,,walther ,,rathenau ,,ou ,,va ,,le ,,monde8 ,,considerations ,,philosophiques ,,sur ,l',,organisation ,,sociale ,,de ,,demain ,,traduction ,,fran,,aise ,,et ,,avant-,,propos ,,de ,s4 ,,jank,l,,vitch ,,payot ,,cie1 ,,paris #ajf1 ,,boulevard ,,saint-,,germain #aibb ,tous droits rservs ,,table ,,des ,,mati,,res ,,avant-,,propos ,,du ,,traducteur ,,introduction ,le but ,le chemin ,i4--,le chemin de l'conomie ,,ii4--,le chemin de la morale ,,iii4--,le chemin de la volont ,,avant-,,propos ,,du ,,traducteur ,depuis que cet ouvrage a t traduit1 ,walther ,rathenau est mort1 assassin en pleine activit1 payant ainsi de sa vie l'audace de ses ides et sa volont persvrante d'en poursuivre la ralisation dans le cadre de la ,rpublique allemande4 ,dis-moi quels sont tes ennemis1 et je te dirai qui tu es1 pourrait-on1 son propos1 paraphraser l'adage bien connu4 ,or1 si1 pendant sa vie1 il tait parfois permis de se demander quel tait le fond de sa pense et quelles taient ses vritables intentions1 le geste homicide1 accompli par ordre par quelques sicaires ractionnaires1 ne laisse plus le moindre doute cet gard4 ,ce geste a class ,rathenau parmi les adversaires les plus dcids de l'ancien rgime1 parmi les hommes les plus convaincus que ce sont les fautes de ce rgime qui ont surtout contribu plonger l',allemagne et1 avec elle1 l',europe entire dans le chaos et le dsordre qui1 si on n'y porte immdiatement remde1 menacent d'engendrer de nouveaux cataclysmes dont les consquences seront encore plus terribles4 ,l',allemagne1 d'aprs ,rathenau1 dans l'tat o l'a laisse la guerre et qui n'tait son avis qu'une consquence logique de son tat d'avant-guerre1 avait besoin d'tre reconstruite de fond en comble1 mais1 dans son esprit1 la reconstruction de l',allemagne ne pouvait se faire qu'en fonction de la reconstruction gnrale de l',europe1 et mme du monde entier1 la guerre ayant montr que1 sous des dehors en apparence diffrents1 tous les pays1 toutes les nations souffraient des mmes maux1 prsentaient les mmes vices et les mmes faiblesses4 ,avant la guerre1 les ,allemands taient fiers de ce qu'ils appelaient leur esprit d'organisation et considraient avec mpris les autres peuples1 les peuples latins et slaves en particulier1 qui1 eux1 n'auraient pas encore dpass la phase de l'individualisme4 ,ceux-ci1 leur tour1 objectaient aux ,allemands que leur fameuse organisation n'tait qu'une organisation de caserne1 une organisation fonde sur la soumission passive et aveugle1 et vantaient les mrites de l'initiative individuelle et de l'esprit d'improvisation4 ,la guerre est venue rvler aux uns et aux autres qu'ils avaient galement tort et raison la fois4 ,elle a montr1 d'une part1 que dans la complication de la vie moderne l'initiative individuelle et l'esprit d'improvisation ne peuvent engendrer que le gchis et le dsordre et1 d'autre part1 que l'organisation l'allemande n'tait qu'une organisation de surface1 reposant sur une hirarchie de classes1 voire de castes1 qui n'excluait ni l'arbitraire1 ni la plus profonde mconnaissance des intrts de la collectivit et de ceux des gnrations futures4 ,le mrite de ,rathenau consiste n'avoir pas attendu la fin1 ni mme l'explosion1 de la guerre1 pour apercevoir les vices et les mensonges de l'organisation allemande1 pour dclarer qu'entre cette soi-disant organisation et l'absence d'organisation dans les autres pays il n'y avait gure de diffrence1 que l'une et l'autre taient galement dangereuses pour la paix du monde1 galement pernicieuses pour le patrimoine spirituel de l'humanit1 parce que l'une et l'autre se trouvaient au service de la mme cause3 le capitalisme1 dans sa forme la plus volue et1 en mme temps1 la plus inhumaine1 laquelle ,rathenau lui-mme a donn le nom de mcanisation4 ,ds #aiaj1 c'est--dire une poque o1 selon sa propre expression1 sa voix se perdait encore dans le bruit des affaires et des jouissances1 il avait commenc exposer ses ides1 fruit d'une profonde mditation et d'une analyse objective et impartiale des faits4 ,grand bourgeois1 dou d'une vaste culture1 plac la tte d'une des plus grandes affaires de son pays 7l',allgemeine ,elektrizitaets-,gesellschaft71 la fois homme de pense et d'action1 ,rathenau se trouvait dans une situation exceptionnellement favorable pour juger sa valeur le systme capitaliste1 pour en reconnatre les avantages et les mrites et en dnoncer les excs et les prils1 pour indiquer enfin ou1 tout au moins1 pour rechercher les moyens susceptibles d'augmenter ceux-l1 de conjurer1 sinon de supprimer totalement1 ceux-ci4 ,tout en soumettant le capitalisme une critique pntrante1 tout en en faisant ressortir sans mnagements tous les vices et tous les abus1 tout en montrant que1 s'il est une source de richesses et de jouissances pour quelques-uns1 il est une cause d'esclavage et de misre hrditaires pour le plus grand nombre1 ,rathenau n'a donn son adhsion aucune doctrine conomique et sociale dfinie1 la doctrine socialiste moins qu' toute autre4 ses yeux1 le capitalisme est une phase ncessaire dans l'volution de l'humanit1 et il subsistera tant qu'il restera encore un seul coin de la plante inexplor1 une seule force de la nature indompte et inutilise4 ,le capitalisme est le seul systme pouvant et devant permettre l'homme d'affirmer sa matrise de plus en plus grande sur les forces aveugles de la nature4 ,c'est pourquoi il est1 dans son essence mme1 un systme foncirement humain4 ,mais s'il affecte les formes inhumaines que nous lui connaissons2 si1 au lieu d'tre un facteur de solidarit entre les peuples1 il les oppose les uns aux autres dans une hostilit permanente2 si1 au lieu d'tendre ses bienfaits tous les fils d'un mme peuple1 il cre non seulement des classes1 mais de vritables castes ennemies1 incapables de se comprendre les unes les autres1 cela tient1 encore une fois1 non au capitalisme comme tel1 mais la fausse direction que des gnrations successives lui ont imprim1 en considrant comme un but ce qui n'tait qu'un moyen4 ,oui1 le capitalisme n'est qu'un moyen destin affranchir l'homme de la fatalit naturelle et sociale1 mettre la disposition de chacun une quantit de biens suffisante pour lui assurer une vie humaine1 au sens le plus large et le plus profond du mot4 ,au lieu de cela1 que voyons-nous8 ,des millions d'hommes manquant du plus ncessaire1 au milieu de la production la plus intense et la plus effrne1 des millions et encore des millions d'hommes vous un travail d'esclaves qui ne suffit mme pas toujours leur assurer leur pain quotidien1 ct de quelques milliers d'individus monopolisant tous les biens de la terre4 ,nous voyons la rpartition des matires premires1 la production d'objets fabriqus et manufacturs s'effectuer au hasard1 selon les caprices ou les faux calculs des dirigeants de l'industrie qui ne tiennent aucun compte des besoins essentiels et vritables du pays et s'appliquent1 au contraire1 par la fabrication d'objets et d'articles toujours nouveaux1 ne rpondant le plus souvent aucune utilit1 provoquer des besoins artificiels1 favoriser la passion du faux luxe1 satisfaire le mauvais got par la camelote et l'article de bazar4 ,gchis1 dsordre1 gaspillage de forces et de richesses3 voil ce qui caractrise le capitalisme contemporain qui1 pour se maintenir1 n'a trouv rien de mieux que de crer dans chaque pays1 au sein de chaque nation1 deux castes1 deux peuples1 le peuple des riches et le peuple des pauvres1 spars par un foss infranchissable1 mais tous deux galement attachs au ct purement matriel de la vie1 galement mcaniss4 ,nous engageons le lecteur lire attentivement les pages pres et mordantes que ,rathenau consacre la critique du capitalisme moderne4 ,c'est un rquisitoire impitoyable1 d'autant plus impressionnant qu'on ne le sent inspir par aucune haine ou passion de parti4 ,les solutions pratiques prconises par ,rathenau comme remde l'tat de choses qu'il vient d'analyser se rsument en un seul mot3 organisation2 organisation de la rpartition des matires premires1 organisation de la production1 organisation de la consommation1 au sein de ce qu'il appelle l'tat populaire1 dont il cherche baucher la forme4 ,cette partie positive de l'ouvrage est beaucoup plus vague que sa partie ngative1 et il ne pouvait d'ailleurs en tre autrement1 car ,rathenau n'tait rien moins que doctrinaire et ne se vantait pas de possder la panace infaillible1 propre transformer du jour au lendemain notre pauvre monde malade en un sjour paradisiaque4 ,il a saisi la premire occasion qui lui fut offerte de se mettre en contact avec la vie relle1 d'intervenir activement dans les affaires de son pays1 et il est prsumer que si la mort n'tait pas venue mettre fin brutalement cette activit peine commence1 l'exprience acquise lui aurait permis de prciser ses ides sur ce que devait tre cette nouvelle ,allemagne1 moralement et socialement rgnre1 qu'il rvait comme faisant partie d'une ,europe solidaire1 pacifique et heureuse4 ,s4 ,j4 ,,introduction ,i ,ce livre traite de choses matrielles1 mais au nom de l'esprit4 ,s'il parle de travail1 de ncessit et de gain1 de biens1 de droits et de puissance1 d'organisation technique1 conomique et politique1 il ne pose ni n'apprcie ces notions titre de valeurs finales4 ,il est juste de demander si ce ne sont pas plutt la pauvret1 le besoin1 le souci et l'injustice qui dlivrent les forces les plus profondes de l'homme1 affranchissent l'me et font descendre sur la terre le royaume des cieux4 ,et il est loisible de rpondre que1 loin de s'opposer la libert de croyance et au pouvoir de changement de l'homme1 on doit plutt encourager l'une et favoriser l'autre1 que le froid de la misre fltrit tous les germes1 que la croissance et l'panouissment ont besoin de chaleur et de lumire4 ,mais ni cette question1 ni cette rponse ne sont formules ici4 ,l'esprit ne se laisse entraner ni appuyer et soutenir ce qui existe1 ni provoquer des dsirs et crer des conditions3 sa force est assez grande pour lui permettre tout moment de raliser l'accord entre l'organisation et l'organisateur4 ,mais ce rapport-l est univoque1 comme l'est celui qui existe entre les formations organiques et l'ensemble des conditions d'existence2 chaque nouvel esprit se cre son monde lui1 et chacune de ses volutions se manifeste par un nouvel essor de la vie4 ,ce n'est pas la revendication qui prcde l'essor4 ,celui-ci est annonc par une sorte de message1 qui implique dj un commencement de ralisation4 ,mais ce message1 loin d'tre une rverie prophtique1 rsulte de la pntration des conditions matrielles par la certitude de la loi morale4 ,ce n'est donc pas se livrer des discussions oiseuses1 c'est plutt s'acquitter d'un devoir et user d'un droit que de se dtourner momentanment de la contemplation de l'esprit en mouvement1 pour diriger son regard vers les jeux d'ombre des institutions et des formes extrieures de la vie3 c'est que le rayon et l'ombre se laissent expliquer et dcrire l'un par l'autre4 ,notre poque1 qui attache tant d'importance au moindre fait1 n'a pas le courage de lire son destin1 tel qu'il est inscrit dans son propre coeur2 et lorsque1 se jouant et se livrant des distractions qui n'impliquent aucune responsabilit1 elle dirige parfois sa pense vers l'avenir1 elle en arrive1 par un renversement des soucis et des mcontentements quotidiens1 crer des utopies mcaniques qui1 animes par la baguette magique de la technique1 transforment tous les jours gris de la vieille semaine en autant de maigres dimanches4 ,o notre poque puise-t-elle encore le courage de parler de dveloppement1 d'avenir et de fins1 d'orienter la moiti de son activit vers ce qui n'existe pas encore1 de songer la postrit1 d'inventer des lois1 de poser des valeurs1 d'accumuler des biens8 ,elle ne se lasse pas d'examiner la question de ses origines1 mais elle ne sait pas o elle se trouve et ne veut pas savoir o elle va4 ,c'est pourquoi les meilleurs succombent la besogne au jour le jour2 nombreux sont ceux qui laissent le doute1 la lassitude et le dsespoir envahir leur pense1 qui prtendent jouir du prsent et renoncent au plus beau de leurs privilges3 l'inquitude4 ,d'autres se tournent vers la foi dogmatique prime et se rclament de ses promesses4 ,ils veulent faire revivre cette foi l'aide d'institutions1 de preuves1 en usant tour tour de bont1 de colre1 de promesses et de menaces4 ,ils ont raison au point de vue du sentiment1 car la religion de l'homme ne disparatra jamais2 mais leur pense est errone1 car il n'y a pas de foi sans objet1 et celui-ci ne se laisse imposer ni par la contrainte1 ni par la persuasion verbale4 ,l'essence de la foi consiste en ce qu'elle cre elle-mme son objet1 avec une assurance aussi infaillible qu'inconsciente1 et que cet objet correspond l'ensemble des forces cratrices d'une poque4 ,mais la foi dogmatique a dpri par la faute de ses suprmes autorits1 trop faibles pour l'imposer au monde d'une manire exclusive1 mais assez fortes pour1 pendant des sicles1 la protger1 l'aide de verres fums1 contre l'action des rayons de la vie4 ,le jour o on lui a violemment arrach ces verres1 la foi a expir4 ,inventer des dieux1 provoquer des prsages1 ordonner des sacrements3 rien de plus vain que ces pieux artifices4 ,certes1 tout cela suppose l'existence1 au plus profond de notre tre1 de forces capables de crer de nouvelles orientations2 mais quelque habile qu'elle soit1 jamais l'interprtation humaine ne russira remplacer par des notions morales la vieille base faite de miracles palpables2 les convictions transcendantes survivent toujours dans notre coeur1 mais elles exigent une nouvelle langue1 de nouvelles reprsentations et un clairage nouveau4 ,les obscures profondeurs de notre conscience la plus intime1 la plus l'abri du monde extrieur1 sont loin d'tre vides2 lorsque nous consentons y descendre1 nous y retrouvons chaque fois la certitude de l'infini1 du ct divin de la cration1 l'annonce de la vocation de notre me et de nos forces supra-intellectuelles1 le mystre du royaume spirituel4 ,nous avons trait de ces choses dans notre livre3 ,zur ,mechanik des ,geistes4 ,ici nous ne prendrons en considration qu'un des principes formuls dans cet ouvrage1 savoir que toutes nos actions et aspirations d'ici-bas ne sont lgitimes et justifies que dans la mesure o elles contribuent au dveloppement et l'affermissement de son rgne4 ,,ii ,ce livre s'attaque au coeur mme du socialisme dogmatique4 ,celui-ci est le produit d'une volont portant sur les choses matrielles2 sa doctrine centrale est celle qui prconise le partage des biens terrestres1 et son but consiste difier une certaine organisation conomico-tatique4 ,s'il cherche aujourd'hui s'incorporer et s'assimiler des idaux emprunts d'autres conceptions du monde1 il n'en est pas moins vrai qu'il n'est pas un produit de l'esprit mme qui anime ces idaux2 il n'a pas besoin de ceux-ci1 qui risquent mme de le troubler1 car son chemin s'tend de la terre la terre1 sa foi la plus profonde a pour objet la rvolte1 sa force la plus grande consiste dans une haine commune1 et son dernier espoir est celui du bien-tre matriel4 ,ceux qui l'ont fond croyaient l'infaillibilit de la science4 ,plus que cela3 ils croyaient que la science possde une force rationnelle2 ils croyaient l'existence d'inluctables lois matrielles rgissant l'humanit et la possibilit d'un bonheur terrestre mcanique4 ,mais1 aujourd'hui1 la science elle-mme commence se rendre compte que son tissu le plus parfait n'est pour la volont humaine que ce qu'une bonne carte est pour un voyageur3 ici une chane de montagnes1 l un fleuve1 plus loin une ville et1 plus loin encore1 une mer2 si je tourne droite1 j'arrive tel point2 si je tourne gauche1 j'aboutis tel autre point2 ce chemin-ci est plus court1 cet autre plus plat2 ici rgne l'abondance1 l on respire l'air des montagnes2 ici on est en pays primitif1 l en pays civilis4 ,mais une carte ne peut m'indiquer le chemin qui m'est prescrit1 celui vers lequel m'attirent mon coeur et mon devoir4 ,la science pse et mesure1 dcrit et explique1 mais elle est incapable d'apprcier autrement que d'aprs des critres conventionnels4 ,or1 sans apprciation et sans choix1 il est impossible de poser des fins1 et toute activit rationnelle tant oriente vers des fins et des ples1 il s'ensuit de nouveau que c'est le coeur qui1 en dernier lieu1 dcide du devenir humain4 ,dans le droulement fatal que la conception matrialiste de l'histoire assigne au devenir cosmique1 il n'y a pas place pour la volont du coeur2 et lorsque la succession probable1 prsume1 des valeurs humaines subit une modification1 comme ce fut toujours le cas1 le mcanisme aveugle1 qui exerce son action sans arrt1 met la volont humaine en conflit avec elle-mme4 ,poser des fins s'appelle croire4 ,mais la vraie foi n'est pas celle qui nat d'une inversion de dsirs provoque par une ncessit passagre et qui1 une fois ne1 adopte l'gard de ce qui existe une attitude de ngation et transforme l'ordre cosmique en un expdient4 ,la vraie foi a sa source dans la force cratrice du coeur1 dans l'imagination nourrie par l'amour2 elle cre une certaine conviction d'o les vnements dcoulent sans aucune intervention de la volont4 ,jamais les convictions ne sont suggres par les institutions1 et le socialisme1 qui ne lutte que pour des institutions1 reste une doctrine politique4 ,il a beau critiquer1 supprimer des anomalies1 conqurir des droits3 il ne russira jamais transformer la vie terrestre1 car seule la conception du monde1 la foi1 l'ide transcendante possdent la force ncessaire pour oprer cette transformation4 ,mais si l'insuffisance du socialisme est vidente1 il ne s'ensuit pas que ceux-l doivent s'en rjouir qui le combattent par attachement commode ce qui existe1 par crainte de sacrifices1 par paresse du coeur4 ,les sacrifices qu'exigent les temps nouveaux sont plus durs1 les services qu'ils rclament sont plus pnibles et la rcompense extrieure qu'ils promettent est moindre que dans le domaine social proprement dit4 ,ils exigent1 en effet1 plus que le renoncement aux biens matriels3 le renoncement nos vanits les plus chres1 nos faiblesses1 vices et passions1 et cela au profit de sentiments et d'actions que nous vantons en thorie1 mais que nous mprisons dans la pratique1 au profit de la conviction que ce n'est pas le bonheur qui est le but de notre existence1 mais l'accomplissement d'une tche1 que ce n'est pas pour nous que nous vivons1 mais pour remplir les commandements de ,dieu4 ,et1 cependant1 l'humanit finira par s'engager dans cette voie1 non parce qu'elle le doit1 mais parce qu'elle le voudra1 parce que l'vidence de la foi rendra tout retour en arrire impossible1 parce qu'elle se sentira envahie par le bonheur du vouloir divin4 ,elle sera en butte l'hostilit1 aux railleries1 aux perscutions2 aucune preuve ne lui sera pargne1 pas mme la maldiction de ceux dont elle prpare la rdemption et qui lui rservent des chtiments pour le tort qu'elle leur cause4 ,l'ingratitude bnira son chemin1 des tourments l'accableront chaque pas1 mais1 humblement orgueilleuse1 elle se rjouira de chaque pas douloureux qui la rapprochera de la lumire4 ,ce ne seront ni la crainte ni l'esprance qui la pousseront agir ainsi1 car ni l'une ni l'autre ne sont de vritables mobiles d'action1 et l'on peut en dire autant de la recherche rationnelle de l'quilibre mcanique1 de la bont et mme de la justice4 ,les vrais mobiles d'action1 les seuls capables de nous dcider accomplir de grandes choses1 sont la foi inspire par l'amour1 la profonde ncessit et la volont divine4 ,,iii ,l'poque qui1 dans son essence la plus intime1 aspire acqurir la connaissance d'elle-mme et se librer de sa propre rudesse1 n'est gure favorable la pense concrte1 fonde sur la prvision mathmatique4 peine chappe au lourd srieux et la plate vidence du matrialisme1 elle se dtourne honteuse de tout ce qui touche la pratique2 mais1 honteuse en mme temps de sa honte1 elle cherche la dissimuler et1 surmontant sa rpugnance1 elle introduit dans sa vie affective quelques misrables accessoires et ingrdients de la vie moderne4 ,elle chante les lampes arcs et autres inventions1 dans des rimes d'une audace voulue1 ce qui ne l'empche pas d'tre plus trangre aux choses de ce monde que ne le fut l'poque prcdente1 plus grossire1 mais qui du moins savait mettre la main la pte et tait au courant des choses humaines4 ,pour se prouver eux-mmes combien ils sont loigns de l'assurance inbranlable qui rgne sur le march du monde1 beaucoup de nos contemporains n'arrtent leur attention que sur l'enveloppe la plus mince1 la plus bariole des phnomnes et se contentent1 non sans une certaine coquetterie1 d'un examen superficiel qui leur rvle ici une ressemblance1 l une contradiction4 ,misrable mensonge6 ,on n'a le droit de rflchir sur le monde et de le juger que dans la mesure o on le prend au srieux1 o on est convaincu qu'il a un sens et qu'il est cohrent2 mais la courageuse croyance l'absurdit et la confusion irrmdiable de tout ce qui existe comporte1 titre de consquences1 une vie dpourvue de tout lment spirituel1 ne connaissant que les jouissances animales1 et une conscience morale fonde uniquement sur la crainte de la police4 ,le voleur l'talage de la vie nie la sueur qu'il dpense pour russir chacun de ses coups2 il ne reste un hros que pour ses pareils1 car l'humanit n'accepte pas en cadeau le produit d'un misrable vol4 ,sans doute1 ce n'est pas l'aide de connaissances acquises et d'une instruction pniblement reue que nous dfricherons le champ qui nous est confi2 l'orgueilleux savoir est par lui-mme infcond4 ,mais tout ce qui se passe sur la terre doit tre pris au srieux2 et quand on a les sens fidles et l'esprit toujours prt s'abandonner1 se fondre avec ce qui l'entoure1 on arrive saisir le sens intime des choses mme les plus journalires et on n'a pas la tentation de s'accrocher leurs signes extrieurs4 ,si le monde est une organisation1 un cosmos1 l'homme a le droit de se faire une ide de ses connexions1 de ses lois1 de ses phnomnes et de les reproduire en lui-mme4 ,si ,platon1 ,lonard de ,vinci et ,goethe ont fait des incursions dans le monde solide et ferme des choses1 ce ne fut pas par garement profane1 mais parce qu'ils y taient pousss par une ncessit divine4 ,le pote qui1 incapable d'embrasser le prsent et l'avenir de son monde1 ne s'arrte qu' des pisodes intressants et choisis1 a beau se donner pour un visionnaire3 il n'est qu'un ordonnateur de divertissements esthtiques4 ,les ,romains disaient de l'tat qu'il tait la chose de tous2 cela est d'autant plus vrai de la nature1 qui est la fois le monde extrieur1 le dsert et l'oasis1 l'arne de lutte et le tombeau de l'homme4 ,le romantisme de notre temps1 aux gestes ralistes et aux sentiments artificiels1 ne tardera pas cder la place une mentalit qui n'a jamais cess d'exister chez les hommes n'ayant pas subi la dformation de l'esprit3 l'exprience littraire et scolaire succdera l'exprience puise dans la connaissance du monde rel2 sur les fondations en pierres de taille que formeront les ralits matrises1 l'difice des ides reposera plus solidement et pourra s'lever avec plus de scurit que sur le sable mouvant de principes trangers la vie4 ,des hommes robustes1 guids par des tendances pragmatiques1 anims d'un sentiment de solidarit1 ayant l'imagination nourrie des leons de la ralit laquelle ils prennent une part active et dont ils portent la responsabilit1 arracheront la pense libre et les sentiments indpendants la serre chaude des chapelles1 pour les lancer sur le chemin du devenir1 de la destine et de l'action4 ,les ides et les sentiments du monde seront alors solides sans tre superficiels1 dlicats sans tre faibles1 pleins de fantaisie sans prtentions1 transcendants sans bigoterie1 pragmatiques sans chicane2 la direction spirituelle sera arrache aux mains de femmes et d'esthtes railleurs et sceptiques1 pour tre confie des hommes2 aux mains d'artistes et d'enfileurs de phrases1 pour tre confie des potes et des penseurs4 ,le nihilisme individuel dont nous souffrons1 qui nous rend la gnralisation douteuse1 la loi suspecte et l'action mprisable1 qui prtend se reposer dans la contemplation de ce qui est incomparablement unique1 tout en se nourrissant en cachette de la loi et de l'action2 ce nihilisme1 disons-nous1 fausse gaiet sans espoir1 morale sans convictions et renoncement contre-coeur1 provient d'une source trs profonde qui apparat la surface aux poques o les hommes ont perdu la foi4 ,qu'est-ce qui est lgitime1 demande cette doctrine1 puisque tout ce qui arrive est unique8 ,o est la permanence1 puisque chaque instant est nouveau et sans prcdent8 ,comment admettre le dveloppement1 tant donn que tout ce qui existe dans le temps n'est qu'illusion8 ,il est vrai que dans l'essence la plus profonde des choses tout est repos et que1 plus on s'loigne du centre1 plus le mouvement apparent devient intense4 tous les grands moments1 l'me a l'intuition de son but sacr et se sent attire de l'agitation trompeuse de la surface vers le centre immobile4 ,mais ce mystre ne doit pas nous dtacher de la vie4 ,nous ne percevons sans doute que les sons isols et sans suite de l'harmonie totale1 et ce qui est immuable nous blouit par ses changements2 il n'en reste pas moins que nous sommes placs dans cette vie pour la rendre parfaite dans le cercle troit qui nous est assign1 et notre calvaire est soumis la loi du temps4 ,si nous mprisons cette scne du devenir1 toute pense devient vaine1 tout sentiment suprieur devient irrationnel et toute action se transforme en absurdit2 mme l'aspiration une perfection suprieure1 par le fait mme qu'elle reste action1 est vaine4 ,mais cette conclusion renferme sa propre rfutation1 puisque l'ardente aspiration de l'me subsiste malgr tout et constitue mme l'lment le plus rel de notre vie intrieure4 ,ayons donc le courage de faire de cet lment1 et non de l',absolu imaginaire1 l'axe temporaire de notre vie temporelle1 et nous verrons notre existence retrouver un sens4 ,la pense concentre sur l',absolu abolit la volont2 mais le culte du transcendant fournit la pense des fins adquates1 anime la volont par l'amour des hommes1 de la nature et de la divinit et remet l'action en honneur4 ,bien que toutes les explications historiques et rationnelles semblent contredire le sens de cette dduction a priori1 qu'il nous soit permis de formuler une observation de nature carter ure erreur traditionnelle de l'exprience4 ,on peut notamment1 en parcourant le bref intervalle historique accessible notre exploration et en examinant1 la lumire des monuments qui nous ont t transmis par l'art1 la vie affective des ,hindous1 des ,hbreux1 des ,grecs et des ,germains1 conclure que les forces vritablement humaines n'ont subi1 au cours des sicles1 aucun dveloppement1 aucun perfectionnement1 parce que l'un et l'autre sont tout simplement impossibles4 ,mais en formulant cette conclusion1 nous oublions que le pont du souvenir ne relie que les sommets et nous ne tenons pas compte des formidables rehaussements qu'a subis le niveau des valles4 ,l'histoire passe sous silence les foules innombrables et anonymes2 elle reste toujours la chronique des hros et des vainqueurs4 ,et1 cependant1 la ,nature est loyale2 elle ne foule pas aux pieds la crature dpasse1 et le peuple retardataire continue de vivre l'cart de la route royale1 au sein de tous les continents4 ,la ,nature ne travaille pas comme le chimiste1 sans laisser de rsidus2 elle transforme et dveloppe une partie de ses inpuisables matriaux et met le reste de ct1 pour s'en souvenir en temps voulu et le transformer insensiblement son tour4 ,dans l'isolement du monde africain et asiatique vivent encore aujourd'hui les pasteurs de ,chanaan et les porteurs de lances de l',ilion1 comme nous images de ,dieu1 mais ayant l'me plus jeune et plus faible4 ,mais de ces basses populations1 si vieilles et si proches de l'animalit1 sont nes des familles dont la grandeur d'me ne le cdait en rien celle des familles victorieuses et dominatrices1 depuis longtemps teintes4 ,celui qui possde vritablement une langue1 possde1 sans qu'il puisse toutefois prtendre la gnialit de celui qui l'a cre1 son esprit tout entier2 celui qui a compris et possde en esprit le legs d'un grand homme est son disciple et son frre1 sinon par le gnie crateur1 du moins par l'me4 ,le legs de ,bouddha et du ,christ1 de ,platon et de ,goethe tait1 lorsqu'il vint en contact avec la terre1 effroyablement tranger et hostile l'humanit2 mais aujourd'hui1 et peu importent les forces prosaques auxquelles nous devons ce rsultat1 le bien sacr germe dans des milliers de coeurs1 et ces coeurs1 soit dans leur simplicit1 soit dans leur ardente mulation1 sont plus proches de l'me que ne l'taient jadis les coeurs des quelques disciples lus4 ,la gnialit n'est pas la mesure de l'me2 mais le rveil de l'me est la mesure de toute cration4 ,le dveloppement est la catgorie intellectuelle de toute notre activit supra-animale1 car tout ce que nous faisons repose sur la notion du temps1 et vouloir l'immobilit est chose aussi absurde que vouloir remonter aux origines4 ,c'est le propre d'une poque tourmente par le doute et incapable d'action que d'avoir toujours le regard fix sur le pass2 si1 toutefois1 nous portons un si vif intrt nos anctres1 si tout ce qu'ils ont fait et dit nous parat plus important et plus familier que ce que font et disent nos contemporains1 nous avons pour excuse le fait que nous sommes excds par nos mcanismes1 agacs par les bavards borns et insupportables qui vantent comme tant un pas vers la perfection toute ncessit mcanise4 ,mais mme l'poque accable1 mme l'poque qui fait fausse route est digne de respect1 car elle est l'oeuvre1 non des hommes1 mais de l'humanit1 donc de la nature cratrice1 qui peut tre dure1 mais n'est jamais absurde4 ,si l'poque que nous vivons est dure1 nous avons d'autant plus le devoir de l'aimer1 de la pntrer de notre amour1 jusqu' ce que nous ayons dplac les lourdes masses de matire dissimulant la lumire qui luit de l'autre ct4 ,cet amour est dur1 lui aussi2 il ne rduit pas seulement en poussire les pierres obtuses que notre temps nous oppose1 mais il dtruit en mme temps plus d'une affection chre notre coeur2 c'est cependant par notre coeur que passe le chemin qui conduit la libert du monde4 ,est-il prsomptueux de vouloir dfinir ce chemin1 d'aprs la seule intuition que nous pouvons en avoir8 ,ce qui est prsomptueux1 c'est de vouloir appliquer l'esprit des temps venir les pnibles procds d'investigation de la science4 ,l'exprience autorise des dductions1 mais est impuissante favoriser le dveloppement2 elle me dit que le tilleul qui se trouve devant ma fentre s'est dvelopp partir d'une graine1 mais elle ne me dit pas si la graine que j'ai dans ma main deviendra un jour arbre ou poussire4 ,mais1 mme appliques au prsent1 les dductions ne sont jamais univoques et ne sont pas exemptes de dangers1 tant donn que le nombre des formes terrestres est limit1 que les contenus s'accroissent et que1 sans qu'on s'en aperoive1 le vieux vase se trouve un jour rempli d'un esprit nouveau4 ,il est permis de voir dans les jeux pastoraux l'origine de la tragdie1 et dans la danse l'origine de la symphonie2 mais l'esprit d',hamlet et la musique de la ,neuvime symphonie de ,beethoven n'ont rien voir avec cette recherche archologique4 ,c'est ici que se trouve la valeur-limite de toute tradition3 elle explique1 elle calme1 elle communique aux choses mouvantes une inertie mcanique1 mais elle ne sanctifie rien1 n'excuse rien et n'ouvre aucune perspective d'avenir4 ,l'histoire nous l'enseigne sur mille exemples une forme d'tat1 une organisation publique1 ont beau s'attacher leurs origines historiques1 se cramponner au but en vue duquel elles ont t primitivement cres2 il arrive toujours un moment o elles sont envahies par un esprit nouveau qui laisse subsister la forme inoffensive1 et en dpit de l'historien qui croyait avoir lev en thorie un difice intangible1 la loi intrieure1 revtant les aspects de l'erreur1 de la fausse interprtation et de la violence1 infuse dans les vases purifis une vie nouvelle4 ,puisque l'exprience et la tradition sont incapables d'voquer et de favoriser l'avenir1 puisque le calcul dgnre en une plate spculation1 nous ne devons jamais perdre de vue que dveloppement signifie toujours ascension de l'esprit et que par notre vie intrieure1 vcue en puret et interprte sans parti-pris d'un dsir quelconque1 nous participons microcosmiquement l'volution du monde4 ,l rside l'explication de toute prophtie3 de la froide et pratique comprhension d'une conjoncture l'interprtation adquate d'une ncessit politique2 de l'intuition sympathique d'une destine humaine la pntration1 visionnaire du tableau de l',univers1 tous les degrs de sympathie intellectuelle et intuitive il y a paralllisme entre l'esprit objectif et l'esprit vcu4 ,tout instrument organis exprime dans les sons qu'il met l'cho de la symphonie4 ,de cette concordance entre le monde objectif et la vie intrieure nous possdons une certitude qui nous est fournie par la force irrsistible avec laquelle la pense s'impose nous1 indpendamment de notre volont3 la vracit communicative chappe aux dmonstrations mcaniques4 ,qu'est-ce qui est susceptible de dmonstration8 peine le pass1 peine mme la vrit de la gomtrie euclidienne2 ni nos sentiments1 ni les faits de notre vie intrieure1 ni nos pressentiments ne se laissent dmontrer4 ,toute conception pratique1 toute mesure d'organisation peut tre discute2 mais ce qui est juste est l'objet d'une confiance sans condition1 car tout sentiment profond1 relatif au pass1 au prsent ou l'avenir1 possde dans sa vracit mme une force qui impose l'adhsion et la foi et rsiste toute preuve4 ,les sentiments forts parlent une langue forte2 ce qui est clairement peru claire son tour2 l'honntet et la sincrit crent la confiance4 ,la pense sincre donne l'impression toute corporelle de plasticit et de poids4 ,et il est encore un autre signe qui la distingue des paradoxes et des aphorismes du jour1 lesquels ne sont vrais que lorsqu'on ne les envisage et claire que d'un seul ct3 elle est attire vers le rel1 elle touche la vie journalire1 sans y plonger par ses racines1 elle parat ralisable1 tout en tant nourrie d'imagination4 ,c'est que les germes de l'avenir sont rpandus partout dans le sol2 ce qui est en voie de natre parat merveilleux1 non parce que venant du nant1 mais cause des transformations qu'en subissent les choses qui ont fini par devenir familires4 ,tous nos actes sont plus ou moins visionnaires1 car chacun de nos pas nous emporte vers l'avenir4 ,si nous croyons l'homme capable d'anticipation1 croyons-y donc fermement4 ,si nous runissons nos efforts en toute bonne volont1 tout ce qui est trompeur et illusoire ne tardera pas s'vanouir devant nos anticipations communes1 et ce qui est juste apparatra dans tout son clat4 ,pour arriver ce rsultat1 une seule condition est ncessaire3 que nos pieds ne perdent jamais contact avec la terre ferme1 que nos yeux ne perdent jamais de vue les toiles4 ,,le ,,but ,considr au point de vue phnomnologique1 le mouvement universel dont notre poque constitue l'aboutissement a eu pour point de dpart deux vnements capitaux troitement lis l'un l'autre4 ,un surpeuplement sans exemple s'est produit dans toutes les parties de notre plante accessibles la civilisation2 dans sa pousse irrsistible1 ce surpeuplement a dchir la mince enveloppe des couches suprieures qui jadis imprimaient chaque peuple europen sa nuance particulire et entravaient son ascension4 ,l'humanit dcuple a eu besoin1 pour sa protection et sa conservation1 d'une nouvelle organisation de l'conomie et de la vie2 le dplacement des couches sociales qui s'est opr au sein de chaque peuple a rvl dans les forces libres des anciennes classes infrieures les facteurs intellectuels correspondant la nouvelle organisation4 ,le chemin qu'avait parcourir la volont transformatrice de l'humanit tait long2 il fallait crer la pense abstraite1 la science exacte1 la technique1 le gouvernement des masses1 l'organisation2 pour donner d'abord une forme l'ordre nouveau1 pour le justifier ensuite1 il fallait oprer une transformation des dsirs1 ides et fins humains1 introduire une nouvelle manire de vivre1 faire surgir un art nouveau1 une conception du monde et une foi nouvelles4 ,j'ai dduit et dcrit cet ordre de choses nouveau dans mon livre ,zur ,kritik des ,geistes4 ,je l'ai qualifi de mcanisation pour dsigner son universalit et faire ressortir la force de contrainte mcanique qui le distingue de tous les rgimes antrieurs4 ,c'est que1 tout bien considr1 son essence consiste en ce qu'il impose l'humanit une organisation unique1 au sein de laquelle les individus1 dans une hostilit souvent froce et pourtant solidaires les uns des autres1 assurent leur vie et leur avenir4 ,on a eu de bonne heure l'intuition des liens qui rattachent entre eux les lments constitutifs de l'poque1 mais on n'a jamais eu le courage d'embrasser d'un seul coup d'oeil l'ensemble de ces lments4 ,c'est pourquoi on entend toujours parler du capitalisme comme d'un fait qui1 lui seul1 suffirait caractriser toute notre poque1 alors qu'il n'est que la projection de l'ensemble de notre rgime sur une partie de l'conomie4 ,c'est pourquoi aussi la science continue se livrer inlassablement au jeu qui consiste tablir des rapports entre les diverses branches de la mcanisation1 les dduire les unes des autres3 capitalisme1 dcouvertes1 guerres1 calvinisme1 judasme1 luxe1 fminisme1 tous ces lments sont rattachs les uns aux autres par des liens varis et sont censs former la courbe qui reprsente la marche des vnements2 et l'on ne s'aperoit pas que ce faisant on se contente d'expliquer un miracle par un autre1 et il ne vient l'esprit de personne de remonter la variable primitive qui1 indpendamment de tout autre facteur et prise en elle-mme1 dtermine l'agitation bariole des phnomnes et permet volontiers de considrer les filles sans penser la mre4 ,cette fonction fondamentale dcoule de l'exprience la plus profonde du genre humain2 envisage du dehors1 elle apparat comme une augmentation quantitative et un changement qualitatif2 vue du dedans1 elle se prsente comme un anneau de la chane de l'volution spirituelle des tres vivants4 ,au degr que nous occupons dans l'chelle de la cration1 l'esprit cherche dpasser le domaine de l'intellect utilitaire qui1 par ses tendances1 ses craintes et ses dsirs1 rgit le monde vivant1 depuis le protozoaire jusqu' l'homme primitif1 pour atteindre l'me1 c'est--dire le domaine de la transcendance dsintresse et exempte de dsirs4 ,pour atteindre ce domaine1 l'humanit doit runir toutes ses forces vitales1 tendre au plus haut degr l'nergie de son intellect1 la seule dont elle soit mme de disposer en toute libert1 et avoir toujours prsente l'esprit la conviction de l'absurdit de son puissant penchant pour le monde matriel4 ,c'est en effet par l'intellect que passe un des chemins qui conduisent l'me3 c'est le chemin de la connaissance et du renoncement1 le chemin vraiment royal1 le chemin de ,bouddha4 ,comme tout ce qui sert discipliner l'humanit1 cette tche et cette destine s'expriment avec la force d'une ncessit qui1 spontanment surgie1 est plus imprieuse que toutes celles que l'humanit avait eu subir aux priodes glaciaires et dans les habitats dsertiques4 ,mais1 en mme temps1 cette ncessit est gnratrice de l'lan le plus puissant qui se soit manifest depuis les origines de la plante4 ,quel est l'homme qui serait mme de citer une folie ou une absurdit de la nature8 ,or1 la mcanisation est un sort de l'humanit1 donc oeuvre de la nature1 et non caprice ou erreur d'un individu ou d'un groupe4 ,personne ne peut s'y soustraire1 car elle existe en vertu de lois inflexibles4 ,c'est pourquoi font preuve de manque de courage ceux qui regrettent le pass1 qui mprisent ou renient notre poque4 ,en tant que produit de l'volution et oeuvre de la nature1 elle a droit notre respect2 mais en tant que ncessit1 elle est notre ennemie4 ,nous devons regarder cette ennemie en face1 mesurer sa force1 pier ses faiblesses1 afin de pouvoir la frapper la premire occasion favorable4 ,en tant que ncessit1 la mcanisation se trouve dsarme1 ds qu'on a mis nu son sens cach4 ,il en est autrement de la mcanisation considre comme forme de la vie matrielle3 comme telle1 elle restera indispensable l'humanit1 tant que le chiffre de la population ne sera pas retomb la norme des millnaires pr-chrtiens4 ,trois de ses fonctions suffisent lui assurer une domination sur la vie terrestre3 la division du travail1 la matrise des masses et celle des forces4 ,on ne peut ni demander ni admettre raisonnablement que l'humanit renonce de son plein gr sa domination sur la nature1 en faveur d'une fausse simplicit1 d'une existence troitement borne1 d'un oubli complet de toute connaissance1 d'un tat artificiellement primitif4 ,rien de plus absurde que l'opinion de ces habitants neurasthniques de grandes villes qui s'imaginent pouvoir chapper la mcanisation et mme rompre son joug1 en se retirant dans une solitude montagneuse et en y menant une vie simple et modeste1 en compagnie de quelques bons livres et d'un luth4 ,c'est que pratiquement la mcanisation est indivisible3 qui en veut une partie1 la veut toute4 ,si vous voulez avoir une hache1 il faut que des milliers de vos semblables fouillent dans les profondeurs de la terre2 pour qu'il y ait du papier1 il faut que des forts entires soient broyes par les mchoires des machines1 et pour qu'une carte postale arrive destination1 les rails qui sillonnent la terre doivent tre secous par la locomotive passant en coup de tonnerre4 ,c'est se rendre coupable d'une imposture involontaire que de vouloir faire un choix au point de vue de la mcanisation4 ,nos modernes bergers d',arcadie auraient beau se dfaire du dernier fil tiss1 du dernier grain de bl cultiv1 de la dernire pice de monnaie1 ils ne trouveraient pas sur la terre le moindre coin o raliser leurs robinsonades raffines4 ,c'est que l'universalit constitue l'essence mme de la mcanisation4 ,grce celle-ci1 le monde se trouve transform en une association force1 en une communaut rigoureuse de production et d'conomie4 ,comme elle est ne spontanment1 et non en vertu d'une volont consciente1 comme le travail et la rpartition n'y sont pas rgls par des lois et des dcrets1 mais sont imposs par la ncessit1 cette extraordinaire communaut de travail apparat l'individu1 non comme un rgime de solidarit1 mais comme un tat de lutte4 ,elle est solidarit1 pour autant que les hommes1 pour se maintenir et pour se conserver1 sont obligs de manifester une activit raisonnable1 chacun s'appuyant sur le bras du voisin2 elle est lutte1 pour autant que chacun ne travaille et ne jouit que dans la mesure o il gagne et conquiert sur les autres4 ,l'organisation mcaniste prsente ainsi un caractre brutalement instinctif et inconscient2 elle chappe de ce fait toute rgle1 et c'est ce qui explique le caractre dsastreux et malheureux de ses consquences4 ,en tant qu'il repose sur une communaut de lutte pour et contre les forces de la nature1 ce phnomne universel n'est ni bon1 ni mauvais3 il est tout simplement ncessaire4 ,les hommes runis peuvent plus qu'un seul1 l'organisation et l'association tant seules capables d'assurer le plus grand rendement des forces vitales4 ,dans toute humanit suffisamment dense et ayant atteint un certain degr de dveloppement intellectuel1 doit apparatre ncessairement1 quel que soit son habitat plantaire1 un phnomne collectif correspondant la mcanisation2 mais il dpendra de la force d'me de cette humanit de se soumettre cette mcanisation comme une volont obscure ou de triompher de sa contrainte4 ,sur notre plante nous la mcanisation a dj rempli une bonne partie de sa mission4 ,sous la forme de la civilisation1 elle a tabli une entente extrieure1 cr la possibilit d'une vie en commun o les heurts se trouvent rduits au minimum et celle d'une construction organique4 ,en imposant certaines formes de production et d'change1 elle a permis d'assurer la population htrogne et en voie d'augmentation continue1 les moyens de se nourrir1 de se vtir et de vivre sous un abri2 et elle a obtenu ce rsultat1 en rendant accessibles les ressources caches du globe terrestre1 en enseignant centraliser la fabrication1 dcentraliser la distribution4 ,sous la forme du capitalisme1 elle a rendu possible l'association des activits humaines et leur convergence vers des buts communs1 dtermins d'avance4 ,en tant qu'organisation politique et civique1 elle a essay d'assurer chaque groupe l'expression de sa volont et de rendre celle-ci perceptible la conscience collective4 ,au moyen de la presse1 elle conduit au centre de perception de la communaut toute impression reue par l'tre collectif4 ,par la politique1 elle s'applique dlimiter la nationalit et tablir la division du travail entre les nations4 ,par la science1 elle favorise les recherches collectives sur les phnomnes de la nature1 et par la technique elle transforme la science en une arme de combat contre les forces de la nature4 ,aucune rgion de la terre ne reste inexplore1 aucune tche matrielle ne reste irralisable2 tout bien terrestre peut tre conquis1 aucune ide ne reste cache1 n'importe quelle entreprise doit tre tente et peut se prtendre ralisable2 bref1 en ce qui concerne la cration matrielle1 l'humanit a atteint la phase d'un organisme parfait qui1 avec ses sens1 ses troncs nerveux1 ses organes de la pense1 ses vaisseaux sanguins et ses instruments de tact1 s'attaque au globe terrestre1 soulve sa crote et aspire ses forces4 ,il n'y a pas d'volution qui s'effectue de l'organique vers l'inorganique4 ,on peut concevoir des formes d'organisation autres que la mcanisation2 mais quelles qu'elles soient1 elles aboutiront1 comme celle-ci1 en vertu mme de leur caractre matriel1 une construction matrielle destine associer les forces humaines en vue de la conqute des forces de la nature2 quelles qu'elles soient1 elles prsenteront pour la vie les mmes dangers et l'accableront des mmes tourments1 tant qu'elles ne seront pas domines par les forces de l'me4 ,on comprend que le monde soit plein d'admiration devant sa premire ralisation de l'unit1 qu'il aille mme jusqu' considrer son difice matriel comme susceptible d'offrir un abri l'esprit1 qu'il mette au service de l'organisation1 ne spontanment1 sa pense et ses connaissances1 ses sentiments et sa volont4 ,et1 cependant1 bien que l'difice soit loin d'tre achev1 on voit dj la conscience se dresser contre lui4 ,elle ne le fait encore que sous une forme grossirement mcanique2 ce sont notamment les dshrits qui s'insurgent et qui veulent dtruire cette organisation matrielle et mcanique1 pour la remplacer par une autre1 galement mcanique et matrielle1 mais qui leur parat plus juste et leur promet davantage4 ,mais les privilgis eux-mmes se sentent opprims4 ,ils se rendent compte de la baisse des valeurs esthtiques et morales2 ils voudraient revenir en arrire et sont prts sacrifier de l'indivisible mcanisation ce qui leur parat comme n'en faisant pas ncessairement partie1 juste ce qu'ils peuvent sacrifier sans lser leurs intrts et sans troubler leur repos4 ,mais on se rend surtout vaguement compte qu'il s'agit d'une injustice1 que personne1 pas mme le plus heureux1 n'chappe une crise intrieure et que des biens suprieurs aux biens sacrifis sont en danger4 ,il ne s'agit encore que d'escarmouches se droulant autour des ouvrages extrieurs1 car on n'a pas encore pleinement compris et reconnu l'essence et la force de la mcanisation dans son ensemble4 ,des questions relatives la conception du monde1 au capitalisme1 la misre1 la technique1 sont agites et discutes sans lien avec le problme central4 ,on manque d'orientation4 ,on prend tour tour pour l'axe de l'humanit la justice1 la culture1 l'quilibre1 l'intrt1 la tradition1 la nationalit1 l'esthtique4 ,c'est en cela que se manifestent la mauvaise conscience de l'poque et sa proccupation intime4 ,mais aprs nous tre occups jusqu'ici des forces constructives de la mcanisation1 nous allons1 dans ce qui va suivre1 mettre sous les yeux du lecteur les forces de dcomposition qu'elle recle dans son sein4 ,i4--,la mcanisation est une organisation matrielle2 cre par une volont matrielle et l'aide de moyens matriels1 elle oriente l'activit terrestre des hommes dans une direction d'o toute spiritualit est absente4 ,personne ne peut se soustraire entirement l'action de cette force de direction et1 au point de vue mcaniste1 l'homme mme le plus idaliste reste un sujet conomique qui1 pour vivre1 doit possder et acqurir4 ,le monde est devenu une maison de commerce1 une intendance1 et chacun porte l'empreinte et la nuance de son poque4 ,on s'imagine l'influence qu'ont d exercer des sicles de contrainte intellectuelle sur l'esprit humain comprim6 ,l're de la division du travail exige la spcialisation4 ,lorsque l'esprit1 enferm dans les rgles et les pratiques de son domaine spcial1 reoit par mille canaux l'image nbuleuse du monde extrieur impitoyablement changeant1 ce qui est petit lui apparat facilement grand et le grand lui donne non moins facilement l'illusion du petit4 ,l'impression s'estompe1 ce qui ne peut que favoriser le jugement superficiel1 irresponsable4 ,l'admiration et l'tonnement ne vont que vers ce qui est nouveau et sensationnel4 ,on ne garde que le critre mesquin1 ayant pour base le nombre et la mesure4 ,la pense devient dimensionnelle4 ,si l'on applique aux choses la mesure1 on ne juge les actes que par le succs qui touffe le sentiment moral1 comme la mesure et le poids touffent le sens de la qualit6 ,c'est dans le jugement rapide que rside la source du succs2 il s'obtient au prix de l'erreur et de l'illusion2 on devient sceptique4 ,on cherche pntrer1 non dans les choses1 mais derrire les choses1 derrire les hommes et les puissances2 on perd toute honntet et toute pudeur4 ,on proclame que savoir1 c'est pouvoir1 que le temps est de l'argent2 et c'est ainsi qu'on sait sans connatre1 qu'on passe son temps sans joie4 ,les choses elles-mmes1 ngliges et mprises1 ne procurent plus aucune joie1 car elles sont devenues des moyens4 ,tout d'ailleurs est moyen3 choses1 hommes1 nature1 ,dieu2 derrire tout cela se dresse1 comme un fantme1 comme un tre irrel1 la chose en soi1 l'objet en soi des aspirations3 le but2 le but qui n'est jamais et ne peut jamais tre atteint1 le but dont on ne possde aucune notion claire1 le but1 vague et complexe reprsentation dans laquelle on discerne un dsir de scurit1 de vie1 de possession1 d'honneur1 de puissance et dont les lments s'vanouissent ou moment mme o on croit les avoir atteints2 le but1 image nbuleuse1 aussi lointaine au moment de la mort que le jour o1 pour la premire fois1 on l'a aperue4 ,en face de ce but1 se dresse menaant1 plus rel1 mais infiniment exagr1 le spectre de la ncessit4 ,tiraill entre ces fantmes et pouss par eux1 l'homme court d'une irralit une autre4 ,c'est l ce qu'il appelle vivre1 agir et crer2 c'est l ce qu'il lgue1 la fois comme bndiction et comme maldiction1 ceux qu'il aime4 ,cet tat de l'esprit mcanis n'est cependant pas autre chose que l'tat primitif des races infrieures1 panoui au milieu du tumulte de la grande ville2 il est la fois le but et l'pouvantail de ceux qui ont cr notre poque4 ,mais il y a l encore quelque chose de plus qu'un atavisme3 ceux qui ont got au breuvage retournent dans l'abme moral o reposent les tres obscurs qui l'ont fabriqu4 ,et c'est ainsi que parvenus au znith mme de la civilisation1 ils tout condamns vivre la vie1 prouver l'tat d'me1 les angoisses et les joies que leurs anctres avaient rservs aux esclaves4 ,cet tat d'me se caractrise par l'ambition et par l'aveuglement4 ,par l'ambition1 laquelle nul but ne suffit1 qui est cependant irrationnelle au point de transformer finalement le travail en fin en soi1 ramasser sur son chemin tout ce qui brille et qui marche vers la tombe1 en tranant derrire soi le poids mort des moyens2 par l'aveuglement pour lequel nul fait n'est assez rel1 aucune connaissance trop secondaire1 qui craint d'approfondir les choses1 qui dpouille le monde de son enveloppe charnelle et de son contenu spirituel1 qui tue ce qu'il y a en lui de mortel et mprise ce qu'il renferme d'immortel4 ,les joies qu'on prouve sont celles des enfants d'esclaves et des femmes de condition infrieure3 possession qui brille et cre l'envie1 amusements et ivresse des sens4 ,la passion de possder engendre une vritable boulimie pathologique3 on veut possder le plus de choses possible1 cependant que le rassasiement et la mode dprcient tous les ans les trsors accumuls et nous obligent les remplacer par des futilits nouvelles4 ,les joies de la grande ville et celles d'une socit qui1 par une inconsciente ironie1 se fait qualifier de meilleure1 sont profondment humiliantes et dgradantes4 ,il est impossible de quitter les lieux o ces gens1 pour nous servir du mot le plus commun du langage vulgaire1 s'amusent1 sans tre pris de doute sur l'avenir de l'humanit2 et celui qui chappe ce doute peut dire qu'il a subi avec succs la plus forte preuve qui puisse branler la confiance dans le monde4 ,griserie1 plaisir et crime ont leur source dans des poisons et des excitants qui exigent une dpense triple de celle que le monde consacre toutes les oeuvres de civilisation4 ,,ii4--,la mcanisation1 qui est une organisation de contrainte1 est attentatoire la libert humaine4 ,ce n'est pas dans les besoins de sa vie que l'individu trouve la mesure de son travail et de ses loisirs1 mais dans une rgle qui lui est extrieure3 la concurrence4 ,il ne suffit pas qu'il cre dans la mesure de ses forces et de ses dsirs3 son travail est estim par comparaison avec celui d'un autre1 avec ce que font d'autres2 le demi-travail1 le travail lent n'a pas plus de valeur que l'oisivet4 ,tout travail1 depuis celui du grand capitaine jusqu' celui du facteur1 depuis le travail du journalier jusqu' celui du financier1 est soumis au systme de l'accord et du record2 on demande chacun autant que peut faire le voisin4 ,l'artisan de jadis perfectionnait son travail force d'amour et d'embellissement2 la mcanisation1 elle1 produit sous l'gide de l'adjudication3 on exige un minimum de qualit et de quantit1 le prix le plus bas est le meilleur1 et l'amour ne trouve aucune rcompense4 ,c'est la lutte entre groupes1 entre nations1 qui tablit la limite de l'effort1 et l'issue de la lutte dpend chaque fois des sommes de forces objectives dpenses1 l'exclusion de toute influence individuelle4 ,l'homme n'est mme pas libre de diriger et de concevoir son activit4 ,qu'il se sente une vocation unique ou des vocations multiples1 l'organisation mcaniste ne l'utilise qu'en vue de la spcialisation4 ,et notre gnration se pliant de bon gr la contrainte1 il s'ensuit que nous avons le voyageur de commerce-n1 l'instituteur-n1 tout comme nous avons l'ingnieur-n et l'entomologiste-n4 ,mieux que cela3 l'organisation mcaniste fournit le nombre et le choix de types1 en raison directe des besoins4 ,tout recul entrane un chtiment3 si l'on voit surgir de temps autre un homme de la vieille trempe des guerriers1 des aventuriers1 des artisans1 des prophtes1 on ne tarde pas l'exclure de la communaut1 le mettre au ban de la socit et le charger des besognes les plus basses1 les plus indiffrencies4 ,mais la contrainte ne s'arrte pas l4 ,elle drobe l'homme jusqu'au sentiment de la responsabilit envers lui-mme4 ,la force organisatrice1 qui est l'essence mme de la mcanisation1 s'exerce jusqu' ce que chacune des parties de celle-ci1 chaque ensemble de parties1 soient devenues des organismes leur tour3 c'est ainsi que dans la nature chaque lment1 quelque grand ou petit qu'il soit1 forme un organe et que l'ensemble des organes forme un tout continu4 ,associations1 unions1 firmes1 socits1 bureaucratie1 organisations professionnelles1 politiques1 religieuses unissent et sparent les hommes dans un enchevtrement inextricable2 personne n'existe pour lui-mme1 chacun est subordonn d'autres1 responsable devant d'autres4 ,cet tat1 propre lever l'me par la grandeur de sa conception1 tant qu'il s'agit d'une organisation qui n'est pas l'oeuvre de l'homme1 devient une odieuse soumission dans ces immenses rgions obscures o le sentiment de la responsabilit consciente est remplac par l'intrt servile4 ,l'artisan de l'ancienne guilde vivait1 lui aussi1 dans un tat de dpendance1 mais sa dpendance1 visible1 sans quivoque1 n'tait pas celle d'un employ de magasin de nos jours1 puisqu'elle tait associe au sentiment de libert intrieure4 ,la dpendance mcaniste1 elle1 est recouverte d'une apparence de libert extrieure2 le mcontent peut exiger le respect de la forme extrieure1 il peut protester1 abandonner le travail1 s'en aller1 migrer1 mais tout cela ne l'empche pas de se retrouver dans la mme situation au bout de quelques semaines1 les noms1 les personnes et les localits ayant seuls chang4 ,l'anonymat de la contrainte opre par sa magie ce que les despotismes et les oligarchies de jadis n'ont pas russi raliser1 malgr leurs janissaires et leurs espions3 l'ternisation de la dpendance4 ,mais la contrainte individuelle serait encore un mal supportable1 sans le phnomne massif qui la recouvre4 ,la mcanisation1 en tant qu'organisation massive1 a besoin des forces humaines1 non l'tat individuel1 mais runies de faon former de vastes ensembles4 ,les multitudes qui ont construit les pyramides des ,pharaons ne suffiraient pas fabriquer tous les outils dont un pays a besoin mme pour une seule journe2 les armes de ,napolon ne suffiraient pas fournir le contingent d'une seule circonscription minire4 ,des populations entires doivent se tenir prtes se grouper et se regrouper sans cesse en armes dont la destination varie l'infini4 ,des millions de chevaux-vapeurs exigent des millions d'hommes-centaures4 ,ce n'est pas en vertu d'une ncessit inhrente au principe de la mcanisation1 mais c'est grce des circonstances secondaires accompagnant le dveloppement et juges commodes1 que la division1 invitable en elle-mme1 entre le travail intellectuel et le travail physique est devenue ternelle et hrditaire2 il en est rsult la division de chaque pays civilis en deux peuples qui1 apparents par le sang et cependant spars pour toujours1 se trouvent1 l'un par rapport l'autre1 dans la mme attitude que jadis les couches suprieures et les couches infrieures dont la sparation avait du moins pour excuse la diversit d'origines4 ,ces deux peuples sont spars et domins par la contrainte4 ,le suprieur ne peut pas descendre1 sans perdre son rang social et sa conscience sociale1 sans renoncer son ambiance accoutume1 aux biens de jouissance et de culture que lui confre sa supriorit2 et1 inversement1 un membre des couches infrieures ne peut pas monter1 s'il ne possde pas1 par un hasard heureux1 un certain capital ou un certain degr d'instruction pour point de dpart4 ,or1 abstraction faite des cas d'migration1 les hasards pareils sont tellement rares qu'on trouve peine un descendant de proltaires parmi les milliers de fonctionnaires dont disposent nos entrepreneurs4 ,cette sparation force est d'une duret inoue pour le peuple infrieur4 ,ilotisme1 esclavage1 servage taient des formes de dpendance fondes sur les conditions de l'conomie rurale4 ,le travail1 plus dur et moins rmunrateur que celui du travailleur libre1 tait cependant de mme nature3 il s'accomplissait dans le dcor agrable de la vie rurale qui attnuait les rigueurs de la surveillance et la misrable insignifiance de la rcompense4 ,le travail du proltaire de nos jours prsente1 si l'on veut1 les avantages de la dpendance anonyme2 le proltaire ne reoit pas des ordres1 mais des indications2 il obit1 non un matre1 mais un suprieur hirarchique2 il ne sert pas1 mais s'acquitte d'une obligation librement accepte2 ses droits humains sont les mmes que ceux de ses employeurs2 il est libre de changer de rsidence et de situation2 la puissance qui se trouve au-dessus de lui n'a rien de personnel1 car alors mme qu'elle se prsente sous l'aspect d'un employeur individuel ou d'une firme1 il s'agit toujours en ralit de la puissance de la socit bourgeoise4 ,et1 cependant1 de quelque manire qu'il l'arrange dans les limites de cette libert apparente1 la vie du proltaire s'coule triste et uniforme1 les jours se suivent et se ressemblent1 et cela pendant des gnrations infinies4 ,celui qui a t absorb1 ne serait-ce que pendant deux mois1 de sept heures midi et de une heure six heures1 par une besogne exclusive de tout effort intellectuel1 dans la seule attente du coup de sirne librateur1 sait le degr de renoncement que comporte une vie de travail automatique2 au lieu de chercher justifier cette vie l'aide d'arguments religieux ou profanes1 au lieu de chercher la prsenter comme une source de satisfactions1 il verra plutt dans toute tentative de ce genre un acte dict par la convoitise goste4 ,mais celui qui se rend compte que cette vie n'a pas de fin1 que le proltaire1 en mourant1 lgue ses enfants et aux enfants de ses enfants le mme sort1 sans pouvoir leur fournir ou indiquer aucun moyen de s'en vader1 celui-l prouve un sentiment de faute et d'angoisse4 ,nous faisons appel l'intervention de l'tat1 lorsque nous voyons maltraiter un cheval de fiacre1 mais nous trouvons juste et conforme l'ordre des choses qu'un peuple soit condamn pendant des sicles tre l'esclave d'un peuple frre1 et nous nous indignons1 lorsque nous voyons ces malheureux hsiter approuver par un bulletin de vote le maintien d'un pareil rgime4 ,le dogme plat du socialisme est un produit de cette mentalit bourgeoise4 ,que ce dogme soit devenu l'appui le plus puissant du trne1 de l'autel et de la bourgeoisie1 c'tait l une ncessit la fois profonde et paradoxale4 ,le spectre de l'expropriation n'a servi en effet qu' effrayer le libralisme qui1 renonant toute pense libre1 s'est mis sous la protection des forces de conservation4 ,dans les classes dominantes1 la sparation force1 impose par la mcanisation1 sans tre une source de misre1 n'en reprsente pas moins un danger4 ,c'est une loi de la nature que tout organisme1 plus ou moins pargn par la lutte pour l'existence1 tombe1 aprs une phase d'heureux panouissement1 dans un tat d'affaiblissement et de rgression4 ,les peuples victimes de ce sort devenaient jadis la proie de conqurants qui leur imposaient le contact rgnrateur et salutaire avec la terre2 mais de nos jours la race des conqurants est puise1 et une interversion des couches sociales aurait pour effet de renouveler le mme jeu avec les rles intervertis1 et non avec des forces nouvelles1 pour l'amener au mme rsultat dplorable4 ,chez ces classes privilgies1 l'absence de tout travail physique se complique d'une constante tension intellectuelle1 qui est pour nos grandes villes une cause de strilit physique et morale et prpare notre ,occident une crise de la population4 ,lorsqu'on embrasse d'un coup d'oeil d'ensemble ce phnomne de stratification force dont nous voyons la cause dans la tendance irrsistible de la mcanisation l'organisation et la division du travail1 on constate une fois de plus qu'il s'agit somme toute d'un retour l'tat de nos anctres obscurs4 ,nous n'avons pas renonc dfinitivement au primitif esclavage et nous avons russi1 malgr le christianisme et la civilisation occidentale1 tendre sur les peuples un rgime de sujtion qui1 sans aucune contrainte lgale1 sans pouvoir personnel visible1 grce au simple jeu de processus organiques libres en apparence1 condamne certaines couches sociales1 par rapport d'autres1 une dpendance rigide et hrditaire1 bien qu'anonyme4 ,,iii4--,la mcanisation n'est ni le rsultat d'une convention libre et consciente1 ni le produit de la volont moralement claire de l'humanit2 elle est ne automatiquement1 voire imperceptiblement1 des lois dmographiques de l'univers4 ,malgr sa structure trs rationnelle et casuistique1 elle constitue un processus involontaire qui la rapproche des processus aveugles de la nature4 ,moralement fonde sur l'quilibre des forces1 sur la lutte et la dfense individuelles1 comme la vie des hommes primitifs tait fonde sur l'quilibre vital qui rgnait dans les forts1 elle rpand dans le monde une mentalit qui1 remontant au-del des premiers efforts du ,christianisme1 au-del de la morale politique et thocratique de la civilisation mditerranenne et se recouvrant du manteau et du masque de la civilisation moderne1 nous ramne la phase de l'humanit primitive2 car cette mentalit a elle-mme pour base la lutte et l'hostilit4 ,le coeur humain a trop besoin d'une atmosphre chaude1 d'une atmosphre d'amour et de sympathie1 pour laisser la haine s'pandre comme une flamme vive et dvorante2 mais plus la gnration soumise la mcanisation est rude et endurcie1 et plus la flamme sournoise1 qui ne trouve pas d'issue1 use les rouages intrieurs4 ,l'homme d'autrefois faisait passer toute sa force et tout son amour dans ses oeuvres4 ,il tait l pour la chose qui sollicitait son travail4 ,ses semblables vivaient en dehors de lui1 et il n'avait besoin d'eux que de temps autre1 pour l'change de produits1 pour la dpense commune ou le service commun4 ,les siens1 qu'il avait la charge de protger1 formaient autour de lui un premier cercle2 puis venaient1 formant un cercle plus large1 les amis auxquels il avait jur fidlit2 enfin1 une distance plus grande encore1 il tait entour par les ennemis qu'il avait combattre4 ,l'homme de nos jours ne vit plus pour une chose2 ce qu'il convoite1 c'est le bien neutre de la possession2 ce qui le guide1 c'est l'ide abstraite d'une sphre de puissance relative1 mais extensible volont2 ce qui donne un contenu sa vie1 ce n'est pas la chose1 laquelle se trouve transforme en simple moyen1 mais la carrire parcourir4 ,cette carrire1 il est prt la poursuivre1 sans tenir compte des murailles humaines qu'il peut trouver sur son chemin4 ,de quelque ct qu'il regarde1 quelque place qu'il se trouve1 il aperoit d'autres hommes qui sont ses ennemis4 ,pour faire des brches dans ces murailles vivantes1 il se sert de ses compagnons et de ses clients qui le suivent1 non par amour1 mais par intrt1 car dans ce rgime chacun est pour l'autre un moyen qu'on abandonne1 ds qu'il cesse d'tre utile4 ,pour le producteur1 le voisin est un concurrent1 donc un ennemi2 ou un acheteur1 donc un moyen2 ou un fournisseur1 donc encore un ennemi2 ou un associ1 donc encore un moyen4 ,s'il approche quelqu'un1 c'est parce qu'il lui veut quelque chose2 si d'autres l'approchent1 c'est encore parce qu'ils esprent quelque chose de lui2 des deux cts1 on est sur ses gardes2 des deux cts1 on observe une attitude de mfiance hostile4 ,c'est pourquoi chacun trouve qu'il est la fois dangereux et inconvenant de faire appel au ct humain de l'tranger2 il est d'usage de le traiter comme un tre sans consistance jusqu' ce que la timide convention d'une dsignation nominative lui ait assur1 conformment aux coutumes du pays1 la protection d'un froid respect4 ,le rveur philanthrope1 qui veut s'lever au-dessus de la forme1 est cout lorsqu'il n'a rien d'autre offrir4 ,lorsque1 au contraire1 il peut offrir quelque chose de dsirable1 il se voit aussitt1 en reconnaissance de sa confiance1 rabaiss l'tat de moyen4 ,il partage1 en toute justice1 le sort de ceux qui veulent transformer un ordre de choses gnral l'aide d'expriences isoles1 au lieu de chercher agir sur la mentalit et la conscience4 ,c'est pourquoi les hommes sont si ports s'accuser mutuellement1 s'accabler de reproches rciproques2 c'est pourquoi ils se vantent tant de leurs mauvaises expriences et se proclament pessimistes la suite de leur prtendue connaissance des hommes4 ,ils ne se rendent pas compte qu'en amusant les autres1 ils se condamnent eux-mmes4 ,c'est que l'inimiti et la bassesse ne sont pas inhrentes la nature humaine3 le coeur de l'homme est tendre comme sa peau nue1 il est accessible aux motions1 la douleur1 l'affection4 ,ce qui endurcit ce coeur1 c'est la dtresse1 c'est le fouet d'esclave de la mcanisation1 fouet qui ne reste jamais inactif et dont le sifflement signifie faim1 mpris1 privation de droits1 douleur et mort4 ,certes1 la dtresse en elle-mme1 loin d'tre terrible1 ouvre le chemin du salut4 ,mais elle ne l'ouvre qu' l'homme ayant la foi4 ,quant la mcanisation1 elle a t assez prvoyante pour dpouiller l'homme de sa foi1 moyennant un peu de connaissance et de magie4 ,l'inimiti d'homme homme s'tend et devient inimiti de groupe groupe1 de tribu tribu1 de peuple peuple4 ,l'homme est devenu un tre dont l'intrt est le seul mobile4 ,une pauvre thorie vient lui promettre l'affranchissement de toutes ses souffrances4 ,il forme avec d'autres une association qu'on dnomme parti ou reprsentation d'intrts2 les membres de ce parti ou de cette reprsentation d'intrts gnralisent leurs revendications1 les transforment en un idal positif et sont tonns de voir ceux qui sont guids par des intrts opposs ne pas adhrer leur idal4 notre poque1 si fconde en combinaisons de toutes sortes1 rien n'est plus difficile trouver qu'un homme dont la conviction et l'idal ne se confondent pas avec son intrt4 ,cette triste exprience a conduit beaucoup de penseurs srieux voir dans une conception du monde1 dans une conviction transcendante1 non une forme de la connaissance et un reflet de l'ternel1 mais bien plutt une transposition d'un caractre ou d'un intrt1 un symptme plus ou moins morbide1 une singularit idiosyncrasique4 ,telle est la confiance dans la nature positive des intrts1 dans la toute-puissance de l'intellect1 dans les attaches uniquement et exclusivement terrestres du sentiment4 ,mais en vertu1 au nom de quel intrt la mcanisation pousse-t-elle ses victimes1 travers la ncessit et la dtresse1 l'inimiti et la lutte1 fournir le rendement maximum8 ,ne s'aperoit-elle donc pas que tout ce qu'il y a de plus grand au monde a t l'oeuvre de l'amour et de la solidarit fraternelle8 ,ne sait-elle donc pas que si la ncessit brise le fer1 la foi dplace les montagnes8 ,il se peut qu'elle sache tout cela1 mais1 semblable ,satan1 elle est frappe d'impuissance1 lorsqu'elle se trouve sur les hauteurs4 ,elle s'est engage nourrir l'humanit indfiniment multiplie1 pourvoir son entretien1 l'enrichir1 et elle remplit son engagement4 ,les moyens dont elle se sert sont artificieux et ingnieux1 mais vulgaires1 car elle est elle-mme fille d'une vulgaire ncessit4 ,elle abaisse l'homme noble et lve sa propre hauteur l'homme infrieur3 c'est tout ce qu'elle peut4 ,elle connat bien les matriaux avec lesquels elle travaille2 elle a supprim la foi1 elle n'a aucune confiance dans la bonne volont et elle ralise ses fins en faisant appel uniquement la dtresse et la misre4 ,l o l'mulation ne suffit pas1 elle engendre la concurrence2 l o l'aide fraternelle faiblit1 elle provoque la lutte et1 lorsque la solidarit nationale fait dfaut1 elle cre la division en classes4 ,et dans ces moyens encore on saisit le vieil atavisme de la jalousie1 de la haine1 de l'angoisse et des passions1 atavisme dont la mcanisation elle-mme ne constitue qu'un aspect4 ,elle se souvient encore de ses origines1 lorsqu'elle perscute les hommes qui ne sont pas faits son image4 ,l'homme l'imagination libre1 le rveur du divin1 l'ami dvou des choses et des cratures1 l'amoureux qui ne se soucie pas du lendemain et ignore la crainte ne sont ses yeux que des esclaves paresseux et perdus dans leurs rves4 ,elle supporte pendant quelque temps leur prsence derrire la charrue1 sur le front1 sur des mers lointaines et1 tout en les supportant1 elle songe dj remplacer leurs outils par des machines1 et eux-mmes par des hommes plus entendus4 ,l'ami des hommes qui croit1 selon la parole de l'criture1 que l'me est lie au sang1 est pris de dsespoir en voyant le meilleur de son sang s'couler en pure perte4 ,mais celui qui croit que l'esprit rgne sur le sang1 que les pierres d',abraham et de ,deucalion peuvent devenir des germes de gnrations futures1 celui-l verra dans le sang qui s'coule le sacrifice destin librer l'esprit des liens de la mcanisation4 ,nous savons que tous les biens de la terre ne sont que choses brutes et amorphes1 ni bonnes ni mauvaises1 ni dignes ni indignes1 tant qu'on ne les a pas rgnres en leur infusant une seconde nature4 ,la bont qui nat de l'habitude et de dispositions amicales n'est pas de la bont1 si elle n'a pas t rgnre par la force manant du coeur2 la nature qui n'a pas t reproduite par un oeil inspir n'est pas la vraie nature2 le chef-d'oeuvre acquiert toute sa libert1 lorsqu'il a t transform par l'art en une oeuvre de la nature2 l'homme lui-mme1 s'il n'a pas t purifi par la chute1 le repentir et l'ascension1 peut tre considr comme n'tant pas n pour la vie de l'me4 ,la mcanisation ne connat pas encore la rgnration par la conscience et la volont libre1 en vue d'une vie de devoir et d'amour2 elle est encore une force de la nature et une arme de guerre1 semblable en cela au rgime de la dfense personnelle qui a prcd la naissance de la loi ou au mode d'existence qui a prcd la reconnaissance de la proprit4 ,et1 cependant1 la mcanisation n'est pas inaccessible la spiritualisation morale2 son produit le plus noble et le plus lev1 l'tat1 a reu ds les temps prhistoriques1 grce cette spiritualisation1 un caractre sacr sans lequel il n'aurait jamais pu s'acquitter de sa mission4 ,certes1 les innombrables attributs de l'tat proviennent de sources plus honorables que la mcanisation3 amour du pays1 attachement au clan1 communaut nationale de biens culturels et d'vnements vcus1 solidarit cre par les motions religieuses et thocratiques1 tout a contribu imprimer l'tat un caractre supra-naturel4 ,mais ce qui est dcisif pour une institution1 c'est moins son origine que sa ncessit immanente2 c'est la conscience que l'institution consacre est suprieure aux besoins individuels1 que l'homme a t cr1 non pour jouir d'un bonheur terrestre1 mais pour accomplir une mission divine1 que la communaut humaine n'est pas une association de fins1 mais une patrie de l'me4 ,cette intuition inexprime1 qui communique une aurole de divinit l'tat mme imparfait1 doit un jour s'tendre toutes les formes et tous les actes de la vie matrielle et finir par pntrer la mcanisation elle-mme4 ,dans la science et dans l'art1 dans l'activit militaire et dans l'activit politique1 on s'est toujours rendu compte que nulle oeuvre n'existe pour elle-mme1 qu'aucune n'est l'abri de la responsabilit1 mais que chacun1 dans ce qu'il fait et dit1 a des comptes rendre aussi bien lui-mme qu'au monde1 qu'une chane forge de devoirs et de ncessits rattache les unes aux autres toutes les crations humaines1 que l'isolement et l'arbitraire sont marqus par la honte de l'gosme et de l'esclavage physique4 ,mais nous devons aussi nous rendre compte que toutes nos activits matrielles et tout ce qui leur sert contribuent difier l'organisme terrestre et supra-terrestre de l'humanit1 que chacun de nos pas1 le moindre mouvement de nos mains1 chacune de nos penses et chacun de nos sons dessinent les noyaux et les cellules de cet organisme1 qu'en vertu d'une responsabilit et d'une reconnaissance divines la chose de chacun devient la chose de tous1 et la chose de tous la chose de chacun1 qu'il n'est pas de malheur et de crime dont nous ne soyons responsables1 qu'il n'est pas possible d'acqurir et d'exercer un droit1 un devoir1 un bonheur et une puissance1 sans tenir compte du sort de tous4 ,le jour o la mcanisation sera pntre de ce principe1 elle cessera d'tre un tat d'quilibre empirique4 ,elle formera alors un organisme dans l'ensemble de la cration1 son coeur communiera avec celui de la divinit et y puisera les joies ncessaires1 et la vie plantaire prsentera le tableau d'une parfaite thocratie organique4 ,envisageons sans crainte l'tendue du phnomne de la mcanisation4 ,le rgime mcanis remplit d'une faon satisfaisante son rle1 qui consiste nourrir et conserver l'humanit en voie de multiplication4 ,il nous a mis en contact troit avec les forces de la nature1 avec le domaine de la connaissance sensible4 ,au point de vue de la pense utilitaire1 de l'accumulation et de la distribution des forces1 des progrs insouponns ont t accomplis4 ,c'est encore la mcanisation qui nous a permis de mobiliser les masses et les esprits4 ,mais le mauvais ct de la mcanisation se manifeste l o la force brutale1 dpourvue de toute spiritualit1 s'empare de la vie1 l o le mouvement violemment dchan s'affranchit de tout lien et1 chappant toute responsabilit1 poursuit sa course1 en faisant de l'homme et de son espce1 c'est--dire du matre du rouage1 l'esclave de sa propre oeuvre4 ,manque de libert1 peine dpourvue de sens1 hostilit1 dtresse et mort spirituelle3 telles sont les consquences de cet tat de choses4 ,mais il est donn l'homme de pouvoir se ressaisir et projeter sur le trouble et sur la confusion la lumire de son intuition supra-sensible4 ,il n'abandonnera pas la mcanisation1 en tant qu'organisation matrielle1 jusqu' ce que de nouveaux vnements et de nouvelles connaissances lui aient appris matriser les forces de la nature autrement que par la recherche et le travail organiss4 ,mais quant la mcanisation1 considre comme matresse spirituelle de l'existence1 il la combattra et pourra la supprimer le jour o il se sera aperu que la vie pratique n'est pas une fin1 mais un moyen1 le jour o1 pour travailler1 il n'aura plus besoin de l'aiguillon de la ncessit et du salaire gagn la sueur de son front1 le jour o il prfrera donner de plein gr ce qui lui est arrach aujourd'hui par la contrainte et sacrifier au bien de l'humanit ce qu'il y a de plus mesquin dans son bonheur particulier o il entre si peu de noblesse4 ,ce rsultat peut tre obtenu par une transformation de l'esprit1 et non par une rvolution mcanique4 ,pour nous en convaincre1 nous n'avons qu' laisser de ct1 une fois de plus1 la mcanisation comme phnomne1 pour l'envisager du dedans1 en tant que rvolution spirituelle4 ,elle nous apparat alors comme une pousse irrsistible de l'tre humain vers la sphre de l'intellect2 par le nombre incalculable de ses facteurs1 par l'acuit1 la persvrance1 l'orientation exacte1 la ramification et la combinaison de ses organes1 celui-ci maintient en mouvement une quantit norme de forces spirituelles infrieures qui suffit imposer un tat d'quilibre aux forces aveugles de la nature2 et le premier mouvement de reconnaissance du monde ainsi favoris s'exprime dans la conviction que c'est aux forces inpuisables de l'intellect qu'il doit son bonheur et sa libert4 ,mais peu peu le dveloppement de la pense a conduit ce jugement critique que l'intellect sert coordonner les notions1 mais qu'il n'est pas un instrument de connaissance2 et ce jugement conduit1 son tour1 reconnatre que le devoir suprme des forces spirituelles infrieures consiste consentir leur propre limitation et annulation1 renoncer toute direction et domination4 ,le terrain se trouve alors prpar recevoir la pure semence qui ds les origines de la vie gisait latente dans les obscures profondeurs du coeur humain4 ,c'est l'me qui vient alors occuper le premier plan4 ,si nous sommes aujourd'hui mme de deviner son image1 de nous abandonner ses forces1 c'est aux ncessits nes de l'poque intellectuelle que nous le devons4 ,aprs avoir donn ce fruit1 cette poque peut mourir1 ce qui ne veut pas dire que l'humanit doive renoncer l'avenir son droit de penser et de crer4 ,ce droit1 elle va continuer l'exercer et l'affermir1 sans toutefois jamais perdre de vue qu'il s'agit de forces infrieures1 destines servir de moyen et qu'elle doit diriger dans un profond sentiment de responsabilit1 puisqu'en les dirigeant elle remplit une mission divine4 ,quand les premiers rayons de l'me auront touch le monde intellectuel et sa ralisation terrestre1 c'est--dire l'organisation mcanistique1 quels sont les points rigides de celle-ci qui entreront les premiers en fusion8 ,cela importe peu1 car ce n'est pas la rencontre d'vnements secondaires1 mais la proximit solaire de l'intuition transcendante qui amnera le printemps4 ,telle est la tche modeste que se propose la partie constructive de notre expos4 ,nous nous proposons1 en effet1 non de donner une numration complte de ce qu'il faut faire1 en suivant l'ordre de succession dans le temps1 mais d'indiquer les formes de ralisation pragmatique de l'ide1 d'aprs laquelle on peut1 en confiant l'me la direction de la vie et en spiritualisant l'organisation mcaniste1 transformer le jeu aveugle des forces en un cosmos libre1 conscient et digne de l'homme auquel il sert d'abri4 99 99 99 ,encore voile et innomme1 la tche