,jean de ,la ,bruyre ,,les ,,caract,,res #afhh ,texte de la dernire dition revue et corrige par l'auteur1 publie par ,e4 ,michallet1 #afif4 ,table des matires ,,les ,,caract,,res ,,de ,,th,,ophraste ,discours sur ,thophraste ,les caractres de ,thophraste ,de la dissimulation ,de la flatterie ,de l'impertinent ou du diseur de rien ,de la rusticit ,du complaisant ,de l'image d'un coquin ,du grand parleur ,du dbit des nouvelles ,de l'effronterie cause par l'avarice ,de l'pargne sordide ,de l'impudent ou de celui qui ne rougit de rien ,du contre-temps ,de l'air empress ,de la stupidit ,de la brutalit ,de la superstition ,de l'esprit chagrin ,de la dfiance ,d'un vilain homme ,d'un homme incommode ,de la sotte vanit ,de l'avarice ,de l'ostentation ,de l'orgueil ,de la peur1 ou du dfaut de courage ,des grands d'une rpublique ,les peuples sont heureux quand un seul les gouverne4 ,d'une tardive instruction ,de la mdisance ,,les ,,caract,,res ,,ou ,,les ,,moeurs ,,de ,,ce ,,si,,cle ,prface ,des ouvrages de l'esprit ,du mrite personnel ,des femmes ,du coeur ,de la socit et de la conversation ,des biens de fortune ,de la ville ,de la cour ,des grands ,du souverain ou de la ,rpublique ,de l'homme ,des jugements ,de la mode ,de quelques usages ,de la chaire ,des esprits forts ,,discours ,,de ,r,,ception ,l',,acad,,mie ,,fran,,aise ,prface ,discours prononc dans l'acadmie franaise le lundi quinzime juin #afic ,,les ,,caract,,res ,,de ,,th,,ophraste ,discours sur ,thophraste ,je n'estime pas que l'homme soit capable de former dans son esprit un projet plus vain et plus chimrique1 que de prtendre1 en crivant de quelque art ou de quelque science que ce soit1 chapper toute sorte de critique1 et enlever les suffrages de tous ses lecteurs4 ,car1 sans m'tendre sur la diffrence des esprits des hommes1 aussi prodigieuse en eux que celle de leurs visages1 qui fait goter aux uns les choses de spculation et aux autres celles de pratique1 qui fait que quelques-uns cherchent dans les livres exercer leur imagination1 quelques autres former leur jugement1 qu'entre ceux qui lisent1 ceux-ci aiment tre forcs par la dmonstration1 et ceux-l veulent entendre dlicatement1 ou former des raisonnements et des conjectures1 je me renferme seulement dans cette science qui dcrit les moeurs1 qui examine les hommes1 et qui dveloppe leurs caractres1 et j'ose dire que sur les ouvrages qui traitent des choses qui les touchent de si prs1 et o il ne s'agit que d'eux-mmes1 ils sont encore extrmement difficiles contenter4 ,quelques savants ne gotent que les apophtegmes des anciens et les exemples tirs des ,romains1 des ,grecs1 des ,perses1 des gyptiens2 l'histoire du monde prsent leur est insipide2 ils ne sont point touchs des hommes qui les environnent et avec qui ils vivent1 et ne font nulle attention leurs moeurs4 ,les femmes1 au contraire1 les gens de la cour1 et tous ceux qui n'ont que beaucoup d'esprit sans rudition1 indiffrents pour toutes les choses qui les ont prcds1 sont avides de celles qui se passent leurs yeux et qui sont comme sous leur main3 ils les examinent1 ils les discernent1 ils ne perdent pas de vue les personnes qui les entourent1 si charms des descriptions et des peintures que l'on fait de leurs contemporains1 de leurs concitoyens1 de ceux enfin qui leur ressemblent et qui ils ne croient pas ressembler1 que jusque dans la chaire l'on se croit oblig souvent de suspendre l'vangile pour les prendre par leur faible1 et les ramener leurs devoirs par des choses qui soient de leur got et de leur porte4 ,la cour ou ne connat pas la ville1 ou1 par le mpris qu'elle a pour elle1 nglige d'en relever le ridicule1 et n'est point frappe des images qu'il peut fournir2 et si au contraire l'on peint la cour1 comme c'est toujours avec les mnagements qui lui sont dus1 la ville ne tire pas de cette bauche de quoi remplir sa curiosit1 et se faire une juste ide d'un pays o il faut mme avoir vcu pour le connatre4 ,d'autre part1 il est naturel aux hommes de ne point convenir de la beaut ou de la dlicatesse d'un trait de morale qui les peint1 qui les dsigne1 et o ils se reconnaissent eux-mmes3 ils se tirent d'embarras en le condamnant2 et tels n'approuvent la satire1 que lorsque1 commenant lcher prise et s'loigner de leurs personnes1 elle va mordre quelque autre4 ,enfin quelle apparence de pouvoir remplir tous les gots si diffrents des hommes par un seul ouvrage de morale8 ,les uns cherchent des dfinitions1 des divisions1 des tables1 et de la mthode3 ils veulent qu'on leur explique ce que c'est que la vertu en gnral1 et cette vertu en particulier2 quelle diffrence se trouve entre la valeur1 la force et la magnanimit2 les vices extrmes par le dfaut ou par l'excs entre lesquels chaque vertu se trouve place1 et duquel de ces deux extrmes elle emprunte davantage2 toute autre doctrine ne leur plat pas4 ,les autres1 contents que l'on rduise les moeurs aux passions et que l'on explique celles-ci par le mouvement du sang1 par celui des fibres et des artres1 quittent un auteur de tout le reste4 ,il s'en trouve d'un troisime ordre qui1 persuads que toute doctrine des moeurs doit tendre les rformer1 discerner les bonnes d'avec les mauvaises1 et dmler dans les hommes ce qu'il y a de vain1 de faible et de ridicule1 d'avec ce qu'ils peuvent avoir de bon1 de sain et de louable1 se plaisent infiniment dans la lecture des livres qui1 supposant les principes physiques et moraux rebattus par les anciens et les modernes1 se jettent d'abord dans leur application aux moeurs du temps1 corrigent les hommes les uns par les autres1 par ces images de choses qui leur sont si familires1 et dont nanmoins ils ne s'avisaient pas de tirer leur instruction4 ,tel est le trait des ,caractres des moeurs que nous a laiss ,thophraste4 ,il l'a puis dans les thiques et dans les grandes ,morales d',aristote1 dont il fut le disciple4 ,les excellentes dfinitions que l'on lit au commencement de chaque chapitre sont tablies sur les ides et sur les principes de ce grand philosophe1 et le fond des caractres qui y sont dcrits est pris de la mme source4 ,il est vrai qu'il se les rend propres par l'tendue qu'il leur donne1 et par la satire ingnieuse qu'il en tire contre les vices des ,grecs1 et surtout des ,athniens4 ,ce livre ne peut gure passer que pour le commencement d'un plus long ouvrage que ,thophraste avait entrepris4 ,le projet de ce philosophe1 comme vous le remarquerez dans sa prface1 tait de traiter de toutes les vertus et de tous les vices2 et comme il assure lui-mme dans cet endroit qu'il commence un si grand dessein l'ge de quatre-vingt-dix-neuf ans1 il y a apparence qu'une prompte mort l'empcha de le conduire sa perfection4 ,j'avoue que l'opinion commune a toujours t qu'il avait pouss sa vie au del de cent ans1 et saint ,jrme1 dans une lettre qu'il crit ,npotien1 assure qu'il est mort cent sept ans accomplis3 de sorte que je ne doute point qu'il n'y ait eu une ancienne erreur1 ou dans les chiffres grecs qui ont servi de rgle ,diogne ,larce1 qui ne le fait vivre que quatre-vingt-quinze annes1 ou dans les premiers manuscrits qui ont t faits de cet historien1 s'il est vrai d'ailleurs que les quatre-vingt-dix-neuf ans que cet auteur se donne dans cette prface se lisent galement dans quatre manuscrits de la bibliothque ,palatine1 o l'on a aussi trouv les cinq derniers chapitres des ,caractres de ,thophraste qui manquaient aux anciennes impressions1 et o l'on a vu deux titres1 l'un3 du ,got qu'on a pour les vicieux1 et l'autre3 du ,gain sordide1 qui sont seuls et dnus de leurs chapitres4 ,ainsi cet ouvrage n'est peut-tre mme qu'un simple fragment1 mais cependant un reste prcieux de l'antiquit1 et un monument de la vivacit de l'esprit et du jugement ferme et solide de ce philosophe dans un ge si avanc4 ,en effet1 il a toujours t lu comme un chef-d'oeuvre dans son genre3 il ne se voit rien o le got attique se fasse mieux remarquer et o l'lgance grecque clate davantage2 on l'a appel un livre d'or4 ,les savants1 faisant attention la diversit des moeurs qui y sont traites et la manire nave dont tous les caractres y sont exprims1 et la comparant d'ailleurs avec celle du pote ,mnandre1 disciple de ,thophraste1 et qui servit ensuite de modle ,trence1 qu'on a dans nos jours si heureusement imit1 ne peuvent s'empcher de reconnatre dans ce petit ouvrage la premire source de tout le comique3 je dis de celui qui est pur des pointes1 des obscnits1 des quivoques1 qui est pris dans la nature1 qui fait rire les sages et les vertueux4 ,mais peut-tre que pour relever le mrite de ce trait des ,caractres et en inspirer la lecture1 il ne sera pas inutile de dire quelque chose de celui de leur auteur4 ,il tait d'rasme1 ville de ,lesbos1 fils d'un foulon2 il eut pour premier matre dans son pays un certain ,leucippe1 qui tait de la mme ville que lui2 de l il passa l'cole de ,platon1 et s'arrta ensuite celle d',aristote1 o il se distingua entre tous ses disciples4 ,ce nouveau matre1 charm de la facilit de son esprit et de la douceur de son locution1 lui changea son nom1 qui tait ,tyrtame1 en celui d',euphraste1 qui signifie celui qui parle bien2 et ce nom ne rpondant point assez la haute estime qu'il avait de la beaut de son gnie et de ses expressions1 il l'appela ,thophraste1 c'est--dire un homme dont le langage est divin4 ,et il semble que ,cicron ait entr dans les sentiments de ce philosophe1 lorsque dans le livre qu'il intitule ,brutus ou des ,orateurs illustres1 il parle ainsi3 ,qui est plus fcond et plus abondant que ,platon8 plus solide et plus ferme qu',aristote8 plus agrable et plus doux que ,thophraste8 ,et dans quelques-unes de ses ptres ,atticus1 on voit que1 parlant du mme ,thophraste1 il l'appelle son ami1 que la lecture de ses livres lui tait familire1 et qu'il en faisait ses dlices4 ,aristote disait de lui et de ,callisthne1 un autre de ses disciples1 ce que ,platon avait dit la premire fois d',aristote mme et de ,xnocrate3 que ,callisthne tait lent concevoir et avait l'esprit tardif1 et que ,thophraste au contraire l'avait si vif1 si perant1 si pntrant1 qu'il comprenait d'abord d'une chose tout ce qui en pouvait tre connu2 que l'un avait besoin d'peron pour tre excit1 et qu'il fallait l'autre un frein pour le retenir4 ,il estimait en celui-ci sur toutes choses un caractre de douceur qui rgnait galement dans ses moeurs et dans son style4 ,l'on raconte que les disciples d',aristote1 voyant leur matre avanc en ge et d'une sant fort affaiblie1 le prirent de leur nommer son successeur2 que comme il avait deux hommes dans son cole sur qui seuls ce choix pouvait tomber1 ,mndme le ,rhodien1 et ,thophraste d'rse1 par un esprit de mnagement pour celui qu'il voulait exclure1 il se dclara de cette manire3 il feignit1 peu de temps aprs que ses disciples lui eurent fait cette prire et en leur prsence1 que le vin dont il faisait un usage ordinaire lui tait nuisible2 il se fit apporter des vins de ,rhodes et de ,lesbos2 il gota de tous les deux1 dit qu'ils ne dmentaient point leur terroir1 et que chacun dans son genre tait excellent2 que le premier avait de la force1 mais que celui de ,lesbos avait plus de douceur et qu'il lui donnait la prfrence4 ,quoi qu'il en soit de ce fait qu'on lit dans ,aulu-,gelle1 il est certain que lorsque ,aristote1 accus par ,eurymdon1 prtre de ,crs1 d'avoir mal parl des ,dieux1 craignant le destin de ,socrate1 voulut sortir d',athnes et se retirer ,chalcis1 ville d',eube1 il abandonna son cole au ,lesbien1 lui confia ses crits condition de les tenir secrets2 et c'est par ,thophraste que sont venus jusques nous les ouvrages de ce grand homme4 ,son nom devint si clbre par toute la ,grce que1 successeur d',aristote1 il put compter bientt dans l'cole qu'il lui avait laisse jusques deux mille disciples4 ,il excita l'envie de ,sophocle1 fils d',amphiclide1 et qui pour lors tait prteur3 celui-ci1 en effet son ennemi1 mais sous prtexte d'une exacte police et d'empcher les assembles1 fit une loi qui dfendait1 sur peine de la vie1 aucun philosophe d'enseigner dans les coles4 ,ils obirent2 mais l'anne suivante1 ,philon ayant succd ,sophocle1 qui tait sorti de charge1 le peuple d',athnes abrogea cette loi odieuse que ce dernier avait faite1 le condamna une amende de cinq talents1 rtablit ,thophraste et le reste des philosophes4 ,plus heureux qu',aristote1 qui avait t contraint de cder ,eurymdon1 il fut sur le point de voir un certain ,agnonide puni comme impie par les ,athniens1 seulement cause qu'il avait os l'accuser d'impit3 tant tait grande l'affection que ce peuple avait pour lui1 et qu'il mritait par sa vertu4 ,en effet1 on lui rend ce tmoignage qu'il avait une singulire prudence1 qu'il tait zl pour le bien public1 laborieux1 officieux1 affable1 bienfaisant4 ,ainsi1 au rapport de ,plutarque1 lorsque rse fut accable de tyrans qui avaient usurp la domination de leur pays1 il se joignit ,phidias1 son compatriote1 contribua avec lui de ses biens pour armer les bannis1 qui rentrrent dans leur ville1 en chassrent les tratres1 et rendirent toute l'le de ,lesbos sa libert4 ,tant de rares qualits ne lui acquirent pas seulement la bienveillance du peuple1 mais encore l'estime et la familiarit des rois4 ,il fut ami de ,cassandre1 qui avait succd ,aride1 frre d',alexandre le ,grand1 au royaume de ,macdoine2 et ,ptolome1 fils de ,lagus et premier roi d'gypte1 entretint toujours un commerce troit avec ce philosophe4 ,il mourut enfin accabl d'annes et de fatigues1 et il cessa tout la fois de travailler et de vivre4 ,toute la ,grce le pleura1 et tout le peuple athnien assista ses funrailles4 ,l'on raconte de lui que dans son extrme vieillesse1 ne pouvant plus marcher pied1 il se faisait porter en litire par la ville1 o il tait vu du peuple1 qui il tait si cher4 ,l'on dit aussi que ses disciples1 qui entouraient son lit lorsqu'il mourut1 lui ayant demand s'il n'avait rien leur recommander1 il leur tint ce discours3 ,la vie nous sduit1 elle nous promet de grands plaisirs dans la possession de la gloire2 mais peine commence-t-on vivre qu'il faut mourir4 ,il n'y a souvent rien de plus strile que l'amour de la rputation4 ,cependant1 mes disciples1 contentez-vous3 si vous ngligez l'estime des hommes1 vous vous pargnez vous-mmes de grands travaux2 s'ils ne rebutent point votre courage1 il peut arriver que la gloire sera votre rcompense4 ,souvenez-vous seulement qu'il y a dans la vie beaucoup de choses inutiles1 et qu'il y en a peu qui mnent une fin solide4 ,ce n'est point moi dlibrer sur le parti que je dois prendre1 il n'est plus temps3 pour vous1 qui avez me survivre1 vous ne sauriez peser trop srement ce que vous devez faire4 ,et ce furent l ses dernires paroles4 ,cicron1 dans le troisime livre des ,tusculanes1 dit que ,thophraste mourant se plaignit de la nature1 de ce qu'elle avait accord aux cerfs et aux corneilles une vie si longue et qui leur est si inutile1 lorsqu'elle n'avait donn aux hommes qu'une vie trs courte1 bien qu'il leur importe si fort de vivre longtemps2 que si l'ge des hommes et pu s'tendre un plus grand nombre d'annes1 il serait arriv que leur vie aurait t cultive par une doctrine universelle1 et qu'il n'y aurait eu dans le monde ni art ni science qui n'et atteint sa perfection4 ,et saint ,jrme1 dans l'endroit dj cit1 assure que ,thophraste1 l'ge de cent sept ans1 frapp de la maladie dont il mourut1 regretta de sortir de la vie dans un temps o il ne faisait que commencer tre sage4 ,il avait coutume de dire qu'il ne faut pas aimer ses amis pour les prouver1 mais les prouver pour les aimer2 que les amis doivent tre communs entre les frres1 comme tout est commun entre les amis2 que l'on devait plutt se fier un cheval sans frein qu' celui qui parle sans jugement2 que la plus forte dpense que l'on puisse faire est celle du temps4 ,il dit un jour un homme qui se taisait table dans un festin3 ,si tu es un habile homme1 tu as tort de ne pas parler2 mais s'il n'est pas ainsi1 tu en sais beaucoup4 ,voil quelques-unes de ses maximes4 ,mais si nous parlons de ses ouvrages1 ils sont infinis1 et nous n'apprenons pas que nul ancien ait plus crit que ,thophraste4 ,diogne ,larce fait l'numration de plus de deux cents traits diffrents et sur toutes sortes de sujets qu'il a composs4 ,la plus grande partie s'est perdue par le malheur des temps1 et l'autre se rduit vingt traits1 qui sont recueillis dans le volume de ses oeuvres4 ,l'on y voit neuf livres de l'histoire des plantes1 six livres de leurs causes4 ,il a crit des vents1 du feu1 des pierres1 du miel1 des signes du beau temps1 des signes de la pluie1 des signes de la tempte1 des odeurs1 de la sueur1 du vertige1 de la lassitude1 du relchement des nerfs1 de la dfaillance1 des poissons qui vivent hors de l'eau1 des animaux qui changent de couleur1 des animaux qui naissent subitement1 des animaux sujets l'envie1 des caractres des moeurs4 ,voil ce qui nous reste de ses crits1 entre lesquels ce dernier seul1 dont on donne la traduction1 peut rpondre non seulement de la beaut de ceux que l'on vient de dduire1 mais encore du mrite d'un nombre infini d'autres qui ne sont point venus jusqu' nous4 ,que si quelques-uns se refroidissaient pour cet ouvrage moral par les choses qu'ils y voient1 qui sont du temps auquel il a t crit1 et qui ne sont point selon leurs moeurs1 que peuvent-ils faire de plus utile et de plus agrable pour eux que de se dfaire de cette prvention pour leurs coutumes et leurs manires1 qui1 sans autre discussion1 non seulement les leur fait trouver les meilleures de toutes1 mais leur fait presque dcider que tout ce qui n'y est pas conforme est mprisable1 et qui les prive1 dans la lecture des livres des anciens1 du plaisir et de l'instruction qu'ils en doivent attendre8 ,nous1 qui sommes si modernes1 serons anciens dans quelques sicles4 ,alors l'histoire du ntre fera goter la postrit la vnalit des charges1 c'est--dire le pouvoir de protger l'innocence1 de punir le crime1 et de faire justice tout le monde1 achet deniers comptants comme une mtairie2 la splendeur des partisans1 gens si mpriss chez les ,hbreux et chez les ,grecs4 ,l'on entendra parler d'une capitale d'un grand royaume o il n'y avait ni places publiques1 ni bains1 ni fontaines1 ni amphithtres1 ni galeries1 ni portiques1 ni promenoirs1 qui tait pourtant une ville merveilleuse4 ,l'on dira que tout le cours de la vie s'y passait presque sortir de sa maison pour aller se renfermer dans celle d'un autre2 que d'honntes femmes1 qui n'taient ni marchandes ni htelires1 avaient leurs maisons ouvertes ceux qui payaient pour y entrer2 que l'on avait choisir des ds1 des cartes et de tous les jeux2 que l'on mangeait dans ces maisons1 et qu'elles taient commodes tout commerce4 ,l'on saura que le peuple ne paraissait dans la ville que pour y passer avec prcipitation3 nul entretien1 nulle familiarit2 que tout y tait farouche et comme alarm par le bruit des chars qu'il fallait viter1 et qui s'abandonnaient au milieu des rues1 comme on fait dans une lice pour remporter le prix de la course4 ,l'on apprendra sans tonnement qu'en pleine paix et dans une tranquillit publique1 des citoyens entraient dans les temples1 allaient voir des femmes1 ou visitaient leurs amis avec des armes offensives1 et qu'il n'y avait presque personne qui n'et son ct de quoi pouvoir d'un seul coup en tuer un autre4 ,ou si ceux qui viendront aprs nous1 rebuts par des moeurs si tranges et si diffrentes des leurs1 se dgotent par l de nos mmoires1 de nos posies1 de notre comique et de nos satires1 pouvons-nous ne les pas plaindre par avance de se priver eux-mmes1 par cette fausse dlicatesse1 de la lecture de si beaux ouvrages1 si travaills1 si rguliers1 et de la connaissance du plus beau rgne dont jamais l'histoire ait t embellie8 ,ayons donc pour les livres des anciens cette mme indulgence que nous esprons nous-mmes de la postrit1 persuads que les hommes n'ont point d'usages ni de coutumes qui soient de tous les sicles1 qu'elles changent avec les temps1 que nous sommes trop loigns de celles qui ont pass1 et trop proches de celles qui rgnent encore1 pour tre dans la distance qu'il faut pour faire des unes et des autres un juste discernement4 ,alors1 ni ce que nous appelons la politesse de nos moeurs1 ni la biensance de nos coutumes1 ni notre faste1 ni notre magnificence ne nous prviendront pas davantage contre la vie simple des ,athniens que contre celle des premiers hommes1 grands par eux-mmes1 et indpendamment de mille choses extrieures qui ont t depuis inventes pour suppler peut-tre cette vritable grandeur qui n'est plus4 ,la nature se montrait en eux dans toute sa puret et sa dignit1 et n'tait point encore souille par la vanit1 par le luxe1 et par la sotte ambition4 ,un homme n'tait honor sur la terre qu' cause de sa force ou de sa vertu2 il n'tait point riche par des charges ou des pensions1 mais par son champ1 par ses troupeaux1 par ses enfants et ses serviteurs2 sa nourriture tait saine et naturelle1 les fruits de la terre1 le lait de ses animaux et de ses brebis2 ses vtements simples et uniformes1 leurs laines1 leurs toisons2 ses plaisirs innocents1 une grande rcolte1 le mariage de ses enfants1 l'union avec ses voisins1 la paix dans sa famille4 ,rien n'est plus oppos nos moeurs que toutes ces choses2 mais l'loignement des temps nous les fait goter1 ainsi que la distance des lieux nous fait recevoir tout ce que les diverses relations ou les livres de voyages nous apprennent des pays lointains et des nations trangres4 ,ils racontent une religion1 une police1 une manire de se nourrir1 de s'habiller1 de btir et de faire la guerre1 qu'on ne savait point1 des moeurs que l'on ignorait4 ,celles qui approchent des ntres nous touchent1 celles qui s'en loignent nous tonnent2 mais toutes nous amusent4 ,moins rebuts par la barbarie des manires et des coutumes de peuples si loigns1 qu'instruits et mme rjouis par leur nouveaut1 il nous suffit que ceux dont il s'agit soient ,siamois1 ,chinois1 ,ngres ou ,abyssins4 ,or ceux dont ,thophraste nous peint les moeurs dans ses ,caractres taient ,athniens1 et nous sommes ,franais2 et si nous joignons la diversit des lieux et du climat le long intervalle des temps1 et que nous considrions que ce livre a pu tre crit la dernire anne de la ,c,x,ve olympiade1 trois cent quatorze ans avant l're chrtienne1 et qu'ainsi il y a deux mille ans accomplis que vivait ce peuple d',athnes dont il fait la peinture1 nous admirerons de nous y reconnatre nous-mmes1 nos amis1 nos ennemis1 ceux avec qui nous vivons1 et que cette ressemblance avec des hommes spars par tant de sicles soit si entire4 ,en effet1 les hommes n'ont point chang selon le coeur et selon les passions2 ils sont encore tels qu'ils taient alors et qu'ils sont marqus dans ,thophraste3 vains1 dissimuls1 flatteurs1 intresss1 effronts1 importuns1 dfiants1 mdisants1 querelleux1 superstitieux4 ,il est vrai1 ,athnes tait libre2 c'tait le centre d'une rpublique2 ses citoyens taient gaux2 ils ne rougissaient point l'un de l'autre2 ils marchaient presque seuls et pied dans une ville propre1 paisible et spacieuse1 entraient dans les boutiques et dans les marchs1 achetaient eux-mmes les choses ncessaires2 l'mulation d'une cour ne les faisait point sortir d'une vie commune2 ils rservaient leurs esclaves pour les bains1 pour les repas1 pour le service intrieur des maisons1 pour les voyages2 ils passaient une partie de leur vie dans les places1 dans les temples1 aux amphithtres1 sur un port1 sous des portiques1 et au milieu d'une ville dont ils taient galement les matres4 ,l le peuple s'assemblait pour dlibrer des affaires publiques2 ici il s'entretenait avec les trangers2 ailleurs les philosophes tantt enseignaient leur doctrine1 tantt confraient avec leurs disciples4 ,ces lieux taient tout la fois la scne des plaisirs et des affaires4 ,il y avait dans ces moeurs quelque chose de simple et de populaire1 et qui ressemble peu aux ntres1 je l'avoue2 mais cependant quels hommes en gnral que les ,athniens1 et quelle ville qu',athnes6 quelles lois6 quelle police6 quelle valeur6 quelle discipline6 quelle perfection dans toutes les sciences et dans tous les arts6 mais quelle politesse dans le commerce ordinaire et dans le langage6 ,thophraste1 le mme ,thophraste dont l'on vient de dire de si grandes choses1 ce parleur agrable1 cet homme qui s'exprimait divinement1 fut reconnu tranger et appel de ce nom par une simple femme de qui il achetait des herbes au march1 et qui reconnut1 par je ne sais quoi d'attique qui lui manquait et que les ,romains ont depuis appel urbanit1 qu'il n'tait pas ,athnien2 et ,cicron rapporte que ce grand personnage demeura tonn de voir qu'ayant vieilli dans ,athnes1 possdant si parfaitement le langage attique et en ayant acquis l'accent par une habitude de tant d'annes1 il ne s'tait pu donner ce que le simple peuple avait naturellement et sans nulle peine4 ,que si l'on ne laisse pas de lire quelquefois1 dans ce trait des ,caractres1 de certaines moeurs qu'on ne peut excuser et qui nous paraissent ridicules1 il faut se souvenir qu'elles ont paru telles ,thophraste1 qu'il les a regardes comme des vices dont il a fait une peinture nave1 qui fit honte aux ,athniens et qui servit les corriger4 ,enfin1 dans l'esprit de contenter ceux qui reoivent froidement tout ce qui appartient aux trangers et aux anciens1 et qui n'estiment que leurs moeurs1 on les ajoute cet ouvrage4 ,l'on a cru pouvoir se dispenser de suivre le projet de ce philosophe1 soit parce qu'il est toujours pernicieux de poursuivre le travail d'autrui1 surtout si c'est d'un ancien ou d'un auteur d'une grande rputation2 soit encore parce que cette unique figure qu'on appelle description ou numration1 employe avec tant de succs dans ces vingt-huit chapitres des ,caractres1 pourrait en avoir un beaucoup moindre1 si elle tait traite par un gnie fort infrieur celui de ,thophraste4 ,au contraire1 se ressouvenant que1 parmi le grand nombre des traits de ce philosophe rapports par ,diogne ,larce1 il s'en trouve un sous le titre de ,proverbes1 c'est--dire de pices dtaches1 comme des rflexions ou des remarques1 que le premier et le plus grand livre de morale qui ait t fait porte ce mme nom dans les divines critures1 on s'est trouv excit par de si grands modles suivre selon ses forces une semblable manire d'crire des moeurs2 et l'on n'a point t dtourn de son entreprise par deux ouvrages de morale qui sont dans les mains de tout le monde1 et d'o1 faute d'attention ou par un esprit de critique1 quelques-uns pourraient penser que ces remarques sont imites4 ,l'un1 par l'engagement de son auteur1 fait servir la mtaphysique la religion1 fait connatre l'me1 ses passions1 ses vices1 traite les grands et les srieux motifs pour conduire la vertu1 et veut rendre l'homme chrtien4 ,l'autre1 qui est la production d'un esprit instruit par le commerce du monde et dont la dlicatesse tait gale la pntration1 observant que l'amour-propre est dans l'homme la cause de tous ses faibles1 l'attaque sans relche1 quelque part o il le trouve2 et cette unique pense1 comme multiplie en mille manires diffrentes1 a toujours1 par le choix des mots et par la varit de l'expression1 la grce de la nouveaut4 ,l'on ne suit aucune de ces routes dans l'ouvrage qui est joint la traduction des ,caractres2 il est tout diffrent des deux autres que je viens de toucher3 moins sublime que le premier et moins dlicat que le second1 il ne tend qu' rendre l'homme raisonnable1 mais par des voies simples et communes1 et en l'examinant indiffremment1 sans beaucoup de mthode et selon que les divers chapitres y conduisent1 par les ges1 les sexes et les conditions1 et par les vices1 les faibles et le ridicule qui y sont attachs4 ,l'on s'est plus appliqu aux vices de l'esprit1 aux replis du coeur et tout l'intrieur de l'homme que n'a fait ,thophraste2 et l'on peut dire que1 comme ses ,caractres1 par mille choses extrieures qu'ils font remarquer dans l'homme1 par ses actions1 ses paroles et ses dmarches1 apprennent quel est son fond1 et font remonter jusques la source de son drglement1 tout au contraire1 les nouveaux ,caractres1 dployant d'abord les penses1 les sentiments et les mouvements des hommes1 dcouvrent le principe de leur malice et de leurs faiblesses1 font que l'on prvoit aisment tout ce qu'ils sont capables de dire ou de faire1 et qu'on ne s'tonne plus de mille actions vicieuses ou frivoles dont leur vie est toute remplie4 ,il faut avouer que sur les titres de ces deux ouvrages l'embarras s'est trouv presque gal4 ,pour ceux qui partagent le dernier1 s'ils ne plaisent point assez1 l'on permet d'en suppler d'autres2 mais l'gard des titres des ,caractres de ,thophraste1 la mme libert n'est pas accorde1 parce qu'on n'est point matre du bien d'autrui4 ,il a fallu suivre l'esprit de l'auteur1 et les traduire selon le sens le plus proche de la diction grecque1 et en mme temps selon la plus exacte conformit avec leurs chapitres2 ce qui n'est pas une chose facile1 parce que souvent la signification d'un terme grec1 traduit en franais mot pour mot1 n'est plus la mme dans notre langue3 par exemple1 ironie est chez nous une raillerie dans la conversation1 ou une figure de rhtorique1 et chez ,thophraste c'est quelque chose entre la fourberie et la dissimulation1 qui n'est pourtant ni l'un ni l'autre1 mais prcisment ce qui est dcrit dans le premier chapitre4 ,et d'ailleurs les ,grecs ont quelquefois deux ou trois termes assez diffrents pour exprimer des choses qui le sont aussi et que nous ne saurions gure rendre que par un seul mot3 cette pauvret embarrasse4 ,en effet1 l'on remarque dans cet ouvrage grec trois espces d'avarice1 deux sortes d'importuns1 des flatteurs de deux manires1 et autant de grands parleurs3 de sorte que les caractres de ces personnes semblent rentrer les uns dans les autres1 au dsavantage du titre2 ils ne sont pas aussi toujours suivis et parfaitement conformes1 parce que ,thophraste1 emport quelquefois par le dessein qu'il a de faire des portraits1 se trouve dtermin ces changements par le caractre et les moeurs du personnage qu'il peint ou dont il fait la satire4 ,les dfinitions qui sont au commencement de chaque chapitre ont eu leurs difficults4 ,elles sont courtes et concises dans ,thophraste1 selon la forme du grec et le style d',aristote1 qui lui en a fourni les premires ides3 on les a tendues dans la traduction pour les rendre intelligibles4 ,il se lit aussi dans ce trait des phrases qui ne sont pas acheves et qui forment un sens imparfait1 auquel il a t facile de suppler le vritable2 il s'y trouve de diffrentes leons1 quelques endroits tout fait interrompus1 et qui pouvaient recevoir diverses explications2 et pour ne point s'garer dans ces doutes1 on a suivi les meilleurs interprtes4 ,enfin1 comme cet ouvrage n'est qu'une simple instruction sur les moeurs des hommes1 et qu'il vise moins les rendre savants qu' les rendre sages1 l'on s'est trouv exempt de le charger de longues et curieuses observations1 ou de doctes commentaires qui rendissent un compte exact de l'antiquit4 ,l'on s'est content de mettre de petites notes ct de certains endroits que l'on a cru le mriter1 afin que nuls de ceux qui ont de la justesse1 de la vivacit1 et qui il ne manque que d'avoir lu beaucoup1 ne se reprochent pas mme ce petit dfaut1 ne puissent tre arrts dans la lecture des ,caractres et douter un moment du sens de ,thophraste4 ,les caractres de ,thophraste#a ,note3 #a ,traduits du grec ,j'ai admir souvent1 et j'avoue que je ne puis encore comprendre1 quelque srieuse rflexion que je fasse1 pourquoi toute la ,grce1 tant place sous un mme ciel1 et les ,grecs nourris et levs de la mme manire1 il se trouve nanmoins si peu de ressemblance dans leurs moeurs4 ,puis donc1 mon cher ,polycls1 qu' l'ge de quatre-vingt-dix neuf ans o je me trouve1 j'ai assez vcu pour connatre les hommes2 que j'ai vu d'ailleurs1 pendant le cours de ma vie1 toutes sortes de personnes et de divers tempraments1 et que je me suis toujours attach tudier les hommes vertueux1 comme ceux qui n'taient connus que par leurs vices1 il semble que j'ai d marquer les caractres des uns et des autres1 et ne me pas contenter de peindre les ,grecs en gnral1 mais mme de toucher ce qui est personnel1 et ce que plusieurs d'entre eux paraissent avoir de plus familier4 ,j'espre1 mon cher ,polycls1 que cet ouvrage sera utile ceux qui viendront aprs nous3 il leur tracera des modles qu'ils pourront suivre2 il leur apprendra faire le discernement de ceux avec qui ils doivent lier quelque commerce1 et dont l'mulation les portera imiter leur sagesse et leurs vertus4 ,ainsi je vais entrer en matire3 c'est vous de pntrer dans mon sens1 et d'examiner avec attention si la vrit se trouve dans mes paroles2 et sans faire une plus longue prface1 je parlerai d'abord de la dissimulation1 je dfinirai ce vice1 je dirai ce que c'est qu'un homme dissimul1 je dcrirai ses moeurs1 et je traiterai ensuite des autres passions1 suivant le projet que j'en ai fait4 ,de la dissimulation ,la dissimulation n'est pas aise bien dfinir3 si l'on se contente d'en faire une simple description1 l'on peut dire que c'est un certain art de composer ses paroles et ses actions pour une mauvaise fin4 ,un homme dissimul se comporte de cette manire3 il aborde ses ennemis1 leur parle1 et leur fait croire par cette dmarche qu'il ne les hait point2 il loue ouvertement et en leur prsence ceux qui il dresse de secrtes embches1 et il s'afflige avec eux s'il leur est arriv quelque disgrce2 il semble pardonner les discours offensants que l'on lui tient2 il rcite froidement les plus horribles choses que l'on lui aura dites contre sa rputation1 et il emploie les paroles les plus flatteuses pour adoucir ceux qui se plaignent de lui1 et qui sont aigris par les injures qu'ils en ont reues4 ,s'il arrive que quelqu'un l'aborde avec empressement1 il feint des affaires1 et lui dit de revenir une autre fois4 ,il cache soigneusement tout ce qu'il fait2 et l'entendre parler1 on croirait toujours qu'il dlibre4 ,il ne parle point indiffremment2 il a ses raisons pour dire tantt qu'il ne fait que revenir de la campagne1 tantt qu'il est arriv la ville fort tard1 et quelquefois qu'il est languissant1 ou qu'il a une mauvaise sant4 ,il dit celui qui lui emprunte de l'argent intrt1 ou qui le prie de contribuer de sa part une somme que ses amis consentent de lui prter1 qu'il ne vend rien1 qu'il ne s'est jamais vu si dnu d'argent2 pendant qu'il dit aux autres que le commerce va le mieux du monde1 quoique en effet il ne vende rien4 ,souvent1 aprs avoir cout ce que l'on lui a dit1 il veut faire croire qu'il n'y a pas eu la moindre attention2 il feint de n'avoir pas aperu les choses o il vient de jeter les yeux1 ou s'il est convenu d'un fait1 de ne s'en plus souvenir4 ,il n'a pour ceux qui lui parlent d'affaire que cette seule rponse3 ,j'y penserai4 ,il sait de certaines choses1 il en ignore d'autres1 il est saisi d'admiration1 d'autres fois il aura pens comme vous sur cet vnement1 et cela selon ses diffrents intrts4 ,son langage le plus ordinaire est celui-ci3 ,je n'en crois rien1 je ne comprends pas que cela puisse tre1 je ne sais o j'en suis2 ou bien3 ,il me semble que je ne suis pas moi-mme2 et ensuite3 ,ce n'est pas ainsi qu'il me l'a fait entendre2 voil une chose merveilleuse et qui passe toute crance2 contez cela d'autres2 dois-je vous croire8 ou me persuaderai-je qu'il m'ait dit la vrit81 paroles doubles et artificieuses1 dont il faut se dfier comme de ce qu'il y a au monde de plus pernicieux4 ,ces manires d'agir ne partent point d'une me simple et droite1 mais d'une mauvaise volont1 ou d'un homme qui veut nuire2 le venin des aspics est moins craindre4 ,de la flatterie ,la flatterie est un commerce honteux qui n'est utile qu'au flatteur4 ,si un flatteur se promne avec quelqu'un dans la place3 ,remarquez-vous1 lui dit-il1 comme tout le monde a les yeux sur vous8 cela n'arrive qu' vous seul4 ,hier il fut bien parl de vous1 et l'on ne tarissait point sur vos louanges3 nous nous trouvmes plus de trente personnes dans un endroit du ,portique2 et comme par la suite du discours l'on vint tomber sur celui que l'on devait estimer le plus homme de bien de la ville1 tous d'une commune voix vous nommrent1 et il n'y en eut pas un seul qui vous refust ses suffrages4 ,il lui dit mille choses de cette nature4 ,il affecte d'apercevoir le moindre duvet qui se sera attach votre habit1 de le prendre et de le souffler terre4 ,si par hasard le vent a fait voler quelques petites pailles sur votre barbe ou sur vos cheveux1 il prend soin de vous les ter2 et vous souriant3 ,il est merveilleux1 dit-il1 combien vous tes blanchi depuis deux jours que je ne vous ai pas vu2 et il ajoute3 ,voil encore1 pour un homme de votre ge1 assez de cheveux noirs4 ,si celui qu'il veut flatter prend la parole1 il impose silence tous ceux qui se trouvent prsents1 et il les force d'approuver aveuglment tout ce qu'il avance1 et ds qu'il a cess de parler1 il se rcrie3 ,cela est dit le mieux du monde1 rien n'est plus heureusement rencontr4 ,d'autres fois1 s'il lui arrive de faire quelqu'un une raillerie froide1 il ne manque pas de lui applaudir1 d'entrer dans cette mauvaise plaisanterie2 et quoiqu'il n'ait nulle envie de rire1 il porte sa bouche l'un des bouts de son manteau1 comme s'il ne pouvait se contenir et qu'il voult s'empcher d'clater2 et s'il l'accompagne lorsqu'il marche par la ville1 il dit ceux qu'il rencontre dans son chemin de s'arrter jusqu' ce qu'il soit pass4 ,il achte des fruits1 et les porte chez ce citoyen2 il les donne ses enfants en sa prsence2 il les baise1 il les caresse3 ,voil1 dit-il1 de jolis enfants et dignes d'un tel pre4 ,s'il sort de sa maison1 il le suit2 s'il entre dans une boutique pour essayer des souliers1 il lui dit3 ,votre pied est mieux fait que cela4 ,il l'accompagne ensuite chez ses amis1 ou plutt il entre le premier dans leur maison1 et leur dit3 ,un tel me suit et vient vous rendre visite2 et retournant sur ses pas3 ,je vous ai annonc1 dit-il1 et l'on se fait un grand honneur de vous recevoir4 ,le flatteur se met tout sans hsiter1 se mle des choses les plus viles et qui ne conviennent qu' des femmes4 ,s'il est invit souper1 il est le premier des convis louer le vin2 assis table le plus proche de celui qui fait le repas1 il lui rpte souvent3 ,en vrit1 vous faites une chre dlicate2 et montrant aux autres l'un des mets qu'il soulve du plat3 ,cela s'appelle1 dit-il1 un morceau friand4 ,il a soin de lui demander s'il a froid1 s'il ne voudrait point une autre robe2 et il s'empresse de le mieux couvrir4 ,il lui parle sans cesse l'oreille2 et si quelqu'un de la compagnie l'interroge1 il lui rpond ngligemment et sans le regarder1 n'ayant des yeux que pour un seul4 ,il ne faut pas croire qu'au thtre il oublie d'arracher des carreaux des mains du valet qui les distribue1 pour les porter sa place1 et l'y faire asseoir plus mollement4 ,j'ai d dire aussi qu'avant qu'il sorte de sa maison1 il en loue l'architecture1 se rcrie sur toutes choses1 dit que les jardins sont bien plants2 et s'il aperoit quelque part le portrait du matre1 o il soit extrmement flatt1 il est touch de voir combien il lui ressemble1 et il l'admire comme un chef-d'oeuvre4 ,en un mot1 le flatteur ne dit rien et ne fait rien au hasard2 mais il rapporte toutes ses paroles et toutes ses actions au dessein qu'il a de plaire quelqu'un et d'acqurir ses bonnes grces4 ,de l'impertinent ou du diseur de rien ,la sotte envie de discourir vient d'une habitude qu'on a contracte de parler beaucoup et sans rflexion4 ,un homme qui veut parler1 se trouvant assis proche d'une personne qu'il n'a jamais vue et qu'il ne connat point1 entre d'abord en matire1 l'entretient de sa femme et lui fait son loge1 lui conte son songe2 lui fait un long dtail d'un repas o il s'est trouv1 sans oublier le moindre mets ni un seul service4 ,il s'chauffe ensuite dans la conversation1 dclame contre le temps prsent1 et soutient que les hommes qui vivent prsentement ne valent point leurs pres4 ,de l il se jette sur ce qui se dbite au march1 sur la chert du bl1 sur le grand nombre d'trangers qui sont dans la ville2 il dit qu'au printemps1 o commencent les ,bacchanales1 la mer devient navigable2 qu'un peu de pluie serait utile aux biens de la terre1 et ferait esprer une bonne rcolte2 qu'il cultivera son champ l'anne prochaine1 et qu'il le mettra en valeur2 que le sicle est dur1 et qu'on a bien de la peine vivre4 ,il apprend cet inconnu que c'est ,damippe qui a fait brler la plus belle torche devant l'autel de ,crs la fte des ,mystres1 il lui demande combien de colonnes soutiennent le thtre de la musique1 quel est le quantime du mois2 il lui dit qu'il a eu la veille une indigestion2 et si cet homme qui il parle a la patience de l'couter1 il ne partira pas d'auprs de lui3 il lui annoncera comme une chose nouvelle que les ,mystres se clbrent dans le mois d'aot1 les ,apaturies au mois d'octobre2 et la campagne1 dans le mois de dcembre1 les ,bacchanales4 ,il n'y a avec de si grands causeurs qu'un parti prendre1 qui est de fuir1 si l'on veut du moins viter la fivre2 car quel moyen de pouvoir tenir contre des gens qui ne savent pas discerner ni votre loisir ni le temps de vos affaires8 ,de la rusticit ,il semble que la rusticit n'est autre chose qu'une ignorance grossire des biensances4 ,l'on voit en effet des gens rustiques et sans rflexion sortir un jour de mdecine1 et se trouver en cet tat dans un lieu public parmi le monde2 ne pas faire la diffrence de l'odeur forte du thym ou de la marjolaine d'avec les parfums les plus dlicieux2 tre chausss large et grossirement2 parler haut et ne pouvoir se rduire un ton de voix modr2 ne se pas fier leurs amis sur les moindres affaires1 pendant qu'ils s'en entretiennent avec leurs domestiques1 jusques rendre compte leurs moindres valets de ce qui aura t dit dans une assemble publique4 ,on les voit assis1 leur robe releve jusqu'aux genoux et d'une manire indcente4 ,il ne leur arrive pas en toute leur vie de rien admirer1 ni de paratre surpris des choses les plus extraordinaires que l'on rencontre sur les chemins2 mais si c'est un boeuf1 un ne1 ou un vieux bouc1 alors ils s'arrtent et ne se lassent point de les contempler4 ,si quelquefois ils entrent dans leur cuisine1 ils mangent avidement tout ce qu'ils y trouvent1 boivent tout d'une haleine une grande tasse de vin pur2 ils se cachent pour cela de leur servante1 avec qui d'ailleurs ils vont au moulin1 et entrent dans les plus petits dtails du domestique4 ,ils interrompent leur souper1 et se lvent pour donner une poigne d'herbes aux btes de charrue qu'ils ont dans leurs tables4 ,heurte-t-on leur porte pendant qu'ils dnent1 ils sont attentifs et curieux4 ,vous remarquez toujours proche de leur table un gros chien de cour1 qu'ils appellent eux1 qu'ils empoignent par la gueule1 en disant3 ,voil celui qui garde la place1 qui prend soin de la maison et de ceux qui sont dedans4 ,ces gens1 pineux dans les payements qu'on leur fait1 rebutent un grand nombre de pices qu'ils croient lgres1 ou qui ne brillent pas assez leurs yeux1 et qu'on est oblig de leur changer4 ,ils sont occups pendant la nuit d'une charrue1 d'un sac1 d'une faux1 d'une corbeille1 et ils rvent qui ils ont prt ces ustensiles2 et lorsqu'ils marchent par la ville3 ,combien vaut1 demandent-ils aux premiers qu'ils rencontrent1 le poisson sal8 ,les fourrures se vendent-elles bien8 ,n'est-ce pas aujourd'hui que les jeux nous ramnent une nouvelle lune8 ,d'autres fois1 ne sachant que dire1 ils vous apprennent qu'ils vont se faire raser1 et qu'ils ne sortent que pour cela4 ,ce sont ces mmes personnes que l'on entend chanter dans le bain1 qui mettent des clous leurs souliers1 et qui1 se trouvant tout ports devant la boutique d',archias1 achtent eux-mmes des viandes sales1 et les apportent la main en pleine rue4 ,du complaisant ,pour faire une dfinition un peu exacte de cette affectation que quelques-uns ont de plaire tout le monde1 il faut dire que c'est une manire de vivre o l'on cherche beaucoup moins ce qui est vertueux et honnte que ce qui est agrable4 ,celui qui a cette passion1 d'aussi loin qu'il aperoit un homme dans la place1 le salue en s'criant3 ,voil ce qu'on appelle un homme de bien61 l'aborde1 l'admire sur les moindres choses1 le retient avec ses deux mains1 de peur qu'il ne lui chappe2 et aprs avoir fait quelques pas avec lui1 il lui demande avec empressement quel jour on pourra le voir1 et enfin ne s'en spare qu'en lui donnant mille loges4 ,si quelqu'un le choisit pour arbitre dans un procs1 il ne doit pas attendre de lui qu'il lui soit plus favorable qu' son adversaire3 comme il veut plaire tous deux1 il les mnagera galement4 ,c'est dans cette vue que1 pour se concilier tous les trangers qui sont dans la ville1 il leur dit quelquefois qu'il leur trouve plus de raison et d'quit que dans ses concitoyens4 ,s'il est pri d'un repas1 il demande en entrant celui qui l'a convi o sont ses enfants2 et ds qu'ils paraissent1 il se rcrie sur la ressemblance qu'ils ont avec leur pre1 et que deux figues ne se ressemblent pas mieux2 il les fait approcher de lui1 il les baise1 et1 les ayant fait asseoir ses deux cts1 il badine avec eux3 qui est1 dit-il1 la petite bouteille8 qui est la jolie cogne8 ,il les prend ensuite sur lui1 et les laisse dormir sur son estomac1 quoiqu'il en soit incommod4 ,celui enfin qui veut plaire se fait raser souvent1 a un fort grand soin de ses dents1 change tous les jours d'habits1 et les quitte presque tout neufs2 il ne sort point en public qu'il ne soit parfum2 on ne le voit gure dans les salles publiques qu'auprs des comptoirs des banquiers2 et dans les coles1 qu'aux endroits seulement o s'exercent les jeunes gens2 et au thtre1 les jours de spectacle1 que dans les meilleures places et tout proche des prteurs4 ,ces gens encore n'achtent jamais rien pour eux2 mais ils envoient ,byzance toute sorte de bijoux prcieux1 des chiens de ,sparte ,gyzique1 et ,rhodes l'excellent miel du mont ,hymette2 et ils prennent soin que toute la ville soit informe qu'ils font ces emplettes4 ,leur maison est toujours remplie de mille choses curieuses qui font plaisir voir1 ou que l'on peut donner1 comme des singes et des satyres1 qu'ils savent nourrir1 des pigeons de ,sicile1 des ds qu'ils font faire d'os de chvre1 des fioles pour des parfums1 des cannes torses que l'on fait ,sparte1 et des tapis de ,perse personnages4 ,ils ont chez eux jusques un jeu de paume1 et une arne propre s'exercer la lutte2 et s'ils se promnent par la ville et qu'ils rencontrent en leur chemin des philosophes1 des sophistes1 des escrimeurs ou des musiciens1 ils leur offrent leur maison pour s'y exercer chacun dans son art indiffremment3 ils se trouvent prsents ces exercices2 et se mlant avec ceux qui viennent l pour regarder3 qui croyez-vous qu'appartienne une si belle maison et cette arne si commode8 ,vous voyez1 ajoutent-ils en leur montrant quelque homme puissant de la ville1 celui qui en est le matre et qui en peut disposer4 ,de l'image d'un coquin ,un coquin est celui qui les choses les plus honteuses ne cotent rien dire ou faire1 qui jure volontiers et fait des serments en justice autant que l'on lui en demande1 qui est perdu de rputation1 que l'on outrage impunment1 qui est un chicaneur de profession1 un effront1 et qui se mle de toutes sortes d'affaires4 ,un homme de ce caractre entre sans masque dans une danse comique2 et mme sans tre ivre2 et de sang-froid1 il se distingue dans la danse la plus obscne par les postures les plus indcentes4 ,c'est lui qui1 dans ces lieux o l'on voit des prestiges1 s'ingre de recueillir l'argent de chacun des spectateurs1 et qui fait querelle ceux qui1 tant entrs par billets1 croient ne devoir rien payer4 ,il est d'ailleurs de tous mtiers2 tantt il tient une taverne1 tantt il est suppt de quelque lieu infme1 une autre fois partisan3 il n'y a point de sale commerce o il ne soit capable d'entrer2 vous le verrez aujourd'hui crieur public1 demain cuisinier ou brelandier3 tout lui est propre4 ,s'il a une mre1 il la laisse mourir de faim4 ,il est sujet au larcin1 et se voir traner par la ville dans une prison1 sa demeure ordinaire1 et o il passe une partie de sa vie4 ,ce sont ces sortes de gens que l'on voit se faire entourer du peuple1 appeler ceux qui passent et se plaindre eux avec une voix forte et enroue1 insulter ceux qui les contredisent3 les uns fendent la presse pour les voir1 pendant que les autres1 contents de les avoir vus1 se dgagent et poursuivent leur chemin sans vouloir les couter2 mais ces effronts continuent de parler3 ils disent celui-ci le commencement d'un fait1 quelque mot cet autre2 peine peut-on tirer d'eux la moindre partie de ce dont il s'agit2 et vous remarquerez qu'ils choisissent pour cela des jours d'assemble publique1 o il y a un grand concours de monde1 qui se trouve le tmoin de leur insolence4 ,toujours accabls de procs1 que l'on intente contre eux ou qu'ils ont intents d'autres1 de ceux dont ils se dlivrent par de faux serments comme de ceux qui les obligent de comparatre1 ils n'oublient jamais de porter leur bote dans leur sein1 et une liasse de papiers entre leurs mains4 ,vous les voyez dominer parmi de vils praticiens1 qui ils prtent usure1 retirant chaque jour une obole et demie de chaque drachme2 frquenter les tavernes1 parcourir les lieux o l'on dbite le poisson frais ou sal1 et consumer ainsi en bonne chre tout le profit qu'ils tirent de cette espce de trafic4 ,en un mot1 ils sont querelleux et difficiles1 ont sans cesse la bouche ouverte la calomnie1 ont une voix tourdissante1 et qu'ils font retentir dans les marchs et dans les boutiques4 ,du grand parleur ,ce que quelques-uns appellent babil est proprement une intemprance de langue qui ne permet pas un homme de se taire4 ,vous ne contez pas la chose comme elle est1 dira quelqu'un de ces grands parleurs quiconque veut l'entretenir de quelque affaire que ce soit3 j'ai tout su1 et si vous vous donnez la patience de m'couter1 je vous apprendrai tout2 et si cet autre continue de parler3 ,vous avez dj dit cela2 songez1 poursuit-il1 ne rien oublier4 ,fort bien2 cela est ainsi1 car vous m'avez heureusement remis dans le fait3 voyez ce que c'est que de s'entendre les uns les autres2 et ensuite3 ,mais que veux-je dire8 ,ah6 j'oubliais une chose6 oui1 c'est cela mme1 et je voulais voir si vous tomberiez juste dans tout ce que j'en ai appris4 ,c'est par de telles ou semblables interruptions qu'il ne donne pas de loisir celui qui lui parle de respirer2 et lorsqu'il a comme assassin de son babil chacun de ceux qui ont voulu lier avec lui quelque entretien1 il va se jeter dans un cercle de personnes graves qui traitent ensemble de choses srieuses1 et les met en fuite4 ,de l il entre dans les coles publiques et dans les lieux des exercices1 o il amuse les