by the ,bibliothque nationale de ,france 7,bn,f_/,gallica7 ,,oeuvres ,,compl,,tes ,,de ,,madame ,,la ,,baronne ,,de ,,sta,l-,,holstein ,,tome ,,premier ,,paris ,,firmin ,,didot ,,fr,,res1 ,,fils ,,et ,,cie1 ,,libraires ,m ,,dccc ,,lxxi ,,introduction ,,de ,l',,influence ,,des ,,passions ,,sur ,,le ,,bonheur ,,des ,,individus ,,et ,,des ,,nations4 ,qusivit clo lucem1 ingemuitque reperta4 ,,avant-,,propos4 ,on pensera peut-tre qu'il y a de l'empressement d'auteur faire paratre la premire partie d'un livre quand la seconde n'est pas encore faite3 d'abord1 malgr la connexion de ces deux parties entre elles1 chacune peut tre considre comme un ouvrage spar2 mais il est possible aussi que1 condamne la clbrit sans pouvoir tre connue1 j'prouve le besoin de me faire juger par mes crits4 ,calomnie sans cesse1 et me trouvant trop peu d'importance pour me rsoudre parler de moi1 j'ai d cder l'espoir qu'en publiant ce fruit de mes mditations1 je donnerais quelque ide vraie des habitudes de ma vie et de la nature de mon caractre4 ,lausanne1 ce #a;er juillet #agif4 ,,introduction4 ,quelle poque ai-je choisie pour faire un trait sur le bonheur des individus et des nations6 ,est-ce au milieu d'une crise dvorante qui atteint toutes les destines1 lorsque la foudre se prcipite dans le fond des valles comme sur les lieux levs8 ,est-ce dans un temps o il suffit de vivre pour tre entran par le mouvement universel1 o jusqu'au sein mme de la tombe le repos peut tre troubl1 les morts jugs de nouveau1 et leurs urnes populaires tour tour admises ou rejetes dans le temple o les factions croyaient donner l'immortalit8 ,oui1 c'est dans ce sicle1 c'est lorsque l'espoir ou le besoin du bonheur a soulev la race humaine2 c'est dans ce sicle surtout qu'on est conduit rflchir profondment sur la nature du bonheur individuel et politique1 sur sa route1 sur ses bornes1 sur les cueils qui sparent d'un tel but4 ,honte moi cependant si1 durant le cours de deux pouvantables annes1 si pendant le rgne de la terreur en ,france1 j'avais t capable d'un tel travail2 si j'avais pu concevoir un plan1 prvoir un rsultat l'effroyable mlange de toutes les atrocits humaines6 ,la gnration qui nous suivra examinera peut-tre la cause et l'influence de ces deux annes2 mais nous1 les contemporains1 les compatriotes des victimes immoles dans ces jours de sang1 avons-nous pu conserver alors le don de gnraliser les ides1 de mditer des abstractions1 de nous sparer un moment de nos impressions pour les analyser8 ,non1 aujourd'hui mme encore1 le raisonnement ne saurait approcher de ce temps incommensurable4 ,juger ces vnements1 de quelques noms qu'on les dsigne1 c'est les faire rentrer dans l'ordre des ides existantes1 des ides pour lesquelles il y avait dj des expressions4 cette affreuse image1 tous les mouvements de l'me se renouvellent1 on frissonne1 on s'enflamme1 on veut combattre1 on souhaite de mourir2 mais la pense ne peut se saisir encore d'aucun de ces souvenirs2 les sensations qu'ils font natre absorbent toute autre facult4 ,c'est donc en cartant cette poque monstrueuse1 c'est l'aide des autres vnements principaux de la rvolution de ,france et de l'histoire de tous les peuples1 que j'essayerai de runir des observations impartiales sur les gouvernements2 et si ces rflexions me conduisent l'admission des premiers principes sur lesquels se fonde la constitution rpublicaine de la ,france1 je demande que1 mme au milieu des fureurs de l'esprit de parti qui dchirent la ,france1 et par elle le reste du monde1 il soit possible de concevoir que l'enthousiasme de quelques ides n'exclut pas le mpris profond pour certains hommes#a1 et que l'espoir de l'avenir se concilie avec l'excration du pass4 ,alors mme que le coeur est jamais dchir par les blessures qu'il a reues1 l'esprit peut encore1 aprs un certain temps1 s'lever des mditations gnrales4 ,on doit considrer prsent ces grandes questions qui vont dcider de la destine politique de l'homme1 dans leur nature mme1 et non sous le rapport seul des malheurs qui les ont accompagnes2 il faut examiner du moins si ces malheurs sont de l'essence des institutions qu'on veut tablir en ,france1 ou si les effets de la rvolution ne sont pas absolument distincts de ceux de la constitution2 enfin1 on doit se confier assez l'lvation de son me pour ne pas craindre1 en examinant des penses1 d'tre souponn d'indiffrence pour les crimes4 ,c'est avec la mme indpendance d'esprit que j'ai tch1 dans la premire partie de cet ouvrage1 de peindre les effets des passions de l'homme sur son bonheur personnel4 ,je ne sais pourquoi il serait plus difficile d'tre impartial dans les questions de politique que dans les questions de morale3 certes1 les passions influent autant que les gouvernements sur le sort de la vie1 et cependant dans le silence de la retraite on discute avec sa raison les sentiments qu'on a soi-mme prouvs2 il me parat qu'il ne doit pas en coter plus pour parler philosophiquement des avantages ou des inconvnients des rpubliques et des monarchies1 que pour analyser avec exactitude l'ambition1 l'amour1 ou telle autre passion qui a dcid de votre existence4 ,dans les deux parties de cet ouvrage1 j'ai galement cherch ne me servir que de ma pense1 la dgager de toutes les impressions du moment3 on verra si j'ai russi4 ,les passions1 cette force impulsive qui entrane l'homme indpendamment de sa volont1 voil le vritable obstacle au bonheur individuel et politique4 ,sans les passions1 les gouvernements seraient une machine aussi simple que tous les leviers dont la force est proportionne au poids qu'ils doivent soulever1 et la destine de l'homme ne serait compose que d'un juste quilibre entre les dsirs et la possibilit de les satisfaire4 ,je ne considrerai donc la morale et la politique que sous le point de vue des difficults que les passions leur prsentent3 les caractres qui ne sont point passionns se placent d'eux-mmes dans la situation qui leur convient le mieux2 c'est presque toujours celle que le hasard leur a dsigne2 ou s'ils y apportent quelque changement1 c'est seulement dans ce qui s'offre le plus facilement leur porte4 ,laissons-les donc dans leur calme heureux1 ils n'ont pas besoin de nous2 leur bonheur est aussi vari en apparence que les diffrents lots qu'ils ont reus de la destine2 mais la base de ce bonheur est toujours la mme1 c'est la certitude de n'tre jamais ni agit ni domin par aucun mouvement plus fort que soi4 ,l'existence de ces tres impassibles est soumise sans doute1 comme celle de tous les hommes1 aux accidents matriels qui renversent la fortune1 dtruisent la sant1 etc42 mais c'est par des calculs positifs et non par des penses sensibles ou morales qu'on loigne ou prvient de semblables peines4 ,le bonheur des caractres passionns1 au contraire1 tant tout fait dpendant de ce qui se passe au-dedans d'eux1 ils sont les seuls qui trouvent quelque soulagement dans les rflexions qu'on peut faire natre dans leur me4 ,leur entranement naturel les exposant aux plus cruels malheurs1 ils ont plus besoin du systme qui a pour but unique d'viter la douleur4 ,enfin1 les caractres passionns sont les seuls qui1 par de certains points de ressemblance1 puissent tre tous l'objet des mmes considrations gnrales4 ,les autres vivent un un1 sans analogie comme sans varit2 leur existence est monotone1 quoique chacun d'eux ait un but diffrent2 et il y a autant de nuances que d'individus1 sans qu'on puisse dcouvrir une vritable couleur4 ,si dans un trait sur le bonheur individuel je ne parle que des caractres passionns1 il est encore plus naturel d'analyser les gouvernements sous le rapport de la part qu'ils laissent l'influence des passions4 ,on peut considrer un individu comme exempt de passions2 mais une collection d'hommes est compose d'un nombre certain de caractres de tous les genres qui donnent un rsultat peu prs pareil2 il faut observer que les circonstances les plus dpendantes du hasard sont soumises un calcul positif quand les chances se multiplient4 ,dans le canton de ,berne1 par exemple1 on a remarqu que tous les dix ans il y avait peu prs la mme quantit de divorces3 il y a des villes d',italie o l'on calcule avec exactitude combien d'assassinats se commettent rgulirement tous les ans3 ainsi les vnements qui tiennent une multitude de combinaisons diverses ont un retour priodique1 une proportion fixe1 quand les observations sont le rsultat d'un grand nombre de chances4 ,c'est ce qui doit conduire penser que la science politique peut acqurir un jour une vidence gomtrique4 ,la morale1 chaque fois qu'elle s'applique tel homme en particulier1 peut se tromper entirement dans ses suppositions par rapport lui3 l'organisation d'une constitution se fonde toujours sur des donnes fixes1 puisque le grand nombre en tout genre amne des rsultats toujours semblables et toujours prvus4 ,les passions sont la plus grande difficult des gouvernements3 cette vrit n'a pas besoin d'tre dveloppe2 on voit aisment que toutes les combinaisons sociales les plus despotiques conviendraient galement des hommes inertes1 qui seraient contents de rester la place que le sort leur aurait fixe1 et que la thorie dmocratique la plus abstraite serait praticable au milieu d'hommes sages uniquement conduits par leur raison4 ,le seul problme des constitutions est donc de connatre jusqu' quel degr on peut exciter ou comprimer les passions1 sans compromettre le bonheur public4 ,avant d'aller plus loin1 l'on demanderait peut-tre une dfinition du bonheur4 ,le bonheur1 tel qu'on le souhaite1 est la runion de tous les contraires3 c'est pour les individus l'espoir sans la crainte1 l'activit sans l'inquitude1 la gloire sans la calomnie1 l'amour sans l'inconstance1 l'imagination qui embellirait nos yeux ce qu'on possde1 et fltrirait le souvenir de ce qu'on aurait perdu2 enfin l'ivresse de la nature morale1 le bien de tous les tats1 de tous les talents1 de tous les plaisirs1 spar du mal qui les accompagne4 ,le bonheur des nations serait aussi de concilier ensemble la libert des rpubliques et le calme des monarchies1 l'mulation des talents et le silence des factions1 l'esprit militaire au dehors et le respect des lois au dedans4 ,le bonheur1 tel que l'homme le conoit1 c'est ce qui est impossible en tout genre2 et le bonheur1 tel qu'on peut l'obtenir1 le bonheur sur lequel la rflexion et la volont de l'homme peuvent agir1 ne s'acquiert que par l'tude de tous les moyens les plus srs pour viter les grandes peines4 ,c'est la recherche de ce but que ce livre est destin4 ,deux ouvrages doivent se trouver dans un seul3 l'un tudie l'homme dans ses rapports avec lui-mme1 l'autre dans les relations sociales de tous les individus entre eux3 quelque analogie se trouve dans les ides principales de ces deux traits1 parce qu'une nation prsente le caractre d'un homme1 et que la force du gouvernement doit agir sur elle1 comme la puissance de la raison d'un individu sur lui-mme4 ,le philosophe veut rendre durable la volont passagre de la rflexion2 l'art social tend perptuer l'action de la sagesse2 enfin ce qui est grand se retrouve dans ce qui est petit1 avec la mme exactitude de proportions3 l'univers tout entier se peint dans chacune de ses parties1 et plus il parat l'oeuvre d'une seule ide1 plus il inspire d'admiration4 ,une grande diffrence1 cependant1 existe entre le systme du bonheur de l'individu et celui du bonheur des nations2 c'est que dans le premier on peut avoir pour but l'indpendance morale la plus parfaite1 c'est--dire1 l'asservissement de toutes les passions1 chaque homme pouvant tout tenter sur lui-mme2 mais que1 dans le second1 la libert politique doit toujours tre calcule d'aprs l'existence positive et indestructive d'une certaine quantit d'tres passionns faisant partie du peuple qui doit tre gouvern4 ,la premire partie est uniquement consacre aux rflexions sur la destine particulire4 ,la seconde partie doit traiter du sort constitutionnel des nations4 ,dans la seconde partie1 je compte examiner les gouvernements anciens et modernes sous le rapport de l'influence qu'ils ont laisse aux passions naturelles aux hommes runis en corps politique1 et trouver la cause de la naissance1 de la dure et de la destruction des gouvernements1 dans la part plus ou moins grande qu'ils ont faite au besoin d'action qui existe dans toute socit4 ,dans la premire section de la seconde partie1 je traiterai des raisons qui se sont opposes la dure et surtout au bonheur des gouvernements o toutes les passions ont t comprimes4 ,dans la seconde section1 je traiterai des raisons qui se sont opposes au bonheur et surtout la dure des gouvernements o toutes les passions ont t excites4 ,dans la troisime section1 je traiterai des raisons qui dtournent la plupart des hommes de se borner l'enceinte des petits tats o la libert dmocratique peut exister1 parce que l les passions ne sont excites par aucun but1 par aucun thtre propre les enflammer4 ,enfin1 je terminerai cet ouvrage par des rflexions sur la nature des constitutions reprsentatives1 qui peuvent concilier une partie des avantages regretts dans les divers gouvernements4 ,ces deux ouvrages conduisent ncessairement l'un l'autre2 car si l'homme parvenait individuellement dompter ses passions1 le systme des gouvernements se simplifierait tellement qu'on pourrait alors adopter1 comme praticable1 l'indpendance complte1 dont l'organisation des petits tats est susceptible4 ,mais quand cette thorie mtaphysique serait impossible1 au moins est-il vrai que plus l'on travaille calmer les sentiments imptueux qui agitent l'homme au dedans de lui1 moins la libert publique a besoin d'tre modifie2 ce sont toujours les passions qui forcent sacrifier de l'indpendance pour assurer l'ordre1 et tous les moyens qui tendent rendre l'empire la raison diminuent le nombre ncessaire des sacrifices de libert4--,j'ai peine commenc la seconde partie politique1 dont je ne puis donner une ide par ce peu de mots4 ,en m'en occupant1 je vois qu'il faut longtemps pour runir toutes les connaissances1 pour faire toutes les recherches qui doivent servir de base ce travail2 mais si les accidents de la vie ou les peines du coeur bornaient le cours de ma destine1 je voudrais qu'un autre accomplt le plan que je me suis propos4 ,en voici quelques aperus incomplets qui ne permettent pas de juger de l'ensemble3 ,il faudrait d'abord1 en analysant les gouvernements anciens et modernes1 chercher dans l'histoire des nations ce qui appartient seulement la nature de la constitution qui les dirigeait4 ,montesquieu1 dans son sublime ouvrage ,sur les ,causes de la grandeur et de la dcadence des ,romains1 a trait1 tout ensemble1 les causes diverses qui ont influ sur le sort de cet empire2 il faudrait apprendre dans son livre et dmler dans l'histoire de tous les autres peuples1 les vnements qui sont la suite immdiate des constitutions1 et peut-tre trouverait-on que tous les vnements drivent de cette cause3 les nations sont leves par leurs gouvernements1 comme les enfants par l'autorit paternelle4 ,et l'effet du gouvernement n'est pas incertain comme celui de l'ducation particulire1 puisque1 comme je l'ai dj dit1 les chances du hasard subsistent par rapport au caractre d'un homme1 tandis que dans la runion d'un certain nombre les rsultats sont toujours pareils4 ,l'organisation de la puissance publique1 qui excite ou comprime l'ambition1 rend telle ou telle religion plus ou moins ncessaire1 tel ou tel code pnal trop indulgent ou trop svre1 telle tendue du pays dangereuse ou convenable2 enfin1 c'est de la manire dont les peuples conoivent l'ordre social que dpend le destin de la race humaine sous tous les rapports4 ,la plus grande perfectibilit dont elle puisse tre susceptible1 c'est d'acqurir des ides certaines sur la science politique4 ,si les nations taient en paix au dehors et au dedans1 les arts1 les connaissances1 les dcouvertes en divers genres feraient chaque jour de nouveaux progrs1 et la philosophie ne perdrait pas en deux ans de guerre civile ce qu'elle avait acquis pendant des sicles tranquilles4 ,aprs avoir bien tabli l'importance premire de la nature des constitutions1 il faudrait prouver leur influence par l'examen des faits caractristiques de l'histoire des moeurs1 de l'administration1 de la littrature1 de l'art militaire de tous les peuples4 ,j'tudierais d'abord les pays qui1 dans tous les temps1 ont t gouverns despotiquement1 et motivant leurs diffrences apparentes1 je montrerais que leur histoire1 sous le rapport des causes et des effets1 a toujours t parfaitement semblable2 et j'expliquerais quel effet doit constamment produire sur les hommes la compression de leurs mouvements naturels par une force au dehors d'eux1 et laquelle leur raison n'a pu donner aucun genre de consentement4 ,dans l'examen des anarchies dmagogiques ou militaires1 il faut montrer aussi que ces deux causes1 qui paraissent opposes1 donnent des rsultats pareils1 parce que dans les deux tats les passions politiques sont galement excites parmi les hommes par l'loignement de toutes les craintes positives et l'activit de toutes les esprances vagues4 ,dans l'tude de certains tats1 qui1 par leurs circonstances encore plus que par leur petitesse1 sont dans l'impossibilit de jouer un grand rle au dehors1 et n'offrent point au dedans de place qui puisse contenter l'ambition et le gnie1 il faudrait observer comment l'homme tend l'exercice de ses facults1 comment il veut agrandir l'espace en proportion de ses forces4 ,dans les tats obscurs1 les arts ne font aucun progrs1 la littrature ne se perfectionne1 ni par l'mulation qui excite l'loquence1 ni par la multitude des objets de comparaison1 qui seule donne une ide fixe du bon got4 ,les hommes privs d'occupations fortes se resserrent tous les jours plus dans le cercle des ides domestiques1 et la pense1 le talent1 le gnie1 tout ce qui semble un don de la nature1 ne se dveloppe cependant que par la combinaison des socits4 ,le mme nombre d'hommes divis1 spar1 sans mobile et sans but1 n'offre pas un gnie suprieur1 une me ardente1 un caractre nergique2 tandis que dans d'autres pays1 parmi les mmes tres1 plusieurs se seraient levs au-dessus de la classe commune1 si le but avait fait natre l'intrt1 et l'intrt l'tude et la recherche des grands moyens et des grandes penses4 ,sans s'arrter longtemps sur les motifs de la prfrence que la sagesse conseillerait peut-tre de donner aux petits tats comme aux destines obscures1 il est ais de prouver que par la nature mme des hommes ils tendent sortir de cette situation1 qu'ils se runissent pour multiplier les chocs1 qu'ils conquirent pour tendre leur puissance2 enfin1 que voulant exciter leurs facults1 reculer en tout genre les bornes de l'esprit humain1 ils appellent autour d'eux1 d'un commun accord1 les circonstances qui secondent ce dsir et cette impulsion4 ,ces diverses rflexions ne pourraient avoir de prix qu'en les appuyant sur des faits1 sur une connaissance dtaille de l'histoire1 qui prsente toujours des considrations nouvelles1 quand on l'tudie avec un but dtermin1 et que1 guid par l'ternelle ressemblance de l'homme avec l'homme1 on recherche une mme vrit travers la diversit des lieux et des sicles4 ,ces diffrentes rflexions conduiraient enfin au principal but des dbats actuels1 la manire de constituer une grande nation avec de l'ordre et de la libert1 et de runir ainsi la splendeur des beaux-arts1 des sciences et des lettres1 tant vante dans les monarchies1 avec l'indpendance des rpubliques4 ,il faudrait crer un gouvernement qui donnt de l'mulation au gnie1 et mt un frein aux passions factieuses2 un gouvernement qui pt offrir un grand homme un but digne de lui1 et dcourager l'ambition de l'usurpateur2 un gouvernement qui prsentt1 comme je l'ai dit1 la seule ide parfaite de bonheur en tout genre1 la runion des contrastes4 ,autant le moraliste doit rejeter cet espoir1 autant le lgislateur doit tcher de s'en rapprocher3 l'individu qui prtend pour lui-mme ce rsultat est un insens2 car le sort1 qui n'est pas dans sa main1 djoue de toutes les manires de telles esprances3 mais les gouvernements tiennent1 pour ainsi dire1 la place du sort par rapport aux nations2 comme ils agissent sur la masse1 leurs effets et leurs moyens sont assurs4 ,il ne s'ensuit pas qu'il faille croire la perfection dans l'ordre social1 mais il est utile pour les lgislateurs de se proposer ce but1 de quelque manire qu'ils conoivent sa route4 ,dans cet ouvrage donc1 que je ferai1 ou que je voudrais qu'on ft1 il faudrait mettre absolument de ct tout ce qui tient l'esprit de parti ou aux circonstances actuelles3 la superstition de la royaut1 la juste horreur qu'inspirent les crimes dont nous avons t les tmoins1 l'enthousiasme mme de la rpublique1 ce sentiment qui1 dans sa puret1 est le plus lev que l'homme puisse concevoir4 ,il faudrait examiner les institutions dans leur essence mme1 et convenir qu'il n'existe plus qu'une grande question qui divise encore les penseurs2 savoir1 si dans la combinaison des gouvernements mixtes1 il faut1 ou non1 admettre l'hrdit4 ,on est d'accord1 je pense1 sur l'impossibilit du despotisme1 ou de l'tablissement de tout pouvoir qui n'a pas pour but le bonheur de tous2 on l'est aussi1 sans doute1 sur l'absurdit d'une constitution dmagogique#b1 qui bouleverserait la socit au nom du peuple qui la compose4 ,mais les uns croient que la garantie de la libert1 le maintien de l'ordre1 ne peut subsister qu' l'aide d'une puissance hrditaire et conservatrice2 les autres reconnaissent de mme la vrit du principe1 que l'ordre seul1 c'est--dire1 l'obissance la justice1 assure la libert3 mais ils pensent que ce rsultat peut s'obtenir sans un genre d'institutions que la ncessit seule peut faire admettre1 et qui doivent tre rejetes par la raison1 si la raison prouve qu'elles ne servent pas mieux que les ides naturelles au bonheur de la socit4 ,c'est sur ces deux questions1 il me semble1 que tous les esprits devraient s'exercer3 il faut les sparer absolument de ce que nous avons vu1 et mme de ce que nous voyons1 enfin de tout ce qui appartient la rvolution2 car1 comme on l'a fort bien dit1 il faut que cette rvolution finisse par le raisonnement1 et il n'y a de vaincus que les hommes persuads4 ,loin donc de ceux qui ont quelque valeur personnelle toutes les dnominations d'esclaves et de factieux1 de conspirateurs et d'anarchistes1 prodigues aux simples opinions3 les actions doivent tre soumises aux lois1 mais l'univers moral appartient la pense2 quiconque se sert de cette arme mprise toutes les autres1 et l'homme qui l'emploie est par cela seul incapable de s'abaisser d'autres moyens4 ,plusieurs ouvrages de trs-bons auteurs renferment des raisons en faveur de l'hrdit modifie1 soit comme en ,angleterre1 c'est--dire1 composant deux branches du gouvernement1 dont le troisime pouvoir est purement reprsentatif2 soit comme ,rome1 lorsque la puissance politique tait divise entre la dmocratie et l'aristocratie1 le peuple et le snat4 ,il faudrait donc dduire tous les motifs qui ont fait croire que la balance de ces intrts opposs pouvait seule donner de la stabilit aux gouvernements2 que l'homme qui se croit des talents1 ou se voit de l'autorit1 tendant naturellement1 d'abord aux distinctions personnelles1 et ensuite aux distinctions hrditaires1 il vaut mieux crer lgalement ce qu'il conquerra de force4 ,il faudrait dvelopper et ces raisons et beaucoup d'autres encore1 en acceptant de part et d'autre celles qu'on croit tirer du droit pour ou contre2 car le droit en politique1 c'est ce qui conduit le plus srement au bonheur gnral2 mais l'on doit exposer sincrement tous les moyens de ses adversaires quand on les combat de bonne foi4 ,on pourrait opposer leurs raisonnements que la principale cause de la destruction de plusieurs gouvernements a t d'avoir constitu dans l'tat deux intrts opposs3 on a considr comme le chef-d'oeuvre de la science des gouvernements de mesurer assez les deux actions contraires1 pour que la puissance aristocratique et celle de la dmocratie se balanassent1 comme deux lutteurs qu'une gale force rend immobiles4 ,en effet1 le moment le plus prospre dans tous ces gouvernements est celui o cette balance1 subsistant d'une manire parfaite1 donne le repos qui nat de deux efforts contenus l'un par l'autre2 mais cet tat ne peut tre durable4 l'instant o1 pour suivre la comparaison1 l'un des deux lutteurs prend un moment l'avantage1 il terrasse l'autre qui se venge en le renversant son tour4 ,ainsi l'on a vu la rpublique romaine dchire1 ds qu'une guerre1 un homme1 ou le temps seul a rompu l'quilibre4--,on dira qu'en ,angleterre il y a trois intrts1 et que cette combinaison plus savante rpond de la tranquillit publique4 ,il n'y a jamais trois intrts dans un tel gouvernement2 les privilgis hrditaires et ceux qui ne le sont pas peuvent tre revtus de noms diffrents2 mais la division se fait toujours sur ces deux bases3 l'on se spare et l'on se rallie d'aprs ces deux grands motifs d'opposition4 ,ne serait-il pas possible que le genre humain1 tmoin et victime de ce principe de haine1 de ce genre de mort qui a dtruit tant d'tats1 parvnt trouver la fin du combat de l'aristocratie et de la dmocratie1 et qu'au lieu de s'attacher la combinaison d'une balance qui1 par son avantage mme1 par la part qu'elle accorde la libert1 finit toujours par tre renverse1 on examint si l'ide moderne du systme reprsentatif n'tablit pas dans le gouvernement un seul intrt1 un seul principe de vie1 en rejetant nanmoins tout ce qui peut conduire la dmocratie pure8 ,supposez d'abord un trs-petit nombre d'hommes extraits d'une nation immense1 une lection combine1 et par deux degrs1 et par l'obligation d'avoir pass successivement dans les places qui font connatre les hommes1 et exigent de l'indpendance de fortune et des droits l'estime publique pour s'y maintenir4 ,cette lection1 ainsi modifie1 n'tablirait-elle pas l'aristocratie des meilleurs1 la prminence des talents1 des vertus et des proprits8 ce genre de distinction qui1 sans faire deux classes de droit1 c'est--dire deux ennemis de fait1 donne aux plus clairs la conduite du reste des hommes1 et faisant choisir les tres distingus par la foule de leurs infrieurs1 assure au talent sa place1 et la mdiocrit sa consolation2 donne une part l'amour-propre du vulgaire dans les succs des gouvernants qu'ils ont choisis2 ouvre la carrire tous1 mais n'y amne que le petit nombre8 ,l'avantage de l'aristocratie de naissance1 c'est la runion des circonstances qui rendent plus probables dans une telle classe les sentiments gnreux3 l'aristocratie de l'lection doit1 alors que sa marche est sagement gradue1 appeler avec certitude les hommes distingus par la nature aux places minentes de la socit4--,ne serait-il pas possible que la division des pouvoirs donnt tous les avantages et aucun des inconvnients de l'opposition des intrts2 que deux chambres1 un directoire excutif1 quoique temporaire1 fussent parfaitement distincts dans leurs fonctions2 que chacun prt un parti diffrent par sa place1 mais non par esprit de corps2 ce qui est d'une tout autre nature8 ,ces hommes1 spars pendant le cours de leurs magistratures1 par les exercices divers du pouvoir public1 se runiraient ensuite dans la nation1 parce qu'aucun intrt contraire ne les sparerait d'une manire invincible4 ,ne serait-il pas possible qu'un grand pays1 loin d'tre un obstacle un tel tat de choses1 ft particulirement propre sa stabilit8 parce qu'une conspiration1 un homme1 peuvent s'emparer tout coup de la citadelle d'un petit tat1 et par cela seul changer la forme de son gouvernement1 tandis qu'il n'y a qu'une opinion qui remue la fois trente millions d'hommes2 que tout ce qui n'est produit que par des individus1 ou par une faction qui n'est point rallie au mouvement publie1 est touff par la masse qui se porte sur chaque point4 ,il ne peut pas y avoir d'usurpation dans un pays o il faudrait que le mme homme rallit l'opinion lui1 depuis le ,rhin jusqu'aux ,pyrnes2 l'ide d'une constitution1 d'un ordre lgal consenti par tous1 peut seule runir et frapper distance4 ,le gouvernement1 dans un grand pays1 a pour appui la masse norme des hommes paisibles2 cette masse est beaucoup plus considrable proportion mme1 dans une grande nation1 que dans un petit pays4 ,les gouvernants1 dans un petit pays1 sont beaucoup plus multiplis par rapport aux gouverns1 et la part de chacun une action quelconque est plus grande et plus facile4 ,enfin si l'on rptait d'une manire vague qu'on n'a jamais vu une constitution fonde sur de telles bases1 qu'il vaut mieux adopter celles qui ont exist pendant des sicles1 on pourrait demander de s'arrter une rflexion qui mrite1 je crois1 une attention particulire4 ,dans toutes les sciences humaines1 on dbute par les ides complexes2 en se perfectionnant1 l'on arrive aux ides simples2 l'ignorance absolue dans ces combinaisons naturelles est moins loigne du dernier terme des connaissances que les demi-lumires4 ,une comparaison fera mieux sentir ma pense4 la renaissance des lettres1 les premiers crits qu'on a composs ont t pleins de recherche et d'affectation4 ,les grands crivains1 deux sicles aprs1 ont admis et fait admettre le genre simple2 et le discours du sauvage qui s'criait3 ,dirons-notes aux ossements de nos pres3 ,levez-vous1 et marchez notre suite8 ce discours avait plus de rapport avec la langue de ,voltaire que les vers ampouls de ,brbeuf ou de ,chapelain4 ,en mcanique1 on avait d'abord trouv la machine de ,marly1 qui1 avec des frais normes1 levait l'eau sur le sommet d'une montagne2 aprs cette machine1 on a dcouvert des pompes qui produisent le mme effet avec infiniment moins de moyens4 ,sans vouloir faire d'une comparaison une preuve1 peut-tre que1 lorsqu'il y a cent ans en ,angleterre1 l'ide de la libert reparut sur la terre1 l'organisation combine du gouvernement anglais tait le plus haut point de perfection o l'on pt atteindre alors2 mais aujourd'hui des bases plus simples peuvent donner en ,france1 aprs la rvolution1 des rsultats pareils quelques gards1 et suprieurs d'autres4 ,indpendamment de tous les crimes particuliers qui ont t commis1 l'ordre social a t menac de sa destruction pendant cette rvolution par le systme politique mme qu'on avait adopt3 les moeurs barbares sont plus prs des institutions simples mal entendues1 que des institutions compliques2 mais il n'en est pas moins vrai que l'ordre social1 comme toutes les sciences1 se perfectionne mesure qu'on diminue les moyens1 sans affaiblir le rsultat4 ,ces considrations1 et beaucoup d'autres1 conduiraient un dveloppement complet de la nature et de l'utilit des pouvoirs hrditaires faisant partie de la constitution1 et de la nature et de l'utilit des constitutions composes uniquement de magistratures temporaires2 car1 il faut bien se le rpter1 l'on est maintenant oppos sur ce point seul2 le reste des opinions despotiques et dmagogiques sont des songes exalts ou criminels1 dont tout ce qui pense s'est rveill4 ,on ferait quelque bien1 je crois1 en traitant d'une manire purement abstraite des questions dont les passions contraires se sont tour tour empares4 ,en examinant la vrit1 part des hommes et des temps1 on arrive une dmonstration qui se reporte ensuite avec moins de peine sur les circonstances prsentes4 la fin d'un semblable ouvrage1 cependant1 sous quelque point de vue gnral que ces grandes questions fussent prsentes1 il serait impossible de ne pas finir par les particulariser dans leur rapport avec la ,france et le reste de l',europe4 ,tout invite la ,france rester rpublique2 tout commande l',europe de ne pas suivre son exemple3 l'un des plus spirituels crits de notre temps1 celui de ,benjamin ,constant1 a parfaitement trait la question qui concerne la position actuelle de la ,france4 ,deux motifs de sentiment me frappent surtout3 voudrait-on souffrir une nouvelle rvolution pour renverser celle qui tablit la rpublique8 et le courage de tant d'armes1 et le sang de tant de hros serait-il vers au nom d'une chimre dont il ne resterait que le souvenir des crimes qu'elle a cots8 ,la ,france doit persister dans cette grande exprience dont le dsastre est pass1 dont l'espoir est venir4 ,mais peut-on assez inspirer l',europe l'horreur des rvolutions8 ,ceux qui dtestent les principes de la constitution de ,france1 qui se montrent les ennemis de toute ide librale1 et font un crime d'aimer jusqu' la pense d'une rpublique1 comme si les sclrats qui ont souill la ,france pouvaient dshonorer le culte des ,caton1 des ,brutus et des ,sidney3 ces hommes intolrants et fanatiques ne persuadent point1 par leurs vhmentes dclamations1 les trangers philosophes2 mais que l',europe coute les amis de la libert1 les amis de la rpublique franaise1 qui se sont hts de l'adopter1 ds qu'on l'a pu sans crime1 ds qu'il n'en cotait pas du sang pour la dsirer4 ,aucun gouvernement monarchique ne renferme assez d'abus1 maintenant1 pour qu'un jour de rvolution n'arrache plus de larmes que tous les maux qu'on voudrait rparer par elle4 ,dsirer une rvolution1 c'est dvouer la mort l'innocent et le coupable2 c'est1 peut-tre1 condamner l'objet qui nous est le plus cher6 et jamais on n'obtient soi-mme le but qu' ce prix affreux on s'tait propos4 ,nul homme1 dans ce mouvement terrible1 n'achve ce qu'il a commenc2 nul homme ne peut se flatter de diriger une impulsion dont la nature des choses s'empare2 et cet ,anglais qui voulut descendre dans sa barque la chute du ,rhin ,schaffouse1 tait moins insens que l'ambitieux qui croirait pouvoir se conduire avec succs travers une rvolution tout entire4 ,laissez-nous en ,france combattre1 vaincre1 souffrir1 mourir dans nos affections1 dans nos penchants les plus chers2 renatre ensuite1 peut-tre1 pour l'tonnement et l'admiration du monde4 ,mais laissez un sicle passer sur nos destines2 vous saurez alors si nous avons acquis la vritable science du bonheur des hommes2 si le vieillard avait raison1 ou si le jeune homme a mieux dispos de son domaine1 l'avenir4 ,hlas6 n'tes-vous pas heureux qu'une nation tout entire se soit place l'avant-garde de l'espce humaine pour affronter tous les prjugs1 pour essayer tous les principes8 ,attendez1 vous1 gnration contemporaine2 loignez encore de vous les haines1 les proscriptions et la mort2 nul devoir ne pourrait exiger de tels sacrifices1 et tous les devoirs1 au contraire1 font une loi de les viter4 ,qu'on me pardonne de m'tre laiss entraner au del de mon sujet2 mais qui peut vivre1 qui peut crire dans ce temps1 et ne pas sentir et penser sur la rvolution de ,france8 ,j'ai trac l'esquisse imparfaite de l'ouvrage que je projette4 ,la premire partie que j'imprime prsent est fonde sur l'tude de son propre coeur1 et les observations faites sur le caractre des hommes de tous les temps4 ,dans l'tude des constitutions1 il faut se proposer pour but le bonheur1 et pour moyen la libert3 dans la science morale de l'homme1 c'est l'indpendance de l'me qui doit tre l'objet principal2 ce qu'on peut avoir de ,bonheur en est la suite4 ,l'homme qui se vouerait la poursuite de la flicit parfaite serait le plus infortun des tres2 la nation qui n'aurait en vue que d'obtenir le dernier terme abstrait de la libert mtaphysique1 serait la nation la plus misrable4 ,les lgislateurs doivent donc compter et diriger les circonstances1 et les individus chercher s'en rendre indpendants2 les gouvernements doivent tendre au bonheur rel de tous1 et les moralistes doivent apprendre aux individus se passer de bonheur4 ,il y a du bien pour la masse dans l'ordre mme des choses1 et cependant il n'est pas de flicit pour les individus2 tout concourt la conservation de l'espce1 tout s'oppose1 aux dsirs de chacun1 et les gouvernements1 quelques gards1 reprsentant l'ensemble de la nature1 peuvent atteindre la perfection dont l'ordre gnral offre l'exemple2 mais les moralistes1 parlant aux hommes individuellement1 tous ces tres emports dans le mouvement de l'univers1 ne peuvent leur promettre avec certitude aucune jouissance personnelle1 que dans ce qui dpend toujours d'eux-mmes4 ,il y a de l'avantage se proposer pour but de son travail sur soi1 la plus parfaite indpendance philosophique2 les essais1 mme inutiles1 laissent encore aprs eux des traces salutaires2 agissant la fois sur son tre tout entier1 on ne craint pas1 comme dans les expriences sur les nations1 de disjoindre1 de sparer1 d'opposer l'une l'autre toutes les parties diverses du corps politique4 ,l'on n'a point1 au dedans de soi1 de transactions faire avec des obstacles trangers2 l'on mesure sa force1 on triomphe ou l'on se soumet2 tout est simple1 tout est possible mme2 car s'il est absurde de considrer une nation comme un peuple de philosophes1 il est vrai que chaque homme en particulier peut se flatter de le devenir4 ,je m'attends aux diverses objections de sentiment et de raisonnement qu'on pourra faire contre le systme dvelopp dans cette premire partie4 ,rien n'est plus contraire1 il est vrai1 aux premiers mouvements de la jeunesse1 que l'ide de se rendre indpendant des affections des autres2 on veut d'abord consacrer sa vie tre aim de ses amis1 captiver la faveur publique4 ,il semble qu'on ne s'est jamais assez mis la disposition de ceux qu'on aime2 qu'on ne leur ait jamais assez prouv qu'on ne pouvait exister sans eux2 que l'occupation1 les services de tous les jours ne satisfassent pas assez au gr de la chaleur de l'me1 le besoin qu'on a de se dvouer1 de se livrer en entier aux autres4 ,on se fait un avenir tout compos des liens qu'on a forms2 on se confie d'autant plus leur dure que l'on est soi-mme plus incapable d'ingratitude2 on se sait des droits la reconnaissance2 on croit l'amiti ainsi fonde plus qu' aucun autre lien de la terre3 tout est moyen1 elle seule est le but4 ,l'on veut aussi de l'estime publique1 mais il semble que vos amis vous en sont les garants2 on n'a rien fait que pour eux1 ils le savent1 ils le diront3 comment la vrit1 et la vrit du sentiment1 ne persuaderait-elle pas8 comment ne finirait-elle pas par tre reconnue8 ,les preuves sans nombre qui s'chappent d'elle de toutes parts doivent enfin l'emporter sur la fabrication de la calomnie4 ,vos paroles1 votre voix1 vos accents1 l'air qui vous environne1 tout vous semble empreint de ce que vous tes rellement1 et l'on ne croit pas la possibilit d'tre longtemps mal jug3 c'est avec ce sentiment de confiance qu'on vogue pleines voiles dans la vie4 ,tout ce qu'on a su1 tout ce qu'on vous a dit de la mauvaise nature d'un grand nombre d'hommes1 s'est class dans votre tte comme l'histoire1 comme tout ce qu'on apprend en morale sans l'avoir prouv4 ,on ne s'avise d'appliquer aucune de ces ides gnrales sa situation particulire2 tout ce qui vous arrivera1 tout ce qui vous entoure doit tre une exception4 ,ce qu'on a d'esprit n'a point d'influence sur la conduite3 l o il y a un coeur1 il est seul cout4 ,ce qu'on n'a pas senti soi-mme est connu de la pense1 sans jamais diriger les actions4 ,mais vingt-cinq ans1 cette poque prcise o la vie cesse de crotre1 il se fait un cruel changement dans votre existence3 on commence juger votre situation2 tout n'est plus avenir dans votre destine2 beaucoup d'gards votre sort est fix1 et les hommes rflchissent alors s'il leur convient d'y lier le leur4 ,s'ils y voient moins d'avantages qu'ils n'avaient cru1 si de quelque manire leur attente est trompe1 au moment o ils sont rsolus s'loigner de vous1 ils veulent se motiver eux-mmes leur tort envers vous2 ils vous cherchent mille dfauts pour s'absoudre du plus grand de tous3 les amis qui se rendent coupables d'ingratitude vous accablent pour se justifier2 ils nient le dvouement1 ils supposent l'exigence1 ils essaient enfin de moyens spars1 de moyens contradictoires pour envelopper votre conduite et la leur d'une sorte d'incertitude que chacun explique son gr4 ,quelle multitude de peines assige alors le coeur qui voulait vivre dans les autres1 et se voit tromp dans cette illusion6 ,la perte des affections les plus chres n'empche pas de sentir jusqu'au plus faible tort de l'ami qu'on aimait le moins4 ,votre systme dvie est attaqu1 chaque coup branle l'ensemble3 celui-l aussi s'loigne de moi1 est une pense douloureuse1 qui donne au dernier lien qui se brise un prix qu'il n'avait pas auparavant4 ,le public aussi1 dont on avait prouv la faveur1 perd toute son indulgence2 il aime les succs qu'il prvoit1 il devient l'adversaire de ceux dont il est lui-mme la cause2 ce qu'il a dit1 il l'attaque2 ce qu'il encourageait1 il veut le dtruire3 cette injustice de l'opinion fait souffrir aussi de raille manires en un jour4 ,tel individu qui vous dchire n'est pas digne que vous regrettiez son suffrage2 mais vous souffrez de tous les dtails d'une grande peine dont l'histoire se droule vos yeux3 et dj certain de ne point viter son pnible terme1 vous prouvez cependant la douleur de chaque pas4 ,enfin le coeur se fltrit1 la vie se dcolore2 on a des torts son tour qui dgotent de soi comme des autres1 qui dcouragent du systme de perfection dont on s'tait d'abord enorgueilli2 on ne sait plus quelle ide se reprendre1 quelle route suivre dsormais2 force de s'tre confi sans rserve1 on serait prt souponner injustement4 ,est-ce la sensibilit1 est-ce la vertu qui n'est qu'un fantme8 et cette plainte sublime chappe ,brutus dans les champs de ,philippes1 doit-elle garer la vie1 ou commander de se donner la mort8 ,c'est cette poque funeste o la terre semble manquer sous nos pas1 o1 plus incertains sur l'avenir que dans les nuages de l'enfance1 nous doutons de tout ce que nous croyions savoir1 et recommenons l'existence avec l'espoir de moins4 ,c'est cette poque o le cercle des jouissances est parcouru1 et le tiers de la vie peine atteint1 que ce livre peut tre utile2 il ne faut pas le lire avant1 car je ne l'ai moi-mme ni commenc1 ni conu qu' cet ge4 ,on m'objectera1 peut-tre aussi1 qu'en voulant dompter les passions1 je cherche touffer le principe des plus belles actions des hommes1 des dcouvertes sublimes1 des sentiments gnreux3 quoique je ne sois pas entirement de cet avis1 je conviens qu'il y a quelque chose de grand dans la passion2 qu'elle ajoute1 pendant qu'elle dure1 l'ascendant de l'homme2 qu'il accomplit alors presque tout ce qu'il projette1 tant la volont ferme et suivie est une force active dans l'ordre moral3 ,l'homme alors1 emport par quelque chose de plus puissant que lui1 use sa vie1 mais s'en sert avec plus d'nergie4 ,si l'me doit tre considre seulement comme une impulsion1 cette impulsion est plus vive quand la passion l'excite4 ,s'il faut aux hommes sans passions l'intrt d'un grand spectacle1 s'ils veulent que les gladiateurs s'entre-dtruisent leurs yeux1 tandis qu'ils ne seront que les tmoins de ces affreux combats1 sans doute il faut enflammer de toutes les manires ces tres infortuns dont les sentiments imptueux animent ou renversent le thtre du monde3 mais quel bien en rsultera-t-il pour eux8 quel bonheur gnral peut-on obtenir par ces encouragements donns aux passions de l'me8 ,tout ce qu'il faut de mouvement la vie sociale1 tout l'lan ncessaire la vertu existerait sans ce mobile destructeur4 ,mais1 dira-t-on1 c'est diriger les passions et non les vaincre qu'il faut consacrer ses efforts4 ,je n'entends pas comment on dirige ce qui n'existe qu'en dominant2 il n'y a que deux tats pour l'homme3 ou il est certain d'tre le matre au dedans de lui1 et alors il n'a point de passions2 ou il sent qu'il rgne en lui-mme une puissance plus forte que lui1 et alors il dpend entirement d'elle4 ,tous ces traits avec la passion sont purement imaginaires2 elle est1 comme les vrais tyrans1 sur le trne ou dans les fers4 ,je n'ai point imagin cependant de consacrer cet ouvrage la destruction de toutes les passions2 mais j'ai tch d'offrir un systme de vie qui ne ft pas sans quelques douceurs1 l'poque o s'vanouissent les esprances de bonheur positif dans cette vie3 ce systme ne convient qu'aux caractres