,,de ,l',,ducation ,d',,un ,,homme ,,sauvage ,illu/ration ,,de ,l',,ducation ,d',,un ,,homme ,,sauvage ,,ou ,,des ,,premi]s ,d,,veloppem5s ,,physiques ,,et ,,moraux ,,du ,,jeune ,,sauvage ,,de ,l',,aveyron4 ,p> ,e4 ,m4 ,,it>d1 ,mdec9 de l',in/itution ,nationale des ,s\rds-,muets1 ,membre de la ,socit ,mdicale de ,p>is1 etc4 ,quant on dit que cet enfant ne donnait aucun signe de raison1 ce n'e/ pas qu'il ne raisonnt suffisamm5t p\r veill] sa cons]vation2 mais c'e/ que sa rflexion1 jusqu'alors applique ce seul objet1 n'avait po9t eu occasion de se port] sur ceux dont n\s n\s occupons444 ,le plus gr& fonds des ides des hommes e/ dans leur comm]ce rciproque4 ,,condillac4 ,,p>is1 ,*ez ,,g\jon fils1 ,imprimeur-,libraire1 rue ,t>anne1 ,n4 #gcg4 ,,v5d,,miaire ,,an ,x4 7#ahja74 ,con=mm5t la loi du #ai juillet #agic1 deux exemplaires ont t dposs la ,biblio?que nationale1 munis de nos signatures1 comme ci-dess\s4 ,sign3 ,it>d ,sign3 ,g\jon fils ,,avant-,,propos ,jet sur ce globe1 sans =ces physiques et sans ides innes1 hors d'tat d'obir p> lui-mme aux lois con/itutionnelles de son organisation1 qui l'appell5t au premi] rang du sy/me des tres1 l'homme ne peut tr\v] qu'au se9 de la socit la place m95te qui lui fut m>que dans la nature1 et s]ait sans la civilisation1 un des plus faibles et des mo9s intellig5s des animaux3 vrit1 sans d\te1 bi5 rebattue1 mais qu'on n'a po9t encore rig\reusem5t dmontre4 ,les philosophes qui l'ont mise les premi]s1 ceux qui l'ont ensuite s\t5ue et propage1 en ont donn p\r preuve1 l'tat physique et moral de quelques peuplades errantes1 qu'ils ont reg>des comme non civilises1 p>ce qu'elles ne l'tai5t po9t notre manire1 et *ez lesquelles ils ont t puis] les traits de l'homme dans le pur tat de nature4 ,non1 quoi qu'on en dise1 ce n'e/ po9t l encore qu'il faut le *]*] et l'tudi]4 ,dans la horde sauvage la plus vagabonde1 comme dans la nation d',europe la plus civilise1 l'homme n'e/ que ce qu'on le fait tre2 ncessairem5t lev p> ses semblables1 il en a contract les habitudes et les beso9s2 ses ides ne sont plus lui2 il a j\i de la plus belle prrogative de son espce1 la susceptibilit de dvelopp] son ent5dem5t p> la =ce de l'imitation et l'influ5ce de la socit4 ,on devait donc *]*] ailleurs le type de l'homme vritablem5t sauvage1 de celui qui ne doit ri5 ses p>eils1 et le dduire des hi/oires p>ticulires du petit nombre d'individus qui1 dans le c\rs du #ag;e4 sicle1 et au comm5cem5t du #ah;e41 ont t tr\vs1 diffr5s int]valles1 vivant isolm5t dans les bois o ils avai5t t ab&onns ds l'ge le plus t5dre#a4 ,mais telle tait1 dans ces tems reculs1 la m>*e dfectueuse de l'tude de la sci5ce livre la manie des explications1 l'inc]titude des hypo?ses1 et au travail exclusif du cab9et1 que l'obs]vation n'tait compte p\r ri51 et que ces faits prcieux fur5t p]dus p\r l'hi/oire naturelle de l'homme4 ,t\t ce qu'en ont laiss les auteurs contempora9s se rduit quelques dtails insignifians1 dont le rsultat le plus frappant et le plus gnral1 e/ que ces individus ne fur5t susceptibles d'aucun p]fectionnem5t bi5 m>qu2 sans d\te1 p>ce qu'on v\lut appliqu] leur ducation1 et sans g>d p\r la diffr5ce de leurs organes1 le sy/me ord9aire de l'enseignem5t social4 ,si cette application et un succs complet *ez la fille sauvage tr\ve en ,france v]s le comm5cem5t du sicle d]ni]1 c'e/ qu'ayant vcu dans les bois avec une compagne1 elle devait dj cette simple association un c]ta9 dveloppem5t de ses facults intellectuelles1 une vritable ducation1 telle que l'admet ,condillac#b1 qu& il suppose deux enfans ab&onns dans une solitude pr(onde1 et *ez lesquels la seule influ5ce de leur co-habitation1 dt donn] essor leur mmoire1 leur imag9ation1 et leur faire crer mme un petit nombre de signes3 supposition +nieuse1 que ju/ifie ple9em5t l'hi/oire de cette mme fille1 *ez laquelle la mmoire se tr\vait dveloppe au po9t de lui retrac] quelques circon/ances de son sj\r dans les bois1 et trs en dtail sur-t\t la mort viol5te de sa compagne#c4 ,dp\rvus de ces avantages1 les autres enfans1 tr\vs dans un tat d'isolem5t individuel1 n'apportr5t dans la socit que des facults pr(ondm5t eng\rdies1 contre lesquelles dur5t *\]1 en supposant qu'ils fur5t t5ts et dirigs v]s leur ducation1 t\s les ef=ts runis d'une mtaphysique pe9e naissante1 encore entrave du prjug des ides innes1 et d'une mdec9e1 dont les vues ncessairem5t bornes p> une doctr9e t\te mcanique1 ne p\vai5t s'lev] aux considrations philosophiques des maladies de l'ent5dem5t4 claires du flambeau de l'analyse1 et se prtant l'une l'autre un mutuel appui1 ces deux sci5ces ont de nos j\rs dp\ill leurs vieilles erreurs1 et fait des progrs imm5ses4 ,aussi avait-on lieu d'espr] que si jamais il se prs5tait un individu p>eil ceux dont n\s v5ons de p>l]1 elles dploi]ai5t p\r son dveloppem5t physique et moral t\tes les ress\rces de leurs connaissances actuelles2 ou que du mo9s si cette application dev5ait impossible ou infructueuse1 il se tr\v]ait dans ce sicle d'obs]vation quelqu'un qui1 recueillant avec so9 l'hi/oire d'un tre aussi tonnant1 dt]m9]ait ce qu'il e/1 et dduirait de ce qu'il lui manque1 la somme jusqu' prs5t incalcule des connaissances et des ides que l'homme doit son ducation4 #a ,l9n en fait mont] le nombre jusqu' dix1 et les prs5te comme =mant une v>it de l'espce huma9e4 7,sy/me de la nature74 #b ,essai sur l'orig9e des connaissances huma9es1 ,i,ie4 p>tie1 sect4 ,i]e4 #c ,cette fille fut prise en #agca1 dans les environs de ,*lons-sur-,m>ne1 et leve dans un c\v5t de religieuses1 s\s le nom de mademoiselle ,leblanc4 ,elle raconta1 quant elle sut p>l]1 qu'elle avait vcu dans les bois avec une compagne1 et qu'elle l'avait malheureusem5t tue d'un viol5t c\p sur la tte1 un j\r qu'ayant tr\v sur leurs pas un *apelet1 elles s'en disputr5t la possession exclusive 7,,rac9e1 pome de la ,religion74 ,cette hi/oire quoiqu'elle soit une des plus circon/ancies1 e/ nanmo9s si mal faite1 que si l'on en retran*e d'abord ce qu'il y a d'insignifiant et puis ce qu'il y a d'incroyable1 elle n'(fre qu'un trs-petit nombre de p>ticul>its dignes d'tre nes1 et dont la plus rem>quable e/ la facult qu'avait cette jeune sauvage1 de se rappel] son tat pass4 ,os]ai-je av\] que je me suis propos l'une et l'autre de ces deux gr&es entreprises8 et qu'on ne me dem&e po9t si j'ai rempli mon b4 ,ce s]ait-l une "q bi5 prmature1 laquelle je ne p\rrai rpondre qu' une poque encore trs-loigne4 ,nanmo9s je l'eusse att5due en sil5ce1 sans v\loir occup] le public de mes travaux1 si ce n'avait t p\r moi un beso91 autant qu'une obligation1 de pr\v]1 p> mes premi]s succs1 que l'enfant sur lequel je les ai obt5us n'e/ po9t1 comme on le croit gnralem5t1 un imbcille dsespr1 mais un tre intressant1 qui mrite1 s\s t\s les rapports1 l'att5tion des obs]vateurs1 et les so9s p>ticuli]s qu'en fait pr5dre une adm9i/ration claire et philan?ropique4 ,,des ,,premi]s ,d,,veloppem5s ,,du ,,jeune ,,sauvage ,,de ,l',,aveyron4 ,un enfant de onze ou d\ze ans1 que l'on avait entrevu quelques annes aup>avant dans les bois de la ,caune1 entirem5t nud1 *]*ant des gl&s et des rac9es dont il faisait sa n\rriture1 fut1 dans les mmes lieux1 et v]s la f9 de l'an #g1 r5contr p> trois *asseurs qui s'en saisir5t au mom5t o il grimpait sur un arbre p\r se s\/raire leurs p\rsuites4 ,conduit dans un hameau du vois9age1 et confi la g>de d'une veuve1 il s'vada au b\t d'une sema9e1 et gagna les montagnes1 o il erra p5dant les froids les plus rig\reux de l'hiv]1 revtu plutt que c\v]t d'une *emise en lambeaux1 se retirant p5dant la nuit dans les lieux solitaires1 se rappro*ant1 le j\r1 des villages vois9s1 m5ant a9si une vie vagabonde1 jusqu'au j\r o il entra de son propre m\vem5t dans une maison habite du canton de ,sa9t-,s]n94 ,il y fut repris1 surveill et soign p5dant deux ou trois j\rs2 transfr de l l'hospice de ,sa9t-,afrique1 puis ,rhodez1 o il fut g>d plusieurs mois4 ,p5dant le sj\r qu'il a fait dans ces diffr5s endroits1 on l'a vu t\j\rs galem5t f>\*e1 impati5t et mobile1 *]*] cont9uellem5t s'*app]1 et f\rnir matire aux obs]vations les plus intressantes1 recueillies p> des tmo9s dignes de foi1 et que je n'oubli]ai pas de rapport] dans les articles de cet ,essai1 o elles p\rront ressortir avec plus d'avantage#d4 ,un m9i/re1 protecteur des sci5ces1 crut que celle de l'homme moral p\rrait tir] quelques lumires de cet vnem5t4 ,des ordres fur5t donns p\r que cet enfant ft am5 ,p>is4 ,il y arriva v]s la f9 de l'an #h1 s\s la conduite d'un pauvre et respectable vieill>d1 qui1 oblig de s'en sp>] peu de tems aprs1 promit de rev5ir le pr5dre1 et de lui s]vir de pre1 si jamais la ,socit v5ait l'ab&onn]4 #d ,t\t ce que je vi5s de dire1 et ce que je dirai p> la suite1 sur l'hi/oire de cet enfant1 avant son sj\r ,p>is1 se tr\ve g>anti p> les rapports (ficiels des citoy5s ,guiraud et ,con/ant de ,sa9t-,e/ve1 commissaires du ,g\v]nem5t1 le premi] prs le canton de ,/-,afrique1 le second prs celui de ,/-,s]n91 et p> les obs]vations du citoy5 ,bonat]re1 ,pr(esseur d'hi/oire naturelle l'cole c5trale du dp>tem5t de l',aveyron1 consignes trs en dtail dans sa ,notice hi/orique sur le ,sauvage de l',aveyron1 ,p>is an #h4 ,les esprances les plus brillantes et les mo9s raisonnes avai5t devanc ,p>is le ,sauvage de l',aveyron#e4 ,beauc\p de curieux se faisai5t une joie de voir quel s]ait son tonnem5t la vue de t\tes les belles *oses de la capitale4 ,d'un autre ct1 beauc\p de p]sonnes1 recomm&ables d'ailleurs p> leurs lumires1 oubliant que nos organes sont d'autant mo9s flexibles1 et l'imitation d'autant plus difficile1 que l'homme e/ loign de la socit et de l'poque de son premi] ge1 crur5t que l'ducation de cet individu ne s]ait l'affaire que de quelques mois1 et qu'on l'ent5drait bi5tt donn] sur sa vie passe1 les r5seignem5s les plus piquans4 ,au lieu de t\t cela1 que vit-on8 un enfant d'une malpropret dgtante1 affect de m\vem5s spasmodiques et s\v5t convulsifs1 se balanant sans rel*e comme c]ta9s animaux de la mnag]ie1 mordant et gratignant ceux qui le contr>iai5t1 ne tmoignant aucune espce d'affection ceux qui le s]vai5t2 enf91 indiffr5t t\t1 et ne donnant de l'att5tion ri54 #e ,si p> l'expression de sauvage on a ent5du jusqu' prs5t l'homme peu civilis1 on convi5dra que celui qui ne l'e/ en aucune manire1 mrite plus rig\reusem5t encore cette dnom9ation4 ,je cons]v]ai donc celui-ci le nom p> lequel on l'a t\j\rs dsign1 jusqu' ce que j'aie r5du compte des motifs qui m'ont dt]m9 lui en donn] un autre4 ,on conoit facilem5t qu'un tre de cette nature ne dt excit] qu'une curiosit mom5tane4 ,on acc\rut en f\le1 on le vit sans l'obs]v]1 on le jugea sans le connatre1 et l'on n'en p>la plus4 ,au milieu de cette indiffr5ce gnrale1 les adm9i/rateurs de l',in/itution nationale des ,s\rds-,muets et son clbre directeur n'oublir5t po9t que la socit1 en attirant elle ce jeune in=tun1 avait contract env]s lui des obligations indisp5sables1 qu'il leur app>t5ait de remplir4 ,p>tageant alors les esprances que je fondais sur un traitem5t mdical1 ils dcidr5t que cet enfant s]ait confi mes so9s4 ,mais avant de prs5t] les dtails et les rsultats de cette mesure1 il faut expos] le po9t d'o n\s sommes p>tis1 rappel] et dcrire cette premire poque1 p\r mieux apprci] celle laquelle n\s sommes p>v5us1 et opposant a9si le pass au prs5t1 dt]m9] ce qu'on doit att5dre de l'av5ir4 ,oblig donc de rev5ir sur des faits dj connus1 je les expos]ai rapidem5t2 et p\r qu'on ne me s\ponne pas de les avoir exagrs dans le desse9 de faire ressortir ceux que je veux leur oppos]1 je me p]mettrai de rapport] ici d'une manire trs-analytique la description qu'en fit une socit savante1 et dans une sance o j'eus l'honneur d'tre admis1 un mdec9 aussi avantageusem5t connu p> son gnie obs]vateur1 que p> ses pr(ondes connaissances dans les maladies de l'intellect4 ,procdant d'abord p> l'exposition des fonctions s5soriales du jeune sauvage1 le citoy5 ,,p9el n\s prs5ta ses s5s rduits un tel tat d'in]tie1 que cet in=tun se tr\vait1 s\s ce rapport1 bi5 infrieur quelques-uns de nos animaux dome/iques2 ses yeux sans fixit1 sans expression1 errant vaguem5t d'un objet l'autre1 sans jamais s'arrt] aucun2 si peu in/ruits d'ailleurs1 et si peu ex]cs p> le t\*]1 qu'ils ne di/+uai5t po9t un objet en relief d'avec un corps en pe9ture2 l'organe de l'ouie ins5sible aux bruits les plus =ts comme la musique la plus t\*ante2 celui de la voix rduit un tat complet de mutit1 et ne laissant *app] qu'un son guttural et uni=me2 l'odorat si peu cultiv qu'il recevait avec la mme