by the ,bibliothque nationale de ,france 7,bn,f_/,gallica7 ,,notes ,d',,une ,m,,re ,,cours ,d',,ducation ,,maternelle ,,par ,,madame ,louise d',alq ,,nouvelle ,,dition ,,corrig,e ,,et ,,augment,e ,,la ,,seule ,,autoris,e ,,par ,l',,auteur ,,paris ,,bureaux ,,des ,,causeries ,,famili,,res #ahhc 99 99 99 99 99 ,,avis ,,important ,extrait de la ,gazette des ,tribunaux du #bh mars #ahha3 #b;e ,,chambre ,,du ,,tribunal ,,civil ,,de ,,la ,,seine4--,prsidence de ,m4 ,cazanave4--,jugement du #bd juillet #ahhj3 ,attendu444 le ,tribunal dclare que la dame ,louise d',alq reprendra la libre disposition de ses ouvrages1 sans que ,f4 ,ebhardt1 son ancien diteur1 avec lequel ses traits se trouvent rsilis1 puisse en faire usage ni en tirer profit1 etc41 etc4 #are ,,chambre ,,de ,,la ,,cour ,d',,appel ,,de ,,paris4--,prsidence de ,m4 ,larombire4--,arrt du #bb mars #ahha3 ,aprs avoir entendu les plaidoiries de ,me ,georges ,lachaud pour ,mme ,louise d',alq1 ,me ,beaupr pour ,m4 ,ebhardt2 la ,cour1 considrant et adoptant les motifs des premiers juges1 etc41 etc42 confirme le jugement et notamment en ce qui concerne l'interdiction faite ,ebhardt de vendre aucun exemplaire des uvres de la dame ,louise d',alq1 du jour du prsent arrt4 ,,chambre ,,des ,r,f,r,s4--,ordonnance du #cj juin #ahha3 ,attendu que ,m4 ,rozez1 de ,bruxelles1 a fait dposer pour tre vendus chez un intermdiaire1 ,paris1 des milliers de volumes achets ,ebhardt depuis l'arrt2 attendu que ,mme ,louise d',alq les a fait saisir1 sur la demande en rfr du sieur ,rozez1 prtendant qu'ils sont sa proprit1 ,m4 le prsident ,vannier1 aprs avoir entendu ,me ,martin du ,gard1 avou de ,mme d',alq1 a rendu ordonnance qu'il n'y avait pas lieu lever la saisie1 et que les parties devront se pourvoir au fond1 etc4 ,de ces divers jugements1 arrts et rfrs1 il s'ensuit que ,mme ,l4 d',alq a seule le droit d'diter ses uvres1 et peut poursuivre tout dtenteur des ditions interdites ci-dessus4 ,en consquence1 elle fait paratre une nouvelle dition de ces uvres1 corrige1 remanie et augmente1 que le public a tout intrt se procurer en place des anciens volumes4 ,le public est donc prvenu1 afin qu'on ne puisse l'induire en erreur1 que tout volume de ,mme ,l4 d',alq1 non revtu de la signature autographe de l'auteur1 fait partie des ditions belges1 incompltes et surannes1 dont la vente a t interdite par l'arrt de la ,cour d'appel du #bb mars1 prononc en faveur de ,mme ,l4 d',alq contre son ancien diteur4 ,il est facile de vrifier le lieu de l'impression la fin des volumes4 ,le public est en droit d'exiger la signature autographe de l'auteur et de refuser tout autre exemplaire qui lui serait prsent4 99 99 99 99 99 ,je vous ai amen ma fillette1 me dit aprs un bout de conversation gnrale1 et comme d'autres visiteurs venaient de sortir1 une charmante et aimable jeune femme2 voyez comme elle est grande1 elle a dix ans et demi6 --,c'est une bien belle enfant1 l'il veill1 bien frache6 ,je suis sre qu'elle est bonne aussi1 studieuse1 et ne fait jamais de peine sa maman6 dis-je en attirant la petite pour l'embrasser4 ,je n'avais pas beaucoup remarqu l'enfant lors de son entre dans le salon1 entoure que j'tais de nombreuses visites masculines et fminines1 et maintenant il me revenait tout coup que nous avions parl en gens du monde de choses et d'autres1 et qu'il avait bien pu se glisser des phrases peu faites pour l'oreille d'une enfant1 et surtout d'une enfant intelligente4 --,oh6 oui1 elle est assez bien2 elle fait mes dlices par ses beaux cheveux6 je la peigne du matin au soir2 voyez1 me rpondit la mre en faisant retourner sa fille et en soulevant poigne une superbe chevelure ondule avec soin qui recouvrait les paules de l'enfant4 ,je dois ajouter que celle-ci parut se prter avec complaisance et non sans vanit l'exhibition4 --,cependant1 d'un autre ct1 elle me dsespre1 reprit la jeune mre3 elle n'aime pas l'tude1 elle ne pense qu' aller au thtre1 aux matines d'enfants2 elle n'a pas de got pour la musique2444 elle est trs en retard1 elle n'apprend pas4441 on me dit que a lui passera6444 ,et elle s'interrompit en me regardant1 attendant videmment que1 selon l'usage1 je rpondisse par les banalits ordinaires3--,certainement6 a lui passera1 laissez-la donc s'amuser444 ,elle en saura toujours assez1 etc4 ,et tout au contraire1 je dis3 --a dpend de vous de le lui faire passer1 ma chre amie2 c'est vous de la diriger4 ,a cette rponse1 si peu conforme l'esprit de socit1 je l'avoue1 la mre ne put retenir un mouvement1 et l'enfant elle-mme me lana un regard tonn4 ,je me mis rire4 --,voyons1 ma chre1 vous vous tes fort rvolte la semaine dernire contre un article dans mes ,causeries familires sur l'esprit de socit1 o j'ose mettre que dans le monde on dit rarement la vrit1 ou du moins toute la vrit1 et mme qu'il n'est pas possible de la dire4 ,je sais bien qu'en ne tombant pas dans votre sens je me mets tout fait en dehors des usages1 et je deviens une personne qui ne connat rien au savoir-vivre444 ,c'est une ide qui me passe par la tte1 maintenant que je suis assez vieille pour me passer du monde et pour voir les choses de haut1 d'essayer d'user de l'influence de ma position et de mes cheveux blancs pour moraliser un peu4 ,tant que j'ai t jeune1 j'ai fait comme les autres1 j'ai toujours approuv1 flatt2 cela finit par devenir curant6--,pauvre chre dame6 combien je vous plains d'avoir un mari pareil6--,ah6 chre1 vous tes en effet bien malheureuse d'avoir une telle belle-mre6--,oui1 c'est bien terrible pour vous1 qui tes jeune et jolie1 de ne pouvoir prendre tous les plaisirs de votre ge6--,et ce sont des serrements de mains compatissants1 des exclamations lamentables2 on signale les torts de la partie adverse qui pourraient passer inaperus1 on excite ainsi encore davantage la rbellion et la rvolte la personne qui nous fait ses plaintes1 tandis qu'on se dit soi-mme3--,bah6 son mari n'a pas tous les torts4--,allons donc1 c'est bien naturel que sa belle-mre agisse ainsi6--,est-elle goste6 elle voudrait tout pour elle6 ,et ainsi de suite444 ,et je me demande si l'on ne devient pas complice ainsi des aggravations de malheur qui rsultent de cette condescendance2 si l'on n'en portera pas1 au jugement dernier1 une sorte de responsabilit8 ,que de fois une observation raisonnable et sincre pourrait ramener une tte lgre de meilleurs sentiments1 tandis qu'au contraire elle s'affirme dans son erreur sous l'gide de votre approbation6 ,et comme ma jeune amie me regardait d'un air profondment dsappoint1 je continuai en riant3 --,allons6 voil que vous vous dites3 ,je suis joliment mal tombe aujourd'hui6 elle a l'esprit de travers1 ma vieille amie1 elle est grincheuse1 on voit bien qu'elle vieillit6 --,mais non6 ,mais non6 protesta la jeune femme4 --,et maintenant1 voil que vous faites de l'esprit de socit6 --,ah6 vous tes taquine6 quand je vous dis que non6 au contraire1 votre critique me plat2 je veux absolument que vous me donniez des conseils sincres sur l'ducation de ma fille444 ,je suis gte2 vous avez raison2 ces banalits qu'on dbite nous gtent1 nous droutent2 c'est un service que vous me rendrez444 ,vous savez que j'ai t prive d'une ducation maternelle2 mettez votre exprience ma disposition1 je vous en supplie444 ,j'adore ma fillette3 je ne sais peut-tre pas m'y prendre1 donnez-moi vos conseils6 --,soit6444 quand je vous ai dit tout l'heure que je me proposais maintenant de morigner le monde1 ne me prenez pas exactement au mot4 ,d'abord1 je n'ai pas envie de me faire prendre en grippe par l'humanit entire1 mais encore il y a parfois de la cruaut dessiller les yeux444 ,en rsum1 je ne m'arrogerai jamais le droit de critique svre2 mais ceux qui font appel mes conseils et ma sincrit1 ceux qu'il me semblera qu'il est un devoir pour moi d'clairer1 eh bien1 je tenterai l'essai1 au risque d'encourir leur courroux1 et si je vois qu'on se regimbe trop1 je m'arrterai et je les abandonnerai leur sort1 reprenant les phrases banales de l'esprit de socit4 --,non1 je ne me fcherai pas1 je ne vous en voudrai pas444 ,j'insiste de toutes mes forces pour que vous me disiez comment je dois faire pour faire de ma fille une femme1 une vraie femme444 ,vous avez votre exprience personnelle444 --,c'est--dire1 je suis un peu1 comme dit ,chateaubriand dans son ,gnie du ,christianisme1 le grand nombre d'exemples que j'ai sous les yeux me rendent habile sans exprience4 ,j'embrassai la charmante petite mre et je continuai ma morale4 --,apprendre tre mre1 apprendre lever ses enfants1 voil un cours qu'il y aurait bien lieu d'ouvrir dans les nouveaux lyces de filles entre le cours de cuisine et le cours de couture6 ,il semble mme que ces trois cours pourraient suffire l'ducation des femmes4 ,grce aux uvres et au journal du docteur ,brochard qui s'est dvou ce thme1 les jeunes femmes maintenant ne peuvent plus ignorer les soins corporels donner leurs bbs2 c'est un trs grand rsultat1 mais ce n'est pas tout4 ,dans le corps de ce bb1 il y a une me former1 un cur guider1 une intelligence dvelopper4 ,comment s'y prendre8 ,j'ai vu de bonnes et tendres mres bien embarrasses2 je ne parle pas des mauvaises mres1 mais de celles qui chrissent leurs enfants et s'en occupent comme vous le faites de votre fillette4 ,je connais intimement une femme dont les amies envient beaucoup certaines russites dans la vie2 l'accusant surtout d'avoir t favorise d'une chance norme4 ,vous la connaissez aussi1 c'est ,mme ,x9999994 --,est-elle heureuse6 ,voil une femme qui a de la chance1 tout lui russit6 s'crie aussitt mon interlocutrice4 --,jamais vous ne diriez3 qu'a-t-elle fait pour avoir cette chance8 ,ne dpend-elle pas de ses mrites8 ,je choisis un type que je connais1 que vous connaissez1 je le rpte1 pour le dpeindre2 mais ce type existe beaucoup d'exemplaires1 et si vous ne connaissiez pas celle dont je parle1 vous en avez de pareilles dans votre entourage1 et je pourrais vous citer des centaines de noms clbres qui se trouvent dans le mme cas4 ,les femmes qui russissent et les hommes qui atteignent les sommets l'aide de leurs capacits seules1 ont bien des talents que les autres n'ont pas4 ,mme ,x4 que je prends pour modle connat fond cinq langues trangres2 elle est musicienne consomme et peintre2 aucun ouvrage d'aiguille ne lui est inconnu2 et les devoirs de la femme d'intrieur ne l'effraient pas4 --,oui1 je le sais1 ,mme ,x4 est universelle1 c'est une nature exceptionnellement doue444 elle avait un cerveau exprs pour apprendre6 --,vous tes dans l'erreur2 ,mme ,x4 tait une enfant trs ordinaire1 elle a eu certainement plus de mal que votre ,odette apprendre444 ,elle n'a appris ce qu'elle sait que parce qu'elle a pris la peine de l'apprendre4 --,encore a-t-il fallu qu'elle voult prendre cette peine444 ,odette ne veut pas travailler6 --,mais elle non plus n'aurait pas voulu travailler444 ,c'est sa mre qui l'y a oblige4 --,oh6 la svrit6 la duret6 jamais je ne pourrai rendre ma fille malheureuse444 --,mon amie n'a pas rendu sa fille malheureuse et n'a jamais t une mre svre6 --,je ne vous comprends pas alors4 ,la jeune mre paraissait vivement s'intresser ma leon dans cet art d'tre mre2 j'avais envie d'envoyer l'enfant dans la pice voisine1 mais je rflchis qu'elle en avait dj tant entendu qu'il n'y avait pas danger ce qu'elle connt la suite1 car c'est une erreur de croire qu'une enfant de dix ans ne comprend pas1 quoiqu'elle comprenne souvent mal4 --,ses parents se sont donn la peine de la dgourdir1 repris-je4 ,sa mre s'est dvoue son ducation ds sa premire enfance2 elle lui ouvrait l'intelligence1 non par des morales au-dessus de son ge1 ni en lui laissant couter les conversations des personnes plus ges1 ni en confiant ces soins intellectuels une bonne1 pas plus que les soins physiques4 ,elle inventait pour son bb des petits contes1 ayant toujours une morale directe pour l'enfant4 ,il n'y tait pas question des minerais que l'on trouve dans la terre1 ni des constellations des toiles1 mais de petites filles obissantes1 savantes1 qui faisaient le bonheur de leur maman1 mises en opposition avec d'autres petites filles mchantes1 ignorantes1 mprises de tout le monde1 et n'arrivant rien4 ,et1 selon les circonstances1 la maman crait des aventures et des pripties1 o il n'tait pas question de prince ,charmant venant dlivrer sa belle ni des habits de peau d'ne4 ,raconte encore444 et qu'est-elle devenue aprs1 la mchante petite fille8 demandait l'enfant avec de grands yeux terrifis1 car elle saisissait bien la ressemblance avec elle1 mais la maman ne faisait pas semblant de le faire exprs2 c'tait une histoire qu'elle racontait avec indiffrence2 alors elle lui disait comment la petite fille tait devenue bonne1 et combien sa maman avait de bonts pour elle1 et combien elle lui devait de la reconnaissance4 ,et la petite fille grandissait avec l'ide de s'instruire1 de travailler pour devenir l'orgueil et la joie de ses parents1 de les soigner quand ils seraient vieux en change de ce qu'ils faisaient pour elle1 elle tant jeune4 ,ds l'ge de quatre ans1 sa mre lui apprit lire sans qu'elle s'en doutt2 elle lui fit dsirer de savoir lire4 ,elle entendait tant parler autour d'elle du bonheur de faire de la musique et d'tre instruit1 qu'elle ne rvait cinq ans que de pouvoir mettre les doigts sur le piano et avoir un professeur d'criture4 ,ces premires leons lui furent promises comme une rcompense4 ,et cependant elle tait si enfant1 qu' la premire visite de ce professeur d'criture tant dsir1 elle ne voulut jamais consentir le regarder1 tenant la tte cache dans les jupes de sa mre comme une petite sauvage2 mais l'envie de tenir une plume dans ses mains vainquit sa timidit4 ,quel bonheur de pouvoir crire ses petites amies1 son papa1 quand elle serait la campagne6 ,en trois semaines1 elle sut crire2 en quelques mois elle jouait des petites ariettes sur le piano et faisait ses gammes de ses petits doigts frles2 mais c'tait sa mre qui lui inculquait chaque jour dans la tte quelques lignes de cette thorie musicale si abstraite1 s'arrtant tout moment pour ne pas la fatiguer2 et1 sans s'en apercevoir1 l'enfant apprenait4 ,a cinq ans et demi1 elle conjuguait ses verbes comme une grande demoiselle2 la gographie l'intressait fort2 comme il lui tardait de pouvoir entreprendre un grand voyage sur la carte6 ,et les exploits de ,clovis la ravissaient6 --,c'tait un prodige6 une enfant tiole6 --,mme ,x4 une enfant tiole6 vous n'y pensez pas6 ,elle a toujours eu la plus belle sant du monde4 ,elle tait plus que potele1 frache sans tre rouge1 gaie et rieuse comme pas une444 ,c'est que sa mre la soignait autant au physique qu'au moral4 ,de bonnes panades faites par la maman1 et non par une bonne qui aurait pris le beurre1 des petites ctelettes grilles point1 et si elle ne voulait pas manger1 une histoire venait l'exciter1 un baiser tait promis en rcompense4 ,aucune influence trangre ne venait entraver la mre2 l'enfant n'tait pas fatigue par des veilles inutiles2 elle n'tait point trane des thtres ou des bals2 elle n'avait non plus le crve-cur de voir sa mre sortir sans elle4 ,a huit heures du soir1 elle s'endormait dans son petit berceau1 ses parents veillant dans la pice voisine1 seuls ou avec quelques intimes3 elle se rveillait frache et dispos1 six heures du matin1 et se mettait au travail pour surprendre son papa1 en sachant sitt sa leon4 ,n'tant point excite par les mauvaises passions1 la vanit1 la jalousie1 les fatigues mondaines1 qui dveloppent une intelligence maladive chez les enfants que l'on appelle petits prodiges1 elle apprenait peu peu1 sans soubresaut4 ,la mre n'excitait pas son esprit inutilement en applaudissant ses saillies1 aussi aurait-elle paru un peu bta auprs de ces petites poupes qui scrutent dj les grandes personnes d'un il investigateur1 et savent les tourner en ridicule avec un esprit bien au-dessus de leur ge1 mais qui sauront peine crire1 et n'auront aucune disposition pour une tude srieuse4 ,l'enfant s'habituait une existence rgulire1 faite de travail et de jeux1 jeux bruyants1 exercices de corps1 la changeant du tout au tout de ses tudes2 et toujours1 la mre son ct1 lui montrant le but atteindre1 la ncessit d'tre instruite1 autant pour pouvoir faire face un revirement de fortune que pour tenir sa place au foyer domestique4 ,aprs sa premire communion1 accomplie avec cette pit1 cette foi1 cette candeur qui n'est pas hlas6 le partage de bien des petites filles sottes1 ignorantes et mal leves1 elle fut mise au courant des soins de la maison4 ,sa mre se faisait remplacer par elle la lingerie1 dans tous les comptes avec les domestiques4 ,toujours leve ds six heures du matin1 se couchant neuf heures1 la journe tait occupe dans ses moindres minutes4 ,mais ces travaux taient rendus amusants2 c'taient des rcrations pour elle que de compter les bottes de foin l'curie1 de distribuer l'avoine pour les chevaux1 de donner le linge la femme de chambre1 et de vrifier le livre de la cuisinire3 car les parents de ,mme ,x4 avaient de la fortune et un certain train de maison4 ,a quinze ans1 elle avait termin ses tudes franaises et pouvait passer ses examens4 ,elle tenait en partie double les livres de compte de son pre1 car une grande fortune exige une certaine comptabilit4 ,il faut se rendre compte des oprations de l'agent de change1 des paiements faits par tels fermiers1 des ventes crdit1 des coupes de bois1 savoir ce qu'on aura toucher chez son banquier telle poque1 les versements faire sur les souscriptions aux emprunts d'tat et ne pas oublier l'affaire en commandite avec celui-ci et celui-l4 ,il faut vrifier les comptes1 les notes d'impositions et les polices d'assurances4 ,elle n'en apprciait pas moins une bonne partie de cache-cache ou de quatre coins1 et elle serait alle au bout du monde pour jouer au volant avec une camarade4 ,quant au bal1 au bal o il y aurait des jeunes gens1 elle ne comprenait pas encore le plaisir que l'on peut y trouver4 ,elle dansait avec ses amies1 cela lui suffisait4 ,il est vrai que ses dernires annes s'taient coules la campagne1 en dehors des sductions de la ville2 comme elle atteignait l'ge de seize ans1 ses parents jugrent opportun de venir passer l'hiver ,paris3 ils comprenaient que l'imagination de la jeune fille commenait demander de nouveaux aliments1 et1 n'en trouvant pas1 elle tombait dans le mysticisme3 tort ou raison1 son pre ne dsirait pas qu'elle entrt dans la vie religieuse4 ,le monde et bientt fait raison de ces aspirations6 ,aux parties de cache-cache succdrent les petites runions et les soires au ,thtre ,franais et au ,thtre ,italien4 ,la mre de ,mme ,x4 n'tait point austre3 nous ne demandons pas1 ma chre enfant1 la mort du pcheur6 elle tait trs fire de la beaut de sa fille1 qui tait peu de chose prs celle que vous et moi avons eue1 et que toutes les jeunes filles ont cet heureux ge2 elle ne demandait pas mieux que sa fille connt ces jouissances phmres1 dont on n'apprcie bien le vide que lorsqu'on les a prouves444 elle jouissait de ses succs de toute sa force4 ,moi1 qui ai suivi ,mme ,x4 pas pas1 pendant son stage dans le monde1 je puis vous dire qu'elle tait rpute pour aider admirablement sa mre recevoir4 ,ce qui faisait son grand charme1 c'tait son absence de coquetterie4 ,trs sensible aux hommages1 aussi flatte qu'une autre de plaire et d'tre aime1 elle prfrait la qualit la quantit1 et c'est peut-tre pour cela qu'elle tait si gnreuse de ses danseurs envers ses amies2 elle n'a jamais su qu'on pouvait prouver quelque plaisir craser une amie444 --,enfin1 vous convenez qu'elle a eu le bonheur immense d'avoir une jeunesse brillante1 et de jouir des plaisirs du monde que procure une grande fortune6 --,oui6 ,elle a eu ce bonheur1 puisque bonheur il y a1 mais elle le gagnait1 elle le mritait4 ,aprs tre reste quatre heures devant son chevalet1 de huit heures du matin midi1 aprs avoir pris ses leons d'allemand1 d'italien et d'accompagnement1 avoir arrang elle-mme ses chapeaux et ses toilettes1 contrl les domestiques1 elle allait au ,bois vers cinq heures avec sa mre1 et deux ou trois soires par semaine taient consacres au monde4 ,elle jouissait de tous ces plaisirs avec dlices1 mais comme on jouit du parfum d'un bouquet1 momentanment4 --,mme ,x4 est une femme du monde accomplie444 une parfaite matresse de maison444 --,sa mre lui a enseign autre chose encore1 cependant1 que vous ne souponnez pas3 c'est l'nergie et le contentement de peu444 --,le contentement de peu8 comment1 puisqu'elle avait tout ce qu'elle pouvait dsirer8 --,a-t-on jamais tout ce qu'on peut dsirer8 ,que vous tes enfant de dire cela6 --,enfin1 elle avait une voiture6 --,une voiture6 ,ignorez-vous que ceux qui ont une voiture voudraient en avoir deux1 trois1 quatre8 ,un coup ne fait la plupart du temps que rendre trs malheureuse une femme du monde1 car elle ne rve ds lors que le dorsay huit ressorts4 --,je m'en contenterais bien1 moi6 --,vous dites cela aujourd'hui parce que vous n'en avez pas444 mais le luxe est comme la gangrne1 il ne sait pas s'arrter1 et c'est l que le proverbe est vrai plus que jamais3 l'apptit vient en mangeant4 --,bref1 ma fille ne connatra jamais le plaisir d'tre recherche dans le monde et d'tre admire dans une loge de l',opra6 --,pourquoi8 --,vous tes agaante1 ma bonne amie1 avec vos pourquoi8 ,vous le savez bien6 ,il faut de la fortune et elle n'en aura pas6 --,duss-je vous irriter encore1 je vais rpter3 pourquoi la fortune est-elle indispensable8 et pourquoi d'ailleurs n'en aurait-elle pas8 ,la jeune femme me jeta un regard de courroux et de dcouragement4 --,ne vous fchez pas contre moi1 continuai-je toujours en souriant1 car je ne pouvais m'empcher de m'amuser un peu de lui tenir ce langage si nouveau pour elle4 ,mais si votre fille devenait une artiste1 comme ,mme ,massart1 professeur de piano au ,conservatoire1 ou ,mme ,mirbel1 la clbre miniaturiste1 pu encore un crivain comme ,mme ,guizot 7je vous cite les premiers noms qui me viennent en tte1 mais combien de femmes se font une position par leur talent3 ,mme ,pape-,carpentier1 ,mme ,deslignires et tant d'autres71 n'acquerrait-elle pas une rputation1 sinon de la fortune1 qui la ferait rechercher1 ou au moins amliorerait sa position8 ,la jeune femme me regardait comme si je lui eusse parl grec4 --,mais pour cela1 se dcida-t-elle dire1 il faut du talent1 du gnie6 --,eh6 bien1 votre fillette n'est-elle pas aussi intelligente que bien d'autres8 --,certes6 mais elle ne travaille pas6 --,faites-la travailler2 stimulez-la2 donnez-lui de l'ambition4 ,au lieu de vous lamenter devant elle de votre manque de fortune1 faites-lui comprendre qu'elle peut en acqurir par son travail1 et si elle n'arrive pas ce rsultat1 au moins vous atteindrez un but bien dsirable1 celui qu'elle apprenne se satisfaire de la destine qui lui est chue1 si elle n'a pas l'nergie de la changer6444 ,quand on est mre1 il ne suffit pas de dire3 ,l'enfant est paresseux ou n'a pas de gnie6 ,il faut tcher de vaincre ses dfauts et d'ouvrir la porte ses qualits4 ,c'est cela qu'une bonne mre comme vous excelle quand on lui montre le chemin1 si elle ne le voit pas4 ,une visite arriva qui nous interrompit4 --,je voudrais bien reparler avec vous encore de tout cela1 me dit la jeune mre1 en se levant2 ce que vous me dites m'intresse vivement1 je vous assure2 vous m'ouvrez de nouveaux aperus6 --,eh6 bien1 je suis votre disposition6 ,mais je ne vous parlerai de la sorte que lorsque vous viendrez chez moi me le demander4 ,je n'irai jamais vous imposer ce qu'on appelle en anglais des lectures et en franais des sermons6 --,je reviendrai444 et j'amnerai1 si vous voulez1 mon amie de pension1 la richissime ,agla que vous connaissez2 je crois qu'elle aura besoin passablement de vos conseils1 quoiqu'elle soit dans une position bien diffrente4 --,bah6 ce sera un vrai cours1 alors6 --,c'est vous qui l'avez dit6 ,la mre d',odette et son amie ,agla revinrent1 ainsi qu'on le verra dans quelques-uns des chapitres du livre4 ,mais les vnements de la vie les empchrent aussi bien que moi de venir avec une assiduit rgulire4 ,nanmoins1 je pensai utile de poursuivre l'ide d'un ,cours d'ducation maternelle1 et de runir1 de classer sous cette rubrique1 les nombreux articles ayant trait l'ducation des enfants que j'ai crit dans mes journaux1 dont les collections sont puises pour la plupart4 ,tour tour1 j'emploierai la forme conversation1 la forme personnelle1 la forme srieuse de la morale gnrale1 car il faut pouvoir1 dt l'attrait de la lecture en souffrir1 tre utile tous1 et non quelque cas particulier1 comme peut l'tre une histoire suivie4 ,quoique je n'aie pas divis ce livre1 il pourrait l'tre en trois parties1 car j'ai suivi un classement progressif autant que possible4 ,je commence par l'ducation du bb1 pour le suivre dans son dveloppement physique et intellectuel2 aprs l'ducation1 je m'occupe de l'instruction donner aux garonnets et fillettes1 et je termine enfin par l'ducation de l'adolescent1 qui conduit son entre dans le monde4 ,,chapitre ,i ,,les ,,enfants ,d',,aujourd',,hui4 ,l',,ducation4 ,je ne suis pas encore1 cependant1 tout fait une vieille femme1 eh bien1 c'est trange1 je me prends souvent dire3 c'tait mieux il y a vingt ans6 ,mais si je le dis1 je crois que c'est aussi la vrit1 et les affreux rsultats de cette diffrence1 ceux qui en sont cause1 les subiront dans une vingtaine d'annes2 je veux parler de l'ducation des enfants4 ,il faut une priode de quarante ans1 environ1 un demi-sicle1 pour que des changements bien radicaux se produisent dans les murs et les allures1 changements qui ne peuvent arriver qu'insensiblement4 ,c'est pourquoi on a entendu et entendra les grands parents de tout temps rcriminer2 c'est que toujours tout a chang1 et mesure que nous avons avanc dans la civilisation1 comme l'ancienne ,rome1 nous avons avanc dans la connaissance de l'arbre du mal2 ne s'appelle-t-il pas aussi l'arbre de la science8 ,hlas6 oui1 la science1 que l'on reoit aujourd'hui en lieu d'ducation1 sans parvenir remplacer celle-ci4 ,s'il tait dvolu l'homme d'tre parfait1 il les possderait toutes les deux2 on en trouve des exemples1 mais rares3 la science touffe les sentiments4 ,je me demande aussi si le bien n'est pas plus tendu qu'on ne le croit4 ,le mal fait tant de bruit1 comme toutes les minorits1 qu'on n'entend que lui1 parce que la majorit1 le ,bien1 est calme4 ,je me pose cette question devant les lettres si nombreuses que je reois1 exprimant comme une soif de morale4 ,si je m'en rapportais aux rcriminations qui courent1 je m'arrterais1 hsitante1 me demandant si je ne hasarde pas trop1 et si grand nombre de mes lectrices ne jetteront pas loin d'elles ces feuilles o elles trouvent une critique si svre de leur conduite4 ,mais il parat qu'il y a encore assez de femmes vertueuses et sincres1 grce au ,ciel1 pour fournir une uvre morale un contingent de lecteurs2 et certes1 sans tapage1 en catimini1 que de volumes essentiellement moraux et devant leur principal succs ce mrite positif1 se publient un nombre d'exemplaires que n'ont jamais atteint ces ouvrages scandale dont on crie si haut le succs6 ,il est difficile de parler ducation sans s'attaquer1 indirectement1 il est vrai1 aux parents2 ce sont des conseils qu'on leur offre1 mais parfois ces conseils peuvent les choquer comme un blme1 s'ils se sentent en faute1 c'est--dire1 ont l'ide invtre de ne pas changer de manire d'agir4 ,la fureur1 maintenant1 est de gter les enfants1 de les laisser indpendants4 a viendra tout seul1 il a le temps6 ,jamais on ne m'a rien dit1 et je ne suis pas plus mal pour cela4 ,ah6 voil1 la grande phrase6 le grand dada4 ,c'est l'orgueil1 la personnalit qui domine6 ,quelques parents ont le bon sens de dire3 ,j'ai t mal lev1 je ne veux pas que mes enfants soient comme moi4 ,beaucoup d'autres pensent qu'il suffit qu'on leur ressemble4 ,cela me rappelle une ,amricaine que je rencontrai une table d'hte1 pendant la guerre de #ahgj1 ,bruxelles2 elle tait phtisique au dernier degr1 sa figure tait recouverte d'une paisse couche de blanc et de rouge1 afin de lui enlever l'aspect cadavrique naturel et que l'on pouvait apercevoir sur son long cou dcharn4 ,elle mlangeait tous ses aliments du poivre rouge1 du gingembre1 du vinaigre et autres assaisonnements piments l'excs2 elle ne se couchait jamais avant deux heures du matin2 elle engageait ses voisines l'imiter1 et comme nous rpondions que ce rgime abmait la sant1 elle nous rpondit3 --,c'est une erreur2 voyez1 moi6 ,en mme temps1 une forte quinte la secouait1 ses yeux fivreux et bistrs s'enfonaient1 sa frle taille s'branlait4 ,il tait difficile de se retenir de lui rpondre3 ,je serais bien fche de vous ressembler6 ,que de parents disent3 ,voyez1 moi6 ,j'ai toujours t mauvaise tte comme mon fils2 je n'ai jamais voulu rien apprendre6444 ,eh bien1 je m'en suis sorti tout de mme6 --,moi1 je n'ai jamais aim le mnage2 ma fille me ressemble6 ,il m'a t impossible de tout temps de coudre un point1 et de rester un jour sans sortir444 --,elle est un peu moqueuse1 c'est vrai1 reprend une autre1 c'est un dfaut qu'elle tient de famille2 nous avons trop d'esprit4 ,elle ne fait pas grand mal6 ,que dire8 que rpondre8 sinon s'incliner bien bas en parodiant la chanson de ,nadaud3 444 ,vous avez raison6 ,l'erreur greffe sur l'orgueil humain est indracinable1 et voil pourquoi le mal fait sans cesse des progrs4 ,il est donc rsolu de laisser les enfants s'lever eux-mmes2 eux de choisir la religion qu'ils veulent suivre1 la carrire1 les sentiments6 ,aussi1 dans toutes les classes1 chez le millionnaire comme chez l'ouvrier1 l'enfance se gangrne2 l'enfance n'existe plus2 il n'y a que de petits hommes1 de petites femmes1 sauf la raison que donne l'exprience des annes4 ,voyez le gamin de la rue1 non pas le voyou seulement dont le dfaut d'ducation pourrait servir d'excuse1 mais l'enfant des commerants1 ds le plus bas ge3 il est hardi et insolent2 il ne connat pas le respect qu'il doit aux gens gs et qui sont ses suprieurs6 il est impossible de lui en imposer1 s'il lui plat de vous insulter4 ,il se sait soutenu par ses parents4 ,que sera sa hardiesse vingt ans8 ,et la fillette qu'un quipage fringant va promener1 sa morgue1 son impertinence n'ont pas de limites2 elle parle argot et affecte les allures de l'actrice444 ,sa mre1 son pre mme1 l'adorent ainsi6 ,les parents sont beaucoup trop aveugles1 mais c'est l'amour-propre et non l'amour paternel qui leur met un bandeau sur les yeux4 ,cet enfant1 qui est eux1 fait leur image1 ne peut tre1 ne doit tre qu'une perfection6 ,certes1 il y a des exceptions1 beaucoup d'exceptions2 si1 autour de moi1 je connais bon nombre d'enfants mal levs1 je pourrais prendre modle sur d'autres bien charmants2 je n'aurais qu' jeter les yeux sur telle ou telle famille que je connais1 dans le commerce1 dans la bourgeoisie1 o une mre sense1 industrieuse et active a su lever ses filles son ct1 les accoutumer au travail1 la docilit1 leur faire conserver la simplicit1 la douceur1 la modestie de la jeunesse1 et leur a appris respecter la vieillesse1 couter ceux qui en savent plus qu'elles4 ,oui6 il y a encore des pres qui savent dresser leurs fils1 quoiqu'il puisse leur en coter rester svres1 sans cesser d'tre tendres2 qui lvent leurs enfants en vue du bonheur de ces enfants et non du leur2 et ces fils1 enseigns aimer le foyer domestique1 tre prudents dans leurs amitis et dans leurs affaires1 se laissent guider par une main exprimente et arrivent aux meilleures positions4 ,mais1 pour obtenir ces rsultats1 il faut se vaincre1 se donner de la peine1 voir le devoir avant tout1 et mettre souvent de ct le plaisir1 la lassitude444 et surtout le faux amour-propre4 ,,chapitre ,,ii ,,notes ,d',,une ,m,,re ,,sur ,l',,ducation ,,des ,,enfants4 ,l'ducation de l'enfant commence1 on peut dire1 ds sa naissance2 il est mme avr que1 dans le lait de sa nourrice1 l'enfant suce avec la force et la sant1 au physique1 une certaine dose de qualits morales et d'intelligence2 cette pense devrait faire rflchir les mres avant de confier leurs enfants des mains mercenaires4 ,je m'merveille toujours quand je vois des pres avoir plus de confiance dans des nourrices dont ils ne connaissent les antcdents matriels ni intellectuels que dans leurs propres femmes4 ,avouons que ce n'est pas flatteur6 ,cela provient de ce qu'on est toujours port admirer ce qu'on ne connat pas6 ,il n'y a qu'un cas o une femme est oblige de renoncer nourrir son enfant1 c'est celui de maladie srieuse1 avre4 ,mais il n'entre pas dans mon plan de traiter ce sujet1 pas plus que celui de l'hygine de l'enfance2 je laisse ce soin au docteur ,brochard1 connu de la plupart de mes lectrices1 et dont c'est la comptence2 je me rserve l'ducation spciale et1 sur les demandes de mes correspondantes1 je voudrais leur dire comment doit tre une petite fille de cinq ou six ans1 bien leve1 puisque c'est ainsi que m'est pose la question4 ,il est bien difficile d'indiquer une mthode pour bien lever les enfants1 car cela dpend du caractre de l'enfant1 des caractres des parents et des circonstances dans lesquelles on se trouve4 ,il y a des parents qui semblent incapables de bien lever les enfants1 et cependant ils en font des perfections1 tandis que d'autres1 ayant tudi le sujet sous tous ses aspects1 et se croyant bien forts1 russissent fort mal1 tellement le caractre humain dfie tous les partis pris4 ,une petite fille bien leve ne doit tre ni sauvage ni trop hardie1 je dirai presque trop aimable4 ,je crois qu'une enfant un peu sauvage est prfrable1 car cette sauvagerie1 cette timidit se dissiperont avec le temps1 tandis que la hardiesse s'accrotra et deviendra insupportable4 ,ce qu'on appelle une enfant terrible1 est1 en gnral1 une enfant gte1 que sa mre emmne partout avec elle1 sans se contraindre ni la contraindre1 la moindre gne4 ,l'enfant entend tout1 voit tout1 s'habitue parler de tout2 elle dit des choses drles que l'on applaudit1 ce qui l'encourage parler encore davantage1 dire tout ce qui lui passe par l'esprit1 et elle s'habitue ce qu'on admire tout ce qu'elle dit4 ,si1 parfois1 on la fait taire1 comme elle n'en pense pas moins1 elle devient hypocrite1 dissimule1 menteuse444 ,ce qu'il faut obtenir1 c'est que l'enfant reste nave1 qu'elle ne pense pas ce qu'elle ne doit pas penser4 ,j'ai connu bien des enfants terribles1 bien des enfants dsagrables1 et d'autres aussi bien levs1 du moins qui en avaient l'apparence2 car la bonne ducation n'est pas toujours sincre4 ,marie1 six ans1 lit et crit et commence conjuguer ses verbes2 elle commence aussi le piano1 joue dj un grand morceau1 et dchiffre l'album de ,bleuettes1 de ,m4 ,schmoll2 c'est une petite fille bien portante1 sans tre d'une sant exubrante2 elle a bon apptit aux heures voulues1 car les rgles d'hygine sont exactement suivies3 elle se couche huit heures du soir1 sans exception1 se lve six heures du matin1 mme en hiver2 les ablutions sont toujours faites l'eau froide2 en t1 la promenade a lieu huit heures du matin1 en mangeant la tartine qui compose le premier djeuner2 cette promenade consiste aller au bon air1 en jouant au cerceau et au ballon dans les prs1 o se cueillent des pquerettes2 puis1 quand le soleil monte1 on apprend sa leon au grand air2 on rentre onze heures et du meilleur apptit on djeune d'un beefteak ou d'une ctelette saignante4 ,le piano vient comme recration aprs le djeuner2 l'aprs-midi se passe1 l'abri de la chaleur1 faire les devoirs et prendre les leons2 le goter consiste en un morceau de pain sec ou une tartine trs lgre de fromage blanc ou de confitures1 ou encore en bons fruits1 cerises1 groseilles1 etc4 ,vers cinq heures1 rcration jusqu'au dner4 ,aprs dner1 promenade ou jeux et coucher huit heures4 ,en hiver1 les leons se prennent le matin2 la promenade a lieu aprs le djeuner de midi2 cette promenade se passe en jeux de corps2 ,marie a surtout cette navet1 cette fracheur d'impression qui fait le charme de l'enfance et aussi de l'adolescence4 ,les parents1 les professeurs1 les gens gs quels qu'ils soient1 sont1 ses yeux1 des tres suprieurs avec lesquels elle ne discute pas2 tout ce qu'ils font est bien4 ,devant eux1 elle n'ose bouger ni parler2 elle coute1 questionne peu1 et rpond quand on la questionne2 elle se tient tranquille et respectueuse4 ,la toilette se rsume pour elle dans la propret2 et lorsqu'on lui demande si une autre petite fille est bien gentille1 c'est pour elle le synonyme de bonne4 ,sa pense srieuse est de satisfaire ses parents1 de les rendre heureux2 ses projets sont d'arriver tre trs savante1 bien travailler2 son grand dsir est de bien jouer1 bien s'amuser4 ,quant faire de l'esprit1 critiquer1 elle n'y songe pas4 ,julie a tous les dehors de ,marie1 sauf qu'elle est ple et mince et a un petit air rus et concentr2 elle sait faire la dame1 et bien se tenir1 mais ce n'est que par hypocrisie2 a lui est impos4 ,c'est une sournoise qui attend que sa mre ou sa bonne ne soient pas l pour pincer sa sur4 ,fanny n'est pas leve du tout2 pas de tenue1 pas d'heures d'tude2 elle a six ans1 elle ne sait pas lire2 elle voudrait bien jouer du piano1 mais elle ne peut arriver apprendre les principes4 ,elle est grande et forte et parat dix ans4 ,elle est d'une sant exubrante2 sa mre craint de la fatiguer1 et lui fait prendre un exercice qui ne fait que l'enforcir au physique1 et l'abrutir au moral4 ,elle ne peut supporter aucune gne1 aucune contrarit2 elle sera toujours trs en retard dans ses tudes2 elle n'a aucun maintien2 elle est fort belle enfant1 et1 comme on le lui rpte l'envi1 elle sait fort bien montrer ses jambes1 et sauter trs haut devant les messieurs4 ,c'est un garon en jupon4 ,alix est une fute2 avec ses grands yeux enfivrs1 son petit corps mignon1 la petite gte est un vrai dmon d'esprit1 elle saisit tout et apprend tout1 caresse tout le monde et passe de main en main comme un petit chien ou un bibelot curieux2 il est impossible d'avoir une conversation srieuse en sa prsence1 sans qu'elle vienne vous interrompre2 il faut toujours s'occuper d'elle et l'admirer4 ,elle cherche1 cherche1 et vous lance au visage une observation1 souvent plus impertinente et dsagrable que spirituelle4 --,madame1 pourquoi tu portes un chignon noir quand hier tu avais des cheveux blancs8 ,la mre gronde4 --,veux-tu bien te taire6 ,mais quand la dame est partie et que le mari rentre1 elle lui raconte en riant comme la petite est observatrice1 et elle embrasse l'enfant1 en lui disant3--,tu as bien fait1 va1 ma chrie1 de lui dire cela6 ,elle a t bien attrape6 ,l'oncle1 le parrain1 le vieux cousin1 tous gtent l'enfant l'envi1 l'excitant dire des mots drles1 et le soir1 lorsqu'il y a du monde1 on a toute la peine du monde obtenir qu'elle aille se coucher dix ou onze heures du soir2 il faut l'emporter moiti en pleurs1 moiti endormie2 on la lve huit heures le lendemain1 ple1 fatigue2 le djeuner succulent la tente peu2 on ne sait que lui offrir pour veiller son apptit2 c'est une petite femme en herbe1 dj nerveuse1 capricieuse1 coquette1 mais que la fivre dvore avant l'ge4 ,il serait bien difficile de dire ce que deviendront ces petits caractres1 quand ils se dvelopperont2 mais quand on fait parler un enfant1 qu'on l'observe1 qu'on l'tudie avec l'intention d'en dduire son caractre futur1 on trouve si rarement la fleur d'innocence et le caractre sincre et bien intentionn1 qui sont les bases d'une existence vertueuse et bonne1 qu'on n'est plus tonn de toutes les vilenies qu'on rencontre dans le monde4 ,en tudiant l'enfance1 on peut prdire ce que sera l'avenir4 ,il n'y a rien de plus dlicieux au monde et qui ne vous ouvre l'me plus de dlices qu'une enfant telle qu'elle doit tre4 ,,chapitre ,,iii ,,les ,,besoins ,,et ,,les ,,plaisirs ,,de ,l',,enfance4 ,la plupart des parents de la gnration actuelle ne comprennent pas les besoins de l'enfance4 ,ils rptent satit que leur pre et leur mre ne se souviennent pas d'avoir t jeunes1 et eux-mmes ne se souviennent pas d'avoir t enfants1 ne se rappellent pas les soins que l'on a pris d'eux2 on ne peut nier que l'ducation des enfants a subi des modifications importantes1 quelques-unes au grand avantage de ceux qui en sont l'objet1 d'autres provenant de l'gosme le mieux entendu4 ,le dmaillottage1 pratiqu d'ailleurs de longue date par les mres intelligentes1 se propage heureusement1 et les prjugs nuisibles se dtruisent2 mais du dsir de fortifier l'enfant en lui faisant une ducation physique un peu forte1 on tombe dans l'gosme en dlaissant de s'en occuper4 ,rien n'est meilleur pour un enfant qu'une forte ducation au physique comme au moral1 mais elle n'imprime nullement qu'on le dlaisse pour cela lui-mme1 pas plus au moral qu'au physique4 ,le dveloppement physique ne consiste pas devenir agile comme un petit singe1 monter dans un omnibus et en descendre pendant qu'il marche1 avec des jambes grles1 de mme que je ne regarde pas comme un dveloppement moral bien utile celui de donner des reparties malicieuses1 de se moquer plus ou moins spirituellement de choses respectables4 ,il est vident qu'aujourd'hui on ne comprend pas les besoins de l'enfance1 pas plus que ses plaisirs4 ,pour qu'un livre pour enfants ait du succs1 on exige d'abord que les parents le puissent lire avec plaisir2 or1 il est absolument impossible que ce qui a de l'attrait pour un esprit de trente ans1 en ait pour une intelligence vieille de six annes1 et non seulement de l'attrait1 mais de l'utilit4 ,on se figure moraliser par une histoire romanesque1 o tous les personnages sont revtus de la plus haute vertu peu d'exceptions1 et lesquelles absolument abhorres2 il en rsulte que les enfants sont appels faire des comparaisons trs fcheuses l'gard de leurs parents4 ,ils s'aperoivent des dfauts de ceux-ci1 se regardent trs malheureux pour ce motif1 et de l la leon est compltement perdue4 ,dans les contes de ,mmes ,guizot1 de ,bouilly1 de ,berquin1 etc41 on s'y occupait bien davantage des enfants que des parents2 les premiers seuls taient en scne avec leurs dfauts corriger1 leurs qualits acqurir1 dfauts et qualits d'enfants4 ,c'tait l'histoire de la petite fille presse1 de la petite gourmande1 de la dsobissante1 etc4 ,les enfants trouvaient chaque ligne des morales contre leurs dfauts2 force de vouloir raffiner et perfectionner1 on tombe dans l'excs contraire4 ,a l'gard des plaisirs1 les enfants ambitionnent d'imiter les grands1 il faut leur laisser ce plaisir1 tout en le comprimant dans ce qui pourrait tre nuisible4 ,l'enfant qui ne dsire pas tre grand et vieillir1 n'est plus un enfant1 car pour connatre le prix du jeune ge1 il faut tre dj dsabus1 dsillusionn de la vie4 ,maintenant bien des enfants1 des fillettes surtout1 apprcient parfaitement la valeur d'tre jeunes1 et ne souhaitent en aucune faon quitter leur fourreau court pour la robe panier ou la trane de la sur ane4 ,c'est vers douze ans que cette science prcoce commence1 eh bien6 les plus jeunes1 qui heureusement ne la possdent pas encore1 conservent ce dsir d'imiter papa et maman4 ,pour les satisfaire1 maman consent leur mettre de la poudre de riz1 flatter leur amour-propre1 par des vtements aussi riches que les siens1 et en leur passant des caprices comme les siens aussi2 imitations fort nuisibles4 ,quant celles qui ne le sont pas1 on les supprime parce qu'on ne les comprend pas2 exemple3 il existe aux ,champs-,elyses des petites voitures tranes par des chvres qui font le bonheur des bbs2 il y avait jadis un petit omnibus1 une petite calche1 et c'tait un grand bonheur pour les enfants d'avoir leur taille ce que leurs parents ont4 ,j'ai connu une toute mignonne petite fille1 encore l'ge o l'on porte la petite douillette bleue et la petite capote bavolet2 peine si elle commenait marcher1 et le secret dsir de ce petit tre tait de monter dans le petit omnibus2 elle allait dans de grandes calches avec ses parents1 mais on la tenait sur les genoux2 dans les grands omnibus1 si elle y avait t1 cela aurait t dans les bras de sa bonne2 mais quel plaisir de monter dans le petit omnibus aux chvres6 ,on acquiesce avec plaisir sa demande2 elle va donc enfin jouir de la douce sensation de passer sur ces marches1 d'entrer par cette petite porte1 de marcher entre les deux rangs jusqu'au fond2 quelle volupt6 --,prs de la porte1 n'est-ce pas fillette8 lui dit son pre4 --,non1 au fond6 balbutie l'enfant qui parle peine4 ,alors1 il enlve le bb dans ses bras1 et le passe en riant travers la fentre de l'omnibus4 ,oh6 dsespoir concentr de la pauvrette1 qui retient ses larmes pour ne pas faire voir son pre qu'il lui a gt son plaisir2 entrer par la fentre1 quelle honte6 entrer comme une poupe1 au lieu de faire la grande demoiselle6 ,eh6 bien1 aujourd'hui1 on a voulu raffiner ce plaisir charmant des enfants1 on a remplac l'omnibus et la calche par une corbeille1 o l'on assied en rond les voyageurs2 cette corbeille est orne de fleurs1 et l'aspect des bbs dans une corbeille de fleurs est ravissant de posie1 mais je doute fort que les bbs y trouvent autant de plaisir6 ,les parents commencent par se satisfaire eux-mmes4 ,ils emmneront leurs enfants au thtre avec eux1 mais ne les accompagneront pas ,robert ,houdin4 ,ils les rendront agiles1 afin de n'avoir pas s'occuper d'eux1 mais non dans le but de les rendre forts et courageux4 ,ils leur donneront de la science et non du cur2 puis ils se plaindront1 quand ils seront vieux1 de les trouver1 gostes1 durs ingrats4 ,la plupart du temps1 ce sont les domestiques qui sont chargs de la premire ducation2 quel triste exemple dans ces affaires juges par les tribunaux6 ,cette bonne qui martyrisait les enfants que sa matresse lui laissait du matin au soir1 pendant qu'elle-mme allait son travail6 ,mais gagnait-elle seulement de quoi payer sa bonne8 ,c'est qu'elle prfrait ses travaux qui lui apportaient de la distraction s'occuper de sa maison et de ses enfants2 ce qui et t plus triste1 plus terre terre4 ,il est vraiment triste qu'une femme ayant des enfants soit oblige d'aller travailler au dehors2 il semble que si son mari n'est pas assez fort pour subvenir aux besoins de sa famille1 elle pourrait trouver un travail faire chez elle4 ,mais on n'aime pas se gner1 mme pour ses enfants4 ,telle autre mre dont la lamentable histoire s'est droule aussi devant les tribunaux1 ayant une conduite fautive1 faisait lever sa fille loin d'elle1 pour qu'elle n'et pas son mauvais exemple4 ,pourquoi ne se rangeait-elle plutt8 ,les jeunes femmes ont facilement confiance4 ,dernirement je fus tmoin de la scne suivante3 ,c'tait une jeune gouvernante2 elle avait de doux yeux bleus1 des cheveux blonds soyeux1 son petit chapeau noir ferm la coiffait gentiment1 un voile loup tombait un peu plus bas que sa bouche1 tir soigneusement sur son visage2 elle retenait gracieusement d'une main sa mantille1 dans l'autre elle avait pris la main d'un bb ravissant1 g de quatre ans environ1 pendant que l'an1 qui n'avait certainement pas six ans1 donnait la main son petit frre2 elle se disposait traverser ainsi en courant le large boulevard ,haussmann1 au carrefour de l'glise ,saint-,augustin1 sillonn en cet endroit par des tramways venant de tous cts1 de nombreuses lignes d'omnibus1 des charrettes1 des voitures en multitude4 ,d'ailleurs1 la raret des voitures ne fait quelquefois qu'augmenter le danger1 car elle endort les prcautions4 ,une voiture arrive rapidement par un tournant ou sort d'une porte1 on court1 on s'affole et le malheur est arriv4 ,un homme d'un certain ge1 sur le refuge en face1 examinait travers son binocle la jeune fille1 qui1 parfaitement consciencieuse de cet examen1 rougissait1 se troublait et se proccupait beaucoup plus du monsieur et d'elle-mme que des enfants4 ,la mre qui lui confie ses deux bbs1 sait qu'elle est incapable de leur faire du mal2 elle est bonne1 pure1 une vraie perle2 mais si1 pendant qu'ils vont traverser1 une voiture survient trop vite1 qu'un passant se jette brutalement dans le petit groupe1 les mains des deux enfants se sparent1 et le bb perdu