matres par de vains discours1 et empche la jeunesse de profiter de leurs leons4 ,s'il chappe quelqu'un de dire3 ,je m'en vais1 celui-ci se met le suivre1 et il ne l'abandonne point qu'il ne l'ait remis jusque dans sa maison4 ,si par hasard il a appris ce qui aura t dit dans une assemble de ville1 il court dans le mme temps le divulguer4 ,il s'tend merveilleusement sur la fameuse bataille qui s'est donne sous le gouvernement de l'orateur ,aristophon1 comme sur le combat clbre que ceux de ,lacdmone ont livr aux ,athniens sous la conduite de ,lysandre4 ,il raconte une autre fois quels applaudissements a eus un discours qu'il a fait dans le public1 en rpte une grande partie1 mle dans ce rcit ennuyeux des invectives contre le peuple1 pendant que de ceux qui l'coutent les uns s'endorment1 les autres le quittent1 et que nul ne se ressouvient d'un seul mot qu'il aura dit4 ,un grand causeur1 en un mot1 s'il est sur les tribunaux1 ne laisse pas la libert de juger2 il ne permet pas que l'on mange table2 et s'il se trouve au thtre1 il empche non seulement d'entendre1 mais mme de voir les acteurs4 ,on lui fait avouer ingnument qu'il ne lui est pas possible de se taire1 qu'il faut que sa langue se remue dans son palais comme le poisson dans l'eau1 et que quand on l'accuserait d'tre plus babillard qu'une hirondelle1 il faut qu'il parle3 aussi coute-t-il froidement toutes les railleries que l'on fait de lui sur ce sujet2 et jusques ses propres enfants1 s'ils commencent s'abandonner au sommeil3 ,faites-nous1 lui disent-ils1 un conte qui achve de nous endormir4 ,du dbit des nouvelles ,un nouvelliste ou un conteur de fables est un homme qui arrange1 selon son caprice1 des discours et des faits remplis de fausset2 qui1 lorsqu'il rencontre l'un de ses amis1 compose son visage1 et lui souriant3 ,d'o venez-vous ainsi8 lui dit-il2 que nous direz-vous de bon8 n'y a-t-il rien de nouveau8 ,et continuant de l'interroger3 ,quoi donc8 n'y a-t-il aucune nouvelle8 cependant il y a des choses tonnantes raconter4 ,et sans lui donner le loisir de lui rpondre3 ,que dites-vous donc8 poursuit-il2 n'avez-vous rien entendu par la ville8 ,je vois bien que vous ne savez rien1 et que je vais vous rgaler de grandes nouveauts4 ,alors1 ou c'est un soldat1 ou le fils d',aste le joueur de flte1 ou ,lycon l'ingnieur1 tous gens qui arrivent frachement de l'arme1 de qui il sait toutes choses2 car il allgue pour tmoins de ce qu'il avance des hommes obscurs qu'on ne peut trouver pour les convaincre de fausset4 ,il assure donc que ces personnes lui on dit que le ,roi et ,polysperchon ont gagn la bataille1 et que ,cassandre1 leur ennemi1 est tomb vif entre leurs mains4 ,et lorsque quelqu'un lui dit3 ,mais en vrit1 cela est-il croyable81 il lui rplique que cette nouvelle se crie et se rpand par toute la ville1 que tous s'accordent dire la mme chose1 que c'est tout ce qui se raconte du combat1 et qu'il y a eu un grand carnage4 ,il ajoute qu'il a lu cet vnement sur le visage de ceux qui gouvernent1 qu'il y a un homme cach chez l'un de ces magistrats depuis cinq jours entiers1 qui revient de la ,macdoine1 qui a tout vu et qui lui a tout dit4 ,ensuite1 interrompant le fil de sa narration3 ,que pensez-vous de ce succs8 demande-t-il ceux qui l'coutent4 ,pauvre ,cassandre6 malheureux prince6 s'crie-t-il d'une manire touchante4 ,voyez ce que c'est que la fortune2 car enfin ,cassandre tait puissant1 et il avait avec lui de grandes forces4 ,ce que je vous dis1 poursuit-il1 est un secret qu'il faut garder pour vous seul1 pendant qu'il court par toute la ville le dbiter qui le veut entendre4 ,je vous avoue que ces diseurs de nouvelles me donnent de l'admiration1 et que je ne conois pas quelle est la fin qu'ils se proposent2 car pour ne rien dire de la bassesse qu'il y a toujours mentir1 je ne vois pas qu'ils puissent recueillir le moindre fruit de cette pratique4 ,au contraire1 il est arriv quelques-uns de se laisser voler leurs habits dans un bain public1 pendant qu'ils ne songeaient qu' rassembler autour d'eux une foule de peuple1 et lui conter des nouvelles4 ,quelques autres1 aprs avoir vaincu sur mer et sur terre dans le ,portique1 ont pay l'amende pour n'avoir pas comparu une cause appele4 ,enfin il s'en est trouv qui1 le jour mme qu'ils ont pris une ville1 du moins par leurs beaux discours1 ont manqu de dner4 ,je ne crois pas qu'il y ait rien de si misrable que la condition de ces personnes2 car quelle est la boutique1 quel est le portique1 quel est l'endroit d'un march public o ils ne passent tout le jour rendre sourds ceux qui les coutent1 ou les fatiguer par leurs mensonges8 ,de l'effronterie cause par l'avarice ,pour faire connatre ce vice1 il faut dire que c'est un mpris de l'honneur dans la vue d'un vil intrt4 ,un homme que l'avarice rend effront ose emprunter une somme d'argent celui qui il en doit dj1 et qu'il lui retient avec injustice4 ,le jour mme qu'il aura sacrifi aux ,dieux1 au lieu de manger religieusement chez soi une partie des viandes consacres1 il les fait saler pour lui servir dans plusieurs repas1 et va souper chez l'un de ses amis2 et l1 table1 la vue de tout le monde1 il appelle son valet1 qu'il veut encore nourrir aux dpens de son hte1 et lui coupant un morceau de viande qu'il met sur un quartier de pain3 ,tenez1 mon ami1 lui dit-il1 faites bonne chre4 ,il va lui-mme au march acheter des viandes cuites2 et avant que de convenir du prix1 pour avoir une meilleure composition du marchand1 il lui fait ressouvenir qu'il lui a autrefois rendu service4 ,il fait ensuite peser ces viandes et il en entasse le plus qu'il peut2 s'il en est empch par celui qui les lui vend1 il jette du moins quelque os dans la balance3 si elle peut contenir tout1 il est satisfait2 sinon1 il ramasse sur la table des morceaux de rebut1 comme pour se ddommager1 sourit1 et s'en va4 ,une autre fois1 sur l'argent qu'il aura reu de quelques trangers pour leur louer des places au thtre1 il trouve le secret d'avoir sa place franche au spectacle1 et d'y envoyer le lendemain ses enfants et leur prcepteur4 ,tout lui fait envie3 il veut profiter des bons marchs1 et demande hardiment au premier venu une chose qu'il ne vient que d'acheter4 ,se trouve-t-il dans une maison trangre1 il emprunte jusqu' l'orge et la paille2 encore faut-il que celui qui les lui prte fasse les frais de les faire porter chez lui4 ,cet effront1 en un mot1 entre sans payer dans un bain public1 et l1 en prsence du baigneur1 qui crie inutilement contre lui1 prenant le premier vase qu'il rencontre1 il le plonge dans une cuve d'airain qui est remplie d'eau1 se la rpand sur tout le corps3 ,me voil lav1 ajoute-t-il1 autant que j'en ai besoin1 et sans avoir obligation personne1 remet sa robe et disparat4 ,de l'pargne sordide ,cette espce d'avarice est dans les hommes une passion de vouloir mnager les plus petites choses sans aucune fin honnte4 ,c'est dans cet esprit que quelques-uns1 recevant tous les mois le loyer de leur maison1 ne ngligent pas d'aller eux-mmes demander la moiti d'une obole qui manquait au dernier payement qu'on leur a fait2 que d'autres1 faisant l'effort de donner manger chez eux1 ne sont occups pendant le repas qu' compter le nombre de fois que chacun des convis demande boire4 ,ce sont eux encore dont la portion des prmices des viandes que l'on envoie sur l'autel de ,diane est toujours la plus petite4 ,ils apprcient les choses au-dessous de ce qu'elles valent2 et de quelque bon march qu'un autre1 en leur rendant compte1 veuille se prvaloir1 ils lui soutiennent toujours qu'il a achet trop cher4 ,implacables l'gard d'un valet qui aura laiss tomber un pot de terre1 ou cass par malheur quelque vase d'argile1 ils lui dduisent cette perte sur sa nourriture2 mais si leurs femmes ont perdu seulement un denier1 il faut alors renverser toute une maison1 dranger les lits2 transporter des coffres1 et chercher dans les recoins les plus cachs4 ,lorsqu'ils vendent1 ils n'ont que cette unique chose en vue1 qu'il n'y ait qu' perdre pour celui qui achte4 ,il n'est permis personne de cueillir une figue dans leur jardin1 de passer au travers de leur champ1 de ramasser une petite branche de palmier1 ou quelques olives qui seront tombes de l'arbre4 ,ils vont tous les jours se promener sur leurs terres1 en remarquent les bornes1 voient si l'on n'y a rien chang et si elles sont toujours les mmes4 ,ils tirent intrt de l'intrt1 et ce n'est qu' cette condition qu'ils donnent du temps leurs cranciers4 ,s'ils ont invit dner quelques-uns de leurs amis1 et qui ne sont que des personnes du peuple1 ils ne feignent point de leur faire servir un simple hachis2 et on les a vus souvent aller eux-mmes au march pour ces repas1 y trouver tout trop cher1 et en revenir sans rien acheter4 ,ne prenez pas l'habitude1 disent-ils leurs femmes1 de prter votre sel1 votre orge1 votre farine1 ni mme du cumin1 de la marjolaine1 des gteaux pour l'autel1 du coton1 de la laine2 car ces petits dtails ne laissent pas de monter1 la fin d'une anne1 une grosse somme4 ,ces avares1 en un mot1 ont des trousseaux de clefs rouilles1 dont ils ne se servent point1 des cassettes o leur argent est en dpt1 qu'ils n'ouvrent jamais1 et qu'ils laissent moisir dans un coin de leur cabinet2 ils portent des habits qui leur sont trop courts et trop troits2 les plus petites fioles contiennent plus d'huile qu'il n'en faut pour les oindre2 ils ont la tte rase jusqu'au cuir1 se dchaussent vers le milieu du jour pour pargner leurs souliers1 vont trouver les foulons pour obtenir d'eux de ne pas pargner la craie dans la laine qu'ils leur ont donne prparer1 afin1 disent-ils1 que leur toffe se tache moins4 ,de l'impudent ou de celui qui ne rougit de rien ,l'impudence est facile dfinir3 il suffit de dire que c'est une profession ouverte d'une plaisanterie outre1 comme de ce qu'il y a de plus honteux et de plus contraire la biensance4 ,celui-l1 par exemple1 est impudent1 qui voyant venir vers lui une femme de condition1 feint dans ce moment quelque besoin pour avoir occasion de se montrer elle d'une manire dshonnte2 qui se plat battre des mains au thtre lorsque tout le monde se tait1 ou y siffler les acteurs que les autres voient et coutent avec plaisir2 qui1 couch sur le dos1 pendant que toute l'assemble garde un profond silence1 fait entendre de sales hoquets qui obligent les spectateurs de tourner la tte et d'interrompre leur attention4 ,un homme de ce caractre achte en plein march des noix1 des pommes1 toute sorte de fruits1 les mange1 cause debout avec la fruitire1 appelle par leurs noms ceux qui passent sans presque les connatre1 en arrte d'autres qui courent par la place et qui ont leurs affaires2 et s'il voit venir quelque plaideur1 il l'aborde1 le raille et le flicite sur une cause importante qu'il vient de perdre4 ,il va lui-mme choisir de la viande1 et louer pour un souper des femmes qui jouent de la flte2 et montrant ceux qu'il rencontre ce qu'il vient d'acheter1 il les convie en riant d'en venir manger4 ,on le voit s'arrter devant la boutique d'un barbier ou d'un parfumeur1 et l annoncer qu'il va faire un grand repas et s'enivrer4 ,si quelquefois il vend du vin1 il le fait mler1 pour ses amis comme pour les autres sans distinction4 ,il ne permet pas ses enfants d'aller l'amphithtre avant que les jeux soient commencs et lorsque l'on paye pour tre plac1 mais seulement sur la fin du spectacle et quand l'architecte nglige les places et les donne pour rien4 tant envoy avec quelques autres citoyens en ambassade1 il laisse chez soi la somme que le public lui a donne pour faire les frais de son voyage1 et emprunte de l'argent de ses collgues2 sa coutume alors est de charger son valet de fardeaux au del de ce qu'il en peut porter1 et de lui retrancher cependant de son ordinaire2 et comme il arrive souvent que l'on fait dans les villes des prsents aux ambassadeurs1 il demande sa part pour la vendre4 ,vous m'achetez toujours1 dit-il au jeune esclave qui le sert dans le bain1 une mauvaise huile1 et qu'on ne peut supporter3 il se sert ensuite de l'huile d'un autre et pargne la sienne4 ,il envie ses propres valets qui le suivent la plus petite pice de monnaie qu'ils auront ramasse dans les rues1 et il ne manque point d'en retenir sa part avec ce mot3 ,mercure est commun4 ,il fait pis3 il distribue ses domestique leurs provisions dans une certaine mesure dont le fond1 creux par-dessous1 s'enfonce en dedans et s'lve comme en pyramide2 et quand elle est pleine1 il la rase lui-mme avec le rouleau le plus prs qu'il peut444 ,de mme1 s'il paye quelqu'un trente mines qu'il lui doit1 il fait si bien qu'il y manque quatre drachmes1 dont il profite4 ,mais dans ces grands repas o il faut traiter toute une tribu1 il fait recueillir par ceux de ses domestiques qui ont soin de la table le reste des viandes qui ont t servies1 pour lui en rendre compte3 il serait fch de leur laisser une rave demi mange4 ,du contre-temps ,cette ignorance du temps et de l'occasion est une manire d'aborder les gens ou d'agir avec eux toujours incommode et embarrassante4 ,un importun est celui qui choisit le moment que son ami est accabl de ses propres affaires1 pour lui parler des siennes2 qui va souper chez sa matresse1 le soir mme qu'elle a la fivre2 qui voyant que quelqu'un vient d'tre condamn en justice de payer pour un autre pour qui il s'est oblig1 le prie nanmoins de rpondre pour lui2 qui comparat pour servir de tmoin dans un procs que l'on vient de juger2 qui prend le temps des noces o il est invit pour se dchaner contre les femmes2 qui entrane la promenade des gens peine arrivs d'un long voyage et qui n'aspirent qu' se reposer2 fort capable d'amener des marchands pour offrir d'une chose plus qu'elle ne vaut1 aprs qu'elle est vendue2 de se lever au milieu d'une assemble pour reprendre un fait ds ses commencements1 et en instruire fond ceux qui en ont les oreilles rebattues et qui le savent mieux que lui2 souvent empress pour engager dans une affaire des personnes qui1 ne l'affectionnant point1 n'osent pourtant refuser d'y entrer4 ,s'il arrive que quelqu'un dans la ville doive faire un festin aprs avoir sacrifi1 il va lui demander une portion des viandes qu'il a prpares4 ,une autre fois1 s'il voit qu'un matre chtie devant lui son esclave3 ,j'ai perdu1 dit-il1 un des miens dans une pareille occasion3 je le fis fouetter1 il se dsespra et s'alla pendre4 ,enfin1 il n'est propre qu' commettre de nouveau deux personnes qui veulent s'accommoder1 s'ils l'ont fait arbitre de leur diffrend4 ,c'est encore une action qui lui convient fort que d'aller prendre au milieu du repas1 pour danser1 un homme qui est de sang-froid et qui n'a bu que modrment4 ,de l'air empress ,il semble que le trop grand empressement est une recherche importune1 ou une vaine affectation de marquer aux autres de la bienveillance par ses paroles et par toute sa conduite4 ,les manires d'un homme empress sont de prendre sur soi l'vnement d'une affaire qui est au-dessus de ses forces1 et dont il ne saurait sortir avec honneur2 et dans une chose que toute une assemble juge raisonnable1 et o il ne se trouve pas la moindre difficult1 d'insister longtemps sur une lgre circonstance1 pour tre ensuite de l'avis des autres2 de faire beaucoup plus apporter de vin dans un repas qu'on n'en peut boire2 d'entrer dans une querelle o il se trouve prsent1 d'une manire l'chauffer davantage4 ,rien n'est aussi plus ordinaire que de le voir s'offrir servir de guide dans un chemin dtourn qu'il ne connat pas1 et dont il ne peut ensuite trouver l'issue2 venir vers son gnral1 et lui demander quand il doit ranger son arme en bataille1 quel jour il faudra combattre1 et s'il n'a point d'ordres lui donner pour le lendemain2 une autre fois s'approcher de son pre3 ,ma mre1 lui dit-il mystrieusement1 vient de se coucher et ne commence qu' s'endormir2 s'il entre enfin dans la chambre d'un malade qui son mdecin a dfendu le vin1 dire qu'on peut essayer s'il ne lui fera point de mal1 et le soutenir doucement pour lui en faire prendre4 ,s'il apprend qu'une femme soit morte dans la ville1 il s'ingre de faire son pitaphe2 il y fait graver son nom1 celui de son mari1 de son pre1 de sa mre1 son pays1 son origine1 avec cet loge3 ils avaient tous de la vertu4 ,s'il est quelquefois oblig de jurer devant des juges qui exigent son serment3 ,ce n'est pas1 dit-il en perant la foule pour paratre l'audience1 la premire fois que cela m'est arriv4 ,de la stupidit ,la stupidit est en nous une pesanteur d'esprit qui accompagne nos actions et nos discours4 ,un homme stupide1 ayant lui-mme calcul avec des jetons une certaine somme1 demande ceux qui le regardent faire quoi elle se monte4 ,s'il est oblig de paratre dans un jour prescrit devant ses juges pour se dfendre dans un procs que l'on lui fait1 il l'oublie entirement et part pour la campagne4 ,il s'endort un spectacle1 et il ne se rveille que longtemps aprs qu'il est fini et que le peuple s'est retir4 ,aprs s'tre rempli de viandes le soir1 il se lve la nuit pour une indigestion1 va dans la rue se soulager1 o il est mordu d'un chien du voisinage4 ,il cherche ce qu'on vient de lui donner1 et qu'il a mis lui-mme dans quelque endroit1 o souvent il ne peut le retrouver4 ,lorsqu'on l'avertit de la mort de l'un de ses amis afin qu'il assiste ses funrailles1 il s'attriste1 il pleure1 il se dsespre1 et prenant une faon de parler pour une autre3 la bonne heure1 ajoute-t-il2 ou une pareille sottise4 ,cette prcaution qu'ont les personnes sages de ne pas donner sans tmoin de l'argent leurs cranciers1 il l'a pour en recevoir de ses dbiteurs4 ,on le voit quereller son valet1 dans le plus grand froid de l'hiver1 pour ne lui avoir pas achet des concombres4 ,s'il s'avise un jour de faire exercer ses enfants la lutte ou la course1 il ne leur permet pas de se retirer qu'ils ne soient tout en sueur et hors d'haleine4 ,il va cueillir lui-mme des lentilles1 les fait cuire1 et oubliant qu'il y a mis du sel1 il les sale une seconde fois1 de sorte que personne n'en peut goter4 ,dans le temps d'une pluie incommode1 et dont tout le monde se plaint1 il lui chappera de dire que l'eau du ciel est une chose dlicieuse2 et si on lui demande par hasard combien il a vu emporter de morts par la porte ,sacre3 ,autant1 rpond-il1 pensant peut-tre de l'argent ou des grains1 que je voudrais que vous et moi en puissions avoir4 ,de la brutalit ,la brutalit est une certaine duret1 et j'ose dire une frocit qui se rencontre dans nos manires d'agir1 et qui passe mme jusqu' nos paroles4 ,si vous demandez un homme brutal3 ,qu'est devenu un tel8 il vous rpond durement3 ,ne me rompez point la tte4 ,si vous le saluez1 il ne vous fait pas l'honneur de vous rendre le salut4 ,si quelquefois il met en vente une chose qui lui appartient1 il est inutile de lui en demander le prix1 il ne vous coute pas2 mais il dit firement celui qui la marchande3 ,qu'y trouvez-vous dire8 ,il se moque de la pit de ceux qui envoient leurs offrandes dans les temples aux jours d'une grande clbrit3 ,si leurs prires1 dit-il1 vont jusques aux ,dieux1 et s'ils en obtiennent les biens qu'ils souhaitent1 l'on peut dire qu'ils les ont bien pays1 et que ce n'est pas un prsent du ciel4 ,il est inexorable celui qui sans dessein l'aura pouss lgrement1 ou lui aura march sur le pied3 c'est une faute qu'il ne pardonne pas4 ,la premire chose qu'il dit un ami qui lui emprunte quelque argent1 c'est qu'il ne lui en prtera point3 il va le trouver ensuite1 et le lui donne de mauvaise grce1 ajoutant qu'il le compte perdu4 ,il ne lui arrive jamais de se heurter une pierre qu'il rencontre en son chemin1 sans lui donner de grandes maldictions4 ,il ne daigne pas attendre personne2 et si l'on diffre un moment se rendre au lieu dont l'on est convenu avec lui1 il se retire4 ,il se distingue toujours par une grande singularit3 il ne veut ni chanter son tour1 ni rciter dans un repas1 ni mme danser avec les autres4 ,en un mot1 on ne le voit gure dans les temples importuner les ,dieux1 et leur faire des voeux ou des sacrifices4 ,de la superstition ,la superstition semble n'tre autre chose qu'une crainte mal rgle de la ,divinit4 ,un homme superstitieux1 aprs avoir lav ses mains et s'tre purifi avec de l'eau lustrale1 sort du temple1 et se promne une grande partie du jour avec une feuille de laurier dans sa bouche4 ,s'il voit une belette1 il s'arrte tout court1 et il ne continue pas de marcher que quelqu'un n'ait pass avant lui par le mme endroit que cet animal a travers1 ou qu'il n'ait jet lui-mme trois petites pierres dans le chemin1 comme pour loigner de lui ce mauvais prsage4 ,en quelque endroit de sa maison qu'il ait aperu un serpent1 il ne diffre pas d'y lever un autel2 et ds qu'il remarque dans les carrefours de ces pierres que la dvotion du peuple y a consacres1 il s'en approche1 verse dessus toute l'huile de sa fiole1 plie les genoux devant elles1 et les adore4 ,si un rat lui a rong un sac de farine1 il court au devin1 qui ne manque pas de lui enjoindre d'y faire mettre une pice2 mais bien loin d'tre satisfait de sa rponse1 effray d'une aventure si extraordinaire1 il n'ose plus se servir de son sac et s'en dfait4 ,son faible encore est de purifier sans fin la maison qu'il habite1 d'viter de s'asseoir sur un tombeau1 comme d'assister des funrailles1 ou d'entrer dans la chambre d'une femme qui est en couche2 et lorsqu'il lui arrive d'avoir pendant son sommeil quelque vision1 il va trouver les interprtes des songes1 les devins et les augures1 pour savoir d'eux quel dieu ou quelle desse il doit sacrifier4 ,il est fort exact visiter1 sur la fin de chaque mois1 les prtres d',orphe1 pour se faire initier dans ses mystres2 il y mne sa femme2 ou si elle s'en excuse par d'autres soins1 il y fait conduire ses enfants par une nourrice4 ,lorsqu'il marche par la ville1 il ne manque gure de se laver toute la tte avec l'eau des fontaines qui sont dans les places2 quelquefois il a recours des prtresses1 qui le purifient d'une autre manire1 en liant et tendant autour de son corps un petit chien ou de la squille4 ,enfin1 s'il voit un homme frapp d'pilepsie1 saisi d'horreur1 il crache dans son propre sein1 comme pour rejeter le malheur de cette rencontre4 ,de l'esprit chagrin ,l'esprit chagrin fait que l'on n'est jamais content de personne1 et que l'on fait aux autres mille plaintes sans fondement4 ,si quelqu'un fait un festin1 et qu'il se souvienne d'envoyer un plat un homme de cette humeur1 il ne reoit de lui pour tout remerciement que le reproche d'avoir t oubli3 ,je n'tais pas digne1 dit cet esprit querelleux1 de boire de son vin1 ni de manger sa table4 ,tout lui est suspect1 jusques aux caresses que lui fait sa matresse3 ,je doute fort1 lui dit-il1 que vous soyez sincre1 et que toutes ces dmonstrations d'amiti partent du coeur4 ,aprs une grande scheresse venant pleuvoir1 comme il ne peut se plaindre de la pluie1 il s'en prend au ciel de ce qu'elle n'a pas commenc plus tt4 ,si le hasard lui fait voir une bourse dans son chemin1 il s'incline3 ,il y a des gens1 ajoute-t-il1 qui ont du bonheur2 pour moi1 je n'ai jamais eu celui de trouver un trsor4 ,une autre fois1 ayant envie d'un esclave1 il prie instamment celui qui il appartient d'y mettre le prix2 et ds que celui-ci1 vaincu par ses importunits1 le lui a vendu1 il se repent de l'avoir achet3 ,ne suis-je pas tromp8 demande-t-il1 et exigerait-on si peu d'une chose qui serait sans dfauts8 ceux qui lui font les compliments ordinaires sur la naissance d'un fils et sur l'augmentation de sa famille3 ,ajoutez1 leur dit-il1 pour ne rien oublier1 sur ce que mon bien est diminu de la moiti4 ,un homme chagrin1 aprs avoir eu de ses juges ce qu'il demandait1 et l'avoir emport tout d'une voix sur son adversaire1 se plaint encore de celui qui a crit ou parl pour lui1 de ce qu'il n'a pas touch les meilleurs moyens de sa cause2 ou lorsque ses amis ont fait ensemble une certaine somme pour le secourir dans un besoin pressant1 si quelqu'un l'en flicite et le convie mieux esprer de la fortune3 ,comment1 lui rpond-il2 puis-je tre sensible la moindre joie1 quand je pense que je dois rendre cet argent chacun de ceux qui me l'ont prt1 et n'tre pas encore quitte envers eux de la reconnaissance de leur bienfait8 ,de la dfiance ,l'esprit de dfiance nous fait croire que tout le monde est capable de nous tromper4 ,un homme dfiant1 par exemple1 s'il envoie au march l'un de ses domestiques pour y acheter des provisions1 il le fait suivre par un autre qui doit lui rapporter fidlement combien elles ont cot4 ,si quelquefois il porte de l'argent sur soi dans un voyage1 il le calcule chaque stade qu'il fait1 pour voir s'il a son compte4 ,une autre fois1 tant couch avec sa femme1 il lui demande si elle a remarqu que son coffre-fort ft bien ferm1 si sa cassette est toujours scelle1 et si on a eu soin de bien fermer la porte du vestibule2 et1 bien qu'elle assure que tout est en bon tat1 l'inquitude le prend1 il se lve du lit1 va en chemise et les pieds nus1 avec la lampe qui brle dans sa chambre1 visiter lui-mme tous les endroits de sa maison1 et ce n'est qu'avec beaucoup de peine qu'il s'endort aprs cette recherche4 ,il mne avec lui des tmoins quand il va demander ses arrrages1 afin qu'il ne prenne pas un jour envie ses dbiteurs de lui dnier sa dette4 ,ce n'est point chez le foulon qui passe pour le meilleur ouvrier qu'il envoie teindre sa robe1 mais chez celui qui consent de ne point la recevoir sans donner caution4 ,si quelqu'un se hasarde de lui emprunter quelques vases1 il les lui refuse souvent2 ou s'il les accorde1 il ne les laisse pas enlever qu'ils ne soient pess1 il fait suivre celui qui les emporte1 et envoie ds le lendemain prier qu'on les lui renvoie4 ,a-t-il un esclave qu'il affectionne et qui l'accompagne dans la ville1 il le fait marcher devant lui1 de peur que s'il le perdait de vue1 il ne lui chappt et ne prt la fuite4 un homme qui1 emportant de chez lui quelque chose que ce soit1 lui dirait3 ,estimez cela1 et mettez-le sur mon compte1 il rpondrait qu'il faut le laisser o on l'a pris1 et qu'il a d'autres affaires que celle de courir aprs son argent4 ,d'un vilain homme ,ce caractre suppose toujours dans un homme une extrme malpropret1 et une ngligence pour sa personne qui passe dans l'excs et qui blesse ceux qui s'en aperoivent4 ,vous le verrez quelquefois tout couvert de lpre1 avec des ongles longs et malpropres1 ne pas laisser de se mler parmi le monde1 et croire en tre quitte pour dire que c'est une maladie de famille1 et que son pre et son aeul y taient sujets4 ,il a aux jambes des ulcres4 ,on lui voit aux mains des poireaux et d'autres salets1 qu'il nglige de faire gurir2 ou s'il pense y remdier1 c'est lorsque le mal1 aigri par le temps1 est devenu incurable4 ,il est hriss de poil sous les aisselles et par tout le corps1 comme une bte fauve2 il a les dents noires1 ronges1 et telles que son abord ne se peut souffrir4 ,ce n'est pas tout3 il crache ou il se mouche en mangeant2 il parle la bouche pleine1 fait en buvant des choses contre la biensance2 il ne se sert jamais au bain que d'une huile qui sent mauvais1 et ne parat gure dans une assemble publique qu'avec une vieille robe et toute tache4 ,s'il est oblig d'accompagner sa mre chez les devins1 il n'ouvre la bouche que pour dire des choses de mauvais augure4 ,une autre fois1 dans le temple et en faisant des libations1 il lui chappera des mains une coupe ou quelque autre vase2 et il rira ensuite de cette aventure1 comme s'il avait fait quelque chose de merveilleux4 ,un homme si extraordinaire ne sait point couter un concert ou d'excellents joueurs de flte2 il bat des mains avec violence comme pour leur applaudir1 ou bien il suit d'une voix dsagrable le mme air qu'ils jouent2 il s'ennuie de la symphonie1 et demande si elle ne doit pas bientt finir4 ,enfin1 si tant assis table il veut cracher1 c'est justement sur celui qui est derrire lui pour lui donner boire4 ,d'un homme incommode ,ce qu'on appelle un fcheux est celui qui1 sans faire quelqu'un un fort grand tort1 ne laisse pas de l'embarrasser beaucoup2 qui1 entrant dans la chambre de son ami qui commence s'endormir1 le rveille pour l'entretenir de vains discours2 qui1 se trouvant sur le bord de la mer1 sur le point qu'un homme est prt de partir et de monter dans son vaisseau1 l'arrte sans nul besoin1 l'engage insensiblement se promener avec lui sur le rivage2 qui1 arrachant un petit enfant du sein de sa nourrice pendant qu'il tette1 lui fait avaler quelque chose qu'il a mch1 bat des mains devant lui1 le caresse1 et lui parle d'une voix contrefaite2 qui choisit le temps du repas1 et que le potage est sur la table1 pour dire qu'ayant pris mdecine depuis deux jours1 il est all par haut et par bas1 et qu'une bile noire et recuite tait mle dans ses djections2 qui1 devant toute une assemble1 s'avise de demander sa mre quel jour elle a accouch de lui2 qui ne sachant que dire1 apprend que l'eau de sa citerne est frache1 qu'il crot dans son jardin de bonnes lgumes1 ou que sa maison est ouverte tout le monde1 comme une htellerie2 qui s'empresse de faire connatre ses htes un parasite qu'il a chez lui2 qui l'invite table se mettre en bonne humeur1 et rjouir la compagnie4 ,de la sotte vanit ,la sotte vanit semble tre une passion inquite de se faire valoir par les plus petites choses1 ou de chercher dans les sujets les plus frivoles du nom et de la distinction4 ,ainsi un homme vain1 s'il se trouve un repas1 affecte toujours de s'asseoir proche de celui qui l'a convi4 ,il consacre ,apollon la chevelure d'un fils qui lui vient de natre2 et ds qu'il est parvenu l'ge de pubert1 il le conduit lui-mme ,delphes1 lui coupe les cheveux1 et les dpose dans le temple comme un monument d'un voeu solennel qu'il a accompli4 ,il aime se faire suivre par un ,more4 ,s'il fait un payement1 il affecte que ce soit dans une monnaie toute neuve1 et qui ne vienne que d'tre frappe4 ,aprs qu'il a immol un boeuf devant quelque autel1 il se fait rserver la peau du front de cet animal1 il l'orne de rubans et de fleurs1 et l'attache l'endroit de sa maison le plus expos la vue de ceux qui passent1 afin que personne du peuple n'ignore qu'il a sacrifi un boeuf4 ,une autre fois1 au retour d'une cavalcade qu'il aura faite avec d'autres citoyens1 il renvoie chez soi par un valet tout son quipage1 et ne garde qu'une riche robe dont il est habill1 et qu'il trane le reste du jour dans la place publique4 ,s'il lui meurt un petit chien1 il l'enterre1 lui dresse une pitaphe avec ces mots3 ,il tait de race de ,malte4 ,il consacre un anneau ,esculape1 qu'il use force d'y pendre des couronnes de fleurs4 ,il se parfume tous les jours4 ,il remplit avec un grand faste tout le temps de sa magistrature2 et sortant de charge1 il rend compte au peuple avec ostentation des sacrifices qu'il a faits1 comme du nombre et de la qualit des victimes qu'il a immoles4 ,alors1 revtu d'une robe blanche1 et couronn de fleurs1 il parat dans l'assemble du peuple3 ,nous pouvons1 dit-il1 vous assurer1 ,athniens1 que pendant le temps de notre gouvernement nous avons sacrifi ,cyble1 et que nous lui avons rendu des honneurs tels que les mrite de nous la mre des ,dieux3 esprez donc toutes choses heureuses de cette desse4 ,aprs avoir parl ainsi1 il se retire dans sa maison1 o il fait un long rcit sa femme de la manire dont tout lui a russi au del mme de ses souhaits4 ,de l'avarice ,ce vice est dans l'homme un oubli de l'honneur et de la gloire1 quand il s'agit d'viter la moindre dpense4 ,si un avare a remport le prix de la tragdie1 il consacre ,bacchus des guirlandes ou des bandelettes faites d'corce de bois1 et il fait graver son nom sur un prsent si magnifique4 ,quelquefois1 dans les temps difficiles1 le peuple est oblig de s'assembler pour rgler une contribution capable de subvenir aux besoins de la ,rpublique2 alors il se lve et garde le silence1 ou le plus souvent il fend la presse et se retire4 ,lorsqu'il marie sa fille1 et qu'il sacrifie selon la coutume1 il n'abandonne de la victime que les parties seules qui doivent tre brles sur l'autel3 il rserve les autres pour les vendre2 et comme il manque de domestiques pour servir table et tre chargs du soin des noces1 il loue des gens pour tout le temps de la fte1 qui se nourrissent leurs dpens1 et qui il donne une certaine somme4 ,s'il est capitaine de galre1 voulant mnager son lit1 il se contente de coucher indiffremment avec les autres sur de la natte qu'il emprunte de son pilote4 ,vous verrez une autre fois cet homme sordide acheter en plein march des viandes cuites1 toutes sortes d'herbes1 et les porter hardiment dans son sein et sous sa robe2 s'il l'a un jour envoye chez le teinturier pour la dtacher1 comme il n'en a pas une seconde pour sortir1 il est oblig de garder la chambre4 ,il sait viter dans la place la rencontre d'un ami pauvre qui pourrait lui demander1 comme aux autres1 quelque secours2 il se dtourne de lui1 et reprend le chemin de sa maison4 ,il ne donne point de servantes sa femme1 content de lui en louer quelques-unes pour l'accompagner la ville toutes les fois qu'elle sort4 ,enfin ne pensez pas que ce soit un autre que lui qui balaie le matin sa chambre1 qui fasse son lit et le nettoie4 ,il faut ajouter qu'il porte un manteau us1 sale et tout couvert de taches2 qu'en ayant honte lui-mme1 il le retourne quand il est oblig d'aller tenir sa place dans quelque assemble4 ,de l'ostentation ,je n'estime pas que l'on puisse donner une ide plus juste de l'ostentation1 qu'en disant que c'est dans l'homme une passion de faire montre d'un bien ou des avantages qu'il n'a pas4 ,celui en qui elle domine s'arrte dans l'endroit du ,pire o les marchands talent1 et o se trouve un plus grand nombre d'trangers2 il entre en matire avec eux1 il leur dit qu'il a beaucoup d'argent sur la mer2 il discourt avec eux des avantages de ce commerce1 des gains immenses qu'il y a esprer pour ceux qui y entrent1 et de ceux surtout que lui qui leur parle y a faits4 ,il aborde dans un voyage le premier qu'il trouve sur son chemin1 lui fait compagnie1 et lui dit bientt qu'il a servi sous ,alexandre1 quels beaux vases et tout enrichis de pierreries il a rapports de l',asie1 quels excellents ouvriers s'y rencontrent1 et combien ceux de l',europe leur sont infrieurs4 ,il se vante1 dans une autre occasion1 d'une lettre qu'il a reue d',antipater1 qui apprend que lui troisime est entr dans la ,macdoine4 ,il dit une autre fois que bien que les magistrats lui aient permis tels transports de bois qu'il lui plairait sans payer de tribut1 pour viter nanmoins l'envie du peuple1 il n'a point voulu user de ce privilge4 ,il ajoute que pendant une grande chert de vivres1 il a distribu aux pauvres citoyens d',athnes jusqu' la somme de cinq talents2 et s'il parle des gens qu'il ne connat point1 et dont il n'est pas mieux connu1 il leur fait prendre des jetons1 compter le nombre de ceux qui il a fait ces largesses2 et quoiqu'il monte plus de six cents personnes1 il leur donne tous des noms convenables2 et aprs avoir supput les sommes particulires qu'il a donnes chacun d'eux1 il se trouve qu'il en rsulte le double de ce qu'il pensait1 et que dix talents y sont employs1 sans compter1 poursuit-il1 les galres que j'ai armes mes dpens1 et les charges publiques que j'ai exerces mes frais et sans rcompense4 ,cet homme fastueux va chez un fameux marchand de chevaux1 fait sortir de l'curie les plus beaux et les meilleurs1 fait ses offres1 comme s'il voulait les acheter4 ,de mme il visite les foires les plus clbres1 entre sous les tentes des marchands1 se fait dployer une riche robe1 et qui vaut jusqu' deux talents2 il sort en querellant son valet de ce qu'il ose le suivre sans porter de l'or sur lui pour les besoins o l'on se trouve4 ,enfin1 s'il habite une maison dont il paye le loyer1 il dit hardiment quelqu'un qui l'ignore que c'est une maison de famille et qu'il a hrite de son pre2 mais qu'il veut s'en dfaire1 seulement parce qu'elle est trop petite pour le grand nombre d'trangers qu'il retire chez lui4 ,de l'orgueil ,il faut dfinir l'orgueil une passion qui fait que de tout ce qui est au monde l'on n'estime que soi4 ,un homme fier et superbe n'coute pas celui qui l'aborde dans la place pour lui parler de quelque affaire2 mais sans s'arrter1 et se faisant suivre quelque temps1 il lui dit enfin qu'on peut le voir aprs son souper4 ,si l'on a reu de lui le moindre bienfait1 il ne veut pas qu'on en perde jamais le souvenir3 il le reprochera en pleine rue1 la vue de tout le monde4 ,n'attendez pas de lui qu'en quelque endroit qu'il vous rencontre1 il s'approche de vous et qu'il vous parle le premier2 de mme1 au lieu d'expdier sur-le-champ des marchands ou des ouvriers1 il ne feint point de les renvoyer au lendemain matin et l'heure de son lever4 ,vous le voyez marcher dans les rues de la ville la tte baisse1 sans daigner parler personne de ceux qui vont et qui viennent4 ,s'il se familiarise quelquefois jusques inviter ses amis un repas1 il prtexte des raisons pour ne pas se mettre table et manger avec eux1 et il charge ses principaux domestiques du soin de les rgaler4 ,il ne lui arrive point de rendre visite personne sans prendre la prcaution d'envoyer quelqu'un des siens pour avertir qu'il va venir4 ,on ne le voit point chez lui lorsqu'il mange ou qu'il se parfume4 ,il ne se donne pas la peine de rgler lui-mme des parties2 mais il dit ngligemment un valet de les calculer1 de les arrter et les passer compte4 ,il ne sait point crire dans une lettre3 ,je vous prie de me faire ce plaisir ou de me rendre ce service1 mais3 ,j'entends que cela soit ainsi2 j'envoie un homme vers vous pour recevoir une telle chose2 je ne veux pas que l'affaire se passe autrement2 faites ce que je vous dis promptement et sans diffrer4 ,voil son style4 ,de la peur1 ou du dfaut de courage ,cette crainte est un mouvement de l'me qui s'branle1 ou qui cde en vue d'un pril vrai ou imaginaire1 et l'homme timide est celui dont je vais faire la peinture4 ,s'il lui arrive d'tre sur la mer et s'il aperoit de loin des dunes ou des promontoires1 la peur lui fait croire que c'est le dbris de quelques vaisseaux qui ont fait naufrage sur cette cte2 aussi tremble-t-il au moindre flot qui s'lve1 et il s'informe avec soin si tous ceux qui naviguent avec lui sont initis4 ,s'il vient remarquer que le pilote fait une nouvelle manoeuvre1 ou semble se dtourner comme pour viter un cueil1 il l'interroge2 il lui demande avec inquitude s'il ne croit pas s'tre cart de sa route1 s'il tient toujours la haute mer1 et si les ,dieux sont propices4 ,aprs cela il se met raconter une vision qu'il a eue pendant la nuit1 dont il est encore tout pouvant1 et qu'il prend pour un mauvais prsage4 ,ensuite1 ses frayeurs venant crotre1 il se dshabille et te jusques sa chemise pour pouvoir mieux se sauver la nage1 et aprs cette prcaution il ne laisse pas de prier les nautoniers de le mettre terre4 ,que si cet homme faible1 dans une expdition militaire o il s'est engag1 entend dire que les ennemis sont proches1 il appelle ses compagnons de guerre1 observe leur contenance sur ce bruit qui court1 leur dit qu'il est sans fondement1 et que les coureurs n'ont pu discerner si ce qu'ils ont dcouvert la campagne sont amis ou ennemis2 mais si l'on n'en peut plus douter par les clameurs que l'on entend1 et s'il a vu lui-mme de loin le commencement du combat1 et que quelques hommes aient paru tomber ses yeux1 alors feignant que la prcipitation et le tumulte lui ont fait oublier ses armes1 il court les qurir dans sa tente1 o il cache son pe sous le chevet de son lit1 et emploie beaucoup de temps la chercher1 pendant que d'un autre ct son valet va par ses ordres savoir des nouvelles des ennemis1 observer quelle route ils ont prise et o en sont les affaires2 et ds qu'il voit apporter au camp quelqu'un tout sanglant d'une blessure qu'il a reue1 il accourt vers lui1 le console et l'encourage1 tanche le sang qui coule de sa plaie1 chasse les mouches qui l'importunent1 ne lui refuse aucun secours1 et se mle de tout1 except de combattre4 ,si pendant le temps qu'il est dans la chambre du malade1 qu'il ne perd pas de vue1 il entend la trompette qui sonne la charge3 ,ah6 dit-il avec imprcation1 puisses-tu tre pendu1 maudit sonneur qui cornes incessamment1 et fais un bruit enrag qui empche ce pauvre homme de dormir6 ,il arrive mme que tout plein d'un sang qui n'est pas le sien1 mais qui a rejailli sur lui de la plaie du bless1 il fait accroire ceux qui reviennent du combat qu'il a couru un grand risque de sa vie pour sauver celle de son ami2 il conduit vers lui ceux qui y prennent intrt1 ou comme ses parents1 ou parce qu'ils sont d'un mme pays1 et l il ne rougit pas de leur raconter quand et de quelle manire il a tir cet homme des ennemis et l'a apport dans sa tente4 ,des grands d'une rpublique ,la plus grande passion de ceux qui ont les premires places dans un tat populaire n'est pas le dsir du gain ou de l'accroissement de leurs revenus1 mais une impatience de s'agrandir et de se fonder1 s'il se pouvait1 une souveraine puissance sur celle du peuple4 ,s'il s'est assembl pour dlibrer qui des citoyens il donnera la commission d'aider de ses soins le premier magistrat dans la conduite d'une fte ou d'un spectacle1 cet homme ambitieux1 et tel que je viens de le dfinir1 se lve1 demande cet emploi1 et proteste que nul autre ne peut si bien s'en acquitter4 ,il n'approuve point la domination de plusieurs1 et de tous les vers d',homre il n'a retenu que celui-ci3 ,les peuples sont heureux quand un seul les gouverne ,son langage le plus ordinaire est tel3 ,retirons-nous de cette multitude qui nous environne2 tenons ensemble un conseil particulier o le peuple ne soit point admis2 essayons mme de lui fermer le chemin la magistrature4 ,et s'il se laisse prvenir contre une personne d'une condition prive1 de qui il croie avoir reu quelque injure3 ,cela1 dit-il1 ne se peut souffrir1 et il faut que lui ou moi abandonnions la ville4 ,vous le voyez se promener dans la place1 sur le milieu du jour1 avec les ongles propres1 la barbe et les cheveux en bon ordre1 repousser firement ceux qui se trouvent sur ses pas1 dire avec chagrin aux premiers qu'il rencontre que la ville est un lieu o il n'y a plus moyen de vivre1 qu'il ne peut plus tenir contre l'horrible foule des plaideurs1 ni supporter plus longtemps les longueurs1 les crieries et les mensonges des avocats2 qu'il commence avoir honte de se trouver assis1 dans une assemble publique ou sur les tribunaux1 auprs d'un homme mal habill1 sale1 et qui dgote1 et qu'il n'y a pas un seul de ces orateurs dvous au peuple qui ne lui soit insupportable4 ,il ajoute que c'est ,thse qu'on peut appeler le premier auteur de tous ces maux2 et il fait de pareils discours aux trangers qui arrivent dans la ville1 comme ceux avec qui il sympathise de moeurs et de sentiments4 ,d'une tardive instruction ,il s'agit de dcrire quelques inconvnients o tombent ceux qui1 ayant mpris dans leur jeunesse les sciences et les exercices1 veulent rparer cette ngligence dans un ge avanc par un travail souvent inutile4 ,ainsi un vieillard de soixante ans s'avise d'apprendre des vers par coeur1 et de les rciter table dans un festin1 o1 la mmoire venant lui manquer1 il a la confusion de demeurer court4 ,une autre fois il apprend de son propre fils les volutions qu'il faut faire dans les rangs droite ou gauche1 le maniement des armes1 et quel est l'usage la guerre de la lance et du bouclier4 ,s'il monte un cheval que l'on lui a prt1 il le presse de l'peron1 veut le manier1 et lui faisant faire des voltes ou des caracoles1 il tombe lourdement et se casse la tte4 ,on le voit tantt1 pour s'exercer au javelot1 le lancer tout un jour contre l'homme de bois1 tantt tirer de l'arc et disputer avec son valet lequel des deux donnera mieux dans un blanc avec des flches1 vouloir d'abord apprendre de lui1 se mettre ensuite l'instruire et le corriger comme s'il tait le plus habile4 ,enfin se voyant tout nu au sortir d'un bain1 il imite les postures d'un lutteur1 et par le dfaut d'habitude1 il les fait de mauvaise grce1 et il s'agite d'une manire ridicule4 ,de la mdisance ,je dfinis ainsi la mdisance3 une pente secrte de l'me penser mal de tous les hommes1 laquelle se manifeste par les paroles2 et pour ce qui concerne le mdisant1 voici ses moeurs4 ,si on l'interroge sur quelque autre1 et que l'on lui demande quel est cet homme1 il fait d'abord sa gnalogie3 ,son pre1 dit-il1 s'appelait ,sosie1 que l'on a connu dans le service et parmi les troupes sous le nom de ,sosistrate2 il a t affranchi depuis ce temps1 et reu dans l'une des tribus de la ville2 pour sa mre1 c'tait une noble ,thracienne1 car les femmes de ,thrace1 ajoute-t-il1 se piquent la plupart d'une ancienne noblesse3 celui-ci1 n de si honntes gens1 est un sclrat et qui ne mrite que le gibet4 ,et retournant la mre de cet homme qu'il peint avec de si belles couleurs3 ,elle est1 poursuit-il1 de ces femmes qui pient sur les grands chemins les jeunes gens au passage1 et qui pour ainsi dire les enlvent et les ravissent4 ,dans une compagnie o il se trouve quelqu'un qui parle mal d'une personne absente1 il relve la conversation3 ,je suis1 lui dit-il1 de votre sentiment3 cet homme m'est odieux1 et je ne le puis souffrir4 ,qu'il est insupportable par sa physionomie6 ,y a-t-il un plus grand fripon et des manires plus extravagantes8 ,savez-vous combien il donne sa femme pour la dpense de chaque repas8 ,trois oboles1 et rien davantage2 et croiriez-vous que dans les rigueurs de l'hiver et au mois de dcembre il l'oblige de se laver avec de l'eau froide8 ,si alors quelqu'un de ceux qui l'coutent se lve et se retire1 il parle de lui presque dans les mmes termes4 ,nul de ses plus familiers amis n'est pargn2 les morts mmes dans le tombeau ne trouvent pas un asile contre sa mauvaise langue4 ,,les ,,caract,,res ,,ou ,,les ,,moeurs ,,de ,,ce ,,si,,cle ,prface ,admonere voluimus1 non mordere2 prodesse1 non laedere2 consulere moribus hominum1 non officere4 rasme ,je rends au public ce qu'il m'a prt2 j'ai emprunt de lui la matire de cet ouvrage3 il est juste que1 l'ayant achev avec toute l'attention pour la vrit dont je suis capable1 et qu'il mrite de moi1 je lui en fasse la restitution4 ,il peut regarder avec loisir ce portrait que j'ai fait de lui d'aprs nature1 et s'il se connat quelques-uns des dfauts que je touche1 s'en corriger4 7,,iv7 ,c'est l'unique fin que l'on doit se proposer en crivant1 et le succs aussi que l'on doit moins se promettre2 mais comme les hommes ne se dgotent point du vice1 il ne faut pas aussi se lasser de leur reprocher3 ils seraient peut-tre pires1 s'ils venaient manquer de censeurs ou de critiques2 c'est ce qui fait que l'on prche et que l'on crit4 ,l'orateur et l'crivain ne sauraient vaincre la joie qu'ils ont d'tre applaudis2 mais ils devraient rougir d'eux-mmes s'ils n'avaient cherch par leurs discours ou par leurs crits que des loges2 outre que l'approbation la plus sre et la moins quivoque est le changement de moeurs et la rformation de ceux qui les lisent ou qui les coutent4 ,on ne doit parler1 on ne doit crire que pour l'instruction2 et s'il arrive que l'on plaise1 il ne faut pas nanmoins s'en repentir1 si cela sert insinuer et faire recevoir les vrits qui doivent instruire4 ,quand donc il s'est gliss dans un livre quelques penses ou quelques rflexions qui n'ont ni le feu1 ni le tour1 ni la vivacit des autres1 bien qu'elles semblent y tre admises pour la varit1 pour dlasser l'esprit1 pour le rendre plus prsent et plus attentif ce qui va suivre1 moins que d'ailleurs elles ne soient sensibles1 familires1 instructives1 accommodes au simple peuple1 qu'il n'est pas permis de ngliger1 le lecteur peut les condamner1 et l'auteur les doit proscrire3 voil la rgle4 ,il y en a une autre1 et que j'ai intrt que l'on veuille suivre1 qui est de ne pas perdre mon titre de vue1 et de penser toujours1 et dans toute la lecture de cet ouvrage1 que ce sont les caractres ou les moeurs de ce sicle que je dcris2 7,,viii7 car bien que je les tire souvent de la cour de ,france et des hommes de ma nation1 on ne peut pas nanmoins les restreindre une seule cour1 ni les renfermer en un seul pays1 sans que mon livre ne perde beaucoup de son tendue et de son utilit1 ne s'carte du plan que je me suis fait d'y peindre les hommes en gnral1 comme des raisons qui entrent dans l'ordre des chapitres et dans une certaine suite insensible des rflexions qui les composent4 7,,iv7 ,aprs cette prcaution si ncessaire1 et dont on pntre assez les consquences1 je crois pouvoir protester contre tout chagrin1 toute plainte1 toute maligne interprtation1 toute fausse application et toute censure1 contre les froids plaisants et les lecteurs mal intentionns3 7,v7 il faut savoir lire1 et ensuite se taire1 ou pouvoir rapporter ce qu'on a lu1 et ni plus ni moins que ce qu'on a lu2 et si on le peut quelquefois1 ce n'est pas assez1 il faut encore le vouloir faire3 sans ces conditions1 qu'un auteur exact et scrupuleux est en droit d'exiger de certains esprits pour l'unique rcompense de son travail1 je doute qu'il doive continuer d'crire1 s'il prfre du moins sa propre satisfaction l'utilit de plusieurs et au zle de la vrit4 ,j'avoue d'ailleurs que j'ai balanc ds l'anne ,m4,,dc4,,lxxxx1 et avant la cinquime dition1 entre l'impatience de donner mon livre plus de rondeur et une meilleure forme par de nouveaux caractres1 et la crainte de faire dire quelques-uns3 ,ne finiront-ils point1 ces ,caractres1 et ne verrons-nous jamais autre chose de cet crivain8 ,des gens sages me disaient d'une part3 ,la matire est solide1 utile1 agrable1 inpuisable2 vivez longtemps1 et traitez-la sans interruption pendant que vous vivrez3 que pourriez-vous faire de mieux8 il n'y a point d'anne que les folies des hommes ne puissent vous fournir un volume4 ,d'autres1 avec beaucoup de raison1 me faisaient redouter les caprices de la multitude et la lgret du public1 de qui j'ai nanmoins de si grands sujets d'tre content1 et ne manquaient pas de me suggrer que personne presque depuis trente annes ne lisant plus que pour lire1 il fallait aux hommes1 pour les amuser1 de nouveaux chapitres et un nouveau titre2 que cette indolence avait rempli les boutiques et peupl le monde1 depuis tout ce temps1 de livres froids et ennuyeux1 d'un mauvais style et de nulle ressource1 sans rgles et sans la moindre justesse1 contraires aux moeurs et aux biensances1 crits avec prcipitation1 et lus de mme1 seulement par leur nouveaut2 et que si je ne savais qu'augmenter un livre raisonnable1 le mieux que je pouvais faire tait de me reposer4 ,je pris alors quelque chose de ces deux avis si opposs1 et je gardai un temprament qui les rapprochait3 je ne feignis point d'ajouter quelques nouvelles remarques celles qui avaient dj grossi du double la premire dition de mon ouvrage2 mais afin que