by ! ,biblio?que nationale de ,france 7,bn,f_/,gallica7 ,,anatole ,,france ,,les ,,op9ions ,,de ,m4 ,j,r,,me ,,coign>d ,,recueillies ,,p> ,,jacques ,,t\rnebro*e ,l',,abb ,j,r,,me ,,coign>d ,a ,octave ,mirbeau4 ,je n'ai pas beso9 de retrac] ici la vie de ,m4 l'abb ,jrme ,coign>d1 pr(esseur d'loqu5ce au collge de ,beauvais1 biblio?caire de ,m4 de ,sez1 ,sagi5sis episcopi biblio!c>ius sol]tissimus1 comme le porte son pitaphe1 plus t>d secrtaire au *>ni] ,sa9t-,innoc5t1 puis enf9 cons]vateur de cette ,a/>aci5ne1 la re9e des biblio?ques1 dont la p]te e/ jamais dplorable4 ,il prit assass91 sur la r\te de ,lyon1 p> un juif cabbali/e du nom de ,mosade 7,juda manu nef&issima71 laissant plusieurs ouvrages int]rompus et le s\v5ir de beaux entreti5s famili]s4 ,t\tes les circon/ances de son exi/5ce s+ulire et de sa f9 tragique ont t rapportes p> son disciple1 ,jacques ,mntri]1 surnomm ,t\rnebro*e p>ce qu'il tait fils d'un rtisseur de la rue ,sa9t-,jacques4 ,ce ,t\rnebro*e pr(essait p\r celui qu'il avait l'habitude de nomm] son bon matre une admiration vive et t5dre4 ,c'e/1 disait-il1 le plus g5til esprit qui ait jamais fleuri sur la t]re4 ,il rdigea avec mode/ie et fidlit les mmoires de ,m4 l'abb ,coign>d1 qui revit dans cet ouvrage comme ,socrate dans les ,mmorables de ,xnophon4 ,att5tif1 exact et bi5veillant1 il fit un portrait ple9 de vie et t\t empre9t d'une am\reuse fidlit4 ,c'e/ un ouvrage qui fait song] ces portraits d'rasme1 pe9ts p> ,holbe91 qu'on voit au ,l\vre1 au muse de ,ble et ,hampton-,c\rt1 et dont on ne se lasse po9t de gt] la f9esse4 ,bref1 il n\s laissa un *ef-d'oeuvre4 ,on s]a surpris1 sans d\te1 qu'il n'ait pas pris so9 de le faire imprim]4 ,p\rtant il p\vait l'dit] lui-mme1 tant dev5u libraire1 rue ,sa9t-,jacques1 l',image ,sa9te-,ca!r9e1 o il succda ,m4 ,blaizot4 ,peut-tre1 vivant dans les livres1 craignit-il d'aj\t] seulem5t quelques feuillets cet amas horrible de papi] noirci qui moisit obscurm5t *ez les b\qu9i/es4 ,n\s p>tageons ses dgts en passant sur les quais devant la bote deux s\s o le soleil et la pluie dvor5t l5tem5t des pages crites p\r l'immortalit4 ,comme ces ttes de mort assez t\*antes1 que ,bossuet envoyait l'abb de la ,trappe p\r le div]tissem5t d'un solitaire1 ce sont l des sujets de rflexions propres faire concevoir un homme de lettres la vanit d'crire4 ,j'ose dire que1 p\r ma "p1 entre le ,pont-,royal et le ,pont-,neuf1 j'ai pr\v cette vanit t\t entire4 ,je s]ais t5t de croire que l'lve de ,m4 l'abb ,coign>d ne fit po9t imprim] son ouvrage p>ce que1 =m p> un si bon matre1 il jugeait sa9em5t de la gloire littraire1 et l'e/imait sa valeur1 c'e/--dire autant comme ri54 ,il la savait inc]ta9e1 capricieuse1 sujette t\tes les vicissitudes et dp5dant de circon/ances en elles-mmes petites et misrables4 ,voyant ses contempora9s ignorants1 injurieux et mdiocres1 il n'y tr\vait po9t de raison d'espr] que leur po/rit devnt t\t c\p savante1 quitable et sre4 ,il augurait seulem5t que l'av5ir1 trang] nos qu]elles1 n\s accord]ait son indiffr5ce dfaut de ju/ice4 ,n\s sommes presque assurs que1 gr&s et petits1 elle n\s runira dans l'oubli et rp&ra sur n\s t\s l'galit paisible du sil5ce4 ,mais1 si cette esprance n\s trompait p> gr& has>d1 si la race future g>dait quelque mmoire de notre nom ou de nos crits1 n\s p\vons prvoir qu'elle ne gt]ait notre p5se que p> ce travail +nieux de faux s5s et de contres5s qui seul p]ptue les ouvrages du gnie trav]s les ges4 ,la longue dure des *efs-d'oeuvre e/ assure au prix d'av5tures intellectuelles t\t fait pitoyables1 dans lesquelles le coq--l'ne des cui/res prte la ma9 aux calemb\rs +nus des mes arti/es4 ,je ne cra9s pas de dire qu' l'heure qu'il e/1 n\s n'ent5dons pas un seul v]s de l',iliade ou de la ,div9e ,comdie dans le s5s qui y tait atta* primitivem5t4 ,vivre c'e/ se trans=m]1 et la vie po/hume de nos p5ses crites n'e/ pas affran*ie de cette loi3 elles ne cont9u]ont d'exi/] qu' la condition de dev5ir de plus en plus diffr5tes de ce qu'elles tai5t en sortant de notre me4 ,ce qu'on admir]a de n\s dans l'av5ir n\s devi5dra t\t fait trang]4 ,il e/ probable que ,jacques ,t\rnebro*e1 dont on connat la simplicit1 ne se posait pas t\tes ces que/ions au sujet du petit livre sorti de sa ma94 ,ce s]ait lui faire injure que de p5s] qu'il avait de lui-mme une op9ion exagre4 ,je crois le connatre4 ,j'ai mdit son livre4 ,t\t ce qu'il dit et t\t ce qu'il fait trahit l'exquise mode/ie de son me4 ,si p\rtant il n'tait pas sans savoir qu'il avait du tal5t1 il savait aussi que c'e/ ce qui se p>donne le mo9s2 on passe aism5t aux g5s en vue la bassesse de l'me et la p]fidie du coeur2 on s\ffre volonti]s qu'ils soi5t l*es ou m*ants1 et leur =tune mme ne leur fait pas trop d'envieux si l'on voit qu'elle e/ immrite4 ,les mdiocres sont t\t de suite s\levs et ports p> les mdiocrits environnantes qui s'honor5t en eux4 ,la gloire d'un homme ord9aire n'(f5se p]sonne4 ,elle e/ plutt une secrte flatt]ie au vulgaire2 mais il y a dans le tal5t une insol5ce qui s'expie p> les ha9es s\rdes et les calomnies pr(ondes4 ,si ,jacques ,t\rnebro*e r5ona sciemm5t au pnible honneur d'irrit] p> un loqu5t crit la f\le des sots et des m*ants1 on ne peut qu'admir] son bon s5s et le t5ir p\r le digne lve d'un matre qui connaissait les hommes4 ,quoi qu'il en soit1 le manuscrit de ,jacques ,t\rnebro*e1 re/ 9dit1 fut p]du p5dant plus d'un sicle4 ,j'ai eu l'extraord9aire bonheur de le retr\v] *ez un brocanteur du b\lev>d ,montp>nasse qui tale d]rire les c>reaux salis de son *oppe des croix du ,lis1 des mdailles de ,sa9te-,hlne et des dcorations de ,juillet1 sans se d\t] qu'il donne a9si aux gnrations une mlancolique leon d'apaisem5t4 ,ce manuscrit t publi p> mes so9s en #ahic1 s\s ce titre3 ,la ,rtiss]ie de la ,re9e ,pdauque 7#a vol4 9-#ah ,jsus74 ,j'y r5voie le lecteur1 qui y tr\v]a plus de n\veauts qu'on n'en *]*e d'ord9aire dans un vieux livre4 ,mais ce n'e/ pas de cet ouvrage qu'il s'agit ici4 ,jacques ,t\rnebro*e ne se cont5ta pas de faire connatre les actions et les maximes de son matre dans un rcit suivi4 ,il prit so9 encore de recueillir plusieurs disc\rs et entreti5s de ,m4 l'abb ,coign>d qui n'avai5t po9t tr\v place dans les mmoires 7c'e/ le vrai nom qu'il convi5t de donn] la ,rtiss]ie de la ,re9e ,pdauque71 et il en =ma un petit cahi] qui m'e/ tomb entre les ma9s avec ses autres papi]s4 ,c'e/ ce cahi] que je fais imprim] auj\rd'hui s\s ce titre3 les ,op9ions de ,m4 ,jrme ,coign>d4 ,le bon et gracieux accueil fait p> le public au prcd5t ouvrage de ,jacques ,t\rnebro*e m'enc\rage donn] t\t de suite ces dialogues dans lesquels l'anci5 biblio?caire de ,m4 de ,sez se retr\ve avec son indulg5te sagesse et cette sorte de scepticisme gnreux o t5d5t ses considrations sur l'homme1 si mles de mpris et de bi5veillance4 ,je ne saurais pr5dre la responsabilit des ides exprimes p> ce philosophe sur div]s sujets de politique et de morale2 mes devoirs d'diteur m'engag5t seulem5t prs5t] la p5se de mon auteur s\s le j\r le plus favorable4 ,sa libre intellig5ce f\lait aux pi$s les croyances vulgaires et ne se rangeait po9t sans exam5 la commune op9ion1 hors en ce qui t\*e la foi ca?olique1 dans laquelle il fut 9branlable4 ,p\r t\t le re/e1 il ne craignait po9t de t5ir tte son sicle4 ,or1 cela seul le r5d digne d'e/ime4 ,n\s devons de la reconnaissance aux esprits qui ont combattu les prjugs4 ,mais il e/ plus ais de les l\] que de les imit]4 ,les prjugs se dfont et se re=m5t sans cesse1 avec l't]nelle mobilit des nues4 ,il e/ dans leur nature d'tre augu/es avant de p>atre odieux1 et les hommes sont r>es qui n'ont po9t la sup]/ition de leur temps et qui reg>d5t en face ce que le vulgaire n'ose voir4 ,m4 l'abb ,coign>d fut un homme libre dans une condition humble1 et c'e/ assez1 je crois1 p\r qu'on le mette bi5 au-dessus d'un ,bossuet1 et de t\s ces gr&s p]sonnages qui brill5t leur rang dans la pompe traditionnelle des c\tumes et des croyances4 ,mais s'il faut e/im] que ,m4 l'abb ,coign>d vcut libre1 affran*i des communes erreurs et que les spectres de nos passions et de nos cra9tes n'eur5t po9t d'empire sur lui1 on doit reconnatre encore que cet esprit excell5t eut des vues orig9ales sur la nature et sur la socit1 et que1 p\r tonn] et ravir les hommes p> une va/e et belle con/ruction m5tale1 il lui manqua seulem5t l'adresse ou la volont de jet] pr(usion les sophismes comme un cim5t dans l'int]valle des vrits4 ,c'e/ de cette manire seulem5t qu'on difie les gr&s sy/mes de philosophie qui ne ti5n5t que p> le morti] de la sophi/ique4 ,l'esprit de sy/me lui fit dfaut1 ou 7si l'on veut7 l'art des ordonnances symtriques4 ,sans quoi il p>atrait ce qu'il tait en effet1 c'e/--dire le plus sage des morali/es1 une sorte de mlange m]veilleux d'picure et de sa9t ,franois d',assise4 ,ce sont l1 mon s5s1 les deux meilleurs amis que l'humanit s\ffrante ait encore r5contrs dans sa m>*e dsori5te4 picure affran*it les mes des va9es t]reurs et les in/ruisit proportionn] l'ide de bonheur leur misrable nature et leurs faibles =ces4 ,le bon sa9t ,franois1 plus t5dre et plus s5suel1 les conduisit la flicit p> le rve intrieur1 et v\lut qu' son exemple les mes se rp&iss5t en joie dans les abmes d'une solitude en*ante4 ,ils fur5t bons t\s deux1 l'un de dtruire les illusions dcevantes1 l'autre de crer les illusions dont on ne s'veille pas4 ,mais il ne faut ri5 exagr]4 ,m4 l'abb ,coign>d n'gala c]tes ni p> l'action ni mme p> la p5se le plus audacieux des sages et le plus ard5t des sa9ts4 ,les vrits qu'il dc\vrait1 il ne savait pas s'y jet] comme dans un g\ffre4 ,il g>da en ses explorations les plus h>dies l'attitude d'un prom5eur paisible4 ,il ne s'exceptait pas assez du mpris univ]sel que lui inspirai5t les hommes4 ,il lui manqua cette illusion prcieuse qui s\t5ait ,bacon et ,desc>tes1 de croire en eux-mmes aprs n'avoir cru en p]sonne4 ,il d\ta de la vrit qu'il portait en lui1 et il rp&it sans sol5nit les trsors de son intellig5ce4 ,cette confiance lui fit dfaut1 commune p\rtant t\s les faiseurs de p5ses1 de se t5ir soi-mme p\r suprieur aux plus gr&s gnies4 ,c'e/ une faute qui ne se p>donne pas1 c> la gloire ne se donne qu' ceux qui la sollicit5t4 ,*ez ,m4 l'abb ,coign>d1 c'tait de plus une faiblesse et une inconsqu5ce4 ,puisqu'il p\ssait ses d]nires limites l'audace philosophique1 il n'et pas d se faire scrupule de se proclam] le premi] des hommes4 ,mais son coeur re/ait simple et son me c&ide1 et cette insuffisance d'un esprit qui ne sut pas se t5dre au-dessus de l'univ]s lui fit un tort irrp>able4 ,dirai-je p\rtant que je l'aime mieux a9si8 ,je ne cra9s pas d'affirm] que1 philosophe et *rti51 ,m4 l'abb ,coign>d unit dans un mlange incomp>able l'picurisme qui n\s g>de de la d\leur et la simplicit sa9te qui n\s mne la joie4 ,il e/ rem>quable que non seulem5t il accepta l'ide de ,dieu telle qu'elle lui tait f\rnie p> la foi ca?olique1 mais encore qu'il t5ta de la s\t5ir sur des argum5ts d'ordre rationnel4 ,il n'imita jamais cette habilet pratique des di/es de pr(ession qui font leur usage un ,dieu moral1 philan?rope et pudique1 avec lequel ils gt5t la satisfaction d'une p>faite ent5te4 ,les rapports troits qu'ils tabliss5t avec lui donn5t leurs crits beauc\p d'autorit et leur p]sonne une gr&e considration dans le public4 ,et ce ,dieu g\v]nem5tal1 modr1 grave1 exempt de t\t fanatisme et qui a du monde1 les recomm&e dans les assembles1 dans les salons et dans les acadmies4 ,m4 l'abb ,coign>d ne se reprs5tait po9t un t]nel si pr(itable4 ,mais1 considrant qu'il e/ impossible de concevoir l'univ]s autrem5t que s\s les catgories de l'intellig5ce et qu'il faut t5ir le cosmos p\r intelligible1 mme en vue d'en dmontr] l'absurdit1 il en rapportait la cause une intellig5ce qu'il nommait ,dieu1 laissant ce t]me son vague inf9i1 et s'en rapportant p\r le surplus la ?ologie qui1 comme on sait1 traite avec une m9utieuse exactitude de l'inconnaissable4 ,cette rs]ve1 qui m>que les limites de son intellig5ce1 fut heureuse si1 comme je le crois1 elle lui ta la t5tation de mordre quelque apptissant sy/me de philosophie et le g>da de donn] du museau dans une de ces s\ricires o les esprits affran*is ont hte de se faire pr5dre4 ,a l'aise dans la gr&e et vieille ratire1 il tr\va plus d'une issue p\r dc\vrir le monde et obs]v] la nature4 ,je ne p>tage pas ses croyances religieuses et j'e/ime qu'elles le dcevai5t1 comme elles ont du1 p\r leur bonheur ou leur malheur1 tant de sicles d'hommes4 ,mais il semble que les vieilles erreurs soi5t mo9s f*euses que les n\velles1 et que1 puisque n\s devons n\s tromp]1 le meilleur e/ de s'en t5ir aux illusions m\sses4 ,il e/ c]ta9 du mo9s que ,m4 l'abb ,coign>d1 en admettant les pr9cipes *rti5s et ca?oliques1 ne s'int]dit pas d'en tir] des conclusions trs orig9ales4 ,sur les rac9es de l'or?odoxie1 son me luxuriante fleurit s+ulirem5t en picurisme et en humilit4 ,je l'ai dj dit3 il s'ef=a t\j\rs de *ass] ces fantmes de la nuit1 ces va9es t]reurs1 ou1 comme il les appelait1 ces diabl]ies go?iques1 qui font de la vie pieuse d'un simple b\rgeois une espce de sabbat mesqu9 et j\rnali]4 ,des ?ologi5s l'ont1 de nos j\rs1 accus de port] l'esprance l'excs1 et jusqu'au drglem5t4 ,je retr\ve ce repro*e s\s la plume d'un m95t philosophe#a4 ,je ne sais si vraim5t ,m4 ,coign>d se reposait avec une confiance exagre sur la bont div9e4 ,mais il e/ c]ta9 qu'il concevait la grce dans un s5s l>ge et naturel1 et que le monde1 ses yeux1 ressemblait mo9s aux ds]ts de la ,?bade qu'aux j>d9s d'picure4 ,il s'y prom5ait avec cette audacieuse +nuit qui e/ le trait ess5tiel de son c>actre et le pr9cipe de sa doctr9e4 ,jamais esprit ne se montra t\t ensemble si h>di et si pacifique et ne trempa ses dda9s de plus de d\ceur4 ,sa morale unit la lib]t des philosophes cyniques la c&eur des premi]s mo9es de la sa9te ,portioncule4 ,il mprisa les hommes avec t5dresse4 ,il t5ta de leur enseign] que1 n'ayant d'un peu gr& que leur capacit p\r la d\leur1 ils ne peuv5t ri5 mettre en eux d'utile ni de beau que la piti2 qu'habiles seulem5t dsir] et s\ffrir1 ils doiv5t se faire des v]tus indulg5tes et voluptueuses4 ,il en v9t considr] l'orgueil comme la s\rce des plus gr&s maux et comme le seul vice contre nature4 ,il semble bi51 en effet1 que les hommes se r5d5t malheureux p> le s5tim5t exagr qu'ils ont d'eux et de leurs semblables1 et que1 s'ils se faisai5t une ide plus humble et plus vraie de la nature huma9e1 ils s]ai5t plus d\x autrui et plus d\x eux-mmes4 ,c'e/ donc sa bi5veillance qui le p\ssait humili] ses semblables dans leurs s5tim5ts1 leur savoir1 leur philosophie et leurs in/itutions4 ,il avait coeur de leur montr] que leur imbcile nature n'a ri5 imag9 ni con/ruit qui vaille la pe9e d'tre attaqu ni df5du bi5 vivem5t1 et que1 s'ils connaissai5t la rudesse fragile de leurs plus gr&s ouvrages1 tels que les lois et les empires1 ils s'y battrai5t seulem5t en j\ant1 et p\r le plaisir1 comme les enfants qui lv5t des *teaux de sable au bord de la m]4 ,aussi ne faut-il ni s'tonn] ni se sc&alis] de ce qu'il abaisst t\tes ces ides p> lesquelles l'homme rige sa gloire et ses honneurs aux dp5s de son repos4 ,la maje/ des lois n'imposait pas son me clairvoyante et il dplorait que des malheureux fuss5t s\mis tant d'obligations dont on ne peut1 le plus s\v5t1 dc\vrir l'orig9e et le s5s4 ,t\s les pr9cipes lui semblai5t galem5t conte/ables4 ,il en tait v5u croire que les citoy5s ne condamn5t un si gr& nombre de leurs semblables l'infamie que p\r gt] p> contra/e les joies de la considration4 ,cette vue lui faisait prfr] la mauvaise compagnie la bonne1 sur l'exemple de ,celui qui vcut p>mi les publica9s et les pro/itues4 ,il y g>da la puret du coeur1 le don de la sympa?ie et les trsors de la misricorde4 ,je ne p>l]ai pas ici de ses actions1 qui sont contes dans la ,rtiss]ie de la re9e ,pdauque4 ,je n'ai pas savoir si1 comme on l'a dit de madame de ,m\*y1 il valait mieux que sa vie4 ,nos actions ne sont pas t\t fait ntres1 elles dp5d5t mo9s de n\s que de la =tune4 ,elles n\s sont donnes de t\tes ma9s2 n\s ne les mritons pas t\j\rs4 ,notre insaisissable p5se e/ t\t ce que n\s possdons en propre4 ,de l cette vanit des jugem5ts du monde4 ,t\tefois1 je con/ate avec plaisir que t\s les g5s d'esprit1 sans exception1 ont tr\v ,m4 l'abb ,coign>d aimable et plaisant4 ,aussi faudrait-il tre un ph>isi5 p\r ne pas voir en lui une belle crature de ,dieu4 ,cela dit1 j'ai hte d'en rev5ir ses doctr9es qui1 seules1 import5t ici4 ,ce qu'il avait le mo9s1 c'tait le s5s de la vnration4 ,la nature le lui avait refus1 et il ne fit ri5 p\r l'acqurir4 ,il et cra9t1 en exaltant les uns1 d'abaiss] les autres1 et sa *>it univ]selle s't5dait galem5t sur les humbles et sur les sup]bes4 ,elle se portait v]s les victimes avec plus de sollicitude1 mais les b\rreaux eux-mmes lui semblai5t trop misrables p\r valoir quelque ha9e4 ,il ne leur s\haitait pas de mal1 et les plaignait seulem5t d'tre m*ants4 ,il ne croyait pas que les reprsailles1 ou lgales ou spontanes1 fiss5t autre *ose qu'aj\t] le mal au mal4 ,il ne se complaisait ni dans l'-propos piquant des v5geances prives ni dans la maje/ueuse cruaut des lois1 et1 s'il lui arrivait de s\rire qu& on rossait les s]g5ts1 c'tait l'effet d'un pur m\vem5t de la *air et du sang1 et p> naturelle bonhomie4 ,c'e/ qu'il s'tait =m du mal une ide simple et s5sible4 ,il la rapportait uniquem5t aux organes de l'homme et ses s5tim5ts naturels1 sans la compliqu] de t\s les prjugs qui pr5n5t dans les codes une consi/ance artificielle4 ,j'ai dit qu'il n'avait pas =m de sy/me1 tant peu encl9 rs\dre les difficults p> les sophismes4 ,il e/ visible qu'une premire difficult l'arrta net dans ses mditations sur les moy5s d'tablir le bonheur ou seulem5t la paix sur la t]re4 ,il tait p]suad que l'homme e/ naturellem5t un trs m*ant animal1 et que les socits ne sont abom9ables que p>ce qu'il met son gnie les =m]4 ,il n'att5dait p> consqu5t aucun bi5 d'un ret\r la nature4 ,je d\te qu'il et *ang de s5tim5t s'il avait assez vcu p\r lire l'mile4 ,qu& il m\rut1 ,jean-,jacques n'avait pas encore remu le monde p> l'loqu5ce de la s5sibilit la plus vraie unie la logique la plus fausse4 ,ce n'tait alors qu'un petit vagabond1 qui1 malheureusem5t p\r lui1 tr\vait d'autres abbs que ,m4 ,jrme ,coign>d1 sur les bancs des prom5ades ds]tes de ,lyon4 ,on peut regrett] que ,m4 ,coign>d1 qui connut t\te espce de p]sonnes1 n'ait pas r5contr d'av5ture le jeune ami de madame de ,w>5s2 mais cela n'et fait qu'une scne amusante1 un tableau romantique3 ,jean-,jacques aurait peu gt la sagesse dsabuse de notre philosophe4 ,ri5 ne ressemble mo9s la philosophie de ,r\sseau que celle de ,m4 l'abb ,coign>d4 ,cette d]nire e/ empre9te d'une bi5veillante ironie4 ,elle e/ indulg5te et facile4 ,fonde sur l'infirmit huma9e1 elle e/ solide p> la base4 ,a l'autre1 manque le d\te heureux et le s\rire lg]4 ,comme elle s'assi$ sur le fondem5t imag9aire de la bont orig9elle de nos semblables1 elle se tr\ve dans une po/ure gnante1 dont elle ne s5t pas elle-mme t\t le comique4 ,c'e/ la doctr9e des hommes qui n'ont jamais ri4 ,son emb>ras se trahit p> de la mauvaise humeur4 ,elle e/ mal gracieuse4 ,ce ne s]ait ri5 encore2 mais elle ramne l'homme au s+e et se f*e hors de propos qu& elle voit que le s+e n'e/ pas v]tueux4 ,en quoi elle e/ absurde et cruelle4 ,on le vit bi5 qu& des hommes d'tat v\lur5t appliqu] le ,contrat social la meilleure des rpubliques4 ,robespi]re vnrait la mmoire de ,r\sseau4 ,il et t5u ,m4 l'abb ,coign>d p\r un m*ant homme4 ,je n'en f]ais pas la rem>que1 si ,robespi]re tait un mon/re4 ,mais c'tait au contraire un homme d'une haute intellig5ce et de moeurs intgres4 ,p> malheur1 il tait optimi/e et croyait la v]tu4 ,avec les meilleures int5tions1 les hommes d'tat de ce tempram5t font t\t le mal possible4 ,si l'on se mle de conduire les hommes1 il ne faut pas p]dre de vue qu'ils sont de mauvais s+es4 ,a cette condition seulem5t on e/ un politique huma9 et bi5veillant4 ,la folie de la ,rvolution fut de v\loir in/itu] la v]tu sur la t]re4 ,qu& on veut r5dre les hommes bons et sages1 libres1 modrs1 gnreux1 on e/ am5 fatalem5t v\loir les tu] t\s4 ,robespi]re croyait la v]tu3 il fit la ,t]reur4 ,m>at croyait la ju/ice3 il dem&ait deux c5t mille ttes4 ,m4 l'abb ,coign>d e/ peut-tre1 de t\s les esprits du ,x,v,i,i,ie sicle1 celui dont les pr9cipes sont le plus opposs aux pr9cipes de la ,rvolution4 ,il n'aurait pas sign une ligne de la ,dcl>ation des droits de l'homme1 cause de l'excessive et inique sp>ation qui y e/ tablie entre l'homme et le gorille4 ,j'ai reu la sema9e d]nire la visite d'un compagnon an>*i/e qui m'honore de son amiti et que j'aime p>ce que1 n'ayant pas encore eu de "p au g\v]nem5t de son pays1 il a g>d beauc\p d'innoc5ce4 ,il ne veut t\t faire saut] que p>ce qu'il croit les hommes naturellem5t bons et v]tueux4 ,il p5se que1 dlivrs de leurs bi5s1 affran*is des lois1 ils dp\ill]ont leur gsme et leur m*ancet4 ,il a t conduit la frocit la plus sauvage p> l'optimisme le plus t5dre4 ,t\t son malheur et t\t son crime e/ d'avoir port dans l'tat de cuis9i] o il fut condamn une me lysenne1 faite p\r l'ge d'or4 ,c'e/ un ,jean-,jacques trs simple et trs honnte qui ne s'e/ po9t laiss tr\bl] p> la vue d'une madame d',h\detot1 ni ad\cir p> la gnrosit polie d'un m>*al de ,luxemb\rg4 ,sa puret le laisse sa logique et le r5d t]rible4 ,il raisonne mieux qu'un m9i/re1 mais il "p d'un pr9cipe absurde4 ,il ne croit pas au p* orig9el1 et p\rtant c'e/ l un dogme d'une vrit si solide et /able qu'on a pu btir dessus t\t ce qu'on a v\lu4 ,que n'tiez-v\s avec lui dans mon cab9et1 monsieur l'abb ,coign>d1 p\r lui faire s5tir la fausset de sa doctr9e8 ,v\s n'eussiez pas p>l ce gnreux utopi/e des bi5faits de la civilisation et des intrts de l'tat4 ,v\s saviez que ce sont l des plaisant]ies qu'il e/ indc5t de faire aux malheureux2 v\s saviez que l'ordre public n'e/ que la viol5ce organise et que *acun e/ juge de l'intrt qu'il y doit port]4 ,mais v\s lui eussiez fait un tableau vritable et t]rible de cet ordre de nature qu'il veut rtablir2 v\s lui eussiez montr dans l'idylle qu'il rve une inf9it de tragdies dome/iques et sanglantes et dans sa bi5heureuse an>*ie le comm5cem5t d'une tyrannie p\vantable4 ,cela m'amne prcis] l'attitude que ,m4 l'abb ,coign>d pr5ait1 au ,petit-,bac*us1 en face des g\v]nem5ts et des peuples4 ,il ne respectait ni les assises de la socit ni l'ar*e de l'empire4 ,il t5ait p\r sujette au d\te et objet de disputes la v]tu mme de la sa9te ,amp\le qui tait de son temps le pr9cipe de l'tat1 comme auj\rd'hui le suffrage univ]sel4 ,cette lib]t1 qui et alors sc&alis t\s les ,franais1 ne n\s *oque plus4 ,mais ce s]ait mal compr5dre notre philosophe que d'excus] la vivacit de ses critiques sur les abus de l'anci5 rgime4 ,m4 l'abb ,coign>d ne faisait pas gr&e diffr5ce des g\v]nem5ts qu'on nomme absolus ceux qu'on nomme g\v]nem5ts libres1 et n\s p\vons suppos] que1 s'il avait vcu de nos j\rs1 il aurait g>d une =te dose de ce gnreux mcont5tem5t dont son coeur tait ple94 ,comme il remontait aux pr9cipes1 il et dc\v]t sans d\te la vanit des ntres4 ,j'en juge p> un de ses propos qui n\s a t cons]v4 ,dans une dmocratie1 disait ,m4 l'abb ,coign>d1 le peuple e/ s\mis sa volont1 ce qui e/ un dur esclavage4 ,en fait1 il e/ aussi trang] et contraire sa propre volont qu'il p\vait l'tre celle du ,pr9ce4 ,c> la volont commune ne se retr\ve que peu ou po9t dans *aque p]sonne1 qui p\rtant en subit la contra9te t\t entire4 ,et l'univ]sel suffrage n'e/ qu'un attrape-nigaud1 comme la colombe qui apporta le ,sa9t ,*rme dans son bec4 ,le g\v]nem5t populaire1 a9si que le mon>*ique1 repose sur des fictions et vit d'expdi5ts4 ,il importe seulem5t que les fictions soi5t acceptes et les expdi5ts heureux4 ,cette maxime suffit n\s faire croire qu'il et g>d de nos j\rs cette riante et fire lib]t dont il embellit son me au temps des rois4 ,p\rtant il n'et jamais t rvolutionnaire4 ,il avait trop peu d'illusions p\r cela1 et il ne p5sait pas que les g\v]nem5ts duss5t tre dtruits autrem5t que p> ces =ces aveugles et s\rdes1 l5tes et irrsi/ibles1 qui emport5t t\t4 ,il croyait qu'un mme peuple ne peut tre g\v]n que d'une seule faon dans le mme temps p\r cette raison que1 les nations tant des corps1 leurs fonctions dp5d5t de la /ructure des membres1 et de l'tat des organes1 c'e/--dire de la t]re et du peuple et non des g\v]nem5ts qui sont aju/s la nation comme des habits au corps d'un homme4 ,le malheur1 aj\tait-il1 e/ qu'il en va des peuples comme d',arlequ9 et de ,gilles la foire4 ,leur habit e/ d'ord9aire ou trop l*e ou trop s]r1 incommode1 ridicule1 miteux1 c\v]t de ta*es1 et t\t gr\illant de v]m9e4 ,on y peut remdi] en le sec\ant avec prud5ce1 et en y portant et l l'aiguille et au beso9 les ciseaux trs dlicatem5t1 p\r n'avoir pas faire les frais d'un autre aussi mauvais1 mais sans s'ob/9] non plus g>d] l'anci5 aprs que le corps a *ang de =me avec l'ge4 ,on voit p> l que ,m4 l'abb ,coign>d conciliait l'ordre et le progrs et qu'il n'tait pas1 en somme1 un mauvais citoy54 ,il n'excitait p]sonne la rvolte et s\haitait que les in/itutions fuss5t ues et limes p> un frottem5t cont9u plutt que r5v]ses et brises gr&s c\ps4 ,il faisait obs]v] sans cesse ses disciples que les plus pres lois se polissai5t m]veilleusem5t p> l'usage1 et que la clm5ce du temps e/ plus sre que celle des hommes4 ,quant voir refaire d'une fois le corps in=me des lois1 il ne l'esprait ni ne le s\haitait1 comptant peu sur les bi5faits d'une lgislation s\da9e4 ,p>fois ,jacques ,t\rnebro*e lui dem&ait s'il ne craignait pas que sa philosophie critique1 s'ex]ant sur des in/itutions ncessaires1 et que lui-mme e/imait telles1 n'et p\r effet inopportun d'branl] ce qu'il faut cons]v]4 --,p\rquoi1 lui disait son disciple fidle1 p\rquoi donc1 le meilleur des matres1 rduire en p\ssire les fondem5ts du droit1 de la ju/ice1 des lois1 et gnralem5t de t\tes les magi/ratures civiles et militaires1 puisque v\s reconnaissez qu'il faut un droit1 une ju/ice1 une arme1 des magi/rats et des s]g5ts8 --,mon fils1 rpondait ,m4 l'abb ,coign>d1 j'ai t\j\rs obs]v que les maux des hommes leur vi5n5t de leurs prjugs1 comme les araignes et les scorpions sort5t de l'ombre des caveaux et de l'humidit des c\rtils4 ,il e/ bon de prom5] la tte-de-l\p et le balai un peu l'aveuglette dans t\s les co9s obscurs4 ,il e/ bon mme de donn] et l quelque petit c\p de pio*e dans les murs de la cave et du j>d92 cela fait peur la v]m9e et prp>e les ru9es ncessaires4 --,j'y cons5s volonti]s1 rpondait le d\x ,t\rnebro*e1 mais qu& v\s aurez dtruit t\s les pr9cipes1 mon matre1 que subsi/]a-t-il8 ,a quoi le matre rpondait3 --,aprs la de/ruction de t\s les faux pr9cipes1 la socit subsi/]a1 p>ce qu'elle e/ fonde sur la ncessit1 dont les lois1 plus vieilles que ,saturne1 rgn]ont encore qu& ,prom?e aura dtrn ,jupit]4 ,depuis le temps o l'abb ,coign>d p>lait a9si1 ,prom?e a plusieurs fois dtrn ,jupit]1 et les prophties du sage se sont vrifies si littralem5t qu'on d\te auj\rd'hui1 tant le n\vel ordre ressemble l'anci51 si l'empire n'e/ po9t re/ l'antique ,jupit]4 ,plusieurs mme ni5t l'avnem5t du ,titan4 ,on ne voit plus1 dis5t-ils1 sur sa poitr9e la blessure p> o l'aigle de l'inju/ice lui arra*ait le coeur et qui devait saign] t]nellem5t4 ,il ne sait ri5 des d\leurs et des rvoltes de l'exil4 ,ce n'e/ pas le dieu ouvri] qui n\s tait promis et que n\s att5dions1 c'e/ le gras ,jupit] de l'anci5 et risible ,olympe4 ,qu& donc p>atra-t-il1 le robu/e ami des hommes1 l'allumeur du feu1 le ,titan encore cl\ sur son ro*]8 ,un bruit effrayant v5u de la montagne annonce qu'il s\lve de dessus le roc inique ses paules d*ires et n\s s5tons sur n\s les flammes de son s\ffle lo9ta94 trang] aux affaires1 ,m4 ,coign>d incl9ait aux spculations pures et se rp&ait volonti]s en ides gnrales4 ,cette disposition de son esprit1 qui p\vait lui nuire auprs de ses contempora9s1 donne ses rflexions1 aprs un sicle et demi1 quelque prix et une c]ta9e utilit4 ,n\s y p\vons appr5dre mieux connatre nos propres moeurs et dml] le mal qui s'y tr\ve4 ,les inju/ices1 les sottises et les cruauts ne frapp5t pas qu& elles sont communes4 ,n\s voyons celles de nos anctres et n\s ne voyons pas les ntres4 ,or1 comme il n'e/ pas une seule poque1 dans le pass1 o l'homme ne n\s p>aisse absurde1 inique1 froce1 il s]ait miraculeux que notre sicle et1 p> spcial privilge1 dp\ill t\te btise1 t\te malice et t\te frocit4 ,les op9ions de ,m4 l'abb ,coign>d n\s aid]ai5t faire notre exam5 de consci5ce1 si n\s n'tions semblables ces idoles dont les yeux ne voi5t po9t et les oreilles n'ent5d5t po9t4 ,avec un peu de bonne foi et de ds9tressem5t1 n\s reconnatrions bi5 vite que nos codes sont encore un nid d'inju/ices1 que n\s g>dons dans nos moeurs l'hrditaire duret de l'av>ice et de l'orgueil1 que n\s e/imons la seule ri*esse et n'honorons po9t le travail2 notre ordre de *oses n\s app>atrait ce qu'il e/ en effet1 un ordre prcaire et misrable1 que condamne la ju/ice des *oses dfaut de celle des hommes et dont la ru9e e/ comm5ce2 nos ri*es n\s sembl]ai5t aussi /upides que ces hannetons qui cont9u5t de mang] la feuille de l'arbre1 p5dant que le petit sc>abe1 introduit dans leur corps1 leur dvore les entrailles2 n\s ne n\s laiss]ions plus endormir p> les fausses et plates dclamations de nos g5s d'tat2 n\s pr5drions en piti nos conomi/es qui se disput5t entre eux sur le prix des meubles dans la maison