plane au-dessus de nos ttes4 ,nous avons explor l'tat du monde qui nous entoure2 nous avons reconnu le chemin qui mne la libert1 et l'toile que nous suivons nous guide vers la rgion de l'me4 ,nous devons maintenant examiner la forme pragmatique que la pense transcendante revt dans la ralit matrielle2 la tche mtaphysique doit nous rvler son image physique4 ,mais1 au pralable1 quelques mots encore sur les institutions et les projets purement matriels4 ,i4--,quel bnfice retire notre vie intrieure des conditions et des formes de la vie et de leurs changements en gnral8 ,d'aprs la conception matrialiste1 l'homme devrait tout ses tats et aux circonstances2 le sang1 l'air et la terre1 la situation et la possession dtermineraient l'homme d'une faon tellement complte qu' chaque changement des conditions extrieures correspondrait un changement quivalent de l'tat intrieur4 ,cette ide errone forme le pilier le plus solide du matrialisme qui en voit la confirmation d'un bout l'autre de l'histoire4 ,ne sont-ce pas les modifications de la crote terrestre qui ont provoqu l'volution des tres vivants8 ,les migrations et dplacements des peuples ne sont-ils pas dtermins par des lois physiques8 ,la nature et les destines des nations ne s'expliquent-elles pas par leurs origines1 par le pays et le milieu extrieur8 ,l'individu lui-mme n'est-il pas une cration de ses anctres et des circonstances de sa vie8 ,sans doute1 les centres de la plus haute culture concident toujours avec ceux de puissance1 de densit de la population1 de richesse1 et n'est-il pas vrai que la solitude1 la pauvret1 la misre ces sources sacres d'lvation morale1 n'ont jamais cr chez un peuple arts et ides8 ,l',hellade1 ,rome1 ,venise1 la ,hollande1 l',angleterre doivent leur puissance la mer2 l',allemagne est devenue forte1 grce la qualit de son sang2 la ,france1 grce son sol2 l',amrique1 grce sa situation gographique4 ,tout cela semble vrai4 ,mais si nous approfondissons cette thorie l'aide de ses propres moyens1 nous la voyons aussitt perdre de son assurance4 ,quelle fut donc la force qui1 chaque catastrophe gologique1 avait pouss en avant les tres vivants8 ,fut-ce la volont de vivre8 ,elle n'aurait pas suffi1 elle seule1 crer des nageoires1 faire pousser des ailes1 apprendre parler et penser4 ,fut-ce le sang8 ,celui-ci1 son tour1 n'a pu acqurir sa noblesse que grce l'intervention de cette mystrieuse volont3 l'anctre de l',aryen tait une misrable crature1 bien infrieure au ,mongol et au ,ngre4 ,fut-ce le sol8 ,mais ce sol1 chacun tait libre de l'occuper1 et ce fut le plus fort et le plus intelligent qui s'en est empar4 ,nous retrouvons donc l'action de la force et du sang1 et nous sommes obligs d attribuer au hasard la supriorit qui a pu se manifester sous le rapport de l'une et de l'autre4 ,mais assez de ces arguments4 ,ils prsupposent ce qu'ils doivent dmontrer1 savoir que le corps est suprieur l'esprit1 que la matire forme l'esprit4 ,si nous croyons que nous sommes avant tout des tres de chair1 nous devons nous attacher avant tout adoucir et flatter la vie2 alors la lutte pour ,dieu et pour notre me devient une oeuvre vaine1 et la raison est du ct de ceux qui prtendent que les choses ne valent que par leur utilit4 ,mais si nous croyons que c'est l'esprit qui forme son corps1 que c'est la volont dirige vers le haut qui mne le monde1 que l'tincelle de la divinit est enferme en chacun de nous1 alors l'homme lui-mme1 sa destine et son monde apparaissent comme l'oeuvre de l'homme4 ,alors le peuple marin n'est pas celui qui a reu la mer en partage1 mais celui qui a voulu la mer2 le peuple tabli sur un sol fcond n'est pas celui qui a fait une heureuse trouvaille1 mais un peuple de conqurants2 et le peuple qui a atteint une densit favorable la culture n'est pas une horde pullulante1 mais une race qui veut avoir une postrit et assurer cette postrit un pays habitable4 ,alors1 enfin1 le sang noble n'est pas un simple hasard de la nature1 mais le rsultat d'une slection exerce par un esprit qui cherche raliser sa propre perfection4 ,il ne s'agit donc pas d'opposer une question une autre4 ,il ne s'agit pas de demander notamment3 pourquoi devons-nous estimer et cultiver les formes et les biens de la vie1 puisque ce n'est pas ces formes et biens1 mais au calme et la mditation que nous devons nos acquisitions les plus leves8 ,la vie terrestre fournit l'esprit le milieu et les armes qui lui permettent de lutter pour son droit1 son existence et son avenir2 si l'esprit est bon pour la lutte invisible1 il doit l'tre aussi pour le combat visible4 ,la crature noble cre sa beaut1 la crature saine son bonheur1 la crature forte sa puissance4 ,et ces biens sont crs1 non pour eux-mmes1 mais en tant que revtement terrestre de l'existence spirituelle2 non par la cupidit et la convoitise1 mais d'une faon dsintresse et spontane4 ,et si le porteur est le matre de son arme1 l'arme ragit son tour sur le porteur2 le peuple qui a eu la force de devenir beau1 trouve dans sa beaut une nouvelle source de noblesse intrieure4 ,certes1 au pauvre et l'humili les portes du royaume de l'esprit sont doublement ouvertes2 mais sa volont de les chercher se trouve stimule1 lorsqu'un peuple noble lui prte un peu de sa force et de son ardeur4 tre volontairement pauvre parmi les riches est vangliquement beau2 mais un mendiant au milieu d'un peuple de mendiants ne forme aucun contraste et ne fait preuve d'aucun mrite spcifiquement moral4 ,l'individu forme un but final2 en lui finit la srie des crations visibles et commence la srie de l'me4 ,lorsque la force de l'me est veille en lui1 il n'a plus besoin de privilges et avantages terrestres4 ,la pauvret1 la maladie1 la solitude doivent le servir et le bnir4 ,mais le peuple est sa propre mre qui survit tous ses enfants dans l'existence terrestre1 et il a besoin de beaut1 de sant et de force pour sa mission d'ternel enfantement4 ,ici se rsout la contradiction3 pourquoi ne devons-nous rien dsirer pour nous-mmes1 alors que nous devons songer au prochain qui1 son tour1 ne doit rien dsirer pour lui-mme8 ,les plus proches et les plus loigns sont la fois nos mres et nos frres tous2 et notre vie individuelle est de peu de prix1 lorsqu'il s'agit d'assurer l'accomplissement de leur mission1 qui consiste vivre et enfanter4 ,c'est pourquoi il n'est ni indigne ni matriellement contradictoire de souhaiter pour la communaut et de lui abandonner les biens et les forces qu'on ddaigne pour soi-mme4 ,,ii4--,la deuxime question pralable est celle-ci3 par quelles raisons se justifient des projets visant amliorer le sort de l'humanit8 ,quelle est la force de persuasion qui leur est inhrente et quelle est celle que nous devons exiger d'eux8 ,nous avons dit que la science doit renoncer au droit de poser des fins4 ,mais pour toute pense cratrice1 ce qui est dcisif1 c'est la fin1 et non le moyen2 et la question est plus difficile que la rponse4 ,encore est-il plus facile de la trouver que de la chercher4 ,c'est qu'ici la force de l'intellect ne nous est d'aucun secours3 l'intellect peut en effet runir une srie de misres et d'injustices et dire3 ceci ne devrait pas exister 7bien qu'il soit incapable de faire une distinction entre l'preuve et la misre1 entre la ncessit bienfaisante et la ncessit malfaisante71 mais il ne peut jamais dire3 ceci est le bien suprme de l'humanit1 le bien que nous devons conqurir4 ,car tout notre vouloir1 dans la mesure o il n'est pas de nature animale1 jaillit des sources de l'me1 et tous ceux qui s'inclinent sans rserves devant la pense intellectuelle1 on ne devrait pas se lasser de rpter que c'est le vouloir qui forme la partie la plus leve et la plus noble de la vie4 ,mais le vouloir se rduit l'amour et la prfrence qui chappent toute dmonstration2 il est la partie spirituelle de notre existence1 et ct de lui se tient1 tel un caissier de thtre l'entre de la scne du monde1 l'intellect froid qui compte1 mesure et soupse4 ,tout ce que nous crons nat d'une tendance profonde et inconsciente2 ce que nous aimons1 nous aspirons avec une force divine2 ce qui nous proccupe1 appartient au monde inconnu de l'avenir2 ce quoi nous croyons1 vit dans le royaume de l',infini4 ,rien de tout cela ne peut tre dmontr et1 cependant1 chaque acte de notre vie1 digne de ce nom1 s'accomplit au nom de cet ,inexprimable4 ,que faisons-nous du matin au soir8 ,nous vivons pour ce que nous voulons4 ,et que voulons-nous8 ,ce que nous ne connaissons ni ne savons1 mais en quoi nous avons une foi inbranlable4 ,cette foi a une vidence plus forte que celle que lui prterait la dmonstration intellectuelle4 ,le premier chicaneur venu peut rfuter ce que ,platon1 le ,christ et saint ,paul ont avanc sans preuves1 et cependant ce que ,platon1 le ,christ et saint ,paul ont dit ne mourra jamais1 et chacune de leurs paroles a suscit une vie plus conforme la vrit et plus de foi que n'importe quelle thorie physique1 historique ou sociale4 ,la gomtrie euclidienne elle-mme ne rsisterait pas l'preuve1 si nous voulions la soumettre la dmonstration au sens le plus rigoureux du mot4 ,mais puisqu'un profond sentiment de vrit ne cesse d'animer le monde1 quel est donc le signe de la vrit vivante8 ,c'est la force avec laquelle elle fait appel notre coeur4 ,chaque parole sincre possde une force de rsonance1 et chaque pense qui est ne1 non dans le labyrinthe de l'entendement dialectique1 mais dans le milieu chaud de la sensation1 engendre vie et foi4 ,c'est pourquoi toute dmonstration1 n'est que persuasion1 mensonge fait de bonne foi4 ,lorsqu'un homme se croit appel rvler au monde une vrit1 non parce qu'il la pense1 mais parce qu'il la voit et la vit1 parce que le monde qu'il sent s'agiter dans son esprit est pour lui plus rel que le monde qu'il voit avec ses yeux1 alors il peut parler4 ,s'il est un gar1 sa poussire servira du moins aplanir le chemin de ceux qui viendront aprs lui1 pousss par la vrit4 ,mais s'il lui est donn de prononcer ne ft-ce qu'un seul mot porteur de vie1 ce mot1 lanc dans le monde tel quel et mme sans dfense1 fera une moisson d'mes4 ,ceci est vrai du but4 ,mais lorsque1 ne se contentant pas d'avoir dcouvert et rvl le but1 on veut encore indiquer le sentier terrestre qui y conduit1 ce ne sera pas encore1 sur ce plan plus profond de la pragmatique1 la persuasion et la dmonstration qu'on demandera la lumire susceptible d'clairer la route l'initiateur et sa suite4 ,jamais un chef ou un prcurseur n'a t capable de drouler la chane ininterrompue des dmonstrations1 et l'et-il fait1 qu'on n'aurait pas manqu de lui jeter la face le mot naf de ,thersite3 ,cela ne va pas6 ,la seule chose qui continue agir dans le monde aprs l'apaisement de la tempte des discours contradictoires1 c'est l'appel la conscience4 ,il parle bas et rpte dans le silence de la nuit ce que le bruit du jour empche d'entendre2 il parle1 non au nom d'un homme1 mais au nom de ce qui vit4 ,et tout en indiquant le chemin droit et simple1 il rend vident que ce dont il s'agit n'est pas un projet plus ou moins ingnieux1 mais un appel du devoir qui1 en la circonstance1 se confond avec notre pouvoir4 ,un projet pragmatique peut nous convaincre1 mais est incapable de nous sduire4 ,la froide proposition de l'homme d'affaires et le cri de bataille du prophte se ressemblent cependant en ceci que dans l'une et dans l'autre on sent une irrsistible ncessit qui rsonne dans l'esprit et dont les sons vont s'amplifiant4 ,ici encore toute dmonstration est absente2 mais l'intuition devient conviction intime1 et ce qui n'a t entrevu que par les yeux de l'esprit devient concret4 ,une explication1 laquelle manque cette force enfantine1 reste1 malgr les notes1 les preuves et les tableaux qui l'accompagnent1 un jeu savant de l'esprit ou un amusement d'esthte4 ,c'est ainsi que le but nous est dict par le coeur1 tandis que le chemin qui y conduit nous est indiqu par la conscience4 ,dans les deux cas1 il s'agit d'un svre avertissement1 fait pour consoler l'crivain1 lorsqu'il se trouve impuissant devant la faiblesse du mot1 et pour le rendre humble1 lorsqu'il se trouve entran par ses ides favorites4 ,mais le lecteur doit se mfier des ides qui s'appuient sur des dmonstrations et ne se laisser guider que par la voix intrieure qui lui parle avec svrit1 mais ne lui dit que la vrit4 ,,iii4--,et enfin1 si notre vie1 au sens le plus lev du mot1 chappe l'emprise des conditions extrieures1 si des institutions sont incapables de crer des manires de penser et de sentir1 si toute existence extrieure n'est que la coquille1 le moule de la vie intrieure1 est-il digne et convenable de scruter l'avenir de l'image1 du reflet1 au lieu de suivre en toute confiance le chemin de l'esprit1 avec la certitude qu'il est galement accessible aux pas du corps8 ,l'existence corporelle est pour nous une image que nous devons comprendre1 une lutte dont nous devons remporter le prix4 ,ce qui nous vient de l'esprit1 devient ralit de la vie1 et chacune de ces ralits est une marche de pierre destine faciliter notre ascension ultrieure4 ,tant qu'il reste matre de son mtier et de son outil1 l'artiste est capable d'extrioriser ses sensations les plus intimes et les plus profondes1 sans leur faire subir la moindre corruption ou dformation2 mais c'est le monde qui constitue et la matire et l'outil de celui qui pense2 et la pense n'acquiert toute sa force de vrit que lorsque le monde1 confront avec elle1 se rvle organique et possible4 ,celui qui a essay d'implanter dans le sol de la ralit des ides nes dans la libre rgion des convictions1 celui qui connat l'effort dur1 jamais rcompens1 qu'exige ce travail1 perd tout respect pour les thormes symtriquement arrondis et les belles erreurs de pense qui ont leur source dans la dprciation des phnomnes sensibles4 ,l'vangile serait mort depuis longtemps1 s'il avait t consign sur du parchemin1 sous la forme d'une loi abstraite2 et si son annonciateur revenait parmi nous1 il ne nous parlerait pas comme un pasteur rudit dans une langue archaque1 maille de mtaphores syriennes3 il nous parlerait plutt de politique et de socialisme1 d'industrie et d'conomie1 de recherche et de technique1 et cela non en reporter considrant toutes ces choses comme parfaites et dignes d'admiration1 mais le regard fix sur la loi des toiles laquelle obissent nos coeurs4 ,aprs ces considrations1 faisons au retour rapide la question que nous avons dj formule plus haut3 comment la tche transcendante se transforme-t-elle en tche pragmatique8 ,la tche transcendante se rsume dans les mots3 croissance de l'me4 ,en quoi consiste la tche pragmatique8 ,elle ne consiste certainement pas dans l'augmentation du bien-tre4 ,supprimer la misre et la pauvret qui dpriment est un devoir humain naturel et facile remplir4 ,les dpenses d'une anne de paix arme suffiraient teindre la dette de la socit qui supporte aujourd'hui encore dans son sein la faim1 avec toutes les souffrances qu'elle entrane4 ,mais cette tche est tellement simple1 tellement mcanique et1 malgr sa triste urgence1 tellement triviale qu'elle est plutt du ressort de la police que de celui de la morale4 ,tout ce qui s'y rattache est1 au fond1 indiffrent4 ,la terre est toujours assez gnreuse pour offrir la collectivit suffisamment de nourriture1 de vtements1 d'outils et de loisirs1 la condition qu'on sache produire1 consommer et jouir dans une juste mesure4 ,que la richesse soit une condition d'une forme de vie leve1 personne ne le conteste2 une collectivit compose de millions d'hommes producteurs est infiniment plus riche que les clbres petites cits de l'antiquit et du moyen ge2 la construction d'une gare exige un travail centuple de celui qui a t dpens btir le ,parthnon2 et l'esprit qui aspire une vie plus noble trouvera toujours1 pour la raliser1 matriaux et outils4 ,pas plus que le bien-tre1 l'galit ne forme l'exigence extrieure de nos mes4 ,il faut avoir le sentiment de la justice bien fauss1 pour se faire le champion de l'galit4 ,que nous savons peu de la vie la plus intime de nos prochains6 ,les mmes mots servent dsigner souvent des choses diamtralement opposes2 vous et moi1 nous appelons rouge la couleur qui mane de certains objets1 mais nous ne savons pas si ma sensation de rouge ne correspond pas votre sensation de vert4 ,le courage est chez l'un l'effet d'une tmrit irrflchie1 chez un autre la dcision la plus terrible de la lutte de l'me1 menace de deux dangers4 ,la vertu est chez l'un l'effet d'une vie heureuse1 soustraite toute tentation1 et elle est pour un autre un trsor perdu de bonne heure et qu'on aspire retrouver4 ,le bonheur est pour celui-ci un courant divin manant de toutes les rvlations de la nature1 et pour celui-l un difice artificiel1 jamais achev1 fait de milliers de dsirs jamais satisfaits4 ,la nature a cach tous ces contrastes derrire les fronts humains2 et afin de les attnuer1 elle offre chacun de nous la possibilit de raliser une infinie varit de modes d'existence1 de cration et de souffrance1 ce qui permet chaque tendance de trouver son quilibre1 et tout ce qui est unilatral de trouver un milieu qui le complte4 ,quoi de plus injuste que de vouloir introduire dans ce plan une justice mcanique8 ,de mme que l'ingalit de deux hauteurs s'accentue nos yeux1 lorsqu'on les contemple d'une base gale1 de mme l'ingalit des cratures vivantes ne peut que prendre des proportions caricaturales la suite d'une galisation force des conditions de leurs vies respectives4 ,contentons-nous des mcanismes de la vie qui1 tels que le droit pnal et policier1 les rgles de l'change et du commerce1 servent assurer l'ordre radical et ralisent ainsi une partie tout au moins de l'galit1 laquelle1 au fond1 n'a pour but que de protger les mauvais contre les bons2 tout ce qui dpasse ce domaine1 n'est qu'une aspiration irrflchie d'un faux sentiment d'galit qui a sa source dans la jalousie et ne tient pas compte des responsabilits4 ,jamais l'galit ne pourra satisfaire les exigences terrestres de notre vie intrieure4 ,en serait-il autrement de la libert8 ,libert6 ct du mot amour1 c'est le vocable le plus divin de notre langue et1 pourtant1 malheur celui qui1 confiant et inspir1 le laisse retentir dans notre pays sans rserve ni restriction4 ,il verra se ruer sur lui tous les matres d'cole et tous les policiers qui1 arms de toutes les distinctions des philosophes et de tous les prjugs de l'tat policier1 lui prouveront que la suprme libert rside dans le manque de libert et que toute lutte pour la libert ne peut que dgnrer en guerre civile4 ,mais qui donc confondrait la libert avec la licence8 ,celui cependant qui cherche me persuader qu'en fin de compte ma volont elle-mme n'est pas libre1 que l'autorit et le parti dont je suis membre ragissent sur moi en limitant ma libert1 que l'adversaire que je combats est pour moi un obstacle1 que l'tat d'quilibre humain comporte des restrictions1 celui-l jongle avec les demi-vrits et grne des pis vides4 ,un arbre pousse en libert4 ,cela ne veut pas dire qu'il puisse pousser droite et gauche ou grandir jusqu' toucher le ciel4 ,il en est empch par les limitations de sa nature4 ,cela ne veut pas dire non plus qu'une cellule de son tronc puisse migrer dans la cime1 ni qu'une feuille puisse se transformer en bourgeon1 ni qu'une branche puisse s'accrotre aux dpens de toutes les autres3 tout cela est impossible1 en vertu d'une loi organique intrieure4 ,cette loi rgne en toute libert1 et au moyen de limitations4 ,elle ordonne au tronc de supporter et de nourrir1 aux feuilles de respirer1 aux racines d'aspirer les sucs nutritifs2 elle ordonne que l'anne solaire soit salue par des germes et des bourgeons1 bnie par des fruits et termine dans le recueillement4 ,mais voil que l'arbre est entour d'une clture4 ,le dveloppement des racines et des branches s'en trouve entrav1 le vent et le soleil ne pntrent plus jusqu' lui1 dont la croissance languissante obit une nouvelle loi2 quelque vieux qu'il soit1 il n'est plus lui-mme1 il n'est plus l'expression d'une ncessit organique intrieure2 la limitation qu'il subit n'est plus une limitation consentie1 mais lui est impose par un sort extrieur1 violent2 la libert a cd la place la contrainte4 ,si la libert est difficile dcrire et dfinir1 son contraire1 la contrainte1 est facile reconnatre4 ,pour chaque organisme1 qu'il s'agisse de l'homme1 d'un peuple ou d'un tat1 la contrainte n'est autre chose qu'une entrave impose par une loi extrieure ou intrieure1 une entrave qui ne rsulte pas de ncessits inhrentes l'essence mme de l'organisme ou celle de l'organisme plus vaste dont il fait partie4 ,c'est donc la ncessit qui fournit le critre aussi bien de la contrainte que de la libert4 ,les avocats des subordinations1 des soumissions soi-disant voulues de ,dieu nous doivent1 dans chaque cas donn1 la preuve que la ncessit existe rellement et dans une mesure telle que la suppression de l'entrave entranerait la dchance ou la ruine de l'organisme4 ,c'est faire preuve d'une insolente prsomption que de prtendre que la soumission est une fin en soi4 ,cette prsomption conduit tout droit l'esclavage4 ,seule la ncessit organique peut tre voulue de ,dieu4 ,lorsque la cause de la limitation et de la dpendance rside1 non dans une ncessit vitale de l'organisme ou du corps plus vaste dont il fait partie1 mais dans la volont et la force d'un organisme tranger1 on se trouve en prsence d'un tat d'esclavage4 ,le servage et l'esclavage ne sont pas contraires au sens du christianisme4 ,ce sont des sorts qui entravent la vie extrieure1 mais sans s'opposer au dveloppement des forces de l'me1 sans fermer l'accs du royaume des cieux4 ,la force d'me d'pictte a grandi dans l'esclavage2 l'panouissement du moyen ge chrtien a t l'oeuvre des couvents4 ,mais notre question se pose autrement3 nous ne cherchons pas savoir comment tel ou tel individu surmonte un sort inflexible et immuable par la grce de la libert intrieure1 mais nous voulons trouver la vritable forme de la vie1 celle qui ouvre l'humanit le chemin de l'me4 ,or1 ce chemin ne peut tre suivi que par ceux qui jouissent de la possibilit du dveloppement organique1 par ceux qui sont capables de se dterminer d'une faon autonome et de porter la responsabilit de leurs actes4 ,ce chemin ne peut pas tre celui de la contrainte1 de la soumission prdestine4 ,nous savons ceci3 l'esclavage est aux antipodes de ce qui constitue l'exigence de l'me4 ,il n'y a rien dont notre poque soit aussi fire que de l'abolition de l'esclavage4 ,personne n'est plus serf2 le titre de sujet lui-mme ne figure plus que dans les actes officiels2 l'homme lui-mme se nomme citoyen1 jouit d'innombrables droits personnels et politiques1 n'obit qu'aux autorits de l'tat1 forme des syndicats1 lit et administre4 ,il n'est au service de personne1 mais il conclut des contrats de travail2 il n'est ni serf1 ni compagnon1 mais il fait partie de ce qu'on nomme le personnel1 il accepte du travail1 il est employ4 ,il ne reconnat pas de matre1 mais il travaille pour un employeur1 qui n'a le droit ni de l'injurier ni de le punir4 ,il peut donner cong1 s'en aller o il veut2 il peut se mettre en grve1 se promener les bras croiss3 il est1 comme il le dit lui-mme1 libre4 ,mais chose bizarre6 ,s'il ne fait pas partie de la classe de ceux qu'on appelle instruits et possdants1 il se retrouve1 au bout de quelques jours1 dans les locaux d'un autre employeur1 se livrant au mme travail de huit heures par jour1 sous la mme surveillance1 avec le mme salaire et les mmes jouissances1 avec la mme libert et les mmes droits4 ,personne n'exerce de contrainte sur lui1 personne ne lui oppose d'obstacles1 et pourtant il vieillit avant l'ge et mne une vie sans loisirs et sans recueillement4 ,le monde mcanis lui apparat comme une nigme complique dont le journal de son parti n'claire pour lui qu'un seul ct2 le monde suprieur lui apparat travers l'extrait d'un sermon ou d'une description populaire2 l'homme lui apparat comme un ennemi1 lorsqu'il appartient un cercle tranger au sien2 comme un camarade taciturne1 lorsqu'il fait partie du mme cercle que lui2 l'employeur est un exploiteur1 l'atelier un bagne4 ,les droits civiques subsistent1 avant tout le droit lectoral sous ses deux formes4 ,mais1 chose bizarre encore3 dans ses rapports avec les autorits1 l'homme reste toujours un objet4 ,les sujets1 ce sont les chefs militaires qui le tutoient1 les juges qui le condamnent ou l'acquittent1 la police et les fonctionnaires qui le malmnent et le maltraitent1 l'interrogent et lui intiment des ordres4 ,il peut se syndiquer et s'organiser1 se runir et faire des dmonstrations2 il reste toujours celui qui est gouvern et qui obit1 alors que les siges dors sont rservs ceux qui habitent dans de belles avenues plantes d'arbres1 se promnent en voiture et se saluent4 ,ce sont ces derniers qui sont revtus des responsabilits1 des dignits et de la puissance4 ,mais la vie bourgeoise est libre4 ,ici rgne la concurrence2 l'homme fort et rus peut risquer et gagner1 sous la rserve de quelques lois et rgles insignifiantes2 cette arne est ouverte tous4 ,mais1 encore une fois1 tous ne russissent pas y pntrer4 ,le cercle est jalousement ferm1 il a pour consigne l'argent4 ,on ne donne qu' celui qui a dj quelque chose2 ce qu'on possde peut tre augment et multipli1 mais il faut1 avant tout1 possder4 ,on possde ce qui avait appartenu aux aeux1 ce que ceux-ci ont laiss et transmis sous la forme soit de l'ducation1 soit d'un capital4 ,il se peut que dans les pays riches1 encore peu exploits1 un pfennig d'pargne devienne le point de dpart d'une fortune2 mais plus un pays est vieux et improductif1 et plus il faut payer cher son entre dans la classe de ceux qui possdent4 ,c'est ainsi que de tous cts s'lvent des murailles de verre1 transparentes et infranchissables1 au-del desquelles se trouvent libert1 indpendance1 bien-tre et puissance4 ,les clefs qui ouvrent l'accs dans le pays dfendu1 s'appellent instruction et fortune1 l'une et l'autre tant des biens hrditaires4 ,aussi bien l'exclu se voit-il priv du dernier espoir3 celui de voir ses enfants jouir un jour de ce qui lui est refus lui-mme4 ,il quitte ce monde1 pleinement conscient du fait que son travail n'a t utile ni lui1 ni ses enfants1 mais d'autres et aux descendants de ces autres1 dont le sort tait galement hrditaire1 prdestin et invitable4 ,que signifie tout cela8 ,cela ne ressemble videmment pas l'ancien esclavage qui tait personnel et qui1 runissant 7ce qui1 il est vrai1 n'tait pas tout fait naturel7 les destines de deux hommes ou de deux familles sous le mme toit1 sauvegardait la dernire communaut humaine o chacun s'intressait encore au sort de ceux avec lesquels il tait appel vivre4 ,l'tat de choses dont nous parlons constitue1 sous les apparences de la libert et de l'indpendance1 une subordination anonyme1 non d'homme homme1 mais de peuple peuple2 subordination o les rles peuvent tre intervertis tout instant1 mais qui n'en est pas moins l'expression de la loi infrangible de la domination unilatrale4 ,cette servitude hrditaire existe dans tous les pays de vieille civilisation2 ceux qui la subissent ont les mmes origines1 parlent la mme langue1 professent la mme foi que ceux qui en bnficient4 ,ils forment ce qu'ils nomment eux-mmes le proltariat4 ,qu'une moiti de l'humanit maintienne dans un tat de servitude ternelle l'autre qui1 cependant1 prsente la mme conformation physique et possde les mmes aptitudes intellectuelles qu'elle1 voil ce qui est incompatible avec la libert de l'me et la possibilit de son ascension4 ,qu'on ne vienne pas nous dire qu'aucune de ces moitis n'agit pour son propre profit1 mais que l'une et l'autre travaillent pour le bien de la communaut4 ,il reste toujours que la moiti suprieure agit en pleine indpendance et directement1 tandis que l'infrieure1 sans avoir devant elle un but visible1 agit indirectement et sous la contrainte de la suprieure4 ,on ne voit jamais un membre de la couche suprieure descendre volontairement dans les rangs de la couche infrieure2 quant l'ascension des membres de cette dernire1 elle se heurte1 faute d'instruction et de fortune1 des obstacles tellement formidables que rares sont parmi les hommes libres1 ceux qui puissent citer un de leurs congnres comme ayant appartenu soit lui-mme1 soit par ses ascendants1 aux classes infrieures4 ,l'inertie et l'intrt sont de grandes forces1 lorsqu'elles s'appliquent la dfense de ce qui existe4 ,l'abolition de l'esclavage en ,amrique1 du servage en ,russie a suscit une vive sympathie1 surtout chez ceux qui n'ont pas t lss par ces mesures2 les propritaires de btail domestique humain allguaient1 pour la dfense de leurs institutions1 les mmes raisons que celles dont font usage aujourd'hui des ecclsiastiques1 des hommes d'tat et des capitalistes pour dfendre la ncessit de la non-libert3 dpendance voulue de ,dieu1 service n'importe quel poste1 humilit1 modration2 mais il reste bien entendu que tous ces arguments ne sont valables que pour les autres4 ,ceux qui jouissent de tous les droits et de la possession de biens matriels dfendent leurs convictions gostes avec la plus entire bonne foi1 car ce qui existe leur parat d'une lgitimit tellement absolue1 fond sur des bases tellement solides1 tellement immuable et irremplaable qu' leur avis rien ne pourrait tre transform ou modifi sans qu'il en rsultt un effondrement gnral4 ,ce jugement troit1 dict en grande partie par un endurcissement involontaire1 rien n'a tant contribu le provoquer et l'affermir que la lutte et le plan de lutte du mouvement socialiste4 ,ce mouvement se ressent du vice originel de son promoteur qui n'tait pas un prophte1 mais un savant1 qui mettait sa confiance1 non dans le coeur humain1 qui est la vraie source de tout ce qui se fait de grand dans le monde1 mais dans la science4 ,cet homme puissant et malheureux a pouss l'erreur jusqu' attribuer la science le pouvoir de dterminer des valeurs et de poser des fins2 il mprisait ces forces que sont la conception transcendante du monde1 l'enthousiasme et la justice ternelle4 ,c'est pourquoi le socialisme n'a jamais pu acqurir la force de btir2 alors mme que1 sans le vouloir et sans le savoir1 il suscitait chez ses adversaires cette force de construction1 il ne comprenait pas les plans qui taient proposs et les rejetait4 ,il n'a jamais t capable d'indiquer un but clair2 ses discours passionns n'taient qu'accusations et rquisitoires1 son activit se bornait l'agitation et des procds policiers4 la place de la conception gnrale du monde1 il a dress la question des biens1 et mme le triste mien et tien du problme du capital devait1 d'aprs lui1 tre rsolu d'aprs les simples procds pratiques de la science conomique et politique4 ,on voyait de temps autre un penseur insatisfait tenter des incursions dans le domaine de la morale1 de ce qui est purement humain1 de l',absolu3 toutes ces forces n'taient jamais considres comme les centres solaires du mouvement2 c'taient des foyers lumineux ples et excentriques1 auxquels on accordait un intrt esthtique4 ,au centre de l'arne se dressait le matrialisme sans ,dieu1 le matrialisme dont la force consistait1 non dans l'amour1 mais dans la discipline1 et qui prchait l'utile la place de l'idal4 ,d'une ngation peut natre un parti1 mais non un mouvement universel qui1 lui1 est prcd de visions et de paroles prophtiques1 et non d'un programme4 ,la parole prophtique est toujours un mot unique1 idal3 ,dieu1 foi1 patrie1 libert1 humanit1 me2 la proprit et la rpartition de la proprit sont pour le prophte choses secondaires1 illusoires2 et mme la vie et la mort1 le bonheur humain1 la misre1 la maladie et la guerre ne sont ses yeux ni fins dernires1 ni dangers suprmes4 ,jamais le socialisme n'a suscit d'enthousiasme dans les coeurs des hommes2 jamais une grande et heureuse action n'a t accomplie en son nom4 ,il a veill des intrts et inspir la peur1 mais intrts et peur peuvent jouer un rle dans la vie d'un jour1 non dans celle d'une poque4 ,enferm dans le fanatisme d'un scientisme aride1 dans le terrible fanatisme de la raison1 il s'est cristallis en un parti1 dans la conviction inconcevablement errone qu'il suffisait de mettre en oeuvre une seule force pour obtenir un rsultat dfinitif4 ,le marteau-pilon condense un bloc de fer1 sans le dtruire2 celui qui veut transformer le monde1 doit le saisir du dedans1 au lieu d'exercer sur lui une pression du dehors4 ,les hommes sont accessibles au mot qui trouve un cho1 aussi timide soit-il1 dans tous les coeurs et leur fournit un soutien2 l'agitation aveugle d'un parti domin par des intrts assourdit et fait boucher les oreilles4 ,si l'on considre1 dans ses traits les plus saillants1 l'action socialiste1 telle qu'elle s'est droule au cours de trois gnrations1 on trouve qu'abstraction faite de ses manifestations pratiques et organisatrices1 cette organisation a eu pour principal effet d'accentuer dans une mesure extraordinaire l'esprit de raction1 de dtruire l'ide librale et de dprcier le sentiment de la libert4 ,le jour o le socialisme a fait de l'affranchissement des peuples une question d'argent et de biens et o il a russi attirer les masses sous cette bannire1 l'ide qui tait sa base se trouva brise2 l'aspiration l'indpendance est devenue convoitise4 ,plus d'un homme cultiv s'est dtourn de ce mouvement2 la bourgeoisie s'est mise trembler2 la raction possdante a vu ses forces doubler1 grce l'afflux de nouvelles recrues et des mesures de prcaution opportunes1 et elle riait dans son for intrieur de ces pauvres diables de proltaires qui1 tout en lui voulant du mal1 lui faisaient tant de bien1 qui1 tout en acclamant la rpublique et le communisme1 consolidaient le trne et l'autel4 ,intrieurement association d'intrts1 extrieurement hirarchie de fonctionnaires1 le socialisme1 qui devait devenir un mouvement mondial1 dchut au rang d'un simple parti1 devint la proie de la manie du nombre1 de la populaire formule unitaire2 contrairement tout ce qui s'tait vu aux poques fortes1 il perdait en efficacit1 mesure que le nombre de ses adeptes et adhrents augmentait4 ,nous devons nous arracher cette inertie de la conscience qu'a laisse au coeur de l',europe la rsistance aux tristes paradis utilitaires1 aux idaux de trteaux et de foire1 aux phrases effet lances sans conviction et aux invectives menaantes4 ,si nous russissons nous rendre compte de toute l'indignit que nous vaut la servitude de millions d'hommes faits1 comme nous1 l'image de ,dieu1 ayant tous les droits notre amour1 nous n'prouverons aucune rpugnance faire une partie du chemin cte cte avec le socialisme1 tout en dsavouant ses fins4 ,si nous aspirons1 dans le monde intrieur1 au dveloppement de l'me1 nous aspirons1 dans le monde visible1 la disparition de l'esclavage hrditaire4 ,si nous voulons l'affranchissement de ceux qui ne sont pas libres1 cela ne veut pas dire que nous considrions une certaine rpartition des biens comme une chose essentielle en soi1 une certaine hirarchie des droits de jouissance comme une chose dsirable1 une certaine formule utilitaire comme dcisive4 ,il ne s'agit ni de faire disparatre les ingalits des destines et exigences humaines1 ni de rendre tous les hommes indpendants ou aiss ou heureux1 ni d'accorder tous les hommes les mmes droits3 il s'agit de mettre la place d'une institution aveugle et invincible l'autonomie et la responsabilit personnelles1 d'ouvrir aux hommes le chemin de la libert1 au lieu de leur imposer une libert toute faite4 ,peu importent les sacrifices humains et moraux qu'exige cette rforme1 car le but que nous poursuivons consiste1 non obtenir une utilit ou un avantage quelconques1 mais ranger le monde sous la loi divine4 ,et alors mme que le rgne de cette loi devrait diminuer la somme du bonheur terrestre1 sa valeur resterait intacte2 et s'il devait ralentir la marche de la civilisation et les progrs de la culture1 ce serait l un effet tout fait secondaire4 ,nous examinerons sans passion la question de savoir si la loi divine dont nous parlons comporte tous ces inconvnients2 et si nous trouvons qu'il n'en est pas ainsi1 nous ne tirerons de ce rsultat ngatif aucun encouragement supplmentaire poursuivre notre chemin4 ,c'est que1 pour le poursuivre1 nous n'avons besoin d'aucune justification1 d'aucune promesse2 notre tche nous est dicte par des raisons extrieures tires de la dignit et de la justice de notre existence1 ainsi que de l'amour des hommes1 et par une raison intrieure qui n'est autre que la loi de l'me4 ,puisque nous allons1 dans les pages qui suivent1 nous occuper pendant quelque temps des choses du jour1 sans toutefois observer cette manire prudente1 fonde sur la dmonstration et la persuasion et si chre l'homme politique qui la qualifie de concrte1 nous croyons devoir attirer l'attention sur la distinction suivante3 il y a des ouvrages qui s'vertuent fournir des arguments une conviction rpandue et la rendre irrfutable1 jusqu'au jour o une nouvelle conviction vient la supplanter2 et il y a des ouvrages qui tirent de prmisses donnes les consquences les plus utiles4 ,malgr toute la certitude mathmatique de leur mthode1 il manque gnralement ces deux catgories d'ouvrages la certitude du but qui1 elle1 n'est jamais mathmatique1 mais est toujours intuitive4 ,c'est pourquoi1 loin de prtendre une certitude quelconque1 nous chercherons seulement formuler1 dans les pages qui suivent1 des sentiments et apprciations clairs par la pense4 ,c'est que cet ouvrage ne se propose pas d'instituer des discussions pratiques1 mais seulement de poser des fins4 ,si ces fins correspondent dans une mesure quelconque1 si minime soit-elle1 aux exigences de l'esprit objectif1 l'apprciation des ralits se trouvera soumise de ce fait mme1 et sans que nous ayons intervenir1 au critre de la pense4 ,or1 la fin laquelle nous aspirons s'appelle libert humaine4 ,,le ,,chemin ,i ,,le ,,chemin ,,de ,l',,conomie ,pendant un sicle1 notre pense s'tait servie de la mthode historique2 aujourd'hui1 cette mthode est en voie de dgnrescence et devient nuisible1 surtout dans ses applications aux institutions4 ,les productions de la nature se transforment1 tout en maintenant leur sens et leur but ou en ne leur faisant subir que des modifications lentes2 les institutions1 au contraire1 tout en conservant leur nom et leurs attributs essentiels1 changent de contenu1 voire de raison d'tre3 une crature nouvelle s'installe dans la vieille coquille4 ,on peut1 par abrviation1 appeler ce phnomne substitution de la raison d'tre4 ,cette substitution tient ce que le nombre de formes que peut revtir une institution est limit1 que par paresse et par conomie l'esprit se sert volontiers de formules dj existantes et que la continuit du progrs dans le temps ne permet de reconnatre que difficilement le moment o s'imposent le choix d'une nouvelle notion1 ou d'un nouveau nom1 l'limination d'organismes morts et l'introduction de nouvelles manires de voir4 ,la mthode historique n'en reste pas moins dans tous les cas attrayante et stimulante1 parce qu'elle permet d'expliquer certaines qualifications1 de dmontrer l'volution de genres littraires1 de mettre en lumire des mouvements et changements fonctionnels2 mais elle aboutit des erreurs dangereuses1 lorsqu'elle entreprend d'expliquer l'organisme actuel1 vivant et agissant1 et de tracer d'avance son dveloppement ultrieur4 ,il peut tre intressant de savoir qu'il existe une relation entre le pontificat et la construction de ponts1 mais il serait dangereux de tirer de l'art de l'ingnieur des conclusions relatives aux institutions ecclsiastiques2 il est trs instructif de savoir que la comdie de salon franaise se rattache par un dveloppement ininterrompu aux ,dionysies attiques1 mais on ne saurait recommander un entrepreneur de spectacles de se laisser guider dans le choix de ses pices par des considrations archologiques4 ,on raille la conception contractuelle de l'tat1 qui avait t formule par les ,franais du ,x,v,i,i,ie sicle1 et on lui oppose des dductions tires de la prhistoire2 et1 cependant1 la nature d'un organisme qui repose sur un quilibre de forces comporte plus de rapports contractuels que de fonctions totmiques ou patriarcales1 et les transformations que subit un pareil organisme s'effectuent sous des formes qui se rapprochent beaucoup de celles qu'affectent les modifications de rapports contractuels4 ,nulle part la substitution de la raison d'tre n'est aussi manifeste que dans la nature de l'tat2 d'o la vanit des efforts tendant trouver une dfinition historiquement comprhensive de cet organisme4 ,sous une apparente immutabilit et sans changer de nom1 celui-ci se renouvelle chaque gnration et ne peut tre envisag au point de vue de la continuit que sous sa forme mtaphysique1 en tant que manifestation volontaire de l'esprit collectif3 conception qui reste en dehors du temps et sans aucune influence possible sur un dveloppement ultrieur4 ,de la fausse application du point de vue historique dcoule la fausse apprciation du fait historique1 comme tant valeur absolue1 et de la tradition1 comme tant une force positive4 ,la valeur du fait historique consiste dans son caractre historiquement passager et provisoire2 n titre de nouveaut rvolutionnaire1 il disparat1 ds qu'il devient dsuet et qu'il se trouve dpass par d'autres faits2 il ne russit se maintenir qu'aussi longtemps et que dans la mesure o il est capable de rendre service et o il s'accorde avec les autres faits4 ,la valeur de la tradition rside en ce qu'elle ralentit le mouvement qui1 grce elle1 gagne ainsi en stabilit2 le nom moins emphatique de moment d'inertie dfinit trs bien cette force purement ngative qui1 malgr sa grande importance pratique1 ne peut jamais avoir la valeur d'une objection thorique4 ,elle avait possd jadis cette valeur l'gard de convictions religieuses et philosophiques1 et elle y prtend encore aujourd'hui l'gard de conceptions sociales et politiques4 ,mais tout en lui refusant cette valeur thorique1 nous devons reconnatre qu'elle possde en plus de sa valeur pratique1 en tant que facteur de ralentissement1 une valeur esthtique1 qui s'exprime en formules1 costumes1 crmonies et ftes et communique couleur1 allure et caractre la vie de tous les jours qui se souvient volontiers1 et avec un orgueil justifi1 de ses origines plus nobles4 ,mais pour les nations pleines de vitalit1 la tradition doit rester ce qu'elle est3 un simple spectacle1 et non l'essence mme de leur vie4 ,c'est pour nous une solennit charmante que de voir le roi de ,prusse se prsenter sous l'aspect de l'lecteur de ,brandebourg2 mais il serait dangereux de conclure1 sous l'impression de cette crmonie1 que la province actuelle de ,brandebourg a le droit de prtendre des privilges politiques au prjudice de la ,silsie ou des pays rhnans4 ,ces remarques prliminaires taient ncessaires pour faire comprendre notre mthode de travail et expliquer ce que nous entendons par substitution de la raison d'tre4 99 99 99 ,l'existence de l'ancien fodalisme tait justifie pratiquement par l'habitude de porter les armes1 par la supriorit humaine1 par l'organisation et le droit d'occupation des conqurants du pays2 elle tait justifie tlogiquement par l'aptitude l'administration et la protection1 qui reposait sur des proprits hrditaires4 ,cette hrdit1 son tour1 tait cre par l'ducation1 dont le but principal consistait apprendre le maniement des armes et entretenir l'esprit guerrier1 par la culture de proprits corporelles et mentales adaptes cet esprit1 par la conscration religieuse de ces proprits1 par l'limination de tout mlange de sang1 par le maintien des classes infrieures dans un tat de sujtion et de tranquillit forces4 ,l'augmentation de la population1 l'intensit croissante de l'conomie ont empch la couche sociale suprieure de s'tendre dans les mmes proportions que la couche infrieure4 ,les fils cadets ne pouvant tre suffisamment dots entraient dans les rangs de l'glise ou migraient1 des proprits se morcelrent1 d'autres fusionnrent ensemble1 des domaines ecclsiastiques et territoriaux se formrent1 la bourgeoisie des villes fit son apparition1 et la couche suprieure1 immobile au milieu de toutes ces transformations1 ne fut plus bientt en tat de recouvrir la couche infrieure4 ,au dernier moment1 lorsque la charge de porter les armes fut galement tendue celle-ci1 l'organisation fodale avait perdu son dernier droit l'existence4 ,une nouvelle classe sociale tait venue s'insrer dans le corps de la nation2 ce fut la classe1 elle aussi hrditaire1 de ceux qui possdent4 ,les proprits nobiliaires et ecclsiastiques1 les colonies1 les monopoles1 l'exploitation de mines et l'usure furent autant de sources d'accumulation de capitaux2 la mcanisation des mtiers1 de la technique1 des moyens de transports1 de la pense et de la recherche avait transform la vie1 et le mouvement gnral du monde s'tait orient dans la direction de la fructification du capital4 ,la puissance hrditaire du capital fut une consquence de l'hrdit de l'tat social1 du sol et des biens mobiliers2 comme sa lgitimit n'tait pas mise en doute1 personne n'prouvait le besoin de lui fournir des raisons thoriques4 ,on aurait pu1 la rigueur1 lui trouver au dbut une certaine justification interne3 le capital se prsentait principalement sous la forme de l'entreprise4 ,or l'entreprise survit aux gnrations et exige une srie ininterrompue de guides et directeurs comptents1 srie qui ne pouvait tre assure que par l'hrdit et qui tait un phnomne courant dans l'conomie rurale4 ,pour former ces guides et directeurs1 l'instruction et l'ducation dispenses par la communaut taient particulirement insuffisantes2 la maison du propritaire tait un centre o l'on pouvait recevoir une ducation intellectuelle de beaucoup suprieure celle de la communaut et reposant sur une base exprimentale infiniment plus large4 ,il y avait l une garantie pour la centralisation des moyens qui ne pouvaient tre efficaces qu' la faveur de leur accumulation entre les mmes mains4 ,trois circonstances auraient pu porter atteinte au caractre hrditaire de la puissance capitaliste3 l'cole populaire1 par le nivellement de l'instruction2 la cration de l'association de capitaux qui devait rendre l'entreprise impersonnelle et l'affranchir de la ncessit d'une direction hrditaire2 l'mancipation politico-militaire1 par la diffusion de l'aptitude administrer et par l'largissement de l'horizon intellectuel4 ,si ces trois circonstances n'ont pas produit l'effet qu'on aurait pu en attendre1 cela tient l'accroissement incroyablement rapide de la puissance du capital1 qui1 grce son alliance avec les puissances territoriales et fodales encore existantes1 la multiplication des relations et des intrts1 l'ducation et au genre de vie1 grce l'influence exerce par la presse et grce aussi au fait qu'elle tait devenue politiquement indispensable1 s'tait cristallise en une classe bien dlimite qui dfendait collectivement son droit contre les attaques qu'elle croyait dictes1 non par la raison1 mais par des intrts opposs4 ,la formation de cette nouvelle couche a eu pour effet1 non la destruction et la disparition des couches anciennes1 mais1 au contraire1 leur consolidation4 ,voici en effet ce qui s'tait pass3 la nouvelle couche de possdants qui venait1 non du dehors1 mais d'en bas1 tait incapable de se crer une vie personnelle2 elle fut oblige d'emprunter la forme de sa nouvelle vie ses prdcesseurs1 dont elle devint ainsi la dbitrice et la subordonne4 ,en outre1 les dynasties continuaient rserver toutes leurs sympathies la couche fodale qui leur tait familire depuis plus longtemps1 possdait une exprience administrative et militaire1 restait attache au sol et immuable1 s'en remettait volontiers la couronne quant aux conditions de sa vie matrielle et semblait ainsi offrir un appui plus sr aux exigences monarchiques immdiates4 ,en troisime lieu1 enfin1 chacune des couches dominantes avait ses convenances3 la noblesse riche possdait un double avantage qu'elle faisait intentionnellement valoir au profit de sa caste1 plutt qu'au profit de sa classe4 ,c'est ainsi que la socit europenne reprsente comme une image brise rsultant de la double rfraction de deux axes4 ,la couche fodale1 toujours essentielle1 s'affirme la faveur de la couche capitaliste1 plus apparente1 les deux restent hrditaires et s'accordent en ce qu'elles provoquent1 par raction1 un tat de souffrance qui1 du ct capitaliste1 devient le sort inluctable des masses4 ,si nous avons reconnu1 par une svre anticipation1 que ce sort est incompatible avec les exigences de la vie spirituelle1 il devient pour nous vident que l'organisation future1 malgr sa possible diffrenciation et hirarchisation1 ne pourra plus tre fonde sur la perptuit hrditaire4 ,quelle que soit sa loi fondamentale et directrice1 elle ne pourra plus reposer sur la contrainte et la violence2 elle aura pour base morale l'accord entre la volont collective et la volont individuelle et devra laisser une place assez large la dtermination autonome1 la responsabilit et au dveloppement spirituel4 ,c'est ainsi que la renaissance que nous rvons ne nous apparat plus seulement sous l'aspect de l'affranchissement d'une seule classe sociale dtermine2 nous concevons plutt cette renaissance comme une moralisation de l'organisation sociale et conomique1 sous la loi de la responsabilit personnelle4 ,nous trouvons le chemin du dveloppement1 en nous laissant guider par la ngation de l'injustice3 la division des classes reposant sur l'exagration des oppositions conomiques1 la puissance du succs accidentel ou immoral1 la monopolisation de l'instruction par une classe donne crent les puissances d'oppression auxquelles l'hrdit assure une dure indfinie4 ,notre chemin est le chemin juste1 s'il conduit la suppression des forces hostiles1 tout en assurant le maintien de l'organisation humaine1 des biens de la civilisation et de la libert spirituelle4 ,la forme la plus nave de l'action curative consiste chercher un soulagement immdiat4 ,l'arbre a un besoin immdiat de lumire1 d'espace1 d'air1 d'eau et de terre2 il prend ce qu'il lui faut1 le voisin en dprit1 le terrain devient strile1 la fort lutte tant qu'elle peut contre la mousse et les broussailles et finit par mourir1 en entranant dans sa mort le plus heureux des arbres4 ,le forestier et l'ducateur1 le mdecin et l'homme d'tat ont depuis longtemps abandonn la mthode de la satisfaction immdiate4 ,le mdecin ne cherche plus gurir les membres gels par des enveloppements chauds1 et l'homme d'tat ne cherche pas remdier la soif de l'alcoolique en multipliant les brasseries4 ,l'un et l'autre tiennent compte de l'ensemble des conditions vitales de l'organisme protger et s'attaquent1 non au symptme1 mais au noyau mme de la maladie4 ,l'un et l'autre font le bilan des forces vitales qu'ils rpartissent1 d'aprs un plan dtermin1 entre tous les organes1 par un dosage rigoureux4 ,le socialisme1 cette doctrine qui met toujours en avant son caractre scientifique et qui1 pour rester populaire1 est constamment oblige de renier ce caractre1 le socialisme1 disons-nous n'a jamais su s'lever au-dessus de la mthode de soulagement immdiat4 ,il a fait sien ce raisonnement populaire3 ,quel est le but8 ,une augmentation des salaires4 ,qu'est-ce qui abaisse le niveau des salaires8 ,la rente du capital4 ,comment augmenter les salaires8 ,en supprimant la rente4 ,comment supprimer celle-ci8 cette dernire question1 il serait logique de rpondre3 en partageant le capital4 ,mais il est plus scientifique de dire3 en faisant du capital la proprit de l'tat4 ,ces deux rponses sont galement fausses4 ,l'une et l'autre mconnaissent la loi du capital dans sa principale et dcisive fonction actuelle1 qui est celle d'un organisme canalisant le courant mondial du travail vers les points o le besoin s'en fait sentir le plus4 ,rappelons-nous ici notre proposition relative la substitution de la raison d'tre2 elle montre qu'il importe moins de connatre les causes et les besoins qui ont engendr un organisme dtermin que les ncessits auxquelles il rpond dans la ralit et dans le prsent4 ,supposons la rvolution sociale accomplie4 ,chicago rside le prsident mondial qui trne cette anne sur toutes les rpubliques faisant partie de la confdration universelle et dirige l'aide de ses organes toutes les affaires internationales4 ,c'est lui1 qui1 en dernire analyse1 dispose du capital du globe4 ,aujourd'hui son dpartement des entreprises se trouve en prsence de sept cent mille propositions absurdes et de trois srieuses3 un chemin de fer travers le ,thibet1 une exploitation ptrolifre dans la ,terre de ,feu et un systme d'irrigation dans l',afrique ,orientale4 ,au point de vue politique et technique1 les trois projets sont galement irrprochables1 au point de vue conomique1 ils paraissent galement dsirables2 mais vu les moyens dont on dispose1 un seul d'entre eux peut tre excut4 ,lequel sera-ce8 ,se conformant un vieil usage de l'poque capitaliste1 on consulte les tables de rendement1 dont l'exactitude est reconnue comme irrprochable1 et on trouve que l'entreprise du ,thibet rapporterait #e1 celle de la ,terre de ,feu #g1 et celle de l',afrique ,orientale #ad4 ,et l'on a si bien conserv les habitudes de l'ancienne poque capitaliste que le prsident autorise le dpartement se dcider pour l'excution des travaux d'irrigation de l',afrique ,orientale4 ,ceci fait1 il ne resterait plus1 semble-t-il1 qu' envoyer au pilon les calculs de rendement1 expdier dans l',afrique ,orientale des moyens de travail d'une valeur d'un milliard et s'abstenir de tout nouveau calcul4 ,le calcul du rendement conserverait ainsi le caractre d'un ancien exercice scolaire et n'aurait servi qu' la dtermination du degr de besoin1 sans aucune consquence matrielle4 ,malheureusement1 voil que six tats lvent des objections contre le projet adopt4 ,ils dclarent3 la prfrence accorde aux habitants de l',afrique ,orientale prsente pour ceux-ci de grands avantages1 tant donn qu'ils seront les seuls profiter de l'augmentation de l'immigration1 de l'amlioration des conditions de la vie matrielle1 du climat1 etc4 ,le ,portugal attend depuis longtemps telle chose1 le ,japon telle autre1 et voil que la caisse mondiale que tous ont contribu remplir va se vider au profit d'un seul4 ,il est impossible au prsident de dcider qu' l'avenir chaque territoire aura pourvoir lui-mme ses besoins1 car pendant cinquante annes beaucoup de travaux importants n'ont pu tre excuts1 faute de moyens universels4 ,il ne lui reste donc qu' proclamer que le projet sera excut1 mais que l'conomie est-africaine aura verser la caisse mondiale une plus-value dtermine4 ,c'est la rsurrection de la rente4 ,dans une ville industrielle allemande il s'agit de dmolir une usine d'tat4 ,c'est un btiment vieux et inutilisable4 ,il se prsente un habile entrepreneur qui s'engage le remettre en tat en vue d'une nouvelle destination2 il ne peut garantir aucun rendement1 mais assume volontiers les risques de la transformation4 ,la prfecture provinciale dcline l'exprience4 ,l'administration locale ne veut pas y renoncer2 en outre1 l'entrepreneur offre1 titre de cautionnement1 cent montres en argent1 mises sa disposition par des amis1 et cinq pianos4 ,on apprend que de nombreux administrateurs locaux en ont fait autant1 et l'entrepreneur est finalement autoris commencer les travaux4 ,l'usine est afferme1 et c'est1 encore une fois1 la rsurrection de la rente4 ,sauf dans les cas de fondations dsintresses1 l'emploi du capital ne sera jamais assur autrement que sous la condition d'une rente aussi leve que possible4 ,pour couvrir les risques pouvant rsulter d'une fausse estimation et de la canalisation du capital vers un seul but dtermin1 il n'y aura jamais d'autre moyen que celui qui consiste lever la rente rellement1 et non seulement sur le papier4 ,si tout le capital de l',univers devenait aujourd'hui proprit d'tat1 il serait demain rparti entre d'innombrables propritaires4 ,la ncessit de la rente dcoule de la ncessit de choisir l'investissement4 ,elle est l'expression des besoins d'investissement les plus urgents et les plus avantageux4 ,la ncessit de la rente dcoule encore d'une autre considration1 plus indpendante et plus large4 ,quand on embrasse d'un coup d'oeil l'ensemble d'une industrie nationale1 de l'industrie allemande1 par exemple1 afin de se rendre compte du mouvement des capitaux1 on se trouve en prsence d'un fait surprenant3 malgr sa grande prosprit et son grand rendement1 cette puissante organisation1 dans son ensemble1 absorbe des moyens1 au lieu d'en restituer2 l'augmentation de capital et l'accroissement de dettes dpassent la rente paye4 ,l'industrie ne travaille qu' accrotre son propre corps2 mais les autres branches de l'conomie doivent fournir leurs pargnes pour la soutenir4 ,ce fait1 surprenant premire vue1 est cependant facile expliquer3 que deviennent en effet les pargnes du monde8 ,dans la mesure o elles ne crent pas des institutions culturelles1 elles servent fonder des organismes de production4 ,des rserves de fer et des trsors d'or sont runis en quantits modres par les tats2 le reste disparat en placements productifs1 et avec lui augmente le nombre de valeurs en papier1 de billets de circulation imprims4 ,cette augmentation des placements productifs doit se prolonger1 tant que les populations augmentent et tant que chaque individu possde moins de produits susceptibles d'tre achets qu'il n'en dsire4 ,les placements mondiaux augmentent en consquence4 ,ils augmentent tous les ans exactement de la somme qui est pargne sur les salaires et les revenus1 aprs qu'ont t satisfaits les besoins de consommation de vie civilise1 les besoins de dpense4 ,l'pargne ralise sur les salaires est relativement minime2 il est douteux qu'elle augmente proportionnellement l'lvation des salaires1 tant que le besoin de consommation moyen n'est pas satisfait4 ,les placements annuels qui ont lieu dans le monde entier sont donc reprsents principalement par la rente du capital1 dduction faite des dpenses que ncessitent les besoins de consommation du capitaliste4 ,cette consommation dpend d'une srie de facteurs qui n'ont rien voir avec le niveau de la rente totale3 elle dpend de la rpartition des tranches de revenus1 des exigences moyennes impliques par le genre de vie1 de valeurs morales4 ,si tout le capital du monde tait concentr entre les mains d'un seul individu1 la consommation se trouvant ainsi rduite au minimum1 la rente et1 avec elle1 le taux d'intrt moyen dans le monde entier ne pourraient pas1 sans danger de ruine pour l'conomie1 donc rellement1 tre infrieurs aux dpenses dont l'conomie mondiale a besoin pour complter et agrandir ses installations4 ,c'est ainsi que1 dans son essence et en ce qui concerne son niveau1 la rente est dtermine par les placements dont l'conomie mondiale a besoin2 elle est le fonds de rserve obligatoire1 servant au maintien de l'conomie mondiale2 elle est un impt que prlve la production1 partout o des biens sont produits et un impt qui vient avant tous les autres2 elle serait indispensable1 alors mme que tous les moyens de production seraient concentrs entre les mains d'un seul1 ce seul ft-il un individu1 un tat ou un ensemble d'tats2 elle ne peut tre diminue que du montant reprsentant la satisfaction des besoins du capitaliste4 ,c'est pourquoi l'tatisation des moyens de production est sans porte au point de vue conomique2 au contraire1 la runion du capital entre les mains d'un petit nombre prsente un danger conomique qui dcoule de l'arbitraire auquel peuvent tre soumises la consommation et la forme de placement2 or1 comme cette dernire1 tant donne la concurrence qui existe entre les rentes1 est reste jusqu' prsent l'abri de tout reproche1 le soin purement conomique d'une rpartition juste ne peut avoir pour objet que la consommation4 ,la rente en elle-mme est indispensable1 en tant qu'elle sert satisfaire les besoins annuels d'investissement dans le monde entier2 peu importe1 en outre1 la question de savoir qui la touche pourvu qu'elle remplisse sa mission finale1 qui consiste tre investie dans des entreprises2 mais ce qui importe1 en revanche1 c'est de savoir si et dans quelle mesure le bnficiaire d'une rente a le droit de s'en servir1 au prjudice de la collectivit1 pour des emplois infructueux ou de la dissiper en jouissances4 ,la politique conomique se transforme en politique de la consommation4 ,mais les justes proccupations doivent s'tendre d'autres objets encore1 et avant tout la question de puissance4 ,si tout le capital tait concentr entre les mains d'un homme raisonnable1 sa consommation relative serait insignifiante2 toute la rente pargne serait canalise1 la suite d'un choix judicieux1 vers les entreprises1 afin d'augmenter leur rendement1 et s'il agissait ainsi1 cet homme pourrait tre considr comme un utile administrateur de l'conomie mondiale4 ,mais il n'en serait pas de mme sous d'autres rapports4 ,c'est que de son bon plaisir dpendraient toutes les affaires humaines3 conomiques1 politiques et aussi1 en dernier lieu1 les intrts culturels4 ,sur un signe de lui1 tel serait lev1 tel autre abaiss2 telle rgion serait privilgie1 telle autre laisse l'abandon2 il imposerait toutes les conventions un esprit conforme ses propres convenances2 la libert du monde serait dtruite3 c'est que1 sous sa forme actuelle1 possession implique puissance4 cela se rattache une autre question3 celle des revendications injustifies4 ,alors mme qu'on russirait1 par la limitation du gaspillage1 diminuer la rente1 rien ne prouve qu'on augmenterait ainsi la participation des classes infrieures la richesse gnrale4 ,monopoles1 revenus tirs de l'agiotage1 escroquerie1 autant de compensations qui peuvent intervenir pour pallier la diminution de la rente2 des rentiers et des hritiers se laisseront nourrir par la collectivit1 sans lui fournir aucun service en change3 des bourdons formeraient un tat dans l'tat4 ,si l'on limine le moyen socialiste1 qui consiste dans l'tatisation du capital1 mesure irralisable et inefficace1 on se trouve en prsence d'une antinomie en apparence insoluble3 l'accumulation des fortunes diminue la consommation relative et1 avec elle1 la rente1 mais est une menace pour l'quilibre de puissance2 la rpartition des fortunes diminue l'accumulation de puissance1 mais augmente la consommation et diminue la productivit de la rente4 ,dans l'une et l'autre de ces alternatives1 nous sommes menacs de revendications injustifies4 ,la structure de la terre1 dans son grand systme d'irrigation1 nous offre un exemple d'un dilemme de ce genre4 ,un systme exclusif de torrents violents empcherait l'puisement des masses d'eau1 mais1 impossible dompter1 il laisserait les plaines dessches2 un rseau troit de sources et de ruisseaux est1 certes1 susceptible d'puisement et d'vaporation1 mais arrose prairies et bas-fonds et se laisse facilement manier2 la nature cependant a ajout ces deux systmes un troisime3 par l'vaporation1 elle maintient les masses d'eau en suspension2 les continents et les bassins maritimes doivent sans cesse charger l'atmosphre de courants1 plus puissants que les courants visibles de la terre et rpartissant leur humidit sur tout le sol nourricier4 ,ici1 o le problme consiste tablir une fconde rpartition des richesses mondiales1 il s'agit galement de trouver la troisime force1 capable de crer un mouvement d'ascension et de descente des masses1 dans une direction perpendiculaire la direction prdtermine et inaltrable du courant1 de s'emparer des excdents et de combler les lacunes1 de faire entrer dans la circulation le contenu du rservoir de l'tat en transformant celui-ci1 d'un terrain strilis par le fardeau des dettes1 en un sol fcond1 luxuriant1 dispensateur de vie4 ,mais assez de comparaisons6 ,nous savons que ce n'est pas par la rpartition momentane et mcanique des richesses mondiales qu'on peut tablir les normes morales et justes du problme de la possession2 nous aurons soumettre l'preuve nos reprsentations relatives la proprit1 la consommation et aux revendications1 afin de rechercher quel droit prim1 quel vieil hritage de fautes et d'erreurs se dissimulent sous ces notions1 afin de nous rendre compte de la voie dans laquelle la ralit rationnelle et inaccessible l'erreur s'engagera1 pour nous rapprocher1 mme dans le domaine matriel1 du but qui s'appelle moralit ici-bas1 et me dans l'au-del4 ,proprit1 consommation et revendication ne sont pas choses prives4 ,tant que le monde tait grand et que les populations taient rares1 tant que les domaines conomiques taient spars les uns des autres1 chacun enferm dans des limites infranchissables1 chaque homme pouvait prendre la nature ce qu'il voulait en fait de proie vgtale1 animale et humaine1 employer cette proie selon son bon plaisir1 l'changer1 l'asservir1 la dtruire4 ,aujourd'hui1 la terre1 qui possde une population dense1 reprsente un organisme aux articulations artificielles1 travers de nombreux vaisseaux1 nerfs1 parois1 compartiments1 visibles et invisibles1 entretenu1 protg1 surveill et rgl par d'innombrables forces vives et inertes2 chaque pas cre des droits1 impose des devoirs1 comporte des frais1 implique des dangers1 touche aux droits la proprit1 la sphre vitale d'autrui4 ,chacun a besoin de la protection commune1 des institutions communes qu'il n'a pas cres1 du bl qu'il n'a pas sem1 de la toile qu'il n'a pas tisse4 ,le toit sous lequel il dort1 la rue qu'il traverse1 l'outil qu'il soulve1 tout cela a t cr par la communaut1 et la mesure dans laquelle il y a droit lui est indique par la convention et par la tradition4 ,l'air mme qu'il respire1 n'est pas libre2 il est protg et maintenu l'abri d'exhalaisons et d'vaporations1 de germes morbides et de poisons4 ,quand on se rend compte de cette infinit de liens et d'obligations1 on a peine comprendre le degr de libert conomique qui est laiss chacun4 ,pour la communaut1 laquelle il doit tout1 chacun peut travailler autant ou si peu que bon lui semble1 il est libre de choisir son travail1 qu'il soit utile ou inutile3 de ce qui lui est accord titre de proprit1 il peut user et abuser1 il peut le laisser pricliter1 il peut le dtruire2 et il peut rclamer la socit la garantie de sa proprit1 il peut mme exiger qu'elle veille1 aprs sa mort1 l'excution de ses dernires volonts4 ,dans les temps venir on comprendra difficilement que la volont d'un mort pt lier des vivants2 qu'un homme et pu tre autoris entourer de cltures des kilomtres de terrain2 qu'il et pu1 sans avoir pour cela besoin de l'autorisation de l'tat1 laisser des champs en jachre1 dmolir ou construire des btiments1 mutiler des paysages1 supprimer ou profaner des oeuvres d'art2 qu'il ait pu se croire autoris1 moyennant certaines taxes1 exploiter1 pour son profit personnel1 telle ou telle partie du patrimoine commun2 qu'il ait pu prendre son service autant d'hommes que bon lui semblait et leur imposer le travail qu'il voulait1 la seule condition exige de lui tant de n'insrer dans les contrats aucune clause contraire la loi2 qu'il ait pu exercer n'importe quelle profession ou commerce1 dans la mesure o il ne s'agissait pas d'un monopole ou d'une de ces professions que le code qualifie d'escroquerie2 qu'il ait pu se permettre des dpenses somptuaires1 prjudiciables la communaut1 la condition seulement que ces dpenses ne dpassent pas les limites de sa solvabilit4 ,au cours de ces dernires dcades1 nous avons vu la bourgeoisie traiter toutes les questions qui sortaient des limites d'une laborieuse conomie individuelle1 d'art strile et d'amusement politique2 elle ne devenait attentive que lorsque venait en discussion une loi conomique dont elle pouvait attendre des profits ou des pertes4 ,mais ds la deuxime anne de guerre1 l'ide commenait se faire jour que toute la vie conomique repose sur la base forme par l'tat1 que la politique pratique par l'tat vient avant les affaires et que chacun est redevable tous de ce qu'il possde et de ce qu'il peut4 ,dans le domaine conomique avait trop longtemps dur un tat de choses tel que l'activit individuelle1 guide par l'ide rationaliste du droit individuel et de la libert illimite1 et se souvenant des injustices dont elle a t victime1 ne cdait que pas pas et contre-coeur aux exigences de la collectivit1 comme on cde un solliciteur importun et dont rien ne justifie les prtentions4 ,la collectivit doit se demander quelles revendications elle peut formuler au nom d'un droit suprieur1 pour laisser l'conomie ce qui reste1 aprs que ce droit a t satisfait1 et ce qui est ncessaire la conservation du mcanisme et pour assurer un genre de vie convenable ceux qui en ont la charge4 ,aprs cet examen comparatif des droits de l'individu et de la collectivit1 nous attirerons l'attention sur le fait que la rglementation de la consommation constitue le seul moyen d'augmenter volont la quantit des matriaux conomiques disponibles2 car1 contrairement ce que croient de nombreuses personnes1 l'augmentation naturelle des quantits de biens produites ou produire ne dpend pas de notre volont2 elle est limite1 chaque moment donn1 par le niveau des moyens de travail et des forces de travail crs4 ,au dbut de notre poque conomique avait rgn le principe3 le luxe est utile1 parce qu'il fait gagner de l'argent au pays4 ,ceci s'applique1 la rigueur1 une activit industrielle ses dbuts1 qui a besoin d'tre stimule par des moyens extrieurs4 ,une vie conomique ayant atteint son plein dveloppement repose sur une association organise de toutes les forces1 et ce n'est pas sans raison que le mot conomie ou tenue de maison implique l'ide de mticulosit mesure4 ,lorsqu'un ,romain envoyait cinq cents esclaves pcher un poisson rare1 lorsque l'gyptienne faisait dissoudre ses perles dans du vin1 l'un et l'autre pouvaient croire de bonne foi que leur luxe tait justifi1 car les esclaves taient nourris pendant leurs journes de travail et les pcheurs de perles ddommags pour les annes de dangers4 ,mais nous devons nous faire de ces choses une ide diffrente4 ,les journes ou annes de travail dpenses en vue d'un clat ou d'un plaisir momentan1 sont des journes ou annes irrmdiablement perdues4 ,elles sont prises sur les moyens de travail limits1 et leur produit est soustrait au revenu dj sans cela insuffisant de la plante4 ,chacun a droit une part du travail que tous fournissent dans un enchanement invisible4 ,les annes de travail employes produire une prcieuse broderie1 une toffe curieuse1 sont irrvocablement soustraites la production de ce qu'il faut pour habiller les plus pauvres4 ,les pelouses d'un parc au gazon six fois ras auraient pu1 avec un effort moindre1 produire du bl1 et le yacht vapeur1 avec son capitaine1 son quipage et ses provisions est soustrait pendant une gnration aux moyens de transport utiles4 ,considr au point de vue conomique1 le monde est1 dans une mesure plus grande que la nation1 une association de crateurs2 quiconque gaspille travail1 temps de travail ou moyens de travail1 vole la collectivit4 ,la consommation n'est pas une affaire prive3 elle est affaire de la collectivit1 de l'tat1 de la morale1 de l'humanit4 ,ici surgit une antinomie4 ,tout ce qui est produit disparat1 et disparat par la consommation4 ,dans le cas le plus favorable1 ce qui est produit sert la production de nouvelles choses qui1 leur tour1 disparaissent par la consommation4 ,si chaque bien n'est produit qu'en vue de la consommation et si chaque consommation sert la conservation de la vie et l'lvation de son niveau1 pourquoi tablirions-nous une distinction entre la consommation justifie et la consommation injustifie8 ,si tous les produits suivent le mme chemin1 il ne reste que la question de l'ordre dans lequel ils devraient le suivre4 ,c'est1 en effet1 l'ordre des besoins qui tablit une hirarchie de notions s'tendant de la consommation ncessaire au luxe frivole4 ,toute consommation est de luxe1 tant que reste insatisfait un besoin primordial qui aurait pu tre satisfait la place du besoin de luxe4 ,nous n'avons l'intention de donner ici ni un manuel ni une casuistique du luxe2 il est galement incontestable que la notion du besoin lmentaire et ncessaire est assez vague4 ,mais ceci importe peu4 ,personne n'aura l'ide d'exiger une dfinition mcanique et mathmatique de cette notion4 ,lorsque la famine rgne dans une province1 il serait absurde de qualifier de dpense somptuaire celle que ncessite le train spcial qui emporte l'homme d'tat responsable au milieu des habitants affams4 ,ce n'est pas faire du gaspillage que de mettre le travailleur intellectuel l'abri des frictions et des besoins journaliers1 alors mme que la collectivit devrait sacrifier pour cela un peu de travail et d'espace4 ,ce qui est une dpense de luxe1 c'est ce que la foule1 incapable de penser1 dsigne sous le nom de ftes de bienfaisance et qui n'est au fond qu'une dpense goste1 abusant du principe de l'amour du prochain et inscrivant1 avec une froide piti1 au nom de ses victimes1 la valeur des bouteilles de champagne vides4 ,il nous suffit de savoir qu'il reste une hirarchie des besoins et que cette hirarchie peut tre saisie par un sain jugement2 et c'est ainsi que l'antinomie de la consommation se trouve rsolue4 ,si l'on considre la production mondiale au point de vue de cette hirarchie1 on recule effray devant l'absurdit de notre conomie4 ,des choses superflues1 insignifiantes1 nuisibles1 mprisables sont accumules dans nos magasins3 frivolits de la mode1 destines briller pendant quelques jours d'un faux clat1 substances enivrantes1 excitantes1 stupfiantes1 parfums repoussants1 imitations inconsistantes et mal comprises de modles artistiques1 ustensiles servant1 non rendre service1 mais blouir1 niaiseries qui sont comme la petite monnaie courante de l'change forc de cadeaux4 ,toutes ces non-valeurs remplissent magasins et dpts o elles sont renouveles tous les trois mois4 ,leur production1 leur transport et leur conservation exigent le travail de millions de bras1 des matires premires1 du charbon1 des machines1 des installations d'usines et accaparent peu prs le tiers de l'industrie et du commerce du monde4 ,celui qui1 l'auberge1 a vant l'incomparable grandeur de notre civilisation1 ferait bien1 pendant qu'il rentre chez lui1 de jeter un coup d'oeil sur les devantures des magasins qui bordent nos rues3 il lui sera facile de se convaincre que notre culture entretient des exigences bizarres2 celui qui voit une pelouse dshonore par des gnomes1 des livres et des champignons en terre glaise qu'un humour stupide y a placs titre de soi-disant dcoration1 celui-l peut se faire une ide concrte de l'conomie errone de notre temps4 ,si la moiti seulement du travail gaspill tait employe judicieusement1 tous les pauvres des pays civiliss pourraient tre nourris1 habills et logs4 ,nous parlerons plus loin de ce qu'il y a de coupable dans la fausse direction imprime notre conomie et de la part qui1 malheureusement1 revient nos femmes dans cet inexcusable abus4 ,qu'il nous suffise de dire ici qu'en imposant des restrictions au gaspillage de notre poque1 nous fournirions l'poque venir des moyens dont elle pourra et devra se servir pour rpandre sur tous un juste bien-tre4 ,notre tche consiste reconnatre le mal et chercher des remdes1 guids que nous sommes par la conviction que la consommation de biens n'est pas une affaire prive1 que cette consommation puise dans des rserves de forces et de matriaux qui n'existent qu'en quantits limites et dont nous avons la responsabilit4 ,c'est pourquoi aussi les mthodes de production et de fabrication ne sont pas1 leur tour1 une affaire prive1 mais prsentent un intrt gnral4 ,considr en gros1 le bien-tre de notre poque1 qu'il soit une fonction de la production ou des moyens de transport1 dpend en dernire analyse de la plus noble substance de notre plante3 du charbon4 ,ce que des milliers de sicles ont produit en fait de prcieuse vgtation1 ce qu'ils ont condens en baumes et essences de diffrente composition et accumul au sein de la terre1 notre gnration l'arrache aux flancs de celle-ci pour en faire le moins noble des usages3 pour le livrer la combustion4 ,notre poque conomique mriterait d'tre un jour dnomme d'aprs cette rserve carbonifre d'o elle a tir ses trsors4 ,nous avons trop tard reconnu la valeur de cette vritable pierre philosophale1 et trop tard commenons-nous la mnager4 ,c'est la tche de la lgislation d'exiger une sparation scrupuleuse de la substance fossile par la distillation et la dcomposition et de n'autoriser l'utilisation calorique que des produits les moins prcieux2 la lgislation incombe galement le soin d'empcher1 en mme temps que le gaspillage du travail1 celui de la force1 par suite de mauvaises installations et du manque d'conomie4 ,si le charbon tait honor1 comme le sont le bl et le pain1 nous serions d'ores et dj dbarrasss du souci des frais de revient et1 avec lui1 de la lutte pour les salaires dans les usines4 ,de mme qu'on a cr une inspection du travail1 destine veiller l'excution de mesures de scurit et de bien-tre1 nous avons besoin d'une protection lgislative des domaines d'exploitation1 afin d'empcher le gaspillage inconsidr et ruineux4 ,que la considration mathmatique de la consommation soit impuissante nous faire entrevoir les conditions de l'lvation du niveau de culture des nations1 c'est l un fait qui n'a besoin d'aucune explication4 ,et1 cependant1 il est bon d'tablir entre la consommation et le niveau de culture une relation assez nette1 pour que des conclusions opposes puissent se rattacher notre dduction4 ,nous avons tabli la hirarchie des besoins1 afin de faire ressortir la relativit du luxe1 considr comme une grandeur-indice4 ,mais nous avons jusqu'ici lud la question de savoir quel est le but dernier de la consommation1 quelle fin elle sert4 ,si nous croyions que la conservation et la reproduction de la vie constituaient le sens dernier du travail mondial et de la production de biens1 on devrait considrer la piti et la recherche du plaisir comme les seules forces capables d'orienter vers l'avenir notre volont1 dpourvue de conviction et de passion4 ,or1 la volont ardente et convaincue1 qui aspire la perfection1 suppose et dmontre l'existence de valeurs absolues2 en entrevoyant et en annonant la croissance des mes1 nous prparons la voie que doit suivre cette volont3 nous le faisons1 en difiant le monde intermdiaire qui repose sur la matire et s'lance dans le sublime4 ,ce monde est appel durer2 toutes les oeuvres d'amour1 d'art1 de foi et de pense que l'humanit a conues et vcues resteront imprissables2 le songe de ,jacob se trouve ralis2 nous entrevoyons l'oeuvre ternelle de l'humanit accomplissant sa mission4 ,le sens dernier de toute conomie terrestre consiste dans la production de valeurs idales4 ,c'est pourquoi le sacrifice des biens matriels signifie1 non une consommation caractrise par le gaspillage1 mais la ralisation dfinitive de la destine humaine4 ,c'est pourquoi toutes les vraies valeurs culturelles chappent l'apprciation conomique2 elles sont incommensurables avec le bien et avec la vie2 elles sont des valeurs libres1 ne sont jamais payes trop cher1 moins qu'on les change contre des idalits suprieures2 elles sont1 non des moyens et des grandeurs de calcul1 mais des entits portant leur justification en elles-mmes4 ,en retournant la question1 nous abordons le domaine de la rpartition1 et nous nous trouvons en prsence d'un problme qui peut se formuler ainsi3 par quels moyens pourrions-nous augmenter l'afflux de biens matriels vers les lieux de sacrifices o les choses matrielles1 en se sublimant1 se transforment en valeurs spirituelles8 ,ce problme devra tre discut part3 il s'agit de la transformation du sentiment moral qui prcde et accompagne la nouvelle conception de l'conomie4 ,ici nous entendons dj rsonner ce triple principe3 l'conomie est1 non une affaire prive1 mais une affaire collective2 non une fin en soi1 mais un moyen pour atteindre l'absolu2 non une revendication1 mais une responsabilit4 ,il y aurait lieu de parler des moyens mcaniques1 des mesures et des lois susceptibles de favoriser la ralisation des ides fondamentales dans un pays dtermin1 et en premier lieu en ,allemagne4 ,nous ne le ferons que dans la mesure o il s'agit de notions nouvelles sur ce sujet1 de notions qui semblent se perdre dans les nuages1 lorsqu'on ne peut pas prouver leur rapport avec ce qui existe et avec ce qui est humain1 c'est--dire leur ralit4 ,nous n'oublions pas que nous avons des fins poser2 mais de mme l'architecte1 tout en tant capable d'exposer la thorie de la construction en vote et d'apprcier sa valeur1 