri1 mais je me gardai de le lui dire4 --,il ne vous reste qu'une chose faire1 dclarai-je4 ,pour chapper un ennemi aussi impitoyable3 partez6 ,cachez-vous dans un village4 ,laissez-moi le soin de vos affaires et dirigez-vous vers la gare la plus proche4 ,il me serra la main en disant3 --,accompagnez-moi1 je vous en supplie1 j'ai peur6 99 99 99 99 99 ,dans la rue1 nous marchmes en silence4 ,honor ,subrac tournait constamment la tte1 d'un air inquiet4 ,tout coup1 il poussa un cri et se mit fuir en se dbarrassant de sa houppelande et de ses pantoufles4 ,et je vis qu'un homme arrivait derrire nous en courant4 ,j'essayai de l'arrter4 ,mais il m'chappa4 ,il tenait un revolver qu'il braquait dans la direction d',honor ,subrac4 ,celui-ci venait d'atteindre un long mur de caserne et disparut comme par enchantement4 ,l'homme au revolver s'arrta stupfait1 poussant une exclamation de rage1 et1 comme pour se venger du mur qui semblait lui avoir ravi sa victime1 il dchargea son revolver sur le point o ,honor ,subrac avait disparu4 ,il s'en alla ensuite1 en courant444 ,des gens se rassemblrent1 des sergents de ville vinrent les disperser4 ,alors1 j'appelai mon ami4 ,mais il ne me rpondit pas4 ,je ttai la muraille1 elle tait encore tide1 et je remarquai que1 des six balles de revolver1 trois avaient frapp la hauteur d'un coeur d'homme1 tandis que les autres avaient rafl le pltre1 plus haut1 l o il me sembla distinguer vaguement1 vaguement1 les contours d'un visage4 ,,le ,,matelot ,d',,amsterdam ,le brick hollandais1 l',alkmaar1 revenait de ,java1 charg d'pices et d'autres matires prcieuses4 ,il fit escale ,southampton1 et les matelots eurent permission de descendre terre4 ,l'un d'eux1 ,hendrijk ,wersteeg1 emportait un singe sur l'paule droite1 un perroquet sur l'paule gauche1 et1 en bandoulire1 un ballot de tissus indiens qu'il avait l'intention de vendre dans la ville ainsi que ses animaux4 ,on tait au commencement du printemps1 et la nuit tombait encore de bonne heure4 ,hendrijk ,wersteeg marchait d'un bon pas dans les rues un peu brumeuses que la lumire du gaz n'clairait qu' peine4 ,le matelot pensait son prochain retour ,amsterdam1 sa mre qu'il n'avait pas vue depuis trois ans1 sa fiance qui l'attendait ,monikendam4 ,il supputait l'argent qu'il retirerait de ses animaux et de ses toffes1 et il cherchait la boutique o il pourrait vendre ces marchandises exotiques4 ,dans ,above ,bar ,street1 un monsieur trs correctement mis l'aborda1 en lui demandant s'il cherchait un acheteur pour son perroquet3 --,cet oiseau1 dit-il1 ferait bien mon affaire4 ,j'ai besoin de quelqu'un qui me parle sans que j'aie lui rpondre1 et je vis tout seul4 ,comme la plupart des matelots hollandais1 ,hendrijk ,wersteeg parlait l'anglais4 ,il fit son prix qui convint l'inconnu4 --,suivez-moi1 dit ce dernier4 ,j'habite assez loin4 ,vous mettrez vous-mme le perroquet dans une cage que j'ai chez moi4 ,vous dballerez vos toffes1 et peut-tre en trouverai-je mon got4 ,tout heureux de l'aubaine1 ,hendrijk ,wersteeg s'en alla avec le gentleman1 auquel1 dans l'espoir de le lui vendre aussi1 il fit1 en route1 l'loge de son singe1 qui tait1 disait-il1 d'une race fort rare1 une de celles dont les individus rsistent le mieux au climat de l',angleterre et qui s'attachent le plus leur matre4 ,mais1 bientt1 ,hendrijk ,wersteeg cessa de parler4 ,il dpensait ses paroles en pure perte1 car l'inconnu ne lui rpondait pas et ne semblait mme point l'couter4 ,ils continurent leur route en silence1 l'un ct de l'autre4 ,seuls1 regrettant leurs forts natales1 aux tropiques1 le singe1 effray dans la brume1 poussait parfois un petit cri semblable au vagissement d'un enfant nouveau-n1 le perroquet battait des ailes4 ,au bout d'une heure de marche1 l'inconnu dit brusquement3 --,nous approchons de chez moi4 ,ils taient sortis de la ville4 ,la route tait borde de grands parcs1 clos de grilles2 de temps en temps brillaient1 travers les arbres1 les fentres claires d'un cottage1 et l'on entendait1 intervalles1 dans le lointain1 le cri sinistre d'une sirne1 en mer4 ,l'inconnu s'arrta devant une grille1 tira de sa poche un trousseau de clefs1 et ouvrit la porte qu'il referma aprs que ,hendrijk l'eut franchie4 ,le matelot tait impressionn1 il distinguait peine1 dans le fond d'un jardin1 une petite villa d'assez bonne apparence1 mais dont les persiennes fermes ne laissaient passer aucune lumire4 ,l'inconnu silencieux1 la maison sans vie1 tout cela tait assez lugubre4 ,mais ,hendrijk se souvint que l'inconnu habitait seul3 --,c'est un original6 pensa-t-il1 et comme un matelot hollandais n'est pas assez riche pour qu'on l'attire dans le but de le dvaliser1 il eut honte de son moment d'anxit4 99 99 99 99 99 --,si vous avez des allumettes1 clairez-moi1 dit l'inconnu en introduisant une clef dans la serrure qui fermait la porte du cottage4 ,le matelot obit1 et1 ds qu'ils furent l'intrieur de la maison1 l'inconnu apporta une lampe1 qui claira bientt un salon meubl avec got4 ,hendrijk ,wersteeg tait compltement rassur4 ,il nourrissait dj l'espoir que son bizarre compagnon lui achterait une bonne partie de ses toffes4 ,l'inconnu1 qui tait sorti du salon1 revint avec une cage3 --,mettez-y votre perroquet1 dit-il1 je ne le placerai sur un perchoir que lorsqu'il sera apprivois et saura dire ce que je veux qu'il dise4 ,puis1 aprs avoir ferm la cage o l'oiseau s'effarait1 il pria le matelot de prendre la lampe et de passer dans la pice voisine o se trouvait1 disait-il1 une table commode pour y taler des toffes4 ,hendrijk ,wersteeg obit et alla dans la chambre qui lui tait indique4 ,aussitt1 il entendit la porte se refermer derrire lui1 la clef tourna4 ,il tait prisonnier4 ,interdit1 il posa la lampe sur la table et voulut se ruer contre la porte pour l'enfoncer4 ,mais une voix l'arrta4 --,un pas et vous tes mort1 matelot6 ,levant la tte1 ,hendrijk vit par une lucarne qu'il n'avait pas encore aperue1 le canon d'un revolver braqu sur lui4 ,terrifi1 il s'arrta4 ,il n'y avait pas lutter1 son couteau ne pouvait lui servir dans la circonstance2 un revolver mme et t inutile4 ,l'inconnu qui le tenait sa merci s'abritait derrire le mur1 ct de la lucarne d'o il surveillait le matelot1 et o passait seule la main qui braquait le revolver4 --coutez-moi bien1 dit l'inconnu1 et obissez4 ,le service forc que vous allez me rendre sera rcompens4 ,mais vous n'avez pas le choix4 ,il faut m'obir sans hsiter1 sinon je vous tuerai comme un chien4 ,ouvrez le tiroir de la table444 ,il y a l un revolver six coups1 charg de cinq balles444 ,prenez-le4 ,le matelot hollandais obissait presque inconsciemment4 ,le singe1 sur son paule poussait des cris de terreur et tremblait4 ,l'inconnu continua3 --,il y a un rideau au fond de la chambre4 ,tirez-le4 ,le rideau tir1 ,hendrijk vit une alcve1 dans laquelle1 sur un lit1 pieds et mains lis1 billonne1 une femme le regardait avec des yeux pleins de dsespoir4 --,dtachez les liens de cette femme1 dit l'inconnu1 et tez-lui son billon4 ,l'ordre excut1 la femme1 toute jeune et d'une beaut admirable1 se jeta genoux du ct de la lucarne en s'criant3 --,harry1 c'est un guet-apens infme6 ,vous m'avez attire dans cette villa pour m'y assassiner4 ,vous prtendiez l'avoir loue afin que nous y passions les premiers temps de notre rconciliation4 ,je croyais vous avoir convaincu4 ,je pensais que vous tiez finalement certain que je n'ai jamais t coupable6444 ,harry6 ,harry6 je suis innocente6 --,je ne vous crois pas1 dit schement l'inconnu4 --,harry1 je suis innocente6 rpta la jeune dame d'une voix trangle4 --,ce sont vos dernires paroles1 je les enregistre avec soin4 ,on me les rptera toute ma vie4 ,et la voix de l'inconnu trembla un peu1 mais redevint ferme aussitt3 ,car je vous aime encore1 ajouta-t-il1 si je vous aimais moins1 je vous tuerais moi-mme4 ,mais cela me serait impossible1 car je vous aime444 ,maintenant1 matelot1 si avant que je n'aie compt jusqu' dix1 vous n'avez pas log une balle dans la tte de cette femme1 vous tomberez mort ses pieds4 ,un1 deux1 trois444 ,et avant que l'inconnu et eu le temps de compter jusqu' quatre1 ,hendrijk affol1 tira sur la femme qui1 toujours genoux1 le regardait fixement4 ,elle tomba la face contre le sol4 ,la balle l'avait frappe au front4 ,aussitt1 un coup de feu parti de la lucarne1 vint frapper le matelot la tempe droite4 ,il s'affaissa contre la table1 tandis que le singe1 poussant des cris aigus d'pouvante1 se cachait dans sa vareuse4 99 99 99 99 99 ,le lendemain1 des passants ayant entendu des cris tranges venus d'un cottage de la banlieue de ,southampton1 avertirent la police qui arriva bientt pour enfoncer les portes4 ,on trouva les cadavres de la jeune dame et du matelot4 ,le singe1 sorti brusquement de la vareuse de son matre1 sauta au nez de l'un des policiers4 ,il les effraya tous un tel point1 qu'ayant fait quelques pas en arrire1 ils l'abattirent coups de revolver avant d'oser approcher de nouveau4 ,la justice informa4 ,il parut clair que le matelot avait tu la dame et s'tait suicid ensuite4 ,nanmoins1 les circonstances du drame paraissaient mystrieuses4 ,les deux cadavres furent identifis sans peine1 et l'on se demanda comment lady ,finngal1 femme d'un pair d',angleterre1 s'tait trouve seule1 dans une maison de campagne isole1 avec un matelot arriv la veille ,southampton4 ,le propritaire de la villa ne put donner aucun renseignement propre clairer la justice4 ,le cottage avait t lou1 huit jours avant le drame1 un soi-disant ,collins1 de ,manchester1 qui d'ailleurs demeura introuvable4 ,ce ,collins portait des lunettes1 il avait une longue barbe rousse qui pouvait fort bien tre fausse4 ,le lord arriva de ,londres1 en toute hte4 ,il adorait sa femme1 et sa douleur faisait peine voir4 ,comme tout le monde1 il ne comprenait rien cette affaire4 ,depuis ces vnements1 il s'est retir du monde4 ,il vit dans sa maison de ,kensington1 sans autre compagnie qu'un domestique muet et un perroquet qui rpte sans cesse3 --,harry1 je suis innocente6 ,,histoire ,d',,une ,,famille ,,vertueuse1 ,d',,une ,,hotte ,,et ,d',,un ,,calcul ,un matin1 cinq heures1 une insomnie m'avait fait me lever et sortir4 ,c'tait la fin de mars4 ,les rues bleuissaient1 froides et dsertes4 ,des porteurs de journaux passaient4 ,les sous-sols des boulangeries laissaient sortir la chaleur de la dernire fourne1 et des gens nus et enfarins gesticulaient1 tachs de lueurs venues du brasier4 ,je suivis le boulevard de ,courcelles et longeai le parc ,monceau1 cette heure plein de chants d'oiseaux et du mystre suscit par l'tang que veille la colonnade ruine1 tandis que les arbres lanaient le galbe de leurs fts et secouaient leur frondaison nouvelle4 ,un homme passa1 tenant un crochet1 une lanterne sourde1 et charg d'une hotte4 ,je le suivis et le vis s'approcher successivement de plusieurs botes ordures o il fouillait avec son crochet4 ,aprs avoir visit quelques botes1 l'homme1 voyant que je ne le quittais pas1 se retourna et souleva sa lanterne1 qu'il darda sur ma face afin de m'examiner4 ,en mme temps il m'apostropha3 --,voudriez-vous1 me faire concurrence8 --,dieu garde6 m'criai-je4 ,je suis seulement curieux et voudrais vous accompagner afin de visiter votre hotte sous votre surveillance1 chez vous4 ,il dit3 --,j'y consens4 ,mais ne me troublez pas1 suivez-moi sans rien dire4 99 99 99 99 99 ,j'obis4 ,nous errmes ainsi jusque vers neuf heures du matin4 ,vers six heures1 nous