le public ne ft point oblig de parcourir ce qui tait ancien pour passer ce qu'il y avait de nouveau1 et qu'il trouvt sous ses yeux ce qu'il avait seulement envie de lire1 je pris soin de lui dsigner cette seconde augmentation par une marque particulire2 je crus aussi qu'il ne serait pas inutile de lui distinguer la premire augmentation par une autre plus simple1 qui servt lui montrer le progrs de mes ,caractres1 et aider son choix dans la lecture qu'il en voudrait faire2 et comme il pouvait craindre que ce progrs n'allt l'infini1 j'ajoutais toutes ces exactitudes une promesse sincre de ne plus rien hasarder en ce genre4 7,,vi7 ,que si quelqu'un m'accuse d'avoir manqu ma parole1 en insrant dans les trois ditions qui ont suivi un assez grand nombre de nouvelles remarques1 il verra du moins qu'en les confondant avec les anciennes par la suppression entire de ces diffrences qui se voient par apostille1 j'ai moins pens lui faire lire rien de nouveau qu' laisser peut-tre un ouvrage de moeurs plus complet1 plus fini1 et plus rgulier1 la postrit4 7,i7 ,ce ne sont point au reste des maximes que j'ai voulu crire3 elles sont comme des lois dans la morale1 et j'avoue que je n'ai ni assez d'autorit ni assez de gnie pour faire le lgislateur2 je sais mme que j'aurais pch contre l'usage des maximes1 qui veut qu' la manire des oracles elles soient courtes et concises4 ,quelques-unes de ces remarques le sont1 quelques autres sont plus tendues3 on pense les choses d'une manire diffrente1 et on les explique par un tour aussi tout diffrent1 par une sentence1 par un raisonnement1 par une mtaphore ou quelque autre figure1 par un parallle1 par une simple comparaison1 par un fait tout entier1 par un seul trait1 par une description1 par une peinture3 de l procde la longueur ou la brivet de mes rflexions4 ,ceux enfin qui font des maximes veulent tre crus3 je consens1 au contraire1 que l'on dise de moi que je n'ai pas quelquefois bien remarqu1 pourvu que l'on remarque mieux1 rends au public ce qu'il m'a prt2 j'ai emprunt de lui la matire de cet ouvrage3 il est juste que1 l'ayant achev avec toute l'attention pour la vrit dont je suis capable1 et qu'il mrite de moi1 je lui en fasse la restitution4 ,il peut regarder avec loisir ce portrait que j'ai fait de lui d'aprs nature1 et s'il se connat quelques-uns des dfauts que je touche1 s'en corriger4 7,,iv7 ,c'est l'unique fin que l'on doit se proposer en crivant1 et le succs aussi que l'on doit moins se promettre2 mais comme les hommes ne se dgotent point du vice1 il ne faut pas aussi se lasser de leur reprocher3 ils seraient peut-tre pires1 s'ils venaient manquer de censeurs ou de critiques2 c'est ce qui fait que l'on prche et que l'on crit4 ,l'orateur et l'crivain ne sauraient vaincre la joie qu'ils ont d'tre applaudis2 mais ils devraient rougir d'eux-mmes s'ils n'avaient cherch par leurs discours ou par leurs crits que des loges2 outre que l'approbation la plus sre et la moins quivoque est le changement de moeurs et la rformation de ceux qui les lisent ou qui les coutent4 ,on ne doit parler1 on ne doit crire que pour l'instruction2 et s'il arrive que l'on plaise1 il ne faut pas nanmoins s'en repentir1 si cela sert insinuer et faire recevoir les vrits qui doivent instruire4 ,quand donc il s'est gliss dans un livre quelques penses ou quelques rflexions qui n'ont ni le feu1 ni le tour1 ni la vivacit des autres1 bien qu'elles semblent y tre admises pour la varit1 pour dlasser l'esprit1 pour le rendre plus prsent et plus attentif ce qui va suivre1 moins que d'ailleurs elles ne soient sensibles1 familires1 instructives1 accommodes au simple peuple1 qu'il n'est pas permis de ngliger1 le lecteur peut les condamner1 et l'auteur les doit proscrire3 voil la rgle4 ,il y en a une autre1 et que j'ai intrt que l'on veuille suivre1 qui est de ne pas perdre mon titre de vue1 et de penser toujours1 et dans toute la lecture de cet ouvrage1 que ce sont les caractres ou les moeurs de ce sicle que je dcris2 7,,viii7 car bien que je les tire souvent de la cour de ,france et des hommes de ma nation1 on ne peut pas nanmoins les restreindre une seule cour1 ni les renfermer en un seul pays1 sans que mon livre ne perde beaucoup de son tendue et de son utilit1 ne s'carte du plan que je me suis fait d'y peindre les hommes en gnral1 comme des raisons qui entrent dans l'ordre des chapitres et dans une certaine suite insensible des rflexions qui les composent4 7,,iv7 ,aprs cette prcaution si ncessaire1 et dont on pntre assez les consquences1 je crois pouvoir protester contre tout chagrin1 toute plainte1 toute maligne interprtation1 toute fausse application et toute censure1 contre les froids plaisants et les lecteurs mal intentionns3 7,v7 il faut savoir lire1 et ensuite se taire1 ou pouvoir rapporter ce qu'on a lu1 et ni plus ni moins que ce qu'on a lu2 et si on le peut quelquefois1 ce n'est pas assez1 il faut encore le vouloir faire3 sans ces conditions1 qu'un auteur exact et scrupuleux est en droit d'exiger de certains esprits pour l'unique rcompense de son travail1 je doute qu'il doive continuer d'crire1 s'il prfre du moins sa propre satisfaction l'utilit de plusieurs et au zle de la vrit4 ,j'avoue d'ailleurs que j'ai balanc ds l'anne ,m4,,dc4,,lxxxx1 et avant la cinquime dition1 entre l'impatience de donner mon livre plus de rondeur et une meilleure forme par de nouveaux caractres1 et la crainte de faire dire quelques-uns3 ,ne finiront-ils point1 ces ,caractres1 et ne verrons-nous jamais autre chose de cet crivain8 ,des gens sages me disaient d'une part3 ,la matire est solide1 utile1 agrable1 inpuisable2 vivez longtemps1 et traitez-la sans interruption pendant que vous vivrez3 que pourriez-vous faire de mieux8 il n'y a point d'anne que les folies des hommes ne puissent vous fournir un volume4 ,d'autres1 avec beaucoup de raison1 me faisaient redouter les caprices de la multitude et la lgret du public1 de qui j'ai nanmoins de si grands sujets d'tre content1 et ne manquaient pas de me suggrer que personne presque depuis trente annes ne lisant plus que pour lire1 il fallait aux hommes1 pour les amuser1 de nouveaux chapitres et un nouveau titre2 que cette indolence avait rempli les boutiques et peupl le monde1 depuis tout ce temps1 de livres froids et ennuyeux1 d'un mauvais style et de nulle ressource1 sans rgles et sans la moindre justesse1 contraires aux moeurs et aux biensances1 crits avec prcipitation1 et lus de mme1 seulement par leur nouveaut2 et que si je ne savais qu'augmenter un livre raisonnable1 le mieux que je pouvais faire tait de me reposer4 ,je pris alors quelque chose de ces deux avis si opposs1 et je gardai un temprament qui les rapprochait3 je ne feignis point d'ajouter quelques nouvelles remarques celles qui avaient dj grossi du double la premire dition de mon ouvrage2 mais afin que le public ne ft point oblig de parcourir ce qui tait ancien pour passer ce qu'il y avait de nouveau1 et qu'il trouvt sous ses yeux ce qu'il avait seulement envie de lire1 je pris soin de lui dsigner cette seconde augmentation par une marque particulire2 je crus aussi qu'il ne serait pas inutile de lui distinguer la premire augmentation par une autre plus simple1 qui servt lui montrer le progrs de mes ,caractres1 et aider son choix dans la lecture qu'il en voudrait faire2 et comme il pouvait craindre que ce progrs n'allt l'infini1 j'ajoutais toutes ces exactitudes une promesse sincre de ne plus rien hasarder en ce genre4 7,,vi7 ,que si quelqu'un m'accuse d'avoir manqu ma parole1 en insrant dans les trois ditions qui ont suivi un assez grand nombre de nouvelles remarques1 il verra du moins qu'en les confondant avec les anciennes par la suppression entire de ces diffrences qui se voient par apostille1 j'ai moins pens lui faire lire rien de nouveau qu' laisser peut-tre un ouvrage de moeurs plus complet1 plus fini1 et plus rgulier1 la postrit4 7,i7 ,ce ne sont point au reste des maximes que j'ai voulu crire3 elles sont comme des lois dans la morale1 et j'avoue que je n'ai ni assez d'autorit ni assez de gnie pour faire le lgislateur2 je sais mme que j'aurais pch contre l'usage des maximes1 qui veut qu' la manire des oracles elles soient courtes et concises4 ,quelques-unes de ces remarques le sont1 quelques autres sont plus tendues3 on pense les choses d'une manire diffrente1 et on les explique par un tour aussi tout diffrent1 par une sentence1 par un raisonnement1 par une mtaphore ou quelque autre figure1 par un parallle1 par une simple comparaison1 par un fait tout entier1 par un seul trait1 par une description1 par une peinture3 de l procde la longueur ou la brivet de mes rflexions4 ,ceux enfin qui font des maximes veulent tre crus3 je consens1 au contraire1 que l'on dise de moi que je n'ai pas quelquefois bien remarqu1 pourvu que l'on remarque mieux4 ,des ouvrages de l'esprit #a 7,i7 ,tout est dit1 et l'on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu'il y a des hommes et qui pensent4 ,sur ce qui concerne les moeurs1 le plus beau et le meilleur est enlev2 l'on ne fait que glaner aprs les anciens et les habiles d'entre les modernes4 #b 7,i7 ,il faut chercher seulement penser et parler juste1 sans vouloir amener les autres notre got et nos sentiments2 c'est une trop grande entreprise4 #c 7,i7 ,c'est un mtier que de faire un livre1 comme de faire une pendule3 il faut plus que de l'esprit pour tre auteur4 ,un magistrat allait par son mrite la premire dignit1 il tait homme dli et pratique dans les affaires3 il a fait imprimer un ouvrage moral1 qui est rare par le ridicule4 #d 7,i7 ,il n'est pas si ais de se faire un nom par un ouvrage parfait1 que d'en faire valoir un mdiocre par le nom qu'on s'est dj acquis4 #e 7,i7 ,un ouvrage satirique ou qui contient des faits1 qui est donn en feuilles sous le manteau aux conditions d'tre rendu de mme1 s'il est mdiocre1 passe pour merveilleux2 l'impression est l'cueil4 #f 7,i7 ,si l'on te de beaucoup d'ouvrages de morale l'avertissement au lecteur1 l'ptre ddicatoire1 la prface1 la table1 les approbations1 il reste peine assez de pages pour mriter le nom de livre4 #g 7,i7 ,il y a de certaines choses dont la mdiocrit est insupportable3 la posie1 la musique1 la peinture1 le discours public4 ,quel supplice que celui d'entendre dclamer pompeusement un froid discours1 ou prononcer de mdiocres vers avec toute l'emphase d'un mauvais pote6 #h 7,v7 ,certains potes sont sujets1 dans le dramatique1 de longues suites de vers pompeux1 qui semblent forts1 levs1 et remplis de grands sentiments4 ,le peuple coute avidement1 les yeux levs et la bouche ouverte1 croit que cela lui plat1 et mesure qu'il y comprend moins l'admire davantage2 il n'a pas le temps de respirer1 il a peine celui de se rcrier et d'applaudir4 ,j'ai cru autrefois1 et dans ma premire jeunesse1 que ces endroits taient clairs et intelligibles pour les acteurs1 pour le parterre et l'amphithtre1 que leurs auteurs s'entendaient eux-mmes1 et qu'avec toute l'attention que je donnais leur rcit1 j'avais tort de n'y rien entendre3 je suis dtromp4 #i 7,i7 ,l'on n'a gure vu jusques prsent un chef-d'oeuvre d'esprit qui soit l'ouvrage de plusieurs3 ,homre a fait l',iliade1 ,virgile l'nide1 ,tite-,live ses ,dcades1 et l',orateur romain ses ,oraisons4 #aj 7,i7 ,il y a dans l'art un point de perfection1 comme de bont ou de maturit dans la nature4 ,celui qui le sent et qui l'aime a le got parfait2 celui qui ne le sent pas1 et qui aime en de ou au del1 a le got dfectueux4 ,il y a donc un bon et un mauvais got1 et l'on dispute des gots avec fondement4 #aa 7,i7 ,il y a beaucoup plus de vivacit que de got parmi les hommes2 ou pour mieux dire1 il y a peu d'hommes dont l'esprit soit accompagn d'un got sr et d'une critique judicieuse4 #ab 7,i7 ,la vie des hros a enrichi l'histoire1 et l'histoire a embelli les actions des hros3 ainsi je ne sais qui sont plus redevables1 ou ceux qui ont crit l'histoire ceux qui leur en ont fourni une si noble matire1 ou ces grands hommes leurs historiens4 #ac 7,i7 ,amas d'pithtes1 mauvaises louanges3 ce sont les faits qui louent1 et la manire de les raconter4 #ad 7,i7 ,tout l'esprit d'un auteur consiste bien dfinir et bien peindre4 ,mose1 ,homre1 ,platon1 ,virgile1 ,horace ne sont au-dessus des autres crivains que par leurs expressions et par leurs images3 il faut exprimer le vrai pour crire naturellement1 fortement1 dlicatement4 #ae 7,v7 ,on a d faire du style ce qu'on a fait de l'architecture4 ,on a entirement abandonn l'ordre gothique1 que la barbarie avait introduit pour les palais et pour les temples2 on a rappel le dorique1 l'ionique et le corinthien3 ce qu'on ne voyait plus que dans les ruines de l'ancienne ,rome et de la vieille ,grce1 devenu moderne1 clate dans nos portiques et dans nos pristyle4 ,de mme1 on ne saurait en crivant rencontrer le parfait1 et s'il se peut1 surpasser les anciens que par leur imitation4 7,i7 ,combien de sicles se sont couls avant que les hommes1 dans les sciences et dans les arts1 aient pu revenir au got des anciens et reprendre enfin le simple et le naturel6 7,,iv7 ,on se nourrit des anciens et des habiles modernes1 on les presse1 on en tire le plus que l'on peut1 on en renfle ses ouvrages2 et quand enfin l'on est auteur1 et que l'on croit marcher tout seul1 on s'lve contre eux1 on les maltraite1 semblable ces enfants drus et forts d'un bon lait qu'ils ont suc1 qui battent leur nourrice4 7,,iv7 ,un auteur moderne prouve ordinairement que les anciens nous sont infrieurs en deux manires1 par raison et par exemple3 il tire la raison de son got particulier1 et l'exemple de ses ouvrages4 7,,iv7 ,il avoue que les anciens1 quelque ingaux et peu corrects qu'ils soient1 ont de beaux traits2 il les cite1 et ils sont si beaux qu'ils font lire sa critique4 7,,iv7 ,quelques habiles prononcent en faveur des anciens contre les modernes2 mais ils sont suspects et semblent juger en leur propre cause1 tant leurs ouvrages sont faits sur le got de l'antiquit3 on les rcuse4 #af 7,i7 ,l'on devrait aimer lire ses ouvrages ceux qui en savent assez pour les corriger et les estimer4 7,,iv7 ,ne vouloir tre ni conseill ni corrig sur son ouvrage est un pdantisme4 7,,iv7 ,il faut qu'un auteur reoive avec une gale modestie les loges et la critique que l'ont fait de ses ouvrages4 #ag 7,i7 ,entre toutes les diffrentes expressions qui peuvent rendre une seule de nos penses1 il n'y en a qu'une qui soit la bonne4 ,on ne la rencontre pas toujours en parlant ou en crivant2 il est vrai nanmoins qu'elle existe1 que tout ce qui ne l'est point est faible1 et ne satisfait point un homme d'esprit qui veut se faire entendre4 ,un bon auteur1 et qui crit avec soin1 prouve souvent que l'expression qu'il cherchait depuis longtemps sans la connatre1 et qu'il a enfin trouve1 est celle qui tait la plus simple1 la plus naturelle1 qui semblait devoir se prsenter d'abord et sans effort4 ,ceux qui crivent par humeur sont sujets retoucher leurs ouvrages3 comme elle n'est pas toujours fixe1 et qu'elle varie en eux selon les occasions1 ils se refroidissent bientt pour les expressions et les termes qu'ils ont le plus aims4 #ah 7,i7 ,la mme justesse d'esprit qui nous fait crire de bonnes choses nous fait apprhender qu'elles ne le soient pas assez pour mriter d'tre lues4 ,un esprit mdiocre croit crire divinement2 un bon esprit croit crire raisonnablement4 #ai 7,i7 ,l'on m'a engag1 dit ,ariste1 lire mes ouvrages ,zole3 je l'ai fait4 ,ils l'ont saisi d'abord et avant qu'il ait eu le loisir de les trouver mauvais2 il les a lous modestement en ma prsence1 et il ne les a pas lous depuis devant personne4 ,je l'excuse1 et je n'en demande pas davantage un auteur2 je le plains mme d'avoir cout de belles choses qu'il n'a point faites4 ,ceux qui par leur condition se trouvent exempts de la jalousie d'auteur1 ont ou des passions ou des besoins qui les distraient et les rendent froids sur les conceptions d'autrui3 personne presque1 par la disposition de son esprit1 de son coeur et de sa fortune1 n'est en tat de se livrer au plaisir que donne la perfection d'un ouvrage4 #bj 7,i7 ,le plaisir de la critique nous te celui d'tre vivement touchs de trs belles choses4 #ba 7,i7 ,bien des gens vont jusques sentir le mrite d'un manuscrit qu'on leur lit1 qui ne peuvent se dclarer en sa faveur1 jusques ce qu'ils aient vu le cours qu'il aura dans le monde par l'impression1 ou quel sera son sort parmi les habiles3 ils ne hasardent point leurs suffrages1 et ils veulent tre ports par la foule et entrans par la multitude4 ,ils disent alors qu'ils ont les premiers approuv cet ouvrage1 et que le public est de leur avis4 7,,vi7 ,ces gens laissent chapper les plus belles occasions de nous convaincre qu'ils ont de la capacit et des lumires1 qu'ils savent juger1 trouver bon ce qui est bon1 et meilleur ce qui est meilleur4 ,un bel ouvrage tombe entre leurs mains1 c'est un premier ouvrage1 l'auteur ne s'est pas encore fait un grand nom1 il n'a rien qui prvienne en sa faveur1 il ne s'agit point de faire sa cour ou de flatter les grands en applaudissant ses crits2 on ne vous demande pas1 ,zlotes1 de vous rcrier3 ,c'est un chef-d'oeuvre de l'esprit2 l'humanit ne va pas plus loin2 c'est jusqu'o la parole humaine peut s'lever2 on ne jugera l'avenir du got de quelqu'un qu' proportion qu'il en aura pour cette pice2 phrase outres1 dgotantes1 qui sentent la pension ou l'abbaye1 nuisibles cela mme qui est louable et qu'on veut louer4 ,que ne disiez-vous seulement3 ,voil un bon livre8 ,vous le dites1 il est vrai1 avec toute la ,france1 avec les trangers comme avec vos compatriotes1 quand il est imprim par toute l',europe et qu'il est traduit en plusieurs langues3 il n'est plus temps4 #bb 7,,iv7 ,quelques-uns de ceux qui ont lu un ouvrage en rapportent certains traits dont ils n'ont pas compris le sens1 et qu'ils altrent encore par tout ce qu'ils y mettent du leur2 et ces traits ainsi corrompus et dfigurs1 qui ne sont autre chose que leurs propres penses et leurs expressions1 ils les exposent la censure1 soutiennent qu'ils sont mauvais1 et tout le monde convient qu'ils sont mauvais2 mais l'endroit de l'ouvrage que ces critiques croient citer1 et qu'en effet ils ne citent point1 n'en est pas pire4 #bc 7,,iv7 ,que dites-vous du livre d',hermodore8--,qu'il est mauvais1 rpond ,anthime4--,qu'il est mauvais8--,qu'il est tel1 continue-t-il1 que ce n'est pas un livre1 ou qui mrite du moins que le monde en parle4--,mais l'avez-vous lu8--,non1 dit ,anthime4 ,que n'ajoute-t-il que ,fulvie et ,mlanie l'ont condamn sans l'avoir lu1 et qu'il est ami de ,fulvie et de ,mlanie8 #bd 7,,iv7 ,arsne1 du plus haut de son esprit1 contemple les hommes1 et dans l'loignement d'o il les voit1 il est comme effray de leur petitesse2 lou1 exalt1 et port jusqu'aux cieux par de certaines gens qui se sont promis de s'admirer rciproquement1 il croit1 avec quelque mrite qu'il a1 possder tout celui qu'on peut avoir1 et qu'il n'aura jamais2 occup et rempli de ses sublimes ides1 il se donne peine le loisir de prononcer quelques oracles2 lev par son caractre au-dessus des jugements humains1 il abandonne aux mes communes le mrite d'une vie suivie et uniforme1 et il n'est responsable de ses inconstances qu' ce cercle d'amis qui les idoltrent3 eux seuls savent juger1 savent penser1 savent crire1 doivent crire2 il n'y a point d'autre ouvrage d'esprit si bien reu dans le monde1 et si universellement got des honntes gens1 je ne dis pas qu'il veuille approuver1 mais qu'il daigne lire3 incapable d'tre corrig par cette peinture qu'il ne lira point4 #be 7,,vi7 ,thocrine sait des choses assez inutiles2 il a des sentiments toujours singuliers2 il est moins profond que mthodique2 il n'exerce que sa mmoire2 il est abstrait1 ddaigneux1 et il semble toujours rire en lui-mme de ceux qu'il croit ne le valoir pas4 ,le hasard fait que je lui lis mon ouvrage1 il l'coute4 ,est-il lu1 il me parle du sien4 ,et du vtre1 me direz-vous1 qu'en pense-t-il8--,je vous l'ai dj dit1 il me parle du sien4 #bf 7,,iv7 ,il n'y a point d'ouvrage si accompli qui ne fondt tout entier au milieu de la critique1 si son auteur voulait en croire tous les censeurs qui tent chacun l'endroit qui leur plat le moins4 #bg 7,,iv7 ,c'est une exprience faite que1 s'il se trouve dix personnes qui effacent d'un livre une expression ou un sentiment1 l'on en fournit aisment un pareil nombre qui les rclame4 ,ceux-ci s'crient3 ,pourquoi supprimer cette pense8 elle est neuve1 elle est belle1 et le tour en est admirable2 et ceux-l affirment1 au contraire1 ou qu'ils auraient nglig cette pense1 ou qu'ils lui auraient donn un autre tour4 ,il y a un terme1 disent les uns1 dans votre ouvrage1 qui est rencontr et qui peint la chose au naturel2 il y a un mot1 disent les autres1 qui est hasard1 et qui d'ailleurs ne signifie pas assez ce que vous voulez peut-tre faire entendre2 et c'est du mme trait et du mme mot que tous ces gens s'expliquent ainsi1 et tous sont connaisseurs et passent pour tels4 ,quel autre parti pour un auteur1 que d'oser pour lors tre de l'avis de ceux qui l'approuvent8 #bh 7,,iv7 ,un auteur srieux n'est pas oblig de remplir son esprit de toutes les extravagances1 de toutes les salets1 de tous les mauvais mots que l'on peut dire1 et de toutes les ineptes applications que l'on peut faire au sujet de quelques endroits de son ouvrage1 et encore moins de les supprimer4 ,il est convaincu que quelque scrupuleuse exactitude que l'on ait dans sa manire d'crire1 la raillerie froide des mauvais plaisants est un mal invitable1 et que les meilleures choses ne leur servent souvent qu' leur faire rencontrer une sottise4 #bi 7,,viii7 ,si certains esprits vifs et dcisifs taient crus1 ce serait encore trop que les termes pour exprimer les sentiments3 il faudrait leur parler par signes1 ou sans parler se faire entendre4 ,quelque soin qu'on apporte tre serr et concis1 et quelque rputation qu'on ait d'tre tel1 ils vous trouvent diffus4 ,il faut leur laisser tout suppler1 et n'crire que pour eux seuls4 ,ils conoivent une priode par le mot qui la commence1 et par une priode tout un chapitre3 leur avez-vous lu un seul endroit de l'ouvrage1 c'est assez1 ils sont dans le fait et entendent l'ouvrage4 ,un tissu d'nigmes leur serait une lecture divertissante2 et c'est une perte pour eux que ce style estropi qui les enlve soit rare1 et que peu d'crivains s'en accommodent4 ,les comparaisons tires d'un fleuve dont le cours1 quoique rapide1 est gal et uniforme1 ou d'un embrasement qui1 pouss par les vents1 s'pand au loin dans une fort o il consume les chnes et les pins1 ne leur fournissent aucune ide de l'loquence4 ,montrez-leur un feu grgeois qui les surprenne1 ou un clair qui les blouisse1 ils vous quittent du bon et du beau4 ,quelle prodigieuse distance entre un bel ouvrage1 et un ouvrage parfait ou rgulier6 ,je ne sais s'il s'en est encore trouv de ce dernier genre4 ,il est peut-tre moins difficile aux rares gnies de rencontrer le grand et le sublime1 que d'viter toute sorte de fautes4 ,le ,cid n'a eu qu'une voix pour lui sa naissance1 qui a t celle de l'admiration2 il s'est vu plus fort que l'autorit et la politique1 qui ont tent vainement de le dtruire2 il a runi en sa faveur des esprits toujours partags d'opinions et de sentiments2 les grands et le peuple3 ils s'accordent tous le savoir de mmoire1 et prvenir au thtre les acteurs qui le rcitent4 ,le ,cid enfin est l'un des plus beaux pomes que l'on puisse faire2 et l'une des meilleurs critiques qui aient t faites sur aucun sujet est celle du ,cid4 #ca 7,,viii7 ,quand une lecture vous lve l'esprit1 et qu'elle vous inspire des sentiments nobles et courageux1 ne cherchez pas une autre rgle pour juger l'ouvrage2 il est bon1 et fait de main d'ouvrier4 #cb 7,,iv7 ,capys1 qui s'rige en juge du beau style et qui croit crire comme ,bouhours et ,rabutin1 rsiste la voix 7#gg7 du peuple1 et dit tout seul que ,damis n'est pas un bon auteur4 ,damis cde la multitude1 et dit ingnument avec le public que ,capys est froid crivain4 #cc 7,,iv7 ,le devoir du nouvelliste est de dire3 ,il y a un tel livre qui court1 et qui est imprim chez ,cramoisy en tel caractre1 il est bien reli et en beau papier1 il se vend tant2 il doit savoir jusques l'enseigne du libraire qui le dbite3 sa folie est d'en vouloir faire la critique4 ,le sublime du nouvelliste est le raisonnement creux sur la politique4 ,le nouvelliste se couche le soir tranquillement sur une nouvelle qui se corrompt la nuit1 et qu'il est oblig d'abandonner le matin son rveil4 #cd 7,,iv7 ,le philosophe consume sa vie observer les hommes1 et il use ses esprits en dmler les vices et le ridicule2 s'il donne quelque tour ses penses1 c'est moins par une vanit d'auteur1 que pour mettre une vrit qu'il a trouve dans tout le jour ncessaire pour faire l'impression qui doit servir son dessein4 ,quelques lecteurs croient nanmoins le payer avec usure1 s'ils disent magistralement qu'ils ont lu son livre1 et qu'il y a de l'esprit2 mais il leur renvoie tous leurs loges1 qu'il n'a pas cherchs par son travail et par ses veilles4 ,il porte plus haut ses projets et agit pour une fin plus releve3 il demande des hommes un plus grand et un plus rare succs que les louanges1 et mme que les rcompenses1 qui est de les rendre meilleurs4 #ce 7,,iv7 ,les sots lisent un livre1 et ne l'entendent point2 les esprits mdiocres croient l'entendre parfaitement2 les grands esprits ne l'entendent quelquefois pas tout entier3 ils trouvent obscur ce qui est obscur1 comme ils trouvent clair ce qui est clair2 les beaux esprits veulent trouver obscur ce qui ne l'est point1 et ne pas entendre ce qui est fort intelligible4 #cf 7,,iv7 ,un auteur cherche vainement se faire admirer par son ouvrage4 ,les sots admirent quelquefois1 mais ce sont des sots4 ,les personnes d'esprit ont en eux les semences de toutes les vrits et de tous les sentiments1 rien ne leur est nouveau2 ils admirent peu1 ils approuvent4 #cg 7,,iv7 ,je ne sais si l'on pourra jamais mettre dans des lettres plus d'esprit1 plus de tour1 plus d'agrment et plus de style que l'on en voit dans celles de ,balzac#b et de ,voiture2 elles sont vides de sentiments qui n'ont rgn que depuis leur temps1 et qui doivent aux femmes leur naissance4 ,ce sexe va plus loin que le ntre dans ce genre d'crire4 ,elles trouvent sous leur plume des tours et des expressions qui souvent en nous ne sont l'effet que d'un long travail et d'une pnible recherche2 elles sont heureuses dans le choix des termes1 qu'elles placent si juste1 que tout connus qu'ils sont1 ils ont le charme de la nouveaut1 semblent tre faits seulement pour l'usage o elles les mettent2 il n'appartient qu' elles de faire lire dans un seul mot tout un sentiment1 et de rendre dlicatement une pense qui est dlicate2 elles ont un enchanement de discours inimitable1 qui se suit naturellement1 et qui n'est li que par le sens4 ,si les femmes taient toujours correctes1 j'oserais dire que les lettres de quelques-unes d'entre elles seraient peut-tre ce que nous avons dans notre langue de mieux crit4 ,note3 #b ,jean-,louis ,guez de ,balzac 7#aeig8--afed7 ,les entretiens1 ,le ,prince1 ,socrate chrtien4 #ch 7,,iv7 ,il n'a manqu ,trence que d'tre moins froid3 quelle puret1 quelle exactitude1 quelle politesse1 quelle lgance1 quels caractres6 ,il n'a manqu ,molire que d'viter le jargon et le barbarisme1 et d'crire purement3 quel feu1 quelle navet1 quelle source de la bonne plaisanterie1 quelle imitation des moeurs1 quelles images1 et quel flau du ridicule6 ,mais quel homme on aurait pu faire de ces deux comiques6 #ci 7,v7 ,j'ai lu ,malherbe et ,thophile4 ,ils ont tous deux connu la nature1 avec cette diffrence que le premier d'un style plein et uniforme1 montre tout la fois ce qu'elle a de plus beau et de plus noble1 de plus naf et de plus simple2 il en fait la peinture ou l'histoire4 ,l'autre1 sans choix1 sans exactitude1 d'une plume libre et ingale1 tantt charge ses descriptions1 s'appesantit sur les dtails3 il fait une anatomie2 tantt il feint1 il exagre1 il passe le vrai dans la nature3 il en fait le roman4 #dj 7,v7 ,ronsard et ,balzac ont eu1 chacun dans leur genre1 assez de bon et de mauvais pour former aprs eux de trs grands hommes en vers et en prose4 #da 7,v7 ,marot1 par son tour et par son style1 semble avoir crit depuis ,ronsard3 il n'y a gure1 entre ce premier et nous1 que la diffrence de quelques mots4 #db 7,v7 ,ronsard et les auteurs ses contemporains ont plus nui au style qu'ils ne lui ont servi3 ils l'ont retard dans le chemin de la perfection2 ils l'ont expos la manquer pour toujours et n'y plus revenir4 ,il est tonnant que les ouvrages de ,marot1 si naturels et si faciles1 n'aient su faire de ,ronsard1 d'ailleurs plein de verve et d'enthousiasme1 un plus grand pote que ,ronsard et que ,marot2 et1 au contraire1 que ,belleau1 ,jodelle1 et du ,bartas1 aient t sitt suivis d'un ,racan et d'un ,malherbe1 et que notre langue1 peine corrompue1 se soit vue rpare4 #dc 7,v7 ,marot et ,rabelais sont inexcusables d'avoir sem l'ordure dans leurs crits3 tous deux avaient assez de gnie et de naturel pour pouvoir s'en passer1 mme l'gard de ceux qui cherchent moins admirer qu' rire dans un auteur4 ,rabelais surtout est incomprhensible3 son livre est une nigme1 quoi qu'on veuille dire1 inexplicable2 c'est une chimre1 c'est le visage d'une belle femme avec des pieds et une queue de serpent1 ou de quelque autre bte plus difforme2 c'est un monstrueux assemblage d'une morale fine et ingnieuse1 et d'une sale corruption4 ,o il est mauvais1 il passe bien loin au del du pire1 c'est le charme de la canaille2 o il est bon1 il va jusques l'exquis et l'excellent1 il peut tre le mets des plus dlicats4 #dd 7,v7 ,deux crivains dans leurs ouvrages ont blm ,montaigne1 que je ne crois pas1 aussi bien qu'eux1 exempt de toute sorte de blme3 il parat que tous deux ne l'ont estim en nulle manire4 ,l'un ne pensait pas assez pour goter un auteur qui pense beaucoup2 l'autre pense trop subtilement pour s'accommoder de penses qui sont naturelles4 #de 7,v7 ,un style grave1 srieux1 scrupuleux1 va fort loin3 on lit ,amyot et ,coeffeteau2 lequel lit-on de leurs contemporains8 ,balzac1 pour les termes et pour l'expression1 est moins vieux que ,voiture1 mais si ce dernier1 pour le tour1 pour l'esprit et pour le naturel2 n'est pas moderne1 et ne ressemble en rien nos crivains1 c'est qu'il leur a t plus facile de le ngliger que de l'imiter2 et que le petit nombre de ceux qui courent aprs lui ne peut l'atteindre4 #df 7,i7 ,le ,h9999 ,g9999 est immdiatement au-dessous de rien4 ,il y a bien d'autres ouvrages qui lui ressemblent4 ,il y a autant d'invention s'enrichir par un sot livre qu'il y a de sottise l'acheter3 c'est ignorer le got du peuple que de ne pas hasarder quelquefois de grandes fadaises4 #dg 7,i7 ,l'on voit bien que l',opra est l'bauche d'un grand spectacle2 il en donne l'ide4 7,i7 ,je ne sais pas comment l',opra1 avec une musique si parfaite et une dpense toute royale1 a pu russir m'ennuyer4 7,i7 ,il y a des endroits dans l',opra qui laissent en dsirer d'autres2 il chappe quelquefois de souhaiter la fin de tout le spectacle3 c'est faute de thtre1 d'action1 et de choses qui intressent4 7,,iv7 ,l',opra jusques ce jour n'est pas un pome1 ce sont des vers2 ni un spectacle1 depuis que les machines ont disparu par le bon mnage d',amphion et de sa race3 c'est un concert1 ou ce sont des voix soutenues par des instruments4 ,c'est prendre le change1 et cultiver un mauvais got1 que de dire1 comme l'on fait1 que la machine n'est qu'un amusement d'enfants1 et qui ne convient qu'aux ,marionnettes2 elle augmente et embellit la fiction1 soutient dans les spectateurs cette douce illusion qui est tout le plaisir du thtre2 o elle jette encore le merveilleux4 ,il ne faut point de vols1 ni de chars1 ni de changements1 aux ,brnices et ,pnlope3 il en faut aux ,opras1 et le propre de ce spectacle est de tenir les esprits1 les yeux et les oreilles dans un gal enchantement4 #dh 7,,iv7 ,ils ont fait le thtre1 ces empresss1 les machines1 les ballets1 les vers1 la musique1 tout le spectacle1 jusqu' la salle o s'est donn le spectacle1 j'entends le toit et les quatre murs ds leurs fondements4 ,qui doute que la chasse sur l'eau1 l'enchantement de la ,table1 la merveille du ,labyrinthe ne soient encore de leur invention8 ,j'en juge par le mouvement qu'ils se donnent1 et par l'air content dont ils s'applaudissent sur tout le succs4 ,si je me trompe1 et qu'ils n'aient contribu en rien cette fte si superbe1 si galante1 si longtemps soutenue1 et o un seul a suffi pour le projet et pour la dpense1 j'admire deux choses3 la tranquillit et le flegme de celui qui a tout remu1 comme l'embarras et l'action de ceux qui n'ont rien fait4 #di 7,,iv7 ,les connaisseurs1 ou ceux qui se croient tels1 se donnent voix dlibrative et dcisive sur les spectacles1 se cantonnent aussi1 et se divisent en des partis contraires1 dont chacun1 pouss par un tout autre intrt que par celui du public ou de l'quit1 admire un certain pome ou une certaine musique1 et siffle tout autre4 ,ils nuisent galement1 par cette chaleur dfendre leurs prventions1 et la faction oppose et leur propre cabale2 ils dcouragent par mille contradictions les potes et les musiciens1 retardent les progrs des sciences et des arts1 en leur tant le fruit qu'ils pourraient tirer de l'mulation et de la libert qu'auraient plusieurs excellents matres de faire1 chacun dans leur genre et selon leur gnie1 de trs bons ouvrages4 #ej 7,,iv7 ,d'o vient que l'on rit si librement au thtre1 et que l'on a honte d'y pleurer8 ,est-il moins dans la nature de s'attendrir sur le pitoyable que d'clater sur le ridicule8 ,est-ce l'altration des traits qui nous retient8 ,elle est plus grande dans un ris immodr que dans la plus amre douleur1 et l'on dtourne son visage pour rire comme pour pleurer en la prsence des grands et de tous ceux que l'on respecte4 ,est-ce une peine que l'on sent laisser voir que l'on est tendre1 et marquer quelque faiblesse1 surtout en un sujet faux1 et dont il semble que l'on soit la dupe8 ,mais sans citer les personnes graves ou les esprits forts qui trouvent du faible dans un ris excessif comme dans les pleurs1 et qui se les dfendent galement1 qu'attend-on d'une scne tragique8 qu'elle fasse rire8 ,et d'ailleurs la vrit n'y rgne-t-elle pas aussi vivement par ses images que dans le comique8 l'me ne va-t-elle pas jusqu'au vrai dans l'un et l'autre genre avant que de s'mouvoir8 est-elle mme si aise contenter8 ne lui faut-il pas encore le vraisemblable8 ,comme donc ce n'est point une chose bizarre d'entendre s'lever de tout un amphithtre un ris universel sur quelque endroit d'une comdie1 et que cela suppose au contraire qu'il est plaisant et trs navement excut1 aussi l'extrme violence que chacun se fait contraindre ses larmes1 et le mauvais ris dont on veut les couvrir prouvent clairement que l'effet naturel du grand tragique serait de pleurer tous franchement et de concert la vue l'un de l'autre1 et sans autre embarras que d'essuyer ses larmes1 outre qu'aprs tre convenu de s'y abandonner1 on prouverait encore qu'il y a souvent moins lieu de craindre de pleurer au thtre que de s'y morfondre4 #ea 7,,vi7 ,le pome tragique vous serre le coeur ds son commencement1 vous laisse peine dans tout son progrs la libert de respirer et le temps de vous remettre1 ou s'il vous donne quelque relche1 c'est pour vous replonger dans de nouveaux abmes et dans de nouvelles alarmes4 ,il vous conduit la terreur par la piti1 ou rciproquement la piti par le terrible1 vous mne par les larmes1 par les sanglots1 par l'incertitude1 par l'esprance1 par la crainte1 par les surprises et par l'horreur jusqu' la catastrophe4 ,ce n'est donc pas un tissu de jolis sentiments1 de dclarations tendres1 d'entretiens galants1 de portraits agrables1 de mots doucereux1 ou quelquefois assez plaisants pour faire rire1 suivi la vrit d'une dernire scne o les mutins n'entendent aucune raison1 et o1 pour la biensance1 il y a enfin du sang rpandu1 et quelque malheureux qui il en cote la vie4 #eb 7,v7 ,ce n'est point assez que les moeurs du thtre ne soient point mauvaises1 il faut encore qu'elles soient dcentes et instructives4 ,il peut y avoir un ridicule si bas et si grossier1 ou mme si fade et si indiffrent1 qu'il n'est ni permis au pote d'y faire attention1 ni possible aux spectateurs de s'en divertir4 ,le paysan ou l'ivrogne fournit quelques scnes un farceur2 il n'entre qu' peine dans le vrai comique3 comment pourrait-il faire le fond ou l'action principale de la comdie8 ,ces caractres1 dit-on1 sont naturels4 ,ainsi1 par cette rgle1 on occupera bientt tout l'amphithtre d'un laquais qui siffle1 d'un malade dans sa garde-robe1 d'un homme ivre qui dort ou qui vomit3 y a-t-il rien de plus naturel8 ,c'est le propre d'un effmin de se lever tard1 de passer une partie du jour sa toilette1 de se voir au miroir1 de se parfumer1 de se mettre des mouches1 de recevoir des billets et d'y faire rponse4 ,mettez ce rle sur la scne4 ,plus longtemps vous le ferez durer1 un acte1 deux actes1 plus il sera naturel et conforme son original2 mais plus aussi il sera froid et insipide4 #ec 7,i7 ,il semble que le roman et la comdie pourraient tre aussi utiles qu'ils sont nuisibles4 ,l'on y voit de si grands exemples de constance1 de vertu1 de tendresse et de dsintressement1 de si beaux et de si parfaits caractres1 que quand une jeune personne jette de l sa vue sur tout ce qui l'entoure1 ne trouvant que des sujets indignes et fort au-dessous de ce qu'elle vient d'admirer1 je m'tonne qu'elle soit capable pour eux de la moindre faiblesse4 #ed 7,i7 ,corneille ne peut tre gal dans les endroits o il excelle3 il a pour lors un caractre original et inimitable2 mais il est ingal4 ,ses premires comdies sont sches2 languissantes1 et ne laissaient pas esprer qu'il dt ensuite aller si loin2 comme ses dernires font qu'on s'tonne qu'il ait pu tomber de si haut4 ,dans quelques-unes de ses meilleures pices1 il y a des fautes inexcusables contre les moeurs1 un style de dclamateur qui arrte l'action et la fait languir1 des ngligences dans les vers et dans l'expression qu'on ne peut comprendre en un si grand homme4 ,ce qu'il y a eu en lui de plus minent1 c'est l'esprit1 qu'il avait sublime1 auquel il a t redevable de certains vers1 les plus heureux qu'on ait jamais lus ailleurs1 de la conduite de son thtre1 qu'il a quelquefois hasarde contre les rgles des anciens1 et enfin de ses dnouements2 car il ne s'est pas toujours assujetti au got des ,grecs et leur grande simplicit3 il a aim au contraire charger la scne d'vnements dont il est presque toujours sorti avec succs2 admirable surtout par l'extrme varit et le peu de rapport qui se trouve pour le dessein entre un si grand nombre de pomes qu'il a composs4 ,il semble qu'il y ait plus de ressemblance dans ceux de ,racine1 et qui tendent un peu plus une mme chose2 mais il est gal1 soutenu1 toujours le mme partout1 soit pour le dessein et la conduite de ses pices1 qui sont justes1 rgulires1 prises dans le bon sens et dans la nature1 soit pour la versification1 qui est correcte1 riche dans ses rimes1 lgante1 nombreuse1 harmonieuse3 exact imitateur des anciens1 dont il a suivi scrupuleusement la nettet et la simplicit de l'action2 qui le grand et le merveilleux n'ont pas mme manqu1 ainsi qu' ,corneille1 ni le touchant ni le pathtique4 ,quelle plus grande tendresse que celle qui est rpandue dans tout le ,cid1 dans ,polyeucte et dans les ,horaces8 ,quelle grandeur ne se remarque point en ,mithridate1 en ,porus et en ,burrhus8 ,ces passions encore favorites des anciens1 que les tragiques aimaient exciter sur les thtres1 et qu'on nomme la terreur et la piti1 ont t connues de ces deux potes4 ,oreste1 dans l',andromaque de ,racine1 et ,phdre du mme auteur1 comme l',oedipe et les ,horaces de ,corneille1 en sont la preuve4 ,si cependant il est permis de faire entre eux quelque comparaison1 et les marquer l'un et l'autre par ce qu'ils ont eu de plus propre et par ce qui clate le plus ordinairement dans leurs ouvrages1 peut-tre qu'on pourrait parler ainsi3 ,corneille nous assujettit ses caractres et ses ides1 ,racine se conforme aux ntres2 celui-l peint les hommes comme ils devraient tre1 celui-ci les peint tels qu'ils sont4 ,il y a plus dans le premier de ce que l'on admire1 et de ce que l'on doit mme imiter2 il y a plus dans le second de ce que l'on reconnat dans les autres1 ou de ce que l'on prouve dans soi-mme4 ,l'un lve1 tonne1 matrise1 instruit2 l'autre plat1 remue1 touche1 pntre4 ,ce qu'il y a de plus beau1 de plus noble et de plus imprieux dans la raison1 est mani par le premier2 et par l'autre1 ce qu'il y a de plus flatteur et de plus dlicat dans la passion4 ,ce sont dans celui-l des maximes1 des rgles1 des prceptes2 et dans celui-ci1 du got et des sentiments4 ,l'on est plus occup aux pices de ,corneille2 l'on est plus branl et plus attendri celles de ,racine4 ,corneille est plus moral1 ,racine plus naturel4 ,il semble que l'un imite ,sophocle1 et que l'autre doit plus ,euripide4 #ee 7,i7 ,le peuple appelle loquence la facilit que quelques-uns ont de parler seuls et longtemps1 jointe l'emportement du geste1 l'clat de la voix1 et la force des poumons4 ,les pdants ne l'admettent aussi que dans le discours oratoire1 et ne la distinguent pas de l'entassement des figures1 de l'usage des grands mots1 et de la rondeur des priodes4 7,i7 ,il semble que la logique est l'art de convaincre de quelque vrit2 et l'loquence un don de l'me1 lequel nous rend matres du coeur et de l'esprit des autres2 qui fait que nous leur inspirons ou que nous leur persuadons tout ce qui nous plat4 7,i7 ,l'loquence peut se trouver dans les entretiens et dans tout genre d'crire4 ,elle est rarement o on la cherche1 et elle est quelquefois o on ne la cherche point4 7,,iv7 ,l'loquence est au sublime ce que le tout est sa partie4 7,,iv7 ,qu'est-ce que le sublime8 ,il ne parat pas qu'on l'ait dfini4 ,est-ce une figure8 ,nat-il des figures1 ou du moins de quelques figures8 ,tout genre d'crire reoit-il le sublime1 ou s'il n'y a que les grands sujets qui en soient capables8 ,peut-il briller autre chose dans l'glogue qu'un beau naturel1 et dans les lettres familires comme dans les conversations qu'une grande dlicatesse8 ou plutt le naturel et le dlicat ne sont-ils pas le sublime des ouvrages dont ils font la perfection8 ,qu'est-ce que le sublime8 ,o entre le sublime8 7,,iv7 ,les synonymes sont plusieurs dictions ou plusieurs phrases diffrentes qui signifient une mme chose4 ,l'antithse est une opposition de deux vrits qui se donnent du jour l'une l'autre4 ,la mtaphore ou la comparaison emprunte1 d'une chose trangre une image sensible et naturelle d'une vrit4 ,l'hyperbole exprime au del de la vrit pour ramener l'esprit la mieux connatre4 ,le sublime ne peint que la vrit1 mais en un sujet noble2 il la peint tout entire1 dans sa cause et dans son effet2 il est l'expression ou l'image la plus digne de cette vrit4 ,les esprits mdiocres ne trouvent point l'unique expression1 et usent de synonymes4 ,les jeunes gens sont blouis de l'clat de l'antithse1 et s'en servent4 ,les esprits justes1 et qui aiment faire des images qui soient prcises1 donnent naturellement dans la comparaison et la mtaphore4 ,les esprits vifs1 pleins de feu1 et qu'une vaste imagination emporte hors des rgles et de la justesse1 ne peuvent s'assouvir de l'hyperbole4 ,pour le sublime1 il n'y a1 mme entre les grands gnies1 que les plus levs qui en soient capables4 #ef 7,,vii7 ,tout crivain1 pour crire nettement1 doit se mettre la place de ses lecteurs1 examiner son propre ouvrage comme quelque chose qui lui est nouveau1 qu'il lit pour la premire fois1 o il n'a nulle part1 et que l'auteur aurait soumis sa critique2 et se persuader ensuite qu'on n'est pas entendu seulement cause que l'on s'entend soi-mme1 mais parce qu'on est en effet intelligible4 #eg 7,,iv7 ,l'on n'crit que pour tre entendu2 mais il faut du moins en crivant faire entendre de belles choses4 ,l'on doit avoir une diction pure1 et user de termes qui soient propres1 il est vrai2 mais il faut que ces termes si propres expriment des penses nobles1 vives1 solides1 et qui renferment un trs beau sens4 ,c'est faire de la puret et de la clart du discours un mauvais usage que de les faire servir une matire aride1 infructueuse1 qui est sans sel1 sans utilit1 sans nouveaut4 ,que sert aux lecteurs de comprendre aisment et sans peine des choses frivoles et puriles1 quelquefois fades et communes1 et d'tre moins incertains de la pense d'un auteur qu'ennuys de son ouvrage8 ,si l'on jette quelque profondeur dans certains crits1 si l'on affecte une finesse de tour1 et quelquefois une trop grande dlicatesse1 ce n'est que par la bonne opinion qu'on a de ses lecteurs4 #eh 7,,iv7 ,l'on a cette incommodit essuyer dans la lecture des livres faits par des gens de parti et de cabale1 que l'on n'y voit pas toujours la vrit4 ,les faits y sont dguiss1 les raisons rciproques n'y sont point rapportes dans toute leur force1 ni avec une entire exactitude2 et1 ce qui use la plus longue patience1 il faut lire un grand nombre de termes durs et injurieux que se disent des hommes graves1 qui d'un point de doctrine ou d'un fait contest se font une querelle personnelle4 ,ces ouvrages ont cela de particulier qu'ils ne mritent ni le cours prodigieux qu'ils ont pendant un certain temps1 ni le profond oubli o ils tombent lorsque1 le feu et la division venant s'teindre1 ils deviennent des almanachs de l'autre anne4 #ei 7,,vii7 ,la gloire ou le mrite de certains hommes est de bien crire2 et de quelques autres1 c'est de n'crire point4 #fj 7,,iv7 ,l'on crit rgulirement depuis vingt annes2 l'on est esclave de la construction2 l'on a enrichi la langue de nouveaux mots1 secou le joug du latinisme1 et rduit le style la phrase purement franaise2 l'on a presque retrouv le nombre que ,malherbe et ,balzac avaient les premiers rencontr1 et que tant d'auteurs depuis eux ont laiss perdre2 l'on a mis enfin dans le discours tout l'ordre et toute la nettet dont il est capable3 cela conduit insensiblement y mettre de l'esprit4 #fa 7,,iv7 ,il y a des artisans ou des habiles dont l'esprit est aussi vaste que l'art et la science qu'ils professent2 ils lui rendent avec avantage1 par le gnie et par l'invention1 ce qu'ils tiennent d'elle et de ses principes2 ils sortent de l'art pour l'ennoblir1 s'cartent des rgles si elles ne les conduisent pas au grand et au sublime2 ils marchent seuls et sans compagnie1 mais ils vont fort haut et pntrent fort loin1 toujours srs et confirms par le succs des avantages que l'on tire quelquefois de l'irrgularit4 ,les esprits justes1 doux1 modrs1 non seulement ne les atteignent pas1 ne les admirent pas1 mais ils ne les comprennent point1 et voudraient encore moins les imiter2 ils demeurent tranquilles dans l'tendue de leur sphre1 vont jusques un certain point qui fait les bornes de leur capacit et de leurs lumires2 ils ne vont pas plus loin1 parce qu'ils ne voient rien au del2 ils ne peuvent au plus qu'tre les premiers d'une seconde classe1 et exceller dans le mdiocre4 #fb 7,v7 ,il y a des esprits1 si je l'ose dire1 infrieurs et subalternes1 qui ne semblent faits que pour tre le recueil1 le registre1 ou le magasin de toutes les productions des autres gnies3 ils sont plagiaires1 traducteurs1 compilateurs2 ils ne pensent point1 ils disent ce que les auteurs ont pens2 et comme le choix des penses est invention1 ils l'ont mauvais1 peu juste1 et qui les dtermine plutt rapporter beaucoup de choses1 que d'excellentes choses2 ils n'ont rien d'original et qui soit eux2 ils ne savent que ce qu'ils ont appris1 et ils n'apprennent que ce que tout le monde veut bien ignorer1 une science aride1 dnue d'agrment et d'utilit1 qui ne tombe point dans la conversation1 qui est hors de commerce1 semblable une monnaie qui n'a point de cours3 on est tout la fois tonn de leur lecture et ennuy de leur entretien ou de leurs ouvrages4 ,ce sont ceux que les grands et le vulgaire confondent avec les savants1 et que les sages renvoient au pdantisme4 #fc 7,,vii7 ,la critique souvent n'est pas une science2 c'est un mtier1 o il faut plus de sant que d'esprit1 plus de travail que de capacit1 plus d'habitude que de gnie4 ,si elle vient d'un homme qui ait moins de discernement que de lecture1 et qu'elle s'exerce sur de certains chapitres1 elle corrompt et les lecteurs et l'crivain4 #fd 7,,vi7 ,je conseille un auteur n copiste1 et qui a l'extrme modestie de travailler d'aprs quelqu'un1 de ne se choisir pour exemplaires que ces sortes d'ouvrages o il entre de l'esprit1 de l'imagination1 ou mme de l'rudition3 s'il n'atteint pas ses originaux1 du moins il en approche1 et il se fait lire4 ,il doit au contraire viter comme un cueil de vouloir imiter ceux qui crivent par humeur1 que le coeur fait parler1 qui il inspire les termes et les figures1 et qui tirent1 pour ainsi dire1 de leurs entrailles tout ce qu'ils expriment sur le papier3 dangereux modles et tout propres faire tomber dans le froid1 dans le bas et dans le ridicule ceux qui s'ingrent de les suivre4 ,en effet1 je rirais d'un homme qui voudrait srieusement parler mon ton de voix1 ou me ressembler de visage4 #fe 7,i7 ,un homme n chrtien et ,franais se trouve contraint dans la satire2 les grands sujets lui sont dfendus3 il les entame quelquefois1 et se dtourne ensuite sur de petites choses1 qu'il relve par la beaut de son gnie et de son style4 #ff 7,i7 ,il faut viter le style vain et puril1 de peur de ressembler ,dorilas et ,handburg3 l'on peut au contraire en une sorte d'crits hasarder de certaines expressions1 user de termes transposs et qui peignent vivement1 et plaindre ceux qui ne sentent pas le plaisir qu'il y a s'en servir ou les entendre4 #fg 7,i7 ,celui qui n'a gard en crivant qu'au got de son sicle songe plus sa personne qu' ses crits3 il faut toujours tendre la perfection1 et alors cette justice qui nous est quelquefois refuse par nos contemporains1 la postrit sait nous la rendre4 #fh 7,i7 ,il ne faut point mettre un ridicule o il n'y en a point3 c'est se gter le got1 c'est corrompre son jugement et celui des autres2 mais le ridicule qui est quelque part1 il faut l'y voir1 l'en tirer avec grce1 et d'une manire qui plaise et qui instruise4 #fi 7,i7 ,horace ou ,despraux l'a dit avant vous4--,je le crois sur votre parole2 mais je l'ai dit comme mien4 ,ne puis-je pas penser aprs eux une chose vraie1 et que d'autres encore penseront aprs moi8 ,du mrite personnel #a 7,i7 ,qui peut1 avec les plus rares talents et le plus excellent mrite1 n'tre pas convaincu de son inutilit1 quand il considre qu'il laisse en mourant un monde qui ne se sent pas de sa perte1 et o tant de gens se trouvent pour le remplacer8 #b 7,i7 ,de bien des gens il n'y a que le nom qui vaille quelque chose4 ,quand vous les voyez de