qui brle4 ,les propos de l'abb ,coign>d n\s font p>atre un dda9 prophtique de ces gr&s pr9cipes de la ,rvolution et de ces droits de la dmocratie sur lesquels n\s avons tabli p5dant c5t ans1 avec t\tes les viol5ces et t\tes les usurpations1 une suite incohr5te de g\v]nem5ts insurrectionnels1 condamnant sans ironie les insurrections4 ,si n\s comm5cions s\rire un peu de ces sottises1 qui p>ur5t augu/es et fur5t p>fois sanglantes2 si n\s n\s ap]cevions que les prjugs mod]nes ont comme les anci5s des effets ou ridicules ou odieux2 si n\s n\s jugions les uns les autres avec un scepticisme *>itable1 les qu]elles s]ai5t mo9s vives dans le plus beau pays du monde et ,m4 l'abb ,coign>d aurait travaill p\r sa "p au bi5 univ]sel4 ,,anatole ,,france ,,les ,,op9ions ,,de ,m4 ,j,r,,me ,,coign>d ,i ,,les ,,m9i/res ,d',,tat ,cette aprs-dne1 ,m4 l'abb ,jrme ,coign>d fit visite1 comme il avait acc\tum1 ,m4 ,blaizot1 libraire rue ,sa9t-,jacques1 l',image ,sa9te-,ca!r9e4 ,avisant sur les tablettes les oeuvres de ,jean ,rac9e1 il se mit feuillet] ngligemm5t un des tomes de cet ouvrage4 --,ce pote1 n\s dit-il1 n'tait pas sans gnie1 et s'il avait hauss son esprit crire ses tragdies en v]s lat9s1 il s]ait digne de l\ange1 surt\t l'endroit de son ,a?alie1 o il a montr qu'il ent5dait assez bi5 la politique4 ,corneille n'e/1 en reg>d de lui1 qu'un va9 dclamateur4 ,cette tragdie de l'avnem5t de ,joas dc\vre quelques-uns des ressorts dont le jeu lve et r5v]se les empires4 ,et il faut croire que monsieur ,rac9e avait l'esprit de f9esse dont n\s devons faire plus de cas que de t\tes les sublimits de la posie et de l'loqu5ce1 qui ne sont en ralit que des artifices de rhteurs1 propres l'amusem5t des badauds4 ,tir] l'homme au sublime e/ le propre d'un esprit faible1 qui se mpr5d sur la vritable nature de la race d',adam1 laquelle e/ t\t entire misrable et digne de piti4 ,je me reti5s de dire que l'homme e/ un animal ridicule1 p> cette seule considration que ,jsus-,*ri/ l'a ra*et de son prcieux sang4 ,la noblesse de l'homme rside uniquem5t dans ce my/re inconcevable1 et les huma9s1 petits ou gr&s1 ne sont1 p> eux-mmes1 que des btes froces et dgtantes4 ,m4 ,roman entra dans la b\tique au mom5t o mon bon matre prononait ces d]nires p>oles4 --,hol6 monsieur l'abb1 s'cria cet habile homme4 ,v\s oubliez que ces btes dgtantes et froces sont s\mises1 t\t au mo9s en ,europe1 une police admirable1 et que des tats comme le royaume de ,france ou la rpublique de ,holl&e sont bi5 loigns de cette b>b>ie et de cette rudesse qui v\s (f5s5t4 ,mon bon matre rep\ssa dans le rayon le tome de ,rac9e et rpondit ,m4 ,roman1 avec sa grce c\tumire3 --,je v\s accorde1 monsieur1 que les actions des hommes d'tat pr5n5t quelque ordre et quelque cl>t dans les crits des philosophes qui en trait5t1 et j'admire dans votre ouvrage sur la ,mon>*ie la suite et l'en*anem5t des ides4 ,mais s\ffrez1 monsieur1 que je fasse honneur v\s seul des beaux raisonnem5ts que v\s prtez aux gr&s politiques des temps anci5s et des j\rs prs5ts4 ,ils n'avai5t pas l'esprit que v\s leur donnez1 et ces illu/res1 qui sembl5t avoir m5 le monde1 tai5t eux-mmes le j\et de la nature et de la =tune4 ,ils ne s'levai5t pas au-dessus de l'imbcillit huma9e1 et ce n'tait enf9 que d'clatants misrables4 ,en ent5dant impatiemm5t ce disc\rs1 ,m4 ,roman avait saisi un vieil atlas4 ,il se mit l'agit] avec un fracas qui se mla au bruit de sa voix4 --,quel aveuglem5t6 dit-il4 ,quoi1 mconnatre l'action des gr&s m9i/res1 des gr&s citoy5s6 ,ignorez-v\s ce po9t l'hi/oire qu'il ne v\s app>aisse pas qu'un ,cs>1 un ,ri*elieu1 un ,cromwell1 ptrit les peuples comme un poti] l'argile8 ,ne voyez-v\s po9t qu'un tat m>*e comme une montre aux ma9s de l'horlog]8 --,je ne le vois po9t1 reprit mon bon matre1 et depuis c9quante ans que j'exi/e1 j'ai obs]v que ce pays avait plusieurs fois *ang de g\v]nem5t1 sans que la condition des p]sonnes y et *ang1 s9on p> un ins5sible progrs qui ne dp5d po9t des volonts huma9es4 ,d'o je conclus qu'il e/ peu prs indiffr5t d'tre g\v]n d'une manire ou d'une autre1 et que les m9i/res ne sont considrables que p> leur habit et leur c>rosse4 --,p\vez-v\s p>l] a9si1 rpliqua ,m4 ,roman1 au l5dema9 de la mort d'un m9i/re d'tat qui eut tant de "p aux affaires1 et qui1 aprs une longue disgrce1 expire dans le mom5t qu'il ressaisissait le p\voir avec les honneurs8 ,p> le bruit qui p\rsuit son c]cueil v\s p\vez jug] de l'effet de ses actes4 ,cet effet dure aprs lui4 --,monsieur1 rpondit mon bon matre1 ce m9i/re fut honnte homme1 laborieux1 appliqu1 et l'on peut dire de lui1 comme de monsieur ,vauban1 qu'il eut trop de politesse p\r en affect] les dehors1 c> il ne prit jamais so9 de plaire p]sonne4 ,je le l\]ai surt\t de s'tre amlior dans les affaires1 au reb\rs de tant d'autres qui s'y gt5t4 ,il avait l'me =te et un vif s5tim5t de la gr&eur de son pays4 ,il e/ l\able encore d'avoir port tranquillem5t sur ses l>ges paules les ha9es des colporteurs et des petits m>quis4 ,ses ennemis mmes lui accord5t une secrte e/ime4 ,mais qu'a-t-il fait1 monsieur1 de considrable1 et p> quoi v\s app>at-il autre *ose que le j\et des v5ts qui s\fflai5t aut\r de lui8 ,les jsuites qu'il a *asss sont rev5us2 la petite gu]re de religion qu'il avait allume af9 de div]tir le peuple s'e/ te9te1 ne laissant aprs la fte que la c>casse puante d'un m*ant feu d'artifice4 ,il eut1 je v\s l'accorde1 le gnie du div]tissem5t ou plutt des div]sions4 ,son p>ti1 qui n'tait que celui de l'occasion et des expdi5ts1 n'avait pas att5du sa mort p\r *ang] de nom et de *ef sans *ang] de doctr9e4 ,sa cabale re/a fidle son matre et elle-mme en cont9uant d'obir aux circon/ances4 ,e/-ce donc l une oeuvre dont la gr&eur tonne8 --,c'en e/ une admirable en effet1 rpondit ,m4 ,roman4 ,et ce m9i/re et-il seulem5t tir l'art du g\v]nem5t des nuages de la mtaphysique p\r le ram5] la ralit des *oses1 que je l'en *>g]ais de l\anges4 ,son p>ti1 dites-v\s1 fut celui de l'occasion et des expdi5ts4 ,mais que faut-il p\r excell] dans les affaires huma9es que saisir l'occasion favorable et rec\rir aux expdi5ts utiles8 ,c'e/ ce qu'il fit1 ou du mo9s ce qu'il et fait1 si la mobilit pusillanime de ses amis et l'audace p]fide de ses adv]saires lui avai5t laiss quelque repos4 ,mais il s'usa dans le va9 ouvrage d'apais] ceux-ci et de raff]mir les premi]s4 ,le temps et les hommes1 in/rum5ts ncessaires1 lui fir5t dfaut p\r tablir son bi5faisant despotisme4 ,il =ma du mo9s des desse9s admirables p\r la politique intrieure4 ,v\s ne devez pas oubli] que1 l'extrieur1 il dota sa patrie de va/es et f]tiles t]ritoires4 ,et n\s lui devons en cela d'autant plus de reconnaissance1 qu'il fit ces heureuses conqutes seul et malgr le p>lem5t dont il dp5dait4 --,monsieur1 rpondit mon bon matre1 il montra de l'n]gie et de l'habilet dans les affaires des colonies1 mais non beauc\p plus1 peut-tre1 qu'un b\rgeois n'en dploie p\r a*et] une t]re4 ,et ce qui me gte t\tes ces affaires m>itimes1 c'e/ la conduite que les ,europens ont c\tume de t5ir avec les peuples de l',afrique et de l',amrique4 ,les blancs1 qu& ils sont aux prises avec des hommes jaunes ou noirs1 se voi5t =cs de les ext]m9]4 ,l'on ne vi5t b\t des sauvages que p> une sauvag]ie p]fectionne4 ,c'e/ cette extrmit qu'ab\tiss5t t\tes les entreprises coloniales4 ,je ne nie pas que les ,espagnols1 les ,holl&ais et les ,anglais n'y ai5t tr\v quelque avantage2 mais d'ord9aire on se lance au has>d et t\t fait l'av5ture dans ces gr&es et cruelles expditions4 ,qu'e/-ce que la sagesse et la volont d'un homme dans des entreprises qui intress5t le comm]ce1 l'agriculture1 la navigation1 et qui1 p> consqu5t1 dp5d5t d'une imm5se quantit d'tres m9uscules8 ,la "p d'un m9i/re en de telles affaires e/ bi5 petite1 et si elle n\s p>at notable1 c'e/ p>ce que notre esprit1 t\rn la my?ologie1 veut donn] un nom et une figure t\tes les =ces secrtes de la nature4 ,qu'a-t-il inv5t1 votre m9i/re1 en fait de colonies1 qui ne ft dj connu des ,phnici5s1 au temps de ,cadmus8 ,a ces mots1 ,m4 ,roman laissa tomb] son atlas1 que le libraire alla ramass] d\cem5t4 --,monsieur l'abb1 dit-il1 je dc\vre regret que v\s tes sophi/e4 ,c> il faut l'tre p\r (fusqu] avec ,cadmus et les ,phnici5s les entreprises coloniales du m9i/re dfunt4 ,v\s n'avez pu ni] que ces entreprises fuss5t son ouvrage1 et v\s avez pitoyablem5t introduit ce ,cadmus p\r n\s embr\ill]4 --,monsieur1 dit l'abb1 laissons l ,cadmus puisqu'il v\s f*e4 ,je veux dire seulem5t qu'un m9i/re a peu de "p ses propres entreprises et qu'il n'en mrite ni la gloire1 ni la honte2 je veux dire que1 si1 dans la comdie pitoyable de la vie1 les pr9ces ont l'air de comm&] comme les peuples d'obir1 ce n'e/ qu'un jeu1 une va9e app>5ce1 et que rellem5t ils sont les uns et les autres conduits p> une =ce invisible4 ,,ii ,,sa9t ,,abraham ,en cette nuit d't1 t&is que les m\*]ons dansai5t aut\r de la lant]ne du ,petit-,bac*us1 ,m4 l'abb ,coign>d pr5ait le frais s\s le por*e de ,sa9t-,b5ot-le-,bt\rn4 ,il y mditait1 sa c\tume1 lorsque ,ca!r9e v9t s'asseoir ct de lui sur le banc de pi]re4 ,mon bon matre tait encl9 l\] ,dieu dans ses oeuvres4 ,il prit plaisir contempl] cette belle fille1 et comme il avait l'esprit riant et orn1 il lui t9t des propos agrables4 ,il la l\a d'avoir de l'esprit non seulem5t sur la langue1 mais encore la gorge et dans le re/e de sa p]sonne1 et de s\rire avec ses lvres et ses j\es1 mo9s encore qu'avec t\tes les fossettes et t\s les jolis plis de sa *air1 en sorte qu'on s\ffrait impatiemm5t les voiles qui emp*ai5t qu'on ne la vt s\rire t\t entire4 --,puisque enf91 disait-il1 il faut p*] sur cette t]re1 et que nul ne peut1 sans sup]be1 se croire infaillible1 c'e/ avec v\s1 mademoiselle1 que je v\drais que la grce div9e me ft dfaut de prfr5ce1 si t\tefois tel p\vait tre votre bon plaisir4 ,j'y r5contr]ais deux avantages prcieux1 savoir3 premirem5t1 de p*] avec une joie r>e et des dlices s+ulires2 secondem5t1 de tr\v] ensuite une excuse dans la puissance de vos *>mes1 c> il e/ sans d\te crit au livre du ,jugem5t que vos attraits sont irrsi/ibles4 ,cela doit tre considr4 ,l'on voit des imprud5ts qui =niqu5t avec des femmes laides et mal faites4 ,ces malheureux1 en travaillant de la sorte1 risqu5t =t de p]dre leur me2 c> ils p*5t p\r p*]1 et leur faute laborieuse e/ ple9e de malice4 ,t&is qu'une si belle peau que la vtre1 ,ca!r9e1 e/ une excuse aux yeux de l't]nel4 ,vos *>mes allg5t m]veilleusem5t la faute1 qui devi5t p>donnable1 tant involontaire4 ,p\r t\t v\s dire1 mademoiselle1 je s5s que1 prs de v\s1 la grce div9e m'ab&onne et fuit tire-d'aile4 ,au mom5t que je v\s p>le1 ce n'e/ plus qu'un petit po9t blanc au-dessus de ces toits o1 dans les g\ttires1 les *ats font l'am\r avec des cris furieux et des pla9tes d'enfant1 p5dant que la lune s'assi$ effrontm5t sur un tuyau de *em9e4 ,t\t ce que je vois de votre p]sonne1 ,ca!r9e1 m'e/ s5sible2 et ce que je n'en vois pas m'e/ plus s5sible encore4 ,en ent5dant ces mots1 elle baissa le reg>d sur ses g5\x1 puis le c\la t\t luisant sur ,m4 l'abb ,coign>d4 ,et d'une voix trs d\ce3 --,puisque v\s me v\lez du bi5 monsieur ,jrme1 dit-elle1 promettez-moi de m'accord] la grce que je vais v\s dem&]1 et dont je v\s s]ai reconnaissante4 ,mon bon matre promit4 ,qui n'en et fait autant sa place8 ,ca!r9e lui dit alors avec vivacit3 --,v\s savez1 monsieur ,jrme1 que l'abb ,la ,p]ruque1 vicaire ,sa9t-,b5ot1 accuse frre ,ange de lui avoir vol son ne1 et qu'il en a fait une pla9te l'(ficial4 ,or1 ri5 n'e/ plus faux4 ,ce bon frre avait emprunt l'ne p\r port] des reliques dans les villages4 ,l'ne s'e/ p]du en *em94 ,les reliques ont t retr\ves4 ,c'e/ l'ess5tiel1 comme dit frre ,ange4 ,mais l'abb ,la ,p]ruque rclame son ne et ne veut ri5 ent5dre4 ,il f]a mettre le petit frre dans les prisons de l'ar*evque4 ,v\s seul p\vez fl*ir sa colre et l'am5] retir] sa pla9te4 --,mais1 mademoiselle1 dit l'abb ,coign>d1 je n'en ai ni le p\voir ni l'envie4 --,oh6 reprit ,ca!r9e1 en se glissant prs de lui et en le reg>dant avec une t5dresse apprte1 l'envie1 je s]ais bi5 malheureuse si je ne p>v5ais pas v\s la donn]4 ,quant au p\voir1 v\s l'avez1 monsieur ,jrme1 v\s l'avez4 ,et ri5 ne v\s s]a plus facile que de sauv] le petit frre4 ,il v\s suffira de donn] monsieur ,la ,p]ruque huit s]mons p\r le c>me et quatre p\r l'av5t4 ,v\s faites si bi5 les s]mons que ce doit tre p\r v\s un plaisir d'en faire4 ,composez ces d\ze s]mons1 monsieur ,jrme1 composez-les t\t de suite4 ,j'irai les *]*] moi-mme dans votre *oppe de ,sa9t-,innoc5t4 ,monsieur ,la ,p]ruque1 qui se fait une gr&e ide de votre savoir et de votre mrite1 e/ime qu'une d\za9e de vos s]mons vaut un ne4 ,ds qu'il aura la d\za9e1 il retir]a sa pla9te4 ,il l'a dit4 ,qu'e/-ce que d\ze s]mons1 monsieur ,jrme8 ,et je v\s promets d'crire am5 au bas du d]ni]4 ,j'ai votre promesse1 aj\ta-t-elle en lui passant les bras aut\r du c\4 --,p\r cela1 dit rudem5t ,m4 ,coign>d en dn\ant les jolies ma9s agrafes son paule1 je refuse net4 ,les promesses qu'on fait une jolie fille n'engag5t que la peau1 et ce n'e/ po9t p*] que de s'en ddire4 ,ne comptez pas sur moi1 la belle1 p\r tir] votre galant b>bu des ma9s de l'(ficial4 ,si je faisais un ou deux ou d\ze s]mons1 ce s]ait contre les mauvais mo9es qui sont la honte de l'glise et comme une v]m9e atta*e la robe de sa9t ,pi]re4 ,ce frre ,ange e/ un fripon2 il fait t\*] aux bonnes femmes1 en guise de reliques1 quelque os de m\ton ou de co*on1 qu'il a lui-mme rong avec une avidit dgtante4 ,il a port1 je gage1 sur l'ne de monsieur ,la ,p]ruque une plume de l'ange ,gabriel1 un rayon de l'toile des mages et1 dans une petite fiole1 un peu du son des clo*es qui sonnai5t dans le clo*] du temple de ,salomon4 ,il e/ ign>e1 il e/ m5teur et v\s l'aimez4 ,ce sont l trois raisons p\r qu'il me dplaise4 ,je v\s laisse jug]1 mademoiselle1 laquelle des trois e/ la plus =te4 ,ce peut bi5 tre la mo9s honnte1 c> enf9 j'tais port v]s v\s t\t l'heure avec une viol5ce qui n'e/ po9t de mon ge ni de mon tat4 ,mais ne v\s y trompez pas3 je ress5s trs vivem5t les outrages que votre grelu*on encapu*onn fait l'glise de ,notre-,seigneur ,jsus-,*ri/1 dont je suis un membre trs indigne4 ,et l'exemple de ce capuc9 m'inspire un tel dgt que je suis possd d'une envie s\da9e de mdit] quelque bel endroit de sa9t ,jean ,*ryso/ome1 au lieu de frott] mes g5\x aux vtres1 mademoiselle1 comme je fais depuis un qu>t d'heure4 ,c> le dsir du p*eur e/ prissable et la gloire de ,dieu dure t]nellem5t4 ,je ne me suis jamais fait une ide exagre du p* de la *air4 ,c'e/ une ju/ice qu'on peut me r5dre4 ,je ne m'eff>\*e pas1 l'exemple de monsieur ,nicodme1 p\r une si petite affaire que de pr5dre du plaisir avec une jolie fille4 ,mais ce que je ne puis s\ffrir1 c'e/ la bassesse de l'me1 c'e/ l'hypocrisie1 c'e/ le m5songe et cette crasse ignorance1 qui font de votre frre ,ange un capuc9 accompli4 ,v\s pr5ez dans son comm]ce1 mademoiselle1 une habitude de crapule qui v\s ravale bi5 au-dess\s de votre condition1 laquelle e/ celle de fille galante4 ,j'en sais les hontes et les misres2 mais c'e/ un tat bi5 suprieur celui de capuc94 ,ce coqu9 v\s d%onore1 comme il d%onore jusqu'aux ruisseaux de la rue ,sa9t-,jacques1 en y trempant les pi$s4 ,songez1 mademoiselle1 t\tes les v]tus dont v\s p\rriez encore v\s orn]1 dans votre inc]ta9 mti]1 et dont une seule peut-tre v\s ouvrirait un j\r le p>adis1 si v\s n'tiez s\mise et assujettie cette bte immonde4 ,t\t en v\s laissant pr5dre et l ce qu'il faut bi5 f9alem5t qu'on v\s laisse qu& on s'en va1 v\s p\rriez1 ,ca!r9e1 fleurir en foi1 en esprance et en *>it1 aim] les pauvres et visit] les malades2 v\s p\rriez tre aumnire et compatissante1 et v\s dlect] *a/em5t la vue du ciel1 des eaux1 des bois et des *amps2 v\s p\rriez1 le mat91 ouvrant votre f5tre1 l\] ,dieu en c\tant *ant] les oiseaux2 v\s p\rriez1 aux j\rs de pl]9age1 gravir la montagne de ,sa9t-,valri5 et l1 s\s le calvaire1 pleur] d\cem5t votre innoc5ce p]due2 v\s p\rriez faire en sorte que ,celui qui seul lit dans les coeurs dise3 ,ca!r9e e/ ma crature1 et je la reconnais aux re/es d'une belle lumire qui n'e/ po9t te9te en elle4 ,ca!r9e l'int]rompit4 --,mais1 l'abb1 fit-elle s*em5t1 c'e/ un s]mon que v\s me dgoisez l4 --,ne m'en avez-v\s po9t dem& une d\za9e8 rpondit-il4 ,elle comm5ait se f*]3 --,pr5ez g>de1 l'abb4 ,il dp5d de v\s que n\s soyons amis ou ennemis4 ,v\lez-v\s faire les d\ze s]mons8 ,rfl*issez avant de rpondre4 --,mademoiselle1 dit ,m4 l'abb ,coign>d1 j'ai fait des actions blmables dans ma vie1 mais ce n'tait pas aprs y avoir rfl*i4 --,v\s ne v\lez pas8 ,c'e/ bi5 sr8 ,une fois444 deux fois444 ,v\s refusez8444 ,l'abb1 je me v5g]ai4 ,elle b\da quelque temps1 muette et re*igne sur le banc4 ,puis t\t c\p1 elle se mit cri]3 --,f9issez6 monsieur l'abb ,coign>d4 ,a votre ge1 avec cet habit respectable1 me lut9] a9si1 fi6 monsieur l'abb1 fi6 ,quelle honte1 monsieur l'abb6 ,comme elle glapissait le plus aigrem5t1 l'abb vit mademoiselle ,lecoeur1 m]cire aux ,trois-,pucelles1 qui passait s\s le por*e4 ,elle allait1 cette heure t>dive1 se confess] au troisime vicaire de ,sa9t-,b5ot1 et dt\rnait la tte en signe de gr& dgt4 ,il av\a en lui-mme que la v5geance de ,ca!r9e tait prompte et sre1 c> la v]tu de mademoiselle ,lecoeur1 =tifie p> l'ge1 tait dev5ue si vig\reuse qu'elle s'attaquait t\tes les impurets de la p>oisse et transp]ait sept fois le j\r1 de la po9te de sa langue1 les p*eurs *>nels de la rue ,sa9t-,jacques4 ,mais ,ca!r9e elle-mme ne savait pas combi5 sa v5geance tait complte4 ,elle avait vu v5ir sur la place mademoiselle ,lecoeur4 ,elle n'avait pas vu mon pre qui suivait de prs4 ,il v5ait avec moi *]*] s\s le por*e l'abb p\r l'emm5] au ,petit-,bac*us4 ,mon pre avait du gt p\r ,ca!r9e4 ,ri5 ne le f*ait comme de la voir s]re de prs p> les galants4 ,il n'avait pas d'illusions sur sa conduite2 mais1 comme il disait1 savoir et voir sont deux *oses diffr5tes4 ,or1 les cris de ,ca!r9e lui tai5t p>v5us trs clairs aux oreilles4 ,il tait vif et incapable de se contra9dre4 ,j'eus gr&'peur que sa colre n'clatt en propos grossi]s et en m5aces brutales4 ,je le voyais dj tirant sa l>doire1 qu'il portait aux cordons de son tabli]1 comme une arme honorable1 c> il mettait sa gloire dans l'art de rtisseur4 ,mes cra9tes n'tai5t qu' demi fondes4 ,une circon/ance o ,ca!r9e montrait de la v]tu tait p\r le surpr5dre1 non p\r lui dplaire1 et le cont5tem5t l'emporta dans son me sur la colre4 ,il aborda mon bon matre assez civilem5t et lui dit avec une gravit moqueuse3 --,monsieur ,coign>d1 t\s les prtres qui re*]*5t la socit des femmes galantes y laiss5t leur v]tu et leur bon r5om4 ,et c'e/ ju/ice1 alors mme qu'aucun plaisir n'a pay leur d%onneur4 ,ca!r9e quitta la place avec un bel air de pudeur (f5se et mon bon matre rpondit mon pre avec une loqu5ce d\ce et riante3 --,cette maxime1 matre ,lon>d1 e/ excell5te2 encore ne doit-on pas l'appliqu] sans disc]nem5t et la coll] en t\te occasion comme l'tiquette six blancs que le c\teli] boiteux met t\s ses c\teaux4 ,je ne re*]*]ai pas en quoi j'en ai pu tantt mrit] l'application4 ,ne suffit-il pas que j'av\e l'avoir mrite8 ,il e/ indc5t de s'entret5ir de soi-mme1 et ce s]ait faire trop de viol5ce ma pudeur que de m'oblig] disc\rir de ce qui m'e/ p>ticuli]4 ,j'aime mieux v\s oppos]1 matre ,lon>d1 l'exemple du vnrable ,rob]t d',arbrissel1 qui1 frqu5tant les filles de joie1 y acquit de gr&s mrites4 ,on peut cit] aussi sa9t ,abraham1 ana*orte de ,syrie1 qui ne craignit po9t de pntr] dans une maison mal fame4 --,qui e/ ce sa9t ,abraham8 dem&a mon pre1 dont t\tes les ides tai5t en dr\te4 --,asseyons-n\s devant votre porte1 dit mon bon matre2 apportez un pot de v92 et je v\s cont]ai l'hi/oire de ce gr& sa9t1 telle qu'elle n\s a t enseigne p> sa9t ,ephrem lui-mme4 ,mon pre fit signe qu'il le v\lait bi54 ,n\s prmes place t\s trois s\s l'auv5t1 et mon bon matre p>la comme il suit3 --,sa9t ,abraham1 dj vieux1 vivait seul au ds]t1 dans une petite cabane1 lorsque son frre m\rut1 laissant une fille d'une gr&e beaut1 nomme ,m>ie4 ,assur que la vie qu'il m5ait s]ait excell5te p\r sa nice1 ,abraham fit btir p\r elle une cellule pro*e de la si5ne1 d'o il l'in/ruisait p> une petite f5tre qu'il avait p]ce4 ,il avait so9 qu'elle jent1 veillt et *antt des psaumes4 ,mais un mo9e1 qu'on croit tre un faux mo9e1 s'tant appro* de ,m>ie p5dant que le sa9t homme ,abraham mditait sur les critures1 induisit en p* la jeune fille qui se dit ensuite3 --,il vaut bi5 mieux1 puisque je suis morte ,dieu1 que j'aille dans un pays o je ne sois connue de p]sonne4 ,et quittant sa cellule1 elle s'en alla dans une ville vois9e nomme ,edesse1 o il y avait des j>d9s dlicieux et de fra*es fonta9es1 et qui e/ encore auj\rd'hui la plus agrable des villes de ,syrie4 ,cep5dant le sa9t homme ,abraham re/ait plong dans une mditation pr(onde4 ,sa nice tait dj p>tie depuis plusieurs j\rs qu&1 ouvrant sa petite f5tre1 il dem&a3 --,m>ie1 p\rquoi ne *antes-tu plus les psaumes que tu *antais si bi58 ,et ne recevant pas de rponse1 il s\ponna la vrit et s'cria3 --,un l\p cruel a enlev ma brebis6 ,il demeura dans l'affliction p5dant deux ans2 aprs quoi1 il apprit que sa nice m5ait une mauvaise vie4 ,agissant avec prud5ce1 il pria un de ses amis d'all] la ville p\r reconnatre exactem5t ce qu'il en tait4 ,le rapport de cet ami fut qu'en effet ,m>ie m5ait une mauvaise vie4 ,a cette n\velle1 le sa9t homme pria son ami de lui prt] un habit de cavali] et de lui am5] un *eval2 et1 ayant mis sur sa tte1 af9 de n'tre po9t reconnu1 un gr& *apeau qui lui c\vrait le visage1 il se r5dit dans l'htell]ie o on lui avait dit que sa nice tait loge4 ,il jetait les yeux de t\s cts p\r voir s'il ne l'ap]cevrait po9t2 mais1 comme elle ne p>aissait pas1 il dit l'hteli] en feignant de s\rire3 --,mon matre1 on dit que v\s avez ici une jolie fille4 ,ne p\rrais-je pas la voir8 ,l'hteli]1 qui tait obligeant1 la fit appel]1 et ,m>ie se prs5ta dans un co/ume qui1 selon la propre expression de sa9t ,ephrem1 suffisait rvl] sa conduite4 ,le sa9t homme en fut pntr de d\leur4 ,il affecta p\rtant la gaiet et comm&a un bon repas4 ,m>ie tait1 ce j\r-l1 d'une humeur sombre4 ,a donn] le plaisir1 on ne le gte pas t\j\rs2 et la vue de ce vieill>d1 qu'elle ne reconnaissait pas1 c> il n'avait po9t tir son *apeau1 ne la t\rnait nullem5t la joie4 ,l'hteli] lui faisait honte d'une si m*ante attitude1 et si contraire aux devoirs de sa pr(ession2 mais elle dit en s\pirant3 --,plt ,dieu que je fusse morte il y a trois ans6 ,le sa9t homme ,abraham prit so9 de pr5dre le langage d'un galant cavali] comme il en avait pris l'habit3 --,ma fille1 dit-il1 je vi5s ici non p\r pleur] tes p*s1 mais p\r p>tag] ton am\r4 ,mais qu& l'hteli] l'eut laiss seul avec ,m>ie1 il cessa de fe9dre et1 levant son *apeau1 il dit en pleurant3 --,ma fille ,m>ie1 ne me reconnaissez-v\s pas8 ,ne suis-je pas ,abraham qui v\s ai t5u lieu de pre8 ,il lui prit la ma9 et l'exhorta t\te la nuit au rep5tir et la pnit5ce4 ,surt\t il eut so9 de ne po9t la dsespr]4 ,il lui rptait sans cesse3 ,ma fille1 il n'y a que ,dieu d'impeccable6 ,m>ie avait l'me naturellem5t d\ce4 ,elle cons5tit ret\rn] auprs de lui4 ,qu& le j\r se leva1 ils p>tir5t4 ,elle v\lait emport] ses robes et ses bij\x4 ,mais le sa9t homme lui fit ent5dre qu'il tait plus conv5able de les laiss]4 ,il la fit mont] sur son *eval et la ram5a aux cellules o ils reprir5t t\s deux leur vie passe4 ,seulem5t le sa9t homme prit so91 cette fois1 que la *ambre de ,m>ie ne communiqut po9t avec le dehors et qu'on n'en pt sortir sans pass] p> la *ambre qu'il habitait lui-mme1 moy5nant quoi1 avec la grce de ,dieu1 il g>da sa brebis4 ,telle e/ l'hi/oire de sa9t ,abraham1 dit mon bon matre en pr5ant sa tasse de v94 --,elle e/ p>faitem5t belle1 dit mon pre1 et le malheur de cette pauvre ,m>ie m'a tir les l>mes des yeux4 ,,iii ,,les ,,m9i/res ,d',,tat 7,,suite ,,et ,,f97 ,ce j\r-l1 n\s fmes bi5 surpris1 mon bon matre et moi1 de r5contr] *ez ,m4 ,blaizot1 l',image ,sa9te-,ca!r9e1 un petit homme maigre et jaune qui n'tait pas autre que le clbre libelli/e1 ,jean ,hib\4 ,n\s avions t\t lieu de croire qu'il tait la ,ba/ille1 o il avait acc\tum de vivre4 ,et1 si n\s n'hsitmes pas le reconnatre1 c'e/ qu'il g>dait encore sur le visage l'ombre et l'humidit des ca*ots4 ,il feuilletait d'une ma9 frmissante1 s\s l'oeil inquiet du libraire1 les crits politiques n\vellem5t v5us de ,holl&e4 ,m4 l'abb ,jrme ,coign>d lui tira son *apeau avec une grce naturelle1 qui et t plus s5sible si le *apeau de mon bon matre n'avait pas t dfonc1 la veille au soir1 dans une rixe sans consqu5ce1 s\s la treille du ,petit-,bac*us4 ,m4 l'abb ,coign>d ayant tmoign qu'il avait joie revoir un si habile homme3 --,ce ne s]a pas p\r longtemps1 rpondit ,m4 ,jean ,hib\4 ,je quitte ce pays o je ne puis vivre4 ,je ne saurais respir] plus longtemps l'air corrompu de cette ville4 ,dans un mois1 je s]ai tabli en ,holl&e4 ,il e/ cruel de subir ,fleury aprs ,dubois1 et j'ai trop de v]tu p\r tre ,franais4 ,n\s sommes g\v]ns1 sur de mauvais pr9cipes1 p> des imbciles et des coqu9s4 ,c'e/ ce que je ne puis s\ffrir4 --,il e/ vrai1 dit mon bon matre1 que les affaires publiques sont mal conduites et qu'il y a beauc\p de voleurs en place4 ,les sots et les m*ants se p>tag5t la puissance et si j'cris jamais sur les affaires du temps j'en f]ai un petit livre la faon de l',apokolokyntose de ,snque le ,philosophe ou de notre ,satire ,mnippe1 qui e/ assez sav\reuse4 ,cette faon lgre et plaisante convi5t mieux la matire que la roideur morose d'un ,tacite ou que la gravit pati5te d'un de ,?