passmes aux ,halles4 ,je vis1 prs de la fontaine des ,innocents1 un homme vtu de haillons multicolores comme une mosaque1 agenouill devant un tas d'ordures1 et cherchant des bribes d'aliments putrides qu'il mangeait avidement4 ,il tait nu-tte et ses cheveux pendaient1 roux comme ceux d'un ,christ4 ,vers sept heures et demie1 nous traversmes le pont d',austerlitz et croismes un char plein de peaux de moutons dont l'odeur m'pouvanta1 bien que j'eusse dj flair tant de tas d'ordures depuis l'aube4 ,la hotte de mon compagnon tant pleine1 nous gagnmes rapidement la place d',italie1 puis nous sortmes de ,paris1 car le chiffonnier demeurait au ,kremlin-,bictre4 99 99 99 99 99 ,il me fit entrer dans sa bicoque donnant sur un terrain vague4 ,cette demeure exhalait une odeur nausabonde4 ,le chiffonnier me prsenta sa famille4 ,c'tait d'abord sa femme enceinte1 dont le ventre soulevait la jupe presque jusqu'aux genoux4 ,son mari l'excusa3 --,elle est fconde1 monsieur1 et belle aussi4 ,mais les vtements ne lui sont pas avantageux4 ,nue1 son ventre s'arrondit comme une perle4 ,il cria3 --,nicolas6 et me dit3 ,c'est mon fils4 ,nicolas1 gars de treize ans1 bien fait1 peu vtu et dbraill comme un ,attys1 me fit des courbettes4 ,je dis son pre3 --,belle progniture1 mon compagnon1 que la vtre3 ,nicolas vous fait honneur4 ,ses vtements ouverts montrent sa peau dlicate que la crasse orne d'ombres4 ,il est fait comme le ,prince1 ,charmant et ,prs des pyramides de ,malpighi ,la tour d'ivoire se dresse sainement1 vertueusement4 ,puis1 le chiffonnier fit venir une fille de quinze ans1 svelte1 nelle1 coiffe d'une norme tignasse huileuse4 ,cette fille s'appelait ,genevive4 ,je la saluai lyriquement3 --,ses cheveux distillent de l'huile comme l'olive1 mais sa peau1 au contraire de celle de la ,truitonne du conte de fes1 n'est pas huileuse4 ,ses dents sont belles comme des gousses d'ail4 ,ses yeux sont noirs comme les fruits du micocoulier4 ,ses lvres sont comme deux tranches de bigarade et en ont peut-tre la saveur amre4 ,son fichu qui palpite crase sans raison les arbouses de ses seins4 ,mon compre1 mon compre1 d'avoir une si belle famille1 vous tes plus enviable qu'un empereur6 ,le chiffonnier sourit et dit glorieusement3 --,j'en descends4 ,je me nomme ,pertinax ,restif1 pour vous servir4 --,quoi6 m'criai-je1 descendriez-vous de cet imprimeur trop vertueux1 si vertueux qu'il en paraissait abject8 ,on le prit pour un domestique le #ba mars #agef444 ,le saviez-vous8 ,il tait en gros bergopzom vert1 glands et brandebourgs1 avec un gros manchon d'ours1 ceinture de poil444 ,il se promenait avec une femme1 une des seules qu'il et traite en soeur4 ,une dame les appela et leur demanda3 tes-vous gens de maison6444 ,vous descendez de ,restif de ,la ,bretonne et1 comme lui1 tes vertueux6 ,le chiffonnier prit un air svre1 en disant3 --,plus vertueux que lui6 ,je ne le crus pas1 et pourtant j'ajoutai srieusement3 --,votre mdiocrit n'a que ce qu'elle mrite4 ,vous n'tes que des chiffonniers4 ,pertinax ,restif gesticula vasivement en souriant narquoisement4 ,il fit quelques pas de rigaudon1 puis dit en me regardant dans le blanc des yeux3 99 99 99 99 99 --,cette mode de baller est passe4 ,soit1 mais j'aime cette danse4 ,la vertu n'est plus de mode1 soit6 mais je l'aime444 ,je suis un ,lyonnais1 un gne natif de la ,croix-,rousse4 ,aprs mon service1 j'tais marchand d'habits4 ,j'habitais la monte du ,tire-cul1 o je revenais las1 chaque soir1 pour avoir cri3 ,marchand de pattes6 depuis le matin1 dans tous les quartiers4 ,j'avais une soeur1 jolie boyaude qui gagnait trois francs par jour4 ,nous tions orphelins et vivions ensemble4 ,que voulez-vous8 nous n'tions coureurs ni l'un ni l'autre4 ,la popotte1 la famille1 un bon chez-soi444 nous tions heureux1 et le bonheur engendre toute vertu4 ,le sang vertueux de notre anctre nous cria de ne point gcher ce bonheur1 d'tre vertueux jusqu'au bout4 ,nous fmes l'amour4 ,les vieux habits1 les chapeaux rougis et raills ne rapportant pas assez1 je devins chiffonnier4 ,je fouillai les quevilles4 ,des trouvailles me rcompensaient parfois de fouilles souvent infructueuses4 ,pourtant1 nous vnmes ici1 au ,kremlin-,bictre4 ,je continuai mon mtier1 chaque matin4 ,paris1 au lieu d'quevilles1 je fouille les ordures3 le nom seul a chang4 ,et je vis heureusement1 vertueusement1 levant ces enfants que m'a donns mon pouse1 ma soeur4 99 99 99 99 99 ,j'coutai avec peine ce rcit4 ,un malaise indfinissable faisait battre mes tempes1 et j'prouvais un grand dgot pour cette famille et l'odeur de sa maison4 ,la ,thamar de ,pertinax ,restif coutait droite et les yeux hagards4 ,sa face dfigure par le masque de la grossesse s'allongeait comme celle d'une serve mal nourrie4 ,sa lippe pendait1 en signe atavique de bont1 et1 un peu de salive s'coulant sans mousser1 dnotait un abrutissement honnte et une vertu de chienne4 ,ses bras ballaient4 un moment1 elle souleva sa main droite pour gratter sa tte peut-tre pouilleuse4 ,je lui vis l'annulaire une vilaine bague dont le chaton sertissait une opale3 pierre de malheur1 gemme infme1 mlange immonde de pissat1 de crachats1 de sperme et d'yeux crass4 ,les enfants1 pendant le rcit de leur pre1 s'taient mis pleurer4 ,ils avaient saisi ses mains et les baisaient en les mouillant de leurs larmes4 ,devant toute cette vertu1 mon me elle-mme devint doucetre1 mon cerveau s'emplit des ides les plus mdiocres4 ,des larmes montrent mes paupires4 ,tout devint trouble1 opalin1 autour de moi4 ,mais1 par bonheur1 des sanglots refouls ayant imprim un roulis au ventre de la ,thamar1 je souris1 riotai1 rigolai1 et m'inclinai dbonnairement pour baiser la main de cette femme qui1 d'motion1 secouait sa panse4 ,comme s'il et craint une parturition soudaine1 ,pertinax ,restif regardait avec une sollicitude inquite ce ventre agit4 ,il murmurait seulement3 --,ventre sororal de mon pouse4 ma perle444 ma perle fine6 ,ce fut alors que cette femme sentimentale pronona les seules paroles que j'aie entendues d'elle3 --,les perles meurent4 ,cette phrase me fit de nouveau venir la larme l'oeil1 tandis que ,pertinax ,restif dclamait faux ces vers qu'il avait certainement composs1 mme le dernier3 ,la mort nous posera dans le giron divin4 ,en attendant1 vivons parmi les quevilles4 ,vertu1 ce mot sacr n'est peut-tre pas vain1 ,joignons donc nos vertus1 ma soeur1 mon fils1 ma fille444 ,o peut-on tre mieux qu'au sein de sa famille6 ,mes larmes se schrent instantanment4 ,la nudit du jeune ,nicolas s'tait apaise4 ,je me plus rpter3 ,prs des pyramides de ,malpighi1 ,la tour d'ivoire se dresse1 ,mais penche comme la tour de ,pise4 ,puis1 me tournant vers le chiffonnier3 --,mon compre1 mon compre1 voil o vous ont men votre vertu et celle de ,m4 ,nicolas1 votre anctre2 vous n'tes qu'un chiffonnier1 et pourtant vous descendez d'un empereur4 ,pertinax ,restif parut froiss1 mais il rougit d'orgueil en dclarant3 --,je suis un patriarche4 --,bien6 insistai-je1 patriarche6 pre de famille6 tu tiens perptuer la vertu4 ,mais vois6 ,au dbut de la gnalogie1 un empereur2 la fin1 un chiffonnier content de son sort4 ,dcemment et vertueusement ton fils sera vidangeur4 ,heureusement pour lui1 ce mtier n'existe plus gure1 et ce sont des machines qui vident les fosses444 ,mais le reste d'orgueil de ,pertinax ,restif l'empcha de comprendre4 ,il reprit3 --,oui1 je descends d'un empereur1 mais je suis un patriarche4 99 99 99 99 99 ,et1 gravement1 il alla tirer d'une armoire un vieux coffret cir1 en bois de noyer4 ,il en tira un vlin roul un cylindre de buis4 ,je reconnus la gnalogie tablie par le pre de ,restif de la ,bretonne1 et transcrite par celui-ci dans l'introduction de ,monsieur ,nicolas ou le coeur humain dvoil4 ,le chiffonnier droula le vlin et en lut emphatiquement le dbut3 ,pierre ,pertinax1 autrement ,restif1 descend en ligne directe de l'empereur ,pertinax1 successeur de ,commode1 et auquel succda ,didius ,julianus1 lu empereur parce qu'il fut assez riche pour tenir l'enchre laquelle les soldats avaient mis le souverain pouvoir4 ,or1 l'empereur ,helvius ,pertinax eut un fils posthume1 aussi nomm ,helvius ,pertinax1 dont ,caracalla ordonna la mort1 uniquement parce qu'il tait fils d'un empereur4 ,mais1 un affranchi1 qui portait le nom de son matre1 s'offrit gnreusement aux assassins qu'il trompa444 ,le chiffonnier s'interrompit4 ,l'orgueil tincelait dans ses yeux4 ,son pouse incestueuse1 et les enfants l'admiraient4 ,le relent de pourriture qui flottait dans la maison devint hroque comme la puanteur d'un champ de bataille4 ,je tirai mon mouchoir1 me mouchai bruyamment et dclarai premptoirement3 --,mon compagnon1 mon compre1 vous m'avez promis de me laisser visiter votre hotte4 ,les faces redevinrent honntes1 les odeurs nausabondes4 ,pertinax ,restif roula le vlin sur le cylindre de buis4 ,il alla ranger le coffret dans l'armoire4 ,ensuite1 il porta la hotte dans le terrain vague4 ,je l'y suivis4 ,le butin de la matine fut rpandu sur le sol4 ,j'en examinai chaque pice1 que je passais au fur et mesure ,pertinax ,restif qui triait le tout4 99 99 99 99 99 ,je trouvai3 des timbres-poste oblitrs1 enveloppes de lettres1 des botes d'allumettes1 des billets de faveur pour divers thtres1 une cuiller de mtal1 sans valeur1 du tulle illusion froiss1 des morceaux de balayeuses1 des rubans fans1 des mgots de cigares1 des fleurs artificielles fltries1 un faux-col gauchi1 des pluchures de pommes de terre1 des corces d'oranges1 des pelures d'oignons1 des pingles cheveux1 des cure-dents1 de petits cheveaux emmls de cheveux1 un vieux corset sur lequel s'tait colle une tranche de citron1 un oeil de verre1 une lettre froisse que je mis part4 ,je la transcris3 ,monsieur et cher matre1 ,excusez mon importunit4 ,mais1 comme vous tes un peu la cause de mes dboires1 j'ai pens que vous voudriez peut-tre m'aider en l'occurrence4 ,j'eusse prfr vous parler personnellement et non par lettre1 mais je sais que les grands hommes sont difficiles approcher3 ,non licet omnibus adire ,corinthum4 ,voici1 ,monsieur4 ,j'tais lve dans le collge que les ,prmontrs tiennent ,saint-,cloud4 ,j'tais bon lve de seconde1 plein de ce que l'on nommait l'esprit de la maison4 ,malheureusement1 ou qui sait8 heureusement1 un externe introduisit un de vos livres dans la bote4 ,c'tait1 je m'en souviens1 votre clbre roman1 dont le titre est un nom latin francis la ,corneille3 ,brute6 ,l'action de ce roman est situe1 d'ailleurs1 dans le faubourg ,saint-,germain4 ,ce livre1 je l'avoue et vous le savez1 est cochon par endroits4 ,il me perdit1 monsieur4 ,j'eus l'envie irrsistible de connatre votre oeuvre entire4 ,par l'externe1 je fis acheter3 ,les ,roses qu'on arrose1 ,les ,passions de la ,congaye1 ,le ,chien amoureux1 et ce livre norme1 ,kollioth4 ,j'avais tout cela dans mon casier1 au collge4 ,en mme temps1 j'crivis1 vers et prose4 ,vos livres et mes crits furent pigs4 ,vos livres sont l'index1 vous n'en doutez pas4 ,mes crits tournaient en ridicule nombre d'institutions que les ,prmontrs ont coutume d'honorer4 ,on en conclut que je n'avais plus l'esprit de la maison4 ,les prjugs de mes matres prvalurent contre les qualits du bon lve que j'tais4 ,on me mit la porte1 on me renvoya1 monsieur1 malgr les supplications de mes parents qui1 ds ce jour1 se sparrent de moi1 m'enjoignant de gagner ma vie et me refusant presque toute aide4 ,oui1 cher ,matre1 je suis dans une telle situation1 dont un ,anglo-,saxon s'accommoderait1 mais qui peut gner un ,franais de quinze ans4 ,dans cette dtresse1 j'ai recours vous1 etc41 etc4 ,suivaient diverses protestations1 le nom et l'adresse4 99 99 99 99 99 ,je continuai de fouiller les ordures4 ,je trouvai encore3 un peigne dent1 quelques rubans de dcorations tenant des boutons de culotte1 un abat-jour dchir mais charmant1 une pipe1 quelques flacons parfumerie1 des fioles de pharmacie1 une ponge1 un paquet de cartes transparentes1 non obscnes1--l'acheteur1 tromp par un camelot1 les avait jetes de dpit--un carnet contenant les comptes faits par une cuisinire au sujet du march1 un ventail bris1 des gants dpareills1 une brosse dents1 du marc de caf1 des botes de conserves ventres1 des os1 un de ces oeufs de bois que l'on met dans les chaussettes raccommoder1 et enfin une bague trange que j'achetai au chiffonnier4 ,cette bague tait en or1 avec une pierre blanchtre dont j'ignorais le nom4 ,je la payai4 ,puis1 comme la hotte tait presque vide et ne contenait plus que quelques fragments de miroir et un baromtre bris d'o coulaient encore quelques gouttes de mercure1 je me levai remerciant ,pertinax ,restif et promettant de revenir le visiter4 ,mais cet homme hocha la tte en disant3 --,revenez avant six mois1 en ce cas4 ,car1 au bout de ce temps1 j'espre avoir mis de ct un pcule suffisant pour m'tablir dans le sud de la ,france4 ,nous gagnerons par tapes ,nice ou ,monaco1 de toute faon1 le plus prs possible de la ,turbie4 --,pourquoi la ,turbie8 demandai-je4 ,il rpondit gravement3 --,parce que cette commune est le berceau de notre race1 le lieu natal de mon illustre anctre1 l'empereur romain ,pertinax4 ,je souris1 souhaitai bonne chance et dis adieu cet homme vertueux4 ,je ngligeai de prendre cong de sa famille1 et m'en allai sans tourner la tte4 99 99 99 99 99 ,rentr chez moi1 j'examinai les deux trouvailles qui1 jetes dans des botes ordures1 en deux endroits de ,paris1 s'taient trouves runies dans la hotte de ,pertinax ,restif4 ,je rangeai la lettre avec diffrents documents exhilarants ou navrants que je possde1 et pris la bague sur moi1 dans la poche de mon gilet4 99 99 99 99 99 ,quelques jours aprs1 je me trouvais en soire chez de riches bourgeois4 ,on annona le snateur ,x444 et son fils4 ,ce snateur tait de la parent de la matresse de maison1 son nom tait celui dont tait signe la lettre de potache que j'ai donne4 ,le snateur ,x4441 gras1 laid1 l'air protestant1 entra1 trs digne1 poussant devant soi son fils assez gauche1 vtu d'un uniforme de lycen1 et le visage couvert de boutons points de noir4 ,je conus que la svrit paternelle s'tait apaise et qu'un lyce avait accueilli le jouvenceau1 que les moines avaient rejet4 ,au bout de quelques moments1 on annona l'auteur de ,brute6 et de ,kollioth4 ,je vis le lycen rougir4 ,le grand homme entra avec dsinvolture4 ,pendant les prsentations1 il fut charmant2 mais rien dans sa physionomie ne dcela qu'il et quelque connaissance du cas du collgien4 ,celui-ci me parut du reste enchant et persuad que le grand homme n'avait pas tenu sa lettre4 ,l'crivain entour1 ft1 raconta toutes sortes d'histoires1 fit la gazette de la semaine1 et ce fut un mlange extraordinaire de calembours1 de recettes de cuisine1 de conseils pour la toilette1 d'aventures personnelles et d'anecdotes de toute sorte1 souvent raides et sales4 ,voici la dernire3 --,une actrice d'un petit thtre est entretenue par un vieux qui1 je crois1 est un homme politique4 ,elle le trompe avec un de mes amis de qui je tiens l'histoire4 ,le vieillard1 amoureux et jaloux la folie1 se croit aim1 comme il est juste4 ,il dut1 il y a quelque temps1 subir une opration douloureuse4 ,l'actrice1 parat-il1 ne s'enquit jamais de la sant du malade et fit mme un voyage ,nice l'poque de l'opration4 ,le vieillard fut affect de cette indiffrence4 ,lorsqu'il revit la dame en question1 il lui fit des reproches4 ,l'actrice fit semblant de ne jamais s'tre doute de la gravit du cas1 et ajouta qu'ayant elle-mme subi diverses oprations1 pour ovaires1 kyste et appendicite1 elle tait blase sur ces incidents et ne craignait jamais pour la vie de quelqu'un1 ds qu'elle le savait aux mains des chirurgiens4 ,le vieillard connut par l que l'indiffrence de la belle ne venait pas d'un dsamour1 mais marquait seulement une confiance illimite dans la science4 ,l'actrice lui donna nonobstant des preuves d'amour irrfutables1 et1 comme il se croyait beau garon1 il ne douta pas d'tre aim1 puisqu'il tait aimable4 ,cet homme1 vers dans diverses sciences sociales fort importantes1 et qu'on et pu croire srieux1 imagina un moyen bizarre1 assez dgotant1 pour commmorer sa gurison4 ,il invita l'actrice un souper fort galant1 tte tte1 dans un grand restaurant4 ,sous sa serviette1 la dame trouva un tui ravissant1 qu'elle ouvrit4 ,l'tui ne contenait qu'une bague fort simple1 orne d'une pierre dont l'actrice ignorait le nom4 ,elle remercia le vieil amant1 qui lui donna ces explications3 ,cette bague1 ma chre enfant1 doit t'tre jamais prcieuse4 ,qu'elle soit jamais le souvenir de notre amour4 ,cette bague porte1 l'intrieur1 la date grave du jour o nous nous connmes1 et la pierre qui l'orne1 c'est un calcul de ma vessie444 ce moment de la narration du grand homme1 j'entendis haleter trangement prs de moi4 ,je compris que c'tait le snateur ,x444 qui soufflait ainsi4 ,mais personne n'y prit garde1 car on tait fortement intress par le rcit4 ,moi-mme1 j'tais occup tter dans la poche de mon gilet la bague trouve dans la botte du vertueux ,pertinax ,restif4 ,l'crivain clbre continuait3 --,l'actrice referma l'tui4 ,cet incident lui avait coup l'apptit4 ,et la bague lui rpugnait4 ,une petite dame s'exclame3 --,elle avait d en voir bien d'autres1 pourtant6 --,c'est vrai1 repartit le narrateur1 mais la nature humaine est ainsi faite4 ,l'actrice tait certainement cuirasse l'gard de choses plus repoussantes4 ,nanmoins1 elle ne put supporter la bague en question4 ,le soir mme1 elle la jeta aux ordures444 ,un petit cri1 la chute d'un corps1 interrompirent le narrateur et nous firent sursauter4 ,le snateur ,x444 venait de s'abattre prs de sa chaise4 ,on s'empressa autour de lui4 ,il tait violet1 gonfl et irrmdiablement mort1 comme un lphant1 du coeur bris4 ,mentalement1 j'honorai cette victime de l'amour4 ,le lendemain1 ne pouvant supporter d'avoir en ma possession la bague devenue relique1 j'allai dans une glise1 la dposer sur un autel4 ,,la ,,serviette ,,des ,,po,,tes ,plac sur la limite de la vie1 aux confins de l'art1 ,justin ,prrogue tait peintre4 ,une amie vivait avec lui et des potes venaient le voir4 ,tour tour1 l'un d'eux dnait dans l'atelier o la destine mettait1 au plafond1 des punaises en guise d'toiles4 ,il y avait quatre convives qui ne se rencontraient jamais table4 ,david ,picard venait de ,sancerre2 il descendait d'une famille juive christianise1 comme il y en a tant dans la ville4 ,lonard ,delaisse1 tuberculeux1 crachait sa vie d'inspir1 avec des mines mourir de rire4 ,georges ,ostrole1 les yeux inquiets1 mditait1 comme autrefois ,hercule1 entre les entits du carrefour4 ,jaime ,saint-,flix savait le plus d'histoires2 sa tte pouvait tourner sur ses paules1 comme si le cou n'avait t que viss dans le corps4 ,et leurs vers taient admirables4 ,les repas n'en finissaient pas1 et la mme serviette servait tour tour aux quatre potes1 mais on ne le leur disait pas4 99 99 99 99 99 ,cette serviette1 petit petit1 devint sale4 ,voici du jaune d'oeuf prs d'une trane sombre d'pinards4 ,voila des ronds de bouches vineuses et cinq marques grises laisses par les doigts d'une main au repos4 ,une arte de poisson a perc la trame du lin comme une lance4 ,un grain de riz a sch1 coll dans un angle4 ,et de la cendre de tabac assombrit certaines parties plus que les autres4 99 99 99 99 99 --,david1 voil votre serviette1 disait l'amie de ,justin ,prrogue4 --,il faudra aussi penser acheter des serviettes1 disait ,justin ,prrogue1 marque a pour quand on aura de l'argent4 --,votre serviette est sale1 ,david1 disait l'amie de ,justin ,prrogue1 je vous la changerai la prochaine fois4 ,la blanchisseuse n'est pas venue cette semaine4 --,lonard1 prenez votre serviette1 disait l'amie de ,justin ,prrogue4 ,vous pouvez cracher dans le coffre charbon4 ,comme votre serviette est sale6 ,je vous la changerai ds que la blanchisseuse m'aura rapport du linge4 --,lonard1 il faudra que je fasse ton portrait te reprsentant en train de cracher1 disait ,justin ,prrogue1 et j'ai mme envie d'en faire une sculpture4 99 99 99 99 99 --,georges1 j'ai honte de vous donner toujours la mme serviette1 disait l'amie de ,justin ,prrogue1 je ne sais pas ce que fait la blanchisseuse4 ,elle ne me rapporte pas mon linge4 --,commenons manger1 disait ,justin ,prrogue4 99 99 99 99 99 --,jaime ,saint-,flix1 je suis oblige de vous donner encore la mme serviette4 ,je n'en ai pas d'autre aujourd'hui1 disait l'amie de ,justin ,prrogue4 ,et le peintre faisait tourner la tte du pote pendant tout le repas en coutant beaucoup d'histoires4 99 99 99 99 99 ,et des saisons passrent4 ,les potes se servaient tour tour de la serviette et leurs pomes taient admirables4 ,lonard ,delaisse crachait sa vie plus comiquement encore1 et ,david ,picard se mit aussi cracher4 ,la serviette vnneuse infesta tour tour1 aprs ,david1 ,georges ,ostrole et ,jaime ,saint-,flix1 mais ils ne le savaient pas4 ,semblable une loque ignoble d'hpital1 la serviette se tacha du sang qui venait aux lvres des quatre potes1 et les dners n'en finissaient pas4 99 99 99 99 99 ,au commencement de l'automne1 ,lonard ,dlaisse cracha le reste de sa vie4 ,dans diffrents hpitaux1 secous par la toux comme des femmes par la volupt1 les trois autres potes moururent peu de jours d'intervalle4 ,et tous les quatre laissaient des pomes si beaux qu'ils semblaient enchants4 ,on mit leur mort au compte1 non de la nourriture1 mais de la malefaim et des veilles lyriques4 ,car1 se peut-il vraiment qu'une seule serviette puisse tuer1 en si peu de temps1 quatre potes incomparables8 99 99 99 99 99 ,les convives morts1 la serviette devint inutile4 ,l'amie de ,justin ,prrogue voulut la mettre au sale4 ,et elle la dplia en pensant3 ,elle est vraiment trop sale et elle commence sentir mauvais4 ,mais1 la serviette dplie1 l'amie de ,justin ,prrogue eut un tonnement et appela son ami qui s'merveilla3 --,c'est un vrai miracle6 ,cette serviette si sale1 que tu tales avec complaisance1 prsente1 grce la salet coagule et de diverses couleurs1 les traits de notre ami dfunt1 ,david ,picard4 --,n'est-ce pas8 murmura l'amie de ,justin ,prrogue4 ,tous deux1 en silence1 regardrent quelques instants l'image miraculeuse et puis1 doucement1 firent tourner la serviette4 ,mais ils plirent aussitt en voyant apparatre l'pouvantable aspect mourir de rire de ,lonard ,dlaisse s'efforant de cracher4 ,et les quatre cts de la serviette offraient le mme prodige4 ,justin ,prrogue et son amie virent ,georges ,ostrole indcis et ,jaime ,saint-,flix sur le point de raconter une histoire4 --,laisse cette serviette1 dit brusquement ,justin ,prrogue4 ,le linge tomba et s'tala sur le plancher4 ,justin ,prrogue et son amie tournrent longtemps comme des astres autour de leur soleil1 et cette ,sainte-,vronique1 de son quadruple regard1 leur enjoignait de fuir sur la limite de l'art1 aux confins de la vie4 ,l',,amphion ,,faux ,,messie ,,ou ,,histoires ,,et ,,aventures ,,du ,,baron ,d',,ormesan ,i ,,le ,,guide ,il y avait bien quinze ans que je n'avais pas vu ,dormesan1 un de mes camarades de collge4 ,je savais seulement qu'aprs avoir difi une fortune assez considrable et l'avoir dissipe1 il guidait les trangers dans ,paris4 ,je le rencontrai1 un jour1 devant un des plus grands htels des boulevards4 ,mchonnant un cigare1 il attendait patiemment des clients4 ,il me reconnut le premier et m'arrta au passage4 ,voyant que son visage ne me rappelait rien1 il se fouilla et me tendit ensuite une carte qui portait3 ,baron ,ignace d',ormesan4 ,je le serrai dans mes bras1 et1 sans m'tonner de son anoblissement sans doute rcent1 je lui demandai si les affaires marchaient1 si l'tranger donnait cette anne4 --,me prendriez-vous pour un guide1 s'cria-t-il indign1 un guide1 un simple guide8 --,je croyais1 balbutiai-je1 on m'avait dit444 --,ta ta ta6 ,ceux qui vous l'ont dit plaisantaient4 ,vous me faites l'effet d'un homme qui demanderait un peintre connu si le btiment marche bien4 ,je suis artiste1 cher ami1 et1 qui plus est1 j'ai invente mon art moi-mme1 et je suis seul l'exercer4 --,un nouvel art8 ,peste6 --,ne vous moquez point1 dit-il sur un ton svre1 je suis trs srieux4 ,je m'excusai et il reprit d'un air modeste3 --,endoctrin dans tous les arts1 j'y excelle3 mais1 toutes les carrires artistiques sont encombres4 ,dsesprant de me faire un nom comme peintre1 je brlai tous mes tableaux4 ,renonant aux lauriers potiques1 je dchirai cent cinquante mille vers environ4 ,ayant ainsi institu ma libert dans l'esthtique1 j'inventai un nouvel art1 fond sur le pripattisme d',aristote4 ,je nommai cet art3 l'amphionie1 en souvenir du pouvoir trange que possdait ,amphion sur les moellons et les divers matriaux en quoi consistent les villes4 ,au reste1 ceux qui feront de l'amphionie seront appels des amphions4 ,comme un nouvel art il fallait une nouvelle ,muse et que1 d'autre part1 j'tais moi-mme le crateur de cet art et par consquent sa muse1 j'adjoignis tout simplement la troupe des ,neuf ,soeurs ma personnification fminine1 sous le nom de baronne d',ormesan4 ,je dois ajouter que je suis clibataire et que j'eus d'autant moins de scrupules porter dix le nombre des ,muses1 que j'tais en cela d'accord avec les lois de mon pays1 relatives au systme dcimal4 ,maintenant que voici clairement exposes1 je crois1 les origines historiques et les donnes mythologiques de l'amphionie1 je veux vous l'expliquer4 ,l'instrument de cet art et sa matire sont une ville dont il s'agit de parcourir une partie1 de faon exciter dans l'me de l'amphion ou du dilettante des sentiments ressortissant au beau et au sublime1 comme le font la musique1 la posie1 etc4 ,pour conserver les morceaux composs par l'amphion1 et pour que l'on puisse les excuter de nouveau1 il les note sur un plan de la ville1 par un trait indiquant trs exactement le chemin suivre4 ,ces morceaux1 ces pomes1 ces symphonies amphioniques se nomment des antiopes1 cause d',antiope1 la mre d',amphion4 ,pour ma part1 c'est ,paris que je pratique l'amphionie4 ,voici une antiope que j'ai compose ce matin mme4 ,je l'ai intitule3 ,pro ,patria4 ,elle est destine1 comme son titre l'indique1 inspirer l'enthousiasme1 les sentiments patriotiques4 ,on part de la place ,saint-,augustin o se trouvent une caserne et la statue de ,jeanne d',arc4 ,on suit ensuite la rue de la ,ppinire1 la rue ,saint-,lazare1 la rue de ,chteaudun jusqu' la rue ,laffitte1 o l'on salue la maison ,rothschild4 ,on revient par les grands boulevards jusqu' la ,madeleine4 ,les grands sentiments s'exaltent la vue de la ,chambre des dputs4 ,le ministre de la ,marine1 devant lequel on passe1 donne une haute ide de la dfense nationale1 et l'on monte l'avenue des ,champs-lyses4 ,l'motion est extrme voir se dresser la masse de l',arc de ,triomphe4 l'aspect du dme des ,invalides1 les yeux se mouillent de larmes4 ,on tourne vite dans l'avenue ,marigny1 pour conserver cet enthousiasme1 qui arrive son comble devant le palais de l'lyse4 ,je ne vous cache point que cette antiope serait plus lyrique1 aurait plus de grandeur si on pouvait la terminer devant le palais d'un roi4 ,mais1 que voulez-vous8 ,il faut prendre les choses et les villes comme elles sont4 --,mais1 dis-je en riant1 je fais de l'amphionie tous les jours4 ,il ne s'agit que de promenade444 --,monsieur ,jourdain6444 s'cria le baron d',ormesan1 vous dites vrai1 vous faisiez de l'amphionie sans le savoir4 99 99 99 99 99 ce moment1 une troupe d'trangers sortit de l'htel2 le baron se prcipita et leur parla dans leur langage4 ,il m'appela ensuite3 --,vous le voyez1 je suis polyglotte4 ,mais1 venez avez nous4 ,je vais excuter ces touristes une antiope rsume1 quelque chose comme un sonnet amphionique4 ,c'est un des morceaux qui me rapportent le plus4 ,il est intitul3 ,lutce1 et1 grce certaines licences non potiques mais amphioniques1 il me permet de montrer tout ,paris en une demi-heure4 ,nous montmes1 les touristes1 le baron et moi1 sur l'impriale de l'omnibus ,madeleine-,bastille4 ,en passant devant l',opra1 le baron d',ormesan l'annona haute voix4 ,il ajouta1 en indiquant la succursale du ,comptoir d',escompte3 --,palais du ,luxembourg1 le ,snat4 ,devant le ,napolitain1 il dit emphatiquement3 --,l',acadmie franaise4 ,devant le ,crdit ,lyonnais1 il annona l'lyse1 et1 continuant de cette faon1 il avait montr1 lorsque nous arrivmes la ,bastille3 nos principaux muses1 ,notre-,dame1 le ,panthon1 la ,madeleine1 les grands magasins1 les ministres et les demeures de nos hommes illustres morts et vivants2 enfin1 tout ce qu'un tranger doit voir ,paris4 ,nous descendmes de l'omnibus4 ,les touristes payrent largement le baron d',ormesan4 ,j'tais merveill et je le lui dis4 ,il me remercia modestement et nous nous quittmes4 99 99 99 99 99 ,quelque temps aprs1 je reus une lettre date de la prison de ,fresnes4 ,elle tait signe du baron d',ormesan3 --,cher ami1 m'crivait cet artiste1 j'avais compos une antiope intitule3 ,la ,toison d'or4 ,je l'excutai un mercredi soir4 ,je partis de ,grenelle1 o j'habite1 sur un bateau-mouche4 ,c'tait1 comme vous pouvez le voir1 une vocation savante de la fable argonautique4 ,vers minuit1 rue de la ,paix1 je brisai quelques vitrines de bijoutiers4 ,on m'arrta assez brutalement1 et on m'incarcra sous le prtexte que je m'tais empar de divers objets d'or qui constituaient la ,toison1 but de mon antiope4 ,le juge d'instruction n'entend rien l'amphionie1 et je vais tre condamn si vous n'intervenez pas4 ,vous savez que je suis un grand artiste4 ,proclamez-le1 et dlivrez-moi4 ,comme je ne pouvais rien pour le baron d',ormesan1 et que je n'aime pas avoir affaire avec la ,justice1 je ne lui rpondis mme pas4 ,,ii ,,un ,,beau ,,film --,qui n'a pas un crime sur la conscience8 demanda le baron d',ormesan4 ,pour ma part1 je ne les compte plus4 ,j'en ai commis quelques-uns qui m'ont rapport pas mal d'argent4 ,et si je ne suis pas millionnaire aujourd'hui1 il faut accuser mes apptits plutt que mes scrupules4 ,en #aija1 j'avais fond avec quelques amis la ,cinematographic ,international ,company1 que nous appelions plus brivement la ,c4 ,i4 ,c4 ,il s'agissait d'obtenir des films d'un trs grand intrt et de donner ensuite des reprsentations cinmatographiques dans les principales villes d',europe et d',amrique4 ,notre programme tait trs bien compos4 ,grce l'indiscrtion d'un valet de chambre1 nous avions pu obtenir l'intressante scne reprsentant le lever du prsident de la ,rpublique4 ,nous avions galement cinmatographi la naissance du prince d',albanie4 ,d'autre part1 prix d'or1 en corrompant quelques fonctionnaires du ,sultan1 nous avions fix jamais1 dans sa mobilit1 l'impressionnante tragdie o le grand-vizir ,melek-,pacha1 aprs des adieux dchirants ses femmes et ses enfants1 but le mauvais caf1 par ordre de son matre1 sur la terrasse de sa maison de ,pra4 ,il nous manquait la reprsentation d'un crime4 ,mais on ne connat pas d'avance l'heure d'un forfait1 et il est rare que les criminels agissent ouvertement4 ,dsesprant de nous procurer1 par des moyens licites1 le spectacle d'un attentat1 nous dcidmes d'en organiser un dans une villa que nous loumes ,auteuil4 ,nous avions d'abord pens engager des acteurs pour mimer le crime qui nous manquait1 mais1 outre que nous eussions tromp nos futurs spectateurs en leur offrant des scnes truques1 habitus que nous tions ne cinmatographier que de la ralit1 nous ne pouvions tre satisfaits par un simple jeu thtral1 si parfait ft-il4 ,nous emes aussi l'ide de tirer au sort celui qui d'entre nous devait se dvouer et commettre le crime qu'enregistrerait notre appareil4 ,mais cette perspective ne sourit personne4 ,nous tions1 en somme1 une socit d'honntes gens1 et nul ne se souciait de perdre l'honneur1 mme dans un but commercial4 ,une nuit1 nous nous embusqumes au coin d'une rue dserte1 prs de la villa que nous avions loue4 ,nous tions six1 tous arms de revolvers4 ,un couple passa4 ,c'taient un jeune homme et une jeune femme1 dont la mise recherche nous parut trs propre fournir les lments intressants d'un crime sensationnel4 ,silencieux1 nous bondmes sur le couple1 le ligottmes et le transportmes dans la villa4 ,nous l'y laissmes sous la garde de l'un d'entre nous4 ,nous nous remmes en embuscade et un monsieur favoris blancs1 en vtements de soire1 ayant paru1 nous allmes sa rencontre et l'entranmes dans la villa1 malgr sa rsistance4 ,l'aspect de nos revolvers eut raison de son courage et de ses cris4 ,notre photographe disposa son appareil1 fit la lumire convenable et se tint prt enregistrer le crime4 ,quatre d'entre nous se placrent ct du photographe et braqurent leurs revolvers sur nos trois captifs4 ,le jeune homme et la jeune femme s'taient vanouis4 ,je les dshabillai avec des attentions touchantes4 la jeune femme j'tai sa jupe et son corsage1 et je laissai le jeune homme en bras de chemise4 ,puis1 je m'adressai au monsieur en habit3 --,monsieur1 lui dis-je1 mes amis et moi nous ne vous voulons aucun mal4 ,mais nous exigeons de vous1 et sous peine de mort1 que vous assassiniez1 avec le poignard que je dpose vos pieds1 cet homme et cette femme4 ,vous vous efforcerez avant tout de les faire revenir de leur vanouissement4 ,vous prendrez garde qu'ils ne vous tranglent4 ,et comme ils sont dsarms1 nul doute que vous n'en veniez bout4 --,monsieur me dit poliment le futur assassin1 il faut bien cder la violence4 ,vos dispositions sont prises et je ne veux pas tenter de vous faire revenir sur une rsolution dont la raison ne m'apparat pas clairement1 mais je vous demande une grce1 une seule3 permettez-moi de me masquer4 ,nous nous concertmes et reconnmes qu'il valait mieux1 pour lui aussi bien que pour nous1 qu'il ft masqu4 ,je lui attachai sur le visage un mouchoir auquel je fis des trous la place des yeux1 et le sacripant commena son ouvrage4 ,il frappa dans les mains du jeune homme4 ,notre appareil fonctionnait et enregistrait cette scne lugubre4 ,l'assassin1 de la pointe de son poignard1 piqua sa victime au bras4 ,le jeune homme bondit sur ses pieds et sauta avec une force dcuple par l'effroi sur le dos de son agresseur4 ,il y eut une courte lutte4 ,la jeune femme revint aussi de son vanouissement et se prcipita au secours de son ami4 ,mais elle tomba la premire1 frappe au coeur d'un coup de poignard4 ,puis ce fut le tour du jeune homme4 ,il s'affaissa1 la gorge coupe4 ,l'assassin fit bien les choses4 ,son mouchoir n'avait pas t drang