est renvers sous la voiture2 ah6 certes1 la pauvre gouvernante est dsespre1 elle souffre sincrement1 elle s'vanouit1 car elle se demande comment elle affrontera la vue de sa matresse6 mais le malheur n'en est pas moins arriv4 ,journellement on voit les mmes imprudences se renouveler2 les bonnes1 les gouvernantes1 et1 faut-il l'ajouter1 les mres parfois1 ne comprennent pas ce que c'est qu'un enfant4 ,on veut qu'il ait de la raison4 ,la plupart du temps1 aujourd'hui1 on ne donne plus la main aux enfants2 vous voyez des petites filles de cinq et six ans courir dans les rues de ,paris1 devant et derrire leurs mres1 leur petit parapluie la main1 s'il pleut4 --,il est bon que les enfants apprennent de bonne heure se suffire eux-mmes1 dit-on4 ,oui6 mais il faut le leur apprendre1 et on ne fait rien pour cela4 ,il faut se donner la peine de les gronder en temps opportun et pour des faits qui les concernent bien eux-mmes et ne servent pas seulement nos aises4 lever les enfants est certainement une tche difficile sous bien des rapports2 et pour former un caractre1 que de peine doit-on prendre6 ,je me dis cela souvent1 en regardant jouer des petites filles avec leurs compagnes4 ,quelle diffrence dans les caractres1 et comme on peut tirer de petits faits de grandes dductions6 ,voici ,juliette et ,gabrielle qui sautent et gambadent2 mais1 terreur6 elles glissent sur l'asphalte et s'talent1 s'entranant l'une l'autre1 car ,juliette s'est cramponne ,gabrielle2 celle-ci est tombe sur les genoux et a d se faire du mal1 cependant elle se relve prcipitamment1 regarde autour d'elle pour voir si on l'a vue4 ,la mre1 qui tait devant1 se retourne et la voit dj debout3 --,tu es tombe6 s'crie-t-elle alarme4 --,oh6 peine ai-je touch la terre1 s'crie l'enfant en riant1 quoique des larmes de douleur brillent dans ses yeux4 --,tu t'es fais mal1 dis-moi o4 --,mais non1 mre1 je t'assure6 ,ne dis donc rien6444 tout le monde nous regarde4 ,allons-nous-en vite6 ,et elle s'chappe en courant dans une alle latrale2 arrive derrire un gros arbre1 auprs d'une fontaine1 elle soulve le bord de son pantalon et dcouvre une bosse rouge1 sur laquelle elle applique de l'eau frache1 en se cachant4 ,il est vident que le caractre de ,gabrielle est nergique1 fier et bon2 il n'est ni goste1 ni mou4 ,qu'a fait ,juliette pendant ce temps8 ,elle s'est laisse aller assise1 et comme elle n'a que six ans1 de mme que sa compagne elle n'est pas tombe de bien haut et ne s'est pas fait grand mal4 ,cependant elle pousse des cris perants et reste terre4 ,tout le monde s'empresse autour d'elle4 ,sa mre la prend par un bras et la relve rondement4 --,allons1 maladroite1 sotte6 relve-toi6 --,mais elle s'est peut-tre blesse grivement1 ma chre1 fait observer la maman de ,gabrielle1 qui juge par sa fille3 o t'es tu fait mal1 mon enfant8 ,et comme la petite continue hurler sans rpondre3 --,voyons1 o8 rpte la dame alarme2 la hanche8 --,je ne sais pas6 hi6 hi6 --,vous ne la connaissez pas1 ma chre1 elle pleure pour un rien1 ne faites donc pas attention444 ,allons1 viens2 tu vois1 on fait cercle autour de nous6 dit la mre4 ,et elle cherche l'entraner4 --,hi6 hi6 --,tu ne peux donc pas marcher8 --,je ne sais pas6 hi6 hi6 --,essaie4 ,juliette avance un pied1 puis l'autre1 et parat tout tonne de pouvoir marcher2 mais elle se suspend au bras de sa mre et ne veut plus courir avec sa compagne1 qui lui demande avec intrt o elle a mal4 ,on rencontre la porte de la maison le papa de ,juliette1 qui arrivait4 --,papa6 papa6 hi6 hi6 --,qu'est-ce qu'il y a1 ma chrie8 --,je suis tombe6 --,tu es tombe6444 oh6444 tu t'es fait mal8 --,oh6 oui6 hi6 hi6 --,tu ne la tiens donc pas par la main6 dit le pre sa femme d'un ton de reproche2 tu ne surveilles pas assez cette enfant1 il lui arrivera malheur6 ,il prend la petite dans ses bras et la monte l'escalier4 ,il l'assied sur le canap4 --,o t'es-tu fait mal1 dis-le papa1 ma chrie8 ,nous allons y mettre des compresses2 o1 o8 --a ne me fait plus bien mal1 dit l'enfant1 qui ne se soucie pas de compresses2 mais444 j'ai un peu mal l1 et elle montre son estomac4 --,prpare-lui le quart d'un verre d'eau de fleurs d'oranger avec beaucoup de sucre1 ,thrse1 a la remettra4 ,un clair de joie brilla dans les yeux de ,juliette2 elle se coucha sur la poitrine de son pre et se fit cliner4 --,gabrielle aussi est tombe1 fit observer ,mme ,thrse1 en mettant du sucre dans un verre4 --,oh6 madame6 s'cria ,gabrielle d'un air fch2 il n'y avait pas besoin de le dire6 ,je ne suis presque pas tombe1 vous n'avez mme pas eu le temps de me voir terre6 --,vous tes-vous fait du mal8 --,jamais je ne me fais du mal1 moi6 je tombe1 me relve2 a ne vaut pas la peine qu'on y fasse attention4 --,oui6 elle est robuste comme un petit cheval1 cette petite ,gabrielle6 remarqua le pre de ,juliette4 ,cependant ,gabrielle tait mignonne et ple auprs de sa fille1 si forte et si rouge4 --,qu'est-ce que je vois donc l1 cependant8 fit la mre de ,gabrielle1 en soulevant du bout de son ombrelle le bord de la jupe courte de sa fille1 laquelle1 assise sur une chaise haute1 laissait un peu voir ses jambes nues au-dessus des chaussettes4 ,une large tache violace apparaissait au-dessous du genou4 --,oh6 ce n'est rien6 un petit bleu1 dit-elle en ramenant sa jupe bien vite4 --,comment donc6 un petit bleu6 ,mais vous auriez pu vous faire beaucoup de mal6 dit le pre2 vous auriez pu vous casser la jambe6 vous auriez pu vous luxer le genou444 ,prenez garde6 je vous engage veiller cela1 il pourrait bien se former un phlegmon444 c'est excessivement grave444 ,quand j'tais au collge1 j'ai eu un de mes camarades qui a fait une chute de ce genre1 et il a fallu lui faire l'amputation444 il en est mort6 ,la mre de ,gabrielle tait devenue triste et ple en entendant ces fcheux pronostics4 --,gabrielle1 je veux que tu te soignes6 --,mre6 j'y ai dj mis de l'eau frache444je veux bien en mettre encore1 mais je t'assure que je ne sens plus rien et il ne vaut pas la peine de tant s'occuper de moi6 --,je ne sais pas pourquoi tu ne veux jamais qu'on s'occupe de toi quand tu tombes6 --,je suis en colre contre moi6 c'est si bte6 si maladroit6444 ,montre donc tes bleus1 ,juliette8 --,non6 rpondit la petite gte en se pressant contre son pre2 c'est bien laid ton bleu6 je ne voudrais pas l'avoir6 --,voulez-vous un peu d'eau de fleurs d'oranger1 ,gabrielle8 --,oh6 merci1 madame444 je vais boire de l'eau pure et tremper mon mouchoir dans le restant du verre pour faire une compresse444 ,c'est-y bte de se jeter par terre comme a6 ,imbciles de jambes1 va6--et elle tapait sur ses mollets--je vous apprendrai ne pas mieux vous tenir6444 encore1 c'tait un chemin tout uni6 --,comme ce doit tre froid6 dit ,juliette en regardant la compresse que sa petite amie s'appliquait1 et tout en sirotant le sucre dans l'eau de fleurs d'oranger4 ,de tels caractres sont difficiles mtamorphoser par l'ducation2 on peut cependant y arriver4 ,livres elles-mmes1 ,juliette et ,gabrielle deviendront1 il est facile de le deviner1 la premire une petite-matresse goste et toujours geignante1 l'autre une fille dvoue1 nergique1 ne s'occupant jamais d elle4 ,,chapitre ,,iv ,,les ,,bonnes4 ,que d'abus1 que de victimes les illusions1 la lgret1 l'ignorance1 peuvent occasionner1 mais non excuser6 ,malheureusement tout concourt souvent entretenir et confirmer ces illusions et ces ignorances4 ,une voix s'lve-t-elle de temps autre pour combattre les erreurs1 elle est touffe ou oublie bientt4 ,le docteur ,brochard a dit et rpt combien les nourrices et les bonnes maltraitaient ou pervertissaient les pauvres petits enfants qui leur taient confis2 pour moi1 je voudrais pouvoir inculquer cette mfiance dans le cur de toutes les mres2 au risque de me rpter encore1 je veux faire une nouvelle campagne ce sujet4 ,existe-t-il une cause plus intressante que celle de ces pauvres bbs8 ,oh6 je ne viens pas1 mesdames1 vous parler des malheureux petits ,chinois1 que leurs parents jettent la voirie1 ni des enfants orphelins recueillir par la charit et si dignes de piti2 je veux seulement attirer votre attention sur vos propres enfants1 ceux qui sont ns de votre chair et de votre sang1 ceux qui sont l tout auprs de vous1 tendant leurs petites lvres roses toutes gonfles1 et leurs petits bras blancs potels vers vous1 et qui voudraient vous dire s'ils le pouvaient3 --,maman6 donne de l'argent pour sauver les petits ,chinois1 tant mieux6 que le bon ,dieu me le rende1 mais donne ton temps la surveillance de ton bb444 et n'accorde pas ta confiance illimite en la nourrice ou en la bonne4 ,je ne voudrais pas m'attirer l'aversion des bonnes1 et paratre chercher dnigrer cette classe de femmes1 parmi lesquelles il peut y avoir1 comme dans toutes les classes1 mais moins dans celle-ci que dans d'autres par suite des circonstances1 des curs d'or et dvous4 ,mais1 en ne prenant mme que ces derniers1 vous ne pouvez nier que par le dfaut d'ducation1 par le milieu gnralement campagnard1 sinon vicieux1 o la bonne et la nourrice ont t duques1 enfin par la force des choses1 la meilleure de toutes est brutale sans en avoir conscience1 dnue de dlicatesse dans ses paroles et dans ses actions1 et votre enfant1 ce trsor1 n de parents citadins1 fortuns1 c'est--dire dlicats1 ne peut supporter sans mauvais rsultats d'tre trait comme un enfant n dans d'autres conditions1 et pour lesquelles la nature l'aurait dou d'une constitution ad hoc et dont l'ducation doit rpondre l'avenir4 ,c'est pourquoi la meilleure des bonnes ou des nourrices ne peut lever un bb comme le ferait sa mre4 ,le plus que vous pouvez exiger d'elle1 sans mme l'esprer1 est qu'elle agisse comme s'il s'agissait de son propre enfant2 or1 regardez autour de vous1 et voyez comme elles agissent envers leurs propres enfants6 ,citer des exemples entranerait trop loin1 mais l'imagination ne pourra jamais exagrer ce qui se passe entre les bonnes et les enfants4 ,j'aurais presque crainte1 sinon horreur1 de raconter certains faits1 de peur d'en suggrer l'ide6 ,on a vu des bonnes adorant les enfants qui leur taient confis1 leur donner l'habitude de boire des liqueurs pour les satisfaire4446 ,une1 qui buvait de l'eau-de-vie en cachette de sa matresse1 en frottait lgrement les lvres de l'enfant1 qui y prenait grand plaisir et lui fit ainsi contracter le vice de l'alcoolisme6 ,il serait dsirer que les maris et les mres n'apprhendassent pas autant de dvoiler aux jeunes femmes certains vices1 afin de les clairer sur les dangers viter4 ,mais j'entends ici maintes voix s'lever3 --,oh6 j'ai une excellente vieille bonne6 je puis avoir la plus grande confiance en elle6 --,la mienne est une fille douce et honnte1 qui n'a aucun vice4 --,celle-ci a lev des enfants dans les meilleures maisons6444 ,les jeunes femmes ont facilement confiance1 d'abord parce qu'elles n'ont pas l'exprience du mal1 triste exprience1 hlas6 qu'on acquiert avec les ans et toujours trop tard6 ensuite1 elles ont le caractre indcis et faible2 quittant la tutelle paternelle pour entrer sous le joug conjugal1 l'obissance1 la douceur sont de leurs principales qualits2 leur bonne1 leur nourrice sont plus ges qu'elles1 en savent plus qu'elles sur bien des points3 elles cdent et se laissent dominer4 ,ensuite encore1 la confiance s'accorde d'autant plus facilement que c'est un soulagement pour les caractres lgers qui aiment bien se dcharger des corves ennuyeuses4 ,la jeune femme donne un coup d'il de temps autre la nursery2 elle aperoit tout bien en rgle4 ,plus une bonne est une matresse femme1 plus elle a d'aptitude pour rglementer seule1 sans surveillance1 plus elle est craindre pour l'enfant4 ,comment une mre peut-elle souffrir qu'on morigne1 qu'on caresse son enfant sa place8 ,comment peut-elle renoncer pour444 pour qui8 grand ,dieu6 pour un monde444 indiffrent6 essuyer ces grosses larmes que les gronderies font couler1 entendre cette petite voix implorer son pardon2 donner une petite correction mme1 toujours mesure par l'amour maternel1 puis voir ces ris faire des fossettes aux joues roses1 dmler ces fins cheveux encore si faibles1 chausser ces pieds si mignons et si vifs6 ,petite fille1 cette femme a aim habiller sa poupe1 la bercer1 et aujourd'hui que ,dieu met entre ses mains une poupe vivante bien autrement intressante que celle aux yeux d'mail1 o il y a plus qu'un corps soigner1 mais une me former1 elle s'empresse de confier ce prcieux trsor une femme laquelle elle n'aurait certainement pas voulu confier sa poupe de bois6 ,pour se rendre compte du peu de confiance qu'il faut mettre dans les domestiques mme les plus prouvs1 il n'y a qu' parcourir les jardins publics1 et on s'tonnera que l o il y a des gardiens pour empcher de maltraiter les chevaux1 on ne songe pas en mettre pour empcher de maltraiter les enfants6 ,que d'accidents funestes sont dus1 sans qu'on le sache jamais1 la malveillance ou simplement l'ignorance des domestiques auxquels on confie les bbs6 ,lsion du cerveau1 idiotisme1 dviation de l'pine dorsale1 bras et jambes dmis1 mort souvent1 hlas6 anmie1 fivres typhodes1 maladies diverses et horribles1 dartres1 etc41 puis infirmits morales1 caractres fausss1 pervertis ds l'enfance1 dpravation de murs et de sentiment1 etc46 ,tout petit1 l'enfant est terriblement expos loin des yeux vigilants de sa mre1 clairs par cet amour instinctif qui surpasse tous les autres4 ,un peu plus g1 il rclame1 je ne dirai pas davantage1 mais tout autant la surveillance continuelle de la mre1 et il n'y a qu'une institutrice tout fait d'lite qui puisse peu prs1 mais jamais tout fait1 la remplacer entirement4 ,heureux les bbs de parents de position mdiocre1 o la mre peut s'occuper d'eux et les environner de ses soins6 ,heureux les bbs qui ne sont pas entours de valets1 et qui s'battent sous la sauvegarde maternelle1 recevant les gronderies et les baisers de leur mre6 ,,chapitre ,v ,,le ,d,,veloppement ,,de ,l',,enfant4 ,i ,voil un bien grand mot1 pour l'associer la personne mignonne de l'enfance6 mais il exprime si bien l'action de la croissance qui se produit dans la premire partie de la vie humaine6 des changements qui surviennent6 ,parmi toutes les sciences sur lesquelles on appelle l'attention des jeunes filles1 au nombre de tous les arts qu'on leur apprend1 au milieu des talents qu'on leur donne1 des prceptes qu'on leur inculque1 pour les rendre des pouses modles1 des matresses de maison capables1 des femmes instruites et mondaines1 il y a un chapitre sur lequel on nglige de les clairer1 c'est sur les soins donner aux enfants1 quoique cependant ce soit un des vnements les plus prvus de la vie que d'avoir une famille lever4 ,la jeune fille la mieux duque1 la plus instruite1 la plus capable pour diriger sa maison1 s'en remettra du soin d'lever son enfant1 au physique comme au moral1 sa nourrice et sa bonne4 ,certes il arrive que la nourrice ou la bonne peut tre capable et experte1 mais n'est-ce pas triste d'entendre un mari oblig de dire sa jeune femme3 ,laisse donc faire ta nourrice1 elle en sait plus que toi ce sujet8 ,n'est-ce pas humiliant8 ,ah6 je sais bien1 et l-dessus j'aurai beaucoup dire2 c'est une habitude dans beaucoup de familles de tenir les enfants sous la tutelle des domestiques1 d'en faire leurs suprieurs1 jusqu'au moment o l'ge leur fait secouer une partie de cette dpendance et conserver la plus fcheuse4 ,la supriorit d'un infrieur1 d'un subordonn1 est nfaste1 car elle intervertit les rles4 ,il est trs commode pour une mre frivole et mondaine de se dbarrasser du poids de l'ducation de ses enfants sur les autres4 ,mais elle ne rflchit pas si les gens auxquels elle donne cette effrayante responsabilit en sont dignes4 ,je sais bien qu'elle nous assurera que les domestiques sont de vritables perfections4 ,que j'en ai connu de jeunes femmes1 qui ont gard ainsi1 plus ou moins d'annes1 des domestiques prcieux1 faisant un loge pompeux de leurs qualits minentes1 consentant peine leur reconnatre quelques imperfections insignifiantes444 puis1 un beau jour1 patatras6 on dcouvrait qu'il n'y avait pas de monstres pareils6 ,la domesticit1 la ville1 est presque fatalement voue sa perte2 mais1 en mettant les choses au mieux1 en admettant que ceux qui vous confiez vos enfants soient braves1 ils ne sont pas moins sans ducation4 ,malheureusement1 les pres ne s'inquitent pas des bbs1 et les femmes sont bien entranes sur cette pente par leurs maris4 ,le bb est une chose2 il sera temps de s'occuper de lui quand il aura six ou sept ans444 ,mais alors on se trouve en prsence d'une nature qu'on doit se fliciter si elle n'est qu'hbte et si elle n'est pas vicie4 ,lorsqu'une mre dit son bb1 g de quatre ou cinq ans3 ,obis ta bonne444 ,si elle t'a grond1 c'est que tu le mritais444 ,ce sont des mensonges que tu me fais2 elle donne cette bonne le droit de torturer son enfant1 et elle brise le germe de la dignit et de la justice qui naissait dans l'esprit de cet enfant444 ,entre autres1 je connaissais une lgante jeune femme444 mais j'en ai connu et en connais des centaines dans le mme cas444 elle avait une adorable petite fille qu'elle adorait1 et une femme de chambre des plus adroites1 un phnix de femme de chambre444 qui embrassait constamment l'enfant1 en user la peau de ses petites joues444 7,encore une triste habitude de laisser embrasser ses enfants6 ,dans les maisons riches1 les pauvres bbs n'arrivent dans les bras de leurs parents que chauds des baisers de l'office67 ,la jeune mondaine ne pouvait toujours suivre son enfant4 ,ne fallait-il pas1 le matin1 trouver1 bien sauvegarde de tous bruits1 dans un sommeil rparateur1 le repos des fatigues du bal de la veille8 ne fallait-il pas faire des visites1 aller chez sa couturire1 etc48 ,l'enfant et t bien plaindre si elle avait d attendre que sa mre et le temps de s'occuper d'elle6 --,oui6 on m'a dit que ma femme de chambre brutalise ma fille444 quand elle est seule avec elle1 me disait-elle en rponse une observation444 ,je ne peux pas le croire4441 je la surveille beaucoup4442 j'arrive toute heure1 au moment qu'elle ne m'attend pas1 aux ,champs-,elyses par derrire les buissons444 ,je la surprends444 ,un jour1 il est vrai1 j'ai trouv l'enfant qui pleurait pitoyablement sur un bout du banc1 pendant qu',eudoxie causait1 avec d'autres gouvernantes4 ,je l'ai rprimande vertement et cela n'est plus arriv6 --,comment le savez-vous1 que ce n'est plus arriv8 --,je ne l'ai plus surprise en faute4 --,mais la petite est toujours si rouge qu'on dirait qu'elle vient de pleurer6 --,la petite est capricieuse1 nerveuse1 elle crie et pleure pour un rien4 ,elle a besoin d'tre corrige4 --,elle ne pleure jamais quand elle est avec vous6 --,c'est vrai444 ,ma femme de chambre me raconte toutes les mchancets qu'elle lui fait4 ,c'est un diable444 ,la petite fille1 lorsqu'elle eut huit ans1 eut le caractre dissimul1 l'intelligence obtuse1 les sentiments corrompus1 le parler vulgaire444 ,ce fut toute une ducation refaire1 et cette premire empreinte s'efface difficilement fond4 ,en revanche1 elle avait un grand respect pour les domestiques4 ,l'opinion de la femme de chambre avait beaucoup plus d'influence sur elle que celle de sa mre4 ,cette femme de chambre tait vritablement la matresse de la maison4 ,cependant elle la dtestait2 la haine s'tait accumule dans son cur avec la fourberie1 et il lui tardait d'tre elle-mme marie pour se soustraire cette dpendance4 ,mais lorsqu'elle sera marie1 elle s'empressera1 au contraire1 d'y retomber1 afin de se dcharger de ses devoirs1 elle aussi4 ,ce ne sont pas seulement les femmes qui ont de la fortune qui devraient apprendre tre mres1 mais il faudrait que dans les coles primaires on rservt quelques heures cette tude4 ,dans le peuple on traite les enfants un peu plus mal que les animaux1 et telle concierge qui sacrifiera son lait son chat1 et le couchera sur son lit dans son dredon1 sautant la gorge de celui qui se permettrait le geste d'un coup de pied1 brutalisera son enfant1 ne lui donnera pas une nourriture convenable1 le couchera dans un placard humide1 et ne saura en aucune faon former son caractre6 elle n'en comprendra mme pas l'obligation4 ,en corrigeant son enfant1 elle n'a en vue1 la plupart du temps1 que sa satisfaction personnelle2 en tous cas1 elle ne sait gure comment s'y prendre4 ,l'amour maternel1 dit-on1 est instinctif la mre et lui apprend soigner son enfant2 qui enseigne aux oiseaux donner la becque leurs petits8 ,oui1 ce serait trs vrai1 si nous tions laisss l'tat naturel1 comme les oiseaux4 ,mais la civilisation est prcisment l pour nous enlever nos instincts1 et c'est l'ducation qui doit nous les rendre4 ,le cur pris intellectuellement et l'instinct sont deux organes diffrents4 ,des animaux ont de l'instinct1 ils n'ont pas de cur4 ,ensuite1 le cur ne suffit pas tout dans la vie1 et s'il est indispensable pour aimer et bien lever ses enfants1 il faut aussi en avoir la science4 ,il n'y a pas nier que le cur puisse jusqu' un certain degr suppler la science qui manque et inspire une sorte de devination indiquant ce qui doit tre fait4 ,une mre qui s'adonne de tout cur l'ducation de son enfant peut arriver1 certainement1 possder cette science d'intuition1 mais ces caractres lgers si nombreux tant soit peu qu'ils soient distraits et loigns du point de vue unique qu'il faut avoir pour arriver ce degr1 ceux-l il faut enseigner les soins apporter pour dvelopper l'enfant au moral comme on le dveloppe au physique4 ,les hommes pour la plupart1 je le rpte1 ne s'intressent pas plus aux bbs qu'aux petits chiens4 ,de ce que l'enfant ne les comprend pas tout de suite1 ils assurent qu'il n'a pas d'me1 et que la nourriture corporelle seule lui est ncessaire4 ,le corps seul selon eux a se dvelopper pendant les premires annes de sa vie2 encore le dveloppement du corps doit-il se faire n'importe dans quelle condition1 et la croyance est invtre qu'un enfant de faible constitution sera fortifi en tant lev par une paysanne et1 si l'on peut1 au milieu de paysans4--,voyez comme leurs enfants sont robustes6 s'crie-t-on l'appui2 ils ne sont ni anmiques ni tiols6 ,il n'y a pas de rgles sans exception1 et un enfant peut devenir trs robuste lev par une paysanne la campagne1 mais il est ncessaire qu'il soit lui-mme d'une origine robuste1 et c'est bien pour cela qu'il meurt en si grande quantit des petits citadins en nourrice2 qui ne connat le proverbe brebis tondue ,dieu mesure le vent8 aux poumons faibles et dlicats il faut un climat doux1 l'air vif les tue4 ,dieu1 dans sa sagesse infinie1 a gradu la force du lait maternel1 proportionnellement au nombre de jours de l'enfant1 ce qui n'empche pas que l'on donne frquemment des nourrices qui ont dj nourri deux ou trois bbs1 c'est--dire qui ont du lait de deux ou trois ans ,j'ai vu ce fait dans une des premires familles de ,france4 ,la fille du duc de ,m41 aujourd'hui marquise de ,b41 a t nourrie en quatrime nourrisson par une robuste femme de quarante-deux ans1 une matresse femme6 la jeune femme n'en est pas moins anmique44 ,l'enfant du paysan hrite de la force musculaire de ses parents et il peut supporter les brutalits1 tandis que l'enfant d'une femme frle aura les membres abms1 mais non enforcis1 par ces brutalits2 on peut refaire une seconde nature1 mais par des soins bien entendus4 ,la mortalit des enfants est bien plus considrable la campagne qu' la ville1 ou plutt dans la classe populaire1 parce que le faible y est condamn d'avance4 ,le fort seul peut rsister et subsister4 ,les parents ne se douteront jamais1 parce qu'ils loignent autant que possible de leurs yeux et de leur pense ce spectacle et cette ide dsagrables1 que de fois leurs enfants meurent1 ou sont malades1 mal btis1 abrutis ou pervertis par la faute de ceux qui ont t chargs leur place1 moyennant une rcompense pcuniaire1 de remplir leurs devoirs4 ,le dveloppement intellectuel demande au moins autant d'attention2 certainement1 on redressera le caractre1 les habitudes1 l'intelligence1 comme on redressera les jambes1 c'est--dire1 grand renfort de peine1 et si l'on peut1 et si cette intelligence n'est pas tue comme il arrive du corps4 ,pour se dvelopper1 l'intelligence doit tre exerce1 mais d'une faon salutaire et entendue4 ,une jeune mre doit savoir qu'il lui appartient de former1 de dvelopper peu peu1 sans fatigue et avec douceur1 l'intelligence de son enfant1 en s'occupant de lui1 en ne le laissant pas lui-mme1 sans le gter et sans le rudoyer1 afin que cette intelligence se dveloppe1 droite et vigoureuse1 pure de toute souillure1 comme le corps4 ,alors seulement que les jeunes femmes seront elles-mmes des mres parfaites1 connaissant leur devoir et le remplissant1 on pourra esprer une gnration meilleure4 ,,ii ,je n'en ai pas fini avec ce sujet1 et ce qu'il me reste dire1 qui est1 je crois1 le plus important1 ne concerne pas seulement les bbs1 les grands peuvent aussi en faire leur profit4 ,constamment l'on entend dire1 aussi bien chez les riches que dans les classes pauvres3 ,cet enfant ne doit pas travailler3 il est trs intelligent1 mais nous sommes obligs de le retenir dans ses tudes2 le docteur recommande de ne point trop le tenir au travail4 ,ici1 j'ouvre une parenthse l'gard des propos de docteurs2 loin de moi l'ide d'attaquer un corps aussi honorable2 il n'en est pas moins vrai que la ,facult tient souvent des propos un peu jets la lgre et dont elle ne pse pas toute l'importance4 ,il est de ces conseils qui sont bientt donns et qui dbarrassent d'une grande responsabilit4 ,un mdecin qui conseille un pauvre hre du repos1 une bonne nourriture1 du bon air1 des toniques1 a bien plutt fait que d'crire une ordonnance4 ,un mdecin est appel auprs d'un enfant fivreux au teint excit1 l'il brillant2 cet enfant a des reparties vives1 des rires et des gestes nerveux2 il parat plus avanc que son ge ne le comporte4 ,le docteur l'entend parler de ses tudes1 raisonner d'une faon tonnante2 il en conclut que l'enfant est surmen et il recommande de ne pas le fatiguer4 ,il est indispensable de s'entendre3 est-ce bien l'tude qui fatigue les enfants8 ,parents1 rappelons nos souvenirs et jugeons par nous-mmes4 ,nous souvenons-nous avoir jamais t fatigus par l'tude8 par le travail8 ,nous avons t fatigus et nervs quand on nous a mens au thtre1 au cirque1 aux bals costums2 aprs une veille prolonge1 aprs avoir sirot un peu de caf noir1 got de bonnes liqueurs2 le lendemain nous avons d nous remettre1 la tte pleine de nouvelles images1 l'tude2 et notre petite intelligence aussi bien que nos membres ont t las6 ,la nourriture pimente ou trop sucre1 le farniente nervant des vacances1 les courses forces du dimanche1 les habillements gnants1 les conversations intrigantes des grandes personnes1 les excitations hlas6 que trop d'enfants rencontrent dans leur entourage1 voil qui les fatigue et les nerve2 mais ce n'est ni le travail ni l'tude2 bien au contraire1 l'tude calme les effervescences de la nature4 ,prenez un enfant aussi nerveux1 aussi dlicat de physique1 aussi vif d'intelligence qu'il soit3 placez-le dans un milieu d'hygine parfait1 au bon air2 donnez-lui une nourriture essentiellement saine et rgulire1 procurez-lui une existence calme1 mthodique1 vous pouvez le faire avancer dans ses tudes autant qu'il vous plaira1 vous ne lui verrez jamais les yeux enfivrs1 ni la tte exalte4 ,que ses rcrations se passent des exercices du corps1 qu'il se lve de bonne heure et se couche tt1 qu'il soit prserv des commotions humaines4 ,le travail calme1 mate les nerfs et ne les excite pas1 c'est donc tort qu'un mdecin dit3 ,ne faites pas travailler cet enfant1 il doit dire plutt3 ,ne le fatiguez pas1 ce qui est tout autre chose4 ,il ne faut pas confondre2 or les parents1 dans la croyance de faire reposer leur enfant parce qu'ils ne lui feront rien faire d'utile1 se mettent la plupart du temps le surmener de plaisirs1 de courses1 de veilles4 ,je le rpte1 je rappelle mes souvenirs et il ne me revient pas que l'tude m'ait excite1 tandis que je l'tais fort aprs des parties de plaisir4 ,ce qui rend les enfants incapables de travail1 ce qui affaiblit leur constitution1 c'est la vie excitante de la ville d'une part1 pour ceux qui ont de l'intelligence naturelle1 c'est le manque d'encouragement pour ceux qui sont apathiques4 ,en ayant peur de fatiguer les enfants par une contrainte quelconque1 en ne craignant pas de les laisser se fatiguer1 toujours par le mme motif1 c'est--dire en contraignant pour le bien1 en laissant faire pour le mal1 l'ducation ne peut aller que de mal en pis4 ,le fait est qu'avec la mthode de vouloir enseigner les sciences aux bbs ds le berceau1 d'applaudir leurs reparties spirituelles1 et en les condamnant au repos pour ce qui est d'une tude suivie1 on arrive une instruction irrgulire4 ,j'ai dit que je m'adressais aussi bien aux grands qu'aux petits1 parce qu' tout ge on peut rparer le mal1 et puis les jeunes filles qui me liront et qui ont pu se croire trs maltraites parce qu'on les forait travailler1 verront que leurs parents n'taient que justement proccups de leur avenir2 celles qui ont t gtes n'en voudront pas leurs parents et essaieront de rparer le mal sans crainte de se fatiguer4 ,jamais on ne doit exprimer devant un enfant un sentiment qui puisse le retarder en quoi que ce soit4 ,on ne doit pas le consulter1 ce n'est pas lui juger de ses forces4 ,les parents sont l pour le diriger1 le guider1 l'envoyer coucher1 le faire lever1 travailler et se reposer1 non pas selon leur bon plaisir eux1 mais selon ce qui est bon pour l'enfant4 ,la rgularit est un des meilleurs principes hyginiques de la sant1 ainsi que le calme et l'absence des motions malsaines2 mais si l'enfant nerveux est guri par le travail rgulier1 une nourriture saine1 des exercices de corps1 l'enfant apathique et engourdi sera dvelopp et fortifi de mme par un travail continu1 un rgime hyginique1 une volont au-dessus de la sienne2 il devra tre secou4 ,les vices1 le manque de soin1 les plaisirs hors d'ge1 l'indiffrence qu'il rencontre1 le manque de direction1 voil ce qui tiole l'enfant et le rend incapable de travail4 ,et c'est pourquoi l'intelligence1 l'adresse1 le jugement doivent toujours tre dvelopps chez les enfants2 il faut les habituer compter sur eux-mmes1 savoir se retourner1 juger d'une position1 ne pas tre timors1 esclaves d'habitudes qui les rendraient maniaques4 ,au physique comme au moral1 ils doivent tre dgourdis1 quand mme1 c'est--dire en dpit de leur position de fortune1 et d'autant plus que leur caractre naturel peut tre port1 davantage l'apathie4 ,ce qui engourdit beaucoup les enfants1 c'est d'tre servis1 et vraiment je me demande comment des mres intelligentes elles-mmes peuvent supporter chez leurs filles certaines manires444 --,vous avez un exemple au bout de la langue1 dites-le1 me dit la mre d',odette4 --,eh bien1 oui6 l'autre jour je regardais sortir de chez moi une dame avec sa fille1 jolie personne de dix-sept dix-huit ans2 la porte de la rue tait ferme2 la fille avait les mains dans son manchon1 elle se mit un peu de ct2 la mre ouvrit la porte qui est assez lourde1 la fille passa1 la mre la suivit et ferma la porte1 pendant que la premire faisait demi-tour1 toujours les mains dans son manchon1 d'un air parfaitement stupide4 ,comment une mre peut-elle tolrer cela8 --,et comment une personne intelligente peut-elle se contenter d'tre une poupe8 --,j'en connais d'autres dont les mres portent toujours les paquets quand elles vont faire des emplettes6 --,ah6 oui1 voil encore o l'on aperoit l'adresse2 ,mme ,x999999 a1 vous le savez1 des mains d'enfant1 encore d'enfant qui les a petites2 elles sont blanches1 frles1 ravissantes2 eh bien1 elle est d'une adresse remarquable2 de ses mains mignonnes1 elle porte des multitudes de paquets1 dont mme de forts lourds1 sans avoir l'air gne2 on se demande comment elle s'y prend1 tandis1 que vous voyez d'autres femmes embarrasses aussitt qu'elles ont deux choses porter2 on est sr qu'elles en laisseront tomber une1 ou la perdront2 elles auront un air gauche et maladroit4 --,ce ne sera pas la petite fille de ,mme ,c41 car elle n'a que huit ans et elle suit dj sa mre dans les rues de ,paris sans donner la main1 portant son rouleau de musique1 son buvard plein de cahiers1 son petit parapluie1 que sais-je encore8 --,mme ,c4 a sept enfants1 elle n'a donc pas le temps de s'occuper les gter4 ,elle pousse peut-tre les choses l'excs1 et il ne faut pas tourner la ngligence ou la cruaut3 cependant1 dans les pays trangers1 on enseigne bien plus qu'en ,france aux enfants se tirer d'affaire eux mmes4 ,en ,angleterre1 en ,amrique1 en ,allemagne1 une fillette de douze ans est une petite mre pour ses jeunes frres1 et elle pense srieusement en allant ses cours se chercher un mari1 mais cela d'une faon trs sense4 --,certainement2 et1 sans sortir de ,france1 je vous assure que le nombre d'enfants intelligents1 de jeunes filles adroites1 de femmes actives et dvoues que l'on rencontre est bien plus grand qu'on ne le croit gnralement4 ,je connais une femme du monde lgant--,mais je vous raconterai cela une autre fois4 ,,iii ,mes amies me quittrent regret2 la conversation est toujours si anime quand il s'agit de parler du prochain et d'en dvoiler les faiblesses6 surtout s'il peut y avoir corrlation avec nous4 ,mais la mre d',odette revint peu de jours aprs et ramena la conversation sur le mme chapitre4 --,figurez-vous que ce que vous avez dit devant ma fille1 il y a trois semaines1 lui a fait beaucoup de bien4 ,elle ne fait que rpter qu'elle veut acqurir en travaillant cette fortune qui lui fait tant dfaut6444 ,mais n'est-ce pas trop l'exciter l'ambition8 --,je suis trs contente de ce rsultat2 l'ambition n'est pas encore craindre son ge4 ,cependant je prfrerais lui voir l'ambition du talent1 de la rputation1 celle des richesses4 --,c'est que la fortune1 voyez-vous1 est la source de tous les bonheurs6 --,comment vous1 d'un naturel si aimant1 si potique1 qui apprciez si bien les dlicatesses du cur et les bienfaits d'une intelligence claire1 pouvez-vous avancer un tel paradoxe8 ,est-ce avec de l'argent que vous remplaceriez votre enfant1 si ,dieu vous l'enlevait8 ,la femme la plus riche arrive-t-elle mieux conserver l'amour de son poux8 ,au contraire1 bien des maris mnent fort bon mnage tant qu'ils sont pauvres et doivent travailler aux cts de leurs femmes2 lorsqu'ils ont de l'argent1 ils ont l'occasion de prendre des plaisirs qui les dtournent de leur intrieur2 que de femmes ai-je connues qui regrettaient le temps de leur pauvret6 ,la jeune fille qui a une belle dot ne peut jamais se flatter d'tre aime pour elle-mme2 sa dot lui fera trouver un mari1 mais ne la fera pas aimer de ce mari6 --,ce sera la chance1 ma chre6 ,aprs tout1 son mari pourra l'aimer1 quoiqu'elle soit riche4 --,certes6 ,et si elle a des vertus et des talents1 du bon sens1 du cur1 et une foule de qualits domestiques1 il l'aimera encore plus srement4 --,tout le monde ne peut pas avoir du gnie6 --,non2 mais chacun peut tre heureux en sachant se contenter de sa position1 la condition qu'il n'ait pas de peines de cur1 que sa sant soit peu prs bonne1 je dis peu prs1 parce qu'il ne faut jamais demander la perfection6444 ,vous vous plaignez toujours de votre manque de fortune444 ,nous ne nous entendrons jamais cet gard4 ,je ne consentirai jamais trouver que vous tes malheureuse par le seul motif que vous n'tes point fortune1 tes oblige de vous servir vous-mme1 ne pouvez aller en loge l',opra4 ,vous n'avez perdu ni mari ni enfants1 pas mme vos parents2 ils sont tous1 ainsi que vous1 en jouissance de leurs quatre membres et de leurs cinq sens2 le dshonneur1 ,dieu merci1 n'a pas pntr dans votre maison2 la concorde y rgne4 ,toutes ces choses sont autant de bonheurs dont vous devez remercier la ,providence1 au lieu de vous plaindre de ne pouvoir avoir le luxe que possde telle ou telle de vos amies4 ,que diriez-vous donc si vous tiez comme la petite miss ,o'k1 qui devient aveugle et ne pourra plus travailler pour gagner sa vie8 ou comme ,mme 9999991 qui est tendue sur son lit1 raide depuis cinq mois8 ou encore comme telle autre1 dont le mari vient de se suicider1 la laissant dans la misre et la douleur8 --,je ne pourrais pas supporter de tels chagrins6 --,pourquoi8 les autres les supportent bien6 et il faut bien les supporter6 ,croyez-vous donc que vous tes la seule souffrir et ressentir1 non seulement les peines cruelles et terribles1 mais mme les piqres continuelles de la vie quotidienne8 ,ah6 chre amie1 regardez donc tous ceux qui souffrent autour de vous1 et ne vous croyez pas d'une nature plus dlicate4 ,mais voil1 que vous me trouvez1 dure1 dans votre for intrieur6 ,c'est que moi je connais les vritables peines de la vie6 ,vous tes jeune encore1 vous voudriez voir tout vous sourire1 et la fortune qui vous tient rigueur vous fait envie4 ,hlas6 je vous souhaite seulement de ne jamais avoir de plus grands motifs de chagrin que ceux que vous avez en ce moment6 ,quand vous serez vieille1 vous jugerez la vie diffremment1 et vous verrez que la part vous a encore t faite belle et que le bonheur peut exister1 aussi bien dans une mansarde1 que d'ailleurs vous tes bien loin d'habiter1 que sous des lambris444 quand on a jeunesse1 sant et famille6 ,remarquez bien que je ne vous blme pas d'essayer par tous les moyens dont vous disposez d'amliorer votre position2 fondez un cours un pensionnat2 utilisez votre talent de pianiste1 surtout levez votre fille dans ces sentiments2 demandez vos amis de vous tre utiles1 s'ils le peuvent1 mais ne vous estimez pas malheureuse6 --,mais voyez comme ,agla a eu plus de chance que moi6 --,agla a t pouse pour sa dot1 et son mari est occup la manger6 ,il n'est un mystre pour personne que le bonheur du foyer n'existe pas dans cette maison4 --,elle va l',opra toutes les semaines1 et presque tous les soirs dans le monde montrer ses diamants4 --,et vous enviez cette occupation spirituelle de montrer ses diamants8 ,pendant qu'elle est dans le monde1 son mari se dshabitue de sa socit1 et sa fille prend1 en compagnie de la femme de chambre1 ces jolies manires1 ces sentiments1 ces principes qui nous promettent en elle une mre de famille encore pis que sa mre6444 ,dieu prserve nos fils de ses filles6 --,je ne sais si elle est heureuse dans le fond1 mais elle prend bien du plaisir6 --,eh6 bien1 elle n'en a pas l'air6 ,et je l'ai surprise bien des fois avec une expression amre et dcourage sur la figure en mettant sa sortie de bal6444 ,en admettant qu'elle fasse consister son bonheur dans ses succs dans le monde1 je la plains6 ,oui6 je la plains plus que vous6444 ,nous avons autre chose faire ici-bas qu' nous dorloter dans la fortune ou nous rendre heureux par des satisfactions de vanit2 et cette tche1 dans quelque humble position que nous soyons1 elle existe2 elle n'est pas toujours facile et agrable1 mais o serait le mrite si elle l'tait8 ,ce qui nous la facilite1 c'est la conviction de faire notre devoir1 de faire quelque chose d'utile1 pas seulement nous1 mais l'humanit1 de contribuer1 ne serait-ce que pour un atome1 la grande machine humaine4 ,et ce n'est pas en s'occupant de futilits1 de toilettes1 de valses1 d'intrigues1 de succs de beaut qu'on y apporte un mouvement bien utile4 ,a ce moment1 le timbre de la porte de l'escalier se fit entendre1 et une voix d'enfant clata dans l'antichambre4 --,voil une visiteuse qui vous amne son bb6 ,je ne pus retenir un mouvement d'ennui4 --,comment6 a vous contrarie qu'on vous amne les enfants1 vous qui dites toujours qu'une mre ne doit pas les quitter8 ,vous ne les aimez donc pas8 --,j'adore les enfants bien levs1 et j'ai reconnu la voix de celui-ci2 vous allez voir6 ,une charmante jeune femme1 alerte et frache1 entra vivement1 et1 avec elle1 fit irruption dans le salon un beau petit garon de six ans environ1 aux grands yeux noirs et brillants1 comme ceux de sa mre1 plein de gat et de sant4 ,il tenait une baguette la main2 peine avions-nous chang quelques paroles qu'il nous interrompait3 --,donnez-moi de la ficelle1 madame1 je veux de la ficelle pour faire un fouet6 --,reste donc tranquille1 mon enfant6 lui dit sa mre4 --,je veux faire un fouet avec ma baguette2 je veux de la ficelle6 --,je vais sonner la bonne1 dis-je en me levant pour atteindre le cordon4 --,je vais sonner1 madame6 je veux sonner6 s'cria aussitt le petit garon en se prcipitant vers le coin de la chemine1 et avec la ptulance de mouvement qui distingue les enfants444 intelligents et robustes1 je le reconnais1 le voil qui se cramponne comme aprs une chelle une petite tagre1 afin d'atteindre le cordon de sonnette2 sous les petits pieds chausss de souliers forts et ferrs1 l'tagre de peluche chancelle et s'effondre2 encrier1 livres1 papiers1 corbeilles qui se trouvaient dessus roulent terre avec le petit garon6 ,brouhaha gnral6 tout le monde se rcrie et environne le dsastre6 ,heureusement il n'y avait pas de bimbelots prcieux sur mon tagre2 j'en riais donc1 en voyant que l'enfant1 relev par sa mre1 n'avait aucun mal4 --,je vais sonner1 repris-je1 la bonne ramassera tout cela4 ,mais aussitt le petit diable de se dbattre et de crier de nouveau3 --,c'est moi qui sonnerai2 attendez1 je veux sonner6 ,et la mre1 complaisante1 me dit en levant son fils dans ses bras3 --,pardonnez-le1 ,madame1 c'est un enfant gt6 ,une fois qu'il aura sonn1 il se tiendra tranquille6 ,le petit garon saisit le cordon de ses deux mains et le tira avec violence4 ,un violent coup de sonnette fut entendu travers les murailles1 pendant qu'un bruit comme le cinglement d'un fouet retentissait dans le salon et que la maman avec son enfant tombait renverse sur un fauteuil qui se trouvait heureusement l6 il avait arrach le cordon de sonnette6 ,en le voyant dans ses mains1 il voulut bien s'arrter de crier1 un peu penaud4 ,mais la honte du petit garon ne dura pas longtemps et il se mit crier en s'chappant des bras de sa mre et en gambadant3 --,c'est moi qui ai sonn6 c'est moi qui ai sonn6 ,nous nous attendions ce que sa mre le grondt1 mais elle se contenta de me regarder d'un air moiti suppliant1 moiti rieur1 guettant mon indulgence4 --,c'est un enfant terrible6 lui dis-je en riant4 ,quand elle vit que je riais1 elle se remit tout--fait4 --,ah6 oui6 rpondit-elle2 il est si fort1 si vigoureux qu'on ne peut le tenir6 ,il est excessivement intelligent1 comme vous voyez1 et il faut toujours qu'il en arrive son but4 ,l'enfant1 qui avait d'abord accompagn la bonne au dehors1 tait revenu et s'accoudait pensif1 maintenant1 sur les genoux de sa mre4 ,il avait laiss la porte du salon ouverte4 ,je fis un mouvement pour me lever afin de l'aller fermer2 puis1 me reprenant1 je dis3 --,tenez1 mon petit homme1 allez fermer la porte comme un grand monsieur4 ,mais la jeune mre courut aussitt la fermer1 en disant3 --,tu vois comme tu dranges6 ,l'enfant aurait trs bien pu aller fermer la porte1 puisqu'il tait si intelligent et si fort2 mais c'est ainsi que les parents pratiquent la plupart du temps4 ,sous le prtexte de sant1 de dveloppement1 ils laissent faire le mal et ne pensent pas l'utile et au bien4 --,je ne doute pas que ce petit garon1 de mme qu',odette1 dis-je la mre de celle-ci quand les autres furent partis1 ne deviennent1 elle une jeune femme et lui un jeune homme charmants1 par la suite des annes2 mais ils n'en comporteront pas moins en eux-mmes les dfauts que leurs parents laissent prendre pied en eux1 tandis qu'il aurait t facile de les dtruire l'tat de germe4 ,,chapitre ,,vi ,,punitions ,,et ,r,,compenses4 ,il faut avouer que dans la science d'lever les enfants1 on rencontre des questions terriblement difficiles rsoudre1 et sur lesquelles les conseils les plus divers se trouvent galement bons et mauvais4 ,j'avoue que1 pour mon compte1 je trouve que la meilleure ducation 7non pas instruction7 est celle que la mre donne avec son cur1 sans principes arrts1 et en en modifiant ainsi le mode1 suivant les circonstances innombrables qui se prsentent et la nature de l'enfant4 ,pour obtenir un rsultat satisfaisant1 il est indispensable que le cur de la mre soit droit et sain1 ainsi que son jugement2 mais l'instinct maternel est si puissant1 que les rgles dfinies doivent tre laisses aux personnes qui lvent des enfants trangers4 ,sur le chapitre des punitions et des rcompenses1 les donnes sont assez certaines1 et peuvent s'appliquer peu prs toutes les natures2 cependant il en est sur lesquelles bien des parents ou des matres font facilement fausse route4 ,il est des rcompenses nuisibles1 des punitions que les enfants dsirent1 et alors le but se trouve compltement manqu4 ,il faut se garder1 par-dessus tout1 de se servir d'un dfaut de l'enfant pour le corriger d'un autre4 ,le remde serait souvent1 dans ce cas1 pire que le mal2 et c'est une erreur dans laquelle il est facile de tomber4 ,l'autre jour1 une belle petite fille1 capricieuse comme un petit dmon1 pleurait devant moi pour un bobo insignifiant4 ,sa mre1 afin d'obtenir qu'elle se tt1 lui dit3 ,tu n'es pas jolie1 va1 quand tu pleures2 si tu savais comme tu deviens laide6 ,l'enfant scha ses larmes l'instant1 et se mit de suite sourire en faisant briller ses yeux4 ,il est vident que cette petite fille sera d'une coquetterie effrne1 si on continue la menacer de devenir laide4 ,a huit ans1 une enfant ne doit pas savoir ce que c'est que la beaut1 et je me rappellerai toujours cette rponse pleine de candeur que j'ai entendue1 de la part d'une fillette de douze ans1 fort avance pour son g dans ses tudes1 mais l'me nave comme une enfant la conserve naturellement si elle est bien leve par une mre tendre et pieuse4 --,cette petite amie dont vous nous parlez tant1 et qui a quatorze ans1 est-elle bien8 lui demandait une jeune femme du monde1 qui tre bien1 semblait le point le plus important4 --,oh6 oui1 elle est trs bonne6 rpondit l'enfant4 --,mais est-elle bien physiquement8 --,elle a l'air trs doux et trs aimable4444444 --,oui1 certainement1 mais je vous demande si elle est jolie8 --,ah6 je ne sais pas1 dit la petite interloque1 je crois que oui2 elle est si bonne1 si instruite1 si sage1 que1 bien sr1 elle doit tre jolie6 ,pour cette candide enfant1 la beaut ne pouvait marcher sans la sagesse4 ,menacer une enfant1 lorsqu'elle fait mal ses devoirs1 de ne pas lui mettre sa robe neuve1 ou de lui donner du pain sec1 c'est l'exciter la vanit et la gourmandise2 si elle n'est pas encline ces dfauts1 c'est la porter rpondre3 a m'est gal4 ,mais1 dira-t-on1 que faire8 ,priver une enfant de sortir peut nuire sa sant2 lui faire faire des pensums la dgotera du travail4 ,tout cela dpend beaucoup des circonstances et des dispositions de chaque enfant2 une mre srieuse et attentive sentira instinctivement ce qui peut tre utile au sien4 ,si ce dernier a t bien lev1 il suffira de le prendre par le cur1 par les sentiments2 de lui faire sentir combien sa conduite est ingrate envers ses parents1 comme il les afflige1 au lieu d'tre leur consolation1 et lui inculquer qu'on n'est quelque chose dans le monde que par les bonnes qualits et le savoir4 ,si l'enfant a du cur1 c'est--dire si l'gosme des parents ne l'a pas dessch1 cela suffira la plupart du temps2 sinon1 il faudra user d'une grande fermet4 ,si tu ne veux rien faire pour tes parents1 si tu es mauvais contre toi-mme1 lui dira-t-on1 moi je veux accomplir mon devoir1 je ne veux pas tre une mre coupable1 et c'est pourquoi je ne te cderai pas4 ,mais il ne faut pas faire durer le chtiment plus que la faute2 il faut1 au contraire1 accorder bien vite le pardon comme la meilleure rcompense4 ,il est vident que1 pour cela1 il faut s'occuper de son enfant1 et ne point l'abandonner aux mains de bonnes1 dcores du titre de gouvernante1 comme cela arrive souvent pour imiter les nurseries anglaises2 dans ces familles o l'on veut singer le luxe1 et o1 ne pouvant le possder fond1 on se contente de l'corce1 les enfants sont plus souvent l'office qu'au salon4 ,de l viennent les ducations dplorables que nous avons sous les yeux2 