indiffr5ce l'odeur des p>fums et l'exhalaison ftide des ordures dont sa c\*e tait ple9e2 enf9 l'organe du t\*] re/re9t aux fonctions mcaniques de l'apprh5sion des corps4 ,passant ensuite l'tat des fonctions intellectuelles de cet enfant1 l'auteur du rapport n\s le prs5ta incapable d'att5tion1 7si ce n'e/ p\r les objets de ses beso9s71 et consquemm5t de t\tes les oprations de l'esprit qu'entrane cette premire1 dp\rvu de mmoire1 de jugem5t1 et d'aptitude l'imitation1 et tellem5t born dans les ides mme relatives ses beso9s1 qu'il n'tait po9t encore p>v5u ouvrir une porte ni mont] sur une *aise p\r atte9dre les alim5s qu'on levait hors de la porte de sa ma92 enf9 dp\rvu de t\t moy5 de communication1 n'atta*ant ni expression ni int5tion aux ge/es et aux m\vem5s de son corps1 passant avec rapidit et sans aucun motif prsumable d'une tri/esse apa?ique aux clats de rire les plus immodrs2 ins5sible t\te espce d'affections morales2 son disc]nem5t n'tait qu'un calcul de gl\tonn]ie1 son plaisir une s5sation agrable des organes du gt1 son intellig5ce la susceptibilit de produire quelques ides incohr5tes1 relatives ses beso9s2 t\te son exi/5ce en un mot une vie purem5t animale4 ,rapportant ensuite plusieurs hi/oires1 recueillies ,bictre1 d'enfans irrvocablem5t atte9ts d'idiotisme1 le citoy5 ,p9el tablt entre l'tat de ces malheureux1 et celui que prs5tait l'enfant qui n\s occupe1 les rappro*em5s les plus rig\reux1 qui donnai5t ncessairem5t p\r rsultat une id5tit p>faite entre ces jeunes idiots et le sauvage de l',aveyron4 ,cette id5tit m5ait ncessairem5t conclure qu'atte9t d'une maladie1 jusqu' prs5t reg>de comme incurable1 il n'tait susceptible d'aucune espce de sociabilit et d'in/ruction4 ,ce fut aussi la conclusion qu'en tira le citoy5 ,p9el1 et qu'il accompagna nanmo9s de ce d\te philosophique rp&u dans t\s ses crits1 et que met dans ses prsages celui qui sait apprci] la sci5ce du progno/ic et n'y voir qu'un calcul plus ou mo9s inc]ta9 de probabilits et de conjectures4 ,je ne p>tageai po9t cette op9ion dfavorable2 et malgr la vrit du tableau et la ju/esse des rappro*em5s1 j'osai concevoir quelques esprances4 ,je les fondais sur la d\ble considration de la cause1 et de la curabilit de cet idiotisme app>5t4 ,je ne puis pass] outre1 sans m'appesantir un in/ant sur ces deux considrations4 ,elles port5t encore sur le mom5t prs5t2 elles repos5t sur une srie de faits que je dois racont]1 et auxquels je me v]rai =c de ml] plus d'une fois mes propres rflexions4 ,si l'on donnait rs\dre ce problme de mtaphysique3 dt]m9] quels s]ai5t le degr d'intellig5ce et la nature des ides d'un adolesc5t1 qui1 priv1 ds son enfance1 de t\te ducation1 aurait vcu entirem5t sp> des individus de son espce2 je me trompe grossirem5t1 ou la solution du problme se rduirait ne donn] cet individu qu'une intellig5ce relative au petit nombre de ses beso9s et dp\ille1 p> ab/raction1 de t\tes les ides simples et complexes que n\s recevons p> l'ducation1 et qui se comb95t dans notre esprit de tant de manires1 p> le seul moy5 de la connaissance des signes4 ,eh bi56 le tableau moral de cet adolesc5t s]ait celui du sauvage de l',aveyron2 et la solution du problme donn]ait la mesure et la cause de l'tat intellectuel de celui-ci4 ,mais p\r admettre encore avec plus de raison l'exi/5ce de cette cause1 il faut pr\v] qu'elle a agi depuis nombre d'annes1 et rpondre l'objection que l'on p\rrait me faire et que l'on m'a dj faite1 que le prt5du sauvage1 n'tait qu'un pauvre imbcille que des p>5s1 dgts de lui1 avai5t t\t rcemm5t ab&onn l'entre de quelque bois4 ,ceux qui se sont livrs une p>eille supposition1 n'ont po9t obs]v cet enfant peu de tems aprs son arrive ,p>is4 ,ils aurai5t vu que t\tes ses habitudes portai5t l'empre9te d'une vie errante et solitaire3 av]sion insurmontable p\r la socit et p\r ses usages1 nos habillem5s1 nos meubles1 le sj\r de nos app>tem5s1 la prp>ation de nos mets2 indiffr5ce pr(onde p\r les objets de nos plaisirs et de nos beso9s factices2 gt passionn p\r la lib]t des *amps1 si vif encore dans son tat actuel1 malgr ses beso9s n\veaux et ses affections naissantes1 que p5dant un c\rt sj\r qu'il a fait ,montmor5ci1 il se s]ait infailliblem5t vad dans la =t1 sans les prcautions les plus svres1 et que deux fois il s'e/ *app de la maison des ,s\rds-,muets1 malgr la surveillance de sa g\v]nante2 locomotion extraord9aire1 pesante la vrit depuis qu'il porte des *aussures1 mais t\j\rs rem>quable p> la difficult de se rgl] sur notre dm>*e pose et mesure1 et p> la t5dance cont9uelle pr5dre le trot ou le galop2 habitude op9itre de flair] t\t ce qu'on lui prs5te1 mme les corps que n\s reg>dons comme inodores2 ma/ication non mo9s tonnante encore1 uniquem5t excute p> l'action prcipite des d5ts incisives1 indiquant assez1 p> son analogie avec celle de quelques rongeurs1 qu' l'in/> de ces animaux1 notre sauvage ne vivait le plus communm5t que de productions vgtales3 je dis le plus communm5t1 c> il p>at1 p> le trait suivant1 que dans c]ta9es circon/ances il aura fait sa proie de quelques petits animaux1 privs de vie4 ,on lui prs5ta un j\r un s]9 mort1 et en un in/ant l'oiseau fut dp\ill de ses plumes1 grosses et petites1 ouv]t avec l'ongle1 flair et rejet4 ,d'autres indices d'une vie entirem5t isole1 prcaire et vagabonde1 se dduis5t de la nature et du nombre de cicatrices dont le corps de cet enfant e/ c\v]t4 ,sans p>l] de celle qu'on voit au-devant du col et dont je f]ai m5tion ailleurs1 comme app>t5ant une autre cause1 et mritant une att5tion p>ticulire1 on en compte quatre sur la figure1 six le long du bras gau*e1 trois quelque di/ance de l'paule droite1 quatre la circonfr5ce du pubis1 une sur la fesse gau*e1 trois une jambe et deux l'autre2 ce qui fait en somme v+t-trois cicatrices1 dont les unes p>aiss5t app>t5ir des morsures d'animaux et les autres des d*irures1 des cor*ures plus ou mo9s l>ges1 plus ou mo9s pr(ondes2 tmoignages nombreux et ineffaables du long et total ab&on de cet in=tun1 et qui1 considrs s\s un po9t de vue plus gnral et plus philosophique1 dpos5t autant contre la faiblesse et l'insuffisance de l'homme livr seul ses propres moy5s1 qu'en faveur des ress\rces de la nature1 qui1 selon des lois en app>5ce contradictoires1 travaille ouv]tem5t rp>] et cons]v] ce qu'elle t5d s\rdem5t dtrior] et dtruire4 ,qu'on joigne t\s ces faits dduits de l'obs]vation1 ceux non mo9s au!ntiques qu'ont dposs les habitans des campagnes1 vois9es du bois o cet enfant a t tr\v1 et l'on saura que dans les premi]s j\rs qui suivir5t son entre dans la socit1 il ne se n\rrissait que de gl&s1 de pommes de t]re et de *taignes crues2 qu'il ne r5dait aucune espce de son2 que malgr la surveillance la plus active1 il p>v9t plusieurs fois s'*app]2 qu'il manife/a d'abord beauc\p de rpugnance c\*] dans un lit1 etc43 l'on saura sur-t\t qu'il avait t vu plus de c9q ans aup>avant entirem5t nud et fuyant l'appro*e des hommes#f2 ce qui suppose qu'il tait dj1 lors de sa premire app>ition1 habitu ce g5re de vie2 habitude qui ne p\vait tre le rsultat que de deux ans au mo9s de sj\r dans des lieux inhabits4 ,a9si cet enfant a pass dans une solitude absolue sept ans -peu-prs sur d\ze1 qui composai5t l'ge qu'il p>aissait avoir qu& il fut pris dans les bois de la ,caune4 ,il e/ donc probable et presque pr\v qu'il y a t ab&onn l'ge de quatre ou c9q ans1 et que si1 cette poque1 il devait dj quelques ides et quelques mots un comm5cem5t d'ducation1 t\t cela se s]a effac de sa mmoire p> suite de son isolem5t4 #f ,lettre du citoy5 ,n444 insre dans le ,j\rnal des ,dbats1 #e pluviose an #h4 ,voil quelle me p>ut tre la cause de son tat actuel4 ,on voit p\rquoi j'en augurai favorablem5t p\r le succs de mes so9s4 ,en effet1 s\s le rapport du peu de tems qu'il tait p>mi les hommes1 le sauvage de l',aveyron tait bi5 mo9s un adolesc5t imbecille1 qu'un enfant de dix ou d\ze mois1 et un enfant qui aurait contre lui des habitudes anti-sociales1 une op9itre inatt5tion1 des organes peu flexibles1 et une s5sibilit accid5tellem5t m\sse4 ,s\s ce d]ni] po9t de vue1 sa situation dev5ait un cas purem5t mdical1 et dont le traitem5t app>t5ait la mdec9e morale1 cet art sublime cr en ,anglet]re p> les ,willis et les ,cri*ton1 et rp&u n\vellem5t en ,france p> les succs et les crits du pr(esseur ,p9el4 ,guid p> l'esprit de leur doctr9e1 bi5 mo9s que p> leurs prceptes1 qui ne p\vai5t s'adapt] ce cas imprvu1 je rduisis c9q vues pr9cipales le traitem5t moral ou l'ducation du sauvage de l',aveyron4 ,i]e4 vue3 ,l'atta*] la vie sociale1 en la lui r5dant plus d\ce que celle qu'il m5ait alors1 et sur-t\t plus analogue la vie qu'il v5ait de quitt]4 ,i,ie4 vue3 ,rveill] la s5sibilit n]veuse p> les /imulans les plus n]giques1 et quelquefois p> les vives affections de l'ame4 ,i,i,ie4 vue3 t5dre la sphre de ses ides en lui donnant des beso9s n\veaux1 et en multipliant ses rapports avec les tres environnans4 ,i,ve4 vue3 ,le conduire l'usage de la p>ole1 en dt]m9ant l'ex]cice de l'imitation p> la loi imprieuse de la ncessit4 ,ve4 vue3 ,ex]c] p5dant quelque-tems sur les objets de ses beso9s physiques les plus simples oprations de l'esprit1 et en dt]m9] ensuite l'application sur des objets d'in/ruction4 4 ,i4 ,i]e4 ,,vue4 ,l'atta*] la vie sociale1 en la lui r5dant plus d\ce que celle qu'il m5ait alors1 et sur-t\t plus analogue la vie qu'il v5ait de quitt]4 ,un *angem5t brusque dans sa manire de vivre1 les frqu5tes importunits des curieux1 quelques mauvais traitem5s1 effets 9vitables de sa co-habitation avec des enfans de son ge1 semblai5t avoir te9t t\t espoir de civilisation4 ,sa ptulante activit avait dgnr ins5siblem5t en une apa?ie s\rde qui avait produit des habitudes encore plus solitaires4 ,aussi1 l'exception des mom5s o la faim l'am5ait la cuis9e1 on le tr\vait presque t\j\rs accr\pi dans l'un des co9s du j>d91 ou ca* au deuxime tage d]rire quelques dbris de maonn]ie4 ,c'e/ dans ce dplorable tat que l'ont vu c]ta9s curieux de ,p>is1 et que1 d'aprs un exam5 de quelques m9utes1 ils l'ont jug digne d'tre envoy aux ,petites ,maisons2 comme si la socit avait le droit d'arra*] un enfant une vie libre et innoc5te1 p\r l'envoy] m\rir d'ennui dans un hospice1 et y expi] le malheur d'avoir tromp la curiosit publique4 ,je crus qu'il exi/ait un p>ti plus simple et sur-t\t plus huma92 c'tait d'us] env]s lui de bons traitem5s et de beauc\p de condesc5dance p\r ses gts et ses incl9ations4 ,madame ,gur91 qui l'adm9i/ration a confi la g>de spciale de cet enfant1 s'e/ acquitt et s'acquitte encore de cette t*e pnible avec t\te la pati5ce d'une mre et l'intellig5ce d'une in/itutrice claire4 ,lo9 de contr>i] ses habitudes1 elle a su1 en quelque sorte1 compos] avec elles1 et remplir p>-l l'objet de cette premire indication4 ,p\r peu que l'on v\lt jug] de la vie passe de cet enfant p> ses dispositions actuelles1 on voyait videmm5t qu' l'in/> de c]ta9s sauvages des pays *auds1 celui-ci ne connaissait que ces quatre *oses3 dormir1 mang]1 ne ri5 faire1 et c\rir les *amps4 ,il fallut donc le r5dre heureux sa manire1 en le c\*ant la *te du j\r1 en lui f\rnissant abondamm5t des alim5s de son gt1 en respectant son indol5ce1 et en l'accompagnant dans ses prom5ades1 ou plutt dans ses c\rses en ple9 air1 et cela quelque tems qu'il pt faire4 ,ces incursions *amptres p>aissai5t mme lui tre plus agrables1 qu& il surv5ait dans l'atmosphre un *angem5t brusque et viol5t3 tant il e/ vrai que dans quelque condition qu'il soit1 l'homme e/ avide de s5sations n\velles4 ,a9si1 p> exemple1 qu& on obs]vait celui-ci dans l'intrieur de sa *ambre1 on le voyait se balanant avec une monotonie fatigante1 dirig] con/amm5t ses yeux v]s la croise1 et les prom5] tri/em5t dans le vague de l'air extrieur4 ,si alors un v5t orageux v5ait s\ffl]1 si le soleil ca* d]rire les nuages se montrait t\t--c\p clairant plus vivem5t l'atmosphre1 c'tait de bruyans clats de rire1 une joie presque convulsive1 p5dant laquelle t\tes ses inflexions1 diriges d'arrire en avant1 ressemblai5t beauc\p une sorte d'lan qu'il aurait v\lu pr5dre p\r fran*ir la croise et se prcipit] dans le j>d94 ,quelquefois1 au lieu de ces m\vem5s joyeux1 c'tait une espce de rage frntique2 il se tordait les bras1 s'appliquait les po+s f]ms sur les yeux1 faisait ent5dre des gr9cem5s de d5ts1 et dev5ait dang]eux p\r ceux qui tai5t auprs de lui4 ,un mat9 qu'il tombait abondamm5t de la neige et qu'il tait encore c\*1 il p\sse un cri de joie en s'veillant1 quitte le lit1 c\rt la f5tre1 puis la porte1 va1 vi5t avec impati5ce de l'une l'autre1 