pendant cette lutte4 ,il le conserva tant que notre appareil fonctionna3 --tes-vous contents1 messieurs1 nous demanda-t-il1 et puis-je maintenant faire ma toilette8 ,nous le flicitmes1 il se lava les mains1 se recoiffa1 se brossa4 ,ensuite1 l'appareil s'arrta4 99 99 99 99 99 ,l'assassin attendit que nous eussions fait disparatre les traces de notre passage1 cause de la police qui ne manquerait pas de venir le lendemain4 ,nous sortmes tous ensemble4 ,l'assassin prit cong de nous en homme du monde4 ,il retournait en toute hte son cercle1 car1 point de doute qu'il ne gagnt le soir mme1 aprs une pareille aventure1 des sommes fabuleuses4 ,nous salumes ce joueur1 en le remerciant1 et fmes nous coucher4 ,nous avions notre crime sensationnel4 ,il fit un bruit norme4 ,les victimes taient la femme du ministre d'un petit tat des ,balkans et son amant1 fils du prtendant la couronne d'une principaut de l',allemagne du ,nord4 ,nous avions lou la villa sous un faux nom1 et le grant1 pour ne point avoir d'ennuis1 dclara reconnatre son locataire dans le jeune prince4 ,la police fut sur les dents pendant deux mois4 ,les journaux publirent des ditions spciales1 et1 comme nous avions commenc notre tourne1 vous pouvez imaginer notre succs4 ,la police ne supposa pas un instant que nous offrions la ralit de l'assassinat du jour4 ,nous avions cependant soin de l'annoncer en toutes lettres4 ,mais le public ne s'y trompa point4 ,il nous fit un accueil enthousiaste et1 tant en ,europe qu'en ,amrique1 nous gagnmes de quoi distribuer aux membres de notre association1 au bout de six mois1 la somme de trois cent quarante-deux mille francs4 ,comme le crime avait fait trop de bruit pour rester impuni1 la police finit par arrter un ,levantin1 qui ne put fournir d'alibi valable pour la nuit du crime4 ,malgr ses protestations d'innocence1 il fut condamn mort et excut4 ,nous emes encore bien de la chance4 ,notre photographe put1 par un heureux hasard1 assister l'excution1 et nous corsmes notre spectacle d'une nouvelle scne1 bien faite pour attirer la foule4 ,lorsqu'au bout de deux ans1 pour des raisons sur lesquelles je ne m'tendrai pas1 notre association fut dissoute1 j'avais touch1 pour ma part1 plus d'un million1 que je reperdis aux courses l'anne suivante4 ,,iii ,,le ,,cigare ,,romanesque --,il y a de cela quelques annes1 me dit le baron d',ormesan1 un de mes amis me donna une bote de havanes1 qu'il me recommanda comme tant de la mme qualit que ceux dont le dfunt roi d',angleterre ne pouvait se passer4 ,le soir1 lorsque j'eus soulev le couvercle1 je me rjouis beaucoup de l'arome que rpandaient les cigares merveilleux4 ,je les comparai aux torpilles bien ranges d'un arsenal4 ,arsenal pacifique6 ,torpilles que le rve a inventes pour combattre l'ennui6 ,puis1 ayant pris dlicatement un des cigares1 je trouvai que ma comparaison avec les torpilles tait inexacte4 ,il ressemblait plutt un doigt de ngre1 et la bague de papier dor contribuait augmenter l'illusion que la belle couleur brune m'avait suggre4 ,je perai soigneusement le cigare1 l'allumai et commenai tirer avec batitude des bouffes parfumes4 ,au bout de quelques instants il ne me vint plus dans la bouche qu'une saveur dsagrable1 et la fume de mon cigare me parut avoir une odeur de papier brl3 --,le roi d',angleterre me parat avoir en fait de tabac1 me dis-je1 des gots moins raffins que je n'aurais suppos4 ,il est possible1 aprs tout1 que la fraude si rpandue de nos jours n'pargne mme plus le palais et la gorge d'douard ,,vii4 ,tout s'en va4 ,il n'y a plus moyen de fumer un bon cigare4 ,et faisant la grimace je cessai de fumer le mien qui1 dcidment1 sentait le carton brl4 ,je l'examinai un instant en pensant3 --,depuis que ces ,amricains ont la haute main sur ,cuba1 il se peut que la prosprit de l'le ait progress1 mais les havanes ne sont plus fumables4 ,ces ,yankees ont sans doute appliqu aux plantations de tabac les procds de la culture moderne1 les cigarires ont t certainement remplaces par des machines4 ,tout cela est peut-tre conomique et rapide1 mais le cigare y perd beaucoup4 ,d'autant plus que celui que j'ai honte de fumer l'instant me donne tout lieu de croire que les falsificateurs s'en mlent et que1 de vieux journaux1 tremps dans de la nicotine1 tiennent maintenant lieu de feuilles de tabac chez les manufacturiers havanais4 ,j'en tais l de mes rflexions1 et j'avais dfait mon cigare1 afin d'examiner les lments qui le composaient4 ,je ne fus pas trs surpris de dcouvrir1 dispos de telle faon qu'il n'avait pas empch le cigare de tirer1 un rouleau de papier que je m'empressai de drouler4 ,il tait form d'une feuille de papier entourant1 comme pour la protger1 une petite enveloppe ferme qui portait cette adresse3 ,sen4 ,don ,jos ,hurtado y ,barral1 ,calle de los ,angeles1 ,habana4 ,sur la feuille de papier1 dont le bord suprieur tait un peu roussi1 je lus avec stupfaction1 traces d'une criture fminine1 en espagnol1 quelques lignes dont voici la traduction3 ,enferme contre mon gr dans le couvent de la ,merced1 je prie le bon chrtien qui aura l'ide de rechercher de quoi se compose ce mauvais cigare1 d'envoyer son adresse la lettre ci-jointe4 tonn et trs mu1 je pris mon chapeau et fus mettre la lettre la poste4 ,ensuite je revins chez moi et allumai un second cigare4 ,il tait excellent1 les autres aussi4 ,mon ami ne s'tait pas tromp4 ,le roi d',angleterre se connaissait fort bien en tabacs de la ,havane4 99 99 99 99 99 ,cinq ou six mois aprs cet incident romanesque je n'y pensais plus1 lorsqu'un jour on m'annona la visite d'un ngre et d'une ngresse fort bien mis1 qui me priaient instamment de les recevoir1 ajoutant que je ne les connaissais pas et que leur nom sans doute ne me dirait rien4 ,et c'est trs intrigu que j'entrai dans le salon o l'on avait introduit le couple exotique4 ,le monsieur ngre se prsenta avec aisance1 s'expriment dans un franais trs intelligible3 --,je suis1 me dit-il1 ,don ,jos ,hurtado y ,barral444 --,quoi6 c'est vous8 m'criai-je trs tonn1 et me rappelant soudain l'histoire du cigare4 ,mais1 je dois avouer qu'il ne me serait jamais venu l'ide que le ,romo havanais et sa ,juliette pussent tre des ngres4 ,don ,jos ,hurtado y ,barral reprit avec courtoisie3 --,c'est moi4 ,et me prsentant sa compagne il ajouta3 --,voici ma femme4 ,elle l'est devenue grce votre obligeance1 car des parents impitoyables l'avaient enferme dans un couvent1 o les nonnes1 tout le jour1 fabriquent des cigares destins exclusivement la cour pontificale et celle d',angleterre4 ,je n'en revenais pas4 ,hurtado y ,barral continua3 --,nous appartenons tous deux de riches familles noires4 ,il y en a un certain nombre ,cuba4 ,mais1 le croiriez-vous1 le prjug de la couleur existe aussi bien chez les ngres que chez les blancs4 ,les parents de ma ,dolors voulaient tout prix qu'elle poust un blanc4 ,ils souhaitaient surtout pour gendre un ,yankee1 et1 dsols de la rsolution bien arrte qu'elle avait de m'pouser1 ils la firent enfermer dans le plus grand secret au couvent de la ,merced4 ,ne sachant comment retrouver ,dolors1 j'tais dsespr et prt me tuer1 lorsque la lettre que vous avez eu la bont de jeter la poste me rendit le courage4 ,j'enlevai ma fiance1 et depuis elle est devenue ma femme444 ,et certes1 monsieur1 nous eussions t bien ingrats si nous n'avions pris pour but de notre voyage de noces ,paris o nous avions le devoir de venir vous remercier4 ,je dirige cette heure une des plus importantes manufactures de cigares de la ,havane1 et voulant vous ddommager du mauvais cigare que vous avez fum par notre faute1 je vous adresserai deux fois par an une provision de cigares du premier choix1 n'attendant pour faire expdier le premier envoi que d'avoir consult votre got4 ,don ,jos avait appris le franais la ,nouvelle-,orlans1 et sa femme le parlait sans accent1 car elle avait t leve en ,france444 99 99 99 99 99 ,peu de temps aprs1 les jeunes hros de cette aventure romanesque retournrent ,la ,havane4 ,je dois ajouter qu'ingrat1 ou bientt mcontent de son mariage1 je ne sais1 ,don ,jos ,hurtado y ,barral ne m'a jamais fait tenir les cigares qu'il m'avait promis444 ,,iv ,,la ,l,,pre ,comme on venait de constater que la langue italienne n'offre que peu de difficults1 le baron d',ormesan protesta avec l'assurance d'un homme qui parle une quinzaine d'idiomes europens ou asiatiques3 --,pas difficile1 l'italien8 ,quelle erreur6444 ,il se peut que ses difficults soient peu apparentes1 mais elles n'en existent pas moins1 croyez-moi4 ,j'en ai fait l'exprience4 ,elles furent cause que je faillis attraper la lpre1 ce mal terrible qui1 semblable aux difficults que prsente la langue italienne1 se cache1 semble avoir disparu1 tandis qu'il n'en continue pas moins tendre ses ravages travers les cinq parties du monde4 --,la lpre6 -- cause de l'italien8 --,racontez-nous a6 --,ce doit tre affreux6 ,en coutant ces exclamations qui prouvaient le succs de sa dclaration paradoxale1 le baron d',ormesan souriait4 ,je lui tendis la bote de cigares4 ,il en choisit un1 l'alluma1 aprs en avoir retir la bague qu'il mit son auriculaire droit1 selon une sotte habitude qui lui venait d',allemagne4 ,puis1 aprs avoir lanc quelques bouffes triomphantes sur ceux qui l'entouraient1 il commena sur un ton de condescendance assez vaine3 --,il y a prs de douze ans1 je voyageais en ,italie4 ,j'tais cette poque un linguiste trs ignorant4 ,je parlais fort mal l'anglais et l'allemand4 ,pour l'italien1 je macaronisais1 c'est--dire que je me servais de mots franais auxquels j'ajoutais des terminaisons sonores1 j'usais aussi de mots latins2 bref1 je me faisais comprendre4 ,je venais de parcourir pied une partie importante de la ,toscane1 lorsque j'arrivai un soir1 vers six heures1 dans une jolie bourgade o je devais coucher4 l'unique auberge de l'endroit1 on m'avertit que toutes les chambres taient retenues par une troupe d',anglais4 ,l'aubergiste me conseilla de demander asile au cur4 ,il me reut fort bien et parut charm de mon langage hybride1 qu'il voulut bien1 et c'tait trop d'honneur1 comparer la langue du ,songe de ,poliphile4 ,je lui rpondis que je me contentais d'imiter involontairement le ,merlin ,coccaie4 ,il rit beaucoup1 en me disant que justement il se nommait ,folengo1 ce qui me parut un hasard assez extraordinaire4 ,ensuite1 il me mena sa chambre qu'il me montra4 ,je voulus refuser4 ,mais rien n'y fit4 ,ce digne abb ,folengo entendait l'hospitalit d'une faon toscane1 sans doute1 car il ne manifesta mme pas l'intention de changer les draps de son lit4 ,j'y devais coucher1 et je ne pus trouver un prtexte pour demander au bon prtre1 et sans le froisser1 des draps propres4 ,je dnai tte tte avec le cur ,folengo4 ,la chre fut si dlicate que j'oubliai les draps malencontreux1 dans lesquels je m'tendis vers les dix heures4 ,je m'endormis aussitt4 ,mon sommeil durait depuis une couple d'heures1 lorsque je fus veill par un bruit de voix qui venait de la pice voisine4 ,dom ,folengo causait avec sa gouvernante1 respectable personne de soixante-dix ans1 qui nous avait prpar le succulent repas que je digrais encore4 ,le cur parlait avec animation4 ,sa gouvernante lui rpondait d'une voix aigre-douce4 ,un mot1 qui revenait tout propos dans leur conversation me frappa3 la lpre4 ,je me demandai d'abord quelle raison ils pouvaient avoir de parler de cette terrible maladie3 la lpre4 ,puis1 je me reprsentai combien l'abb ,folengo tait bouffi4 ,ses mains taient paisses4 ,continuant1 mon raisonnement1 je dus convenir que le prtre toscan tait imberbe1 malgr son ge assez avanc4 ,c'en tait assez4 ,l'effroi s'empara de mon esprit4 ,certains villages italiens1 aussi bien que certaines bourgades franaises1 sont des foyers de lpre4 ,et j'en tais certain4 ,dom ,folengo tait ladre4 ,je couchais dans le lit d'un lpreux4 ,les draps n'avaient mme pas t changs4 ce moment les bruits de voix cessrent4 ,la prtre ronfla bientt dans la pice voisine4 ,et j'entendis craquer les marches d'un escalier de bois4 ,la gouvernante montait se coucher dans les combles4 ,ma terreur grandissait4 ,je pensai que les mdecins ne sont pas d'accord au sujet de la contagion de la lpre4 ,ces penses n'taient point faites pour me rassurer4 ,je me disais que l'abb m'avait offert son lit en toute charit1 puis que dans la nuit il s'tait souvenu qu'il pouvait ainsi me communiquer son mal4 ,c'est de cela qu'il parlait avec sa gouvernante1 et sans doute avant de s'endormir avait-il pri ,dieu pour que son imprudence n'et pas une malheureuse issue4 ,couvert d'une sueur froide1 je me levai et me mis la fentre4 ,minuit sonna l'horloge de l'glise4 ,bientt je n'y tins plus4 ,harass1 je m'assis par terre et m'endormis appuy contre le mur4 ,la fracheur du matin m'veilla vers quatre heures4 ,j'ternuai une trentaine de fois1 et frissonnai en regardant le lit fatal4 ,l'abb ,folengo1 que mes ternuements avaient veill1 entra dans la chambre3 --,que faites-vous assis en chemise1 contre la fentre8 me demanda-t-il4 ,je pense1 mon cher hte1 que vous seriez mieux dans ce lit4 ,je regardais le prtre4 ,son teint tait rose4 ,il tait gras1 mais sa sant1 je dus me l'avouer1 paraissait florissante4 --,monsieur1 lui dis-je1 savez-vous que le climat de ,paris1 et celui de l',ile-de-,france en gnral1 sont peu favorables au dveloppement de la lpre4 ,ce climat a mme la salutaire proprit de faire rtrograder cette maladie4 ,beaucoup de lpreux asiatiques1 ceux de la ,colombie1 en ,amrique1 o ce mal est des plus frquents1 donnent comme but leur existence l'arrondissement d'un pcule suffisant les faire vivre deux ou trois ans ,paris4 ,aprs cette priode1 leur ladrerie s'tant attnue1 ils retournent dans leur pays amasser un nouveau trsor qui leur permettra un nouveau sjour aux bords de la ,seine4 --,o voulez-vous en venir1 me demanda l'abb ,folengo1 vous parlez1 si je ne me trompe pas1 de la lpre1 la lebbra1 cette terrible maladie qui fit tant de ravages au moyen-ge4 --,elle n'en cause pas moins aujourd'hui1 lui rpondis-je1 en le fixant svrement1 et quant aux prtres qui en sont atteints1 leur place serait plutt dans les maladreries d',honolulu1 ou dans d'autres lproseries asiatiques4 ,ils y pourraient soigner leurs compagnons d'infortune444 --,mais pourquoi me parlez-vous de ces choses horribles d'aussi bonne heure8 rpliqua l'abb ,folengo4 ,il n'est pas encore cinq heures4 ,le soleil parat peine l'horizon4 ,l'aurore qui empourpre le ciel ne me parat point faite pour inspirer d'aussi funbres penses4 --,avouez-le donc1 signor abb1 m'criai-je1 vous tes lpreux1 je vous ai entendu cette nuit444 ,dom ,folengo semblait stupfait et atterr4 --,monsieur le ,franais1 me dit-il1 vous vous trompez1 je ne suis pas lpreux1 et je me demande comment ces ides dsolantes vous sont venues8 --,non1 signor abb1 prcisai-je1 je vous ai entendu cette nuit4 ,vous parliez de la lpre avec votre gouvernante1 dans la pice voisine4 ,l'abb ,folengo partit d'un grand clat de rire4 --,vous autres ,franais1 dit-il en continuant rire aux larmes1 vous ne pouvez venir en ,italie sans qu'il vous arrive une histoire de ce genre1 tmoin votre ,paul-,louis ,courier1 qui fait un rcit peu prs semblable dans une de ses lettres444 ,la lepre signifie le livre en italien4 ,la chasse est ouverte4 ,ces jours derniers1 un de mes paroissiens m'a apport un livre superbe2 j'en parlais cette nuit avec ma gouvernante1 car il me parat tre point4 ,on nous le servira aujourd'hui mme1 midi4 ,vous vous rgalerez1 en vous flicitant d'avoir1 au prix d'une mauvaise nuit1 augment votre bagage de connaissances linguistiques4 ,j'tais tout penaud4 ,mais le livre me parut dlicieux4 ,c'est que les pires choses1 la lpre elle-mme1 peuvent devenir excellentes1 lorsqu'on sait les accommoder et s'en accommoder4 ,v ,,cox-,,city ,le baron d',ormesan porta vivement la main la cicatrice que je venais d'apercevoir1 et ramena ses cheveux pour la couvrir4 --,il faut que je sois toujours trs bien coiff1 me dit-il4 ,on remarque1 sans cela1 cette vilaine place nette et livide de mon cuir chevelu1 et j'ai l'air d'avoir la pelade444 ,cette cicatrice n'est pas nouvelle4 ,elle date d'une poque o j'tais fondateur de cit444 ,il y a de cela une quinzaine d'annes1 et c'tait dans la ,colombie britannique1 au ,canada444 ,cox-,city6444 ,une ville de cinq mille mes444 ,elle tenait son nom de ,cox444 ,chislam ,cox444 un gaillard moiti homme de science1 moiti aventurier4 ,il avait provoqu le rush dans cette partie1 vierge alors1 des ,montagnes ,rocheuses1 o est situe aujourd'hui encore ,cox-,city4 ,les mineurs avaient t racols un peu partout3 ,qubec1 dans le ,manitoba1 ,new-,york4 ,c'est dans cette dernire ville que je rencontrai ,chislam ,cox4 ,j'y tais depuis six mois environ4 ,au demeurant1 je dois l'avouer1 je ne gagnais pas un sou et m'ennuyais mourir4 ,je ne vivais pas seul mais avec une ,allemande assez jolie fille1 dont les charmes avaient du succs444 ,nous nous tions connus ,hambourg4 ,j'tais devenu son manager1 si j'ose dire444 ,elle s'appelait ,marie-,sybille ou ,marizibill1 pour parler comme les gens de ,cologne1 sa ville natale4 ,faut-il ajouter qu'elle m'aimait la folie8444 ,pour ma part1 je n'en tais point jaloux4 ,toutefois1 cette vie de paresseux me pesait plus que vous ne sauriez croire2 je n'ai pas l'me d'un maquereau4 ,mais c'est en vain que je cherchais employer mes talents1 travailler444 ,un jour1 dans un saloon1 je me laissai embobiner par ,chislam ,cox1 qui parlait tout haut1 appuy au bar1 et exhortait les consommateurs le suivre dans la ,colombie britannique4 ,il y connaissait un lieu o l'or abondait4 ,il entremlait dans son discours3 ,christ1 ,darwin1 la ,banque d',angleterre1 et1 ,dieu me damne si je sais pourquoi1 la papesse ,jeanne4 ,ce ,chislam ,cox tait trs convainquant4 ,je m'enrlai dans sa troupe avec ,marizibill1 qui ne voulait pas me quitter1 et nous partmes4 ,je n'emportais pas d'attirail de mineur1 mais tout un matriel de bar et beaucoup d'alcools2 whisky1 gin1 rhum1 etc42 des couvertures et des balances de prcision4 ,notre voyage fut assez pnible1 mais aussitt arrivs l o ,chislam ,cox voulait nous conduire1 nous btmes une ville de bois qui fut baptise ,cox-,city1 en l'honneur de celui qui nous dirigeait4 ,j'inaugurai mon dbit de boissons1 qui fut bientt trs frquent4 ,l'or1 en effet1 tait abondant1 et je faisais moi-mme des affaires d'or4 ,une grande partie des mineurs taient ,franais ou ,canadiens franais4 ,il y avait l des ,allemands et des individus de langue anglaise4 ,mais l'lment franais dominait4 ,plus tard1 il nous vint des mtis franais du ,manitoba et un grand nombre de ,pimontais4 ,des ,chinois arrivrent aussi4 ,si bien qu'au bout de quelques mois1 ,cox-,city comptait prs de cinq mille habitants1 qui ne possdaient qu'une dizaine de femmes444 ,je m'tais fait une situation enviable dans cette ville cosmopolite4 ,mon saloon tait florissant4 ,je l'avais baptis ,caf de ,paris1 et ce titre flattait tous les habitants de ,cox-,city4 99 99 99 99 99 ,les grands froids se firent sentir4 ,c'tait terrible4 ,cinquante degrs au-dessous de zro constituent une temprature dplorable4 ,on s'aperut avec terreur que ,cox-,city ne renfermait que des provisions insuffisantes pour passer l'hiver4 ,il n'y avait plus de communications possibles avec le reste du monde4 ,c'tait la mort prochaine en perspective4 ,bientt les provisions furent puises1 et ,chislam ,cox fit afficher une proclamation mouvante1 dans laquelle il nous faisait connatre toute l'horreur de notre situation4 ,il nous demandait pardon de nous avoir mens la mort1 et trouvait1 nonobstant son dsespoir1 le moyen de parler de ,herbert ,spencer et du faux ,smerdis4 ,la fin de ce factum tait effroyable4 ,cox invitait la population se rassembler1 le lendemain matin1 sur la place qu'on avait eu le soin de laisser au centre de la ville4 ,tout le monde devait apporter un revolver et se suicider un signal1 pour chapper aux affres du froid et de la faim4 ,il n'y eut pas de protestations4 ,la solution fut trouve gnralement lgante1 et ,marizibill elle-mme1 au lieu de sangloter1 me dit qu'elle serait heureuse de mourir avec moi4 ,nous distribumes tout ce qui nous restait d'alcool4 ,le lendemain matin1 nous nous rendmes1 bras dessus bras dessous1 sur la place mortuaire4 ,duss-je vivre cent mille ans1 je n'oublierai jamais le spectacle de cette foule de cinq mille personnes couvertes de manteaux1 de couvertures4 ,tout le monde tenait la main un revolver1 et toutes les dents claquaient444 claquaient444 je vous le jure6444 ,chislam ,cox nous dominait1 mont sur un tonneau4 ,tout coup1 il se porta le revolver au front4 ,le coup partit4 ,c'tait le signal et1 tandis que1 mort1 ,chislam ,cox tombait de son tonneau1 tous les habitants de ,cox-,city1 y compris moi-mme1 se faisaient sauter la cervelle444 ,quel souvenir effroyable6444 ,quel sujet de mditation que cette unanimit dans le suicide6 ,mais quel froid terrible il faisait6444 ,je n'tais pas mort1 mais tourdi1 je me relevai bientt4 ,une blessure1 ou plutt une enflure qui me faisait violemment souffrir1 et dont la cicatrice me marquera jusqu' la fin de mes jours1 me rappelait seule que j'avais tent de me suicider4 ,et pourquoi tais-je tout seul8 --,marizibill6 m'criai-je4 ,rien ne me rpondit4 ,mais1 les yeux carquills1 grelottant de froid1 je demeurai longtemps hbt regarder ces morts1 prs de cinq mille qui1 tous1 portaient au front une blessure volontaire4 ,puis1 je ressentis une faim terrible qui me torturait l'estomac4 ,les vivres taient puiss4 ,je ne trouvai rien dans les maisons que je fouillai4 ,affol et titubant1 je me jetai sur un cadavre et lui dvorai la face4 ,la chair tait encore tide4 ,je me rassasiai sans aucun remords4 ,puis je me promenai dans la ncropole en songeant aux moyens d'en sortir4 ,je m'armai1 me couvris soigneusement1 me chargeai du plus d'or que je pus emporter4 ,ensuite1 je m'inquitai de la nourriture4 ,le corps des femmes est plus grasset1 leur chair est plus tendre4 ,j'en cherchai un et lui coupai les deux jambes4 ,ce travail me prit plus de deux heures4 ,mais je me trouvai la tte de deux jambons1 qu'au moyen de deux lanires1 je suspendis a mon cou4 ,je m'aperus alors que j'avais coup les jambes de ,marizibill4 ,mais mon me d'anthropophage fut peine mue4 ,j'avais surtout hte de partir4 ,je me mis en marche1 et1 par miracle1 je joignis un campement de bcherons1 justement le jour o mes provisions furent puises4 ,la blessure que je m'tais faite la tte fut bientt gurie4 ,mais une cicatrice que je cache avec soin me rappelle sans cesse ,cox-,city1 la ncropole borale1 et ses habitants glacs1 que le froid garde ainsi qu'ils tombrent1 arms et blesss1 les yeux ouverts1 et les poches pleines de l'or inutile pour lequel ils moururent4 ,,vi ,,le ,,toucher ,,distance ,les ,journaux ont rapport l'extraordinaire histoire d',aldavid1 qu'un grand nombre de communauts ,juives des