fort prs1 c'est moins que rien2 de loin1 ils imposent4 #c 7,,vi7 ,tout persuad que je suis que ceux que l'on choisit pour de diffrents emplois1 chacun selon son gnie et sa profession1 font bien1 je me hasarde de dire qu'il se peut faire qu'il y ait au monde plusieurs personnes1 connues ou inconnues1 que l'on n'emploie pas1 qui feraient trs bien2 et je suis induit ce sentiment par le merveilleux succs de certaines gens que le hasard seul a placs1 et de qui jusques alors on n'avait pas attendu de fort grandes choses4 7,i7 ,combien d'hommes admirables1 et qui avaient de trs beaux gnies1 sont morts sans qu'on en ait parl6 ,combien vivent encore dont on ne parle point1 et dont on ne parlera jamais6 #d 7,i7 ,quelle horrible peine a un homme qui est sans prneurs et sans cabale1 qui n'est engag dans aucun corps1 mais qui est seul1 et qui n'a que beaucoup de mrite pour toute recommandation1 de se faire jour travers l'obscurit o il se trouve1 et de venir au niveau d'un fat qui est en crdit6 #e 7,i7 ,personne presque ne s'avise de lui-mme du mrite d'un autre4 ,les hommes sont trop occups d'eux-mmes pour avoir le loisir de pntrer ou de discerner les autres2 de l vient qu'avec un grand mrite et une plus grande modestie l'on peut tre longtemps ignor4 #f 7,i7 ,le gnie et les grands talents manquent souvent1 quelquefois aussi les seules occasions3 tels peuvent tre lous de ce qu'ils ont fait1 et tels de ce qu'ils auraient fait4 #g 7,,iv7 ,il est moins rare de trouver de l'esprit que des gens qui se servent du leur1 ou qui fassent valoir celui des autres et le mettent quelque usage4 #h 7,,vi7 ,il y a plus d'outils que d'ouvriers1 et de ces derniers plus de mauvais que d'excellents2 que pensez-vous de celui qui veut scier avec un rabot1 et qui prend sa scie pour raboter8 #i 7,i7 ,il n'y a point au monde un si pnible mtier que celui de se faire un grand nom3 la vie s'achve que l'on a peine bauch son ouvrage4 #aj 7,v7 ,que faire d'gsippe1 qui demande un emploi8 ,le mettra-t-on dans les finances1 ou dans les troupes8 ,cela est indiffrent1 et il faut que ce soit l'intrt seul qui en dcide2 car il est aussi capable de manier de l'argent1 ou de dresser des comptes1 que de porter les armes4 ,il est propre tout1 disent ses amis1 ce qui signifie toujours qu'il n'a pas plus de talent pour une chose que pour une autre1 ou en d'autres termes1 qu'il n'est propre rien4 ,ainsi la plupart des hommes occups d'eux seuls dans leur jeunesse1 corrompus par la paresse ou par le plaisir1 croient faussement dans un ge plus avanc qu'il leur suffit d'tre inutiles ou dans l'indigence1 afin que la rpublique soit engage les placer ou les secourir2 et ils profitent rarement de cette leon si importante1 que les hommes devraient employer les premires annes de leur vie devenir tels par leurs tudes et par leur travail que la rpublique elle-mme et besoin de leur industrie et de leurs lumires1 qu'ils fussent comme une pice ncessaire tout son difice1 et qu'elle se trouvt porte par ses propres avantages faire leur fortune ou l'embellir4 ,nous devons travailler nous rendre trs dignes de quelque emploi3 le reste ne nous regarde point1 c'est l'affaire des autres4 #aa 7,,vii7 ,se faire valoir par des choses qui ne dpendent point des autres1 mais de soi seul1 ou renoncer se faire valoir3 maxime inestimable et d'une ressource infinie dans la pratique1 utile aux faibles1 aux vertueux1 ceux qui ont de l'esprit1 qu'elle rend matres de leur fortune ou de leur repos3 pernicieuse pour les grands1 qui diminuerait leur cour1 ou plutt le nombre de leurs esclaves1 qui ferait tomber leur morgue avec une partie de leur autorit1 et les rduirait presque leurs entremets et leurs quipages2 qui les priverait du plaisir qu'ils sentent se faire prier1 presser1 solliciter1 faire attendre ou refuser1 promettre et ne pas donner2 qui les traverserait dans le got qu'ils ont quelquefois mettre les sots en vue et anantir le mrite quand il leur arrive de le discerner2 qui bannirait des cours les brigues1 les cabales1 les mauvais offices1 la bassesse1 la flatterie1 la fourberie2 qui ferait d'une cour orageuse1 pleine de mouvements et d'intrigues1 comme une pice comique ou mme tragique1 dont les sages ne seraient que les spectateurs2 qui remettrait de la dignit dans les diffrentes conditions des hommes1 de la srnit1 sur leurs visages2 qui tendrait leur libert2 qui rveillerait en eux1 avec les talents naturels1 l'habitude du travail et de l'exercice2 qui les exciterait l'mulation1 au dsir de la gloire1 l'amour de la vertu2 qui1 au lieu de courtisans vils1 inquiets1 inutiles1 souvent onreux la rpublique1 en ferait ou de sages conomes1 ou d'excellents pres de famille1 ou des juges intgres1 ou de bons officiers1 ou de grands capitaines1 ou des orateurs1 ou des philosophes2 et qui ne leur attirerait tous nul autre inconvnient1 que celui peut-tre de laisser leurs hritiers moins de trsors que de bons exemples4 #ab 7,i7 ,il faut en ,france beaucoup de fermet et une grande tendue d'esprit pour se passer des charges et des emplois1 et consentir ainsi demeurer chez soi1 et ne rien faire4 ,personne presque n'a assez de mrite pour jouer ce rle avec dignit1 ni assez de fonds pour remplir le vide du temps1 sans ce que le vulgaire appelle des affaires4 ,il ne manque cependant l'oisivet du sage qu'un meilleur nom1 et que mditer1 parler1 lire1 et tre tranquille s'appelt travailler4 #ac 7,i7 ,un homme de mrite1 et qui est en place1 n'est jamais incommode par sa vanit2 il s'tourdit moins du poste qu'il occupe qu'il n'est humili par un plus grand qu'il ne remplit pas et dont il se croit digne3 plus capable d'inquitude que de fiert ou de mpris pour les autres1 il ne pse qu' soi-mme4 #ad 7,,iv7 ,il cote un homme de mrite de faire assidment sa cour1 mais par une raison bien oppose celle que l'on pourrait croire3 il n'est point tel sans une grande modestie1 qui l'loigne de penser qu'il fasse le moindre plaisir aux princes s'il se trouve sur leur passage1 se poste devant leurs yeux1 et leur montre son visage3 il est plus proche de se persuader qu'il les importune1 et il a besoin de toutes les raisons tires de l'usage et de son devoir pour se rsoudre se montrer4 ,celui au contraire qui a bonne opinion de soi1 et que le vulgaire appelle un glorieux1 a du got se faire voir1 et il fait sa cour avec d'autant plus de confiance qu'il est incapable de s'imaginer que les grands dont il est vu pensent autrement de sa personne qu'il fait lui-mme4 #ae 7,i7 ,un honnte homme se paye par ses mains de l'application qu'il a son devoir par le plaisir qu'il sent le faire1 et se dsintresse sur les loges1 l'estime et la reconnaissance qui lui manquent quelquefois4 #af 7,i7 ,si j'osais faire une comparaison entre deux conditions tout fait ingales1 je dirais qu'un homme de coeur pense remplir ses devoirs peu prs comme le couvreur songe couvrir3 ni l'un ni l'autre ne cherchent exposer leur vie1 ni ne sont dtourns par le pril2 la mort pour eux est un inconvnient dans le mtier1 et jamais un obstacle4 ,le premier aussi n'est gure plus vain d'avoir paru la tranche1 emport un ouvrage ou forc un retranchement1 que celui-ci d'avoir mont sur de hauts combles ou sur la pointe d'un clocher4 ,ils ne sont tous deux appliqus qu' bien faire1 pendant que le fanfaron travaille ce que l'on dise de lui qu'il a bien fait4 #ag 7,,viii7 ,la modestie est au mrite ce que les ombres sont aux figures dans un tableau3 elle lui donne de la force et du relief4 ,un extrieur simple est l'habit des hommes vulgaires1 il est taill pour eux et sur leur mesure2 mais c'est une parure pour ceux qui ont rempli leur vie de grandes actions3 je les compare une beaut nglige1 mais plus piquante4 ,certains hommes1 contents d'eux-mmes1 de quelque action ou de quelque ouvrage qui ne leur a pas mal russi1 et ayant ou dire que la modestie sied bien aux grands hommes1 osent tre modestes1 contrefont les simples et les naturels3 semblables ces gens d'une taille mdiocre qui se baissent aux portes1 de peur de se heurter4 #ah 7,,vi7 ,votre fils est bgue3 ne le faites pas monter sur la tribune4 ,votre fille est ne pour le monde3 ne l'enfermez pas parmi les vestales4 ,xanthus1 votre affranchi1 est faible et timide3 ne diffrez pas1 retirez-le des lgions et de la milice4 ,je veux l'avancer1 dites-vous4 ,comblez-le de biens1 surchargez-le de terres1 de titres et de possessions2 servez-vous du temps2 nous vivons dans un sicle o elles lui feront plus d'honneur que la vertu4 ,il m'en coterait trop1 ajoutez-vous4 ,parlez-vous srieusement1 ,crassus8 ,songez-vous que c'est une goutte d'eau que vous puisez du ,tibre pour enrichir ,xanthus que vous aimez1 et pour prvenir les honteuses suites d'un engagement o il n'est pas propre8 #ai 7,,iv7 ,il ne faut regarder dans ses amis que la seule vertu qui nous attache eux1 sans aucun examen de leur bonne ou de leur mauvaise fortune2 et quand on se sent capable de les suivre dans leur disgrce1 il faut les cultiver hardiment et avec confiance jusque dans leur plus grande prosprit4 #bj 7,,iv7 ,s'il est ordinaire d'tre vivement touch des choses rares1 pourquoi le sommes-nous si peu de la vertu8 #ba 7,,iv7 ,s'il est heureux d'avoir de la naissance1 il ne l'est pas moins d'tre tel qu'on ne s'informe plus si vous en avez4 #bb 7,v7 ,il apparat de temps en temps sur la surface de la terre des hommes rares1 exquis1 qui brillent par leur vertu1 et dont les qualits minentes jettent un clat prodigieux4 ,semblables ces toiles extraordinaires dont on ignore les causes1 et dont on sait encore moins ce qu'elles deviennent aprs avoir disparu1 ils n'ont ni aeuls1 ni descendants3 ils composent seuls toute leur race4 #bc 7,,iv7 ,le bon esprit nous dcouvre notre devoir1 notre engagement le faire1 et s'il y a du pril1 avec pril3 il inspire le courage1 ou il y supple4 #bd 7,i7 ,quand on excelle dans son art1 et qu'on lui donne toute la perfection dont il est capable1 l'on en sort en quelque manire1 et l'on s'gale ce qu'il y a de plus noble et de plus relev4 ,v9999 est un peintre1 ,c9999 un musicien1 et l'auteur de ,pyrame est un pote2 mais ,mignard est ,mignard1 ,lulli est ,lulli1 et ,corneille est ,corneille4 #be 7,i7 ,un homme libre1 et qui n'a point de femme1 s'il a quelque esprit2 peut s'lever au-dessus de sa fortune1 se mler dans le monde1 et aller de pair avec les plus honntes gens4 ,cela est moins facile celui qui est engag3 il semble que le mariage met tout le monde dans son ordre4 #bf 7,,iv7 ,aprs le mrite personnel1 il faut l'avouer1 ce sont les minentes dignits et les grands titres dont les hommes tirent plus de distinction et plus d'clat2 et qui ne sait tre un rasme doit penser tre vque4 ,quelques-uns1 pour tendre leur renomme1 entassent sur leurs personnes des pairies1 des colliers d'ordre1 des primaties1 la pourpre1 et ils auraient besoin d'une tiare2 mais quel besoin a ,trophime d'tre cardinal8 #bg 7,v7 ,l'or clate1 dites-vous1 sur les habits de ,philmon4--,il clate de mme chez les marchands4--,il est habill des plus belles toffes4--,le sont-elles moins toutes dployes dans les boutiques et la pice8-- ,mais la broderie et les ornements y ajoutent encore la magnificence4-- ,je loue donc le travail de l'ouvrier4--,si on lui demande quelle heure il est1 il tire une montre qui est un chef-d'oeuvre2 la garde de son pe est un onyx2 il a au doigt un gros diamant qu'il fait briller aux yeux1 et qui est parfait2 il ne lui manque aucune de ces curieuses bagatelles que l'on porte sur soi autant pour la vanit que pour l'usage1 et il ne se plaint non plus toute sorte de parure qu'un jeune homme qui a pous une riche vieille4--,vous m'inspirez enfin de la curiosit2 il faut voir du moins des choses si prcieuses3 envoyez-moi cet habit et ces bijoux de ,philmon2 je vous quitte de la personne4 7,i7 ,tu te trompes1 ,philmon1 si avec ce carrosse brillant1 ce grand nombre de coquins qui te suivent1 et ces six btes qui te tranent1 tu penses que l'on t'en estime davantage3 l'on carte tout cet attirail qui t'est tranger1 pour pntrer jusques toi1 qui n'es qu'un fat4 7,i7 ,ce n'est pas qu'il faut quelquefois pardonner celui qui1 avec un grand cortge1 un habit riche et un magnifique quipage1 s'en croit plus de naissance et plus d'esprit3 il lit cela dans la contenance et dans les yeux de ceux qui lui parlent4 #bh 7,i7 ,un homme la cour1 et souvent la ville1 qui a un long manteau de soie ou de drap de ,hollande1 une ceinture large et place haut sur l'estomac1 le soulier de maroquin1 la calotte de mme1 d'un beau grain1 un collet bien fait et bien empes1 les cheveux arrangs et le teint vermeil1 qui avec cela se souvient de quelques distinctions mtaphysiques1 explique ce que c'est que la lumire de gloire1 et sait prcisment comment l'on voit ,dieu1 cela s'appelle un docteur4 ,une personne humble1 qui est ensevelie dans le cabinet1 qui a mdit1 cherch1 consult1 confront1 lu ou crit pendant toute sa vie1 est un homme docte4 #bi 7,i7 ,chez nous le soldat est brave1 et l'homme de robe est savant2 nous n'allons pas plus loin4 ,chez les ,romains l'homme de robe tait brave1 et le soldat tait savant3 un ,romain tait tout ensemble et le soldat et l'homme de robe4 #cj 7,i7 ,il semble que le hros est d'un seul mtier1 qui est celui de la guerre1 et que le grand homme est de tous les mtiers1 ou de la robe1 ou de l'pe1 ou du cabinet1 ou de la cour3 l'un et l'autre mis ensemble ne psent pas un homme de bien4 #ca 7,i7 ,dans la guerre1 la distinction entre le hros et le grand homme est dlicate3 toutes les vertus militaires font l'un et l'autre4 ,il semble nanmoins que le premier soit jeune1 entreprenant1 d'une haute valeur1 ferme dans les prils1 intrpide2 que l'autre excelle par un grand sens1 par une vaste prvoyance1 par une haute capacit1 et par une longue exprience4 ,peut-tre qu',alexandre n'tait qu'un hros1 et que ,csar tait un grand homme4 #cb 7,,vii7 ,aemile tait n ce que les plus grands hommes ne deviennent qu' force de rgles1 de mditation et d'exercice4 ,il n'a eu dans ses premires annes qu' remplir des talents qui taient naturels1 et qu' se livrer son gnie4 ,il a fait1 il a agi1 avant que de savoir1 ou plutt il a su ce qu'il n'avait jamais appris4 ,dirai-je que les jeux de son enfance ont t plusieurs victoires8 ,une vie accompagne d'un extrme bonheur joint une longue exprience serait illustre par les seules actions qu'il avait acheves ds sa jeunesse4 ,toutes les occasions de vaincre qui se sont depuis offertes1 il les a embrasses2 et celles qui n'taient pas1 sa vertu et son toile les ont fait natre3 admirable mme et par les choses qu'il a faites1 et par celles qu'il aurait pu faire4 ,on l'a regard comme un homme incapable de cder l'ennemi1 de plier sous le nombre ou sous les obstacles2 comme une me du premier ordre1 pleine de ressources et de lumires1 et qui voyait encore o personne ne voyait plus2 comme celui qui1 la tte des lgions1 tait pour elles un prsage de la victoire1 et qui valait seul plusieurs lgions2 qui tait grand dans la prosprit1 plus grand quand la fortune lui a t contraire 7la leve d'un sige1 une retraite1 l'ont plus ennobli que ses triomphes2 l'on ne met qu'aprs les batailles gagnes et les villes prises72 qui tait rempli de gloire et de modestie2 on lui a entendu dire3 ,je fuyais1 avec la mme grce qu'il disait3 ,nous les battmes2 un homme dvou l'tat1 sa famille1 au chef de sa famille2 sincre pour ,dieu et pour les hommes1 autant admirateur du mrite que s'il lui et t moins propre et moins familier2 un homme vrai1 simple1 magnanime1 qui il n'a manqu que les moindres vertus4 #cc 7,i7 ,les enfants des ,dieux1 pour ainsi dire1 se tirent des rgles de la nature1 et en sont comme l'exception4 ,ils n'attendent presque rien du temps et des annes4 ,le mrite chez eux devance l'ge4 ,ils naissent instruits1 et ils sont plus tt des hommes parfaits que le commun des hommes ne sort de l'enfance4 #cd 7,v7 ,les vues courtes1 je veux dire les esprits borns et resserrs dans leur petite sphre1 ne peuvent comprendre cette universalit de talents que l'on remarque quelquefois dans un mme sujet3 o ils voient l'agrable1 ils en excluent le solide2 o ils croient dcouvrir les grces du corps1 l'agilit1 la souplesse1 la dextrit1 ils ne veulent plus y admettre les dons de l'me1 la profondeur1 la rflexion1 la sagesse3 ils tent de l'histoire de ,socrate qu'il ait dans4 #ce 7,v7 ,il n'y a gure d'homme si accompli et si ncessaire aux siens1 qu'il n'ait de quoi se faire moins regretter4 #cf 7,i7 ,un homme d'esprit et d'un caractre simple et droit peut tomber dans quelque pice2 il ne pense pas que personne veuille lui en dresser1 et le choisir pour tre sa dupe3 cette confiance le rend moins prcautionn1 et les mauvais plaisants l'entament par cet endroit4 ,il n'y a qu' perdre pour ceux qui en viendraient une seconde charge3 il n'est tromp qu'une fois4 ,j'viterai avec soin d'offenser personne1 si je suis quitable2 mais sur toutes choses un homme d'esprit1 si j'aime le moins du monde mes intrts4 #cg 7,i7 ,il n'y a rien de si dli1 de si simple et de si imperceptible1 o il n'entre des manires qui nous dclent4 ,un sot ni n'entre1 ni ne sort1 ni ne s'assied1 ni ne se lve1 ni ne se tait1 ni n'est sur ses jambes1 comme un homme d'esprit4 #ch 7,v7 ,je connais ,mopse d'une visite qu'il m'a rendue sans me connatre2 il prie des gens qu'il ne connat point de le mener chez d'autres dont il n'est pas connu2 il crit des femmes qu'il connat de vue4 ,il s'insinue dans un cercle de personnes respectables1 et qui ne savent quel il est1 et l1 sans attendre qu'on l'interroge1 ni sans sentir qu'il interrompt1 il parle1 et souvent1 et ridiculement4 ,il entre une autre fois dans une assemble1 se place o il se trouve1 sans nulle attention aux autres1 ni soi-mme2 on l'te d'une place destine un ministre1 il s'assied celle du duc et pair2 il est l prcisment celui dont la multitude rit1 et qui seul est grave et ne rit point4 ,chassez un chien du fauteuil du ,roi1 il grimpe la chaire du prdicateur2 il regarde le monde indiffremment1 sans embarras1 sans pudeur2 il n'a pas1 non plus que le sot1 de quoi rougir4 #ci 7,,vii7 ,celse est d'un rang mdiocre1 mais des grands le souffrent2 il n'est pas savant1 il a relation avec des savants2 il a peu de mrite1 mais il connat des gens qui en ont beaucoup2 il n'est pas habile1 mais il a une langue qui peut servir de truchement1 et des pieds qui peuvent le porter d'un lieu un autre4 ,c'est un homme n pour les alles et venues1 pour couter des propositions et les rapporter1 pour en faire d'office1 pour aller plus loin que sa commission et en tre dsavou1 pour rconcilier des gens qui se querellent leur premire entrevue2 pour russir dans une affaire et en manquer mille1 pour se donner toute la gloire de la russite1 et pour dtourner sur les autres la haine d'un mauvais succs4 ,il sait les bruits communs1 les historiettes de la ville2 il ne fait rien1 il dit ou il coute ce que les autres font1 il est nouvelliste2 il sait mme le secret des familles3 il entre dans de plus hauts mystres3 il vous dit pourquoi celui-ci est exil1 et pourquoi on rappelle cet autre2 il connat le fond et les causes de la brouillerie des deux frres1 et de la rupture des deux ministres4 ,n'a-t-il pas prdit aux premiers les tristes suites de leur msintelligence8 ,n'a-t-il pas dit de ceux-ci que leur union ne serait pas longue8 ,n'tait-il pas prsent de certaines paroles qui furent dites8 ,n'entra-t-il pas dans une espce de ngociation8 ,le voulut-on croire8 fut-il cout8 qui parlez-vous de ces choses8 ,qui a eu plus de part que ,celse toutes ces intrigues de cour8 ,et si cela n'tait ainsi1 s'il ne l'avait du moins ou rv ou imagin1 songerait-il vous le faire croire8 aurait-il l'air important et mystrieux d'un homme revenu d'une ambassade8 #dj 7,,vii7 ,mnippe est l'oiseau par de divers plumages qui ne sont pas lui4 ,il ne parle pas1 il ne sent pas2 il rpte des sentiments et des discours1 se sert mme si naturellement de l'esprit des autres qu'il y est le premier tromp1 et qu'il croit souvent dire son got ou expliquer sa pense1 lorsqu'il n'est que l'cho de quelqu'un qu'il vient de quitter4 ,c'est un homme qui est de mise un quart d'heure de suite1 qui le moment d'aprs baisse1 dgnre1 perd le peu de lustre qu'un peu de mmoire lui donnait1 et montre la corde4 ,lui seul ignore combien il est au-dessous du sublime et de l'hroque2 et1 incapable de savoir jusqu'o l'on peut avoir de l'esprit1 il croit navement que ce qu'il en a est tout ce que les hommes en sauraient avoir3 aussi a-t-il l'air et le maintien de celui qui n'a rien dsirer sur ce chapitre1 et qui ne porte envie personne4 ,il se parle souvent soi-mme1 et il ne s'en cache pas1 ceux qui passent le voient1 et qu'il semble toujours prendre un parti1 ou dcider qu'une telle chose est sans rplique4 ,si vous le saluez quelquefois1 c'est le jeter dans l'embarras de savoir s'il doit rendre le salut ou non2 et pendant qu'il dlibre1 vous tes dj hors de porte4 ,sa vanit l'a fait honnte homme1 l'a mis au-dessus de lui-mme1 l'a fait devenir ce qu'il n'tait pas4 ,l'on juge1 en le voyant1 qu'il n'est occup que de sa personne2 qu'il sait que tout lui sied bien1 et que sa parure est assortie2 qu'il croit que tous les yeux sont ouverts sur lui1 et que les hommes se relayent pour le contempler4 #da 7,,iv7 ,celui qui1 log chez soi dans un palais1 avec deux appartements pour les deux saisons1 vient coucher au ,louvre dans un entre-sol n'en use pas ainsi par modestie2 cet autre qui1 pour conserver une taille fine1 s'abstient du vin et ne fait qu'un seul repas n'est ni sobre ni temprant2 et d'un troisime qui1 importun d'un ami pauvre1 lui donne enfin quelque secours1 l'on dit qu'il achte son repos1 et nullement qu'il est libral4 ,le motif seul fait le mrite des actions des hommes1 et le dsintressement y met la perfection4 #db 7,,iv7 ,la fausse grandeur est farouche et inaccessible3 comme elle sent son faible1 elle se cache1 ou du moins ne se montre pas de front1 et ne se fait voir qu'autant qu'il faut pour imposer et ne paratre point ce qu'elle est1 je veux dire une vraie petitesse4 ,la vritable grandeur est libre1 douce1 familire1 populaire2 elle se laisse toucher et manier1 elle ne perd rien tre vue de prs2 plus on la connat1 plus on l'admire4 ,elle se courbe par bont vers ses infrieurs1 et revient sans effort dans son naturel2 elle s'abandonne quelquefois1 se nglige1 se relche de ses avantages1 toujours en pouvoir de les reprendre et de les faire valoir2 elle rit1 joue et badine1 mais avec dignit2 on l'approche tout ensemble avec libert et avec retenue4 ,son caractre est noble et facile1 inspire le respect et la confiance1 et fait que les princes nous paraissent grands et trs grands1 sans nous faire sentir que nous sommes petits4 #dc 7,,iv7 ,le sage gurit de l'ambition par l'ambition mme2 il tend de si grandes choses1 qu'il ne peut se borner ce qu'on appelle des trsors1 des postes1 la fortune et la faveur3 il ne voit rien dans de si faibles avantages qui soit assez bon et assez solide pour remplir son coeur1 et pour mriter ses soins et ses dsirs2 il a mme besoin d'efforts pour ne les pas trop ddaigner4 ,le seul bien capable de le tenter est cette sorte de gloire qui devrait natre de la vertu toute pure et toute simple2 mais les hommes ne l'accordent gure1 et il s'en passe4 #dd 7,,iv7 ,celui-l est bon qui fait du bien aux autres2 s'il souffre pour le bien qu'il fait1 il est trs bon2 s'il souffre de ceux qui il a fait ce bien1 il a une si grande bont qu'elle ne peut tre augmente que dans le cas o ses souffrances viendraient crotre2 et s'il en meurt1 sa vertu ne saurait aller plus loin3 elle est hroque1 elle est parfaite4 ,des femmes #a 7,i7 ,les hommes et les femmes conviennent rarement sur le mrite d'une femme3 leurs intrts sont trop diffrents4 ,les femmes ne se plaisent point les unes aux autres par les mmes agrments qu'elles plaisent aux hommes3 mille manires qui allument dans ceux-ci les grandes passions1 forment entre elles l'aversion et l'antipathie4 #b 7,i7 ,il y a dans quelques femmes une grandeur artificielle1 attache au mouvement des yeux1 un air de tte1 aux faons de marcher1 et qui ne va pas plus loin2 un esprit blouissant qui impose1 et que l'on n'estime que parce qu'il n'est pas approfondi4 ,il y a dans quelques autres une grandeur simple1 naturelle1 indpendante du geste et de la dmarche1 qui a sa source dans le coeur1 et qui est comme une suite de leur haute naissance2 un mrite paisible1 mais solide1 accompagn de mille vertus qu'elles ne peuvent couvrir de toute leur modestie1 qui chappent1 et qui se montrent ceux qui ont des yeux4 #c 7,i7 ,j'ai vu souhaiter d'tre fille1 et une belle fille1 depuis treize ans jusques vingt-deux1 et aprs cet ge1 de devenir un homme4 #d 7,,iv7 ,quelques jeunes personnes ne connaissent point assez les avantages d'une heureuse nature1 et combien il leur serait utile de s'y abandonner2 elles affaiblissent ces dons du ciel1 si rares et si fragiles1 par des manires affectes et par une mauvaise imitation3 leur son de voix et leur dmarche sont emprunts2 elles se composent1 elles se recherchent1 regardent dans un miroir si elles s'loignent assez de leur naturel4 ,ce n'est pas sans peine qu'elles plaisent moins4 #e 7,,vii7 ,chez les femmes1 se parer et se farder n'est pas1 je l'avoue1 parler contre sa pense2 c'est plus aussi que le travestissement et la mascarade1 o l'on ne se donne point pour ce que l'on parat tre1 mais o l'on pense seulement se cacher et se faire ignorer3 c'est chercher imposer aux yeux1 et vouloir paratre selon l'extrieur contre la vrit2 c'est une espce de menterie4 ,il faut juger des femmes depuis la chaussure jusqu' la coiffure exclusivement1 peu prs comme on mesure le poisson entre queue et tte4 #f 7,v7 ,si les femmes veulent seulement tre belles leurs propres yeux et se plaire elles-mmes1 elles peuvent sans doute1 dans la manire de s'embellir1 dans le choix des ajustements et de la parure1 suivre leur got et leur caprice2 mais si c'est aux hommes qu'elles dsirent de plaire1 si c'est pour eux qu'elles se fardent ou qu'elles s'enluminent1 j'ai recueilli les voix1 et je leur prononce1 de la part de tous les hommes ou de la plus grande partie1 que le blanc et le rouge les rend affreuses et dgotantes2 que le rouge seul les vieillit et les dguise2 qu'ils hassent autant les voir avec de la cruse sur le visage1 qu'avec de fausses dents en la bouche1 et des boules de cire dans les mchoires2 qu'ils protestent srieusement contre tout l'artifice dont elles usent pour se rendre laides2 et que1 bien loin d'en rpondre devant ,dieu1 il semble au contraire qu'il leur ait rserv ce dernier et infaillible moyen de gurir des femmes4 7,,iv7 ,si les femmes taient telles naturellement qu'elles le deviennent par un artifice1 qu'elles perdissent en un moment toute la fracheur de leur teint1 qu'elles eussent le visage aussi allum et aussi plomb qu'elles se le font par le rouge et par la peinture dont elles se fardent1 elles seraient inconsolables4 #g 7,,vii7 ,une femme coquette ne se rend point sur la passion de plaire1 et sur l'opinion qu'elle a de sa beaut3 elle regarde le temps et les annes comme quelque chose seulement qui ride et qui enlaidit les autres femmes2 elle oublie du moins que l'ge est crit sur le visage4 ,la mme parure qui a autrefois embelli sa jeunesse1 dfigure enfin sa personne1 claire les dfauts de sa vieillesse4 ,la mignardise et l'affectation l'accompagnent dans la douleur et dans la fivre3 elle meurt pare et en rubans de couleur4 #h 7,,vii7 ,lise entend dire d'une autre coquette qu'elle se moque de se piquer de jeunesse1 et de vouloir user d'ajustements qui ne conviennent plus une femme de quarante ans4 ,lise les a accomplis2 mais les annes pour elle ont moins de douze mois1 et ne la vieillissent point3 elle le croit ainsi1 et pendant qu'elle se regarde au miroir1 qu'elle met du rouge sur son visage et qu'elle place des mouches1 elle convient qu'il n'est pas permis un certain ge de faire la jeune1 et que ,clarice en effet1 avec ses mouches et son rouge1 est ridicule4 #i 7,,iv7 ,les femmes se prparent pour leurs amants1 si elles les attendent2 mais si elles en sont surprises1 elles oublient leur arrive l'tat o elles se trouvent2 elles ne se voient plus4 ,elles ont plus de loisir avec les indiffrents2 elles sentent le dsordre o elles sont1 s'ajustent en leur prsence1 ou disparaissent un moment1 et reviennent pares4 #aj 7,i7 ,un beau visage est le plus beau de tous les spectacles2 et l'harmonie la plus douce est le son de voix de celle que l'on aime4 #aa 7,,iv7 ,l'agrment est arbitraire la beaut est quelque chose de plus rel et de plus indpendant du got et de l'opinion4 #ab 7,i7 ,l'on peut tre touch de certaines beauts si parfaites et d'un mrite si clatant1 que l'on se borne les voir et leur parler4 #ac 7,i7 ,une belle femme qui a les qualits d'un honnte homme est ce qu'il y a au monde d'un commerce plus dlicieux3 l'on trouve en elle tout le mrite des deux sexes4 #ad 7,i7 ,il chappe une jeune personne de petites choses qui persuadent beaucoup1 et qui flattent sensiblement celui pour qui elles sont faites4 ,il n'chappe presque rien aux hommes2 leurs caresses sont volontaires2 ils parlent1 ils agissent1 ils sont empresss1 et persuadent moins4 #ae 7,,iv7 ,le caprice est dans les femmes tout proche de la beaut1 pour tre son contre-poison1 et afin qu'elle nuise moins aux hommes1 qui n'en guriraient pas sans remde4 #af 7,i7 ,les femmes s'attachent aux hommes par les faveurs qu'elles leur accordent3 les hommes gurissent par ces mmes faveurs4 #ag 7,i7 ,une femme oublie d'un homme qu'elle n'aime plus jusques aux faveurs qu'il a reues d'elle4 #ah 7,i7 ,une femme qui n'a qu'un galant croit n'tre point coquette2 celle qui a plusieurs galants croit n'tre que coquette4 ,telle femme vite d'tre coquette par un ferme attachement un seul1 qui passe pour folle par son mauvais choix4 #ai 7,,iv7 ,un ancien galant tient si peu de chose1 qu'il cde un nouveau mari2 et celui-ci dure si peu1 qu'un nouveau galant qui survient lui rend le change4 ,un ancien galant craint ou mprise un nouveau rival1 selon le caractre de la personne qu'il sert4 ,il ne manque souvent un ancien galant1 auprs d'une femme qui l'attache1 que le nom de mari3 c'est beaucoup1 et il serait mille fois perdu sans cette circonstance4 #bj 7,,iv7 ,il semble que la galanterie dans une femme ajoute la coquetterie4 ,un homme coquet au contraire est quelque chose de pire qu'un homme galant4 ,l'homme coquet et la femme galante vont assez de pair4 #ba 7,i7 ,il y a peu de galanteries secrtes4 ,bien des femmes ne sont pas mieux dsignes par le nom de leurs maris que par celui de leurs amants4 #bb 7,v7 ,une femme galante veut qu'on l'aime2 il suffit une coquette d'tre trouve aimable et de passer pour belle4 ,celle-l cherche engager2 celle-ci se contente de plaire4 ,la premire passe successivement d'un engagement un autre2 la seconde a plusieurs amusements tout la fois4 ,ce qui domine dans l'une1 c'est la passion et le plaisir2 et dans l'autre1 c'est la vanit et la lgret4 ,la galanterie est un faible du coeur1 ou peut-tre un vice de la complexion2 la coquetterie est un drglement de l'esprit4 ,la femme galante se fait craindre et la coquette se fait har4 ,l'on peut tirer de ces deux caractres de quoi en faire un troisime1 le pire de tous4 #bc 7,v7 ,une femme faible est celle qui l'on reproche une faute qui se la reproche elle-mme2 dont le coeur combat la raison2 qui veut gurir1 qui ne gurira point1 ou bien tard4 #bd 7,v7 ,une femme inconstante est celle qui n'aime plus2 une lgre1 celle qui dj en aime un autre2 une volage1 celle qui ne sait si elle aime et ce qu'elle aime2 une indiffrente1 celle qui n'aime rien4 #be 7,v7 ,la perfidie1 si je l'ose dire1 est un mensonge de toute la personne3 c'est dans une femme l'art de placer un mot ou une action qui donne le change1 et quelquefois de mettre en oeuvre des serments et des promesses qui ne lui cotent pas plus faire qu' violer4 ,une femme infidle1 si elle est connue pour telle de la personne intresse1 n'est qu'infidle3 s'il la croit fidle1 elle est perfide4 ,on tire ce bien de la perfidie des femmes1 qu'elle gurit de la jalousie4 #bf 7,i7 ,quelques femmes ont dans le cours de leur vie un double engagement soutenir1 galement difficile rompre et dissimuler2 il ne manque l'un que le contrat1 et l'autre que le coeur4 #bg 7,i7 juger de cette femme par sa beaut1 sa jeunesse1 sa fiert et ses ddains1 il n'y a personne qui doute que ce ne soit un hros qui doive un jour la charmer4 ,son choix est fait3 c'est un petit monstre qui manque d'esprit4 #bh 7,i7 ,il y a des femmes dj fltries1 qui par leur complexion ou par leur mauvais caractre sont naturellement la ressource des jeunes gens qui n'ont pas assez de bien4 ,je ne sais qui est plus plaindre1 ou d'une femme avance en ge qui a besoin d'un cavalier1 ou d'un cavalier qui a besoin d'une vieille4 #bi 7,,iv7 ,le rebut de la cour est reu la ville dans une ruelle1 o il dfait le magistrat mme en cravate et en habit gris1 ainsi que le bourgeois en baudrier1 les carte et devient matre de la place3 il est cout1 il est aim2 on ne tient gure plus d'un moment contre une charpe d'or et une plume blanche1 contre un homme qui parle au ,roi et voit les ministres4 ,il fait des jaloux et des jalouses3 on l'admire1 il fait envie3 quatre lieues de l1 il fait piti4 #cj 7,i7 ,un homme de la ville est pour une femme de province ce qu'est pour une femme de ville un homme de la cour4 #ca 7,i7 un homme vain1 indiscret1 qui est grand parleur et mauvais plaisant1 qui parle de soi avec confiance et des autres avec mpris1 imptueux1 altier1 entreprenant1 sans moeurs ni probit1 de nul jugement et d'une imagination trs libre1 il ne lui manque plus1 pour tre ador de bien des femmes1 que de beaux traits et la taille belle4 #cb 7,i7 ,est-ce en vue du secret1 ou par un got hypocondre1 que cette femme aime un valet1 cette autre un moine1 et ,dorinne son mdecin8 #cc 7,,vii7 ,roscius entre sur la scne de bonne grce3 oui1 ,llie2 et j'ajoute encore qu'il a les jambes bien tournes1 qu'il joue bien1 et de longs rles1 et que pour dclamer parfaitement il ne lui manque1 comme on le dit1 que de parler avec la bouche2 mais est-il le seul qui ait de l'agrment dans ce qu'il fait8 et ce qu'il fait1 est-ce la chose la plus noble et la plus honnte que l'on puisse faire8 ,roscius d'ailleurs ne peut tre vous1 il est une autre2 et quand cela ne serait pas ainsi1 il est retenu3 ,claudie attend1 pour l'avoir1 qu'il se soit dgot de ,messaline4 ,prenez ,bathylle1 ,llie3 o trouverez-vous1 je ne dis pas dans l'ordre des chevaliers1 que vous ddaignez1 mais mme parmi les farceurs un jeune homme qui s'lve si haut en dansant1 et qui passe mieux la capriole8 ,voudriez-vous le sauteur ,cobus1 qui1 jetant ses pieds en avant1 tourne une fois en l'air avant que de tomber terre8 ,ignorez-vous qu'il n'est plus jeune8 ,pour ,bathylle1 dites-vous1 la presse y est trop grande1 et il refuse plus de femmes qu'il n'en agre2 mais vous avez ,dracon1 le joueur de flte3 nul autre de son mtier n'enfle plus dcemment ses joues en soufflant dans le hautbois ou le flageolet1 car c'est une chose infinie que le nombre des instruments qu'il fait parler2 plaisant d'ailleurs1 il fait rire jusqu'aux enfants et aux femmelettes4 ,qui mange et qui boit mieux que ,dracon en un seul repas8 ,il enivre toute une compagnie1 et il se rend le dernier4 ,vous soupirez1 ,llie3 est-ce que ,dracon aurait fait un choix1 ou que malheureusement on vous aurait prvenue8 ,se serait-il enfin engag ,csonie1 qui l'a tant couru1 qui lui a sacrifi une si grande foule d'amants1 je dirai mme toute la fleur des ,romains8 ,csonie1 qui est d'une famille patricienne1 qui est si jeune1 si belle1 et si srieuse8 ,je vous plains1 ,llie1 si vous avez pris par contagion ce nouveau got qu'ont tant de femmes romaines pour ce qu'on appelle des hommes publics1 et exposs par leur condition la vue des autres4 ,que ferez-vous1 lorsque le meilleur en ce genre vous est enlev8 ,il reste encore ,bronte1 le questionnaire3 le peuple ne parle que de sa force et de son adresse2 c'est un jeune homme qui a les paules larges et la taille ramasse1 un ngre d'ailleurs1 un homme noir4 #cd 7,i7 ,pour les femmes du monde1 un jardinier est un jardinier1 et un maon est un maon2 pour quelques autres plus retires1 un maon est un homme1 un jardinier est un homme4 ,tout est tentation qui la craint4 #ce 7,i7 ,quelques femmes donnent aux couvents et leurs amants3 galantes et bienfactrices1 elles ont jusque dans l'enceinte de l'autel des tribunes et des oratoires o elles lisent des billets tendres1 et o personne ne voit qu'elles ne prient point ,dieu4 #cf 7,,vii7 ,qu'est-ce qu'une femme que l'on dirige8 ,est-ce une femme plus complaisante pour son mari1 plus douce pour ses domestiques1 plus applique sa famille et ses affaires1 plus ardente et plus sincre pour ses amis2 qui soit moins esclave de son humeur1 moins attache ses intrts2 qui aime moins les commodits de la vie2 je ne dis pas qui fasse des largesses ses enfants qui sont dj riches1 mais qui1 opulente elle-mme et accable du superflu1 leur fournisse le ncessaire1 et leur rende au moins la justice qu'elle leur doit2 qui soit plus exempte d'amour de soi-mme et d'loignement pour les autres2 qui soit plus libre de tous attachements humains8 ,non1 dites-vous1 ce n'est rien de toutes ces choses4 ,j'insiste1 et je vous demande3 ,qu'est-ce donc qu'une femme que l'on dirige8 ,je vous entends1 c'est une femme qui a un directeur4 #cg 7,i7 ,si le confesseur et le directeur ne conviennent point sur une rgle de conduite1 qui sera le tiers qu'une femme prendra pour sur-arbitre8 #ch 7,i7 ,le capital pour une femme n'est pas d'avoir un directeur1 mais de vivre si uniment qu'elle s'en puisse passer4 #ci 7,i7 ,si une femme pouvait dire son confesseur1 avec ses autres faiblesses1 celles qu'elle a pour son directeur2 et le temps qu'elle perd dans son entretien1 peut-tre lui serait-il donn pour pnitence d'y renoncer4 #dj 7,v7 ,je voudrais qu'il me ft permis de crier de toute ma force ces hommes saints qui ont t autrefois blesss des femmes3 ,fuyez les femmes1 ne les dirigez point1 laissez d'autres le soin de leur salut4 #da 7,i7 ,c'est trop contre un mari d'tre coquette et dvote2 une femme devrait opter4 #db 7,,vi7 ,j'ai diffr le dire1 et j'en ai souffert2 mais enfin il m'chappe1 et j'espre mme que ma franchise sera utile celles qui n'ayant pas assez d'un confesseur pour leur conduite1 n'usent d'aucun discernement dans le choix de leurs directeurs4 ,je ne sors pas d'admiration et d'tonnement la vue de certains personnages que je ne nomme point2 j'ouvre de fort grands yeux sur eux2 je les contemple3 ils parlent1 je prte l'oreille2 je m'informe1 on me dit des faits1 je les recueille2 et je ne comprends pas comment des gens en qui je crois voir toutes choses diamtralement opposes au bon esprit1 au sens droit1 l'exprience des affaires du monde1 la connaissance de l'homme1 la science de la religion et des moeurs1 prsument que ,dieu doive renouveler en nos jours la merveille de l'apostolat1 et faire un miracle en leurs personnes1 en les rendant capables1 tout simples et petits esprits qu'ils sont1 du ministre des mes1 celui de tous le plus dlicat et le plus sublime2 et si au contraire ils se croient ns pour un emploi si relev1 si difficile1 et accord si peu de personnes1 et qu'ils se persuadent de ne faire en cela qu'exercer leurs talents naturels et suivre une vocation ordinaire1 je le comprends encore moins4 ,je vois bien que le got qu'il y a devenir le dpositaire du secret des familles1 se rendre ncessaire pour les rconciliations1 procurer des commissions ou placer des domestiques1 trouver toutes les portes ouvertes dans les maisons des grands1 manger souvent de bonnes tables1 se promener en carrosse dans une grande ville1 et faire de dlicieuses retraites la campagne1 voir plusieurs personnes de nom et de distinction s'intresser sa vie et sa sant1 et mnager pour les autres et pour soi-mme tous les intrts humains1 je vois bien1 encore une fois1 que cela seul a fait imaginer le spcieux et irrprhensible prtexte du soin des mes1 et sem dans le monde cette ppinire intarissable de directeurs4 #dc 7,,vi7 ,la dvotion vient quelques-uns1 et surtout aux femmes1 comme une passion1 ou comme le faible d'un certain ge1 ou comme un mode qu'il faut suivre4 ,elles comptaient autrefois une semaine par les jours de jeu1 de spectacle1 de concert1 de mascarade1 ou d'un joli sermon3 elles allaient le lundi perdre leur argent chez ,ismne1 le mardi leur temps chez ,climne1 et le mercredi leur rputation chez ,climne2 elles savaient ds la veille toute la joie qu'elles devaient avoir le jour d'aprs et le lendemain2 elles jouissaient tout la fois du plaisir prsent et de celui qui ne leur pouvait manquer2 elles auraient souhait de les pouvoir rassembler tous en un seul jour3 c'tait alors leur unique inquitude et tout le sujet de leurs distractions2 et si elles se trouvaient quelquefois l',opra1 elles y regrettaient la comdie4 ,autres temps1 autres moeurs3 elles outrent l'austrit et la retraite2 elles n'ouvrent plus les yeux qui leur sont donns pour voir2 elles ne mettent plus leurs sens aucun usage2 et chose incroyable6 elles parlent peu2 elles pensent encore et assez bien d'elles-mmes1 comme assez mal des autres2 il y a chez elles une mulation de vertu et de rforme qui tient quelque chose de la jalousie2 elles ne hassent pas de primer dans ce nouveau genre de vie1 comme elles faisaient dans celui qu'elles viennent de quitter par politique ou par dgot4 ,elles se perdaient gaiement par la galanterie1 par la bonne chre et par l'oisivet2 et elles se perdent tristement par la prsomption et par l'envie4 #dd 7,,vii7 ,si j'pouse1 ,hermas1 une femme avare1 elle ne me ruinera point2 si une joueuse1 elle pourra s'enrichir2 si une savante1 elle saura m'instruire2 si une prude1 elle ne sera point emporte2 si une emporte1 elle exercera ma patience2 si une coquette1 elle voudra me plaire2 si une galante1 elle le sera peut-tre jusqu' m'aimer2 si une dvote1 rpondez1 ,hermas1 que dois-je attendre de celle qui veut tromper ,dieu1 et qui se trompe elle-mme8 #de 7,,iv7 ,une femme est aise gouverner1 pourvu que ce soit un homme qui s'en donne la peine4 ,un seul mme en gouverne plusieurs2 il cultive leur esprit et leur mmoire1 fixe et dtermine leur religion2 il entreprend mme de rgler leur coeur4 ,elles n'approuvent et ne dsapprouvent1 ne louent et ne condamnent1 qu'aprs avoir consult ses yeux et son visage4 ,il est le dpositaire de leurs joies et de leurs chagrins1 de leurs dsirs1 de leurs jalousies1 de leurs haines et de leurs amours il les fait rompre avec leurs galants2 il les brouille et les rconcilie avec leurs maris1 et il profite des interrgnes4 ,il prend soin de leurs affaires1 sollicite leurs procs1 et voit leurs juges2 il leur donne son mdecin1 son marchand1 ses ouvriers2 il s'ingre de les loger1 de les meubler1 et il ordonne de leur quipage4 ,on le voit avec elles dans leurs carrosses1 dans les rues d'une ville et aux promenades1 ainsi que dans leur banc un sermon1 et dans leur loge la comdie2 il fait avec elles les mmes visites2 il les accompagne au bain1 aux eaux1 dans les voyages2 il a le plus commode appartement chez elles la campagne4 ,il vieillit sans dchoir de son autorit3 un peu d'esprit et beaucoup de temps perdre lui suffit pour la conserver2 les enfants1 les hritiers1 la bru1 la nice1 les domestiques1 tout en dpend4 ,il a commenc par se faire estimer2 il finit par se faire craindre4 ,cet ami si ancien1 si ncessaire1 meurt sans qu'on le pleure2 et dix femmes dont il tait le tyran hritent par sa mort de la libert4 #df 7,v7 ,quelques femmes ont voulu cacher leur conduite sous les dehors de la modestie2 et tout ce que chacune a pu gagner par une continuelle affectation1 et qui ne s'est jamais dmentie1 a t de faire dire de soi3 ,on l'aurait prise pour une vestale4 #dg 7,,iv7 ,c'est dans les femmes une violente preuve d'une rputation bien nette et bien tablie1 qu'elle ne soit pas mme effleure par la familiarit de quelques-unes qui ne leur ressemblent point2 et qu'avec toute la pente qu'on a aux malignes explications1 on ait recours une tout autre raison de ce commerce qu' celle de la convenance des moeurs4 #dh 7,,vii7 ,un comique outre sur la scne ses personnages2 un pote charge ses descriptions2 un peintre qui fait d'aprs nature force et exagre une passion1 un contraste1 des attitudes2 et celui qui copie1 s'il ne mesure au compas les grandeurs et les proportions1 grossit ses figures1 donne toutes les pices qui entrent dans l'ordonnance de son tableau plus de volume que n'en ont celles de l'original3 de mme la pruderie est une imitation de la sagesse4 ,il y a une fausse modestie qui est vanit1 une fausse gloire qui est lgret1 une fausse grandeur qui est petitesse2 une fausse vertu qui est hypocrisie1 une fausse sagesse qui est pruderie4 ,une femme prude paye de maintien et de parole2 une femme sage paye de conduite4 ,celle-l suit son humeur et sa complexion1 celle-ci sa raison et son coeur4 ,l'une est srieuse et austre2 l'autre est dans les diverses rencontres prcisment ce qu'il faut qu'elle soit4 ,la premire cache des faibles sous de plausibles dehors2 la seconde couvre un riche fonds sous un air libre et naturel4 ,la pruderie contraint l'esprit1 ne cache ni l'ge ni la laideur2 souvent elle les suppose3 la sagesse au contraire pallie les dfauts du corps1 ennoblit l'esprit1 ne rend la jeunesse que plus piquante et la beaut que plus prilleuse4 #di 7,,vii7 ,pourquoi s'en prendre aux hommes de ce que les femmes ne sont pas savantes8 ,par quelles lois1 par quels dits1 par quels rescrits leur a-t-on dfendu d'ouvrir les yeux et de lire1 de retenir ce qu'elles ont lu1 et d'en rendre compte ou dans leur conversation ou par leurs ouvrages8 ,ne se sont-elles pas au contraire tablies elles-mmes dans cet usage de ne rien savoir1 ou par la faiblesse de leur complexion1 ou par la paresse de leur esprit ou par le soin de leur beaut1 ou par une certaine lgret qui les empche de suivre une longue tude1 ou par le talent et le gnie qu'elles ont seulement pour les ouvrages de la main1 ou par les distractions que donnent les dtails d'un domestique1 ou par un loignement naturel des choses pnibles et srieuses1 ou par une curiosit toute diffrente de celle qui contente l'esprit1 ou par un tout autre got que celui d'exercer leur mmoire8 ,mais quelque cause que les hommes puissent devoir cette ignorance des femmes1 ils sont heureux que les femmes1 qui les dominent d'ailleurs par tant d'endroits1 aient sur eux cet avantage de moins4 ,on regarde une femme savante comme on fait une belle arme3 elle est cisele artistement1 d'une polissure admirable et d'un travail fort recherch2 c'est une pice de cabinet1 que l'on montre aux curieux1 qui n'est pas d'usage1 qui ne sert ni la guerre ni la chasse1 non plus qu'un cheval de mange1 quoique le mieux instruit du monde4 ,si la science et la sagesse se trouvent unies en un mme sujet1 je ne m'informe plus du sexe1 j'admire2 et si vous me dites qu'une femme sage ne songe gure tre savante1 ou qu'une femme savante n'est gure sage1 vous avez dj oubli ce que vous venez de lire1 que les femmes ne sont dtournes des sciences que par de certains dfauts3 concluez donc vous-mme que moins elles auraient de ces dfauts1 plus elles seraient sages1 et qu'ainsi une femme sage n'en serait que plus propre devenir savante1 ou qu'une femme savante1 n'tant telle que parce qu'elle aurait pu vaincre beaucoup de dfauts1 n'en est que plus sage4 #ej 7,i7 ,la neutralit entre des femmes qui nous sont galement amies1 quoiqu'elles aient rompu pour des intrts o nous n'avons nulle part1 est un point difficile3 il faut choisir souvent entre elles1 ou les perdre toutes deux4 #ea 7,i7 ,il y a telle femme qui aime mieux son argent que ses amis1 et ses amants que son argent4 #eb 7,i7 ,il est tonnant de voir dans le coeur de certaines femmes quelque chose de plus vif et de plus fort que l'amour pour les hommes1 je veux dire l'ambition et le jeu3 de telles femmes rendent les hommes chastes2 elles n'ont de leur sexe que les habits4 #ec 7,i7 ,les femmes sont extrmes3 elles sont meilleures ou pires que les hommes4 #ed 7,i7 ,la plupart des femmes n'ont gure de principes2 elles se conduisent par le coeur1 et dpendent pour leurs moeurs de ceux qu'elles aiment4 #ee 7,,iv7 ,les femmes vont plus loin en amour que la plupart des hommes2 mais les hommes l'emportent sur elles en amiti4 ,les hommes sont cause que les femmes ne s'aiment point4 #ef 7,v7 ,il y a du pril contrefaire4 ,lise1 dj vieille1 veut rendre une jeune femme ridicule1 et elle-mme devient difforme2 elle me fait peur4 ,elle use pour l'imiter de grimaces et de contorsions3 la voil aussi laide qu'il faut pour embellir celle dont elle se moque4 #eg 7,,vii7 ,on veut la ville que bien des idiots et des idiotes aient de l'esprit2 on veut la cour que bien des gens manquent d'esprit qui en ont beaucoup2 et entre les personnes de ce dernier genre une belle femme ne se sauve qu' peine avec d'autres femmes4 #eh 7,i7 ,un homme est plus fidle au secret d'autrui qu'au sien propre2 une femme au contraire garde mieux son secret que celui d'autrui4 #ei 7,i7 ,il n'y a point dans le coeur d'une jeune personne un si violent amour auquel l'intrt ou l'ambition n'ajoute quelque chose4 #fj 7,i7 ,il y a un temps o les filles les plus riches doivent prendre parti2 elles n'en laissent gure chapper les premires occasions sans se prparer un long repentir3 il semble que la rputation des biens diminue en elles avec celle de leur beaut4 ,tout favorise au contraire une jeune personne1 jusques l'opinion des hommes1 qui aiment lui accorder tous les avantages qui peuvent la rendre plus souhaitable4 #fa 7,i7 ,combien de filles qui une grande beaut n'a jamais servi qu' leur faire esprer une grande fortune6 #fb 7,,vii7 ,les belles filles sont sujettes venger ceux de leurs amants qu'elles ont maltraits1 ou par de laids1 ou par de vieux1 ou par d'indignes maris4 #fc 7,,iv7 ,la plupart des femmes jugent du mrite et de la bonne mine d'un homme par l'impression qu'ils font sur elles1 et n'accordent presque ni l'un ni l'autre celui pour qui elles ne sentent rien4 #fd 7,,iv7 ,un homme qui serait en peine de connatre s'il change1 s'il commence vieillir1 peut consulter les yeux d'une jeune femme qu'il aborde1 et le ton dont elle lui parle3 il apprendra ce qu'il craint de savoir4 ,rude cole4 #fe 7,,iv7 ,une femme qui n'a jamais les yeux que sur une mme personne1 ou qui les en dtourne toujours1 fait penser d'elle la mme chose4 #ff 7,,iv7 ,il cote peu aux femmes de dire ce qu'elles ne sentent point3 il cote encore moins aux hommes de dire ce qu'ils sentent4 #fg 7,i7 ,il arrive quelquefois qu'une femme cache un homme toute la passion qu'elle sent pour lui1 pendant que