s'*appe moiti habill1 et gagne le j>d94 ,l1 faisant clat] sa joie p> les cris les plus p]ans1 il c\rt1 se r\le dans la neige1 et la ramassant p> poignes1 s'en repat avec une incroyable avidit4 ,mais ce n'tait pas t\j\rs d'une manire aussi vive et aussi bruyante que se manife/ai5t ses s5sations1 la vue de ces gr&s effets de la ,nature4 ,il e/ digne de rem>que1 que dans c]ta9s cas elles p>aissai5t emprunt] l'expression calme du regret et de la mlancolie3 conjecture bi5 has>de1 et bi5 oppose sans d\te aux op9ions des mtaphysici5s1 mais dont on ne p\vait se df5dre qu& on obs]vait avec so9 et dans quelques circon/ances ce jeune in=tun4 ,a9si1 lorsque la rigueur du tems *assait t\t le monde du j>d91 c'tait le mom5t qu'il *oisissait p\r y desc5dre4 ,il en faisait plusieurs fois le t\r1 et f9issait p> s'asseoir sur le bord du bass94 ,je me suis s\v5t arrt p5dant des heures entires et avec un plaisir indicible1 l'exam9] dans cette situation2 voir comme t\s ces m\vem5s spasmodiques et ce balancem5t cont9uel de t\t son corps dim9uai5t1 s'appaisai5t p> degrs1 p\r faire place une attitude plus tranquille2 et comme ins5siblem5t sa figure1 insignifiante ou grimacire1 pr5ait un c>actre bi5 prononc de tri/esse ou de rv]ie mlancolique1 mesure que ses yeux s'atta*ai5t fixm5t sur la surface de l'eau1 et qu'il y jetait lui-mme1 de tems en tems1 quelques dbris de feuilles dess*es4--,lorsque1 p5dant la nuit et p> un beau clair de lune1 les rayons de cet a/re v5ai5t pntr] dans sa *ambre1 il manquait r>em5t de s'veill] et de se plac] devant la f5tre4 ,il re/ait l1 selon le rapport de sa g\v]nante1 p5dant une p>tie de la nuit1 deb\t1 immobile1 le col t5du1 les yeux fixs v]s les campagnes claires p> la lune1 et livr une sorte d'extase contemplative1 dont l'immobilit et le sil5ce n'tai5t int]rompus que p> une inspiration trs leve1 qui rev5ait de longs int]valles1 et qu'accompagnait presque t\j\rs un petit son pla9tif4--,il et t aussi inutile qu'inhuma9 de v\loir contr>i] ces d]nires habitudes1 et il entrait mme dans mes vues de les associ] sa n\velle exi/5ce1 p\r la lui r5dre plus agrable4 ,il n'en tait pas a9si de celles qui avai5t le dsavantage d'ex]c] cont9uellem5t son e/omac et ses muscles1 et de laiss] p>-l sans action la s5sibilit des n]fs et les facults du c]veau4 ,aussi dus-je m'atta*]1 et p>v9s-je la f91 et p> degrs1 r5dre ses c\rses plus r>es1 ses repas mo9s copieux et mo9s frqu5s1 son sj\r au lit beauc\p mo9s long1 et ses j\rnes plus pr(itables son in/ruction4 4 ,,ii4 ,i,ie4 ,,vue4 ,rveill] la s5sibilit n]veuse p> les /imulans les plus n]giques1 et quelquefois p> les vives affections de l'ame4 ,quelques physiologi/es mod]nes ont s\ponn que la s5sibilit tait en raison directe de la civilisation4 ,je ne crois pas que l'on en puisse donn] une plus =te preuve que celle du peu de s5sibilit des organes s5soriaux *ez le sauvage de l',aveyron4 ,on peut s'en conva9cre en reportant les yeux sur la description que j'en ai dj prs5te1 et dont j'ai puis les faits la s\rce la mo9s suspecte4 ,j'aj\t]ai ici1 relativem5t au mme sujet1 quelques-unes de mes obs]vations les plus m>quantes4 ,plusieurs fois1 dans le c\rs de l'hiv]1 je l'ai vu1 en trav]sant le j>d9 des ,s\rds-,muets1 accr\pi demi nud sur un sol humide1 re/] a9si expos p5dant des heures entires un v5t froid et pluvieux4 ,ce n'e/ pas seulem5t p\r le froid1 mais encore p\r une vive *aleur que l'organe de la peau et du t\*] ne tmoignait aucune s5sibilit2 il lui arrivait j\rnellem5t1 qu& il tait auprs du feu1 et que des *>bons ard5s v5ai5t r\l] hors de l'tre1 de les saisir avec les doigts1 et de les replac] sans trop de prcipitation sur des tisons enflamms4 ,on l'a surpris plus d'une fois la cuis9e1 enlevant de la mme manire des pommes de t]re qui cuisai5t dans l'eau b\illante2 et je puis assur] qu'il avait1 mme en ce tems-l1 un pid]me f9 et vel\t#g4 ,je suis p>v5u s\v5t lui remplir de tabac les cavits extrieures du nez1 sans provoqu] l't]nm5t4 ,cela suppose qu'il n'exi/ait entre l'organe de l'odorat1 trs-ex]c d'ailleurs1 et ceux de la respiration et de la vue1 aucun de ces rapports sympa?iques qui font p>tie con/ituante de la s5sibilit de nos s5s1 et qui dans ce cas-ci aurai5t dt]m9 l't]nm5t ou la secrtion des l>mes4 ,ce d]ni] effet tait encore mo9s subordonn aux affections tri/es de l'me2 et malgr les contr>its sans nombre1 malgr les mauvais traitem5s auxquels l'avait expos1 dans les premi]s mois1 son n\veau g5re de vie1 jamais je ne l'avais surpris v]s] des pleurs4--,l'oreille tait1 de t\s les s5s1 celui qui p>aissait le plus ins5sible4 ,on a su cep5dant que le bruit d'une noix ou de t\t autre corps come/ible de son gt ne manquait jamais de le faire ret\rn]4 ,cette obs]vation e/ des plus vraies2 et cep5dant ce mme organe se montrait ins5sible aux bruits les plus =ts et aux explosions des armes feu4 ,je tirai prs de lui1 un j\r1 deux c\ps de pi/olet2 le premi] p>ut un peu l'm\voir1 le second ne lui fit pas seulem5t t\rn] la tte4 #g ,je lui prs5tai1 dit un obs]vateur qui l'a vu ,sa9t-,s]n91 une gr&e quantit de pommes de t]re2 il se rj\t en les voyant1 en prt dans ses ma9s et les jetta au feu4 ,il les en retira un in/ant aprs1 et les mangea t\tes brlantes4 ,a9si1 en faisant ab/raction de quelques cas tels que celui-ci1 o le dfaut d'att5tion de la "p de l'me p\vait simul] un manque de s5sibilit dans l'organe1 on tr\vait nanmo9s que cette proprit n]veuse tait s+ulirem5t faible dans la plup>t des s5s4 ,en consqu5ce1 il entrait dans mon plan de la dvelopp] p> t\s les moy5s possibles1 et de prp>] l'esprit l'att5tion1 en disposant les s5s recevoir des impressions plus vives4 ,des div]s moy5s que je mis en usage1 l'effet de la *aleur me p>ut remplir le mieux cette indication4 ,c'e/ une *ose admise p> les physiologi/es#h et les politiques#i que les habitans du ,midi ne doiv5t qu' l'action de la *aleur sur la peau cette s5sibilit exquise1 si suprieure celle des hommes du ,nord4 ,j'employai ce /imulus de t\tes les manires4 ,ce n'tait pas assez qu'il fut vtu1 c\* et log bi5 *audem5t2 je lui fis donn] t\s les j\rs1 et une trs-haute temprature1 un ba9 de deux ou trois heures1 p5dant lequel on lui adm9i/rait avec la mme eau des d\*es frqu5tes sur la tte4 ,je ne rem>quai po9t que la *aleur et la frqu5ce des ba9s fuss5t suivis de cet effet dbilitant qu'on leur attribue4 ,j'aurais mme desir que cela arrivt1 bi5 p]suad qu'en p>eil cas1 la p]te des =ces musculaires t\rne au pr(it de la s5sibilit n]veuse4 ,au mo9s si cet effet subsqu5t n'eut po9t lieu1 le premi] ne trompa pas mon att5te4 ,au b\t de quelque tems notre jeune sauvage se montrait s5sible l'action du froid1 se s]vait de la ma9 p\r reconnatre la temprature du ba91 et refusait d'y entr] qu& il n'tait que mdiocrem5t *aud4 ,la mme cause lui fit bi5tt apprci] l'utilit des vtem5s1 qu'il n'avait supports jusque-l qu'avec beauc\p d'impati5ce4 ,cette utilit une fois connue1 il n'y avait qu'un pas faire p\r le =c] s'habill] lui-mme4 ,on y p>v9t au b\t de quelques j\rs1 en le laissant *aque mat9 expos au froid ct de ses habillem5s1 jusqu' ce qu'il st lui-mme s'en revtir4 ,un expdi5t -peu-prs p>eil sufft p\r lui donn] en mme-tems des habitudes de propret2 au po9t que la c]titude de pass] la nuit dans un lit froid et humide l'acc\tuma se lev] p\r satisfaire ses beso9s4 #h ,lacase3 ,ide de l'homme physique et moral4--,l>o*e3 ,analyse des fonctions du sy/me n]veux4--,f\quet1 article ,s5sibilit de l',encyclopdie p> ordre alphabtique4 #i ,montesquieu3 ,esprit des ,lois1 livre ,,xiv4 ,je fis jo9dre l'adm9i/ration des ba9s1 l'usage des frictions s*es le long de l'p9e v]tbrale1 et mme des *at\illem5s dans la rgion lombaire4 ,ce d]ni] moy5 n'tait pas un des mo9s excitans2 je me vis mme contra9t de le proscrire1 qu& ses effets ne se bornr5t plus produire des m\vem5s de joie1 mais p>ur5t s't5dre encore aux organes de la gnration1 et m5ac] d'une direction f*euse les premi]s m\vem5s d'une pub]t dj trop prcoce4 ces /imulans div]s1 je ds jo9dre encore ceux1 non mo9s excitans1 des affections de l'me4 ,celles dont il tait susceptible cette poque se rduisai5t deux3 la joie et la colre4 ,je ne provoquais celle-ci qu' des di/ances loignes1 p\r que l'accs en fut plus viol5t1 et t\j\rs avec une app>5ce bi5 vid5te de ju/ice4 ,je rem>quais quelquefois alors que dans le =t de son emportem5t1 son intellig5ce semblait acqurir une sorte d'ext5sion qui lui f\rnissait1 p\r le tir] d'affaire1 quelque expdi5t +nieux4 ,une fois que n\s v\lions lui faire pr5dre un ba9 qui n'tait encore que mdiocrem5t *aud1 et que nos in/ances rxres avai5t violemm5t allum sa colre1 voyant que sa g\v]nante tait peu conva9cue p> les frqu5tes preuves qu'il faisait lui-mme1 de la fra*eur de l'eau avec le b\t de ses doigts1 il se ret\rne v]s elle avec vivacit1 se saisit de sa ma91 et la lui plonge dans la baignoire4 ,que je dise encore un trait de cette nature4 ,un j\r qu'il tait dans mon cab9et1 assis sur une ottomane1 je v9s m'asseoir ses cts1 et plac] entre n\s une b\teille de ,leyde lgrem5t *>ge4 ,une petite commotion qu'il en avait reue la veille1 lui en avait fait connatre l'effet4 voir l'inquitude que lui causait l'appro*e de cet in/rum5t1 je crus qu'il allait l'loign] en le saisissant p> le cro*et4 ,il prit un p>ti plus sage3 ce fut de mettre ses ma9s dans l'ouv]ture de son gilet1 et de se recul] de quelques p\ces1 de manire que sa cuisse ne t\*t plus au revtem5t extrieur de la b\teille4 ,je me rappro*ai de n\veau1 et la replaai encore entre n\s4 ,autre m\vem5t de sa "p2 autres dispositions de la mi5ne4 ,ce petit mange cont9ua jusqu' ce que1 r5coign l'extrmit de l'ottomane1 se tr\vant born en arrire p> la muraille1 en avant p> une table1 et de mon ct p> la f*euse ma*9e1 il ne lui fut plus possible d'excut] un seul m\vem5t4 ,c'e/ alors que saisissant le mom5t o j'avanais mon bras p\r am5] le si51 il m'abaissa trs-adroitem5t le poignet sur le cro*et de la b\teille4 ,j'en reu la d*>ge4 ,mais si quelquefois1 malgr l'intrt vif que m'inspirait ce jeune orphel91 je pr5ais sur moi d'excit] sa colre1 je ne laissais pass] aucune occasion de lui procur] de la joie2 et c]tes il n'tait beso9 p\r y russir d'aucun moy5 difficile ni coteux4 ,un rayon de soleil1 reu sur un miroir1 rfl*i dans sa *ambre et prom5 sur le plafond2 un v]re d'eau que l'on faisait tomb] g\tte g\tte et d'une c]ta9e hauteur1 sur le b\t de ses doigts1 p5dant qu'il tait dans le ba92 alors aussi un peu de lait cont5u dans une cuelle de bois que l'on plaait l'extrmit de sa baignoire1 et que les oscillations de l'eau faisai5t driv] peu peu1 au milieu des cris de joie1 jusqu' la porte de ses ma9s3 voil -peu-prs t\t ce qu'il fallait p\r rcrer et rj\ir1 s\v5t jusqu' l'ivresse1 cet enfant de la nature4 ,tels fur5t1 entre une f\le d'autres1 les /imulans1 tant physiques que moraux1 avec lesquels je t*ai de dvelopp] la s5sibilit de ses organes4 ,j'en obt9s1 aprs trois mois1 un excitem5t gnral de t\tes les =ces s5sitives4 ,alors le t\*] se montra s5sible l'impression des corps *auds ou froids1 unis ou raboteux1 m\s ou rsi/ans4 ,je portais1 en ce tems-l1 un pantalon de vel\rs1 sur lequel il semblait pr5dre plaisir prom5] sa ma94 ,c'tait avec cet organe explorateur qu'il s'assurait presque t\j\rs du degr de cuisson de ses pommes de t]re1 qu&1 les retirant du pot avec une cuill]1 il y appliquait ses doigts plusieurs reprises1 et se dcidait1 d'aprs l'tat de mollesse ou de rsi/ance qu'elles prs5tai5t1 les mang] ou les rejett] dans l'eau b\illante4 ,qu& on lui donnait un flambeau allum] avec du papi]1 il n'att5dait pas t\j\rs que le feu et pris la m*e1 p\r rejett] avec prcipitation le papi] dont la flamme tait encore bi5 loigne de ses doigts4 ,si on l'excitait p\ss] ou port] un corps1 tant soit peu rsi/ant ou pesant1 il lui arrivait quelquefois de le laiss] l t\t--c\p1 de reg>d] le b\t de ses doigts1 qui n'tai5t assurm5t ni meurtris ni blesss1 et de pos] d\cem5t la ma9 dans l'ouv]ture de son gilet4 ,l'odorat avait aussi gagn ce *angem5t4 ,la mo9dre irritation porte sur cet organe provoquait l't]nuem5t2 et je jugeai1 p> la frayeur dont il fut saisi la premire fois que cela arriva1 que c'tait p\r lui une *ose n\velle4 ,il fut1 de suite1 se jet] sur son lit4 ,le raff9em5t du s5s du gt tait encore plus m>qu4 ,les alim5s dont cet enfant se n\rrissait peu de tems aprs son arrive ,p>is1 tai5t horriblem5t dgtans4 ,il les tranait dans t\s les co9s et les patrissait avec ses ma9s1 ple9es d'ordures4 ,mais l'poque dont je p>le1 il lui arrivait s\v5t de rejet] avec humeur t\t le