\4 ,je f]ais de ce libelle des manuscrits qu'on pass]ait s\s le manteau1 et l'on y v]rait un mpris philosophique des hommes4 ,les g5s en place1 p\r la plup>t1 en s]ai5t =t irrits2 mais quelques-uns1 je crois1 gt]ai5t un secret plaisir s'y voir c\v]ts d'infamie4 ,j'en juge p> ce que j'ous dire une dame de bonne naissance que je connus ,sez1 du temps que j'y tais biblio?caire de monsieur l'vque4 ,elle tait sur le ret\r et t\te frmissante encore de ses dbau*es effrnes4 ,c> il faut v\s dire qu'elle avait t p5dant v+t ans la meilleure haqu5e de la prov9ce de ,norm&ie4 ,et comme je l'int]rogeais sur le plaisir qu'elle avait le plus vivem5t ress5ti dans sa vie3 --,c'e/1 me rpondit-elle1 celui de me s5tir d%onore4 ,je reconnus cette rponse qu'elle avait de la dlicatesse4 ,j'en veux suppos] autant tel ou tel de nos m9i/res1 et si jamais j'cris contre ceux-l1 ce s]a p\r les flatt] curieusem5t dans leur vice et dans leur infamie4 ,mais p\rquoi diffr] l'excution d'un si beau desse98 ,je veux dem&] t\t de suite monsieur ,blaizot un cahi] de papi] p\r crire le premi] *apitre de la n\velle ,mnippe4 ,il t5dait dj le bras v]s ,m4 ,blaizot tonn4 ,m4 ,jean ,hib\ l'arrta vivem5t4 --,g>dez1 monsieur l'abb1 lui dit-il1 ce beau projet p\r la ,holl&e et v5ez avec moi ,am/]dam1 o je v\s tr\v]ai un emploi *ez quelque limonadi] ou baigneur4 ,l1 v\s s]ez libre2 v\s p\rrez crire la nuit votre ,mnippe au b\t d'une table1 t&is qu' l'autre b\t je compos]ai mes libelles4 ,ils s]ont virul5ts1 et qui sait si p> nos ef=ts n\s n'amn]ons po9t un *angem5t dans les affaires du royaume8 ,les libelli/es ont plus de "p qu'on ne croit la *ute des empires2 ils prp>5t les cata/rophes que les peuples mut9s consomm5t4 ,quel triomphe1 aj\ta-t-il d'une voix qui sifflait entre ses d5ts noires1 ronges p> l'cre humeur de sa b\*e1 quelle joie si je p>v5ais dtruire un de ces m9i/res qui m'ont l*em5t enf]m la ,ba/ille6 ,ne v\lez-v\s pas1 monsieur l'abb1 v\s associ] un si bel ouvrage8 --,po9t du t\t1 rpondit mon bon matre4 ,je s]ais bi5 f* de ri5 *ang] la =me de l'tat1 et si je p5sais que mon ,apokolokyntose ou ,mnippe pt avoir un p>eil effet1 je ne l'crirais jamais4 --,quoi6 s'cria le libelli/e du1 ne me disiez-v\s pas ici1 t\t l'heure1 que ce g\v]nem5t tait mauvais8 --,sans d\te1 dit l'abb4 ,mais j'imite la sagesse de cette vieil le de ,syracuse qui1 au temps o ,d5ys tait le plus excrable son peuple1 allait t\s les j\rs dans le temple pri] les dieux p\r la vie du tyran4 ,in/ruit d'une pit si s+ulire1 ,d5ys v\lut en connatre les raisons4 ,il fit v5ir la bonne femme et l'int]rogea3 --,je ne suis pas jeune1 rpondit-elle1 j'ai vcu s\s beauc\p de tyrans1 et j'ai t\j\rs obs]v qu' un mauvais succdait un pire4 ,tu es le plus dte/able que j'aie encore vu4 ,d'o je conclus que ton successeur s]a1 s'il e/ possible1 plus m*ant que toi1 et je prie les dieux de n\s le donn] le plus t>d possible4 ,cette vieille tait =t s5se1 et j'e/ime comme elle1 monsieur ,jean ,hib\1 que les m\tons font sagem5t de se laiss] tondre p> leur vieux b]g]1 de peur qu'il n'en vi5ne un plus jeune qui les tonde de plus prs4 ,la bile de ,m4 ,jean ,hib\1 mise en m\vem5t p> ce disc\rs1 se rp&it en p>oles amres3 --,quels l*es propos6 quelles indignes maximes6 ,oh6 monsieur l'abb1 que v\s tes peu amateur du bi5 public et que v\s mritez mal la c\ronne de *ne promise p> les potes aux vaillants citoy5s6 ,il v\s fallait natre *ez les ,t>t>es1 *ez les ,turcs1 esclave d'un ,g5giskan ou d'un ,bajazet1 plutt qu'en ,europe o l'on enseigne les pr9cipes du droit public et de la philosophie4 ,quoi6 v\s subissez un mauvais g\v]nem5t sans l'envie mme d'en *ang]6 ,de tels s5tim5ts1 dans une rpublique de ma faon1 s]ai5t punis1 p\r le mo9s1 de l'exil et de la relgation4 ,oui1 monsieur l'abb1 dans la con/itution que je mdite et qui s]a rgle d'aprs les maximes de l'antiquit1 j'aj\t]ai un article p\r la punition des mauvais citoy5s tels que v\s4 ,et j'dict]ai des *tim5ts contre quiconque1 p\vant amlior] l'tat1 ne le f]ait pas4 --,eh6 eh6 dit l'abb en riant1 v\s ne me donnez pas de la sorte l'envie d'habit] votre ,sal5te4 ,ce que v\s m'en faites connatre me porte croire que l'on y s]a =t contra9t4 ,m4 ,jean ,hib\ rpondit s5t5cieusem5t3 --,on n'y s]a contra9t qu' la v]tu4 --,ah6 dit l'abb1 que la vieille de ,syracuse avait raison et qu'il faut cra9dre d'avoir monsieur ,jean ,hib\ aprs ,dubois et ,fleury6 ,v\s me promettez1 monsieur1 le g\v]nem5t des viol5ts et des hypocrites1 et c'e/ p\r ht] l'effet de vos promesses que v\s m'engagez me faire limonadi] ou baigneur sur un canal d',am/]dam4 ,gr& m]ci6 ,je re/e rue ,sa9t-,jacques o l'on boit du v9 frais en frondant les m9i/res4 ,croyez-v\s me sduire p> le mirage de ce g\v]nem5t des honntes g5s1 qui ent\re les lib]ts de telles df5ses1 qu'on n'en peut plus j\ir8 --,monsieur l'abb1 dit ,jean ,hib\ qui s'*auffait1 e/-ce de la bonne foi1 que d'attaqu] une police de l'tat que j'ai conue la ,ba/ille et que v\s ne connaissez pas8 --,monsieur1 reprit mon bon matre1 je me dfie des g\v]nem5ts que l'on conoit dans la cabale et la mut9]ie4 ,l'opposition e/ une trs mauvaise cole de g\v]nem5t1 et les politiques aviss1 qui se p\ss5t p> ce moy5 aux affaires1 ont gr& so9 de g\v]n] p> des maximes t\t fait opposes celles qu'ils pr(essai5t aup>avant4 ,cela s'e/ vu en ,*9e et ailleurs4 ,les mmes ncessits auxquelles tai5t s\mis leurs prdcesseurs les conduis5t4 ,et ils n'apport5t de n\veau que leur inexpri5ce4 ,c'e/ une des raisons1 monsieur1 qui me fait augur] qu'un g\v]nem5t n\veau s]a plus importun que celui qu'il remplac]a sans tre beauc\p diffr5t4 ,ne l'avons-n\s pas dj pr\v8 --,a9si1 dit ,m4 ,jean ,hib\1 v\s tes p\r les abus8 --,v\s l'avez dit1 rpondit mon bon matre4 ,les g\v]nem5ts sont comme les v9s qui se dp\ill5t et s'ad\ciss5t avec le temps4 ,les plus durs p]d5t la longue un peu de leur rudesse4 ,je cra9s un empire dans sa premire v]deur4 ,je cra9s l'pre n\veaut d'une rpublique4 ,et1 puisqu'il faut tre mal g\v]n1 je prfre des pr9ces et des m9i/res *ez qui les premires ardeurs sont tombes4 ,m4 ,jean ,hib\ r5cogna son *apeau sur son nez et n\s dit adieu d'une voix irrite4 ,qu& il fut p>ti1 ,m4 ,blaizot leva les yeux de dessus ses regi/res et1 assurant ses bsicles1 il dit mon bon matre3 --,je suis libraire l',image ,sa9te-,ca!r9e depuis bi5tt qu>ante ans et ce m'e/ une joie t\j\rs n\velle d'ent5dre les propos des savants qui frqu5t5t dans ma b\tique4 ,mais je n'aime pas beauc\p les disc\rs sur les affaires publiques4 ,on s'y *auffe1 on s'y qu]elle va9em5t4 --,c'e/ aussi1 dit mon bon matre1 qu'en cette matire il n'y a gure de pr9cipes solides4 --,il y en a du mo9s un1 que p]sonne ne s'avis]a de conte/]1 rpondit ,m4 ,blaizot1 libraire1 c'e/ qu'il faudrait tre mauvais *rti5 et mauvais ,franais p\r ni] la v]tu de la sa9te ,amp\le de ,reims1 p> l'onction de laquelle nos rois sont in/itus vicaires de ,jsus-,*ri/ p\r le royaume de ,france4 ,c'e/ le fondem5t de la mon>*ie qui ne s]a jamais branl4 ,,iv ,,affaire ,,du ,,mississipi ,on sait qu'en l'anne #agbb1 le ,p>lem5t de ,p>is jugea l'affaire du ,mississipi dans laquelle fur5t impliqus1 avec les directeurs de la ,compagnie1 un m9i/re d'tat1 secrtaire du roi1 et plusieurs s\s-int5dants de prov9ces4 ,la ,compagnie tait accuse d'avoir corrompu les (fici]s du royaume et du roi1 qui l'avai5t en ralit dp\ille avec l'avidit ord9aire aux g5s en place dans les g\v]nem5ts faibles4 ,et il e/ c]ta9 qu' cette poque t\s les ressorts du g\v]nem5t tai5t dt5dus ou fausss4 ,a l'une des audi5ces de ce procs mmorable1 la dame de la ,morangre1 femme d'un des directeurs de la ,compagnie du ,mississipi1 fut ent5due en la gr&'*ambre p> messieurs du ,p>lem5t4 ,elle dposa qu'un sieur ,lescot1 secrtaire de ,m4 le lieut5ant-crim9el1 l'ayant m&e secrtem5t au ,*telet1 lui fit s5tir qu'il ne dp5dait que d'elle de sauv] son m>i1 qui tait bel homme et de bonne m9e4 ,il lui avait p>l peu prs en ces t]mes3 ,madame1 ce qui f*e les vrais amis du roi en cette affaire1 c'e/ que les jansni/es n'y sont po9t impliqus4 ,ces jansni/es sont des ennemis de la c\ronne autant que de la religion4 ,donnez-n\s1 madame1 les moy5s de p]dre l'un d'eux1 et n\s reconnatrons ce s]vice d'tat en v\s r5dant votre m>i avec t\s ses bi5s4 ,qu& madame de la ,morangre eut rapport ce disc\rs1 qui n'tait pas fait p\r le public1 ,m4 le prsid5t du ,p>lem5t fut bi5 oblig d'appel] en la gr&'*ambre le sieur ,lescot1 qui d'abord essaya de ni]4 ,mais madame de la ,morangre avait de beaux yeux limpides1 dont il ne put s\t5ir le reg>d4 ,il se tr\bla et fut confondu4 ,c'tait un gr& vila9 homme r\x1 comme ,judas ,isc>iote4 ,cette affaire1 connue p> les gazettes1 fit l'entreti5 de ,p>is4 ,on en p>la dans les salons1 dans les prom5ades1 *ez le b>bi] et *ez le limonadi]4 ,et p>t\t madame de la ,morangre inspirait autant de sympa?ie que le ,lescot donnait de dgt4 ,la curiosit publique tait vive encore qu& j'accompagnai ,m4 l'abb ,jrme ,coign>d1 mon bon matre1 *ez ,m4 ,blaizot qui1 comme v\s savez1 e/ libraire1 rue ,sa9t-,jacques1 l',image ,sa9te-,ca!r9e4 ,n\s tr\vmes dans la b\tique le secrtaire p>ticuli] d'un m9i/re d'tat1 ,m4 ,g5til1 qui se ca*ait le visage dans un livre n\vellem5t v5u de ,holl&e1 et le clbre ,m4 ,roman1 qui a trait de la raison d'tat en div]s ouvrages e/ims4 ,le vieux ,m4 ,blaizot1 d]rire son comptoir1 lisait la gazette4 ,m4 ,jrme ,coign>d se c\la jusqu' lui p\r attrap] p>-dessus ses paules les n\velles dont il tait fri&4 ,ce savant homme et d'un si beau gnie1 ne possdait aucune "p des bi5s de ce monde et qu& il avait bu une *op9e au ,petit-,bac*us1 il ne lui re/ait pas un s\ dans sa po*e p\r a*et] les feuilles publiques4 ,ayant lu sur le dos de ,m4 ,blaizot la dposition de la dame de la ,morangre1 il s'cria que cela tait bi51 et qu'il lui plaisait de voir l'iniquit cr\l] du haut de sa t\r s\s la faible ma9 d'une femme1 comme il en e/ des exemples m]veilleux rapports dans l'criture4 --,cette dame1 aj\ta-t-il1 bi5 qu'allie des publica9s que je n'aime po9t1 e/ semblable ces femmes =tes1 si vantes au livre des ,rois4 ,elle plat p> un r>e mlange de droiture et de f9esse et j'applaudis sa piquante victoire4 ,m4 ,roman l'int]rompit3 --,pr5ez g>de1 monsieur l'abb1 dit-il en t5dant le bras1 pr5ez g>de que v\s considrez cette affaire s\s un aspect individuel et p>ticuli]1 sans v\s inquit]1 comme v\s devriez le faire1 des intrts publics qui y sont lis4 ,il faut voir en t\t la raison d'tat et il e/ clair que cette raison s\v]a9e exigeait que madame de la ,morangre ne p>lt pas ou que ses p>oles ne tr\vass5t pas de crance4 ,m4 ,g5til leva le nez de dessus son livre4 --,on a beauc\p exagr1 dit-il1 l'importance de cet incid5t4 --,ah6 monsieur le secrtaire1 reprit ,m4 ,roman1 n\s ne croirons pas qu'un incid5t qui v\s f]a p]dre votre place soit sans importance4 ,c> v\s en prirez1 monsieur1 v\s et votre matre4 ,p\r ma "p1 j'en suis aux regrets4 ,mais ce qui me consol]ait de la *ute des m9i/res que le c\p atte9t1 c'e/ l'impuissance o ils fur5t de le prv5ir4 ,m4 ,g5til fit ent5dre p> un petit clignem5t d'oeil1 qu'il entrait1 sur ce po9t1 dans les vues de ,m4 ,roman4 ,celui-ci p\rsuivit3 --,l'tat e/ comme le corps huma94 ,t\tes les fonctions qu'il accomplit ne sont pas nobles4 ,aussi en e/-il qu'il faut ca*]1 je dis des plus ncessaires4 --,ah6 monsieur1 dit l'abb1 tait-il donc ncessaire que le ,lescot agt de la sorte avec la pauvre femme d'un prisonni]8 ,c'tait une infamie6 --,oh6 dit ,m4 ,roman1 ce fut une infamie qu& on le sut4 ,avant1 ce n'tait ri54 ,si v\s v\lez j\ir de ce bi5fait d'tre g\v]ns1 qui seul met les hommes au-dessus des animaux1 il faut laiss] aux g\v]nants les moy5s d'ex]c] le p\voir4 ,et le premi] de ces moy5s e/ le secret4 ,c'e/ p\rquoi le g\v]nem5t populaire1 qui e/ le mo9s secret de t\s1 en e/ aussi le plus faible4 ,croyez-v\s donc1 monsieur l'abb1 qu'on puisse conduire les hommes p> la v]tu8 ,ce s]ait une gr&e rv]ie4 --,je ne le crois pas1 rpondit mon bon matre4 ,j'ai obs]v1 dans les =tunes div]ses de ma vie1 que les hommes tai5t de m*antes btes1 qu'on ne p>vi5t cont5ir que p> =ce et p> ruse4 ,mais encore y faut-il mettre quelque mesure1 et ne po9t trop (f5s] le peu de bons s5tim5ts qui e/ ml dans leur me aux mauvais in/9cts4 ,c> enf91 monsieur1 l'homme1 t\t l*e1 bte et cruel qu'il e/1 fut =m l'image de ,dieu1 et il lui re/e quelques traits de sa premire figure4 ,un g\v]nem5t qui1 sortant de la mdiocre et commune honntet1 sc&alise les peuples1 doit tre dpos4 --,p>lez plus bas1 monsieur l'abb1 dit le secrtaire4 --,le s\v]a9 n'a jamais tort1 dit ,m4 ,roman1 et vos maximes1 monsieur l'abb1 sont d'un sditieux4 ,v\s mrit]iez1 v\s et vos p>eils1 de n'tre plus g\v]ns du t\t4 --,oh6 dit mon bon matre1 si le g\v]nem5t1 comme v\s n\s le donnez ent5dre1 consi/e dans la f\rbe1 la viol5ce1 et les exactions de t\tes sortes1 il n'y a pas beauc\p cra9dre que cette m5ace soit suivie d'effet2 et n\s tr\v]ons longtemps encore des m9i/res d'tat et des g\v]neurs de prov9ces p\r faire nos affaires4 ,seulem5t je v\drais bi5 qu'il en vnt d'autres la place de ceux-ci4 ,les n\veaux ne p\rrai5t tre plus mauvais que les anci5s1 et qui sait si mme ils ne s]ai5t pas un peu meilleurs8 --,pr5ez g>de1 dit ,m4 ,roman1 pr5ez g>de6 ,ce qu'il y a d'admirable dans l'tat1 c'e/ la suite et la cont9uit et1 s'il ne se tr\ve pas au monde un tat p>fait1 c'e/1 mon s5s1 qu'au temps de ,no1 le dluge jeta du tr\ble dans la transmission des c\ronnes4 ,c'e/ un dsordre dont n\s ne sommes pas encore bi5 remis auj\rd'hui4 --,monsieur1 reprit mon bon matre1 v\s tes plaisant avec vos ?ories4 ,l'hi/oire du monde e/ ple9e de rvolutions2 on n'y voit que des gu]res civiles1 tumultes1 sditions causs p> la m*ancet des pr9ces1 et je ne sais ce qu'il faut admir] le plus cette heure de l'impud5ce des g\v]nants ou de la pati5ce des peuples4 ,le secrtaire se plaignit alors que ,m4 l'abb ,coign>d mconnt les bi5faits de la royaut et ,m4 ,blaizot n\s reprs5ta qu'il n'tait pas sant de disput] des affaires publiques dans l'*oppe d'un libraire4 ,qu& n\s fmes dehors1 je tirai mon bon matre p> la man*e4 --,monsieur l'abb1 lui dis-je1 avez-v\s donc oubli la vieille de ,syracuse1 que v\s v\lez ma9t5ant *ang] le tyran8 --,t\rnebro*e1 mon fils1 me rpondit-il1 j'en convi5s de bonne grce1 je suis tomb dans la contradiction4 ,mais cette ambigut que v\s relevez ju/em5t dans mes disc\rs n'e/ pas aussi maligne que celle nomme ant9omie p> les philosophes4 ,*>ron1 dans son livre de la ,sagesse1 affirme qu'il exi/e des ant9omies qu'on ne peut rs\dre4 ,p\r ma "p1 pe9e suis-je plong dans la mditation de la nature1 que je vois app>atre mon esprit une demi-d\za9e de ces diablesses qui se pr5n5t de bec devant moi et font m9e de s'entr'arra*] les yeux2 et l'on sait bi5 t\t de suite qu'on ne vi5dra jamais b\t de rconcili] entre elles ces ob/9es mgres4 ,je p]ds t\t espoir de les mettre d'accord1 et c'e/ leur faute si je n'ai pas fait beauc\p avanc] la mtaphysique4 ,mais dans le cas prs5t1 la contradiction1 ,t\rnebro*e1 mon fils1 n'e/ qu'app>5te4 ,ma raison e/ t\j\rs avec la vieille de ,syracuse4 ,je p5se auj\rd'hui ce que je p5sais hi]4 ,seulem5t je vi5s de me laiss] emport] p> le coeur et de cd] la passion1 comme le vulgaire4 ,v ,,les ,,oeufs ,,de ,p,,ques ,mon pre tait rtisseur dans la rue ,sa9t-,jacques1 vis--vis de ,sa9t-,b5ot-le-,bt\rn4 ,je ne v\s dirai pas qu'il aimt le c>me2 ce s5tim5t n'et po9t t naturel *ez un rtisseur4 ,mais il en obs]vait les jenes et ab/95ces en bon *rti5 qu'il tait4 ,faute d'arg5t p\r a*et] des disp5ses l'ar*ev*1 il s\pait de m]lu*e aux j\rs maigres1 avec sa femme1 son fils1 son *i5 et ses htes ord9aires1 dont le plus assidu tait mon bon matre1 ,m4 l'abb ,jrme ,coign>d4 ,ma sa9te mre n'et po9t s\ff]t que ,miraut1 notre g>di51 ronget un os le v5dr$i sa9t4 ,ce j\r-l1 elle ne mlait ni *air ni graisse la pte du pauvre animal4 ,en va91 ,m4 l'abb ,coign>d lui reprs5tait-il que c'tait l mal faire et qu'en bonne ju/ice ,miraut1 qui n'avait po9t de "p aux sacrs my/res de la rdemption1 n'en devait po9t s\ffrir dans sa pitance4 --,ma bonne femme1 disait ce gr& homme1 il e/ conv5able que n\s mangions de la m]lu*e comme membres de l'glise2 mais il y a quelque sup]/ition1 impit1 tmrit1 voire sacrilge1 associ]1 comme v\s le faites1 un *i5 des macrations inf9im5t prcieuses p> l'intrt que ,dieu lui-mme y pr5d1 et qui s]ai5t sans cela mprisables et ridicules4 ,c'e/ un abus que votre simplicit r5d innoc5t1 mais qui s]ait crim9el *ez un docteur ou seulem5t *ez un *rti5 d'un esprit judicieux4 ,une telle pratique1 ma bonne dame1 va droit la plus p\vantable des hrsies4 ,elle ne t5d pas mo9s qu' s\t5ir que ,jsus-,*ri/ e/ mort p\r les *i5s comme p\r les fils d',adam4 ,et ri5 n'e/ plus contraire aux critures4 --,il se peut1 rpondait ma mre4 ,mais1 si ,miraut faisait gras le v5dr$i sa9t1 je m'imag9]ais qu'il e/ juif et je le pr5drais en horreur4 ,e/-ce l faire un p*1 monsieur l'abb8 ,et mon bon matre repr5ait avec d\ceur1 en buvant un c\p de v93 --,ah6 *re crature1 sans dcid] ici si v\s p*ez ou si v\s ne p*ez pas1 je v\s dis en vrit que v\s n'avez po9t de malice et que je croirais votre salut t]nel plutt qu' celui de c9q ou six vques et c>d9aux de ma connaissance1 qui p\rtant ont crit de beaux traits de droit canon4 ,miraut avalait en r5iflant sa pte et mon pre s'en allait avec ,m4 l'abb ,coign>d faire un t\r au ,petit-,bac*us4 ,c'e/ a9si qu' la rtiss]ie de la ,re9e ,pdauque1 n\s passions le sa9t temps du c>me4 ,mais ds le mat9 de ,pques1 qu& les clo*es de ,sa9t-,b5ot-le-,bt\rn annonai5t la joie de la ,rsurrection1 mon pre embro*ait p\lets1 can>ds et pigeons p> d\za9es1 et ,miraut1 au co9 de la *em9e flambante1 respirait la bonne odeur de la graisse en remuant la queue avec une allgresse p5sive et grave4 ,vieux1 fatigu1 presque aveugle1 il gtait encore les joies de cette vie dont il acceptait les maux avec une rsignation qui les lui r5dait mo9s cruels4 ,c'tait un sage1 et je ne suis pas surpris que ma mre associt ses oeuvres pies une crature si raisonnable4 ,aprs avoir ent5du la gr&'messe1 n\s dnions dans la b\tique bi5 odorante4 ,mon pre apportait ce repas une joie religieuse4 ,il avait communm5t p\r convives quelques cl]cs de procureur et mon bon matre1 ,m4 l'abb ,coign>d4 ,a ,pques de l'an de grce #agbe1 il m'en s\vi5t1 mon bon matre n\s am5a ,m4 ,nicolas ,c]ise qu'il avait tir d'une s\p5te de la rue des ,maons o ce savant homme crivait t\t le j\r et t\te la nuit1 p\r les diteurs de ,holl&e1 des n\velles de la rpublique des lettres4 ,sur la table une montagne d'oeufs r\ges s'levait dans un pani] de fil de f]4 ,et1 qu& l'abb ,coign>d eut dit le ,b5$icite1 ces oeufs f\rnir5t la matire de l'entreti54 --,on lit dans lius ,lampridus1 dit ,m4 ,nicolas ,c]ise1 qu'une p\le app>t5ant au pre d',alex&re ,svre pondit un oeuf r\ge le j\r de la naissance de cet enfant de/9 l'empire4 --,ce ,lampride1 qui n'avait pas beauc\p d'esprit1 rpondit mon bon matre1 devait laiss] ce conte aux bonnes femmes qui le rp&ai5t4 ,v\s avez trop de jugem5t1 monsieur1 p\r faire sortir de cette fable absurde la c\tume *rti5ne de s]vir des oeufs r\ges le j\r de ,pques4 --,je ne crois pas1 en effet1 rpliqua ,m4 ,nicolas ,c]ise1 que cet usage vi5ne de l'oeuf d',alex&re ,svre4 ,la seule conclusion que je veuille tir] du fait rapport p> ,lampridus1 c'e/ qu'un oeuf r\ge prsageait *ez les paens le p\voir suprme4 ,au re/e1 aj\ta-t-il1 il fallait que cet oeuf et t r\gi de quelque manire1 c> les p\les ne pond5t pas d'oeufs r\ges4 --,p>donnez-moi1 dit ma mre qui1 deb\t1 prs de la *em9e1 g>nissait les plats1 j'ai vu1 dans mon enfance1 une p\le noire qui donnait des oeufs tirant sur le brun2 c'e/ p\rquoi je croirais volonti]s qu'il y a des p\les dont les oeufs sont r\ges ou d'une c\leur appro*ant le r\ge1 telle1 p> exemple1 que la c\leur de la brique4 --,cela e/ bi5 possible1 dit mon bon matre1 et la nature e/ beauc\p plus div]se et v>ie dans ses productions que n\s ne le croyons communm5t4 ,il y a1 dans la gnration des animaux des biz>r]ies de t\te sorte1 et l'on voit dans les cab9ets d'hi/oire naturelle des mon/res plus tranges qu'un oeuf r\ge4 --,c'e/ a9si1 reprit ,m4 ,nicolas ,c]ise1 qu'on g>de dans le cab9et du roi un veau c9q pattes et un enfant deux ttes4 --,j'ai vu mieux encore ,auneau1 prs ,*>tres1 dit ma mre en posant sur la table une d\za9e d'aunes de saucisses aux *\x dont la fume agrable montait aux solives du plan*]4 ,j'ai vu1 messieurs1 un enfant n\veau-n avec des pattes d'oie et une tte de s]p5t4 ,la sage-femme qui le reut en eut tant d'horreur qu'elle le jeta au feu4 --,pr5ez g>de1 s'cria ,m l'abb ,jrme ,coign>d1 pr5ez g>de que l'homme nat de la femme p\r s]vir ,dieu et qu'il e/ inconcevable qu'on le puisse s]vir avec une tte de s]p5t1 et qu'en consqu5ce il n'y a pas d'enfants de cette sorte1 et que votre sage-femme rvait ou qu'elle s'e/ moque de v\s4 --,monsieur l'abb1 dit ,m4 ,nicolas ,c]ise avec un petit s\rire1 v\s avez vu comme moi1 dans le cab9et du roi1 un ftus quatre jambes et deux sexes cons]v dans un bocal rempli d'esprit-de-v9 et1 dans un autre bocal1 un enfant sans tte avec un oeil au-dessus du nombril4 ,ces mon/res p\vai5t-ils mieux s]vir ,dieu que l'enfant tte de s]p5t dont p>le notre htesse8 ,et que dire de ceux qui ont deux ttes1 en sorte qu'on ne sait s'ils ont aussi deux mes8 ,av\ez1 monsieur l'abb1 que la nature1 en s'amusant ces jeux cruels1 emb>rasse quelque peu les ?ologi5s4 ,mon bon matre ouvrait dj la b\*e p\r rpondre1 et sans d\te il et dtruit t\t fait l'objection de ,m4 ,nicolas ,c]ise1 mais ma mre1 que ri5 n'arrtait qu& elle avait envie de p>l]1 le devana en disant trs haut que l'enfant d',auneau n'tait pas une crature huma9e et que c'tait le diable qui l'avait fait une b\langre4 --,et la preuve1 aj\ta-t-elle1 c'e/ que p]sonne ne songea le baptis] et qu'on l'ent]ra dans une s]viette au fond du c\rtil4 ,si 'avait t une crature huma9e1 on l'aurait mise en t]re sa9te4 ,qu& le diable fait un enfant une femme1 il le fait en =me d'animal4 --,ma bonne femme1 lui rpondit ,m4 l'abb ,coign>d1 il e/ m]veilleux qu'une villageoise en sa*e sur le diable plus long qu'un docteur en ?ologie et j'admire que v\s v\s en rapportiez la matrone d',auneau sur le po9t de savoir si tel fruit d'une femme app>ti5t ou non l'humanit ra*ete p> le sang de ,dieu4 ,croyez-m'en3 ces diabl]ies ne sont que de sales imag9ations dont v\s devez nettoy] votre esprit4 ,on ne lit po9t dans les ,pres que le diable fasse des enfants aux filles4 ,t\tes ces hi/oires de =nications sataniques sont des rv]ies dgtantes1 et c'e/ une honte que des jsuites et des dom9ica9s en ai5t fait des traits4 --,v\s p>lez bi51 l'abb1 dit ,m4 ,nicolas ,c]ise1 en piquant une saucisse dans le plat4 ,mais v\s ne rpondez po9t ce que je disais1 que les enfants qui naiss5t sans tte ne sont pas bi5 appropris aux f9s de l'homme1 qui sont1 dit l'glise1 de connatre1 de s]vir et d'aim] ,dieu1 et qu'en cela1 comme dans la quantit des g]mes qui se p]d5t1 la nature n'e/ pas1 vrai dire1 suffisamm5t ?ologique et *rti5ne4 ,j'aj\t]ai qu'elle n'e/ gure religieuse dans aucun de ses actes et qu'elle semble ignor] son ,dieu4 ,voil ce qui m'effraye1 l'abb4 --,oh6 s'cria mon pre1 en agitant au b\t de sa f\r*ette un pilon de la volaille qu'il dc\pait1 oh6 que voil des disc\rs tnbreux1 maussades et mal appropris la fte que n\s clbrons auj\rd'hui4 ,aussi bi5 e/-ce la faute de ma femme1 qui n\s s]t un enfant tte de s]p5t1 comme si ce plat tait agrable d'honntes convives4 ,faut-il que de mes beaux oeufs r\ges soi5t sorties tant d'hi/oires diaboliques6 --,ah6 notre hte1 dit ,m4 l'abb ,coign>d1 il e/ vrai que de l'oeuf sort5t t\tes *oses4 ,sur cette ide les paens ont imag9 des fables trs philosophiques4 ,mais que d'oeufs aussi *rti5s s\s leur p\rpre antique1 que ceux que n\s v5ons de mang]1 s'*appe une telle vole d'impits sauvages1 c'e/ ce dont je demeure confondu4 ,m4 ,nicolas ,c]ise reg>da mon bon matre d'un oeil clignotant et lui dit avec un rire m9ce3 --,monsieur l'abb ,coign>d1 ces oeufs1 dont les coquilles te9tes de bett]ave jon*5t le plan*] s\s nos pi$s1 ne sont po9t1 dans leur ess5ce1 aussi *rti5s et ca?oliques qu'il v\s plat de le croire4 ,les oeufs de ,pques sont1 au contraire1 d'orig9e paenne et rappell5t1 au mom5t de l'qu9oxe de pr9temps1 l'closion my/rieuse de la vie4 ,c'e/ un vieux symbole qui s'e/ cons]v dans la religion *rti5ne4 --,on peut s\t5ir t\t aussi raisonnablem5t1 dit mon bon matre1 que c'e/ un symbole de la rsurrection du ,*ri/4 ,p\r moi1 qui n'ai nul gt *>g] la religion de subtilits symboliques1 je croirais volonti]s que la joie de mang] des oeufs1 dont on a t priv durant le c>me1 e/ la seule cause qui les fait p>atre en ce j\r sur les tables avec honneur et vtus de la p\rpre royale4 ,mais il n'importe1 et ce ne sont l que des bagatelles dont s'amus5t les esprits rudits et les biblio?caires4 ,ce qu'il y a de considrable dans vos propos1 monsieur ,nicolas ,c]ise1 c'e/ que v\s opposez la nature la religion et que v\s les v\lez faire ennemies l'une de l'autre4 ,impit1 monsieur ,nicolas ,c]ise1 si horrible que ce bonhomme de rtisseur lui-mme en a frmi sans la compr5dre6 ,mais je n'en suis po9t tr\bl1 et de tels argum5ts ne peuv5t sduire une m9ute un esprit qui sait se dirig]4 ,en effet1 v\s avez procd1 monsieur ,nicolas ,c]ise1 p> cette voie rationnelle et sci5tifique1 qui n'e/ qu'une troite1 c\rte et sale impasse1 au fond de laquelle on se casse le nez +lorieusem5t4 ,v\s avez raisonn la manire d'un apo?icaire mditatif1 qui croit connatre la nature p>ce qu'il en flaire quelques app>5ces4 ,et v\s avez jug que la gnration naturelle1 qui produit des mon/res1 n'e/ pas dans le secret de ,dieu qui cre des hommes p\r clbr] sa gloire3 ,pul*] hymnus ,dei homo immortalis4 ,v\s tiez bi5 gnreux de ne po9t p>l] aussi des n\veau-ns qui meur5t sitt le j\r1 des f\s1 des imbciles et de t\tes p]sonnes qui ne v\s sembl5t po9t1 selon l'expression de ,lactance1 un bel hymne de ,dieu1 pul*] hymnus ,dei4 ,mais qu'en savez-v\s et qu'en savons-n\s1 monsieur ,nicolas ,c]ise8 ,v\s me pr5ez p\r un de vos lecteurs d',am/]dam ou de la ,haye1 de v\loir me faire ent5dre que l'in9telligible nature e/ une objection notre trs sa9te foi *rti5ne4 ,la nature1 monsieur1 n'e/ nos yeux qu'une suite d'images incohr5tes auxquelles il n\s e/ impossible de tr\v] une signification1 et je v\s accorde que1 selon elle1 et en la suivant la pi/e1 je ne puis disc]n] dans l'enfant qui nat ni le *rti51 ni l'homme1 ni seulem5t l'individu1 et que la *air e/ un hiroglyphe p>faitem5t ind*iffrable4 ,mais cela n'e/ ri5 et n\s ne voyons que l'env]s de la tapiss]ie4 ,ne n\s y atta*ons pas1 et sa*ons que1 de ce ct1 n\s ne p\vons ri5 connatre4 ,t\rnons-n\s t\t enti]s v]s l'intelligible qui e/ l'me huma9e unie ,dieu4 ,v\s tes plaisant1 monsieur ,nicolas ,c]ise1 avec la nature et la gnration4 ,v\s me faites l'effet d'un b\rgeois qui croirait avoir surpris les secrets du roi1 p>ce qu'il a vu les pe9tures qui dcor5t la salle du conseil4 ,de mme que les secrets sont dans les disc\rs du s\v]a9 et des m9i/res1 la de/9e de l'homme e/ dans la p5se1 qui procde la fois de la crature et du crateur4 ,le re/e n'e/ qu'amusem5t et niais]ies propres div]tir les badauds1 dont on voit beauc\p dans les ,acadmies4 ,ne me p>lez pas de la nature1 si ce n'e/ de ce qu'on en voit au ,petit-,bac*us1 dans la p]sonne de ,ca!r9e la d5tellire1 qui e/ ronde et bi5 =me4 ,et v\s1 mon hte1 aj\ta ,m4 l'abb ,coign>d1 donnez-moi boire1 c> j'ai la ppie p> la faute de monsieur ,nicolas ,c]ise1 qui croit que la nature e/ a?e4 ,et1 p> t\s les diables1 elle l'e/ et le doit tre en quelque manire1 monsieur ,nicolas ,c]ise2 et si t\tefois elle n>re la gloire de ,dieu1 c'e/ sans connaissance1 c> il n'e/ po9t de connaissance si ce n'e/ dans l'esprit de l'homme1 qui seul procde du f9i et de l'inf9i4 ,a boire6 ,mon pre v]sa un r\ge-bord mon bon matre1 ,m4 l'abb ,coign>d1 et ,m4 ,nicolas ,c]ise1 et il les obligea tr9qu]1 ce qu'ils fir5t de bon coeur1 c> ils tai5t honntes g5s4 ,,vi ,,le ,,n\veau ,,m9i/,,re ,m4 ,%ipp51 qui ex]ait ,gre5wi* l'tat de s]ruri]1 dnait *aque j\r1 durant son passage ,p>is1 la rtiss]ie de la ,re9e ,pdauque1 en compagnie de son hte et de ,m4 l'abb ,jrme ,coign>d1 mon bon matre4 ,ce j\r-l1 au dess]t1 ayant1 selon sa c\tume1 dem& une b\teille de v91 allum sa pipe et tir de sa po*e la ,gazette de ,londres1 il se mit fum]1 boire et lire avec tranquillit4 ,puis1 repliant sa gazette et posant sa pipe sur le bord de la table3 --,messieurs1 dit-il1 le m9i/re e/ r5v]s4 --,oh6 dit mon bon matre1 ce n'e/ pas une affaire de consqu5ce4 --,p>donnez-moi1 rpondit ,m4 ,%ipp51 c'e/ une affaire de consqu5ce1 c> le prcd5t m9i/re tant tory1 le n\veau s]a :ig1 et d'ailleurs t\t ce qui se fait en ,anglet]re e/ considrable4 --,monsieur1 rpondit mon bon matre1 n\s avons vu en ,france des *angem5ts plus gr&s que celui-l4 ,n\s avons vu les quatre *>ges de secrtaire d'tat remplaces p> six ou sept conseils de dix membres *acun et messieurs les secrtaires d'tat c\ps en dix morceaux1 puis rtablis dans leur =me premire4 ,a *acun de ces *angem5ts les uns jurai5t que t\t tait p]du1 les autres que t\t tait sauv4 ,et l'on en fit des *ansons4 ,p\r ma "p je pr5ds peu d'intrt ce qui se fait dans le cab9et du pr9ce1 obs]vant que le tra9 de la vie n'en e/ pas *ang1 qu'aprs les r=mes les hommes sont1 comme devant1 g/es1 av>es1 l*es et cruels1 t\r t\r /upides et furieux1 et qu'il s'y tr\ve t\j\rs un nombre peu prs gal de n\veau-ns1 de m>is1 de cocus et de p5dus1 en quoi se manife/e le bel ordre de la socit4 ,cet ordre e/ /able1 monsieur1 et ri5 ne saurait le tr\bl]1 c> il e/ fond sur la misre et l'imbcillit huma9e1 et ce sont l des assises qui ne manqu]ont jamais4 ,t\t l'difice en acqui]t une solidit qui dfie l'ef=t des plus mauvais pr9ces et de cette f\le ign>e de magi/rats1 dont ils sont assi/s4 ,mon pre1 qui1 la l>doire la ma91 c\tait ce disc\rs1 y fit avec une f]met dfr5te cet am5dem5t1 qu'il peut se tr\v] de bons m9i/res et qu'il se rappelait notamm5t l'un d'eux1 rcemm5t dcd1 comme l'auteur d'une ordonnance trs sage protgeant les rtisseurs contre l'ambition dvorante des b\*]s et des ptissi]s4 --,il se peut1 monsieur ,t\rnebro*e1 reprit mon bon matre1 et c'e/ une affaire exam9] avec les ptissi]s4 ,mais ce qu'il importe de considr]1 c'e/ que les empires subsi/5t1 non p> la sagesse de quelques secrtaires d'tat1 mais p> le beso9 de plusieurs millions d'hommes qui1 p\r vivre1 travaill5t t\tes sortes d'arts bas et ignobles1 tels que l'indu/rie1 le comm]ce1 l'agriculture1 la gu]re et la navigation4 ,ces misres prives =m5t ce qu'on appelle la gr&eur des peuples1 et le pr9ce ni les m9i/res n'y ont po9t de "p4 --,v\s v\s trompez1 monsieur1 dit l',anglais1 les m9i/res y ont une "p en faisant des lois dont une seule peut enri*ir ou ru9] la nation4 --,oh6 p\r cela1 rpondit l'abb1 c'e/ une *ance c\rir4 ,comme les affaires d'un tat sont d'une t5due que l'esprit d'un homme n'embrasse po9t1 il faut p>donn] aux m9i/res d'y travaill] aveuglm5t1 ne g>d] aucun ress5tim5t du mal ou du bi5 qu'ils ont fait1 et concevoir qu'ils agissai5t comme ,col9-,maill>d4 ,au re/e1 ce mal et ce bi5 n\s sembl]ai5t petits les e/im] sans sup]/ition1 et je d\te1 monsieur1 qu'une loi ou ordonnance puisse avoir l'effet que v\s dites4 ,j'en juge p> les filles de joie1 qui sont elles seules1 en une anne1 l'objet de plus d'dits qu'il ne s'en r5d dans un sicle p\r t\s les autres corps du royaume et qui n'en ex]c5t pas mo9s leur ngoce avec une exactitude qui ti5t des =ces naturelles4 ,elles se ri5t des c&ides noirceurs qu'un magi/rat du nom de ,nicodme mdite leur endroit1 et se moqu5t du maire de ,baiselance#b1 qui a =m p\r leur ru9e1 avec plusieurs fiscaux et procureurs1 une ligue impuissante4 ,je puis v\s dire que ,ca!r9e la d5tellire ignore jusqu'au nom de ce ,baiselance et qu'elle l'ignor]a jusqu' sa f91 qui s]a *rti5ne1 du mo9s je l'espre4 ,et j'en induis que t\tes les lois1 dont un m9i/re gonfle son portefeuille1 sont de va9es pap]asses qui ne peuv5t ni n\s faire vivre1 ni n\s emp*] de vivre4 --,monsieur ,coign>d1 dit le s]ruri] de ,gre5wi*1 on voit bi5 p> la bassesse de votre langage1 que v\s tes faonn la s]vitude4 ,v\s p>l]iez autrem5t des m9i/res et des lois si v\s aviez le bonheur de j\ir1 comme moi1 d'un g\v]nem5t libre4 --,monsieur ,%ipp51 dit l'abb1 la lib]t vraie e/ celle d'une me affran*ie des vanits de ce monde4 ,quant aux lib]ts publiques1 je m'en moque comme d'une guigne4 ,ce sont l des illusions dont on amuse la vanit des ignorants4 --,v\s me confirmez1 dit ,m4 ,%ipp51 dans cette ide que les ,franais sont des s+es4 --,p]mettez6 s'cria mon pre en agitant sa l>doire1 il se tr\ve aussi p>mi eux des lions4 --,il n'y manque donc que des citoy5s1 reprit ,m4 ,%ipp54 ,t\t le monde1 dans le j>d9 des ,tuil]ies1 y dispute des affaires publiques1 sans qu'il sorte jamais de ces qu]elles une ide raisonnable4 ,votre peuple n'e/ qu'une mnag]ie turbul5te4 --,monsieur1 dit mon bon matre1 il e/ vrai que les socits huma9es1 qu& elles atteign5t un degr de politesse1 devi5n5t des manires de mnag]ies1 et que le progrs des moeurs e/ de vivre en cage1 au lieu d'err] misrablem5t dans les bois4 ,et cet tat e/ commun t\s les pays d',europe4 --,monsieur1 dit le s]ruri] de ,gre5wi*1 l',anglet]re n'e/ pas une mnag]ie1 c> elle a un ,p>lem5t1 dont ses m9i/res dp5d5t4 --,monsieur1 dit l'abb1 il se p\rra faire qu'un j\r la ,france ait aussi des m9i/res s\mis un ,p>lem5t4 ,mieux encore4 ,le temps apporte beauc\p de *angem5ts aux con/itutions des empires1 et l'on peut imag9] que la ,france adopte1 dans un sicle ou deux1 le g\v]nem5t populaire4 ,mais1 monsieur1 les secrtaires d'tat1 qui sont peu de *ose auj\rd'hui1 ne s]ont plus ri5 alors4 ,c> au lieu de dp5dre du mon>que1 dont ils ti5n5t la puissance et la dure1 ils s]ont s\mis l'op9ion du peuple et p>ticip]ont de son in/abilit4 ,il e/ rem>qu] que les m9i/res n'ex]c5t le p\voir avec quelque =ce que dans les mon>*ies absolues1 comme il se voit p> les exemples de ,joseph1 fils de ,jacob1 m9i/re de ,ph>aon1 et d',aman1 m9i/re d',assurus1 qui eur5t une gr&e "p au g\v]nem5t1 le premi] en gypte et le second *ez les ,p]sans4 ,il fallut l'occasion d'une royaut =te et d'un roi faible p\r arm] en ,france le bras d'un ,ri*elieu4 ,dans l'tat populaire les m9i/res devi5dront si dbiles que leur m*ancet mme et leur sottise ne caus]ont plus de mal4 ,ils ne recevront des tats gnraux qu'une autorit inc]ta9e et prcaire2 ne p\vant se p]mettre de longs espoir ni de va/es p5ses1 ils us]ont en expdi5ts misrables leur phmre exi/5ce4 ,ils jauniront dans le tri/e ef=t de lire sur les c9q c5ts visages d'une assemble des ordres p\r agir4 ,*]*ant en va9 leur propre p5se dans la p5se d'une f\le d'hommes ignorants et diviss1 ils languiront en une impuissance inquite4 ,ils se d%abitu]ont de ri5 prp>] ni de ri5 prvoir1 et ne s'tudi]ont plus qu' l'intrigue et au m5songe4 ,ils tomb]ont de si bas que leur *ute ne leur f]a po9t de mal1 et leurs noms1 *>bonns sur les murs p> les petits grimauds d'cole1 f]ont rire les b\rgeois4 ,a ce disc\rs1 ,m4 ,%ipp5 haussa les paules4 --,c'e/ possible1 dit-il2 et je vois assez bi5 les ,franais dans cet tat4 --,oh6 dit mon bon matre1 en cet tat le monde ira son tra94 ,il faudra mang]4 ,c'e/ la gr&e ncessit qui eng5dre t\tes les autres4 ,m4 ,%ipp5 dit en sec\ant sa pipe3 --,en att5dant1 on n\s promet un m9i/re qui favoris]a les agriculteurs1 mais qui ru9]a le comm]ce si on le laisse faire4 ,c'e/ moi d'y pr5dre g>de1 puisque je suis s]ruri] ,gre5wi*4 ,j'assembl]ai les s]ruri]s et je les h>angu]ai4 ,il mit sa pipe dans sa po*e et sortit sans n\s donn] le bonsoir4 ,,vii ,,le ,,n\veau ,,m9i/,,re 7,,suite ,,et ,,f97 ,aprs le s\p]1 comme la soire tait belle1 ,m4 l'abb ,jrme ,coign>d fit quelques pas dans la rue ,sa9t-,jacques o s'allumai5t les lant]nes1 et j'eus l'honneur de l'accompagn]4 ,il s'arrta s\s le por*e de ,sa9t-,b5ot-le-,bt\rn1 et1 me montrant de sa belle ma9 grasse1 faite p\r les dmon/rations scola/iques aussi bi5 que p\r les c>esses dlicates1 l'un des bancs de pi]re rangs des deux cts s\s des /atues trs go?iques accompagnes de b>b\illages obscnes3 --,t\rnebro*e1 mon fils1 me dit-il1 si v\s m'en croyez1 n\s pr5drons le frais un mom5t sur ces vieilles pi]res luisantes1 o tant de gueux sont v5us1 avant n\s1 repos] leurs misres4 ,il se peut que deux ou trois de ces innombrables malheureux y ai5t *ang entre eux des propos excell5ts4 ,n\s risqu]ons d'y attrap] des puces4 ,mais tant1 mon fils1 dans l'ge des am\rs1 v\s croirez que ce sont celles de ,jeannette la vielleuse ou de ,ca!r9e la d5tellire1 qui ont c\tume d'y am5] leurs galants la brune1 et leur piqre v\s s]a d\ce4 ,c'e/ une illusion p]mise votre jeunesse4 ,p\r moi1 qui ai pass l'ge des *>mantes erreurs1 je me dirai qu'il ne faut pas trop accord] aux dlicatesses de la *air et que le philosophe ne doit pas s'inquit] des puces1 qui sont1 comme le re/e de l'univ]s1 un gr& my/re de ,dieu4 ,ce disant1 il s'assit en pr5ant so9 de ne po9t drang] un petit ,savoy>d et sa m>motte qui dormai5t leur sommeil innoc5t sur le vieux banc de pi]re4 ,je pris place son ct4 ,l'entreti5 qui avait rempli le dn] de midi me rev5ant l'esprit3 --,monsieur l'abb1 dem&ai-je ce bon matre1 v\s p>liez tantt des m9i/res4 ,ceux du roi n'imposai5t votre esprit ni p> leur habit et leur c>rosse1 ni p> leur gnie1 et v\s les jugiez avec la lib]t d'une me que ri5 n'tonne4 ,puis1 considrant le sort de ces (fici]s dans l'tat populaire 7s'il v5ait jamais s'tablir71 v\s n\s les reprs5tiez misrables l'excs1 et mo9s dignes de l\anges que de piti4 ,s]iez-v\s contraire aux g\v]nem5ts libres1 r5\vels des rpubliques de l'antiquit8 --,mon fils1 rpondit mon bon matre1 je suis de moi-mme encl9 aim] le g\v]nem5t populaire4 ,l'humilit de ma condition m'y porte1 et les ,sa9tes critures1 dont j'ai fait quelque tude1 m'aff]miss5t dans cette prfr5ce1 c> le ,seigneur a dit dans ,rama?a3 ,les anci5s d',isral veul5t un roi af9 que je ne rgne po9t sur eux4 ,or1 voici quel s]a le droit du roi qui v\s g\v]n]a3 ,il pr5dra vos enfants p\r conduire ses *>iots1 et il les f]a c\rir devant son *>4 ,il f]a de vos filles ses p>fumeuses1 ses cuis9ires et ses b\langres4 ,filias quoque ve/ras faciet sibi ungu5t>ias et fec>ias et panificas4 ,cela e/ dit expressm5t au livre des ,rois1 o l'on voit encore que le mon>que apporte ses sujets deux prs5ts fune/es1 la gu]re et la dme4 ,et s'il e/ vrai que les mon>*ies sont d'in/itution div9e1 il e/ galem5t vrai qu'elles prs5t5t t\s les c>actres de l'imbcillit et de la m*ancet huma9es4 ,il e/ croyable que le ,ciel les a donnes aux peuples p\r leur *tim5t3 ,et tribuit eis petitionem eorum4 ,s\v5t dans sa colre il reoit nos victimes2 ,ses prs5ts sont s\v5t la pe9e de nos crimes4 ,je p\rrais1 mon fils1 v\s rapport] plusieurs beaux endroits des auteurs anci5s o la ha9e de la tyrannie e/ r5due avec une admirable vigueur4 ,enf91 je crois avoir t\j\rs montr quelque =ce d'me en mprisant les gr&eurs de *air et j'ai1 t\t autant que le jansni/e ,blaise ,pascal1 le dgt des trognes pe4 ,t\tes ces raisons p>l5t dans mon coeur et dans mon esprit p\r le g\v]nem5t populaire4 ,j'en ai fait le sujet de mditations que je mettrai quelque j\r p> crit dans un ouvrage de ce g5re dont on dit qu'il faut cass] l'os p\r tr\v] la moelle2 je veux v\s faire ent5dre que je compos]ai un n\vel loge de la folie1 qui sembl]a frivole la frivolit1 mais o les sages reconnatront la sagesse prudemm5t ca*e s\s la m>otte et le bonnet v]t4 ,bref1 je s]ai un autre rasme2 j'in/ruirai1 son exemple1 les peuples p> un docte et judicieux bad9age4 ,et v\s tr\v]ez1 mon fils1 dans un *apitre de ce trait1 t\s les claircissem5ts au sujet qui v\s intresse2 v\s y connatrez la condition des m9i/res placs dans la dp5dance des tats ou assembles populaires4 --,ah6 monsieur l'abb1 m'criai-je1 combi5 j'ai hte de lire ce livre6 ,qu& p5sez-v\s qu'il s]a crit8 --,je ne sais1 rpondit mon bon matre4 ,et1 vrai dire1 je crois que je ne l'crirai jamais4 ,les desse9s que =m5t les hommes sont s\v5t trav]ss4 ,n\s ne disposons pas de la mo9dre p>celle de l'av5ir1 et cette inc]titude1 commune t\te la race d',adam1 e/ *ez moi porte l'extrme p> un long en*anem5t d'in=tunes4 ,c'e/ p\rquoi1 mon fils1 je dsespre de p\voir jamais compos] cette factie respectable4 ,sans v\s faire sur ce banc un trait politique1 je v\s dirai du mo9s comm5t j'eus l'ide d'introduire dans mon livre imag9aire un *apitre o p>atrai5t la faiblesse et la malice des s]viteurs que pr5dra le bonhomme ,dmos1 qu& il s]a le matre1 s'il le devi5t jamais1 ce dont je ne dcide po9t3 c> je ne me mle pas de prophtis]1 laissant ce so9 aux pucelles1 qui vatic95t l'exemple des sibylles telles que la ,cumane1 la ,p]sique et la ,tiburt9e1 qu>um insigne virg9itas e/ et virg9itatis prmium div9atio4 ,v5ons-en donc notre sujet4 ,il y a de cela v+t ans environ1 j'habitais la plaisante ville de ,sez1 o j'tais biblio?caire de monsieur l'vque4 ,des comdi5s errants1 qui passai5t d'av5ture1 j\r5t1 dans une grange1 une tragdie assez bonne4 ,j'y allai et vis p>atre un emp]eur roma9 dont la p]ruque tait orne de plus de lauri]s qu'un jambon de la foire ,sa9t-,laur5t4 ,il s'assit dans un fauteuil de *ano9e2 ses deux m9i/res1 en habit de c\r1 avec leurs gr&s cordons1 prir5t place ses cts sur des tab\rets2 et t\s trois =mr5t le ,conseil d'tat sur les qu9quets qui puai5t excessivem5t4 ,dans la suite des dlibrations1 l'un des conseill]s traa un portrait satirique des consuls aux d]ni]s temps de la ,rpublique4 ,il les montrait impati5ts d'us] et d'abus] de leur puissance passagre1 ennemis du bi5 public1 jal\x de leurs successeurs1 en qui ils tai5t seulem5t assurs de tr\v] les complices de leurs rap9es et de leurs concussions4 ,voici comme il p>lait3 ,ces petits s\v]a9s qu'on fait p\r une anne1 ,voyant d'un temps si c\rt leur puissance borne1 ,des plus heureux desse9s font avort] le fruit1 ,de peur de le laiss] celui qui les suit4 ,comme ils ont peu de "p aux bi5s dont ils ordonn5t1 ,dans le *amp du public l>gem5t ils moissonn5t1 ,assurs que *acun leur p>donne aism5t1 ,esprant son t\r un p>eil traitem5t4 ,or1 mon fils1 ces v]s qui1 p> l'exactitude s5t5cieuse1 rappell5t les quatra9s de ,pibrac1 sont plus excell5ts1 p\r le s5s1 que le re/e de la tragdie1 qui s5t un peu trop les frivolits pompeuses de la ,fronde des pr9ces et qui e/ t\te gte p> les galant]ies hroques d'une manire de du*esse de ,longueville1 qui y p>at s\s le nom d'milie4 ,j'ai pris so9 de les ret5ir af9 de les mdit]4 ,c> on tr\ve de belles maximes1 mme dans les ouvrages de ?tre4 ,ce que le pote dit en ces huit v]s des consuls de la ,rpublique roma9e s'applique galem5t aux m9i/res des dmocraties1 dont le p\voir e/ prcaire4 ,ils sont faibles1 mon fils1 p>ce qu'ils dp5d5t d'une assemble populaire incapable galem5t des vues gr&es et pr(ondes d'un politique et de l'imbcillit innoc5te d'un roi fa9ant4 ,les m9i/res ne sont gr&s que s'ils second5t1 comme ,sully1 un pr9ce intellig5t ou s'ils ti5n5t1 comme ,ri*elieu1 la place du mon>que4 ,et qui ne s5t que le ,dmos n'aura ni la prud5ce ob/9e d'un ,h5ri ,,iv1 ni l'in]tie favorable d'un ,l\is ,,xiii8 ,a suppos] qu'il sa*e ce qu'il veut1 il ne saura ni comm5t sa volont doit tre faite ni seulem5t si elle e/ faisable4 ,comm&ant mal1 il s]a mal obi et se croira t\j\rs trahi4 ,les dputs qu'il env]ra ses tats gnraux entreti5dront p> d'+nieux m5songes ses illusions jusqu'au mom5t de tomb] s\s ses s\pons inju/es ou lgitimes4 ,ces tats procd]ont de la mdiocrit confuse des f\les dont ils s]ont issus4 ,ils r\l]ont d'obscures et multiples p5ses4 ,ils donn]ont p\r t*e aux *efs du g\v]nem5t d'excut] des volonts vagues dont ils n'auront pas eux-mmes consci5ce1 et leurs m9i/res1 mo9s heureux que l',o$ipe de la ,fable1 s]ont dvors t\r t\r p> le ,sph9x aux c5t ttes1 p\r n'avoir pas dev9 l'nigme dont le ,sph9x lui-mme ignorait le mot4 ,leur plus gr&e misre s]a de se rsign] l'impuissance1 et de p>l] au lieu d'agir4 ,ils devi5dront des rhteurs1 et de trs mauvais rhteurs1 c> le tal5t1 apportant avec lui quelque cl>t1 les p]drait4 ,ils devront s'tudi] p>l] p\r ne ri5 dire1 et les mo9s sots d'entre eux s]ont condamns m5tir plus que les autres4 ,en sorte que les plus intellig5ts devi5dront les plus mprisables4 ,et s'il s'en tr\ve encore d'assez habiles p\r conclure des traits1 rgl] les f9ances et p\rvoir aux affaires1 leurs connaissances ne leur s]viront de ri51 c> le temps leur manqu]a1 et le temps e/ l't(fe des gr&es entreprises4 ,cette condition humiliante dc\rag]a les bons et donn]a de l'ambition aux mauvais4 ,de t\tes p>ts1 les incapacits ambitieuses s'lv]ont du fond des b\rgades aux premi]s emplois de l'tat1 et comme la probit n'e/ pas naturelle l'homme1 et qu'elle doit y tre cultive p> de longs so9s et p> des artifices cont9us1 on v]ra des nues de concussionnaires s'abattre sur le trsor public4 ,le mal s]a beauc\p accru p> l'clat du sc&ale1 puisqu'il e/ difficile de ri5 ca*] dans le g\v]nem5t populaire1 et1 p> la faute de plusieurs1 t\s devi5dront suspects4 ,je n'en conclus po9t1 mon fils1 que les peuples s]ont alors plus malheureux qu'ils ne sont auj\rd'hui4 ,je v\s ai fait assez ent5dre dans nos prcd5ts entreti5s que je ne crois pas que le sort de la nation dp5de du pr9ce et de ses m9i/res1 et que c'e/ accord] trop de v]tu aux lois que d'en faire des s\rces de la prosprit ou de la misre publiques4 ,nanmo9s la multitude des lois e/ fune/e1 et je cra9s encore que les tats gnraux n'abus5t de leur facult lgislatrice4 ,c'e/ le p* mignon de ,col9 et de ,jeannot de faire des ordonnances en g>dant leurs m\tons et de dire3 ,si j'tais roi6444 ,qu& ,jeannot s]a roi1 il promulgu]a plus d'dits en un an que n'en colligea dans t\t son rgne l'emp]eur ,ju/9i54 ,c'e/ p> cet endroit encore que le rgne de ,jeannot me semble r$\table4 ,mais celui des rois et des emp]eurs fut gnralem5t si mauvais qu'on n'en peut cra9dre un pire1 et ,jeannot ne f]a pas beauc\p plus de sottises1 sans d\te1 ni de m*ancets que t\s ces pr9ces ce9ts de la d\ble ou triple c\ronne qui depuis le dluge c\vr5t le monde de sang et de ru9es4 ,son incapacit mme et sa turbul5ce auront cela d'excell5t1 qu'elles r5dront impossibles ces savantes correspondances d'tat tat1 qu'on nomme diplomatiques et qui n'ab\tiss5t qu' allum] arti/em5t des gu]res inutiles et dsa/reuses4 ,les m9i/res du bonhomme ,dmos1 sans cesse talonns1 b\sculs1 humilis1 b\rrs1 culbuts et plus assaillis de pommes cuites et d'oeufs durs que le pire arlequ9 du ?tre de la foire1 n'auront po9t de loisirs p\r prp>] polim5t dans la paix et le secret du cab9et1 sur le tapis v]t1 des c>nages1 en considration de ce qu'on appelle l'quilibre europen et qui n'e/ que la =tune des diplomates4 ,il n'y aura plus de politique trangre et ce s]a un gr& bonheur p\r la malheureuse humanit4 ,a ces mots1 mon bon matre se leva et reprit de la sorte3 --,il e/ temps de r5tr]1 mon fils1 c> cette heure le s]e9 me pntre p> le dfaut de mes habits1 qui sont p]cs en div]s endroits4 ,aussi bi51 demeur] plus longtemps s\s ce por*e1 n\s risqu]ions d'eff>\*] les galants de ,ca!r9e et de ,jeannette qui att5d5t ici l'heure du b]g]4 ,,viii ,,messieurs ,,les ,,*ev9s ,ce soir-l1 n\s allmes1 mon matre et moi1 s\s la tonnelle du ,petit-,bac*us1 o n\s tr\vmes ,ca!r9e la d5tellire1 le c\teli] boiteux et le pre qui m'eng5dra4 ,ils tai5t assis t\s trois la mme table devant un pot de v9 dont ils avai5t pris assez p\r tre plaisants et sociables4 ,on v5ait d'lire dans les =mes deux *ev9s sur quatre1 et mon pre en disc\rait selon son tat et son gnie4 --,le malheur1 disait-il1 e/ que les *ev9s sont g5s de robe et non po9t rtisseurs1 et qu'ils ti5n5t leur magi/rature du roi et non des m>*&s1 notamm5t de la corporation des rtisseurs p>isi5s dont je suis porte-bannire4 ,s'ils tai5t de mon *oix1 ils abolirai5t la dme et la gabelle et n\s s]ions t\s heureux4 mo9s que le monde ne m>*e reculons comme les crevisses1 un j\r vi5dra o les *ev9s s]ont lus p> les m>*&s4 --,n'en d\tez po9t1 dit ,m4 l'abb ,coign>d1 les *ev9s s]ont lus un j\r p> les patrons et p> les appr5tis4 --,pr5ez g>de ce que v\s dites l1 monsieur l'abb1 rpliqua mon pre1 inquiet et fronant les s\rcils4 ,qu& les appr5tis se ml]ont de nomm] les *ev9s1 t\t s]a p]du4 ,du temps que j'tais appr5ti1 je ne songeais qu' mettre mal le bi5 et la femme de mon patron4 ,mais depuis que j'ai une b\tique et une femme1 j'ent5ds les intrts publics1 qui sont lis aux mi5s4 ,le/urgeon1 notre hte1 apporta un pot de v94 ,c'tait un petit homme r\x1 agile et rude4 --,v\s p>lez des n\veaux *ev9s1 dit-il1 les po+s sur les han*es4 ,je s\haite seulem5t qu'ils en sa*5t autant que les anci5s1 qui p\rtant n'tai5t pas bi5 connaisseurs de l'intrt public4 ,mais ils comm5ai5t d'appr5dre leur tat4 ,v\s savez1 matre ,lon>d 7il p>lait mon pre71 que l'cole o les enfants de la rue ,sa9t-,jacques vont appr5dre leur ,croix-de-,dieu e/ btie de bois et qu'il suffirait d'un fusil et d'un copeau p\r la faire flamb] comme un feu de la ,sa9t-,jean4 ,j'en avisai messieurs de l',htel de ,ville4 ,ma lettre ne p*ait pas p> le /yle1 c> je l'avais fait crire1 p\r six blancs1 un secrtaire qui ti5t *oppe s\s le ,val-de-,grce4 ,j'y reprs5tais messieurs les *ev9s que t\s les petits g>s du qu>ti] tai5t en dang] quotidi5 de grill] comme des &\illes1 ce qui tait considr]1 eu g>d la s5sibilit des mres4 ,monsieur l'*ev9 qui s'occupe des coles me rpondit polim5t1 au b\t de trois mois1 que le dang] que c\rai5t les petits g>s de la rue ,sa9t-,jacques veillait t\te sa sollicitude1 et qu'il tait jal\x de le conjur]2 qu'en consqu5ce1 il envoyait aux coli]s ci-dessus dsigns une pompe inc5die4 ,le roi1 aj\tait-il1 ayant1 dans sa bont1 con/ruit une fonta9e en commmoration de ses victoires deux c5ts pas de l'cole1 l'eau ne saurait manqu]1 et les enfants appr5dront en peu de j\rs mani] la pompe que la ,ville cons5t leur octroy]4 ,en lisant cette lettre1 je sautai au plafond4 ,et1 ret\rnant au ,val-de-,grce1 je dictai au secrtaire une rponse qui tait t\rne comme ceci3 ,monseigneur l'dile1 ,monseigneur1 il y a dans la maison d'cole de la rue ,sa9t-,jacques deux c5ts m>mots dont le plus anci5 e/ g de sept ans4 ,voil de beaux pompi]s1 ,monseigneur1 p\r faire j\] votre pompe6 ,repr5ez-la et faites btir une maison d'cole en pi]re et moellon4 ,cette lettre1 comme la premire1 me cota six blancs1 avec le ca*et4 ,mais je ne p]dis po9t mon arg5t1 c> je reu1 aprs v+t mois1 une rponse p> laquelle monsieur l'*ev9 m'assurait que les m>mots de la rue ,sa9t-,jacques tai5t dignes de la sollicitude de l'*ev9age p>isi51 qui avis]ait leur sret4 ,j'en suis l4 ,si mon *ev9 quitte la place1 il me faudra t\t recomm5c] et pay] encore d\ze blancs au secrtaire du ,val-de-,grce4 ,c'e/ p\rquoi1 matre ,lon>d1 bi5 que p]suad qu'il se tr\ve la maison de ville des figures qui s]ai5t mieux places la foire1 p\r y faire ,jocrisse1 je n'ai gures envie d'y voir entr] de n\veaux visages et je ti5s g>d] l'*ev9 la pompe4 --,moi1 dit ,ca!r9e1 c'e/ au lieut5ant-crim9el que j'en veux4 ,il laisse ,jeannette la vielleuse rd] *aque j\r1 entre *i5 et l\p1 s\s le por*e de ,sa9t-,b5ot-le-,bt\rn4 ,c'e/ une honte4 ,elle va p> les rues en m>motte et trane des jupes salies dans t\s les ruisseaux4 ,on devrait rs]v] les lieux publics aux filles assez bi5 nippes p\r s'y montr] avec honneur4 --,oh6 dit le c\teli] boiteux1 j'e/ime que le trottoir e/ t\t le monde et j'irai quelque j\r1 l'exemple de ,le/urgeon1 notre hte1 *ez le secrtaire du ,val-de-,grce p\r qu'il rdige en mon nom une belle supplique en faveur des pauvres colporteurs4 ,je ne puis p\ss] ma voiture aux bons endroits sans tre t\t de suite inquit p> les s]g5ts1 et ds qu'un laquais ou deux s]vantes s'arrt5t mon talage1 survi5t un gr& coqu9 noir qui m'ordonne au nom de la loi d'all] v5dre ma pacotille ailleurs4 ,tantt je suis sur le t]ra9 l\ p> les g5s du m>*1 tantt je me tr\ve pro*e monsieur ,leborgne1 c\teli] jur4 ,une autre fois je dois cd] la *ausse au c>rosse d'un vque ou d'un pr9ce4 ,et me voil endossant le h>nais et tirant la bricole1 heureux si1 pr(itant de mon emb>ras1 le laquais et les *ambrires ne m'ont pas emport1 sans pay]1 un tui1 des ciseaux ou quelque bel eu/a*e de ,*tell]ault4 ,je suis las de s\ffrir la tyrannie2 je suis las d'pr\v] l'inju/ice des g5s de ju/ice4 ,je s5s un gr& beso9 de rvolte4 --,je connais ce signe1 dit mon bon matre1 que v\s tes un c\teli] magnanime4 --,je ne suis po9t magnanime1 monsieur l'abb1 reprit mode/em5t le boiteux1 je suis v9dicatif1 et le ress5tim5t m'a p\ss v5dre en secret des *ansons contre le roi1 ses matresses1 et ses m9i/res4 ,j'en g>de un bel assortim5t dans la b*e de ma voiture4 ,ne me trahissez pas4 ,celle des d\ze mirlitons e/ admirable4 --,je ne v\s trahirai pas1 rpondit mon pre2 p\r moi une bonne *anson vaut un v]re de v9 et mme davantage4 ,je ne dis ri5 non plus des c\teaux1 et je suis aise1 bonhomme1 que v\s v5diez les vtres2 c> il faut que t\t le monde vive4 ,mais conv5ez qu'on ne peut s\ffrir que les v5deurs ambulants fass5t concurr5ce aux m>*&s qui ont pris b\tique loy] et pay5t la taxe4 ,ri5 n'e/ plus contraire l'ordre et la bonne police4 ,l'audace de ces trane-misre e/ in\e4 ,jusqu'o irait-elle si on ne la rprimait8 ,l'an pass1 un paysan de ,montr\ge ne v5ait-il pas arrt] devant la rtiss]ie de la ,re9e ,pdauque sa *>rette ple9e de pigeons qu'il v5dait t\t cuits deux s\s mo9s *] que je ne v5ds les mi5s4 ,et le ru/re criait d'une voix bris] les vitres de ma b\tique3 ,a c9q s\s les beaux pigeons6 ,je le m5aai v+t fois de ma l>doire4 ,mais il me rpondait /upidem5t que la rue e/ t\t le monde4 ,j'en portai pla9te monsieur le lieut5ant-crim9el1 qui me fit ju/ice en me db>rassant du vila94 ,je ne sais ce qu'il e/ dev5u2 mais je lui g>de rancune du mal qu'il m'a fait2 c> voir mes pratiques ord9aires lui a*et] ses pigeons p> c\ples1 voire p> demi-d\za9es1 je pris une jaunisse dont je re/ai longtemps mlancolique4 ,je v\drais qu'on lui mt sur le corps1 avec de la glu1 autant de plumes qu'il en a tires aux volatiles qu'il v5dait t\tes cuites ma b>be1 et qu'a9si emplum de la tte aux pi$s1 il ft conduit p> les rues1 au cul de sa *>rette4 --,matre ,lon>d1 dit le c\teli] boiteux1 v\s tes dur aux pauvres g5s4 ,c'e/ a9si qu'on p\sse b\t les malheureux4 --,monsieur le c\teli]1 je v\s conseille1 dit en riant mon bon matre1 de faire faire ,sa9t-,innoc5t1 p> quelque criva9 gages1 une satire de matre ,lon>d et de la v5dre avec vos *ansons sur les d\ze mirlitons du roi ,l\is4 ,il convi5drait de blasonn] un peu notre ami qui1 dans un tat quasi s]vile1 aspire non po9t la lib]t1 mais la tyrannie4 ,je conclus de t\s vos disc\rs1 messieurs1 que la police des villes e/ d'un art difficile1 qu'il y faut concili] des intrts opposs et s\v5t contraires1 que le bi5 public e/ =m d'un gr& nombre de maux p>ticuli]s1 et qu'enf9 il e/ dj m]veilleux que des g5s enf]ms dans des murailles ne s'y entre-dvor5t pas4 ,c'e/ un bonheur qu'il faut attribu] leur poltronn]ie4 ,la paix publique e/ fonde uniquem5t sur le faible c\rage des citoy5s qui se ti5n5t en respect les uns les autres p> la peur qu'ils se font rciproquem5t4 ,et le pr9ce1 en leur inspirant t\s l'p\vante1 leur assure l'ine/imable bi5fait de la paix4 ,quant vos *ev9s1 dont le p\voir e/ faible1 et qui ne sont pas capables de v\s nuire ni de v\s s]vir beauc\p1 et dont le mrite consi/e surt\t dans leur gr&e canne et leur p]ruque1 ne v\s plaignez po9t trop de ce qu'ils soi5t *oisis p> le roi et placs1 peu s'en faut1 depuis le d]ni] rgne1 au rang d'(fici]s de la c\ronne4 ,amis du pr9ce1 ils sont les ennemis de t\s les citoy5s indi/9ctem5t1 et cette inimiti e/ r5due supportable *acun p> l'galit p>faite avec laquelle elle se rp& sur t\s4 ,c'e/ une pluie dont n\s ne recevons1 les uns et les autres1 que quelques g\ttes4 ,un j\r1 qu& ils s]ont nomms p> le peuple 7comme on dit qu'ils le fur5t aux premi]s temps de la mon>*ie71 les *ev9s auront dans la cit mme des amis et des ennemis4 lus p> les m>*&s payant loy] et dme1 ils maltrait]ont les colporteurs4 lus p> les colporteurs1 ils vex]ont les m>*&s4 lus p> les artisans1 ils s]ont contraires aux matres1 qui font travaill] les artisans4 ,ce s]a une cause incessante de disputes et de qu]elles4 ,ils =m]ont un conseil tumultueux1 o *acun agit]a les intrts et les passions de ses lecteurs4 ,p\rtant j'imag9e qu'ils ne f]ont pas regrett] nos *ev9s actuels1 qui ne dp5d5t que du pr9ce4 ,leur vanit turbul5te amus]a les citoy5s qui s'y contempl]ont comme dans un miroir grossissant4 ,ils us]ont mdiocrem5t d'une mdiocre puissance4 ,sortis de l'tat populaire1 ils s]ont aussi incapables de le dvelopp] que de le cont5ir4 ,les ri*es s'p\vant]ont de leur audace et les misrables accus]ont leur timidit1 qu& il et fallu seulem5t reconnatre leur bruyante impuissance4 ,au re/e1 capables de t*es communes et adm9i/rant le bi5 public avec cette insuffisance suffisante qu'on atte9t t\j\rs et qu'on ne dpasse jamais4 --,ouf6 dit mon pre1 v\s avez bi5 p>l1 monsieur l'abb4 ,ma9t5ant1 buvez6 ,,ix ,,la ,,sci5ce ,ce j\r-l n\s p\ssmes1 mon bon matre et moi1 jusqu'au ,pont-,neuf1 dont les demi-lunes tai5t c\v]tes de ces trteaux sur lesquels les b\qu9i/es tal5t des romans mls des livres de pit4 ,on y tr\ve p\r deux sols l',a/re t\t entire et le ,gr& ,cyrus1 us et graisss p> des lecteurs de prov9ce1 avec l',ongu5t p\r la brlure et div]s ouvrages des jsuites4 ,mon bon matre avait c\tume de lire en passant quelques pages de ces crits1 dont il ne faisait po9t emplette1 tant dmuni d'arg5t1 et g>dant raisonnablem5t p\r l'hte du ,petit-,bac*us les six blancs qu'il lui adv5ait1 p> extraord9aire1 de t5ir dans la po*e de sa culotte4 ,au re/e1 il n'tait po9t avide de possd] les bi5s de ce monde1 et les meilleurs ouvrages ne lui faisai5t po9t envie1 p\rvu qu'il en pt connatre les bons endroits1 dont il diss]tait ensuite avec une sagesse admirable4 ,les trteaux du ,pont-,neuf lui plaisai5t en cela que les livres y tai5t p>fums d'une odeur de friture1 p> le vois9age des m>*&es de beignets2 et ce gr& homme y respirait en mme temps les *res odeurs de la cuis9e et de la sci5ce4 ,*aussant ses lunettes1 il exam9a l'talage d'un brocanteur avec le cont5tem5t d'une me heureuse qui t\t e/ gracieux p>ce que t\t se reflte en elle avec grce4 --,t\rnebro*e1 mon fils1 me dit-il1 il se tr\ve sur l'tal de ce bon homme des livres fabriqus alors que l'imprim]ie tait encore1 autant dire1 dans les langes2 et ces livres se ress5t5t de la rudesse de nos aeux4 ,j'y r5contre une *ronique b>b>e de ,mon/relet1 auteur qu'on a dit plus baveux qu'un pot de m\t>de1 et deux ou trois vies de sa9te ,m>gu]ite1 que les commres mettai5t jadis en compresse sur leur v5tre dans les d\leurs de l'enfantem5t4 ,il s]ait inconcevable que les hommes euss5t t si sots que d'crire et de lire de p>eilles inepties1 si notre sa9te religion ne n\s enseignait qu'ils naiss5t avec un g]me d'imbcillit4 ,et1 comme les lumires de la foi ne m'ont jamais fait dfaut1 non po9t mme1 p> bonheur1 dans les erreurs du lit et de la table1 je conois mieux leur /upidit passe que leur intellig5ce prs5te1 qui1 p\r t\t dire1 me semble illusoire et dcevante1 telle qu'elle sembl]a aux gnrations futures1 c> l'homme e/1 p> ess5ce1 une sotte bte et les progrs de son esprit ne sont que les va9s effets de son inquitude4 ,c'e/ p\r cette raison1 mon fils1 que je me dfie de ce qu'ils nomm5t sci5ce et philosophie1 et qui n'e/1 mon s5tim5t1 qu'un abus de reprs5tations et d'images fallacieuses1 et1 dans un c]ta9 s5s1 l'avantage du mal9 ,esprit sur les mes4 ,v\s ent5dez bi5 que je suis trs loign de croire t\tes les diabl]ies dont s'effraie la crance populaire4 ,j'e/ime1 avec les ,pres1 que la t5tation e/ en n\s1 et que n\s sommes n\s-mmes nos dmons et nos malfices4 ,mais j'en veux monsieur ,desc>tes et t\s les philosophes qui1 sur son exemple1 ont *]* dans la connaissance de la nature une rgle de vie et un pr9cipe de conduite4 ,c> enf91 ,t\rnebro*e1 mon fils1 qu'e/-ce que la connaissance de la nature1 s9on la fantaisie de nos s5s8 ,et qu'e/-ce qu'y aj\te1 je v\s prie1 la sci5ce1 avec les savants depuis ,gass5di1 qui n'tait po9t un ne1 et ,desc>tes et ses disciples1 jusqu' ce joli sot de monsieur de ,font5elle8 ,des bsicles1 mon fils1 des bsicles comme celles qui *auss5t mon nez4 ,t\s les microscopes et lunettes d'appro*e dont on fait vanit qu'e/-ce1 en ralit1 que des bsicles plus nettes que les mi5nes que j'a*etai l'an pass l'optici5 de la foire ,sa9t-,laur5t et dont le v]re de l'oeil gau*e1 qui e/ celui dont je vois le mieux1 s'e/ malheureusem5t f5du cet hiv] d'un tab\ret que me jeta la tte le c\teli] boiteux1 qui croyait que j'embrassais ,ca!r9e la d5tellire1 c> c'e/ un homme grossi] et t\t fait (fusqu p> les impressions du dsir *>nel8 ,oui1 ,t\rnebro*e1 mon fils1 que sont ces in/rum5ts dont les savants et les curieux empliss5t leurs gal]ies et leurs cab9ets8 ,que sont les lunettes1 a/rolabes1 b\ssoles1 s9on des moy5s d'aid] les s5s dans leurs illusions et de multipli] l'ignorance fatale o n\s sommes de la nature1 en multipliant nos rapports avec elle8 ,les plus doctes d'entre n\s diffr5t uniquem5t des ignorants p> la facult qu'ils acquir5t de s'amus] des erreurs multiples et compliques4 ,ils voi5t l'univ]s dans une topaze taille facettes au lieu de le voir1 comme madame votre mre p> exemple1 avec l'oeil t\t nu que le bon ,dieu lui a donn4 ,mais ils ne *ang5t po9t d'oeil en s'armant de lunettes2 ils ne *ang5t po9t de dim5sions en usant d'app>eils propres mesur] l'espace2 ils ne *ang5t pas de poids en employant des balances trs s5sibles2 ils dc\vr5t des app>5ces n\velles et sont p> l le j\et de n\velles illusions4 ,voil t\t6 ,si je n'tais pas p]suad1 mon fils1 des sa9tes vrits de notre religion1 il ne me re/]ait1 p> cette p]suasion o je suis que t\te connaissance huma9e n'e/ qu'un progrs dans la fantasmagorie1 qu' me jet] de ce p>apet dans la ,se9e1 qui vit d'autres noys1 depuis le temps qu'elle c\le1 ou d'all] dem&] ,ca!r9e cette espce d'oubli des maux de ce monde qu'on tr\ve dans ses bras et qu'il e/ indc5t de *]*] dans ma condition et surt\t mon ge4 ,je ne saurais que croire1 au milieu des app>eils dont les m5songes puissants gr&irai5t dmesurm5t les m5songes de ma vue1 et je s]ais un acadmici5 t\t fait misrable4 ,mon bon matre p>lait de la sorte devant la premire demi-lune de gau*e1 compt] de la rue ,dauph9e1 et il comm5ait d'effray] le m>*& qui le pr5ait p\r un exorci/e4 ,t\t c\p1 saisissant une vieille gomtrie orne d'assez m*antes figures de ,sba/i5 ,lecl]c#c3 --,peut-tre1 reprit-il1 au lieu de me noy] dans l'am\r ou dans l'eau1 si je n'tais *rti5 et ca?olique1 pr5drais-je le p>ti de me jet] dans la ma?matique1 