nos enfants ne se donnent mme plus la peine de dissimuler leurs dfauts1 et ce sont les manires et les propos de la cuisine et de l'curie que nous voyons introduits dans nos salons4 ,la privation de rcration est la meilleure punition sans contredit2 je ne dis pas la privation de sortie1 mais celle de jouer4 ,la mre qui laissera son enfant seule1 pour la punir1 pendant qu'elle-mme sortira1 fera natre dans ce petit cur de l'aigreur et de l'envie2 lorsqu'elle rentrera1 l'enfant n'aura rien fait1 se sera peut-tre1 au contraire1 amuse4 ,la priver de jouer est une vraie punition4--,mais il y a des enfants qui n'aiment point le jeu4--,c'est un malheur4 ,un enfant n'aimant point jouer m'a toujours sembl une anomalie2 c'est un cas fort rare1 sinon nul1 provenant de la nature2 mais la mauvaise ducation actuelle le fait natre souvent4 ,ces petites filles dont on fait de vritables poupes1 qu'on pare comme de petites cocodettes1 qui savent1 au sortir du berceau1 endurer des chaussures troites1 et se priver de sauter la corde pour ne point faire craquer leurs corsages1 prfrent ne point jouer et se pavaner comme des dames4 ,c'est1 je le crains bien1 perdre son temps1 que de dire3 ,habillez vos enfants simplement1 laissez-les jeunes1 candides1 tant que vous pourrez1 car ces mauvaises habitudes sont invtres partout maintenant4 ,comment des parents qui osent dire souvent que la sagesse et le savoir viendront leurs enfants tout seuls avec l'ge1 sans les corriger ni les forcer travailler1 comment ne pensent-ils pas alors que les gots de coquetterie et les ides du mal et du luxe sauront bien aussi venir aussi vite et sans encouragement8 ,il existe une grande controverse sur la question de savoir si l'on doit frapper les enfants4 ,certaines personnes y sont compltement hostiles2 d'autres1 en ayant vu d'excellents rsultats1 soutiennent ce systme4 ,il est bon dans certaines donnes trs restreintes4 ,une claque1 une fouette1 sont1 dans bien des cas1 le meilleur et l'unique moyen pour venir bout1 je ne dirai pas d'une mauvaise nature1 car c'est prcisment avec celles-l qu'il faut employer le plus de douceur1 mais d'une nature apathique1 indiffrente1 comme on en rencontre quelquefois4 ,premirement1 l'enfant ne doit jamais tre frapp par des trangers ou des subalternes2 ensuite1 c'est sur le moment mme1 cdant l'impatience1 qu'on administrera une calotte1 mais je dsapprouve absolument cette mre de ma connaissance1 qui disait une gouvernante3 ,demain vous donnerez le fouet ,charles1 parce qu'il m'a dsobi ce matin4 ,c'est l'humiliation1 la crainte de se trouver en face d'une colre plus grande1 qui produit une motion salutaire dont l'enfant ne se rend pas compte et qui l'impressionne4 ,ensuite1 on ne doit jamais frapper un enfant aprs huit ans4 ,a cet ge1 le raisonnement que1 plus jeune1 il ne pouvait comprendre1 doit suffire4 ,bien des parents disent3--,voyez mon enfant1 je ne l'ai jamais frapp1 jamais puni1--et on est tent de leur rpondre3--,il est facile de s'en apercevoir1 car il en aurait bien besoin4--,certes1 avec l'ge1 tous ces dfauts1 ces caprices de l'enfant qu'on n'a jamais puni1 s'aplanissent aux yeux des indiffrents1 mais ils n'ont point disparu du naturel2 l'hypocrisie1 l'usage du monde seuls les recouvrent1 et on peut dire d'eux3 ,grattez le ,russe1 vous retrouverez le ,tartare4 ,on doit aviser que les rcompenses aient toujours un ct utile4 ,ainsi on promettra l'enfant de lui laisser lire une histoire qu'on aura choisie instructive1 de lui laisser faire une robe pour sa poupe2 la mre qui aura su inspirer sa fille de regarder ses leons de piano et de dessin comme des rcompenses1 et l'en privera en punition1 aura obtenu un excellent rsultat4 ,,chapitre ,,vii ,,je ,,suis ,,comme ,a6 ,que voulez-vous6 je suis comme a6 ,il n'y a rien faire2 je le sais bien1 je suis mchante1 je suis entte1 paresseuse1 borne1 mauvaise tte1 etc41 mais c'est dans ma nature6--,elle est comme a6 ,elle ressemble son pre1 il faut tcher de s'en arranger6 ajoute la mre4 ,entre les dfauts et les petits travers qu'il est bon de corriger dans les enfants1 et de se dfendre quand on est l'ge de raison1 le pis est celui de se rsigner ses dfauts4 ,c'est d'un orgueil inique d'avouer sa faute avec ostentation2 c'est d'une indiffrence coupable que de s'y rsigner au lieu de chercher s'en dfendre4 ,a aucun prix1 il ne faut permettre un enfant de dire et de penser une chose pareille4 ,trs souvent1 force de rpter un enfant3 ,tu es un niais1 tu seras toute ta vie un imbcile1 il arrive qu'au lieu de le stimuler1 on le paralyse4 ,il s'entte dans ses mauvaises dispositions1 il en prend son parti1 et arrange sa petite vie avec son dfaut4 ,tous les caractres ne sont pas nergiques2 il y en a qui sont apathiques et n'aiment pas la lutte3 d'ailleurs1 il est bien plus facile de s'abandonner ses dfauts que de lutter avec eux4 --,que voulez-vous8 ,j'ai toujours t paresseux et ivrogne3 je tiens cela de mon pre2 on n'a jamais rien pu faire des garons dans notre famille3 misrable je suis1 misrable je resterai444 quoi bon me donner de la peine2 je n'y arriverai pas4 ,ainsi parle celui qui prfre ne pas se corriger4 ,certes1 il n'est pas toujours facile de vaincre ses habitudes ou ses instincts1 de se refaire une seconde nature2 c'est d'autant plus difficile qu'on n'a pas t habitu ds l'enfance considrer les difficults en face4 ,ensuite1 c'est l une excuse si facile pour ne pas se contraindre et pour se laisser aller6 ,mais c'est surtout ds l'enfance qu'il faut prvenir l'homme de cette faiblesse et ne pas la lui permettre4 ,pour bien lever un enfant1 il faut tudier son caractre1 non pour s'y conformer1 mais pour savoir comment le redresser4 ,il y a des natures qui sont faites pour la lutte1 et qui n'ont pas besoin d'tre stimules2 en piquant lgrement leur amour-propre1 en les humiliant1 on les rveille1 ne serait-ce que par esprit de contradiction4 ,d'autres1 au contraire1 se dcouragent par les reproches1 prennent les choses pour dfinitives et irrvocables1 se buttent1 s'habituent au mal1 deviennent indiffrents4 ,ceux-l ont besoin d'tre soutenus par des loges1 d'tre encourags1 secous4 --,tu n'es ni plus maladroit ni plus stupide qu'un autre1 et tu peux russir aussi bien2 seulement la volont te manque2 ,dieu t'a dou comme ses autres cratures1 mais c'est toi de te dvelopper1 de te ciseler2 tu ne veux pas prendre autant de peine que ton voisin2 c'est une mauvaise paresse dont il faut que tu te corriges1 et dont tu te corrigeras1 je le veux6 ,ainsi parlait une mre son enfant1 qui se hasardait lui tenir le langage d'une rsignation feinte et ridicule4 ,c'est de la lchet de se laisser aller l'existence passive4 ,et combien de gens se persuadent qu'ils ne peuvent pas faire telle ou telle chose1 simplement parce qu'ils ne se donnent pas la peine de l'essayer6 ,il est vrai qu'il y a des aptitudes1 des vocations2 mais la plupart du temps ces aptitudes proviennent encore plus de la direction donne par l'ducation que du naturel4 ,que de dfauts proviennent de l'ducation et combien d'autres sont supprims aussi par l'ducation6 ,le naturel existe videmment1 mais il peut tre modifi1 et il demande tre combattu1 dirig et mis profit avec opportunit4 ,n'est-il pas prouv qu'un fieff voleur peut devenir un excellent surveillant8 ,la plupart du temps1 nous allons vers le mal faute de savoir nous diriger dans la voie du bien4 ,en rsum1 si notre prochain est forc de nous accepter comme nous sommes et de s'arranger de notre caractre et de nos dfauts1 nous1 nous devons travailler sans nous laisser nous amliorer1 et non nous considrer1 avec un fanatisme oriental1 comme une chose indpendante de notre propre volont4 ,combien il est d'un esprit faible et troit de renier ainsi l'tincelle si noble et si curieuse de la volont que la ,providence a mise en nous1 et qui nous permet de nous diriger selon notre guise6 ,la devise belliqueuse vouloir c'est pouvoir est parfaitement vraie dans ce qui concerne ce qui est rellement en notre pouvoir1 ce qui nous appartient en propre4 ,ainsi1 nous voulons faire mouvoir notre bras1 nous le pouvons2 nous voulons modrer notre colre1 il sufft d'y penser1 pour nous calmer4 ,avec une attention continue1 un exercice constant1 nous pouvons aussi bien rendre nos doigts agiles que plier notre caractre4 ,cela ne dpend absolument que de notre volont1 et il est absurde et faux de dire3 ,je suis comme a6 je n'y puis rien6 ,,chapitre ,,viii ,r,,glement ,,de ,,la ,,journ,e ,d',,un ,,enfant ,a ,l',,poque ,,de ,,son ,,instruction4 ,je ne saurais trop le rpter il ne faut pas songer lever un enfant sans s'en occuper beaucoup1 et c'est bien l le motif qui dcide tant de mres mettre leurs enfants en pension4 ,elles ne veulent ou ne peuvent s'en occuper4 ,les mres qu'un travail matriel ou intellectuel1 mais ncessaire1 retient1 sont tout fait excusables2 et ce n'est pas elles que nous blmerons4 ,mais je ne puis m'empcher de m'tonner1 et de juger un peu svrement1 ces jeunes femmes instruites1 possdant tous les talents et toutes les connaissances utiles1 n'ayant rien faire1 toute la journe1 que pianoter1 broder1 faire des visites et en recevoir1 et qui se drobent au soin d'lever leurs enfants1 de les instruire1 sous le prtexte qu'elles n'ont pas le temps ou que leurs enfants ne leur obiraient pas et qu'elles n'obtiendraient aucun bon rsultat4 ,c'est un peu vrai1 parce qu'elles ne sauraient pas ou ne voudraient pas s'y prendre comme il le faut4 ,une des principales causes rside dans l'irrgularit que les mres1 les femmes du monde1 apportent1 ou apporteraient l'instruction de leurs enfants2 il est indispensable1 pour obtenir un bon rsultat1 que les heures du travail soient absolument rgulires2 pour n'importe quel motif on ne doit permettre de drogation ce principe4 ,oh6 maman1 je t'en prie1 une toute petite fois444 laisse-moi sortir cette heure-ci2 je ferai mon devoir quand je rentrerai1 ou demain4 ,il faut savoir tre inflexible4 ,c'est l'heure du travail1 elle doit tre observe2 mais pour cela il faut aussi que la mre elle-mme soit exacte4 ,si1 par exemple1 elle drange l'enfant dans sa rcration pour lui donner sa leon1 sous prtexte qu'une occupation quelconque l'empchera plus tard1 ou si elle n'est pas prte l'heure fixe et qu'elle fasse attendre son lve1 elle n'aura jamais qu'une enfant grognon1 inattentive1 fatigue4 ,le caprice gte le caractre d'un enfant4 ,les enfants doivent se lever matin1 et1 sous aucun prtexte1 on ne doit les faire ou les laisser veiller4 ,je blme nergiquement les parents conduisant aux thtres des fillettes au-dessous de quatorze ans1 et mme toutes celles qui n'ont pas fini leur ducation4 ,au reste1 c'est une erreur de croire que les enfants s'amusent au spectacle2 ils croient qu'ils s'y amuseront1 parce que c'est le fruit dfendu2 mais une fois qu'ils y sont1 ils s'y ennuient1 ne comprenant pas les finesses de la pice2 ils luttent en vain contre la fatigue et finissent par s'endormir sur le rebord de la loge4 ,il n'est rien de plus triste1 de plus anormal que de voir s'endormir1 un grand thtre1 un pauvre enfant qui dormirait bien mieux dans son lit1 et qui en revient blas sur un plaisir dont il se promettait tant de bonheur avant de l'avoir got4 ,n'oublions pas qu'il vaut mieux dsirer qu'tre rassasi6 ,voici un rglement pour la journe d'une fillette1 que j'ai vu suivre avec d'excellents rsultats1 et dont la plupart des articles sont indispensables une bonne ducation3 ,lever six heures du matin en t1 sept heures en hiver1 dans une chambre sans feu4 ,l'enfant fait son lit et sa chambre ou aide les faire dans la mesure de ses forces4 ,ablutions l'eau froide ou1 par les grands froids1 lgrement dgourdie4--,djeuner lger1 pain rassis1 lait chaud ou bouillon4 --,l'enfant doit se mettre l'tude huit heures du matin en t et huit heures et demie en hiver4 ,commencer par apprendre les leons par cur4 ,bien des personnes prtendent qu'on retient mieux en apprenant avant de se coucher et en dormant par-dessus2 d'autres que la mmoire est moins fatigue le matin4 ,on peut essayer et mme employer les deux moyens1 mais le matin l'emporte gnralement4 ,en t1 les enfants peuvent apprendre leurs leons au jardin1 au grand air1 c'est encore meilleur2 les tudes srieuses durent jusqu' dix heures et demie4 ,puis une heure et demie d'arts d'agrment3 dessin1 langues trangres ou piano1 en alternant un jour sur deux4--,a midi1 djeuner la fourchette et rcration4 ,le djeuner doit se composer d'une ctelette ou beefteak grill1 uf1 lgumes verts1 puis d'un fruit pour dessert4 ,jamais de vin pur ni caf4 ,le chocolat quotidien ou trop frquent chauffe4--,de une deux heures1 piano1 puis devoirs crits2 au moment de goter1 #c heures1 une demi-heure de repos2 le goter se compose d'une tartine de fromage blanc ou de confiture et d'un verre d'eau4--,reprise des devoirs jusqu' #f heures4 ,dner1 menu des parents ou peu prs4 ,le soir1 piano1 travail l'aiguille2 lectures1 dictes4--,neuf heures sonnant1 coucher dans une chambre sans feu1 aussi froid qu'il fasse2 l'enfant sera bien couvert dans son lit1 qui ne sera jamais chauff4 ,avant de se coucher1 il peut boire un verre d'eau sans sucre1 mais avec de la rglisse ou une pastille la menthe4 ,les heures de la promenade et des diffrentes tudes seront changes selon les saisons4 ,en t1 la sortie aura lieu de prfrence entre #h et #aa heures du matin2 bien des leons peuvent se donner dehors1 comme celle du travail l'aiguille2 en vue des leons dehors1 on prolonge la dure de la sortie4 ,en hiver1 la sortie aura lieu aprs le djeuner de midi4 ,pour les enfants qui sont levs en pension1 la promenade est remplace par la rcration1 ce qui vaut beaucoup mieux4 ,les mres qui lvent leurs enfants chez elles doivent s'efforcer d'tablir cet tat de choses2 c'est--dire ne pas habituer leurs enfants la promenade tous les jours1 mais les mener jouer et courir une heure avec de petites compagnes4 ,les jeunes femmes ,paris ne deviennent si coureuses1 c'est le mot1 que parce que leurs mres ont cru obligatoire de les faire promener des heures entires avec leurs gouvernantes4 ,elles ne peuvent plus se passer des promenades sempiternelles4 ,jouer1 c'est encore s'occuper2 se promener1 arpenter dix fois les ,champs-,elyses1 les bras ballants1 c'est tre oisif2 de plus1 c'est reintant1 les promenades tant rarement plates4 ,il ne faut pas qu'une enfant regarde la promenade comme indispensable sa sant1 autrement elle se croira perdue ds qu'elle ne pourra pas sortir4 ,je connais une jeune femme qui a t tellement habitue sortir tous les jours quelque temps qu'il fasse1 pendant qu'elle tait enfant1 qu'une fois jeune fille elle a cru cette promenade indispensable sa sant2 le mdecin avait rpt tant de fois devant elle qu'il fallait qu'elle ft un exercice quotidien au grand air1 qu'elle s'est persuade qu'elle tait trs malade quand elle ne le faisait pas et que sa vie tait en pril4 ,elle fourbissait1 s'il est possible de s'exprimer ainsi1 toutes les institutrices1 gouvernantes1 femmes de chambre qu'on mettait pour l'accompagner1 car sa mre avait d renoncer cette tche4 ,maintenant qu'elle est marie1 prcisment avec un homme peu marcheur1 du matin au soir elle est dehors1 par tous les temps1 seule1 sous le prtexte de faire de l'exercice4 ,mais1 chose trange1 ces jeunes femmes si sorteuses1 si marcheuses1 ne le sont plus1 ou du moins ne sont pas disposes l'tre lorsqu'il s'agit de promener leurs enfants6 ,elles courent de ct et d'autre1 tous les points de la ville1 toute la journe1 pendant qu' une trangre sont confis ces prcieux trsors6 ,mais revenons notre rglement4 ,il ne faut pas trop morceler les heures de travail1 sous prtexte de repos2 autrement l'enfant a peine le temps de se mettre au travail qu'il se trouve drang4 ,les heures les plus mauvaises1 car on est accabl par la chaleur et la fatigue1 sont de quatre six heures2 aussi doit-on rserver un travail peu fatigant pour ces heures1 la musique par exemple4 ,le dessin1 demandant un grand jour1 doit se faire plus tt4 ,il suffit de travailler les arts d'agrment tous les deux ou trois jours2 le piano seul demande tre pratiqu tous les jours4 ,trois heures d'tude bien employes suffisent pour faire une virtuose1 et une heure la fois seulement1 si l'on veut4 ,une heure de gammes1 une heure d'tude1 une heure de morceaux d'agrment4 ,de chacune de ces deux dernires heures1 une demi-heure sera consacre dchiffrer4 ,le piano est trs hyginique avant et aprs le repas2 il repose l'intelligence1 dont une occupation trop active fatiguerait la digestion4 ,bien des jeunes filles font des gammes en lisant4 ,c'est trop machinal1 et aucune des deux choses ne profite4 ,d'autres se font coiffer pendant qu'elles font des gammes4 ,comme une jeune fille doit se coiffer elle-mme selon notre manire d'lever les enfants1 ceci n'est donc pas admissible4 ,la gymnastique et la danse se placent dans les heures de rcration4 ,les enfants que l'on mne au cours n'ont pas besoin de sortie spciale1 mais il leur faut nanmoins une rcration avec des camarades4 ,les langues trangres peuvent en partie s'apprendre en mme temps que le travail l'aiguille ou les ouvrages de main4 ,les enfants ont tant de choses apprendre qu'il faut utiliser les moindres minutes4 ,les ,anglaises et les ,allemandes sont trs adroites en matire de petits ouvrages2 une gouvernante charge d'apprendre ces langues pourra donc1 en mme temps1 dmontrer les travaux et aussi promener les enfants4 ,a ,paris1 on a1 pour les fillettes leves dans leurs familles1 presque universellement adopt les cours4 ,une gouvernante trangre1 connaissant assez le franais pour servir de rptiteur1 est parfaite1 si la mre ne veut pas se consacrer entirement l'ducation de ses filles4 ,car il n'y a pas de milieu3 ou il faut s'en occuper presque exclusivement et renoncer au monde1 ses plaisirs1 ou ne pas s'en mler4 ,comme il est impossible d'apprendre tout la fois et que les heures du jour n'y suffiraient pas1 il faut savoir faire un choix dans les tudes qui doivent marcher de front1 ensuite le travail doit augmenter progressivement4 ,a cinq ans1 une enfant de force ordinaire peut commencer en mme temps la lecture1 l'criture et la musique3 la mmoire s'exercera sur de petites fables4 ,aussitt qu'elle saura crire1 on commencera les petits devoirs1 la grammaire1 l'histoire1 la gographie1 un peu de calcul1 un peu de travail l'aiguille et une langue trangre4 ,une fois entr en pleine priode de l'instruction1 c'est--dire de huit quatorze ans1 on appuiera surtout sur la langue franaise1 l'histoire2 la prparation la premire communion prend beaucoup de temps1 s'il est permis d'appeler temps perdu les leons qu'on reoit au catchisme2 les analyses sont d'excellents devoirs de style4 ,les arts d'agrment doivent tre de prfrence laisss de ct pendant cette priode4 ,les quelques heures consacres au dessin1 par exemple1 risqueraient fort d'tre perdues4 ,on peut tout ge apprendre dessiner ou parler l'anglais2 il serait ridicule de ne pas connatre la grammaire quinze ans1 et le mcanisme du piano s'obtiendrait difficilement cet ge4 ,lorsque la fillette est devenue jeune fille1 qu'elle a franchi les principales difficults de l'instruction1 que son intelligence dveloppe1 son jugement form1 lui permettent de saisir plus promptement1 de travailler plus srieusement1 alors de pianiste elle devient musicienne1 ses doigts ont conquis l'agilit ncessaire au mcanisme1 son got va se former4 ,elle apprend la peinture1 elle se perfectionne dans les langues trangres et dans les branches de l'instruction si intressantes qu'elle a effleures surtout pendant les vacances1 la botanique1 l'histoire naturelle1 les littratures trangres1 etc4 ,je termine ce long chapitre1 dont le sujet est cependant bien loin d'tre puis et sur lequel j'aurai occasion de revenir1 en appuyant surtout sur la ncessit d'apprendre la jeune fille rester chez elle1 s'occuper chez elle1 savoir se dispenser de sortir1 mme pendant plusieurs jours de suite6 ,pour combien de femmes ceci semblera une normit6 ,combien j'en connais ,paris1 qui me disent d'un air tout fait candide3 --,oh6 moi1 je sors trs peu2 il m'arrive trs frquemment de ne sortir que deux fois par jour6 ,le rglement que j'ai donn pour la journe d'une petite fille a pu paratre svre1 et cependant je dois reconnatre qu'il n'est que juste1 et la plupart des parents senss le reconnatront tel4 ,on ne saurait trop appuyer sur un rgime hyginique trs svre4 ,il y a surtout quelques points prcisment hyginiques sur lesquels il est ncessaire de revenir1 afin d'attirer de nouveau l'attention sur leur urgence3 le lever tt et le coucher tt1 les soins de la chambre1 et l'loignement du feu4 ,un enfant qui se remue n'a jamais froid2 d'ailleurs1 il est prfrable de le couvrir chaudement1 de lui mettre de bons bas fourrs et des corsages de laine1 que de l'habituer s'approcher du feu1 si l'on ne veut avoir un petit tre tiol1 fan et rid4 ,aussitt qu'une temprature modre arrive1 un enfant doit aller bras1 jambes1 cou et tte nus4 ,la tte principalement doit tre tenue l'air autant que le soleil le permet1 et le chapeau doit tre aussi lger que possible4 ,un pantalon court et ferm est indispensable toute petite fille1 autant par hygine que par dcence4 ,on peut le faire en flanelle ou en finette en hiver4 ,il n'est rien de plus sale et qui indique un enfant mal tenu que les bas mal tirs2 cependant il arrive souvent qu'on doive entamer une vraie lutte avec ces chers petits dmons pour obtenir ce rsultat4 ,mais l'on doit tre inflexible sur ce point4 ,la jarretire doit tre en lastique et mise au-dessus du genou2 mais un moyen trs employ et prfrable1 c'est d'attacher le bas au corsage de dessous1 au moyen d'un long ruban4 ,les chaussures fortes1 semelles paisses surtout1 ni larges ni troites1 maintiennent le pied et empchent qu'il ne se dforme4 ,si l'on permet des talons1 ils doivent tre trs peu hauts et plats4 ,on ne doit pas permettre une petite fille de rester en robe de chambre et en pantoufles pour prendre ses leons4 ,la nourriture d'un enfant doit tre simple et fortifiante1 jamais excitante ni stimulante2 les piments en sont exclus1 ainsi que le caf1 le th1 le vin pur1 les liqueurs4 ,les sucreries mritent aussi l'expulsion et les farineux s'y trouveront mlangs en petite quantit4 ,de la viande rouge saignante1 un peu de viande blanche et du poisson1 des lgumes aqueux et rafrachissants1 du bon bouillon1 du bouillon froid en t1 du pain1 de bons fruits1 jamais ou fort rarement de la charcuterie444 ,on voit qu'ils ne sont pas trs plaindre et que leur menu est dj assez vari4 ,le grand air est leur meilleur apritif1 et ils ne doivent pas en avoir besoin d'autres4 ,au reste l'ducation est pour beaucoup dans la sant d'un enfant1 l'ducation morale aussi bien que l'ducation physique4 ,les enfants deviennent souvent irritables1 nerveux1 souffreteux1 parce qu'ils sont entours de trop de soins1 qu'ils entendent trop rpter autour d'eux3 ,il est si dlicat6 a lui fera mal6 ,il ne faut pas le contrarier1 il est nerveux6 ,il faut lui cder6 ,l'enfant qui entend ces choses est perdu comme caractre2 il ne gurira jamais de la maladie morale qu'on lui inculque2 il se croira tout permis1 colre1 attaque de nerfs1 vapeurs1 il deviendra bientt une vritable petite-matresse1 un tyran4 ,en ducation1 le mal est difficile rparer2 on compare souvent l'enfance une jeune plante1 c'est tant qu'elle est jeune qu'il faut la redresser1 le moindrement qu'on attende ce sera trop tard1 il y aura craindre de la briser1 et il faudra bien plus de mnagement et de temps4 ,l'habitude a une grande influence sur la sant4 ,on s'habitue au froid1 la chaleur1 la fatigue1 au repos4 ,habituez donc vos enfants de bonne heure une vie dure1 mais qui ne leur semblera pas telle4 ,a propos de gymnastique1 sujet toujours actuel quand il s'agit d'enfants1 il est quelques rgles hyginiques qu'il est bon de connatre pour les observer4 ,on doit se livrer cet exercice de prfrence avant le repas1 afin de ne pas troubler la digestion et en mme temps d'exciter l'apptit4 ,il faut remarquer que la large ceinture qui accompagne le costume cet usage1 n'est pas simplement un ornement dict par la mode2 elle doit serrer la taille pour maintenir les reins de faon prserver de faux mouvements4 ,la personne prsidant aux exercices de gymnastique doit les faire ralentir et modrer vers la fin du temps qui leur est consacr1 au lieu de s'arrter brusquement1 afin que l'effervescence dans laquelle les enfants se trouvent se calme peu peu4 ,si les enfants sont en transpiration1 on les fera changer de linge aprs un moment de repos1 et s'tre essuys1 frotts fortement mme1 avec une serviette spongieuse4 ,,chapitre ,,ix ,,essais ,,sur ,l',,ducation ,,des ,,gar,,ons4 ,i ,presque tout ce qu'on a crit sur l'ducation des enfants concerne notre sexe2 le chef-d'uvre de ,fnelon n'est-il pas encore intitul l'ducation des filles8 ,c'est qu'on prtend1 juste titre1 que ce sont elles qui sont appeles lever les hommes2 mais ne serait-il pas bon alors de se proccuper1 non seulement de leur en fournir les moyens1 mais encore de leur apprendre s'en servir8 ,lorsqu'il nat un petit garon dans une famille1 c'est toujours une grande joie2 souvent mme on voit les jeunes mres en concevoir plus de plaisir que de la naissance d'une petite fille1 et reporter sur lui la plus grande part de leur affection4 ,cependant1 depuis son enfance1 o la mre est oblige de masculiniser son propre caractre pour ne pas lui donner une ducation effmine1 jusqu' l'poque o il s'mancipera tout fait1 elle aura subir des apprhensions continuelles4 ,pour l'ducation physique d'un garon1 il faut qu'elle s'arme d'nergie et de courage2 ds son bas ge1 il est essentiel de l'habituer aux exercices du corps1 et aussi aux luttes et aux prils4 ,il arrive presque toujours malheur aux enfants qu'on entoure sans cesse de prcautions et de craintes4 ,il ne faut jamais les arrter dans un acte de bravoure et de tmrit1 et plutt leur apprendre se dfendre qu' viter2 car une ducation mle1 en formant des membres robustes1 une forte sant1 formera aussi un caractre droit et nergique2 il est rare de voir des hommes grands1 agiles et bien portants1 ne pas tre francs1 loyaux et fiers1 tandis que les corps chtifs1 effmins1 mal conforms1 renferment pour la plupart des esprits tortueux1 timors1 enclins la bassesse et la platitude4 ,une mauvaise sant produit gnralement un caractre inquiet et indcis4 ,l'homme doit pouvoir rsister aux attaques de tous genres que la vie lui rserve1 et c'est son ducation qu'il devra les forces morales et physiques qui lui permettront de supporter la lutte4 ,la mre doit donc se rsigner le voir s'exposer certains prils1 se sparer de lui1 le confier des mains qui lui paratront bien rudes4 ,l'instruction hors le toit paternel est indispensable pour les garons4 ,quelque fortune qu'ils aient1 il faut absolument qu'ils s'habituent aux pousses des camarades1 aux lgres humiliations1 aux privations qui leur seraient pargnes la maison4 ,dans un bon collge1 l'galit rgne en souveraine1 aucune distinction n'est tolre1 except celle du savoir aux salles d'tude1 et celle de la force et du bon naturel aux rcrations4 ,les bouderies1 la vanit1 n'y sont point supportes4 ,les angles d'un caractre aigu s'moussent forcment au contact journalier des indiffrents4 ,les plaintes sans motifs1 les exigences1 les dolances inspires par la paresse et l'amour du bien-tre ne rencontrent point l'oreille indulgente de la tendre mre1 toujours prte s'effrayer4 ,la nature de l'enfant se conforme ce rgime au physique comme au moral1 et il n'en apprcie que mieux les douceurs de la maison paternelle lorsqu'il y revient2 il n'en chrit que davantage ses parents1 parce qu'il a t priv de leurs soins et de leur affection4 ,un jour viendra o l'enfant devenu homme prouvera de tout autres sentiments1 jour nfaste1 o son cur semblera pour quelque temps se fermer l'amour filial pour s'ouvrir une autre affection1 qu'il regrettera plus tard1 mais qui pour le moment semble absorber son tre tout entier4 ,c'est celui o des trangres quelconques1 d'autant plus aimes qu'elles en sont moins dignes1 accapareront sa confiance1 son argent4 ,la pauvre mre1 ayant peine le droit alors de donner un conseil1 sera oblige de feindre1 d'ignorer1 et n'osera plus demander son fils3 ,d'o viens-tu8 pour ne pas le forcer au mensonge4 ,avec sa fille1 la mre prouve l'ineffable consolation de diriger ses affections1 d'tre la confidente du rveil de son cur1 d'assister aux douces motions d'un amour pur et avouable4 ,et cependant les conseils maternels sont aussi ncessaires au fils qu' la fille1 car il est expos autant de dangers1 quoiqu'ils ne soient pas du mme genre4 ,savoir conserver de l'influence sur son fils est1 sans contredit1 le but quoi tendent toutes les mres2 peu russissent l'atteindre1 quelques moyens qu'elles emploient pour y arriver1 et celles qui l'atteignent savent rarement s'en servir pour le bonheur de leur enfant4 ,lorsque le petit garon est encore tout jeune1 la mre doit commencer s'en faire tendrement aimer4 ,au pre1 qui doit conserver intacte son autorit1 est rserve la svrit quelquefois inflexible4 ,la mre1 au contraire1 reprsente l'indulgence1 la mansutude2 c'est elle qui implore le pardon1 adoucit les rigueurs paternelles2 c'est elle qui console l'colier1 qui fait parfois les pensums1 qui accueille les confidences de l'adolescent4 ,c'est elle1 si elle tient bien diriger son fils1 qu'il appartient de prparer le terrain o viendront s'battre les passions humaines4 ,bien des mres s'imaginent mieux conserver leur fils pour elles1 ou contribuer davantage son bonheur futur1 en agissant comme cette ,nany1 dans la pice de ce nom1 reprsente au ,thtre-,franais2 c'est--dire en faisant un goste1 incapable d'un attachement profond2 en brisant son cur1 en dtruisant ses illusions et son enthousiasme pour notre sexe4 ,le rsultat le plus prompt de cette ducation est de faire des parents les premires victimes2 chaque fois qu'ils dtruisent le cur de leur enfant1 ce sont eux qui sont appels en souffrir le plus4 ,combien de mres croient1 en enseignant leur fils le mpris des femmes1 lui assurer la conqute de lui-mme et annuler tout empire du sexe fminin sur lui6 ces mres ne songent pas que les passions subsistent toujours2 et que si1 guides par le cur1 elles peuvent tre nobles et avoir un but lev1 sans cur1 elles deviennent viles1 et descendent sur les objets les plus bas4 ,pourquoi voit-on si souvent des hommes gostes1 d'une avance sordide1 n'ayant jamais prouv d'affection pour qui que ce soit1 incapables de bons sentiments1 se ruiner et commettre les plus grandes folies pour des cratures abjectes8 ,on se dit avec stupfaction3 ,c'est tonnant1 il n'aurait point fait cela pour sa mre1 ou pour une honnte femme1 comment peut-il aimer cette crature et tout sacrifier pour elle8 ,l'explication en est bien simple4 ,non1 ils n'aiment pas2 un faux amour-propre et leurs passions sont seuls en jeu4 ,ces hommes n'ont point de cur2 leurs mauvais instincts1 dpourvus de guide1 les gouvernent seuls2 et les cratures qui dominent de tels hommes1 ne pouvant y arriver que par des moyens pernicieux1 ne sont que des tres pervertis4 ,il est donc deux choses qu'une mre doit s'appliquer dvelopper en son fils3 le cur et l'estime de la femme4 ,au lieu de lui en montrer la perversit1 en croyant l'en dgoter1 elle doit lui faire considrer les tres mprisables qui dshonorent notre sexe1 comme des exceptions1 trop hideuses pour s'y arrter longtemps1 et diriger sans cesse ses regards sur celles qui sont chastes et vertueuses comme tant les seules dignes d'attention4 ,s'il est besoin1 pour les enfants des deux sexes1 que les parents soient infaillibles1 c'est encore plus indispensable1 s'il est possible1 pour la mre qui dsire conserver quelque ascendant sur son fils4 ,il est essentiel qu' ses yeux elle soit entoure d'une aurole de saintet et de vertu1 afin qu'il ne perde pas toute confiance dans le bien2 mais il ne faut pas qu'elle soit trop svre1 de peur qu'il ne craigne de s'pancher dans son sein4 --,s'il a un cur sensible1 il souffrira1 m'objectera-t-on4 ,non2 souffrir de trop aimer est encore jouir2 combien seraient heureux de sentir leurs curs palpiter au prix mme de quelques souffrances6 ,quelle mulation pour de nobles ambitions on y puise6 quel intrt pour la vie6 ,et lorsqu'il rapportera sa mre son pauvre cur meurtri1 ce sera le moment de lui faire comprendre que1 parce qu'il a rencontr une femme mprisable1 elles ne le sont point toutes2 qu'avec une pouse chaste et pure il n'aura point de dceptions ni de dsillusions1 car le but principal d'une mre doit tre d'amener son fils au mariage2 non un mariage de convenance1 qui laisserait son cur inoccup1 et lui apporterait seulement plus de fortune et de libert pour satisfaire des gots de dissipation1 mais vers un mariage d'inclination1 qui le retiendra son foyer4 ,que de mres imprudentes1 n'ayant en vue que leur ambition1 loignent leurs fils de celle qu'ils choisiraient1 et les jettent ainsi1 par l'isolement de sentiments purs o elles les forcent vivre1 dans le libertinage et la dpravation6 ,il est remarquer1 quoi qu'en puissent dire quelques esprits forts1 que les jeunes gens maris de bonne heure et suivant leur cur1 sont les plus rangs et les plus heureux1 tandis que ceux qui ont t contraris dans leur premire inclination1 qui d'ordinaire est toujours honorable1 ou se sont jets dans la dbauche1 ou bien ont fait des mariages d'argent et n'y ont trouv ni bonheur ni gloire4 ,que de malheurs irrparables1 que de crimes mme1 arrivent par suite d'unions mal assorties6 ,pour prserver son fils de la mauvaise socit1 une mre saura sacrifier ses gots1 ses habitudes les plus chres2 elle rendra son intrieur aussi gai que possible1 afin qu'il s'y plaise2 elle fera bon accueil aux amis de son fils1 attirera de jolies et vertueuses jeunes filles1 des femmes aimables et distingues4 ,les relations avec les femmes du monde n'ont jamais1 en les mettant mme au pis1 des suites aussi nfastes pour l'avenir d'un jeune homme que celles avec la mauvaise compagnie1 sans parler des habitudes vulgaires et triviales qu'il puise dans cette dernire4 ,de mme que j'ai dit au commencement qu'un homme doit apprendre plutt vaincre le danger qu' l'viter1 il faut aussi lui enseigner plutt gagner de l'argent qu' l'pargner4 ,la gnrosit et le courage1 l'amour et le travail marchent de pair4 ,n'est-il pas odieux de voir des hommes lsiner et rapiner quelques sous sur les besoins de leurs familles ou sur leurs aumnes1 et passer leur vie1 les bras croiss1 sans utiliser cette force et cette intelligence que ,dieu leurs a donnes6 ,l'occupation est une loi pour un jeune homme1 quelque fortune qu'il ait4 ,la tche des mres est donc dlicate et difficile remplir1 autant que noble et douce2 s'il est vrai que ce soient elles qui lvent les hommes1 que devons-nous penser1 en voyant notre gnration actuelle de jeunes gens8 pres au gain et dbauchs en mme temps1 reniant la vertu de notre sexe1 sans s'apercevoir qu'ils blasphment1 qu'ils oublient qu'ils ont une mre et des surs1 qu'ils auront une pouse et des filles2 effmins1 fanfarons du vice1 blagueurs devant les faibles1 plats et vils devant ceux qui crient plus fort qu'eux1 ne croyant qu'au mal1 regardant le bien comme une illusion2 voil les plaies hideuses qu'il appartient aux jeunes mres de gurir1 en levant leurs fils en vritables hommes1 lesquels1 leur tour1 par leur contact1 rgnreront les femmes2 car tout se suit et s'enchane en ce monde4 ,les mauvais hommes font les mauvaises femmes2 mais les mauvaises mres font les mauvais hommes4 ,ce sont ces mres inconsquentes1 ne voulant droger en rien leurs prjugs1 leurs manies1 leur gosme1 qui nous lvent ces poux sans cur1 lesquels cherchent en vain le bonheur o leur mre le leur a montr1 uniquement dans l'amour d'eux-mmes1 et ne l'y trouvent pas4 ,quand un fils dlaisse sa mre1 c'est toujours de la faute de celle-ci2 c'est souvent parce qu'elle a trop brusqu ses inclinations1 et qu'il reconnat plus tard l'gosme des doctrines dont elle l'a imbu1 et qui ont caus son malheur4 ,la mre a donc le plus grand intrt marier de bonne heure son fils avec une jeune fille aux habitudes simples2 il lui sera plus facile alors de le retenir prs d'elle2 les petits-enfants arrivent bientt1 et forment l'entourage le plus charmant et le plus doux auquel une femme ge puisse aspirer1 en place de l'isolement o les plaisirs du jeune homme la laisseraient indubitablement4 ,pendant que le professeur cultive l'esprit du jeune garon1 que le pre lui apprend ses devoirs envers la socit et envers lui-mme1 c'est la mre qu'est dvolue la tche de lui former1 ds son enfance1 un corps robuste1 et plus tard une me nergique et sensible qui lui permette d'tre heureux toute sa vie1 que la fortune lui rserve ses sourires ou ses rebuts4 ,,ii ,pendant que le ministre de l'instruction publique et les savants s'occupent de rformer l'instruction de nos fils au lyce et de modifier les mthodes1 nous1 mres1 il appartient de nous occuper de leur ducation1 et non seulement de leur former le cur1 mais aussi les manires1 la tenue1 le caractre2 c'est nous de leur apprendre vivre dans le monde1 dans celui de la famille et dans celui de la socit4 ,j'ai connu un homme1 a dit ,diderot1 qui savait tout1 except dire bonjour et saluer2 il vcut pauvre et mpris4 ,cet exemple se retrouve tous les jours4 ,chaque tre humain n'est pas dou au mme point d'un esprit analysateur2 le temps manque parfois aussi souvent que le moyen1 et c'est pour cela qu'on aime trouver dans un livre1 un journal1 une publication quelconque1 le rsum1 la quintessence des observations que l'crivain a faites votre place4 ,en rencontrant des jeunes gens aux manires polies et rserves1 l'abord sympathique1 l'extrieur je ne dirai pas beau1 car la perfection des traits ne fait rien la distinction1 mais soign et lgant1 n'importe dans quelle position ils se trouvent1 aux habitudes nobles1 aux sentiments chevaleresques1 et en voyant d'autres1 leur ct1 sauvages1 gauches1 butors1 malpropres1 je me suis enquise de la cause de cette diffrence et je l'ai toujours trouve dans l'ducation maternelle qu'ils avaient reue4 ,le jeune garon lev par une mre qui s'en occupe1 lorsqu'il est enfant1 puis pendant les sorties du collge1 chaque fois qu'il revient la maison1 est toujours plus doux et moins brutal qu'un autre4 ,c'est tort qu'on s'imagine qu'une ducation par les femmes effmine un homme2 cela n'a pas lieu1 du moins lorsqu'elle est bien dirige4 ,c'est une erreur de croire qu'un jeune homme1 parce qu'il jurera1 cravachera sans piti son cheval ou son chien1 boira de l'absinthe et toute espce de liqueurs fortes1 ne frquentera que les estaminets1 les clubs1 en aura plus de courage et d'nergie4 ,les femmes n'empcheront jamais un garon de devenir fort et courageux1 car elles dtestent la pusillanimit4 ,sans tre ni une ,spartiate1 ni une mre des ,gracques1 je ne crois pas qu'il y ait eu1 pendant la dernire guerre1 une mre qui ait empch son fils d'aller se joindre ses frres d'armes4 ,la mre endure mille douleurs1 son cur saigne par mille plaies1 mais elle aime mieux donner sa propre vie que de voir le fruit de son sein atteint dans son honneur6 ,quelle est la mre1 la sur ou l'pouse qui voudrait que son fils1 son frre1 ou son mari ft un lche8 ,qui plus que nous mprise les hommes qui ne savent pas tre fermes et nergiques1 lors mme que nous profitons de leur faiblesse8 ,les femmes aiment et cherchent instinctivement dans tout homme1 mme dans leur fils1 soutien et protection4 ,et c'est sur la mre qui agirait autrement que retomberait plus tard en grande partie le malheureux rsultat de cette ducation dplorable4 ,mais c'est elle aussi qui a souffrir cruellement d'une ducation abandonne entirement aux mains masculines4 ,l'homme1 qu'il soit enfant ou adolescent1 qu'il ait atteint la maturit ou la vieillesse1 a toujours besoin de la femme prs de lui1 pour le soigner et pour le civiliser4 ,l'homme1 loin de la femme1 s'abrutit2 il devient froce1 sans tre plus brave pour cela4 ,dieu1 la prvoyance de qui rien n'a chapp dans la cration1 n'a pas plac sans motifs un tre faible et doux prs de l'tre fort et rude4 ,une mre doit donc s'appliquer1 chaque fois qu'elle a son fils auprs d'elle1 le civiliser1 lui faire envisager la frquentation du sexe fminin sous un point de vue chevaleresque et respectueux1 l'accoutumer la bonne socit1 de faon qu'il trouv triviale1 sotte et insupportable celle qui ne pourrait que causer sa perte4 ,ces dernires vacances1 j'ai eu occasion de voir de jeunes collgiens de quatorze ans ne pouvant parler sans accentuer leurs phrases de jurons1 incapables de saluer poliment1 de se tenir avec dcence1 et d'avoir pour leurs mres la moindre attention dlicate4 ,on se demande avec terreur quels maris ces jeunes garons feront plus tard2 quelle dsillusion prouveront les jeunes filles qu'ils auront pouses1 lorsqu'au lendemain de leur mariage ils se comporteront vis--vis d'elles avec un manque total d'gards et de bonne ducation8 ,si celles-ci sont aimantes1 douces1 rserves1 bien leves1 quelle existence mneront-elles8 ,la mre est faible2 elle rit d'abord de voir jouer au sacripant son fils encore baby2 on lui dit3 laissez-le faire2 ne doit-il pas devenir un homme8 ,lorsqu'il est plus g1 elle en a dj peur1 et plus tard il devient son tyran et cause sa dsolation4 ,une femme d'esprit et du monde me disait dernirement3 ,je ne donnerai jamais mes filles des hommes qui n'aient t levs par une mre ou une sur4 ,je me permettrai d'ajouter3 ,encore faut-il que celles-ci se soient donn la peine de faire leur devoir6 ,un jeune garon lev ainsi est accoutum avoir mille petites condescendances1 remplir une infinit de petits soins1 subir une masse de petits caprices qu'un autre ignore4 ,supposons1 au contraire1 un orphelin1 ayant pass de bruyantes rcrations avec ses camarades aux salles d'tude1 prs de professeurs raides1 secs et parfois vulgaires2 si ce pauvre enfant a vu ses vacances s'couler dans le prau solitaire et silencieux du collge1 chang plus tard contre les coles suprieures et les cours1 o1 sans guide1 il a pu souvent se trouver en contact avec des tres pervertis1 certes celui-l qui n'a eu pour foyer que le restaurant1 pour runion de famille que la table d'hte1 pour le conseiller et l'aimer que des indiffrents et des intresss1 est pardonnable de manquer de douceur et de distinction4 ,et souvent il est le meilleur des deux1 parce qu'il sent plus que l'autre le besoin d'inspirer de l'affection4 ,c'est la mre qu'il appartient d'apprendre son fils saluer1 se prsenter devant le monde1 faire sa cour aux dames2 qui le lui apprendra1 si ce n'est elle8 ,consentirait-elle1 d'ailleurs1 que d'autres se chargeassent de ce soin8 ,c'est elle qui1 ds son jeune ge1 doit policer son langage1 sa tenue1 son caractre2 c'est elle qu'il revient de diriger ses gots vers ce qui est bon et noble2 de lui inspirer l'horreur de ces piliers d'estaminet1 de ces buveurs d'absinthe1 de cette hardiesse grossire envers le sexe fminin que la gnration masculine actuelle tend substituer l'ancienne galanterie franaise si chevaleresque et si rpute6 ,ah6 il est vrai que celles qui l'ont laiss se perdre en ont t les premires punies2 et pour rparer ce tort1 elles ont cru que ce qu'il y avait de mieux faire tait de mettre l'ducation des filles la hauteur de celle des garons2 et afin qu'elles ne fussent plus choques par la brutalit et le sans-gne de ceux-ci1 de les rendre elles-mmes cavalires et vulgaires4 ,si nous n'opposons une digue nergique ce torrent de laisser-aller et de mauvaises faons qui nous envahit1 la politesse1 la galanterie1 le bel esprit1 qualits minemment franaises et que nous nous enorgueillissions tant de possder1 cesseront bientt de briller parmi nous4 ,ce sont elles1 cependant1 qui firent du sicle de ,louis ,,xiv le plus grand de l're chrtienne1 en nous amenant des murs douces et civilises1 en produisant les plus grands gnies littraires et artistiques1 et en rendant nos armes victorieuses4 ,oui1 mme cela1 et surtout cela1 j'ose l'affirmer1 car le soldat chevaleresque qui veut se rendre digne des loges de sa dame1 fait des prouesses de valeur2 il craint moins la mort lorsqu'il sait qu'il sera pleur et regrett4 ,je connais plusieurs jeunes femmes de la mme famille2 distingues et remarquables sous tous les rapports1 qui ont form une ligue contre l'envahissement dans les salons et la famille des murs d'estaminet4 ,le cigare est loign1 les expressions trop nergiques sont soigneusement prohibes4 ,elles ne supportent aucun laisser-aller en leur prsence2 elles admettent la repartie fine1 spirituelle1 le demi-sourire1 mais jamais elles ne permettront devant elles une plaisanterie dont la crudit puisse les faire rougir1 une pose qui leur fasse baisser les yeux2 il n'est point besoin pour elles d'entrer sur ce sujet dans des discussions pnibles soutenir et d'argumenter2 le silence gard propos1 un froncement de sourcils1 un plissement de lvres ddaigneux1 un regard d'tonnement1 sont de suffisantes protestations1 le but de tout homme tant de plaire aux femmes prsentes2 elles ont su persuader leurs maris par la douceur1 l'affection1 le raisonnement1 et surtout par le contact de leur distinction4 ,elles lvent leurs fils dans ces mmes principes1 ceux de l'homme qui se respecte4 ,je n'ai jamais vu personne fuir leurs maisons cause des obligations qu'elles imposent2 au contraire1 leurs rceptions sont suivies et recherches du sexe masculin1 qui les respecte1 les estime et les aime davantage pour leur retenue et leur dignit1 lesquelles ne diminuent en rien leur grce et leur esprit4 ,j'ai eu occasion de remarquer que des jeunes gens1 aprs les avoir frquentes quelque temps1 taient singulirement transforms leur avantage1 tellement l'influence d'une matresse de maison est indniable sur ce point4 ,il est ncessaire de vaincre autant que possible la timidit d'un jeune garon1 car elle se changerait plus tard en gaucherie lorsqu'il s'agirait d'tre poli1 et en effronterie pour se conduire malhonntement2 il est bon1 au contraire1 d'accoutumer les enfants ne jamais manquer d'aplomb1 except pour mal agir4 ,pour les petites filles1 la socit des garons est parfois apprhender2 pour ceux-ci1 celle des filles est1 au contraire1 dsirer2 si ce rapprochement risque d'veiller chez les premires des ides de coquetterie dangereuse1 il ne peut dvelopper chez les autres que d'excellents penchants2 mais il serait bien prfrable qu'on arrivt ce que cette frquentation ne pt1 comme en ,amrique1 amener de rsultat nuisible pour aucun des deux sexes4 ,un des grands cueils1 en province1 pour les jeunes gens1 c'est d'abord l'ennui qu'ils rencontrent dans les socits1 la plupart soumises la monotonie d'habitudes routinires et dpourvues de tout attrait intellectuel2 puis l'espce de cordon sanitaire que les mres forment autour de leurs filles1 qui ajoute1 parfois1 l'insipidit de ces dernires4 ,les jeunes gens ne trouvant dans le monde aucun intrt1 aucune bienveillance1 aucun plaisir1 prennent en dgot les visites et les soires1 et se rejettent sur une compagnie plus quivoque1 mais qui leur offre plus de gaiet et un meilleur accueil4 ,une mre devra donc faire un choix1 et conduire son fils o il puisse trouver de l'agrment en mme temps que la respectabilit4 ,nul doute1 s'il est bien lev1 empress1 galant1 dans le bon sens du mot1 dou de petits talents de socit1 s'il a appris se rendre utile et agrable auprs des femmes1 nul doute1 dis-je1 que les familles les plus prudes ne soient enchantes de pouvoir admettre un lment masculin convenable dans le cercle de leurs filles1 et le jeune homme1 y trouvant alors distraction et attrait1 s'habitue ainsi aux murs du foyer domestique et de la famille4 ,il faut que les mres inspirent leur fils un grand respect de lui-mme1 qu'elles lui inculquent de bonne heure que la jalousie et l'envie seules font natre cette fanfaronnade du vice si pernicieuse1 et qui fait tant de victimes2 il