naturellement passionns1 et qui ont combattu pour reprendre l'empire2 plusieurs de ces jouissances n'appartiennent qu'aux mes jadis ardentes1 et la ncessit de ces sacrifices ne peut tre sentie que par ceux qui ont t malheureux4 ,en effet1 si l'on n'tait pas n passionn1 qu'aurait-on craindre1 de quel effort aurait-on besoin1 que se passerait-il en soi qui pt occuper le moraliste1 et l'inquiter sur la destine de l'homme8 ,pourrait-on aussi me reprocher de n'avoir pas trait sparment les jouissances attaches l'accomplissement de ses devoirs1 et les peines que font prouver le remords qui suit le tort1 ou le crime de les avoir braves8 ,ces deux ides premires dans l'existence s'appliquent galement toutes les situations1 tous les caractres2 et ce que j'ai voulu montrer seulement1 c'est le rapport des passions de l'homme avec les impressions agrables ou douloureuses qu'il ressent au fond de son coeur4 ,en suivant ce plan1 je crois de mme avoir prouv qu'il n'est point de bonheur sans la vertu2 revenir ce rsultat par toutes les routes est une nouvelle preuve de sa vrit4 ,dans l'analyse des diverses affections morales de l'homme1 il se rencontrera quelquefois des allusions la rvolution de ,france2 nos souvenirs sont tous empreints de ce terrible vnement3 d'ailleurs j'ai voulu que cette premire partie ft utile la seconde2 que l'examen des hommes un un pt prparer au calcul des effets de leur runion en masse4 ,j'ai espr1 je le rpte1 qu'en travaillant l'indpendance morale de l'homme1 on rendrait sa libert politique plus facile1 puisque chaque restriction qu'il faut imposer cette libert est toujours commande par l'effervescence de telle ou telle passion4 ,enfin1 de quelque manire que l'on juge mon plan1 ce qui est certain1 c'est que mon unique but a t de combattre le malheur sous toutes ses formes1 d'tudier les penses1 les sentiments1 les institutions qui causent de la douleur aux hommes1 pour chercher quelle est la rflexion1 le mouvement1 la combinaison1 qui pourraient diminuer quelque chose de l'intensit des peines de l'me3 l'image de l'infortune1 sous quelque aspect qu'elle se prsente1 et me poursuit1 et m'accable4 ,hlas6 j'ai tant prouv ce que c'tait que souffrir1 qu'un attendrissement inexprimable1 une inquitude douloureuse s'emparent de moi1 la pense des malheurs de tous et de chacun2 des chagrins invitables et des tourments de l'imagination2 des revers de l'homme juste1 et mme aussi des remords du coupable2 des blessures du coeur1 les plus touchantes de toutes1 et des regrets dont on rougit sans les prouver moins2 enfin1 de tout ce qui fait verser des larmes1 ces larmes que les anciens recueillaient dans une urne consacre1 tant la douleur de l'homme tait auguste leurs yeux4 ,ah6 ce n'est pas assez d'avoir jur que1 dans les limites de son existence1 de quelque injustice1 de quelque tort qu'on ft l'objet1 on ne causerait jamais volontairement une peine1 on ne renoncerait jamais volontairement la possibilit d'en soulager une2 il faut essayer encore si quelque ombre de talent1 si quelque facult de mditation ne pourrait pas faire trouver la langue dont la mlancolie branle doucement le coeur1 ne pourrait pas aider dcouvrir quelle hauteur philosophique les armes qui blessent n'atteindraient plus4 ,enfin1 si le temps et l'tude apprenaient comment on peut donner aux principes politiques assez d'vidence pour qu'ils ne fussent plus l'objet de deux religions1 et par consquent des plus sanglantes fureurs1 il semble que l'on aurait du moins offert un examen complet de tout ce qui livre la destine de l'homme la puissance du malheur4 ,,section ,,premi,,re4 ,,des ,,passions4 ,,chapitre ,,premier4 ,de l'amour de la gloire4 ,de toutes les passions dont le coeur humain est susceptible1 il n'en est point qui ait un caractre aussi imposant que l'amour de la gloire3 on peut trouver la trace de ses mouvements dans la nature primitive de l'homme1 mais ce n'est qu'au milieu de la socit que ce sentiment acquiert sa vritable force4 ,pour mriter le nom de passion1 il faut qu'il absorbe toutes les autres affections de l'me1 et ses plaisirs comme ses peines n'appartiennent qu'au dveloppement entier de sa puissance4 ,aprs cette sublimit de vertu1 qui fait trouver dans sa propre conscience le motif et le but de sa conduite1 le plus beau des principes qui puisse mouvoir notre me est l'amour de la gloire4 ,je laisse au sens de ce mot sa propre grandeur en ne le sparant pas de la valeur relle des actions qu'il doit dsigner4 ,en effet1 une gloire vritable ne peut tre acquise par une clbrit relative2 on en appelle toujours l'univers et la postrit pour confirmer le don d'une si auguste couronne2 elle ne doit donc rester qu'au gnie ou la vertu4 ,c'est en mditant sur l'ambition que je parlerai de tous les succs phmres qui peuvent imiter ou rappeler la gloire2 mais c'est d'elle-mme1 c'est--dire1 de ce qui est vraiment grand et juste1 que je veux d'abord m'occuper2 et pour juger son influence sur le bonheur1 je ne craindrai point de la faire paratre dans toute la sduction de son clat4 ,le digne et sincre amant de la gloire propose un beau trait au genre humain2 il lui dit3 ,je consacrerai mes talents vous servir2 ma passion dominante m'excitera sans cesse faire jouir un plus grand nombre d'hommes des rsultats heureux de mes efforts2 le pays1 le peuple qui m'est inconnu1 aura des droits aux fruits de mes veilles2 tout ce qui pense est en relation avec moi2 et1 dgag de la puissance environnante des sentiments individuels1 c'est l'tendue seule de mes bienfaits que je mesurerai mon bonheur3 pour prix de ce dvouement1 je ne vous demande que de le clbrer2 chargez la renomme d'acquitter votre reconnaissance4 ,la vertu1 j'en conviens1 sait jouir d'elle-mme2 moi1 j'ai besoin de vous pour obtenir le prix qui m'est ncessaire pour que la gloire de mon nom soit unie au mrite de mes actions4 ,quelle franchise1 quelle simplicit dans ce contrat6 comment se peut-il que les nations n'y soient jamais restes fidles1 et que le gnie seul en ait accompli les conditions8 ,c'est1 sans doute1 une jouissance enivrante que de remplir l'univers de son nom1 d'exister tellement au del de soi1 qu'il soit possible de se faire illusion et sur l'espace et sur la dure de la vie1 et de se croire quelques-uns des attributs mtaphysiques de l'infini4 ,l'me se remplit d'un orgueilleux plaisir par le sentiment habituel que toutes les penses d'un grand nombre d'hommes sont diriges sur vous2 que vous existez en prsence de leur espoir2 que chaque mditation de votre esprit peut influer sur beaucoup de destines2 que de grands vnements se dveloppent au dedans de vous1 et commandent1 au nom du peuple1 qui compte sur vos lumires1 la plus vive attention vos propres penses4 ,les acclamations de la foule remuent l'me1 et par les rflexions qu'elles font natre1 et par les commotions qu'elles excitent3 toutes ces formes animes1 enfin1 sous lesquelles la gloire se prsente1 doivent transporter la jeunesse d'esprance et l'enflammer d'mulation4 ,les routes qui conduisent un si grand but sont remplies de charmes2 les occupations que commande l'ardeur d'y parvenir sont elles-mmes une jouissance2 et1 dans la carrire des succs1 ce qu'il y a souvent de plus heureux1 c'est la suite d'intrts qui les prcdent et s'emparent activement de la vie4 ,la gloire des crits et celle des actions sont soumises des combinaisons diffrentes2 la premire1 empruntant quelque chose des plaisirs solitaires1 peut participer leurs bienfaits2 mais ce n'est pas elle qui rend sensibles tous les signes de cette grande passion2 ce n'est pas ce gnie dominateur qui dans un instant sme1 recueille et se couronne2 dont l'loquence entranante1 ou le courage vainqueur dcident instantanment du sort des sicles et des empires2 ce n'est pas cette motion toute-puissante dans ses effets1 qui commande en inspirant une volont pareille1 et saisit dans le prsent toutes les jouissances de l'avenir4 ,le gnie des actions est dispens d'attendre la tardive justice que le temps trane sa suite2 il fait marcher sa gloire en avant comme la colonne enflamme qui jadis clairait la marche des ,isralites4 ,la clbrit qu'on peut acqurir par les crits est rarement contemporaine2 mais alors mme qu'on obtient cet heureux avantage1 comme il n'y a rien d'instantan dans ses effets1 d'ardent dans son clat1 une telle carrire ne peut1 comme la gloire active1 donner le sentiment complet de sa force physique et morale1 assurer l'exercice de toutes ses facults1 enivrer enfin par la certitude de la puissance de son tre4 ,c'est donc au plus haut point de bonheur que l'amour de la gloire puisse donner1 qu'il faut s'attacher pour en mieux juger les obstacles et les malheurs4 ,la premire des difficults1 dans tous les gouvernements o les distinctions hrditaires sont tablies1 c'est la runion des circonstances qui donnent de l'clat la vie2 les efforts que l'on fait pour sortir d'une situation obscure1 pour jouer un rle sans y tre appel1 dplaisent la plupart des hommes4 ,ceux que leur destine approche des premires places1 croient voir une preuve de mpris pour eux dans l'esprance que l'on conoit de franchir l'espace qui en spare1 et de se mettre1 par ses talents1 au niveau de leur destine4 ,les individus de la mme classe que soi1 qui se sont rsigns n'en pas sortir1 attribuant bien plutt cette rsolution leur sagesse qu' leur mdiocrit1 appellent folie une conduite diffrente1 et sans juger la diversit des talents1 se croient faits pour les mmes circonstances4 ,dans les monarchies aristocratiquement constitues1 la multitude se plat quelquefois1 par un esprit dominateur1 relever celui que le hasard a dlaiss2 mais ce mme esprit ne lui permet pas d'abandonner ses droits sur l'existence qu'elle a cre2 le peuple regarde cette existence comme l'oeuvre de ses mains2 et si le sort1 la superstition1 la magie1 une puissance1 enfin1 indpendante des hommes1 n'entre pas dans la destine de celui qui1 dans un tat monarchique1 doit son lvation l'opinion du peuple1 il ne conservera pas longtemps une gloire que les suffrages seuls crent et rcompensent1 qui puise la mme source son existence et son clat2 le peuple ne soutiendra pas son ouvrage1 et ne se prosternera pas devant une force dont il se sent le principal appui4 ,ceux qui1 sous un tel ordre de choses1 sont ns dans la classe privilgie1 ont quelques gards beaucoup de donnes utiles2 mais d'abord la chance des talents se resserre1 et proportion du nombre1 et plus encore par l'espce de ngligence qu'inspirent de certains avantages3 mais quand le gnie lve celui que les rangs de la monarchie avaient dj spar du reste de ses concitoyens1 indpendamment des obstacles communs tous1 il en est qui sont personnels cette situation4 ,des rivaux en plus petit nombre1 des rivaux qui se croient vos gaux plusieurs gards1 se pressent davantage autour de vous1 et lorsqu'on veut les carter1 rien n'est plus difficile que de savoir jusqu' quel point il faut se livrer la popularit1 en jouissant de distinctions impopulaires4 ,il est presque impossible de connatre toujours avec certitude le degr d'empressement qu'il faut montrer l'opinion gnrale3 certaine de sa toute-puissance1 elle en a la pudeur1 et veut du respect sans flatterie2 la reconnaissance lui plat1 mais elle se dgote de la servitude1 et rassasie de souverainet1 elle aime le caractre indpendant et fier1 qui la fait douter un moment de son autorit1 pour lui en renouveler la jouissance4 ,ces difficults gnrales redoublent pour le noble1 qui dans une monarchie veut obtenir une gloire vritable2 s'il ddaigne la popularit1 il est ha3 un plbien dans un tat dmocratique peut obtenir l'admiration en bravant la popularit2 mais si un noble adopte une telle conduite dans un tat monarchique1 au lieu de se donner l'clat du courage1 il ne fera croire qu' son orgueil2 et si cependant1 pour viter ce blme1 il recherche la popularit1 il est sans cesse prs du soupon ou du ridicule4 ,les hommes ne veulent pas qu'on renonce totalement ses intrts personnels1 et ce qui est1 un certain point1 contre leur nature1 est djou par eux3 il n'y a que la vie qu'on puisse sacrifier avec clat2 l'abandon des autres avantages1 quoique bien plus rare et plus estimable1 est reprsent comme une sorte de duperie2 et quoique ce soit le plus haut degr du dvouement1 ds qu'il est nomm duperie1 il n'excite plus l'enthousiasme de ceux mme qui sont l'objet du sacrifice4 ,les nobles donc1 placs entre la nation et le monarque1 entre leur existence politique et l'intrt gnral1 obtiennent difficilement de la gloire ailleurs que dans les armes4 ,la plupart de ces considrations ne peuvent s'appliquer aux succs militaires2 la guerre ne laisse l'homme1 de sa nature1 que ses facults physiques2 pendant que cet tat dure1 il se soumet la valeur1 l'audace1 au talent qui fait vaincre1 comme les corps les plus faibles suivent l'impulsion des plus forts4 ,l'tre moral n'est de rien dans la bataille1 et voil pourquoi les soldats ont plus de constance dans leur attachement pour leurs gnraux1 que les citoyens dans leur reconnaissance pour leurs administrateurs4 ,dans les rpubliques1 si elles sont constitues sur la seule base de l'aristocratie1 tous les membres d'une mme classe sont un obstacle la gloire de chacun d'eux2 cet esprit de modration qu'avec tant de raison ,montesquieu a dsign comme le principe des rpubliques aristocratiques1 cet esprit de modration ne s'accorde pas avec les lans du gnie3 un grand homme1 s'il voulait se montrer tel1 prcipiterait la marche gale et soutenue de ces gouvernements2 et comme l'utilit est le principe de l'admiration1 dans un tat o les grands talents ne peuvent s'exercer d'une manire avantageuse tous1 ils ne se dveloppent pas1 ou sont touffs1 ou sont contenus dans une certaine limite qui ne leur permet pas d'atteindre la clbrit4 ,on ne sait pas au dehors un nom propre du gouvernement de ,venise1 du gouvernement sage et paternel de la rpublique de ,berne2 un mme esprit dirige1 depuis plusieurs sicles1 des individus diffrents2 et si un homme lui donnait son impulsion particulire1 il natrait des chocs dans une organisation dont l'unit fait tout la fois le repos et la force4 ,pour les rpubliques populaires1 il faut distinguer deux poques tout fait diffrentes1 celle qui a prcd l'imprimerie1 et celle qui est contemporaine du plus grand dveloppement possible de la libert de la presse4 ,celle qui a prcd l'imprimerie devait tre favorable l'ascendant d'un homme sur les autres hommes4 ,les lumires n'tant point dissmines1 celui qui avait reu des talents suprieurs1 une raison forte1 avait de grands moyens d'agir sur la multitude2 le secret des causes n'tait pas connu1 l'analyse n'avait pas chang en science positive la magie de tous les effets2 enfin1 l'on pouvait tre tonn1 par consquent entran2 et des hommes croyaient qu'un d'entre eux tait ncessaire tous4 ,de l les grands dangers que courait la libert2 de l les factions toujours renaissantes2 car les guerres d'opinions finissent avec les vnements qui les dcident1 avec les discussions qui les clairent2 mais la puissance des hommes suprieurs se renouvelle avec chaque gnration1 et dchire ou asservit la nation qui se livre sans mesure cet enthousiasme4 ,mais lorsque la libert de la presse1 et1 ce qui est plus encore1 la multiplicit des journaux1 rend publiques chaque jour les penses de la veille1 il est presque impossible qu'il existe dans un tel pays ce qu'on appelle de la gloire2 il y a de l'estime1 parce que l'estime ne dtruit pas l'galit1 et que celui qui l'accorde1 juge au lieu de s'abandonner2 mais l'enthousiasme pour les hommes en est banni4 ,il y a dans tous les caractres des dfauts qui jadis n'taient dcouverts que par le flambeau de l'histoire1 ou par un trs-petit nombre de philosophes contemporains que le mouvement gnral n'avait point enivrs2 aujourd'hui celui qui veut se distinguer est en guerre avec l'amour-propre de tous2 on le menace du niveau chaque pas qui l'lve1 et la masse des hommes clairs prend une sorte d'orgueil actif1 destructeur des succs individuels4 ,si l'on veut examiner la cause du grand ascendant que dans ,athnes1 qu' ,rome1 des gnies suprieurs ont obtenu1 de l'empire presque aveugle que dans les temps anciens ils ont exerc sur la multitude1 on verra que l'opinion n'a jamais t fixe par l'opinion mme1 que c'est quelques pouvoirs diffrents d'elle1 l'appui de quelque superstition que sa constance a t due4 ,tantt ce sont des rois1 qui jusqu' la fin de leur vie ont conserv la gloire qu'ils avaient obtenue2 mais les peuples croyaient alors que la royaut avait une origine cleste3 tantt on voit ,numa inventer une fable pour faire accepter des lois que la sagesse lui dictait1 se fiant plus la crdulit qu' l'vidence4 ,les meilleurs gnraux romains1 quand ils voulaient donner une bataille1 dclaraient que l'examen du vol des oiseaux les forait la livrer4 ,c'est ainsi que les hommes habiles de l'antiquit ont cach le conseil de leur gnie sous l'apparence d'une superstition1 vitant ce qui peut avoir des juges1 quoique certains d'avoir raison4 ,enfin1 chaque dcouverte des sciences1 en enrichissant la masse1 diminue l'empire individuel de l'homme4 ,le genre humain hrite du gnie1 et les vritables grands hommes sont ceux qui ont rendu leurs pareils moins ncessaires aux gnrations suivantes4 ,plus on laisse aller sa pense dans la carrire future de la perfectibilit possible1 plus on y voit les avantages de l'esprit dpasss par les connaissances positives1 et le mobile de la vertu plus efficace que la passion de la gloire4 ,on trouvera peut-tre que ce sicle ne donne encore l'ide d'aucun progrs en ce genre2 mais il faut dans l'effet actuel voir la cause future1 pour juger un vnement tout entier4 ,celui qui n'aperoit dans les mines1 o les mtaux se prparent1 que le feu dvorant qui semble tout consumer1 ne connat point la marche de la nature1 et ne sait se peindre l'avenir qu'en multipliant le prsent4 ,mais de quelque manire qu'on juge ces rflexions1 je reviens aux considrations gnrales qui s'appliquent tous les pays et tous les temps sur les obstacles et les malheurs attachs la passion de la gloire4 ,quand les difficults des premiers pas sont vaincues1 il se forme l'instant deux partis sur une mme rputation2 non parce qu'il y a deux manires de la considrer1 mais parce que l'ambition parie pour ou contre4 ,celui qui veut tre l'adversaire des grands succs reste passif tant que dure leur clat2 et c'est pendant ce temps1 au contraire1 que les amis ne cessent d'agir en votre faveur2 ils arrivent dj fatigus l'poque du malheur1 lorsqu'il suffit au public du mobile seul de la curiosit1 pour se lasser des mmes loges2 les ennemis paraissent avec des armes toutes nouvelles1 tandis que les amis ont mouss les leurs1 en les faisant inutilement briller autour du char de triomphe4 ,on se demande pourquoi l'amiti a moins de persistance que la haine2 c'est qu'il y a plusieurs manires de renoncer l'une1 et que pour l'autre le danger et la honte sont partout ailleurs que dans le succs4 ,les amis peuvent si aisment attribuer1 la bont de leur me l'exagration de leur enthousiasme1 l'oubli qu'on a fait de leurs conseils1 les derniers revers qu'on a prouvs2 il y a tant de manires de se louer en abandonnant son ami1 que les plus lgres difficults dcident prendre ce parti3 mais la haine1 ds ses premiers pas1 engage sans retour1 se livre toutes les ressources des situations dsespres2 de ces situations dont les nations1 comme les individus1 chappent presque toujours1 parce que l'homme faible mme ne voit alors de secours possible que dans l'exercice du courage4 ,en tudiant le petit nombre d'exceptions l'inconstance de la faveur publique1 on est tonn de voir que c'est des circonstances1 et jamais au talent seul1 qu'on doit les rapporter4 ,un danger prsent a pu contraindre le peuple retarder son injustice2 une mort prmature en a quelquefois prcd le moment2 mais la runion des observations1 qui font le code de l'exprience1 prouve que la vie si courte des hommes est encore d'une plus longue dure que les jugements et les affections de leurs contemporains4 ,le grand homme qui arrive la vieillesse doit parcourir plusieurs poques d'opinions diverses ou contraires4 ,ces oscillations cessent avec les passions qui les produisent2 mais on vit au milieu d'elles1 et leur choc1 qui ne peut rien sur le jugement de la postrit1 dtruit le bonheur prsent qui est expos tous les coups4 ,les vnements du hasard1 ceux qu'aucune des puissances de la pense ne peut soumettre1 sont cependant placs1 par la voix publique1 sur la responsabilit du gnie4 ,l'admiration est une sorte de fanatisme qui veut des miracles2 elle ne consent accorder un homme une place au-dessus de tous les autres1 renoncer l'usage de ses propres lumires pour le croire et lui obir1 qu'en lui supposant quelque chose de surnaturel qui ne peut se comparer aux facults humaines4 ,il faudrait1 pour se dfendre d'une telle erreur1 tre modeste et juste1 reconnatre la fois les bornes du gnie et sa supriorit sur nous2 mais ds qu'il devient ncessaire de raisonner sur les dfaites1 de les expliquer par des obstacles1 de les excuser par des malheurs1 c'en est fait de l'enthousiasme3 il a1 comme l'imagination1 besoin d'tre frapp par les objets extrieurs2 et la pompe du gnie1 c'est le succs4 ,le public se plat donner celui qui possde2 et1 comme ce sultan des ,arabes qui s'loignait d'un ami poursuivi par l'infortune1 parce qu'il craignait la contagion de la fatalit1 les revers loignent les ambitieux1 les faibles1 les indiffrents1 tous ceux enfin qui trouvent1 avec quelque raison1 que l'clat de la gloire doit frapper involontairement2 que c'est elle commander le tribut qu'elle demande2 que la gloire se compose des dons de la nature et du hasard2 et que personne n'ayant le besoin d'admirer1 celui qui veut ce sentiment ne l'obtient point de la volont1 mais de la surprise1 et le doit aux rsultats du talent1 bien plus qu' la propre valeur de ce talent mme4 ,si les revers de la fortune dsenchantent l'enthousiasme1 que sera-ce s'il s'y mle des torts qui1 cependant1 se trouvent souvent runis aux qualits les plus minentes8 ,quel vaste champ pour les dcouvertes des esprits mdiocres6 comme ils sont srs d'avoir prvu ce qu'ils comprennent encore peine6 comme le parti qu'ils auraient pris et t meilleur6 que de lumires ils puisent dans l'vnement6 que de retours satisfaisants dans la critique d'un autre6 ,comme personne ne s'occupe d'eux1 personne ne songe les attaquer3 eh bien1 ils prennent ce silence pour le garant de leur supriorit3 parce qu'il y a une bataille perdue1 ils pensent qu'ils l'ont gagne3 et les revers d'un grand homme se changent en palmes pour les sots4 ,quoi donc6 l'opinion se composerait-elle de leurs suffrages8444 ,oui1 la gloire contemporaine leur est soumise1 car c'est l'enthousiasme de la multitude qui la caractrise2 le mrite rel est indpendant de tout1 mais la rputation acquise par ce mrite n'obtient le nom de gloire qu'au bruit des acclamations de la foule4 ,si les ,romains sont insensibles l'loquence de ,cicron1 son gnie nous reste2 mais o1 pendant sa vie1 trouvera-t-il sa gloire8 ,les gomtres1 ne pouvant tre jugs que par leurs pairs1 obtiennent d'un petit nombre de savants des titres incontestables l'admiration de leurs contemporains2 mais la gloire des actions doit tre populaire4 ,les soldats jugent leur gnral1 la nation ses administrateurs3 quiconque a besoin du suffrage des autres a mis tout la fois sa vie sous la puissance du calcul et du hasard1 de manire que le travail du calcul ne peut lui rpondre des chances du hasard1 et que les chances du hasard ne peuvent le dispenser du travail du calcul4 ,non1 pourrait-on dire1 le jugement de la multitude est impartial1 puisque aucune passion envieuse et personnelle ne l'inspire2 son impulsion toujours vraie doit tre juste4 ,mais1 par cela mme que ses mouvements sont naturels et spontans1 ils appartiennent l'imagination2 un ridicule dtruit ses yeux l'clat d'une vertu2 un soupon peut la dominer par la terreur2 des promesses exagres l'emportent sur des services prudents2 les plaintes d'un seul l'meuvent plus fortement que la silencieuse reconnaissance du grand nombre2 enfin1 mobile parce qu'elle est passionne2 passionne1 parce que les hommes runis ne se communiquent qu' l'aide de cette lectricit1 et ne mettent en commun que leurs sentiments3 ce ne sont pas les lumires de chacun1 mais l'impulsion gnrale qui produit un rsultat1 et cette impulsion1 c'est l'individu le plus exalt qui la donne4 ,une ide peut se composer des rflexions de plusieurs2 un sentiment sort tout entier de l'me qui l'prouve2 la multitude qui l'adopte a pour opinion l'injustice d'un homme exerce par l'audace de tous2 par cette audace qui se fonde et sur la force1 et plus encore sur l'impossibilit d'tre atteint par aucun genre de responsabilit individuelle4 ,le spectacle de la ,france a rendu ces observations plus sensibles1 mais1 dans tous les temps1 l'amant de la gloire a t soumis au joug dmocratique2 c'est de la nation seule qu'il recevait ses pouvoirs2 c'est par son lection qu'il obtenait sa couronne2 et quels que fussent ses droits la porter1 quand le peuple retirait ses suffrages au gnie1 il pouvait protester1 mais il ne rgnait plus4 ,n'importe1 s'crieront quelques mes ardentes1 n'existt-il qu'une chance de succs contre mille probabilits de revers1 il faudrait tenter une carrire dont le but se perd dans les cieux1 et donne l'homme aprs lui ce que la mmoire des hommes peut conqurir sur le pass3 un jour de gloire est si multipli par notre pense qu'il peut suffire toute la vie4 ,les plus nobles devoirs s'accomplissent en parcourant la route qui conduit la gloire2 et le genre humain serait rest sans bienfaiteurs si cette mulation sublime n'et pas encourag leurs efforts4 ,d'abord1 je crois que l'amour de l'clat a rendu moins de services aux hommes que la simple impulsion des vertus obscures ou des recherches persvrantes4 ,les plus grandes dcouvertes ont t faites dans la retraite de l'homme savant1 et les plus belles actions1 inspires par les mouvements spontans de l'me1 se rencontrent souvent dans l'histoire d'une vie inconnue2 c'est donc seulement dans son rapport avec celui qui l'prouve qu'il faut considrer la passion de la gloire4 ,par une sorte d'abstraction mtaphysique1 on dit souvent que la gloire vaut mieux que le bonheur2 mais cette assertion ne peut s'entendre que par les ides accessoires qu'on y attache3 on met alors en opposition les jouissances de la vie prive avec l'clat d'une grande existence2 mais donner quelque chose la prfrence sur le bonheur1 serait un contre-sens moral absolu4 ,l'homme vertueux ne fait de grands sacrifices que pour fuir la peine du remords1 et s'assurer des rcompenses au dedans de lui3 enfin1 la flicit de l'homme lui est plus ncessaire que sa vie1 puisqu'il se tue pour chapper la douleur4 ,s'il est donc vrai que choisir le malheur est un mot qui implique contradiction en lui-mme1 la passion de la gloire1 comme tous les sentiments1 doit tre juge par son influence sur le bonheur4 ,les amants1 les ambitieux mmes peuvent se croire1 dans quelques moments1 au comble de la flicit2 comme le terme de leurs esprances leur est connu1 ils doivent tre heureux du moins l'instant o ils l'atteignent3 mais cette rapide jouissance mme ne peut jamais appartenir l'homme qui prtend la gloire2 ses limites ne sont fixes par aucun sentiment1 ni par aucune circonstance4 ,alexandre1 aprs la conqute du monde1 s'affligeait de ne pouvoir faire parvenir jusqu'aux toiles l'clat de son nom4 ,cette passion ne connat que l'avenir1 ne possde que l'esprance2 et si on l'a souvent prsente comme l'une des plus fortes preuves de l'immortalit de l'me1 c'est parce qu'elle semble vouloir rgner sur l'infini1 de l'espace et l'ternit des temps4 ,si la gloire est un moment stationnaire1 elle recule dans l'esprit1 des hommes1 et aux yeux mme de celui qui s'en voyait l'objet3 sa possession meut l'me si fortement1 exalte un tel degr toutes les facults qu'un moment de calme1 dans les objets extrieurs1 ne sert qu' diriger sur soi toute l'agitation de sa pense3 le repos est si loin1 le vide est si prs1 que la cessation de l'action est toujours le plus grand malheur craindre4 ,comme il n'y a jamais rien de suffisant dans les plaisirs de la gloire1 l'me ne peut tre remplie que par leur attente1 ceux qu'elle obtient ne servent qu' la rapprocher de ceux qu'elle dsire2 et si l'on tait parvenu au fate de la grandeur1 une circonstance inaperue1 un obscur hommage refus1 deviendraient l'objet de la douleur et de l'envie4 ,aman1 vainqueur des ,juifs1 tait malheureux de n'avoir pu courber l'orgueil de ,mardoche4 ,cette passion conqurante n'estime que ce qui lui rsiste2 elle a besoin de l'admiration qu'on lui refuse1 comme de la seule qui soit au-dessus de celle qu'on lui accorde2 toute la puissance de l'imagination se dveloppe en elle1 parce qu'aucun sentiment du coeur ne la ramne par intervalles la vrit2 quand elle atteint un but1 ses tourments s'accroissent2 son plus grand charme tant l'activit qu'elle assure chaque moment du jour1 l'un de ses prestiges est dtruit quand cette activit n'a plus d'aliment4 ,toutes les passions1 sans doute1 ont des caractres communs1 mais aucune ne laisse aprs elle autant de douleurs que les revers de la gloire4 ,il n'y a rien d'absolu pour l'homme dans la nature1 il ne juge que parce qu'il compare2 la douleur physique mme est soumise cette loi3 ce qu'il y a de plus violent dans le plaisir ou dans la douleur est donc caus par le contraste2 et quelle opposition plus terrible que la possession ou la perte de la gloire6 ,celui dont la renomme parcourait le monde entier ne voit autour de lui qu'un vaste oubli3 un amant n'a de larmes verser que sur les traces de ce qu'il aime2 tous les pas d'hommes retracent1 celui qui jadis occupait l'univers1 l'ingratitude et l'abandon4 ,la passion de la gloire excite le sentiment et la pense au del de leurs propres forces2 mais loin que le retour l'tat naturel soit une jouissance1 c'est une sensation d'abattement et de mort3 les plaisirs de la vie commune ont t uss sans avoir t sentis2 on ne peut mme les retrouver dans ses souvenirs2 ce n'est point par la raison ou la mlancolie qu'on est ramen vers eux1 mais par la ncessit1 funeste puissance qui brise tout ce qu'elle courbe4 ,l'un des caractres de ce long malheur est de finir par s'accuser soi-mme3 tant qu'on en est encore aux reproches que mritent les autres1 l'me peut sortir d'elle-mme2 mais le repentir concentre toutes les penses1 et1 dans ce genre de douleur1 le volcan se referme pour consumer en dedans4 ,tant d'actions composent la vie d'un homme clbre1 qu'il est impossible qu'il ait assez de force dans la philosophie ou dans l'orgueil1 pour ne reprocher aucune faute son esprit3 le pass prenant dans sa pense la place qu'occupait l'avenir1 son imagination vient se briser contre ce temps immuable1 et lui fait parcourir1 en arrire1 des abmes aussi vastes que l'taient1 en avant1 les heureux champs de l'esprance4 ,l'homme1 jadis combl de gloire1 qui veut abdiquer ses souvenirs1 et se vouer aux relations particulires1 ne saurait y accoutumer ni lui1 ni les autres2 on ne jouit point par effort des ides simples2 il faut1 pour tre heureux par elles1 un concours de circonstances qui loignent naturellement tout autre dsir4 ,l'homme accoutum compter avec l'histoire ne peut plus tre intress pour les vnements d'une existence commune2 on ne retrouve en lui aucun des mouvements qui le caractrisaient2 il ne sent plus la vie1 il s'y rsigne4 ,on confie longtemps les peines du coeur1 parce que leur dure mme est honorable1 parce qu'elles rpondent trop de souvenirs dans l'me des autres1 pour que ce soit parler de soi que d'en entretenir2 mais comme la philosophie et la fiert doivent vaincre ou cacher les regrets causs mme par la plus noble ambition1 l'homme qui les prouve ne s'abandonne point les avouer entirement4 ,l'attention constante sur soi est un dtail de jouissance pendant la prosprit1 c'est une peine habituelle quand on est retomb dans une situation prive4 ,enfin1 aimer6 ce bien dont la nature cleste est seule en disparate avec toute la destine humaine2 aimer6 n'est plus un bonheur accord celui que la passion de la gloire a domin longtemps3 ce n'est pas que son me soit endurcie1 mais elle est trop vaste pour tre remplie par un seul objet2 d'ailleurs1 les rflexions que l'on est conduit faire sur les hommes en gnral1 lorsqu'on entretient avec eux des rapports publics1 rendent impossible la sorte d'illusion qu'il faut1 pour voir un individu une distance infinie de tous les autres4 ,loin aussi que de grandes pertes attachent au genre de bien qui reste1 elles affranchissent de tout la fois2 on ne se supporte que dans une indpendance absolue1 sans aucun point de comparaison entre le prsent et le pass4 ,le gnie1 qui sut adorer et possder la gloire1 repousse tout ce qui voudrait occuper la place de ses regrets mmes2 il aime mieux mourir que droger4 ,enfin1 quoique cette passion soit pure dans son origine et noble dans ses efforts1 le crime seul drange plus qu'elle l'quilibre de l'me2 elle la fait sorti violemment de l'ordre naturel1 et rien ne peut jamais l'y ramener4 ,en m'attachant avec une sorte d'austrit l'examen de tout ce qui doit dtourner de l'amour de la gloire1 j'ai eu besoin d'un grand effort de rflexion2 j'tais distraite par l'enthousiasme2 tant de noms clbres s'offraient ma pense1 tant d'ombres glorieuses1 qui semblaient s'offenser de voir braver leur clat1 pour pntrer jusqu' la source de leur bonheur4 ,c'est de mon pre enfin1 c'est de l'homme de ce temps qui a recueilli le plus de gloire1 et qui en retrouvera le plus dans la justice impartiale des sicles1 que je craignais surtout d'approcher1 en dcrivant toutes les priodes du cours clatant de la gloire4 ,mais ce n'est pas l'homme qui a montr1 pour le premier objet de ses affections1 une sensibilit aussi rare que son gnie2 ce n'est pas lui que peut convenir un seul des traits dont j'ai compos ce tableau2 et si je m'aidais des souvenirs que je lui dois1 ce serait pour montrer combien l'amour de la vertu peut apporter de changement dans la nature et les malheurs de la passion de la gloire4 ,poursuivant le projet que j'ai embrass1 je ne cherche point dtourner l'homme de gnie de rpandre ses bienfaits sur le genre humain2 mais je voudrais retrancher des motifs qui l'animent le besoin des rcompenses de l'opinion2 je voudrais retrancher ce qui est l'essence des passions1 l'asservissement la puissance des autres4 ,,chapitre ,,ii4 ,de l'ambition4 ,en parlant de l'amour de la gloire1 je ne l'ai considr que dans sa plus parfaite sublimit1 alors qu'il nat du vritable talent1 et n'aspire qu' l'clat de la renomme4 ,par l'ambition1 je dsigne la passion qui n'a pour objet que la puissance1 c'est--dire la possession des places1 des richesses1 ou des honneurs qui la donnent2 passion que la mdiocrit doit aussi concevoir1 parce qu'elle peut en obtenir les succs4 ,les peines attaches cette passion sont d'une autre nature que celles de l'amour de la gloire2 son horizon tant plus resserr1 et son but positif1 toutes les douleurs qui naissent d'un agrandissement de l'me en disproportion avec le sort de l'humanit1 ne sont pas prouves par les ambitieux4 ,l'intime pense des hommes n'est point l'objet de leur inquitude2 le suffrage des trangers n'enflamme point leurs dsirs3 le pouvoir1 c'est--dire1 le droit d'influer sur les penses extrieures et d'tre lou partout o l'on commande1 voil ce qu'obtient l'ambition4 ,elle est1 sous beaucoup de rapports1 en contraste avec l'amour de la gloire4 ,en les comparant donc1 je donnerai naturellement un nouveau dveloppement au chapitre que je viens de finir4 ,tout est fix d'avance dans l'ambition2 ses chagrins et ses plaisirs sont soumis des vnements dtermins2 l'imagination a peu d'empire sur la pense des ambitieux1 car rien n'est plus rel que les avantages du pouvoir4 ,les peines donc qui naissent de l'exaltation de l'me ne sont point connues par les ambitieux2 mais si le vague de l'imagination offre un champ la douleur1 elle prsente aussi beaucoup d'espace pour s'lever au-dessus de tout ce qui nous entoure1 viter la vie1 et se perdre dans l'avenir4 ,dans l'ambition1 au contraire1 tout est prsent1 tout est positif2 rien n'apparat au del du terme1 rien ne reste aprs le malheur1 et c'est par l'inflexibilit du calcul et le nant du pass qu'on doit estimer ses avantages et ses pertes4 ,obtenir et conserver le pouvoir1 voil tout le plan d'un ambitieux4 ,il ne peut jamais s'abandonner aucun de ses mouvements1 car il est rare que la nature soit un bon guide dans la route de la politique2 et1 par un contraste cruel1 cette passion1 assez violente pour vaincre tous les obstacles1 condamne la rserve continuelle qu'exige la contrainte de soi-mme2 il faut qu'elle agisse avec une gale force pour exciter et pour retenir4 ,l'amour de la gloire peut s'abandonner2 la colre1 l'enthousiasme d'un hros ont quelquefois aid son gnie2 et quand ses sentiments taient honorables1 ils le servaient assez2 mais l'ambition n'a qu'un seul but4 ,celui qui prise ainsi le pouvoir est insensible tout autre genre d'clat2 cette disposition suppose une sorte de mpris pour le genre humain1 une personnalit concentre qui ferme l'me aux autres jouissances4 ,le feu de cette passion dessche2 il est pre et sombre1 comme tous les sentiments qui1 vous au secret par notre propre jugement sur leur nature1 sont d'autant plus puissants que jamais on ne les exprime4 ,l'homme ambitieux sans doute1 alors qu'il a atteint ce qu'il recherche1 ne ressent point ce dsir inquiet qui reste aprs les triomphes de la gloire1 son objet est en proportion avec lui2 et comme en le perdant il ne lui restera point de ressources personnelles1 en le possdant il ne sent point de vide4 ,le but de l'ambition est certainement aussi plus facile obtenir que celui de la gloire2 et comme le sort de l'ambitieux dpend d'un moins grand nombre d'individus que celui de l'homme clbre1 sous ce rapport il est moins malheureux4 ,il importe1 cependant bien plus de dtourner de l'ambition que de l'amour de la gloire4 ,ce dernier sentiment est presque aussi rare que le gnie1 et presque jamais il n'est spar des grands talents qui font son excuse2 comme si la ,providence1 dans sa bont1 n'avait pas voulu qu'une telle passion pt tre unie l'impossibilit de la satisfaire1 de peur que l'me n'en fut dvore3 mais l'ambition au contraire est la porte de la majorit des esprits1 et ce serait plutt la supriorit que la mdiocrit qui en loignerait2 il y a d'ailleurs une sorte de rflexion philosophique qui pourrait faire illusion aux penseurs mmes sur les avantages de l'ambition1 c'est que le pouvoir est la moins malheureuse de toutes les relations qu'on peut entretenir avec un grand nombre d'hommes4 ,la connaissance parfaite des hommes doit mener1 ou s'affranchir de leur joug1 ou les dominer par la puissance4 ,ce qu'ils attendent de vous1 ce qu'ils en esprent1 efface leurs dfauts1 et fait ressortir toutes leurs qualits4 ,ceux qui ont besoin de vous sont si ingnieusement aimables1 leur dvouement est si vari1 leurs louanges prennent si facilement un caractre d'indpendance1 leur motion est si vive1 qu'en assurant qu'ils aiment1 c'est eux-mmes qu'ils trompent autant que vous4 ,l'action de l'esprance embellit tellement tous les caractres1 qu'il faut avoir bien de la finesse dans l'esprit et de la fiert dans le coeur1 pour dmler et repousser les sentiments que votre propre pouvoir inspire3 si vous voulez donc aimer les hommes1 jugez-les pendant qu'ils ont besoin de vous2 mais cette illusion d'un instant est paye de toute la vie4 ,les peines de la carrire de l'ambition commencent ds ses premiers pas1 et son terme vaut encore mieux que la route qui doit y conduire4 ,si c'est avec un esprit born qu'on veut atteindre une place leve1 est-il un tat plus pnible que ces avertissements continuels donns par l'intrt l'amour-propre8 ,dans les situations communes de la vie1 on se fait illusion sur son propre mrite2 mais un sentiment actif fait dcouvrir l'ambitieux la mesure de ses moyens1 et sa passion l'claire sur lui-mme1 non comme la raison qui dtache1 mais comme le dsir qui s'inquite2 alors1 il n'est plus occup qu' tromper les autres1 et pour y parvenir il ne se perd pas de vue3 l'oubli d'un instant lui serait fatal2 il faut qu'il arrange avec art ce qu'il sait et ce qu'il pense1 que tout ce qu'il dit ne soit destin qu' indiquer ce qu'il est cens cacher2 il faut qu'il cherche des instruments habiles qui le secondent1 sans trahir ce qui lui manque1 et des suprieurs pleins d'ignorance et de vanit1 qu'on puisse dtourner du jugement par la louange2 il doit faire illusion ceux qui dpendent de lui par de la rserve1 et tromper ceux dont il espre par de l'exagration2 enfin1 il faut qu'il vite sans cesse tous les genres de dmonstrations du vrai3 aussi agit qu'un coupable qui craint la rvlation de son secret1 il sait qu'un homme d'un esprit fin peut dcouvrir dans le silence de la gravit1 l'ignorance qui se compose1 et dans l'enthousiasme de la flatterie1 la froideur qui s'exalte4 ,la pense d'un ambitieux est constamment tendue la recherche des symptmes d'un talent suprieur2 il prouve tout la fois et les peines de ce travail et son humiliation2 et pour arriver au terme de ses esprances1 il doit constamment rflchir sur les bornes de ses facults4 ,si vous supposez1 au contraire1 l'homme ambitieux un gnie suprieur1 une me nergique1 sa passion lui commande de russir2 il faut qu'il courbe1 qu'il enchane tous les sentiments qui lui feraient obstacle2 il n'a pas seulement craindre la peine des remords qui suivent l'accomplissement des actions qu'on peut se reprocher1 mais la contrainte mme du moment prsent est une vritable douleur4 ,on ne brave pas impunment ses propres qualits2 et celui que son ambition entrane soutenir la tribune une opinion que sa fiert repousse1 que son humanit condamne1 que la justesse de son esprit rejette1 celui-l prouve alors un sentiment pnible1 indpendant encore de la rflexion qui peut l'absoudre ou le blmer4 ,il se soutient1 peut-tre1 par l'espoir de se montrer lui-mme alors qu'il aura atteint son but2 mais s'il faisait naufrage avant d'arriver au port1 s'il tait banni1 pendant qu' l'imitation de ,brutus il contrefait l'insens1 vainement voudrait-il expliquer quelle fut son intention1 son esprance3 les actions sont toujours plus en relief que les commentaires1 et ce qu'on a dit sur le thtre n'est jamais effac par ce qu'on crit dans la retraite4 ,c'est dans la lutte de leurs intrts1 et non dans le silence de leurs passions qu'on croit dcouvrir les vritables opinions des hommes3 et quel plus grand malheur que d'avoir mrit une rputation oppose son propre caractre6 ,l'homme qui s'est jug comme la voix publique1 qui conserve au dedans de lui tous les sentiments levs qui l'accusent1 et peut peine s'oublier dans l'enivrement du succs1 que deviendra-t-il l'poque du malheur8 ,c'est par la connaissance intime des traces que l'ambition laisse dans le coeur aprs ses revers1 et de l'impossibilit de fixer sa prosprit1 qu'on peut juger surtout de l'effroi qu'elle doit inspirer4 ,il ne faut qu'ouvrir l'histoire pour connatre la difficult de maintenir les succs de l'ambition2 ils ont pour ennemis la majorit des intrts particuliers1 qui tous demandent un nouveau tirage1 n'ayant point eu de lots dans le rsultat actuel du sort4 ,ils ont pour ennemi le hasard1 qui a une marche trs-rgulire quand on le calcule dans un certain espace de temps et avec une vaste application2 le hasard qui ramne peu prs les mmes chances de succs et de revers1 et semble s'tre charg de rpartir galement le bonheur entre les hommes4 ,ils ont pour ennemi le besoin qu'a le public de juger et de crer de nouveau1 d'carter un nom trop rpt1 d'prouver l'motion d'un nouvel vnement4 ,enfin1 la multitude1 compose d'hommes obscurs1 veut que d'clatantes chutes relvent de