cont5u de son assite1 ds qu'il y tombait quelque sub/ance trangre2 et lorsqu'il avait cass ses noix s\s ses pi$s1 il les ntoyait avec t\s les dtails d'une propret m9utieuse4 ,enf9 les maladies1 les maladies mme1 ces tmo9s irrcusables et f*eux de la s5sibilit prdom9ante de l'homme civilis1 v9r5t atte/] ici le dveloppem5t de ce pr9cipe de vie4 ,v]s les premi]s j\rs du pr9tems1 notre jeune sauvage eut un viol5t corysa1 et quelques sema9es aprs1 deux affections cat>rhales presque succdanes4 ,nanmo9s ces rsultats ne s't5dir5t pas t\s les organes4 ,ceux de la vue et de l'ouie n'y p>ticipr5t po9t2 sans d\te p>ce que ces deux s5s1 beauc\p mo9s simples que les autres1 avai5t beso9 d'une ducation p>ticulire et plus longue1 a9si qu'on le v]ra p> la suite4 ,l'amlioration simultane des trois s5s1 p> suite des /imulans ports sur la peau1 t&is que ces deux d]ni]s tai5t re/s /ationnaires1 e/ un fait prcieux1 digne d'tre prs5t l'att5tion des physiologi/es4 ,il semble pr\v]1 ce qui p>at d'ailleurs assez vraisemblable1 que les s5s du t\*]1 de l'odorat et du gt ne sont qu'une modification de l'organe de la peau2 t&is que ceux de l'ouie et de la vue1 mo9s extrieurs1 revtus d'un app>eil physique des plus compliqus1 se tr\v5t assujettis d'autres rgles de p]fectionnem5t1 et doiv5t1 en quelque sorte1 faire une classe sp>e4 4 ,,iii4 ,i,i,ie ,,vue4 t5dre la sphre de ses ides en lui donnant des beso9s n\veaux1 et en multipliant ses rapports avec les tres environnans4 ,si les progrs de cet enfant v]s la civilisation1 si mes succs p\r les dveloppem5s de son intellig5ce ont t jusqu' prs5t si l5ts et si difficiles1 je dois m'en pr5dre sur-t\t aux ob/acles sans nombre que j'ai r5contrs1 p\r remplir cette troisime vue4 ,je lui ai prs5t successivem5t des j\ets de t\te espce2 plus d'une fois1 p5dant des heures entires1 je me suis ef=c de lui en faire connatre l'usage2 et j'ai vu avec pe9e1 que1 lo9 de captiv] son att5tion1 ces div]s objets f9issai5t t\j\rs p> lui donn] de l'impati5ce1 tellem5t qu'il en v9t au po9t de les ca*]1 ou de les dtruire1 qu& l'occasion s'en prs5tait4 ,c'e/ a9si qu'aprs avoir long-tems r5f]m dans une *aise p]ce un jeu de quilles1 qui lui avait attir de notre "p quelques importunits1 il prit1 un j\r qu'il tait seul dans sa *ambre1 le p>ti de les entass] dans le foy]1 devant lequel on le tr\va se *auffant avec gat la flamme de ce feu de joie4 ,cep5dant1 je p>v9s quelquefois l'atta*] c]ta9s amusem5s qui avai5t du rapport avec les beso9s dige/ifs4 ,en voici un1 p> exemple1 que je lui procurais s\v5t la f9 du repas1 qu& je le m5ais dn] en ville4 ,je disposais devant lui1 sans aucun ordre symtrique et dans une position r5v]se1 plusieurs petits gobelets d'arg5t1 s\s l'un desquels je plaais un m>ron4 ,bi5 sr d'avoir attir son att5tion1 je les s\levais l'un aprs l'autre1 except celui qui r5f]mait le m>ron4 ,aprs lui avoir a9si dmontr qu'ils ne cont5ai5t ri51 et les avoir replacs dans le mme ordre1 je l'invitais p> signes *]*] son t\r4 ,le premi] gobelet sur lequel tombai5t ses p]quisitions1 tait prcism5t celui s\s lequel j'avais ca* la petite rcomp5se due son att5tion4 ,jusques-l ce n'toit qu'un faible ef=t de mmoire4 ,mais1 ins5siblem5t je r5dais le jeu plus compliqu4 ,a9si1 aprs avoir1 p> le mme procd1 ca* un autre m>ron1 je *angeais l'ordre de t\s les gobelets1 d'une manire l5te p\rtant1 af9 que dans cette inv]sion gnrale il lui fut mo9s difficile de suivre des yeux1 et p> l'att5tion1 celui qui reclait le prcieux dpt4 ,je faisais plus1 je *>geais le dess\s de deux ou trois de ces gobelets1 et son att5tion1 quoique p>tage entre ces trois objets1 ne les suivait pas mo9s dans leurs *angem5s respectifs1 en dirigeant v]s eux ses premires p]quisitions4 ,ce n'e/ pas t\t encore2 c> ce n'tait pas l le seul b que je me proposais4 ,ce jugem5t n'tait t\t au plus qu'un calcul de g\rm&ise4 ,p\r r5dre son att5tion mo9s intresse et mo9s animale en quelque sorte1 je supprimais de cet amusem5t t\t ce qui avait du rapport avec ses gts1 et l'on ne mettait plus s\s les gobelets que des objets non come/ibles4 ,le rsultat en tait -peu-prs aussi satisfaisant2 et cet ex]cice ne prs5tait plus alors qu'un simple jeu de gobelets1 non sans avantage p\r provoqu] de l'att5tion1 du jugem5t1 et de la fixit dans ses reg>ds4 l'exception de ces sortes d'amusem5s1 qui1 comme celui-l1 se liai5t ses beso9s1 il ne m'a pas t possible de lui inspir] du gt p\r ceux de son ge4 ,je suis plus que c]ta9 que si je l'avais pu1 j'en aurais retir de gr&s succs2 et c'e/ une ide1 p\r l'intellig5ce de laquelle il faut qu'on se s\vi5ne de l'influ5ce puissante qu'ont sur les premi]s dveloppem5s de la p5se1 les jeux de l'enfance1 autant que les petites volupts de l'organe du gt4 ,j'ai t\t fait aussi p\r rveill] ces d]nires dispositions1 au moy5 des fri&ises les plus convoites p> les enfans1 et dont j'esprais me s]vir1 comme de n\veaux moy5s de rcomp5se1 de punition1 d'enc\ragem5t et d'in/ruction4 ,mais l'av]sion qu'il tmoigna p\r t\tes les sub/ances sucres et p\r nos mets les plus dlicats1 fut insurmontable4 ,je crus devoir alors t5t] l'usage de mets relevs1 comme plus propres excit] un s5s ncessairem5t m\ss p> des alim5s grossi]s4 ,je n'y russis pas mieux2 et je lui prs5tai en va91 dans les mom5s o il se tr\vait press p> la faim et la soif1 des liqueurs =tes et des alim5s pics4 ,dsesprant enf9 de p\voir lui inspir] de n\veaux gts1 je fis valoir le petit nombre de ceux auxquels il se tr\vait born1 en les accompagnant de t\tes les circon/ances accessoires1 qui p\vai5t accrotre le plaisir qu'il tr\vait s'y livr]4 ,c'e/ dans cette int5tion que je l'ai s\v5t m5 dn] en ville avec moi4 ,ces j\rs-l il y avait table collection complette de t\s ses mets les plus favoris4 ,la premire fois qu'il se tr\va p>eille fte1 ce fur5t des transports de joie qui allai5t presque jusqu' la frnsie4 ,sans d\te il p5sa qu'il ne s\p]ait pas si bi5 qu'il v5ait de dn]2 c> il ne t9t pas lui qu'il n'emportat le soir1 en quittant la maison1 un plat de l5tilles qu'il avait drob la cuis9e4 ,je m'applaudis de cette premire sortie4 ,je v5ais de lui procur] un plaisir1 je n'avais qu' le rpt] plusieurs fois p\r lui donn] un beso92 c'e/ ce que j'effectuai4 ,je fis plus1 j'eus so9 de faire prcd] ces sorties de c]ta9s prp>atifs qu'il pt rem>qu]3 c'tait d'entr] *ez lui v]s les quatre heures1 mon *apeau sur la tte1 sa *emise ploye la ma94 ,bi5tt ces dispositions dev9r5t p\r lui le signal du d"p4 pe9e p>aissais-je1 que j'tais compris2 on s'habillait la hte1 et l'on me suivait avec de gr&s tmoignages de cont5tem5t4 ,je ne donne po9t ce fait comme preuve d'une intellig5ce suprieure2 et il n'e/ p]sonne qui ne m'objecte que le *i5 le plus ord9aire en fait au mo9s autant4 ,mais en admettant cette galit morale1 on e/ oblig d'av\] un gr& *angem5t2 et ceux qui ont vu le sauvage de l',aveyron1 lors de son arrive ,p>is1 sav5t qu'il tait =t infrieur1 s\s le rapport du disc]nem5t1 au plus intellig5t de nos animaux dome/iques4 ,il m'tait impossible1 qu& je l'emm5ais avec moi1 de le conduire dans les rues4 ,il m'aurait fallu all] au trt avec lui1 ou us] des viol5ces les plus fatigantes p\r le faire m>*] au pas avec moi4 ,n\s fmes donc obligs de ne sortir qu'en voiture4 ,autre plaisir n\veau qui l'atta*ait de plus en plus ses frqu5tes sorties4 ,en peu de tems ces j\rs-l ne fur5t plus seulem5t des j\rs de fte auxquels il se livrait avec la joie la plus vive2 ce fur5t de vrais beso9s1 dont la privation1 qu& on mettait entr'eux un int]valle un peu plus long1 le r5dait tri/e1 inquiet et capricieux4 ,quel surcrot de plaisir encore1 qu& ces p>ties avai5t lieu la campagne6 ,je l'ai conduit1 il n'y a pas long-tems1 dans la valle de ,montmor5ci1 la maison de campagne du citoy5 ,la*abeaussire4 ,c'tait un spectacle des plus curieux1 et j'os]ai dire des plus t\*ans1 de voir la joie qui se peignait dans ses yeux1 dans t\s les m\vem5s et l'habitude de son corps1 la vue des cteaux et des bois de cette riante valle3 il semblait que les portires de la voiture ne puss5t suffire l'avidit de ses reg>ds4 ,il se p5*ait tantt v]s l'une1 tantt v]s l'autre1 et tmoignait la plus vive inquitude qu& les *evaux allai5t plus l5tem5t ou v5ai5t s'arrt]4 ,il passa deux j\rs cette maison de campagne2 telle y fut l'influ5ce des ag5s extrieurs de ces bois1 de ces coll9es1 dont il ne p\vait rassasi] sa vue1 qu'il p>ut plus que jamais impati5t et sauvage1 et qu'au milieu des prv5ances les plus assidues et des so9s les plus atta*ans1 il ne p>aissait occup que du desir de pr5dre la fuite4 ,entirem5t captiv p> cette ide dom9ante1 qui absorbait t\tes les facults de son esprit et le s5tim5t mme de ses beso9s1 il tr\vait pe9e le tems de mang]1 et se levant de table *aque m9ute il c\rait la f5tre1 p\r s'vad] dans le p>c1 si elle tait ouv]te2 ou1 dans le cas contraire1 p\r contempl]1 du mo9s trav]s les c>reaux1 t\s ces objets v]s lesquels l'entranai5t irrsi/iblem5t des habitudes encore rc5tes1 et peut-tre mme1 le s\v5ir d'une vie indp5dante1 heureuse et regrette4 ,aussi pris-je la rsolution de ne plus le s\mettre de p>eilles preuves4 ,mais p\r ne pas le sevr] entirem5t de ses gts *amptres1 on cont9ua de le m5] prom5] dans quelques j>d9s du vois9age1 dont les dispositions troites et rgulires n'ont ri5 de commun avec ces gr&s paysages dont se compose une nature agre/e1 et qui atta*5t si =tem5t l'homme sauvage aux lieux de son enfance4 ,a9si1 madame ,gur9 le conduit quelquefois au ,luxemb\rg1 et presque j\rnellem5t au j>d9 de l',obs]vatoire1 o les bonts du citoy5 ,lem]i l'ont habitu all] t\s les j\rs gt] avec du lait4 ,au moy5 de ces n\velles habitudes1 de quelques rcrations de son *oix1 et de t\s les bons traitem5s enf9 dont on a environn sa n\velle exi/5ce1 il a f9i p> y pr5dre gt4 ,de-l e/ n cet atta*em5t assez vif qu'il a pris p\r sa g\v]nante1 et qu'il lui tmoigne quelquefois de la manire la plus t\*ante4 ,ce n'e/ jamais sans pe9e qu'il s'en sp>e1 ni sans des preuves de cont5tem5t qu'il la rejo9t4 ,une fois1 qu'il lui avait *app dans les rues1 il v]sa1 en la revoyant1 une gr&e abondance de l>mes4 ,quelques heures aprs il avait encore la respiration haute1 entrec\pe1 et le p\ls dans une sorte d'tat fbrile4 ,madame ,gur9 lui ayant alors adress quelques repro*es1 il en traduisit si bi5 le ton1 qu'il se remit pleur]4 ,l'amiti qu'il a p\r moi e/ beauc\p plus faible1 et cela doit tre a9si4 ,les so9s que pr5d de lui madame ,gur9 sont t\s de nature tre apprcis sur-le-*amp2 et ceux que je lui donne ne sont p\r lui d'aucune utilit s5sible4 ,cette diffr5ce e/ si vritablem5t due la cause que j'indique1 que j'ai mes heures p\r tre bi5 reu3 ce sont celles que jamais je n'ai employes son in/ruction4 ,que je me r5de *ez lui1 p> exemple1 l'entre de la nuit1 lorsqu'il vi5t de se c\*]1 son premi] m\vem5t e/ de se mettre sur son sant p\r que je l'embrasse1 puis de m'attir] lui en me saisissant le bras et me faisant asseoir sur son lit4 ,ord9airem5t alors il me pr5d la ma91 la porte sur ses yeux1 sur son front1 sur l'occiput1 et me la ti5t avec la si5ne assez long-tems applique sur ces p>ties4 ,d'autres fois il se lve en riant aux clats1 et se place vis--vis de moi p\r me c>ess] les g5\x sa manire1 qui consi/e me les palp]1 me les mass] =tem5t dans t\s les s5s et p5dant plusieurs m9utes1 et puis dans quelques cas d'y appliqu] ses lvres deux ou trois reprises4 ,on en dira ce qu'on v\dra1 mais j'av\]ai que je me prte sans faon t\s ces enfantillages4 ,peut-tre s]ai-je ent5du1 si l'on se s\vi5t de l'influ5ce majeure qu'ont sur l'esprit de l'enfant ces complaisances 9puisables1 ces petits ri5s (ficieux que la ,nature a mis dans le coeur d'une mre1 qui font clore les premi]s s\rires1 et natre les premires joies de la vie4 4 ,,iv4 ,i,ve4 ,,vue4 ,le conduire l'usage de la p>ole1 en dt]m9ant l'ex]cice de l'imitation p> la loi imprieuse de la ncessit4 ,si j'avais v\lu ne produire que des rsultats heureux1 j'aurais supprim de cet ouvrage cette quatrime vue1 les moy5s que j'ai mis en usage p\r la remplir1 et le peu de succs que j'en ai obt5u4 ,mais mon b e/ bi5 mo9s de donn] l'hi/oire de mes so9s que celle des premi]s dveloppem5s moraux du sauvage de l',aveyron2 et je ne dois ri5 omettre de ce qui peut y avoir le mo9dre rapport4 ,je s]ai mme oblig de prs5t] ici quelques ides ?oriques1 et j'espre qu'on me les p>donn]a en voyant l'att5tion que j'ai eue de ne les appuy] que sur des faits1 et reconnaissant la ncessit o je me tr\ve de rpondre ces t]nelles objections3 le sauvage p>le-t-il8 ,s'il n'e/ pas s\rd1 p\rquoi