cinq parties du ,monde prirent pour le ,messie1 et dont la mort survint la suite de circonstances qui parurent inexplicables4 ,ayant t ml de la faon la plus tragique ces vnements1 je sens la ncessit de me dfaire d'un secret qui m'touffe4 99 99 99 99 99 ,dpliant le journal1 un matin1 mes yeux tombrent sur l'information suivante date de ,cologne3 ,les communauts isralites du la rive droite du ,rhin1 entre ,ehrenbreitstein et ,beuel1 sont dans une grande effervescence4 ,le ,messie se trouverait au sein de l'une d'elles1 ,dollendorf4 ,il aurait manifest sa puissance par un grand nombre de miracles4 ,le bruit qui se fait autour de cette affaire ne laisserait pas d'inquiter le gouvernement provincial1 qui1 craignant tout de l'exaltation des esprits1 aurait pris des mesures pour rprimer les dsordres4 ,on ne doute point en haut lieu que ce ,messie dont le nom suppos est ,aldavid ne soit un imposteur4 ,le ,docteur ,frohmann1 le savant ethnologue danois qui1 en ce moment1 est l'hte de l',universit de ,bonn1 s'est rendu par curiosit ,dollendorf1 et il affirme qu',aldavid n'est pas juif ainsi qu'il prtend l'tre1 mais plutt un ,franais originaire de la ,savoie o s'est conserve assez purement la race des ,allobroges4 ,quoi qu'il en soit1 l'autorit aurait volontiers expuls ,aldavid si cela avait t possible2 mais1 celui que les ,juifs rhnans appellent maintenant le ,sauveur d',isral1 disparat comme par enchantement lorsqu'il lui plat4 ,il se tient ordinairement devant la synagogue de ,dollendorf1 prchant la reconstitution du royaume de ,juda en termes violents et enflamms1 qui ne vont pas sans rappeler la rauque loquence d'zchiel4 ,il passe l trois ou quatre heures par jour1 et le soir disparat sans que l'on puisse savoir ce qu'il est devenu4 ,on ne connat1 au demeurant1 ni sa demeure1 ni le lieu o il prend ses repas4 ,on espre qu'avant peu1 ce faux prophte sera dmasqu et que ses tours de bateleur n'abuseront plus1 ni l'autorit1 ni les juifs rhnans4 ,revenus de leur erreur1 ceux-ci demanderont d'eux-mmes tre dbarrasss d'un aventurier1 duquel les propos mensongers1 leur donnant une arrogance regrettable vis--vis du reste de la population1 pourraient bien provoquer une explosion d'antismitisme dont1 en ce cas1 les gens senss ne pourraient mme pas plaindre les victimes4 ,ajoutons qu',aldavid parle parfaitement l'allemand4 ,il parat tre au courant des usages des juifs et connat aussi leur jargon4 99 99 99 99 99 ,cette information1 qui en son temps excita vivement la curiosit du public1 m'incita1 je ne sais pourquoi1 regretter l'absence du baron d',ormesan1 qui ne m'avait plus donn de ses nouvelles depuis prs de deux ans3 ,voil une affaire propre exciter l'imagination du baron1 me disais-je4 ,il aurait sans doute bien des histoires de faux ,messies me raconter444 ,et oubliant la synagogue de ,dollendorf1 je pensai cet ami disparu1 dont l'imagination et les habitudes ne laissaient pas d'tre inquitantes1 mais pour qui j'prouvais malgr tout un vif intrt4 ,l'affection qui m'avait uni lui lorsque mon compagnon de classe au collge1 il se nommait tout simplement ,dormesan2 les nombreuses rencontres dans lesquelles il m'avait donn l'occasion d'apprcier son caractre singulier2 son manque de scrupules2 une certaine rudition dsordonne1 et une gentillesse d'esprit fort agrable1 taient cause que j'prouvais1 parfois1 comme un dsir de le retrouver4 99 99 99 99 99 ,le lendemain1 les journaux contenaient relativement l'affaire de ,dollendorf des informations plus sensationnelles encore que celles qui avaient paru la veille4 ,des dpches1 dates de ,francfort1 de ,mayence1 de ,leipzig1 de ,strasbourg1 de ,hambourg et de ,berlin1 annonaient simultanment la prsence d',aldavid4 ,comme ,dollendorf1 il avait apparu devant une synagogue1 la principale de chaque ville4 ,la nouvelle s'tait vite rpandue1 les ,juifs avaient accouru1 et le ,messie avait prch partout dans des termes identiques1 au tmoignage des dpches insres dans les journaux4 ,berlin1 vers cinq heures1 la police ayant voulu s'emparer de lui1 la foule juive1 qui l'entourait1 s'y tait oppose1 poussant des clameurs et des lamentations1 se livrant mme des violences qui provoqurent un grand nombre d'arrestations4 ,pendant ce temps1 ,aldavid avait disparu comme par miracle444 ,ces nouvelles m'impressionnrent1 mais pas plus que le public qui se passionna pour ,aldavid4 ,et1 dans la journe1 les ditions spciales des journaux se succdrent pour annoncer l'apparition 7on ne disait plus la prsence7 du ,messie ,prague1 ,cracovie1 ,amsterdam1 ,vienne1 ,livourne1 ,rome mme4 ,partout l'motion tait son comble et les gouvernements1 comme on s'en souvient1 tinrent des conseils dont les dcisions furent gardes secrtes1 et pour cause1 car toutes aboutissaient cette constatation que1 le pouvoir d',aldavid paraissant d'un ordre surnaturel ou du moins inexplicable par les moyens dont dispose la science1 il valait mieux attendre1 sans intervenir1 des vnements auxquels la force publique ne semblait pas pouvoir s'opposer4 99 99 99 99 99 ,le lendemain1 des dpches diplomatiques changes de cabinet cabinet1 entre les gouvernements intresss1 eurent pour rsultat de faire arrter les principaux banquiers juifs de chaque nation4 ,cette mesure s'imposait4 ,en effet1 si comme on le supposait la prdication d',aldavid avait pour rsultat de provoquer l'exode des ,juifs vers la ,palestine1 on pouvait aussi compter sur l'exode des capitaux de tous les pays pour la mme destination1 et il fallait viter les dsastres financiers qui eussent t la suite de cet vnement4 ,au demeurant1 on pensait avec raison que ce ,messie1 dont l'ubiquit paraissait incontestable1 sinon les autres miracles qu'on lui attribuait1 pouvait bien par des moyens surnaturels alimenter le budget du nouveau royaume de ,juda1 quand cela serait ncessaire4 ,et les banquiers juifs1 traits d'ailleurs avec beaucoup d'gards1 furent mis en prison1 ce qui ne manqua pas de causer un trs grand nombre de dsastres financiers3 paniques dans les ,bourses1 faillites et suicides4 ,pendant ce temps1 l'ubiquit d',aldavid se manifestait en ,france3 ,nmes1 ,avignon1 ,bordeaux1 ,sancerre1 et1 le ,vendredi saint1 celui qu',isral acclamait comme l'toile qui devait sortir de ,jacob1 et que les chrtiens ne nommaient plus que l',antchrist1 parut vers trois heures de l'aprs-midi ,paris1 devant la synagogue de la rue de la ,victoire4 99 99 99 99 99 ,tout le monde attendait cet vnement1 et1 depuis plusieurs jours les ,juifs croyants de ,paris se tenaient dans la synagogue1 dans la rue de la ,victoire et jusque dans les rues avoisinantes4 ,les fentres des immeubles proches de la synagogue avaient t loues prix d'or par les ,isralites qui voulaient voir le ,messie4 ,lorsqu'il parut1 la clameur fut immense4 ,on l'entendit des hauteurs de ,montmartre et de la place de l'toile4 ,je me trouvais cet instant sur les ,boulevards1 et1 avec tout le monde1 je me prcipitai vers la chausse d',antin1 mais il me fut impossible d'aller au-del du carrefour de la rue ,lafayette1 o des barrages d'agents et de gardes cheval avaient t tablis4 ,je n'appris que le soir1 par les journaux1 l'vnement imprvu qui s'tait produit durant cette apparition4 ,depuis qu'il ne se prodiguait plus seulement dans des pays de langue allemande1 ,aldavid parlait moins4 ,ses nouvelles apparitions duraient toujours autant que celles des premiers temps1 mais il se taisait frquemment1 priant voix basse1 puis reprenant sa prdication toujours dans la langue du peuple parmi lequel il se trouvait4 ,et ce don des langues1 qui faisait de sa vie une ,pentecte quotidienne1 n'tait pas moins surprenant que son don d'ubiquit et que la facult qui le laissait disparatre son gr4 ,pendant un des instants o1 se taisant1 le ,messie semblait prier voix basse devant les ,juifs prosterns et silencieux1 une voix puissante venue d'une des fentres qui fait face la synagogue se fit entendre4 ,levant la tte1 les assistants virent un moine au visage calme et inspir4 ,de la main gauche tendue1 il prsentait ,aldavid un crucifix1 tandis que de la main droite il agitait un aspersoir dont des gouttes d'eau bnite atteignirent l'homme prodigieux4 ,en mme temps le moine prononait la formule catholique de l'exorcisme1 mais l'effet fut nul1 et ,aldavid ne leva mme pas les yeux vers l'exorciseur qui1 tombant genoux1 les yeux au ciel1 baisa le crucifix et demeura longtemps en prire1 face face avec celui dont le dmon ,lgion n'tait pas sorti1 et qui1 s'il tait l',antchrist1 paraissait tellement sr de soi1 qu'un exorcisme mme n'avait pu troubler son oraison4 ,l'effet de cette scne fut immense et1 triomphant ddaigneusement1 les ,juifs qui y avaient assist s'taient gard de toute injure1 de toute moquerie l'gard du moine4 ,leurs yeux ardents regardaient le ,messie1 leurs coeurs exultaient1 et tous1 se prenant par la main1 femmes1 enfants et vieillards1 en rangs presss1 se mirent danser comme autrefois ,david devant l'arche en chantant ,hosannah6 et des hymnes d'allgresse4 99 99 99 99 99 ,le ,samedi saint1 ,aldavid apparut encore1 rue de la ,victoire1 et dans les autres villes o il s'tait montr4 ,on annona sa prsence dans plusieurs grandes villes d',amrique1 en ,australie1 ,tunis1 ,alger1 ,constantinople1 ,salonique et ,jrusalem1 la ,ville sainte4 ,on signalait galement l'activit du trs grand nombre de juifs qui prcipitaient leur dpart afin de se rendre en ,palestine4 ,l'motion tait partout son comble4 ,les esprits les plus sceptiques se rendaient l'vidence1 avouant qu',aldavid tait bien ce ,messie que les prophties ont promis aux juifs4 ,les catholiques attendaient avec anxit que ,rome se pronont sur ces vnements1 mais le ,vatican semblait ignorer ce qui se passait1 et le pape lui-mme1 dans l'encyclique ,misericordium sur les armements1 qu'il publia cette poque1 ne fit mme pas allusion au ,messie qui se manifestait chaque jour1 ,rome aussi bien qu'ailleurs444 99 99 99 99 99 ,le jour de ,pques1 j'tais assis devant mon bureau1 et je lisais avec attention les tlgrammes qui relataient les vnements de la veille1 les paroles d',aldavid1 l'exode des juifs1 dont les plus pauvres s'en allaient par troupes pied vers la ,palestine4 ,tout coup1 mon nom prononc voix haute me fit lever la tte1 et je vis devant moi le baron d',ormesan lui-mme4 --,vous voil1 m'criai-je1 je n'esprais plus vous revoir444 ,vous avez t absent au moins pendant deux ans444 ,mais comment tes-vous entr8 ,sans doute1 ai-je laiss ma porte ouverte6 ,je me levai1 allai vers le baron et lui serrai la main4 --,asseyez-vous1 lui dis-je1 et racontez-moi vos aventures1 car je ne doute point qu'il ne vous soit arriv des choses extraordinaires depuis que je ne vous ai vu4 --,je vais satisfaire votre curiosit1 me dit-il4 ,souffrez que je reste ainsi debout1 appuy contre la muraille1 je n'ai pas envie de m'asseoir4 --,comme vous voudrez1 repris-je1 mais avant tout1 dites-moi d'o vous venez1 revenant6 ,il me rpondit en souriant3 --,vous feriez peut-tre mieux de me demander o je suis4 --,mais chez moi1 parbleu1 rpliquai-je d'un ton impatient2 vous n'avez point chang444 toujours aussi mystrieux6444 ,au fait1 cela fait sans doute partie de votre rcit4 ,eh bien6 o tes-vous8 --,je suis1 me rpondit-il1 depuis prs de trois mois1 en ,australie1 dans une petite localit du ,queensland1 et je m'y trouve fort bien2 toutefois1 je ne tarderai pas m'embarquer pour le vieux ,monde1 o m'appellent des affaires importantes4 ,je le regardai