o l'esprit tr\ve les alim5ts dont il e/ le plus avide1 savoir3 la suite et la cont9uit4 ,et j'av\e que ce petit livre1 t\t commun qu'il e/1 me donne quelque e/ime du gnie de l'homme4 ,a ces mots1 il ouvrit si l>gem5t le trait de ,sba/i5 ,lecl]c1 l'endroit des triangles1 qu'il faillit le rompre net4 ,mais bi5tt il le rejeta avec dgt4 --,hlas6 murmura-t-il1 les nombres dp5d5t du temps1 les lignes1 de l'espace1 et ce sont l encore des illusions huma9es4 ,en dehors de l'homme1 il n'y a ni ma?matique1 ni gomtrie1 et c'e/ en df9itive une connaissance qui ne n\s fait pas sortir de n\s-mmes1 bi5 qu'elle affecte un air d'indp5dance assez magnifique4 ,ayant dit1 il t\rna le dos au b\qu9i/e s\lag1 et respira l>gem5t4 --,ah6 ,t\rnebro*e1 mon fils6 reprit-il4 ,tu me vois s\ffrant d'un mal que je me suis donn et brl p> la tunique ard5te dont j'ai pris so9 moi-mme de me vtir et de me p>]4 ,il p>lait de la sorte p> image1 tant vtu1 en ralit1 d'une m*ante s\qu5ille qui ne t5ait plus que p> deux ou trois b\tons4 ,encore n'tai5t-ils pas engags dans les b\tonnires correspondantes2 et c'tait1 comme il avait c\tume de dire en riant1 qu& on l'en avisait1 un aju/em5t adultre1 image des moeurs dans les cits4 ,il p>lait avec *aleur3 --,je hais la sci5ce1 disait-il1 p\r l'avoir trop aime1 la faon des voluptueux qui repro*5t aux femmes de n'avoir pas gal le rve qu'ils se faisai5t d'elles4 ,j'ai v\lu t\t connatre et je s\ffre auj\rd'hui de ma c\pable folie4 ,heureux1 aj\ta-t-il1 oh6 bi5 heureux les bonnes g5s assembls aut\r de ce v5deur d'orvitan6 ,et il montra de la ma9 les laquais1 les *ambrires et les =ts du port ,sa9t-,nicolas1 =mant un c]cle aut\r d'un oprateur qui donnait la p>ade avec son valet4 --,vois1 ,t\rnebro*e1 me dit-il1 ils ri5t de bon coeur qu& le drle donne un c\p de pi$ au cul de cet autre drle4 ,et c'e/ en effet un spectacle plaisant1 qui e/ t\t gt p\r moi p> la rflexion1 c> lorsqu'on re*]*e l'ess5ce de ce pi$ et du re/e1 on ne rit plus4 ,j'aurais d1 tant *rti51 concevoir plus tt t\t ce qu'il y a de malignit dans cette maxime d'un paen3 ,heureux qui put connatre les causes6 j'aurais d m'enf]m] dans la sa9te ignorance comme dans un v]g] clos1 et re/] semblable aux petits enfants4 ,je me s]ais amus1 non po9t vrai dire1 des jeux grossi]s de ce ,mondor 7le ,molire du ,pont-,neuf aurait peu d'attrait p\r moi1 qu& l'autre me semble dj trop scurrile#d72 mais je me s]ais amus des h]bes de mon j>d91 et j'aurais l\ ,dieu dans les fleurs et les fruits de mes pommi]s4 ,une curiosit immodre m'a entran1 mon fils2 j'ai p]du1 dans la conv]sation des livres et des savants1 la paix du coeur1 la sa9te simplicit1 et cette puret des humbles d'autant plus admirable qu'elle ne s'altre ni au cab>et ni dans les b\ges1 comme il se voit p> l'exemple du c\teli] boiteux1 et1 si j'ose le dire1 p> celui de votre rtisseur de pre1 qui g>de beauc\p d'innoc5ce1 encore qu'ivrogne et dbau*4 ,mais il n'en va pas de mme de celui qui a tudi dans les livres4 ,il lui en re/e jamais une fire am]tume et une tri/esse sup]be4 ,comme il p>lait de la sorte1 la voix lui fut c\pe p> un r\lem5t de tamb\rs444 ,x ,l',,arm,e ,donc1 tant sur le ,pont-,neuf1 n\s ent5dmes un r\lem5t de tamb\rs4 ,c'tait le ban d'un s]g5t recruteur1 qui1 le po+ la han*e1 se c>rait sur le t]re-ple91 en avant d'une d\za9e de soldats portant des pa9s et des saucisses enfils la baonnette de leurs fusils4 ,un c]cle de gueux et de m>mots le reg>dait b\*e be4 ,il releva sa m\/a*e et fit sa proclamation4 --,n'y t5dons po9t l'oreille1 me dit mon bon matre4 ,ce s]ait p]dre son temps4 ,ce s]g5t p>le au nom du roi2 il ne saurait p>l] avec gnie4 ,s'il v\s plat d'ent5dre un disc\rs +nieux sur le mme sujet1 v\s entr]ez dans quelqu'un de ces f\rs du quai de la ,f]raille o les racoleurs enrl5t les laquais et les ru/res4 ,ces racoleurs1 tant des fripons1 sont t5us d'tre loqu5ts4 ,il me s\vi5t d'avoir1 en ma jeunesse1 au temps du feu roi1 ou la plus m]veilleuse h>angue de la b\*e d'un de ces m>*&s d'hommes1 qui t5ait b\tique dans la ,valle-de-,misre1 que v\s voyez d'ici1 mon fils4 ,racolant des hommes p\r les colonies3 ,jeunes g5s qui m'ent\rez1 leur disait-il1 v\s n'tes pas sans avoir ent5du p>l] du pays de ,cocagne2 c'e/ dans l',inde qu'il faut all] p\r tr\v] ce =tun pays2 c'e/ l que l'on a t\t gogo4 ,s\haitez-v\s de l'or1 des p]les1 des diamants8 ,les *em9s en sont pavs2 il n'y a qu' se baiss] p\r en pr5dre4 ,et encore1 ne v\s baiss]ez-v\s po9t4 ,les sauvages les ramass]ont p\r v\s4 ,je ne v\s p>le pas du caf1 des limons1 des gr5ades1 des oranges1 des ananas et de mille fruits dlicieux qui vi5n5t sans culture1 comme dans le p>adis t]re/re4 ,si je m'adressais des femmes ou des enfants1 je p\rrais leur vant] t\tes ces fri&ises1 mais je m'explique devant des hommes4 ,j'omets1 mon fils1 t\t ce qu'il dit de la gloire2 mais croyez qu'il gala ,dmo/hne en n]gie et ,cicron en abondance4 ,l'effet de son disc\rs fut d'envoy] c9q ou six malheureux m\rir de la fivre jaune dans des m>cages1 tant il e/ vrai que l'loqu5ce e/ une arme dang]euse et que le gnie des arts ex]ce1 p\r le mal comme p\r le bi51 sa puissance irrsi/ible4 ,rem]ciez ,dieu1 ,t\rnebro*e1 de ce que1 ne v\s ayant donn de tal5ts d'aucune sorte1 il ne v\s expose pas dev5ir un j\r le flau des peuples4 ,on reconnat les prfrs de ,dieu1 mon fils1 ce qu'ils n'ont po9t d'esprit1 et j'ai pr\v que l'intellig5ce assez vive que le ,ciel a mise en moi n'tait qu'une cause incessante de dang]s p\r ma paix en ce monde et dans l'autre4 ,que s]ait-ce1 si le coeur et la p5se d'un ,cs> habitai5t ma tte et ma poitr9e8 ,mes dsirs ne connatrai5t po9t de sexe et je s]ais inaccessible la piti4 ,j'allum]ais au d$ans et au dehors des gu]res inext+uibles4 ,encore ce gr& ,cs> avait-il l'me lgante et une sorte de d\ceur4 ,il m\rut avec dc5ce s\s le poign>d de ses assass9s v]tueux4 ,j\r des ,ides de m>s1 j\r jamais fune/e o des brutes s5t5cieuses dtruisir5t ce mon/re *>mant6 ,je suis digne de pleur] le div9 ,jules au ct de ,vnus1 sa mre2 et si je l'appelle mon/re1 c'e/ p> t5dresse1 c> dans son me gale1 il ne se tr\va ri5 d'excessif que la puissance4 ,il avait un naturel s5tim5t du ry?me et de la mesure4 ,il se plut galem5t dans sa jeunesse aux grces de la dbau*e et de la grammaire4 ,il tait orateur et sa beaut sans d\te ornait la s*]esse volontaire de ses disc\rs4 ,il aima ,cloptre avec cette exactitude gomtrique qu'il porta dans t\s ses desse9s4 ,il mit dans ses crits et dans ses actions le gnie de la cl>t4 ,il fut ami de l'ordre et de la paix jusque dans la gu]re1 s5sible l'h>monie et si habile con/ructeur de lois1 que n\s vivons encore1 t\t b>b>es que n\s sommes1 s\s la maje/ de son empire1 qui a fait le monde tel qu'il e/ auj\rd'hui4 ,v\s voyez1 mon fils1 que je ne lui mnage pas la l\ange ni l'am\r4 ,capita9e1 dictateur1 s\v]a9 pontife1 il a ptri l'univ]s dans ses belles ma9s4 ,p\r moi1 j'ai t pr(esseur d'loqu5ce au collge de ,beauvais1 secrtaire d'une *anteuse de l',opra1 biblio?caire de monsieur l'vque de ,sez1 criva9 public au *>ni] des ,sa9ts-,innoc5ts et prcepteur du fils de votre pre la rtiss]ie de la ,re9e ,pdauque2 j'ai fait un beau catalogue de manuscrits prcieux1 j'ai crit quelques libelles1 dont il vaut mieux ne pas p>l]1 et trac sur du papi] *&elle des maximes ddaignes des libraires4 ,p\rtant je ne *ang]ais pas mon exi/5ce contre celle de ce gr& ,cs>4 ,il en cot]ait trop mon innoc5ce4 ,et j'aime mieux tre un homme obscur1 pauvre et mpris1 comme je le suis en effet1 que de mont] ce fate o l'on ouvre l'univ]s de n\velles de/9es p> des voies sanglantes4 ,ce s]g5t recruteur1 que v\s ent5dez d'ici promettre ces gueux un s\ p> j\r avec le pa9 et la vi&e1 m'inspire1 mon fils1 de pr(ondes rflexions sur la gu]re et l'arme4 ,j'ai fait t\s les mti]s1 hors celui de soldat qui m'a t\j\rs inspir du dgt et de l'effroi1 p> les c>actres de s]vitude1 de fausse gloire et de cruaut qui y sont atta*s1 et qui se tr\v5t les plus contraires mon naturel pacifique1 mon am\r sauvage de la lib]t et mon esprit1 qui1 jugeant sa9em5t de la gloire1 e/ime au ju/e prix celle de la m\squet]ie4 ,je ne p>le po9t de mon p5*ant inv9cible la mditation qui et t trop excessivem5t contr>i p> l'ex]cice du sabre et du fusil4 ,ne v\lant po9t tre ,cs>1 v\s concevrez que je ne veuille po9t tre non plus ,la ,tulipe ou ,br9-d',am\r4 ,et je ne v\s ca*e pas1 mon fils1 que le s]vice militaire me p>at la plus effroyable pe/e des nations polices4 ,ce s5tim5t e/ philosophique4 ,il n'y a donc aucune app>5ce qu'il soit jamais p>tag p> un gr& nombre de p]sonnes4 ,et1 dans le fait1 les rois et les rpubliques tr\v]ont t\j\rs autant de soldats qu'ils en v\dront mettre leurs p>ades et leurs gu]res4 ,j'ai lu les traits de ,ma*iavel *ez monsieur ,blaizot1 l',image ,sa9te-,ca!r9e1 o ils sont t\s p>faitem5t relis en p>*em94 ,ils le mrit5t1 mon fils2 et1 p\r ma "p1 j'e/ime inf9im5t le secrtaire flor5t9 qui le premi] ta aux actions des politiques ce fondem5t de la ju/ice1 sur lequel ils n'tablir5t jamais que des sclratesses honores4 ,ce ,flor5t91 qui voyait sa patrie la m]ci de ses df5seurs m]c5aires1 conut l'ide d'une arme nationale et patriote4 ,il a dit en quelque endroit de ses livres qu'il e/ ju/e que t\s les citoy5s conc\r5t la sret de leur patrie et soi5t t\s soldats4 ,je l'ai ou s\t5ir p>eillem5t *ez monsieur ,blaizot p> monsieur ,roman qui e/ trs zl1 comme v\s le savez1 p\r les droits de l'tat4 ,il n'a s\ci que du gnral et de l'univ]sel et ne s]a cont5t qu'au j\r o t\s les intrts privs s]ont sacrifis l'intrt public4 ,donc ,ma*iavel et monsieur ,roman veul5t que n\s soyons t\s soldats1 tant t\s citoy5s4 ,je ne dirai pas comme eux que cela e/ ju/e4 ,et je ne dirai pas non plus que cela e/ inju/e1 p\r cette raison que le ju/e et l'inju/e sont affaire de raisonnem5t et que c'e/ un sujet dont les sophi/es seuls dcid5t4 --,quoi6 mon bon matre1 m'criai-je avec une d\l\reuse surprise1 v\s prt5dez que la ju/ice dp5d des raisons d'un sophi/e1 et que nos actions sont ju/es ou inju/es selon les argum5ts d'un habile homme4 ,cette maxime me *oque plus que je ne saurais dire4 --,t\rnebro*e1 mon fils1 rpondit ,m4 l'abb ,coign>d1 considrez que je p>le de la ju/ice huma9e1 qui e/ diffr5te de la ju/ice de ,dieu1 et qui y e/ gnralem5t oppose4 ,les hommes n'ont jamais s\t5u l'ide du ju/e et de l'inju/e que p> l'loqu5ce1 qui e/ sujette embrass] le p\r et le contre4 ,v\s v\lez peut-tre1 mon fils1 asseoir la ju/ice sur le s5tim5t2 mais pr5ez g>de que sur cette assiette v\s n'lv]ez qu'une masure humble et dome/ique1 la cabane du vieil v&re1 la *aumire o ,philmon vivait avec ,baucis4 ,mais le palais des lois1 la t\r des in/itutions d'tat veul5t d'autres fondem5ts4 ,la nature +nue n'en saurait support] seule le poids inique2 et ces murs r$\tables s'lv5t sur le fondem5t des m5songes antiques1 p> l'art subtil et froce des lgi/es1 des magi/rats et des pr9ces4 ,c'e/ une niais]ie1 ,t\rnebro*e1 mon fils1 que de re*]*] si une loi e/ ju/e ou inju/e1 et il en e/ du s]vice militaire comme des autres in/itutions1 dont on ne peut dire si elles sont bonnes ou mauvaises en pr9cipe1 puisqu'il n'y a pas de pr9cipe hors ,dieu1 de qui t\t sort4 ,il faut v\s df5dre1 mon fils1 de cette sorte d'esclavage qui e/ celui des mots et auquel les hommes se s\mett5t avec le plus de docilit4 ,sa*ez donc que le mot de ju/ice n'a aucun s5s1 si ce n'e/ en ?ologie o il e/ t]riblem5t expressif4 ,sa*ez que monsieur ,roman n'e/ qu'un sophi/e qu& il v\s dmontre qu'on doit le s]vice au pr9ce4 ,p\rtant je crois que si le pr9ce ordonne jamais t\s les citoy5s de se faire soldats1 il s]a obi1 je ne dis pas avec docilit1 mais avec allgresse4 ,j'ai obs]v que le mti] le plus naturel l'homme e/ celui de soldat2 c'e/ celui auquel il e/ port le plus facilem5t p> ses in/9cts et p> ses gts qui ne sont pas t\s bons4 ,et1 hors quelques r>es exceptions1 dont je suis1 l'homme peut tre df9i un animal m\squet4 ,donnez-lui un bel uni=me avec l'esprance d'all] se battre2 il s]a cont5t4 ,aussi faisons-n\s de l'tat militaire l'tat le plus noble1 ce qui e/ vrai dans un s5s1 c> cet tat e/ le plus anci51 et les premi]s huma9s fir5t la gu]re4 ,l'tat militaire a cela aussi d'appropri la nature huma9e1 qu'on n'y p5se jamais1 et il e/ clair que n\s ne sommes pas faits p\r p5s]4 ,la p5se e/ une maladie p>ticulire quelques individus et qui ne se propag]ait pas sans am5] promptem5t la f9 de l'espce4 ,les soldats viv5t en tr\pe1 et l'homme e/ un animal sociable4 ,ils port5t des habits bleus et blancs1 bleus et r\ges1 gris et bleus1 des rubans1 des plumets et des coc>des1 qui leur donn5t sur les filles l'avantage du coq sur la p\le4 ,ils vont en gu]re et la m>aude1 et l'homme e/ naturellem5t voleur1 libid9eux1 de/ructeur et s5sible la gloire4 ,c'e/ l'am\r de la gloire qui dcide surt\t nos ,franais pr5dre les armes4 ,et il e/ c]ta9 que1 dans l'op9ion1 la gloire militaire e/ la seule clatante4 ,il suffit1 p\r s'en assur]1 de lire les hi/oires4 ,la ,tulipe sembl]a excusable de n'tre pas plus philosophe que ,tite-,live4 ,,xi ,l',,arm,e 7,,suite7 ,mon bon matre p\rsuivit en ces t]mes3 --,il faut considr]1 mon fils1 que les hommes1 lis les uns aux autres1 dans la suite des temps1 p> une *ane dont ils ne voi5t que peu d'anneaux1 atta*5t l'ide de noblesse des c\tumes dont l'orig9e fut humble et b>b>e4 ,leur ignorance s]t leur vanit4 ,ils fond5t leur gloire sur des misres antiques1 et la noblesse des armes sort t\t entire de cette sauvag]ie des premi]s ges dont la ,bible et les potes ont cons]v le s\v5ir4 ,et qu'e/-ce en ralit que cette g5tilhomm]ie militaire1 roidie avec tant d'orgueil au-dessus de n\s1 s9on les re/es dgnrs de ces malheureux *asseurs des bois que le pote ,lucrce a pe9ts de telle manire qu'on d\te si ce sont des hommes ou des btes8 ,il e/ admirable1 ,t\rnebro*e1 mon fils1 que la gu]re et la *asse1 dont la seule p5se n\s devrait accabl] de honte et de remords en n\s rappelant les misrables ncessits de notre nature et notre m*ancet invtre1 puiss5t au contraire s]vir de matire la sup]be des hommes1 que les peuples *rti5s cont9u5t d'honor] le mti] de b\*] et de b\rreau qu& il e/ anci5 dans les familles1 et qu'enf9 on mesure *ez les peuples polis l'illu/ration des citoy5s sur la quantit de meurtres et de c>nages qu'ils port5t p\r a9si dire dans leurs ve9es4 --,monsieur l'abb1 dem&ai-je mon bon matre1 ne croyez-v\s pas que le mti] des armes e/ t5u p\r noble cause des dang]s qu'on y c\rt et du c\rage qu'il y faut dploy]8 --,mon fils1 rpondit mon bon matre1 si vraim5t l'tat des hommes e/ noble en proportion du dang] qu'on y c\rt1 je ne cra9drai pas d'affirm] que les paysans et les man\vri]s sont les plus nobles hommes de l'tat1 c> ils risqu5t t\s les j\rs de m\rir de fatigue et de faim4 ,les prils auxquels les soldats et les capita9es s'expos5t sont mo9dres en nombre comme en dure2 ils ne sont que de peu d'heures p\r t\te une vie et consi/5t affront] les balles et les b\lets qui tu5t mo9s srem5t que la misre4 ,il faut que les hommes soi5t lg]s et va9s1 mon fils1 p\r donn] aux actions d'un soldat plus de gloire qu'aux travaux d'un lab\reur et p\r mettre les ru9es de la gu]re plus haut prix que les arts de la paix4 --,monsieur l'abb1 dem&ai-je encore1 n'e/imez-v\s pas que les soldats sont ncessaires la sret de l'tat1 et que n\s devons les honor] en reconnaissance de leur utilit8 --,il e/ vrai1 mon fils1 que la gu]re e/ une des ncessits de la nature huma9e1 et qu'on ne peut s'imag9] des peuples qui ne se batt5t po9t1 c'e/--dire qui ne soi5t ni homicides1 ni pill>ds1 ni inc5diaires4 ,v\s ne concevez pas non plus un pr9ce qui ne s]ait pas quelque peu usurpateur4 ,on lui en f]ait trop de repro*e et on l'en mpris]ait comme de ne po9t aim] la gloire4 ,la gu]re e/ donc ncessaire l'homme2 elle lui e/ plus naturelle que la paix1 qui n'en e/ que l'int]valle4 ,aussi voit-on les pr9ces jet] leurs armes les unes contre les autres sur le plus mauvais prtexte1 p\r la raison la plus futile4 ,ils invoqu5t leur honneur qui e/ d'une excessive dlicatesse4 ,il suffit d'un s\ffle p\r y faire une ta*e qu'on ne peut lav] que dans le sang de dix1 v+t1 tr5te1 c5t mille hommes1 selon la population de la pr9cipaut4 ,p\r peu qu'on y songe1 on ne conoit pas bi5 comm5t l'honneur du pr9ce peut tre lav p> le sang de ces malheureux1 ou plutt on conoit que ce ne sont l que des mots vides de s5s2 mais les hommes se font tu] volonti]s p\r des mots4 ,ce qui e/ encore plus admirable1 c'e/ qu'un pr9ce tire beauc\p d'honneur du vol d'une prov9ce et que l'att5tat qui s]ait puni de mort *ez un h>di p>ticuli] devi5ne l\able s'il e/ consomm avec la plus furieuse cruaut p> un s\v]a9 l'aide de ses m]c5aires4 ,mon bon matre ayant a9si p>l1 tira sa bote de sa po*e et huma quelques gra9s de tabac qui y re/ai5t4 --,monsieur l'abb1 lui dem&ai-je1 n'e/-il po9t des gu]res ju/es et faites p\r une bonne cause8 --,t\rnebro*e1 mon fils1 me rpondit-il1 les peuples polis ont beauc\p outr l'inju/ice de la gu]re1 et ils l'ont r5due trs inique en mme temps que trs cruelle4 ,les premires gu]res fur5t entreprises p\r l'tablissem5t des tribus sur des t]res f]tiles4 ,c'e/ a9si que les ,isralites conquir5t le pays de ,*anaan4 ,la faim les p\ssait4 ,les progrs de la civilisation ont t5du la gu]re la conqute de colonies et de comptoirs1 comme il se voit p> l'exemple de l',espagne1 de la ,holl&e1 de l',anglet]re et de la ,france4 ,enf9 on a vu des rois et des emp]eurs vol] des prov9ces dont ils n'avai5t pas beso91 qu'ils ru9r5t1 qu'ils dsolr5t sans pr(it p\r eux et sans autre avantage que d'y lev] des pyramides et des arcs de triomphe4 ,et cet abus de la gu]re e/ le plus odieux1 en sorte qu'il faut croire ou que les peuples devi5n5t de plus en plus m*ants p> le progrs des arts1 ou plutt que la gu]re1 tant une ncessit de la nature huma9e1 on la fait encore p\r elle-mme qu& on a p]du t\te raison de la faire4 ,cette considration m'afflige pr(ondm5t1 c> je suis port p> tat et p> incl9ation l'am\r de mes semblables4 ,et ce qui a*ve de m'attri/]1 ,t\rnebro*e1 mon fils1 c'e/ que je dc\vre que ma bote e/ vide1 et le tabac e/ l'endroit p> lequel je s5s le plus impatiemm5t ma pauvret4 ,autant p\r dt\rn] sa p5se de cette disgrce intime que p\r m'in/ruire son cole1 je lui dem&ai si la gu]re civile ne lui semblait pas la plus dte/able espce de gu]re4 --,elle e/1 me rpondit-il1 assez odieuse1 mais non po9t trs inepte1 c> les citoy5s1 lorsqu'ils en vi5n5t aux ma9s entre eux1 ont plus de *ances de savoir p\rquoi ils se batt5t que dans le cas o ils vont en gu]re contre des peuples trang]s4 ,les sditions et qu]elles inte/9es naiss5t gnralem5t de l'extrme misre des peuples4 ,elles sont l'effet du dsespoir1 et la seule issue qui re/e aux misrables1 lesquels y peuv5t tr\v] une vie meilleure et p>fois mme une "p de s\v]a9et4 ,mais il e/ rem>qu]1 mon fils1 que plus les rvolts sont malheureux et p>tant excusables1 mo9s ils ont de *ances de gagn] la p>tie4 ,affams et /upides1 arms de leur seule fureur1 ils sont incapables de gr&s desse9s et de vues prud5tes1 en sorte que le pr9ce les rduit aism5t4 ,il a plus de difficult va9cre la rbellion des gr&s qui e/ dte/able1 n'ayant pas l'excuse de la ncessit4 ,enf91 mon fils1 tant civile qu'trangre1 la gu]re e/ excrable et d'une malignit que je dte/e4 ,,xii ,l',,arm,e 7,,suite ,,et ,,f97 --,mon fils1 aj\ta mon bon matre1 je v\s f]ai p>atre t\t ensemble1 dans l'tat de ces pauvres soldats qui vont s]vir le roi1 la honte de l'homme et sa gloire4 ,en effet la gu]re n\s ramne et n\s tire notre brutalit naturelle2 elle e/ l'effet d'une frocit que n\s avons en commun avec les animaux1 je ne dis pas seulem5t les lions et les coqs1 qui y port5t une admirable fi]t1 mais encore les oiselets1 tels que les geais et les msanges dont les moeurs sont trs qu]elleuses1 et mme les insectes1 gupes et f\rmis1 qui se batt5t avec un a*>nem5t dont les ,roma9s eux-mmes n'ont pas laiss d'exemple4 ,les causes pr9cipales de la gu]re sont les mmes *ez l'homme et *ez l'animal1 qui lutt5t l'un et l'autre p\r pr5dre ou cons]v] la proie ou p\r df5dre le nid ou la tanire1 ou p\r j\ir d'une compagne4 ,il n'y a en cela aucune diffr5ce1 et l'enlvem5t des ,sab9es rappelle p>faitem5t ces combats de c]fs1 qui1 dans la nuit1 ensanglant5t nos =ts4 ,n\s avons russi seulem5t color] ces raisons basses et naturelles p> les ides d'honneur que n\s y rp&ons sans beauc\p d'exactitude4 ,si n\s croyons auj\rd'hui n\s battre p\r des motifs trs nobles1 cette noblesse e/ t\t entire loge dans le vague de nos s5tim5ts4 ,mo9s le b de la gu]re e/ simple1 clair1 prcis1 plus la gu]re elle-mme e/ odieuse et dte/able4 ,et1 s'il e/ vrai1 mon fils1 qu'on en soit v5u s'entretu] p\r l'honneur1 cela e/ un drglem5t excessif4 ,n\s avons r5*ri sur la cruaut des btes froces1 qui ne se font po9t de mal sans raisons s5sibles4 ,et il e/ vrai de dire que l'homme e/ plus m*ant et plus dnatur dans ses gu]res que les taureaux et que les f\rmis dans les leurs4 ,ce n'e/ pas t\t1 et je dte/e mo9s les armes p\r la mort qu'elles sm5t que p\r l'ignorance et la /upidit qui leur font cortge4 ,il n'e/ pire ennemi des arts qu'un *ef de m]c5aires ou de p>tisans1 et d'ord9aire les capita9es ne sont pas mieux =ms aux bonnes lettres que leurs soldats4 ,l'habitude d'impos] sa volont p> la =ce r5d un homme de gu]re trs inhabile l'loqu5ce1 qui a sa s\rce dans le beso9 de p]suad]4 ,aussi le militaire affecte-t-il le mpris de la p>ole et des belles connaissances4 ,il me s\vi5t d'avoir connu ,sez1 du temps que j'tais biblio?caire de monsieur l'vque1 un vieux capita9e blan*i s\s le h>nais et qui passait p\r vaillant homme1 portant firem5t une l>ge balafre qui lui trav]sait le visage4 ,c'tait un bon paill>d qui avait tu beauc\p d'hommes et viol plusieurs nonna9s1 sans y mettre de m*ancet4 ,il ent5dait assez bi5 son art et tait =t exact sur la t5ue de son rgim5t1 qui dfilait mieux qu'aucun autre4 ,enf91 un homme de coeur1 et brave compagnon qu& il s'agissait de vid] un pot1 comme je le vis bi5 l'aub]ge du ,*eval blanc o ma9tes fois je lui t9s tte4 ,or1 il m'arriva1 une nuit1 de l'accompagn] 7c> n\s tions bons amis7 t&is qu'il enseignait ses hommes la manire de s'ori5t] p> l'aspect des toiles4 ,il leur rcita d'abord l'ordonnance de monsieur de ,l\vois sur cette matire1 et comme il la rptait p> coeur depuis tr5te ans1 il n'y faisait gure plus de fautes qu'au ,pat] et l',ave4 ,il dit donc t\t d'abord que les soldats comm5c]ont p> *]*] dans le ciel l'toile polaire qui e/ fixe p> rapport aux autres toiles1 lesquelles t\rn5t aut\r d'elle en s5s contraire des aiguilles d'une montre4 ,mais il n'ent5dait pas clairem5t ce qu'il disait4 ,c>1 aprs avoir rcit deux ou trois fois sa phrase d'un ton suffisamm5t imprieux1 il se p5*a mon oreille et me dit3 --,sacrebleu6 l'abb1 montrez-moi donc cette g>ce d'toile polaire4 ,si je sais la di/+u] dans ce f\illis de lumignons dont le ciel e/ t\t sem1 je veux que le gr& diable me croque6 ,je lui enseignai incont95t la manire de la tr\v] et la lui montrai du doigt4 --,oh6 oh6 s'cria-t-il1 la pcore e/ p]*e bi5 haut6 ,de l'endroit o n\s sommes on ne peut la reg>d] sans se tordre le col4 ,et1 t\t aussitt1 il donna l'ordre ses (fici]s de faire recul] les soldats de c9quante pas1 p\r qu'ils puss5t voir plus facilem5t l'toile polaire4 ,ce que je v\s conte l1 mon fils1 je l'ai ent5du de mes oreilles2 et v\s convi5drez que ce porteur d'pe avait une ide bi5 nave du sy/me du monde et notamm5t des p>allaxes des toiles4 ,p\rtant il portait les ordres du roi sur un bel habit brod et il tait plus honor dans l'tat qu'un savant prtre4 ,c'e/ cette rudesse que je ne puis s\ffrir dans l'arme4 ,mon bon matre1 ces mots1 s'tant arrt p\r s\ffl]1 je lui dem&ai s'il ne p5sait pas1 en dpit de l'ignorance de ce capita9e1 qu'il faut beauc\p d'esprit p\r gagn] des batailles4 ,il me rpondit en ces t]mes3 --,t\rnebro*e1 mon fils1 considr] la difficult qu'il y a rassembl] et conduire des armes1 les connaissances qu'il faut dans l'attaque ou la df5se d'une place et l'habilet qu'exige un bon ordre de bataille1 on reconnatra aism5t qu'un gnie presque surhuma91 tel que celui d'un ,cs>1 e/ seul capable d'une telle entreprise1 et l'on s'tonn]a qu'il se soit tr\v des esprits propres r5f]m] presque t\tes les p>ties d'un vritable homme de gu]re4 ,un gr& capita9e connat non seulem5t la figure des pays1 mais encore les moeurs1 les indu/ries des peuples4 ,il reti5t dans sa p5se une inf9it de petites circon/ances dont il =me ensuite des vues simples et va/es4 ,les plans qu'il a l5tem5t mdits et tracs l'avance1 il peut les *ang] au milieu de l'action p> inspiration s\da9e1 et il e/ la fois trs prud5t et trs audacieux2 sa p5se tantt *em9e avec la s\rde l5teur de la taupe1 tantt s'lance du vol de l'aigle4 ,ri5 n'e/ plus vrai4 ,mais considrez1 mon fils1 que qu& deux armes sont en prs5ce1 il faut que l'une d'elles soit va9cue1 d'o il suit que l'autre s]a ncessairem5t victorieuse1 sans que le *ef qui la comm&e ait t\tes les p>ties d'un gr& capita9e et sans mme qu'il en ait aucune4 ,il e/1 je le veux1 des *efs habiles2 il en e/ aussi d'heureux1 dont la gloire n'e/ pas mo9dre4 ,comm5t1 dans ces r5contres tonnantes1 dml] ce qui e/ l'effet de l'art et ce qui vi5t de la =tune8 ,mais v\s m'c>tez de mon sujet4 ,t\rnebro*e1 mon fils1 je v\lais montr] que la gu]re e/ auj\rd'hui la honte de l'homme et qu'elle en fut autrefois l'honneur4 tablie sur les empires p> ncessit1 elle fut la gr&e ducatrice du g5re huma94 ,c'e/ p> elle que les hommes se sont =ms t\tes les v]tus qui lv5t et s\ti5n5t les cits4 ,c'e/ p> elle qu'ils ont appris la pati5ce1 la f]met1 le mpris du dang]1 la gloire du sacrifice4 ,le j\r o des ptres ont r\l des qu>ti]s de roc p\r en =m] une ence9te d]rire laquelle ils df5dir5t leurs femmes et leurs boeufs1 la premire socit huma9e fut fonde et le progrs des arts assur4 ,ce gr& bi5 dont n\s j\issons1 la patrie1 la ville1 la *ose augu/e que les ,roma9s adorai5t p>-dessus les dieux1 l',urbs1 e/ fille de la gu]re4 ,la premire cit fut une ence9te =tifie et c'e/ dans ce b]ceau rude et sanglant que fur5t n\rries les lois augu/es et les belles indu/ries1 les sci5ces et la sagesse4 ,et c'e/ p\rquoi le vrai ,dieu v\lut tre nomm le ,dieu des armes4 ,ce que je v\s en dis1 ,t\rnebro*e1 mon fils1 n'e/ pas p\r que v\s signiez votre engagem5t ce s]g5t recruteur et soyez pris de l'envie de dev5ir un hros raison de soixante c\ps de v]ge sur le dos p> j\r1 en moy5ne4 ,aussi bi5 la gu]re n'e/-elle plus1 dans nos socits1 qu'un mal hrditaire1 un ret\r lascif la vie sauvage1 une purilit crim9elle4 ,les pr9ces de ce temps et notamm5t le feu roi port]ont jamais l'illu/re honte d'avoir fait de la gu]re le jeu et l'amusem5t des c\rs4 ,il m'e/ d\l\reux de p5s] que n\s ne v]rons pas la f9 de ces c>nages conc]ts4 ,quant l'av5ir1 l'insondable av5ir1 s\ffrez1 mon fils1 que je le rve plus con=me l'esprit de d\ceur et d'quit qui e/ en moi4 ,l'av5ir e/ un lieu commode p\r y mettre des songes4 ,c'e/ l1 comme en ,utopie1 que le sage se plat btir4 ,je veux croire que les peuples se f]ont un j\r de paisibles v]tus4 ,c'e/ dans la gr&eur croissante des armem5ts que je me flatte de dc\vrir un lo9ta9 prsage de paix univ]selle4 ,les armes augm5t5t sans cesse en =ce et en nombre4 ,les peuples enti]s y s]ont un j\r eng\ffrs4 ,alors le mon/re prira p> son trop de n\rriture4 ,il crv]a d'obsit4 ,,xiii ,,les ,,acad,,mies ,n\s apprmes ce j\r-l1 que l'vque de ,sez v5ait d'tre lu membre de l',acadmie franaise4 ,il avait prononc1 v+t ans en 1 un pangyrique de sa9t ,macl\1 qui passait p\r une bonne pice1 et je crois volonti]s qu'il s'y tr\vait des endroits excell5ts1 c> ,m4 l'abb ,coign>d1 mon bon matre1 y avait mis la ma91 avant de quitt] l'v* en compagnie de la *ambrire de madame la ,baillive4 ,m4 de ,sez sortait de la meilleure noblesse norm&e4 ,sa pit1 sa cave et son curie tai5t ju/em5t vantes dans t\t le royaume1 et son propre neveu t5ait la feuille des bnfices4 ,son lection ne surprit p]sonne4 ,elle fut appr\ve de t\t le monde1 hors des bas-gris du caf ,procope1 qui ne sont jamais cont5ts4 ,ce sont des frondeurs4 ,mon bon matre les blma d\cem5t de leur humeur opposante4 --,de quoi se pla9t monsieur ,duclos8 dit-il4 ,il e/ depuis hi] l'gal de monsieur de ,sez1 qui a le plus beau cl]g et la plus belle meute du royaume8 ,c> les acadmici5s sont gaux en v]tu des /atuts#e4 ,il e/ vrai que c'e/ l'insol5te galit des saturnales qui cesse1 la sance leve1 lorsque monsieur l'vque monte dans son c>rosse1 laissant monsieur ,duclos crott] ses bas de la9e dans le ruisseau4 ,mais si monsieur ,duclos ne veut po9t s'gal] de la sorte monsieur l'vque de ,sez1 p\rquoi fraye-t-il avec la g5t jetonnire8 ,que ne se met-il dans un tonneau comme ,diogne ou1 comme moi1 dans une *oppe de ,sa9t-,innoc5t8 ,c'e/ seulem5t dans un tonneau ou dans une *oppe qu'on dom9e les gr&eurs de ce monde4 ,c'e/ l seulem5t qu'on e/ vrai pr9ce et seul seigneur4 ,heureux qui n'a pas mis son espoir en l',acadmie6 ,heureux qui vit exempt de cra9tes et de dsirs et qui connat le nant de t\tes *oses6 ,heureux qui sait qu'il e/ galem5t va9 d'tre acadmici5 et de ne pas l'tre6 ,celui-l mne sans tr\ble une vie obscure et ca*e4 ,la belle lib]t le suit p>t\t4 ,il clbre dans l'ombre les sil5cieuses orgies de la sagesse1 et t\tes les ,muses lui s\ri5t comme leur initi4 ,a9si p>la mon bon matre1 et j'admirais le *a/e en?