se refuse tablir des dessins1 avant de connatre la grandeur et l'emplacement1 l'entourage et les moyens de construction1 de mme nous devons nous borner dire que des fins reconnues et gnralement admises peuvent tre ralises par des moyens infiniment nombreux1 suffisamment connus dans la pratique et dont le choix dpend des circonstances de temps et des donnes mcaniques4 ,mais1 ici1 il s'agit de soustraire l'action dissolvante du prjug des matriaux de construction dont la valeur est mconnue et de les mettre dfinitivement l'abri en vue de l'dification de structures conomiques futures3 nous avons jeter un coup d'oeil sur la notion de lgislation somptuaire4 ,les impts de consommation et les droits sur le luxe prsentent cette caractristique1 devenue un lieu commun1 que leurs produits sont dcevants1 puisqu'ils restreignent la consommation4 ,ils paraissent donc inefficaces1 si1 en les considrant au point de vue financier1 on tient leur action secondaire pour la chose principale1 et si on considre leur action principale comme un effet secondaire nuisible4 ,si on retourne la question1 de faon mettre principalement en vidence le ct se rapportant la restriction de la consommation inutile1 la rponse concernant l'efficacit se trouve donne ipso facto4 ,si l'on songe que chaque collier de perles import correspond ce qu'il faut pour mettre en valeur un domaine ou nous rend tributaires du revenu d'un riche domaine tranger2 que chaque millier de bouteilles de champagne que nous faisons venir de ,france absorbe les frais de formation d'un savant ou d'un technicien2 que la valeur de nos importations de soies1 de plumes1 d'ornements1 de parfums et autres marchandises de cette catgorie1 suffirait faire disparatre toute misre et toute privation dans le pays2 que l'excdent de ce que nous dpensons en spiritueux1 par rapport ce que dpense pour le mme objet l',amrique1 reprsente peu prs les charges de nos dettes de guerre3 lorsqu'on pense tout cela et mille autres exemples du mme genre1 on conoit difficilement que la socit tolre le gaspillage du patrimoine national1 sans se ddommager par le lgitime moyen des impts et des droits4 ,on vit toujours dans l'illusion que le luxe fait vivre beaucoup de monde1 que la consommation est une affaire prive1 que les hommes seraient privs de travail1 si on remplaait toutes les professions destructrices en professions cratrices4 ,on considre chez nous l'imposition du revenu comme une mesure naturelle4 ,on est mme port y rattacher une satisfaction morale1 parce qu'on admet que celui qui reoit beaucoup1 peut sans peine donner une partie de ce qu'il reoit4 ,allant plus loin dans cette direction1 on convient que puisque l'pargne sert arrondir la fortune1 il est lgitime aussi de prlever quelque chose sur cette augmentation4 ,mais on s'arrte devant la consommation qui1 elle1 doit rester intangible4 ,cette conception bourgeoise considre la prtention de la collectivit comme un dsagrable rationnement auquel on peut chapper peu de frais4 ,certes1 le revenu doit tre impos1 et l'pargne1 pas plus que le revenu1 ne doit chapper l'impt2 mais le plus coupable1 c'est la consommation1 et elle devrait tre impose de telle sorte qu'au-dessus d'un minimum suffisant1 calcul par tte1 l'tat devrait prlever au moins un mark sur chaque mark de consommation supplmentaire4 la facile objection qu'une pareille mesure servirait avant tout faciliter l'pargne et favoriser l'accroissement et l'ingalit des fortunes1 on pourra donner une rponse qui sera en fonction du sort rserv aux fortunes prives4 ,il existe assez d'autres moyens1 et de plus efficaces1 d'empcher l'accroissement de l'ingalit2 en outre1 l'imposition de l'pargne n'a jamais eu pour but de diminuer celle-ci1 mais visait plutt rendre l'imposition moins sensible1 alors que nous admettons que l'imposition pourra tre rendue aussi sensible qu'on le voudra1 pourvu qu'elle agisse avec efficacit sur le mal dont la socit souffre le plus1 en amenant une diminution de la consommation effrne4 ,de ces considrations1 plus d'un pourrait tre tent de conclure que nous prchons une sorte de puritanisme rigide qui ne comporte que le travail assidu1 une nourriture suffisante1 des vtements et des ustensiles solides et1 dans le cas le plus favorable1 une solide ducation moyenne et un attachement universel l'glise4 ,mais nous avons dj rpondu cette apprhension1 en disant que toute vie intrieure doit servir l'enrichissement de l'me1 toute vie extrieure l'augmentation des biens idaux2 ajoutons encore que la socit future ne sera pas ncessairement prive de cette enveloppe multicolore de la richesse matrielle1 du luxe1 de la magnificence et de la reprsentation qui1 aujourd'hui1 ne drobe que trop nos yeux affaiblis la vritable beaut du monde4 ,partout o la socit apparatra comme matresse1 elle pourra1 en signe de sa libert et de sa libralit1 s'entourer d'clat1 comme l'ont fait les matres de ,rome et d',athnes1 de ,venise et d',augsbourg1 de ,versailles et de ,potsdam4 ,mais on pensera autrement du raffinement de l'isolement1 de l'insatiabilit qui1 derrire les grillages et les rideaux1 derrire les vitres et les portes deux battants1 enfouit des richesses dans les matelas et les coffres-forts4 ,notre poque est familiarise jusqu' l'abus avec la notion de la magnificence1 mais semble avoir perdu celle de la distinction4 ,la magnificence et la reprsentation agissent sur une foule lointaine1 condamne l'admiration bate1 et laissent le coeur froid2 la distinction exprime la noblesse intrieure dans une calme rserve1 elle est renonciation2 tout en semblant cder avec douceur1 elle entrane et emporte4 ,sparte et la vieille ,prusse taient distingues1 ,paris et ,rome des derniers sicles montrent l'association insparable de la pompe et de la vulgarit4 ,l'poque artistique peu connue de la renaissance prussienne d'il y a cent ans nous montre que la beaut nat1 moins de l'imitation de ce qui est pompeux et fastueux1 que du calme et consciencieux accomplissement de la plus modeste des tches4 ,nous avons ainsi fait ressortir la grande importance de la consommation et la ncessit de sa rglementation dans la vie conomique de l'avenir1 et nous avons en mme temps bauch1 comme condition prliminaire de cette rglementation1 une nouvelle conception thique et conomique1 ainsi que la manire dont elle doit s'incarner dans la structure lgislative de l'tat4 ,en abordant la question de la rpartition des biens1 nous devons prendre un nouvel lan et chercher la direction des astres1 car l'orientation que nous avons suivie lors de la discussion du problme de la consommation ne peut plus nous servir4 ,nous avons vu que l'extrme ingalit des fortunes est de nature corriger1 plutt qu' aggraver1 les excs de la consommation2 si toute la fortune de l'univers tait concentre entre les mains d'un seul et administre d'une faon quelque peu rationnelle1 la diminution de prix des biens de consommation serait tellement considrable que le rapport entre salaires et traitements1 d'un ct1 et les biens en circulation1 de l'autre1 restant le mme1 la part de consommation de chacun suffirait lui assurer une vie convenablement bourgeoise4 notre poque1 cette part ne peut en gnral pas augmenter1 et les thoriciens qui attendent de certaines mesures sociales et politiques une soudaine augmentation de la quantit de produits1 avec baisse correspondante de leurs prix1 nagent en pleine illusion1 car la quantit de biens produits un moment donn dpend de la quantit de moyens de production existant au mme moment1 et une rapide augmentation des moyens de production ne peut tre obtenue que par une intense restriction momentane de la consommation4 ,ce que le monde peut chaque anne absorber et consommer1 reprsente donc une quantit ferme2 l'effet1 ainsi que nous l'avons vu1 ne peut tre attnu que par une rorganisation de la production telle que l'absurde gaspillage se trouve transform en consommation utile4 ,si on peut1 grce cette rorganisation1 augmenter d'un tiers la somme des biens produits1 la rpartition de ceux-ci entre les habitants des pays civiliss assurerait chacun une vie bourgeoise moyenne qui1 calcule en notre argent1 comporterait une dpense annuelle de #c4jjj marks environ par famille4 ,si la thorie de la consommation ne peut plus servir de ligne directrice la rpartition des biens1 comme si le point #j3j se trouvait ici dpass1 la revendication de l'affranchissement proltarien1 quelque bizarre que cela puisse paratre1 semble se comporter d'une manire indiffrente l'gard de la question de la rpartition4 ,c'est que l'attitude du proltariat1 pour autant qu'elle s'exprime dans les rapports conomiques1 est moins une affaire de possession qu'une revendication concernant la consommation4 ,supposons ici encore un cas extrme d'ingalit4 ,supposons notamment que toute la fortune de l'univers soit concentre entre les mains d'un seul 7et ce cas ne diffre que moralement1 et non conomiquement1 du cas-limite de l',utopie1 o ce seul s'appelle tat73 dans ce cas hypothtique1 le possesseur universel pourrait fort bien ne pas avoir en face de lui un proltariat4 ,nous serions certes tous ses subordonns1 mais la rpartition des biens produits chaque anne dpendrait uniquement de notre sentiment collectif et de notre intervention4 ,en supposant toujours que le possesseur dirige intelligemment la production mondiale1 il peut faire des biens produits cinq parts3 nous abandonner une part nous1 qui sommes ses ouvriers et employs1 en vue d'une juste rpartition2 il doit rserver une deuxime part au renouvellement et l'intensification de son appareil de production et l'entretien d'autres institutions utiles la collectivit2 il peut mettre de ct une troisime part1 en vue d'une future pnurie ventuelle2 il peut enfin rserver sa propre consommation une quatrime part et1 s'il est mchant1 dtruire arbitrairement la cinquime4 ,nous ne voyons pas de sixime emploi4 ,les quatrime et cinquime cas pouvant tre ngligs et le troisime n'tant pas essentiel1 nous n'aurons traiter avec notre matre qu'en ce qui concerne le partage entre les deux premiers emplois4 ,s'il prtexte nos devoirs envers les gnrations venir1 nous rpliquerons que nous voulons vivre1 nous aussi1 et que nos descendants n'auront qu' s'occuper eux-mmes de leurs affaires4 ,et notez bien ceci3 les pourparlers en question se poursuivront dans le mme esprit1 que le matre s'appelle ,rockfeller ou qu'il soit reprsent par l'tat social universel4 ,l'accord finit par s'tablir4 ,la part de rserve est fixe2 elle sera pour le moins aussi importante1 peut-tre mme plus importante1 que dans l'conomie actuelle et1 tant qu'il ne se produit ni mcontentement1 ni aversion pour le travail1 notre patron peut se dsintresser compltement de la manire dont nous rpartissons entre nous la part destine la consommation4 ,et prenant une fois de plus pour base le niveau de production actuel1 nous supposons que la rpartition sera telle qu'elle comportera une dpense annuelle moyenne de #c4jjj marks1 au taux d'aujourd'hui4 ,sommes-nous pour cela proltaires8 ,en aucune faon4 ,l'instruction et l'entretien de nos enfants sont assurs4 ,personne au monde1 l'exception de l',unique1 qui peut tout aussi bien tre reprsent par le pouvoir d'tat1 n'a plus de droits sur nous2 toute la partie des produits du monde1 destine la consommation1 est notre disposition2 nous en avons nous-mmes assum le partage4 ,singulire contradiction3 la possession individuelle tant pousse sa plus extrme expression1 l'tat proltaire disparat6 ,or1 il est tout fait naturel de gnraliser notre conclusion1 en l'appliquant deux propritaires1 puis dix1 cent1 mille1 et de montrer que la rpartition de la proprit est sans aucune influence sur la formation du proltariat qui1 considre au point de vue conomique1 se rattache davantage au droit de consommation qu'au droit de proprit4 ,cette dduction est cependant prmature1 car elle ne tient pas compte de deux choses3 du caractre de classe du proltariat et de la puissance qui s'attache la possession4 ,la puissance d'un unique propritaire universel serait immense1 mais ne se manifesterait gure pleinement que dans son entourage immdiat1 surtout si ce propritaire avait en face de lui une unit organise4 ,ses intrts privs seraient peine plus prjudiciables aux intrts de cette unit que ne le sont les intrts domestiques ordinaires d'un dynaste intelligent qui ne se proccupe pas de favoriser telle classe aux dpens d'une autre2 et tous ses efforts tendraient principalement maintenir sa puissance et assurer sa transmission hrditaire4 ,ces deux buts tant atteints1 il n'a plus aucun intrt refuser ses ouvriers instruction1 droit et responsabilits4 ,lorsque les propritaires sont1 au contraire1 nombreux et jouissent de droits hrditaires1 ils se runissent et forment une classe4 ,ils cherchent non seulement assurer leur scurit1 mais se prmunir aussi contre des intrus3 ils peuvent se combattre entre eux1 mais c'est le subordonn qui reste le principal adversaire1 surtout lorsqu'il n'est pas absolument exclu du droit de proprit1 lorsqu'il peut acqurir ou possde dj4 ,l'intrt le plus urgent consiste alors maintenir le dshrit dans l'impuissance1 lui enlever les moyens d'instruction1 d'organisation1 de possession1 ne lui accorder que les droits et les responsabilits compatibles avec le maintien du juste quilibre un moment donn4 ,la question de la rpartition de la proprit devient importante4 ,bien que la non-uniformit de la rpartition favorise l'organisation plus quitable de la consommation1 deux circonstances1 prjudiciables cette quit1 surgissent dans le cas dont nous nous occupons3 la puissance1 qui est insparable de la possession et acquiert avec le temps une importance de plus en plus grande2 l'hrdit1 maintenue par une longue tradition et1 peut-tre1 moins insparable de la puissance que celle-ci ne l'est de la possession4 ,puissance et hrdit runies forment le pouvoir d'une classe4 ,ces rapports entrevus1 nous ne pourrons plus jamais nous dclarer partisans du libre jeu des forces1 en ce qui concerne aussi bien l'accumulation que la rpartition des biens privs4 ,nous avons effleur la notion de l'ducation intellectuelle et avons not ce propos que la classe dominante ne peut faire autrement que d'accorder1 contre-coeur1 ce dcisif bienfait ses subordonns4 ,notre poque1 qui n'ose pas penser synthtiquement1 parce qu'elle exagre la valeur du savoir et est incapable de s'lever l'ide d'organisation1 ne dispose que du coup d'oeil du praticien pour les ingalits immdiates4 ,elle ne peut pas mconnatre1 et est lasse de se le dissimuler1 que c'est commettre un vol l'gard d'un citoyen et l'gard de l'tat1 que de ne pas mettre la disposition de chacun1 ds son enfance1 les moyens d'instruction de notre poque4 ,aussi notre temps1 qui trouve facilement rponse tout1 s'est-il dcid rclamer le nivellement de l'ducation1 l'instruction universelle et obligatoire4 ,si l'intention est bonne1 sa ralisation ne peut tre que relative4 ,en l'absence mme de l'exprience qui se poursuit depuis des annes dans des pays voisins1 on pourrait se douter que ce rapprochement immdiat des enfants appartenant diverses classes sociales1 loin d'attnuer l'aristocratisme bourgeois et la supriorit intellectuelle1 ne font qu'accentuer l'une et l'autre4 ,on va chercher dans les maisons de faubourgs et dans les palais les jeunes enfants1 spars par des hostilits de classe1 pour en faire des camarades d'cole4 ,les uns1 bien soigns et conscients de la situation qu'ils occupent1 habitus aux conversations polies qu'ils entendent de la bouche de grandes personnes1 ayant de bonnes manires1 s'exprimant facilement1 en possession d'une certaine culture fournie par le commerce avec les bons livres et les oeuvres d'art1 par les voyages et1 l'occasion1 par une certaine instruction reue pralablement1 frais1 bien nourris1 ayant le corps assoupli par des exercices1 dormant leur suffisance2 les autres1 privs de tous ces avantages et vivant mme dans des conditions tout opposes4 ,or1 voil qu'on veut imposer aux uns et aux autres une nouvelle contenance1 une nouvelle manire de parler et d'envisager les choses2 voil qu'on leur demande de franchir leur cercle habituel et d'acqurir pniblement1 la suite de cette transformation qui exige un grand effort d'nergie et de volont1 de nouvelles connaissances que les bien vtus n'auront aucune peine s'assimiler1 puisqu'ils les possdent dj en partie4 ,obscurment et douloureusement1 l'enfant de petit bourgeois commence ressentir l'abme qui le spare1 lui et ses congnres1 des heureux de ce monde2 il en rsulte pour lui un tat de perplexit et d'impuissance qui aboutit souvent l'enttement et la mauvaise volont4 ,il lui faut un effort de volont et des dons extraordinaires pour ne pas succomber sous le poids de ces sentiments2 et lorsqu'il russit ragir1 c'est le plus souvent sans aucun effet pratique pour l'avenir2 mais la plupart de ces enfants retombent1 aprs un court contact1 dans un dsespoir d'autant plus profond qu'ils attribuent leur infriorit1 non plus seulement aux circonstances extrieures1 mais leur incapacit intrinsque4 ,si au contraire1 l'instruction et l'ducation sont guides par l'intrt pour le plus faible et le moins dou1 leur adaptation au degr de comprhension de ces lves plus arrirs ne peut qu'exercer une action ralentissante1 nivelante1 dprimante sur tous les autres4 ,la mortelle hostilit de l'cole l'gard de tout enfant dou1 la misrable efficacit1 l'absence de contact avec le monde extrieur1 la dsesprante scheresse1 qui caractrisent notre enseignement1 qui ont empoisonn notre jeunesse et qui ont leur source dans le mcontentement d'une classe sociale dshrite et surmene1 ne peuvent contribuer qu' faire baisser encore davantage le niveau de l'instruction et instaurer le rgne d'une mdiocrit intellectuelle4 ,l'inscription ne peut tre gale que pour les enfants provenant du mme milieu familial et social1 vivant dans des conditions extrieures identiques4 ,elle devient alors une ncessit morale4 ,elle est impuissante supprimer les oppositions de classes1 quelque bas que soit le niveau auquel elle se place4 ,nous voil ramens la ncessit morale d'une politique de nivellement conomique1 ncessit qui devient encore plus urgente1 lorsque nous envisageons l'attitude conomique de l'tat l'gard de ses tches humaines suprieures4 ,les tats de nos jours sont des mendiants1 endetts jusqu'au cou4 ,les institutions puissantes et suprieures1 destines runir les rameaux de l'humanit sous la forme d'une organisation de la volont1 qui ont le droit de supprimer tous les obstacles s'opposant au libre dveloppement de la volont et de chercher1 par des transformations successives1 adapter leur forme et celle de leurs lments aux besoins et aux aspirations de l'poque2 ces institutions1 qui reprsentent ici-bas comme la plus haute expression et la certitude exprimentale de l'unit spirituelle de la collectivit1 se heurtent aujourd'hui1 quant la possibilit de leur existence1 la plus triviale de toutes les questions3 quel en est le prix8 cela en vaut-il la peine8 ,elles sont l'enjeu de la triste lutte conomique qui se poursuit entre pres et fils et se dissimule derrire chaque proposition de loi2 cette lutte aboutit soit de nouveaux impts1 qui sont le sacrifice des parents pour le bien des fils1 soit par de nouvelles dettes1 auquel cas les fils paieront ce que les pres auront consomm4 ,ces deux solutions sont galement fcheuses1 et l'on voit peu peu s'affirmer l'absurde conception d'aprs laquelle les dpenses publiques seraient un mal1 que l'tat le plus heureux serait celui qui dpense le moins1 que l'conomie ralise sur le ncessaire1 loin d'tre un crime1 constituerait une vertu et que les obligations morales de l'tat devraient tre juges au point de vue des intrts d'une classe4 ,le chmage1 la misre1 les maladies endmiques pourraient tre supprimes1 mais cela coterait trop cher4 ,une partie du peuple habite des logements indignes d'un tre humain1 alors qu'elle pourrait1 moyennant une dpense d'une centaine de millions1 habiter des cits-jardins2 mais o prendre cet argent8 ,l'ducation1 cette tche la plus noble de la collectivit1 est confie des fonctionnaires quelconques1 mal pays1 travaillant souvent contre-coeur2 l'enseignement agricole est dfectueux1 faute de moyens4 ,il faudrait en outre favoriser le progrs de la science1 l'essor des arts1 cultiver l'amour humain2 mais toutes ces tches sont abandonnes l'initiative prive1 au hasard des souscriptions ou la vanit bourgeoise systmatiquement entretenue4 ,un tiers des frais qu'avait cots la guerre europenne aurait suffi assurer la souverainet conomique des tats pendant un demi-sicle4 ,l'histoire1 qui dispense ses enseignements avec svrit et d'une faon concrte1 fera entendre sa voix1 lorsque le bruit des batailles aura cess4 ,elle nous parlera dans le langage imag des consquences et nous laissera le soin de tirer les conclusions2 et cette occasion1 plus d'un de ces mots dont nous sommes prodigues aujourd'hui1 nous reviendra avec une intonation change4 ,mais il est un enseignement de l'histoire qui sera particulirement profitable nos ,parlements petits-bourgeois1 lesquels1 par mfiance pour les gouvernements auxquels ils ont confi le pouvoir1 par troitesse d'esprit professionnel1 par crainte de l'lecteur1 considrent l'tat comme une affaire qui doit tre conduite avec une responsabilit et des moyens limits3 nous voulons parler de l'enseignement qui dit que #ax#aa4 ,si les moyens des particuliers diminuent et que le thaler en arrive n'avoir plus que la valeur d'un mark1 il y a l pour l'tat une raison de plus de prendre pour unit de ses calculs le milliard la place du million4 ,notre vie collective ne pourra acqurir de nouvelles forces lui permettant de faire face aux difficults intrieures et extrieures que si nous nous dcidons1 en ces temps de restrictions1 servir le bien commun avec plus de gnrosit que nous ne l'avons fait autrefois1 au temps du superflu4 ,mais le but atteindre1 c'est l'tat ne connaissant pas de limitation matrielle1 c'est l'tat allant au-devant des besoins1 au lieu de les suivre pniblement1 l'tat se demandant non3 ,o prendrai-je l'argent8 mais3 quoi vais-je le destiner8 ,il doit pouvoir intervenir partout o il y a des misres soulager1 toutes les fois qu'il s'agit d'assurer la scurit du pays2 il doit contribuer toute grande oeuvre de culture1 avoir sa part dans tout acte de beaut et de bont4 ,ce sont la puissance1 la richesse1 l'exubrance de l'tat qui doivent tre pour le citoyen un objet de joyeuse fiert1 et non son propre ,mammon enferm dans un coffre-fort3 celui qui considre cette interversion des forces comme fondalement impossible1 manque de confiance dans son peuple et en lui-mme2 dans son peuple1 puisqu'il ne croit pas l'existence de la foule passionne de ceux qui ne se laissent pas tourdir par le bruit de l'or2 en lui-mme1 parce qu'il dsespre de lui et de ses semblables1 alors qu'il faut beaucoup de foi et de persvrance pour raliser une forme de gouvernement o seuls les justes et les forts soient chargs de responsabilit4 ,une nation n'a jamais d'autre gouvernement que celui qu'elle dsire et1 par consquent1 qu'elle mrite4 ,si donc l'tat doit vraiment tre le plus riche et le plus puissant dispensateur de biens dans le pays1 il ne faut pas qu'il le devienne aux dpens des pauvres4 ,nous savons dj qu' chaque moment donn la somme des biens1 des droits de consommation est mesure et limite et que c'est tomber dans la plus folle des utopies que de croire qu'il suffit d'un changement dans les exigences et les droits pour augmenter la production mondiale dj porte au plus haut degr d'intensit4 ,le surplus de moyens et de droits que possde le riche est prcisment ce qui manque l'tat et cre entre lui et la collectivit un antagonisme irrductible4 ,on n'a jamais os approfondir srieusement cette ide1 bien qu'on se rende compte qu'elle est la base de toute rforme sociale dont elle forme mme le noyau le plus sain4 ,la force d'attraction du socialisme rside moins dans sa thse incolore du retour des capitaux l'tat que dans son but final1 concret1 qui est la suppression1 par un moyen ou par un autre1 de la richesse excessive1 en vue de l'amlioration du sort de tous4 ,on s'tait cru oblig de compliquer ce noyau l'aide d'une thorie superflue1 parce qu'on n'a pas t capable de surmonter les apparentes contradictions morales et conomiques4 ,ds l'instant o chacun est libre de s'enrichir1 mieux que cela3 ds l'instant o chacun est encourag s'enrichir et que nulle loi ne s'y oppose1 il semblait malhonnte de dpouiller des produits de son travail celui qui a russi4 ,il semblait de mme scabreux de s'exposer1 en plaidant pour un principe qui choquait la socit bourgeoise de nos rvolutionnaires eux-mmes1 lesquels auraient cru1 en le proclamant1 sanctionner l'injustice1 voire le vol1 et se laisser guider par un mobile aussi anti-scientifique que l'envie4 ,on croyait1 en outre1 dans son for intrieur1 que la richesse tait indispensable la formation du capital1 aux risques conomiques et techniques1 aux grandes entreprises1 aux oprations financires longue chance4 ces scrupules il ne pouvait arriver rien de meilleur que d'tre englobs dans une vaste thorie qui1 sans les absorber1 les a tout au moins rendus invisibles4 ,il faut1 proclamait cette thorie1 frapper le capital jusqu' en faire une proprit de l'tat1 la disparition du capital devant entraner celle de la richesse4 ,cette tatisation devait avoir pour consquence une augmentation de la valeur du travail1 alors que nous avons vu qu'il n'y a entre ces deux faits aucune relation de cause effet4 ,mais on laissait sans solution et insoluble la question de savoir comment1 en l'absence de toute concurrence1 de tout stimulant interne1 de toute norme de comparaison1 par la seule mthode bureaucratique1 la collectivit serait mme de suppler au principe fondamental sans lequel la grande ,nature elle-mme est incapable de s'acquitter des tches qu'implique son volution3 nous parlons du principe de la lutte pour l'existence1 de la slection1 de la joie de vaincre4 ,si l'on reconnat sans rserves qu'on doit tendre au nivellement de la proprit1 c'est--dire la limitation des richesses individuelles1 on constate que la doctrine de la libert sociale est de force rsoudre ce problme1 en faisant toutefois une distinction entre les trois formes sous lesquelles se manifeste l'action de la proprit3 le droit la jouissance1 le droit la puissance1 le droit la responsabilit4 ,cette distinction une fois opre1 il est possible de trouver des formes d'organisation conomique qui concilient le systme traditionnel avec les exigences de la libert1 de la justice et de la dignit humaine et suppriment toute entrave au dveloppement ultrieur4 ,nous voluons toujours dans les limites de la question du nivellement des fortunes1 mais nous commenons nous apercevoir que les exigences immdiates de la morale projettent leurs ombres sur nos considrations conomiques4 ,certes1 l'me ne prtend pas pour elle-mme au bonheur1 la puissance et aux honneurs temporels1 elle n'exige pas pour elle-mme de justice terrestre4 ,elle s'veille au bonheur de la souffrance1 elle vit dans la solitude du renoncement1 elle puise ses forces dans le bonheur du sacrifice4 ,et1 cependant1 en tant que notion humaine1 la justice ne lui est pas trangre4 ,que serait la piti1 si l'on prtendait que la privation est1 pour notre prochain aussi1 une source de bonheur plus grande que l'abondance8 ,que serait la justice1 si l'on prtendait que l'injustice est un moyen de rendre nos prochains plus forts8 ,l'importance objective de ces vertus consiste en ce que ceux qui en sont porteurs attirent vers eux le mal et les souffrances du monde1 dtournent vers leurs propres coeurs les pointes de lances hostiles2 mais ils sont trs loin de vouloir le mal ou de le mnager4 ,nous aurons bientt examiner jusqu' quel point chaque individu est en droit de revendiquer une part des biens du monde1 et nous aurons alors l'occasion de constater que c'est la partie la plus mdiocre1 la plus mesquine de sa nature qui pousse l'homme revendiquer la possession au sens troit du mot1 c'est--dire en tant que source de jouissance4 ,mais ici il s'agit de savoir de quel droit un homme peut prtendre une vie qui1 par ses empitements et par les destructions qu'elle cause1 par son isolement et son mpris de tout ce qui l'entoure1 foule aux pieds l'existence et la force d'existence d'innombrables individus4 ,la vieille habitude de domination1 ne de prrogatives qui taient accordes en change de certains services1 tels que la protection et la dfense1 et s'tendaient aux femmes et la descendance1 forme la seule base traditionnelle d'un genre de vie luxueux et prtentieux4 ,on peut voir une expression symbolique de ce rapport dans la parodie du crmonial des seigneurs d'autrefois1 parodie laquelle se livrent les nouveaux riches qui achtent des canons pour les placer sur la terrasse de leur chteau1 ornent de bannires leur vestibule1 postent des domestiques poudrs chaque tournant de l'escalier1 suspendent aux murs de faux portraits d'aeux1 observent dans leur service de table1 dans leurs rceptions1 la chasse1 des coutumes archaques1 s'entourent de panoplies1 de livres1 de coupes4 ,aujourd'hui personne1 en dehors de l'tat1 n'est charg de la tche de dfendre et de protger1 personne n'a recevoir dfense et protection de qui que ce soit1 si ce n'est des fonctionnaires de l'tat et au nom de celui-ci4 ,juges1 magistrats1 princes d'glise1 dynastes ont beau s'entourer de pompe et d'clat1 pour honorer le pass1 se donner l'occasion en spectacle aux bourgeois et pour en imposer la foule1 ils ont beau faire preuve de tact1 de faon ne pas tomber dans la mascarade et la comdie3 de nos jours1 comme toutes les poques antrieures1 la dignit de l'homme et de sa situation se mesure sa responsabilit2 l'homme est d'autant plus reprsentatif que la responsabilit dont il est charg est plus grande2 usages et crmonial sont des mots qui n'ont de sens qu'aussi longtemps que subsistent les forces qu'ils refltent1 et lorsque ces forces sont puises1 il ne reste plus que la sche enveloppe de la formule et de l'tiquette4 ,la supriorit conomique du bien-tre bourgeois ne repose cependant sur aucune institution2 comme tant d'autres fortes ralits1 elle apparat ds le dbut comme un phnomne secondaire qui reste inoffensif et inaperu1 tant qu'il se maintient dans les limites raisonnables et sans effet sur la vie publique4 ,quand un patriarche oriental russissait1 par un heureux levage1 centupler ses troupeaux1 c'tait pour la tribu un beau facteur de scurit2 et tant que les autres n'taient pas lss dans leur droit de jouissance des sources1 il ne s'agissait l que d'une affaire prive4 ,quand un marchand d'pices du moyen ge russissait dans ses affaires1 il pouvait se faire btir une maison confortable1 la remplir de toiles et de vaisselle1 entasser de l'argenterie dans ses bahuts4 ,son bien-tre cessait d'tre une affaire prive1 partir du jour o il commenait s'en prvaloir pour conqurir des privilges municipaux4 ,la richesse ne devient une puissance sociale que lorsque1 la densit de la population ayant augment1 l'organisation collective de l'conomie en arrive constituer un cercle ferm d'actions et de ractions rciproques auxquelles rien ni personne n'chappent4 ,c'est ce qui s'est produit en partie aux dernires priodes de l',empire ,romain et1 d'une faon complte et irrsistible1 ds le dbut de l'poque mcanise qu'on dsigne aussi1 un peu unilatralement1 sous le nom de capitaliste4 conomiquement parlant1 l'ensemble du monde civilis d'aujourd'hui vit sous la domination d'une puissante ploutocratie qui1 dans certains tats1 a russi s'emparer de tout le pouvoir politique1 de la lgislation et de l'administration1 du droit de dcider la paix et la guerre et1 dans certains autres1 partage le pouvoir politique avec les puissances traditionnelles1 tout en disposant sans restriction de l'organisation du travail du pays4 ,il serait injuste de mconnatre les services rendus par la puissance mondiale de la ploutocratie4 ,elle a achev le mouvement de mcanisation3 elle a1 dans l'espace de plusieurs gnrations1 russi enrichir la plante au-del de toute prvision1 elle a fourni aux tats de puissants moyens de dfense1 renforant ainsi1 contrairement sa nature intime1 le nationalisme4 l'poque de sa formation1 elle a1 par un gnreux choix1 accept dans son sein tous les forts tempraments de la nation1 en imposant leur esprit1 ainsi qu' l'esprit de l'ensemble de la nation1 la manire de penser nationaliste1 mcaniste1 en dveloppant chez eux le got de l'entreprise1 en dracinant de leur mentalit les derniers restes des conceptions patriarcales1 fodales1 corporatives et en crant ainsi une nouvelle atmosphre spirituelle1 certes tout aussi troite1 mais minemment favorable l'action4 ,elle a contribu donner la politique mondiale une orientation conomique et1 sans le vouloir et sans s'en douter1 elle a port les oppositions un degr d'acuit tel que la succession des catastrophes nationales qu'elle a ainsi provoques met sa propre existence en danger4 ,nous parlerons de tous ces effets1 lorsque nous aurons nous occuper des revendications politiques2 ici nous voulons seulement poser la question morale et formuler son sujet quelques propositions finales4 ,la ploutocratie est une domination de groupe1 une oligarchie et1 de toutes les formes oligarchiques1 la plus condamnable1 parce que ne se rattachant aucune conception idale1 aucun sacrement4 ,les vieilles thocraties de l',orient tiraient leur droit de la divinit2 elles ont perdu ce droit le jour o elles sont devenues des sincures sacerdotales4 ,les aristocraties grecques se rclamaient de leur qualit de filles de dieux4 ,grce la culture hrditaire de la mentalit royale et de la beaut corporelle1 la noblesse des conqurants avait russi s'assurer une suprmatie sur le bas-fonds form par les tribus autochtones1 jusqu'au jour o elle a t absorbe par celles-ci1 par suite de mlanges de sang4 ,la noblesse rurale des ,romains avait domin1 parce qu'elle tait seule en possession des aptitudes politiques et guerrires2 elle a t supplante plus tard par une autre noblesse1 une noblesse neutre1 dpourvue d'idal1 celle des fonctionnaires2 puis survint le mlange de races et la dcadence4 ,l'glise du moyen ge1 ayant t appele faire pntrer la force de la foi dans un monde paen1 tait devenue une oligarchie organisatrice4 ,aprs la conversion de l',europe1 cette mission avait dgnr en une politique d'tat1 et l'glise qui la reprsentait s'est engage dans une voie qui l'a conduite de sa situation de puissance mondiale celle d'une organisation internationale politiquement reconnue4 ,le fodalisme europen reposait sur la notion idale de la fidlit du vassal l'gard du suzerain1 notion laquelle taient venues s'ajouter plus tard celle de la responsabilit envers le peuple des sujets et1 plus tard encore1 le devoir de dfendre la foi4 ,le christianisme ayant fini par devenir le patrimoine commun1 la population ayant pris un caractre homogne1 le fodalisme a cd la place la souverainet territoriale et1 en partie aussi1 la dmocratie1 et la domination de la noblesse n'a pu se maintenir que l o elle a russi prserver intacte la notion de la fidlit au roi1 du devoir militaire et du patriarcat rural1 ce qui fut principalement le cas dans le ,nord et dans l',est slavo-germains4 ,la ploutocratie1 au contraire1 s'appuie1 non sur des idaux gnraux1 mais sur des intrts gnraux4 ,elle n'a pas surgi l'tat collectif1 comme une tribu de conqurants ou une communaut de fidles1 mais elle s'est forme par la runion progressive d'individus isols qui1 l'un aprs l'autre1 ont russi s'lever1 grce des dons accidentels1 par suite d'un hasard ou d'un risque heureux4 ,elle ne cherche pas autre chose qu' s'enrichir et se maintenir2 elle ne se considre pas force ou moralement oblige d'adhrer une communaut spirituelle quelconque3 sa force rside dans son opportunisme4 ,elle se complte par l'hrdit et1 ayant une claire conception de son intrt1 elle a recours1 toutes les fois que cela est ncessaire1 la cooptation2 la prfrence du pre est contre-balance par la prudence de l'associ4 ,en fait de biens spirituels1 elle possde avant tout l'instruction1 ensuite une certaine culture conomique et le got de l'entreprise1 qui commence se dvelopper de bonne heure1 sous l'influence de la tradition familiale4 ,sans l'afflux incessant de sang nouveau1 cette influence resterait sans efficacit1 car l'habitude de la vie de luxe et l'troitesse intellectuelle d'un ct1 l'imitation extrieure des usages aristocratiques1 de l'autre1 liminent1 dans l'espace de chaque gnration1 des existences en partie affaiblies1 en partie1 selon l'expression en usage1 ruines4 ,l'adoption intermittente de nouveaux lments1 l'limination occasionnelle d'lments natifs n'enlvent la caste ploutocratique rien de son unit ferme4 ,toute oligarchie est soumise certains changements et changes1 et le mouvement dont nous nous occupons en ce qui concerne la ploutocratie ne porte aucune atteinte son caractre1 tant donn que grce une slection rigoureuse1 l'accroissement se fait toujours aux dpens des classes les plus rapproches1 l'exclusion de toutes les autres3 c'est que la manire identique de concevoir la vie constitue une condition ncessaire et que les lments hrditairement fixs assurent la prdominance des tendances fondamentales et font mme natre1 par l'imitation des usages et coutumes du fodalisme1 la notion hybride de noblesse d'argent4 ,l'imperfection humaine transformant en oppositions extrieures les diffrences d'aptitudes1 de caractres et de forces psychiques1 toute organisation sociale prsente la hirarchie des responsabilits1 des besoins et des revendications galement sous la forme d'oppositions4 ,quelle que soit la forme qu'affecte cette hirarchie et quelle que soit la place qu'occupe chacune des couches dont elle se compose1 on pourra toujours constater une ressemblance avec l'organisation oligarchique4 ,selon qu'on professe telle ou telle conception morale1 on approuvera ou tolrera une pareille organisation1 on accentuera et perptuera les oppositions1 en maintenant l'exclusivit du privilge1 en largissant les droits de la classe privilgie et les fixant par les liens de l'hrdit2 ou bien on favorisera le mouvement d'galisation1 en restreignant l'ingalit des droits et en facilitant l'osmose sociale4 ,dans ce dernier cas1 le dveloppement tendra vers le point indiffrent qui1 tout en formant le contenu de la notion d'aristocratisme1 contribue sa dissociation3 lorsque les natures les plus fortes et les plus nobles1 quelles que soient leur origine et leur conformation1 se considrent responsables envers leurs frres infrieurs1 la couche suprieure1 tout en restant ferme par sa nature1 n'en subit pas moins dans sa substance des changements incessants2 la dnomination3 gouvernement des meilleurs se trouve alors justifie et notre reprsentation d'une conomie de caste ne correspond plus rien de rel4 ,je doute fort que telle soit la conception idale de ceux de nos esthtes qui1 les yeux fixs sur ,athnes et ,venise1 considrent que nous devrions avoir pour objectif la formation d'une couche hrditaire s'imposant par son degr d'instruction et par sa force de caractre4 ,l'oligarchie hrditaire est incompatible avec la dignit et la libert auxquelles tout homme a le droit de prtendre et ne peut jamais tre une notion idale pour celui qui pense1 pour celui qui adhre la doctrine prchant l'lan de toutes les mes4 ,l'oligarchie ploutocratique1 en outre1 ne se rapproche sous aucun rapport de cette indiffrente notion-limite dont nous avons parl plus haut1 et nous devons la considrer comme moralement mauvaise4 ,alors mme que nous admettrions l'ingalit des revendications1 alors mme que1 contrairement au socialisme1 nous verrions dans la multiplicit des besoins1 dans l'affinement auquel tend une existence spirituelle1 dans la varit des couleurs que notre penchant artistique cherche raliser pour sa propre joie et pour celle des autres1 une des bases de la civilisation mondiale1 nous ne pourrions pas nous rsigner au libre jeu des forces qui1 sur le sol de notre organisation conomique1 a engendr la ploutocratie hrditaire1 titre d'effet secondaire1 imprvu et indiscut4 ,l'homme n'a pas t cr pour succomber1 en vertu d'un sort prdestin1 sous le poids de puissances accidentelles1 engendres par le jeu arbitraire de la lutte conomique irrfrne4 ,la rpartition des biens n'est pas plus une affaire prive que le droit la consommation4 ,nous n'avons aucune raison de suivre le conseil radical du socialisme et de dtruire l'difice rig par un millnaire de travail organique1 pour mettre la place de la concurrence un bureaucratisme policier1 et la place de la libert civile des soupes populaires obligatoires pour tout le monde et le droit universel la pauvret2 mais nous voyons de nouveau et dfinitivement la ncessit d'une rforme susceptible d'difier un nouveau rgne de libert sociale sur la base d'un plus juste droit la consommation1 d'une plus quitable rpartition des biens de possession et d'une plus grande aisance de l'tat4 ,une digression qui1 en mme temps qu'elle ferme le cercle des considrations qui prcdent1 en supprimant la dernire contradiction entre la conclusion et les prmisses1 nous permettra d'aborder les considrations empiriques qui vont suivre4 ,nous avons vu que la consommation exagre atteint un minimum dans le cas-limite thorique o toute la fortune se trouve concentre entre les mains d'un seul4 ,serait-il craindre qu'une plus grande galisation des fortunes ait pour effet une augmentation de la consommation telle qu'il en rsulte un srieux danger pour les rserves dont nous avons besoin pour l'extension et le renouvellement de l'activit mondiale8 ,ce danger n'est que relatif4 ,sans doute1 la consommation moyenne des biens servant la conservation et l'lvation de la vie sera augmente2 mais on sait par exprience que le surcrot de consommation de ces biens est suivi d'une augmentation de la quantit de travail et d'une amlioration de sa qualit4 ,la consommation de grand luxe se trouvera diminue1 alors mme que la collectivit possdera le droit de s'entourer de pompe et de magnificence4 ,quant l'individu qui cdera un penchant irrsistible vers l'clat et vers le luxe1 il sera oblig de rtablir l'quilibre en restreignant sa consommation journalire4 ,la seule possibilit susceptible de troubler cet tat de choses serait fournie par le gaspillage de moyens de consommation sous la forme d'inutiles articles de bazar et d'ornements banals4 ,mais la force de conscience conomique1 dont l'veil sera la fois la cause et l'effet de la nouvelle poque et dont nous aurons parler propos de la morale conomique1 finira par inculquer l'humanit transforme le plus profond mpris pour tous nos bibelots masculins et fminins et par abandonner aux populations sauvages et demi-civilises l'usage de toutes les futilits1 frivolits1 imitations1 de tous les articles de nouveaut1 de modes1 de bijouterie1 de coquetterie1 de tous les articles spciaux et autres choses indignes portant des noms affreux4 ,une partie formidable du travail mondial1 que le manque d'ducation et de got absorbe de nos jours1 sera ainsi pargne4 ,et c'est ainsi que la forme conomique fonde sur le principe de l'galisation des fortunes fournira une base naturelle et morale un autre minimum1 celui de la consommation somptuaire et superflue2 et il apparat avec vidence que notre organisation actuelle1 ploutocratique et pleine de contradictions1 mrite encore sa condamnation1 du fait de la fausse direction qu'elle imprime la consommation4 ,nous abordons maintenant le domaine de la pratique4 ,mais avant de nous occuper de l'ordre nouveau1 nous avons examiner la lgitimit du droit la prfrence que l'individu revendique personnellement en sa faveur1 en ce qui concerne la consommation et la possession des biens de la collectivit4 ,quand nous aurons vu quels sont ceux qui lvent cette prtention la richesse et la fortune1 au nom de quel droit ils exigent la garantie de la socit et de l'tat1 quels sont les moyens de protection dont l'tat dispose pour se dfendre contre les exigences exagres et l'injustice1 nous apercevrons plus nettement les bases conomiques et morales d'une organisation plus libre et plus juste4 ,qui est riche et de quel droit8 ,qui peut dire3 sur l'ensemble de la fortune et du revenu du monde1 j'ai droit une part de consommation et de possession dix fois1 cent fois1 mille fois plus grande que celle de l'humanit moyenne8 ,d'o provient la richesse personnelle et comment est-elle acquise8 ,la naissance de fortunes dans le pass ne nous intresse pas ici4 ,il suffit que leurs possesseurs actuels les aient reues par hritage4 ,la notion de transmission hrditaire nous occupera plus tard1 mais pour le moment voyons comment naissent les richesses de nos jours4 ,la richesse reprsente-t-elle l'pargne8 tant donne la brve dure de la vie humaine1 les gains obtenus par un travail rgulier peuvent la rigueur permettre d'pargner de quoi s'assurer un bien-tre moyen4 ,les revenus dont l'accumulation forment la richesse1 ne sont pas des revenus procurs par le travail1 mais appartiennent d'autres catgories4 ,l'opinion populaire1 d'aprs laquelle l'pargne serait une source de richesse1 est totalement errone4 ,l'enrichissement par les trouvailles est possible1 bien que peu frquent4 ,la recherche de trsors ne convient plus notre poque1 moins qu'il ne s'agisse de buts scientifiques1 et les dcouvertes de tableaux de ,rembrandt dans des boutiques de brocanteurs n'enrichirent que les reporters de journaux2 il faut dire cependant que la dcouverte de trsors minraux a cr plus d'une fortune canadienne1 africaine et allemande4 ,pour que naisse la richesse en gnral1 il faut que des milliers d'individus consentent abandonner une partie de ce qu'ils possdent2 et ils n'y consentent que si c'est seulement au prix de ce sacrifice qu'ils peuvent satisfaire un besoin urgent4 ,on appelle ce besoin urgent1 raisonnable ou absurde1 besoin conomique4 ,donc1 quiconque veut devenir riche doit satisfaire un besoin gnral4 ,mais cette proposition n'est pas encore suffisante1 car il y a concurrence entre ceux qui s'offrent satisfaire ce besoin2 le profit s'en trouve diminu et1 finalement1 chaque entrepreneur1 au lieu des trsors esprs1 ne rcolte qu'une modeste rente ou un mdiocre revenu de travail4 ,le problme de l'enrichissement ne se trouve donc rsolu que lorsque l'entrepreneur est mme de limiter la concurrence1 de fixer sa guise le taux du revenu ou d'tendre volont le cercle de ceux qui sont prts faire le sacrifice ncessaire4 ,ces conditions se trouvent ralises dans le monopole reconnu ou impos4 ,l'heureux inventeur use du monopole du brevet ou du secret de fabrication4 ,quiconque imite son invention ou corrompt son contre-matre1 est puni4 ,l'extraction de certains minraux fournit un monopole naturel1 notamment lorsque les mines sont rares ou en nombre limit4 ,la grande banque1 l'entrept1 l'entreprise gigantesque industriellement ramifie usent du monopole de l'avance4 ,quiconque voudrait les imiter1 devrait1 pendant de nombreuses annes1 travailler perte et avec de puissants capitaux1 pour crer des organisations concurrentes4 ,or1 peu nombreux sont ceux qui sont disposs lancer leurs capitaux dans des essais de ce genre4 ,les industries chimiques s'appuient sur le monopole de la situation3 le plus souvent il n'y a qu'un seul point gographique qui se trouve une distance favorable du centre des matires premires1 des sources d'nergie1 de la main-d'oeuvre et des dbouchs4 ,le grand tnor porte le monopole de la raret dans son gosier2 les thtres d'opra sont plus nombreux que les voix d'hommes aigus1 bien formes4 ,associations et syndicats s'assurent le monopole l'aide de cartels1 en soumettant l'ensemble d'une industrie une direction unique et en liminant la concurrence4 ,le propritaire d'une maison de rapport vit du monopole que lui assure un terrain de grande ville3 certaines affaires et personnes tant par la force des choses localises dans des quartiers dtermins d'une ville1 la demande augmente1 alors que l'emplacement reste restreint4 ,le marchand de modes vit du monopole de son nom1 car il y a des gens qui seraient dsols de porter un chapeau ou d'avoir la main un parapluie ne sortant pas d'une maison en vogue4 ,le propritaire d'un chemin de fer1 d'une canalisation d'eau1 d'un port reoit son monopole directement de l'tat ou de la commune2 le droit dont il jouit quivaut un droit rgalien4 ,tous ces monopoles et nombre d'autres enrichissent leurs dtenteurs2 il n'existe pas d'autres moyens de s'enrichir4 ,c'est que le jeu1 le risque1 la spculation donnent1 en vertu mme du calcul des probabilits1 des rsultats qui1 la longue1 finissent par s'quilibrer1 et l'on peut ngliger les rares cas o l'heureux bnficiaire est mme de profiter de son gain1 en s'arrtant temps1 ou d'en faire profiter ses descendants1 parce que la mort tait venue mettre fin ses oprations en pleine priode de russite4 ,si nous interrogeons1 en toute impartialit1 notre sentiment intrieur au sujet de la justice ou de l'injustice de l'enrichissement par le monopole1 nous percevons la rponse suivante3 il y a quelque chose d'immoral dans la fixation arbitraire des prix1 dans la puissance matrielle1 dpourvue de scrupules1 que le monopole assure l'individu sur la collectivit4 ,cette immoralit semble un peu attnue dans le monopole qu'assure la priorit et dans celui de la technique1 surtout lorsqu'ils sont exercs1 non par une seule personne1 mais par une association1 car ici l'utilit du service rendu est vidente et malgr la situation exceptionnelle de l'organe privilgi1 ce privilge peut tre plus avantageux pour la collectivit que si la fonction en question tait abandonne la libre concurrence4 ,le monopole apparat d'autant plus insupportable qu'il a t moins mrit1 que son exercice demande moins de peine et se fait avec moins de scrupules3 c'est ainsi que le monopole du propritaire de terrains dans une grande ville est des moins rjouissants4 ,on aperoit en mme temps qu'il suffit d'un appareil lgislatif insignifiant pour rgler ou1 lorsque cela parat ncessaire1 fermer les sources de la richesse personnelle4 ,nous rservons cette question pragmatique pour la fin de nos dductions conomiques4 ,nous allons nous occuper de l'autre ct1 qui est le plus dcisif1 de la revendication du droit la richesse4 ,seule une partie insignifiante de ce qu'il possde aujourd'hui a t acquise par le propritaire2 la plus grande partie de sa fortune lui est venue par hritage4 ,si la vue de la richesse acquise1 ramene ses vritables sources et origines1 veille en nous un sentiment de dsapprobation qui nous la fait qualifier d'injustice1 ce n'est gnralement plus le mme sentiment qui prside notre critique de l'hritage4 ,la transmission de la proprit de gnration en gnration apparat la sensibilit actuelle comme une chose intangible4 ,cette constatation rend ncessaire une remarque pralable1 d'ordre mthodologique4 ,tout progrs social et politique rsulte de la lutte entre la tradition et la nouveaut4 ,nulle poque ne s'est applique1 dans une mesure aussi grande que la ntre1 approfondir cette opposition1 avec la tendance incontestable1 bien que subconsciente1 prendre parti pour la tradition1 comme c'est le cas de toute poque atteinte d'impuissance cratrice4 ,et1 pourtant1 l'opposition dont il s'agit1 loin d'tre absolue1 est seulement fonction de notre manire de voir3 ce qui est rvolutionnaire aujourd'hui devient consacr par la tradition le lendemain1 et ce qui est ractionnaire aujourd'hui fut rvolutionnaire hier4 ,lors donc qu'on oppose la tradition1 envisage comme un produit organique et naturel1 le nouveau comme tant quelque chose d'arbitraire1 comme tant une invention dogmatique ne reposant sur aucune exprience1 n'ayant aucune particularit justifie1 on opre une confusion entre ce qui caractrise les contrastes de dveloppement et les caractristiques des hommes dans lesquels ces contrastes s'incarnent4 ,on confond la nature de l'homme1 partisan de la conservation1 avec la nature de la tradition2 la nature du novateur avec celle de la nouveaut4 ,la nouveaut1 devenue fait1 est aussi organique et se rattache aussi troitement l'homme et aux circonstances que la tradition2 elle devient elle-mme1 au bout de peu de temps1 tradition1 habitude1 vnrable antiquit1 chose ancienne1 dj dpasse4 ,l'homme1 au contraire1 qui a un penchant pour la tradition1 diffre de celui qui annonce et cre le nouveau4 ,celui-l s'appuie sur l'exprience et l'observation complaisante de ce qui existe1 parfois aussi sur des privilges et des prjugs devenus chers1 celui-ci sur la force du besoin1 sur son don de clairvoyance1 sur des idaux1 parfois aussi sur son propre mcontentement et sur des dsirs personnels4 ,les vertus de l'un rsident dans la fidlit et dans la froide comprhension1 celles de l'autre dans la force cratrice et dans l'intuition2 les dangers auxquels est expos le premier sont l'troitesse de vues et la paresse1 l'autre risque de tomber dans le dogmatisme et la lgret4 ,on peut dire que chaque nouveaut prsente plus ou moins ces dangers4 ,elle commence par tre dogmatique1 rationaliste et agressive1 incapable de comprendre les particularits fondes4 ,mais1 l'usage1 les angles s'moussent1 les tons criards plissent1 l'outil s'assouplit dans la main4 ,un miracle1 disent les ,orientaux1 ne dure pas plus de trois jours4 ,la crainte justifie des vices et de la frocit populaires et le profond penchant des ,slavo-,germains pour la commode observation de ce qui existe garent notre manire de concevoir l'histoire1 jusqu' nous faire voir dans toute nouveaut subite un criminel bouleversement4 ,le mouvement de la grande rvolution franaise est1 et non sans raison1 tranger notre sensibilit2 et pourtant1 au cours de tant de nuits agites1 l'imagination des rvolutionnaires en travail a fait natre des notions capitales concernant l'administration communale1 l'ducation populaire1 la dfense nationale4 ,la sensibilit politique des ,allemands est monarchique1 et en cela rside une de ses rares forces2 nous sommes passionnment ports dtruire toute vellit rpublicaine comme une haute trahison2 il est toutefois heureux que nous ayons gard assez d'objectivit pour ne pas voir dans tout ,suisse un descendant de rgicides et de nihilistes sans foi et de ne pas poursuivre sous l'accusation de jacobinisme tout ,allemand tabli ,ble4 ,au point de vue gnral du mouvement historique1 l'opposition subjective entre la tradition et la nouveaut apparat ainsi comme une force ralentissante1 quelque chose de semblable au moment d'inertie physique4 ,dans l'conomie de l'histoire universelle1 la tche qui incombe au traditionalisme consiste assurer la rgularit du mouvement1 empcher la voiture de verser1 limiter les expriences arbitraires4 ,mais il ne faut jamais oublier que c'est l une force ngative4 ,le conservatisme1 qui est en apparence l'approbation de ce qui existe1 est en ralit la ngation de la vie et de son dveloppement4 ,dans des considrations consacres aux choses venir1 il faut toujours revenir cette attitude1 dont le caractre ngatif mme renferme pour nous un enseignement4 ,elle nous met notamment en prsence de la question3 quel est le critre qui nous permet de distinguer une fantaisie utopique d'une nouveaut organique1 bien que se rclamant de certains principes8 ,ce n'est pas la pratique qui peut nous fournir les lments de cette dcision1 car mme l'imparfait et l'absurde peuvent pendant un certain temps recevoir une ralisation pratique4 ,les seuls facteurs dcisifs sont l'unit et la force de la conception gnrale4 ,lorsqu'une contradiction se manifeste entre la conception gnrale et les lments affectifs acquis sous l'influence de telle ou telle conception particulire1 c'est cette dernire qui doit tre carte4 ,quant la conception gnrale1 sa validit est proclame1 non par le tribunal de la gnration qui la voit natre1 mais par l'aropage des temps4 la lumire de ces notions1 abordons de nouveau la conception sentimentale de l'hritage et examinons-la de prs4 ,contrairement l'enrichissement par les monopoles et la spculation1 qui blesse notre sentiment moral1 l'enrichissement par l'hritage comme tel ne choque gnralement pas la majorit des gens4 ,nous voyons les champs de courses et les lieux de plaisir d'une grande ville remplis de jeunes gens bien levs1 parfaitement conscients de ce qu'ils sont1 de jeunes gens qui1 pour une danseuse ou un cheval1 dpensent plus d'argent en une heure qu'un pauvre tudiant1 un pote ou un musicien n'en gagnent en une anne pour subvenir leurs besoins les plus lmentaires4 ,ce qu'ils exigent du pays pour leur consommation personnelle reprsente une valeur suprieure celle du traitement du prsident du ,conseil des ministres et du chancelier4 ,la seule compensation qu'ils sont capables de fournir consiste dans la jouissance et la reprsentation4 ,selon la mentalit et les intrts de chacun1 ils sont traits avec politesse1 dfrence ou soumission1 affabilit1 condescendance4 ,ils trouvent tout naturel que le jeune savant ou commerant leur fasse place1 lorsqu'ils se prsentent pour dpenser ou faire une commande2 le sentiment populaire juge parfois leur attitude arrogante1 leur inactivit regrettable1 mais voit dans leur situation privilgie un fait auquel on ne peut rien changer1 l'expression d'une tradition consacre1 la manifestation d'un clat et d'une puissance hrditaires4 ,on juge svrement la femme de moeurs lgres qui1 reste veuve d'un homme riche et vieux1 se complat dans le luxe princier4 ,on lui reproche ses origines1 mais on ne conteste pas son droit de dpenser les revenus d'une principaut1 tant donn qu'ils lui appartiennent par droit d'hritage4 ,une grosse entreprise industrielle est hrite par un fils majeur1 mais incapable2 les directeurs gnraux lui font les rapports les plus soumis1 cherchent s'adapter ses lubies1 demandent des augmentations de traitement et des pouvoirs2 une foule de contre-matres aux cheveux blancs se prcipite au-devant de la voiture du jeune patron1 chacun disputant son voisin l'honneur d'ouvrir la portire4 ,un homme ais meurt1 laissant femme et quatre enfants ,tous les cinq dcident de vivre de leurs rentes2 les fils pousent des femmes1 et les filles pousent des maris se trouvant dans la mme situation4 ,voil donc l'tat enrichi de quatre familles qui1 pendant un sicle1 n'auront rien cr1 moins que tel ou tel descendant n'ait l'ide d'apprendre un jour l'histoire ou la diplomatie4 ,combien sont-ils1 les hommes bien portants1 gs de moins de soixante ans1 qui vivent de leurs rentes dans un tat civilis8 ,que de jeunes gens fondent leur existence sur le mariage avec une riche hritire6 ,que de familles improductives que l'tat doit nourrir pendant de nombreuses gnrations6 ,tous ces phnomnes sont loin d'apparatre la conscience de la collectivit comme tant contraires la justice2 on les considre quelquefois comme fcheux1 mais1 chose tonnante6 jamais comme immoraux4 ,laissons de ct toute objection tire des ncessits de la civilisation4 ,si les biens consomms par les improductifs taient rpartis entre ceux qui crent1 on pourrait raliser des missions culturelles suprieures2 si les forces des improductifs taient mises au service de la socit1 de nouvelles valeurs spirituelles et conomiques pourraient tre cres4 ,la notion morale de l'hritage est profondment enracine par l'habitude sculaire1 ce qui empche le monde de se rendre compte que la substitution de la raison d'tre s'est effectue depuis longtemps et que les prmisses sur lesquelles reposait l'hritage ont depuis longtemps disparu4 ,aux poques primitives1 les ustensiles taient aussi souvent enterrs avec leur propritaire que transmis en hritage ses descendants4 ,c'est qu'ils taient des objets insparables de l'homme et de sa cabane1 survivaient la gnration et formaient les attributs de l'individu collectif1 c'est--dire de la famille4 ,il pouvait en tre de mme des troupeaux1 dont les gnrations animales se succdaient paralllement aux gnrations humaines2 il pouvait encore en tre de mme du champ et des outils agricoles1 lorsque1 la proprit prive tant ne1 c'tait la famille qu'tait incombe la tche d'assurer la continuit de la culture du sol4 ,puissance1 autorit1 fonctions guerrires et privilges se transmettaient hrditairement dans la mme couche sociale4 ,la tribu subordonne1 c'est--dire prive de sa noblesse1 ne devait plus jamais dominer ou dcider elle-mme de ses destines2 la dfense extrieure1 le gouvernement de la noblesse l'intrieur1 ne pouvaient se maintenir que par l'hrdit1 qui a fini par s'tendre au sacerdoce1 la royaut1 aux rangs4 ,de l'poque de l'hrdit fodale est ne insensiblement l'poque du capitalisme qui1 sans examiner la chose et sans interroger sa conscience1 cdant uniquement la force de la tradition et faute d'autre analogie1 avait emprunt au fodalisme le caractre indestructible de l'hrdit4 ,les raisons essentielles de celle-ci avaient disparu2 alors que la noblesse hrditaire impliquait des droits et des devoirs1 imposait aux gnrations successives l'obligation de la dfense et du service1 la richesse hrditaire comportait seulement droits1 puissance et jouissance1 sans aucune rciprocit4 ,la collectivit politique des ,romains fut la premire ressentir1 bien qu'inconsciemment1 ce qu'il y avait d'intolrablement paradoxal dans le fait d'un homme disposant arbitrairement aprs sa mort de la puissance1 du sol1 d'une entreprise et du droit de jouissance2 aussi a-t-elle fini par difier sur les fondations discutables de ce fait une superstructure1 sinon organique1 tout au moins organistique4 ,et jusqu' nos jours1 tous les tats civiliss usent de toute leur puissance et de toute leur autorit1 pour obtenir que le mort maintienne ses droits sur les vivants1 que chacune de ses lubies1 ds l'instant o elle est conforme la loi1 soit valable1 qu'un parent loign et inconnu puisse recevoir sa part d'hritage1 que les hritiers1 quels qu'ils soient1 du fait seul qu'ils sont protgs par la tradition et par la dsignation1 ne perdent pas une parcelle des trsors et des droits accumuls par des moyens souvent peu justifiables4 ,si un homme russissait de nos jours s'emparer de la totalit du sol d'un pays1 de toutes ses oeuvres d'art1 de tous ses monuments crits et qu'il lui plt de ne laisser l'tat1 aprs sa mort1 que deux routes et quelques btisses1 l'tat serait oblig1 ds l'instant o certaines formalits auraient t remplies et certaines taxes payes1 de dployer tout l'appareil de force dont il dispose pour remettre intact ce monstrueux hritage entre les mains du lgataire universel1 quelque mauvaise que soit sa rputation2 il doit lui reconnatre le droit de barrer et de laisser en jachre des proprits1 de dfigurer des paysages1 de soustraire l'usage public des oeuvres d'art1 de rduire des ouvriers la famine1 de dtruire des monuments1 moins que cet tat ne se dcide1 par des lois spciales1 s'attaquer au caractre paradoxal de l'hritage4 ,ce dernier exemple suffit nous montrer que le principe de l'hrdit des biens et de la puissance ne trouve pas place parmi les notions morales de l'humanit1 parmi celles qui sont intangibles et au-dessus de toute critique4 ,le principe de l'hrdit nous est familier1 parce qu'il fait partie des choses dont nous avons l'habitude2 mais il n'est rien moins que sacro-saint2 il constitue tout simplement une particularit ethnologique1 adopte sans examen et ayant acquis une importance exagre4 ,les raisons qui justifiaient sa naissance ont disparu2 quant ses effets1 ils aboutissent tout simplement l'antinomie4 ,et c'est cependant sur ce principe que reposent l'essence mme de notre hirarchie sociale1 la constance rigide de la rpartition des forces nationales4 ,le joyeux mouvement d'ascension et de descente qui caractrise la vie1 le jeu organique qui rend les organes tour tour subordonns et dirigeants1 la pluie d'abondance que rpandent avec une gnreuse prodigalit les seaux d'or1 tout cela se ptrifie et s'immobilise devant la rigidit du sort auquel sont condamnes les gnrations et qui est une oeuvre humaine4 ,cette rigidit condamne le proltaire la servitude ternelle1 le riche la jouissance ternelle4 ,elle charge de responsabilit l'homme las qui la repousse1 et elle touffe la force cratrice de l'homme inutilis qui aspire la responsabilit4 ,la visqueuse couche huileuse de la tradition s'interpose1 pour les sparer1 entre les deux solutions affines qui cherchent se pntrer mutuellement1 et augmente la tension d'une volont dpourvue d'activit4 ,nous avons surpris les commencements d'une nouvelle conscience morale4 ,il y a dans notre sensibilit un coin qui se refuse accepter sans examen l'affirmation d'un droit une part des richesses matrielles1 tel que ce droit est rsult du libre jeu des forces dans les domaines neutres1 universellement respects1 du droit civil et du droit commercial4 ,aux prtentions1 d'une moralit douteuse1 du spculateur et du dtenteur d'un monopole s'ajoutent celles du gros hritier1 dpourvu de tout mrite et qui se prvaut de son droit routinier4 ,nous avons fait le tour des domaines conomiques de la consommation1 de la possession et de la revendication1 et il ne serait pas inutile de rsumer les rsultats que nous avons obtenus sous la forme de propositions faciles retenir4 #a ,le rendement total du travail humain est limit chaque instant donn4 ,la consommation1 comme l'conomie en gnral1 est une affaire1 non prive1 mais collective4 ,le luxe et l'isolement doivent tre subordonns la volont gnrale et tolrs seulement dans la mesure o il s'agit de la satisfaction d'un besoin immdiat et vritable4 #b ,l'galisation de la possession et du revenu est une exigence de la morale et de l'conomie4 ,dans l'tat1 il ne doit y avoir qu'un propritaire dmesurment riche3 l'tat lui-mme4 ,il doit possder les moyens ncessaires pour pouvoir supprimer toute misre4 ,on peut admettre une certaine diversit des revenus et des fortunes1 mais cette diversit ne doit pas impliquer une rpartition de la puissance et des droits de jouissance telle que les uns possdent tout et les autres rien4 #c ,les sources actuelles de la richesse sont les monopoles au sens large du mot1 la spculation et l'hritage4 ,dans l'organisation conomique de l'avenir1 il n'y aura place ni pour les dtenteurs de monopoles1 ni pour les spculateurs1 ni pour les gros hritiers4 #d ,la limitation du droit de succession1 l'galisation et l'lvation du niveau de l'ducation populaire supprimeront les diffrences entre les classes conomiques et mettront fin l'asservissement hrditaire des classes infrieures4 cet effet contribuera encore la limitation de la consommation somptuaire1 limitation qui orientera le travail mondial vers la production de biens ncessaires et rduira la valeur de ces biens une proportion plus juste avec la somme de travail qu'ils reprsentent4 ,c'est sur ces principes que repose le systme de l'galisation conomique et de la libert sociale4 ,l'actualisation lgislative de ce systme est une question d'importance secondaire4 ,en considrant les institutions lgislatives des diffrents tats1 on constate1 en effet1 que toutes les solutions pratiques prsentent un caractre ambigu4 ,les formes que revt la vie se ressemblent en gnral beaucoup plus que les systmes lgislatifs2 les buts viss sont les mmes1 les rsultats obtenus sont galement analogues1 seules les institutions diffrent4 ,ce qui importe avant tout1 c'est de changer les buts1 les conceptions idales2 les institutions suivront1 toujours en revtant des formes pratiques varies4 ,ce qui importe infiniment plus1 c'est que les transformations futures soient prcdes de transformations dans les ides et dans les valeurs morales1 ce qui s'est d'ailleurs toujours produit au cours de l'histoire1 lorsque de nouvelles voies taient indiques4 ,les ides attendent que ces transformations leur soient imposes4 ,par elles-mmes1 elles ont bien la force d'abandonner l'ornire qu'elles suivent1 mais elles ne manifestent aucune tendance le faire2 le caractre dsuet des fins s'exprime1 non par un changement instantan des ides1 mais par le fait qu'elles deviennent incertaines et hsitantes4 ,cette hsitation a prcd tous les grands bouleversements et si1 dans notre for intrieur1 nous l'prouvons aujourd'hui avec une intensit particulirement grande1 c'est parce qu'elle est associe aux tendances obscures de notre mauvaise conscience4 ,c'est pourquoi nous avons accept la guerre avec une vritable passion qui n'avait sa source ni dans la politique ni mme dans le sentiment national3 elle venait de bien plus loin1 car on esprait que la guerre imprimerait une nouvelle direction aux ides et donnerait un nouveau sens la vie4 ,mais la guerre1 qui a pu dtruire et balayer beaucoup de choses1 fut incapable de donner satisfaction sur ce dernier point4 ,c'est qu'elle a t provoque1 non par des ncessits sociales et purement1 mais profondment humaines1 mais par des conflits nationaux4 ,or le nationalisme n'est que la surface de la sensibilit et de la conscience collectives1 dont le noyau interne reste transcendant et se manifeste dans ce qui est moral et social4 ,la guerre a branl plus d'une valeur prime1 dans la mesure toutefois o il ne s'est agi que des manifestations extrieures de la volont populaire2 la conscience intime du peuple n'a t affecte par la guerre que dans ses rapports avec cette volont extrieure4 ,si on fait de celle-ci le centre de la vie1 le chemin parcourir devient court1 la guerre se transforme en une fin en soi et la paix en un rve las et oiseux4 ,la guerre sans passion et sans haine n'est qu'une boucherie cynique1 inhumaine2 mais1 d'autre part1 la passion et la haine ne peuvent jamais tre des fins dernires1 l'amour seul tant capable de satisfaire l'me4 ,la transformation de la mentalit fera l'objet d'un chapitre spcial de ce livre2 ici nous donnerons quelques exemples brefs et concrets de la manire simple et unique dont peut tre rsolue la casuistique des institutions4 ,i4--,le moyen le plus indiqu de rglementer la consommation consiste en un vaste systme1 dont les limites vont parfois jusqu' la prohibition1 de droits1 de douanes1 de taxes et d'impts frappant le luxe et la consommation exagre4 ,ce systme ne doit pas avoir un caractre financier2 le montant de son produit n'est que chose tout fait secondaire2 il vaut uniquement par les restrictions qu'il impose4 ,les taxes doivent tre d'autant plus leves que le produit import ou fabriqu sur place est plus cher4 ,il ne faut pas oublier que toute importation ne peut tre paye que par une exportation4 ,pour payer quelques colliers de perles1 il faut exporter le produit journalier de dix annes de travail de cinq familles ouvrires allemandes4 ,le tabac et les liqueurs alcooliques1 les tissus prcieux1 les fourrures1 les plumes d'ornement1 les pierres prcieuses et les bois rares1 mais surtout les marchandises de luxe manufactures doivent tre frappes de taxes et d'impts reprsentant le multiple de leur valeur2 les joyaux1 dont l'importation est difficile contrler1 doivent1 en plus de la taxe d'entre1 payer un impt annuel lev4 ,il y a des rgions en ,allemagne o la consommation de la bire reprsente en moyenne plus de trois litres par jour et par tte d'adulte4 ,pour les liqueurs alcooliques et le tabac1 nos dpenses annuelles se chiffrent par milliards4 ,sans s'occuper des intrts des brasseurs1 des tonneliers1 des fabricants et des dtaillants1 qui peuvent d'ailleurs tre largement ddommags1 tous ces objets de consommation doivent devenir une source abondante d'impts levs4 ,des taxes sur le chiffre d'affaires doivent tre exiges pour tous les objets de luxe1 de toilette1 de mode et de nouveaut qui se fabriquent dans le pays et pour autant qu'ils ne sont pas destins l'exportation4 ,toute jouissance excessive de l'espace doit tre frappe d'impt4 ,parcs clos1 maisons et appartements luxueux1 remises et garages doivent contribuer aux charges du pays4 ,la domesticit doit tre frappe d'un impt fortement progressif et proportionnel au nombre des domestiques employs et leurs gages2 chevaux de luxe1 quipages et automobiles1 dpenses excessives d'clairage1 mobiliers prcieux1 rangs et titres sont des objets imposables1 non en vue d'un revenu financier1 mais en vue de la restriction4 ,,ii4--,les institutions connues de l'impt sur la fortune et sur le revenu servent l'galisation des fortunes2 mais elles ne doivent pas tre considres comme destines satisfaire un besoin urgent de l'tat1 car alors ces impts sont appliqus regret et acquitts contre-coeur4 ,on doit plutt voir dans ces taxes la conscration du principe en vertu duquel tout acqureur n'est qu'un co-propritaire conditionnel de tout ce qu'il possde au-dessus d'un certain revenu bourgeois et que l'tat est libre de lui laisser ce qu'il veut de cet excdent4 ,lorsqu'on observe le dveloppement des entreprises conomiques dites mixtes ou en rgie1 qui1 pour certaines exploitations monopolises1 reconnaissent au fisc le droit de prlever la plus grande partie des bnfices1 dduction faite d'un revenu estim suffisant1 on ne trouve nullement absurde l'ventualit pour l'tat de mettre la main1 jusqu' concurrence d'une certaine proportion1 sur les fortunes et les revenus excessifs4 ,l'objection d'aprs laquelle on crerait1 par ces mesures1 une prime l'exportation des capitaux ne signifie rien1 car les institutions que nous prconisons ne seront cres qu'au moment prcis o leur justification et leur ncessit seront reconnues1 et ne s'approcheront que lentement de leur phase finale4 ,cette reconnaissance ne restera d'ailleurs pas limite une nation donne2 au contraire1 le pays qui aura adopt ces mesures en recevra un surcrot de forces tel que tous les autres pays se sentiront encourags suivre son exemple et1 en prsence des effets bienfaisants du sacrifice1 tiendront honneur de fixer davantage les fortunes au sol sur lequel elles sont nes4 ,cette conviction nous apparatra sous un jour nouveau1 lorsque nous aurons nous occuper de la transformation des notions morales4 ,une objection moins solide encore est celle qui prtend que ces mesures seraient de nature encourager la prodigalit4 ,quand un homme est possd de cette passion singulire et encore inexplique d'accumulation1 qui caractrise notre poque et constitue un des plus puissants ressorts de l'activit conomique1 il ne perd pas cette passion1 du fait que sa satisfaction est rendue difficile2 jamais encore l'appauvrissement n'a transform un avare en prodigue4 ,lorsqu'un homme est dpourvu du penchant l'pargne1 lorsqu'il est naturellement port la dpense1 il ne sera pas plus conome avec un grand revenu qu'avec un petit4 ,il est1 en revanche1 une troisime objection qui1 elle1 mrite un examen spcial3 quelle compensation trouvera l'esprit d'entreprise qui1 de nos jours1 est presque exclusivement aliment par des capitaux privs et auquel l'tat mme le plus riche ne pourra pas fournir les moyens et les encouragements que la libre concurrence pour des fins nouvelles fait natre avec tant d'ingniosit et de joyeuses promesses8 ,,iii4--,la lutte contre les monopoles privs et personnels est une tendance qui1 une fois reconnue universellement et sincrement1 trouvera son application lgislative ou pratique dans chaque cas particulier4 ,inexprime1 en partie conteste1 cette tendance a dj pris son lan et n'attend plus que le signal de dpart4 ,dj de nos jours les brevets d'invention1 les concessions fiscales1 les exploitations de forces naturelles n'ont plus qu'une dure limite1 l'extraction de gisements rares1 l'utilisation monopolise de valeurs foncires sont subordonnes des considrations fiscales4 ,pour l'conomie des services publics on a trouv des formes qui font intervenir l'esprit d'entreprise1 sans tre soumises cet esprit4 ,on n'a presque pas encore touch aux importants monopoles de la priorit1 de l'organisation et du capital2 il est d'ailleurs trs difficile de les supprimer radicalement1 car ils encouragent et consolident l'conomie1 grce leur centralisation2 mais il est possible de trouver des formes1 et il en sera question plus loin1 qui assurent l'avantage de la collectivit1 sans enrichir les particuliers outre mesure4 propos des monopoles et des remdes contre eux1 il convient de mentionner un genre de profession tout fait spcial qui1 sans tre gnralement une source de grande richesse n'en tire pas moins de l'ensemble de la nation des revenus relativement considrables et la met la merci de personnalits dont les exigences ne sont pas en rapport avec leur valeur et avec les services qu'elles rendent4 ,il s'agit ici ni des maisons de commerce ni des maisons de commission1 suivant l'ancienne formule1 qui1 elles1 rendent de grands services4 ,je fais seulement allusion aux affaires occasionnelles de grande envergure1 telles que spculations1 agences de prts et de fonds de commerce1 achat et vente de brevets et de biens fonciers1 agences secrtes de placements de capitaux et commerce illgal de valeurs4 ,on pourrait frapper tous ces bnficiaires accidentels d'un droit de timbre efficace1 de taxes particulires2 on pourrait leur imposer une licence1 l'enregistrement de la raison sociale1 un contrle de revision de leur comptabilit4 ,il faut encore mentionner un genre d'activit qui1 honorable et de bonne foi au fond1 repose sur des procds dont le caractre arrir est plus prjudiciable l'conomie que ne l'a jamais t aucune mesure1 si importune ft-elle1 depuis les dbuts de l'organisation capitaliste4 ,ce sont1 en effet1 des procds qui absorbent des centaines de milliers d'existences actives et aptes produire et crer1 pour leur imposer une tche que quelques milliers suffiraient remplir4 ,voici une veuve qui se trouve1 la mort de son mari1 la tte d'un commerce de lainages4 ,elle exige que ses fournisseurs de gros lui envoient cinquante fois par an de jeunes voyageurs1 qui viennent bavarder avec elle pendant une heure ou deux1 lui raconter ce qui se fait de nouveau1 lui montrer des chantillons et s'en vont1 chacun emportant la promesse d'une commande ventuelle4 ,pour chacune de ses trois ou quatre visites qu'il cache soigneusement ses concurrents1 chaque voyageur est oblig de s'imposer un dplacement spcial qui augmente le prix de la marchandise et immobilise pour une journe sa force productive4 ,des millions de journes de travail sont ainsi perdues tous les ans1 grce ces soi-disant voyages d'affaires1 journes qui pourraient tre conomises1 s'il y avait dans chaque ville de province plus ou moins importante un dpt d'chantillons install par les grossistes et que les commerants de la rgion visiteraient deux ou trois fois par an4 ,une forte imposition des branches de commerce qui1 faute d'organisation1 gaspillent la force du peuple en tournes de voyages inutiles et dispendieuses1 serait de nature provoquer cette rforme du petit commerce et d'augmenter ainsi dans une proportion incroyable la force de production4 ,tant qu'il y a dans une collectivit conomique des produits qui1 avant d'arriver du producteur au consommateur1 subissent une augmentation de plus d'un tiers1 d'un quart1 parfois de la moiti et dans certains cas mme1 du double de leur prix1 le systme commercial exige des rformes profondes4 ,ce qu'il faut chercher principalement1 c'est mnager le consommateur2 ce qu'il faut craindre avant tout1 ce n'est pas l'enrichissement du marchand3 ce qu'il faut supprimer1 c'est l'inutile va-et-vient de la marchandise1 c'est la multiplication excessive et coteuse des boutiques1 ce sont les offres1 les transactions1 les marchandages qui ont lieu d'une phase l'autre du trajet accompli par la marchandise1 c'est avant tout la paresse exagre de l'acheteur1 qui trouve trop longue la distance qui le spare de la boutique du coin1 qui veut avoir sa disposition sept dtaillants1 alors qu'un seul suffirait par quartier et qu'il faut plusieurs rappels pour faire payer ce seul supposer qu'il finisse par payer4 ,tontes ces complications du commerce peuvent et doivent tre supprimes1 car elles exigent une dpense exagre de travail national et un emploi inutile de capitaux1 travail et capitaux dont on pourrait faire un emploi vraiment productif4 ,ce n'est pas une question indiffrente1 mais une question d'conomie nationale et de lgislation que celle de savoir s'il faut fournir un travail reprsentant celui d'un corps d'arme1 pour assurer dans une grande ville la distribution du tabac1 du papier lettres et du savon4 ,,iv4--,au-dessus d'une certaine unit raisonnable de fortune1 tout hritage appartient l'tat4 ,la limite suprieure de la fortune pouvant tre transmise par hritage est fournie par la forme conomique de l'agriculture dont la continuit et le succs ne peuvent1 d'aprs