,bibliothque nationale de ,france 7,,bnf_/,gallica7 at http3_/_/gallica4bnf4fr ,note du transcripteur3 l'orthographie de l'original est conserve4 ,,jules ,,lema,,tre ,,de ,l',,acad,,mie ,,fran,,aise ,,jean-,,jacques ,,rousseau ,,paris ,,calmann-,l,,vy1 ,,diteurs #c1 ,,rue ,,auber1 #c ,,jean-,,jacques ,,rousseau ,,calmann-,l,,vy1 ,,diteurs ,droits de reproduction1 de traduction et de reprsentation rservs pour tous pays1 y compris la ,hollande4 ,privilege of copyright in the ,united ,states reserved1 under the ,act approved ,march third1 nineteen hundred and five1 by ,jules ,lematre4 ,,imprimerie ,l4 ,,pooby1 #aag1 rue ,,vieille-,,du-,,temple1 ,,paris4--#abae-c-jg ,au ,lecteur1 #a ,j'ai pu me tromper sur quelques faits4 ,ceci n'est point une biographie critique de ,rousseau3 mon principal objet a t l'histoire de ses sentiments4 #b ,ce ne sont que des confrences4 ,j'y ai cherch avant tout la simplicit et la clart2 et le ton est le plus souvent celui d'une causerie un peu surveille4 ,j4 ,l4 ,,premi,,re ,,conf,,rence ,,les ,,six ,,premiers ,,livres ,,des ,,confessions ,au risque d'tre encore accus de critique impressionniste1 personnelle1 subjective1 je dois vous faire un aveu4 ,lorsque je choisis pour sujet de ce cours ,jean-,jacques ,rousseau1 ce ne fut point d'abord dans une pense d'extrme bienveillance pour le citoyen de ,genve4 ,pourtant1 je l'avais beaucoup aim autrefois1 quand j'avais plus d'illusions que je n'en ai aujourd'hui4 ,mais j'ai fait des expriences1 j'ai vu de prs des ralits que je n'avais aperues que de loin2 j'ai touch du doigt les consquences de certaines ides de ,rousseau4 ,et c'est pourquoi1 quand je promis de parler de ,jean-,jacques1 je me proposais d'tudier surtout en lui le pre de quelques-unes des plus fortes erreurs du ,x,v,i,i,ie et du ,x,i,xe sicle4 ,mais il fallait d'abord le relire1 ou1 soyons sincre1 le lire srieusement et compltement4 ,or il m'est arriv une chose que je n'avais pas prvue4 ,tandis que je cherchais dans cette longue lecture des raisons de le condamner1 oh6 je les trouvais abondamment1 puisqu'elles y sont2 mais en mme temps je sentais trop bien comment ces ides lui taient venues1 par quelle fatalit de temprament ou de circonstances1 la suite de quels souvenirs1 de quelles dceptions1 de quels regrets1 mme de quels remords4 ,puis1 ce qu'il eut de candeur et de vritable pit me touchait malgr moi2 et je connaissais de nouveau que cet homme1 de qui l'on peut croire que tant de maux publics ont dcoul 7 son insu1 il est vrai1 et principalement aprs sa mort7 fut sans doute un pcheur1 et finalement un fou1 mais non point du tout un mchant homme1 et qu'il fut surtout un malheureux4 ,et puis son cas est si singulier6 ,il est mme unique dans notre littrature et1 je crois bien1 dans toutes les littratures du monde4 ,ce vagabond1 ce fainant1 cet autodidacte qui1 aprs trente ans de rvasserie1 tombe un jour dans le plus brillant ,paris du ,x,v,i,i,ie sicle1 et qui y fait l'effet d'un ,huron1 mais d'un ,huron vrai et de plus de consquence que celui de ,voltaire2 qui commence publier vers la quarantaine2 qui crit en dix ans1 pniblement et parmi des souffrances physiques presque incessantes1 trois ou quatre livres1--lesquels ne sont pas autrement forts ni rares de pense1 mais o il y a une nouvelle faon de sentir et comme une vibration jusque-l inconnue2 puis qui s'enfonce dans une lente folie1--et qui se trouve1 par ces trois ou quatre livres1 transformer aprs sa mort une littrature et une histoire et faire dvier toute la vie d'un peuple dont il n'tait pas3 quelle prodigieuse aventure6 ,donc1 je rsolus d'aborder l'oeuvre de ,jean-,jacques d'une me gale1 craignant de m'irriter inutilement contre un mystre4 ,je dus ensuite me mettre au courant des dernires tudes publies sur ,rousseau4 ,j'eus alors le soupon qu'une tude nouvelle tait peut-tre superflue4 ,mais1 ce compte-l1 on ne ferait jamais rien4 ,l-dessus je cherchai un plan4 ,je voyais bien dj les principales ides dvelopper4 ,je pouvais montrer ma manire soit l'unit1 soit l'incohrence de l'oeuvre de ,rousseau2--expliquer1 comme ,m4 ,lanson1 que tout1 dans ,rousseau et mme le ,contrat social1 se rapporte un seul principe2 ou1 comme ,faguet1 que tout s'y rapporte en effet1 except le ,contrat social2--suivre1 propos de chacun de ses livres1 la fructification posthume des erreurs qu'il y a dposes2--ou bien dmontrer que ,jean-,jacques1 quel qu'il soit d'ailleurs1 est dans le fond1 avant et aprs tout1 un protestant chez qui le protestantisme a prmaturment produit ses extrmes consquences2--ou bien encore tudier1 dans sa vie et dans ses livres1 l'histoire d'une me1 d'une pauvre me1 une trs lente mais trs vritable volution morale444 ,et je pouvais grouper1 sous ces divers chefs1 tout ce que m'aurait suggr la lecture de ,rousseau4--,le plus simple tait d'ailleurs1 premire vue1 de prsenter d'abord sa vie1 puis ses ouvrages4 ,mais j'ai vite senti que cette mthode usuelle1 et qui convient presque tous les crivains1 ne convient peut-tre pas ,rousseau1 parce que ,rousseau n'est pas un crivain comme un autre4 ,les grands classiques sont pour nous tout entiers dans leurs oeuvres4 ,cette oeuvre tant toute objective1 quand nous l'avons dfinie1 nous avons tout dit sur eux2 et la connaissance de leur vie1 mme agite1 n'ajouterait pour nous rien d'essentiel la connaissance de leurs ouvrages4 ,j'en dis autant des crivains du ,x,v,i,i,ie sicle et des encyclopdistes eux-mmes4 ,la vie des ,diderot1 des d',alembert1 des ,duclos est la vie commune aux gens de lettres de ce temps-l4 ,la vie de ,voltaire est amusante2 mais1 quand nous ne la connatrions pas1 son oeuvre n'en serait pas moins facile comprendre et juger4 ,quant ,montesquieu et ,buffon1 leur biographie ne communique1 pour ainsi parler1 avec leurs livres que par les loisirs et la srnit qu'assurait leur pense leur condition de gentilhommes riches444 ,mais ,rousseau est le plus subjectif de tous les crivains4 ,c'est un homme qui n'a gure parl que de lui1 un homme qui a pass son temps expliquer son caractre4 ,tous ses ouvrages taient dj des sortes de confessions4 ,mais en outre1 il a pris soin d'crire lui-mme ses ,confessions expresses1 et quelles confessions6 ,les plus sincres1 je ne sais1 mais coup sr les plus dtailles1 les plus complaisantes1 les plus impudentes sans doute1 mais aussi les plus candides apparemment et peut-tre les plus courageuses1 et en tout cas les plus singulires et les plus passionnantes qui aient jamais t crites4 ,je crois donc qu'une tude sur ,jean-,jacques pourrait tre une biographie morale continue1 o l'histoire de ses livres se mlerait intimement l'analyse de ses ,confessions4 ,et c'est ce que j'essayerai de faire4 99 99 99 99 99 ,je voudrais aujourd'hui suivre les ,confessions de ,jean-,jacques jusqu' son dernier dpart des ,charmettes4 ,il avait alors vingt-neuf ans4 ,ce sont donc1 proprement1 ses annes d'apprentissage4 ,que le plus beau livre de ,rousseau ait t sa confession1 c'est--dire le rcit de sa vie la plus intime et la description de son moi le plus secret1 c'est dj trs curieux4 ,si le romantisme est1 comme on l'affirme1 l'talage de l'individu dans la littrature1 les ,confessions de ,jean-,jacques fondaient donc1 du premier coup1 le romantisme et en donnaient un modle qui n'a pu tre dpass4 ,et1 en outre1 que ,jean-,jacques ait eu l'ide d'crire ce livre1 et qu'il l'ait crit comme il l'a fait1 et qu'il se soit jug lui-mme intressant ce point pour les autres hommes1 cela seul est une grande lueur sur son caractre1 puisque c'est le plus fort tmoignage de l'orgueil maladif et dlirant qui en formait presque tout le fond4 ,les ,confessions sont1 dans leur essence mme1 un livre d'impudeur3 ce livre est donc bien le pre de la moiti de la littrature du sicle dernier4 ,il commence ainsi3 ,je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'excution n'aura jamais d'imitateur4 ,et notez qu'il a raison4 ,rien de tel avant ni aprs lui4 ,je ne vous rappellerai pas le caractre religieux et mme thologique des pudiques confessions de ,saint-,augustin4 ,montaigne dans ses ,essais1 ,retz dans ses ,mmoires ne confessent que des faiblesses ou des fautes qui ont un certain air et qui ne dshonorent point4 ,mais ,rousseau confesse1 et sans les attnuer1 des choses honteuses1 des pchs1 des pchs mortels4 ,et1 comme il le prdisait1 son entreprise n'a pas eu d'imitateurs4 ,car sans doute1 aprs lui1 la bonde est ouverte ce genre immodeste des confessions3 mais ni ,chateaubriand dans les ,mmoires d'outre-tombe1 ni ,lamartine dans les ,confidences1 ni ,george ,sand dans l',histoire de ma vie1 ni ,renan dans les ,souvenirs d'enfance et de jeunesse n'auront le courage de nous confesser des secrets honteux ou simplement ridicules1 7et si vous en concluez que la matire leur en a fait dfaut1 c'est donc que vous avez de trs bonnes mes74 ,c'est pourquoi je comprends l'exaltation de cette premire page1 et cette invocation ,dieu qui se termine ainsi3 tre ternel1 rassemble autour de moi l'innombrable foule de mes semblables2 qu'ils coutent mes confessions1 qu'ils gmissent de mes indignits1 qu'ils rougissent de mes misres4 ,que chacun d'eux dcouvre son tour son coeur au pied de ton trne avec la mme sincrit3 et puis qu'un seul te dise s'il l'ose3 je fus meilleur que cet homme-l4 ,qu'est-ce dire8 ,ce cri veut nous tonner et sent son charlatan4 ,mais songez d'o venait ,rousseau1 o il avait vcu1 qui il se comparait3 et vous verrez que ce qu'il exprime l1 c'est1 en somme1--retourne dans l'expression1--la pense de ,joseph de ,maistre3 ,je ne sais pas ce qu'est le coeur d'un coquin2 je sais ce qu'est le coeur d'un honnte homme3 c'est affreux4 ,et d'ailleurs1 je le dis parce que cela est vrai1 ,jean-,jacques1 quand il commena d'crire les ,confessions1 ,motiers1 en #agfb1 tait devenu un fort honnte homme4 ,les maladies1 la perscution avaient dvelopp ses sentiments religieux4 ,il tait dj dans cette disposition d'esprit presque mystique qui sera si sensible dans ses ,dialogues4 ,il me semble que les ,confessions1 oeuvre d'un pnitent superbe qui s'oppose tous les autres hommes et en appelle aux sicles futurs1 ont tout de mme aussi1 dans bien des pages1 quelque chose d'une confession religieuse4 ,cela seul me ferait assez croire leur vrit1 qui du reste a t peu conteste1 sauf sur des points de chronologie1 et qui s'est vue confirme presque toutes les fois qu'on a pu contrler les rcits de ,jean-,jacques par des lettres de lui et de ses correspondants ou de ses contemporains4 ,il est certain cependant que les ,confessions1 qui sont surtout psychologiques1 sont encore en plus d'un endroit1 et par la force des choses1 apologtiques 7surtout la seconde rdaction74 ,puis1 ,rousseau crit ses confessions de mmoire2 il en crit les premiers livres quarante1 trente et vingt ans aprs les vnements4 ,et nous savons comme il il est difficile de se souvenir1 et quel point la mmoire dforme les choses4 ,mais1 d'abord1 lorsqu'il nous raconte des actes avilissants1 il n'y a pas apparence qu'il les invente 7 moins que certains aveux pnibles ne soient l pour faire croire la vrit du reste72 mais il y a apparence1 au contraire1 qu'il s'en est nettement souvenu1 justement cause de leur caractre humiliant4 7,eh6 n'avons-nous pas tous1 ou presque tous1 dans notre pass1 de ces choses dont on dit qu'elles ne s'oublient pas1 de ces souvenirs affreusement dsagrables1 qui nous reviennent presque tous les jours quand nous sommes seuls un peu longtemps1 ou bien que nous rappelons exprs pour nous dgriser84447--,pour l'ensemble1 j'estime que1 si la vracit de ,jean-,jacques peut tre en dfaut1 il faut croire du moins sa sincrit4 ,joignez qu'il a1 au plus haut point1 le souvenir des lieux1 qui l'aide garder celui des faits ou des sentiments4 ,en voici un exemple 7et o nous trouvons aussi1 dans la vision et dans l'accent1 un je ne sais quoi qu'on ne connaissait pas trop avant ,jean-,jacques1 et qui sera1 si vous voulez1 le commencement de l'impressionnisme74 ,les moindres faits de ce temps-l me plaisent par cela seul qu'ils sont de ce temps-l4 ,je me rappelle toutes les circonstances des lieux4 ,je vois une hirondelle entrant par la fentre1 une mouche se poser sur ma main tandis que je rcitais ma leon2 je vois tout l'arrangement de la chambre o nous tions2 le cabinet de ,m4 ,lambercier main droite1 une estampe reprsentant tous les papes1 un baromtre1 un grand calendrier1 des framboisiers qui1 d'un jardin fort lev dans lequel la maison s'enfonait sur le derrire1 venaient ombrager la fentre et passaient quelquefois jusqu'en dedans4 ,je sais bien que le lecteur n'a pas grand besoin de savoir tout cela1 mais j'ai besoin de le lui dire444 7,livre ,i74 ,j'ai besoin de le lui dire4 individualisme6 romantisme6 ,et encore 7souvenir de la matrise d',annecy1 avec le bon ,m4 le ,matre 7,m4 ,nicoloz773 444,non seulement je me rappelle les temps1 les lieux1 les personnes1 mais tous les objets environnants1 la temprature de l'air1 son odeur1 sa couleur1 une certaine impression locale qui ne s'est fait sentir que l1 et dont le souvenir vif m'y transporte de nouveau4 ,par exemple1 tout ce qu'on rptait la matrise1 tout ce qu'on chantait au choeur1 tout ce qu'on y faisait1 le bel et noble habit des chanoines1 les chasubles des prtres1 les mitres des chantres1 la figure des musiciens1 un vieux charpentier boiteux qui jouait de la contrebasse1 un petit abb blondin qui jouait du violon1 le lambeau de soutane qu'aprs avoir pos son pe1 ,m4 le ,matre endossait par-dessus son habit laque1 et le beau surplis fin dont il en couvrait les loques pour aller au choeur2 l'orgueil avec lequel j'allais1 tenant une petite flte bec1 m'tablir dans la tribune pour un petit bout de rcit que ,m4 le ,matre avait fait exprs pour moi2 le bon dner qui nous attendait ensuite2 le bon apptit qu'on y portait2 ce concours d'objets vivement retrac m'a cent fois charm dans ma mmoire1 autant et plus que dans la ralit4 ,j'ai gard toujours une affection tendre pour un certain air du ,conditor alme siderum qui marche par ambes1 parce qu'un dimanche de l',avent j'entendis de mon lit chanter cet hymne avant le jour sur le perron de la cathdrale1 selon un rite de cette glise-l444 etc4 7,livre ,,iii74 ,mais je ne puis vous lire ainsi toutes les ,confessions et je le regrette4 ,je ne puis que les analyser2 et combien de dtails charmants1 tranges1 mouvants ou irritants je laisserai de ct6--,pour plus de clart1 et pour fixer vos propres souvenirs1 il me parat indispensable de faire un sommaire trs bref des faits principaux relats dans ces six premiers livres qui nous occuperont aujourd'hui4 ,,livre ,i4--,jean-,jacques nat ,genve le #bh juin #agab1 d'un horloger4 ,sa mre meurt en le mettant au monde4--,son pre lui fait lire des romans sept ans4 ,il l'abandonne huit ans1 une affaire d'honneur l'obligeant s'expatrier4 ,on le met en pension1 de huit dix ans1 ,bossey1 chez le pasteur ,lambercier1 qui lui apprend la religion4 ,ici se placent diverses anecdotes1 notamment celle de la fesse donne par mademoiselle ,lambercier4 ,on le retire de ,bossey4 ,il reste deux ou trois ans1 ,genve1 chez son oncle ,bernard4 ,il va de temps en temps ,nyon1 o est son pre2 est amoureux de mademoiselle ,vulson et polissonne avec mademoiselle ,gothon4 ,il est ensuite plac chez un greffier pour y apprendre le mtier de procureur4 ,il s'en fait renvoyer et entre chez un graveur1 qui le maltraite4 ,un soir1 aprs une promenade dans la campagne1 il trouve la porte de la ville ferme4 ,et il quitte ,genve le lendemain pour courir fortune travers le monde4 ,,livre ,,ii4--,il rde autour de ,genve1 se prsente au cur de ,confignon1 qui l'adresse madame de ,warens1 ,annecy4 ,cette dame1 nouvelle convertie1 l'envoie ,turin dans l'hospice des ,catchumnes4 ,il se laisse convertir1 cherche sa vie dans ,turin1 passe quelques semaines chez la jolie marchande madame ,bazile1 puis est laquais chez la comtesse de ,vercellis4 ,ici se place l'histoire du ruban4 ,,livre ,,iii4--,aprs cinq ou six semaines passes sans occupation et signales par de singulires fantaisies sensuelles1 il entre chez le comte de ,gouvon1 toujours comme laquais1 mais pour qui on a des gards4 ,il est amoureux de mademoiselle de ,breil1 une des filles de la maison4 ,le fils du comte1 l'abb de ,gouvon1 s'intresse lui1 et lui apprend l'italien4 ,on se chargeait de son avenir3 mais un beau jour il dcampe avec un camarade des rues 7 prs de dix-huit ans71 repris par son besoin de vagabondage4 ,il retourne ,annecy1 prs de madame de ,warens2 se laisse nourrir1 mais lit1 travaille4 ,on le met au sminaire2 il n'y reste pas4 ,il reoit des leons de musique du professeur des enfants de choeur de la cathdrale1 un ,m4 ,nicoloz1 qu'il appelle ,m4 le ,matre4 ,il s'engoue d'une espce de musicien bohme1 ,venture4 ,puis1 ,m4 le ,matre tant oblig de quitter ,annecy1 ,jean-,jacques l'accompagne jusqu' ,lyon1 o il l'abandonne au coin d'une rue en peine crise d'pilepsie1 ou peut-tre de delirium tremens4 7,ce ,m4 le ,matre tait bonhomme1 mais fortement ivrogne47 ,l-dessus1 ,jean-,jacques revient ,annecy1 et n'y retrouve plus madame de ,warens4 ,,livre ,,iv4--,il attend des nouvelles de madame de ,warens ,annecy4 ,ici se place la partie de campagne avec mesdemoiselles ,galley et de ,graffenried4 ,charg de conduire ,fribourg la ,merceret1 femme de chambre de madame de ,warens1 il passe par ,genve1 voit son pre ,nyon 7pour la premire fois1 je crois1 depuis huit ou neuf ans71 et se rend de ,fribourg ,lausanne1 o1 sous le nom de ,vaussore1 il montre la musique sans la savoir et donne mme un concert 7chez ,m4 de ,treytorens74 ,il va ,vevey 7patrie de madame de ,warens71 passe l'hiver de #agca-agcb ,neuchtel1 o il continue de donner des leons de musique4 7,il finissait par l'apprendre en l'enseignant47 ,vie pnible1 dtresse4 ,il fait la connaissance d'un archimandrite qui qutait pour le rtablissement du ,saint-,spulcre2 va ,fribourg1 ,berne1 ,soleure1 o ,m4 de ,bonac1 ambassadeur de ,france1 le retient4 ,puis ,m4 de ,bonac l'envoie ,paris pour tre prcepteur4 ,jean-,jacques fait la route pied2 ne s'entend pas avec le pre de son lve1 apprend que madame de ,warens est retourne en ,savoie1 et repart pied de ,paris4 ,aprs quelque sjour ,lyon1 il arrive chez madame de ,warens1 qui venait de se fixer ,chambry4 ,elle lui obtient un emploi dans le cadastre4 ,,livre ,v4--,il donne des leons de musique des jeunes filles4 ,pour le mettre en garde contre les sductions de certaines de ses lves1 madame de ,warens devient elle-mme son initiatrice4 ,il se laisse faire2 il accepte mme le partage avec le jardinier ,claude ,anet4--,il fait un voyage ,besanon pour prendre des leons de composition de l'abb ,blanchard2 va voir un parent ,genve et son pre ,nyon 7deuxime visite72 revient ,chambry2 fait plusieurs voyages ,genve1 ,lyon1 ,nyon1 tantt pour son plaisir1 tantt pour les affaires de madame de ,warens4 ,un accident le rend aveugle pendant quelque temps4 ,ensuite il tombe srieusement malade4 ,madame de ,warens le gurit1 et tous deux vont habiter les ,charmettes1 campagne prs de ,chambry 7fin de l't #agcf74 ,,livre ,,vi4--,aux ,charmettes4 ,maladie bizarre4 ,il retourne l'hiver ,chambry1 puis1 ds le printemps1 aux ,charmettes4 ,il lit beaucoup et tche d'y mettre de la mthode4 ,au mois d'avril #agch1 il va ,genve pour toucher enfin sa part de la succession de sa mre4 ,il la rapporte madame de ,warens4 ,sa maladie s'aggrave4 ,il s'imagine avoir un polype au coeur et va consulter ,montpellier4 ,en route1 aventure avec madame de ,larnage4 ,il reste deux mois ,montpellier1 revient prs de madame de ,warens1 et trouve sa place prise par le coiffeur ,wintzenried4 ,il n'accepte pas ce nouveau partage2 passe une anne ,lyon1 chez ,m4 de ,mably1 comme prcepteur de ses deux enfants2 revient en #agda aux ,charmettes1 y retrouve la mme situation et madame de ,warens refroidie4 ,il invente un nouveau systme pour noter la musique1 croit sa fortune faite1 et se met en route pour ,paris4 ,il a vingt-neuf ans4 99 99 99 99 99 ,ce simple canevas des faits1 ce rsum des agitations extrieures de ,rousseau jusqu' la trentaine nous prsente dj l'image d'un errant et d'un dclass4 ,mais pntrons plus avant1 et1 sous les faits1 et grce1 en partie1 ses propres commentaires1 voyons l'homme lui-mme dans la complexit de sa nature4 ,rousseau 7ceci n'est point inutile rappeler71 est d'origine franaise et parisienne4 ,sa famille tait tablie ,genve depuis #aebi4 ,son bisaeul et son trisaeul avaient t libraires3 profession demi librale et proche des lettres4 ,autre remarque1 essentielle celle-l3 ,rousseau est n protestant4 ,son grand-pre maternel tait pasteur4 ,c'est le protestant pur1 je veux dire consquent avec le principe de la ,rformation1 qui crira le rcit de la mort de ,julie1 la ,profession de foi du ,vicaire ,savoyard1 les ,lettres de la ,montagne4 ,puis1 nous trouvons chez ,jean-,jacques un ,genevois trs imprgn des moeurs et de l'esprit de sa petite rpublique1--et qui se souviendra avec tendresse1 dans la ,lettre d',alembert1 d'avoir particip1 enfant1 aux ftes civiques de sa ville4 ,c'est ce petit ,genevois qui crira le ,contrat social4 ,notons encore1 chez lui1 le rejeton d'un sang aventureux4 ,sa mre1 jolie1 vive1 lettre et musicienne1 trs entoure1 semble avoir fait innocemment scandale dans la ville de ,calvin4 ,son pre1 horloger et matre de danse1 lger et romanesque1 fut quelque temps 7de #agje #agaa7 horloger du srail ,constantinople4 ,un frre de ,jean-,jacques tourna mal et disparut4 ,un de ses oncles tait all chercher fortune en ,perse4 ,il y a ensuite1 dans ,jean-,jacques1 un pauvre enfant trs draisonnablement lev1 passant des nuits lire des romans avec son pre1 nourri de d',urf et de ,la ,calprende 7avec du ,plutarque1 il est vrai1 par-dessus71 abandonn par son pre l'ge de huit ans1 et qui1 partir de dix ans1 ne fut plus lev du tout et devint1 il le dit lui-mme1 plusieurs reprises1 un polisson1 un larron1 un parfait vaurien4 ,il y a aussi un enfant1 puis un adolescent1 puis un homme d'une sensibilit extraordinaire1 et extraordinairement imaginative1--cette sensibilit qui le fera se jeter dans les bras de ses amis en les arrosant de larmes1 et mouiller de pleurs tout le devant de son gilet le jour o lui vint la premire ide de son ,discours sur les ,sciences et les ,arts4 ,sensibilit troitement jointe un orgueil galement extraordinaire1 par la conscience qu'il a de cette dlicatesse de nature et aussi de sa supriorit intellectuelle4 ,et1 par un jeu naturel1 les blessures de sa sensibilit exasprent son orgueil1 et son orgueil lui rend plus douloureuses les blessures de sa sensibilit4--,et c'est l'homme sensible qui fera du sentiment le fondement de la morale1 et qui crira la plus grande partie de la ,nouvelle ,hlose et de l'mile4 ,c'est justement par cette sensibilit et cet orgueil que s'explique la plus mauvaise action de son adolescence1 l'histoire du ruban4 ,c'est ,turin1 aprs la mort de cette madame de ,vercellis dont il tait laquais-secrtaire4 ,dans le dsordre qui suit cette mort1 ,jean-,jacques vole un petit ruban couleur de rose et argent1 dj vieux4 ,on le trouve1 on veut savoir o il l'a pris4 ,on l'interroge devant la famille assemble4 ,il balbutie et dit enfin que c'est la jeune cuisinire ,marion qui lui a donn ce ruban4 ,on les confronte2 elle nie1 ,jean-,jacques persiste2 on les congdie tous les deux4 ,j'ignore1 dit ,rousseau1 ce que devint cette victime de ma calomnie2 mais il n'y a pas d'apparence qu'elle ait aprs cela trouv facilement se placer444 ,qui sait1 son ge1 o le dcouragement de l'innocence avilie a pu la porter8 7,et1 l-dessus1 libre nous d'imaginer quelque historiette en marge des ,confessions1 o nous ferons rencontrer par ,jean-,jacques1 plus tard1 dans quelque rue mal fame de ,paris1 la petite ,marion devenue fille publique444 ,mais ce serait peut-tre un peu trop prvu1 et je ne l'crirai pas47 ,il reste que l'acte abominable de ,jean-,jacques est extrmement significatif du fond mme de sa nature1--sensibilit1 imagination1 orgueil1--et cela1 par l'explication mme qu'il en donne et qui me parat1 ici1 toute la vrit3 ,jamais la mchancet ne fut plus loin de moi que dans ce cruel moment 7celui o il accusa faussement ,marion72 et1 lorsque je chargeai cette malheureuse fille1 il est bizarre1 mais il est vrai que mon amiti pour elle en fut la cause4 ,elle tait prsente ma pense3 je m'excusai sur le premier objet qui s'offrit et je l'accusai d'avoir fait ce que je voulais faire et de m'avoir donn le ruban1 parce que mon intention tait de le lui donner444 ,quand je la vis paratre ensuite1 mon coeur fut dchir1 mais la prsence de tant de monde fut plus forte que mon repentir4 ,je ne craignais pas la punition3 je ne craignais que la honte1 mais je la craignais plus que la mort1 plus que le crime1 plus que tout au monde4 ,j'aurais voulu m'enfoncer dans le centre de la terre3 l'invincible honte l'emporta sur tout2 la honte seule fit mon impudence1 et plus je devenais criminel1 plus l'effroi d'en convenir me rendait intrpide4 ,je ne voyais que l'horreur d'tre reconnu1 dclar publiquement1 moi prsent1 voleur1 menteur1 calomniateur4 ,un trouble universel m'tait tout autre sentiment4 7,quelques difficults subsistent sur cette anecdote4 ,il s'agit d'un petit ruban et vieux1 qui par consquent pouvait valoir quelques sols4 ,le comte de la ,roque1 neveu de madame de ,vercellis1 attacha si peu d'importance l'histoire que1 quelques semaines aprs1 il procura ,jean-,jacques une place excellente444 ,jean-,jacques aurait-il dramatis8 ,c'est ennuyeux1 avec lui on ne sait jamais4 ,ce qui est sr1 c'est qu'il mne un terrible repentir444 ,il assure que le dsir de se soulager par cet aveu a beaucoup contribu la rsolution qu'il a prise d'crire ses confessions2 et1 dans un premier manuscrit de ces mmes ,confessions1 il va jusqu' dire qu'il considre la calomnie de ,david ,hume sur son compte1 trente ans aprs1 comme le chtiment direct du mensonge qu'il fit lui-mme contre la pauvre ,marion47 ,corollairement cette sensibilit et cet orgueil1 il y a dans ,jean-,jacques un profond amour de la solitude1 de la rverie paresseuse1 de l'indpendance et1 par suite1 de la vie errante et1 tranchons le mot1 du vagabondage4 ,le vagabondage est chez lui une passion4 ,il aime vivre au hasard4 ,apprenti greffier1 graveur1 laquais1 valet de chambre1 sminariste1 employ au cadastre1 matre de musique1 on peut dire que1 dans les longs intervalles de ces diverses occupations1 il redevient volontairement1 et autant qu'il peut1 un errant1 un chemineau4 ,c'est son got dominant4 ,quand il s'enfuit de ,genve1 seize ans3 ,l'indpendance que je croyais avoir acquise1 crit-il1 tait le seul sentiment qui m'affectait4 ,j'entrais avec srnit dans le vaste monde4 ,ailleurs il dit que ce qu'il aime dans ses courses solitaires1 c'est la vue de la campagne1 la libert du cabaret1 l'loignement de tout ce qui lui fait sentir sa dpendance4 ,c'est aussi la paresse et la rverie4 ,il gote tellement cette vie-l que1 pouvant esprer1 par l'abb de ,gouvon1 une situation honorable dans la carrire des ambassades 7et il n'a pas dix-huit ans71 il lche tout pour suivre une espce de voyou genevois1 nomm ,bascle1 dont il s'est pris1 et avec qui il court le pays en montrant une machine de physique amusante4 7,notons ici un autre trait de caractre3 sa facilit s'engouer4 ,il s'prend de ,bascle1 comme il s'prendra de ,venture1 le musicien bohme1 comme il s'prendra d'abord de ,diderot1 de ,grimm et de tant d'autres4 ,il a un grand besoin d'aimer et une crdulit qui le font se jeter la tte des gens2 et ce premier mouvement de sensibilit confiante est peu peu suivi de sensibilit dfiante2 car il trouve bientt chacune de ses idoles infrieure l'ide que son imagination s'en tait forme2 ou bien son orgueil craint trs vite que l'idole ne lui rende pas son affection ou mme ne se moque de lui47 ,reprenons4 ,c'est cette vie errante dans un des plus beaux pays du monde1 c'est cette vie rveuse et inquite que ,rousseau doit son intelligence et son amour de la nature1 et d'avoir invent1 ou peu s'en faut1 la posie romantique4 ,ses ,confessions sont pleines de souvenirs charmants de paysages1 et en outre1 au commencement du livre ,,ii1 il parle dj comme parlera ,ren3 444 ,j'tais inquiet1 distrait1 rveur2 je pleurais1 je soupirais1 je dsirais un bonheur dont je n'avais pas d'ide1 et dont je sentais pourtant la privation444 ,c'est ce chemineau qui crira les paysages et les morceaux lyriques de la ,nouvelle ,hlose1 et les ,rveries d'un promeneur solitaire4 ,ce que ,jean-,jacques doit encore ses annes de bohme1 c'est d'avoir vu de tout prs les vies humbles ou modestes1--et aussi 7car il a t deux fois laquais dans de grandes maisons7 d'avoir connu et observ les vies brillantes dans des conditions qui ont dpos en lui une amertume dont il fera plus tard de l'loquence4 ,sur cette souffrance intime1 il s'arrte peu1 sans doute parce que ces souvenirs lui sont particulirement pnibles1 plus pnibles encore1 sans doute1 que le souvenir de ses actions honteuses3 mais on devine ce que ce garon orgueilleux et d'un si beau gnie1 d'ailleurs de naissance libre1 petit-fils de libraires et de pasteurs1 a d ressentir sous la livre1 mme quand on le dispensait d'y porter l'aiguillette et que cette livre faisait peu prs un habit bourgeois4 ,mais il a beau vouloir se taire l-dessus1 certains traits qui lui chappent rvlent sa rancoeur3 444,sur la fin1 dit-il1 madame de ,vercellis ne me parlait plus que pour son service4 ,elle me jugea moins sur ce que j'tais que sur ce qu'elle m'avait fait1 et force de ne voir en moi qu'un laquais1 elle m'empcha de lui paratre autre chose444 ,je crois que j'prouvai ds lors ce jeu malin des intrts cachs qui m'a travers toute ma vie et qui m'a donn une aversion naturelle pour l'ordre apparent qui le produit4 7,cela1 parce que1 comme il le dit plus loin1 il y avait tant d'empresss autour de madame de ,vercellis proche de sa fin1 qu'il tait difficile qu'elle et du temps pour penser lui ,jean-,jacques47 ,ainsi il en veut toute la socit que madame de ,vercellis ne l'ait pas distingu davantage4--,ainsi encore1 chez les ,gouvon-,solar1 lorsque1 servant table et interrog par le vieux comte1 il explique la devise des ,solar 7,tel fiert qui ne tue pas71 et recueille l'admiration de la compagnie3 ,ce moment fut court1 mais dlicieux tous gards4 ,ce fut un de ces moments trop rares qui replacent les choses dans leur ordre naturel et vengent le mrite avili des outrages de la fortune4 ,et je rappelle aussi son cri1 lorsqu'il entre chez le comte de ,gouvon3 ,encore laquais6 ,et il apparat que1 si c'est le vagabond qui crira l'admirable ,cinquime ,rverie1 c'est beaucoup l'ancien laquais qui crira le ,discours sur l'ingalit et qui fondera sur l'galit la thorie du ,contrat social4 ,par l-dessus1 ou1 pour mieux dire1 sous tout cela1 il y a un malade4 ,il faut1 ici1 que j'insiste et que je prcise4 ,la pathologie d'un ,bossuet ou d'un ,racine a peu voir avec leurs sermons ou leurs tragdies3 mais la pathologie de ,jean-,jacques1 c'est presque tout ,jean-,jacques4 7,son oeuvre elle-mme apparat dans la littrature comme une ruption morbide47 ,je naquis1 dit ,jean-,jacques1 infirme et malade444 ,je suis n presque mourant444 ,j'apportais le germe d'une incommodit que les ans ont renforce4 ,cette maladie congnitale tait une rtention d'urine1 dont il souffrit toute sa vie et qui s'aggrava aprs trente ans4 ,ajoutez une autre infirmit1 que je ne sais comment dfinir1 et que vous devinerez par cet aveu qui se rapporte au temps o ,jean-,jacques allait de l',ermitage ,eaubonne voir madame d',houdetot3 ,je rvais en marchant celle que j'allais voir1 l'accueil caressant qu'elle me ferait1 au baiser qui m'attendait mon arrive444 ,ce seul baiser444 avant mme de le recevoir1 m'embrasait le sang444 ,j'tais oblig de m'arrter1 de m'asseoir444 ,de quelque faon que je m'y sois pu prendre1 je ne crois pas qu'il me soit jamais arriv de faire seul ce trajet impunment4 ,ajoutez encore un mal bizarre qui le prit un jour aux ,charmettes1 et qu'il dcrit ainsi3 ,un matin que je n'tais pas plus mal qu' l'ordinaire1 en dressant une petite table sur son pied1 je sentis dans tout mon corps une rvolution subite444 ,mes artres se mirent battre d'une si grande force1 que non seulement je sentais leur battement1 mais que je l'entendais mme1 et surtout celui des carotides4 ,un grand bruit d'oreilles se joignit cela2 et ce bruit tait triple ou plutt quadruple1 savoir3 un bourdonnement grave et sourd1 un murmure plus clair comme d'une eau courante1 un sifflement trs aigu1 et le battement que je viens de dire444 ,ce bruit tait si grand1 qu'il m'ta la finesse d'oue que j'avais auparavant1 et me rendit1 non tout fait sourd1 mais dur d'oreille1 comme je le suis depuis ce temps-l4 7,livre ,v des ,confessions7 ,il dit que1 depuis trente ans jusqu'au moment o il crit1 ses battements d'artres et ses bourdonnements ne l'ont pas quitt une minute4 ,il y revient au livre ,,vi1 o il parle aussi de vapeurs1 des pleurs qu'il versait souvent sans raison de pleurer1 de ses frayeurs vives au bruit d'une feuille ou d'un oiseau4 ,je passe ses autres maux3 coliques nphrtiques 7croit-il7 partir de #agej1 esquinancies frquentes1 hernie quarante-cinq ans1 etc4 7sans compter un accident de laboratoire qui1 aux ,charmettes le rendit aveugle1 dit-il1 pendant six semaines74 ,en somme1 et pour ne retenir que ses maux durables3 rtention d'urine 7soit par vice de conformation1 soit par mouvements spasmodiques71 neurasthnie profonde1 artrio-sclrose1 voil son lot4 ,il est ais de voir la rpercussion de ces misres physiques sur son tre moral4 ,d'abord sa neurasthnie nous fournit l'explication la plus indulgente des menus vols de son enfance et de sa jeunesse1 et aussi de certains actes d'impudence et de hblerie1 comme lorsque1 ,lausanne1 il compose et donne un concert sans savoir la musique1 ou lorsque1 pendant son voyage de ,montpellier1 il se fait passer pour un ,anglais jacobite sans savoir un mot d'anglais4 ,sa neurasthnie permet de substituer aux mots dsobligeants de menteur et de voleur ceux de simulateur et de cleptomane4 ,puis1 il se peut que la premire de ses infirmits ait contribu son got de la solitude et notamment de la promenade pied1 et de la promenade solitaire1 et de la promenade dans la campagne et dans les bois1 o l'on n'est gn par personne1 o l'on peut s'arrter quand on veut4 ,il nous dira lui-mme qu'aprs le succs du ,devin du ,village1 ce fut cette infirmit1 plus que sa fiert d'homme libre1 qui l'empcha de demander une audience au roi4 ,mais surtout ses maux physiques ont profondment agi sur sa sensibilit1 sur sa vie passionnelle1 et par consquent sur ses livres eux-mmes4 ,la vie passionnelle de ,jean-,jacques est bien curieuse et bien triste4 ,sa sensualit s'veille dix ans1 sous la fesse qu'il reoit de mademoiselle ,lambercier 7une fille de trente ans74 ,je ne puis dcidment descendre dans les dtails et dans ce qu'il appelle le labyrinthe obscur et fangeux de ses confessions4 ,mais il faut pourtant indiquer ce qui est4 ,il a une enfance et une adolescence vicieuses3 les jeux avec mademoiselle ,gothon1 ses dtestables habitudes1 ses extravagances exhibitionnistes ,turin1 dans les alles sombres et prs de ce puits o les jeunes filles viennent chercher de l'eau4 ,et avec cela1 corrompu et d'une dpravation maladive1 il garde jusqu' vingt-deux ans ce que j'appellerai son innocence4 ,pourquoi8 ,par une timidit qui est videmment un effet de son tat pathologique4 ,c'est pour cela qu' vingt-deux ans1 la fois vicieux et intact1 il arrive aux bras de madame de ,warens pour y connatre l'amour dans des conditions qu'il n'est gure possible de ne pas qualifier de dshonorantes4 ,c'est pour cela aussi que1 madame de ,warens et ,thrse mises part1 ,jean-,jacques n'a eu de sa vie d'autre aventure d'amour que sa rencontre avec madame de ,larnage1 laquelle1 il est vrai1 y mit beaucoup du sien1 car il crut d'abord qu'elle voulait se moquer de lui4 7,le pauvre ,jean-,jacques raconte cette unique aventure avec orgueil1 et il ajoute3 ,je puis dire que je dois madame de ,larnage de ne pas mourir sans avoir connu le plaisir47--,et c'est pour cela encore que1 plus tard1 il se condamnera ,thrse4 ,et ces choses en expliquent d'autres1 soit dans la ,nouvelle ,hlose1 soit mme dans l'mile4 7,je n'oublie pas d'ailleurs qu' cette timidit nous devons la grce de son idylle chez madame ,basile1 la petite marchande italienne47 ,j'ai nomm plusieurs fois madame de ,warens4 ,elle est assez singulire pour qu'on dt s'arrter sur elle4 ,mais vous la connaissez4 ,je n'ai pas vous rappeler sa naissance protestante1 son mariage1 sa fuite de ,vevey1 la suite d'on ne sait trop quel incident domestique1 son recours au roi de ,sardaigne1 sous les auspices de qui elle se convertit au catholicisme et qui lui fait une pension de deux mille francs4 ,elle travaillait elle-mme dans les conversions 7comme on le voit par sa premire rencontre avec ,jean-,jacques71 quoique son catholicisme fut extrmement latitudinaire4 ,elle tait d'une activit brouillonne1 s'occupait de pharmacie et de chimie1 dsordonne1 chimrique1 crdule aux aventuriers et aux inventeurs1 et toujours dans les entreprises4--,en amour1 un vieux monsieur lui avait appris dans sa jeunesse que l'acte est chose indiffrente en soi1 et elle l'avait cru4 ,elle se donnait ses amis pour leur faire plaisir et pour se les attacher1 et elle n'tait pas regardante sur leur condition sociale4 ,elle se disait1 avec cela1 de temprament froid4 ,bref1 elle tait en amour un homme1--un peu comme notre ,george ,sand1 mais moins dcemment3 car madame de ,warens ne redoutait pas d'tre indulgente plusieurs la fois4 ,rousseau l'a aime profondment2 mais la nature de cette affection est bien marque par les noms qu'ils se donnaient3 maman et petit4 ,la premire fois qu'il la voit1 elle a vingt-huit ans1 il en a seize4 ,c'est un petit vagabond totalement abandonn1 trs timide4 ,elle est la premire femme lgante et belle1 et riche 7 ses yeux7 qu'il ait rencontre4 ,et tout de suite elle est bonne pour lui1 et d'une bont simple et maternelle4 ,elle tire ce petit malheureux du gouffre4 ,son premier sentiment pour elle1 et qui durera longtemps1--c'est l'adoration4 ,il faut relire le rcit de leur premire rencontre1 car cela est dlicieux3 ,c'tait un passage derrire sa maison444 ,prte entrer dans l'glise1 madame de ,warens se retourne ma voix4 ,que devins-je cette vue6 ,je me figurais une vieille dvote bien rchigne2 la bonne dame de ,m4 de ,pontverre ne pouvait tre autre chose mon avis4 ,je vois un visage ptri de grces1 de beaux yeux bleus pleins de douceur1 un teint blouissant1 le contour d'une gorge enchanteresse4 ,rien n'chappa au rapide coup d'oeil du jeune proslyte2 car je devins l'instant le sien1 sr qu'une religion prche par de tels missionnaires ne pouvait manquer de mener au paradis4 ,elle prend en souriant la lettre que je lui prsente d'une main tremblante1 l'ouvre1 jette un coup d'oeil sur celle de ,m4 de ,pontverre1 revient la mienne1 qu'elle lit tout entire1 et qu'elle et relue encore si son laquais ne l'et avertie qu'il tait temps d'entrer4 ,eh6 mon enfant1 me dit-elle d'un ton qui me fit tressaillir1 vous voil courant le pays bien jeune1 c'est dommage en vrit4 ,puis1 sans attendre ma rponse1 elle ajouta3 ,allez chez moi m'attendre2 dites qu'on vous donne djeuner2 aprs la messe1 j'irai causer avec vous4 ,et un peu plus loin3 ,elle avait de ces beauts qui se conservent1 parce qu'elles sont plus dans la physionomie que dans les traits2 aussi la sienne tait-elle encore dans tout son premier clat4 ,elle avait un air caressant et tendre1 un regard trs doux1 un sourire anglique1 une bouche la mesure de la mienne 7,jean-,jacques avait la bouche petite71 des cheveux cendrs d'une beaut peu commune1 et auxquels elle donnait un tour nglig qui la rendait trs piquante4 ,et les lignes qui suivent nous font comprendre qu'elle tait boulotte4 ,les pages o ,jean-,jacques nous raconte que madame de ,warens lui propose de se donner lui pour le sauver des prils de son ge 7il avait vingt-deux ans et elle trente-quatre7 et qu'elle lui explique cela gravement et posment1 et qu'elle lui laisse huit jours pour rpondre1 et qu'il accepte sans grand plaisir et surtout par reconnaissance1 en continuant d'appeler sa matresse maman1 et qu'il dcouvre un jour qu'il a le jardinier ,claude ,anet pour collaborateur1 et qu'il l'admet sans rsistance1 et que madame de ,warens les bnit tous deux1 et que ,jean-,jacques reste plein de respect pour ,claude ,anet2 ces pages o il ne cesse de parler de vertu1 ces pages qui semblent une caricature anticipe et violente de l'histoire1 beaucoup plus convenable1 de ,sand entre ,musset et ,pagello1 nous paraissent aujourd'hui d'un norme comique4 ,et sans doute1 dans tout cela1 ,rousseau n'est qu' demi responsable 7nous remarquons souvent chez lui une trange passivit71 et sans doute le rcit de la vie aux ,charmettes1 o s'est form son esprit1 est d'une neuve et franche saveur2 et je sais bien que ,rousseau essaye diverses reprises de gagner son pain2 que1 lorsqu'il a touch son petit patrimoine1 il en fait part son amie1 et que1 son troisime ou quatrime retour1 quand il trouve sa place prise par le perruquier1 madame de ,warens lui proposant ingnument un nouveau mnage trois 7,elle me dit que je n'y perdrais rien7 il n'accepte pas ce partage2 et je n'oublie pas enfin1 que1 quelques annes aprs1 quand la pauvre femme est totalement dchue1 il lui envoie de ,paris un peu d'argent3 il n'en reste pas moins que le garon a vcu1 peu prs dix ans1 presque uniquement de madame de ,warens1 qu'il tait trop son oblig pour pouvoir ni se refuser elle1 ni exiger au moins d'elle la fidlit2 qu'ainsi son premier amour ne fut ni libre1 ni fier1 ni dsintress1 du moins dans les apparences2--et que cela eut1 sur sa conception de l'amour1 des consquences que nous noterons dans ses ouvrages4 ,enfin1--et pour achever l'numration de tous les hommes qu'il porte en lui1--s'il y a chez ,jean-,jacques un protestant n1 il ne faut pas oublier qu'il y a aussi un catholique4 ,il se convertit au catholicisme1--encore presque enfant1 il est vrai1--pour obir la belle dame d',annecy et pour sortir de la misre4 ,peut-tre exagre-t-il aprs coup 7mais je n'en sais rien7 ses scrupules et ses hsitations au moment de quitter sa religion natale4 ,peut-tre aussi1 propos de l'histoire de l'abominable ,maure1--crivant trente-cinq ans de distance1--exagre-t-il1 par un retour d'antipapisme1 le cynisme de l'administrateur de l'hospice des ,catchumnes1 et surtout l'trange placidit de l'ecclsiastique qui se trouve l4 ,mais aprs tout je n'en sais rien4 ,ce qui m'tonne le plus1 c'est que1 une fois converti1 on le mette dehors avec vingt francs dans la main et sans plus s'occuper de lui4 ,car quel intrt avait le clerg faire des convertis1 si ce n'tait pour se faire des cratures et1 par consquent1 les suivre et les aider8 ,il est vrai que les plus pieuses institutions peuvent devenir purement mcaniques et dgnrer jusqu' oublier leur objet4 ,mais1 quoi qu'il en soit de tout cela1 une chose est sre3 c'est que ,jean-,jacques a t catholique pendant vingt-six ans 7de #agbh #aged71 et qu'il a vcu1 les dix premires annes1 dans une atmosphre purement catholique4 ,il passe deux mois environ au grand sminaire d',annecy pour tre prtre4 ,a ,annecy1 ,chambry1 aux ,charmettes1 il pratique sa nouvelle religion4 ,il y connat des prtres ou des religieux1 qu'il dclare avoir t excellents pour lui4 ,aprs l'accident de laboratoire qui faillit lui coter les yeux1 il crit son testament avec tous les termes et formules de la pit catholique1 et il fait de petits legs des religieuses1 des capucins1 d'autres moines4 ,lorsque madame de ,warens entreprend de faire batifier ,m4 de ,bernex1 l'ancien vque d',annecy1 ,jean-,jacques atteste par crit un miracle de ce bon vque 7il s'agit d'un incendie teint par les prires de l'vque et de madame de ,warens67--,alors sincrement catholique1 dit ,jean-,jacques1 j'tais de bonne foi4 ,il commence ainsi le rcit d'une promenade avec maman3 ,nous partmes ensemble et seuls de bon matin1 aprs la messe qu'un carme tait venu nous dire dans une chapelle attenante la maison4 ,il crit dans le mme livre ,,vi3 ,les crits de ,port-,royal et de l',oratoire1 tant ceux que je lisais le plus frquemment1 m'avaient rendu demi-jansniste4 ,il avait la terreur de l'enfer3 ,mais mon confesseur qui tait aussi celui de maman1 contribua me maintenir dans une bonne assiette4 ,et1 parlant du ,pre ,hmet et du ,pre ,coppier3 ,leurs visites me faisaient grand bien3 que ,dieu veuille le rendre leurs mes6 ,enfin1 nous verrons que ,jean-,jacques1 de son propre aveu1 n'eut jamais se plaindre du clerg catholique 7le mandement contre l'mile except71 mais qu'il eut fort se plaindre des ministres protestants4 ,tout ce que je veux dire ici1 c'est que1 chez lui1 l'empreinte catholique est superpose l'empreinte protestante2 que sa sensibilit mme est plutt catholique4 ,nous expliquerons cela en son lieu3 mais pourquoi ne dirai-je pas ds maintenant qu'il y a1 dans sa facilit se confesser1 et se confesser d'une certaine manire1 et l'espce de plaisir qu'il y prend1 quelque chose au moins comme la dpravation d'une sensibilit catholique1--disposition qui n'est pas rare1 dit-on1 chez certaines pnitentes qui la confession auriculaire permet de goter une seconde fois leur pch1 jusque dans la honte de l'aveu8 99 99 99 99 99 ,tel est l'homme1--oh6 avec de la candeur1 de la bont1 et mme dj des vellits de rforme morale1--et aussi avec cette singulire attnuation que c'est par lui seul que nous savons ses hontes1--mais enfin tel est l'homme1 enfant et adolescent vicieux1 vagabond indisciplin1--paresseux1 faible et chimrique1--menteur et larron1 la dernire fois voleur de vin vingt-huit ans1 chez ,m4 de ,mably1--protestant compliqu d'un catholique1--transfuge excusable1 mais transfuge de sa patrie et de sa religion1--longtemps amant tolrant d'une femme excellente et dconsidre dont il est l'oblig--d'ailleurs profondment malade1 perdu de nvrose1 candidat la folie1--tel est l'homme qui1 vingt-neuf ans1 s'en va chercher fortune ,paris et qui1 quelques annes plus tard1 entreprendra la rforme de la socit et s'tablira professeur de vertu4 ,,deuxi,,me ,,conf,,rence ,,rousseau ,,paris4--,,th,r,,se4 ,j'ai dcrit l'trange garon1 plein de bizarreries1 de souillures et d'orgueil1 qui vingt-neuf ans vient ,paris1 pour y chercher simplement fortune 7dans la musique ou dans les lettres71 en attendant qu'il s'tablisse1 huit ans plus tard1 rformateur des moeurs et professeur de vertu4 ,mais il faut bien dire que1 pendant ces huit annes1 il n'y songe pas du tout4 ,quel tait ce monde des lettres o le vagabond de ,genve1 des bords du lac ,lman1 de la ,savoie1 du ,pimont et de ,turin1 le rveur des ,charmettes et l'amant de madame de ,warens allait entrer8--,si l'on met part le seigneur de ,ferney1 et ,montesquieu et ,buffon1 gentilshommes un peu ddaigneux qui1 la plupart du temps1 travaillaient enferms dans leur retraite1--ce monde-l1 c'tait alors une vingtaine d'crivains qui se rencontraient dans trois ou quatre cafs et qui taient familiers chez une douzaine1 au plus1 soit de fermiers gnraux1 soit de grands seigneurs et de grandes dames1 de ceux et de celles qui se piquaient de libert d'esprit1 et qui se plaisaient protger les gens de lettres parce qu'ils les trouvaient amusants1 et aussi par un sentiment assez proche de ce que nous appelons aujourd'hui le snobisme4 ,ce qui est sr1 c'est qu'un crivain de ce temps-l1 qui voulait arriver1 tait condamn aux relations aristocratiques4 ,le futur auteur du ,discours sur l'ingalit et du ,contrat social n'chappe point cette obligation1 et d'ailleurs ne cherche point y chapper4 ,et pourtant1 nul n'est moins fait que lui pour cette vie de salon1 de conversation1 et de plaisirs la fois raffins et futiles4--,il tait plbien de gots et d'esprit1 rellement ami de la simplicit1 d'ailleurs extrmement timide4 ,il nous parle des balourdises qu'il fait dans les premiers dners lgants o il est admis4 ,il nous rpte satit1 dans cinquante passages de ses ,confessions et de ses lettres 7ce qui prouve peut-tre qu'au fond il en souffrait7 qu'il est timide et gauche1 qu'il manque de conversation et d'-propos1 et que1 pour parler quand mme1 il dit souvent des sottises444 ,mais1 d'autre part1 il a une figure intressante1 des yeux d'un clat extraordinaire2 et de temps en temps1 quand les choses le touchent1 il lui arrive d'tre loquent pendant quelques minutes1 avec un effort qui donne alors plus d'accent sa parole4 ,on le considre avec curiosit4 ,et lui1 qui s'en aperoit1 il s'y prte1 et1 sentant qu'il ne sera jamais comme les autres1 un causeur tourdissant comme ,diderot ou fin et froid comme ,grimm ou d'une brusquerie savoureuse comme ,duclos1 il se rsoudra paratre de plus en plus singulier et part1 car cela aussi est un succs4 ,mais avec cela1 je le rpte1 jusqu'en #agdi1 ses ambitions sont purement musicales et littraires4 ,j'arrivai1 dit-il1 ,paris dans l'automne de #agda1 avec quinze louis d'argent comptant1 ma comdie de ,narcisse1 et mon projet de musique pour toute ressource4 ,ce projet de musique est un nouveau systme de notation par les chiffres 7le mme systme1 je crois1 qui a t repris et perfectionn par ,galin-,paris-,chev1 et recommand maintes fois par ,francisque ,sarcey74--,il lit son projet1 le #bb aot #agdb1 l',acadmie des sciences1 sans succs4 ,il semble porter assez bien cette dception2 et1 comme il manque un peu de ressort1 il partage son temps entre la lecture et le jeu d'checs4 ,mais les personnes auxquelles il tait recommand1 et aussi ses visites aux acadmiciens1 lui ont fait faire des connaissances4--,au reste il dit lui-mme3 ,un jeune homme qui arrive ,paris avec une figure passable et qui s'annonce par des talents est toujours sr d'tre accueilli4 7,c'est aujourd'hui un peu chang47 ,donc il rencontre et frquente ,fontenelle1 ,mably1 ,marivaux1 ,bernis1 l'abb de ,saint-,pierre1 ,diderot et1 un peu plus tard1 ,grimm4 ,peu aprs l'chec de son mmoire sur la musique1 comme il attendait tranquillement la fin de son argent1 un jsuite1 le ,pre ,castel lui dit un jour3 ,je suis fch de vous voir vous consumer ainsi sans rien faire4 ,puisque les musiciens1 puisque les savants ne chantent pas votre unisson1 changez de corde et voyez les femmes4 ,vous russirez peut-tre mieux de ce ct-l4 ,ainsi parla ce jsuite4 ,c'est lui que ,jean-,jacques dut la connaissance de madame de ,beuzenval1 de madame ,dupin1 de ,m4 de ,francueil et1 par celui-ci1 de madame d'pinay et de madame d',houdetot4 ,jean-,jacques suit avec ,m4 de ,francueil un cours de chimie4 ,il tombe dangereusement malade et1 dans le transport de sa fivre1 compose des chants et des choeurs4 ,ces ides lui reviennent dans sa convalescence2 il mdite un plan et commence l'opra des ,muses galantes4 ,nous voil bien loin encore du ,discours sur l'ingalit4 ,naturellement il devient amoureux1--sans nul danger pour elle1--de madame ,dupin 7l'aeule de ,george ,sand74 ,car il ne peut voir une grande dame sans en tomber amoureux et sans btir l-dessus des projets4 ,il y a dans ,jean-,jacques comme un ,julien ,sorel sans volont 7ce qui1 vrai dire fait une diffrence notable47 ,il crit3 ,elle me permit de la venir voir4 ,j'usai1 j'abusai de la permission4 ,j'y allais presque tous les jours1 j'y dnais deux ou trois fois la semaine1 je mourais d'envie de lui parler1 je n'osai jamais4 ,plusieurs raisons renforaient ma timidit naturelle4 ,l'entre d'une maison opulente tait une porte ouverte la fortune2 je ne voulais pas risquer de me la fermer444 ,madame ,dupin aimait avoir tous les gens qui jetaient de l'clat1 les grands1 les gens de lettres1 les belles femmes4 ,on ne voyait chez elle que ducs1 ambassadeurs1 cordons bleus4 ,madame la princesse de ,rohan1 madame la comtesse de ,forcalquier1 madame de ,mirepoix1 madame de ,brignol2 milady ,hervey1 pouvaient passer pour ses amies4 ,monsieur de ,fontenelle1 l'abb de ,saint-,pierre1 l'abb ,sollier1 monsieur de ,fourmont1 monsieur de ,bernis1 monsieur de ,buffon1 monsieur de ,voltaire taient de son cercle et de ses dners444 ,voil donc ,rousseau dans le plus grand monde1 et1 s'il faut le dire1 dans le plus voluptueux et le plus corrompu1 et qui s'y trouve fort bien4 ,oui1 nous sommes loin de ,jean-,jacques citoyen de ,genve et philosophe selon la nature4 ,cependant1 ces dames s'occupent de lui1 lui cherchent une situation4 ,vers avril ou mai #agdc1 il va rejoindre1 en qualit de secrtaire1 ,m4 de ,montaigu1 ambassadeur de ,france ,venise4 ,il y passe dix-huit mois4 ,jean-,jacques s'tend avec complaisance sur cette priode de sa vie4 ,a la vrit1 il ne dit pas un mot de la beaut de ,venise1 tant clbre depuis un sicle par les crivains1 et avec des mots si pms6 ,sbastien ,mamerot1 prtre natif de ,soissons1 crivait en #aded1 dans les ,passages d'outre mer faits par les ,franais1 livre publi en #aeah3 ,venise est une belle cit grande comme la moiti de ,paris1 assise sur la mer1 tout environne d'eau qui court la plupart des rues de la ville2 et vont les petits galiots et bateaux parmi les dites rues2 et il y a des ponts1 tant grands que petits1 tant de bois que de pierre1 environ de douze quinze cents4 ,et c'est la ville la plus peuple qu'on puisse gure voir1 car on n'y voit point de jardins ni de places vides444 ,et il y a les plus belles boutiques de toutes marchandises qu'on puisse gure trouver1 et la plupart des mtiers sont faiseurs de soie et de velours4 ,et il y a quantit de belles maisons qu'on appelle palais2444 et chaque seigneur a sa barque pour aller o il veut4 ,et dit-on qu'il y a plus de bateaux ,venise qu'il n'y a de chevaux ni de mulets ,paris4 ,et il y a au corps de la ville environ cent vingt glises1 etc4 ,et ,sbastien ,mamerot dcrit ensuite schement et minutieusement les mosaques de ,saint-,marc4 ,or1 ,jean-,jacques1 l'aeul des romantiques dont ,chateaubriand est le pre1 ne nous en dit pas mme autant4 ,justement parce qu'il est1 comme descriptif1 un prcurseur1 il ne s'attache encore qu'aux objets simples3 lacs1 forts1 montagnes modres1 et n'a pas eu le temps de raffiner et de renchrir4 ,il ne faut pas oublier d'ailleurs que ,venise1 au milieu du ,x,v,i,i,ie sicle tait une ville extrmement vivante1 que ses palais taient neufs ou nettoys et ne menaaient pas ruine1 et qu'elle n'avait donc pas alors ce charme de l'agonie et de la dliquescence1 sur lequel nous avons appris nous exciter4 ,mais1 surtout1 au moment o il nous parle de son sjour ,venise1 ,jean-,jacques est trop rempli du souvenir des fonctions qu'il y exerait1 pour se soucier de ,saint-,marc1 du pont des ,soupirs1 des canaux et des gondoles4 ,visiblement1 il est fier d'avoir t secrtaire d'ambassade 7car il en faisait les fonctions71 d'avoir un jour occup un poste honorable1 officiel1 dans la socit rgulire4 coutez le ton1 l'accent3 ,il tait temps que je fusse une fois ce que le ciel1 qui m'avait dou d'un heureux naturel1 ce que l'ducation que j'avais reu de la meilleure des femmes 7madame de ,warens avait peut-tre t quelque peu agent diplomatique secret du roi de ,sardaigne71 ce que celle que je m'tais donn moi-mme m'avait fait tre1 et je le fus4 ,livr moi seul1 sans amis1 sans conseils1 sans exprience1 en pays tranger1 servant une nation trangre1 au milieu d'une foule de fripons qui1 pour leur intrt et pour carter le scandale du bon exemple1 me tentaient de les imiter3 loin d'en rien faire1 je servis bien la ,france1 qui je ne devais rien1 et mieux l'ambassadeur1 comme il tait juste1 en tout ce qui dpendait de moi4 ,irrprochable dans un poste assez en vue1 je mritai1 j'obtins l'estime de la ,rpublique1 celle de tous les ambassadeurs avec qui nous tions en correspondance1 et l'affection de tous les ,franais tablis ,venise4 ,et il numre ses services4 ,le ton1 le srieux1 l'air de satisfaction profonde1 rappellent ,chateaubriand racontant son ambassade ,londres4 7,combien ,chateaubriand1 ce fils aristocrate de ,jean-,jacques1 lui ressemble1 c'est ce qui apparat mesure qu'on lit davantage l'un et l'autre47 ,mais1 si nous en croyons ,jean-,jacques1 son patron ,m4 de ,montaigu tait un homme grossier1 avare1 ignorant et un peu fou#a4 ,il dut se sparer de lui1 sans pouvoir1 dit-il1 se faire payer ses appointements4 ,de retour ,paris1 il demande inutilement justice de son ambassadeur4 ,les refus qu'il prouva 7il faut dire que1 tout en faisant fonction de secrtaire d'ambassade1 il n'tait que secrtaire de l'ambassadeur7 laissrent dans son me1 dit-il1 un germe d'indignation contre nos sottes institutions civiles1 o le vrai bien public et la vritable justice sont toujours sacrifis je ne sais quel ordre apparent1 destructif en effet de tout ordre1 et qui ne fait qu'ajouter la sanction de l'autorit publique l'oppression du faible et l'iniquit du fort4 ,note #a3 ,j'ai reu de ,m4 ,aug4 de ,montaigu une brochure intitule3 ,dmls du comte de ,montaigu1 ambassadeur ,venise1 avec son secrtaire1 ,j4-,j4 ,rousseau 7,plon-,nourrit1 #aijd74 ,m4 ,aug4 de ,montaigu y dmontre1 par des pices des archives de ,venise1 que ,rousseau a charg injustement son ambassadeur1 qu'il ne fut pas un secrtaire irrprochable1 qu'il fit1 notamment1 de la contrebande1 et qu'il fut congdi par le comte de ,montaigu4 ,c'est dommage4 ,s'il avait pu s'entendre avec ,m4 de ,montaigu1 si ,rousseau1 content d'tre quelqu'un de class et d'officiel avait pu poursuivre sa carrire diplomatique 7et il est probable que ses puissantes amies de ,paris l'eussent fait avancer rapidement71 il et pris got de plus en plus sa profession1 il et envoy son ministre des rapports d'un style admirable2 il se ft adonn l'conomie politique pour laquelle il avait du penchant1 mais il n'y et pas cass les vitres2 il n'et pas crit l',ingalit1 l'mile ni le ,contrat1 et nous y aurions perdu au point de vue littraire1 mais nous y aurions gagn quelques autres gards1 et il n'et pas pous ,thrse ,levasseur4 ,mais achevons les souvenirs vnitiens de ,jean-,jacques4 ,dans cette ville d'amours et de plaisirs1 dans cette ,venise de ,casanova 7qui s'y trouvait en mme temps que ,rousseau71 la vie amoureuse de ,jean-,jacques se rduit peu4 ,le malheureux nous dit lui-mme qu'il n'avait pas renonc ses habitudes honteuses4 ,sa seule rencontre effective1 pendant ces dix-huit mois1 est avec une personne qu'on appelait la ,padoana4 ,une rencontre plus clbre est avec ,zulietta4 ,je vous renvoie au texte du rcit2 mais je dois vous en citer du moins le commencement3 ,j'entrai dans la chambre d'une courtisane comme dans le sanctuaire de l'amour et de la beaut444 ,a peine eus-je connu1 dans les premires familiarits1 le prix de ses charmes et de ses caresses1 que1 de peur d'en perdre le fruit d'avance1 je voulus me hter de le cueillir4 7,nous retrouvons ici la nvrose que j'ai signale l'autre jour47 ,tout coup1 au lieu des flammes qui me dvoraient1 je sens un froid mortel couler dans mes veines1 et1 prt me trouver mal1 je m'assieds1 et je pleure comme un enfant4 ,ne nous y trompons pas3 bonnes ou mauvaises1 c'est peut-tre la premire fois qu'on ait crit des paroles de ce sentiment1 de cet accent1 de cette couleur4 ,et1 si je ne m'abuse1 pour obtenir ce ton1 il a fallu 7,rousseau crit cela cinquante-cinq ans7 toute une vie de timidit douloureuse dans les choses de l'amour1 et de sauvagerie1 et de sensibilit et d'imagination d'autant plus excites2 il a fallu un demi-sicle de maladie1 et de dsir non content--et du gnie par l-dessus4 ,rousseau continue3 ,qui pourrait deviner la cause de mes larmes et ce qui me passait dans la tte en ce moment8 ,je me disais3 ,cet objet dont je dispose est le chef-d'oeuvre de la nature et de l'amour2 l'esprit1 le corps1 tout est parfait2 elle est aussi bonne et gnreuse qu'elle est aimable et belle2 les grands1 les princes devraient tre ses esclaves2 les sceptres devraient tre ses pieds4 ,cependant la voil1 misrable coureuse1 livre au public2 un capitaine de vaisseau marchand dispose d'elle1 etc4 ,sentez-vous que c'est l la premire rdaction parfaite d'un des thmes sur lesquels les romantiques ont vcu3 l'attendrissement1 volontiers solennel et mystique1 sur la courtisane2 le respect de la femme dchue1 plus touchante et mme plus vnrable d'tre dchue2--oh6 mon ,dieu1 trs bon sentiment1 si l'on n'avait tout de mme un peu trop abus de cette substitution du sentiment la raison4 ,thme romantique1 ai-je dit3 cela est si vrai1 et la page de ,jean-,jacques sur ,zulietta tait si nouvelle et parut si insense quand les ,confessions furent connues1 que ,la ,harpe y vit un des signes les plus probants de la folie de ,rousseau4--,thme romantique1--qui dvie dans le rcit de1 ,jean-,jacques1 car il s'avise ensuite d'attribuer quelque dfaut physique secret la vile condition o ,zulietta est rduite1--mais thme essentiellement romantique dans les lignes que j'ai cites4 ,jean-,jacques prs de ,zulietta1 n'est-ce pas dj ,rolla prs du lit de ,marion8 et ne saisissez-vous pas une ressemblance de sentiment et de ton entre la mditation1 encore tempre1 de ,jean-,jacques1 et les effusions misricordieuses et effrnes de ,rolla3 ,chaos ternel1 prostituer l'enfance6444 ,pauvret6 ,pauvret6 c'est toi la courtisane1 ,c'est toi qui dans ce lit as pouss cet enfant ,que la ,grce et jet sur l'autel de ,diane6444 ,et plus loin3 ,jacque