faut que le jeune homme se sente avili ses propres yeux de se montrer dans une tenue dlabre et en mauvaise compagnie4 ,j'ai toujours vu que les mres les plus chries de leurs fils1 et qui en recevaient le plus de satisfaction1 taient celles qui avaient t les plus fermes pendant la jeunesse de ceux-ci et avaient su en faire des hommes du monde4 ,pour mon compte1 je ne crois pas aux mauvaises natures dans les enfants1 ou plutt je crois que nous portons tous1 en naissant1 le germe des bons et des mauvais instincts1 des bons et des mauvais sentiments2 il ne s'agit que de dvelopper les uns aux dpens des autres2 et ce rsultat drive de la premire ducation2 les personnes qui affirment qu'un enfant se corrigera en grandissant sont dans la plus grande erreur4 ,plus le mauvais penchant sera dvelopp1 plus on aura de peine le rprimer4 ,souvent les dfauts d'un enfant sont veills par la nourrice1 puis par la bonne2 et si1 la place de celles-ci1 c'tait une mre intelligente et dvoue qui prsidt au rveil de son intelligence1 ce seraient des qualits qu'on verrait clore la place des dfauts4 ,c'est ds le plus bas ge1 on ne saurait trop le rpter1 que doit commencer l'ducation d'un enfant4 ,les premires impressions que cette nature mallable reoit sont ineffaables1 et cela prouve derechef l'erreur de ceux qui disent3 ,cet enfant est trop jeune pour comprendre ceci ou cela4 ,il ne comprend pas1 il ne raisonne pas1 il ne peut juger ni discuter ce que vous lui dites1 ce que vous exigez de lui6 ,c'est trs vrai1 mais ce n'est qu'un motif de plus pour que cela s'imprime en lui d'une manire indlbile4 ,les habitudes du collge1 et plus tard de l'tudiant1 viendront essayer de chasser les premiers principes1 mais ils trouveront ceux-ci enracins2 ensuite la mre continuera son uvre1 sans relche1 chaque vacance1 chaque retour du jeune homme auprs d'elle et elle restera victorieuse1 comme me le prouvent nombre d'exemples que j'ai sous les yeux2 lorsque le contraire arrive1 c'est toujours la ngligence1 la faiblesse ou l'incapacit maternelle qu'il faut l'attribuer4 ,,iii ,il rgne une singulire ostentation3 l'orgueil du mal1 l'amour propre du vice2 nous aimons taler1 exagrer nos dfauts2 puis nous faisons une pirouette1 un calembour1 et nous nous admirons nous-mmes en nous rptant3 ,quel esprit nous avons6 ,pauvres gens qui oublient ce qu'un vritable grand homme a dit3 ,l'esprit sans le bon sens ne sert rien4 ,nous croyons tout sauv quand nous avons rpondu par une saillie ou mme tout bonnement par un mot d'argot entendu dans telle ou telle comdie4 ,que de cervelles vides se figurent s'instruire et apprendre le beau langage en retenant les phrases et les reparties qui se rcitent au thtre6 ,nos jeunes gens se corrompent le cur autant qu'ils le peuvent1 et s'ils n'y parviennent pas1 ils feignent d'y tre arrivs4 ,ils rougissent de la vertu2 ce qui doit tre une honte pour tout homme raisonnable leur parat le nec plus ultra du bon genre4 ,ils ne s'aperoivent pas qu'ils n'inspirent que de la piti aux gens srieux1 et qu'on a envie de leur rpondre3 --,si vous tes rellement aussi perverti1 tant pis pour vous1 ayez au moins le tact de nous dissimuler ces plaies de votre nature vicieuse2 mais si vous vous plaisez vous faire croire plus mauvais que vous ne l'tes1 vous tes un fameux idiot4 ,ils ne s'aperoivent pas qu'ils ne s'attirent l'admiration que de plus sots qu'eux et ne sont applaudis que par les jaloux et les envieux1 enchants de leur voir perdre le prestige qu'ils conserveraient au-dessus d'eux4 ,il fait piti1 et c'est grand dommage de voir1 au milieu de ces ombres d'adolescents sans cervelles1 sans cur1 sans me1 sans physique mme1 de voir1 dis-je1 s'garer parmi cette plbe une belle et forte organisation qui se laisse envahir et ronger par cette vermine6 ,c'est prcisment aux plus magnifiques natures1 aux curs d'lite1 que le dmon du mal s'acharne1 les considrant comme une proie1 sans nul doute1 plus digne de ses efforts1 et il lance aprs elles une arme de lutins qui en deviennent d'autant plus facilement vainqueurs1 qu'elles n'ont pas les ruses et les fourberies qui pourraient les garantir contre les attaques de leurs ennemis4 ,ils ne combattent pas armes gales4 ,ils pourraient dominer2 tout leur est donn par le ciel pour avoir un avenir illustre3 fortune1 jeunesse1 physique1 intelligence1 savoir1 position1 tout1 et ils perdent1 ils jettent au vent toutes ces richesses1 pour tomber dans les lacets tendus par quelques marsouins6 ,nous venons de traverser une poque o le bon ton1 grce certaines pices en vogue1 a t mis la porte de la socit franaise1 mme la plus aristocratique1 et il serait facile de citer telle duchesse1 dont les anctres furent au nombre des croiss et dont la noblesse remonte un trne1 qui1 la voix haute et la canne la main1 faisait des1 fromages en plein ,champs-,elyses4 ,c'tait qui aurait le plus mauvais genre4 ,il est triste de l'avouer1 le sexe fminin s'est laiss entraner dans ce prcipice avec une promptitude tenant du vertige4 ,qui avait t cause de cet entranement8 videmment des jeunes gens mal duqus1 aux sentiments bas1 l'intelligence borne4 ,cette mode1 car c'en tait une1 a eu son temps2 esprons qu'elle est tombe1 remplace2 rptons-le bien haut1 afin que tous ses enthousiastes le sachent bien4 ,avec les chignons boucls1 les gardnias la boutonnire1 les vestons courts1 la mode de l'air impertinent a cess d'exister2 ceux chez qui elle a laiss subsister quelques lueurs d'esprit se htent de l'abandonner1 afin de ne pas tre en retard1 et d'ici peu ils nargueront qui la suivront encore4 ,le bon ton1 les manires distingues1 le respect de ce qui est vnrable et sacr va donc revenir4 ,l'influence du bon reprendra le dessus4 ,nous ne nous laisserons plus mener par des tres qui valent moins que nous4 ,mais de la gnralit descendons aux dtails et tudions quelques moyens pour commencer amliorer ces manires si sacrifies4 ,lorsque nos yeux1 notre oue1 sont agrablement frapps1 il est trs difficile que nous ne soyons pas favorablement impressionns et influencs4 ,ce n'est pas un bel extrieur1 un joli visage1 mais surtout la distinction et la convenance de cet extrieur qui sduisent le plus dans un homme4 ,il est de ces mouvements1 de ces gestes qui classent de suite un homme encore plus vite qu'une femme dans la socit4 ,celles-ci s'assimilent vite toutes les positions2 il n'en est pas de mme du sexe masculin4 ,or1 quelle est la mre qui n'aspire pas aux plus hautes situations sociales pour son fils8 quelle est la mre qui ne dsire qu'il en soit digne8 ,qu'elle ne nglige donc pas cette partie de l'ducation de son enfant4 ,il ne s'agit pas de leons d'un jour1 mais de conseils persvrants4 ,s'il faut commencer1 ds ses premires annes1 l'ducation du petit garon1 il faut aussi la continuer1 mme lorsqu'il est homme4 ,c'est l prcisment que la tche devient difficile2 que de fois voit-on de jeunes garons tout fait charmants pendant leur adolescence1 dont on augure mille biens pour leur avenir1 et qui1 une fois chapps la sainte influence de la mre1 perdent peu peu toutes leurs qualits et ne font que des fruits secs6 ,je me bornerai signaler d'une faon spciale aux mres qui ont des fils1 deux gestes1 dont l'un est propager1 autant que l'autre est viter4 ,le premier est un certain mouvement des jambes rapprochant les talons1 qui n'est d'ailleurs que le pas de la valse4 ,ce mouvement est excessivement lgant et gracieux4 ,ainsi1 pour saluer1 un homme ne doit pas plier la jambe1 courber le corps2 au contraire1 il redresse la tte1 rapproche les deux talons comme s'il se mettait au port d'armes et prsente lgrement le buste en avant4 ,tout jeune homme ayant appris la danse1 la gymnastique1 et ayant de la grce1 de la dsinvolture dans les mouvements1 saluera de cette faon4 ,ce rapprochement des pieds a l'avantage de rehausser la stature 7chacun sait qu'en loignant les jambes l'une de l'autre1 on perd plusieurs centimtres de hauteur74 ,en rsum1 ce mouvement dnote l'homme de bonne socit4 ,ce serait une erreur de croire qu'il est dvolu particulirement aux tailles leves2 il sied et est propre tous1 depuis le bambin de cinq ans jusqu' l'homme g1 tant qu'il a assez de force dans ses nerfs pour le faire4 ,certes1 l'homme de haute taille possde toujours une facilit et une grce de mouvement qui lui est absolument propre1 et l'on ne saurait trop la mettre en uvre pour dvelopper le physique d'un jeune garon4 ,mais cette distinction inne1 l'homme de petite taille peut parfaitement l'acqurir2 il ne faut jamais oublier que tout dpend de la volont1 et que tout le bien et le mal surtout est toujours en notre pouvoir4 ,il en cote parfois de la peine et de la persvrance1 mais le succs qui vient couronner nos efforts est un ample ddommagement4 ,l'tre le plus laid1 le plus commun1 peut1 en s'tudiant1 en se rformant1 arriver tre beaucoup mieux que celui qui se fie sur les dons de la nature et croit qu'il ne lui reste rien faire4 ,le geste viter1--j'ai dj eu occasion de le signaler1 mais je suis heureuse de trouver celle d'en parler encore1--c'est cette habitude du sexe masculin de mettre la main dans la poche du pantalon4 ,on peut tre un trs brave garon et avoir cette habitude1 mais on ne saurait tre un homme de bonne socit2 de plus1 n'oublions pas que les gestes vulgaires dnotent ncessairement une certaine vulgarit dans l'esprit et dans les relations4 ,je connais un jeune homme tout fait charmant1 et qui tient l'tre1 ayant l'excellente ambition de frquenter le monde de la famille4 ,il s'applique1 et l'on ne saurait que l'en louer1 avoir une bonne tenue2 il y arrive4 ,chacun l'aime1 le recherche et le prfre ses camarades1 malgr quelques dfauts de caractre qui pourraient le rendre infrieur eux1 mais qui disparaissent derrire son abord agrable4 ,malheureusement lorsque1 surtout1 il est sous l'empire d'une grande proccupation1 qu'il discute1 par exemple1 il s'oublie et plonge avec frnsie la main dans la poche de son pantalon4 ,un jour qu'il dployait1 au milieu d'un salon1 ses petits talents oratoires et qu'il se livrait avec succs une improvisation russie1 il se laissa aller1 sans s'en douter1 ce mouvement peu gracieux4 ,peu s'en fallut qu'il ne perdt aussitt tout son prestige4 ,hommes et femmes s'entre-regardaient tout tonns de trouver des manires si peu conformes aux rgles de la bonne socit dans un jeune homme l'extrieur si distingu et si capable1 car le monde est port blmer chez les autres ce qu'il pratique lui-mme4 ,tout coup un petit garon de six ans vient se camper devant l'orateur et le considre fixement4 ,le jeune homme s'arrte en riant devant ce petit observateur en herbe4 --,qu'as-tu me regarder1 mon petit ami8 --,mais1 ,monsieur1 tu n'as donc pas de maman8 lui rpond l'enfant d'un air courrouc et srieux4 --,pourquoi cette question8 repartit l'autre1 un peu interloqu4 --,parce que1 si tu en avais une1 elle te dirait que ce n'est pas beau1 dans un salon1 de mettre la main dans la poche de son pantalon4 ,je n'essaierai pas de dire quelle fut la honte1 le courroux du pauvre jeune homme1 si justement et si vertement tanc4 ,le petit garon avait tort1 sans doute1 dans sa franchise1 mais nous lui pardonnons1 dans l'espoir qu'elle aura servi corriger notre jeune hros4 ,,iv ,s'il n'est pas bon1 s'il n'est pas possible mme1 dans l'ducation des enfants1 de suivre un systme relativement leurs caractres1 puisqu'il faut ncessairement modifier les moyens employer selon ces caractres mmes1 il n'en est pas de mme de la direction donner l'ducation concernant leur avenir et leur position sociale4 ,le choix d'une carrire1 pour un garon1 est une affaire srieuse2 pour une fille1 on voudrait bien qu'elle n'et que celle de mre de famille1 qui est sans contredit celle qui lui revient de droit4 ,il est excessivement difficile1 et presque impossible1 de prvoir1 ds son jeune ge1 quelle carrire l'enfant embrassera2 on fait des projets1 on a une prfrence1 et la plupart du temps1 lorsque l'ge est arriv1 les circonstances sont changes1 la roue de la fortune a tourn2 toutes les prcautions1 les prparations1 les plans se trouvent djous et sont devenus inutiles4 ,ensuite1 tel enfant qui semble turbulent1 imptueux1 et qu'on destinera1 sur cet chantillon de son caractre1 l'tat militaire1 peut se modifier1 sa sant devenir faible et ne plus le rendre apte au mtier des armes4 ,tel autre qu'on voudra consacrer aux sciences ne sera dou que d'une intelligence mdiocre1 et toute tude trop soutenue menacera d'altrer sa sant4 ,il est certain1 cependant1 qu'on peut disposer un enfant la carrire que l'on dsire en s'y prenant de bonne heure4 ,on dveloppera en lui certaines facults1 on restreindra les autres4 ,pour arriver ce but1 il est indispensable1 ainsi que dans toute ducation1 de s'occuper d'lever ses enfants2 il ne suffit pas de les faire instruire4 ,les malheureuses thories sur la libert individuelle qu'on met tant en avant1 portent beaucoup maintenant respecter la soi-disant libert de l'enfant6 ,pauvre petit tre6 mais si on lui laissait ainsi sa libert physique et matrielle1 il se tuerait bientt1 n'est-il pas vrai8 puisqu'il serait sans exprience pour se prmunir du danger4 ,de mme il se tue au moral1 si on le laisse libre4 ,il ne suffit pas de le guider1 il faut vouloir pour lui4 ,si on laisse germer les dfauts1 comment l'en accuser8 ,il est vrai qu'il faut les touffer1 ces dfauts1 d'une certaine faon2 c'est l que gt la science de l'ducation4 ,la rpression demande tre faite de telle ou telle manire1 suivant la nature de l'enfant1 et suivant la nature du dfaut rprimer4 ,comment se fait-il que les pres avares ont presque toujours des fils prodigues8 ,parce qu'ils ne procdent pas par le raisonnement1 par la persuasion4 ,ils laissent grandir l'enfant sans lui inculquer les lois de l'conomie2 ils se bornent le sevrer de toute jouissance1 sans lui donner aucune compensation4 ,ensuite1 le prestige de l'autorit tombe1 lorsque celui qui l'exerce ne sait pas se faire estimer et respecter en tous points4 ,pour conserver du pouvoir sur un enfant1 il faut rester pour lui sur les hauteurs de la perfection4 ,il ne faut pas qu'un fils puisse accuser son pre d'injustice1 d'avidit dans le gain1 d'gosme1 etc4 ,c'est pourquoi le pre conome et rang aura un fils conome son tour1 et le pre avare aura un fils prodigue4 ,dans une famille de mes connaissances1 il se trouvait un jeune homme de vingt ans que son pre obligeait de s'habiller avec la plus stricte simplicit1 ou1 pour mieux dire1 presque avec pauvret1 quoiqu'il et une fort belle fortune4 ,le pauvre enfant1 d'un caractre un peu orgueilleux1 prfrait souvent ne pas aller dans un endroit public que s'y montrer ainsi vtu2 et lorsque son pre le forait aller dans le monde1 comme il ne s'y rendait qu' contre-cur1 il y tait gauche1 timor1 morose4 ,rien ne donne de l'aisance et de l'aplomb comme de se sentir au niveau des gens qui vous entourent4 ,on peut juger facilement de toutes les dissensions qui devaient exister entre le pre et le fils1 lesquelles1 depuis l'adolescence de celui-ci1 ne faisaient que s'aggraver2 le pre redoublant de svrit1 le fils finissant par se rjouir de la perspective de libert que lui montrait pour un temps peu loign l'ge avanc de l'auteur de ses jours4 ,ce triste vnement arriva plus tt qu'on ne s'y attendait2 mis en possession de la part d'hritage qui lui revenait1 il n'eut rien de plus press que d'avoir des habits venant du tailleur en renom et de mener cette vie dispendieuse dont il avait t tenu si loign4 ,de regrets1 il ne pouvait en avoir4 ,il ne connaissait pas la valeur de l'argent1 prcisment parce qu'en ne lui en laissant jamais1 il n'avait pas pu apprendre la connatre4 ,son pre avait toujours paru regarder cent francs une si grosse somme qu'il crut qu'un billet de mille francs devait tre ternel2 bientt les dettes et la ruine s'amoncelrent autour de lui4 ,il est vident que c'est la valeur de l'argent qu'il faut apprendre un enfant1 et non l'conomie1 pas plus que la prodigalit4 ,car celui qui n'a pas conscience de cette valeur versera aussi bien sa bourse pour une superfluit1 qu'il la fermera devant un besoin rel4 ,mais je m'aperois que je me suis un peu loigne du sujet primitif de ma causerie4 ,parfois1 une dcision prise trop tt au sujet de la carrire d'un enfant peut touffer une vocation vritable1 un talent rel2 il est difficile de reconnatre les vritables vocations1 et il arrive souvent qu'on sacrifie un avenir srieux une chimre purement fantaisiste4 ,un enfant saisit-il par hasard quelques notes d'une chansonnette1 montre-t-il quelque sensibilit la musique3 aussitt on dclare qu'il a des millions dans le gosier4 ,dclame-t-il gentiment une petite fable1 nul doute qu'il ne puisse devenir un ,talma1 et s'il barbouille quelques bonshommes1 il est clair qu'il possdera le talent de ,rubens4 ,il s'ensuit souvent des discussions entre les membres de la famille1 discussions qui toujours1 plus ou moins comprises du petit hros1 produisent sur lui l'effet le plus pernicieux4 ,ne cde-t-on pas1 il se croit incompris1 ne se met qu'avec dgot au travail qu'on lui impose1 et ne produit gnralement qu'un fruit sec4 ,donne-t-on1 au contraire1 libre cours cette prtendue vocation1 le premier enthousiasme s'vanouit bientt et il ne reste rien4 ,on s'aperoit trop tard de l'erreur dans laquelle on est tomb4 ,le premier point considrer pour dcider de la direction donner l'ducation d'un enfant1 est qu'elle puisse lui servir en mettant au pis les circonstances de sa vie4 ,l'lever dans l'espoir qu'il jouira de la fortune1 lors mme qu'on en possde au moment o l'on prend cette dcision1 est un leurre2 l'lever dans la conviction qu'il saura s'en faire une1 conduira au mme rsultat4 ,si l'on est dans une position mdiocre ou infrieure1 on doit viter1 n'importe quel sexe il appartienne1 de lui donner une ducation tendant l'exciter sortir de sa sphre1 ce qui n'arriverait qu' en faire un dclass4 ,c'est un but pratique et non chimrique qu'il faut poursuivre avant tout2 les circonstances suppleront au reste4 ,l'ambition de chacun dans sa sphre3 voil ce qu'il faut inspirer1 sans chercher ouvrir des horizons plus larges avant que le caractre ait assez de poids pour savoir en faire une juste apprciation4 ,ceci est plus spcial l'instruction qu' l'ducation4 ,bien des pres veulent lever leurs fils au-dessus de leur niveau eux2 ils croient les rendre plus heureux en leur donnant les moyens de pntrer dans un monde qui n'a pas t le leur4 ,ils n'arrivent qu' se faire mpriser de leurs enfants1 et les exposer aux railleries de ceux qui se croient leurs suprieurs4 ,le mrite personnel seul1 avr et positif1 peut remplacer la naissance2 une instruction incomplte mais prtentieuse qui ne sert qu' vous faire duper1 ne suffit pas1 mme accompagne de la fortune4 ,il est des natures exceptionnelles1--on en voit des exemples assez frquents en ,angleterre1--qui savent1 tout en restant dans leur sphre1 s'lever par leurs aptitudes et leurs sentiments4 ,le type du gentilhomme campagnard1 cultivant ses terres1 aimant et gotant les beaux-arts1 s'instruisant tous les jours par les lectures srieuses1 la piste de nouvelle dcouvertes pour perfectionner les instruments servant l'agriculture1 mais ne cherchant pas aller briller la ville ni faire partie de la ,chambre des lords1 est digne d'tre cit4 ,le ngociant1 qui dpense gnreusement sa fortune se former une galerie des chefs-d'uvre de nos peintres contemporains1 qui fonde des prix et des pensions de retraite pour les artistes1 qui possde des collections faire plir d'envie des bibliophiles1 mais qui passe une partie de sa journe derrire le guichet de sa caisse1 sans jamais songer toucher lui-mme le crayon ou l'archet1 et sans avoir la moindre prtention envoyer sa prose pour prendre place dans les colonnes d'un journal politique1 voil un bel exemple suivre4 ,donnons donc nos enfants une profession quelconque1 serait-ce celle de sabotier1 mais que ce soit une profession pratique1 un mtier dont ils puissent se servir en toute occasion2 un jour ou l'autre1 ils nous en sauront gr4 ,,chapitre ,x ,,sur ,,le ,,choix ,,des ,,moyens ,d',,instruction4 ,ds qu'un jeune mnage voit poindre l'espoir d'avoir lever une petite famille1 la question des moyens d'ducation ou plutt d'instruction employer est dbattue et mise l'tude4 ,la mre penche pour garder ses enfants auprs d'elle1 le pre craint la faiblesse du cur maternel et veut les loigner4 ,la plupart du temps ces beaux projets et ces grandes dcisions sont changes lorsque arrive le moment de commencer instruire l'enfant4 ,chacun prne son dieu2 les uns affirment1 non sans raison1 que l'instruction en commun est ncessaire au dveloppement du caractre2 d'autres vantent l'avantage de l'ducation en famille1 et ils n'ont pas tort2 une bonne ducation eh commun est excellente1 mais comme il est trs difficile de l'avoir bonne1 celle de la famille est alors de beaucoup suprieure4 ,je pense qu'on doit essayer de runir les deux1 et cela n'offre pas autant de difficults qu'il le parat au premier abord4 ,le garon sera gard la maison jusqu' l'ge de dix ans1 mais envoy comme demi-interne au collge2 de cette faon il bnficiera des deux avantages4 ,plus tard1 il est indispensable1 pour qu'il apprenne tre homme1 de le mettre absolument hors de la maison paternelle1 sans l'en loigner totalement cependant1 quoique cela puisse paratre un contresens1 tellement la nuance est dlicate4 ,la petite fille a moins besoin de s'habituer se passer des siens1 mais il est bon aussi qu'elle soit initie la vie commune2 on lui fera suivre les cours1 ou bien on la placera1 de neuf douze ans1 dans une bonne maison d'ducation4 ,aprs cet ge1 elle ne doit plus quitter sa mre1 et les cours qu'on pourra lui faire suivre suffiront parfaitement4 ,on peut aussi procurer son enfant les avantages de l'ducation en commun en runissant chez soi quelques enfants de ses amis4 ,je connais une famille trs estimable et jouissant d'une jolie aisance1 o se trouvent une fille de dix-huit ans et un petit garon de dix ans4 ,les parents ont pris chez eux le fils d'un de leurs amis1 qui est du mme ge que le leur1 et on leur amne chaque jour un autre enfant du voisinage4 ,ils reoivent tous les trois les mmes leons1 travaillent et prennent leurs rcrations ensemble4 ,en outre1 la jeune fille est charge des fonctions de rptiteur et de surveillante1 ce qui lui permet de complter ses tudes et l'oblige occuper son temps d'une manire utile4 ,elle prend1 en assistant aux leons1 quelques notions de langues mortes et des sciences positives2 cette ducation par la sur ane prsente1 ainsi que je viens de le dire1 plusieurs avantages1 dont les principaux sont l'initiation de la jeune fille aux devoirs de mre de famille et un but srieux ses travaux de chaque jour4 ,il est vident qu'il est fastidieux de travailler sans but2 c'est un peu l le malheur des jeunes filles en gnral et ce qui les entrane vers les futilits et le monde4 ,on tudie lorsqu'on est enfant afin de ne pas tre ignorant plus tard4 ,les jeunes gens poursuivent une carrire dans leurs tudes4 ,mais la jeune fille de dix-huit vingt ans1 dont l'instruction est tout fait suffisante pour une femme1 qui mme il est interdit d'en acqurir davantage1 de franchir des chelons plus levs sans prendre rang parmi les bas-bleus et la femme savante1 quel but1 quel encouragement a-t-elle8 ,elle tudie son piano pour briller en socit2 elle peint si elle veut devenir une artiste2 autrement1 tout ce qu'elle fait n'est gure qu'en vue de passer son temps1 en attendant444 quoi8 qu'elle se marie ou que sa vie s'coule peu peu4 ,on se fatigue vite de travailler et mme de vivre en vue d'un espoir chimrique2 combien plus grand est l'encouragement1 lorsque le but est l tout prs1 et qu'on voit le rsultat chaque jour6 ,mais la dcision sur la faon d'instruire un enfant tant prise1 on n'est pas encore dlivr de tout embarras2 il faut choisir des professeurs ou une maison d'ducation4 ,dans le premier cas1 une mre1 ayant surtout plusieurs enfants1 ne peut1 quel que soit son dvouement et sa bonne volont1 les instruire elle-mme4 ,la direction d'une maison dans tous ses dtails1 la surveillance de sa famille1 de ses domestiques et forcment ses devoirs d'pouse1 ne peuvent laisser une femme le temps de s'occuper srieusement de l'instruction de ses enfants4 ,je suis loin d'approuver celle qui les abandonne du matin au soir une institutrice1 ou un prcepteur2 les rcrations1 les promenades1 les soires1 appartiennent la famille1 mais les leons ont plutt gagner tre donnes par des trangers2 premirement1 aussi capables que soient les parents1 ne s'tant pas consacrs l'instruction1 ils ne peuvent connatre les secrets du mtier de professeur2 devant les enfants1 il ne faut jamais faillir1 hsiter1 ni se tromper4 ,ensuite1 le professorat exige une certaine habitude4 ,il faut d'abord une grande patience1 une prcision1 une certaine exprience de l'enfance et des mthodes4 ,c'est pour ainsi dire une vocation demandant des aptitudes spciales4 ,les utopistes1 en voulant que la mre instruise ses filles1 sont donc dans l'erreur4 ,sauf de rares cas1 le rsultat ne sera jamais aussi complet que lorsque la mre s'occupe beaucoup de l'instruction et surtout de l'ducation1 mais se fait aider par d'habiles professeurs4 ,on comprend facilement1 d'ailleurs1 ainsi que le dit vulgairement le proverbe1 qu'il y a plus dans deux ttes que dans une2 quelle que soit l'initiative que le cur maternel puisse avoir pour former le caractre de ses enfants et pour les lever1 il peut ne pas trouver les arides combinaisons ncessaires l'instruction4 ,ces deux genres sont trs distincts4 ,ensuite il y a le prestige de l'autorit1 de l'intimidation1 de la svrit4 ,la mre sera l comme rptiteur2 elle attnuera les fautes1 elle encouragera dans les moments de faiblesse2 elle achvera1 parfois1 le devoir au risque d'encourir la colre du professeur1 et c'est pourquoi la mre et l'instituteur ne peuvent tre une seule et mme personne4 ,par suite de ces considrations1 il est prfrable de choisir une personne s'tant dj occupe d'ducation et ayant fait ce sujet des tudes entires et compltes4 ,une novice en cette matire1 aussi instruite et capable qu'elle soit1 ne vaudra jamais ceux ayant de l'exprience4 ,j'ai eu occasion de vrifier de visu cette assertion4 ,on me donna1 tant jeune fille1 un professeur de littrature et un professeur de musique2 le premier1 homme trs savant et trs rudit1 avait rempli de hauts emplois ncessitant beaucoup de savoir1 mais n'avait jamais exerc le professorat2 le second tait excellent compositeur1 grand artiste1 mais dans le mme cas que le premier1 eu gard ses nouvelles fonctions4 ,je perdais totalement mon temps avec eux1 et on dut les changer4 ,j'ai connu une illustre matresse de piano1 donnant d'excellentes leons1 faisant d'habiles lves1 mais incapable d'excuter un morceau par elle-mme4 ,elle tait suprieure dans sa faon d'enseigner4 ,pour tre professeur1 il ne suffit pas de savoir1 il faut encore savoir enseigner1 et en outre savoir suivre le caractre de l'lve4 ,il n'y a l ni manuel1 ni trait qui puissent donner des rgles1 et dire3 aujourd'hui telle leon1 demain telle autre4 ,il faut1 avant tout1 se conformer aux aptitudes des enfants1 les aider1 les encourager2 parfois1 forcer le ct faible4 ,ce qu'aucun livre n'apprendra non plus1 c'est la patience1 c'est la faon d'expliquer pour se faire comprendre des jeunes imaginations1 c'est la manire de s'occuper de son lve1 de prendre de l'autorit sur son esprit4 ,certains professeurs obtiennent souvent des mmes enfants ce que d'autres n'ont jamais pu obtenir4 ,cela vient de la manire d'enseigner4 ,l'ge prfr pour une institutrice ou un prcepteur est de vingt-six trente-cinq ans4 ,plus jeunes1 ils n'ont pu acqurir assez d'exprience2 plus gs1 ils sont souvent aigris sur leur position1 malades1 fatigus1 maniaques1 etc4 ,il ne faut pas exiger qu'ils sachent tout1 de crainte qu'ils ne sachent rien fond4 ,or1 il ne faut pas oublier que1 pour enseigner1 il est ncessaire de savoir dix fois plus que ce qu'on doit dmontrer4 ,il est impossible qu'une jeune fille ayant pass ses trois examens la ,sorbonne ait pu trouver le temps d'tudier quatre ou cinq heures par jour1 au moins1 le piano1 pour devenir une musicienne de premire force1 puis de consacrer des journes entires la peinture1 et en outre d'avoir pu s'exercer suffisamment dans les langues trangres1 avoir mme fait les voyages ncessaires pour les connatre vritablement4 ,c'est demander l'impossible4 ,une institutrice universelle peut commencer un enfant1 mais bientt des leons spciales sur chaque branche seront beaucoup plus fructueuses4 ,l'institutrice restera comme rptitrice1 si ce n'est pas la mre qui joue ce rle4 ,elle doit tre choisie assez distingue dans son extrieur1 afin que son lve puisse la respecter et ne pas prendre de mauvais exemples2 mais ses principes et ses murs doivent surtout tre de la plus grande rigidit4 ,la moindre coquetterie de sa part serait funeste l'lve2 un caractre lger1 peu srieux1 n'est pas compatible non plus avec ces fonctions4 ,ce n'est donc pas chose facile que le choix d'un professeur admettre dans l'intimit de la famille4 ,lorsqu'on habite la ville1 le mieux est qu'il soit externe1 c'est--dire1 arrive le matin et parte l'heure du dner4 ,et si la mre pouvait prendre sur ses autres occupations de se consacrer son enfant depuis sept heures du matin jusqu' cinq heures du soir1 il serait encore mieux de se contenter des cours et des leons spciales4 ,c'est aussi le cas des familles auxquelles leurs ressources ne permettent point de trop fortes dpenses4 ,quant au choix d'une maison d'ducation1 le choix est encore plus difficile4 ,on veut l'air des champs pour les petits tres qu'on se propose d'y enfermer1 et on veut en mme temps la proximit de la ville1 pour que l'enfant puisse jouir des leons spciales qui1 l aussi1 sont indispensables4 ,on cherche les soins maternels1 l'instruction solide et l'ducation du monde1 tout la fois4 ,il y a ,paris des maisons laques et religieuses runissant toutes ces diverses qualits4 ,les bonnes maisons d'ducation acceptent difficilement des lves sortant d'une autre maison4 ,il est excessivement important d'ailleurs de ne point changer1 autant que possible1 les professeurs2 c'est toujours trs nuisible aux progrs de l'enfant aussi bien qu' son caractre4 ,recommandons aussi nos lectrices1 quoiqu'il puisse y avoir de nombreuses exceptions1 de se mfier des petites pensions1 aux lves peu nombreux1 dites de famille4 ,gnralement l'conomie s'y mtamorphose en mesquineries4 ,,chapitre ,,xi ,,de ,l',,instruction4 ,i ,il y a quelques annes1 il s'est produit un fait trs singulier et qui1 probablement1 a pass inaperu pour bien du monde2 il avait t donn pour sujet au concours d'un prix de l',acadmie1 l',instruction des femmes en gnral4 ,chose trange1 personne ne s'est prsent1 ou plutt n'a envoy de travail1 et l',acadmie a t oblige de changer le sujet du concours afin de pouvoir dcerner le prix4 ,il semble1 cependant1 qu'il y ait beaucoup dire aussi bien que beaucoup faire sur ce sujet4 ,c'est une tude encore neuve1 car il ne faut pas remonter bien loin les sicles passs1 pour trouver les femmes relgues dans l'ignorance4 ,je ne parle ici qu'en gnral1 car de tout temps il y en eut exceptionnellement de trs instruites4 ,depuis les htares de la ,grce1 qui apprenaient les langues trangres1 la musique1 les beaux-arts1 et tout ce qui est susceptible de rendre leur conversation attrayante et intressante pour les hommes1 dont elles taient surnommes les amies ,en grec htare signifie amie de l'homme41 et en passant par ,marguerite de ,valois1 qui jouait de l'pinette1 faisait onze ans de petits discours en latin1 et crivait des lettres si charmantes son royal frre1 alors que les plus grands seigneurs se piquaient de ne pas savoir signer leurs noms1 nous arrivons vite aux salons de ,mlle ,scudry et de l'htel ,lafayette4 ,mais ce ne sont l que des exceptions1 je le rpte1 rserves des femmes d'une certaine socit et dans certaines positions4 ,les ,athniens tenaient leurs femmes et leurs filles soigneusement enfermes dans le gynce1 o l'instruction ne pouvait leur arriver2 dans le tiers-tat du moyen-ge1 et dans la bourgeoisie du ,x,v,i,i,ie sicle1 on s'occupait peu d'initier les femmes aux sciences et aux beaux-arts1 dont l're ne faisait que commencer ouvrir rellement ses portes4 ,maintenant1 tout le monde a un droit gal de s'abreuver aux sources de l'instruction2 la femme de la cour ne jouit pas de plus de privilges que la simple boutiquire1 et c'est cette instruction qui est le grand niveleur de toutes les classes4 ,mais1 depuis qu'on est plus instruit1 en est-on meilleur8 ,je crains qu'il faille1 malheureusement1 rpondre non4 ,pourquoi8 ,c'est qu'on semble avoir pour objet de remplir la tte et d'isoler le cur2 l'intelligence absorbe l'me1 et de cet tat de choses il ne faut attendre que des dsastres4 ,de la culture de l'esprit des femmes1 a dit ,shridan1 dpend la sagesse des hommes2 c'est pourquoi cette instruction des femmes mrite de nous proccuper un si haut degr4 ,l'instruction pour les deux sexes1 dans quelque position qu'on soit1 n'est jamais trop grande1 mais c'est la condition d'tre bien dirige4 ,il semble1 et on affirme1 que plus on sait1 plus on s'aperoit de la profondeur de son ignorance4 ,la jeune fille qui sort de pension dix-huit ans s'crie3 ,je n'ai plus rien apprendre1 je sais tout2 n'ai-je pas remport tous les premiers prix8 ,le savant de soixante-quinze ans1 sur le bord de la tombe1 aprs avoir travaill toute sa vie1 se dit3 ,que de choses j'ignore encore6 une nouvelle vie devant moi pour apprendre suffirait peine4 ,mais1 pour arriver confesser cette grande vrit1 il faut avoir pu acqurir cette profonde instruction qui la dcouvre nos yeux1 et que la mdiocrit couvre d'un voile2 tout le monde n'est pas dans la position matrielle aussi bien que morale d'y arriver2 c'est donc ceux qui savent qu'il appartient de dispenser cette richesse morale chacun selon sa position1 son degr d'intelligence et l'existence laquelle il est destin4 ,c'est une erreur trop rpandue de croire que cette demi-instruction qu'on reoit au pensionnat nivelle et aplanisse tous les chemins2 qu'elle donne accs dans les salons de l'aristocratie1 et remplit la bourse au besoin4 ,ce demi-savoir ne fait1 au contraire1 que dclasser ceux qui l'ont acquis1 les placer dans une fausse position et les mettre hors d'tat d'en acqurir une meilleure4 ,il est impossible que l'instruction soit la mme pour tous2 il est des portes qu'il vaut mieux ne jamais voir ouvertes1 lorsqu'on ne doit pas les franchir2 il est des horizons tellement grands que certains esprits ne peuvent les embrasser4 ,l'galit n'est pas plus possible en instruction qu'en fortune4 ,le jour o l'ouvrire jouera du piano et ira aux cours de la ,sorbonne1 elle rougira d'avoir les mains rouges et ne travaillera plus le soir4 ,or1 les mains rouges et le travail du soir1 c'est la vertu de l'ouvrire4 ,le jour o la femme du commerant1 croyant que l'instruction nivelle tout1 voudra aller chanter dans le salon de la duchesse1 ou causer chez le savant de l',acadmie1 elle ngligera les livres de compte de son mari et recevra mal les clients4 ,envisage d'une faon gnrale1 la femme n'a pas besoin d'une grande rudition2 notre sexe possde une intelligence bien plus vive et plus perante que celle de l'homme1 elle sait s'approprier merveilleusement et tirer parti des moindres choses2 il suffit de nous ouvrir quelques aperus pour que1 plus tard1 au besoin1 nous puissions acqurir ce qui pourra nous manquer2 ce qu'on doit s'efforcer de nous donner1 cause prcisment de nos aptitudes tout saisir avec ardeur1 c'est le contentement de notre position et la modration de nos dsirs ambitieux4 ,ceux qui nous dirigent doivent mettre profit nos dispositions pour nous faire approfondir une branche quelconque1 qui ne soit pas seulement une futilit1 mais qui puisse nous offrir un gagne-pain en cas de besoin4 ,ce qui donne le plus de poids un caractre1 c'est de se savoir capable de quelque chose1 c'est de sentir qu'il peut se passer des autres4 ,si une instruction diffrente dans les dtails doit tre attribue chaque classe1 il est cependant possible de la rsumer dans son ensemble3 la femme de tout rang1 celle qui vient au monde dans une chaumire aussi bien que celle qui nat dans un palais1 outre des principes inbranlables de vertu et de religion1 doit apprendre1 avec les notions plus ou moins lmentaires des sciences et des arts1 travailler l'aiguille1 faire le mnage et la cuisine1 et avoir une profession en rapport avec ses habitudes4 ,j'ai connu un pre de famille qui possdait une trs belle1 sinon une grande fortune2 sa femme savait ordonner ses domestiques1 mais non excuter ni commander1 car pour bien commander quelque chose1 il faut savoir le faire par soi-mme1 au besoin1 pouvoir le dmontrer et se faire voir l'uvre4 ,comment une pauvre paysanne saura-t-elle pousseter et soigner de beaux meubles1 si personne ne le lui apprend8 ,a la campagne surtout on est expos avoir des serviteurs qui ne connaissent pas bien le service2 comment les reprendre1 si l'on ne sait pas soi-mme d'o vient le mal8 ,chez ,m4 ,b4 7la famille vivait alors ,paris71 un dner de crmonie1 le cordon-bleu1 servit un jour une volaille rtie qui n'avait pas t vide4 ,mme ,b4 n'y connaissait rien2 elle tmoignait sans cesse d'une ignorance terrible1 indiquant sa cuisinire des moyens ridicules d'accommoder certains plats1 lui adressant des reproches hors de propos1 etc4 ,des incidents de ce genre amenaient souvent des discussions entre elle et son mari1 quoique sous tous les rapports1 ils fissent trs bon mnage4 ,ayant1 plus tard1 achet une magnifique proprit une vingtaine de lieues de ,paris1 ils se trouvrent parfois1 par suite de divers incidents1 sans cuisinire2 et ,mme ,b4 tait dans l'impossibilit d'y suppler1 mme par conseils sa femme de chambre4 ,ce n'tait pas sa faute1 mais celle de son ducation4 ,elle reconnaissait ses torts1 seulement elle tait trop ge pour y remdier1 car ce n'est pas lorsque les maladies et les soucis de la vie et de la famille sont arrivs qu'on peut changer ses habitudes et s'assujettir des occupations qu'on n'a jamais pratiques4 ,elle tait parfaitement d'accord avec son mari pour lever sa fille autrement qu'elle ne l'avait t elle-mme3 le pre voulut1 ds que l'enfant eut fait sa premire communion1 qu'elle s'occupt de la maison1 travaillant avec les domestiques dans la mesure de ses forces1 et voyant ainsi par elle-mme les amliorations qu'il serait bon d'introduire2 on fit venir un cuisinier pour lui donner des leons3 ,je veux que ma fille1 disait ,m4 ,b41 puisse faire une omelette son mari1 et quelques plats recherchs1 s'il est malade1 et prfre que la main blanche de sa femme les apprte2 puis encore qu'elle sache commander ses domestiques et les enseigner4 ,il y des pensions en ,belgique et en ,allemagne1 je crois mme qu'on le fait dans quelques couvents de ,france1 o1 tour tour1 par semaine1 les lves passent la lingerie1 la buanderie1 la cuisine1 l'infirmerie4 ,voil la vraie instruction des femmes dans toutes les conditions1 je le rpte1 avec quelques lments d'rudition et une occupation principale pouvant leur tre d'une utilit srieuse4 ,telle est1 en rsum1 l'instruction que doit recevoir notre sexe en gnral3 le sujet est si grave que1 pour l'approfondir1 il faudrait y consacrer1 non un chapitre dtach1 mais un volume entier2 nanmoins on peut essayer de donner un expos succinct de l'instruction particulire inspire par le bon sens et l'exprience1 pour les filles1 depuis celle de l'ouvrier jusqu' celle du duc4 ,ayant tabli que l'instruction de toute femme1 quelque degr de l'chelle sociale qu'elle appartienne1 doit se composer d'un peu d'rudition1 des soins du mnage1 et d'une profession lui permettant de gagner sa vie au besoin1 il reste dfinir les limites auxquelles ces diffrentes parties doivent s'arrter1 suivant les positions de fortune de chacune4 ,nous nous occuperons1 d'abord1 de la classe moyenne1 comme tant la plus nombreuse1 et laquelle il est laiss assez de loisir pour cultiver son esprit1 tout en s'occupant d'conomie domestique4 ,en quoi fait-on consister gnralement ce qu'on appelle une belle ducation pour une jeune fille appartenant la bourgeoisie8 ,on lui apprend comme principes solides de bonne conduite et de vertu1 assister machinalement1 le dimanche1 aux offices religieux1 en toilette tapageuse1 et s'incliner imperceptiblement devant les jeunes gens de sa connaissance2 puis on lui enseigne se faire obir et servir des domestiques1 sous le prtexte de gouverner sa maison2 et aussi contraindre son caractre en socit1 afin de paratre une femme du monde4 ,quand elle a appris1 la pension1 un peu d'anglais1 quelques morceaux de piano trs bruyants1 voire mme des notions de dessin1 et les petits ouvrages de main en vogue1 on se dclare hautement satisfait1 ne paraissant pas se douter que la femme pendant son sjour sur cette terre1 ait un autre rle remplir que celui de briller et rgner1 et que les preuves peuvent lui tre prodigues4 ,hlas6 chaque anne a son hiver1 chaque existence sa saison de tristesse2 nous autres1 parents1 ne sommes-nous pas pays pour ne pas l'oublier8 ,cette ducation ressemble beaucoup celle que reoit la jeune fille riche4 ,on pousse celle-ci quelquefois un peu plus du ct des arts d'agrment2 comme principes1 on lui inculque1 srement1 une plus forte dose de vanit d'elle-mme et de mpris pour son prochain4 ,en gravissant le marchepied de sa calche huit ressorts1 la petite personne est bien prte se croire trs suprieure l'espce humaine qui vgte autour d'elle4 ,cette instruction ne prsente que des surfaces polies et glissantes celle qu'on a place au sommet2 rien n'est l pour lui permettre de se raccrocher2 fatalement elle doit tomber dans le gouffre du vide qui l'entoure4 ,il est vrai qu'on se trouve pris souvent entre deux dilemmes3 entre la femme savante qui se masculinise et devient pdante1 ridicule1 veut dominer le sexe fort1 et la femme ignorante qui est sotte1 frivole1 et incapable d'tre une socit et une compagne pour son mari1 un guide pour ses enfants1 un soutien pour elle-mme4 ,mais entre ces deux exagrations n'est-il donc pas un juste milieu8 ,par une instruction srieuse1 la femme ne peut-elle tre initie aux tudes des hommes1 de faon les comprendre et pouvoir les couter avec plaisir8 ,ne peut-elle surtout tre apprise savoir supporter l'adversit et aider les siens la supporter8 ,ce n'est pas vers les sciences abstraites qu'il faut diriger les ttes1 dj si exaltes naturellement et si impressionnables1 du sexe fminin4 ,la femme doit tre instruite1 mais non savante4 ,l'rudition donne1 mme la femme la plus aimable1 une teinte apparente1 parfois relle1 de philosophie hommasse qui loigne d'elle1 a dit je ne sais quel grand moraliste4 ,en l'entranant dans la politique1 dans les controverses religieuses1 dans le baccalaurat1 comme quelques-uns veulent le faire1 suivant de rares exemples d'outre-mer1 c'est l'enlever son mnage2 c'est la masculiniser4 ,il ne faut pas confondre ces diffrentes directions avec la profession que je demande qu'on lui donne4 ,celle-ci la laisse toute ses devoirs fminins4 ,elle lui est un point d'appui sur le terrain glissant de l'oisivet dont je parlais tout l'heure4 ,elle la protge et lui offre un crampon1 non seulement dans ces heures o la monotonie et la rgularit de sa vie la livrent l'ennui1 mais encore au jour1 qui arrive tt ou tard presque dans chaque existence1 o la roue de la fortune s'loigne de sa route4 ,la femme qui semble appele vivre dans une sphre trs leve doit1 plus que toute autre1 recevoir une instruction excessivement profonde2 celle-l mme1 on pourra permettre d'tre savante1 car c'est elle surtout qu'il faut prserver de cette oisivet qui la jetterait dans la frivolit et la nullit la plus complte4 ,puisqu'on ne peut la stimuler en la faisant travailler pour vivre1 il faut la faire travailler1 si ce n'est pour son prochain1 au moins pour la gloire2 tout prix il faut lui imposer une tche1 un but1 lui montrer quelque chose de plus srieux dans la vie que s'habiller1 faire des visites et en rendre4 ,a tout prix1 il faut remplir le vide que laisseraient tous ses dsirs satisfaits et le bien-tre matriel1 autour de son imagination et de son cur2 vide qui ne tarderait pas tre rempli par des caprices malsains1 des nervements sans motifs1 des rves exalts1 finissant par conduire au mal ou au spleen4 ,a la fille de l'ouvrier1 de l'artisan1 du petit commerant mme1 rien n'est plus funeste qu'une grande instruction1 restant fatalement incomplte1 laquelle est juste suffisante lui ouvrir les yeux sur des fleurs aux corolles magiques1 sans lui donner la perspicacit de percer jusqu'au prcipice qu'elles recouvrent4 ,l'instruction1 comme tous les biens1 veut n'tre dispense qu'avec sobrit1 prudence1 presque parcimonie et discernement4 ,un homme dou d'une intelligence suprieure1 de talents extraordinaires1 peut1 on a vu des exemples1 s'lever au premier rang2 une femme jamais6 ou de si rares exceptions qu'elles ne sont l que pour confirmer la rgle2 encore a-t-elle d pour cela abandonner les privilges de son sexe4 ,la femme ne peut changer de position que par le mariage4 ,l est un grand cueil pour les jeunes imaginations4 ,imbues de cette ide1 les jeunes filles croient avoir le droit1 ou veulent1 par leur instruction1 l'acqurir1 de trouver ce prince des contes de fes1 qui les sortira de leur position4 ,l'ouvrire aspire aprs un monsieur2 la bourgeoise1 aprs un gentilhomme1 et ainsi de suite4 ,en attendant ce bienheureux librateur1 on se pose en femme incomprise1 on mprise ceux qui vous entourent1 se croyant appele une destine bien suprieure2 en un mot1 on est malheureuse dans sa position4 ,on se trouve dclasse4 ,il m'a t donn de voir cependant1 je le constate avec plaisir1 au milieu de cette fivre d'ambition qui est close dans les cerveaux fminins d'abord1 comme de juste1 pour pntrer ensuite dans ceux des hommes1 de mme que notre mre ve a mang du fruit dfendu avant ,adam1 quelques caractres qu'elle n'avait point atteints4 ,j'ai vu des commerants1 donnant par extraordinaire leurs filles une instruction commerciale1 dont les beaux-arts n'taient pas absolument exclus1 mais qui ne les enlevait pas leur milieu2 ds leur enfance1 elles taient nourries de l'ide qu'elles pouseraient un ngociant comme leur pre1 qu'elles l'aideraient dans son bureau1 qu'elles contribueraient la prosprit de la famille1 etc4 ,elles ne regardaient point d'un il d'envie les clientes qui contribuaient leur fortune1 et ne croyaient point droger en faisant acte de prsence au magasin4 ,celles-l ont t vraiment gaies et heureuses toute leur vie1 car il est toujours heureux celui qui sait se contenter de ce qu'il a4 ,l'ambition est un noble sentiment quand il est bien dirig et qu'il ne dpasse pas le but qu'il est donn d'atteindre en faisant le bien4 ,la partie de l'instruction concernant le mnage comprend la couture1 le repassage1 la cuisine1 le soin des malades et des enfants1 la connaissance de la viande pour l'alimentation1 celle des problmes de l'conomie domestique1 etc4 ,la jeune fille1 leve par sa mre s'occuper dans la maison1 se trouve insensiblement initie ces travaux4 ,malheureusement1 il arrive souvent que les mres1 soit par faiblesse1 soit par ambition mal-place de rester matresses souveraines de leur intrieur1 soit1 la plupart du temps1 par amour-propre maternel1 pour laisser leurs filles plus de loisir jouer la femme du monde1 se rservent ces occupations prosaques1 et lorsque la jeune personne se trouve subitement1 par le mariage1 la tte d'une maison et d'une famille1 tout est refaire dans son ducation et ses habitudes4 ,l'rudition fminine doit porter spcialement sur l'arithmtique1 gnralement trop nglige2 sans repousser l'tude de l'histoire et de la gographie1 ainsi que celle de la littrature1 on devrait appuyer plus qu'on ne le fait sur la botanique1 enseigner un peu de mdecine1 un