l'tat actuel de nos connaissances1 tre assurs que par l'exploitation prive et par la transmission successorale4 ,en revanche1 toutes les raisons qu'on cite en faveur de la conservation des latifundia reposent soit sur des jugements de circonstance1 soit sur des vues errones1 attendu que le fonctionnement de n'importe quelle branche conomique1 technique et capitaliste de la grande exploitation peut tre assur par l'association4 ,le passage progressif des hritages dans la possession de l'tat peut tre obtenu par une imposition leve1 progressive1 tenant compte de l'importance de la fortune et du degr de parent4 ,le scandale des hritages revenant des personnes ne faisant pas partie de la famille du dfunt1 au sens le plus restreint du mot1 doit tre supprim aussi tt que possible4 ,dans une certaine mesure pourront tre soustraits la mainmise de l'tat des legs charitables1 certaines fondations au sens large du mot1 sur le rle desquels nous aurons encore revenir4 ,mme des fondations familiales pourront tre admises jusqu' un certain degr1 pour autant qu'elles seront destines l'instruction et l'ducation1 des fins morales et culturelles4 ,les plus belles oeuvres et les plus beaux monuments de la nature1 de l'art et de l'histoire ne pourront pas tre hrits4 ,toutes ces mesures exerceront sur l'ensemble des rapports thico-sociaux une influence plus grande que celle qu'ont jamais exerce les plus grandes transformations enregistres par l'histoire moderne4 ,la vie extrieure apparat sous un nouveau point de vue4 ct des liens qui le rattachent sa classe1 on verra natre des rapports profonds entre l'individu et la collectivit qui il doit ses origines et laquelle il revient1 une fois sorti de sa maison4 ,l'existence isole1 mais s'appuyant en mme temps sur la masse1 deviendra une absurdit4 ,la vie civique ne reprsente une ralit que pour autant qu'elle sert et qu'elle rend des services2 elle devient une illusion1 ds qu'elle a avou son inutilit4 ,l'existence de luxe1 vide de tout contenu1 disparat et1 avec elle1 disparat l'assujettissement cr par l'hritage2 les conceptions particulires se rapprochent les unes des autres1 jusqu' se fondre en un sentiment national4 ,la domination exerce par des natures vaniteuses1 criminelles1 irrespectueuses du bien d'autrui devient une rare exception2 l'action tend se pntrer de plus en plus du sentiment de respect4 ,l'ducation revt de nouvelles formes et acquiert une nouvelle efficacit2 lger quipement jadis1 elle devient maintenant une arme vitale4 ,la ncessit devient de plus en plus vidente de rechercher et d'encourager toutes les aptitudes2 la rcompense qu'en retire la socit consiste dans une ternelle moisson de forces spirituelles1 comme on n'en a vu que pendant les priodes de grands bouleversements4 ,la femme reconquiert sa dignit de mre et sa responsabilit domestique qui ont failli sombrer dans l'gosme mondain1 dans une vie faite de corves vaines et sans intrt4 ,devant tout homme de bonne volont s'ouvrent une perspective et une possibilit d'ascension2 personne n'est repouss ni mpris2 seuls sont exclus ceux qui mprisent4 ,une dernire contradiction doit encore tre claircie4 ,lorsqu'on considre le fonctionnement actuel des grandes fortunes prives1 en se plaant au point de vue purement mcaniste et sans tenir compte du ct thico-social du problme1 on constate que ces fortunes remplissent une mission1 trangre leur nature1 mais importante au point de vue conomique3 elles assument le risque de l'conomie mondiale4 ,toutes les entreprises du systme de travail capitaliste ont ceci de commun qu'elles exigent de grands moyens et sont dangereuses4 ,toute administration fiscale est capable de crer des moyens2 mais elle est incapable de supporter les risques1 car il lui manque la stimulation passionne1 grce laquelle on surmonte les soucis de la responsabilit1 de mme qu'elle ne possde pas le jugement instinctif qui1 dans ses espoirs et prvisions1 voit loin au-del du danger4 ,les profanes se trompent1 lorsqu'ils croient que ce jugement peut tre remplac par l'tude et la comptence professionnelles3 ces moyens ne sont d'aucun secours1 lorsqu'il s'agit de rsoudre de grandes questions qui engagent l'avenir2 les opinions des autorits se contredisent alors les unes les autres et1 lorsqu'elles se trouvent enfin rapproches dans une certaine mesure1 le moment d'agir est pass4 ,le capital priv s'adapte la grandeur de la tche par l'association2 il fait face aux risques de ses entreprises1 grce la recherche inlassable du succs et du profit2 il s'applique chapper aux reproches de l'avenir1 grce au choix consciencieux de ses collaborateurs et au grand nombre de ses essais4 ,jusqu' prsent1 cet emploi tait rserv aux seuls capitaux en excdent1 c'est--dire ceux qui1 aprs la satisfaction des besoins personnels des gens riches et aiss1 taient susceptibles d'investissement et de multiplication2 les plus petites pargnes se contentaient volontiers d'une plus grande scurit et d'un moindre amour d'aventures4 ,la question qui se pose maintenant est celle-ci3 quelles sont les nouvelles formes capitalistes1 susceptibles de remplacer les moyens servant aux entreprises prives1 lorsque les grandes richesses prives auront disparu1 pour faire place leur tour1 au bien-tre gnral uniforme8 ,jetons un coup d'oeil sur le grand nombre d'entreprises pouvant vraiment tre considres comme des modles du genre1 non sur celles que nous a lgues l'histoire1 mais sur celles qui existent et sont en voie de devenir 7car la substitution de la raison d'tre s'observe partout71 et nous constaterons ceci3 ,presque sans exception1 toutes ces entreprises prsentent la forme impersonnelle d'une socit4 ,aucune d'elles n'a un propritaire permanent2 la composition de l'ensemble multiforme1 qui est le matre de l'entreprise1 varie sans cesse4 ,la forme primitive que revtait une entreprise1 lorsque plusieurs ngociants aiss se runissaient pour fonder une affaire dont les charges dpassaient les forces d'un seul1 cette forme est devenue une fiction historique4 ,c'est presque en passant qu'un tel ou un tel acquiert plusieurs parts d'une entreprise1 parts qu'il appelle d'une manire trs significative papiers2 il attend un revenu ou une hausse de valeur2 dans beaucoup de cas1 il songe la vente aussi rapide que possible de ces papiers4 ,il a peine conscience du fait qu'il est devenu membre d'une socit ferme2 le plus souvent1 il s'est1 pour ainsi dire1 content de jouer sur la prosprit de telle ou telle branche d'industrie1 les papiers qu'il a achets tant le symbole de ce jeu4 ,mais le mme individu possde encore d'autres1 peut-tre beaucoup d'autres1 papiers2 il devient comme le point de croisement de nombreux droits de possession1 et il peut changer volont la composition de ces droits4 ,parfois il ne connat que de nom les entreprises dont il est le co-propritaire2 on lui a conseill l'achat de telle ou telle autre valeur2 il a acquis telle ou telle valeur1 sur la foi d'une notice favorable qu'il a lue dans les journaux2 il a suivi1 dans beaucoup de ses achats1 le mouvement gnral4 ,c'est la dpersonnalisation de la proprit4 ,les rapports personnels qui existaient primitivement entre l'homme et un objet saisissable1 exactement connu1 se sont transforms en un droit impersonnel un revenu thorique4 ,mais la dpersonnalisation de la possession signifie en mme temps l'objectivation de la chose4 ,les droits de possession sont tellement diviss et mobiles que l'entreprise en acquiert une vie indpendante1 comme si elle n'appartenait personne1 une existence objective1 comme autrefois dans l'tat et dans l'glise1 dans l'administration communale corporative ou dans celle des ordres religieux4 ,ce rapport entre la proprit et les ayants-droit s'exprime dans le processus vital de l'entreprise comme un dplacement du centre de gravit4 ,le centre de l'entreprise est constitu par les organes dirigeants d'une hirarchie de fonctionnaires2 c'est l'ensemble des propritaires qui garde le droit souverain de dcision1 mais ce droit devient de plus en plus thorique1 la plupart confiant la dfense de leurs droits d'autres organismes1 tels que les banques1 qui deviennent de ce fait les administrateurs directs de l'entreprise4 ,ds aujourd'hui il est possible d'imaginer le cas paradoxal d'une entreprise devenant son propre propritaire3 il lui suffit d'employer ses revenus racheter les parts des porteurs de titres4 ,la loi allemande a apport des restrictions cette procdure1 en exigeant que le porteur auquel a t rachete sa part conserve son droit de vote2 il n'existe cependant pas de contradiction organique1 interne1 dans le fait de la sparation complte entre le propritaire et la proprit4 ,la dpersonnalisation de la possession1 l'objectivation de l'entreprise1 la dissolution de la proprit nous orientent vers un point o l'entreprise se transforme en une sorte de fondation ou1 plutt1 en une sorte d'administration d'tat4 ,cet tat de choses1 que je dsignerai sous le nom d'autonomie1 peut tre ralis par plusieurs moyens4 ,nous avons dj mentionn le moyen qui consiste rembourser le capital4 ,un autre moyen consiste rpartir la possession entre les employs et les fonctionnaires de l'entreprise2 il a t partiellement appliqu par un industriel allemand4 ,la possession peut tre rattache certaines institutions gouvernementales1 des universits1 des administrations communales ou provinciales1 comme ce fut le cas des premires exploitations minires en ,allemagne4 ,il suffit alors que des rglements suffisants et efficaces assurent l'entreprise une direction aussi parfaite que le permettent les circonstances du moment4 ,si l'administration de l'entreprise est bien conue1 elle sera mme de faire face l'avenir tous les besoins de capitaux1 quelque grands qu'ils soient4 ,elle dispose d'abord de la rente qu'elle avait jusqu'alors payer tous les ans ses propritaires4 ,elle peut ensuite faire des emprunts court ou long terme4 ,elle peut1 en cas de besoin1 faire un pas en arrire et mettre des titres reprsentant des parts amortissables2 place sous la protection d'un tat inpuisablement riche et soumise au contrle de cet tat1 elle pourra avant tout compter sur l'aide de celui-ci1 cette aide ayant pour contre-partie certaines obligations4 ,plus que cela3 l'tat lui-mme souhaitera et exigera que les entreprises autonomes soient prtes chaque instant le dcharger et utiliser1 sous une surveillance spciale1 les capitaux qui se trouvent en excdent dans ses caisses4 la tendance objective l'autonomie correspond le dveloppement psychologique subjectif de l'entreprise et de ses organes4 ,les entrepreneurs privs qui existent encore ont depuis longtemps pris l'habitude de considrer leur entreprise1 sous la forme objective d'une firme1 comme une entit indpendante4 ,cette entit a sa propre comptabilit1 elle travaille1 s'accrot1 conclut des contrats et des alliances1 se nourrit de son propre revenu1 vit comme une fin en soi4 ,elle nourrit son propritaire1 il est vrai3 si ce n'est pas l toujours un effet secondaire1 il n'en reste pas moins que ce n'est pas l non plus son but principal4 ,un homme d'affaires intelligent aura toujours une tendance restreindre sa propre consommation et celle de sa famille1 en la rduisant au strict ncessaire1 afin de laisser sa firme des moyens suffisants pour sa consolidation et son extension4 ,la croissance et la puissance de cet organisme sont pour son possesseur une source de joies plus grandes que celles que lui procure le revenu4 ,l'avidit cde le pas l'ambition ou la joie de crer4 ,cette manire de voir atteint son plein panouissement chez les dirigeants de grosses entreprises collectives4 ,d'ores et dj1 on y voit rgner le mme idalisme de fonctionnaires que dans les administrations de l'tat4 ,les organes dirigeants se proccupent d'un avenir1 o1 d'aprs les prvisions humainement possibles1 ils ne feront plus partie de l'entreprise4 ,presque tous1 sans exception1 ils luttent pour assurer l'entreprise la plus grande partie des bnfices1 pour en diminuer autant que possible les frais gnraux1 et cela sans se soucier de leur propre intrt et sans se laisser arrter par cette considration que ce sont leurs successeurs qui profiteront des effets de leur administration4 ,un fonctionnaire suprieur de haute valeur1 ayant choisir entre le doublement de ses revenus et son entre dans la direction1 prfrera la responsabilit la richesse4 ,la puissance et la perfection de l'institution seront devenues le but absolu de la vie extrieure2 en tant que mobile d'action1 le sentiment de la responsabilit aura dfinitivement remplac l'amour du gain4 ,c'est ainsi que les facteurs psychologiques de l'entreprise agissent dans la mme direction que le dveloppement du rgime de la possession1 c'est--dire dans le sens d'une autonomie croissante4 ,mais le sens conomique du mouvement dans son ensemble est1 en dfinitive1 celui-ci3 ce n'est plus l'amour du gain du riche capitaliste qui cre l'entreprise2 c'est l'entreprise elle-mme1 devenue une personne objective1 qui se maintient toute seule1 cre ses propres moyens1 se pose des buts1 empruntant les moyens dont elle a besoin ses propres revenus1 des placements temporaires1 des prts accords par l'tat1 des fondations1 l'pargne ralise par ses employs1 fonctionnaires1 ouvriers1 etc4 ,c'est ainsi qu'entre les administrations de l'tat et les entreprises prives vient s'intercaler une couche de formations intermdiaires1 d'entreprises autonomes qui1 nes de l'initiative prive et diriges par l'initiative prive1 sont soumises au contrle de l'tat1 vivent d'une vie indpendante et reprsentent1 par leurs caractres essentiels1 une phase de transition de l'conomie prive l'conomie d'tat4 ,tout permet de prsumer que cette possession1 devenue objective et impersonnelle1 sera1 dans les sicles venir1 la principale modalit d'existence de tous les biens permanents2 ct de cela1 les biens de consommation resteront proprit prive1 et les biens d'utilit gnrale proprit de l'tat2 les monopoles des services publics affecteront la forme d'entreprises conomiques mixtes4 ,la lgislation relative la proprit devra tenir compte des conditions des entreprises autonomes1 au mme titre que des fondations dont l'importance est galement appele grandir avec le temps4 ,entreprises autonomes et fondations devront tre autorises accepter des legs1 pour autant qu'il s'agira dans les deux cas de buts universellement reconnus comme tant d'utilit publique4 ,c'est ainsi que la possibilit sera donne au fondateur d'un organisme conomique de raliser son dsir ayant pour objet la continuation de son oeuvre1 sans que des gnrations oisives se voient gratifies de droits de proprit et de rentes2 le vouloir conomique est perptu1 dans la mesure o il est productif2 il disparat dans la mesure o il n'avait pour objet que l'accumulation de biens4 ,la fondation objective devient le vritable monument d'une vie se manifestant au dehors2 une fois difi1 le monument se dtache de la personnalit qui l'a cr et commence mener une vie indpendante2 et1 sinon par son contenu spirituel1 du moins par son existence absolue1 il acquiert une analogie avec la cration idale d'une oeuvre d'art4 ,le fait que chez nous autres ,allemands1 qui sommes cependant un peuple tourn vers ce qui est essentiel et idal1 les oeuvres de fondation1 ne servant pas des fins troitement familiales1 sont beaucoup moins nombreuses qu'en ,amrique ou mme en ,grce1 prouve que l'ide de l'entreprise n'est pas d'origine purement allemande et n'a par consquent pas pu1 jusqu' ce jour1 manifester tous ses effets4 ,mais ces effets1 qui ne doivent tre destins servir ni l'intrt individuel1 ni l'intrt de la famille1 parce que nul organisme bti sur des intrts gostes ne saurait subsister la longue1 se manifesteront pleinement ds que l'hritage qui1 par une fausse analogie cre par l'habitude1 a t appliqu ces oeuvres1 aura perdu son caractre4 ,ce qui n'est aujourd'hui qu'une rare exception1 sera devenu la rgle2 ce qu'une gnration aura cr1 recevra une valeur gnrale et servira aux gnrations venir2 ce n'est plus la famille qui formera l'unit conomique1 mais la collectivit1 non seulement la collectivit schmatique de l'tat1 mais encore1 ct d'elle1 un peuple idal form par des individualits conomiques1 envisages non en tant qu'hommes1 mais en tant qu'incarnant chacune une volont humaine4 ,rien ne s'oppose d'ailleurs au principe des fondations familiales1 destines assurer la descendance une certaine culture et une certaine prparation matrielle en vue de la future carrire1 mais cela dans la mesure o les services rendus par ces fondations ne seront pas incompatibles avec l'intrt gnral2 ce qu'il ne faudra jamais admettre1 c'est que ces fondations transforment leurs bnficiaires en rentiers et qu'elles deviennent des ppinires de classes privilgies4 ,si1 maintenant1 nous jetons un coup d'oeil sur un pays suppos avoir russi raliser les principes de cet ordre nouveau1 nous constaterons les effets suivants4 ,la production a chang d'aspect4 ,toutes les forces du pays sont devenues actives2 ne restent oisifs que les malades et les vieillards4 ,l'importation et la fabrication de produits superflus1 laids et nuisibles1 sont rduites au minimum2 un tiers du travail national se trouve conomis de ce fait1 la production des objets ncessaires est devenue meilleur march et plus abondante4 ,la limitation de la production du pays aux objets ncessaires et utiles augmente l'efficacit du travail humain par rapport ces produits qui deviennent de plus en plus suffisants4 ,la population consomme davantage et1 travail gal1 le niveau de vie s'lve de plus en plus4 ,alors que le bien-tre total du pays augmente du double et du triple1 grce au travail impos aux bras jusqu'alors oisifs et grce la rationalisation de la production1 l'accumulation de richesses prives se trouve entrave1 ce dont la proprit collective ne peut que profiter4 ,cette proprit collective augmente en effet1 et cela dans deux directions4 ,en premier lieu1 l'tat devient incroyablement riche4 ,il peut suffire toutes ses tches dans une mesure de plus en plus grande4 ,il peut supprimer toute misre et tout chmage1 servir les intrts gnraux un degr qui n'avait jamais t atteint1 et cela sans charger les citoyens de nouveaux impts4 ,les fonctions dont l'tat ne s'acquitte aujourd'hui qu' l'aide d'une fiscalit minemment prjudiciable aux intrts conomiques du pays1 pourront tre remplies sans aucune recherche de bnfices4 ,ce principe1 appliqu au seul problme des communications et des transports1 signifie une multiplication de la force de production et une baisse incroyable du cot de la production1 car pratiquement tout le domaine des communications devient gratuit1 et l'effet est le mme que si toutes les usines et tous les moyens de production taient concentrs dans un centre unique4 ,on peut en dire autant de la production et de la rpartition des forces4 ,l'tat devient le gardien et l'administrateur de grands moyens de placement qu'il met1 moyennant un bnfice modr1 la disposition des artisans1 la condition qu'ils acceptent un revenu de travail normalis4 ,une nouvelle classe moyenne se forme1 grce l'encouragement financier que l'tat accorde ces professions1 dont le maintien ct de la grande industrie est toujours utile4 ,l'intervention des capitaux d'tat diminue le taux d'intrt qui grve l'industrie du pays et permet la fondation d'entreprises moyennes4 ,l'tat se trouve en mme temps en mesure de sparer le travail intellectuel du mcanisme de la vie matrielle et de lui assurer un revenu digne de lui1 indpendant du hasard de la russite brutale4 ,l'artiste1 le savant et le penseur deviennent indpendants du jugement et des dcisions d'un march qui1 en principe1 ne rcompense le mrite rel que lorsqu'il a la chance de se prsenter comme apparent4 ct de la prosprit de l'tat1 on voit augmenter celle du peuple1 non sous la forme de grandes fortunes prives1 mais sous celle de l'aisance bourgeoise4 ,les oppositions de classes ont disparu1 l'indpendance et la responsabilit sont accessibles tous et les moyens de s'instruire sont la porte de tout homme capable d'en profiter4 ,personne n'a plus lutter contre la phalange ferme des privilgis2 la sparation des classes a succd un mlange constant1 un mouvement ininterrompu d'ascension et de descente1 grce auquel les gouverns d'hier deviennent les gouvernants d'aujourd'hui et chacun cherche se rendre1 et le devient1 utile son tour4 mesure que l'accumulation de l'pargne et1 avec elle1 l'obtention de crdits conomiques deviennent plus faciles et que le fait de nouvelles existences commenant leur carrire dans les colonnes des travailleurs moins qualifis entre de plus en plus dans les moeurs1 les luttes pour les salaires perdent leur caractre aigu1 et cela d'autant plus que les fonctions et la vocation sont dtermines1 pour la plus grande part1 par les qualits morales et intellectuelles4 ,mais ce qui a surtout chang1 ce sont les conditions de l'offre de travail4 ,l'abondance et la facile obtention de capitaux1 l'augmentation de la production permettent de gagner une avance sur l'offre de travail3 alors qu'il arrive parfois de nos jours que des bras restent sans emploi1 cependant que les machines et les moyens de travail fonctionnent sans relche1 on verra1 dans le rgime nouveau1 machines et capitaux attendre l'afflux de bras1 ce qui assure ceux qui voudront travailler une plus grande part de la valeur de travail4 ,la couche des nouvelles formations1 des entreprises autonomes qui s'intercaleront entre l'conomie prive et l'tat1 contribuera dans une grande mesure produire cet effet4 ,c'est que l'organe conomique autonome ne voit pas uniquement dans les gros bnfices les raisons dcisives de son existence et de son fonctionnement2 il n'accumule les excdents que dans la mesure o il en a besoin pour se renouveler et s'tendre2 l'opposition qui existait entre son intrt et celui du salaire se trouve de ce fait notablement attnue4 ,bien plus3 certaines de ces formations adoptent le principe de la participation des collaborateurs au produit du travail2 d'autres chercheront obtenir les avantages d'une forme conomique indpendante des intrts pcuniaires des actionnaires et capitalistes1 en amliorant la quantit et l'efficacit du travail par la constitution d'une catgorie d'ouvriers largement rmunrs4 ,l'existence et la concurrence de ces tablissements autonomes exerceront une raction stimulante sur le march du travail4 ,dans un pareil rgime conomique on pourra raliser l'galit de l'ducation et la slection consciencieuse des vocations1 ce qui contribuera la consolidation de l'difice national1 alors que de nos jours les vellits les plus sincres d'ducation populaire impartiale se brisent contre la barrire souvent infranchissable qu'opposent les diffrences d'origine1 de prdispositions physiques et intellectuelles4 ,mais un peuple ne peut manifester toute sa maturit1 tout l'ensemble de ses forces morales et intellectuelles que si l'on utilise toutes les graines et que si l'on assure chaque bourgeon des possibilits de dveloppement compatibles avec la dignit et la destination divine de l'esprit humain4 ,afin que nulle conclusion errone ne vienne fausser l'expos en apparence utopique d'un ordre de choses ralisable1 nous allons le rsumer dans les propositions suivantes3 #a ,il faut lever le niveau de la production et du bien-tre du pays1 ce qui aura pour effet3 ,la suppression du gaspillage2 ,la transformation de la production superflue en production utile2 ,la suppression de l'oisivet et l'utilisation de toutes les forces disponibles1 en vue de la production intellectuelle et matrielle2 ,le maintien de la libre concurrence et de l'esprit d'initiative chez les particuliers2 ,la responsabilit entre les mains des hommes moralement et intellectuellement dous4 #b ,l'accumulation de richesses excessives et improductives est rendue impossible4 #c ,les cloisons tanches qui sparaient les classes sociales sont abattues2 la division en membres supportant les charges et en membres imposant les charges1 est remplace par un mouvement de va-et-vient qui caractrise la vie et par une osmose organique4 #d ,ainsi s'accroissent3 ,la puissance de l'tat1 sa force matrielle et sa force de nivellement2 ,et1 en mme temps1 nat un bien-tre moyen uniforme qui pntre toutes les classes1 supprime les oppositions et conduit la nation la plus haute manifestation imaginable de ses forces spirituelles et conomiques4 ,,ii ,,le ,,chemin ,,de ,,la ,,morale ,c'est une erreur de notre poque de nier cette notion de dveloppement progressif qui a t tant vante pendant un sicle4 ,certes1 le dveloppement s'effectue dans le temps et dans l'espace1 et lorsque nous osons lever notre regard vers l',absolu1 tout ce qui est relatif dans le temps et dans l'espace disparat4 ,nous sommes libres de qualifier d'immobile tout ce qui se trouve au-del1 bien que cette notion elle-mme n'chappe pas au temps et l'espace1 qu'elle pousse vers le point zro1 et bien que nous procdions beaucoup plus radicalement1 en mettant la base de nos symboles des contrastes forms par des catgories inconnues4 ,il se forme ainsi un tableau du monde insuffisant et qui peut tre schmatis ainsi3 repos au centre de l'tre1 mouvement croissant mesure qu'on avance vers la priphrie du monde phnomnal4 ,ce raisonnement perd cependant toute son importance1 ds que nous abordons la scne sur laquelle se droulent les phnomnes4 ,nous sommes placs dans ce monde phnomnal pour agir2 ce monde est domin par la pense intellectuelle2 ici les fantmes espace1 temps et mouvement deviennent des choses relles4 ,la lumire que reoit la scne lui vient d'autres rgions2 cette lumire est la morale4 ,la rgion d'o elle vient n'est plus celle de l'intellect3 la force spirituelle qui permet l'homme de pntrer dans cette rgion1 c'est son me4 ,ici se rvle la nave erreur de toute philosophie qui avait prtendu1 avec la seule force de l'intellect1 de la logique1 de la table de multiplication1 pntrer dans toutes les rgions1 sans jamais se demander si cette force1 reprsente par la pense intellectuelle1 est vraiment une force absolue1 si elle est mme la seule force de l'esprit1 si chaque monde que nous voulons soumettre notre connaissance n'exige pas des forces spirituelles diffrentes de celles qui nous permettent de connatre un monde voisin et si ces forces spirituelles1 autres que la pense intellectuelle1 ne se manifestent pas dans notre vie intuitive et dans l'amour qui anime notre me4 ,pendant des millnaires on a vu se poursuivre des efforts ayant pour but de dvoiler les mystres l'aide de la table de multiplication1 efforts infructueux1 puisqu'ils n'ont jamais russi procurer la moindre satisfaction aux aspirations de l'me4 ,ici se trouve le point de partage de deux considrations fondamentales3 devons-nous chercher dcrire l'absolu dans le langage de l'intellect1 et le monde phnomnal dans le langage de l'me8 ,au point de vue de l'me1 le monde phnomnal n'est qu'une image1 une scne sur laquelle nous sommes placs pour crer et subir des destines mobiles1 selon la volont du dramaturge2 au point de vue de l'intellect1 l'au-del exige une monte4 ,le point d'indiffrence de ces deux considrations est form par notre devoir moral qui nous rvle la ncessit de les rattacher l'une l'autre1 qui nous dit qu'il n'est pas permis de voir dans le phnomne soit uniquement une fin en soi1 soit uniquement un jeu4 ,c'est par l'intermdiaire du devoir moral que l'me instruit l'intellect et se rvle comme tant d'origine suprieure4 ,troubler la vie relle par la considration transcendante de l'immobilit1 ou la rgion transcendante par l'introduction de proccupations terrestres1 c'est oprer une confusion inadmissible4 ,en considrant le monde des phnomnes au point de vue intellectuel1 nous avons le droit et le devoir d'envisager l'intervention de l'me comme le point de dpart d'une ascension et d'un dveloppement1 bien qu'au point de vue transcendant l'essence de l'me n'ait ni commencement ni fin4 ,celui qui considre les choses conomiques1 historiques et sociales ne doit jamais perdre de vue qu'il volue sur la scne des phnomnes4 ,il doit prendre la vie relle telle qu'elle est1 croire la science et au dveloppement1 dans les limites de la tche qu'il s'impose et pour autant qu'il s'agit de ce qui existe4 ,mais ds qu'on se trouve en prsence de fins1 c'est la notion morale qui assume la direction4 ,sans devenir secondaire1 ce qui existe cesse alors d'tre dcisif2 bien que venant de trs loin1 l'exigence morale agit avec une grande puissance1 semblable en cela l'action que la force des astres exerce sur les mares4 ,la ralit subsiste1 mais devient plastique comme un mtal affin4 ,et nous devons nous en remettre au dveloppement du soin d'amener un tat plus clair et plus parfait1 de rapprocher de la rgion de l'me tout ce qui est rebelle1 tout ce qui semble devoir durer ternellement1 alors mme qu'il s'agirait des passions1 des erreurs1 des dsirs humains4 ,si le monde a pu1 depuis l'extinction des idaux dogmatiques et absolus1 avancer de quelques pas1 malgr sa lourde armure mcanique1 cela s'explique par le fait que l'humanit a conserv1 dans quelque recoin de sa conscience1 des restes de ses croyances de jadis1 d'origine transcendante1 mythologique1 ftichiste1 animiste1 restes qui1 bien qu'isols les uns des autres1 n'en exercent pas moins une action d'ensemble1 de direction et d'orientation4 ,c'est un fait incomprhensible et qui dpasse l'imagination qu'on soit oblig de se reprsenter ce monde dans lequel circule une quantit de forces spirituelles comme on n'en a jamais vu1 comme tant abandonn aux constellations accidentelles de besoins matriels1 d'quilibres physiques1 d'aspirations concurrentes1 sans le contre-poids d'une seule tendance morale inbranlable1 sans la conviction de la ncessit d'un bien absolu1 sans la croyance une fin commune qui enlace la vie et la mort1 sans un critre valable qui dise3 ceci est bon et cela est mauvais4 ,certes1 les intrts peuvent1 eux aussi1 engendrer la foi4 ,un agrarien lve son profit annuel la hauteur d'une conception religieuse et politique4 ,un partisan du libre change confre sa conception commerciale la dignit d'un disme lucratif4 ,le savant se cre une transcendance professorale qui le flatte dans sa spcialit4 ,un dynaste change des services avec sa divinit4 ,le pauvre diable se venge et destitue l'un et l'autre4 ,comment ne s'est-on pas encore aperu que dans ce vaste monde il n'y a personne dont les convictions soient en opposition avec ses intrts8 ,devons-nous donc abandonner l'orientation du monde1 son vouloir spirituel la diagonale des forces qui rsulte de l'innombrable quantit d'intrts transcendantaliss8 ,et pourtant la rgion de l'me s'tend devant les yeux de tous et1 avec elle1 le monde des idaux et des fins1 rangs d'une faon plus organique et plus claire que le monde trouble des ralits4 ,un autre fait1 bien que moins important et qu'on s'tonne de constater1 tant donnes les tendances pragmatiques de notre poque1 est celui-ci3 l'homme1 qui cherche explorer toutes les rgions du ciel et de la terre1 est toujours dans l'ignorance absolue quant la valeur de l'homme2 il ne connat ni n'apprcie son prochain1 son semblable4 ,des systmes d'apprciation prims provenant de toutes les poques et de toutes les zones s'entre-croisent dans la conscience de l'humanit1 aucun d'eux ne russissant assumer la direction1 faute d'une conception gnrale et fondamentale du monde et de la vie4 ,dans la conscience des peuples occidentaux et dans leur conception esthtique domine la polarit germanique du courage et de la peur4 ,est estime toute qualit qui atteste le courage2 est mpris et ha tout dfaut qui repose sur la peur4 ,toute action violente est excusable1 lorsqu'elle est compatible avec la franchise1 la fidlit1 le courage2 la lchet du mensonge1 de la ruse1 de la tratrise est considre comme une honte qui dshonore4 ,le reproche et le blme ne s'adressent qu' la lchet2 l'honneur1 c'est le courage reconnu4 ,le courage dont on fait preuve dans un combat singulier gurit l'honneur attaqu4 ,intelligence1 nergie1 pit1 piti sont des qualits indiffrentes1 utiles ou nuisibles1 qu'on peut1 suivant les cas et selon leurs rapports avec les systmes de valeurs voisins1 estimer ou non1 mais qui n'ont aucune valeur propre au point de vue du critre subconscient et dcisif4 ,dans la posie1 les manifestations du courage et de la sincrit provoquent des sentiments de sympathie et d'approbation4 ,un personnage potique peut1 malgr sa paresse1 sa violence1 son manque d'intelligence1 son ignorance et son gosme1 provoquer la sympathie du lecteur2 mais un personnage foncirement lche1 menteur et perfide ne trouve pas place dans la posie2 c'est d'ailleurs pourquoi le personnage principal d'une oeuvre potique porte le nom significatif de hros4 ,le conflit tragique porte sa plus haute expression cette antinomie1 inconsciente pour le sentiment populaire2 le hros est courageux et veille la plus vive sympathie2 quant aux qualits indiffrentes1 il les dpasse ou il en est dpourvu1 et c'est pourquoi1 lorsqu'il a lutter contre un monde ou contre un sort auquel ces qualits ne sont par hasard pas indiffrentes1 il succombe1 emportant avec lui la sympathie et l'admiration du spectateur dont le coeur bat l'unisson du sien4 ,dans la posie franaise il suffit que le hros soit brave et1 l'occasion1 gnreux2 il peut ensuite se montrer menteur1 ombrageux1 intriguant1 comme ,julien ,sorel dans le clbre roman de ,stendhal1 sans rien perdre de la sympathie des lecteurs2 au contraire1 dans la posie allemande et anglo-saxonne1 la sympathie n'est acquise qu'aux personnages dont le courage et la bravoure ne sont pas obscurcis par des taches d'ombre4 ,on nous a inculqu une conscience thorique qui nous fait attacher de la valeur1 ct du courage1 aux qualits purement orientales de la piti et de la prudence1 l'idal patriarcal qui rpugnait au moyen ge allemand et a empch nos potes de chercher leur inspiration dans la ,bible4 ,le caractre professionnel que l'art avait revtu au cours du sicle dernier a cr les lments d'une chelle de valeurs d'ordre intellectuel4 ,l'assimilation de l'aptitude spirituelle au talent et de l'aptitude intuitive au gnie est devenue un fait dcisif qui a fini par dtacher compltement ces aptitudes des conditions morales auxquelles elles doivent tre subordonnes4 ,la pense mcanise estime le succs4 ,on a vu alors apparatre une nouvelle hirarchie de valeurs qui poussait des racines de plus en plus profondes dans la conscience populaire4 ,ce fut la hirarchie amricaine de la force de travail1 de la persvrance1 de l'esprit de dcision et de la volont impatiente de toute contrainte extrieure4 ,l'enregistrement successif des conceptions morales sur le parchemin des lois correspond1 dans son insuffisante coordination1 la confusion des systmes4 ,le mensonge est admis1 mme devant le tribunal1 mais le faux serment est dfendu4 ,les attentats contre la proprit sont svrement punis1 surtout lorsqu'ils trahissent la lchet et la flonie4 ,la preuve du courage dans le combat singulier est galement dfendue1 mais1 pour donner satisfaction au sentiment populaire et au sentiment de classe1 il est tolr dans certaines limites4 ,les valeurs sociales rvlent la mme confusion utilitaire4 ,la lchet et les procds frauduleux sont proscrits1 lorsqu'ils sont devenus manifestes et de notorit publique4 ,le mensonge1 la rapacit1 la flonie1 la mauvaise foi1 la calomnie1 la mchancet1 le manque de piti1 l'orgueil1 la vanit1 l'ingratitude1 l'avarice1 la paresse1 la convoitise1 la grossiret1 tous ces vices et tous ces dfauts sont tolrs1 tant qu'ils ne sont pas prjudiciables au succs dans la vie de tous les jours4 ,l'application1 l'nergie1 la force de volont1 la promptitude1 le talent1 l'esprit1 la mmoire1 sont des qualits reconnues1 mais particulirement admires1 lorsqu'elles conduisent au succs4 ,la bont1 la noblesse de sentiments1 l'esprit de sacrifice1 les dons naturels sont lous et approuvs1 ds l'instant o ils portent l'estampille de la conscration publique4 ,tel est1 peu prs1 l'inventaire des valeurs humaines de notre poque1 telles qu'elles existent dans la subconscience et dans la conscience1 telles qu'elles sont reconnues lgalement et socialement4 ,il y a cependant en ,europe un millier d'hommes qui s'ignorent et dont les yeux se sont ouverts la lumire4 ,ils portent en eux une nouvelle chelle de valeurs2 bien plus3 ils possdent ce coup d'oeil fatal qui voit travers les choses humaines comme travers un cristal4 ,ils lisent non seulement sur les livres et dans les yeux1 mais aussi sur le front1 sur le visage1 sur les mains2 le choix et l'intonation d'un mot prononc au hasard1 la partie inexprime d'une association d'ides1 le mouvement involontaire1 tout choix1 toute prfrence et toute aversion manifestes l'gard de choses1 d'ides et d'hommes1 le moindre lien qui rattache l'homme son milieu et son entourage1 la moindre nuance dans sa manire d'agir et de vivre1 sont autant de signes1 grce auxquels ces porteurs de valeurs nouvelles aperoivent l'essence de l'tre avec une perspicacit et une certitude qui ne sont accessibles la foule qu' travers la lentille de la vision potique4 ,on parle souvent de la connaissance des hommes1 et nombreux sont ceux qui se reprsentent ce don sous la forme d'une ruse mfiante qui cherche dcouvrir les mobiles cachs1 les dfaillances et les faiblesses humains1 pour pouvoir d'autant plus facilement exploiter leurs semblables4 ,cette fausse vertu1 qui est une vertu d'esclaves1 ne peut procurer que de petits avantages immrits1 car elle n'est la porte que de natures infrieures4 ,la vritable connaissance des hommes est le don de natures ayant une conscience profonde de leur responsabilit1 de natures de matres1 qui n'ont d'ailleurs nullement besoin d'tre gniales4 ,la confiance royale de ,guillaume ,ier dans les hommes reposait sur une force de ce genre et a sauv pour un sicle l'ide rigoureusement monarchique4 ,la profonde connaissance des hommes ne conduit jamais ni au mpris des autres1 ni l'exagration de sa propre valeur4 ,le sentiment organique sur lequel elle repose conoit la ncessit de la cration complte qui trouve sa ralisation dans l'harmonie simultane de toutes les possibilits1 dans l'dification vivante de tous les degrs successifs4 ,mpriser1 c'est tre doublement aveugle3 envers soi-mme et envers la multiplicit et la varit de la nature4 ,ici l'chelle des valeurs perd le caractre pharisaque qui1 inhrent toute morale borne1 la rend insupportable aux natures cratrices4 ,il ne s'agit plus de savoir ce qui est meilleur et pire1 ce qui est juste et mprisable1 ce qui est rdim et condamn2 mais la question qui se pose est plutt celle-ci3 qu'est-ce qui fait partie du pass et qu'est-ce qui appartient l'avenir8 qu'est-ce qui doit tre conserv et qu'est-ce qui doit tre pargn8 quelles sont les choses qui aspirent la vie1 et quelles sont celles qui penchent vers la mort8 ,mais si l'on demande ces hommes1 qui ont appris voir clair dans les choses humaines1 vers quels ples se dirige leur apprciation inconsciente et infaillible1 ils ne savent que rpondre4 ,nous le savons et nous voulons le confirmer une fois de plus3 ils s'orientent d'aprs la distance qui les spare de l'me4 ,ces hommes ont eu l'intuition de l'opposition qui existe entre l'homme sans me et l'homme dou d'me1 et ils voient dans toutes les manifestations humaines autant de degrs et de phases de cette opposition4 ,dans des ouvrages antrieurs j'ai1 en en indiquant l'origine1 expos cette opposition fondamentale3 d'une part1 les esprits qui ont leur centre de gravit dans l'absolu1 qui cherchent leur quilibre dans la transcendance1 l'intuition et l'amour2 d'autre part1 ceux dont le centre de gravit est dans le monde des phnomnes et qui cherchent leur quilibre dans les dsirs et les angoisses4 ,l'esprit transcendant s'abandonne l'invisible dont il consent tre le serviteur2 il recre le monde des phnomnes et il le domine1 non par l'arbitraire et en vue de la jouissance1 mais avec la conscience de sa mission et de sa responsabilit4 ,l'esprit attach la terre est domin par le monde1 par les besoins du corps1 par les joies et les souffrances1 par les choses et les hommes4 ,croyant s'affranchir1 il lutte pour la vie et la jouissance1 afin de satisfaire ses sens1 pour le savoir et la possession1 afin de se rendre matre des choses1 pour la puissance et la domination1 afin de subordonner les hommes4 ,triple erreur1 dmentie par l'insatisfaction1 le doute et la mort4 ,les notes dominantes de cet esprit sont constitues par le dsir et par la crainte2 leur objectivation est ce qu'on appelle fin4 ,sa force consiste dans l'intellect analytique pur2 les tentatives dsespres de cette force unilatrale1 incapable de s'lever la transcendance et de dpasser des buts utilitaires1 de crer une image du monde ou une doctrine morale1 forment le contenu de toute la philosophie antrieure4 ,ces tentatives n'ont jamais pu aller au-del d'une limitation et d'une abdication de l'intellect2 lorsque1 par hasard1 elles russissaient faire un pas au-del1 on voyait aussitt se glisser honteusement par la porte entr'ouverte les forces intuitives dont on avait ni l'existence4 ,remarquables au point de vue psychologique sont les phnomnes d'effroi qu'on voit se produire toutes les fois que la force intellectuelle se heurte aux murs de cristal du domaine voisin1 ainsi que les dsignations varies qu'elle lui applique1 tout en le niant4 ,toute morale reposant sur l'intellect qui poursuit des buts devait ncessairement aboutir l'utilitarisme2 la honte provoque par cet attachement aux choses terrestres1 le dsespoir de trouer une justification dialectique d'utilits n'ayant aucun caractre obligatoire ont engendr des solutions palliatives singulires et btardes4 ,utilitaires avant tout restent la morale et la religion pratiques de l'esprit intellectuel4 ,ni l'une ni l'autre ne dpassent le do ut des du commerce4 ,en admettant la possibilit d'une foi sans preuves1 l'intellect est de nouveau accul l'abdication1 pour autant qu'effray par sa propre recherche il ne s'en tient pas la rvlation historique4 ,et alors mme qu'il agrandit le monde phnomnal1 en lui superposant un au-del thocratique1 et la vie humaine1 en lui donnant un prolongement posthume1 ce sont toujours l'espoir ou la crainte1 l'action et le but qui restent les facteurs dcisifs4 ,nommez cet ensemble comme vous voudrez3 la seule notion qui l'anime est celle d'utilit4 ,c'est un fait remarquable que mme les religions les plus pures1 les plus incontestablement transcendantes se matrialisent1 ds qu'elles deviennent l'apanage de populations intellectuellement utilitaires2 qu'elles aboutissent la roue1 aux prires ou aux reliques1 elles suivent toujours la voie qui les conduit de la foi exempte de dsirs l'action prudente et avise4 ,pour l'esprit transcendant il existe1 non une conduite morale1 mais plutt un tat moral4 ,l'me pure1 exempte de dsirs1 plonge dans la contemplation de la foi1 ne peut se tromper1 quoiqu'elle fasse2 elle ne connat pas de prceptes4 ,elle ne possde aucun moyen1 et ne dsire en possder aucun1 de devenir plus heureuse qu'elle n'est2 elle le devient par l'afflux des forces qu'elle respire4 ,ici finit toute compromission entre le vice et la vertu1 entre la volont et la satisfaction2 le processus moral se dtache de l'ordre intellectuel et se rfugie dans sa propre essence4 ,j'ai dj montr plusieurs reprises ce dont la connaissance manque le plus notre poque4 ,elle a un besoin urgent de savoir par quelles radiations humaines reconnaissables se manifeste l'essence de ce qui est intellectuel1 de ce qui n'est guid que par la crainte et par des considrations utilitaires2 comment le souci et l'attachement la terre trouvent leur expression dans un mode de penser et de sentir gocentrique2 notre dpendance par rapport aux hommes1 dans l'ambition et les faux dsirs1 le bavardage et le mensonge2 notre dpendance par rapport aux choses dans l'avidit et le besoin de connatre2 l'ensemble de l'orientation1 dpourvue de toute transcendance de notre esprit1 dans une attitude critique1 injuste1 froide l'gard du monde et de ses cratures1 dans une conduite incertaine1 qu'aucun instinct ne guide1 dans le mpris du moment qui passe1 dans l'obsession de l'avenir1 dans l'amour de tout ce qui frappe les sens1 de tout ce qui est dclamatoire et pathtique1 dans le penchant la superstition et la pit intresse4 ,jamais aucun de ces caractres ne se prsente l'tat isol2 jamais son expression n'chappe l'oeil sensible4 ,ces caractres forment la mesure extrieure de la distance qui spare l'individu et le peuple de l'me4 ,ils permettent de mesurer le passage progressif aux manifestations de la transcendance1 l'amour crateur1 la vrit1 l'objectivit1 l'intuition1 la libert par rapport aux choses1 aux hommes et au moi1 la communion avec les choses pour les choses elles-mmes1 avec l'amour pour l'amour lui-mme1 la piti que ne souille aucun dsir1 la gratitude1 au dvouement4 ,c'est l la vritable voie humaine2 qu'elle soit suivie par l'individu ou par un peuple1 ce sont l1 en mme temps que les tapes de cette voie1 les critres vritables et certains du dveloppement humain4 ceux qui possdent inconsciemment ces critres1 ce que nous disons l n'apprendra rien de nouveau2 c'est tout au plus si notre expos leur fera apparatre avec plus de clart des rapports qui s'imposent la pense consciente4 ,mais il est de la plus haute importance de savoir enfin d'avance quel genre de discipline implique l'adoption par l'humanit d'une chelle de valeurs gnrales3 elle implique la disparition des restes morts de systmes thiques contradictoires1 de systmes louant et recommandant des choses diffrentes1 ce qui fait que chacun envisage son sort avec suffisance et assurance1 comme un numro de loterie qui doit ncessairement sortir lors d'un tirage quelconque1 aprs quoi la justice rgnera dans le monde4 ,c'est un signe rjouissant qu'une minorit1 qui n'a subi l'influence ni de prophtes ni de zlateurs1 ait adopt de nos jours1 par un accord inexprim1 cette chelle de valeurs et cherche1 sans haine et sans zle de proslyte1 en retrouver les lments dans chaque individualit2 et il ne se passera pas beaucoup de temps1 avant que l',allemagne1 du moins1 retrouve la voie humaine1 avec ses buts et son chelle de valeurs4 ,l'intellect est d'une antiquit prhumaine4 ,l'humanit a vieilli son cole2 la faveur d'une hrdit transmise par des gnrations innombrables1 elle manie avec une matrise inconsciente ses rgles de pense et ses enseignements utilitaires4 ,l'me est jeune2 chacun de nous doit1 pour son propre compte1 apprendre s'en servir2 son langage est encore un balbutiement2 par rapport elle1 nous sommes encore des enfants4 ,les nations1 ces jeunes formations dont l'existence ne dpasse pas quelques milliers d'annes1 se sont1 dans leur conscience collective1 empares des mthodes collectives et les ont fait servir leur organisation intrieure1 leur dfense extrieure2 leur conscience psychique1 encore ses dbuts1 ne s'est exprime jusqu' prsent que dans des formations collectives telles que la langue1 les moeurs1 la tradition1 le mythe1 plus tard dans des oeuvres d'art collectives1 dans la construction de villes et de cathdrales1 dans la fabrication d'ustensiles1 dans la chanson populaire2 quant la transcendance religieuse1 la conscience collective n'a jamais manqu de l'intellectualiser et de la rabaisser un ensemble de rites et d'institutions ecclsiastiques2 une conscience politique se manifestant au dehors n'est pas encore ne1 et les tats se comportent les uns l'gard des autres comme des tres amoraux4 ,une des oeuvres les plus formidables de l'intellect pur avait consist dans la cration de la science europenne et dans sa matrialisation1 qui a abouti la priode mcaniste de l'histoire mondiale4 ,nous avons dj numr1 et nous n'y reviendrons pas ici1 toutes les circonstances intrieures et extrieures1 augmentation de la population1 actions rciproques exerces les unes sur les autres par des couches de population opposes1 luttes entre l'esprit intuitif et l'esprit intellectuel1 qui ont d contribuer provoquer ce mouvement4 ,ici je tiens seulement relever le fait que l'poque mcaniste1 encore loigne de son apoge1 commence engendrer d'elle-mme les forces opposes qui1 sans tre destines dtruire la mcanisation dans ses manifestations pratiques 7car1 en tant que levier contre la force de gravit des masses mortes1 elle demeure indispensable71 sont de nature lui enlever la domination sur l'esprit et faire d'elle la servante de l'humanit4 ,plus1 en effet1 les formes de pense1 les mthodes de recherche et d'action qui caractrisent la mcanisation1 qu'il s'agisse de leur application la science1 la technique1 l'conomie ou la politique1 deviennent le patrimoine commun et le bien hrditaire des civilisations1 aprs avoir t pendant deux sicles le moyen secret et le privilge d'une minorit intellectuelle1 plus ces formes et ces mthodes1 assimiles par l'inconscient1 cessent de confrer ceux qui les manient une supriorit et des prrogatives spciales1 et plus l'esprit purement crateur1 intuitif et responsable1 s'affirme efficacement et imprieusement1 dans ses diverses manifestations1 et revendique la direction4 ,dj de nos jours1 dans la politique et l'conomie d'abord1 dans la technique et dans la science ensuite1 il y a plthore de forces intellectuelles et offre insuffisante de forces intuitives1 de ce qu'on appelle les caractres4 ,l'intellect commence tre considr comme une condition naturelle et indispensable2 ce qui compte1 c'est l'lvation que lui confrent des lments plus nobles4 ,les dfauts et les insuffisances de l'intelligence commencent devenir vidents2 la dsesprante ressemblance qui existe entre toutes les choses penses ou faites1 qu'il s'agisse de grandes ou de petites1 fraie le chemin la supriorit inoue de ceux qui hissent ,pelion sur ,ossa1 qui couronnent la force de l'entendement par l'intuition4 ,un certain degr normal d'intellectualisme est accessible tous1 mme dans des choses qui ne peuvent s'enseigner2 on peut mme arriver produire une oeuvre d'art mdiocre1 peindre un tableau supportable1 crire un roman lisible3 tout cela n'exige qu'une instruction moyenne1 associe une certaine facult d'imitation qu'on ne confond que trop souvent avec le talent crateur4 ,la signification morale de l'apprciation exacte des facults humaines devient une ncessit sociale1 car seules les qualits humaines suprieures sont capables de vaincre la tyrannie de la mcanisation et de donner ses forces une orientation salutaire4 ,un jour viendra o l'on aura de la peine comprendre que nous ayons pu1 faute de discernement1 abandonner la direction1 la responsabilit et la puissance la libre concurrence de facults et de dons dpourvus de noblesse1 voire dpourvus d'honntet2 que nous ayons pu estimer de confiance des qualits telles que l'adresse1 la promptitude1 le mpris tranquille de la vrit1 le bavardage1 la brutalit1 l'gosme1 l'empressement1 la prudente bassesse1 l'arrivisme1 l'obsquiosit1 toutes les fois que les possesseurs de l'une ou de l'autre de ces qualits russissaient se servir avec quelque succs de l'un des leviers de la mcanisation2 que nous ayons pu permettre aux forces diaboliques1 comme s'il s'tait agi d'une ncessit inluctable1 d'accaparer la plus grande partie du respect et de l'estime terrestres2 que nous n'ayons pas eu honte de laisser prir de nobles natures1 parce qu'elles ne pratiquaient pas le manque de scrupules dans le choix des moyens de lutte2 que nous n'ayons mme pas t capables de reconnatre les signes extrieurs qui se manifestent avec le premier regard1 avec le premier mot1 et cela malgr que le nombre de ceux qui sont capables de voir et de reconnatre ft suffisant pour fonder une science de l'homme qui1 rpandue dans les coles et les salles de confrences1 aurait pu ouvrir la jeunesse les yeux et les oreilles4 ,au lieu de nous tre efforcs de fonder cette science1 nous nous en tenons toujours aux prceptes illusoires de systmes moraux thoriques1 de provenance et d'orientation diverses1 se contredisant et se rfutant rciproquement1 au point d'engendrer l'indiffrence complte et de nous acculer nous contenter1 pour tout critre d'application1 de l'exigence minima de ce qu'on appelle les convenances4 ,un homme convenable1 au sens de ce qui reste de la morale europenne1 est celui qui paie ses dettes les plus urgentes1 ne se laisse pas prendre en flagrant dlit de mensonge1 ne cause pas de scandale en public1 conduit ses affaires de faon ne pas se mettre en opposition avec le ,code pnal1 verse son obole aux souscriptions publiques1 ne refuse pas le duel1 porte de bons habits1 possde des connaissances moyennes et peut prouver que son pre possdait les mmes qualits4 ,aujourd'hui1 en #aiae1 dans tous les pays civiliss1 pour autant qu'il s'agit du sentiment moral1 ces qualits donnent droit1 celui qui les possde1 l'estime de tous1 toute revendication conomique1 toute responsabilit1 et celui qui possde1 en plus de ces qualits1 quelque disposition ou connaissance utile plus ou moins prononce1 peut mme prtendre l'exercice du pouvoir4 ,si l'on admet que toute science conomique et sociale n'est que de la morale applique2 qu'un tat1 une conomie1 une socit mritent de disparatre1 lorsqu'ils ne signifient qu'un tat d'quilibre d'intrts rfrns1 lorsqu'ils ne sont que des associations de production et de consommation1 armes ou dsarmes2 que seul le contenu psychique de la vie a le droit d'exister2 que ce contenu se cre lui-mme sa forme et son revtement dans les choses et les institutions qui retombent en poussire1 ds que le souffle en est parti2 si l'on admet tout cela1 disons-nous1 et si on l'admet d'un accord unanime1 on se trouve plac devant la tche qui consiste rechercher les ractions rciproques se produisant entre le lit du ruisseau et le ruisseau lui-mme1 entre la volont cratrice et l'institution cre4 ,nous avons dj donn la description des institutions que nous avons1 dans le ,chemin de l'conomie1 dduites d'une loi gnrale4 ,ici nous allons considrer les variations de la conscience qui doivent accompagner1 prcder et suivre l'volution des institutions4 ,un rapide coup d'oeil nous a rvl la confusion de la conscience mtaphysique et morale1 la mconnaissance de l'homme et l'absence de tout critre de son apprciation4 ,les exigences qui en rsultent doivent tre satisfaites1 et les satisfactions qu'elles recevront devront tre intgres dans le tableau de l'avenir4 ,c'est dans le renoncement que nous avons dcouvert le rayon de lumire destin clairer la moralit sociale2 dans le renoncement au culte du superflu1 aux choses en tant que source de puissance1 l'gosme familial2 dans l'aspiration ce qu'il y a d'essentiel dans la vie extrieure1 la solidarit1 la soumission au bien collectif2 dans le rejet de toute revendication injuste et immorale2 dans le transfert de la responsabilit des puissances spirituelles et morales4 ,si tel est le chemin visible1 il nous incombe de dcrire le chemin invisible1 de montrer la courbe des sentiments humains qui doit rgler le trajet du mouvement extrieur4 ,nous savons que la conscience d'aujourd'hui est rebelle cette cintique2 on ne russirait qu' serrer1 comprimer1 voire dtruire le mcanisme de la vie extrieure1 si on voulait lui imposer de force1 prmaturment et sans aucune prparation pralable1 des rythmes nouveaux4 ,connatre est la premire chose qui importe2 la formation d'une nouvelle manire de sentir vient ensuite1 lentement1 mais irrsistiblement4 ,et1 alors1 le systme rigide devient tout coup fluide1 cherche un quilibre nouveau1 en mme temps que naissent des exigences et des problmes suprieurs qui1 leur tour1 s'imposent la connaissance4 ,nous devons examiner les mobiles spirituels qui maintiennent l'organisation actuelle et s'opposent l'ordre futur2 nous pourrons alors nous rendre compte si1 et dans quelle mesure1 ils sont en voie de disparition ou de transformation en d'autres1 ayant plus de rapports avec la vie de l'me4 ,nous aurons parler de paresse1 de sensualit1 de passion1 de vanit1 d'ambition et des forces qui les neutralisent et les inhibent2 si nous acqurons la conviction qu'une nouvelle conscience sociale est capable de raliser l'quilibre nouveau1 nous y trouverons une confirmation de la futilit des thormes qui attendent des institutions la ralisation de la paix et de la justice ou postulent la possibilit de supprimer les contradictions ou de briser les rvoltes de la nature humaine par la violence ou par des discours4 ,certes1 notre facult de variation devra tre porte au plus haut degr1 mais il ne faut pas s'abandonner la croyance illusoire que cette maturation de notre facult de variation pourra tre obtenue par une brusque adaptation1 par la cration htive de modles1 voire par des martyres individuels4 ,il est impossible d'abrger le chemin de la connaissance1 en s'engageant dans des chemins de traverse4 ,en revanche1 il ne s'agit pas non plus de visions lointaines et brumeuses2 les deux derniers sicles ont vu se produire de plus grandes variations de la conscience que celle que nous exigeons4 ,les serfs de jadis qui baisaient le bord de l'habit de leur matre et craignaient les verges1 sont devenus soit des hommes ayant la mentalit bourgeoise1 soit des adversaires organiss des bourgeois4 ,trente annes avaient suffi autrefois pour faire natre1 des classes solides de la bourgeoisie et des paysans1 un proltariat abandonn1 condamn la pauvret et l'asservissement2 et il a fallu seulement trois sicles pour faire surgir1 sur les ruines des chaumires misrables et des villes dchues1 les esprits de nos chercheurs et de nos penseurs1 de nos potes et de nos guides4 ,surgie du sol dans l'espace de quelques gnrations seulement1 la classe des fonctionnaires et des officiers prussiens a acquis une conscience morale sans exemple1 d'une rigidit et d'une force de renoncement qui dpassent tout ce que nous pouvons exiger ici4 ,dans le bref intervalle d'une priode guerrire1 l'esprit spartiate du peuple arm1 avec tout ce qu'il comporte de dvouement1 de sacrifices et de sentiment d'honneur1 s'est rpandu sur tout le pays1 subissant ainsi un essor beaucoup plus grand que celui que nous pouvons attendre d'une nouvelle variation4 ,quelque invariables que nous paraissent les sentiments les plus profonds du coeur1 amour et haine1 joie et souffrance1 passion et connaissance1 il n'en reste pas moins que rien n'est plus variable que les apprciations et les opinions1 le choix des forces inhibitrices et stimulantes1 les convictions4 ,il y a l une sorte de mouvement auquel nous devons cependant les lentes modifications qui nous ont conduits de l'animalit l'humanit et nous conduiront de l'humanit la divinit4 ,ce que nous attendons et souhaitons1 c'est seulement1 toutes proportions gardes1 une de ces lgres transformations de nos valeurs et de notre vouloir1 soit en plus1 soit en moins1 comme il s'en est produit tant pendant les deux millnaires de l'histoire de l',allemagne4 ,si l',allemagne n'est pas le pays o toute action pratique constitue l'application voulue de valeurs morales transcendantes1 et ne constitue que cela1 alors nous devons dire que nous nous sommes tromps sur la mission de l',allemagne4 ,si nous croyons au devoir et au droit absolus1 nous devons faire comme ,kepler3 au lieu d'admettre que les penchants et instincts humains demeurent immobiles et intangibles au centre du mouvement pragmatique1 nous postulerons un mouvement primordial et ncessaire de toute ternit1 accompli par la terre et les plantes autour d'un centre form par le soleil de la transcendance4 ,ce n'est pas le caprice de nos vanits qui dtermine la marche du monde4 ,la connaissance vient en premier lieu1 les institutions la suivent2 et de celle-l celles-ci1 l'humanit accomplit son calvaire le plus pnible qui la conduit au sacrifice et la libert4 ,nous avons donc nous demander quelle est la variation du sentiment moral collectif qui doit prcder et accompagner1 tre la fois la cause et l'effet de l'ordre nouveau que nous rvons4 ,nous savons dj quels sacrifices s'imposent nous dans l'ordre conomique3 renoncement tout un ensemble de jouissances que procure l'argent2 renoncement une partie considrable du revenu acquis par le travail ou en vertu d'une prescription2 renoncement toute carrire qui1 pour conduire au but1 n'exige qu'un service lger1 une tension minime de l'esprit et peu de caractre2 renoncement1 enfin1 tout privilge conomique permanent1 rsultant d'une situation de famille assure4 ces quatre exigences fondamentales dans l'ordre conomique1 correspondent des mobiles1 soit de stimulation1 soit d'inhibition4 ,la sensualit1 l'ambition1 la passion d'accumuler sont principalement en opposition avec les deux premires de ces exigences2 l'ambition et l'orgueil de famille avec les deux dernires2 la connaissance insuffisante des hommes et l'absence d'une chelle de valeurs avec la troisime1 alors que le dveloppement insuffisant du sentiment collectif et de la conscience des liens qui rattachent chacun de nous l'tat se trouve en opposition avec toutes les quatre exigences4 ,nous n'allons pas entrer dans des dtails propos de la sensualit1 de la nonchalance et de la paresse4 ,ce n'est pas que nous considrions comme invariables ces mobiles stimulants et permanents1 mais ils se rapprochent tellement de notre nature physique que la connaissance ne peut les atteindre qu'indirectement4 ,nous devons soumettre une analyse d'autant plus profonde le groupe des mobiles de puissance qui sont les seuls mobiles vraiment mauvais de l'me humaine4 ,les bons mobiles disent3 je veux crer et tre2 les mauvais3 je veux avoir et paratre4 ,que veux-tu avoir8 ,d'abord1 le ncessaire3 ce qui soulage la misre1 calme les sens1 abrge le travail1 consolide la libert4 cela1 rien redire4 ,tant que les sens et la paresse ne sont pas sans frein1 tant que la libert se confond avec l'quilibre intrieur1 ces exigences ne signifient pas grand'chose4 ,les deux tiers de ses peines seraient pargnes au monde1 si tous voulaient se contenter de ce sort4 ,que veux-tu de plus8 ,ce qui donne la scurit1 ce qui est de nature assurer moi et aux miens la jouissance indfinie de ces premiers biens4 ,et pourquoi8 ,parce que je pense l'avenir et que je le redoute4 ,s'assurer contre les tristes effets de la vieillesse et contre la maladie1 cela peut tre une prcaution raisonnable1 tant que l'insuffisance de nos moeurs est telle que les malades et les vieillards sont honteusement abandonns4 notre poque1 si riche1 rien ne serait plus facile que de rendre cette prcaution inutile4 ,seulement1 ici nous percevons pour la premire fois un souffle venant de l'abme3 la peur1 source de tout ce qui est mauvais et mchant1 maldiction originelle1 legs de l'animalit1 ligne de sparation entre le sang noble et le sang vulgaire4 ,ta subsistance et ta scurit sont assures2 que veux-tu de plus8--,ce qui manque aux autres1 ce qui fait impression1 inspire le respect1 dispense la puissance4 ,et pourquoi le veux-tu8--,je n'en sais rien4 ,tu as raison3 tu n'en sais rien1 car tout ce que tu pourrais exprimer par des mots3 ambition1 passion d'accumuler1 volont de puissance1 tout cela ne serait que la transcription d'une seule et mme chose3 de l'nigme4 ,ce ct le plus obscur de la nature humaine est tellement rpandu1 tellement inn et insondable que nous le considrons1 non plus comme problmatique1 mais comme vident4 ,ne confondons pas les vains penchants1 tels que l'ambition1 le dsir de domination1 la mauvaise joie et l'amour des apparences1 avec la vraie force de volont qui cre et organise1 qui domine1 tout en servant et sert1 tout en gouvernant2 ne les confondons pas avec la force organique de la responsabilit qui trouve son repos dans la direction1 et cela seulement dans la mesure o elle est oblige1 elle aussi1 de s'incliner devant une loi et un tre suprieurs2 ne les confondons pas avec la force du sacrifice qui se donne sans attendre une rcompense et qui1 si elle en reoit une1 renonce en jouir1 mais verse son obole intacte dans le circuit de l'ordre ncessaire4 ,si nous donnons cette force cratrice le nom de responsabilit et si1 pour ne pas attacher un sens unique au mot ambition1 qui a un double sens1 nous appelons soif de pouvoir cette force vaine qui s'attache aux signes extrieurs et aux apparences de la domination1 nous voyons surgir une question qui peut tre formule ainsi3 comment la passion1 qui s'appelle soif de pouvoir1 a-t-elle pu natre et subjuguer le monde1 au point de fournir son appui l'institution de l'esclavage8 ,le connaisseur des peuples1 des races et des hrdits nous dira que cette passion n'a pu natre que chez des hommes et dans des tribus obsds par la peur et qui ne pouvaient opposer au joug de l'oppresseur qu'un seul espoir1 celui d'tre mme un jour de retourner la page et de mettre le pied sur la nuque de l'oppresseur3 c'est ainsi que de nos jours encore on voit se dvelopper une ambition effrne chez des enfants tyranniss1 plus ou moins dous4 ,il peut1 ce connaisseur1 expliquer la psychose de la peur par les souvenirs laisss par les souffrances de l'esclavage1 voire par certaines raisons tires de la vie sexuelle1 et attirer notre attention sur les singuliers rapports qui existent entre la soif de puissance et la faible virilit4 ,il peut enfin nous montrer comment l'ascension et le dveloppement des classes infrieures des tats europens ont mis au jour les proprits les plus terribles qui remplissent le canevas de l'histoire humaine4 ce connaisseur de la socit nous pouvons rpondre3 le phnomne mondial que nous appelons mcanisation1 lorsque nous l'envisageons du dehors1 a d ncessairement engendrer une certaine sensibilit1 une certaine attitude affective l'gard du monde et de l'poque1 aussi unilatrale1 dure et tonne que le mouvement lui-mme4 ,celui qui vole ou nage prouve le sentiment de voler et de nager1 le plerin prouve la sensation de la marche tranquille2 le ton affectif de la mcanisation consiste dans la soif de puissance1 avec ses subdivisions3 soif de nouveaut1 soif de savoir1 soif d'argent1 amour de la critique1 manie du doute et du rapetissement4 ,il nous suffit d'tablir que la soif de puissance doit tre considre comme la ngation pragmatique de toute transcendance4 ,celui qui voit dans l'apparence1 laquelle nous donnons gnralement le nom de ralit1 l'essence de tout tre1 rvera sans doute au bonheur prsomptueux qui consiste se soumettre tout ce jeu captivant de couleurs1 de tons et de charmes1 afin de le possder et de le dominer1 de mme que l'enfant voudrait saisir de ses mains destructrices une toile et un papillon4 ,mais celui qui conoit l'existence comme suprieure l'apparence ne perdra pas son temps se livrer ce jeu meurtrier2 il sent que la possession est une source de destruction1 lorsqu'elle est et veut raliser autre chose que le devoir et la protection2 que la puissance corrompt1 lorsqu'elle est et cherche tre autre chose que la responsabilit2 il sait qu'il ne doit pas sacrifier ses forces les plus sacres la volupt d'un rve1 que celui-l ne mrite pas d'exister qui nie la soumission au monde et rit avec condescendance1 lorsqu'on lui parle de soumission ce qui dpasse le monde4 ,nous montrons ailleurs qu'il y a1 non une activit morale1 mais un tat moral4 ,la volont ayant son centre de gravit dans l'me1 l'esprit attach au transcendant1 tout l'tre orient vers le divin3 voil ce qui est la fois la morale et le bonheur1 et ct de tout cela l'activit a peu de poids2 seule la bona voluntas1 la sincrit intrieure1 fournit un critre de jugement4 ,la soif de domination1 lorsqu'elle mane d'une conviction1 signifie qu'il est juste qu'un homme intervienne dans l'ordre de la cration pour couvrir de son ombre ce qu'il est incapable de crer et de protger2 qu'il est juste d'abaisser hommes et choses l'tat de moyens1 de dlimiter suivant son caprice et sa passion l'espace sur lequel doit voluer la vie de chacun1 de prtendre exercer une tutelle sur des hommes majeurs4 ,la mauvaise joie est celle qui a saisi chez ses semblables le germe mortel de dsirs terrestres insatisfaits1 d'une irrmdiable ccit pour ce qui est ternel1 d'une jalousie dvorante4 ,elle cherche entretenir cette maladie et l'aggraver1 jusqu' provoquer une explosion de l'amertume accumule ou de la servilit qui dtruira la dignit de l'image de ,dieu et la mettra la merci de la puissance hostile4 ,elle cherche exploiter la faiblesse de l'homme1 jusqu' la destruction de son me4 ,ce faisant1 elle prononce sa propre condamnation et rvle sa satanique nature4 ,ce qui1 mme la plate lumire de la ralit de tous les jours1 atteste l'antinomie de ces deux forces que sont la possession et la puissance1 c'est la terrible irralit de l'une et de l'autre4 ,abstraction faite des aises corporelles et de la satisfaction des sens1 qu'est-ce que la possession8 ,c'est un ensemble de choses qu'on peut impunment dplacer1 enfermer1 dtruire ou changer contre d'autres choses qu'on peut1 leur tour1 dplacer1 enfermer ou dtruire4 ,ces choses acquirent une vie pour ainsi dire morte1 et leur propritaire ne les connat et1 dans une certaine mesure1 ne les possde que lorsqu'elles sont peu nombreuses1 lorsqu'il peut s'en servir dans le sens de ses passions4 ,elles n'acquirent une vie vivante que lorsqu'on s'en sert pour des fins de cration1 d'organisation1 d'administration1 avec un sentiment de responsabilit4 ,mais alors elles cessent d'tre une proprit2 elles ne sont qu'un bien confi2 elles sont au crateur1 sans lui appartenir2 elles appartiennent un propritaire1 sans tre ses choses4 ,la notion de proprit devient tout fait relative4 ,la fort appartient au forestier1 non la commune2 le paysage appartient au promeneur1 non au propritaire foncier2 la galerie de tableaux appartient l'amateur d'art1 non au fisc4 ,l'oeuvre d'art dure1 en tant que proprit1 non de celui qui l'a achete1 mais de l'artiste qui l'a cre4 ,puissance6 ,oublions certains accs qu'elle nous facilite1 la satisfaction qu'elle nous procure de ne pas tre exclus de certains cercles1 indiffrents au fond4 ,qu'en reste-t-il8 ,certaines formes et formules honteuses dont on se sert pour pousser l'homme s'humilier1 s'incliner devant le puissant1 le plus souvent parce que ces hommes veulent quelque chose qu'ils sont incapables de crer4 qui s'adresse la jubilation de la foule lors de l'entre d'un triomphateur8 une enveloppe humaine1 cheval ou en voiture1 qui s'incline et salue4 ,l'homme lui-mme est assis rveur1 et une vague rumeur1 qui s'adresse une forme et une reprsentation dont il ne sait rien1 vient frapper son oreille4 ,entre les bouches dont manent les cris joyeux et son oreille1 il y a un abme infranchissable1 et le soir1 avant de s'endormir1 notre triomphateur reste avec son dieu dans un tte--tte aussi isol que le dernier de ses suivants4 ,seul l'amour peut arracher la puissance son isolement2 mais malheur au puissant qui prend pour de l'amour les effusions de ceux qui ont besoin de lui2 profondment mpris1 il se sent1 lui aussi1 rabaiss l'tat de moyen et1 ne voulant pas confondre ses flatteurs1 il leur dispense des faveurs1 en feignant de croire leurs assurances4 ,et nous ne disons rien de l'irralit qui finit par rvler1 trop tard parfois1 l'homme conscient de sa puissance la relativit des puissances en gnral2 plus1 en effet1 il monte1 et plus il devient dpendant de ce qui est au-dessus et au-dessous1 de sorte que finalement le tyran n'obit plus qu' la plbe1 sur les paules de laquelle il s'est lev4 ,mais son ascension lui a valu une double proscription3 la haine de ceux qu'il a dpasss1 le mpris de ceux auxquels il voulait se joindre4 ,il ne reste de la puissance1 comme de la proprit1 que la cration responsable1 laquelle d'ailleurs n'a pas besoin de la puissance1 celle-ci n'en tant qu'en effet indsirable2 elle dpouille la puissance de toutes les formes qui rendent l'ambitieux heureux1 qui sont la seule chose dont il se contenterait1 et ne garde que les soucis1 les douleurs et les peines qu'il a en horreur4 ,la puissance est remplace par l'action2 la domination par la responsabilit2 le bruit par le souci4 ,la ralisation complte de la puissance quivaut sa suppression4 ,l'amour de la puissance et la rapacit sont des passions sans objet et sans effet4 l'irralit thorique correspond l'irralit pratique4 ,tant que la civilisation sera domine par la mconnaissance la plus grossire de ce qui est humain1 il pourra arriver et il arrivera que des hommes portant sur le front et sur le visage sur la tte et sur les membres le signe de rprobation visible tous les yeux1 que des hommes dont la mise et la parole1 les mouvements et les attitudes rvlent au premier coup d'oeil la vulgarit de caractre et l'absence d'me1 que ces hommes trouveront ouverts devant eux tous les chemins qui conduisent l'estime et la confiance1 alors que des natures nobles1 auxquelles ne manque que la ruse de serpent1 seront honnies et mprises et priront punies et dshonores4 ,tant que nos yeux seront affects de cette ccit plbienne qui doit commencer disparatre1 les hommes avides et pres au gain auront beau jeu de faire leur chemin en s'aidant de leurs dons naturels3 impudicit1 mensonge1 ruse1 importunit1 persuasion sophistique1 mendicit1 expdients malpropres2 et lorsqu'ils seront arrivs leurs fins1 ils seront accueillis avec des honneurs comme des modles de sagesse1 d'ingniosit1 d'activit4 ,mais1 mme favoriss par la mcanisation effrne1 par l'anarchique jeu de forces de son poque1 ils ne pourront pas aller plus loin1 ils seront incapables d'atteindre la cration objective1 de devenir les serviteurs utiles du monde4 ,la proprit d'un tel homme peut s'accrotre et sa puissance augmenter2 mais ce qu'il dsire comme couronnement de ses efforts1 savoir que son existence devienne une ncessit1 lui sera refus4 ,le mal qu'il cause1 en cherchant accaparer le plus d'espace possible1 en talant sa corruption1 nous tait un devoir de nous dfendre contre sa nature et ses effets3 mais la puissance dernire et responsable n'a besoin d'aucune protection contre lui1 car elle appartient ceux qui servent et sont loyaux1 ceux qui possdent la force du renoncement et la force cratrice de la fantaisie4 ,est-il donc prsomptueux d'affirmer que la passion du pouvoir et celle de la possession1 ces principaux moteurs de la vie mcaniste du monde1 sont mortelles et mme que1 bien qu'elles soient actuellement leur znith mridien1 elles sont dj en voie de disparition8 ,n'est-il pas plus dsesprment prsomptueux de croire que l'humanit1 qui se rend compte de leur vide1 soit condamne jamais tre dupe et asservie par les puissances de mensonge1 dans lesquelles nous voyons des puissances hostiles au ciel1 profondment coupables1 irrelles et inefficaces8 ,si nous ne devons pas croire que la connaissance et la volont morale suffisent chasser le vice acquis et dtruire la marque d'esclavage hrditaire1 il ne reste plus au rveur moral qu'une issue3 se retirer du monde sans bruit et le plus rapidement possible4 ,or d'aucuns viendront nous dire3 comment une humanit vieillie peut-elle changer8 ,avons-nous jamais vu quelqu'un sacrifier une passion8 quoi nous rpondrons3 nous avons vu des choses bien plus grandes4 ,nous avons vu plus d'une chute et plus d'une transformation de choses bonnes et mauvaises4 ,nous avons vu natre et disparatre les sacrifices humains1 le meurtre de vieillards1 l'inceste1 l'idoltrie1 la vengeance sanglante et beaucoup d'autres horreurs4 chaque poque1 toutes les passions1 tous les pchs et toutes les folies sommeillent dans l'homme2 chaque passion1 chaque pch1 chaque folie peut tre rveill ou rprim4 ,la rpression peut venir de l'individu1 pouss par la peur1 lorsqu'il a une me basse1 ou par les exigences morales1 lorsqu'il a une me noble2 la rpression peut aussi venir de la socit1 gardienne des moeurs4 ,c'est pourquoi il faut toujours le rpter3 le mal mortel de notre poque vient du manque d'une force d'orientation1 de ce qu'elle a cru pouvoir se composer une conscience sans convictions1 en utilisant les souvenirs mourants des poques antrieures2 et la nouvelle conception du monde est appele augmenter l'infini la tension des forces qu'elle se propose d'organiser et de redresser4 ,tous ceux qui sacrifient de nos jours l'amour et donnent leur vie sont-ils naturellement des hros et des hommes remplis d'amour8 ,s'ils ne le sont pas1 ils apprennent l'tre1 et cela grce au redressement subit d'une collectivit qui a encore le courage d'ordonner des sacrifices dans des moments difficiles4 ,ce qui n'est pas cr par la volont libre1 est cr par la connaissance1 qui devient un jugement de valeur gnral4 ,la conscience collective qui1 aujourd'hui1 ne mprise encore que le mensonge et la lchet1 condamnera demain la passion du pouvoir et l'avidit1 la recherche des plaisirs et la vanit1 la mauvaise joie et la bassesse4 ,cela ne veut pas dire que chacun sera aussitt dbarrass de ses vices1 mais leur domination sera brise2 ce qui1 aujourd'hui1 tale un orgueil provocant1 sera libr1 et sa libert agira sur chaque me1 en la modelant et en l'incitant crer4 ,le monde sera vritablement libre1 parce qu'exempt de tous les acharnements de la lutte4 ,n'oublions pas ceci3 ce qui empoisonne la vie1 ce n'est pas la lutte pour l'existence1 mais la lutte pour le superflu1 la lutte pour le nant4 ,en amortissant les deux moteurs surchauffs des fausses joies1 nous verrons aussitt chaque membre du corps contractur de l'humanit reprendre sa tension normale4 'en sera fini du culte sanglant de l'argent1 qui fait que chacun dfend et cache ce qu'il possde et ce qu'il a acquis1 comme un sanctuaire de sa vie4 ,l'air et l'eau1 bien que plus indispensables1 sont libres1 facilement accords et distribus1 parce que personne ne craint de manquer de ces lments1 parce que personne n'est assez sot pour les accumuler et que personne ne ddaigne le lger effort qu'il faut faire pour s'en approvisionner4 ,le jour o nous saurons nous procurer notre subsistance sans passion et avec modration1 comme nous nous procurons l'eau pure1 qui n'est pas contamine par des pestifrs1 le culte sanglant disparatra4 ,mais l'approvisionnement devient libre et facile1 lorsque ma propre avidit cesse de rclamer le superflu et que l'avidit des autres cesse de vider toutes les sources1 pour gaspiller en futilits et frivolits un tiers du travail mondial4 ,l'homme qui rflchit ne peut se dfendre d'une certaine stupfaction la vue des innombrables boutiques1 magasins1 dpts de marchandises1 usines et ateliers qui encombrent les rues4 ,la plupart des objets qui y sont accumuls1 avantageusement exposs et offerts des prix levs sont horriblement laids1 destins satisfaire des gots vulgaires1 absurdes et nuisibles1 insignifiants et caducs4 ,est-il vrai et possible que des millions d'hommes soient occups produire ces objets1 les transporter1 les vendre1 fabriquer et runir les outils1 machines et matires premires destins leur fabrication2 que d'autres millions soient condamns acqurir ces objets et d'autres millions encore les dsirer et tre dsols de ne pouvoir les possder8 ,il faut une foi robuste1 pour ne pas dsesprer d'une humanit qui vit de choses pareilles et pour des choses pareilles4 ,qu'en fait-on8 ,on les accumule dans les maisons1 on les consomme l'excs1 on s'en sert pour couvrir les corps1 pour orner les cheveux et les oreilles1 pour remplir les poches2 puis elles chouent chez les brocanteurs1 dans les salles de vente1 dans les monts-de-pit1 pour recommencer un deuxime et un troisime cycle1 pour finalement chouer quelque part en ,afrique1 quand elles n'ont pas t jetes au rebut ou qu'elles n'ont pas subi une transformation aprs refonte4 ,quel est le but que poursuit une humanit civilise1 en donnant libre cours cette fringale de marchandises1 cette passion pour les objets qui se vendent et s'achtent8 ,elle cherche1 sans doute1 se procurer quelques aises et quelques plaisirs4 ,mais elle cherche surtout1 et avant tout1 l'apparence1 encore et toujours l'apparence4 ,il faut que l'objet ait l'air de quelque chose4 ,on a vu quelque part une chose superbe et on voudrait en avoir une pareille2 dfaut1 on se contenterait d'une autre chose qui lui ressemble4 ,on veut faire impression1 tonner1 rendre les autres jaloux4 ,on voudrait paratre plus riche qu'on ne l'est1 car1 dans la terrible manire de voir de notre poque1 l'honneur est associ la richesse4 ,ce rgne de la sottise1 cette joie d'esclaves ne peuvent pas durer1 et ne dureront pas ternellement4 ,s'il devait en tre autrement1 il faudrait renoncer tout espoir de voir natre une humanit fire et digne4 ,cette situation doit prendre fin2 il suffit que la conviction de la nullit des joies impures1 acquises prix d'argent1 