tait immobile et regardait ,marie444 ,il se sentait frmir d'un frisson inconnu4 ,n'tait-ce pas sa soeur1 cette prostitue8444 ,oui1 il me semble bien que l'emphase1 la draison et ce que j'appellerai la disproportion romantique entre les sentiments et les choses est dj dans cet pisode de la ,zulietta4 ,nous arrivons ,thrse4 ,de retour ,paris1 ,jean-,jacques1 tomb de ses ambitions1 tait fort triste et fort dsempar4 ,il s'installe de nouveau l'htel ,saint-,quentin1 rue des ,cordiers1 prs de la ,sorbonne4 ,les pensionnaires mangeaient avec l'htesse et une jeune lingre de vingt-deux vingt-trois ans1 ,thrse4 ,la mre1 madame ,levasseur1 avait tenu boutique ,orlans1 o son mari tait officier de monnaie4 ,ayant mal fait ses affaires1 elle avait quitt le commerce et tait venue ,paris avec son mari et ses enfants4 7,jean-,jacques nous dit qu'elle avait beaucoup d'enfants1 sans prciser47 ,et maintenant coutons ,jean-,jacques3 ,la premire fois que je vis paratre cette fille table1 je fus frapp de son maintien modeste1 et plus encore de son regard vif et doux1 qui pour moi n'eut jamais son semblable4 ,la table tait compose de plusieurs abbs irlandais1 gascons1 et autre gens de pareille toffe4 ,notre htesse elle-mme avait rti le balai3 il n'y avait l que moi seul qui parlt et se comportt dcemment4 ,on agaa la petite1 je pris sa dfense4 ,aussitt les lardons tombrent sur moi4 ,quand je n'aurais eu naturellement aucun got pour cette pauvre fille1 la compassion1 la contradiction m'en auraient donn4 ,j'ai toujours aim l'honntet dans les manires et dans les propos1 surtout avec le sexe4 ,je devins hautement son champion1 je la vis sensible mes soins1 et ses regards1 anims par la reconnaissance qu'elle n'osait exprimer de bouche1 n'en devinrent que plus pntrants4 ,bref1 il lui fait la cour444 ,il lui dclare d'avance que jamais il ne l'abandonnera et que jamais il ne l'pousera4 ,elle hsite4 ,un jour enfin1 elle lui fit en pleurant l'aveu d'une faute unique au sortir de l'enfance1 fruit de son ignorance et de l'adresse d'un sducteur4 ,il s'crie joyeusement3 ,ce n'est que cela8 ,ils se mettent ensemble4 ,mais1 jusqu'en #agdi1 il garde sa chambre l'htel1 et va passer ses journes chez ,thrse et sa mre4 ,sa demeure devint presque la mienne4 ,en #agdi seulement1 il s'installe avec elle dans un petit appartement l'htel de ,languedoc1 rue de ,grenelle-,saint-,honor1 et y demeure pendant sept ans1 jusqu' son dlogement pour l',ermitage4 ,arrtons-nous sur ,thrse4 ,je crois bien qu'aucun des critiques ou historiens de ,rousseau n'a manqu de dplorer sa rencontre avec ,thrse3 ,liaison indigne de lui1 dit-on1 et qui eut la plus triste influence sur son sort4 ,il me semble qu'on exagre4 ,la famille de ,thrse a caus ,rousseau de grands ennuis1 sans doute4 ,d'autre part1 la fcondit de ,thrse a t pour lui l'occasion de l'acte le plus coupable qu'il ait commis4 ,mais ,thrse elle-mme1 malgr ses dfauts1 me parat bien lui avoir t1 pour le moins1 aussi douce1 aussi consolante et utile que funeste4 ,et enfin1 qu'il ait form cette liaison1 cela s'explique aisment2 et il aurait pu tomber plus mal4 ,jeune1 ,thrse1 dut tre assez jolie fille4 7,au reste1 elle n'est pas laide sur le seul portrait qu'on ait d'elle1 et qui la reprsente cinquante ans environ47 ,nous parlant une fois de ,diderot1 ,jean-,jacques nous dit1 dans un esprit de rivalit assez divertissant3 ,il avait une ,nanette ainsi que j'avais une ,thrse2 c'tait entre nous une conformit de plus4 ,mais la diffrence tait que ma ,thrse1 aussi bien de figure que sa ,nanette1 avait une humeur douce et un caractre aimable4441 au lieu que la sienne1 pie-griche et harengre1 etc44 ,il fallait bien que ,thrse ne ft pas si dsagrable1 puisque les belles dames lui faisaient des caresses1 que madame de ,boufflers ,montmorency allait goter chez elle1 et que la marchale de ,luxembourg l'embrassait comme du pain4--,mme plus tard1 et quand ,thrse a dpass la cinquantaine1 un jeune ,marseillais1 ,m4 ,eymar1 venu ,paris en #aggd pour visiter ,rousseau1 nous dira3 ,madame ,rousseau tait bien loin de ressembler au portrait hideux qu'un pote clbre a fait d'elle dans ses satires 7sans doute ,voltaire dans la ,guerre de ,genve71 je ne la trouvai ni jeune ni belle1 bien s'en faut2 mais je la trouvai honnte1 polie1 vtue proprement dans sa simplicit1 et ayant toute l'allure d'une bonne mnagre4 ,thrse1 vingt-trois ans1 pouvait plaire4 ,ceci me parat acquis4 ,que cherchait ,rousseau quand il la rencontra8 ,une infirmire et une servante autant qu'une compagne4 ,thrse avait eu un malheur8 ,tant mieux6 ,sitt que je le compris1 dit ,rousseau1 je fis un cri de joie4 ,pourquoi8 ,c'est sans doute parce qu'il avait craint une autre chose qu'il nous dit sans ambages4 ,mais c'est aussi parce que1 peu sr de lui cause de son infirmit et de sa nvrose1 il ne tenait pas du tout tre le premier dans un coeur4--,et selon moi1 c'est ce qui explique que la jalousie en amour soit absente de sa vie1 et peu prs absente de son oeuvre4 ,thrse tait une ouvrire en linge1--une grisette1--ignorante et d'esprit fort simple3 ,je voulus1 dit-il1 d'abord former son esprit2 j'y perdis ma peine444 ,son esprit est ce que l'a fait la nature2 la culture et les soins n'y prennent pas4 ,je ne rougis point d'avouer qu'elle n'a jamais bien su lire1 quoiqu'elle crivt passablement444 ,elle n'a jamais pu suivre l'ordre des douze mois de l'anne1 et ne connat pas un seul chiffre1 malgr tous les soins que j'ai pris pour les lui montrer4 ,elle ne sait ni compter l'argent1 ni le prix d'aucune chose4 ,le mot qui lui vient en parlant est souvent l'oppos de celui qu'elle veut dire4 ,autrefois1 j'avais fait un dictionnaire de ses phrases pour amuser madame de ,luxembourg1 et ses quiproquos sont devenus clbres dans les socits o j'ai vcu4 ,excellent1 tout cela6 et c'est bien ce qu'il lui fallait4 ,il avait alors trente-trois ans4 ,or il nous dit qu' partir de trente ans sa maladie s'aggrava4 ,il lui fallait une infirmire4 ,il lui fallait une femme qui lui ft infrieure socialement et de toutes faons2 une fille du peuple1 et qui ft pauvre1 et qui lui dt de la reconnaissance1 et qui ne ft pas la dlicate et la renchrie1 et devant qui il n'et pas honte de ses misres physiques ni de ses dfaillances sexuelles1 et qui lui donnt les soins les plus intimes4 ,et voil pourquoi il choisit ,thrse4 ,et il la choisit aussi parce qu'elle tait ignorante et stupide1 comme il le dit lui-mme4 ,il lui fallait une compagne avec qui il n'et pas de frais faire2 une femme aussi dont la simplicit d'esprit lui ft un repos1 et quelquefois un amusement444 ,au reste son cas1 ici1 n'est pas extraordinaire3 on a souvent vu des artistes rechercher une compagne inculte et un peu bte1--pour tre plus tranquilles444 ,rousseau n'pouse pas ,thrse4 ,il en donne1 en #agee1 la raison 7assez vague7 madame de ,francueil3 ,que ne me suis-je mari1 me direz-vous8 ,demandez-le vos injustes lois1 madame4 ,il ne me convenait pas de contracter un engagement ternel1 et jamais on ne me prouvera qu'aucun devoir m'y oblige4--,il en donne1 en #agfa1 une autre raison madame de ,luxembourg3 ,un mariage public nous et t impossible cause de la diffrence de religion4 ,mais en #agde ,rousseau tait encore catholique3 cette raison ne vaut donc rien4 ,en somme1 il n'pouse pas ,thrse1 pour tre plus libre1 pour qu'elle dpende toujours de lui2 peut-tre pour n'avoir pas la mener quelquefois avec lui dans les maisons o il va4 ,il n'pouse pas ,thrse4 ,mais certainement il l'aime4 ,non d'amour4 ,il dit au livre ,,ix3 ,que pensera le lecteur quand je lui dirai que1 du premier moment que je la vis jusqu' ce jour 7environ #agfi7 je n'ai jamais senti la moindre tincelle d'amour pour elle1 que je n'ai pas plus dsir la possder que madame de ,warens1 et que les besoins des sens1 que j'ai satisfaits auprs d'elle1 ont uniquement t pour moi ceux du sexe1 sans avoir rien de propre l'individu8 ,mais il l'aime1 on n'en peut gure douter1 d'une grande affection4 ,avant de rappeler sa premire rencontre avec elle1 il nous dit3 ,l m'attendait la seule consolation relle que le ciel m'ait fait goter dans ma misre1 et qui seule me la rendit supportable4 ,il crit cela aprs vingt-quatre ans d'union4--,il dit un peu plus loin3 ,le coeur de ma ,thrse tait celui d'un ange4--,dans vingt passages des ,confessions1 dans cinquante passages peut-tre de ses lettres1 7et de toutes les poques71 il parle de ses bonnes qualits1 de ses vertus1 notamment de son bon coeur1 de son affection1 de son dsintressement sans exemple1 de sa fidlit sans tache4--,il dit bien1 dans une note crite aprs #agfh3 ,elle est1 il est vrai1 plus borne et plus facile tromper que je ne l'avais cru2 mais il ajoute aussitt3 ,mais pour son caractre1 pur1 excellent1 sans malice1 il est digne de toute mon estime et l'aura tant que je vivrai4--,il s'occupe beaucoup d'elle4 ,aprs sa fuite de ,montmorency1 il la recommande tendrement madame de ,luxembourg et une suprieure de couvent4 ,une des raisons qui lui font choisir pour sjour ,motiers-,travers1 c'est qu'il y a1 aux environs1 une glise catholique o ,thrse pourra aller la messe4 ,a ,motiers mme1 quand il se croit prt mourir1 il assure l'avenir de ,thrse2 il la recommande un cur qui avait t bon pour elle dans le voyage qu'elle avait fait pour rejoindre ,jean-,jacques en ,suisse444 ,et l'on pourrait citer vingt faits de cet ordre4 ,il la voyait par ses meilleurs cts4 ,il disait ce que disent souvent des hommes suprieurs vivant avec une bte3 ,elle est simple1 mais elle a beaucoup de bon sens1 un instinct trs sr4 ,jean-,jacques1 adorateur de la nature et de l'instinct1 devait le dire d'autant plus4--,aprs avoir parl des pataqus de ,thrse1 il ajoute3 ,mais cette personne si borne et1 si l'on veut1 si stupide1 est d'un conseil excellent dans les occasions difficiles444 ,devant les dames du plus haut rang1 devant les grands et les princes1 ses sentiments1 son bon sens1 ses rponses et sa conduite lui ont attir l'estime universelle1 et moi1 sur son mrite1 des compliments dont je sentais la sincrit4 ,il y a bien ce passage du livre ,,ix3 ,on connatra la force de mon attachement dans la suite1 quand je dcouvrirai les plaies1 les dchirures dont elle a navr mon coeur dans le plus fort de mes misres1 sans que jusqu'au moment o j'cris ceci1 il m'en soit chapp un mot de plainte personne4 ,mais ces plaies et ces dchirures1 il ne nous en dit plus rien4--,ce qui est sr1 c'est qu'il a conserv jusqu'au bout1 jusqu' la mort1 ses sentiments pour ,thrse4--,le prince de ,ligne le visite ,paris vers #aggj et cause longtemps avec lui4 ,sa vilaine femme ou servante1 dit-il 7,thrse approchait alors de la cinquantaine71 nous interrompait quelquefois par quelques questions saugrenues qu'elle faisait sur son linge ou sur la soupe3 il lui rpondait avec douceur et aurait ennobli un morceau de fromage s'il en avait parl4--,et ,corancez1 l'un des fondateurs du ,journal de ,paris1 ,corancez1 qui avait pous la fille d'un ,genevois ami de ,jean-,jacques1 ,corancez qui a connu intimement ,jean-,jacques dans ses dernires annes1 nous dit expressment3 ,il n'avait de confiance qu'en elle4 ,d'autre part1 ,thrse1 sans doute1 bien des fois lui nuisit malgr elle4 ,d'abord elle avait sa mre1 qui jouait la dame1 et qui tait fort rapace4 ,rousseau nous dit3 ,sitt qu'elle se vit un peu remonte par mes soins1 elle fit venir toute sa famille pour en partager le fruit4 ,soeurs1 fils1 filles1 petites-filles1 tout vint1 hors sa fille ane marie au directeur des carrosses d',angers4 ,tout ce que je faisais pour ,thrse tait dtourn par sa mre en faveur de ses affams4 ,et plus loin3 ,il tait singulier que la cadette des enfants de madame ,levasseur 7,thrse71 la seule qui n'et point t dote1 tait la seule qui nourrissait son pre et sa mre1 et qu'aprs avoir t longtemps battue par ses frres1 par ses soeurs1 mme par ses nices1 cette pauvre fille en tait maintenant pille1 sans qu'elle pt mieux se dfendre de leurs vols que de leurs coups4 ,il en faut conclure que ,thrse tait une assez bonne bte4 ,seulement1 style par sa mre1 elle acceptait1 sans le dire ,jean-,jacques1 des cadeaux de ses riches amies4--,plus tard1 l',ermitage1 il parat bien que1 jalouse de madame d',houdetot1 elle fut maladroite1 bavarde1 indiscrte4--,ce n'est pas tout4 ,jean-,jacques1 dans l'endroit mme o il vante le bon sens de ,thrse1 nous dit3 ,souvent1 en ,suisse1 en ,angleterre1 en ,france1 dans les catastrophes o je me trouvais1 elle a vu ce que je ne voyais pas moi-mme2 elle m'a donn les avis les meilleurs suivre2 elle m'a tir des dangers o je me prcipitais aveuglment4 ,ae6 ,cela signifie sans doute qu'elle lui a dit un jour1 je suppose3 ,tu ne vois donc pas que madame d'pinay te traite comme un valet8 ou3 ,tu ne vois donc pas que ce monsieur ,grimm est jaloux de toi8 un autre jour1 ,motiers3 ,tu ne vois pas donc pas que ce ,montmollin s'entend avec ceux de ,genve8 un autre jour1 s'ennuyant ,wootton3 ,est-ce que tu crois que ce monsieur ,hume est tant que cela ton ami8 enfin1 qu'elle entretenait volontiers sa dfiance1 par btise1 pour le garder1 pour se faire valoir1 ou parce que la tte de tel ou tel ne lui revenait pas1 ou parce que tel ou tel l'avait traite avec trop peu d'gards4--,et1 parce que ,jean-,jacques avait absolument besoin d'elle1 il la croyait4 ,oui1 tout cela est possible2 mais1 avec tout cela1 il me parat certain que ,thrse lui a t rellement dvoue4 ,et1 si cela lui fut facile dans les premires annes1 quand elle tait son oblige1 quand elle le voyait devenir clbre1 quand les belles dames s'amusaient causer avec elle1 je crois qu'elle y eut ensuite quelque mrite4 ,a dater de sa retraite en ,suisse1 il me semble bien que ,rousseau fut son tour l'oblig de ,thrse4 ,a partir de #agee1 il ne la traite plus que comme sa soeur4 ,elle pourrait le quitter2 les amis de ,rousseau ne la laisseraient pas mourir de faim1 et du reste elle a un mtier et pourrait vivre de son travail4 ,elle reste4 ,elle le suit travers tous ses exils4 ,elle le rejoint en ,suisse2 elle le rejoint en ,angleterre2 elle le rejoint ,trye1 ,bourgoin1 ,monquin2 elle le suit ,paris1 ,ermenonville2 elle recueille son dernier soupir4--,un seul moment de refroidissement1 au bout de vingt-quatre ans d'union1 en #agfi4 ,c'est ,monquin4 ,jean-,jacques lui propose de se sparer1 et lui promet d'assurer sa vie1 dans une lettre admirable4 ,thrse refuse1 ,thrse reste4 ,ils demeurent en somme presque parfaitement unis1 mieux unis que la plupart des mnages rguliers1 pendant trente-trois ans4 ,la mort seule de ,rousseau dlie ,thrse4 ,c'est peut-tre qu'ils taient unis par un crime1 par un crime cinq fois rpt1 et que cela est un lien srieux4 ,rousseau eut de ,thrse trois enfants de #agdf #agej3 il en eut deux autres entre #agej et #agee4 ,il les mit tous les cinq aux ,enfants-,trouvs4 ,qui nous l'a dit8 ,rousseau lui-mme1 et ,rousseau tout seul4 ,ceux qui en ont parl ou crit au ,x,v,i,i,ie sicle ne le savaient que par ,rousseau4 ,aucun tmoignage qui ne soit fond1 directement ou indirectement1 sur les confidences de ,jean-,jacques 7aucun1 sauf un tmoignage anonyme dans le ,journal encyclopdique1 en #agia4 ,l'anonyme dit que1 voisin de ,rousseau dans la rue de ,grenelle-,saint-,honor1--donc entre #agdi et #agef1--;il avait entendu dire son barbier que ,m4 ,rousseau envoyait ses enfants aux ,enfants-,trouvs et que cela tait connu dans le quartier4 ,ce tmoignage d'un anonyme1 trente-cinq ou quarante ans aprs les faits1 et neuf ans aprs la publication des ,confessions1 ne parat pas trs imposant74 ,o je veux en venir8 ,voici4 ,dans le fond1 on sent que1 malgr tout1 ,jean-,jacques fut plutt meilleur que beaucoup de ses confrres en littrature de ce temps-l4 ,il y a1 dans la vie de ,voltaire1 des mchancets noires1 des mensonges odieux1 des platitudes1 mme des actes d'improbit4 ,et il y a bien des hontes dans la vie de quelques autres444 ,mais voil6 cinq enfants aux ,enfants-,trouvs1 cela est monstrueux2 de quelque ct qu'on le prenne2 cela semble pire1-- cause de la reprsentation prcise qu'on s'en fait1--que l'abandon mme d'une fille sduite et enceinte4 ,bref1 cela parat un des crimes par excellence contre la nature1--contre cette nature dont ,jean-,jacques est l'aptre4 ,et alors les amis de ,rousseau voudraient bien que ce ne ft pas vrai4 ,moi-mme1 jadis1 je raisonnais ainsi3 --,nulle autre preuve que les aveux de ,rousseau1 aveux faits sans ncessit1 pour que mes amis1 dit-il1 ne me crussent pas meilleur que je n'tais4--,je le dis tous ceux qui j'avais dclar nos liaisons1 je le dis ,diderot1 ,grimm1 je l'appris dans la suite madame d'pinay1 et dans la suite encore madame de ,luxembourg1 sans aucune ncessit et pouvant aisment le cacher tout le monde4--,cela est un peu trange3 car1 qu'il l'ait dit sans ncessit et pouvant le cacher1 cela signifie que1 de #agdg #agee1 aucun de ses amis1 aucune de ses belles amies qui s'amusaient visiter ,thrse ne s'taient aperus d'aucune des cinq grossesses4 ,en somme1 si l'on en croit ,rousseau1 il le dit tout justement parce que1 s'il ne l'avait pas dit1 personne ne s'en serait dout4 7,thrse l'avait dit1 raconte-t-il1 madame ,dupin1 et cela fait une difficult3 mais on peut croire ici ,thrse style par lui1 et que1 par suite1 les aveux de ,thrse ne sont pas plus une preuve que les aveux de ,jean-,jacques47 ,en #agfa1 madame de ,luxembourg a l'ide de retrouver les enfants de ,rousseau4 ,elle lui demande quelles sont les dates et les marques de reconnaissance4 ,il lui crit ce sujet3 ,ces cinq enfants ont t mis aux ,enfants-,trouvs avec si peu de prcautions pour les reconnatre un jour1 que je n'ai pas mme gard la date de leur naissance4 ,cela est-il bien possible8 et ,thrse aussi l'a-t-elle oublie8--,il se souvient pourtant que le premier enfant est n dans l'hiver de #agdf #agdg1 ou peu prs4 ,celui-l avait une marque dans ses langes4 7,il dit dans les ,confessions que cette marque tait un chiffre qu'il avait fait en double1 sur deux cartes1 dont une fut mise dans les langes de l'enfant47 ,les autres enfants n'avaient aucune marque4 ,laroche1 homme de confiance de la marchale1 fait donc des dmarches pour retrouver l'an1 celui qui avait une marque1 et qui en #agfa devait1 s'il vivait encore1 avoir quatorze ans4 ,les recherches sont infructueuses4 ,rousseau crit alors la marchale3 ,le succs mme de vos recherches ne pouvait plus me donner une satisfaction pure et sans inquitude4 7,et cela est vrai3 o1 dans quel tat allait-il retrouver1 s'il le retrouvait1 ce garon de quatorze ans8 et comment aurait-il t absolument sr que c'tait bien lui8 etc4447--,il est trop tard1 ajoute-t-il1 il est trop tard4 ,ne vous opposez point l'effet de vos premiers soins2 mais je vous supplie de ne pas y en donner davantage4 ,rousseau1 dans la partie de ses ,confessions crite en #agfi1 nomme la sage-femme ,gouin4 ,l'a-t-il indique en #agfa madame de ,luxembourg8 ,ou cette sage-femme tait-elle morte8 ,en tout cas ,rousseau savait bien qu'elle serait morte quand les ,confessions seraient rendues publiques4 ,oh6 tout cela ne prouve pas que les cinq enfants soient une invention de ,rousseau4 ,mais il semble qu'il ait tenu avec madame de ,luxembourg la mme conduite que si 'avait t une invention4 ,et l-dessus on pourrait essayer une hypothse3 --,afflig des infirmits que vous savez1 cause de cela timide avec les femmes1 les adorant toutes et ne concluant jamais2 sans autre liaison que celle de ,thrse2 abstinent dans un monde aux moeurs extrmement relches2 devinant ce que sa conduite et le sige mme de son infirmit pouvait suggrer la malignit des gens1 le lisant peut-tre dans les yeux de ses amis1 et surtout de ses amies1--ne se pourrait-il pas qu'une de ses pires terreurs1 et la plus obsdante1 ait t de passer pour impuissant8--,de l1 cette rplique qu'on peut appeler triomphante3 la fable des cinq enfants1 et1 parce qu'il n'aurait pas pu les montrer et que1 d'autre part1 l'horreur d'un tel aveu en impliquait la vracit1 l'histoire du quintuple recours aux ,enfants-,trouvs4 ,peut-tre ,rousseau1 imaginatif et simulateur comme il tait1 a-t-il mieux aim paratre abominable que d'tre souponn d'une des disgrces les plus mortifiantes pour l'orgueil masculin4 ,l'hypothse est fragile1 je le reconnais4 ,il y en a une autre4 ,d'aprs madame ,macdonald1 ,thrse1 cinq fois de suite1 aurait fait croire ,rousseau qu'elle tait enceinte1 qu'elle tait accouche chez une sage-femme et qu'elle avait fait porter l'enfant aux ,enfants-,trouvs4 ,le principal argument de madame ,macdonald1 c'est que ,rousseau avoue qu'il n'a vu aucun de ses cinq enfants4--,cette machination se serait faite d'accord avec ,grimm et la mre ,levasseur4 ,dans quel dessein8 ,pour empcher ,jean-,jacques de quitter ,thrse4 ,une telle hypothse souffre d'tranges difficults1 et matrielles et morales4 ,au reste1 si elle supprime le fait de la naissance et de l'abandon des enfants1 elle ne supprime pas le consentement de ,rousseau l'abandon de ces enfants qu'il croyait avoir4 ,donc1 elle ne l'absout pas4 ,ici1 se place naturellement une autre explication1--qui tait celle de ,victor ,cherbuliez3--,oui1 ,thrse eut cinq enfants et qui furent tous mis aux ,enfants-,trouvs4 ,mais de ces enfants ,rousseau n'tait pas et ne pouvait sans doute pas tre le pre4 ,et1 dans ces conditions1 la conduite de ,rousseau est assurment moins abominable4 ,je ne repousse pas absolument cette hypothse2 mais elle soulve encore bien des objections4--,d'aprs ,tronchin1 ,rousseau n'tait pas impropre avoir des enfants2 il y fallait seulement certaines conditions1 qu'il trouvait auprs de ,thrse4 ,il ne pouvait donc avoir1 au plus1 que des doutes sur sa paternit4--,et1 d'autre part1 s'il avait su ou cru ,thrse infidle1 nous aurait-il parl de sa fidlit sans tache8--,a moins de supposer encore une fois qu'il aimait mieux paratre criminel que de passer pour impuissant ou que d'tre ridicule444 ,tout bien examin1 mon hypothse 7qui d'ailleurs n'est pas moi tout seul7 me plairait mieux4--,mais j'ai t aux ,enfants-,trouvs4 ,dans le dossier de l'anne #agdf1 j'ai trouv un papier#b portant cette mention3 #bgie4 ,marie-,franoise ,rousaux 7ce dernier mot ray et surcharg du mot ,rousseau correctement crit74 ,un garon le #ai novembre #agdf4 ,puis1 d'une autre criture et d'une autre encre3 ,joseph ,cathne a t baptis ce #bj novembre #agdf4 ,daguerre1 prtre4--,ce papier est pingl un bulletin de dpt imprim4 ,et1 dans le registre o sont inscrits les dpts de l'anne #agdf1 j'ai lu ceci3 ,joseph ,catherine ,rousseau1 donn ,anne ,chevalier1 femme ,andr ,petitpas1 ,guitry 7,andelys71 #a;er mois1 #f francs1 pays #bb dcembre #df2 #ba janvier #agdg1 #e f4 #b;e 7mois7 jusqu'au #ad janvier #agdg1 jour du dcs1 #a mois #bc jours4 ,note #b3 ,cette dcouverts est due madame ,macdonald4 ,j'ignore ce qu'elle en a conclu4 ,cela est impressionnant4 ,la marque de reconnaissance a disparu4 ,mais la date concorde avec l'indication de ,rousseau4 ,marie-,franoise4 prnoms de la dposante1 sont aussi ceux de la mre ,levasseur4--,d'autre part1 pourquoi ce nom de ,joseph1 et surtout pourquoi ce prnom fminin de ,catherine donn un garon8 ,je n'en sais rien4 ,et l'on doit remarquer aussi que le nom de ,rousseau est et tait fort commun4--,c'est gal3 la date1 le nom de famille1 les prnoms de la dposante1 cela fait trois1 concordances singulires4 ,mais alors1 si l'homme de confiance de madame de ,luxembourg a vu ce papier et ce registre1 comment a-t-il dclar n'avoir rien trouv du tout8444 ,faut-il voir l un mensonge charitable de madame de ,luxembourg qui n'a pas voulu dire ,rousseau que l'enfant tait mort8 ,quant aux autres enfants1 s'il n'y en a nulle trace dans les registres1 c'est peut-tre que la dposante ou l'administration leur avait donn1 comme cela se faisait1 un faux nom de famille4--,je ne sais rien1 vous ne savez rien1 nous ne savons rien4 ,allons6 je vois bien qu'il faut admettre l'histoire1--sur laquelle1 au surplus1 aucun des plus grands admirateurs de ,rousseau1 au ,x,v,i,i,ie sicle1 except ,sbastien ,mercier1 n'a jamais eu de doutes#c4 ,voyons maintenant comment il la raconte lui-mme1 et quelles explications et excuses il nous donne successivement dans ses ,confessions1 dans ses lettres et dans ses ,rveries4 7,car il y revient trs souvent1 et cela peut montrer galement la proccupation de soutenir l'imposture ou le trouble d'une me peu peu envahie par le remords47 ,note #c3 ,dans un ,recueil des airs1 romances et duos de ,j4-,j4 ,rousseau publi par souscriptions en #ahga1 on lit cette note la suite de la liste des souscripteurs3 ,l'diteur a cru devoir sa dlicatesse de prsenter cette liste1 pour rendre notoire le montant de tout et bnfice qu'il a destin l',hpital des ,enfants-,trouvs4 ,la premire fois qu'il en parle dans ses ,confessions 7un peu plus de vingt ans aprs l'acte71 c'est d'un ton lger et presque avec dsinvolture4 ,il s'excuse sur l'influence de la mauvaise compagnie qu'il rencontrait la table d'hte de madame ,la ,selle3 ,j'y apprenais des foules d'anecdotes trs amusantes1 et j'y pris aussi1 peu peu1 non1 grce au ciel1 jamais les moeurs1 mais les maximes que j'y vis tablies4 ,d'honntes personnes mises mal1 des maris tromps1 des femmes sduites1 des accouchements clandestins1 taient l les textes les plus ordinaires2 et celui qui peuplait le mieux les ,enfants ,trouvs tait toujours le plus applaudi4 ,cela me gagna1 je formai ma faon de penser sur celle que je voyais en rgne chez des gens trs aimables1 et dans le fond trs honntes gens1 et je me dis3 ,puisque c'est l'usage du pays1 quand on y vit1 on peut le suivre4 ,voil l'expdient que je cherchais4 ,je m'y dterminai gaillardemment sans le moindre scrupule2 et le seul que j'eus vaincre fut celui de ,thrse1 qui j'eus toutes les peines du monde de faire adopter cet unique moyen de sauver son honneur767 ,sa mre1 qui de plus craignait un nouvel embarras de marmaille1 tant venue mon secours1 elle se laissa vaincre4 ,on la mne chez une sage-femme prudente et sre1 la ,gouin1 o elle fait ses couches4--,l'anne suivante 7#agdh71 mme inconvnient et mme expdient1 au chiffre prs qui fut nglig4 7,donc insouciance plus grande encore47 ,pas plus de rflexion de ma part#d1 pas plus d'approbation de celle de la mre3 elle obit en gmissant4 ,note #d3 ,voyez dans quelle mesure cela peut excuser ,rousseau4--,un abonn du ,temps me prsente ces observations3 444,dans les milieux les plus honntes et les plus cultivs les rapports des parents et des enfants taient plus distants 7au ,x,v,i,i,ie sicle7 qu'ils ne le sont de nos jours2 si les sentiments constitutifs de la famille avaient autant et plus de force que ceux que nous prouvons1 ils taient aussi plus simples1 moins nuancs1 et il s'y mlait plus de rudesse444 ,il ne semble pas que l'opinion se soit alors mue de faits qui rvolteraient notre conscience4 ,ce qui le prouve1 c'est qu'un homme de la valeur de ,rousseau1 aprs ses aveux1 ne trouverait pas aujourd'hui un ami pour lui tendre la main444 ,or1 tous les salons s'ouvraient pour l'auteur du ,devin et des ,discours4 7,mais quelques-uns seulement de ses amis savaient sa faute1 et la savaient par lui47 444 ,il n'est pas juste ni humain de le juger au nom d'une morale qu'il a ignore4 7,alors1 quoi se rduit son rle de moraliste8 ,ou pourquoi s'est-il tant repenti8 ,et l'abonn du ,temps ne disait-il pas lui-mme1 tout l'heure1 que les sentiments constitutifs de la famille avaient autant et plus de force qu'aujourd'hui8 ,enfin1 jugez vous-mmes47 ,en #agfj1 troisime enfant1 troisime dpt 7sans chiffre1 donc sans intention de reprise en des jours meilleurs74 ,cette fois1 il en donne pour raison1 qu'en livrant ses enfants l'ducation publique1 faute de pouvoir les lever lui-mme1 en les destinant devenir ouvriers ou paysans plutt qu'aventuriers et coureurs de fortune1 il crut faire un acte de citoyen et de pre et se regarda comme un membre de la rpublique de ,platon4 ,dans la lettre madame de ,francueil1 #ba avril #agea1 voici les raisons qu'il donne3 #a sa misre2 #b il n'a pas voulu dshonorer ,thrse1 7ce qui est assez plaisant72 #c il n'aurait pu nourrir ses enfants qu'en devenant fripon2 #d on est trs bien aux ,enfants-,trouvs4 ,les enfants ne sortent des mains de la sage-femme que pour passer dans celles d'une nourrice4 ,rousseau sait bien que ces enfants ne sont pas levs dlicatement3 tant mieux pour eux6 ,ils en deviendront plus robustes4 ,on n'en fait pas des messieurs1 mais des paysans ou des ouvriers4 ,ils seront plus heureux que leur pre4 ,chemin faisant1 il prvient une objection3 ,il ne faut pas faire des enfants quand on ne peut pas les nourrir4--,pardonnez-moi1 madame1 la nature veut qu'on en fasse1 puisque la terre produit de quoi nourrir tout le monde3 mais c'est l'tat des riches1 c'est votre tat qui vole au mien le pain de mes enfants4 7,ceci est crit aprs le ,discours sur les sciences et les arts47 ,enfin1 cinquime raison1 dj donne3 il a cru agir comme un citoyen de la rpublique de ,platon4 7,il aurait pu ajouter encore cette excuse1--qui est de ,m4 ,gustave ,lanson1--que1 dans sa vie de vagabond1 il avait appris user sans scrupule des tablissements de charit47 ,madame de ,francueil aurait pu lui rpondre que ses raisons ne valaient pas le diable4 ,la misre8 ,rousseau1 au moment de la naissance des deux premiers enfants1 gagnait neuf cents1 puis mille francs chez madame ,dupin4 ,il et pu gagner davantage s'il n'et pas t paresseux4 ,ces dames faisaient d'ailleurs des cadeaux ,thrse1 et auraient t charmes de s'occuper des enfants4 ,il dit qu'elles ne les auraient pas fait lever en honntes gens8 ,la raison est un peu faible4--,il est clbre en dcembre #agej4 ,il a1 peut-tre avant #ageb1 une place lucrative1 celle de caissier du fermier-gnral ,francueil4 ,et en #agec1 le ,devin du ,village lui rapporte de cinq six mille francs4 ,il pouvait donc lever au moins ses deux derniers enfants4 ,mais sans doute le pli tait pris4 ,et puis1 il ne voulait pas commettre d'injustice envers les trois premiers4 ,n'tait-il donc pas devenu1 dans l'intervalle1 l'aptre de l'galit8 ,quant au bonheur qui est l'apanage des enfants trouvs444 ,la plaisanterie est lugubre4 ,dans la ,neuvime ,rverie 7#aggf1 deux ans avant sa mort71 autre explication3 ,la mre les aurait gts2 sa famille en aurait fait des monstres444 ,je frmis d'y penser2 ce que ,mahomet fit de ,side n'est rien auprs de ce qu'on aurait fait d'eux mon gard4 ,enfin1 rappelons ce passage du livre ,,ix des ,confessions3 ,je n'avais point de famille2 ,thrse en avait une1 et cette famille1 dont tous les naturels diffraient trop du sien1 ne se trouva pas telle que j'en pusse faire la mienne4 ,l fut la premire cause de mon malheur4 ,que n'aurais-je point donn pour me faire l'enfant de sa mre8 ,je fis tout pour y parvenir et n'en pus venir bout4 ,j'eus beau vouloir unir tous nos intrts2 cela me fut impossible4 ,elle s'en fit toujours un1 diffrent du mien1 contraire au mien et mme celui de sa fille1 qui dj n'en tait plus spar4 ,elle et ses autres enfants et petits-enfants devinrent autant de sangsues1 dont le moindre mal qu'ils fissent ,thrse tait de la voler4 ,la pauvre fille1 accoutume flchir1 mme sous ses nices1 se laissait dvaliser et gouverner sans mot dire2 et je voyais avec douleur qu'puisant ma bourse et mes leons1 je ne faisais rien pour elle dont elle pt profiter4 ,j'essayai de la dtacher de sa mre2 elle y rsista toujours4 ,je respectai sa rsistance et l'en estimai davantage2 mais son refus n'en tourna pas moins son prjudice et au mien4 ,livre sa mre et aux siens1 elle fut eux plus qu' moi1 plus qu' elle-mme4 ,leur avidit lui fut moins ruineuse que leurs conseils ne lui furent pernicieux4 ,enfin1 si1 grce son bon naturel elle ne fut pas tout fait subjugue1 c'en fut assez du moins pour empcher en grande partie1 l'effet des bonnes maximes que je m'efforais de lui inspirer444 ,les enfants vinrent2 ce fut encore pis4 ,je frmis de les livrer une famille si mal leve pour en tre levs encore plus mal4 ,les risques de l'ducation des enfants trouvs taient beaucoup moindres4 ,cette raison du parti que je pris1 plus forte que toutes celles que j'nonai dans ma lettre madame de ,francueil1 fut pourtant la seule que je n'osai lui dire4 ,j'aimai mieux tre moins disculp d'un blme aussi grave et mnager la famille d'une personne que j'aimais4 ,sur quoi mile ,faguet1 qui s'est occup de la question dans le ,journal des ,dbats du #ah juin #aijf1 conclut ainsi3 ,ou je me fais bien illusion1 ou1 pour qui sait lire1 cela veut dire3 ,absolument subjugue par une famille de bandits qu'elle aima toujours plus que moi1 ,thrse se privait pour eux et me volait et dpouillait pour eux4 ,vous comprenez bien que cette famille n'a pas voulu que ,thrse et d'enfants1 qui auraient pris part au gteau et qui auraient1 d'autre part1 peut-tre dtach ,thrse de sa famille par l'affection qu'elle aurait eue pour eux4 ,la famille de ,thrse n'a pas voulu que ,thrse et d'enfants4 ,lui obissant toujours1 et craignant peut-tre que sa famille ne les assassint1 ,thrse m'ordonna de les abandonner4 ,partie par amour pour elle1 partie pour ne pas avouer que je lui obissais comme elle obissait sa famille1 je n'ai jamais voulu dire que c'tait elle qui avait exig leur sacrifice4 ,il reste que ,rousseau aurait abandonn cinq enfants par peur de ,thrse et surtout de la mre ,levasseur1 en somme par faiblesse1 passivit1 aboulie4 ,il est possible4 ,il a connu le remords1 du moins partir de #agfi4 ,il crit ,moultou 7#ad fvrier #agfi73 ,c'est bien malgr elle 7,thrse71 c'est bien malgr nous qu'elle et moi n'avons pu remplir de grands devoirs3 mais elle en a rempli de bien respectables4 ,et il ajoute cette phrase que j'avoue ne pas bien comprendre3 ,que de choses qui devraient tre sues vont tre ensevelies avec moi6 ,et combien mes cruels ennemis tireront d'avantages de l'impossibilit o ils m'ont mis de parler6787 ,et dans l'admirable lettre ,thrse1 quand il songe se sparer d'elle3 ,nous avons des fautes pleurer et expier4 ,des mots comme celui-l1 dans une lettre intime1 me paraissent une meilleure preuve des enfants abandonns que les rcits des ,confessions4 ,et dans la lettre madame de ,chenonceaux 7#ag janvier #aggj73 ,jamais on ne me verra falsifier les saintes lois de la nature et du devoir pour extnuer 7attnuer7 mes fautes4 ,j'aime mieux les expier que les excuser4 7,il est vrai qu'aprs cela il revient ses mauvaises excuses47 ,enfin1 dans sa lettre du #bf fvrier #aggj ,m4 de ,saint-,germain1 qui est une sorte de confession gnrale3 ,l'exemple1 la ncessit1 l'honneur de celle qui m'tait chre me firent confier mes enfants l'tablissement fait pour cela1 et m'empchrent de remplir moi-mme le premier1 le plus saint des devoirs de la nature4 ,en cela1 loin de m'excuser1 je m'accuse444 ,je ne fis point un secret de ma conduite mes amis1 ne voulant pas passer leurs yeux pour meilleur que je n'tais4 ,quel parti les barbares en ont tir6 ,avec quel art ils l'ont mise 7ma conduite7 dans le jour le plus odieux6444 ,comme si pcher n'tait point de l'homme1 et mme de l'homme juste6 ,ma faute fut grave sans doute1 elle fut impardonnable1 mais aussi ce fut la seule1 et je l'ai bien expie4 ,il n'y a peut-tre pas l contrition parfaite1 mais enfin1 il y a trouble et repentir1--comme aussi dans l'audacieuse allusion qu'il fait publiquement l'abandon de ses enfants1 au livre ,ier de l'mile4--,si l'histoire des cinq enfants abandonns tait une simulation1 il faut avouer que ,jean-,jacques l'aurait soutenue avec une stupfiante et miraculeuse vraisemblance4 ,hlas1 je vois bien qu'il faut le croire444 ,et alors1 de quelque indulgence qu'on se veuille munir pour lui1 il parat tout de mme offensant la fois et sinistrement comique que ce soit entre deux abandons de nouveau-ns1 au retour du peu austre chteau de ,chenonceaux o il avait fait la petite comdie de l',engagement tmraire et les petits vers de l',alle de ,sylvie pour plaire aux belles dames2--que ce soit dans sa chambre de la rue ,pltrire1 dictant ses priodes la mre ,levasseur qui venait tous les matins allumer son feu2--que ce soit dans ces conditions qu'il ait crit son vertueux ,discours1--ah6 si vertueux6--sur la corruption des moeurs par les sciences et les arts4 ,,troisi,,me ,,conf,,rence ,,le ,,discours ,,sur ,,les ,,sciences ,,et ,,les ,,arts ,,la ,r,,forme ,,morale ,,de ,,rousseau4 ,j'ai trait aussi compltement que j'ai pu la question de ,thrse et de l'abandon des cinq enfants4 ,j'ai prsent les diverses explications que donne ,rousseau1 et celles qu'il ne donne pas4 ,mais en voici une autre1 d'ordre gnral1 et qui rend compte de beaucoup d'actes de sa vie4 ,nous avons1 de ,joubert1 une longue lettre 7six ou sept pages7 ,mol sur ,chateaubriand1 crite le #ba octobre #ahjc1 et qui est une merveille d'analyse1 on pourrait dire d'anatomie psychologique4 ,nous y lisons vers la fin3 ,il y a dans le fond de ce coeur 7le coeur de ,chateaubriand7 une sorte de bont et de puret qui ne permettra jamais ce pauvre garon1 j'en ai bien peur1 de connatre et de condamner les sottises qu'il aura faites1 parce que la conscience de sa conduite1 gui exigerait des rflexions1 il opposera toujours machinalement le sentiment de son essence1 qui est fort bonne4 ,il me semble que cela convient singulirement aussi ,rousseau4 ,et voici un passage des ,confessions qu'on dirait crit exprs pour illustrer par ,rousseau la remarque de ,joubert sur ,chateaubriand4 ,c'est dans le voyage que fit ,jean-,jacques ,genve en #aged4 ,il revoit madame de ,warens1 tout fait dchue3 ,ah6 crit-il1 c'tait alors le moment d'acquitter ma dette4 ,il fallait tout quitter pour la suivre1 m'attacher elle jusqu' sa dernire heure1 et partager son sort1 quel qu'il ft4 ,je n'en fis rien4 ,distrait par un autre attachement1 je sentis relcher le mien pour elle1 faute d'espoir de pouvoir le lui rendre utile4 ,je gmis sur elle et ne la suivis pas4 ,de tous les remords que j'ai sentis en ma vie1 voil le plus vif et le plus permanent4 7,l1 dcidment1 il exagre1 car enfin le remords de ses enfants abandonns a d ou aurait d tre pire2 mais il passe sa vie exagrer47 ,je mritai par l1 continue-t-il1 les chtiments terribles qui depuis lors n'ont cess de m'accabler4 ,puissent-ils avoir expi mon ingratitude6 ,elle fut dans ma conduite2 mais elle a trop dchir mon coeur pour que jamais ce coeur ait t celui d'un ingrat4 ,autrement dit3 ,j'ai pu agir comme si j'tais un ingrat2 mais je n'ai pu tre un ingrat puisque j'ai un bon coeur4 ,ou bien encore3 ,j'ai abandonn mes enfants1 mais je n'ai pu tre un mauvais pre1 parce que je suis un homme plein de sensibilit4 ,c'est l de la psychologie proprement vaudevillesque3 car notez que c'est tout fait la logique de ,jobelin dans ,le plus heureux des trois3 ,nous t'avons tromp1 ,marjavel6444 ,je n'ai pas de remords parce que je me repens4 ,ainsi ,jean-,jacques1 pntr de sa bont intime1 se juge toujours sur ses sentiments1 non sur ses actes4 ,c'est extrmement commode4 ,c'est en somme une dviation profane de la doctrine de l'amour pur de ,molinos et de madame ,guyon1 doctrine o les actes sont indiffrents pourvu qu'on aime ,dieu4 ,tant il est vrai que toutes les erreurs laques correspondent quelque forme d'hrsie6 ,nous nous souviendrons de cela quand nous rencontrerons dans mile la morale du sentiment et l'invocation la conscience4 99 99 99 99 99 ,en attendant1 reprenons ,jean-,jacques o nous l'avons laiss4 ,il vient donc de se mettre avec ,thrse4 ,il mne une vie simple et toute populaire1 qu'il nous dcrit de faon savoureuse3 ,si nos plaisirs pouvaient se dcrire1 ils feraient rire par leur simplicit2 nos promenades tte tte hors de la ville1 o je dpensais magnifiquement huit ou dix sous quelque guinguette2 nos petits soupers la croise de ma fentre1 assis en vis--vis sur deux petites chaises poses sur une malle qui tenait la largeur de l'embrasure4 ,dans cette situation1 la fentre nous servant de table1 nous respirions l'air1 nous pouvions voir les environs1 les passants1 et1 quoique au quatrime tage1 plonger dans la rue tout en mangeant4 ,qui dcrira1 qui sentira les charmes de ces repas composs1 pour tous mets1 d'un quartier de gros pain1 de quelques cerises1 d'un petit morceau de fromage1 et d'un demi-setier de vin que nous buvions nous deux6 ,amiti1 confiance1 intimit1 douceur d'me1 que vos assaisonnements sont dlicieux6 ,quelquefois nous restions l jusqu' minuit sans y songer et sans nous douter de l'heure1 si la vieille maman ne nous en et avertis4 7,ah6 que vient faire cette vieille84447 ,c'est gal1 cette simplicit de gots1 trs sincre chez ,jean-,jacques1 est un de ses charmes1 et que rien ne pourra lui enlever4 ,cependant1 travers des dcouragements et des paresses1 il cherche se faire sa place1 soit dans la musique1 soit dans la littrature1 et particulirement au thtre2 et c'est cela qu'il songe entre #agda et #agdi4 ,plus tard1 il rptera satit que son cas est unique1 qu'il n'a jamais pens la gloire1 qu'il n'a pris la plume que vers quarante ans1 et pour son malheur4 ,cela n'est pas vrai4--,de bonne heure il a eu la passion et le don de la musique1 et il a rv d'tre compositeur4 ,de bonne heure aussi1 et malgr des tudes fort capricieuses et incompltes1 il a crivaill en prose et en vers1 et il a rv d'tre pote1 et surtout auteur dramatique4 ,a son arrive ,paris1 il avait en portefeuille non seulement ,narcisse1 petite comdie en prose dans le got de ,marivaux crite vingt ans1 mais des posies1 des lgies1 des vers amoureux1 et une tragdie sur la ,dcouverte du ,nouveau ,monde4 ,et1 de #agda #agdi1 il crit des pitres en vers1 la ,dissertation sur la musique moderne1 le ,projet concernant de nouveaux signes pour la musique1 une petite comdie intitule les ,prisonniers de ,guerre1 l'opra des ,muses galantes1 le ,persifleur1 premier numro d'un crit priodique qui n'eut pas de second numro1 l',alle de ,sylvie1 l',engagement tmraire1 comdie en trois actes1 en vers2 et j'en passe4 ,en #agde il entre en rapports avec ,voltaire1 et il retouche pour lui la ,princesse de ,navarre qui reparat ,versailles sous le titre de ,ftes de ,ramire4--,en #agdg1 son pre meurt2 cela lui vaut un peu d'argent1 dont il envoie une partie madame de ,warens4--,la mme anne1 il prsente inutilement sa comdie de ,narcisse aux ,italiens4 ,ses dners avec ,thrse1 sur la malle1 dans l'embrasure de la fentre1 ne l'empchaient pas d'aller dans le monde4 ,il devient1 je l'ai dit1 secrtaire de madame ,dupin4 ,francueil l'introduit chez madame d'pinay4 ,il fait la connaissance de madame d',houdetot la veille mme du mariage de celle-ci4 ,il soupe chez mademoiselle ,quinault4 ,et sans doute il frquente ,grimm1 ,diderot1 ,condillac1 dne avec eux toutes les semaines au ,panier ,fleuri 7restaurant du ,palais-,royal71 connat d',alembert et l'abb de ,raynal1 et est considr comme du parti des philosophes2 et sans doute1 ,diderot exerce quelque influence sur lui2 et sans doute la religion de ,jean-,jacques1 jusqu'ici demi-protestant1 demi-catholique1 tourne au disme pur1-- un disme1 il est vrai trs sincre1 trs pieux et mme tendre3 mais enfin1 il n'y a pas un brin ni de rvolte sociale1 ni mme de paradoxe1 dans les petits vers de l',alle de ,sylvie ni dans les vers un peu chtifs de l',engagement tmraire1 crit pendant un automne qu'il passa en trs brillante compagnie1 au chteau de ,chenonceaux1 et jou en #agdi1 chez madame d'pinay la ,chevrette4 ,le futur citoyen de ,genve y tint lui-mme un rle4 ,le sujet est encore dans le got de ,marivaux4 ,l'engagement dont il s'agit est l'engagement que prend un amoureux de ne montrer aucun amour pour sa matresse pendant un jour1 moyennant quoi elle l'pousera4 ,et quant l',alle de ,sylvie1 c'est peu prs1 avec moins de souplesse1 du ton et de la force de la ,chartreuse de ,gresset4 ,bref1 ,rousseau est un homme d'allure un peu singulire1 il est vrai1 mais qui fait de la musique amoureuse et des petites comdies galantes1--la musique avec quelque originalit1 les comdies comme tout le monde1 et plutt un peu moins bien1--et qui parat ne songer qu' l',opra1 aux ,italiens et la ,comdie-,franaise4--,cela1 jusqu'en novembre #agdi4 ,mais en octobre #agdi1 il arrive ceci4 ,quelques mois auparavant1 ,diderot avait publi la ,lettre sur les ,aveugles l'usage de ceux qui voient4 ,c'tait propos de l'opration de la cataracte pratique par ,m4 de ,raumur sur un aveugle-n4 ,raumur1 malgr les demandes1 n'avait invit presque personne la sance o il leva le premier appareil4 ,de l1 la premire page de la ,lettre1 cette plaisanterie de ,diderot3 ,m4 de ,raumur n'a voulu laisser tomber le voile que devant quelques yeux sans consquence4 ,dans ces yeux sans consquence1 madame du ,pr de ,saint-,maur reconnut les siens4 ,cette dame tait l'amie de ,raumur et aussi du comte d',argenson1 ministre de la guerre4 ,elle fut ulcre4 ,il faut dire aussi que certaines ides de la ,lettre sur les ,aveugles pouvaient paratre hardies4 ,bref1 on fit des perquisitions chez ,diderot1 sous prtexte de rechercher le manuscrit d'un conte1 l',oiseau bleu1 qui contenait1 disait-on1 des allusions madame de ,pompadour4 ,en ralit1 c'tait pour mettre l'embargo sur les matriaux de l',encyclopdie4 ,diderot est arrt le #bi juillet et conduit au donjon de ,vincennes4 ,un mois aprs1 on lui donna le chteau et le parc pour prison1 avec permission de voir ses amis4 ,il resta l jusqu'au #c novembre4 ,et maintenant1 coutons ,rousseau1 puis ,marmontel1 puis ,diderot4 ,et ne vous plaignez pas que je fasse trop de citations3 car ce premier ouvrage de ,rousseau3 le ,discours sur les sciences et les arts1 celui qui a commenc sa gloire et dtermin l'esprit de ses autres ouvrages1 il s'agit de savoir dans quelles conditions1 comment et pourquoi il l'a crit1 et combien peu il a tenu qu'il ne l'crivt pas ou qu'il l'crivt autrement3 444,tous les deux jours1 malgr des occupations trs exigeantes1 j'allais1 soit seul1 soit avec sa femme1 passer avec lui 7,diderot71 l'aprs-midi 7 ,vincennes74 ,cette anne #agdi l't fut d'une chaleur excessive444 7,la question du ,mercure est d'octobre1 et octobre n'est pas l't2 mais peu importe4 ,rousseau crit cela vingt ans aprs les vnements47 ,on compte deux lieues de ,paris ,vincennes4 ,peu en tat de paye des fiacres1 deux heures aprs-midi j'allais pied quand j'tais seul1 et j'allais vite pour arriver plus tt4 ,les arbres de la route1 toujours lagus la mode du pays1 ne donnaient presque aucune ombre2 et souvent1 rendu de chaleur et de fatigue1 je m'tendais par terre1 n'en pouvant plus4 ,je m'avisai1 pour modrer mon pas1 de prendre quelque livre4 ,je pris un jour le ,mercure de ,france1 et tout en marchant et le parcourant1 je tombai sur cette question propose par l',acadmie de ,dijon pour le prix de l'anne suivante3 ,si le progrs des sciences et des arts a contribu corrompre ou purer les moeurs#e4 ,note #e3 ,le vrai texte porte3 ,si le rtablissement444 ,a l'instant de cette lecture1 je vis un autre univers1 et je devins un autre homme444 ,en arrivant ,vincennes1 j'tais dans une agitation qui tenait du dlire1 ,diderot l'aperut1 je lui en dis la cause1 et je lui lus la prosopope de ,fabricius crite au crayon sous un chne4 ,il m'exhorta de donner l'essor mes ides et de concourir au prix4 ,je le fis et ds cet instant je fus perdu4 ,il crit cela en #agfi4 ,il avait dj racont la chose en #agfb1 dans sa ,deuxime ,lettre ,m4 de ,malesherbes1 et avec plus d'chauffement encore3 444 ,si jamais quelque chose a ressembl une inspiration subite1 c'est le mouvement qui se fit en moi cette lecture444 ,et il parle de palpitations1 d'blouissements1 d'un tourdissement semblable l'ivresse1 et il dit qu'il se laisse tomber sous un des arbres de l'avenue et qu'il y passe une demi-heure dans une telle agitation1 qu'en se relevant1 il aperoit tout le devant de sa veste mouill de ses larmes sans avoir senti qu'il en rpandait4 ,tout a pour aboutir la prosopope de ,fabricius6 ,tel est le rcit de ,rousseau4 ,mais il y a celui de ,marmontel dans ses ,mmoires 7livre ,,vii74 ,voici le fait dans sa simplicit tel que me l'avait racont ,diderot et tel que je le racontai ,voltaire4 ,j'tais 7c'est ,diderot qui parle7 prisonnier ,vincennes2 ,rousseau venait m'y voir4 ,il avait fait de moi son ,aristarque1 comme il l'a dit lui-mme4 ,un jour1 nous promenant ensemble1 il me dit que l',acadmie de ,dijon venait de proposer une question intressante1 et qu'il avait envie de la traiter4 ,cette question tait3 ,le rtablissement des sciences et des arts a-t-il contribu purer les moeurs8 ,quel parti prendrez-vous8 lui demandai-je4 ,il me rpondit3 ,le parti de l'affirmative4--,c'est le pont aux nes1 lui dis-je2 tous les talents mdiocres prendront ce chemin-l1 et vous n'y trouverez que des ides communes1 au lieu que le parti contraire prsente la philosophie et l'loquence un champ nouveau1 riche et fcond4--,vous avez raison1 me dit-il aprs y avoir rflchi un moment1 et je suivrai votre conseil444 ,ainsi1 ds ce moment1 ajoute ,marmontel1 son rle et son masque furent dcids4 ,et je sais bien qu'il faut prendre garde que ,marmontel tient le fait d'un ennemi de ,jean-,jacques et le rapporte un autre ennemi de ,jean-,jacques4 ,enfin1 dans l',essai sur les rgnes de ,claude et de ,nron1 chap4 #fg1 au cours de la diatribe la plus violente contre ,rousseau1 ,diderot dit simplement ceci3 ,lorsque le programme de l',acadmie de ,dijon parut1 il vint me consulter sur le parti qu'il prendrait4 ,le parti que vous prendrez1 lui-dis-je1 c'est celui que personne ne prendra4--,vous avez raison me rpliqua-t-il4 ,voil les trois versions4 ,celle de ,rousseau est d'un ton bien excessif1 et sans doute l'incident s'est amplifi et embelli dans sa mmoire4 ,il a voulu que son premier livre notable ait t conu tragiquement et avec fracas4 ,les deux autres versions sont1 l'une d'un malveillant 7et de seconde main71 l'autre d'un ennemi1 mais d'un ennemi qui1 je crois1 avait de la sincrit4 ,je ne me prononce point4 ,je remarque seulement que la version de ,jean-,jacques ne diffre pas radicalement de celle de ,diderot4 ,jean-,jacques dit lui-mme3 ,diderot ,m',,exhorta de donner l'essor mes ides et de concourir au prix4 ,cela semble indiquer que ,rousseau hsitait4 ,le parti auquel il s'arrta1 ce parti dont devait dpendre le reste de son oeuvre et de sa vie1 il serait vraiment curieux que ,rousseau ne l'et pris que par un hasard et sur le conseil d'un autre4 ,s'il avait pris l'autre parti1 s'il avait rpondu que les sciences et les arts favorisent les moeurs1 ou s'il avait adopt une thse mitige 7et pourquoi non8 l'auteur de ,narcisse et des ,muses galantes ne pouvait tre alors un bien farouche ennemi des arts71 il aurait eu le prix tout de mme cause de son excellent style1 mais sa vie et t aiguille dans une autre direction444 ,et s'il n'avait pas lu le numro fatidique du ,mercure de ,france8444 ,je sais bien ce que ces dductions sur des hypothses ont de futile4 ,mais ici il s'agit la fois d'un homme de gnie et dont l'influence a t prodigieuse1 et d'un homme de peu de volont1 et d'un homme dont on peut dire que ses oeuvres expriment sa vie individuelle et les incidents de cette vie et sont peu prs toutes des oeuvres de circonstances4 ,et la grandeur des consquences fait qu'il devient mouvant de les voir sortir de si petites causes et si accidentelles1--et comme tout s'enchane1 et comme tout est fatal2--ou providentiel4 ,en tout cas cet crit de cinquante pages1 dont la premire conception a boulevers l'auteur jusqu' lui faire tremper de larmes le devant de son gilet1 parat aujourd'hui assez peu de chose3 une dclamation d'cole4 ,en voici l'analyse4 ,deux parties4 ,la premire partie est une srie d'affirmations4 ,nos mes se sont corrompues mesure que nos arts et nos sciences se sont avancs la perfection4 ,cela est prouv par l'histoire 7l'histoire comme on l'enseignait dans les collges74 ,voyez l'gypte1 la ,grce1 ,rome1 l',empire d',orient1 mme la ,chine4 ,et voici la contre-preuve ,opposons ces tableaux celui des moeurs du petit nombre des peuples qui1 prservs de cette contagion des vaines connaissances1 ont par leurs vertus fait leur propre bonheur et l'exemple des autres nations4 ,tels furent les premiers ,perses1 tels furent les premiers ,romains4 ,et ici se place la prosopope3 ,fabricius1 qu'et pens votre grande me444 ,voil comment1 conclut ,rousseau1 le luxe1 la dissolution et l'esclavage ont t de tout temps le chtiment des efforts orgueilleux que nous avons faits pour sortir de l'heureuse ignorance o la sagesse ternelle nous avait placs4 ,la seconde partie est un essai d'explication de cette malfaisance des sciences et des arts4 ,l'origine des sciences est impure4 ,l'astronomie est ne de la superstition 7comment8 il ne le dit pas72 l'loquence1 de l'ambition1 de la haine1 de la flatterie1 du mensonge2 la gomtrie1 de l'avarice 7allusion un passage d',hrodote72 la physique1 d'une vaine curiosit2 toutes1 et la morale mme1 de l'orgueil humain4 7,ainsi parle cet homme modeste47 ,bref les sciences et les arts doivent leur naissance nos vices4 --,mais alors ce ne sont donc pas nos vices qui doivent naissance aux sciences et aux arts8 --,si fait2 car1 leur tour1 les sciences et les arts ont pour effets3 la perte du temps1 cause de leur inutilit2 le luxe qui amollit4 7,les peuples sans luxe ont t forts3 ainsi la ,perse de ,cyrus1 les ,scythes1 l'ancienne ,rome1 les ,francs1 les ,saxons1 les ,suisses contre ,charles le ,tmraire1 les ,hollandais contre ,philippe ,,ii47 ,les sciences et les arts ont encore pour effets3 la corruption du got par le dsir de plaire 7ici1 quelques remarques vraies71 la diminution des vertus militaires1 enfin la frivole et dangereuse ducation donne aux enfants 7ici encore de bonnes rflexions74 ,les philosophes sont des charlatans4 ,l'invention de l'imprimerie est une chose bien regrettable4 ,il finit par une contradiction4 ,car il exalte tout de mme ,bacon1 ,descartes1 ,newton4 ,il distingue les faux savants ou philosophes et les vrais1 et souhaite que les vrais dirigent les tats3 mais quoi les reconnatra-t-on8 et qui les dsignera8 ,et puis1 la science n'est donc pas toujours et ncessairement funeste8 ,ce premier discours est donc bien une dclamation pure1 un morceau de rhtorique1 et o clate dj une grande draison et quelque niaiserie4 ,aucune prcision4 ,rousseau parat supposer que le rtablissement des sciences et des arts 7par la diffusion des dbris de l'ancienne ,grce aprs la prise de ,constantinople71 s'est opr tout d'un coup et a instantanment corrompu les moeurs1 et il ne se demande mme pas ce qu'taient les moeurs auparavant4 ,il ne pense pas distinguer entre les sciences et les arts1 dont il semble pourtant que l'influence corruptrice ne saurait tre tout fait la mme4 ,il ne s'avise pas non plus que la corruption par les sciences ou les arts ne peut gure tre que la corruption d'un petit nombre1 d'autant que1 par corruption1 il parat surtout entendre les conventions1 prjugs et mensonges mondains1 le luxe1 la mollesse1 la frivolit et les artifices de la vie de salon1 bref les vices ou travers du monde trs restreint o il vivait lui-mme4 ,il ne s'avise pas que dix-huit millions de paysans ou d'artisans de ,france chappaient presque totalement cette corruption-l1 et que la petite bourgeoisie n'en tait que modrment atteinte2 que d'ailleurs le mal et le bien s'entremlent si inextricablement dans les effets attribuables aux arts et aux sciences qu'il est en tout cas impossible de les dmler ou de dmontrer que le mal l'emporte4--,bref la thse de ,rousseau n'est qu'un vague lieu-commun1 trs fatigu dj cette poque1 presque aussi fatigu que le lieu-commun de la thse contraire4 ,le lieu-commun de ,rousseau 7l'innocence de l'tat de nature oppose aux vices de la civilisation7 tait dj un peu partout 7dans les ,lettres ,persanes par exemple1 deuxime partie de l',histoire des ,troglodytes1 ou dans ,marivaux3 ,l',ile des ,esclaves1 l',ile de la ,raison71 et ne tirait pas autrement consquence4 7,aujourd'hui1 que nous sommes quelques milliers d'auteurs1 dont deux ou trois cents clbres1 il est clair qu'un morceau comme le premier ,discours de ,jean-,jacques passerait totalement inaperu4--,la question1 d'ailleurs1 que ,jean-,jacques y rsout si facilement ressemble ces questions banales1 inutiles et insolubles que les reporters posent aux crivains1 justement parce qu'elles prtent un bavardage indfini47 ,mais1 si le lieu-commun est banal1 on pouvait l'illustrer de peintures prcises et assez probantes1 car le temps y prtait2 et peut-tre n'avait-on pas encore vu la haute socit aussi pervertie1 sinon par les sciences et les arts1 du moins par les raffinements de l'esprit et par une culture trop tourne vers le seul agrment4 ,ce que ,rousseau omet de faire1 ,duclos le fait1 exactement la mme poque1 avec beaucoup de sagacit et quelque vigueur dans ses ,considrations sur les moeurs 7#agea74 ,d'abord ,duclos distingue ,paris et la province et1 dans ,paris mme1 il considre seulement quelques groupes4 ,et ,duclos saisit et dfinit fort bien les vices ou dfauts caractristiques de cette socit restreinte3 non pas tant encore le drglement des moeurs 7dont je ne pense pas que ,rousseau se crt exempt7 que la vanit1 la frivolit1 l'abus de l'esprit1 le persiflage 7ce que nous appelons aujourd'hui la blague71 la scheresse et la duret du coeur 7ce que ,gresset avait peint en #agde dans le ,mchant71 le tout ml a des prtentions philosophiques4 ,rien1 ou presque rien de tout cela dans le ,discours de ,jean-,jacques qui1 au surplus1 n'est nullement un observateur4 ,d'o vient donc que l'effet du ,discours sur les sciences et les arts ait t tel que ,garat1 dans son ,mmoire sur ,m4 ,suard1 ait pu crire3 ,c'est ce moment mme qu'une voix qui n'tait pas jeune et qui tait pourtant tout fait inconnue1 s'leva1 non du fond des dserts et des forts1 mais du sein mme de ces socits1 de ces acadmies et de cette philosophie o tant de lumires faisaient natre et nourrissaient tant d'esprances444 ,et1 au nom de la vrit1 c'est une accusation qu'elle intente1 devant le genre humain1 contre les lettres1 les arts1 les sciences et la socit mme444 ,et ce n'est pas1 comme on le dit1 le scandale qui fut gnral1 c'est l'admiration et une sorte de terreur qui furent presque universelles4 ,comment expliquer cela 7 supposer que ,garat n'exagre point78 ,c'est qu'il y avait1 dans ce premier livre de ,rousseau1 l'accent et le style4 ,il y avait l'accent de l'homme de lettres qui n'a pas russi1 du malade qui n'est bien que dans la solitude1 de l'homme timide qui a souvent souffert dans les belles compagnies2 l'accent de l'ancien vagabond et du plbien rvolt2 bref1 l'accent d'un homme qui prend au srieux le lieu-commun auparavant inoffensif4--,au reste on peut dire que presque toute son oeuvre1--et c'est par l qu'elle a sduit la btise humaine1--est d'un homme de gnie qui a pris1 pour la premire fois1 d'antiques plaisanteries ou fantaisies au srieux4 ,d'autre part1 le morceau assez banal o vibrait cet accent-l devait tre lu1 d'abord1 justement par cette petite minorit de privilgis pour laquelle la thse de ,rousseau se trouvait tre partiellement vraie4 ,et1 en outre1 il s'levait du premier coup contre quelques-unes des idoles les plus chres cette lite3 la philosophie1 la science1 que l'on commenait adorer1 et la foi au progrs4 ,cette gravit et cette vhmence de sermonnaire devaient la fois secouer et sduire des gens qui n'allaient plus gure au sermon444 ,de l le scandale et l'espce de terreur dont parle ,garat4 7,tel1 un peu1 le succs des premiers crits vangliques de ,tolsto dans les salons parisiens47 ,et puis il y avait le style4 ,il n'a pas encore toutes les qualits que possdera plus tard le style de ,jean-,jacques4 ,mais il est beau dans sa tension1 il a le mouvement oratoire1 la phrase fortement rythme4 ,il s'opposait1 avec un air de nouveaut1 au style court et fin qui tait alors le plus la mode4--,j'ajoute qu'on y trouve dj les apostrophes1 l'abus de certains mots comme vertu et nature1 l'emphase et la fausse rudesse rpublicaine qui caractriseront si fcheusement1 quarante ans plus tard1 l'loquence des jacobins et des sans-culottes4 ,c'est ,jean-,jacques qui a fourni la ,rvolution son vocabulaire4 ,comment1 dans la tte du fade versificateur de l',engagement tmraire1 s'tait secrtement forme cette prose-l1 si pleine1 si suivie1 si robuste1 si grave8 ,repassons1 si vous le voulez1 l'histoire des lectures de l'autodidacte ,rousseau 7je ne parle que de ses lectures franaises74 ,a six ans1 il lisait avec son pre l',astre et les romans de ,la ,calprende4--,a sept ans1 ,ovide et ,fontenelle1 mais aussi ,plutarque1 ,la ,bruyre1 ,molire et le ,discours sur l',histoire universelle4--,de douze seize ans1 tout un cabinet de lecture1 au hasard4--,plus tard1 et surtout aux ,charmettes1 en mme temps qu'il apprend le latin1 il lit ,le ,sage1 l'abb ,prvost1 les ,lettres philosophiques de ,voltaire1 mais aussi 7avec ,locke et ,leibnitz7 les ouvrages de ,messieurs de ,port-,royal1 ,descartes ,malebranche1 etc444 ,en somme1 peu de livres contemporains1 mais peu prs tout le ,x,v,i,ie sicle dvor dans la solitude1 loin de ,paris4 ,c'est bien ce sicle que ,rousseau doit sa formation littraire4 ,et c'est pour cela1--et aussi parce qu'il avait un don1--que1 lorsqu'il se met crire en prose1 il retrouve la phrase et le ton des crivains du ,x,v,i,ie sicle4 ,j'ai dit que son style avait un air de nouveaut3 c'est pour cela4 ,il remonte plus haut que ,marivaux1 que ,fontenelle1 que ,voltaire1 mme que ,la ,bruyre4 ,il renoue une tradition4--,et il est vrai qu'il y ajoute quelque chose1 parce qu'il se sert d'une forme traditionnelle avec une me neuve4 ,donc1 tel qu'il est1 le ,discours de ,rousseau1 couronn par l',acadmie de ,dijon le #bc aot #agej1 obtient du premier coup un succs inou4 ,des hommes considrables ou notables en publient des critiques3 le roi ,stanislas 7aid d'un pre jsuite71 le professeur ,gautier1 ,bordes1 acadmicien de ,lyon1 ,lecat1 acadmicien de ,rouen1 ,formey1 acadmicien de ,berlin1 sans compter ,voltaire1 d',alembert1 ,frdric ,,ii1 qui1 l'occasion en disent leur mot4 ,rousseau rplique successivement ,stanislas1 ,gautier et ,bordes4 ,toutes ces rfutations et rpliques ne prouvent pas grand chose ni d'un ct ni de l'autre1 la question tant pose en termes trop gnraux et d'ailleurs1 je crois1 insoluble4 ,mais1 naturellement1 dans cette polmique1 ,rousseau rtorque mieux qu'il n'est rtorqu1 parce qu'il a plus de talent4 ,il ne remarque pas que ces lettres1 dont il veut dmontrer la malfaisance1 il leur doit pourtant d'tre vainqueurs contre elles-mmes4 ,et alors il arrive que les rpliques de ,rousseau sont meilleures et plus intressantes que son ,discours4--,d'une part1 oblig de mieux mditer son sujet1 de le serrer davantage1 il attnue habilement et sans trop en avoir l'air ce qu'il y avait tout de mme d'un peu gros dans la premire expression de son facile paradoxe1 et il le rend par l plus acceptable4 ,ainsi1 dans sa rponse au roi ,stanislas1 aprs avoir crit3 ,quoi6 faut-il donc supprimer toutes les choses dont on abuse8 ,oui1 sans doute1 rpondrai-je sans balancer1 toutes celles qui sont inutiles1 toutes celles dont l'abus fait plus de mal que leur usage ne fait de bien2 il ajoute aussitt3 ,arrtons-nous un instant sur cette dernire consquence1 et gardons-nous d'en conclure qu'il faille aujourd'hui brler toutes les bibliothques et dtruire les universits et les acadmies4 ,nous ne ferions que replonger l',europe dans la barbarie1 et les moeurs n'y gagneraient rien4 ,on respire1 on se dit3 ,ah6 bien1 bien4 ,d'autre part1 tandis qu'il dfend et cherche faire accepter son ide1 son ide le travaille1 et d'elle-mme fructifie en lui4 ,son futur ,discours sur l'ingalit est dj presque contenu dans ses rponses ,stanislas et ,bordes4--,par exemple1 dans sa rponse ,stanislas3 ,ce n'est pas des sciences1 me dit-on1 c'est du sein des richesses que sont ns de tout temps la noblesse et le luxe4 ,je n'avais pas dit non plus que le luxe ft n des sciences1 mais qu'ils taient ns ensemble et que l'un n'allait gure sans l'autre4 ,voici comment j'arrangeais cette gnalogie4 ,la premire source du mal est l'ingalit3 de l'ingalit sont venues les richesses444 ,des richesses sont ns le luxe et l'oisivet4 ,du luxe sont venus les beaux-arts1 et de l'oisivet les sciences4 ,autre exemple4 ,la croyance la bont naturelle de l'homme tait implique1 mais non formule dans le ,discours4 ,c'est dans une note de la ,rponse ,bordes que ,rousseau dit pour la premire fois3 ,je pense que l'homme est naturellement bon4 ,troisimement1 mesure qu'il essaye de prciser l'ide de son premier ,discours1 les sentiments dont cette ide n'est que le produit et l'expression deviennent en lui plus profonds et plus violents4 ,il prend l'offensive partout o il en trouve le joint4 ,le ton est plus frmissant dans les ,rponses et surtout dans les ,notes que dans le ,discours lui-mme4 ,voici une note de la ,rponse ,bordes3 ,le luxe nourrit cent pauvres dans nos villes et en fait prir cent mille dans nos campagnes4 ,l'argent qui circule entre les mains des riches et des artisans pour fournir leurs superfluits est perdu pour la subsistance du laboureur1 et celui-ci n'a point d'habit parce qu'il faut du galon aux autres4 7,a la vrit il n'explique pas comment47 ,le gaspillage des matires qui servent la nourriture des hommes suffit seul pour rendre le luxe odieux l'humanit444 ,il faut des jus dans notre cuisine1 voil pourquoi tant de malades manquent de bouillon4 ,il faut des liqueurs sur nos tables1 voil pourquoi le paysan ne boit que de l'eau4 ,il faut de la poudre nos perruques1 voil pourquoi tant de pauvres n'ont point de pain4 ,oh6 mon ,dieu1 vous trouverez cela dans ,la ,bruyre1 et vous n'aurez pas besoin de le chercher longtemps dans ,bossuet et dans ,bourdaloue4 ,mais ici il y a1 ce me semble1 l'esprit et le ton rvolutionnaire1 il y a1 malgr la tenue du style1 ce que j'appellerai le coup de gueule2 il y a le terrible raccourci sophistique3 ,voil pourquoi444 ,ce morceau-l dut secouer dlicieusement pas mal de petites femmes de la noblesse1 et pareillement de la finance4 ,enfin1 le premier ,discours de ,rousseau s'empare de ,rousseau lui-mme4 ,par un phnomne connu d'autosuggestion1 ,jean-,jacques se faonne d'aprs son livre4 ,il veut ressembler l'ide que ce livre donne de lui4 ,il veut en raliser l'pigraphe3 ,barbarus hic ego sum quia non intelligor illis4 ,il entreprend sa rforme morale4 ,il ne faut oublier ni son origine et son vieux fond protestant1 ni sa priode de pratique catholique et le temps o il composait des prires pour madame de ,warens4 ,je crois qu'il n'avait jamais cess d'tre proccup de vie morale4 ,plusieurs fois il avait eu des vellits de rforme1 et fait des efforts et des tentatives dans ce sens4 ,par exemple1 aprs son aventure avec madame de ,larnage 7l'unique aventure agrable de sa vie71 il avait promis d'aller rejoindre cette dame chez elle ,saint-,andiol4 ,le moment venu1 il hsite1 et il nous en apprend les raisons4 ,il s'tait donn madame de ,larnage pour un ,anglais1 et il craint d'tre dmasqu4 ,puis1 il sait que madame de ,larnage a une fille de quinze ans1 et il craint d'avance d'en tomber amoureux1 de la sduire1 et de mettre la dissension1 le dshonneur et l'enfer dans la maison4 7,raison plaisante3 le pauvre ,jean-,jacques n'tait pas en amour un tel foudre de guerre47--,enfin1 dit-il3 ,a cela se mlaient des rflexions relatives ma situation1 mon devoir1 cette maman si bonne#f1 si gnreuse1 qui1 dj charge de dettes1 l'tait encore de mes folles dpenses1 qui s'puisait pour moi et que je trompais si indignement4 ,ce reproche devint si vif qu'il l'emporta la fin4 ,en approchant de ,saint-,esprit1 je pris la rsolution de brler l'tape du bourg ,saint-,andiol et de passer tout droit4 ,je l'excutai courageusement1 avec quelques soupirs1 je l'avoue1 mais aussi avec cette satisfaction intrieure444 de me dire3 ,je mrite ma propre estime1 je sais prfrer mon devoir mon plaisir4 ,note #f3 ,madame de ,warens4 ,allons1 la petite ,larnage l'a chapp belle6--,et l-dessus ,jean-,jacques se met mditer1 jure de rgler dsormais sa conduite sur les lois de la vertu444 et de n'couter plus d'autre amour que celui de ses devoirs4 ,en effet 7car les actes vertueux s'enchanent comme les autres7 lorsque1 de retour ,chambry1 il trouve sa place occupe par le perruquier ,wintzenried et que madame de ,warens lui assure que tous ses droits demeurent les mmes et qu'en les partageant avec un autre il n'en sera pas priv pour cela1 ,jean-,jacques1 qui avait accept le jardinier1 n'accepte pas le coiffeur4 ,il se prcipite aux pieds de madame de ,warens1 il embrasse ses genoux en versant des torrents de larmes et lui tient ce discours tonnant3 ,non1 maman1 je vous aime trop pour vous avilir2 votre possession m'est trop chre pour la partager4 ,beau mouvement1 que madame de ,warens ne lui pardonna jamais4 ,oh6 ,jean-,jacques en avait eu plus d'un1 de ces beaux mouvements4 ,mais1 jusque-l1 cela avait peu de suite4 ,cette fois1 aprs le ,discours sur les sciences et les arts1 c'est tout fait srieux4 ,il veut dcidment tre un autre homme1 et pour toute sa vie4 ,il nous explique cela au livre ,,viii des ,confessions1 mais mieux encore dans la ,troisime ,rverie1 o il idalise dcidment son pass et se voit tel qu'il aurait voulu tre4--,il est dtermin1 non seulement par les belles phrases de son propre ,discours1 mais par son pass religieux qui lui remonte au coeur3 ,n dans une famille o rgnaient les moeurs et la pit1 lev ensuite avec douceur chez un ministre plein de sagesse et de religion1 j'avais reu ds ma plus tendre enfance des principes1 des maximes1 d'autres diraient des prjugs qui ne m'ont jamais tout fait abandonn4 ,enfant encore et livr moi-mme4441 forc par la ncessit1 je me fis catholique1 mais je demeurai toujours chrtien 7pigramme suggre par son rsidu protestant7 et bientt1 gagn par l'habitude1 mon coeur s'attacha sincrement ma nouvelle religion444 ,les instructions1 les exemples de madame de ,warens m'affermirent dans cet attachement4 ,la solitude champtre o j'ai pass la fleur de ma jeunesse1 l'tude des bons livres444 me rendirent dvot presque la manire de ,fnlon4 ,et1 plus loin1 pour signifier sa rforme1 il emploie des expressions solennelles1 presque toutes d'un caractre religieux3 ,tout contribuait dtacher mes affections de ce monde444 ,je quittai le monde et ses pompes444 ,une grande rvolution venait de se faire en moi1 un autre monde moral se dvoilait mes yeux444 ,c'est de cette poque que je puis dater mon entier renoncement au monde444 ,et1 de loin1 il le croit4 ,en ralit1 sa rforme fut1 d'abord1 surtout extrieure4 ,et on ne saura jamais1 et sans doute lui-mme n'a jamais su pour quelle part y entrait le dsir de se distinguer et le dsir d'tre meilleur4 ,il faut dire que c'est au sortir d'une grave maladie 7mais chez lui on ne les compte plus7 qu'il forme le dessein d'accorder sa vie avec ses maximes sans s'embarrasser aucunement du jugement des hommes1--dessein le plus grand peut-tre1 dit-il1 ou du moins le plus utile la vertu que mortel ait jamais conu4 ,d'abord il renonce la politesse4 ,mais il a la franchise de nous en donner cette raison3 ,ma sotte et maussade timidit que je ne pouvais vaincre1 ayant pour principe la crainte de manquer aux biensances1 je pris1 pour m'enhardir1 le parti de les fouler aux pieds4 ,je me fis caustique et cynique par honte2 j'affectai de mpriser la politesse que je ne savais pas pratiquer4 ,il y arrive peu prs1 mais non entirement4 ,madame d'pinay dit de lui dans ses ,mmoires3 ,il est complimenteur sans tre poli4 ,combinaison btarde4 ,le contraire serait plus digne d'un sage4 ,il rforme son costume3 ,je quittai1 dit-il1 la dorure et les bas blancs2 je pris une perruque ronde2 je posai l'pe2 je vendis ma montre en me disant avec une joie incroyable3 ,je n'aurai plus besoin de savoir l'heure qu'il est4 ,il ne veut plus de cadeaux et devient trs ombrageux sur ce point4 ,cela ira1 comme on le voit cinquante fois dans sa correspondance1 jusqu' la susceptibilit la plus maladive4 ,il est vrai que ,thrse continuera en recevoir1 mais l'insu de ,jean-,jacques4 ,il quitte l'excellente place de caissier qu'il avait chez le fermier-gnral ,francueil1 moiti 7car il explique loyalement les deux motifs7 parce que l'emploi tait trop assujettissant et ne lui donnait que du dgot1 moiti parce que ses principes ne se pouvaient plus accorder avec un tat qui s'y rapportait si peu4 ,et1 pour gagner sa vie1 il s'tablit copiste de musique 7 dix sous la page1 un peu plus que le tarif ordinaire74--,et il n'a pas fait ce mtier en passant1 durant une seule saison1 le temps d'tonner ses contemporains4 ,il a vcu en partie de ce mtier-l pendant des annes et1 semble-t-il1 le reste de sa vie1 l'exception des annes passes en ,suisse1 en ,angleterre et en ,dauphin4 ,et le plaisir d'tonner est bien vident3 mais1 trs rellement aussi1 cette occupation1 qui d'ailleurs ne l'assujettit point1 est conforme son got4 ,il est paresseux et calligraphe4 ,remarquez que les potes ont presque tous de magnifiques critures et s'y complaisent4 ,les manuscrits de ,racine1 de ,hugo1 de ,leconte de ,lisle1 de ,hrdia sont admirables4 ,de mme ceux de ,rousseau4 ,il faisait lui-mme1 pour ses amies1 des copies calligraphies de ses ouvrages4 ,il a copi deux fois--pour madame d'pinay1 pour madame de ,luxembourg1--les douze cents pages de la ,nouvelle ,hlose2 il a copi au moins trois fois1 les cinq cent quarante pages de ses ,dialogues4 ,cet ancien apprenti graveur aimait tracer de beaux caractres1 surtout quand ces beaux caractres formaient des phrases dont il tait l'auteur4 ,mais on peut prendre plaisir aussi dessiner de belles notes1 avec de belles clefs1 de belles accolades1 de belles croches1 de beaux dizes444 ,le jeune ,marseillais ,eymar s'merveillera1 en #aggd1 sur la perfection des copies musicales de ,rousseau4 ,cette espce de conversion de ,jean-,jacques n'avait videmment pas grand rapport avec celle de ,pascal ou de ,ranc4 ,aussi jamais rforme morale n'eut un tel succs mondain4 ,rousseau huron1 ,rousseau impoli1 ,rousseau sans pe et sans montre1 et surtout ,rousseau copiste de musique mit en l'air tout le ,paris-lgant de ce temps-l4 ,toutes les belles dames voulurent de la musique copie de sa main4--,si ,tolsto s'tablissait cordonnier ,paris1 toutes nos belles socialistes iraient lui commander des bottines4 ,rousseau jouit profondment de cette curiosit suscite par sa conversion4 ,ma chambre1 dit-il1 ne dsemplissait pas de gens qui1 sous divers prtextes1 venaient s'emparer de mon temps444 ,je ne pouvais refuser tout le monde444 ,bientt il aurait fallu me montrer comme ,polichinelle1 tant par personne4 ,or1 au moment mme o il obtient ce succs de vertu1 nous sommes bien forcs de croire 7car ces choses se passent en #agej et #agea7 qu'il venait de mettre ou qu'il allait mettre aux ,enfants-,trouvs son troisime ou quatrime enfant4 ,c'est que sa rforme n'est point intrieure1 ou du moins ne l'est pas encore4 ,en dpit de son got pour la solitude matrielle1 il n'est proccup que de l'impression qu'il fera sur les autres4 ,il dit qu'il secoue le joug de l'opinion1 qu'il la brave3 mais la braver de cet air1 c'est toujours songer elle4 ,une rforme morale aussi peu discrte1 aussi peu silencieuse1 est bien suspecte4--,au moment o il tche de descendre en lui-mme1 l'opration est fausse par ce fait que1 s'il s'examine1 c'est pour se confesser non un seul1 ni un homme revtu d'un caractre sacr1 mais tout le monde1 et qu'il est moins attentif recueillir le fruit moral de son examen qu' saisir les effets publics de sa confession4 ,a cause de cela1 et parce que1 tandis qu'un de ses yeux est tourn en dedans1 l'autre louche vers l'extrieur1 on peut dire que ce solitaire qui s'est tant racont ne s'est peut-tre pas trs bien connu et s'est presque constamment illusionn sur son propre compte4 ,s'aimer l'excs empche de se connatre1 et rciproquement4 ,a peine a-t-il rsolu d'tre meilleur qu'il se croit dj meilleur4 ,le grand ennemi des sciences et des lettres1 des arts et du luxe est plus que jamais rpandu dans le monde du luxe1 des lettres1 des sciences et des arts4 ,il grogne d'tre envahi1 mais il se laisse envahir4 ,il continue faire de la littrature et de la musique4 ,il fait jouer ,narcisse 7sans succs7 la ,comdie-,franaise en #ageb4 ,vers le mme temps1 il compose le ,devin du ,village4 ,et la contradiction est si flagrante entre ses maximes et ses occupations que lui-mme s'en aperoit et qu'il crit1 pour s'en justifier1 la curieuse prface de ,narcisse1 imprime en #agec4 ,il y reprend d'abord sa thse4 ,il affirme que le got des lettres ne peut natre que de deux mauvaises sources1 savoir l'oisivet et le dsir de se distinguer 7dsir dont apparemment il tait lui-mme exempt74 ,quant la science1 elle n'est pas faite pour l'homme en gnral1 il s'gare sans cesse sa recherche4 ,la philosophie est destructrice des usages et des coutumes444 ,ici1 lui chappe cette magnifique affirmation traditionnaliste3 ,le moindre changement dans les coutumes1 ft-il mme avantageux quelques gards1 tourne toujours au prjudice des moeurs2 car les coutumes sont la morale du peuple2 et ds qu'il cesse de les respecter1 il n'a plus de rgle que ses passions ni de frein que les lois1 qui peuvent quelquefois contenir les mchants1 mais jamais les rendre bons4 ,enfin1 la philosophie rend l'homme orgueilleux et dur3 444 ,la famille1 la patrie deviennent pour lui des mots vides de sens3 il n'est ni parent1 ni citoyen1 ni homme3 il est philosophe4 ,ainsi1 de la partie saine de l'me de ,rousseau1 de son vieux fond hrditaire jaillissent parfois de belles lueurs4 ,mais1 ajoute-t-il1 quand un peuple a t corrompu un certain point par les sciences et les arts1 mieux vaut encore les garder444 ,car les sciences et les arts1 aprs avoir fait clore les vices1 sont ncessaires pour les empcher de se tourner en crimes2 elles dtruisent la vertu1 mais elles en laissent le simulacre public qui est toujours une belle chose2 elles introduisent la place la politesse et les biensances2 et la crainte de paratre mchant elles substituent celle de paratre ridicule4 ,et plus loin3 ,il ne s'agit plus de porter les peuples bien faire1 il faut seulement les distraire de faire le mal2 il faut les occuper des niaiseries pour les dtourner des mauvaises actions4 ,et enfin3 ,il est trs essentiel de se servir aujourd'hui des sciences et des lettres comme d'une mdecine au mal qu'elles ont caus1 ou comme de ces animaux qu'il faut craser sur la morsure4 ,allons6 on peut s'entendre4 ,et ,jean-,jacques peut1 en toute sret de conscience1 continuer faire de petites comdies et de petits opras4 ,narcisse ou l'amoureux de soi-mme est un marivaudage insignifiant4--,le ,devin du ,village1 beaucoup meilleur1 et surtout par la musique1--o l'on voit un vieux paysan1 qui passe pour sorcier1 enseigner ,colette le moyen de reprendre ,colin en excitant sa jalousie1--est une paysannerie enrubanne laquelle ressembleront beaucoup les petits opras comiques de ,favart4 ,on ne conoit pas bien1 la vrit1 en quoi ce joli spectacle1 la fois trs factice et assez voluptueux1 avec sa musique tendre et ses danses de villageoises de thtre1 peut remdier aux maux affreux causs par la science et les arts4 ,mais il est certain que le succs du ,devin a t une des grandes joies de ,rousseau4 ,le ,devin fut jou d'abord en #ageb1 ,fontainebleau1 devant la cour4 ,les huit ou dix pages des ,confessions o notre sauvage nous raconte cette reprsentation respirent chaque ligne l'ivresse vaniteuse d'un auteur fieff4 ,il avait gard son costume d'ermite1 et avait sa barbe et sa perruque ronde assez mal peigne1 dit-il2 le roi1 la reine1 la famille royale1 tous les plus grands seigneurs et les plus grandes dames le regardaient comme un animal curieux3 quel bonheur6 444,je me livrais pleinement1 dit-il1 au plaisir de savourer ma gloire444 ,ceux qui ont vu cette reprsentation doivent s'en souvenir1 car l'effet en fut unique4 ,et voici le revers1--lamentable1 hlas6--,le duc d',aumont lui fait dire de se trouver au chteau le lendemain1 et qu'il le prsenterait au roi1 et qu'il s'agissait d'une pension1 et que le roi voulait l'annoncer lui-mme l'auteur4 ,et maintenant coutez3 ,croira-t-on que la nuit qui suivit une aussi brillante journe fut une nuit d'angoisse et de perplexit pour moi6 ,ma premire ide1 aprs celle de cette reprsentation1 se porta sur un frquent besoin de sortir1 qui m'avait fait beaucoup souffrir le soir mme au spectacle et qui pouvait me tourmenter le lendemain1 quand je serais dans la galerie ou dans les appartements du roi1 parmi tous ces grands1 attendant le passage de ,sa ,majest4 ,cette infirmit tait la principale cause qui me tenait cart des cercles et qui m'empchait d'aller m'enfermer chez des femmes4 ,l'ide seule de l'tat o ce besoin pouvait me mettre tait capable de me le donner au point de m'en trouver mal1 moins d'un esclandre auquel j'aurais prfr la mort4 ,puis1 il craint d'tre gauche1 de manquer de prsence d'esprit1 de laisser chapper quelque balourdise4 ,je voulais1 dit-il1 sans quitter l'air et le ton svre que j'avais pris1 me montrer sensible l'honneur que me faisait un si grand monarque4 ,il fallait envelopper quelque grande et utile vrit dans une louange belle et mrite4 ,et ,jean-,jacques a peur de rater son affaire4--,enfin1 il se souvient1 propos1 de ses principes4 ,s'il accepte cette pension1 adieu la vrit1 la libert1 le courage4 ,comment oser dsormais parler d'indpendance et de dsintressement8 ,bref1 il se drobe4 ,et nous ne saurons jamais1 et lui-mme probablement n'a jamais su si c'est par fiert rpublicaine qu'il a refus l'audience et la pension1 ou par crainte d'avoir besoin de sortir pendant l'audience4 ,quelques mois aprs1 le ,devin est jou ,paris4 ,rousseau eut cent louis du roi1 cinquante louis de madame de ,pompadour1 cinquante louis de l',opra1 cinq cents francs du libraire ,pissot1 d'autres profits encore4--,peut-tre ce succs et-il dcidment dtourn ,jean-,jacques vers le thtre et la musique4 ,peut-tre ft-il devenu une sorte de ,grtry ou de ,gossec4 ,peut-tre se ft-il rsign remdier toute sa vie la malfaisance des arts en faisant des comdies et des opras4 ,tout le poussait de ce ct1 son got et son intrt4 ,il et d'ailleurs gard le bnfice de ses singularits extrieures3 sa perruque ronde1 sa barbe et ses boutades eussent contribu ses succs de joueur de flte444 ,mais l',acadmie de ,dijon le guettait4 ,l',acadmie de ,dijon le relance1 en posant cette question dans le ,mercure de novembre #agec3--,quelle est l'origine de l'ingalit parmi les hommes8 ,et si elle est approuve par la loi naturelle8 videmment l',acadmie de ,dijon1 fire de son laurat et du bruit qu'il faisait1 posait cette question pour ,jean-,jacques4 ,au surplus les lments de sa rponse prvue sont dj pars dans ses rpliques ,stanislas et ,bordes4 ,jean-,jacques rpondra4 ,il ne peut pas ne pas rpondre4 ,c'est fini1 il est prisonnier de son rle4 ,l',acadmie de ,dijon tait compose1 j'imagine1 de fort braves gens1 et trs conservateurs1 encore que touchs1 peut-tre1 de l'esprit du temps2 de riches bourgeois1 de magistrats1 d'anciens officiers1 de vertueux ecclsiastiques#g4 ,et ce sont ces braves gens qui1 ressaisissant ,jean-,jacques1 le contraignent1 pour ainsi dire1 crire le plus outr et le plus rvolutionnaire de ses ouvrages et le plus gros1 avec le ,contrat ,social1 de consquences lointaines et funestes6444 ,a moins qu'il n'y ait eu1 dans cette benote ,acadmie de ,dijon1 quelque homme particulirement pervers1 et que nous ne connatrons jamais4 ,note #g3 ,buffon et ,piron taient membres de cette ,acadmie1 mais n'assistaient presque jamais aux sances4 ,,quatri,,me ,,conf,,rence ,,le ,,discours ,,sur ,l',,in,,galit ,,rousseau ,l',,ermitage4 ,la question de l',acadmie de ,dijon tait celle-ci3 ,quelle est l'origine de l'ingalit parmi les hommes8 ,et si elle est autorise par la loi naturelle8 ,la rponse de ,rousseau1 dans ce qui se rapporte directement la question de l',acadmie1 est celle-ci3--#a ,l'origine de l'ingalit1 c'est la proprit1 tablie et maintenue par la vie sociale4--#b ,l'ingalit est rprouve par la loi naturelle1 car les hommes1 l'tat de nature1 sont gaux1 isols et bons3 c'est la socit qui les a corrompus4 ,mais le ,discours de ,rousseau est simplement intitul3 ,discours sur l'origine et les fondements de l'ingalit parmi les hommes4--,ce titre mme indique qu'il ne rpond pas mthodiquement aux deux questions de l',acadmie de ,dijon4 ,il ne rpond pas par des dfinitions ni par des raisonnements1 mais par des affirmations1 des descriptions1 et des tableaux4 ,il rpond en faisant1 sa faon1 l'histoire de l'humanit depuis les premiers ges1 un peu comme ,lucrce au ,livre ,v de son pome1 ou comme ,buffon dans la ,septime poque de la ,nature1 mais avec plus de dveloppement et dans un autre esprit4 ,son ,discours est1 en somme1 un pome1 c'est le roman de l'humanit innocente1 puis pervertie4 ,commenons1 dit ,rousseau1 par carter tous les faits 7comme c'est rassurant671 car ils ne touchent point la question4 ,il ne faut pas prendre les recherches dans lesquelles on peut entrer sur ce sujet pour des vrits historiques 7 la bonne heure71 mais seulement pour des raisonnements hypothtiques et conditionnels1 plus propres clairer la nature des choses qu' en montrer la vritable origine1 et semblables ceux que font tous les jours nos physiciens sur la formation du monde4 ,nous voil prvenus4 ,il raconte ce qu'il suppose1 et l'on peut bien dire ce qu'il rve4 ,je disais bien3--,lisons son ,discours comme un roman4--,il continue3 homme1 voici ton histoire1 telle que j'ai cru la lire1 non dans les livres de tes semblables qui sont menteurs1 mais dans la nature qui ne ment jamais4 ,c'est merveille2 mais qu'est-ce que la nature8--,je puis vous dire ds maintenant que je ne crois pas que ,jean-,jacques ait donn nulle part une dfinition prcise1 scientifique1 de ce mot mystrieux dont il a us si frntiquement4 ,il poursuit3 ,il y a un ge auquel l'homme individuel voudrait s'arrter3 tu chercheras l'ge auquel tu dsirerais que ton espce se ft arrte6 ,cherchons-le donc4--,rousseau entre alors dans sa premire partie3 l'histoire de l'humanit primitive1 jusqu' l'tablissement de la proprit4 ,en considrant1 dit-il1 l'homme tel qu'il a d sortir des mains de la ,nature4441 je vois un animal moins fort que les uns1 moins agile que les autres1 mais1 tout prendre1 organis le plus avantageusement de tous2 je le vois se rassasier sous un chne1 se dsaltrant au premier ruisseau1 trouvant son lit au pied du mme arbre qui lui a fourni son repas2 et voil ses besoins satisfaits4 ,il nous le montre ensuite3 ,imitant l'industrie des animaux444 s'levant 7le mot y est7 jusqu' l'instinct des btes444 runissant en lui les instincts propres chaque espce animale444 se nourrissant galement de la plupart des aliments divers que les autres animaux se partagent1 et trouvant par consquent sa subsistance plus aisment que ne peut le faire aucun d'eux4 ,ces premiers hommes sont ncessairement et hrditairement robustes4 ,sur ce point dj1 ils ne peuvent que dgnrer3 ,le corps de l'homme sauvage1 tant le seul instrument qu'il connaisse1 il l'emploie divers usages1 dont1 par le dfaut d'exercice1 les ntres sont incapables2 et c'est notre industrie qui nous te la force et l'agilit que la ncessit l'oblige d'acqurir4 ,s'il avait eu une hache1 son poignet romprait-il de si fortes branches8 ,s'il avait eu une fronde1 lancerait-il de la main une pierre avec tant de roideur8 ,s'il avait eu une chelle1 grimperait-il si lgrement sur un arbre8 ,s'il avait un cheval1 serait-il si vite la course8 ,donc 7et je ne force point la pense de ,rousseau1 et je n'en tire que la consquence la plus proche71 hache1 fronde1 chelle1 domestication du cheval1 autant d'inventions tout fait regrettables4 ,l'homme naturel ne peut pas faire un seul progrs sans dchoir4 ,il plat ensuite ,rousseau d'affirmer que l'homme l'tat sauvage n'a pour ainsi dire pas de maladies ni d'infirmits1 et que la mort lui vient presque toujours par la vieillesse4 7,lucrce n'est pas de cet avis4 ,il dit que les premiers hommes ne mouraient pas beaucoup plus que les civiliss1 non nimio plus4 ,donc1 ils mouraient au moins autant47 ,jean-,jacques poursuit3 ,la plupart de nos maux sont notre propre ouvrage1 et nous les aurions presque tous vits en conservant la manire de vivre simple1 uniforme et solitaire qui nous tait prescrite par la nature4 ,solitaire1 car il nous explique ailleurs que l'homme de la nature ne s'embarrasse pas d'une femelle demeure1 et que1 lorsque ses petits peuvent trouver eux-mmes leur nourriture1 il les laisse aller de leur ct4--,rousseau reprend et redouble3 ,si la nature nous a destins tre sains1 j'ose presque assurer que l'tat de rflexion est un tat contre nature et que l'homme qui mdite est un animal dprav4 ,voil une phrase qu'il a d crire avec dlices1 pour ennuyer les philosophes et pour tonner les belles dames4 ,elle n'est d'ailleurs qu'impertinente et n'a pas grand sens1 si1 d'une part1 on ne voit pas en quoi la rflexion et ce qui en dcoule empche ncessairement l'homme d'tre en sant2 si1 d'autre part1 l'homme ne peut pas plus s'empcher de rflchir que de manger et de boire1 et si l'exercice de son esprit lui est apparemment aussi naturel que l'exercice de ses membres4--,mais ,jean-,jacques est lanc3 il va1 il va6 ,il affirme que toute invention est au moins inutile3 ,il est clair1 que le premier qui se fit des habits ou un logement se donna en cela des choses peu ncessaires1 puisqu'il s'en tait pass jusqu'alors1 et qu'on ne voit pas pourquoi il n'et pu supporter1 homme fait1 un genre de vie qu'il supportait ds son enfance4 ,donc1 l'immobilit intellectuelle serait le souverain bien4--,rousseau reconnat qu'une qualit distingue l'homme de l'animal3 la facult de se perfectionner4 ,mais1 si elle distingue l'homme de l'animal1 c'est donc qu'elle est naturelle l'homme1 qu'elle est conforme la nature1 donc respectable4 ,jean-,jacques ne se fait pas cette objection1 et poursuit intrpidement3 ,il serait triste pour nous d'tre forcs de convenir que cette facult distinctive et presque illimite est la source de tous les malheurs de l'homme2 que c'est elle qui le tire1 force de temps1 de cette condition originaire dans laquelle il coulait des jours tranquilles et innocents4 7,qu'en sait-il87 ,mais ce n'est pas tout1 et il n'a pas encore puis son facile paradoxe4 ,il se demande comment l'homme a pu tant progresser4 ,il rpond3--,par la parole4 ,mais comment l'homme a-t-il invent la parole8--,on ne sait pas4 ,il est presque impossible de s'en rendre compte4 ,rousseau crit ici1 sur l'origine du langage1 quelques pages que je trouve excellentes4 ,mais coutez sa conclusion3 ,on voit du moins1 au peu de soin qu'a pris la nature de rapprocher les hommes par des besoins mutuels et de leur faciliter l'usage de la parole1 combien elle a peu prpar leur sociabilit et combien elle a peu mis du sien pour en tablir les liens4 ,autrement dit3--,l'homme1 en inventant le langage1 a t contre le voeu de la nature2 et la preuve1 c'est que cette invention lui a donn un mal de tous les diables4--,ainsi1 aprs avoir regrett1 dans le premier ,discours l'invention de l'imprimerie1 ,rousseau dplore ici l'invention du langage4 ,ce point rgl1 il affirme de nouveau que les hommes l'tat sauvage taient heureux4--,n'ayant d'ailleurs entre eux aucune sorte de relations morales ni de devoirs communs1 ils ne pouvaient tre ni bons ni mchants et n'avaient ni vices ni vertus4 ,ils n'avaient que la piti1 sentiment naturel4 7,l'avaient-ils tous8 ,qu'est-ce qu'il en sait8 ,et1 s'ils ne l'avaient pas tous1 il y avait donc dj des bons et des mchants47 ,mais1 rendons-lui la parole3 ,c'est la piti qui1 dans l'tat de nature1 tient lieu de lois1 de moeurs et de vertu1 avec cet avantage que nul n'est tent de dsobir sa douce voix4 7,vraiment87 ,c'est elle qui dtourne tout sauvage robuste d'enlever un faible enfant ou un vieillard infirme sa subsistance acquise avec peine1 si lui-mme espre trouver la sienne ailleurs4 7,et s'il ne l'espre pas87 ,mais les souffrances1 les violences et les dsordres de l'amour8--,c'est bien simple3 les premiers hommes en taient exempts4 ,ce sont la socit1 la civilisation et les lois qui ont cr ces dsordres444 ,n'ayant pas d'ide de la beaut1 le sauvage ne choisit pas3 ,il coute uniquement le temprament qu'il a reu de la nature1 et non le got qu'il n'a pu acqurir1 et toute femme est bonne pour lui444 ,chacun attend paisiblement l'impulsion de la nature et s'y livre sans choix1 avec plus de plaisir que de fureur1 et1 le besoin satisfait1 tout le dsir est teint4 ,rousseau affirme ensuite que l'ingalit est beaucoup moindre dans l'tat de nature o les hommes vivent pars et n'ont qu'un minimum de besoins1 et il conclut ainsi sa premire partie3 ,aprs avoir montr que l'ingalit est peine sensible dans l'tat de nature1 et que son influence y est presque nulle1 il me reste montrer son origine et ses progrs444 et considrer les diffrents hasards qui ont pu perfectionner la raison humaine en dtriorant l'espce1 et rendre un tre mchant en le rendant sociable4 ,et il ajoute 7ce qui n'est point inutile7 que ce ne sont d'ailleurs que des conjectures4 ,la deuxime partie est une large esquisse de l'histoire politique de l'humanit4 ,elle commence par ce passage effet3 ,le premier qui1 ayant enclos un terrain1 s'avisa de dire3 ,ceci est moi1 et trouva des gens assez aveugles pour le croire1 fut le vrai fondateur de la socit civile4 ,que de crimes1 de guerres1 de meurtres1 que de misres et d'horreurs n'et point pargns au genre humain celui qui1 arrachant les pieux ou comblant le foss1 et cri ses semblables3 ,gardez-vous d'couter cet imposteur6 etc4 ,aprs ce coup de tam-tam1 il revient en arrire1 reprend l'histoire humaine o il l'avait laisse1 et poursuit la lamentable numration des odieux progrs de l'humanit4 ,car chaque progrs amne sa misre3 ,les hommes1 jouissant d'un plus grand loisir1 l'employrent se procurer plusieurs sortes de commodits444 ,mais ensuite on tait malheureux de les perdre sans tre heureux de les possder4 444,les hommes connaissent la prfrence dans l'amour4 ,mais la jalousie s'veille avec l'amour1 et la plus douce des passions reoit des sacrifices de sang humain4 444,on s'accoutume s'assembler444 ,chacun commence regarder les autres et vouloir tre regard soi-mme1 et l'estime publique a son prix444 ,mais ensuite1 chacun punissant le mpris qu'on lui avait tmoign1 les vengeances devinrent terribles et les hommes sanguinaires et cruels4 ,et ainsi de suite4--7,rousseau tablit ici une distinction1 sur laquelle il reviendra trs souvent1 entre l'gosme de l'homme sauvage et solitaire1 gosme utile et inoffensif1 et l'amour-propre des hommes vivant en socit1 et qui est funeste47 ,cependant1 ,rousseau arrive l'tape du dveloppement humain o il aurait voulu que l'humanit se ft arrte4 ,c'est aprs les commencements de l'agriculture et de la vie en tribu1 et avant l'institution de la proprit individuelle4 ,a vrai dire1 on ne voit pas du tout pourquoi il juge que ce fut le meilleur moment de l'humanit1 puisqu'il nous a dit auparavant que les prtendus progrs qui l'avaient amene l taient autant de dsastres444 ,quoi qu'il en soit1 voyons son idal3 ,ainsi1 quoique les hommes fussent devenus moins endurants et que la piti naturelle et dj subi quelque altration1 cette priode de dveloppement des facults humaines1 tenant un juste milieu entre l'indolence de l'tat primitif et la ptulante activit de notre amour-propre444 dut tre l'poque la plus heureuse et la plus durable4 ,plus on y rflchit1 plus on trouve que cet tat tait le moins sujet aux rvolutions1 le meilleur l'homme1 et qu'il n'a d en sortir que par quelque funeste hasard444 ,l'exemple des sauvages1 qu'on a presque toujours trouvs ce point1 semble confirmer que le genre humain tait fait pour y rester toujours1 que cet tat est la vritable jeunesse du monde1 et que tous les progrs ultrieurs ont t1 en apparence1 autant de pas vers la perfection de l'individu1 et1 en effet1 vers la dcrpitude de l'espce4 ,et ,rousseau continue nous raconter ce qu'il lui plat4--,de la culture des terres s'ensuit ncessairement leur partage1 et1 par consquent1 la proprit4--,de la proprit naissent les concurrences1 les rivalits4 ,il y a bientt des riches et des pauvres4 ,la lutte devient atroce4--,alors les riches et les habiles proposent d'tablir un gouvernement et des lois dans l'intrt de tous4--,alors naissent les cits et les tats4--,alors clatent les guerres nationales4--,alors les peuples choisissent des chefs pour dfendre leur indpendance4--,alors le chef devient tyran4--,dclamation sur la libert 7que l'homme n'a jamais le droit d'aliner74--,dclamation contre le despotisme4--,cependant l'ingalit s'accrot et se multiplie1 et avec elle tous les vices444 ,et voici la conclusion et le rsum de l'ouvrage2 conclusion remarquable de lourdeur et1 un moment1 d'obscurit3 ,il suit de cet expos que l'ingalit1 tant presque nulle dans l'tat de nature1 tire sa force et son accroissement du dveloppement de nos facults et des progrs de l'esprit humain1 et devient enfin stable et lgitime par l'tablissement de la proprit et des lois4 ,il suit encore que l'ingalit morale autorise par le seul droit positif est contraire au droit naturel toutes les fois qu'elle ne concourt pas en mme proportion avec l'ingalit physique1 cela veut dire1 je pense3 toutes les fois qu'un individu puissant socialement se trouve tre faible d'esprit ou de corps2 distinction qui dtermine suffisamment ce qu'on doit penser cet gard de la sorte d'ingalit qui rgne parmi les peuples polics1 puisqu'il est manifestement contre la loi de nature1 de quelque manire qu'on la dfinisse1 qu'un enfant commande un vieillard1 qu'un imbcile conduise un homme sage1 et qu'une poigne de gens regorge de superfluits1 tandis que la multitude affame manque du ncessaire4 ,sur quoi l'on pourrait dire3--,l'hrdit1 dont vous citez un inconvnient possible1 et l'ingalit des biens peuvent tre contre la justice ou la raison1 non contre la nature4 ,tantt vous opposez la nature la raison2 tantt vous les identifiez4 ,alors on ne comprend plus4 ,le ,discours sur l'ingalit a cent dix bonnes pages4 ,je vous l'ai analys fidlement1 et en me servant autant que possible des phrases mmes de ,rousseau1 que j'ai tronques quelquefois1 mais seulement pour les abrger1 jamais pour en altrer le sens4 ,et l-dessus je songe3 --,voil donc un des ouvrages les plus fameux du ,x,v,i,i,ie sicle2 celui qui a dfinitivement fond la gloire de ,rousseau1 et qui1 quarante ans aprs1 a peut-tre le plus agi 7avec le ,contrat social7 sur la sensibilit et l'imagination des hommes4 ,quelle pauvret1 pourtant1 sous son apparente insolence6 ,toute la thse est fonde sur l'opposition de la nature1 qui serait le bien1 et de la socit1 qui serait le mal3 et l'auteur ne dfinit mme pas ce mot de nature4 ,dieu sait pourtant s'il a besoin d'tre dfini6 ,pour ,buffon1 la nature parat tre l'ensemble des forces dont se compose la vie de l'univers4 ,pour ,diderot1 la nature c'est l'athisme1 c'est le contraire des institutions et des lois1 et c'est1 finalement1 le plaisir4 ,pour ,rousseau1 il semble bien que la nature1 ce soient les instincts et les sentiments avec lesquels l'homme vient au monde4 ,or1 le dsir de durer1 celui de ne pas souffrir1 celui de vivre en socit1 celui mme d'tendre son tre1 de possder1 de se distinguer et de dominer sont apparemment et ont t de tous temps parmi ces instincts4 ,mais1 aux yeux de ,rousseau1 l'invention mme de la hache et de la fronde1 celle de l'agriculture et de la navigation sont autant de dchances2 le choix dans l'amour est une dchance2 la formation de la famille est une dchance2 la vie sociale est une dchance2 la notion du bien et du mal est une dchance4 ,il nous accorde1 il est vrai1 que le meilleur moment de l'humanit1 'a t le commencement de la vie en tribu et de la civilisation agricole et patriarcale2 mais1 cette concession mme1 ce qu'il a dit auparavant lui retire le droit de la faire2 et son idal c'est1 qu'il le veuille ou non 7ou bien il a menti auparavant71 une humanit compose de sauvages pars dans les forts1 sans habits1 sans armes1 ni bons ni mchants1 solitaires1 immuables1 et qui ne rflchissent point4 ,comme si cela tait intressant1 et comme si cela valait mme la peine qu'il y et une humanit sur la terre6 ,c'est cette stagnation dans une vie de demi-brutes qui serait contraire la nature6 ,et pourquoi1 dit-il1 la prfrer8 ,parce que1 affirme-t-il1 l'galit est mieux sauvegarde dans cet tat primitif4 ,d'abord1 il n'en sait rien3 car l'ingalit des forces musculaires1 en un temps o elle ne peut gure tre compense par l'intelligence1 pourrait bien tre la plus dure de toutes4 ,comme si1 d'ailleurs1 l'galit1--et l'galit dans l'ignorance et dans l'abrutissement1--tait ncessairement le bien suprme1 auquel tous les autres devraient tre sacrifis6 ,a vrai dire1 ce culte est bien trange dans un livre qui prtend dcouvrir et honorer les intentions de la nature1 laquelle apparat si videmment mre et matresse d'ingalit tous les degrs de l'tre4 ,notez qu'il n'est gure possible que cette niaise adoration de l'galit soit sincre chez un homme qui sent sa supriorit intellectuelle et qui en jouit avec un orgueil dmesur4--,a moins qu'il ne soit dans la disposition d'esprit de ce jeune socialiste qui1 dans une runion politique1 rpliquait un de mes amis3 ,mais ce que nous voulons1 ce n'est pas que tout le monde soit heureux1 c'est que tout le monde soit aussi malheureux que nous4 ,mais non1 ce ne peut tre cela1 puisque ,rousseau1 au contraire1 ne s'intresse qu' notre bonheur4 ,tout simplement1 c'est que son rle le tient4 ,c'est qu'il lui faut tonner les marquises1 les fermiers gnraux et les philosophes4 ,c'est qu'il lui faut renchrir sur le ,discours des sciences et des arts4 ,ah6 le pauvre homme1 comme il s'y applique6 ,ce n'est pas le paradoxe lger1 si cher son temps4 ,c'est le dfi la raison1 tout cru1 tout nu1 et sans esprit1 puisque ,rousseau n'en a pas et qu'il est condamn au srieux dans l'absurde4--,mais on est vraiment tonn d'une pareille dbilit de pense1 aprs les grands livres du ,x,v,i,ie sicle et ceux mme de ,montesquieu et de ,buffon4 ,que ce livre ait eu un tel retentissement et une telle influence1 voil une des plus fortes dmonstrations qu'on ait vues de la btise humaine4 ,mais on peut dire aussi3 --,oui1 le ,discours sur l'ingalit pourrait tre une chose assez plate1 sans le style1 l'accent1 le frmissement intrieur4 ,les objections sans fin qu'on y peut faire paraissent naves et superflues parce qu'elles sont trop faciles1--si faciles qu'on rougit de les noncer si on a l'esprit un peu dlicat4 ,il faut prendre le livre autrement4 ,il faut le considrer comme une sorte de pome1 comme une vision de nabi1 de prophte en chambre1 bien ordonne et crite en style didactique et tendu4 ,l'intransigeance1 l'intrpidit1 l'insolence du paradoxe finit par avoir une espce de grandeur4 ,les idoles du temps1 ,science1 ,progrs1 ,philosophie1 y sont mthodiquement souffletes4 ,l'ouvrage1 vu de loin1 prend1 avec un peu de bonne volont1 des aspects de rcit biblique1 de mythe religieux4 ,rousseau recule seulement l'poque de la ,chute4 ,l'tat de grce1 c'est l'tat de nature2 le pch originel1 c'est la civilisation qui1 engendrant l'ingalit1 tue la fraternit4 ,c'est la civilisation qui1 pour notre malheur1 a cueilli les fruits de l'arbre de la science4 ,croyez bien que ,rousseau se divertit rver4 ,mais1 au surplus1 voyez comme1 en ayant l'air de le bousculer et de le braver1 il reste dans l'esprit du temps4 tre ractionnaire au point d'aspirer un idal disparu depuis cinq ou six mille ans1 c'est tre rvolutionnaire1 puisqu'il faut1 pour y retourner1 dmolir ce qui nous en a loigns4 ,qu'il s'agisse de faire l'ge d'or1 ou de le refaire1 c'est la mme action1 vers la mme chimre4--,aujourd'hui encore le rve rvolutionnaire1--l'galit des gamelles avec le moindre effort pour chacun1--n'est-il pas1 comme celui de ,jean-,jacques1 un idal rgressif8 ,d'ailleurs 7et nous l'avons dj vu propos de son premier ,discours71 ,jean-,jacques a bien soin1--dans sa correspondance1 dans sa ,lettre d',alembert1 mme dans le ,contrat social et1 plus tard1 dans le troisime ,dialogue1--d'attnuer l'absurdit de son paradoxe4 ,dj1 dans le ,discours sur l'ingalit1 en dpit des exigences de la logique1 il se garde de nous offrir comme idal la vie solitaire de l'homme orang-outang3 il s'arrte la vie pastorale1 l'ge d'or des potes classiques4 ,au fond1 sa pense est celle-ci 7c'est ,faguet qui la rsume avec une extrme clmence73 ,conviction que l'homme est1 au moins1 trop social1 qu'il faudrait au moins restreindre l'tat social son minimum1 revenir1 sinon la famille isole1 du moins la tribu1 au clan1 la petite cit2 qu'ainsi diminueraient la lourdeur de la tche1 et l'intensit de l'effort1 et l'normit des ingalits entre les hommes2 qu'ainsi seraient attnus les besoins factices1 gloire1 luxe1 vie mondaine1 jouissances d'art1 qu'ainsi l'homme serait ramen une demi-animalit intelligente encore1 mais surtout saine1 paisible1 repose1 affectueuse1 qui est son tat de nature1 en tout cas son tat de bonheur4 ,voil qui va bien4 ,c'est ainsi qu'il nous arrive1 vous1 moi1 d'tre excds de ce qu'il y a de factice dans nos moeurs1 de penser que nous nous passerions facilement des derniers bienfaits de la science applique1 puisque nous nous en passions avant2 que l'humanit tourne probablement le dos son bonheur2 que la civilisation industrielle est un mal1 comme aussi ces amas dmesurs d'hommes qui forment les grandes villes et les grandes nations2 qu'il serait bon de revenir la vie naturelle et rustique1 etc4 ,mais ce ne sont l que des impressions sans consquence et vite effaces4 ,joignez qu'on ne sait pas bien o finit la nature et que les dveloppements mme de l'humanit que nous appelons artificiels sont encore naturels dans leur origine1 aussi naturels que les sentiments primitifs d'o1 au bout du compte1 ils sont sortis4 ,seulement1 si ,rousseau s'tait content d'exhorter ses contemporains la simplicit des moeurs et de leur recommander la vie de la campagne ou des petites cits1 cela n'aurait pas sembl bien original et n'aurait pas fait beaucoup de bruit4 ,sa pense aurait paru assez humble s'il ne l'avait pas follement outre4 ,et c'est pourquoi il a d'abord donn son coup de gong4--,mais il est tout de mme fcheux que les plus chauds amis de ,rousseau soient obligs1 dans leurs commentaires1 de distinguer entre ce qu'il a dit 7et qui est souvent inepte7 et ce qu'il a probablement pens4 ,ils semblent faire ce raisonnement3 ,la preuve que ce qu'il a dit n'est pas ce qu'il a voulu dire1 c'est que ce qu'il a dit est par trop facile rfuter4 ,un esprit un peu fin ne le prend pas au mot2 ce serait grossier4--,soit4 ,qu'on le prenne comme on voudra1 et plus tard1 hlas1 des brutes le prendront au mot1 7et non pour le rfuter71 cette diffrence entre la pense et la parole1 c'est du charlatanisme2 et il n'est presque pas possible de lui donner un autre nom4--,et c'est1 en effet1 le nom que lui donnait la partie la plus sense de la socit d'alors1 et notamment le groupe de madame du ,deffand et des ,choiseul4 ,mais il est clair que ce charlatanisme fut une des causes les plus dterminantes du succs de ce ,discours sur l'ingalit4--,en outre1 ce ,discours est un des ouvrages de ,rousseau o il y a le plus d'pret et d'amertume et o vibre le plus l'accent rvolutionnaire4 ,cela est beaucoup plus rare dans ses autres livres4 ,d'o lui venait donc ce ton8 ,rousseau prend soin1 dans les ,confessions1 de nous dire1 trois ou quatre reprises1 que c'est telle aventure de son enfance ou de sa jeunesse qui a veill en lui1 pour toute sa vie1 la haine de l'injustice4 ,mais je crois bien que ce sont l des rflexions aprs coup4 ,les traits qu'il cite3 la fesse injuste donne par l'oncle ,bernard1 l'histoire du paysan qui1 terrifi par le fisc1 cache ses provisions1 ses dmls avec ,m4 de ,montaigu1 ce n'est peut-tre pas de quoi dterminer une vocation de rvolutionnaire4 ,il y a bien ses ressouvenirs de laquais1 et l'aigreur que lui donnaient ses infirmits444 ,mais ce qui parat plus vrai1 ou aussi vrai1 c'est que cette pret lui a t souffle par ,diderot1 que cela amusait4 ,jean-,jacques nous le dit dans deux notes des ,confessions3 ,je ne sais pas comment toutes mes confrences avec ,diderot tendaient toujours me rendre satirique et mordant1 plus que mon naturel ne me portait l'tre4 ,et encore3 ,diderot abusait de ma confiance pour donner mes crits ce ton dur et cet air noir qu'ils n'eurent plus quand il cessa de me diriger4 ,quoi qu'il en soit1 ce qui dans le ,discours sur l'ingalit a probablement le plus secou le beau monde1 et ce qui a le plus agi quarante ans plus tard1 ce sont probablement des lieux-communs emphatiques ou violents comme ceux-ci 7j'en indique seulement le dbut et comme la premire modulation73 ,sur la libert3 ,comme un coursier indompt hrisse ses crins1 frappe la terre du pied et se dbat imptueusement la seule approche du mors1 tandis qu'un cheval dress souffre patiemment la verge et l'peron1 l'homme barbare ne plie point la tte au joug que l'homme civilis porte sans murmure1 et il prfre la plus orageuse libert un assujettissement tranquille444 ,sur les riches3 444,je prouverais enfin que1 si l'on voit une poigne de puissants et de riches au fate des grandeurs et de la fortune1 tandis que la foule rampe dans l'obscurit et la misre1 c'est que les premiers n'estiment les choses dont ils jouissent qu'autant que les autres en sont privs et que1 sans changer d'tat1 ils cesseraient d'tre heureux1 si le peuple cessait d'tre misrable444 ,sur les tyrans3 444,c'est du sein de ce dsordre et de ces rvolutions que le despotisme1 levant par degrs sa tte hideuse1 et dvorant tout ce qu'il aurait aperu de bon et de sain dans toutes les parties de l'tat1 parviendrait enfin fouler aux pieds les lois et le peuple1 et s'tablir sur les ruines de la rpublique444 ,et enfin il y a1 partout rpandu dans ces pages d'o est absent l'esprit de finesse1 ce culte stupide de l'galit que nous retrouverons dans le ,contrat social1 et qui porte en lui une grande force de propagande parce qu'il rpond moins au sentiment de la justice qu'aux instincts envieux4--,en somme1 on voit dj dans ce second ,discours 7et mieux que dans le premier7 que c'est bien ,rousseau qui donnera le ton la ,rvolution et qui approvisionnera les hommes de #ic de clichs et de lieux-communs1 semeurs de haines aussi aveugles que ces lieux-communs sont brutaux et sommaires4 ,cette fois1 l',acadmie de ,dijon ne couronna pas le discours de ,rousseau4 ,si claire qu'elle ft1 ce n'est pas ce discours qu'elle avait espr4 99 99 99 99 99 ,les annes qui suivent sont1 je pense1 parmi les moins malheureuses de la vie de ,jean-,jacques4 ,il jouit de se sentir si bon1--et clbre par-dessus le march4 ,il se souvient de sa petite patrie1 de ,genve1 o l'on commence tre fier de lui4 ,il ddie le ,discours sur l'ingalit la ,rpublique de ,genve4 ,il n'avait plus la foi catholique1 si jamais il l'avait eue intgralement4 ,jugeant qu'un homme doit croire en ,dieu et1 pour le reste1 suivre la religion de sa patrie1 il s'en va ,genve pour y rentrer publiquement dans la religion protestante et y reprendre son titre de citoyen2 et il a la joie de revenir en triomphateur dans cette ville d'o il s'tait chapp1 vagabond de seize ans1 vingt-six annes auparavant4 ,en allant ,genve1 il avait pass par ,chambry et revu madame de ,warens3 ,je la revis4 ,dans quel tat1 mon ,dieu6 ,quel avilissement6 ,que lui restait-il de sa vertu premire8444 ,je lui ritrai vivement et vainement les instances que je lui avais faites plusieurs fois dans mes lettres de venir vivre paisiblement avec moi1 qui voulais consacrer mes jours et ceux de ,thrse rendre les siens heureux4 ,quel charmant tableau6 ,et plus loin1 il nous fait ce petit rcit1 o il apparat que ,thrse aussi tait une femme sensible3 ,durant mon sjour ,genve1 madame de ,warens fit un voyage en ,chablais et vint me voir ,grange-,canal4 ,elle manquait d'argent pour achever son voyage2 je n'avais pas sur moi ce qu'il fallait pour cela2 je le lui envoyai une heure aprs par ,thrse4 ,pauvre maman6 ,que je dise un trait de son coeur4 ,il ne lui restait pour dernier bijou qu'une petite bague2 elle l'ta de son doigt pour la mettre celui de ,thrse1 qui la remit l'instant au sien en baisant cette noble main qu'elle arrosa de larmes4 ,et je ne vous dirai pas si cela est touchant ou comique--attendu que je n'en sais rien4 ,mais nous retrouverons dans la ,nouvelle ,histoire ce galvaudage des ides de morale et cette espce de scurit bate dans les situations quivoques4 ,a ,genve donc il est fort bien reu4 ,il se sent chez les siens4 ,il retrouve en lui-mme son premier fond protestant et rpublicain4 ,il revient trs content4 ,c'est vers cette poque 7#agee7 qu'il commence traiter ,thrse comme une soeur2 soit 7car avec lui on ne sait jamais7 parce que sa sant ne lui permettait plus de la traiter autrement1 soit pour cette autre raison1 fort honorable1 qu'il nous donne3 ,je craignais la rcidive 7c'est--dire de nouveaux enfants71 et1 n'en voulant pas courir le risque1 j'aimai mieux me condamner l'abstinence4 ,il jouit de son hrosme1 il jouit de ses singularits1 il jouit de la beaut de son masque qu'il ne distingue plus lui-mme de son visage4 ,il vit dans un tat d'exaltation1 d'enthousiasme moral1 qui dura quatre ans au moins1 dit-il d'abord1 ou prs de six ans1 dit-il la page suivante4 coutez ce morceau magnifique3 ,jusque-l j'avais t bon3 ds lors je devins vertueux ou du moins enivr de la vertu444 7,oh6 que ce n'est point la mme chose6 et que l'ivresse et la vertu vont mal ensemble6 ,boileau1 ce parfait ,honnte homme1 se dit seulement ami de la vertu1 ce qui est dj bien joli47 ,cette ivresse avait commenc dans ma tte1 mais elle avait pass dans mon coeur4 ,le plus noble orgueil y germa sur les dbris de la vanit dracine4 ,je ne jouai rien1 je devins en effet tel que je parus1 et pendant quatre ans au moins que dura cette effervescence dans toute sa force1 rien de beau et de grand ne peut entrer dans un coeur d'homme dont je ne fusse capable entre le ciel et moi4 ,voil d'o naquit ma subite loquence1 voil d'o se rpandit dans mes premiers livres ce feu vraiment cleste qui m'embrasait444 ,j'tais vraiment transform2 mes amis1 mes connaissances ne me reconnaissaient plus4 ,je n'tais plus cet homme timide et plutt honteux que modeste1 qui n'osait ni se prsenter1 ni parler1 qu'un mot badin dconcertait1 qu'un regard de femme faisait rougir4 ,audacieux1 fier1 intrpide1 je portais partout une assurance d'autant plus ferme qu'elle tait simple et rsidait dans mon me plus que dans mon maintien4 ,le mpris que mes profondes mditations m'avaient inspir pour les moeurs1 les maximes et les prjugs de mon sicle1 me rendait insensible aux railleries de ceux qui les avaient1 et j'crasais leurs petits bons mots avec mes sentences comme j'craserais un insecte entre mes doigts4 ,quel changement6 ,tout ,paris rptait les cres et mordants sarcasmes de ce mme homme qui1 deux ans auparavant et dix ans aprs1 n'a jamais su trouver la chose qu'il avait dire ni le mot qu'il devait employer4 ,tudieu6 quel homme6 ,et que va-t-il faire1 ce terrible auteur des deux ,discours1 ce contempteur les moeurs1 des maximes et des prjugs de la civilisation1 ce fanatique de vertu1 de sincrit et d'indpendance1 et enfin cet amant de la solitude et cet adorateur de la nature8 ,il pourrait vivre dans son austre petite patrie retrouve2 il pourrait accepter la place de bibliothcaire que lui offrent ses vertueux concitoyens4 ,il serait bien l4 ,l'ancien petit ami de la grosse ,warens1 l'amant de ,thrse1 oublieux de ses cinq infanticides probables1 enseignerait la morale l'univers entier1 du pied mme de la chaire de ,calvin4 ,mais voil6 ,il serait trop loin de ,paris et de ce beau monde qu'il mprise4 ,tout ,paris ne pourrait plus rpter ses cres et mordants sarcasmes4--,au moins1 s'il lui faut la fois le voisinage de la grande ville et la solitude1 la banlieue de ,paris cette poque est charmante et encore toute campagnarde4 ,il pourrait y louer une maisonnette et un jardin1 dont il parait le loyer de ses propres deniers1 et o il serait chez lui1 et o il ne devrait rien personne4 ,ce serait le bon sens1 ce serait la sagesse4 ,mais1 parmi les grandes dames chez qui il continue de frquenter1--et qui pourtant pratiquent les maximes1 talent les moeurs et mnent la vie qui lui sont le plus en horreur1--il y en a une1 madame de la ,live d'pinay1 une petite femme noiraude1 raisonneuse1 esprit fort1 crivailleuse et sensuelle1 femme d'un de ces fermiers-gnraux dont le mtier mme devrait paratre particulirement infme l'auteur des deux ,discours4 ,il va souvent chez elle1 au chteau de la ,chevrette1 o il rencontre la plus brillante et frivole compagnie1 et o il lui est arriv de jouer lui-mme un rle dans sa comdie de l',engagement tmraire4 ,cette petite femme ardente est curieuse de ,rousseau4 ,elle dit de lui1 dans ses ,mmoires1 aprs leurs premires rencontres3 ,il est complimenteur sans tre poli ou au moins sans en avoir l'air 7j'ai dj cit ce mot pntrant74 ,il parat ignorer les usages du monde2 mais il est ais de voir qu'il a infiniment d'esprit4 ,il a le teint brun2 et des yeux pleins de feu animent sa physionomie4 ,lorsqu'il a parl et qu'on le regarde1 il parat joli2 mais lorsqu'on se le rappelle1 c'est toujours en laid4 7,il est vrai qu'elle le dteste au moment o elle crit ses ,mmoires47 ,on dit qu'il est d'une mauvaise sant1 et qu'il a des souffrances qu'il cache avec soin1 par je ne sais quel principe de vanit2 c'est apparemment ce qui lui donne1 de temps en temps1 l'air farouche444 ,on dit toute son histoire aussi bizarre que sa personne1 et ce n'est pas peu4 ,et plus loin3 ,vous n'imaginez pas combien j'ai trouv de douceur causer avec lui4 ,bref1 madame d'pinay en tient un peu pour ,jean-,jacques4 ,c'est surtout1 semble-t-il1 curiosit et vanit4 ,elle veut avoir son grand homme4 ,elle l'appelle dj mon ours4 ,un jour qu'ils se promenaient tous deux1 ils avaient pouss jusqu'au rservoir des eaux du ,parc1 qui touchait la fort de ,montmorency1 et o tait un joli potager1 avec une petite loge fort dlabre1 qu'on appelait l',ermitage4 ,ah6 madame1 avait dit ,rousseau1 quelle habitation dlicieuse1 voil un asile tout fait pour moi6 ,madame d'pinay n'avait pas relev le propos4 ,mais1 quelque temps aprs1 ,jean-,jacques1 refaisant avec elle la mme promenade1 trouve1 au lieu de la vieille masure1 une petite maison presque entirement neuve4 ,mon ours1 voil votre asile2 c'est vous qui l'avez choisi1 c'est l'amiti qui vous l'offre4--,je ne crois pas1 raconte ,rousseau1 avoir t de mes jours plus vivement1 plus dlicieusement mu3 je mouillai de pleurs la main bienfaisante de mon amie4 ,madame d'pinay nous dit qu'il y avait cinq chambres 7fort proprement meubles par elle71 une cuisine1 une cave1 un potager d'un arpent1 une source1 et la fort pour jardin4 ,jean-,jacques ne payait pas de loyer4 ,il payait les gages du jardinier1 mais avec l'argent que madame d'pinay lui remettait pour cela4 ,seulement1 il dut plusieurs fois avancer l'argent4 ,n'importe3 le grand ennemi des ingalits sociales1 l'homme qui se disait si jaloux de son indpendance restait1 mme financirement1 l'oblig et l'on peut bien dire le parasite d'une femme de traitant4 ,d'autre part1 le petit monde1 le cercle de madame d'pinay offrait1--comme et dit ,rousseau de tout autre cercle du mme genre1--le spectacle des plus mauvaises moeurs4 ,m4 d'pinay1 toujours chez quelque fille d',opra1 avait1 parat-il1 communiqu sa femme une maladie que celle-ci avait transmise ,francueil4 ,aprs avoir t la matresse de ,francueil1 elle allait tre celle de ,grimm4 ,sa belle-soeur1 madame d',houdetot tait la matresse de ,saint-,lambert4 ,sa cousine mademoiselle d',ette tait la matresse de ,valory1 etc41 etc444 ,c'est dans l'intimit de ce monde1 aussi lgant et cultiv que vicieux1 qu'allait vivre le dnonciateur de l'influence corruptrice des sciences et des arts1 l'homme qui se disait enivr de vertu2 et l'homme enfin qui avait crit1 vous vous en souvenez3 ,il faut de la poudre nos perruques1 voil pourquoi tant de pauvres n'ont point de pain4 ,il s'installe l',ermitage le #i avril #agef1 avec ,thrse et la mre ,levasseur1 aprs s'tre beaucoup fait prier1 assure-t-il4 ,mais enfin il s'installe4 ,pourquoi8 ,parce que1 bien qu'orgueilleux1 il est vaniteux aussi2 parce qu'il est trangement faible2 parce qu'il n'a jamais eu de volont2 parce qu'il rve sa vie au lieu de la vivre2 parce qu'il se rve lui-mme au lieu de se connatre1 et parce qu'il a le don de ne pas voir les ralits comme elles sont4 ,donc1 il s'installe l',ermitage4 ,et il a grand tort4 ,il y eut mille ennuis 7beaucoup par sa faute7 et ce fut l que commena se dvelopper en lui1 de faon inquitante1 la folie de la perscution4 ,sur le sjour de vingt mois que fit ,rousseau l',ermitage1 nous avons le livre ,,ix des ,confessions1 les ,mmoires de madame d'pinay et les ,mmoires de ,marmontel passim1 notamment le dbut du livre ,,viii1 o ,marmontel est l'interprte de ,diderot4 ,quand on a lu tout cela1 on s'y embrouille un peu4 ,j'ajoute que les ,mmoires de madame d'pinay sont romancs et suspects1 et que ,marmontel1 quand il rapporte ce qu'il ne sait pas directement1 m'inspire beaucoup de mfiance4 ,enfin1 voici l'essentiel et1 je crois1 le vrai4 ,lorsque ,rousseau tait arriv ,paris1 et ensuite son retour de ,venise1 il avait t trs bien accueilli par les hommes de lettres4 ,les encyclopdistes voyaient en lui une recrue2 puis1 le sachant malade1 trs sensible1 trs susceptible1 ils taient assez disposs le mnager4 ,peut-tre s'amusaient-ils entre eux de ses bizarreries4 ,mais ils n'y mettaient1 je crois1 nulle malveillance4 ,voici une page de ,marmontel qui semble bien donner l-dessus la note juste3 ,ce fut l#h que je connus ,diderot1 ,helvtius1 ,grimm1 et ,jean-,jacques ,rousseau1 avant qu'il se ft fait sauvage4 ,grimm nous donnait chez lui un dner toutes les semaines1 et ce dner de garons rgnait une libert franche1 mais c'tait un mets dont ,rousseau ne gotait que fort sobrement444 ,il n'avait pas encore pris couleur1 comme il a fait depuis1 et n'annonait pas l'ambition de faire secte4 ,ou son orgueil n'tait pas n1 ou il se cachait sous le dehors d'une politesse timide1 quelquefois mme obsquieuse et tenant de l'humilit4 ,mais1 dans sa rserve craintive1 on voyait de la dfiance2 son regard en dessous observait tout avec une ombrageuse attention4 ,il n'en tait pas moins amicalement accueilli3 comme on lui connaissait un amour-propre inquiet1 chatouilleux1 facile blesser1 il tait choy1 mnag avec la mme attention et la mme dlicatesse dont on aurait us l'gard