temps en temps le prix des conditions prives1 et prtent une force agissante aux raisonnements abstraits qui vantent les paisibles avantages des destines communes4 ,les places minentes se perdent aussi par le changement qu'elles produisent sur ceux qui les possdent4 ,l'orgueil ou la paresse1 la dfiance ou l'aveuglement1 naissent de la possession continue de la puissance2 cette situation o la modration est aussi ncessaire que l'esprit de conqute1 exige une runion presque impossible2 et l'me qui se fatigue ou s'inquite1 s'enivre ou s'pouvante1 perd la force ncessaire pour se maintenir4 ,je ne parle ici que des succs rels de l'ambition2 il y en a beaucoup d'apparents1 et c'est par eux qu'on devrait commencer l'histoire de ses revers4 ,quelques hommes ont conserv1 jusqu' la fin de la vie1 le pouvoir qu'ils avaient acquis2 mais pour le retenir1 il leur en a cot tous les efforts qu'il faut pour arriver1 toutes les peines que cause la perte3 l'un est condamn suivre le mme systme de dissimulation qui l'a conduit au poste qu'il occupe2 et plus tremblant que ceux qui le prient1 le secret de lui-mme pse sur toute sa personne2 l'autre se courbe sans cesse devant le matre quelconque1 peuple ou roi1 dont il tient sa puissance4 ,dans une monarchie1 il est condamn l'adoption de toutes les ides reues1 l'importance de toutes les formes tablies3 s'il tonne1 il fait ombrage2 s'il reste le mme1 on croit qu'il s'affaiblit4 ,dans une dmocratie1 il faut qu'il devance le voeu populaire1 qu'il lui obisse en rpondant de l'vnement2 qu'il joue chaque jour toute sa destine1 et n'espre rien de la veille pour le lendemain4 ,enfin1 il n'est point d'homme qui ait t possesseur paisible d'une place minente2 le plus grand nombre en a marqu la perte par une chute clatante2 d'autres ont achet sa possession par tous les tourments de l'incertitude et de la crainte2 et cependant1 tel tait l'effroi que causait le retour l'existence prive1 qu'un seul homme ambitieux1 ,sylla1 ayant volontairement abdiqu le pouvoir1 et survcu paisiblement cette grande rsolution1 le parti qu'il a pris est encore l'tonnement des sicles1 et le problme dont les moralistes se proposent tous la solution4 ,charles-,quint se plongea dans la contemplation de la mort1 alors que1 cessant de rgner1 il crut cesser de vivre4 ,victor-,amde voulut remonter sur le trne qu'une imagination gare lui avait fait abandonner4 ,enfin1 nul n'est descendu sans douleur d'un rang qui le plaait au-dessus des autres hommes2 nul ambitieux du moins1 car que sont les destines sans l'me qui les caractrise8 ,les vnements sont l'extrieur de la vie2 sa vritable source est tout entire dans nos sentiments4 ,diocltien peut quitter le trne1 ,charles ,,ii peut le conserver en paix3 l'un est un philosophe1 l'autre est un picurien3 ils possdent tous deux cette couronne objet des voeux des ambitieux2 mais ils font du trne une condition prive2 et leurs qualits1 comme leurs dfauts1 les rendent absolument trangers l'ambition dont leur existence serait le but4 ,enfin1 quand il existerait une chance de prolonger la possession des biens offerts par l'ambition1 est-il une entreprise dont l'avance soit si norme8 ,l'me qui s'y livre se rend jamais incapable de toute autre manire d'exister3 il faut brler tous les vaisseaux qui pourraient ramener dans un sjour tranquille1 et se placer entre la conqute et la mort4 ,l'ambition est la passion qui1 dans ses malheurs1 prouve le plus le besoin de la vengeance2 preuve assure que c'est elle qui laisse aprs elle le moins de consolation4 ,l'ambition dnature le coeur3 quand on a tout jug par rapport soi1 comment se transporter dans un autre8 quand on n'a examin ceux qui nous entouraient que comme des instruments ou des obstacles1 comment voir en eux des amis8 ,l'gosme1 dans le cours naturel de l'histoire de l'me1 est le dfaut de la vieillesse1 parce que c'est celui dont on ne peut jamais se corriger4 ,passer de l'occupation de soi celle de tout autre objet est une sorte de rgnration morale dont il existe bien peu d'exemples4 ,l'amour de la gloire a tant de grandeur dans ses succs1 que ses revers en prennent aussi l'empreinte2 la mlancolie peut se plaire dans leur contemplation1 et la piti qu'ils inspirent a des caractres de respect qui servent soutenir le grand homme qui s'en voit l'objet4 ,on sait que son espoir tait de s'immortaliser par des services publics1 que les couronnes de la renomme furent le seul prix dont il poursuivit l'honneur2 il semble que les hommes1 en l'abandonnant1 courent des risques personnels4 ,quelques-uns d'eux craignent de se tromper en renonant au bien qu'il voulait leur faire2 aucun ne peut mpriser ni ses efforts1 ni son but2 il lui reste sa valeur personnelle et l'appel la postrit2 et si l'injustice le renverse1 l'injustice aussi sert de recours ses regrets4 ,mais l'ambitieux1 priv du pouvoir1 ne vit plus qu' ses propres yeux3 il a jou1 il a perdu2 telle est l'histoire de sa vie4 ,le public a gagn contre lui1 car les avantages qu'il possdait sont rendus l'espoir de tous1 et le triomphe de ses rivaux est la seule sensation vive que produise sa retraite4 ,bientt celle-l mme s'efface1 et la meilleure chance de bonheur pour cette situation1 c'est la facilit qu'on trouve se faire oublier2 mais1 par une runion cruelle1 le monde qu'on voudrait occuper ne se rappelle plus votre existence passe1 et ceux qui vous approchent ne peuvent en perdre le souvenir4 ,la gloire d'un grand homme jette au loin un noble clat sur ceux qui lui appartiennent2 mais les places1 les honneurs dont disposait l'ambitieux atteignent tous les intrts de tous les instants4 ,les palmes du gnie tiennent une respectueuse distance de leur vainqueur2 les dons de la fortune rapprochent1 pressent autour de vous1 et comme ils ne laissent aprs eux aucun droit l'estime1 lorsqu'ils vous sont ravis1 tous vos liens sont rompus2 ou si quelque pudeur retient encore quelques amis1 tant de regrets personnels reviennent leur pense1 qu'ils reprochent sans cesse celui qui perd tout1 la part qu'ils avaient dans ses jouissances3 lui-mme ne peut chapper ses souvenirs2 les privations les plus douloureuses sont celles qui touchent la fois l'ensemble et aux dtails de toute la vie4 ,les jouissances de la gloire1 parses dans le cours de la destine1 poques dans un grand nombre d'annes1 accoutument1 dans tous les temps1 de longs intervalles de bonheur2 mais la possession des places et des honneurs tant un avantage habituel1 leur perte doit se ressentir tous les moments de la vie4 ,l'amant de la gloire a une conscience1 c'est la fiert2 et quoique ce sentiment rende beaucoup moins indpendant que le dvouement la vertu1 il affranchit des autres1 s'il ne donne pas de l'empire sur soi-mme4 ,l'ambitieux n'a jamais mis la dignit du caractre au-dessus des avantages du pouvoir2 et comme aucun prix ne lui a paru trop cher pour l'acqurir1 aucune consolation ne doit lui rester aprs l'avoir perdu4 ,pour aimer et possder la gloire1 il faut des qualits tellement minentes1 que si leur plus grande action est au dehors de nous1 cependant elles peuvent encore servir d'aliment la pense dans le silence de la retraite2 mais la passion de l'ambition1 les moyens qu'il faut pour russir dans ses dsirs1 sont nuls pour tout autre usage3 c'est de l'impulsion plutt que de la vritable force2 c'est une sorte d'ardeur qui ne peut se nourrir de ses propres ressources2 c'est le sentiment le plus ennemi du pass1 de la rflexion1 de tout ce qui retombe sur soi-mme4 ,l'opinion1 blmant les peines de l'ambition trompe1 y met le comble en se refusant les plaindre3 et ce refus est injuste1 car la piti doit avoir une autre destination que l'estime2 c'est l'tendue du malheur qu'il faut la proportionner4 ,enfin1 les malheurs de l'ambition sont d'une telle nature1 que les caractres les plus forts n'ont jamais trouv en eux-mmes la puissance de s'y soumettre4 ,le cardinal ,albroni voulait encore dominer la rpublique de ,lucques qu'il avait choisie pour retraite4 ,on voit des vieillards traner la cour l'inquitude qui les agite1 bravant le ridicule et le mpris pour s'attacher la dernire ombre du pass4 ,la passion de la gloire ne peut tre trompe sur son objet2 elle veut1 ou le possder en entier1 ou rejeter tout ce qui serait un diminutif de lui-mme2 mais l'ambition a besoin de la premire1 de la seconde1 de la dernire place dans l'ordre du crdit et du pouvoir1 et se rattache chaque degr1 cdant l'horreur que lui inspire la privation absolue de tout ce qui peut combler ou satisfaire1 ou mme faire illusion ses dsirs4 ,ne peut-on pas1 dira-t-on1 vivre aprs avoir possd de grandes places1 comme avant de les avoir obtenues8 ,non2 jamais un effort impuissant ne laisse revenir au point dont il voulait vous sortir1 la raction fait redescendre plus bas2 et le grand et cruel caractre des passions1 c'est d'imprimer leur mouvement toute la vie1 et leur bonheur peu d'instants4 ,si ces considrations gnrales suffisent pour montrer l'influence certaine de l'ambition sur le bonheur1 les auteurs1 les tmoins1 les contemporains de la rvolution de ,france1 doivent trouver au fond de leur coeur de nouveaux motifs d'loignement pour toutes les passions politiques4 ,dans les temps de rvolution1 c'est l'ambition seule qui peut obtenir des succs4 ,il reste encore des moyens d'acqurir du pouvoir1 mais l'opinion qui distribue la gloire n'existe plus2 le peuple commande au lieu de juger2 jouant un rle actif dans tous les vnements1 il prend parti pour ou contre tel ou tel homme4 ,il n'y a plus dans une nation que des combattants2 l'impartial pouvoir1 qu'on appelle le public1 ne se montre nulle part4 ,ce qui est grand et juste1 d'une manire absolue1 n'est donc plus reconnu2 tout est valu suivant son rapport avec les passions du moment2 les trangers n'ont aucun moyen de connatre l'estime qu'ils doivent une conduite que tous les tmoins ont blme2 aucune voix mme1 peut-tre1 ne la rapportera fidlement la postrit4 ,au milieu d'une rvolution1 il faut en croire ou l'ambition ou la conscience2 nul autre guide ne peut conduire son but4 ,et quelle ambition6 quel horrible sacrifice elle impose6 quelle triste couronne elle promet6 ,une rvolution suspend toute autre puissance que celle de la force2 l'ordre social tablit l'ascendant de l'estime1 de la vertu2 les rvolutions mettent tous les hommes aux prises avec leurs moyens physiques2 la sorte d'influence morale qu'elles admettent1 c'est le fanatisme de certaines ides qui n'tant susceptibles d'aucune modification1 ni d'aucune borne1 sont des armes de guerre1 et non des calculs de l'esprit4 ,pour tre donc ambitieux dans une rvolution1 il faut marcher toujours en avant de l'impulsion donne2 c'est une descente rapide o l'on ne peut s'arrter2 vainement on voit l'abme2 si l'on se jette bas du char1 on est bris par cette chute3 viter le pril1 est plus dangereux que de l'affronter3 il faut conduire soi-mme dans le sentier qui doit vous perdre1 et le moindre pas rtrograde renverse l'homme sans dtourner l'vnement4 ,il n'est rien de plus insens que de se mler dans des circonstances tout fait indpendantes de la volont individuelle2 c'est attacher bien plus que sa vie1 c'est livrer toute la moralit de sa conduite l'entranement d'un pouvoir matriel4 ,on croit influer dans les rvolutions1 on croit agir1 tre cause1 et l'on n'est jamais qu'une pierre de plus lance par le mouvement de la grande roue2 un autre aurait pris votre place1 un moyen diffrent et amen le mme rsultat2 le nom de chef signifie le premier prcipit par la troupe qui marche derrire1 et pousse en avant4 ,les revers et les succs de tout ce qu'on voit dominer dans une rvolution1 ne sont que la rencontre heureuse ou malheureuse de tel homme avec telle priode de la nature des choses4 ,il n'est point de factieux de bonne foi qui puisse prdire ce qu'il fera le lendemain2 car c'est la puissance qu'il importe une faction d'obtenir1 plutt que le but d'abord poursuivi3 on peut triompher en faisant le contraire de ce qu'on a projet1 si c'est retiennent les factieux dans la mme route3 ces derniers ne cherchent que le pouvoir1 et jamais ambition ne cota tant au caractre4 ,dans ces temps1 pour dominer un certain degr les autres hommes1 il faut qu'ils n'aient pas de donnes sres pour calculer l'avance votre conduite2 ds qu'ils vous savent inviolablement attach tels principes de moralit1 ils se postent en attaque sur la route que vous devez suivre4 ,pour obtenir1 pour conserver quelques moments le pouvoir dans une rvolution1 il ne faut couter ni son me1 ni son esprit mme4 ,quel que soit le parti qu'on ait embrass1 la faction est dmagogue dans son essence2 elle est compose d'hommes qui ne veulent pas obir1 qui se sentent ncessaires1 et ne se croient point lis ceux qui les commandent2 elle est compose d'hommes prts choisir de nouveaux chefs chaque jour1 parce qu'il n'est question que de leur intrt1 et non d'une subordination antrieure1 naturelle ou politique3 il importe plus aux chefs de n'tre pas suspects leurs soldats1 que d'tre redoutables leurs ennemis4 ,des crimes de tout genre1 des crimes inutiles aux succs de la cause1 sont commands par le froce enthousiasme de la populace2 elle craint la piti1 quel que soit le degr de sa force2 c'est par de la fureur1 et non de la clmence1 qu'elle sent son pouvoir4 ,un peuple qui gouverne ne cesse jamais d'avoir peur1 il se croit toujours au moment de perdre son autorit2 et dispos1 par sa situation1 au mouvement de l'envie1 il n'a jamais pour les vaincus l'intrt qu'inspire la faiblesse opprime1 il ne cesse pas de les redouter4 ,l'homme donc qui veut acqurir une grande influence dans ces temps de crise1 doit rassurer la multitude par son inflexible cruaut4 ,il ne partage point les terreurs que l'ignorance fait prouver1 mais il faut qu'il accomplisse les affreux sacrifices qu'elle demande2 il faut qu'il immole des victimes qu'aucun intrt ne lui fait craindre1 que son caractre souvent lui inspirait le dsir de sauver2 il faut qu'il commette des crimes sans garement1 sans fureur1 sans atrocit mme1 suivant l'ordre d'un souverain dont il ne peut prvoir les commandements1 et dont son me claire ne saurait adopter aucune des passions4 ,eh6 quel prix pour de tels efforts6 quelle sorte de suffrage on obtient6 combien est tyrannique la reconnaissance qui couronne6 ,on voit si bien les bornes de son pouvoir2 on sent si souvent qu'on obit alors mme qu'on a l'air de commander2 les passions des hommes sont tellement mises en dehors dans un temps de rvolution1 qu'aucune illusion n'est possible2 et la plus magique des motions1 celle que font prouver les acclamations de tout un peuple1 ne peut plus se renouveler pour celui qui a vu ce peuple dans les mouvements d'une rvolution4 ,comme ,cromwell1 il dit en traversant la foule dont les suffrages le couronnent3 ,ils applaudiraient de mme si l'on me conduisait l'chafaud4 ,cet avenir n'est spar de vous par aucun intervalle3 demain peut en tre le jour2 vos juges1 vos assassins sont dans la multitude qui vous entoure1 et le transport qui vous exalte est l'impulsion mme qui peut vous renverser4 ,quel danger vous menace1 quelle rapidit dans la chute1 quelle profondeur dans l'abme6 ,sans que le succs soit lev plus haut1 le revers vous fait tomber plus bas1 vous enfonce plus avant dans le nant de votre destine4 ,la diversit des opinions empche aucune gloire de s'tablir1 mais ces mmes opinions se runissent toutes pour le mpris2 il prend un caractre d'acclamation1 et le peuple1 quand il abandonne l'ambitieux1 s'clairant sur les crimes qu'il lui a fait commettre1 l'accable pour s'en absoudre3 celui qui prend pour guide sa conscience est sr de son but2 mais malheur l'homme avide de pouvoir1 qui s'est lanc dans une rvolution6 ,cromwell est rest usurpateur1 parce que le principe des troubles qu'il avait fait natre tait la religion1 qui soulve sans dchaner2 tait un sentiment superstitieux1 qui portait changer de matre1 mais non dtester tous les jougs4 ,mais quand la cause des rvolutions est l'exaltation de toutes les ides de libert1 il ne se peut pas que les premiers chefs de l'insurrection conservent de la puissance2 il faut qu'ils excitent le mouvement qui les renversera les premiers2 il faut qu'ils dveloppent les principes qui servent les juger2 enfin1 ils peuvent servir leur opinion1 mais jamais leur intrt2 et dans une rvolution le fanatisme est plus sens que l'ambition4 ,,chapitre ,,iii4 ,de la vanit4 ,on se demande si la vanit est une passion4 ,en considrant l'insuffisance de son objet1 on serait tent d'en douter2 mais en observant la violence des mouvements qu'elle inspire1 on y reconnat tous les caractres des passions1 et l'on retrouve tous les malheurs qu'elles entranent dans la dpendance servile o ce sentiment vous met du cercle qui vous entoure4 ,l'amour de la gloire se fonde sur ce qu'il y a de plus lev dans la nature de l'homme2 l'ambition tient ce qu'il y a de plus positif dans les relations des hommes entre eux2 la vanit s'attache ce qui n'a de valeur relle ni dans soi1 ni dans les autres1 des avantages apparents1 des effets passagers2 elle vit du rebut des deux autres passions3 quelquefois cependant elle se runit leur empire2 l'homme atteint aux extrmes par sa force et par sa faiblesse1 mais plus habituellement la vanit l'emporte surtout dans les caractres qui l'prouvent4 ,les peines de cette passion sont assez peu connues1 parce que ceux qui les ressentent en gardent le secret1 et que tout le monde tant convenu de mpriser ce sentiment1 jamais on n'avoue les souvenirs ou les craintes dont il est l'objet4 ,l'un des premiers chagrins de la vanit est de trouver en elle-mme et les causes de ses malheurs et le besoin de les cacher4 ,la vanit se nourrit de succs trop peu relevs pour qu'il existe aucune dignit dans ses revers4 ,la gloire1 l'ambition se nomment4 ,la vanit rgne quelquefois l'insu mme du caractre qu'elle gouverne2 jamais du moins sa puissance n'est publiquement reconnue par celui qui s'y soumet3 il voudrait qu'on le crt suprieur aux succs qu'il obtient1 comme ceux qui lui sont refuss2 mais le public1 ddaignant son but1 et remarquant ses efforts1 dprise la possession en rendant amre la perte4 ,l'importance de l'objet auquel on aspire ne donne point la mesure de la douleur que fait prouver la privation2 c'est la violence du dsir qu'il inspirait1 c'est surtout l'opinion que les autres se sont forme de l'activit de nos souhaits1 que cette douleur se proportionne4 ,ce qui caractrise les peines de la vanit1 c'est qu'on apprend par les autres1 bien plus que par son sentiment intime1 le degr de chagrin qu'on doit en ressentir3 plus on vous croit afflig1 plus on se trouve de raisons de l'tre4 ,il n'est aucune passion qui ramne autant soi1 mais il n'en est aucune qui vienne moins de notre propre mouvement2 toutes ses impulsions arrivent du dehors4 ,c'est non-seulement la runion des hommes en socit que ce sentiment est d mais c'est un degr de civilisation qui n'est pas connu dans tous les pays1 et dont les effets seraient presque impossibles concevoir pour un peuple dont les institutions et les moeurs seraient simples2 car la nature loigne des mouvements de la vanit1 et l'on ne peut comprendre comment des malheurs si rels naissent de mouvements si peu ncessaires4 ,avez-vous jamais rencontr ,damon8 ,il est d'une naissance obscure1 il le sait2 il est certain que personne ne l'ignore2 mais au lieu de ddaigner cet avantage par intrt et par raison1 il n'a qu'un but dans l'existence1 c'est de vous parler des grands seigneurs avec lesquels il a pass sa vie2 il les protge1 de peur d'en tre protg2 il les appelle par leur nom1 tandis que leurs gaux y joignent leurs titres1 et se fait reconnatre subalterne par l'inquitude mme de le paratre4 ,sa conversation est compose de parenthses1 principal objet de toutes ses phrases2 il voudrait laisser chapper ce qu'il a le plus grand besoin de dire2 il essaye de se montrer fatigu de tout ce qu'il envie2 pour se faire croire son aise1 il tombe dans les manires familires2 il s'y confirme1 parce que personne ne compte assez avec lui pour le repousser2 et tout ce dont il est flatt dans le monde est un compos du peu d'importance qu'on met lui1 et du soin qu'on a de mnager ses ridicules pour ne pas perdre le plaisir de s'en moquer4 ,sur qui produit-il l'effet qu'il souhaite8 ,sur personne3 peut-tre mme il s'en doute1 mais la vanit s'exerce pour elle-mme2 en voulant dtromper l'homme vain1 on l'agite1 mais on ne le corrige pas2 l'esprance renat l'instant mme du dgot1 ou plutt1 comme il arrive souvent dans la plupart des passions1 sans concevoir prcisment de l'esprance1 on ne peut se rsigner au sacrifice4 ,connaissez-vous ,lycidas8 ,il a vieilli dans les affaires sans y prendre une ide1 sans atteindre un rsultat2 cependant il se croit l'esprit des places qu'il a occupes2 il vous confie ce qu'ont imprim les gazettes2 il parle avec circonspection mme des ministres du sicle dernier2 il achve ses phrases par une mine concentre1 qui ne signifie pas plus que ses paroles2 il a dans sa poche des lettres de ministres1 d'hommes puissants1 qui lui parlent du temps qu'il fait1 et lui semblent une preuve de confiance2 il frmit l'aspect de ce qu'il appelle une mauvaise tte1 et donne assez volontiers ce nom tout homme suprieur2 il a une diatribe contre l'esprit1 laquelle la majorit d'un salon applaudit presque toujours3 ,c'est1 vous dit-il1 un obstacle bien voir que l'esprit2 les gens d'esprit n'entendent point les affaires4 ,lycidas1 il est vrai que vous n'avez pas d'esprit1 mais il n'est pas prouv pour cela que vous soyez capable de gouverner un empire4 ,on tire trs-souvent vanit des qualits qu'on n'a pas2 on voit des hommes se glorifier des facults spirituelles ou sensibles qui leur manquent4 ,l'homme vain s'enorgueillit de tout lui-mme indistinctement3 ,c'est moi1 c'est encore moi1 s'crie-t-il2 cet enthousiasme d'gosme fait un charme ses yeux de chacun de ses dfauts4 ,clon est encore cet gard un bien plus brillant spectacle2 toutes les prtentions la fois sont entres dans son me3 il est laid1 il se croit aim2 son livre tombe1 c'est par une cabale qui l'honore2 on l'oublie1 il pense qu'on le perscute2 il n'attend pas que vous l'ayez lou1 il vous dit ce que vous devez penser2 il vous parle de lui sans que vous l'interrogiez2 il ne vous coute pas si vous lui rpondez2 il aime mieux s'entendre1 car vous ne pouvez jamais galer ce qu'il va dire de lui-mme4 ,un homme d'un esprit infini disait1 en parlant de ce qu'on pouvait appeler prcisment un homme orgueilleux et vain1 ,en le voyant j'prouve un peu du plaisir que cause le spectacle d'un bon mnage2 son amour-propre et lui vivent si bien ensemble6 ,en effet1 quand l'amour-propre est arriv un certain excs1 il se suffit assez lui-mme pour ne pas s'inquiter1 pour ne pas douter de l'opinion des autres2 c'est presque une ressource qu'on trouve en soi1 et cette foi en son propre mrite a bien quelques-uns des avantages de tous les cultes fonds sur une ferme croyance4 ,mais puisque la vanit est une passion1 celui qui l'prouve ne peut tre tranquille2 spar de toutes les jouissances impersonnelles1 de toutes les affections sensibles1 cet gosme dtruit la possibilit d'aimer3 il n'y a point de but plus strile que soi-mme2 l'homme n'accrot ses facults qu'en les dvouant au dehors de lui1 une opinion1 un attachement1 une vertu quelconque4 ,la vanit1 l'orgueil donnent la pense quelque chose de stationnaire qui ne permet pas de sortir du cercle le plus troit2 et cependant1 dans ce cercle1 il y a une puissance de malheur plus grande que dans toute autre existence dont les intrts seraient plus multiplis4 ,en concentrant sa vie on concentre aussi sa douleur1 et qui n'existe que pour soi diminue ses moyens de jouir1 en se rendant d'autant plus accessible l'impression de la souffrance4 ,on voit cependant l'extrieur de certains hommes1 de tels symptmes de contentement et de scurit1 qu'on serait tent d'ambitionner leur vanit comme la jouissance vritable1 puisque c'est la plus parfaite des illusions3 mais une rflexion dtruit toute l'autorit de ces signes apparents2 c'est que de tels hommes1 n'ayant pour objet dans la vie que l'effet qu'ils produisent sur les autres1 sont capables1 pour drober tous les regards les tourments secrets que des revers ou des dgots leur causent1 d'un genre d'effort dont aucun autre motif ne donnerait le pouvoir4 ,dans la plupart des situations1 le bonheur mme fait partie du faste des hommes vains1 ou s'ils avouaient une peine1 ce ne serait jamais que celle qu'il est honorable de ressentir4 ,la vanit des hommes suprieurs les fait prtendre aux succs auxquels ils ont le moins de droit2 cette petitesse des grands gnies se retrouve sans cesse dans l'histoire3 on voit des crivains clbres ne mettre de prix qu' leurs faibles succs dans les affaires publiques2 des guerriers1 des ministres courageux et fermes1 tre avant tout flatts de la louange accorde leurs mdiocres crits2 des hommes qui ont de grandes qualits1 ambitionner de petits avantages2 enfin1 comme il faut que l'imagination allume toutes les passions1 la vanit est bien plus active sur les succs dont on doute1 sur les facults dont on ne se croit pas sr4 ,l'mulation excite nos qualits2 la vanit se place en avant de tout ce qui nous manque4 ,la vanit souvent ne dtruit pas la fiert2 et comme rien n'est si esclave que la vanit1 et si indpendant1 au contraire1 que la vritable fiert1 il n'est pas de supplice plus cruel que la runion de ces deux sentiments dans le mme caractre4 ,on a besoin de ce qu'on mprise1 on ne peut s'y soumettre1 on ne peut s'en affranchir2 c'est ses propres yeux que l'on rougit1 c'est ses propres yeux que l'on produit l'effet que le spectacle de la vanit fait prouver un esprit clair et une me leve4 ,cette passion1 qui n'est grande que par la peine qu'elle cause1 et ne peut qu' ce seul titre marcher de pair avec les autres1 se dveloppe parfaitement dans les mouvements des femmes3 tout en elles est amour ou vanit4 ,ds qu'elles veulent avoir avec les autres des rapports plus tendus ou plus clatants que ceux qui naissent des sentiments doux qu'elles peuvent inspirer ce qui les entoure1 c'est des succs de vanit qu'elles prtendent4 ,les efforts qui peuvent valoir aux hommes de la gloire et du pouvoir1 n'obtiennent presque jamais aux femmes qu'un applaudissement phmre1 un crdit d'intrigue1 enfin1 un genre de triomphe du ressort de la vanit1 de ce sentiment en proportion avec leurs forces et leur destine c'est donc en elles qu'il faut l'examiner4 ,il est des femmes qui placent leur vanit dans des avantages qui ne leur sont point personnels1 tels que la naissance1 le rang et la fortune3 il est difficile de moins sentir la dignit de son sexe4 ,l'origine de toutes les femmes est cleste1 car c'est aux dons de la nature qu'elles doivent leur empire3 en s'occupant de l'orgueil et de l'ambition1 elles font disparatre tout ce qu'il y a de magique dans leurs charmes2 le crdit qu'elles obtiennent1 ne paraissant jamais qu'une existence passagre et borne1 ne leur vaut point la considration attache un grand pouvoir1 et les succs qu'elles conquirent ont le caractre distinctif des triomphes de la vanit3 ils ne supposent ni estime1 ni respect pour l'objet qui on les accorde4 ,les femmes animent ainsi contre elles les passions de ceux qui ne voulaient penser qu' les aimer4 ,le seul vrai ridicule1 celui qui nat du contraste avec l'essence des choses1 s'attache leurs efforts3 lorsqu'elles s'opposent aux projets1 l'ambition des hommes1 elles excitent le vif ressentiment qu'inspire un obstacle inattendu2 si elles se mlent des intrigues politiques dans leur jeunesse1 la modestie doit en souffrir2 si elles sont vieilles1 le dgot qu'elles causent comme femmes nuit leur prtention comme hommes4 ,la figure d'une femme1 quelle que soit la force ou l'tendue de son esprit1 quelle que soit l'importance des objets dont elle s'occupe1 est toujours un obstacle ou une raison dans l'histoire de sa vie3 les hommes l'ont voulu ainsi4 ,mais plus ils sont dcids juger une femme selon les avantages ou les dfauts de son sexe1 plus ils dtestent de lui voir embrasser une destine contraire sa nature4 ,ces rflexions ne sont point destines1 on le croira facilement1 dtourner les femmes de toute occupation srieuse1 mais du malheur de se prendre jamais elles-mmes pour but de leurs efforts4 ,quand la part qu'elles ont dans les affaires nat de leur attachement pour celui qui les dirige1 quand le sentiment seul dicte leurs opinions1 inspire leurs dmarches1 elles ne s'cartent point de la route que la nature leur a trace3 elles aiment1 elles sont femmes3 mais quand elles se livrent une active personnalit1 quand elles veulent ramener elles tous les vnements1 et les considrent sous le rapport de leur propre influence1 de leur intrt individuel1 alors peine sont-elles dignes des applaudissements phmres dont les triomphes de la vanit se composent4 ,les femmes ne sont presque jamais honores par aucun genre de prtentions2 les distinctions de l'esprit mme1 qui sembleraient offrir une carrire plus tendue1 ne leur valent souvent qu'une existence la hauteur de la vanit4 ,la raison de ce jugement inique ou juste1 c'est que les hommes ne voient aucun genre d'utilit gnrale encourager les succs des femmes dans cette carrire1 et que tout loge qui n'est pas fond sur la base de l'utilit1 n'est ni profond1 ni durable1 ni universel4 ,le hasard amne quelques exceptions2 s'il est quelques mes entranes1 ou par leur talent1 ou par leur caractre1 elles s'carteront peut-tre de la rgle commune1 et quelques palmes de gloire peuvent un jour les couronner2 mais elles n'chapperont pas l'invitable malheur qui s'attachera toujours leur destine4 ,le bonheur des femmes perd toute espce d'ambition personnelle4 ,quand elles ne veulent plaire que pour tre aimes1 quand ce doux espoir est le seul motif de leurs actions1 elles s'occupent plus de se perfectionner que de se montrer1 de former leur esprit pour le bonheur d'un autre que pour l'admiration de tous2 mais quand elles aspirent la clbrit1 leurs efforts comme leurs succs loignent le sentiment qui1 sous des noms diffrents1 doit toujours faire le destin de leur vie4 ,une femme ne peut exister par elle seule1 la gloire mme ne lui serait pas un appui suffisant2 et l'insurmontable faiblesse de sa nature et de sa situation dans l'ordre social l'a place dans une dpendance de tous les jours dont un gnie immortel ne pourrait encore la sauver4 ,d'ailleurs1 rien n'efface dans les femmes ce qui distingue particulirement leur caractre4 ,celle qui se vouerait la solution des problmes d',euclide1 voudrait encore le bonheur attach aux sentiments qu'on inspire et qu'on prouve2 et quand elles suivent une carrire qui les en loigne1 leurs regrets douloureux1 ou leurs prtentions ridicules1 prouvent que rien ne peut les ddommager de la destine pour laquelle leur me tait cre4 ,il semble que des succs clatants offrent des jouissances d'amour-propre l'ami de la femme clbre qui les obtient2 mais l'enthousiasme que ces succs font natre a peut-tre moins de dure que l'attrait fond sur les avantages les plus frivoles4 ,les critiques1 qui suivent ncessairement les loges1 dtruisent l'illusion travers laquelle toutes les femmes ont besoin d'tre vues4 ,l'imagination peut crer1 embellir par ses chimres un objet inconnu2 mais celui que tout le monde a jug ne reoit plus rien d'elle4 ,la vritable valeur reste1 mais l'amour est plus pris de ce qu'il donne que de ce qu'il trouve4 ,l'homme se complat dans la supriorit de sa nature1 et1 comme ,pygmalion1 il ne se prosterne que devant son ouvrage4 ,enfin1 si l'clat de la clbrit d'une femme attire des hommages sur ses pas1 c'est par un sentiment peut-tre tranger l'amour2 il en prend les formes1 mais c'est comme un moyen d'avoir accs auprs de la nouvelle puissance qu'on veut flatter4 ,on approche d'une femme distingue comme d'un homme en place2 la langue dont on se sert n'est pas semblable1 mais le motif est pareil4 ,quelquefois enivrs par le concours des hommages qui environnent la femme dont ils s'occupent1 les adorateurs s'exaltent mutuellement2 mais dans leur sentiment ils dpendent les uns des autres4 ,les premiers qui s'loigneraient pourraient dtacher ceux qui restent2 et celle qui semble l'objet de toutes leurs penses1 s'aperoit bientt qu'elle retient chacun d'eux par l'exemple de tous4 ,de quels sentiments de jalousie et de haine les grands succs d'une femme ne sont-ils pas l'objet6 que de peines causes par les moyens sans nombre que l'envie prend pour la perscuter6 ,la plupart des femmes sont contre elle par rivalit1 par sottise1 ou par principe4 ,les talents d'une femme1 quels qu'ils soient1 les inquitent toujours dans leurs sentiments4 ,celles qui les distinctions de l'esprit sont jamais interdites1 trouvent mille manires de les attaquer quand c'est une femme qui les possde2 une jolie personne1 en djouant ces distinctions1 se flatte de signaler ses propres avantages4 ,une femme qui se croit remarquable par la prudence et la mesure de son esprit1 et qui1 n'ayant jamais eu deux ides dans la tte1 veut passer pour avoir rejet tout ce qu'elle n'a jamais compris1 une telle femme sort un peu de sa strilit accoutume1 pour trouver mille ridicules celle dont l'esprit anime et varie la conversation3 et les mres de famille pensant1 avec quelque raison1 que les succs mmes du vritable esprit ne sont pas conformes la destination des femmes1 voient attaquer avec plaisir celles qui en ont obtenu4 ,d'ailleurs1 la femme qui1 en atteignant une vritable supriorit1 pourrait se croire au-dessus de la haine1 et s'lverait par sa pense au sort des hommes les plus clbres1 cette femme n'aurait jamais le calme et la force de tte qui les caractrisent2 l'imagination serait toujours la premire de ses facults3 son talent pourrait s'en accrotre1 mais son me serait trop fortement agite2 ses sentiments seraient troubls par ses chimres1 ses actions entranes par ses illusions3 son esprit pourrait mriter quelque gloire en donnant ses crits la justesse de la raison2 mais les grands talents1 unis une imagination passionne1 clairent sur les rsultats gnraux et trompent sur les relations personnelles4 ,les femmes sensibles et mobiles donneront toujours l'exemple de cette bizarre union de l'erreur et de la vrit1 de cette sorte d'inspiration de la pense qui rend des oracles l'univers et manque du plus simple conseil pour soi-mme4 ,en tudiant le petit nombre de femmes qui ont de vrais titres la gloire1 on verra que cet effort de leur nature fut toujours aux dpens de leur bonheur4 ,aprs avoir chant les plus douces leons de la morale et de la philosophie1 ,sapho se prcipita du haut du rocher de ,leucade2 ,elisabeth1 aprs avoir dompt les ennemis de l',angleterre1 prit victime de sa passion pour le comte d',essex4 ,enfin1 avant d'entrer dans cette carrire de gloire1 soit que le trne des ,csars1 ou les couronnes du gnie littraire en soient le but1 les femmes doivent penser que1 pour la gloire mme1 il faut renoncer au bonheur et au repos de la destine de leur sexe1 et qu'il est dans cette carrire bien peu de sorts qui puissent valoir la plus obscure vie d'une femme aime et d'une mre heureuse4 ,en quittant un moment l'examen de la vanit1 j'ai jug jusqu' l'clat d'une grande renomme2 mais que dirai-je de toutes ces prtentions de misrables succs littraires pour lesquels on voit tant de femmes ngliger leurs sentiments et leurs devoirs8 ,absorbes par cet intrt1 elles abjurent1 plus que les guerrires du temps de la chevalerie1 le caractre distinctif de leur sexe2 car il vaut mieux partager dans les combats les dangers de ce qu'on aime que de se traner dans les luttes de l'amour-propre1 exiger du sentiment des hommages pour la vanit1 et puiser ainsi la source ternelle pour satisfaire le mouvement le plus phmre et le dsir dont le but est le plus restreint4 ,l'agitation que fait prouver aux femmes une prtention plus naturelle1 puisqu'elle tient de plus prs l'espoir d'tre aimes2 l'agitation que fait prouver aux femmes le besoin de plaire par les agrments de leur figure1 offre aussi le tableau le plus frappant des tourments de la vanit4 ,regardez une femme au milieu d'un bal1 dsirant d'tre trouve la plus jolie1 et craignant de n'y pas russir4 ,le plaisir1 au nom duquel on se rassemble1 est nul pour elle3 elle ne peut en jouir dans aucun moment2 car il n'en est point qui ne soit absorb et par sa pense dominante1 et par les efforts qu'elle fait pour la cacher4 ,elle observe les regards1 les plus lgers signes de l'opinion des autres1 avec l'attention d'un moraliste et l'inquitude d'un ambitieux2 et voulant drober tous les yeux le tourment de son esprit1 c'est l'affectation de sa gaiet1 pendant le triomphe de sa rivale1 la turbulence de la conversation qu'elle veut entretenir pendant que cette rivale est applaudie1 l'empressement trop vif qu'elle lui tmoigne1 c'est au superflu de ses efforts enfin qu'on aperoit son travail4 ,la grce1 ce charme suprme de la beaut1 ne se dveloppe que dans le repos du naturel et de la confiance2 les inquitudes et la contrainte tent les avantages mmes qu'on possde2 le visage s'altre par la contraction de l'amour-propre4 ,on ne tarde pas s'en apercevoir1 et le chagrin que cause une telle dcouverte augmente encore le mal qu'on voudrait rparer4 ,la peine se multiplie par la peine1 et le but s'loigne par l'action mme du dsir2 et dans ce tableau1 qui semblerait ne devoir rappeler que l'histoire d'un enfant1 se trouvent les douleurs l'un homme1 les mouvements qui conduisent au dsespoir et font har la vie2 tant les intrts s'accroissent par l'intensit de l'attention qu'on y attache6 tant la sensation qu'on prouve nat du caractre qui la reoit bien plus que de l'objet qui la donne6 ,eh bien1 ct du tableau de ce bal1 o les prtentions les plus frivoles ont mis la vanit dans tout son jour1 c'est dans le plus grand vnement qui ait agit l'espce humaine1 c'est dans la rvolution de ,france qu'il faut en observer le dveloppement complet3 ce sentiment1 si born dans son but1 si petit dans son mobile1 qu'on pouvait hsiter lui donner une place parmi les passions2 ce sentiment a t l'une des causes du plus grand choc qui ait branl l'univers4 ,je n'appellerai point vanit le mouvement qui a port vingt-quatre millions d'hommes ne pas vouloir des privilges de deux cent mille3 c'est la raison qui s'est souleve1 c'est la nature qui a repris son niveau4 ,je ne dirai pas mme que la rsistance de la noblesse la rvolution ait t produite par la vanit3 le rgne de la terreur a fait porter sur cette classe des perscutions et des malheurs qui ne permettent plus de rappeler le pass4 ,mais c'est dans la marche intrieure de la rvolution qu'on peut observer l'empire de la vanit1 du dsir des applaudissements phmres1 du besoin de faire effet1 de cette passion native de ,france1 et dont les trangers1 comparativement nous1 n'ont qu'une ide trs-imparfaite4--,un grand nombre d'opinions ont t dictes par l'envie de surpasser l'orateur prcdent1 et de se faire applaudir aprs lui2 l'introduction des spectateurs dans la salle des dlibrations a suffi seule pour changer la direction des affaires en ,france4 ,d'abord on n'accordait aux applaudissements que des phrases2 bientt1 pour obtenir ces applaudissements1 on a cd des principes1 propos des dcrets1 approuv jusqu' des crimes2 et par une double et funeste raction1 ce qu'on faisait pour plaire la foule1 garait son jugement1 et ce jugement gar exigeait de nouveaux sacrifices4 ,ce n'est pas d'abord satisfaire des sentiments de haine et de fureur que des dcrets barbares ont t consacrs1 c'est aux battements de mains des tribunes2 ce bruit enivrait les orateurs et les jetait dans l'tat o les liqueurs fortes plongent les sauvages2 et les spectateurs eux-mmes qui applaudissaient1 voulaient1 par ces signes d'approbation1 faire effet sur leurs voisins1 et jouissaient d'exercer de l'influence sur leurs reprsentants4 ,sans doute1 l'ascendant de la peur a succd l'mulation de la vanit1 mais la vanit avait cr cette puissance qui a ananti1 pendant un temps1 tous les mouvements spontans des hommes4 ,bientt aprs le rgne de la terreur1 on voyait la vanit renatre2 les individus les plus obscurs se vantaient d'avoir t ports sur des listes de proscription4 ,la plupart des ,franais qu'on rencontre1 tantt prtendent avoir jou le rle le plus important1 tantt assurent que rien de ce qui s'est pass en ,france ne serait arriv si l'on avait cru le conseil que chacun d'eux a donn dans tel lieu1 telle heure1 pour telle circonstance4 ,enfin1 en ,france1 on est entour d'hommes qui tous se disent le centre de cet immense tourbillon2 on est entour d'hommes qui tous auraient prserv la ,france de ses malheurs si on les avait nomms aux premires places du gouvernement2 mais qui tous1 par le mme sentiment1 se refusent se confier la supriorit1 reconnatre l'ascendant du gnie ou de la vertu4 ,c'est une importante question qu'il faut soumettre aux philosophes et aux publicistes1 de savoir si la vanit sert ou nuit au maintien de la libert dans une grande nation3 elle met d'abord certainement un vritable obstacle l'tablissement d'un gouvernement nouveau2 il suffit qu'une constitution ait t faite par tels hommes1 pour que tels autres ne veuillent pas l'adopter3 il faut1 comme aprs la session de l'assemble constituante1 loigner les fondateurs pour faire adopter les institutions2 et cependant les institutions prissent si elles ne sont pas dfendues par leurs auteurs4 ,l'envie1 qui cherche s'honorer du nom de dfiance1 dtruit l'mulation1 loigne les lumires1 ne peut supporter la runion du pouvoir et de la vertu1 cherche les diviser pour les opposer l'un l'autre1 et cre la puissance du crime1 comme la seule qui dgrade celui qui la possde4 ,mais quand de longs malheurs ont abattu les passions1 quand on a tellement besoin de lois1 qu'on ne considre plus les hommes que sous le rapport du pouvoir lgal qui leur est confi1 il est possible que la vanit1 alors qu'elle est l'esprit gnral d'une nation1 serve au maintien des institutions libres4 ,comme elle fait har l'ascendant d'un homme1 elle soutient les lois constitutionnelles1 qui1 au bout d'un temps trs-court1 ramnent les hommes les plus puissants une condition prive2 elle appuie en gnral ce que veulent les lois1 parce que c'est une autorit abstraite1 dont tout le monde a sa part1 et dont personne ne peut tirer de gloire4 ,la vanit est l'ennemie de l'ambition2 elle aime renverser ce qu'elle ne peut obtenir4 ,la vanit fait natre une sorte de prtentions dissmines dans toutes les classes1 dans tous les individus1 qui arrte la puissance de la gloire1 comme les brins de paille repoussent la mer des ctes de la ,hollande4 ,enfin1 la vanit de tous sme de tels obstacles1 de telles peines dans la carrire publique de chacun1 qu'au bout d'un certain temps le grand inconvnient des rpubliques1 le besoin qu'elles donnent de jouer un rle1 n'existera peut-tre plus en ,france3 la haine1 l'envie1 les soupons1 tout ce qu'enfante la vanit1 dgotera pour jamais l'ambition des places et des affaires2 on ne s'en approchera plus que par amour pour la patrie1 par dvouement l'humanit2 et ces sentiments gnreux et philosophiques rendent les hommes impassibles comme les lois qu'ils sont chargs d'excuter4 ,cette esprance est peut-tre une chimre1 mais je crois vrai que la vanit se soumet aux lois1 comme un moyen d'viter l'clat personnel des noms propres1 et prserve une nation nombreuse et libre1 lorsque sa constitution est tablie1 du danger d'avoir un homme pour usurpateur4 ,,note ,,qu',,il ,,faut ,,lire ,,avant ,,le ,,chapitre ,,de ,l',,amour4 ,de tous les chapitres de cet ouvrage1 il n'en est point sur lequel je m'attende autant de critiques que sur celui-ci4 ,les autres passions ayant un but dtermin1 affectent peu prs de la mme manire tous les caractres qui les prouvent2 le mot d'amour rveille dans l'esprit de ceux qui l'entendent1 autant d'ides diverses que les impressions