un peu effray4 --,vous m'tonnez1 lui dis-je1 cependant vous m'avez habitu tant de bizarreries1 que je veux bien croire ce que vous me dites1 mais je vous supplie de me l'expliquer4 ,vous tes chez moi et vous prtendez tre dans le ,queensland en ,australie2 avouez que j'ai lieu de ne pas comprendre4 ,il sourit encore et continua3 --,certes1 je suis en ,australie1 ce qui ne vous empche point de me voir chez vous1 de mme qu'on me voit en cet instant ,rome1 ,berlin1 ,livourne1 ,prague1 et dans un si grand nombre de villes que l'numration en serait fastid444 --,vous6 m'criai-je1 en l'interrompant1 vous seriez ,aldavid8 --,lui-mme1 rpliqua le baron d',ormesan1 et j'espre qu' prsent vous ne douterez plus de mes paroles4 ,j'allai lui1 je le ttai1 le regardai1 il tait bien l1 appuy devant moi la muraille1 aucun doute n'tait possible4 ,je m'assis dans un fauteuil et contemplai avidement cet homme surprenant qui1 plusieurs fois condamn pour vol1 auteur impuni d'assassinats retentissants1 tait aussi1 et de manire indniable1 le plus miraculeux des mortels4 ,je n'osai rien dire et il rompit enfin le silence4 --,oui1 dit-il1 je suis cet ,aldavid1 le ,messie des prophties1 le prochain roi de ,juda4 --,vous m'affolez1 protestai-je1 expliquez-moi comment vous avez pu accomplir les prodiges qui tiennent en suspens l'attention de l'univers8 ,il hsita un instant1 puis1 se dcidant3 --,la science1 dit-il1 est la cause des prtendus miracles que j'accomplis4 ,vous tes le seul qui je puisse m'ouvrir1 car je vous connais depuis longtemps1 et je sais que vous ne me trahirez point1 aussi bien ai-je besoin d'un confident444 ,vous savez mon nom vritable1 ,dormesan1 et vous connaissez quelques uns des crimes artistiques qui font la joie de ma vie4 ,j'ai une culture scientifique aussi vaste que ma culture littraire1 et ce n'est pas peu dire1 puisque1 connaissant fond un grand nombre de langues1 je suis au courant de toutes les grandes littratures anciennes et modernes4 ,tout cela m'a servi4 ,j'ai eu des hauts et des bas1 c'est vrai1 mais une seule des fortunes que j'ai amasses et dissipes1 soit au jeu1 soit en prodigalits de toutes sortes1 formerait une somme respectable1 mme en ,amrique444 ,quoiqu'il en soit1 un petit hritage1 d'environ deux cent mille francs1 m'tant pour ainsi dire tomb du ciel il y a quatre ans1 je consacrai cet argent des expriences scientifiques1 et me vouai des recherches ayant trait la tlgraphie et la tlphonie sans fil1 la transmission des images photographiques1 la photographie en couleurs et en relief1 au cinmatographe1 au phonographe1 etc444 ,ces travaux m'amenrent m'inquiter d'un point nglig par tous les savants qui se sont occups de ces problmes passionnants3 je veux parler du toucher distance4 ,et je finis par dcouvrir les principes de cette science nouvelle4 ,de mme que la voix peut se transporter d'un point un autre trs loign1 de mme l'apparence d'un corps1 et les proprits de rsistance par lesquelles les aveugles en acquirent la notion1 peuvent se transmettre1 sans qu'il soit ncessaire que rien relie l'ubiquiste aux corps qu'il projette4 ,j'ajoute que le nouveau corps conserve la plnitude des facults humaines1 dans la limite o elles sont exerces l'appareil par le vritable corps4 ,les rcits miraculeux1 les contes populaires1 qui accordent certains personnages le don d'ubiquit1 montrent que d'autres hommes avant moi ont agit la question du toucher distance2 toutefois ce n'taient que rveries sans importance4 ,il m'tait rserv de rsoudre1 scientifiquement et pratiquement1 le problme4 ,bien entendu1 je laisse de ct les phnomnes ou prtendus phnomnes mdionaux touchant le ddoublement des corps2 ces phnomnes1 qu'on connat mal1 n'ont rien voir1 d'aprs ce que j'en sais1 avec les recherches que j'ai menes bien4 ,aprs des nombreuses expriences1 je parvins construire deux appareils dont je gardai l'un1 tandis que je plaais l'autre contre un arbre situ au bord d'une alle du parc ,montsouris4 ,mon exprience russit pleinement1 et1 actionnant l'appareil transmetteur qui m'avait cot tant de soins1 et que je porte sans cesse sur moi1 je pouvais1 sans quitter le lieu o je me trouvais en ralit1 apparatre1 me trouver en mme temps au parc ,monsouris2 et sinon m'y promener1 du moins voir1 parler1 toucher et tre touch dans les deux endroits la fois4 ,plus tard1 j'installai un autre de mes appareils rcepteurs contre un arbre des ,champs-lyses1 et je constatai1 avec joie1 que je pouvais aussi bien me trouver dans trois endroits la fois4 ,dsormais1 le monde tait moi4 ,j'eusse pu tirer des profits immenses de mon invention1 mais je prfrai la garder uniquement mon usage4 ,mes appareils rcepteurs sont petits1 ont un aspect insignifiant1 et il n'est pas encore arriv qu'on les ait enlevs des endroits o je les ai placs4 ,j'en mis un chez vous1 cher ami1 il y a deux ans1 mais c'est la premire fois que je m'en sers1 et vous ne l'aviez jamais aperu4 --,c'est vrai1 dis-je1 je ne l'ai jamais vu4 --,ces appareils1 continua-t-il1 ont tout simplement l'apparence d'un clou444 ,je voyageai1 pendant prs de deux ans1 dotant de rcepteurs la faade de toutes les synagogues4 ,car mon dessein tant de devenir roi1 du simple baron que je me suis fait1 je ne pouvais esprer russir qu'en fondant de nouveau le royaume de ,juda1 dont les ,juifs esprent depuis si longtemps la reconstitution4 ,je parcourus successivement les cinq parties du ,monde1 me tenant d'ailleurs toujours1 grce mon ubiquit1 en relations avec ma maison ,paris1 avec une matresse que j'aime1 qui me le rend1 et qui1 voyageant avec moi1 m'aurait gn4 ,mais1 voyez le ct pratique de cette invention6 ,ma matresse1 une femme charmante et marie1 n'a jamais t au courant de mes voyages4 ,elle ignore mme si j'ai quitt ,paris1 car chaque semaine1 le mercredi1 lorsqu'elle vient chez moi avide de caresses1 elle me trouve au lit4 ,j'y ai adapt un de mes appareils1 et c'est ainsi que1 de ,chicago1 de ,jrusalem et de ,melbourne1 j'ai pu faire ma matresse1 ,paris1 trois enfants1 qui hlas6 ne porteront point mon nom4 --,puissiez vous trouvez misricorde1 dis-je1 le vritable ,messie pardonna la femme adultre4 ,il ne releva point ce que je venais de dire1 et ajouta3 --,pour le reste1 vous connaissez les vnements aussi bien que moi-mme4 --,je les connais1 rpliquai-je1 et je vous juge svrement4 ,je ne vous crois pas les qualits d'un fondateur d'empire1 encore moins celles d'un bon monarque1 votre vie criminelle vous condamne et vos imaginations vous feront un jour mener votre peuple la ruine4 ,homme de science1 habile dans les arts1 vous mritiez1 malgr vos crimes1 l'indulgence et peut-tre mme l'admiration des gens instruits et de bon sens4 ,mais1 roi1 vous n'avez pas le droit de l'tre1 vous ne saurez point promulguer de lois justes1 et vos sujets ne seront que les jouets de vos caprices4 ,renoncez ce rve insens d'un trne dont vous tes indigne4 ,de pauvres gens s'en vont pied sur les routes1 vous croyant un personnage sacr qui relvera le ,temple de ,jrusalem4 ,un grand nombre dj sont morts en chemin pour le misrable imposteur que vous tes4 ,renoncez vous dire plus longtemps le ,messie que vous n'tes point1 ou je vous dnoncerai6 --,on vous prendra pour un fou1 me dit en ricanant le faux ,messie2 et me croyez-vous assez sot pour vous avoir donn les lumires suffisantes qui vous permettraient de me faire tort en dtruisant mon appareil8 ,dtrompez-vous6444 99 99 99 99 99 ,la colre m'aveuglait1 je ne savais plus au juste ce que je faisais4 ,ayant saisi sur ma table un revolver qui s'y trouve toujours1 j'en dchargeai les six balles sur le faux corps apparent et solide du faux ,messie1 qui s'affaissa en poussant un grand cri4 ,je me prcipitai3 le corps tait l1 je venais de tuer mon ami ,dormesan1 criminel1 mais compagnon si agrable4 ,je ne savais que faire3 --,il m'a abus1 me dis-je1 c'tait une farce4 ,il est bien venu ici l'improviste1 il est entr sans que je l'entendisse1 ma porte tait certainement ouverte4 ,il s'est moqu de moi en se faisant passer pour ,aldavid1 c'tait fantastique et charmant4 ,je m'y suis laiss prendre et l'ai tu444 ,hlas6 que vais-je devenir8 ,et je mditai quelque temps devant le corps ensanglant de mon ami444 ,puis1 tout coup1 une rumeur extraordinaire me fit sursauter4 ,encore un tour d',aldavid1 pensai-je1 il annonce sans doute son couronnement4 ,puiss-je l'avoir tu et avoir encore prs de moi mon ami ,dormesan4 ,j'ouvris la fentre pour connatre quel miracle avait encore accompli le prodigieux thaumaturge1 et je vis une nue de camelots porteurs de journaux divers1 qui1 malgr les ordonnances de police interdisant l'annonce des informations1 criaient tous en courant toutes jambes3 --,la mort du ,messie1 curieux dtails sur sa fin subite4 ,mon sang se glaa dans mes veines1 et je tombai vanoui4 99 99 99 99 99 ,je me rveillai vers une heure du matin1 et frissonnai en touchant prs de moi le cadavre4 ,je me levai aussitt2 puis1 je soulevai le corps en rassemblant toutes mes forces et je le jetai par la fentre4 ,je passai le reste de la nuit effacer les taches de sang qui s'talaient sur mon parquet1 puis je sortis acheter les journaux1 et j'y lus ce que tout le monde sait3 la mort subite d',aldavid dans huit cent quarante villes situes dans les cinq parties du ,monde4 ,celui qu'on appelait le ,messie semblait prier depuis plus d'une heure1 quand tout coup il poussa un grand cri1 tandis que six trous1 semblables ceux que font les balles de revolver1 apparurent sur lui dans la rgion du coeur4 ,partout il s'affaissa aussitt1 et1 malgr les soins qui partout lui furent prodigus1 partout il tait mort4 ,cette profusion de corps appartenant un seul homme--exactement huit cent quarante et un1 car par un phnomne singulier on avait trouv deux de ces corps ,paris--n'tonna pas outre mesure le public1 qui ,aldavid avait donn bien d'autres sujets d'tonnement4 ,partout1 les ,juifs lui firent des funrailles imposantes4 ,ils pouvaient peine croire sa mort et affirmaient qu'il ressusciterait4 ,mais c'est en vain qu'ils attendirent cet vnement1 et la reconstitution du ,royaume de ,juda fut remise d'autres temps4 99 99 99 99 99 ,je regardai attentivement le mur contre lequel ,dormesan m'tait apparu4 ,j'y trouvai bien un clou1 mais tellement semblable aux autres clous auxquels je le comparai1 qu'il me parut impossible que ce ft l un de ses engins4 ,au demeurant1 ne m'avait-il pas dit lui-mme qu'il me cachait les particularits essentielles des appareils qui lui servaient faire paratre les corps postiches1 grce sa dcouverte des lois du toucher distance8 ,aussi1 suis-je incapable de donner le moindre renseignement touchant l'invention prodigieuse de ce baron d',ormesan1 dont les aventures1 surprenantes ou amusantes1 ont fait longtemps mes dlices4 #ahij-aiaj4 ,,table ,,des ,,mati,,res ,le passant de ,prague ,le sacrilge ,le juif latin ,l'hrsiarque ,l'infaillibilit ,trois histoires de chtiments divins ,i4 ,le giton ,,ii4 ,la danseuse ,,iii4 ,d'un monstre ,lyon ou ,l',envie ,simon ,mage ,l',otmika ,que ,vlo-ve8 ,la rose de ,hildesheim ,les plerins pimontais ,la disparition d',honor ,subrac ,le matelot d',amsterdam ,histoire d'une famille vertueuse1 d'une hotte et d'un calcul ,la serviette des potes ,l'amphion faux-messie ou histoires et aventures du ,baron d',ormesan ,i4 ,le ,guide ,,ii4 ,un beau film ,,iii4 ,le cigare romanesque ,,iv4 ,la lpre ,v4 ,cox-,city ,,vi4 ,le toucher distance ,e4 ,,grevin--,,imprimerie ,,de ,,lagny