peu de chimie au point de vue domestique2 ces notions seraient bien utiles une mre de famille ou une matresse de maison1 que l'art de pianoter trs imparfaitement1 ou de savoir analyser les matires qui composent le soleil ou la lune1 ainsi qu'on l'enseigne dans tous les cours de physique spciaux aux jeunes personnes4 ,j'ai dj eu l'occasion d'entretenir mes lectrices sur l'ducation professionnelle des femmes4 ,je pense donc inutile de rpter ce qui a t dit ce sujet4 ,la profession faisant partie de toute instruction fminine bien entendue1 ne doit pas tre purement nominale1 de sorte que1 lorsqu'il s'agit d'en faire usage1 elle s'vanouisse en fume et en projets2 telle jeune fille se croit capable1 parce qu'elle chante agrablement1 de pouvoir1 le jour qu'elle le voudra1 aborder l',opra et gagner cent mille francs par an4 ,telle autre1 qui russit assez joliment la copie d'un petit tableau1 ne doute pas que dans son pinceau1 elle ne possde une fortune1 et considre ses moindres esquisses comme des objets prcieux4 ,les personnes qui n'ont jamais travaill pour de l'argent sont gnralement imbues de l'ide que rien n'est plus facile que d'en gagner1 et c'est une chose extraordinaire combien les dbutants ont d'exigence et de prtentions exorbitantes4 ,je n'entends pas non plus pour les femmes de ces professions masculines1 comme certains conomistes voudraient leur en faire prendre1 professions les entranant dans un milieu hors des attributions de leur sexe4 ,il faut leur enseigner des professions pratiques1 vritables1 n'existant pas que dans l'imagination1 susceptibles de leur tre utiles d'un jour l'autre1 n'exigeant ni bassesse1 ni aptitudes exceptionnelles1 ni protections spciales1 mais seulement du travail1 comme il en faut pour tout4 ,il leur faut1 surtout1 apprendre ne point rougir de les avouer1 se faire honneur d'tre capables de quelque chose d'utile4 ,il serait trop long1 et je sortirais du cadre que je me suis trac1 si je voulais entrer ici dans les dtails de l'ducation de l'me et du cur1 appele tenir bien plus de place dans la vie d'une femme et avoir bien plus d'influence sur son existence que l'instruction3 ducation qui ne doit pas se borner1 ainsi que je l'ai fait entendre au commencement de ce chapitre1 leur donner de la pit et de la vertu en apparence seulement1 mais pratiquer le bien dans la solitude comme devant la foule1 et avoir horreur et rpulsion pour tout ce qui est mal1 plutt pour l'acquit de leur conscience que pour le qu'en dira-t-on du monde4 ,,chapitre ,,xii ,,les ,,arts ,d',,agr,,ment4 ,i ,la musique au point de vue de l'instruction masculine4 ,est-il utile que mes fils apprennent la musique8 demande une mre4 ,oui1 certainement oui4 ,faites tout votre possible1 employez toute votre autorit1 pour que vos fils soient aussi musiciens que vos filles1 et apprennent un instrument quelconque4 ,quelle jouissance1 quel agrment1 quel bienfait pour leur avenir cela peut leur procurer1 de quelle utilit1 de quelle ressource cela peut leur devenir1 vous ne vous en faites pas une ide1 puisque vous posez cette question4 ,dans le monde1 part la petite satisfaction de vanit1 ce talent1 aussi petit qu'ils l'aient1 les fera rechercher et aimer de leurs suprieurs2 un aide-de-camp1 un secrtaire1 un fonctionnaire de l'administration1 un jeune magistrat1 arrivant dans une petite ville1 prsent dans une socit1 se voit de suite agr1 accueilli d'une manire bien diffrente1 s'il est prcd d'une rputation de musicien4 ,il sera donc bon autre chose qu' danser1 qu' dire des niaiseries1 qu' stationner devant le buffet1 se dit-on1 et on en conclut1 avant mme de le voir1 qu'il doit tre un homme distingu1 ou du moins qu'il en a reu l'ducation4 ,il trouve plus facilement accs dans les familles et prs des femmes de la bonne socit2 tant plus mme qu'un autre de se plaire avec ces dernires1 d'apprcier leurs distractions et d'en jouir1 il est1 par ces motifs1 loign des compagnies communes et perverses4 ,car1 en laissant de ct la considration que cela puisse contribuer1 dans bien des cas1 l'avancement d'un jeune homme et sa position dans le monde1 l'influence que la connaissance de cet art a sur ses sentiments et sur ses habitudes1 est incontestable4 ,dieu nous a donn la musique pour calmer nos passions1 a dit ,platon4 ,lorsqu'on est initi aux penses sublimes et leves des grandes conceptions musicales1 lorsqu'on est sensible aux accents de la divine harmonie1 on ne saurait tre vulgaire1 ni mauvais4 ,mme regarde comme purile1 la musique offre l'homme1 aussi bien qu' la femme1 un dlassement noble et pur1 au lieu des dlassements trivials dans lesquels le sexe masculin est oblig de se jeter1 pour se reposer des luttes et des travaux positifs de la vie4 ,pourquoi1 ce qu'on apprend la fille1 ne pas l'apprendre au garon1 qui doit devenir son compagnon plus tard8 ,quelle jouissance1 s'ils sont tous deux musiciens1 le mari et la femme goteront ensemble6 ,ce sera une puissante raison qui le retiendra la maison1 que la plupart du temps il quitte parce qu'il ne sait qu'y faire4 ,c'est une similitude de gots qui les rapprochera 7il n'en existe jamais trop71 qui leur rendra courts et agrables les moments qu'ils ont passer ensemble2 d'un autre ct1 combien de jeunes femmes vont chercher au dehors un auditoire qu'elles ne trouvent pas dans leurs maris6 ,et encore1 quels compagnons pour la solitude1 quelle consolation pour les moments de dcouragement1 existent dans ,mozart et ses mules4 ,tout homme insensible la musique n'est homme qu' demi2 la musique est la langue des dieux1 elle est un bienfait du ciel dont elle est descendue4 ,mais1 pour la goter1 il est peu prs indispensable d'tre musicien soi-mme4 ,quelques parents objecteront que les jeunes gens sont obligs1 dans les lyces1 de sacrifier leurs heures de rcration cette tude1 et que cela peut nuire leur sant6 ,et comment fait-on dans les autres pays8 car1 il faut bien l'avouer1 l'ducation masculine sous le rapport des arts d'agrment est singulirement nglige en ,france2 cependant1 les tudes de philosophie et de sciences ne sont pas infrieures aux ntres l'tranger1 et les hommes n'en sont pas moins forts et robustes1 adroits la gymnastique et tous les exercices du corps qui ont dvelopp leurs facults physiques1 sans avoir exig qu'on ngliget le dveloppement de leurs facults morales4 ,il ne peut pas tre donn tous d'acqurir un grand talent musical2 il faut d'ailleurs1 pour cela1 une disposition particulire2 pourvu qu'ils en sachent assez pour cultiver leur voix s'ils en ont1 et pour jouer une valse ou un accompagnement1 ce sera suffisant pour avoir quelque influence sur leurs murs et leurs ides4 ,a une certaine poque de ses tudes scolaires1 le jeune garon sera oblig d'abandonner momentanment cet art1 du moins en partie2 mais le connaissant dj1 il y reviendra aprs1 avec d'autant plus de dlices4 ,dans l'enfance1 le petit garon se prte volontiers1 comme tous les enfants1 apprendre la musique4 ,il appartient alors la mre de lui en inculquer1 lorsqu'il est encore tout jeune1 le got et les principes lmentaires4 ,c'est un prcieux fondement que vous jetez pour plus tard4 ,avant que le latin et le grec viennent s'emparer de lui1 faites commencer le violon votre enfant1 si vous lui voyez les moindres dispositions4 ,si vous ne lui en voyez pas1 tchez de les lui faire natre1 de les dvelopper1 par tous les moyens possibles2 qu'il apprenne1 surtout1 en faire un dlassement1 et point un travail4 ,autrement2 lorsqu'il entrerait au collge1 la force de l'ge1 les heures sdentaires que rclament les tudes1 le poussant aux exercices turbulents1 s'il fallait qu'il comment la musique1 l'y feraient renoncer ou la prendre en dgot4 ,la connaissant dj1 il ne se refusera pas la continuer4 ,ds l'ge de dix-huit ans1 parfois plus tt1 le jeune homme s'aperoit de tout le plaisir qu'il peut en retirer et il ne regrette plus le temps qu'il y a pass1 ni les rcrations qu'il y a sacrifies4 ,il n'y a pas d'exemple d'un jeune homme de cet ge qui ne soit satisfait d'tre musicien1 ou qui ne regrette de ne pas l'tre4 ,avec les annes1 cette satisfaction ne fait que s'accrotre1 ou ces regrets ne deviennent que plus amers2 j'en ai t tmoin1 maintes fois1 chres lectrices1 et c'est par exprience que je vous parle4 ,parfois1 des personnes qui1 soit par la ngligence de leurs parents1 soit par nonchalance ou inaptitude totale de leur part1 ne possdent pas telles ou telles connaissances1 ont le mauvais got1 comme fiche de consolation1 d'en faire fi1 de les ddaigner1 devant ceux mmes qui ont le bonheur de les possder4 ,a quoi bon jouer du piano ou du violon1 savoir la musique6 on en fera toujours bien assez sans moi6 disent-ils2 les soucis de la vie vous forcent souvent abandonner a6 ,a quoi bon apprendre les langues trangres8 dans tous pays1 on trouve des gens qui parlent le franais6 ,pauvres gens6 l'ignorance1 la fatuit et la jalousie les font parler ainsi1 et ils en sont les premires victimes2 ils ne s'aperoivent pas qu'ils se couvrent de ridicule aux yeux des gens senss6 ,alors mme que cela ne leur serait d'aucune utilit1 le fait seul d'acqurir une amlioration quelconque est un devoir pour nous4 ,autant vaudrait-il qu'ils dissent3 ,a quoi bon distinguer1 le ciel des tnbres1 penser et aimer1 avoir un cur1 une intelligence1 on peut remplacer tout cela444 avec de l'argent peut-tre8 ,ne nous laissons pas influencer par des raisonnements aussi absurdes1 provenant d'esprits borns et envieux2 contentons-nous de leur rpondre3 ,vous parlez ainsi1 mes bons amis1 parce que vous tes comme le renard de la fable de ,lafontaine1 qui1 regardant les raisins qu'il ne pouvait atteindre1 disait qu'il les trouvait trop verts4 ,les raisins sont trop verts pour vous1 voil tout6 ,,ii ,les langues trangres4 ,quel est le meilleur moyen pour apprendre les langues trangres aux enfants8 ,il est en trs grand usage maintenant de donner aux enfants en bas ge des bonnes trangres pour leur apprendre les langues4 ,cet usage offre des inconvnients1 si les parents ne connaissent pas la langue qu'ils font apprendre leurs enfants4 ,les bonnes trangres ont1 comme celles de ,france1 des accents1 des prononciations vicieuses1 et emploient des mots vulgaires1 grossiers1 et des locutions peu grammaticales4 ,imaginez un enfant qui apprendrait le franais avec une ,provenale1 ou une ,alsacienne6 ou encore avec une ,auvergnate1 et qui rpterait1 d'aprs sa bonne3--,fouchtra6444 j'avons ben faim c'te heure6--,c'est exactement le mme cas4 ,dans les pays trangers1 comme dans le ntre1 chaque province a son patois et chaque classe a ses expressions de politesse4 ,si des domestiques franais apprennent votre enfant des mots insolites1 vous vous en apercevez de suite1 et le reprenez4 ,s'il vient vous dire3 ,c'est-y-embtant1 ou bien3 ,ma bonne m'a dit que la dame d'en face est une44444 vous le faites taire1 et vous rprimandez la bonne2 vous ne laissez pas aux mauvaises habitudes le temps de s'invtrer1 et vous tes mme de juger du degr d'ducation morale de votre domestique4 ,mais s'il s'agit d'une langue que vous ne compreniez pas1 tout moyen de contrle vous chappe4 ,on se rserve1 il est vrai1 de faire prendre plus tard des leons l'enfant1 mais il aura beaucoup de mal1 alors1 renoncer aux travers qu'il aura contracts2 il faudra qu'il passe du temps les perdre1 comme il aura pass du temps les prendre4 ,je connais un ,anglais du meilleur monde1 qui a appris le franais avec une bonne1 et qui n'a jamais pu perdre la prononciation de3 ,mam'zelle1 et qu que vous v'lez4 ,il est des nuances dlicates qui dnotent la bonne socit4 ,on entend souvent des trangers de distinction1 des princes russes1 etc41 dire3 a m'embte6 ,ce sont des domestiques qui leur ont appris cette expression lgante6 et personne n'ose et n'a le courage de les avertir4 ,il en sera de mme pour vos enfants1 si vous les faites examiner par quelqu'un connaissant la langue qu'on leur a apprise de cette manire4 ,il est bien difficile de se rapporter des jugements1 la plupart du temps trop indiffrents ou trop intresss1 pousss la flatterie par le dsir de plaire ou la dnigration par la jalousie4 ,une de mes amies m'assurait1 dernirement1 que son fils1 ayant appris l'anglais avec une bonne anglaise1 le parlait parfaitement4 ,comment le savait-elle8 elle ne pouvait en tre juge4 ,en ,angleterre l'usage1 le bon ton1 ne permettent pas qu'on emploie souvent les mots monsieur ou madame2 on dit3 oui1 non1 ou merci1 tout court4 ,les infrieurs1 les boutiquiers seuls rptent1 tout propos et chaque minute3 ,yes1 sir1 yes sir4 ,le fils de cette personne avait contract cette habitude1 ainsi que celle d'abrviations qui ont lieu dans la langue anglaise parle familirement et vulgairement1 et il laissait tous les ,anglais avec lesquels il causait l'impression qu'il tait un valet4 ,mais1 en admettant mme que l'accent soit bon1 le langage correct1 devez-vous consentir que la premire venue puisse dire votre petite fille1 et mme votre petit garon1 des choses dont vous ne pouvez apprcier l'opportunit2 veiller des ides1 inculquer des prtextes1 prcisment l'ge o les enfants1 comme de la cire molle1 reoivent la moindre empreinte qui passe sur eux1 et d'autant plus vite qu'elle rpond davantage aux instincts pernicieux que dame ,nature jette au fond de tout tre humain8 ,naturellement1 je ne m'adresse pas ici aux mres frivoles1 qui abandonnent la premire ducation de leurs enfants des mains mercenaires2 celles-l ne se donneront pas d'ailleurs la peine de me lire2 d'autres occupations1 hlas6 rclament leur temps et leur attention4 ,je parle ces bonnes et tendres mres de famille qui se proccupent du dveloppement1 autant au moral qu'au physique1 des petits tres que ,dieu leur a envoys4 ,si vous ne pouvez donner vos enfants une gouvernante1 c'est--dire1 une personne possdant une certaine instruction1 et sur la moralit de laquelle vous puissiez avoir les meilleurs renseignements1 ainsi que sur son accent1 ne leur donnez pas de bonne trangre ordinaire2 permettez-moi cet avis4 ,on peut parfaitement apprendre une langue sans cela2 j'en vois constamment d'excellents exemples4 ,voici la mthode que j'ai vu russir1 qui est simple et la porte de tout le monde4 ,en mme temps que les autres branches de la science1 et avec l'aide d'un bon professeur1 l'enfant apprend grammaticalement la langue trangre1 c'est--dire qu'il apprend la lire et l'crire2 des dictes et des lectures haute voix le familiarisent dj avec la prononciation2 il est vident que l'lve ne parlera et ne comprendra que fort peu1 mais il pourra1 je le rpte1 lire et crire2 c'est la mthode ,robertson4 ,quand l'instruction est finie1 instruction1 si c'est un garon1 dans laquelle il a acquis la connaissance du latin et du grec1 qui facilite normment l'tude des langues vivantes1 vous le conduisez ou l'envoyez passer six mois dans le pays mme1 en pension1 dans une famille particulire et distingue 7il s'en trouve beaucoup en ,angleterre et en ,allemagne qui prennent des pensionnaires2 ce sont surtout des familles de pasteurs72 et aprs quelques semaines1 comme si un voile se dchirait tout d'un coup1 il comprendra et il parlera2 mais alors il le fera correctement et avec lgance1 ses prcdentes tudes grammaticales et littraires1 son jugement ainsi que ses habitudes de la bonne socit l'y ayant prpar4 ,si vous ne pouvez procurer ce sjour1 ou si c'est d'une jeune fille qu'il s'agit1 qui ne puisse s'loigner1 vous lui donnez deux ou trois heures par jour1 pour converser avec elle dans la langue dsire1 une institutrice capable1 qui ne parle pas un mot de franais4 ,je vous garantis qu'on apprend tout aussi bien de cette manire et avec moins de risque4 ,on objecte que le jeune homme a tant de choses tudier au collge1 qu'il n'a que peu de temps consacrer aux langues trangres4 ,dans ce cas1 il oubliera ce qu'il en aura appris1 tant enfant1 car rien ne s'oublie aussi facilement qu'une langue qu'on ne parle pas1 pour ainsi dire1 journellement1 et j'en connais des cas2 mais s'il veut plus tard reprendre l'tude de cette langue1 il russira en peu de temps se familiariser avec elle4 ,mon opinion est diffrente si vous parlez la langue que vous voulez enseigner votre enfant2 alors1 donnez-lui une bonne du pays1 et qu'il l'apprenne en mme temps que le franais2 cela ne prsente plus les mmes inconvnients2 il en sera de mme1 si vous le conduisez ds son enfance dans le pays o1 entendant parler la langue par un grand nombre de personnes1 il n'est pas soumis une influence unique4 ,en ,allemagne1 les accents diffrent1 suivant les provinces1 encore davantage peut-tre qu'en ,france4 ,celui du ,hanovre est le meilleur et le plus pur2 il quivaut notre accent de ,touraine1 qui est suprieur celui de ,paris1 o l'on grasseie2 l'accent berlinois est celui de ,hanovre ce que celui de ,paris est celui de ,tours2 ensuite1 vient l'accent silsien1 qui est bon aussi2 mais vitez tout prix de prendre pour gouvernante une ,bavaroise1 une ,saxonne ou une ,autrichienne2 votre enfant apprendrait un allemand presque incomprhensible2 dans le duch de ,bade1 il est corrompu par le voisinage de la ,suisse1 et dans les provinces du ,rhin il n'est pas non plus trs pur4 ,pour la langue italienne1 c'est l'accent florentin qui est le meilleur1 le seul bon2 le romain est peut-tre plus doux1 mais tourne au patois1 ainsi que celui de ,venise1 les canzonnetas n'en ont que plus la couleur locale2 mais nous ne nous occupons pas ici de la fantaisie1 qui vient toujours assez facilement ensuite1 si on le veut4 ,quant la langue anglaise1 c'est la prononciation de la province de ,galles qui est la plus claire1 ainsi que celle de la ,louisiane en ,amrique4 ,l'anglais de ,boston1 et de presque toutes les provinces amricaines1 est corrompu par l'migration allemande1 si abondante4 ,le vrai ,anglais chante1 bredouille1 et mange toutes ses paroles en parlant2 aussi1 en arrivant en ,angleterre1 un tranger1 connaissant bien d'ailleurs cette langue1 mais dont les oreilles ne sont pas habitues ce mlange1 prouve une vritable difficult comprendre4 ,les ,irlandais et les ,ecossais ne parlent que des patois1 lesquels sont excessivement pittoresques dans les ballades et les romans1 mais manqueraient totalement de charme dans la bouche de nos enfants1 et quand on pense que les bonnes anglaises sont la plupart irlandaises6 ,l'tude des langues s'est tellement propage tout d'un coup en ,france1 qu'avec cet enthousiasme1 peut-tre un peu trop entranant et superficiel qui distingue notre caractre1 nous nous sommes empars tout prix de cette ide1 et quelques personnes ont imagin de faire faire les premires tudes scolaires en langues trangres4 ,a premire vue1 cette ide parat sublime2 en y rflchissant cependant1 on trouve que nos enfants franais sont1 aprs tout1 destins vivre en ,france1 faire leur carrire en ,france1 parler1 crire en franais2 or1 notre belle langue1 chacun le sait1 est d'une difficult extrme2 elle renferme des rgles et des exceptions innombrables1 des dlicatesses et des nuances infinies2 peu mme de ceux qui consacrent leur vie l'tudier peuvent se flatter de s'en servir dans toute sa puret et sa correction2 on ne saurait donc apporter trop de soins1 trop de temps1 ni commencer trop tt en inculquer les principes4 ,au contraire1 pour une langue trangre1 il suffit de pouvoir se faire comprendre1 de l'entendre1 de la lire et l'crire assez convenablement pour des relations d'affaires ou d'amiti2 on ne prtendra jamais remplir la carrire d'avocat ou de littrateur en pays tranger2 une connaissance plus superficielle est donc suffisante4 ,,iii ,la peinture4 ,l'tude de la peinture se divise en deux catgories2 la premire comprend le dessin et l'aquarelle1 la seconde le pastel et l'huile4 ,on pourrait encore en admettre une troisime1 la peinture industrielle2 mais cette dernire ne rentre pas absolument dans l'ducation des enfants1 tandis qu'au contraire la premire surtout en fait partie essentiellement4 ,il est trs utile et trs agrable pour tout le monde1 lors mme qu'on ne se sent pas de dispositions1 ou qu'on n'a pas le loisir d'apprendre la peinture1 de connatre au moins le dessin et l'aquarelle4 ,c'est une tude qui ne demande pas beaucoup de temps et qui est plutt un dlassement qu'un travail4 ,au contraire des autres branches de l'ducation1 elle n'exige pas d'tre inculque ds l'enfance1 le jugement en tant la principale base4 ,certainement1 il en est peu prs de mme pour tout1 et la musique peut peine tre comprise et interprte avec sentiment par un adolescent4 ,mais le mcanisme du piano et du violon exige imprieusement qu'on commence de bonne heure l'tude de ces instruments2 de mme que les doigts1 la mmoire doit aussi tre exerce1 lorsqu'on est encore tout jeune1 et les noms1 les dates1 les rgles1 tout ce qui est routine1 en un mot1 se retient alors bien plus facilement4 ,pour le dessin1 c'est tout diffrent1 il n'y a ni mcanisme ni routine2 tout y est sentiment et jugement1 et1 moins de dispositions particulires1 on n'entreprend gure cette tude avec fruit1 avant l'ge de quinze ans4 ,si l'on se borne l'tude du paysage au crayon ou l'aquarelle1 il n'est pas besoin de longues annes de travail1 pour y trouver une source de jouissances infinies1 particulirement pour les personnes qui habitent la campagne ou qui voyagent4 ,quel dlassement plus charmant1 en se reposant d'une longue marche1 l'ombre d'un arbre touffu1 que de prendre l'esquisse d'un point de vue prfr6 quel plus gracieux souvenir envoyer aux parents1 l'amie loigne1 que le croquis de l'endroit o leur pense s'efforce de nous voir6 et quoi de plus agrable que de pouvoir rapporter dans notre album les vues de sites qui nous rappellent une sensation ou un souvenir8 de fixer les couleurs chatoyantes de ces fleurs que la saison va nous enlever6 et1 par ce moyen1 tre mme1 plus tard1 de les reproduire avec notre aiguille et de varier ainsi l'infini nos tapisseries6 ,il est impossible d'numrer tous les cts utiles et agrables du dessin4 ,les notions du dessin sont exiges maintenant dans tous les examens de jeunes filles comme de jeunes gens4 ,les ,anglais1 sous le rapport de l'aquarelle1 ont toujours t trs suprieurs1 et dans toutes les pensions des ,iles ,britanniques les jeunes misses apprennent les water-colours1 et arrivent facilement un degr de perfection tonnant4 ,ils ont une manire eux de saisir un paysage et de l'esquisser2 j'ai vu des aquarelles faites par de jeunes lves anglaises1 qui ont tonn des peintres franais4 ,un professeur anglais1 pour ce genre de peinture1 serait donc prfrer4 ,le petit bagage de l'aquarelliste n'est pas bien embarrassant4 ,il consiste en un block et une petite bote de fer-blanc formant palette1 et contenant couleurs et pinceaux4 ,ces matriaux nous viennent d',angleterre2 les botes franaises1 gnralement1 ne sont point commodes1 et les couleurs pas aussi bonnes4 ,quant au block1 tout fait d'importation anglaise1 c'est ce qu'on peut imaginer de plus confortable pour dessiner ou peindre en plein vent4 ,c'est une espce d'album dont toutes les feuilles colles ensemble forment un pupitre rsistant pour placer sur les genoux2 une case est rserve aux crayons1 et on n'a pas besoin de s'embarrasser de carton1 ni de craindre de chiffonner son papier4 ,quand le travail est fini1 l'aide de la lame d'un canif1 on dcolle la feuille de ,bristol4 ,certes1 si vous en avez le loisir1 l'tude de la peinture srieuse1 et l'huile1 est bien celle dont on retire le plus de jouissances personnelles1 et qu'on pourrait1 en quelque sorte1 qualifier d'goste1 si rien de ce qui touche l'art pouvait mriter cette atroce qualification4 ,quoique nous rservant les plus pures sensations1 mme lorsque nous en faisons seuls1 la musique nous laisse toujours une impression mondaine1 et nous ne pouvons nous dfendre de dsirer un auditoire4 ,pour la peinture1 au contraire1 on n'prouve le besoin de personne1 on peut passer des journes entires devant son chevalet sans s'apercevoir qu'on est seul4 ,crer est un plaisir de ,dieu6 a dit un homme illustre4 ,mais1 que de temps et de travail il faut pour arriver un rsultat passable6 ,que de menus frais faire qui finissent par devenir onreux1 que de choses abandonner6 car1 pour peindre1 la tranquillit d'esprit et de longues heures sans drangement sont de toute ncessit4 ,les femmes ne peuvent arriver que difficilement bien dessiner1 et cependant le dessin est la base essentielle de la bonne peinture4 ,le motif en est qu'elles ne peuvent aller dans les ateliers et dans les muses faire des acadmies et tudier le nu2 elles ne peuvent non plus apprendre l'anatomie2 il faut donc qu'elles renoncent aux figures d'ensemble1 et se contentent d'tudes de la tte et de copies4 ,je m'arrte1 car je n'ai pas la prtention de faire ici un cours de peinture1 mais simplement1 comme le titre que j'ai choisi l'indique1 de communiquer quelques ides sur certaines branches de l'instruction1 ides qui puissent ou claircir des doutes ou ouvrir des aperus4 ,la peinture s'apprend tout ge2 et ceux qui prtendent s'ennuyer la campagne ou la ville1 qui ont des loisirs dont ils ne savent que faire1 peuvent y chercher le plus noble dlassement manuel et intellectuel4 ,le simple dessin linaire1 le paysage l'aquarelle1 je le rpte1 est indispensable toute ducation un peu complte4 ,quant la troisime catgorie1 la peinture industrielle1 au point de vue utilitaire1 elle devrait tenir la premire place dans l'instruction de toutes les jeunes filles4 ,tout en tant un art charmant de pouvoir dessiner sur bois et graver1 faire une eau-forte comme la reine d',angleterre1 peindre sur toffe et sur porcelaine1 comme ,mme ,sardou1 la femme de l'auteur minent1 le faisait avant son mariage1 on peut faire des objets utiles1 lors mme qu'on n'a pas besoin d'y chercher un gain1 tandis que dans la peinture artistique on n'arrive le plus souvent qu' faire des crotes bonnes mettre au grenier4 ,,chapitre ,,xiii ,,exercices ,,de ,,corps4 ,l'ducation physique des enfants mrite autant d'attention que celle de leur intelligence4 ,la gymnastique1 la danse1 la natation1 l'quitation1 les armes sont des moyens agrables pour dvelopper la sant et la force corporelle de nos enfants1 lesquels moyens ne sont pas dpourvus d'influence sur leur moral4 ,une nature tiole ne pourra jamais trouver la somme d'nergie ncessaire supporter les preuves de la vie1 et un caractre timor ayant peur de l'eau1 d'un saut prilleux1 d'un animal ombrageux1 n'osera jamais non seulement faire une action courageuse1 mais mme soutenir ses opinions2 son caractre sera bas et vil4 ,la danse est certainement un exercice qui donne de la grce et de l'aisance aux mouvements2 cependant je ne conseillerai pas une mre de famille de la faire apprendre de trop bonne heure ses filles1 car elle dveloppe en mme temps les gots de la coquetterie et des plaisirs du monde2 gots qui s'veillent toujours assez vite1 surtout dans le sexe fminin1 et qui tent l'enfance cette navet1 ce naturel si charmant voir4 ,pour les mmes motifs je me dclare tout fait hostile aux bals d'enfants1 que je regarde comme pernicieux1 et ne pouvant que vicier leurs natures4 ,pourrait-on me citer quel bien nos enfants en retirent8 ,qu'ils dansent en rond ou la corde1 sans faon1 avec la gaiet et le sans-souci de leur ge1 la bonne heure6 mais qu'ils dansent les lanciers et la polka srieusement1 comme de grandes personnes1 gns et guinds dans leurs habillements1 et que leurs petits traits soient altrs par le dpit1 la jalousie et l'envie1 insparables de ces runions1 o l'amour-propre est toujours en jeu peu ou prou1 c'est ce que je ne puis tolrer4 loignons le plus qu'il est en notre pouvoir1 de ces chers petits tres1 la coupe d'amertume1 que le monde prsente ceux qui veulent prendre part son festin6 ,de toutes faons1 cela ne peut avoir qu'un rsultat funeste4 ,si vous n'tes pas dans une grande position de fortune1 vous risquez d'veiller en eux des gots que vous ne serez pas en mesure de satisfaire plus tard1 et dans le cas contraire ces gots prendront toujours d'eux-mmes une telle extension que vous ne devez vous proccuper que de les modrer4 ,les leons de danse ne sont donc utiles qu' l'poque o la jeune fille et le jeune homme vont faire leur entre dans le monde4 ,dans certaines maisons d'ducation1 on les remplace par des cours de maintien et de dmarche1 qui peuvent n'tre que profitables4 ,la gymnastique est l'exercice le plus indispensable et le plus utile4 ,tout s'y trouve runi2 amusement1 dploiement des forces et des grces du corps1 intrpidit1 utilit4 ,les heures de rcration passes au gymnase sont des heures utilement employes4 ,quant moi1 j'prouve un vritable plaisir assister aux cours de gymnastique dans un tablissement bien mont4 ,ce qui est excessivement intressant1 c'est d'y suivre les progrs d'un enfant qui arrive2 les premires fois1 chtif1 nerveux1 plissant de frayeur devant le plus petit saut1 accompagn de sa mre qui lui recommande sans cesse la prudence et stimule ses craintes par ses prcautions1 poussant des cris lorsqu'elle voit le matre le lancer sur l'chelle de cordes4 ,puis1 progressivement1 si elle est vraiment anime du dsir de faire le bonheur de son enfant1 si c'est une femme de bon sens1 ou si une volont plus ferme et au-dessus d'elle l'oblige la persvrance1 la mre et l'enfant se transforment au bout de quelques mois2 elle est joyeuse d'avoir su vaincre ses apprhensions ridicules et de lui voir des joues fraches et roses1 des membres robustes2 lui1 aussi vigoureux maintenant au physique qu'au moral1 est tout fier de ses exploits1 de sa tmrit1 et raille les nouveaux arrivants4 ,la gymnastique dveloppe les membres1 la taille1 et1 en donnant de l'assurance aux mouvements1 en donne aussi au caractre4 ,cet exercice est minemment salutaire de toute faon pour la femme4 ,de quelle utilit immense il peut lui tre en cas d'incendie1 de guerre1 de dsastre quelconque1 de pouvoir se sauver et sauver les autres6 ,en voyage1 en excursion1 combien il est agrable de ne pas connatre le vertige et de possder de l'agilit6 ,au reste1 tous ces avantages sont maintenant tellement reconnus partout1 qu'on voit peu de jardins et mme de maisons o il y ait des enfants1 qui ne soient munis d'un appareil de gymnastique4 ,la natation est aussi excellente au point de vue de la sant qu'au point de vue de l'utilit1 et aucun parent ne doit ngliger d'y habituer ses enfants pendant les chaudes journes d't4 ,il est ncessaire de commencer jeune ces exercices1 afin que les membres et l'organisation s'y accoutument2 plus tard1 il serait difficile de remdier des habitudes de mollesse invtre1 et aux vices de conformation intrieurs et extrieurs qui en rsultent4 ,l'quitation1 les armes1 rentrent dans la catgorie de l'tude de la danse4 ,il est excellent de les connatre1 pour les hommes surtout1 mais ils ne peuvent tre recommands qu'aux familles jouissant d'une grande fortune1 et dont les enfants peuvent disposer de loisirs et d'argent4 ,en un mot1 ils ne sont point indispensables et leur utilit est contestable4 ,beaucoup de jeux se rapprochent de la gymnastique1 et les parents doivent les choisir de prfrence pour rcrer leurs enfants4 ,le ballon1 le jeu de grce1 le volant1 le criquet1 sont bien prfrables aux simples jeux de cache-cache1 de colin-maillard1 de quatre-coins1 etc41 qui n'exercent que les jambes1 tandis que les autres1 outre les mouvements divers qu'ils exigent des bras et de la taille1 mettent contribution l'adresse1 le coup d'il1 le jugement en mme temps que l'agilit4 ,les personnes entre les mains desquelles repose le soin d'lever des hommes et des femmes futures1 doivent naturellement s'efforcer ce qu'une seule heure mme de l'existence de l'enfant ne soit pas perdue inutilement2 c'est pendant ces courtes annes de l'ducation qu'il s'agit de former leur corps et leur intelligence1 ainsi que de leur donner de quoi les mettre mme de fournir une carrire longue et brillante4 ,si les bons professeurs ont le talent de rendre intressantes et attrayantes des tudes arides et abstraites1 il faut une certaine aptitude pour savoir diriger les heures de rcration1 de faon ce qu'il en sorte un enseignement utile sans que ce jeune monde s'en aperoive1 et sans tre oblig de les tenir dans le srieux indispensable aux heures d'tude4 ,rien de plus funeste que de les faire promener1 roides et silencieux au ct de leurs gouvernantes1 au lieu de laisser un peu la nature elle-mme1 tout en sachant1 je le rpte1 y trouver un avantage pour eux4 ,je crois donc qu'on ne saurait trop insister pour procurer aux enfants levs chez leurs parents1 des rcrations utiles1 prises en commun3 au gymnase1 en hiver1 l'cole de natation1 en t4 ,le dveloppement de la taille a chez les enfants une importance considrable1 non seulement au point de vue de la beaut1 mais celui de la sant1 et il doit tre l'objet de la sollicitude constante des mres4 ,ds l'ge le plus tendre1 l'enfant doit s'battre en plein air1 en toute libert1 et les mouvements de ses membres ne doivent pas tre gns par des vtements trop troits4 ,a la campagne surtout1 on doit laisser les enfants se livrer la gymnastique naturelle1 si ncessaire leur ge1 courir1 sauter1 grimper aux arbres3 par ces exercices1 ils acquirent de la force et de l'adresse4 ,certains parents timors qui retiennent toujours leurs enfants et1 dans la crainte d'un danger imaginaire1 les empchent de courir1 de sauter1 de grimper1 leur rendent le plus mauvais service2 ils se dveloppent lentement ou mal et deviennent d'une grande maladresse4 ,ds qu'ils veulent se mler aux jeux des autres enfants1 ils tombent et souvent se blessent malheureusement1 l o un autre enfant en et t quitte pour une bosse ou une lgre corchure4 ,laissez donc les enfants s'battre en libert et suivre gnralement leur volont1 tant qu'elle n'est pas contraire l'accroissement de leur corps ou de leur esprit4 ,une bonne gymnastique bien dirige1 suivant les principes de l'art1 est encore prfrable celle que font instinctivement les enfants2 pour les filles comme pour les garons1 elle aura les plus heureux rsultats2 pour les filles surtout1 auxquelles elle fera perdre cette sotte timidit1 ces peurs ridicules qui leur font pousser des cris au moindre accident et les mettent hors d'tat de se tirer du moindre mauvais pas auquel elles peuvent se trouver exposes4 ,la gymnastique est donc absolument indispensable2 mais on n'a pas toujours sous la main un tablissement bien mont et des professeurs4 ,quelques notions et conseils sur cette tude pourront donc rendre service bien des mres4 ,la gymnastique comprend l'enseignement pratique d'exercices particuliers propres dvelopper la force et la souplesse du corps2 c'est un art prcieux1 non seulement cause des heureux effets qu'il produit sur la sant des jeunes gens des deux sexes1 mais encore par la confiance qu'il leur inspire dans certaines circonstances difficiles4 ,mais on doit bannir de l'enseignement de la gymnastique tout exercice dangereux qui expose les enfants des efforts1 des foulures ou des entorses2 avant tout1 il importe de donner aux enfants de bonnes habitudes et d'aider au dveloppement de leur force et de leur adresse2 tels sont1 les exercices sur place qui ont pour but d'assouplir les bras et les jambes2 la course1 le saut1 les exercices du trapze1 du cheval de bois1 des cordes nuds1 des mts1 des chelles1 etc4 ,quels que soient les exercices gymnastiques que l'on fasse faire aux enfants1 il faut toujours observer certaines rgles hyginiques et certaines prcautions4 ,les meilleures heures pour se livrer ces exercices sont celles qui prcdent les repas2 car ils pourraient troubler la digestion4 ,il ne faut pas non plus excder les forces de l'enfant1 le surmener2 on le fatiguerait sans profit4 ,les vtements dont on se sert pour faire la gymnastique doivent tre larges et lgers1 ne gner en rien les mouvements et ne serrer trop nulle part4 ,une large ceinture qui serre un peu la taille est cependant utile pour maintenir le ventre et le prserver de faux mouvements4 ,il est prudent de se modrer vers la fin des exercices1 de manire ne pas se trouver trop en sueur au moment o l'on se reposera1 mais il ne faut pas non plus s'arrter brusquement1 de crainte de s'exposer un refroidissement subit1 ce qui est toujours dangereux4 ,si les vtements sont mouills1 on aura soin d'en changer et de s'essuyer parfaitement avec une serviette bien sche2 mais il faudra surtout viter de se laver l'eau froide1 de se coucher par terre ou de boire frais4 ,il existe une gymnastique1 que j'appellerai une gymnastique maternelle1 qui se fait sans appareils1 base sur un ensemble de mouvements rationnels2 on la prtend mme prfrable celle qui s'excute avec des instruments2 elle seule peut donner l'homme le summum de ses forces et le maintenir dans un tat constant de sant et de souplesse4 ,que les mres soient bien persuades que faire faire leurs enfants pendant cinq minutes quelques exercices libres bien ordonns1 est plus salutaire que de les promener pendant une demi-heure4 ,rien n'gale ces exercices pour mettre le corps en activit1 pour le prparer aux mouvements quelquefois brusques et toujours beaucoup plus violents aux engins4 ,puis enfin beaucoup de familles ne peuvent1 ou faire la dpense de tous les instruments de gymnastique1 ou trouver assez de place pour les installer chez elles4 ,je ne puis ici indiquer ces mouvements rationnels1 limits de faon ce qu'on puisse les excuter chez soi sans aucun inconvnient2 mais il existe des livres spciaux faciles se procurer4 ,les formes des mouvements1 les exercices sont en gnral coordonns de manire pouvoir s'adapter toutes les circonstances1 toutes les conditions d'ge et de sexe4 ,il va sans dire que les exercices doivent tre rejets dans tous les tats inflammatoires et fbriles bien dclars4 ,il est trs important de faire des exercices tous les jours1 autant que possible la mme heure et avant un repas1 en ayant bien soin de laisser un intervalle d'une demi-heure entre la fin des exercices et le repas4 ,il faut avoir soin de se dbarrasser des parties du vtement qui peuvent serrer1 soit au ventre1 soit au cou1 soit la poitrine4 ,les exercices devront tre excuts lentement1 sans hte ni brusquerie1 en ayant soin de mnager des intervalles de repos convenables2 cependant il faut y mettre de la vigueur et toute la plnitude de la force de tension des muscles4 ,,chapitre ,,xiv ,,les ,,vacances4 ,au lieu de rpter ces vieux clichs1 clbrant le retour des enfants au foyer et le bonheur des parents les embrasser1 je veux envisager cette priode de l'anne sous un aspect plus srieux et plus important4 ,le temps des vacances1 qui semble n'offrir l'esprit que plaisir et joie1 constitue nanmoins des devoirs spciaux aux parents et aux enfants1 que les uns et les autres sont coupables de ne pas remplir et qui ont l'influence la plus grave sur leur existence4 ,bien des parents1 dans leur bonheur de possder prs d'eux ces tres chris1 dont les circonstances les forcent se sparer le reste de l'anne1 se laissent aller les soustraire toute contrainte2 ils s'efforcent de leur procurer le plus d'amusement possible1 de leur donner du bon temps1 comme ils disent4 ,on les dorlote1 on les laisse dormir la matine 7c'est de rigueur2 ne faut-il pas les ddommager de se lever matin toute l'anne au lyce ou la pension874 ,ensuite1 on laisse paresser l'enfant en dshabill1 aussi longtemps qu'il le dsire2 on ne l'assujettit aucune tude1 on supporte tous ses caprices3 pauvres petits1 il faut bien les laisser faire un peu ce qu'ils veulent1 ils sont si tenus le restant de l'anne6 ,quel est le rsultat de ce rgime8 ,premirement1 qu'avant que la premire quinzaine des vacances soit coule1 les parents sont littralement harasss de la prsence de leurs enfants1 et qu'ils appellent de tous leurs vux le terme du laps de temps dont ils s'taient promis tant de jouissances4 ,les enfants1 de leur ct1 s'ennuient bientt de ce farniente1 tout en tant trop jeunes et trop faibles pour avoir le courage d'y remdier eux-mmes2 ils deviennent de plus en plus dsagrables1 et finissent parfois par arriver au mme rsultat que les parents1 c'est--dire dsirer revoir leurs professeurs et leurs camarades4 ,mais tout cela n'est encore que le moindre malheur4 ,ce qui est bien plus grave et mrite une srieuse considration1 c'est que par ce moyen on dtruit en quelques semaines tout le bien qu'une anne d'efforts de part et d'autre a pu faire4 ,l'enfant qui ne se lve de bonne heure1 qui ne consent travailler rgulirement1 avoir de l'ordre1 etc41 que parce que la rgle de la maison d'ducation o il est l'y oblige1 qui n'est pas convaincu qu'il faut que les choses marchent ainsi dans la vie1 et qui sait que ses parents l'autoriseront faire autrement1 cet enfant prend en haine d'abord la vie de la pension1 et ensuite il ne vit qu'avec l'espoir que1 lorsqu'il sera son matre1 il pourra suivre tous ses penchants4 ,sa soumission1 ses bonnes habitudes ne sont que factices2 il brle de s'y soustraire1 et il le fera la premire occasion4 ,on voit des jeunes filles consentant se marier avec le premier venu1 afin de pouvoir faire leur volont3 djeuner au lit1 par exemple1 ce qui est le rve de tout pensionnaire quelque sexe qu'il appartienne1 et rester couch jusqu' onze heures1 lire paresseusement quelque niaiserie4 ,ils veulent ainsi ragir contre ce qu'ils appellent les exigences de ceux qui les ont levs2 ils ne comprennent pas qu' n'importe quel ge et dans quelque position qu'on se trouve1 il ne faut jamais perdre son temps inutilement1 et que1 toute la vie1 on est oblig de pratiquer la soumission les uns envers les autres1 si l'on veut vivre avec ses semblables4 ,autre inconvnient de ce changement de vie3 non seulement il leur est dur1 la rentre1 de reprendre leurs anciennes habitudes1 mais leur sant est presque toujours atteinte3 les pidmies de fivres1 de bronchites1 de cholrine1 etc41 qui clatent dans les maisons d'ducation1 arrivent d'ordinaire la rentre de vacances quelconques1 courtes ou longues4 ,l'organisme1 l'estomac de l'enfant sont gts de mme que son caractre4 ,le devoir des parents pendant les vacances est de continuer et mme de perfectionner l'uvre d'ducation et d'instruction commence la pension4 ,les habitudes des enfants doivent1 autant que possible1 rester les mmes2 leurs travaux seuls sont modifis2 ils se lveront de bonne heure1 mais au lieu d'aller la salle d'tude1 ils iront faire une longue promenade la campagne1 en compagnie de gens instruits1 si c'est possible1 herborisant1 tudiant la botanique1 l'histoire naturelle2 dans la journe1 aprs avoir appris les leons que les professeurs leur donnent toujours pour ces quelques semaines1 ils consacreront leurs heures de loisir aux arts d'agrment1 qu'ils sont obligs1 par leurs tudes plus srieuses1 de ngliger dans le courant de l'anne4 ,la musique1 le dessin1 auxquels ils ne peuvent ordinairement donner plus d'une demi-heure par jour au lyce1 doivent tre leur grande occupation pendant les vacances2 n'est-ce pas1 en effet1 une distraction et une rcration8 ,il faut se rappeler que dans la vie d'un enfant une heure ne doit pas tre perdue4 ,les promenades auront toujours un but instructif4 ,on les mnera visiter les muses1 les monuments publics1 o l'on trouvera moyen d'exercer leur mmoire et d'accrotre leurs connaissances historiques4 ,je conseille de mener rarement les enfants au thtre1 mais beaucoup la campagne4 ,pour la premire distraction1 si on en use1 il faut faire un choix scrupuleux1 et s'en tenir exclusivement aux uvres classiques4 ,il ne faut pas croire que ce qui nous ennuie ne soit pas capable d'amuser un lycen4 ,il sera heureux d'y retrouver des rapprochements avec ce qu'il sait dj2 entendre dire sur le thtre de ces beaux vers qu'on lui fait apprendre au collge1 ne fera que l'encourager et lui tre profitable2 de mme pour les jeunes musiciennes1 elles auront un double plaisir entendre avec orchestre et chant ce qu'elles jouent sur le piano4 ,les tableaux reprsentant les faits de l'histoire les intresseront vivement1 et une visite au ,jardin des plantes1 au ,jardin d'acclimatation1 etc41 les amusera bien autrement qu'une longue station sur une promenade publique4 ,un voyage1 outre son utilit pour la sant et son agrment1 peut tre un excellent sujet d'tude1 s'il est fait dans de bonnes conditions2 mais il ne faut pas qu'il consiste simplement introduire la jeune pensionnaire dans la vie des htels et des casinos4 ,le bord de la mer est une cole o l'on peut agrandir le cercle de ses connaissances4 ,les collections minralogiques1 les herbiers trouvent largement s'y complter1 et instruisent en amusant4 ,aprs les arts d'agrment qui1 dans leur genre1 exercent l'esprit et meublent l'intelligence1 les sports fortifient le corps et dveloppent les forces musculaires4 ,il ne faut pas craindre d'y consacrer un temps convenable4 ,les bains froids1 la gymnastique1 l'quitation1 s'il est possible1 le cricket1 sont des amusements utiles4 ,c'est ainsi que tout est gain pour les jeunes gens1 que tout doit avoir un but d'utilit4 ,on ne leur permettra surtout1 sous aucun prtexte1 de balandrer4 ,combien voit-on d'enfants passer leurs vacances1 les traits alanguis et plis par le dsuvrement1 torturer des animaux1 passer de fauteuil en fauteuil1 s'endormant sur un livre moiti lu1 ne retrouvant leur nergie qu' l'heure d'aller se coucher1 afin de solliciter une prolongation de veille qui ne leur sera d'aucune utilit4 ,tous les jours1 ils promettent de travailler le lendemain1 et ce lendemain1 comme celui de l'aubergiste qui avait crit sur son enseigne3 ,demain je donnerai boire pour rien2 ce lendemain est toujours pour le jour suivant6 ,mais ce n'est pas seulement orner leur esprit que nous devons nous appliquer1 ou maintenir leur sant dans un tat florissant1 il est encore un point que les mres ne sauraient ngliger pendant les vacances1 et sur lequel elles ont une influence toute-puissante3 c'est l'ducation du cur et la culture des bonnes manires4 ,cette partie de l'ducation d'un enfant est malheureusement trop souvent nglige dans les institutions2 il est peut-tre mme impossible qu'il en soit autrement l o le nombre des lves ne permet pas de s'occuper de chaque nature en dtail1 et o la multitude de choses arides et sches enseigner rend forcment les rapports entre matres et lves moins affectueux et plus raides4 ,mais s'il incombe aux parents des devoirs srieux1 parfois pnibles mme remplir1 de leur ct1 les enfants doivent songer leur faciliter la tche2 car1 outre tout le bien qui leur en revient1 ne doivent-ils pas laisser ces pauvres parents1 si heureux de leur prsence1 un bon souvenir de ce court espace de temps pass auprs d'eux8 ,si les enfants sont dsagrables1 taquins1 volontaires1 capricieux1 les parents se sentiront comme dlivrs par leur dpart et de cette faon l'amour de la famille se trouve peu peu amoindri1 effac1 pour faire bientt place l'indiffrence1 sinon pis encore6 ,pour l'enfant1 qui est en pension1 comme pour celui lev la maison1 le temps des vacances le rapproche toujours de sa mre par les loisirs qu'il lui donne2 c'est donc une occasion qui se prsente elle de prodiguer plus largement ses conseils et ses soins4 ,il est toujours dommage de s'arrter pendant cette vie qui est si courte1 et les temps d'arrt sont encore plus viter pendant l'enfance2 si l'homme mr et le vieillard peuvent se permettre de chercher dans les vacances qu'ils prennent1 comme magistrats1 fonctionnaires1 administrateurs1 travailleurs2 en un mot1 de la grande machine du monde1 un repos absolu1 un dlassement complet de la facult qu'ils exercent sans relche et qui a besoin de se reposer par intermittence1 il n'en est pas de mme de l'enfant1 lequel ne doit pas plus s'arrter dans son ducation qu'il ne s'arrte dans sa croissance4 ,mettre un enfant au repos intellectuellement1 sous le prtexte qu'il a le temps1 qu'il apprendra plus tard1 c'est comme si on voulait l'empcher de grandir1 en disant3 ,il grandira plus tard4 ,on ne grandit plus aprs un ge peu prs fixe1 on n'apprend plus certaines choses avec la mme facilit un