dont ils sont susceptibles4 ,un trs-grand nombre d'hommes n'ont connu ni l'amour de la gloire1 ni l'ambition1 ni l'esprit de parti1 etc42 tout le monde croit avoir eu de l'amour1 et presque tout le monde se trompe en le croyant3 les autres passions sont beaucoup plus naturelles1 et par consquent moins rares que celle-l2 car elle est celle o il entre le moins d'gosme4 ,ce chapitre1 me dira-t-on1 est d'une couleur trop sombre2 la pense de la mort y est presque insparable du tableau de l'amour3 et l'amour embellit la vie1 et l'amour est le charme de la nature4 ,non1 il n'y a point d'amour dans les ouvrages gais1 il n'y a point d'amour dans les pastorales gracieuses4--,sans doute1 et les femmes doivent en convenir1 il est assez doux de plaire et d'exercer ainsi sur tout ce qui vous entoure une puissance due soi seule1 une puissance qui n'obtient que des hommages volontaires1 une puissance qui ne se fait obir que parce qu'on l'aime1 et disposant des autres contre leur intrt mme1 n'obtient rien que de l'abandon1 et ne peut se dlier du calcul4 ,mais qu'a de commun le jeu piquant de la coquetterie avec le sentiment de l'amour8 ,il se peut aussi que les hommes soient trs-intresss1 trs-amuss surtout1 par l'attrait que leur inspire la beaut1 par l'espoir ou la certitude de la captiver2 mais qu'a de commun ce genre d'impression avec le sentiment de l'amour8--,je n'ai voulu traiter dans cet ouvrage que des passions2 les affections communes dont il ne peut natre aucun malheur profond n'entraient point dans mon sujet1 et l'amour1 quand il est une passion1 porte toujours la mlancolie2 il y a quelque chose de vague dans ses impressions1 qui ne s'accorde point avec la gaiet2 il y a une conviction intime au dedans de soi1 que tout ce qui succde l'amour est du nant1 que rien ne peut remplacer ce qu'on prouve2 et cette conviction fait penser la mort dans les plus heureux moments de l'amour4 ,je n'ai considr que le sentiment dans l'amour1 parce que lui seul fait de ce penchant une passion4 ,ce n'est pas le premier volume de la ,nouvelle ,hlose1 c'est le dpart de ,saint-,preux1 la lettre de la ,meillerie1 la mort de ,julie1 qui caractrisent la passion dans ce roman4--,il est si rare de rencontrer le vritable amour du coeur1 que je hasarderai de dire que les anciens n'ont pas eu l'ide complte de cette affection4 ,phdre est sous le joug de la fatalit1 les sensations inspirent ,anacron1 ,tibulle mle une sorte d'esprit madrigalique ses peintures voluptueuses2 quelques vers de ,didon1 ,ceyx et ,alcyone dans ,ovide1 malgr la mythologie qui distrait l'intrt en l'loignant des situations naturelles1 sont presque les seuls morceaux o le sentiment ait toute sa force1 parce qu'il est spar de toute autre influence4 ,les ,italiens mettent tant de posie dans l'amour1 que tous leurs sentiments s'offrent vous comme des images2 vos yeux s'en souviennent plus que votre coeur4 ,racine1 ce peintre de l'amour1 dans ses tragdies sublimes tant d'autres gards1 mle souvent aux mouvements de la passion des expressions recherches qu'on ne peut reprocher qu' son sicle3 ce dfaut ne se trouve point dans la tragdie de ,phdre2 mais les beauts empruntes des anciens1 les beauts de verve potique1 en excitant le plus vif enthousiasme1 ne produisent pas cet attendrissement profond qui nat de la ressemblance la plus parfaite avec les sentiments qu'on peut prouver4 ,on admire la conception du rle de ,phdre1 on se croit dans la situation d',amnade4 ,la tragdie de ,tancrde doit donc faire verser plus de larmes4--,voltaire1 dans ses tragdies2 ,rousseau1 dans la ,nouvelle ,hlose2 ,werther1 des scnes de tragdies allemandes2 quelques potes anglais1 des morceaux d',ossian1 etc41 ont transport la profonde sensibilit dans l'amour4 ,on avait peint la tendresse maternelle1 la tendresse filiale1 l'amiti avec sensibilit1 ,oreste et ,pylade4 ,niob1 la pit romaine1 toutes les autres affections du coeur nous sont transmises avec les vritables sentiments qui les caractrisent3 l'amour seul nous est reprsent1 tantt sous les traits les plus grossiers1 tantt comme tellement insparable ou de la volupt1 ou de la frnsie1 que c'est un tableau plutt qu'un sentiment1 une maladie plutt qu'une passion de l'me4 ,c'est uniquement de cette passion que j'ai voulu parler2 j'ai rejet toute autre manire de considrer l'amour4 ,j'ai recueilli1 pour composer les chapitres prcdents1 ce que j'ai remarqu dans l'histoire ou dans le monde2 en crivant celui-ci1 je me suis laisse aller mes seules impressions2 j'ai rv plutt qu'observ3 que ceux qui se ressemblent se comprennent4 ,,chapitre ,,iv4 ,de l'amour4 ,si l'tre tout-puissant qui a jet l'homme sur cette terre a voulu qu'il cont l'ide d'une existence cleste1 il a permis que dans quelques instants de sa jeunesse il pt aimer avec passion1 il pt vivre dans un autre1 il pt complter son tre en l'unissant l'objet qui lui tait cher4 ,pour quelque temps1 du moins1 les bornes de la destine de l'homme1 l'analyse de la pense1 la mditation de la philosophie1 se sont perdues dans le vague d'un sentiment dlicieux2 la vie qui pse tait entranante1 et le but qui toujours parat au-dessous des efforts1 semblait les surpasser tous4 ,l'on ne cesse point de mesurer ce qui se rapporte soi2 mais les qualits1 les charmes1 les jouissances1 les intrts de ce qu'on aime n'ont de terme que dans notre imagination4 ,ah6 qu'il est heureux le jour o l'on expose sa vie pour l'unique ami dont notre me a fait choix6 le jour o quelque acte d'un dvouement absolu lui donne au moins une ide du sentiment qui oppressait le coeur par l'impossibilit de l'exprimer6 ,une femme1 dans ces temps affreux dont nous avons vcu contemporains2 une femme condamne mort avec celui qu'elle aimait1 laissant bien loin d'elle le secours du courage1 marchait au supplice avec joie1 jouissait d'avoir chapp au tourment de survivre1 tait fire de partager le sort de son amant1 et prsageant peut-tre le terme o elle pouvait perdre l'amour qu'il avait pour elle1 prouvait un sentiment froce et tendre qui lui faisait chrir la mort comme une runion ternelle4 ,gloire1 ambition1 fanatisme1 votre enthousiasme a des intervalles2 le sentiment seul enivre chaque instant2 rien ne lasse de s'aimer1 rien ne fatigue dans cette inpuisable source d'ides d'motions heureuses2 et tant qu'on ne voit1 qu'on n'prouve rien que par un autre1 l'univers entier est lui sous des formes diffrentes2 le printemps1 la nature1 le ciel1 ce sont les lieux qu'il a parcourus2 les plaisirs du monde1 c'est ce qu'il a dit2 ce qui lui a plu1 les amusements qu'il a partags2 ses propres succs soi-mme1 c'est la louange qu'il a entendue1 et l'impression que le suffrage de tous a pu produire sur le jugement d'un seul2 enfin1 une ide unique est ce qui cause l'homme le plus grand bonheur ou la folie du dsespoir4 ,rien ne fatigue l'existence autant que ces intrts divers dont la runion a t considre comme un bon systme de flicit2 en fait de malheur on n'affaiblit pas ce qu'on divise3 aprs la raison qui dgage de toutes les passions1 ce qu'il y a de moins malheureux encore1 c'est de s'abandonner entirement une seule4 ,sans doute ainsi l'on s'expose recevoir la mort de ses propres affections2 mais le premier but qu'on doit se proposer en s'occupant du sort des hommes1 n'est pas la conservation de leur vie2 le sceau de leur nature immortelle est de n'estimer l'existence physique qu'avec la possession du bonheur moral4 ,c'est par le secours de la rflexion1 c'est en cartant de moi l'enthousiasme de la jeunesse1 que je considrerai l'amour1 ou1 pour mieux m'exprimer1 le dvouement absolu de son tre aux sentiments1 au bonheur1 la destine d'un autre1 comme la plus haute ide de flicit qui puisse exalter l'esprance de l'homme4 ,cette dpendance d'un seul objet affranchit si bien du reste de la terre1 que l'tre sensible qui a besoin d'chapper toutes les prtentions de l'amour-propre1 tous les soupons de la calomnie1 tout ce qui fltrit enfin dans les relations qu'on entretient avec les hommes1 l'tre sensible trouve dans cette passion quelque chose de solitaire et de concentr qui inspire l'me l'lvation de la philosophie et l'abandon du sentiment4 ,on chappe au monde par des intrts plus vifs que tous ceux qu'il peut donner2 on jouit du calme de la pense et du mouvement du coeur1 et1 dans la plus profonde solitude1 la vie de l'me est plus active que sur le trne des ,csars4 ,enfin1 quelque poque de l'ge qu'on transportt un sentiment qui vous aurait domin depuis votre jeunesse1 il n'est pas un moment o d'avoir vcu pour un autre ne ft plus doux que d'avoir exist pour soi1 o cette pense ne dgaget tout la fois des remords et des incertitudes4 ,quand on n'a pour but que son propre avantage1 comment peut-on parvenir se dcider sur rien8 le dsir chappe1 pour ainsi dire1 l'examen qu'on en fait2 l'vnement amne souvent un rsultat si contraire notre attente1 que l'on se repent de tout ce qu'on a essay1 que l'on se lasse de son propre intrt comme de toute autre entreprise4 ,mais quand c'est au premier objet de ses affections que la vie est consacre1 tout est positif1 tout est dtermin1 tout est entranant3 il le veut1 il en a besoin1 il en sera plus heureux2 un instant de sa journe pourra s'embellir au prix de tels efforts4 ,c'est assez pour diriger le cours entier de la destine2 plus de vague1 plus de dcouragement1 c'est la seule jouissance de l'me qui la remplisse en entier1 s'agrandisse avec elle1 et1 se proportionnant nos facults1 nous assure l'exercice et la jouissance de toutes4 ,quel est l'esprit suprieur qui ne trouve pas dans un vritable sentiment le dveloppement d'un plus grand nombre de penses que dans aucun crit1 dans aucun ouvrage qu'il puisse ou composer ou lire8 ,le plus grand triomphe du gnie c'est de deviner la passion2 qu'est-ce donc qu'elle-mme8 ,les succs de l'amour-propre1 le dernier degr des jouissances de la personnalit1 la gloire1 que vaut-elle auprs d'tre aim8 ,qu'on se demande ce que l'on prfrerait d'tre ,amnade ou ,voltaire4 ,ah6 tous ces crivains1 ces grands hommes1 ces conqurants s'efforcent d'obtenir une seule des motions que l'amour jette comme par torrent dans la vie2 des annes de peines et d'efforts leur valent un jour1 une heure de cet enivrement qui drobe l'existence2 et le sentiment fait prouver1 pendant toute sa dure1 une suite d'impressions aussi vives et plus pures que le couronnement de ,voltaire1 ou le triomphe d',alexandre4 ,c'est hors de soi que sont les seules jouissances indfinies4 ,si l'on veut sentir le prix de la gloire1 il faut voir celui qu'on aime honor par son clat2 si l'on veut apprendre ce que vaut la fortune1 il faut lui avoir donn la sienne2 enfin1 si l'on veut bnir le don inconnu de la vie1 il faut qu'il ait besoin de votre existence1 et que vous puissiez considrer en vous le soutien de son bonheur4 ,dans quelque situation qu'une profonde passion nous place1 jamais je ne croirai qu'elle loigne de la vritable route de la vertu2 tout est sacrifice1 tout est oubli de soi dans le dvouement exalt de l'amour1 et la personnalit seule avilit2 tout est bont1 tout est piti dans l'tre qui sait aimer1 et l'inhumanit seule bannit toute moralit du coeur de l'homme4 ,mais s'il est dans l'univers deux tres qu'un sentiment parfait runisse1 et que le mariage ait lis l'un l'autre1 que tous les jours1 genoux1 ils bnissent l'tre suprme2 qu'ils voient leurs pieds l'univers et ses grandeurs2 qu'ils s'tonnent1 qu'ils s'inquitent mme d'un bonheur qu'il a fallu tant de chances diverses pour assurer1 d'un bonheur qui les place une si grande distance du reste des hommes2 oui1 qu'ils s'effrayent d'un tel sort4 ,peut-tre1 pour qu'il ne ft pas trop suprieur au ntre1 ont-ils dj reu tout le bonheur que nous esprons dans l'autre vie2 peut-tre que pour eux il n'est pas d'immortalit4 ,j'ai vu1 pendant mon sjour en ,angleterre1 un homme du plus rare mrite1 uni depuis vingt-cinq ans une femme digne de lui3 un jour1 en nous promenant ensemble1 nous rencontrmes ce qu'on appelle en anglais des ,gipsies1 des ,bohmiens1 errant souvent au milieu des bois1 dans la situation la plus dplorable3 je les plaignais de runir ainsi1 tous les maux physiques de la nature4 ,eh bien1 me dit alors ,m4 ,l41 si1 pour passer ma vie avec elle1 il avait fallu me rsigner cet tat1 j'aurais mendi depuis trente ans1 et nous aurions encore t bien heureux6--,ah6 oui1 s'cria sa femme1 mme ainsi nous aurions t les plus heureux des tres6 ,ces mots ne sont jamais sortis de mon coeur4 ,ah6 qu'il est beau ce sentiment qui1 dans l'ge avanc1 fait prouver une passion peut-tre plus profonde encore que dans la jeunesse2 une passion qui rassemble dans l'me tout ce que le temps enlve aux sensations2 une passion qui fait de la vie un seul souvenir1 et1 drobant sa fin tout ce qu'a d'horrible l'isolement et l'abandon1 vous assure de recevoir la mort dans les mmes bras qui soutinrent votre jeunesse et vous entranrent aux liens brlants de l'amour6 ,quoi6 c'est dans la ralit des choses humaines qu'il existe un tel bonheur1 et toute la terre en est prive2 et presque jamais l'on ne peut rassembler les circonstances qui le donnent6 ,cette runion est possible1 et l'obtenir pour soi ne l'est pas6 ,il est des coeurs qui s'entendent et le hasard1 et les distances1 et la nature1 et la socit1 sparent sans retour ceux qui se seraient aims pendant tout le cours de leur vie2 et les mmes puissances attachent l'existence qui n'est pas digne de vous1 ou ne vous entend pas1 ou cesse de vous entendre6 ,malgr le tableau que j'ai trac1 il est certain que l'amour est de toutes les passions la plus fatale au bonheur de l'homme4 ,si l'on savait mourir1 on pourrait encore se risquer l'esprance d'une si heureuse destine2 mais l'on abandonne son me des sentiments qui dcolorent le reste de l'existence2 on prouve1 pendant quelques instants1 un bonheur sans aucun rapport avec l'tat habituel de la vie1 et l'on veut survivre sa perte3 l'instinct de la conservation l'emporte sur le mouvement du dsespoir1 et l'on existe1 sans qu'il puisse s'offrir dans l'avenir une chance de retrouver le pass1 une raison mme de ne pas cesser1 de souffrir1 dans la carrire des passions1 dans celle surtout d'un sentiment qui1 prenant sa source1 dans tout ce qui est vrai1 ne peut tre consol par la rflexion mme4 ,il n'y a que les hommes capables de la rsolution de se tuer#c qui puissent1 avec quelque ombre de sagesse1 tenter cette grande route de bonheur3 mais qui veut vivre et s'expose rtrograder2 mais qui veut vivre et renonce1 d'une manire quelconque1 l'empire de soi-mme2 se voue comme un insens au plus cruel des malheurs4 ,la plupart des hommes1 et mme un grand nombre de femmes1 n'ont aucune ide du sentiment tel que je viens de le peindre1 et ,newton a plus de juges que la vritable passion de l'amour4 ,une sorte de ridicule s'est attach ce qu'on appelle des sentiments romanesques2 et ces pauvres esprits1 qui mettent tant d'importance tous les dtails de leur amour-propre1 ou de leurs intrts1 se sont tablis comme d'une raison suprieure ceux dont le caractre a transport dans un autre l'gosme1 que la socit considre assez dans l'homme qui s'occupe exclusivement de lui-mme4 ,des ttes fortes regardent les travaux de la pense1 les services rendus au genre humain1 comme seuls dignes de l'estime des hommes4 ,il est quelques gnies qui ont le droit de se croire utiles leurs semblables2 mais combien peu d'tres peuvent se flatter de quelque chose de plus glorieux que d'assurer soi seul la flicit d'un autre6 ,des moralistes svres craignent les garements d'une telle passion4 ,hlas6 de nos jours1 heureuse la nation1 heureux les individus qui dpendraient des hommes susceptibles d'tre entrans par la sensibilit6 ,mais1 en effet1 tant de mouvements passagers ressemblent l'amour1 tant d'attraits d'un tout autre genre prennent1 ou chez les femmes par vanit1 ou chez les hommes dans leur jeunesse1 l'apparence de ce sentiment1 que ces ressemblances avilies ont presque effac le souvenir de la vrit mme4 ,enfin1 il est des caractres aimants1 qui1 profondment convaincus de tout ce qui s'oppose au bonheur de l'amour1 des obstacles que rencontre et sa perfection1 et surtout sa dure2 effrays des chagrins de leur propre coeur1 des inconsquences de celui d'un autre2 repoussent1 par une raison courageuse1 et par une sensibilit craintive1 tout ce qui peut entraner cette passion3 c'est de toutes ces causes que naissent et les erreurs adoptes1 mme par les philosophes1 sur la vritable importance des attachements du coeur1 et les douleurs sans bornes qu'on prouve en s'y livrant4 ,il n'est pas vrai1 malheureusement1 qu'on ne soit jamais entran que par les qualits qui promettent une ressemblance certaine entre les caractres et les sentiments3 l'attrait d'une figure sduisante1 cette espce d'avantage qui permet l'imagination de supposer tous les traits qui la captivent1 l'expression qu'elle souhaite1 agit fortement sur un attachement qui ne peut se passer d'enthousiasme2 la grce des manires1 de l'esprit1 de la parole1 la grce1 enfin1 comme plus indfinissable que tout autre charme1 inspire ce sentiment qui1 d'abord1 ne se rendant pas compte de lui-mme1 nat souvent de ce qu'il ne peut s'expliquer4 ,une telle origine ne garantit ni le bonheur1 ni la dure d'une liaison2 cependant ds que l'amour existe1 l'illusion est complte2 et rien n'gale le dsespoir que fait prouver la certitude d'avoir aim un objet indigne de soi4 ,ce funeste trait de lumire frappe la raison avant d'avoir dtach le coeur2 poursuivi par l'ancienne opinion laquelle il faut renoncer1 on aime encore en msestimant2 on se conduit comme si l'on esprait1 en souffrant1 comme s'il n'existait plus d'esprance2 on s'lance vers l'image qu'on s'tait cre2 on s'adresse ces mmes traits qu'on avait regards jadis comme l'emblme de la vertu1 et l'on est repouss par ce qui est bien plus cruel que la haine1 par le dfaut de toutes les motions1 sensibles et profondes3 on se demande si l'on est d'une autre nature1 si l'on est insens dans ses mouvements2 on voudrait croire sa propre folie pour viter de juger le coeur de ce qu'on aimait4 ,le pass mme ne reste plus pour faire vivre de souvenirs2 l'opinion qu'on est forc de concevoir se rejette sur les temps o l'on tait du1 on se rappelle ce qui devait clairer3 alors le malheur s'tend sur toutes les poques de la vie2 les regrets tiennent du remords1 et la mlancolie1 dernier espoir des malheureux1 ne peut plus adoucir ces repentirs qui vous agitent1 qui vous dvorent1 et vous font craindre la solitude sans vous rendre capable de distraction4 ,si1 au contraire1 il a exist dans la vie un heureux moment o l'on tait aim2 si l'tre qu'on avait choisi tait sensible1 tait gnreux1 tait semblable ce qu'on croit tre1 et que le temps1 l'inconstance de l'imagination1 qui dtache mme le coeur1 qu'un autre objet1 moins digne de sa tendresse1 vous ait ravi cet amour dont dpendait toute votre existence1 qu'il est dvorant le malheur qu'une telle destruction de la vie fait prouver6 ,le premier instant o ces caractres1 qui tant de fois avaient trac les serments les plus sacrs de l'amour1 gravent en traits d'airain que vous avez cess d'tre aime2 alors que1 comparant ensemble les lettres de la mme main1 vos yeux peuvent peine croire que l'poque1 elle seule1 en explique la diffrence2 lorsque cette voix dont les accents vous suivaient dans la solitude1 retentissaient votre me branle1 et semblaient rendre prsents encore les plus doux souvenirs2 lorsque cette voix vous parle sans motion1 sans tre brise1 sans trahir un mouvement du coeur1 ah6 pendant longtemps encore la passion que l'on ressent rend impossible de croire qu'on ait cess d'intresser l'objet de sa tendresse4 ,il semble que l'on prouve un sentiment qui doit se communiquer2 il semble qu'on ne soit spar que par une barrire qui ne vient point de sa volont2 qu'en lui parlant1 en le voyant1 il ressentira le pass2 il retrouvera ce qu'il a prouv2 que des coeurs qui se sont tout confi1 ne sauraient cesser de s'entendre2444 et rien ne peut faire renatre l'entranement dont une autre a le secret1 et vous savez qu'il est heureux loin de vous1 qu'il est heureux souvent par l'objet qui vous rappelle le moins3 les traits de sympathie sont rests en vous seule1 leur rapport est ananti4 ,il faut pour jamais renoncer voir celui dont la prsence renouvellerait vos souvenirs1 et dont les discours les rendraient plus amers2 il faut errer dans les lieux o il vous a aime1 dans ces lieux dont l'immobilit est l pour attester le changement de tout le reste4 ,le dsespoir est au fond du coeur1 tandis que mille devoirs1 que la fiert mme1 commandent de le cacher2 on n'attire la piti par aucun malheur apparent2 seule1 en secret1 tout votre tre a pass de la vie la mort4 ,quelle ressource dans le monde peut-il exister contre une telle douleur8 ,le courage de se tuer8 ,mais dans cette situation le secours mme de cet acte terrible est priv de la sorte de douceur qu'on peut y attacher2 l'espoir d'intresser aprs soi1 cette immortalit si ncessaire aux mes sensibles est ravie pour jamais celle qui n'espre plus de regrets4 ,c'est l mourir en effet que n'affliger1 ni punir1 ni rattacher dans son souvenir l'objet qui vous a trahi2 et le laisser celle qu'il prfre1 est une image de douleur qui se place au del du tombeau1 comme si cette ide devait vous y suivre4 ,la jalousie1 cette passion terrible dans sa nature1 alors mme qu'elle n'est pas excite par l'amour1 rend l'me frntique1 quand toutes les affections du coeur sont runies aux ressentiments les plus vifs de l'amour-propre4 ,tout n'est pas amour dans la jalousie comme dans le regret de n'tre plus aim3 la jalousie inspire le besoin de la vengeance2 le regret ne fait natre que le dsir de mourir4 ,la jalousie est une situation plus pnible1 parce qu'elle se compose de sensations opposes1 parce qu'elle est mcontente d'elle-mme2 elle se repent1 elle se dvore1 et la douleur n'est supportable que lorsqu'elle jette dans l'abattement4 ,les affections qui forcent s'agiter dans le malheur accroissent la peine par chaque mouvement qu'on fait pour l'viter4 ,les affections qui mlent ensemble l'orgueil et la tendresse sont les plus cruelles de toutes2 ce que vous prouvez de sensible affaiblit le ressort que vous trouveriez dans l'orgueil1 et l'amertume qu'il inspire empoisonne la douceur que portent avec elles les peines du coeur alors mme qu'elles tuent4 ct des malheurs causs par le sentiment1 c'est peu que les circonstances extrieures qui peuvent troubler l'union des coeurs2 quand on n'est spar que par des obstacles trangers au sentiment rciproque1 on souffre1 mais l'on peut et rver et se plaindre3 la douleur n'est point attache ce qu'il y a de plus intime dans la pense1 elle peut se prendre au dehors de soi4 ,cependant des mes d'une vertu sublime ont trouv en elles-mmes des combats insurmontables3 ,clmentine peut se rencontrer dans la ralit1 et mourir au lieu de triompher4 ,c'est ainsi que1 dans des degrs diffrents1 l'amour bouleverse le sort des coeurs sensibles qui l'prouvent4 ,il est un dernier malheur dont la pense n'ose approcher1 c'est la perte sanglante de ce qu'on aime1 c'est cette sparation terrible qui menace chaque jour tout ce qui respire1 tout ce qui vit sous l'empire de la mort4 ,ah6 cette douleur sans bornes est la moins redoutable de toutes3 comment survivre l'objet dont on tait aim2 l'objet qu'on avait choisi pour l'appui de sa vie1 celui qui faisait prouver l'amour tel qu'il anime un caractre tout entier cr pour le ressentir8 ,quoi6 l'on croirait possible d'exister dans un monde qu'il n'habitera plus1 de supporter des jours qui ne le ramneront jamais1 de vivre de souvenirs dvors par l'ternit2 de croire entendre cette voix1 dont les derniers accents vous furent adresss1 rappeler vers elle1 en vain1 l'tre qui fut la moiti de sa vie1 et lui reprocher les battements d'un coeur qu'une main chrie n'chauffera plus6 ,ce que j'ai dit s'applique presque galement aux deux sexes2 il me reste considrer ce qui nous regarde particulirement4 ,o femmes6 vous1 les victimes du temple o l'on vous dit adores1 coutez-moi4 ,la nature et la socit ont dshrit la moiti de l'espce humaine2 force1 courage1 gnie1 indpendance1 tout appartient aux hommes2 et s'ils environnent d'hommages les annes de notre jeunesse1 c'est pour se donner l'amusement de renverser un trne2 c'est comme on permet aux enfants de commander1 certains qu'ils ne peuvent forcer d'obir4 ,il est vrai1 l'amour qu'elles inspirent donne aux femmes un moment de pouvoir absolu2 mais c'est dans l'ensemble de la vie1 dans le cours mme d'un sentiment1 que leur destine dplorable reprend son invitable empire4 ,l'amour est la seule passion des femmes2 l'ambition1 l'amour de la gloire mme leur vont si mal1 qu'avec raison un trs-petit nombre s'en occupent4 ,je l'ai dit1 en parlant de la vanit3 pour une qui s'lve1 mille s'abaissent au-dessous de leur sexe1 en en quittant la carrire4 ,a peine la moiti de la vie peut-elle tre intresse par l'amour1 il reste encore trente ans parcourir quand l'existence est dj finie4 ,l'amour est l'histoire de la vie des femmes2 c'est un pisode dans celle des hommes3 rputation1 honneur1 estime1 tout dpend de la conduite qu' cet gard les femmes ont tenue2 tandis que les lois de la moralit mme1 selon l'opinion d'un monde injuste1 semblent suspendues dans les rapports des hommes avec les femmes2 ils peuvent passer pour bons1 et leur avoir caus la plus affreuse douleur qu'il soit donn l'tre mortel de produire dans l'me d'un autre2 ils peuvent passer pour vrais1 et les avoir trompes2 enfin1 ils peuvent avoir reu d'une femme les services1 les marques de dvouement qui lieraient ensemble deux amis1 deux compagnons d'armes1 qui dshonoreraient l'un des deux1 s'il se montrait capable de les oublier2 ils peuvent les avoir reus d'une femme1 et se dgager de tout1 en attribuant tout l'amour1 comme si un sentiment1 un don de plus diminuait le prix des autres4 ,sans doute1 il est des hommes dont le caractre est une honorable exception2 mais telle est l'opinion gnrale sous ce rapport1 qu'il en est bien peu qui osassent1 sans craindre le ridicule1 annoncer dans les liaisons du coeur la dlicatesse de principes qu'une femme se croirait oblige d'affecter1 si elle ne l'prouvait pas4 ,on dira que peu importe au sentiment l'ide du devoir1 qu'il n'en a pas besoin tant qu'il existe1 et qu'il n'existe plus ds qu'il en a besoin4 ,il n'est pas vrai du tout que dans la moralit du coeur humain1 un lien ne confirme pas un penchant2 il n'est pas vrai qu'il n'existe pas plusieurs poques dans le cours d'un attachement o la moralit resserre les noeuds qu'un cart de l'imagination pouvait relcher4 ,les liens indissolubles s'opposent au libre attrait du coeur2 mais un complet degr d'indpendance rend presque impossible une tendresse durable2 il faut des souvenirs pour branler le coeur1 et il n'y a point de souvenirs profonds1 si l'on ne croit pas aux droits du pass sur l'avenir1 si quelque ide de reconnaissance n'est pas la base immuable du got qui se renouvelle3 il y a des intervalles dans tout ce qui appartient l'imagination1 et si la moralit ne les remplit pas1 dans l'un de ces intervalles passagers on se sparera pour toujours4 ,enfin1 les femmes sont lies par les relations du coeur1 et les hommes ne le sont pas3 cette ide mme est encore un obstacle la dure de l'attachement des hommes2 car l o le coeur ne s'est point fait de devoir1 il faut que l'imagination soit excite par l'inquitude2 et les hommes sont srs des femmes1 par des raisons mme trangres l'opinion qu'ils ont de leur plus grande sensibilit2 ils en sont srs1 parce qu'ils les estiment2 ils en sont srs1 parce que le besoin qu'elles ont de l'appui de l'homme qu'elles aiment se compose de motifs indpendants de l'attrait mme4 ,cette certitude1 cette confiance1 si douce la faiblesse1 est souvent importune la force2 la faiblesse se repose1 la force s'enchane2 et dans la runion des contrastes dont l'homme veut former son bonheur1 plus la nature l'a fait pour rgner1 plus il aime trouver d'obstacles3 les femmes1 au contraire1 se dfiant d'un empire sans fondement rel1 cherchent un matre1 et se plaisent s'abandonner sa protection2 c'est donc presque une consquence de cet ordre fatal1 que les femmes dtachent en se livrant1 et perdent par l'excs mme de leur dvouement4 ,si la beaut leur assure des succs1 la beaut n'ayant jamais une supriorit certaine1 le charme de nouveaux traits peut briser les liens les plus doux du coeur2 les avantages d'un caractre lev1 d'un esprit remarquable1 attirent par leur clat1 mais dtachent la longue tout ce qui leur serait infrieur4 ,et comme les femmes ont besoin d'admirer ce qu'elles aiment1 les hommes se plaisent exercer sur leur matresse l'ascendant des lumires1 et souvent ils hsitent entre l'ennui de la mdiocrit et l'importunit de la distinction4 ,l'amour-propre1 que la socit1 que l'opinion publique a runi fortement l'amour1 se fait peine sentir dans la situation des hommes vis--vis des femmes3 celle qui leur serait infidle s'avilit en les offensant1 et leur coeur est guri par le mpris4 ,la fiert vient encore aggraver dans une femme les malheurs de l'amour2 c'est le sentiment qui fait la blessure1 mais l'amour-propre y jette des poisons4 ,le don de soi1 ce sacrifice si grand aux yeux d'une femme1 doit se changer en remords1 en souvenir de honte1 quand elle n'est plus aime2 et lorsque la douleur1 qui d'abord n'a qu'une ide1 appelle enfin son secours tous les genres de rflexions1 les hommes1 condamns souffrir l'inconstance1 sont consols par chaque pense qui les attire vers un nouvel avenir2 les femmes sont replonges dans le dsespoir par toutes les combinaisons qui multiplient l'tendue d'un tel malheur4 ,il peut exister des femmes dont le coeur ait perdu sa dlicatesse2 elles sont aussi trangres l'amour qu' la vertu2 mais il est encore pour celles qui mritent seules d'tre comptes parmi leur sexe1 il est encore une ingalit profonde dans leurs rapports avec les hommes3 les affections de leur coeur se renouvellent rarement2 gares dans la vie1 quand leur guide les a trahies1 elles ne savent ni renoncer un sentiment qui ne laisse aprs lui que l'abme du nant1 ni renatre l'amour dont leur me est pouvante4 ,une sorte de trouble sans fin1 sans but1 sans repos1 s'empare de leur existence2 les unes se dgradent1 les autres sont plus prs d'une dvotion exalte que d'une vertu calme2 toutes au moins sont marques du sceau fatal de la douleur2 et pendant ce temps les hommes commandent les armes1 dirigent les empires1 et se rappellent peine le nom de celles dont ils ont fait la destine3 un seul mouvement d'amiti laisse plus de traces dans leur coeur que la passion la plus ardente2 toute leur vie est trangre cette poque1 chaque instant y rattache le souvenir des femmes2 l'imagination des hommes a tout conquis en tant aims1 le coeur des femmes est inpuisable en regrets2 les hommes ont un but dans l'amour1 la dure de ce sentiment est le seul bonheur des femmes4 ,les hommes enfin sont aims1 parce qu'ils aiment2 les femmes doivent craindre1 chaque mouvement qu'elles prouvent1 et l'amour qui les entrane1 et l'amour qui va dtruire le prestige qui enchanait sur leurs pas4 tres malheureux6 tres sensibles6 vous vous exposez1 avec des coeurs sans dfense1 ces combats o les hommes se prsentent entours d'un triple airain2 restez dans la carrire de la vertu1 restez sous sa noble garde2 l il est des lois pour vous1 l votre destine1 a des appuis indestructibles3 mais si vous vous abandonnez au besoin d'tre aimes1 les hommes sont matres de l'opinion1 les hommes ont de l'empire sur eux-mmes2 les hommes renverseront votre existence pour quelques instants de la leur4 ,ce n'est pas en renonant au sort que la socit leur a fix1 que les femmes peuvent chapper au malheur2 c'est la nature qui a marqu leur destine1 plus encore que les lois des hommes2 et pour cesser d'tre leurs matresses1 faudrait-il devenir leurs rivaux1 et mriter leur haine1 parce qu'il faut sacrifier leur amour8 ,il reste des devoirs1 il reste des enfants1 il reste aux mres ce sentiment sublime dont la jouissance est dans ce qu'il donne1 et l'espoir dans ses bienfaits4 ,sans doute1 celle qui a rencontr un homme dont l'nergie n'a point effac la sensibilit2 un homme qui ne peut supporter la pense du malheur d'un autre1 et met l'honneur aussi dans la bont2 un homme fidle aux serments que l'opinion publique ne garantit pas1 et qui a besoin de la constance pour jouir du vrai bonheur d'aimer2 celle qui serait l'unique amie d'un tel homme1 pourrait triompher1 au sein de la flicit1 de tous les systmes de la raison4 ,mais s'il est un exemple qui puisse donner la vertu mme des instants de mlancolie1 quelle femme toutefois1 quand l'poque des passions est passe1 ne s'applaudit pas de s'tre dtourne de leur route8 ,qui pourrait comparer le calme qui suit le sacrifice1 et le regret des esprances trompes8 quel prix ne voudrait-on pas n'avoir jamais aim1 n'avoir jamais connu ce sentiment dvastateur1 qui1 semblable au vent brlant d',afrique1 sche dans la fleur1 abat dans la force1 courbe enfin vers la terre la tige qui devait et crotre et dominer6 ,,chapitre ,v4 ,du jeu1 de l'avarice1 de l'ivresse1 etc4 ,aprs ce sentiment malheureux et sublime qui fait dpendre d'un seul objet le destin de notre vie1 je vais parler des passions qui soumettent l'homme au joug des sensations gostes4 ,ces passions ne doivent point tre ranges dans la classe des ressources qu'on trouve en soi2 car rien n'est plus oppos aux plaisirs qui naissent de l'empire sur soi-mme que l'asservissement ses dsirs personnels4 ,dans cette situation1 toutefois1 si l'on dpend de la fortune1 on n'attend rien de l'opinion1 de la volont1 des sentiments des hommes2 et sous ce rapport1 comme on a plus de libert1 on devrait obtenir plus de bonheur3 nanmoins ces penchants avilissants ne valent aucune vritable jouissance2 ils livrent un instinct grossier1 et cependant exposent aux mmes chances que des dsirs plus relevs4 ,l'on peut trouver dans ces passions honteuses la trace des affections morales dgnres en impulsions physiques4 ,il y a dans les libertins1 dans ceux qui s'enivrent1 dans les joueurs1 dans les avares1 les deux espces de mouvement qui font les ambitieux en tout genre1 le besoin d'motion et la personnalit2 mais1 dans les passions morales1 on ne peut tre mu que par les sentiments de l'me1 et ce qu'on a d'gosme n'est satisfait que par le rapport des autres avec soi2 tandis que le seul avantage de ces passions physiques1 c'est l'agitation qui suspend le sentiment et la pense2 elles donnent une sorte de personnalit matrielle qui part de soi pour revenir soi1 et fait triompher ce qu'il y a d'animal dans l'homme sur le reste de sa nature4 ,examinons cependant1 malgr le dgot qu'un tel sujet inspire1 les deux principes de ces passions1 le besoin d'motion et l'gosme4 ,le premier produit l'amour du jeu1 et le second l'avarice4 ,quoiqu'on puisse supposer qu'il faut aimer l'argent pour aimer le jeu1 ce n'est point l la source de ce penchant effrn2 la cause lmentaire1 la jouissance unique peut-tre de toutes les passions1 c'est le besoin et le plaisir de l'motion4 ,on ne trouve de bon dans la vie que ce qui la fait oublier2 et si l'motion pouvait tre un tat durable1 bien peu de philosophes se refuseraient convenir qu'elle serait le souverain bien4 ,il est1 et je tcherai de le prouver dans la troisime partie de cet ouvrage1 il est des distractions utiles et constantes pour l'homme qui sait se dominer2 mais la foule des tres passionns qui veulent chapper leur ennemi commun1 la sensation douloureuse de la vie1 se prcipite dans une ivresse qui1 confondant les objets1 fait disparatre la ralit de tout4 ,dans un moment d'motion1 il n'y a plus de jugement1 il n'y a que de l'esprance et de la crainte3 on prouve quelque chose du plaisir des rves1 les limites s'effacent1 l'extraordinaire parat possible1 et les bornes ou les chanes de ce qui est et de ce qui sera s'loignent ou se soulvent vos yeux4 ,dans le tumulte et la succession rapide des sensations qui s'emparent d'une me violemment mue1 le danger1 mme sans but1 est un plaisir pendant la dure de l'action4 ,sans doute c'est un sentiment trs-pnible que de craindre l'avance le pril qui menace1 c'est de la souffrance dans le calme2 mais l'instant de la dcision1 mais le jeu1 quelque cher qu'il soit dans le moment o il se hasarde1 est une espce de jouissance1 c'est--dire1 d'tourdissement4 ,cet tat devient quelquefois tellement ncessaire ceux qui l'ont prouv1 qu'on voit des marins traverser de nouveau les mers1 seulement pour ressentir l'motion des dangers auxquels ils ont chapp4 ,le grand jeu de la gloire est difficile prparer2 un tapis vert1 des ds y supplent4 ,l'agitation de l'me est un besoin trompeur auquel la plupart des hommes se livrent1 sans penser ce qui succde cette agitation4 ,ils hasardent la fortune qui les fait vivre2 ils se prcipitent dans les batailles o la mort1 ou plus encore les souffrances les menacent1 pour retrouver ce mouvement qui les spare des souvenirs et de la prvoyance1 donne l'existence quelque chose d'instantan1 fait vivre et cesser de rflchir4 ,quel triste cachet de la destine humaine6 quelle irrcusable preuve de malheur1 que ce besoin d'viter le cours naturel de la vie1 d'enivrer les facults qui servent la juger6 ,le monde est agit par l'inquitude de chaque homme1 et ces armes innombrables qui couvrent la surface de la terre sont l'invention cruelle des soldats1 des officiers1 des rois1 pour chercher dans la destine quelque1 chose que la nature n'y a point mis1 ou tout au moins pour obtenir cette interruption momentane de la dure successive des ides habituelles1 cette motion qui soulage du poids de la vie4 ,mais1 indpendamment de tout ce qu'il faut hasarder et perdre pour se mettre dans une situation qui vous procure de telles sortes de jouissances1 il n'existe rien de plus pnible que l'instant qui succde l'motion2 le vide qu'elle laisse aprs elle est un plus grand malheur que la privation mme de l'objet dont l'attente vous agitait4 ,ce qu'il y a de plus difficile supporter pour un joueur1 ce n'est pas d'avoir perdu1 mais de cesser de jouer4 ,les mots qui servent aux autres passions sont trs-souvent emprunts de celle-l1 parce qu'elle est une image matrielle de tous les sentiments qui s'appliquent de plus grandes circonstances2 ainsi l'amour du jeu aide comprendre l'amour de la gloire1 et l'amour de la gloire son tour explique l'amour du jeu4 ,tout ce qui tablit des analogies1 des ressemblances1 est un garant de plus de la vrit du systme4 ,si l'on parvenait rallier la nature morale la nature physique1 l'univers entier une seule pense1 on aurait presque drob le secret de la ,divinit4 ,la plupart des hommes cherchent donc trouver le bonheur dans l'motion1 c'est--dire1 dans une sensation rapide qui gte un long avenir3 d'autres se livrent par calcul1 et surtout par caractre1 la personnalit2 mcontents de leurs relations avec les autres1 ils croient avoir trouv un secret sr pour tre heureux1 en se consacrant eux-mmes1 et ils ne savent pas que ce n'est pas seulement de la nature du joug1 mais de la dpendance en elle-mme1 que nat le malheur de l'homme4 ,l'avarice est de tous les penchants celui qui fait le mieux ressortir la personnalit4 ,aimer l'argent1 pour arriver tel ou tel but1 c'est le regarder comme un moyen1 et non comme l'objet2 mais il est une espce d'hommes qui1 considrant en gnral la fortune comme une manire d'acqurir des jouissances1 ne veulent cependant en goter aucune3 les plaisirs1 quels qu'ils soient1 vous associent aux autres1 tandis que la possibilit de les obtenir est en soi seul1 et l'on dissipe quelque chose de son gosme en le satisfaisant au dehors4 ,l'avenir inquite tellement les avares1 qu'ils aiment sacrifier le prsent comme pourrait le faire la vertu la plus releve3 la personnalit de l'avare va si loin1 qu'il finit par immoler lui lui-mme2 il s'aime tant demain1 qu'il se prive de tout chaque jour pour embellir le jour suivant2 et comme tous les sentiments qui ont le caractre de la passion1 qui dvorent jusqu' l'objet mme qu'ils chrissent1 l'gosme devient destructeur du bien-tre qu'il veut conserver1 et l'avarice interdit tous les avantages que l'argent pourrait valoir4 ,je ne m'arrterai point parler des malheurs causs par l'avarice2 on ne voit point de gradation ni de nuance dans cette singulire passion2 tout y parat galement douloureux et vil4 ,comment avoir l'ide de cette fureur de personnalit8 ,quel but que soi pour sa propre vie6 ,quel homme peut se choisir pour l'objet de sa pense1 sans admettre d'intermdiaire entre sa passion et lui-mme8 ,il y a tant d'incertitude dans ce qu'on dsire1 de dgot dans ce qu'on prouve1 qu'on ne peut concevoir comment on aurait le courage d'agir1 si ses actions retournant ses sensations1 et ses sensations ses actions1 on savait si positivement le prix de ce qu'on fait1 la rcompense de ses efforts4 ,comment exister sans tre utile1 et se donner la peine de vivre quand personne ne s'affligerait de nous voir mourir6 ,si l'avare1 si l'goste sont incapables de ces retours sensibles1 il est un malheur particulier de tels caractres auquel ils ne peuvent jamais chapper2 ils craignent la mort1 comme s'ils avaient su jouir de la vie3 aprs avoir sacrifi leurs jours prsents leurs jours venir1 ils prouvent une sorte de rage en voyant s'approcher le terme de l'existence4 ,les affections du coeur augmentent le prix de la vie en diminuant l'amertume de la mort2 tout ce qui est aride fait mal vivre et mal mourir4 ,enfin les passions personnelles sont de l'esclavage autant que celles qui mettent dans la dpendance des autres2 elles rendent galement impossible l'empire sur soi-mme1 et c'est dans le libre et constant exercice de cette puissance qu'est le repos et ce qu'il y a de bonheur4 ,les passions qui dgradent l'homme1 en resserrant son gosme dans ses sensations1 ne produisent pas sans doute ces bouleversements de l'me o l'homme prouve toutes les douleurs que ses facults lui permettent de ressentir2 mais il ne reste aux peines causes par des penchants mprisables aucun genre de consolation2 le dgot qu'elles inspirent aux autres passe jusqu' celui qui les prouve4 ,il n'y a rien de plus amer dans l'adversit que de ne pas pouvoir s'intresser soi2 l'on est malheureux sans trouver mme de l'attendrissement dans son me2 il y a quelque chose de dessch dans tout votre tre1 un sentiment d'isolement si profond1 qu'aucune ide ne peut se joindre l'impression de la douleur3 il n'y a rien dans le pass1 il n'y a rien dans l'avenir1 il n'y a rien autour de soi2 on souffre sa place1 mais sans pouvoir s'aider de sa pense1 sans oser mditer sur les diffrentes causes de son infortune1 sans se relever par de grands souvenirs o la douleur puisse s'attacher4 ,,chapitre ,,vi4 ,de l'envie et de la vengeance4 ,il est des passions qui n'ont pas prcisment de but1 et cependant remplissent une grande partie de la vie2 elles agissent sur l'existence sans la diriger1 et l'on sacrifie le bonheur leur puissance ngative3 car1 par leur nature1 elles n'offrent pas mme l'illusion d'un espoir et d'un avenir1 mais seulement elles donnent le besoin de satisfaire l'pre sentiment qu'elles inspirent3 il semble que de telles passions ne soient composes que du mauvais succs de toutes2 de ce nombre1 mais avec des nuances diffrentes1 sont l'envie et la vengeance4 ,l'envie ne promet aucun genre de jouissances1 mme de celles qui amnent du malheur leur suite4 ,l'homme qui a cette disposition voit1 dans le monde beaucoup plus de sujets de jalousie qu'il n'en existe rellement2 et pour se croire la fois heureux et suprieur1 il faudrait juger de son sort par l'envie que l'on inspire3 c'est un mobile dont l'objet est une souffrance1 et qui n'exerce l'imagination1 cette facult insparable de la passion1 que sur une ide pnible4 ,la passion de l'envie n'a point de terme1 parce qu'elle n'a point de but2 elle ne se