d'une jolie femme bien capricieuse et bien vaine1 qui l'on aurait voulu plaire4 ,il travaillait alors la musique du ,devin du ,village et il nous chantait au clavecin les airs qu'il avait composs4 ,nous en tions charms4 ,nous ne l'tions pas moins de la manire ferme1 anime et profonde dont son premier essai en loquence tait crit4 ,rien de plus sincre1 je dois le dire1 que notre bienveillance pour sa personne et que notre estime pour ses talents4 ,note #h3 ,chez d',holbach1 vers #agej4 7,cela doit tre vrai1 on le sent4 ,nous avons vu cela4 ,il nous est arriv tous d'tre particulirement gentils pour un confrre de talent qui nous savions un sale caractre47 ,telles taient encore1 ce semble1 les dispositions de ses amis1 lorsque ,jean-,jacques vint l',ermitage4 ,rousseau dit que1 tout de suite aprs le ,devin ils avaient t jaloux de lui parce qu'ils n'auraient pas su1 eux1 faire un opra-comique4 ,il dit aussi qu'ils lui en voulaient de sa rforme morale1 qu'ils ne lui pardonnaient pas sa vertu4 ,cela est bien peu croyable4 ,sa clbrit subite a pu les ennuyer un moment2 mais je crois qu'ils ne lui furent ennemis que plus tard1 aprs qu'il les eut lasss par ses dfiances et ses noires humeurs1 et surtout aprs qu'il se fut dclar nettement et solennellement contre le parti des philosophes4 ,mais1 auparavant1 ils pouvaient bien le taquiner quelquefois comme d',holbach qui se divertissait le faire monter l'chelle parce que c'est seulement dans ces moments-l que ,rousseau tait loquent3 ils n'avaient point encore de mauvais sentiments pour lui4 ,je me figure qu'ils se disaient simplement3--,voil un homme bizarre1 mais d'un beau talent4 ,sa tte va achever de se dtraquer l'hiver dans cette solitude4 ,et quelle compagnie pour lui que ,thrse et sa mre6 ,si on pouvait le dtacher de ,thrse1 ou tout au moins le ramener ,paris6 ,or1 la mre ,levasseur avait soixante-dix ans et tait impotente4 ,ils imaginrent de dire que c'tait conscience d'obliger cette vieille femme passer l'hiver dans un isolement complet1 loin de tout secours4 ,ils pensaient sans doute que ,thrse voudrait suivre sa mre et que ,rousseau viendrait lui-mme ,paris1 dont le sjour serait meilleur pour son cerveau1 et o il aurait d'autre socit que celle des deux gouverneuses4 ,mais ils s'y prirent mal4 ,ils eurent avec les deux femmes des confrences secrtes dont ,jean-,jacques eut vent4 ,avec lui1 ,diderot se montra indiscret et despotique1 son ordinaire4 ,jean-,jacques fut vivement bless4 ,ds lors1 il croit un complot form par ses amis 7,grimm1 ,diderot1 d',holbach7 pour le rendre odieux4 ,plus tard il fera entrer tout l'univers dans ce complot4 ,il entendait vraiment trop peu la plaisanterie4 ,une fois1--toujours pour le dcider rentrer l'hiver ,paris1--,diderot lui crit3 ,le ,lettr#i a d vous crire qu'il y avait sur le rempart vingt pauvres qui mouraient de faim et qui attendaient le liard que vous leur donniez4 ,c'est un chantillon de notre petit babil4 ,la plaisanterie tait amicale et gentille puisque c'tait une allusion aux habitudes aumnires de ,jean-,jacques4 ,il l'accueillit de la faon la plus rogue et rpondit fort lourdement3 ,il y a ici un vieillard respectable qui1 aprs avoir pass sa vie travailler1 ne le pouvant plus1 meurt de faim sur ses vieux jours4 ,ma conscience est plus contente des deux sous que je lui donne tous les lundis que des cent liards que j'aurais distribus aux gueux des remparts444 ,c'est la campagne qu'on apprend servir l'humanit3 on n'apprend qu' la mpriser dans les villes4 ,de mme1 ,diderot ayant crit par hasard dans ses ,entretiens sur le ,fils naturel3 ,il n'y a que le mchant qui soit seul1 ,rousseau prit cela pour lui et cria comme un assassin4 ,ah6 ce n'tait pas un monsieur commode4 ,l'autre pisode de son sjour l',ermitage1 ce sont ses amours avec madame d',houdetot4 ,note #i3 ,c'tait le surnom qu'on donnait au fils de madame d'pinay4 ,les tudes sur ce sujet sont abondantes4 ,la dernire est le livre prcis et solide de ,m4 ,eugne ,ritter3 ,j4-,j4 ,rousseau et madame d',houdetot4 ,mais voici1 je crois1 tout ce qu'il vous importe de savoir1 et ce qui me semble la vrit4 ,en l'absence de son amant ,saint-,lambert1 qui est l'arme1 madame d',houdetot1 belle-soeur de madame d'pinay1 trente ans1 brune1 beaucoup de cheveux1 louche et marque de la petite vrole1 agrable avec cela1 libre1 gaie1 trs bonne femme1 fait des visites ,rousseau dans son ,ermitage--7la premire fois1 crotte comme un barbet74 ,lui1 va la voir son chteau d',eaubonne4 ,il s'enflamme1 il croit aimer pour la premire fois1 et que c'est la grande passion4 ,il nous parle de son tendre dlire1 et de ses rotiques transports4 ,il crit madame d',houdetot des lettres brlantes4 ,elle s'amuse de ses entreprises auxquelles elle n'a pas de peine se drober4 ,en somme1 ,rousseau la chauffe pour ,saint-,lambert4 ,cependant on se doute de quelque chose dans le petit cercle de la ,chevrette4 ,a table1 on se moque de lui mots couverts4 ,madame d'pinay est un peu jalouse4 ,elle dteste d'ailleurs madame d',houdetot4 ,elle potine avec ,thrse1 que ,jean-,jacques1 je l'ai dit1 ne traite plus que comme une soeur1 et qui souffre probablement1 elle aussi1 de cette aventure4 ,thrse dtourne des lettres de madame d',houdetot et les montre madame d'pinay4 ,puis1 ,saint-,lambert est averti1 soit par une lettre anonyme de ,thrse1 ou simplement 7selon ,m4 ,ritter71 par une indiscrtion de ,grimm4 ,saint-,lambert est un sage1 un homme qui ne se frappe pas4 ,il sait du reste que ,jean-,jacques n'a pu aller trs loin4 ,nanmoins1 il lui bat froid son retour1 et madame d',houdetot aussi3 de quoi 7dtail charmant7 ,jean-,jacques se plaignit ,saint-,lambert lui-mme4 ,tout ce qu'il a gagn cette vaine excitation1 il nous apprend que c'est une descente qui vient s'ajouter ses autres maux4 ,l-dessus1 madame d'pinay devant aller ,genve1 consulter ,tronchin 7peut-tre sur une grossesse que sa maladie rendait dangereuse71 dit un jour ,rousseau3 ,ne viendrez-vous pas avec moi1 mon ours8 ,rousseau n'en a nulle envie4 ,dj1 il s'est aperu qu'il s'est donn des chanes4 ,combien de fois a-t-il t appel la ,chevrette au moment o il avait envie d'crire1 ou de rver dans les bois1 ou simplement de rester chez lui6 ,diderot1 indiscret et imptueux comme toujours1--ce bourdonnant ,diderot dont le style mme vous tutoie et vous tape sur les cuisses1--le somme de payer sa dette sa bienfaitrice en l'accompagnant4 ,grimm1--l',allemand profiteur et sournois1 l'amant de madame d'pinay1--l'en presse de son ct4 ,rousseau lui rpond par une longue lettre explicative1 gauche et fire1 d'o j'extrais ce passage dlicieux3 444,madame d'pinay1 souvent seule la campagne1 souhaitait que je lui tinsse compagnie4 ,c'tait pour cela qu'elle m'avait retenu444 ,il faut tre pauvre1 sans valet1 har la gne et avoir mon me1 pour savoir ce que c'est pour moi que de vivre dans la maison d'autrui4 ,j'ai pourtant vcu deux ans dans la sienne1 assujetti sans relche avec les plus beaux discours de libert1 servi par vingt domestiques et nettoyant tous les matins mes souliers1 surcharg de tristes indigestions et soupirant sans cesse aprs ma gamelle444 ,il aurait d s'en aviser plus tt4 ,ds qu'il s'en avise1 il devrait partir1 cote que cote4 ,mais il reste sur les prires de madame d',houdetot1 qui craint des histoires4 ,et il attend que1 sous l'influence de ce mauvais chien de ,grimm1 madame d'pinay1 qui est dj ,genve1 lui signifie son cong4 ,et1 le #ae dcembre #ageg1 en plein hiver et par la neige1 il dmnage1--beaucoup trop tard pour sa dignit4 ,o va-t-il8 ,a ,paris1 o l'on peut si bien vivre seul8 ,dans quelque maisonnette de la banlieue1 dont le propritaire serait un bourgeois inconnu1 qui il n'aurait nulle obligation8 ,non1 mais ,montlouis1 prs de ,montmorency1 dans une maison que lui loue ,m4 ,mathas1 procureur fiscal du prince de ,cond1 et tout proche du chteau du marchal et de madame de ,luxembourg1 dont il sera encore1 et quoi qu'il fasse1 l'oblig1 et qui lui feront du mal sans le vouloir4 ,mais quoi6 ,on dirait que cet ami des sauvages et cet homme d'une indpendance si farouche ne peut absolument pas se passer de la compagnie et de la protection des grands4 ,c'est donc ,montmorency que nous le retrouverons1-- ,montmorency o il continuera devenir meilleur mesure qu'il deviendra plus fou4 ,,cinqui,,me ,,conf,,rence ,,la ,,lettre ,,sur ,,les ,,spectacles4 ,,rousseau ,,montmorency4 ,voil donc ,rousseau install1 en plein hiver1 dans la maisonnette de ,m4 ,mathas1 procureur fiscal du prince de ,cond4 ,je crois que1 l du moins1 il payait un petit loyer3 ,m4 ,mathas me fit offrir une petite maison qu'il avait son jardin de ,montlouis ,montmorency4 ,j'acceptai avec empressement et reconnaissance4 ,le march fut fait4 ,tout d'abord il fut trs malade4 ,il nous le raconte1 comme toujours1 avec une prcision voulue dans le dtail rebutant4 ,il y met1 je pense1 une sorte de bravade et de coquetterie amre3 ,a peine fus-je install dans ma nouvelle demeure1 que de vives et frquentes attaques de mes rtentions se compliqurent avec l'incommodit nouvelle d'une descente qui me tourmentait depuis quelque temps sans que je susse que c'en tait une4 ,je tombai bientt dans les plus cruels accidents4 ,le mdecin ,thierry1 mon ancien ami1 vint me voir et m'claira sur mon tat4 ,les sondes1 les bougies1 les bandages1 tout l'appareil des infirmits de l'ge#aj rassembl autour de moi1 me fit durement sentir qu'on n'a plus le coeur jeune impunment quand le corps a cess de l'tre4 ,la belle saison ne me rendit point mes forces1 et je passai toute l'anne #ageh dans un tat qui me fit croire que je touchais la fin de ma carrire4 ,note #aj3 ,il n'avait pourtant que quarante-six ans4 ,et voici une lettre1 encore plus douloureuse1 adresse un mdecin inconnu 7probablement ,thierry7 et date du #aj mai #ageh 7ce qui prouve que ,jean-,jacques se trompe quelquefois sur les dates1 puisque tout l'heure il plaait la crise quatre mois plus tt74 ,l'eau de chaux ne m'ayant rien fait1 je l'ai quitte4 ,le lait ayant tout fait supprim les urines1 j'ai t forc de le quitter aussi4 ,il s'est form depuis quelque temps une enflure dans le bas-ventre1 un peu au-dessus de l'ane gauche4 ,cette enflure est en ligne droite et dans une direction oblique4 ,elle rentre quand je suis couch et reparat l'instant que je me lve4 ,ce n'est point une descente#aa4 ,elle n'a que la douleur sourde et lgre qui1 depuis quelques annes1 ne me quitte point dans cette rgion4 ,du reste l'urine diminue en quantit de jour en jour1 et sort plus difficilement1 except quand elle est tout fait crue et couleur d'eau claire3 alors elle sort avec un peu plus d'abondance et de facilit4 ,mais en quelque tat que ce soit1 il faut toujours presser le bas-ventre pour la faire sortir4 ,je vous dis cela1 persuad que mon mal n'a jamais t connu de personne et qu'on en pourrait peut-tre tirer quelques observations utiles la mdecine4 ,je ne vous consulte point d'ailleurs2 je n'attends ni ne veux plus aucune espce de soulagement de la part des hommes1 mais seulement de ,celui qui sait consoler les maux de cette vie par l'attente d'une meilleure4 ,note #aa3 ,il dit ailleurs que c'en tait une4 ,je prends soin de noter souvent1 la rencontre1 ses maladies et ses infirmits parce qu'il ne faut jamais oublier qu'il fut en effet toute sa vie un malade et un infirme1 et de faon cruelle et humiliante4 ,cela nous conseille l'indulgence dans les moments o nous sommes tents de nous irriter contre lui4 ,et cela explique en lui bien des choses3 ses humeurs1 ses brusqueries1 et son got de la solitude1 et les diversions qu'il cherchait dans l'occupation mcanique de copiste2 l'excs mme de son orgueil1 la conscience de son gnie lui tant une revanche de ses misres physiques2 ses frmissements passionns d'ermite et d'abstinent2 le refuge qu'il demande au rve4 ,et1 aussi1 cela rend ses sentiments religieux plus vrais et plus touchants1 et presque hroques1 dans son parti-pris1 son optimisme quand mme4 ,il revint de cette crise1 comme de tant d'autres4 ,et il avait le soulagement d'tre dbarrass de la mre ,levasseur4 ,avant de quitter l',ermitage1 il l'avait fait partir pour ,paris avec quelque argent et s'tait engag lui payer son loyer chez ses enfants ou ailleurs1 et ne jamais la laisser manquer de pain1 tant qu'il en aurait lui-mme4 7,il faut dire que ,grimm et ,diderot faisaient dj madame ,levasseur une petite pension1 si on en croit madame d'pinay74 ,peu de temps aprs son arrive ,montlouis1 il reut le volume de l',encyclopdie qui contenait l'article de d',alembert sur ,,gen,,ve4 ,dans cet article1 concert avec des ,genevois du plus haut tage1 et o ,voltaire avait mis la main1 d',alembert conseillait l'tablissement d'un thtre ,genve4 ,le sang de ,rousseau ne fit qu'un tour4 ,il sentait ,voltaire l-dessous1 ,voltaire magnifiquement install aux portes de ,genve1 qui attirait chez lui les principaux de la ville pour leur donner la comdie sur son petit thtre1 et qui avait videmment entrepris de corrompre la cit de ,calvin4 ,or cette cit tait aussi celle de ,rousseau4 ,il y avait reu1 quatre ans auparavant1 l'accueil le plus flatteur4 ,il rsolut donc de dfendre la pudeur de ,genve1 et crivit sa ,lettre d',alembert4 ,les relations de ,rousseau avec ,voltaire remontaient au temps 7vous vous en souvenez7 o ,rousseau arrangeait la ,princesse de ,navarre sous le titre de ,ftes de ,ramire4 ,ils s'taient ensuite rencontrs dans quelques salons de ,paris2 et il est bien clair qu'ils n'avaient pas d s'accrocher4 ,puis1 en #agef1 ,rousseau avait un jour reu le pome de ,voltaire sur le ,dsastre de ,lisbonne 7la ville moiti dtruite en #agee par un tremblement de terre et un incendie2 trente mille hommes crass ou brls74 ,voltaire avait crit l-dessus deux cent cinquante vers lgants et fluides4--d'ailleurs convenablement spiritualistes1--o il se refusait reconnatre que tout ft bien1 mme au sens de ,leibnitz et de ,pope1 et concluait qu'il ne faut pas dire3 ,tout est bien1 mais3 ,un jour1 tout sera bien4 ,ce pessimisme1 quoique mitig1 avait paru odieux ,rousseau3 et alors 7chose vraiment admirable71 ,rousseau1 pauvre1 infirme et malade1 avait crit l'auteur une longue lettre qui contient dj plusieurs des principaux lments de la ,profession de foi du ,vicaire ,savoyard1--et o il dmontrait que de tous les maux de l'humanit1 il n'y en avait pas un dont la nature ne ft disculpe1 et qui n'et sa source dans l'abus que l'homme a fait de ses facults plus que dans la nature elle-mme4--,il soutenait mme expressment que la destruction de ,lisbonne et de ses habitants1 c'tait encore la faute des hommes1 puisque c'tait la faute de la civilisation4 ,il faisait remarquer que ce n'tait pas la nature qui avait rassembl ,lisbonne vingt mille maisons de six sept tages et que1 si les habitants eussent t disperss plus galement1 et plus lgrement logs1 le dgt et t moindre et peut-tre nul3 ,tout et fui au premier branlement1 et on les et vus le lendemain vingt lieues de l1 tout aussi gais que si rien n'tait arriv4 ,voltaire rpondit ,rousseau1 en peu de lignes1 qu'tant malade et garde-malade lui-mme1 il remettait un autre temps sa rponse4 ,cette rponse devait tre le dlicieux et pervers ,candide 7#agei74 ,dans les pages des ,confessions o il raconte cet incident1 ,rousseau nous dit1 avec plus d'esprit qu'il n'a coutume d'en montrer3 ,frapp de voir ce pauvre homme#ab accabl pour ainsi dire de prosprits et de gloire1 dclamer toutefois amrement contre les misres de cette vie1 et trouver toujours que tout tait mal1 je formai l'insens projet de le faire rentrer en lui-mme1 de lui prouver que tout tait bien4 ,voltaire en paraissant toujours croire en ,dieu n'a rellement jamais cru qu'au diable1 puisque son ,dieu prtendu n'est qu'un tre malfaisant qui1 selon lui1 ne prend de plaisir qu' nuire4 ,l'absurdit de cette doctrine1 qui saute aux yeux1 est surtout rvoltante dans un homme combl des biens de toute espce1 qui1 du sein du bonheur1 cherche dsesprer ses semblables par l'image affreuse et cruelle de toutes les calamits dont il est exempt4 ,note #ab3 ,voltaire4 ,on sent bien ici l'abme qui spare ces deux hommes4 ,n'y et-il pas eu entre eux rivalit littraire1 ,voltaire reprsente justement ce que ,rousseau dteste le plus3 la vie sociale dans ce qu'elle a de plus artificiel et de plus corrupteur1 l'ironie et l'impit2 ,voltaire1 aimable et mchant1 ,rousseau1 dsagrable et bon2 ,voltaire1 riche et aristocrate1 ,rousseau pauvre et plbien2 ,voltaire spirituel et lger1 ,rousseau grave et mme solennel2 ,voltaire raliste en politique1 ,rousseau chimrique2 ,voltaire despotiste et qui se contenterait de rformes prudentes1 ,rousseau rpublicain du pays d',utopie2 ,voltaire impie1 ,rousseau religieux2 ,voltaire ami de l'ordre avant tout1--mais voulant ruiner1 du moins dans les hautes classes1 la religion qui soutient l'ordre2 ,rousseau menaant cet ordre1--mais dfendant le sentiment religieux3 si bien que1 chacun d'eux ne russissant que dans la partie ngative de sa tche1 l'un portera la religion1 et l'autre l'ordre social ncessaire1 des coups que1 pour ma part1 je dplore avec simplicit4 ,mais revenons la ,lettre sur les spectacles ou ,lettre d',alembert4 ,c'est un des ouvrages les plus connus de ,rousseau4 ,il ne manque gure de figurer dans les programmes de la licence et de l'agrgation4 ,dieu seul sait le nombre des dissertations qui ont t composes par de bons jeunes gens sur le paradoxe du ,misanthrope4 ,et c'est pourquoi je me contenterai presque de rsumer la ,lettre sur les spectacles4 ,voici4 ,le thtre est le plus artificiel de tous les arts1 celui o il y a le plus de feinte et de simulation1 puisque1 d'abord1 l'crivain dramatique prtend y faire une reprsentation directe de la vie1 et que l'acteur y fait un personnage qu'il n'est point dans la ralit1 et plie ce jeu son corps mme et son me4 ,bref le mensonge y est complet4 ,l'homme y est aussi loin que possible de l'tat de nature4 ,le thtre est l'extrme fleur de la civilisation4 ,sur cela seul ,rousseau pourrait le condamner1 mais il lui plat d'entrer dans le dtail4 ,la tragdie est mauvaise4 ,le spectateur y dpense inutilement sa provision de pleurs et de piti1 et il n'en a plus pour les souffrances relles4 ,ou bien il admire les beaux sclrats1 et il s'accoutume aux horreurs4 ,la comdie est mauvaise4 ,sa morale1 ce n'est point qu'il ne faut pas tre vicieux1 c'est qu'il ne faut pas tre ridicule4 ,elle conserve les conventions et les prjugs mondains4 ,elle enseigne les manires du monde1 qui ne sont que mensonges2 elle ne parle que d'amour et de galanterie2 elle consacre le rgne des femmes2 elle abaisse les moeurs et amollit les coeurs4 ,on objecte ,molire4 ,ah6 oui1 parlons-en6 ,son thtre est une cole de vices4 ,la bont et la simplicit y sont constamment railles4 ,les sots y sont les victimes des mchants4 ,on y tourne en drision les droits des pres sur leurs enfants1 des maris sur leurs femmes1 des matres sur leurs serviteurs1 etc4 ,voyez le ,misanthrope mme1 son chef-d'oeuvre4 ,cette comdie nous dcouvre mieux qu'aucune autre la vritable vue dans laquelle ,molire a compos son thtre4 ,son objet n'est pas de former un honnte homme1 mais un homme du monde3 ,par consquent 7crit ,rousseau71 il n'a point voulu corriger les vices1 mais les ridicules2 et il a trouv dans le vice mme un instrument trs propre y russir4 ,ainsi1 voulant exposer la rise publique tous les dfauts opposs aux qualits de l'homme aimable1 de l'homme de socit1 aprs avoir jou tant de ridicules1 il lui restait jouer celui que le monde pardonne le moins1 le ridicule de la vertu4 ,c'est ce qu'il a fait dans le ,misanthrope4 ,vous ne sauriez me nier deux choses3 l'une1 qu',alceste dans cette pice est un homme droit1 sincre1 estimable1 un vritable homme de bien2 l'autre1 que l'auteur lui donne un personnage ridicule4 7,sous-entendez3 ,donc l'auteur ridiculise la vertu47 ,c'en est assez pour rendre ,molire inexcusable4 ,c'est un syllogisme4 ,mais il cloche4 ,on n'a qu' dire 7et des milliers de candidats la ,licence s lettres l'ont rpt depuis cent ans7 qu',alceste est sans doute un homme vertueux et qu'il est aussi un personnage parfois ridicule2 mais qu'il n'est pas ridicule en tant qu'il est vertueux4 ,il n'est ridicule qu'en tant que certaines de ses colres sont excessives dans la forme et disproportionnes avec leur objet4 ,mais ce n'est rien dire3 car1 justement1 ,rousseau ne souffre point cette ide1 qu',alceste puisse paratre ridicule1 mme dans ses exagrations4 ,que dis-je6 il ne reconnat mme pas qu',alceste exagre4 ,il ne veut pas que nous nous permettions de sourire d',alceste tout en l'aimant bien4 ,il ne veut pas1 il ne peut pas admettre ce tour et cette attitude d'esprit qui font qu'on raille parfois ce qu'on respecte1 et qu'on prtend le respecter tout de mme4 ,il la connat1 cette attitude-l4 ,ses meilleurs amis l'ont eue envers lui1 ,jean-,jacques4 ,ils l'aimaient et le respectaient1 mais en s'amusant de lui imperceptiblement4 ,et ,jean-,jacques en a conclu qu'ils taient des hypocrites1 et qu'ils le hassaient1 et qu'ils conspiraient contre lui4 ,au fond1 il se reconnat avec complaisance dans ,alceste4 ,or1 qu',alceste soit ridicule1 et par consquent ,jean-,jacques1 ,jean-,jacques n'admet pas a4 ,ou1 si cela est1 c'est donc que le sicle est bien infme4 ,notons ici un assez curieux exemple de la diversit des jugements humains4 ,rousseau a fait au thtre de ,molire peu prs le mme reproche d'immoralit que1 de nos jours1 ,brunetire 7et aussi ,faguet1 et avant eux ,louis ,veuillot73 mais pour des raisons si diffrentes1--du moins verbalement6 ,molire parat condamnable ,rousseau1 parce qu'il a eu pour idal1 dans son thtre1 l'homme de socit4 ,mais1 au contraire1 ,molire inquite ,brunetire parce qu'il a t le disciple de la nature4 ,en sorte qu'on ne sait pas s'il faut reprocher ,molire d'avoir ador la nature ou de l'avoir ddaigne4 ,c'est apparemment que la nature n'est pas tout fait la mme chose pour ,jean-,jacques et pour notre contemporain4 ,toute bonne pour l'un1 elle ne vaut pas le diable1 ou plutt elle est le diable1 pour l'autre444 nature1 qu'es-tu donc8 ,nous voudrions bien le savoir4 ,mais si tu es tout1 comme il est probable1 nous n'en serons pas plus avancs4 ,en tout cas ,rousseau1 qui a tant parl de toi1 aurait bien d songer un jour te dfinir4 ,continuons le rsum trs sommaire de la ,lettre sur les spectacles4 ,donc1 le thtre1 qui ne peut rien pour corriger les moeurs1 peut beaucoup pour les altrer4 ,en outre1 le thtre avilit et corrompt les comdiens et les comdiennes par leur mtier mme1 qui est un travestissement de leur tre vritable1 et qui est1 en outre1 pour les femmes1 une prostitution de leur personne physique4--,et tout cela est quelquefois vrai1 et tout cela ne l'est pas toujours4 ,et ,rousseau se rencontre ici avec ,bossuet1 comme il s'tait rencontr avec ,pascal propos des effets de la reprsentation dramatique des passions de l'amour4 ,encore1 continue ,rousseau1 le thtre peut-il tre un moindre mal dans l'affreuse corruption des grandes villes4 ,mais quel divertissement funeste pour les petites cits6 ,et il se ressouvient de sa patrie2 et il voque la vie pastorale1 patriarcale1 idyllique1 simple et parfaite des vertueux ,montagnons1 qui sont une tribu des environs de ,neuchtel4--,aprs quoi1 il explique en combien de faons et combien de points de vue 7moral1 social1 civique1 conomique7 l'tablissement d'un thtre ,genve1--petite ville de vingt mille mes1--nuirait ,genve4 ,et ici1 il ne me parat pas qu'il ait si grand tort4 ,mieux valent encore pour ,genve1 continue-t-il1 ses petites socits ou coteries traditionnelles3 socits d'hommes et socits de femmes 7car ,rousseau juge bon que les deux sexes1 en gnral1 vivent spars l'un de l'autre74 ,dans les cercles de femmes1 on mdit un peu3 mais les femmes y font en quelque sorte la police morale de la ville2 dans les cercles d'hommes1 on boit abondamment1 mais avec innocence4 ,et ici se place un loge du vin1 qui a de la grce et quelque chose d'attendrissant1 venant d'un homme qui buvait surtout de l'eau et du lait1 et n'a jamais bu plus de sa demi-bouteille de vin4 --,mais quoi6 s'crie ,rousseau1 ne faut-il donc aucun spectacle dans une rpublique8--,au contraire1 il en faut beaucoup4 ,les ,genevois ne sont pas encore assez vertueux pour que ,rousseau leur propose les danses nues des jeunes filles de ,sparte1 et il le regrette4 ,mais ils ont dj des revues1 des prix publics1 des rois de l'arquebuse1 du canon1 de la navigation4 ,il faut multiplier les ftes de ce genre4 ,mais n'adoptons point ces spectacles exclusifs qui renferment tristement un petit nombre de gens dans un antre obscur2 qui les tiennent craintifs et immobiles dans le silence et l'inaction2 qui n'offrent aux yeux que cloisons1 que pointes de fer1 que soldats1 qu'affligeantes images de la servitude et de l'ingalit4 7,que vient faire ici l'ingalit8 ,oh6 que voil dj bien une phrase de #ic67 --,non1 peuples heureux1 ce ne sont pas l vos ftes4 ,c'est en plein air1 c'est sous le ciel qu'il faut vous rassembler et vous livrer au doux sentiment de votre bonheur444 ,que vos plaisirs ne soient pas effmins ni mercenaires2 que rien de ce qui sent la contrainte et l'intrt ne les empoisonne2 qu'ils soient libres et gnreux comme vous2 que le soleil claire vos innocents spectacles3 vous en formerez un vous-mme le plus digne qu'il puisse clairer4 ,tout a1 pour des espces de ftes de comices agricoles ou de fanfares de pompiers1--ftes dont je ne dis point de mal1 et o il m'est arriv de prendre part non sans plaisir1 mais o l'on sait bien enfin que l'important est de boire4 ,pour l'hiver1 ,rousseau imagine d'autres divertissements4 ,il propose notamment des bals entre jeunes gens et jeunes filles marier1 que prsiderait un magistrat nomm par le ,conseil4 ,je voudrais qu'on formt dans la salle une enceinte commode et honorable1 destine aux gens gs de l'un et de l'autre sexe1 qui1 ayant dj donn des citoyens la patrie1 verraient encore leurs petits enfants se prparer le devenir4 ,et1 l-dessus1 il s'exalte d'une manire bien surprenante3 ,je voudrais que personne n'entrt sans saluer ce parquet1 et que tous les couples de jeunes gens vinssent1 avant de commencer leur danse et aprs l'avoir finie1 y faire une profonde rvrence pour s'accoutumer de bonne heure respecter la vieillesse4 ,je ne doute pas que cette agrable runion des deux termes de la vie humaine ne donnt cette assemble un certain coup d'oeil attendrissant1 et qu'on ne vt quelquefois couler dans le parquet des larmes de joie et de souvenir1 capables d'en arracher un spectateur sensible444 ,je voudrais que tous les ans1 au dernier bal1 la jeune personne qui1 durant les prcdents1 se serait comporte le plus honntement et aurait plu davantage tout le monde1 fut honore d'une couronne par la main du magistrat1 et du titre de reine du bal1 qu'elle porterait toute l'anne4 ,je voudrais qu' la clture de la mme assemble on la reconduist en cortge1 etc44 7,hol6 et l'galit1 monsieur1 et l'galit67 ,sparte6 ,lycurgue6 ,plutarque6 prsence du magistrat l o il n'a que faire6 publicit et rglementation des sentiments intimes et des scnes familiales6 ,comme ,rousseau1 par ses deux premiers ,discours donnera son vocabulaire la ,rvolution1 par la ,lettre sur les spectacles il donnera la ,rvolution ses ftes1--de mme qu'il lui donnera1 par le ,contrat social1 sa conception de l'tat4 ,sur le fond mme de la ,lettre sur les spectacles1 je crois bien1 comme ,rousseau1 que le thtre ne peut rien1 ou ne peut pas grand'chose1 pour corriger les moeurs2 mais peut-il tant que cela pour les corrompre8 ,je ne sais1 personne ne sait4 ,oh6 que de distinguo il faudrait ici6 ,gnralement1 le thtre ne russit qu'en se conformant la morale du public assembl2 et c'est presque toujours ce qu'il fait4 ,il ne vaut que ce que vaut le public lui-mme4--,rousseau1 qui croit les choses mauvaises proportion qu'elles s'loignent de l'tat de nature1 estime le thtre le plus dangereux des divertissements parce qu'il en est le plus artificiel2 mais ce jugement ne repose que sur l'excellence prsume de ce mystrieux tat de nature4 ,le thtre est un plaisir qu'on prend en public et en commun4 ,or1 il parat bien que les hommes assembls n'acceptent et n'approuvent que des moeurs et une morale moyennes4 ,il est donc probable que le thtre ni ne corrompt les moeurs ni ne les amliore4--,on a dit cent fois ces choses1 et mieux que je ne saurais faire4 ,en tout cas la condamnation prononce par ,rousseau parat bien stricte si l'on considre le thtre de son temps1 le thtre antrieur #ageh4 ,elle semblerait peut-tre moins injustifie si l'on songeait certaines pices d'aujourd'hui3 et encore on ne peut pas dire qu'elles dpravent le public1 puisqu'elles se conforment simplement sa dpravation4--,mais le thtre qu'on jouait du temps de ,rousseau8 ,le thtre avant #ageh8--;,je ne parle point de ,corneille1 de ,racine1 de ,molire1 ni mme de ,regnard4 ,le got d'entendre les trois premiers vaut tout de mme autant que l'ivrognerie ou que les liberts des danses populaires2 et quant ,regnard1 il n'y a que ,jean-,jacques pour prendre au tragique l'immoralit du ,lgataire4 ,mais peut-on dire que les tragdies de ,campistron1 de ,lagrange-,chancel1 de ,longepierre1 de ,lafosse1 de ,dauchet1 de ,duch1 de ,lamotte1 de ,lefranc de ,pompignan1 de ,lanoue1 de ,marmontel1 de ,crbillon1 et de ,voltaire lui-mme1 fussent si dangereuses entendre8 ,et les comdies de ,lesage1 de ,legrand1 de ,dufresny1 de ,dancourt1 de ,destouches1 de ,marivaux1 de ,gresset6 ,vous n'y trouverez pas un adultre consomm1 et la courtisane n'y est encore dsigne que par de dcentes priphrases444 ,chose noter3 le moment o ,jean-,jacques brandit ses foudres contre le thtre est un des moments les plus chtifs et les plus inoffensifs de la comdie en ,france4 ,aprs ,lesage1 ,dancourt et ,marivaux1 qui avaient de la saveur1 la comdie se trane dans de fades portraits1 dans de petites satires de moeurs et dans de petites intrigues amoureuses6 ,elle est menue et galante4 ,et il est vrai qu'elle parle beaucoup d'amour1 et qu'elle conseille tout au moins une sensualit lgre4 ,mais on ne voit pas bien pourquoi ,rousseau s'insurge l contre1 et nous retrouvons ici une de ses habituelles contradictions ou quivoques4 ,pascal1 et ,bossuet1 et ,bourdaloue1 et bien d'autres docteurs chrtiens1 avaient dfini et rprouv le pouvoir amollissant et corrupteur de la comdie4 ,ils le faisaient au nom d'un dogme4 ,les passions de l'amour1 ils les appelaient concupiscence4 ,mais1 lui1 ,jean-,jacques1 au nom de quoi condamne-t-il les trop douces impressions qu'on peut recevoir au thtre8 ,au nom de la nature1 dont le thtre1 assure-t-il1 nous loigne8 ,mais il parat pourtant bien que le dsir et la volupt sont dans la nature1 puisque1 prcisment1 pour les prdicateurs1 combattre la nature veut souvent dire combattre les dsirs des sens4 ,de quelle nature nous parle donc ,rousseau8 ,jamais1 jamais nous ne le saurons4 7,lui-mme1 en ralit1 ce n'est pas au nom de la nature1 mais c'est1 au contraire1 au nom de son vieux protestantisme hrit qu'il condamne le thtre47 ,avec tout cela1 la ,lettre sur les spectacles se lit encore avec plaisir4 ,cela est tout genevois et tout protestant1 mais d'un ,genevois presque souriant et d'un protestant dtendu4 ,ce n'est plus l'exagration folle et sombre du ,discours sur l'ingalit4 ,tout n'y est pas paradoxe2 et les paradoxes mmes y contiennent une part de raison4 ,c'est d'ailleurs celui de ses livres que ,rousseau a crit avec le moins d'effort 7en trois semaines74 ,il se rpand en vingt digressions2 il se joue1 autant qu'il peut se jouer4 ,on sent que cela a t crit entre deux parties de la ,nouvelle ,hlose4 ,l'ouvrage eut beaucoup de succs et provoqua des rponses2 notamment une de ,marmontel et une de d',alembert4 ,la rponse de ,marmontel est une rfutation sense et un peu superficielle1 un morceau d'honnte professeur4 ,mais la rponse de d',alembert est distingue et fine1 et pleine de ces malices sournoises qu'on appelle aujourd'hui des rosseries4 ,ce n'est pas mon objet de les recueillir4 ,j'en veux pourtant citer une1--atroce1 celle-l1 si1 comme je le crois1 c'est une allusion l'abandon des enfants de ,rousseau4 ,et ce doit bien tre cela2 car1 si on lit la page qui prcde1 on reconnat que le trait est prpar de loin1 qu'il ne venait point ncessairement1 qu'il a t voulu et prmdit4 ,voici3 ,d',alembert vient de reprocher ,rousseau d'avoir adopt et dfendu1 dans sa ,lettre1 le prjug du temps sur l'ducation des femmes4 ,et l-dessus il s'crie3 ,philosophes1 c'est vous de dtruire un prjug si funeste1 c'est ceux d'entre vous qui prouvent la douceur ,,ou ,,le ,,chagrin ,d',,tre ,p,,res d'oser les premiers secouer le joug d'un barbare usage1 en donnant leurs filles la mme ducation qu' leurs autres enfants444 ,on vous a vus si souvent1 pour des motifs trs lgers1 par vanit ou par humeur1 heurter de front les ides de votre sicle3 pour quel intrt plus grand pouvez-vous les braver que pour l'avantage de ce que vous avez de plus cher au monde1 pour rendre la vie moins amre ceux qui la tiennent de vous8444 7,notez que d',alembert devait connatre l'abandon des enfants1 puisque ,rousseau l'avait racont quelques annes auparavant ,grimm1 ,diderot1 madame d'pinay1 madame de ,francueil1 etc47 ,je passe d'autres sournoiseries moins envenimes4 ,mais d',alembert ne pouvait manquer d'opposer l'auteur du ,devin l'auteur de la ,lettre sur les spectacles2 et c'est ce qu'il fait en termes bien spirituels3 ,la plupart de nos orateurs chrtiens1 en attaquant la comdie1 condamnent ce qu'ils ne connaissent pas3 vous avez au contraire tudi1 analys1 compos vous-mme1 pour en mieux juger les effets1 le poison dangereux dont vous cherchez nous prserver2 et vous dcriez nos pices de thtre avec l'avantage non seulement d'en avoir vu1 mais d'en avoir fait444 ,oh6 je sais bien1 les spectacles1 selon vous1 sont ncessaires dans une ville aussi corrompue que celle que vous avez habite longtemps2 et c'est apparemment pour ses habitants pervers1 car ce n'est pas certainement pour votre patrie1 que vos pices ont t composes3 c'est--dire1 monsieur1 que vous nous avez traits comme ces animaux expirants qu'on achve dans leurs maladies de peur de les voir longtemps souffrir4 ,assez d'autres sans vous auraient pris ce soin2 et votre dlicatesse n'aura-t-elle rien se reprocher notre gard8 ,je le crains d'autant plus que le talent dont vous avez montr au thtre lyrique de si heureux essais comme musicien et comme pote1 est du moins aussi propre faire au spectacle des partisans que votre loquence lui en enlever4 ,le plaisir de vous lire ne nuira point celui de vous entendre2 et vous aurez longtemps la douleur de voir le ,devin du ,village dtruire tout le bien que vos crits contre la comdie auraient pu nous faire4 ,c'est d'un joli persiflage1 et qui devait enrager ,rousseau4 ,et sans doute il peut rpondre1 et il avait peu prs rpondu1 en effet1 dans la prface de ,narcisse3 ,j'ai fait du thtre1 mais qui ne pouvait plus nuire des tres aussi corrompus que vous2 et d'ailleurs je n'en fais plus4 ,et puis1 d'avoir manqu mes prceptes1 cela doit-il m'empcher de les proclamer si je les crois vrais8 ,n'importe1 il reste que cet homme qui condamne le thtre1 a fait des comdies1 et prcisment de ce tour artificiel et galant qu'il blme si fort2 il reste qu'il a fait le ,devin1 qui1 par sa musique1 ses danses et ses belles filles exposes1 a d conseiller la sensualit et amollir les coeurs un peu plus peut-tre que le ,misanthrope2 il reste qu'il a crit le ,discours contre les arts au moment o il faisait du thtre2 la ,lettre d',alembert tout de suite aprs en avoir fait2 le ,discours sur l'ingalit au moment o il tait le protg des grands1--et son trait de l'ducation quelques annes aprs avoir abandonn son cinquime enfant444 ,et tout cela est gnant1 et je ne sais si jamais vie humaine s'est passe dans de telles contradictions1 et divisions contre soi-mme4 ,et si ,jean-,jacques n'en avait que faiblement conscience1 c'est donc bien1 comme je le crois1 qu'il tait n avec le coup de marteau4 99 99 99 99 99 ,mais rejoignons-le dans sa petite maison de ,montlouis4 ,il y mne une vie assez tranquille les premiers mois4 ,il fait des connaissances dans le voisinage4 ,il se lie avec le ,pre ,berthier1 oratorien1 et surtout avec ,m4 ,maltor1 cur de ,groslay4 ,encore un bon prtre1 et qui est charmant pour lui4 ,au reste ,jean-,jacques1 de son propre aveu1 n'en a gure rencontr que de tels4 ,cependant madame d'pinay regrette de l'avoir si durement trait4 ,saint-,lambert et madame d',houdetot ne lui en veulent plus4 ,ils l'invitent dner ,paris4 ,tout se passe trs bien4 ,jean-,jacques est lui-mme tonn qu'aprs de tels orages de passion cette entrevue le laisse si paisible4 ,il s'avise de trouver ,saint-,lambert admirable4 ,il voit dj madame d',houdetot entre ,saint-,lambert et lui1 comme il verra ,julie d'tanges entre ,wolmar et ,saint-,preux4 ,il fait la connaissance de ,malesherbes1 qui lui facilite beaucoup l'impression de la ,nouvelle ,hlose 7parue en #agfj chez ,rey1 ,amsterdam7 et qui indique lui-mme les corrections faire pour que l'ouvrage ait libre cours en ,france4--,malesherbes lui offre une place de rdacteur au ,journal des ,savants4 ,rousseau refuse4 ,il ne saurait pas crire jour fixe et sur un sujet donn4 ,on s'imaginait1 dit-il1 que je pouvais crire par mtier comme tous les autres gens de lettres1 au lieu que je ne sus jamais crire que par passion4 ,il commence l'mile tout de suite aprs la ,nouvelle ,hlose4 ,on vient le voir de ,paris1 mais pas trop3 juste ce qu'il faut pour le laisser mieux jouir ensuite de sa solitude4 ,cependant1 pour la vingtime fois1 il fait des projets de retraite dfinitive et de renoncement4 ,il est dtermin1 dit-il1 renoncer totalement la grande socit1 la composition des livres1 tout commerce de littrature1 et se renfermer pour le reste de ses jours dans la sphre troite et paisible pour laquelle il se sentait n444 ,il est surtout dgot de vivre avec et chez les gens du monde4 ,il se souvient de tous les ennuis que cela lui a valus la ,chevrette ou ,eaubonne1 et il nous donne l-dessus des dtails d'une franchise amusante3 ,vivant avec des gens opulents sans tenir maison comme eux1 j'tais oblig de les imiter en bien des choses2 et de menues dpenses1 qui n'taient rien pour eux1 taient pour moi non moins ruineuses qu'indispensables444 ,seul1 sans domestique1 j'tais la merci de ceux de la maison1 dont il fallait ncessairement capter les bonnes grces pour n'avoir pas beaucoup souffrir444 ,les femmes de ,paris1 qui ont tant d'esprit1 n'ont aucune ide juste sur cet article et force de vouloir conomiser ma bourse elles me ruinaient4 ,si je soupais un peu loin de chez moi1 au lieu de souffrir que j'envoyasse chercher un fiacre1 la dame de la maison faisait mettre les chevaux pour me ramener2 elle tait fort aise de m'pargner les vingt-quatre sous du fiacre2 quant l'cu que je donnais au laquais et au cocher1 elle n'y songeait pas4 ,une femme m'crivait-elle de ,paris l',ermitage ou ,montmorency2 ayant regret aux quatre sous de port que sa lettre m'aurait cot1 elle me l'envoyait par un de ses gens1 qui arrivait pied tout en nage1 et qui je donnais dner1 et un cu qu'il avait assurment bien gagn4 ,me proposait-elle d'aller passer huit ou quinze jours avec elle sa campagne1 elle se disait en elle-mme3 ce sera toujours une conomie pour ce pauvre garon et pendant ce temps-l sa nourriture ne lui cotera rien4 ,elle ne songeait pas aussi que durant ce temps-l je ne travaillais point et que mon mnage et mon loyer1 et mon linge et mes habits n'en allaient pas moins2 que je payais mon barbier double et qu'il ne laissait pas de m'en coter chez elle plus qu'il ne m'en aurait cot chez moi444 ,je puis assurer que j'ai bien vers vingt-cinq cus chez madame d',houdetot ,eaubonne1 o je n'ai couch que quatre ou cinq fois1 et plus de cent pistoles tant pinay qu' la ,chevrette1 pendant les cinq ou six ans que j'y fus le plus assidu4 ,ces dpenses sont invitables pour un homme de mon humeur qui ne sait se pourvoir de rien1 ni s'ingnier sur rien1 ni supporter l'aspect d'un valet qui grogne et qui vous sert en rechignant4 ,non1 non1 il n'ira plus chez les gens du monde4 ,il a enfin reconquis sa libert et il la gardera4 ,son ternel dessein de rforme morale parat srieux cette fois4 ,on dirait qu'il va devenir capable de vie intrieure4 ,le libraire ,rey le pressant d'crire les ,mmoires de sa vie1 il raille la fausse navet de ,montaigne1 qui a soin de ne se donner que des dfauts aimables1 tandis que je sentais1 dit-il1 moi qui me suis cru toujours et qui me crois encore1 tout prendre1 le meilleur des hommes1 qu'il n'y a point d'intrieur humain1 si pur qu'il puisse tre1 qui ne recle quelque vice odieux4 ,et cette fin de phrase impliquerait quelque connaissance de soi et quelque humilit1 s'il n'y avait tant d'orgueil1--ou peut-tre simplement de gageure1--dans le commencement4 ,n'importe1 il n'a jamais paru si sage1 et est bien dcid vivre dans son coin4 99 99 99 99 99 ,mais1 au commencement de l't1 le marchal et la duchesse du ,luxembourg arrivent leur chteau1 qui est proche de la maisonnette de ,montlouis1 et voil ses projets de retraite renverss4 ,le duc et la duchesse lui font quelques avances1 et presque aussitt il reprend ses chanes4 ,chanes moins lourdes1 il est vrai1 que celles de la ,chevrette1 ,jean-,jacques fait ses conditions3 on ne le recevra que dans l'intimit2 on ne l'obligera pas tre des soupers4 ,il semble d'ailleurs que monsieur et madame de ,luxembourg aient t beaucoup moins indiscrets avec lui que nagure madame d'pinay4 ,mais1 tout de mme1 ce n'est dj plus la libert4 ,notre faux ,huron ne pouvait s'empcher ni de la dsirer1 ni de l'abdiquer en des mains aristocratiques4 ,et tant de rcidives nous feraient croire que1 dans le fond1 il aimait cette servitude-l4 ,il est vrai qu'il tait tomb1 cette fois1 sur des gens qui ne la lui faisaient pas trop sentir4 ,le marchal de ,luxembourg tait un excellent homme1 de faons simples et cordiales4 ,il prit tout de suite ,jean-,jacques par sa bonhomie4 ,il l'appelait son cher ami4 ,jean-,jacques se mit l'adorer1 car il allait toujours1 pour commencer1 jusqu' l'adoration4 ,mais tout de mme le rang du marchal lui en imposait4 ,il parat1 dans ses lettres1 songer ce rang plus que n'y songeait le bon marchal lui-mme4 ,et cependant ,jean-,jacques veut garder l'allure d'un homme libre1 que les grandeurs n'blouissent point4 ,et de l bien des embarras3 ,vos bonts1 crit-il au marchal1 m'ont mis dans une perplexit qui augmente le dsir de n'en tre pas indigne4 ,je conois comment on rejette avec un regard froid et repoussant les avances des grands qu'on n'estime pas3 mais comment1 sans m'oublier1 en userais-je avec vous1 monsieur1 que mon coeur honore1 avec vous que je rechercherais si vous tiez mon gal8 ,n'ayant jamais voulu vivre qu'avec mes amis1 je n'ai qu'un langage1 celui de l'amiti1 de la familiarit4 ,je n'ignore pas combien1 de mon tat au vtre1 il faut modifier ce langage3 je sais que mon respect pour votre personne ne me dispense pas de celui que je dois votre rang444 ,je suis toujours dans le doute de manquer vous ou moi1 d'tre familier ou rampant444 ,et a continue4 ,mon ,dieu1 que d'histoires6 et que cela est lourd6--,dans une autre lettre3 ,ah6 monsieur le marchal1 vous ne songez pas combien il m'est doux de voir que l'ingalit n'est pas incompatible avec l'amiti1 et qu'on peut avoir plus grand que soi pour ami4 ,encore8 ,il passe son temps rappeler au bonhomme qu'il est marchal et duc4 7,ah6 nous sommes loin1 ici1 de la jolie attitude si aise de ,voltaire avec les grands seigneurs47 ,un jour1 le ,genevois ,coindet tant venu montrer au marchal des projets d'estampes pour la ,nouvelle ,hlose1 le marchal le retint dner1 et1 comme ,coindet tait oblig de retourner ,paris de bonne heure1 il dit la compagnie3 ,allons nous promener sur le chemin de ,saint-,denis2 nous accompagnerons monsieur ,coindet4 ,le marchal ne pensait faire l rien de sublime4 ,mais1 aprs nous avoir racont le fait1 ,jean-,jacques ajoute3 ,pour moi1 j'avais le coeur si mu1 que je ne pus dire un seul mot4 ,je suivais par derrire1 pleurant comme un enfant1 et mourant d'envie de baiser les pas de ce bon marchal4 ,cela est d'un bon coeur2 mais c'est trop1 dcidment1 c'est trop4 ,quant la marchale1 vous la connaissez4 ,besenval1 parlant du temps o elle tait duchesse de ,boufflers1 nous la peint comme un monstre de dbauche1 d'ivrognerie et de mchancet4 ,vous en penserez ce que vous voudrez4 ,et il est vrai que ,besenval ajoute3 ,je ne lui connais qu'un seul mrite1 c'est la manire dont elle a lev la duchesse de ,lauzun sa petite-fille444 ,on ne peut disconvenir qu'elle ne soit un chef-d'oeuvre d'ducation et la femme la plus parfaite qu'on ait connue4 7,quant au marchal1 ,besenval nous le donne pour un homme extrmement born74 ,la marchale avait cinquante et un ans quand ,rousseau entra dans sa quasi-intimit4 ,elle avait eu publiquement le marchal pour amant avant de l'avoir pour mari4 ,elle tait encore belle1 trs spirituelle1 et d'un esprit mordant1 mais qui commenait s'adoucir4 ,aprs la mort du marchal 7#agfd7 elle devint1 parat-il1 tout fait bonne1 d'une bont faite d'une longue exprience4 ,sous ,louis ,,xvi1 elle fut considre comme l'oracle du bon ton et de l'urbanit1 comme celle qui maintenait les rgles de la parfaitement bonne compagnie4--,le genre de madame ,geoffrin tait une espce de police pour le got1 comme la marchale de ,luxembourg pour le ton et l'usage du monde4 ,ainsi s'exprime le prince de ,ligne4 ,la marchale eut l'esprit de mourir en #aghg4 ,son rle mondain impliquait une rapide intelligence des hommes1 beaucoup de tact et de souplesse4 ,elle n'eut aucune peine prendre ,jean-,jacques1 et elle lui fut bien meilleure que n'avait t l'inquite et tourmentante madame d'pinay1 d'ailleurs grande dame de second ordre4 ,avec l'ombrageux ,jean-,jacques1 la marchale fut toute simplicit1 toute srnit1 toute tolrance1 montra une admiration qui semblait absolument involontaire et se garda d'avoir trop d'esprit4--,l'agrable portrait qu'il nous fait d'elle se termine ainsi3 ,je crus m'apercevoir1 ds la premire visite1 que1 malgr mon air gauche et mes lourdes phrases1 je ne lui dplaisais pas4 ,il ne lui dplaisait pas4 ,il avait pour lui sa bizarrerie1 sa rputation d'ours de gnie1 son trange talent 7et de tout temps les belles dames ont aim avoir chez elles leur homme clbre74 ,mais en outre il faut bien admettre que sa personne avait1 non seulement de la saveur1 mais un charme rel3 car nous voyons que jamais les enthousiastes de ses livres ne se sont refroidis sur lui quand ils l'ont connu1--ou que le refroidissement n'est venu qu' la longue4 ,voil donc1 encore une fois1 ,rousseau captif et oblig d'un grand seigneur et d'une grande dame4 ,il accepte de loger dans un dlicieux petit chteau du parc de ,montmorency pendant qu'on rpare sa maisonnette de ,montlouis4 ,il va tous les jours chez le marchal et madame de ,luxembourg4 ,il y va ds le matin2 il y dne2 il y passe l'aprs-midi2 souvent il y soupe4 ,je ne la quittais presque point1 dit-il4 ,il lit tous les matins1 la marchale couche1 le manuscrit de la ,nouvelle ,hlose2 et a dure longtemps4 ,il en crit pour elle une belle copie calligraphie1 tant la page4 ,quand la lecture de la ,nouvelle ,hlose est termine1 il se met lui lire l'mile4 ,madame de ,luxembourg s'engoua de la ,julie et de son auteur2 elle ne parlait que de moi1 ne s'occupait que de moi1 me disait des douceurs toute la journe1 m'embrassait dix fois le jour4 ,elle voulut que j'eusse toujours ma place ct d'elle2 et quand quelques seigneurs voulaient prendre cette place1 elle leur disait que c'tait la mienne1 et les faisait mettre ailleurs4 ,la petite maison de ,montlouis rpare1 il y rentre1 mais en gardant la jouissance1 son gr1 du dlicieux petit chteau4--,soit au petit chteau1 soit ,montlouis1 monsieur et madame de ,luxembourg lui amnent leurs visiteurs4 ,ce sont les plus grands seigneurs1 et toujours ce sont les plus grandes dames4 ,car1 ne nous y trompons pas1 ,rousseau a t infiniment plus choy par ces gens-l que ,voltaire4 ,et ,thrse leur donne goter1 et les grandes dames embrassent ,thrse1 aprs avoir mang ses fraises la crme4 ,jean-,jacques vit dans l'enchantement4 ,mais il tient nous faire savoir que tout cet clat ne l'blouit point et qu'il garde1 au milieu de tant de gloire1 sa simplicit4 7,la mme note un peu niaise se retrouvera dans ,chateaubriand47 ,j'interpelle1 dit ,jean-,jacques un peu solennellement1 tous ceux qui m'ont vu durant cette poque1 s'ils se sont jamais aperus que cet clat m'ait un instant bloui2 que la vapeur de cet encens m'ait port la tte2 s'ils m'ont vu moins uni dans mon maintien1 moins simple dans mes manires1 moins liant avec le peuple1 moins familier avec mes voisins1 etc44 ,et il se sait un gr extrme de souper quelquefois avec son voisin le maon ,pilleu aprs avoir dn chez les ,luxembourg4 ,il trouve cela admirable1 il n'en revient pas4 ,donc1 jamais il n'a t plus heureux4 ,mais il va le payer1 et bientt4 ,et les seigneurs et les dames qui l'applaudissent1 le choient et l'embrassent1 le paieront aussi1--plus tard4 99 99 99 99 99 ,la ,nouvelle ,hlose1 imprime ,amsterdam1 parat en ,france au dbut de #agfa avec un succs prodigieux4 mile est prt quelques mois aprs4 ,rousseau voudrait1 par prudence1 le faire imprimer et publier1 comme la ,julie1 seulement l'tranger4 ,mais1 prenant ses intrts plus que lui-mme1 madame de ,luxembourg et ,malesherbes veulent que l'mile soit publi rgulirement en ,france en mme temps qu'en ,hollande4 ,malesherbes propose lui-mme les corrections ncessaires4 ,et1 comme l'impression trane et que ,rousseau ne sait pas ce qui se passe1 il meurt d'inquitude4 ,mais quoi6 ,malesherbes1 directeur de la librairie1 la marchale et mme le prince de ,conti se sont chargs de tout1 lui rpondent de tout4 ,tout de mme1 cette impression trane bien6 ,rousseau retombe malade4 ,cette fois il croit avoir la pierre4 ,le marchal lui amne le clbre frre ,cme4 ,le frre ,cme 7,rousseau1 je le rpte1 n'a jamais eu qu' se louer des prtres ou religieux catholiques7 parvient le sonder1 et dclare qu'il n'y avait point de pierre1 mais que la prostate tait squirreuse et d'une grosseur surnaturelle1 et que ,rousseau souffrirait beaucoup1 mais qu'il vivrait longtemps4 ,et l'impression de l'mile trane toujours6444 ,il parat enfin1 en mai #agfb4 ,mais des bruits inquitants circulent4 ,le #h juin1 dans la nuit1 au moment o ,rousseau1 selon sa coutume1 lisait la ,bible avant de s'endormir1 il est averti qu'il est dcrt de prise de corps4 ,il faut qu'il file3 il ne rsiste pas4 ,adieux attendrissants4 ,la marchale1 madame de ,boufflers1 madame de ,mirepoix qui se trouvent l1 l'embrassent en pleurant1 et le bon marchal le conduit lui-mme jusqu' une chaise de poste dj prte4 ,pourquoi ,rousseau tait-il dcrt8 ,par ce que le ,parlement prparait alors l'expulsion des ,jsuites et qu'on voulait accorder aux dvots une petite compensation en frappant un philosophe diste4 ,politique de bascule4 ,on n'avait pas alors la libert de la presse4 ,nous avons la libert de la presse1 mais nous n'avons pas la libert de conscience1 ni la libert d'association1 ni la libert d'enseignement4 ,on ne peut pas tout avoir4 ,voil donc le pauvre ,rousseau en fuite4 ,cette fuite allait le condamner huit annes nouvelles de vie errante1 et la folie dfinitive4 ,madame de ,luxembourg1 le prince de ,conti et ,malesherbes taient responsables vis--vis de ,jean-,jacques de cette cruelle aventure4 ,mais ils durent tre fort embarrasss4 videmment il n'avait pas dpendu d'eux d'empcher le dcret du ,parlement4--,au moins1 direz-vous1 auraient-ils d le prvoir4--,c'est bien mon avis4 ,mais1 maintenant que c'tait chose accomplie1 que pouvaient-ils faire8 ,rien1 sinon conseiller ,rousseau la fuite1 lui en laisser le temps et lui en procurer les moyens4 ,c'est ce qu'ils firent2 et c'est probablement aussi ce que le ,parlement dsirait4 ,rousseau ne pouvait se dfendre sans dcouvrir madame de ,luxembourg1 le prince de ,conti et ,malesherbes4 ,il ne se dfendit point4 ,il se conduisit en fort honnte homme4 ,dans cette circonstance1 ses puissants amis furent bien rellement ses obligs4 ,ils taient tenus de lui rester fidles et mme reconnaissants4 ,ils le furent1 oui1--mais pas assez peut-tre1 et pas assez longtemps4 ,mais l'loignement1 les annes1 la dfiance croissante de ,jean-,jacques leur sont peut-tre une excuse4 ,au surplus1 c'est bien sa faute6 coutez cette phrase1 qu'on sent avoir t crite avec un sensible plaisir3 444,cette terrasse me servait de salle de compagnie pour recevoir monsieur et madame de ,luxembourg1 monsieur le duc de ,villeroy1 monsieur le prince de ,tingry1 monsieur le marquis d',armentires1 madame la duchesse de ,montmorencey1 madame la duchesse de ,boufflers1 madame la comtesse de ,valentinois1 madame la comtesse de ,boufflers1 et d'autres personnes de ce rang 7il faudrait ajouter le prince de ,conti7 qui1 du chteau1 ne ddaignaient pas de faire1 par une monte trs fatigante1 le plerinage de ,montlouis4 ,diable6 c'est encore mieux qu' l',ermitage4 ,mais qu'est-ce que ,jean-,jacques va faire dans ce monde-l8 ,ils ont des faons parfaites1 c'est vrai1 et personne ne sait mieux qu'eux et mieux qu'elles tourner un compliment4 ,mais enfin ces seigneurs et ces dames sont des privilgis entre les privilgis4 ,ils reprsentent tout ce que ,rousseau1 dans ses premiers ouvrages1 dit excrer le plus3 les mensonges et la corruption mondaine et l'ingalit la plus insolente4 ,ce luxe1 ce raffinement1 cette vie inimitable ne peut que rappeler ,jean-,jacques l'amas prodigieux d'injustices et de misres qu'elle suppose au-dessous d'elle et dont elle se nourrit4 ,et pourtant1 il ne peut plus vivre1 dirait-on1 qu'avec ces coteux aristocrates1 ces scandales de richesse et ces scandales d'ingalit444 ,il est permis un pauvre sceptique de voir tout le monde3 mais un aptre6 ,nous sommes de faibles cratures1 et nous devons tcher de comprendre toutes les contradictions4 ,mais il y en a aussi de trop voyantes1 de trop hontes1 et que1 vraiment1 un peu de probit et de bon got devrait faire viter6 ,je n'aime pas plus ,rousseau chez les ,luxembourg que je n'aime un socialiste millionnaire1 un gentilhomme anarchiste ou un prtre qui fait le badin et l'mancip4 ,mais eux1 de leur ct1 ces princes1 ces ducs et duchesses1 ces comtesses et ces marquis1--dans un temps o ces noms signifiaient quelque chose1--qu'ont-ils affaire avec ,jean-,jacques8 ,rien que pour vivre1 pour rester ce qu'ils sont1 ils ont besoin de l'ordre social et politique d'alors1 et ils ont besoin de l'glise4 ,qu'ils se soucient du bien public1 qu'ils soient1 politiquement1 avec ,voltaire1 avec ,montesquieu1 plus tard avec ,turgot1 c'est bien4 ,mais cet excentrique1 ce dtraqu les menace directement et dans ce qu'ils ont de plus prcieux2 il menace la vie lgante2 il menace1 de loin1 la proprit mme1 et tout l'ordre existant1 et l'glise et l'ducation traditionnelles et nationales4 ,et ils le trouvent bizarre1 mais sympathique1 et ils l'accablent de caresses4--,est-ce donc qu'ils poussent la gnrosit et l'abngation jusqu' se vouloir dtruire eux-mmes8 ,non2 mais1 n'ayant plus de foi1 ils ne savent pas4 ,ce sont des snobs1 et qu'on a revus4 ,ils se piquent de libert et de hardiesse d'esprit4 ,ils croient d'ailleurs n'applaudir qu' des phrases amusantes1 qui les brusquent agrablement4 ,ils ne savent pas que dans une trentaine d'annes les plus grossires de ces phrases1 aprs avoir pntr dans les cerveaux des avocats1 des procureurs1 des professeurs1 des hommes de lettres1 descendront dans des ttes plus obscures et se traduiront par des actes aveugles4 ,l'excellent1 le vertueux ,m4 de ,malesherbes1 qui s'est donn tant de peine pour faire imprimer la ,julie et l'mile1 sera envoy l'chafaud par des sclrats ivres de ,jean-,jacques4 ,en #agfj1 ,amlie de ,boufflers1 petite-fille de la marchale1 future duchesse de ,lauzun1 avait onze ans4 ,elle avait une figure1 une douceur1 une timidit virginale444 ,un jour ,rousseau la rencontra seule dans l'escalier du petit chteau444 ,faute de savoir que lui dire1 il lui proposa un baiser que1 dans l'innocence de son coeur1 elle ne refusa pas4--,trente-trois ans aprs1 la duchesse de ,lauzun1 la plus pure et la plus douce parmi les femmes connues du ,x,v,i,i,ie sicle1 tait condamne mort par des hommes qui taient de fervents adorateurs de ,rousseau4 ,si l'on se remmore rapidement l'enchanement mystrieux et fatal des effets et des causes1 serait ce pure dclamation que de dire3--,ce baiser donn la petite ,amlie de ,boufflers par ,jean-,jacques1--qui1 lui non plus1 ne savait pas1--c'tait dj le baiser de la guillotine8 ,,sixi,,me ,,conf,,rence ,,la ,,nouvelle ,h,,lo,,se ,ceux qui veulent absolument ramener une seule et mme thorie tous les livres de ,rousseau1 nous assurent que le sens de la ,nouvelle ,hlose est celui-ci3 ,si nous ne pouvons revenir l'tat de nature1 corrompu par la socit1 chacun de nous peut1 mme dans l'tat actuel de la civilisation1 refaire en lui l'homme naturel4 ,et ils pensent que ,rousseau devait forcment1 aprs le ,discours sur l'ingalit et la ,lettre sur les spectacles1 crire la ,nouvelle ,hlose1 comme il devait ncessairement crire ensuite l'mile et le ,contrat social4 ,je le veux bien1 mais je n'en suis pas sr4 ,il me semble 7et nous l'avons vu jusqu'ici7 que les livres de ,rousseau ne dcoulent point d'un mme systme prconu 7quoi qu'il en dise1 aprs coup1 dans ses ,dialogues71 mais qu'ils sont tous des oeuvres de circonstances1 j'entends des circonstances de sa vie individuelle4 ,le mme temprament1 la mme espce de sensibilit et1 en gnral1 les mmes sentiments et les mmes rves se retrouvent bien1 plus ou moins1 dans tous ses ouvrages2 cela tait invitable4 ,ses livres sortent de la mme source profonde et trouble3 mais je ne vois pas bien qu'ils s'engendrent logiquement l'un l'autre4 7,je reviendrai l-dessus dans mes conclusions47 ,voyons comment est ne ,julie ou la ,nouvelle ,hlose4 ,il nous le raconte au livre ,,ix des ,confessions1 abondamment et un peu confusment4 ,c'tait au mois de juin4 ,il tait l',ermitage4 ,il faisait de longues promenades dans les bois4 ,il rvait4 ,il lui semblait1 dit-il1 que la destine lui devait quelque chose qu'elle ne lui avait pas donn4 ,quoi8 ,l'amiti et l'amour1 surtout l'amour4 ,comment se pouvait-il qu'avec des sens si combustibles1 avec un coeur tout ptri d'amour1 je n'eusse pas du moins une fois brl de sa flamme pour un objet dtermin8 ,il revoyait toutes les femmes qui lui avaient donn de l'motion dans sa jeunesse1 mademoiselle ,galley1 mademoiselle de ,graffenried1 mademoiselle de ,breil1 madame ,basile1 madame de ,larnage1 mes jolies colires1 et jusqu' la piquante ,zulietta4 7,il oublie carrment madame de ,warens47 ,hlas6 il a beau voquer tous ses souvenirs d'amour4 ,cela est assez maigre1 et il le sait bien4 ,ces aventures ont peine t des bauches4 ,il n'y a qu'avec la facile madame de ,larnage1 qui avait tant de bonne volont444 ,mais ce n'a gure t qu'une rencontre d'auberge4--,j'ai pass ma vie1 dit-il quelque part1 convoiter et me taire auprs des personnes que j'aimais le plus4 ,oh6 avoir enfin un bel amour6 ,mais ,jean-,jacques a quarante-cinq ans2 il est trop tard2 et puis il ne voudrait pas faire de peine ,thrse4 ,alors1 dit-il1 l'impossibilit d'atteindre aux tres rels me jeta dans le pays des chimres2 et ne voyant rien d'existant qui ft digne de mon dlire1 je le nourris dans un monde idal1 que mon imagination cratrice eut bientt peupl d'tres selon mon coeur444 ,j'imaginai deux amies444 ,je fis l'une brune et l'autre blonde1 l'une vive et l'autre douce1 l'une sage et l'autre faible1 mais d'une si touchante faiblesse que la vertu semblait y gagner4 7,parbleu67 ,je donnai l'une des deux un amant dont l'autre fut la tendre amie1 et mme quelque chose de plus444 pris de mes deux charmants modles1 je m'identifiais avec l'amant et l'ami le plus qu'il m'tait possible2 mais je le fis aimable et jeune1 en lui donnant au surplus les vertus et les dfauts que je me sentais4 ,aprs quoi il leur cherche un sjour1 songe pour eux aux ,iles ,borromes1 et finalement les place ,vevey1 au bord de son cher lac4 ,il se mit alors1 dit-il1 crire au hasard1 rien que pour donner l'essor au dsir d'aimer qu'il n'avait pu satisfaire et dont il se sentait dvor4 ,il assure que les deux premires parties de ,julie ont t crites de cette manire1 sans qu'il et aucun plan bien form1 et mme sans prvoir qu'un jour il serait tent d'en faire un ouvrage en rgle4 ,il considre si peu son roman commenc comme un dveloppement ou une application de sa doctrine1 qu'il le regarde1 au contraire1 comme une sorte de dmenti son rle public3 ,aprs les principes svres que je venais d'tablir avec tant de fracas1444 aprs tant d'invectives mordantes contre les livres effmins qui respiraient l'amour et la mollesse1 pouvait-on rien imaginer de plus inattendu1 de plus choquant que de me voir tout coup m'inscrire parmi les auteurs de ces livres que j'avais si durement censurs8 ,je sentais cette inconsquence dans toute sa force4 ,cela parat bien prouver que ,rousseau n'avait d'abord conu que les deux premires parties de ,julie1 qu'il ne les avait conues que comme un roman d'amour1 et que les intentions moralisatrices ne lui vinrent