certain ge4 ,les vacances ne doivent donc tre qu'un changement de travail1 mais non pas un arrt2 et si l'on en profite pour s'occuper davantage des exercices du corps1 si l'on recherche l'amlioration physique1 c'est toujours un progrs1 et il ne faut pas oublier que1 dans ce qui est humanit1 ce qui ne progresse plus recule1 puisque rien ne reste stationnaire4 ,de l'instant o la lumire ne crot plus1 elle baisse2 aussi les jeunes gens1 et mme les hommes1 dont je parlais tout l'heure1 profitent-ils des vacances simplement pour s'adonner d'autres tudes que leurs occupations ordinaires ne leur laissent pas le temps de pratiquer dans le cours de l'anne4 ,pendant les vacances1 au lieu de travailler dans les livres imprims1 devant une table d'tude1 l'enfant travaille dans le grand livre de la nature ouvert devant lui1 en plein air1 sous la vote cleste2 au lieu de s'astreindre aux dfinitions abstraites1 il a les dmonstrations matrielles1 au lieu de la rigidit de la leon du professeur1 il reoit les doux conseils de sa mre4 ,pendant les quelques semaines que dure ce laps de temps consacr renouveler nos forces1 afin de ne pas reculer1 les enfants doivent toujours travailler un peu leurs tudes habituelles1 de faon qu'au retour des classes1 qu'il s'agisse des bancs du collge1 du couvent ou de ceux des cours1 ils aient plutt gagn des places que d'en perdre4 ,mais ce quoi la mre doit s'attacher particulirement1 c'est profiter de l'occasion o l'enfant lui appartient plus spcialement pour lui inculquer cette ducation spciale du cur et de l'me que personne1 sauf elle1 peut lui donner4 ,en voyageant avec lui aux bords de la mer1 ou dans les montagnes1 en sus des enseignements gographiques et topographiques1 elle lui apprendra1 s'il est en ge1 observer les murs et les coutumes1 apprcier les gens et les choses2 elle formera son jugement par les comparaisons et la vue des choses nouvelles4 ,il est vrai que pour cela la mre doit avoir elle-mme du discernement1 cette qualit si rare et si prcieuse2 elle doit surtout se dvouer et penser au plaisir et au bien des autres1 de prfrence son agrment personnel2 mais il faut esprer que nous possdons encore parmi les femmes de ,france grand nombre de ce cas6 ,les familles sont fortement motionnes souvent par les concours3 ce sont l de ces solennits importantes dans la priode de la vie que l'on appelle la jeunesse4 ,que de gros chagrins1 et aussi que de joie1 selon que l'on reoit la rcompense ou la semonce justement mrite6 ,on est port un peu trop souvent accuser l'impartialit des professeurs2 certes1 c'est une bien grande dception pour celui qui a conscience de sa valeur1 de se voir mconnu et prfr un rival moins digne6 ,l'injustice est ce qu'il y a de plus cruel au monde pour un cur droit et sincre4 ,mais1 bien souvent aussi1 les enfants1 et les parents encore davantage1 sont aveugls par l'orgueil1 et se figurent lss parce qu'ils ne s'aperoivent pas de la valeur relle de leurs concurrents1 au lieu de puiser dans la prfrence donne un nouveau motif d'mulation4 ,tous ne peuvent avoir les premiers prix1 mme tous les mritants1 et s'il s'en trouve forcment parmi eux d'vincs2 c'est une raison de plus pour ceux-l de s'efforcer de dmontrer par l'avenir l'erreur qu'on a pu commettre en ne les plaant pas au premier rang4 ,les vacances sont pour beaucoup aussi1 chaque anne1 la rentre dfinitive dans la famille2 l'instruction1 appele tort l'ducation1 est termine444 pour la partie indispensable toute personne qui ne veut pas se distinguer des autres par une honteuse ignorance4 ,mais ce sont l deux appellations fausses4 ,l'instruction n'est proprement parler que commence4 ,et1 tandis que le jeune homme ne quitte les bancs du collge que pour s'adonner des tudes plus srieuses1 soit qu'il fasse son droit1 soit qu'il se dispose entrer dans des coles spciales1 soit encore qu'il se destine aux affaires commerciales1 la jeune fille ne doit pas oublier que c'est bien tort et doublement tort que l'usage autorise dire qu'elle a termin son ducation2 c'est l l'expression consacre1 mais qu'il faut avoir soin d'interprter avec une signification tout autre que littrale4 ,c'est de son instruction et non de son ducation qu'il s'agit2 cette dernire1 qu'il ne faut pas confondre avec l'autre1 peut tre peu prs termine1 car l'enfant est lev1 est duqu1 mais l'instruction est bien loin d'tre termine4 ,c'est elle1 elle seule qu'il appartient de complter les deux1 qui doivent faire d'elle une femme accomplie4 ,les moyens un peu obligatoires employs jusqu'alors1 ne sont plus de mise2 l'tude n'est plus par elle considre comme un travail dsagrable1 mais comme un besoin ncessaire1 un emploi utile de son temps2 on lui a donn des lments1 on lui a ouvert la voie2 c'est elle se perfectionner librement et sans y tre force2 elle est en ge d'en comprendre la ncessit4 ,comme ducation1 elle a aussi se perfectionner dans les usages du monde1 dans les obligations et les devoirs de la matresse de maison1 de la mre de famille2 il lui reste donc encore beaucoup faire1 beaucoup apprendre sous d'autres formes1 et dans d'autres branches peut-tre2 et srement elle n'a pas termin444 ,ses vacances1 qu'elle a cru en songe devoir tre dsormais perptuelles1 ont de quoi tre bien employes1 car c'est le vritable travail de la vie qui commence4 ,,chapitre ,,xv ,,de ,l',,utilit ,,des ,,voyages ,,pour ,,la ,,jeunesse4 ,j'ai quelque peine me dcider rsoudre cette question1 parce que j'ai pour principe de ne jamais donner de ces conseils1 bons seulement pour ceux qui ont de la fortune1 et ne servant qu' donner des regrets ceux qui ne peuvent les suivre1 parce qu'il leur en manque les moyens pcuniers1 mais qui sont nanmoins susceptibles de les apprcier et de les envier4 ,les voyages1 il faut bien l'avouer1 sont indispensables former les hommes1 ouvrir l'intelligence1 permettre les comparaisons1 donner du jugement1 instruire1 enseigner4 ,cependant1 si les voyages lointains ont cette utilit1 j'ajouterai que mme le plus petit dplacement porte son fruit4 ,pour la jeune fille1 le voyage1 le dplacement1 n'est pas aussi indispensable que pour le jeune homme4 ,a quoi bon lui ouvrir tant d'horizons qu'elle ne saurait jamais atteindre8 et combien en voit-on1 au retour1 ne plus trouver autour d'elles assez d'espace pour leurs aspirations6 ,il faut lever les enfants pour le milieu o ils doivent vivre1 si l'on ne veut pas courir la chance de les dclasser4 ,le sexe masculin peut toujours changer de milieu2 il dpend de lui d'en sortir1 de s'lever1 et il n'a jamais trop d'ambition1 si cette ambition est soutenue par de l'nergie et des capacits4 ,de la femme il n'en est pas ainsi2 moins de faire partie de la brillante cohorte des artistes1 o1 s'il est beaucoup d'appeles1 il y a peu d'lues1 la femme ne peut changer de position que par le mariage2 et c'est une bien grande exception que celle-l4 ,j'ai connu plusieurs jeunes filles appartenant au commerce ou la petite bourgeoisie1 n'ayant que des dots modestes1 chaleureusement encourages par leurs parents tendre leur esprit et leurs connaissances4 ,pas une de mes lectrices qui n'ait aussi de ces exemples dans son entourage4 ,bientt leur intelligence dveloppe1 les talents qu'elles acquirent1 les placent en dehors de leur cercle1 au-dessus des autres membres de leur famille2 leur donnent le droit d'aspirer un cadre plus large2 les parents en sont fiers1 les louanges ne manquent pas1 elles sont recherches1 attires1 reues l o leurs parents sont peine tolrs cause d'elles4 ,vient le moment de les marier2 les pouseurs1 en rapport avec leurs dots et leurs naissances1 ne leur paraissent plus dignes d'elles2 peut-tre eux-mmes en auraient-ils peur1 et cependant elles ne peuvent esprer en trouver l o elles ne sont regardes que comme des intrus4 ,elles luttent quelque temps1 se figurent qu'elles sont au-dessus de leur entourage et1 en dfinitive1 finissent par devenir des incomprises2 elles murmurent contre leur destine qui les entoure d'un cercle de fer4 ,c'est pourquoi1 moins d'tre bien sr de pouvoir lui faire franchir le cercle qui l'enserre1 il n'est pas ncessaire de donner la jeune fille des aperus qui ne seraient cause que de regrets et de dceptions4 ,cette doctrine semblera peut-tre un peu troite2 elle est le fruit de l'exprience faite de visu6--,que de jeunes filles les parents font lever ,paris1 dans de grands pensionnats1 et qui1 lorsqu'elles doivent rentrer dans leurs villages1 ne rvent qu'aux succs de ,paris1 et s'tiolent ou s'aigrissent et deviennent malheureuses6 ,elles sentent en elles les moyens1 le savoir2 mais qu'en faire8 ,d'autres essaient de briser le fameux cercle1 et elles ne russissent qu' se mettre entre deux fers4 ,pour la jeune fille qui a de la fortune1 qui est destine voir le monde1 ou combattre par une profession librale1 les voyages sont trs utiles4 ,mais pour le jeune homme ils sont le complment indispensable1 et je regarde comme trs fortuns ceux que les vnements entranent au loin4 ,j'ai connu une pauvre mre1 veuve1 isole1 qui travaillait pour nourrir et lever son fils4 ,elle ne vivait que pour lui444 je n'oserais ajouter qu'il ne vivait que pour elle1 car il n'en tait malheureusement rien6 ,les plus grands soins1 l'ducation la plus tendre1 l'instruction la plus svre1 n'avaient donn que les rsultats les plus pitres2 c'tait une mauvaise nature4 ,a l'ge de dix-huit ans1 petit employ de commerce1 il ne pouvait arriver se suffire2 sa mre travaillait toujours pour lui6444 ,on lui proposa une position excessivement avantageuse1 mais il fallait faire un voyage au ,japon4 ,le ,japon1 ce pays si diffrent du ntre6 ,puis l'inconnu1 l'imprvu qui pouvait en rsulter1 n'tait-ce pas fait pour tenter l'esprit aventureux d'un jeune garon lger1 un peu indolent1 aimant le plaisir1 dtestant le travail8 ,ce qu'il aurait trouv444 peut-tre pas ce qu'il croyait6 et une fois loin de sa mre1 n'ayant plus compter que sur lui1 sa nature se serait transforme6 ,les trangers n'auraient pas support ses caprices1 ses humeurs2 combien son caractre aurait pu y gagner6 ,la pauvre mre ne vit qu'une chose1 la sparation2 son fils sans elle1 elle sans son fils4 ,elle n'tait pas personnelle1 car le jeune homme ne lui rendait aucun soin1 ne lui causait que des ennuis1 mais son amour tait goste en cela qu'elle songeait davantage au bonheur qu'elle prouvait le voir1 s'occuper de lui1 qu'au bien qui pourrait rsulter pour lui de son loignement4 ,il ne partit pas444 ,quelques mois aprs1 il se laissait entraner par ses camarades dans une orgie1 et ivre il roulait sous une voiture qui l'crasait2 on rapportait son cadavre la pauvre mre2 je n'ai jamais connu une infortune plus grande6444 ,pourquoi ne l'avait-elle pas laiss partir8 ,nous avons1 il est vrai1 cette autre infortune illustre1 cette mre qui a t pleurer son fils sur sa tombe1 au ,zululand6 mais il n'est pas besoin d'aller s'exposer chez les sauvages pour se former1 et un tour d',europe est dj suffisant4 ,pour un jeune homme destin au commerce1 rien n'est meilleur1 quelque haute position qu'il occupe1 de le placer pendant une anne chez un ngociant d'un pays tranger1 o il se perfectionne dans la langue et apprend les affaires4 ,nos commerants notables ne manquent pas de le faire pour leurs fils4 ,il n'y a pas d'argent mieux employ que celui consacr un voyage2 la preuve en est3 les sjours ,rome accords comme rcompense aux artistes4 ,aussi je me permettrai de signaler aux oncles et aux parents gnreux1 et je suis persuade que mon avis recevra un assentiment enthousiaste de la part des jeunes gens1 comme un excellent encouragement1 un cadeau utile1 de payer un voyage pour les vacances l'tudiant ou au collgien studieux4 ,je ne m'oppose pas ce que les jeunes filles voyagent1 seulement il est positif que la vie d'htel et des grands chemins ne leur est pas aussi indispensable qu'au sexe masculin1 mais les voyages n'en restent pas moins le plaisir le plus utile pour l'un et pour l'autre sexe4 ,a dfaut de voyage lointain1 le dplacement est dj un avantage autant intellectuel que physique1 dont on ne doit pas ngliger de faire jouir mme les enfants4 ,sous le rapport de l'utilit1 je ne recommande pas l'installation dans une ville d'eaux en vogue1 o l'on recommence peu de chose prs l'existence oisive et lgante des villes1 avec la facilit en plus de faire des connaissances la lgre1 et de prendre de mauvaises habitudes4 ,la villgiature dans la campagne vritable1 le sjour sur une plage agreste o les sorties consistent aller en robe de toile1 sur les falaises1 cueillir les plantes marines et dans les galets chercher le coquillage1 et non pas poser1 serre en une toilette de satin et de gaze1 au milieu du sable1 autour du kiosque de musique1 voil ce qui est profitable la sant et mme l'esprit1 quand on ne peut ou ne prfre1 avide de nouveau1 parcourir les pays trangers1 tudier les murs1 visiter les monuments1 admirer les muses1 se repatre d'objets inconnus nos yeux et qui prsentent l'intelligence ouverte1 l'imagination vive et impressionnable1 un charme dont on ne se fatigue jamais4 ,voyagez et faites voyager les vtres1 donc1 autant que possible1 ne serait-ce que quelques journes par anne2 mais si des devoirs imprieux vous attachent la maison1 lisez des livres de voyages1 des livres ayant rapport aux pays trangers1 car on ne peut bien s'apprcier soi-mme qu'en apprenant connatre les autres4 ,,chapitre ,,xvi ,,le ,,choix ,d',,une ,,profession4 ,on peut dire que ce chapitre fait suite en quelque sorte ceux sur le dveloppement de l'enfant1 et quoique le choix d'une profession ne soit mis en question qu' l'ge de l'adolescence1 il est1 selon le systme que je vais expliquer1 indispensable de s'y prparer l'avance4 ,je veux parler spcialement des professions donner une enfant riche1 parce que c'est principalement pour les filles que la solution de cette question prsente des difficults1 et ce sont toujours des questions difficiles que je dois m'occuper1 les autres n'ayant pas besoin d'tre approfondies2 ensuite parce que l'embarras est double quand il s'agit de filles de familles aises ou riches4 ,c'est maintenant un fait avr qu'on peut tre certain de ne pas conserver toute sa vie la mme position de fortune4 ,parmi un nombre assez considrable de personnes qu'il m'a t donn de connatre directement ou indirectement1 je puis dire qu' quelques rares exceptions prs1 je les ai toutes vues dans un espace de vingt annes changer de position du tout au tout4 ,ceux-ci1 en petit nombre1 que j'avais laisss dans une humble position1 dsols1 sinon dsesprs1 je les ai retrouvs superbes et brillants4 ,ceux-l1 toute une pliade1 que j'ai vus planer dans les hautes rgions de l'opulence et des honneurs1 sont descendus dans la plus obscure pauvret4 ,il n'y a pas encore bien longtemps que j'ai eu un nouvel exemple frappant4 ,il y a quelque dix ans peine1 dans la cour d'un splendide htel du boulevard ,haussmann1 vous eussiez vu monter dans son landau confortable superbement attel1 une belle femme de quarante ans environ1 le vritable portrait de la matrone antique2 il n'tait que deux heures de l'aprs-midi1 car ce n'tait pas aux heures prfres de la foule lgante qu'elle se rendait au ,bois1 mais aux heures o le soleil est le plus doux respirer1 o les alles dsertes permettaient ses cinq petits garons qui faisaient chelon depuis l'ge de dix ans jusqu' deux ans1 de s'battre sous ses yeux4 ,ce landau tait donc plein de ttes blondes et enfantines4 ,le dimanche on prenait deux voitures2 dans le clarence1 taient une gouvernante et une bonne avec les deux plus jeunes bbs2 dans le landau1 sur le devant1 se plaaient les trois ans2 dans le fond l'heureuse mre1 ne laissant personne le soin de bercer son sixime1 nouveau-n1 une mignonne fillette qu'elle nourrissait2 le pre tait assis ct4 ,quelle belle famille6 ,quelle bonne mre6 ,quelle union parfaite6 ,jamais elle n'allait au thtre ni au bal1 pour ne pas quitter ses enfants4 ,elle prsidait leurs tudes1 leurs jeux1 leur toilette1 malgr le nombreux personnel de domestiques qui l'entourait4 ,elle avait droit dans ses armes une couronne ferme par son pre1 un manteau de lord par sa mre444 ,le bonheur1 la fortune1 les honneurs1 tout lui souriait444 ,aujourd'hui1 c'est dans une petite ruelle1 ,montrouge1 que l'on habite6 ,quel vent de malheur a souffl sur tout cela8 et la petite fille berce dans le landau1 quelle va tre sa destine de jeune fille8 ,les fortunes sont tellement peu sres1 que personne ne se fait mme illusion4 ,il est impossible de prvoir les vnements1 et de dire ce qu'on sera demain2 aussi c'est une proccupation constante de tous les parents srieux1 de mettre leurs enfants mme de pouvoir1 en cas de besoin1 trouver des ressources en eux-mmes4 ,il y a aussi une classe plus modeste qui se proccupe de la mme question1 c'est cette classe o le chef de la famille gagne1 chaque anne1 de quoi faire mener aux siens une existence tout juste convenable1 mais qu'il laissera sans ressources1 le jour qu'il tombera malade4 ,c'est une misre dore avec un prcipice au bout4 ,ce que je reois de demandes1 d'avis1 de ces deux positions1 on peut se l'imaginer4 ,une mre jouissant d'une fortune moyenne me dit3 ,j'ai envie de faire apprendre mes filles l'tat de modiste ou de couturire4 ,une autre m'crit3 ,je donne mon enfant une profonde instruction2 il me semble que je ne puis lui laisser une fortune plus solide4 ,avec de l'instruction on arrive tout4 ,cette autre encore3 ,parmi les beaux-arts que ma fille apprend1 je veux qu'elle en approfondisse un1 sous le rapport industriel4 ,c'est une sorte de mtier artistique qu'elle aura toujours sous la main4 ,je rponds1 en prenant les demandes reculons1 et je commence par la dernire solution3 --,si votre fille a besoin de gagner sa vie ds prsent ou du moins dans un court dlai1 vous avez pleinement raison de choisir un art industriel1 celui le plus en vogue pour le moment4 ,on ne peut gure faire un tel choix quand il s'agit d'un avenir incertain et loign1 parce que la mode change2 un moment donn1 la peinture sur porcelaine et la peinture sur ventail taient d'un bon rapport2 aujourd'hui elles rapportent peu prs de quoi mourir de faim4 ,le dessin sur bois est beaucoup plus recherch2 on fait tant de publications illustres que l'on manque d'artistes4 ,ici1 on se trouve devant une difficult3 les matres en ce genre ne veulent pas faire d'lves4 ,ils ont peur des concurrents4 ,mais la mode1 la science1 les dcouvertes peuvent changer tout cela1 et1 d'ici quelques annes1 un autre art viendra dtrner celui-l4 ,la miniature sur ivoire s'est vue ruine par la photographie1 quoiqu'il ne puisse y avoir rivalit ni comparaison4 ,mais il est bien rare maintenant qu'on fasse faire un portrait la miniature4 ,a la premire question je rpondrai3 --,madame1 il n'y a que les petites filles de classes ouvrires qui vont l'apprentissage1 puis en journe4 ,ce n'est pas un si maigre rsultat que vous songez4 ,si vos filles taient rduites par une immense adversit tre ouvrires 7cela s'est vu71 elles sauraient mieux travailler que des ouvrires de profession1 rien qu'en sachant ce que toute jeune fille de famille sait4 ,il n'y en a pas une1 aujourd'hui1 qui ne sache tailler et coudre1 monter un chapeau aussi bien qu'une ouvrire de profession2 du moins1 il lui manquerait peu pour se perfectionner4 ,mais si vous entendez qu'elle soit capable de fonder une maison de modes ou une maison de couture1 cela est diffrent3 il n'est pas ncessaire d'avoir t l'apprentissage1 et je vais vous rpondre1 en mme temps qu' la seconde maman1 qui pense que l'instruction peut tenir lieu de tout3 celle-ci se rapproche du but4 ,il y a quelque chose de plus enseigner un enfant qu'un mtier1 sans contester que la connaissance approfondie d'un mtier soit excellente3 c'est tre intelligent1 c'est savoir employer1 mettre profit son savoir1 son talent4 ,en un mot1 pour employer une expression vulgaire1 il doit apprendre savoir se retourner4 ,d'o vient que l'on rencontre frquemment des gens d'un talent incontestable qui restent en route et qu'on voit arriver des personnes bien moins capables professionnellement que les premiers8 ,elles savent mieux s'y prendre2 leur intelligence a t plus dveloppe1 et si1 parfois1 c'est par un don naturel1 trs souvent aussi cela provient du dveloppement que l'on a donn l'intelligence pendant leur enfance4 ,l'intelligence vaut encore mieux qu'un mtier1 que du talent2 elle leur supplera1 mais si elle est seconde par eux1 elle aidera sortir du milieu ordinaire4 ,vous donnez une profession un jeune homme2 vous apprenez un mtier artistique ou un art industriel1 comme vous voudrez1 une jeune fille1 le gouvernement se renouvelle1 les temps changent1 la mode fuit1 il faut qu'ils sachent aussi changer et se modifier4 ,les circonstances de la vie sont si diverses que la premire chance pour russir est de savoir s'y plier1 s y conformer4 ,l'nergie et l'intelligence1 voil deux soutiens puissants pour le malheur4 ,je n'admets le suicide dans aucun cas4 ,je puis le comprendre par dshonneur1 encore mme du dshonneur on peut se racheter2 mais le suicide par misre1 je ne le comprends pas2 les peines de cur peuvent abattre1 tuer1 parce qu'elles sont souvent irrmissibles2 les pertes d'argent peuvent toujours se rparer4 ,un enfant1 aussi fortun qu'il soit1 doit s'habituer l'ide que cette fortune1 dont il jouit1 ne lui appartient pas1 qu'il n'en a qu'une jouissance temporaire1 momentane1 et il doit se tenir prt aux revers et gagner sa vie4 ,un jeune homme doit tre convaincu qu'il est absolument dshonorant de vivre aux crotes de ses parents4 ,je connais des jeunes gens dont les parents sont dans l'aisance1 d'autres qui sont excessivement riches1 et qui1 en attendant que leurs fils aient atteint l'poque o la profession qu'ils ont choisie leur rapporte1 leur font gagner leur vie par des rptitions1 des articles dans les journaux1 etc4 ,par exemple1 un jeune stagiaire1 en attendant que les causes lui arrivent se met secrtaire d'une illustration du barreau1 etc4 ,une femme peut possder un talent fond1 un homme choisir une carrire2 mais en outre ils doivent avoir l'intelligence de savoir se plier aux circonstances4 ,la plupart du temps1 on arrive prcisment par la voie laquelle on pensait le moins4 ,on retrouve des exemples chaque pas4 ,un tel qui avait t lev pour les arts1 o il vgtera toute sa vie1 serait arriv s'il s'tait mis dans le commerce4 ,tel autre s'obstine ne pas vouloir accepter une position qu'il croit au-dessous de lui4 ,quand on se trouve dans l'adversit1 il y a mille moyens de se retourner4 ,on parle toujours que la femme seule est misrable1 mais j'en connais des quantits qui se sortent parfaitement d'affaires4 ,ce sont des femmes intelligentes qui ne se laissent pas abattre4 ,un exemple entre autres3 ,une femme de ma connaissance et du meilleur monde1 par suite du dcs d'un parent g qui mourut sans avoir fait de testament1 se trouva sans fortune2 elle avait un mobilier assez complet2 au lieu d'attendre dans l'inaction d'avoir mang son modeste pcule et d'tre force de vendre son mobilier1 elle loua un petit appartement1 le choisissant avec deux sorties sur l'escalier2 elle le disposa le plus coquettement possible1 faisant des rideaux avec une robe de bal1 habillant un pouf d'une jupe de satinette broche2 ne craignant pas de grimper sur une chaise pose sur une table1 pour atteindre le haut des fentres1 ni de se taper sur les doigts avec le marteau1 car il ne fallait pas penser prendre un tapissier2 elle se renferma dans la plus petite pice1 et sous-loua les deux autres2 ayant trouv louer le tout ensemble1 elle se transporta autre part1 o elle recommena2 l'anne d'aprs elle avait lou peu peu la maison entire1 et faisait des affaires prospres4 ,bien des personnes choisissent une profession et ne savent pas ou ne veulent pas se sortir de l4 ,elles se lamentent1 implorent tous les chos1 accusent le ciel de les oublier1 mais elles ne feraient pas le moindre effort2 cela leur parat impossible mme2 n'ayant jamais fait attention rien qu' ce qui se trouvait sous leur nez1 elles n'ont jamais vu au del1 et1 il faut bien le dire1 leurs parents ne les ont pas secous1 dvelopps4 ,en gnral1 les personnes qui ont joui rellement de la fortune1 sont intelligentes1 et savent mettre de ct un faux amour-propre qui les empcherait de chercher se relever4 ,mais il y en a une foule qui n'ont fait que ctoyer cette fortune1 la voyant assez de prs pour pouvoir en parier1 et elles se trouvent dplaces et malheureuses4 ,une femme qui se trouve dans ces conditions1 vient de temps en temps me demander de lui indiquer une occupation4 ,depuis plusieurs annes1 elle est la recherche d'un emploi1 et chaque fois qu'on lui en indique un1 quelque chose1 oh6 toujours un excellent motif1 l'empche d'accepter4 ,l'autre jour1 elle me racontait que l'an dernier1 aprs avoir implor le baron de ,r41 elle en avait reu un secours de cinquante francs1 et qu'elle compte en faire autant cette anne4 ,je me sentais vraiment saisie de commisration pour elle1 je ne l'en pensais pas l1 lorsqu'elle continua ses dolances1 disant3 --,on me dit3 ,travaillez1 travaillez6 ,c'est bientt dit3 il faut des aptitudes1 je n'en ai pas2 je ne peux cependant pas aller balayer la rue6 ,je restai stupfaite4 ,voil une femme qui aurait t humilie de gagner sa journe en balayant la rue1 et qui ne rougissait pas de recevoir une aumne du baron ,r46 ,mais si elle avait eu rellement un peu de fiert vraie1 avant d'implorer un secours1 elle aurait d'abord t se mler l'escouade des balayeurs1 qui ont certainement des sentiments de fiert que n'a pas celle qui mange le pain de l'infirme1 du vieillard1 quand elle a en elle des facults suffisantes se suffire4 ,ce qu'il faut enseigner aux enfants1 outre un mtier1 ou un talent1 c'est savoir s'en servir1 c'est connatre la vie1 la valeur des mots1 la consquence des choses4 ,les enfants riches sont mieux mme d'apprendre tout cela et d'avoir leur intelligence ouverte1 parce qu'ils reoivent plus d'instruction1 voyagent1 lisent1 entendent raisonner2 et le jour o l'infortune arrive1 ils ne sont pas aussi malheureux d'tre obligs de droger1 que d'autres1 levs en regardant en haut et qui se morfondent d'envie4 ,dans la plus haute socit1 on voit se donner des ftes o les convives se plaisent s'habiller en paysans1 en grisettes1 en ouvriers4 ,la grande dame est heureuse d'chapper au poids des grandeurs1 et de courir1 une journe entire1 inconnue comme une petite bourgeoise4 ,observez les jeux des enfants4 ,les bbs de parents trs riches jouent la bonne1 la marchande1 la ruine2 ceux des pauvres1 joueront au grand seigneur1 au carrosse4 ,enseignez donc votre enfant ce que vous voudrez1 mais enseignez-lui1 surtout1 ne pas regarder le travail comme indigne de lui4 ,qu'il soit bien persuad de la vracit de ce proverbe3 il n'y a pas de sots mtiers1 il n'y a que de sottes gens4 ,c'est par son mrite et ses capacits1 par la manire suprieure dont il s'en acquittera1 qu'il prouvera que la tche entreprise est au-dessous de lui4 ,avec du travail1 de la persvrance1 de l'intelligence1 on peut toujours se sortir d'affaire2 il faut compter sur soi1 sur ses efforts personnels et matriels1 et non sur des protections1 des passe-droits4 ,on peut reconnatre le vrai riche qui a eu des revers1 ce qu'il ne parle jamais de son temps de splendeur4 ,le pauvre1 qui a eu soi-disant des malheurs1 est chipie et pimbche l'excs 7pardon1 mais ces deux mots n'ont pas de masculin1 ces dfauts tant trs particuliers aux femmes72 il tient faire sentir tout instant qu'il vaut mieux que sa position1 tellement il a peur qu'on ne s'en aperoive pas6 ,il y a des personnes auxquelles il manque toujours quelque chose pour russir2 la plupart du temps1 elles se plaignent de ne pas avoir de fonds2 ceux qui en ont1 s'empressent de les perdre2 d'autres russissent sans capitaux1 ou avec capitaux6 --,c'est la chance6 disent les premires4 ,c'est--dire1 c'est de savoir saisir la chance quand elle passe et de savoir aussi la retenir4 ,ce que je vois de bonnes occasions auprs desquelles passent quantit de gens qui ne les voient pas parce qu'ils regardent trop haut ou qui ne veulent pas prendre la peine de se baisser6 ,aujourd'hui1 le commerce1 les affaires1 sont1 peut-on dire1 la mode2 nous ne sommes plus au temps o l'on ddaignait de gagner de l'argent4 ,mais malheur l'incapable6 ,l'autre jour1 on introduisit auprs de moi une lgante visiteuse1 une femme du grand monde2 elle voulait me demander des conseils4 ,elle dsirait vendre un secret de parfumerie1 puis elle me raconta qu'elle allait gagner de l'argent cet hiver4 ,elle allait s'occuper de placer du vin parmi ses connaissances4 ,le marchand lui avait promis une belle commission1 mais elle ne voulait pas qu'on le st4 ,j'avoue que je n'approuve pas tout fait ce mange1 parce que j'aime que l'on ait le courage de son opinion4 ,les personnes qui sont obliges de chercher de cette faon se procurer de l'argent sont plaindre1 car elles souffrent rellement2 il faut les plaindre d'autant plus que1 la plupart du temps1 l'argent qu'elles cherchent ainsi se procurer ne servira qu' leur fournir des satisfactions d'amour-propre1 bientt suivies de dceptions cruelles4 ,pour en revenir au choix d'une profession1 une instruction complte donnant la connaissance d'une foule de choses pratiques1 c'est--dire ne se bornant pas aux tudes scientifiques et aux beaux-arts superficiels1 mais ayant enseign aussi une partie commerciale et1 avec cela1 la volont et l'intelligence des choses1 voil la meilleure profession4 ,,chapitre ,,xvii ,l',,age ,,ingrat4 ,cet ge 7de onze dix-huit ans7 rclame1 pour les deux sexes1 une attention particulire sous tous les rapports1 mme sous celui de la toilette2 nanmoins1 c'est l'ge dont on se proccupe le moins d'une faon spciale4 ,il est souvent question de l'enfant1 du bb2 on parle frquemment de la jeune fille1 mais la fillette et le garonnet sont laisss dans l'ombre4 ,il est vident qu'en perdant ses dents de lait1 l'enfant acquiert sa premire laideur4 ,sa croissance1 en le rendant disproportionn1 lui te les grces poteles du premier ge2 les tudes auxquelles on le soumet1 le travail de la nature qui s'opre en lui avec force et rapidit1 le rendent maussade et mchant parfois4 ,voil pour le physique2 au moral1 sans pouvoir offrir les compensations de la communion d'ides1 il comprend trop et gne les conversations4 ,en somme1 c'est l'ge ingrat1 et cependant c'est cet ge que nous commenons juger ce qui nous entoure1 c'est cet ge que nos convictions se forment1 que tout nous frappe1 que des impressions ineffaables se gravent en nous2 c'est cet ge que notre cur comme notre intelligence se dveloppent en mme temps que nos membres2 et qu'avides de les exercer1 nous nous jetons sur tout ce qui se prsente1 nous nous en emparons1 et nous nous l'approprions pour notre vie entire gnralement4 ,ces quelques annes exigent une surveillance de tous les instants1 et lorsqu'on a pris toutes les prcautions possibles pour que le petit tre ait t bien entour dans ses premiers pas dans la vie1 matriellement et intellectuellement1 afin qu'il n'arrive aucun accident ses frles petits membres1 et que sa frache mmoire ne soit pas souille de mots impropres ou de mauvaises impressions1 il ne faut pas se lasser1 car le moment important arrive seulement4 ,le corps et l'me doivent tre plus que jamais prservs1 sous peine de les voir l'un et l'autre s'tioler4 ,la sant pour le physique1 la toilette et les manires pour l'extrieur1 l'me et le cur1 le jugement et l'intelligence pour le moral1 voil toutes les choses importantes qu'il s'agit de diriger et sur lesquelles il est indispensable d'attirer l'attention des parents4 ,par la sant1 j'entends aussi le dveloppement et la conformation du corps de dix dix-huit ans4 ,le temprament se constitue1 les membres se forment peu prs tels qu'ils doivent rester toute la vie4 ,aussi les prcautions qu'on a prises pendant l'enfance ne doivent-elles tre continues qu'avec plus d'attention pendant l'adolescence4 ,la gymnastique pour les deux sexes est indispensable2 elle est prfrable tout autre exercice du corps1 car elle ne rend pas seulement fort et alerte1 elle rend aussi adroit et agile4 ,gnralement on fait beaucoup sortir les enfants2 c'est un tort1 vis--vis surtout des petites filles4 7,les garons sont d'ordinaire au collge cet ge1 et je parle des filles leves par leurs mres47 ,c'est pourquoi l'ducation de la pension ou du couvent peut tre prfrable4 ,la fillette y joue1 y court1 mais ne sort pas1 c'est--dire ne prend pas l'habitude de se parer tous les jours1 et d'aller faire de grandes courses1 silencieuse et guinde1 ct de sa mre ou de son institutrice4 ,je connais des femmes qui ont t tellement accoutumes ds leur enfance sortir1 aller arpenter les boulevards et les ,champs-,elyses1 que1 jeunes filles1 un jour de rclusion les rend dj malades1 et1 jeunes femmes1 elles ne peuvent supporter leur intrieur4 ,la femme doit vivre chez elle1 et comme le temprament se plie aux habitudes de longue date1 il n'y a qu' lui donner celle-ci pour qu'il s'y conforme4 ,l'estomac a besoin aussi d'tre form1 mais non gt4 ,peu peu1 il arrivera supporter tous les bons aliments1 mais jamais les mauvais1 ni l'irrgularit des repas4 ,le sommeil est ncessaire aux jeunes gens4 ,le sommeil du soir1 qui est dans l'ordre de la nature1 rpare les forces1 tandis que celui du matin1 au moment o la terre se rveille1 nerve et alanguit4 ,se lever tard est une habitude perverse qu'il ne faut pas laisser prendre2 et pour cela il faut viter avec soin d'en faire une rcompense1 ainsi que cela a lieu trs souvent4 ,je connais une mre prudente1 pour les enfants de laquelle la plus grande punition qu'on puisse leur infliger est de les obliger rester tard au lit4 ,il est vrai que c'est souvent de nos propres dfauts qu'hritent ces petits tres1 et nous croyons1 nouvelle erreur1 y trouver un titre notre indulgence2 tandis que nous devrions n'y voir qu'une leon et un ordre svre1 pour nous qui les avons expriments nos dpens1 de les en prserver4 ,mais l'amour-propre est l pour nous aveugler6 ,que de parents se mirent avec complaisance dans les dfauts de leurs enfants6 ,pour bien lever un enfant1 surtout l'ge o il est clairvoyant1 il faudrait tre parfait1 et je connais bien des parents qui ont plutt l'hrosme d'une sparation qu'ils reconnaissent ncessaire que celui de se corriger6 ,comme toilette et comme manires1 la dmarcation est bien tranche4 ,depuis la premire communion jusqu' son entre dans le monde1 c'est--dire de onze dix-huit ans1 la fillette et la jeune fille doivent s'abstenir de tout ce qui est trop recherch1 trop compliqu1 sous peine de paratre1 non pas de petites femmes en miniature1 comme lorsqu'elles avaient six ans1 et que leurs mres se plaisaient modeler leurs toilettes sur les leurs propres1 mais de petites bonnes femmes2 car1 quinze ans1 si l'on s'affuble trop1 on peut trs facilement en paratre vingt ou davantage4 ,il faut aussi viter de tomber dans l'excs contraire1 ce qui arrive frquemment aujourd'hui3 pour une raison ou pour une autre1 coquetterie de mre1 de sur1 ou de jeune fille mme1 est maintenu l'habillement de la fillette1 jusqu' l'entre dans le monde2 la jupe reste courte1 les cheveux onduls flottant dans le dos1 et l'on supprime ainsi ces quelques annes si suaves et si pleines de charme de l'adolescence2 restons dans la rgle commune2 suivons les usages reus par la majorit et bons suivre par les gens senss4 ,ds que la petite fille atteint sa douzime anne1 on supprime les falbalas1 les bijoux1 les plumes1 les corsages dcollets et manches courtes4 ,la jupe doit s'allonger et ne plus dcouvrir le mollet1 les cheveux sont natts ou relevs dans un rseau4 ,les manires et le langage subissent la mme transformation4 ,la dmarche devient moins libre1 plus pose2 les reparties1 les saillies d'enfant1 qu'on appelle spirituelles1 et qui sont toujours1 d'ailleurs1 ridicules dans la bouche d'un enfant1 ne sont absolument plus tolres2 en un mot1 la fillette doit rentrer dans l'ombre1 comme la fleur1 qui est son emblme1 se cache sous les feuilles4 ,les bonnes habitudes1 avons-nous dit1 se prennent cet ge1 physiquement aussi bien que moralement4 ,la jeune fille1 prenant l'habitude de se tenir courbe1 la gardera1 de mme si elle contracte celle de la paresse4 ,le caractre demande tre form ds la premire enfance1 et il est presque impossible de transformer1 douze ans1 l'enfant colre1 gourmande1 menteuse1 dont les dfauts n'ont pas t rprims plus jeune4 ,il faut alors la briser1 la contraindre1 et la tche est devenue excessivement difficile2 il s'agit de ne pas laisser perdre les bons fruits que la premire enfance donne1 ou plutt ces fleurs que le printemps fait clore4 ,il nous appartient de les cultiver pour qu'elles se changent en fruits2 ces fruits eux-mmes doivent arriver la maturit1 sans qu'aucun insecte vienne y mordre et s'introduire jusqu'au cur4 ,n'arrive-t-il pas parfois que dans notre verger nous trouvons notre plus beau fruit attaqu8 et ne sommes-nous pas obligs de veiller sans cesse8 ,nous craignons1 au moindre coup de vent1 que le faible lien qui le retient l'arbre et lui donne la vie ne vienne se briser2 mais ce qui est plus pnible encore1 n'est-ce pas de le voir ronger par un ver que nous ne pouvons extraire1 si nous ne nous y prenons temps8 ,rien ne peut mieux donner l'ide de l'me d'un enfant4 ,il faut veiller1 jusqu' ce qu'elle soit forme1 et si la moindre gele peut perdre la fleur1 une main trangre peut nous ravir le fruit4 ,le genre d'ducation se modifie totalement lorsque commence l'ge de raison4 ,les corrections1 les caresses1 les choses palpables1 pour ainsi dire1 ont seules le dessus dans le bas ge2 le raisonnement1 la persuasion n'y peuvent rien4 ,mais quand arrive l'poque dont je m'occupe1 ce n'est au contraire qu' la persuasion et au raisonnement qu'on doit recourir4 ,et c'est pourquoi la tche devient de plus en plus difficile et se restreint davantage dans le cercle maternel4 ,il ne suffit plus d'exprimer sa volont1 de la faire obir1 il faut l'expliquer1 la dterminer1 savoir s'adresser l'entendement de l'enfant et s'appliquer le lui former4 ,mais ce qui offre une double difficult1 c'est que dans les choses mmes qu'il faut lui apprendre1 il est ncessaire de lui en cler une partie2 c'est une pierre d'achoppement que bien des mres ne savent pas tourner4 ,sous le prtexte de conserver la candeur de la fillette1 elles lui interdisent toute lecture2 elles ne veulent rien lui faire connatre de la vie ou du monde2 puis1 l'ge venu1 sans prparation aucune1 elles lui ouvrent toutes les portes et lui permettent1 elles y sont bien obliges d'ailleurs1 toutes les lectures4 ,c'est par paresse1 la plupart du temps1 et simplement pour se dispenser de prendre une peine1 un soin quelconque4 ,une mre qui entend bien sa mission et son devoir initie peu peu sa fille la vie2 elle la lui explique1 la lui analyse1 lui ouvre le chemin1 la guide par la main1 non en en loignant compltement les ronces pour ne lui laisser que les fleurs1 mais en lui apprenant les viter elle-mme ou les supporter2 car l'existence est pleine d'entraves1 d'pines1 et la jeunesse ne doit pas l'ignorer4 ,de douze quinze ans1 les jeunes imaginations veulent tout saisir2 le mal surtout les attire comme l'abme qui donne le vertige2 essayer de le leur dissimuler tout fait est impossible4 ,leur apprendre le regarder froidement1 l'envisager avec horreur1 est un grand bienfait4 ,l'ignorance n'empche pas de tomber2 au contraire1 elle prcipite mesure que l'entendement se dveloppe1 que l'intelligence arrive sans la science2 on doit donc insensiblement dmontrer le bien du mal4 ,aussi1 c'est prcisment cet ge si intressant o la petite personne devient fillette1 que la mre doit quitter le moins son enfant4 ,c'est alors que les impressions sont les plus fortes1 d'autant plus qu'elle croit savoir et ne sait rien4 ,la tche devient aussi plus difficile1 parce que l'enfant veut dj essayer son jugement1 et1 l'exprience ainsi que la science lui manquant1 elle est entrane juger faux4 ,c'est une grande victoire de lui enseigner se dfier de son propre jugement et de lui laisser apercevoir l'tendue de son ignorance4 ,les liaisons1 les frquentations sont d'une haute importance cette poque de la vie4 ,elles s'emparent de nous avec une intensit telle1 qu'elles sont la source souvent de bien des entranements et de bien des malheurs4 ,essayer d'y soustraire la jeunesse est presque impossible sans froisser son cur4 ,seulement1 la vigilance doit redoubler4 ,il faut surtout viter d'exiger de brusques ruptures1 qui font tourner en intrigues un simple engouement qui serait tomb de lui-mme4 ,le meilleur moyen1 l'unique1 pour garantir la jeunesse de toute influence1 est de l'occuper1 de la fatiguer1 physiquement et moralement2 lui donner le moyen de dpenser amplement l'exubrance de forces que lui donne son ge1 et qui1 concentre1 ne manquerait pas de se dverser d'un autre ct4 ,les jeunes filles s'prennent les unes pour les autres de vives amitis2 elles se figurent bientt qu'elles sont victimes et tyrannises1 si on veut les priver de voir celles qu'elles ont choisies pour amies2 elles trouvent aisment des personnes qui croient bien faire en facilitant un rapprochement l'insu de la mre1 entre les jeunes amies1 comme si tout ce qu'on dissimule aux parents ne soit pas dj une faute par cela mme1 et qu'ils n'aient pas des motifs puissants pour dsirer tre obis4 ,malheureusement1 on est toujours tent de penser que les parents ont tort2 on n'a pas assez de confiance dans leur morale1 et c'est l que se trouvent le danger et la cause de l'indiscipline1 de l'insubordination4 ,les jeunes n'ont plus foi aux vieux4 ,hlas6 on est forc d'avouer que c'est un peu la faute de ceux-ci2 s'ils ne se montraient pas aussi souvent fautifs et rprhensibles1 la jeunesse s'habituerait les respecter davantage et s'en rapporter leurs dcisions4 ,il y a cependant des enfants bien levs qui ne se permettent pas de juger leurs parents et agissent comme ,sem envers ,no4 ,cela dpend encore de l'ducation qu'on leur a donne4 ,pour en revenir aux mauvaises liaisons1 je rpte et j'insiste1 comme tant un point important1 pour qu'on ne brusque pas les ruptures1 moins qu'on puisse mettre une distance matrielle entre les deux amies et opposer une forte distraction l'ennui qui rsulterait de la sparation4 ,dans le cas contraire1 il faut se contenter de veiller1 de persuader doucement1 et d'attendre1 ce qui ne tarde souvent pas1 que les circonstances de la vie viennent dnouer d'elles-mmes les liens qu'elles ont forms4 ,si la jeune fille arrivait voir son amie en cachette de sa mre1 mme rarement1 cela pourrait lui tre beaucoup plus nuisible que de la voir souvent en sa prsence4 ,le fruit dfendu possde un attrait puissant4 ,puis on prend l'habitude des cachotteries1 des intrigues1 et tout cela dcline en besoin1 qui se rejette plus tard sur des objets o le pril est plus grand4 ,,chapitre ,,xviii ,,notes ,d',,une ,m,,re ,,de ,,famille4 ,i ,le monde de province4 ,mon mari vient d'obtenir d'tre nomm directeur d'une mine importante1 dont la socit a son sige ,paris2 nous allons donc quitter notre tranquille appartement de l'avenue de ,neuilly o nous jouissions du voisinage de la grande ville et des liberts qu'elle donne1 en mme temps que de l'air de la campagne et aussi des liberts de celle-ci6 ,ici1 comme ,paris1 on connat peine ses voisins2 on va1 on vient1 sans se proccuper de personne6 ,il parat que ,d4 o nous allons est une ville charmante2 il y a de belles promenades1 de l'animation1 une garnison trs forte444 ,il faudra tenir nos filles6 a dit mon mari4 ,une prfecture444 il y aura des bals6 qui sait8 ,notre ane1 ,berthe1 est jolie444 elle trouvera l plus facilement se marier que dans ce grand ,paris o l'on vit si isol6 ,c'est l'indpendance1 dit-on2 j'en conviens1 mais c'est aussi l'isolement6 ,ainsi pensais-je et crivais-je sur mes tablettes1 il y a un an peine1 et aujourd'hui que je connais la vie ,d41 qu'est-ce que j'y ai trouv8 mes esprances de mre se sont-elles ralises8 ,par quel moyen suis-je arrive les raliser8 ,arrivant dans une ville o l'on ne connat personne1 il n'est pas facile d'tablir des relations4 ,mon mari1 excessivement occup de son installation1 tait aux mines du matin au soir4 ,mes filles1 impatientes de voir et de se faire voir1 me tourmentaient1 et nous allmes1 le premier dimanche1 entendre la musique sur le ,cours4 ,quelle foule6 ,on nous regardait avec une certaine curiosit1 car nous tions nouvelles et nous n'tions connues de personne6 ,aussi je ne pourrais pas affirmer que cette curiosit ft tout fait bienveillante4 ,les femmes paraissant appartenir la haute socit de la ville nous jetaient la drobe des regards ddaigneux et scrutateurs1 comme si nous tions des btes dangereuses 7mes filles peut-tre leur semblaient craindre1 avec leur expression spirituelle1 simple1 naturelle la fois1 que donne la vie de ,paris72 les bourgeoises et les commerants ne se gnaient pas pour nous examiner4 ,les hommes paraissaient plus discrets et plus bienveillants en mme temps2 des jeunes filles jolies1 bien mises1 l'air point sottes1 attirent toujours la sympathie du sexe masculin1 ce qui leur vaut1 immdiatement la haine de l'autre sexe4 ,il est vraiment prilleux d'tre d'une supriorit trop crasante1 et je crois prfrable pour une femme de rester un peu dans l'ombre que de faire plir tout autour d'elle par son clat4 ,il n'en est pas moins vrai que1 le premier moment de curiosit pass1 nous allions avoir l'air1 si nous restions sans socit1 de gens mis en quarantaine4 ,or1 les connaissances qui s'offraient nous nous auraient placs dans un milieu d'o plus tard nous n'aurions jamais pu sortir4 ,il faut avoir bien soin1 en province1 de ne pas se dclasser et de se mettre de prime abord la place que l'on veut tenir4 ,a ,paris on peut frquenter un peu de tous les mondes2 sans appartenir l'aristocratie1 on a parmi ses relations bon nombre de familles titres qui ne vous ddaignent pas2 on les reoit en mme temps que des ngociants1 toujours trs estims2 on mlange les opinions politiques et religieuses4 ,chacun s'enquiert peu1 dans un salon1 de ce que peut tre son voisin4 ,c'est le cas de le dire1 le pavillon couvre la marchandise2 du moment qu'on se rencontre sous le toit d'un ami commun1 c'est qu'on se vaut4 ,d'ailleurs1 on ne se retrouve gure autre part1 et il n'y a pas de consquence craindre de s'tre rencontrs4 ,ainsi que me l'expliqurent le docteur en renom que j'appelai sous le plus petit prtexte et afin de faire une connaissance1 et aussi le cur de la paroisse qui j'allai faire une visite de nouvelle paroissienne1 dans cette petite ville de ,d41 de mme que dans la plupart des villes de province1 il y a quatre ou cinq socits parfaitement distinctes qui ne se frquentent jamais l'une l'autre3 celle des commerants2 celle de la noblesse1 qui est clricale et lgitimiste1 qui se croirait dshonore de mettre le pied la prfecture1 et ne sort gure de ses htels que pour aller l'glise2 la bourgeoisie1 compose de la magistrature et du haut ngoce1 et le monde officiel4 ,malheureusement1 chacune de ces socits se subdivise en deux ou trois partis politiques ou religieux4 ,il y a les lgitimistes1 qui sont admis cause de leurs opinions dans les salons de la noblesse2 les partisans du gouvernement actuel1 qui composent plus essentiellement le monde officiel2 les rpublicains2 puis les protestants qui forment part un clan rigide et puritain1 et encore les isralites1 socit riche1 brillante et gaie444 ,j'en oublie1 bien sr6 ,mon mari est rpublicain libral2444 mais ce serait nous fermer bien des portes que d'embrasser trop chaudement ce parti2444 quand on a des filles marier1 est-il permis d'avoir une opinion politique8 ,la majorit serait contre nous4 ,le parti dit de l'opposition donne bien un bal par cotisation chaque hiver1 mais ce ne sont pas l les rceptions ncessaires pour trouver un mari6 ,le cur m'a reu avec beaucoup de bienveillance2 