de leur nocivit et laideur radicales s'empare seulement de quelques milliers de consciences1 pour que la fleur diabolique perde toutes ses feuilles4 ,on ressentira de la joie devant la beaut non convoite2 la nature et l'art pur1 la force et la noblesse du corps humain1 le culte de l'esprit et l'adoration du divin deviendront des ralits et des vrits2 la camelote et le fatras qui nous rendront ridicules aux yeux de nos petits-enfants1 se rfugieront sur des continents obscurs o ils pourront traner leur existence jusqu'au jour du dernier jugement4 ,ce n'est pas sans hsitation que nous opposons cette assurance une observation qui1 sans tre faite pour nous dcourager1 n'en mrite pas moins d'tre prise en srieuse considration3 elle concerne les femmes4 ,j'ai montr dans d'autres ouvrages dans quelle norme mesure la mcanisation a boulevers la vie des femmes4 ,les occupations domestiques de la femme bourgeoise ont disparu depuis cent ans4 ,la division du travail lui a enlev le filage et le tissage et s'est charge de lui assurer le vtement1 de lui fournir la lumire1 le chauffage et la nourriture2 le jardin et la cour ont disparu2 il ne lui resta plus que la direction de la maison1 l'ducation des enfants et la cuisine4 ,le bien-tre accru a cr la dame bourgeoise2 le travail a t remplac par l'instruction4 ,dans les classes leves1 on a vu natre les commencements de la sociabilit2 aux conversations dans la rue avec des voisines et aux ftes populaires1 ont succd des visites et des rceptions dans des salons qui commenaient devenir une des pices indispensables de la maison bourgeoise4 ,l'atelier se spara de la maison d'habitation1 la maison de commerce de la proprit familiale2 la dure du travail est devenue plus longue2 l'homme d'affaires1 le fonctionnaire1 le savant commenaient tre absents de chez eux toute la journe1 et le cadre de la communaut ininterrompue fut bris4 ,deux sphres se trouvrent ainsi constitues3 une extrieure et une intrieure2 l'extrieure1 qui est la sphre de l'activit professionnelle1 gouverne par l'homme2 l'intrieure1 qui est la sphre de l'ordre et de la conservation1 confie la femme1 laquelle est devenue la matresse de maison1 l'administratrice et1 ainsi que l'exige l'conomie base sur l'argent1 l'acheteuse4 ,l'homme gagne1 la femme dpense4 ,jadis la femme achetait bien de temps autre un plat de cuisine1 plus rarement un vtement1 exceptionnellement un meuble3 c'est le mari qui avait affaire aux artisans1 aux ouvriers4 ,aujourd'hui1 la femme est la seule acheteuse1 et elle achte jet continu2 les femmes remplissent les magasins1 les rues et les moyens de transport des villes2 elles font des commandes et des calculs1 dcorent1 organisent1 font construire4 ,l'effrayante dcadence des mtiers manuels1 qui se produit depuis quatre-vingts ans et que les plus srieux efforts sont impuissants enrayer1 a pour cause moins la machine que la femme acheteuse4 ,c'est qu'il manque celle-ci le coup d'oeil capable d'apercevoir dans ce qui est fait la main les qualits de solidit1 d'authenticit1 d'adaptation parfaite l'usage2 elle manque galement de fermet pour vouloir le ncessaire1 pour prendre des dcisions irrvocables2 elle est incapable de rsister la premire impression1 la vague ressemblance avec l'authenticit1 l'occasion1 la brillante apparence1 au calcul trompeur1 au bavardage du vendeur4 ,toutes les honteuses habitudes du commerce de dtail sont nes du fait qu'il ne s'adresse gure qu'aux femmes2 ce qui exaspre l'homme qui a eu la malchance de s'garer dans un magasin quelconque1 constitue le plus souvent un moyen d'exploiter les faiblesses de la femme acheteuse4 ,disons encore ici en passant ce que nous avons expos ailleurs avec plus de dtails3 depuis que les hommes professionnels ont1 pour favoriser la femme1 renonc au srieux de l'instruction2 depuis que les salles de thtres et de concerts1 les collections de tableaux et les confrences sont devenus le domaine de la femme1 depuis que les femmes sont devenues lectrices de livres et de dbats1 amies des artistes et protectrices de leurs oeuvres1 l'art et la critique d'art se sont leur tour engags sur la pente de la dcadence et sont galement menacs dans leur existence4 ,la sentimentalit strile de la littrature post-romantique a t le premier produit des salons1 et c'est peut-tre parce qu'ils ont eu l'intuition de ce rapport que les deux derniers esprits libres de notre poque1 ,schopenhauer et ,nietzsche1 ont conu une hostilit l'gard des femmes4 ,c'est ainsi que la femme du nouvel ordre conomique s'est trouve place sans transition1 d'une faon violente1 dans des situations jusqu'alors inoues3 pousse hors de l'enceinte domestique1 charge d'instruction1 ayant s'acquitter d'obligations sociales1 entretenir des relations utiles1 assurer la tenue extrieure de la vie1 souvent engage dans des professions masculines1 elle a tenu tte aux exigences les plus dures auxquelles ait jamais eu satisfaire la nature humaine1 et cela sans aucune prparation4 ,elle n'a pas succomb la tche et a donn notre sicle un aspect mixte1 masculo-fminin4 ,mais de graves effets secondaires devaient se manifester invitablement4 ,les habitudes prises par les femmes de calculer1 d'acheter1 de circuler dans les rues1 de vivre d'une vie extrieure1 de ne dpendre que d'elles-mmes n'taient pas faites pour rendre plus profond le ct maternel de la nature fminine4 ,l'amour extra-conjugal que l'homme savait rprimer autrefois devait fatalement prendre un grand dveloppement1 et l'on a vu surgir une des particularits les moins rjouissantes de notre civilisation3 la femme de luxe4 ,les anciens devoirs de reprsentation des femmes de la noblesse taient en voie de disparition1 en mme temps que disparaissaient les devoirs de protection qui incombaient autrefois aux hommes leur gard3 ce qui restait de cet ancien crmonial versait de plus en plus dans la caricature4 ,la socit nouvellement enrichie demandait une facilit de relations exclusive de toute contrainte1 afin de s'exercer dans la richesse et jouir de tous les avantages que peut prsenter la vie de socit4 ,ce jeu dangereux et risqu tait devenu une sorte de devoir1 une occupation1 un genre de vie4 ,on passait le temps en conversations d'o le coeur tait absent4 ,on n'tait proccup que d'habitations luxueuses1 de domesticit1 de bijoux1 de robes1 de soins du corps1 de bonne chre1 de rceptions d'invits de marque4 ,des intrigues amoureuses1 souvent lucratives1 animaient seules cette vie2 les conversations roulaient sur des chevaux1 des chasses1 des voyages1 sur les arts ravals au niveau des interlocuteurs2 quelques actes de charit1 des rapports avec la cour1 des cabales politiques1 fournissaient cette vie un semblant de justification2 l'ducation et la direction de la maison taient assures par un personnel mercenaire et1 en dehors de quelques discussions avec le mari sur les intrts communs1 la femme croyait avoir rempli tous ses devoirs en mettant au monde1 sous la narcose1 deux ou trois enfants4 ,cette vie dprave de la femme fut non seulement tolre1 mais mme glorifie1 au sommet de l'chelle de la socit mcanise2 les femmes du peuple supportaient tout le fardeau du travail et fournissaient les contingents de la prostitution2 celles des classes moyennes ne connaissaient que les soucis et les calculs2 celles des classes suprieures luttaient pour la reprsentation1 pour l'instruction1 pour la conqute des professions masculines4 ,ces dformations de la vie mcanise ont affect la nature mme de nos femmes4 ,la convoitise1 l'amour des apparences1 le dsir d'en imposer1 la coquetterie sont devenus leurs traits dominants1 alors que l',allemagne d'autrefois n'avait connu ces traits que sous la forme de bizarreries inoffensives1 vite rprimes4 ,les consquences morales de ces vices sont graves1 leurs effets conomiques et sociaux sont tout simplement dsastreux4 la jalousie prouve l'gard d'une voisine1 au regard voluptueux d'un passant1 la faiblesse et la condescendance des hommes nous sacrifions le travail de jour et de nuit de millions d'ouvriers4 ,qu'est-ce qu'on trouve dans le commerce de dtail8 ct du tabac et des boissons alcooliques1 on y trouve surtout des choses qu'achtent les femmes1 des objets inutiles1 laids1 caducs1 qu'on veut avoir1 parce que d'autres en ont1 parce qu'ils sont la mode1 parce qu'on en a vu de pareils de loin1 sur des tableaux1 chez des gens qu'on croit distingus2 on les croyait alors d'un prix inabordable1 et voil qu'on les offre ici des prix dont le bon march est dconcertant3 ce sont des vtements et des parures conus de faon exciter la sensualit masculine1 vtements et parures qu'on porte aussi longtemps que le permettent la faible solidit des matriaux avec lesquels ils sont fabriqus et le bon dsir du marchand2 ce sont des objets sans nom1 dits articles1 qu'on achte pour acheter et qu'on donne ensuite pour s'en dbarrasser4 ,et la loi de la mode exige qu' des priodes dtermines toute cette camelote soit reconnue inutile et sans valeur1 pour tre remplace par une autre1 tout aussi inutile et sans valeur4 ,ce jeu pouvait encore tre tolr1 tant qu'il n'tait qu'une affaire prive d'une organisation domestique absurde4 ,mais ds l'instant o nous nous rendons compte que cette fringale de marchandises1 cette passion d'acheter constitue une des plaies les plus dangereuses de notre vie conomique1 l'extirpation de ces vices devient un affaire d'tat et d'humanit4 ,ce serait offenser les femmes que de leur annoncer avec un sourire complaisant qu'elles sont responsables des misres de notre poque4 ,nous devons leur dire que si elles arrivent1 par leurs actions charitables1 faire scher quelques larmes1 elles en font couler infiniment plus par leur attachement ces riens inoffensifs qu'elles achtent et emportent chez elles1 enferms dans des botes ou des paquets ou qu'elles se font livrer par des voitures4 ,si la mre est responsable de ce qu'il y a de mauvais dans l'homme1 l'amant et le mari sont responsables des erreurs et des garements de la femme4 ,le garon finit par chapper la mre1 et ses erreurs de jadis restent irrparables2 mais la femme peut toujours tre modele par l'amour1 et les portes du repentir cleste lui sont toujours ouvertes4 ,c'est l'homme de lui montrer le chemin1 car c'est lui qui est le plus responsable1 le plus coupable du terrible dsarroi dans lequel se dbat la femme d'aujourd'hui4 ,grce la mcanisation de la vie1 l'homme a arrach la femme son foyer protecteur1 l'a lance dans le monde et dans la vie conomique1 a fait tomber les clefs de ses mains et lui a confi la bourse2 il l'a mise en demeure de choisir entre les comptes de mnage1 la coquetterie1 le travail au dehors et la vie solitaire4 ,le plus coupable1 ce n'est pas le tyran domestique1 l'goste ou le seigneur fodal1 mais l'homme oisif1 le coureur de femmes qui a fait de la femme un jouet1 un objet de bonheur1 une source de plaisirs1 qui a veill l'instinct hsitant qui sommeille dans chaque femme1 pour le transformer en vice1 pour tuer l'me4 ,si les tendances sexuelles primitives qu'on avait russi rprimer pendant des sicles se sont de nouveau manifestes dans la vie des femmes de notre poque1 avec un cynisme qui tonnera nos arrire-petits-enfants1 la faute en est l'homme4 ,nous devons tre reconnaissants aux femmes de ce que leurs recherches dsespres d'une solution aient fait natre et aient favoris un mouvement qui se trompe seulement quant au but4 nous incombe le devoir de dvoiler ce but qui ne peut avoir rien de commun avec la domination extrieure4 ,il ne s'agit pas d'imposer la femme le retour la cour et au jardin dserts1 la quenouille et au mtier hors d'usage1 et il ne s'agit pas davantage de lui rendre plus facile l'accs des chancelleries et des tribunaux4 ,il faut s'appliquer avant tout lui donner une haute ide de sa dignit humaine1 de lui inculquer le mpris du bonheur qui s'achte1 de l'ornement absurde1 de l'oisivet1 source de tous les vices2 il faut chercher ensuite lui faire comprendre que c'est elle qui est responsable du bonheur intrieur et de l'ordre du grand mnage que forme la collectivit humaine4 ,plus la socit deviendra responsable du bien-tre et de l'ducation1 de la culture et de l'ornement de la vie1 plus purs et plus importants seront les nouveaux devoirs de la femme2 et pourvu que le contenu de ces devoirs reste fminin et naturel au sens le plus lev du mot1 nous ne devrons pas reculer devant les formes qu'ils pourront revtir1 alors mme qu'il faudrait1 pour les obtenir1 faire intervenir certains moyens d'organisation1 un plan de construction rationnel1 certaines entraves4 ,nous allons maintenant examiner le dernier des moteurs qui maintiennent le fonctionnement de notre monde mcanis3 l'gosme familial4 ,il faut commencer par liminer l'erreur morbidement inconsciente1 qui consiste expliquer et justifier la mystrieuse passion d'accumulation par le dsir d'assurer l'avenir des descendants1 ce qui n'empche pas les possesseurs de la fortune de la garder jalousement jusqu' leur mort1 en rduisant parfois leurs enfants la portion congrue et en rservant la jouissance complte de l'hritage des descendants plus loigns4 ,il faut galement liminer la vanit posthume1 trs rpandue1 de ces ambitieux qui savourent d'avance1 comme une volupt1 l'tonnement de l'excuteur testamentaire la lecture des clauses du testament4 ,seuls mritent de nous occuper ici la forme vraie et noble de l'orgueil familial1 la joie qui se rattache au maintien d'un nom sonore1 le joyeux souvenir des mrites des anctres1 le souci affectueux d'assurer le bonheur de la postrit4 ,les effets de la division millnaire de l',europe en deux couches font1 pour ainsi dire1 partie de notre sang4 ,nous ne sommes toujours pas un peuple1 nous sommes peine un tat4 ,mais une noblesse vritablement dirigeante1 un patriciat exerant le pouvoir1 doit rester ferm2 son mlange avec d'autres couches sociales marque sa dcadence1 son appauvrissement1 entrane sa ruine4 ,la noblesse expirante du ,x,v,i,i,ie sicle a eu un dernier sursaut de mpris pour le bourgeois et le serf pour lesquels elle a invent les noms de roture et de canaille4 ,le temps serait venu de nous sentir un peuple1 et il y a des moments o le sentiment de la communaut devient puissant4 ,lorsque nous voyons marcher et mourir nos armes1 nous nous sentons tous unis par l'amour et nous croyons chacun sentir le feu qui doit nous fondre en une seule masse2 mais ce n'est l qu'un rve1 car les peuples diviss ne s'unissent jamais4 ,une noblesse1 hautaine dans la richesse1 souple lorsqu'elle a subi des revers1 renouvele de multiples faons1 ayant subi toutes sortes de mlanges1 apparente aux classes industrieuses1 une noblesse dont une moiti porte des noms bourgeois1 l'autre des noms historiques3 telle est la classe qui gouverne et exerce les pouvoirs militaire et politique4 ,une classe de riches contrle les grandes industries1 exerce une influence occulte et ouverte1 cherche pntrer dans la noblesse gouvernementale et foncire1 se complte par une troite slection intellectuelle opre sur ce qui reste des classes moyennes et se dfend contre une dsagrgation par en bas4 ,une classe moyenne en voie de dprissement1 qui voit les mtiers manuels lui chapper1 son terrain se rtrcir1 qui se dfend contre la chute dans le proltariat1 cherche entrer dans la hirarchie des fonctionnaires de la ploutocratie1 se met la suite de la classe riche et se contente finalement d'tre1 au sein de cette classe1 une sorte de proltariat d'opposition1 de proltariat spcial1 impuissant et dsarm1 parce qu'il n'ose pas s'attaquer aux bases de sa propre existence bourgeoise1 d'un niveau relativement lev4 ,et tout fait en bas1 un proltariat profondment remu1 terriblement silencieux1 un peuple part1 une mer insondable d'o sort parfois un regard ou un cri qui arrivent jusqu'au sommet3 synthse de tous les pchs et de toutes les fautes de la socit mcanise4 ,c'est cet ensemble1 compos de quatre parties1 que nous appelons peuple4 ,il y eut des aveugles pour nier qu'au moment d'un danger national1 la communaut de langue1 de pays1 d'vnements vcus soient capables de raliser l'unit du vouloir2 il y a des aveugles pour esprer que la communaut de sacrifice suffira transformer un dvouement passager en une rsignation durable4 ,nous qui mettons au-dessus de tout l'humble responsabilit du pouvoir et la fire joie de la soumission1 nous qui voyons dans ces deux facteurs des forces organiques1 complmentaires l'une de l'autre1 nous ne pouvons estimer que comme tant contraires la nature1 comme tant un mal et une injustice1 le service anonyme de la caste hrditaire1 la condamnation irrvocable d'un peuple des corves dpourvues de tout lment spirituel1 des dsirs et des joies d'o l'me est absente4 ,l'unit du peuple est incompatible avec sa division en classes3 qui veut l'une doit s'lever contre l'autre4 ,celui qui veut voir se former l'homme allemand doit s'opposer l'existence du proltaire allemand immobilis dans son sort4 ,nous savons cependant que c'est seulement par la pntration continuelle1 par l'alternance incessante de la direction et de la soumission que se forme un peuple2 et nous savons aussi que l'hrdit des droits et des devoirs1 des destines et des manires de vivre dsagrge un peuple et forme des castes4 ,l'antipathie l'gard du peuple1 la volont d'imposer aux hommes de basse extraction une soumission et un esclavage sans nom1 la tendance rompre les liens qui rattachent entre eux les fils d'un mme peuple1 tous ces sentiments ont leur source dans l'gosme et l'orgueil familiaux4 gosme1 en tant qu'on ne se contente pas de transmettre un nom noble1 avec tous les avantages que procure l'ducation et le fait d'appartenir un certain cercle social1 mais qu'on rclame en plus la certitude de ne jamais tre troubl dans la possession des biens acquis et de pouvoir en acqurir constamment de nouveaux1 pendant que les autres peineront la sueur de leur front4 ,celui qui s'est rendu compte qu'il n'y a pas de jouissance hrditaire sans qu'il y ait1 d'autre part1 esclavage hrditaire1 que la multiple nature humaine ne supporte impunment aucun abus hrditaire1 qu'il s'agisse de celui de la libert de ne pas travailler ou de celui du travail impos1 celui-l dcouvrira dans l'gosme de caste le pch radical de la socit humaine2 si1 au contraire1 il persvre dans la tendance l'isolement goste1 il n'osera plus parler de l'unit et de la fraternit d'un peuple1 mais avouera franchement son mpris pour une plbe marque par le sort et affirmera sa volont de la dominer ternellement4 ,l'gosme de maison1 de famille ou de classe ne peut donc en aucune faon tre considr comme un des moteurs naturels1 moralement justifis1 de la socit humaine1 et le monde est libre de renouveler chaque poque le choix de ses esprits dirigeants et des forces qui doivent le conduire4 ,l'hrdit corporelle et matrielle doit cder la place l'hrdit spirituelle qui rgne dj aujourd'hui dans les domaines immatriels2 ce ne seront plus les fils qui hriteront des pres1 mais les disciples des matres1 et le npotisme sera remplac par l'lection4 ,notions morales et ides thoriques deviendront la proprit du peuple1 l'ducation sera une fonction de la collectivit2 le peuple1 promu lui-mme la noblesse1 la fois son propre serviteur et son propre matre1 deviendra l'auteur de ses propres destines et le gardien de ses lus4 ,mais pour qu'il en soit vraiment ainsi1 pour qu'aucun lment tranger ne vienne altrer la noblesse du peuple1 pour que la responsabilit concide vraiment avec la force morale et intellectuelle1 pour que les mauvais bergers1 les esclaves souples soient mis dans l'impossibilit de se glisser jusqu'au pouvoir1 il faut la prsence d'un facteur dont nous avons dj parl plusieurs reprises et dont on commence apercevoir l'intervention3 la connaissance et l'apprciation infaillibles des qualits humaines et des valeurs qu'elles reprsentent4 ,car il est un danger que nous ne devons pas perdre de vue3 mesure que les destines deviennent plus mobiles et indpendantes de toute pression et dtermination extrieures1 que les liens rsultant de la tradition et de la naissance se relchent et perdent leur pouvoir d'orientation imprieuse1 l'arne sur laquelle luttent les forces spirituelles et morales devient de plus en plus libre et1 en mme temps1 de plus en plus expose tre envahie par des chevaliers d'industrie1 des menteurs intellectuels et des hypocrites moraux4 ,dj le rgime ploutocratique de nos jours encourage une slection immorale au plus haut degr1 puisque fonde sur le succs2 il existe tout un ensemble de carrires moyennes o le menteur et le bavard1 le rus et l'arriviste1 l'incomptent et l'homme pre au gain1 l'hypocrite et le flatteur1 l'insolent et l'escroc l'emportent incontestablement sur les hommes dous de qualits morales et comptents4 ,dj de nos jours nous courons le danger de voir la vie conomique envahie par des flibustiers1 l'opinion publique devenir un instrument entre les mains des avocats et les qualits nobles et modestes tre condamnes la misre et la mort4 ,mais les forces opposes commencent se rveiller4 ,lorsqu'un de ces rares hommes qui sont devenus clairvoyants entre par hasard dans une solennelle runion de reprsentants de nos classes intellectuelles et dirigeantes1 il est tout tonn de saisir sur leurs visages des signes de proccupation1 d'entendre dans certaines paroles des accents de repentir et de remords1 signes et accents qui s'effaceront et disparatront l'instant d'aprs1 mais qui1 sur le moment1 chappent aux chefs et la foule malgr eux1 indpendamment de leur volont et en dehors de leur conscience4 ,lorsque deux hommes clairvoyants se rencontrent1 ils conoivent peine que leur clair savoir et leur claire vision restent pour la foule un mystre444 ,ils sourient mlancoliquement1 lorsqu'ils voient des clbrits reconnues taler leur nudit morale1 leur absence d'me1 et cela au premier mot par lequel elles expriment leur assurance satisfaite et qui ne doute de rien4 ,ils se sentent remplis de joie1 lorsqu'ils croient saisir dans le regard ou l'exclamation d'un homme moyen la manifestation d'une me profonde1 pure1 pleine de dignit4 ,aujourd'hui1 un homme est mpris1 parce qu'il a subi la fltrissure de la prison pour un crime ou un dlit commis dans un moment d'garement1 ou parce que la pauvret l'oblige de se livrer un travail humiliant2 mais d'autres1 qui portent bien plus visiblement les marques de l'esclavage sur leurs visages1 leurs membres et dans leur coeur1 prononcent des jugements revtus de robes rouges1 bnissent sous des dais1 dirigent des destines humaines et gardent le sceau de la puissance4 ,dans les temps venir on ne connatra pas le mpris1 car le mpris est un crime contre la dignit divine4 ,au lieu de mpriser et torturer l'homme rest en arrire1 encore esclave de corps et d'me1 on tchera de l'lever par l'amour4 ,seulement1 on ne le chargera d'aucune responsabilit1 avant qu'il ait atteint l'tat de puret2 on n'aura pas confiance en lui1 avant qu'il ait conquis la vrit2 on rsistera impitoyablement toutes ses protestations et railleries1 tous ses subterfuges et accs d'exaspration1 toutes ses flatteries et supplications4 ,il faut que les enfants soient dj mme de reconnatre et de tenir l'cart ces poisons qui devront tre dsigns par des noms clairs et intelligibles4 ,les vocations qui ont besoin de ces qualits1 les genres de vie1 les dispositions1 les plaisirs qu'elles trahissent1 rien de tout cela ne pourra tre considr comme honorable2 on estimera davantage le travail d'un vidangeur que celui d'un bavard2 les garements morbides seront punis moins svrement que le luxe provocant et l'apparat2 on mprisera moins les maisons de tolrance que les endroits o l'on profane et dforme l'art4 ,pour se rendre compte de la force de direction que peut imprimer un peuple une conviction consciente1 il faut tourner ses regards vers un pays qui ne doit pas nous servir de modle et o les notions troites et inconscientes de dignit seigneuriale et de tradition de caste sont devenues le canon de tout jugement humain4 ,le mot menaant3 ceci n'est pas conforme la dignit d'un seigneur1 et ceci n'est pas dans la tradition1 maintient des millions dans les limites d'une conduite conforme1 la rigueur1 certaines exigences intellectuelles et morales4 ,mais au devoir et aux besoins transcendants de notre avenir ce maigre impratif ne pourra plus suffire4 ,la question qui se posera alors est celle ci3 ,qu'est-ce qui est conforme la dignit de l'me humaine et conciliable avec cette dignit82 et devant le mot d'ordre catgorique1 qui laisse loin derrire lui tous les devoirs empiriques1 intellectuels et utilitaires1 on verra plir caractres et vocations1 talents et droits1 tout ce qui domine et gouverne le monde d'aujourd'hui1 et l'on verra s'tablir un tat de paix et de tranquillit dans lequel les hommes1 les choses et la divinit retrouveront les droits qui leur sont dus4 ,nous approchons de notre dernire analyse1 qui est aussi la plus srieuse4 ,les puissants mobiles de nos actes volontaires1 passion pour l'apparence et la reprsentation1 pour le clinquant et les futilits1 gosme et isolement familiaux1 ont disparu3 n'est-il pas craindre que le mcanisme de la socit1 prive de toutes ces forces motrices1 s'arrte son tour1 que le travail de civilisation qui s'tait poursuivi jusqu'ici sur la terre se trouve interrompu et que les biens matriels et spirituels de l'humanit prissent8 ,ou bien1 aprs la disparition de ces forces1 en restera-t-il d'autres susceptibles d'assurer l'volution plantaire dans des conditions plus pures8 ,s'il tait vrai que la fin justifie non seulement les moyens1 mais aussi les mobiles1 que la vie de l'humanit sur la terre n'a pu s'difier et se maintenir qu' la faveur d'instincts mauvais et absurdes1 on pourrait dire sans hsitation qu'une vie qui est ne et se maintient dans des conditions pareilles ne mrite qu'un sort3 disparatre4 ,mais c'est seulement si nous sommes pntrs de la foi sacre en l'ternelle moralit du devoir universel1 que nous avons le droit d'tre moraux autrement que par lchet et que nous savons que pour vivre nous n'avons besoin d'aucun mobile mauvais1 d'aucune action mchante4 ,on s'explique difficilement pourquoi le travail bienfaisant doit affecter de nos jours la forme d'une lutte pour l'existence1 d'une lutte charge de haine et d'animosit1 dans une arne inonde de larmes et de sang4 ,qu'elle est inhumaine1 l'indiffrence avec laquelle la socit regarde le jeune lutteur descendre sans conseils et sans prparation dans cette arne pour disputer chaque instant aux convoitises et l'gosme des autres le droit la vie civique1 la nourriture1 l'abri1 la culture pour lui et les siens6 ,un regard gar1 un pas irrflchi1 une dfaillance momentane suffisent pour le faire abattre2 et si l'homme intrieur est incapable de rsister au sort1 la chute peut entraner1 en mme temps que la mort du corps1 la destruction de l'me4 ,la socit doit assurer la scurit chacun de ses membres2 elle a aboli la scurit assure autrefois par les mtiers qui taient1 en mme temps qu'un moyen de subsistance1 une source d'inspiration cratrice1 et elle a cr1 la place du cercle de devoirs form par les anciens mtiers1 une arne de combat d'o ne sortent vainqueurs que ceux qui savent attaquer en tratres et user d'armes empoisonnes4 ,aussi la socit a-t-elle le devoir urgent de sacrifier les dpenses d'un mois de guerre pour enlever la lutte pour l'existence son caractre grossirement meurtrier4 ,alors seulement disparatront la profonde angoisse et l'amertume avec laquelle des milliers d'humains pensent au lendemain2 alors seulement disparatront et le poison de la servitude qui fausse les convictions et la passion impure qui s'attache aux questions du mien et du tien4 ,alors seulement on aura fait place aux formes pures1 destines dterminer les manifestations de la volont future4 ,ces forces ne sont cependant ni nouvelles1 ni trangres4 ,de nos jours dj toute cration suprieure leur obit4 ,ce qu'on demande1 c'est qu' l'avenir elles prsident toute cration1 de faon ce qu'il n'y ait plus de cration infrieure4 ,toute cration est noble1 lorsqu'elle n'a pas d'autre but que de crer2 toute cration est sans valeur1 lorsqu'elle s'effectue sous l'aiguillon du dsir1 sous le fouet de l'angoisse1 lorsque1 au lieu de se suffire elle-mme1 elle sert une fin4 ,c'est l'amour admirable1 paternellement divin pour les choses cres qui communique aux vieux objets de l'poque des mtiers manuels vie et substance1 beaut et langage2 les marchandises en srie1 fabriques par nos industries utilitaires1 manquent d'me et de vie1 brillent d'un clat trompeur et sont destines finir leur vie phmre sur le tas d'immondices le plus proche4 ,l'amour sans bornes qui communiquait l'ustensile du vieux temps une beaut dsintresse et une ornementation approprie sa forme a t remplac par la phrase calcule de l'ornementation mcanique4 ,levons nos regards des misrables travaux effectus en vue d'un gain utilitaire1 vers un de ces travaux de cration qui impriment leur marque notre poque4 ,nous constations que la vie cratrice n'existe que l o on travaille et produit indpendamment d'un but ou d'une intention quelconque1 pour l'objet lui-mme4 ,l'artiste est pouss par l'amour et par le besoin de crer des formes1 le savant par le besoin de connatre et l'esprit d'ordre1 l'homme d'tat par la force de sa volont et la contrainte qu'exercent sur lui les ides1 et mme les professions les plus attaches la terre cherchent raliser des choses penses1 animer ce qui se prte l'organisation4 ,le financier et l'organisateur1 qui crent pour s'enrichir1 sont des ignorants et des boutiquiers2 jamais une graine fconde n'est tombe de leurs mains1 car la parole et l'oeuvre qui servent deux matres1 la chose et le profit personnel1 sont sans force aucune et succombent sous la puissance de la parole et de l'oeuvre libres qui ne servent que la chose et sont1 de ce fait1 plus simples4 ,la seule chose dont nous ayons donc besoin est celle-ci3 il faut que le libre esprit1 inhrent l'amour pour la chose1 qui guide aujourd'hui toute cration suprieure1 russisse animer galement les crations moyennes et infrieures4 ,il n'est pas un seul travail sur la terre qui ne puisse tre anim par l'amour1 ennobli par l'esprit et la volont4 ,la nature humaine prsente autant de varits que les vocations humaines1 elle cre non seulement le soldat-n et l'ecclsiastique-n1 mais aussi l'imprimeur1 le bicycliste1 le joueur d'checs1 le stnotypiste4 ,il faut que l'homme soit libr de corves hrditaires et de misre4 ,il faut que chacun soit libre de choisir sa profession4 ,ce sont des conditions dont nous avons dj parl2 elles sont ralisables4 ,et quand elles seront remplies1 nous n'aurons plus besoin de la stimulation de forces d'ordre infrieur1 du coup de fouet despotique de la convoitise et de l'angoisse2 ce qui maintient vivante la structure humaine1 ce ne sont ni la faim1 ni la luxure3 c'est l'amour4 ,mais d'o viendra l'impulsion passionne1 susceptible de mettre en oeuvre les forces de direction et de domination8 ,dans une socit qui mprisera la vanit et aura dompt l'ambition1 quel est celui qui voudra assumer le double travail et les doubles soucis de la lutte et de l'ascension de la vie pour lui-mme et pour les autres8 ,le monde peut-il se passer de ces derniers leviers qui sont aussi les plus forts1 de ce moyen automatique de slection8 ,dj aujourd'hui il peut s'en passer et jamais plus il n'en aura besoin4 ,pas plus que l'amour du gain ne cre les vritables valeurs conomiques1 l'amour de la puissance personnelle n'est capable de raliser la domination vritable4 ,le dominateur vaniteux est le plus faible2 il est plus faible que le dominateur born1 plus expos que le mchant4 ,la vanit tue la chose4 ,la vanit exige une vie part1 une seconde vie1 ct de celle consacre la cration1 une vie qui absorbe les forces de l'homme un tel point qu'il ne lui reste plus une heure consacrer la contemplation1 la mditation1 la cration solitaire et dsintresse1 dgage de toute proccupation trangre4 ,le respect de la vrit et de la ncessit disparat1 hommes et choses cessent d'tre des fins en soi1 pour devenir des moyens1 les dcisions n'ont plus de caractre et de direction et deviennent un jeu4 ,on n'arrive au but qu'en suivant la direction droite et en sachant clairement ce que l'on veut2 quelle que soit la direction suivie1 pourvu qu'elle soit droite1 on arrive toujours traverser le taillis et revoir la claire lumire du jour2 en tournant dans un cercle1 on s'gare et on se perd4 ,on s'carte de la bonne direction1 ds qu'on veut servir la fois la chose et la personne4 celui qui a consacr des annes de sa vie au travail pnible qui lui fut impos par les ncessits et les besoins quotidiens1 le monde et la vie apparaissent1 non plus comme le jardin du ,seigneur1 mais comme une estrade en planches sur laquelle la cabale et l'intrigue se donnent libre jeu4 ,jamais son oeil n'apercevra plus le pur clat1 jamais son bras n'prouvera la force nerveuse1 jamais son coeur ne ressentira la volont enfantine qui bnit la semence et la moisson4 ,la chose exige l'homme entier1 elle veut l'avoir elle jour et nuit1 et en prsence de cette exigence le plus fort et le mieux dou succombe1 s'il ne sait s'abstraire de sa propre vie et de son bien-tre personnel4 ,jamais un ambitieux n'a cr quelque chose de dfinitif4 ,celui qui citerait l'exemple du puissant dmon qui ferma derrire lui la porte du vieux monde et s'engagea sur le chemin du nouveau1 dans lequel il pntra sans le reconnatre1 celui-l prouverait qu'il n'a pas compris l'esprit du ,corse ambitieux4 ,ce fanatisme de l'objectivit ne peut exister que chez celui qui vit1 non pour lui-mme1 mais pour l'objet2 et alors mme que l'objet est une idole1 le damier o se joue une volont furieuse1 irraisonne1 il n'en est pas moins royal1 puisqu'il ennoblit l'homme1 en l'arrachant lui-mme et aux vulgaires plaisirs4 ,ce n'est pas pour la parade et la reprsentation1 mais pour la conqute du pouvoir imprial1 qu' ,notre-,dame et ,erfurt ,napolon a dpouill son coeur de tout lment humain4 ,mais il a succomb1 parce qu'il fut impuissant aller jusqu'au bout1 tablir une sparation complte entre l'ide et l'homme4 ,la responsabilit est la seule force qui puisse prtendre la domination et soit capable de la justifier4 ,elle ne rclamera jamais la domination cause de ses attributs extrieurs1 elle ne rclamera jamais le pouvoir cause des joies humaines qu'il procure4 ,le pouvoir responsable est un service1 non un service mystique s'adressant un dieu despotique1 non un service arbitraire comme ce dieu1 exigeant qu'on s'incline devant lui comme lui-mme se prosterne devant son dieu3 c'est un service au nom d'une ide idale et qui demande la participation de tous l'oeuvre commune4 ,le pouvoir responsable transforme le roi en esclave1 l'esclave en roi1 non pour humilier l'un et lever l'autre1 mais pour rendre tous gaux en esprit4 ,il exige1 non la soumission et l'obissance1 mais la collaboration et l'adhsion2 il mprise gnuflexions et intrigues1 il a en horreur la pompe et l'idoltrie4 ,celui qui veut rgner sur des esclaves est lui-mme un esclave vad2 n'est libre que celui qui est volontiers suivi par des hommes libres et sert volontiers des hommes libres4 ,la joie que procure le despotisme dcoule du sentiment exagr de sa propre valeur et de l'humiliation qu'on inflige aux autres4 ,on aime encore le despotisme pour les aises qu'il procure1 pour l'clat et la gloire qui y sont associs1 pour la jalousie qu'il suscite2 et lorsque1 par hasard1 on sacrifie les aises1 c'est toujours en change d'autres joies du mme genre4 ,la joie que procure la responsabilit dcoule de la conscience du danger1 du travail et des proccupations3 c'est la joie de la cration4 ,mais la cration1 pour autant qu'elle comporte des sacrifices1 est amour actif et1 comme tel1 la plus haute garantie de notre droit transcendant4 ,si jamais l'humanit de la plante tellurique devait comparatre devant le tribunal universel1 il lui suffirait de dire3 ,j'ai cherch mon bonheur dans l'amour crateur1 pour tre juge et absoute4 ,grce la responsabilit1 se trouve limine du nombre des mobiles humains cette fausse stimulation qu'on appelle recherche des honneurs2 grce elle1 se trouve ralise cette tension passionne de toutes les forces de l'me et de l'esprit dont le monde a besoin pour ne pas manquer de direction4 ,la responsabilit comporte non seulement la persvrance laquelle rien ne reste refus au cours d'une vie1 mais aussi la justice d'une slection qu'aucun facteur extrieur ne vient influencer4 ,l'ambition favorise les faibles et les sots qui sacrifient le grand moment la course aprs des mirages1 tandis que la recherche de la responsabilit dsigne le capable et l'lu3 c'est que chacun n'aime que ce qu'il peut1 et ne peut que ce qu'il aime d'un amour vritable et dsintress4 ,nous avons vu natre de nouvelles formes de morale sociale1 nous avons vu s'oprer des transformations des forces dterminantes1 des valeurs et des fins4 ,or1 nos exigences et leur ralisation n'ont rien qui soit tranger l'humanit1 rien qui se rattache une aspiration utopique1 car chacun de nos espoirs se trouve dj ralis1 sans qu'ils en aient conscience1 dans tous les esprits honntes et purs de notre poque4 ,qu'est-ce qui est plus prsomptueux3 attendre jusqu' ce que le grand nombre finisse par comprendre ce qui n'est encore compris de nos jours que par quelques natures exceptionnelles1 ou nier jamais la possibilit pour les hommes de s'lever au sentiment libre8 ,le ngateur devrait au moins avoir le courage de reconnatre que toute pense et tout acte qui portent la marque du vouloir moral1 impliquent la confirmation d'une prrogative ternelle pour leurs auteurs et d'une rprobation ternelle pour les autres4 ,la constance du progrs1 le dveloppement des germes qu'abrite notre poque nous deviendront de nouveau visibles1 si nous essayons d'envisager la lumire des lois entrevues l'ensemble des symptmes qui tmoignent en faveur d'une volution morale du monde4 ,la vie extrieure devient plus calme1 les grossires sductions et tentations ayant cess d'agir1 n'exerant pas plus d'attrait que les sucreries1 les perles en verre1 les pois fulminants2 les offres insistantes et bruyantes1 l'insolente rclame du vendeur ne sont plus considres comme choses naturelles et convenables2 l'homme ne peut plus retomber dans la misre et son enrichissement constitue un fait indiffrent4 ,la hte est angoissante2 la bousculade et l'affolement des hommes1 aujourd'hui excusables en tant que moyens d'chapper la ruine et au dsespoir1 deviendront indignes le jour o la vie et le bien-tre de chacun seront assurs2 le dsir de se pousser1 d'arriver tout prix soulvera l'indignation gnrale4 ,la manie1 l'obsession des achats seront teintes et1 avec elles1 la dtresse mortelle de l'industrie1 avec ses luttes d'intrts4 ,le travail devient srieux1 calme et digne2 le souvenir de notre poque apparat sous l'image d'une poque de brocante et de bric--brac4 ,les centres du luxe empoisonneur et des joies empoisonnes1 des plaisirs matriels et des grossires excitations se dplacent1 se trouvent transfrs d'abord dans les faubourgs et les cits industrielles1 ensuite dans les ,balkans et finalement dans les rgions tropicales4 ,tous ceux qui sont en opposition avec la collectivit civilise sont libres d'y migrer ou de les visiter2 il n'en demeure pas moins que la dbauche et la corruption n'osent plus s'taler avec la mme audace qu'autrefois4 ,il y aura peut-tre encore des femmes qui se promneront dans les rues1 ornes1 comme des ngresses1 de chiffons bariols1 de plumes d'oiseaux1 de pierreries clatantes2 qui1 par des dhanchements provocants et des danses lascives1 chercheront attirer des prtendants2 qui bouderont dans des coins capitonns et parfums et s'emploieront sduire les derniers commis voyageurs en vins ou en modes2 mais ces femmes sauront ce qu'elles font1 car la conscience collective aura depuis longtemps reconnu la fonction cratrice de la femme4 ,des fournisseurs enrichis auront beau accumuler et dissiper derrire des grilles et des murs des objets prcieux1 des meubles1 des provisions de bouche1 ils auront beau gaspiller des forces humaines1 rserver leur usage exclusif des oeuvres d'art et des beauts naturelles3 ils ne seront envis et admirs que par quelques rares individus ayant la mme mentalit qu'eux1 mettant consciemment les anciennes joies associes au dsir de possder et de paratre au-dessus du jugement de la collectivit qui s'est leve une culture suprieure4 ,la surenchre matrielle qui1 par la vulgarit dont elle a su marquer les faades des maisons1 les vitrines d'talage1 les objets d'usage courant et les costumes1 tait un perptuel dfi au bon sens et au bon got1 a disparu2 l'enrichissement a cess d'tre une fin gnrale1 naturelle1 approuve2 le luxe1 au lieu d'tre admir1 suscite un tonnement attrist4 ,la technique reste toujours au service de la vie1 mais son but ne consiste plus uniquement rendre l'accomplissement de toutes les fonctions plus rapide et plus facile4 ,son devoir consiste toujours dompter les masses1 spiritualiser le travail1 librer l'homme des fardeaux et des corves incompatibles avec sa dignit1 assurer la subsistance de la population sans cesse croissante de la terre4 ,il est enfantin de tomber en admiration devant toute intensification des excitations et des actions distance2 ce sont l des joies qu'il faut rserver pour quelque temps encore aux ,amricains2 mais elles ne conviennent pas une communaut spirituelle4 ,la note qui domine aujourd'hui dans les relations humaines est celle de la division et de l'hostilit4 ,on ne doit pas adresser la parole celui qu'on ne connat pas4 ,on doit tout au plus lui opposer la rudesse des intrts1 mitige par une politesse toute de surface4 ,dans les affaires d'argent1 a dit un ministre prussien1 il n'y a pas place pour la cordialit4 ,lorsqu'on se connat mieux1 la politesse s'exagre jusqu' la bouffonnerie1 mais l'hostilit persiste1 car elle a sa raison profonde et terrible dans les dangers dont la lutte conomique menace la vie de chacun4 ,le jour o l'homme sera assur contre le manque d'abri et la faim1 contre la misre et la maladie1 comme il est dfendu aujourd'hui contre le meurtre et le vol1 l'inimiti perdra tous ses droits1 et celui qui continuera nourrir des sentiments hostiles contre ses semblables prouvera qu'il est dvor par l'avidit et l'gosme4 ,la mfiance1 la moins chre de toutes les sagesses1 est aujourd'hui pour plus d'un d'entre nous un fruit de notre exprience de la vie1 et il se peut qu'une gnration qui est incapable d'apprcier les qualits humaines1 d'interprter leurs signes1 ne se heurte que trop souvent l'abus de confiance1 au mensonge et la perfidie2 n'est-ce pas1 en effet1 cette mme gnration qui prte une oreille attentive aux mensonges de milliers de bavards1 se laisse blouir par la rclame du vendeur et est incapable de rsister aux plus grossiers moyens de sduction8 ,le jour o l'humanit sera affranchie de l'angoisse et de la convoitise1 elle recouvrera sa facult de jugement1 retrouvera sa dignit et sa confiance en elle-mme2 et quand l'homme aura acquis l'habitude1 sans exagration ni mpris1 de juger impartialement les qualits physiques et spirituelles de son prochain1 il saura dans quelle mesure il doit se fier lui1 ce qu'il peut lui demander1 ce qu'il est en droit d'en attendre et ce qu'il lui doit lui-mme4 ,la mfiance troite et aveugle aura disparu2 l'homme regarde dans les yeux de l'homme et reconnat en lui son frre4 ,sous l'aiguillon de la cupidit et de l'ambition1 l'hostilit sociale s'exacerbait pour devenir une lutte froce pour les biens de la vie extrieure4 ,le cri furieux3 renonce1 pour que je possde2 sacrifie1 pour que je jouisse2 meurs1 pour que je vive6 a pouss les peuples s'entre-dchirer et s'entre-tuer et a transform l'unit du peuple fraternel en une guerre hrditaire de classes et de castes4 ,toute rflexion1 toute considration humaine tait fausse par la question du mien et du tien4 ,on est arriv un point tel qu'aucune considration politique n'tait plus capable de diriger les forces du peuple vers une fin pure1 que l'unit du vouloir1 si forte ft-elle1 tait impuissante imprimer l'intensit d'une force de la nature l'aspiration de la justice intrieure3 toutes les valeurs ont t remises en question1 et au-dessus de tout s'lve1 tacitement reconnue1 la force fatale des intrts4 ,seuls le nivellement et la dprciation de la richesse1 la rconciliation des hostilits hrditaires1 la suppression de la division en membres ternellement passifs et membres ternellement actifs1 l'unification de la socit humaine en un organisme vivant1 souple1 se renouvelant lui-mme2 seule1 disons-nous1 cette transformation ayant sa source dans les profondeurs de la conscience morale1 telle que la conoit notre nouvelle doctrine1 pourra arrter et arrtera la lutte fratricide des hommes et des peuples4 ,il ne s'agit pas de crer des paradis terrestres1 de rendre la vie plus douce celui-ci1 d'pargner des blessures celui-l1 d'assurer le triomphe de la justice ou1 moins encore1 de la piti3 ce dont il s'agit1 c'est de remplir l'ternel devoir qui consiste appeler les hommes des luttes nouvelles et dures1 afin d'empcher le monde de mourir dans sa prison matrielle1 de lui rendre sa dignit1 de lui montrer le chemin d'un vie plus difficile conqurir1 de la vie de la communaut et de l'me1 sous la protection de ,dieu4 ,c'est le sentiment de la solidarit qui devient alors le sentiment le plus intime de la vie humaine4 ,si1 de nos jours1 tout ce qui n'est pas dfendu est permis1 si1 aujourd'hui1 chacun cherche atteindre les limites des droits qui lui sont accords1 un jour viendra o chacun cherchera atteindre les extrmes limites de ses forces utiles4 ,la vie1 affranchie de l'angoisse de la souffrance et de la cupidit des jouissances1 cessera d'tre un jeu froid ou un sport ennuyeux des membres et des cerveaux2 nous aurons gard la force royale de la volont1 qui1 au lieu d'tre au service de fins se dtruisant elles-mmes1 sera anime par la conscience d'un devoir envers la divinit qui nous a mis dans cette vie1 qui nous rend responsables de tous nos actes extrieurs1 de tous nos sentiments intrieurs et qui veut que1 nous conformant la loi de la divinisation1 nous cherchions nous lever de l'existence animale l'existence spirituelle et de celle-ci la vie de l'me4 ,qu'il est facile de se dtourner avec un sourire de cette sainte assurance et1 allguant avec rsignation l'ternelle immutabilit de la nature humaine1 de remettre les fins suprieures un avenir brumeux et insondable1 afin de pouvoir s'occuper avec d'autant plus de libert des questions du jour6 ,ces questions du jour1 auxquelles vous sacrifiez vos jours et vos nuits1 que sont-elles8 ,elles ressemblent aux chemins que suivent les sources et les ruisseaux non capts2 en l'absence de toute volont spirituelle1 susceptible de diriger leur cours1 ils transforment le terrain en marcage o une poutre ou un bloc de pierre1 jets et l1 sont destins fournir au pied hsitant un appui qui s'enfonce sous les pas4 ,s'abandonner aux questions du jour1 c'est renoncer poursuivre l'idal d'une humanit meilleure1 que nous portons cependant en nous-mmes2 c'est se livrer l'arbitraire de l'poque qui1 aprs avoir gaspill des milliers de vies1 branle un quilibre instable qui touffe toutes les forces1 jusqu' ce que l'avalanche se dtache et se mette rouler1 la recherche d'un point de repos1 en dtruisant et en crasant tout sur son chemin4 ,ne s'occuper que des questions du jour1 c'est pratiquer une politique du moindre effort1 c'est chercher raliser ce qui est le plus facile et le plus possible1 et non ce qui est le plus ncessaire1 le plus difficile et le plus pnible2 c'est tablir un compromis entre les volonts existantes1 non parce qu'on reconnat toutes des droits gaux1 mais uniquement parce qu'il est impossible de les dtruire ou qu'elles sont trop nombreuses4 ,le monde laisse ces sottises1 vanits et petits besoins le soin de dcider de l'ordre dans lequel ils seront satisfaits1 et la premire place est prise par celui qui crie le plus fort4 ,aucune des poques historiques qui ont prcd la ntre n'a jamais renonc soumettre ses aspirations un jugement de valeur et les conformer son idal intuitif2 c'est nous1 qui sommes domins par l'intellect plein de sagesse et de science1 qu'il a t rserv de livrer notre vie terrestre et divine au jeu des forces du hasard1 de la majorit1 des origines1 des derniers prjugs et des valeurs clectiques et de discuter les questions du jour avec une gravit quasi snatoriale4 ,immutabilit de la nature humaine6 ,quel doux prtexte pour ceux qui possdent1 qui ont tout perdre et rien gagner1 qui doutent de l'avenir et infligent eux-mmes un dmenti ce doute1 en se plongeant dans des travaux et des questions du jour4 ,certes1 le rire et les pleurs1 l'amour et la haine1 le plaisir et la douleur sont de toutes les poques et de tous les peuples4 ,et1 cependant1 le ,boschiman et le ,papou ne sont plus que le souvenir d'poques que l'humanit a dpasses2 et1 cependant1 le ,christ a divis l'existence humaine en deux phases2 et1 cependant1 il a suffi de trois sicles pour fonder sur la pense toute l'activit des peuples occidentaux1 de quatre gnrations pour faire d'une masse obscure une bourgeoisie capable des plus grandes actions et pour renouveler du dedans l'organisme national allemand2 et1 cependant1 il a suffi d'une volont royale pour faire de la ,prusse l'organe charg de l'administration et de la dfense du pays4 notre poque qui1 par paresse intellectuelle et aveuglement volontaire1 a pris l'habitude de refuser des peuples entiers le droit l'existence1 bien qu'elle sache que dans chaque collectivit parricides et menteurs1 fous et malades1 penseurs1 guerriers1 saints1 travailleurs1 jouisseurs et crateurs1 se retrouvent en nombre gal1 dans des proportions gales et dans le mme ordre2 notre poque1 disons-nous1 il est difficile de faire comprendre que le changement de l'aspect historique comporte1 non la transformation universelle1 mais seulement l'ascension de nouvelles couches1 la revalorisation des principales valeurs1 l'extension de la sphre dans laquelle se manifeste l'action de la pense directrice1 de l'ide4 ,la nature n'aime pas les transformations radicales2 elle prserve les vestiges du pass dans des compartiments de plus en plus loigns et isols2 le mollusque primitif et l'homme de l'ge de pierre vivent toujours1 et l'homme intellectuel de nos jours1 rempli d'angoisse et de convoitise1 vivra encore dans des milliers d'annes1 mais la matrise du monde ne lui appartiendra plus4 ,la nature ne s'embarrasse pas de considrations tires du temps et du nombre2 elle ne pousse pas les hommes comme un troupeau vers les portes du paradis1 mais elle cre1 comme le fait un artiste qui n'anime du souffle de son me que le bloc de pierre qu'il a choisi4 ,la mer reste une tendue immuable1 tablie une fois pour toutes1 et cependant elle change de couleur et d'aspect toute heure sous l'influence des vapeurs qui s'tendent sa surface1 des vents qui la remuent1 des nuages qui la recouvrent de leurs ombres1 des toiles qui s'y refltent4 ,c'est ainsi que dans chaque nation toutes les croyances et toutes les connaissances1 toutes les penses et toutes les volonts existent et agissent simultanment1 mais ce qui donne une poque sa couleur spirituelle1 ce n'est pas la dcision de la majorit1 mais l'organisation et la cohsion plus ou moins fortes de la nation4 ,la puissance la mieux organise et la plus unie devient la puissance dominante1 et sa domination une fois assure1 elle acquiert le pouvoir majoritaire d'assimiler elle les lments incolores et indiffrents et de transformer peu peu sa prdominance en un pouvoir reconnu et approuv par la majorit4 ,toute action assimilatrice repose sur cette loi2 et c'est pourquoi ne sont capables de coloniser et de civiliser que les nations ayant ralis chez elles l'unit morale et l'accord des volonts4 ,ce n'est pas une transformation morale radicale1 rapide et s'effectuant simultanment chez toutes les nations1 qui forme le but et la prmisse de notre doctrine et la condition de la phase future de l'humanit3 c'est d'abord une ascension et une extension imperceptibles de la puissance spirituelle dominante1 puissance d'union et de cohsion2 c'est ensuite le brusque rveil et la lente amplification de l'appel et de l'accord de l'me qui finiront un jour par faire rsonner les vases mme les moins harmonieux4 ,le premier son est mis2 il est encore trs faible2 mais il ne s'teindra plus jamais2 il sera repris par des voix hsitantes1 et dj de nos jours l'appel devient perceptible4 ,quand il aura franchi le seuil de la conscience1 ne ft-ce que d'une seule collectivit nationale1 on verra se dclancher la srie de transformations de la vie morale1 et quand ces transformations auront1 en vertu de la loi de la dominance1 acquis leur pleine efficacit1 nous assisterons aux dbuts d'une poque caractrise par des exigences nouvelles et rigoureuses4 ,d'o nous vient cette certitude8 ,telle est la question qui se dresse ici et nous oblige de revenir1 pour le confirmer d'ailleurs1 notre point de dpart4 ,d'o nous vient1 pour la premire fois depuis des sicles1 l'assurance justificative que nous pouvons arriver une nouvelle unit de la foi et des valeurs1 alors que ce monde intellectualis et mcanis ne connat que des convictions partielles1 s'interdit toute apprciation absolue1 en l'touffant sous le poids des comparaisons1 a rompu toute obligation et n'a consolid que la volont individuelle8 ,ne sommes-nous pas1 en pleine incompatibilit avec une foi ardente1 abandonns au caprice aveugle des mouvements de majorits1 aux tristes compromis des intrts et besoins matriels1 qui doivent en fin de compte1 ainsi que l'exige la conception matrialiste de l'histoire1 se plier aux lois anonymes des forces naturelles et les aider triompher de la pense humaine8 ,n'avons-nous pas1 en dernire analyse1 sacrifi l'autonomie de l'esprit au sort mcanique de l'quilibre8 ,le triomphe de l'unit des volonts humaines et de la certitude morale sur les faits matriels tait assur1 tant que la religion rvle dterminait toutes les manifestations du vouloir collectif4 ,ce triomphe s'est vanoui le jour o le miracle a disparu de la vie quotidienne1 pour cder la place la loi2 le jour o le soleil et la lune ont cess de se conformer aux ordres de ,dieu1 parce que la pense leur a impos un repos agit et un mouvement mort4 ,ce triomphe devait s'vanouir1 parce que la religion rvle1 une fois disparue1 ne revient plus1 moins de se consolider tous les jours1 comme c'est le cas en ,orient1 par des annonces et des signes4 ,le miracle primitif devient un fait historique1 la foi devient dogmatique et le message se transforme en loi4 ,la divinit se clricalise4 ,la communaut des initis devient glise mcanise1 la pit se mue en politique1 la transcendance primitive se transforme1 la faveur d'interprtations successives1 en une puissance terrestre1 faite pour lutter contre des ralits1 aprs tre devenue incapable d'en crer4 ,la domination d'une religion rvle suppose un peuple qui n'a pas encore franchi le chemin infernal qui aboutit l'intellect2 elle suppose le renouvellement continuel l'aide de signes et de miracles qui maintiennent vivant le contenu transcendant primitif et fournissent constamment une interprtation nouvelle et irrfutable des rapports existant entre ce contenu et la marche de la ralit4 ,ce ne sont ni les dits de prtres ni les conciles qui maintiennent et renouvellent l'unit religieuse et prservent sa primaut3 ce sont les prophtes4 ,la primaut de la religion a t ruine par la raison4 ,le courage et la conscience des peuples de souche germanique n'ont pu s'accommoder des consolations matrialises de la mystique et cherchaient tablir un accord entre la foi et la pense4 ,ces peuples ont cr une forme religieuse qui devait pendant des sicles servir l'humanit de compagnon de route1 parce qu'elle rendait accessible au regard la transcendance primitive de l'vangile2 mais elle n'eut pas la force ncessaire pour devenir une puissance spirituelle universelle1 parce qu'elle tait schismatique1 ne reposait pas sur une prophtie1 laissa toute libert la pense scrutatrice et se mit ds le premier jour sous la protection du pouvoir politique auquel elle devait son existence4 ,au fond1 le protestantisme a toujours vcu d'une vie prive1 alors mme qu'il a russi1 grce la protection officielle1 acqurir dans certains tats monarchiques une influence politique2 il n'a ni pu ni voulu conqurir le pouvoir suprme qui consiste fixer des valeurs pour toutes les circonstances de la vie2 le prdicateur de cour n'tait nullement dispos suivre le chemin des prophtes et des martyrs4 ,l'esprit intellectualis des peuples tait domin par la raison4 ,une fois de plus1 comme l'poque de la nave pense pr-chrtienne1 c'est la philosophie qu'est chue la mission de fixer les valeurs4 ,elle fut peu coute1 car le monde allait tre absorb pendant des sicles par le travail sans exemple de la mcanisation4 ,science1 technique1 capital1 changes1 organisation de l'tat1 art de la guerre1 division en classes1 conduite de la vie1 art3 tout cela devait tre adapt au surpeuplement du globe1 aux transformations survenues au sein de chaque peuple4 ,la plus violente de toutes les rvolutions terrestres avait pour corollaire la libert individuelle illimite2 des forces et des nationalits opposes taient appeles prendre part au travail mondial1 lequel n'aurait jamais pu tre men bonne fin sans la libert illimite de la pense et de ses mthodes4 ,invitablement devait natre la grande erreur1 d'aprs laquelle l'analyse triomphante pouvait oser le dernier pas3 poser des fins l'humanit4 ,erreur analogue celle qui consisterait prtendre que l'imprimeur doit montrer le chemin au pote1 le mcanicien de locomotive au voyageur1 le marchand de couleurs au peintre ou le canonnier au gnral en chef4 ,fidle son devoir et inquite1 la philosophie se remettait sans cesse runir les fils disperss1 imaginer des directions1 des lois1 des impratifs ternels4 ,vain travail6 ,elle a abord toutes les questions critiques1 elle a appris douter de toutes les notions et du monde lui-mme1 de ,dieu et de l'existence1 mais sa raison pure ne l'a pas empche de passer1 sans l'apercevoir1 ct de la plus simple des questions pralables1 savoir si l'intellect qui pense1 mesure et compare1 si l'art du deux fois deux et du pourquoi constituent et restent les seules forces dont l'esprit ternel dispose pour pntrer ce qui est la fois humain et divin4 ,elle est reste philosophie intellectuelle4 ,elle s'est comporte comme le ferait un thoricien des vibrations qui voudrait expliquer l'aide de courbes et de diagrammes l'motion que fait natre en nous une symphonie2 comme le ferait un mtorologiste qui voudrait1 l'aide de cartes du temps1 rendre compte de l'tat d'me que suscite une matine de printemps2 comme le ferait un hydraulicien qui voudrait expliquer l'aide de calculs la sensation que nous prouvons la vue de la mer se brisant contre les falaises4 ,elle n'a pas vu que les agitations de notre me ne se laissent pas expliquer par des procds logiques et mathmatiques et que l'observation et l'analyse des notions ne sont pas applicables aux faits les plus intimes4 ,elle n'a pas t frappe par la mesquinerie et la platitude de ses dfinitions1 lorsqu'elle se hasardait aborder les forces internes de l'amour1 de la nature1 de la divinit4 ,elle ne s'est jamais demand pourquoi ses doctrines morales taient dpourvues du caractre d'obligation absolue1 et elle se demandait encore moins quelles sont en gnral les conditions de l'obligation absolue4 ,c'est qu' l'argument tir de l'utilit gnrale1 chacun est en droit de rpondre3 ,je renonce2 et toute construction thorique de devoirs3 ,je m'y soustrais1 sous ma pleine et entire responsabilit4 ,la pense logique peut lgitimer le droit et les moeurs1 mais jamais les valeurs et la morale absolues1 dfiant toute objection4 ,ces valeurs et cette morale ne peuvent avoir leur source que dans l',absolu1 dans ce qui est impalpablement divin1 et l'homme n'aurait le droit de se contenter de formules morales conventionnelles tablies par sa raison scrutatrice que si le chemin qui mne la transcendance lui tait ferm et inaccessible4 ,mais ce chemin lui est largement ouvert2 ce n'est pas le chemin des glises et des couvents1 des dogmes et des rites1 mais celui de la vie intrieure et de l'intuition1 celui-l mme qui a t suivi1 en partie du moins1 par tous ceux qui1 n'coutant pas les avertissements utilitaires de la pense intellectuelle1 ont pu1 ne ft-ce que pendant un instant1 s'abandonner sans dsirs et en silence l'amour1 la nature1 au divin4 ,sans doute1 en nous engageant sur ce chemin nous devons prendre cong de la vieille sagesse1 de l'exprience pratique qui ne s'tonne de rien et qui nous accompagne sur les chemins battus de l'intellect1 toujours les mmes et dont nous connaissons les moindres dtours4 ,nous nous garons1 nous balbutions1 nous nous arrtons frapps d'tonnement devant les portes de ce royaume dont la description chappe notre langue2 mais une ternelle certitude nous pousse toujours en avant1 et lorsque nous rentrons chez nous1 nous avons les yeux pleins d'images ineffaables dont nous retrouvons l'expression dans les prceptes et doctrines des plus grands d'entre nous qui ont tous dit et annonc la mme chose3 le commandement de l'amour1 le royaume de l'me1 la communion avec ,dieu4 ,ces mots semblent vieux et uss2 ils chappent toute analyse4 ,et1 cependant1 il n'est pas une question vitale1 il n'est pas une question1 mme de celles se rattachant aux choses les plus lointaines et les plus mesquines de la vie1 qui1 trempe dans cette source1 ne laisse apparatre le lumineux rayon de sa vrit et de sa gravit4 ,il n'est pas d'ensemble si embrouill1 d'erreur si complique qui ne se laissent facilement dmler la lumire de la vrit entrevue4 ,toutes les valeurs viennent1 grce elle1 se ranger dans l'ordre hirarchique1 tous les jugements deviennent des sentiments vcus et prouvs1 et mme la vie terrestre1 si fugitive1 se trouve lgitime1 non en tant que dernire instance ayant le droit de faire de ses besoins le critre du bien et du mal1 mais en tant que ,orbis pictus que nous cherchons dpasser4 cole du coeur et de la volont1 palestre de notre corps prissable1 la vie1 ainsi comprise1 loin d'tre une fin en soi1 la source du suprme bonheur et de la suprme tristesse1 loin de mriter d'tre l'objet de nos suprmes passions et de notre suprme dsespoir1 se prsente nous comme un devoir1 un legs1 une destine passagre que nous devons accepter avec gravit et dignit1 voire avec amour4 ,ce n'est pas la philosophie de l'intellect qui nous a montr le double chemin1 l'ancien et le nouveau1 qui conduit vers le monde et vers ,dieu3 c'est la force d'intuition1 qui avait dj reu auparavant plusieurs noms et que nous appelons connaissance intime4 ,c'est elle qui se chargera de conduire l'humanit1 charge dont la religion ne peut plus s'acquitter et que la philosophie intellectuelle est incapable de remplir1 et comme nous vivons et mourons avec la foi dans cette connaissance1 la question relative la certitude de la doctrine se trouve puise4 ,on pourrait croire que le monde et la vie ainsi conus deviennent presque un jeu2 que si le monde et la vie taient ainsi faits1 beaucoup de forces actives et de passions efficaces seraient perdues et que l'humanit1 satisfaite et rassasie1 passerait son temps dans une contemplation quitiste4 ,sans doute1 la convoitise et l'angoisse1 l'arrogance et la tristesse dsespre ne joueraient plus le mme rle que dans le pass4 ,mais ce ne sont pas ces passions qui ont cr ce qu'il y a de grand sur la terre4 ,l'admiration devant l'intellect mcaniste et ses exploits aura diminu1 car nous commenons dj nous rendre compte qu'il constitue une force d'une uniformit routinire et facile acqurir1 une force capable de niveler1 non de crer1 une force perspicace1 mais non claire4 ,mais malgr le discrdit dans lequel sera tomb l'intellect1 le monde ne deviendra pas moins sage4 ,il fut un temps o les actes de marcher et de parler taient nouveaux et exigeaient la tension de toutes les forces spirituelles des hommes2 aujourd'hui1 ces actes nous sont familiers1 et nous sommes mme de parler en marchant et de marcher en parlant4 ,la pense quotidienne nous est devenue1 elle aussi1 familire2 elle remplit nos journes et pas mal de nos nuits2 il y a mme des moments o nous voudrions arrter le courant de nos penses impitoyables et indsirables4 ,nous nous plongeons dans le sommeil1 parfois dans la mditation4 ,le fait que nous sommes bien plus conscients de nos penses1 mme abstraites1 et de nos rsolutions capitales que de notre respiration1 prouve quel point nous sommes encore coliers1 combien fragile est encore notre matrise dans cet art insignifiant4 ,plus nous accorderons de place l'intuition mditative1 exempte de dsirs1 plus nous soumettrons nos pnibles jugements au contrle et aux corrections de la connaissance pure et dsintresse1 et plus notre travail intellectuel deviendra silencieux et sr et pntrera dans la sphre des choses dpasses4 ,comparez la clart1 la puret et la certitude qui caractrisent les rsolutions des hommes libres et ayant reu une heureuse ducation avec le travail born et plein d'effort auquel se livrent1 dans l'incertitude qui les entoure1 les caractres purement intellectuels1 et vous aurez une ide de la matrise inconsciente et modeste laquelle peut atteindre un jour le travail intellectuel et qui rendra l'humanit des services infiniment plus grands que l'avantage insignifiant et pourtant si envi dont jouissent nos quelques natures dresses dans l'art de penser4 ,cet avenir que nous entrevoyons sera caractris1 non par l'absence de sagesse1 mais par l'absence de toute sagesse banale et par la certitude du jugement intime4 ,l'incertitude dont font preuve notre poque et ses reprsentants les plus sages dans leurs apprciations et jugements est sans exemple1 car jamais auparavant les hommes n'ont connu un pareil dbordement de l'intellect1 dpourvu de tout frein1 dchanant et justifiant sans discernement les sentiments les plus arbitraires4 ,nos amours et nos haines1 dans leurs changements incessants1 nos jugements relatifs ce qui est admissible1 juste et exigible1 ne sont pas moins hsitants et dpourvus d'instinct que nos jugements esthtiques qui n'ont pour effet que de dparer et de dfigurer le monde4 ,comme tout peut tre dmontr1 tout est dmontr tous les jours1 et chaque dmonstration est accepte4 ,et1 pourtant1 chaque jour apporte1 quelques-uns du moins1 la preuve qu'il y a ds maintenant quelques rares hommes qui faonnent le monde en crateurs1 parce qu'ils puisent leur tre et leur jugement dans les profondeurs de l'intuition1 et que ces hommes1 qui sont les meilleurs d'entre nous1 sentent et annoncent1 quelles que soient leurs origines et leur vocation1 la mme chose dans toutes les grandes questions1 la gloire et la louange de la vrit absolue4 ,il n'y a rien d'extraordinaire esprer qu'un temps viendra o le nombre aura augment de ceux qui seront capables d'interroger leur coeur et leurs sentiments et de se laisser guider dans toutes les choses de la vie journalire1 du monde et de l'ternit par des jugements puiss dans leur fond le plus intime4 ,la vie ne deviendra pas pour cela un jeu froid1 alors mme que l'angoisse1 les apparences1 les futilits en auront disparu et1 avec elles1 quelques joies stupides1 quelques plaisirs inavouables4 ,la volont suprieure stimulera les passions les plus fortes et1 comme le domaine de cette volont ne sera plus fond sur la misre1 la contrainte et l'animalit1 il portera la marque de la libert4 ,ce n'est pas vers l'indiffrence l'gard des hommes1 vers la froide piti et vers l'loignement poli que nous nous acheminons1 car lorsque les moyens qui servent dans la lutte brutale pour le pain et la considration seront puiss1 lorsqu'auront disparu notamment la concurrence et la fraude1 la jalousie mortelle et la mauvaise joie1 l'hypocrisie et le dsir de dominer1 on verra natre1 comme c'est dj le cas aujourd'hui chez les meilleurs d'entre nous et comme ce fut le cas pendant toutes les grandes poques1 la responsabilit1 le souci de la collectivit1 le sentiment social et la solidarit4 ,nous n'avons craindre ni l'une ni l'autre de ces deux manires de penser opposes et galement terre terre3 le nihilisme et la crdulit matrielle1 car le dsespoir qui mne la ngation aura disparu1 tout comme la misre qui croit toutes les fausses prires et tous les rites superstitieux1 destins procurer des avantages terrestres4 ,et c'est alors que l'esprit de la reconnaissance et de la soumission1 du silence et de l'amour s'lvera la transcendance vritable4 ,la triple devise3 foi1 esprance1 amour a t annonce par le dernier prophte aux millnaires venir1 et tout ce qui concerne les rapports entre l'homme1 le divin et la vie terrestre est rsum dans ces trois mots4 ,une poque morte1 prive de rvlation1 a pu les rejeter dans l'ombre4 ,la foi est considre comme un devoir dsagrable1 mais ncessaire1 de tenir pour vraies des choses dont on sait pertinemment qu'elles ne le sont pas2 de sacrifier non seulement l'intellect1 mais aussi la conscience1 un commandement4 ,l'esprance1 mal interprte1 consiste s'attendre ce que1 en vertu du principe de la rciprocit1 le sacrifice ne reste pas vain1 mais rapporte des avantages4 ,quant au commandement de l'amour1 il y a longtemps qu'il est mort2 ce qui en reste1 c'est la piti et une intervention froidement mesure en faveur de la diminution de la misre3 c'est la seule oasis de paix dans la lutte des convoitises4 ,l'amour humain actif n'a pas russi s'attnuer ct de l'amour sexuel1 de l'amour des proches et des amis4 ,nous parlerons de la foi future dans un autre ouvrage4 ,ici il est question de la socit humaine4 ,aussi n'interprterons-nous les paroles de saint ,paul qu'en leur donnant un sens social1 en tenant compte des besoins de notre poque et de l'volution que nous venons d'esquisser4 ,ainsi interprtes1 voici ces paroles3 libert autonome et responsable1 solidarit et transcendance4 ,lorsque nos successeurs jetteront un jour un coup d'oeil rtrospectif sur notre poque1 ils se demanderont avec un tonnement effray comment les quelques sicles au cours desquels s'est effectu le mlange des peuples europens ont pu suffire la pense intellectuelle pour atteindre son apoge et imprimer au monde entier la marque de la mcanisation4 ,nous prouvons un sentiment analogue1 lorsque nous nous reportons l'aube du genre humain1 ses dbuts qui ont certainement dur des centaines de milliers d'annes1 et que nous pensons ses premires conqutes1 telles que la marche bipde1 le langage1 le feu2 seulement1 au sentiment que nous prouvons ne se mle pas l'amertume dont ne pourront se dfendre nos futurs juges4 ,c'est seulement par l'arrive au premier plan des couches infrieures1 asservies depuis un temps immmorial1 qu'ils pourront expliquer ce qu'il y avait de bas et de primitif dans notre poque1 savoir la passion pour les futilits chez les hommes et chez les femmes1 le manque de courage devant la vie1 l'hostilit rciproque1 la passion d'accumuler les moyens de subsistance1 l'inconsistance dans les apprciations1 l'absence de morale obligatoire1 de responsabilit1 de sentiments de dignit1 de solidarit4 ,comme toutes les poques de rupture de servage et d'ascension brusque des couches infrieures de la population1 comme l'poque de la ,grce dcadente et celle de l',empire ,romain1 notre temps peut tre considr la fois comme une fin et comme un commencement2 mais ce qui restera titre de mrite sans exemple de nos gnrations1 c'est que la rgnration sera l'effet1 non d'une soumission un joug tranger1 mais d'un vouloir intime et profond4 ,et1 maintenant1 est-il possible et utile de hter ce qui doit venir1 d'acclrer le devenir l'aide de lois et d'institutions1 de symboles et de manifestations8 ,n'oublions pas que ce qui anime les institutions1 c'est la mentalit qui les cre2 les ides du temps1 l'volution du monde s'imposent aux esprits qui obissent1 tout en rsistant1 comme le ressort d'une montre4 ,le mouvement d'horlogerie vient aprs1 car on a beau faire avancer les aiguilles de la montre1 le mouvement ne s'en trouve pas acclr4 ,une poque mrit lentement1 et c'est aujourd'hui seulement qu'elle commence tre touche dans sa conscience la plus profonde4 ,ni les orages printaniers de la guerre1 ni les rayons chauds de la paix ne sont mme de troubler le calme profond de la terre o germe la graine de la vie4 ,c'est l'esprit qui engendre l'esprit1 c'est une chose qui sert de point de dpart d'autres choses4 ,l'esprit ne dpend mme pas de la volont1 laquelle ne peut ni le crer1 ni le dtruire4 ,quand le moment sera venu1 les voix rclamant une nouvelle justice deviendront de plus en plus nombreuses et ne se tairont plus1 jusqu' ce que la certitude de nouvelles valeurs1 de vrits inattaquables naisse de la nuit du doute4 ,mais ces valeurs et vrits1 que notre poque commence entrevoir1 sont des biens de l'me4 ,l'annonce de leur rgne est faite aujourd'hui1 comme il y a mille ans2 leur sens n'a pas chang2 seule leur forme temporelle est autre4 ,mais ce rgne commence dans les profondeurs de la conscience1 et c'est seulement aprs s'y tre panoui1 qu'il apparat la lumire du jour4 ,n'obissant qu' sa volont du moment1 l'individu1 plein de doute ou de confiance1 peut bien se frayer tel ou tel chemin travers les paisses broussailles mourantes4 ,peu importe6 ,la rsistance de masses mortes est impuissante ralentir quoi que ce soit1 et le sacrifice portant sur des choses matrielles ne peut rien acclrer4 ,qu'une conscience veille fasse un sacrifice de ce genre3 nous devrons y voir un tmoignage1 un symptme1 mais non un acte dcisif1 car une nouvelle injustice profitera de ce sacrifice4 la lumire du jour1 l'veil de la conscience conomique sera complet1 lorsque la proprit ne sera plus envisage que comme un bien confi dont on doit rendre compte1 lorsque l'arbitraire du possdant sera remplac par la responsabilit1 lorsque la vie et le travail n'auront plus pour but l'acquisition et la jouissance4 ,le sens du dveloppement consiste donc en ceci3 l'ide et la foi qui suppriment l'isolement de l'activit politique et morale de l'individu et subordonnent la vie d'une unit suprieure toutes les conventions particulires1 ainsi que les limites de l'activit de chacun et sa responsabilit1 cette mme foi et cette mme ide1 disons-nous1 auront pntr l'existence conomique et sociale et remplac la libert infrieure par une libert suprieure4 ,la libert individuelle se manifestera dans l'intuition et la vie intrieure1 dans les crations inspires par l'une et par l'autre1 dans les oeuvres de transcendance1 du coeur1 de l'art et de la pense4 ,le jour o ce dernier domaine de l'activit humaine1 la vie conomique et sociale1 sera affranchi de l'arbitraire qui le caractrisait pendant la priode pr-tatique1 le jour o il sera soumis1 lui aussi1 la loi de la responsabilit commune1 de la volont divine1 et lev au niveau suprieur de l'me1--bref1 le jour o le vouloir le plus matriel de l'humanit sera anim d'une nouvelle morale et soumis un dterminisme plus spirituel1 ce jour-l il sera impossible de confier n'importe quelle forme politique la charge et la responsabilit d'une limitation aussi grande et d'une domination aussi serre4 ,on verra alors se poser la question politique de la nouvelle organisation de l'tat4 ,c'est l une proccupation qui a t considre pendant des sicles comme la fonction la plus leve et la plus importante de la pense thorique1 de la religion et de la philosophie et qui a fini par devenir1 ds le dbut de l'poque mcaniste et nationaliste1 une affaire de routine historique et ethnique1 d'quilibre entre la tradition et l'utilit du jour4 ,si1 pour remdier l'absence de frein et de direction qui caractrise encore le mouvement humain et les modes d'association humains1 il faut rattacher celui-l et ceux-ci l'absolu et au transcendant1 les transformer conformment une nouvelle morale et des moeurs nouvelles1 on est oblig de convenir qu'un tat se rclamant de la tradition et vivant au jour le jour ne saurait suffire cette tche4 ,aussi notre expos comporte-t-il une suite qui doit tre consacre au chemin politique4 ,nous avons suivi le chemin de la morale jusqu'au bout3 il a son point de dpart dans la loi de l'me et aboutit la loi de la responsabilit et la conception d'une vie consacre la recherche1 non du bonheur et de la puissance1 mais de la justice et de ,dieu4 ,,iii ,,le ,,chemin ,,de ,,la ,,volont ,au moment o je me propose de m'engager dans le troisime chemin1 qui est celui de la volont1 de la volont collective1 base et mobile de toute activit politique1 je dois faire une confession personnelle1 et ce sera pour la premire fois depuis des annes que je parlerai de moi-mme4 ,j'cris ces mots dans l'aprs-midi du #ca juillet #aiaf1 la veille du deuxime anniversaire de la guerre europenne4 ,dans des milliers de villes seront lues et coutes des rflexions fires et graves1 srieuses et rassurantes1 et les commencements imperceptibles de la lassitude s'vanouiront devant l'espoir prometteur de victoire1 de puissance et de bonheur4 ,par-dessus les cimes des arbres qui sont devant ma fentre j'aperois dans le lointain les prs bleutres1 les champs d'un blond ple1 la ligne de collines l'horizon4 ,la moisson est abondante1 et l'approvisionnement de l'anne est assur4 ,au dehors1 sur les frontires sanglantes de l',est et de l',ouest1 la folle attaque de l'ennemi faiblit de nouveau1 nous dit-on2 cette attaque tait d'ailleurs la dernire2 aprs elle viendra la paix4 ,devons-nous exiger beaucoup ou peu8 ,c'est que les partis en prsence luttent pour le comment1 et non pour le si4 ,il y a aujourd'hui deux ans que je me suis spar de la manire de penser de mon peuple qui voyait dans la guerre un vnement salutaire4 ,il y a des annes que j'ai aperu le crpuscule du peuple et que je l'ai dnonc par la parole et par la plume4 ,j'en ai aperu les signes dans l'insolente dbauche qui s'tale dans les rues des grandes villes1 dans l'arrogance de la vie matrialise1 dans la folie des milliards de la fte sculaire de #ahac1 dans l'ironie des pigrammes historiques de ,koepenick et de ,saverne1 et surtout dans la mortelle indolence de notre bourgeoisie fuyant les responsabilits1 noye dans les affaires4 ,un an avant l'explosion de la guerre1 j'ai1 pour la dernire fois1 attir l'attention sur l'issue qui approchait3 le malheur devait venir1 non parce qu'il tait une ncessit politique1 mais en vertu d'une loi transcendante1 la ,prusse n'ayant jamais rien appris autrement que sous les coups4 ,dans le bonheur estival du soleil de juillet1 le peuple de ,berlin1 riche et heureux de vivre1 rpondait avec joie l'appel de la guerre4 ,les vivants et ceux qui taient dj marqus pour la mort1 en habits clairs1 l'oeil joyeux1 se sentaient au sommet de la puissance vivante et l'apoge de l'existence politique4 ,une ombre de haine traversa tout coup la mer humaine en mouvement3 le bruit s'est rpandu qu'un espion russe a t arrt sur les marches de la cathdrale2 dguis en facteur des postes1 il a t trouv porteur de projectiles4 ,mais les yeux ne tardrent pas s'claircir1 la haine disparut dans la tension extraordinaire produite par l'espoir de la victoire et la soif de la lutte4 ,je ne pouvais que partager l'orgueil du sacrifice et de la force2 mais cet enivrement m'tait apparu comme une fte de la mort1 comme le prlude symphonique d'une tragdie que je devinais obscure et terrible1 d'autant plus terrible qu'elle paralysait en moi l'enthousiasme4 ,et pendant que se droulait la marche victorieuse vers l',ouest1 qu'on s'approchait de ,paris et qu'on commenait entretenir un second couronnement victorieux ,versailles1 je pensais3 ce qui importe1 c'est de nous sauver de la dtresse1 de l'treinte de fer1 de la haine mortelle qui va se prolonger jusque dans la paix4 ,je sigeais alors au ministre de la ,guerre1 pour aider de mes conseils neutraliser les effets du blocus2 et pour prouver que ce ne sont pas des souvenirs trompeurs qui me font exagrer les proccupations que j'avais cette poque-l1 je rappellerai seulement les mesures qui1 proposes par moi1 ont t appliques pendant des annes avec une efficacit laquelle des experts ont rendu justice4 ,je croyais1 et j'y crois encore1 la possibilit d'un salut honorable et providentiel2 mais quant au bonheur dans la paix1 je n'y crois pas plus que je n'y croyais pendant ces jours pleins d'enthousiasme de notre histoire nationale4 ,et1 une fois de plus1 les raisons qui me dictaient ma croyance taient d'ordre1 non politique et