de son ct il feint pour elle toute celle qu'il ne sent pas4 #fh 7,i7 ,l'on suppose un homme indiffrent1 mais qui voudrait persuader une femme une passion qu'il ne sent pas2 et l'on demande s'il ne lui serait pas plus ais d'imposer celle dont il est aim qu' celle qui ne l'aime point4 #fi 7,i7 ,un homme peut tromper une femme par un feint attachement1 pourvu qu'il n'en ait pas ailleurs un vritable4 #gj 7,i7 ,un homme clate contre une femme qui ne l'aime plus1 et se console2 une femme fait moins de bruit quand elle est quitte1 et demeure longtemps inconsolable4 #ga 7,i7 ,les femmes gurissent de leur paresse par la vanit ou par l'amour4 7,,iv7 ,la paresse au contraire dans les femmes vives est le prsage de l'amour4 #gb 7,,iv7 ,il est fort sr qu'une femme qui crit avec emportement est emporte2 il est moins clair qu'elle soit touche4 ,il semble qu'une passion vive et tendre est morne et silencieuse2 et que le plus pressant intrt d'une femme qui n'est plus libre1 celui qui l'agite davantage1 est moins de persuader qu'elle aime1 que de s'assurer si elle est aime4 #gc 7,,vii7 ,glycre n'aime pas les femmes2 elle hait leur commerce et leurs visites1 se fait celer pour elles1 et souvent pour ses amis1 dont le nombre est petit1 qui elle est svre1 qu'elle resserre dans leur ordre1 sans leur permettre rien de ce qui passe l'amiti2 elle est distraite avec eux1 leur rpond par des monosyllabes1 et semble chercher s'en dfaire2 elle est solitaire et farouche dans sa maison2 sa porte est mieux garde et sa chambre plus inaccessible que celles de ,monthoron et d',hniery4 ,une seule1 ,corinne1 y est attendue1 y est reue1 et toutes les heures2 on l'embrasse plusieurs reprises2 on croit l'aimer2 on lui parle l'oreille dans un cabinet o elles sont seules2 on a soi-mme plus de deux oreilles pour l'couter2 on se plaint elle de tout autre que d'elle2 on lui dit toutes choses1 et on ne lui apprend rien3 elle a la confiance de tous les deux4 ,l'on voit ,glycre en partie carre au bal1 au thtre dans les jardins publics1 sur le chemin de ,venouze1 o l'on mange les premiers fruits2 quelquefois seule en litire sur la route du grand faubourg1 o elle a un verger dlicieux1 ou la porte de ,canidie1 qui a de si beaux secrets1 qui promet aux jeunes femmes de secondes noces1 qui en dit le temps et les circonstances4 ,elle parat ordinairement avec une coiffure plate et nglige1 en simple dshabill1 sans corps et avec des mules3 elle est belle en cet quipage1 et il ne lui manque que de la fracheur4 ,on remarque nanmoins sur elle une riche attache1 qu'elle drobe avec soin aux yeux de son mari4 ,elle le flatte1 elle le caresse2 elle invente tous les jours pour lui de nouveaux noms2 elle n'a pas d'autre lit que celui de ce cher poux1 et elle ne veut pas dcoucher4 ,le matin1 elle se partage entre sa toilette et quelques billets qu'il faut crire4 ,un affranchi vient lui parler en secret2 c'est ,parmnon1 qui est favori1 qu'elle soutient contre l'antipathie du matre et la jalousie des domestiques4 ,qui la vrit fait mieux connatre des intentions1 et rapporte mieux une rponse que ,parmnon8 qui parle moins de ce qu'il faut taire8 qui sait ouvrir une porte secrte avec moins de bruit8 qui conduit plus adroitement par le petit escalier8 qui fait mieux sortir par o l'on est entr8 #gd 7,i7 ,je ne comprends pas comment un mari qui s'abandonne son humeur et sa complexion1 qui ne cache aucun de ses dfauts1 et se montre au contraire par ses mauvais endroits1 qui est avare1 qui est trop nglig dans son ajustement1 brusque dans ses rponses1 incivil1 froid et taciturne1 peut esprer de dfendre le coeur d'une jeune femme contre les entreprises de son galant1 qui emploie la parure et la magnificence1 la complaisance1 les soins1 l'empressement1 les dons1 la flatterie4 #ge 7,,vii7 ,un mari n'a gure un rival qui ne soit de sa main1 et comme un prsent qu'il a autrefois fait sa femme4 ,il le loue devant elle de ses belles dents et de sa belle tte2 il agre ses soins2 il reoit ses visites2 et aprs ce qui lui vient de son cru1 rien ne lui parat de meilleur got que le gibier et les truffes que cet ami lui envoie4 ,il donne souper1 et il dit aux convis3 ,gotez bien cela2 il est de ,landre1 et il ne me cote qu'un grand merci4 #gf 7,,vi7 ,il y a telle femme qui anantit ou qui enterre son mari au point qu'il n'en est fait dans le monde aucune mention3 vit-il encore8 ne vit-il plus8 on en doute4 ,il ne sert dans sa famille qu' montrer l'exemple d'un silence timide et d'une parfaite soumission4 ,il ne lui est d ni douaire ni conventions2 mais cela prs1 et qu'il n'accouche pas1 il est la femme1 et elle le mari4 ,ils passent les mois entiers dans une mme maison sans le moindre danger de se rencontrer2 il est vrai seulement qu'ils sont voisins4 ,monsieur paye le rtisseur et le cuisinier1 et c'est toujours chez ,madame qu'on a soup4 ,ils n'ont souvent rien de commun1 ni le lit1 ni la table1 pas mme le nom3 ils vivent la romaine ou la grecque2 chacun a le sien2 et ce n'est qu'avec le temps1 et aprs qu'on est initi au jargon d'une ville1 qu'on sait enfin que ,m4 ,b444 est publiquement depuis vingt annes le mari de ,mme ,l444 #gg 7,,vii7 ,telle autre femme1 qui le dsordre manque pour mortifier son mari1 y revient par sa noblesse et ses alliances1 par la riche dot qu'elle a apporte1 par les charmes de sa beaut1 par son mrite1 par ce que quelques-uns appellent vertu4 #gh 7,,vii7 ,il y a peu de femmes si parfaites1 qu'elles empchent un mari de se repentir du moins une fois le jour d'avoir une femme1 ou de trouver heureux celui qui n'en a point4 #gi 7,,iv7 ,les douleurs muettes et stupides sont hors d'usage3 on pleure1 on rcite1 on rpte1 on est si touche de la mort de son mari1 qu'on n'en oublie pas la moindre circonstance4 #hj 7,i7 ,ne pourrait-on point dcouvrir l'art de se faire aimer de sa femme8 #ha 7,,iv7 ,une femme insensible est celle qui n'a pas encore vu celui qu'elle doit aimer4 ,il y avait ,smyrne une trs belle fille qu'on appelait mire1 et qui tait moins connue dans toute la ville par sa beaut que par la svrit de ses moeurs1 et surtout par l'indiffrence qu'elle conservait pour tous les hommes1 qu'elle voyait1 disait-elle1 sans aucun pril1 et sans d'autres dispositions que celles o elle se trouvait pour ses amies ou pour ses frres4 ,elle ne croyait pas la moindre partie de toutes les folies qu'on disait que l'amour avait fait faire dans tous les temps2 et celles qu'elle avait vues elle-mme1 elle ne les pouvait comprendre3 elle ne connaissait que l'amiti4 ,une jeune et charmante personne1 qui elle devait cette exprience la lui avait rendue si douce qu'elle ne pensait qu' la faire durer1 et n'imaginait pas par quel autre sentiment elle pourrait jamais se refroidir sur celui de l'estime et de la confiance1 dont elle tait si contente4 ,elle ne parlait que d',euphrosyne3 c'tait le nom de cette fidle amie1 et tout ,smyrne ne parlait que d'elle et d',euphrosyne leur amiti passait en proverbe4 mire avait deux frres qui taient jeunes1 d'une excellente beaut1 et dont toutes les femmes de la ville taient prises2 et il est vrai qu'elle les aima toujours comme une soeur aime ses frres4 ,il y eut un prtre de ,jupiter1 qui avait accs dans la maison de son pre1 qui elle plut1 qui osa le lui dclarer1 et ne s'attira que du mpris4 ,un vieillard1 qui1 se confiant en sa naissance et en ses grands biens1 avait eu la mme audace1 eut aussi la mme aventure4 ,elle triomphait cependant2 et c'tait jusqu'alors au milieu de ses frres1 d'un prtre et d'un vieillard1 qu'elle se disait insensible4 ,il sembla que le ciel voulut l'exposer de plus fortes preuves1 qui ne servirent nanmoins qu' la rendre plus vaine1 et qu' l'affermir dans la rputation d'une fille que l'amour ne pouvait toucher4 ,de trois amants que ses charmes lui acquirent successivement1 et dont elle ne craignit pas de voir toute la passion1 le premier1 dans un transport amoureux1 se pera le sein ses pieds2 le second1 plein de dsespoir de n'tre pas cout1 alla se faire tuer la guerre de ,crte et le troisime mourut de langueur et d'insomnie4 ,celui qui les devait venger n'avait pas encore paru4 ,ce vieillard qui avait t si malheureux dans ses amours s'en tait guri par des rflexions sur son ge et sur le caractre de la personne qui il voulait plaire3 il dsira de continuer de la voir1 et elle le souffrit4 ,il lui amena un jour son fils1 qui tait jeune1 d'une physionomie agrable1 et qui avait une taille fort noble4 ,elle le vit avec intrt2 et comme il se tut beaucoup en la prsence de son pre1 elle trouva qu'il n'avait pas assez d'esprit1 et dsira qu'il en et eu davantage4 ,il la vit seul1 parla assez1 et avec esprit2 mais comme il la regarda peu1 et qu'il parla encore moins d'elle et de sa beaut1 elle fut surprise et comme indigne qu'un homme si bien fait et si spirituel ne ft pas galant4 ,elle s'entretint de lui avec son amie1 qui voulut le voir4 ,il n'eut des yeux que pour ,euphrosyne1 il lui dit qu'elle tait belle2 et mire si indiffrente1 devenue jalouse1 comprit que ,ctsiphon tait persuad de ce qu'il disait1 et que non seulement tait galant1 mais mme qu'il tait tendre4 ,elle se trouva depuis ce temps moins libre avec son amie4 ,elle dsira de les voir ensemble une seconde fois pour tre plus claircie2 et une seconde entrevue lui fit voir encore plus qu'elle ne craignait de voir1 et changea ses soupons en certitude4 ,elle s'loigne d',euphrosyne1 ne lui connat plus le mrite qui l'avait charme1 perd le got de sa conversation2 elle ne l'aime plus2 et ce changement lui fait sentir que l'amour dans son coeur a pris la place de l'amiti4 ,ctsiphon et ,euphrosyne se voient tous les jours1 s'aiment1 songent s'pouser1 s'pousent4 ,la nouvelle s'en rpand par toute la ville2 et l'on publie que deux personnes enfin ont eu cette joie si rare de se marier ce qu'ils aimaient4 mire l'apprend1 et s'en dsespre4 ,elle ressent tout son amour3 elle recherche ,euphrosyne pour le seul plaisir de revoir ,ctsiphon2 mais ce jeune mari est encore l'amant de sa femme1 et trouve une matresse dans une nouvelle pouse2 il ne voit dans mire que l'amie d'une personne qui lui est chre4 ,cette fille infortune perd le sommeil1 et ne veut plus manger3 elle s'affaiblit2 son esprit s'gare2 elle prend son frre pour ,ctsiphon1 et elle lui parle comme un amant2 elle se dtrompe1 rougit de son garement2 elle retombe bientt dans de plus grands1 et n'en rougit plus2 elle ne les connat plus4 ,alors elle craint les hommes2 mais trop tard3 c'est sa folie4 ,elle a des intervalles o sa raison lui revient1 et o elle gmit de la retrouver4 ,la jeunesse de ,smyrne1 qui l'a vue si fire et si insensible1 trouve que les ,dieux l'ont trop punie4 ,du coeur #a 7,i7 ,il y a un got dans la pure amiti o ne peuvent atteindre ceux qui sont ns mdiocres4 #b 7,i7 ,l'amiti peut subsister entre des gens de diffrents sexes1 exempte mme de toute grossiret4 ,une femme cependant regarde toujours un homme comme un homme2 et rciproquement un homme regarde une femme comme une femme4 ,cette liaison n'est ni passion ni amiti pure3 elle fait une classe part4 #c7;,i7 ,l'amour nat brusquement1 sans autre rflexion1 par temprament ou par faiblesse3 un trait de beaut nous fixe1 nous dtermine4 ,l'amiti au contraire se forme peu peu1 avec le temps1 par la pratique1 par un long commerce4 ,combien d'esprit1 de bont de coeur1 d'attachement1 de services et de complaisance dans les amis1 pour faire en plusieurs annes bien moins que ne fait quelquefois en un moment un beau visage ou une belle main6 #d 7,,iv7 ,le temps1 qui fortifie les amitis1 affaiblit l'amour4 #e 7,,iv7 ,tant que l'amour dure1 il subsiste de soi-mme1 et quelquefois par les choses qui semblent le devoir teindre1 par les caprices1 par les rigueurs1 par l'loignement1 par la jalousie4 ,l'amiti au contraire a besoin de secours3 elle prit faute de soins1 de confiance et de complaisance4 #f 7,,iv7 ,il est plus ordinaire de voir un amour extrme qu'une parfaite amiti4 #g 7,,iv7 ,l'amour et l'amiti s'excluent l'un l'autre4 #h 7,,iv7 ,celui qui a eu l'exprience d'un grand amour nglige l'amiti2 et celui qui est puis sur l'amiti n'a encore rien fait pour l'amour4 #i 7,,iv7 ,l'amour commence par l'amour2 et l'on ne saurait passer de la plus forte amiti qu' un amour faible4 #aj 7,,iv7 ,rien ne ressemble mieux une vive amiti1 que ces liaisons que l'intrt de notre amour nous fait cultiver4 #aa 7,,iv7 ,l'on n'aime bien qu'une seule fois3 c'est la premire2 les amours qui suivent sont moins involontaires4 #ab 7,,iv7 ,l'amour qui nat subitement est le plus long gurir4 #ac 7,,iv7 ,l'amour qui crot peu peu et par degrs ressemble trop l'amiti pour tre une passion violente4 #ad 7,,iv7 ,celui qui aime assez pour vouloir aimer un million de fois plus qu'il ne fait1 ne cde en amour qu' celui qui aime plus qu'il ne voudrait4 #ae 7,,iv7 ,si j'accorde que dans la violence d'une grande passion on peut aimer quelqu'un plus que soi-mme1 qui ferai-je plus de plaisir1 ou ceux qui aiment1 ou ceux qui sont aims8 #af 7,i7 ,les hommes souvent veulent aimer1 et ne sauraient y russir3 ils cherchent leur dfaite sans pouvoir la rencontrer1 et1 si j'ose ainsi parler1 ils sont contraints de demeurer libres4 #ag 7,,iv7 ,ceux qui s'aiment d'abord avec la plus violente passion contribuent bientt chacun de leur part s'aimer moins1 et ensuite ne s'aimer plus4 ,qui1 d'un homme ou d'une femme1 met davantage du sien dans cette rupture1 il n'est pas ais de le dcider4 ,les femmes accusent les hommes d'tre volages1 et les hommes disent qu'elles sont lgres4 #ah 7,,iv7 ,quelque dlicat que l'on soit en amour1 on pardonne plus de fautes que dans l'amiti4 #ai 7,,iv7 ,c'est une vengeance douce celui qui aime beaucoup de faire1 par tout son procd1 d'une personne ingrate une trs ingrate4 #bj 7,,iv7 ,il est triste d'aimer sans une grande fortune1 et qui nous donne les moyens de combler ce que l'on aime1 et le rendre si heureux qu'il n'ait plus de souhaits faire4 #ba 7,,iv7 ,s'il se trouve une femme pour qui l'on ait eu une grande passion et qui ait t indiffrente1 quelques importants services qu'elle nous rende dans la suite de notre vie1 l'on court un grand risque d'tre ingrat4 #bb 7,,iv7 ,une grande reconnaissance emporte avec soi beaucoup de got et d'amiti pour la personne qui nous oblige4 #bc 7,,iv7 tre avec des gens qu'on aime1 cela suffit2 rver1 leur parler1 ne leur parler point1 penser eux1 penser des choses plus indiffrentes1 mais auprs d'eux1 tout est gal4 #bd 7,,iv7 ,il n'y a pas si loin de la haine l'amiti que de l'antipathie4 #be 7,,iv7 ,il semble qu'il est moins rare de passer de l'antipathie l'amour qu' l'amiti4 #bf 7,,iv7 ,l'on confie son secret dans l'amiti2 mais il chappe dans l'amour4 ,l'on peut avoir la confiance de quelqu'un sans en avoir le coeur4 ,celui qui a le coeur n'a pas besoin de rvlation ou de confiance2 tout lui est ouvert4 #bg 7,,iv7 ,l'on ne voit dans l'amiti que les dfauts qui peuvent nuire nos amis4 ,l'on ne voit en amour de dfauts dans ce qu'on aime que ceux dont on souffre soi-mme4 #bh 7,i7 ,il n'y a qu'un premier dpit en amour1 comme la premire faute dans l'amiti1 dont on puisse faire un bon usage4 #bi 7,,iv7 ,il semble que1 s'il y a un soupon injuste1 bizarre et sans fondement1 qu'on ait une fois appel jalousie1 cette autre jalousie qui est un sentiment juste1 naturel1 fond en raison et sur l'exprience1 mriterait un autre nom4 ,le temprament a beaucoup de part la jalousie1 et elle ne suppose pas toujours une grande passion4 ,c'est cependant un paradoxe qu'un violent amour sans dlicatesse4 ,il arrive souvent que l'on souffre tout seul de la dlicatesse4 ,l'on souffre de la jalousie1 et l'on fait souffrir les autres4 ,celles qui ne nous mnagent sur rien1 et ne nous pargnent nulles occasions de jalousie1 ne mriteraient de nous aucune jalousie1 si l'on se rglait plus par leurs sentiments et leur conduite que par son coeur4 #cj 7,,iv7 ,les froideurs et les relchements dans l'amiti ont leurs causes4 ,en amour1 il n'y a guerre d'autre raison de ne s'aimer plus que de s'tre trop aims4 #ca 7,,iv7 ,l'on n'est pas plus matre de toujours aimer qu'on l'a t de ne pas aimer4 #cb 7,,iv7 ,les amours meurent par le dgot1 et l'oubli les enterre4 #cc 7,,iv7 ,le commencement et le dclin de l'amour se font sentir par l'embarras o l'on est de se trouver seuls4 #cd 7,,iv7 ,cesser d'aimer1 preuve sensible que l'homme est born1 et que le coeur a ses limites4 ,c'est faiblesse que d'aimer2 c'est souvent une autre faiblesse que de gurir4 ,on gurit comme on se console3 on n'a pas dans le coeur de quoi toujours pleurer et toujours aimer4 #ce 7,,iv7 ,il devrait y avoir dans le coeur des sources inpuisables de douleur pour de certaines pertes4 ,ce n'est gure par vertu ou par force d'esprit que l'on sort d'une grande affliction3 l'on pleure amrement1 et l'on est sensiblement touch2 mais l'on est ensuite si faible ou si lger que l'on se console4 #cf 7,,iv7 ,si une laide se fait aimer1 ce ne peut tre qu'perdument2 car il faut que ce soit ou par une trange faiblesse de son amant1 ou par de plus secrets et de plus invincibles charmes que ceux de la beaut4 #cg 7,,iv7 ,l'on est encore longtemps se voir par habitude1 et se dire de bouche que l'on s'aime1 aprs que les manires disent qu'on ne s'aime plus4 #ch 7,,iv7 ,vouloir oublier quelqu'un1 c'est y penser4 ,l'amour a cela de commun avec les scrupules1 qu'il s'aigrit par les rflexions et les retours que l'on fait pour s'en dlivrer4 ,il faut1 s'il se peut1 ne point songer sa passion pour l'affaiblir4 #ci 7,,iv7 ,l'on veut faire tout le bonheur1 ou si cela ne se peut ainsi1 tout le malheur de ce qu'on aime4 #dj 7,i7 ,regretter ce que l'on aime est un bien1 en comparaison de vivre avec ce que l'on hait4 #da 7,,iv7 ,quelque dsintressement qu'on ait l'gard de ceux qu'on aime1 il faut quelquefois se contraindre pour eux1 et avoir la gnrosit de recevoir4 ,celui-l peut prendre1 qui gote un plaisir aussi dlicat recevoir que son ami en sent lui donner4 #db 7,v7 ,donner c'est agir3 ce n'est pas souffrir de ses bienfaits1 ni cder l'importunit ou la ncessit de ceux qui nous demandent4 #dc 7,,iv7 ,si l'on a donn ceux que l'on aimait1 quelque chose qu'il arrive1 il n'y a plus d'occasions o l'on doive songer ses bienfaits4 #dd 7,v7 ,on a dit en latin qu'il cote moins cher de har que d'aimer1 ou si l'on veut1 que l'amiti est plus charge que la haine4 ,il est vrai qu'on est dispens de donner ses ennemis2 mais ne cote-t-il rien de s'en venger8 ,ou s'il est doux et naturel de faire du mal ce que l'on hait1 l'est-il moins de faire du bien ce qu'on aime8 ,ne serait-il pas dur et pnible de ne lui en point faire8 #de 7,i7 ,il y a du plaisir rencontrer les yeux de celui qui l'on vient de donner4 #df 7,v7 ,je ne sais si un bienfait qui tombe sur un ingrat1 et ainsi sur un indigne1 ne change pas de nom1 et s'il mritait plus de reconnaissance4 #dg 7,,vii7 ,la libralit consiste moins donner beaucoup qu' donner propos4 #dh 7,v7 ,s'il est vrai que la piti ou la compassion soit un retour vers nous-mmes qui nous met en la place des malheureux1 pourquoi tirent-ils de nous si peu de soulagement dans leurs misres8 ,il vaut mieux s'exposer l'ingratitude que de manquer aux misrables4 #di 7,v7 ,l'exprience confirme que la mollesse ou l'indulgence pour soi et la duret pour les autres n'est qu'un seul et mme vice4 #ej 7,v7 ,un homme dur au travail et la peine1 inexorable soi-mme1 n'est indulgent aux autres que par un excs de raison4 #ea 7,v7 ,quelque dsagrment qu'on ait se trouver charg d'un indigent1 l'on gote peine les nouveaux avantages qui le tirent enfin de notre sujtion3 de mme1 la joie que l'on reoit de l'lvation de son ami est un peu balance par la petite peine qu'on a de le voir au-dessus de nous ou s'galer nous4 ,aussi l'on s'accorde mal avec soi-mme2 car l'on veut des dpendants1 et qu'il n'en cote rien2 l'on veut aussi le bien de ses amis1 et1 s'il arrive1 ce n'est pas toujours par s'en rjouir que l'on commence4 #eb 7,,vii7 ,on convie1 on invite1 on offre sa maison1 sa table1 son bien et ses services3 rien ne cote qu' tenir parole4 #ec 7,,iv7 ,c'est assez pour soi d'un fidle ami2 c'est mme beaucoup de l'avoir rencontr3 on ne peut en avoir trop pour le service des autres4 #ed 7,,iv7 ,quand on a assez fait auprs de certaines personnes pour avoir d se les acqurir1 si cela ne russit point1 il y a encore une ressource1 qui est de ne plus rien faire4 #ee 7,v7 ,vivre avec ses ennemis comme s'ils devaient un jour tre nos amis1 et vivre avec nos amis comme s'ils pouvaient devenir nos ennemis1 n'est ni selon la nature de la haine1 ni selon les rgles de l'amiti2 ce n'est point une maxime morale1 mais politique4 #ef 7,v7 ,on ne doit pas se faire des ennemis de ceux qui1 mieux connus1 pourraient avoir rang entre nos amis4 ,on doit faire choix d'amis si srs et d'une si exacte probit1 que venant cesser de l'tre1 ils se veuillent pas abuser de notre confiance1 ni se faire craindre comme ennemis4 #eg 7,,iv7 ,il est doux de voir ses amis par got et par estime2 il est pnible de les cultiver par intrt2 c'est solliciter4 #eh 7,,vii7 ,il faut briguer la faveur de ceux qui l'on veut du bien1 plutt que de ceux de qui l'on espre du bien4 #ei 7,,iv7 ,on ne vole point des mmes ailes pour sa fortune que l'on fait pour des choses frivoles et de fantaisie4 ,il y a un sentiment de libert suivre ses caprices1 et tout au contraire de servitude courir pour son tablissement3 il est naturel de le souhaiter beaucoup et d'y travailler peu1 de se croire digne de le trouver sans l'avoir cherch4 #fj 7,v7 ,celui qui sait attendre le bien qu'il souhaite1 ne prend pas le chemin de se dsesprer s'il ne lui arrive pas2 et celui au contraire qui dsire une chose avec une grande impatience1 y met trop du sien pour en tre assez rcompens par le succs4 #fa 7,,vii7 ,il y a de certaines gens qui veulent si ardemment et si dterminment une certaine chose1 que de peur de la manquer1 ils n'oublient rien de ce qu'il faut faire pour la manquer4 #fb 7,,iv7 ,les choses les plus souhaites n'arrivent point2 ou si elles arrivent1 ce n'est ni dans le temps ni dans les circonstances o elles auraient fait un extrme plaisir4 #fc 7,,iv7 ,il faut rire avant que d'tre heureux1 de peur de mourir sans avoir ri4 #fd 7,i7 ,la vie est courte1 si elle ne mrite ce nom que lorsqu'elle est agrable1 puisque si l'on cousait ensemble toutes les heures que l'on passe avec ce qui plat1 l'on ferait peine d'un grand nombre d'annes une vie de quelques mois4 #fe 7,i7 ,qu'il est difficile d'tre content de quelqu'un6 #ff 7,v7 ,on ne pourrait se dfendre de quelque joie voir prir un mchant homme3 l'on jouirait alors du fruit de sa haine1 et l'on tirerait de lui tout ce qu'on en peut esprer1 qui est le plaisir de sa perte4 ,sa mort enfin arrive1 mais dans une conjoncture o nos intrts ne nous permettent pas de nous en rjouir3 il meurt trop tt ou trop tard4 #fg 7,,iv7 ,il est pnible un homme fier de pardonner celui qui le surprend en faute1 et qui se plaint de lui avec raison3 sa fiert ne s'adoucit que lorsqu'il reprend ses avantages1 et qu'il met l'autre dans son tort4 #fh 7,i7 ,comme nous nous affectionnons de plus en plus aux personnes qui nous faisons du bien1 de mme nous hassons violemment ceux que nous avons beaucoup offenss4 #fi 7,i7 ,il est galement difficile d'touffer dans les commencements le sentiment des injures et de le conserver aprs un certain nombre d'annes4 #gj 7,,vii7 ,c'est par faiblesse que l'on hait un ennemi1 et que l'on songe s'en venger2 et c'est par paresse que l'on s'apaise1 et qu'on ne se venge point4 #ga 7,v7 ,il y a bien autant de paresse que de faiblesse se laisser gouverner4 7,,vii7 ,il ne faut pas penser gouverner un homme tout d'un coup1 et sans autre prparation1 dans une affaire importante et qui serait capitale lui ou aux siens2 il sentirait d'abord l'empire et l'ascendant qu'on veut prendre sur son esprit1 et il secouerait le joug par honte ou par caprice3 il faut tenter auprs de lui les petites choses1 et de l le progrs jusqu'aux plus grandes est immanquable4 ,tel ne pouvait au plus dans les commencements qu'entreprendre de le faire partir pour la campagne ou retourner la ville1 qui finit par lui dicter un testament o il rduit son fils la lgitime4 7,,vii7 ,pour gouverner quelqu'un longtemps et absolument1 il faut avoir la main lgre1 et ne lui faire sentir que le moins qu'il se peut sa dpendance4 7,,vii7 ,tels se laissent gouverner jusqu' un certain point1 qui au del sont intraitables et ne se gouvernent plus3 on perd tout coup la route de leur coeur et de leur esprit2 ni hauteur ni souplesse1 ni force ni industrie ne les peuvent dompter3 avec cette diffrence que quelques-uns sont ainsi faits par raison et avec fondement1 et quelques autres par temprament et par humeur4 7,,vii7 ,il se trouve des hommes qui n'coutent ni la raison ni les bons conseils1 et qui s'garent volontairement par la crainte qu'ils ont d'tre gouverns4 7,,vii7 ,d'autres consentent d'tre gouverns par leurs amis en des choses presque indiffrentes1 et s'en font un droit de les gouverner leur tour en des choses graves et de consquence4 7,,vii7 ,drance veut passer pour gouverner son matre1 qui n'en croit rien1 non plus que le public2 parler sans cesse un grand que l'on sert1 en des lieux et en des temps o il convient le moins1 lui parler l'oreille ou en des termes mystrieux1 rire jusqu' clater en sa prsence1 lui couper la parole1 se mettre entre lui et ceux qui lui parlent1 ddaigner ceux qui viennent faire leur cour ou attendre impatiemment qu'ils se retirent1 se mettre proche de lui en une posture trop libre1 figurer avec lui le dos appuy une chemine1 le tirer par son habit1 lui marcher sur les talons1 faire le familier1 prendre des liberts1 marquent mieux un fat qu'un favori4 7,,vi7 ,un homme sage ni ne se laisse gouverner1 ni ne cherche gouverner les autres3 il veut que la raison gouverne seule et toujours4 7,,vii7 ,je ne harais pas d'tre livr par la confiance une personne raisonnable1 et d'en tre gouvern en toutes choses1 et absolument1 et toujours3 je serais sr de bien faire1 sans avoir le soin de dlibrer2 je jouirais de la tranquillit de celui qui est gouvern par la raison4 #gb 7,v7 ,toutes les passions sont menteuses3 elles se dguisent autant qu'elles le peuvent aux yeux des autres2 elles se cachent elles-mmes4 ,il n'y a point de vice qui n'ait une fausse ressemblance avec quelque vertu1 et qui ne s'en aide4 #gc 7,,iv7 ,on ouvre un livre de dvotion1 et il touche2 on en ouvre un autre qui est galant1 et il fait son impression4 ,oserai-je dire que le coeur seul concilie les choses contraires1 et admet les incompatibles8 #gd 7,v7 ,les hommes rougissent moins de leurs crimes que de leurs faiblesses et de leur vanit4 ,tel est ouvertement injuste1 violent1 perfide1 calomniateur1 qui cache son amour ou son ambition1 sans autre vue que de la cacher4 #ge 7,v7 ,le cas n'arrive gure o l'on puisse dire3 ,j'tais ambitieux2 ou on ne l'est point1 ou on l'est toujours2 mais le temps vient o l'on avoue que l'on a aim4 #gf 7,v7 ,les hommes commencent par l'amour1 finissent par l'ambition1 et ne se trouvent souvent dans une assiette plus tranquille que lorsqu'ils meurent4 #gg 7,,iv7 ,rien ne cote moins la passion que de se mettre au-dessus de la raison3 son grand triomphe est de l'emporter sur l'intrt4 #gh 7,i7 ,l'on est plus sociable et d'un meilleur commerce par le coeur que par l'esprit4 #gi 7,i7 ,il y a de certains grands sentiments1 de certaines actions nobles et leves1 que nous devons moins la force de notre esprit qu' la bont de notre naturel4 #hj 7,i7 ,il n'y a gure au monde un plus bel excs que celui de la reconnaissance4 #ha 7,,iv7 ,il faut tre bien dnu d'esprit1 si l'amour1 la malignit1 la ncessit n'en font pas trouver4 #hb 7,i7 ,il y a des lieux que l'on admire3 il y en a d'autres qui touchent1 et o l'on aimerait vivre4 ,il me semble que l'on dpend des lieux pour l'esprit1 l'humeur1 la passion1 le got et les sentiments4 #hc 7,,iv7 ,ceux qui font bien mriteraient seuls d'tre envis1 s'il n'y avait encore un meilleur parti prendre1 qui est de faire mieux3 c'est une douce vengeance contre ceux qui nous donnent cette jalousie4 #hd 7,i7 ,quelques-uns se dfendent d'aimer et de faire des vers1 comme de deux faibles qu'ils n'osent avouer1 l'un du coeur1 l'autre de l'esprit4 #he 7,i7 ,il y a quelquefois dans le cours de la vie de si chers plaisirs et de si tendres engagements que l'on nous dfend1 qu'il est naturel de dsirer du moins qu'ils fussent permis3 de si grands charmes ne peuvent tre surpasss que par celui de savoir y renoncer par vertu4 ,de la socit et de la conversation #a 7,i7 ,un caractre bien fade est celui de n'en avoir aucun4 #b 7,i7 ,c'est le rle d'un sot d'tre importun3 un homme habile sent s'il convient ou s'il ennuie2 il sait disparatre le moment qui prcde celui o il serait de trop quelque part4 #c 7,i7 ,l'on marche sur les mauvais plaisants1 et il pleut par tout pays de cette sorte d'insectes4 ,un bon plaisant est une pice rare2 un homme qui est n tel1 il est encore fort dlicat d'en soutenir longtemps le personnage2 il n'est pas ordinaire que celui qui fait rire se fasse estimer4 #d 7,i7 ,il a beaucoup d'esprits obscnes1 encore plus de mdisants ou de satiriques1 peu de dlicats4 ,pour badiner avec grce1 et rencontrer heureusement sur les plus petits sujets1 il faut trop de manires1 trop de politesse1 et mme trop de fcondit3 c'est crer que de railler ainsi1 et faire quelque chose de rien4 #e 7,,iv7 ,si l'on faisait une srieuse attention tout ce qui se dit de froid1 de vain de puril dans les entretiens ordinaires1 l'on aurait honte de parler ou d'couter1 et l'on se condamnerait peut-tre un silence perptuel1 qui serait une chose pire dans le commerce que les discours inutiles4 ,il faut donc s'accommoder tous les esprits1 permettre comme un mal ncessaire le rcit des fausses nouvelles1 les vagues rflexions sur le gouvernement prsent1 ou sur l'intrt des princes1 le dbit des beaux sentiments1 et qui reviennent toujours les mmes2 il faut laisser ,aronce parler proverbe1 et ,mlinde parler de soi1 de ses vapeurs1 de ses migraines et de ses insomnies4 #f 7,,iv7 ,l'on voit des gens qui1 dans les conversations ou dans le peu de commerce que l'on a avec eux1 vous dgotent par leurs ridicules expressions1 par la nouveaut1 et j'ose dire par l'improprit des termes dont ils se servent1 comme par l'alliance de certains mots qui ne se rencontrent ensemble que dans leur bouche1 et qui ils font signifier des choses que leurs premiers inventeurs n'ont jamais eu intention de leur faire dire4 ,ils ne suivent en parlant ni la raison ni l'usage1 mais leur bizarre gnie1 que l'envie de toujours plaisanter1 et peut-tre de briller1 tourne insensiblement un jargon qui leur est propre1 et qui devient enfin leur idiome naturel2 ils accompagnent un langage si extravagant d'un geste affect et d'une prononciation qui est contrefaite4 ,tous sont contents d'eux-mmes et de l'agrment de leur esprit1 et l'on ne peut pas dire qu'ils en soient entirement dnus2 mais on les plaint de ce peu qu'ils en ont2 et ce qui est pire1 on en souffre4 #g 7,v7 ,que dites-vous8 ,comment8 ,je n'y suis pas2 vous plairait-il de recommencer8 ,j'y suis encore moins4 ,je devine enfin3 vous voulez1 ,acis1 me dire qu'il fait froid2 que ne disiez-vous3 ,il fait froid8 ,vous voulez m'apprendre qu'il pleut ou qu'il neige2 dites3 ,il pleut1 il neige4 ,vous me trouvez bon visage1 et vous dsirez de m'en fliciter2 dites3 ,je vous trouve bon visage4 --,mais1 rpondez-vous1 cela est bien uni et bien clair2 et d'ailleurs qui ne pourrait pas en dire autant8--,qu'importe1 ,acis8 ,est-ce un si grand mal d'tre entendu quand on parle1 et de parler comme tout le monde8 ,une chose vous manque1 ,acis1 vous et vos semblables les diseurs de phoebus2 vous ne vous en dfiez point1 et je vais vous jeter dans l'tonnement3 une chose vous manque1 c'est l'esprit4 ,ce n'est pas tout3 il y a en vous une chose de trop1 qui est l'opinion d'en avoir plus que les autres2 voil la source de votre pompeux galimatias1 de vos phrases embrouilles1 et de vos grands mots qui ne signifient rien4 ,vous abordez cet homme1 ou vous entrez dans cette chambre2 je vous tire par votre habit1 et vous dis l'oreille3 ,ne songez point avoir de l'esprit1 n'en ayez point1 c'est votre rle2 ayez1 si vous pouvez1 un langage simple1 et tel que l'ont ceux en qui vous ne trouvez aucun esprit peut-tre alors croira-t-on que vous en avez4 #h 7,,iv7 ,qui peut se promettre d'viter dans la socit des hommes la rencontre de certains esprits vains1 lgers1 familiers1 dlibrs1 qui sont toujours dans une compagnie ceux qui parlent1 et qu'il faut que les autres coutent8 ,on les entend de l'antichambre2 on entre impunment et sans craindre de les interrompre3 ils continuent leur rcit sans la moindre attention pour ceux qui entrent ou qui sortent1 comme pour le rang le mrite des personnes qui composent le cercle2 ils font taire celui qui commence conter une nouvelle1 pour la dire de leur faon1 qui est la meilleure3 ils la tiennent de ,zamet1 de ,ruccelay1 ou de ,conchini1 qu'ils ne connaissent point1 qui ils n'ont jamais parl1 et qu'ils traiteraient de ,monseigneur s'ils leur parlaient2 ils s'approchent quelquefois de l'oreille du plus qualifi de l'assemble1 pour le gratifier d'une circonstance que personne ne sait1 et dont ils ne veulent pas que les autres soient instruits2 ils suppriment quelques noms pour dguiser l'histoire qu'ils racontent1 et pour dtourner les applications2 vous les priez1 les pressez inutilement3 il y a des choses qu'ils ne diront pas1 il y a des gens qu'ils ne sauraient nommer1 leur parole y est engage1 c'est le dernier secret1 c'est un mystre1 outre que vous leur demandez l'impossible1 car sur ce que vous voulez apprendre d'eux1 ils ignorent le fait et les personnes4 #i 7,,viii7 ,arrias a tout lu1 a tout vu1 il veut le persuader ainsi2 c'est un homme universel1 et il se donne pour tel3 il aime mieux mentir que de se taire ou de paratre ignorer quelque chose4 ,on parle la table d'un grand d'une cour du ,nord3 il prend la parole1 et l'te ceux qui allaient dire ce qu'ils en savent2 il s'oriente dans cette rgion lointaine comme s'il en tait originaire2 il discourt des moeurs de cette cour1 des femmes du pays1 des ses lois et de ses coutumes2 il rcite des historiettes qui y sont arrives2 il les trouve plaisantes1 et il en rit le premier jusqu' clater4 ,quelqu'un se hasarde de le contredire1 et lui prouve nettement qu'il dit des choses qui ne sont pas vraies4 ,arrias ne se trouble point1 prend feu au contraire contre l'interrupteur3 ,je n'avance1 lui dit-il1 je raconte rien que je ne sache d'original3 je l'ai appris de ,sethon1 ambassadeur de ,france dans cette cour1 revenu ,paris depuis quelques jours1 que je connais familirement1 que j'ai fort interrog1 et qui ne m'a cach aucune circonstance4 ,il reprenait le fil de sa narration avec plus de confiance qu'il ne l'avait commence1 lorsque l'un des convis lui dit3 ,c'est ,sethon qui vous parlez1 lui-mme1 et qui arrive de son ambassade4 #aj 7,,iv7 ,il y a un parti prendre1 dans les entretiens1 entre une certaine paresse qu'on a de parler1 ou quelquefois un esprit abstrait1 qui1 nous jetant loin du sujet de la conversation1 nous fait faire ou de mauvaises demandes ou de sottes rponses1 et une attention importune qu'on a au moindre mot qui chappe1 pour le relever1 badiner autour1 y trouver un mystre que les autres n'y voient pas1 y chercher de la finesse et de la subtilit1 seulement pour avoir occasion d'y placer la sienne4 #aa 7,,iv7 tre infatu de soi1 et s'tre fortement persuad qu'on a beaucoup d'esprit1 est un accident qui n'arrive gure qu' celui qui n'en a point1 ou qui en a peu4 ,malheur pour lors qui est expos l'entretien d'un tel personnage6 combien de jolies phrases lui faudra-t-il essuyer6 combien de ces mots aventuriers qui paraissent subitement1 durent un temps1 et que bientt on ne revoit plus6 ,s'il conte une nouvelle1 c'est moins pour l'apprendre ceux qui l'coutent1 que pour avoir le mrite de la dire1 et de la dire bien3 elle devient un roman entre ses mains2 il fait penser les gens sa manire1 leur met en la bouche ses petites faons de parler1 et les fait toujours parler longtemps2 il tombe ensuite en des parenthses1 qui peuvent passer pour pisodes1 mais qui font oublier le gros de l'histoire1 et lui qui vous parle1 et vous qui le supportez4 ,que serait-ce de vous et de lui1 si quelqu'un ne survenait heureusement pour dranger le cercle1 et faire oublier la narration8 #ab 7,v7 ,j'entends ,thodecte de l'antichambre2 il grossit sa voix mesure qu'il s'approche2 le voil entr3 il rit1 il crie1 il clate2 on bouche ses oreilles1 c'est un tonnerre4 ,il n'est pas moins redoutable par les choses qu'il dit que par le ton dont il parle4 ,il ne s'apaise1 et il ne revient de ce grand fracas que pour bredouiller des vanits et des sottises4 ,il a si peu d'gard au temps1 aux personnes1 aux biensances1 que chacun a son fait sans qu'il ait eu intention de le lui donner2 il n'est pas encore assis qu'il a1 son insu1 dsoblig toute l'assemble4 ,a-t-on servi1 il se met le premier table et dans la premire place2 les femmes sont sa droite et gauche4 ,il mange1 il boit1 il conte1 il plaisante1 il interrompt tout la fois4 ,il n'a nul discernement des personnes1 ni du matre1 ni des convis2 il abuse de la folle dfrence qu'on a pour lui4 ,est-ce lui1 est-ce ,euthydme qui donne le repas8 ,il rappelle soi toute l'autorit de la table2 et il y a un moindre inconvnient la lui laisser entire qu' la lui disputer4 ,le vin et les viandes n'ajoutent rien son caractre4 ,si l'on joue1 il gagne au jeu2 il veut railler celui qui perd1 et il l'offense2 les rieurs sont pour lui3 il n'y a sorte de fatuits qu'on ne lui passe4 ,je cde enfin et je disparais1 incapable de souffrir plus longtemps ,thodecte1 et ceux qui le souffrent4 #ac 7,,vii7 ,trole est utile ceux qui ont trop de bien3 il leur te l'embarras du superflu2 il leur sauve la peine d'amasser de l'argent1 de faire des contrats1 de fermer des coffres1 de porter des clefs sur soi et de craindre un vol domestique4 ,il les aide dans leurs plaisirs1 et il devient capable ensuite de les servir dans leurs passions2 bientt il les rgle et les matrise dans leur conduite4 ,il est l'oracle d'une maison1 celui dont on attend1 que dis-je8 dont on prvient1 dont on devine les dcisions4 ,il dit de cet esclave3 ,il faut le punir1 et on le fouette2 et de cet autre3 ,il faut l'affranchir1 et on l'affranchit4 ,l'on voit qu'un parasite ne le fait pas rire2 il peut lui dplaire3 il est congdi4 ,le matre est heureux1 si ,trole lui laisse sa femme et ses enfants4 ,si celui-ci est table1 et qu'il prononce d'un mets qu'il est friand1 le matre et les convis1 qui en mangeaient sans rflexion1 le trouvent friand1 et ne s'en peuvent rassasier2 s'il dit au contraire d'un autre mets qu'il est insipide1 ceux qui commenaient le goter1 n'osant avaler le morceau qu'ils ont la bouche1 ils le jettent terre3 tous ont les yeux sur lui1 observent son maintien et son visage avant de prononcer sur le vin ou sur les viandes qui sont servies4 ,ne le cherchez pas ailleurs que dans la maison de ce riche qu'il gouverne3 c'est l qu'il mange1 qu'il dort et qu'il fait digestion1 qu'il querelle son valet1 qu'il reoit ses ouvriers1 et qu'il remet ses cranciers4 ,il rgente1 il domine dans une salle2 il y reoit la cour et les hommages de ceux qui1 plus fins que les autres1 ne veulent aller au matre que par ,trole4 ,si l'on entre par malheur sans avoir une physionomie qui lui agre1 il ride son front et il dtourne sa vue2 si on l'aborde1 il ne se lve pas2 si l'on s'assied auprs de lui1 il s'loigne2 si on lui parle1 il ne rpond point2 si l'on continue de parler1 il passe dans une autre chambre2 si on le suit1 il gagne l'escalier2 il franchirait tous les tages1 ou il se lancerait par une fentre1 plutt que de se laisser joindre par quelqu'un qui a un visage ou un ton de voix qu'il dsapprouve4 ,l'un et l'autre sont agrables en ,trole1 et il s'en est servi heureusement pour s'insinuer ou pour conqurir4 ,tout devient1 avec le temps1 au-dessous de ses soins1 comme il est au-dessus de vouloir se soutenir ou continuer de plaire par le moindre des talents qui ont commenc le faire valoir4 ,c'est beaucoup qu'il sorte quelquefois de ses mditations et de sa taciturnit pour contredire1 et que mme pour critiquer il daigne une fois le jour avoir de l'esprit4 ,bien loin d'attendre de lui qu'il dfre vos sentiments1 qu'il soit complaisant1 qu'il vous loue1 vous n'tes pas sr qu'il aime toujours votre approbation1 ou qu'il souffre votre complaisance4 #ad 7,,iv7 ,il faut laisser parler cet inconnu que le hasard a plac auprs de vous dans une voiture publique1 une fte ou un spectacle2 et il ne vous cotera bientt pour le connatre que de l'avoir cout3 vous saurez son nom1 sa demeure1 son pays1 l'tat de son bien1 son emploi1 celui de son pre1 la famille dont est sa mre1 sa parent1 ses alliances1 les armes de sa maison2 vous comprendrez qu'il est noble1 qu'il a un chteau1 de beaux meubles1 des valets1 et un carrosse4 #ae 7,i7 ,il y a des gens qui parlent un moment avant que d'avoir pens4 ,il y en a d'autres qui ont une fade attention ce qu'ils disent1 et avec qui l'on souffre dans la conversation de tout le travail de leur esprit2 ils sont comme ptris de phrases et de petits tours d'expression1 concerts dans leur geste et dans tout leur maintien2 ils sont puristes1 et ne hasardent pas le moindre mot1 quand il devrait faire le plus bel effet du monde2 rien d'heureux ne leur chappe1 rien ne coule de source et avec libert3 ils parlent proprement et ennuyeusement4 #af 7,i7 ,l'esprit de la conversation consiste bien moins en montrer beaucoup qu' en faire trouver aux autres3 celui qui sort de votre entretien content de soi et de son esprit1 l'est de vous parfaitement4 ,les hommes n'aiment point vous admirer1 ils veulent plaire2 ils cherchent moins tre instruits1 et mme rjouis1 qu' tre gots et applaudis2 et le plaisir le plus dlicat est de faire celui d'autrui4 #ag 7,i7 ,il ne faut pas qu'il y ait trop d'imagination dans nos conversations ni dans nos crits2 elle ne produit souvent que des ides vaines et puriles1 qui ne servent point perfectionner le got et nous rendre meilleurs3 nos penses doivent tre prises dans le bon sens et la droite raison1 et doivent tre un effet de notre jugement4 #ah 7,i7 ,c'est une grande misre que de n'avoir pas assez d'esprit pour bien parler1 ni assez de jugement pour se taire4 ,voil le principe de toute impertinence4 #ai 7,,iv7 ,dire d'une chose modestement ou qu'elle est bonne ou qu'elle est mauvaise1 et les raisons pourquoi elle est telle1 demande du bon sens et de l'expression3 c'est une affaire4 ,il est plus court de prononcer d'un ton dcisif1 et qui emporte la preuve de ce qu'on avance1 ou qu'elle est excrable1 ou qu'elle est miraculeuse4 #bj 7,i7 ,rien n'est moins selon ,dieu et selon le monde que d'appuyer tout ce que l'on dit dans la conversation1 jusques aux choses les plus indiffrentes1 par de longs et de fastidieux serments4 ,un honnte homme qui dit oui et non mrite d'tre cru3 son caractre jure pour lui1 donne crance ses paroles1 et lui attire toute sorte de confiance4 #ba 7,i7 ,celui qui dit incessamment qu'il a de l'honneur et de la probit1 qu'il ne nuit personne1 qu'il consent que le mal qu'il fait aux autres lui arrive1 et qui jure pour le faire croire1 ne sait pas mme contrefaire l'homme de bien4 ,un homme de bien ne saurait empcher par toute sa modestie qu'on ne dise de lui ce qu'un malhonnte homme sait dire de soi4 #bb 7,v7 ,clon parle peu obligeamment ou peu juste1 c'est l'un ou l'autre2 mais il ajoute qu'il est fait ainsi1 et qu'il dit ce qu'il pense4 #bc 7,v7 ,il y a parler bien1 parler aisment1 parler juste1 parler propos4 ,c'est pcher contre ce dernier genre que de s'tendre sur un repas magnifique que l'on vient de faire1 devant des gens qui sont rduits pargner leur pain2 de dire merveilles de sa sant devant des infirmes2 d'entretenir de ses richesses1 de ses revenus et de ses ameublements un homme qui n'a ni rentes ni domicile2 en un mot1 de parler de son bonheur devant des misrables3 cette conversation est trop forte pour eux1 et la comparaison qu'ils font alors de leur tat au vtre est odieuse4 #bd 7,,vii7 ,pour vous1 dit ,euthyphron1 vous tes riche1 ou vous devez l'tre3 dix mille livres de rente1 et en fonds de terre1 cela est beau1 cela est doux1 et l'on est heureux moins1 pendant que lui qui parle ainsi a cinquante mille livres de revenu1 et qu'il croit n'avoir que la moiti de ce qu'il mrite4 ,il vous taxe1 il vous apprcie1 il fixe votre dpense et s'il vous jugeait digne d'une meilleure fortune1 et de celle mme o il aspire1 il ne manquerait pas de vous la souhaiter4 ,il n'est pas le seul qui fasse de si mauvaises estimations ou des comparaisons si dsobligeantes3 le monde est plein d',euthyphrons4 #be 7,v7 ,quelqu'un1 suivant la pente de la coutume qui veut qu'on loue1 et par l'habitude qu'il a la flatterie et l'exagration1 congratule ,thodme sur un discours qu'il n'a point entendu1 et dont personne n'a pu encore lui rendre compte3 il ne laisse pas de lui parler de son gnie1 de son geste1 et surtout de la fidlit de sa mmoire2 et il est vrai que ,thodme est demeur court4 #bf 7,,iv7 ,l'on voit des gens brusques1 inquiets1 suffisants1 qui bien qu'oisifs et sans aucune affaire qui les appelle ailleurs1 vous expdient1 pour ainsi dire1 en peu de paroles1 et ne songent qu' se dgager de vous2 on leur parle encore1 qu'ils sont partis et ont disparu4 ,ils ne sont pas moins impertinents que ceux qui vous arrtent seulement pour vous ennuyer3 ils sont peut-tre moins incommodes4 #bg 7,v7 ,parler et offenser1 pour de certaines gens1 est prcisment la mme chose4 ,ils sont piquants et amers2 leur style est ml de fiel et d'absinthe3 la raillerie1 l'injure1 l'insulte leur dcoulent des lvres comme leur salive4 ,il leur serait utile d'tre ns muets ou stupides3 ce qu'ils ont de vivacit et d'esprit leur nuit davantage que ne fait quelques autres leur sottise4 ,ils ne se contentent pas toujours de rpliquer avec aigreur1 ils attaquent souvent avec insolence2 ils frappent sur tout ce qui se trouve sous leur langue1 sur les prsents1 sur les absents2 ils heurtent de front et de ct1 comme des bliers3 demande-t-on des bliers qu'ils n'aient pas de cornes8 ,de mme n'espre-t-on pas de rformer par cette peinture des naturels si durs1 si farouches1 si indociles4 ,ce que l'on peut faire de mieux1 d'aussi loin qu'on les dcouvre1 est de les fuir de toute sa force et sans regarder derrire soi4 #bh 7,v7 ,il y a des gens d'une certaine toffe ou d'un certain caractre avec qui il ne faut jamais se commettre1 de qui l'on ne doit se plaindre que le moins qu'il est possible1 contre qui il n'est pas mme permis d'avoir raison4 #bi 7,v7 ,entre deux personnes qui ont eu ensemble une violente querelle1 dont l'un a raison et l'autre ne l'a pas1 ce que la plupart de ceux qui y ont assist ne manquent jamais de faire1 ou pour se dispenser de juger1 ou par un temprament qui m'a toujours paru hors de sa place1 c'est de condamner tous les deux3 leon importante1 motif pressant et indispensable de fuir l'orient quand le fat est l'occident1 pour viter de partager avec lui le mme tort4 #cj 7,v7 ,je n'aime pas un homme que je ne puis aborder le premier1 ni saluer avant qu'il me salue1 sans m'avilir ses yeux1 et sans tremper dans la bonne opinion qu'il a de lui-mme4 ,montaigne dirait3 ,je veux avoir mes coudes franches1 et estre courtois et affable mon point1 sans remords ne consequence4 ,je ne puis du tout estriver contre mon penchant1 et aller au rebours de mon naturel1 qui m'emmeine vers celuy que je trouve ma rencontre4 ,quand il m'est gal1 et qu'il ne m'est point ennemy1 j'anticipe sur son accueil1 je le questionne sur sa disposition et sant1 je luy fais offre de mes offices sans tant marchander sur le plus ou sur le moins1 ne estre1 comme disent aucuns1 sur le qui vive4 ,celuy-l me deplaist1 qui par la connoissance que j'ay de ses coutumes et faons d'agir1 me tire de cette libert et franchise4 ,comment me ressouvenir tout propos1 et d'aussi loin que je vois cet homme1 d'emprunter une contenance grave et importante1 et qui l'avertisse que je crois le valoir bien et au del8 pour cela de me ramentevoir de mes bonnes qualitez et conditions1 et des siennes mauvaises1 puis en faire la comparaison4 ,c'est trop de travail pour moy1 et ne suis du tout capable de si roide et si subite attention2 et quand bien elle m'auroit succed une premire fois1 je ne laisserois de flechir et me dementir une seconde tche3 je ne puis me forcer et contraindre pour quelconque estre fier4 #ca 7,,iv7 ,avec de la vertu1 de la capacit1 et une bonne conduite1 l'on peut tre insupportable4 ,les manires1 que l'on nglige comme de petites choses1 sont souvent ce qui fait que les hommes dcident de vous en bien ou en mal3 une lgre attention les avoir douces et polies prvient leurs mauvais jugements4 ,il ne faut presque rien pour tre cru fier1 incivil1 mprisant1 dsobligeant3 il faut encore moins pour tre estim tout le contraire4 #cb 7,,iv7 ,la politesse n'inspire pas toujours la bont1 l'quit1 la complaisance1 la gratitude2 elle en donne du moins les apparences1 et fait paratre l'homme au dehors comme il devrait tre intrieurement4 7,i7 ,l'on peut dfinir l'esprit de politesse1 l'on ne peut en fixer la pratique3 elle suit l'usage et les coutumes reues2 elle est attache aux temps1 aux lieux1 aux personnes1 et n'est point la mme dans les deux sexes1 ni dans les diffrentes conditions2 l'esprit tout seul ne la fait pas deviner3 il fait qu'on la suit par imitation1 et que l'on s'y perfectionne4 ,il y a des tempraments qui ne sont susceptibles que de la politesse2 et il y en a d'autres qui ne servent qu'aux grands talents1 ou une vertu solide4 ,il est vrai que les manires polies donnent cours au mrite1 et le rendent agrable2 et qu'il faut avoir de bien minentes qualits pour se soutenir sans la politesse4 7,i7 ,il me semble que l'esprit de politesse est une certaine attention faire que par nos paroles et par nos manires les autres soient contents de nous et d'eux-mmes4 #cc 7,i7 ,c'est une faute contre la politesse que de louer immodrment1 en prsence de ceux que vous faites chanter ou toucher un instrument1 quelque autre personne qui a ces mmes talents2 comme devant ceux qui vous lisent leurs vers1 un autre pote4 #cd 7,,iv7 ,dans les repas ou les ftes que l'on donne aux autres1 dans les prsents qu'on leur fait1 et dans tous les plaisirs qu'on leur procure1 il y a faire bien1 et faire selon leur got3 le dernier est prfrable4 #ce 7,i7 ,il y aurait une espce de frocit rejeter indiffremment toute sorte de louanges3 l'on doit tre sensible celles qui nous viennent des gens de bien1 qui louent en nous sincrement des choses louables4 #cf 