ne p>le-t-il pas8 ,on conoit aism5t qu'au milieu des =ts et lo9 de la socit de t\t tre p5sant1 le s5s de l'ouie de notre sauvage n'pr\vait d'autres impressions que celles que faisai5t sur lui un petit nombre de bruits1 et p>ticulirem5t ceux qui se liai5t ses beso9s physiques4 ,ce n'tait po9t l cet organe qui apprcie les sons1 leur articulation et leurs comb9aisons2 ce n'tait qu'un simple moy5 de conv]sation individuelle1 qui av]tissait de l'appro*e d'un animal dang]eux1 ou de la *te de quelque fruit sauvage4 ,voil sans d\te quelles fonctions se bornait l'ouie1 si l'on en juge p> le peu ou la nullit d'action qu'avai5t sur cet organe1 il y a un an1 t\s les sons et les bruits qui n'intressai5t pas les beso9s de l'individu1 et p> la s5sibilit exquise que ce s5s tmoignait p\r ceux au contraire qui y avai5t quelque rapport4 ,qu& on plu*ait1 son insu et le plus d\cem5t possible1 un m>ron1 une noix2 qu& on t\*ait seulem5t la clef de la porte qui le t5ait captif1 il ne manquait jamais de se ret\rn] brusquem5t et d'acc\rir v]s l'endroit d'o p>tait le bruit4 ,si l'organe de l'oue ne tmoignait pas la mme susceptibilit p\r les sons de la voix1 p\r l'explosion mme des armes feu1 c'e/ qu'il tait ncessairem5t peu s5sible et peu att5tif t\te autre impression qu' celle dont il s'tait fait une longue et exclusive habitude#aj4 #aj ,j'obs]v]ai1 p\r donn] plus de =ce cette ass]tion1 qu' mesure que l'homme s'loigne de son enfance1 l'ex]cice de ses s5s devi5t de j\r en j\r mo9s univ]sel4 ,dans le premi] ge de sa vie1 il veut t\t voir1 t\t t\*]2 il porte la b\*e t\s les corps qu'on lui prs5te2 le mo9dre bruit le fait tressaillir2 ses s5s s'arrt5t sur t\s les objets1 mme sur ceux qui n'ont aucun rapport connu avec ses beso9s4 mesure qu'il s'loigne de cette poque1 qui e/ en quelque sorte celle de l'appr5tissage des s5s1 les objets ne le frapp5t qu'autant qu'ils se rapport5t ses apptits1 ses habitudes1 ou ses incl9ations4 ,alors mme il arrive s\v5t qu'il n'y a qu'un ou deux de ses s5s qui rveill5t son att5tion4 ,c'e/ un musici5 prononc1 qui1 att5tif t\t ce qu'il ent5d1 e/ indiffr5t t\t ce qu'il voit4 ,ce s]a1 si l'on veut1 un m9ralogi/e et un botani/e exclusifs1 qui1 dans un *amp f]tile en objets de leurs re*]*es1 ne voi5t1 le premi] que des m9raux1 et le second que des productions vgtales4 ,ce s]a un ma?matici5 sans oreilles1 qui dira au sortir d'une pice de ,rac9e3 qu'e/-ce que t\t cela pr\ve8--,si donc1 aprs les premi]s tems de l'enfance1 l'att5tion ne se porte naturellem5t que sur les objets qui ont avec nos gts des rapports connus ou press5tis1 on conoit p\rquoi notre jeune sauvage1 n'ayant qu'un petit nombre de beso9s1 ne devait ex]c] ses s5s que sur un petit nombre d'objets4 ,voil1 si je ne me trompe1 la cause de cette inatt5tion absolue qui frappait t\t le monde lors de son arrive ,p>is1 et qui dans le mom5t actuel a disp>u presque complettem5t1 p>ce qu'on lui a fait s5tir la liaison qu'ont avec lui t\s les n\veaux objets qui l'environn5t4 ,on conoit donc p\rquoi l'oreille1 trs-apte p]cevoir c]ta9s bruits1 mme les plus lg]s1 le doit tre trs-peu apprci] l'articulation des sons4 ,d'ailleurs il ne suffit pas1 p\r p>l]1 de p]cevoir le son de la voix2 il faut encore apprci] l'articulation de ce son2 deux oprations bi5 di/9ctes1 et qui exig5t1 de la "p de l'organe1 des conditions diffr5tes4 ,il suffit1 p\r la premire1 d'un c]ta9 degr de s5sibilit du n]f ac\/ique2 il faut1 p\r la seconde1 une modification spciale de cette mme s5sibilit4 ,on peut donc1 avec des oreilles bi5 organises et bi5 vivantes1 ne pas saisir l'articulation des mots4 ,on tr\ve p>mi les ,crt9s beauc\p de muets et qui p\rtant ne sont pas s\rds4 ,il y a p>mi les lves du citoy5 ,sic>d1 deux ou trois enfans qui ent5d5t p>faitem5t le son de l'horloge1 un claquem5t de ma9s1 les tons les plus bas de la flte et du violon1 et qui cep5dant n'ont jamais pu imit] la prononciation d'un mot1 quoiqu'articul trs-haut et trs-l5tem5t4 ,a9si l'on p\rrait dire que la p>ole e/ une espce de musique1 laquelle c]ta9es oreilles1 quoique bi5 con/itues d'ailleurs1 peuv5t tre ins5sibles4 ,en s]a-t-il de mme de l'enfant dont il e/ "q8 ,je ne le p5se pas1 quoique mes esprances repos5t sur un petit nombre de faits4 ,il e/ vrai que mes t5tatives cet g>d n'ont pas t plus nombreuses1 et que long-tems emb>rass sur le p>ti que j'avais pr5dre1 je m'en suis t5u au rle d'obs]vateur4 ,voici donc ce que j'ai rem>qu4 ,dans les quatre ou c9q premi]s mois de son sj\r ,p>is1 le sauvage de l',aveyron ne s'e/ montr s5sible qu'aux diffr5s bruits qui avai5t avec lui les rapports que j'ai indiqus4 ,dans le c\rant de frimaire il a p>u ent5dre la voix huma9e2 et lorsque1 dans le corridor qui avois9e sa *ambre1 deux p]sonnes s'entret5ai5t haute voix1 il lui arrivait s\v5t de s'appro*] de la porte p\r s'assur] si elle tait bi5 f]me1 et de rejet] sur elle une porte battante intrieure1 avec l'att5tion de mettre le doigt sur le loquet p\r en assur] encore mieux la f]meture4 ,je rem>quai1 quelque tems aprs1 qu'il di/+uait la voix des s\rds-muets1 ou plutt ce cri guttural qui leur *appe cont9uellem5t dans leurs jeux4 ,il semblait mme reconnatre l'endroit d'o p>tait le son4 ,c>1 s'il l'ent5dait en desc5dant l'escali]1 il ne manquait jamais de remont] ou de desc5dre plus prcipitamm5t1 selon que ce cri p>tait d'en-bas ou d'en-haut4--,je fis1 au comm5cem5t de nivose1 une obs]vation plus intressante4 ,un j\r qu'il tait dans la cuis9e occup faire cuire des pommes de t]re1 deux p]sonnes se disputai5t vivem5t d]rire lui1 sans qu'il p>t y faire la mo9dre att5tion4 ,une troisime surv9t1 qui1 se mlant la discussion1 comm5ait t\tes ses repliques p> ces mots3 oh6 c'e/ diffr5t4 ,je rem>quai que t\tes les fois que cette p]sonne laissait *app] son exclamation favorite3 oh61 le sauvage de l',aveyron ret\rnait vivem5t la tte4 ,je fis1 le soir1 l'heure de son c\*]1 quelques expri5ces sur cette intonation1 et j'en obt9s -peu-prs les mmes rsultats4 ,je passai en revue t\tes les autres intonations simples1 connues s\s le nom de voyelles1 et sans aucun succs4 ,cette prfr5ce p\r l'o m'engagea lui donn] un nom qui se t]m9t p> cette voyelle4 ,je fis *oix de celui de ,victor4 ,ce nom lui e/ re/1 et qu& on le prononce haute voix1 il manque r>em5t de t\rn] la tte ou d'acc\rir4 ,c'e/ peut-tre encore p> la mme raison1 que p> la suite il a compris la signification de la ngation non1 dont je me s]s s\v5t p\r le faire rev5ir de ses erreurs1 qu& il se trompe dans nos petits ex]cices4 ,au milieu de ces dveloppem5s l5ts1 mais s5sibles1 de l'organe de l'ouie1 la voix re/ait t\j\rs muette1 et refusait de r5dre les sons articuls que l'oreille p>aissait apprci]2 cep5dant les organes vocaux ne prs5tai5t dans leur con=mation extrieure aucune trace d'imp]fection1 et il n'y avait pas lieu d'en s\ponn] dans leur organisation intrieure4 ,il e/ vrai que l'on voit la p>tie suprieure et antrieure du col une cicatrice assez t5due1 qui p\rrait jet] quelque d\te sur l'intgrit des p>ties subjac5tes1 si l'on n'tait rassur p> l'aspect de la cicatrice4 ,elle annonce la vrit une plaie faite p> un in/rum5t tran*ant2 mais voir son app>5ce l9aire1 on e/ port croire que la plaie n'tait que tgum5teuse1 et qu'elle se s]a runie d'emble1 ou comme l'on dit1 p> premire indication4 ,il e/ prsum] qu'une ma91 plus dispose que faonne au crime1 aura v\lu att5t] aux j\rs de cet enfant1 et que1 laiss p\r mort dans les bois1 il aura d aux seuls sec\rs de la nature la prompte gurison de sa plaie2 ce qui n'aurait pu s'effectu] aussi heureusem5t1 si les p>ties musculeuses et c>tilag9euses de l'organe de la voix avai5t t divises4 ,ces considrations me conduisir5t p5s]1 lorsque l'oreille comm5a p]cevoir quelques sons1 que si la voix ne les rptait pas1 il ne fallait po9t en accus] une lsion organique1 mais la dfaveur des circon/ances4 ,le dfaut total d'ex]cice r5d nos organes inaptes leurs fonctions2 et si ceux dj faits leurs usages sont si puissamm5t affects p> cette inaction1 que s]a-ce de ceux qui croiss5t et se dvelopp5t sans qu'aucun ag5t t5de les mettre en jeu8 ,il faut dix-huit mois au mo9s d'une ducation soigne1 p\r que l'enfant bgaye quelques mots2 et l'on v\drait qu'un dur habitant des =ts1 qui n'e/ dans la socit que depuis quatorze ou qu9ze mois1 dont il a pass c9q ou six p>mi des s\rds-muets1 ft dj en tat de p>l]6 ,non-seulem5t cela ne doit pas tre2 mais il faudra1 p\r p>v5ir ce po9t important de son ducation1 beauc\p plus de tems1 beauc\p plus de pe9es qu'il n'en faut au mo9s prcoce des enfans4 ,celui-ci ne sait ri52 mais il possde un degr m95t la susceptibilit de t\t appr5dre3 p5*ant inn l'imitation2 flexibilit et s5sibilit excessives de t\s les organes2 mobilit p]ptuelle de la langue2 consi/ance presque glat9euse du l>ynx3 t\t en un mot1 t\t conc\rt produire *ez lui ce gaz\illem5t cont9uel1 appr5tissage involontaire de la voix1 que favoris5t encore la t\x1 l't]nuem5t1 les cris de cet ge1 et mme les pleurs1 les pleurs qu'il faut considr] non-seulem5t comme les indices d'une vive excitabilit1 mais encore comme un mobile puissant1 appliqu sans rel*e et dans les tems les plus opportuns aux dveloppem5s simultans des organes de la respiration1 de la voix et de la p>ole4 ,que l'on m'accorde ces gr&s avantages1 et je rponds de leur rsultat4 ,si l'on reconnat1 avec moi1 que l'on ne doit plus y compt] dans l'adolesc5ce du jeune ,victor1 que l'on convi5ne aussi des ress\rces fcondes de la ,nature1 qui sait se crer de n\veaux moy5s d'ducation qu& des causes accid5telles vi5n5t la priv] de ceux qu'elle avait primitivem5t disposs4 ,voici du mo9s quelques faits qui peuv5t le faire espr]4 ,j'ai dit dans l'nonc de cette #d;e4 vue1 que je me proposais de le conduire l'usage de la p>ole1 en dt]m9ant l'ex]cice de l'imitation p> la loi imprieuse de la ncessit4 ,conva9cu1 en effet1 p> les considrations mises dans ces deux d]ni]s p>agraphes1 et p> une autre non mo9s concluante que j'expos]ai bi5tt1 qu'il ne fallait s'att5dre qu' un travail t>dif de la "p du l>ynx1 je devais faire en sorte de l'activ] p> l'appt des objets ncessaires ses beso9s4 ,j'avais lieu de croire que la voyelle o ayant t la premire ent5due1 s]ait la premire prononce2 et je tr\vai =t heureux p\r mon plan que cette simple prononciation ft1 au mo9s quant au son1 le signe d'un des beso9s les plus ord9aires de cet enfant4 ,cep5dant1 je ne pus tir] aucun p>ti de cette favorable concid5ce4 ,en va91 dans les mom5s o sa soif tait ard5te1 je t5ais devant lui un vase rempli d'eau1 en criant frquemm5t eau1 eau2 en donnant le vase une p]sonne qui prononait le mme mot ct de lui1 et le rclamant moi-mme p> ce moy51 le malheureux se t\rm5tait dans t\s les s5s1 agitait ses bras aut\r du vase d'une manire presque convulsive1 r5dait une espce de sifflem5t et n'articulait aucun son4 ,il y aurait eu de l'inhumanit d'insi/] davantage4 ,je *angeai de sujet1 sans cep5dant *ang] de m?ode4 ,ce fut sur le mot lait que portr5t mes t5tatives4 ,le quatrime j\r de ce second essai je russis au gr de mes desirs1 et j'ent5dis ,victor prononc] di/9ctem5t1 d'une manire un peu rude la vrit1 le mot lait1 qu'il rpta presque aussitt4 ,c'tait la premire fois qu'il sortait de sa b\*e un son articul1 et je ne l'ent5dis pas sans la plus vive satisfaction4 ,je fis nanmo9s une rflexion qui dim9ua de beauc\p1 mes yeux1 l'avantage de ce premi] succs4 ,ce ne fut qu'au mom5t o1 dsesprant de russir1 je v5ais de v]s] le lait dans la tasse qu'il me prs5tait1 que le mot lait lui *appa avec de gr&es dmon/rations de plaisir2 et ce ne fut encore qu'aprs que je lui en eus v]s de n\veau en manire de rcomp5se1 qu'il le pronona p\r la seconde fois4 ,on voit p\rquoi ce mode de rsultat tait lo9 de remplir mes int5tions2 le mot prononc1 au lieu d'tre le signe du beso91 n'tait1 relativem5t au tems o il avait t articul1 qu'une va9e exclamation de joie4 ,si ce mot ft sorti de sa b\*e avant la concession de la *ose desire1 c'en tait fait2 le vritable usage de la p>ole tait saisi p> ,victor2 un po9t de communication s'tablissait entre lui et moi1 et les progrs les plus rapides dc\lai5t de ce premi] succs4 ,au lieu de t\t cela1 je ne v5ais d'obt5ir qu'une expression1 insignifiante p\r lui et inutile p\r n\s1 du plaisir qu'il ress5tait4 la rigueur1 c'tait bi5 un signe vocal1 le signe de la possession de la *ose4 ,mais celui-l1 je le rpte1 n'tablissait aucun rapport entre n\s2 il devait tre bi5tt nglig1 p> cela mme qu'il tait inutile aux beso9s de l'individu1 et s\mis une f\le d'anomalies comme le s5tim5t phmre