refroidit point1 parce que ce n'est d'aucun genre d'enthousiasme1 mais de l'amertume seule qu'elle s'alimente1 et que chaque jour accrot ses motifs par ses effets3 celui qui commence par har inspire une irritation propre faire mriter sa haine qui d'abord tait injuste4 ,les potes se sont exercs sur tous les emblmes de malheur qu'il fallait attachera l'envie4 ,quel triste sort1 en effet1 que celui d'une passion qui se dvore elle-mme1 et1 poursuivie sans cesse par l'image de ce qui la blesse1 ne peut se reprsenter une circonstance quelconque o elle trouverait du repos6 ,il y a tant de maux sur la terre cependant1 qu'il semblerait que tout ce qui arrive dans le monde dt tre une jouissance pour l'envie2 mais elle est si difficile en malheurs1 que s'il reste de la considration ct des revers1 un sentiment travers mille infortunes1 une qualit parmi des torts1 si le souvenir de la prosprit relve dans la misre1 l'envieux souffre et dteste encore3 il dmle1 pour har1 des avantages inconnus celui qui les possde2 il faudrait1 pour qu'il cesst de s'agiter1 qu'il crt tout ce qui existe infrieur sa fortune1 ses talents1 son bonheur mme2 et il a la conscience1 au contraire1 que nul tourment ne peut galer l'impression aride et desschante que sa passion dominatrice produit sur lui4 ,enfin l'envie prend sa source dans ce terrible sentiment de l'homme qui lui rend odieux le spectacle du bonheur qu'il ne possde pas1 et lui ferait prfrer l'galit de l'enfer aux gradations dans le paradis4 ,la gloire1 la vertu1 le gnie viennent se briser contre cette force destructive2 elle met une borne aux efforts1 aux lans de la nature humaine3 son influence est souveraine2 car qui blme1 qui djoue1 qui s'oppose1 qui renverse1 qui se saisit enfin de la force destructive1 finit toujours par triompher4 ,mais le mal que l'envieux sait causer ne lui compose pas mme un bonheur selon ses voeux2 chaque jour la fortune ou la nature lui donnent de nouveaux ennemis2 vainement il en fait ses victimes1 aucun de ses succs ne le rassure1 il se sent infrieur ce qu'il dtruit1 il est jaloux de ce qu'il immole2 enfin1 ses yeux mmes1 il est toujours humili1 et ce supplice s'augmente par tout ce qu'il fait pour l'viter4 ,il est une passion dont l'ardeur est terrible1 une passion plus redoutable dans ce temps que dans tous les autres3 c'est la vengeance4 ,il ne peut tre question de bonheur positif obtenu par elle1 puisqu'elle ne doit sa naissance qu' une grande douleur1 qu'on croit adoucir en la faisant partager celui qui l'a cause2 mais il n'est personne qui1 dans diverses circonstances de sa vie1 n'ait ressenti l'impulsion de la vengeance4 ,elle drive immdiatement de la justice1 quoique ses effets y soient souvent si contraires4 ,faire aux autres le mal qu'ils vous ont fait1 se prsente d'abord comme une maxime quitable2 mais ce qu'il y a de naturel dans cette passion ne rend ses consquences ni plus heureuses1 ni moins coupables3 c'est combattre les mouvements involontaires qui entranent vers un but condamnable que la raison est particulirement destine2 car la rflexion est autant dans la nature que l'impulsion4 ,il est certain d'abord qu'on soutient difficilement l'ide de savoir heureux l'objet qui vous a plong dans le dsespoir4 ,ce tableau vous poursuit1 comme1 par un mouvement contraire1 l'imagination de la piti offre la peinture des douleurs qu'elle excite soulager4 ,l'opposition de votre peine et de la flicit de votre ennemi produit dans le sang un vritable soulvement4 ,ce qu'on a le plus de peine aussi supporter dans l'infortune1 c'est l'absorbation1 la fixation sur une seule ide2 et tout ce qui porte la pense au dehors de soi1 tout ce qui excite l'action trompe le malheur4 ,il semble qu'en agissant on va changer la situation de son me2 et le ressentiment1 ou l'indignation contre le crime1 tant d'abord ce qui est le plus apparent dans sa propre douleur1 on croit1 en satisfaisant ce mouvement1 chapper tout ce qui doit le suivre2 mais en observant un coeur gnreux et sensible1 on dcouvre qu'on serait plus malheureux encore aprs s'tre veng qu'auparavant4 ,l'occupation o l'on est de son ressentiment1 l'effort qu'on fait sur soi pour le combattre1 remplit la pense de diverses manires2 aprs s'tre veng1 l'on reste seul avec sa douleur1 sans autre ide que la souffrance4 ,vous rendez votre ennemi1 par votre vengeance1 une espce d'galit avec vous2 vous le sortez de dessous le poids de votre mpris1 vous vous sentez rapproch par l'action mme de punir2 si l'effort que vous tenteriez pour vous venger tait inutile1 votre ennemi aurait sur vous l'avantage qu'on prend toujours sur les volonts impuissantes1 quels qu'en soient la nature et l'objet4 ,tous les genres d'garement sont excusables dans les vritables douleurs2 mais ce qui dmontre cependant combien la vengeance tient des mouvements condamnables1 c'est qu'il est beaucoup plus rare de se venger par sensibilit que par esprit de parti1 ou par amour-propre4 ,les mes gnreuses qui se sont abandonnes des mouvements coupables1 ont fait un tort immense l'ascendant de la moralit2 elles ont runi des torts graves des motifs levs1 et le sens mme des mots s'est trouv chang par les penses accessoires que leur exemple y a runies4 ,le mme terme exprime l'assassinat de ,csar et celui de ,henri ,,iv2 et les grands hommes qui se sont cru le droit de faire plier une loi de la moralit devant leurs intentions sublimes1 ont fait plus de mal par la latitude qu'ils ont donne l'ide de la vertu1 que les sclrats mpriss dont les actions ont exalt l'horreur qu'inspire le crime4 ,enfin1 par quelque motif qu'on se croie excit la vengeance1 il faut rpter ceux qui voudraient s'y abandonner1 non pas qu'ils n'y trouveraient pas de bonheur1 ils ne le savent que trop2 mais il faut leur rpter qu'il n'est point de flau politique plus redoutable4 ,cette passion pourrait perptuer le malheur depuis la premire offense jusqu' la fin de la race humaine3 et dans les temps o les fureurs des partis ont emport tous les hommes dans tous les sens au del des bornes de la vertu1 de la raison et d'eux-mmes1 les rvolutions ne cessent que quand chacun n'est plus agit par le besoin de prvenir ou d'viter les effets de la vengeance4 ,on se persuade que la crainte d'tre puni peut empcher les hommes violents de se porter de certains excs2 ce n'est pas du tout connatre la nature de l'emportement4 ,quand on est criminel de sang-froid1 comme on calcule toujours1 tels prils1 tels obstacles de plus peuvent arrter2 mais les hommes passionns qui se prcipitent dans les rvolutions sont irrits par la crainte mme1 si l'on parvient la leur faire prouver2 la peur excite les caractres imptueux1 au lieu de les contenir4 ,il est une rflexion qui devrait servir de guide ceux qui se mlent des grands dbats des hommes entre eux2 c'est qu'ils doivent considrer leurs ennemis comme tant de leur nature3 il y a malheureusement de l'homme jusque dans le sclrat1 et l'on ne se sert jamais cependant de la connaissance de soi1 pour s'aider devenir un autre4 ,on dit qu'il faut contraindre1 humilier1 punir1 et l'on sait nanmoins que de pareils moyens ne produiraient dans notre me qu'une exaspration irrparable2 on voit ses ennemis comme une chose physique qu'on peut abattre1 et soi-mme comme un tre moral que sa propre volont seule doit diriger4 ,s'il est une passion destructive du bonheur et de l'existence des pays libres1 c'est la vengeance2 l'enthousiasme qu'inspire la libert1 l'ambition qu'elle excite1 met les hommes dans un plus grand mouvement1 fait natre plus d'occasions d'tre opposs les uns aux autres4 ,l'amour de la patrie l'emportait tellement chez les ,romains sur toute autre passion1 que les ennemis servaient ensemble1 et d'un commun accord1 les intrts de la rpublique4 ,si la vengeance n'est pas proscrite par l'esprit public dans une nation o chaque individu existe de toute sa force personnelle1 o le despotisme ne comprimant point la masse1 chaque homme a une valeur et une puissance particulires1 les individus finiront par har tous les individus1 et le lien de parti se rompant mesure qu'un nouveau mouvement cre de nouvelles divisions1 il n'y aura point d'homme qui n'ait1 aprs un certain temps1 des motifs pour dtester successivement tout ce qu'il a connu dans sa vie4 ,certes1 le plus bel exemple qui pt exister de renonciation la vengeance1 ce serait en ,france1 si la haine cessait de renouveler les rvolutions2 si le nom franais1 par orgueil et par patriotisme1 ralliait tous ceux qui ne sont pas assez criminels pour que le pardon mme ne ft pas cru de leur propre coeur4 ,sans doute1 ce serait un hroque oubli2 mais il est tellement ncessaire que1 mme en jugeant son tonnante difficult1 on a besoin de l'esprer encore4 ,la ,france ne peut tre sauve que par ce moyen1 et les partisans de la libert1 les amateurs des arts1 les admirateurs du gnie1 les amis d'un beau ciel1 d'une nature fconde1 tout ce qui sait penser1 tout ce qui a besoin de sentir1 tout ce qui veut vivre1 enfin1 de la vie des ides ou des sensations fortes1 implore grands cris le salut de cette ,france4 ,,chapitre ,,vii4 ,de l'esprit de parti4 ,il faut avoir vcu contemporain d'une rvolution religieuse ou politique1 pour savoir quelle est la force de cette passion4 ,elle est la seule dont la puissance ne se dmontre pas galement dans tous les temps et dans tous les pays4 ,il faut qu'une fermentation1 cause par des vnements extraordinaires1 dveloppe ce sentiment1 dont le germe existe toujours chez un grand nombre d'hommes1 mais peut mourir avec eux sans qu'ils aient jamais eu l'occasion de le reconnatre4 ,des querelles frivoles1 telles que des disputes sur la musique1 sur la littrature1 peuvent donner quelques ides lgres de la nature de l'esprit de parti2 mais il n'existe tout entier1 mais il n'est l'action dvorante qui consume les gnrations et les empires1 que dans ces grands dbats o l'imagination peut puiser sans mesure tous les motifs d'enthousiasme ou de haine4 ,on doit d'abord distinguer l'esprit de parti1 de l'amour-propre qui fait tenir l'opinion qu'on a soutenue2 il en diffre tellement1 qu'on peut mme quelquefois mettre ces deux penchants en opposition4 ,un homme diversement clbre1 ,m4 de ,condorcet1 avait prcisment le caractre de l'esprit de parti4 ,ses amis assurent qu'il aurait crit contre son opinion1 qu'il l'aurait et dsavoue et combattue ouvertement1 sans confier personne le secret de ses efforts1 s'il avait cru que ce moyen pt servir faire triompher la cause de cette opinion mme4 ,l'orgueil1 l'mulation1 la vengeance1 la crainte1 prennent le masque de l'esprit de parti2 mais cette passion elle seule est plus ardente3 elle est du fanatisme et de la foi1 quelque objet qu'elle s'applique4 ,eh6 qu'y a-t-il au monde de plus violent et de plus aveugle que ces deux sentiments8 ,pendant les sicles dchirs par les querelles religieuses1 on a vu des hommes obscurs1 sans aucune ide de gloire1 sans aucun espoir d'tre connus1 employer tous les moyens1 braver tous les dangers pour servir la cause qu'ils avaient adopte4 ,un beaucoup plus grand nombre d'hommes se mle aux querelles politiques1 parce que1 dans les intrts de ce genre1 toutes les passions se joignent l'esprit de parti1 et dcident suivre l'un ou l'autre tendard2 mais le pur fanatisme1 dans tous les temps1 et pour quelque but que ce soit1 n'existe que dans un certain nombre d'hommes1 qui auraient t catholiques ou protestants dans le quinzime sicle1 et se font aujourd'hui aristocrates ou jacobins4 ,ce sont des esprits crdules1 soit qu'ils se passionnent pour ou contre les vieilles erreurs2 et leur violence1 sans arrt1 leur donne le besoin de se placer l'extrme de toutes les ides1 pour y mettre l'aise leur jugement et leur caractre4 ,l'exaltation de ce qu'on appelle la philosophie est une superstition comme le culte des prjugs2 les mmes dfauts conduisent aux deux excs contraires1 et c'est la diffrence des situations ou le hasard d'un premier mot1 qui1 dans la classe commune1 fait de deux hommes de parti1 deux ennemis ou deux complices4 ,l'homme clair qui d'abord adopta la cause des principes1 parce que sa pense n'avait pu s'astreindre respecter des prjugs absurdes1 alors qu'il embrasse une vrit avec l'esprit de parti1 perd la facult de raisonner1 ainsi que le partisan de l'erreur1 et bientt emploie des moyens semblables4 ,de mme qu'on a vu prcher l'athisme avec l'intolrance de la superstition1 l'esprit de parti commande la libert avec la fureur du despotisme4 ,on a dit souvent1 dans le cours de la rvolution de ,france1 que les aristocrates et les jacobins tenaient le mme langage1 taient aussi absolus dans leurs opinions1 et1 selon la diversit des situations1 adoptaient un systme de conduite galement intolrant4 ,cette remarque doit tre considre comme une simple consquence du mme principe4 ,les passions rendent les hommes semblables entre eux1 comme la fivre jette dans le mme tat des tempraments divers2 et de toutes les passions1 la plus uniforme dans ses effets c'est l'esprit de parti4 ,elle s'empare de vous comme une espce de dictature1 qui fait taire toutes les autorits de l'esprit1 de la raison et du sentiment3 sous cet asservissement1 pendant qu'il dure1 les hommes sont moins malheureux que par le libre arbitre qui reste encore aux autres passions2 dans celle-l1 la route qu'il faut suivre est commande comme le but qu'on doit atteindre3 les hommes domins par cette passion sont inbranlables jusque dans le choix de leurs moyens2 ils ne voudraient pas les modifier1 mme pour arriver plus srement leur objet3 les chefs1 comme dans toutes les religions1 sont plus adroits1 parce qu'ils sont moins enthousiastes2 mais les disciples se font un article de foi de la route autant que du but4 ,il faut que les moyens soient de la nature de la cause1 parce que cette cause1 paraissant la vrit mme1 doit triompher seulement par l'vidence et la force4 ,je vais rendre cette ide sensible par des exemples4 ,dans l'assemble constituante1 les membres du ct droit auraient pu faire passer quelques-uns des dcrets qui les intressaient1 s'ils eussent laiss la parole des hommes plus modrs qu'eux1 et par consquent plus agrables au parti populaire2 mais ils aimaient mieux perdre leur cause en la faisant soutenir par l'abb ,maury1 que de la gagner en la laissant dfendre par un orateur qui ne ft pas prcisment de leur opinion sous tous les autres rapports4 ,un triomphe acquis par une condescendance est une dfaite pour l'esprit de parti4 ,lorsque les constitutionnels luttaient contre les jacobins1 si les aristocrates avaient adopt le systme des premiers1 s'ils avaient conseill au roi de se livrer eux1 ils auraient alors renvers l'ennemi commun1 sans perdre l'espoir de se dfaire un jour de leurs allis4 ,mais dans l'esprit de parti1 l'on aime mieux tomber en entranant ses ennemis1 que triompher avec quelqu'un d'entre eux4 ,lorsqu'en tant assidu aux lections1 on pouvait influer sur le choix des hommes dont allait dpendre le sort de la ,france1 les aristocrates aimaient mieux l'exposer au joug des sclrats que de reconnatre quelques-uns des principes de la rvolution en votant dans les assembles primaires4 ,l'intgrit du dogme importe davantage encore que le succs de la cause4 ,plus l'esprit de parti est de bonne foi1 moins il admet de conciliation ou de trait d'aucun genre2 et comme ce ne serait pas croire vritablement l'existence efficace de sa religion que de recourir l'art pour l'tablir1 dans un parti l'on se rend suspect en raisonnant1 en reconnaissant mme la force de ses ennemis1 en faisant le moindre sacrifice pour assurer la plus grande victoire4 ,quel exemple de cet esprit impliable1 dans chaque dtail comme dans l'ensemble1 le parti populaire aussi n'a-t-il pas donn8 ,combien de fois n'a-t-il pas refus tout ce qui pouvait ressembler une modification8 ,l'ambition sait se plier chacune des circonstances pour profiter de toutes2 la vengeance mme peut retarder ou dtourner sa marche2 mais l'esprit de parti est comme les forces aveugles de la nature1 qui vont toujours dans la mme direction3 cette impulsion une fois donne la pense1 elle prend un caractre de roideur qui lui te1 pour ainsi dire1 ses attributs intellectuels3 on croit se heurter contre quelque chose de physique lorsqu'on parle des hommes qui se prcipitent dans la ligne de leur opinion2 ils n'entendent1 ni ne voient1 ni ne comprennent3 avec deux ou trois raisonnements ils font face toutes les objections2 et lorsque ces traits lancs n'ont pas convaincu1 ils ne savent plus avoir recours qu' la perscution4 ,l'esprit de parti unit les hommes entre eux par l'intrt d'une haine commune1 mais non par l'estime ou l'attrait du coeur2 il anantit les affections qui existent dans l'me1 pour y substituer des liens forms seulement par les rapports d'opinion4 ,l'on sait moins de gr un homme de ce qu'il fait pour vous que pour votre cause4 ,vous avoir sauv la vie est un mrite beaucoup moins grand vos yeux que de penser comme vous2 et1 par un code singulier1 l'on n'tablit les relations d'attachement et de reconnaissance qu'entre les personnes du mme avis4 ,la limite de son opinion est aussi celle de ses devoirs2 et si l'on reoit1 dans quelque circonstance1 des secours d'un homme qui suit un parti contraire au sien1 il semble que la confraternit humaine n'existe plus avec lui1 et que le service qu'il vous a rendu soit un hasard qu'on doit totalement sparer de celui qui l'a fait natre4 ,les grandes qualits d'un homme qui n'a pas la mme religion politique que vous ne peuvent tre comptes par ses adversaires3 les torts1 les crimes mmes de ceux qui partagent votre opinion1 ne vous dtachent pas d'eux4 ,le grand caractre de la vritable passion est d'anantir tout ce qui n'est pas elle1 et une ide dominante absorbe toutes les autres4 ,il n'est point de passion qui doive plus entraner tous les crimes1 par cela mme que celui qui l'prouve est enivr de meilleure foi1 et que le but de cette passion n'tant pas personnel l'individu qui s'y livre1 il croit se dvouer en faisant le mal1 conserve le sentiment de la vertu en commettant les plus grands crimes1 et n'prouve ni les craintes1 ni les remords insparables des passions gostes1 des passions qui sont coupables aux yeux de celui mme qui s'y abandonne4 ,l'esprit de parti n'a point de remords4 ,son premier caractre est de voir son objet tellement au-dessus de tout ce qui existe1 qu'il ne peut se repentir d'aucun sacrifice quand il s'agit d'un tel but4 ,la dpopulation de la ,france tait conue par la froce ambition de ,robespierre1 excute par la bassesse de ses agents2 mais cette affreuse ide tait admise par l'esprit de parti lui seul1 et l'on a dit1 sans tre un assassin1 ,il y a deux millions d'hommes de trop en ,france4 ,l'esprit de parti est exempt de crainte1 non pas seulement par l'exaltation de courage qu'il peut inspirer1 mais par la scurit qu'il fait natre3 les jacobins et les aristocrates1 depuis le commencement de la rvolution1 n'ont pas un instant dsespr du triomphe de leur opinion2 et au milieu des revers qui ont frapp si constamment les aristocrates1 il y avait quelque chose de bat dans la certitude avec laquelle ils dbitaient des nouvelles que la foi la plus superstitieuse aurait peine adoptes4 ,il y a cependant quelques nuances gnrales qui1 sans application particulire la rvolution de ,france1 distinguent l'esprit de parti de ceux qui dfendent les anciens prjugs1 d'avec l'esprit de parti de ceux qui veulent tablir de nouveaux principes4 ,l'esprit de parti des premiers est de meilleure foi1 celui des novateurs est plus habile2 la haine des premiers est plus profonde1 celle des autres est plus agissante2 les premiers s'attachent plus aux hommes1 les novateurs davantage aux choses2 les premiers sont plus implacables1 les seconds plus meurtriers2 les premiers regardent leurs adversaires comme des impies1 les seconds les considrent comme des obstacles2 en sorte que les premiers dtestent par sentiment1 tandis que les autres dtruisent par calcul1 et qu'il y a moins de paix esprer des partisans des anciens prjugs1 et plus redouter de la guerre faite par leurs ennemis4 ,malgr ces diffrences cependant1 les caractres gnraux sont toujours pareils4 ,l'esprit de parti est une sorte de frnsie de l'me qui ne tient point la nature de son objet4 ,c'est ne plus voir qu'une ide1 lui rapporter tout1 et n'apercevoir que ce qui peut s'y runir3 il y a une sorte de fatigue l'action de comparer1 de balancer1 de modifier1 d'excepter1 dont l'esprit de parti dlivre entirement4 ,les violents exercices du corps1 l'attaque imptueuse qui n'exige aucune retenue1 donnent une sensation physique trs-vive et trs-enivrante3 il en est de mme au moral de cet emportement de la pense1 qui1 dlivre de tous ses liens1 voulant seulement aller en avant1 s'lance sans rflexion aux opinions les plus extrmes4 ,jamais il ne peut en coter l'esprit de parti d'abandonner des avantages individuels dont on sait la mesure1 pour un but tel que cette passion le fait concevoir1 pour un but qui n'a jamais rien de rel1 de jug1 ni de connu1 et que l'imagination revt de toutes les illusions dont la pense est susceptible4 ,la dmocratie ou la royaut sont le paradis de leurs vrais enthousiastes2 ce qu'elles ont t1 ce qu'elles peuvent devenir n'a aucun rapport avec les sensations que leurs partisans prouvent leur nom2 lui seul il remue toutes les affections ardentes et crdules dont l'homme est susceptible4 ,par cette analyse1 on voit que la source de l'esprit de parti est tout fait trangre au sentiment du crime2 mais si cet examen philosophique inspire un moment d'indulgence1 combien les effets affreux de cette passion ne ramnent-ils pas l'effroi qu'elle doit inspirer6 ,il n'en est point qui puisse cet excs borner la pense et dpraver la moralit4 ,l'esprit humain ne peut avoir son dveloppement1 ne peut faire de vritables progrs qu'en arrivant l'impartialit la plus absolue1 en effaant au dedans de soi la trace de toutes les habitudes1 de tous les prjugs1 en se faisant1 comme ,descartes1 une mthode indpendante de toutes les routes dj traces4 ,or1 quand la pense est une fois saisie de l'esprit de parti1 ce n'est pas des objets soi1 mais de soi vers les objets que partent les impressions2 on ne les attend pas1 on les devance1 et l'oeil donne la forme au lieu de recevoir l'image4 ,les hommes d'esprit qui1 dans toute autre circonstance1 cherchent se distinguer1 ne se servent jamais alors que du petit nombre d'ides qui leur sont communes avec les plus borns d'entre ceux de la mme opinion4 ,il y a une sorte de cercle magique trac autour du sujet de ralliement1 que tout le parti parcourt1 et que personne ne peut franchir3 soit qu'on redoute1 en multipliant ses raisonnements1 d'offrir un plus grand nombre de points d'attaque ses ennemis2 soit que la passion ait galement dans tous les hommes plus d'identit que d'tendue1 plus de force que de varit4 ,placs l'extrme d'une ide1 comme des soldats leur poste1 jamais vous ne pourrez les dcider venir la dcouverte d'un autre point de vue de la question2 et tenant quelques principes comme des chefs1 des opinions comme des serments1 on dirait que vous leur proposez une trahison1 quand vous voulez les engager examiner1 s'occuper d'une ide nouvelle1 combiner de nouveaux rapports4 ,cette manire de ne considrer qu'un seul ct dans tous les objets1 et de les prsenter toujours dans le mme sens1 est ce que l'on peut imaginer de plus fatigant ds qu'on n'est pas susceptible de l'esprit de parti2 et l'homme le plus impartial1 tmoin d'une rvolution1 finit par ne plus savoir comment retrouver le vrai1 au milieu des tableaux imaginaires o chaque parti croit montrer la vrit avec vidence4 ,les gomtres appellent eux la certitude par des moyens assurs2 mais dans cette sphre d'ides o les sensations1 les rflexions1 les paroles mme1 s'aident mutuellement former le corps des vraisemblances1 quand les mots les plus nobles ont t dshonors1 les raisonnements les plus justes faussement enchans1 les sentiments les plus vrais opposs les uns aux autres1 on se croit dans ce chaos que ,milton aurait rendu mille fois plus horrible s'il l'avait pu reprsenter1 dans le monde intellectuel1 confondant aux yeux de l'homme le juste et l'injuste1 le crime et la vertu4 ,un sicle1 une nation1 un homme1 sous le seul rapport des lumires1 sont trs-longtemps se relever du flau de l'esprit de parti4 ,les rputations n'ayant plus de rapport avec le mrite rel1 l'mulation se ralentit en perdant son objet4 ,l'injustice dcourage de la recherche de la vrit2 la gloire est rarement contemporaine1 et la renomme elle-mme est tellement investie par l'esprit de parti1 que l'homme vertueux et grand peut ne pas obtenir son recours sur les sicles4 ,cette passion touffe dans les hommes suprieurs les facults qu'ils tenaient de la nature2 et cette carrire de vrit1 indfinie comme l'espace et le temps1 dans laquelle l'homme qui pense jouit d'un avenir sans bornes1 atteint un but toujours renaissant2 cette carrire se referme la voix de l'esprit de parti1 et tous les dsirs comme toutes les craintes vouent la servitude de la foi les ttes formes pour concevoir1 dcouvrir et juger4 ,enfin1 l'esprit de parti doit tre de toutes les passions celle qui s'oppose le plus au dveloppement de la pense1 puisque1 comme nous l'avons dj dit1 ce fanatisme ne laisse pas mme le choix des moyens pour assurer sa victoire1 et que son propre intrt ne l'claire point1 quand il est entirement de bonne foi4 ,l'esprit de parti arrive souvent son but par sa constance et son intrpidit1 mais jamais par ses lumires3 l'esprit de parti qui calcule n'est dj plus2 c'est alors une opinion1 un plan1 un intrt2 ce n'est plus la folie1 l'aveuglement qui ne pourrait cesser sur un point sans laisser entrevoir tout le reste4 ,mais si cette passion borne la pense1 quelle influence n'a-t-elle pas sur le coeur6 ,je commence par dire qu'il y a une poque de la rvolution de ,france 7la tyrannie de ,robespierre7 dont il me parat impossible d'expliquer tous les effets par des ides gnrales1 ni sur l'esprit de parti1 ni sur les autres passions humaines2 ce temps est hors de la nature1 au del du crime2 et1 pour le repos du monde1 il faut se persuader que nulle combinaison ne pouvant conduire prvoir1 expliquer de semblables atrocits1 ce concours fortuit de toutes les monstruosits morales est un hasard inou dont des milliers de sicles ne peuvent ramener la chance4 ,mais en de de cet horrible terme1 combien en ,france1 combien dans tous les temps l'esprit de parti n'a-t-il pas entran d'actions coupables6 ,c'est une passion sans aucune espce de contre-poids2 tout ce qui se rencontre dans sa route doit tre sacrifi au but qu'elle se propose4 ,toutes les autres passions tant gostes1 il s'tablit dans plusieurs occasions une sorte de balance entre les divers intrts personnels4 ,un ambitieux peut quelquefois prfrer les plaisirs de l'amiti1 les avantages de l'estime1 telle ou telle partie du pouvoir2 mais dans l'esprit de parti il n'y a rien que d'absolu1 parce qu'il n'y a rien de rel1 et que la comparaison se faisant toujours du connu l'inconnu1 de ce qui a une borne ce qui est indfini1 ne permet jamais d'hsiter en cette incommensurable esprance et quelque bien temporel que ce puisse tre4 ,je me sers de l'expression temporel1 parce que l'esprit de parti difie la cause qu'il adopte1 en esprant de son triomphe des effets au-dessus de la nature des choses4 ,l'esprit de parti est la seule passion qui se fasse une vertu de la destruction de toutes les vertus1 une gloire de toutes les actions qu'on chercherait cacher si l'intrt personnel les faisait commettre2 et jamais l'homme n'a pu tre jet dans un tat aussi redoutable1 que lorsqu'un sentiment qu'il croit honnte lui commande des crimes2 s'il est capable d'amiti1 il est plus fier de la sacrifier2 s'il est sensible1 il s'enorgueillit de dompter sa peine3 enfin la piti1 ce sentiment cleste qui fait de la douleur un lien entre les hommes1 la piti1 cette vertu d'instinct1 qui conserve l'espce humaine en prservant les individus de leurs propres fureurs1 l'esprit de parti a trouv le seul1 moyen de l'anantir dans l'me1 en portant l'intrt sur les nations entires1 sur les races futures1 pour le dtacher des individus4 ,l'esprit de parti efface les traits de sympathie pour y substituer des rapports d'opinion2 il prsente les malheurs actuels comme le moyen1 comme la garantie d'un avenir immortel1 d'un bonheur politique au-dessus de tous les sacrifices qu'on peut exiger pour l'obtenir4 ,si l'on s'tait convaincu d'un principe simple1 c'est que les hommes n'ont pas le droit de faire le mal pour arriver au bien1 nous n'aurions pas vu tant de victimes humaines immoles sur l'autel mme des vertus4 ,mais depuis que ces transactions ont exist entre le prsent et l'avenir1 entre le sacrifice de la gnration actuelle et les dons faire la gnration future1 il n'y a point eu de bornes1 qu'un nouveau degr de passion ne se crt en droit de franchir2 et souvent des hommes enclins au crime1 croyant s'enivrer des exemples de ,brutus1 de ,manlius1 de ,pison1 ont proscrit la vertu1 parce que de grands hommes avaient immol le crime2 ont assassin ceux qu'ils hassaient1 parce que les ,romains savaient sacrifier ce qu'ils avaient de plus cher2 ont massacr de faibles ennemis parce que des mes gnreuses avaient attaqu leurs adversaires dans la puissance2 et ne prenant du patriotisme que les sentiments froces qu'il a pu produire quelques poques1 n'ont eu de grandeur que dans le mal1 et ne se sont fis qu' l'nergie du crime4 ,il sera vrai1 cependant1 que l'homme vertueux peut surpasser1 en force active et dominante1 le coupable le plus audacieux4 ,il manque encore un beau spectacle au monde1 c'est un ,sylla dans la route de la vertu1 un homme dont le caractre dmontre que le crime est une ressource de la faiblesse1 et que c'est aux dfauts des hommes de bien1 mais non leur moralit1 qu'il faut attribuer leurs revers4 ,aprs avoir esquiss le tableau de l'esprit de parti1 il entre dans mon sujet de parler du bonheur que cette passion peut promettre4 ,il y a un moment de jouissance dans toutes les passions tumultueuses3 c'est le dlire qui agite l'existence et donne au moral l'espce de plaisir que les enfants1 prouvent dans les jeux qui les enivrent de mouvement et de fatigue4 ,l'esprit de parti peut trs-bien suppler l'usage des liqueurs fortes2 et si le petit nombre se drobe la vie par l'lvation de la pense1 la foule lui chappe par tous les genres d'ivresse3 mais quand l'garement a cess1 l'homme qui se rveille de l'esprit de parti est le plus infortun des tres4 ,d'abord l'esprit de parti ne peut jamais obtenir ce qu'il dsire2 les extrmes sont dans la tte des hommes1 mais point dans la nature des choses4 ,jamais il n'existe un esprit de parti sans qu'il en fasse natre un autre qui lui soit oppos1 et le combat ne finit que par le triomphe de l'opinion intermdiaire4 ,il faut de l'esprit de parti pour lutter efficacement avec un autre esprit de parti contraire1 et tout ce que la raison trouve absurde est prcisment ce qui doit russir contre un ennemi qui prendra aussi des mesures absurdes3 ce qui est au dernier terme de l'exagration transporte sur le terrain o il faut combattre1 et donne des armes gales celles de ses adversaires2 mais ce n'est point par calcul que l'esprit de parti prend ainsi des moyens extrmes1 et leur succs n'est point une preuve des lumires de ceux qui les emploient2 il faut que les chefs1 comme les soldats1 marchent en aveugles pour arriver2 et celui qui raisonnerait l'extravagance n'aurait jamais1 cet gard1 l'avantage d'un vritable fou4 ,la puissance guerrire est une puissance toute d'impulsion1 et il n'y a que la guerre dans l'esprit de parti2 car tous ces principes constitus pour l'attaque1 ces lois servant d'arme offensive finissent avec la paix1 et la victoire la plus complte d'un parti dtruit ncessairement toute l'influence de son fanatisme2 rien n'est1 rien ne peut rester comme il le veut4 ,c'est sans doute l'instinct secret de l'empire que doit avoir le vrai sur les vnements dfinitifs1 du pouvoir que doit prendre la raison dans les temps calmes2 c'est cet instinct qu'est due l'horreur des combattants pour les partisans des opinions modres4 ,les deux factions opposes les considrent comme leurs plus grands ennemis1 comme ceux qui doivent recueillir les avantages de la lutte sans s'tre mls du combat2 comme ceux enfin qui ne peuvent acqurir que des succs durables1 alors qu'ils commencent en obtenir4 ,les jacobins1 les aristocrates1 craignent moins leurs succs rciproques1 parce qu'ils les croient passagers1 et se connaissent des dfauts semblables qui donnent toujours autant d'avantage au vaincu qu'au vainqueur4 ,mais quand la fluctuation des ides ramne les affaires au point juste et possible1 la puissance1 la considration de l'esprit de parti est finie1 le monde se rasseoit sur ses bases1 l'opinion publique honore la raison et la vertu1 et cette poque invitable peut se calculer comme les lois de la nature4 ,il n'y a point de guerre ternelle1 et point de paix cependant sous la dicte des passions2 point de repos sans accord1 point de calme sans tolrance1 point de parti donc qui1 lorsqu'il a dtruit ses ennemis1 puisse satisfaire ses enthousiastes4 ,il est d'ailleurs une autre observation1 c'est que1 dans ces sortes de guerres1 le parti vaincu se venge toujours sur les hommes du triomphe qu'il cde aux choses4 ,les principes ressortent avec clat des attaques de leurs antagonistes2 les individus succombent sous les attaques de leurs adversaires4 ,tout homme extrme dans son parti n'est jamais propre gouverner les affaires de ce parti1 lorsqu'il cesse d'tre en guerre2 et la haine que les opposants portaient la cause prend la forme du mpris pour ses plus criminels dfenseurs4 ,ce qu'ils ont fait pour le triomphe de leur parti a perdu leur rputation individuelle2 ceux mme qui les applaudissaient1 lorsqu'ils croyaient tre prservs par eux de quelques dangers1 veulent l'honneur de les juger1 lorsque le pril est pass4 ,la vertu est tellement l'ide primitive de tous les hommes1 que les complices sont aussi svres que les juges1 lorsque la solidarit n'existe plus2 et les vaincus et les vainqueurs sont rconcilis ensemble1 quand les uns renoncent leur absurde cause1 et les autres leurs coupables chefs4 ,les triomphes d'un parti ne servent donc jamais ceux qui s'y sont montrs les plus violents et les plus injustes4 ,mais quand l'esprit de parti1 dans toute sa bonne foi1 rendrait indiffrent aux succs de l'ambition personnelle1 jamais cette passion1 considre d'une manire gnrale1 n'est compltement satisfaite par aucun rsultat durable2 et si elle pouvait l'tre1 si elle atteignait ce qu'elle appelle son but1 il n'est point d'espoir qui ft plus dtromp1 qui cesst plus srement au moment de la jouissance2 car il n'en est point dont les illusions aient moins de rapport avec la ralit3 il y a quelque chose de vrai dans les satisfactions que donnent la puissance1 la gloire2 mais lorsque l'esprit de parti triomphe1 par cela mme il est dtruit4 ,eh6 quel rveil que cet instant6 ,le malheur qu'il cause serait encore possible supporter1 s'il venait uniquement de la perte d'une grande esprance2 mais par quels moyens racheter les sacrifices qu'elle a cots1 et que devient un homme honnte1 alors qu'il se reconnat coupable d'actions qu'il condamne en recouvrant sa raison8 ,il en cote de le dire1 de peur de modifier l'horreur que doit inspirer le crime2 il y a1 dans la rvolution1 des hommes dont la conduite publique est dtestable1 et qui1 dans les relations prives1 s'taient montrs pleins de vertus4 ,je le rpte1 en examinant tous les effets du fanatisme1 on acquiert la dmonstration1 que c'est le seul sentiment qui puisse runir ensemble des actions coupables et une me honnte2 de ce contraste doit natre le plus effroyable supplice dont l'imagination puisse se faire l'ide4 ,les malheurs qui sont causs par le caractre ont leur remde en lui-mme2 il y a1 jusque dans l'homme profondment criminel1 une sorte d'accord qui seul peut faire qu'il existe1 et reste lui-mme2 les sentiments qui l'ont conduit au crime lui en drobent horreur3 il supporte le mpris par le mme mouvement qui l'a port le mriter4 ,mais quel supplice que la situation qui permet un homme estimable de se juger1 de se voir1 ayant commis de grands crimes6444 ,c'est d'une telle supposition que les anciens ont tir les plus terribles effets de leurs tragdies3 ils attribuent la fatalit les actions coupables d'une me vertueuse4 ,cette invention potique1 qui fait du rle d',oreste le plus dchirant de tous les spectacles1 l'esprit de parti peut la raliser4 ,la main de fer du destin n'est pas plus puissante que cet asservissement l'empire d'une seule ide1 ce dlire que toute pense unique fait natre dans la tte de celui qui s'y abandonne3 c'est la fatalit1 pour ces temps-ci1 que l'esprit de parti1 et peu d'hommes sont assez forts pour lui chapper4 ,aussi se rveilleront-ils un jour ceux qui seuls sont sincres1 ceux qui seuls mritent les regrets2 accabls de mpris1 tandis qu'ils auraient besoin de considration2 accuss du sang et des pleurs1 tandis qu'ils seront encore capables de piti2 isols dans l'univers sensible1 tandis qu'ils pensaient s'unir toute la race humaine4 ,ils prouveront ces douleurs alors que les motifs qui les ont entrans auront perdu toute ralit1 mme leurs yeux1 et ils ne conserveront de la funeste identit qui ne leur permet pas de se sparer de leur vie passe1 que les remords pour garants3 les remords1 seuls liens des deux tres les plus contraires1 celui qu'ils se sont montr sous le joug de l'esprit de parti1 celui qu'ils devaient tre par les dons de la nature4 ,,chapitre ,,viii4 ,du crime4 ,il faut le dire1 quoiqu'on en frmisse1 l'amour du crime en lui-mme est une passion4 ,sans doute1 ce sont toutes les autres qui conduisent cet excs2 mais quand elles ont entran l'homme un certain terme de sclratesse1 l'effet devient la cause1 et le crime1 qui n'tait d'abord que le moyen1 devient le but4 ,cet horrible tat demande une explication particulire1 et peut-tre faut-il avoir t tmoin d'une rvolution pour comprendre ce que je vais dire sur ce sujet4 ,deux liens retiennent les hommes sous l'empire de la moralit1 l'opinion publique et l'estime d'eux-mmes4 ,il y a beaucoup d'exemples de braver la premire en respectant la seconde2 alors le caractre prend une sorte d'amertume et de misanthropie qui exclut beaucoup des bonnes actions que l'on fait pour tre regard1 sans anantir toutefois les sentiments honntes qui dcident de l'accomplissement des principaux devoirs4 ,mais ds qu'on a rompu tout ce qui mettait de la consquence dans sa conduite1 ds qu'on ne peut plus rattacher sa vie aucun principe1 quelque facile qu'il soit1 la rflexion1 le raisonnement tant alors impossibles supporter1 il passe dans le sang une sorte de fivre qui donne le besoin du crime4 ,c'est une sensation physique transporte dans l'ordre moral1 et mme cette frnsie se manifeste assez ordinairement par des symptmes extrieurs4 ,robespierre et la plupart de ses complices avaient habituellement des mouvements convulsifs dans les mains1 dans la tte2 on voyait en eux l'agitation d'un constant effort4 ,on commence se livrer un excs par entranement2 mais1 son comble1 il amne toujours une sorte de tension involontaire et terrible2 hors des lignes de la nature1 dans quelque sens que ce soit1 ce n'est plus la passion qui commande1 mais la contraction qui soutient4 ,certainement l'homme criminel croit toujours1 d'une manire gnrale1 marcher vers un objet quelconque2 mais il y a un tel garement dans son me1 qu'il est impossible d'expliquer toutes ses actions par l'intrt du but qu'il veut atteindre3 le crime appelle le crime1 le crime ne voit de salut que dans de nouveaux crimes2 il fait prouver une rage intrieure qui force agir sans autre motif que le besoin d'action4 ,on ne peut gure comparer cet tat qu' l'effet du got du sang sur les btes froces1 alors mme qu'elles n'prouvent ni la faim1 ni la soif4 ,si1 dans le systme du monde1 les diverses natures des tres1 des espces1 des choses1 des sensations1 se tiennent par des intermdiaires1 il est certain que la passion du crime est le chanon entre l'homme et les animaux2 elle est quelques gards aussi involontaire que leur instinct1 mais elle est plus dprave2 car c'est la nature qui a cr le tigre1 et c'est l'homme qui s'est fait criminel2 l'animal sanguinaire a sa place marque dans le monde1 et il faut que le criminel le bouleverse pour y dominer4 ,la trace de raisonnement qu'on peut apercevoir travers le chaos des sensations d'un homme coupable1 c'est la crainte des dangers auxquels ses crimes l'exposent4 ,quelle que soit l'horreur qu'inspire un sclrat1 il surpasse toujours ses ennemis dans l'ide qu'il se fait de la haine qu'il mrite2 par del les actions atroces qu'il commet nos yeux1 il sait encore quelque chose de plus que nous qui l'pouvante2 il hait dans les autres l'opinion que1 sans se l'avouer1 il a de son propre caractre2 et le dernier terme de sa fureur serait de dtester en lui-mme ce qu'il lui reste de conscience1 et de se dchirer s'il vivait seul4 ,on s'tonne de l'inconsquence des sclrats2 et c'est prcisment ce qui prouve que le crime n'est plus pour eux l'instrument d'un dsir1 mais une frnsie sans motifs1 sans direction fixe1 une passion qui se meurt sur elle-mme4 ,l'ambition1 la soif du pouvoir1 ou tout autre sentiment excessif1 peut faire commettre des forfaits2 mais lorsqu'ils sont arrivs un certain excs1 il n'est aucun but qu'ils ne dpassent2 l'action du lendemain est commande par l'atrocit mme de celle de la veille3 une force aveugle pousse les hommes dans cette pente une fois qu'ils s'y sont placs2 le terme1 quel qu'il soit1 recule leurs yeux mesure qu'ils avancent4 ,l'objet de toutes les autres passions est connu1 et le moment de la possession promet du moins le calme de la satit2 mais dans cette horrible ivresse1 l'homme se sent condamn un mouvement perptuel2 il ne peut s'arrter aucun point limit1 puisque la fin de tout est du repos1 et que le repos est impossible pour lui2 il faut qu'il aille en avant1 non qu'au-devant de lui l'esprance apparaisse1 mais parce que l'abme est derrire1 et que1 comme pour s'lever au sommet de la montagne ,noire1 dcrite dans les ,contes ,persans1 les degrs sont tombs mesure qu'il les a monts4 ,le sentiment dominant de la plupart de ces hommes est sans doute la crainte d'tre punis de leurs forfaits2 cependant il y a en eux une certaine fureur qui ne leur permettrait pas d'adopter les moyens les plus srs1 s'ils taient en mme temps les plus doux3 ce n'est que dans les crimes prsents qu'ils cherchent la garantie des crimes passs2 car toute rsolution qui tendrait la paix1 la rconciliation1 ft-elle rellement utile leurs intrts1 ne serait jamais adopte par eux2 il y aurait dans de telles mesures une sorte de relchement1 de calme incompatible avec l'agitation intrieure1 avec l'pret convulsive des hommes de cette nature4 ,plus ils taient ns avec des facults sensibles1 plus l'irritation qu'ils prouvent est horrible4 ,il vaut mieux1 en fait de crimes1 avoir affaire ces tres corrompus1 pour qui la moralit n'a jamais t rien1 qu' ceux qui ont eu besoin de se dpraver1 de vaincre quelques qualits naturelles4 ,ils sont plus offenss du mpris1 ils sont plus inquiets d'eux-mmes1 ils s'lancent plus loin1 pour mieux se sparer des combinaisons ordinaires1 qui leur rappelleraient les anciennes traces de ce qu'ils ont senti et pens4 ,quand une fois les hommes sont arrivs cet horrible priode1 il faut les rejeter hors des nations1 car ils ne peuvent que les dchirer4 ,l'ordre social qui placerait un tel criminel sur le trne du monde1 ne l'apaiserait pas envers les hommes ses esclaves4 ,rien de restreint dans des bornes fixes1 ft-ce le plus haut point de prosprit1 ne peut convenir ces tres furieux1 qui dtestent les hommes comme des tmoins de leur vie4 ,le plus nergique d'entre ces monstres finit par