7,,iv7 ,un homme d'esprit1 et qui est n fier1 ne perd rien de sa fiert et de sa raideur pour se trouver pauvre2 si quelque chose au contraire doit amollir son humeur1 le rendre plus doux et plus sociable1 c'est un peu de prosprit4 #cg 7,,iv7 ,ne pouvoir supporter tous les mauvais caractres dont le monde est plein n'est pas un fort bon caractre3 il faut dans le commerce des pices d'or et de la monnaie4 #ch 7,,iv7 ,vivre avec des gens qui sont brouills1 et dont il faut couter de part et d'autre les plaintes rciproques1 c'est1 pour ainsi dire1 ne pas sortir de l'audience1 et entendre du matin au soir plaider et parler procs4 #ci 7,v7 ,l'on sait des gens qui avaient coul leurs jours dans une union troite3 leurs biens taient en commun1 ils n'avaient qu'une mme demeure1 ils ne se perdaient pas de vue4 ,ils se sont aperus plus de quatre-vingts ans qu'ils devaient se quitter l'un l'autre et finir leur socit2 ils n'avaient plus qu'un jour vivre1 et ils n'ont os entreprendre de le passer ensemble2 ils se sont dpchs de rompre avant que de mourir2 ils n'avaient de fonds pour la complaisance que jusque-l4 ,ils ont trop vcu pour le bon exemple3 un moment plus tt ils mouraient sociables1 et laissaient aprs eux un rare modle de la persvrance dans l'amiti4 #dj 7,i7 ,l'intrieur des familles est souvent troubl par les dfiances1 par les jalousies et par l'antipathie1 pendant que des dehors contents1 paisibles et enjous nous trompent1 et nous y font supposer une paix qui n'y est point3 il y en a peu qui gagnent tre approfondies4 ,cette visite que vous rendez vient de suspendre une querelle domestique1 qui n'attend que votre retraite pour recommencer4 #da 7,i7 ,dans la socit1 c'est la raison qui plie la premire4 ,les plus sages sont souvent mens par le plus fou et le plus bizarre3 l'on tudie son faible1 son humeur1 ses caprices1 l'on s'y accommode2 l'on vite de le heurter1 tout le monde lui cde2 la moindre srnit qui parat sur son visage lui attire des loges3 on lui tient compte de n'tre pas toujours insupportable4 ,il est craint1 mnag1 obi1 quelquefois aim4 #db 7,,iv7 ,il n'y a que ceux qui ont eu de vieux collatraux1 ou qui en ont encore1 et dont il s'agit d'hriter1 qui puissent dire ce qu'il en cote4 #dc 7,i7 ,clante est un trs honnte homme2 il s'est choisi une femme qui est la meilleure personne du monde et la plus raisonnable3 chacun1 de sa part1 fait tout le plaisir et tout l'agrment des socits o il se trouve2 l'on ne peut voir ailleurs plus de probit1 plus de politesse4 ,ils se quittent demain1 et l'acte de leur sparation est tout dress chez le notaire4 ,il y a1 sans mentir1 de certains mrites qui ne sont point faits pour tre ensemble1 de certaines vertus incompatibles4 #dd 7,i7 ,l'on peut compter srement sur la dot1 le douaire et les conventions1 mais faiblement sur les nourritures2 elles dpendent d'une union fragile de la belle-mre et de la bru1 et qui prit souvent dans l'anne du mariage4 #de 7,v7 ,un beau-pre aime son gendre1 aime sa bru4 ,une belle-mre aime son gendre1 n'aime point sa bru4 ,tout est rciproque4 #df 7,v7 ,ce qu'une martre aime le moins de tout ce qui est au monde1 ce sont les enfants de son mari3 plus elle est folle de son mari1 plus elle est martre4 ,les martres font dserter les villes et les bourgades1 et ne peuplent pas moins la terre de mendiants1 de vagabonds1 de domestiques et d'esclaves1 que la pauvret4 #dg 7,i7 ,g444 et ,h444 sont voisins de campagne1 et leurs terres sont contigus2 ils habitent une contre dserte et solitaire4 loigns des villes et de tout commerce1 il semblait que la fuite d'une entire solitude ou l'amour de la socit et d les assujettir une liaison rciproque2 il est cependant difficile d'exprimer la bagatelle qui les a fait rompre1 qui les rend implacables l'un pour l'autre1 et qui perptuera leurs haines dans leurs descendants4 ,jamais des parents1 et mme des frres1 ne se sont brouills pour une moindre chose4 ,je suppose qu'il n'y ait que deux hommes sur la terre1 qui la possdent seuls1 et qui la partagent toute entre eux deux3 je suis persuad qu'il leur natra bientt quelque sujet de rupture1 quand ce ne serait que pour les limites4 #dh 7,,vii7 ,il est souvent plus court et plus utile de cadrer aux autres que de faire que les autres s'ajustent nous4 #di 7,v7 ,j'approche d'une petite ville1 et je suis dj sur une hauteur d'o je la dcouvre4 ,elle est situe mi-cte2 une rivire baigne ses murs1 et coule ensuite dans une belle prairie2 elle a une fort paisse qui la couvre des vents froids et de l'aquilon4 ,je la vois dans un jour si favorable1 que je compte ses tours et ses clochers2 elle me parat peinte sur le penchant de la colline4 ,je me rcrie1 et je dis3 ,quel plaisir de vivre sous un si beau ciel et dans ce sjour si dlicieux6 ,je descends dans la ville1 o je n'ai pas couch deux nuits1 que je ressemble ceux qui l'habitent3 j'en veux sortir4 #ej 7,,iv7 ,il y a une chose que l'on n'a point vue sous le ciel et que selon toutes les apparences on ne verra jamais3 c'est une petite ville qui n'est divise en aucuns partis2 o les familles sont unies1 et o les cousins se voient avec confiance2 o un mariage n'engendre point une guerre civile2 o la querelle des rangs ne se rveille pas tous moments par l'offrande1 l'encens et le pain bnit1 par les processions et par les obsques2 d'o l'on a banni les caquets1 le mensonge et la mdisance2 o l'on voit parler ensemble le bailli et le prsident1 les lus et les assesseurs2 o le doyen vit bien avec ses chanoines2 o les chanoines ne ddaignent pas les chapelains1 et o ceux-ci souffrent les chantres4 #ea 7,,iv7 ,les provinciaux et les sots sont toujours prts se fcher1 et croire qu'on se moque d'eux ou qu'on les mprise3 il ne faut jamais hasarder la plaisanterie1 mme la plus douce et la plus permise1 qu'avec des gens polis1 ou qui ont de l'esprit4 #eb 7,v7 ,on ne prime point avec les grands1 ils se dfendent par leur grandeur2 ni avec les petits1 ils vous repoussent par le qui vive4 #ec 7,v7 ,tout ce qui est mrite se sent1 se discerne1 se devine rciproquement3 si l'on voulait tre estim1 il faudrait vivre avec des personnes estimables4 #ed 7,i7 ,celui qui est d'une minence au-dessus des autres qui le met couvert de la repartie1 ne doit jamais faire une raillerie piquante4 #ee 7,i7 ,il y a de petits dfauts que l'on abandonne volontiers la censure1 et dont nous ne hassons pas tre raills3 ce sont de pareils dfauts que nous devons choisir pour railler les autres4 #ef 7,,iv7 ,rire des gens d'esprit1 c'est le privilge des sots3 ils sont dans le monde ce que les fous sont la cour1 je veux dire sans consquence4 #eg 7,i7 ,la moquerie est souvent indigence d'esprit4 #eh 7,i7 ,vous le croyez votre dupe3 s'il feint de l'tre1 qui est plus dupe de lui ou de vous8 #ei 7,,iv7 ,si vous observez avec soin qui sont les gens qui ne peuvent louer1 qui blment toujours1 qui ne sont contents de personne1 vous reconnatrez que ce sont ceux mmes dont personne n'est content4 #fj 7,i7 ,le ddain et le rengorgement dans la socit attire prcisment le contraire de ce que l'on cherche1 si c'est se faire estimer4 #fa 7,i7 ,le plaisir de la socit entre les amis se cultive par une ressemblance de got sur ce qui regarde les moeurs1 et par quelques diffrences d'opinions sur les sciences3 par l ou l'on s'affermit dans ses sentiments1 ou l'on s'exerce et l'on s'instruit par la dispute4 #fb 7,i7 ,l'on ne peut aller loin dans l'amiti1 si l'on n'est pas dispos se pardonner les uns aux autres les petits dfauts4 #fc 7,i7 ,combien de belles et inutiles raisons taler celui qui est dans une grande adversit1 pour essayer de le rendre tranquille6 ,les choses de dehors1 qu'on appelle les vnements1 sont quelquefois plus fortes que la raison et que la nature4 ,mangez1 dormez1 ne vous laissez point mourir de chagrin1 songez vivre3 harangues froides1 et qui rduisent l'impossible4 tes-vous raisonnable de vous tant inquiter8 n'est-ce pas dire3 tes-vous fou d'tre malheureux8 #fd 7,i7 ,le conseil1 si ncessaire pour les affaires1 est quelquefois dans la socit nuisible qui le donne1 et inutile celui qui il est donn4 ,sur les moeurs1 vous faites remarquer des dfauts ou que l'on n'avoue pas1 ou que l'on estime des vertus2 sur les ouvrages1 vous rayez les endroits qui paraissent admirables leur auteur1 o il se complat davantage1 o il croit s'tre surpass lui-mme4 ,vous perdez ainsi la confiance de vos amis1 sans les avoir rendus ni meilleurs ni plus habiles4 #fe 7,i7 ,l'on a vu1 il n'y a pas longtemps1 un cercle de personnes des deux sexes1 lies ensemble par la conversation et par un commerce d'esprit4 ,ils laissaient au vulgaire l'art de parler d'une manire intelligible2 une chose dite entre eux peu clairement en entranait une autre encore plus obscure1 sur laquelle on enchrissait par de vraies nigmes1 toujours suivies de longs applaudissements3 par tout ce qu'ils appelaient dlicatesse1 sentiments1 tour et finesse d'expression1 ils taient enfin parvenus n'tre plus entendus et ne s'entendre pas eux-mmes4 ,il ne fallait1 pour fournir ces entretiens1 ni bon sens1 ni jugement1 ni mmoire1 ni la moindre capacit3 il fallait de l'esprit1 non pas du meilleur1 mais de celui qui est faux1 et o l'imagination a trop de part4 #ff 7,,vi7 ,je le sais1 ,thobalde1 vous tes vieilli2 mais voudriez-vous que je crusse que vous tes baiss1 que vous n'tes plus pote ni bel esprit1 que vous tes prsentement aussi mauvais juge de tout genre d'ouvrage que mchant auteur1 que vous n'avez plus rien de naf et de dlicat dans la conversation8 ,votre air libre et prsomptueux me rassure1 et me persuade tout le contraire4 ,vous tes donc aujourd'hui tout ce que vous ftes jamais1 et peut-tre meilleur2 car si votre ge vous tes si vif et si imptueux1 quel nom1 ,thobalde1 fallait-il vous donner dans votre jeunesse1 et lorsque vous tiez la coqueluche ou l'enttement de certaines femmes qui ne juraient que par vous et sur votre parole1 qui disaient3 ,cela est dlicieux2 qu'a-t-il dit8 #fg 7,i7 ,l'on parle imptueusement dans les entretiens1 souvent par vanit ou par humeur1 rarement avec assez d'attention3 tout occup du dsir de rpondre ce qu'on n'coute point1 l'on suit ses ides1 et on les explique sans le moindre gard pour les raisonnements d'autrui2 l'on est bien loign de trouver ensemble la vrit1 l'on n'est pas encore convenu de celle que l'on cherche4 ,qui pourrait couter ces sortes de conversations et les crire1 ferait voir quelquefois de bonnes choses qui n'ont nulle suite4 #fh 7,i7 ,il a rgn pendant quelque temps une sorte de conversation fade et purile1 qui roulait toute sur des questions frivoles qui avaient relation au coeur et ce qu'on appelle passion ou tendresse4 ,la lecture de quelques romans les avait introduites parmi les plus honntes gens de la ville et de la cour2 ils s'en sont dfaits1 et la bourgeoisie les a reues avec les pointes et les quivoques4 #fi 7,,iv7 ,quelques femmes de la ville ont la dlicatesse de ne pas savoir ou de n'oser dire le nom des rues1 des places1 et de quelques endroits publics1 qu'elles ne croient pas assez nobles pour tre connus4 ,elles disent3 le ,louvre1 la place ,royale1 mais elles usent de tours et de phrases plutt que de prononcer de certains noms2 et s'ils leur chappent1 c'est du moins avec quelque altration du mot1 et aprs quelques faons qui les rassurent3 en cela moins naturelles que les femmes de la cour1 qui ayant besoin dans le discours des ,halles1 du ,chtelet1 ou de choses semblables1 disent3 les ,halles1 le ,chtelet4 #gj 7,,iv7 ,si l'on feint quelquefois de ne se pas souvenir de certains noms que l'on croit obscurs1 et si l'on affecte de les corrompre en les prononant1 c'est par la bonne opinion qu'on a du sien4 #ga 7,i7 ,l'on dit par belle humeur1 et dans la libert de la conversation1 de ces choses froides1 qu' la vrit l'on donne pour telles1 et que l'on ne trouve bonnes que parce qu'elles sont extrmement mauvaises4 ,cette manire basse de plaisanter a pass du peuple1 qui elle appartient1 jusque dans une grande partie de la jeunesse de la cour1 qu'elle a dj infecte4 ,il est vrai qu'il y entre trop de fadeur et de grossiret pour devoir craindre qu'elle s'tende plus loin1 et qu'elle fasse de plus grands progrs dans un pays qui est le centre du bon got et de la politesse4 ,l'on doit cependant en inspirer le dgot ceux qui la pratiquent2 car bien que ce ne soit jamais srieusement1 elle ne laisse pas de tenir la place1 dans leur esprit et dans le commerce ordinaire1 de quelque chose de meilleur4 #gb 7,v7 ,entre dire de mauvaises choses1 ou en dire de bonnes que tout le monde sait et les donner pour nouvelles1 je n'ai pas choisir4 #gc 7,i7 ,lucain a dit une jolie chose444 ,il y a un beau mot de ,claudien444 ,il y a cet endroit de ,snque3 et l-dessus une longue suite de latin1 que l'on cite souvent devant des gens qui ne l'entendent pas1 et qui feignent de l'entendre4 ,le secret serait d'avoir un grand sens et bien de l'esprit2 car ou l'on se passerait des anciens1 ou aprs les avoir lus avec soin1 l'on saurait encore choisir les meilleurs1 et les citer propos4 #gd 7,v7 ,hermagoras ne sait pas qui est roi de ,hongrie2 il s'tonne de n'entendre faire aucune mention du roi de ,bohme2 ne lui parlez pas des guerres de ,flandre et de ,hollande1 dispensez-le du moins de vous rpondre3 il confond les temps1 il ignore quand elles ont commenc1 quand elles ont fini2 combats1 siges1 tout lui est nouveau2 mais il est instruit de la guerre des gants1 il en raconte le progrs et les moindres dtails1 rien ne lui est chapp2 il dbrouille de mme l'horrible chaos des deux empires1 le ,babylonien et l',assyrien2 il connat fond les gyptiens et leurs dynasties4 ,il n'a jamais vu ,versailles1 il ne le verra point3 il a presque vu la tour de ,babel1 il en compte les degrs1 il sait combien d'architectes ont prsid cet ouvrage1 il sait le nom des architectes4 ,dirai-je qu'il croit ,henri ,,iv fils de ,henri ,,iii8 ,il nglige du moins de rien connatre aux maisons de ,france1 d',autriche et de ,bavire3 ,quelles minuties6 dit-il1 pendant qu'il rcite de mmoire toute une liste des rois des ,mdes ou de ,babylone1 et que les noms d',apronal1 d',hrigebal1 de ,noesnemordach1 de ,mardokempad1 lui sont aussi familiers qu' nous ceux de ,valois et de ,bourbon4 ,il demande si l',empereur a jamais t mari2 mais personne ne lui apprendra que ,ninus a eu deux femmes4 ,on lui dit que le ,roi jouit d'une sant parfaite2 et il se souvient que ,thetmosis1 un roi d'gypte1 tait valtudinaire1 et qu'il tenait cette complexion de son aeul ,alipharmutosis4 ,que ne sait-il point8 ,quelle chose lui est cache de la vnrable antiquit8 ,il vous dira que ,smiramis1 ou1 selon quelques-uns1 ,srimaris1 parlait comme son fils ,ninyas1 qu'on ne les distinguait pas la parole3 si c'tait parce que la mre avait une voix mle comme son fils1 ou le fils une voix effmine comme sa mre1 qu'il n'ose pas le dcider4 ,il vous rvlera que ,nembrot tait gaucher1 et ,ssostris ambidextre2 que c'est une erreur de s'imaginer qu'un ,artaxerxe ait t appel ,longuemain parce que les bras lui tombaient jusqu'aux genoux1 et non cause qu'il avait une main plus longue que l'autre2 et il ajoute qu'il y a des auteurs graves qui affirment que c'tait la droite1 qu'il croit nanmoins tre bien fond soutenir que c'est la gauche4 #ge 7,,viii7 ,ascagne est statuaire1 ,hgion fondeur1 ,aeschine foulon1 et ,cydias bel esprit1 c'est sa profession4 ,il a une enseigne1 un atelier1 des ouvrages de commande1 et des compagnons qui travaillent sous lui3 il ne vous saurait rendre de plus d'un mois les stances qu'il vous a promises1 s'il ne manque de parole ,dosithe1 qui l'a engag faire une lgie2 une idylle est sur le mtier1 c'est pour ,crantor1 qui le presse1 et qui lui laisse esprer un riche salaire4 ,prose1 vers1 que voulez-vous8 ,il russit galement en l'un et en l'autre4 ,demandez-lui des lettres de consolation1 ou sur une absence1 il les entreprendra2 prenez-les toutes faites et entrez dans son magasin1 il y a choisir4 ,il a un ami qui n'a point d'autre fonction sur la terre que de le promettre longtemps un certain monde1 et de le prsenter enfin dans les maisons comme homme rare et d'une exquise conversation2 et l1 ainsi que le musicien chante et que le joueur de luth touche son luth devant les personnes qui il a t promis1 ,cydias1 aprs avoir touss1 relev sa manchette1 tendu la main et ouvert les doigts1 dbite gravement ses penses quintessencies et ses raisonnements sophistiqus4 ,diffrent de ceux qui convenant de principes1 et connaissant la raison ou la vrit qui est une1 s'arrachent la parole l'un l'autre pour s'accorder sur leurs sentiments1 il n'ouvre la bouche que pour contredire3 ,il me semble1 dit-il gracieusement1 que c'est tout le contraire de ce que vous dites2 ou3 ,je ne saurais tre de votre opinion2 ou bien3 'a t autrefois mon enttement1 comme il est le vtre1 mais444 ,il y a trois choses1 ajoute-t-il1 considrer4441 et il en ajoute une quatrime3 fade discoureur1 qui n'a pas mis plus tt le pied dans une assemble1 qu'il cherche quelques femmes auprs de qui il puisse s'insinuer1 se parer de son bel esprit ou de sa philosophie1 et mettre en oeuvre ses rares conceptions2 car soit qu'il parle ou qu'il crive1 il ne doit pas tre souponn d'avoir en vue ni le vrai ni le faux1 ni le raisonnable ni le ridicule3 il vite uniquement de donner dans le sens des autres1 et d'tre de l'avis de quelqu'un2 aussi attend-il dans un cercle que chacun se soit expliqu sur le sujet qui s'est offert1 ou souvent qu'il a amen lui-mme1 pour dire dogmatiquement des choses toutes nouvelles1 mais son gr dcisives et sans rplique4 ,cydias s'gale ,lucien et ,snque1 se met au-dessus de ,platon1 de ,virgile et de ,thocrite2 et son flatteur a soin de le confirmer tous les matins dans cette opinion4 ,uni de got et d'intrt avec les contempteurs d',homre1 il attend paisiblement que les hommes dtromps lui prfrent les potes modernes3 il se met en ce cas la tte de ces derniers1 et il sait qui il adjuge la seconde place4 ,c'est en un mot un compos du pdant et du prcieux1 fait pour tre admir de la bourgeoisie et de la province1 en qui nanmoins on n'aperoit rien de grand que l'opinion qu'il a de lui-mme4 #gf 7,i7 ,c'est la profonde ignorance qui inspire le ton dogmatique4 ,celui qui ne sait rien croit enseigner aux autres ce qu'il vient d'apprendre lui-mme2 celui qui sait beaucoup pense peine que ce qu'il dit puisse tre ignor1 et parle plus indiffremment4 #gg 7,i7 ,les plus grandes choses n'ont besoin que d'tre dites simplement3 elles se gtent par l'emphase4 ,il faut dire noblement les plus petites3 elles ne se soutiennent que par l'expression1 le ton et la manire4 #gh 7,i7 ,il me semble que l'on dit les choses encore plus finement qu'on ne peut les crire4 #gi 7,i7 ,il n'y a gure qu'une naissance honnte1 ou qu'une bonne ducation1 qui rendent les hommes capables de secret4 #hj 7,,iv7 ,toute confiance est dangereuse si elle n'est entire3 il y a peu de conjonctures o il ne faille tout dire ou tout cacher4 ,on a dj trop dit de son secret celui qui l'on croit devoir en drober une circonstance4 #ha 7,v7 ,des gens vous promettent le secret1 et ils le rvlent eux-mmes1 et leur insu2 ils ne remuent pas les lvres1 et on les entend2 on lit sur leur front et dans leurs yeux1 on voit au travers de leur poitrine1 ils sont transparents4 ,d'autres ne disent pas prcisment une chose qui leur a t confie2 mais ils parlent et agissent de manire qu'on la dcouvre de soi-mme4 ,enfin quelques-uns mprisent votre secret1 de quelque consquence qu'il puisse tre3 ,c'est un mystre1 un tel m'en a fait part1 et m'a dfendu de le dire2 et ils le disent4 7,,viii7 ,toute rvlation d'un secret est la faute de celui qui l'a confi4 #hb 7,v7 ,nicandre s'entretient avec ,elise de la manire douce et complaisante dont il a vcu avec sa femme1 depuis le jour qu'il en fit le choix jusques sa mort2 il a dj dit qu'il regrette qu'elle ne lui ait pas laiss des enfants1 et il le rpte2 il parle des maisons qu'il a la ville1 et bientt d'une terre qu'il a la campagne3 il calcule le revenu qu'elle lui rapporte1 il fait le plan des btiments1 en dcrit la situation1 exagre la commodit des appartements1 ainsi que la richesse et la propret des meubles2 il assure qu'il aime la bonne chre1 les quipages2 il se plaint que sa femme n'aimait point assez le jeu et la socit4 ,vous tes si riche1 lui disait l'un de ses amis1 que n'achetez-vous cette charge8 pourquoi ne pas faire cette acquisition qui tendrait votre domaine8 ,on me croit1 ajoute-t-il1 plus de bien que je n'en possde4 ,il n'oublie pas son extraction et ses alliances3 ,monsieur le ,surintendant1 qui est mon cousin2 ,madame la ,chancelire1 qui est ma parente2 voil son style4 ,il raconte un fait qui prouve le mcontentement qu'il doit avoir de ses plus proches1 et de ceux mme qui sont ses hritiers3 ,ai-je tort8 dit-il ,elise2 ai-je grand sujet de leur vouloir du bien8 et il l'en fait juge4 ,il insinue ensuite qu'il a une sant faible et languissante1 et il parle de la cave o il doit tre enterr4 ,il est insinuant1 flatteur1 officieux l'gard de tous ceux qu'il trouve auprs de la personne qui il aspire4 ,mais ,elise n'a pas le courage d'tre riche en l'pousant4 ,on annonce1 au moment qu'il parle1 un cavalier1 qui de sa seule prsence dmonte la batterie de l'homme de ville3 il se lve dconcert et chagrin1 et va dire ailleurs qu'il veut se remarier4 #hc 7,i7 ,le sage quelquefois vite le monde1 de peur d'tre ennuy4 ,des biens de fortune #a 7,i7 ,un homme fort riche peut manger des entremets1 faire peindre ses lambris et ses alcves1 jouir d'un palais la campagne et d'un autre la ville1 avoir un grand quipage1 mettre un duc dans sa famille1 et faire de son fils un grand seigneur3 cela est juste et de son ressort2 mais il appartient peut-tre d'autres de vivre contents4 #b 7,i7 ,une grande naissance ou une grande fortune annonce le mrite1 et le fait plus tt remarquer4 #c 7,,iv7 ,ce qui disculpe le fat ambitieux de son ambition est le soin que l'on prend1 s'il a fait une grande fortune1 de lui trouver un mrite qu'il n'a jamais eu1 et aussi grand qu'il croit l'avoir4 #d 7,i7 mesure que la faveur et les grands biens se retirent d'un homme1 ils laissent voir en lui le ridicule qu'ils couvraient1 et qui y tait sans que personne s'en apert4 #e 7,i7 ,si l'on ne le voyait de ses yeux1 pourrait-on jamais s'imaginer l'trange disproportion que le plus ou le moins de pices de monnaie met entre les hommes8 ,ce plus ou ce moins dtermine l'pe1 la robe ou l'glise3 il n'y a presque point d'autre vocation4 #f 7,,vi7 ,deux marchands taient voisins et faisaient le mme commerce1 qui ont eu dans la suite une fortune toute diffrente4 ,ils avaient chacun une fille unique2 elles ont t nourries ensemble1 et ont vcu dans cette familiarit que donnent un mme ge et une mme condition3 l'une des deux1 pour se tirer d'une extrme misre1 cherche se placer2 elle entre au service d'une fort grande dame et l'une des premires de la cour1 chez sa compagne4 #g 7,,vii7 ,si le financier manque son coup1 les courtisans disent de lui3 ,c'est un bourgeois1 un homme de rien1 un malotru2 s'il russit1 ils lui demandent sa fille4 #h 7,,vi7 ,quelques-uns ont fait dans leur jeunesse l'apprentissage d'un certain mtier1 pour en exercer un autre1 et fort diffrent1 le reste de leur vie4 #i 7,i7 ,un homme est laid1 de petite taille1 et a peu d'esprit4 ,l'on me dit l'oreille3 ,il a cinquante mille livres de rente4 ,cela le concerne tout seul1 et il ne m'en fera jamais ni pis ni mieux2 si je commence le regarder avec d'autres yeux1 et si je ne suis pas matre de faire autrement1 quelle sottise6 #aj 7,,iv7 ,un projet assez vain serait de vouloir tourner un homme fort sot et fort riche en ridicule2 les rieurs sont de son ct4 #aa 7,,iv7 ,n99991 avec un portier rustre1 farouche1 tirant sur le ,suisse1 avec un vestibule et une antichambre1 pour peu qu'il y fasse languir quelqu'un et se morfondre1 qu'il paraisse enfin avec une mine grave et une dmarche mesure1 qu'il coute un peu et ne reconduise point3 quelque subalterne qu'il soit d'ailleurs1 il fera sentir de lui-mme quelque chose qui approche de la considration4 #ab 7,,viii7 ,je vais1 ,clitiphon1 votre porte2 le besoin que j'ai de vous me chasse de mon lit et de ma chambre3 plt aux ,dieux que je ne fusse ni votre client ni votre fcheux6 ,vos esclaves me disent que vous tes enferm1 et que vous ne pouvez m'couter que d'une heure entire4 ,je reviens avant le temps qu'ils m'ont marqu1 et ils me disent que vous tes sorti4 ,que faites-vous1 ,clitiphon1 dans cet endroit le plus recul de votre appartement1 de si laborieux1 qui vous empche de m'entendre8 ,vous enfilez quelques mmoires1 vous collationnez un registre1 vous signez1 vous parafez4 ,je n'avais qu'une chose vous demander1 et vous n'aviez qu'un mot me rpondre1 oui1 ou non4 ,voulez-vous tre rare8 ,rendez service ceux qui dpendent de vous3 vous le serez davantage par cette conduite que par ne vous pas laisser voir4 homme important et charg d'affaires1 qui votre tour avez besoin de mes offices1 venez dans la solitude de mon cabinet3 le philosophe est accessible2 je ne vous remettrai point un autre jour4 ,vous me trouverez sur les livres de ,platon qui traitent de la spiritualit de l'me et de sa distinction d'avec le corps1 ou la plume la main pour calculer les distances de ,saturne et de ,jupiter3 j'admire ,dieu dans ses ouvrages1 et je cherche1 par la connaissance de la vrit1 rgler mon esprit et devenir meilleur4 ,entrez1 toutes les portes vous sont ouvertes2 mon antichambre n'est pas faite pour s'y ennuyer en m'attendant2 passez jusqu' moi sans me faire avertir4 ,vous m'apportez quelque chose de plus prcieux que l'argent et l'or1 si c'est une occasion de vous obliger4 ,parlez1 que voulez-vous que je fasse pour vous8 ,faut-il quitter mes livres1 mes tudes1 mon ouvrage1 cette ligne qui est commence8 ,quelle interruption heureuse pour moi que celle qui vous est utile6 ,le manieur d'argent1 l'homme d'affaires est un ours qu'on ne saurait apprivoiser2 on ne le voit dans sa loge qu'avec peine3 que dis-je8 on ne le voit point2 car d'abord on ne le voit pas encore1 et bientt on le voit plus4 ,l'homme de lettres au contraire est trivial comme une borne au coin des places2 il est vu de tous1 et toute heure1 et en tous tats1 table1 au lit1 nu1 habill1 sain ou malade3 il ne peut tre important1 et il ne le veut point tre4 #ac 7,i7 ,n'envions point une sorte de gens leurs grandes richesses2 ils les ont titre onreux1 et qui ne nous accommoderait point3 ils ont mis leur repos1 leur sant1 leur honneur et leur conscience pour les avoir2 cela est trop cher1 et il n'y a rien gagner un tel march4 #ad 7,i7 ,les ,p4,t4,s4 nous font sentir toutes les passions l'une aprs l'autre3 l'on commence par le mpris1 cause de leur obscurit2 on les envie ensuite1 on les hait1 on les craint1 on les estime quelquefois1 et on les respecte2 l'on vit assez pour finir leur gard par la compassion4 #ae 7,i7 ,sosie de livre a pass par une petite recette une sous-ferme2 et par les concussions1 la violence1 et l'abus qu'il a fait de ses pouvoirs1 il s'est enfin1 sur les ruines de plusieurs familles1 lev quelque grade4 ,devenu noble par une charge1 il ne lui manquait que d'tre homme de bien3 une place de marguillier a fait ce prodige4 #af 7,i7 ,arfure cheminait seule et pied vers le grand portique de ,saint1 entendait de loin le sermon d'un carme ou d'un docteur qu'elle ne voyait qu'obliquement1 et dont elle perdait bien des paroles4 ,sa vertu tait obscure1 et sa dvotion connue comme sa personne4 ,son mari est entr dans le huitime denier3 quelle monstrueuse fortune en moins de six annes6 ,elle n'arrive l'glise que dans un char2 on lui porte une lourde queue2 l'orateur s'interrompt pendant qu'elle se place2 elle le voit de front1 n'en perd pas une seule parole ni le moindre geste4 ,il y a une brigue entre les prtres pour la confesser2 tous veulent l'absoudre1 et le cur l'emporte4 #ag 7,i7 ,l'on porte ,crsus au cimetire3 de toutes ses immenses richesses1 que le vol et la concussion lui avaient acquises1 et qu'il a puises par le luxe et par la bonne chre1 il ne lui est pas demeur de quoi se faire enterrer2 il est mort insolvable1 sans biens1 et ainsi priv de tous les secours2 l'on n'a vu chez lui ni julep1 ni cordiaux1 ni mdecins1 ni le moindre docteur qui l'ait assur de son salut4 #ah 7,i7 ,champagne1 au sortir d'un long dner qui lui enfle l'estomac1 et dans les douces fumes d'un vin d',avenay ou de ,sillery1 signe un ordre qu'on lui prsente1 qui terait le pain toute une province si l'on n'y remdiait4 ,il est excusable3 quel moyen de comprendre1 dans la premire heure de la digestion1 qu'on puisse quelque part mourir de faim8 #ai 7,,iv7 ,sylvain de ses deniers acquis de la naissance et un autre nom3 il est seigneur de la paroisse o ses aeuls payaient la taille2 il n'aurait pu autrefois entrer page chez ,clobule1 et il est son gendre4 #bj 7,,iv7 ,dorus passe en litire par la voie ,appienne1 prcd de ses affranchis et de ses esclaves1 qui dtournent le peuple et font faire place2 il ne lui manque que des licteurs2 il entre ,rome avec ce cortge1 o il semble triompher de la bassesse et de la pauvret de son pre ,sanga4 #ba 7,v7 ,on ne peut mieux user de sa fortune que fait ,priandre3 elle lui donne du rang1 du crdit1 de l'autorit2 dj on ne le prie plus d'accorder son amiti1 on implore sa protection4 ,il a commenc par dire de soi-mme3 un homme de ma sorte2 il passe dire3 un homme de ma qualit2 il se donne pour tel1 et il n'y a personne de ceux qui il prte de l'argent1 ou qu'il reoit sa table1 qui est dlicate1 qui veuille s'y opposer4 ,sa demeure est superbe2 un dorique rgne dans tous ses dehors2 ce n'est pas une porte1 c'est un portique3 est-ce la maison d'un particulier8 est-ce un temple8 le peuple s'y trompe4 ,il est le seigneur dominant de tout le quartier4 ,c'est lui que l'on envie1 et dont on voudrait voir la chute2 c'est lui dont la femme1 par son collier de perles1 s'est fait des ennemies de toutes les dames du voisinage4 ,tout se soutient dans cet homme2 rien encore ne se dment dans cette grandeur qu'il a acquise1 dont il ne doit rien1 qu'il a paye4 ,que son pre1 si vieux et si caduc1 n'est-il mort il y a vingt ans et avant qu'il se ft dans le monde aucune mention de ,priandre6 ,comment pourra-t-il soutenir ces odieuses pancartes qui dchiffrent les conditions et qui souvent font rougir la veuve et les hritiers8 ,les supprimera-t-il aux yeux de toute une ville jalouse1 maligne1 clairvoyante1 et aux dpens de mille gens qui veulent absolument aller tenir leur rang des obsques8 ,veut-on d'ailleurs qu'il fasse de son pre un ,noble homme1 et peut-tre un ,honorable homme1 lui qui est ,messire8 #bb 7,i7 ,combien d'hommes ressemblent ces arbres dj forts et avancs que l'on transplante dans les jardins1 o ils surprennent les yeux de ceux qui les voient placs dans de beaux endroits o ils ne les ont point vus crotre1 et qui ne connaissent ni leurs commencements ni leurs progrs6 #bc 7,i7 ,si certains morts revenaient au monde1 et s'ils voyaient leurs grands noms ports1 et leurs terres les mieux titres avec leurs chteaux et leurs maisons antiques1 possdes par des gens dont les pres taient peut-tre leurs mtayers1 quelle opinion pourraient-ils avoir de notre sicle8 #bd 7,i7 ,rien ne fait mieux comprendre le peu de chose que ,dieu croit donner aux hommes1 en leur abandonnant les richesses1 l'argent1 les grands tablissements et les autres biens1 que la dispensation qu'il en fait1 et le genre d'hommes qui en sont le mieux pourvus4 #be 7,v7 ,si vous entrez dans les cuisines1 o l'on voit rduit en art et en mthode le secret de flatter votre got et de vous faire manger au del du ncessaire2 si vous examinez en dtail tous les apprts des viandes qui doivent composer le festin que l'on vous prpare2 si vous regardez par quelles mains elles passent1 et toutes les formes diffrentes qu'elles prennent avant de devenir un mets exquis1 et d'arriver cette propret et cette lgance qui charment vos yeux1 vous font hsiter sur le choix1 et prendre le parti d'essayer de tout2 si vous voyez tout le repas ailleurs que sur une table bien servie1 quelles salets6 quel dgot6 ,si vous allez derrire un thtre1 et si vous nombrez les poids1 les roues1 les cordages1 qui font les vols et les machines2 si vous considrez combien de gens entrent dans l'excution de ces mouvements1 quelle force de bras1 et quelle extension de nerfs ils y emploient1 vous direz3 ,sont-ce l les principes et les ressorts de ce spectacle si beau1 si naturel1 qui parat anim et agir de soi-mme8 ,vous vous rcrierez3 ,quels efforts6 quelle violence6 ,de mme n'approfondissez pas la fortune des partisans4 #bf 7,i7 ,ce garon si frais1 si fleuri et d'une si belle sant est seigneur d'une abbaye et de dix autres bnfices3 tous ensemble lui rapportent six vingt mille livres de revenu1 dont il n'est pay qu'en mdailles d'or4 ,il y a ailleurs six vingt familles indigentes qui ne se chauffent point pendant l'hiver1 qui n'ont point d'habits pour se couvrir1 et qui souvent manquent de pain2 leur pauvret est extrme et honteuse4 ,quel partage6 ,et cela ne prouve-t-il pas clairement un avenir8 #bg7,v7 ,chrysippe1 homme nouveau1 et le premier noble de sa race1 aspirait1 il y a trente annes1 se voir un jour deux mille livres de rente pour tout bien3 c'tait l le comble de ses souhaits et sa plus haute ambition2 il l'a dit ainsi1 et on s'en souvient4 ,il arrive1 je ne sais par quels chemins1 jusques donner en revenu l'une de ses filles1 pour sa dot1 ce qu'il dsirait lui-mme d'avoir en fonds pour toute fortune pendant sa vie4 ,une pareille somme est compte dans ses coffres pour chacun de ses autres enfants qu'il doit pourvoir1 et il a un grand nombre d'enfants2 ce n'est qu'en avancement d'hoirie3 il y a d'autres biens esprer aprs sa mort4 ,il vit encore1 quoique assez avanc en ge1 et il use le reste de ses jours travailler pour s'enrichir4 #bh 7,,iv7 ,laissez faire ,ergaste1 et il exigera un droit de tous ceux qui boivent de l'eau de la rivire1 ou qui marchent sur la terre ferme3 il sait convertir en or jusques aux roseaux1 aux joncs et l'ortie4 ,il coute tous les avis1 et propose tous ceux qu'il a couts4 ,le prince ne donne aux autres qu'aux dpens d',ergaste1 et ne leur fait de grces que celles qui lui taient dues4 ,c'est une faim insatiable d'avoir et de possder4 ,il trafiquerait des arts et des sciences1 et mettrait en parti jusques l'harmonie3 il faudrait1 s'il en tait cru1 que le peuple1 pour avoir le plaisir de le voir riche1 de lui voir une meute et une curie1 pt perdre le souvenir de la musique d',orphe1 et se contenter de la sienne4 #bi 7,v7 ,ne traitez pas avec ,criton1 il n'est touch que de ses seuls avantages4 ,le pige est tout dress ceux qui sa charge1 sa terre1 ou ce qu'il possde feront envie3 il vous imposera des conditions extravagantes4 ,il n'y a nul mnagement et nulle composition attendre d'un homme si plein de ses intrts et si ennemi des vtres3 il lui faut une dupe4 #cj 7,,iv7 ,brontin1 dit le peuple1 fait des retraites1 et s'enferme huit jours avec des saints3 ils ont leurs mditations1 et il a les siennes4 #ca 7,i7 ,le peuple souvent a le plaisir de la tragdie3 il voit prir sur le thtre du monde les personnages les plus odieux1 qui ont fait le plus de mal dans diverses scnes1 et qu'il a le plus has4 #cb 7,,iv7 ,si l'on partage la vie des ,p4,t4,s4 en deux portions gales1 la premire1 vive et agissante1 est toute occupe vouloir affliger le peuple1 et la seconde1 voisine de la mort1 se dceler et se ruiner les uns les autres4 #cc 7,,iv7 ,cet homme qui a fait la fortune de plusieurs1 qui a fait la vtre1 n'a pu soutenir la sienne1 ni assurer avant sa mort celle de sa femme et de ses enfants3 ils vivent cachs et malheureux4 ,quelque bien instruit que vous soyez de la misre de leur condition1 vous ne pensez pas l'adoucir2 vous ne le pouvez pas en effet1 vous tenez table1 vous btissez2 mais vous conservez par reconnaissance le portrait de votre bienfacteur1 qui a pass la vrit du cabinet l'antichambre3 quels gards6 il pouvait aller au garde-meuble4 #cd 7,,iv7 ,il y a une duret de complexion2 il y en a une autre de condition et d'tat4 ,l'on tire de celle-ci1 comme de la premire1 de quoi s'endurcir sur la misre des autres1 dirai-je mme de quoi ne pas plaindre les malheurs de sa famille8 ,un bon financier ne pleure ni ses amis1 ni sa femme1 ni ses enfants4 #ce 7,v7 ,fuyez1 retirez-vous3 vous n'tes pas assez loin4--,je suis1 dites-vous1 sous l'autre tropique4--,passez sous le ple et dans l'autre hmisphre1 montez aux toiles1 si vous le pouvez4--,m'y voil4--,fort bien1 vous tes en sret4 ,je dcouvre sur la terre un homme avide1 insatiable1 inexorable1 qui veut1 aux dpens de tout ce qui se trouvera sur son chemin et sa rencontre1 et quoi qu'il en puisse coter aux autres1 pourvoir lui seul1 grossir sa fortune1 et regorger de bien4 #cf 7,,iv7 ,faire fortune est une si belle phrase1 et qui dit une si bonne chose1 qu'elle est d'un usage universel3 on la reconnat dans toutes les langues1 elle plat aux trangers et aux barbares1 elle rgne la cour et la ville1 elle a perc les clotres et franchi les murs des abbayes de l'un et de l'autre sexe3 il n'y a point de lieux sacrs o elle n'ait pntr1 point de dsert ni de solitude o elle soit inconnue4 #cg 7,,vii7 force de faire de nouveaux contrats1 ou de sentir son argent grossir dans ses coffres1 on se croit enfin une bonne tte1 et presque capable de gouverner4 #ch 7,i7 ,il faut une sorte d'esprit pour faire fortune1 et surtout une grande fortune3 ce n'est ni le bon ni le bel esprit1 ni le grand ni le sublime1 ni le fort ni le dlicat2 je ne sais prcisment lequel c'est1 et j'attends que quelqu'un veuille m'en instruire4 7,v7 ,il faut moins d'esprit que d'habitude ou d'exprience pour faire sa fortune2 l'on y songe trop tard1 et quand enfin l'on s'en avise1 l'on commence par des fautes que l'on n'a pas toujours le loisir de rparer3 de l vient peut-tre que les fortunes sont si rares4 7,v7 ,un homme d'un petit gnie peut vouloir s'avancer3 il nglige tout1 il ne pense du matin au soir1 il ne rve la nuit qu' une seule chose1 qui est de s'avancer4 ,il a commenc de bonne heure1 et ds son adolescence1 se mettre dans les voies de la fortune3 s'il trouve une barrire de front qui ferme son passage1 il biaise naturellement1 et va droit ou gauche1 selon qu'il y voit de jour et d'apparence1 et si de nouveaux obstacles l'arrtent1 il rentre dans le sentier qu'il avait quitt2 il est dtermin1 par la nature des difficults1 tantt les surmonter1 tantt les viter1 ou prendre d'autres mesures3 son intrt1 l'usage1 les conjectures le dirigent4 ,faut-il de si grands talents et une si bonne tte un voyageur pour suivre d'abord le grand chemin1 et s'il est plein et embarrass1 prendre la terre1 et aller travers champs1 puis regagner sa premire route1 la continuer1 arriver son terme8 ,faut-il tant d'esprit pour aller ses fins8 ,est-ce donc un prodige qu'un sot riche et accrdit8 7,v7 ,il y a mme des stupides1 et j'ose dire des imbciles1 qui se placent en de beaux postes1 et qui savent mourir dans l'opulence1 sans qu'on les doive souponner en nulle manire d'y avoir contribu de leur travail ou de la moindre industrie3 quelqu'un les a conduits la source d'un fleuve1 ou bien le hasard seul les y a fait rencontrer2 on leur a dit3 ,voulez-vous de l'eau8 puisez2 et ils ont puis4 #ci 7,v7 ,quand on est jeune1 souvent on est pauvre3 ou l'on n'a pas encore fait d'acquisitions1 ou les successions ne sont pas chues4 ,l'on devient riche et vieux en mme temps3 tant il est rare que les hommes puissent runir tous leurs avantages6 et si cela arrive quelques-uns1 il n'y a pas de quoi leur porter envie3 ils ont assez perdre par la mort pour mriter d'tre plaints4 #dj 7,i7 ,il faut avoir trente ans pour songer sa fortune2 elle n'est pas faite cinquante2 l'on btit dans la vieillesse1 et l'on meurt quand on en est aux peintres et aux vitriers4 #da 7,v7 ,quel est le fruit d'une grande fortune1 si ce n'est de jouir de la vanit1 de l'industrie1 du travail et de la dpense de ceux qui sont venus avant nous1 et de travailler nous-mmes1 de planter1 de btir1 d'acqurir pour la postrit8 #db 7,i7 ,l'on ouvre et l'on tale tous les matins pour tromper son monde2 et l'on ferme le soir aprs avoir tromp tout le jour4 #dc 7,,viii7 ,le marchand fait des montres pour donner de sa marchandise ce qu'il y a de pire2 il a le cati et les faux jours afin d'en cacher les dfauts1 et qu'elle paraisse bonne2 il la surfait pour la vendre plus cher qu'elle ne vaut2 il a des marques fausses et mystrieuses1 afin qu'on croie n'en donner que son prix1 un mauvais aunage pour en livrer le moins qu'il se peut2 et il a un trbuchet1 afin que celui qui il l'a livre la lui paye en or qui soit de poids4 #dd 7,i7 ,dans toutes les conditions1 le pauvre est bien proche de l'homme de bien1 et l'opulent n'est gure loign de la friponnerie4 ,le savoir-faire et l'habilet ne mnent pas jusques aux normes richesses4 ,l'on peut s'enrichir1 dans quelque art ou dans quelque commerce que ce soit1 par l'ostentation d'une certaine probit4 #de 7,v7 ,de tous les moyens de faire sa fortune1 le plus court et le meilleur est de mettre les gens voir clairement leurs intrts vous faire du bien4 #df 7,i7 ,les hommes1 presss par les besoins de la vie1 et quelquefois par le dsir du gain ou de la gloire1 cultivent des talents profanes1 ou s'engagent dans des professions quivoques1 et dont ils se cachent longtemps eux-mmes le pril et les consquences3 ils les quittent ensuite par une dvotion discrte1 qui ne leur vient jamais qu'aprs qu'ils ont fait leur rcolte1 et qu'ils jouissent d'une fortune bien tablie4 #dg 7,v7 ,il y a des misres sur la terre qui saisissent le coeur2 il manque quelques-uns jusqu'aux aliments2 ils redoutent l'hiver1 ils apprhendent de vivre4 ,l'on mange ailleurs des fruits prcoces2 l'on force la terre et les saisons pour fournir sa dlicatesse2 de simples bourgeois1 seulement cause qu'ils taient riches1 ont eu l'audace d'avaler en un seul morceau la nourriture de cent familles4 ,tienne qui voudra contre de si grandes extrmits3 je ne veux tre1 si je le puis1 ni malheureux ni heureux2 je me jette et me rfugie dans la mdiocrit4 #dh 7,v7 ,on sait que les pauvres sont chagrins de ce que tout leur manque1 et que personne ne les soulage2 mais s'il est vrai que les riches soient colres1 c'est de ce que la moindre chose puisse leur manquer1 ou que quelqu'un veuille leur rsister4 #di 7,,vii7 ,celui-l est riche1 qui reoit plus qu'il ne consume2 celui-l est pauvre1 dont la dpense excde la recette4 ,tel1 avec deux millions de rente1 peut tre pauvre chaque anne de cinq cent mille livres4 ,il n'y a rien qui se soutienne plus longtemps qu'une mdiocre fortune2 il n'y a rien dont on voie mieux la fin que d'une grande fortune4 ,l'occasion prochaine de la pauvret1 c'est de grandes richesses4 ,s'il est vrai que l'on soit riche de tout ce dont on n'a pas besoin1 un homme fort riche1 c'est un homme qui est sage4 ,s'il est vrai que l'on soit pauvre par toutes les choses que l'on dsire1 l'ambitieux et l'avare languissent dans une extrme pauvret4 #ej 7,,iv7 ,les passions tyrannisent l'homme2 et l'ambition suspend en lui les autres passions1 et lui donne pour un temps les apparences de toutes les vertus4 ,ce ,tryphon qui a tous les vices1 je l'ai cru sobre1 chaste1 libral1 humble et mme dvot3 je le croirais encore1 s'il n'et enfin fait sa fortune4 #ea 7,,iv7 ,l'on ne se rend point sur le dsir de possder et de s'agrandir3 la bile gagne1 et la mort approche1 qu'avec un visage fltri1 et des jambes dj faibles1 l'on dit3 ma fortune1 mon tablissement4 #eb 7,,iv7 ,il n'y a au monde que deux manires de s'lever1 ou par sa propre industrie1 ou par l'imbcillit des autres4 #ec 7,i7 ,les traits dcouvrent la complexion et les moeurs2 mais la mine dsigne les biens de fortune3 le plus ou le moins de mille livres de rente se trouve crit sur les visages4 #ed 7,,iv7 ,chrysante1 homme opulent et impertinent1 ne veut pas tre vu avec ,eugne1 qui est homme de mrite1 mais pauvre3 il croirait en tre dshonor4 ,eugne est pour ,chrysante dans les mmes dispositions3 ils ne courent pas risque de se heurter4 #ee 7,,viii7 ,quand je vois de certaines gens1 qui me prvenaient autrefois par leurs civilits1 attendre au contraire que je les salue1 et en tre avec moi sur le plus ou sur le moins1 je dis en moi-mme3 ,fort bien1 j'en suis ravi1 tant mieux pour eux3 vous verrez que cet homme-ci est mieux log1 mieux meubl et mieux nourri qu' l'ordinaire2 qu'il sera entr depuis quelques mois dans quelque affaire1 o il aura dj fait un gain raisonnable4 ,dieu veuille qu'il en vienne dans peu de temps jusqu' me mpriser6 #ef 7,v7 ,si les penses1 les livres et leurs auteurs dpendaient des riches et de ceux qui ont fait une belle fortune1 quelle proscription6 ,il n'y aurait plus de rappel4 ,quel ton1 quel ascendant ne prennent-ils pas sur les savants6 ,quelle majest n'observent-ils pas l'gard de ces hommes chtifs1 que leur mrite n'a ni placs ni enrichis1 et qui en sont encore penser et crire judicieusement6 ,il faut l'avouer1 le prsent est pour les riches1 et l'avenir pour les vertueux et les habiles4 ,homre est encore et sera toujours3 les receveurs de droits1 les publicains ne sont plus2 ont-ils t8 leur patrie1 leurs noms sont-ils connus8 y a-t-il eu dans la ,grce des partisans8 ,que sont devenus ces importants personnages qui mprisaient ,homre1 qui ne songeaient dans la place qu' l'viter1 qui ne lui rendaient pas le salut1 ou qui le saluaient par son nom1 qui ne daignaient pas l'associer leur table1 qui le regardaient comme un homme qui n'tait pas riche et qui faisait un livre8 ,que deviendront les ,fauconnets8 iront-ils aussi loin dans la postrit que ,descartes1 n ,franais et mort en ,sude8 #eg 7,i7 ,du mme fonds d'orgueil dont l'on s'lve firement au-dessus de ses infrieurs1 l'on rampe vilement devant ceux qui sont au-dessus de soi4 ,c'est le propre de ce vice1 qui n'est fond ni sur le mrite personnel ni sur la vertu1 mais sur les richesses1 les postes1 le crdit1 et sur de vaines sciences1 de nous porter galement mpriser ceux qui ont moins que nous de cette espce de biens1 et estimer trop ceux qui en ont une mesure qui excde la ntre4 #eh 7,i7 ,il y a des mes sales1 ptries de boue et d'ordure1 prises du gain et de l'intrt1 comme les belles mes le sont de la gloire et de la vertu2 capables d'une seule volupt1 qui est celle d'acqurir ou de ne point perdre2 curieuses et avides du dernier dix2 uniquement occupes de leurs dbiteurs2 toujours inquites sur le rabais ou sur le dcri des monnaies2 enfonces et comme abmes dans les contrats1 les titres et les parchemins4 ,de telles gens ne sont ni parents1 ni amis1 ni citoyens1 ni chrtiens1 ni peut-tre des hommes3 ils ont de l'argent4 #ei 7,,vi7 ,commenons par excepter ces mes nobles et courageuses1 s'il en reste encore sur la terre1 secourables1 ingnieuses faire du bien1 que nuls besoins1 nulle disproportion1 nuls artifices ne peuvent sparer de ceux qu'ils se sont une fois choisis pour amis2 et aprs cette prcaution1 disons hardiment une chose triste et douloureuse imaginer3 il n'y a personne au monde si bien lie avec nous de socit et de bienveillance1 qui nous aime1 qui nous gote1 qui nous fait mille offres de services et qui nous sert quelquefois1 qui n'ait en soi1 par l'attachement son intrt1 des dispositions trs proches rompre avec nous1 et devenir notre ennemi4 #fj 7,i7 ,pendant qu',oronte augmente1 avec ses annes1 son fonds et ses revenus1 une fille nat dans quelque famille1 s'lve1 crot1 s'embellit1 et entre dans sa seizime anne4 ,il se fait prier cinquante ans pour l'pouser1 jeune1 belle1 spirituelle3 cet homme sans naissance1 sans esprit et sans le moindre mrite1 est prfr tous ses rivaux4 #fa 7,i7 ,le mariage1 qui devrait tre l'homme une source de tous les biens1 lui est souvent1 par la disposition de sa fortune1 un lourd fardeau sous lequel il succombe3 c'est alors qu'une femme et des enfants sont une violente tentation la fraude1 au mensonge et aux gains illicites2 il se trouve entre la friponnerie et l'indigence3 trange situation6 7,,iv7 pouser une veuve1 en bon franais1 signifie faire sa fortune2 il n'opre pas toujours ce qu'il signifie4 #fb 7,,iv7 ,celui qui n'a de partage avec ses frres que pour vivre l'aise bon praticien1 veut tre officier2 le simple officier se fait magistrat1 et le magistrat veut prsider2 et ainsi de toutes les conditions1 o les hommes languissent serrs et indigents1 aprs avoir tent au del de leur fortune1 et forc1 pour ainsi dire1 leur destine3 incapables tout la fois de ne pas vouloir tre riches et de demeurer riches4 #fc 7,v7 ,dne bien1 ,clarque1 soupe le soir1 mets du bois au feu1 achte un manteau1 tapisse ta chambre3 tu n'aimes point ton hritier1 tu ne le connais point1 tu n'en as point4 #fd 7,v7 ,jeune1 on conserve pour sa vieillesse2 vieux1 on pargne pour la mort4 ,l'hritier prodigue paye de superbes funrailles1 et dvore le reste4 #fe 7,v7 ,l'avare dpense plus mort en un seul jour1 qu'il ne faisait vivant en dix annes2 et son hritier plus en dix mois1 qu'il n'a su faire lui-mme en toute sa vie4 #ff 7,v7 ,ce que l'on prodigue1 on l'te son hritier2 ce que l'on pargne sordidement1 on se l'te soi-mme4 ,le milieu est justice pour soi et pour les autres4 #fg 7,v7 ,les enfants peut-tre seraient plus chers leurs pres1 et rciproquement les pres leurs enfants1 sans le titre d'hritiers4 #fh 7,v7 ,triste condition de l'homme1 et qui dgote de la vie6 il faut suer1 veiller1 flchir1 dpendre1 pour avoir un peu de fortune1 ou la devoir l'agonie de nos proches4 ,celui qui s'empche de souhaiter que son pre y passe bientt est homme de bien4 #fi 7,v7 ,le caractre de celui qui veut hriter de quelqu'un rentre dans celui du complaisant3 nous ne sommes point mieux flatts1 mieux obis1 plus suivis1 plus entours1 plus cultivs1 plus mnags1 plus caresss de personne pendant notre vie1 que de celui qui croit gagner notre mort1 et qui dsire qu'elle arrive4 #gj 7,,vii7 ,tous les hommes1 par les postes diffrents1 par les titres et par les successions1 se regardent comme hritiers les uns des autres1 et cultivent par cet intrt1 pendant tout le cours de leur vie1 un dsir secret et envelopp de la mort d'autrui3 le plus heureux dans chaque condition est celui qui a plus de choses perdre par sa mort1 et laisser son successeur4 #ga 7,,vi7 ,l'on dit du jeu qu'il gale les conditions2 mais elles se trouvent quelquefois si trangement disproportionnes1 et il y a entre telle et telle condition un abme d'intervalle si immense et si profond1 que les yeux souffrent de voir de telles extrmits se rapprocher3 c'est comme une musique qui dtonne2 ce sont comme des couleurs mal assorties1 comme des paroles qui jurent et qui offensent l'oreille1 comme de ces bruits ou de ces sons qui font frmir2 c'est en un mot un renversement de toutes les