et v>iable dont il tait dev5u l'indice4 ,les rsultats subsqu5s de cette fausse direction ont t tels que je les r$\tais4 ,ce n'tait le plus s\v5t que dans la j\issance de la *ose que le mot lait se faisait ent5dre4 ,quelquefois il lui arrivait de le prononc] avant1 et d'autres fois peu de tems aprs1 mais t\j\rs sans int5tion4 ,je n'atta*e pas plus d'importance la rptition spontane qu'il en faisait1 et qu'il en fait encore1 dans le c\rant de la nuit qu& il vi5t s'veill]4 ,aprs ce premi] rsultat1 j'ai totalem5t r5onc la m?ode p> laquelle je l'avais obt5u2 att5dant le mom5t o les localits me p]mettront de lui en sub/itu] une autre que je crois beauc\p plus efficace1 j'ab&onnai l'organe de la voix l'influ5ce de l'imitation qui1 bi5 que faible1 n'e/ p\rtant pas te9te1 s'il faut en jug] p> quelques petits progrs ultrieurs et spontans4 ,le mot lait a t p\r ,victor la rac9e de deux autres monosyllabes la et li1 auxquels c]ta9em5t il atta*e encore mo9s de s5s4 ,il a depuis peu modifi le d]ni] en y aj\tant une seconde l1 et les prononant t\tes les deux comme le gli de la langue itali5ne4 ,on l'ent5d frquemm5t rpt] lli1 lli1 avec une inflexion de voix qui n'e/ pas sans d\ceur4 ,il e/ tonnant que l m\ille1 qui e/ p\r les enfans une des syllabes des plus difficiles prononc]1 soit une des premires qu'il ait articules4 ,je ne s]ais pas loign de croire qu'il y a dans ce pnible travail de la langue une sorte d'int5tion en faveur du nom de ,julie2 jeune demoiselle de onze d\ze ans1 qui vi5t pass] les diman*es *ez madame ,gur91 sa mre4 ,il e/ c]ta9 que ce j\r-l les exclamations lli1 lli1 devi5n5t plus frqu5tes1 et se font mme1 au rapport de sa g\v]nante1 ent5dre p5dant la nuit1 dans les mom5s o l'on a lieu de croire qu'il dort pr(ondm5t4 ,on ne peut dt]m9] au ju/e la cause et la valeur de ce d]ni] fait4 ,il faut att5dre que la pub]t plus avance n\s ait f\rni1 p\r le class] et p\r en r5dre compte1 un plus gr& nombre d'obs]vations4 ,la d]nire acquisition de l'organe de la voix e/ un peu plus considrable1 et compose de deux syllabes qui en val5t bi5 trois1 p> la manire dont il prononce la d]nire4 ,c'e/ l'exclamation oh ,dieu6 qu'il a apprise de madame ,gur91 et qu'il laisse frquemm5t *app] dans ses gr&es joies4 ,il la prononce en supprimant l'u de ,dieu1 et en appuyant sur l'i comme s'il tait d\ble2 de manire qu'on l'ent5d cri] di/9ctem5t3 oh ,diie6 oh ,diie6 ,l'o que l'on tr\ve dans cette d]nire comb9aison de son n'tait pas n\veau p\r lui1 et j'tais p>v5u quelque tems aup>avant le lui faire prononc]4 ,voil1 quant l'organe de la voix1 le po9t o n\s en sommes4 ,on voit que t\tes les voyelles1 l'exception de l'u1 entr5t dj dans le petit nombre de sons qu'il articule1 et que l'on tr\ve que les trois consonnes l1 d et l m\ille4 ,ces progrs sont assurm5t bi5 faibles1 si on les comp>e ceux qu'exige le dveloppem5t complet de la voix huma9e2 mais ils m'ont p>u suffisans p\r g>antir la possibilit de ce dveloppem5t4 ,j'ai dit plus haut les causes qui doiv5t ncessairem5t le r5dre long et difficile4 ,il en e/ encore une qui n'y contribu]a pas mo9s1 et que je ne dois po9t pass] s\s sil5ce4 ,c'e/ la facilit qu'a notre jeune sauvage d'exprim] autrem5t que p> la p>ole le petit nombre de ses beso9s#aa4 ,*acune de ses volonts se manife/e p> les signes les plus expressifs1 qui ont en quelque sorte1 comme les ntres1 leurs gradations et leur synonimie4 ,l'heure de la prom5ade e/-elle arrive1 il se prs5te div]ses reprises devant la croise et devant la porte de sa *ambre4 ,s'il s'ap]oit alors que sa g\v]nante n'e/ po9t prte1 il dispose devant elle t\s les objets ncessaires sa toilette1 et dans son impati5ce il va mme jusqu' l'aid] s'habill]4 ,cela fait1 il desc5d le premi]1 et tire lui-mme le cordon de la porte4 ,arriv l',obs]vatoire1 son premi] so9 e/ de dem&] du lait2 ce qu'il fait en prs5tant une cuelle de bois1 qu'il n'oublie jamais1 en sortant1 de mettre dans sa po*e1 et dont il se munit p\r la premire fois1 le l5dema9 d'un j\r qu'il avait cass1 dans la mme maison et p\r le mme usage1 une tasse de porcela9e4 #aa ,mes obs]vations confirm5t encore sur ce po9t important l'op9ion de ,condillac1 qui dit1 en p>lant de l'orig9e du langage des sons3 ,le langage d'action1 alors si naturel1 tait un gr& ob/acle surmont]2 p\vait-on l'ab&onn] p\r un autre dont on ne prvoyait pas les avantages1 et dont la difficult se faisait si bi5 s5tir8 ,l encore1 p\r r5dre complets les plaisirs de ses soires1 on a1 depuis quelque-tems1 la bont de le voitur] dans une br\ette4 ,depuis lors1 ds que l'envie lui en pr5d1 si p]sonne ne se prs5te p\r la satisfaire1 il r5tre dans la maison1 pr5d quelqu'un p> le bras1 le conduit dans le j>d91 et lui met entre les ma9s les bran*es de la br\ette1 dans laquelle il se place aussitt3 si on rsi/e cette premire invitation1 il quitte le sige1 revi5t aux bran*es de la br\ette1 la fait r\l] quelques t\rs et vi5t s'y plac] de n\veau2 imag9ant sans d\te que si ses desirs ne sont pas remplis1 ce n'e/ pas faute de les avoir clairem5t manife/s4 ,s'agit-il de d9]8 ses int5tions sont encore mo9s d\teuses4 ,il met lui-mme le c\v]t et prs5te madame ,gur9 les plats1 qu'elle doit desc5dre la cuis9e p\r y pr5dre leurs alim5s4 ,si c'e/ en ville qu'il dne avec moi1 t\tes ses dem&es s'adress5t la p]sonne qui fait les honneurs de la table2 c'e/ t\j\rs elle qu'il se prs5te p\r tre s]vi4 ,si l'on fait semblant de ne pas l'ent5dre1 il place son assiette ct du mets1 qu'il dvore des yeux4 ,si cela ne produit ri51 il pr5d une f\r*ette et en frappe deux ou trois c\ps sur le rebord du plat4 ,insi/e-t-on encore8 alors il ne g>de plus de mesure2 il plonge une cuill]1 ou mme sa ma9 dans le plat1 et en un cl9-d'oeil il le vide en enti] sur son assite4 ,il n'e/ gures mo9s expressif dans la manire de tmoign] les affections de son ame1 et sur-t\t l'impati5ce et l'ennui4 ,nombre de curieux sav5t comm5t1 avec plus de fran*ise naturelle que de politesse1 il les congdie1 lorsque1 fatigu de la longueur de leurs visites1 il prs5te *acun d'eux1 et sans mprise1 leur canne1 leurs gants et leur *apeau1 les p\sse d\cem5t v]s la porte1 qu'il ref]me de suite imptueusem5t sur eux#ab4 #ab ,il e/ digne de rem>que que ce langage d'action lui e/ entirem5t naturel1 et que ds les premi]s j\rs de son entre dans la socit1 il l'employait de la manire la plus expressive4 ,qu& il eut soif1 dit le citoy5 ,con/ans-,/4-,e/ve1 qui l'a vu dans les comm5cem5s de cette poque intressante1 il porta ses reg>ds droite et gau*e2 ayant app]u une cru*e1 il mit ma ma9 dans la si5ne et me conduisit v]s la cru*e1 qu'il frappa de la ma9 gau*e1 p\r me dem&] boire4 ,on apporta du v91 qu'il ddaigna en tmoignant de l'impati5ce sur le ret>d que je mettais lui donn] de l'eau4 ,p\r complt] l'hi/oire de ce langage pantomimes1 il faut que je dise encore que ,victor l'ent5d avec autant de facilit qu'il le p>le4 ,il suffit madame ,gur91 p\r l'envoy] qurir de l'eau1 de lui montr] la cru*e et de lui faire voir qu'elle e/ vide1 en donnant au vase une position r5v]se4 ,un procd analogue me suffit p\r l'engag] me s]vir boire qu& n\s dnons ensemble1 etc4 ,mais ce qu'il y a de plus tonnant dans la manire avec laquelle il se prte ces moy5s de communication1 c'e/ qu'il n'e/ beso9 d'aucune leon prlim9aire1 ni d'aucune conv5tion rciproque p\r se faire ent5dre4 ,je m'en conva9quis un j\r p> une expri5ce des plus concluantes4 ,je *oisis1 entre une f\le d'autres1 un objet p\r lequel je m'assurai d'avance qu'il n'exi/ait entre lui et sa g\v]nante aucun signe indicateur4 ,tel tait1 p> exemple1 le peigne dont on se s]vait p\r lui1 et que je v\lus me faire apport]4 ,j'aurais t bi5 tromp si en me hrissant les *eveux dans t\s les s5s1 et lui prs5tant a9si ma tte en dsordre1 je n'avais t compris4 ,je le fus en effet1 et j'eus aussitt entre les ma9s ce que je dem&ais4 ,beauc\p de p]sonnes ne voi5t dans t\s ses procds que la faon de faire d'un animal2 p\r moi1 je l'av\]ai1 je crois y reconnatre dans t\te sa simplicit le langage d'action1 ce langage primitif de l'espce huma9e1 orig9ellem5t employ dans l'enfance des premires socits1 avant que le travail de plusieurs sicles et coordonn le sy/me de la p>ole et f\rni l'homme civilis un fcond et sublime moy5 de p]fectionnem5t1 qui fait clore sa p5se mme dans son b]ceau1 et dont il se s]t t\te la vie sans apprci] ce qu'il e/ p> lui et ce qu'il s]ait sans lui1 s'il s'en tr\vait accid5tellem5t priv1 comme dans le cas qui n\s occupe4 ,sans d\te un j\r vi5dra o des beso9s plus multiplis f]ont s5tir au jeune ,victor la ncessit d'us] de n\veaux signes4 ,l'emploi dfectueux qu'il a fait de ses premi]s sons p\rra bi5 ret>d] cette poque1 mais non pas l'emp*]4 ,il n'en s]a peut-tre ni plus ni mo9s que ce qui arrive l'enfant qui d'abord balbutie le mot papa1 sans y atta*] aucune ide1 s'en va le disant dans t\s les lieux et en t\te autre occasion1 le donne ensuite t\s les hommes qu'il voit1 et ne p>vi5t qu'aprs une f\le de raisonnem5s et mme d'ab/ractions1 en faire une seule et ju/e application4 4 ,v4 ,ve4 ,,vue4--,ex]c] p5dant quelque tems1 sur les objets de ses beso9s physiques1 les plus simples oprations de l'esprit1 et en dt]m9] ensuite l'application sur des objets d'in/ruction4 ,considr dans sa plus t5dre enfance et s\s le rapport de son ent5dem5t1 l'homme ne p>at pas s'lev] encore au-dessus des autres animaux4 ,t\tes ses facults intellectuelles sont rig\reusem5t circonscrites dans le c]cle troit de ses beso9s physiques4 ,c'e/ p\r eux seuls que s'ex]c5t les oprations de son esprit4 ,il faut alors que l'ducation s'en emp>e et les applique son in/ruction1 c'e/--dire1 un n\vel ordre de *oses qui n'ont aucun rapport avec ses premi]s beso9s4 ,de cette application dc\l5t t\tes ses connaissances1 t\s les progrs de son esprit1 et les conceptions du gnie le plus sublime4 ,quel que soit le degr de probabilit de cette ide1 je ne la reproduis ici que comme le po9t de d"p de la m>*e que j'ai suivie p\r remplir cette d]nire vue4 ,je n'entr]ai pas dans les dtails des moy5s mis en usage p\r ex]c] les facults intellectuelles du sauvage de l',aveyron sur les objets de ses apptits4 ,ces moy5s n'tai5t autre *ose que des ob/acles t\j\rs croissans1 t\j\rs n\veaux1 mis entre lui et ses beso9s1 et qu'il ne p\vait surmont] sans ex]c] cont9uellem5t son att5tion1 sa mmoire1 son jugem5t et t\tes les fonctions de ses s5s#ac4 ,a9si se dveloppr5t t\tes les facults qui devai5t s]vir son in/ruction1 et il ne fallait plus que tr\v] les moy5s les plus faciles de les faire valoir4 #ac ,il n'e/ pas inutile de faire rem>qu] que je n'ai pr\v aucune difficult p\r remplir ce premi] b4 ,t\tes les fois qu'il s'agit de ses beso9s1 son att5tion1 sa mmoire et son intellig5ce sembl5t l'lev] au-dessus de lui-mme2 c'e/ une rem>que qu'on a pu faire de t\s les tems1 et qui1 si on l'et srieusem5t appr(ondie1 et conduit prvoir un av5ir heureux4 ,je ne cra9s pas de dire que je reg>de comme une gr&e preuve d'intellig5ce1 d'avoir pu appr5dre1 au b\t de six sema9es de sj\r dans la socit1 prp>] ses alim5s avec t\s les so9s et les dtails que n\s a transmis le citoy5 ,bonnat]re4 ,son occupation p5dant son sj\r ,rhods1 dit ce naturali/e1 consi/ait coss] des h>icots1 et il remplissait cette t*e avec le degr de disc]nem5t dont s]ait susceptible l'homme le plus ex]c4 ,comme il savait p> expri5ce que ces sortes de lgumes tai5t de/9s p\r sa subsi/ance1 aussitt qu'on lui apportait une botte de tiges dess*es1 il allait *]*] une m>mite et tablissait la scne de cette opration au milieu de l'app>tem5t4 ,l1 il di/ribuait ses matriaux le plus commodm5t possible4 ,le pot tait plac droite et les h>icots gau*e2 il ouvrait successivem5t les g\sses l'une aprs l'autre1 avec une s\plesse de doigts inimitable2 il mettait dans le pot les bonnes gra9es1 et rejetait celles qui tai5t moisies ou ta*es2 si p> has>d quelque gra9e lui *appait1 il la suivait de l'oeil1 la ramassait et la mettait avec les autres4 mesure qu'il vidait les g\sses1 il les empilait ct de lui avec symtrie1 et lorsque son travail tait f9i1 il enlevait le pot1 y v]sait de l'eau et le portait auprs du feu1 dont il entret5ait l'activit avec les g\sses qu'il avait entasses sp>m5t4 ,si le feu tait te9t1 il pr5ait la pelle1 qu'il dposait entre les ma9s de son surveillant1 lui faisait signe d'en all] *]*] dans le vois9age1 etc4 ,je devais peu compt] encore sur les ress\rces du s5s de l'oue1 et s\s ce rapport1 le sauvage de l',aveyron n'tait qu'un s\rd-muet4 ,cette considration m'engagea t5t] la m?ode d'enseignem5t du citoy5 ,sic>d4 ,je comm5ai donc p> les premi]s procds usits dans cette clbre cole1 et dess9ai sur une plan*e noire la figure l9aire de quelques objets dont un simple dess9 p\vait le mieux reprs5t] la =me2 tels qu'une clef1 des ciseaux et un m>teau4 ,j'appliquai div]ses reprises1 et dans les mom5s o je voyais que j'tais obs]v1 *acun de ces objets sur sa figure respective2 et qu& je fus assur p>-l de lui en avoir fait s5tir les rapports1 je v\lus me les faire apport] successivem5t1 en dsignant du doigt la figure de celui que je dem&ais4 ,je n'en obt9s ri51 j'y rev9s plusieurs fois et t\j\rs avec aussi peu de succs3 ou il refusait avec enttem5t d'apport] celle des trois *oses que j'indiquais1 ou bi5 il apportait avec celle-l les deux autres1 et me les prs5tait t\tes la fois4 ,je me p]suadai que cela t5ait un calcul de p>esse1 qui ne lui p]mettait pas de faire en dtail ce qu'il tr\vait t\t simple d'excut] en une seule fois4 ,je m'avisai alors d'un moy5 qui le =a dtaill] son att5tion sur *acun de ces objets4 ,j'avais obs]v1 mme depuis quelques mois1 qu'il avait un gt des plus prononcs p\r l'arrangem5t2 c'tait au po9t qu'il se levait quelquefois de son lit p\r remettre dans sa place acc\tume un meuble ou un u/5sile quelconque qui se tr\vait accid5tellem5t drang4 ,il p\ssait ce gt plus lo9 encore p\r les *oses susp5dues la muraille3 *acune avait son cl\ et son cro*et p>ticuli]2 et qu& il s'tait fait quelque transposition entre ces objets1 il n'tait pas tranquille qu'il ne l'et rp>e lui-mme4 ,il n'y avait donc qu' s\mettre aux mmes arrangem5s les *oses sur lesquelles je v\lais ex]c] son att5tion4 ,je susp5dis1 au moy5 d'un cl\1 *acun des objets au bas de leur dess9 et les y laissai quelque tems4 ,qu& ensuite je v9s les enlev] et les donn] ,victor1 ils fur5t aussitt replacs dans leur ordre conv5able4 ,je recomm5ai plusieurs fois et t\j\rs avec les mmes rsultats4 ,j'tais lo9 cep5dant de les attribu] son disc]nem5t2 et cette classification p\vait bi5 n'tre qu'un acte de mmoire4 ,je *angeai1 p\r m'assur]1 la position respective des dess9s1 et je le vis alors1 sans aucun g>d p\r cette transposition1 suivre1 p\r l'arrangem5t des objets1 le mme ordre qu'aup>avant4 la vrit1 ri5 n'tait si facile que de lui appr5dre la n\velle classification ncessite p> ce n\veau *angem5t2 mais ri5 de plus difficile que de la lui faire raisonn]4 ,sa mmoire seule faisait les frais de *aque arrangem5t4 ,je m'atta*ai alors neutralis] en quelque sorte les sec\rs qu'il en retirait4 ,j'y p>v9s en la fatiguant sans rel*e p> l'augm5tation du nombre de dess9s1 et p> la frqu5ce de leurs inv]sions4 ,alors cette mmoire dev9t un guide insuffisant p\r l'arrangem5t m?odique de t\s ces corps nombreux2 alors l'esprit dut avoir rec\rs la comp>aison du dess9 avec la *ose4 ,quel pas difficile je v5ais de fran*ir6 ,je n'en d\tai po9t1 qu& je vis notre jeune ,victor atta*] ses reg>ds1 et successivem5t1 sur *acun des objets1 en *oisir un1 et *]*] ensuite la figure laquelle il v\lait le rapport]2 et j'en eus bi5tt la preuve matrielle1 p> l'expri5ce de l'inv]sion des figures1 qui fut suivie1 de sa "p1 de l'inv]sion m?odique des objets4 ,ce rsultat m'inspira les plus brillantes esprances2 je croyais n'avoir plus de difficults va9cre1 qu& il s'en prs5ta une des plus insurmontables1 qui m'arrta op9itrm5t et me =a de r5onc] ma m?ode4 ,on sait que dans l'in/ruction du s\rd-muet1 on fait ord9airem5t succd] ce premi] procd comp>atif un second beauc\p plus difficile4 ,aprs avoir fait s5tir1 p> des comp>aisons rptes1 le rapport de la *ose avec son dess91 on place aut\r de celui-ci t\tes les lettres qui =m5t le mot de l'objet reprs5t p> la figure4 ,cela fait1 on efface celle-ci1 il ne re/e plus que les signes alphabtiques4 ,le s\rd-muet ne voit1 dans ce second procd1 qu'un *angem5t de dess91 qui cont9ue d'tre p\r lui le signe de l'objet4 ,il n'en fut pas de mme de ,victor1 qui1 malgr les rptitions les plus frqu5tes1 malgr l'exposition prolonge de la *ose au-dess\s de son mot1 ne put jamais s'y reconnatre4 ,je n'eus pas de pe9e me r5dre compte de cette difficult1 et il me fut ais de compr5dre p\rquoi elle tait insurmontable4 ,de la figure d'un objet sa reprs5tation alphabtique1 la di/ance e/ imm5se1 et d'autant plus gr&e p\r l'lve1 qu'elle se prs5te l aux premi]s pas de l'in/ruction4 ,si les s\rds-muets n'y sont pas arrts1 c'e/ qu'ils sont1 de t\s les enfans1 les plus att5tifs et les plus obs]vateurs4 ,acc\tums1 ds leur plus t5dre enfance1 ent5dre et p>l] p> les yeux1 ils sont1 plus que p]sonne1 ex]cs apprci] t\s les rapports des objets visibles4 ,il fallait donc *]*] une m?ode plus analogue aux facults encore eng\rdies de notre sauvage1 une m?ode dans laquelle *aque difficult va9cue l'levt au niveau de la difficult va9cre4 ,ce fut dans cet esprit que je traai mon n\veau plan4 ,je ne m'arrt]ai pas en faire l'analyse2 on en jug]a p> l'excution4 ,je collai sur une plan*e de deux pi$s qu>rs trois morceaux de papi]1 de =me bi5 di/9cte et de c\leur bi5 tran*e4 ,c'tait un plan circulaire et r\ge1 un autre triangulaire et bleu1 le troisime de figure qu>re et de c\leur noire4 ,trois morceaux de c>ton1 galem5t colors et figurs1 fur5t1 au moy5 d'un tr\ dont ils tai5t p]cs dans leur milieu1 et des cl\s disposs cet effet sur la plan*e1 fur5t1 dis-je1 appliqus et laisss p5dant quelques j\rs sur leurs modles respectifs4 ,les ayant ensuite enlevs et prs5ts ,victor1 ils fur5t replacs sans difficult4 ,je m'assurai1 en r5v]sant le tableau et *angeant p>-l l'ordre des figures1 que ces premi]s rsultats n'tai5t po9t r\t9i]s1 mais ds la comp>aison4 ,au b\t de quelques j\rs1 je sub/ituai un autre tableau ce premi]4 ,j'y avais reprs5t les mmes figures1 mais t\tes d'une c\leur uni=me4 ,dans le premi]1 l'lve avait1 p\r se reconnatre1 le d\ble indice des =mes et des c\leurs2 dans le second il n'avait plus qu'un guide1 la comp>aison des =mes4 ,presque en mme tems je lui en prs5tai un troisime1 o t\tes les figures tai5t gales1 mais de c\leurs diffr5tes4 ,t\j\rs mmes preuves1 et t\j\rs mmes rsultats2 c> je compte p\r ri5 quelques fautes d'att5tion4 ,la facilit avec laquelle s'excutai5t ces petites comp>aisons1 m'engagea lui en prs5t] de n\velles4 ,je fis des additions et des modifications aux deux d]ni]s tableaux4 ,j'aj\tai celui des figures d'autres =mes beauc\p mo9s di/9ctes1 et celui des c\leurs1 de n\velles c\leurs qui ne diffrai5t entr'elles que p> des nuances4 ,il y avait1 p> exemple1 dans le premi]1 un p>alllogramme un peu allong ct d'un qu>r1 et dans le second1 un *antillon bleu-cle/e ct d'un bleu-gristre4 ,il se prs5ta ici quelques erreurs et quelques inc]titudes1 mais qui disp>ur5t au b\t de quelques j\rs d'ex]cice4 ,ces rsultats m'enh>dir5t de n\veaux *angem5s1 t\j\rs plus difficiles4 ,*aque j\r j'aj\tais1 je retran*ais1 je modifiais et provoquais de n\velles comp>aisons et de n\veaux jugem5s4 la longue1 la multiplicit et les complications de ces petits ex]cices f9ir5t p> fatigu] son att5tion et sa docilit4 ,alors rep>ur5t1 dans t\te leur int5sit1 ces m\vem5s d'impati5ce et de fureur qui clatai5t si violemm5t au comm5cem5t de son sj\r ,p>is1 lorsque1 sur-t\t1 il se tr\vait enf]m dans sa *ambre4 ,n'importe1 il me sembla que le mom5t tait v5u o il fallait ne plus apais] ces m\vem5s p> condesc5dance1 mais les va9cre p> n]gie4 ,je crus donc devoir insi/]4 ,a9si1 qu&1 dgt d'un travail 7dont la vrit il ne concevait pas le b1 et dont il tait bi5 naturel qu'il se lasst7 il lui arrivait de pr5dre les morceaux de c>ton1 de les jet] t]re avec dpit et de gagn] son lit avec fureur1 je laissais pass] une ou deux m9utes2 je rev5ais la *>ge avec le plus de sang-froid possible2 je lui faisais ramass] t\s ses c>tons1 p>pills dans sa *ambre1 et ne lui donnais de rpit1 qu'ils ne fuss5t replacs conv5ablem5t4 ,mon ob/9ation ne russit que quelques j\rs1 et fut1 la f91 va9cue p> ce c>actre indp5dant4 ,ses m\vem5s de colre dev9r5t plus frqu5s1 plus viol5s1 et simulr5t des accs de rage semblables ceux dont j'ai dj p>l1 mais avec cette diffr5ce frappante1 que les effets en tai5t mo9s dirigs v]s les p]sonnes que v]s les *oses4 ,il s'en allait alors1 dans cet esprit de/ructeur1 mordant ses draps1 les c\v]tures de son lit1 la tablette mme de la *em9e1 disp]sant dans sa *ambre les *5ets1 les c5dres et les tisons enflamms1 et f9issant p> tomb] dans des convulsions qui avai5t de commun avec celles de l'pilepsie1 une susp5sion complette des fonctions s5soriales4 ,=ce me fut de cd]1 qu& les *oses en fur5t ce po9t effrayant2 et nanmo9s ma condesc5dance ne fit qu'accrotre le mal3 les accs en dev9r5t plus frqu5s1 et susceptibles de se r5\vel] la mo9dre contr>it1 s\v5t mme sans cause dt]m9ante4 ,mon emb>ras dev9t extrme4 ,je voyais le mom5t o t\s mes so9s n'aurai5t russi qu' faire1 de ce pauvre enfant1 un malheureux pileptique4 ,encore quelques accs1 et la =ce de l'habitude tablissait une maladie des plus affreuses et des mo9s curables4 ,il fallait donc y remdi] au plutt1 non p> les mdicam5s1 si s\v5t infructueux2 non p> la d\ceur1 dont on n'avait plus ri5 espr]2 mais p> un procd p]turbateur1 -peu-prs p>eil celui qu'avait employ ,bo]haave dans l'hpital de ,h>lem4 ,je me p]suadai bi5 que si le premi] moy5 dont j'allais faire usage manquait son effet1 le mal ne f]ait que s'exaspr]1 et que t\t traitem5t de la mme nature devi5drait inutile4 ,dans cette f]me conviction1 je fis *oix de celui que je crus tre le plus effrayant p\r un tre qui ne connaissait encore1 dans sa n\velle exi/5ce1 aucune espce de dang]4 ,quelque-tems aup>avant1 madame ,gur9 tant avec lui l',obs]vatoire1 l'avait conduit sur la plate-=me qui e/1 comme l'on sait1 trs leve4 pe9e e/-il p>v5u quelque di/ance du p>apet1 que saisi d'effroi et d'un tremblem5t univ]sel1 il revi5t sa g\v]nante1 le visage c\v]t de sueur1 l'entrane p> le bras v]s la porte1 et ne tr\ve un peu de calme que lorsqu'il e/ au pi$ de l'escali]4 ,quelle p\vait tre la cause d'un p>eil effroi8 c'e/ ce que je ne re*]*ai po9t2 il me suffisait d'en connatre l'effet1 p\r le faire s]vir mes desse9s4 ,l'occasion se prs5ta bi5tt1 dans un accs des plus viol5s1 que j'avais cru devoir provoqu] p> la reprise de nos ex]cices4 ,saisissant alors le mom5t o les fonctions des s5s n'tai5t po9t encore susp5dues1 j'ouvre avec viol5ce la croise de sa *ambre1 situe au quatrime tage1 et donnant p]p5diculairem5t sur de gros qu>ti]s de pi]re2 je m'appro*e de lui avec t\tes les app>5ces de la fureur1 et le saisissant =tem5t p> les han*es1 je l'expose sur la f5tre1 la tte directem5t t\rne v]s le fond de ce prcipice4 ,je l'en retirai quelques secondes aprs1 ple1 c\v]t d'une sueur froide1 les yeux un peu l>moyans1 et agit encore de quelques lg]s tressaillem5s1 que je crus app>t5ir aux effets de la peur4 ,je le conduisis v]s ses tableaux4 ,je lui fis ramass] ses c>tons1 et j'exigeai qu'ils fuss5t t\s replacs4 ,t\t cela fut excut1 la vrit trs-l5tem5t1 et plutt mal que bi52 mais au mo9s sans impati5ce4 ,ensuite il alla se jet] sur son lit1 o il pleura abondamm5t4 ,c'tait la premire fois1 ma connaissance du mo9s1 qu'il v]sait des l>mes4 ,la circon/ance dont j'ai dj r5du compte1 et dans laquelle le *agr9 d'avoir quitt sa g\v]nante1 ou le plaisir de la retr\v]1 lui en fit rp&re1 e/ po/rieure celle-ci2 si je l'ai fait prcd] dans ma n>ration1 c'e/ que dans mon plan1 j'ai mo9s suivi l'ordre des tems1 que l'exposition m?odique des faits4 ,cet trange moy5 fut suivi d'un succs1 s9on complet1 au mo9s suffisant4 ,si son dgt p\r le travail ne fut pas entirem5t surmont1 au mo9s fut-il beauc\p dim9u1 sans tre jamais suivi d'effets p>eils ceux dont n\s v5ons de r5dre compte4 ,seulem5t1 dans les occasions o on le fatiguait un peu trop1 de mme que lorsqu'on le =ait travaill] des heures consacres ses sorties ou ses repas1 il se cont5tait de tmoign] de l'ennui1 de l'impati5ce1 et de faire ent5dre un murmure pla9tif qui f9issait ord9airem5t p> des pleurs4 ,ce *angem5t favorable n\s p]mit de repr5dre avec exactitude le c\rs de nos ex]cices1 que je s\mis de n\velles modifications1 propres fix] encore plus son jugem5t4 ,je sub/ituai aux figures colles sur les tableaux1 et qui tai5t1 comme je l'ai dj dit1 des plans enti]s1 reprs5tant des figures gomtriques1 des dess9s l9aires de ces mmes plans4 ,je me cont5tai aussi d'indiqu] les c\leurs p> de petits *antillons de =me irrgulire1 et nullem5t analogues p> leur con=mation celle des c>tons colors4 ,je puis dire que ces n\velles difficults ne fur5t qu'un jeu p\r l'enfant2 rsultat qui suffisait au b que je m'tais propos en adoptant