\siasme qui enflait sa voix et brillait dans ses yeux4 ,mais l'inquitude de la jeunesse m'agitait4 ,je v\lais pr5dre p>ti1 me jet] au combat1 me dcl>] p\r ou contre l',acadmie4 --,monsieur l'abb1 dem&ai-je1 l',acadmie n'a-t-elle pas le devoir d'appel] elle les meilleurs esprits du royaume plutt que l'oncle de l'vque de la feuille#f8 --,mon fils1 rpondit d\cem5t mon bon matre1 si monsieur de ,sez se montre au/re dans ses m&em5ts1 magnifique et galant dans sa vie1 s'il e/ enf9 le p>angon des prlats et s'il a prononc ce pangyrique de sa9t ,macl\1 dont l'exorde1 relatif la gurison des cr\elles p> le roi de ,france1 a p>u noble1 v\liez-v\s que la compagnie l'c>tt p\r cette seule raison qu'il a un neveu aussi puissant qu'aimable8 ,c'et t montr] une v]tu b>b>e et punir avec inhumanit monsieur de ,sez des gr&eurs de sa famille4 ,la ,compagnie a v\lu les oubli]4 ,cela seul1 mon fils1 e/ assez magnanime4 ,j'osai rpliqu] ce disc\rs1 tant le feu de la jeunesse m'avait donn d'emportem5t4 --,monsieur l'abb1 dis-je1 s\ffrez que mon s5tim5t rsi/e vos raisons4 ,t\t le monde sait que monsieur de ,sez n'e/ considrable que p> la facilit du c>actre et qu'on admire seulem5t en lui l'art de gliss] entre les p>tis4 ,on l'a vu se c\l] d\cem5t entre les jsuites et les jansni/es et color] sa ple prud5ce des roses de la *>it *rti5ne4 ,il croit avoir assez fait qu& il n'a mcont5t p]sonne et met t\t son devoir s\t5ir sa =tune4 ,ce n'e/ donc pas son gr& coeur qui lui a valu les suffrages des illu/res protgs du roi#g4 ,ce n'e/ pas non plus son bel esprit4 ,c> hors ce pangyrique de sa9t ,macl\ qu'il n'eut 7t\t le monde le sait7 que la pe9e de lire1 ce paisible voque n'a fait ent5dre que les tri/es m&em5ts de ses vicaires4 ,il ne se recomm&ait que p> l'amnit de son langage et p> la politesse de son comm]ce4 ,sont-ce l des titres suffisants p\r l'immortalit8 --,t\rnebro*e1 rpondit obligeamm5t ,m4 l'abb ,coign>d1 v\s p5sez avec cette simplicit que madame votre mre v\s donna avec le j\r1 et je vois que v\s g>d]ez longtemps votre c&eur native4 ,je v\s en fais mon complim5t4 ,mais il ne faudrait pas que l'innoc5ce v\s r5dt inju/e3 il suffit qu'elle v\s laisse ignorant4 ,l'immortalit qu'on vi5t de dc]n] monsieur de ,sez ne veut ni un ,bossuet ni un ,belzunce2 elle n'e/ po9t grave dans le coeur des peuples tonns2 elle e/ inscrite sur un gros regi/re1 et v\s ent5dez bi5 que ces lauri]s de papi] ne vont pas qu' des ttes hroques4 ,s'il se r5contre1 p>mi les ,qu>ante1 des p]sonnes de plus de politesse que de gnie1 quel mal y voyez-v\s8 ,la mdiocrit triomphe l',acadmie4 ,o ne triomphe-t-elle pas8 ,la voyez-v\s mo9s puissante dans les ,p>lem5ts et dans les ,conseils de la ,c\ronne1 o1 sans d\te1 elle e/ mo9s sa place8 ,faut-il donc tre un homme r>e p\r travaill] un dictionnaire qui veut rgl] l'usage et qui ne peut que le suivre8 ,les acadmi/es ou acadmici5s fur5t in/itus1 v\s le savez1 p\r fix] le bel usage en ce qui reg>de le disc\rs1 p\r purg] le langage de t\te antique et populaire impuret et p\r que ne rep>t plus un autre ,rabelais1 un autre ,montaigne1 t\t puant la canaille1 la cui/r]ie ou la prov9ce4 ,on assembla cet effet des g5til%ommes qui savai5t le bon usage et des criva9s qui avai5t intrt le connatre4 ,cela fit cra9dre que la compagnie ne r=mt tyranniquem5t la langue franaise4 ,mais on vit bi5tt que ces cra9tes tai5t va9es et que les acadmi/es obissai5t l'usage1 bi5 lo9 de l'impos]4 ,malgr leur df5se1 on cont9ua dire comme devant3 ,je f]me ma porte#h4 ,la compagnie se rsigna vite consign] dans un gros dictionnaire les progrs de l'usage4 ,c'e/ l'unique so9 des ,immortels#i4 ,qu& ils y ont vaqu1 ils tr\v5t t\t loisir de se rcrer entre eux4 ,il leur faut p\r cela des compagnons plaisants1 faciles1 gracieux1 des confrres aimables1 des hommes ent5dus et sa*ant le monde4 ,ce n'e/ pas t\j\rs le cas des gr&s tal5ts4 ,le gnie e/ p>fois insociable4 ,un homme extraord9aire e/ r>em5t un homme de ress\rce4 ,l',acadmie a pu se pass] de ,desc>tes et de ,pascal4 ,qui dit qu'elle se s]ait aussi bi5 passe de monsieur ,godeau ou de monsieur ,conr>t1 ou de t\te autre p]sonne d'un esprit s\ple1 liant et avis8 --,hlas6 s\pirai-je1 ce n'e/ donc po9t un snat d'hommes div9s1 un concile d',immortels2 ce n'e/ donc pas l'augu/e aropage de la posie et de l'loqu5ce8 --,non po9t1 mon fils4 ,c'e/ une compagnie qui pr(esse la politesse1 et qui s'e/ attir p> l un gr& r5om *ez les peuples trang]s et p>ticulirem5t p>mi les ,moscovites4 ,v\s n'avez pas l'ide1 mon fils1 de l'admiration que l',acadmie franaise inspire aux b>ons allem&s1 aux colonels de l'arme russe et aux milords anglais4 ,ces ,europens n'e/im5t ri5 au-dessus de nos acadmici5s et de nos danseuses4 ,j'ai connu une pr9cesse s>mate d'une gr&e beaut qui1 de passage ,p>is1 re*]*ait impatiemm5t un acadmici51 quel qu'il ft1 p\r lui immol] aussitt sa pudeur4 --,s'il en e/ a9si1 m'criai-je1 comm5t les acadmici5s risqu5t-ils de compromettre leur bonne r5omme p> ces mauvais *oix qu'on blme si gnralem5t ici8 --,hol6 ,t\rnebro*e1 mon fils1 rpliqua mon bon matre1 ne disons pas de mal des mauvais *oix4 ,d'abord il faut1 dans t\tes les *oses huma9es1 faire la "p du has>d1 qui e/1 t\t pr5dre1 la "p de ,dieu sur la t]re et le seul endroit p> o la ,provid5ce div9e se manife/e clairem5t en ce monde4 ,c> v\s ent5dez bi51 mon fils1 que ce qu'on appelle absurdits du sort et caprices de la =tune ne sont en ralit que les revan*es que la sagesse div9e pr5d1 en se j\ant1 sur les conseils des faux sages4 ,il convi5t1 en second lieu1 d'accord]1 dans les assembles1 quelque satisfaction au caprice et la fantaisie4 ,une socit t\t fait raisonnable s]ait t\t fait insupportable2 elle languirait s\s le froid empire de la ju/ice4 ,elle ne se croirait ni puissante ni seulem5t libre1 si elle ne gtait pas de temps autre le plaisir dlicieux de brav] le s5s public et la raison4 ,c'e/ le p* mignon des puissances de ce monde1 de s'entt] dans des caprices biz>res4 ,p\rquoi l',acadmie n'aurait-elle pas des lunes dans la tte comme le gr& ,turc et comme les jolies femmes8 ,bi5 des passions contraires s'uniss5t p\r inspir] ces mauvais *oix dont s'irrit5t les mes simples4 ,c'e/ un plaisir p\r des honntes g5s que de pr5dre un malheureux homme et d'en faire un acadmici54 ,a9si le ,dieu du psalmi/e tire le pauvre de son fumi]3 ,erig5s de /]core paup]em1 ut collocet eum cum pr9cipibus1 cum pr9cipibus populi sui4 ,ce sont l des c\ps qui tonn5t les peuples1 et ceux qui les frapp5t se doiv5t croire arms d'une puissance my/rieuse et t]rible4 ,et quelle joie de tir] le pauvre d'esprit de son fumi]1 lorsqu'en mme temps on laisse dans l'ombre quelque despote de l'intellig5ce4 ,c'e/ boire1 d'un seul trait1 un mlange r>e et dlicieux de *>it cont5te et d'envie satisfaite4 ,c'e/ j\ir p> t\s les s5s et cont5t] t\t l'homme4 ,et v\s v\lez que des acadmi/es rsi/5t la d\ceur d'un tel philtre6 ,il faut considr] encore qu'en se procurant cette volupt savante1 les acadmi/es agiss5t au mieux de leurs intrts4 ,une compagnie =me exclusivem5t de gr&s hommes s]ait peu nombreuse et sembl]ait tri/e4 ,les gr&s hommes ne peuv5t se s\ffrir les uns les autres1 et ils n'ont gure d'esprit4 ,il e/ bon de les ml] aux petits4 ,cela les amuse4 ,les petits y gagn5t p> le vois9age1 les gr&s p> la comp>aison2 il y a bnfice p\r les uns comme p\r les autres4 ,admirons p> quel jeu sr1 p> quel mcanisme +nieux1 l',acadmie franaise communique quelques-uns de ses membres l'importance qu'elle reoit des autres4 ,c'e/ une assemble de soleils et de plantes o t\t brille d'un clat propre ou emprunt4 ,je dirai plus4 ,les mauvais *oix sont ncessaires l'exi/5ce de cette assemble4 ,si elle ne faisait pas1 dans ses lections1 la "p de la faiblesse et de l'erreur1 si elle ne se donnait pas quelquefois l'air de pr5dre au has>d1 elle se r5drait si hassable qu'elle ne p\rrait plus vivre4 ,elle s]ait dans la ,rpublique des lettres comme un tribunal au milieu de condamns4 ,infaillible1 elle sembl]ait odieuse4 ,quel affront p\r ceux qu'elle n'accueill]ait pas1 si l'lu tait t\j\rs le meilleur6 ,la fille de ,ri*elieu doit se montr] un peu lgre p\r ne pas p>atre trop insol5te4 ,ce qui la sauve1 c'e/ qu'elle a des fantaisies4 ,son inju/ice fait son innoc5ce1 et c'e/ p>ce que n\s la savons capricieuse qu'elle peut n\s rep\ss] sans n\s bless]4 ,il lui e/ p>fois si avantageux de se tromp]1 que je suis t5t de croire1 en dpit des app>5ces1 qu'elle le fait exprs4 ,elle a des t\rs admirables p\r mnag] l'am\r-propre des c&idats qu'elle c>te4 ,telle de ses lections ds>me l'envie4 ,c'e/ dans ses fautes app>5tes qu'il faut admir] sa relle sagesse4 ,,xiv ,,les ,s,,ditieux ,ce j\r-l1 ayant fait1 mon bon matre et moi1 notre visite acc\tume l',image ,sa9te-,ca!r9e1 n\s tr\vmes1 dans la b\tique1 le clbre ,m4 ,rock/rong1 mont au plus haut de l'*elle p\r dni*] des b\qu9s dont il e/ curieux4 ,c> on sait qu'il se plat1 dans sa vie agite1 rassembl] des livres prcieux et de belles e/ampes4 ,condamn p> le ,p>lem5t d',anglet]re la prison p]ptuelle p\r avoir p>ticip l'att5tat de ,monm\?1 il habite la ,france1 d'o il envoie incessamm5t des articles aux gazettes de son pays#aj4 ,mon bon matre se laissa *oir1 son habitude1 sur un escabeau1 puis levant les yeux sur l'*elle o ,m4 ,rock/rong se dm5ait avec cette agilit d'cureuil qu'il a g>de au dcl9 de l'ge3 --,dieu m]ci6 dit-il1 je vois1 monsieur le rebelle1 que v\s v\s portez bi5 et que v\s tes t\j\rs jeune4 ,m4 ,rock/rong t\rna v]s mon bon matre des yeux ard5ts qui clairai5t un visage bilieux4 --,p\rquoi1 dem&a-t-il1 gros abb1 m'appelez-v\s rebelle8 --,je v\s appelle rebelle1 monsieur ,rock/rong1 p>ce que v\s n'avez pas russi4 ,on e/ rebelle qu& on e/ va9cu4 ,les victorieux ne sont jamais rebelles4 --,l'abb1 v\s p>lez avec un cynisme dgtant4 --,pr5ez g>de1 monsieur ,rock/rong6 cette maxime n'e/ pas de moi1 elle e/ d'un trs gr& homme3 je l'ai tr\ve dans les papi]s de ,jules ,cs> ,scalig]4 --,eh bi56 l'abb1 ce sont l de vila9s papi]s4 ,et cette p>ole e/ infme4 ,notre p]te1 due l'indcision de notre *ef1 et une mollesse qu'il paya de sa vie1 n'altre po9t la bont de notre cause4 ,et les honntes g5s1 va9cus p> les coqu9s1 demeur5t honntes g5s4 --,monsieur ,rock/rong1 il m'e/ pnible de v\s ent5dre p>l] d'honntes g5s et de coqu9s dans les affaires publiques4 ,ces t]mes simples p\vai5t suffire dsign] le bon et le mauvais p>ti dans ces combats d'anges qui fur5t livrs au ,ciel1 avant la cration du monde1 et que votre compatriote ,jean ,milton a *ants avec une excessive b>b>ie4 ,mais sur ce globe t]raqu les camps ne sont jamais1 tant s'en faut1 si exactem5t diviss1 qu'on puisse disc]n]1 sans prjug ou complaisance1 l'arme des purs de l'arme des impurs1 ni seulem5t di/+u] le ct du ju/e du ct de l'inju/e4 ,en sorte qu'il faut bi5 que le succs demeure le seul juge de la bont d'une cause4 ,je v\s f*e1 monsieur ,rock/rong1 en disant qu'on e/ rebelle qu& on e/ va9cu4 ,p\rtant1 lorsqu'il v\s arriva de mont] au p\voir1 v\s n'endurtes po9t la rbellion4 --,l'abb1 v\s ne savez ce que v\s dites4 ,j'ai t\j\rs eu hte de pass] du ct des va9cus4 --,il e/ vrai1 monsieur ,rock/rong1 que v\s tes un naturel et con/ant ennemi de l'tat4 ,v\s tes endurci dans votre inimiti p> la =ce de votre gnie1 qui se plat aux ru9es et s'amuse dtruire4 --,l'abb1 m'en faites-v\s un crime8 --,monsieur ,rock/rong1 si j'tais un homme d'tat et un ami du pr9ce1 la faon de monsieur ,roman1 je v\s ti5drais p\r un illu/re crim9el4 ,mais je ne pr(esse pas avec assez de f]veur la religion des politiques p\r tre beauc\p p\vant de l'clat de vos =faits1 et de vos att5tats qui font plus de bruit que de mal4 --,l'abb1 v\s tes immoral4 --,ne m'en blmez pas trop svrem5t1 monsieur ,rock/rong1 si c'e/ seulem5t ce prix qu'on peut tre indulg5t4 --,je n'ai que faire1 mon gros abb1 d'une indulg5ce que v\s p>tagez entre moi1 qui suis une victime1 et les sclrats du ,p>lem5t qui m'ont condamn avec une rvoltante inju/ice4 --,v\s tes plaisant1 monsieur ,rock/rong1 de p>l] de l'inju/ice des lords6 --,n'e/-elle po9t criante8 --,il e/ vrai1 monsieur ,rock/rong1 que v\s ftes condamn sur un rquisitoire ridicule du "l *anceli]1 p\r une collection de libelles dont aucun1 en p>ticuli]1 ne tombait s\s le c\p des lois de l',anglet]re2 il e/ vrai que1 dans un pays o l'on peut t\t crire1 v\s ftes puni p\r quelques crits ple9s de sel2 il e/ vrai que v\s ftes frapp dans des =mes inusites et s+ulires dont la maje/ueuse hypocrisie ca*ait mal l'impossibilit de v\s atte9dre p> des voies lgales2 il e/ vrai que les milords qui v\s jugr5t tai5t intresss votre p]te1 puisque le succs de ,monm\? et le vtre les et infailliblem5t tirs bas de leurs fauteuils4 ,il e/ vrai que votre p]te tait dcide d'avance dans les conseils de la ,c\ronne4 ,il e/ vrai que v\s *apptes p> la fuite une sorte de m>tyre mdiocre la vrit1 mais pnible4 ,c> la prison p]ptuelle e/ une pe9e1 alors mme qu'on peut raisonnablem5t espr] d'en sortir bi5tt4 ,mais il n'y a l ni ju/ice ni inju/ice4 ,v\s ftes condamn p\r raison d'tat1 ce qui e/ extrmem5t honorable4 ,et plus d'un p>mi les lords qui v\s condamnr5t avait conspir avec v\s v+t ans aup>avant4 ,votre crime fut de faire peur aux g5s en place1 et c'e/ un crime imp>donnable4 ,les m9i/res et leurs amis invoqu5t le salut de l'tat qu& ils sont m5acs dans leur =tune et dans leurs emplois4 ,et ils se croi5t volonti]s ncessaires la cons]vation de l'empire1 c> ce sont p\r la plup>t des g5s intresss et sans philosophie4 ,ce ne sont pas p\r cela des m*ants4 ,ils sont hommes1 et c'e/ assez p\r expliqu] leur pitoyable mdiocrit1 leur niais]ie et leur av>ice4 ,mais qui donc leur opposiez-v\s1 monsieur ,rock/rong8 ,d'autres hommes galem5t mdiocres et plus avides encore1 tant plus affams4 ,le peuple de ,londres les et subis comme il subit les autres4 ,il att5dit votre victoire ou votre dfaite p\r se prononc]4 ,en quoi il fit preuve d'une s+ulire sagesse4 ,le peuple e/ bi5 avis1 qu& il e/ime qu'il n'a ri5 gagn] ni p]dre *ang] de matre4 ,a9si p>la l'abb ,coign>d1 et ,m4 ,rock/rong1 le visage brl1 les yeux en feu1 la p]ruque flamboyante1 lui cria avec de gr&s ge/es1 du haut de son *elle3 --,l'abb1 je conois les voleurs et t\tes les espces de coqu9s de la ,*ancell]ie et du ,p>lem5t4 ,mais je ne v\s conois pas1 v\s qui1 sans intrt app>5t1 p> malice pure1 s\t5ez des maximes qu'ils ne pr(ess5t eux-mmes que p\r leur pr(it4 ,il faut que v\s soyez plus m*ant qu'eux1 puisque v\s l'tes avec ds9tressem5t4 ,v\s me passez1 l'abb6 --,c'e/ signe que je suis philosophe1 rpondit d\cem5t mon bon matre4 ,il e/ dans la nature des vrais sages de f*] le re/e des hommes4 ,anaxagore en fut un illu/re exemple4 ,je ne p>le pas de ,socrate1 qui n'tait qu'un sophi/e4 ,mais n\s voyons qu'en t\t temps et dans t\s les pays1 la p5se des mes mditatives fut un sujet de sc&ale4 ,v\s v\s croyez1 monsieur ,rock/rong1 trs di/9ct de vos ennemis1 et aussi aimable qu'ils sont odieux4 ,s\ffrez que je v\s dise que c'e/ l le pur effet de votre orgueil et de votre fi] c\rage4 ,en fait1 v\s avez en commun avec ceux qui v\s ont condamn t\tes les faiblesses et t\tes les passions huma9es4 ,si v\s avez plus de probit que beauc\p d'entre eux et un esprit d'une vivacit incomp>able1 v\s tes inspir d'un gnie de ha9e et de discorde qui v\s r5d trs incommode dans un pays polic4 ,l'tat de gazeti]1 dans lequel v\s excellez1 a p\ss jusqu' la d]nire p]fection la p>tialit m]veilleuse de votre esprit1 et1 victime de l'inju/ice1 v\s n'tes po9t un ju/e4 ,ce que je dis l me br\ille du c\p avec v\s et avec vos ennemis1 et je suis bi5 sr de n'obt5ir jamais du m9i/re de la feuille un gros bnfice4 ,mais je prise la lib]t de la p5se plus haut qu'une abbaye ou qu'un gros prieur4 ,j'aurai f* t\t le monde1 mais j'aurai cont5t mon coeur1 et je m\rrai tranquille4 --,l'abb1 rpliqua ,m4 ,rock/rong en riant demi1 je v\s p>donne1 p>ce que je v\s crois un peu f\4 ,v\s ne faites pas de diffr5ce des coqu9s et des honntes g5s et v\s ne prfrez po9t un tat libre un g\v]nem5t despotique et prv>icateur4 ,v\s tes un lunatique d'une espce p>ticulire4 --,monsieur ,rock/rong1 dit mon bon matre1 allons boire un pot de v9 au ,petit-,bac*us et je v\s y expliqu]ai1 en vidant mon gobelet1 p\rquoi je suis t\t fait indiffr5t la =me du g\v]nem5t et p\r quelles causes je ne me s\cie pas de *ang] de matre4 --,volonti]s1 dit ,m4 ,rock/rong1 je suis curieux de boire avec un si m*ant raisonneur que v\s4 ,il sauta le/em5t en bas de son *elle et n\s allmes t\s trois au cab>et4 ,,xv ,,les ,,c\ps ,d',,tat ,m4 ,rock/rong1 qui tait homme d'esprit1 ne g>da po9t rancune mon bon matre de sa s9crit4 ,qu& l'hte du ,petit-,bac*us eut apport un pot de v91 le libelli/e leva sa tasse et porta la sant de ,m4 l'abb ,coign>d qu'il nomma coqu91 ami des b&its1 suppt de la tyrannie et vieille canaille1 d'un air extrmem5t jovial4 ,mon bon matre lui r5dit sa politesse de bonne grce en le flicitant de boire la sant d'un homme dont l'humeur naturelle n'avait jamais t altre p> la philosophie4 --,p\r moi1 aj\ta-t-il1 je s5s bi5 que mon esprit e/ t\t gt p> la rflexion4 ,et1 comme il n'e/ po9t dans la nature des hommes de p5s] avec quelque pr(ondeur1 je confesse que mon p5*ant mdit] e/ une manie biz>re et t\t fait incommode4 ,elle me r5d premirem5t malpropre t\te entreprise2 c> on n'agit jamais que sur des vues c\rtes et des p5ses troites4 ,v\s s]iez tonn v\s-mme1 monsieur ,rock/rong1 si v\s v\s reprs5tiez la pauvre simplicit des gnies qui ont remu le monde4 ,les conqurants et les hommes d'tat qui ont *ang la face de la t]re n'ont jamais fait rflexion sur l'ess5ce des tres qu'ils maniai5t rudem5t4 ,ils s'enf]mai5t t\t enti]s dans la petitesse de leurs gr&s plans1 et les plus sages n'envisageai5t la fois que trs peu d'objets4 ,tel que v\s me voyez1 monsieur ,rock/rong1 il me s]ait impossible de travaill] la conqute des ,indes1 comme ,alex&re1 ni de fond] et de g\v]n] un empire1 ni1 plus gnralem5t1 de me jet] dans quelqu'une de ces va/es entreprises qui t5t5t la fi]t d'une me imptueuse4 ,la rflexion m'y emb>rass]ait ds les premi]s pas et je dc\vrirais *acun de mes m\vem5ts des raisons p\r m'arrt]4 ,puis se t\rnant v]s moi1 mon bon matre dit en s\pirant3 --,c'e/ une gr&e infirmit que de p5s]4 ,dieu v\s en g>de1 ,t\rnebro*e1 mon fils1 comme il en a g>d ses plus gr&s sa9ts et les mes que1 *rissant d'une dilection s+ulire1 il rs]ve la gloire t]nelle4 ,les hommes qui p5s5t peu ou ne p5s5t po9t du t\t font heureusem5t leurs affaires en ce monde et dans l'autre1 t&is que les mditatifs sont m5acs incessamm5t de leur p]te temporelle et spirituelle1 tant il e/ de malice dans la p5se6 ,considrez1 en frmissant1 mon fils1 que le ,s]p5t de la ,g5se e/ le plus antique des philosophes et leur pr9ce t]nel6 ,m4 l'abb ,coign>d b un gr& c\p de v9 et reprit voix basse3 --,aussi1 p\r mon salut1 e/-il du mo9s un sujet sur lequel je n'ai jamais ex]c mon intellig5ce4 ,je n'ai po9t appliqu ma raison aux vrits de la foi4 ,malheureusem5t1 j'ai mdit les actions des hommes et les moeurs des cits2 c'e/ p\rquoi je ne suis plus digne de g\v]n] une le1 comme ,san*o ,pana4 --,cela e/ =t heureux1 reprit ,m4 ,rock/rong en riant1 c> votre le s]ait un repaire de b&its et de mal&r9s1 o les crim9els jug]ai5t les innoc5ts1 s'il s'en tr\vait d'av5ture4 --,je le crois1 monsieur ,rock/rong1 je le crois1 reprit mon bon matre4 ,il e/ probable que1 si je g\v]nais une autre le de ,b>at>ia1 les moeurs y s]ai5t ce que v\s dites4 ,v\s avez pe9t l d'un trait t\s les empires du monde4 ,je s5s que le mi5 ne s]ait pas meilleur que les autres4 ,je n'ai po9t d'illusions sur les hommes1 et p\r ne les po9t har1 je les mprise4 ,monsieur ,rock/rong1 je les mprise t5drem5t4 ,mais ils ne m'en sav5t po9t de gr4 ,ils veul5t tre has4 ,on les f*e qu& on leur montre le plus d\x1 le plus indulg5t1 le plus *>itable1 le plus gracieux1 le plus huma9 des s5tim5ts qu'ils puiss5t inspir]3 le mpris4 ,p\rtant le mpris mutuel1 c'e/ la paix sur la t]re1 et si les hommes se mprisai5t s9crem5t entre eux1 ils ne se f]ai5t plus de mal et ils vivrai5t dans une aimable tranquillit4 ,t\s les maux des socits polies vi5n5t de ce que les citoy5s s'y e/im5t excessivem5t et qu'ils lv5t l'honneur comme un mon/re sur les misres de la *air et de l'esprit4 ,ce s5tim5t les r5d fi]s et cruels1 et je dte/e l'orgueil qui veut qu'on s'honore et qu'on honore autrui1 comme si quelqu'un dans la po/rit d',adam p\vait tre tr\v digne d'honneur6 ,un animal qui mange et qui boit 7,donnez-moi boire67 et qui fait l'am\r1 e/ pitoyable1 intressant peut-tre1 et mme agrable p>fois4 ,il n'e/ honorable que p> l'effet du prjug le plus absurde et le plus froce4 ,ce prjug e/ la s\rce de t\s les maux dont n\s s\ffrons4 ,c'e/ une dte/able espce d'idoltrie2 et p\r assur] aux huma9s une exi/5ce un peu d\ce1 il faudrait comm5c] p> les rappel] leur humilit naturelle4 ,ils s]ont heureux qu&1 ram5s au vritable s5tim5t de leur condition1 ils se mpris]ont les uns les autres1 sans qu'aucun ne s'excepte soi-mme de ce mpris excell5t4 ,m4 ,rock/rong haussa les paules4 --,mon gros abb1 dit-il1 v\s tes un p\rceau4 --,v\s me flattez1 rpondit mon bon matre2 je ne suis qu'un homme1 et je s5s en moi les g]mes de cette cre fi]t que je dte/e et de cette sup]be qui porte la race huma9e aux duels et aux gu]res4 ,il y a des mom5ts1 monsieur ,rock/rong1 o je me f]ais c\p] la gorge p\r mes op9ions1 ce qui s]ait une gr&e folie4 ,c> enf91 qui me pr\ve que je raisonne mieux que v\s1 qui raisonnez excessivem5t mal8 ,donnez-moi boire6 ,m4 ,rock/rong remplit gracieusem5t le gobelet de mon bon matre4 --,l'abb1 lui dit-il1 v\s tes hors de s5s1 mais je v\s aime1 et je v\drais bi5 savoir ce que v\s blmez de ma conduite publique et p\rquoi v\s v\s rangez1 contre moi1 du p>ti des tyrans1 des faussaires1 des voleurs et des juges prv>icateurs4 --,monsieur ,rock/rong1 rpondit mon bon matre1 s\ffrez que t\t d'abord je rp&e1 avec une indiffr5ce clm5te1 sur v\s1 sur vos amis et sur vos ennemis1 ce s5tim5t si d\x qui seul f9it les qu]elles et donne l'apaisem5t4 ,s\ffrez que je n'honore pas assez les uns ni les autres p\r les dsign] la v9dicte des lois et p\r appel] les supplices sur leur tte4 ,les hommes1 quoi qu'ils fass5t1 sont t\j\rs de gr&s innoc5ts1 et je laisse au milord *anceli] qui v\s fit condamn] les dclamations1 imites de ,cicron1 sur les crimes d'tat4 ,j'ai peu de gt p\r les ,catil9aires1 de quelque ct qu'elles vi5n5t4 ,je suis attri/ seulem5t de voir un homme tel que v\s occup de *ang] la =me du g\v]nem5t4 ,c'e/ l'emploi le plus frivole et le plus va9 que l'on puisse faire de son esprit1 et combattre les g5s en place n'e/ qu'une niais]ie1 qu& ce n'e/ pas un moy5 de vivre et de se p\ss] dans le monde4 ,donnez-moi boire6 ,songez1 monsieur ,rock/rong1 que ces brusques *angem5ts d'tat que v\s mditez sont de simples *angem5ts d'hommes1 et que les hommes1 considrs en masse1 sont t\s p>eils1 galem5t mdiocres dans le mal comme dans le bi51 en sorte que remplac] deux ou trois c5ts m9i/res1 g\v]neurs de prov9ces1 ag5ts fiscaux et prsid5ts morti] p> deux ou trois c5ts autres1 c'e/ faire autant que ri5 et mettre seulem5t ,philippe et ,b>nab au lieu de ,paul et de ,xavi]4 ,quant *ang] en mme temps la condition des p]sonnes1 comme v\s l'esprez1 voil qui e/ bi5 impossible1 c> cette condition ne dp5d pas des m9i/res1 qui ne sont ri51 mais de la t]re et de ses fruits1 de l'indu/rie1 du ngoce1 des ri*esses amasses dans l'empire1 de l'art des citoy5s dans le trafic et dans l'*ange1 t\tes *oses qui1 bonnes ou mauvaises1 ne relv5t ni du pr9ce ni des (fici]s de la c\ronne4 ,m4 ,rock/rong int]rompit vivem5t mon bon matre4 --,qui ne voit1 mon gros abb1 s'cria-t-il1 que l'tat de l'indu/rie et du comm]ce dp5d du g\v]nem5t1 et qu'il n'y a de bonnes f9ances que dans un g\v]nem5t libre8 --,la lib]t1 reprit ,m4 l'abb ,coign>d1 n'e/ que l'effet de la ri*esse des citoy5s1 qui s'affran*iss5t ds qu'ils sont assez puissants p\r tre libres4 ,les peuples pr5n5t t\te la lib]t dont ils peuv5t j\ir1 ou1 p\r mieux dire1 ils rclam5t imprieusem5t des in/itutions en reconnaissance et g>antie des droits qu'ils ont acquis p> leur indu/rie4 ,t\te lib]t vi5t d'eux et de leurs propres m\vem5ts4 ,leurs ge/es les plus in/9ctifs l>giss5t le m\le de l'tat qui se =me sur eux#aa4 ,en sorte qu'on peut dire que1 si dte/able que soit la tyrannie1 il n'y a que des tyrannies ncessaires et que les g\v]nem5ts despotiques ne sont que l'troite enveloppe d'un corps imbcile et trop *tif4 ,et qui ne voit que les app>5ces du g\v]nem5t sont comme la peau qui rvle la /ructure d'un animal sans en tre la cause8 ,v\s v\s en pr5ez la peau1 sans v\s intress] aux viscres1 en quoi v\s montrez1 monsieur ,rock/rong1 peu de philosophie naturelle4 --,a9si v\s ne faites po9t de diffr5ce d'un tat libre un g\v]nem5t tyrannique1 et t\t cela1 mon gros abb1 c'e/ p\r v\s le cuir de la bte4 ,et v\s ne voyez po9t que les dp5ses du pr9ce et les dprdations des m9i/res peuv5t1 en augm5tant les tailles1 ru9] l'agriculture et fatigu] le ngoce4 --,monsieur ,rock/rong1 il n'y a jamais1 dans un mme ge1 p\r un mme pays1 qu'un seul g\v]nem5t possible1 comme une bte ne peut avoir la fois qu'un mme pelage4 ,d'o il rsulte qu'il faut laiss] au temps qui e/ galant homme1 comme disait l'autre1 le so9 de *ang] les empires et de refaire les lois4 ,il y travaille avec une l5teur infatigable et clm5te4 --,et v\s ne p5sez pas1 mon gros abb1 qu'il faille aid] le vieill>d qui figure sur les horloges1 sa faux la ma98 ,v\s ne p5sez pas qu'une rvolution comme celle des ,anglais ou celle des ,pays-,bas ait eu quelque effet p\r l'tat des peuples8 ,non8 ,v\s mritez1 vieux f\1 d'tre coiff du *apeau v]t6 --,les rvolutions1 rpliqua mon bon matre1 se font p\r cons]v] les bi5s acquis1 non p\r en gagn] de n\veaux4 ,c'e/ la folie des nations et c'e/ la vtre monsieur ,rock/rong1 de fond] sur la *ute des pr9ces de va/es esprances4 ,les peuples s'assur5t de temps en temps1 p> la rvolte1 la cons]vation de leurs fran*ises m5aces4 ,ils n'acquir5t jamais p> cette voie des fran*ises n\velles4 ,mais ils se pay5t de mots4 ,il e/ rem>quable1 monsieur ,rock/rong1 que les hommes se font tu] facilem5t p\r des mots qui n'ont po9t de s5s4 ,ajax en avait dj fait la rem>que3 ,je croyais dans ma jeunesse1 lui fait dire le pote1 que l'action tait plus puissante que la p>ole1 mais je vois auj\rd'hui que la p>ole e/ la plus =te4 ,a9si p>lait ,ajax1 fils d',ole4 ,monsieur ,rock/rong1 j'ai gr&'soif6 ,,xvi ,l',,hi/oire ,monsieur ,roman posa sur le comptoir une demi-d\za9e de volumes4 --,je v\s prie1 monsieur ,blaizot1 dit-il1 de me faire envoy] ces livres4 ,il s'y tr\ve la ,mre et le ,fils1 les ,mmoires de la ,c\r de ,france et le ,te/am5t de ,ri*elieu4 ,je v\s s]ai reconnaissant d'y jo9dre ce que v\s avez reu de n\veau en matire d'hi/oire et p>ticulirem5t ce qui conc]ne la ,france depuis la mort d',h5ri ,,iv4 ,ce sont l des ouvrages dont je suis extrmem5t curieux4 --,v\s avez raison1 monsieur1 dit mon bon matre4 ,les livres d'hi/oire sont remplis de bagatelles trs propres au div]tissem5t d'un honnte homme1 et l'on e/ assur d'y tr\v] une inf9it de contes agrables4 --,monsieur l'abb1 rpondit ,m4 ,roman1 ce que je re*]*e *ez les hi/ori5s1 ce n'e/ po9t un div]tissem5t frivole4 ,c'e/ un grave enseignem5t1 et je suis au dsespoir si j'y dc\vre des fictions mles la vrit4 ,j'tudie les actions huma9es en vue de la conduite des peuples et je *]*e dans les hi/oires des maximes de g\v]nem5t4 --,je ne l'ignore pas1 monsieur1 dit mon bon matre4 ,votre trait de la ,mon>*ie e/ assez connu p\r qu'on sa*e que v\s avez conu une politique tire des hi/oires4 --,de la sorte1 dit ,m4 ,roman1 j'ai1 le premi]1 trac aux pr9ces et aux m9i/res des rgles dont ils ne peuv5t s'c>t] sans dang]4 --,aussi v\s voit-on1 monsieur1 au frontispice de votre livre1 s\s la figure de ,m9]ve1 prs5tant un roi adolesc5t le miroir que v\s t5d la muse ,clio1 dploye au-dessus de votre tte1 dans un cab9et orn de bu/es et de tableaux4 ,mais s\ffrez que je v\s dise1 monsieur1 que cette muse e/ une m5teuse et qu'elle v\s t5d un miroir trompeur4 ,il y a peu de vrits dans les hi/oires1 et les seuls faits sur lesquels on s'accorde sont ceux que n\s t5ons d'une s\rce unique4 ,les hi/ori5s se contr$is5t les uns les autres *aque fois qu'ils se r5contr5t4 ,bi5 plus6 ,n\s voyons que ,flavius ,josphe1 qui a suivi les mmes vnem5ts dans ses ,antiquits et dans sa ,gu]re des ,juifs1 les rapporte div]sem5t en *acun de ces ouvrages4 ,tite-,live n'e/ qu'un assembleur de fables2 et ,tacite1 votre oracle1 me fait t\t l'effet d'un m5teur au/re qui se moque du monde avec un air de gravit4 ,j'e/ime assez ,?ucydide1 ,polybe et ,gui*>d94 ,quant notre ,mz]ay1 il ne sait ce qu'il dit1 non plus que ,vill>et et l'abb ,vly4 ,mais je fais le procs aux hi/ori5s et c'e/ l'hi/oire qu'il le faut faire4 ,qu'e/-ce que l'hi/oire8 ,un recueil de contes moraux ou bi5 un mlange loqu5t de n>rations et de h>angues1 selon que l'hi/ori5 e/ philosophe ou rhteur4 ,il s'y peut tr\v] de beaux morceaux d'loqu5ce1 mais l'on n'y doit po9t *]*] la vrit1 p>ce que la vrit consi/e montr] les rapports ncessaires des *oses et que l'hi/ori5 ne saurait tablir ces rapports1 faute de p\voir suivre la *ane des effets et des causes4 ,considrez que *aque fois que la cause d'un fait hi/orique e/ dans un fait qui n'e/ po9t hi/orique1 l'hi/oire ne la voit po9t4 ,et comme les faits hi/oriques sont lis troitem5t aux faits qui ne sont pas hi/oriques1 il en rsulte que les vnem5ts ne s'en*an5t po9t