biensances4 ,si l'on m'oppose que c'est la pratique de tout l',occident1 je rponds que c'est peut-tre aussi l'une de ces choses qui nous rendent barbares l'autre partie du monde1 et que les ,orientaux qui viennent jusqu' nous remportent sur leurs tablettes3 je ne doute pas mme que cet excs de familiarit ne les rebute davantage que nous ne sommes blesss de leur zombaye et de leurs autres prosternations4 #gb 7,,vi7 ,une tenue d'tats1 ou les chambres assembles pour une affaire trs capitale1 n'offrent point aux yeux rien de si grave et de si srieux qu'une table de gens qui jouent un grand jeu3 une triste svrit rgne sur leurs visages2 implacables l'un pour l'autre1 et irrconciliables ennemis pendant que la sance dure1 ils ne reconnaissent plus ni liaisons1 ni alliance1 ni naissance1 ni distinctions3 le hasard seul1 aveugle et farouche divinit1 prside au cercle1 et y dcide souverainement2 ils l'honorent tous par un silence profond1 et par une attention dont ils sont partout ailleurs fort incapables2 toutes les passions1 comme suspendues1 cdent une seule2 le courtisan alors n'est ni doux1 ni flatteur1 ni complaisant1 ni mme dvot4 #gc 7,i7 ,l'on ne reconnat plus en ceux que le jeu et le gain ont illustr la moindre trace de leur premire condition3 ils perdent de vue leurs gaux1 et atteignent les plus grands seigneurs4 ,il est vrai que la fortune du d ou du lansquenet les remet souvent o elle les a pris4 #gd 7,v7 ,je ne m'tonne pas qu'il y ait des brelans publics1 comme autant de piges tendus l'avarice des hommes1 comme des gouffres o l'argent des particuliers tombe et se prcipite sans retour1 comme d'affreux cueils o les joueurs viennent se briser et se perdre2 qu'il parte de ces lieux des missaires pour savoir heure marque qui a descendu terre avec un argent frais d'une nouvelle prise1 qui a gagn un procs d'o on lui a compt une grosse somme1 qui a reu un don1 qui a fait au jeu un gain considrable1 quel fils de famille vient de recueillir une riche succession1 ou quel commis imprudent veut hasarder sur une carte les derniers de sa caisse4 ,c'est un sale et indigne mtier1 il est vrai1 que de tromper2 mais c'est un mtier qui est ancien1 connu1 pratiqu de tout temps par ce genre d'hommes que j'appelle des brelandiers4 ,l'enseigne est leur porte1 on y lirait presque3 ,ici l'on trompe de bonne foi2 car se voudraient-ils donner pour irrprochables8 ,qui ne sait pas qu'entrer et perdre dans ces maisons est une mme chose8 ,qu'ils trouvent donc sous leur main autant de dupes qu'il en faut pour leur subsistance1 c'est ce qui me passe4 #ge 7,v7 ,mille gens se ruinent au jeu1 et vous disent froidement qu'ils ne sauraient se passer de jouer3 quelle excuse6 ,y a-t-il une passion1 quelque violente ou honteuse qu'elle soit1 qui ne pt tenir ce mme langage8 ,serait-on reu dire qu'on ne peut se passer de voler1 d'assassiner1 de se prcipiter8 ,un jeu effroyable1 continuel1 sans retenue1 sans bornes1 o l'on n'a en vue que la ruine totale de son adversaire1 o l'on est transport du dsir du gain1 dsespr sur la perte1 consum par l'avarice1 o l'on expose sur une carte ou la fortune du d la sienne propre1 celle de sa femme et de ses enfants1 est-ce une chose qui soit permise ou dont l'on doive se passer8 ,ne faut-il pas quelquefois se faire une plus grande violence1 lorsque1 pouss par le jeu jusques une droute universelle1 il faut mme que l'on se passe d'habits et de nourriture1 et de les fournir sa famille8 ,je ne permets personne d'tre fripon2 mais je permets un fripon de jouer un grand jeu3 je le dfends un honnte homme4 ,c'est une trop grande purilit que de s'exposer une grande perte4 #gf 7,i7 ,il n'y a qu'une affliction qui dure1 qui est celle qui vient de la perte de biens3 le temps1 qui adoucit toutes les autres1 aigrit celle-ci4 ,nous sentons tous moments1 pendant le cours de notre vie1 o le bien que nous avons perdu nous manque4 #gg 7,,iv7 ,il fait bon avec celui qui ne se sert pas de son bien marier ses filles1 payer ses dettes1 ou faire des contrats1 pourvu que l'on ne soit ni ses enfants ni sa femme4 #gh 7,,viii7 ,ni les troubles1 ,znobie1 qui agitent votre empire1 ni la guerre que vous soutenez virilement contre une nation puissante depuis la mort du roi votre poux1 ne diminuent rien de votre magnificence4 ,vous avez prfr toute autre contre les rives de l',euphrate pour y lever un superbe difice3 l'air y est sain et tempr1 la situation en est riante2 un bois sacr l'ombrage du ct du couchant2 les dieux de ,syrie1 qui habitent quelquefois la terre1 n'y auraient pu choisir une plus belle demeure4 ,la campagne autour est couverte d'hommes qui taillent et qui coupent1 qui vont et qui viennent1 qui roulent ou qui charrient le bois du ,liban1 l'airain et le porphyre2 les grues et les machines gmissent dans l'air1 et font esprer ceux qui voyagent vers l',arabie de revoir leur retour en leurs foyers ce palais achev1 et dans cette splendeur o vous dsirez de le porter avant de l'habiter1 vous et les princes vos enfants4 ,n'y pargnez rien1 grande ,reine2 employez-y l'or et tout l'art des plus excellents ouvriers2 que les ,phidias et les ,zeuxis de votre sicle dploient toute leur science sur vos plafonds et sur vos lambris2 tracez-y de vastes et de dlicieux jardins1 dont l'enchantement soit tel qu'ils ne paraissent pas faits de la main des hommes2 puisez vos trsors et votre industrie sur cet ouvrage incomparable2 et aprs que vous y aurez mis1 ,znobie1 la dernire main1 quelqu'un de ces ptres qui habitent les sables voisins de ,palmyre1 devenu riche par les pages de vos rivires1 achtera un jour deniers comptants cette royale maison1 pour l'embellir1 et la rendre plus digne de lui et de sa fortune4 #gi 7,,iv7 ,ce palais1 ces meubles1 ces jardins1 ces belles eaux vous enchantent et vous font rcrier d'une premire vue sur une maison si dlicieuse1 et sur l'extrme bonheur du matre qui la possde4 ,il n'est plus2 il n'en a pas joui si agrablement ni si tranquillement que vous3 il n'y a jamais eu un jour serein1 ni une nuit tranquille2 il s'est noy de dettes pour la porter ce degr de beaut o elle vous ravit4 ,ses cranciers l'en ont chass3 il a tourn la tte1 et il l'a regarde de loin une dernire fois2 et il est mort de saisissement4 #hj 7,v7 ,l'on ne saurait s'empcher de voir dans certaines familles ce qu'on appelle les caprices du hasard ou les jeux de la fortune4 ,il y a cent ans qu'on ne parlait point de ces familles1 qu'elles n'taient point3 le ciel tout d'un coup s'ouvre en leur faveur2 les biens1 les honneurs1 les dignits fondent sur elles plusieurs reprises2 elles nagent dans la prosprit4 ,eumolpe1 l'un de ces hommes qui n'ont point de grands-pres1 a eu un pre du moins qui s'tait lev si haut1 que tout ce qu'il a pu souhaiter pendant le cours d'une longue vie1 'a t de l'atteindre2 et il l'a atteint4 tait-ce dans ces deux personnages minence d'esprit1 profonde capacit8 tait-ce les conjonctures8 ,la fortune enfin ne leur rit plus2 elle se joue ailleurs1 et traite leur postrit comme leurs anctres4 #ha 7,,iv7 ,la cause la plus immdiate de la ruine et de la droute des personnes des deux conditions1 de la robe et de l'pe1 est que l'tat seul1 et non le bien1 rgle la dpense4 #hb 7,,iv7 ,si vous n'avez rien oubli pour votre fortune1 quel travail6 ,si vous avez nglig la moindre chose1 quel repentir6 #hc 7,,vi7 ,giton a le teint frais1 le visage plein et les joues pendantes1 l'oeil fixe et assur1 les paules larges1 l'estomac haut1 la dmarche ferme et dlibre4 ,il parle avec confiance2 il fait rpter celui qui l'entretient1 et il ne gote que mdiocrement tout ce qu'il lui dit4 ,il dploie un ample mouchoir1 et se mouche avec grand bruit2 il crache fort loin1 et il ternue fort haut4 ,il dort le jour1 il dort la nuit1 et profondment2 il ronfle en compagnie4 ,il occupe table et la promenade plus de place qu'un autre4 ,il tient le milieu en se promenant avec ses gaux2 il s'arrte1 et l'on s'arrte2 il continue de marcher1 et l'on marche3 tous se rglent sur lui4 ,il interrompt1 il redresse ceux qui ont la parole3 on ne l'interrompt pas1 on l'coute aussi longtemps qu'il veut parler2 on est de son avis1 on croit les nouvelles qu'il dbite4 ,s'il s'assied1 vous le voyez s'enfoncer dans un fauteuil1 croiser les jambes l'une sur l'autre1 froncer le sourcil1 abaisser son chapeau sur ses yeux pour ne voir personne1 ou le relever ensuite1 et dcouvrir son front par fiert et par audace4 ,il est enjou1 grand rieur1 impatient1 prsomptueux1 colre1 libertin1 politique1 mystrieux sur les affaires du temps2 il se croit des talents et de l'esprit4 ,il est riche4 ,phdon a les yeux creux1 le teint chauff1 le corps sec et le visage maigre2 il dort peu1 et d'un sommeil fort lger2 il est abstrait1 rveur1 et il a avec de l'esprit l'air d'un stupide3 il oublie de dire ce qu'il sait1 ou de parler d'vnements qui lui sont connus2 et s'il le fait quelquefois1 il s'en tire mal1 il croit peser ceux qui il parle1 il conte brivement1 mais froidement2 il ne se fait pas couter1 il ne fait point rire4 ,il applaudit1 il sourit ce que les autres lui disent1 il est de leur avis2 il court1 il vole pour leur rendre de petits services4 ,il est complaisant1 flatteur1 empress2 il est mystrieux sur ses affaires1 quelquefois menteur2 il est superstitieux1 scrupuleux1 timide4 ,il marche doucement et lgrement1 il semble craindre de fouler la terre2 il marche les yeux baisss1 et il n'ose les lever sur ceux qui passent4 ,il n'est jamais du nombre de ceux qui forment un cercle pour discourir2 il se met derrire celui qui parle1 recueille furtivement ce qui se dit1 et il se retire si on le regarde4 ,il n'occupe point de lieu1 il ne tient point de place2 il va les paules serres1 le chapeau abaiss sur ses yeux pour n'tre point vu2 il se replie et se renferme dans son manteau2 il n'y a point de rues ni de galeries si embarrasses et si remplies de monde1 o il ne trouve moyen de passer sans effort1 et de se couler sans tre aperu4 ,si on le prie de s'asseoir1 il se met peine sur le bord d'un sige2 il parle bas dans la conversation1 et il articule mal2 libre nanmoins sur les affaires publiques1 chagrin contre le sicle1 mdiocrement prvenu des ministres et du ministre4 ,il n'ouvre la bouche que pour rpondre2 il tousse1 il se mouche sous son chapeau1 il crache presque sur soi1 et il attend qu'il soit seul pour ternuer1 ou1 si cela lui arrive1 c'est l'insu de la compagnie3 il n'en cote personne ni salut ni compliment4 ,il est pauvre4 ,de la ville ,i 7,i7 ,l'on se donne ,paris1 sans se parler1 comme un rendez-vous public1 mais fort exact1 tous les soirs au ,cours ou aux ,tuileries1 pour se regarder au visage et se dsapprouver les uns les autres4 7,i7 ,l'on ne peut se passer de ce mme monde que l'on n'aime point1 et dont l'on se moque4 7,,vii7 ,l'on s'attend au passage rciproquement dans une promenade publique2 l'on y passe en revue l'un devant l'autre3 carrosse1 chevaux1 livres1 armoiries1 rien n'chappe aux yeux1 tout est curieusement ou malignement observ2 et selon le plus ou le moins de l'quipage1 ou l'on respecte les personnes1 ou on les ddaigne4 #b 7,v7 ,tout le monde connat cette longue leve qui borne et qui resserre le lit de la ,seine1 du ct o elle entre ,paris avec la ,marne1 qu'elle vient de recevoir3 les hommes s'y baignent au pied pendant les chaleurs de la canicule2 on les voit de fort prs se jeter dans l'eau2 on les en voit sortir3 c'est un amusement4 ,quand cette saison n'est pas venue1 les femmes de la ville ne s'y promnent pas encore2 et quand elle est passe1 elles ne s'y promnent plus4 #c 7,v7 ,dans ces lieux d'un concours gnral1 o les femmes se rassemblent pour montrer une belle toffe1 et pour recueillir le fruit de leur toilette1 on ne se promne pas avec une compagne par la ncessit de la conversation2 on se joint ensemble pour1 se rassurer sur le thtre1 s'apprivoiser avec le public1 et se raffermir contre la critique3 c'est l prcisment qu'on se parle sans se rien dire1 ou plutt qu'on parle pour les passants1 pour ceux mme en faveur de qui l'on hausse sa voix1 l'on gesticule et l'on badine1 l'on penche ngligemment la tte1 l'on passe et l'on repasse4 #d 7,i7 ,la ville est partage en diverses socits1 qui sont comme autant de petites rpubliques1 qui ont leurs lois1 leurs usages1 leur jargon1 et leurs mots pour rire4 ,tant que cet assemblage est dans sa force1 et que l'enttement subsiste1 l'on ne trouve rien de bien dit ou de bien fait que ce qui part des siens1 et l'on est incapable de goter ce qui vient d'ailleurs3 cela va jusques au mpris pour les gens qui ne sont pas initis dans leurs mystres4 ,l'homme du monde d'un meilleur esprit1 que le hasard a port au milieu d'eux1 leur est tranger3 il se trouve l comme dans un pays lointain1 dont il ne connat ni les routes1 ni la langue ni les moeurs1 ni la coutume2 il voit un peuple qui cause1 bourdonne1 parle l'oreille1 clate de rire1 et qui retombe ensuite dans un morne silence2 il y perd son maintien1 ne trouve pas o placer un seul mot1 et n'a pas mme de quoi couter4 ,il ne manque jamais l un mauvais plaisant qui domine1 et qui est comme le hros de la socit3 celui-ci s'est charg de la joie des autres1 et fait toujours rire avant que d'avoir parl4 ,si quelquefois une femme survient qui n'est point de leurs plaisirs1 la bande joyeuse ne peut comprendre qu'elle ne sache point rire des choses qu'elle n'entend point1 et paraisse insensible des fadaises qu'ils n'entendent eux-mmes que parce qu'ils les ont faites3 ils ne lui pardonnent ni son ton de voix1 ni son silence1 ni sa taille1 ni son visage1 ni son habillement1 ni son entre1 ni la manire dont elle est sortie4 ,deux annes cependant ne passent point sur une mme coterie3 il y a toujours1 ds la premire anne1 des semences de division pour rompre dans celle qui doit suivre2 l'intrt de la beaut1 les incidents du jeu1 l'extravagance des repas1 qui1 modestes au commencement1 dgnrent bientt en pyramides de viandes et en banquets somptueux1 drangent la rpublique1 et lui portent enfin le coup mortel3 il n'est en fort peu de temps non plus parl de cette nation que des mouches de l'anne passe4 #e 7,,iv7 ,il y a dans la ville la grande et la petite robe2 et la premire se venge sur l'autre des ddains de la cour1 et des petites humiliations qu'elle y essuie4 ,de savoir quelles sont leurs limites1 o la grande finit1 et o la petite commence1 ce n'est pas une chose facile4 ,il se trouve mme un corps considrable qui refuse d'tre du second ordre1 et qui l'on conteste le premier3 il ne se rend pas nanmoins1 il cherche au contraire1 par la gravit et par la dpense1 s'galer la magistrature1 ou ne lui cde qu'avec peine3 on l'entend dire que la noblesse de son emploi1 l'indpendance de sa profession1 le talent de la parole et le mrite personnel balancent au moins les sacs de mille francs que le fils du partisan ou du banquier a su payer pour son office4 #f 7,v7 ,vous moquez-vous de rver en carrosse1 ou peut-tre de vous y reposer8 ,vite1 prenez votre livre ou vos papiers1 lisez1 ne saluez qu' peine ces gens qui passent dans leur quipage2 ils vous en croiront plus occup2 ils diront3 ,cet homme est laborieux1 infatigable2 il lit1 il travaille jusque dans les rues ou sur la route4 ,apprenez du moindre avocat qu'il faut paratre accabl d'affaires1 froncer le sourcil1 et rver rien trs profondment2 savoir propos perdre le boire et le manger2 ne faire qu'apparoir dans sa maison1 s'vanouir et se perdre comme un fantme dans le sombre de son cabinet2 se cacher au public1 viter le thtre1 le laisser ceux qui ne courent aucun risque s'y montrer1 qui en ont peine le loisir1 aux ,gomons1 aux ,duhamels4 #g 7,,iv7 ,il y a un certain nombre de jeunes magistrats que les grands biens et les plaisirs ont associs quelques-uns de ceux qu'on nomme la cour de petits-matres3 ils les imitent1 ils se tiennent fort au-dessus de la gravit de la robe1 et se croient dispenss par leur ge et par leur fortune d'tre sages et modrs4 ,ils prennent de la cour ce qu'elle a de pire3 ils s'approprient la vanit1 la mollesse1 l'intemprance1 le libertinage1 comme si tous ces vices leur taient dus1 et1 affectant ainsi un caractre loign de celui qu'ils ont soutenir1 ils deviennent enfin1 selon leurs souhaits1 des copies fidles de trs mchants originaux4 #h 7,,iv7 ,un homme de robe la ville1 et le mme la cour1 ce sont deux hommes4 ,revenu chez soi1 il reprend ses moeurs1 sa taille et son visage1 qu'il y avait laisss3 il n'est plus ni si embarrass1 ni si honnte4 #i 7,,iv7 ,les ,crispins se cotisent et rassemblent dans leur famille jusques six chevaux pour allonger un quipage1 qui1 avec un essaim de gens de livres1 o ils ont fourni chacun leur part1 les fait triompher au ,cours ou ,vincennes1 et aller de pair avec les nouvelles maries1 avec ,jason1 qui se ruine1 et avec ,thrason1 qui veut se marier1 et qui a consign4 #aj 7,v7 ,j'entends dire des ,sannions3 ,mme nom1 mmes armes2 la branche ane1 la branche cadette1 les cadets de la seconde branche2 ceux-l1 portent les armes pleines1 ceux-ci brisent d'un lambel1 et les autres d'une bordure dentele4 ,ils ont avec les ,bourbons1 sur une mme couleur1 un mme mtal2 ils portent1 comme eux1 deux et une3 ce ne sont pas des fleurs de lis1 mais ils s'en consolent2 peut-tre dans leur coeur trouvent-ils leurs pices aussi honorables1 et ils les ont communes avec de grands seigneurs qui en sont contents3 on les voit sur les litres et sur les vitrages1 sur la porte de leur chteau1 sur le pilier de leur haute-justice1 o ils viennent de faire pendre un homme qui mritait le bannissement2 elles s'offrent aux yeux de toutes parts1 elles sont sur les meubles et sur les serrures1 elles sont semes sur les carrosses2 leurs livres ne dshonorent point leurs armoiries4 ,je dirais volontiers aux ,sannions3 ,votre folie est prmature2 attendez du moins que le sicle s'achve sur votre race2 ceux qui ont vu votre grand-pre1 qui lui ont parl1 sont vieux1 et ne sauraient plus vivre longtemps4 ,qui pourra dire comme eux3 ,l il talait1 et vendait trs cher8 7,,vii7 ,les ,sannions et les ,crispins veulent encore davantage que l'on dise d'eux qu'ils font une grande dpense1 qu'ils n'aiment la faire4 ,ils font un rcit long et ennuyeux d'une fte ou d'un repas qu'ils ont donn2 ils disent l'argent qu'ils ont perdu au jeu1 et ils plaignent fort haut celui qu'ils n'ont pas song perdre4 ,ils parlent jargon et mystre sur de certaines femmes2 ils ont rciproquement cent choses plaisantes se conter2 ils ont fait depuis peu des dcouvertes2 ils se passent les uns aux autres qu'ils sont gens belles aventures4 ,l'un d'eux1 qui s'est couch tard la campagne1 et qui voudrait dormir1 se lve matin1 chausse des gutres1 endosse un habit de toile1 passe un cordon o pend le fourniment1 renoue ses cheveux1 prend un fusil3 le voil chasseur1 s'il tirait bien4 ,il revient de nuit1 mouill et recru1 sans avoir tu4 ,il retourne la chasse le lendemain1 et il passe tout le jour manquer des grives ou des perdrix4 7,,vii7 ,un autre1 avec quelques mauvais chiens1 aurait envie de dire3 ,ma meute4 ,il sait un rendez-vous de chasse1 il s'y trouve2 il est au laisser-courre2 il entre dans le fort1 se mle avec les piqueurs2 il a un cor4 ,il ne dit pas1 comme ,mnalippe3 ,ai-je du plaisir8 ,il croit en avoir4 ,il oublie lois et procdure3 c'est un ,hippolyte4 ,mnandre1 qui le vit hier sur un procs qui est en ses mains1 ne reconnatrait pas aujourd'hui son rapporteur4 ,le voyez-vous le lendemain sa chambre1 o l'on va juger une cause grave et capitale8 il se fait entourer de ses confrres1 il leur raconte comme il n'a point perdu le cerf de meute1 comme il s'est touff de crier aprs les chiens qui taient en dfaut1 ou aprs ceux des chasseurs qui prenaient le change1 qu'il a vu donner les six chiens4 ,l'heure presse2 il achve de leur parler des abois et de la cure1 et il court s'asseoir avec les autres pour juger4 #aa 7,v7 ,quel est l'garement de certains particuliers1 qui riches1 du ngoce de leurs pres1 dont ils viennent de recueillir la succession1 se moulent sur les princes pour leur garde-robe et pour leur quipage1 excitent1 par une dpense excessive et par un faste ridicule2 les traits et la raillerie de toute une ville1 qu'ils croient blouir1 et se ruinent ainsi se faire moquer de soi6 ,quelques-uns n'ont pas mme le triste avantage de rpandre leurs folies plus loin que le quartier o ils habitent3 c'est le seul thtre de leur vanit4 ,l'on ne sait point dans l'le qu',andr brille au ,marais1 et qu'il y dissipe son patrimoine3 du moins1 s'il tait connu dans toute la ville et dans ses faubourgs1 il serait difficile qu'entre un si grand nombre de citoyens qui ne savent pas tous juger sainement de toutes choses1 il ne s'en trouvt quelqu'un qui dirait de lui3 ,il est magnifique1 et qui lui tiendrait compte des rgals qu'il fait ,xanthe et ,ariston1 et des ftes qu'il donne lamire2 mais il se ruine obscurment3 ce n'est qu'en faveur de deux ou trois personnes qui ne l'estiment point1 qu'il court l'indigence1 et qu'aujourd'hui en carrosse1 il n'aura pas dans six mois le moyen d'aller pied4 #ab 7,i7 ,narcisse se lve le matin pour se coucher le soir2 il a ses heures de toilette comme une femme2 il va tous les jours fort rgulirement la belle messe aux ,feuillants ou aux ,minimes2 il est homme d'un bon commerce1 et l'on compte sur lui au quartier de 999999 pour un tiers ou pour un cinquime l'hombre ou au reversi4 ,l il tient le fauteuil quatre heures de suite chez ,aricie1 o il risque chaque soir cinq pistoles d'or4 ,il lit exactement la ,gazette de ,hollande et le ,mercure galant2 il a lu ,bergerac1 des ,marets1 ,lesclache1 les ,historiettes de ,barbin1 et quelques recueils de posies4 ,il se promne avec des femmes la ,plaine ou au ,cours1 et il est d'une ponctualit religieuse sur les visites4 ,il fera demain ce qu'il fait aujourd'hui et ce qu'il fit hier2 et il meurt ainsi aprs avoir vcu4 #ac 7,v7 ,voil un homme1 dites-vous1 que j'ai vu quelque part3 de savoir o1 il est difficile2 mais son visage m'est familier4--,il l'est bien d'autres2 et je vais1 s'il se peut1 aider votre mmoire4 ,est-ce au boulevard sur un strapontin1 ou aux ,tuileries dans la grande alle1 ou dans le balcon la comdie8 ,est-ce au sermon1 au bal1 ,rambouillet8 ,o pourriez-vous ne l'avoir point vu8 o n'est-il point8 ,s'il y a dans la place une fameuse excution1 ou un feu de joie1 il parat une fentre de l',htel de ville2 si l'on attend une magnifique entre1 il a sa place sur un chafaud2 s'il se fait un carrousel1 le voil entr1 et plac sur l'amphithtre2 si le ,roi reoit des ambassadeurs1 il voit leur marche1 il assiste leur audience1 il est en haie quand ils reviennent de leur audience4 ,sa prsence est aussi essentielle aux serments des ligues suisses que celle du chancelier et des ligues mmes4 ,c'est son visage que l'on voit aux almanachs reprsenter le peuple ou l'assistance4 ,il y a une chasse publique1 une ,saint-,hubert1 le voil cheval2 on parle d'un camp et d'une revue1 il est ,ouilles1 il est ,achres4 ,il aime les troupes1 la milice1 la guerre2 il la voit de prs1 et jusques au fort de ,bernardi4 ,chanley sait les marches1 ,jacquier les vivres1 ,du ,metz l'artillerie3 celui-ci voit1 il a vieilli sous le harnois en voyant1 il est spectateur de profession2 il ne fait rien de ce qu'un homme doit faire1 il ne sait rien de ce qu'il doit savoir2 mais il a vu1 dit-il1 tout ce qu'on peut voir1 et il n'aura point regret de mourir4 ,quelle perte alors pour toute la ville6 ,qui dira aprs lui3 ,le ,cours est ferm1 on ne s'y promne point2 le bourbier de ,vincennes est dessch et relev1 on n'y versera plus8 ,qui annoncera un concert1 un beau salut1 un prestige de la ,foire8 ,qui vous avertira que ,beaumavielle mourut hier2 que ,rochois est enrhume1 et ne chantera de huit jours8 ,qui connatra comme lui un bourgeois ses armes et ses livres8 ,qui dira3 ,scapin porte des fleurs de lis1 et qui en sera plus difi8 ,qui prononcera avec plus de vanit et d'emphase le nom d'une simple bourgeoise8 ,qui sera mieux fourni de vaudevilles8 ,qui prtera aux femmes les ,annales galantes et le ,journal amoureux8 ,qui saura comme lui chanter table tout un dialogue de l',opra1 et les fureurs de ,roland dans une ruelle8 ,enfin1 puisqu'il y a la ville comme ailleurs de fort sottes gens1 des gens fades1 oisifs1 dsoccups1 qui pourra aussi parfaitement leur convenir8 #ad 7,v7 ,thramne tait riche et avait du mrite2 il a hrit1 il est donc trs riche et d'un trs grand mrite4 ,voil toutes les femmes en campagne pour l'avoir pour galant1 et toutes les filles pour pouseur4 ,il va de maisons en maisons faire esprer aux mres qu'il pousera4 ,est-il assis1 elles se retirent1 pour laisser leurs filles toute la libert d'tre aimables1 et ,thramne de faire ses dclarations4 ,il tient ici contre le mortier2 l il efface le cavalier ou le gentilhomme4 ,un jeune homme fleuri1 vif1 enjou1 spirituel n'est pas souhait plus ardemment ni mieux reu2 on se l'arrache des mains1 on a peine le loisir de sourire qui se trouve avec lui dans une mme visite4 ,combien de galants va-t-il mettre en droute6 quels bons partis ne fera-t-il point manquer8 ,pourra-t-il suffire tant d'hritires qui le recherchent8 ,ce n'est pas seulement la terreur des maris1 c'est l'pouvantail de tous ceux qui ont envie de l'tre1 et qui attendent d'un mariage remplir le vide de leur consignation4 ,on devrait proscrire de tels personnages si heureux1 si pcunieux1 d'une ville bien police1 ou condamner le sexe1 sous peine de folie ou d'indignit1 ne les traiter pas mieux que s'ils n'avaient que du mrite4 #ae 7,,viii7 ,paris1 pour l'ordinaire le singe de la cour1 ne sait pas toujours la contrefaire2 il ne l'imite en aucune manire dans ces dehors agrables et caressants que quelques courtisans1 et surtout les femmes1 y ont naturellement pour un homme de mrite1 et qui n'a mme que du mrite3 elles ne s'informent ni de ses contrats ni de ses anctres2 elles le trouvent la cour1 cela leur suffit2 elles le souffrent1 elles l'estiment2 elles ne demandent pas s'il est venu en chaise ou pied1 s'il a une charge1 une terre ou un quipage3 comme elles regorgent de train1 de splendeur et de dignits1 elles se dlassent volontiers avec la philosophie ou la vertu4 ,une femme de ville entend-elle le bruissement d'un carrosse qui s'arrte sa porte1 elle ptille de got et de complaisance pour quiconque est dedans1 sans le connatre2 mais si elle a vu de sa fentre un bel attelage1 beaucoup de livres1 et que plusieurs rangs de clous parfaitement dors l'aient blouie1 quelle impatience n'a-t-elle pas de voir dj dans sa chambre le cavalier ou le magistrat6 quelle charmante rception ne lui fera-t-elle point6 tera-t-elle les yeux de dessus lui8 ,il ne perd rien auprs d'elle3 on lui tient compte des doubles soupentes et des ressorts qui le font rouler plus mollement2 elle l'en estime davantage1 elle l'en aime mieux4 #af 7,,iv7 ,cette fatuit de quelques femmes de la ville1 qui cause en elles une mauvaise imitation de celles de la cour1 est quelque chose de pire que la grossiret des femmes du peuple1 et que la rusticit des villageoises3 elle a sur toutes deux l'affectation de plus4 #ag 7,,iv7 ,la subtile invention1 de faire de magnifiques prsents de noces qui ne cotent rien1 et qui doivent tre rendus en espce6 #ah 7,,iv7 ,l'utile et la louable pratique1 de perdre en frais de noces le tiers de la dot qu'une femme apporte6 de commencer par s'appauvrir de concert par l'amas et l'entassement de choses superflues1 et de prendre dj sur son fonds de quoi payer ,gaultier1 les meubles et la toilette6 #ai 7,,iv7 ,le bel et le judicieux usage que celui qui1 prfrant une sorte d'effronterie aux biensances et la pudeur1 expose une femme d'une seule nuit sur un lit comme sur un thtre1 pour y faire pendant quelques jours un ridicule personnage1 et la livre en cet tat la curiosit des gens de l'un et de l'autre sexe1 qui1 connus ou inconnus1 accourent de toute une ville ce spectacle pendant qu'il dure6 ,que manque-t-il une telle coutume1 pour tre entirement bizarre et incomprhensible1 que d'tre lue dans quelque relation de la ,mingrlie8 #bj 7,i7 ,pnible coutume1 asservissement incommode6 se chercher incessamment les unes les autres avec l'impatience de ne se point rencontrer2 ne se rencontrer que pour se dire des riens1 que pour s'apprendre rciproquement des choses dont on est galement instruite1 et dont il importe peu que l'on soit instruite2 n'entrer dans une chambre prcisment que pour en sortir2 ne sortir de chez soi l'aprs-dne que pour y rentrer le soir1 fort satisfaite d'avoir vu en cinq petites heures trois suisses1 une femme que l'on connat peine1 et une autre que l'on n'aime gure6 ,qui considrerait bien le prix du temps1 et combien sa perte est irrparable1 pleurerait amrement sur de si grandes misres4 #ba 7,,vii7 ,on s'lve la ville dans une indiffrence grossire des choses rurales et champtres2 on distingue peine la plante qui porte le chanvre d'avec celle qui produit le lin1 et le bl froment d'avec les seigles1 et l'un ou l'autre d'avec le mteil3 on se contente de se nourrir et de s'habiller4 ,ne parlez un grand nombre de bourgeois ni de gurets1 ni de baliveaux1 ni de provins1 ni de regains1 si vous voulez tre entendu3 ces termes pour eux ne sont pas franais4 ,parlez aux uns d'aunage1 de tarif1 ou de sol pour livre1 et aux autres de voie d'appel1 de requte civile1 d'appointement1 d'vocation4 ,ils connaissent le monde1 et encore parce qu'il a de moins beau et de moins spcieux2 ils ignorent la nature1 ses commencements1 ses progrs1 ses dons et ses largesses4 ,leur ignorance souvent est volontaire1 et fonde sur l'estime qu'ils ont pour leur profession et pour leurs talents4 ,il n'y a si vil praticien1 qui1 au fond de son tude sombre et enfume1 et l'esprit occup d'une plus noire chicane1 ne se prfre au laboureur1 qui jouit du ciel1 qui cultive la terre1 qui sme propos1 et qui fait de riches moissons2 et s'il entend quelquefois parler des premiers hommes ou des patriarches1 de leur vie champtre et de leur conomie1 il s'tonne qu'on ait pu vivre en de tels temps1 o il n'y avait encore ni offices1 ni commissions1 ni prsidents1 ni procureurs2 il ne comprend pas qu'on ait jamais pu se passer du greffe1 du parquet et de la buvette4 #bb 7,v7 ,les empereurs n'ont jamais triomph ,rome si mollement1 si commodment1 ni si srement mme1 contre le vent1 la pluie1 la poudre et le soleil1 que le bourgeois sait ,paris se faire mener par toute la ville3 quelle distance de cet usage la mule de leurs anctres6 ,ils ne savaient point encore se priver du ncessaire pour avoir le superflu1 ni prfrer le faste aux choses utiles4 ,on ne les voyait point s'clairer avec des bougies1 et se chauffer un petit feu3 la cire tait pour l'autel et pour le ,louvre4 ,ils ne sortaient point d'un mauvais dner pour monter dans leur carrosse2 ils se persuadaient que l'homme avait des jambes pour marcher1 et ils marchaient4 ,ils se conservaient propres quand il faisait sec2 et dans un temps humide ils gtaient leur chaussure1 aussi peu embarrasss de franchir les rues et les carrefours1 que le chasseur de traverser un guret1 ou le soldat de se mouiller dans une tranche4 ,on n'avait pas encore imagin d'atteler deux hommes une litire2 il y avait mme plusieurs magistrats qui allaient pied la chambre ou aux enqutes1 d'aussi bonne grce qu',auguste autrefois allait de son pied au ,capitole4 ,l'tain dans ce temps brillait sur les tables et sur les buffets1 comme le fer et le cuivre dans les foyers2 l'argent et l'or taient dans les coffres4 ,les femmes se faisaient servir par des femmes2 on mettait celles-ci jusqu' la cuisine4 ,les beaux noms de gouverneurs et de gouvernantes n'taient pas inconnus nos pres3 ils savaient qui l'on confiait les enfants des rois et des plus grands princes2 mais ils partageaient le service de leurs domestiques avec leurs enfants1 contents de veiller eux-mmes immdiatement leur ducation4 ,ils comptaient en toutes choses avec eux-mmes3 leur dpense tait proportionne leur recette2 leurs livres1 leurs quipages1 leurs meubles1 leur table1 leurs maisons de la ville et la campagne1 tout tait mesur sur leurs rentes et sur leur condition4 ,il y avait entre eux des distinctions extrieures qui empchaient qu'on ne prt la femme du praticien pour celle du magistrat1 et le roturier ou le simple valet pour le gentilhomme4 ,moins appliqus dissiper ou grossir leur patrimoine qu' le maintenir1 ils le laissaient entier leurs hritiers1 et passaient ainsi d'une vie modre une mort tranquille4 ,ils ne disaient point3 ,le sicle est dur1 la misre est grande1 l'argent est rare2 ils en avaient moins que nous1 et en avaient assez1 plus riches par leur conomie et par leur modestie que de leurs revenus et de leurs domaines4 ,enfin l'on tait alors pntr de cette maxime1 que ce qui est dans les grands splendeur1 somptuosit1 magnificence1 est dissipation1 folie1 ineptie dans le particulier4 ,de la cour #a 7,i7 ,le reproche en un sens le plus honorable que l'on puisse faire un homme1 c'est de lui dire qu'il ne sait pas la cour3 il n'y a sorte de vertus qu'on ne rassemble en lui par ce seul mot4 #b 7,i7 ,un homme qui sait la cour est matre de son geste1 de ses yeux et de son visage2 il est profond1 impntrable2 il dissimule les mauvais offices1 sourit ses ennemis1 contraint son humeur1 dguise ses passions1 dment son coeur1 parle1 agit contre ses sentiments4 ,tout ce grand raffinement n'est qu'un vice1 que l'on appelle fausset1 quelquefois aussi inutile au courtisan pour sa fortune1 que la franchise1 la sincrit et la vertu4 #c 7,,iv7 ,qui peut nommer de certaines couleurs changeantes1 et qui sont diverses selon les divers jours dont on les regarde8 de mme1 qui peut dfinir la cour8 #d 7,,iv7 ,se drober la cour un seul moment1 c'est y renoncer3 le courtisan qui l'a vue le matin la voit le soir pour la reconnatre le lendemain1 ou afin que lui-mme y soit connu4 #e 7,,iv7 ,l'on est petit la cour1 et quelque vanit que l'on ait1 on s'y trouve tel2 mais le mal est commun1 et les grands mmes y sont petits4 #f 7,i7 ,la province est l'endroit d'o la cour1 comme dans son point de vue1 parat une chose admirable3 si l'on s'en approche1 ses agrments diminuent1 comme ceux d'une perspective que l'on voit de trop prs4 #g 7,i7 ,l'on s'accoutume difficilement une vie qui se passe dans une antichambre1 dans des cours1 ou sur l'escalier4 #h 7,,vii7 ,la cour ne rend pas content2 elle empche qu'on ne le soit ailleurs4 #i 7,i7 ,il faut qu'un honnte homme ait tt de la cour3 il dcouvre en y entrant comme un nouveau monde qui lui tait inconnu1 o il voit rgner galement le vice et la politesse1 et o tout lui est utile1 le bon et le mauvais4 #aj 7,,vi7 ,la cour est comme un difice bti de marbre3 je veux dire qu'elle est compose d'hommes fort durs1 mais fort polis4 #aa 7,i7 ,l'on va quelquefois la cour pour en revenir1 et se faire par l respecter du noble de sa province1 ou de son diocsain4 #ab 7,i7 ,le brodeur et le confiseur seraient superflus1 et ne feraient qu'une montre inutile1 si l'on tait modeste et sobre3 les cours seraient dsertes1 et les rois presque seuls1 si l'on tait guri de la vanit et de l'intrt4 ,les hommes veulent tre esclaves quelque part1 et puiser l de quoi dominer ailleurs4 ,il semble qu'on livre en gros aux premiers de la cour l'air de hauteur1 de fiert et de commandement1 afin qu'ils le distribuent en dtail dans les provinces3 ils font prcisment comme on leur fait1 vrais singes de la royaut4 #ac 7,i7 ,il n'y a rien qui enlaidisse certains courtisans comme la prsence du prince3 peine les puis-je reconnatre leurs visages2 leurs traits sont altrs1 et leur contenance est avilie4 ,les gens fiers et superbes sont les plus dfaits1 car ils perdent plus du leur2 celui qui est honnte et modeste s'y soutient mieux3 il n'a rien rformer4 #ad 7,i7 ,l'air de cour est contagieux3 il se prend ,v99991 comme l'accent normand ,rouen ou ,falaise2 on l'entrevoit en des fourriers1 en de petits contrleurs1 et en des chefs de fruiterie3 l'on peut avec une porte d'esprit fort mdiocre y faire de grands progrs4 ,un homme d'un gnie lev et d'un mrite solide ne fait pas assez de cas de cette espce de talent pour faire son capital de l'tudier et se le rendre propre2 il l'acquiert sans rflexion1 et il ne pense point s'en dfaire4 #ae 7,,iv7 ,n9999 arrive avec grand bruit2 il carte le monde1 se fait faire place2 il gratte1 il heurte presque2 il se nomme3 on respire1 et il n'entre qu'avec la foule4 #af 7,i7 ,il y a dans les cours des apparitions de gens aventuriers et hardis1 d'un caractre libre et familier1 qui se produisent eux-mmes1 protestent qu'ils ont dans leur art toute l'habilet qui manque aux autres1 et qui sont crus sur leur parole4 ,ils profitent cependant de l'erreur publique1 ou de l'amour qu'ont les hommes pour la nouveaut3 ils percent la foule1 et parviennent jusqu' l'oreille du prince1 qui le courtisan les voit parler1 pendant qu'il se trouve heureux d'en tre vu4 ,ils ont cela de commode pour les grands qu'ils en sont soufferts sans consquence1 et congdis de mme3 alors ils disparaissent tout la fois riches et dcrdits1 et le monde qu'ils viennent de tromper est encore prt d'tre tromp par d'autres4 #ag 7,,iv7 ,vous voyez des gens qui entrent sans saluer que lgrement1 qui marchent des paules1 et qui se rengorgent comme une femme3 ils vous interrogent sans vous regarder2 ils parlent d'un ton lev1 et qui marque qu'ils se sentent au-dessus de ceux qui se trouvent prsents2 ils s'arrtent1 et on les entoure2 ils ont la parole1 prsident au cercle1 et persistent dans cette hauteur ridicule et contrefaite1 jusqu' ce qu'il survienne un grand1 qui1 la faisant tomber tout d'un coup par sa prsence1 les rduise leur naturel1 qui est moins mauvais4 #ah 7,,iv7 ,les cours ne sauraient se passer d'une certaine espce de courtisans1 hommes flatteurs1 complaisants1 insinuants1 dvous aux femmes1 dont ils mnagent les plaisirs1 tudient les faibles et flattent toutes les passions3 ils leur soufflent l'oreille des grossirets1 leur parlent de leurs maris et de leurs amants dans les termes convenables1 devinent leurs chagrins1 leurs maladies1 et fixent leurs couches2 ils font les modes1 raffinent sur le luxe et sur la dpense1 et apprennent ce sexe de prompts moyens de consumer de grandes sommes en habits1 en meubles et en quipages2 ils ont eux-mmes des habits o brillent l'invention et la richesse1 et ils n'habitent d'anciens palais qu'aprs les avoir renouvels et embellis2 ils mangent dlicatement et avec rflexion2 il n'y a sorte de volupt qu'ils n'essayent1 et dont ils ne puissent rendre compte4 ,ils doivent eux-mmes leur fortune1 et ils la soutiennent avec la mme adresse qu'ils l'ont leve4 ,ddaigneux et fiers1 ils n'abordent plus leurs pareils1 ils ne les saluent plus2 ils parlent o tous les autres se taisent1 entrent1 pntrent en des endroits et des heures o les grands n'osent se faire voir3 ceux-ci1 avec de longs services1 bien des plaies sur le corps1 de beaux emplois ou de grandes dignits1 ne montrent pas un visage si assur1 ni une contenance si libre4 ,ces gens ont l'oreille des plus grands princes1 sont de tous leurs plaisirs et de toutes leurs ftes1 ne sortent pas du ,louvre ou du ,chteau1 o ils marchent et agissent comme chez eux et dans leur domestique1 semblent se multiplier en mille endroits1 et sont toujours les premiers visages qui frappent les nouveaux venus une cour2 ils embrassent1 ils sont embrasss2 ils rient1 ils clatent1 ils sont plaisants1 ils font des contes3 personnes commodes1 agrables1 riches1 qui prtent1 et qui sont sans consquence4 #ai 7,v7 ,ne croirait-on pas de ,cimon et de ,clitandre qu'ils sont seuls chargs des dtails de tout l'tat1 et que seuls aussi ils en doivent rpondre8 ,l'un a du moins les affaires de terre1 et l'autre les maritimes4 ,qui pourrait les reprsenter exprimerait l'empressement1 l'inquitude1 la curiosit1 l'activit1 saurait peindre le mouvement4 ,on ne les a jamais vus assis1 jamais fixes et arrts3 qui mme les a vus marcher8 on les voit courir1 parler en courant1 et vous interroger sans attendre de rponse4 ,ils ne viennent d'aucun endroit1 ils ne vont nulle part3 ils passent et ils repassent4 ,ne les retardez pas dans leur course prcipite1 vous dmonteriez leur machine2 ne leur faites pas de questions1 ou donnez-leur du moins le temps de respirer et de se ressouvenir qu'ils n'ont nulle affaire1 qu'ils peuvent demeurer avec vous et longtemps1 vous suivre mme o il vous plaira de les emmener4 ,ils ne sont pas les ,satellites de ,jupiter1 je veux dire ceux qui pressent et qui entourent le prince1 mais ils l'annoncent et le prcdent2 ils se lancent imptueusement dans la foule des courtisans2 tout ce qui se trouve sur leur passage est en pril4 ,leur profession est d'tre vus et revus1 et ils ne se couchent jamais sans s'tre acquitts d'un emploi si srieux1 et si utile la rpublique4 ,ils sont au reste instruits fond de toutes les nouvelles indiffrentes1 et ils savent la cour tout ce que l'on peut y ignorer2 il ne leur manque aucun des talents ncessaires pour s'avancer mdiocrement4 ,gens nanmoins veills et alertes sur tout ce qu'ils croient leur convenir1 un peu entreprenants1 lgers et prcipits4 ,le dirai-je8 ils portent au vent1 attels tous deux au char de la ,fortune1 et tous deux fort loigns de s'y voir assis4 #bj 7,,iv7 ,un homme de la cour qui n'a pas un assez beau nom1 doit l'ensevelir sous un meilleur2 mais s'il l'a tel qu'il ose le porter1 il doit alors insinuer qu'il est de tous les noms le plus illustre1 comme sa maison de toutes les maisons la plus ancienne3 il doit tenir aux ,princes ,lorrains1 aux ,rohans1 aux ,chastillons1 aux ,montmorencis1 et1 s'il se peut1 aux ,princes ,du ,sang2 ne parler que de ducs1 de cardinaux et de ministres2 faire entrer dans toutes les conversations ses aeuls paternels et maternels1 et y trouver place pour l'oriflamme et pour les croisades2 avoir des salles pares d'arbres gnalogiques1 d'cussons chargs de seize quartiers1 et de tableaux de ses anctres et des allis de ses anctres2 se piquer d'avoir un ancien chteau tourelles1 crneaux et mchicoulis2 dire en toute rencontre3 ma race1 ma branche1 mon nom et mes armes2 dire de celui-ci qu'il n'est pas homme de qualit2 de celle-l1 qu'elle n'est pas demoiselle2 ou si on lui dit qu',hyacinthe a eu le gros lot1 demander s'il est gentilhomme4 ,quelques-uns riront de ces contre-temps1 mais il les laissera rire2 d'autres en feront des contes1 et il leur permettra de conter3 il dira toujours qu'il marche aprs la maison rgnante2 et force de le dire1 il sera cru4 #ba 7,,iv7 ,c'est une grande simplicit que d'apporter la cour la moindre roture1 et de n'y tre pas gentilhomme4 #bb 7,,vi7 ,l'on se couche la cour et l'on se lve sur l'intrt2 c'est ce que l'on digre le matin et le soir1 le jour et la nuit2 c'est ce qui fait que l'on pense1 que l'on parle1 que l'on se tait1 que l'on agit2 c'est dans cet esprit qu'on aborde les uns et qu'on nglige les autres1 que l'on monte et que l'on descend2 c'est sur cette rgle que l'on mesure ses soins1 ses complaisances1 son estime1 son indiffrence1 son mpris4 ,quelques pas que quelques-uns fassent par vertu vers la modration et la sagesse1 un premier mobile d'ambition les emmne avec les plus avares1 les plus violents dans leurs dsirs et les plus ambitieux3 quel moyen de demeurer immobile o tout marche1 o tout se remue1 et de ne pas courir o les autres courent8 ,on croit mme tre responsable soi-mme de son lvation et de sa fortune3 celui qui ne l'a point faite la cour est cens ne l'avoir pas d faire1 on n'en appelle pas4 ,cependant s'en loignera-t-on avant d'en avoir tir le moindre fruit1 ou persistera-t-on y demeurer sans grces et sans rcompenses8 question si pineuse1 si embarrasse1 et d'une si pnible dcision1 qu'un nombre infini de courtisans vieillissent sur le oui et sur le non1 et meurent dans le doute4 #bc 7,,vi7 ,il n'y a rien la cour de si mprisable et de si indigne qu'un homme qui ne peut contribuer en rien notre fortune3 je m'tonne qu'il ose se montrer4 #bd 7,,iv7 ,celui qui voit loin derrire soi un homme de son temps et de sa condition1 avec qui il est venu la cour la premire fois1 s'il croit avoir une raison solide d'tre prvenu de son propre mrite et s'estimer davantage que cet autre qui est demeur en chemin1 ne se souvient plus de ce qu'avant sa faveur il pensait de soi-mme et de ceux qui l'avaient devanc4 #be 7,i7 ,c'est beaucoup tirer de notre ami1 si1 ayant mont une grande faveur1 il est encore un homme de notre connaissance4 #bf 7,,iv7 ,si celui qui est en faveur ose s'en prvaloir avant qu'elle lui chappe1 s'il se sert d'un bon vent qui souffle pour faire son chemin1 s'il a les yeux ouverts sur tout ce qui vaque1 poste1 abbaye1 pour les demander et les obtenir1 et qu'il soit muni de pensions1 de brevets et de survivances1 vous lui reprochez son avidit et son ambition2 vous dites que tout le tente1 que tout lui est propre1 aux siens1 ses cratures1 et que par le nombre et la diversit des grces dont il se trouve combl1 lui seul a fait plusieurs fortunes4 ,cependant qu'a-t-il d faire8 ,si j'en juge moins par vos discours que par le parti que vous auriez pris vous-mme en pareille situation1 c'est qu'il a fait4 ,l'on blme les gens qui font une grande fortune pendant qu'ils en ont les occasions1 parce que l'on dsespre1 par la mdiocrit de la sienne1 d'tre jamais en tat de faire comme eux1 et de s'attirer ce reproche4 ,si l'on tait porte de leur succder1 l'on commencerait sentir qu'ils ont moins de tort1 et l'on serait plus retenu1 de peur de prononcer d'avance sa condamnation4 #bg 7,,iv7 ,il ne faut rien exagrer1 ni dire des cours le mal qui n'y est point3 l'on n'y attente rien de pis contre le vrai mrite que de le laisser quelquefois sans rcompense2 on ne l'y mprise pas toujours1 quand on a pu une fois le discerner2 on l'oublie1 et c'est l o l'on sait parfaitement ne faire rien1 ou faire trs peu de chose1 pour ceux que l'on estime beaucoup4 #bh 7,v7 ,il est difficile la cour que de toutes les pices que l'on emploie l'difice de sa fortune1 il n'y en ait quelqu'une qui porte faux3 l'un de mes amis qui a promis de parler ne parle point2 l'autre parle mollement2 il chappe un troisime de parler contre mes intrts et contre ses intentions2 celui-l manque la bonne volont1 celui-ci l'habilet et la prudence2 tous n'ont pas assez de plaisir me voir heureux pour contribuer de tout leur pouvoir me rendre tel4 ,chacun se souvient assez de tout ce que son tablissement lui a cot faire1 ainsi que des secours qui lui en ont fray le chemin2 on serait mme assez port justifier les services qu'on a reus des uns par ceux qu'en de pareils besoins on rendrait aux autres1 si le premier et l'unique soin qu'on a aprs sa fortune faite n'tait pas de songer soi4 #bi 7,,vii7 ,les courtisans n'emploient pas ce qu'ils ont d'esprit1 d'adresse et de finesse pour trouver les expdients d'obliger ceux de leurs amis qui implorent leur secours1 mais seulement pour leur trouver des raisons apparentes1 de spcieux prtextes1 ou ce qu'ils appellent une impossibilit de le pouvoir faire2 et ils se persuadent d'tre quittes par l en leur endroit de tous les devoirs de l'amiti ou de la reconnaissance4 7,,vi7 ,personne la cour ne veut entamer2 on s'offre d'appuyer1 parce que1 jugeant des autres par soi-mme1 on espre que nul n'entamera1 et qu'on sera ainsi dispens d'appuyer3 c'est une manire douce et polie de refuser son crdit1 ses offices et sa mdiation qui en a besoin4 #cj 7,i7 ,combien de gens vous touffent de caresses dans le particulier1 vous aiment et vous estiment1 qui sont embarrasss de vous dans le public1 et qui1 au lever ou la messe1 vitent vos yeux et votre rencontre6 ,il n'y a qu'un petit nombre de courtisans qui1 par grandeur1 ou par une confiance qu'ils ont d'eux-mmes1 osent honorer devant le monde le mrite qui est seul et dnu de grands tablissements4 #ca 7,,iv7 ,je vois un homme entour et suivi2 mais il est en place4 ,j'en vois un autre que tout le monde aborde2 mais il est en faveur4 ,celui-ci est embrass et caress1 mme des grands2 mais il est riche4 ,celui-l est regard de tous avec curiosit1 on le montre du doigt2 mais il est savant et loquent4 ,j'en dcouvre un que personne n'oublie de saluer2 mais il est mchant4 ,je veux un homme qui soit bon1 qui ne soit rien davantage1 et qui soit recherch4 #cb 7,v7 ,vient-on de placer quelqu'un dans un nouveau poste1 c'est un dbordement de louanges en sa faveur1 qui inonde les cours et la chapelle1 qui gagne l'escalier1 les salles1 la galerie1 tout l'appartement3 on en a au-dessus des yeux1 on n'y tient pas4 ,il n'y a pas deux voix diffrentes sur ce personnage2 l'envie1 la jalousie parlent comme l'adulation2 tous se laissent entraner au torrent qui les emporte1 qui les force de dire d'un homme ce qu'ils en pensent ou ce qu'ils n'en pensent pas1 comme de louer souvent celui qu'ils ne connaissent point4 ,l'homme d'esprit1 de mrite ou de valeur devient en un instant un gnie du premier ordre1 un hros1 un demi-dieu4 ,il est si prodigieusement flatt dans toutes les peintures que l'on fait de lui1 qu'il parat difforme prs de ses portraits2 il lui est impossible d'arriver jamais jusqu'o la bassesse et la complaisance viennent de le porter3 il rougit de sa propre rputation4 ,commence-t-il chanceler dans ce poste o on l'avait mis1 tout le monde passe facilement un autre avis2 en est-il entirement dchu1 les machines qui l'avaient guind si haut par l'applaudissement et les loges sont encore toutes dresses pour le faire tomber dans le dernier mpris3 je veux dire qu'il n'y en a point qui le ddaignent mieux1 qui le blment plus aigrement1 et qui en disent plus de mal1 que ceux qui s'taient comme dvous la fureur d'en dire du bien4 #cc 7,,vii7 ,je crois pouvoir dire d'un poste minent et dlicat qu'on y monte plus aisment qu'on ne s'y conserve4 #cd 7,,vii7 ,l'on voit des hommes tomber d'une haute fortune par les mmes dfauts qui les y avaient fait monter4 #ce 7,,viii7 ,il y a dans les cours deux manires de ce que l'on appelle congdier son monde ou se dfaire des gens3 se fcher contre eux1 ou faire si bien qu'ils se fchent contre vous et s'en dgotent4 #cf 7,,iv7 ,l'on dit la cour du bien de quelqu'un pour deux raisons3 la premire1 afin qu'il apprenne que nous disons du bien de lui2 la seconde1 afin qu'il en dise de nous4 #cg 7,i7 ,il est aussi dangereux la cour de faire les avances1 qu'il est embarrassant de ne les point faire4 #ch 7,i7 ,il y a des gens qui ne connatre point le nom et le visage d'un homme est un titre pour en rire et le mpriser4 ,ils demandent qui est cet homme2 ce n'est ni ,rousseau1 ni un ,fabry1 ni la ,couture3 ils ne pourraient le mconnatre4 #ci 7,i7 ,l'on me dit tant de mal de cet homme1 et j'y en vois si peu1 que je commence souponner qu'il n'ait un mrite importun qui teigne celui des autres4 #dj 7,i7 ,vous tes homme de bien1 vous ne songez ni plaire ni dplaire aux favoris1 uniquement attach votre matre et votre