il avait dj remarqu depuis huit jours que nous tions des paroissiennes assidues1 et il a bien voulu m'admettre1 ainsi que mes filles1 membre dans une socit de dames patronnesses1 o1 moyennant une lgre cotisation et certaines dmarches et visites1 nous parviendrons faire un peu de bien quelques familles pauvres de la ville1 et en mme temps nous nous trouverons en contact avec les femmes les plus distingues de ,d4 ,le mdecin 7en province les mdecins ont le temps de devenir des amis de leurs malades71 qui est le mdecin du prfet1 et va beaucoup dans le monde officiel o il est protg par sa famille et par ses opinions calmes et raisonnables 7il est toujours1 parat-il1 pour le gouvernement1 quel qu'il soit1 m'a-t-il dit2 c'est un homme qui a la bosse du droit et de la discipline72 il doit nous prsenter au maire1 au receveur1 et se flicite dj d'avoir une nouvelle maison pour passer ses soires1 car j'ai annonc hautement l'intention de recevoir4 ,enfin mon mari1 par ses rapports d'affaires1 a eu bientt quelques amis dans son parti1 ce qui va nous permettre d'avoir un pied dans tous les clans4 ,il ne me dplat pas de passer pour ne pas tre de l'avis de mon mari en matire politique1 cela autorise tous les genres de relations4 --,m4 un tel y va8 --,oh6 c'est le mari qui l'attire6 n'y faites pas attention2 la femme le reoit contre-cur4 --,mais une telle y est toujours fourre8 --,peu importe6 c'est une amie de madame2 mais monsieur saura y mettre bon ordre1 si cela devient trop fort6 ,aussitt notre salon arrang1 j'ai annonc que je donnerais le th le mercredi de chaque semaine2 je n'ai invit personne directement et tout le monde est venu4 ,j'avais assur le cur qu'il trouverait sa table de whist installe1 mais il a eu peur de manquer de partner et a cru prudent d'amener un vieux colonel retrait et une vieille baronne1 qui a coiff ,sainte-,catherine une cinquantaine de fois au moins4 ,notre premier th n'tait pas trs brillant2 mes filles1 auxquelles j'ai appris aimer1 respecter la vieillesse et s'amuser de peu1 ont t ravies de la distraction qui leur tait apporte par cette soire4 ,le docteur ayant prouv qu'il tait un excellent partner1 le colonel lui a vou sa sympathie1 et ils se sont promis de se retrouver chez nous chaque semaine1 comme sur un terrain neutre1 o l'on peut se rencontrer sans se compromettre4 ,avais-je donc russi constituer d'emble un salon1 ce qui se forme si difficilement en province1 un salon neutre o je pourrais recevoir tout le monde8 ,je n'osais l'esprer4 ,la baronne prit vite ma fille ane en amiti2 elle voulait la donner pour amie et modle ses nices2 je me tenais un peu sur la dfensive1 car je me mfie beaucoup des amitis fminines1 spontanes surtout1 provenant de femmes dans une position plus leve2 elles sont portes prendre avec vous certains tons protecteurs qui vous dplacent bien vite4 ,je ne dsirais recevoir de femmes que ce qu'il tait ncessaire pour prouver que l'on peut nous voir1 et aussi pour tre invites aux grandes rceptions2 quant aller jouer les comparses dans des runions intimes1 j'tais dcide l'viter4 ,le colonel1 qui trouve ma cadette un charmant dmon1 veut absolument la faire danser1 et comme j'ai object que nous ne connaissions pas de danseurs1 il a amen trois de ses protgs1 le dessus du panier des officiers de la garnison4 ,le docteur n'a pas voulu tre en reste1 et lorsque les mres de filles marier ont su que nous avions des cavaliers1 elles ont dsir vivement faire partie de notre coterie4 ,nos petits ths1 commencs en dcembre avec quatre joueurs de whist1 taient devenus de vrais bals de cinquante personnes au moment du carnaval6 ,il ne s'est pas donn une fte laquelle nous n'ayons t invites4 ,j'ai surtout tenu ne jamais donner mes rceptions un cachet trop crmonieux1 mais j'ai eu beaucoup de peine1 car1 soit par flatterie1 soit par ironie1 on voulait toute force les dcorer du nom de bal1 et quelques femmes y arrivaient en toilettes pares2 mais on me trouvait toujours en robe de soie noire montante1 et mes filles en robe de cachemire gris avec de simples rubans bleus ou roses dans les cheveux4 ,en revanche1 le ct rafrachissements a sans cesse t l'objet de mes soins d'une faon particulire2 mon punch 7rien n'anime une soire comme du bon punch71 le chocolat1 le th et les petits fours servis en abondance et de premier choix m'ont toujours valu des remerciements4 ,par exemple1 j'ai vit les grands dners si dispendieux et si drangeants2 mais le cur et le docteur avec autorisation d'amener un de leurs jeunes amis1 ont toujours eu leur couvert mis4 ,pour aller dans le monde1 mes filles n'ont eu qu'une robe blanche avec fleurs varies2 les envieuses les ont surnommes les demoiselles blanches2 on leur a demand sournoisement si elles taient voues au blanc2 ce qui n'empche pas qu'avec peu de frais elles n'ont jamais t fanes comme les autres4 ,je n'ai souffert1 de leur part1 aucune prfrence pour un danseur plus que pour un autre4 ,enfin1 j'ai essay de raliser ce problme difficile d'tre trs stricte sans pruderie4 ,mais j'tais bien dcide ne pas recommencer l'hiver prochain1 si je n'avais pas russi2 il faut vaincre ou mourir dans ces cas difficiles6 ,si j'eusse chou1 j'aurais envoy la plus jeune passer l'hiver chez sa grand-mre et j'aurais tent un voyage avec l'ane4 ,il n'y a rien qui fasse plus mauvais effet que de mener plusieurs hivers de suite deux surs dans le monde4 ,heureusement1 la nouveaut a un si grand charme et un si grand attrait1 que plusieurs jeunes gens de la ville s'enthousiasmrent pour les ,parisiennes et1 au grand dsespoir et la profonde dception des familles du cr1 eurent le mauvais got de prfrer des trangres4 ,c'est cependant ce qui arrive le plus communment1 et1 de mme1 les jeunes filles pousent le plus souvent des jeunes gens trangers que des jeunes gens de la ville4 ,en province on se voit si souvent1 on vit si troitement ensemble1 que l'on est un peu comme frres et surs4 ,un des protgs du docteur1 jeune avocat de belle esprance1 a demand ma fille ane en mariage vers la fin de l'hiver2 c'est un honnte homme1 d'un caractre gal et bon1 aimant la vie de famille1 aspirant aprs un foyer lui4 ,un jeune homme qui a de tels sentiments fera un bon mari1 quelle que soit sa fortune4 ,nous ne donnons qu'une petite rente pour dot nos filles2 les jeunes poux auront un peu de peine joindre les deux bouts dans le commencement2 mais on s'aime mieux quand on a souffert et lutt ensemble4 ,j'ai pour principe1 lorsque l'on a des filles marier1 qu'il ne faut pas laisser chapper le premier honnte homme que l'on rencontre4 ,maintenant je n'ai plus m'inquiter du monde4 ,notre famille agrandie possde de bons amis ,d41 et nous commenons ne plus tre considrs en trangers4 ,j'occupe une place qui tait vacante2 je tiens le milieu entre les diverses socits2 je suis reste la ,parisienne1 comme on m'a surnomme4 ,j'espre bien marier ma cadette l'hiver prochain2 elle a un caractre veill et aventureux1 qui fait que j'aimerais assez lui voir pouser un brave officier qui l'emmnerait voyager un peu4 ,je la suivrai volontiers en ,afrique1 et lorsque je reviendrai1 je resterai encore plus la ,parisienne que jamais1 car n'ayant plus observer certaines considrations cause de mes filles1 je me donnerai le plaisir de ne recevoir que ceux qui me plairont2 je me consacrerai autant qu'une mre peut le faire l'tablissement et l'ducation de mes deux fils1 dont l'un va arriver de l'cole polytechnique1 et l'autre du collge4 ,,ii ,la veille du jour de l'an4 ,le jour de l'an est une de ces phmrides qui restent dans le souvenir et se reprsentent la pense chaque fois que l'poque les renouvelle4 ,lorsqu'on est enfant1 le jour de l'an est un grand jour1 on vit de longues heures dans l'esprance de ce qu'il vous apportera1 et d'aussi longues heures dans le souvenir de ce qu'il vous a apport4 ,peu peu on grandit1 et chaque anne enlve un nom des nombreux donataires2 vingt ans1 on reoit peu d'trennes1 du moins elles ont perdu du caractre de surprise qui a tant de charme4 ,on sait trs bien que ,m4 un tel va apporter un sac de bonbons1 c'est obligatoire2 une dizaine d'autres jeunes gens en feront autant2 ce sont les habitus des quinzaines1 les danseurs de l'hiver2 c'est comme une carte de visite1 et l'on n'y ajoute pas plus d'importance4 ,lorsque nous sommes maries et que nous avons des bbs1 les jours de l'an redeviennent des journes mmorables1 nous revivons dans les autres4 ,les bbs pensent encore nous2 ce sont de petites fables copies grande peine en cachette1 des broderies faites dans des coins noirs des heures indues1 que les chers petits tres vous apportent la joue empourpre1 le cur battant bien fort1 puis se sauvent tout honteux et suffoqus par le rire1 aprs avoir dpos leur offrande nave sur vos genoux2 mais l'motion que l'on prouve n'est rien en comparaison de la leur eux1 car tout ge il est bien vrai que celui qui donne jouit plus que celui qui reoit6 ,ensuite les enfants deviennent grands1 et444 c'est une grande tche d'essayer de runir la famille autour de soi1 au moins une fois l'an1 lorsque les ailes ont pouss aux oisillons et leur ont permis de voleter hors du nid6 ,cette anne est la premire que je vais commencer1 depuis plus de vingt ans1 sans avoir ma niche autour de moi6 ,c'est vraiment une anne infortune qui s'annonce6 ,mon mari est si occup1 qu'il se doute peine que c'est demain le premier jour de l'an4 ,depuis longtemps1 nous nous sommes blass sur ces petites attentions en les reportant sur nos enfants4 ,mais ,berthe est marie1 et444 son mari l'a emmene passer les vacances de la magistrature dans sa famille lui4 ,la vieille tante va avoir un jeune mnage pour lui fter ses quatre-vingt-deux ans1 et moi444 moi1 je perds ma fille6 ,mon fils an1 ce brave et loyal ,gustave444 s'est laiss entraner par son cur6 ,il a prt un ami inconsquent deux mois de sa pension et les petites conomies que je lui envoyais pour ses plaisirs du dimanche4 ,son pre a t inexorable3 il le condamne ne pas faire le voyage de ,d4 pour les ftes6 ,pauvre enfant6 ,son jour de l'an va tre bien sombre1 dans les rues de ,paris1 pleines de boue et de brouillard6 ,il fera des visites officielles6 ,cela ne lui nuira pas et le formera6 ,il commencera midi1 en grande tenue1 et cela ira encore bien jusqu'au soir6 ,mais la soire8 ,il n'y a que des dners et des runions de famille1 ce jour-l2 les thtres mme sont dserts6 ,c'est alors qu'il sentira le vide et l'isolement autour de lui1 en se voyant seul1 sans une table o son couvert soit mis1 sans une famille pour le fter et l'accueillir6 ,bernard1 lui aussi1 ne sera pas prs de nous1 mais il ne sera pas seul4 ,il a t dcid que pour le rcompenser des bonnes tudes qu'il a faites1 il irait passer les vacances de ,nol et du nouvel an chez un de ses bons amis1 o il y a de belles chasses4 ,c'est drle6 ,nous punissons ,gustave en le tenant loign de nous1 et nous rcompensons ,bernard de la mme faon444 ,mais ,bernard sera dans une famille qui l'entourera d'affection6444 ,cela ne fait rien2 je suis jalouse de ce genre de rcompense o nous sommes si peu en cause6 ,le jour de l'an4 ,jeanne est donc seule auprs de moi4 ,nous avons commenc la journe par nos visites l'glise1 au ,seigneur1 puis son vicaire notre bon cur1 et quelques pauvres malades1 ou invalides1 mais qui n'auraient os venir nous4 ,ce sont l nos visites officielles1 nous autres femmes1 ai-je dit ,jeanne4 ,je l'ai envoye ensuite avec la femme de chambre rendre ses devoirs la vieille baronne1 et la petite sournoise a remis en passant un petit paquet chez son vieil ami le colonel4 ,le paquet contenait une blague tabac joliment brode4 ,je ne l'en blme pas1 et ce qui prouve qu'elle n'a pas eu tort1 c'est la concidence des deux penses4 ,pendant son absence1 son vieil ami a fait porter ici par son ancien planton deux fort beaux bouquets2 l'un tait enfonc dans un grand sac de bonbons double fond1 l'autre1 plus mignon1 paraissait avoir une bien grosse queue2 un ruban frang d'argent en sortait1 et quand ,jeanne le tira1 il amena un petit crin1 dans lequel se trouvait une parure en turquoise1 formant des myosotis4 ,un homme de soixante-dix ans peut se permettre une telle libert envers une petite amie de vingt6 ,jeanne avait dit1 il y a quelques jours1 devant lui1 sans penser rien1 qu'en fait de bijoux elle n'aimait que ceux qui reprsentaient des fleurs1 et en fleurs que le myosotis6 ,c'est une attention dlicate qui quadruple la valeur du moindre petit prsent que de chercher raliser un dsir exprim4 ,le bouquet se composait de myosotis1 de roses blanches et de rsda4 ,allons6 ma ,jeanne sera encore heureuse comme un enfant ce nouvel an6 ,mon bouquet moi se compose de camlias rouges et blancs1 entours d'un cordon de primevres mlanges d'azalas et de gardnias2 les chocolats la crme1 qui sont au pied1 ont la meilleure mine4 ,c'est ce qui peut s'offrir tout le monde1 surtout une femme4 ,mais le timbre de la porte retentit2 les visites vont commencer4 ,depuis que les usages parisiens s'introduisent partout1 ,d4 comme ailleurs1 les femmes restent chez elles1 le jour de l'an1 ce qui fait qu'on ne reoit que des hommes4 ,m4 le cur ne me rendra sa visite que demain1 car1 de mme que les personnages officiels1 il reoit lui aussi4 ,mon mari fait sa tourne en habit noir et en cravate blanche2 une vraie corve6 s'inscrivant ou laissant un petit morceau de bristol glac1 sur lequel son nom est crit1 et qu'on a convenu d'appeler carte de visite1 dans les rares maisons o il ne trouve personne4 ,notre mdecin et le colonel arrivent les premiers4 ,jeanne saute sans faon au cou du colonel pour le remercier4 ,un petit gland rouge sort de sa poche2 c'est la blague de ,jeanne qu'il porte sur son cur6 ,le docteur est un peu gn1 car il n'a pas pens qu'il ft ncessaire de nous donner des trennes4 ,mais voil les jeunes de l'arme et de la magistrature qui font irruption2 les mieux renseigns offrent en entrant un lgant sac de bonbons4 --,madame1 vous permettez444 cette anne qui commence444 mon modeste sac sera bien heureux que vous daigniez444 balbutie-t-on4 --,monsieur444 c'est bien aimable d'avoir pens nous1 dis-je en venant au secours de l'arrivant4 --,mademoiselle1 veuillez me permettre de dposer vos pieds mon modeste tribut444 avec mes souhaits de bonne sant444 --,oh6 monsieur6 vous tes bien aimable444 --,que tous vos vux soient exaucs1 mademoiselle1 dans cette anne qui commence444 --,et qu'il y ait beaucoup de bals1 que nous dansions beaucoup de cotillons1 n'est-ce pas1 monsieur8 --,madame1 je vous prsente mes hommages444 voulez-vous me permettre1 mes souhaits sincres1 d'ajouter le sac traditionnel8 ,et a dure comme a plusieurs heures4 ,les uns balbutient des phrases de l'incohrence desquelles on ne s'aperoit pas1 car la formule varie si peu1 qu'on la devine ds le premier mot et qu'on ne laisse pas finir4 ,cependant vers trois heures arrive le receveur2 c'est un gros galantin de quarante ans aux allures conqurantes1 qui cherche toujours se distinguer et ne fait rien comme tout le monde4 ,il tient passer pour un original2 il a fait un mystrieux voyage la semaine dernire1 et tout le monde est persuad qu'il a achet ses cadeaux ,paris6 ,c'est du plus grand genre6 ,entre nous soit dit1 il fait une cour assidue ,jeanne1 qui l'a piqu un peu par un ddain peine nuanc4 ,il arrive les mains vides444 c'est surprenant6 il a dn chez nous et pris le th une vingtaine de fois6 ,mais il jette des yeux tonns sur tous les meubles et parat en faire l'inspection2 serait-il indiscret8 ,ses paroles sont entrecoupes1 il rpond d'un air distrait444 qu'a-t-il8 il ouvre la bouche et il la referme comme s'il voulait dire quelque chose4 ,enfin1 il parat faire un effort comme quelqu'un qui va briser ses vaisseaux4 --,est-ce que ma petite bote a eu le bonheur de vous plaire8 dit-il demi-voix ,jeanne4 --,votre bote8 s'crie-t-elle en rougissant1 se troublant et jetant des regards dsesprs autour d'elle4 ,mais1 je n'ai rien reu de vous1 on ne m'a rien remis de vous6 --,comment6 vous n'avez rien reu8444 oh6 quel dsagrment6 ,voil de ces choses qui n'arrivent qu' moi6 ,et le pauvre monsieur de se dsoler4 --,comment6444 ,vous m'aviez fait envoyer quelque chose8 ,comme c'est gracieux de votre part6 a se sera perdu6 ,quel malheur6 ,je vous en sais toujours bien gr6 ,et ma gentille fille dbitait toute cette menue monnaie de paroles aimables en vraie femme du monde1 tandis que je devinais1 moi1 pour qui le fond de ses yeux est visible comme celui d'un lac limpide1 la malice qui les animait1 qu'elle doutait bien un peu de la sincrit du visiteur4 ,eh bien1 non1 elle avait tort6 ,mais aussi quelle msaventure6 ,aprs nous avoir quitts tout penaud1 il revint encore plus penaud vers la fin de l'aprs-midi2 il avait dcouvert d'o venait l'erreur4 ,en se prsentant chez la femme de son payeur1 sa dernire visite1 il fut reu par les plus vives dmonstrations de joie et de gratitude4 ,la mre et la fille le remerciaient qui mieux mieux6 --,vous nous gtez6 ,une bote gants et une bote mouchoirs6 ,cette dernire tant la plus belle1 je l'ai prise pour moi1 disait la mre4 --,et quels dlicieux bonbons6 ajoutait la fille2 dans la bote de maman il y en a qui sont de vrais objets d'art6 ,en effet1 sur la table s'talaient deux coffrets3 l'un simple2 l'autre1 celui qui tait destin ,jeanne1 plus riche4 ,que faire8 ,avouer que le marchand s'tait tromp1 qu'on avait eu l'intention de ne donner qu'un seul prsent8 ,ce n'et pas t d'un galant homme4 ,mais il ne pouvait s'empcher de faire une mine assez piteuse4 ,en revenant nous conter l'explication qui avait eu des tmoins1 il s'arrta au tlgraphe pour expdier l'ordre d'un nouvel envoi notre adresse1 car il ne voulait pas avoir le dmenti d'offrir des nouveauts parisiennes4 ,je le consolai de mon mieux en lui contant l'histoire du cheval de bois qui arriva1 un jour de l'an1 chez un grave savant du premier tage1 au lieu d'aller chez la jeune mre de l'entresol4 ,le grave savant crut qu'on se moquait de lui1 et ferma la porte pour toujours l'envoyeur444 ,enfin1 la voil termine cette journe6 ,je suis littralement harasse2 j'ai la langue sche et l'me dessche de rpter les mmes phrases1 le cerveau fatigu de chercher varier les formules4 ,sans l'incident du receveur1 c'et t bien monotone6 ,jeanne est un peu ple et ses yeux sont cerns1 maintenant que l'animation cause par les visites est tombe4 ,elle n'est pas aussi lasse que moi1 parce qu'elle est soutenue par les illusions si vivaces de la jeunesse4 ,tant mieux pour elle1 puisse-t-elle les conserver longtemps6 ,mais c'est bien difficile quand une fille est instruite1 point sotte1 qu'elle lit et comprend ce qu'elle lit1 qu'elle sait lire autre part que dans des livres1 surtout sur les figures et dans les curs6 ,elle ne tardera pas se dtourner1 lasse et ennuye1 de ces masques souriants1 aussi ennuys qu'elle1 qui viennent1 comme ils l'ont fait aujourd'hui1 sans but1 se suivant comme des moutons de ,panurge1 rptant les mmes mots comme des perroquets6 ,heureusement que1 de mme que dans le ciel le plus nuageux il y a des claircies1 quelques bons amis1 quelques curs sincres viennent nous rchauffer de leur soleil6 ,le jour de l'an1 ce jour de corve est pass1 et c'est dans la vie calme quotidienne qu'on a bien plus le temps et l'occasion d'en jouir et de les apprcier6 ,,iii ,le rve et la ralit4 ,une anne s'est encore coule1 et mon projet de marier ,jeanne ne s'est pas ralis4 ,mademoiselle embellit de jour en jour2 elle a vingt-deux ans1 et l'on comprend qu'elle sera encore plus jolie quand elle en aura vingt-quatre1 quoiqu'elle soit dj mieux qu'elle ne l'tait dix-huit4 ,ses succs dans le monde augmentent1 car sa beaut vient s'ajouter l'esprit1 l'instruction1 l'aplomb1 la science de la toilette qu'une toute jeune fille ne peut possder4 ,elle est plus clatante2 mais je ne vois pas que ce soit l un motif pour ne pas se marier6 ,cependant1 je l'ai remarqu trs souvent1 ce sont les filles les plus doues qui ne se marient pas1 pourquoi8 ,parce que1 comme ma ,jeanne1 elles ont le travers d'tre trop difficiles6 ,sous le prtexte que sa sur a pous un homme qui n'est pas prcisment un hros1 ce qui ne l'empche pas d'tre un excellent mari et de faire ses affaires1 ma cadette s'est mise dans la tte de ne devenir la femme que d'un homme suprieur6 ,elle est si entoure et si recherche1 qu'elle ne doute pas1 avec le temps1 pouvoir arrter l'attention de quelque grand personnage1 un prince peut-tre1--,dieu sait jusqu'o vont les jeunes imaginations6--tout au moins un prince dans le royaume des arts ou des lettres4 ,aussi que de frais me fait-elle faire6 et o ne me conduit-elle pas1 croyant toujours rencontrer son prince charmant8 et en attendant se prodiguant1 rivalisant1 combattant1 l'emportant dans tous les endroits de la ville o une jeune fille du monde peut se montrer1 toujours sous les armes1 mise ravir1 l'il ouvert1 l'esprit prsent6 ,puisse son cur n'y pas recueillir de l'amertume pour plus tard6 ,ce n'tait pas l le but que je poursuivais2 j'avais toujours tenu faire de mes filles plutt de bonnes mnagres1 des pouses srieuses1 que de brillantes femmes du monde4 ,comment un rsultat si diffrent s'est-il produit pour ,jeanne8 ,je me le demande avec anxit444 hlas6 je n'ai pas assez veill1 ma dfiance a t endormie un seul instant1 et il a suffi pour laisser introduire dans la bergerie444 non1 chez moi1 veux-je dire444 le loup444 non1 une femme charmante 7style masculin74 ,il m'tait revenu quelques commrages sur ce que nous ne recevions pas de jolies femmes par jalousie4 ,je voulus prouver le contraire et j'accueillis la personne qui a fait tant de ravages chez nous4 ,mme ,bathilde ne s'occupe gure de son mari1 ni de ses enfants4 ,du mauvais ct de la quarantaine1 elle voit le monde s'loigner d'elle1 et elle a trouv bon de s'emparer de ,jeanne pour la sauver de son isolement4 ,elle a tout fait russi4 ,lasse et un peu souffrante1 j'ai consenti lui laisser chaperonner ma fille une fois ou deux444 ,c'tait trop6 ,elle lui mit en tte une foule de sottises beaucoup trop enrubannes et enfleuries pour que l'enfant n'en ft pas charme1 et si la mre veut souffler dessus avec sa svrit et sa morale1 on lui rpond3 --,mais vous ne vous souvenez donc pas que vous avez t jeune8 --,mais si1 je me souviens1 et c'est prcisment pour cela6 ,je me souviens trop1 peut-tre444 je sais que ce que vous dites est faux1 et je voudrais que mes filles profitassent de mon exprience6 ,mais allez donc lutter contre les sductions et l'attrait du flatteur avenir que l'on fait luire ses yeux6 ,je me briserais comme le pot d'argile contre le pot de fer6 ,je me ferais dtester de mon enfant6 ,je l'loignerais de moi6 ,il vaut donc mieux user d'indulgence et rester son ct pour veiller6 ,lui faire briser ses relations immdiatement avec ,mme ,bathilde1 c'et t exciter la rbellion1 et de la femme vince me faire une ennemie4 ,le mal est fait2 il faut en tirer le meilleur parti possible2 tout en essayant de l'enrayer peu peu4 ,ce n'est pas en administrant un kilo de quinine la fois que l'on gurit la fivre1 mais par de petites doses donnes avec persvrance chaque jour4 ,ma chre ,jeanne n'est d'ailleurs pas pervertie1 ,mme ,bathilde n'en a pas eu le temps2 elle a seulement pris des ides extravagantes que je n'aurais pas voulu lui voir4 ,peut-tre en reconnatra-t-elle temps l'abus6 ,je me trouve donc lance bien plus dans le monde que je ne me le proposais4 ,d'un ct1 je ne le regrette pas1 car j'en profite pour y entraner mes fils autant qu'il est en mon pouvoir4 ,gustave1 sorti de l'cole1 reste avec nous1 dans l'administration1 o il a trouv un emploi avantageux2 et ,bernard va faire son droit ,d4 mme1 ce qui est une grande chance pour moi de pouvoir guider mon jeune fils ds ses premiers pas dans le monde4 ,je sais bien que les hommes graves1 et mon mari tout le premier1 trouvent trs ridicule la prtention des mres de vouloir bien duquer leurs fils2 quoi bon les bonnes manires8 ,il semble qu'un homme sache toujours faire ce qu'il veut6 ,oui6 un homme d'une nature trs suprieure sait se donner plus tard le vernis qui peut lui manquer par la faute de son ducation2 d'ailleurs1 dans les hommes suprieurs dont je parle1 qui apprennent tout1 connaissent tout1 comprennent tout1 dont l'esprit embrasse les dtails aussi bien que les gnralits1 les bonnes manires sont d'intuition2 ils aiment le beau1 le grand1 le noble instinctivement1 et ils ne veulent pas rester au-dessous de leur propre apprciation4 ,mais d'autres natures1 moins richement doues1 ne reconnaissent le besoin de l'ducation qu'en acqurant l'exprience leurs dpens1 en faisant ce qu'on appelle des coles4 ,alors1 ils dplorent les circonstances qui les ont privs1 dans leur jeunesse1 de cette prcieuse ducation1 et ce n'est qu'au prix de grands efforts qu'ils parviennent la remplacer4 ,souvent ils se rebutent1 deviennent sauvages1 se persuadent qu'ils n'ont rien faire dans le monde polic1 et s'abrutissent de plus en plus dans une socit au-dessous du niveau social qu'ils pourraient frquenter1 mais avec laquelle ils n'ont pas besoin de se gner4 ,j'ai lu quelque part que les lutteurs et les combattants de la vie n'avaient point le temps d'apprendre les belles manires6 ,quelle rhapsodie6 ,est-ce que l'on perd du temps lever son chapeau un peu plus haut en saluant 7on remarquera que je ne dis pas le tenir plus bas671 ou se tenir en quilibre sur sa chaise8 ,les jeunes gens ne s'imaginent pas quelle autorit les bonnes manires donnent sur ceux qui vous entourent6 ,loin de moi l'ide d'lever mes fils pour en faire des hommes fats et banals1 recherchant les succs de salon6 ,mais la distinction1 la rserve1 le bon ton procurent une influence extrme un homme1 dans le monde qu'il frquente2 ses infrieurs1 et mme ses suprieurs1 le respectent davantage2 il leur impose1 et il s'impose6 ,on n'ose pas lui manquer1 se permettre devant lui des incartades2 on le respecte2 la familiarit amne le mpris2 j'ajoute3 la politesse tient distance4 ,j'ai vu des gens grossiers et insolents se calmer et cder devant les manires distingues de leur adversaire4 ,d'ailleurs les bonnes manires et le bon ton influent aussi normment sur le caractre1 et si je cherche tant faire prendre mes fils le got de la bonne compagnie1 c'est que je suis certaine de les loigner ainsi de la mauvaise6 ,a ceux qui sont habitus de respirer le parfum des roses1 le fumier rpugne toujours plus qu' ceux qui vivent dans les tables2 je ne nie pas qu'il y ait des exceptions1 des anomalies1 qui ne font que confirmer la rgle1 des instincts pervers qui1 comme dans certaines maladies1 ont le got des acides et des pourritures4 ,oui6 le bon ton1 de mme que la vertu1 impose le respect ceux qui nous frquentent4 ,il est rarement le partage du vice abject4 ,ainsi1 un ivrogne1 un homme rus1 cruel1 violent1 peut difficilement conserver les manires lgantes d'un homme sobre1 doux1 bienveillant et franc4 ,notre me se reflte toujours sur notre extrieur4 ,voil ce que je rpte mes fils et ce qui est trs vrai4 ,en leur enseignant et en les habituant tre soigns dans leur mise1 pratiquer cette propret exquise qui est le plus grand luxe d'un homme1 je leur inspire l'horreur des gens vulgaires2 en leur faisant frquenter des femmes du monde spirituelles1 lgantes1 j'espre les loigner d'une classe de femmes o ils ne pourraient trouver d'pouses dignes d'eux4 ,gustave se prte facilement mes ides1 et m'a dj rpt souvent qu'il ne comprend pas comment un homme qui a de l'instruction1 qui est habitu une atmosphre spirituelle1 artistique et lgante1 puisse prouver un sentiment rel pour une femme1 laissant1 chaque parole qu'elle prononce1 chapper une si grande discordance avec ce qu'il est habitu entendre4 ,ce n'est pas par un orgueil malentendu que je me rjouis de voir mon fils penser ainsi1 et je puis ajouter qu'il s'y mle une pense trs charitable envers les femmes de position infrieure4 ,ne seraient-elles pas rellement plus plaindre encore que lui1 puisque invitablement il arriverait toujours un moment o il s'apercevrait de sa mprise et o la femme qu'il aurait entrane d'autant plus facilement qu'il l'aurait blouie1 se trouverait dclasse et dlaisse8 ,chacun doit rester sa place2 l'ouvrire qui cherche se faire distinguer d'un jeune homme d'une classe plus leve que la sienne perd sans s'en douter tout au moins le bonheur de sa vie1 lors mme qu'il viendrait l'pouser et l'introduire au sein d'une famille qui la considrerait comme une intruse1 tandis qu'elle pourra tre une petite reine en restant dans son monde6 ,de mme1 ma petite ,jeanne1 en cherchant un mari trop au-dessus de sa position1 ne se dclassera pas1 parce qu'elle est auprs de sa mre2 mais elle joue aussi le bonheur de son existence en risquant fort d'essuyer bien des dsillusions et des dceptions pour finalement rester vieille fille6 ,mais1 son ge1 on ne s'imagine pas encore combien le temps marche vite2 on trouve la jeunesse si longue que l'on croit avoir le temps de trouver ce que l'on cherche2 et on se laisse ainsi surprendre par les annes qui fondent sur nous au galop4 ,,iv ,mes fils4 ,bernard est tout l'oppos de ,gustave1 comme caractre1 et un peu aussi comme physique4 ,celui-ci influe-t-il sur celui-l8 ,on serait port le croire4 ,trs brun1 pas grand1 trapu1 une figure tiole quoique intelligente1 mon pauvre ,bernard est brusque1 timide1 peu communicatif2 il aime se vanter du mal qu'il ne serait pas capable de faire4 ,il est vraiment des moments o une mre ne reconnat pas ses enfants1 ses propres enfants qu'elle a levs6 ,j'aime mes quatre enfants galement4 ,je les ai chris1 choys1 duqus avec la mme tendresse et le mme zle444 mais quels rsultats diffrents6 ,lorsqu'ils taient petits1 je ne constatais pas une grande dissemblance2 il a fallu des circonstances1 presque des vnements1 maintenant qu'ils ne sont plus des enfants1 pour me la montrer4 ,berthe et ,gustave1 les ans1 sont bien tels que je les dsirais2 ,jeanne et ,bernard me droutent4 ,hier1 nous allions au bal du gnral4 ,ce n'est pas qu' mon ge on tienne beaucoup au bal2 j'avoue que ce n'est pas sans un soupir qu' huit heures du soir j'ai quitt mon feu444 et mon mari1 pour aller m'habiller4 ,mon mari444 mais oui444 qui peut satisfaire son got pour le coin du feu6 ,je suis triste de l'y laisser seul6 ,mais une mre a des devoirs6 ,je sais le danger qu'il y aurait tenir ,jeanne sevre des plaisirs mondains qu'elle a gots4 ,mon mari ne se croit pas oblig de se dvouer6 ,tant que je n'avais pas mes fils1 il endossait l'habit noir en rechignant1 et il venait promener une figure ennuye aux portes des salons4 ,le fait est que ce que les pres viennent faire dans un bal n'est gure amusant6 ,ils ont mille affaires en tte dont ils voudraient parler1 et ils doivent causer de futilits2 ils auraient des lettres crire1 des journaux lire1 et ils doivent s'asseoir une table de whist6 ,ils aimeraient se dlasser des corves de la journe en robe de chambre et en pantoufles1 ils doivent chausser l'escarpin et mettre le menton dans le faux-col6 ,mon pauvre mari est d'ailleurs tellement accabl d'affaires1 qu'il est devenu lgrement morose depuis quelque temps2 en tout cas1 il parat prfrer aller au caf ou se coucher1 que causer et rire4 ,la maison n'est donc pas gaie le soir1 et il est de mon devoir de saisir les occasions de distraire mes enfants1 afin qu'ils ne cherchent pas eux-mmes leurs distractions4 ,jeanne et moi1 nous sortons 7ensemble7 dix heures de notre cabinet de toilette commun4 ,nous nous servons mutuellement de femme de chambre1 et nous sommes assez vite prtes1 parce que nos toilettes sont toujours prpares d'avance4 ,hier1 ,jeanne portait une toilette d'ondine qui ne nous avait pas cot cher6 ,sur de la tarlatane vert-d'eau nous avions dispos des charpes en tarlatane blanche un peu dfrachie1 mais dont le vert du dessous faisait ressortir la blancheur4 ,de longues algues-marines faisaient l'office de rubans pour draper les charpes4 ,une longue guirlande de nnuphars blancs1 entremls d'herbes1 prenant dans sa coiffure1 venait s'attacher sur l'paule1 faisait le tour du dcollet de la robe1 traversait le corsage en sautoir et se terminait aprs avoir travers la jupe4 ,c'tait excessivement frais4 ,cette guirlande avait t cueillie dans la matine par ,gustave1 qui nous a mme aides l'pingler4 ,il aime beaucoup sa sur1 et tait tout heureux de la voir jolie4 ,c'est lui aussi qui lui avait dict sa coiffure4 ,ses cheveux diviss en deux parties1 onduls et friss par le bout1 taient un peu soulevs devant par des peignes poss en dessous1 puis runis derrire par une broche catogan4 ,j'oubliais de mentionner que des ruches panaches blanches et vertes en tarlatane ornaient le bord infrieur de la jupe4 ,ces ruches mme nous avaient donn assez de mal pour les poser1 comme nous n'avions pas beaucoup de temps4 ,de ma toilette je ne dirai pas grand'chose1 se composant invariablement d'une robe de velours noir en hiver et de soie en t1 accompagne d'une mantille de dentelle noire4 ,quoique bien des femmes de mon ge posent encore pour trouver des danseurs1 je trouve que lorsqu'on a une fille qui danse1 c'est le comble du ridicule d'avoir l'air de se mettre pour ainsi dire en concurrence avec elle4 ,gustave est habill en un tour de main1 et s'applique1 en galant cavalier1 ne jamais nous faire attendre4 ,bernard flne1 il veut finir sa lecture1 fumer sa cigarette au jardin2 bah6 la toilette d'un homme1 a marche bien plus vite que celle d'une femme6 ,il sera encore prt avant nous444 il faudra qu'il attende6444 ,enfin il monte dans sa chambre1 lambine1 ne se presse pas1 essaie tel ou tel vtement2 descend faire faire le nud de sa cravate par sa sur1 remonte1 le dfait parce qu'il ne le trouve pas bien1 redescend1 veut visiter la bote de poudre de riz de sa sur et la rpand sur son pantalon noir6 ,il faut brosser pendant une demi-heure6 ,il met trop de cosmtique ses moustaches naissantes et se tache les joues2 il doit se dbarbouiller de nouveau1 mais comme il dfrachit ses manchettes1 je remonte lui en donner d'autres6 ,bref1 la toilette de ,bernard1 c'est un drangement perptuel pour toute la maison4 ,il est d'une coquetterie1 ce petit sauvage1 dont on ne peut se faire une ide4 ,il ne se trouve jamais suffisamment bien2 il nous accuse d'gosme1 si nous ne l'admirons pas avec enthousiasme1 et en mme temps si nous ne paraissons pas assez difficiles dans ce qui le concerne4 ,aprs environ une heure de retard1 pouss par ,gustave1 il finit par descendre dfinitivement comme un ouragan en mettant ses gants4 --,partons-nous8 s'crie-t-il2 allons6 il va encore falloir une demi-heure ,jeanne pour mettre sa sortie de bal6 ,oh6 les femmes6 les femmes6 ,en disant ces mots1 il se prcipite vers sa sur pour qu'elle lui boutonne ses gants1 dont il enfile le dernier avec prcipitation4 ,en ce moment prcisment1 ,jeanne se pliait gracieusement en arrire pour que ,gustave lui plat son manteau sur les paules1 ce qui faisait traner sa robe un peu plus444 crac444 crac6 --,ma robe6 --,mon gant6 --,maladroit6 --,au diable les femmes avec leurs queues6 voil mon gant crev6 ,le groupe se divise444 ,que vois-je8 ,hlas6 les pauvres ruches gisant pantelantes sur le parquet1 dtaches de la jupe2 la main de ,bernard sortant par la dchirure faite au gant1 en voulant passer le pouce trop vite6444 ,allons6 il faut se mettre faufiler ou pingler2 la bonne n'est pas encore couche1 elle aidera2 mais voil un nouveau retard qui ne serait rien sans les petites choses peu avenantes que l'on change4 --,tu ne sauras donc jamais faire glisser tes pieds sous les tranes8 --,elles sont ridicules1 tes tranes2 voil6 qui m'a achet ces gants-l8 --,c'est moi1 mon frre6 --,eh bien6 ils ne sont pas bons4 --,ils vont avec le caractre de celui qui les porte1 rplique ,jeanne qui tait irrite4 --,ne l'excite pas1 lui dit ,gustave tout bas1 ou nous allons avoir une scne4 --,mais voici le pre qui rentre du caf1 car il est prs de onze heures et demie4 --,comment6 pas encore partis8 ,vous devriez tre rentrs6 ,eh bien1 par exemple1 c'est insens de sortir cette heure6444 moi1 je vais au lit6 ,j'avoue que j'aurais bien envie d'en faire autant1 et j'ai le cur lgrement meurtri par ces petites escarmouches4 ,jeanne voit la lassitude peinte sur ma figure et ses yeux deviennent humides4 ,je devine qu'elle craint que je renonce444 ,non1 je suis trop bon soldat pour reculer6 ,le retard ne fait pas peur ,jeanne1 qui sait au contraire qu'on fait plus d'effet en arrivant tard4 ,le bal est dans tout son essor quand nous arrivons2 j'entre au bras de ,gustave1 ,bernard donne le bras sa sur1 je m'efface pour laisser voir ma fille1 si jolie2 elle est immdiatement enleve par un danseur4 ,le matre de la maison1 me voyant revenir de saluer sa femme1 m'offre son bras pour me trouver un sige2 de cette faon ,gustave peut s'envoler1 et je le vois bientt tournoyer avec une des plus lgantes jeunes femmes de la ville4 ,je me retourne444 o est ,bernard8 ,j'aperois sa figure rechigne dans le chambranle de la porte4 ,je l'appelle d'un signe4 --,pourquoi ne danses-tu pas8 --,gustave a prcisment pris la seule danseuse que j'aurais voulue4 --,bah6444 il y a cent jolies personnes ici444 ,vois l-bas cette jeune fille en rose6 --,c'est a6 un paquet6 ,personne n'en a voulu1 puisqu'elle est sur sa banquette6 ,j'aime mieux aller boire du punch au buffet6 ,or1 quand ,bernard commence boire du punch au buffet444 il ne quitte gure ce coin-l4 ,que faire8 il faudrait lui trouver une femme qui lui plt pour le former un peu1 ce pauvre enfant6 ,prcisment je vois ,mme ,bathilde qui s'avance444 ,pourquoi pas elle8 l'ge qu'elle a1 plein de prestige pour tous les jeunes gens1 on aime faire des ducations6 ,elle n'a pas de danseur4 ,mais1 si je lui dis de l'inviter1 ce sera un motif pour qu'il ne veuille pas6 --,eh bien1 monsieur le tnbreux1 vous vous en allez quand j'arrive6 ,mon valseur vient de se fouler le pied6 voulez-vous que nous finissions la danse ensemble8 ,je vous prends votre fils6 conclut-elle1 en me jetant un regard vainqueur4 ,je m'empresse de faire un signe d'assentiment trs prononc4 --,mais je danse mal1 madame1 dit ,bernard se dfendant1 ma sur me dit toujours que je suis un valseur dtestable4 --,eh bien1 je vous apprendrai1 venez donc6 ,elle brlait de faire voir qu'elle trouvait des cavaliers6 ,je la connaissais assez pour savoir qu'elle ne le lcherait pas si vite1 saurait se faire offrir le bras pour aller au buffet1 puis pour danser un quadrille1 et je la pensais mme capable de se faire inviter pour le cotillon4 ,je n'avais donc pas m'occuper de mon ,bernard de toute la soire4 ,quelques bonnes amies s'approchrent pour voir ce que je dirais des uns et des autres1 mais je les laissai parler et je me renfermai dans des rponses monosyllabiques qui durent leur donner une pauvre opinion de mon esprit2 je prfrais observer444 d'abord ma fille1 ma jolie ,jeanne1 si fte1 si adule1 qui se posait mes cts entre les danses comme une libellule1 repartant aussitt1 et dont les succs cependant me laissaient triste et le cur serr444 puis mon beau ,gustave1 empress1 galant avec toutes les femmes1 ne mprisant pas les paquets1 comme avait dit son frre1 les faisant danser au contraire1 ce qui les rendait fort enthousiastes de lui444 mais ayant cependant une prfrence1 oh1 oui6 sans cela1 il et t banal et j'en aurais t afflige6 n'oubliant pas de venir m'offrir son bras et de s'informer de mes besoins de temps en temps4 ,je me plaisais aussi examiner les physionomies si singulires qu'ont le plus grand nombre des femmes en toilette de bal4 ,il faut tre jeune1 et surtout jolie1 bien faite1 distingue1 et habille avec beaucoup de got2 faute de runir ces conditions1 une femme est tout simplement grotesque en toilette de bal2 aussi que de caricatures voit-on6 ,le rang des mres est tout fait curieux lorgner6 ,que d'paules anguleuses ou de rotondits trop prononces6 ,que de coiffures ressemblant tout ce que l'on peut imaginer6 ,la mre avec des panaches1 des couronnes1 accompagnes de robes de couleurs inoues6 ,il est si facile de s'abstenir de toutes prtentions1 d'avoir une mise simple et peu voyante2 de passer1 inaperue quand on a un certain ge6 ,mais c'est prcisment ce que l'on ne veut pas1 en gnral1 et on recherche le contraire4 ,on l'obtient1 mais quel prix8 99 99 99 99 99 ,les notes personnelles d'une mre de famille s'arrtent ici1 car notre livre n'est pas un roman1 l'histoire d'une seule famille1 limite par de certaines circonstances2 il doit convenir tout le monde1 et ne perdre son ton de gnralit que partiellement pour des sortes de citations4 ,,chapitre ,,xix ,l',,initiative4 ,l'initiative est certainement une fille de l'intelligence4 ,comme celle-ci1 elle demande tre dveloppe chez les enfants4 ,malheureusement on tombe souvent dans les excs2 tantt1 sous prtexte de donner l'enfant de la dcision de caractre1 on voit des parents encourager la hardiesse1 l'impertinence1 les sentiments d'une indpendance allant jusqu' la licence1 tantt on voit au contraire l'initiative compltement supprime1 et l'enfant presque rduit l'idiotisme4 ,on croit donner du caractre un enfant en lui accordant une entire libert dans tout2 on oublie combien il a besoin d'tre guid4 ,on n'arrive nullement au rsultat dsir2 un enfant ainsi habitu est indisciplin1 volontaire1 et malgr cela peut avoir parfaitement un caractre faible et indcis4 ,le caractre doit tre form1 dress1 et non pas laiss lui-mme4 ,les digues qu'on peut lui imposer ne nuisent en rien l'initiative ni la fermet4 ,il y a des parents trs brusques1 trs autoritaires1 qui paralysent les caractres4 ,ils arrtent l'lan1 l'enthousiasme1 les efforts4 ,ceci est trs malheureux pour l'enfant2 cependant1 lorsque l'apathie n'est pas naturelle1 une fois la pression loigne1 on voit bientt l'intelligence instinctive se rveiller4 ,il est donc trs essentiel de ne pas confondre l'initiative avec la hardiesse et l'indpendance2 je connais une mre qui tient sa fille dans une complte ignorance des choses de la vie1 sous le prtexte de ne pas lui donner le got de l'indpendance2 elle lui a fait une rgle de conduite1 de tenue1 dont elle ne doit pas se dpartir4 ,or1 quelle est la rgle qui puisse tre suivie sans exception8 ,il n'y a rien d'absolu dans le monde4 ,par exemple3 ,sous aucun prtexte tu ne feras ceci ou cela6 ,mais il peut se prsenter une circonstance imprieuse qui oblige enfreindre cette rgle4 ,il est vrai que la jeune fille a l'esprit trs troit et elle prend la lettre ce qui lui est dit4 ,elle n'a aucune timidit vraie1 mais elle est timore l'excs4 ,tout en enseignant une jeune fille ne pas faire certaines choses1 par exemple1 stationner sur la porte1 courir dans la rue1 sortir sans que son manteau soit boutonn1 parler un monsieur dans la rue et mille autres choses1 il faut cependant lui faire comprendre qu'il y a mille circonstances dans la vie o il est1 au contraire1 ncessaire de faire ces choses4 ,d'abord1 cela dpend de la position que l'on occupe2 ainsi1 vous tes riche1 mademoiselle1 vous avez des domestiques1 vous vous faites servir1 cependant au besoin vous vous servez trs bien vous-mme2 mais venez-vous perdre votre fortune1 aussitt sachez abandonner vos grands airs1 et mettez-vous au niveau de votre position2 laissez de ct vos dlicatesses et vos susceptibilits intempestives4 ,dans certains moments1 dans certaines occasions1 telles choses sont propos qui ne le sont pas dans d'autres4 ,il faut savoir distinguer2 mais ici nous retombons dans le discernement1 dans le jugement1 qui est sans contredit la qualit la plus utile possder1 la mre de toutes1 pourrait-on dire4 ,l'initiative ne doit pas tre inspire par l'orgueil1 mais par une certaine confiance en soi-mme1 qui n'enlve cependant la modestie en quoi que ce soit4 ,ce n'est pas la confiance en ses talents que l'on a1 mais la foi en sa persvrance et dans les tudes que l'on a faites4 ,que de jeunes filles sont pleines de bonne volont1 mais persuades qu'elles sont incapables de faire telle ou telle chose par elles-mmes6 elles ne veulent mme pas essayer4 ,elles manquent d'ide1 d'activit1 d'ingniosit4 ,elles paraissent intelligentes1 car elles raisonnent sur toutes les choses de la vie1 mais elles ne savent rien faire par elles-mmes2 elles n'osent pas2 elles hsitent si elles doivent ou non4 ,elles n'ont pas soif d'apprendre et de se rendre utiles4 ,un exemple bien frappant que l'on voit tout propos3 un membre d'une famille se sent-il indispos1 la premire pense est d'aller qurir le mdecin2 celui-ci n'est pas chez lui1 on l'attend avec impatience1 mais on ne songe pas ce qui pourrait tre fait4 ,le mdecin arrive1 il ordonne la moindre chose1 des serviettes chaudes1 un cataplasme2 mais la domestique n'est pas l2 impossible de faire sans elle2 on serait tent de croire que la jeune fille est une enfant ignare4 ,j'ai vu une jeune marie1 qui avait reu une ducation de ce genre1 terriblement embarrasse4 ,elle et son mari passaient seuls leur premier mois de noces dans l'htel de leurs parents la ville1 ceux-ci tant la campagne4 ,un jour1 ils avaient dn dehors1 et les domestiques en avaient profit pour sortir4 ,le mari fut pris d'une gastrite2 ils montrent dans une voiture et en route s'arrtrent chez un pharmacien pour acheter du tilleul4 ,c'tait amusant de voir cette jeune femme embarrasse avec son petit paquet de tilleul dans les mains1 effraye l'ide que son mari tait malade4 ,elle n'avait pas eu la prcaution de prendre avec elle une clef de l'appartement4 ,elle n'avait pas l'habitude6444 ,quant aux malades1 jamais elle ne s'tait occupe de les soigner2 sa mre l'avait toujours soigne1 elle1 et lui avait vit les moindres soucis avec soin4 ,le concierge fut oblig de passer par une fentre pour s'introduire dans l'appartement et ouvrir la porte en dedans4 ,puis1 il s'agit d'allumer le feu1 de faire bouillir de l'eau2 jamais de la vie elle ne s'tait occupe de tout cela1 elle ne savait par quel bout s'y prendre4 ,elle fut oblige de descendre rclamer le service de la concierge1 qui tait une frache brune aux yeux pers1 et qui soigna le mari avec des attentions de toute espce1 pendant que la jeune inutile fut engage rester dans sa chambre1 pour ne pas se fatiguer4 ,on n'apprendra jamais assez aux enfants1 non seulement en bas ge1 mais surtout dans l'adolescence1 savoir ce qu'on appelle en langage vulgaire1 se retourner3 faire usage de leurs dix doigts en temps opportun1 utiliser leurs capacits selon les circonstances et les occasions4 ,une fois1 j'allais rejoindre une amie avec laquelle je devais me rendre ,saint-,germain1 pour visiter une maison de campagne4 ,sa fille venait avec nous3 c'tait une jolie personne de dix-huit ans4 ,ses grands yeux noirs brillaient comme des diamants1 et un gracieux sourire tait strotyp sur ses lvres4 ,il tait convenu que nous partirions par le train d'une heure1 afin d'avoir l'aprs-midi nous1 mais ,laure n'est pas prte1 me dit la mre quand j'arrivai chez elle pour les chercher4 ,la femme de chambre tait occupe l'habiller4 ,a vrai dire1 cela m'et tonne qu'il en ft autrement1 car je connais ,mme ,c4 de longue date et je sais qu'elle attend toujours aprs sa fille4 ,le train d'une heure fut bientt manqu1 et je prvoyais dj que nous manquerions le train de #b heures1 ce qui me donnait grande envie de renoncer l'excursion pour ce jour-l1 quand ,mme ,c41 s'tant absente du salon1 vint annoncer que nous pouvions descendre1 ,laure tait prte2 la jeune fille sortit enfin du corridor qui conduisait sa chambre du pas gal et mesur qui lui est particulier4 ,rien au monde ne peut la sortir de sa placidit immuable4 ,pendant que nous pitinions sur place1 et que nous avancions sur le palier pour devancer le moment de monter dans la voiture1 ,mlle ,laure1 tenant absolument ne pas franchir la porte sans avoir mis le dernier bouton de ses gants1 s'tait arrte pour accomplir ce travail de haute importance4 --,viens donc1 lui dit sa mre2 nous allons encore manquer ce train3 tu mettras tes gants dans la voiture4 ,je regardais ,mme ,c41 elle tenait ses gants la main2 il lui