qu'aprs coup4 ,en attendant il revoit la ,chevrette1 puis l',ermitage1 madame d',houdetot4 ,immdiatement son idal se concrte en elle4 ,il se figure ,julie sous ses traits4 ,quelle occasion de s'essayer ces sentiments exalts qu'il veut exprimer dans son livre6 ,dans leurs rendez-vous mystrieux1 dans leurs conversations brlantes 7du moins de sa part lui7 tandis que madame d',houdetot s'amuse et qu'elle se distrait de l'absence de ,saint-,lambert1 ,jean-,jacques1 en ralit1 travaille son roman4 ,et cela explique qu'il se soit si vite consol de l'chec de cette grande passion4 ,ce n'tait que de la littrature4 ,cependant1 ce qu'il a crit jusqu'ici de la ,julie1 au hasard et sans suite1 ne fait mme pas une histoire4 ,mais1 force1 nous dit-il1 de tourner et retourner mes rveries dans ma tte1 j'en formai enfin l'espce de plan dont on a vu l'excution4 ,et alors il nous dit qu'il se propose1 dans son roman1 deux objets4 ,le premier1 c'est de montrer un sicle corrompu1 en se mettant sa porte1 qu'on peut se relever d'une chute1 et que mme une erreur d'un moment peut tre la source d'actes sublimes4 ,si ,julie eut t toujours sage1 dira-t-il dans sa ,seconde ,prface1 elle instruirait beaucoup moins1 car qui servirait-elle de modle8--,et son second objet1 c'est de rapprocher les croyants et les athes dans une estime rciproque2 d'apprendre ceux-ci qu'on peut croire en ,dieu sans tre hypocrite1 et aux croyants qu'on peut tre incrdule sans tre un coquin4 ,julie dvote est une leon pour les philosophes1 et ,wolmar athe en est une pour les intolrants4--,le reste1 et notamment le rappel la vie simple1 la vie rurale et familiale1 et la puret du foyer domestique1 ne serait donc venu que subsidiairement4 ,voil ce que dit ,rousseau au livre ,,ix des ,confessions4 ,cela est plausible4 ,mais je crois que le roman de ,julie s'est form dans son esprit plus simplement encore4 ,tout ce que je retiendrai de son rcit1 c'est qu'il a conu ,julie au printemps1 parmi les fleurs et les arbres1 pendant des mois de rverie et d'exaltation sentimentale1 et que c'est avant tout son propre roman qu'il a rv4 ,dans ces promenades travers bois1 il se souvient de sa jeunesse vagabonde1 qui se transfigure ses yeux4 ,or1 un des rves qu'il avait fait le plus souvent dans ce temps-l1--et qu'il a ralis avec madame d',houdetot tant bien que mal1 et trop tard1 quarante-cinq ans1--c'est d'tre aim d'une belle aristocrate4 vad de ,genve1 errant par la ,savoie et le ,pimont1 il ne pouvait presque rencontrer un chteau dans la campagne sans faire ce rve3 ,j'entrais avec scurit dans le vaste monde444 ,mon mrite allait le remplir444 ,en me montrant j'allais occuper de moi l'univers444 ,mais il ne me fallait pas tant444 ,un seul chteau bornait mon ambition3 favori du seigneur et de la dame1 amant de la demoiselle1 ami du pre et protecteur des voisins1 j'tais content2 il ne m'en fallait pas davantage4 ,un peu plus tard1 ,turin3 ,mon htesse me dit qu'elle m'avait trouv une place et qu'une dame de condition voulait me voir4 ,a ce mot je me crus tout de bon dans les hautes aventures1 car j'en revenais toujours l4 ,mais surtout il se souvient de mademoiselle de ,breil1 chez les ,gouvon1 o il tait laquais3 ,mademoiselle de ,breil tait une jeune personne peu prs de mon ge1 bien faite1 assez grande1 trs blanche1 avec des cheveux trs noirs et1 quoique brune1 portant sur son visage cet air de douceur des blondes auquel mon coeur n'a jamais rsist4 ,l'habit de cour1 si favorable aux jeunes personnes1 marquait sa jolie taille1 dgageait sa poitrine et ses paules1 et rendait son teint encore plus blouissant par le deuil qu'elle portait alors4 ,on dira que ce n'est pas un domestique de s'apercevoir de ces choses-l 7phrase pnible7444 ,a table1 j'tais attentif chercher l'occasion de me faire valoir4 ,si son laquais quittait un moment sa chaise1 l'instant on m'y voyait tabli3 hors de l1 je me tenais vis--vis d'elle1 je cherchais dans ses yeux ce qu'elle allait demander1 j'piais le moment de changer son assiette4 ,que n'aurais-je point fait pour qu'elle daignt m'ordonner quelque chose1 me regarder1 me dire un seul mot6 ,mais point2 j'avais la mortification d'tre nul pour elle2 elle ne s'apercevait pas mme que j'tais l4 ,une fois pourtant1 et une autre fois encore1 il attire son attention1 et dans des conditions flatteuses pour lui3 ,elle jeta les yeux sur moi4 ,ce coup d'oeil1 qui fut court1 ne laissa pas de me transporter4 ,et la seconde fois3 ,ce moment fut court1 mais dlicieux1 tous gards444 ,quelques minutes aprs1 mademoiselle de ,breil1 levant derechef les yeux sur moi1 me pria1 d'un ton de voix aussi timide qu'affable1 de lui donner boire4 ,on juge que je ne la fis pas attendre2 mais en approchant1 je fus saisi d'un tel tremblement qu'ayant trop rempli le verre1 je rpandis une partie de l'eau sur l'assiette et mme sur elle4 ,son frre me demanda tourdiment pourquoi je tremblais si fort4 ,cette question ne servit pas me rassurer1 et mademoiselle de ,breil rougit jusqu'au blanc des yeux4 ,ruy ,blas444 c'est bien ,ruy ,blas1 ,ruy ,blas sous son vrai nom1 dans sa premire condition et non encore dguis en don ,csar444 ,mais sans doute la mre avait remarqu quelque chose et elle parla la petite4 ,jean-,jacques eut beau1 ensuite1 s'attarder quand il pouvait dans l'antichambre de madame de ,breil3 il n'obtint plus une seule marque d'attention de la part de la fille4 ,mme1 deux fois1 madame de ,breil lui demanda d'un ton fort sec s'il n'avait rien faire--,il fallut1 dit-il1 renoncer cette chre antichambre4 ,et il conclut3 ,ici finit le roman4 ,eh bien1 il me parat clair que les deux premires parties de la ,nouvelle ,hlose1 c'est l'achvement de ce roman1 du roman de toute sa jeunesse1 et que ce n'est pas autre chose1 et qu'il le conoit et mme l'crit d'abord1 pour son plaisir1 et sans s'inquiter de la suite4 ,il faut que ,jean-,jacques soit aim de ce qu'il appelle dans les ,confessions la demoiselle du chteau2 et il faut qu'il la possde4 ,aprs1 on verra4 ,et voici comment cela s'arrange dans sa tte4 ,personnages3 lui1 ,jean-,jacques1 sous le nom de ,saint-,preux2 ,julie d'tanges2 le baron d'tanges son pre1 gentilhomme plein de prjugs 7cela est impliqu par la donne mme de l'histoire72 la baronne d'tanges1 mre indolente et efface 7pour faciliter et expliquer certains faits74 ,enfin1 comme personnages accessoires3 la piquante ,claire1 en contraste avec la tendre ,julie2 l'nergique et froid lord douard1 en contraste avec le faible et ardent ,saint-,preux4--,cadre3 le paysage que ,jean-,jacques aime et connat le mieux3 les bords du lac ,lman4 ,le roman sera par lettres1 pour plus de commodit1 pour que l'auteur y puisse dborder son gr1 et parce que la forme oratoire ou lyrique 7discours ou effusions7 est celle qui lui est le plus naturelle4 ,le roman procdera un peu de la ,clarisse ,harlowe de ,richardson1 et un peu1 trs peu1 de la ,marianne de ,marivaux4 ,ajoutez1 si vous voulez1 de vagues et trs indirects souvenirs des romans du ,x,v,i,ie sicle qu'il lisait1 enfant1 avec son pre4 ,mais1 pour que la sduction de ,julie soit plus vraisemblable1 l'auteur prte ,saint-,preux une condition sociale un peu plus releve que n'tait celle de ,jean-,jacques ,turin4 ,saint-,preux est un jeune bourgeois1 d'tat civil incertain1--instruit1 intelligent1--d'ailleurs seul au monde1 comme ,ruy ,blas1 ,didier et leurs frres romantiques2 plbien juste assez pour que le prjug social s'oppose ce qu'il pouse ,julie4--,d'autre part1 ,julie a t leve par une servante qui tait une commre assez cynique4--,en l'absence du baron1 la baronne d'tanges1 trangement imprudente1 a pri ,saint-,preux de donner des leons ,julie4 ,saint-,preux vingt ans1 ,julie en a dix-huit4 ,on prvoit ce qui arrivera4 ,cela ne tarde pas beaucoup4 ,aprs quelques lettres fort longues et une rsistance assez courte1 ,julie1 avec la complicit de son amie la piquante ,claire1 va retrouver1 un soir1 ,saint-,preux dans un bosquet1 lui applique un baiser sur la bouche1 et s'enfuit4 ,aprs quoi 7et ici je copie simplement les titres de quelques chapitres7 elle exige que son amant s'absente pour un temps1 et lui fait tenir de l'argent pour aller dans sa patrie vaquer ses affaires4--,l'amant obit1 et1 par un motif de fiert lui renvoie son argent4--,indignation de ,julie sur le refus de son amant4 ,elle lui fait tenir le double de la premire somme4--,son amant reoit la somme1 et part4 ,eh bien1 quoi8 ,les arguments de ,julie sont fort persuasifs1 je vous assure2 et puis1 ,jean-,jacques n'a-t-il pas t jadis1 sans nul embarras1 l'oblig de madame de ,warens8444 ,et pourquoi soulve-t-il ici cette question inattendue sinon parce qu'il se souvient8444 ,pendant l'absence de ,saint-,preux1 le baron d'tanges revient la maison4 ,on lui parle des mrites de ,saint-,preux4 ,il dclare ce propos qu'il ne donnera jamais sa fille un roturier1 mais qu'il veut la marier un gentilhomme de ses amis4 ,julie tombe malade1 rappelle secrtement ,saint-,preux1 et elle perd son innocence4 ,elle donne un second rendez-vous son amant4 ,mais elle le remet ensuite et oblige ,saint-,preux s'absenter deux jours pour une bonne action qu'il serait inutile de vous expliquer4 ,le ciel les rcompense d'ailleurs de ce sacrifice1 car l'absence de ,saint-,preux les sauve d'un grave pril4 ,et ,julie son tour le rcompense de sa vertu par un rendez-vous nocturne et tout fait srieux4 ,je passe quelques pisodes4--,puis ,julie est enceinte1 puis elle fait une fausse couche1 tout cela secrtement4--,puis1 mylord douard1 l'ami de ,saint-,preux1 ayant conseill au pre de ,julie de la marier avec son matre d'tude1 le baron fait une scne terrible sa femme et sa fille2 et la subtile ,claire parvient faire filer ,saint-,preux1 qui se rend ,paris4 ,julie1 auparavant1 lui a jur que sans doute elle ne l'pouserait pas sans le consentement de son pre1 mais qu'elle ne sera jamais un autre sans le consentement de ,saint-,preux4 ,et voil le roman1--tant refait depuis1--du matre d'tude et de la jeune noble4 ,je n'en ai retenu que les faits essentiels3 car1 dans cette surabondante ,julie qui contient douze cents pages1 il n'y en a pas quatre cents qui se rapportent l' histoire elle-mme2 et je viens de vous en analyser le premier tiers4 ,ce premier tiers est1 de beaucoup1 le plus ennuyeux 7sauf les digressions3 le voyage de ,saint-,preux dans le ,valais et les lettres qu'il envoie de ,paris74--,et pourtant c'est probablement la partie de son livre que ,rousseau a crite avec le plus de fivre4 ,c'est de ce premier volume de l',hlose que madame d'pinay a dit dans ses ,mmoires3 ,aprs le dner nous avons lu les cahiers de ,rousseau4 ,je ne sais si j'tais mal dispose1 mais je ne suis pas contente4 ,c'est crit merveille1 mais cela est trop fait et me parat sans vrit et sans chaleur4 ,les personnages ne disent pas un mot de ce qu'ils doivent dire4 ,c'est toujours l'auteur qui parle4 ,et madame du ,deffand pensait peu prs de mme1 et madame de ,choiseul1 et mme ,diderot 7alors encore ami de ,jean-,jacques74 ,dans toute l'oeuvre de ,rousseau ce volume est1 avec certains chapitres de l'mile1 celui sur lequel il est le plus facile de s'gayer4 ,l'excitation y est purement verbale4 ,on y remarque trois choses dplaisantes 7au moins73 l'abus du mot de vertu et l'quivoque continuelle sur ce mot2 l'indlicatesse des sentiments2 l'avnement dfinitif du style dplorable des hommes sensibles4 #a ,il est inou qu'un garon et une fille qui font ce que font ,saint-,preux et ,julie1 et qui ne pensent qu' a1 parlent de vertu ce point4--,ils disent quelque part que1 pour avoir eu une dfaillance1 ils n'en sont pas moins vertueux sur le reste et n'ont pas perdu pour cela le droit d'aimer la vertu4 videmment3 mais leur faute n'est pas seulement une faiblesse de la chair1 quoi nous pourrions tre indulgents2 elle se complique d'un assez lche abus de confiance1 ,saint-,preux tant le prcepteur de ,julie3 et c'est ce dont ils n'ont pas l'air de se douter4 ,cela rend plus fcheuses encore leurs ternelles invocations la vertu et leur donne un air1 soit d'hypocrisie1 soit d'inconscience1 galement regrettable444 ,oui1 c'est vraiment dsobligeant1 cette manire de fourrer la vertu o elle n'a que faire4 ,c'est chose de ,rousseau et du ,x,v,i,i,ie sicle4 ,rien de semblable au ,x,v,i,ie sicle1 ni dans l'antiquit4 ,en somme1 c'est toujours la grande quivoque de toute la vie de ,rousseau1 quivoque que j'ai dj signale4 ,saint-,preux et ,julie se croient vertueux parce qu'ils adorent la vertu et qu'ils se sentent un bon coeur4 ,ils sont bien l'image de leur pre3 de beaux sentiments1 de beaux discours1 et une vilaine vie 7du moins jusqu' quarante ans74 #b ,en second lieu1 ,julie manque trangement de dlicatesse morale4 ,elle parat d'abord beaucoup trop informe de ce qu'elle va faire2 elle appelle trop les choses par leur nom4 ,elle dit lourdement3 ,ma vertu1444 mon innocence1444 mon dshonneur444 ,elle parle de ses dsirs vaincus1 des plaisirs du vice4 ,elle dit ,saint-,preux 7avant la chute73 ,tche1 cher ami1 de calmer l'ivresse des vains dsirs4 ,elle dit1 en parlant de sa virginit3 ,nous autres jeunes filles1 nous nous trouvons ds le premier ge charges d'un si dangereux dpt6444 ,il n'est pas non plus dlicieux de la voir crire son amant en lui donnant rendez-vous dans un chalet3 ,oh6 la nature6444 ,c'est l qu'on n'est que sous ses auspices et qu'on peut n'couter que ses lois4 ,et il est moins dlicieux encore de l'entendre disserter avec ,saint-,preux sur certaines erreurs des sens3 ,je me souviens des rflexions que nous faisions1 en lisant ton ,plutarque1 sur un got dprav qui outrage la nature4 ,quand ces tristes plaisirs n'auraient que de n'tre pas partags1 c'en serait assez1 disions-nous1 pour les rendre insipides et mprisables444 ,malheureux6 de quoi jouis-tu quand tu es seul jouir6 ,ces volupts solitaires sont des volupts mortes4 ,cela est vraiment extraordinaire sous la plume d'une jeune fille de dix-huit ans6#ac ,note #ac3 ,voir aussi la lettre o ,saint-,preux raconte ,julie qu'il a t entran chez les filles1 et la rponse de ,julie4 ,mais l encore elle est bien l'image de son pre4 ,l'impudeur de ,julie nous fait ressouvenir que celui qui la fait parler n'est venu qu'aprs de longues souillures l'amour normal et qu'il l'a connu pour la premire fois dans des conditions tranquillement cyniques et avec une femme pour qui l'amour n'tait qu'un geste comme un autre4 #c ,enfin1 dans les deux premires parties de la ,julie1 plus que partout ailleurs1 c'est l'affreux panouissement de l'abominable style des hommes sensibles4 ,ce style implique cette convention1 que toujours1 partout1 en toute occasion1 les sentiments naturels1 affections de famille1 tendresse maternelle1 paternelle1 filiale1 conjugale1 amour1 amiti1 piti1 humanit ne peuvent tre prouvs qu'avec une extrme intensit1 ni exprims que dans le style le plus noble1 le plus solennel1 le plus emphatique1 coup quelquefois d'exclamations1 d'apostrophes1 de suspensions1 de frmissements1 de silences444 ,ce style1 vrai dire1 prexistait ,jean-,jacques4 ,il se trouvait un peu dans les romans de l'abb ,prvost1 et surtout dans ,diderot4 ,mais ,jean-,jacques en a fait1 dans le premier tiers de la ,julie1 un triomphal et effarant abus4 ,voici quelques courts exemples de ce style1 pris vritablement au hasard1 car on le trouve presque chaque page4 ,julie vient de revoir son pre 7qu'elle ne doit pas aimer autrement1 d'aprs ce que nous savons73 toi que j'aime le mieux au monde aprs les auteurs de mes jours1 crit-elle ,saint-,preux1 pourquoi tes lettres1 tes querelles viennent-elles contraster mon me8444 ,tu voudrais que mon coeur s'occupt de toi sans cesse2 mais1 dis-moi1 le tien pourrait-il aimer une fille dnature1 qui les feux de l'amour feraient oublier les droits du sang1 et que les plaintes d'un amant rendraient insensible aux caresses d'un pre6 ,et que dites-vous de ce dlire de ,saint-,preux3 ,quelle taille enchanteresse6444 ,au devant deux lgers contours444 spectacle de volupt6444 ,la baleine a cd la force de l'impression444 ,empreintes dlicieuses1 que je vous baise mille fois6444 ,dieux6 dieux6 que sera-ce quand444 ,et la phrase ne s'achve pas4--,du mme ,saint-,preux3 ,oh6 si bientt tu pouvais tripler mon tre6444 ,si bientt un gage ador444 ,espoir trop tt du1 viendras-tu m'abuser encore8444 dsirs6 crainte6 perplexits6444 ,de ,julie 7tableau de famille73 444,je feignis de glisser2 je jetai1 pour me retenir1 un bras au cou de mon pre2 je penchai mon visage sur son visage vnrable1 et dans un instant1 il fut couvert de mes baisers et inond de mes larmes2 je sentis celles qui lui coulaient des yeux qu'il tait lui-mme soulag d'une grande peine2 ma mre vint partager nos transports4 ,douce et paisible innocence1 tu manquas seule mon coeur pour faire de cette scne de la nature le plus dlicieux moment de ma vie6 ,et ctera1 et ctera4 ,je crois1 pour moi1 que ce style emphatique et pleurard est sincre chez ,rousseau2 que ce style sans naturel lui est naturel4 ,pourquoi8 ,parce qu'il tait malade1 atteint d'une profonde nvrose2 parce qu'il avait1 au sens exact du mot1 une sensibilit morbide2 parce que lui-mme fondait rellement en larmes la moindre occasion4 ,mais hlas6 on l'imita1 et ce fut affreux4 ,au temps de ,louis ,,xvi1 et plus encore sous la ,rvolution1 presque toute la littrature fut infeste de cette sensibilit la ,rousseau4 ,elle n'avait gure de la sensibilit que le nom3 c'tait surtout l'application paratre prouver jusqu' l'excs les motions altruistes1 parce qu'on tenait cet excs pour honorable4 ,il y entrait donc beaucoup d'artifice et de vanit et1 par suite1 trs peu de bont relle1 puisque cette proccupation d'tre1 aux yeux des autres et ses propres yeux1 dans une posture qui vous fit honneur1 tait contradictoire la vraie bont qui suppose justement l'oubli de soi ou du moins l'effort de s'oublier4 ,et c'est pourquoi leur sensibilit n'empcha nullement les hommes de la ,rvolution d'tre sans piti4--,puis1 cette sensibilit tant une mode et1 par suite1 tant affecte par les tres les plus mdiocres1 avait rapidement revtu une forme d'une exprimable sottise4--,et enfin1 comme cette sensibilit passait pour noble1 elle entrana la noblesse du style1 telle que la concevaient les sots1 c'est--dire la plus emphatique et la plus niaise phrasologie1 un charabia sans nom4 ,par l1 quelques-uns des crivains de la seconde moiti du ,x,v,i,i,ie sicle nous paraissent plus loigns de nous1 plus trangers1 plus iroquois que les prcieux ou les burlesques du ,x,v,i,ie sicle ou les pdants du ,x,v,ie4 ,lisez un peu1 pour voir1 le thtre de ,sbastien ,mercier1 ou la correspondance amoureuse ou mme familiale de certains ,conventionnels1 et certains romans oublis du temps de la ,terreur4--,rousseau n'a pas seulement lgu la ,rvolution son vocabulaire politique1 ses ftes et sa conception de l'tat3 il lui a transmis le style bte4 99 99 99 99 99 ,voil donc termine la premire priode des amours du matre d'tude et de la jeune fille noble4 ,cela est glacial 7,jean-,jacques ne l'ayant crit qu'avec sa tte1 et d'aprs l'amour artificiel1 livresque et voulu qu'il avait conu pour madame d',houdetot72 et cela est souvent ridicule1 et cela est souvent ennuyeux4 ,et je suis content d'en tre sorti3 car ce qui viendra aprs sera fort beau d'abord1 et ensuite un peu fou1 mais toujours intressant4 ,les deux amants spars1 l'un ,paris1 l'autre ,vevey1 ,rousseau se demande ce qu'il va faire de ,julie4 ,notez que1 prcisment ce moment-l1 son artificielle passion pour madame d',houdetot est fort calme4--,je ne pense pas que l'ide lui soit venue un seul instant de marier1 aprs quelques pripties1 ,saint-,preux et son lve3 ce dnouement serait par trop fade4--,non3 mais1 arriv l1 il se ressouvient de son rle de rformateur des moeurs et de professeur de vertu4 ,et pourquoi disons-nous son rle8 ,il n'tait pas modeste1 il se connaissait lui-mme trs incompltement1 mais il avait fini par tre sincre dans son projet de rforme et de perfectionnement intrieur4 ,sa propre vie1 quand nous l'embrasserons dans son ensemble1 nous apparatra comme une volution1 comme un effort1 souvent plein d'illusions1 mais enfin comme un effort vers la vertu1 comme une lente sortie hors de sa fange premire1 comme une monte que n'arrtera point sa folie peu peu croissante2 au contraire4 ,et alors 7j'en suis persuad7 il a l'ide de rapprocher la vie de ,julie de la sienne4 ,julie aussi est un tre malheureux et faible1 qui a mal commenc4 ,eh bien1 sa vie1 comme celle de ,rousseau1 sera l'histoire d'une volution morale1 d'une conversion 7c'est le vrai mot74 ,et mme il s'avisera 7aprs coup1 je le crois7 qu'il n'a fait ,julie d'abord coupable que pour la convertir4 ,je sens deux hommes en moi1 dit ,saint-,paul dans son pitre aux ,romains4 ,je vous ai dit qu'il y avait bien plus de deux hommes dans ,jean-,jacques4 ,c'est le vagabond plein de dsirs1 l'amoureux qui n'a jamais t rassasi1 l'ancien laquais pris de la fille de la maison1 c'est cet homme-l qui a crit les deux premires parties de la ,julie4 ,c'est l'amant de la nature et de la vie simple qui dcrira la vie qu'on mne dans la maison de ,clarens4 ,c'est le rveur orgueilleux et romanesque qui nous racontera le mnage compliqu ,wolmar-,saint-,preux-,julie-,claire4--, et1 en attendant1 c'est le ,genevois1 c'est le protestant attendri de catholicisme1 c'est l'homme profondment religieux qui convertit ,julie d'tanges4 ,il la convertit en la mariant ,m4 de ,wolmar4 ,les faits sont assez habilement arrangs pour nous faire accepter ce mariage4 ,madame d'tanges meurt2 elle meurt des durets de son mari1 mais surtout de la faute de sa fille1 et du secret qu'elle garde et qui l'touffe4 ,julie1 dsespre1 se fait rendre sa parole par ,saint-,preux4 ,aprs un temps convenable1--et avec l'assentiment de ,saint-,preux absent1 qui la vrit ne peut le lui refuser1--elle se rsigne pouser ,m4 de ,wolmar1 cet ami dont son pre lui avait parl4 ,ce qui la dcide1 c'est que son pre l'avait promise ,wolmar riche1 et que maintenant ,wolmar est ruin4 ,mais enfin elle va au mariage comme un sacrifice4 ,c'est ici que ,rousseau a une ide admirable 7,c'est peut-tre l'endroit de son oeuvre o merge de la faon le plus inattendue son fond traditionaliste1 offusqu le plus souvent par son me de rvolte74--,la crmonie du mariage opre sur l'me srieuse de ,julie la manire d'un sacrement comme le signe sensible de quelque chose de profond1 de sacr1 de ncessaire1 de conforme aux destines et aux intrts de l'humanit4 ,la crmonie du mariage fait comprendre ,julie le mariage4 ,elle ne l'avait point prvu3 ,dans l'instant mme1 crit-elle ,saint-,preux1 o j'tais prte jurer un autre une ternelle fidlit1 mon coeur vous jurait encore un amour ternel1 et je fus mene au temple comme une victime impure qui souille le sacrifice o l'on va l'immoler4 ,mais1--douloureuse comme elle est1 et prpare par la douleur1--elle sent1 en entrant dans l'glise1 une sorte d'motion qu'elle n'avait jamais prouve444 ,puis1 le jour sombre de l'glise1 le profond silence des spectateurs1 le cortge de ses parents444 tout donne ce qui va se passer un air de solennit qui l'excite l'attention et au respect3 ,la puret1 la dignit1 la saintet du mariage1 si vivement exposes dans les paroles de l'criture1 ses chastes et sublimes devoirs1 si importants au bonheur1 l'ordre1 la paix1 la dure du genre humain1 si doux remplir pour eux-mmes3 tout cela me fit une telle impression que je crus sentir intrieurement une rvolution subite4 ,une puissance inconnue sembla corriger tout coup le dsordre de mes affections et les rtablir selon la loi du devoir et de la nature4 ,et encore3 ,je crus me sentir renatre1 je crus recommencer une autre vie4 ,puis1 rentre la maison3 ,a l'instant1 pntre d'un vif sentiment du danger dont j'tais dlivre et de l'tat d'honneur et de sret o je me sentais rtablie1 je me prosternai contre terre1 j'levai vers le ciel mes mains suppliantes1 j'invoquai l'tre qui soutient ou dtruit1 quand il lui plat1 par nos propres forces1 la libert qu'il nous donne4 ,je veux1 lui dis-je1 le bien que tu veux1 et dont1 toi seul es la source4 ,je veux aimer l'poux que tu m'as donn4 ,je veux tre fidle1 parce que c'est le premier devoir qui lie la famille et la socit4 ,je veux tre chaste1 parce que c'est la premire vertu qui nourrit toutes les autres4 ,je veux tout ce qui se rapporte l'ordre de la nature que tu as tabli1 et aux rgles de la raison que je tiens de loi4 ,je remets mon coeur sous ta garde et mes dsirs en ta main4 ,rends toutes mes affections conformes ta volont constante2 et ne permets plus que l'erreur d'un moment l'emporte sur le choix de toute ma vie4 --,mais1 direz-vous1 les thories de ,rousseau8--,quelles8--,l'opposition de la nature et de la socit1 et que la socit a corrompu la nature4 ,le mariage est bien1 je pense1 une institution sociale1 et cependant le mariage pure ,julie4 ,elle dit elle-mme qu'une puissance inconnue a rtabli ses affections selon la loi du devoir et de la nature4 ,la nature et le devoir1 qui ne peut tre ici qu'un devoir social3 ,rousseau y songe-t-il8 ,la nature et la socit ne sont donc plus ennemies8 ,une institution sociale peut donc tre bienfaisante8 ,la socit ne corrompt donc pas ncessairement la nature8--,eh bien1 quoi8 ,rousseau se contredit1 c'est vident4 ,et c'est pour cela que cette troisime partie de la ,nouvelle ,hlose est une si belle chose4 ,et elle renferme bien d'autres contradictions encore aux thories habituelles de ,jean-,jacques4 ,julie aime son mari parce qu'elle est sa femme et qu'elle veut l'aimer4 ,telle1 la ,pauline de ,polyeucte4 ,et ainsi1 pour une fois1 ,rousseau se rencontre avec ,corneille4 ,l'amour de ,julie pour ,wolmar n'est peut-tre que de l'amiti et de la tendresse4 ,mais elle dit ce mot d'un bon sens minent3 ,l'amour n'est pas ncessaire pour former un heureux mariage1 et cet autre mot d'une sagesse plus haute encore1 et qui ruine la morale du sentiment1 et qui condamne toute la vie de ,rousseau lui-mme1 et les trois quarts de son oeuvre3 ,malgr la scurit de mon coeur1 je ne veux plus tre juge en ma propre cause1 ni me livrer tant femme1 la mme prsomption qui me perdit1 tant fille4 ,et de quelle magnifique faon1 dans cette troisime partie1 les sophismes et les impures sentimentalits du premier volume1--chres pourtant ,jean-,jacques quand il les crivit1--sont balayes comme par un vent fort et salubre6 ,dj1 on voyait poindre1 dans les premires lettres de ,saint-,preux et mme de ,julie1 la thorie de la fatalit de l'amour et presque du droit souverain de la passion3 ,n'as-tu pas1 disait ,saint-,preux1 suivi la plus pure loi de la nature8 ,comment veux-tu qu'une me sensible gote modrment des biens infinis8 ,et encore3 ,connaissez-le enfin1 ma ,julie2 un ternel arrt du ciel nous destina l'un pour l'autre3 c'est la premire loi qu'il faut couter4 ,et1 ,julie tombe1 il recommenait parler de vertu1 et elle aussi4--,mais coutez ,julie marie3 ,je frmis quand je songe que nous osions parler de vertu4 ,savez-vous bien ce qui signifiait pour nous un terme si respectable et si profane1 tandis que nous tions engags dans un commerce criminel8 ,c'tait cet amour forcen dont nous tions embrass l'un et l'autre qui dguisait nos transports sous ce saint enthousiasme1 pour nous le rendre encore plus cher et nous abuser plus longtemps444 ,il est temps que l'illusion cesse4 ,et ,julie dit encore ,saint-,preux3 ,quand1 avec les sentiments que j'eus pour vous et les connaissances que j'ai maintenant1 je serais libre encore et matresse de choisir un mari1 ce n'est pas vous que je choisirais1 c'est ,m4 de ,wolmar4 ,et elle lui dit mme ce mot dfinitif3 ,si le ciel m'tait cet poux1 ma ferme rsolution est de n'en prendre jamais un autre4 ,pourtant 7et cela est fort bien vu71 ,julie n'atteint pas tout d'un coup la parfaite sagesse4 ,elle a l'imprudence de dire3 ,soyez l'amant de mon me1 parole dangereuse qui se rpercutera dans des centaines et des milliers de romans du ,x,i,xe sicle4 ,ce n'est pas tout4 ,quand elle s'est laisse marier1 n'ayant encore qu'une conscience hsitante et divise1 elle avait jur son pre de ne pas avouer sa conduite passe ,m4 de ,wolmar4 ,maintenant qu'elle rflchit et qu'elle a trouv sa lumire1 ce secret lui pse cruellement4 ,car1 dit-elle1 une sincrit sans rserve fait partie de la fidlit que je dois mon mari4 ,elle croit devoir consulter l-dessus ,saint-,preux lui-mme4 ,la question est du plus haut intrt4 ,elle est du mme ordre 7malgr les diffrences de dtail71 que celle qui est agite dans ,monsieur ,alphonse1 dans le ,jacques de ,george ,sand1 dans la ,dame de la ,mer d',ibsen1 mme dans la ,princesse de ,clves4 ,saint-,preux dconseille ,julie l'aveu1 pour des raisons spcieuses4 ,elle rpond1 il rplique4 ,la discussion est trs serre et fort belle4 ,julie1 incertaine encore1 attendra4 ,mais elle a le courage de donner ,saint-,preux un cong dfinitif3 ,il est temps de devenir sage4 ,voil la dernire lettre que vous recevrez de moi1 je vous supplie de ne plus m'crire4 ,saint-,preux veut se tuer4 ,il ne se tue pas1 mais il s'embarque pour trois ans4 ,julie a maintenant vingt-huit ans4 ,voil six ans qu'elle est marie4 ,son secret lui pse de plus en plus4 ,ce qui lui ferme la bouche1 c'est la crainte d'affliger trop son mari4 ,mais elle a un enfant2 cela lui rend du courage4 ,elle avoue tout ,wolmar4 ,mais la scne de l'aveu1 que nous attendions1 est malheureusement esquive2 et nous ne l'apprenons que par cette tonnante lettre de ,m4 ,wolmar l'amant de ,julie3 ,quoique nous ne nous connaissions pas encore1 je suis charg de vous crire4 ,la plus sage et la plus chrie des femmes vient d'ouvrir son coeur son heureux poux 7c'est--dire de lui raconter1 je pense1 qu'elle a reu ,saint-,preux dans sa chambre et dans son lit de jeune fille1 qu'elle a t enceinte de lui et qu'elle a fait une fausse couche74 ,il 7l'heureux poux7 vous croit digne d'avoir t aim d'elle1 et il vous offre sa maison4 ,l'innocence et la paix y rgnent2 vous y trouverez l'amiti1 l'hospitalit1 l'estime1 la confiance4 ,consultez votre coeur1 et1 s'il n'y a rien l qui vous effraye1 venez sans crainte4 ,vous ne partirez point d'ici sans y laisser un ami4--,post-scriptum de ,julie3--,venez1 mon ami1 nous vous attendons avec empressement4 ,je n'aurai pas la douleur que vous me deviez un refus4 ,et ainsi1 aprs cent cinquante pages de lumire presque pure1 de raison mue et1 somme toute1 de vrit humaine1 nous rentrons dans la chimre1 et dans la plus dsobligeante4 ,pourquoi8 ,c'est que ,rousseau aime ,saint-,preux1 qui est lui-mme faible1 passif1 plaintif1 incertain et passionn4 ,qu'est-ce qu'il va faire de ,saint-,preux8 ,il ne peut pas le renvoyer faire le tour du monde2 il n'a pas le courage de le faire mourir2 il ne veut pas le gurir d'une passion qui se doit elle-mme d'tre incurable444 ,alors8--,s'il le ramenait ,clarens1 prs de ,julie1 prs de ,wolmar8 ,pourquoi pas8 ,tout le monde serait content4 ,nous n'avons pas affaire des gens ordinaires4 ,jean-,jacques se rappelle l'imperturbable ,saint-,lambert4 ,est-ce que ,saint-,lambert1 les premiers jours passs1 se sentait gn entre madame d',houdetot et lui1 ,jean-,jacques8 ou madame d',houdetot entre ,jean-,jacques et ,saint-,lambert8 ou ,jean-,jacques entre ,saint-,lambert et madame d',houdetot8 ,et lui-mme1 autrefois1 s'est-il senti gn entre madame de ,warens et ,claude ,anet8 ou ,claude ,anet entre lui et madame de ,warens8 ou madame de ,warens entre lui et ,claude ,anet8 ,est-ce qu'on ne s'accommode pas de toutes les situations1 quand on est sincre et vertueux8--,il oublie que ni lui ni ,anet n'tait le mari de la dame des ,charmettes4 ,il oublie1 pour l'autre trio1 que lui1 ,jean-,jacques1 n'tait pas et n'avait pu tre l'amant de madame d',houdetot1 et que ,saint-,lambert tait bien rassur sur ce point4 ,n'importe4 ,pourquoi ,wolmar ne serait-il pas un ,saint-,lambert suprieur1 ,saint-,lambert tel qu'il aurait pu tre8 ,c'est dit4 ,il runira1 pour qu'ils soient heureux1 et pour arroser leur bonheur de ses larmes1 tous ceux qu'il aime3 ,julie1 son mari1 son amant1--et plus tard1 ,claire d',orbe1 sa confidente et sa complice4 ,et tous ces gens vivront trs bien ensemble1 car tout est pur aux purs1 et1 parmi les devoirs de la vertu1 ,jean-,jacques omet dlibrment la fuite des tentations4 ,et alors ce qui arrive est vraiment inou4 ,si ,m4 de ,wolmar a t si peu troubl par l'aveu de ,julie1 c'est qu'il savait dj tout1--tout--lorsqu'il l'a pouse4 ,ds qu'il apprend d'elle-mme qu'elle a eu un amant1 il lui dit 7comme vous avez vu73 ,faisons-le venir4 ,saint-,preux revient donc4 ,a peine une nuance d'embarras la premire entrevue4 ,mais bientt ,julie se remet parler de son pass avec ,saint-,preux devant son mari4 ,et1 comme l'ancien amant se tient un peu sur la rserve3 ,embrassez-la1 dit ,wolmar1 appelez-la ,julie4 ,plus vous serez familier avec elle1 mieux je penserai de vous4 ,ils vivent tous trois dans de continuels attendrissements1 dont voici un exemple 7extrait d'une lettre de ,saint-,preux mylord douard74 ,saint-,preux1 au cours d'une conversation1 a dit tristement ,julie3 ,madame1 vous tes pouse et mre1 ce sont des plaisirs qu'il vous appartient de connatre4 ,aussitt1 continue-t-il1 ,m4 de ,wolmar1 me prenant par la main1 me dit en la serrant3 ,vous avez des amis2 ces amis ont des enfants2 comment l'affection paternelle vous serait-elle trangre8 ,je le regardai1 je regardai ,julie2 tous deux se regardrent1 et me rendirent un regard si touchant que1 les embrassant l'un aprs l'autre1 je leur dis avec attendrissement3 ,ils me sont aussi chers qu' vous6 ,et1 peu de temps aprs1 ,wolmar demande ,saint-,preux d'tre le prcepteur de ses enfants4 ,une autre fois1 comme ils visitent ensemble un nouveau jardin que les ,wolmar ont fait amnager3 ,je n'ai qu'un reproche faire votre lyse1 dit ,saint-,preux en regardant ,julie3 c'est d'tre un amusement superflu4 ,a quoi bon vous faire une nouvelle promenade1 ayant de l'autre ct de la maison des bosquets si charmants et si ngligs8 7,vous vous rappelez le baiser chang jadis dans un de ces bosquets874 ,alors ,m4 de ,wolmar intervenant3 ,jamais ma femme depuis son mariage n'a mis les pieds dans les bosquets dont vous parlez4 ,j'en sais la raison1 quoiqu'elle me l'ait toujours tue4 ,vous qui ne l'ignorez pas1 apprenez respecter les lieux o vous tes2 ils sont plants par les mains de la vertu4--,quelle sant1 ce ,wolmar6 ,wolmar en donne d'autres tmoignages4 ,un jour1 il leur annonce qu'il va s'absenter une semaine1 et qu'il lui plat qu'ils restent ensemble4 ,pendant son absence1 au cours d'une promenade en barque1 les deux amants subissent une assez forte tentation1 dont ils triomphent1 naturellement4 ,a part cela1 ils passent leur temps dplorer ensemble l'incrdulit de ,wolmar1 homme parfait1 mais athe4 ,et ce souci commun de l'me de ,wolmar est encore un lien de plus de ,julie avec son ancien amant1 et qui pourrait devenir dangereux si1 ce moment-l1 ils avaient des corps444 ,ici1 ,rousseau se trouve1 pour la quatrime fois1 assez embarrass4 ,que va-t-il faire maintenant de son trio8444 ,voici3 il va le renforcer en quatuor2 crer une situation morale encore plus complique1 et dont il puisse extraire encore des attendrissements et encore des discours4 ,la piquante ,claire1 qui avait pous un monsieur d',orbe1 est devenue veuve4 ,elle revient ,clarens4 ,c'est d'abord toute une journe d'effusions et de transports quatre4 ,cependant1--pour changer un peu1--,saint-,preux est parti pour ,rome1 o l'appelle mylord douard4 ,wolmar1 ayant vu ,saint-,preux dsespr au moment de partir1 lui donne de loin ces conseils dlicats3 444,faites votre soeur de celle qui fut votre amante444 ,pensez le jour ce que vous allez faire ,rome3 vous songerez moins la nuit ce qui s'est fait ,vevey4 ,mais ,saint-,preux est bientt de retour4 ,la piquante ,claire1 force d'avoir t la confidente et la complice des amours de ,julie1 s'est brle la flamme4 ,julie s'aperoit que ,claire aime ,saint-,preux4 ,elle veut les marier1 car elle sent elle-mme que a ne peut pas durer comme a4 ,elle en fait d'abord la proposition ,claire1 qui fait des faons1 qui ne veut pas d'un coeur us par une autre passion4--,puis1 elle tte ,saint-,preux2 elle craint1 dit-elle1 que1 s'il n'pouse pas ,claire1 il ne se rabatte sur les bonnes de la maison4 ,saint-,preux se drobe1 allguant qu'il n'est pas encore assez sr de lui3 ,la blessure gurit1 mais la marque reste4 ,vous avez remarqu que1 dans toute la seconde moiti du roman 7six cents pages71 tous les personnages sont dans une situation fausse1 et cela par leur volont3 ,julie entre son mari1 son ancien amant1 et son amie finalement amoureuse de cet amant2 ,saint-,preux entre son ancienne matresse1 le mari d'icelle1 et son amie devenue amoureuse de ,saint-,preux2 ,wolmar entre sa femme1 l'ancien amant de sa femme1 et l'ancienne complice de sa femme2 ,claire1 enfin1 entre son amie et l'ancien amant de cette amie1 duquel elle est amoureuse444 ,et ils vivent tous quatre1 serrs les uns contre les autres1 dans la plus troite intimit4 ,oh6 je sais bien que tout arrive dans le monde des sentiments1 et que la psychologie n'est pas une science exacte4 ,mais1 tout de mme1 tandis qu'ils se promnent1 mangent1 conversent et s'attendrissent journe faite1 invitablement les mmes images prcises1 concrtes1 s'veillent sous leurs fronts2 et chacun d'eux sait que ces images s'veillent aussi dans l'esprit des trois autres4 ,je ne parle pas de l'excellent ,wolmar1 qui recule les limites connues de l'excentricit philosophique3 mais il est bien craindre que ,saint-,preux1 rappel1 ne redevint d'abord l'amant de ,julie1 ou qu'il ne ft l'amant de ,claire1 ou qu'il ne descendit aux servantes1 comme le redoute la prvoyante ,julie1--et peut-tre tout cela successivement1--si ces gens-l taient dans l'humanit moyenne4 ,mais justement ils n'y sont point 7et ,rousseau a voulu que ce ft leur marque tous dans ce troisime volume72 justement ils s'en distinguent avec clat2 justement1 dans leurs souffrances mmes1 ils jouissent de se sentir exceptionnels et d'tre follement romanesques1 et tiennent infiniment1 partie orgueil1 partie raffinement d'imagination1 n'tre pas comme les autres 7,faguet74 ,bref1 ils ressemblent leur pre ,jean-,jacques4 ,jean-,jacques aime1 comme eux1 et pour eux comme pour lui-mme1 les situations bizarres444 ,d'abord1 parce qu'il en a l'habitude1 ayant t souvent amoureux tolr de femmes qui avaient des amants2 puis1 parce que nous l'avons toujours vu trangement exempt de jalousie charnelle 7et j'ai essay de dire pourquoi72 enfin1 parce que ces situations anormales et compliques donnent lieu des sentiments rares1 qui par l lui semblent sublimes4 ,et c'est ainsi qu'il a conduit ses personnages dans une impasse444 ,arriv ce point1 il ne sait dcidment plus que faire d'eux4 ,les faire faillir8 ,mais alors quoi bon tout le sublime qui est avant8--,les laisser vieillir1 s'apaiser1 se dtendre8 ,fi6--,la situation ne comporte pas de dnouement logique 7,faguet74 ,julie donc se jette l'eau pour sauver son petit garon4 ,elle y gagne un mal que l'auteur ne spcifie pas1 et qui est apparemment une pleursie4 ,sur son lit de malade elle s'attendrit1 devant son mari1 sur son premier amour2 elle dbite d'avance l'essentiel de la ,profession de foi du ,vicaire ,savoyard1 et elle meurt4 ,voil1 je crois bien1 comment cette histoire s'est forme et dveloppe dans l'imagination de ,jean-,jacques1 s'est pour ainsi dire nourrie de ,jean-,jacques lui-mme1 presque au jour le jour1 et sans un plan bien arrt d'avance4 ,je ne sais pas si j'ai su vous le faire voir4 ,je n'ai considr que l'action mme du roman1--l'histoire4 ,elle serait intressante sans les dclamations1 qui nous semblent aujourd'hui bien surannes1 du premier volume4 ,l'action est simple2 les situations et les faits y sont produits par les sentiments4--,wolmar parat bien n'avoir jamais pu exister3 mais ,claire est assez vivante2 ,saint-,preux est un des premiers types du hros romantique1 faible1 inquiet1 plein de dsirs et d'impuissance2 et ,julie1 sermonneuse1 mais charmante1 offre l'exemple1 assez rare dans les romans1 d'un personnage qui volue1 puisque c'est une jeune fille passionne et draisonnable1 lentement transforme par sa fonction d'pouse et de mre4 ,tout cela1 on l'a dit bien souvent4 ,si la ,nouvelle ,hlose se rduisait l'histoire passionnelle de ,julie1 de ,saint-,preux1 de ,wolmar et de ,claire1 la ,nouvelle ,hlose aurait quatre cents pages1 et serait un livre plus parfait1 et d'aspect plus classique en dpit d'une composition peu serre4 ,mais la ,nouvelle ,hlose a douze cents pages2 la ,nouvelle ,hlose est un norme livre1 loquent et dsordonn1 o l'auteur a dvers tout ce qui lui est venu4 ,outre l'histoire elle-mme1 il y a les discours1 descriptions et digressions de toute sorte3 le voyage de ,saint-,preux dans les montagnes du ,valais2 l'pisode du mariage de ,fanchon2 la dissertation sur la musique franaise et la musique italienne2 la discussion sur le duel2 les lettres de ,saint-,preux sur les moeurs parisiennes2 la discussion sur le suicide2 la description de la vie qu'on mne chez ,wolmar1 qui est un vritable trait d'conomie domestique 7en cent vingt pages et deux parties72 la discussion sur l'art des jardins2 la description de vendanges2 les considrations sur l'ducation des enfants1 sur le caractre des ,genevois1 sur la prire1 sur la libert2 la profession de foi spiritualiste de ,julie son lit de mort1 etc41 etc44 7je ne retiens ici que les faits rellement extrieurs l'action elle-mme7--et enfin le rcit des ,amours de mylord douard1 o l'on voit une fille galante refuser d'pouser son amant et se racheter par le sacrifice1 ce qui est donc encore une histoire de relvement1--et comme un premier crayon de toutes les dames aux camlias qu'on a vues depuis4 ,tout cela loquent1 harmonieux1 et tout cela sincre et presque ingnu2 et dans tout cela bien des choses que nous remarquons peine1 moins d'tre avertis1 mais qui taient neuves alors3 un roman qui n'est pas parisien2 l'amour1 le mariage1 l'adultre pris au srieux2 un roman plein de penses 7les personnages y tant tous des raisonneurs7 et plein de paysages 7les personnages vivant dans la plus belle nature7 et plein de lyrisme 7les personnages1 et surtout l'amant1 qui est le plus souvent passif1 s'y complaisant des effusions sur les thmes de l'absence1 du dsir1 du regret1 du souvenir1 de la nature indiffrente ou consolatrice1 etc474 ,et c'est pourquoi1--quelque tendresse qu'on ait pour la ,princesse de ,clves ou ,manon ,lescaut1--il faut bien dire que1 tout de mme1 la ,nouvelle ,hlose est d'un autre ordre et qu'elle renouvelle le roman1 tant elle le hausse1 l'largit et le diversifie4 ,nous ne pouvons plus bien concevoir l'effet que produisit la ,julie4 ,comparez-la seulement aux garements du coeur et de l'esprit1 ou mme ,marianne4 ,la littrature du temps tait1 avouons-le1 un peu dessche4 ,le vagabond1 le rveur1 le solitaire ,rousseau y rouvrit de larges sources neuves4 ,de la ,julie se rpandirent dans toute la socit d'alors le got de la nature1 de la vie campagnarde 7ce qui est fort bien71 le culte de la sensibilit 7ce qui ne serait pas mal71 mais de la sensibilit se croyant une vertu 7ce qui est dangereux74 ,on fut plus touch1 j'en ai peur1 des sophismes du premier volume et des paradoxes psychologiques du troisime que de la morale excellente et traditionnelle qui se rencontrait dans le tome du milieu4 ,et il arriva bientt que les formes du roman auparavant en faveur1 le roman navement romanesque et le roman franchement libertin 7qui du moins taient faciles distinguer7 cdrent le pas au roman la fois srieux et menteur4 ,et ainsi1 au cours des ges suivants1 tous les romans o sont affirms la fatalit et le droit de la passion1 tous les romans de msalliances sociales ou morales1 tous ceux o l'amour triomphe1 souvent contre la raison1 des prjugs ou des convenances de classes1 et ceux o le vice parle le langage de la vertu1 et ceux o abondent les courtisanes touchantes1 et ceux o les personnages se font une morale particulire1 suprieure la morale commune1 prennent le sentiment pour la conscience et commettent des actions douteuses avec des discours et des gestes avantageux1 tous ces romans o rgne ce que j'appellerai l'illusion sur la moralit des actes1 les ,indiana1 les ,llia1 les ,jacques et leurs innombrables petits444 on peut dire que1 directement ou non1--et sans que peut-tre ce soit la faute ,rousseau1--ils dcoulent de la ,nouvelle ,hlose1 mre gigogne des sophismes romantiques et des rves orgueilleux4 ,mais1 pour ne point finir sur ces mots trop maussades1 pour vous faire sentir au bout d'un sicle et demi quel accent nouveau apportait la ,julie1 je veux vous lire un de ces morceaux que j'appelais lyriques1 une page qui semble un thme tout prt pour les vers de quelque pote de #ahcj1--qui d'ailleurs n'auraient pas valu cette prose4 7,c'est1 dans la sixime partie1 une lettre de ,saint-,preux madame de ,wolmar1 dans un moment o il est amoureux la fois de ,julie et de ,claire73 ,femmes6 femmes6 objets chers et funestes1 que la nature orna pour notre supplice1 qui punissez quand on vous brave1 qui poursuivez quand on vous craint1 dont la haine et l'amour sont galement nuisibles1 et qu'on ne peut ni rechercher ni fuir impunment6 ,beaut1 charme1 attrait1 sympathie1 tre ou chimre inconcevable1 abme de douleurs et de volupts6 beaut1 plus terrible aux mortels que l'lment o l'on t'a fait natre1 malheureux qui se livre son charme trompeur6 ,c'est lui qui produit les temptes qui tourmentent le genre humain4 ,julie6 ,claire6 que vous me vendez cher cette amiti cruelle dont vous osez vous vanter moi6 ,j'ai vcu1 dans l'orage1 et c'est toujours vous qui l'avez excit4 ,mais quelles agitations diverses vous avez fait prouver mon coeur6 ,celles du lac de ,genve ne ressemblent pas plus aux flots du vaste ocan4 ,l'un n'a que des ondes vives et courtes dont le perptuel tranchant agite1 meut1 submerge quelquefois1 sans jamais former de long cours4 ,mais sur la mer1 tranquille en apparence1 on se sent lev1 port doucement et loin par un flot lent et presque insensible2 on croit ne pas sortir de la place1 et l'on arrive au bout du monde4 ,,septi,,me ,,conf,,rence ,,mile4 ,nous avons vu que1 en #ageh probablement1 ,rousseau1 ayant termin la ,nouvelle ,hlose1 se mit crire mile ou de l'ducation4 ,qu'il l'ait crit1 on peut penser que cela tait peu prs invitable4 ,on s'occupait de plus en plus1 depuis une soixantaine d'annes1 des choses de l'ducation4 ,pour ne citer que les principaux livres crits sur ce sujet1 il y avait eu l'ducation des filles de ,fnelon2 ,tlmaque 7#afii72 le ,trait des tudes du bon ,rollin2 les ,penses sur l'ducation1 de ,locke 7traduction franaise1 #agbh72 les ,avis d'une mre son fils et les ,avis d'une mre sa fille de madame de ,lambert 7#agcd74 ,les mres philosophes1 comme madame d'pinay et madame de ,chenonceaux1 consultaient continuellement ,jean-,jacques sur ces questions4 ,dans les ,mmoires de madame d'pinay1 il y a un chapitre amusant o cette dame visite1 avec ,duclos1 le prcepteur de son fils1 le doux et paresseux ,m4 ,linant1 et o l'on voit1 par les propos de ,duclos1 que les plus raisonnables hardiesses de l'mile taient1 comme on dit1 dans l'air4 --,monsieur1 dit ,duclos au prcepteur1 peu de latin1 trs peu de latin2 point de grec1 surtout444 ,de quoi cela l'avancerait-il1 votre grec8444 ,il ne s'agit pas ici d'en faire un ,anglais1 un ,romain1 un gyptien1 un ,grec1 un ,spartiate1444 mais un homme peu prs bon tout4--,mais1 monsieur1 objecte le pauvre ,linant1 ce n'est pas l une ducation ordinaire444 ,il faut rformer et refondre1 pour ainsi dire1 un caractre444--,qui diable vous parle de cela8 reprend ,duclos444 ,gardez-vous-en bien1 il ne faut pas vouloir changer le caractre d'un enfant2 sans compter qu'on n'y russit jamais1 le plus grand succs qu'on puisse s'en promettre1 c'est d'en faire un hypocrite444 ,non1 monsieur1 non2 il faut tirer tout le parti possible du caractre que la nature lui a donn2 voil tout ce qu'on vous demande1 etc4 ,une autre fois1 dans le temps que ,rousseau habite l',ermitage1 madame d'pinay a avec lui un entretien o nous voyons dj poindre l'ide de l'mile 7,mmoires de madame d'pinay1 tome ,,iii1 lettre ,grimm47 ,joignez cela1 dans la ,nouvelle ,hlose 7,partie ,v1 lettre #c71 propos des enfants de ,julie1 une quarantaine de pages1 qui sont presque une premire version du premier volume de l'mile mise dans la bouche de monsieur et de madame de ,wolmar1--version moins systmatique et plus vraie4 ,on y trouve dj1 toutefois1 des axiomes tels que ceux-ci3 ,tous les caractres sont bons et sains en eux-mmes1 selon ,m4 de ,wolmar4 ,il n'y a point1 dit-il1 d'erreur dans la nature2 tous les vices qu'on impute au naturel sont l'effet des mauvaises formes qu'il a reues4 ,il n'y a point de sclrat dont les penchants mieux dirigs n'eussent produit de grandes vertus1 etc4 ,rousseau lui-mme avait t prcepteur 7chez ,m4 de ,mably1 ,lyon1 pendant une anne environ74 ,il aimait enseigner4 ,depuis que la gloire lui tait venue1 il tait1 aux yeux de tous les agits1 le professeur public de vertu1 le rformateur de la socit4 ,or la socit peut tre rforme surtout par l'ducation4 ,rousseau devait donc faire son trait de l'ducation2 il n'y pouvait gure chapper4 ,et il devait ncessairement concevoir l'ducation comme l'art de respecter chez l'enfant la nature1 de la laisser se dvelopper l'aise1 en se contentant de la dfendre contre la pernicieuse influence des conventions sociales4 ,il y tait oblig par ses premiers livres4 ,et il y tait oblig aussi par sa propre exprience4 ,lui-mme s'tait dvelopp tout seul1 non pas1 il est vrai1 tout fait en dehors de la socit1 mais un peu en marge et1 dans tous les cas1 en dehors de la famille et en dehors du collge4 ,il n'avait reu l'enseignement ni des parents1 ni des matres1 sauf pendant les deux annes passes chez le pasteur ,lambercier1 et d'ailleurs en jeux et en promenades beaucoup plus qu'en leons4 ,depuis l'ge de dix ans1 il n'avait lu que ce qui lui plaisait4 ,il n'avait reu de leons que des choses4 ,ses propres sottises l'avaient form1 lui avaient appris la morale et la vie4 ,et de cette ducation sans famille1 ni collge1 ni prcepteur1 tait sortie cette merveille de sagesse1 de vertu1 de sensibilit3 lui1 ,jean-,jacques4 ,c'est donc cette ducation-l qu'il donnera son disciple imaginaire2 mais1 ces leons des choses que ,rousseau enfant et adolescent a reues du hasard1 c'est lui-mme qui les mnagera mthodiquement son lve4 ,on verra1 pour ainsi dire1 ,jean-,jacques cinquante ans prcepteur de ,jean-,jacques dix ans1 quinze ans1 vingt ans2 et ce sera trs beau2 et tout portera2 et ,jean-,jacques aura l'infini plaisir1 l encore1 d'tre toujours en scne1 et tous les ges1 et de ne jamais sortir de lui-mme4 ,entrons maintenant dans l'analyse de l'mile4 7,je ne dois pas omettre que vers la trentime page du livre ,i1 ,jean-,jacques a le courage de faire allusion ses propres enfants47 ,celui1 dit-il1 qui ne peut remplir les devoirs de pre1 n'a point le droit de le devenir4 7,il avait crit le contraire1 en #agea1 dans sa lettre madame de ,francueil47 ,il n'y a ni pauvret1 ni travaux1 ni respect humain qui le dispensent de nourrir ses enfants et de les lever lui-mme4 ,lecteur1 vous pouvez m'en croire4 ,je prdis quiconque a des entrailles et nglige de si saints devoirs1 qu'il versera longtemps sur sa faute des larmes amres1 et n'en sera jamais consol4 ,et l-dessus on peut galement dire1 selon qu'on lui est ennemi ou indulgent1 que c'est grande impudence lui d'crire un trait de l'ducation aprs avoir abandonn ses cinq enfants1--ou qu'il l'crit dans une pense d'expiation4 ,commenons4--,l'objet de l'ducation est de former non un citoyen1 ni l'homme de telle ou telle profession1--mais un homme4 7,je ne sais pas s'il ne serait pas plus simple et plus sr de former d'abord l'homme d'un pays1 d'une religion1 d'une profession1 et si l'homme tout court ne viendrait pas par surcrot3 mais passons47 ,dans l'ordre naturel1 dit ,rousseau1 les hommes tant tous gaux1 leur vocation commune est l'tat d'homme2 et quiconque est bien lev pour celui-l ne peut mal remplir ceux qui s'y rapportent444 ,vivre est le mtier que je veux apprendre mon lve4 ,en sortant de mes mains1 il ne sera1 j'en conviens1 ni magistrat1 ni soldat1 ni prtre2 il sera premirement homme3 tout ce qu'un homme doit tre1 il saura l'tre au besoin aussi bien que qui que ce soit2 et la fortune aura beau le faire changer de place1 il sera toujours la sienne444 ,celui d'entre nous qui sait le mieux supporter les biens et les maux de cette vie est mon gr le mieux lev1 d'o il suit que la vritable ducation consiste moins en prceptes qu'en exercices4 ,mais cet objet de l'ducation1 comment le raliser8 ,dans l'article3 conomie politique crit pour l',encyclopdie 7en #agde1 je crois71 ,rousseau pensait que l'objet de l'ducation est de former des citoyens1 et il rclamait l'ducation en commun1 et l'ducation par l'tat4 ,mais il parat qu'il a rflchi4 ,dans une socit corrompue1 l'ducation publique ne peut tre que corruptrice4 ,rousseau dcrira donc l'ducation d'un seul enfant par un seul matre4 ,chose assez vaine1 et d'o il n'y aura pas grandes conclusions tirer1--l'auteur1 d'une part1 imaginant un cas exceptionnel1 et l'ducation1 d'autre part1 devant videmment tre applicable des ensembles d'individus nombreux1 rels et divers4--,ici1 encore1 passons1 et voyons l'ducation idale selon ,rousseau4 ,il y faut d'abord certaines conditions3 #a pour l'lve2 #b pour le matre4 ,l'lve que ,rousseau choisit1 mile1 est n sous un climat tempr4 ,il est vigoureux et sain2 riche 7parce que nous serons srs au moins d'avoir fait un homme de plus1 au lieu qu'un pauvre peut toujours devenir homme de lui-mme72 noble 7parce qu'mile n'aura pas le prjug de la naissance et que ce sera toujours une victime arrache ce prjug72 orphelin 7mile a encore son pre et sa mre2 mais il est orphelin en ce sens que ses parents remettent tous leurs droits aux mains de son prcepteur74 ,sa mre doit le nourrir elle-mme4 ,si sa sant ne le lui permet absolument pas1 ,rousseau donne ses conseils sur le choix de la nourrice1 sur son alimentation1 etc4 ,pas d'emmaillotement2 beaucoup d'eau froide4 ,l'enfant doit habiter la campagne3 ,les hommes ne sont pas faits pour tre entasss en fourmilires1 mais pars sur la terre qu'ils doivent cultiver444 ,les villes sont les gouffres de l'espce humaine4 ,pour qu'un enfant pt tre bien lev1 a dit ,jean-,jacques dans le passage des ,mmoires de madame d'pinay que je rappelais tout l'heure1 il faudrait commencer par refondre la socit4 ,or1 on ne le peut pas4 ,donc1 pour empcher que la socit ne corrompe en lui la nature1 il n'y a qu'un moyen3 c'est de l'isoler de la socit1--et mme de ses parents1 ncessairement imbus de prjugs sociaux1--et de le confier totalement un prcepteur1 avec qui il devra passer sa vie4 ,ceci nous amne aux conditions requises pour le prcepteur ou gouverneur4 ,un gouverneur6 s'crie ,rousseau4 ,oh6 quelle me sublime6444 ,en vrit1 pour faire un homme1 il faut tre pre ou plus qu'homme soi-mme4 ,le gouverneur doit tre jeune1 pour devenir1 l'occasion le compagnon de son lve4 ,il ne sera pas appoint4 ,ce sera un ami des parents1 clibataire et de loisir1 qui1 par got1 se chargera de l'ducation de l'enfant1 et consacrera cette tche la meilleure partie de son existence4 ,pour moi1 je lis ces choses-l avec un peu d'inquitude4 ,on ne peut pas dire ici3 ,c'est sans doute un systme idal d'ducation1 mais duquel on peut rapprocher1 dans une certaine mesure1 l'ducation de tous les enfants4 ,on ne peut pas le dire1 puisque ce systme implique1--essentiellement et pour commencer1--l'isolement et la richesse4--,c'est donc un rve pur4 ,mais quel rve8 ,celui d'une ducation plus qu'aristocratique4 ,de telles conditions y sont requises qu'il n'y aurait1 dans tout le royaume de ,france1 que quelques centaines d'enfants qui pussent recevoir une ducation de cette sorte4 ,applicable seulement une si petite minorit1 cette ducation1 si elle russit1 donnera une espce de surhommes1--de surhommes sensibles et pleurards selon la conception de ,rousseau1 mais guris du mensonge social et fidles la nature1--et dont le petit groupe1 produisant d'autres surhommes1 arrivera peut-tre lentement rformer la socit elle-mme4--,est-ce l la pense de ,rousseau8 ,je ne sais pas4 ,lui non plus4 ,mme1 on s'aperoit dans la suite que ces conditions poses avec tant de rigueur et de solennit 7isolement complet1 gouverneur volontaire et perptuel71 ne sont pas indispensables aux parties les plus senses de son plan4 ,mais quoi6 ,il rve1 et cela l'amuse4 ,donc1 l'enfant ainsi isol1 il s'agit de laisser la nature agir sur lui1 et seulement d'en protger le dveloppement contre les influences funestes4 ,mais la nature1 qu'est cela8--,nous l'avons souvent demand ,rousseau4 ,cette fois enfin il nous rpond2 et c'est1 je crois1 la seule fois dans toute son oeuvre4 ,mais peut-tre1 dit-il lui-mme1 ce mot de nature a-t-il un sens trop vague2 il faut tcher de le fixer444 ,nous naissons sensibles1 et1 ds notre naissance1 nous sommes affects de diverses manires par les objets qui nous environnent4 ,sitt que nous avons pour ainsi dire la conscience de nos sensations1 nous sommes disposs rechercher ou fuir les objets qui les produisent1 d'abord selon qu'elles nous sont agrables ou dplaisantes1 puis selon la convenance ou disconvenance que nous trouvons entre nous et ces objets1 et enfin selon le jugement que nous en portons sur l'ide de bonheur ou de perfection que la raison nous donne4 ,ces dispositions s'tendent et s'affermissent mesure que nous devenons plus sensibles et plus clairs2 mais1 contraintes par nos habitudes1 elles s'altrent plus ou moins par nos opinions4 ,avant cette altration1 elles sont ce que j'appelle en nous la nature4 99 99 99 99 99 ,je ne vous donne pas cela pour une merveille de clart et de prcision1 mais enfin on en peut extraire ceci3 ,la nature1 c'est la disposition rechercher ce qui nous est agrable1 ce qui nous convient1 et1 ce que nous croyons tre le bonheur ou la perfection1 et fuir le contraire de tout cela4 ,mais alors1 pourquoi1 aprs avoir dit 7premire ligne de l'mile73 ,tout est bien sortant des mains de l',auteur des choses1 ,rousseau ajoute-t-il3 ,tout dgnre entre les mains de l'homme1 entendez3 de l'homme vivant en socit8 ,il est pourtant bien clair que l'homme est naturellement social2 que la vie en socit s'explique elle-mme 7pour reprendre la dfinition de ,jean-,jacques7 par une disposition rechercher le bonheur et qu'elle est donc1 elle aussi1 naturelle4 ,c'est 7dit ,rousseau1 et il est revenu vingt fois sur cette distinction71 c'est que le dsir de se conserver et d'tre heureux1 bref l'gosme naturel l'homme est forcment inoffensif quand l'homme vit isol1 dans l'tat sauvage4 ,mais cet innocent gosme devient malfaisant lorsque les hommes vivent ensemble3 car alors l'gosme de chacun se heurte celui des autres et se transforme en amour-propre1 vanit1 orgueil1 cupidit1 haine1 envie1 etc4 ,et c'est ainsi que la nature est corrompue par la socit4 --,mais1 reprendrons-nous1 il n'en est pas moins vrai que la socit est dans la nature2 que la socit est la nature encore4 ,lorsque les thologiens parlent des suites du pch originel2 lorsque les moralistes parlent des instincts gostes et de l'animalit qui est en nous2 et lorsque les uns dclarent la nature mauvaise1 et lorsque les autres la jugent fort mle1 il est bien vident qu'ils ne parlent pas de l'homme prhistorique1 vivant 7si toutefois il y a jamais vcu7 dans un tat d'isolement dont nous ne savons rien1 mais1 de l'homme vivant avec ses semblables1 car c'est l seulement que nous pouvons observer la nature4 ,et1 l1 nous ne pouvons vraiment pas dire que la nature est bonne3 mais nous sommes bien obligs de reconnatre qu'elle est plus ou moins bonne ou mauvaise selon les individus1--et que1 justement1 l'objet de l'ducation est et a toujours t de la combattre sur certains points1 de la rformer1 de l'purer4 ,mais ,rousseau dirait sans doute3 ,cela m'est gal4 ,j'appelle naturel ce qui est bon1 ce qui me ressemble4 ,je dis que ce qui n'est pas bon n'est pas naturel4 ,la nature est bonne2 la socit n'est pas naturelle puisqu'elle n'est pas bonne2 j'lverai mile selon la nature4--,a quoi l'on n'a plus rien rpondre1 puisque tout cela n'est plus que jeu et abus de mots1 et que ,rousseau appelle les choses comme il lui plat4 ,reprenons l'histoire de l'ducation d'mile2 nous aurons peut-tre quelques surprises4 ,pour que l'enfant se dveloppe selon la nature1 c'est bien simple1 il ne faut rien lui apprendre1 ,rousseau appelle cela l'ducation ngative4 ,il faut1 d'une part1 le laisser libre autant que possible1 le laisser jouir du bonheur propre son ge4 ,mais il faut aussi1 d'autre part1 le soumettre directement la leon des choses1 en sorte qu'il apprenne lui-mme1 ses dpens1 ce qu'il doit rechercher ou viter4 ,les choses sont souvent hostiles4 ,il est excellent qu'il en ptisse1 qu'il s'habitue tout seul resserrer sa vie1 distinguer ce qui dpend de lui et ce qui n'en dpend pas1 accepter la ncessit4 ,ainsi1 l'enfant lev selon la nature1 la premire leon muette est une leon de rsignation4 homme1 dit ,rousseau1 resserre ton existence au-dedans de toi1 et tu ne seras pas misrable4 ,reste la place que la nature t'assigne dans la chane