devenir avide de la haine1 comme on l'est de l'estime4 ,la nature morale dans les esprits ardents tend toujours quelque chose de complet2 et l'on veut tonner par le crime1 quand il n'y a plus de grandeur possible que dans son excs4 ,l'agrandissement de soi1 ce dsir qui1 d'une manire quelconque1 est toujours le principe de toute action au dehors1 l'agrandissement de soi se retrouve dans l'effroi qu'on fait natre4 ,les hommes sont l pour craindre1 s'ils ne sont pas l pour aimer2 la terreur qu'on inspire flatte et rassure1 isole et enivre1 et1 avilissant les victimes1 semble absoudre leur tyran4 ,mais je m'aperois qu'en parlant du crime je n'ai pens qu' la cruaut2 la rvolution de ,france concentre toutes les ides dans cette horrible dpravation3 et1 aprs tout1 quel crime y a-t-il au monde1 si ce n'est ce qui est cruel1 c'est--dire1 ce qui fait souffrir les autres8 ,eh6 de quelle nature est celui qui1 pour son ambition1 a pu donner la mort8 de quelle nature est celui qui sait braver tout ce que cette ide a de solennel et de terrible1 cette ide dont le retour immdiat sur soi-mme devrait effrayer tout ce qui veut vivre8 ,cet acte irrparable1 cet acte qui seul donne l'homme un pouvoir sur l'ternit1 et lui fait exercer une facult qui n'est sans bornes que dans l'empire du malheur2 cet acte1 quand on a pu1 dans la rflexion1 le concevoir et l'ordonner1 jette l'homme dans un monde nouveau3 le sang est travers2 de ce jour1 il sent que le repentir est impossible1 comme le mal est ineffaable2 il ne se croit plus de la mme espce que tout ce qui traite du pass avec l'avenir4 ,si l'on pouvait encore avoir quelque prise sur un tel caractre1 ce serait en lui persuadant tout coup qu'il est absolument pardonn4 ,il n'est peut-tre point de tyran1 mme le plus prospre1 qui ne voult recommencer avec la vertu1 s'il pouvait anantir le souvenir de ses crimes3 mais1 d'abord1 il est presque impossible1 quand on le voudrait1 de persuader un coupable qu'on l'absout de ses forfaits4 ,l'opinion qu'un criminel a de lui-mme est d'une morale plus svre que la piti qu'il pourrait inspirer un honnte homme2 et1 d'ailleurs1 il est contre la nature des choses qu'une nation pardonne1 quand mme son intrt le plus vident devrait l'y engager4 ,il faudrait accueillir la premire lueur du repentir comme un engagement ternel1 et lier par leurs premiers pas ceux qui1 peut-tre1 les commenaient au hasard2 mais peine un individu a-t-il assez de force sur lui-mme pour suivre une telle conduite sans se dmentir4 ,par quels moyens peut-on confier la foule un plan qui ne peut russir que s'il n'a jamais l'air d'en tre un8 ,comment faire adopter au grand nombre une marche combine1 qui doit avoir l'apparence d'un mouvement involontaire1 et mouvoir la multitude l'aide du secret de chacun8 ,un homme vritablement criminel ne peut donc point tre ramen2 il possde encore moins de moyens en lui-mme pour recourir aux leons de la philosophie et de la vertu4 ,l'ascendant de l'ordre et du beau moral perd tout son effet sur une imagination dprave4 ,au milieu des garements qui n'ont pas atteint cet excs1 il reste toujours une portion de soi qui peut servir rappeler la raison2 on a senti dans tous les moments une arrire-pense qu'on est sr de retrouver quand on le voudra3 mais le criminel s'est lanc tout entier2 s'il a du remords1 ce n'est pas de celui qui retient1 mais de celui qui excite de plus en plus des actions violentes2 c'est une sorte de crainte qui prcipite les pas3 et1 d'ailleurs1 tous les sentiments1 toutes les sources d'motion1 tout ce qui peut enfin produire une rvolution dans le fond du coeur de l'homme1 n'existant plus1 il doit suivre ternellement la mme route4 ,je n'ai pas besoin de parler de l'influence d'une telle frnsie sur le bonheur2 le danger de tomber d'un tel tat est le malheur mme qui menace l'homme abandonn ses passions2 et ce danger seul suffit pour pouvanter de tout ce qui pourrait y conduire4 ,il n'y a que des nuances ct de cette couleur2 et les potes anciens ont si bien senti ce que cette situation avait d'pouvantable1 que1 s'aidant1 pour la peindre1 de tous les contes allgoriques de la mythologie1 ce n'est pas la souffrance seule du remords1 mais la douleur mme de la passion qu'ils ont exprime dans leurs tableaux des enfers4 ,la plus grande partie des ides mtaphysiques que je viens d'essayer de dvelopper1 sont indiques par les fables reues sur le destin des grands criminels3 le tonneau des ,danades1 ,sisyphe1 roulant sans cesse une pierre1 et la remontant au haut de la mme montagne pour la voir rouler en bas de nouveau1 sont l'image de ce besoin d'agir1 mme sans objet1 qui force un criminel l'action la plus pnible1 ds qu'elle le soustrait ce qu'il ne peut supporter1 le repos4 ,tantale1 approchant sans cesse d'un but qui s'loigne toujours devant lui1 peint le supplice habituel des hommes qui se sont livrs au crime2 ils ne peuvent atteindre aucun bien1 ni cesser de le dsirer4 ,enfin1 les anciens potes philosophes ont senti que ce n'tait pas assez de peindre les peines du repentir2 qu'il fallait plus pour l'enfer1 qu'il fallait montrer ce qu'on prouvait au plus fort de l'enivrement1 ce que faisait souffrir la passion du crime avant que1 par le remords mme1 elle et cess d'exister4 ,on se demande pourquoi1 dans un tat si pnible1 les suicides ne sont pas plus frquents2 car la mort est le remde l'irrparable4 ,mais de ce que les criminels ne se tuent presque jamais1 on ne doit point en conclure qu'ils sont moins malheureux que les hommes qui se rsolvent au suicide4 ,sans parler mme du vague effroi que doit inspirer aux coupables ce qui peut suivre cette vie1 il y a quelque chose de sensible ou de philosophique dans l'action de se tuer1 qui est tout fait tranger l'tre dprav4 ,si l'on quitte la vie pour chapper aux peines du coeur1 on dsire laisser quelques regrets aprs soi2 si l'on est conduit au suicide par un profond dgot de l'existence1 qui sert juger la destine humaine1 il faut que des rflexions profondes1 de longs retours sur soi1 aient prcd cette rsolution2 et la haine qu'prouve l'homme criminel contre ses ennemis1 le besoin qu'il a de leur nuire1 lui feraient craindre de les laisser en repos par sa mort3 la fureur dont il est agit1 loin de le dgoter de la vie1 fait qu'il s'acharne davantage tout ce qui lui a cot si cher4 ,un certain degr de peine dcourage et fatigue2 l'irritation du crime attache l'existence par un mlange de crainte et de fureur2 elle devient une sorte de proie qu'on conserve pour la dchirer4 ,d'ailleurs1 un caractre particulier aux grands coupables1 c'est de ne point s'avouer eux-mmes le malheur qu'ils prouvent1 l'orgueil le leur dfend2 mais cette illusion1 ou plutt cette gne intrieure1 ne diminue rien de leurs souffrances1 car la pire des douleurs est celle qui ne peut se reposer sur elle-mme4 ,le sclrat est inquiet et dfiant au fond de sa propre pense2 il traite avec lui-mme comme avec une sorte d'ennemi2 il garde avec sa rflexion quelques-uns des mnagements qu'il observe pour se montrer au public2 et1 dans un tel tat1 il n'existe jamais l'espce de calme mditatif1 d'abandon la rflexion1 qu'il faut pour contempler toute la vrit et prendre d'aprs elle une rsolution irrvocable4 ,le courage qui fait braver la mort n'a point de rapport avec la disposition qui dcide se la donner3 les grands criminels peuvent tre intrpides dans le danger2 c'est une suite de l'enivrement1 c'est une motion1 c'est un moyen1 c'est un espoir1 c'est une action2 mais ces mmes hommes1 quoique les plus malheureux des tres1 ne se tuent presque jamais1 soit que la ,providence n'ait pas voulu leur laisser cette sublime ressource1 soit qu'il y ait dans le crime une ardente personnalit qui1 sans donner aucune jouissance1 exclut les sentiments levs avec lesquels on renonce la vie4 ,hlas6 il serait si difficile1 de ne pas s'intresser l'homme plus grand que la nature1 alors qu'il rejette ce qu'il tient d'elle1 alors qu'il se sert de la vie pour dtruire la vie1 alors qu'il sait dompter par la puissance de l'me le plus fort mouvement de l'homme1 l'instinct de sa conservation2 il serait si difficile de ne pas croire quelques mouvements de gnrosit dans l'homme qui1 par repentir1 se donnerait la mort1 qu'il est bon que les vritables sclrats soient incapables d'une telle action3 ce serait une souffrance pour une me honnte1 que de ne pas pouvoir mpriser compltement l'tre qui lui inspire de l'horreur4 ,,section ,,ii4 ,,des ,,sentiments ,,qui ,,sont ,l',,interm,,diaire ,,entre ,,les ,,passions ,,et ,,les ,,ressources ,,qu',,on ,,trouve ,,en ,,soi4 ,,chapitre ,,premier4 ,explication du titre de la seconde section4 ,l'amiti1 la tendresse paternelle1 filiale et conjugale1 la religion dans quelques caractres1 ont beaucoup des inconvnients des passions2 et dans d'autres1 ces mmes affections donnent la plupart des avantages des ressources qu'on trouve en soi4 ,l'exigence1 c'est--dire1 le besoin d'un retour quelconque de la part des autres1 est le point de ressemblance par lequel l'amiti et les sentiments de la nature se rapprochent des peines de l'amour2 et quand la religion est du fanatisme1 tout ce que j'ai dit de l'esprit de parti s'applique entirement elle4 ,mais quand l'amiti et les sentiments de la nature seraient sans exigence1 quand la religion serait sans fanatisme1 on ne pourrait pas encore ranger de telles affections dans la classe des ressources qu'on trouve en soi2 car ces sentiments modifis rendent nanmoins encore dpendant du hasard4 ,si vous tes spar de l'ami qui vous est cher2 si les parents1 les enfants1 l'poux que le sort vous a donns1 ne sont pas dignes de votre amour1 le bonheur que ces liens peuvent promettre n'est plus en votre puissance4 ,et quant la religion1 ce qui fait la base de ses jouissances1 l'intensit de la foi1 est un don absolument indpendant de nous3 sans cette ferme croyance1 on doit encore reconnatre l'utilit des ides religieuses2 mais il n'est au pouvoir de qui que ce soit de s'en donner le bonheur4 ,c'est donc sous ces diffrents rapports que j'ai class le sujet des trois chapitres que l'on va lire1 entre les passions asservissantes1 et les ressources qui dpendent de soi seul4 ,,chapitre ,,ii4 ,de l'amiti4 ,je ne puis m'empcher de m'arrter au milieu de cet ouvrage1 m'tonnant moi-mme de la constance avec laquelle j'analyse les affections du coeur1 et repousse loin d'elles toute esprance de bonheur durable4 ,est-ce ma vie que je dmens8 pre1 enfants1 amis1 amies1 est-ce ma tendresse pour vous que je vais dsavouer8 ,ah6 non2 depuis que j'existe je n'ai cherch1 je n'ai voulu de bonheur que dans le sentiment1 et c'est par mes blessures que j'ai trop appris compter ses douleurs4 ,un jour heureux1 un tre distingu rattachent ces illusions1 et vingt fois on revient cette esprance aprs l'avoir vingt fois perdue4 ,peut-tre l'instant o je parle1 je crois1 je veux encore tre aime2 je laisse encore ma destine dpendre tout entire des affections de mon coeur2 mais celui qui n'a pu vaincre sa sensibilit n'est pas celui qu'il faut le moins croire sur les raisons d'y rsister4 ,une sorte de philosophie dans l'esprit indpendante de la nature mme du caractre1 permet de se juger comme un tranger1 sans que les lumires influent sur les rsolutions2 de se regarder souffrir1 sans que sa douleur soit allge par le don de l'observer en soi-mme2 et la justesse des mditations n'est point altre par la faiblesse de coeur1 qui ne permet pas de se drober la peine4 ,d'ailleurs les ides gnrales cesseraient d'avoir une application universelle1 si l'on y mlait l'impression dtaille des situations particulires4 ,pour remonter la source des affections de l'homme1 il faut agrandir ses rflexions en les sparant de ses circonstances personnelles3 elles ont fait natre la pense1 mais la pense est plus forte qu'elles2 et le vrai moraliste est celui qui1 ne parlant1 ni par invention1 ni par rminiscence1 peint toujours l'homme et jamais lui4 ,l'amiti n'est point une passion1 car elle ne vous te pas l'empire de vous-mme2 elle n'est pas une ressource qu'on trouve en soi1 puisqu'elle vous soumet au hasard de la destine et du caractre des objets de votre choix2 enfin elle inspire le besoin du retour1 et1 sous ce rapport d'exigence1 elle fait ressentir plusieurs des peines de l'amour1 sans promettre des plaisirs aussi vifs4 ,l'homme est plac1 par toutes ses affections1 dans cette triste alternative3 s'il a besoin d'tre aim pour tre heureux1 tout systme de bonheur certain et durable est fini pour lui2 et s'il sait y renoncer1 c'est une grande partie de ses jouissances sacrifie pour assurer celles qui lui resteront1 c'est une rduction courageuse qui n'enrichit que dans l'avenir4 ,je considrerai d'abord dans l'amiti1 non ces liaisons fondes sur divers genres de convenances qu'il faut attribuer l'ambition et la vanit1 mais ces attachements purs et vrais1 ns du simple choix du coeur1 dont l'unique cause est le besoin de communiquer ses sentiments et ses penses1 l'espoir d'intresser1 la douce assurance que ses plaisirs et ses peines rpondent un autre coeur4 ,si deux amis peuvent russir confondre leurs existences1 transporter l'un dans l'autre ce qu'il y a d'ardent dans la personnalit2 si chacun d'eux n'prouve le bonheur ou la peine que par la destine de son ami2 si1 se confiant mutuellement dans leurs sentiments rciproques1 ils gotent le repos que donne la certitude1 et le charme des affections abandonnes1 ils sont heureux3 mais que de douleurs peuvent natre de la poursuite de tels biens6 ,deux hommes1 distingus par leurs talents et appels une carrire illustre1 veulent se communiquer leurs desseins2 ils souhaitent de s'clairer ensemble3 s'ils trouvent du charme dans ces conversations o l'esprit gote aussi les plaisirs de l'intimit1 o la pense se montre l'instant mme de sa naissance1 quel abandon d'amour-propre il faut supposer pour croire qu'en se confiant on ne se mesure jamais6 qu'on exclue du tte--tte tout jugement comparable sur le mrite de son ami et sur le sien1 et qu'on se soit connu sans se classer6 ,je ne parle pas des rivalits perfides qui pourraient natre d'une concurrence quelconque2 je me suis attache dans cet ouvrage considrer les hommes selon leur caractre sous le point de vue le plus favorable4 ,les passions causent tant de malheur par elles-mmes1 qu'il n'est pas ncessaire1 pour en dtourner1 de peindre leurs effets dans les mes naturellement vicieuses4 ,nul homme1 l'avance1 ne se croyant capable de commettre une mauvaise action1 ce genre de danger n'effraye personne1 et lorsqu'on le suppose1 on se donne seulement pour adversaire l'orgueil de son lecteur4 ,imaginons donc qu'une ambition pareille1 ou contraire1 ne brouillera point deux amis4 ,comme il est impossible de sparer l'amiti des actions qu'elle inspire1 les services rciproques sont un des liens qui doivent ncessairement en rsulter2 et qui peut se rpondre que le succs des efforts de son ami n'influera pas sur vos sentiments pour lui6 ,si l'on n'est pas content de l'activit de son ami1 si l'on croit avoir s'en plaindre1 la perte de l'objet de ses dsirs viendra bientt se joindre le chagrin plus amer de douter du degr d'intrt que votre ami mettait vous seconder4 ,enfin1 en mlant ensemble le sentiment et les affaires1 les intrts du monde et ceux du coeur1 on prouve une sorte de peine qu'on ne veut pas approfondir1 parce qu'il est plus honorable de l'attribuer au sentiment seul1 mais qui se compose aussi d'une autre sorte de regrets1 rendus plus douloureux par leur mlange avec les affections de l'me4 ,il semble alors qu'il vaudrait mieux sparer entirement l'amiti de tout ce qui n'est pas elle2 mais son plus grand charme serait perdu si elle ne s'unissait pas votre existence entire3 ne sachant pas1 comme l'amour1 vivre d'elle-mme1 il faut qu'elle partage tout ce qui compose vos intrts et vos sentiments2 et c'est la dcouverte1 la conservation de cet autre soi1 que tant d'obstacles s'opposent4 ,les anciens avaient une ide exalte de l'amiti1 qu'ils peignaient sous les traits de ,thse et de ,pirithos1 d',oreste et de ,pylade1 de ,castor et ,pollux2 mais sans s'arrter ce qu'il y a de mythologique dans ces histoires1 c'est des compagnons d'armes que l'on supposait de tels sentiments2 et les dangers que l'on affronte ensemble1 en apprenant braver la mort1 rendent plus facile le dvouement de soi-mme un autre4 ,l'enthousiasme de la guerre excite toutes les passions de l'me1 remplit les vides de la vie1 et par la prsence continuelle de la mort fait taire la plupart des rivalits1 pour leur substituer le besoin de s'appuyer l'un sur l'autre1 de lutter1 de triompher1 ou de prir ensemble4 ,mais tous ces mouvements gnreux que produit le plus beau des sentiments des hommes1 la valeur1 sont plutt les qualits propres au courage qu' l'amiti3 lorsque la guerre est finie1 rien n'est moins probable que la ralit1 la dure des rapports qu'on se croyait avec celui qui partageait nos prils4 ,pour juger de l'amiti mme1 il faut l'observer dans les hommes qui ne parcourent ni la carrire militaire1 ni celle de l'ambition2 et peut-tre verra-t-on alors que ce sentiment est le plus exigeant de tous dans les mes ardentes4 ,on veut qu'il suffise la vie1 on s'agite du vide qu'il laisse1 on en accuse le peu de sensibilit de son ami2 et quand on prouverait l'un pour l'autre un sentiment semblable1 on serait fatigu mutuellement de l'exigence rciproque4 ,je sais bien qu'au tableau de toutes ces inquitudes on peut opposer les tres froids qui1 aimant comme ils font toutes les autres actions de leur vie1 consacrent l'amiti tel jour de la semaine1 rglent par avance quel pouvoir sur leur bonheur ils donneront ce sentiment1 et s'acquittent d'un penchant comme d'un devoir2 mais j'ai dj dit1 dans l'introduction de cet ouvrage1 que je ne voulais m'occuper que du destin des mes passionnes3 le bonheur des autres est assur par toutes les qualits qui leur manquent4 ,les femmes font habituellement de la confidence le premier besoin de l'amiti1 et ce n'est plus alors qu'une consquence de l'amour2 il faut que rciproquement une passion semblable les occupe1 et leur conversation n'est souvent alors que le sacrifice alternatif fait1 par celle qui coute1 l'esprance de parler son tour4 ,la confidence mme que l'on s'adresse l'une l'autre de sentiments moins exclusifs1 porte avec elle le mme caractre2 et l'occupation qu'on a de soi est un tiers importun successivement toutes deux4 ,que devient cependant le plaisir de se confier1 si l'on aperoit de l'indiffrence1 si l'on surprend un effort8 ,tout est dit pour les mes sensibles1 et la personnalit seule peut continuer des entretiens dont l'oeil pntrant de la dlicatesse a vu l'amiti fatigue4 ,les femmes1 ayant toutes la mme destine1 tendent toutes au mme but2 et cette espce de jalousie qui se compose du sentiment et de l'amour-propre est la plus difficile dompter4 ,il y a1 dans la plupart d'entre elles1 un art qui n'est pas de la fausset1 mais un certain arrangement de la vrit dont elles ont toutes le secret1 et dont cependant elles dtestent la dcouverte4 ,jamais le commun des femmes ne pourra supporter de chercher plaire un homme devant une autre femme2 il y a aussi une espce de fortune commune tout ce sexe en agrments1 en esprit1 en beaut1 et chaque femme se persuade qu'elle hrite de la ruine de l'autre4 ,il faudrait donc ou une absence totale de sentiments vifs qui1 en dtruisant la rivalit1 amortirait aussi toute espce d'intrt1 ou une vraie supriorit1 pour effacer la trace des obstacles gnraux qui sparent les femmes entre elles4 ,il faut trouver autant d'agrments qu'on peut s'en croire1 et plus de qualits positives1 pour qu'il y ait du repos dans elle1 et du dvouement en soi2 alors le premier bien1 sans doute1 est l'amiti d'une femme4 ,quel homme prouva jamais tout ce que le coeur d'une femme peut souffrir8 l'tre qui fut ou serait aussi malheureux que vous1 peut seul porter du secours au plus intime1 au plus amer de la douleur4 ,mais quand cet objet unique serait rencontr1 la destine1 l'absence ne pourraient-elles pas troubler le bonheur d'un tel lien8 ,et d'ailleurs celle qui croirait possder l'ami le plus parfait et le plus sensible1 l'amie la plus distingue1 sachant mieux que personne tout ce qu'il faut pour obtenir du bonheur dans de telles relations1 serait d'autant plus1 loigne de conseiller comme la destine de tous1 la plus rare des chances morales4 ,enfin deux amis d'un sexe diffrent1 qui n'ont aucun intrt commun1 aucun sentiment absolument pareil1 semblent devoir se rapprocher par cette opposition mme2 mais si l'amour les captive1 je ne sais quel sentiment1 ml d'amour-propre et d'gosme1 fait trouver un homme ou une femme1 lis par l'amiti1 peu de plaisir s'entendre parler de la passion qui les occupe4 ,ces sortes de liens1 ou ne se maintiennent pas1 ou cessent alors qu'on n'aime plus l'objet dont on s'entretenait2 on s'aperoit tout coup que lui seul vous runissait4 ,si ces deux amis1 au contraire1 n'ont point de premier objet1 ils voudront obtenir l'un de l'autre cette prfrence suprme4 ,ds qu'un homme et une femme ne sont point attachs ailleurs par l'amour1 ils cherchent dans leur amiti tout le dvouement de ce sentiment1 et il y a une sorte d'exigence naturelle1 entre deux personnes d'un sexe diffrent1 qui fait demander par degrs1 et sans s'en apercevoir1 ce que la passion seule peut donner1 quelque loign que l'un ou l'autre soit de la ressentir4 ,on se soumet d'avance et sans peine la prfrence que son ami accorde sa matresse2 mais on ne s'accorde pas voir les bornes que la nature mme de son sentiment met aux preuves de son amiti2 on croit donner plus qu'on ne reoit1 par cela mme qu'on est plus frapp de l'un que de l'autre1 et l'galit est aussi difficile tablir sous ce rapport que sous tous les autres2 cependant elle est le but o tendent ceux qui se livrent ce lien4 ,l'amour se passerait bien plutt de rciprocit que l'amiti2 l o il existe de l'ivresse1 on peut suppler tout par de l'erreur2 mais l'amiti ne peut se tromper1 et lorsqu'elle compare1 elle n'obtient presque jamais le rsultat qu'elle dsire2 ce qu'on mesure parat si rarement gal2 il y a quelquefois plus de parit dans les extrmes1 et les sentiments sans bornes se croient plus aisment semblables4 ,quelles tristes penses ces analyses ne font-elles pas natre sur la destine de l'homme6 ,quoi6 plus le caractre est susceptible d'attachements passionns1 plus il faut craindre de faire dpendre son bonheur du besoin d'tre aim6 ,est-ce une rflexion qui doive livrer la froide personnalit8 ,ce serait1 au contraire1 cette rflexion mme qui devrait conduire penser qu'il faut loigner de toutes les affections de l'me jusqu' l'gosme du sentiment4 ,contentez-vous d'aimer1 vous qui tes ns sensibles2 c'est l l'espoir qui ne trompe jamais4 ,sans doute1 l'homme qui s'est vu l'objet de la passion la plus profonde1 qui recevait chaque instant une nouvelle preuve de la tendresse qu'il inspirait1 prouvait des motions plus enivrantes4 ,ces plaisirs1 non crs par soi1 ressemblent aux dons du ciel1 ils exaltent la destine3 mais ce bonheur d'un jour gte toute la vie2 le seul trsor intarissable1 c'est son propre coeur4 ,celui qui consacre sa vie au bonheur de ses amis et de sa famille1 celui qui1 prvenant tous les sacrifices1 ignore jamais o se serait arrte l'amiti qu'il inspire2 celui qui1 n'existant que dans les autres1 ne peut plus mesurer ce qu'ils feraient pour lui2 celui qui trouve dans les jouissances qu'il donne le prix des sentiments qu'il prouve2 celui dont l'me est si agissante pour la flicit des objets de sa tendresse1 qu'il ne lui reste aucun de ces moments de vague o la rverie enfante l'inquitude et le reproche1 celui-l peut sans crainte s'exposer l'amiti4 ,mais un tel dvouement n'a presque point d'exemple entre des gaux2 il peut exister1 caus par l'enthousiasme ou par un devoir quelconque2 mais il n'est presque jamais possible dans l'amiti1 dont la nature est d'inspirer le funeste besoin d'un parfait retour2 et c'est parce que le coeur est fait ainsi1 que je me suis rserv de peindre la bont comme une ressource plus assure que l'amiti1 et meilleure pour le repos des mes passionnment sensibles4 ,,chapitre ,,iii4 ,de la tendresse filiale1 paternelle et conjugale4 ,ce qu'il y a de plus sacr dans la morale1 ce sont les liens des parents et des enfants3 la nature et la socit reposent galement sur ce devoir1 et le dernier degr de la dpravation est de braver l'instinct involontaire qui1 dans ces relations1 nous inspire tout ce que la vertu peut commander4 ,il y a donc toujours un bonheur certain attach de tels liens1 l'accomplissement de ses devoirs4 ,mais j'ai dit dans l',introduction de cet ouvrage1 qu'en considrant toujours la vertu comme la base de l'existence de l'homme1 je n'examinerais les devoirs et les affections que dans leur rapport avec le bonheur3 il s'agit donc de savoir maintenant quelles jouissances de sentiment les pres et les enfants peuvent attendre les uns des autres4 ,le mme principe1 fcond en consquences1 s'applique ces affections comme tous les attachements du coeur2 si l'on y livre son me assez vivement pour prouver le besoin imprieux de la rciprocit1 le repos cesse et le malheur commence4 ,il y a dans ces liens une ingalit naturelle qui ne permet jamais une affection de mme genre1 ni au mme degr2 l'une des deux est plus forte1 et par cela mme trouve des torts l'autre1 soit que les enfants chrissent leurs parents plus qu'ils n'en sont aims1 soit que les parents prouvent pour leurs enfants plus de sentiments qu'ils ne leur en inspirent4 ,commenons par la premire supposition4 ,les parents ont1 pour se faire aimer de leurs enfants dans leur jeunesse1 beaucoup des avantages et des inconvnients des rois2 on attend d'eux beaucoup moins qu'on ne leur donne2 on est flatt du moindre effort2 on juge tout ce qu'ils font pour vous d'une manire relative1 et cette sorte de mesure comparative est bien plus aisment satisfaite3 ce n'est jamais d'aprs ce qu'on dsire1 mais d'aprs ce qu'on a coutume d'attendre1 qu'on apprcie leur conduite avec vous2 il est bien plus facile de causer une agrable surprise l'habitude qu' l'imagination4 ,les parents adoptent donc presque toujours1 par calcul autant que par inclination1 cette sorte de dignit qui se voile2 ils veulent tre jugs par ce qu'ils cachent1 ils veulent qu'on se rappelle leurs droits l'instant mme o ils consentent les oublier3 mais ce prestige1 comme tous1 ne peut faire effet que pendant un temps4 ,le sentiment usurpateur veut chaque jour de nouvelles conqutes3 alors mme qu'il a tout obtenu1 il s'afflige souvent de ce qui manque la nature de l'homme pour aimer2 comment supporterait-il d'tre tenu volontairement une certaine distance8 ,le coeur tend l'galit1 et quand la reconnaissance se change en vritable tendresse1 elle perd son caractre de soumission et de dfrence4 ,celui qui aime ne croit plus rien devoir2 il place au-dessus des bienfaits leur inpuisable source1 le sentiment2 et si l'on veut toujours maintenir les diffrences1 les supriorits1 le coeur se blesse et se retire4 ,les parents cependant ne savent ou ne veulent presque jamais adopter ce nouveau systme2 et la diffrence d'ge est peut-tre cause qu'ils ne se rapprochent jamais de vous que par des sacrifices3 or il n'y a que l'gosme qui sache s'arranger du bonheur avec ce mot-l4 ,quel que soit le dvouement des enfants sensibles et respectueux1 les nouveaux penchants1 les nouveaux devoirs qui les attirent1 donnent leurs parents une humeur secrte qu'ils prouveront toujours1 parce qu'ils ne se l'avoueront jamais4 ,quand les parents aiment assez profondment leurs enfants pour vivre en eux1 pour faire de leur avenir leur unique esprance1 pour regarder leur propre vie comme finie1 et prendre pour les intrts de leurs enfants des affections personnelles1 ce que je vais dire n'existe point2 mais lorsque les parents restent dans eux-mmes1 les enfants sont leurs yeux des successeurs1 presque des rivaux1 des sujets devenus indpendants1 des amis dont on ne compte que ce qu'ils ne font pas1 des obligs qui on nglige de plaire1 en se fiant sur leur reconnaissance1 des associs d'eux soi1 plutt que de soi eux3 c'est une sorte d'union dans laquelle les parents1 donnant une latitude infinie l'ide de leurs droits1 veulent que vous leur teniez compte de ce vague de puissance dont ils n'usent pas aprs se l'tre suppos4 ,enfin la plupart ont le tort habituel de se fonder toujours sur le seul obstacle qui puisse exister l'excs de tendresse qu'on aurait pour eux1 leur autorit1 et de ne pas sentir1 au contraire1 que dans cette relation1 comme dans toutes celles o il existe d'un ct une supriorit quelconque1 c'est pour celui qui l'avantage appartient1 que la dpendance du sentiment est la plus ncessaire et la plus aimable4 ,une trs-grande simplicit dans le caractre de vos parents1 ou une supriorit si marque1 que leurs enfants soient heureux d'entretenir avec eux plutt un culte qu'une liaison1 peuvent dtruire ces observations2 mais c'est aux situations les plus communes qu'elles s'appliquent4 ,dans la seconde supposition1 peut-tre la plus naturelle1 le sentiment maternel1 accoutum par les soins qu'il donne la premire enfance1 se passer de toute espce de retour1 fait prouver des jouissances trs-vives et trs-pures1 qui portent souvent tous les caractres de la passion1 sans exposer d'autres orages que ceux du sort1 et non des mouvements intrieurs de l'me2 mais il est si tristement prouv que1 ds que le besoin de la rciprocit commence1 le bonheur des sentiments s'altre1 que l'enfance est l'poque de la vie qui inspire la plupart des parents l'attachement le plus vif1 soit que l'empire absolu qu'on exerce alors sur les enfants les identifie avec vous-mmes1 soit que leur dpendance inspire une sorte d'intrt qui attache plus que les succs mmes qu'ils ne doivent qu' eux2 soit que tout ce qu'on attend des enfants alors tant en esprance1 on possde la fois ce qu'il y a de plus doux dans la vrit et dans l'illusion1 le sentiment qu'on prouve1 et celui qu'on se flatte d'obtenir4 ,bientt les vnements dans leur ralit nous prsentent nos enfants levs par nous1 pour d'autres que pour nous-mmes1 s'lanant vers la vie1 tandis que le temps nous place en arrire d'elle1 pensant nous par le souvenir1 aux autres par l'esprance4 ,quels parents sont alors assez sages pour considrer les passions de la jeunesse comme les jeux de l'enfance1 et pour ne pas vouloir occuper plus de place parmi les unes que parmi les autres8 ,l'ducation1 sans doute1 influe beaucoup sur l'esprit et le caractre1 mais il est plus ais d'inspirer son lve ses opinions que ses volonts3 le moi de votre enfant se compose de vos leons1 des livres que vous lui avez donns1 des personnes dont vous l'avez entour3 mais quoique vous puissiez reconnatre partout vos traces1 vos ordres n'ont plus le mme empire2 vous avez form un homme1 ce qu'il a pris de vous est devenu lui1 et sert autant que ses propres rflexions composer son indpendance4 ,enfin1 les gnrations successives tant souvent appeles par la dure de la vie de l'homme exister simultanment1 les pres et les enfants1 dans la rciprocit de sentiment qu'ils veulent les uns des autres1 oublient presque toujours de quel diffrent point de vue ils considrent le monde2 la glace qui renverse les objets qu'elle prsente1 les dnature moins que l'ge qui les place dans l'avenir ou dans le pass4 ,il n'est rien qui exige plus de dlicatesse de la part des parents que la mthode qu'il faut suivre pour diriger la vie de leurs enfants sans aliner leur coeur2 car il n'est pas mme possible de sacrifier leur affection l'espoir de leur tre utile3 toute influence durable sur la conduite finissant avec le pouvoir du sentiment1 le point juste n'est presque jamais atteint dans cette relation4 ,la tendresse des enfants pour leurs parents se compose1 pour ainsi dire1 de tous les vnements de leur vie3 il n'est point d'attachement dans lequel entrent plus de causes trangres l'attrait du coeur1 il n'en est donc point dont la jouissance soit plus incertaine4 ,la base principale d'un tel lien1 l'ascendant du devoir et de la nature1 ne peut tre ananti2 mais ds qu'on aime ses enfants avec passion1 on a besoin de toute autre chose que de ce qu'ils vous doivent2 et l'on court1 dans son sentiment pour eux1 les mmes chances qu'amnent toutes les affections de l'me3 enfin1 ce besoin de rciprocit1 cette exigence1 germe destructeur du seul don cleste fait l'homme1 la facult d'aimer1 cette exigence est plus fatale dans la relation des parents avec les enfants1 parce qu'une ide d'autorit s'y mle2 elle est donc par la mme raison plus funeste et plus naturelle4 ,toute l'galit qui existe dans le sentiment de l'amour suffit peine pour loigner de son exigence l'ide d'un droit quelconque2 il semble que celui qui aime le plus1 par ce titre seul1 porte atteinte l'indpendance de l'autre3 et combien plus cet inconvnient n'existe-t-il pas dans les rapports des parents avec les enfants6 ,plus ils ont de droits1 plus ils doivent viter de s'en appuyer pour tre aims2 et cependant ds qu'une affection devient passionne1 elle ne se repose plus en elle-mme1 il faut ncessairement qu'elle agisse sur les autres4 ,la tendresse conjugale1 lorsqu'elle existe1 donne ou les jouissances de l'amour ou celles de l'amiti1 et je crois avoir dj analys les unes et les autres3 il y a dans ce lien cependant quelque chose de particulier1 en bien et en mal1 qu'il faut examiner4 ,il est heureux1 dans la route de la vie1 d'avoir invent des circonstances qui1 sans le secours mme du sentiment1 confondent deux gosmes au lieu de les opposer2 il est heureux d'avoir commenc l'association d'assez bonne heure pour que les souvenirs de la jeunesse aident supporter1 l'un avec l'autre1 la mort qui commence la moiti de la vie2 mais indpendamment de ce qu'il est si ais de concevoir sur la difficult de se convenir1 la multiplicit des rapports de tout genre qui drivent des intrts communs1 offre mille occasions de se blesser1 qui ne naissent pas du sentiment1 mais finissent par l'altrer4 ,personne ne sait l'avance combien peut tre longue l'histoire de chaque journe2 si l'on observe la vrit des impressions qu'elle produit1 et dans ce qu'on appelle1 avec raison1 le mnage1 il se rencontre chaque instant de certaines difficults qui peuvent dtruire pour jamais ce qu'il y avait d'exalt dans le sentiment3 c'est donc de tous les liens celui o il est le moins probable d'obtenir le bonheur romanesque du coeur2 il faut1 pour maintenir la paix dans cette relation1 une sorte d'empire sur soi-mme1 de force1 de sacrifice1 qui rapproche beaucoup plus cette existence des plaisirs de la vertu que des jouissances de la passion4 ,sans cesse la main de fer de la destine repousse l'homme dans l'incomplet2 il semble que le bonheur est possible par la nature mme des choses1 qu'avec telle runion de ce qui est pars dans le monde1 on aurait la perfection dsire2 mais dans le travail de cet difice1 une pierre renverse l'autre1 un avantage exclut celui qui doublait son prix2 le sentiment dans sa plus grande force est exigeant par sa nature1 et l'exigence dtruit l'affection qu'elle veut obtenir4 ,souvent l'homme1 inconsquent dans ses voeux1 s'loigne seulement parce qu'il est trop aim1 et se voyant l'objet de tous les dvouements et de toutes les qualits1 confesse que l'excs mme de l'attachement suffit pour effacer la trace de ses bienfaits4 ,quel conseil1 quel rsultat tirer de ces rflexions8 ,la conclusion que j'ai annonce2 c'est que les mes ardentes prouvent par l'amiti1 par les liens de la nature1 plusieurs des peines attaches la passion1 et que par del la ligne du devoir et des jouissances qu'on peut puiser dans ses propres affections1 le sentiment1 de quelque nature qu'il puisse tre1 n'est jamais une ressource qu'on trouve en soi2 il met toujours le bonheur dans la dpendance de la destine1 du caractre et de l'attachement des autres4 ,,chapitre ,,iv4 ,de la religion4 ,je ne peindrai point la religion dans les excs du fanatisme2 les sicles et la philosophie ont puis ce sujet1 et ce que j'ai dit sur l'esprit de parti est applicable cette frnsie comme toutes celles causes par l'empire d'une opinion4 ,ce n'est pas non plus de ces ides religieuses1 seul espoir de la fin de l'existence1 que je veux parler4 ,le thisme des hommes clairs1 des mes sensibles1 est de la vritable philosophie2 et c'est en considrant toutes les ressources que l'homme peut tirer de sa raison1 qu'il faut compter cette ide1 trop grande en elle-mme pour n'tre pas d'un poids immense encore1 malgr ses incertitudes4 ,mais la religion1 dans l'acception gnrale1 suppose une inbranlable foi2 et lorsqu'on a reu du ciel cette profonde conviction1 elle suffit la vie et la remplit tout entire3 c'est sous ce rapport que l'influence de la religion est vritablement puissante1 et c'est sous ce mme rapport qu'on doit la considrer comme un don aussi indpendant de soi1 que la beaut1 le gnie1 ou tout autre avantage qu'on tient de la nature1 et qu'aucun effort ne peut obtenir4 ,comment serait-il au pouvoir de la volont de diriger nos dispositions cet gard8 ,aucune action sur soi-mme n'est possible en matire de foi2 la pense est indivisible1 l'on ne peut en dtacher une partie pour travailler sur l'autre3 on espre ou l'on craint2 on doute ou l'on croit1 selon la nature de l'esprit et des combinaisons qu'il fait natre4 ,aprs avoir bien tabli que la foi est une facult qu'il ne dpend point de nous d'acqurir1 examinons avec impartialit ce qu'elle peut pour le bonheur1 et prsentons d'abord ses principaux avantages4 ,l'imagination est la plus indomptable des puissances morales de l'homme2 ses dsirs et ses incertitudes le tourmentent tour tour4 ,la religion ouvre une longue carrire l'esprance1 et trace une route prcise la volont3 sous ces deux rapports elle soulage la pense4 ,son avenir est le prix du prsent2 tout se rapportant au mme but1 a le mme degr d'intrt4 ,la vie se passe au dedans de soi1 les circonstances extrieures ne sont qu'une manire d'exercer un sentiment habituel2 l'vnement n'est rien1 le parti qu'on a pris est tout2 et ce parti1 toujours command par une loi divine1 n'a jamais pu coter un instant d'incertitude4 ,ds qu'on est l'abri du remords1 on ignore ces repentirs du coeur ou de l'esprit qui s'accusent du hasard mme1 et jugent de la rsolution par ses effets4 ,les succs ou les revers ne donnent la conscience des dvots ni contentement ni regret2 la morale religieuse ne laissant aucun vague sur aucune des actions de la vie1 leur dcision est toujours simple4 ,quand le vrai chrtien s'est acquitt de ses devoirs1 son bonheur ne le regarde plus2 il ne s'informe pas quel sort lui est chu1 il ne sait pas ce qu'il faut dsirer ou craindre1 il n'est certain que de ses devoirs4 ,les meilleures qualits de l'me1 la gnrosit1 la sensibilit1 loin de faire cesser tous les combats intrieurs1 peuvent1 dans la lutte des passions1 opposer l'une l'autre des affections d'une gale force2 mais la religion donne pour guide un code o1 dans toutes les circonstances1 ce qu'on doit faire est rsolu par une loi4 ,tout est fixe dans le prsent1 tout est indfini dans l'avenir2 enfin1 l'me prouve une sorte de bien-tre jamais plus vif1 mais toujours calme2 elle est environne d'une aurole qui l'claire au moins dans les tnbres1 si elle n'est pas aussi clatante que le jour1 et cet tat la drobant au malheur1 sauve aprs tout plus des deux tiers de la vie4 ,s'il en est ainsi pour les destines communes1 si la religion compense les jouissances qu'elle te1 elle est d'une utilit souveraine dans les situations dsespres4 ,lorsqu'un homme1 aprs avoir commis de grands crimes1 en prouve un vrai remords1 cette situation de l'me est si violente qu'on ne peut la supporter qu' l'aide d'ides surnaturelles4 ,sans doute le plus efficace des repentirs serait des actions vertueuses2 mais la fin de la vie1 mme dans la jeunesse1 quel coupable peut esprer de faire autant de bien qu'il a caus de mal8 quelle somme de bonheur quivaut l'intensit de la peine8 qui est assez puissant pour expier du sang ou des pleurs8 ,une dvotion ardente suffit l'imagination exalte des criminels repentants2 et dans ces solitudes profondes o les chartreux et les trappistes adoptaient une vie si contraire la raison1 les coupables convertis trouvaient la seule existence qui convnt l'agitation de leur me2 peut-tre mme des hommes dont la nature vhmente les et appels dans le monde commettre de grands crimes1 livrs1 ds leur enfance1 au fanatisme religieux1 ont enseveli dans les clotres l'imagination qui bouleverse les empires4 ,ces rflexions ne suffisent pas pour encourager de semblables institutions2 mais on voit que1 sous toutes les formes1 l'ennemi de l'homme c'est la passion1 et qu'elle seule fait la grande difficult de la destine humaine4 ,dans la classe de la socit qui est livre aux travaux matriels1 l'imagination est encore la facult dont il faut le plus craindre les effets4 ,je ne sais si l'on a dtruit la foi religieuse du peuple en ,france2 mais on aura bien de la peine remplacer pour lui toutes les jouissances relles dont cette ide lui tenait lieu3 la rvolution y a suppl pendant quelque temps2 un de ses grands attraits pour le peuple a t d'abord l'intrt1 l'agitation mme qu'elle rpandait sur sa vie4 ,la rapide succession des vnements1 les motions qu'elle faisait natre1 causaient une sorte d'ivresse qui htait le temps1 et ne laissait plus sentir le vide1 ni l'inquitude de l'existence4 ,on s'est trop accoutum penser que les hommes du peuple bornaient leur ambition la possession des biens physiques3 on les a vus ardemment attachs la rvolution1 parce qu'elle leur donnait le plaisir de connatre les affaires1 d'influer sur elles1 de s'occuper de leurs succs4 ,toutes ces passions des hommes oisifs ont t dcouvertes par ceux qui n'avaient connu que le besoin du travail et le prix de son salaire2 mais lorsque l'tablissement d'un gouvernement quelconque fait rentrer ncessairement les trois quarts de la socit dans les occupations qui chaque jour assurent la subsistance du lendemain1 lorsque le bouleversement d'une rvolution n'offrira plus chaque homme la chance d'obtenir tous les biens que l'opinion et l'industrie ont entasss depuis des sicles dans un empire de vingt-cinq millions d'hommes1 quel trsor pourra-t-on ouvrir l'esprance1 qui se proportionne1 comme la foi religieuse1 aux dsirs de tous ceux qui veulent y puiser8 ,quelle ide1 magique qui1 tout la fois1 contienne1 resserre les actions dans le cercle le plus circonscrit1 et satisfasse la passion dans son besoin indfini d'espoir1 d'avenir et de but8 ,si ce sicle est l'poque o les raisonnements ont le plus branl la possibilit d'une croyance implicite1 c'est dans ce temps aussi que les plus grands exemples de la puissance de la religion ont exist4 ,on a sans cesse prsentes sa pense ces victimes innocentes qui1 sous un rgime de sang1 prissaient1 entranant aprs elles ce qu'elles avaient de plus cher3 jeunesse1 beaut1 vertus1 talents2 une puissance plus arbitraire que le destin1 et non moins irrvocable1 prcipitait tout dans le tombeau4 ,les anciens ont brav la mort par le dgot de l'existence2 mais nous avons vu des femmes nes timides1 des jeunes gens peine sortis de l'enfance1 des poux qui1 s'aimant1 avaient dans cette vie ce qui peut seul la faire regretter1 s'avancer vers l'ternit1 sans croire tre spars par elle1 ne pas reculer devant cet abme o l'imagination frmit de tout ce qu'elle invente1 et1 moins lasss que nous des tourments de la vie1 supporter mieux l'approche de la mort4 ,enfin un homme avait vu toutes les prosprits de la terre se runir sur sa tte1 la destine humaine semblait s'tre agrandie pour lui1 et avoir emprunt quelque chose des rves de l'imagination2 roi de vingt-cinq millions d'hommes1 tous leurs moyens de bonheur taient runis dans ses mains pour valoir lui seul la jouissance de les dispenser de nouveau2 n dans cette clatante situation1 son me s'tait forme pour la flicit2 et