semblait ainsi entraner plus vite sa fille4 ,elle lut sans doute dans mes yeux1 car elle me dit d'un ton d'excuse3 --,c'est dans sa pension qu'on l'a rendue chipie comme cela6 ,elle croirait commettre une faute norme d'tre vue dans la rue sans ses gants6 ,enfin nous tions sur le trottoir1 sa mre la poussa dans la voiture4 --,n'as-tu rien oubli1 au moins8 ,as-tu ton parapluie1 ton mouchoir8 --,j'ai oubli mon mouchoir1 rpondit ,laure4 --,ah6 quelle enfant6 ,fanny1 vite1 montez chercher le mouchoir que mademoiselle a oubli1 dit la mre la femme de chambre qui tait descendue nous aider4 ,en ce moment deux jeunes gens passaient sur le trottoir1 et plongeaient leurs regards dans la voiture4 ,j'entendis qu'ils disaient3 --,jolie personne6 ,quels yeux expressifs6444 ,quel vif esprit ils refltent6444 ,enfin1 nous partons2 en chemin1 ,mme ,c41 selon une excellente mthode1 apprte l'argent pour pouvoir payer le cocher en descendant sans perdre de temps2 mais il lui manquait de la monnaie2 j'en tais munie2 auparavant je voulus voir un peu ce que ferait ,laure1 et je lui demandai si elle n'avait pas sa bourse4 ,elle me rpondit qu'elle n'avait jamais plus de cinquante centimes dans sa poche4 ,sa mre prit la parole3 --,si je lui laissais de l'argent1 elle le perdrait2 elle a seulement quelques sous pour donner aux pauvres4 ,comme elle ne sort jamais sans moi ou son institutrice1 elle n'en a pas besoin4 --,oui1 mais vous pensez la marier1 elle est en ge2 elle sortira seule2 il faudra bien qu'elle s'habitue avoir de l'argent6 --,bah6 son mari en aura pour elle6 --,mais son mari ne sera pas toujours cousu sa jupe6 ,pendant ce temps1 je comptai ma monnaie4 --,il manque pour le pourboire1 dis-je2 eh bien1 mademoiselle ,laure1 nous allons utiliser vos sous4 --,combien faut-il8 dit-elle4 --,cinq sous4 --,on ne donne que cinq sous de pourboire8 --,comment6 tu trouves que ce n'est pas assez8 dit sa mre4 --,moi1 je ne sais pas6 --,alors1 si vous prenez une voiture1 quelques jours aprs vos noces1 vous ne saurez pas combien il faut donner de pourboire votre cocher8 --,oh6 mon ,dieu1 non6 je lui donnerai aussi bien un franc que deux sous6 ,quelle ducation6 ,nous arrivions la gare2 l'heure sonnait1 il n'y avait pas une minute perdre4 ,malheureusement ,mme ,c4 et moi tions peu ingambes1 lourdes1 paisses2 il et fallu courir pour arriver temps au guichet2 ,laure y serait arrive en une seconde2 prcisment une jeune fille comme elle nous dpassa1 alerte et vive1 envoye par sa mre2 elle prit ses billets1 tandis que nous n'arrivmes que pour voir le guichet se fermer notre nez1 pendant que ,laure nous suivait de son petit pas4 ,quel dsappointement6 ,attendre une heure et partir par le train de trois heures pour arriver quatre1 c'tait y renoncer6 ,heureusement qu'un vieux monsieur qui se trouvait l vit notre ennui2 il venait prcisment de prendre des billets pour des amis qui n'taient pas arrivs1 et comme on sonnait pour la dernire fois et qu'on allait fermer les portes1 il nous les cda obligeamment1 attendu qu'il avait une heure pour en prendre d'autres4 ,une fois dans le wagon1 un peu reposes de nos motions1 je dis ,mme ,c43 --,et vous auriez vu inconvnient faire courir ,laure devant nous prendre les billets tout l'heure8 --,elle n'aurait pas su444 ,ensuite1 on lui a appris la pension ne jamais presser le pas dehors444 ,puis1 voyez-vous1 je ne tiens pas ce qu'elle s'mancipe trop444 ,elle ne songe pas1 comme d'autres jeunes filles1 avoir de l'indpendance1 elle ne saurait qu'en faire6 ,elle est incapable de rien faire par elle-mme6 ,franchement1 je ne savais trop que rpondre de telles raisons4 ,en ce moment1 je vis que la figure de ,laure s'tait assombrie4 ,elle venait de faire sauter un bouton de son gant2 il est bien vrai que rien n'est laid comme des gants non boutonns qui retombent sur le poignet2 mais ncessit fait loi6 ,voyant son ennui je sortis de ma poche une toute mignonne mnagre1 dont j'ai l'habitude de me munir quand je vais en excursion4 --,tenez1 lui dis-je en la lui passant1 vous trouverez l de quoi rparer l'accident4 --,coudre en wagon8 fit-elle avec des yeux tonns4 --,pourquoi pas8 ,c'est peut-tre un peu plus difficile4 --,c'est que ce n'est pas moi qui raccommode mes gants2 c'est ma femme de chambre4 ,j'avais presque envie de dire3 ,il faudra aussi choisir un mari qui sache coudre les boutons6 --,vous trouvez ,laure peu dgourdie1 me dit la mre qui lisait mes penses sur mon visage4 ,il est vrai que1 de son naturel1 timore et un peu lente de perception1 il n'a rien t fait pour la secouer1 parce que nous avons longtemps pens qu'elle se ferait4 ,d'ailleurs ce n'est pas amusant de gronder une enfant6 ,je crois que le mariage la dveloppera4 --,c'est ainsi qu'on a fait pour vous8 --,oh6 non4 ,j'tais aussi un peu engourdie1 mais j'avais une mre qui ne m'aurait pas supporte telle que1 et il faut bien avouer que j'ai t rudoye et ai reu bien des sermons peu agrables4 --,vous vous en tes mal trouve8 ,vous regrettez d'tre intelligente1 active8 --,oh6 non4 ,je bnis tous les jours le souvenir de ma mre pour cela2 mais1 sur le moment mme1 je vous assure que je ne l'aimais pas6 ,les circonstances de la vie m'ont appris combien il est agrable de savoir un peu de tout6 ,que pouvais-je rpondre cela8 ,mettre davantage les points sur les i et t absolument contraire l'esprit de socit4 ,,chapitre ,,xx ,,les ,,jeunes ,,filles ,,dans ,,le ,,monde4 ,tout change444 il y a aussi des choses qui ne changent point6 ,tous1 tant que nous sommes1 nous rions de nos parents qui disent3 ,autrefois1 quand nous tions jeunes1 il n'en tait pas ainsi6 ,nous1 notre tour1 nous rptons bientt3 ,quand nous tions enfants1 il n'en tait pas ainsi6 ,en effet1 des femmes encore jeunes1 mres actuellement1 peuvent se rappeler combien il leur tardait de vieillir1 alors qu'elles avaient quatorze ans6 ,on avanait de tous ses vux le jour o la robe s'allongerait enfin un peu2 on htait par maintes tentatives le moment o la coiffure pourrait prendre un aspect plus srieux2 on anticipait sur le temps1 en laissant volontiers croire quelques annes de plus1 quand il tait question d'ge4 ,quel bonheur de passer pour avoir dix-huit ans1 quand on n'en avait que quinze6 ,il n'en est plus de mme aujourd'hui2 la plupart du temps la jeune fille de quinze ans sait parfaitement ce que lui enlve chaque jour2 elle prolonge autant que possible son adolescence2 elle ne quitte qu' regret1 dix-huit ans1 la coiffure de cheveux pars 7encore tente-t-on d'introduire l'usage de la porter mme par de jeunes femmes71 elle se garderait d'changer sa frange sur le front en bandeaux onduls2 la robe courte ne peut pas s'allonger1 puisque la maman la porte courte aussi4 ,le chapeau ferm n'est plus envier1 mais plutt craindre2 en un mot1 qui rsume tout1 peut-on dire1 le cachemire n'est plus de mode6 ,la jeune fille d'il y a vingt ans aspirait se marier pour porter un cachemire4 ,aujourd'hui1 elle aimerait mieux renoncer au mariage1 si c'tait ce prix8 ,ce qu'elle craint1 avant tout1 c'est de se vieillir1 c'est de perdre le moindre de ses avantages4 ,la fillette de douze ans commence se rajeunir1 afin de paratre plus avance dans ses tudes2 elle connat dj cette terrible valeur du temps1 et ds lors plus de candeur1 plus de navet2 elle n'est plus presse de jouer la maman et prfre prolonger la dure de la flirtation en la commenant tt4 ,ceci provient videmment de la faute des mres2 prcisment parce qu'elles ont eu le tort de se vieillir trop vite ds l'abord1 elles se rattrapent dans une seconde jeunesse laquelle1 pour la faire durer1 il est ncessaire de ne point produire de grandes filles4 ,la grande proccupation de ces quelques mres est de tenir leurs filles jeunes1 fillettes le plus longtemps possible2 ne croyez pas que ce soit dans le but unique de se rajeunir elles-mmes1 c'est bien dans l'intrt de ces chres filles1 assurent-elles2 elles oublient que le temps est ce qui chappe le plus la volont humaine4 ,nous pouvons nous prserver du soleil et de la pluie1 nous pouvons faire de la clart en pleine nuit1 nous pouvons disperser les nuages l'aide du canon1 commander aux vagues1 au feu1 grce aux perfectionnements de la science1 mais devant le temps qui s'coule nous restons impuissants4 ,en vain nous cherchons nous tromper nous-mmes par de fausses apparences1 en vain nous nous figurons arrter les annes en les empchant de marquer sur nous et nos filles l'empreinte de leurs griffes2 un peu plus tt1 un peu plus tard1 le temps reprend ses droits1 car il ne nous a pas fait grce d'une minute4 ,que vous introduisiez votre fille dans le monde dix-sept ou vingt ans1 sa trentime anne arrivera toujours son heure4 ,elle aura eu dix ans ou treize ans de jeunesse selon votre volont4 ,chaque chose a son opportunit dans la vie4 ,il y a l'ge de l'tude1 l'ge des plaisirs mondains1 l'ge de l'ambition1 l'ge du calme4 ,il est bon de ne pas empiter2 on n'arrive qu' supprimer4 ,la fillette doit passer sa tendre adolescence l'abri du monde et des ides de coquetterie1 afin de se donner sans distraction l'tude1 afin de ne pas avancer trop vite dans la connaissance des dsillusions4 ,mais lorsque l'ge de vivre humainement est arriv1 lorsqu'il est temps de goter des plaisirs doux et permis1 puis de songer devenir pouse et mre de famille1 pourquoi en retarder l'instant8 ,pendant un trs petit nombre d'annes seulement1 il est possible de danser avec ce bonheur pur et sans mlange1 qui est l'apanage de la jeunesse6 ,il n'y a qu'un ge pour croquer les pommes vertes belles dents2 certes1 il ne faut pas en abuser au point d'abmer son estomac2 de mme1 des petites sauteries1 des petits bals1 des petits plaisirs qu'on ne saurait plus goter cinquante ans1 doivent tre permis la jeunesse1 lorsque l'tude ne rclame plus aussi strictement l'attention1 et avant que les grands devoirs de la famille ne viennent nous accaparer4 ,en ne contrecarrant pas1 pour des motifs d'un intrt relatif1 ce que la nature a en quelque sorte institu1 on vite bien des heurts4 ,pourquoi voyons-nous tant de femmes d'un certain ge ridiculement coquettes et avides de plaisirs mondains8 parce qu'elles ont t contrecarres l'poque o il aurait t rationnel pour elles de les prendre4 ,maintenues en arrire svrement par une mre trop coquette ou trs rigide1 du couvent elles ont pass dans la maison du mari o les douceurs de la maternit leur ont fait l'effet de devoirs amers1 parce qu'elles les privaient de cette libert chrie si vivement attendue et espre4 ,ces dsirs1 cette soif inassouvie se concentrent1 s'attirent et font explosion enfin1 prcisment au moment o il serait temps de se retirer4 ,que de femmes je connais dans ce cas1 et que de maris dus6 ,ils ont pous des jeunes filles aux yeux baisss1 n'tant jamais sorties1 ne connaissant rien du monde1 et qui1 secrtement1 dans le fond de leur me1 n'avaient que le dsir de le connatre2 maries1 elles se sont mtamorphoses en les cratures les plus mondaines4 ,au contraire1 une jeune fille qui est alle deux ou trois ans dans le monde ne demande pas mieux que de vivre un peu retire1 sans tre pour cela blase4 ,il ne faut rien exagrer1 et c'est l cependant ce qui a lieu le plus souvent4 ,il y a deux courants trs diffrents dans la manire de diriger les jeunes filles dans le monde2 tous les deux exagrs1 l'un o1 copiant les ,amricaines1 les artistes1 la jeune fille s'mancipe beaucoup trop2 l'autre o sa retenue devient une pruderie gauche1 maladroite2 parfois mme on trouve les deux excs runis dans la mme personne4 ,,ii ,les jeunes filles ont beaucoup de peine rester dans un juste milieu3 ou elles sont trop raides1 ou elles ont trop d'abandon1 c'est le naturel qui manque4 ,la femme cherche toujours poser quand elle est dans le monde1 et c'est ce qui lui te son plus grand charme4 ,que de fois prend-on une fausse opinion de telle et telle personne1 sur laquelle on a beaucoup revenir quand on les frquente dans l'intimit6 ,que de fois une jeune fille diffre de ce qu'on la voit dans le monde6 ,celle-ci parat froide et compasse1 elle ne rpond que par monosyllabes et sans lever les yeux2 ses cheveux sont mis en bandeaux plats1 sa mre rpte qu'elle n'a pas encore port de robe en soie2 elle tudie1 dit-on1 du matin au soir1 mais son savoir ne perce pas4 ,on ne la laisse lire ni journal1 ni revue2 mme l'innocente nouvelle de son journal de modes est prohibe2 le thtre1 la valse1 lui sont dfendus4 ,en sa prsence1 sa mre fait baisser la voix des visiteuses au moindre mot risqu4 ,mais pntre-t-on dans son intimit1 on la trouve tout autre1 elle ne se contient plus2 si elle ne parlait pas1 c'est qu'elle ne sait rien dire2 quand elle se laisse aller parler1 son langage est commun et vulgaire1 sa dmarche guinde dissimule une ignorance complte des usages du monde et de vilains gestes sur lesquels sa mre la sermonne sans cesse2 elle est colre1 fausse1 menteuse1 gourmande1 curieuse1 et cache tous ses dfauts sous ses paupires baisses4 ,la simplicit de sa mise lui est impose et elle brle du dsir de la remplacer par les plus lgantes futilits2 on la croit occupe tudier1 tandis qu'elle passe son temps de mauvaises lectures1 que sa femme de chambre lui passe en cachette1 mais dont elle a bien soin de feindre l'ignorance la plus complte1 afin de ne pas se dvoiler4 ,telle autre1 au contraire1 a le nez au vent et l'il ouvert2 sa tte tourne dix fois en une seconde1 elle parle tort et travers1 disant tout ce qui lui passe par la tte1 croyant avoir de l'esprit2 elle s'habille autrement que tout le monde1 afin d'tre remarque1 elle se vante d'tre incapable de tenir une aiguille1 elle se vante de tout savoir1 de parler de tout1 prcisment parce qu'elle ignore tout ce que cette connaissance avance lui imposerait1 et chez elle1 douce1 mlancolique1 elle travaille tous les matins coudre sa toilette du soir2 elle est beaucoup moins pervertie qu'elle ne le dit1 et en somme est un excellent cur4 ,telle encore pose pour ne pas vouloir se marier1 et en meurt d'envie1 tandis que telle autre pose pour la franchise et la flirtation amricaine et ne se tourmente pas de rester fille4 ,une jeune fille bien leve doit s'tudier ne pas poser1 tre simple et naturelle sans excs2 afficher un grand dsir de se marier peut tre naturel1 mais ce n'est pas modeste1 et puis c'est poser pour tre naturelle1 et il faut l'tre sans poser2 rpter tout instant qu'on ne veut pas se marier1 n'a pas l'air sincre1 quand mme a le serait2 affecter une simplicit outre dans sa mise et ne porter que de la bure est aussi excentrique que de ne porter que du velours4 ,une jeune fille1 dans le monde1 doit s'attacher passer inaperue444 ,voil certes une phrase qui va appeler des larmes dans bien des yeux1 quoique toutes les bouches doivent s'empresser de dire que c'est leur avis et leur dsir4 ,je sais bien que passer inaperue1 c'est donner le pas des rivales qui sont loin de mriter la prfrence2 passer inaperue1 c'est renoncer des succs bruyants1 mais aussi des dfaites cruelles1 des dceptions blessantes4 ,pour cela aussi1 il ne faut pas poser4 ,j'ai connu une mre qui prtendait dsirer que ses filles ne se fissent pas remarquer2 elle l'assurait tout propos et elle les menait outrance dans le monde avec de nouvelles toilettes chaque fois1 toujours fort remarquables4 ,ses filles1 fort jolies1 taient fort recherches2 mais on ne pouvait s'empcher de rire au nez de cette mre1 qui aurait pu se contenter d'assurer qu'elle cherchait ce que ses filles ne fussent remarques qu'en bien1 ce qui tait vrai1 et au moins n'aurait pas avou l'exagration et la pose4 ,la timidit est l'un des plus grands charmes de la jeunesse1 mais il ne faut pas la confondre avec la gaucherie ou la pruderie4 ,vous voyez entrer dans un salon des jeunes filles1 le front haut1 le regard hardi1 raides1 ayant crainte de rpondre au salut d'un homme1 ce n'est pas par timidit2 la rougeur ne leur monte pas au visage1 elles ne ressentent aucune motion1 elles sont parfaitement matresses d'elles-mmes1 mais elles sont retenues par la crainte d'tre trop aimables2 un moment donn1 elles mettent cette morgue de ct1 et elles deviennent alors beaucoup trop familires1 et manquent absolument de tenue4 ,la tenue1 voil le grand mot1 et ,gondinet1 dans sa pice des ,braves ,gens1 nous l'explique par la bouche du colonel 7l'excellent ,landrol74 ,il reproche ses officiers de trop aimer l'habit civil1 en place de la tenue1 ou plutt l'uniforme qui les obligerait avoir de la tenue6 ,dans le monde une jeune fille doit avoir une tenue trs rserve1 mais non pas tre malhonnte2 jamais elle ne doit tre familire avec un jeune homme1 lui parler avec laisser aller1 ou paratre le rechercher1 mais il ne lui est pas interdit d'tre polie et gracieuse4 ,une jeune fille ne fera pas un profond salut un homme1 surtout un homme jeune2 elle ne le fera pas passer devant elle1 elle ne lui offrira pas une chaise2 mais1 si lui1 lui fait ces politesses1 elle l'en remerciera avec grce1 sans un empressement intempestif4 ,sans tre coquette1 on peut tre aimable1 et il vaut mieux l'tre convenablement avec tous que d'avoir des prfrences4 ,c'est l ce qu'une jeune fille doit viter4 ,rserver meilleur accueil aux plus riches1 aux mieux poss1 tre fire avec les petits1 est le meilleur moyen de se crer des ennemis mortels et de faire mal parler de soi4 ,il est reu que les jeunes filles se laissent tantt secouer la main par les jeunes gens1 et tantt font une inclination absolument imperceptible1 lorsqu'un homme les salue4 ,il vaudrait beaucoup mieux ne pas donner sa main serrer1 et incliner la tte ou le corps un peu plus4 ,le moyen d'empcher ces dmonstrations familires8 me dira-t-on2 une femme peut-elle refuser nettement la main un homme qui lui tend la sienne8 ,un refus catgorique serait difficile et impoli2 j'ai vu mainte fois des jeunes filles et des jeunes femmes tre bien ennuyes dans de telles circonstances1 et obliges de surmonter leur rpugnance2 le seul moyen est d'observer l'tiquette1 d'en imposer par le crmonial1 de ne pas accepter ce laisser aller1 cette camaraderie qui annule presque les sexes et enlve par consquent la femme son plus grand avantage1 celui que lui donne le respect de son sexe2 savoir se faire respecter1 garder sa dignit fminine1 voil ce qu'il faut inculquer une jeune fille2 pour cela1 il n'est pas besoin d'tre raide1 il suffit par son bon ton personnel1 une dignit gracieuse1 de conserver comme une aurole de supriorit sur les esprits vulgaires qui oseraient se permettre trop de familiarit4 ,c'est ainsi que1 tout en tant bonnes1 affectueuses avec les pauvres et les domestiques1 les femmes de la vritable aristocratie1 c'est--dire celles qui en font partie1 non pas uniquement par leurs aeux1 mais par leurs sentiments1 savent en imposer leurs subalternes4 ,la vogue du moment est aux airs cassants1 la dmarche hardie1 aux allures provoquantes1 comme aux chapeaux tapageurs2 au gymnase1 au mange1 aux bains froids1 puis aux eaux en t1 les fillettes prennent de bonne heure des faons peu compatibles avec la pudeur de la jeune fille4 ,les cheveux pars sur les paules1 les jupes courtes y contribuent pour leur part2 les pres 7le sexe masculin1 en somme71 sont la cause de ce mal qu'ils sont les premiers dplorer plus tard2 ils s'amusent de ces mines diaboliques1 et cette petite fille singeant le garonnet ou l'actrice en vogue est amusante au possible1 rien n'est plus vrai444 et cependant qu'il apparaisse une fillette aux allures modestes1 la toilette vaporeuse comme celle d'une petite vierge1 l'expression candide et timide1 osant peine lever ses grands yeux1 rpondant d'une voix presque basse1 rougissant quand on s'adresse elle1 ne sachant pas tout1 questionnant encore1 se troublant lorsque les regards se fixent sur elle1 eh6 bien1 cette apparition effacera immdiatement les autres1 et les mmes hommes ne pourront s'empcher de la prfrer4 ,je connais bien des hommes1 et des hommes dont le haut mrite et la grande position ont d leur donner l'habitude d'tre en vue1 qui ne laissent pas d'prouver une certaine motion au moment o les deux battants de la porte d'un salon s'ouvrent devant eux1 o ils se sentent le point de mire d'une assemble2 et de toutes jeunes filles bravent avec le plus superbe aplomb cette terrible critique fminine6 ,l'aplomb ne doit venir qu'avec l'ge1 ou ce n'est plus que de la hardiesse4 ,aprs la vingtime anne1 la timidit de la jeune fille de quinze ans serait de la gaucherie ou de la stupidit1 mais il faut laisser un changement venir pour la femme1 la jeune mre de trente ans1 et enfin pour la matrone de quarante4 ,ce sont ces transformations successives qui font le charme de chaque ge4 ,,iii ,autant il est mauvais de retarder jusqu' l'ge de vingt ans l'entre d'une jeune fille dans le monde1 autant il est peu rationnel de l'y mener tant fillette4 ,les bals d'enfants1 avec leur cortge de vanits et de prtentions1 sont les cauchemars des gens senss4 ,la fillette a besoin d'avoir des amies2 il est obligatoire qu'elle joue1 s'amuse avec des compagnes1 mais comme on le fait dans les pensions1 pour la fte de sainte ,catherine1 en robe de tous les jours1 sauter et faire la dnette1 voire mme jouer des charades ou des proverbes1 seules ou devant les parents4 ,mais ces matines pour lesquelles il y a lutte de toilettes1 o les enfants arrivent empess1 se toisant les uns les autres1 pars par leurs mres comme de petites chsses2 o les petits garons sont styls ne danser qu'avec les petites filles les plus lgantes1 et o la pauvrette qui n'est pas jolie ou bien habille se voit dlaisse et prend un avant-got des amertumes que le monde futile nous rserve1 ces runions sont des plus immorales1 et ne contribuent qu' pervertir les enfants4 ,pour qu'une ducation puisse tre mene bien1 il faudrait que les enfants fussent persuads que leur mrite seul peut leur obtenir une prfrence1 et au premier pas qu'ils font dans le monde1 ils s'aperoivent du contraire2 pour qu'ils puissent rsister au choc1 ils doivent tre dj bien forts1 et c'est pourquoi il faut retarder ce moment4 ,a dix-sept ou dix-huit ans1 selon qu'elle est avance dans ses tudes1 une jeune fille peut tre conduite quelques bals1 quelques dners1 et aux sauteries1 aux huitaines4 ,mais il faut en viter l'abus4 ,cet abus donne un des deux rsultats suivants3 ou il sature1 il blase1 il fatigue l'me et le corps1 ou le plus souvent1 tout en blasant et fatiguant1 il donne une telle habitude du monde que l'on ne sait plus s'en passer4 ,les visites1 les ftes1 ne doivent tre qu'un accessoire1 qu'une distraction nullement indispensable2 une femme doit tre habitue se suffire elle-mme et aimer son intrieur4 ,ce n'est pas un dfaut dans une jeune fille1 si elle n'est pas toujours dsireuse de sortir n'importe par quel temps ni quel moment2 cependant elle doit toujours tre prte1 si c'est une ncessit ou si ses parents le lui demandent4 ,les quelques annes s'coulant entre l'adolescence et le mariage doivent prparer la jeune fille devenir pouse et mre de famille1 c'est--dire faire trs rarement sa volont2 sortir ou rester la maison1 non pas selon son bon plaisir1 mais selon que ses devoirs ou les dsirs de son mari et les besoins de ses enfants le lui imposeront4 ,c'est ce que les jeunes filles ne s'imaginent jamais assez4 ,,chapitre ,,xxi ,,le ,r,,glement ,,de ,,la ,,journ,e ,d',,une ,,jeune ,,fille4 ,ceci m'a t demand par quelques correspondantes1 dont les filles ont fini leur instruction1 c'est--dire ne rentrent pas en pension1 car1 ainsi que j'ai eu occasion de l'expliquer dans un article prcdent1 c'est tort qu'on dit avoir fini ou son instruction ou son ducation1 quand on sort de pension2 il reste encore beaucoup de choses apprendre4 ,j'ai donn le rglement de la journe d'une petite fille4 ,pour la jeune fille de quatorze dix-huit ans1 c'est--dire alors qu'elle n'est pas encore d'ge aller partout dans le monde avec sa mre1 il y a quelques diffrences introduire4 ,la jeune fille continuera se lever la mme heure qu' la pension ou au couvent1 c'est--dire trs matin1 mettons sept heures1 au plus tard1 en hiver4 ,sous aucun prtexte1 on ne doit lui permettre de lire au lit1 pas plus le matin que le soir2 je m'lve absolument contre cette fcheuse habitude qui entrane1 entre autres inconvnients trs graves1 de s'enrhumer1 de mettre le feu et d'alanguir l'esprit en mme temps que le corps4 ,de mme1 celle de djeuner au lit4 ,j'avoue que j'aimerais bien voir les parents prcher d'exemple4 ,la jeune fille se lvera1 et fera sa chambre elle-mme1 sans feu1 bien entendu2 je proteste encore contre le feu1 surtout le matin et le soir4 ,si la jeune fille travaille dans sa chambre ou y reoit ses amies1 on peut permettre un petit feu de bois dans l'aprs-midi4 ,j'insiste pour un djeuner trs matinal1 presque en se levant1 et chaud2 il ne faut jamais sortir sans avoir pris quelque chose de chaud1 lait1 caf1 chocolat1 soupe1 etc4 ,une jeune fille ne doit pas flner la matine en robe de chambre et dcoiffe4 ,elle ne doit mme pas avoir de robe de chambre1 mais des sauts de lit ou peignoirs pour se coiffer4 ,a neuf heures du matin1 elle doit tre prte1 corsete1 coiffe1 la chambre faite1 tout mis en ordre4 ,elle se met alors au travail jusqu'au djeuner1 travail srieux1 perfectionnant ses tudes en littrature1 botanique1 physique1 langues1 etc4 ,l'tude des arts d'agrment est rserve pour l'aprs-midi et la soire1 parce que les visiteurs peuvent l'interrompre4 ,c'est aussi le matin qu'elle s'occupe de mnage et de toilette4 ,l'tude du piano est rserve pour avant et aprs les repas1 et sert utiliser les moments perdus que l'on a souvent cette heure4 ,par exemple1 on fait des gammes1 au moment du crpuscule1 en attendant que les lampes soient allumes2 au contraire1 on dessine l'heure du plus beau jour4 ,je n'aime pas beaucoup voir une jeune fille prendre l'habitude de sortir tous les jours heure fixe4 ,une jeune fille ne doit pas prendre d'habitudes2 il faut laisser cela aux vieilles routinires4 ,elle doit toujours tre prte tout1 et surtout toujours visible1 toujours propre1 nette1 mais simple et sans prtention4 ,elle doit beaucoup s'occuper de la confection et des rparations de sa toilette1 mais sans ostentation1 sans en tirer vanit1 sans l'afficher et jamais au salon1 moins que ce ne soit tout fait entre intimes4 ,par contre1 elle doit toujours avoir sous la main un ouvrage d'aiguille pour s'occuper1 ne jamais rester oisive4 ,la lecture est rserve pour le soir2 je n'ose interdire la broderie le soir1 surtout lorsqu'il y a un petit cercle1 et que l'on cause ou qu'un membre fait la lecture haute voix1 mais c'est fatigant pour la vue4 ,bien remarquer que les ouvrages de main sont surtout bons en causant1 mais non dans la solitude4 ,comme lecture1 des livres et des journaux choisis soigneusement2 pas de journaux politiques2 amis et connaissances doivent tre aussi trs limins4 ,les mres ne sauraient prendre trop de prcautions sur l'entourage de leurs filles1 femmes de chambre1 institutrices1 fournisseurs1 etc4 ,je voudrais bien que la mre pt accompagner sa fille partout1 et vivre avec elle constamment2 ce n'est pas toujours possible6 ,la jeune fille quelquefois besoin d'tre laisse seule avec ses amies4 ,comme celles-ci sont choisies a peut tre tolr1 mais chez la mre mme2 viter de la laisser seule chez ses amies4 ,la jeune fille devant aussi tre initie aux soins du mnage1 au gouvernail de la maison1 on voit qu'il ne lui restera pas beaucoup de temps de loisir2 c'est ce qu'il faut3 ce qu'il y a de plus craindre pour elle1 c'est le temps de rver6 ,il est dommage si la mre va beaucoup dans le monde et au thtre et est oblige de laisser sa fille seule le soir6 ,une mre doit un peu se sacrifier pendant ces quelques annes o une tche si prcieuse lui est dvolue4 ,une mre doit se sacrifier son enfant1 principalement deux poques de sa vie1 sinon toujours2 pendant la premire enfance jusqu' l'ge de cinq ans1 o les soins mercenaires sont si prilleux1 puis pendant l'entre dans l'adolescence1 o le pril est d'un autre genre1 mais non moins grand4 ,,chapitre ,,xxii ,,sur ,,la ,,mani,,re ,,de ,,vivre ,d',,une ,,jeune ,,fille4 ,en indiquant succinctement le rglement de la journe d'une jeune fille1 je n'ai pas fait de distinction de fortune4 ,autant que possible1 les jeunes gens des deux sexes doivent tre tenus loigns des douceurs du luxe4 ,peu de parents1 cependant1 savent tre assez fermes contre leur propre tendance2 que de mres se complaisent1 au contraire1 orner leurs idoles6 ,une fillette1 partir de douze ou quatorze ans1 peut avoir sa chambre1 ne serait-ce qu'un petit cabinet1 auprs de celle de sa mre2 si elle a une sur1 elle partagera la chambre avec elle4 ,la porte1 donnant dans la chambre de la mre1 restera ouverte le plus souvent possible4 ,la fentre sera aussi ouverte frquemment4 ,les meubles d'une chambre de jeune fille se composent d'un lit1 d'un chiffonnier ou d'une commode1 d'une table toilette1 moins que la commode puisse en servir2 d'un petit bureau1 auquel le chiffonnier peut suppler s'il forme secrtaire1 d'une table ouvrage1 d'une table de nuit2 on peut ajouter un guridon ou table de milieu et une armoire glace1 mais ces derniers meubles ne sont pas indispensables4 ,la mre tchera de pouvoir lui donner un placard pour suspendre ses robes4 ,on s'efforce d'installer ainsi confortablement une fillette1 afin de lui apprendre avoir de l'ordre1 ranger elle-mme ses affaires1 aimer son chez elle4 ,ces douces motions si pures qu'prouve une jeune fille avoir une gentille chambre1 aussi petite que soit celle-ci1 ne se retrouvent gure dans la vie1 et alors qu'elle aura un appartement en entier1 tant dor qu'il puisse tre1 elle prouvera une jouissance bien moins vive et moins bonne que dans la possession de sa simple chambrette4 ,quelle est celle de nous qui ne me comprendra1 en se reportant en arrire par la pense dans sa chambre de jeune fille8 ,c'est la seule qui ait t vraiment elle6 ,en siges3 un prie-,dieu1 une ou deux chauffeuses1 deux chaises volantes2 je prohibe absolument la chaise longue2 tout au plus1 dans une chambre grande et luxueuse1 un petit tte--tte et deux petits fauteuils4 ,j'oubliais une petite bibliothque ou tagre1 pour les livres d'tudes et de prires4 ,sur la chemine1 la place d'une pendule1 une statue de pit ou une corbeille de fleurs1 des flambeaux1 un bougeoir1 des vases1 un porte-montre1 car c'est encore l une des grandes jouissances de la fillette que de possder une montre2 elle n'a donc pas besoin de pendule1 quoique ce soit tout fait facultatif4 ,les meubles seront en tapisserie faite de sa main2 elle pourra ainsi1 peu de frais1 embellir sa chambre par des coussins en application1 des petits tapis1 des voiles de fauteuil en filet1 etc4 ,aussi riche qu'elle soit1 une jeune fille doit tre apprise ranger ses affaires elle-mme1 se coiffer1 s'habiller et se dshabiller seule4 ,elle raccommodera ses gants1 brossera ses manteaux1 rafrachira un chapeau1 et fera encore bien d'autres travaux de ce genre1 selon le temps que peuvent lui laisser ses tudes et autres occupations4 ,une excellente habitude est de ranger sa toilette le soir avant de se coucher1 mme aussi tard que l'on puisse revenir du bal et aussi fatigue que l'on soit4 ,des habitudes de la jeunesse et surtout de la plus tendre jeunesse1 dpendent les forces de l'avenir2 mais ces habitudes1 il ne faut pas qu'elles soient imposes1 il faut qu'elles soient prises simplement1 par le contact de l'exemple1 par le raisonnement1 la persuasion4 ,bien des jeunes filles ne font que subir1 et de mauvaise grce1 le rglement un peu svre impos par leurs mres1 ne voient pas le moment de se marier pour rester au lit jusqu' dix heures1 y djeuner1 y lire1 etc4 comme leurs mres4 ,elles ne comprennent pas que leurs mres ont souvent la sant branle1 et ce n'est pas toujours par plaisir qu'elles agissent ainsi4 ,voici un petit tableau journalier des heures que les enfants1 suivant leur ge1 doivent consacrer au sommeil1 l'exercice1 l'tude et au repos4 ,il est dress par le docteur ,friedlander1 et s'applique aux enfants des deux sexes1 de sept quinze ans1 qui se trouvent dans des conditions normales4 ,age sommeil exercice tude repos #g ans #i h4 #i h4 #b h4 #d h4 #h-- #i-- #i-- #b-- #b-- #i-- #i-- #h-- #c-- #d-- #aj-- #h-- #g-- #c-- #d-- #aa-- #h-- #g-- #e-- #d-- #ab-- #h-- #f-- #f-- #d-- #ac-- #h-- #e-- #g-- #d-- #ad-- #g-- #e-- #h-- #d-- #ae-- #g-- #d-- #i-- #d-- ,j'avoue que je ne partage pas en tous points l'avis de ce docteur4 ,je crois qu'il faut l'enfance plus de sommeil4 ,a un adulte1 mme1 selon moi1 pour ne pas s'user trop vite1 huit heures de sommeil sont indispensables2 en revanche1 je sais par exprience qu'un enfant de sept ans peut travailler plus de deux heures1 et que neuf heures d'exercice peuvent l'puiser4 ,le tableau suivant me parat plus normal pour les jeunes ,franais et surtout les jeunes ,franaises4 ,age sommeil exercice tude repos #g ans #aj h4 #f h4 #d h4 #d h4 #h-- #aj-- #f-- #d-- #d-- #i-- #aj-- #f-- #d-- #d-- #aj-- #i-- #f-- #e-- #e-- #aa-- #i-- #e-- #f-- #d-- #ab-- #i-- #e-- #f-- #d-- #ac-- #i-- #d-- #g-- #d-- #ad-- #i-- #d-- #g-- #d-- #ae-- #h-- #d-- #h-- #d-- ,ainsi1 jusqu' dix ans1 l'enfant se levant six heures du matin sera couch huit heures du soir2 dix ans1 on commencera le laisser veiller jusqu' neuf heures1 et quinze ans seulement il lui sera permis d'attendre dix heures4 ,les heures de repos sont consacres aux repas et la toilette1 bains1 etc4 ,les heures d'exercice comprennent la promenade1 les leons de gymnastique1 de danse1 de natation1 etc4 ,,chapitre ,,xxiii ,,parallele ,,entre ,,jeunes ,,filles4 ,j'ai eu hier la visite de deux jeunes abonnes bien dissemblables1 et je pourrais dire que si la premire pouvait s'appeler comme il faut tre1 la seconde serait dsigne comme il ne faut pas tre4 ,toutes les deux avaient dix-huit ans1 mais leur ducation a t bien diffrente1 ou plutt le principe1 l'ide qui y a prsid1 car toutes les deux ont t leves en pension2 toutes les deux ont d'excellents parents qui les aiment tendrement1 toutes les deux sont de familles respectables1 quoique n'appartenant pas la mme position sociale4 ,eudoxie est hritire d'une fortune immense2 fille unique d'un pre qui a gagn des millions dans la manipulation des cuirs1 elle a t gte l'excs4 ,sa grosse maman n'a d'yeux que pour elle1 et son papa n'a jamais voulu admettre que l'on pt contrarier sa fillette4 ,elle a t leve dans la premire maison d'ducation de ,paris1 c'est--dire qu'elle a la rputation d'y avoir t leve parce qu'elle y est reste une anne l'poque de sa premire communion1 et y va faire une petite retraite tous les ans la mme poque4 ,le reste du temps1 elle l'a pass chez ses parents1 tre tour tour gourmande ou gte avec excs par sa mre1 flatte par son pre1 tiraille par une miss anglaise qui essayait en vain de la faire travailler4 ,elle est trs mal leve2 sa voix est rude et forte1 son geste beaucoup trop violent et libre1 elle a le ton cassant qu'elle a emprunt aux pices de thtre o sa mre la conduit depuis son enfance1 sous le prtexte de ne pas la laisser avec les domestiques4 ,elle a l'habitude de prendre part la conversation1 de couper la parole son pre quand il parle1 et de dire au nez des gens tout ce qui lui passe par la tte1 tort et travers1 enfin une vraie enfant terrible4 ,elle se croit fort spirituelle parce qu'on rit lorsqu'elle parle1 et qu'on s'crie3 ,est-elle drle6 oh6 oh6444 ah6 ah6 est-elle amusante6 ,ne voulant pas faire un mauvais compliment ses parents1 on ajoute quelquefois3 ,elle a bien raison6 ,elle est franche6444 ah6 c'est charmant444 ,vous avez une charmante fille444 un vrai petit dmon6 ,et le papa et la maman se rengorgent de fiert4 --,tiens-toi donc6 lui dit sa mre1 un peu honteuse de temps en temps de son laisser-aller4 ,elle est du reste trs jolie1 piquante1 brunette1 et a l'air fort intelligente4 ,elle a touch tout chez moi1 a essay tous les siges de mon salon1 feuillet les livres et albums1 remu les objets d'tagre1 demand ce qu'il y avait de l'autre ct des portes1 et finalement1 pour avoir un prtexte changer de place1 demand un verre d'eau6 ,elle a laiss tomber trois fois son ombrelle1 m'a pos des questions qui1 pour tre ingnues1 n'en taient pas moins assez embarrassantes1 et comme je finissais par ne plus trop faire attention elle1 elle a pos clinement la tte sur l'paule de son pre1 tmoignant son dsir de voir la visite se terminer1 ce qui m'a rappel certain petit chien de ma connaissance1 lequel1 quand une visite se prolonge trop1 s'asseoit devant la personne1 et aboie de faon interrompre la conversation4 ,pendant cette visite1 elle avait fait1 diverses reprises1 des remarques pleines de franchise1 de beaucoup trop de franchise1 mme sur certaines personnes de connaissance commune4 ,a un moment donn1 elle s'est mise se regarder dans la glace1 et faire la bouche en cur1 glisser ses yeux en coulisse2 en somme1 je lui crois bon cur1 mais c'est une petite prtentieuse insupportable4 ,jeanne1 au contraire1 est tout l'oppos4 ,elle a t leve1 cependant1 dans la mme maison d'ducation1 mais y a rest huit annes conscutives1 ayant eu le malheur de perdre sa mre en bas ge4 ,son pre prtend1 et sa fille en est un exemple1 que l'ducation est instinctive4 ,je crois qu'il y est pour beaucoup4 ,je ne sais si sa fortune est aussi grande que celle des parvenus dont je viens de parler1 mais il appartient la haute aristocratie1 et sa fille1 gracieuse et mignonne1 a surtout un cachet de distinction exquise et du plus parfait comme il faut4 ,elle apporte dans la conversation la timidit et la candeur de son ge1 ne parle que lorsqu'on l'interroge et rpond avec bon sens1 coute attentivement sans remuer1 n'ose toucher rien1 et ne pose jamais une question2 sa mise est simple et sans prtention1 elle sait se suffire elle-mme1 en s'occupant de mille petits travaux2 la musique et tous les arts d'agrment font ses dlices2 elle travaille1 non en vue du monde1 mais pour elle-mme et les siens4 ,si elle juge1 elle ne se permet pas de faire connatre son jugement2 mais je crois plutt qu'elle ne s'arroge pas ce droit1 elle respecte trop les personnes plus ges et plus exprimentes qu'elle pour oser les juger2 elle accepte ce qu'on lui dit et n'est pas habile dcouvrir les ridicules2 elle a encore l'enthousiasme et les illusions de la jeunesse qui font trouver tout beau et sans dfaut2 elle admire1 elle s'tonne1 elle souhaite1 trois sentiments que la vieillesse exprimente et blase ne sait plus prouver4 ,quel charme une jeune fille bien leve apporte dans l'intrieur o un mari l'introduira6 ,et combien l'homme qui se marie doit tudier le caractre et le genre de l'ducation reue par la femme qu'il va prendre6 ,ce qui distinguait en outre mes deux visiteuses1 c'est que ,jeanne se possde parfaitement4 ,sans affecter en aucune faon1 elle se retient1 elle subit l'influence de la personne en prsence de laquelle elle se trouve2 elle sait respecter et tenir sa place4 ,c'est l une qualit beaucoup plus rare que l'on ne croit4 ,la plupart des jeunes filles ou jeunes gens se laissent emporter par la force de l'habitude1 la fougue1 le naturel peut-tre2 et les gestes1 les clats de voix1 l'abandon indiscret1 la familiarit prennent le dessus bien vite4 ,on ne leur en impose pas longtemps4 ,mais1 eux aussi1 ils perdent leur prestige1 et on voit bientt ce qu'ils valent4 ,en habituant les enfants se contenir1 non seulement devant les trangers mais aussi en famille1 on obtient de grands succs de raction sur une mauvaise ducation4 ,,xxiv ,,les ,,jeunes ,m,,res ,,de ,,grandes ,,filles4 ,j'ai trente-cinq ans2 puis-je me permettre le chapeau ,gainsborough plac crnement8 ,mon mari trouve que c'est trop jeune pour moi1 que j'ai l'air de la sur de ma fille 7est-ce donc un malheur1 madame872 mon mari ne montre-t-il pas par l qu'il ne tient pas moi8 ,si je paraissais vieille1 il ne m'aimerait plus peut-tre1 et il m'en veut de mon air jeune dont je suis si fire6 ,mme ,s4441 la femme du sous-prfet1 qui a quarante-cinq ans au moins1 vient de faire venir de ,paris un chapeau caboss1 avec un gros nud alsacien devant1 en ruban cossais1 que ma fille qui a dix-sept ans1 oserait peine mettre au jardin6 ,veuillez donc me conseiller1 madame2 forte de votre appui1 votre rponse la main1 je me prsenterai devant mon mari1 et il lui sera bien difficile d'aller contre6444 ,hlas6 chre madame1 au risque de m'attirer votre courroux et celui de bien d'autres lectrices1 je suis force de vous dire que votre mari a raison1 en paraissant croire que c'est un malheur de paratre la sur de sa fille6 ,il est des grces de profession comme il est des grces d'tat4 ,seulement ici le sens est pris en sens contraire1 ou plutt d'obligations4 ,une mre doit imposer du respect2 la question n'est pas si elle est jolie ou non1 si elle a la chance de conserver une beaut ternelle2 une mre qui veut tre mre ne peut pas paratre la sur de sa fille1 sans risquer de perdre aux yeux de celle-ci le prestige d'autorit qui lui est donn par son ge4 ,si votre fille voit en vous une sur1 une compagne1 elle ne pourra avoir cette confiance que l'on a en celui dont l'ge et la gravit1 l'exprience et la connaissance des choses paraissent au-dessus des siens propres1 et produisent ainsi l'impression salutaire4 ,l'habit ne fait pas le moine1 est un proverbe faux et vrai tour tour comme tous les proverbes2 l'habit ne change pas le cur de l'hypocrite1 c'est vrai1 mais l'habit non seulement mtamorphose tellement la physionomie que l'tre beau et distingu peut devenir commun et laid1 et celui qui est affreux s'amliorer beaucoup1 mais encore l'habit mtamorphose le moral4 ,osez donc avoir le mme maintien1 la mme tenue avec certains vtements comme avec d'autres8 ,et il est impossible de soutenir que l'habillement n'ait une influence norme sur les murs et sur les ides4 ,pourquoi est-ce l'usage de s'envelopper de crpe noir quand on a eu la douleur de perdre un tre aim8 ,parce qu'il semblerait incompatible de se revtir de rose quand on a le cur triste4 ,la couleur des habits est-elle donc l'interprte des sentiments8 ,pourquoi se moque-t-on d'une vieille femme qui s'habille de nuances claires8 ,parce qu'il semble incompatible d'allier le caractre srieux de la vieillesse avec un vtement jeune1 parce qu'il semble que la personne qui le porte doit avoir le caractre de son vtement4 ,donc1 si l'habit ne fait pas toujours l'homme1 l'homme choisissant l'habit d'aprs son caractre1 on peut presque toujours le juger d'aprs cet habit1 et souvent on peut dire que la personne fait la toilette4 ,la femme qui conserve1 en dpit d'un certain ge1 une taille mignonne1 une expression juvnile et riante1 conserve aussi la plupart du temps un caractre gai et enfantin4 ,ne l'aurait-elle pas1 on est tent de le lui supposer4 ,d'ailleurs1 elle-mme1 en passant1 se regarde dans une glace1 elle aperoit cette image gentille1 et elle sent poindre en elle les ides et les sentiments de son allure4 ,avec une robe courte et un chapeau rond1 on se sent1 plus lgre1 plus porte courir1 se dissiper4 ,comment voulez-vous que votre fille vous obisse si elle ne voit en vous qu'une sur8 si votre extrieur ne lui en impose pas8 ,comment serez-vous son chaperon1 son porte-respect auprs d'autrui1 si votre attitude1 votre mise1 donnent le droit de vous adresser les mmes paroles qu' elle8 ,vous paraissez croire qu'il est trs avantageux pour vous de paratre jeune6 ,je ne saisis pas bien quel point de vue vous vous placez4 ,il est trs avantageux1 certes1 d'tre jeune2 il est trs avantageux de conserver les symptmes de la jeunesse1 parce qu'ils sont synonymes de force1 de sant1 mais il n'est pas absolument utile de conserver les apparences d'une jeune femme quand on est mre d'une fille de dix-sept ans2 cela ne vous empche pas de garder un aspect trs agrable dans votre intrieur1 aux yeux de votre mari2 mais aprs une vingtaine d'annes de mariage1 lorsqu'on a surtout des enfants grands1 il ne dplat pas un mari que sa femme prenne un air tant soit peu imposant et autoritaire1 de faon qu'elle puisse supporter avec lui une partie de la grande responsabilit qui lui incombe comme chef de famille4 ,certes1 trente-cinq ans1 une femme1 et surtout certaines femmes1 pas principalement les grandes beauts1 mais plutt les figures chiffonnes1 sont encore jeunes d'aspect4 ,cependant1 tes-vous bien sre que vous paraissez rellement aussi jeune que vous croyez8 ,peut-tre la manire dont vous vous habillez y contribue2 vous pouvez faire illusion1 mais ne supporteriez pas un examen attentif4 ,quant la femme du sous-prfet que vous me citez1 il y a plusieurs motifs pour lesquels vous ne devez pas l'imiter aveuglment4 ,d'abord1 parce que les autres commettent des erreurs1 nous ne sommes pas obliges de les suivre dans cette voie2 ensuite1 et surtout1 cette femme n'a pas d'enfants1 et par consquent elle n'a pas besoin d'avoir l'air d'une matrone4 ,en outre1 elle occupe dans le monde une position qui lui fait presque une obligation d'tre coquette1 de reprsenter4 ,nanmoins1 j'insiste sur ce que1 si elle avait une grande fille1 elle devrait tre plus circonspecte4 ,les mamans de garons ne sont pas tenues autant de svrit que celles des fillettes4 ,vous tes appele rencontrer bientt un futur gendre3 il faut qu'il puisse vous distinguer de sa fiance6 ,appele au rle de mentor1 vous ne pouvez pas avoir l'air d'en avoir besoin d'un vous-mme4 ,et puis1 voyez quel malheur6 si vous alliez tre plus jolie que votre fille6444 ,cela peut trs bien arriver6444 ,une femme de trente-cinq ans1 attife avec science1 ajoutant une beaut savante et tudie le charme de l'esprit et de l'exprience du monde1 peut effacer facilement une jeune fille modeste et retenue6 ,donc1 ne vous en dplaise1 vitez de paratre la sur de votre fille2 ni chapeaux cabosss1 ni toques sur le front4 ,le chapeau tricorne1 avec pointe abaisse sur le front1 garni de deux longues plumes1 vous offrira l'lgance et la majest runies1 sans tomber dj dans la coiffure de la femme ge2 comme formes1 comme nuances1 sparez-vous bien de ce que vous adoptez pour votre fille1 tout en conservant l'harmonie4 ,au reste1 votre ge1 les vtements amples et majestueux rajeunissent plutt1 parce qu'ils dissimulent1 encadrent les petites dfectuosits qui commencent se laisser apercevoir1 tandis que les vtements jeunes les dvoilent4 ,gardez-vous avec soin de vous mettre sur le mme rang que votre fille dans les runions et les lieux publics2 poussez-la en avant1 faites-la valoir2 une mre doit s'oublier elle-mme1 vous gagnerez en influence1 en hommages respectueux1 en dignit1 ce que votre coquetterie pourra perdre2 et je ne crois pas que vous perdiez au change1 car les succs de la jeunesse n'ont qu'une dure trs phmre et trs relative1 tandis que l'influence acquise par l'estime et la vnration ne fait que s'accrotre avec le temps4 ,tout le monde1 votre fille la premire1 vous sauront gr de ce lger sacrifice1 seulement anticip1 puisque le moment o vous seriez oblige le faire ne tarderait pas1 et vous en rcompenseront largement4 ,d,,dicace ,a ,,ma ,m,,re ,c'est le livre termin que l'on voit ce qu'il est1 car par l'ensemble il se complte2 d'ailleurs1 les prfaces et les ddicaces1 que l'on place au commencement du volume1 sont toujours crites et imprimes quand il est termin4 ,je trouve donc plus logique de mettre ces quelques mots la fin4 ,une famille qui possde un vieillard possde un trsor1 dit un proverbe chinois4 ,c'est ce trsor prcieux qui m'a inspir1 dans sa grande exprience1 ce ,cours d'ducation maternelle1 auquel j'ai essay d'enlever l'aridit du sujet par des exemples pris sur le vif1 vcus1 et par cela mme intressants1 car chacun s'y retrouve ainsi que son entourage et peut en tirer profit1 s'il veut4 ,fnelon a crit l'ducation des filles1 beaucoup d'autres crivains fminins se sont occups de cette question2 mon plan a t de former des mres qui sachent lever des garons1 tche autrement difficile que d'lever des filles4 ,je n'ai pas l'ambition d'une russite complte2 je me contente d'apporter ma goutte d'eau au petit ruisseau qui va l'ocan4 ,l4 ,d',,alq4