des tres1 rien ne t'en pourra faire sortir2 ne regimbe point contre la dure loi de la ncessit1 et n'puise pas1 vouloir lui rsister1 des forces que le ciel ne t'a point donnes pour tendre ou prolonger ton existence1 mais seulement pour la conserver comme il lui plat et autant qu'il lui plat4 ,ta libert1 ton pouvoir ne s'tendent qu'aussi loin que tes forces naturelles1 et pas au del2 tout le reste n'est qu'esclavage1 illusion1 prestige444 ,et il dmontre1 fort loquemment1 que les puissants et les souverains eux-mmes subissent cette condition sans qu'ils s'en doutent4 ,et pour conclure3 ,le seul qui fait sa volont est celui qui n'a pas besoin pour la faire de mettre les bras d'un autre au bout des siens444 ,l'homme vraiment libre ne veut que ce qu'il peut444 ,voil ma maxime fondamentale4 ,il ne s'agit que de l'appliquer l'enfance4 ,par suite3 ,maintenez l'enfant dans la seule dpendance des choses444 ,ne lui commandez jamais rien444 ,qu'il sache seulement qu'il est faible et que vous tes fort444 ,aucune leon verbale4 ,aucun chtiment1 puisqu'il ne comprendrait pas1 n'ayant pas encore de sens moral4 ,il ne faut jamais infliger aux enfants le chtiment comme un chtiment1 mais il doit toujours leur arriver comme une suite naturelle de leur mauvaise action4 ,le prcepteur ne doit intervenir que de deux manires3 #a ,pour protger l'enfant contre lui-mme quand il pourrait se blesser1 se faire mal4 ,alors1 que le matre dise simplement non1 sans autre explication4 #b ,pour faire gagner du temps l'enfant 7qui a toute la vie apprendre tout seul1 ce qui pourrait tre long71 le prcepteur doit le placer ingnieusement dans des circonstances telles1 que la ncessit l'instruise2 et peut mme prparer1 amnager ces circonstances4 ,rousseau en donne plusieurs exemples4 ,il machine1 avec la complicit du jardinier1 tout un petit drame pour apprendre mile que le travail est le fondement de la proprit4--mile reoit de temps en temps des billets d'invitation pour un goter1 une partie sur l'eau1 etc4 ,il cherche quelqu'un qui les lui lise2 on se drobe2 alors l'enfant se dcide apprendre lire4--,ou bien1 mile ayant le caprice de dranger son matre toute heure pour qu'il le conduise la promenade1 on laisse un jour l'enfant sortir seul3 mais1 peine a-t-il fait quelques pas dans la rue du village1 qu'il entend gauche et droite des propos dsobligeants3 ,voisin1 le joli monsieur6 ,o va-t-il ainsi tout seul8 il va se perdre4--,voisin1 ne voyez-vous pas que c'est un petit libertin qu'on a chass de la maison de son pre1 etc4 ,c'est le gouverneur lui-mme qui a prpar cette comdie444 7,que d'artifices1 ,seigneur6 o il ne fallait qu'une taloche67 ,en dehors des interventions de ce genre1 le prcepteur laissera agir la nature4--,pas de langues1 pas de gographie1 pas d'histoire4 ,pas de livres1 pas de lectures jusqu' dix ans4 mile n'apprendra rien par coeur1 pas mme les fables de ,la ,fontaine1 parce qu'il n'est pas capable de les entendre4 ,mais on dirigera soigneusement1 toujours sans en avoir l'air1 l'ducation de ses sens4 ,d'excellentes pages l-dessus4 ,on l'amnera 7car il ne s'agit pas de l'y contraindre7 vivre beaucoup en plein air1 exercer beaucoup son corps4 ,comme nourriture1 des lgumes1 des fruits1 le rgime vgtarien4 ,en somme1 ne vous y trompez pas1 cette ducation1 o on laisse tant de libert l'enfant1 est des plus rudes4 ,il est trs fcheux pour mile qu'il y ait eu jadis une ville-couvent du nom de ,sparte4--,les leons de sagesse que donnent les choses sont parfois brutales4 ,on n'oblige point mile travailler3 mais1 s'il casse exprs une vitre de sa chambre1 on ne la remet pas2 et tant pis pour lui s'il attrape un gros rhume6 ,la tendresse parat singulirement absente de cette pdagogie4 ,on y voudrait un petit reste de faiblesse maternelle4 ,et l'on se ressouvient que ,rousseau ne connut ni sa mre1 ni ses enfants4 ,cet homme est plein d'imprvu6 ,bien qu'il n'ait nulle part formul expressment cette sottise3 le droit au bonheur1 il est certain pourtant que1 dans tous ses livres1 son objet est le bonheur des hommes4 ,ici1 son objet est le bonheur d'mile4 ,et voil que1 chemin faisant1 ce bonheur devient simplement la moindre souffrance4 ,l'art d'tre heureux est l'art de supporter1 l'art de resserrer sa vie4 ,c'est la patience1 la rsignation1 mme la passivit2 une sorte de stocisme ou plus exactement de fakirisme que ,rousseau a toujours port en lui3 admirable philosophie de malade1 de solitaire repli sur soi2 mais1 en tout cas1 philosophie d'homme fait1 et bien triste et bien dsenchante pour un jeune enfant4 ,rousseau mne ainsi son lve jusqu' douze ans4 ,arriv l1 il contemple son oeuvre avec admiration4 mile est bien portant1 vigoureux1 franc1 loyal4 ,il a du bon sens1 de la fiert1 de la volont4 ,rousseau le voit ainsi parce qu'il le veut1 et parce qu'il lui a plu que la nature ft bonne chez mile4 ,autrement ce beau systme d'ducation et pu tout aussi bien donner un polisson ou un crtin4 ,car enfin1 ce qui russit si bien pour mile russit fort mal pour ,victor et ,victorine1 dans ,bouvard et ,pcuchet4 ,et pourtant les deux bonshommes de ,flaubert possdent leur ,rousseau4 ,mme ils en font des rsums3 ,pour qu'une punition soit bonne1 il faut qu'elle soit la consquence naturelle de la faute4 ,l'enfant a bris un carreau1 on n'en remettra pas3 qu'il souffre du froid2 si1 n'ayant plus faim1 il demande d'un plat1 cdez-lui3 une indigestion le fera vite se repentir4 ,il est paresseux1 qu'il reste sans travail3 l'ennui de soi-mme l'y ramnera4 ,mais ,victor ne souffre point du froid2 son temprament peut endurer les excs1 et la fainantise lui convient admirablement4 ,alors8444 ,au livre ,,iii1 de douze quinze ans1 se fait l'ducation de l'intelligence et de la rflexion1--toujours par les choses mmes1 par l'exprience directe1 sans livres1--avec le moindre effort possible pour l'lve4 ,on lui apprend notamment l'astronomie1 la gographie1 la physique1 la chimie3 ou plutt on s'arrange de faon que les circonstances et le besoin les lui apprennent4 ,on feint de s'garer dans une promenade1 pour qu'il essaye de s'orienter2 et ainsi on lui glisse l'astronomie en douceur4--,il y a toute une histoire complique et vraiment grotesque1 o le gouverneur s'entend secrtement avec un joueur de gobelets pour apprendre la physique mile tout en corrigeant sa vanit4 ,ainsi1 par grand respect de la nature1 on lui enseigne les choses sans les lui enseigner tout en les lui enseignant par de subtils dtours4 ,on met aux mains d'mile ,robinson ,cruso1 et on lui fait raliser ce roman autant qu'il se peut4 ,on lui persuade 7fort bon1 cela7 d'apprendre un mtier manuel1--un mtier honnte1 bien entendu1--non celui de brodeur1 par consquent1 ou de doreur1 ou de tailleur1 ou de musicien1 ou de comdien1 ou de faiseur de livres1--mais celui de menuisier4 ,nous voil au ,livre ,,iv1 o mile fait l'ducation de sa sensibilit1 et o son prcepteur le forme aux sentiments sympathiques et sociaux4 mile a quinze ans2 ge dangereux4 7,rousseau1 insiste beaucoup sur cette priode dlicate de la vie d'mile4 ,peut-tre y a-t-il l un ressouvenir de sa propre adolescence47 mile est encore ignorant4 ,il faut prolonger cette ignorance4 ,mais si c'est impossible8444 ,rousseau hsite444 ,puis il se reprend1 et se fait fort de maintenir l'innocence d'mile jusqu' vingt ans4 ,par quels moyens8 ,rousseau songe un moment montrer mile un hpital d'avaris444 ,mais le mieux1 pour garder mile pur 7et ce souci est beau1 et il n'y a pas de quoi sourire71 c'est encore d'luder sa sensualit par sa sensibilit1 et de faire driver celle-ci vers les sentiments affectueux3 reconnaissance1 amiti1 piti1 amour du peuple1 amour de l'humanit4 ,ici se placent des propos loquents et gnreux3 ,c'est le peuple qui compose le genre humain2 ce qui n'est pas peuple est si peu de chose que ce n'est pas la peine de le compter444 ,ft-il plus malheureux que le pauvre mme1 le riche n'est point plaindre1 parce que ses maux sont tous son ouvrage1 et qu'il ne tient qu' lui d'tre heureux4 ,mais la peine du misrable lui vient des choses1 de la rigueur du sort qui s'appesantit sur lui4 ,il n'y a point d'habitude qui lui puisse ter le sentiment physique de la fatigue1 de l'puisement1 de la faim2 le bon esprit ni la sagesse ne servent de rien pour l'exempter des maux de son tat444 ,respectez votre espce2 songez qu'elle est compose essentiellement de la collection des peuples2 que1 quand tous les rois et tous les philosophes en seraient ts1 il n'y paratrait gure1 et que les choses n'en iraient pas plus mal4 ,en un mot1 apprenez votre lve aimer tous les hommes1 et mme ceux qui les dprisent2 faites en sorte qu'il ne se place dans aucune classe1 mais qu'il se retrouve dans toutes2 parlez-lui du genre humain avec attendrissement1 avec piti mme1 mais jamais avec mpris4 ,homme1 ne dshonore point l'homme4 ,cependant1 le moment est venu de faire connatre les hommes mile3 d'abord par l'histoire1 et surtout par ,plutarque4 ,et le moment est venu aussi de lui faire connatre ,dieu4 ,c'est ici que son gouverneur lui rapporte la ,profession de foi du ,vicaire ,savoyard4 ,ici1 le gouverneur enseigne enfin1 il n'y a pas dire444 ,jamais mile1 livr la seule nature1 n'aurait trouv de lui-mme une si belle dmonstration d'un ,dieu personnel1 de l'immortalit de l'me et de la vie future4 ,alors1 pourquoi ne lui avoir pas enseign cela plutt8 cela1 et quelques autres choses bonnes connatre8 ,que de temps de gagn6 ,rousseau rpond3 ,a quinze ans1 mile ne savait point s'il avait une me1 et peut-tre dix-huit ans n'est-il pas encore temps qu'il l'apprenne4 ,en tout cas1 si on lui avait dit ces choses-l plus tt1 il ne les aurait pas comprises4 ,qui sait8 ,il en aurait compris ce qu'il aurait pu4 ,le mme ,rousseau crit au livre ,,ii des ,confessions3 ,quand j'ai dit qu'il ne fallait point parler aux enfants de religion si l'on voulait qu'un jour ils en eussent1 et qu'ils taient incapables de connatre ,dieu1 mme notre manire1 j'ai tir mon sentiment de mes observations1 non de ma propre exprience2 je savais qu'elle ne concluait rien pour les autres4 ,trouvez des ,jean-,jacques six ans1 et parlez-leur de ,dieu sept1 je vous rponds que vous ne courez aucun risque4 ,oui1 nous savons que ,jean-,jacques tait un enfant de gnie4 ,mais mile1 ce cher mile1 est-il donc un petit idiot8 ,mais laissons la ,profession de foi du ,vicaire ,savoyard1 que je traiterai part1 et continuons de suivre mile dans son dveloppement4 mile est de plus en plus tourment par la crise de la dix-huitime anne4 ,comment tendre chez lui1 jusqu' vingt ans1 l'ignorance des dsirs et la puret des sens8 ,couchez dans sa chambre2 qu'il ne se mette au lit qu'accabl de sommeil1 et qu'il en sorte l'instant qu'il s'veille4 ,puis1 il faut l'emmener hors des villes1 l'exercer des travaux pnibles1 l'envoyer la chasse1 et lui parler loquemment4 ,lui parler loquemment8 ,cela rappelle ,bouvard et ,pcuchet s'vertuant moraliser ,victor3 ,fnelon recommande de temps autre une conversation innocente4 ,impossible d'en imaginer une seule444 ,bouvard et ,pcuchet firent lire leurs lves des historiettes tendant inspirer l'amour de la vertu4 ,elles assommrent ,victor444 ,etc4--,peut-tre bien qu'en ces matires et dans la plupart des cas rien ne vaut ni ne remplace le commandement catgorique d'une foi religieuse4 ,mais c'est ce que la nature ne fournit pas3 au contraire4 ,reprenons4 ,si mile continue d'tre tourment1 il n'y a plus qu'une ressource3 son gouverneur partira avec lui1 la recherche d'une compagne1 et fera durer la recherche4 ,de mme qu'on avait combin d'avance de petits drames pour apprendre mile enfant ce que c'est que la proprit1 ou pour lui ter l'envie de sortir sans son gouverneur1 ou pour lui enseigner la fois la physique et la modestie1--ainsi le mariage de l'heureux jeune homme sera l'effet d'une machination longuement prpare par son matre4 ,voici4 ,le gouverneur connat depuis longtemps la jeune fille qui convient son lve et qu'il lui destine2 il connat ses parents1 il sait o elle demeure4 ,mais il la dcrit d'abord mile comme un objet imaginaire1 dont la pense combattra l'impression des objets rels4 ,il dit ngligemment3 ,pour lui donner un nom1 mettons qu'elle s'appelle ,sophie4 ,et il part avec son lve la recherche de la jeune personne qui ressemblera le mieux cette ,sophie de ses rves4 mile et son prcepteur vont donc ,paris4 mile voit le monde1 la socit4 lev comme il l'a t1 la socit et le monde n'ont plus de danger pour lui4 ,il les voit comme ils sont1 mprisables et ridicules4 ,il est de plus en plus sensible la vie simple et rurale4 ,et nous rencontrons ici le couplet de la maison blanche avec des contrevents verts et l'apostrophe ,paris3 ,adieu donc1 ,paris1 ville clbre1 ville de bruit1 de fume et de boue1 o les femmes ne croient plus l'honneur ni les hommes la vertu4 ,adieu1 ,paris4 ,nous cherchons l'amour1 le bonheur1 l'innocence2 nous ne serons jamais assez loin de toi6 ,et1 n'ayant pas trouv ,paris mme la plus faible reprsentation de la ,sophie idale1 ils s'en vont la chercher la campagne4 ,et maintenant1 en attendant qu'mile la rejoigne1 transportons-nous auprs de la vraie ,sophie1 chez ses bons parents1 dans sa jolie maison rustique4 ,rousseau nous dit quelle a t l'ducation de cette jeune personne et quelle doit tre l'ducation des filles4 ,c'est l'ducation la plus strictement traditionnelle1 la plus diffrente qu'il se puisse de l'ducation d'mile4 ,la nature nous signifie assez qu'elle n'est pas fministe4 ,rousseau ne l'est pas non plus2 il ne l'est pas du tout1 pas mme un peu4--,et l'on peut s'tonner que sa turlutaine d'galit ne lui ait pas souffl l'ide d'galiser les deux sexes4 ,il semblait que pas une chimre ne dt manquer sa collection4 ,il a pourtant rat celle-l4 ,rousseau n'est pas fministe4 ,il est mme anti-fministe4 ,c'est sans doute parce qu'il a beaucoup aim les femmes4 ,il pense ou sent1 sur ce point1 comme ,michelet1 comme ,sainte-,beuve1 comme tous ceux qui1 trs touchs du fminin1 auraient voulu1 non pas attnuer1 mais au contraire entretenir et mme accentuer les diffrences entre les deux sexes4 ,rousseau pousse si loin ce sentiment 7dj exprim dans la ,lettre sur les spectacles et ailleurs7 qu'il ne retient pour les filles absolument aucun des procds qu'il applique l'ducation des garons2 comme si les deux sexes n'avaient intellectuellement rien de commun1 et comme si rien de ce qui convient l'un ne pouvait convenir l'autre4 ,tandis que le gouverneur d'mile lui accordait toute la libert possible et voulait qu'il ne ft jamais puni que par les choses1 et tandis qu'il excitait son lve penser par lui-mme et se mettre au-dessus du jugement des hommes1--deux ,muses svres1 la ,contrainte1 et le ,respect de l',opinion1 prsident l'ducation des filles3 ,les filles doivent tre gnes de bonne heure444 ,la dpendance est un tat naturel aux femmes1 les filles se sentent faites pour obir444 7,on peut les punir1 elles47--444,il rsulte de cette contrainte habituelle une docilit dont les femmes ont besoin toute leur vie1 puisqu'elles ne cessent jamais d'tre assujetties ou un homme1 ou aux jugements des hommes1 et qu'il ne leur est jamais permis de se mettre au-dessus de ces jugements4--,il n'importe pas seulement que la femme soit fidle1 mais qu'elle soit juge telle par son mari1 par ses proches1 par tout le monde444 ,l'apparence mme est au nombre des devoirs des femmes444 ,la femme1 en faisant bien1 ne fait que la moiti de sa tche1 et ce qu'on pense d'elle ne lui importe pas moins que ce qu'elle est en effet444 ,toute l'ducation des femmes est relative aux hommes4 ,pour le surplus1 la femme doit plaire4 ,elle doit soigner sa toilette1 pratiquer les arts d'agrment444--,pour la religion3--,toute fille doit avoir la religion de sa mre1 toute femme celle de son mari4--,puisque l'autorit doit rgler la religion des femmes1 il ne s'agit pas tant de leur expliquer les raisons qu'on a de croire1 que de leur exposer nettement ce qu'on croit4--,pour la culture de leur esprit3--,pas de livres abstraits1 pas de sciences444 ,leurs tudes doivent se rapporter toutes la pratique444 ,toutes leurs rflexions1 en ce qui ne tient pas immdiatement leurs devoirs1 doivent tendre l'tude des hommes ou aux connaissances agrables qui n'ont que le got pour objet4 etc4 ,rousseau1 dans ce livre ,v1 parle souvent comme un ,chrysale suprieur4 ,c'est l encore un rveil de son me traditionnelle et ancestrale1 comme dans la troisime partie de la ,julie4 ,mais je crois aussi qu'il le fait un peu exprs pour ennuyer ses belles amies4 ,oh6 que ses belles amies l'agacent par ressouvenir6 ,oh6 qu'il en a assez de ces femmes mancipes1 de ces femmes philosophes et athes et qui croient avoir l'esprit libre6 ,il raille1 dans une page fort belle1 ce type prtendu distingu et respectable de la femme qui manque la pudeur et au devoir fminin1 mais qui a1 dit-on1 les vertus d'un honnte homme4 ,il ne croit pas ces vertus3 ,le grand frein de leur sexe t1 dit ,rousseau1 que reste-t-il qui les retienne8 et de quel honneur peuvent-elles faire cas1 aprs avoir renonc celui qui leur est propre8 ,et tant pis pour madame d'pinay1 et pour madame d',houdetot1 et mme pour madame de ,luxembourg6 ,mais venons ,sophie elle-mme4 ,son portrait est long1 mais agrable4 ,en voici un petit extrait3 444,sophie n'est pas belle1 mais auprs d'elles les hommes oublient les belles femmes1 et les belles femmes sont mcontentes d'elles-mmes4 ,a peine est-elle jolie au premier aspect2 mais plus on la voit1 et plus elle s'embellit2 elle gagne o d'autres perdent2 et ce qu'elle gagne elle ne le perd plus444 ,sans blouir elle intresse1 elle charme1 et l'on ne saurait dire pourquoi444 ,sophie aime la parure et s'y connat444 mais elle hait les riches habillements444 ,sophie a des talents naturels444 ,sophie est extrmement propre4 ,cependant cette propret ne dgnre pas en vaine affectation ni en mollesse444 ,jamais il n'entra dans son appartement que de l'eau simple2 elle ne connat d'autres parfums que celui des fleurs2 et jamais son mari n'en respirera de plus doux que son haleine4 ,enfin l'attention qu'elle donne l'extrieur ne lui fait pas oublier qu'elle doit sa vie et son temps des soins plus nobles2 elle ignore ou ddaigne cette excessive propret du corps qui souille l'me2 ,sophie est bien plus que propre3 elle est pure4 ,dlicieux en somme1 avec ses lenteurs1 tout ce portrait physique et moral de ,sophie4 ,je le rsume ainsi3 un ensemble de qualits moyennes d'o se dgage un charme suprieur444 ,je ne vois ,sophie qu'avec des jupes rayes de rose1 et beaucoup1 beaucoup de linge frais1 et des yeux facilement humides4 ,sa mre tait pauvre1 mais de condition4 ,son pre tait riche2 il est demi ruin3 mais il possde encore la jolie maison aux contrevents verts1 un beau jardin1 des prs1 des champs4 ,tous deux sont bons et respectables4 ,sophie est leve selon les principes exposs ci-dessus4 ,on la gronde et on la punit parfaitement1 puisqu'elle n'est qu'une fille4 ,son pre lui tient les discours les plus tendres et les plus senss du monde4 ,il y a l tout un tableau d'intrieur charmant et cordial1 un joli coin de roman bourgeois1--et qui tait neuf alors4 ,quelques indlicatesses de touche viennent le gter un peu4 ,sophie languit4 ,elle est malade d'tre fille4 ,l'auteur nous parle trop des sens et des dsirs de ,sophie1 et mme de son temprament combustible4 ,et nous savons bien que les jeunes filles peuvent avoir des sens et des dsirs1 mais nous aimons les supposer comme engourdis1 et il ne nous est pas trs agrable qu'on nous en parle sans dtour4 ,on s'inquite1 on interroge ,sophie1 et elle laisse chapper son secret4 ,on lui a donn lire le roman de ,fnelon1 et elle aime ,tlmaque6 ,et c'est cela qui la consume4 ,or voici que ,tlmaque et ,mentor1 c'est--dire mile et son gouverneur1 surpris et mouills par un orage1 viennent demander l'hospitalit aux parents de ,sophie4 ,tout cela a t combin entre le gouverneur et le pre4 ,les voyageurs schs1 on se met table4 ,on cause2 le pre de ,sophie est amen raconter ses malheurs1 et les consolations qu'il a trouves dans son pouse3 mile1 mu1 attendri1 cesse de manger pour couter4 ,enfin1 l'endroit o le plus honnte des hommes s'tend avec plus de plaisir sur l'attachement de la plus digne des femmes1 le jeune voyageur1 hors de lui1 serre une main du mari qu'il a saisie1 et de l'autre prend aussi la main de la femme1 sur laquelle il se penche avec transport en l'arrosant de ses pleurs444 7,tableau la ,diderot et la ,greuze4 ,vous connaissez1 et nous avons dfini1 propos de la ,nouvelle ,hlose1 ce genre de sensibilit47 444,sophie1 le voyant pleurer1 est prte de mler ses larmes aux siennes444 ,la mre voit sa contrainte1 et l'en dlivre en l'envoyant faire une commission4 ,ici1 coutez bien1 nous approchons d'un coup de thtre3 ,une minute aprs1 la jeune fille rentre1 mais si mal remise que son dsordre est visible tous les yeux4 ,la mre lui dit avec douceur3--,sophie1 remettez-vous444 ,a ce nom de ,sophie 7vous vous rappelez que c'est ainsi qu'il nommait sa chimre71 ce nom de ,sophie1 vous eussiez vu tressaillir mile4 ,frapp d'un nom si cher1 il se rveille en sursaut1 et jette un regard avide sur celle qui le porte1 etc4 ,vous pensez peut-tre qu'arriv l1 le gouverneur du jeune homme va le laisser enfin tranquille4 ,oh6 que non pas6 ,le gouverneur juge propos1 vu la combustibilit de leur temprament1 qu'mile s'installe deux lieues de ,sophie1 et qu'ils ne se voient que deux ou trois fois par semaine4 ,puis1 un jour1 il tient mile un discours1 fort beau en vrit1 admirable mme et du plus pur stocisme1 o il l'exhorte quitter ,sophie pendant deux ans1 afin d'assurer par une preuve leur futur bonheur4 ,et il persuade mile1 et mile persuade ,sophie1 parmi des torrents de pleurs4 mile voyage donc pour tudier les gouvernements et les moeurs4 ,il rapporte de ses voyages un rsum du ,contrat social--et cette pense1 entre autres1 qui est peut-tre vraie1 mais qui semble peu dmontrable3 ,la ,france serait bien plus puissante1 si ,paris tait ananti4 ,et l'on marie enfin mile et ,sophie4 ,et vous croyez que1 cette fois1 le rle du prcepteur est termin1 et que c'est aux jeunes gens de gouverner eux-mmes leur bonheur conjugal8 ,non2 et l'oeil de l'inlassable prcepteur est encore dans leur alcve4 ,l'impudeur naturelle de ,jean-,jacques abonde d'autant plus en conseils aux jeunes maris1 qu'il n'a pas t mari1 lui2 que son initiation par madame de ,warens fut passive et cynique1 et qu'il n'a pas eu initier ,thrse1 et que1 de par sa vie prive1 il ne parat gure mieux qualifi pour l'ducation des poux que pour l'ducation des enfants4 ,mais passons6 ,ou plutt disons que1 l encore1 il rve sa vie1 qu'il se donne le spectacle de ce qu'il n'a pu faire1 et qu'il s'tend peut-tre sur les jeunes amours d'mile et de ,sophie par un sentiment amer de regret et de revanche4 ,donc1 il les prend part pour leur recommander d'tre toujours amants1 mme dans le mariage4 ,obtiens tout de l'amour1 dit-il mile1 sans rien exiger du devoir1 et que les moindres faveurs ne soient jamais pour vous des droits1 mais des grces4 ,et il prcise1 et il insiste2 et mile se rcrie1 et ,sophie honteuse tient son ventail sur ses yeux4 ,et1 quelques jours aprs1 comprenant1 la figure d'mile1 que ses conseils ont t pris trop la lettre par ,sophie1 et comprenant aussi que la dlicate ,sophie veut mnager son poux1 il lui fait entendre que le chaste mile a des rserves1 et vingt autres indcences en style noble444 ,de sorte que l'infortun garon1--que ,rousseau a voulu si libre1 si indpendant des hommes1 jamais puni1 jamais rprimand1--a finalement son gouverneur pour belle-mre2 et quelle belle mre6--et qu'on ne sait quand il pourra s'en dptrer1 et qu'il sera sans doute lve toute sa vie4 7,mais1 avec cela1 je ne dois pas omettre que le discours du gouverneur contient d'excellents conseils pour le temps o les poux seront calms1 et que cela ressemble certains chapitres de ,michelet1 et que ,michelet1 dans l',amour1 a emprunt beaucoup1 beaucoup1 au livre ,v de l'mile4 ,michelet me parat d'ailleurs1 malgr la diffrence des gnies1 le plus fidle continuateur de ,rousseau au ,x,i,xe sicle47 ,voil ce livre clbre444 ,oh6 il renferme des ides excellentes4 ,l'allaitement maternel1 l'eau froide1 le plein air1 c'est trs bien4 ,trs bien aussi d'aimer l'enfance et de la vouloir gaie et heureuse4 ,il est bien encore de croire que faire un homme1 ce n'est pas fabriquer une machine1 mais dvelopper un tre vivant4 ,les tudes progressives1 proportionnes au dveloppement physique et moral de l'enfant2 l'enseignement exprimental1 par la vue et le contact des choses2 le pas donn l'ducation sur l'instruction2 la raction contre l'ducation mondaine1 et aussi contre l'ducation par les livres et surtout par les manuels 7 laquelle est prsentement en proie notre socit de fonctionnaires71 le dessein de former un homme complet et arm pour la vie444 tout cela est louable et juste4 ,seulement1 l'allaitement maternel1 l'eau froide1 l'air et l'exercice1 c'tait dj prescrit par ,tronchin2 et1 pour le reste1 c'tait dj un peu partout1 et c'tait notamment1 et plus qu'en germe1 dans ,rabelais1 dans ,montaigne et dans ,locke4 ,et il est bien vrai que ,rousseau a mis sa marque loquente sur ces prceptes connus3 mais1 il reste1 ici encore1 que ce qui est bon lui appartient peu1 et que ce qui lui appartient parat d'une absurdit insolente4 ,ce qui lui appartient1 c'est l'ide antinaturelle d'une prtendue ducation selon la nature1 qui exigerait la dpossession des parents et le sacrifice total de la vie du matre un seul lve2 et c'est l'ide d'une ducation qui1 si elle tait ralisable1 empcherait chaque gnration de profiter du labeur et de la pense des morts4 ,l'utilit de l'ducation1 sinon son objet mme1 c'est prcisment de dispenser l'enfant de refaire tout le travail des pres3 et voil que ,rousseau prtend l'obliger refaire lui-mme ce travail4 ,mais en mme temps1 comme il sent que ce serait un peu long1 il triche4 ,nul enseignement ne comporte plus d'artifice que cet enseignement qui croit respecter la nature4 ,le gouverneur en est rduit truquer les choses et la vie autour de son lve4 ,il ne l'instruit pas1 non2 il ne le punit pas3 mais en ralit il le mystifie et il l'asservit4--comme ,fnelon le duc de ,bourgogne4 ,or1 si l'lve doit arriver finalement penser comme son gouverneur1 ce n'tait peut-tre pas la peine de prendre tant de dtours4 ,toute cette ducation est mensonge4 ,le mensonge est l'me des trois quarts de l'oeuvre de ,jean-,jacques4 ,ou bien1 si cette ducation n'est pas l'asservissement entier de l'lve au matre1 elle tend la rupture de toute tradition4 ,or la tradition conomise le temps en transmettant des parents aux enfants des opinions toutes faites4 ,elle unit ainsi et fait concorder l'effort des gnrations successives4 ,enseignez aux enfants les croyances des pres4 ,ils s'en dferont plus tard s'ils veulent3 mais1 si la plupart s'y tiennent1 quelle force la communaut humaine dont ils font partie ne retire-t-elle pas de cette continuit6 ,que deviendrait un peuple1 si chaque enfant devait tre laiss libre de juger la vie et de se faire tout seul une religion et une morale8 mile est gentil1 trs gentil3 mais que dirait son matre si mile1 dix-huit ans1 l'envoyait promener avec son disme et la profession de foi du vicaire savoyard8 ,quel vaurien pourrait devenir mile s'il n'tait pas si bien n1 ou s'il n'avait pas le plus imprieux1 en ralit1 des prcepteurs8--,ou anarchiste1 ou sde du matre3 voil la destine d'un enfant lev strictement selon ,rousseau4 ,rien donc n'a pu tre appliqu de l'mile1 hormis ce qui tait indiqu dj dans ,locke1 ,montaigne1 ,rabelais4 ,mais de la partie originale1 de la partie propre ,rousseau1 je le rpte1 on n'a rien pu retenir4 ,rien8 je me trompe4 ,on a retenu le pire4 ,il en est rest cette niaiserie3 le respect de la libert de l'enfant1 la crainte d'attenter sa conscience2 par suite1 nul enseignement religieux1--et pourquoi n'ajoute-t-on pas3 nul enseignement moral8--jusqu' ce qu'il soit capable de choisir lui-mme sa religion ou sa philosophie1 ou de s'abstenir volontairement de tout choix4 ,ce qu'on appelle aujourd'hui la neutralit et qui est en fait l'irrligion de l'cole est bien en germe dans l'mile1 est certainement impliqu par le systme d'ducation de ,rousseau2--et nous commenons1 je crois1 en entrevoir les rsultats1--rsultats qu'on se garde bien d'attnuer en rcitant du moins aux adolescents1--comme ,rousseau fait pour mile1--la ,profession de foi du ,vicaire ,savoyard1 devenue clricale4 mile eut un grand succs1 moindre pourtant que celui de la ,nouvelle ,hlose4 ,mais mile1 plus austre1 passa pour le chef-d'oeuvre de l'auteur4 ,les femmes n'y virent que le roman de ,sophie et l'allaitement maternel2 et1 l',opra1 les belles dames1 ces annes-l1 se firent apporter leurs petits enfants au fond de leur loge1 et leur donnrent tter pendant les entr'actes4--,quant aux hommes1 ils virent dans mile ce qu'ils voulurent1 car il y a de tout4 ,je veux du moins vous faire connatre l'interprtation d'mile par ce bon ,musset-,pathay 7le pre d',alfred de ,musset7 qui publia en #ahbe une histoire apologtique de ,rousseau4 ,c'est bien simple4 ,rousseau1 avec le coup d'oeil du gnie2 prvoyant toute la ,rvolution franaise1 a voulu lever mile1 jeune noble1 de faon qu'il pt se tirer d'affaire1 quels que fussent les vnements4 ,et c'est pourquoi il lui a appris1 notamment1 le mtier de menuisier4 mile serait donc un trait d'ducation pour les jeunes gentilshommes en vue de la catastrophe rvolutionnaire4 videmment ,musset-,pathay pensait au duc d',orlans 7,louis-,philippe71 form autrefois par madame de ,genlis selon quelques-uns des prceptes de ,jean-,jacques4 ,c'est assez curieux4 ,mais l'ide essentielle1 originale et absurde de l'mile se plie si mal la pratique1 que ,jean-,jacques1 consult par des mres1 des abbs prcepteurs1 mme des princes1 fait ce qu'il avait dj fait propos du ,discours sur les sciences et du ,discours sur l'ingalit3 il avoue sa propre outrances ou bien il l'attnue1 ou mme il se contredit4--,a madame de ,t444 7#f avril #agga7 il conseille nettement d'loigner et de mettre en pension un enfant indisciplinable1 et ne se soucie nullement de laisser faire la nature chez ce jeune vaurien4--,a l'abb ,m444 7#bh fvrier #aggj7 il crit 7et je ne sais trop s'il n'y met pas une ironie sourde de pince-sans-rire1 bien que ce sentiment lui soit1 en gnral1 trs tranger73 ,s'il est vrai que vous ayez adopt le plan que j'ai tch de tracer dans l'mile1 j'admire votre courage3 car vous avez trop de lumires pour ne pas voir que1 dans un pareil systme1 il faut tout ou rien1 et qu'il vaudrait cent fois mieux reprendre le train des ducations ordinaires et faire un petit talon rouge que de suivre demi celle-l pour ne faire qu'un homme manqu444 ,vous ne pouvez ignorer quelle tche immense vous vous donnez3 vous voil1 pendant dix ans au moins1 nul pour vous-mme1 et livr tout entier avec toutes vos facults votre lve2 vigilance1 patience1 fermet1 voil surtout trois qualits sur lesquelles vous ne sauriez vous relcher un seul instant sans risquer de tout perdre2 oui1 de tout perdre1 entirement tout3 un moment d'impatience1 de ngligence ou d'oubli peut vous ter le fruit de dix ans de travaux1 sans qu'il vous en reste rien du tout1 pas mme la possibilit de le recouvrer par le travail de dix autres4 ,certainement1 s'il y a quelque chose qui mrite le nom d'hroque et de grand parmi les hommes1 c'est le succs d'une entreprise pareille la vtre4 ,etc4 ,cela est fou4 ,de qui ,rousseau se moque-t-il8 ,si l'ducation d'un seul petit bonhomme veut cette abngation totale et ce travail herculen de dix annes1 l'abb ,m444 n'a qu' y renoncer4 ,peut-on avouer plus clairement qu'mile n'est que le roman de l'ducation8 ,enfin1 dans un journal sur le sjour de ,jean-,jacques ,strasbourg en #agfe1 on lit ceci3 ,monsieur ,anga lui a rendu visite et lui a dit2--,vous voyez1 monsieur1 un homme qui a lev son fils selon les principes qu'il a eu le bonheur de puiser dans votre mile4--,tant pis1 monsieur1 lui rpondit ,jean-,jacques2 tant pis pour vous et pour votre fils4 ,mais ,rousseau dtruit encore mieux l'mile par un autre roman dont il n'a crit que deux chapitres et qui est intitul3 mile et ,sophie ou les ,solitaires4 mile et ,sophie sont maris4 ,ils ont un fils4 ,vous pensez que1 ptris par ,jean-,jacques1 ils sont pour jamais sages et heureux4 ,mais ils viennent ,paris4 ,ils voient le monde4 ,ils se dissipent4 ,un jour ,sophie se refuse son mari4 ,cela dure plusieurs mois4 ,presse de questions1 elle finit par dire3 ,arrtez1 mile1 et sachez que je ne vous suis plus rien3 un autre a souill votre lit1 je suis enceinte1 vous ne me toucherez de ma vie4 ,quoi6 cette ,sophie si charmante et si bien leve444 ,oui1 c'est une manie de ,rousseau4 ,il faut que ,sophie soit souille comme ,julie1 afin de pouvoir remonter la vertu comme ,julie1--et comme ,jean-,jacques lui-mme1 dont je vous ai dj dit que la vie est une volution morale1 une purification acheve par la dmence4 mile s'enfuit dsespr4 ,puis il rflchit1 il se rappelle les leons de stocisme de son matre2 il trouve des excuses ,sophie2 il admire mme ce qu'elle a gard de franchise et de vertu dans la faute4 ,il lui pardonne1 mais il s'en ira1 loin1 avec son fils4 ,en attendant1 il travaille1 quelques lieues de ,paris1 chez un menuisier1 pour fatiguer son corps et puiser sa peine4 ,sophie l'y retrouve1 n'ose entrer dans l'atelier1 mais s'crie mi-voix1 en regardant l'enfant dont elle est accompagne3 ,non1 jamais il ne voudra t'ter ta mre2 viens1 nous n'avons rien faire ici4 ,et1 en effet1 mile renonce emmener l'enfant et part seul1 pied4 ,puis il s'engage comme matelot1 est pris par un corsaire4 ,captif en ,alger1 il se signale par sa patience1 sa douceur1 son courage1 et devient l'esclave du dey1 qui a de la considration pour lui4 ,ici s'arrte le roman1 et nous nous disons3 ,a quoi a servi l'ducation si spciale d'mile1 puisque1 venu ,paris1 il s'est mis y vivre comme tout le monde8--,elle lui a servi1 dira ,rousseau1 se ressaisir1 se montrer juste et bon envers ,sophie1 se conduire courageusement en ,alger4--,mais un homme bien n n'aurait-il pu faire exactement les mmes choses1 quand mme il et t lev au collge de ,navarre et selon les anciennes mthodes4 ,alors8444 ,mais il y a de vraies beauts dans ce fragment de roman2 mais l'adultre y est pris trs au srieux dans un temps o il n'excitait d'ordinaire que des plaisanteries 7au moins chez les hautes classes72 mais mile tromp pardonne sa femme presque dans les termes et par les considrants d'un mari de ,dumas fils2 mais1 dj1 dans la ,nouvelle ,hlose1 ,jean-,jacques nous avait montr une courtisane encore plus hroque que la ,dame aux camlias2 mais1 plusieurs annes auparavant1 dans une note de la ,rponse ,bordes il avait dclar que la trahison du mari est aussi coupable que celle de la femme1 et que femme et mari se doivent une fidlit gale444 ,car cet homme1 qui a crit lui tout seul plus de sottises1 beaucoup plus1 que tous les autres grands classiques ensemble1 est aussi celui qui a ouvert la littrature et au sentiment le plus de voies nouvelles444 ,c'est ainsi4 ,,huiti,,me ,,conf,,rence ,,le ,,contrat ,,social ,,la ,,profession ,,de ,,foi ,,du ,,vicaire ,,savoyard ,a mon avis1 le ,contrat social est1 avec le premier ,discours1 le plus mdiocre des livres de ,rousseau4 ,il en est1 sous une forme sentencieuse1 le plus obscur et le plus chaotique4 ,et il en a t1 dans la suite1 le plus funeste4 ,c'est aussi l'ouvrage qui s'insre le moins facilement dans sa biographie1 celui dont on voit le mieux qu'il aurait pu ne pas l'crire4 ,le ,contrat social ne s'explique pas1 comme les deux ,discours1 comme la ,julie1 comme l'mile1 comme les quelques autres ouvrages qui suivront1 par quelque circonstance imprieuse ou persuasive de la vie de ,jean-,jacques4 ,le texte dfinitif du ,contrat social a d tre rdig immdiatement avant ou aprs l'mile4 ,mais le ,contrat est un fragment d'un grand ouvrage antrieur3 les ,institutions politiques1 commences par ,rousseau ,venise 7#agdd74 ,le ,contrat est donc le seul ouvrage de ,rousseau 7avec les ,rveries7 qui n'ait pas t conu et crit sous le coup de la passion4 ,je crois simplement que ,rousseau ,montmorency reprit et revit1 vers #agfj-agfa1 ses vieux cahiers de ,venise1 parce qu'il tait trs touch de la gloire de ,montesquieu 7qu'il raille sans le nommer au livre ,,ii du ,contrat74 ,puis1 il tait encore dans sa priode d'adoration pour ,genve4 ,ce qu'il difie dans le ,contrat social1 c'est le gouvernement de ,genve idalis4 ,idalis8 ,comment8--,genve tait un gouvernement dmocratique1 mais attnu4--,en dehors des habitants1 c'est--dire les trangers domicilis dans la rpublique1 et des natifs1 ou fils d'habitants 7deux classes qui comptaient peu7 il y avait les citoyens1 fils de bourgeois et ns dans la ville1 et les bourgeois1 fils de bourgeois ou de citoyens1 mais ns l'tranger1 ou trangers ayant acquis le droit de bourgeoisie4 ,ces deux classes3 les citoyens et les bourgeois1 formaient ensemble le corps lectoral3 environ quinze cents votants 7on n'tait lecteur qu' vingt-cinq ans74 ,mais1 seuls1 les citoyens pouvaient tre membres du gouvernement 7appel ,petit ,conseil74 ,or1 lorsque ,rousseau avait publi le ,discours sur l'ingalit1 il l'avait ddi la ,rpublique de ,genve1 et particulirement aux membres du ,petit ,conseil4 ,mais ils avaient1 parat-il1 reu froidement cette ddicace2 et1 tandis que tout le peuple de ,genve s'chauffait pour ,jean-,jacques1 eux seuls avaient montr quelque rserve4 ,jean-,jacques1 nous le savons1 leur en avait gard rancune2 et il est donc fort possible qu'en poussant la dmocratie toute pure son tableau idalis d'une petite rpublique1 il ait voulu ennuyer un peu ces membres privilgis du ,petit ,conseil1 qu'il avait inutilement traits dans sa ddicace de magnifiques et souverains seigneurs4 ,ce n'est que par l1 je crois1 qu'on peut insrer1 comme je disais1 le ,contrat social dans la vie personnelle et intime de ,jean-,jacques3 ,jean-,jacques veut dmocratiser ,genve par rancune des sentiments trop tides du gouvernement genevois son gard4--,il n'est pas impossible4 ,d'autre part1 il n'tait pas ncessaire sans doute1 mais il tait assez naturel que ,rousseau1 censeur des moeurs dans ses premiers livres1 prcepteur d'amour dans la ,julie1 oracle de l'ducation dans l'mile1 sentt le besoin d'tre enfin lgislateur1 pour achever sa mission de bienfaiteur de l'humanit4 ,car tous ces emplois se tiennent4--,lui-mme avait dit dans l'mile 7et l'on y peut voir une amorce au ,contrat social73 ,comment faire pour que l'homme1 dans l'tat civil1 reste aussi libre que possible1 ne subisse pas des volonts particulires et arbitraires1 ne subisse que des volonts gnrales8 ,il faut substituer la loi l'homme2 armer les volonts gnrales d'une force relle1 suprieure l'action de toute volont particulire4 ,bref1 c'est l'homme d'un rle qui a crit le ,contrat social1 et c'est aussi l'homme froiss par les magnifiques seigneurs de ,genve2 et c'est le ,genevois1 fils d'une trs petite rpublique2 et c'est plus encore le protestant4 ,la souverainet du peuple est un dogme protestant1 oppos par les pasteurs du ,x,v,i,ie sicle au despotisme de ,louis ,,xiv4 ,le ministre ,jurieu avait dit en propres termes3 ,le peuple est la seule autorit qui n'ait pas besoin d'avoir raison pour valider ses actes4 ,et1 si c'est le protestant qui a crit le ,contrat1 ce n'est donc point l'aptre de la nature2 et il parat en effet impossible de faire rentrer ce livre dans la thorie expose par les deux ,discours4 ,car le gouvernement selon la nature1 le gouvernement naturel1--de quelque faon qu'on l'entende1--ce ne peut videmment pas tre la dmocratie absolue1 tardif et artificiel produit des mtaphysiques politiques1 7et qui n'a jamais t ralise mme dans les petites rpubliques de l'antiquit1 o il y avait les esclaves73 le gouvernement selon la nature1 ce serait le gouvernement le plus ressemblant l'immmoriale et naturelle institution de la famille2 ce serait le gouvernement d'un seul1 ce serait la monarchie1--et cela de l'aveu mme de ,rousseau qui1 dans le ,discours sur l'ingalit1 considre comme le meilleur et le plus heureux le rgime patriarcal de la tribu4 ,et maintenant voici le dessein du ,contrat social1 dgag de toutes les digressions qui l'obscurcissent4 ,je veux citer d'abord une partie des principes poss par l'auteur1 et d'o le reste est dduit3 ,l'homme est n libre1 et partout il est dans les fers 7n libre ne me prsente aucun sens2 mais passons74 ,comment ce changement s'est-il fait8 ,je l'ignore444 ,qu'est-ce qui peut le rendre lgitime 7le1 c'est--dire ce changement de l'homme n libre en homme qui n'est plus libre1 c'est--dire1 au bout du compte1 le gouvernement1 l'institution sociale78 ,je crois pouvoir rsoudre cette question4 ,il y a1 l'origine des socits1 un pacte1 connu ou suppos4 ,comment doit se formuler ce pacte8 ,quelles en doivent tre les clauses1--et ensuite le fonctionnement8 444,la difficult peut s'noncer en ces termes3 ,trouver une forme d'association qui dfende et protge de toute la force commune la personne et les biens de chaque associ1 et par laquelle chacun1 s'unissant tous1 n'obisse pourtant qu' lui-mme et reste aussi libre qu'auparavant4 ,tel est le problme fondamental dont le contrat social donne la solution4 444,les clauses de ce contrat1 bien entendues1 se rduisent toutes une seule1 savoir l'alination totale de chaque associ avec tous ses droits toute la communaut2 car1 premirement1 chacun se donnant tout entier1 la condition est gale pour tous2 et1 la condition tant gale pour tous1 nul n'a intrt de la rendre onreuse aux autres4 7,rousseau en est sr4447 ,de plus1 chacun1 se donnant tous1 ne se donne personne2 et1 comme il n'y a pas un associ sur lequel on n'acquire le mme droit qu'on lui cde sur soi1 on gagne l'quivalent de ce qu'on perd1 et plus de force pour conserver ce qu'on a4 7,oh6 c'est d'une excellente logique1 et c'est trs bien sur le papier47 444,a l'instant1 au lieu de la personne particulire de chaque contractant1 cet acte d'association produit un corps moral et collectif1 compos d'autant de membres que l'assemble a de voix2 lequel reoit de ce mme acte son unit1 son moi commun1 sa vie1 sa volont444 ,cet tre collectif est appel tat quand il est passif1 souverain quand il est actif444 ,a l'gard des associs1 ils prennent collectivement le nom de peuple1 et s'appellent en particulier citoyens1 comme participant l'autorit souveraine1 et sujets1 comme soumis aux lois de l'tat4 ,et voici comment le systme doit fonctionner1 pour que les hommes soient aussi heureux et1 parat-il1 aussi libres que possible4 ,le peuple fait la loi en tant que souverain4--,le peuple obit la loi en tant que sujet4--,le peuple applique la loi en tant que prince ou magistrat1 en nommant1 pour l'appliquer1 non pas des reprsentants1 mais des commissaires4 ,c'est le gouvernement direct et continu du peuple par le peuple4 ,et voici ce qui est impliqu dans ce systme3 #a ,l'galit absolue des citoyens4--,pour que cette galit demeure1 il ne faut pas que le citoyen fasse partie d'un autre groupe que l'tat1 qu'il subisse une hirarchie prive4 ,donc1 aucune socit partielle1 aucune association1 aucune corporation4 ,autrement1 on pourrait dire qu'il n'y a plus autant de votants que d'hommes1 mais seulement autant que d'associations4 ,quant l'ingalit des fortunes444 ,le communisme est envelopp dans ,rousseau4 ,il dit dans le ,contrat 7,l4 #i73 ,l'tat1 l'gard de ses membres1 est matre de leurs biens par le contrat social444 ,les possesseurs sont considrs comme dpositaires du bien public4 ,et il avait dit dans l'mile 7,v73 ,le souverain 7c'est ici le peuple7 peut lgitimement s'emparer des biens de tous1 comme cela se fit ,sparte1 au temps de ,lycurgue4 7,et pourtant1 dans la ,nouvelle ,hlose1 il crivait la fois le pome et le trait du gouvernement domestique2 et cela supposait la fois l'ingalit assez grande des fortunes et une svre hirarchie1 et il en rsultait un groupement naturel1 conomique et moral1 qui formait videmment une socit partielle1 interpose entre l'individu et l'tat4 ,et ce groupement semblait ,rousseau utile et dlicieux47 #b ,le systme implique la souverainet du peuple4 ,cette souverainet va loin4 ,on convient1 dit ,rousseau1 que tout ce que chacun aline1 pour le pacte social1 de sa puissance1 de ses biens1 de sa libert1 c'est seulement la partie de tout cela dont l'usage importe la communaut3 mais il faut convenir aussi que le souverain 7c'est--dire le peuple en tant que souverain7 est juge de cette importance4 ,bref1 c'est le peuple qui dcidera ce qu'il convient de laisser de libert et de biens chaque citoyen2 et cela fait frmir4 7,et pourtant1 dans ce mme ,contrat social1 ,rousseau refuse au peuple la prvoyance et la clairvoyance1 et l'appelle une multitude aveugle1 qui souvent ne sait ce qu'elle veut1 parce qu'elle sait rarement ce qui lui est bon47 #c ,troisimement et corollairement1 le systme implique le droit illimit du peuple souverain1 mme sur la conscience4 ,le peuple impose sa loi1 mme en matire philosophique et thologique4 ,jean-,jacques rtrograde jusqu' ,calvin4 ,il rtablit l'union du temporel et du spirituel1 dont la sparation avait t1 selon ,auguste ,comte1 le chef-d'oeuvre du moyen ge4 ,il y a1 dit-il1 une profession de foi purement civile1 dont il appartient au souverain 7au peuple souverain7 de fixer les articles1 non pas prcisment comme dogmes de la religion1 mais comme sentiments de sociabilit sans lesquels il est impossible d'tre bon citoyen ni sujet fidle4 ,il indique les dogmes de cette religion civile3 l'existence de la divinit puissante1 intelligente1 bienfaisante1 prvoyante et pourvoyante1 la vie venir1 le bonheur des justes1 le chtiment des mchants1 la saintet du contrat social et des lois4 ,et il conclut ainsi sur ce point3 444,sans pouvoir obliger personne croire ces dogmes1 le peuple peut bannir de l'tat quiconque ne les croit pas2 il peut le bannir1 non comme impie1 mais comme insociable1 comme incapable d'aimer sincrement les lois1 la justice1 et d'immoler au besoin sa vie son devoir4 ,que si quelqu'un1 aprs avoir reconnu publiquement ces mmes dogmes1 ,,se ,,conduit ,,comme ,,ne ,,les ,,croyant ,,pas 7formule terriblement ambigu et inquisitoriale71 qu'il soit puni de mort2 il a commis le plus grand des crimes1 il a menti devant les lois4 ,quand on se rappelle que les dogmes en question1 outre l'existence de ,dieu et la vie future1 comprennent la saintet du contrat social et des lois1 on croit entendre ici les considrants des arrts qui1 trente ans plus tard1 enverront tant de gens1--parmi lesquels ,malesherbes1 ,andr ,chnier et ,lavoisier1-- la guillotine pour cause d'incivisme2 ce qui donne bien de la saveur la phrase o ,rousseau1 tout de suite aprs1 condamne l'intolrance4 ,remarquons en passant que ce ne sont pas les athes que les fils politiques de ,rousseau prescriraient aujourd'hui3 au contraire4 ,ainsi varie la folie humaine4 ,donc1 ,rousseau dcrte la mort contre l'athe relaps4 7,et pourtant1 dans la ,nouvelle ,hlose1 le vertueux ,wolmar est athe1 et serait donc proscrit de la ,genve idale et condamn mort s'il y rentrait4 ,et ,jean-,jacques admire ,wolmar4 ,partout ailleurs que dans le ,contrat1 ,jean-,jacques n'est pas intolrant4 ,il prche mme la tolrance avec une sincrit mue dans la ,profession de foi du ,vicaire ,savoyard4 ,et justement1 lui qui condamne dans le ,contrat ceux dont la croyance n'est pas conforme son orthodoxie1 il sera condamn1 et cause du ,contrat et cause de la ,profession de foi1 par deux autres orthodoxies1 celle du ,parlement de ,paris et celle du ,petit ,conseil de ,genve4 ,si bien qu'il pourra se dire3 ,patere quam fecisti legem4 ,mais assurment il ne se le dira pas47 ,ainsi1 le peuple souverain1 qui ne devait prendre chaque citoyen que la part de sa libert dont l'usage importe la communaut1 lui prend finalement tout4--,et1 comme sans doute ,rousseau prvoit qu'il y aura de mauvais esprits qui essayeront de rsister ou de se drober1 il imagine par surcrot un tas de magistratures imites des rpubliques antiques pour maintenir l'ordre3--la dictature1 bien entendu1 dans les grandes crises2 mais aussi la censure1 pour surveiller les moeurs1 dnoncer les mchants et rglementer ce qui pourra rester de plaisirs aux malheureux citoyens1--et le tribunat1 conservateur des lois et du pouvoir lgislatif et qui servira quelquefois protger le souverain contre le gouvernement 7c'est--dire le peuple contre ses commissaires71 comme faisaient ,rome les tribuns du peuple1 quelquefois soutenir le gouvernement contre le peuple1 comme fait ,venise le ,conseil des ,dix2 et quelquefois maintenir l'quilibre de part et d'autre1 comme faisaient les phores ,sparte4 7,sentez-vous se dresser ici1 dj1 l'appareil du gouvernement de la ,terreur87--,autant de tyrannies ajoutes1 et bientt substitues1 plus dures encore1 celle de l'tat4 ,il est clair qu'aprs cela il ne peut rester une parcelle de libert aux citoyens1 si ce n'est ceux qui sont de la clientle des magistratures gouvernantes4 ,quant l'galit1 voil longtemps qu'il n'y en a plus trace dans la dmocratie pure invente par ,jean-,jacques4 ,et cependant1 ici comme dans les deux ,discours1 l'galit semble son suprme idal4 ,pourquoi8 je n'en sais rien4 ,amour des symtries abstraites8444 ,a moins de supposer qu'il y et dans son coeur plus d'envie1 plus de rancune des abaissements de sa jeunesse qu'il n'en a laiss paratre dans ses livres3 car1 il faut le reconnatre1 jamais ce sentiment d'envie n'y est confess4 ,pourquoi donc cette superstition de l'galit8 ,l'galit n'est pas un droit 7quoique la ,rvolution en ait fait le premier des droits de l'homme72 et elle n'est pas un fait de nature1 ,jean-,jacques1 prtre de la nature6 7,tout ce qu'on peut dire1 c'est que le dsir de l'galit concide1 dans certains cas1 avec le dsir de la justice74 ,elle n'est pas un droit4--,vous imaginez-vous qu'un homme puisse dire en venant au monde3--,j'ai droit ce qu'aucun homme ne me soit suprieur1 n'ait plus de puissance que moi6 7,faguet47 ,cela n'a aucun sens4 ,ce qui est vrai1 c'est ceci3--,les hommes ont le devoir de ne pas aggraver les ingalits naturelles et fatales entre les hommes4 ,le mot droit n'a de sens qu'en corrlation avec le mot devoir4 ,l'galit n'est pas non plus un fait de nature4 ,rousseau ne l'a pas trouve mme chez les hommes primitifs1 cela est trop vident4 ,a moins qu'on ne veuille simplement dire3--,tous les hommes naissent en pleurant1 tous meurent dans l'angoisse et la souffrance2 tous sont soumis aux mmes ncessits naturelles1 etc44 ,mais1 de cela mme1 s'il y a quelque chose tirer pour le moraliste et pour le chrtien1 il n'y a rien tirer pour l'tat4 ,je dirai toute ma pense3--,pourquoi regretter qu'il en soit ainsi8 ,ou pourquoi s'irriter contre ce qui ne peut absolument pas tre autrement8 ,et enfin pourquoi l'galit parat-elle dlicieuse et dsirable ,rousseau1 et l'ingalit odieuse8--,l'galit relle entre les hommes n'existerait que par leur complte similitude4 ,et cela ne se conoit mme pas4 ,les ingalits natives1 sauf les cas extrmes1 ne sont pas ncessairement intolrables4 ,on est ingaux1 mais on vit tout de mme1 et on vit sans en souffrir4 ,on est ingaux1 mais on est surtout diffrents4--,la page de ,la ,bruyre 7,de l'homme1 #aca73 ,il se fait gnralement dans tous les hommes des combinaisons infinies de la puissance1 de la faveur1 du gnie1 des richesses1 des dignits1 de la noblesse1 de la force1 de l'industrie1 de la capacit1 de la vertu1 du vice1 de la faiblesse1 de la stupidit1 de la pauvret1 de l'impuissance1 de la roture et de la bassesse4 ,ces choses1 mles ensemble de mille manires diffrentes et compenses l'une par l'autre en divers sujets1 forment ainsi les divers tats et les diffrentes conditions1 etc41 n'a pas cess d'tre vraie depuis la ,rvolution4--,louis ,veuillot a crit3 ,si je pouvais rtablir la noblesse1 je le ferais tout de suite et je ne m'en mettrais pas4 ,moi non plus4 ,tout ce que doit la socit1 ai-je dit1 c'est1 autant que possible1--entendez3 autant que le permet l'intrt gnral1--de se garder d'ajouter1 l'ingalit qui vient de la nature1 un surcrot d'ingalit qui viendrait des lois2 c'est1 autant que possible1 d'appliquer ses membres un traitement gal4 ,or cela est possible dans la vie civile4 ,l'galit devant le ,code1 quoiqu'elle soit souvent un leurre1 nous parat chose due4 ,voltaire ne rclamait que cette galit-l4 ,nous l'avons4--,au del1 c'est la chimre4 ,l'galit politique 7suffrage universel7 cre des ingalits pires4 ,l'galit conomique1 ou collectivisme1 serait un fonctionnarisme1 donc une hirarchie1 et ramnerait l'ingalit4 ,le ,contrat social dmontre avec clat le premier point 7que l'galit politique cre des ingalits pires74 ,avant les premires socits1 au temps des sauvages pars1 l'ingalit existe ds qu'ils se rencontrent1 et 7quoi qu'en dise ,rousseau7 la plus brutale des ingalits1 celle de la force ou de l'adresse physique4 ,on peut sans doute supposer1 l'origine des socits1 une sorte de contrat tacite1 mais qui1 les apports tant ingaux1 laisse ingaux les contractants2 o les forts et les habiles ont le commandement et la puissance1 et les autres seulement un peu de scurit4 7,au reste1 sur ces inconnaissables origines1 je ne vois rien de plus raisonnable que les hypothses de ,buffon dans la septime poque de la ,nature47 ,mais ,rousseau1 veut qu'un contrat o les forts auraient bnvolement consenti se considrer comme les gaux des faibles et n'auraient rclam aucun privilge1 il veut qu'un tel pacte ait pu tre conclu ou sous-entendu4--ou 7mettons tout au mieux7 qu'une socit puisse tre organise comme si ce pacte avait t conclu4 ,soit4 ,tous les citoyens1 gaux entre eux1 votent les lois 7et lisent en outre ceux qui sont chargs de les appliquer74 ,c'est le rgime du gouvernement direct par le suffrage universel 7qu'il est assez tonnant que ,rousseau ne nomme pas1 soit de ce nom1 soit d'un autre quivalent74 ,mais il est vident que les votes ne seront pas unanimes4 ,le suffrage universel1 c'est la toute-puissance de la moiti des citoyens plus un1 et l'autre moiti moins un subit donc des lois qu'elle n'a pas voulues4 ,et ainsi 7je vous dis l des choses bien connues1 mais il faut bien les rpter ici71 le suffrage universel1--dj sous le rgime parlementaire1 mais beaucoup plus forte raison sous le rgime du gouvernement direct par le peuple1--aboutit ncessairement la tyrannie d'un parti4 7,sans compter qu'il aboutit1 d'une faon gnrale1 l'asservissement ou plutt la submersion des capables par les incapables1 qui sont les plus nombreux47--,et nous voudrions bien savoir1 comment1 ds lors1 les votants de la minorit pourraient bien demeurer les gaux des votants de la majorit1 lesquels peuvent littralement tout contre les vaincus du suffrage4 ,rousseau connat l'objection4 ,il la formule ainsi3 ,hors le contrat primitif 7o l'unanimit est ncessaire7 la voix du plus grand nombre oblige tous les autres2 c'est une suite du contrat mme4 ,mais on demande comment un homme peut tre libre et forc de se conformer des volonts qui ne sont pas la sienne4 ,comment les opposants sont-ils soumis des lois auxquelles ils n'ont pas consenti8 ,et voici sa rponse3 ,je rponds que la question est mal pose4 ,le citoyen consent toutes les lois1 mme celles qu'on passe malgr lui1 et mme celles qui le punissent quand il ose en violer quelqu'une4 ,la volont constante de tous les membres de l'tat est la volont gnrale2 c'est par elle qu'ils sont citoyens et libres4 ,quand on propose une loi dans l'assemble du peuple1 ce qu'on leur demande1 ce n'est pas prcisment s'ils approuvent la proposition2 mais si elle est conforme la volont gnrale qui est la leur3 chacun en donnant son suffrage dit son avis l-dessus1 et du calcul des voix se tire la dclaration de la volont gnrale4 ,quand donc l'avis contraire au mien l'emporte1 cela ne prouve autre chose sinon que je m'tais tromp et que ce que j'estimais tre la volont gnrale ne l'tait pas4 ,si mon avis particulier l'et emport1 j'aurais fait autre chose que ce que j'aurais voulu2 c'est alors que je n'aurais pas t libre 7,,iv1 #b74 7,c'est le droit divin de la majorit47 ,franchement1 cette page n'offre aucun sens4 ,qu'est-ce donc que la volont gnrale8 ,nous comprenons1 par le chapitre prcdent1 que c'est la volont de ce qui est conforme l'intrt gnral1 et que chaque citoyen a toujours et ncessairement cette volont-l4 ,soit4 ,mais qui dcidera ce qui est conforme1 sur tel point1 la volont gnrale ainsi entendue8 ,ce sera forcment la majorit2 et1 comme elle n'est pas infaillible1 elle aura donc seulement signifi ce qui est conforme1 sur ce point-l1 non la volont gnrale1 mais la volont de la majorit1 et rien de plus2 et la minorit n'en sera pas moins lse4 ,au reste ,rousseau1 aprs son nigmatique raisonnement1 veut bien ajouter3 ,ceci suppose1 il est vrai1 que tous les caractres de la volont gnrale 7c'est--dire1 d'aprs lui-mme1 la clairvoyance1 la justice et le dsintressement7 sont encore dans la pluralit4 ,quand ils cessent d'y tre1 quelque parti qu'on prenne1 il n'y a plus de libert4 ,mais comment maintenir dans la pluralit tous les caractres de la volont gnrale8 ,autrement dit1 comment faire que la majorit soit toujours clairvoyante1 juste et dsintresse8 ,rousseau ne rpond pas parce qu'il n'y a rien rpondre4 ,en somme1 le rgime rv par ,rousseau est tellement horrible1 que lui-mme1 avec son humeur et son orgueil1 n'aurait pas pu y vivre un seul jour4--,pourquoi donc l'a-t-il rv8 ,comment ce solitaire1 cet homme de temprament anarchiste1 peut-il bien nous proposer cet tatisme exorbitant8 ,je vous l'ai dit3 pour contredire ,montesquieu1 pour ennuyer le ,petit ,conseil2 et aussi pour les mmes raisons qui font que1 de nos jours1 les anarchistes ont l'air de s'entendre avec les collectivistes4 ,ils ont sans doute cette pense secrte qu'ils n'auront qu' gagner dans une socit totalement galise1 o nulle force1 nul groupe traditionnel ne s'opposera l'accroissement de leur individu#ad4 ,ainsi1 le socialisme de ,rousseau n'est peut-tre que le moyen de son individualisme 7,brunetire74 ,d'ailleurs ,rousseau ne lgifre pas pour lui1 mais pour les autres1 ce qui le met bien l'aise4 ,note #ad3 ,remarquons cependant que le mouvement syndicaliste1 si obscur encore1 semble aller contre la dmocratie absolue4 ,certains syndicalistes traitent ,rousseau de thoricien de la servitude dmocratique4 ,et enfin il n'en est point1 une contradiction prs4 ,le ,contrat social est remarquable d'incohrence et d'obscurit4--,tantt ,rousseau suppose le ,contrat1 tantt il parat croire sa ralit historique4--,on ne sait jamais bien s'il constate ou s'il dicte1 s'il est ,aristote ou s'il est ,lycurgue4--,c'est un mlange confus de thorie et d'observation prtendue4--,il conseille aux citoyens1 sitt le pacte social conclu1 de choisir un lgislateur1 la manire de ,lycurgue ou de ,solon2 il est lui-mme ce lgislateur3 mais1 si le peuple est incomptent pour faire sa ,constitution1 comment se trouve-t-il ensuite si merveilleusement comptent pour faire ses lois8--,aprs avoir raill ,montesquieu sur la division des pouvoirs 7lgislatif1 excutif1 judiciaire71 il y revient lui-mme en sparant les pouvoirs dlgus aux commissaires de la nation1 etc41 etc4 ,je vous avoue que je flaire dans le ,contrat social quelques traces de drangement d'esprit4 ,il y a des choses que ,rousseau y a mises1 comme a1--et bien qu'elles contredisent par l'esprit la plus grande partie de son oeuvre1--parce qu'elles lui ont pass par la tte1--ou parce qu'elles sont remontes en lui d'un vieux fond atavique4 ,j'ai dj not la confusion calviniste de la politique et de la morale4 ,il y faut joindre un passage tout fait odieux1--dont on retrouverait peut-tre l'origine chez quelque crivain protestant1--un passage o tout l'antipapisme de sa premire ducation lui revient 7avec le dsir peut-tre de flatter ses coreligionnaires de ,genve72 o il refuse aux chrtiens romains la possibilit d'tre de bons citoyens parce que le chef de leur religion ne rside pas dans leur patrie2 o enfin1 aprs avoir explicitement banni les athes de sa rpublique1 il en bannit implicitement les catholiques4 ,page homicide1 gnratrice et conseillre de perscutions2 page crite pourtant par un futur perscut1 et de qui8 ,des protestants4 ,tel est le ,contrat social4 ,entrepris pour rendre les hommes libres et heureux1 il se trouve que c'est un des plus complets instruments d'oppression qu'un maniaque ait jamais forg4 99 99 99 99 99 ,et maintenant1 vous allez voir ,rousseau ruiner lui-mme son utopie1 et dans le moment o il la construit1 et aprs l'avoir difie4 ,dans son livre mme1 il nous confesse qu' l'heure actuelle1 les hommes1 en gnral1 sont trop corrompus par la socit pour que le ,contrat social leur convienne4 ,il conviendrait tout au plus de trs petites cits3 ,genve1 ,berne4 ,en ralit1 il ne convient compltement qu' des peuples la fois trs petits et encore jeunes1 et qui peuvent encore supporter un lgislateur la manire antique3 la ,corse1 par exemple4 ,rousseau le dit en propres termes3 ,il est encore en ,europe un peuple capable de lgislation1 c'est l'le de ,corse4 ,la valeur et la constance avec laquelle ce brave peuple a su recouvrir et dfendre sa libert 7avec ,paoli7 mriterait que quelque homme sage lui apprt la conserver4 ,j'ai quelque pressentiment qu'un jour cette petite le