naturellem5t dans les hi/oires1 mais qu'ils y sont lis les uns aux autres p> de purs artifices de rhtorique4 ,et rem>quez encore que la di/9ction entre les faits qui entr5t dans l'hi/oire et les faits qui n'y entr5t po9t e/ t\t fait arbitraire4 ,il en rsulte que1 lo9 d'tre une sci5ce1 l'hi/oire e/ condamne1 p> un vice de nature1 au vague du m5songe4 ,il lui manqu]a t\j\rs la suite et la cont9uit sans lesquelles il n'e/ po9t de connaissance vritable4 ,aussi bi5 voyez-v\s qu'on ne peut tir] des annales d'un peuple aucun prono/ic p\r son av5ir4 ,or1 le propre des sci5ces e/ d'tre prophtiques1 comme il se voit p> les tables o les lunaisons1 les m>es et les clipses se tr\v5t calcules l'avance1 t&is que les rvolutions et les gu]res *app5t au calcul4 ,m4 ,roman reprs5ta qu'il ne dem&ait l'hi/oire que des vrits confuses1 il e/ vrai1 inc]ta9es1 mlanges d'erreur1 mais inf9im5t prcieuses p> leur objet1 qui e/ l'homme4 --,je sais1 aj\ta-t-il1 combi5 les annales huma9es sont mles de fables et tronques4 ,mais dfaut d'une suite rig\reuse de causes et d'effets1 j'y dc\vre une sorte de plan qu'on p]d et qu'on retr\ve1 comme les ru9es de ces temples demi ensevelis dans le sable4 ,cela seul s]ait p\r moi d'un prix ine/imable4 ,et je me flatte encore que l'hi/oire1 l'av5ir1 =me de matriaux abondants et traite avec m?ode1 rivalis]a d'exactitude avec les sci5ces naturelles4 --,p\r cela1 dit mon bon matre1 n'y comptez po9t4 ,je croirais plutt que l'abondance croissante des mmoires1 correspondances et papi]s d'ar*ives r5dra la t*e difficile aux hi/ori5s futurs4 ,monsieur ,elw>d1 qui consacre sa vie tudi] la rvolution d',anglet]re1 assure que la vie d'un homme ne suffirait pas lire la moiti de ce qui fut crit p5dant les tr\bles4 ,il me s\vi5t d'un conte que monsieur l'abb ,blan*et me fit ce sujet1 et que je vais v\s dire tel qu'il se retr\v]a dans ma mmoire1 regrettant que monsieur l'abb ,blan*et ne soit pas ici p\r le cont] lui-mme1 c> il a de l'esprit4 ,voici cet apologue3 ,qu& le jeune pr9ce ,zmire succda son pre sur le trne de ,p]se1 il fit appel] t\s les acadmici5s de son royaume1 et1 les ayant runis1 il leur dit3 --,le docteur ,zeb1 mon matre1 m'a enseign que les s\v]a9s s'expos]ai5t mo9s d'erreurs s'ils tai5t clairs p> l'exemple du pass4 ,c'e/ p\rquoi je veux tudi] les annales des peuples4 ,je v\s ordonne de compos] une hi/oire univ]selle et de ne ri5 nglig] p\r la r5dre complte4 ,les savants promir5t de satisfaire le dsir du pr9ce1 et s'tant retirs1 ils se mir5t aussitt l'oeuvre4 ,au b\t de v+t ans1 ils se prs5tr5t devant le roi1 suivis d'une c>avane compose de d\ze *ameaux1 portant *acun c9q c5ts volumes4 ,le secrtaire de l'acadmie1 s'tant pro/]n sur les degrs du trne1 p>la en ces t]mes3 --,sire1 les acadmici5s de votre royaume ont l'honneur de dpos] vos pi$s l'hi/oire univ]selle qu'ils ont compose l'int5tion de ,votre ,maje/4 ,elle compr5d six mille tomes et r5f]me t\t ce qu'il n\s a t possible de runir t\*ant les moeurs des peuples et les vicissitudes des empires4 ,n\s y avons insr les anci5nes *roniques qui ont t heureusem5t cons]ves et n\s les avons illu/res de notes abondantes sur la gographie1 la *ronologie et la diplomatique4 ,les prolgomnes =m5t eux seuls la *>ge d'un *ameau et les p>alipomnes sont ports gr&'pe9e p> un autre *ameau4 ,le roi rpondit3 --,messieurs1 je v\s rem]cie de la pe9e que v\s v\s tes donne4 ,mais je suis =t occup des so9s du g\v]nem5t4 ,d'ailleurs j'ai vieilli p5dant que v\s travailliez4 ,je suis p>v5u1 comme dit le pote p]san1 au milieu du *em9 de la vie1 et1 suppos] que je meure ple9 de j\rs1 je ne puis raisonnablem5t espr] d'avoir le temps de lire une si longue hi/oire4 ,elle s]a dpose dans les ar*ives du royaume4 ,veuillez m'en faire un abrg mieux proportionn la brivet de l'exi/5ce huma9e4 ,les acadmici5s de ,p]se travaillr5t v+t ans encore2 puis ils apportr5t au roi qu9ze c5ts volumes sur trois *ameaux4 --,sire1 dit le secrtaire p]ptuel d'une voix affaiblie1 voici notre n\vel ouvrage4 ,n\s croyons n'avoir ri5 omis d'ess5tiel4 --,il se peut1 rpondit le roi1 mais je ne le lirai po9t4 ,je suis vieux2 les longues entreprises ne convi5n5t po9t mon ge2 abrgez encore et ne t>dez pas4 ,ils t>dr5t si peu qu'au b\t de dix ans ils rev9r5t suivis d'un jeune lphant porteur de c9q c5ts volumes4 --,je me flatte d'avoir t succ9ct1 dit le secrtaire p]ptuel4 --,v\s ne l'avez pas encore t suffisamm5t1 rpondit le roi4 ,je suis au b\t de ma vie4 ,abrgez1 abrgez1 si v\s v\lez que je sa*e1 avant de m\rir1 l'hi/oire des hommes4 ,on revit le secrtaire p]ptuel devant le palais1 au b\t de c9q ans4 ,m>*ant avec des bquilles1 il t5ait p> la bride un petit ne qui portait un gros livre sur son dos4 --,htez-v\s1 lui dit un (fici]1 le roi se meurt4 ,en effet le roi tait sur son lit de mort4 ,il t\rna v]s l'acadmici5 et son gros livre un reg>d presque te9t1 et dit en s\pirant3 --,je m\rrai donc sans savoir l'hi/oire des hommes6 --,sire1 rpondit le savant1 presque aussi m\rant que lui1 je vais v\s la rsum] en trois mots3 ,ils naquir5t1 ils s\ffrir5t1 ils m\rur5t4 ,c'e/ a9si que le roi de ,p]se apprit sur le t>d l'hi/oire univ]selle4 ,,xvii ,,monsieur ,,nicod,,me ,cep5dant qu' l',image ,sa9te-,ca!r9e1 mon bon matre1 assis sur le plus haut degr de l'*elle1 lisait ,cassiodore avec dlices1 un vieill>d entra dans la b\tique1 l'air rogue et le reg>d svre4 ,il alla droit ,m4 ,blaizot qui allongeait la tte en s\riant d]rire son comptoir4 --,monsieur1 lui dit-il1 v\s tes libraire jur et je dois v\s t5ir p\r homme de bonnes moeurs4 ,p\rtant l'on voit votre talage un tome des ,oeuvres de ,rons>d ouv]t l'endroit du frontispice qui reprs5te une femme nue4 ,et c'e/ un spectacle qui ne peut se reg>d] en face4 --,p>donnez-moi1 monsieur1 rpondit d\cem5t ,m4 ,blaizot2 ce frontispice e/ de ,lon>d ,gauti]1 qui passait1 en son temps1 p\r un graveur assez habile4 --,il m'importe peu1 reprit le vieill>d1 que le graveur soit habile4 ,je considre seulem5t qu'il a reprs5t des nudits4 ,cette figure n'e/ vtue que de ses *eveux1 et je suis d\l\reusem5t surpris1 monsieur1 de voir un homme d'ge1 et prud5t1 comme v\s p>aissez1 l'expos] aux reg>ds des jeunes hommes qui frqu5t5t dans la rue ,sa9t-,jacques4 ,v\s f]iez bi5 de la brl]1 l'exemple du pre ,g>asse1 qui employa son bi5 acqurir1 p\r les jet] au feu1 nombre de livres contraires aux bonnes moeurs et la ,compagnie de ,jsus4 ,t\t au mo9s s]ait-il honnte v\s de la ca*] dans l'endroit le plus secret de votre b\tique1 qui recle1 je le cra9s1 beauc\p de livres propres1 tant p\r le texte que p\r les figures1 excit] les mes la dbau*e4 ,m4 ,blaizot rpondit en r\gissant qu'un tel s\pon tait inju/e1 et le dsolait1 v5ant d'un honnte homme4 --,je dois1 reprit le vieill>d1 v\s dire qui je suis4 ,v\s voyez devant v\s monsieur ,nicodme1 prsid5t de la compagnie de la pudeur4 ,le b que je p\rsuis e/ de r5*rir de dlicatesse1 l'endroit de la mode/ie1 sur les rglem5ts de monsieur le lieut5ant de police4 ,je m'emploie1 avec l'aide d'une d\za9e de conseill]s au ,p>lem5t et de deux c5ts m>guilli]s des pr9cipales p>oisses1 faire disp>atre les nudits exposes dans les lieux publics1 tels que places1 b\lev>ds1 rues1 ruelles1 quais1 impasses et j>d9s4 ,et non cont5t d'tablir la mode/ie sur la voie publique1 je m'ef=ce de la faire rgn] jusque dans les salons1 cab9ets et *ambres c\*]1 d'o elle e/ trop s\v5t bannie4 ,sa*ez1 monsieur1 que la socit que j'ai fonde fait faire des tr\sseaux p\r les jeunes m>is1 o il se tr\ve des *emises amples et longues1 avec un petit p]tuis qui p]met aux jeunes p\x de procd] *a/em5t l'excution du comm&em5t de ,dieu relatif la croissance et la multiplication4 ,et1 p\r ml]1 si j'ose le dire1 les grces l'au/rit1 ces ouv]tures sont ent\res de brod]ies agrables4 ,je me flatte d'avoir imag9 de la sorte des vtem5ts intimes extrmem5t propres faire de t\s les n\veaux c\ples une autre ,s>ah et un autre ,tobie1 et nettoy] le sacrem5t du m>iage des impurets qui y sont malheureusem5t atta*es4 ,mon bon matre1 qui1 le nez dans ,cassiodore1 c\tait ce disc\rs1 y rpondit1 le plus gravem5t du monde1 du haut de son *elle1 qu'il tr\vait l'inv5tion belle et l\able1 mais qu'il en concevait une autre plus excell5te encore3 --,je v\drais1 dit-il1 que les jeunes p\x1 avant leur union1 fuss5t frotts du haut jusques en bas d'un cirage trs noir qui1 r5dant leur cuir semblable celui des bottes1 attri/t beauc\p les dlices et bl&ices crim9elles de la *air1 et ft un pnible ob/acle aux c>esses1 bais]s et mign>dises que pratiqu5t trop communm5t1 entre deux draps1 les am\reux4 ,a ces mots1 ,m4 ,nicodme1 levant la tte1 vit mon bon matre sur son *elle et reconnut son air qu'il se moquait4 --,monsieur l'abb1 rpondit-il avec une indignation attri/e1 je v\s p>donn]ais si v\s v]siez sur moi seul le ridicule4 ,mais v\s raillez en mme temps que moi la mode/ie et les bonnes moeurs1 en quoi v\s tes bi5 c\pable4 ,en dpit des mauvais plaisants1 la socit que j'ai fonde a dj accompli de gr&s et utiles travaux4 ,raillez1 monsieur6 ,n\s avons mis six c5ts feuilles de vigne ou de figui] aux /atues des j>d9s du ,roi4 --,cela e/ admirable1 monsieur1 rpondit mon bon matre en aju/ant ses bsicles2 et1 du tra9 que v\s allez1 t\tes les /atues s]ont bi5tt feuillues4 ,mais 7comme les objets n'ont de s5s p\r n\s que p> les ides qu'ils veill5t71 en mettant des feuilles de vigne et de figui] aux /atues1 v\s transportez le c>actre de l'obscnit ces feuilles1 en sorte qu'on ne p\rra plus voir de vigne ni de figui] dans la campagne1 sans les concevoir t\t remplis d'indc5ces2 et c'e/ un gr& p*1 monsieur1 que de *>g] a9si d'impudeur des arbu/es innoc5ts4 ,s\ffrez que je v\s dise encore qu'il e/ dang]eux de s'atta*]1 comme v\s le faites1 t\t ce qui peut tre sujet de tr\ble et d'inquitude p\r la *air1 sans song] que1 si telle figure e/ de sorte sc&alis] les mes1 *acun de n\s1 qui porte en soi la ralit de cette figure1 se sc&alis]a soi-mme1 mo9s d'tre eunuque1 ce qui e/ affreux p5s]4 --,monsieur1 reprit le vieill>d ,nicodme1 un peu *auff1 je connais votre langage que v\s tes un lib]t9 et un dbau*4 --,monsieur1 dit mon bon matre1 je suis *rti52 et quant vivre dans la dbau*e1 je n'y puis p5s]1 ayant assez faire gagn] le pa91 le v9 et le tabac de *aque j\r4 ,tel que v\s me voyez1 monsieur1 je ne connais d'orgie que les sil5cieuses orgies de la mditation1 et le seul banquet o je m'asseye e/ le banquet des ,muses4 ,mais j'e/ime1 tant sage1 qu'il e/ mauvais de r5*rir de pudeur sur les enseignem5ts de la religion ca?olique1 qui laisse1 ce sujet1 beauc\p de lib]t et s'en rapporte volonti]s aux usages des peuples et leurs prjugs4 ,je v\s ti5s1 monsieur1 p\r enta* de calv9isme et p5*ant l'hrsie des iconocla/es4 ,c>1 enf91 on ne sait si votre fureur n'ira pas jusqu' brl] les images de ,dieu et des sa9ts en ha9e de l'humanit qui p>at en elles4 ,ces mots de pudeur1 de mode/ie et de dc5ce1 dont v\s avez la b\*e ple9e1 n'ont1 en fait1 aucun s5s prcis et /able4 ,c'e/ la c\tume et le s5tim5t qui seuls les peuv5t df9ir avec mesure et vrit4 ,je ne reconnais p\r juges de ces dlicatesses que les potes1 les arti/es et les belles femmes4 ,quelle trange ide que d'rig] une tr\pe de procureurs en juges des grces et des volupts6 --,mais1 monsieur1 rpliqua le vieill>d ,nicodme1 n\s ne n\s en pr5ons ni aux ,grces ni aux ,ris1 et encore mo9s aux images de ,dieu et des sa9ts1 et v\s n\s *]*ez une mauvaise qu]elle4 ,n\s sommes d'honntes g5s qui v\lons c>t] des yeux de nos fils les spectacles d%onntes2 et l'on sait bi5 ce qui e/ honnte et ce qui ne l'e/ pas4 ,s\haitez-v\s donc1 monsieur l'abb1 que nos jeunes enfants soi5t livrs1 dans nos rues1 t\tes les t5tations8 --,ah6 monsieur1 rpondit mon bon matre1 il faut tre t5t6 ,c'e/ la condition de l'homme et du *rti5 sur la t]re4 ,et la t5tation la plus r$\table vi5t du d$ans et non du dehors4 ,v\s ne pr5driez pas tant de pe9e faire dcro*] des talages quelques crayons de femmes nues1 si v\s aviez1 comme moi1 mdit les vies des ,pres du ds]t4 ,v\s y auriez vu que1 dans une solitude affreuse1 lo9 de t\te figure taille ou pe9te1 d*irs p> le cilice1 macrs dans la pnit5ce1 puiss p> le jene1 se r\lant sur un lit d'p9es1 les ana*ortes se s5tai5t p]cs jusqu'aux moelles des aiguillons du dsir *>nel4 ,ils voyai5t1 dans leur pauvre cellule1 des images plus voluptueuses mille fois que cette allgorie qui v\s (fusque la vitr9e de monsieur ,blaizot4 ,le diable 7les lib]t9s dis5t la ,nature7 e/ plus gr& pe9tre de scnes lascives que ,jules ,roma9 lui-mme4 ,il passe t\s les matres de l',italie et des ,fl&res p\r les attitudes1 le m\vem5t et le coloris4 ,hlas6 v\s ne p\vez ri5 contre ses ard5tes pe9tures4 ,celles qui v\s sc&alis5t sont peu de *ose en comp>aison1 et v\s f]iez sagem5t de laiss] monsieur le lieut5ant de police le so9 de veill] la pudeur publique1 au gr des citoy5s4 ,vraim5t1 votre c&eur m'tonne2 v\s avez peu l'ide de ce qu'e/ l'homme1 de ce que sont les socits1 et du b\illonnem5t de la *air dans une gr&e ville4 ,oh6 les innoc5ts b>bons qui1 dans t\tes les impurets de ,babylone1 o les rideaux se s\lv5t de t\tes p>ts p\r laiss] voir l'oeil et le bras des pro/itues1 o les corps trop presss se frott5t et s'*auff5t les uns les autres sur les places publiques1 vont se pla9dre et gmir de quelques m*antes images susp5dues aux *oppes des libraires1 et port5t jusqu'au ,p>lem5t du royaume leurs lam5tations1 qu& dans un bal une fille a montr des g>ons sa cuisse1 qui e/ prcism5t p\r eux l'objet le plus commun du monde4 ,a9si p>lait mon bon matre1 deb\t sur son *elle4 ,mais ,m4 ,nicodme se b\*ait les oreilles p\r ne pas l'ent5dre et criait au cynisme4 --,ciel6 s\pirait-il1 quoi de plus dgtant qu'une femme nue1 et quelle honte de s'accommod]1 comme fait cet abb1 de l'immoralit1 qui e/ la f9 d'un pays1 c> les peuples ne subsi/5t que p> la puret des moeurs6 --,il e/ vrai1 monsieur1 rpondit mon bon matre1 que les peuples ne sont =ts que lorsqu'ils ont des moeurs2 mais cela s'ent5d de la communaut des maximes1 des s5tim5ts et des passions1 et d'une sorte d'obissance gnreuse aux lois1 et non pas des bagatelles qui v\s occup5t4 ,pr5ez g>de aussi que la pudeur1 qu& elle n'e/ pas une grce1 n'e/ qu'une niais]ie1 et que la sombre c&eur de vos eff>\*em5ts donne un spectacle ridicule1 monsieur ,nicodme1 et quelque peu indc5t4 ,mais ,m4 ,nicodme avait dj quitt la place4 ,,xviii ,,la ,,ju/ice ,monsieur l'abb ,coign>d1 qui devait plutt tre n\rri au prytane p> la rpublique reconnaissante1 gagnait son pa9 en crivant des lettres p\r les s]vantes dans une *oppe du cimetire ,sa9t-,innoc5t4 ,il lui adv9t d'y s]vir de secrtaire une dame portugaise1 qui trav]sait la ,france avec son petit ngre4 ,elle donna un li>d p\r une lettre son m>i et un cu de six livres p\r une autre son amant4 ,c'tait le premi] cu que mon bon matre t\*ait depuis la ,sa9t-,jean4 ,comme il tait magnifique et libral1 il me m5a t\t aussitt la ,pomme d'or1 sur le quai de ,grve1 pro*e la ,maison de ville1 o le v9 e/ naturel et les saucisses excell5tes4 ,aussi les gros m>*&s1 qui a*t5t les pommes sur le ,mail1 ont-ils c\tume d'y all]1 v]s midi1 en p>tie f9e4 ,c'tait le pr9temps2 il tait d\x de respir] le j\r4 ,mon bon matre n\s fit s]vir sur la b]ge1 et n\s dnmes en c\tant le frais clapotis de l'eau battue p> l'aviron des bateli]s4 ,un air riant et lg] n\s baignait dans ses ondes subtiles et n\s tions heureux de vivre la cl>t du ciel4 ,t&is que n\s mangions des g\jons frits1 un bruit de *evaux et d'hommes1 s'levant notre ct1 n\s fit t\rn] la tte4 ,dev9ant le sujet de notre curiosit1 un petit vieill>d noir1 qui dnait la table pro*a9e1 n\s dit avec un s\rire obligeant3 --,ce n'e/ ri51 messieurs1 c'e/ une s]vante qu'on mne p5dre p\r avoir vol sa matresse des b>bes de d5telles4 ,au mom5t qu'il p>lait1 n\s vmes en effet1 assise au cul d'une *>rette1 entre des s]g5ts *eval1 une assez belle fille1 l'air tonn et la poitr9e t5due p> l'c>t des bras lis sur le dos4 ,elle passa t\t aussitt1 et p\rtant j'aurai t\j\rs dans les yeux l'image de cette figure blan*e et de ce reg>d qui dj ne voyait plus ri54 --,oui1 messieurs1 reprit le petit vieill>d noir1 c'e/ la s]vante de madame la conseillre ,josse1 qui1 p\r se faire brave *ez ,ramponneau1 au ct de son amant1 droba sa matresse une coiffe de po9t d',al5on1 et s'enfuit aprs avoir fait ce l>c94 ,elle fut prise dans un logis du ,pont-au-,*ange1 et t\t d'abord elle av\a son crime4 ,aussi ne fut-elle s\mise la torture que p5dant une heure ou deux4 ,ce que je v\s dis1 messieurs1 je le sais1 tant huissi] de la *ambre du ,p>lem5t o elle fut juge4 ,le petit vieill>d noir entama une saucisse1 qu'il ne fallait pas laiss] refroidir2 puis il reprit3 --,en ce mom5t1 elle doit tre l'*elle et dans c9q m9utes1 peut-tre un peu plus1 peut-tre un peu mo9s1 la coqu9e aura r5du l'me4 ,il y a des p5dus qui ne donn5t po9t de pe9e au b\rreau4 ,aussitt qu'ils ont la corde au c\1 ils meur5t tranquillem5t4 ,mais il en e/ d'autres qui font1 c'e/ le cas de le dire1 une vie de p5du1 et qui se dmn5t furieusem5t4 ,le plus endiabl de t\s fut un prtre1 qu'on ju/icia l'an pass p\r avoir imit la signature du roi sur des billets de lot]ie4 ,p5dant plus de v+t m9utes1 il dansa comme une c>pe au b\t de la corde4 ,h6 h6 aj\ta le petit homme noir en ricanant1 monsieur l'abb tait mode/e et n'enviait po9t l'honneur de dev5ir vque des *amps4 ,je le vis qu& on le tira de la *>rette4 ,il pleurait et se dbattait tant1 que le b\rreau lui dit3 ,monsieur l'abb1 ne faites pas l'enfant6 ,le plus trange e/ que1 conduit de compagnie avec un autre l>ron1 il avait t pris d'abord p\r le confesseur1 p> le b\rreau que l'exempt eut t\tes les pe9es du monde dtromp]4 ,n'e/-ce pas plaisant1 monsieur8 --,non1 monsieur1 rpondit mon bon matre1 en laissant tomb] dans son assiette un petit poisson qu'il t5ait depuis quelque temps susp5du ses lvres1 non cela n'e/ po9t plaisant2 et l'ide que cette belle fille r5d l'me en ce mom5t me gte le plaisir de mang] des g\jons et de voir le beau ciel1 qui me riait t\t l'heure4 --,ah6 monsieur l'abb1 dit le petit huissi]1 si v\s tes ce po9t dlicat1 v\s n'auriez pu voir sans dfaillir ce que mon pre vit de ses yeux1 tant encore enfant1 dans la ville de ,dijon1 dont il tait natif4 ,avez-v\s jamais ent5du p>l] d',hlne ,gillet8 --,non po9t1 dit mon bon matre4 --,en ce cas1 je vais v\s cont] son hi/oire1 telle que mon pre me l'a ma9tes fois conte4 ,il b un c\p de v91 s'essuya les lvres avec un co9 de la nappe1 et fit le rcit que je vais rapport]4 ,,xix ,r,,cit ,,de ,l',,huissi] --,au mois d'octobre #afbd1 la fille du *tela9 royal de ,b\rg-en-,bresse1 ,hlne ,gillet1 ge de v+t-deux ans1 qui vivait dans la maison pat]nelle avec ses frres encore enfants1 laissa p>atre des signes si visibles d'une grossesse1 que ce fut la fable de la ville et que les demoiselles de ,b\rg cessr5t de la frqu5t]4 ,on prit g>de ensuite que ses flancs s'tai5t abaisss et l'on fit de telles gloses que le lieut5ant-crim9el ordonna qu'elle s]ait visite p> des matrones4 ,celles-ci con/atr5t qu'elle avait t grosse et que sa dlivrance remontait mo9s de qu9ze j\rs4 ,sur leur rapport1 ,hlne ,gillet fut mise en prison et int]roge p> les juges du prsidial4 ,elle leur fit des aveux3 --,il y a quelques mois1 leur dit-elle1 un jeune homme1 d'un lieu vois91 demeurant au logis de mon oncle1 v5ait *ez mon pre p\r appr5dre lire et crire aux g>ons4 ,une fois seulem5t il me connut4 ,ce fut p> le moy5 d'une s]vante qui m'enf]ma dans une *ambre avec lui4 ,l1 il me prit de =ce4 ,et1 comme on lui dem&a p\rquoi elle n'avait pas appel au sec\rs1 elle rpondit que la surprise lui avait t la voix4 ,presse p> les juges1 elle aj\ta qu' la suite de cette viol5ce elle dev9t grosse et fut dlivre avant t]me4 ,lo9 d'avoir contribu cette dlivrance1 elle l'et ignore1 disait-elle1 sans une s]vante qui lui rvla la vraie nature de cet accid5t4 ,les magi/rats1 mal satisfaits de ses rponses1 ne savai5t t\tefois comm5t y contr$ire1 qu& un tmoignage inatt5du v9t f\rnir l'accusation des preuves c]ta9es4 ,un soldat qui passait1 en se prom5ant1 le long du j>d9 de messire ,pi]re ,gillet1 *tela9 royal1 pre de l'accuse1 vit dans un foss1 au pi$ du mur1 un corbeau s'ef=ant de tir] un l+e avec son bec4 ,il s'appro*a p\r reconnatre ce que c'tait et tr\va le corps d'un petit enfant4 ,il en av]tit aussitt la ju/ice4 ,cet enfant tait envelopp dans une *emise m>que au col des lettres ,h4 ,g4 ,on con/ata qu'il tait v5u t]me1 et ,hlne ,gillet1 conva9cue d'infanticide1 fut condamne1 selon la c\tume1 la pe9e de mort4 ,a raison de la *>ge honorable que t5ait son pre1 elle fut admise j\ir du privilge accord aux nobles et la s5t5ce porta qu'elle aurait la tte tran*e4 ,ayant fait appel au ,p>lem5t de ,dijon1 elle fut conduite1 s\s la g>de de deux ar*]s1 dans la capitale de la ,b\rgogne et mise la ,conci]g]ie du ,palais4 ,sa mre1 qui l'avait accompagne1 se retira *ez les dames ,b]n>d9es4 ,l'affaire fut ent5due p> messieurs du ,p>lem5t1 le lundi #ab mai1 dans la d]nire audi5ce avant les ftes de la ,p5tecte4 ,sur le rapport du conseill] ,jacob1 les juges confirmr5t la s5t5ce du prsidial de ,b\rg1 disposant que la condamne s]ait conduite au supplice la h>t au col4 ,on rem>qua dans le public que cette circon/ance infamante avait t aj\te d'une faon trange et insolite un supplice noble1 et une telle svrit1 qui allait contre les =mes1 fut blme4 ,mais l'arrt tait sans appel et devait tre excut t\t de suite4 ,en effet1 le mme j\r1 trois heures et demie de releve1 ,hlne ,gillet fut conduite l'*afaud1 au son des clo*es1 dans un cortge prcd p> des trompettes qui sonnai5t avec un tel clat1 que t\tes les bonnes g5s de la ville les ent5dir5t dans leurs maisons1 et1 tombant g5\x1 prir5t p\r l'me de celle qui allait m\rir4 ,monsieur le sub/itut du procureur du roi s'avanait *eval1 suivi de ses huissi]s4 ,puis v5ait la condamne1 dans une *>rette1 la corde au col1 comme le v\lait l'arrt du ,p>lem5t4 ,elle tait assi/e de deux pres jsuites et de deux frres capuc9s1 qui lui montrai5t ,jsus expirant sur la croix4 ,prs d'elle se t5ai5t le b\rreau avec son c\telas et la b\rrelle avec une paire de ciseaux4 ,une compagnie d'ar*]s ent\rait la *>rette4 ,d]rire se pressait une f\le de curieux o se tr\vai5t des g5s de petits mti]s1 b\lang]s1 b\*]s et maons1 et d'o montait une gr&e rumeur4 ,le cortge s'arrta sur la place dite le ,morimont1 non1 comme il semble1 p>ce que c'e/ le lieu de mort des crim9els1 mais en s\v5ir des abbs crosss et mitrs de ,morimont qui y eur5t jadis leur htel4 ,l'*afaud de bois y tait dress sur des degrs de pi]re att5ant une *apelle basse o les religieux ont c\tume de pri] p\r l'me des supplicis4 ,hlne ,gillet monta les degrs avec les quatre religieux1 le b\rreau1 et sa femme1 la b\rrelle4 ,celle-ci1 ayant retir la pati5te la corde qui lui ceignait le c\1 lui c\pa les *eveux avec ses ciseaux longs d'un demi-pi$1 et lui b&a les yeux2 les religieux rcitai5t des prires4 ,cep5dant le b\rreau comm5a de plir et de trembl]4 ,il se nommait ,simon ,gr&jean2 c'tait un homme d'app>5ce dbile1 et aussi cra9tif et d\x que sa femme la b\rrelle semblait froce4 ,il avait communi le mat9 dans la prison1 et p\rtant il se s5tait tr\bl1 sans c\rage p\r faire m\rir cette jeune fille4 ,il se p5*a v]s le peuple3 --,p>donnez-moi1 v\s t\s1 dit-il1 si je fais mal ce qu'il me faut faire4 ,j'ai une fivre qui me ti5t depuis trois mois4 ,puis1 *ancelant1 se tordant les bras et levant les yeux au ciel1 il alla se mettre g5\x devant ,hlne ,gillet1 et lui dem&a p>don deux fois4 ,il pria les religieux de le bnir1 et1 qu& la b\rrelle eut arrang la pati5te sur le billot1 il haussa son c\telas4 ,les jsuites et les capuc9s crir5t3 ,jsus ,m>ia6 et un gr& s\pir sortit de la f\le4 ,le c\p1 qui devait tran*] le col1 fit une l>ge entaille l'paule gau*e et la malheureuse tomba sur le ct droit4 ,simon ,gr&jean1 se ret\rnant v]s la f\le1 dit3 --,faites-moi m\rir6 ,les hues montai5t1 et quelques pi]res fur5t lances sur l'*afaud p5dant que la b\rrelle replaait la victime sur le billot4 ,le m>i reprit son c\telas4 ,frappant une seconde fois1 il entailla pr(ondm5t le c\ de la pauvre fille1 qui tomba sur le c\telas *app des ma9s du b\rreau4 ,cette fois1 la rumeur qui s'leva de la f\le fut t]rible1 et une telle grle de pi]res tomba sur l'*afaud1 que ,simon ,gr&jean1 les deux jsuites et les deux capuc9s sautr5t en bas4 ,ils pur5t gagn] la *apelle basse et s'y enf]m]4 ,la b\rrelle1 re/e seule en haut avec la pati5te1 *]*a le c\telas4 ,ne le tr\vant pas1 elle prit la corde avec laquelle ,hlne ,gillet avait t m5e1 la lui n\a au c\ et1 lui mettant le pi$ sur la poitr9e1 essaya de l'trangl]4 ,hlne1 saisissant la corde deux ma9s1 se df5dit1 t\te sanglante2 alors la femme ,gr&jean la trana p> la corde1 la tte en bas1 au pi$ de l'e/rade et1 p>v5ue sur les degrs de pi]re1 elle lui tailla la gorge avec ses ciseaux4 ,elle y travaillait qu& les b\*]s et les maons1 culbutant s]g5ts et ar*]s1 envahir5t les abords de l'*afaud et de la *apelle2 une d\za9e de bras robu/es enlevr5t ,hlne ,gillet et la portr5t van\ie dans la b\tique de matre ,jacqu91 *irurgi5 b>bi]4 ,la f\le du peuple1 qui se ruait sur la porte de la *apelle1 aurait eu bi5tt fait de l'enfonc]4 ,mais les deux frres capuc9s et les deux pres jsuites l'ouvrir5t1 p\vants4 ,et1 t5ant leurs croix au b\t de leurs bras levs1 ils se fir5t passage gr&'pe9e1 au milieu de l'meute4 ,le b\rreau et sa femme fur5t assomms c\ps de pi]res et de m>teaux et leurs corps trans p> les rues4 ,cep5dant ,hlne ,gillet1 repr5ant connaissance *ez le *irurgi51 dem&a boire4 ,puis1 t&is que matre ,jacqu9 la pansait1 elle dit3 --,n'aurai-je po9t d'autre mal que celui-l8 ,on tr\va qu'elle avait reu deux c\ps d'pe1 six c\ps de ciseaux qui lui avai5t trav]s les lvres et la gorge1 que ses re9s avai5t t pr(ondm5t entams p> le c\telas sur lequel la b\rrelle l'avait trane en v\lant l'trangl]1 et qu'enf9 t\t son corps tait contus p> des pi]res que la f\le avait lances sur l'*afaud4 ,elle gurit p\rtant de t\tes ses blessures4 ,laisse *ez le *irurgi5 ,jacqu91 la g>de d'un huissi]1 elle rptait sans cesse3 --,e/-ce que ce n'e/ pas f9i8 ,e/-ce qu'on me f]a m\rir8 ,le *irurgi5 et quelques mes *>itables qui l'assi/ai5t s'ef=ai5t de la rassur]4 ,mais le roi seul p\vait lui faire grce de la vie4 ,l'avocat ,fvret rdigea une requte qui fut signe p> plusieurs notables de ,dijon et porte ,sa ,maje/4 ,on donnait la ,c\r des rj\issances p\r le m>iage d',h5riette-,m>ie de ,france avec le roi d',anglet]re4 ,en faveur de ce m>iage1 ,l\is le ,ju/e octroya la grce dem&e4 ,il accorda un enti] p>don la pauvre fille1 e/imant1 dis5t les lettres de rmission1 qu'elle avait s\ff]t des supplices qui gal5t1 voire mme surpass5t la pe9e de sa condamnation4 ,hlne ,gillet1 r5due la vie1 se retira dans un c\v5t de la ,bresse o elle pratiqua jusqu' sa mort la plus exacte pit4 ,telle e/1 aj\ta le petit huissi]1 l'hi/oire vritable d',hlne ,gillet1 que t\t le monde sait ,dijon4 ,ne la tr\vez-v\s po9t div]tissante1 monsieur l'abb8 ,,xx ,,la ,,ju/ice 7,,suite7 --,hlas6 dit mon bon matre1 mon djeun] ne p\rra po9t pass]4 ,j'ai le coeur ret\rn tant p> cette horrible scne que v\s avez1 monsieur1 conte si froidem5t1 que p> la vue de cette s]vante de madame la conseillre ,josse qu'on mne p5dre1 qu& on p\vait mieux en faire4 --,mais1 monsieur1 rpliqua l'huissi]1 ne v\s ai-je po9t dit que cette fille avait vol sa matresse et ne v\lez-v\s po9t qu'on p5de les l>rons8 --,il e/ vrai1 dit mon bon matre1 que c'e/ l'usage2 et comme la =ce de l'acc\tumance e/ irrsi/ible1 je n'y pr5ds po9t g>de dans le c\rs ord9aire de ma vie4 ,de mme ,snque le philosophe1 qui p\rtant tait encl9 la d\ceur1 composait des traits ple9s d'lgance p5dant qu' ,rome1 prs de lui1 des esclaves tai5t mis en croix p\r des fautes lgres1 comme il se voit p> l'exemple de l'esclave ,mi?ridate qui m\rut les ma9s cl\es1 c\pable seulem5t d'avoir blasphm la div9it de son matre1 l'infme ,trimalcion4 ,notre esprit e/ a9si fait que ri5 ne le tr\ble ni ne le blesse de ce qui e/ ord9aire et c\tumi]4 ,et l'usage use1 si je puis dire1 notre indignation aussi bi5 que notre m]veillem5t4 ,je m'veille *aque mat91 sans song]1 je l'av\e1 aux malheureux qui s]ont p5dus ou r\s p5dant le j\r4 ,mais qu& l'ide du supplice m'e/ r5due plus s5sible1 mon coeur se tr\ble1 et p\r avoir vu cette belle fille conduite la mort1 ma gorge se s]re au po9t que ce petit poisson n'y saurait entr]4 --,qu'e/-ce qu'une belle fille8 dit l'huissi]4 ,il n'e/ pas de rue ,p>is o1 dans une nuit1 on n'en fasse la d\za9e4 ,p\rquoi celle-ci avait-elle vol sa matresse1 madame la conseillre ,josse8 --,je n'en sais ri51 monsieur1 rpondit gravem5t mon bon matre2 v\s n'en savez ri51 et les juges qui l'ont condamne n'en savai5t pas davantage1 c> les raisons de nos actions sont obscures et les ressorts qui n\s font agir demeur5t pr(ondm5t ca*s4 ,je ti5s l'homme p\r libre de ses actes1 puisque ma religion l'enseigne2 mais1 hors la doctr9e de l'glise1 qui e/ c]ta9e1 il y a si peu de raison de croire la lib]t huma9e1 que je frmis en songeant aux arrts de la ju/ice qui puniss5t des actions dont le pr9cipe1 l'ordre et les causes n\s *app5t galem5t1 o la volont a s\v5t peu de "p1 et qui sont p>fois accomplies sans connaissance4 ,s'il faut enf9 que n\s soyons responsables de nos actes1 puisque l'conomie de notre sa9te religion e/ fonde sur l'accord my/rieux de la lib]t huma9e et de la grce div9e1 c'e/ un abus que