militaire1 mais transcendant4 ,je ne crois pas notre droit1 ni au droit de qui que ce soit de rgenter dfinitivement le monde1 car ni nous1 ni aucun autre peuple n'avons mrit ce droit4 ,aucun titre ne nous autorise rgler les destines du monde1 car nous n'avons pas encore appris rgler les ntres4 ,nous n'avons pas le droit d'imposer aux nations civilises de la terre nos penses et nos sentiments1 car quelles que soient les faiblesses des autres nations1 il est au moins une chose qui nous manque encore1 nous3 l'acceptation voulue de notre propre responsabilit4 ,je crois fermement et avec certitude une heureuse issue2 mais je redoute ce qui viendra aprs4 ,car cette guerre n'est pas un commencement1 mais une fin1 et elle laissera aprs elle des ruines4 ,et tous vont se disputer ces ruines3 peuples1 partis1 classes1 familles1 glises4 ,si toute dcadence ne portait en elle les germes d'une vie nouvelle1 nous serions aujourd'hui incapables de respirer4 ,mais la vie nouvelle ne peut rsulter que du rveil de l'me1 et ce rveil est annonc2 c'est le seul germe qui reste capable de bourgeonner1 alors que tous les autres sont crass sous les pieds4 ,si nul de nous autres vivants ne doit voir la ralisation de la promesse1 en quoi cela importe-t-il8 ,cela importe beaucoup et peu3 nous sommes srs de l'avenir1 mais nous mourrons comme une gnration de transition1 comme une gnration sacrifie1 destine servir d'engrais1 indigne de voir la moisson4 ,quel rapport y a-t-il entre ces confessions et les perspectives d'avenir8 ,ce que nous venons de dire signifie le passage du libre royaume de la pense1 dans lequel nous avons volu1 aux misres du jour4 ,il est impossible de se soustraire l'obligation de rattacher la ralit les ensembles d'ides dont l'objectif et la possibilit de ralisation ne sont lis aucune poque dtermine2 car si ces ides sont vraies1 il faut1 alors mme qu'elles semblent en contradiction avec ce qui existe1 rechercher1 dans la solide structure du prsent1 les joints1 pratiquer les brches par o puisse pntrer le premier souffle du monde nouveau4 ,c'est l un travail pnible1 un travail de recherche portant sur le donn1 sur ce qui est li au temps1 au lieu1 au hasard1 un travail au cours duquel on perd parfois la nettet des ides1 le contact avec l'air4 ,ce travail exige des instruments rsistants2 frapper les murs de coups lgers1 en personnes bien leves1 ne suffit plus2 la hache devra s'attaquer beaucoup de choses devenues chres4 ,puisque1 en quittant la lumire du jour pour descendre dans les bas-fonds1 on prouve un sentiment d'oppression1 n'est-il pas presque inhumain de montrer aujourd'hui un peuple1 le plus pur de tous1 un peuple couvert de plaies saignantes1 transform en une arme et accomplissant des exploits incroyables1 n'est-il pas inhumain1 disons-nous1 de lui parler avec une duret qui ressemble de l'ingratitude et qui1 au fond1 n'est que de l'amour1 en lui rvlant les cts sombres et dfectueux de son tre8 ,n'est-il pas plus dur encore1 alors que la trve de ,dieu pniblement maintenue s'est transforme en une guerre de tous contre tous1 d'lever la voix1 non pour annoncer la paix1 mais pour condamner des oeuvres et des valeurs qui semblaient ternelles8 ,pendant une anne1 cette douloureuse rflexion m'avait empch de continuer mon travail4 ,je le reprends aujourd'hui1 car le devoir m'oblige ne pas taire ce qui m'est dict par ma conscience1 et parce que dans le dsaccord entre une considration relative et une aspiration absolue1 le choix qui fait abstraction des contingences ne peut pas conduire l'injustice4 ,il nous faut lucider une srie de questions pralables qui n'ont pu qu'tre effleures prcdemment4 #a4 ,tradition et idal4--,depuis cent ans1 on se sert1 en ,allemagne1 dans les questions politiques1 de la seule mthode historique4 ,aussi ne serait-il peut-tre pas hors de propos de combattre cette mthode1 en l'opposant elle-mme4 ,dans la mesure o nos fins gnralement reconnues ne reprsentent pas uniquement des intrts matriels dguiss1 elles ne sont pas le produit du travail hrditaire d'esprits politiques qui1 dans les pays occidentaux1 s'objective dans le gouvernement de parti et1 dans les pays orientaux1 dans la tradition dynastique1 mais elles rsultent uniquement de la pratique professorale des savants allemands4 ,c'est que nos partis sont jeunes1 dpourvus d'exprience responsable1 absorbs par des intrts matriels urgents2 tandis que notre couronne1 qui a toujours dfendu une forme de gouvernement dtermine1 n'a t elle-mme jusqu' prsent qu'un parti4 ,or1 le savant1 par ses dispositions essentielles1 se trouve en opposition radicale avec l'homme d'action1 avec le politique et l'homme d'affaires1 qui1 eux1 sont en contact direct avec la ralit4 ,son vhicule consiste dans la dmonstration1 qui est l'oppos de l'instinct indmontrable1 de l'intuition4 ,au cours de l'action1 il s'agit moins de savoir si un fait donn est vrai que de savoir lequel de deux ou plusieurs faits ou ensemble de faits prsente plus d'importance ou de poids4 ,faire des investigations scientifiques1 c'est chercher2 et chercher1 ce n'est pas peser4 ,sans doute1 le savant consciencieux aura souvent l'occasion1 lui aussi1 dans la sphre de son travail1 de faire des peses1 comme dans les cas o il s'agit de probabilits documentaires2 mais il le fera que dans les limites des usages consacrs et admis1 la pese tant pour lui un expdient auxiliaire1 et non un procd fondamental4 ,or1 bien qu'important1 le procd de la pese n'est pas le procd ultime4 ,ce qui importe plus que tout le reste1 c'est ceci3 sentir en soi des fins qui sont donnes1 non par la recherche et l'rudition1 mais par une conception du monde obtenue par une intuition consciente ou inconsciente4 ,des connaissances solides1 une bonne mmoire et des mthodes de pense typiques et prouves sont1 pour le savant1 des moyens de travail indispensables4 ,pour l'homme d'action1 ce ne sont que des moyens occasionnels4 ,l'homme d'action travaille sur des faits incessamment renouvels1 sa mmoire doit chaque instant se vider et se remplir de nouveau4 ,les mthodes qui prsident sa pense et ses dcisions doivent tout instant changer1 et souvent l'improviste1 car son activit est une lutte4 ,seul le but qu'il poursuit doit conserver une direction invariable4 ,celui qui est fait pour l'action1 n'est pas fait pour la recherche1 et l'obligation de se rendre dpendant de la pense des autres et des matriaux accumuls par d'autres ne pourrait que paralyser ses mouvements4 ,et1 inversement1 celui qui est fait pour la recherche ne peut que voir un lment irrationnel1 une preuve de prsomption dans la tension constante qui aboutit des rsolutions indmontrables4 ,le domaine de l'action se rapproche infiniment plus de la cration artistique que de l'rudition4 ,lorsque le savant veut se livrer l'action politique1 il doit chercher dduire ses fins de ce qui est donn1 et cela1 par exemple1 sous la forme de l'extrapolation d'une courbe4 ,si la ,providence avait suivi ces mthodes1 l'histoire n'aurait jamais connu de grands tournants et de grands carts3 chaque instant donn1 la direction1 par de lgres oscillations asymptotiques1 aurait tendu vers le point zro1 sans jamais l'atteindre4 ,au point de vue subjectif1 la politique des savants apparat comme une tendance avoue se conformer la tradition1 tout dduire de conditions de lieu et de temps1 de conditions physiques et humaines2 elle manifeste une antipathie pour tout ce qui est immdiat et pour l'idal1 lequel est volontiers qualifi de dogmatique et de spculatif4 premire vue1 la continuit du pass semble justifier la conception politique des historiens rudits4 ,mais il y a l une triple illusion optique4 ,en premier lieu1 il y a la patine du temps qui semble rapprocher1 rattacher les unes aux autres des choses dissemblables1 en attribuant un caractre local et historique mme aux faits paradoxaux4 ,dans deux mille ans1 si tous les documents qui s'y rapportent sont dtruits1 la campagne de ,russie de ,napolon sera peut-tre considre1 dans sa paradoxalit1 comme un mythe solaire2 mais nous1 qui en connaissons les dtails1 elle apparat comme une entreprise franaise par excellence4 ,en deuxime lieu1 la continuit elle-mme est une illusion1 car on ne l'tablit qu'aprs coup4 ,lorsque quelqu'un attend l'panouissement inconnu d'une nouvelle plante1 il peut1 d'aprs le tronc et les feuilles1 imaginer plusieurs formes possibles2 c'est seulement lorsqu'il se trouve en prsence du fait accompli que la ncessit de la forme et de la couleur voulues par la nature lui apparat vidente4 ,il aperoit a posteriori une continuit qui lui semble univoque1 jusqu' ce qu'il ait constat qu'une plante de la mme espce peut donner une varit de fleurs1 s'assurant ainsi qu'une seule et mme fonction est susceptible d'aboutir des rsultats multiples4 ,et1 enfin1 le coup d'oeil rtrospectif modifie les prmisses4 ,lorsqu'il se produit quelque chose d'absolument imprvu1 il est facile au spectateur de dcouvrir1 dans les nuages qui recouvrent les vnement antcdents1 de nouvelles conditions ayant jusqu'ici chapp au regard et qui1 une fois dcouvertes1 transforment et le pass et ses prmisses4 ,l'image du prsent est presque aussi subjective que celle de l'avenir1 et le pass lui-mme1 si objectif en apparence1 est sujet aux changements4 ,objectivement considr1 le traditionalisme est l'lment d'inertie et1 comme tel1 lgitime4 ,la labilit des institutions et des destines d'un peuple ne doit pas dpasser un certain degr1 faute de quoi nous aurions le tableau d'une rpublique ngre4 ,sans doute1 les profondes racines de l'intrt suffisent maintenir ce qui existe2 lorsque vient s'y ajouter l'action retardante de la tradition1 le degr d'inertie augmente1 et lorsque la tradition devient prdominante1 le systme se survit lui-mme4 ,quand ce cas se prsente dans un pays comme le ntre1 qui manque dj d'initiative politique et ne possde pas assez d'imagination pour trouver des formes nouvelles1 il faut un grand effort d'idalisme spculatif et un grand essor intuitif1 pour secouer le fardeau de ce qui existe4 ,et c'est en ceci que se rsout l'antinomie entre la tradition et l'ide3 la tradition aura toujours la force matrielle ncessaire pour attirer son niveau et s'assimiler ce qui vient de l'ide et pour assurer ainsi la continuit du devenir2 quant aux lments ayant leur source dans les ides1 quelque abstraits et inaccoutums qu'ils puissent paratre1 ils sont destins insuffler de nouvelles tendances ce qui est ptrifi et ossifi4 #b4 ,la notion allemande de la libert1 qui est1 elle aussi1 un produit de l'rudition1 signifie1 lorsqu'on la dpouille de son appareil mtaphysique1 peu prs ceci3 ,tu ne dois pas dsirer la licence effrne2 entre celle-ci et la libert il y a la limitation organique2 tu n'es soumis aucune autre restriction qu' cette limitation organique1 voulue de ,dieu 7,ce syllogisme est rarement dmontr et1 le plus souvent1 on se tire d'affaire1 en disant qu'il n'en va pas autrement ailleurs74 ,si tu es pntr de cette vrit1 tu possdes la libert intrieure2 il te reste1 en outre1 la libert transcendantale1 morale1 esthtique et religieuse4 ,il est certain qu'on peut1 l'aide de cet enchanement d'ides1 justifier aussi bien l'esclavage ancien et moderne que l'inquisition1 l'absolutisme1 le servage1 le sweating system et les excs coloniaux1 car n'avons-nous pas la proposition intermdiaire1 en vertu de laquelle les individus soumis la tutelle se voient accorder la libert transcendante8 ,mais ce qui est dcisif dans cette proposition1 c'est la notion de l'organique1 et ce qui prouve que cette notion reoit des partisans de ce raisonnement une interprtation trs tendue1 c'est qu'ils rangent parmi les choses voulues de ,dieu la dpendance hrditaire d'homme homme1 de classe classe1 de religion religion1 et mme1 l'occasion1 de peuple peuple4 ,mais si la dpendance soi-disant voulue de ,dieu n'a en ralit rien d'organique1 elle se transforme en une contrainte arbitraire qui ne se laisse ramener aucune notion de libert1 quelque philosophiquement qu'elle soit conue2 et le caractre intolrable de la contrainte s'accentue1 en mme temps que l'arbitraire ne trouve plus sa justification ni dans la tradition historique ni dans l'autorit4 ,les savants professionnels1 ceux-l mmes qui ont cr la notion allemande de libert1 ayant en outre l'habitude de se prononcer sur sa casuistique et ses critres1 il est trs instructif d'examiner1 dans leurs rapports avec les conceptions en vigueur1 les aptitudes civiques de ces savants4 ,la situation sociale d'un savant en place est uniquement fonction de l'estime dont il jouit auprs de ses pairs4 ,il ne dpend ni d'un public1 comme un artiste professionnel1 ni de la lgislation et des rgles auxquelles obissent les industriels1 ni de parlements1 de chefs et de souverains comme l'homme d'tat1 ni d'une classe d'entrepreneurs1 comme le proltaire4 ,intellectuellement et socialement1 le savant vit dans une rpublique de savants1 dans une sorte d'tat dans l'tat1 dans lequel ne pntrent que la ,providence1 la lgislation fiscale et la trs douce autorit du ministre des cultes4 ,une large autorit sur ceux qui sont au-dessous assure la rputation de la chaire2 des relations cordiales avec ceux qui sont au-dessus assurent au titulaire de la chaire les honneurs acadmiques1 les faveurs de la ,cour et une influence politique4 ,flottant ainsi l'tat d'quilibre lastique l'intrieur du corps fluide de la socit1 nos savants sont dpourvus de tout dsir1 et leur situation peut tre considre comme la parfaite expression de la libert politique4 ,ici une contrainte organique se montre compatible avec la mobilit spirituelle et civique2 l'autorit et la domination avec une subordination tolrable4 ,faire l'loge de la carrire d'un savant allemand1 c'est faire l'apologie de la libert allemande4 ,admettons cependant1 ce qui n'est d'ailleurs pas craindre1 que le savant se dclare un jour embarrass pour formuler son avis sur l'interprtation de la notion de libert dans un cas donn3 quelle possibilit aurions-nous encore de formuler un jugement personnel8 ,sans doute1 le critre de la contrainte organique n'a rien d'absolu2 mais il ne s'en laisse pas moins enfermer dans certaines limites4 ,une contrainte cesse d'tre organique1 lorsqu'elle n'est plus ncessaire4 ,et elle n'est plus ncessaire1 lorsqu'il est possible de dmontrer qu'on peut atteindre le mme but avec des moyens moins limits4 ,mais le but dcoule de notre manire de concevoir le monde1 c'est--dire de la conception qui forme l'instance dcisive1 parce que1 indpendante des dsirs et intrts personnels1 elle est dicte par la profonde conviction qui rside dans le coeur des hommes4 ,mais1 dirait-on1 remplacer l'nigme de la libert par l'nigme de la conception du monde1 on ne gagne pas grand'chose4 ,erreur6 ,on gagne beaucoup1 car partir de ce moment ce ne sont plus l'historien1 le juriste et l'administrateur qui sont chargs de se prononcer sur ce qui est libert ou oppression3 c'est l'homme d'tat pratique qui est appel dcider si les chanes sont indispensables et qui emprunte ses lumires ceux qui ont cr et adopt la conception du monde donne4 ,toute contrainte individuelle cesse alors d'tre une fin en soi1 voulue de ,dieu1 intangible4 ,le problme de la libert redevient vivant2 il devient le problme du dveloppement et des faits les plus levs de notre existence4 ,celui qui formule des revendications ne peut plus tre renvoy du seuil1 au nom d'une conscience morale suprieure3 c'est aux privilgis et aux favoriss qu'incombe la tche de justifier par des preuves et leur conception du monde et leur conduite pratique4 ,mais une conception du monde n'est pas un ensemble d'intrts quelconque ayant reu une certaine interprtation3 elle est une croyance harmonieuse1 formant un tout complet et plongeant par ses racines dans ce qu'il y a de plus profondment humain et divin4 ,celui qui repousse cette croyance1 en brandissant l'pe de sa puissance1 dfend le droit la violence et se place en dehors des luttes de l'esprit1 sur l'arne o se combattent les intrts4 ,il peut recruter des complices ayant les mmes intrts que lui1 mais il se prive du droit de convaincre humainement4 ,de toutes les conceptions politiques de nos jours1 il en est une qui s'appuie sur une vue d'ensemble du monde3 c'est la conception conservatrice1 pour autant qu'elle se fonde sur le christianisme1 considr1 non comme une confession1 mais comme une croyance absolue4 ,c'est ce qui explique la belle unit de sentiments que fait natre cette conception et la force ducative des convictions qu'elle comporte4 ,pour justifier cependant les contraintes existantes1 elle doit quitter le cercle des vrits vangliques1 s'abstraire des sentiments du christianisme du moyen ge1 pour se placer sur le terrain des intrts4 ,en opposition avec la manire de penser traditionnelle1 cet ouvrage cherche dduire ses postulats1 qui dpassent en partie le domaine de la politique pratique et forment ainsi une politique transcendantale1 d'une conception du monde formant un ensemble complet et fonde sur l'essence et le devenir de l'me4 une rserve prs3 les tches pragmatiques de cette dernire partie exigent1 si nous voulons pntrer plus profondment la nature des choses et des institutions existantes1 une prmisse empirique4 ,cette prmisse n'est autre que le principe de la puissance de l'tat1 principe qui ne se prte pas une dmonstration transcendantale absolue4 ,nous en faisons l'objet de notre troisime question pralable4 #c4 ,la croissance intrieure d'un tat exige-t-elle l'accroissement de sa puissance extrieure8 ,si la rponse affirmative cette question apparat toute naturelle1 lorsqu'on se place au point de vue des intrts politiques1 elle ne peut tre que douteuse au point de vue purement humain4 ,personne ne s'aviserait de mpriser un citoyen de la ,confdration ,suisse ou des ,pays-,bas1 parce que son tat n'est pas une grande puissance1 n'entretient pas d'ambassadeurs et n'est pas toujours appel prendre part des ,congrs4 mesure que se poursuivra le morcellement national de l',europe1 on verra de plus en plus souvent des cas o des tats moyens1 petits1 voire insignifiants seront plus vivement sollicits par les grandes ,puissances que les tats imprialistes1 difficiles mettre en mouvement1 et cela parce qu'il suffit souvent d'un trs petit poids pour rtablir l'quilibre dans les conflits4 ,si la balkanisation de l',europe se poursuit encore pendant quelques gnrations1 on verra se produire une telle mobilit de groupes d'tats1 lches ou serrs1 qu' l'exception de quelques rares tats strictement nationaux1 chaque nationalit formera une sorte d'unit fractionnaire1 entrant dans des combinaisons multiples et variables4 ,et c'est seulement dans la mesure o elle fera partie d'une de ces combinaisons que chacune de ces units jouira d'une puissance en rapport avec ses conditions gographiques et physiques4 ,on ne peut admettre non plus l'affirmation abstraite1 d'aprs laquelle il existerait1 dans l'conomie spirituelle du monde1 une culture tellement indispensable qu'elle doit1 pour le salut de tous les autres1 tre importe et implante partout4 ,la civilisation possde une force d'extension et d'expansion qui repose sur l'unit1 la similitude du genre de vie4 ,mais la culture ne possde pas de force de ce genre1 car elle exprime prcisment l'originalit et l'unit d'un ensemble de manifestations spirituelles4 ,la plus forte et la plus immortelle de toutes les cultures que nous connaissions1 la culture grecque1 tait l'poque de son apoge1 le patrimoine d'une population libre1 moins nombreuse que celle d'une moyenne ville de province allemande4 ,aprs la disparition physique de ses crateurs1 cette culture est devenue la matresse de leurs vainqueurs et s'est tendue1 sans propagande1 au-del de l',europe1 jusqu'en ,chine1 en ,amrique et en ,australie4 ,la culture morale de la ,palestine s'est empare du monde aprs l'extinction politique du pays o elle est ne1 et cela tant qu'elle n'tait lie aucune confession3 c'est aujourd'hui seulement qu'elle commence trouver un contre-poids dans les formes de croyance libres4 ,on dirait presque que le phnomne de la culture ressemble au soleil qui n'embrase l'horizon qu'au moment o il disparat4 ,mais il est certain que ce phnomne n'est jamais perdu pour le monde4 ,lorsqu'une nation a dpass l'poque de son panouissement1 elle n'est plus capable1 moins de renouveler compltement son sang1 que de se rpter1 se parodier elle-mme2 mais ce qu'elle a cr entre dans la conscience de l'esprit plantaire1 malgr la destruction de parchemins1 de bronzes et de pierres4 ,l'essor de la vie reste cependant irrpressible4 ,mais si toute crature a une vie limite1 l'esprit collectif d'une nation1 comme tout autre esprit1 exprime visiblement sa volont de vivre par la croissance et la multiplication4 ,la croissance implique la volont de la destruction1 car la vie se maintient par la mort1 et seule l'me1 ds sa premire bauche1 chappe par l'amour cette loi originelle4 ,des esprits collectifs qui1 comme ceux des nations1 prsentent un degr de constitution lev1 sont jeunes1 de centaines de milliers d'annes plus jeunes1 et plus primitifs que les apparents esprits individuels des hommes2 et alors mme qu'on russirait un jour purifier leur vouloir-vivre1 en l'affranchissant de l'instinct du meurtre1 la lutte pacifique ou passionne pour les moyens ncessaires la vie fournira ici1 comme dans toute la nature organique1 la preuve irrfutable et de ce vouloir-vivre et du droit la vie4 ,si nous admettons ce vouloir-vivre des nations et la faon combative dont il s'exprime et se manifeste pour assurer sa dfense1 l'volution sculaire de la vie des peuples1 volution dont il nous est impossible de faire abstraction1 nous oblige reconnatre aux nations le droit d'aspirer l'accroissement de leur puissance4 ,nous devons maintenant caractriser la manifestation de la volont de puissance1 propre notre poque4 ,sa dsignation par les deux tendances du nationalisme et de l'imprialisme peut tre maintenue1 bien que ces tendances n'expriment que le double aspect de la mcanisation de la vie politique4 ,vers la fin du ,x,v,i,i,ie sicle1 un mouvement qui avait dur depuis un millier d'annes a pris fin en ,europe3 la fusion des deux couches de population dont se composaient les nations historiques4 ,jusqu'alors l'histoire avait t exclusivement celle de la couche suprieure4 ,ce qui se passait dans la couche infrieure tait soustrait l'histoire1 comme chez les peuples orientaux4 ,c'est pourquoi nous ne savons peu prs rien de la vie et des origines de ces hommes infrieurs1 non-libres1 qui n'taient peut-tre pas nombreux au dbut de l'poque historique1 mais se sont multiplis plus rapidement que leurs matres1 en absorbant1 entre autres1 les lments proltariariss de la couche suprieure4 ,de leur manire de vivre1 de penser et de sentir nous savons peu1 et ce peu est pour la plupart ngatif4 ,ils n'avaient ni conscience nationale1 ni volont politique4 ,plus ou moins protgs par l'tat ou privs de droits1 ils constituaient une proprit4 ,que leur matre ft un ,italien1 un ,franais1 un ,polonais ou un ,sudois1 qu'il ft un seigneur ou un prince de l'glise originaire du pays ou tranger au pays1 peu leur importait4 ,lorsque de nos jours certains conservateurs romantiques qualifient cet tat de patriarcal1 nous ne devons pas oublier que1 malgr les quelques soins qu'ils recevaient1 dans le genre de ceux qu'on prodigue aux animaux utiles1 ces hommes pouvaient tre vendus comme une marchandise et que leurs propritaires les traitaient parfois tout simplement de canaille1 sans attacher ce mot un sens pjoratif4 ,ce sont les descendants de ces hommes infrieurs qui1 pour la plus grande partie1 forment le corps et constituent la force de l',europe4 ,ils ont dtruit le vernis dont les couches suprieures1 d'origine germanique1 ont couvert les pays europens1 ils ont dgermanis les peuples et cr une nouvelle communaut de caractre qui se manifesta dans l'aspect extrieur1 dans la formation intellectuelle et dans le genre de vie4 ,en opposition avec le germanisme1 ils ont introduit les nouvelles formes de pense de l'poque mcanise1 ils ont invent de nouvelles langues1 de nouveaux arts et mtiers1 de nouvelles conceptions de la vie ayant leurs racines dans la vieille sagesse populaire1 dans l'obissance discipline1 dans l'activit dpourvue de tout cachet d'individualit4 ,une intuition populaire1 qualitativement exacte1 mais errone quant l'explication causale1 a souvent rendu les ,juifs responsables des rvolutions spirituelles les plus violentes de notre poque et des poques prcdentes3 c'est qu'on se rendait compte que la manire de penser des ,juifs s'harmonisait singulirement avec celle de l'poque mcanise4 ,mais ce serait faire des ,juifs les matres du monde et considrer les peuples europens comme dpourvus de toute valeur que d'attribuer aux quelques centaines de mille ,juifs le mrite et le tort de la mcanisation1 et cela surtout dans des pays qu'ils n'habitaient pas et des poques o ils ne jouissaient d'aucun droit civique4 ,le mouvement universel dont nous parlons n'est n que parce que le monde occidental avait chang d'aspect2 et le monde occidental devait fatalement changer d'aspect1 lorsque la vague humaine violemment grossie a fait clater l'enveloppe aristocratique et germanique1 devenue trop mince1 et qu'une nouvelle population s'tait rpandue sur l',occident1 pour la premire fois depuis la grande migration des peuples4 ,notre historiographie1 se souvenant de la prosprit qu'elle devait la protection officielle1 envisage la ,rvolution ,franaise principalement travers le prisme de la ,restauration4 ,au lieu de la considrer comme un phnomne capital de l'histoire de la population1 elle y voit un incident historique de nature suspecte1 occasionn par de mauvaises affaires et une mauvaise rcolte1 provoqu par la plbe d'une grande ville2 et elle la dcrit comme un vnement malheureux qui a t suivi d'une srie d'expriences surprenantes1 dogmatico-rationalistes1 et fut pour les peuples bien pensants une source d'ennuis sans nombre4 cette manire de voir1 qui vise principalement l'intimidation1 s'oppose toujours la conception d'aprs laquelle le bouleversement en question signifiait tout simplement l'annonce brusque1 explosive1 pour ainsi dire1 de l'achvement du processus d'intervention des couches sociales en ,france4 ,cette explosion a provoqu des dtonations successives dans les pays voisins et a eu pour consquence indirecte l'tablissement d'un nouvel quilibre1 mme dans des pays autres que la ,france4 ,ce qui est trs spcifique de notre caractre allemand1 c'est que nous n'avons prouv les effets de ce grand vnement que d'une faon indirecte1 que la rvolution est reste chez nous l'tat latent et ne s'est manifeste que sporadiquement par des chauffoures et des congrs1 par des luttes de partis et des guerres civiles4 ,c'est l une preuve de plus que nous manquons du sentiment de responsabilit politique1 dfaut qui1 ainsi que nous le verrons plus tard1 constitue une des causes les plus profondes de la guerre actuelle4 ,quoi qu'il en soit1 l'interversion des couches sociales s'est produite galement chez nous1 et c'est sur elle que repose le phnomne qui nous occupe ici3 le nationalisme4 ,la couche suprieure de la population europenne1 d'origine germanique1 tait homogne1 en vertu d'une sorte de parent internationale1 dans le genre de celle qui relie les unes aux autres les dynasties actuelles et les familles de haute noblesse1 par-del les frontires et malgr les diffrences de confession religieuse4 ,ces dynasties et familles actuelles forment en effet comme une seule famille cosmopolite qui ne connat qu'une frontire1 laquelle leur est d'ailleurs impose par les lois rgissant leur constitution intrieure3 la frontire qui les spare des classes infrieures4 ,c'est seulement lorsque1 par hritage1 par mariage ou la suite d'une combinaison politique quelconque1 l'une de ces familles ou dynasties se trouve porte au pouvoir ou la souverainet1 qu'elle s'approprie et prtend tre la seule reprsenter toutes les particularits nationales et confessionnelles1 telles qu'elles sont dfinies par la convention4 ,cette libert de dplacement dont jouissaient les suprieurs1 cette libert d'adhrer telle ou telle nation1 tel ou tel culte1 ne se heurtait d'ailleurs pas des oppositions dcoulant de diffrences de culture4 ,partout o ils se tournaient1 les suprieurs retrouvaient la mme domination spirituelle de l'glise1 les mmes usages de chevalerie1 la mme langue de gens raffins1 la mme instruction et la mme culture4 ,c'est seulement avec l'interversion des couches sociales qu'on a vu natre la bourgeoisie des villes et1 avec elle1 les divisions sociales qui ont fini par s'tendre jusqu' la religion4 ,lorsque les couches infrieures eurent acquis une influence dcisive sur les destines des peuples1 elles trouvrent ces divisions accomplies et acheves et s'en servirent pour crer le sentiment national4 ,l'homme de basse extraction n'a qu'une patrie1 qu'une langue1 qu'une foi1 qu'une tradition3 celles de ses pres4 ,tout ce qui est tranger lui est incomprhensible et hassable4 ,il entoure de cltures sa propre maison2 tout ce qui est au-del de ces cltures excite son mpris2 la tribu voisine lui est suspecte2 le peuple voisin parlant une autre langue que la sienne est son ennemi-n4 ,les cailles de la haine aveuglent comme celles de l'amour2 seul celui qui regarde au-del est capable de concilier les contrastes et de saisir les traits communs4 ,un sentiment national1 qui embrasse tout un pays1 suppose ou une grande uniformit des caractres physiques et psychiques ou un largissement de l'horizon intellectuel2 nous autres ,allemands commenons seulement aujourd'hui possder un sentiment national pur et complet4 ,le nationalisme politique a moins besoin de ce sentiment que de l'exprience consciente ou reprsente de l'hostilit qui l'oppose aux autres peuples4 ,il est possible1 l'aide de moyens bien simples1 de rendre cette exprience agissante chaque complication et avant toute entre en campagne1 et cela bien au-del de la limite des faits contrlables4 ,nous comprenons difficilement que les guerres d'autrefois n'aient laiss derrire elles ni haines nationales1 ni mme1 dans beaucoup de cas1 souvenirs amers1 sauf lorsqu'il s'est agi d'atrocits inconnues et inaccoutumes4 ,il est vrai aussi que nous nous rendons difficilement compte que les guerres allemandes des trois derniers sicles n'ont gure t que des guerres civiles4 ,les guerres d'autrefois dpendaient de la volont d'un matre ou de l'apparition d'une comte2 seuls les professionnels entraient en campagne2 les moissons pouvaient tre broyes et les maisons incendies1 aussi bien par le compatriote et l'ami que par l'ennemi3 c'tait le hasard qui dcidait4 ,ce sont les guerres napoloniennes qui ont t la grande cole du nationalisme4 ,l'adversaire tait un ,franais infernal1 en chair et en os1 son peuple a caus des ravages impitoyables et les armes mercenaires de l',europe taient impuissantes tenir tte la nation franaise arme4 ,les princes se sont vu obligs de se mler leurs peuples1 de devenir leurs frres d'armes1 tout en se rendant vaguement compte qu'ils ne faisaient ainsi qu'achever l'interversion des couches sociales en ,europe ou1 pour parler leur langage1 que servir la rvolution4 ,mais en ,france mme1 dans le pays qui pendant presque une gnration entire1 a bu la coupe de l'enthousiasme national1 le nationalisme proprement dit tait si peu veill1 si peu diffrenci que le tzar a t salu comme un librateur et qu'on n'a gard aucune haine contre les conqurants de ,paris4 ,les peuples sont devenus1 sinon les auteurs de leurs destines1 les porteurs de leur idal politique4 la place de l'ambition et de l'arbitraire1 ils se sont mis exiger la responsabilit ou1 tout au moins1 l'affranchissement de la domination trangre et l'unit nationale4 ,en ,allemagne1 l'ide d'unit n'a trouv des partisans que dans une partie de la classe instruite2 aussi a-t-elle pu tre ralise1 non par le peuple1 mais par le vainqueur agissant en dictateur1 la suite d'une guerre civile et d'une guerre de conqute4 ,c'est ainsi que le ,x,i,xe sicle est devenu l'poque des grandes divisions et unifications nationales4 ,c'est ce mouvement que l',empire ottoman tait redevable de son existence europenne et africaine1 et c'est lui qui forme l'vnement central de la politique occidentale1 vnement qui a engendr toutes les crises europennes1 l'exception du rglement de comptes franco-allemand4 ,ne sont restes intactes jusqu' prsent que les deux agglomrations formes par la ,russie et par l',autriche1 chacune cherchant actuellement hter par la force la dsagrgation de l'autre4 ,ce qui a1 plus que tout le reste1 contribu exalter l'ide nationaliste1 ce furent les consquences conomiques mondiales du processus d'interversion des couches sociales4 ,l'augmentation de la population1 l'accroissement du bien-tre1 le besoin croissant de choses ne servant pas la satisfaction de ncessits immdiates1 tout cela a rendu insuffisante1 dans les tats civiliss1 population dense1 une structure conomique reposant sur l'agriculture4 ,on commena demander des produits mcaniss1 dont la fabrication exige des matires premires provenant de toutes sortes de sources minrales et organiques4 ,nul pays europen ne possde un sous-sol et un climat suffisamment riches et varis1 pour pouvoir tirer de ses propres ressources tous les moyens dont il a besoin3 ceux-ci doivent1 en grande partie1 tre achets au dehors et pays4 ,le paiement s'effectue d'abord avec l'excdent des produits de fabrication locale2 mais ceci fait1 les pays du continent europen ont encore beaucoup acheter et payer4 ,comment s'effectue le paiement dans ce dernier cas8 l'aide du travail salari4 ,on achte plus de matires premires que n'en exige la propre consommation du pays1 on les travaille et on exporte le produit manufactur1 compensant ainsi1 par la diffrence entre la valeur de ce produit et celle des matires premires ayant servi sa fabrication1 les frais de la consommation locale4 ,on devient l'ouvrier salari du monde1 le pays se transforme en un vaste atelier travaillant pour le dehors4 ,et comme chaque pays se sent capable de prendre part au travail commun1 il en rsulte une concurrence de tous les pays sur le march mondial du travail1 concurrence qui affecte les formes d'une lutte pour l'exportation4 ,envisage1 en effet1 au point de vue conomique1 l'exportation n'est pas seulement l'expression de l'avidit de l'industriel ou d'une tendance irrsistible des industries souffrant de la surproduction3 elle poursuit un autre but encore1 qui consiste vendre les produits du travail indigne1 afin de couvrir les dettes que chacun contracte en achetant des marchandises4 ,c'est que chacun s'habille avec de la laine venant du dehors1 consomme des produits d'alimentation venant de l'tranger1 se sert de machines fabriques avec du mtal de provenance trangre ou de produits de ces machines faits1 eux aussi1 avec des substances d'origine trangre4 ,seuls les pays anglo-saxons se tiennent1 impassibles1 en dehors de cette concurrence pour les dbouchs3 les ,amricains1 parce que leur gigantesque ,empire continental constitue la seule rgion de la ,terre qui se suffise peu prs elle-mme2 les ,anglais1 parce que leurs anctres1 devanant extraordinairement le cours du dveloppement1 ont fond un ,empire colonial qui fournit tout ce qu'on peut dsirer et accepte tout ce qu'on lui offre2 et1 en mme temps1 le contrle que l',angleterre exerait sur le commerce europen lui permettait de recevoir tous les ans1 en marchandises en quantit voulue1 les intrts des capitaux qu'elle avait engags dans les industries d'autres pays4 ,il se peut que les autres tats n'aient pas eu conscience1 jusqu'en ces derniers temps1 de la vritable signification de leur concurrence acharne pour le march du travail 7l'action collective obit gnralement des instincts obscurs et les peuples n'en aperoivent qu'aprs coup les raisons logiques72 il n'en reste pas moins que ces pays agissaient conformment aux besoins ns des circonstances nouvelles4 ,pourquoi l'autre s'enrichirait-il du travail qu'il nous drobe8 ,s'il veut nous acheter ce qui lui est ncessaire1 il faut qu'il le paie cher3 et nous diminuerons1 en outre1 la valeur de ses moyens de paiement1 en lui rendant difficile le paiement par change4 ,on appelait cette manire d'agir protection du travail national et1 effectivement1 les systmes de droits protecteurs ont pour consquence de consolider les conomies naissantes et d'amliorer les conditions de la vie nationale4 ,la concentration du sentiment national sur des questions en rapport avec les intrts conomiques3 telle fut la forme affective laquelle a abouti imperceptiblement la logique de la lutte conomique4 ,mais ce ne fut pas tout1 car le besoin de matires premires de provenance trangre subsistait1 et ce besoin faisait toujours de l'acheteur1 pouss par la ncessit1 un humble solliciteur auprs de son crancier4 ,seule pouvait remdier cette situation la formule anglaise1 car la formule amricaine restait inaccessible3 formule de l'tat colonial1 affranchi de l'importation trangre1 impliquant la possession d'une flotte qui a servi acqurir les colonies et sert les protger1 la possession de routes1 de ports et de points d'appui destins tayer l',empire4 ,deux nouvelles notions sont nes la suite de l'extension l'conomie nationale des formes de vie et de pense mcanistes3 le nationalisme conomique1 se manifestant sous la forme d'une concurrence hostile sur le march limit de la plante1 avec orientation d'une grande partie de la politique extrieure des tats vers des buts conomiques2 l'imprialisme1 le besoin insatiable1 irrsistible d'tendre le pouvoir de l'tat toute rgion accessible1 chacune pouvant devenir une pierre angulaire ou1 tout au moins1 fournir une valeur d'change dans l'difice idal de l'universalit se suffisant elle-mme4 ,le vieil difice idal de l'conomie classique s'tait effondr4 ,que chacun apporte sa contribution l'conomie mondiale1 en ne produisant que ce qu'il peut fabriquer dans les meilleures conditions de qualit et de prix2 qu'un libre change de biens1 qu'une circulation sans entraves soient de nature faire rendre au moindre effort les plus grands effets3 ces principes dogmatiques se trouvrent dpasss4 ,quel mal y a-t-il ce qu'un produit soit pay plus cher1 ds l'instant o il est fabriqu par des forces nationales1 par des hommes de chez nous8 ,le pays conomiquement le plus fort doit finalement rester victorieux1 car il dispose des sources de matires premires du monde et peut payer comme bon lui semble le peu qui lui manque4 ,si le fournisseur ne peut pas produire assez bon march pour vendre bnfice1 qu'il vende1 la rigueur1 perte3 tant pis pour lui s'il devient tributaire1 et tant mieux pour l'acheteur triomphant4 ,l'imprialisme et le nationalisme sont des tendances contingentes4 ,mais ces tendances dominent compltement la pense politique et1 surtout1 la vie affective de notre poque3 elles sont la cause interne qui a prpar et provoqu la guerre actuelle2 elles ont entretenu l'ide des armements1 qui a tenu les tats sur le qui-vive1 et l'ide de la concurrence1 qui a aggrav la moindre opposition entre peuples gaux4 ,et c'est seulement aprs la guerre que nous verrons ces tendances atteindre leur apoge4 ,bien qu'il s'agisse d'une question subsidiaire1 nous avons consacr l'examen des origines et de la nature de ces tendances plus de temps que ne semblait devoir le comporter notre rapide expos4 ,mais si nous l'avons fait1 c'est parce que nous aurons besoin dans la suite des notions obtenues grce cet examen4 ,qu'il nous suffise de dire pour l'instant qu'tant donne l'action prpondrante que ces principes peuvent encore exercer pendant une dure indtermine et en prsence d'une politique visant au ralisme1 la question relative au besoin de puissance des tats ne peut recevoir qu'une solution positive4 ,ayant ainsi liquid les questions pralables1 formules plus haut1 examinons brivement les tendances politiques que pourra manifester l'organisation sociale que nous avons esquisse4 ,chacune des exigences que nous avons formules1 en partant de considrations d'ordre moral1 social et conomique1 ne peut que renforcer la puissance de l'tat et augmenter son ampleur4 ,ces exigences ralises1 l'tat devient le centre de toute la vie conomique2 tout ce que la socit produit et cre ne se fait que par lui et pour lui2 il dispose des forces et des moyens de ses membres plus librement que les anciennes puissances purement territoriales2 il reoit la plus grande partie de l'excdent conomique2 en lui s'incarne le bien-tre du pays4 ,la division en classes conomiques et sociales ayant disparu1 c'est l'tat qui concentre entre ses mains toute la puissance de la classe aujourd'hui dominante2 les forces spirituelles dont il dispose se multiplient2 la production cesse d'tre absurde et la consommation d'tre irresponsable1 pour tre orientes l'une et l'autre dans de nouvelles directions1 pour tre mises l'une et l'autre au service des besoins de conservation et1 en cas de ncessit1 des besoins de dfense4 ,c'est que l'tat1 devenu l'incarnation visible de la volont populaire1 ne peut pas tre un tat de classe4 ,si1 toutefois1 il persiste accorder sa prfrence une classe donne1 s'il est gouvern par des puissances hrditaires1 mme l'exclusion du pouvoir monarchique1 le manque de libert qui en rsultera deviendra insupportable1 destructif de toute vie intrieure1 plein de dangers pour l'existence extrieure4 ,la revendication qui s'lve est celle d'un tat populaire4 ,l'tat populaire suppose la participation de tous les groupes du peuple2 il englobe les organisations dans lesquelles se reflte l'originalit du peuple2 il sait utiliser toutes les intelligences1 en imposant chacune la tche qui lui convient4 ,comme dans une maison gouverne d'aprs de sains principes1 le travail1 l'autorit1 les rapports rciproques des membres1 la responsabilit1 le sentiment de solidarit1 la confiance1--tous ces facteurs1 bien qu'ayant chacun sa sphre d'action propre1 sont runis dans une synthse harmonieuse4 ,l'tat populaire ne ressemble ni une usine se composant de propritaires qui encaissent les revenus1 d'employs qui administrent et d'ouvriers qui travaillent1 ni une colonie o1 sous la protection d'une force arme1 un groupe d'hommes libres rgne sur une masse d'ilotes4 ,l'tat populaire ne correspond ni au gouvernement populaire1 ni mme la notion thorique de souverainet populaire3 il semble inutile d'insister sur ce fait1 une poque qui connat tous les secrets d'une organisation1 quelle qu'elle soit4 ,qui songerait confier une assemble gnrale la gestion des affaires ou l'administration d'une association ou d'une socit par actions8 ,les units collectives sont des lments spirituels aux mouvements lents et1 dans chaque cas particulier1 aux jugements rudimentaires qui ne deviennent des conceptions sres et solides qu'au bout d'un temps parfois trs long4 ,les administrations et les affaires comportent des tches compliques1 exigent une comprhension profonde et des dcisions promptes qu'on ne peut attendre que de l'individu4 ,c'est le propre de l'esprit collectif de manifester sa pense et son vouloir les plus profonds par des forces qui1 brutes au dbut1 ne s'affinent que peu peu4 ,ce n'est pas l'acte mcanique de l'lection qui constitue la forme exclusive ou mme essentielle de la manifestation de ces forces4 ,il existe une opposition radicale entre le processus organique qui se reflte dans la structure de tout tre capable de penser1 et les actions rciproques qui s'exercent entre des lments trangers les uns aux autres et qui1 s'opposant sans cesse comme lments dirigeants et lments dirigs1 finissent par s'puiser et s'user rciproquement4 ,c'est poser une question dplace que de demander si l'ide de l'tat populaire a dj t ralise ailleurs4 ,et1 de mme1 la question de savoir si1 tout bien considr1 les affaires vont mieux ou plus mal chez tel ou tel autre peuple1 ne mrite pas une discussion approfondie4 ,chaque peuple cre son prsent et son idal et est responsable de l'un et de l'autre4 ,vouloir clipser ou supprimer l'idal de l'un par la ralit prsente d'un autre1 c'est se placer au point de vue du moment1 et celui qui le fait1 qui confronte sa revendication1 non avec l'ide1 mais avec la ralit trangre1 extrieurement et superficiellement comprise1 ne fait que se rabaisser lui-mme4 ,ni les institutions ni les paragraphes d'une constitution1 ni les lois ne sont mme de crer l'tat populaire2 celui-ci est un produit de l'esprit et de la volont4 ,il faut d'abord acqurir la mentalit ncessaire2 les institutions viendront ensuite toutes seules1 supposer qu'elles soient ncessaires4 ,il y a des lois anciennes1 formellement mortes1 mais ayant un contenu libre et vivant2 et il y a des constitutions modernes1 souples1 mais qui1 par la volont mme de ceux qui les ont conues1 sont devenues rigides et incompatibles avec la libert4 ,ce n'est pas en changeant un mot crit que nous abolirions la domination du fodalisme1 du capitalisme et du bureaucratisme3 nous n'avons besoin pour cela que de la volont1 mais venant des profondeurs mmes de l'me populaire1 soutenue par la force mme de la nation et par la connaissance claire des obstacles abattre4 ,nous montrerons plus tard1 propos de ce qui s'est pass en ,allemagne1 pourquoi cette volont a fait dfaut jusqu'ici4 ,mais disons tout de suite que ce qui nous gne et nous touffe1 ce ne sont ni les hommes ni les choses1 ni la volont consciente1 ni les institutions faciles dnombrer2 c'est ce quelque chose qui plane entre les hommes et les choses1 qui parat insaisissable et n'en est pas moins peru chaque mouvement de la respiration--c'est l'atmosphre spirituelle4 ,cela parat vague et nbuleux4 ,nous russirons cependant saisir cet tre arien1 le presser et le filtrer1 jusqu' ce qu'il soit dbarrass de ses lments malsains2 et1 pour arriver ce rsultat1 nous ne devrons pas hsiter descendre jusqu' la trivialit des vnements de tous les jours4 ,cet lment atmosphrique1 nous pouvons le dire sans tarder1 se compose de traditions et de conceptions hrites2 il comporte l'ide de dfense de classe1 le choix par cooptation1 la drogation aux lois1 les relations de famille1 les privilges dcoulant de la richesse1 les convoitises1 les prsomptions et les soumissions4 des exceptions insignifiantes prs1 toutes ces choses n'ont rien voir avec des normes lgales ou constitutionnelles2 elles sont des produits du caractre et du milieu d'origine1 produits qui1 faute de points de comparaison et d'exemples contraires1 passent inaperus pour la plupart d'entre nous4 ,la comparaison avec une autre atmosphre s'impose pourtant1 ne serait-ce que pour la raison que l'air mme que nous respirons nous apparat comme un lment familier et chappant toute critique1 jusqu'au moment o un changement d'air ait rendu notre muqueuse nasale et nos poumons plus sensibles4 ,nous nous demandons sans cesse pourquoi des ,allemands migrs ne retournent pas dans leur patrie d'origine1 alors que leur amour de la patrie est plus profond et plus vivant que chez des originaires d'autres pays1 lesquels cependant se dcident plus difficilement mourir l'tranger4 ,nous rencontrons de ces migrs au cours de nos voyages2 nous constatons chez eux l'veil de la facult de comparaison1 et nous sommes tout tonns d'apprendre qu'ils ont plus de reproches adresser leur nouvelle patrie qu' l'ancienne4 ,mais pourquoi ne rentrez-vous pas chez vous8 ,ils secouent la tte3 ,non2 nous ne pourrions plus vivre dans ces conditions4 ,c'est tout ce qu'on peut tirer d'eux4 ,ils ne savent pas davantage1 car ils sont incapables d'analyser l'atmosphre laquelle ils sont maintenant sensibles4 ,irlandais1 ,allemands et ,russes enrichissent le sol des tats-,unis4 ,que des milliers de nos frres1 perdus pour nous1 viennent former la meilleure force de ces tats lointains1 voil ce qui peint suffisamment notre atmosphre spirituelle4 ,en tudiant les lois de la franc-maonnerie et de l'ordre des ,jsuites1 nous pouvons bien1 d'aprs les mots crits1 nous faire une certaine ide de la nature et du but de l'une et de l'autre2 mais leur caractre et leur activit intimes ne seront comprhensibles qu' ceux qui sont capables de pntrer l'esprit vivant hrditaire et acquis1 de leurs institutions4 ,les statuts de nos entreprises conomiques se ressemblent tous1 l'exception des deux ou trois premiers paragraphes consacrs la dfinition du but de l'entreprise2 mais combien diffrents sont les contenus vivants1 les traditions et les habitudes1 l'esprit et la volont qui inspirent ces organisations6 ,nos rflexions politiques prsentent cette lacune dplorable qu'abstraction faite des caractres communs telle ou telle classe sociale1 elles prtent plus d'attention et consacrent plus de critiques aux institutions qu' l'esprit qui les anime4 ,ce que nous devons ne pas perdre de vue1 lorsque nous caractrisons l'tat populaire1 c'est que ce ne sont pas des lois qui prsideront sa cration1 mais la libre volont qui1 elle1 ne doit pas tre gne par les restes fantomatiques d'organisations primes et trangres1 mais doit se manifester sans parti-pris1 avec justice1 comptence et confiance4 ,ce n'est pas seulement par antipathie pour les intrigues lectorales et l'arrivisme1 pour les bavardages d'avocats et de publicistes que je suis partisan de l'ide monarchiste3 c'est par sentiment inn et parce que je suis convaincu qu'au sommet du pouvoir de l'tat doit se trouver un homme profondment responsable1 tranger et suprieur aux dsirs1 tendances et tentations de la vie ordinaire2 un homme initi1 et non hiss cette dignit par les hasards d'une heureuse carrire4 ,la profondeur de ma conviction me donne le droit d'indiquer les conflits pouvant surgir entre le monarchisme et l'tat populaire4 ,au sein de la famille internationale1 forme par les dynasties europennes1 il y a toujours eu des ides qui se rapprochent des notions de classe de certains grands propritaires fodaux2 il y a notamment toujours eu une tendance considrer les provinces conquises ou reues en hritage ou acquises la suite de mariages1 comme une proprit de la maison1 et les soi-disant sujets comme un mobilier vivant2 il y a toujours eu une tendance nouer1 par-dessus la tte de ces sujets1 qui taient parfois des co-nationaux1 parfois des trangers1 des liens de communaut de caste avec les souverains voisins1 rivaliser avec eux de richesses1 de droits et de pouvoir1 discuter avec eux des intrts communs1 prendre de concert des mesures contre des dangers communs4 ,les lois gnalogiques semblaient confirmer la conception de la parent des princes et de l'opposition irrductible qui les sparait des masses3 tout mlange avec le sang populaire proprement dit signifiait pour la descendance ainsi mtisse la privation des droits la souverainet1 alors que le mlange avec le sang le plus tranger tait autoris1 ds l'instant o ce sang tait celui d'une dynastie chrtienne4 ,des dynastes intelligents et larges d'esprit ont russi s'affranchir du sentiment physique d'opposition au peuple2 il fut beaucoup plus difficile de vaincre une autre opposition1 idale celle-l1 dont les effets n'ont pu tre supprims que dans un trs petit nombre de monarchies4 ,en jetant un coup d'oeil en arrire1 le dynaste constate que chacune des gnrations qui se sont succdes dernirement a impos sa maison certaines restrictions de pouvoir2 il en fut de mme d'autres maisons d'ailleurs2 certaines dynasties ont t remplaces1 d'autres ont t renverses2 des constitutions ont t arraches par la force ou obtenues l'amiable2 enfin on a vu natre et l des rpubliques4 ,il y a cent ans1 la force anti-dynastique s'appelait jacobinisme1 rvolution ou bonapartisme2 aujourd'hui1 elle s'appelle dmocratie ou radicalisme4 ,et comme c'est le peuple ou une partie du peuple1 le plus souvent la partie la plus intelligente du peuple1 qui est l'auteur et le promoteur de ce mouvement hostile de limitation du pouvoir dynastique1 il se forme1 entre le peuple et le monarque1 une opposition pleine de prils qui peut influer profondment sur la vie dynastique4 ,on a beau1 dans les documents officiels1 ignorer cette opposition hostile et exalter l'accord harmonieux existant soi-disant entre le pays et son protecteur paternel2 on a beau traiter cette question avec les plus grandes prcautions1 mme devant les serviteurs les plus dignes de confiance3 il n'en reste pas moins que cette opposition occupe une large place dans les conversations entre les dynastes eux-mmes1 qui s'entretiennent de la hausse et de la baisse du sentiment monarchique1 et que la possibilit de coups d'tat et de rvolutions est discute1 au cours de leurs rencontres et dans leurs runions1 dans des occasions et sous des formes dont le sujet moyen n'a aucune ide4 ,nous savons par ,bismarck quelle influence les discussions de ce genre ont exerce sur les dcisions qui ont t prises jusque dans la maison de ,guillaume ,ier et de son fils4 ,en ce qui concerne les fonctions publiques1 le bourgeois moyen considre que toute charge doit tre remplie avec un dvouement passionn1 tant qu'elle est impose1 mais que personne ne doit s'octroyer lui-mme une charge1 qu'on doit mme chercher s'y soustraire1 toutes les fois que ne se fait pas sentir d'une faon urgente la ncessit d'assumer une charge comportant une restriction de la libert personnelle4 ,cette manire de voir ne peut s'appliquer la charge dynastique4 ,le droit constitutionnel en vigueur fait1 en effet1 du dynaste1 non ce qu'on appelle le premier serviteur de l'tat1 mais un associ1 pour ainsi dire1 de la nation1 ayant les mmes droits qu'elle2 si donc1 tant donne l'instabilit des choses humaines1 le centre de gravit qui existe entre le monarque et la nation ne peut tre considr comme ayant une fixit absolue1 il n'y a aucune raison de ne pas admettre qu'il puisse tre dplac1 le cas chant1 au prjudice de la nation4 ,ici1 comme dans toutes les circonstances compliques en apparence1 la meilleure solution du conflit me parat tre celle qui repose sur la conception purement humaine des choses4 ,lorsque les fils d'une famille sont devenus assez grands pour pouvoir fonder leurs propres foyers1 l'autorit paternelle ne s'en trouve pas ncessairement diminue4 ,elle revt seulement une forme qui repose1 au lieu de la contrainte1 sur l'quilibre naturel4 ,si les fils ont une nature saine et s'ils ont confiance en leur pre1 ils continueront le consulter toutes les fois qu'ils auront des dcisions prendre4 ,si le pre1 de son ct1 a une nature saine et possde une exprience et une largeur de vue suffisantes1 il restera le guide de ses fils1 mme aprs qu'ils se seront spars de lui4 ,et ces rapports entre pre et fils seront d'autant plus solides qu'ils seront moins conscients et plus spontans4 ,si1 au contraire1 ils reposent sur des stipulations dictes par la jalousie et la mfiance1 ils seront dpourvus de toute force interne4 ,on parle beaucoup1 chez nous surtout1 de monarchie forte4 ,or une monarchie est forte lorsque1 au lieu de jouir de privilges sans nombre et de responsabilits extraordinairement grandes1 elle a su gagner l'adhsion de la partie la plus forte de la population4 ,et elle est particulirement forte1 lorsqu'elle s'appuie sur un sentiment profond et indfectible du peuple car1 en dernire analyse1 ce pouvoir suprme repose1 non sur des clauses crites et sur des droits qu'il s'agit de faire valoir mais sur l'accord humain et la confiance humaine4 ,un monarque absolu1 qui est libre de raliser1 dans les dtails1 le moindre de ses caprices1 peut1 dans les choses essentielles1 se montrer totalement impuissant1 incapable de raliser une volont forte ou capable de ne la raliser que grce l'intervention d'un tiers qui se sert de lui comme d'un instrument4 ,par contre1 le dtenteur d'un pouvoir limit en apparence peut en ralit exercer un pouvoir presque illimit1 lorsqu'il sait que dans chaque conflit pouvant surgir1 il aura la nation ses cts et qu'il a la conscience de n'agir qu'au profit de la collectivit4 ,ces choses impondrables et ces tendres chanes1 qui ne sont pas toujours manies avec toute l'objectivit et toute l'impartialit ncessaires1 nous intressent et nous touchent au point de vue de l'action qu'elles peuvent exercer sur les ides du monarque et sur l'atmosphre de l'tat populaire4 ,si le monarque s'occupe davantage de ce qui le spare du peuple que de ce qui l'unit au peuple1 s'il pense au pass avec regret et envisage l'avenir avec apprhension1 si son esprit est proccup par la dfense de ses droits et la stabilisation de sa maison1 au lieu de chercher rendre indestructibles les liens qui le rattachent l'ensemble de la nation1 ses penses et rsolutions assumeront cette duplicit qui confre souvent au caractre dynastique des traits indchiffrables et problmatiques4 ,chaque pas devient un pas double1 comme celui du pion sur le damier1 car il doit servir la fois la chose et la maison4 ,toutes les attitudes l'gard des hommes deviennent des attitudes doubles3 ,quelle est l'utilit de cet homme pour la chose1 quelle est son utilit pour moi8 ,toute manifestation revt un aspect double3 elle doit tre la fois efficace et utile4 ,ce sont les rapports avec les hommes et le milieu qui1 dans leur nature et leurs suites1 nous intressent ici plus particulirement et se rattachent plus intimement nos considrations sur l'tat populaire4 ,nous allons donc les examiner d'un peu plus prs4 ,malgr ses parents et ses amitis internationales1 la famille dynastique n'en reste pas moins une famille nationale4 ,elle a besoin de relations1 peut-tre de relations reprsentatives1 et elle a le droit de les choisir4 ,mais ici intervient un lment de dfense3 la dynastie reprsente une caste tellement ferme1 tellement lointaine que1 pour elle1 les diffrences de grandeurs disparaissent dans la perspective3 chaque enfant du peuple lui apparat comme un type dlimit ou comme un spcialiste avec lequel on ne peut avoir que des relations uniquement en rapport avec sa spcialit4 ,une gradation nat cependant du fait que les grandes familles du pays sont plus rapproches de la cour et forment une socit dont les membres1 se connaissant entre eux et tant connus de la dynastie1 professent les mmes ides1 conoivent la vie de la mme faon et ont les mmes habitudes qu'elle4 ,dans les cas donc o la dynastie croit avoir besoin d'une dfense particulire contre les tendances destructives de la population et ne peut se dcider s'appuyer sur l'ensemble de la nation1 elle se tourne rsolument vers la noblesse hrditaire1 foncire et militaire1 parce qu'elle sait que cette partie de la nation a autant redouter la dmocratisation que la dynastie elle-mme1 que son clat1 sa position et son sort en gnral dpendent troitement de la couronne1 que cette classe est toujours et toujours en mesure de fournir l'tat-major de l'arme et des grandes administrations1 de surveiller l'une et les autres1 d'y maintenir l'esprit et l'organisation que commandent ses intrts4 ,il nat ainsi1 entre la dynastie et la noblesse une communaut d'intrts exclusive et de plus en plus troite communaut qui1 si elle est parfois trouble par quelques conflits isols1 ne peut jamais disparatre1 communaut dont les effets sont peine visibles aux profanes et dont aucune constitution crite ne limite la dure et l'extension4 ,en d'autres termes1 toute dynastie qui ne tend pas consciemment1 avec le libralisme le plus large et un dvouement confiant1 vers la ralisation de l'tat populaire vritable1 cre une aristocratie agraire et militaire1 dont l'atmosphre pntre la structure de l'tat et dont les tendances dominent la nation4 ,nous aurons l'occasion d'examiner ailleurs la question de savoir si et dans quelle mesure la ,prusse a conserv des lments de fodalisme1 visibles ou invisibles2 ici nous allons poursuivre nos considrations gnrales sur l'tat populaire4 ,pour assurer la caste fodale la prdominance absolue1 il n'est pas ncessaire que toute l'arme et toutes les administrations se composent uniquement de membres de cette caste4 ,il faut1 pour obtenir cet effet1 le concours de quatre lments4 ,en premier lieu1 la socit qui gravite autour de la cour1 la socit dirigeante de la nation1 doit tre aristocratique1 pour former la ppinire et l'cole permanente des ides et des habitudes1 pour offrir un choix suffisant et appropri de personnalits prouves et reprsentatives1 pour servir de modle auquel le reste de la nation n'aurait qu' se conformer4 ,en deuxime lieu1 bon nombre de gnraux et d'officiers des rgiments d'lite doivent appartenir cette socit4 ,la proportion doit tre assez grande et constante1 la prfrence accorde aux rgiments en question assez prononce1 pour provoquer l'mulation et l'imitation jusque dans les rgions les plus recules du pays2 et pour cette raison les troupes d'lite ne doivent pas tre concentres dans un seul endroit4 ,en troisime lieu1 l'administration doit tre pourvue1 du moins dans les postes les plus levs et importants1 de chefs aristocratiques4 ,en quatrime lieu1 enfin1 les administrations centrales de la politique intrieure et extrieure doivent1 dans les postes les plus en vue et les plus responsables1 tre diriges par des membres de l'aristocratie4 ,inutile de pousser la complication plus loin4 ,il arrivera sans doute que mme dans les postes administratifs secondaires1 dans les garnisons de province1 dans les tablissements d'instruction1 dans les administrations autonomes1 la caste fodale finira par occuper une situation prpondrante4 ,mais ce sera l un rsultat subsidiaire qui n'aura plus une grande importance pour la collectivit4 ,du fait que la tendance fodale possde des attaches dynastiques1 qui sont une garantie de son maintien et de sa persistance1 du fait encore que tous les postes de quelque importance sont soumis un contrle ayant pour but d'en empcher l'accs aux lments de l'opposition et que le pays est parsem d'un nombre suffisant de modles auxquels chacun peut se conformer1 s'il le veut2 du fait enfin 7et c'est l le point le plus important67 qu'une caste1 dont tous les membres sont unis entre eux par d'troits liens de parent et sociaux1 exerce dans son ensemble une influence personnelle tellement illimite qu'elle est mme de supprimer toute opposition et de faire occuper tout poste plus ou moins menac par un titulaire sr1--de l'ensemble de ces faits1 disons-nous1 dcoule un phnomne tout fait nouveau et qui saute aux yeux1 mais auquel on ne prte pas toute l'attention qu'il mrite1 car ceux-l mmes qu'il affecte ne s'en rendent pas toujours compte3 le phnomne de l'adaptation1 de l'imitation fodale4 ,des hommes qui1 tant donnes leurs origines1 leurs prdispositions1 leur conception du monde et de la vie1 n'ont pas la moindre raison de penser et de sentir en aristocrates1 sont pris dans l'engrenage de la machine politique et militaire4 ,on utilise leur plasticit juvnile1 pour leur inculquer1 la faveur d'une longue ducation officielle1 les ides et habitudes rgnantes1 le respect des institutions et situations fodales4 ,ceux qui se montrent totalement rfractaires sont limins et obligs souvent de sacrifier un avenir des plus brillants2 d'autres deviennent indiffrents2 d'autres encore1 et ils ne sont pas les moins nombreux1 commencent par prouver l'impression pnible d'tre suspects eux-mmes et aux autres1 de chercher exagrer la manire de penser et de se conduire qu'on exige d'eux2 ils forment la classe des aristocrates savants1 aux mouvements moins libres que ceux des aristocrates de naissance1 et ils sont loin de jouir des avantages runis des deux classes dont ils font partie4 ,il arrive souvent1 lorsqu'ils sont dj avancs dans leur carrire1 que le contrle intrieur et extrieur auquel ils taient soumis se relche1 pour cder la place l'indolence et l'abandon3 les instincts d'indpendance1 jusqu'alors refouls1 se rveillent1 poussant l'homme soit une lasse rsignation1 soit une lutte sans issue4 ,cependant1 comme l'homme connat rarement son caractre vritable et ne connat jamais son caractre fictif1 ceux qui ont subi l'ducation et l'adaptation dans cette atmosphre confine auront l'illusion de se sentir tout fait leur aise et protesteront avec nergie contre la qualification d'inorganique applique une manire de penser qui1 faute de comparaison1 leur apparat comme absolue4 ceux qui reprocheront l'tat pntr de l'atmosphre fodale d'tre domin par l'aristocratie1 on opposera le fait que les bourgeois occupant des situations officielles sont beaucoup plus nombreux que les fodaux4 ,et comme l'objection tire de l'esprit dominant et de l'atmosphre dcisive ne s'applique pas aux lments bourgeois1 le contradicteur qui avait os le reproche se dclarera vaincu et content4 ,les critiques venant de l'tranger revtent parfois des formes tellement haineuses que le sentiment d'honneur interdit d'en tenir compte2 en outre1 elles tmoignent d'une ignorance des faits1 appellent les choses par de faux noms et ne servent finalement qu' consolider l'ordre de choses existant4 ,c'est ainsi que1 contrairement d'autres puissances invisibles1 telles que le jsuitisme et la franc-maonnerie1 dont l'activit est connue1 souvent mme exagre1 l'tat de choses dont nous parlons reste profondment dissimul4 ,de temps autre1 un ministre renvers se demandera o tel particulier1 bien qu'occupant une haute situation princire1 a pu puiser la force et le pouvoir de le renverser1 ce qui fera apparatre sa conscience certains liens et rapports qui jusqu'alors lui avaient chapp2 plus souvent1 des journaux de nuance radicale opposeront cet tat de classe l'tat juridique1 mais reculeront impuissants et dsarms1 lorsqu'on leur demandera des preuves4 ,un tat juridique peut se concilier avec l'atmosphre fodale1 mais un tat populaire ne le peut pas1 car cette atmosphre fera toujours d'une partie du peuple la matresse hrditaire de l'autre2 elle aura toujours une tendance crer deux peuples1 dont le plus grand aura toujours des raisons de mcontentement et de rvolte4 ,et c'est ainsi que se referme le cercle1 la dynastie constatant une fois de plus qu'elle peut s'appuyer seulement sur la caste1 et non sur le peuple4 ,elle peut rompre ce cercle par un acte de confiance absolue et contribuer ainsi l'dification de l'tat populaire4 ,la contribution exige du peuple dans le mme but n'est pas moindre4 ,il ne doit pas voir dans l'tat une association utilitaire1 association arme de production et d'change1 ou association qui1 en change des quelques droits sans valeur qu'elle lui confre1 lui imposerait des devoirs pnibles et des charges coteuses et dont il serait condamn faire partie toute sa vie durant1 sans espoir de s'en chapper4 ,encore moins l'tat doit-il apparatre au peuple comme un pouvoir policier largi1 intervenant dans toutes les circonstances de la vie humaine1 par l'intermdiaire d'organes qui1 partout o ils apparaissent1 affirment hautement leur supriorit qui les place en dehors de la morale bourgeoise et pousse les citoyens se soustraire leur atteinte par tous les moyens possibles4 ,mais1 surtout1 l'tat ne doit pas devenir ce qu'il est dans les pays latins dcadents o chacun cherche ruser avec lui et s'en servir pour ses fins gostes1 o l'tat se trouve transform en une sorte de march sur lequel les coteries font commerce de leurs services1 se vendent et se laissent acheter1 en une caisse commune qui sert enrichir les habiles aux dpens des sots4 ,l'tat doit tre le second moi de l'homme1 son moi largi et jouissant d'une immortalit terrestre1 l'incarnation du vouloir commun1 moral et agissant4 ,une profonde responsabilit doit lier l'homme tous les actes de son tat1 au point que chaque acte accompli par celui-l puisse tre considr comme tant un acte de celui-ci4 ,de mme qu'au regard d'une puissance transcendante il n'y a pas de pense ou d'action indiffrente ou insignifiante1 de mme1 au sein de l'tat1 il n'est pas de domaine d'o la responsabilit soit absente4 ,la triple responsabilit1 la responsabilit envers la puissance divine1 envers soi mme et envers l'tat1 cre cet admirable quilibre de la libert dont l'homme seul est appel jouir et qui l'lve jusqu'aux confins du monde plantaire4 ,lorsque la tendance orienter toutes nos ides et tous nos actes vers l'tat sera devenue forte au point de descendre dans l'inconscient et de former1 pour ainsi dire1 notre seconde nature1 ce jour-l sera cre cette conscience politique qui fait d'une nation une vritable unit supra-personnelle et la rend immortelle4 ,mais ce rsultat1 son tour1 ne peut tre obtenu que dans l'tat populaire1 et c'est pourquoi celui-ci doit tre cr en premier lieu4 ,ce serait1 en effet1 se tromper soi-mme et tromper les autres que de vouloir obtenir dans un tat de classe ou de caste1 par la prire ou la persuasion1 par des menaces ou des promesses1 une conscience collective pure4 ,l'tat fond sur la force possde la puissance dont il peut se servir pour contraindre ses sujets2 mais qu'il ait du moins le courage de ne pas exiger la reconnaissance et le dvouement de ceux qu'il exploite4 ,aprs cette analyse gnrale1 consacre aux idaux politiques1 analyse qui ne vise aucune nation particulire et s'applique toutes1 tournons-nous vers les choses de chez nous et examinons-les la lumire des ides que nous venons de dvelopper4 mesure que nous avancerons dans ce travail1 il deviendra de plus en plus difficile3 en partie parce que nous devrons prendre garde de ne pas nous laisser dborder par la multitude des dtails et que nous aurons chercher un quilibre entre les exigences du jour et les fins absolues2 en partie1 et surtout1 parce que l'poque douloureusement grande de la guerre nous met en prsence d'un conflit de sentiments4 ,s'il fut un temps o1 plus que par la comparaison avec des normes absolues1 nos critiques nous taient dictes par l'attente soucieuse d'vnements invitables qui devaient venir mettre fin tout ce que nous avons difi et marquer pour nos successeurs seulement le commencement d'une re nouvelle1 et si1 cette poque-l1 nous avions facilement la bouche des mots de reproche et mme de colre1 il est on ne peut plus humain et naturel que les nobles exploits1 les souffrances salutaires de notre peuple veillent en nous aujourd'hui un amour exclusif de tout autre sentiment1 un amour qui nous blouit et nous rend incapables d'apercevoir une forme quelconque aux contours nets4 ,et1 cependant1 nous avons plus que jamais besoin de la forme1 de la mesure1 de contours1 parce que nous voulons btir4 ,les architectures idales1 qui ne sont pas fixes au sol1 qui n'ont pas de contours nets1 sont des chteaux en ,espagne4 ,en cherchant entrevoir la possibilit la plus heureuse de notre avenir1 nous devons tenir compte des limites naturelles de notre caractre1 limites dont nous n'avons pas avoir honte1 car elles sont assez larges et peuvent encore tre recules par la connaissance4 ,sans doute1 le plan sur lequel elles sont traces ne peut offrir qu'un rseau de lignes sombres1 de nuances dgrades2 mais le regard intrieur aperoit un dessin aux couleurs clatantes4 ,ainsi que nous l'avons dj dit plusieurs reprises1 l',allemagne1 surtout celle du ,nord et du ,centre1 qui renferme les principales rgions1 est un produit de fusion de couches sociales4 ,lorsque nous racontons son pass1 nous parlons surtout de la couche suprieure1 d'origine germanique1 dont la domination s'tendait galement aux autres pays occidentaux4 ,nous connaissons son histoire1 ses noms et subdivisions ethniques1 sa vieille langue1 sa culture religieuse et l'art de son moyen-ge4 ,nous connaissons les transformations qu'a subies ce monde ferm1 partir du moment o ont commenc les mlanges et partir de la cration de la culture allemande moderne1 cration qui a t1 au cours du ,x,i,ve et du ,x,ve sicles1 l'oeuvre des paysans aiss1 des habitants des villes et des patriciens allemands4 ,cette priode avait dur jusqu' l'poque romantique1 et mme les oeuvres et les actes de notre poque classique ont eu pour principaux auteurs des reprsentants de la classe noble et patricienne de notre population4 ,de temps autre seulement on voyait surgir un homme au nom roturier1 qui disait et crait des choses bizarres1 singulirement intemporelles4 ,et1 cependant1 vers la fin du ,x,v,i,ie sicle la couche suprieure1 amincie1 tait tendue jusqu' clater3 les hritiers de noms1 de proprits1 d'un fonds de culture et d'instruction ne se chiffraient que par milliers1 alors que les anonymes se chiffraient par millions4 ,au ,x,i,xe sicle1 les membres de la classe infrieure font leur entre dans l'histoire1 et alors commence la dernire transformation de la manire de vivre et de penser1 de la langue et de l'activit allemandes4 ,on ne peut pas tudier le pass1 sans apercevoir le profond foss qui spare l'ancien du nouveau2 et1 pourtant1 on se rsigne difficilement l'ide que nous sommes devenus un peuple nouveau4 ,plus d'un prfrerait faire partie du monde de ,goethe1 ,kant et ,beethoven1 que nous commenons aujourd'hui seulement comprendre1 que de ce monde de masses et de choses matrielles qu'est devenu le ntre4 ,plus d'un aimerait mieux tre hritier et successeur qu'anctre et pionnier4 ,il en est qui voudraient expliquer le phnomne fondamental de notre poque1 la mcanisation1 par des influences trangres1 par une contagion extrieure4 ,et1 cependant1 les hommes qui exercent aujourd'hui une action dcisive sur notre vie et notre poque ne sont pas les fils des hommes d'autrefois4 ,ce ne sont pas les milliers de jadis qui ont produit les millions d'aujourd'hui3 il suffit1 pour s'en convaincre1 de jeter un coup d'oeil sur les noms et les visages1 de comparer1 surtout dans les petites rgions1 restes l'abri de mlanges1 les reprsentants des millions d'aujourd'hui avec ceux des milliers d'autrefois4 ,ces millions1 plus proches qu'ils ne le pensent des millions d'autres pays1 ayant avec eux plus de ressemblance extrieure et intrieure qu'ils ne voudraient le reconnatre1 ces millions1 disons-nous1 forment un peuple nouveau et peuvent le proclamer avec fiert et joie1 car un commencement est plus difficile et comporte plus de responsabilits qu'une fin4 ,sans doute1 notre commencement ne fut pas seulement difficile3 il fut aussi1 en quelque sorte1 triste et dpourvu de tout caractre sacr4 ,ceux qui ont apport la mcanisation ont imprim leur poque le cachet de l'ancienne soumission4 ,l'avidit et l'ambition1 l'application au travail et la patience sans limites ont rempli les formes abstraites1 mcaniques et massives des crations de cette poque de l'esprit du primitif terre--terre4 ,le peuple nouveau tait un peuple primitif1 au milieu de la civilisation la plus raffine et de l'essor intellectuel le plus intense4 ,si l'avnement de la couche infrieure s'tait produit chez nous avec une violence volcanique1 rvolutionnaire1 comme chez d'autres peuples1 la responsabilit du pouvoir lui et incomb ds le dbut4 ,mais tant arrive la surface avec une lenteur hydraulique et sans mme s'en rendre compte1 elle a reu les droits qui s'attachent au pouvoir1 sans en assumer les devoirs4 ,de la caste dominante1 disparue en grande partie1 principalement submerge par le nombre1 des noyaux puissants se sont conservs et maintenus1 surtout en ,prusse4 ,ils se sont vu obligs de partager la domination conomique avec la ploutocratie plbienne1 d'abandonner en partie les pouvoirs administratifs une caste d'employs1 assimils la noblesse1 en gardant pour eux la domination rurale et conservant1 grce leurs attaches avec la dynastie1 le contrle des affaires politiques et militaires4 ,mais1 avant tout1 ces restes de la noblesse1 s'ils n'ont pu russir maintenir la puret de leur sang1 ont soign leur type physique1 au point que dans nul autre pays la diffrence n'apparat1 premire vue1 aussi profonde entre le type moyen du noble et le type moyen des autres classes du peuple4 ,cette diffrence se rvle d'une manire symbolique1 lorsqu'on assiste au dfil d'un rgiment d'lite4 ,les seigneurs qu'on qualifie d'ailleurs volontiers de ce nom1 se distinguent par la finesse plus grande de leurs toffes et la coupe de leur uniforme1 par l'lgance de leurs armes1 par leurs insignes plus discrets et plus choisis4 ,leurs chevaux1 plus gracieux1 portent un harnachement argent et des selles lgres4 ,mais l'aspect extrieur de ces seigneurs frappe plus encore que leur quipement3 tte troite1 profil tranch1 cheveux fins et blonds2 le cou1 court et enfonc chez l'homme du peuple1 est mobile et souple chez le seigneur1 le dos est long et troit1 tout le corps est d'une flexibilit d'acier4 ,les mains sont distingues et blanches1 les cuisses et les jambes fines et bien dessines3 le cavalier se tient en selle sans la moindre contrainte4 ct de ce type vraiment noble1 l'homme du peuple1 l'exception peut-tre des originaires du ,holstein ou de la ,frise1 apparat lourd1 large1 ramass4 ,de cette diffrence physique1 qui est un des lments d'opposition entre le seigneur et le serviteur1 l'homme du peuple se rend profondment compte4 ,il adore la main blanche et obit volontiers au robuste poignet qui le remet sa place2 au toi1 qui lui est jet amicalement1 il rpond respectueusement dans la troisime personne du singulier2 il exprime avec tout son corps les marques extrieures de son respect4 ,s'il lui arrive de vouer le mme culte1 moiti inconscient1 un chef instruit sortant de ses propres rangs1 il ne le fait pas naturellement1 instinctivement1 comme lorsqu'il s'agit d'un noble1 mais parce que ce chef a su1 par ses mrites personnels1 gagner son estime4 ,son pre a dj ador le pre du seigneur actuel1 et le vieux1 tout en grondant et punissant ses propres enfants1 regardait le jeune seigneur avec un pieux attendrissement4 ,et ce petit comte1 g de sept ans1 se comportait dj1 comme s'il avait une exprience cinq fois sculaire1 comme un patron bienveillant et conscient de sa supriorit1 traitant ses gens comme des protgs1 sauf le dimanche o il les traitait en gaux2 sachant ce qui leur tait utile et nuisible1 ce qui pouvait les rendre malades ou prsomptueux2 leur donnant ce qui leur convenait et exigeant d'eux ce qui lui revenait3 le respect1 en change de la confiance2 la soumission1 en change de la bienveillance4 ,le seigneur n'a pas avoir honte devant ses gens2 il peut faire ce que bon lui semble1 car ses petits vices et ses petites faiblesses sont considrs comme des droits seigneuriaux2 celui qui ne les possde pas devient suspect1 et celui qui1 leur place1 fait preuve de vertus bourgeoises1 got pour la science1 pour les affaires1 pour le travail1 n'est pas un noble authentique4 ,depuis des sicles1 chacune des deux castes a fini la longue par s'adapter1 la langue1 aux attitudes1 aux manires1 aux sujets de conversation1 aux actes de bienveillance et de malveillance de l'autre4 ,toutes les formes et varits de caractre1 permises et possibles1 sont connues et dfinies1 toute attitude tolrable est prvue4 ,sont considrs comme intolrables1 lorsqu'ils viennent d'en haut1 la mchancet1 l'orgueil1 le mpris et l'ironie2 et lorsqu'ils viennent d'en bas1 la critique1 l'enttement1 le mcontentement et la rvolte4 ,cette conscience de sujets soumis et dvous remplit en ,prusse des millions d'mes et pntre mme plus haut1 jusque dans la bourgeoisie libre1 o elle prend des formes corrompues et moralement dangereuses4 ,dans sa forme la plus pure1 elle se manifeste par de beaux traits enfantins et rappelle l'heureuse vie patriarcale qui nous sduit tant dans la jeunesse de chaque peuple4 ,au point de vue de la psychologie des peuples1 ces traits ont une grande valeur3 ils crent la masse qui se prte le plus la discipline et l'organisation2 un organisme collectif qui1 sans se laisser influencer par des sentiments et des ides1 fournit1 jusqu' la dernire limite de ses forces1 l'effort qui lui est demand2 un esprit collectif qui suit avec une confiance inbranlable tout guide autoris agissant et parlant d'une faon comprhensible et avec sympathie4 ,ce guide n'a pas besoin d'exciter l'enthousiasme ni de fournir des explications2 aucune critique n'est exerce son gard4 ,il ne s'agit pas l1 proprement parler1 de la conscience du devoir1 car il n'y a pas conflit2 il s'agit encore moins d'obissance passive1 car la masse suit le chef de son plein gr2 on se trouverait plutt en prsence d'une docilit quasi enfantine4 ,c'est la plasticit des masses qui a rendu possibles les deux grandes organisations prussiennes3 l'arme et la social-dmocratie1 la premire d'origine rurale et primaire1 la seconde d'origine urbaine et mcanise4 ,les traits de caractre que nous venons de passer en revue ne sont pas germaniques4 ,ils sont en contradiction avec toutes les anciennes descriptions qui parlent de la nature altire1 hautaine1 individualiste des ,germains1 de leur soif d'indpendance et de leur hostilit