ce sy/me de comp>aisons grossires4 ,le mom5t tait v5u de le remplac] p> un autre beauc\p plus in/ructif1 et qui et prs5t des difficults insurmontables1 si elles n'avai5t t applanies d'avance p> le succs des moy5s que n\s v5ions d'employ] p\r surmont] les premires4 ,je fis imprim] en gros c>actres1 sur des morceaux de c>ton de deux p\ces1 les v+t-quatre lettres de l'alphabet4 ,je fis taill]1 dans une plan*e d'un pi$ et demi c>r1 un nombre gal de cases1 dans lesquelles je fis insr] les morceaux de c>ton1 sans les y coll] cep5dant1 af9 que l'on pt les *ang] de place au beso94 ,on con/ruisit en mtal1 et dans les mmes dim5sions1 un nombre gal de c>actres4 ,ceux-ci tai5t de/9s tre comp>s p> l'lve aux lettres imprimes1 et classs dans leurs cases correspondantes4 ,le premi] essai de cette m?ode fut fait1 en mon abs5ce1 p> ,mme ,gur92 je fus =t surpris d'appr5dre p> elle1 mon ret\r1 que ,victor di/+uait t\s les c>actres et les classait conv5ablem5t4 ,l'preuve en fut faite aussitt et sans la mo9dre faute4 ,ravi d'un succs aussi rapide1 j'tais lo9 encore de p\voir en expliqu] la cause2 et ce ne fut que quelques j\rs aprs qu'elle se prs5ta moi dans la manire dont notre lve procdait cette classification4 ,p\r se la r5dre plus facile1 il s'tait avis lui-mme d'un petit expdi5t qui le disp5sait1 dans ce travail1 de mmoire1 de comp>aison et de jugem5t4 ,ds qu'on lui mettait le tableau entre les ma9s1 il n'att5dait pas qu'on enlevt de leurs cases les lettres mtalliques2 il les retirait et les empilait sur sa ma91 en suivant l'ordre de leur classification2 de sorte que la d]nire lettre de l'alphabet se tr\vait1 aprs le dp\illem5t complet du tableau1 tre la premire de la pile4 ,c'tait aussi p> celle-l qu'il comm5ait1 et p> la d]nire de la pile qu'il f9issait1 pr5ant consquemm5t le tableau p> la f91 et procdant t\j\rs de droite gau*e4 ,ce n'e/ pas t\t3 ce procd tait susceptible1 selon lui1 de p]fectionnem5t2 c> assez s\v5t la pile crevait1 les c>actres s'*appai5t2 il fallait alors dbr\ill] t\t cela1 et le mettre en ordre p> les seuls ef=ts de l'att5tion4 ,les v+t-quatre lettres se tr\vai5t disposes sur quatre rangs1 de six *acun2 il tait donc plus simple de ne les enlev] que p> ranges et de les replac] de mme1 de manire ne pass] au dp\illem5t de la seconde file1 que lorsque la premire s]ait rtablie4 ,j'ignore s'il faisait le raisonnem5t que je lui prte2 au mo9s e/-il sr qu'il excutait la *ose comme je le dis4 ,c'tait donc une vritable r\t9e1 mais une r\t9e de son inv5tion et qui faisait peut-tre autant d'honneur son intellig5ce1 qu'une classification m?odique en fit bi5tt son disc]nem5t4 ,il ne fut pas difficile de le mettre sur cette voie1 en lui donnant les c>actres ple-mle1 t\tes les fois qu'on lui prs5tait le tableau4 ,enf91 malgr les inv]sions frqu5tes que je faisais subir aux c>actres imprims en les *angeant de case2 malgr quelques dispositions insidieuses donnes ces c>actres1 comme de plac] le ,g ct du ,c1 l',e ct de l',f1 etc42 son disc]nem5t tait imp]turbable4 ,en l'ex]ant sur t\s ces c>actres1 j'avais eu p\r b de prp>] ,victor les faire s]vir leur usage1 sans d\te primitif1 c'e/--dire l'expression des beso9s que l'on ne peut manife/] p> la p>ole4 ,lo9 de croire que je fsse dj si prs de cette gr&e poque de son ducation1 ce fut un esprit de curiosit1 plutt que l'espoir du succs1 qui me suggra l'expri5ce que voici4 ,un mat9 qu'il att5dait impatiemm5t le lait dont il fait j\rnellem5t son djen]1 je pris dans son tableau et disposai sur une plan*e1 que j'avais la veille prp>e exprs1 ces quatre lettres3 ,l4 ,a4 ,i4 ,t4 ,mme ,gur91 que j'avais prv5ue1 s'appro*e1 reg>de les c>actres et me donne de suite une tasse ple9e de lait1 dont je fais semblant de v\loir dispos] p\r moi-mme4 ,un mom5t aprs je m'appro*e de ,victor2 je lui donne les quatre lettres que je v5ais d'enlev] de dessus la plan*e2 je la lui indique d'une ma91 t&is que de l'autre je lui prs5te le vase ple9 de lait4 ,les lettres fur5t aussitt replaces1 mais dans un ordre t\t--fait inv]se1 de sorte qu'elles donnr5t ,,tial au lieu de ,,lait4 ,j'indiquai alors les corrections faire1 en dsignant du doigt les lettres transpos] et la place qu'il fallait donn] *acune3 lorsque ces *angem5s eur5t reproduit le signe de la *ose1 je ne la fis plus att5dre4 ,on aura de la pe9e croire que c9q ou six preuves p>eilles ai5t suffi1 je ne dis pas p\r lui faire arrang] m?odiquem5t les quatre lettres du mot lait1 mais aussi1 le dirai-je1 p\r lui donn] l'ide du rapport qu'il y a entre cette disposition alphabtique et l'un de ses beso9s1 c'e/--dire entre le mot et la *ose4 ,c'e/ du mo9s ce que l'on e/ =tem5t autoris s\ponn]1 d'aprs ce qui lui arriva huit j\rs aprs cette premire expri5ce4 ,on le vit1 prt p>tir le soir p\r l'obs]vatoire1 se munir1 de son propre m\vem5t1 des quatre lettres en "q2 les mettre dans sa po*e1 et pe9e arriv *ez le citoy5 ,lem]i1 o1 comme je l'ai dit plus haut1 il va t\s les j\rs gt] avec du lait1 produire ces c>actres sur une table1 de manire =m] le mot lait444 ,j'tais dans l'int5tion de rcapitul] ici t\s les faits dissm9s dans cet ouvrage2 mais j'ai p5s que quelque =ce qu'ils puss5t acqurir p> leur runion1 elle n'quivaudrait jamais celle de ce d]ni] rsultat4 ,je le consigne1 p\r a9si dire nu et dp\ill de t\tes rflexions1 p\r qu'il puisse m>qu] d'une manire plus frappante l'poque o n\s sommes p>v5us1 et dev5ir g>ant de celle o il n\s faut arriv]4 ,en att5dant1 on peut t\j\rs conclure de la plup>t de mes obs]vations1 de celles sur-t\t qu'on a puises dans ces deux d]nires ,,vues1 que l'enfant1 connu s\s le nom de sauvage de l',aveyron1 e/ d\ du libre ex]cice de t\s ses s5s2 qu'il donne des preuves cont9uelles d'att5tion1 de rm9isc5ce1 de mmoire2 qu'il peut comp>]1 disc]n] et jug]1 appliqu] enf9 t\tes les facults de son ent5dem5t des objets relatifs son in/ruction4 ,on rem>qu]a1 comme un po9t ess5tiel1 que ces *angem5s heureux sont surv5us dans le c\rt espace de neuf mois1 *ez un sujet que l'on croyait incapable d'att5tion2 et l'on en conclura que son ducation e/ possible1 si elle n'e/ pas mme dj g>antie p> ces premi]s succs1 indp5damm5t de ceux qu'on doit ncessairem5t espr] du tems1 qui dans sa m>*e inv>iable1 semble donn] l'enfance1 en =ce et en dveloppem5s1 t\t ce qu'il te l'homme au dcl9 de la vie#ad4 #ad ,c'e/ aux ,obs]vateurs clairs v5ir s'assur] p> eux-mmes1 de la vrit de ces rsultats4 ,eux seuls peuv5t jug] de la valeur des faits1 en apportant leur exam5 un esprit judicieux et v]s dans la sci5ce de l'ent5dem5t4 ,l'apprciation de l'tat moral de notre sauvage1 e/ plus difficile qu'on ne p5se4 ,l'expri5ce j\rnalire et t\tes les ides reues1 sont l p\r g>] le jugem5t4 ,si l'habitude o n\s sommes1 dit ,condillac dans un cas assez analogue1 de n\s aid] des signes1 n\s p]mettait de rem>qu] t\t ce que n\s leur devons1 n\s n'aurions qu' n\s mettre la place de ce jeune homme1 p\r compr5dre combi5 il p\vait acqurir peu de connaissances2 mais n\s jugeons t\j\rs d'aprs notre situation4 ,il faut encore1 p\r jug] sa9em5t1 en cette circon/ance1 ne pas t5ir l'enfant p\r v aprs un seul exam52 mais l'obs]v] et l'tudi] div]ses reprises1 dans t\s les mom5s de la j\rne1 dans *acun de ses plaisirs1 au milieu de ses petits ex]cices1 etc42 t\tes ces conditions sont de rigueur4 ,elles ne suffis5t mme pas1 si1 p\r tablir une exacte comp>aison entre le prs5t et le pass1 l'on n'a vu de ses propres yeux1 le ,sauvage de l',aveyron dans les premi]s mois de son sj\r ,p>is4 ,ceux qui ne l'ont po9t obs]v cette poque et qui le v]rai5t actuellem5t1 ne tr\v]ai5t en lui qu'un enfant presqu'ord9aire1 qui ne p>le po9t2 ils ne p\rrai5t moralem5t apprci] la di/ance qui sp>e ce sujet presqu'ord9aire1 du ,sauvage de l',aveyron1 n\vellem5t entr dans la socit2 di/ance en app>5ce bi5 lgre1 mais vritablem5t imm5se1 lorsqu'on l'appr(ondit1 et qu'on calcule trav]s quelle srie de raisonnem5s n\veaux et d'ides acquises1 il a d p>v5ir ces d]ni]s rsultats4 ,et cep5dant1 quelles consqu5ces majeures1 relatives l'hi/oire philosophique et naturelle de l'homme1 dc\l5t dj de cette premire srie d'obs]vations6 ,qu'on les rassemble2 qu'on les classe avec m?ode2 qu'on les rduise leur ju/e valeur1 et l'on y v]ra la preuve matrielle des plus importantes vrits1 de ces vrits dont ,locke et ,condillac ne dur5t la dc\v]te qu' la =ce de leur gnie et la pr(ondeur de leurs mditations4 ,il m'a p>u1 du mo9s1 qu'on p\rrait en dduire3 #a4 ,que l'homme e/ infrieur un gr& nombre d'animaux dans le pur tat de nature#ae2 tat de nullit et de b>b>ie1 qu'on a sans fondem5t revtu des c\leurs les plus sduisantes2 tat dans lequel l'individu1 priv des facults c>actri/iques de son espce1 trane misrablem5t1 sans intellig5ce comme sans affections1 une vie prcaire et rduite aux seules fonctions de l'animalit4 #ae ,je ne d\te po9t que si l'on isolait1 ds le premi] ge1 deux enfans1 l'un mle1 l'autre femelle1 et que l'on en ft autant de deux quadrupdes1 *oisis dans l'espce la mo9s intellig5te1 ces d]ni]s ne se montrass5t de beauc\p suprieurs aux premi]s dans les moy5s de p\rvoir leurs beso9s1 et de veill]1 soit leur propre cons]vation1 soit celle de leurs petits4 #b4 ,que cette supriorit morale1 que l'on dit tre naturelle l'homme1 n'e/ que le rsultat de la civilisation qui l'lve au-dessus des autres animaux p> un gr& et puissant mobile4 ,ce mobile e/ la s5sibilit prdom9ante de son espce2 proprit ess5tielle d'o dc\l5t les facults imitatives1 et cette t5dance cont9uelle qui le =ce *]*] dans de n\veaux beso9s des s5sations n\velles4 #c4 ,que cette =ce imitative1 de/9e l'ducation de ses organes1 et sur-t\t l'appr5tissage de la p>ole1 trs-n]gique et trs-active dans les premires annes de la vie1 s'affaiblit rapidem5t p> les progrs de l'ge1 l'isolem5t et t\tes les causes qui t5d5t m\ss] la s5sibilit n]veuse2 d'o il rsulte que l'articulation des sons1 qui e/ sans contr$it de t\s les effets de l'imitation le rsultat le plus inconcevable et le plus utile1 doit pr\v] des ob/acles sans nombre1 dans un ge qui n'e/ plus celui de la premire enfance4 #d4 ,qu'il exi/e *ez le sauvage le plus isol1 comme *ez le citad9 lev au plus haut po9t de civilisation1 un rapport con/ant entre leurs ides et leurs beso9s2 que la multiplicit t\j\rs croissante de ceux-ci *ez les peuples polics1 doit tre considre comme un gr& moy5 de dveloppem5t de l'esprit huma93 de sorte qu'on peut tablir comme proposition gnrale1 que t\tes les causes accid5telles1 locales ou politiques1 qui t5d5t augm5t] ou dim9u] le nombre de nos beso9s1 contribu5t ncessairem5t t5dre ou rtrcir la sphre de nos connaissances et le doma9e de la sci5ce1 des beaux-arts et de l'indu/rie sociale4 #e4 ,que dans l'tat actuel de nos connaissances physiologiques1 la m>*e de l'enseignem5t peut et doit s'clair] des lumires de la mdec9e mod]ne1 qui1 de t\tes les sci5ces naturelles1 peut coopr] le plus puissamm5t au p]fectionnem5t de l'espce huma9e1 en apprciant les anomalies organiques et intellectuelles de *aque individu1 et dt]m9ant p>-l ce que l'ducation doit faire p\r lui1 ce que la socit peut en att5dre4 ,il e/ encore quelques considrations non mo9s importantes1 que je me proposais d'associ] ces premires donnes2 mais les dveloppem5s qu'elles euss5t exigs aurai5t outre-pass les bornes et le desse9 de cet opuscule4 ,je me suis d'ailleurs app]u1 en comp>ant mes obs]vations avec la doctr9e de quelques-uns de nos mtaphysici5s1 que je me tr\vais1 sur c]ta9s po9ts intressans1 en dsaccord avec eux4 ,je dois att5dre en consqu5ce des faits plus nombreux1 et p>-l mme plus concluans4 ,un motif -peu-prs analogue ne m'a pas p]mis1 en p>lant de t\s les dveloppem5s du jeune ,victor1 de m'appsantir sur l'poque de sa pub]t1 qui s'e/ prononce depuis quelques sema9es d'une mani]e presque explosive1 et dont les premi]s phnomnes jett5t beauc\p de d\te sur l'orig9e de c]ta9es affections du coeur1 que n\s reg>dons comme trs naturelles4 ,j'ai d1 de mme ici1 ne pas me press] de jug] et de conclure2 p]suad qu'on ne peut trop laiss] mrir p> le tems1 et confirm] p> des obs]vations ultrieures1 t\tes considrations qui t5d5t dtruire des prjugs1 peut-tre respectables1 et les plus d\ces comme les plus consolantes illusions de la vie sociale4 ---------------------- ,,notes ,,du ,,transcripteur ,on a cons]v l'or?ographe de l'orig9al1 y compris l'usage erratique des acc5ts l'indicatif et au subjonctif 7fut_/ft7 et les incohr5ces 7vtu_/revtu1 ame_/me1 ouie_/oue1 44474 ,on a cep5dant corrig une faute d'accord3 aux dveloppem5s simultans 7simultanes dans l'orig9al74