tonnera l',europe4 7,elle l'a tonne1 mais pas du tout de la faon qu'avait pressentie ,jean-,jacques47 ,ainsi1 c'est entendu1 le gouvernement du ,contrat social n'est fait que pour les trs petits tats4 ,et encore1 cette petitesse est-elle une condition suffisante8 ,rousseau ne le crot pas4 ,il crit3 ,que de choses difficiles runir ne suppose pas ce gouvernement6 ,premirement un tat trs petit1 o le peuple est facile rassembler et o chaque citoyen peut aisment connatre tous les autres2 secondement1 une grande simplicit de moeurs qui prvienne la multitude d'affaires et de discussions pineuses2 ensuite beaucoup d'galit dans les rangs et les fortunes1 sans quoi l'galit ne saurait subsister longtemps dans les droits et l'autorit2 enfin peu ou point de luxe1 car le luxe est l'effet des richesses1 ou il les rend ncessaires2 il corrompt la fois le riche et le pauvre1 l'un par la possession1 l'autre par la convoitise4442 il te l'tat tous ses citoyens pour les asservir les uns aux autres1 et tous l'opinion444 444,ajoutons qu'il n'y a pas de gouvernement si sujet aux guerres civiles et aux agitations intestines que le dmocratique ou populaire444 444,s'il y avait un peuple de dieux1 il se gouvernerait dmocratiquement4 ,un gouvernement si parfait ne convient pas des hommes4 ,ainsi1 il ne convient pas mme aux ,corses4 ,alors qui convient-il8 ,et pourquoi avoir crit le ,contrat social8--,ici1 comme pour la ,julie1 comme pour l'mile1 les amis de ,rousseau disent 7en de meilleurs termes73 ,oui1 cela parat idiot1 mais c'est trs noble3 c'est un idal que ,rousseau propose et dont il serait beau de se rapprocher4--,pourquoi8 ,il y a des idaux qui ne sont pas dsirables du tout4 ,tel idal implique une telle mconnaissance des ralits1 ou des sentiments si suspects chez ceux qui l'ont conu ou prn1 qu'il peut tre trs dangereux mme d'aspirer un idal de cette louche espce-l4 ,idal1 idal1 cela est bientt dit1 et ce n'est pas du tout synonyme de bon1 de gnreux ou d'utile4 ,enfin1 voil le fait1 ,rousseau1 mme dans le ,contrat1 avoue que le gouvernement du ,contrat est absolument inapplicable4 ,et il le confessera encore mieux1 un peu plus tard1 dans ses lettres4 ,nous sommes habitus ces palinodies4 ,nous l'avons toujours vu attnuer ou mme dmentir dans sa correspondance les paradoxes trop agressifs ou trop draisonnables qu'il avait mis dans ses livres4--,en outre1 il devait tre d'autant plus dispos renier le ,contrat1 que1 tout de mme et quoi qu'on ait fait pour l'y rattacher1 le ,contrat est en assez vif dsaccord avec ses autres ouvrages4#ae 7,dans ceux-ci il a coutume d'accorder le moins possible l'institution sociale2 dans celui-l1 il livre l'institution sociale l'homme tout entier47--,enfin1 quelques annes ont pass4 ,ces ,genevois1 pour qui surtout il avait crit son livre1 l'ont odieusement perscut4 ,c'est le moment o il crit au ,corse ,butta-,foco3 ,j'aime naturellement autant votre clerg 7le clerg catholique71 que je hais le ntre4 ,j'ai beaucoup d'amis parmi le clerg de ,france1 et j'ai toujours trs bien vcu avec eux4 ,note #ae3 ,il ne faut pas oublier que la rdaction primitive du ,contrat social est antrieure au premier ,discours de ,rousseau et sa thorie de la bont de la nature4 ,il crit d',ivernois 7#ac janvier #agfg73 ,vous avez pu voir dans nos liaisons que je ne suis pas visionnaire1 et dans le ,contrat social je n'ai jamais approuv le gouvernement dmocratique4 7,et il peut le soutenir et mme le croire1 le livre tant plein de contradictions47 ,il crit au marquis de ,mirabeau 7#bf juillet #agfg74 ,voici1 dans mes vieilles ides1 le grand problme en politique1 que je compare celui de la quadrature du cercle en gomtrie3 trouver une forme de gouvernement qui mettra la loi au-dessus de l'homme4 7,et c'est bien1 en effet1 la quadrature du cercle1 puisque la loi sera toujours faite par des hommes et applique par des hommes74 ,si cette forme est trouvable1 continue-t-il1 cherchons-la444 ,si malheureusement elle n'est pas trouvable1 et j'avoue ingnument que je crois qu'elle ne l'est pas1 mon avis est qu'il faut passer l'autre extrmit1 et mettre tout d'un coup l'homme autant au-dessus des lois qu'il peut tre2 par consquent tablir le despotisme arbitraire et le plus arbitraire1 qu'il est possible4 7,c'est peut-tre aussi qu' ce moment-l ,rousseau venait d'prouver la bienfaisance du roi de ,prusse47 ,je voudrais1 poursuit-il1 que le despote pt tre ,dieu4 ,en un mot1 je ne vois pas de milieu supportable entre la plus austre dmocratie et le hobbisme le plus parfait2 car le conflit des hommes et des lois1 qui met l'tat dans une guerre intestine continuelle1 est le pire de tous les tats politiques4 ,puis1 comme effray d'avoir pu crire ces choses3 ,mais les ,caligula1 les ,nron1 les ,tibre6444 ,mon ,dieu1 je me roule par terre et je gmis d'tre homme4 ,il se roule par terre en pensant au lointain ,nron1 c'est trs bien4 ,mais enfin il ne tient plus du tout au ,contrat4 ,il y tient si peu que1 six mois aprs 7janvier-fvrier #agfh71 dans de longues lettres son compatriote d',ivernois1 s'occupant des troubles de ,genve et de la rforme de sa ,constitution1 il cherche1--comme ferait ,montesquieu lui-mme1--des combinaisons et des balances d'attributions entre les divers pouvoirs politiques 7,petit ,conseil1 ,grand ,conseil1 et ,conseil gnral ou corps des lecteurs72 et que1 finalement1 dsesprant de voir les discordes civiles s'apaiser1 il jette ses amis de ,genve cette exhortation l'antique1 qui semble extraite d'un ,conciones extravagant3 444,oui1 messieurs1 il vous reste un dernier parti prendre1 et c'est1 j'ose le dire1 le seul qui soit digne de vous4 ,c'est1 au lieu de souiller vos mains dans le sang de vos compatriotes1 de leur abandonner ces murs qui devaient tre l'asile de la libert et qui vont n'tre plus qu'un repaire de tyrans2 c'est d'en sortir tous1 tous ensemble1 en plein jour1 vos femmes et vos enfants au milieu de vous1 et1 puisqu'il faut porter des fers1 d'aller porter du moins ceux de quelque grand prince1 et non pas l'insupportable et odieux joug de vos gaux4 ,ces dernires paroles sont fort belles4 ,elles rsument vraiment toute l'absurdit du ,contrat social et de la dmocratie elle-mme4 ,ainsi1 trois tapes3 #a ,jean-,jacques1 dans son livre mme1 dclare le ,contrat applicable seulement de petites cits2 #b il le dclare inapplicable de simples mortels2 #c cinq ou six ans aprs il le renie totalement4 ,or1 cette forme de gouvernement que l'auteur avait dcrite l'usage d'une cit de vingt mille mes et de quinze cents lecteurs1--qu'il avait ensuite confesse impraticable mme dans cette petite cit1--et qu'enfin il avait renie avec une sorte de fureur1--la ,rvolution1 trente ans aprs1 s'en emparera comme d'un vangile1 et voudra l'imposer un peuple de dix sicles et de vingt-cinq millions d'hommes4 ,et cet essai s'appellera la ,terreur4 --,ce n'est pas la faute de ,rousseau1 direz-vous4 ,entendons-nous bien4 ,je ne dis pas que les crits de ,rousseau aient amen la ,rvolution 7laquelle avait des raisons conomiques profondes73 surtout je ne dis pas que seuls ils l'aient amene4 ,mais il se trouve que1 plus qu'aucun autre crivain1 ,rousseau a fourni1 a lgu aux plus systmatiques et aux plus violents des hommes qui ont fait la ,terreur1 et mme aux ttes les plus illettres de la canaille rvolutionnaire1 un tat sentimental1 une phrasologie--et des formules4 ,d'autant mieux que1 outre l'erreur essentielle qui en fait l'armature1 le ,contrat social fourmille de contre-vrits de dtail4--,on y lit que la voix publique n'lve presque jamais aux premires places que des hommes clairs et capables qui les remplissent avec honneur4--,on y lit que le peuple se trompe bien moins sur ses choix que le prince2--qu'un homme d'un vrai mrite est presque aussi rare dans le ministre 7d'un roi7 qu'un sot la tte d'un gouvernement rpublicain4 ,on y lit1 propos des rois1 que tout concourt priver de justice et de raison un homme lev pour commander aux autres4--,on y lit que les rpubliques vont leurs fins par des voies plus constantes et mieux suivies que la monarchie4--,le gouvernement fodal y est appel cet inique et absurde gouvernement dans lequel l'espce humaine est dgrade1 et o le nom d'homme est un dshonneur4 ,etc1 etc44 ,tous les prjugs les plus ineptes et les plus meurtriers de la ,rvolution sont hrits du ,contrat social4 ,j'ai entendu1 crit ,mallet de ,pan1 j'ai entendu1 en #aghh1 ,marat lire et commenter le ,contrat social dans les promenades publiques1 aux applaudissements d'un auditoire enthousiaste4 ,et1 cinq ans aprs1 la ,france connaissait les bienfaits des doctrines du ,contrat social1 et de l'universelle galit1 et de la souverainet du peuple1 et du droit absolu de l'tat1 et des magistratures d'exception telles que le ,comit de ,salut public et le tribunal rvolutionnaire4 ,du chapitre #h du livre ,,iv sortait le prjug anti-catholique1 et la ,constitution civile du clerg1 et la perscution religieuse4 ,et le ,contrat social tait codifi dans l'inapplicable ,constitution de #agic4 ,tout cela1 parce qu'il avait plu un demi fou1 trente ans auparavant1 de rver pour une ville de vingt mille habitants une lgislation qui ne convenait qu' des dieux1--et laquelle1 cinq ans plus tard il dclarait prfrer le despotisme le plus arbitraire6 ,jamais1 je crois1 grce la crdulit et la btise humaine1 plus de mal n'a t fait des hommes par un crivain1 que par cet homme qui1 semble-t-il1 ne savait pas bien ce qu'il crivait1 et qui aurait fui sa cit s'il l'avait vue ralise4 ,vraiment1 il y a des cas o l'on est tent de dire que ce malheureux a t un misrable4 ,et c'est parce que cette ide m'est pnible que j'ai voulu ramasser d'abord ce qui m'est le plus odieux dans son oeuvre1 et n'arriver qu'ensuite la ,profession de foi du ,vicaire ,savoyard4 ,a partir de l1 en effet1 nous n'aurons plus qu' plaindre ,jean-,jacques1 quelquefois l'admirer2 car1 je le dis trs srieusement1 son me se purifie mesure que ses maux et sa folie augmentent4 99 99 99 99 99 ,donc1 revenons un peu sur nos pas4 ,lorsque le gouverneur d'mile juge propos de lui enseigner la religion naturelle1 il suppose que lui-mme1 tout prs jadis de perdre son me1 a eu le bonheur de rencontrer un bon prtre1 un cur de campagne1 un vicaire savoyard1 dont les discours l'ont ramen dans le droit chemin4 ,rousseau juge indispensable que ce bon prtre ait commis autrefois une faute contre les moeurs3 car ,rousseau ne peut imaginer un personnage sympathique qui n'ait1 comme lui1 quelque souillure4 ,mais enfin ce vicaire est plein de vertu et de charit1 et je le dirais assez proche de ,jocelyn1 si ,jocelyn n'tait rest pur et si ,jocelyn ne gardait mieux1 quant au dogme catholique1 une sorte d'orthodoxie verbale4 ,or ce prtre emmne un matin son jeune ami dans la campagne1 et1 en prsence d'une nature dont le spectacle fortifie ses discours et les appuie d'un magnifique tmoignage1 il expose son disciple la doctrine du plus pur et du plus mouvant spiritualisme4 ,je crois utile de rsumer sa trs simple argumentation4 ,visiblement une volont meut l'univers4 ,et1 si la matire mue nous montre une volont1 la matire mue selon de certaines lois nous montre une intelligence4 ,voil pour l'univers4 ,et voici pour l'homme3--,l'homme est libre dans ses actions et1 comme tel1 anim d'une substance immatrielle4 ,or1 si l'me est immatrielle1 elle peut survivre au corps et1 si elle lui survit1 la ,providence est justifie de l'existence du mal sur la terre 7sans compter que le mal moral est l'ouvrage de l'homme et que le mal physique se rduit presque rien pour l'homme naturel74 ,une preuve de l'immortalit de l'me1 et d'une vie et d'une sanction future1 c'est le triomphe terrestre des mchants4 ,et la cration8 faut-il y croire8--,le vicaire croit du moins la formation et la mise en ordre du monde par ,dieu4 ,et ,dieu8 ,que connaissons-nous de lui8--,je puis du moins entrevoir ses attributs3 intelligence1 puissance1 justice1 bont4 ,reste chercher quelle rgle je dois me prescrire pour remplir ma destination sur la terre selon l'intention de ,celui qui m'y a plac4 ,ma lumire1 ici1 c'est la conscience4 ,en cet endroit se place l'invocation3 ,conscience6 ,conscience6 instinct divin1 immortelle et cleste voix1 guide assur d'un tre ignorant et born1 mais intelligent et libre1 juge infaillible du bien et du mal1 qui rend l'homme semblable ,dieu6 ,c'est toi qui fais l'excellence de sa nature et la moralit de ses actions2 sans toi je ne sens rien en moi qui m'lve au-dessus des btes1 que le triste privilge1 de m'garer d'erreurs en erreurs l'aide d'un entendement sans rgle et d'une raison sans principe4 ,la conscience guide assur8 ,la conscience juge infaillible8 ,infaillible toujours8 et jamais abus par l'entendement sans rgle8--,hlas1 quel guide et quel juge tait-elle ,rousseau lorsque1 ayant abandonn son troisime enfant1 et cela1 nous raconte-t-il1 aprs un srieux examen de conscience 7,confessions1 ,,viii71 il crivait3 ,si je me trompai dans mes rsultats1 rien n'est plus tonnant que la scurit d'me avec laquelle je m'y livrai4 ,et un peu plus loin3 ,cet arrangement 7le dpt aux ,enfants-,trouvs7 me parut si bon1 si sens1 si lgitime6444 --,oh6 que ,julie1 rgnre et devenue dvote1 avait raison d'crire3 ,je ne veux plus tre juge en ma propre cause6 ,la conscience1 non appuye sur une rgle fixe1 une tradition1 une religion dogmatique1 ou simplement le ,dcalogue1 risque tant1 dans certains cas1 de se confondre avec l'orgueil ou l'intrt secret6 ,la foi de ,rousseau dans la conscience1--c'est--dire dans sa conscience1 ce n'est pas autre chose que l'individualisme en morale ce qui est une expression contradictoire4 ,il n'y a pas la conscience en gnral3 il y a ma conscience1 votre conscience1 la conscience de ,rousseau1 qui a t souvent bien incertaine et bien trouble444 ,mais je me reproche d'interrompre ,jean-,jacques une de ses meilleures heures4 ,le vicaire continue2 il a de belles pages stociennes sur cette ide1 que combattre ses passions par got de l'ordre1 c'est obir la nature4 ,puis il disserte sur la prire2 il la veut limite3 ,la seule chose que je demande ,dieu c'est de redresser mon erreur si je m'gare4 ,et il arrive la rvlation et aux miracles4 ,cette dernire partie contient les passages qui ont fait condamner l'mile 7j'ai dit en raison de quelles circonstances particulires74 ,rousseau y montre pourtant une assez grande prudence4 ,en deux mots1 il nglige le surnaturel1 miracles1 rvlation1 sans les nier expressment et surtout parce que la constatation en est impossible4 ,il dit de la rvlation3 ,je ne l'admets ni ne la rejette3 je rejette seulement l'obligation de la connatre4 ,il dit des miracles que1--sans compter qu'ils sont incontrlables1--ils ne servent de rien1 du moment que1 tour tour1 la vrit de la doctrine se prouve par les miracles1 et la vrit des miracles par la doctrine4 ,il dit de l'vangile3 ,la saintet de l'vangile est un argument qui parle mon coeur2 et vous connaissez le fameux passage qui se termine par ces mots1 dont je ne sais s'ils expriment une foi srieuse o s'ils ne sont qu'une faon de parler et un effet de rhtorique3 ,oui1 si la vie et la mort de ,socrate sont d'un sage1 la vie et la mort de ,jsus sont d'un ,dieu4 ,il a d'ailleurs soin de dire sur chaque point dlicat3 ,je ne me dtermine qu'en tremblant1 et je vous dis plutt mes doutes que mon avis4 ,il professe qu'il y a dans toutes les religions un mme noyau solide3 croyance au ,dieu personnel1 l'me1 la vie future1 et que1 pour le reste1 chacun doit suivre la religion de son pays4 ,donc1 soyons tolrants4--,et je veux vous citer la vraie conclusion du vicaire3 444,voil le scepticisme involontaire o je suis rest2 mais ce scepticisme n'est nullement pnible1 parce qu'il ne s'tend pas aux points essentiels de la pratique1 et que je suis bien dcid sur les principes de tous mes devoirs4 ,je sers ,dieu dans la simplicit de mon coeur4 ,je cherche savoir ce qui importe ma conduite4 ,quant aux dogmes qui n'influent ni sur les actions ni sur la morale 7mais y en a-t-il de tels84447 et dont tant de gens se tourmentent1 je ne m'en mets nullement en peine444 ,je crois toutes les religions bonnes quand on y sert ,dieu convenablement4 ,le culte essentiel est celui du coeur4 ,cette profession de foi du vicaire savoyard reste1 je crois1 le plus beau ,credo du spiritualisme qui ait t crit4--,je crains que cette doctrine ne paraisse un peu superficielle et suranne aux nouvelles gnrations pensantes4 ,depuis1 d'autres mtaphysiques ont paru plus savantes et plus fortes et ont t plus en faveur4 ,quel jeune professeur de philosophie daignerait se dire simplement spiritualiste et diste8444--,c'est qu'on songe toujours au spiritualisme officiel1 insincre1 fig1 mort1 de ,victor ,cousin et des anciens manuels de philosophie4 ,et pourtant444 ,les arguments du spiritualisme valent bien ceux des mtaphysiques qui passent pour plus distingues2 car1 en ces matires1 il ne s'agit pas de dmonstration proprement dite4 ,les preuves de ,dieu mtaphysiques1 dit ,pascal1 sont si loignes du raisonnement des hommes1 et si impliques1 qu'elles frappent peu2 et quand cela servirait quelques-uns1 cela ne servirait que pendant l'instant qu'ils voient cette dmonstration2 une heure aprs1 ils craignent de s'tre tromps4--,mais les preuves de ,dieu retenues par ,rousseau1 si elles ne sont certes pas sans rplique1 sont les plus simples1 les plus accessibles1 comme il convenait1 la moyenne des intelligences et1 pour ainsi parler1 les plus portatives2 ce sont les plus unies parmi les preuves traditionnelles de ,platon1 de ,descartes1 de ,malebranche1 de ,bossuet1 de ,fnelon444 ,pensez qu'avant de devenir la philosophie du baccalaurat 7j'entends le baccalaurat de ma jeunesse71 le spiritualisme fut la philosophie du ,phdon et du ,banquet et celle du ,songe de ,scipion4 ,enfin songez que le spiritualisme1 s'il n'est pas la plus subtile explication de l'univers1 en est la plus gnreuse1 celle qui donne au monde de plus beau sens1 celle qui contient le plus d'amour et qui fait la ,cause premire le plus magnanime crdit4 ,et c'est bien ainsi que ,rousseau l'entend4 ,son disme n'est point1 comme celui de ,voltaire1 un disme politique1 un disme de gendarme4 ,le disme de ,voltaire n'oblige ,voltaire rien du tout4 ,celui de ,rousseau l'oblige4 ,c'est bien vritablement pour lui une religion mouvante et agissante1 et qui influe sur la vie et sur les actes4 ,le disme de ,jean-,jacques est si bien pour lui une religion1 qu'il l'oppose nettement l'irrligion1 c'est--dire l'athisme et au matrialisme des philosophes 7qui ne le lui pardonneront point74--,et le sentiment religieux de ,rousseau1 et sa persuasion de l'absolue ncessit de la croyance en ,dieu et de l'amour de ,dieu sont si profonds en lui1 qu'il ne craint pas1 dans une ,note1 de prfrer le fanatisme l'irrligion4 ,il faut toujours lire les ,notes de ,rousseau1 car elles sont souvent plus significatives et plus hardies que son texte4 ,dans cette note1 qui est magnifique1 il rompt dcidment et nergiquement en visire au parti des philosophes1 et ose dire des choses comme celles-ci1 qui seraient1 aujourd'hui encore1 d'une si opportune application3 ,un des sophismes les plus familiers au parti philosophique est d'opposer un peuple suppos de vrais philosophes un peuple de mauvais chrtiens3 comme si un peuple de vrais philosophes tait plus facile faire qu'un peuple de vrais chrtiens444 ,le fanatisme 7religieux71 quoique sanguinaire et cruel1 est pourtant une passion grande et forte1 qui lve le coeur de l'homme1 qui lui fait mpriser la mort1 qui lui donne un ressort prodigieux1 et qu'il ne faut que mieux diriger pour en tirer les plus sublimes vertus3 au lieu que l'irrligion et1 en gnral1 l'esprit raisonneur et philosophique attache la vie1 effmine1 avilit les mes1 concentre toutes les passions dans la bassesse de l'intrt particulier1 dans l'abjection du moi humain1 et sape ainsi petit petit les fondements de toute socit1444 ,le fanatisme1 quoique plus funeste dans ses effets immdiats que ce qu'on appelle aujourd'hui l'esprit philosophique1 l'est beaucoup moins dans ses consquences4 ,d'ailleurs il est ais d'taler de belles maximes dans les livres3 mais la question est de savoir si elles tiennent bien la doctrine444 ,reste savoir encore si la philosophie1 son aise et sur le trne1 commanderait bien la gloriole1 l'intrt1 l'ambition1 aux petites passions de l'homme1 et si elle pratiquerait cette humanit si douce qu'elle nous vante la plume la main4 ,par les principes1 la philosophie ne peut faire aucun bien que la religion ne fasse encore mieux1 et la religion en fait beaucoup que la philosophie ne saurait faire444 ,nos gouvernements modernes doivent incontestablement au christianisme leur plus solide autorit et leurs rvolutions moins frquentes2 il les a rendus eux-mmes moins sanguinaires2 cela se prouve par les faits en les comparant aux gouvernements anciens4 ,c'est bien ,rousseau1 ce n'est pas ,joseph de ,maistre1 qui a crit cela4 ,toutes ces phrases durent faire hurler les ,encyclopdistes4 ,rousseau1 ds lors1 ne fut plus lui-mme leurs yeux qu'un dangereux fanatique4 ,rousseau1 cependant1 n'avait pas chang sur ce point4 ,dj1 vers #agee1 je crois1 un souper chez mademoiselle ,quinault racont par madame d'pinay qui y assistait1 ,jean-,jacques1 indign par l'impit des propos1 s'criait3 ,si c'est une lchet de souffrir qu'on dise du mal de son ami absent1 c'est un crime que de souffrir qu'on dise du mal de son ,dieu1 qui est prsent2 et moi1 messieurs1 je crois en ,dieu444 ,je sors si vous dites un mot de plus4 ,et il ajoutait3 ,je ne puis souffrir cette rage de dtruire sans difier444 ,d'ailleurs l'ide de ,dieu est ncessaire au bonheur1 et je veux que vous soyez heureux4 ,il faut remarquer que1 dans cette ,note de la ,profession de foi1 ,rousseau ne dit point le disme2 il ne dit mme plus la religion naturelle3 il dit la religion ou le christianisme4 ,dans la ,profession de foi1 il est peut-tre aussi proche du catholicisme que du protestantisme3 car il prend presque tout ce qui est commun aux deux religions2 et son accent serait plutt catholique que protestant4 ,il est d'ailleurs remarquable que1 pour enseigner mile la religion vraie1 il ait choisi1 non un pasteur 7comme il et t naturel qu'il le ft aprs sa rentre dans la religion de ses pres71 mais un prtre romain1 form du souvenir de deux prtres romains3 l'abb ,gaime et l'abb ,gatier4 ,il faut bien dire pourtant que ce christianisme de ,rousseau est un christianisme assez amolli4 ,c'est le christianisme1 moins ce qui en fait la solide armature3 le dogme du pch originel et toutes ses consquences thologiques4 ,jean-,jacques1 vingt-deux ans1 nourri des livres de ,port-,royal1 avait t quasi jansniste4 ,ce qui devait le sduire1 c'est que le jansniste est l'homme qui entretient avec l',inconnu les relations les plus tragiques et les plus passionnes4 ,jean-,jacques1 ce moment-l1 avait trs peur de l'enfer4 ,un jour il lana une pierre contre un tronc d'arbre en se disant3 ,si je le touche1 signe de salut2 si je le manque1 signe de damnation4 ,mais ses terreurs se calmrent sous l'influence de deux bons pres jsuites et de madame de ,warens4 ,celle-ci avait la religion la plus confiante4 ,elle tait quitiste 7,aimez ,dieu et faites ce que vous voudrez74 ,madame ,guyon avait conserv en ,suisse des partisans1 avec lesquels madame de ,warens tait en relations4 ,et c'est peut-tre pourquoi il y a une sorte de quitisme dans le christianisme latitudinaire et sentimental de ,jean-,jacques1--et un peu aussi 7pour l'accent7 de la tendresse de ,fnelon et de l'ancien vque de ,genve et prvt de l'glise d',annecy1 ,franois de ,sales4 ,ce spiritualisme mu et religieux1 ce demi-christianisme de ,rousseau sera celui de ,bernardin de ,saint-,pierre2 il sera bien souvent1 avec des nuances1 celui de ,chateaubriand2 celui de ,lamartine1 dont le ,jocelyn devra beaucoup au vicaire savoyard2 il sera souvent celui de ,george ,sand1 mme de ,michelet jeune1 et de ,victor ,hugo4 ,le spiritualisme pris de cette manire est si bien une religion capable d'agir sur la vie1 que1 jusqu'au milieu du ,x,i,xe sicle et jusque dans la premire moiti du second ,empire1 nous avons eu1 dans la bourgeoisie franaise et mme parmi les paysans 7j'en ai connus71 des aeux et des pres--en trs grand nombre1--dont l'me vivait de cette religion-l1 un peu en marge1 mais non tout fait en dehors du catholicisme de leurs femmes et de leurs filles4 ,il est fcheux qu'elle ait dclin 7faute1 peut-tre1 de consistance dogmatique73 car1 sans suffire tout1 elle servait encore quelque chose1 et c'tait encore un reflet de christianisme4 ,et sans doute a t le spiritualisme de ,robespierre1 de ,saint-,just et des thophilanthropes3 mais1 tout de mme1 en souvenir de tant de grands-pres1 grands-oncles ou bisaeux qui1 sous le premier ,empire1 sous la ,restauration1 sous ,louis-,philippe1 ont un peu mieux valu par ce spiritualisme-l qu'ils n'eussent valu sans lui1--dans tout ce qui me reste dire de la pauvre vie de ,jean-,jacques1 je n'couterai plus que la piti4 ,,neuvi,,me ,,conf,,rence ,,la ,,lettre ,l',,archev,,que ,,de ,,paris4 ,,les ,,lettres ,,de ,,la ,,montagne4--,,derni,,res ,,ann,,es ,,de ,,rousseau4--,,les ,,dialogues4 ,je n'ai point cach mon admiration pour la ,profession de foi du ,vicaire ,savoyard4 ,pourtant ce furent ces trs gnreuses pages qui causrent l'infortune dfinitive de ,jean-,jacques4 ,ainsi vont les choses4 ,vous vous rappelez dans quelles circonstances1 malgr la protection de madame de ,luxembourg et du prince de ,conti1 malgr le patronage de ,m4 de ,malesherbes1 l'mile fut condamn par le ,parlement de ,paris1 et ,rousseau dcrt de prise de corps4 ,on ne tenait1 du reste1 nullement s'embarrasser de lui4 ,on lui laissa le temps de partir2 et il croisa en chemin les hommes chargs de venir l'arrter1 et qui le salurent4 ,rousseau subit la ncessit avec cette passivit ou plutt1 il faut le dire1 avec cette rsignation qui lui tait coutumire et qu'il avait si loquemment enseigne son mile4 ,il avait eu tout de suite la pense d'aller s'tablir en ,suisse4 ,dans sa chaise de poste1 il lit la ,bible et crayonne un pome en prose sur le ,lvite d',ephram4 ,il n'est point trop inquiet4 ,il aime sa patrie et il croit qu'elle le lui rend4 ,son gnie fait honneur ,genve4 ,il avait ,genve devant les yeux quand il a crit le ,contrat social4 ,et comment les pasteurs genevois prendraient-ils mal l'mile1 eux que d',alembert 7dans son article ,,gen,,ve1 de l',encyclopdie7 souponnait de socianisme1 c'est--dire1 en somme1 de rationalisme8 ,oui1 l-bas1 en ,suisse1 il sera bien4 ,en entrant1 dit-il1 sur le territoire de ,berne1 je me fis arrter2 je descendis1 je me prosternai1 j'embrassai1 je baisai la terre1 et m'criai dans mon transport3 ,ciel6 protecteur de la vertu1 je te loue1 je touche une terre de libert6 ,il tait loin de compte4 ,c'tait1 pour le malheureux1 le commencement de relles perscutions1 de trois annes d'une vie errante et lamentable1 traque de refuge en refuge2 et sa propre glise lui devait tre plus cruelle que l'glise de ,france4 ,pourquoi8 ,vous en trouverez les raisons trs clairement dduites dans le livre excellent de ,m4 douard ,rod3 ,l',affaire ,jean-,jacques ,rousseau4 ,donc1 il arrive ,iverdun 7territoire de ,berne7 chez son vieil ami ,roguin4 ,a peine arriv1 il apprend que l'mile a t condamn et brl ,genve 7 cause des pages sur les miracles et la rvlation7 et lui-mme dcrt de prise de corps par ses chers ,genevois 7#ah-ai juin #agfb74 ,cependant un neveu de ,roguin lui offre un petit pavillon o il s'installe4 ,il se croit tranquille3 mais1 trois semaines aprs1 le ,snat de ,berne l'expulse d',iverdun4 ,alors il traverse la montagne et s'en va ,motiers-,travers1 du comt de ,neuchtel4 ,une nice de ,roguin1 madame ,boy de la ,tour1 lui offre une maison qu'elle possde ,motiers4 7,car il faut que ,rousseau soit toujours l'hte de quelqu'un47 ,le comt de ,neuchtel appartenant au roi de ,prusse 7,frdric ,,ii71 ,rousseau se met sous sa protection par des lettres o il se conjouit 7on le sent7 de montrer l'univers comment un homme libre sait parler un monarque1 avec une fiert toute civique et lacdmonienne4 ,mais dj il a reni le ,contrat social dans son coeur4 ,thrse est venue le rejoindre4 ,il fait la connaissance de mylord ,keit1 marchal d'cosse 7mylord ,marchal7 gouverneur de ,neuchtel pour le roi de ,prusse1--homme trs bon1 un de ceux qui ont t le meilleurs pour ,rousseau et que ,rousseau a le plus tendrement aims4--,jean-,jacques respire4 ,de nouveau il se croit tranquille4 ,il se promne2 il fait de la botanique2 il s'amuse fabriquer des lacets1 qu'il offre des jeunes filles de ses amies1 condition que1 maries et devenues mres1 elles allaiteront elles-mmes leurs enfants4 ,c'est cette poque qu'il prend l'habit armnien4 ,ce n'tait pas1 nous dit-il1 une ide nouvelle444 ,elle m'tait souvent revenue ,montmorency1 o le frquent usage des sondes1 me condamnant rester souvent dans ma chambre1 me fit mieux sentir les avantages de l'habit long4 ,la commodit d'un tailleur armnien1 qui venait souvent voir un parent qu'il avait ,montmorency1 me tenta d'en profiter pour prendre ce nouvel quipage1 au risque du qu'en dira-t-on1 dont je me souciais trs peu444 ,je me fis donc une petite garde-robe armnienne2 mais l'orage excit contre moi m'en fit remettre l'usage des temps plus tranquilles1 et ce ne fut que quelques mois aprs que1 forc par de nouvelles attaques de recourir aux sondes1 je crus pouvoir prendre ce nouvel habillement ,motiers1 surtout aprs avoir consult le pasteur du lieu1 qui me dit que je pouvais le porter au temple mme sans scandale4 ,je pris donc la veste1 le caftan1 le bonnet fourr1 la ceinture2 et aprs avoir assist dans cet quipage au service divin1 je ne vis point d'inconvnient le porter chez mylord ,marchal4 ,son ,excellence1 me voyant ainsi vtu1 me dit pour tout compliment3 ,salamaleki2 aprs quoi tout fut fini et je ne portai plus d'autre habit4 ,en ralit1 son infirmit et mme ses sondes n'exigeaient pas ce costume excentrique4 ,une culotte plus large ou quelque manteau un peu long aurait suffi4--videmment la flure gagne4--,goethe1--qui1 lui1 n'avait jamais t menac de folie1--crit dans ,wilhelm ,meister 7livre ,v1 chap4 ,,xvi7 propos du vieux joueur de harpe3 ,si je parviens1 dit ,wilhelm1 lui faire quitter sa barbe et sa longue robe1 j'aurai beaucoup gagn2 car rien ne nous dispose plus la folie que de nous distinguer des autres1 et rien ne maintient plus le sens commun que de vivre1 avec beaucoup de gens1 selon le commun usage4 ,c'est1 je crois1 vers le mme temps1 que ,rousseau prend ce pli1 de substituer souvent au pronom je ou moi son nom et surtout son prnom1 de parler de lui-mme la troisime personne1 de dire3 ,jean-,jacques ,rousseau ne peut pas4442 il ne convient pas ,jean-,jacques4442 que dirait-on de ,jean-,jacques4444 ,ne vous y trompez pas3 cela aussi est signe de flure4 ,revenons4--,le pasteur de ,motiers1 ,montmollin1 commena par tre un chaud partisan de ,jean-,jacques et1 sur sa demande1 l'admit la communion4 ,jean-,jacques nous dit ce propos3 444,toujours vivre isol sur la terre me paraissait un destin bien triste1 surtout dans l'adversit4 ,au milieu de tant de proscriptions et de perscutions1 je trouvai une douceur extrme pouvoir me dire3 ,du moins je suis parmi mes frres2 et j'allai communier avec une motion de coeur et des larmes d'attendrissement qui taient peut-tre la prparation la plus agrable ,dieu qu'on y pt porter4 7,vers le mme temps1 ,voltaire ,ferney faisait ses pques1 et le faisait constater par acte notari4 ,on pourrait mettre en regard la communion sincre et pieuse du pauvre exil ,rousseau1 et la communion sacrilge et farce1--en mme temps que prudente et conservatrice1--de l'opulent seigneur de ,ferney444 ,il est vrai qu'on ne tirerait pas grand chose de ce parallle1--sinon que c'est encore le plus religieux de ces deux hommes qui nous a t le plus funeste47 ,presque le mme jour o ,jean-,jacques communiait si dvotement1 l'archevque de ,paris1 ,christophe de ,beaumont signait un ,mandement portant condamnation de l'mile 7#bj aot #agfb74 ,l'archevque faisait son devoir4 ,il relevait dans ce livre une vingtaine de propositions contraires l'orthodoxie catholique4 ,le mandement dbutait 7ou presque7 par un portrait de ,rousseau vraiment assez brillant1--et mme assez juste1 surtout si l'on songe que le critique tait un archevque4 ,il faut citer ce morceau4 ,du sein de l'erreur il s'est lev un homme plein du langage de la philosophie sans tre vritablement philosophe2 esprit dou d'une multitude de connaissances qui ne l'ont pas clair et qui ont rpandu des tnbres dans les autres esprits2 caractre livr aux paradoxes d'opinion et de conduite2 alliant la simplicit des moeurs avec le faste des penses1 le zle des maximes antiques avec la fureur d'tablir des nouveauts1 l'obscurit de la retraite avec le dsir d'tre connu de tout le monde3 on l'a vu invectiver contre les sciences qu'il cultivait1 prconiser l'excellence de l'vangile dont il dtruisait les dogmes1 peindre la beaut des vertus qu'il teignait dans l'me de ses lecteurs444 ,dans un ouvrage sur l'ingalit des conditions il avait abaiss l'homme jusqu'au rang des btes2 dans une autre production plus rcente il avait insinu le poison de la volupt en paraissant le proscrire3 dans celui-ci il s'empare des premiers moments de l'homme afin d'tablir l'empire de l'irrligion4 ,le reste du mandement tait ce qu'il pouvait et devait tre1--avec1 peut-tre1 quelques inutiles accusations de mauvaise foi4 ,jean-,jacques rpondit par la lettre thtralement intitule3 ,jean-,jacques ,rousseau1 citoyen de ,genve1 ,christophe de ,beaumont1 archevque de ,paris1 duc de ,saint-,cloud1 pair de ,france1 commandeur de l'ordre du ,saint-,esprit1 proviseur de ,sorbonne1 etc444 ,cette lettre n'est pas le plus original de ses ouvrages1 mais c'en est peut-tre le plus parfait4 ,naturellement1 l'archevque et le protestant latitudinaire ne pouvaient s'entendre1 puisque justement ,rousseau nie ou conteste ce que le prlat suppose acquis3 la rvlation et les miracles4 ,on peut dire que les deux adversaires manient des armes qui ne se rencontrent pas4--,d'autre part1 la lettre ,christophe de ,beaumont n'offre rien de nouveau quant au fond2 elle rpte seulement1 sous une forme adoucie et persuasive1 quelques-unes des thories de l'mile et du ,contrat4 ,mais la lettre est1 dans son ensemble1 un chef-d'oeuvre de polmique1 une merveille de discussion adroite1 vigoureuse1 mue1 loquente4 ,le citoyen de ,genve affecte d'abord le plus grand respect pour le prlat2 il se complait dans son attitude d'homme obscur1 d'homme de rien1 de citoyen modeste1--mais qui porte en lui la vrit1--en face d'un grand de la terre4 ,puis1 monte peu peu sa plainte d'opprim2 puis sa colre clate4 ,c'est vraiment trs bien fait4 ,et voici quelques lignes de la fin3 ,que vous discourez votre aise1 vous autres hommes constitus en dignit6444 ,vous accablez firement le faible1 sans rpondre de vos iniquits personne444 ,sur les moindres convenances d'intrt ou d'tat1 vous nous balayez devant vous comme la poussire4 ,les uns dcrtent et brlent1 les autres diffament ou dshonorent1 sans droit1 sans raison1 sans mpris1 mme sans colre1 uniquement parce que cela les arrange1 et que l'infortun se trouve sur leur chemin4 ,monseigneur1 vous m'avez insult publiquement 7n'est-ce pas que cela a le ton et l'allure de quelque couplet d'un drame de ,hugo o un plbien riverait son clou un prince874 ,monseigneur vous m'avez insult publiquement2 je viens de prouver que vous m'avez calomni4 ,si vous tiez un particulier comme moi1 que je pusse vous citer devant un tribunal quitable1 et que nous y comparussions tous deux1 moi avec mon livre1 et vous avec votre mandement1 vous y seriez certainement dclar coupable et condamn me faire une rparation aussi publique que l'offense l'a t4 ,mais vous tenez un rang o l'on est dispens d'tre juste1 et je ne suis rien4 ,cependant vous qui professez l'vangile1 vous prlat fait pour apprendre aux autres leur devoir1 vous savez le vtre en pareil cas4 ,pour moi1 j'ai fait le mien1 je n'ai plus rien vous dire1 et je me tais4 ,daignez1 monseigneur1 agrer mon profond respect 7,motiers #ah novembre #agfb74 ,j'ai dit que1 dans le fond1 la ,lettre ,m4 de ,beaumont n'offrait rien que de dj vu4 ,j'en excepte une page intressante4 ,dans le moment mme o il dfend contre le prlat la religion naturelle1 ,rousseau continue de se sparer des philosophes4 ,une de leurs manies tait de traiter tous les fondateurs de religions de fourbes1 d'imposteurs1 de charlatans1 de jongleurs sacrs4 ,jean-,jacques qui a1 lui1 l'intelligence des choses religieuses1 en juge autrement3 ,honorez en gnral1 dit-il1 tous les fondateurs de vos cultes respectifs444 ,ils ont eu de grands gnies et de grandes vertus3 cela est toujours estimable4 ,ils se sont dits les envoys de ,dieu2 cela peut tre et n'tre pas2 c'est de quoi la pluralit ne saurait juger d'une manire uniforme1 les preuves n'tant pas galement sa porte4 ,mais quand cela ne serait pas1 il ne faut point les traiter si lgrement d'imposteurs4 ,qui sait jusqu'o les mditations continuelles sur la divinit1 jusqu'o l'enthousiasme de la vertu ont pu1 dans leurs sublimes mes1 troubler l'ordre didactique et rampant des ides vulgaires8 ,dans une trop grande lvation la tte tourne1 et l'on ne voit plus les choses comme elles sont444 ,ici1 ,rousseau est autrement intelligent que ,voltaire4 ,j'imagine qu'aprs sa magnifique rplique l'archevque de ,paris1 ,rousseau crut qu'il allait rentrer en grce auprs de la partie rcalcitrante de ses compatriotes de ,genve4 ,il y avait eu 7je vous renvoie l-dessus au beau livre de ,rod71 il y avait eu1 dans le dcret lanc par le ,petit ,conseil contre ,rousseau1 une irrgularit de procdure4 ,jean-,jacques comptait que toute la bourgeoisie protesterait contre cette infraction la loi4 ,et1 en effet1 il avait ,genve des amis1 les meneurs de ce qu'on peut appeler1 le parti dmocratique1--et qui mme l'ennuyaient bien fort1 et qui l'accablaient de leurs lettres et de leurs visites 7deux eurent l'indiscrtion de tomber malades chez lui et de s'y faire soigner74 ,mais tout se passait en paroles4 ,aprs avoir attendu plus d'un an que quelqu'un rclamt contre une procdure illgale1 ,rousseau prit enfin un parti1 renona une ingrate patrie1 abdiqua1 par une lettre au premier syndic1 son droit de bourgeoisie4 ,il dut tre trs malheureux ce moment-l4 ,nous le voyons dans sa correspondance 7qu'il faut toujours consulter en mme temps que ses ,confessions74 ,seul1 proscrit1 se croyant abandonn de tous1 ses souffrances physiques ayant redoubl de violence1 il crit ,duclos 7le seul des philosophes avec qui il ne se soit jamais brouill7 qu'il est dcid au suicide4 444,ma situation physique a tellement empir444 que mes douleurs1 sans relche et sans ressource1 me mettent absolument dans le cas de l'exception marque par ,mylord douard en rpondant ,saint-,preux4 7,cette lettre de mylord douard est la vingt-deuxime de la troisime partie de la ,nouvelle ,hlose47 ,et ,rousseau crit en mme temps ,m4 ,martinet1 chtelain de ,motiers1 pour lui remettre son testament et lui recommander ,thrse1 comme il avait fait ,duclos4 ,adieu1 monsieur1 je pars pour la patrie des mes justes1 j'espce y trouver peu d'vques et de gens d'glise1 mais beaucoup d'hommes comme vous et moi4 ,je note ce projet de suicide4 ,plus tard1 en ,dauphin1 dans la lettre o il propose ,thrse la sparation1 il lui promet de ne pas se suicider4 ,tout cela prouve du moins qu'il y songeait quelquefois4 ,cependant il ne se tue pas4 ,il se rtablit pour de nouvelles douleurs4 ,l'hiver est dur ,motiers4 ,pendant six mois1 il ne peut mettre les pieds dehors4 ,tout en faisant des lacets1 ou en fendant du bois pour suer l'urine dont il a le corps ravag1 il mdite sur l'universelle injustice dont il est victime1 sur son infortune qu'il juge unique au monde4 ,thrse devient moins douce1 car elle se dplat en pays tranger--et protestant1 elle1 commre catholique4 ,a ,genve1 l'agitation continue4 ,les partisans de ,rousseau font au ,conseil des reprsentations1 dont il ne tient compte4 ,pour dfendre le ,conseil1 le procureur gnral ,tronchin crit1 sur le cas de ,rousseau et contre ,rousseau1 les ,lettres de la ,campagne4 ,rousseau1 dchan cette fois1 rpond par les ,lettres de la ,montagne 7neuf lettres en deux parties2 trois cents pages environ74 ,dans la deuxime partie1 il dveloppe la constitution de ,genve et le mcanisme du droit de reprsentation1 et dmontre l'illgalit de la procdure dont on avait us envers lui4 ,la premire partie est reste intressante4 ,elle est fort belle par endroits4 ,sans doute1 dans la plupart de ces pages1 il ne fait que maintenir les ides du ,vicaire ,savoyard et son droit de les exprimer librement1 mme ,genve4 ,mais on y trouve aussi des choses que ,rousseau n'avait pas encore dites4 ,d'abord le passage o il ramne la ,rformation son vrai principe1 qui est le libre examen individuel1 et en tire1 bien longtemps d'avance1 les conclusions du protestantisme libral 7qui1 vraiment1 n'est plus une religion confessionnelle74 ,rousseau rserve pourtant deux points3 ,pourvu1 dit-il1 qu'on respecte toute la ,bible et qu'on s'accorde sur les points principaux1 on vit selon la rformation vanglique4 ,on ne voit pas1 vrai dire1 pourquoi le libre examen s'arrterait devant la saintet de la ,bible et devant certains points de son interprtation4 ,le propre d'une religion fonde sur le libre examen semble bien tre de se dtruire enfin elle-mme2 et c'est ce qui arriverait sans doute la ,rforme1 si1 au bout du compte1 le commun des protestants n'taient des hommes comme les autres1 plis1 par sens pratique1 une habitude et une tradition1 peu capables de critique1 et chez qui la libert d'examen est un principe et une prtention beaucoup plus qu'une ralit4 ,mais1 ceci rserv1 les dductions de ,rousseau sont irrprochables3 ,chacun1 conclut-il1 en demeure seul juge en lui-mme 7juge de la doctrine et des interprtations7 et ne reconnat en cela d'autre autorit que la sienne propre4 ,les bonnes instructions doivent moins fixer le choix que nous devons faire1 que nous mettre en tat de bien choisir4 ,tel est le vritable esprit de la ,rfomation1 tel en est le vrai fondement4 ,la raison particulire y prononce4441 et il est tellement de l'essence de la raison1 d'tre libre que1 quand elle voudrait s'asservir l'autorit1 cela ne dpendrait pas d'elle4 ,portez la moindre atteinte ce principe1 et tout l'vanglisme croule l'instant4 ,qu'on me prouve aujourd'hui qu'en matire de foi je suis oblig de me soumettre aux dcisions de quelqu'un1 ds demain je me fais catholique1 et tout homme consquent et vrai fera comme moi4 ,et plus loin1 contre ces pasteurs qui1 avant l'affaire ,rousseau1 affectaient une extrme libert d'esprit et passaient mme pour sociniens3 ,ce sont en vrit de singulire gens que messieurs vos ministres3 on ne sait ni ce qu'ils croient1 ni ce qu'ils ne croient pas2 on ne sait mme pas ce qu'ils font semblant de croire2 leur seule manire d'tablir leur foi est d'attaquer celle des autres444 ,et il va plus avant4 ,il prte aux catholiques ce qu'ils auraient pu rpondre aux premiers rformateurs1 et il embarrasse ceux-ci dans leurs propres contradictions par un raisonnement que ,bossuet et avou1 et d'un accent o ,bossuet et seulement mis plus de charit et de douceur4 ,rousseau fait simplement1 ici1 le procs de la ,rforme mme et de son principe4 ,le singulier homme6 ,toute cette seconde ,lettre de la ,montagne me parat un chef-d'oeuvre1 et un chef-d'oeuvre bien inattendu4 ,ainsi la destine de ,jean-,jacques tait d'tre destructeur1 mme du protestantisme1 et cela en se conformant ce qui est l'essence mme de la ,rforme et en se montrant ce que le protestantisme1 dans son fond intime1 conseille d'tre3 un individualiste forcen4 ,ce heurt de ,rousseau contre ceux de sa religion1 me plat extrmement1 je l'avoue4 ,cette aventure eut1 je crois1 pour l'me de ,rousseau1 des consquences que nous verrons tout l'heure4 ,mais je ne puis quitter cette premire partie des ,lettres de la ,montagne sans vous lire une page sur ,jsus1 qui prouve que ce n'est pas seulement ,chateaubriand1 ,senancour1 ,george ,sand1 ,michelet et ,dumas fils qui ont beaucoup lu ,rousseau et s'en sont souvenu1 mais que c'est aussi ,ernest ,renan4 ,je ne puis m'empcher de dire1--crit ,rousseau dans la troisime lettre1--qu'une des choses qui me charment dans le caractre de ,jsus n'est pas seulement la douceur des moeurs1 la simplicit1 mais la facilit1 la grce et mme l'lgance4 ,il ne fuyait ni les plaisirs ni les ftes1 il allait aux noces1 il voyait les femmes1 il jouait avec les enfants1 il aimait les parfums1 il mangeait chez les financiers4 ,ses disciples ne jenaient point1 son austrit n'tait point fcheuse4 ,il tait la fois indulgent et juste1 doux aux faibles et terrible aux mchants4 ,sa morale avait quelque chose d'attrayant1 de caressant1 de tendre2 il avait le coeur sensible1 il tait homme de bonne socit4 ,quand il n'et pas t le plus sage des mortels1 il en et t le plus aimable4 ,est-ce assez ,vie de ,jsus6 ,naturellement1 les ,lettres de la ,montagne redoublrent la fureur des ennemis de ,rousseau4 ,elles sont brles ,neuchtel1 ,berne1 ,la ,haye1 ,paris4--,des morts contribuent l'enfoncer dans sa mlancolie4 ,il perd le marchal de ,luxembourg1 ce bon seigneur1 le seul ami vrai qu'il et en ,france1 qui avait continu lui crire affectueusement depuis son exil1 et qui ,jean-,jacques avait envoy de longues lettres sur les moeurs du pays de ,neuchtel et sur le paysage du ,val-,travers4--,vers le mme temps meurt madame de ,warens1 dj charge d'ans et surcharge d'infirmits et de misres4 ,rousseau1 qui n'a jamais parl d'elle qu'avec tendresse et respect malgr tout1 la place dans le ciel1--ce qui est bien1--mais aux cts de ,fnelon1--ce qui parat excessif3 ,allez1 dit-il1 me douce et bienfaisante1 auprs des ,fnlon1 des ,bernex 7l'ancien vque d',annecy71 des ,catinat1 et de ceux qui1 dans un tat plus humble1 ont ouvert comme eux leur coeur la charit vritable2 allez goter le fruit de la vtre1 et prparer votre lve la place qu'il espre occuper prs de vous4 ,ce n'est pas tout4 ,le meilleur ami 7avec le marchal de ,luxembourg7 et le plus puissant protecteur de ,rousseau1 mylord ,marchal1 rappel en ,angleterre1 quitte ,neuchtel4 ,contre le pauvre ,jean-,jacques1 malade1 triste1 dsempar1 la perscution continue et s'tend1 attise un moment par un atroce pamphlet de ,voltaire 7le ,sentiment des citoyens44474 ,le pasteur ,montmollin abandonne ,rousseau1 puis excite le peuple contre lui4 ,on insulte dans les rues le malheureux que son costume de carnaval dsigne aux gamins4 ,dans la nuit du #f ou #g septembre #agfe1 on casse coups de pierre quelques carreaux de sa maison4 ,il s'en va ,neuchtel et1 de l1 l'le ,saint-,pierre dans le lac de ,bienne4 ,l'le1 fort agrable1 d'une lieue de tour1 appartenait l'hospice de ,berne et n'avait pour habitants que le receveur de l'hospice avec sa famille1--de braves gens4 ,rousseau passe dans cette le six semaines dlicieuses2 il herborise1 il se promne sur l'eau1 et surtout il rve444 ,vraiment on aurait bien d le laisser l tant qu'il et voulu y vivre2 car qui gnait-il8 ,mais un dcret du ,snat de ,berne l'en expulse le #ag octobre4 ,affol1 il crit au ,snat en lui offrant de se livrer1 pour qu'on l'enferme dans une bonne prison tout le reste de sa vie444 ,puis il s'en va ,bienne1 o des zls lui assurent qu'il sera tranquille4 ,il est encore expuls de ,bienne4 ,ah6 les pasteurs ne le mnagent pas1 eux qui le revendiquent et l'honorent aujourd'hui4 ,le pauvre homme ne sait plus que devenir4 ,il songe successivement se rfugier en cosse auprs de mylord ,marchal1 ,venise1 ,zurich1 en ,silsie1 ,berlin1 en ,savoie1 ,jersey1 en ,italie1 en ,autriche1 ,amsterdam1 en ,corse4 ,finalement1 et en attendant de prendre une dcision1 il se rend ,strasbourg1 o l'accueil trs chaud qu'il reoit de toute la socit1 le ddommage un peu4 ,tant de malheurs achvent de le rendre illustre1--commencent le rendre fou1--et le purifient4 ,je sais bien que ,choiseul n'avait pas tort de le considrer comme un crivain dangereux4 ,mais si1 au lieu de le proscrire1 ,choiseul lui avait offert temps 7avant l'mile7 des honneurs et quelque sincure444 qui sait1 mon ,dieu1 qui sait8444 ,l'ambition de ,jean-,jacques avait t longtemps d'tre officiel1 d'tre un homme en place4 ,bien qu'il parle souvent de son inaptitude supporter aucun joug1 il a souvent1 d'autre part1 le dsir de s'insrer honorablement dans un ordre de choses bien tabli1--7comme lorsqu'il rentre dans la bourgeoisie genevoise74 ,puis1 incapable de dfendre ses intrts matriels1 il avait un peu le besoin d'tre protg1 de sentir sa tranquillit assure1 d'chapper au souci du lendemain444 ,oui1 ,choiseul avait d'autres moyens de l'annihiler qu'en le faisant dcrter de prise de corps4 ,au reste1 il ne l'annihila point par ce moyen-l2 au contraire4 ,ds que ,rousseau est perscut par le gouvernement de ,france1 et plus durement par les glises suisses1 sa gloire devient unique1 et sa rputation europenne4 ,et c'est autre chose que la gloire de ,voltaire3 c'est la renomme d'un bienfaiteur des hommes1 d'un sage1 d'un lgislateur antique4 ,cela prenait dj la forme d'un culte4 ,l'ermite de ,motiers est constamment drang par d'illustres visites4 ,il ne suffit pas sa correspondance4 ,la ,corse lui demande une ,constitution4 ,des princes1 de grandes dames1 de grands seigneurs1 des magistrats1 des prtres1 des jeunes gens le consultent sur l'ducation1 sur la religion1 sur des cas de conscience4 ,et il leur donne de fort bonnes consultations1 non seulement loquentes--ou fines1--mais pleines de bon sens et presque toutes empreintes d'un esprit d'ordre et de conservation4 ,car il a presque toujours t sage pour les autres4 ,mais aussi cette situation d'oracle europen exalte de plus en plus son orgueil1--en mme temps que ses malheurs trop rels1 et l'inquitude continuelle o il vit1 dveloppent en lui la folie de la perscution4 ,mais de ces malheurs mme il jouit en quelque manire1 tant il les voit dmesurs et exceptionnels4--,comme ,chateaubriand 7et ce n'est pas la premire fois que j'ai l'occasion de rapprocher ces deux hommes7 ,rousseau trouve extraordinaire tout ce qui lui arrive1 passe son temps s'merveiller de sa destine1 et se console de ses durets par ce qu'elle a d'unique1--,je ne vous en donnerai qu'un petit exemple4 ,dans le temps qu'on le huait ,motiers1 ,rousseau obtint1 par mylord ,marchal1 une place de conseiller d'tat de ,neuchtel pour le colonel ,pury1 gendre de ,dupeyrou3 ,c'est ainsi1 dit-il1 que le sort1 qui m'a toujours mis trop haut ou trop bas1 continuait me balloter d'une extrmit l'autre3 et1 tandis que la populace me couvait de fange1 je faisais un conseiller d'tat4 7,que de phrases de ce genre1--rappelez-vous1--dans les ,mmoires d'outre-tombe67 ,et cependant1 parmi cet orgueil et parmi ces commencements de dmence1 il n'est point douteux que ,rousseau ne devienne meilleur4 ,ses infortunes ne le dtachent point de lui-mme1 mais le dtachent de beaucoup de choses contingentes et passagres4 ,il s'exerce cette rsignation qu'il dfinit si bien dans l'mile4 ,entre ses crises d'orgueil ou de dlire1 il est patient et doux4 ,il est noter que toutes les amitis qu'il a faites ou confirmes dans ce temps-l 7mylord ,marchal1 ,dupeyrou1 ,moultou1 mme l'ennuyeux d',ivernois71 il leur est rest fidle jusqu' sa mort1 et les a peu prs exceptes de sa manie souponneuse4 ,enfin1 l'me religieuse de ,jean-,jacques devient plus purement religieuse4 ,si les pasteurs genevois avaient t indulgents pour lui1 son spiritualisme et assez facilement accept la forme confessionnelle de l'glise genevoise4 ,mais1 clair en mme temps qu'irrit par l'intolrance protestante1 il se dgage de tout reste de protestantisme1 et je ne dirai pas qu'il tend au catholicisme 7o il passa1 aprs tout1 vingt-six ans de sa vie et qu'il pratiqua sincrement pendant une dizaine d'annes72 mais je dirai qu'il tend une sorte de catholicit4 ,j'entends par l que son ,dieu est le ,dieu commun toutes les religions1 et aussi que son ,dieu n'est point le ,dieu gendarme de ,voltaire1 ni le ,dieu gomtre de ceux des ,encyclopdistes qui ne sont pas tout fait athes1 mais que c'est ,dieu sensible au coeur1 et aussi ,dieu-,providence 7un ,dieu dont il parle presque aussi souvent que ,bossuet72 quelque chose de plus1 en vrit1 que le ,dieu des distes-rationalistes4 ,et1 en outre1 il serait sans doute un peu excessif de dire qu'il incline de coeur au catholicisme3 mais pourtant1 jugeant cruels et stupides les ministres de la religion du libre examen1 lesquels le perscutent la fois par mchancet et par ignorance du vrai principe de la ,rformation2 considrant d'ailleurs et dcouvrant peut-tre l'infirmit d'esprit de la plupart des hommes1 et mme sentant quelquefois sa propre tte faiblir1 il n'est pas sans prouver quelque sympathie pour l'esprit de soumission et de non-examen des catholiques1 qui eux1 au surplus1 ne l'ont pas traqu4 ,de trs nombreux passages de ses lettres des annes suivantes manifestent les sentiments que je viens d'indiquer4 ,j'en citerai quelques-uns sans beaucoup d'ordre3 ,a madame de ,b4441 dc4 #agfc3 ,vous avez une religion qui dispense de tout examen3 suivez-la en simplicit du coeur4 --,a ,m4 ,m4441 cur d',ambrier en ,bugey1 auquel il recommande ,thrse3 444,bonjour1 monsieur1 je suis plein de vous et de vos bonts1 et je voudrais tre un jour porte de voir et d'embrasser un aussi digne officier de morale4 ,vous savez que c'est ainsi que l'abb ,saint-,pierre appelait ses collgues les gens d'glise4 --,a ,m4 ,marcel1 matre de danse de la cour du duc de ,saxe-,gotha3 444,je n'ai jamais aspir devenir philosophe1 je ne me suis jamais donn pour tel1 je ne le fus1 ni ne le suis1 ni ne veux l'tre4 --,a un abb qui a des doutes sur divers points du dogme catholique et qui songe quitter son tat3 ,quoi1 monsieur4441 dans un point de pure spculation1 dans lequel nul ne voit ce qui est vrai ou faux1 et qui n'importe ni ,dieu ni aux hommes1 nous nous ferions un crime de condescendre aux prjugs de nos frres et de dire oui o nul n'est en droit de dire non8 --,a ,m4 ,sguier de ,saint-,brisson1 un jeune homme inquiet1 brouill avec sa mre sur des questions de religion 7#bb juillet #agfd73 444,vous voulez secouer hautement le joug de la religion1 o vous tes n8 ,je vous dclare que1 si j'tais n catholique1 je demeurerais catholique1 sachant bien que votre glise met un frein trs salutaire aux carts de la raison humaine1 qui ne trouve ni fond ni rive quand elle veut sonder l'abme des choses444 --,de mme l'abb de ,x4441 autre prtre troubl 7#aa nov4 #agfd73 444,de quoi s'agit-il au fond de cette affaire8 ,du sincre dsir de croire1 d'une soumission du coeur plus que de la raison2 car enfin la raison ne dpend pas de nous1 mais la volont en dpend1 et c'est par la seule volont qu'on peut tre soumis ou rebelle l'glise444 ,je commencerais donc par choisir pour confesseur un bon prtre1 un homme sage et sens1 tel qu'on en trouve partout quand on les cherche444 ,je lui dirais3 ,je sens que la docilit qu'exige l'glise est un tat dsirable pour tre en paix avec soi2 j'aime cet tat1 j'y veux vivre444 ,je ne crois pas1 mais je veux croire1 et je le veux de tout mon coeur4 ,soumis la foi malgr mes lumires1 quel argument puis-je avoir craindre8 ,je suis plus fidle que si j'tais convaincu4 ,je ne sais pas bien1 n'tant pas thologien1 si tout cela est d'une orthodoxie irrprochable2 je ne vous dis pas non plus que les prtres troubls qui consultaient ,rousseau fussent encore de trs bons prtres444 ,mais toujours il leur conseille l'effort pour croire et la soumission3 voil le fait4 ,a tout mettre au pis1 le catholicisme des dernires annes de ,rousseau vaut bien celui de ,lamartine1 par exemple4 --,au chevalier d'on 7,wootton1 #ca mars #agff73 444,si mon principe 7le libre examen7 me parat le plus vrai1 le vtre 7l'autorit7 me parat le plus commode2 et un grand avantage que vous avez est que votre clerg s'y tient bien1 au lieu que le ntre 7le clerg protestant71 compos de petits barbouillons qui l'arrogance a tourn la tte1 ne sait ni ce qu'il veut ni ce qu'il dit1 et n'te l'infaillibilit l'glise qu'afin de l'usurper chacun pour soi4 --,a ,m4 ,roustan 7,wootton1 #g sept4 #agff73 444,le clerg catholique1 qui seul avait se plaindre de moi1 ne m'a jamais fait ni voulu aucun mal2 et le clerg protestant1 qui n'avait qu' s'en louer1 ne m'en a fait et voulu que parce qu'il est aussi stupide que courtisan4 --,a ,moultou1 troubl lui aussi1 quoique pasteur1 une trs belle lettre de rconfort et d'exhortation croire du moins ,dieu 7,monquin1 #ad fv4 #agfi74--;,et je vous signale surtout la lettre ,m4 de ,m4441 autre esprit inquiet et travaill de doutes1 qui est un mouvant commentaire de la ,profession de foi du ,vicaire ,savoyard4 7,bourgoin1 #ae janvier #agfi47 ,j'y relve ces mots3 444,j'ai cru dans mon enfance par autorit1 dans ma jeunesse par sentiment2 maintenant je crois parce que j'ai toujours cru4 ,tandis que ma mmoire teinte ne me remet plus sur la trace de mes raisonnements1 tandis que ma judiciaire affaiblie ne me permet plus de les recommencer1 les opinions qui en ont rsult me restent dans toute leur force444 et je m'y tiens en confiance et en conscience4 ,et plus loin1 sur ce qu'il y a un point1 dans la recherche1 o la raison doit sentir ses limites3 ,alors1 saisi de respect1 l'homme s'arrte1 et ne touche point au voile1 content de savoir que l'tre immense est dessous4 ,et sur la douceur de ,jsus3 444,douceur qui tient plus de l'ange et du ,dieu que de l'homme1 qui ne l'abandonna pas un instant1 mme sur la croix1 et qui fait verser des torrents de larmes qui sait lire sa vie comme il faut4 ,il ne faut rien exagrer4 ,il est certain que1 depuis les ,charmettes1 ,rousseau avait cess d'tre catholique au sens entier du mot1 c'est--dire de croire aux dogmes et la hirarchie du catholicisme4 ,il est certain qu' partir de #aged1 l'antipapisme de son enfance lui tait revenu1 notamment dans le ,contrat social4 ,mais il est certain aussi que1 du jour o les protestants l'avaient perscut1 il avait cess d'tre anti-catholique4 ,une partie du clerg de ,france avait pour lui une sympathie secrte1 d'abord en haine des ,encyclopdistes1 puis parce que ,rousseau ne fut jamais impie4 ,sur la divinit du ,christ1 il n'a point de ngation formelle4 ,dans un fragment 7,morceau allgorique sur la ,rvlation7 qui est probablement des dernires annes de sa vie1 et qui est crit dans le got et le ton des ,paroles d'un ,croyant1 il nous montre ,socrate pntrant dans le temple des idoles1--puis ,jsus4 ,au moment de l'entre de ,jsus3 ,une voix se fait entendre dans les airs1 prononant distinctement ces mots3 ,c'est ici le ,fils de l'homme2 les cieux se taisent devant lui2 terre1 coutez sa voix4 ,jsus monte sur l'autel de la principale idole et la renverse sans effort1 et1 montant sur le pidestal avec aussi peu d'agitation1 il semblait prendre sa place plutt qu'usurper celle d'autrui4 ,puis1 il parle444 et3 ,on sentait que le langage de la vrit ne lui cotait rien1 parce qu'il en avait la source en lui-mme4 ,sur la messe mme1 le vicaire savoyard1 qui continue de la clbrer1 s'exprime ainsi dans la ,profession de foi3 444,quand j'approche du moment de la conscration1 je me recueille pour la faire avec toutes les dispositions qu'exige l'glise et la grandeur du sacrement2 je tche d'anantir ma raison devant la suprme intelligence2 je me dis3 ,qui es-tu pour mesurer la puissance infinie8 ,je prononce avec respect les mots sacramentaux1 et je donne leur effet toute la foi qui dpend de moi4 ,quoi qu'il en soit de ce mystre inconcevable1 je ne crains pas qu'au jour du jugement je sois puni pour l'avoir jamais profan dans mon coeur4 ,tout cela n'est pas la foi entire1 et n'est donc pas la foi4 ,mais ce n'est pas non plus la ngation4 ,c'est d'un homme qui se souvient d'avoir cru4 ,beaucoup de prtres en ,france savaient du moins gr ,rousseau de n'avoir jamais crit une parole blasphmatoire4 ,retournons au ,rousseau de #agfb-agff4 ,jamais il n'a t plus loquent ni plus mouvant que dans ses professions de foi religieuses de ce temps-l2 jamais il n'a t plus sage que dans ces consultations qu'il donnait aux mes troubles3 jamais il n'a t plus grand crivain444 ,et cependant il est dj fou4 ,fou sur un point4 ,il souponne tout le monde1 mme et surtout ses anciens amis1 de le har1 de l'espionner1 de le trahir1 de le perscuter1 de former un vaste complot pour le rendre odieux et pour le dshonorer4--,ds l',ermitage1 il montrait des signes de cette maladie mentale4 ,mais elle le possde prsent1 et presque sans relche2 et les douze dernires annes de sa vie ne sont plus que l'histoire d'un pauvre animal poursuivi et traqu par une meute qu'il porte dans son imagination1 c'est--dire par lui-mme4 ,nous l'avons laiss ,strasbourg1 cherchant encore o il s'tablirait4 ,il semble se dcider pour ,berlin4 ,puis1 brusquement1 press par la comtesse de ,boufflers1 il se rend ,paris avec un sauf-conduit4 ,il loge chez le prince de ,conti1 au ,temple1 qui est lieu d'asile1 et o tout ,paris vient le voir et le fatigue4 ,et1 le #d janvier #agff1 il se laisse emmener en ,angleterre par ,david ,hume4 ,hume avait la rputation d'un fort honnte homme1 et certainement il avait de la