toute organisation4 ,ils sont en contradiction avec ce que l'histoire nous enseigne concernant l'activit des ,germains1 et surtout avec le tableau que nous prsentent les noyaux germaniques ayant survcu dans la ,sude du ,sud1 dans la ,frise1 en ,westphalie1 ,franconie et ,allemanie1 et mme avec les traits de la classe noble et patricienne de ces rgions4 ,la description que nous avons donne est plutt celle du caractre slave ayant reu une lgre empreinte germanique qui a transform sa mollesse fminine et sa tristesse mi-orientale en gaiet enfantine et son obissance passive en zle actif1 par le souvenir de l'ancienne fidlit librement consentie4 ,il est difficile de dire dans quelle mesure les grands traits de l'ancienne classe suprieure allemande--besoin de crer1 passion mystique1 profondeur et transcendance--ont pntr dans l'me des masses4 ,toujours est-il que ces traits n'ont pas encore beaucoup contribu faire natre une vie spirituelle suprieure3 le chant populaire a disparu1 l'art populaire n'existe pas encore1 les plaisirs refoulent les joies4 ,nous n'avions pas besoin de la guerre pour savoir que notre peuple tait capable1 comme aucun autre1 d'amour1 de dvouement1 de sacrifice et de courage4 ,l'intelligence1 la patience et l'application ont cr la mcanisation4 ,nous avons dj eu plus d'une fois l'occasion de parler de ces qualits et d'en apprcier la valeur morale4 ,ici nous allons envisager leur porte politique1 en nous plaant uniquement au point de vue de l'avenir national4 ,si la souplesse et la docilit1 le respect de l'autorit et le sentiment de dpendance crent les associations de sujets les plus maniables1 il n'en reste pas moins que la formation de sujets ne constitue pas la fin dernire de l'tat4 ,comme dans les grandes constructions1 tous doivent la fois charger les autres et porter eux-mmes4 ,si notre voisin de l',ouest nous offre le spectacle d'un organisme instable o chacun veut dominer et o personne ne veut servir1 moins qu'on ait recours1 pour obtenir des services1 la ruse ou l'enthousiasme artificiel1 l',orient1 de son ct1 nous effraie par la mortelle apathie des masses qui1 charges de fardeaux crasants1 succombent ou aboutissent des explosions de violence4 ,le danger qui nous menace consiste dans le manque d'indpendance1 de conscience de nos forces et de notre dignit1 dans l'absence de jugement personnel et dans la crainte de la responsabilit4 ,si l'ingnuit et le manque d'indpendance sont les matires premires politiques que nos masses1 encore incultes1 fournissent en vue de l'dification de l'tat1 les dfectuosits de ces matriaux apparaissent singulirement nombreuses1 lorsqu'on envisage les masses touches par la mcanisation3 proltariat urbain et classes moyennes4 ,il est vrai qu'on retrouve1 dans ce monde mcanis1 cette situation de dpendance qui semble dcidment invitable4 ,ici encore1 l'tat est1 non la chose de tout le monde1 mais un domaine confi l'administration des hommes les plus notables4 ,ici encore il y a un pullulement d'autorits dont on ne fait ni ne fera jamais partie4 ,mais ces autorits1 loin d'tre d'origine nobiliaire1 loin d'tre reprsentes par des personnalits patriarcales1 sont des gens ordinaires occupant des postes et emplois anonymes3 c'est le capital reprsent par le directeur1 l'ingnieur de l'exploitation1 le fond de pouvoirs1 le contre-matre1 par des commettants1 des clients1 des financiers2 c'est la bureaucratie1 reprsente par le percepteur1 le policier1 l'employ de guichet4 ,on doit1 en outre1 accomplir deux annes de service militaire1 sous les ordres de la classe fodale1 reprsente par le lieutenant et le sous-officier4 ,l'obissance toutes ces puissances n'est plus indiffrencie et instinctive3 elle n'est pas non plus accorde contre-coeur1 car on manque de termes de comparaison1 dans le genre de ceux qui s'offrent aux nationaux migrs l'tranger4 ,l'obissance est accepte comme une pnible ncessit de la vie1 et avec le sentiment d'une obligation laquelle il n'est pas permis de se soustraire4 ,c'est pourquoi la rvolte contre cet tat de choses apparat1 non comme une revendication du droit la libert1 mais comme un acte d'insubordination qu'on commet avec une nuance de remords4 ,la consonnance brutale du mot subordination est faite pour nous rendre sensible la rsignation dsespre une domination anonyme4 ,lorsque la rvolte est organise1 comme dans la social-dmocratie1 elle affecte son tour1 tant donn que la relation de dpendance tient notre tre par de profondes racines1 la forme de la subordination4 ,et lorsqu'elle ne le fait pas1 elle dgnre en cancans de domestiques et en discussions de brasserie4 ,il n'y a pas de chemin qui conduise des classes infrieures aux suprieures4 ,la richesse et l'instruction rigent autour de ceux qui les possdent des murailles de verre1 et le profond foss qui existe entre les formes de vie en de et au-del de ces murailles ne peut pas tre franchi la faveur de l'imitation et de l'insinuation1 comme c'est le cas chez les peuples mridionaux4 ,une profondeur rveuse1 le sens de l'essentiel dont les choses ne sont que le reflet1 une forte personnalit et une universalit systmatique qui voit la contre-possibilit de toute possibilit et en tient compte3 telles sont les grandes1 les plus grandes qualits qui ont1 ds l'origine1 fait de l',allemand un adversaire de la forme4 ,c'est qu'en effet toute forme est dlimitation et unilatralit4 ,elle repose sur la suffisance1 sur l'opinion enfantine qu' ct de ce qui est bon existe quelque chose de parfait qui ne peut tre dpass1 et qu' ct de ce qui est prouv il ne peut pas y avoir autre chose4 ,sans doute1 l'amour de la forme a sa source dans l'aspiration paradisiaque de l'homme l'accord pur1 l'harmonie parfaite1 dans ce sentiment classique de l'quilibre qui fait reculer l'homme devant les abmes clestes et infernaux4 ,on a beau parcourir les domaines de l'art1 de la science1 de la vie personnelle1 sociale et politique1 on n'y trouvera pas une seule forme fondamentale qui soit ne dans notre pays4 ,les formes de l'architecture et des styles1 des ustensiles domestiques1 des tableaux1 de la musique1 du roman et du drame1 de l'organisation militaire1 du culte1 de la manufacture1 du commerce et de l'industrie1 des entreprises par actions et des constitutions1--toutes ces productions et formations extrieures1 qui portent encore aujourd'hui des noms trangers1 ce sont d'autres qui les ont conues pour nous4 ,et1 cependant1 l'esprit allemand s'est empar de ces vases1 l'un aprs l'autre1 a complt d'une main pure et avec une comprhension sympathique l'ide qui a prsid leur forme et a ensuite rempli leurs creux avec un breuvage enivrant tellement riche et abondant que les vases se sont trouvs dbords et qu'il a fallu crer de nouvelles formes pour le trop-plein du liquide4 ,cela nous a port bonheur et a enrichi le monde4 ,mais nous sommes rests pauvres en formes1 parce que nous les mprisons4 ,en revanche1 les crateurs de formes1 qui se moquaient de nous1 se sont appauvris spirituellement4 ,cependant1 comme la politique n'est pas une entit absolue1 mais une lutte entre forces et contre-forces1 nous devons tenir compte d'une certaine absence de forme qui nous est nuisible4 ,nous avons parl plus haut des oppositions qui existent entre diffrentes manires de voir1 et nous devons convenir que la ntre manque de toute rgularit et confine1 grce notre nonchalance inne et notre indiffrence dclare pour toute apparence1 un informe laisser-aller4 ,nous perdons ainsi cette force civilisatrice qui repose sur le maintien rsolu de formes de vie prouves4 ,plus que cela3 si les rapports de dpendance dans lesquels nous vivons et qui s'expriment par la subordination ce qui est au-dessus1 par le commandement dirig vers ce qui est au-dessous1 si ces rapports1 dpourvus de noblesse1 s'opposent dj ce que nous devenions un peuple de matres1 l'absence de forme contribue de son ct diminuer notre conscience de matres l'intrieur de notre pays1 l'efficacit de notre activit de matres hors du pays4 ,si nous nous sommes montrs1 dans les pays trangers1 aussi mauvais colonisateurs que dans notre propre pays1 si nous n'avons su nous attacher ni les nations que nous avons nourries avec notre sang1 ni les peuples qui se rapprochent de nous par leurs origines1 cela tient moins nos institutions qu'au fait que nous ne sommes pas des matres-ns4 ,mais tre matres ne veut pas dire afficher des prtentions prsomptueuses1 ce qui ne peut tre le fait que de natures ignorant l'indpendance interne et profondment dprimes4 ,non1 ce qui caractrise un peuple de matres1 c'est l'quilibre instinctif1 tabli en dehors de toute rflexion1 des droits et des devoirs1 c'est l'intuition des distances1 c'est le renoncement des exigences mesquines1 c'est la facult de saisir l'essentiel et de s'y tenir1 c'est une supriorit qui rend capable de sacrifier ses aises sa dignit1 c'est enfin1 et surtout1 la justice inflexible1 libre1 trangre aux prjugs et ignorant le mpris4 ,lorsque l'tat de dpendance se complique d'une situation matrielle gne1 c'est la mesquinerie qui guette les gens qui en sont victimes4 ,en elle-mme1 la privation la plus dure est compatible avec la srnit et la libert consciente4 ,mais celui qui sait s'accommoder de la dpendance involontaire1 succombe facilement la tentation de chercher dans l'apparence une compensation ce dont il est priv4 ,or1 l'apparence et la privation sont difficiles concilier1 et cette incompatibilit ronge la vie domestique1 accable les femmes de soucis et prpare des gnrations leves dans la servitude4 ,celui qui a la servitude1 pour ainsi dire1 dans le sang1 celui1 qui1 sans s'en rendre compte1 s'incline devant la domination d'une caste qu'il n'aime plus1 mais qu'il envie1 celui qui sait que son sort et celui de ses enfants est inluctable1--celui-l trouve sa consolation dans le fait que ses semblables sont logs exactement la mme enseigne que lui4 ,il aime mieux supporter une contrainte plus forte de la part de ses suprieurs-ns que de voir un homme de son propre sang s'lever et se rendre libre4 ,le fait que quelqu'un de son milieu et de son entourage a acquis un certain degr de bien-tre ou de puissance1 loin de le rendre fier et plein d'espoir1 l'aigrit1 car il sait que ce quelqu'un est prsent mme de s'asseoir aux tables olympiques et de considrer ceux qui sont rests en arrire avec mpris et ddain4 ,la joie nave des ,amricains qui ne se lassent pas de vanter les milliards de leur compatriote1 en ajoutant qu'il a dbut comme vendeur de journaux1--cette joie n'est possible que dans un pays o tout est ouvert tous4 ,l'idal du mcontent de chez nous ne consiste certainement pas dans l'acquisition pure et simple de richesses matrielles qui tentent surtout le citoyen d'outre-mer2 mais il ne consiste pas davantage dans la libre ascension spirituelle4 ,non1 son idal1 c'est une utopie des plus terre--terre1 et en mme temps des plus irrelles et dangereuses3 c'est l'utopie de l'galit1 mme de celle qui ne peut tre ralise que par l'abaissement de tous4 ,il serait injuste d'appliquer cet ensemble de sentiments la qualification mprisante d'envie4 ,mais nous devons tenir compte des dangers que ces sentiments prsentent au point de vue de la politique idale4 ,si1 en effet1 tout tat libre et dsirable repose1 non sur une dmocratie immobile1 mais sur le va-et-vient continu de forces spirituelles1 il est certain que l'envie est la force qui s'oppose le plus au mouvement d'ascension et contribue le plus maintenir au pouvoir1 par simple habitude1 des puissances expirantes4 ,si l'on jette un coup d'oeil sur l'ensemble des grandes et belles qualits qui caractrisent nos classes moyennes et infrieures1 --infaillible honntet1 comptence et fidlit au devoir1 ardeur au travail1 courage devant le danger et la souffrance1 sentiment calme1 profond et pieux que leur inspirent ,dieu1 l'homme et la nature1 amour de la patrie et oubli de soi-mme1 soif de savoir1 de comprendre et de pouvoir1--les tches sombres de notre tableau apparaissent insignifiantes au point de vue humain1 et notre nation peut encore se vanter heureusement de possder si peu de dfauts4 ,mais si nous nous plaons au point de vue des idaux politiques1 qui forment la pierre de touche de notre analyse1 nous ne pouvons plus nous contenter de cette considration1 car les quelques dfauts que prsente notre caractre sont malheureusement de ceux qui peuvent rendre1 et ont rendu pendant longtemps1 un peuple a-politique4 ,ce dont nous avons besoin1 c'est l'indpendance1 le sentiment de noblesse1 la mentalit de matres1 le dsir de responsabilit1 la gnrosit2 nous avons besoin de nous affranchir de l'esprit de soumission et de commandement1 de mesquinerie et d'envie4 ,telle est la condition de toute la politique allemande et de toute la politique de l'avenir1 et cette condition sera ralise1 non par les institutions1 mais par une transformation de notre caractre4 l'avenir1 tout homme politique1 pour autant qu'il ne reprsentera ni puissance1 ni intrts quelconques1 devra tre pntr de cette vrit que c'est l'veil de nouvelles forces morales qui constitue la condition fondamentale de notre organisation et que les institutions humaines suivent docilement la marche du dveloppement1 comme l'corce suit la croissance du tronc4 ,si nous sommes devenus une nation il y a cent ans1 si nous sommes devenus un tat il y a cinquante ans1 nous devons ds maintenant1 par une renaissance intrieure1 commencer devenir une nation politique1 un tat populaire4 ,certes1 il y a quelques annes peine1 le plus grand connaisseur de notre histoire nous donnait peu d'espoir4 ,il louait le peuple pour sa fidlit ses seigneurs terriens et pour sa soumission2 mais il s'emportait1 ds qu'il tait question d'opinion publique1 de courants politiques et de responsabilit4 ,aux publicistes1 aux savants1 aux professionnels de la politique et aux dilettanti il attribuait la responsabilit des erreurs populaires qui menaaient son oeuvre4 ,l'immaturit du peuple tait pour lui un axiome1 puisqu'il allait jusqu' refuser au peuple un sentiment national direct2 ce n'est qu'indirectement1 d'aprs lui1 par l'intermdiaire du sentiment dynastique1 qu'un sentiment national allemand pourrait s'affirmer4 ,certaines formes de patriotisme que nous avons connues pendant les annes d'agrandissement qui ont prcd la guerre semblaient confirmer cet impitoyable jugement4 ,nous avons rarement connu les explosions spontanes de fiert virile qu'auraient d nous inspirer notre peuple1 notre pays1 notre communaut4 ,nous nous contentions d'hommages symboliques1 et plus d'une fois1 pour nous sentir unis1 nous avions besoin d'tre stimuls par une haine commune4 ,notre dcouragement s'aggrave encore1 mesure que nous nous levons vers les couches de la grande bourgeoisie1 vers les lments puissants1 dominants1 sinon toujours dirigeants1 de notre socit capitaliste4 ,cette puissance politique centrale nous offre une image concrte de ce dont elle est capable dans l'attitude du parti qui la reprsente au ,reichstag allemand3 du parti national-libral4 ,ce parti ne peut pas obtenir grand'chose1 mais il est capable de tout empcher2 il porte une responsabilit plus grande que celle dont il a conscience4 ,il reprsente les lments cultivs de la grande bourgeoisie1 mais aussi les intrts du capitalisme2 il conserve les vieux idaux du libralisme1 mitigs cependant par des compromis avec les pouvoirs tablis2 il est partisan du jugement libre et exempt de prjugs1 mais il a besoin aussi des forces et des moyens dont disposent les dfenseurs privilgis de l'tat4 ,il pourrait exercer une action dcisive et1 cependant1 lorsqu'on jette un coup d'oeil sur les quelques dernires dizaines d'annes1 on constate que1 malgr lui et sans en avoir jamais t remerci1 il a t au service du fodalisme4 ,comme le parti1 la classe qu'il reprsente manque de force directive4 ,les intrts sont mis avant et au-dessus des idaux1 les dangers venant d'en bas menacent la proprit2 or1 y a-t-il un intrt suprieur la proprit8 ,n'est-il pas malheureux que la voix de ceux qui ne possdent pas se fasse entendre dans la reprsentation nationale1 lorsqu'il s'agit de rgler l'emploi de la fortune nationale8 ,aussi doit-on combattre tout d'abord le pril du communisme2 le reste viendra aprs4 ,et1 d'ailleurs1 qu'est-ce que la politique1 d'une manire gnrale8 ,une perte de temps4 ,la marche de l'administration et des affaires extrieures est assure par des spcialistes1 sinon toujours d'une faon parfaite1 du moins aussi bien que partout ailleurs4 ,on peut les critiquer et1 lorsqu'ils pensent trop leurs intrts personnels1 les rappeler l'ordre4 ,mais le plus urgent1 ce sont les tches journalires3 le bnfice annuel1 l'agrandissement de l'entreprise1 le dividende sont choses qui ne peuvent attendre4 ,vous dites que toutes ces choses reposent sur une base profonde1 l'abri de tout danger et de toute menace1 savoir sur la puissance de l'tat et sur le bien-tre du pays8 ,laissez-nous d'abord mettre de l'ordre dans ceci et cela2 peut-tre nous restera-t-il ensuite un peu de temps pour nous occuper d'autre chose que les affaires4 ,sans doute1 tout irait mieux si444 suivent des jugements durs sur des personnes responsables et irresponsables1 car on est incapable de comprendre 7et quand on le peut1 on ne le veut pas7 que c'est le systme qui est responsable1 et non les personnes1 et que c'est la nation qui est responsable du systme4 ,si encore il n'y avait que cette indiffrence6 ,mais plus on s'lve dans la hirarchie bourgeoise1 et plus on s'enfonce dans l'ombre d'une dpendance volontaire dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle est une sorte de vnalit dsintresse4 ,il faut faire honneur sa situation et sa carrire4 ,on ne voudrait pas sacrifier les relations qu'on entretient avec des hauts dignitaires4 ,un grand train de maison exige des invits de marque4 ,on a quelquefois combler certaines lacunes de l'ducation et de l'instruction2 or1 rien ne les comble mieux qu'une bonne couche d'ides toutes faites4 ,le rgiment et le corps dont fait partie le fils1 les amis et parents du gendre exigent des gards4 ,on ne doit jamais ngliger les relations3 avancer en grade1 passer d'une classe une classe suprieure1 c'est s'ouvrir des perspectives pleines de joie2 et mme les satisfactions moins importantes de la vanit bourgeoise exigent1 en plus de certains efforts matriels1 des ides de tout repos1 sans rien de subversif4 ,sans doute1 il y a encore des patriciens dont le caractre se refuse solliciter et recevoir2 des patriciens qui1 s'appuyant sur quelques droits et devoirs1 tiennent prserver leur personnalit et renoncent recevoir des invits qui1 se rencontrant par hasard la porte de votre maison1 ont l'air de s'excuser les uns devant les autres de cultiver une pareille relation4 ,ces exemples sont particulirement frquents dans les villes et dans les maisons de la bourgeoisie aise4 ,quant aux nouveaux riches1 qui sont plus nombreux en ,allemagne que dans n'importe quel autre pays europen1 il faut les excuser si1 griss par leur ascension1 ils ne trouvent plus rien impossible et croient continuer monter1 alors qu'ils ne font que s'infiltrer4 ,la sagesse rancunire de ,louis ,,xiv a russi dompter la noblesse1 en assignant son culte un objet nouveau3 la cour4 ,sans s'en rendre compte1 notre systme fodal a prpar le mme sort notre bourgeoisie montante3 il lui a ouvert une nouvelle perspective1 en lui demandant en change le sacrifice de ses ides4 ,le rsultat de cette imitation de la manire de penser fodale a t plus complet qu'on n'aurait pu le croire de prime abord3 il manque notre bourgeoisie ce lger mlang de scepticisme qui convient si bien la noblesse authentique1 laquelle1 se sachant telle1 ne craint ni les critiques ni les preuves4 ,c'est pourquoi nous voyons nos bourgeois avancer avec une conviction1 une mfiance et une pompe qui sont trop exagres pour tre naturelles4 ,on peut attacher ces faiblesses une importance morale plus ou moins grande2 mais ce qui est certain1 c'est qu'en faisant d'une classe la pupille d'une autre1 elles la dmoralisent au point de vue politique4 ,c'est ainsi que dans la ,prusse allemande il ne subsiste qu'un seul pouvoir politique vritable3 le fodalisme conservateur4 ,le peuple suit l'autorit2 celle-ci fut d'abord clricale et fodale2 lorsqu'il s'en dtourna1 ce fut pour suivre l'autorit des agitateurs4 ,le socialisme dispose des masses et poursuit des intrts1 mais il lui manque une conception spirituelle du monde4 ,le catholicisme organis place les intrts confessionnels au-dessus des intrts politiques4 ,le fodalisme seul possde une conception du monde1 d'un caractre historique et religieux1 qui se concilie trs heureusement avec ses intrts politiques et matriels4 ,il dispose du pouvoir excutif1 il a partie lie avec la plupart des puissances dynastiques1 militaires et familiales et entrane dans son sillage la partie la plus puissante de la bourgeoisie4 ,le succs constitue l'argument le plus fort en faveur de ce qui existe4 ,si la guerre actuelle se terminait par une victoire complte1 rapide1 absolue1 la ralisation de l'tat populaire s'en trouverait considrablement retarde4 ,et1 d'un autre ct1 il n'est pas un ,allemand qui1 aimant son pays et son peuple1 ne prfrerait mille fois supporter la raction1 mme aggrave1 de #ahae1 plutt que d'admettre la moindre diminution de la puissance et de l'honneur de l',allemagne4 ,mais quelle que soit l'issue de la lutte mondiale1 une chose est certaine3 pour les fins suprmes de la nation1 qui nous intressent ici1 cette guerre constitue une prparation1 et non une dcision4 ,nous devons cependant nous attendre ce qu'elle se rpercute dans l'avenir par trois effets plus ou moins lointains1 dont l'un1 le troisime1 fera ici l'objet d'une analyse et d'une discussion spciales4 ,en premier lieu3 cette guerre constitue la premire preuve vraiment collective du peuple allemand1 dont les couches infrieures forment aujourd'hui le noyau principal4 ,les armes combattantes du ,x,i,xe sicle reprsentaient une petite fraction de la population1 surtout de la population rurale1 de la haute bourgeoisie et de la noblesse4 ,aujourd'hui1 on se trouve pour la premire fois en prsence du peuple arm1 du peuple tout entier sous les armes4 ,et ce n'est pas seulement l'arme qui combat1 qui peine et qui souffre3 c'est toute me vivante du pays4 ,et cette fusion1 ce ne sont pas les journes d'aot qui l'ont opre1 quelque magnifique et immense que ft alors l'enthousiasme3 celui-ci ne fut en effet qu'un enivrement de fte1 au sens le plus lev du mot1 et si l'on avait pu alors jeter un regard derrire le voile qui cachait l'avenir1 cet enthousiasme se ft certainement calm1 comme chez les quelques rares clairvoyants dont l'attitude fut1 sinon plus froide1 beaucoup plus grave4 ,ce qui nous unit aujourd'hui est moins joyeux1 moins lumineux1 mais l'abri de toute menace et de toute dception future3 ce sont le devoir et la responsabilit qui ont rsist victorieusement toutes les preuves4 ,aujourd'hui nous percevons l'unit du double son3 soucis et douleurs1 d'un ct2 espoir et confiance1 de l'autre4 ,cette communaut de vie et de souffrances constitue un ciment plus puissant de la nationalit que les origines1 la langue1 les moeurs et les croyances4 ,ce qui s'est uni sous une pression pareille1 reste uni pour toujours4 ,ce qui s'est divis1 reste divis jamais4 ,jusqu'alors la couche infrieure tait une partie constitutive de la nation et1 il faut le dire1 la plus grande2 partir d'aujourd'hui1 elle est un membre de la nation1 et le membre le plus puissant1 dans la mesure du moins o elle est consciente de sa responsabilit4 ,c'est en effet cette responsabilit du corps de la nation qui dcide tout2 si nous pouvons l'acqurir et la conserver1 nous sommes et restons une nation et un tat populaire2 si nous sommes incapable de l'acqurir1 nous restons la classe subordonne dans une association politique4 ,ce qui nous reste de notre manque d'indpendance1 de notre immaturit1 de notre absence de sens politique1 disparat ds que nous avons saisi et retenu ceci3 l'tat1 et le pays sont res publica1 la chose de tous1 et non la chose de particuliers1 de classes ou de castes2 chacun est responsable de cette chose1 comme il l'est de lui-mme1 de sa femme et de ses enfants1 de sa maison et de son foyer1 de sa famille et de son nom4 ,en deuxime lieu3 la diminution du bien-tre europen1 conscutive la guerre1 le dplacement de la proprit et l'aggravation des charges que la guerre aura occasionnes domineront partout l'ampleur et les forces contributives de la classe moyenne suprieure4 ,on aura beau imposer la richesse jusqu'aux extrmes limites compatibles avec la forme actuelle de la vie conomique1 on russira sans doute diminuer d'une faon notable son total1 mais non le nombre de riches1 malgr le changement de personnes qui peut rsulter d'appauvrissements occasionnels et de la formation de nouvelles fortunes4 ,l'agriculture1 malgr les difficults d'exploitation passagres1 verra son niveau s'lever1 grce l'intervention du capitalisme et1 vu la situation gnrale1 ses charges ne seront pas augmentes d'une manire excessive4 ,la classe moyenne infrieure et la classe ouvrire russiront1 par la lutte pour les salaires1 maintenir leurs conditions d'existence normales1 malgr l'accroissement des charges4 ,en revanche1 le rentier1 le propritaire d'une maison de rapport1 le commerant moyen ne trouveront pas de compensation3 ils seront affaiblis1 proltariss en partie1 et les couches infrieures de la classe ploutocratique ne seront pas elles-mmes assez riches en hommes et en fortunes pour les remplacer4 ,cette classe moyenne1 cependant1 recle dans son sein des savants1 des publicistes1 des bureaucrates d'un talent non ngligeable1 et dans ces dernires annes c'est elle qui fournissait la vie conomique des administrateurs suprieurs ayant reu une culture scientifique et possdant le sens de la responsabilit commerciale4 ,la dchance d'une classe indispensable au point de vue intellectuel1 ne restera pas seulement pour ses membres un avertissement douloureux et ne constituera pas seulement une perte sensible pour l'organisme social3 elle nous apportera surtout la preuve que1 tout comme notre corps gouvernemental1 le corps des reprsentants de notre travail intellectuel repose sur une base trop troite4 ,cette preuve nous fait toucher du doigt le vice fondamental de notre organisation sociale o rgne encore l'usage primitif de confier les responsabilits des castes hrditaires1 alors mme qu'elles sont frappes d'puisement quantitatif et qualitatif1 cependant qu'en bas grossit la masse du peuple qui n'a pas encore donn sa mesure1 qui s'use dans l'uniformit d'un travail mcanique et se trouve exclu du service national et de l'essence mme de la nation4 ,nous avons l une vritable leon des choses qui nous montre d'une faon irrfutable qu'un corps vivant ne peut se renouveler et se recrer intrieurement que grce au va-et-vient organique des forces et des sucs1 et que la rigidit inorganique doit cder la place au principe organique du mouvement et de la croissance4 ,en troisime lieu3 cette guerre porte un coup dcisif au principe de la libert de la proprit individuelle et prpare les formes futures de l'conomie collective1 en montrant sur le fait que les affaires conomiques ne sont pas chose prive1 mais la chose de tous4 ,jusqu' prsent1 l'intervention de l'tat dans les intrts conomiques privs tait minime4 ,des lois sanitaires et sociales fixaient les limitations et les obligations les plus indispensables2 des lois sur le commerce et sur les socits par actions prservaient contre les abus les plus immdiats en matire de contrats2 quelques monopoles taient soustraits l'industrie libre2 des traits de commerce rglaient les changes extrieurs4 ,jugeant ces interventions au point de vue du libre jeu des forces1 beaucoup s'en plaignaient et les supportaient contre-coeur4 ,elles sont cependant insignifiantes et primitives1 si on les considre au point de vue d'une conomie collective rationnelle4 ,parmi les jugements ports sur notre conomie de guerre1 qui a surgi sans prparation1 mais dont l'improvisation a t somme toute assez heureuse sur les points essentiels1 on entend souvent des plaintes sur l'excs d'organisation1 et nombreux sont ceux qui attendent avec impatience une prochaine dtente4 ,nous souffrons sans doute d'un excs d'organisation1 en ce sens que nous sommes soumis des rglementations contradictoires1 portant souvent sur des dtails sans importance aucune1 car on confond souvent notre souplesse qui nous rend facilement organisables avec la facult d'organisation proprement dite1 et on croit avoir tout fait1 lorsqu'on a accumul rglements et prescriptions4 ,nous croyons souvent possder l'aptitude l'organisation1 parce que nous sommes tous passs par l'cole de la pense systmatique et schmatique2 mais1 en ralit1 cette aptitude est excessivement rare1 car pour savoir ce qui est dcisif1 pour liminer ce qui n'est pas essentiel1 pour connatre les hommes et pouvoir les juger1 il faut des dons spciaux et une longue exprience4 ,nous aurions cependant srieusement besoin de cette aptitude1 car1 malgr les mille sens que les pdants sous-entendent1 lorsqu'ils parlent de changement de mthode1 il est certain que nous sommes en train d'oprer un changement de mthode dans un sens qui1 lui1 n'admet aucune quivoque3 jamais1 en effet1 nous ne pourrons plus revenir en arrire1 vers cette libert illimite de l'conomie prive dont l'gosme naf veillera chez nos successeurs un sentiment analogue celui que nous prouvons au rcit des pratiques du temps de ,robert ,macaire4 ,le troisime effet loign de la guerre1 la transformation de l'conomie conformment au principe3 l'conomie est la chose de tous1 signifie le premier pas important vers l'organisation de l'avenir2 et il ne serait pas inutile d'en analyser l'une aprs l'autre les conditions et les consquences4 #a4 ,c'est la machine qui joue un rle dcisif dans la guerre mcanise2 la machine1 c'est--dire les munitions et les moyens de transport4 ,la transformation de toute l'industrie d'un pays belligrant en industrie de guerre est une condition indispensable4 ,dsormais1 en parlant d'armements1 on n'entend pas seulement une rserve d'armes3 l'armement1 c'est le pays tout entier1 transform en un arsenal dans lequel tous ceux qui ne sont pas sous les armes forgent des armes pour ceux qui se battent4 ,or1 l'armement comporte toutes les substances imaginables que la terre produit1 et1 comme il est destin dtruire et tre dtruit1 son remplacement constitue le problme technique fondamental de la guerre4 ,le problme de l'armement devient ainsi un problme de travail et de matriaux2 et il est d'un srieux angoissant1 lorsque le pays belligrant est bloqu par ses ennemis4 ,il importe donc l'tat de savoir exactement ce qui se produit et se consomme dans ses domaines1 de connatre la manire dont tels et tels produits sont obtenus1 de possder l'inventaire des substances dont il peut disposer4 ,il doit pntrer jusqu' la trame la plus interne de la production1 dans l'atelier du fabricant1 dans la caisse du propritaire foncier1 dans les bureaux du commerant4 ,il dresse des plans de mobilisation pour la campagne conomique1 rpartit ouvriers et employs1 contrle les mthodes de travail2 il ne peut pas admettre le gaspillage de place1 de forces1 d'instruments de travail2 il se proccupe de la dpense de matires premires et de substances auxiliaires de provenance trangre2 il veille ce que ces matires et substances soient conomises ou remplaces dans la mesure du possible1 que leur rapprovisionnement soit assur1 qu'il en existe toujours une rserve suffisante et qu'elles soient rparties selon les besoins et les ncessits4 ,un nouveau principe nat1 celui de la protection des matires premires1 qui n'a rien de commun avec celui de la protection de l'industrie4 ,dans la consommation1 on doit accorder la prfrence aux matires premires de provenance intrieure1 alors mme que cela ne correspond pas aux calculs fonds sur les seuls intrts1 alors mme que le prix de revient de ces matires est plus lev3 des conomies ralises sur la fabrication1 des subventions ventuelles combleront la diffrence4 ,l'lasticit des industries1 et notamment leur facult d'extension et la possibilit de leur transformation en cas de guerre1 doivent tre souvent vrifies et ralises titre d'essai et d'preuve4 ,lorsque les sacrifices exigs par ces expriences sont trop grands1 dpassent une juste mesure1 il faudra encore avoir recours aux subventions et1 en dernier lieu1 la cration d'industries d'tat4 ,ainsi se trouve affect le principe de la libert conomique1 d'aprs lequel chacun serait libre de se procurer de l'argent ou du crdit1 de fonder une firme par un acte notarial et de disposer ensuite son gr de la quantit limite des instruments de travail et des moyens de travail disponibles1 de la main-d'oeuvre du pays1 des matires premires de provenance intrieure ou obtenues1 la suite d'changes1 de pays trangers1 voire d'utiliser les variations de change1 et tout cela en ne tenant compte que des conclusions subjectives1 telles qu'elles lui sont dictes par ses intrts1 qu'il tire de la situation telle qu'elle se prsente un moment donn4 ,sans doute1 capital1 main-d'oeuvre1 matires premires ne sont ni ne seront1 comme le voudraient les socialistes1 proprit collective2 mais ils seront soumis la protection collective4 #b4 ,lorsque l'poque des grandes luttes politiques et conomiques sera close1 le nationalisme conomique devra cder la place des conceptions plus rationnelles4 ,il ne faut pas exagrer l'importance de ce progrs1 car la priode de l'exaltation nationaliste 7et c'est en cela que pourrait consister sa mission historico-conomique7 apportera peut-tre la preuve qu'on peut1 grce une intensification correspondante de la technique1 rendre n'importe quel sol capable de fournir ses habitants1 dans des conditions conomiques avantageuses1 tous les produits ncessaires ou simplement dsirables4 ,s'il y avait dficit1 on pourrait le combler1 en changeant les produits dont le pays a le monopole contre ceux qui lui manqueraient4 ,les droits sur les exportations et les monopoles d'exportation remplaceront1 dans les futures ngociations entre tats1 les anciens droits sur les importations4 ,toutes ces mesures auront1 sans doute1 pour effet de dresser entre les pays des barrires qui nous paraissent aujourd'hui absurdes2 mais ces barrires auront des effets esthtiques incontestables1 en ce sens qu'elles opposeront une digue au nivellement1 la standardisation mcaniste des biens de consommation4 ,et de mme que le voyageur de jadis trouvait dans chaque pays1 dans chaque ville des fruits1 des gteaux1 des ustensiles1 des costumes et des constructions qui n'avaient leurs pareils dans nul autre pays et nulle autre ville1 de mme1 l'avenir1 les produits de chaque pays auront leur caractre local particulier1 et nous ne serons plus condamns subir la monotonie de produits identiquement pareils dans tous les pays et sous toutes les latitudes4 ,un jour viendra1 peut-tre1 o nos descendants loigns envisageront le retour au libre-change mondial avec plus de srnit que nous n'envisageons aujourd'hui l'isolement4 ,il n'en reste pas moins que nous devons tenir compte du fait que cet isolement nationaliste1 quelle que soit sa dure1 se fera sentir avec une force croissante et1 mme en tant qu'tat de transition1 ne manquera pas de modifier profondment la conception rgnante qui voit dans l'conomie une affaire prive4 ,les causes du nationalisme conomique1 dont nous voyons les dbuts1 sont videntes4 ,la guerre1 quelle que soit son issue1 ne satisfera les dsirs et ne compensera les sacrifices d'aucune des nations belligrantes4 ,aux anciennes causes de haine viendront s'en ajouter de nouvelles1 aggraves par les questions des dettes1 car il n'y a pas aujourd'hui deux peuples qui1 dans cette terrible preuve o sont engages toutes leurs forces1 n'aient pas quelque chose se reprocher rciproquement4 ,le nationalisme renat non seulement dans le domaine politique1 mais aussi1 et surtout1 dans le domaine conomique4 ,chacun reproche l'autre d'avoir labour avec ses boeufs1 de l'avoir combattu avec ses capitaux1 avec ses substances1 avec les richesses acquises sur son sol4 ,chacun se rend compte que la possession pure et simple1 la force conomique brutale auraient suffi1 sans le recours la guerre1 assurer1 au bout de quelques dizaines d'annes1 la supriorit celui qui la mritait4 ,chacun se demande3 comment des avantages aussi normes qu'on n'aurait jamais pu les souponner ont-ils pu tre obtenus sur le terrain conomique8 ,et chacun de rpondre3 j'y ai contribu pour ma part4 ,chacun prvoit que dans l'conomie isole il y aura plus d'une chose qu'il faudra payer plus cher1 qu'il faudra renoncer plus d'un avantage du commerce4 ,mais la guerre nous a habitus deux choses3 aux privations et aux grands nombres1 et l'on prfre perdre plutt que de vivre dans la crainte des bnfices pouvant tre raliss par d'autres et susceptibles d'tre pernicieux au point de vue politique4 ,alors mme que la conclusion de la paix comportera des promesses d'accords1 les hommes de mauvaise foi trouveront toujours des prtextes chicane4 ,chaque tat restera libre d'adopter des mesures sanitaires1 techniques1 administratives1 grce auxquelles villes1 pays1 ports1 canaux1 stations de charbon resteront ouverts aux amis et inaccessibles aux ennemis4 ,on n'aura mme pas besoin de recourir ces mesures1 car la haine de peuple peuple suffira largement tout4 ,nous sommes ainsi au seuil d'une poque o le nationalisme conomique1 sans peut-tre aboutir au trafic exclusivement intrieur1 n'en connatra pas moins une forte diminution des changes internationaux4 ,la balance du commerce et des paiements acquerra de ce fait une importance infiniment suprieure celle que1 pour d'autres raisons de principe1 on lui attribuait l'poque de l'ancien mercantilisme franais4 ,on verra natre une sorte de no-mercantilisme4 ,il n'est pas de pays qui1 s'il ne dtient pas des valeurs trangres1 productives de rente1 soit mme1 la longue1 de payer ses importations autrement qu'en marchandises1 car le montant total de ses moyens fiduciaires suffit peine rgler ses comptes d'un trimestre4 ,l'exportation n'est donc1 ni une fin en soi1 ni1 comme d'aucuns le croient1 un dfi conomique1 mais tout simplement un moyen de paiement de dettes4 ,ce n'est pas l'exportation1 mais l'importation qui constitue l'lment primaire et dcisif de l'activit conomique4 ,si1 pour une raison quelconque1 l'exportation tait contrarie1 alors que l'importation de produits indispensables se maintiendrait au niveau normal1 le pays serait oblig d'exporter ses valeurs et ses titres de proprit1 abandonnant ainsi peu peu des trangers la suprmatie conomique4 ,ce serait pour lui la dcadence4 ,la rgle valable pour les dpenses faites en objets de consommation et pour leur paiement s'applique galement au cas dont nous nous occupons3 je puis dterminer ce que j'ai besoin d'importer pour ma consommation2 quant aux produits que je dois exporter en change1 titre de paiement1 c'est l'autre qui en dcide4 ,cet autre est libre de refuser les marchandises que je lui offre1 parce que leur genre ou leur origine lui dplat2 il peut les dprcier1 en leur opposant des barrires douanires qui lsent le vendeur1 dans la mesure toutefois o il ne s'agit pas de produits dont celui-ci a le monopole4 ,plus efficaces encore que les barrires douanires sont les barrires cres par la chicane1 par les obstacles de toutes sortes destins entraver le commerce et les relations entre peuples1 par le sentiment national exalt qui fait prfrer1 mme un prix lev1 les produits du pays ceux de l'tranger4 ,mais la dprciation des moyens de paiement signifie le renchrissement des produits qu'on veut acheter1 et comme il s'agit gnralement de produits de premire importance et de premire ncessit1 le pays victime de ces manoeuvres se trouve plac dans une situation qui l'oblige produire moins conomiquement que les autres1 ce qui ne peut que diminuer davantage sa facult d'exportation4 ,c'est ainsi que1 comme il y a deux cents ans1 bien que pour des raisons diffrentes1 l'intrt de l'conomie nationale se trouve de nouveau concentr sur la balance commerciale4 ,guid par la tendance s'enfermer dans les limites de l'conomie intrieure1 tendance qui lui a t impose par les circonstances1 le no-mercantilisme place au centre de ses proccupations1 non plus l'exportation et l'acquisition d'or1 mais l'importation4 ,alors qu'il semblait naturel1 jusqu'en ces derniers temps1 que chacun ft libre d'acheter l'tranger1 pour importer dans son pays1 tout ce que bon lui semblait1 on commence aujourd'hui se rendre compte que chaque machine1 chaque perle1 chaque bouteille de champagne importes1 outre qu'elles servent nourrir la main-d'oeuvre trangre1 aux dpens de la fortune nationale1 ont encore pour effet de rendre plus difficile la future production collective1 puisque celle-ci1 au lieu de pouvoir produire ce qui lui convient1 ce qui lui parat utile et ncessaire1 est oblige de se conformer des indications trangres1 de travailler pour payer des dettes4 ,dans le cas extrme1 il peut arriver que des gens riches importent des marchandises de luxe en quantit telle qu'il en rsulte une vritable pnurie de substances alimentaires et de matires premires1 lorsque ce sont notamment ces substances et matires que l'tranger1 profitant de diffrences de changes1 exige en paiement4 ,de toutes ces considrations no-mercantiles dcoule la ncessit d'instituer1 ct de la protection agricole et industrielle1 ct de la protection des matires premires dont nous avons parl plus haut1 une surveillance gnrale de l'importation1 surveillance qui doit s'tendre toutes les marchandises non indispensables ou pouvant tre remplaces1 tous les produits dont les succdans plus ou moins approchs peuvent tre fabriqus dans le pays1 mais surtout tous les articles de luxe4 ,nous avons parl plus haut des avantages esthtiques de l'conomie rduite ses ressources intrieures4 ,nous devons maintenant1 propos du contrle de l'importation1 signaler1 au contraire1 un inconvnient esthtique qui sera particulirement sensible pendant la priode de transition4 ,si dj de nos jours les produits de consommation artificiels sont1 l'exception des produits techniques1 d'une fabrication dfectueuse et d'un got plus que douteux1 et cela pour des raisons que nous avons numres prcdemment1 nous assisterons trs vraisemblablement1 dans un proche avenir1 la naissance d'une conomie fonde sur la fabrication d'articles bon march1 de produits succdans1 d'imitations trompeuses auxquelles manqueront la navet et l'absence de prtentions de l'conomie purement domestique4 ,mais ici encore nous devons avoir confiance dans la bonne volont des hommes et dans le bon sens national et esprer que1 par une adaptation progressive1 la ncessit fera natre une vertu ayant une tonalit et une caractristique nouvelles4 #c4 ,aucun des effets loigns de la guerre1 y compris les transformations politiques1 n'galera en importance le dplacement de fortunes qui se sera effectu dans chaque pays et l'appauvrissement temporaire des nations europennes4 ,nous avons dj parl des consquences sociales de la guerre4 ,cette fois nous nous trouvons de nouveau en prsence du problme conomique de la formation de capitaux1 formation que rendront difficile et la naissance de toute une catgorie de rentiers d'tat1 et les pertes en main-d'oeuvre et en intelligences1 et les obstacles auxquels se heurteront les relations internationales et les troubles qui ne pourront que s'aggraver et crotre l'intrieur de chaque tat4 ,la ncessit d'un effort de travail plus prolong et plus soutenu apparatra avec vidence1 mais cet effort a des limites4 ,ce qui importe davantage et est plus dsirable1 c'est l'augmentation du rendement dans l'utilisation de la main-d'oeuvre1 des matires premires1 des instruments de travail1 des mthodes conomiques et des capitaux4 ,toutes ces questions1 y compris en partie la dernire1 n'taient rsolues jadis que conformment l'intrt personnel de chacun et au principe de la libre concurrence1 et il devait en tre ainsi1 tant que l'augmentation du bien-tre dpassait les exigences et besoins possibles de chacun4 ,mais comme aujourd'hui la puissance nationale dpend plus que jamais de l'quipement matriel et que le degr de cet quipement1 abstraction faite du bien-tre momentan1 dpend1 son tour1 de la concurrence entre les ,puissances1 telle qu'elle s'est manifeste au cours de la guerre1 la reconstitution et l'augmentation de la richesse nationale ont acquis une importance politique dont la responsabilit incombe l'tat4 ,l'intervention de l'tat devra se produire soit l o1 grce des circonstances particulirement favorables1 la libre concurrence n'a pas encore ralis l'extrme tension des efforts1 soit dans les cas o les forces individuelles ne suffisent pas transformer le cycle conomique1 soit enfin dans les cas o l'intrt momentan de l'individu se trouve en opposition avec l'intrt permanent de la collectivit4 ,il importe tout d'abord d'prouver1 au point de vue de leur rendement utile1 les exploitations techniques et agricoles4 ,des tablissements vieillis1 gaspilleurs de forces1 de matires et de travail1 peuvent tre moderniss ou1 lorsque leur transformation n'est pas possible1 ils devront tre ferms et abandonns4 ,les sources de production de forces devront tre centralises4 ,des syndicats seront soumis au contrle3 s'ils servaient entretenir artificiellement1 au prjudice des consommateurs1 des industries parpilles1 mal situes1 mal administres1 on pourrait les obliger leur retirer leur appui4 ,on pourra fonder des unions qui seront responsables de la consommation conomique des matires premires et de toutes les rcuprations possibles4 ,quant aux petites industries qui manquent d'installations perfectionnes1 elles pourront tre groupes en associations4 ,plus importante et plus difficile que l'organisation d'entreprises individuelles est la transformation1 dans le sens d'une plus grande efficacit1 de l'ensemble des mthodes et usages qui sont entrs profondment dans les habitudes du consommateur4 ,qu'un cigare ou une pingle cheveux augmente d'une partie ou plusieurs fois de sa valeur1 avant d'arriver du producteur au consommateur1 c'est l une chose indiffrente en elle-mme4 ,ce fait n'a pas d'importance1 mme lorsqu'il s'agit d'un tissu1 pour autant qu'il ne sert pas la satisfaction essentielle d'un pauvre4 ,en ce qui concerne les marchandises de luxe1 ce renchrissement est mme dsirable1 en tant que moyen de restreindre leur consommation4 ,mais il importe essentiellement1 au point de vue de l'intrt gnral1 que des milliers de cerveaux et de bras ne soient pas affects cette besogne inutile qui consiste suivre les marchandises dans leur trajet1 perdre le temps attendre1 faire la rclame1 ranger1 voyager1 palabrer1 persuader4 ,il importe que des milliards du patrimoine national ne soient pas accumuls improductivement et inutilement1 dans d'innombrables magasins de gros1 de demi-gros et de dtail4 ,on consommerait peut-tre moins de tabac1 si chaque coin de rue deux employs insuffisamment occups n'attendaient pas le client dans des boutiques et des magasins coteux1 dont le parquet pourrait tre recouvert tous les ans d'une nouvelle couche d'argent reprsentant leur prix de location4 ,on vendrait peut-tre moins de savons et de papier lettres1 si l'acheteur devait faire deux cents pas de plus pour s'en procurer4 ,le commerce de tissus en dtail serait peut-tre plus fatigant1 si telle boutiquire tait oblige de visiter deux fois par an un dpt de gros1 au lieu de recevoir deux fois par semaine la visite d'un voyageur loquace4 ,il est possible que des dames trouvent redire1 en constatant une diminution sensible des nouveaux modles d'toffes qui taient autrefois lancs sur le march en nombre illimit et dont une bonne moiti1 refuse par le public1 devait tre vendue bas prix1 ce qui avait pour rsultat de grever d'autant la consommation normale4 ,il est possible que la concurrence par la rclame1 rige en systme et portant1 somme toute1 sur des articles de consommation exactement identiques1 trouve une compensation aux millions dpenss cet effet dans une lgre augmentation de la vente3 cette question et beaucoup d'autres du mme genre concernent les intrts particuliers1 mais n'ont rien voir avec ceux de la collectivit4 celle-ci il importe avant tout de sauver et d'pargner les forces de travail et les capitaux de la nation4 ,elle aura dcider si des coopratives de producteurs1 de marchands et de consommateurs1 si des ententes sur la limitation des modles1 sur des dpts collectifs1 sur la normalisation du crdit1 si la rationalisation des centres du commerce de dtail1 la fixation de la dure moyenne du travail et des bnfices moyens ne seraient pas de nature modifier les mthodes et usages commerciaux du pays1 de faon rendre productives des forces innombrables1 empcher la multiplication de dpts1 la perte et le renchrissement des marchandises4 ,le droit que possde la collectivit de disposer des forces ouvrires du pays peut tre tendu4 ,aujourd'hui1 tout homme ais est libre de vivre sans travailler1 c'est--dire de se faire nourrir par la socit1 en se contentant tout simplement de payer les services qu'il reoit2 il est libre1 sans possder aucun don ni titre spcial1 d'embrasser telle carrire librale et1 sous le prtexte qu'il occupe une situation sociale leve1 il peut mener une vie oisive que ne justifie mme pas son penchant la mditation4 ,plus que cela3 chacun est libre de soustraire au pays autant de main-d'oeuvre qu'il juge convenable et1 pourvu qu'il la paie1 de l'employer dans telle ou telle industrie1 sans que personne s'occupe de savoir si celle-ci est utile ou superflue2 et1 lorsqu'il s'est suffisamment enrichi1 il peut encore soustraire la rserve de main-d'oeuvre du pays autant de travailleurs que bon lui semble1 pour son service personnel4 ,dans les cas d'urgence1 ces usages devront1 eux aussi1 tre examins de prs et subir des restrictions4 ,en revanche1 il faudra sans retard supprimer les anomalies qui rsultent de la libre circulation des capitaux4 ,on entend par l le droit que chacun possde aujourd'hui de placer sa part de la fortune nationale l'intrieur ou l'tranger1 selon ses convenances4 ,il rsulte de ce droit que particuliers1 tablissements de crdit et socits industrielles sont libres1 en ne tenant compte que de la situation du march du capital1 de vendre et d'acheter leur convenance des valeurs intrieures ou trangres1 sans autre contrle que celui d'une scurit juge suffisante et d'un examen politique superficiel des relations existant entre le pays auquel appartient le prteur et le pays tranger emprunteur4 ,lorsque ce dernier passait quelques commandes industrielles au pays prteur1 on ne songeait pas que le bnfice pouvant en rsulter ne se traduisait que par une diminution infime du prix d'achat des titres1 et l'on ne voyait nul inconvnient ce que le pays bnficiaire de l'emprunt fondt avec le capital mis sa disposition une industrie susceptible d'enrichir ses ouvriers et employs1 de favoriser ses productions1 au prjudice peut-tre du pays prteur4 ,on tait1 au contraire1 content1 parce que le capital ainsi soustrait l'conomie nationale rapportait un intrt lgrement suprieur celui qu'il aurait rapport1 s'il avait t plac dans le pays mme4 ,en rflchissant bien aux conditions qui prsident la formation de nouveaux capitaux1 on arrive la conclusion que les placements ne doivent pas tre subordonns la seule considration du taux d'intrt4 ,il faut galement tenir compte des besoins conomiques gnraux du pays1 besoins qui trouvent leur expression dans le niveau de la rente2 et ce niveau doit tre envisag d'une faon gnrale1 car si on ne tenait compte que de chaque cas en particulier1 une banque de spculation apparatrait comme un des besoins les plus urgents du pays4 ,quant l'exportation de capitaux1 elle ne devrait jamais tre une question de taux d'intrt2 mais1 subordonne des compensations politiques et conomiques des plus srieuses1 elle ne devrait tre autorise par les autorits politiques que dans des cas exceptionnels4 la place de la libre protection des capitaux1 il faut mettre la protection du capital national4 #d4 ,le dplacement des fortunes qui s'est produit la suite de la guerre trouve son expression dans l'accroissement de la dette publique4 ,des revenus dont le total gale celui de l'pargne nationale doivent tre fournis pour tre remis aux porteurs de rente qui1 de leur ct1 contribuent constituer ces revenus4 ,en d'autres termes3 le montant total de l'pargne passe entre les mains de l'tat qui lui assigne une nouvelle rpartition4 ,il va sans dire que des revenus de cette importance ne peuvent plus tre obtenus par les moyens en vigueur jusqu' ce jour4 ,qu'on ait recours une confiscation partielle des fortunes1 des impts sur les successions1 des monopoles1 des impts sur la rente1 sur les changes et la production1 ou tous ces moyens financiers la fois1 on aboutira au mme rsultat3 l'branlement du principe de la fortune prive4 ,la conviction se fait de plus en plus jour que l'tat n'est pas le pensionnaire des particuliers1 envers lequel on est quitte1 quand on lui a abandonn quelques sous1 mais que c'est lui qui dispose de la fortune et des revenus de ses membres1 selon des besoins dont lui seul est juge4 ,si1 de plus1 l'tat1 aprs avoir opr la confiscation partielle des fortunes ou constitu des monopoles1 devient le propritaire et l'administrateur d'innombrables intrts particuliers dont il peut1 s'il le juge utile1 remettre la gestion des institutions mi-officielles ou d'un caractre conomique mixte1 la dernire barrire qui sparait l'conomie prive de la chose de l'tat se trouve supprime2 et de mme que toutes les activits matrielles1 l'activit conomique devient une fonction directe ou indirecte de l'tat4 ,seules la dure et l'issue de la guerre dcideront des dlais dans lesquels seront effectues les transformations que nous envisageons ici et leur tendue4 ,nous sommes partis de ce point de vue qu'elles ne doivent tre considres que comme des phnomnes prparatoires1 car un phnomne extrieur1 soumis aux conditions du temps1 quelle que soit son ampleur1 peut bien agir comme facteur d'acclration1 de prparation1 de dclanchement1 mais est impuissant transformer le coeur humain4 ,or1 les grands progrs de l'humanit rsultent surtout de changements intrieurs1 obissent aux mouvements des lois dernires4 ,s'il est une puissance soumise la volont et ayant ses racines dans les profondeurs les plus intimes de l'me humaine1 c'est la connaissance4 supposer que celle-ci soit1 son tour1 une illusion1 qu'au lieu de possder une force motrice1 stimulante1 elle suive seulement1 telle une harmonie d'accompagnement1 le mouvement existant de toute ternit1 notre devoir ne s'en trouve nullement modifi3 nous devons1 dans la simple association harmonique1 chercher la clart de la connaissance1 avec la mme libert et le mme sentiment de responsabilit que si notre voix fournissait la note principale4 tant admis que les suites de la guerre1 quelque favorables ou graves qu'elles soient1 seront autant de phnomnes prparatoires1 leur tendance assurer l'tat une prdominance crasante sur la volont des individus ne pourra trouver sa ralisation que dans l'tat populaire1 car une pareille puissance1 d'un ct1 une pareille subordination1 de l'autre1 ne peuvent pas exister dans un tat divis en classes1 mais sont seulement possibles dans un tat o c'est le peuple lui-mme qui la fois commande et obit4 ,ce serait commettre une suprme injustice et assumer la plus formidable responsabilit que de permettre1 la manire orientale1 des castes hrditaires de s'arroger une puissance quasi-divine et de rclamer1 au nom de la divinit1 des sacrifices jets en pture aux prtres4 ,nous avons reconnu que l'tat populaire constitue pour l',allemagne une ncessit actuelle et inluctable4 ,nous avons analys les aptitudes pratiques des ,allemands et1 en premier lieu1 leurs aptitudes ngatives4 ,nous avons expos les suites immdiates de la guerre et ses suites loignes1 et nous avons constat que tout ce qui paraissait en repos devenait mobile4 ,avant d'aborder la dernire partie de notre tche politique1 savoir l'examen des dcisions et mesures propres contribuer la ralisation du but1 nous devons faire une rserve que beaucoup trouveront singulire et qu'il nous sera cependant facile de justifier3 nous dirons notamment que1 malgr son apparente simplicit1 cet examen1 d'ordre purement pratique1 n'a nos yeux rien de dcisif4 ,nous irons mme plus loin et nous essaierons de discuter1 chemin faisant1 quelques-uns des principes politiques les plus anciens1 les plus populaires et les plus fondamentaux4 ,lorsque quelqu'un dsire planter une fort1 il choisit une situation saine et un sol appropri4 ,il adapte aux conditions locales les essences cultiver et se garde bien de planter dans une marche des oliviers et des cyprs4 ,il charge un personnel forestier comptent de protger les arbres contre les plantes nuisibles1 d'assurer les rserves et une exploitation rgulire4 ,il abandonne le reste la lumire et au soleil1 la pluie et la gele et1 sans intervenir dans la lutte entre plantes et insectes1 entre troncs et cimes1 il laissera se former le dme de verdure dont jouiront ses enfants et ses petits-enfants4 ,lorsque quelqu'un porte la responsabilit d'un certain nombre d'entreprises conomiques1 il s'appliquera leur dblayer le terrain1 leur poser des buts1 leur inculquer les principes qui lui paraissent importants1 conomie ou exploitation en grand1 exploitation intensive ou extensive1 mais jamais il n'interviendra1 sans ncessit urgente1 dans les ramifications de l'difice dont il a confi l'organisation des administrations comptentes4 plusieurs reprises1 nous avons parl de l'atmosphre de l'tat1 en l'opposant ses institutions rigides4 ,cette atmosphre est faite d'impulsions volontaires1 de convictions1 d'apprciations1 d'attitudes du peuple4 ,c'est sous sa pression qu'institutions et lois primes disparaissent1 tandis que d'autres se remplissent d'un contenu nouveau et que d'autres encore voient le jour pour la premire lois4 ,elle n'est cependant pas produite elle-mme par les institutions qui le plus souvent ne peuvent que la contrarier et l'assombrir4 ,c'est une erreur de croire que les institutions rpondent une ncessit unique3 une entreprise1 qui perd le chef qui l'a cre1 peut1 sous son successeur1 tre oriente dans des directions nouvelles2 la tempte a abattu la branche principale d'un arbre3 la branche secondaire se dveloppe1 jusqu' devenir son tour une branche principale2 un tat vaincu dans une guerre voit se dresser devant lui des tches nouvelles et surgir des organismes nouveaux4 ,la force vitale et le monde extrieur forment les conditions ncessaires2 le contenu de la conscience et la volont exercent une action dcisive2 quant la structure et la croissance1 elles peuvent bien s'effectuer dans plusieurs directions1 mais conduisent toujours au but fix par le destin4 ,c'est pourquoi on se trompe1 lorsqu'on considre comme des phnomnes primaires et dcisifs certaines formes de gouvernement prtendues fondamentales3 aristocratie et dmocratie1 parlementarisme et absolutisme4 ,quand quelqu'un me demande si je suis aristocrate ou dmocrate1 il me fait le mme effet que s'il me demandait si je suis raliste ou nominaliste1 au sens de la philosophie scolastique3 je ne puis lui opposer que le non1 non6 vdique4 ,une dmocratie radicale peut se rvler comme un absolutisme dissimul ou une oligarchie ploutocratique2 un gouvernement absolu peut se manifester sous la forme d'une domination effrne1 peine voile1 de la multitude4 ,chacune de ces catgories1 rduite sa forme la plus pure1 devient totalement absurde3 jamais un individu ne peut possder la totalit de la puissance1 moins d'tre infini2 jamais le demos ne saurait gouverner1 au sens propre du mot1 moins de cesser d'tre le demos4 ,les institutions des tats civiliss1 malgr les diffrences de noms et de formes extrieures1 se ressemblent plus qu'on ne le croit1 quant la composition de leurs quilibres complexes2 elles ne diffrent que par l'esprit qui les anime4 ,on peut dire1 d'une faon gnrale1 que les institutions mrissent1 mesure qu'elles s'loignent de leurs origines3 les rpubliques1 en devenant conservatrices2 les monarchies1 en devenant librales4 ,il suffirait d'une forte et profonde conviction du peuple allemand pour que toutes les exigences de l'tat populaire en voie de formation soient satisfaites1 et cela sans qu'il y ait besoin de changer une seule ligne du droit crit1 y compris le droit lectoral prussien4 ,si l'appel la responsabilit et la libert qui inspire ce livre pouvait1 repris et intensifi par mille voix plus fortes que la ntre1 pntrer jusqu'au coeur des ,allemands1 ceux que n'anime que l'esprit de parti en prouveraient une frayeur tellement forte qu'ils en oublieraient tous les intrts matriels particuliers et qu'on verrait aussitt surgir1 indpendamment de toute gomtrie et arithmtique lectorales1 les hommes qui conviennent la nouvelle situation1 en mme temps que se raliseraient les ides en rapport avec cette situation4 ,les partis1 s'ils continuaient d'exister1 ne seraient plus alors ce qu'ils sont aujourd'hui1 c'est--dire des associations d'intrts faisant figurer sur leur programme une excuse phrasologique1 mais des oppositions naturelles portant sur les modalits de ralisation d'un idal commun4 ,je me rends bien compte que ce que je viens de dire concernant le peu d'importance des formes de gouvernement1 constitue un fort argument pour ceux qui1 par paresse ou par inertie1 se contentent de ce qui existe4 ,mais je l'ai dit sans hsitation1 car je suis plein de confiance dans la force juvnile de notre peuple qui vient de subir de nouvelles secousses et de nouvelles preuves1 qui attache plus d'importance au vin qu'aux outres qui le contiennent1 mais qui n'en jugera pas moins utile de rparer quelques-uns des rcipients par trop uss1 sans quoi trop de vin s'vaporerait sans profit pour personne4 ,arrire donc1 les spectres redouts de la dmocratie et du parlementarisme1 de l'oligarchie et de l'absolutisme6 ,l'absolutisme le plus rigoureux est encore de la dmocratie1 bien que sous des formes fausses4 ,le dynaste absolu a le pouvoir et le droit de fouler aux pieds et d'craser tous ceux qui tombent sous son regard4 ,mais ceux qui ne sont pas crass 7et tous ne peuvent pas l'tre71 le dominent et se servent de lui pour dominer1 en observant1 il est vrai1 certaines formes byzantines4 ,l'absolutisme est la domination exerce par une partie du peuple sur l'autre1 et cette dmocratie partielle prsente des gradations qui vont jusqu' la domination fodale ou ploutocratique des monarchies constitutionnelles4 ,qu'on ne dise pas que la personne du dynaste constitue dans une certaine mesure un troisime pouvoir1 ayant les apparences de l'indpendance4 ,c'est seulement aux moments dcisifs de la guerre et de la paix que cette personne peut affirmer librement son pouvoir1 pour le bonheur ou le malheur de son peuple2 mais la structure de l'tat moderne est tellement complique que ce troisime pouvoir se trouve dans l'impossibilit d'exercer une activit durable1 alors mme qu'il serait l'incarnation permanente du gnie de l'indpendance4 ,jadis1 le monarque pouvait bien pratiquer la troisime politique qui tait celle de sa maison ou de l'glise ou d'un tat tranger1 ou encore la politique conforme aux principes qui lui ont t inculqus par l'ducation3 aujourd'hui1 il est un instrument dont une partie du peuple se sert pour dominer l'autre4 ,il n'en va pas autrement dans une oligarchie qui1 elle aussi1 ne peut affirmer et imposer son ploutocratisme que si elle a des partisans2 elle doit avoir derrire elle une partie du peuple qu'elle croit dominer1 mais qui1 en ralit1 la domine1 si elle veut pouvoir asservir la masse restante4 ,la dmocratie1 comme principe pur1 est galement impossible1 sauf pendant ces rares et courtes priodes de transition o une plbe1 au fond oligarchique1 domine le peuple1 alors que l'autorit traditionnelle a subi une clipse momentane4 ,s'il existe en gnral des formes de gouvernement fondes sur l'ordre1--et sans l'ordre aucun tat civilis de nos jours ne saurait se maintenir1 mme pendant quelques mois1--ce n'est pas le peuple qui est capable d'en assurer le fonctionnement4 ,il ne lui reste qu' remettre ses pouvoirs d'autres1 notamment des hommes de confiance1 et1 ce faisant1 il cre un pouvoir oligarchique ou absolutiste auquel il est oblig1 bon gr mal gr1 d'accorder les droits les plus tendus sur lui-mme4 ,et alors surgissent ces nombreux inconvnients qui apparaissent nous autres ,allemands comme spcifiquement dmocratiques et nous inspirent la plus profonde antipathie pour ce principe illusoire4 ,le peuple peut1 aussi souvent qu'il le veut1 troubler ses hommes de confiance dans leur travail professionnel1 les fatiguer par des contrles incomptents1 les rvoquer mal propos1 confier des emplois des favoris incapables4 ,la lutte pour le pouvoir commence et ne tarde pas devenir effrne4 ,on assiste de bruyantes campagnes lectorales1 avec corruption des lecteurs qu'on paie avec de l'argent acquis galement par la corruption4 ,savants et hurleurs1 aventuriers et richards1 avocats1 journalistes1 spculateurs et gnraux se disputent le pouvoir et l'argent4 ,peu nous importe que les mmes choses1 sous d'autres noms1 puissent se produire galement dans les monarchies3 renversement incessant de ministres1 dilettantisme1 troubles apports la continuit gouvernementale1 intrigues1 servilit1 bluff1 corruption1 camarilla1 prdominance militaire1 justice de classe et autres vices du mme genre4 ,peu nous importe que des dynastes exceptionnels soient capables d'endiguer1 dans une certaine mesure1 ces vices ou que de bonnes dmocraties1 comme celles de la ,suisse1 des ,pays-,bas1 du royaume de ,sude1 des villes hansatiques et de beaucoup d'administrations communales allemandes russissent les rprimer4 ,ces choses reprsentent1 non la forme1 mais le fond1 les traits spirituels des peuples chez lesquels elles se manifestent4 ,ce qui nous intresse1 c'est ceci3 la dmocratie reprsente1 elle aussi1 non le gouvernement du peuple par le peuple1 mais celui d'une partie du peuple par l'autre3 le plus souvent de la population rurale par la population des villes1 de la population pauvre par la population riche1 de la population non instruite par la population mi-instruite et se disant civilise4 ,les diffrences1 si profondes en apparence1 qui existent entre les diverses formes de gouvernement sont donc tout fait superficielles4 ,si leurs formules et leurs rites diffrent1 leurs vertus et leurs vices se ressemblent2 elles peuvent tre bonnes ou mauvaises1 fortes ou faibles1 mais elle se ressemblent toutes par la scission du peuple en une masse domine et une masse dominante4 ,comme une nouvelle reprsentation acquiert plus de nettet et se grave davantage dans les esprits1 lorsqu'elle est attache un vocable nouveau1 nous donnerons le nom d'organocratie la forme de gouvernement laquelle doit prtendre l'tat populaire1 que cette forme prsente les apparences extrieures de la dmocratie ou celles de la monarchie dynastique4 ,mais nous ferons aussitt remarquer que1 mme la lumire de cette nouvelle notion1 ce n'est pas la lettre qui doit dcider1 mais l'esprit populaire4 ,cette notion signifie cependant1 non l'tablissement d'un quilibre de repos entre les masses dominantes et les masses domines1 mais le mouvement organique de la vie dans un va-et-vient incessant des esprits et des forces4 ,chaque membre de la nation doit tre appel dominer et servir la fois1 assumer simultanment ou tour tour des responsabilits et des charges4 ,on ne doit laisser nulle part l'esprit se dgrader et se consumer4 ,tout homme dou d'aptitudes suffisantes a le droit de prtendre l'instruction et un travail adapt ses aptitudes4 ,il doit rgner1 non une galit de droits et de devoirs1 mais une galit d'accs aux uns et aux autres4 ,le choix doit reposer1 non sur la faveur1 mais sur la vocation4 ,sans gouverner ni rgner1 le peuple n'en forme pas moins la source toujours renouvele o se recrutent ceux qui gouvernent et qui rgnent1 l'exception de la monarchie enferme dans l'isolement de son cadre hrditaire1 bien que rien ne doive s'opposer ce qu'elle renouvelle sa race par le mlange de sang sain emprunt au peuple4 ,des avantages hrditaires subsisteront toujours1 car manires de penser1 expriences1 culture et dons peuvent se transmettre hrditairement4 ,mais1 pour tre efficaces1 ces avantages auront besoin d'une preuve1 vu qu'il ne suffit pas que quelqu'un appartienne telle ou telle souche1 pour qu'on soit autoris conclure qu'il possde soit des vertus et des dons1 soit des vices et des dfauts hrditaires4 ,l'instruction et l'ducation du peuple constitueront la tche la plus importante2 le choix judicieux et le dveloppement de tout don naturel seront la base de tout le travail social4 ,la religion et l'art jouiront de la protection de l'tat1 sous la rserve du libre dveloppement de leurs doctrines4 ,personne n'aura le droit d'utiliser les biens spirituels de la nation pour l'assujettissement d'individus ou de classes4 ,l'objection d'utopisme que nous sommes sr de voir nous opposer sur ce point1 ne peut jamais tre rfute dialectiquement4 ,celui qui est habitu dans la vie prendre et raliser des dcisions soulevant des critiques et donnant lieu toutes sortes de prdictions1 sait que l'implacable impossible6 a toujours t oppos toute ide pleine de promesses et d'espoirs4 ,plans chimriques1 champ trop vaste1 grandiose1 mais irralisable3 tels sont les clichs des principales objections striles qui ont touff plus d'une dcision4 ,on peut donc se demander sous la rserve de quel accueil il est permis de lancer dans le monde quelque chose de fort et de bon4 ,ce ne peut tre sous la rserve d'un consentement gnral1 car chacun ne donne son consentement qu' ce qui lui est familier2 or1 s'il n'y a que son exigence qui lui soit familire1 elle est fausse1 car1 si elle ne l'tait pas1 elle serait ralise depuis longtemps1 par le consentement unanime4 ,et c'est ainsi que les qualifications mprisantes que nous avons cites plus haut ont toujours exprim le salut que le monde adressait tout ce qui est bon1 et ceux qui ont cherch raliser quelque bien en savent quelque chose4 ,aussi peut-on dire1 sans risque de se tromper1 que ce qui n'est pas accueilli par ce salut est dpourvu de valeur4 ,je sais bien que l'inverse de cette proposition n'est pas toujours vrai3 il y a des plans qui paraissent chimriques et qui le sont effectivement4 ,il vaut cependant la peine1 lorsque1 dfaut de preuves1 on possde la certitude interne1 de justifier cette certitude qui puise dans quelques expriences la force de ne pas plier le genou au premier cri d'alarme3 utopie6 ,sans doute1 nous n'avons aucun moyen de prouver la possibilit de fonder un tat qui1 tel un organisme vivant1 attire lui les forces les plus nobles de toutes les couches du peuple et s'impose la tche de former avec ses soixante millions d'habitants un ensemble de gnies1 de talents et de caractres qui soit de nature clipser les moissons napoloniennes2 d'un tat qui1 malgr les diffrences de dons et de devoirs humains1 ne se compose que d'hommes libres1 dcidant eux mmes de leur sort4 ,mais si les preuves de cette possibilit nous manquent1 nous avons du moins des analogies4 ,de toutes les grandes et florissantes formations humaines1 se renouvelant elles-mmes d'une faon organique1 je n'en citerai et n'en examinerai qu'une3 l'arme prussienne4 ,qu'il ne suffise pas d'avoir la vocation pour se voir accorder libre accs dans cet organisme1 c'est ce que tout le monde sait1 et nous ne nous appesantirons pas l-dessus4 ,ce qui nous intresse ici1 c'est la slection libre et indpendante qui s'y opre depuis le grade de lieutenant jusqu' ceux d'officier d'tat-,major1 de commandant de rgiment et de gnral de brigade4 ,au-dessus de ces grades1 la slection s'effectue d'aprs des principes diffrents dont nous n'avons pas nous occuper4 ,on connat le systme d'preuves et d'observations auxquelles sont soumis les futurs officiers1 ainsi que le systme qui prside leur formation acadmique1 pratique et technique4 ,chacun se rend compte que1 grce cette formation1 ce sont presque uniquement les meilleurs et les plus forts qui sont appels assumer des responsabilits dcisives1 tandis que les inaptes sont limins et que les mdiocres sont chargs de tches moyennes4 ,comme le principe fodal a dj pu jouer librement lors du premier choix des admissibles1 assurant ainsi d'avance une unit morale et intellectuelle du futur corps d'officiers1 la slection ultrieure s'effectue indpendamment de toute considration de classe2 elle est1 quelque bizarre que cela puisse paratre1 dmocratique1 mais non au sens dtourn du mot4 ,nous voulons dire par l qu'au lieu d'tre fonde sur le principe de l'lection la majorit des voix1 cette slection est organise de telle sorte qu'une catgorie de suprieurs se complte et se renouvelle constamment1 en appelant dans son sein1 la suite d'un choix judicieux1 des reprsentants d'une catgorie de subalternes qui jouit des mmes privilges qu'elle2 et1 ce qui est le plus important1 elle le fait sans aucune pression du dehors1 sans accorder le monopole l'anciennet et sans limiter la concurrence des dix mille candidats une fois admis4 ,mme sous les deux rois non militaires1 ,frdric-,guillaume ,,ii et ,frdric-,guillaume ,,iv1 l'esprit de l'arme s'tait maintenu intact2 le corps est si sain1 la mthode si parfaite1 que la croissance organique se poursuit1 alors mme que la cime de l'arbre est entame4 ,avant de clore cette brve analyse critique de quelques principes politiques fondamentaux1 examinons rapidement l'essence du parlementarisme1 car1 malgr la dfaveur dont jouissent les reprsentations nationales dans tous les tats1 elles vont se trouver en prsence de tches nouvelles et importantes4 ,des runions d'tats qui1 primitivement1 n'avaient pour toute attribution que le vote et la rpartition des impts1 sont devenues1 par la substitution de la raison d'tre1 des assembles lgislatives et1 dans les tats parlementaires1 des assembles gouvernementales4 ,de l'poque o elles ne reprsentaient que des intrts locaux et professionnels1 elles ont conserv le mode d'lection1 devenu absurde et nuisible1 ayant pour noyau la circonscription1 ce qui supprime les minorits1 morcelle le pays en d'innombrables atomes qui en donnent une fausse reprsentation et enlvent l'acte lectoral toute signification4 ,l'activit des ,parlements1 telle qu'on se la reprsente1 se manifeste dans le transfert des pouvoirs3 le peuple transfre le pouvoir lgislatif1 dans la mesure o il en dispose1 une assemble1 laquelle1 dans le systme parlementaire1 transfre1 son tour1 le pouvoir lgislatif un ministre4 ,thoriquement1 il existe entre le pouvoir lgislatif et le pouvoir excutif une sparation nette2 mais1 en ralit1 il est difficile de les sparer1 tant donn que1 d'une faon gnrale1 c'est le gouvernement qui a l'initiative en matire de lgislation1 alors que la reprsentation nationale intervient constamment dans les affaires de l'excutif par son vote et son contrle4 ,dans les deux cas1 les ,parlements ont le droit de critique et d'opposition1 ce qui1 le plus souvent1 ne fait que gter les projets de lois et troubler l'administration4 ,les ,parlements sont cependant indispensables pour beaucoup de raisons dont une1 d'ordre mcanique1 saute aux yeux3 ils assurent la publicit et le contrle des actes gouvernementaux1 et cela en vertu d'un certain accord extrieur avec une forte partie de l'opinion publique4 ,c'est l une fonction ncessaire1 mais le mme effet pourrait tre obtenu par d'autres moyens1 plus simples4 ,nous apercevons la vritable raison de la ncessit des ,parlements1 lorsque1 faisant abstraction de toute phrasologie thorique1 nous observons leur mode d'activit pratique1 sur des exemples emprunts des tats parlementaires4 ,la destination prsume des ,parlements est de servir d'agences de consultation3 le peuple1 reprsent en raccourci et comme dans une sorte de rsum1 s'occupe de ses affaires4 ,en ralit1 tel n'est jamais et nulle part le cas4 ,il y a bien la miniature du peuple1 sous la forme d'une image arithmtique plus ou moins exacte4 ,cette image arithmtique d'intrts grossirement bauchs se condense en majorits et forme ainsi une sorte de filtre primitif dont on dit qu'il laisse passer les propositions de lois rpondant la volont et l'intrt de la majorit nationale du moment4 ,ceci encore est une fiction1 tant donn que1 d'une faon gnrale1 la part du peuple dans l'laboration de propositions de lois est nulle2 de nouvelles lections1 conscutives une dissolution du ,parlement1 donnent souvent une image modifie1 mais1 dans sa composition1 la majorit du ,parlement concide rarement avec celle du peuple1 pour autant que1 dans les questions concrtes1 il est encore permis de parler de majorit populaire4 ,il existe donc une certaine image arithmtique1 bien que le plus souvent inexacte1 et cette image manifeste son action par le vote4 ,mais on ne peut pas dire qu'elle dlibre et labore4 ,le ,parlement parle4 ,le discours est une recommandation ou une protestation1 une critique1 un expos de motifs ou une thorie1 mais il ne se propose nullement de convaincre les collgues4 ,il est considr comme une dmonstration politique et est destin agir sur le gouvernement1 sur l'opinion publique ou sur les lecteurs4 ,c'est seulement dans des cas exceptionnels qu'on voit1 dans les pays latins1 la sincrit l'emporter sur le calcul2 chez nous1 ce phnomne s'observe dans les instants de grand enthousiasme4 ,mais si le ,parlement ne dlibre1 ni ne travaille1 s'il se contente de parler et de voter1 comment se fait le travail parlementaire8 ,il est accompli par trois organisations semi-officielles3 le parti1 la fraction1 les commissions4 ,dans les pays de rgime parlementaire1 il y a une commission principale et permanente qui1 sous le nom de cabinet1 est charge des soins du gouvernement4 ,dans les pays constitution mi-parlementaire1 les commissions dlibrent avec le gouvernement et dans leur propre sein1 moins que les chefs de partis ne rglent les affaires dans des entretiens personnels4 ,le ,parlement apparat ainsi1 non comme la reprsentation solidaire et le lieu des dlibrations du peuple1 mais comme une ,bourse des partis1 tant bien entendu qu'il s'agit1 non de la dfense d'intrts personnels et matriels1 mais d'un compromis gnral entre des intrts diffrents ou opposs1 obtenu la suite de pourparlers et de discussions1 comme lorsqu'on traite une affaire4 ,ceux des reprsentants du peuple qui1 abstraction faite de discours d'occasion et de harangues lectorales1 n'exercent aucune activit dfinie dans les organisations intermdiaires1 jouent un rle purement statistique4 ,dans beaucoup de pays latins1 ils se ddommagent en se consacrant aux affaires1 dans d'autres ils assurent des charges bnvoles1 en s'intressant1 par exemple1 des bureaux de rclamations prives qui1 pour des motifs dsintresss1 mais non sans recours la pression1 talonnent les autorits4 ,les vrais agents du peuple ou1 plus exactement1 du parti sont les chefs dont le nombre est d'autant plus grand et l'autorit d'autant plus forte que les tches qui leur sont imposes par l'organisme de l'tat engagent davantage leur responsabilit4 ,ce tableau1 qui apparat bizarre premire vue1 se rvle cependant comme rationnel1 lorsqu'on l'envisage de plus prs4 ,si l'on a le courage de ne pas se dtourner des ralits donnes1 on constate la prsence d'lments susceptibles de transformer l'appareil parlementaire1 d'un mal ncessaire qu'il est actuellement1 en un organisme fcond et susceptible de dveloppement4 ,arrtons-nous donc un instant encore la question du mal ncessaire4 ,abstraction faite du principe idal de l'tat populaire1 on peut affirmer qu'une hirarchie de fonctionnaires 7et un gouvernement normal n'est pas autre chose71 livre ses propres forces1 est incapable de maintenir longtemps sa vitalit4 ,la comparaison avec l'arme ne joue pas dans ce cas1 car si l'arme a une mission plus troite et plus constante remplir1 elle dispose d'une rserve de forces responsables infiniment plus grande et se renouvelant avec une extraordinaire rapidit2 et elle est1 en outre1 stimule par la concurrence des armes trangres par lesquelles elle ne doit pas se laisser distancer1 alors que l'activit d'un gouvernement ne peut tre compare celle d'un gouvernement tranger que dans ses rsultats1 et non dans les mesures qui les