le hasard qui1 depuis tant de sicles1 avait pris en faveur de sa race un caractre d'immutabilit1 n'offrait sa pense aucune chance de revers1 n'avait pas mme exerc sa rflexion sur la possibilit de la douleur2 tranger au sentiment du remords1 puisque dans sa conscience il se croyait vertueux1 il n'avait prouv que des impressions paisibles2 sa destine et son caractre ne le prparant point s'exposer aux coups du sort1 il semblait que son me devait succomber au premier trait du malheur4 ,cet homme cependant1 qui manqua de la force ncessaire pour prserver son pouvoir1 et fit douter de son courage1 tant qu'il en eut besoin pour repousser ses ennemis2 cet homme1 dont l'esprit naturellement incertain et timide1 ne sut ni croire ses propres ides1 ni mme adopter en entier celles d'un autre2 cet homme s'est montr tout coup capable de la plus tonnante des rsolutions1 celle de souffrir et de mourir4 ,louis ,,xvi s'est trouv roi pendant le premier orage d'une rvolution sans exemple dans l'histoire4 ,les passions se disputaient son existence2 il reprsentait lui seul toutes les ides contre lesquelles on tait arm4 travers tant de dangers1 il persista ne prendre pour guide que les maximes d'une pit superstitieuse2 mais c'est l'poque o la religion seule triomphe encore1 c'est l'instant o le malheur est sans espoir1 que la puissance de la foi se dveloppa tout entire dans la conduite de ,louis4 ,la force inbranlable de cette conviction ne permit plus d'apercevoir dans son me l'ombre d'une faiblesse2 l'hrosme de la philosophie fut contraint se prosterner devant sa simple rsignation4 ,il reut passivement tous les arrts du malheur1 et se montra cependant sensible pour ce qu'il aimait1 comme si les facults de sa vie avaient doubl l'instant de sa mort4 ,il compta1 sans frmir1 tous les pas qui le menrent du trne l'chafaud2 et dans l'instant terrible o il lui fut encore prononc cette sublime expression3 ,fils de saint ,louis1 montez au ciel1 telle tait son exaltation religieuse1 qu'il est permis de croire que ce dernier moment mme n'appartint point dans son me l'pouvante de la mort4 ,on ne m'accusera point1 je crois1 d'avoir affaibli le tableau de l'influence de la religion2 cependant je ne pense pas qu'indpendamment de l'inutilit des efforts qu'on pourrait faire cet gard sur soi-mme1 on doive compter l'absorbation de la foi au rang des meilleurs moyens de bonheur pour les hommes4 ,il n'est pas de mon sujet1 dans cette premire partie1 de considrer la religion dans ses relations politiques1 c'est--dire1 dans l'utilit dont elle doit tre la stabilit et au bonheur de l'tat social2 mais je l'examine sous le rapport de ses effets individuels4 ,d'abord la disposition qu'il faut donner son esprit pour admettre les dogmes de certaines religions1 est souvent1 en secret1 pnible celui qui1 n avec une raison claire1 s'est fait un devoir de ne s'en servir qu' de telles conditions2 ramen1 par intervalles1 douter de tout ce qui est contraire la raison1 il prouve des scrupules de ses incertitudes1 ou des regrets d'avoir tellement livr sa vie ces incertitudes mmes1 qu'il faut ou reconnatre l'inutilit de son existence passe1 ou dvouer encore ce qu'il en reste4 ,le coeur est aussi born que l'esprit par la dvotion proprement dite3 ce genre d'exaltation a divers caractres4 ,alors qu'il nat du malheur1 alors que l'excs des peines a jet l'me dans une sorte d'affaiblissement qui ne lui permet plus de se relever par elle-mme1 la sensibilit fait admettre ce qui conduit la destruction de la sensibilit1 ou du moins ce qui interdit d'aimer de tout l'abandon de son me4 ,on se fait dfendre ce dont on ne pouvait se garantir4 ,la raison combat1 avec dsavantage1 contre les affections passionnes4 ,quelque chose d'enthousiaste comme elle1 des penses qui1 comme elle aussi1 dominent l'imagination1 servent de recours aux esprits qui n'ont pas eu la force de soutenir ce qu'ils avaient de passionn dans le caractre4 ,cette dvotion se sent toujours de son origine2 on voit1 comme dit ,fontenelle1 que l'amour a pass par l2 c'est encore aimer sous des formes diffrentes1 et toutes les inventions de la faiblesse pour moins souffrir1 ne peuvent ni mriter le blme1 ni servir de rgle gnrale4 ,mais la dvotion exalte qui fait partie du caractre au lieu d'en tre seulement la ressource1 cette dvotion1 considre comme le but auquel tous doivent tendre1 et comme la base de la vie1 a un tout autre effet sur les hommes4 ,elle est presque toujours destructive des qualits naturelles2 ce qu'elles ont de spontan1 d'involontaire1 est incompatible avec des rgles fixes sur tous les objets4 ,dans la dvotion1 l'on peut tre vertueux sans le secours de l'inspiration de la bont1 et mme il est plusieurs circonstances o la svrit de certains principes vous dfend de vous y livrer4 ,des caractres privs de qualits naturelles1 l'abri de ce qu'on appelle la dvotion1 se sentent plus l'aise pour exercer des dfauts qui ne blessent aucune des lois dont ils ont adopt le code4 ,par del ce qui est command1 tout ce qu'on refuse est lgitime2 la justice dgage de la bienfaisance1 la bienfaisance de la gnrosit1 et contents de solder ce qu'ils croient leurs devoirs1 s'il arrive une fois dans la vie o telle vertu clairement ordonne exige un vritable sacrifice1 il est des biens1 des services1 des condescendances de tous les instants qu'on n'obtient jamais de ceux qui1 ayant tout rduit en devoir1 n'ont pu dessiner que les masses1 ne savent obir qu' ce qui s'exprime4 ,les qualits naturelles1 dveloppes par les principes1 par les sentiments de la moralit1 sont de beaucoup suprieures aux vertus de la dvotion4 ,celui qui n'a jamais besoin de consulter ses devoirs1 parce qu'il peut se fier tous ses mouvements2 celui qu'on pourrait trouver1 pour ainsi dire1 une crature moins rationnelle1 tant il parat agir involontairement et comme forc par sa nature2 celui qui exerce toutes les vertus vritables1 sans se les tre nommes d'avance1 et se prise d'autant moins1 que1 ne faisant jamais d'effort1 il n'a pas l'ide du triomphe1 celui-l est l'homme vraiment vertueux4 ,suivant une expression de ,dryden1 diffremment applique1 la dvotion lve un mortel jusqu'aux cieux1 la moralit naturelle fait descendre un ange sur la terre3 ,he raised a mortal to the skies ,she drew an angel down4 ,on peut encore penser1 en reconnaissant l'avantage des caractres inspirs par leurs propres penchants1 que la dvotion1 tant d'un effet gnral et positif1 donne des rsultats plus semblables et plus certains dans l'association universelle des hommes2 mais d'abord la dvotion a de grands inconvnients pour les caractres passionns1 et n'en et-elle point1 ce serait1 comme je l'ai dit1 au nombre des vnements heureux1 et non des conseils efficaces1 qu'il serait possible de la classer4 ,j'ai besoin de rpter que je ne comprends pas1 dans cette discussion1 ces ides religieuses d'un ordre plus relev1 qui1 sans influer sur chaque dtail de la vie1 ennoblissent son but1 donnent au sentiment et la pense quelques points de repos dans l'abme de l'infini4 ,il s'agit uniquement de ces dogmes dominateurs qui assurent la religion beaucoup plus d'action sur l'existence1 en ralisant ce qui restait dans le vague1 en asservissant l'imagination par l'incomprhensible4 ,les esprits ardents n'ont que trop de penchant croire que le jugement est inutile2 et rien ne leur convient mieux que cette espce de suicide de la raison abdiquant son pouvoir par son dernier acte1 et se dclarant inhabile penser1 comme s'il existait en elle quelque chose de suprieur elle1 qui pt dcider qu'une autre facult de l'homme le servira mieux4 ,les esprits ardents sont ncessairement lasss de ce qui est2 et lorsqu'une fois ils admettent quelque chose de surnaturel1 il n'y a plus d'autres bornes cette cration que les besoins de l'imagination1 et1 s'exaltant elle-mme1 elle n'a de repos que dans l'extrme1 et ne supporte plus de modifications4 ,enfin1 les affections du coeur1 qui sont insparables du vrai1 sont ncessairement dnatures par les erreurs1 de quelque genre qu'elles soient2 l'esprit ne fausse pas seul1 et1 quoiqu'il reste de bons mouvements qu'il ne peut pas dtruire1 ce qui1 dans le sentiment1 appartient la rflexion est absolument gar par toutes les exagrations1 et plus particulirement encore par celle de la dvotion2 elle isole en soi-mme1 et soumet jusqu' la bont de certains principes qui en restreignent beaucoup l'application4 ,que serait-ce1 si1 quittant les ides nuances1 je parlais des exemples qu'il reste encore d'intolrance superstitieuse1 de quitisme1 d'illuminisme1 etc42 de tous ces malheureux effets du vide de l'existence1 de la lutte de l'homme contre le temps1 de l'insuffisance de la vie8 ,les moralistes doivent seulement signaler la route qui conduit au dernier terme de l'erreur3 tout le monde est frapp des inconvnients de l'excs1 et personne ne pouvant se persuader qu'on en deviendra capable1 l'on se regarde toujours comme tranger aux tableaux qu'on pourrait lire4 ,j'ai donc d1 de toutes les manires1 ne pas admettre la religion parmi les ressources qu'on trouve en soi1 puisqu'elle est absolument indpendante de notre volont1 puisqu'elle nous soumet et notre propre imagination1 et celle de tous ceux dont la sainte autorit est reconnue4 ,en tant consquente au systme sur lequel cet ouvrage est fond1 au systme qui considre la libert absolue de l'tre moral comme son premier bien1 j'ai d prfrer et indiquer1 comme le meilleur et le plus sr des prservatifs contre le malheur1 les divers moyens dont on va voir le dveloppement4 ,,section ,,iii4 ,,des ,,ressources ,,qu',,on ,,trouve ,,en ,,soi4 ,,chapitre ,,premier4 ,que personne l'avance ne redoute assez le malheur4 ,l'gosme est ce qui ressemble le moins aux ressources qu'on trouve en soi1 telles que je les conois3 l'gosme est un caractre qu'on ne peut ni conseiller1 ni dtruire2 c'est une affection dont l'objet n'tant jamais ni absent1 ni infidle1 peut1 sous ce rapport1 valoir quelques jouissances1 mais cause de vives inquitudes1 absorbe1 comme la passion pour un autre1 sans faire prouver l'espce de jouissance toujours attache au dvouement de soi3 d'ailleurs1 la personnalit1 soit qu'on la considre comme un bien ou comme un mal1 est une disposition de l'me absolument indpendante de sa volont2 on n'y arrive point par effort2 on y est1 au contraire1 entran4 ,la sagesse s'acquiert1 parce qu'elle est toute compose de sacrifices2 mais se donner un got1 mais inspirer un penchant1 sont des mots contradictoires4 ,enfin1 les caractres passionns ne sont jamais susceptibles de ce qu'on appelle l'gosme3 c'est bien leur propre bonheur qu'ils tendent avec imptuosit2 mais ils le cherchent au dehors d'eux1 mais ils s'exposent pour l'obtenir1 mais ils n'ont jamais cette personnalit prudente et sensuelle qui tranquillise l'me1 au lieu de l'agiter4 ,et comme cet ouvrage n'est consacr qu' l'tude des caractres passionns1 tout ce qui n'entre pas dans ce sujet en doit tre cart4 ,il s'agit des ressources qu'on peut trouver en soi aprs les orages des grandes passions2 des ressources qu'on doit se hter d'adopter1 si l'on s'est convaincu de bonne heure de tout ce que j'ai tch de dvelopper dans l'analyse des affections de l'me4 ,sans doute1 si le dsespoir dcidait toujours se donner la mort1 le cours de l'existence1 ainsi fix1 pourrait se combiner avec plus de hardiesse2 l'homme pourrait se risquer1 sans crainte1 la poursuite de ce qu'il croit le bonheur parfait3 mais qui peut braver le malheur1 ne l'a jamais prouv4 ,ce mot terrible1 le malheur1 s'entend dans les premiers jours de la jeunesse1 sans que la pense le comprenne4 ,les tragdies1 les ouvrages d'imagination1 vous reprsentent l'adversit comme un tableau o le courage et la beaut se dploient2 la mort1 ou un dnoment heureux terminent1 en peu d'instants1 l'anxit qu'on prouve4 ,au sortir de l'enfance1 l'image de la douleur est insparable d'une sorte d'attendrissement qui mle du charme toutes les impressions qu'on reoit2 mais il suffit souvent d'avoir atteint vingt-cinq annes pour tre arriv l'poque d'infortune marque dans la carrire de toutes les passions4 ,alors le malheur est long comme la vie2 il se compose de vos fautes et du sort2 il vous humilie et vous dchire4 ,les indiffrents1 les connaissances intimes mme1 vous reprsentent1 par leurs manires avec vous1 le tableau raccourci de vos infortunes4 chaque instant1 les mots1 les expressions les plus simples1 vous apprennent de nouveau ce que vous savez dj1 mais ce qui frappe chaque fois comme inattendu4 ,si vous faites des projets1 ils retombent toujours sur la peine dominante2 elle est partout1 il semble qu'elle rende impraticables les rsolutions mme qui doivent y avoir le moins de rapport3 c'est contre cette peine alors qu'on dirige ses efforts1 on adopte des plans insenss pour la surmonter1 et l'impossibilit de chacun d'eux1 dmontre par la rflexion1 est un nouveau revers au dedans de soi4 ,on se sent saisi par une seule ide1 comme sous la griffe d'un monstre tout-puissant2 on contraint sa pense1 sans pouvoir la distraire2 il y a un travail dans l'action de vivre qui ne laisse pas un moment de repos2 le soir est la seule attente de tout le jour1 le rveil est un coup douloureux qui vous reprsente chaque matin votre malheur avec l'effet de la surprise4 ,les consolations de l'amiti agissent la surface1 mais la personne qui vous aime le plus1 n'a pas1 sur ce qui vous intresse1 la millime partie des penses qui vous agitent2 de ces penses qui n'ont point assez de ralit pour tre exprimes1 et dont l'action est assez vive cependant pour vous dvorer4 ,except dans l'amour1 o en parlant de vous1 celui qui vous aime s'occupe de lui1 je ne sais comment on peut se rsoudre entretenir un autre de sa peine autant qu'on y pense2 et quel bien1 d'ailleurs1 en pourrait-on retirer8 ,la douleur est fixe1 et rien ne peut la dplacer1 qu'un vnement ou le courage4 ,alors que le malheur se prolonge1 il a quelque chose d'aride1 de dcourageant1 qui lasse de soi-mme1 autant qu'il importune les autres4 ,on se sent poursuivi par le sentiment de l'existence1 comme par un dard empoisonn2 on voudrait respirer un jour1 une heure1 pour reprendre des forces1 pour recommencer la lutte au dedans de soi1 et c'est sous le poids qu'il faut se relever1 c'est accabl qu'il faut combattre2 on ne dcouvre pas un point sur lequel on puisse s'appuyer pour vaincre le reste4 ,l'imagination a tout envahi1 la douleur est au terme de toutes les rflexions1 et il en arrive subitement de nouvelles qui dcouvrent de nouvelles douleurs4 ,l'horizon recule devant soi mesure que l'on avance2 on essaie de penser pour vaincre les sensations1 et les penses les multiplient2 enfin1 l'on se persuade bientt que ses facults sont baisses2 la dgradation de soi fltrit l'me1 sans rien ter l'nergie de la douleur2 il n'est point de situation dans laquelle on puisse se reposer1 on veut fuir ce qu'on prouve1 et cet effort agite encore plus4 ,celui qui peut tre mlancolique1 qui peut se rsigner la peine1 qui peut s'intresser encore lui-mme1 n'est pas malheureux4 ,il faut tre dgot de soi1 et se sentir li son tre1 comme si l'on tait deux1 fatigus l'un de l'autre2 il faut tre devenu incapable de toutes les jouissances1 de toutes les distractions1 pour ne sentir qu'une douleur2 il faut1 enfin1 que quelque chose de sombre1 desschant l'motion1 ne laisse dans l'me qu'une seule impression inquite et brlante4 ,la souffrance est alors le centre de toutes les penses1 elle devient le principe unique de la vie1 on ne se reconnat que par sa douleur4 ,si les paroles pouvaient transmettre ces sensations tellement inhrentes l'me qu'en les exprimant on leur te toujours quelque chose de leur intensit2 si l'on pouvait concevoir d'avance ce que c'est que le malheur1 je ne crois pas que personne pt rejeter avec ddain le systme qui a pour but seulement d'viter de souffrir4 ,des hommes froids1 qui veulent se donner l'apparence de la passion1 parlent du charme de la douleur1 des plaisirs qu'on peut trouver dans la peine2 et le seul joli mot de cette langue1 aussi fausse que recherche1 c'est celui de cette femme1 qui1 regrettant sa jeunesse1 disait3 ,c'tait le bon temps1 j'tais bien heureuse4 ,mais jamais cette expression mme n'et t prononce par un coeur passionn4 ,ce sont les caractres sans vritable chaleur qui parlent sans cesse des avantages des passions1 du besoin de les prouver2 les mes ardentes les craignent2 les mes ardentes accueilleront tous les moyens de se prserver de la douleur3 c'est ceux qui savent la craindre que ces dernires rflexions sont ddies2 c'est surtout ceux qui souffrent qu'elles peuvent apporter quelque consolation4 ,,chapitre ,,ii4 ,de la philosophie4 ,la philosophie1 dont je crois utile et possible aux mes passionnes d'adopter les secours1 est de la nature la plus releve4 ,il faut se placer au-dessus de soi pour se dominer1 au-dessus des autres pour n'en rien attendre4 ,il faut que1 lass de vains efforts pour obtenir le bonheur1 on se rsolve l'abandon de cette dernire illusion1 qui1 en s'vanouissant1 entrane toutes les autres aprs elle4 ,il faut qu'on ait appris concevoir la vie passivement1 supporter que son cours soit uniforme1 suppler tout par la pense1 voir en elle les seuls vnements qui ne dpendent ni du sort1 ni des hommes4 ,lorsqu'on s'est dit qu'il est impossible d'obtenir le bonheur1 on est plus prs d'atteindre quelque chose qui lui ressemble1 comme les hommes drangs dans leur fortune ne se retrouvent l'aise que lorsqu'ils se sont avou qu'ils taient ruins4 ,quand on a fait le sacrifice de ses esprances1 tout ce qui revient compte d'elles est un bien imprvu1 dont aucun genre de crainte n'a prcd la possession4 ,il est une multitude de jouissances partielles qui ne drivent point d'une mme source1 mais offrent des plaisirs pars l'homme dont l'me paisible est dispose les goter2 une grande passion1 au contraire1 les absorbe tous2 elle ne permet pas seulement de savoir qu'ils existent4 ,il n'y a plus de fleurs dans ce parterre qu'elle a parcouru2 son amant n'y peut voir que la trace de ses pas4 ,l'ambitieux1 en apercevant ces hameaux entours de tous les dons de la nature1 demande si le gouverneur de ce canton a beaucoup de crdit1 ou si les paysans qui l'habitent peuvent lire un dput4 ,aux yeux de l'homme passionn1 les objets extrieurs ne reprsentent qu'une ide1 parce qu'ils ne sont jugs que par un seul sentiment4 ,le philosophe1 par un grand acte de courage1 ayant dlivr ses penses du joug de la passion1 ne les dirige plus toutes vers un objet unique1 et jouit des douces impressions que chacune de ses ides peut lui valoir tour tour et sparment4 ,ce qui conduirait surtout penser que la vie est un voyage1 c'est que rien n'y semble ordonn comme un sjour4 ,voulez-vous attacher votre existence l'empire absolu d'une ide ou d'un sentiment3 tout est obstacle1 tout est malheur chaque pas4 ,voulez-vous laisser aller la vie au gr du vent qui lui fait doucement parcourir des situations diverses2 voulez-vous du plaisir pour chaque jour sans le faire concourir l'ensemble du bonheur de toute la destine3 vous le pouvez facilement2 et lorsque aucun des vnements de la vie n'est prcd par de brlants dsirs1 ni suivi d'amers regrets1 l'on trouve une part suffisante de flicit dans ces jouissances isoles que le hasard dispense sans but4 ,s'il n'tait dans l'existence de l'homme qu'une seule poque1 la jeunesse1 peut-tre pourrait-on la vouer aux grandes chances des passions2 mais l'instant o la vieillesse commande une nouvelle manire d'exister1 le philosophe seul sait supporter cette transition sans douleur4 ,si nos facults1 si nos dsirs1 qui naissent de nos facults1 taient toujours d'accord avec notre destine1 tous les ges on pourrait goter quelque bonheur2 mais un coup simultan ne porte pas galement atteinte nos facults et nos dsirs4 ,le temps dgrade souvent notre destine avant d'avoir affaibli nos facults1 affaiblit nos facults avant d'avoir amorti nos dsirs4 ,l'activit de l'me survit aux moyens de l'exercer2 les dsirs1 la perte des biens dont ils inspirent le besoin4 ,la douleur de la destruction se fait sentir avec toute la force de l'existence2 c'est assister soi-mme ses funrailles1 et1 violemment attach ce triste et long spectacle1 renouveler le supplice de ,mzence1 lier ensemble la mort et la vie4 ,quand la philosophie s'empare de l'me1 elle commence1 sans doute1 par lui faire mettre beaucoup moins de prix ce qu'elle possde et ce qu'elle espre4 ,les passions rehaussent beaucoup plus toutes les valeurs2 mais quand ce tarif de modration est fix1 il subsiste pour tous les ges2 chaque moment se suffit lui-mme1 une poque n'anticipe point sur l'autre1 jamais les orages des passions ne les confondent ni ne les prcipitent4 ,les annes1 et tout ce qu'elles amnent avec elles1 se succdent tranquillement suivant l'intention de la nature1 et l'homme participe au calme de l'ordre universel4 ,je l'ai dit1 celui qui veut mettre le suicide au nombre de ses rsolutions peut entrer dans la carrire des passions2 il peut y abandonner sa vie1 s'il se sent capable de la terminer1 alors que la foudre aura renvers l'objet de tous ses efforts et de tous ses voeux3 mais comme je ne sais quel instinct1 qui appartient plus1 je crois1 la nature physique qu'au sentiment moral1 force souvent conserver des jours dont tous les instants sont une nouvelle douleur1 peut-on courir les hasards1 presque certains1 d'un malheur qui fera dtester l'existence1 et d'une disposition de l'me qui inspirera la crainte de l'anantir8 ,non que dans cette situation la vie ait encore quelques charmes1 mais parce qu'il faut rassembler dans un mme moment tous les motifs de sa douleur pour lutter contre l'indivisible pense de la mort2 parce que le malheur se rpand sur l'tendue des jours1 tandis que la terreur qu'inspire le suicide se concentre en entier dans un instant1 et que pour se tuer il faudrait embrasser le tableau de ses infortunes comme le spectacle de sa fin1 l'aide de l'intensit d'un seul sentiment et d'une seule ide4 ,rien cependant n'inspire autant d'horreur que la possibilit d'exister1 uniquement parce qu'on ne sait pas mourir2 et comme c'est le sort qui peut attendre toutes les grandes passions1 un tel objet d'effroi suffit pour faire aimer cette puissance de philosophie qui soutient toujours l'homme au niveau de la vie1 sans l'y trop attacher1 mais sans la lui faire har4 ,la philosophie n'est pas de l'insensibilit2 quoiqu'elle diminue l'atteinte des vives douleurs1 il faut une grande force d'me et d'esprit pour arriver cette philosophie dont je vante ici les secours2 et l'insensibilit est l'habitude du caractre1 non le rsultat d'un triomphe4 ,la philosophie se sent de son origine4 ,comme elle nat toujours de la profondeur de la rflexion1 et qu'elle est souvent inspire par le besoin de rsister ses passions1 elle suppose des qualits suprieures1 et donne une jouissance de ses propres facults tout fait inconnue l'homme insensible2 le monde lui convient mieux qu'au philosophe2 il ne craint pas que l'agitation de la socit trouble la paix dont il gote la douceur4 ,le philosophe1 qui doit cette paix au travail de sa pense1 aime jouir de lui-mme dans la retraite4 ,la satisfaction que donne la possession de soi1 acquise par la mditation1 ne ressemble point aux plaisirs de l'homme personnel2 il a besoin des autres1 il est exigeant1 il souffre impatiemment tout ce qui le blesse1 il est domin par son gosme2 et si ce sentiment pouvait avoir de l'nergie1 il aurait tous les caractres d'une grande passion3 mais le bonheur que trouve un philosophe dans la possession de soi1 est de tous les sentiments1 au contraire1 celui qui rend le plus indpendant4 ,par une sorte d'abstraction1 dont la jouissance est cependant relle1 on s'lve quelque distance de soi-mme pour se regarder penser et vivre2 et comme on ne veut dominer aucun vnement1 on les considre tous comme des modifications de notre tre qui exercent ses facults et htent de diverses manires l'action de sa perfectibilit4 ,ce n'est plus vis--vis du sort1 mais de sa conscience qu'on se place1 et1 renonant toute influence sur le destin et sur les hommes1 on se complat d'autant plus dans l'action du pouvoir qu'on s'est rserv1 dans l'empire de soi-mme1 et l'on fait chaque jour avec bonheur quelque changement ou quelque dcouverte dans la seule proprit sur laquelle on se croie des droits et de l'influence4 ,il faut de la solitude ce genre d'occupation1 et s'il est vrai que la solitude soit un moyen de jouissance pour le philosophe1 c'est lui qui est l'homme heureux4 ,non-seulement vivre seul est le meilleur de tous les tats1 parce que c'est le plus indpendant1 mais encore la satisfaction qu'on y trouve est la pierre de touche du bonheur2 sa source est si intime1 qu'alors qu'on le possde rellement1 la rflexion rapproche toujours plus de la certitude de l'prouver4 ,la solitude est1 pour les mes agites par de grandes passions1 une situation trs-dangereuse4 ,ce repos auquel la nature nous appelle1 qui semble la destination immdiate de l'homme2 ce repos dont la jouissance parat devoir prcder le besoin mme de la socit1 et devenir plus ncessaire encore aprs qu'on a longtemps vcu au milieu d'elle2 ce repos est un tourment pour l'homme domin par une grande passion4 ,en effet1 le calme n'existant qu'autour de lui contraste avec son agitation intrieure1 et en accrot la douleur4 ,c'est par la distraction qu'il faut d'abord essayer d'affaiblir une grande passion2 il ne faut pas commencer la lutte par un combat corps corps1 et avant de se hasarder vivre seul1 il faut avoir dj agi sur soi-mme4 ,les caractres passionns1 loin de redouter la solitude1 la dsirent2 mais cela mme est une preuve qu'elle nourrit leur passion1 loin de la dtruire4 ,l'me1 trouble par les sentiments qui l'oppressent1 se persuade qu'elle soulagera sa peine en s'en occupant davantage2 les premiers instants o le coeur s'abandonne la rverie sont pleins de charmes1 mais bientt cette jouissance le consume4 ,l'imagination qui est reste la mme1 quoiqu'on ait loign d'elle ce qui semblait l'enflammer1 pousse l'extrme toutes les chances de l'inquitude2 dans son isolement elle s'entoure de chimres2 l'imagination dans le silence et la retraite1 n'tant frappe par rien de rel1 donne une mme importance tout ce qu'elle invente4 ,elle veut se sauver du prsent1 et elle se livre l'avenir1 bien plus propre l'agiter1 bien plus conforme sa nature4 ,l'ide qui la domine1 laisse stationnaire par les vnements1 se diversifie de mille manires par le travail de la pense2 la tte s'enflamme1 et la raison devient moins puissante que jamais4 ,la solitude finit par effrayer l'homme malheureux2 il croit l'ternit de la douleur qu'il prouve4 ,la paix qui l'environne semble insulter au tumulte de son me2 l'uniformit des jours ne lui prsente aucun changement mme dans la peine4 ,la violence d'un tel malheur au sein de la retraite est une nouvelle preuve de la funeste influence des passions2 elles loignent de tout ce qui est simple et facile1 et quoiqu'elles prennent leur source dans la nature de l'homme1 elles s'opposent sans cesse sa vritable destination4 ,la solitude1 au contraire1 est le premier des biens pour le philosophe4 ,c'est au milieu du monde que souvent ses rflexions1 ses rsolutions l'abandonnent1 que les ides gnrales les plus arrtes cdent aux impressions particulires2 c'est l que le gouvernement de soi exige une main plus assure3 mais dans la retraite1 le philosophe n'a de rapports qu'avec le sjour champtre qui l'environne1 et son me est parfaitement d'accord avec les douces sensations que ce sjour inspire2 elle s'en aide pour penser et vivre4 ,comme il est rare d'arriver la philosophie sans avoir fait quelques efforts pour obtenir des biens plus semblables aux chimres de la jeunesse1 l'me1 qui pour jamais y renonce1 compose son bonheur d'une sorte de mlancolie qui a plus de charme qu'on ne pense1 et vers laquelle tout semble nous ramener4 ,les aspects1 les incidents de la campagne1 sont tellement analogues cette disposition morale1 qu'on serait tent de croire que la ,providence a voulu qu'elle devnt celle de tous les hommes1 et que tout concourt la leur inspirer1 lorsqu'ils atteignent l'poque o l'me se lasse de travailler son propre sort1 se fatigue mme de l'esprance1 et n'ambitionne plus que l'absence de la peine4 ,toute la nature semble se prter aux sentiments qu'ils prouvent alors4 ,le bruit du vent1 l'clat des orages1 le soir de l't1 les frimas de l'hiver2 ces mouvements1 ces tableaux opposs1 produisent des impressions pareilles1 et font natre dans l'me cette douce mlancolie1 vrai sentiment de l'homme1 rsultat de sa destine1 seule situation du coeur qui laisse la mditation toute son action et toute sa force4 ,,chapitre ,,iii4 ,de l'tude4 ,lorsque l'me est dgage de l'empire des passions1 elle permet l'homme une grande jouissance2 c'est l'tude1 c'est l'exercice de la pense1 de cette facult inexplicable dont l'examen suffirait sa propre occupation1 si1 au lieu de se dvelopper successivement1 elle nous tait accorde tout coup dans sa plnitude4 ,lorsque l'espoir de faire une dcouverte qui peut illustrer1 ou de publier un ouvrage qui doit mriter l'approbation gnrale1 est l'objet de nos efforts1 c'est dans le trait des passions qu'il faut placer l'histoire de l'influence d'un tel penchant sur le bonheur2 mais il y a dans le simple plaisir de penser1 d'enrichir ses mditations par la connaissance des ides des autres1 une sorte de satisfaction intime qui tient la fois au besoin d'agir et de se perfectionner2 sentiments naturels l'homme1 et qui ne l'astreignent aucune dpendance4 ,les travaux physiques apportent une certaine classe de la socit1 par des moyens absolument contraires1 des avantages peu prs-pareils dans leurs rapports avec le bonheur4 ,ces travaux suspendent l'action de l'me1 drobent le temps2 ils font vivre sans souffrir3 l'existence est un bien dont on ne cesse pas de jouir2 mais l'instant qui succde au travail rend plus doux le sentiment de la vie1 et dans la succession de la fatigue et du repos1 la peine morale trouve peu de place4 ,l'homme qui occupe les facults de son esprit obtient de mme1 par leur exercice1 le moyen d'chapper aux tourments du coeur4 ,les occupations mcaniques calment la pense en l'touffant2 l'tude1 en dirigeant l'esprit vers des objets intellectuels1 distrait de mme des ides qui dvorent4 ,le travail1 de quelque nature qu'il soit1 affranchit l'me des passions dont les chimres se placent au milieu des loisirs de la vie4 ,la philosophie ne fait du bien que par ce qu'elle nous te2 l'tude rend une partie des plaisirs que l'on cherche dans les passions4 ,c'est une action continuelle1 et l'homme ne saurait renoncer l'action2 sa nature lui commande l'exercice des facults qu'il tient d'elle4 ,on peut proposer au gnie de se plaire dans ses propres progrs1 au coeur1 de se contenter du bien qu'il peut faire aux autres2 mais aucun genre de rflexion ne peut donner du bonheur dans le nant d'une ternelle oisivet4 ,l'amour de l'tude1 loin de priver la vie de l'intrt dont elle a besoin1 a tous les caractres de la passion1 except celui qui cause tous ses malheurs1 la dpendance du sort et des hommes4 ,l'tude offre un but qui cde toujours en proportion des efforts1 vers lequel les progrs sont certains1 dont la route prsente de la varit sans crainte de vicissitude1 dont les succs ne peuvent tre suivis de revers4 ,elle vous fait parcourir une suite d'objets nouveaux1 elle vous fait prouver une sorte d'vnements qui suffisent la pense1 l'occupent et l'animent sans aucun secours tranger4 ,ces jours si semblables pour le malheur1 si uniformes pour l'ennui1 offrent l'homme dont l'tude remplit le temps beaucoup d'poques varies4 ,une fois il a saisi la solution d'un problme qui l'occupait depuis longtemps2 une autre fois une beaut nouvelle l'a frapp dans un ouvrage inconnu2 enfin1 ses jours sont marqus entre eux par les diffrents plaisirs qu'il a conquis par sa pense3 et ce qui distingue surtout cette espce de jouissance1 c'est que l'avoir prouve la veille1 vaut la certitude de la retrouver le lendemain4 ,ce qui importe1 c'est de donner son esprit cette impulsion1 de se commander les premiers pas2 ils entranent tous les autres4 ,l'instruction fait natre la curiosit4 ,l'esprit rpugne de lui-mme ce qui est incomplet2 il aime l'ensemble1 il tend au but1 et de mme qu'il s'lance vers l'avenir1 il aspire connatre un nouvel enchanement de penses qui s'offre en avant de ses efforts et de son esprance4 ,soit qu'on lise1 soit qu'on crive1 l'esprit fait un travail qui lui donne chaque instant le sentiment de sa justesse ou de son tendue1 et sans qu'aucune rflexion d'amour-propre se mle cette jouissance1 elle est relle1 comme le plaisir que trouve l'homme robuste dans l'exercice du corps proportionn ses forces4 ,quand ,rousseau a peint les premires impressions de la statue de ,pygmalion1 avant de lui faire goter le bonheur d'aimer1 il lui a fait trouver une vraie jouissance dans la sensation du moi4 ,c'est surtout en combinant1 en dveloppant des ides abstraites1 en portant son esprit chaque jour au del du terme de la veille1 que la conscience de son existence morale devient un sentiment heureux et vif2 et quand une sorte de lassitude succderait cette exertion de soi-mme1 ce serait aux plaisirs simples1 au sommeil de la pense1 au repos enfin1 mais non aux peines du coeur1 que la fatigue du travail nous livrerait4 ,l'me trouve de vastes consolations dans l'tude et la mditation des sciences et des ides4 ,il semble que notre propre destine se perde au milieu du monde qui se dcouvre nos yeux2 que des rflexions qui tendent tout gnraliser nous portent nous considrer nous-mmes comme l'une des mille combinaisons de l'univers1 et qu'estimant plus en nous la facult de penser que celle de souffrir1 nous donnions l'une le droit de classer l'autre4 ,sans doute1 l'impression de la douleur est absolue pour celui qui l'prouve1 et chacun la ressent d'aprs soi seul4 ,cependant il est certain que l'tude de l'histoire1 la connaissance de tous les malheurs qui ont t prouvs avant nous1 livrent l'me des contemplations philosophiques dont la mlancolie est plus facile supporter que le tourment de ses propres peines4 ,le joug d'une loi commune tous ne fait pas natre ces mouvements de rage qu'un sort sans exemple exciterait2 en rflchissant sur les gnrations qui se sont succd au milieu des douleurs1 en observant ces mondes innombrables o des milliers d'tres partagent simultanment avec nous le bienfait ou le malheur de l'existence1 l'intensit mme du sentiment individuel s'affaiblit1 et l'abstraction enlve l'homme lui-mme4 ,quelles que soient les opinions que l'on professe1 personne ne peut nier qu'il ne soit doux de croire l'immortalit de l'me2 et lorsqu'on s'abandonne la pense1 qu'on parcourt avec elle les conceptions les plus mtaphysiques1 elle embrasse l'univers1 et transporte la vie bien loin au del de l'espace matriel que nous occupons4 ,les merveilles de l'infini paraissent plus vraisemblables4 ,tout1 hors la pense1 parle de destruction3 l'existence1 le bonheur1 les passions sont soumises aux trois grandes poques de la nature1 natre1 crotre1 et mourir2 mais la pense1 au contraire1 avance par une sorte de progression dont on ne voit pas le terme2 et1 pour elle1 l'ternit semble avoir dj commenc4 ,plusieurs crivains se sont servis des raisonnements les plus intellectuels pour prouver le matrialisme2 mais l'instinct moral est contre cet effort1 et celui qui attaque avec toutes les ressources de la pense la spiritualit de l'me rencontre toujours quelques instants o ses succs mmes le font douter de ce qu'il affirme4 ,l'homme donc qui se livre sans projet ses impressions reoit par l'exercice des facults intellectuelles un plus vif espoir de l'immortalit de l'me4 ,l'attention qu'exige l'tude en dtournant de songer aux intrts personnels1 dispose les mieux juger4 ,en effet1 une vrit abstraite s'claircit toujours1 davantage en y rflchissant2 mais une affaire1 un vnement qui nous affecte1 s'exagre1 se dnature lorsqu'on s'en occupe perptuellement4 ,comme le jugement qu'on doit porter sur de telles circonstances dpend d'un petit nombre d'ides simples et promptement aperues1 le temps qu'on y donne par del est tout entier rempli par les illusions de l'imagination et du coeur4 ,ces illusions1 devenant bientt insparables de l'objet mme1 absorbent l'me par l'immense carrire qu'elles offrent aux craintes et aux regrets4 ,la sage modration des philosophes studieux dpend1 peut-tre1 du peu de temps qu'ils consacrent rver aux vnements de leur vie1 autant que du courage qu'ils mettent les supporter4 ,cet effet naturel de la distraction que donne l'tude1 est le secours le plus efficace qu'elle puisse apporter la douleur2 car aucun homme ne saurait vivre l'aide d'une continuelle suite d'efforts4 ,il faut une grande puissance de caractre pour se dterminer aux premiers essais1 mais les succs qu'ils assurent deviennent une sorte d'habitude qui amortit lentement les peines de l'me4 ,si les passions renaissaient sans cesse de leurs cendres1 il faudrait y succomber2 car on ne peut pas livrer beaucoup de ces combats qui cotent tant au vainqueur3 mais bientt on s'accoutume trouver de vraies jouissances ailleurs que dans les passions qu'on a surmontes1 et l'on est heureux1 et par les occupations de l'esprit1 et par l'indpendance parfaite qu'on leur doit4 ,trouver dans soi seul une noble destine1 tre heureux1 non par la personnalit1 mais par l'exercice de ses facults1 est un tat qui flatte l'me en la calmant4 ,plusieurs traits de la vie des anciens philosophes1 d',archimde1 de ,socrate1 de ,platon1 ont d mme faire croire que l'tude tait une passion2 mais si l'on peut s'y tromper par la vivacit de ses plaisirs1 la nature de ses peines ne permet pas de s'y mprendre4 ,le plus grand chagrin qu'on puisse prouver1 c'est l'obstacle de quelques difficults qui ajoutent au plaisir du succs4 ,le pur amour de l'tude ne met jamais en relation avec la volont des hommes2 quel genre de douleur pourrait-il donc faire prouver8 ,dans cette sorte de got1 il n'y a de naturel que ses plaisirs4 ,l'esprance et la curiosit1 seuls mobiles ncessaires l'homme1 sont suffisamment excites par l'tude dans le silence des passions4 ,l'esprit est plus agit que l'me2 c'est lui qu'il faut nourrir1 c'est lui qu'on peut animer sans danger2 le mouvement dont il a besoin se trouve tout entier dans les occupations de l'tude1 et1 quelque degr qu'on porte l'action de cet intrt1 ce sont des jouissances qu'on augmente1 mais jamais des regrets qu'on se prpare4 ,quelques anciens1 exalts sur les jouissances de l'tude1 se sont persuad que le paradis consistait seulement dans le plaisir de connatre les merveilles du monde2 celui qui s'instruit chaque jour1 qui s'empare du moins de ce que la ,providence a abandonn l'esprit humain1 semble anticiper sur ces ternelles dlices et dj spiritualiser son tre4 ,toutes les poques de la vie sont galement propres ce genre de bonheur1 d'abord1 parce qu'il est assez dmontr par l'exprience que quand on exerce constamment son esprit1 on peut esprer d'en prolonger la force2 et parce que1 dt-on ne pas y parvenir1 les facults intellectuelles baissent en mme temps que le got qui sert les mesurer1 et ne laissent l'homme aucun juge intrieur de son propre affaiblissement4 ,dans la carrire de l'tude tout prserve donc de souffrir2 mais il faut avoir agi longtemps sur son me avant qu'elle cesse de troubler le libre exercice de la pense4 ,l'homme passionn qui1 sans efforts pralables1 imaginerait de se livrer l'tude1 n'y trouverait aucune des ressources que je viens de prsenter4 ,combien l'instruction lui paratrait froide et lente auprs de ces rveries du coeur1 qui1 plongeant dans l'absorption d'une pense dominante1 font de longues heures un mme instant6 ,la folie des passions1 ce n'est pas l'garement de toutes les ides2 mais la fixation sur une seule4 ,il n'est rien qui puisse distraire l'homme soumis l'empire d'une ide unique4 ,ou il ne voit rien1 ou ce qu'il voit la lui rappelle4 ,il parle1 il crit sur des sujets divers2 mais pendant ce temps son me continue d'tre la proie d'une mme douleur4 ,il accomplit les actions ordinaires de la vie comme dans un tat de somnambulisme2 tout ce qui pense1 tout ce qui souffre en lui1 appartient un sentiment intrieur1 dont la peine n'est pas un moment suspendue4 ,bientt il est saisi d'un insurmontable dgot pour les penses trangres celle qui l'occupe2 elles ne s'enchanent point dans sa tte1 elles ne laissent point de trace dans sa mmoire4 ,l'homme passionn et l'homme stupide prouvent par l'tude le mme degr d'ennui2 l'intrt leur manque tous les deux2 car1 par des causes diffrentes1 les ides des autres ne trouvent en eux aucune ide correspondante3 l'me fatigue s'abandonne enfin l'impulsion qui l'entrane1 et consacre sa solitude la pense qui la poursuit2 mais elle ne tarde pas se repentir de sa faiblesse2 la mditation de l'homme passionn enfante des monstres1 comme celle du savant cre des prodiges4 ,le malheureux alors revient l'tude pour chapper la douleur2 il arrache un quart d'heure d'attention travers de longs efforts2 il se commande telle occupation pendant un temps limit1 et consacre ce temps l'impatience de le voir finir2 il se captive non pour vivre1 mais pour ne pas mourir1 et ne trouve dans l'existence que l'effort qu'il fait pour la supporter4 ,ce tableau ne prouve point l'inutilit des ressources de l'tude1 mais il est impossible l'homme passionn d'en jouir1 s'il ne se prpare point1 par de longues rflexions1 retrouver son indpendance2 il ne peut1 alors qu'il est encore esclave1 goter des plaisirs dont la libert de l'me donne seule la puissance d'approcher4 ,je relis sans cesse quelques pages d'un livre intitul3 ,la ,chaumire indienne2 je ne sais rien de plus profond en moralit sensible que le tableau de la situation du ,paria1 de cet homme d'une race maudite1 abandonn de l'univers entier1 errant la nuit dans les tombeaux1 faisant horreur ses semblables sans l'avoir mrit par aucune faute2 enfin1 le rebut de ce monde o l'a jet le don de la vie4 ,c'est l que l'on voit l'homme vritablement aux prises avec ses propres forces4 ,nul tre vivant ne le secourt1 nul tre vivant ne s'intresse son existence2 il ne lui reste que la contemplation de la nature1 et elle lui suffit4 ,c'est ainsi qu'existe l'homme sensible sur cette terre2 il est aussi d'une caste proscrite1 sa langue n'est point entendue1 ses sentiments l'isolent1 ses dsirs ne sont jamais accomplis1 et ce qui l'environne ou s'loigne de lui1 ou ne s'en rapproche que pour le blesser4 ,oh ,dieu6 faites qu'il s'lve au-dessus de ces douleurs dont les hommes ne cesseront de l'accabler6 faites qu'il s'aide du plus beau de vos prsents1 de la facult de penser1 pour juger la vie au lieu de l'prouver6 et lorsque le hasard a pu combiner ensemble la runion la plus fatale au bonheur1 l'esprit et la sensibilit1 n'abandonnez pas ces malheureux tres destins tout apercevoir1 pour souffrir de tout2 soutenez leur raison la hauteur de leurs affections et de leurs ides1 clairez-les du mme feu qui servait les consumer6 ,,chapitre ,,iv4 ,de la bienfaisance4 ,la philosophie exige de la force dans le caractre1 l'tude1 de la suite dans l'esprit2 mais malheur ceux qui ne pourraient pas adopter la dernire consolation1 ou plutt la sublime jouissance qui reste encore tous les caractres dans toutes les situations6 ,il m'en a cot de prononcer qu'aimer avec passion n'tait pas le vrai bonheur2 je cherche donc dans les plaisirs indpendants1 dans les ressources qu'on trouve en soi1 la situation la plus analogue aux jouissances du sentiment2 et la vertu1 telle que je la conois1 appartient beaucoup au coeur2 je l'ai nomme bienfaisance1 non dans l'acception trs-borne qu'on donne ce mot1 mais en dsignant ainsi toutes les actions de la bont4 ,la bont est la vertu primitive1 elle existe par un mouvement spontan2 et comme elle seule est vritablement