sympathie pour ,rousseau et dsirait lui rendre service4 ,ds leur arrive ,londres1 ,hume crivait la comtesse de ,boufflers3 ,mon pupille est arriv en bonne sant2 il est trs aimable1 toujours poli1 souvent gai1 ordinairement sociable4 ,et la marquise de ,barbentane3 444,il est doux1 modeste1 aimant1 dsintress1 dou d'une sensibilit exquise444 ,il a dans ses manires une simplicit remarquable1 et c'est un vritable enfant dans le commerce ordinaire4 ,cette qualit1 jointe sa grande sensibilit1 fait que ceux qui vivent avec lui peuvent le gouverner avec la plus grande facilit44 ,assurment ces phrases sont d'un ami4 ,mais elles impliquent tout de mme qu'aux yeux de ,hume ,rousseau est un tre bizarre et faible4 ,elles le jugent avec bienveillance1 mais avec un sourire4 ,hume tait de la socit de madame du ,deffand et d',horace ,walpole1 de d',alembert et de madame ,geoffrin4 ,il aimait bien ,jean-,jacques1 oui2 mais cela ne l'avait pas empch1 un jour1 chez madame ,geoffrin1 de collaborer une plaisanterie de ,walpole sur ,rousseau3 une prtendue lettre du roi de ,prusse1 o ,jean-,jacques tait raill sur sa manie souponneuse et son besoin de se croire perscut4 ,comme1 aprs tout1 il l'avait t rellement1 la plaisanterie devenait assez cruelle1 et c'est quoi ,david ,hume n'avait pas pris garde4--,bref il aimait ,rousseau1 oui2 mais avec un peu de compassion ou de protection dans son amiti1 et parfois un peu d'ironie4 ,or1 ds que ,rousseau devinait ces sentiments-l chez un ami1 cela le rendait fou1 simplement4 ,et c'est pourquoi1 transport par ,hume ,londres1 puis envoy par lui dans une proprit de son ami ,davenport 7 ,wootton1 #fj milles de ,londres7 o ,rousseau ne payait qu'un loyer fort modique1--c'est pourquoi1 dis-je1 quelques mois plus tard1 ,rousseau rompt brusquement avec ,hume1 l'accuse d'avoir conspir son dshonneur avec d',alembert et le mdecin ,tronchin1 et dclare ,hume l'homme le plus fourbe et le plus mchant de l'univers4 ,ses griefs8 ,ils nous clairent tristement sur son cas4 ,rousseau les expose dans une longue lettre adresse ,hume lui-mme1 le #aj juillet #agff4 ,que lui reproche-t-il8 ,voici3--,hume n'a pas admis ,thrse sa table4 ,a peine arriv ,londres1 les journaux1 jusque-l bienveillants ,rousseau1 lui sont devenus hostiles2 cela1 videmment1 l'instigation de ,hume4 ,hume a affect de mnager l'argent de ,rousseau1 de le traiter comme un pauvre4 ,hume1 ayant command le portrait de ,rousseau1 lui a fait donner par le peintre une expression sombre et mchante4 ,un jour qu'ils taient en tte tte1 ,hume l'a fix d'un regard sec et moqueur2 ,rousseau est travers par cette ide1 que ce regard est celui d'un sclrat2 mais1 pris soudain de remords1 ,rousseau se jette son cou en s'criant d'une voix entrecoupe3 ,non1 non1 ,david ,hume n'est pas un tratre2 s'il n'tait le meilleur des hommes1 il faudrait qu'il en ft le plus noir4 ,sur quoi ,hume1 interloqu1 rend poliment ses embrassements ,rousseau et1 tout en le frappant de petits coups sur le dos1 lui rpte plusieurs fois d'un ton tranquille 7oh6 mon ,dieu1 comme nous aurions fait nous-mmes sa place73 ,quoi1 mon cher monsieur8444 ,eh6 mon cher monsieur444 ,quoi donc1 mon cher monsieur8444--,et les autres griefs de ,jean-,jacques sont l'avenant4 ,il reste1 je crois1 que ,hume1 l'origine1 a manqu un peu de dlicatesse1--et qu'ensuite il a manqu d'indulgence4 ,mais il est vrai qu'il en fallait beaucoup avec un si trange malade4 99 99 99 99 99 ,rousseau quitte ,wootton en mai #agfg4 ,pendant trois annes encore1--inquiet1 effar1 malade1--poussant la manie du soupon jusqu' se croire vis par deux vers inoffensifs d'une tragdie de ,du ,belloy2--quittant brusquement ,grenoble parce qu'un bonhomme de prsident1 aprs l'avoir accabl de politesses1 lui avoue navement qu'il ne connat pas ses ouvrages2--inscrivant sur des portes d'auberge les penses de son orgueil2--entrevoyant quelquefois sa propre dmence1 comme lorsqu'il crit ,m4 de ,saint-,germain3 ,si j'avais trouv plutt un coeur o le mien ost s'ouvrir4441 ma raison s'en trouverait mieux1 ou d',ivernois3 ,je commence craindre1 aprs tant de malheurs rels1 d'en voir quelquefois d'imaginaires qui peuvent agir sur mon cerveau 7#bh mars #agfh72 puis ressaisi par ses visions habituelles2--n'ayant plus1 pour tous livres1 que ,plutarque1 l',astre et le ,tasse2--incapable1 dit-il1 de penser2--incapable de demeurer longtemps la mme place1--il reprend1 dj vieux1 la vie errante de son adolescence et de sa jeunesse2 se fait appeler ,renou 7du nom de famille de la mre ,levasseur72 s'en va ,fleury-sous-,meudon1 chez le marquis de ,mirabeau2 puis ,trye1 chez le prince de ,conti1 d'o le dlogent les tracasseries des domestiques qui lui refusent1 dit-il1 les fruits et les lgumes du jardin2 puis ,lyon1 puis ,grenoble1 puis ,bourgoin1 o il pouse ,thrse en prsence de ,dieu1 de la nature et de deux citoyens vertueux2 puis ,monquin1 d'o le chasse la querelle de ,thrse avec une servante2 puis 7de nouveau7 ,lyon1--et enfin ,paris1 o il s'installe rue ,pltrire son domicile d'autrefois1 et reprend l'habit franais4 ,c'est l que1 pendant huit ans1 il vit--enfin--comme un sage4 ,il n'est plus--enfin--l'oblig de personne4 ,il paye--enfin--son loyer comme tout le monde4 ,il a renonc--enfin--aux grands seigneurs et aux grandes dames4 ,il ne lit plus gure et n'crit presque pas4 ,mais il s'amuse la botanique1 il se promne1 il herborise4 ,il a peu prs douze cents livres de rente viagre2 quoi il ajoute environ cinq cents livres bon an mal an1 en copiant de la musique1 ce qui est son plaisir4 7,en six ans1 six mille pages de musique dix sous74 ,nous avons1 sur ce ,rousseau des dernires annes1 beaucoup de tmoignages1 parmi lesquels l',essai 7inachev7 sur ,jean-,jacques ,rousseau1 de ,bernardin de ,saint-,pierre2 les six ,lettres de ,corancez dans le ,journal de ,paris1 an ,,vi2 et ,mes visites ,j4-,j4 ,rousseau par ,m4 ,eymar1 fils d'un ngociant de ,marseille et venu ,paris pour voir son idole4 ,pour cette nouvelle gnration1 ,rousseau est une espce de saint laque4 ,saint-,pierre1 ,corancez1 ,eymar ne voient que ses vertus1 qui furent relles et qui1 au moment o ils connurent ,rousseau1 taient peu prs dgages de tout mauvais alliage4 ,on a beaucoup accus ,rousseau d'avoir t ingrat4 ,ce n'est pas mon avis1--deux ou trois mauvais mouvements de sa jeunesse mis part4--,seulement1 il se dfend mal contre les bienfaiteurs qui s'imposent lui par vanit1 et il parat ingrat lorsqu'enfin1 excd1 il se drobe brusquement4 ,mais il n'a t ingrat ni pour madame de ,warens1 ni pour ,thrse1 ni pour monsieur et madame de ,luxembourg1 ni pour ,malesherbes1 ni pour mylord ,marchal1 ni pour les ,roguin1 le ,dupeyrou1 les ,moultou1 les ,corancez1 etc44 ,durant ses dernires annes1 il apparat dans tout son beau4 ,rousseau1 il faut le dire1 est extrmement dsintress4 ,tout autre que lui aurait1 avec ses livres 7mme cette poque71 fait une petite fortune4 ,nous le voyons1 lui pauvre1 renoncer tranquillement une pension du roi d',angleterre1 parce qu'il l'avait eue par l'intermdiaire de ,hume4--,il est trs charitable1 trs bienfaisant1 comme on disait alors4 ,il est sobre4 ,il est d'une charmante simplicit de moeurs4 ,il est doux1 poli1 aimable4 ,il est pieux4 ,il est indulgent4 ,il ne dit jamais de mal de personne1--7except1 vers la fin1 de ceux par qui il croit tre perscut1 et seulement en tant qu'ils le perscutent2 et il est remarquer que1 dans ses ,confessions1 il n'est pas mchant1 except pour ,grimm et un peu pour madame d'pinay74 ,il a quelquefois1 il est vrai1 des accs de mfiance1 de susceptibilit ombrageuse3 mais ses amis de la dernire heure le savent et le lui passent2 et toujours il leur revient4 ,a l'ordinaire1 c'est un homme simple1 doux et rsign1 un vritable sage1 d'une sagesse passive1 un peu la manire d'un brahme4 ,thrse1 racontant sa mort1 dira navement3 ,si mon mari n'est pas un saint1 qui est-ce qui le sera8 ,et pourtant ce sage est un fou4 ,entre #aggb et #aggf1 ce sage emploie1 de temps en temps1 quelques heures dposer dans des cahiers sa folie1 ses visions de monomane qui se croit victime d'une conspiration universelle2 il crit des ,dialogues o un ,franais converse sur ,jean-,jacques avec ,rousseau qu'il ignore tre ,jean-,jacques2 et cela forme trois dialogues2 et cela s'tend sur cinq cent quarante pages1 et c'est plein de redites et de rabchages sinistres2 mais cela est souvent magnifique et tragique1 et jamais ,rousseau n'a t plus grand crivain que dans certains passages de ces sombres divagations4 ,elles n'tonnent pas trop1 lorsqu'on a suivi sa correspondance1 surtout depuis #agfb4 ,il crit1 le #bh septembre #agfb1 madame de ,latour-,franqueville 7la plus entte de ses fidles73 ,quiconque ne se passionne pas pour moi est indigne de moi444 ,quiconque ne m'aime pas cause de mes livres est un fripon4 ,le prologue du livre ,x,i,ie des ,confessions1 la superbe lettre de quarante-cinq pages ,m4 de ,saint-,germain 7,monquin1 #bf fvrier #aggj7 qui est la fois son apologie et son examen de conscience1 rendent dj1 en plein1 le son de la folie4 ,a partir du #i fvrier #aggj1 il adopte1 on ne sait pourquoi1 une manire de dater inutilement bizarre1 et il met toutes ses lettres1 en pigraphe1 ces quatre vers 7je ne sais o il les a pris2 peut-tre sont-ils de lui73 ,pauvres aveugles que nous sommes6 ,ciel1 dmasque les imposteurs1 ,et force leurs barbares coeurs ,a s'ouvrir aux regards des hommes4 ,dans les ,dialogues1 c'est la folie dfinitive4 ,j'aurais voulu rechercher pour vous1 dans certains raisonnements de ce livre1 les signes les plus remarquables de draison4 ,mais je n'en ai plus le temps4 ,je vous dirai seulement ce que ,rousseau croit voir4 ,voici4 444,on dispose autour de lui les murs1 les planchers1 les serrures pour l'espionner444 ,on l'enveloppe de mouchards1 de filles1 de mendiants styls444 ,on ouvre toutes ses lettres444 ,s'il entre dans un lieu public1 tout le monde l'entoure et le fixe1 mais en s'cartant de lui et sans lui parler444 ,au parterre on a soin de placer ct de lui un garde ou un sergent444 ,on le signale partout aux facteurs1 commis1 gardes1 mouches1 savoyards1 colporteurs1 libraires444 ,s'il cherche un livre1 un almanach1 il n'y en a plus dans ,paris444 ,les dcrotteurs refusent de le dcrotter444 ,s'il veut passer l'eau vis--vis les ,quatre-,nations1 on ne passe pas pour lui1 mme en payant le coche entier444 ,on lui envoie tous les jours des espions sous forme de solliciteurs444 ,on dit aux mendiants de lui rejeter son aumne au nez444 ,on crache sur lui dans la rue toutes les fois qu'on le peut sans tre aperu de lui444 ,on lui donne tous les signes de la haine1 en l'accablant des plus fades compliments444 ,en ,dauphin1 on cartait de lui toute encre lisible1 et celle qu'on lui laissait devenait blanche sur le papier444 ,on ne lui dit que de fausses nouvelles444 ,pendant huit ans on s'est amus le faire voyager grands frais1 lui et sa compagne444 ,on s'arrange pour que1 chez les marchands1 il paye les denres moins cher que les autres acheteurs1 afin de lui faire publiquement l'aumne malgr lui et de l'humilier444 ,on cherche l'amener au suicide444 ,on l'accuse de crimes dont il ne peut se dfendre1 puisqu'il ne connat pas les accusateurs4 ,quels crimes8 ,il ne sait pas non plus1 sinon qu'on raconte qu'il est dbauch et atteint d'une maladie honteuse1 et qu'il trompe sur le prix de ses copies de musique4--,pour le reste1 il ne sait pas1 mais il sait qu'on l'accuse1 etc41 etc444 7,et tout cela revient vingt fois dans les ,dialogues parce qu'il les crit sans se relire47 ,qui lui fait toutes ces misres8 ,on4 ,qui1 on8 ,tout le monde1 les grands1 les auteurs1 les mdecins1 les hommes en place1 les femmes galantes1--l',europe1 l'univers entier1--et particulirement ,grimm1 madame d'pinay1 ,diderot1 ,hume1 d',alembert1 et tous les philosophes1--,choiseul leur tte4 7,dans la ralit1 les philosophes avaient commenc par le traiter assez bien1 et mme avec mnagement comme un original et comme un malade2 puis avaient commenc le trouver insupportable et1 quand il s'tait dclar publiquement leur ennemi1 avaient fini par le dtester et par le regarder comme un fou malfaisant3 voil tout2 et il est vrai que c'tait dj quelque chose1 mais rien d'imprvu1 d'extraordinaire ni de mystrieux4 ,quant aux perscutions prtendues qu'il numre en les dramatisant1 vous remarquerez que presque toutes s'expliquent par la curiosit du public son endroit et le soin que prenait la police de le protger contre cette curiosit4--,les marchandises qu'on lui vend moins cher qu'aux autres1 c'est un souvenir dform d'une attention dlicate de madame de ,luxembourg qui1 sachant ,thrse dpensire1 avait recommand l'picier de ,montmorency de lui diminuer ses mmoires1 se chargeant de la diffrence444 ,et ainsi1 je crois1 du reste47 ,on conspire contre lui4 ,qui encore1 on8 ,ces messieurs1 c'est--dire les philosophes1 la secte philosophique4--,ces messieurs6 ,jean-,jacques traite les philosophes exactement comme les libraux1 plus tard1 traiteront les jsuites4 ,il crit dans le deuxime ,dialogue3 ,grands imitateurs de la marche des jsuites1 ils 7les philosophes7 furent leurs plus ardents ennemis1 sans doute par jalousie de mtier et maintenant1 gouvernant les esprits avec le mme empire1 la mme dextrit que les autres gouvernaient les consciences444 et substituant peu peu l'intolrance philosophique l'autre1 ils deviennent1 sans qu'on s'en aperoive1 aussi dangereux que leurs prdcesseurs4 ,et il y revient infatigablement dans le troisime ,dialogue1 parle de l',inquisition philosophique des missionnaires du matrialisme et de l'athisme et des complots de la secte philosophique contre toute religion et toute morale4 ,et cela est rapprocher d'un passage bien curieux du livre ,,ix des ,confessions3 444,je me rappelai le sommaire de la morale de ,grimm1 que madame d'pinay m'avait dit qu'elle avait adopt4 ,ce sommaire consistait en un seul article1 savoir1 que l'unique devoir de l'homme est de suivre en tout les penchants de son coeur4 ,cette morale1 quand je l'appris1 me donna terriblement penser1 quoique je ne la prisse alors que pour un jeu d'esprit4 ,mais je vis bientt que ce principe tait rellement la rgle de sa conduite1 et je n'en eus que trop1 dans la suite1 la preuve mes dpens4 ,c'est la doctrine intrieure dont ,diderot m'a tant parl1 mais qu'il ne m'a jamais explique444 ,et voil donc ,jean-,jacques fournissant des arguments quelque historien catholique de la ,franc-,maonnerie4 ,ces jugements de ,rousseau sur les ,encyclopdistes ne sont peut-tre pas d'un insens4 ,o il dlire1 c'est sur le complot organis et sur les perscutions spciales dont il se croit victime4 ,oui1 il est bien fou sur ce point4 ,mais1 au fait1 n'a-t-il t fou que sur ce point-l8 ,,dixi,,me ,,conf,,rence ,,les ,r,,veries4--,r,,sum,s ,,et ,,conclusions4 ,lorsque ,rousseau et termin la rdaction dsordonne et douloureuse des cinq cent quarante pages de ses ,dialogues1 il se demanda comment il ferait parvenir cette apologie la connaissance des hommes4 ,le plus simple et t de porter son manuscrit chez le libraire ,duchesne ou le libraire ,pissot qui eussent accueilli avidement cette aubaine4 ,mais ,jean-,jacques se mfiait du monde entier4--,les coquilles qui se rencontraient dans ses livres imprims1 il les attribuait la malice de ses ennemis2 et il criait qu'on dfigurait ses ouvrages pour le perdre4 ,il tait dans un tat d'me proprement mystique4 ,il se voyait comme le saint homme ,job sur son fumier1 dlaiss de tous1 et n'ayant de recours qu'en ,dieu4 ,mais1 parmi ses souffrances1 son incroyable optimisme1--fils du rve1--ne faisait mme pas ,dieu les objections de ,job4 ,il semble qu' ce moment-l1 les vertus dont il avait le germe se fussent paracheves en lui et que les autres lui fussent venues3 douceur1 charit1 rsignation1 simplicit1 dsintressement1 got de la sainte pauvret2 toutes1 dis-je1 sauf l'humilit4 ,mais1 du moins1 sa soumission ,dieu et son dtachement du monde taient complets4 ,je doute1 crit-il1 que jamais mortel ait mieux et plus sincrement dit ,dieu3 ,que ta volont soit faite1 et ce n'est pas sans doute une rsignation fort mritoire qui ne voit plus rien sur la terre qui puisse flatter son coeur4 ,et c'est pourquoi il eut la pense de s'en remettre ,dieu du sort de son manuscrit4 ,il le recopia de sa plus belle plume de calligraphe et d'ouvrier graveur et rsolut1--lui calviniste1 mais qui communiquait avec ,dieu par-dessus les religions1--d'aller dposer le paquet sur le grand autel de l'glise de ,notre-,dame1 esprant que le bruit de cette action ferait parvenir son manuscrit sous les yeux du roi4 ,le samedi1 #bd fvrier #aggf1 ayant envelopp le manuscrit des ,dialogues et y ayant mis cette suscription3 ,dpt confi la ,providence1 il se rendit sur les deux heures ,notre-,dame et marcha vers le grand autel4 ,mais toutes les grilles du choeur taient fermes4 ,rousseau fut boulevers par cette sorte de refus de ,dieu4 ,il sortit rapidement de l'glise1 rsolu1 dit-il1 de n'y rentrer de ses jours4 ,il copie ses cinq cent quarante pages une troisime fois1 cherche des mains sres o il puisse les remettre1 et n'en trouve pas4 ,il arrive alors la rsignation parfaite3 ,j'ai donc pris enfin mon parti tout fait2 dtach de tout ce qui tient la terre et des insenss jugements des hommes1 je me rsigne tre jamais dfigur parmi eux444 ,ma flicit doit tre d'un autre ordre2 ce n'est plus chez eux que je dois la chercher444 ,dlivr mme de l'inquitude de l'esprance ici-bas1 je ne vois plus de prise par laquelle ils puissent encore troubler le repos de mon coeur4 ,il vit ainsi deux ans encore1 rvant1 herborisant1 copiant de la musique1--consol un peu par quelques adorateurs patients4 ,mais ses maux physiques redoublent4 ,thrse aussi tombe malade4 ,rousseau n'est pas assez riche pour payer une servante4 ,ses douze cents ou quatorze cents francs de rente viagre 7car il varie sur le chiffre7 et ce que lui rapportent ses copies1 lui permettrait de se mettre en pension1 avec ,thrse1 dans quelque tablissement dcent4 ,mais ce serait trop simple4--,un peu auparavant1 par un geste ordinaire aux monomanes de son espce1 il avait crit et fait distribuer deux circulaires au peuple franais1 l'une pour protester contre la falsification de ses livres par les libraires1 l'autre pour proclamer son innocence et la sclratesse de ses ennemis4 ,il en rdige une troisime1 o il expose sa dtresse depuis la maladie de ,thrse et demande1 pour lui et pour elle1 le vivre et le couvert qui voudra les leur donner1 offrant en retour ce qu'il a d'argent1 d'effets et de rentes4 ,c'est alors qu'il accepte de s'installer ,ermenonville1 chez le marquis de ,girardin1--homme excellent1 qui obligeait ses enfants aller dcrocher leur djeuner au haut d'un mt1 et qui finit dans le mesmrisme4 ,et c'est ,ermenonville que ,jean-,jacques meurt quarante-deux jours aprs4 ,et l'on ne saura jamais avec certitude s'il s'est suicid ou s'il est mort naturellement2 car les certificats de mdecins1 dans ces affaires1 ne prouvent pas grand'chose2 et l'un de ses meilleurs amis1 ,corancez1 croit au suicide2 et ,m4 ,berthelot1 qui a tenu dans ses mains le crne de ,jean-,jacques 7le #ah dcembre #ahig7 carte bien sans doute le suicide par un coup de pistolet dans la tte1 mais non par le poison1 ou un coup de pistolet au coeur4 ,la pit de ,rousseau me ferait croire la mort naturelle2 mais cette poque1 il n'tait plus toujours matre de ses actes444 ,donc1 je ne sais pas4 ,or1 dans ses deux dernires annes1 c'est--dire dans un temps o il donnait les signes les plus vidents de folie1 il crivait les dix chapitres des ,rveries d'un promeneur solitaire1 c'est--dire le plus beau 7avec les ,confessions71 le plus original1 le plus immortellement jeune de ses livres4 ,ce sont des impressions1 des souvenirs1 des rcits de promenade1 des descriptions1 des examens de conscience1 souvent des sortes de soliloques d'un ton religieux3 ,livrons-nous tout entier1 dit-il1 la douceur de converser avec mon me1 puisqu'elle est la seule 7cette douceur7 que les hommes ne puissent m'ter4 ,j'ai dj1 au cours de mes leons1 puis plusieurs fois dans les ,rveries4 ,on y trouve1 plus encore que dans les ,dialogues1 un dtachement parfait1 l'abandon total ,dieu3 ,tout est fini pour moi sur la terre4 ,on ne peut plus m'y faire ni bien ni mal444 et m'y voil tranquille au fond de l'abme1 pauvre infortun1 mais impassible comme ,dieu mme4 ,comme ,dieu mme8 ,rveil d'orgueil4 ,quand sera-t-il humble8 ,ne saura-t-il jamais que l'humilit n'est pas seulement la plus religieuse1 mais aussi la plus philosophique des vertus8 ,se rsigner n'tre que le peu qu'on est1 et craindre de surfaire ce peu1 n'est-ce point l'achvement de la sagesse8 ,il est sur la voie pourtant444 ,il est moins indulgent pour lui-mme4--,proche de la mort1--des fautes qui lui reviennent du fond de son pass1 il en retient deux seulement3 et nous connaissons cela que ce sont ses yeux ses deux plus grandes fautes1 ses deux remords4 ,c'est d'abord l'abandon de ses enfants1--et c'est aussi1--cinquante ans aprs1--le mensonge par lequel il accusa la pauvre ,marion d'avoir vol le ruban444 ,et l-dessus vient une dissertation pntrante et stricte sur le mensonge1 comme d'un pnitent qui a souvent menti dans sa vie1 et qui en souffre4 ,et cela1--pour la premire fois1 et la seule1--l'amne un sentiment qui est bien1 enfin1 de l'humilit1 ou qui en est bien proche3 ,ce qui me rend plus inexcusable est la devise que j'avais choisie 7,vitam impendere vero74 ,cette devise m'obligeait plus que tout autre homme une profession troite de la vrit444 ,voil ce que j'aurais d me dire en prenant cette fire devise1 et me rpter sans cesse tant que j'osai la porter4 ,jamais la fausset ne dicta mes mensonges1 ils sont tous venus de faiblesse1 mais cela m'excuse bien mal4 ,avec une me faible1 on peut tout au plus se garantir du vice2 mais c'est tre arrogant et tmraire d'oser professer de grandes vertus4 ,ici1 vraiment1 il commence se connatre4 ,cependant1 il ne voit encore et ne condamne que les mensonges de sa vie1--non les mensonges1 plus funestes1 de ses livres4 ,ceux-l1 il mourra sans les connatre1 car ils sont toute son me1 o l'aveugle sensibilit est reine4 ,enfin1 c'est dans la cinquime ,promenade1 plus encore que dans le voyage de ,saint-,preux aux montagnes du ,valais 7,nouvelle ,hlose1 ,i1 lettre #bc71 plus encore que dans le plerinage de ,saint-,preux et de ,julie la ,meilleraye 7,,iv1 lettre #ag71 que ,rousseau apporte1 en toute vrit1 une faon nouvelle1--nouvelle par le degr1 nouvelle par l'insistance1--de voir1 de sentir1 d'aimer et de dcrire la nature4 ,sur quoi l'on se demande3--,comment peut-il tre fou1 et crire en mme temps des choses si parfaites1 si mouvantes et si belles8 ,je rponds3--,c'est peut-tre qu'au fond il l'a toujours t1--par intermittence1 mais toujours de la mme manire et toutes les poques de sa vie4 ,en quoi consiste1 en effet1 la folie avre de ses annes dclinantes8--,il est sensible1 tendre1 crdule4 ,il se jette la tte d'un homme qui il prte toutes les vertus et dont il croit tre ador4 ,puis il s'aperoit que son nouvel ami est infrieur l'image qu'il s'en formait1 et aussi que cet ami aime moins qu'il n'est aim4 ,douloureusement du1 il se croit trahi2 et de cette prtendue trahison de quelques personnes1 il conclut une trahison universelle1 un vaste complot organis contre lui4 ,dformation des choses par la sensibilit et gnralisation htive1 tel est le cas de ,rousseau1 flagrant surtout dans ses ,dialogues4 ,mais ne dforme-t-il pas la ralit de la mme manire dans ses autres crits8 ,croire la nature bonne parce qu'il se sent bon en suivant la nature1 c'est--dire en faisant tout ce qui lui plat2 croire la socit mauvaise parce qu'il a souffert de la socit1 et conclure de tout cela que c'est la socit qui a corrompu la nature2--ou bien1 parce qu'il aime la vertu surtout dans ses gestes exceptionnels1 et parce qu'il n'a pas les sens jaloux1 et qu'il n'a gure connu1 de la passion1 qu'une certaine langueur la fois brlante et inactive1 croire qu'un mari1 une femme1 son ancien amant et une tendre amie de cet amant pourront vivre tranquillement ensemble sans avoir entre eux rien de cach1 trois de ces personnages n'ayant d'ailleurs d'autre occupation que d'adorer1 mnager et soigner l'amant1 qui est ,rousseau lui-mme sous le nom de ,saint-,preux2--ou bien1 parce qu'il se ressouvient vivement de la cordialit de quelque fte municipale dans sa petite rpublique1 et parce qu'un jour il a pleur de tendresse de se sentir en communion civique avec ses chers ,genevois retrouvs1 croire que c'est assurer le bonheur et la libert de l'homme que de le livrer tout entier l'tat2--ou bien1 dans sa vie mme1 parce qu'il aime la vertu1 se croire vertueux1 et1 parce qu'il est sensible1 se croire le meilleur des hommes1 et le croire au point o il le croit2--ou bien enfin1 comme dans les ,dialogues1 croire que l'univers le perscute parce qu'il a rencontr quelques amis infidles3 tout cela1 n'est-ce pas1 en somme1 la mme opration de l'esprit1 le mme triomphe exorbitant de l'imagination et de la sensibilit sur la raison8 ,et1 si ,rousseau peut tre qualifi de dment dans le dernier des cas que j'ai numrs1 qui osera dire que1 sauf le degr1 il ne l'tait pas aussi dans les autres8 ,il l'tait444 oh6 mon ,dieu1 comme le seraient beaucoup d'hommes nos yeux1 si nous les connaissions1 s'ils crivaient des livres et si1 parmi leur draison1 ils avaient quelque gnie4 ,joignez cela les maladies de ,rousseau1 dont je ne veux pas refaire la lamentable liste4 ,ses maladies ne lui ont point donn sa sensibilit3 mais elles l'ont faite plus aigu et plus dominante en lui fournissant plus d'occasions de s'exercer4 ,elles l'ont souvent condamn la solitude4 ,elles l'ont forc de vivre repli sur soi4 ,jamais crivain n'est moins sorti de lui-mme1 n'a plus constamment rapport tout lui1--et n'a cru1 du reste1 la perversit de plus d'individus que cet ami de l'humanit et cet homme si persuad de la bont naturelle de l'homme4 ,cette draison1 cette subordination totale du jugement la sensibilit1 lui fait une place unique dans notre littrature4 ,comparez-le1 je ne dis pas aux grands crivains du ,x,v,i,ie sicle1 mais ,voltaire1 ,montesquieu1 ,buffon1 mme l'aventureux ,diderot4 ,oh6 qu'ils vous paratront senss6 ,pourquoi ne pas le dire8 ,d'innombrables pages de ,rousseau clatent d'une absurdit ingnument insolente4 ,je vous ai fait remarquer que ses plus dtermins partisans sont souvent obligs eux-mmes de l'interprter et d'avouer qu'ils l'interprtent3 il ne faut pas1 assurent-ils1 considrer ce qu'il a dit1 mais ce qu'il a voulu signifier1 et qui est profond ou qui est sublime4 ,or ,rousseau est le seul de nos classiques 7si toutefois on lui peut encore donner ce nom7 qui ait besoin d'une interprtation aussi complaisante et aussi radicalement transformatrice du texte4 ,les autres peuvent se tromper3 ils disent bien ce qu'ils disent1 et non autre chose4 ,parmi leurs audaces ou leurs caprices1 leur raison demeure4 ,ils restent dans la tradition franaise4 ,rousseau1 cet interrupteur de traditions1 ,rousseau1 cet tranger1 insre dans notre histoire littraire un phnomne1 un monstre 7qui aura pour ligne tous les dsquilibrs1 grands ou petits1 du ,x,i,xe sicle74 ,de l1 peut-tre1 son attrait4 ,outre qu'il avait du gnie et1 au plus haut point1 le don de l'expression1 l'humanit est telle que c'est peut-tre la part d'absurdit qui est dans son oeuvre1 qui a permis ,rousseau d'exercer une si prodigieuse influence4 ,on allait vers lui cause de sa draison brillante et mue de pote-dialecticien1 cause des singularits et des contradictions mme de sa personne et de sa vie1 cause de la vibration dlirante que son me malade communiquait ses livres4 ,oui1 l'attrait de ,rousseau1 c'est souvent le mystrieux attrait de l'absurde4 ,car l'absurde a son attrait1 en tant qu'il offre la sensibilit l'image subite et grossire d'une facile revanche contre ce qu'il y a de pnible dans la ralit4 99 99 99 99 99 ,rsumerai-je maintenant son oeuvre1 et ce qu'on appelle son systme8 ,d'autres l'ont fait1 et de telle faon que je ne l'essaierai point aprs eux4 ,faguet d'abord1 et avec quelle pntration6 dans son ,x,v,i,i,ie sicle4 ,il avoue seulement n'avoir pu1 malgr ses efforts1 faire logiquement rentrer le ,contrat social dans l'ensemble du systme de ,jean-,jacques4 --,m4 ,gustave ,lanson a t plus heureux4 ,vous devez lire1 dans son histoire de la ,littrature franaise1 son chapitre sur ,rousseau1 si vous aimez ,rousseau avec intransigeance1 et si vous dsirez croire la cohrence et l'unit de son oeuvre1 et sa bienfaisance inpuise4 ,cette tude est d'ailleurs un modle d'interprtation subtile et d'ingnieuse reconstruction4 ,je ne puis vous la remettre sous les yeux2 mais un manuel l'usage des lyces se trouve rsumer ainsi le rsum de ,m4 ,lanson3 ,systme de ,rousseau4--#a ,l'tat de nature est bon1 l'tat social est mauvais1--voil la thse4--#b ,mais on ne peut revenir l'tat de nature1 il faut donc se rsigner l'tat social comme un pis-aller ncessaire1--voil l'antithse4--#c ,d'ailleurs on peut amliorer l'tat social en le rapprochant1 par divers moyens1 de l'tat de nature1--voil la synthse4 ,ds lors on aperoit comment le dveloppement du premier et du troisime point se distribue entre ses oeuvres4--,la bont de l'tat de nature et les vices de l'tat social1 voil le sujet des deux ,discours et de la ,lettre d',alembert4--,remdier aux maux de l'tat social pour l'individu par une ducation conforme la nature1 voil le sujet de l'mile2--y remdier pour l'homme en famille par la pratique des vertus de la famille selon la nature1 qui sont capables de purger les passions mondaines des deux sexes1 voil le sujet de la ,nouvelle ,hlose2--y remdier enfin1 pour les hommes soumis un gouvernement1 par l'observation loyale des conditions qu'ils mirent jadis cette soumission et que leur dicta la nature 7parat-il71 voil le sujet du ,contrat social4 ,et ainsi3 ,l'homme social sera rconcili avec l'homme naturel comme individu1 comme poux1 comme citoyen4 ,les coliers qui liront cela1 et qui s'en contenteront1 considreront sans doute ,rousseau comme l'esprit le plus rectiligne et le plus gomtrique entre les grands crivains4 ,je crois que ces innocents seront loin de compte4 ,d'abord1 un systme qui sous-entend ceci3 ,mes instincts et mon bon plaisir sont sacrs1 et je les appelle nature1 et qui tient en ces deux lignes3 ,la nature est bonne1 la socit l'a corrompue2 donc revenons le plus possible la nature est un systme assez pauvre1 et qui repose1 en outre1 sur le plus arbitraire et le plus imprcis des postulats4 ,ce n'est pas un systme1 c'est un tat sentimental4 ,la rptition continuelle d'un seul principe1 et d'un principe aussi douteux1 ne suffit pas faire un systme ni une philosophie sociale4 ,un seul principe1 oui1 mais dont ,rousseau tire1 selon son humeur1 des consquences dont beaucoup se contredisent entre elles1--sans compter les dsaveux formels que sa correspondance inflige tous ses ouvrages1--7et sans compter encore les contradictions1 excusables peut-tre1 mais si frquentes1 de ses actes avec ses crits74 ,mais ce principe mme 7nature bonne1 socit mauvaise7--qui n'est au fond qu'une commode formule de rvolte1--l'aurait-il rencontr1 si1 lorsqu'il tait dj dans sa trente-huitime anne1 tout occup de musique et de thtre galant1 la question de l',acadmie de ,dijon ne le lui avait suggr8 ,et la plus grande partie de son oeuvre n'est-elle pas comme suspendue ce hasard8 ,et-il conu la superstition de l'galit1 sans une nouvelle question de cette fatale ,acadmie8 ,et-il crit la ,nouvelle ,hlose s'il n'avait pas connu mademoiselle de ,breil1 puis madame d',houdetot et ,saint-,lambert8 ,etc41 etc44--,on peut1 direz-vous1 se poser des questions de ce genre sur tous les crivains et propos de tous les livres4--,non pas1 mais seulement propos d'ouvrages d'imagination1 d'ouvrages de potes ou de romanciers3 et ,jean-,jacques est toujours pote ou romancier4--,et je crois vous avoir montr1 en effet1 que tous ses ouvrages lui ont t inspirs par des circonstances prives1 et qu'ils s'expliquent par l d'abord1--puis par son temprament1 son tat physique1 par telle ou telle partie de son pass1 et1 j'oserai dire1 par celle de ses mes qui1 dans tel ou tel moment1 agissait en lui3 me de ,genevois1 me de protestant1 me de catholique2 me de vagabond et de rvolt2 me d'amoureux impuissant1 me de simulateur par soif d'motion1 me de rveur et presque de fakir1 me de malade4 ,il n'est pas bien surprenant qu'une oeuvre crite par des mes si diverses n'offre point une bien svre unit2 et l'on ne s'tonnera donc ni des contrarits intrieures de la ,julie1 de l'mile et du ,contrat social1 ni des contradictions du ,contrat social avec la ,julie ou l'mile1 ni des contradictions de tous ces livres avec ses lettres4--,o donc est l'unit8 ,non point1 mon avis1 dans le systme1 mais dans ce fait que toutes ces mes tourmentes dont se compose la personne de ,jean-,jacques ont en commun une sensibilit morbide et le plus souvent exclusive du jugement et de l'esprit critique4--,ou plutt simplifions encore4 ,runissons d'une part le vagabond1 le dclass1 le rveur alangui1 le plbien1 le malade1 et aussi le protestant1 c'est--dire l'homme d'une religion fonde sur le libre examen 7et tout cela ensemble fait peut-tre un anarchiste7--et d'autre part444 quoi8 l'homme qui reste quand mme un peu d'une patrie et d'une tradition1 et le protestant marqu de tendresse catholique2 et concluons3--,un individualisme outr1 avec1 et l1 quelque vestige1 de traditionnalisme par la vertu du sentiment religieux3 voil o est peut-tre l'unit1 trouble et secrte1 des oeuvres de ,rousseau1 si elle est quelque part4 ,et encore cette unit demeure-t-elle une dualit4 99 99 99 99 99 ,il me reste indiquer les nouveauts de ,rousseau et sa double influence1 politique et littraire4 ,parmi ses nouveauts1 je vois d'abord son style4 ,la nouveaut1 ici1 me parat celle d'une chose ancienne retrouve et enrichie4 ,j'ai dj dit propos du premier ,discours1 que ,rousseau prosateur renoue une tradition4 ,nourri1 loin de ,paris et de la mode1 des grands crivains du ,x,v,i,ie sicle1 lorsqu'il se met crire1 il en adopte la phrase harmonieuse1 complexe1 priodique4 ,on a dit qu'il avait retrouv le style de ,bossuet3 il en retrouve du moins l'ampleur et le mouvement4 ,il a moins d'images que ,bossuet1 et moins inventes2 mais il en a de fort belles et quelquefois empruntes des objets nouveaux4 ,sa construction est plus serre1 et d'une syntaxe moins libre1 d'une plus troite correction que celle du grand orateur4 ,il recherche plus que lui les antithses et les balancements de mots4 ,tout en conservant1 l'ordinaire1 la largeur du rythme1 il vise davantage la concision3 mais1 comme il aime rpter plusieurs fois la mme ide avec des mots diffrents1 il arrive qu'une de ses pages paraisse concise dans le dtail et prolixe dans l'ensemble4--,il a un extrme souci de l'oreille4 ,une des singularits de son style1 c'est le soin avec lequel il vite1 dans la mme phrase1 les rptitions de mots1--remplaant le substantif1 autant qu'il le peut1 par le pronom personnel1 dmonstratif ou possessif selon les cas1--et cela1 frquemment1 jusqu' rendre la phrase difficile comprendre4 ,il prfre l'obscurit l'apparence mme de la ngligence4 ,je vous en donnerai1 pour ne pas paratre moi-mme obscur1 un exemple1 que je n'ai pas eu chercher longtemps4 ,c'est dans la ,nouvelle ,hlose 7deuxime partie1 lettre #be71 propos du portrait de ,julie1 que ,saint-,preux trouve trop dcollet3 ,oui1 ton visage est trop chaste pour supporter le dsordre de ton sein2 on voit que l'un de ces deux objets doit empcher l'autre de paratre2 il n'y a que le dlire de l'amour qui puisse les accorder2 et quand sa main ardente ose dvoiler celui que la pudeur couvre1 l'ivresse et le trouble de tes yeux dit alors que tu l'oublies et non que tu l'exposes4 7,il faut mettre un peu part les ,confessions1 o le style est plus simple1 moins constamment tendu1 plus vari1 plus libre1 plus prs des choses1 plus savoureux1 plus sensuel1 et o le vocabulaire est plus riche de mots familiers ou mme de mots de terroir47 ,en somme1 ce style de ,rousseau est un trs beau style4 ,il contient celui de ,bernardin de ,saint-,pierre1 celui de ,george ,sand1 de ,lamennais1 et des crivains considrations du ,x,i,xe sicle1--et1 beaucoup plus qu'en germe1 le style de ,chateaubriand4--,il contient malheureusement aussi celui de beaucoup de publicistes et orateurs publics du genre ennuyeux4--,n'importe4 ,on peut certainement dire que le style de ,rousseau a relev le ton de la prose franaise4 ,mais d'autres ont dit cela mieux que moi4 ,quelles nouveauts encore apportait ,rousseau8 ,je parle d'abord de celles qui ont agi immdiatement sur ses contemporains4 ,on dit qu'il a t un grand rformateur des moeurs2 qu'il a restaur la morale individuelle en la faisant reposer sur la conscience 7,conscience444 instinct divin444 guide assur4447 et la morale domestique par la rprobation de l'adultre et en prchant le respect du mariage et du devoir paternel et maternel4 ,il y a du vrai1 oui3 mais1 tout de mme1 on exagre un peu4 ,on dirait vraiment que la morale avait cess d'exister en ,france1 qu'il n'y avait plus d'enseignement religieux1 que la plupart des bourgeoises de ,paris et des provinces taient des pouses dvergondes et de mauvaises mres444 ,en ralit ,rousseau 7et cela aprs ,marivaux1 ,destouches1 ,la ,chausse1 qui sont des crivains trs amis de la morale7 n'a agi1 un peu1 que sur un petit monde trs corrompu1 mais trs restreint4 ,parce que ,rousseau a dtermin quelques jeunes femmes du monde allaiter leurs enfants et passer un peu plus de temps la campagne1 il ne faut pas croire qu'il ait transform et rgnr la socit franaise4 ,la licence des moeurs dans les classes riches a continu1 si je ne me trompe1 jusqu' la ,rvolution2 et aussi la littrature libertine4 ,seulement on s'attendrit plus aisment et on fait plus de phrases sur la vertu4 ,ce que ,rousseau a surtout dvelopp chez ses contemporains1--c'est une affreuse sensiblerie1 extraordinairement diffrente de la bont4 ,il me semble excessif d'affirmer1 comme on l'a fait1 qu'il a chang l'atmosphre morale de la ,france4 ,on a dit qu'il avait rappris aux femmes la passion1 la grande1 la vraie1 tout fait oublie1 ce qu'on assure4 ,oh6 qu'il me semble bien que les ,lespinasse et les ,ass1--et d'autres sans doute qui ne nous ont pas fait de confidences--n'eurent pas besoin de ses leons6 ,il est plus vrai de dire qu'il a agi1 mme sur ses contemporains1 par la ferveur de son disme4 ,il a t un homme vraiment religieux1 je l'ai montr avec abondance4 ,il s'est pos en adversaire dclar des ,encyclopdistes athes1 et c'est par l surtout qu'il s'est attir leur haine4 ,son protestantisme libre et attendri par vingt-six annes de catholicisme n'est pas si loign du catholicisme sentimental de ,chateaubriand4 ,et un moment1 dans les premires annes du ,x,i,xe sicle1 on peut dire que1 si l'action de ,rousseau avait men la rpublique jacobine1 elle a contribu1 peu aprs1 la restauration catholique 7,lanson74 ,nouveaut encore1 relativement la doctrine des ,encyclopdistes1 la faon dont ,rousseau conoit le progrs4 ,il n'a pas leur foi bate en cette idole4 ,il n'a pas cru1 comme eux1 que le progrs matriel et intellectuel impliqut le progrs moral1 ni qu'il assurt le bonheur des hommes4 ,il n'a pas du tout la superstition de la science4--,rousseau est1 d'ailleurs1 presque toujours excellent sur les points o il est directement l'ennemi des ,encyclopdistes4 ,il serait possible1--et intressant1--de composer tout un volume de maximes et de penses conservatrices et traditionnalistes tires du libertaire ,jean-,jacques ,rousseau1 et c'est pourquoi il faut renoncer trouver des formules qui le contiennent vraiment tout entier4 ,tout ce qu'on peut faire1 c'est de chercher ses ides ou ses instincts dominants4 ,mais o ,jean-,jacques est le plus incontestablement nouveau1 o il l'est avec plnitude1 clat et1 je crois1 bienfaisance1 c'est dans le sentiment qu'il a de la nature 7et1 corollairement1 de la vie simple et rustique7 et dans les descriptions qu'il en fait4 ,oh6 je n'oublie pas les potes antiques ni ceux de la ,renaissance franaise1 ni ,thophile ou ,tristan1 ni madame de ,svign ou ,la ,fontaine4 ,je ne dis point qu'avant ,rousseau nos pres fussent incapables d'tre vivement touchs des aspects aimables de la terre4 ,mais ils ne s'appliquaient pas beaucoup en jouir1 et leurs sensations de cet ordre1 mme les plus vives1 taient notes par eux soit avec un extrme artifice 7comme chez ,thophile1 si vous voulez7 soit avec une extrme sobrit 7comme chez ,la ,fontaine72--jusqu' ce que les champs1 les bois1 les montagnes et les lacs se fussent reflts dans les yeux solitaires de ,jean-,jacques4 ,c'est bien depuis ,rousseau et son exemple que nous nous sommes tudis percevoir1 goter1 savourer les images diverses de la terre cultive ou sauvage1 et que nous avons voulu en jouir plus profondment4 ,l'aspect gnral du roman et de la posie lyrique en a t tout transform4 ,j'oserai presque dire que l'homme civilis est1 depuis ,rousseau1 plus mu par la terre qu'il ne l'avait t durant des milliers d'annes4 ,et ,rousseau est all1 du premier coup1 extrmement loin dans cet art de voir la nature1 d'en tre touch et de la peindre4 ,depuis1 on a raffin l-dessus2 on a tent des peintures plus minutieuses d'aspects naturels plus rares2 on a tourment les mots1 quelquefois avec bonheur1 pas toujours44444 ,j'avoue1 pour moi1 que l'art de ,rousseau1 sa faon la fois large et prcise de peindre les ensembles1 me suffit encore aujourd'hui4 ,ajoutez que ses paysages sont toujours pntrs d'me1 qu'ils traduisent toujours un sentiment en mme temps qu'une vision4 ,et1 dans sa ,cinquime ,promenade1 il a su exprimer1 et compltement1 quelque chose de plus neuf encore1 ce moment-l1 que ses paysages eux-mmes3 la rverie dans la nature4 ,cela1 c'est sa grande originalit4 ,c'est par l qu'il nous tient encore4 ,j'ai t tout surpris de dcouvrir dans une page que j'crivais il y a longtemps 7plus de vingt ans coup sr7 des souvenirs certains1 mais probablement inconscients1 et comme la vieille empreinte1 dans ma sensibilit1 de ce ,rousseau que je ne lisais gure alors3 ,l'amour de la nature1 disais-je1 suscite une sorte de rverie qui nous apaise et nous rend plus doux1 tant faite d'une vague et flottante sympathie pour toutes les formes innocentes de la vie universelle444 ,il nous fait prouver que nous sommes entours d'inconnu et rveille en nous le sentiment du mystre1 qui risquerait de se perdre par l'abus de la science et de la sotte confiance qu'elle inspire4 ,il nous procure cette douceur de rentrer1 volontaires et conscients1 dans le royaume de la vie sans pense1 dans notre pays d'origine4 ,il nous insinue une srnit fataliste1 qui est un grand bien2 il assoupit en nous toute la partie douloureuse de nous-mme2 et ce qui est charmant1 c'est que nous la sentons qui s'endort1 et que nous nous en souvenons sans en souffrir4 ,il serait beau de voir un jour l'humanit vieillie1 dgote des agitations striles1 excde de sa propre civilisation1 dserter les villes1 revenir la vie naturelle1 et employer en bien jouir toutes les ressources d'esprit1 toute la dlicatesse et la sensibilit acquises par d'innombrables sicles de culture4 ,l'humanit finirait ainsi peu prs comme elle a commenc4 ,les derniers hommes seraient1 comme les premiers1 des hommes des bois1 mais plus instruits et plus subtils que les membres de l',institut1 et aussi beaucoup plus philosophes444 ,au fait1 le bonheur final o la race humaine aspire et vers lequel elle croit marcher se conoit bien mieux sous cette forme que sous celle d'une civilisation industrielle et scientifique4 99 99 99 99 99 ,ce qui me revenait confusment ce jour-l1 n'est-ce pas le songe qui est au fond de l'absurde ,discours sur les ,sciences et les ,arts et du tnbreux ,discours sur l'ingalit6 ,ainsi il y a tel mouvement de notre sensibilit par o nous sommes encore disciples de ,rousseau sans le savoir4 ,outre l'amour des aspects de la terre1 outre la rverie1 il apporte 7surtout dans les ,confessions71 une espce de ralisme cordial et souriant4 ,jean-,jacques n'est point1 comme les autres crivains de son temps1 un gentilhomme ou un bourgeois form dans les collges4 ,un souffle frais et libre entre avec lui dans notre littrature4 ,son charme est grand4 ,il dure1 et1 dans les intervalles de sa rhtorique1 se fait sentir encore4 99 99 99 99 99 ,j'ai dit ses nouveauts heureuses4 ,je n'ai plus qu' indiquer son influence posthume4 ,dans la politique d'abord4 ,ce n'est ni ,voltaire1 ni ,montesquieu1 et ses disciples qui ont donn sa forme la ,rvolution1 c'est ,rousseau4 ,la thorie de la dmocratie absolue et du droit divin du nombre date de lui4 ,la ,terreur1 c'est 7je vous l'ai fait voir7 l'application un grand et vieux royaume d'une thorie de gouvernement rve par un sophiste pour une bourgade444 ,et le brviaire du jacobinisme1 c'est toujours le ,contrat ,social4 ,rousseau fut le dieu de la ,rvolution4 ,elle le porte au ,panthon et lui vote une statue2 elle pensionne ,thrse remarie1 aprs la cinquantaine1 un palefrenier4--,vous vous rappelez que1 ds #aghh1 ,marat commentait le ,contrat social dans les rues et sur les places4 ,le jargon rvolutionnaire1 c'est la langue de ,rousseau mal parle4 ,rousseau enchante le peuple par son affirmation de la bont des pauvres et de la mchancet des riches et des grands4 ,on lui rend un culte4 ,je possde un recueil d'opuscules composs sur ,rousseau de #aghg #agic1 qui montre quel point l'homme est un animal religieux4 ,il y a le compte rendu d'une fte champtre clbre ,montmorency en l'honneur de ,jean-,jacques4 ,sept discours1--et quels discours6--et des chants1 et des emblmes1 et des allgories4 ,une de ces ftes qu'il rvait dans sa ,lettre sur les ,spectacles4--,il y a aussi un loge de ,rousseau1 qui a concouru pour le prix de l',acadmie franaise 7#agij72 et l'loge de ,rousseau1 citoyen de ,genve par ,michel ,edme ,petit1 citoyen franais 7#agic74 ,on y voit ce que peuvent devenir les ides de ,rousseau dans le cerveau d'un imbcile4 ,c'est d'une sottise extraordinaire1 et d'une sottise toute prte devenir froce4 ,et il y a enfin 7car je ne puis tout mentionner7 des ,rflexions philosophiques et impartiales sur ,j4-,j4 ,rousseau et madame de ,warens1 o ,rousseau est non seulement excus1 mais glorifi pour l'abandon de ses enfants1 et compar ,brutus et ,manlius sacrifiant leurs fils la patrie6 ,rousseau est simplement1 pour les nigauds et les coquins de ce temps-l1 le sauveur1 le rdempteur de l'humanit4 ,sans lui1 sans quelques phrases de cet tranger dans son ,discours sur l'ingalit1 surtout sans son ,contrat social 7auquel il tenait si peu71 il est possible qu'on n'et pas song1 en #agib1 faire la rpublique4 ,en littrature1 ce que ,rousseau a lgu aux gnrations qui l'ont suivi1 c'est le romantisme1 c'est--dire 7au fond et en somme1 et quoique bien des pomes ou livres de romantiques semblent chapper cette dfinition7 l'individualisme encore1 l'individualisme littraire1 l'talage du moi1--et la rverie inutile et solitaire1 et le dsir1 et l'orgueil1 et l'esprit de rvolte3 tout cela exprim1 soit de faon directe1 soit par des masques transparents auxquels le pote prte son me4 7,mais1 au reste1 je ne saurais mieux faire que de vous renvoyer au beau livre de ,m4 ,pierre ,lasserre3 le ,romantisme franais47 ,au point o ,rousseau l'a port 7surtout dans les ,confessions et les ,rveries7 cet individualisme littraire tait chose insolite1 non connue auparavant1 et o l'on pouvait voir un emploi indcent et anormal de la littrature4 ,car videmment elle n'a pas t faite pour a4--,a l'origine1 le pote chante ou rcite aux hommes assembls des histoires1 ou des chansons ou des loges de hros ou des prceptes de morale4 ,il est clair qu'on ne lui demande pas de confidences intimes4 ,telle est la littrature primitive et naturelle1 la seule qu'aurait d admettre ,jean-,jacques1 prtre de la nature4--,plus tard1 aprs l'invention de l'criture1 aprs l'imprimerie1 on a instinctivement senti qu'il ne convenait d'exposer au public1--multiplis par la copie ou par la lettre imprime1--que des penses1 des rcits1 des images propres intresser tout le monde2 qu'il tait peu probable que la personne intime et secrte de l'crivain importt aux autres hommes1 et qu'il y aurait1 du reste1 impudeur l'exprimer publiquement4--,l'individualisme en littrature1 l'antiquit l'a ignor 7sauf dans quelques strophes ou distiques d'lgiaques74 ,le moyen ge1 le ,x,v,ie sicle1 le ,x,v,i,ie et le ,x,v,i,i,ie1 jusqu' ,rousseau1 ne l'ont presque pas connu4 ,montaigne lui-mme n'est indiscret qu' la faon d',horace1 par exemple4 ,il ne se confesse pas tout entier1 ni toujours 7il s'en faut de beaucoup72 et tous ses aveux se rapportent des observations gnrales sur la nature humaine4 ,rousseau1 par ses ,confessions1 a vritablement inaugur le genre et l'a1 du premier coup1 ralis totalement4 ,personne ne se confessera plus comme s'est confess ,jean-,jacques4 ,je vous ai1 dans ma premire leon1 parl de ce livre unique4 ,j'ajoute une rflexion4 ,rousseau a commenc les ,confessions ,motiers en #agfb1 sur l'exhortation d'un libraire et d'abord dans une pense d'apologie4 ,s'il n'avait pas t perscut1 il ne les aurait peut-tre pas crites4 ,s'il ne les avait pas crites1 d'abord il serait moins illustre2 puis1 nous le connatrions moins2 nous ne saurions pas ses hontes1 ni l'abandon de ses enfants2 ou du moins nous n'en serions nullement srs2 et enfin1 son chef-d'oeuvre nous manquant et1 par suite1 l'trange attrait de sa renomme tant moindre1 l'action de ses autres crits n'et peut-tre pas t aussi puissante4--,voil1 direz-vous1 des hypothses bien vaines4--,attendez4 ,comme il y a beaucoup d'imprvu et d'aventure dans la vie de ,rousseau et que son oeuvre est lie sa vie1 il y en a beaucoup aussi dans les causes qui l'ont dtermin crire tel ou tel de ses livres 7je vous l'ai fait remarquer vingt fois74 ,il n'a tenu qu' des hasards apparents que ,rousseau n'et pas crit telle chose funeste et redoutable1--et dont lui-mme n'tait pas trs persuad4 ,il est surtout illustre et puissant par les deux livres qu'il y avait le plus de chances qu'il n'crivt pas3 le ,contrat social et les ,confessions4 ,joseph de ,maistre dirait l-dessus 7je suppose7 que ce que nous appelons la part du hasard dans une vie humaine1 c'est la part de la volont divine1 et qu'ainsi la destine de ,rousseau1 plus que celle d'aucun autre crivain clbre1 a t dirige1 a t voulue par une ,providence irrite dont il a t l'instrument aveugle4--,je dirai1 moi1 simplement que1 ce qu'il a crit ayant si fort agi sur des gnrations d'hommes1--et n'tant pas certain cependant qu'il ait pens tout ce qu'il a crit1 ni qu'il l'et crit1 telle circonstance accidentelle de sa vie venant manquer1--,rousseau m'apparat cause de cela1 dans la suite de nos grands crivains 7entre lesquels il vient brusquement s'inscrire du dehors71 trange1 mystrieux1 tragiquement prdestin et1 bien mieux que celui qui ,renan applique cette formule1 cr par un dcret spcial et nominatif de l'ternel4 ,je ferme ma parenthse4 ,donc1 la descendance littraire de ,jean-,jacques1 c'est ,chateaubriand1 c'est madame de ,stal1 c'est ,senancour1 c'est ,lamartine1 ,hugo1 ,musset1 ,sand1 ,michelet444 ,sans ,rousseau1 ils n'auraient pas t tout ce qu'ils sont4 ,puis-je regretter1 en numrant de si grands crivains1 l'individualisme romantique8 ,oh6 non1 car ils m'ont trop souvent charm1 et trop profondment4 ,et puis1 peut-on dire qu'il n'y ait que des confidences personnelles dans les potes et les crivains romantiques8 ,sont-ils romantiques tout entiers8 ,avez-vous rencontr1 dans ,chateaubriand1 ,lamartine1 ,hugo ou ,vigny1 beaucoup de sentiments personnels1 qui ne soient en mme temps gnraux par quelque ct8--,ce qui est peut-tre vrai1 c'est que le meilleur et le plus solide de la littrature du ,x,i,xe sicle resterait1 le romantisme t1 et qu'en effet la littrature la plus ancienne1 la plus ncessaire et la plus forte1 c'est bien la littrature objective1 impersonnelle 7philosophie1 histoire1 roman de moeurs et de caractres1 thtre mme74 ,mais que l'autre est souvent sduisante6 et que les souffrances1 les fautes et les sentiments les plus intimes d'un homme qui a le gnie de l'expression agissent dlicieusement sur notre sensibilit6 ,un individu de cette sorte1 lorsqu'il s'examine et se dcrit1 descend quelquefois plus loin dans son me qu'il ne descendrait dans celle des autres444 ,et je sais que la littrature personnelle est forcment la glorification d'un certain nombre de pchs capitaux3 mais1 sans elle1 bien des choses n'auraient pas t dites1 qu'il et t dommage qui ne fussent pas dites4 ,avouons1 si vous le voulez1 que cette littrature-l est quelque chose de drgl1 quelque chose qui n'est pas tout fait dans l'ordre444 ,mais1 tout de mme1 il et t triste que le romantisme1--qui depuis cinquante ans dcline1--ne ft pas n444 ,suivrai-je l'influence de ,rousseau chez les trangers8 ,ici1 je manque par trop de comptence et de science2 je ne puis1--aprs vous avoir renvoy au livre excellent de ,joseph ,texte#af1--que vous rpter ce qu'on a coutume de dire3 que l'influence de ,rousseau s'est exerce sur ,goethe1 ,schiller1 ,byron2 sur ,kant1 ,fichte1 ,jacobi1 ,schleiermacher2 et1 avec une vidence clatante1 sur ,tolsto4 ,note #af3 ,jean-,jacques ,rousseau et les origines du cosmopolitisme littraire4 ,j'ai lu ,rousseau tout entier1 disait ,tolsto l'un de nos compatriotes2 j'ai lu ses vingt volumes1 y compris le dictionnaire de musique4 ,je l'admirais avec plus que de l'enthousiasme2 j'avais un culte pour lui4 ,a quinze ans je portais mon cou1 au lieu de la croix habituelle1 un mdaillon avec son portrait4 ,il y a des pages de lui qui me sont si familires qu'il me semble les avoir crites4 ,et enfin 7et je l'ai souvent senti dans cette longue promenade travers son oeuvre71 soit par lui-mme1 soit par les crivains qui ont subi son influence1 il agit aujourd'hui encore sur beaucoup d'entre nous1 mme notre insu4 ,il agit encore sur la part la plus aveugle de nous-mmes1 sur notre sensibilit3 car lui-mme est un tre sensible prodigieusement1 et d'une sensibilit sans rgle1 c'est--dire trs distincte de la bont1 souvent ennemie de la raison1 et souvent matresse d'erreur et instigatrice de rvolte4 99 99 99 99 99 ,avant de le quitter1 je le considre dans le plus complaisant des nombreux portraits qu'il a laisss de lui-mme3 ses quatre ,lettres ,m4 de ,malesherbes4 7,et cette manie d'expliquer ternellement son caractre a vraiment quelque chose de peu viril1 et est signe1 dj1 de faiblesse mentale47--,lorsqu'il compose ces quatre ,lettres1 il est dans son plus beau moment2 il vient d'crire la ,julie1 le ,contrat et l'mile2 et sa folie n'est que commenante4 ,or1 comment se voit-il8 et comment se dfinit-il8 ,dans ce portrait1--qu'il veut pourtant aussi avantageux que possible1--il oublie1 ou nglige1 ou ddaigne les parties les plus saines de lui-mme1 celles o se seraient sans doute reconnus ses aeux parisiens et catholiques2 il oublie le ,jean-,jacques qui a crit des choses si raisonnables sur le patriotisme1 par exemple 7dans l'article conomie politique71 ou sur le naf ,projet de paix perptuelle de l'abb de ,saint-,pierre2 celui qui a crit l'admirable troisime partie de la ,nouvelle ,hlose1 et1 dans l'mile1 la ,profession de foi du ,vicaire et les chapitres dlicieux sur l'ducation de ,sophie1 et certaines pages des ,lettres de la ,montagne et1 dans sa correspondance prive1 tant de lettres pleines de raison 7car c'est surtout pour le public qu'il osait ses folies74 ,il oublie1 dis-je1 ce qu'il eut de meilleur2 et voici comme il se peint4 ,aprs avoir exprim son dgot des hommes1 il en cherche la cause4 ,elle n'est autre1 dit-il1 que cet indomptable esprit de libert que rien n'a vaincu 7car1 naturellement1 il donne aux choses de favorables noms74 ,il continue en disant que personne au monde ne le connat que lui seul4 ,il assure connatre ses dfauts et ses vices1 mais il ajoute aussitt3 ,avec tout cela1 je suis trs persuad que1 de tous les hommes que j'ai connus en ma vie1 aucun ne fut meilleur que moi4 ,il se dfinit lui-mme une me paresseuse qui s'effraie de tout soin1 un temprament ardent1 bilieux1 facile s'affecter1 et sensible l'excs tout ce qui l'affecte4 ,il proclame son mpris absolu de l'opinion4 7,or l'opinion1 comme il l'entend1 peut tre le sentiment des sots1 mais peut tre aussi la plus respectable et la plus ncessaire des traditions47 ,il crit firement3 ,je hais les grands1 lui qui a si longtemps paru ne pouvoir se passer d'eux4--,son plus grand plaisir1 c'est de rver4 ,il raconte les orgies silencieuses de sa sensibilit et de son imagination travers les bois de ,montmorency3 ,et cependant1 dit-il1 au milieu de tout cela1 le nant de mes chimres venait quelquefois me contrister tout coup4 ,quand tous mes rves se seraient tourns en ralits1 ils ne m'auraient pas suffi2 j'aurais imagin1 rv1 dsir encore4 ,je trouvais en moi un vide inexplicable que rien n'aurait pu remplir1 un certain lancement du coeur vers une autre sorte de jouissance dont je n'avais pas l'ide1 et dont pourtant je sentais le besoin4 ,qu'est-ce que tout cela1 sinon l'clatant portrait d'un pote lyrique--et d'un rvolt8 7,et c'est par ce second trait qu'il a sduit beaucoup d'hommes1 car la rvolte plat d'abord47 ,pote1 grand pote1 me de dsir1 temprament du mme ordre que celui d'un ,byron1 d'un ,lopardi ou d'un ,musset1--mais dont la posie tout individuelle s'est1 par une srie de hasards1 principalement exerce sur des objets qui ne souffrent point la posie1 surtout celle-l1 et qui veulent de l'observation et de la raison4 ,et ce qu'il y a de plus terrible1 c'est que ces thories1 qu'difiaient son imagination et sa sensibilit servies par une brillante et dcevante dialectique1 ces thories qui devaient tre si malfaisantes aprs lui1--de son propre aveu il n'y croyait pas au sens exact du mot3 il les rvait2 et c'est par des chimres dont il a confess le nant qu'il devait ravager l'avenir4 ,car ce n'est pas seulement le pote lyrique dont il trace le portrait dans ses ,lettres ,m4 de ,malesherbes3 c'est encore1--avec le rveur ivre et engourdi de songes1--le solitaire orgueilleux1 l'autodidacte outrecuidant1 l'indisciplin1 le rvolutionnaire par instinct1 l'insociable qui rforme tous les jours la socit1 l'homme qui date tout de lui1 qui ramne tout lui et subordonne tout son rve ou son caprice2 qui fait chaque instant table rase de toute l'oeuvre humaine1 et qui croit faire avancer les hommes en rompant la continuit entre les gnrations2 l'homme qui peut bien faire complices de ses imaginations les anthropodes ou les ,spartiates1 mais qui1 en ralit1 ne tient nul compte des morts de sa race1 plus nombreux que les vivants2--bref1 exactement le contraire d'un ,bossuet ou d'un ,auguste ,comte4 ,j'ai ador le romantisme1 et j'ai cru la ,rvolution4 ,et maintenant je songe avec inquitude que l'homme qui1 non tout seul assurment1 mais plus que personne1 je crois1 se trouve avoir fait chez nous ou prpar la rvolution et le romantisme1 fut un tranger1 un perptuel malade1 et finalement un fou4 ,mais on l'a aim4 ,et beaucoup l'aiment encore2 les uns1 parce qu'il est un matre d'illusions et un aptre de l'absurde2 les autres1 parce qu'il fut1 entre les crivains illustres1 une crature de nerfs1 de faiblesse1 de passion1 de pch1 de douleur et de rve4 ,et moi-mme1 aprs cette longue frquentation dont j'ai tir plus d'un plaisir1 je veux le quitter sans haine pour sa personne1--avec la plus vive rprobation pour quelques-unes de ses plus notables ides1 l'admiration la plus vraie pour son art1 qui fut si trangement nouveau1 la plus sincre piti pour sa pauvre vie1--et une horreur sacre 7au sens latin7 devant la grandeur et le mystre de son action sur les hommes4 ,,fin 99 99 99 99 99 ,,table ,,premi,,re ,,conf,,rence ,les ,six premiers livres des ,confessions ,,deuxi,,me ,,conf,,rence ,rousseau ,paris4--,thrse ,,troisi,,me ,,conf,,rence ,le ,discours sur les sciences et les arts4--,la rforme morale de ,rousseau ,,quatri,,me ,,conf,,rence ,le ,discours sur l'ingalit4--,rousseau l',ermitage ,,cinqui,,me ,,conf,,rence ,la ,lettre sur les ,spectacles ,,sixi,,me ,,conf,,rence ,la ,nouvelle ,hlose ,,septi,,me ,,conf,,rence mile ,,huiti,,me ,,conf,,rence ,le ,contrat social4--,la ,profession de foi du ,vicaire ,savoyard ,,neuvi,,me ,,conf,,rence ,la ,lettre l'archevque de ,paris4--,les ,lettres de la ,montagne4 --,dernires annes de ,rousseau4--,les ,dialogues ,,dixi,,me ,,conf,,rence ,les ,rveries4--,rsums et ,conclusions ,,imprimerie ,l4 ,,pochy1 ,,rue ,,vieille-,,du-,,temple1 ,,paris4--#abae-c-jg4 99 99 99 99 99 ,,du ,m,,me ,,auteur ,,format ,,grand ,,in-#ah ,,les ,,rois1 ,,roman44444444444444444444444#a ,,vol4 ,,th,,tre ,l',a,n,e1 comdie en quatre actes4 ,l',,ge ,,difficile1 comdie en trois actes4 ,,la ,,bonne ,h,l,,ne1 comdie en deux actes1 en vers4 ,,le ,d,,put ,,leveau1 comdie en quatre actes4 ,,flipote1 comdie en trois actes4 ,,mariage ,,blanc1 drame en trois actes4 ,,la ,,massi,,re1 comdie en quatre actes4 ,,le ,,pardon1 comdie en trois actes4 ,r,,volt,e1 pice en quatre actes4 ,,les ,,rois1 drame en cinq actes4 ,,bertrade1 comdie en quatre actes4 ,en cours de publication3 ,,th,,tre ,,complet ,dj parus1 tomes ,i et ,,ii4444444444444#b vol4