prcdent et qui peuvent parfois aboutir des rsultats diffrents4 ,autrefois1 lorsque l'administration d'un royaume tait conue sur le modle d'un domaine1 un monarque paternel pouvait surveiller personnellement son pays et se faire une ide de l'ensemble d'aprs les chantillons qu'il voyait au cours de ses inspections4 ,il pouvait imposer aux organes de son gouvernement ses propres critres de jugement et transmettre ses successeurs les principes d'conomie1 d'incorruptibilit et d'exactitude dont il s'tait lui-mme inspir dans sa carrire4 ,de nos jours1 un seul dpartement1 comme celui de la tlgraphie ou de l'hygine sociale1 dpasse en importance et en tendue tout l'ensemble de l'administration frdricienne4 ,un monarque dou1 qui voudrait tre au courant ne ft-ce que des plus importantes affaires gouvernementales1 risquerait d'tre dbord1 cras par les faits1 alors mme qu'il se bornerait exercer l'apparence seulement d'un contrle efficace4 ,mais un gouvernement spcialis1 dtach du reste de la nation1 alors mme qu'il ne s'teindrait pas1 faute de renouvellement l'aide d'lments extrieurs1 finirait par se transformer en un mandarinat immobile1 impuissant faire face un rgime conomique plus ou moins dvelopp et combattre l'opinion qui ne tarderait pas se dresser contre lui4 ,le gouvernement a donc besoin de l'appui et de la collaboration d'une deuxime instance1 jouissant de toute son indpendance4 ,pas plus que par un individu1 cette instance ne peut tre reprsente ni par un ,snat1 ni par un ,tribunal1 qui n'ont pas la libert complte de leurs mouvements1 ni par des corporations qui1 elles1 sont proccupes avant tout par des intrts professionnels1 d'ordre matriel4 ,il y a des sicles1 c'tait l'glise qui formait cette instance indpendante2 aujourd'hui1 ce rle ne peut tre rempli que par le peuple4 ,mais ici se prsente une difficult d'un autre ordre4 ,une foule n'est capable ni de gouverner1 ni mme de dlibrer4 ,d'elle on peut attendre1 non des rsolutions rflchies et raisonnables1 mais des dcisions impulsives et vagues4 ,mme le systme consistant dsigner des hommes de confiance et qui peut encore trouver place dans un organisme communal1 n'est pas compatible avec l'organisme de l'tat4 ,un pouvoir central1 en effet1 ne peut pas reposer sur des hommes de confiance locaux3 il a besoin d'hommes politiques1 d'hommes d'tat4 ,or1 la foule lectorale est incapable de discerner les qualits que doivent possder les hommes politiques et les hommes d'tat chez ceux qui sollicitent ses suffrages4 ,elle est1 en revanche1 parfaitement capable de se faire une ide sur un programme de parti1 lorsque ce programme lui est prsent d'une manire intelligible et familire4 ,nous voil ramens au paradoxe des systmes lectoraux qui1 tout en ordonnant des lections locales1 provoquent des lections de parti4 ,nous reviendrons plus tard sur ce point4 ,signalons en attendant ce fait saillant3 des vouloirs atomiques qui prennent part l'lection mane bien une reprsentation nationale1 mais non un corps capable de travailler1 de contrler et de gouverner4 ,le transfert des pouvoirs est un procd peu efficace4 ,il doit tre remplac ou complt par un nouveau mode de dlgation1 et notamment par une dlgation dont les bnficiaires seraient les partis1 lesquels1 leur tour1 dlgueraient leurs pouvoirs aux chefs politiques4 ,le parti forme un ensemble reprsentant une partie dfinie du peuple1 une unit morale1 intellectuelle et physique1 une unit de vouloir4 ,il est un peuple dans le peuple4 ,rgions1 provinces1 districts1 villes peuvent cristalliser certains de leurs intrts locaux communs et1 la faveur de ces intrts1 rejoindre indirectement la politique d'tat4 ,le parti1 au contraire1 se trouve en relation directe avec la volont centrale et1 comme il est d'une composition locale1 il n'exclut pas les intrts de circonscription1 sans toutefois reposer sur eux4 ,le parti est susceptible d'organisation1 prsente une cohrence interne1 est capable d'un travail de longue haleine4 ,on peut donc lui reconnatre un jugement suffisant pour diriger les organes et les forces individuels4 ,c'est ainsi que sans bruit1 et indpendamment des constitutions crites1 s'est form cet organisme intermdiaire qui rend les peuples gigantesques de notre poque capables de vouloir4 ,cette fantaisie1 ne spontanment1 est saine et organique et ne se trouve1 par consquent1 nullement en opposition avec l'tat populaire4 ,aussi bien1 en dsignant le mcanisme propre de la reprsentation populaire dans des termes emprunts aux transactions financires telles qu'elles s'effectuent la ,bourse1 n'avions-nous nullement l'intention de marquer notre mpris pour ce mcanisme3 nous voulions tout simplement user d'une expression pigrammatique1 destine attirer l'attention sur une ralit susceptible d'amlioration ultrieure4 ,en serrant cette ralit de plus prs1 nous reconnaissons la vritable signification des reprsentations populaires de notre temps1 pour autant qu'elles sont correctement comprises et normalement composes4 ,l'image arithmtique incomplte1 mais plus ressemblante1 des volonts populaires1 qui se reflte dans la composition d'un parti1 indique dans quelle mesure celui-ci puise son dynamisme1 ses forces vives1 dans le peuple4 ,il suffirait presque1 lors de chaque priode lectorale1 d'afficher dans la salle ce rapport de forces et multiplier le total des voix obtenues par chaque chef1 par le nombre des membres dont se compose son parti4 ,mais le bizarre et souvent peu rjouissant appareil parlementaire est indispensable1 en tant que moyen de slection et cole de formation d'hommes d'tat et d'hommes politiques4 ,c'est du moins ce qu'il devrait tre4 ,dans les pays gouvernement parlementaire1 il l'est dans une mesure plus grande que chez nous1 bien que mme dans ces pays-l on ne semble pas toujours se rendre bien compte de cette circonstance4 ,le dynamisme y est beaucoup plus prononc1 ce qui ne va pas toujours sans grands dommages1 puisqu'il se manifeste par des changements frquents de gouvernements1 changements sans rapports avec les dispositions du pays et apportant des troubles dans la marche des affaires4 tant donn le niveau intellectuel moyen de ces pays1 la slection et la formation donnent des rsultats beaucoup plus heureux1 puisqu'elles tirent d'un sol plus pauvre des moissons intellectuelles plus abondantes et souvent meilleures4 ,en prsence de l'tat de choses que nous venons d'esquisser1 il est facile de saisir les raisons du peu de popularit1 de la faible substance1 de l'insuffisante efficacit des ,parlements allemands1 et plus particulirement du ,parlement prussien4 ,on redoute l'acte lectoral local4 ,faire surgir une majorit absolue dans une circonscription qui n'a pas toujours une forte exprience politique1 cela suppose l'emploi de moyens qui1 eux aussi1 ne sont pas toujours purement politiques4 ,s'il manque une voix pour parfaire la majorit1 les dizaines de mille de bulletins dposs dans les urnes restent sans effet1 et une minorit forte1 d'un niveau intellectuel peut-tre trs lev1 reste sans reprsentation4 ,les avantages sont acquis aux localits en raison de leur importance numrique4 ,les lecteurs locaux entendent souvent raconter et promettre des choses qui n'ont rien voir avec la pense intime de l'orateur4 ,ce ne sont pas toujours les natures les plus nobles et les plus honntes qui s'accommodent de ces procds4 ,la vie des partis1 l'exception des partis agrarien et socialiste1 est mal organise et d'une faon mesquine4 ct des habitus de tables d'hte1 des politiciens amateurs et professionnels et des lecteurs de journaux1 toute la partie pensante1 intelligents et agissante du pays devrait se retrouver dans des clubs et des associations1 dans des runions lectorales et autres1 pour dlibrer sur le sort de l'tat2 les forces politiques les plus minentes du peuple devraient se trouver en contact permanent avec leurs amis et mandants2 les propos de cabaret et les critiques personnelles devraient cder la place une collaboration franche et intime4 ,s'asseoir sur des banquettes dans une salle moiti vide1 faire passer des motions1 couter des discours lectoraux et1 l'occasion1 intervenir en faveur d'un chemin de fer d'intrt local qui intresse l'arrondissement de l'orateur1 tout cela ne constitue pas1 pour tout le monde1 un bilan suffisant d'une anne de travail4 ,on n'prouve pas un grand besoin de chefs de fraction et d'hommes capables de travailler dans les commissions1 et en prsence de l'indiffrence et de la lassitude parlementaires du pays1 plus d'un doit se poser cette scabreuse question3 quand la fin8 ,dans les tats parlementaires1 chaque reprsentant du peuple se voit d'avance nanti d'un portefeuille1 et parfois de choses moins avouables4 ,si ces mobiles ne sont pas nobles1 ils sont du moins forts4 ,bismarck a abaiss1 et non sans raison1 le ,reichstag1 le jour o cette crature qui lui devait la vie a voulu se dresser contre lui4 ,notre ,parlement s'est souvent lui-mme condamn s'puiser en critiques striles2 il a rarement trouv des paroles et des actes qui sauvent4 ,aussi sa puissance cratrice ne s'est-elle pas accrue1 alors que c'est seulement par l'activit cratrice qu'on peut attirer soi1 gagner sa cause les esprits reprsentatifs du pays4 cela s'ajoute encore l'attitude particulire du peuple allemand1 qui n'aime pas l'loquence et la propagande1 qui ne se sent pas sr dans ses opinions politiques1 qui se dcourage toutes les fois qu'on lui fait une nouvelle promesse sans la tenir1 mais qui possde une saine intuition des qualits humaines et accorde plus d'estime l'honnte travail du gouvernement qu'il a devant ses yeux qu' la dialectique de ceux qui le critiquent4 ,une profonde rforme du parlementarisme allemand s'impose1 non seulement en vue de la ralisation de l'tat populaire1 mais aussi en raison de la ncessit de donner l'existence politique une base sre4 ,la premire mesure urgente consiste dans la suppression de l'lection locale et dans son remplacement par un bon et sain systme proportionnel4 ,cette mesure est plus importante que toutes les autres modifications des droits lectoraux dans tous les tats1 y compris la ,prusse et le ,mecklenburg4 ,la deuxime mesure consiste dans la constitution et l'organisation de partis4 ,la troisime mesure1 enfin1 doit tendre donner aux ,parlements allemands un contenu positif et la possibilit de se livrer un travail crateur1 en dehors de la confection de lois et de l'approbation de dpenses4 ,nous ne postulons pas la ncessit absolue du systme parlementaire qui1 en lui-mme1 n'est ni bon ni mauvais1 mais inspire de nos jours l',allemand moyen une froide horreur4 ,si les reprsentations populaires modernes doivent servir de correctif la hirarchie des fonctionnaires et contribuer la formation d'hommes d'tat et d'hommes politiques1 il est galement vrai que l'apprentissage ne doit pas devenir pour l'lve une fin en soi1 avec1 en perspective1 le faible espoir d'obtenir un jour des succs critico-dialectiques et d'acqurir l'influence gouvernementale tolre d'un chef de fraction4 ,ce serait trop demander la force de dsintressement de natures normales que de s'attendre ce que des hommes de talent et pleins d'activit1 appels contrler les actes gouvernementaux1 se contentent1 au lieu d'une intervention active1 d'une observation plus ou moins bien informe1 suivie d'une approbation4 ,une pareille attitude est faite pour engendrer un tat d'esprit nuisible3 elle se transforme trop facilement en un pessimisme outrance qui voit tout en noir et enlve au gouvernement1 systmatiquement blm et contrl1 ce qui lui reste de joie de crer4 ,mais1 surtout1 l'homme d'tat1 lev dans une atmosphre et dans des habitudes de critique1 n'apprend jamais l'essentiel1 savoir la responsabilit de celui qui agit1 invente et cre1 mais seulement les mthodes parlementaires et le travail formel4 ,on n'est pas mme de juger ce qu'on ignore et ce qu'on est soi-mme incapable de faire4 ,pour tre un homme d'tat1 il faut porter ou avoir port une responsabilit de crateur2 celui qui ne joue que sur un clavier muet ne deviendra jamais un artiste2 le critique irresponsable oublie ses propres erreurs et succombe au sentiment de son infaillibilit4 ,la vocation n'attire l'homme ni en haut1 ni en bas2 elle attire tout simplement l'homme qui elle convient et qui lui convient4 ,et voil que le cercle se referme de nouveau3 notre ,parlement n'est pas fait pour crer des hommes d'tat vritables2 ceux que nous possdons ne sont pas mme de se frayer des voies indpendantes et d'aspirer des buts dfinitifs2 l'imperfection des services que rend le ,parlement dtourne de lui les lutteurs capables et aimant la responsabilit1 la slection tarit et le cycle recommence4 ,cet tat de choses ne peut avoir pour effet que d'loigner de plus en plus de la politique le peuple reprsent dans cette organisation partielle des volonts qu'on appelle parti4 ,si les hommes qui sont la tte d'un parti avaient l'exprience des responsabilits1 s'ils avaient une connaissance parfaite des vnements intrieurs antcdents1 des mobiles et des obstacles1 s'ils possdaient l'aptitude discerner ce qui est ralisable et dsirable1 ce qui est chimrique et dangereux1 s'ils connaissaient et comprenaient les acteurs de la scne europenne1 il est certain que les dlibrations d'un parti ne se ressentiraient pas de l'atmosphre cre par des jugements impulsifs et par la politique de brasserie3 elles auraient une valeur pragmatique4 ,si1 en outre1 l'homme politique qui est la tte d'un parti savait qu'il se trouverait un jour appel assumer de nouvelles responsabilits actives1 cela serait une garantie contre les troubles striles dont souffre la politique d'tat1 en mme temps que serait tabli le principe de la responsabilit de parti1 principe qui ne pourrait agir que dans le sens de la modration et de la politique raliste4 la faveur de cette responsabilit1 on verrait alors natre un bien indispensable et inapprciable sur l'importance duquel nous aurons encore revenir3 un ensemble de fins concrtes1 se transmettant de gnration en gnration1 passes au crible de la rflexion1 la fois ralistes et idalistes1 et cela aussi bien dans le domaine de la politique intrieure que dans celui de la politique extrieure4 ,cet ensemble de fins1 remplaant la phrasologie incolore et vide des programmes de nos partis1 avec ses interprtations variant d'un jour l'autre1 apporterait notre activit politique ce qui lui manque le plus3 la stabilit4 ,le manque de stabilit1 soit dit en passant1 le danger de surprises que peuvent crer des fins surgissant l'improviste1 le tout associ une puissance militaire des plus fortes1 une atmosphre fodale et la docilit d'un peuple confiant l'extrme3 tel est l'ensemble de conditions que nos adversaires dsignent improprement sous le nom de militarisme4 ,il n'est pas conforme notre dignit d'organiser notre vie selon le dsir de nos ennemis2 mais il est conforme la dignit humaine1 au sens le plus lev du mot1 d'examiner chaque jugement1 ft-ce mme le jugement d'un ennemi1 de le dpouiller de ce qu'il a d'injuste et d'en tirer des conclusions pratiques4 ,nous n'avons pas besoin absolument du systme parlementaire que redoutent tant les intresss du fodalisme1 du capitalisme mobilier et immobilier1 les savants fonctionnariss1 les politiciens qui ne se sentent pas capables de rsister l'preuve et la partie instruite du peuple qui subit leur influence4 ,sans doute1 les raisons allgues portent faux3 le morcellement des partis est un argument en faveur du systme1 plutt que contre lui1 car il exige des ministres de coalition1 ce qui implique des compromis constants et rend mme possible la prdominance des vieux principes de gouvernement4 ,les changements d'tats d'esprit et l'instabilit ministrielle prsenteraient mme en ,allemagne moins d'intensit qu'ailleurs1 car nous avons un temprament politique plus froid4 ,la corruption et la politique personnelle1 en juger d'aprs les expriences que nous offrent les administrations communales1 ne sont gure craindre4 ,quant la slection des hommes d'tat et leur niveau intellectuel moyen1 nos esprances sous ce rapport se trouveraient dpasses1 si seulement il s'tablissait entre la masse et ses lus la mme proportion qualitative que dans les autres tats parlementaires4 ,ici il faut avant tout carter un argument acadmique1 devenu un lieu commun1 d'aprs lequel la position gographique peu sre de l',allemagne exigerait une structure gouvernementale conservative1 rigide dans une certaine mesure4 ,c'est prcisment ce pril rsultant de la position gographique de notre pays qui rend ncessaires la plus grande mobilit et la plus grande souplesse1 la slection des forces la plus rigoureuse2 c'est ce pril encore qui exige1 en opposition avec le dogmatisme politique1 l'aptitude l'adaptation et l'opportunisme momentan1 car ce n'est pas en faisant preuve d'une rigide pruderie qu'on peut faire face aux difficults extrieures4 ,mais peu importe3 nous avons besoin1 non d'une domination parlementaire absolue1 mais de ,parlements et d'hommes d'tat levs dans le sentiment de la ralit1 de la responsabilit et du pouvoir3 nous avons besoin de partis ayant le got et l'habitude du travail rel1 le sens de la tradition et des fins politiques2 nous avons besoin1 enfin1 d'un peuple lev pour la politique et capable de trouver en lui-mme les lments1 les mobiles de ses dcisions et rsolutions4 ,les possibilits de ralisation de ces desiderata sont nombreuses et simples et ne dpendent pas d'une loi crite4 ,le commencement le plus facile et en mme temps1 vu notre indolence assoupie1 le plus difficile consisterait exiger que les ministres se composent en partie de membres du ,parlement4 ,le commencement1 au contraire1 qui parat le plus indiqu et qui est le plus inefficace consisterait dans l'application de notre expdient universel3 nomination de commissions ou de comits parlementaires1 pourvus de pouvoirs indiscrets1 irresponsables1 susceptibles d'touffer toute initiative et toute joie de cration chez les fonctionnaires qui seraient obligs de passer leur temps rendre compte de chacun de leurs pas1 se justifier1 se dfendre contre des projets et des rsolutions irralisables4 ,on ne peut que plaindre les esprits qui passent leur vie se dsoler des erreurs des autres et ne peuvent vaincre leur hsitation mettre la main la pte pour rparer ces erreurs ou faire mieux4 ,nous avons1 plusieurs reprises1 anticip sur la dernire partie de nos dductions qui devait fournir une synthse de notre vie politique future et tablir la manire dont nous entendons les rapports entre cette vie et ce que constitue l'essence mme de l'tat populaire4 ,pour bien marquer que nous nous trouvons au coeur mme de la vie pratique1 o nous avons t amens insensiblement par des considrations abstraites et plus leves et o nous nous attardons1 non parce que nous considrons cette vie pratique comme un but1 mais parce qu'elle nous apparat comme une confirmation rationnelle du passage et du rattachement un avenir nouveau1 pour bien marquer ce point1 disons-nous1 nous nous servirons dsormais de prfrence du raisonnement pragmatique1 utilitaire1 car1 dans ce domaine1 tout pas vers ce qui est dfinitif doit tre en mme temps un pas vers ce qui est digne d'tre l'objet de nos aspirations actuelles4 ,c'est la condition mme de son efficacit4 ,or les principes de la puissance et de la stabilit de l'tat se sont montrs1 l'preuve1 comme remplissant cette dernire condition4 ,en vertu de la loi de la lutte pour l'existence et d'aprs le tableau que nous offre toute vie individuelle et collective1 l'tat1 abandonn lui-mme1 se trouve impuissant et dsarm et n'est protg que par son gnie contre ses adversaires et concurrents4 ,son patrimoine hrditaire est constitu par la force qu'il puise dans son sol1 dans son peuple1 dans sa position gographique4 ,ces ralits sont limites1 comme est limit le lot passager d'un homme1 d'un animal1 d'un troupeau ou d'une fort1 comme sont d'ailleurs galement limites les bases sur lesquelles s'appuient les adversaires de tel tat donn4 ,mais ce qui est illimit1 c'est l'tendue de l'action1 tendue que le pouvoir spirituel peut accrotre presqu' l'infini4 ,plus que cela3 ce pouvoir est capable de modifier les conditions physiques3 il dcuple le rendement du sol1 arrache la terre ses trsors1 se rend matre des forces de la nature2 il faonne les ctes1 modle la terre ferme1 dirige son gr le cours des eaux1 gurit les maladies1 fortifie le sang et le rend plus abondant1 forme et perfectionne des gnrations qui sont encore natre4 ,il transforme les masses en organismes dous de sens1 de pense1 de volont et de membres actifs4 ,mais il fait intervenir dans la lutte pour l'existence trois genres de forces3 deux extrieures1 qui sont les forces de direction et d'assaut1 et la force de rsistance intrieure4 ,lorsque deux organismes de force gale luttent entre eux1 celui-l finit par vaincre la longue qui sait ce qu'il veut4 ,forces1 privilges1 droits intangibles forment une vgtation naissant de graines insignifiantes1 indsirables1 mobiles4 ,le chne millnaire1 que nulle force humaine ne peut faire reculer d'un pouce1 est n d'un fruit tomb de la main d'un enfant2 le courant primitif doit sa direction un tas de cailloux3 un grand ,empire d'outre-mer doit sa naissance la fausse direction d'un navire2 plus d'une famille doit sa noblesse l'tat d'ivresse d'un seigneur2 un caprice de jeune fille dcide du sort de dynasties4 ,le temps et la direction invariable1 persistante1 constituent les deux lments d'une force laquelle rien ne rsiste4 ,mais chaque instant rpand de nouveau des germes de choses imprissables1 chaque instant sme les graines de destines futures1 et c'est la volont oriente toujours dans la mme direction qui opre le choix entre les graines qui doivent lever et celles qui sont appeles rester striles4 ,cependant le meilleur moyen d'craser1 de dtruire toutes les graines1 bonnes et mauvaises1 consiste tourner sans fin dans tous les sens sur le mme terrain1 remuer sans cesse la terre1 y planter sans choix tantt tel fruit1 tantt tel autre4 ,un grand homme d'action est un semeur infatigable1 qui abandonne d'autres le bnfice de la moisson4 ,celui qui pense aujourd'hui ce qui sera une ralit1 et une ralit efficace1 dans un an1 dans dix ans ou dans cent ans et qui agit conformment l'ide qu'il a de cette ralit1 celui-l cre librement et sans entraves2 on le raille1 mais il mprise raillerie et obstacles2 il sera plus tard mal compris et on ne lui tmoignera aucune reconnaissance1 mais ce qu'il fait1 il le fait magistralement et pouss par une ncessit purement intrieure4 ,la cration la plus relle est celle du visionnaire1 pour autant qu'elle produise1 non des fantmes nbuleux1 sortis d'une imagination malsaine1 mais des images d'une ralit visible et palpable4 ,pntrer intuitivement la ralit et lui insuffler une me2 rendre les rves concrets1 grce un effort de volont1 et les rattacher la terre3 c'est en cela que consiste le mystre de la cration4 ,c'est touffer toute forte cration que de limiter son horizon au jour qui passe4 ,celui qui recherche des succs rapides et faciles1 qui veut se faire passer pour un grand homme aux yeux de ses compagnons et se donner l'illusion de crer et de vivre des moments historiques2 celui qui1 au lieu de creuser et de planter1 gote tous les jours aux fruits mrissants2 celui que tout vnement nouveau met en mauvaise humeur1 parce que1 au lieu de s'attacher rechercher ce qu'il a de bon1 il n'y voit qu'une cause de trouble et de perte de temps2 celui1 enfin1 qui s'acquitte pniblement de ses tches journalires1 qui fuit les rsistances et1 au lieu de crer1 se contente d'excuter3 celui-l peut1 dans le cas le plus favorable1 dfendre une position et retarder un croulement1 mais il est incapable de crer de la vie1 de contribuer au dveloppement de ce qui existe1 car tout ce qui est naturel meurt1 lorsqu'il est rduit uniquement la dfensive4 ,insouciance1 au sens le plus lev du mot1 dtachement de tout dsir personnel1 indpendance de toute pression extrieure1 surabondance de forces s'exprimant dans l'humour et la souverainet spirituelle1 libre disposition du temps qu'on a devant soi1 sans crainte de chute ni de comptition3 telles sont les conditions de la force de direction politique longue porte4 ,dans la structure de nos tats1 qui donc incarne cette force8 ,des lignes hrditaires1 dans lesquelles on voit alterner invariablement des ,csar et des ,charles1 des ,frdric et des ,bonaparte1 ne suffisent pas lever une dynastie la hauteur de la tche qui lui incombe4 ,la continuit de la politique dynastique est en grande partie fonction de la ncessit o se trouve la dynastie de dfendre sa propre permanence2 elle subit le contre-coup des dangereux changements qui se produisent dans les relations de familles et d'amiti2 ainsi que l'a dit ,bismarck1 elle subit surtout l'influence de femmes et de favoris1 de tentations d'agrandir la puissance territoriale4 ,encore moins pouvons-nous nous attendre une stabilit politique de la part de nos ,parlements irresponsables qui1 ainsi que nous l'avons vu1 bornent leur activit aux tches journalires1 la critique et la confection de lois1 ne prsentent aucune cohsion interne1 sont morcels en fractions hostiles qui1 de leur ct1 dploient des drapeaux sans couleur1 se ressemblant jusqu' l'identit et l'ombre desquels s'laborent les intrts du jour1 les intrts conomiques dont on leur a confi la dfense4 ,restent les ministres1 avec leur art de manoeuvrer4 ,ce qui leur assure une certaine stabilit traditionnelle1 c'est la conformit de leurs convictions politiques aux ides ambiantes4 ,ils ne sont et ne peuvent devenir ce qu'ils sont1 qu'en s'appuyant sur le conservatisme officiel1 que grce leur parfaite adaptation cette atmosphre fodalo-professorale dont nous avons parl plus haut4 ,si leur pass est teint de libralisme ou de catholicisme1 ils doivent chercher l'occasion de se mettre en rgle avec les ides rgnantes1 sans quoi il leur serait impossible de se maintenir1 ne ft-ce que pendant quelques semaines1 dans une atmosphre hostile4 ,mais cette conformit aux ides politiques rgnantes ne suffit pas leur assurer pendant un temps assez long la force de direction intrieure et extrieure2 et toutes les autres conditions requises cet effet sont d'ordre ngatif4 ,portez la dure moyenne d'un ministre de cinq dix annes3 elle sera la fois trop longue et trop courte4 ,trop longue1 parce qu'un homme1 qui a fait passer dans l'esprit de l'tat toutes ses propres ides essentielles1 finit souvent par s'enfoncer et s'endormir dans la routine gouvernementale2 trop courte1 lorsqu'il s'agit de concevoir des projets longue porte1 s'tendant sur une gnration entire4 ,quel crateur se contenterait de commencements qu'un successeur1 approuv par des camarades1 carterait avec un sourire ddaigneux ou bien s'approprierait1 aprs les avoir modifis jusqu' les rendre mconnaissables8 ,et si la ralisation de ses ides exigeait des sacrifices1 comment pourrait-il les obtenir8 ,il est talonn par une politique au jour le jour contre laquelle il doit se dfendre de trois ou quatre cts la fois3 le monarque en haut1 le ,parlement en bas1 l'opinion publique et peut-tre mme l'tranger droite ou gauche4 ,ce serait un miracle1 s'il trouvait une diagonale pour s'chapper1 et ce serait un double miracle si1 en suivant cette diagonale1 il pouvait faire quelques pas vers l',absolu4 ,l'activit est encore entrave par le manque de temps3 la moiti de l'anne est absorbe par les travaux parlementaires1 par la recherche de preuves1 de justifications1 de matriaux1 par les ngociations et les pactisations avec les commissions et les chefs du ,parlement qui ne se lassent pas de prendre au srieux son rle de critique1 qui n'est pas habitu aux conditions du travail crateur et remplace une volont suivie et cohrente par des impulsions saccades dont le rejet mcontente et dont l'acceptation n'engage rien4 ,il manque notre vie politique l'organe qui assure la force de direction4 ,et tant que nous manquera la permanence de cette force1 tant que nos buts seront rgls d'aprs les convenances du jour et non d'aprs celles de gnrations et de sicles1 nous resterons toujours1 rendement gal1 infrieurs nos concurrents qui voient plus loin et agissent avec plus de constance et de suite1 et il apparatra la longue que nous sommes incapables de soutenir la lutte dans la concurrence des nations4 ,l'effet utile1 incroyablement insignifiant1 de notre politique extrieure1 malgr la dpense norme de travail et de moyens1 s'explique en grande partie par le manque de direction4 ,la mfiance inoue et incomprhensible que les trangers nous ont tmoigne pendant des dizaines d'annes1 nous qui croyions tre srs de notre humeur calme et pacifique1 de notre loyaut1 du caractre inoffensif de nos actes1 est une des consquences de notre attitude hsitante1 donc incomprhensible et suspecte4 ,des tats o rgne le parlementarisme le plus effrn1 aux dcisions brusques en apparence1 aux changements de gouvernements incessants1 nous ont dpass par la constance et l'esprit de suite de leurs rsolutions1 et cela malgr l'incohrence apparente de leur volont4 ,c'est que la direction1 mme unilatrale1 mme bizarre1 mme fanatique1 est couronne de succs1 lorsqu'elle est constante4 ,il n'est pas d'organe officiel1--hauts emplois1 commissions1 ,snats1 ,parlements1--qui soit la longue capable d'imprimer une direction l'tat2 la dynastie elle-mme ne peut y suffire4 ,la plus incapable sous ce rapport est la classe des savants fonctionnariss qui n'existerait pas1 si ses membres taient ns pour l'action1 et non pour la mditation4 ,le peuple seul est mme de donner la direction1 le peuple1 non en tant que plbe triomphante ou masse informe1 mais le peuple en tant que giron de l'esprit dans lequel les poques successives puisent leurs semences2 le peuple ayant le sens de la politique1 capable de rflexion1 ayant ses organes spirituels dans les partis reprsents par leurs organisations1 en premier lieu par leurs chefs1 leurs hommes d'tat et leurs penseurs4 ,qu'on se garde bien d'invoquer contre cette ide l'tat lamentable et misrable de nos partis actuels4 ,tant que les partis taient des organisations utilitaires ayant pour but d'lever ou d'abaisser les droits de douane1 le taux des impts ou le niveau des salaires1 la consommation ou l'abolition de certains privilges1 la protection ou l'affaiblissement de certaines classes de personnes2 tant qu'ils n'taient que des associations utilitaires affichant des principes phrasologiques auxquels personne ne croyait1 des organisations se composant1 d'une part1 de gens intresss et de bailleurs de fonds et1 d'autre part1 de dilettanti1 de philistins de brasserie et de comparses2 tant que la vie politique de la nation avait son point culminant dans le conflit d'intrts reprsent par la confection de lois et tant que la carrire politique n'tait envisage que comme l'art de dompter les runions publiques et de devenir un homme de parti professionnel2 tant que le peuple1 priv de toute responsabilit1 abandonnait la direction de son histoire une caste gouvernementale qui mconnaissait la communaut et l'unit de ses fins suprmes et se grisait par la lutte des intrts intrieurs3 tant que1 disons-nous1 cet tat de choses avait dur1 l'tat populaire tait impossible1 toute expression objective de la volont collective tait illusoire1 la vie politique de la nation ne pouvait pas dpasser le niveau d'un comice agricole ou d'une socit de tir4 ,la guerre1 ses dbuts1 a montr qu'une vie plus leve est possible2 et les difficults qui approchent montreront que cette vie peut durer4 ,ces difficults1 qui m'effrayaient et me proccupaient1 je les ai1 depuis des annes1 appeles et repousses la fois4 ,mais ma voix se perdait dans le bruit des affaires et des plaisirs4 partir d'aujourd'hui et jamais1 il nous apparat nettement que1 malgr nos divergences d'opinions1 nous ne formons1 tous tant que nous sommes1 qu'une seule maison et que c'est nous-mmes1 et non d'autres1 qu'incombe le soin de protger nos biens et notre sang4 ,jamais plus nous ne devrons accorder l'intrt et au gain la premire place1 la nation et l'tat la deuxime et penser ,dieu en troisime lieu seulement2 jamais plus notre sort ne devra tre entre les mains de gouvernants hrditaires professionnels1 ni notre maison administre par des philistins de brasserie4 ,s'il en tait autrement1 nous serions mrs pour une nouvelle migrations de peuples4 ,la difficult1 la ncessit3 tel est le dernier facteur qui puisse et doive nous donner le sens politique1 nous doter d'un tat populaire1 soumis au rgne de l'esprit4 ,cet avertissement s'applique plus particulirement au parti et indique le sens dans lequel il doit tre rform4 ,les sages et les forts1 enchans leurs travaux1 ne pensaient jusqu' prsent qu' acqurir puissance et richesse ou se laissaient absorber entirement par la cration intellectuelle et par la mditation4 ,quant l'tat1 ils le considraient comme une institution trangre dont on doit abandonner l'administration des professionnels1 comme on le fait d'une usine gaz1 d'une glise ou d'un thtre2 et lorsqu'il leur arrivait parfois de jeter un coup d'oeil sur ce qui s'y passait et de constater que1 malgr la mauvaise administration1 les choses n'en allaient pas moins leur train1 ils secouaient la tte et se remettaient leurs travaux4 ,ces hommes vont enfin se sentir la volont d'intervenir et d'assumer des responsabilits1 non avec l'ambition1 facile satisfaire1 du lion de brasserie1 mais avec la ferme dcision d'agir4 ,ils jetteront dans la balance ce qu'ils savent et ce qu'ils possdent et pourront ainsi comparer leur propre valeur celle des habitus d'auberges qui passent pour des grands hommes dans leur chef-lieu de canton4 ,la vie politique cessera d'tre un jeu d'intrts et un instrument de compromis1 pour devenir une organisation incarnant la volont de l'tat populaire4 ,une suffisance superficielle prtend que l',allemagne prsente une trop grande varit d'opinions et de volonts1 pour qu'une direction unique puisse se dgager toute seule de cet ensemble compliqu de forces2 d'o la conclusion que nous avons besoin d'tre instruits et guids par une sagesse patriarcale1 hrditaire4 ,jamais une surabondance de varits et de nuances ne saurait former un obstacle paralysant1 tant que toutes les directions ont une orientation positive1 tant que la conservation et la croissance constituent leur seul objectif4 ,une diagonale des forces peut tre obtenue avec des composantes en nombre illimit1 et elle sera d'autant plus fixe et stable que les lments varis qui entrent dans sa composition y seront plus solidement incorpors4 ,seule est instable et incertaine la force qui cherche elle-mme son orientation1 au gr des influences du jour4 ,le plerin qui1 du matin au soir1 suit la direction de sa propre ombre1 tourne dans un cercle4 ,lorsqu'un peuple1 dont les entraves intrieures ont t vaincues par l'organisation1 n'a plus la force de choisir et de fixer lui mme sa direction1 son orientation dans le monde1 d'aprs des raisons internes1 il peut considrer que son histoire est close et il ne mrite plus qu'un sort3 devenir l'instrument d'une volont trangre4 ,je rappelle ici une fois de plus qu'en parlant de la volont d'un peuple1 je ne pense ni au brutal arbitraire physique qui se manifeste dans un vote1 ni aux mouvements impulsifs d'une foule1 mais la synthse consciente qui runit et spiritualise toutes les forces du corps collectif4 ,ce qui dtermine ma volont et mes actes1 ce ne sont ni une lassitude momentane1 ni une sensation de faim1 ni la force de gravit de mes membres3 c'est le noyau mme de mon tre1 spiritualis au contact de mon me et qui doit d'ailleurs tous mes membres aide et protection4 ,l'absence de force dirigeante dans notre pays a eu pour effet que nous avons t incapables de dvelopper au dehors et en dedans l'hritage que nous avons reu de ,bismarck3 un tat autoritaire1 rigide1 articul l'ancienne manire1 fond sur la force militaire1 arbitre de l',europe4 ,nous avons permis des alliances tolres1 et mme encourages par nous1 d'arracher cet tat l'hgmonie4 ,nous avons t absents dans toutes les parties du monde o se passaient des vnements importants4 ,l'absence de plan dont nous souffrions et laquelle personne ne croyait1 notre mauvaise humeur dont tout le monde nous en voulait nous ont rendu suspects4 ,le corps de notre tat a t envahi par la graisse qui lui venait du dveloppement trop exclusif de la technique et des finances et que la guerre est en train de faire fondre4 ,plus graves encore taient les consquences qui dcoulaient de l'absence d'une force d'assaut1 du manque d'hommes capables d'tre des guides4 ,toute action et toute transaction devaient chouer1 toute rsolution aboutir un compromis4 ,aucune des innombrables ides mises en avant ne pouvait acqurir une importance objective1 les problmes taient biffs et carts avec un hochement de tte4 ,ce pays1 dont les racines taient tellement saines qu'il commenait ignorer les situations ambigus et quivoques1 prouva de nouveau le sentiment de la perplexit4 ,les soucis personnels et les difficults inhrentes aux situations et obligations personnelles usaient les forces vives du peuple4 ,la rpartition des responsabilits avait commenc sans discernement et a fini par des dceptions4 ,se laisser entraner par une forte volont et une audacieuse fantaisie1 tait considr comme le trait d'une poque romantique dpasse2 la pose photographique1 l'effet bruyant de moments soi-disant historiques1 la proccupation des matriaux personnels fournir au futur historiographe et l'loquence monumentale ont pris la place du travail organique et taient en rapport avec les architectures emphatiques que les hommes avides de gains matriels rpandaient autour d'eux profusion4 ,la force d'assaut et la force de direction1 ces deux armes dans la lutte pour l'existence des nations1 sont des forces populaires4 ,elles ne peuvent tre fournies ni par une famille1 ni par une caste4 ,la concurrence exige que la collectivit1 si elle veut enrichir son esprit et fortifier sa volont1 fasse appel toutes les forces humaines disponibles4 ,la force de direction se dgage de l'ensemble des ides qui flottent dans l'air2 la force d'assaut se dgage de toutes les gnialits humaines disponibles et accessibles4 ,rduire la source de ces deux forces un cercle limit de quelques centaines ou milliers de personnes1 c'est se condamner volontairement l'appauvrissement de l'esprit et de la volont1 appauvrissement dont un peuple meurt1 lorsque des voisins peuvent lui opposer des ressources constitues par l'ensemble de la nation4 ,un peuple compos de millions d'mes a l'obligation mtaphysique de manifester chaque instant et dans chaque domaine une volont forte et de provoquer le plus grand nombre possible de dons suprieurs4 ,s'il en est autrement ou si ces forces sont dtournes de leur destination par la passion du gain1 par la technique ou par le dsoeuvrement1 ou encore si on ne russit pas les dcouvrir1 soit par indolence politique1 soit parce qu'on n'a pas conscience de la responsabilit qui incombe sous ce rapport1 le peuple coupable de ces mfaits signe lui-mme sa sentence de mort4 ,avant de nous occuper des conditions de la force d'assaut1 laquelle apparat d'ores et dj comme rsultant de la slection autonome portant sur tous les dons disponibles de l'esprit et de la volont1 nous allons caractriser la forme intellectuelle de l'esprit1 telle qu'elle se rvle dans la vie politique4 ,au cours de l'avant-dernier sicle1 le gouvernement tait considr comme un travail d'administration4 ,un seul organe1 le plus lev1 c'est--dire le pouvoir royal1 suffisait assurer l'initiative1 l'invention1 les dcisions cratrices4 ,le gouvernement de cabinet tait l'expression1 non arbitraire1 mais organique1 de cet tat de choses4 ,ce qui1 dans la paix comme dans la guerre1 suffisait assurer la marche des affaires1 c'tait la trs grande habitude d'administration patriarcale dont nous avons un modle dans l'exploitation d'un domaine rural4 ,l'administration pure est1 comme le travail agricole et l'ancien mtier manuel1 un travail au sens le plus primitif1 non-mcaniste1 du mot4 ,il est plac sous l'autorit des dcisions ayant force de loi et est protg par une sollicitude paternelle4 ,il a pour caractristique la tradition4 ,les normes et les buts sont poss une fois pour toutes2 les conditions locales et humaines restent constantes4 ,aucun problme n'est nouveau4 ,n'importe quelle solution peut tre apprise4 ,mme de ce qui arrive rarement on peut avoir raison1 grce l'exprience1 d'o le respect et l'estime qu'on accorde l'ge4 ,le vieillard est rflchi et pondr et se trompe plus rarement2 le jeune homme manque d'exprience et doit tre tenu en laisse4 ,le pays et le peuple1 objets de l'administration1 sont dociles3 jamais le paysan et l'artisan n'oseraient opposer leur opinion celle de l'administrateur4 ,c'est qu'ils connaissent bien le cercle traditionnel et troit de leurs attributions1 et jamais il ne leur viendrait l'esprit qu'il puisse y avoir des dcisions venant d'une source extrieure et nouvelle4 ,la vie reprsente un cercle dans lequel les vnements se rptent et se reproduisent1 toujours les mmes3 naissance et mort1 semailles et moisson1 bien-tre et privations1 incendies et scheresse1 guerres et pidmies1 crimes et chtiments4 ,une nouvelle construction1 une visite princire1 l'arrive d'une mnagerie1 un procs de sorcellerie ou un voyage3 tels sont les quelques rares et grands vnements qui viennent rompre l'uniformit de cette vie4 ,procs1 attroupements1 rquisition de soldats1 rires de foire sont des distractions un peu plus frquentes4 ,on sait ce qui doit arriver dans chaque cas2 le travail est doux3 on n'est pas press par le temps4 ,l'administration est parfaite1 lorsqu'elle est incorruptible1 tient les yeux ouverts et possde de l'exprience4 ,les vnements uniques n'ont pour auteurs ni les administrs ni les administrateurs3 les dcisions concernant la guerre et la paix1 la conqute et la rforme1 l'glise1 la justice et les impts1 la construction de routes et la colonisation viennent d'en haut3 du roi1 moins que ce ne soit du ciel4 ,les conditions intellectuelles de l'art de l'administration sont3 l'autorit personnelle1 la conscience de la dignit1 la fidlit et l'exprience4 ,il a ses racines dans la tradition3 traditions de famille1 ides et pratiques traditionnelles4 ,ce sont l les caractristiques de la vieille noblesse foncire4 ,invention1 imagination1 force cratrice1 tendance l'expansion3 autant de choses trangres et mme opposes ce cercle d'ides2 choses subversives qui poussent la rvolte1 la recherche de ce qui est nouveau1 la dangereuse ascension4 ,nous connaissons un bel exemple de ce conflit naturel3 c'est celui de ,bismarck1 dont la jeunesse bouillonnante1 emprisonne la campagne1 se consume et consume son entourage4 ,avec la naissance du monde nouveau1 du monde de la mcanisation1 tout travail se transforme en lutte et en pense4 ,la technique1 les changes1 la concurrence prennent une allure prcipite4 ,ce qui tait bon hier1 est aujourd'hui prim4 ,ce qui parat impossible aujourd'hui1 sera ralit demain et oubli aprs-demain4 ,l'exprience ne signifie plus rien2 elle est mme dangereuse1 car elle pousse l'imitation de modles pr-existants4 ,toute situation est nouvelle1 toute rsolution est sans prcdent1 l'action s'tend du prsent ,l'avenir4 ,la victoire n'est pas celui qui regarde en arrire1 mais celui qui regarde en avant4 ,dans la lutte1 dont l'acharnement et le rythme sont dtermins par l'ennemi1 la tradition n'est d'aucun secours1 et elle disparat pour faire place l'intuition4 ,le sens et la signification de l'ouragan napolonien rsident en ce que la pense mcanise1 hostile l'exprience1 s'est pour la premire fois chappe des ateliers et laboratoires pour s'emparer de la politique1 non seulement de la politique centrale1 de la politique de direction et de conception qui s'tait dj depuis longtemps spare de la tradition1 mais de tous les organes auxiliaires et subordonns1 techniques1 financiers1 administratifs4 ,devant cette force explosive1 l',europe traditionnelle s'est croule1 et le monde n'a retrouv sa stabilit qu'aprs s'tre assimil les nouvelles mthodes de pense et d'action1 du moins dans leurs rudiments4 ,encore en automne #ahac1 les allis se sont trouvs immobiliss pendant des mois devant le ,rhin1 parce que1 d'aprs un vieux manuel d'histoire militaire1 un fleuve constituait une ligne de sparation devant laquelle on devait se recueillir et reprendre des forces4 ,si l'art de gouverner avait autrefois la tradition pour base1 la force active de la politique moderne est constitue par les aptitudes qui caractrisent l'organisateur1 l'entrepreneur1 le colonisateur1 le conqurant4 ,ce qui est propre tous ces hommes1 c'est la facult de se reprsenter ce qui n'existe pas encore1 de se sentir comme en communication avec le monde organique et d'en subir l'influence profonde1 de saisir et de comparer intuitivement des effets et des mobiles incommensurables1 de faire surgir l'avenir dans leur propre esprit4 ,ce qui caractrise leur mode d'action1 c'est l'imagination raliste1 c'est la force de dcision1 c'est l'audace et ce mlange de scepticisme et d'optimisme qui apparat absurde et antipathique aux natures simples et qui a valu l'impopularit toute leur vie durant aux matres de la politique4 ,il ne faut pas s'tonner de ce que la langue allemande ne possde pas de mot pour dsigner la synthse1 l'ensemble de ces forces4 ,je choisis l'expression art des affaires1 en appuyant sur l'ancienne signification du mot affaire 7,geschft7 qui vient du mot crer 7,schaffen74 ,la caste de la noblesse foncire qui1 devant ses mandants1 ses partisans et ses imitateurs1 porte la responsabilit du gouvernement en ,prusse1 possde aujourd'hui1 comme au temps de ,frdric1 la matrise incomparable dans l'art de gouverner selon la mthode traditionnelle1 et cela aussi bien sur ses propres domaines qu'au service de l'tat4 ,intgrit et idalisme1 quit et distinction1 fidlit au devoir et loyaut1 courage et virilit font aujourd'hui1 comme autrefois1 de cette classe la caste la plus noble de l'histoire4 ,dans tout ce que nous savons du pass et du prsent1 nous ne retrouvons pas le pareil de l'officier subalterne prussien4 ,grce ses qualits1 le sous-prfet prussien a fait d'une fonction thoriquement superflue une institution d'tat de la plus haute importance1 presque indispensable4 ,parmi les belles qualits de cette partie de la noblesse1 dans laquelle se recrutent nos fonctionnaires1 figure l'aptitude1 non seulement diriger une administration1 mais aussi la rendre efficace et moderne1 l'aide de toutes les mthodes scientifiques et techniques1 mme celles d'origine trangre1 et cela au prix d'un grand effort que ncessite la lutte contre l'aversion naturelle l'gard de tout ce qui est nouveau4 ,mais1 trangers l'improvisation1 nos fonctionnaires n'arrivent ce rsultat que lentement1 aprs une longue accoutumance et une longue familiarisation4 ,leur initiative ne va d'ailleurs pas plus loin4 ,ce qui est unique1 ce qui n'a pas encore exist1 est inaccessible l'esprit du fonctionnaire prussien4 ,rsoudre sous sa propre responsabilit1 sans prjug ni parti-pris1 une situation embrouille1 embarrassante1 crer des choses et des situations nouvelles1 hter celles qui sont en voie de formation1 tout cela n'est pas son affaire4 ,il se heurte d'ailleurs ici un obstacle notoire3 ses actes se trouvent sous une dpendance tellement troite du conservatisme politique et subissent son influence un point tel que le choix des solutions1 en prsence d'une situation donne1 s'en trouve pour lui fortement restreint4 ,il lui est difficile de rendre sienne la conception d'un autre1 de se mettre mentalement dans la situation d'un autre2 c'est pourquoi il est mauvais ngociateur et mauvais colonisateur4 ,il lui manque le coup d'oeil qui porte loin et perce l'avenir4 ,il lui manque cette aspiration l'illimit sans laquelle le champ de ce qui est ralisable se trouve rtrci et rduit aux seules possibilits terre--terre4 ,ce n'est pas par un simple hasard que1 depuis la mort de ,frdric1 la ,prusse n'a pas produit d'hommes d'tats europens1 l'exception d'un seul1 qui n'tait d'ailleurs pas d'une noblesse pure4 ,on a dit que la guerre a fourni la preuve de l'extraordinaire esprit d'organisation de la ,prusse4 ,il est vrai que les organisations existantes de l'arme1 des chemins de fer1 de la ,banque ,centrale se sont montres1 dans leur structure et leur fonctionnement1 la hauteur de toutes les exigences4 ,mais tout ce qui a d tre cr et improvis1 comme n'ayant pas t prvu 7pourquoi87 et tout ce qui1 une fois cr et improvis1 a rsist l'preuve1 n'a pas t l'oeuvre de l'tat4 ,revenons la question de la force d'assaut4 ,la slection portant sur les aptitudes administratives traditionnelles ne suffit pas4 ,nous avons besoin de porter notre slection sur les aptitudes politiques absolues1 en ne tenant compte que des exigences de l'art de gouverner1 au sens moderne du mot4 ,la classe qui1 jusqu' prsent1 tait seule charge de responsabilit politique n'est pas seulement trop petite1 puisqu'elle se compose de cinq mille individus sur une population de soixante cinq millions2 on peut dire1 en outre1 que cette classe est loin d'tre la plus apte remplir les tches qui dpassent les limites du domaine purement administratif4 ,l'objection que l'appel des reprsentants d'autres classes de la nation n'a pas donn les rsultats voulus est sans valeur1 car tant que rgnera l'atmosphre dont nous avons parl1 il y aura1 non pas une seule raison1 mais quatre pour que les nouveaux arrivants se montrent au-dessous de leur tche3 gnralement il entrera dans la carrire administrative1 parce qu'il n'aura pas russi dans une carrire antrieure2 pour se faire bien voir de ses nouveaux collgues1 il cherchera leur ressembler autant que possible et se comporter comme eux2 le tour souvent mercantile de la manire de penser de ces nouveaux arrivants donne souvent l'illusion de la profondeur dont on attend en vain des choses nouvelles2 ils se trouvent non moins souvent dans l'obligation de faire des concessions qui1 tout en tant indispensables1 dans les limites de leur nouvelle carrire1 n'en sont pas moins de nature diminuer leurs chances de russite4 ,dans les principaux tats occidentaux1 grce la longue pratique du parlementarisme1 sont nes des mthodes de slection qui agissent d'une faon pour ainsi dire automatique1 sans l'intervention de la lgislation et presque l'insu des nations qui considrent les rsultats de cette slection comme une chose toute naturelle1 sans se demander comment et pourquoi ils se produisent4 ,de ces mthodes1 qui ont toujours chapp notre tude scientifique1 parce que le problme de la slection n'a jamais t pris au srieux chez nous1 il ne sera pas question ici4 ,qu'il nous suffise de dire que toutes ces mthodes ont leurs racines dans la vie parlementaire1 qu'elles reposent en ,angleterre sur le choix et l'ducation voulus et conscients de chefs au sein des partis1 en ,france sur la pratique parlementaire et journalistique1 en ,amrique sur une base ploutocrato-dmagogique4 ,la mthode anglaise est difficile imiter1 car en ,angleterre le futur chef de parti est dj1 pour ainsi dire1 reconnu par ses camarades de collge comme possdant une supriorit physique et intellectuelle2 il est ensuite remarqu par un ministre qui1 sans tenir compte de la filire hirarchique1 fait de lui son secrtaire ou auxiliaire1 le fait passer travers les cribles de plus en plus fins de l'lection parlementaire1 de la pratique parlementaire1 le charge titre d'essai et d'preuve1 de responsabilits de plus en plus grandes et lui transmet1 lorsqu'il a rsist victorieusement toutes ces preuves1 son exprience1 sa connaissance des hommes et de la socit1 son influence et son poste4 ,on prtend que1 dans ce pays1 il n'est pas de talent politique qui ne soit pas dcouvert et qui1 une fois dcouvert1 reste inutilis4 ,la ,france1 lorsqu'elle est entre dans l'arne de l'histoire contemporaine1 tait un tat meurtri1 branlant sur ses bases1 tellement faible et dprim que son ambassadeur faisait appel la chevalerie de l',empereur allemand pour obtenir la paix4 ,or1 grce son habilet politique1 la ,france a1 dans l'espace de quarante annes1 pendant que l',allemagne perdait son hgmonie1 rtabli sa force dfensive1 conquis trois ,empires coloniaux et conclu les plus fortes alliances en ,europe qui1 contrairement deux de nos alliances nous1 ont victorieusement support l'preuve de la guerre4 ,un pays1 qui tait oblig de faire venir de l'tranger ses financiers et ses employs d'industrie1 parce qu'il n'avait pas chez lui suffisamment de forces et de talents1 a pu1 grce une slection approprie1 satisfaire son norme besoin et sa non moins norme consommation d'hommes d'tat et mme s'assurer des rserves telles qu'il disposait pour tout nouveau problme d'organisation ou d'ordre financier1 diplomatique et parlementaire d'hommes de toutes les nuances1 alors que chez nous il a fallu renoncer plus d'un changement ou remplacement1 parce qu'il tait impossible de trouver un successeur4 ,si l'on compare les deux pays au point de vue du chiffre de la population1 de l'tat de l'instruction1 de la force de production1 du niveau de culture et des conditions favorables au dveloppement de talents1 on trouve1 avec un trs grand degr de probabilits1 que l',allemagne aurait pu1 chaque instant1 disposer de talents politiques1 quantitativement et qualitativement de beaucoup suprieurs ceux dont dispose la ,france1 si elle avait connu les moyens de slection automatiques dans le genre de ceux dont nous avons parl plus haut4 ,mais ces moyens1 nous ne les connaissons pas4 ,bien mieux3 nous usons de mthodes diamtralement opposes4 ,ce que nulle direction d'une socit par actions1 nul conseil d'administration d'une industrie1 nulle socit locale ne voudraient jamais admettre1 nous le supportons1 alors qu'il s'agit du bien suprme de la collectivit3 nous confions des responsabilits1 sans la conviction d'avoir choisi les hommes les meilleurs et les plus forts4 ,l'entreprise industrielle la plus puissante serait ruine dans l'espace d'une gnration1 si elle tait oblige1 de par ses statuts1 de choisir ses chefs responsables dans un cercle d'un millier de familles ou dans leur entourage4 ,et1 cependant1 on trouve ces mthodes bonnes1 lorsqu'il s'agit de la dfense spirituelle de l',empire contre une concurrence acharne1 intrieure et extrieure1 lorsque la question en jeu n'est autre que celle de l'existence mme de notre peuple6 ,ce fait inconcevable trouve son explication dans un autre fait1 non moins inconcevable3 les notions de concurrence1 de travail organique1 de dons naturels n'ont pas encore pntr dans les rgions o se dcident nos destines4 ,l o il y a tant de choses qui se transmettent hrditairement1 on croit l'inspiration puise dans les fonctions mmes qu'on remplit1 la supriorit inne sur les masses1 aux annales de l'histoire dont chaque ligne relate un grand moment1 sans qu'il y paraisse rien de l'norme dpense de travail et de gnie qui est inscrite entre les lignes4 ,l'histoire universelle se droule comme un feuilleton dans lequel chaque nouvelle figure1 aprs s'tre acquitte de son rle emploie le temps qui lui reste se dpenser en harangues1 en aperus1 en actions d'tat4 ,c'est ce qui explique la manire insense dont on gaspille le temps de nos fonctionnaires1 et il faut dire que les ,parlements ne sont pas les moins coupables de ces gaspillages4 ,celui qui est appel rsoudre de graves problmes a besoin de #cfe fois #bd heures pour lui et pour son travail et doit laisser d'autres le soin de rendre compte1 sa place1 de son mandat1 d'assister des ftes1 de procder des inaugurations4 ,la conception anecdotique de l'histoire n'a eu qu'un seul moment de vogue1 et cela surtout auprs des chroniqueurs officiels3 ce fut pendant le court apoge du long rgne de ,louis ,,xiv1 alors que l',empire franais n'avait pas encore compter avec des concurrents de la mme force que lui4 ,un jeune fonctionnaire brigue un poste dans la carrire diplomatique4 ,il porte un titre de noblesse1 a une belle prestance1 possde des revenus de millionnaire1 fait partie d'une association d'tudiants des plus cotes1 d'un des rgiments les plus privilgis1 professe des ides politiques traditionnelles et est nanti de hautes recommandations4 ,il est difficile d'opposer un refus un postulant de cette qualit qui1 s'il perdait sa fortune ou tait oblig de quitter son service1 devrait peut-tre se contenter de la profession de marchand d'automobiles4 ,il se pourrait1 sans doute1 que ce postulant privilgi ft dou d'un gnie politique1 car la nature se complat parfois dispenser ses dons sans choix ni discernement4 ,mais le froid calcul des probabilits1 qui s'applique impitoyablement de longs intervalles de temps1 nous enseigne qu'en ce qui concerne les dons suprieurs1 ceux du moins qui ne sont pas indispensables dans la vie matrielle1 le cercle dj assez limit sur lequel porte la slection se rtrcit d'autant plus que les dons exigs sont de qualit plus leve1 de sorte qu'en fin de compte le sort et l'existence de l'tat reposent1 non sur le jeu complet des forces nationales1 mais sur quelques cartes seulement4 ,on pourrait nous opposer l'objection tire de la prsence d'un grand nombre de reprsentants non-nobles dans les emplois importants4 ,mais1 encore une fois1 cette objection est sans valeur1 car ces reprsentants1 obligs de s'adapter une atmosphre donne1 plus forte qu'eux1 finissent par prsenter la fois les dfauts de la classe qu'ils ont quitte et de celle qu'ils imitent1 et leur cas s'aggrave encore du fait que1 cherchant se faire pardonner leur intrusion dans un milieu qui n'est pas le leur1 ils poussent l'assimilation jusqu' l'exagration4 ,lorsque le choix de la matire premire intellectuelle est fait d'aprs des principes faux1 le danger augmente d'autant plus que les fonctions pour lesquelles il s'agit de faire le choix et la dsignation comportent plus de responsabilit4 ,lorsqu'il s'agit des responsabilits les plus leves1 on ne se contente pas1 comme pour les fonctions administratives sans grande importance politique1 de l'avancement hirarchique1 l'anciennet3 les nominations se font au choix1 en conseil de cabinet4 ,mais le principe de la comptence des pouvoirs suprieurs en ces matires1 principe qui est la base des nominations au choix1 peut suffire aux poques de constellations humaines particulirement favorables4 ,on a vu surgir1 au cours de l'histoire1 des dynasties et des premiers ministres possdant une connaissance des hommes et une comptence telles que nulle autre mthode n'aurait pu donner des rsultats aussi heureux que ceux qu'ils ont obtenus la suite de leurs choix intuitifs4 ,mais les institutions d'un tat doivent tre prvues pour des sicles1 et leur moindre flchissement peut avoir les consquences les plus graves4 ,c'est pourquoi il faut compter avec la possibilit de choix incomptents1 arbitraires1 dicts par la faveur1 et nous connaissons des poques1 pour ne rien dire de la ntre1 o des dons purement extrieurs1 les bonnes manires1 l'adaptation aux usages de la ,cour1 des services et des rencontres occasionnels ont jou un rle dcisif dans le choix des hauts dignitaires de l'tat4 ,la signification vritable des ,parlements rside1 ainsi que nous l'avons reconnu1 dans le fait qu'ils servent1 non rgenter les masses1 mais spiritualiser le peuple1 assigner la pense et au vouloir de la nation des fins qui dpassent les besoins et les occupations terre--terre et de tous les jours4 ,tout en jouant leur rle traditionnel et mcanique de baromtre de la nation1 ils devront l'avenir tre l'cole o se formeront les hommes d'tat4 ,si nous russissons1 et nous y russirons1 lever les ,parlements la hauteur de ce rle1 nous aurons cr en mme temps l'organe qui1 au nom du peuple1 sera en quelque sorte le rgulateur des choix aux fonctions responsables4 ,il n'est pas absolument ncessaire que les ,parlements nomment directement les plus hauts magistrats de l'tat2 mais il est absolument ncessaire qu'ils renferment dans leur sein les talents et comptences qu'exigent ces hautes fonctions1 et il est non moins ncessaire que les partis qui fourniront ces talents et comptences soutiennent leurs hommes de confiance de faon leur faciliter toute nouvelle organisation ou toute rorganisation de leurs services1 au point de vue de leur composition bureaucratique4 ,cette rforme et ce pouvoir de rgularisation reconnus au ,parlement ne porteront nul prjudice ni la bureaucratie1 ni la classe fodale1 pour autant que les dons de l'une et de l'autre rsisteront l'preuve de la concurrence1 tant donn que les reprsentants de ces deux catgories seront ligibles dans les mmes conditions que les autres et pourront1 une fois lus1 faire profiter l'tat de leur exprience et de leur comptence traditionnelles4 ,mais la rforme du ,parlement1 dont on peut attendre ces effets1 doit tre l'oeuvre de la nation4 ,c'est la nation qui doit amener au jour toutes ces vellits intelligentes des pouvoirs qui germent aujourd'hui un peu partout1 et cela en crant des systmes lectoraux appropris1 en donnant un contenu profond et srieux la vie des partis1 en imprimant ceux-ci une orientation nouvelle4 ,il nous reste encore dire quelques mots d'une troisime force qui1 ct de la force de direction et de la force d'assaut1 assure la stabilit et la solidit de l'tat3 la force de rsistance4 ,toute politique d'tat est une preuve permanente de ses forces1 et la tension extrme de la politique1 celle qui culmine dans la guerre1 est une preuve qui s'tend tous les domaines1 physique1 psychique et intellectuel1 et qui1 normalement1 n'est pas termine1 tant que la dernire des questions sur lesquelles porte le conflit n'a pas reu sa solution4 ,la sance du ,reichstag du #d aot #aiad a rvl ce que nous savions dj par intuition1 savoir que tout malheur qui atteint notre pays ralise l'unit du peuple4 ,mais cette sance a rvl en mme temps que l'unit en question1 loin d'tre l'effet de nos institutions1 signifie notre victoire sur celles-ci4 ,lorsqu'on voit des classes du peuple jouissant de droits restreints1 considres comme incapables d'adaptation sociale et traites volontiers en ennemies de l'tat1 de sans-patrie1 de tratres au pays1 lorsqu'on voit ces classes se lancer dans la lutte pour la patrie avec le mme enthousiasme que ceux auxquels cette patrie appartient et obit aussi bien lgalement qu'conomiquement1 tous ceux qui sont anims de sentiments allemands trouvent cette abngation naturelle4 ,mais on ne btit un tat1 en lui donnant pour base l'abngation et le privilge4 ,nous avons intentionnellement laiss de ct1 dans cette partie de notre ouvrage1 consacr aux problmes urgents d'ordre politique1 la question de l'lvation de niveau du proltariat hrditaire4 ,mais nous sommes obligs de dclarer que de simples raisons utilitaires rendent inacceptable la conception d'un tat se composant de classes dominantes et de classes domines1 car un tat prsentant une pareille structure politique manque d'quilibre et1 par consquent1 de solidit4 ,nous sommes tellement habitus l'ide que l'tat est une chose qui n'intresse que les spcialistes privilgis1 qu'il est la proprit hrditaire de certaines associations familiales et de certaines combinaisons de partis1 qu'il n'est compatible qu'avec certaines ides et conceptions1 l'exclusion de toutes les autres1 qu'il est un tre despotique1 intervenant par ses innombrables ramifications dans la vie1 les droits1 la proprit de chacun de nous1 un tre devant lequel on s'incline1 soit par contrainte1 soit parce qu'il remplit plus ou moins bien certaines fonctions publiques et politiques2 nous sommes tel point levs dans l'ide que chacun de nous doit se consacrer tout entier sa profession1 qu'il s'agisse du commerce ou de l'industrie1 d'un emploi ou d'une fonction quelconque ou du travail intellectuel1 en levant les yeux le moins possible vers les autorits privilgies1 en renonant toute critique importune et incomptente1 sous la seule rserve du droit reconnu chacun de remplir de temps autre un bulletin de vote qui disparat dans le tourbillon de millions de voix2 ces ides1 disons-nous1 nous sont devenues tellement familires1 ont pouss dans nos esprits des racines tellement profondes que nous sommes peine capables de nous reprsenter l'tat comme tant res publica1 la chose de tous1 l'expression commune de nos vouloirs terrestres4 ,nous manquons de points de comparaison1 et ceux que nous offrent l'histoire et le monde extrieur se rapportent des images dformes par l'exagration des dfauts3 c'est que ces images nous sont prsentes par des professeurs1 des commerants1 des voyageurs et des journalistes1 c'est--dire par des gens qui ne sont pas capables d'orienter librement leur volont4 ,nous ne craignons pas d'exclure de toute participation la vie publique et d'acculer l'agitation et la critique du travail parlementaire une moiti de notre peuple1 celle notamment qui voit dans nos formes de vie et d'conomie une contrainte hostile4 ,nous croyons pouvoir nous dfendre contre cette partie du peuple l'aide de lois1 la rendre inoffensive en la soumettant des essais d'amlioration dont nous confions le soin l'glise et l'cole4 ,nous ne nous rendons pas compte de ce qu'il y a d'inorganique dans le fait qu'une classe intelligente1 expansive et pleine d'aspirations soit domine sans rserves par une classe possdante et restrictive4 ,nous considrons comme lgitime et politiquement admissible le fait d'un gouvernement autoritaire1 pratiquant une politique de parti1 une politique qui cherche tablir la domination d'une classe sur une autre1 d'un groupe sur la masse4 ,nous appelons cette politique conservatrice1 nous disons qu'elle vise la conservation de l'tat4 ,mais qu'est-ce qui se conserve et se maintient indfiniment dans la vie organique8 ,c'est la vie elle-mme1 la vie qui se renouvelle sans cesse1 grce ses propres ressources1 et non ses formes individuelles et passagres4 ,le prtendu conservateur n'est1 au fond1 qu'un homme qui combat la vie1 qui l'entrave et favorise le vieillissement et la dcrpitude4 ,mais ce qui est plus grave encore1 c'est que toute politique qui n'est pas une politique au service de tous1 mais une politique de parti1 est oblige de servir1 pour ainsi dire1 deux matres3 son but objectif extrieur et les ides intimes et secrtes du parti4 ,elle n'est donc pas libre dans ses mouvements et succombe1 la longue1 toute politique adverse1 lorsque celle-ci est libre d'entraves et indpendante dans le choix de ses moyens4 ,on cherche depuis deux ans les raisons intimes1 mtaphysiques du sort qui nous a conduits la guerre mondiale4 ,la seule raison qui nous ait valu ce sort est celle-ci3 une politique instable et sans succs n'a pas russi convaincre le peuple allemand qu'il est oblig de porter la responsabilit de sa vie et de ses destines4 ,le peuple1 absorb par les soucis de l'enrichissement1 des affaires et des perfectionnements de la technique1 se contentait de quelques vagues soupirs propos de l'insuffisance avec laquelle sont remplies certaines fonctions et ne voulait pas se rendre compte des vices fondamentaux dont il considrait les symptmes extrieurs comme accidentels1 secondaires4 ,deux annes heureuses de succs personnel avaient1 aux yeux de chacun1 plus d'importance que les affaires de la collectivit qu'on laissait se maintenir et se dbrouiller tant bien que mal4 ,je n'ai pas cess1 cette poque1 d'attirer l'attention1 par la parole et par la plume1 sur la logique interne1 pleine de menaces1 qui1 indpendamment de tel ou tel cas politique particulier1 nous entranait vers l'heure fatale4 ,la guerre1 qu'on cherche encore aujourd'hui rattacher des causes secondaires1 devait venir1 pour nous conduire1 travers les malheurs communs1 la responsabilit commune et la solidarit nationale4 ,c'est une belle vertu que celle des natures nes pour servir et pour vouer leur existence1 non au bien de l'humanit1 mais la dfense de la vie et des biens d'un matre1 pour se confondre avec sa maison1 avec son sort et son caractre et reporter cette fidlit sur la descendance du matre4 ,cette qualit et cette existence sont certainement louables4 ,elles peuvent mme tre trs dignes de respect1 car toute attitude1 qu'il s'agisse de cration ou de subordination1 par laquelle s'exprime la perfection de relations inter-humaines1 constitue une fin en soi4 ,tel est le sort de ceux qui sont incapables d'tre matres eux-mmes1 de ceux auxquels il n'est pas donn d'avoir une maison soi1 d'aspirer la libert1 de vivre et d'agir en toute indpendance et autonomie individuelles4 ,mais le peuple allemand ne peut pas tre vou vivre dans une association politique qui ne soit pas sienne dans tous les sens du mot1 subir le sort que lui impose une caste hrditaire1 servir de paravent des institutions fondes sur les privilges de quelques-uns4 ,ce peuple1 le plus indpendant de tous ceux qui existent et ont exist1 doit avoir la responsabilit de ce qu'il veut et de ce qu'il fait4 ,s'il est possible1 d'une faon gnrale1 de runir en un seul faisceau politique les innombrables dispositions individuelles1 les multiples et fcondes oppositions de natures et d'intrts qui s'entre-croisent dans tous les sens dans notre pays1 il faut que l'organe central qui prend des dcisions soit reli tous les organes priphriques1 physiques et intellectuels1 par des nerfs et des vaisseaux sains et robustes3 c'est la seule condition de la juste rpartition des droits et devoirs et du rveil des forces libres4 ,nous avons indiqu les voies qui conduisent ce but3 rforme de la vie politique et parlementaire1 choix des hommes les plus capables1 collaboration de la partie intellectuelle du peuple au travail d'administration et la politique de l'tat4 ,pour assurer la force de rsistance de l'tat1 nous ne voyons pas d'autre moyen que l'tablissement d'un quilibre entre les tensions internes qui1 telles qu'elles s'opposent aujourd'hui1 rendent le corps fragile4 ,rien de plus solide que le corps organique1 soutenu par des muscles sains1 rgulirement disposs4 ,lui seul est capable de supporter le fardeau de la pression extrieure et la charge de sa propre dfense1 car chacun de ses lments sains ne peut vouloir que la conservation de l'ensemble et1 pour raliser cette fin1 il acceptera la responsabilit des moyens et cherchera acqurir la force ncessaire4 ,c'est sur lui que repose la scurit et la protection de la couronne monarchique1 leve au-dessus des buts de parti et joyeusement supporte1 parce qu'en elle s'incarne le seul bien gnral que n'assombrit aucun dsir personnel et qu'en elle chacun reconnat la justice impartiale1 dsintresse1 au service de tous1 sans exception1 sans prfrence d'aucune sorte4 ,c'est sur lui encore que repose le plus grand de tous les biens politiques1 le sentiment actif et agissant qui anime chaque citoyen1 en tant que membre d'un tat qui est la proprit de tous1 dont personne ne peut tre exclu pour quelque raison que ce soit1 qu'on sert1 sans tre opprim par l'obscure conscience qu'on ne travaille qu'au profit d'une classe privilgie et ruse3 ici1 au contraire1 chacun se rend compte de la solidarit qui le rattache aux autres membres de la communaut et de la responsabilit qu'il partage avec eux1 solidarit et responsabilit dans lesquelles il puise le noble orgueil de faire partie de son tat et de son royaume1 orgueil qui nous touche1 mme de loin1 et qui est inconnu dans un pays o il n'y a que de simples sujets4 ,c'est ainsi que des considrations politiques et contingentes nous amnent cet tat populaire que des considrations morales et absolues nous ont dj fait entrevoir4 ,si nous avons fait tat des circonstances particulires notre pays1 un moment prcis et donn de son histoire1 ce ne fut pas1 malgr que ces circonstances nous touchent de trs prs1 pour y puiser les principaux arguments en faveur de notre thse1 mais uniquement pour1 selon l'exemple d',ante1 insuffler l'ide qui lutte pour son existence la force de la ralit1 en la mettant en contact avec la terre natale4 ,et maintenant1 avant de clore notre expos1 jetons un dernier coup d'oeil sur le tableau d'ensemble de notre vie sociale4 ,nous sommes emports par le mouvement le plus vertigineux que notre humanit plantaire ait jamais connu3 le mouvement mcanistique4 ,ses dbuts ont t perus1 il y a des milliers d'annes1 partout o le genre humain1 devenu sdentaire1 s'est tabli par groupes de plus en plus compacts1 de plus en plus nombreux3 dans les plaines abondamment arroses1 sur les ctes marines et le long des cours de fleuves3 sur l',euphrate et sur le ,nil1 autour de la ,mditerrane et dans l',asie ,orientale4 ,les populations n'ont pas cess d'augmenter et de se rpandre sur trois continents1 dtruisant tous les obstacles qui s'opposaient leur expansion3 forts1 animaux4 ,la lutte de l'individu1 de la horde1 de la tribu pour les biens de la nature s'est rvle inefficace et a d tre remplace par la lutte de conqute mene par l'humanit entire contre l'ensemble des forces de la nature4 ,c'est cette lutte que nous avons donn le nom de mcanisation4 ,nous vivons dans l're mondiale de la mcanisation4 ,en tant que lutte contre la nature1 elle n'a pas encore atteint son point culminant2 en tant qu'poque intellectuelle1 elle l'a dpass1 puisqu'elle est devenue consciente4 ,considre au point de vue physique1 notre poque apparat comme une poque primitive1 puisqu'elle est absorbe par la lutte pour la nourriture1 la vie et le bonheur4 ,considre au point de vue mtaphysique1 elle ne rvle rien de dfinitif1 car elle est caractrise par la prdominance d'une force spirituelle d'ordre infrieur3 l'intellect4 ,la mcanisation s'est empare de toutes les forces humaines1 de toutes les penses et activits humaines4 ,pour se recrer elle-mme1 elle a produit la science et la philosophie intellectuelles2 pour se conserver1 elle a besoin de la technique1 des changes1 de l'organisation et de la politique4 ,toute la pense pratique lui a emprunt ses formes2 elle volue uniquement parmi les notions de polarit1 d'abstraction1 de dveloppement1 de loi et de fin1 en se servant d'instruments de mesure et d'observation4 ,toute la pense mtaphysique s'est insensiblement adapte ces formes et a imit les mouvements de l'intellect utilitaire4 ,le sentiment religieux lui-mme a adopt1 dans les glises1 dans les institutions d'dification et de rdemption1 la forme de la mcanisation et concili ses origines transcendantales avec la ncessit d'organisation des masses1 aussi bien dans la vie terrestre que dans l'au-del4 ,les quelques rares voix qui1 venant de l',inde et de la ,palestine1 de la ,grce intuitive ou du rveur moyen-ge germanique1 ont travers l'atmosphre de la pense intellectuelle1 n'ont abouti1 au cours des sicles1 qu' crer un compromis mcanis4 ,mais la pense elle-mme1 cette force gigantesque1 mais dompte1 de la terre1 cherche dpasser la volont utilitaire et aspire la libert4 ,elle reconnat la puissance ncessaire de la mcanisation1 puissance d'ordre exclusivement physique1 et se rend compte de sa pauvret transcendante4 ,et elle reconnat aussi la puissance intuitive de l'me qui perce l'avenir1 son unit invincible1 et ne recule pas devant son propre sacrifice4 ,la mcanisation1 mise nu1 se rvle dans toute son impuissance terrestre2 elle a fait appel toutes les forces de la plante et de ses soleils1 mais uniquement pour crer de nouvelles masses et se procurer un nouveau travail2 elle a enchan tous les hommes1 en leur imposant un service commun1 mais uniquement pour les rendre plus hostiles les uns aux autres1 sous le couvert d'une apparente solidarit2 elle a faonn toutes nos manires de penser1 de sentir et d'agir1 mais n'a russi qu' prcipiter nos sentiments1 nos penses et nos actions dans l'abme de l'irrel4 ,l'esprit de la terre inconnu1 dont nous tions les serviteurs doit devenir serviteur son tour4 ,si la mcanisation a abouti des rsultats inous1 en orientant notre vie spirituelle1 matrielle et sociale vers la lutte contre la nature1 elle n'a russi ni nous faire comprendre le sens de la lutte1 ni matriser nos instincts primitifs4 ,bien mieux3 ces instincts1 la peur1 la convoitise1 l'gosme1 la haine1 elle les a stimuls et elle en a abus4 ,elle a favoris tous les attentats contre l'esprit ternel1 pour nous procurer l'illusion du moi et de sa domination4 ,elle a perptu1 en en faisant une vague ncessit anonyme1 toutes les formes du vol1 du brigandage1 de la lutte et de la servitude4 ,en guise d'appt et de sanction1 elle nous a offert la jouissance et la privation1 les impratifs froids et les misrables expdients de la philosophie intellectuelle1 l'image cleste de notre enfer terrestre1 autrement dit le nant4 ,c'est indpendamment de toute fin et de toute pense utilitaire que le sens de notre existence s'est rvl nous3 devenir1 croissance et vie de l'me4 ,indpendamment de toute fin et de tout vouloir utilitaires1 nous nous penchons sur l'essence mme de la mcanisation1 et nous reconnaissons dans cet acharnement terrestre matriser la nature un bien vritable qui nous tait chu1 mais dont la puret nous a chapp jusqu' prsent1 cause du caractre trouble de ses manifestations4 ,la lutte contre la nature l'aide de la mcanisation est une lutte qui intresse l'humanit entire4 ,tout ce qui a t fait avant la mcanisation tait l'oeuvre de l'individu1 de la famille1 de la caste1 de la tribu3 victoire sur le monde animal et sur la sauvagerie1 asservissement du sol et des tendues marines4 ,mais la lutte de toutes les forces humaines contre toutes les forces de la nature exige la collaboration de toutes les existences humaines3 l'esprit plantaire lutte en tant qu'unit4 ,c'est d'aprs ce principe que la mcanisation a agi dans la pratique3 elle a runi les units humaines en d'innombrables organisations2 elle a tabli des communications entre toutes les rgions de la terre1 en utilisant l'ther1 l'air1 l'eau et le mtal2 elle a associ les membres et les esprits les plus loigns les uns des autres1 en vue d'actions et de travaux communs4 ,mais le ct spirituel de l'association et de l'action commune lui a chapp4 ,elle se sert toujours des stimulations primitives et des instincts d'esclaves1 pour entretenir et favoriser la lutte et la division4 ,convoitise et gosme1 haine1 envie et hostilit1 tous les sombres et mauvais instincts des temps primitifs et de l'animalit animent le mcanisme de notre monde et dressent homme contre homme1 collectivit contre collectivit4 ,les larmes de la foi schent la flamme du vouloir mcaniste1 et les paroles des prtres doivent se prter bnir la haine4 ,rivs la galre1 nous sommes condamns avoir le corps meurtri par les chanes1 bien que le vaisseau que font avancer nos rames soit notre vaisseau nous et que la lutte dans laquelle nous sommes engags soit une lutte dont l'enjeu est notre propre sort4 ,mais de mme que nous savons avec certitude que l'me qui se rveille est une chose divinement sacre pour laquelle nous vivons et qui nous appartient1 que l'amour est la force rdemptrice qui libre notre bien le plus intime et nous entrane tous vers une unit suprieure1 de mme nous discernons infailliblement dans la lutte mondiale invitable1 inaugure par la mcanisation1 une seule chose essentielle3 l'aspiration l'unit4 ,en opposant la mcanisation le signe qui la fait plir1 savoir la conception transcendante du monde qu'elle a su obscurcir1 grce l'aide puissante que lui a prte la philosophie intellectuelle1 en lui opposant le culte de l'me1 la foi dans l'absolu2 en projetant sur son essence des flots de lumire et en pntrant jusqu' son noyau cach1 qui n'est autre que le dsir d'unit1 nous la dpouillons de son pouvoir et de sa puissance1 nous cessons d'tre ses serviteurs pour devenir ses matres4 ,nous commenons voir clair3 nous ne consentons plus renoncer notre dignit humaine et la vie de l'me pour un salaire de famine et pour le bonheur infernal que nous procurent quelques jouissances et quelques vanits satisfaites1 par paresse1 par gosme1 par crainte des responsabilits4 ,nous aspirons l'unit et la solidarit de la communaut humaine1 l'unit dont les liens sont constitus par la responsabilit intime et la confiance divine4 ,malheur la gnration qui cherche touffer la voix de sa conscience1 qui ne voit rien au-del de ses intrts matriels1 qui vit dans l'amour des apparences et ne sait pas s'arracher aux liens de l'gosme et de la haine6 ,elle se prpare un triste avenir4 ,nous ne sommes ici-bas ni pour possder des biens matriels1 ni pour exercer le pouvoir1 ni mme pour jouir du bonheur4 ,le seul but de notre existence consiste dgager de l'esprit humain son essence divine4 ,,fin ,,mayenne1 ,,imprimerie ,,charles ,,colin