de dduire de cette obscure et dlicate lib]t t\tes les gnes1 t\tes les tortures et t\s les supplices dont nos codes sont prodigues4 --,je vois avec pe9e1 monsieur1 dit le petit homme noir1 que v\s tes du p>ti des fripons4 --,hlas6 monsieur1 dit mon bon matre1 ils sont une "p de l'humanit s\ffrante et membres1 comme n\s1 de ,jsus-,*ri/1 qui m\rut entre deux l>rons4 ,je crois ap]cevoir dans nos lois des cruauts1 qui p>atront di/9ctem5t dans l'av5ir1 et dont nos arrire-neveux s'indign]ont4 --,je ne v\s ent5ds pas1 monsieur1 dit l'autre en buvant un petit c\p de v94 ,t\tes les b>b>ies go?iques ont t retran*es de nos lois et c\tumes1 et la ju/ice e/ auj\rd'hui d'une politesse et d'une humanit excessives4 ,les pe9es sont exactem5t proportionnes aux crimes et v\s voyez que les voleurs sont p5dus1 les meurtri]s r\s1 les crim9els de lse-maje/ tirs quatre *evaux1 les a?es1 les sorci]s et les sodomites brls1 les faux-monnayeurs b\illis1 en quoi la ju/ice crim9elle m>que une extrme modration et t\te la d\ceur possible4 --,monsieur1 de t\t temps les juges se sont e/ims bi5veillants1 quitables et d\x4 ,aux ges go?iques de sa9t ,l\is et mme de ,*>lemagne1 ils admirai5t leur propre bnignit1 qui n\s semble rudesse auj\rd'hui2 je dev9e que nos fils n\s jug]ont rudes leur t\r1 et qu'ils tr\v]ont encore quelque *ose retran*] sur les tortures et sur les supplices dont n\s usons4 --,monsieur1 v\s ne p>lez pas comme un magi/rat4 ,la torture e/ ncessaire p\r tir] les aveux qu'on n'obti5drait po9t p> la d\ceur4 ,quant aux pe9es1 elles sont rduites ce qui e/ ncessaire p\r assur] la vie et les bi5s des citoy5s4 --,v\s conv5ez donc1 monsieur1 que la ju/ice a p\r objet1 non le ju/e1 mais l'utile1 et qu'elle s'inspire seulem5t des intrts et des prjugs des peuples4 ,ri5 n'e/ plus vrai1 et les fautes sont punies non po9t en proportion de la malignit qui y e/ atta*e1 mais en vue du dommage qu'elles caus5t ou qu'on croit qu'elles caus5t la socit4 ,c'e/ a9si que les faux-monnayeurs sont mis dans une *audire d'eau b\illante1 bi5 qu'il y ait en ralit peu de malice frapp] des cus4 ,mais les f9anci]s en p>ticuli] et le public y pr\v5t un dommage s5sible4 ,c'e/ ce dommage dont ils se v5g5t avec une impitoyable cruaut4 ,les voleurs sont p5dus1 mo9s p\r la p]v]sit qu'il y a pr5dre un pa9 ou des h>des1 laquelle e/ excessivem5t petite1 qu' cause de l'atta*em5t naturel des hommes leur bi54 ,il convi5t de ram5] la ju/ice huma9e son vritable pr9cipe qui e/ l'intrt matriel des citoy5s et de la dgag] de t\te la haute philosophie dont elle s'enveloppe avec une pompeuse et va9e hypocrisie4 --,monsieur1 rpliqua le petit huissi]1 je ne v\s conois pas4 ,il me semble que la ju/ice e/ d'autant plus quitable qu'elle e/ plus utile1 et que cette utilit mme1 qui v\s fait la mpris]1 v\s la devrait r5dre augu/e et sacre4 --,v\s ne m'ent5dez po9t1 dit mon bon matre4 --,monsieur1 dit le petit huissi]1 j'obs]ve que v\s ne buvez po9t4 ,votre v9 e/ bon1 si j'en juge la c\leur4 ,n'y p\rrai-je gt]8 ,il e/ vrai que mon bon matre1 p\r la premire fois de sa vie1 laissait du v9 au fond de la b\teille4 ,il le v]sa dans le v]re du petit huissi]4 --,a votre sant1 monsieur l'abb1 dit le petit huissi]4 ,votre v9 e/ bon1 mais vos raisonnem5ts ne val5t ri54 ,la ju/ice1 je le rpte1 e/ d'autant plus quitable qu'elle e/ plus utile1 et cette utilit mme que v\s dites tre dans son orig9e et dans son pr9cipe1 v\s la devrait r5dre augu/e et sacre4 ,mais il v\s faut conv5ir encore que l'ess5ce mme de la ju/ice e/ le ju/e1 a9si que le mot l'indique4 --,monsieur1 dit mon bon matre1 qu& n\s aurons dit que la beaut e/ belle1 la vrit vraie et la ju/ice ju/e1 n\s n'aurons ri5 dit du t\t4 ,votre ,ulpi51 qui s'exprimait avec prcision1 a proclam que la ju/ice e/ la f]me et p]ptuelle volont d'attribu] *acun ce qui lui app>ti5t1 et que les lois sont ju/es qu& elles sanctionn5t cette volont4 ,le malheur e/ que les hommes n'ont ri5 en propre et qu'a9si l'quit des lois ne va qu' leur g>antir le fruit de leurs rap9es hrditaires ou n\velles4 ,elles ressembl5t ces conv5tions des enfants qui1 aprs qu'ils ont gagn des billes1 dis5t ceux qui veul5t les leur repr5dre3 ,ce n'e/ plus de jeu4 ,la sagacit des juges se borne disc]n] les usurpations qui ne sont pas de jeu d'avec celles dont on tait conv5u en engageant la p>tie1 et cette di/9ction e/ la fois dlicate et purile4 ,elle e/ surt\t arbitraire4 ,la gr&e fille qui1 dans ce mom5t mme1 p5d au b\t d'une corde de *anvre1 avait1 dites-v\s1 vol madame la conseillre ,josse une coiffe de d5telle4 ,mais sur quoi tablissez-v\s que cette coiffe app>t5ait madame la conseillre ,josse8 ,v\s me direz qu'elle l'avait ou a*ete de ses d5i]s1 ou tr\ve dans son c(fre de m>iage1 ou reue de quelque galant1 t\s bons moy5s d'acqurir des d5telles4 ,mais de quelque faon qu'elle les et acquises1 je vois seulem5t qu'elle en j\issait comme d'un de ces bi5s de =tune qu'on tr\ve et qu'on p]d d'av5ture et sur lesquels on n'a po9t de droit naturel4 ,p\rtant je cons5s que les b>bes lui app>t5ai5t1 con=mm5t aux rgles de ce jeu de la proprit que j\5t les hommes en socit comme les pauvres enfants la m>elle4 ,elle t5ait ces b>bes et1 dans le fait1 elle n'y avait pas mo9s de droits qu'un autre4 ,je le veux bi54 ,la ju/ice tait de les lui r5dre1 sans les mettre si haut prix que de dtruire1 p\r deux m*antes b>bes de po9t d',al5on1 une crature huma9e4 --,monsieur1 dit le petit huissi]1 v\s ne considrez qu'un ct de la ju/ice4 ,il ne suffisait pas de faire droit madame la conseillre ,josse1 en lui r5dant ses b>bes4 ,il tait ncessaire de faire droit aussi la s]vante en la p5dant p> le col4 ,c> la ju/ice e/ de r5dre *acun ce qui lui e/ d4 ,en quoi elle e/ augu/e4 --,en ce cas1 dit mon bon matre1 la ju/ice e/ plus m*ante encore que je ne croyais4 ,cette p5se qu'elle doit le *tim5t au c\pable e/ extrmem5t froce4 ,c'e/ une b>b>ie go?ique4 --,monsieur1 dit le petit huissi]1 v\s connaissez mal la ju/ice4 ,elle frappe sans colre1 et elle n'a pas de ha9e p\r cette fille qu'elle envoie la pot5ce4 --,a la bonne heure6 dit mon bon matre4 ,mais j'aim]ais mieux que les juges fiss5t l'aveu qu'ils puniss5t les c\pables p> pure ncessit et seulem5t p\r faire des exemples s5sibles4 ,dans ce cas ils s'en ti5drai5t au ncessaire4 ,mais s'ils s'imag95t1 en punissant1 pay] au c\pable son d1 on voit jusqu'o cette dlicatesse peut les entran]1 et leur probit mme les r5d inexorables1 c> on ne saurait refus] aux g5s ce qu'on sait leur devoir4 ,cette maxime1 monsieur1 me fait horreur4 ,elle a t tablie avec la d]nire rigueur p> un philosophe habile1 du nom de ,m5>dus1 qui prt5d que ne pas punir un malfaiteur1 c'e/ lui faire tort et le priv] m*amm5t du droit qu'il a d'expi] sa faute4 ,il a s\t5u que les magi/rats d',a?nes1 en faisant boire la cigu ,socrate1 avai5t excellemm5t travaill la purification de l'me de ce sage4 ,ce sont l d'p\vantables rv]ies4 ,je s\haite que la ju/ice crim9elle ait mo9s de sublimit4 ,l'ide de pure v5geance qu'on atta*e plus communm5t la pe9e des malfaiteurs1 bi5 que basse et mauvaise en soi-mme1 e/ mo9s t]rible dans ses consqu5ces que cette furieuse v]tu des philosophes t\rm5teurs4 ,j'ai connu jadis ,sez un b\rgeois d'humeur joviale et bon homme1 qui mettait t\s les soirs ses petits enfants sur ses g5\x et leur faisait des contes4 ,il m5ait une vie exemplaire1 s'appro*ait des sacrem5ts et se piquait d'une exacte probit dans le comm]ce des gra9s qu'il ex]ait depuis soixante ans ou plus4 ,il lui arriva d'tre vol p> sa s]vante de quelques d\blons1 ducassons1 nobles la rose et autres belles pices d'or qu'il g>dait curieusem5t dans un tui1 au fond d'un tiroir4 ,ds qu'il s'ap]ut de ce dommage1 il en fit aux juges une pla9te sur laquelle la s]vante fut que/ionne1 juge1 condamne et supplicie4 ,le bonhomme1 qui savait son droit1 exigea qu'on lui remt la peau de sa voleuse1 dont il se fit faire une paire de *ausses4 ,et il lui arrivait s\v5t de frapp] sur sa cuisse en s'criant3 ,la coqu9e6 la coqu9e6 ,cette fille lui avait pris des pices d'or2 il lui pr5ait sa peau2 du mo9s se v5geait-il sans philosophie1 dans la c&eur de sa frocit ru/ique4 ,il ne songeait po9t remplir un devoir augu/e en tapotant joyeusem5t sa culotte huma9e4 ,il vaudrait mieux conv5ir que1 si l'on p5d un l>ron1 c'e/ p> prud5ce et dans le b d'effray] les autres p> l'exemple1 et non pas du t\t p\r attribu] *acun1 comme dit l'autre1 ce qui lui app>ti5t4 ,c>1 en bonne philosophie1 ri5 n'app>ti5t p]sonne1 si ce n'e/ la vie elle-mme4 ,prt5dre qu'on doit l'expiation aux crim9els1 c'e/ tomb] dans un my/icisme froce1 pis que la viol5ce nue et que la simple colre4 ,quant punir les voleurs c'e/ un droit issu de la =ce et non de la philosophie4 ,la philosophie n\s enseigne au contraire que t\t ce que n\s possdons e/ acquis p> viol5ce ou p> ruse4 ,et v\s voyez aussi que les juges appr\v5t qu'on n\s dp\ille de nos bi5s qu& le ravisseur e/ puissant4 ,c'e/ a9si qu'on p]met au roi de n\s pr5dre notre vaisselle d'arg5t p\r faire la gu]re1 comme il s'e/ vu s\s ,l\is le ,gr&1 alors que les rquisitions fur5t si exactes qu'on enleva jusqu'aux crp9es des lits1 p\r en tir] l'or tissu dans la soie4 ,ce pr9ce mit la ma9 sur les bi5s des p>ticuli]s et sur les trsors des glises1 et1 voil v+t ans1 faisant mes dvotions ,notre-,dame-de-,liesse1 en ,pic>die1 j'ous les dolances d'un vieux sacri/a9 qui dplorait que le feu roi et enlev et fait fondre t\t le trsor de l'glise1 et ravi mme le se9 d'or maill dpos jadis en gr&e pompe p> madame la pr9cesse ,palat9e1 aprs qu'elle eut t gurie miraculeusem5t d'un canc]4 ,la ju/ice seconda le pr9ce dans ses rquisitions et punit svrem5t ceux qui drobai5t quelque pice aux commissaires du roi4 ,c'e/ donc qu'elle n'e/imait pas que ces bi5s fuss5t si atta*s aux p]sonnes qu'on ne pt les en sp>]4 --,monsieur1 dit le petit huissi]1 les commissaires agissai5t au nom du roi qui1 possdant t\s les bi5s du royaume1 en peut dispos] son gr p\r la gu]re ou p\r les btim5ts1 ou de t\te autre manire4 --,il e/ vrai1 dit mon bon matre1 et cela a t mis dans les rgles du jeu4 ,les juges y vont comme l',oie1 en reg>dant ce qui e/ crit sur le tableau4 ,les droits du pr9ce1 s\t5us p> les ,suisses et p> t\tes sortes de soldats1 y sont crits4 ,et la pauvre p5due n'avait pas de g>des suisses p\r faire mettre sur le tableau du jeu qu'elle avait droit de port] les d5telles de madame la conseillre ,josse4 ,cela e/ p>faitem5t exact4 --,monsieur1 dit le petit huissi]1 v\s ne comp>ez po9t1 je p5se1 ,l\is le ,gr&1 qui prit la vaisselle de ses sujets p\r pay] des soldats1 et cette crature qui vola une coiffe p\r s'en p>]4 --,monsieur1 dit mon bon matre1 il e/ mo9s innoc5t de faire la gu]re que d'all] ,ramponneau avec une coiffe de d5telle4 ,mais la ju/ice assure *acun ce qui lui app>ti5t1 selon les rgles de ce jeu des socits qui e/ le plus inique1 le plus absurde et le mo9s div]tissant des jeux4 ,et le malheur e/ que t\s les citoy5s sont obligs d'tre de la p>tie4 --,cela e/ ncessaire1 dit le petit huissi]4 --,aussi bi51 dit mon bon matre1 les lois sont-elles utiles4 ,mais elles ne sont po9t ju/es et ne saurai5t l'tre1 c> le juge assure aux citoy5s la j\issance de ce qui leur app>ti5t1 sans faire le disc]nem5t des vrais et des faux bi5s2 cette di/9ction n'e/ pas dans les rgles du jeu1 mais seulem5t dans le livre de la ju/ice div9e1 o p]sonne ne peut lire4 ,connaissez-v\s l'hi/oire de l'ange et de l'ana*orte8 ,un ange desc5dit sur la t]re avec un visage d'homme et en l'habit d'un pl]92 *em9ant p> l'gypte1 il frappa1 le soir1 la porte d'un bon ana*orte qui1 le pr5ant p\r un voyageur1 lui (frit s\p] et lui donna du v9 dans une c\pe d'or4 ,puis il le fit c\*] dans son lit et s't5dit lui-mme t]re1 sur quelques poignes de paille de mas4 ,p5dant qu'il dormait1 son hte cle/e se leva1 prit la c\pe dans laquelle il avait bu1 la ca*a s\s son manteau et s'enfuit4 ,il agissait de la sorte1 non po9t p\r faire tort au bon ermite1 mais au contraire dans l'intrt de l'hte qui l'avait reu *>itablem5t4 ,c> il savait que cette c\pe aurait caus la p]te de ce sa9t homme1 qui y avait mis son coeur1 t&is que ,dieu veut qu'on n'aime que lui et ne s\ffre pas qu'un religieux soit atta* aux bi5s de ce monde4 ,cet ange1 qui p>ticipait de la sagesse div9e1 di/+uait les faux bi5s des bi5s vritables4 ,les juges ne font pas cette di/9ction4 ,qui sait si madame la conseillre ,josse ne p]dra po9t son me avec les b>bes de d5telle que sa s]vante lui avait prises et que les juges lui ont r5dues8 --,en att5dant1 dit le petit huissi] en se frottant les ma9s1 il y a cette heure une coqu9e de mo9s sur la t]re4 ,il sec\a les miettes qui re/ai5t sur son habit1 salua la compagnie et p>tit allgrem5t4 ,,xxi ,,la ,,ju/ice 7,,suite7 ,mon bon matre1 se t\rnant v]s moi1 reprit de la sorte3 --,je n'ai rapport l'hi/oire de l'ange et de l'ermite que p\r montr] l'abme qui sp>e le temporel du spirituel4 ,or1 c'e/ seulem5t dans le temporel que la ju/ice huma9e s'ex]ce1 et c'e/ un lieu bas o les gr&s pr9cipes ne sont po9t de mise4 ,la plus cruelle (f5se qu'on ait pu faire ,notre-,seigneur ,jsus-,*ri/ e/ de mettre son image dans les prtoires o les juges absolv5t les ph>isi5s qui l'ont crucifi et condamn5t la ,madele9e qu'il releva de ses ma9s div9es4 ,que fait-il1 le ,ju/e1 p>mi ces hommes qui ne p\rrai5t pas se montr] ju/es1 mme s'ils le v\lai5t1 puisque leur tri/e devoir e/ de considr] les actions de leurs semblables non en elles-mmes et dans leur ess5ce1 mais au seul po9t de vue de l'intrt social1 c'e/--dire en raison de cet amas d'gsme1 d'av>ice1 d'erreurs et d'abus qui =me les cits1 et dont ils sont les aveugles cons]vateurs8 ,en pesant la faute1 ils y aj\t5t le poids de la peur ou de la colre qu'elle inspira au l*e public4 ,et t\t cela e/ crit dans leur livre1 en sorte que le texte antique et la lettre morte leur s]v5t d'esprit1 de coeur et d'me vivante4 ,et t\tes ces dispositions1 dont quelques-unes remont5t aux ges infmes de ,byzance et de ,?odora1 s'accord5t seulem5t sur ce po9t qu'il faut t\t sauv]1 v]tus et vices1 d'un monde qui ne veut pas *ang]4 ,la faute aux yeux des lois e/ si peu de *ose en soi1 et les circon/ances extrieures en sont si considrables1 qu'un mme acte1 lgitime dans telle condition1 devi5t imp>donnable dans telle autre1 comme il se voit p> l'exemple d'un s\fflet qui1 donn p> un homme sur la j\e d'un autre1 p>at seulem5t *ez un b\rgeois l'effet d'une humeur irascible et devi5t1 p\r un soldat1 un crime puni de mort4 ,cette b>b>ie1 qui subsi/e encore1 f]a de n\s l'opprobre des sicles futurs4 ,n\s n'y pr5ons pas g>de2 mais on se dem&]a un j\r quels sauvages n\s tions p\r punir du d]ni] supplice l'ardeur gnreuse du sang qu& elle jaillit du coeur d'un jeune homme assujetti p> les lois aux prils de la gu]re et aux dgts de la cas]ne4 ,et il e/ clair que s'il y avait une ju/ice1 n\s n'aurions pas deux codes1 l'un militaire1 l'autre civil4 ,ces ju/ices soldatesques1 dont on voit t\s les j\rs les effets1 sont d'une cruaut atroce1 et les hommes1 s'ils se polic5t jamais1 ne v\dront pas croire qu'il fut jadis1 en ple9e paix1 des conseils de gu]re v5geant p> la mort d'un homme la maje/ des caporaux et des s]g5ts4 ,ils ne v\dront pas croire que des malheureux fur5t passs p> les armes p\r crime de ds]tion devant l'ennemi1 dans une expdition o le g\v]nem5t de la ,france ne reconnaissait pas de belligrants4 ,ce qu'il y a d'admirable1 c'e/ que de telles atrocits se commett5t *ez des peuples *rti5s qui honor5t sa9t ,sba/i51 soldat rvolt1 et ces m>tyrs de la lgion ?ba9e dont la gloire e/ seulem5t d'avoir enc\ru jadis les rigueurs des conseils de gu]re1 en refusant de combattre les ,bagaudes4 ,mais laissons cela1 ne p>lons plus de ces ju/ices de g5s sabres1 qui priront un j\r1 selon la prophtie du fils de ,dieu2 et rev5ons-en aux magi/rats civils4 ,les juges ne sond5t po9t les re9s et ne lis5t po9t dans les coeurs2 aussi leur plus ju/e ju/ice e/-elle rude et sup]ficielle4 ,encore s'en faut-il de beauc\p qu'ils s'en ti5n5t cette grossire corce d'quit1 sur laquelle les codes sont crits4 ,ils sont hommes1 c'e/--dire faibles et corruptibles1 d\x aux =ts et impitoyables aux petits4 ,ils consacr5t p> leurs s5t5ces les plus cruelles iniquits sociales1 et il e/ malais de di/+u] dans cette p>tialit ce qui vi5t de leur bassesse p]sonnelle1 de ce qui leur e/ impos p> le devoir de leur pr(ession1 qui e/1 en ralit1 de s\t5ir l'tat dans ce qu'il a de mauvais autant que dans ce qu'il a de bon1 de veill] la cons]vation des moeurs publiques1 ou excell5tes ou dte/ables1 et d'assur]1 avec les droits des citoy5s1 les volonts tyranniques du pr9ce1 sans p>l] des prjugs ridicules et cruels qui tr\v5t s\s les fleurs de lis un asile inviolable4 ,le magi/rat le plus au/re peut tre am51 p> son intgrit mme1 r5dre des arrts aussi rvoltants et peut-tre plus inhuma9s encore que ceux du magi/rat prv>icateur1 et je ne sais1 p\r ma "p1 qui des deux je r$\t]ais le plus1 ou du juge qui s'e/ fait une me avec des textes de loi1 ou de celui qui emploie un re/e de s5tim5t tortur] ces textes4 ,celui-ci me sacrifi]a son intrt ou ses passions2 l'autre m'immol]a froidem5t la *ose crite4 ,encore faut-il obs]v] que le magi/rat e/ df5seur1 p> fonction1 non pas des prjugs n\veaux1 auxquels n\s sommes t\s plus ou mo9s s\mis1 mais des prjugs anci5s qui sont cons]vs dans les lois alors qu'ils s'effac5t de nos mes et nos moeurs4 ,et il n'e/ pas d'esprit quelque peu mditatif et libre qui ne s5te t\t ce qu'il y a de go?ique dans la loi1 t&is que le juge n'a pas le droit de le s5tir4 ,mais je p>le comme si les lois1 encore que b>b>es et grossires1 tai5t du mo9s claires et prcises4 ,et il s'en faut de beauc\p qu'il en soit a9si4 ,le grimoire d'un sorci] semble facile compr5dre en comp>aison de plusieurs articles de nos codes et de nos c\tumi]s4 ,ces difficults d'int]prtation ont beauc\p contribu faire tablir div]s degrs de juridiction1 et l'on admet que1 ce que le bailli n'a pas ent5du1 messieurs du ,p>lem5t l'clairciront4 ,c'e/ beauc\p att5dre de c9q hommes en robe r\ge et en bonnet c>r1 qui1 mme aprs avoir rcit le ,v5i ,creator1 demeur5t sujets l'erreur2 et il vaut mieux conv5ir que la plus haute juridiction juge sans appel p\r cette seule raison qu'on avait puis les autres avant de rec\rir celle-l4 ,le pr9ce e/ de cet avis2 c> il y a des lits de ju/ice au-dessus des ,p>lem5ts4 ,,xxii ,,la ,,ju/ice 7,,suite ,,et ,,f97 ,mon bon matre reg>da tri/em5t c\l] l'eau comme l'image de ce monde o t\t passe et ri5 ne *ange4 ,il demeura quelque temps songeur et reprit d'une voix plus basse3 --,cela seul1 mon fils1 me cause un insurmontable emb>ras1 qu'il faille que ce soit les juges qui r5d5t la ju/ice4 ,il e/ clair qu'ils ont intrt dcl>] c\pable celui qu'ils ont d'abord s\ponn4 ,l'esprit de corps1 si puissant *ez eux1 les y porte2 aussi voit-on que dans t\te leur procdure1 ils c>t5t la df5se comme une importune1 et ne lui donn5t accs que lorsque l'accusation a revtu ses armes et compos son visage1 et qu'enf91 =ce d'artifices1 elle a pris l'air d'une belle ,m9]ve4 ,p> l'esprit mme de leur pr(ession1 ils sont encl9s voir un c\pable dans t\t accus1 et leur zle semble si effrayant c]ta9s peuples europens qu'ils les font assi/]1 dans les gr&es causes1 p> une diza9e de citoy5s tirs au sort4 ,en quoi il app>at que le has>d1 dans son aveuglem5t1 g>antit mieux la vie et la lib]t des accuss que ne le peut faire la consci5ce claire des juges4 ,il e/ vrai que ces magi/rats b\rgeois1 tirs la lot]ie1 sont t5us en dehors de l'affaire dont ils voi5t seulem5t les pompes extrieures4 ,il e/ vrai encore1 qu'ignorant les lois1 ils sont appels1 non les appliqu]1 mais seulem5t dcid] d'un seul mot s'il y a lieu de les appliqu]4 ,on dit que ces sortes d'assises donn5t p>fois des rsultats absurdes1 mais que les peuples qui les ont tablies y sont atta*s comme une espce de g>antie trs prcieuse4 ,je le crois volonti]s4 ,et je conois qu'on accepte des arrts r5dus de la sorte1 qui peuv5t tre ineptes ou cruels1 mais dont l'absurdit du mo9s et la b>b>ie ne sont1 p\r a9si dire1 imputables p]sonne4 ,l'iniquit semble tolrable qu& elle e/ assez incohr5te p\r p>atre involontaire4 ,ce petit huissi] de tantt1 qui a un si gr& s5tim5t de la ju/ice1 me s\ponnait d'tre du p>ti des voleurs et des assass9s4 ,au reb\rs1 je rpr\ve ce po9t le vol et l'assass9at1 que je n'en puis s\ffrir mme la copie rgul>ise p> les lois1 et il m'e/ pnible de voir que les juges n'ont ri5 tr\v de mieux1 p\r *ti] les l>rons et les homicides1 que de les imit]2 c>1 de bonne foi1 ,t\rnebro*e1 mon fils1 qu'e/-ce que l'am5de et la pe9e de mort1 s9on le vol et l'assass9at p]ptrs avec une augu/e exactitude8 ,et ne voyez-v\s po9t que notre ju/ice ne t5d1 dans t\te sa sup]be1 qu' cette honte de v5g] un mal p> un mal1 une misre p> une misre1 et de d\bl]1 p\r l'quilibre et la symtrie1 les dlits et les crimes8 ,on peut dp5s] dans cette t*e une sorte de probit et de ds9tressem5t4 ,on peut s'y montr] un l',hospital t\t aussi bi5 qu'un ,jeffryes1 et je connais p\r ma "p un magi/rat assez honnte homme4 ,mais j'ai v\lu1 remontant aux pr9cipes1 montr] le c>actre vritable d'une in/itution que l'orgueil des juges et l'p\vante des peuples ont revtue l'envi d'une maje/ emprunte2 j'ai v\lu montr] l'humilit orig9elle de ces codes qu'on veut r5dre augu/es et qui ne sont en ralit qu'un amas biz>re d'expdi5ts4 ,hlas6 les lois sont de l'homme2 c'e/ une obscure et misrable orig9e4 ,l'occasion les fit natre p\r la plup>t4 ,l'ignorance1 la sup]/ition1 l'orgueil du pr9ce1 l'intrt du lgislateur1 le caprice1 la fantaisie1 voil la s\rce de ces gr&s corps de droit qui devi5n5t vnrables qu& ils comm5c5t n'tre plus intelligibles4 ,l'obscurit qui les enveloppe1 paissie p> les comm5tateurs1 leur communique la maje/ des oracles antiques4 ,j'ent5ds dire *aque in/ant et je lis t\s les j\rs dans les gazettes1 que ma9t5ant n\s faisons des lois de circon/ance et d'occasion4 ,cette vue app>ti5t des myopes qui ne dc\vr5t pas que c'e/ la suite d'un usage immmorial et que1 de t\t temps1 les lois sont sorties de quelque has>d4 ,on se pla9t aussi de l'obscurit et des contradictions o tomb5t sans cesse nos lgislateurs contempora9s4 ,et l'on ne rem>que pas que leurs prdcesseurs tai5t t\t aussi pais et embr\ills4 ,en fait1 ,t\rnebro*e1 mon fils1 les lois sont bonnes ou mauvaises1 mo9s p> elles-mmes que p> la faon dont on les applique1 et telle disposition trs inique ne fait pas de mal si le juge ne la met po9t en vigueur4 ,les moeurs ont plus de =ce que les lois4 ,la politesse des habitudes1 la d\ceur des esprits sont les seuls remdes qu'on puisse raisonnablem5t apport] la b>b>ie lgale4 ,c> de corrig] les lois p> les lois1 c'e/ pr5dre une voie l5te et inc]ta9e4 ,les sicles seuls dfont l'oeuvre des sicles4 ,il y a peu d'espoir qu'un j\r un ,numa franais r5contre dans la =t de ,compigne ou s\s les ro*]s de ,fonta9ebleau une autre nymphe grie qui lui dicte des lois sages4 ,il reg>da longtemps v]s les coll9es qui bleuissai5t l'horizon4 ,son air tait grave et tri/e4 ,puis1 posant d\cem5t la ma9 sur mon paule1 il me p>la avec un acc5t si pr(ond que je me s5tis pntr jusqu'au fond de l'me4 ,il me dit3 --,t\rnebro*e1 mon fils1 v\s me voyez t\t c\p inc]ta9 et emb>rass1 balbutiant et /upide1 la seule ide de corrig] ce que je tr\ve dte/able4 ,ne croyez po9t que ce soit timidit d'esprit3 ri5 n'tonne l'audace de ma p5se4 ,mais pr5ez bi5 g>de1 mon fils1 ce que je vais v\s dire4 ,les vrits dc\v]tes p> l'intellig5ce demeur5t /riles4 ,le coeur e/ seul capable de fcond] ses rves4 ,il v]se la vie dans t\t ce qu'il aime4 ,c'e/ p> le s5tim5t que les sem5ces du bi5 sont jetes sur le monde4 ,la raison n'a po9t tant de v]tu4 ,et je v\s confesse que j'ai dj t jusqu'ici trop raisonnable dans la critique des lois et des moeurs4 ,aussi cette critique va-t-elle tomb] sans fruits et se s*] comme un arbre brl p> la gele d'avril4 ,il faut1 p\r s]vir les hommes1 rejet] t\te raison1 comme un bagage emb>rassant1 et s'lev] sur les ailes de l'en?\siasme4 ,si l'on raisonne1 on ne s'envol]a jamais4 ,,notes #a3 ,m4 ,jean ,laco/e a crit dans la ,gazette de ,france du #bj mai #ahic3 ,m4 l'abb ,jrme ,coign>d e/ un prtre ple9 de sci5ce1 d'humilit et de foi4 ,je ne dis pas que sa conduite ait t\j\rs honor son petit collet et que sa robe n'ait pas reu ma9t accroc444 ,mais s'il succombe la t5tation1 si le diable a en lui une proie facile1 jamais il ne p]d confiance1 il espre p> la grce de ,dieu ne plus re*ut] et arriv] aux gloires du ,p>adis4 ,et de fait il n\s donne le spectacle d'une mort =t difiante4 ,donc un gra9 de foi embellit la vie et l'humilit *rti5ne si$ aux faiblesses de l'humanit4 ,m4 l'abb ,coign>d1 s'il n'e/ pas un sa9t1 mrite peut-tre le purgatoire4 ,mais il le mrite =t long et il a risqu l'enf]4 ,c> ses actes d'humilit s9cre ne se mlait presque pas de rep5tir4 ,il comptait trop sur la grce de ,dieu et ne faisait nul ef=t p\r favoris] l'action de la grce4 ,c'e/ p\rquoi il retombait dans son p*4 ,la foi a9si lui s]vait de peu et il tait presque hrtique1 c> le sa9t concile de ,tr5te1 dans les canons ,,vi et ,,ix de sa sixime session1 a dcl> l'ana?me t\s ceux qui prt5d5t qu'il n'e/ pas au p\voir de l'homme de r5dre ses voies mauvaises et qui ont une telle confiance en la foi qu'ils s'imag95t qu'elle seule peut sauv] sans aucun m\vem5t de la volont4 ,c'e/ p\rquoi la misricorde div9e s't5dant sur l'abb ,coign>d e/ vraim5t miraculeuse et en dehors des voies ord9aires4 #b3 ,m4 ,baiselance ou ,baisselance vi5t beauc\p aprs ,montaigne comme maire de ,bordeaux4 7,note de l'diteur47 #c3 ,la gomtrie dont p>le ,jacques ,t\rnebro*e e/ orne de figures de ,sba/i5 ,lecl]c dont j'admire au contraire la prcise lgance et la f9e exactitude4 ,mais il faut s\ffrir la contradiction4 7,note de l'diteur47 #d3 ,c'e/ un ecclsia/ique qui p>le4 7,note de l'diteur47 #e3 ,cf43 ,sa9t-vremont4 ,les ,acadmici5s4 ,,godeau4 ,bonj\r1 *] ,colletet4 ,,colletet se jette g5\x4 ,gr& vque de ,grasse1 ,dites-moi1 s'il v\s plat1 comme il faut que je fasse4 ,ne dois-je pas bais] votre sacr talon8 ,,godeau4 ,n\s sommes t\s gaux1 tant fils d',apollon4 ,levez-v\s1 ,colletet4 ,,colletet4 ,votre magnific5ce ,me p]met1 monseigneur1 une telle lic5ce8 ,,godeau4 ,ri5 ne saurait *ang] le comm]ce entre n\s3 ,je suis vque ailleurs1 ici ,godeau p\r v\s4 ,m4 l'abb ,coign>d vivait s\s l'anci5 rgime4 ,en ce temps-l on disait que l',acadmie franaise avait le mrite d'tablir entre t\s ses membres une galit qu'ils ne tr\vai5t pas devant la loi4 ,p\rtant elle fut dtruite en #agic comme le d]ni] refuge de l'ari/ocratie4 #f3 ,il veut dire3 de l'vque qui le roi a donn la feuille des bnfices ecclsia/iques4 #g3 ,le roi tait protecteur de l',acadmie4 #h3 ,il e/ exact que l',acadmie condamna cette locution4 ,je dis que la c\tume1 assez s\v5t trop =te1 ,fait dire improprem5t que l'on ,,f]me ,,la ,,porte4 ,l'usage t\s les j\rs autorise des mots ,dont on se s]t p\rtant assez mal propos4 ,p\r avoir mo9s de froid la f9 de dcembre ,on va ,,p\ss] ,,la ,,porte et l'on ,,f]me ,,sa ,,*ambre4 7,sa9t-vremont1 les ,acadmici5s47 #i3 ,l',acadmie1 en ce temps-l1 ne faisait po9t de di/ribution de prix4 #aj3 ,je n'ai pas tr\v m5tion de ce ,m4 ,rock/rong dans les mmoires relatifs l'att5tat de ,monm\?4 7,note de l'diteur47 #aa3 ,au temps de ,m4 l'abb ,coign>d les ,franais se croyai5t dj libres4 ,le sieur d',alqui crivait en #afgj3 ,trois *oses r5d5t un homme heureux en ce monde1 savoir la d\ceur de l'entreti51 les mets dlicats et la lib]t entire et p>faite4 ,n\s avons veu comme quoy no/re illu/re royaume a p>faitem5t satisfait aux deux premi]s2 a9si qu'il ne re/e ma9t5ant qu' montr] que le troisime ne luy manque pas1 et que la lib]t n'y e/ pas mo9s que les deux advantages prcdans4 ,la *ose v\s p>ai/ra d'abord vritable1 si v\s considrez att5tivem5t le nom de no/re ,e/at1 le sujet de sa fondation1 et sa pratique ord9aire3 c> on rem>que d'abord que ce nom de ,france ne signifie autre *ose que ,fran*ise et lib]t1 con=mm5t au desse9 des fondateurs de cette ,mon>*ie1 lesquels ayant une me noble et gnreuse et ne p\vant s\ffrir ny l'esclavage ny la mo9dre s]vitude se rsolur5t de sec\] le j\g de t\te sorte de captivit1 et d'e/re aussi libres que les hommes le peuv5t e/re3 c'e/ p\rquoy ils s'en v9r5t dans les ,gaules qui e/oi5t un ,pays dont les ,peuples n'e/oi5t pas ny mo9s belliqueux ny mo9s jal\x de sa fran*ise qu'ils le p\voi5t e/re4 ,qu& au second po9t1 n\s savons qu'outre les incl9ations et les desse9s qu'ils ont en fondant cet ,e/at1 d'e/re t\j\rs mai/res d'eux-mesmes2 c'e/ qu'ils ont donn des loix leurs ,s\v]a9s1 qui 7limitant leur p\voir7 les ma9ti5n5t dans leurs privilges3 de sorte que qu& on les en veut priv] ils devi5n5t furieux et c\r5t aux armes avec tant de vitesse que ri5 ne peu/ les ret5ir qu& il s'agit de ce po9t4 ,quant au troisiesme1 je dis que la ,france e/ si am\reuse de la lib]t1 qu'elle ne peut pas s\ffrir un ,esclave3 de sorte que les ,turcs et les ,mores1 bi5 mo9s encore les peuples ,*rti5s1 ne peuv5t jamais port] des f]s ny e/re *>gs de *aisnes1 e/ant dans son pays3 aussi arrive-t-il que qu& il y a des esclaves en ,france1 ils ne sont pas si to/ t]re1 qu'ils s'cri5t ple9s de joye3 ,vive la ,france avec son aymable ,lib]t4 7,les ,dlices de la ,france4441 p> ,franois ,sav9i5 d',alqui1 ,am/]dam1 #afgj1 9-#ab4--;,*apitre ,,xvi1 intitul ,la ,france e/ un pays de lib]t p\r t\te sorte de p]sonnes1 pp4 #bde-bdf47