ncessaire au bonheur gnral1 elle seule est grave dans le coeur2 tandis que les devoirs qu'elle n'inspire pas sont consigns dans des codes que la diversit des pays et des circonstances peut modifier ou prsenter trop tard la connaissance des peuples4 ,l'homme bon est de tous les temps et de toutes les nations2 il n'est pas mme dpendant du degr de civilisation du pays qui l'a vu natre2 c'est la nature morale dans sa puret1 dans son essence2 c'est comme la beaut dans la jeunesse1 o tout est bien sans effort4 ,la bont existe en nous comme le principe de la vie1 sans tre l'effet de notre propre volont2 elle semble un don du ciel comme toutes les facults1 elle agit sans se connatre1 et ce n'est que par la comparaison qu'elle apprend sa propre valeur4 ,jusqu' ce qu'il et rencontr le mchant1 l'homme bon n'a pas d croire la possibilit d'une manire d'tre diffrente de la sienne propre4 ,la triste connaissance du coeur humain fait1 dans le monde1 de l'exercice de la bont un plaisir plus vif2 on se sent plus ncessaire1 en se voyant si peu de rivaux1 et cette pense anime l'accomplissement d'une vertu laquelle le malheur et le crime offrent tant de maux rparer4 ,la bont recueille aussi toutes les vritables jouissances du sentiment2 mais elle diffre de lui par cet minent caractre o se retrouve toujours le secret du bonheur ou du malheur de l'homme3 elle ne veut1 elle n'attend rien des autres1 et place sa flicit tout entire dans ce qu'elle prouve4 ,elle ne se livre pas un seul mouvement personnel1 pas mme au besoin d'inspirer un sentiment rciproque1 et ne jouit que de ce qu'elle donne4 ,lorsqu'on est fidle cette rsolution1 ces hommes mmes qui troubleraient le repos de la vie1 si l'on se rendait dpendants de leur reconnaissance1 vous donnent cependant des jouissances momentanes par l'expression de ce sentiment4 ,les premiers mouvements de la reconnaissance ne laissent rien dsirer1 et1 dans l'motion qui les accompagne1 tous les caractres s'embellissent2 on dirait que le prsent est un gage certain de l'avenir2 et lorsque le bienfaiteur reoit la promesse1 sans avoir besoin de son accomplissement1 l'illusion mme qu'elle lui cause est sans danger1 et l'imagination peut en jouir1 comme l'avare des biens que lui procurerait son trsor1 si jamais il le dpensait4 ,il y a des vertus toutes composes de craintes et de sacrifices1 dont l'accomplissement peut donner une satisfaction d'un ordre trs-relev l'me forte qui les pratique2 mais peut-tre1 avec le temps1 dcouvrira-t-on que tout ce qui n'est pas naturel n'est pas ncessaire1 et que la morale1 dans divers pays1 est aussi charge de superstition que la religion4 ,du moins1 en parlant de bonheur1 il est impossible de supposer une situation qui exige des efforts perptuels2 et la bont donne des jouissances si faciles et si simples1 que leur impression est indpendante du pouvoir mme de la rflexion4 ,si cependant l'on se livre des retours sur soi1 ils sont tous remplis d'esprance2 le bien qu'on a fait est une gide qu'on croit voir entre le malheur et soi2 et lors mme que l'infortune nous poursuit1 on sait o se rfugier1 on se transporte par la pense dans la situation heureuse que nos bienfaits ont procure4 ,s'il tait vrai que dans la nature des choses il se ft rencontr des obstacles la flicit parfaite que l'tre suprme aurait voulu donner ses cratures1 la bont continuerait l'intention de la ,providence1 elle ajouterait pour ainsi dire son pouvoir4 ,qu'il est heureux celui qui a sauv la vie d'un d'homme6 il ne peut plus croire l'inutilit de son existence1 il ne peut plus tre fatigu de lui-mme4 ,qu'il est plus heureux encore celui qui a assur la flicit d'un tre sensible6 on ne sait pas ce qu'on donne en sauvant la vie2 mais en vous arrachant la douleur1 en renouvelant la source de vos jouissances1 on est certain d'tre votre bienfaiteur4 ,il n'est au pouvoir d'aucun vnement de rien retrancher au plaisir que nous a valu la bont4 ,l'amour pleure souvent ses propres sacrifices1 l'ambition voit en eux la cause de ses malheurs2 la bont1 n'ayant voulu que le plaisir mme de son action1 ne peut jamais s'tre trompe dans ses calculs4 ,elle n'a rien faire avec le pass ni l'avenir2 une suite d'instants prsents composent sa vie2 et son me1 constamment en quilibre1 ne se porte jamais avec violence sur une poque1 ni sur une ide2 ses voeux et ses efforts se rpandent galement sur chacun de ses jours1 parce qu'ils appartiennent un sentiment toujours le mme et toujours facile exercer4 ,toutes les passions1 certainement1 n'loignent pas de la bont2 il en est une surtout qui dispose le coeur la piti pour l'infortune2 mais ce n'est pas au milieu des orages qu'elle excite que l'me peut dvelopper et sentir l'influence des vertus bienfaisantes4 ,le bonheur qui nat des passions est une distraction trop forte1 le malheur qu'elles produisent cause un dsespoir trop sombre pour qu'il reste l'homme qu'elles agitent aucune facult libre2 les peines des autres peuvent aisment mouvoir un coeur dj branl par sa situation personnelle1 mais la passion n'a de suite que dans son ide2 les jouissances que quelques actes de bienfaisance pourraient procurer sont peine senties par le coeur passionn qui les accomplit4 ,promthe1 sur son rocher1 s'apercevait-il du retour du printemps1 des beaux jours de l't8 ,quand le vautour est au coeur1 quand il dvore le principe de la vie1 c'est l qu'il faut porter ou le calme ou la mort4 ,aucune consolation partielle1 aucun plaisir dtach ne peut donner du secours2 cependant1 comme l'me est toujours plus capable de vertus et de jouissances releves alors qu'elle a t trempe dans le feu des passions1 alors que son triomphe a t prcd d'un combat1 la bont mme n'est une source vive de bonheur que pour l'homme qui a port dans son coeur le principe des passions4 ,celui qui s'est vu dchir par des affections tendres1 par des illusions ardentes1 par des dsirs mme insenss1 connat tous les genres d'infortunes1 et trouve les soulager un plaisir inconnu la classe des hommes qui semblent moiti crs1 et doivent leur repos seulement ce qui leur manque2 celui qui1 par sa faute1 ou par le hasard1 a beaucoup souffert1 cherche diminuer la chance de ces cruels flaux1 qui ne cessent d'errer sur nos ttes1 et son me1 encore ouverte la douleur1 a besoin de s'appuyer par le genre de prire qui lui semble le plus efficace4 ,la bienfaisance remplit le coeur comme l'tude occupe l'esprit2 le plaisir de sa propre perfectibilit s'y trouve galement1 l'indpendance des autres1 le constant usage de ses facults3 mais ce qu'il y a de sensible dans tout ce qui tient l'me fait de l'exercice de la bont une jouissance qui peut seule suppler au vide que les passions laissent aprs elles2 elles ne peuvent se rabattre sur des objets d'un ordre infrieur1 et l'abme que ces volcans ont creus ne saurait tre combl que par des sentiments actifs et doux qui transportent hors de vous-mme l'objet de vos penses1 et vous apprennent considrer votre vie sous le rapport de ce qu'elle vaut aux autres et non soi3 c'est la ressource1 la consolation la plus analogue aux caractres passionns1 qui conservent toujours quelques traces des mouvements qu'ils ont dompts4 ,la bont ne demande pas1 comme l'ambition1 un retour ce qu'elle donne2 mais elle offre cependant aussi une manire d'tendre son existence et d'influer sur le sort de plusieurs2 la bont ne fait pas1 comme l'amour1 du besoin d'tre aim son mobile et son espoir2 mais elle permet aussi de se livrer aux douces motions du coeur1 et de vivre ailleurs que dans sa propre destine3 enfin1 tout ce qu'il y a de gnreux dans les passions se trouve dans l'exercice de la bont1 et cet exercice1 celui de la plus parfaite raison1 est encore quelquefois l'ombre des illusions de l'esprit et du coeur4 ,dans quelque situation obscure ou destitue que le hasard nous ait jets1 la bont peut tendre l'existence1 et donner chaque individu un des attributs du pouvoir1 l'influence sur le sort des autres4 ,la multitude de peines que savent causer les hommes les plus mdiocres en tous genres conduit penser qu'un tre gnreux1 quelle que ft sa position1 se crerait1 en se consacrant uniquement la bont1 un intrt1 un but1 un gouvernement1 pour ainsi dire1 malgr les bornes de sa destine4 ,voyez ,almont1 sa fortune est restreinte1 mais jamais un tre malheureux ne s'est adress lui sans que1 dans cet instant1 il ne se soit trouv les moyens de venir son aide1 sans que du moins un secours momentan n'ait pargn celui qui prie le regret d'avoir implor en vain2 il n'a point de crdit1 mais on l'estime2 mais son courage est connu3 il ne parle jamais que pour l'intrt d'un autre2 il a toujours une ressource prsenter l'infortune1 et il fait plus pour elle que le ministre le plus puissant1 parce qu'il y consacre sa pense tout entire4 ,jamais il ne voit un homme dans le malheur qu'il ne lui dise ce qu'il a besoin d'entendre1 que son esprit1 son me1 ne dcouvrent la consolation directe ou dtourne que cette situation rend ncessaire1 la pense qu'il faut faire natre en lui1 celle qu'il faut carter1 sans avoir l'air d'y tcher4 ,toute cette connaissance du coeur humain1 dont est ne la flatterie des courtisans envers leurs souverains1 ,almont l'emploie pour soulager les peines de l'infortun2 plus on est fier1 plus on respecte l'homme malheureux1 plus on se plie devant lui4 ,si l'amour-propre est content1 ,almont l'abandonne2 mais s'il est humili1 s'il cause de la douleur1 il le replace1 il le relve1 il en fait l'appui de l'homme que cet amour-propre mme avait abattu4 ,si vous rencontrez ,almont quand votre me est dcourage1 sa vive attention vos discours vous persuade que vous tes dans une situation qui captive l'intrt1 tandis que1 fatigu de votre peine1 vous tiez convaincu1 avant de le voir1 de l'ennui qu'elle devait causer aux autres2 vous ne l'couterez jamais sans que son attendrissement pour vos chagrins ne vous rende l'motion dont votre me dessche tait devenue incapable2 enfin1 vous ne causerez point avec lui sans qu'il ne vous offre un motif de courage1 et qu'tant votre douleur ce qu'elle a de fixe1 il n'occupe votre imagination par un diffrent point de vue1 par une nouvelle manire de considrer votre destine3 on peut agir sur soi par la raison1 mais c'est d'un autre que vient l'esprance4 ,almont ne pense point faire valoir sa prudence en vous conseillant2 sans vous garer1 il cherche vous distraire2 il vous observe pour vous soulager2 il ne veut connatre les hommes que pour tudier comment on les console4 ,almont ne s'carte jamais1 en faisant beaucoup de bien1 du principe inflexible qui lui dfend de se permettre ce qui pourrait nuire un autre4 ,en rflchissant sur la vie1 on voit la plupart des tres se renverser1 se dchirer1 s'abattre1 ou pour leurs intrts1 ou seulement par indiffrence pour l'image1 pour la pense de la douleur qu'ils n'prouvent pas4 ,que ,dieu rcompense ,almont1 et puisse tout ce qui vit le prendre pour modle6 ,c'est l l'homme1 tel que l'homme doit dsirer qu'il soit4 ,sans vouloir mconnatre le lien sacr de la religion1 on peut affirmer que la base de la morale considre comme principe1 c'est le bien ou le mal que l'on peut faire aux autres hommes par telle ou telle action4 ,c'est sur ce fondement que tous ont intrt au sacrifice de chacun1 et qu'on retrouve1 comme dans le tribut de l'impt1 le prix de son dvouement particulier dans la part de protection qu'assure l'ordre gnral4 ,toutes les vritables vertus drivent de la bont2 et si l'on voulait faire un jour l'arbre de la morale1 comme il en existe un des sciences1 c'est ce devoir1 ce sentiment1 dans son acception la plus tendue1 que remonterait tout ce qui inspire de l'admiration et de l'estime4 ,,conclusion4 ,je termine ici cette premire partie2 mais1 avant de commencer celle qui va suivre1 je veux rsumer ce que je viens de dvelopper4 ,quoi6 va-t-on me dire1 vous condamnez toutes les affections passionnes8 quel triste sort nous offrez-vous donc sans mobile1 sans intrt et sans but8 ,d'abord ce n'est pas du bonheur que j'ai cru offrir le tableau3 les alchimistes seuls1 s'ils s'occupaient de la morale1 pourraient en conserver l'espoir3 j'ai voulu m'occuper des moyens d'viter les grandes douleurs4 ,chaque instant de la dure des peines morales me fait peur1 comme les souffrances physiques pouvantent la plupart des hommes2 et s'ils avaient d'avance1 je le rpte1 une ide galement prcise des chagrins de l'me1 ils prouveraient le mme effroi des passions qui les y exposent4 ,d'ailleurs1 on peut trouver dans la vie un intrt1 un mobile1 un but1 sans tre la proie des mouvements passionns2 chaque circonstance mrite une prfrence sur telle autre1 et toute prfrence motive un souhait1 une action3 mais l'objet des dsirs de la passion1 ce n'est pas ce qui est1 mais ce qu'elle suppose2 c'est une sorte de fivre qui prsente toujours un but imaginaire qu'il faut atteindre avec des moyens rels1 et mettant sans cesse l'homme aux prises avec la nature des choses1 lui rend indispensablement ncessaire ce qui est tout fait impossible4 ,quand on vante le charme que les passions rpandent sur la vie1 c'est qu'on prend ses gots pour des passions4 ,les gots font mettre un nouveau prix ce qu'on possde ou ce qu'on peut obtenir2 mais les passions ne s'attachent dans toute leur force qu' l'objet qu'on a perdu1 qu'aux avantages qu'on s'efforce en vain d'acqurir4 ,les passions sont l'lan de l'homme vers une autre destine2 elles font prouver l'inquitude des facults1 le vide de la vie2 elles prsagent peut-tre une existence future1 mais en attendant elles dchirent celle-ci4 ,en peignant les jouissances de l'tude et de la philosophie1 je n'ai pas prtendu prouver que la vie solitaire soit celle qu'on doit toujours prfrer3 elle n'est ncessaire qu' ceux qui ne peuvent pas se rpondre d'chapper l'ascendant des passions au milieu du monde2 car on n'est pas malheureux en remplissant les emplois publics1 si l'on n'y veut obtenir que le tmoignage de sa conscience2 on n'est pas malheureux dans la carrire des lettres1 si l'on ne pense qu'au plaisir d'exprimer ses penses1 et qu' l'espoir de les rendre utiles2 on n'est pas malheureux dans les relations particulires1 si l'on se contente de la jouissance intime du bien qu'on a pu faire1 sans dsirer la reconnaissance qu'il mrite2 et dans le sentiment mme1 si1 n'attendant pas des hommes la cleste facult d'un attachement sans bornes1 on aime se dvouer sans avoir aucun but que le plaisir du dvouement mme4 ,enfin si1 dans ces diffrentes situations1 on se sent assez fort pour ne vouloir que ce qui dpend de soi seul1 pour ne compter que sur ce qu'on prouve1 on n'a pas besoin de se consacrer des ressources purement solitaires4 ,la philosophie est en nous1 et ce qui caractrise minemment les passions1 c'est le besoin des autres2 tant qu'un retour quelconque est ncessaire1 un malheur est assur3 mais l'on peut trouver dans les carrires diverses o les passions se prcipitent1 quelque chose de l'intrt qu'elles inspirent1 et rien de leur malheur1 si l'on domine la vie au lieu de se laisser emporter par elle1 si rien de ce qui est vous enfin ne dpend jamais ni d'un tyran au dedans de vous-mme1 ni de sujets au dehors de vous4 ,les enfants et les sages ont de grandes ressemblances1 et le chef-d'oeuvre de la raison est de ramener ce que fait la nature4 ,les enfants reoivent la vie goutte goutte2 ils ne lient point ensemble les trois temps de l'existence3 le dsir unit bien pour eux le jour avec le lendemain1 mais le prsent n'est point dvor par l'attente2 chaque heure prend sa part de jouissance dans leur petite vie2 chaque heure a un sort tout entier1 indpendamment de celle qui la prcde ou de celle qui la suit3 leur intrt ne s'affaiblit point cependant par cette subdivision2 il renat chaque instant1 parce que la passion n'a point dtruit tous les germes des penses lgres1 toutes les nuances des sentiments passionns1 tout ce qui n'est pas elle enfin1 et qu'elle anantit4 ,la philosophie ne peut rendre sans doute les impressions fraches et brillantes de l'enfance1 son heureuse ignorance de la carrire qui se termine par la mort2 mais c'est cependant sur ce modle qu'on doit former la science du bonheur moral2 il faut descendre la vie en regardant le rivage plutt que le but4 ,les enfants laisss eux-mmes sont les tres les plus libres2 le bonheur les affranchit de tout3 les philosophes doivent tendre au mme rsultat par la crainte du malheur4 ,les passions ont l'air de l'indpendance1 et dans le fait1 il n'est point de joug plus asservissant2 elles luttent contre tout ce qui existe1 elles renversent la barrire de la moralit1 cette barrire qui assure l'espace1 au lieu de le resserrer2 mais c'est pour se briser ensuite contre des obstacles toujours renaissants1 et priver l'homme enfin de sa puissance sur lui-mme4 ,depuis la gloire1 qui a besoin du suffrage de l'univers1 jusqu' l'amour1 qui rend ncessaire le dvouement d'un seul objet1 c'est en raison de l'influence des hommes sur nous que le malheur doit se calculer2 et le seul systme vrai pour viter la douleur1 c'est de ne diriger sa vie que d'aprs ce qu'on peut faire pour les autres1 mais non d'aprs ce qu'on attend d'eux4 ,il faut que l'existence parte de soi1 au lieu d'y revenir1 et que1 sans jamais tre le centre1 on soit toujours la force impulsive de sa propre destine4 ,la science du bonheur moral1 c'est--dire1 d'un malheur moindre1 pourrait tre aussi positive que toutes les autres2 on pourrait trouver ce qui vaut le mieux pour le plus grand nombre des hommes dans le plus grand nombre des situations2 mais ce qui restera toujours incertain1 c'est l'application de cette science tel ou tel caractre3 par quelle chane1 dans ce genre de code1 peut-on lier la minorit1 ni mme un seul individu la rgle gnrale8 et celui qui ne peut s'y soumettre mrite galement l'attention du philosophe4 ,le lgislateur prend les hommes en masse1 le moraliste un un2 le lgislateur doit s'occuper de la nature des choses1 le moraliste de la diversit des sensations2 enfin1 le lgislateur doit toujours examiner les hommes sous le point de vue de leurs relations entre eux1 et le moraliste1 considrant chaque individu comme un ensemble moral tout entier1 un compos de plaisirs et de peines1 de passions et de raison1 voit l'homme sous diffrentes formes1 mais toujours dans son rapport avec lui-mme4 ,une dernire rflexion1 la plus importante de toutes1 reste donc faire1 c'est de savoir jusqu' quel point il est possible aux mes passionnes d'adopter le systme que j'ai dvelopp4 ,il faut dans cet examen reconnatre d'abord combien des vnements1 semblables en apparence1 diffrent selon le caractre de ceux qui les prouvent4 ,il ne serait pas juste de vanter autant la puissance intrieure de l'homme1 si ce n'tait pas par la nature et le degr mme de cette force qu'on doit juger de l'intensit des peines de la vie4 ,tel homme est conduit par ses gots naturels dans le port1 o tel autre ne peut tre port que par les flots de la tempte2 et tandis que tout est calcul d'avance dans le monde physique1 les sensations de l'me varient selon la nature de l'objet et de l'organisation morale de celui qui en reoit l'impression4 ,il n'y a de justice dans les jugements qui sont relatifs au bonheur1 que si on les fonde sur autant de notions particulires qu'il y a d'individus qu'on veut connatre4 ,on peut trouver dans les situations les plus obscures de la vie des combats et des victoires dont l'effort est au-dessus de tout ce que les annales de l'histoire ont consacr4 ,il faut compter dans chaque caractre les douleurs qui naissent des contrastes de bonheur ou d'infortune1 de gloire ou de revers1 dont une mme destine offre l'exemple2 il faut compter les dfauts au rang des malheurs1 les passions parmi les coups du sort2 et plus mme les caractres peuvent tre accuss de singularit1 plus ils commandent l'attention du philosophe3 les moralistes doivent tre comme ces religieux placs sur le sommet du mont ,saint-,bernard1 il faut qu'ils se consacrent reconduire les voyageurs gars4 ,excluant jusqu'au mot de pardon1 qui semble dtruire la douce galit qui doit exister entre le consolateur et l'infortun1 ce n'est pas des torts1 mais de la douleur qu'il importe de s'occuper2 c'est donc au nom du bonheur seul que j'ai combattu les passions4 ,considrant1 comme je l'ai dit ailleurs1 le crime et ses effets comme un flau de la nature qui dpravait tellement l'homme1 que ce n'tait plus par la philosophie1 mais par la force rprimante1 des lois qu'il devait tre arrt1 je n'ai examin dans les passions1 que leur influence sur celui mme qu'elles dominent4 ,sous le rapport de la morale1 sous le rapport de la politique1 il existera beaucoup de distinctions faire entre les passions viles et gnreuses1 entre les passions sociales et antisociales2 mais1 en ne calculant que les peines qu'elles causent1 elles sont presque toutes galement funestes au bonheur4 ,je dis l'homme qui ne veut se plaindre que du sort1 qui croit voir dans sa destine un malheur sans exemple avant lui1 et ne s'attache qu' lutter contre les vnements2 je lui dis3 ,parcourez avec moi toutes les chances des passions humaines2 voyez si ce n'est pas de leur essence mme1 et non d'un coup du sort inattendu1 que naissent vos tourments4 ,s'il existe une situation dans l'ordre des choses possibles qui puisse vous en prserver1 je la chercherai avec vous1 je tcherai de contribuer vous l'assurer2 mais le plus grand argument prsenter contre les passions1 c'est que leur prosprit est peut-tre plus fatale au bonheur de celui qui s'y livre que l'adversit mme4 ,si vous tes travers dans vos projets pour acqurir et conserver la gloire1 votre esprit peut s'attacher l'vnement qui1 tout coup1 a interrompu votre carrire1 et se repatre d'illusions1 plus faciles encore dans le pass que dans l'avenir4 ,si l'objet qui vous est cher vous est enlev par la volont de ceux dont il dpend1 vous pouvez ignorer jamais ce que votre propre coeur aurait ressenti1 si votre amour1 en s'teignant dans votre me1 vous et fait prouver ce qu'il y a de plus amer au monde1 l'aridit de ses propres impressions2 il vous reste encore un souvenir sensible1 seul bien des trois quarts de la vie2 je dirai plus1 si c'est par des fautes relles dont le regret occupe jamais votre pense1 que vous croyez avoir manqu le but o tendait votre passion1 votre vie est plus remplie1 votre imagination a quelque chose o se prendre1 et votre me est moins fltrie que si1 sans vnements malheureux1 sans obstacles insurmontables1 sans dmarches se reprocher1 la passion1 par cela seulement qu'elle est elle1 et1 au bout d'un certain temps1 dcolor la vie1 aprs tre retombe sur le coeur qui n'aurait pu la soutenir4 ,qu'est-ce donc qu'une destine qui entrane avec elle1 ou l'impossibilit d'arriver son but1 ou l'impuissance d'en jouir8 ,loin de moi cependant ces axiomes impitoyables des mes froides et des esprits mdiocres3 on peut toujours se vaincre1 on est toujours le matre de soi2 et qui donc a l'ide non-seulement de la passion1 mais mme d'un degr de plus de passion qu'il n'aurait pas prouv1 qui peut dire3 ,l finit la nature morale8 ,newton n'et pas os tracer les bornes de la pense1 et le pdant que je rencontre veut circonscrire l'empire des mouvements de l'me6 il voit qu'on en meurt1 et croit encore qu'on se serait sauv en l'coutant6 ,ce n'est point en assurant aux hommes que tous peuvent triompher de leurs passions1 qu'on rend cette victoire plus facile4 ,fixer leur pense sur la cause de leur malheur1 analyser les ressources que la raison et la sensibilit peuvent leur prsenter1 est un moyen plus sr1 parce qu'il est bien plus vrai4 ,quand le tableau des douleurs est vivement retrac1 quelles leons peuvent ajouter la force du besoin qu'on a de cesser de souffrir8 ,tout ce que vous pouvez pour l'homme infortun1 c'est d'essayer de le convaincre qu'il respirerait un air plus doux dans l'asile o vous l'invitez2 mais si ses pieds sont attachs la terre de feu qu'il habite1 vous paratra-t-il moins digne d'tre plaint8 ,j'aurai rempli mon but1 si j'ai donn quelque espoir de repos l'me agite2 si1 en ne mconnaissant aucune de ses peines1 en avouant la terrible puissance des sentiments qui la gouvernent1 en lui parlant sa langue1 enfin1 j'ai pu m'en faire couter4 ,la passion repousse tous les conseils qui ne supposent pas la douloureuse connaissance d'elle-mme1 et vous ddaigne aisment comme appartenant une autre nature4 ,je le crois cependant1 mon accent n'a pas d lui paratre tranger2 c'est mon seul motif pour esprer qu' travers tant de livres sur la morale1 celui-ci peut encore tre utile4 ,que je me repentirais nanmoins de cet crit1 si1 venant se briser1 comme tant d'autres1 contre la puissance terrible des passions1 il ajoutait seulement la certitude que croient avoir les mes froides de la facilit qu'on doit trouver vaincre les sentiments qui troublent la vie6 ,non1 ne condamnez pas ces infortuns qui ne savent pas cesser de l'tre2 vous1 de qui leurs destines dpendent1 secourez-les comme ils veulent tre secourus3 celui qui peut soulager le malheur ne doit plus penser le juger1 et les ides gnrales sont cruelles l'homme qui souffre1 si c'est un autre1 et non pas lui1 qui les applique sa situation personnelle4 ,en composant cet ouvrage1 o je poursuis les passions comme destructives du bonheur1 o j'ai cru prsenter des ressources pour vivre sans le secours de leur impulsion1 c'est moi-mme aussi que j'ai voulu persuader2 j'ai crit pour me retrouver1 travers tant de peines1 pour dgager mes facults de l'esclavage des sentiments1 pour m'lever jusqu' une sorte d'abstraction qui me permit d'observer la douleur en mon me1 d'examiner dans mes propres impressions les mouvements de la nature morale1 et de gnraliser ce que la pense me donnait d'exprience4 ,une distraction absolue tant impossible1 j'ai essay si la mditation mme des objets qui nous occupent ne conduisait pas au mme rsultat1 et si1 en approchant du fantme1 il ne s'vanouissait pas plutt qu'en s'en loignant4 ,j'ai essay si ce qu'il y a de poignant dans la douleur personnelle ne s'moussait pas un peu1 quand nous nous placions nous-mmes comme une part du vaste tableau des destines1 o chaque homme est perdu dans son sicle1 le sicle dans le temps1 et le temps dans l'incomprhensible4 ,je l'ai essay1 et je ne suis pas sre d'avoir russi dans la premire preuve de ma doctrine sur moi-mme2 serait-ce donc moi qu'il conviendrait d'affirmer son absolu pouvoir8 ,hlas6 en s'approchant1 par la rflexion1 de tout ce qui compose le caractre de l'homme1 on se perd dans le vague de la mlancolie4 ,les institutions politiques1 les relations civiles vous prsentent des moyens presque certains de bonheur ou de malheur public2 mais les profondeurs de l'me sont si difficiles sonder6 ,tantt la superstition dfend de penser1 de sentir1 dplace toutes les ides1 dirige tous les mouvements en sens inverse de leur impulsion naturelle1 et sait vous attacher votre malheur mme1 ds qu'il est caus par un sacrifice ou peut en devenir l'objet2 tantt la passion ardente1 effrne1 ne sait pas supporter un obstacle1 consentir la moindre privation1 ddaigne tout ce qui est avenir1 et1 poursuivant chaque instant comme le seul1 ne se rveille qu'au but ou dans l'abme4 ,inexplicable phnomne que cette existence spirituelle de l'homme1 qui1 en la comparant la matire1 dont tous les attributs sont complets et d'accord1 semble n'tre encore qu' la veille de sa cration1 au chaos qui la prcde6 ,un seul sentiment peut servir de guide dans toutes les situations1 peut s'appliquer toutes les circonstances1 c'est la piti3 avec quelle disposition plus efficace pourrait-on supporter et les autres et soi-mme8 ,l'esprit observateur et assez fort pour se juger dcouvre dans lui-mme la source de toutes les erreurs4 ,l'homme est tout entier dans chaque homme4 ,dans quels garements ne s'est pas souvent perdue la pense qui prcde les actions1 la pense1 ou quelque chose encore de plus fugitif qu'elle6 ,il faut que ce secret intime1 qu'on ne pourrait revtir de paroles sans lui donner1 une existence qu'il n'a pas1 il faut que ce secret intime serve rendre inpuisable le sentiment de la piti#d4 ,on dit qu'en s'abandonnant la piti1 les individus et les gouvernements peuvent tre injustes3 d'abord les individus d'une condition prive ne sont presque jamais dans une situation qui commande de rsister la bont2 les rapports avec les autres sont si peu tendus1 les vnements qui offrent quelque bien faire sont dpendants d'un si petit nombre de chances1 qu'en se rendant difficile sur les occasions qu'on peut saisir1 on condamne sa vie l'inutile insensibilit4 ,je ne sais pas une dlibration plus importante que celle qui conduirait se faire un devoir de causer une peine1 ou de refuser un service en sa puissance2 il faut avoir si prsents la pense la chane des ides morales1 l'ensemble de la nature humaine6 il faut tre si sr de voir un bien dans un mal1 un mal dans un bien6 ,non3 loin de rprimer1 cet gard1 les imprudences des hommes1 on devrait plutt les dtourner de calculer autant les inconvnients des sentiments gnreux1 et de s'arroger ainsi un jugement que ,dieu seul a droit de prononcer2 car c'est la ,providence que semble appartenir cette sublime balance o sont pess les effets relatifs du bonheur et du malheur4 ,les hommes1 pour lesquels il n'existe que des units1 des moments1 des occasions1 doivent rarement se refuser aux biens partiels qu'ils peuvent rpandre4 ,les lgislateurs eux-mmes gouvernent souvent l'aide d'ides trop gnrales2 ce grand principe1 que l'intrt de la minorit doit toujours cder celui de la majorit1 dpend absolument du genre de sacrifices qu'on impose la minorit2 car en le poussant l'extrme1 on arriverait au systme de ,robespierre4 ,ce n'est pas le nombre des individus1 mais les douleurs qu'il faut compter2 et si l'on pouvait supposer la possibilit de faire souffrir un innocent pendant plusieurs sicles1 il serait atroce de l'exiger pour le salut mme d'une nation entire2 mais ces alternatives effrayantes n'existent point dans la ralit4 ,les vrits d'un certain ordre sont la fois conseilles par la raison et inspires par le coeur2 il est presque toujours de la politique d'couter la piti2 il n'y a pas de milieu entre elle et le dernier terme de la cruaut1 et ,machiavel1 dans le code mme de la tyrannie1 a dit1 qu'il fallait savoir s'attacher ceux qu'on ne pouvait faire prir4 ,on n'obit pas longtemps aux lois trop svres1 mais l'tat qui les maintient1 sans pouvoir les faire excuter1 a tous les inconvnients de la rigueur et de la faiblesse4 ,rien n'use la force d'un gouvernement comme la disproportion entre les dlits et les peines3 il se prsente alors comme un ennemi1 tandis qu'il doit paratre comme le chef1 comme le principe rgulateur de l'empire4 ,au lieu de se confondre1 pour ainsi dire1 dans votre esprit avec la nature des choses1 il semble un obstacle qu'il faut renverser2 et l'agitation de quelques-uns1 l'espoir qu'ils conservent1 tout insens qu'il est1 de dtruire ce qui les opprime1 branle la confiance de ceux mme qui sont contents du gouvernement4 ,enfin1 de quelque manire qu'on rflchisse sur le sentiment de la piti1 on le trouve fcond en rsultats prospres pour les individus et pour les nations1 et l'on se persuade que c'est la seule ide primitive qui soit attache la nature de l'homme1 parce que c'est la seule dont il ait besoin pour toutes les vertus comme pour toutes les jouissances4 ,une belle cause finale dans l'ordre moral1 c'est la prodigieuse influence de la piti sur les coeurs2 il semble que l'organisation physique elle-mme soit destine en recevoir l'impression4 ,une voix qui se brise1 un visage altr1 agissent sur l'me directement comme les sensations2 la pense ne se met point entre deux1 c'est un choc1 c'est une blessure4 ,cela n'est point intellectuel2 et ce qu'il y a de plus sublime encore dans cette disposition de l'homme1 c'est qu'elle est consacre particulirement la faiblesse2 et lorsque tout concourt aux avantages de la force1 ce sentiment lui seul rtablit la balance1 en faisant natre la gnrosit3 ce sentiment ne s'meut que pour un objet sans dfense1 qu' l'aspect de l'abandon1 qu'au cri de la douleur2 lui seul dfend les vaincus aprs la victoire1 lui seul arrte les effets de ce vil penchant des hommes livrer leur attachement1 leurs facults1 leur raison mme la dcision du succs2 mais cette sympathie pour le malheur est une affection si puissante1 runit tellement ce qu'il y a de plus fort dans les impressions physiques et morales1 qu'y rsister suppose un degr de dpravation dont on ne peut prouver trop d'horreur4 ,ces tres seuls n'ont plus de droits l'association mutuelle de misres et d'indulgence1 qui1 en se montrant sans piti1 ont effac en eux le sceau de la nature humaine3 le remords d'avoir manqu quelque principe de morale que ce soit1 est l'ouvrage du raisonnement1 ainsi que la morale elle-mme2 mais le remords d'avoir brav la piti doit poursuivre comme un sentiment personnel1 comme un danger pour soi1 comme une terreur dont on est l'objet4 ,on a une telle identit avec l'tre qui souffre1 que ceux qui parviennent la dtruire acquirent souvent une sorte de duret pour eux-mmes1 qui sert encore1 sous quelques rapports1 les priver de tout ce qu'ils pourraient attendre de la piti des autres2 cependant1 s'il en est temps encore1 qu'ils sauvent un infortun1 qu'ils pargnent un ennemi vaincu1 et1 rentrs dans les liens de l'humanit1 ils seront de nouveau sous sa sauvegarde4 ,c'est dans la crise d'une rvolution qu'on entend rpter sans cesse que la piti est un sentiment puril qui s'oppose toute action ncessaire l'intrt gnral1 et qu'il faut la relguer avec les affections effmines1 indignes des hommes d'tat ou des chefs de parti3 c'est1 au contraire1 au milieu d'une rvolution que la piti1 ce mouvement involontaire dans toute autre circonstance1 devrait tre une rgle de conduite4 ,tous les liens qui retenaient sont dlis1 l'intrt de parti devient pour tous les hommes le but par excellence3 ce but1 tant cens renfermer et la vritable vertu et le seul bonheur gnral1 prend momentanment la place de toute autre espce de loi4 ,or1 dans un temps o la passion s'est mise dans le raisonnement1 il n'y a qu'une sensation1 c'est--dire1 quelque chose qui est un peu de la nature de la passion mme1 qu'il soit possible de lui opposer avec succs4 ,lorsque la justice est reconnue1 on peut se passer de piti2 mais une rvolution1 quel que soit son but1 suspend l'tat social1 et il faut remonter la source de toutes les lois1 dans un moment o ce qu'on appelle un pouvoir lgal est un nom qui n'a plus de sens4 ,les chefs de parti peuvent se croire assez srs d'eux-mmes pour se guider toujours d'aprs la plus haute sagesse2 mais il n'y a rien de si funeste pour eux que des sectaires privs de l'instinct de la piti2 d'abord ils sont1 par cela mme1 incapables d'enthousiasme pour les individus3 ces sentiments tiennent l'un et l'autre1 quoique par des rapports diffrents1 la facult de l'imagination4 ,la fureur1 la vengeance s'allient sans doute avec l'enthousiasme2 mais ces mouvements qui rendent cruels momentanment1 n'ont pas d'analogie avec ce qu'on a vu de nos jours1 un systme continuel1 et par consquent froid1 de mconnatre toute piti4 ,or1 quand cet affreux systme existe dans les soldats1 ils jugent leurs chefs tout comme leurs ennemis1 ils conduisent l'chafaud ce qu'ils avaient estim la veille1 ils appartiennent uniquement la puissance d'un raisonnement1 et dpendent1 par consquent1 de tel enchanement de mots1 qui se placera dans leur tte comme un principe et des consquences4 ,on ne peut gouverner la foule que par des sensations4 ,malheur donc aux chefs qui1 en touffant dans leurs partisans tout ce qui est humain1 tout ce qui est remuable enfin par l'imagination ou le sentiment1 en font des assassins raisonneurs1 qui marchent au crime par la mtaphysique1 et immolent tout au premier arrangement de syllabes qui sera pour eux de la conviction6 ,cromwell retenait le peuple par la superstition2 on liait les ,romains par le serment2 les ,grecs se laissaient mener par l'enthousiasme qu'ils prouvaient pour les grands hommes4 ,si l'espce de sentiment national qui faisait en ,france un point d'honneur de la gnrosit1 de cette piti des vainqueurs1 si cette espce de sentiment ne reprend pas quelque puissance1 jamais le gouvernement n'obtiendra un empire constant et volontaire sur une nation qui n'aura pas un instinct moral quelconque1 par lequel on puisse l'entraner et la runir2 car qu'y a-t-il de plus divisant au monde que le raisonnement8 ,enfin1 la piti est encore ncessaire pour trouver un terme la guerre intrieure2 il n'y a point de fin aux ressources du dsespoir1 et les discussions les plus habiles1 et les victoires les plus sanglantes ne font qu'augmenter la haine4 ,une sorte d'lan de l'me1 tout compos d'enthousiasme et de piti1 arrte seul les guerres intestines1 et rappelle galement le mot de patrie tous les partis qui la dchirent4 ,cette commotion produit plus en un jour que tous les crits et les combinaisons politiques2 l'homme lutte contre sa nature en voulant donner l'esprit seul la grande influence sur la destine humaine4 ,et vous1 ,franais1 vous1 guerriers invincibles1 vous1 leurs chefs1 vous qui les avez dirigs et soutenus par vos intrpides ressources1 c'est vous tous que l'on doit les triomphes de la victoire2 c'est vous qu'il appartient de proclamer la gnrosit6 ,sans l'exercice de cette vertu1 quelle palme nouvelle vous resterait-il encore cueillir8 ,vos ennemis sont vaincus1 ils n'offrent plus aucune rsistance1 ils ne serviront plus votre gloire1 mme par leurs dfaites4 ,voulez-vous encore tonner8 pardonnez4 ,vous tes vainqueurs1 la terreur ou l'enthousiasme prosternent vos pieds plus de la moiti de l'univers2 mais qu'avez-vous fait encore pour le malheur1 et qu'est-ce que l'homme1 s'il n'a pas consol l'homme1 s'il n'a pas combattu la puissance du mal sur la terre8 ,la plupart des gouvernements sont vindicatifs parce qu'ils craignent1 parce qu'ils n'osent tre clments4 ,vous1 qui n'avez rien redouter1 vous1 qui devez avoir pour vous la philosophie et la victoire1 soulagez toutes les infortunes vritables1 toutes celles qui sont vraiment dignes de piti3 la douleur qui accuse est toujours coute2 la douleur a raison contre les vainqueurs du monde4 ,que veut-on en effet du gnie1 des succs1 de la libert1 des rpubliques8 qu'en veut-on8 quelques peines de moins1 quelques esprances de plus4 ,vous qui rentrerez dans vos foyers1 ou dans une condition prive1 que serez-vous1 si vous ne vous montrez pas gnreux8 des guerriers pendant la paix1 des gnies dans l'art de la guerre1 alors que toutes les penses se tourneront vers la prosprit de l'intrieur1 et que les dangers passs laisseront peine des traces4 ,attachez-vous l'avenir par la vertu1 fixez la reconnaissance par des bienfaits qui durent4 ,il n'est point de ,capitole1 il n'est point de triomphes qui puissent ajouter votre clat2 vous tes au pinacle de la gloire militaire2 la gnrosit seule plane encore au-dessus de vos ttes4 ,heureuse situation que celle de la toute-puissance1 quand les obstacles n'existent plus au dehors1 quand la force est en soi-mme1 quand on peut faire le bien sans qu'un motif tranger la vertu vous anime1 sans que le soupon d'un tel motif puisse jamais vous approcher#e6 ,j'aurais pu traiter la gnrosit1 la piti1 la plupart des questions agites dans cet ouvrage1 sous le simple rapport de la morale qui en fait une loi2 mais je crois la vraie morale tellement d'accord avec l'intrt gnral1 qu'il me semble toujours que l'ide du devoir a t trouve pour abrger l'expos des principes de conduite qu'on aurait pu dvelopper l'homme d'aprs ses avantages personnels2 et comme dans les premires annes de la vie on dfend ce qui fait mal1 dans l'enfance de la vie humaine on lui commande encore ce qu'il serait toujours possible de lui prouver4 ,heureuse1 si j'ai pu convaincre l'intrt personnel6 heureuse aussi1 si j'avais diminu son activit1 en prsentant aux hommes une analyse exacte de ce que vaut la vie1 une analyse qui dmontrt que les destines diffrent entre elles bien plus par les caractres que par les situations2 que les plaisirs que l'on peut prouver1 dans quelques circonstances que ce soit1 sont soumis des chances certaines1 qui la longue rduisent tout au mme terme2 et que ce bonheur qu'on croit toujours trouver dans les objets extrieurs n'est qu'un fantme cr par l'imagination1 qu'elle poursuit aprs l'avoir fait natre1 et qu'elle veut atteindre au dehors1 tandis qu'il n'a d'existence qu'en elle6 ,,notes #a3 ,il me semble que les vritables partisans de la libert rpublicaine sont ceux qui dtestent le plus profondment les forfaits qui se sont commis en son nom4 ,leurs adversaires peuvent sans doute prouver la juste horreur du crime2 mais comme ces crimes mmes servent d'argument leur systme1 ils ne leur font pas ressentir1 comme aux amis de la libert1 tous les genres de douleur la fois4 #b3 ,j'entends par constitution dmagogique1 celle qui met le peuple en fermentation1 confond tous les pouvoirs1 enfin la constitution de #agjc4 ,le mot de dmocratie tant pris1 de nos jours1 dans diverses acceptions1 il ne rendrait pas avec exactitude ce que je veux exprimer4 #c3 ,je crains qu'on ne m'accuse d'avoir parl trop souvent1 dans le cours de cet ouvrage1 du suicide comme d'un acte digne de louanges3 je ne l'ai point examin sous le rapport toujours respectable des principes religieux2 mais politiquement1 je crois que les rpubliques ne peuvent se passer du sentiment qui portait les anciens se donner la mort2 et dans les situations particulires1 les mes passionnes qui s'abandonnent leur nature1 ont besoin d'envisager cette ressource pour ne pas se dpraver dans le malheur1 et plus encore1 peut-tre1 au milieu des efforts qu'elles tentent pour l'viter4 #d3 ,smith1 dans son excellent ouvrage de la ,thorie des sentiments moraux1 attribue la piti cette sympathie qui nous fait nous transporter dans la situation d'un autre1 et supposer ce que nous prouverions sa place4 ,c'est bien l certainement l'une des causes de la piti2 mais l'inconvnient de cette dfinition1 comme de toutes1 est de resserrer la pense que faisait natre le mot qu'on a dfini3 il tait revtu des ides accessoires et des impressions particulires chaque homme qui l'entendait1 et vous restreignez sa signification par une analyse toujours incomplte quand un sentiment en est l'objet2 car un sentiment est un compos de sensations et de penses que vous ne faites jamais comprendre qu' l'aide de l'motion et du jugement runis4 ,la piti est souvent spare de tout retour sur soi-mme2 si1 par abstraction1 vous vous figuriez un genre de douleur qui exiget1 pour la souffrir1 une organisation tout fait diffrente de la vtre1 vous auriez encore piti de cette douleur3 il faut que les caractres les plus opposs puissent prouver de la piti pour des impressions qu'ils n'auraient jamais ressenties2 il faut enfin que le spectacle du malheur remue les hommes par commotion1 par talisman1 sans examen ni combinaison4 #e3 ,dans un crit publi il y a deux ans1 dans un crit honor du suffrage qui pouvait le plus enorgueillir1 cit par ,m4 ,fox plaidant pour la paix devant le parlement d',angleterre1 j'ai dit3 ,si l'on ne fait pas la paix avec les ,franais cette anne1 qui sait au centre de quel empire ils la refuseront l'anne prochaine8 7,rflexions sur la paix47 ,jamais prdiction1 je crois1 ne s'est mieux accomplie4 ,on pourrait1 avec le mme degr de certitude1 prsager quels seraient les rsultats des tonnantes victoires des ,franais1 s'ils en abusaient2 s'ils adoptaient cet gard un systme rvolutionnaire4 ,mais il y a un si grand foyer de lumires dans ce pays2 le gouvernement rpublicain1 par sa nature mme1 est la longue tellement soumis la vritable opinion publique1 que les premires consquences doivent clairer sur le principe1 et qu'on ne persiste pas1 dans ce qui ruine1 avec l'aveuglement dont plusieurs cabinets monarchiques ont donn l'exemple pendant cette guerre4