devoir3 vous tes perdu4 #da 7,,iv7 ,on n'est point effront par choix1 mais par complexion2 c'est un vice de l'tre1 mais naturel3 celui qui n'est pas n tel est modeste1 et ne passe pas aisment de cette extrmit l'autre2 c'est une leon assez inutile que de lui dire3 ,soyez effront1 et vous russirez2 une mauvaise imitation ne lui profiterait pas1 et le ferait chouer4 ,il ne faut rien de moins dans les cours qu'une vraie et nave impudence pour russir4 #db 7,,iv7 ,on cherche1 on s'empresse1 on brigue1 on se tourmente1 on demande1 on est refus1 on demande et on obtient2 mais1 dit-on1 sans l'avoir demand1 et dans le temps que l'on n'y pensait pas1 et que l'on songeait mme toute autre chose3 vieux style1 menterie innocente1 et qui ne trompe personne4 #dc 7,v7 ,on fait sa brigue pour parvenir un grand poste1 on prpare toutes ses machines1 toutes les mesures sont bien prises1 et l'on doit tre servi selon ses souhaits2 les uns doivent entamer1 les autres appuyer2 l'amorce est dj conduite1 et la mine prte jouer3 alors on s'loigne de la cour4 ,qui oserait souponner d',artmon qu'il ait pens se mettre dans une si belle place1 lorsqu'on le tire de sa terre ou de son gouvernement pour l'y faire asseoir8 ,artifice grossier1 finesses uses1 et dont le courtisan s'est servi tant de fois1 que1 si je voulais donner le change tout le public et lui drober mon ambition1 je me trouverais sous l'oeil et sous la main du prince1 pour recevoir de lui la grce que j'aurais recherche avec le plus d'emportement4 #dd 7,v7 ,les hommes ne veulent pas que l'on dcouvre les vues qu'ils ont sur leur fortune1 ni que l'on pntre qu'ils pensent une telle dignit1 parce que1 s'ils ne l'obtiennent point1 il y a de la honte1 se persuadent-ils1 tre refuss2 et s'ils y parviennent1 il y a plus de gloire pour eux d'en tre crus dignes par celui qui la leur accorde1 que de s'en juger dignes eux-mmes par leurs brigues et par leurs cabales3 ils se trouvent pars tout la fois de leur dignit et de leur modestie4 ,quelle plus grande honte y a-t-il d'tre refus d'un poste que l'on mrite1 ou d'y tre plac sans le mriter8 ,quelques grandes difficults qu'il y ait se placer la cour1 il est encore plus pre et plus difficile de se rendre digne d'tre plac4 ,il cote moins faire dire de soi3 ,pourquoi a-t-il obtenu ce poste8 qu' faire demander3 ,pourquoi ne l'a-t-il pas obtenu8 ,l'on se prsente encore pour les charges de ville1 l'on postule une place dans l',acadmie franaise1 l'on demandait le consulat3 quelle moindre raison y aurait-il de travailler les premires annes de sa vie se rendre capable d'un grand emploi1 et de demander ensuite1 sans nul mystre et sans nulle intrigue1 mais ouvertement et avec confiance1 d'y servir sa patrie1 son prince1 la rpublique8 #de 7,,iv7 ,je ne vois aucun courtisan qui le prince vienne d'accorder un bon gouvernement1 une place minente ou une forte pension1 qui n'assure par vanit1 ou pour marquer son dsintressement1 qu'il est bien moins content du don que de la manire dont il lui a t fait4 ,ce qu'il y a en cela de sr et d'indubitable1 c'est qu'il le dit ainsi4 ,c'est rusticit que de donner de mauvaise grce3 le plus fort et le plus pnible est de donner2 que cote-t-il d'y ajouter un sourire8 ,il faut avouer nanmoins qu'il s'est trouv des hommes qui refusaient plus honntement que d'autres ne savaient donner2 qu'on a dit de quelques-uns qu'ils se faisaient si longtemps prier1 qu'ils donnaient si schement1 et chargeaient une grce qu'on leur arrachait de conditions si dsagrables1 qu'une plus grande grce tait d'obtenir d'eux d'tre dispenss de rien recevoir4 #df 7,,iv7 ,l'on remarque dans les cours des hommes avides qui se revtent de toutes les conditions pour en avoir les avantages3 gouvernement1 charge1 bnfice1 tout leur convient2 ils se sont si bien ajusts1 que par leur tat ils deviennent capables de toutes les grces2 ils sont amphibies1 ils vivent de l'glise et de l'pe1 et auront le secret d'y joindre la robe4 ,si vous demandez3 ,que font ces gens la cour8 ils reoivent1 et envient tous ceux qui l'on donne4 #dg 7,,viii7 ,mille gens la cour y tranent leur vie embrasser1 serrer et congratuler ceux qui reoivent1 jusqu' ce qu'ils y meurent sans rien avoir4 #dh 7,,vi7 ,mnophile emprunte ses moeurs d'une profession1 et d'une autre son habit2 il masque toute l'anne1 quoique visage dcouvert2 il parat la cour1 la ville1 ailleurs1 toujours sous un certain nom et sous le mme dguisement4 ,on le reconnat et on sait quel il est son visage4 #di 7,,vi7 ,il y a pour arriver aux dignits ce qu'on appelle ou la grande voie ou le chemin battu2 il y a le chemin dtourn ou de traverse1 qui est le plus court4 #ej 7,v7 ,l'on court les malheureux pour les envisager2 l'on se range en haie1 ou l'on se place aux fentres1 pour observer les traits et la contenance d'un homme qui est condamn1 et qui sait qu'il va mourir3 vaine1 maligne1 inhumaine curiosit2 si les hommes taient sages1 la place publique serait abandonne1 et il serait tabli qu'il y aurait de l'ignominie seulement voir de tels spectacles4 ,si vous tes si touchs de curiosit1 exercez-la du moins en un sujet noble3 voyez un heureux1 contemplez-le dans le jour mme o il a t nomm un nouveau poste1 et qu'il en reoit les compliments2 lisez dans ses yeux1 et au travers d'un calme tudi et d'une feinte modestie1 combien il est content et pntr de soi-mme2 voyez quelle srnit cet accomplissement de ses dsirs rpand dans son coeur et sur son visage1 comme il ne songe plus qu' vivre et avoir de la sant1 comme ensuite sa joie lui chappe et ne peut plus se dissimuler1 comme il plie sous le poids de son bonheur1 quel air froid et srieux il conserve pour ceux qui ne sont plus ses gaux3 il ne leur rpond pas1 il ne les voit pas2 les embrassements et les caresses des grands1 qu'il ne voit plus de si loin1 achvent de lui nuire2 il se dconcerte1 il s'tourdit3 c'est une courte alination4 ,vous voulez tre heureux1 vous dsirez des grces2 que de choses pour vous viter6 #ea 7,,vi7 ,un homme qui vient d'tre plac ne se sert plus de sa raison et de son esprit pour rgler sa conduite et ses dehors l'gard des autres2 il emprunte sa rgle de son poste et de son tat3 de l l'oubli1 la fiert1 l'arrogance1 la duret1 l'ingratitude4 #eb 7,,viii7 ,thonas1 abb depuis trente ans1 se lassait de l'tre4 ,on a moins d'ardeur et d'impatience de se voir habill de pourpre1 qu'il en avait de porter une croix d'or sur sa poitrine1 et parce que les grandes ftes se passaient toujours sans rien changer sa fortune1 il murmurait contre le temps prsent1 trouvait l'tat mal gouvern1 et n'en prdisait rien que de sinistre4 ,convenant en son coeur que le mrite est dangereux dans les cours qui veut s'avancer1 il avait enfin pris son parti1 et renonc la prlature1 lorsque quelqu'un accourt lui dire qu'il est nomm un vch4 ,rempli de joie et de confiance sur une nouvelle si peu attendue3 ,vous verrez1 dit-il1 que je n'en demeurerai pas l1 et qu'ils me feront archevque4 #ec 7,i7 ,il faut des fripons la cour auprs des grands et des ministres1 mme les mieux intentionns2 mais l'usage en est dlicat1 et il faut savoir les mettre en oeuvre4 ,il y a des temps et des occasions o ils ne peuvent tre suppls par d'autres4 ,honneur1 vertu1 conscience1 qualits toujours respectables1 souvent inutiles3 que voulez-vous quelquefois que l'on fasse d'un homme de bien8 #ed 7,,iv7 ,un vieil auteur1 et dont j'ose rapporter ici les propres termes1 de peur d'en affaiblir le sens par ma traduction1 dit que s'loigner des petits1 voire de ses pareils1 et iceulx vilainer et dpriser2 s'accointer de grands et puissans en tous biens et chevances1 et en cette leur cointise et privaut estre de tous bats1 gabs1 mommeries1 et vilaines besoignes2 estre eshont1 saffranier et sans point de vergogne2 endurer brocards et gausseries de tous chacuns1 sans pour ce feindre de cheminer en avant1 et tout son entregent1 engendre heur et fortune4 #ee 7,,iv7 ,jeunesse du prince1 source des belles fortunes4 #ef 7,,iv7 ,timante1 toujours le mme1 et sans rien perdre de ce mrite qui lui a attir la premire fois de la rputation et des rcompenses1 ne laissait pas de dgnrer dans l'esprit des courtisans3 ils taient las de l'estimer2 ils le saluaient froidement1 ils ne lui souriaient plus1 ils commenaient ne le plus joindre1 ils ne l'embrassaient plus1 ils ne le tiraient plus l'cart pour lui parler mystrieusement d'une chose indiffrente1 ils n'avaient plus rien lui dire4 ,il lui fallait cette pension ou ce nouveau poste dont il vient d'tre honor pour faire revivre ses vertus demi effaces de leur mmoire1 et en rafrachir l'ide3 ils lui font comme dans les commencements1 et encore mieux4 #eg 7,v7 ,que d'amis1 que de parents naissent en une nuit au nouveau ministre6 ,les uns font valoir leurs anciennes liaisons1 leur socit d'tudes1 les droits du voisinage2 les autres feuillettent leur gnalogie1 remontent jusqu' un trisaeul1 rappellent le ct paternel et le maternel2 l'on veut tenir cet homme par quelque endroit1 et l'on dit plusieurs fois le jour que l'on y tient2 on l'imprimerait volontiers3 ,c'est mon ami1 et je suis fort aise de son lvation2 j'y dois prendre part1 il m'est assez proche4 ,hommes vains et dvous la fortune1 fades courtisans1 parliez-vous ainsi il y a huit jours8 ,est-il devenu1 depuis ce temps1 plus homme de bien1 plus digne du choix que le prince en vient de faire8 ,attendiez-vous cette circonstance pour le mieux connatre8 #eh 7,v7 ,ce qui me soutient et me rassure contre les petits ddains que j'essuie quelquefois des grands et de mes gaux1 c'est que je me dis moi-mme3 ,ces gens n'en veulent peut-tre qu' ma fortune1 et ils ont raison3 elle est bien petite4 ,ils m'adoreraient sans doute si j'tais ministre4 ,dois-je bientt tre en place8 le sait-il8 est-ce en lui un pressentiment8 il me prvient1 il me salue4 #ei 7,,vii7 ,celui qui dit3 ,je dnai hier ,tibur1 ou3 ,j'y soupe ce soir1 qui le rpte1 qui fait entrer dix fois le nom de ,plancus dans les moindres conversations1 qui dit3 ,plancus me demandait444 ,je disais ,plancus4441 celui-l mme apprend dans ce moment que son hros vient d'tre enlev par une mort extraordinaire4 ,il part de la main1 il rassemble le peuple dans les places ou sous les portiques1 accuse le mort1 dcrie sa conduite1 dnigre son consulat1 lui te jusqu' la science des dtails que la voix publique lui accorde1 ne lui passe point une mmoire heureuse1 lui refuse l'loge d'un homme svre et laborieux1 ne lui fait pas l'honneur de lui croire1 parmi les ennemis de l'empire1 un ennemi4 #fj 7,,vi7 ,un homme de mrite se donne1 je crois1 un joli spectacle1 lorsque la mme place une assemble1 ou un spectacle1 dont il est refus1 il la voit accorder un homme qui n'a point d'yeux pour voir1 ni d'oreilles pour entendre1 ni d'esprit pour connatre et pour juger1 qui n'est recommandable que par de certaines livres1 que mme il ne porte plus4 #fa 7,,vii7 ,thodote avec un habit austre a un visage comique1 et d'un homme qui entre sur la scne2 sa voix1 sa dmarche1 son geste1 son attitude accompagnent son visage4 ,il est fin1 cauteleux1 doucereux1 mystrieux2 il s'approche de vous1 et il vous dit l'oreille3 ,voil un beau temps2 voil un grand dgel4 ,s'il n'a pas les grandes manires1 il a du moins toutes les petites1 et celles mme qui ne conviennent gure qu' une jeune prcieuse4 ,imaginez-vous l'application d'un enfant lever un chteau de cartes ou se saisir d'un papillon3 c'est celle de ,thodote pour une affaire de rien1 et qui ne mrite pas qu'on s'en remue2 il la traite srieusement1 et comme quelque chose qui est capital2 il agit1 il s'empresse1 il la fait russir3 le voil qui respire et qui se repose1 et il a raison2 elle lui a cot beaucoup de peine4 ,l'on voit des gens enivrs1 ensorcels de la faveur2 ils y pensent le jour1 ils y rvent la nuit2 ils montent l'escalier d'un ministre1 et ils en descendent2 ils sortent de son antichambre1 et ils y rentrent2 ils n'ont rien lui dire1 et ils lui parlent2 ils lui parlent une seconde fois3 les voil contents1 ils lui ont parl4 ,pressez-les1 tordez-les1 ils dgouttent l'orgueil1 l'arrogance1 la prsomption2 vous leur adressez la parole1 ils ne vous rpondent point1 ils ne vous connaissent point1 ils ont les yeux gars et l'esprit alin3 c'est leurs parents en prendre soin et les renfermer1 de peur que leur folie ne devienne fureur1 et que le monde n'en souffre4 ,thodote a une plus douce manie3 il aime la faveur perdument1 mais sa passion a moins d'clat2 il lui fait des voeux en secret1 il la cultive1 il la sert mystrieusement2 il est au guet et la dcouverte sur tout ce qui parat de nouveau avec les livres de la faveur3 ont-ils une prtention1 il s'offre eux1 il s'intrigue pour eux1 il leur sacrifie sourdement mrite1 alliance1 amiti1 engagement1 reconnaissance4 ,si la place d'un ,cassini devenait vacante1 et que le suisse ou le postillon du favori s'avist de la demander1 il appuierait sa demande1 il le jugerait digne de cette place1 il le trouverait capable d'observer et de calculer1 de parler de parlies et de parallaxes4 ,si vous demandiez de ,thodote s'il est auteur ou plagiaire1 original ou copiste1 je vous donnerais ses ouvrages1 et je vous dirais3 ,lisez et jugez4 ,mais s'il est dvot ou courtisan1 qui pourrait le dcider sur le portrait que j'en viens de faire8 ,je prononcerais plus hardiment sur son toile4 ,oui1 ,thodote1 j'ai observ le point de votre naissance2 vous serez plac1 et bientt2 ne veillez plus1 n'imprimez plus3 le public vous demande quartier4 #fb 7,,viii7 ,n'esprez plus de candeur1 de franchise1 d'quit1 de bons offices1 de services1 de bienveillance1 de gnrosit1 de fermet dans un homme qui s'est depuis quelque temps livr la cour1 et qui secrtement veut sa fortune4 ,le reconnaissez-vous son visage1 ses entretiens8 ,il ne nomme plus chaque chose par son nom2 il n'y a plus pour lui de fripons1 de fourbes1 de sots et d'impertinents3 celui dont il lui chapperait de dire ce qu'il en pense1 est celui-l mme qui1 venant le savoir1 l'empcherait de cheminer2 pensant mal de tout le monde1 il n'en dit de personne2 ne voulant du bien qu' lui seul1 il veut persuader qu'il en veut tous1 afin que tous lui en fassent1 ou que nul du moins lui soit contraire4 ,non content de n'tre pas sincre1 il ne souffre pas que personne le soit2 la vrit blesse son oreille3 il est froid et indiffrent sur les observations que l'on fait sur la cour et sur le courtisan2 et parce qu'il les a entendues1 il s'en croit complice et responsable4 ,tyran de la socit et martyr de son ambition1 il a une triste circonspection dans sa conduite et dans ses discours1 une raillerie innocente1 mais froide et contrainte1 un ris forc1 des caresses contrefaites1 une conversation interrompue et des distractions frquentes4 ,il a une profusion1 le dirai-je8 des torrents de louanges pour ce qu'a fait ou ce qu'a dit un homme plac et qui est en faveur1 et pour tout autre une scheresse de pulmonique2 il a des formules de compliments diffrents pour l'entre et pour la sortie l'gard de ceux qu'il visite ou dont il est visit2 et il n'y a personne de ceux qui se payent de mines et de faons de parler qui ne sorte d'avec lui fort satisfait4 ,il vise galement se faire des patrons et des cratures2 il est mdiateur1 confident1 entremetteur3 il veut gouverner4 ,il a une ferveur de novice pour toutes les petites pratiques de cour2 il sait o il faut se placer pour tre vu2 il sait vous embrasser1 prendre part votre joie1 vous faire coup sur coup des questions empresses sur votre sant1 sur vos affaires2 et pendant que vous lui rpondez1 il perd le fil de sa curiosit1 vous interrompt1 entame un autre sujet2 ou s'il survient quelqu'un qui il doive un discours tout diffrent1 il sait1 en achevant de vous congratuler1 lui faire un compliment de condolance3 il pleure d'un oeil1 et il rit de l'autre4 ,se formant quelquefois sur les ministres ou sur le favori1 il parle en public de choses frivoles1 du vent1 de la gele2 il se tait au contraire1 et fait le mystrieux sur ce qu'il sait de plus important1 et plus volontiers encore sur ce qu'il ne sait point4 #fc 7,i7 ,il y a un pays o les joies sont visibles1 mais fausses1 et les chagrins cachs1 mais rels4 ,qui croirait que l'empressement pour les spectacles1 que les clats et les applaudissements aux thtres de ,molire et d',arlequin1 les repas1 la chasse1 les ballets1 les carrousels couvrissent tant d'inquitudes1 de soins et de divers intrts1 tant de craintes et d'esprances1 des passions si vives et des affaires si srieuses8 #fd 7,,iv7 ,la vie de la cour est un jeu srieux1 mlancolique1 qui applique3 il faut arranger ses pices et ses batteries1 avoir un dessein1 le suivre1 parer celui de son adversaire1 hasarder quelquefois1 et jouer de caprice2 et aprs toutes ses rveries et toutes ses mesures1 on est chec1 quelquefois mat2 souvent1 avec des pions qu'on mnage bien1 on va dame1 et l'on gagne la partie3 le plus habile l'emporte1 ou le plus heureux4 #fe 7,v7 ,les roues1 les ressorts1 les mouvements sont cachs2 rien ne parat d'une montre que son aiguille1 qui insensiblement s'avance et achve son tour3 image du courtisan1 d'autant plus parfaite qu'aprs avoir fait assez de chemin1 il revient souvent au mme point d'o il est parti4 #ff 7,i7 ,les deux tiers de ma vie sont couls2 pourquoi tant m'inquiter sur ce qui m'en reste8 ,la plus brillante fortune ne mrite point ni le tourment que je me donne1 ni les petitesses o je me surprends1 ni les humiliations1 ni les hontes que j'essuie2 trente annes dtruiront ces colosses de puissance qu'on ne voyait bien qu' force de lever la tte2 nous disparatrons1 moi qui suis si peu de chose1 et ceux que je contemplais si avidement1 et de qui j'esprais toute ma grandeur2 le meilleur de tous les biens1 s'il y a des biens1 c'est le repos1 la retraite et un endroit qui soit son domaine4 ,n9999 a pens cela dans sa disgrce1 et l'a oubli dans la prosprit4 #fg 7,i7 ,un noble1 s'il vit chez lui dans sa province1 il vit libre1 mais sans appui2 s'il vit la cour1 il est protg1 mais il est esclave3 cela se compense4 #fh 7,,iv7 ,xantippe au fond de sa province1 sous un vieux toit et dans un mauvais lit1 a rv pendant la nuit qu'il voyait le prince1 qu'il lui parlait1 et qu'il en ressentait une extrme joie2 il a t triste son rveil2 il a cont son songe1 et il a dit3 ,quelles chimres ne tombent point dans l'esprit des hommes pendant qu'ils dorment6 ,xantippe a continu de vivre2 il est venu la cour1 il a vu le prince1 il lui a parl2 et il a t plus loin que son songe1 il est favori4 #fi 7,i7 ,qui est plus esclave qu'un courtisan assidu1 si ce n'est un courtisan plus assidu8 #gj 7,i7 ,l'esclave n'a qu'un matre2 l'ambitieux en a autant qu'il y a de gens utiles sa fortune4 #ga 7,i7 ,mille gens peine connus font la foule au lever pour tre vus du prince1 qui n'en saurait voir mille la fois2 et s'il ne voit aujourd'hui que ceux qu'il vit hier et qu'il verra demain1 combien de malheureux6 #gb 7,i7 ,de tous ceux qui s'empressent auprs des grands et qui leur font la cour1 un petit nombre les honore dans le coeur1 un grand nombre les recherche par des vues d'ambition et d'intrt1 un plus grand nombre par une ridicule vanit1 ou par une sotte impatience de se faire voir4 #gc 7,,vii7 ,il y a de certaines familles qui1 par les lois du monde ou ce qu'on appelle de la biensance1 doivent tre irrconciliables4 ,les voil runies2 et o la religion a chou quand elle a voulu l'entreprendre1 l'intrt s'en joue1 et le fait sans peine4 #gd 7,i7 ,l'on parle d'une rgion o les vieillards sont galants1 polis et civils2 les jeunes gens au contraire1 durs1 froces1 sans moeurs ni politesse3 ils se trouvent affranchis de la passion des femmes dans un ge o l'on commence ailleurs la sentir2 ils leur prfrent des repas1 des viandes1 et des amours ridicules4 ,celui-l chez eux est sobre et modr1 qui ne s'enivre que de vin3 l'usage trop frquent qu'ils en ont fait le leur a rendu insipide2 ils cherchent rveiller leur got dj teint par des eaux-de-vie1 et par toutes les liqueurs les plus violentes2 il ne manque leur dbauche que de boire de l'eau-forte4 ,les femmes du pays prcipitent le dclin de leur beaut par des artifices qu'elles croient servir les rendre belles3 leur coutume est de peindre leurs lvres1 leurs joues1 leurs sourcils et leurs paules1 qu'elles talent avec leur gorge1 leurs bras et leurs oreilles1 comme si elles craignaient de cacher l'endroit par o elles pourraient plaire1 ou de ne pas se montrer assez4 ,ceux qui habitent cette contre ont une physionomie qui n'est pas nette1 mais confuse1 embarrasse dans une paisseur de cheveux trangers1 qu'ils prfrent aux naturels et dont ils font un long tissu pour couvrir leur tte3 il descend la moiti du corps1 change les traits1 et empche qu'on ne connaisse les hommes leur visage4 ,ces peuples d'ailleurs ont leur ,dieu et leur roi3 les grands de la nation s'assemblent tous les jours1 une certaine heure1 dans un temple qu'ils nomment glise2 il y a au fond de ce temple un autel consacr leur ,dieu1 o un prtre clbre des mystres qu'ils appellent saints1 sacrs et redoutables2 les grands forment un vaste cercle au pied de cet autel1 et paraissent debout1 le dos tourn directement au prtre et aux saints mystres1 et les faces leves vers leur roi1 que l'on voit genoux sur une tribune1 et qui ils semblent avoir tout l'esprit et tout le coeur appliqus4 ,on ne laisse pas de voir dans cet usage une espce de subordination2 car ce peuple parat adorer le prince1 et le prince adorer ,dieu4 ,les gens du pays le nomment2 il est quelque quarante-huit degrs d'lvation du ple1 et plus d'onze cents lieues de mer des ,iroquois et des ,hurons4 #ge 7,i7 ,qui considrera que le visage du prince fait toute la flicit du courtisan1 qu'il s'occupe et se remplit pendant toute sa vie de le voir et d'en tre vu1 comprendra un peu comment voir ,dieu peut faire toute la gloire et tout le bonheur des saints4 #gf 7,,iv7 ,les grands seigneurs sont pleins d'gards pour les princes3 c'est leur affaire1 ils ont des infrieurs4 ,les petits courtisans se relchent sur ces devoirs1 font les familiers1 et vivent comme gens qui n'ont d'exemples donner personne4 #gg 7,,iv7 ,que manque-t-il de nos jours la jeunesse8 ,elle peut et elle sait2 ou du moins quand elle saurait autant qu'elle peut1 elle ne serait pas plus dcisive4 #gh 7,,iv7 ,faibles hommes6 ,un grand dit de ,timagne1 votre ami1 qu'il est un sot1 et il se trompe4 ,je ne demande pas que vous rpliquiez qu'il est homme d'esprit3 osez seulement penser qu'il n'est pas un sot4 ,de mme il prononce d',iphicrate qu'il manque de coeur2 vous lui avez vu faire une belle action3 rassurez-vous1 je vous dispense de la raconter1 pourvu qu'aprs ce que vous venez d'entendre1 vous vous souveniez encore de la lui avoir vu faire4 #gi 7,v7 ,qui sait parler aux rois1 c'est peut-tre o se termine toute la prudence et toute la souplesse du courtisan4 ,une parole chappe1 et elle tombe de l'oreille du prince bien avant dans sa mmoire1 et quelquefois jusque dans son coeur3 il est impossible de la ravoir2 tous les soins que l'on prend et toute l'adresse dont on use pour l'expliquer ou pour l'affaiblir servent la graver plus profondment et l'enfoncer davantage4 ,si ce n'est que contre nous-mmes que nous ayons parl1 outre que ce malheur n'est pas ordinaire1 il y a encore un prompt remde1 qui est de nous instruire par notre faute1 et de souffrir la peine de notre lgret2 mais si c'est contre quelque autre1 quel abattement6 quel repentir6 ,y a-t-il une rgle plus utile contre un si dangereux inconvnient2 que de parler des autres au souverain1 de leurs personnes1 de leurs ouvrages1 de leurs actions1 de leurs moeurs ou de leur conduite1 du moins avec l'attention1 les prcautions et les mesures dont on parle de soi8 #hj 7,,iv7 ,diseurs de bons mots1 mauvais caractre3 je le dirais1 s'il n'avait t dit4 ,ceux qui nuisent la rputation ou la fortune des autres plutt que de perdre un bon mot1 mritent une peine infamante3 cela n'a pas t dit1 et je l'ose dire4 #ha 7,i7 ,il y a un certain nombre de phrases toutes faites1 que l'on prend comme dans un magasin et dont l'on se sert pour se fliciter les uns les autres sur les vnements4 ,bien qu'elles se disent souvent sans affection1 et qu'elles soient reues sans reconnaissance1 il n'est pas permis avec cela de les omettre1 parce que du moins elles sont l'image de ce qu'il y a au monde de meilleur1 qui est l'amiti1 et que les hommes1 ne pouvant gure compter les uns sur les autres pour la ralit1 semblent tre convenus entre eux de se contenter des apparences4 #hb 7,i7 ,avec cinq ou six termes de l'art1 et rien de plus1 l'on se donne pour connaisseur en musique1 en tableaux1 en btiments1 et en bonne chre3 l'on croit avoir plus de plaisir qu'un autre entendre1 voir et manger2 l'on impose ses semblables1 et l'on se trompe soi-mme4 #hc 7,,vi7 ,la cour n'est jamais dnue d'un certain nombre de gens en qui l'usage du monde1 la politesse ou la fortune tiennent lieu d'esprit1 et supplent au mrite4 ,ils savent entrer et sortir2 ils se tirent de la conversation en ne s'y mlant point2 ils plaisent force de se taire1 et se rendent importants par un silence longtemps soutenu1 ou tout au plus par quelques monosyllabes2 ils payent de mines1 d'une inflexion de voix1 d'un geste et d'un sourire3 ils n'ont pas1 si je l'ose dire1 deux pouces de profondeur2 si vous les enfoncez1 vous rencontrez le tuf4 #hd 7,,vi7 ,il y a des gens qui la faveur arrive comme un accident3 ils en sont les premiers surpris et consterns4 ,ils se reconnaissent enfin1 et se trouvent dignes de leur toile2 et comme si la stupidit et la fortune taient deux choses incompatibles1 ou qu'il ft impossible d'tre heureux et sot tout la fois1 ils se croient de l'esprit2 ils hasardent1 que dis-je8 ils ont la confiance de parler en toute rencontre1 et sur quelque matire qui puisse s'offrir1 et sans nul discernement des personnes qui les coutent4 ,ajouterai-je qu'ils pouvantent ou qu'ils donnent le dernier dgot par leur fatuit et par leurs fadaises8 ,il est vrai du moins qu'ils dshonorent sans ressources ceux qui ont quelque part au hasard de leur lvation4 #he 7,,iv7 ,comment nommerai-je cette sorte de gens qui ne sont fins que pour les sots8 ,je sais du moins que les habiles les confondent avec ceux qu'ils savent tromper4 7,i7 ,c'est avoir fait un grand pas dans la finesse1 que de faire penser de soi que l'on n'est que mdiocrement fin4 7,,iv7 ,la finesse n'est ni une trop bonne ni une trop mauvaise qualit3 elle flotte entre le vice et la vertu4 ,il n'y a point de rencontre o elle ne puisse1 et peut-tre o elle ne doive tre supple par la prudence4 7,,iv7 ,la finesse est l'occasion prochaine de la fourberie2 de l'un l'autre le pas est glissant2 le mensonge seul en fait la diffrence3 si on l'ajoute la finesse1 c'est fourberie4 7,,iv7 ,avec les gens qui par finesse coutent tout et parlent peu1 parlez encore moins2 ou si vous parlez beaucoup1 dites peu de chose4 #hf 7,v7 ,vous dpendez1 dans une affaire qui est juste et importante1 du consentement de deux personnes4 ,l'un vous dit3 ,j'y donne les mains pourvu qu'un tel y condescende2 et ce tel y condescend1 et ne dsire plus que d'tre assur des intentions de l'autre4 ,cependant rien n'avance2 les mois1 les annes s'coulent inutilement3 ,je m'y perds1 dites-vous1 et je n'y comprends rien2 il ne s'agit que de faire qu'ils s'abouchent1 et qu'ils se parlent4 ,je vous dis2 moi1 que j'y vois clair1 et que j'y comprends tout3 ils se sont parl4 #hg 7,,vii7 ,il me semble que qui sollicite pour les autres a la confiance d'un homme qui demande justice2 et qu'en parlant ou en agissant pour soi-mme1 on a l'embarras et la pudeur de celui qui demande grce4 #hh 7,i7 ,si l'on ne se prcautionne la cour contre les piges que l'on y tend sans cesse pour faire tomber dans le ridicule1 l'on est tonn1 avec tout son esprit1 de se trouver la dupe de plus sots que soi4 #hi 7,i7 ,il y a quelques rencontres dans la vie o la vrit et la simplicit sont le meilleur mange du monde4 #ij 7,,vi7 tes-vous en faveur1 tout mange est bon1 vous ne faites point de fautes1 tous les chemins vous mnent au terme3 autrement1 tout est faute1 rien n'est utile1 il n'y a point de sentier qui ne vous gare4 #ia 7,i7 ,un homme qui a vcu dans l'intrigue un certain temps ne peut plus s'en passer3 toute autre vie pour lui est languissante4 #ib 7,i7 ,il faut avoir de l'esprit pour tre homme de cabale3 l'on peut cependant en avoir un certain point1 que l'on est au-dessus de l'intrigue et de la cabale1 et que l'on ne saurait s'y assujettir2 l'on va alors une grande fortune ou une haute rputation par d'autres chemins4 #ic 7,,iv7 ,avec un esprit sublime1 une doctrine universelle1 une probit toutes preuves et un mrite trs accompli1 n'apprhendez pas1 ,aristide1 de tomber la cour ou de perdre la faveur des grands1 pendant tout le temps qu'ils auront besoin de vous4 #id 7,i7 ,qu'un favori s'observe de fort prs2 car s'il me fait moins attendre dans son antichambre qu' l'ordinaire1 s'il a le visage plus ouvert1 s'il fronce moins le sourcil1 s'il m'coute plus volontiers1 et s'il me reconduit un peu plus loin1 je penserai qu'il commence tomber1 et je penserai vrai4 ,l'homme a bien peu de ressources dans soi-mme1 puisqu'il lui faut une disgrce ou une mortification pour le rendre plus humain1 plus traitable1 moins froce1 plus honnte homme4 #ie 7,v7 ,l'on contemple dans les cours de certaines gens1 et l'on voit bien leurs discours et toute leur conduite qu'ils ne songent ni leurs grands-pres ni leurs petits-fils3 le prsent est pour eux2 ils n'en jouissent pas1 ils en abusent4 #if 7,,vi7 ,straton est n sous deux toiles3 malheureux1 heureux dans le mme degr4 ,sa vie est un roman3 non1 il lui manque le vraisemblable4 ,il n'a point eu d'aventures2 il a eu de beaux songes1 il en a eu de mauvais3 que dis-je8 on ne rve point comme il a vcu4 ,personne n'a tir d'une destine plus qu'il a fait2 l'extrme et le mdiocre lui sont connus2 il a brill1 il a souffert1 il a men une vie commune3 rien ne lui est chapp4 ,il s'est fait valoir par des vertus qu'il assurait fort srieusement qui taient en lui2 il a dit de soi3 ,j'ai de l'esprit1 j'ai du courage2 et tous ont dit aprs lui3 ,il a de l'esprit1 il a du courage4 ,il a exerc dans l'une et l'autre fortune le gnie du courtisan1 qui a dit de lui plus de bien peut-tre et plus de mal qu'il n'y en avait4 ,le joli1 l'aimable1 le rare1 le merveilleux1 l'hroque ont t employs son loge2 et tout le contraire a servi depuis pour le ravaler3 caractre quivoque1 ml1 envelopp2 une nigme1 une question presque indcise4 #ig 7,v7 ,la faveur met l'homme au-dessus de ses gaux2 et sa chute1 au-dessous4 #ih 7,i7 ,celui qui un beau jour sait renoncer fermement ou un grand nom1 ou une grande autorit1 ou une grande fortune1 se dlivre en un moment de bien des peines1 de bien des veilles1 et quelquefois de bien des crimes4 #ii 7,v7 ,dans cent ans le monde subsistera encore en son entier3 ce sera le mme thtre et les mmes dcorations1 ce ne seront plus les mmes acteurs4 ,tout ce qui se rjouit sur une grce reue1 ou ce qui s'attriste et se dsespre sur un refus1 tous auront disparu de dessus la scne4 ,il s'avance dj sur le thtre d'autres hommes qui vont jouer dans une mme pice les mmes rles2 ils s'vanouiront leur tour2 et ceux qui ne sont pas encore1 un jour ne seront plus3 de nouveaux acteurs ont pris leur place4 ,quel fond faire sur un personnage de comdie6 #ajj 7,,vii7 ,qui a vu la cour a vu du monde ce qui est le plus beau1 le plus spcieux et le plus orn2 qui mprise la cour1 aprs l'avoir vue1 mprise le monde4 #aja 7,,vi7 ,la ville dgote de la province2 la cour dtrompe de la ville1 et gurit de la cour4 7,i7 ,un esprit sain puise la cour le got de la solitude et de la retraite4 ,des grands #a 7,i7 ,la prvention du peuple en faveur des grands est si aveugle1 et l'enttement pour leur geste1 leur visage1 leur ton de voix et leurs manires si gnral1 que1 s'ils s'avisaient d'tre bons1 cela irait l'idoltrie4 #b 7,,vi7 ,si vous tes n vicieux1 ,thagne1 je vous plains2 si vous le devenez par faiblesse pour ceux qui ont intrt que vous le soyez1 qui ont jur entre eux de vous corrompre1 et qui se vantent dj de pouvoir y russir1 souffrez que je vous mprise4 ,mais si vous tes sage1 temprant1 modeste1 civil1 gnreux1 reconnaissant1 laborieux1 d'un rang d'ailleurs et d'une naissance donner des exemples plutt qu' les prendre d'autrui1 et faire les rgles plutt qu' les recevoir1 convenez avec cette sorte de gens de suivre par complaisance leurs drglements1 leurs vices et leur folie1 quand ils auront1 par la dfrence qu'ils vous doivent1 exerc toutes les vertus que vous chrissez3 ironie forte1 mais utile1 trs propre mettre vos moeurs en sret1 renverser tous leurs projets1 et les jeter dans le parti de continuer d'tre ce qu'ils sont1 et de vous laisser tel que vous tes4 #c 7,i7 ,l'avantage des grands sur les autres hommes est immense par un endroit3 je leur cde leur bonne chre1 leurs riches ameublements1 leurs chiens1 leurs chevaux1 leurs singes1 leurs nains1 leurs fous et leurs flatteurs2 mais je leur envie le bonheur d'avoir leur service des gens qui les galent par le coeur et par l'esprit1 et qui les passent quelquefois4 #d 7,i7 ,les grands se piquent d'ouvrir une alle dans une fort1 de soutenir des terres par de longues murailles1 de dorer des plafonds1 de faire venir dix pouces d'eau1 de meubler une orangerie2 mais de rendre un coeur content1 de combler une me de joie1 de prvenir d'extrmes besoins ou d'y remdier1 leur curiosit ne s'tend point jusque-l4 #e 7,,iv7 ,on demande si en comparant ensemble les diffrentes conditions des hommes1 leurs peines1 leurs avantages1 on n'y remarquerait pas un mlange ou une espce de compensation de bien et de mal1 qui tablirait entre elles l'galit1 ou qui ferait du moins que l'un ne serait gure plus dsirable que l'autre4 ,celui qui est puissant1 riche1 et qui il ne manque rien1 peut former cette question2 mais il faut que ce soit un homme pauvre qui la dcide4 ,il ne laisse pas d'y avoir comme un charme attach chacune des diffrentes conditions1 et qui y demeure jusques ce que la misre l'en ait t4 ,ainsi les grands se plaisent dans l'excs1 et les petits aiment la modration2 ceux-l ont le got de dominer et de commander1 et ceux-ci sentent du plaisir et mme de la vanit les servir et leur obir2 les grands sont entours1 salus1 respects2 les petits entourent1 saluent1 se prosternent2 et tous sont contents4 #f 7,,iv7 ,il cote si peu aux grands ne donner que des paroles1 et leur condition les dispense si fort de tenir les belles promesses qu'ils vous ont faites1 que c'est modestie eux de ne promettre pas encore plus largement4 #g 7,,iv7 ,il est vieux et us1 dit un grand2 il s'est crev me suivre3 qu'en faire8 ,un autre1 plus jeune1 enlve ses esprances1 et obtient le poste qu'on ne refuse ce malheureux que parce qu'il l'a trop mrit4 #h 7,,iv7 ,je ne sais1 dites-vous avec un air froid et ddaigneux1 ,philante a du mrite1 de l'esprit1 de l'agrment1 de l'exactitude sur son devoir1 de la fidlit et de l'attachement pour son matre1 et il en est mdiocrement considr2 il ne plat pas1 il n'est pas got4-- ,expliquez-vous3 est-ce ,philanthe1 ou le grand qu'il sert1 que vous condamnez8 #i 7,,vi7 ,il est souvent plus utile de quitter les grands que de s'en plaindre4 #aj 7,i7 ,qui peut dire pourquoi quelques-uns ont le gros lot1 ou quelques autres la faveur des grands8 #aa 7,,iv7 ,les grands sont si heureux1 qu'ils n'essuient pas mme1 dans toute leur vie1 l'inconvnient de regretter la perte de leurs meilleurs serviteurs1 ou des personnes illustres dans leur genre1 et dont ils ont tir le plus de plaisir et le plus d'utilit4 ,la premire chose que la flatterie sait faire1 aprs la mort de ces hommes uniques1 et qui ne se rparent point1 est de leur supposer des endroits faibles1 dont elle prtend que ceux qui leur succdent sont trs exempts3 elle assure que l'un1 avec toute la capacit et toutes les lumires de l'autre1 dont il prend la place1 n'en a point les dfauts2 et ce style sert aux princes se consoler du grand et de l'excellent par le mdiocre4 #ab 7,i7 ,les grands ddaignent les gens d'esprit qui n'ont que de l'esprit2 les gens d'esprit mprisent les grands qui n'ont que de la grandeur4 ,les gens de bien plaignent les uns et les autres1 qui ont ou de la grandeur ou de l'esprit1 sans nulle vertu4 #ac 7,,iv7 ,quand je vois d'une part auprs des grands1 leur table1 et quelquefois dans leur familiarit1 de ces hommes alertes1 empresss1 intrigants1 aventuriers1 esprits dangereux et nuisibles1 et que je considre d'autre part quelle peine ont les personnes de mrite en approcher1 je ne suis pas toujours dispos croire que les mchants soient soufferts par intrt1 ou que les gens de bien soient regards comme inutiles2 je trouve plus mon compte me confirmer dans cette pense1 que grandeur et discernement sont deux choses diffrentes1 et l'amour pour la vertu et pour les vertueux une troisime chose4 #ad 7,i7 ,lucile aime mieux user sa vie se faire supporter de quelques grands1 que d'tre rduit vivre familirement avec ses gaux4 ,la rgle de voir de plus grands que soi doit avoir ses restrictions4 ,il faut quelquefois d'tranges talents pour la rduire en pratique4 #ae 7,,vi7 ,quelle est l'incurable maladie de ,thophile8 ,elle lui dure depuis plus de trente annes1 il ne gurit point3 il a voulu1 il veut1 et il voudra gouverner les grands2 la mort seule lui tera avec la vie cette soif d'empire et d'ascendant sur les esprits4 ,est-ce en lui zle du prochain8 est-ce habitude8 est-ce une excessive opinion de soi-mme8 ,il n'y a point de palais o il ne s'insinue2 ce n'est pas au milieu d'une chambre qu'il s'arrte3 il passe une embrasure ou au cabinet2 on attend qu'il ait parl1 et longtemps et avec action1 pour avoir audience1 pour tre vu4 ,il entre dans le secret des familles2 il est de quelque chose dans tout ce qui leur arrive de triste ou d'avantageux2 il prvient1 il s'offre1 il se fait de fte1 il faut l'admettre4 ,ce n'est pas assez pour remplir son temps ou son ambition1 que le soin de dix mille mes dont il rpond ,dieu comme de la sienne propre3 il y en a d'un plus haut rang et d'une plus grande distinction dont il ne doit aucun compte1 et dont il se charge plus volontiers4 ,il coute1 il veille sur tout ce qui peut servir de pture son esprit d'intrigue1 de mdiation et de mange4 peine un grand est-il dbarqu1 qu'il l'empoigne et s'en saisit2 on entend plus tt dire ,thophile qu'il le gouverne1 qu'on n'a pu souponner qu'il pensait le gouverner4 #af 7,i7 ,une froideur ou une incivilit qui vient de ceux qui sont au-dessus de nous nous les fait har1 mais un salut ou un sourire nous les rconcilie4 #ag 7,,vi7 ,il y a des hommes superbes1 que l'lvation de leurs rivaux humilie et apprivoise2 ils en viennent1 par cette disgrce1 jusqu' rendre le salut2 mais le temps1 qui adoucit toutes choses1 les remet enfin dans leur naturel4 #ah 7,,iv7 ,le mpris que les grands ont pour le peuple les rend indiffrents sur les flatteries ou sur les louanges qu'ils en reoivent1 et tempre leur vanit4 ,de mme les princes1 lous sans fin et sans relche des grands ou des courtisans1 en seraient plus vains s'ils estimaient davantage ceux qui les louent4 #ai 7,i7 ,les grands croient tre seuls parfaits1 n'admettent qu' peine dans les autres hommes la droiture d'esprit1 l'habilet1 la dlicatesse1 et s'emparent de ces riches talents comme de choses dues leur naissance4 ,c'est cependant en eux une erreur grossire de se nourrir de si fausses prventions3 ce qu'il y a jamais eu de mieux pens1 de mieux dit1 de mieux crit1 et peut-tre d'une conduite plus dlicate1 ne nous est pas toujours venu de leur fonds4 ,ils ont de grands domaines1 et une longue suite d'anctres3 cela ne leur peut tre contest4 #bj 7,,vi7 ,avez-vous de l'esprit1 de la grandeur1 de l'habilet1 du got1 du discernement8 en croirai-je la prvention et la flatterie1 qui publient hardiment votre mrite8 ,elles me sont suspectes1 et je les rcuse4 ,me laisserai-je blouir par un air de capacit ou de hauteur qui vous met au-dessus de tout ce qui se fait1 de ce qui se dit et de ce qui s'crit2 qui vous rend sec sur les louanges1 et empche qu'on ne puisse arracher de vous la moindre approbation8 ,je conclus de l plus naturellement que vous avez de la faveur1 du crdit et de grandes richesses4 ,quel moyen de vous dfinir1 ,tlphon8 on n'approche de vous que comme du feu1 et dans une certaine distance1 et il faudrait vous dvelopper1 vous manier1 vous confronter avec vos pareils1 pour porter de vous un jugement sain et raisonnable4 ,votre homme de confiance1 qui est dans votre familiarit1 dont vous prenez conseil1 pour qui vous quittez ,socrate et ,aristide1 avec qui vous riez1 et qui rit plus haut que vous1 ,dave enfin1 m'est trs connu3 serait-ce assez pour vous bien connatre8 #ba 7,v7 ,il y en a de tels1 que s'ils pouvaient connatre leurs subalternes et se connatre eux-mmes1 ils auraient honte de primer4 #bb 7,v7 ,s'il y a peu d'excellents orateurs1 y a-t-il bien des gens qui puissent les entendre8 ,s'il n'y a pas assez de bons crivains1 o sont ceux qui savent lire8 ,de mme on s'est toujours plaint du petit nombre de personnes capables de conseiller les rois1 et de les aider dans l'administration de leurs affaires2 mais s'ils naissent enfin ces hommes habiles et intelligents1 s'ils agissent selon leurs vues et leurs lumires sont-ils aims1 sont-ils estims autant qu'ils le mritent8 ,sont-ils lous de ce qu'ils pensent et de ce qu'ils font pour la patrie8 ,ils vivent1 il suffit3 on les censure s'ils chouent1 et on les envie s'ils russissent4 ,blmons le peuple o il serait ridicule de vouloir l'excuser4 ,son chagrin et sa jalousie1 regards des grands ou des puissants comme invitables1 les ont conduits insensiblement le compter pour rien1 et ngliger ses suffrages dans toutes leurs entreprises1 s'en faire mme une rgle de politique4 ,les petits se hassent les uns les autres lorsqu'ils se nuisent rciproquement4 ,les grands sont odieux aux petits par le mal qu'ils leur font1 et par tout le bien qu'ils ne leur font pas3 ils leur sont responsables de leur obscurit1 de leur pauvret et de leur infortune1 ou du moins ils leur paraissent tels4 #bc 7,v7 ,c'est dj trop d'avoir avec le peuple une mme religion et un mme ,dieu3 quel moyen encore de s'appeler ,pierre1 ,jean1 ,jacques1 comme le marchand ou le laboureur8 vitons d'avoir rien de commun avec la multitude2 affectons au contraire toutes les distinctions qui nous en sparent4 ,qu'elle s'approprie les douze aptres1 leurs disciples1 les premiers martyrs 7telles gens1 tels patrons72 qu'elle voie avec plaisir revenir1 toutes les annes1 ce jour particulier que chacun clbre comme sa fte4 ,pour nous autres grands1 ayons recours aux noms profanes2 faisons-nous baptiser sous ceux d',annibal1 de ,csar et de ,pompe3 c'taient de grands hommes2 sous celui de ,lucrce3 c'tait une illustre ,romaine2 sous ceux de ,renaud1 de ,roger1 d',olivier et de ,tancrde3 c'taient des paladins1 et le roman n'a point de hros plus merveilleux2 sous ceux d',hector1 d',achille1 d',hercule1 tous demi-dieux2 sous ceux mme de ,phbus et de ,diane2 et qui nous empchera de nous faire nommer ,jupiter ou ,mercure1 ou ,vnus1 ou ,adonis8 #bd 7,,vii7 ,pendant que les grands ngligent de rien connatre1 je ne dis pas seulement aux intrts des princes et aux affaires publiques1 mais leurs propres affaires2 qu'ils ignorent l'conomie et la science d'un pre de famille1 et qu'ils se louent eux-mmes de cette ignorance2 qu'ils se laissent appauvrir et matriser par des intendants2 qu'ils se contentent d'tre gourmets ou coteaux1 d'aller chez ,thas ou chez ,phryn1 de parler de la meute et de la vieille meute1 de dire combien il y a de postes de ,paris ,besanon1 ou ,philisbourg1 des citoyens s'instruisent du dedans et du dehors d'un royaume1 tudient le gouvernement1 deviennent fins et politiques1 savent le fort et le faible de tout un tat1 songent se mieux placer1 se placent1 s'lvent1 deviennent puissants1 soulagent le prince d'une partie des soins publics4 ,les grands1 qui les ddaignaient1 les rvrent3 heureux s'ils deviennent leurs gendres4 #be 7,v7 ,si je compare ensemble les deux conditions des hommes les plus opposes1 je veux dire les grands avec le peuple1 ce dernier me parat content du ncessaire1 et les autres sont inquiets et pauvres avec le superflu4 ,un homme du peuple ne saurait faire aucun mal2 un grand ne veut faire aucun bien1 et est capable de grands maux4 ,l'un ne se forme et ne s'exerce que dans les choses qui sont utiles2 l'autre y joint les pernicieuses4 ,l se montrent ingnument la grossiret et la franchise2 ici se cache une sve maligne et corrompue sous l'corce de la politesse4 ,le peuple n'a gure d'esprit1 et les grands n'ont point d'me3 celui-l a un bon fond1 et n'a point de dehors2 ceux-ci n'ont que des dehors et qu'une simple superficie4 ,faut-il opter8 ,je ne balance pas3 je veux tre peuple4 #bf 7,i7 ,quelque profonds que soient les grands de la cour1 et quelque art qu'ils aient pour paratre ce qu'ils ne sont pas et pour ne point paratre ce qu'ils sont1 ils ne peuvent cacher leur malignit1 leur extrme pente rire aux dpens d'autrui1 et jeter un ridicule souvent o il n'y en peut avoir4 ,ces beaux talents1 se dcouvrent en eux du premier coup d'oeil1 admirables sans doute pour envelopper une dupe et rendre sot celui qui l'est dj1 mais encore plus propres leur ter tout le plaisir qu'ils pourraient tirer d'un homme d'esprit1 qui saurait se tourner et se plier en mille manires agrables et rjouissantes1 si le dangereux caractre du courtisan ne l'engageait pas une fort grande retenue4 ,il lui oppose un caractre srieux1 dans lequel il se retranche2 et il fait si bien que les railleurs1 avec des intentions si mauvaises1 manquent d'occasions de se jouer de lui4 #bg 7,i7 ,les aises de la vie1 l'abondance1 le calme d'une grande prosprit font que les princes ont de la joie de reste pour rire d'un nain1 d'un singe1 d'un imbcile et d'un mauvais conte3 les gens moins heureux ne rient qu' propos4 #bh 7,,viii7 ,un grand aime la ,champagne1 abhorre la ,brie2 il s'enivre de meilleur vin que l'homme du peuple3 seule diffrence que la crapule laisse entre les conditions les plus disproportionnes1 entre le seigneur et l'estafier4 #bi 7,i7 ,il semble d'abord qu'il entre dans les plaisirs des princes un peu de celui d'incommoder les autres4 ,mais non1 les princes ressemblent aux hommes2 ils songent eux-mmes1 suivent leur got1 leurs passions1 leur commodit3 cela est naturel4 #cj 7,i7 ,il semble que la premire rgle des compagnies1 des gens en place ou des puissants1 est de donner ceux qui dpendent d'eux pour le besoin de leurs affaires toutes les traverses qu'ils en peuvent craindre4 #ca 7,,iv7 ,si un grand a quelque degr de bonheur sur les autres hommes1 je ne devine pas lequel1 si ce n'est peut-tre de se trouver souvent dans le pouvoir et dans l'occasion de faire plaisir2 et si elle nat1 cette conjoncture1 il semble qu'il doive s'en servir4 ,si c'est en faveur d'un homme de bien1 il doit apprhender qu'elle ne lui chappe2 mais comme c'est en une chose juste1 il doit prvenir la sollicitation1 et n'tre vu que pour tre remerci2 et si elle est facile1 il ne doit pas mme la lui faire valoir4 ,s'il la lui refuse1 je les plains tous deux4 #cb 7,,vi7 ,il y a des hommes ns inaccessibles1 et ce sont prcisment ceux de qui les autres ont besoin1 de qui ils dpendent4 ,ils ne sont jamais que sur un pied2 mobiles comme le mercure1 ils pirouettent1 ils gesticulent1 ils crient1 ils s'agitent2 semblables ces figures de carton qui servent de montre une fte publique1 ils jettent feu et flamme1 tonnent et foudroient3 on n'en approche pas1 jusqu' ce que1 venant s'teindre1 ils tombent1 et par leur chute deviennent traitables1 mais inutiles4 #cc 7,,iv7 ,le suisse1 le valet de chambre1 l'homme de livre1 s'ils n'ont plus d'esprit que ne porte leur condition1 ne jugent plus d'eux-mmes par leur premire bassesse1 mais par l'lvation et la fortune des gens qu'ils servent1 et mettent tous ceux qui entrent par leur porte1 et montent leur escalier1 indiffremment au-dessous d'eux et de leurs matres3 tant il est vrai qu'on est destin souffrir des grands et de ce qui leur appartient4 #cd 7,,iv7 ,un homme en place doit aimer son prince1 sa femme1 ses enfants1 et aprs eux les gens d'esprit2 il les doit adopter1 il doit s'en fournir et n'en jamais manquer4 ,il ne saurait payer1 je ne dis pas de trop de pensions et de bienfaits1 mais de trop de familiarit et de caresses1 les secours et les services qu'il en tire1 mme sans le savoir4 ,quels petits bruits ne dissipent-ils pas8 quelles histoires ne rduisent-ils pas la fable et la fiction8 ,ne savent-ils pas justifier les mauvais succs par les bonnes intentions1 prouver la bont d'un dessein et la justesse des mesures par le bonheur des vnements1 s'lever contre la malignit et l'envie pour accorder de bonnes entreprises de meilleurs motifs1 donner des explications favorables des apparences qui taient mauvaises1 dtourner les petits dfauts1 ne montrer que les vertus1 et les mettre dans leur jour1 semer en mille occasions des faits et des dtails qui soient avantageux1 et tourner le ris et la moquerie contre ceux qui oseraient en douter ou avancer des faits contraires8 ,je sais que les grands ont pour maxime de laisser parler et de continuer d'agir2 mais je sais aussi qu'il leur arrive en plusieurs rencontres que laisser dire les empche de faire4 #ce 7,,iv7 ,sentir le mrite1 et quand il est une fois connu1 le bien traiter1 deux grandes dmarches faire tout de suite1 et dont la plupart des grands sont fort incapables4 #cf 7,,iv7 ,tu es grand1 tu es puissant3 ce n'est pas assez2 fais que je t'estime1 afin que je sois triste d'tre dchu de tes bonnes grces1 ou de n'avoir pu les acqurir4 #cg 7,,iv7 ,vous dites d'un grand ou d'un homme en place qu'il est prvenant1 officieux1 qu'il aime faire plaisir2 et vous le confirmez par un long dtail de ce qu'il a fait en une affaire o il a su que vous preniez intrt4 ,je vous entends3 on va pour vous au-devant de la sollicitation1 vous avez du crdit1 vous tes connu du ministre1 vous tes bien avec les puissances2 dsiriez-vous que je susse autre chose8 7,,vii7 ,quelqu'un vous dit3 ,je me plains d'un tel1 il est fier depuis son lvation1 il me ddaigne1 il ne me connat plus4--,je n'ai pas1 pour moi1 lui rpondez-vous1 sujet de m'en plaindre2 au contraire1 je m'en loue fort1 et il me semble mme qu'il est assez civil4 ,je crois encore vous entendre3 vous voulez qu'on sache qu'un homme en place a de l'attention pour vous1 et qu'il vous dmle dans l'antichambre entre mille honntes gens de qui il dtourne ses yeux1 de peur de tomber dans l'inconvnient de leur rendre le salut ou de leur sourire4 7,,iv7 ,se louer de quelqu'un1 se louer d'un grand1 phrase dlicate dans son origine1 et qui signifie sans doute se louer soi-mme1 en disant d'un grand tout le bien qu'il nous a fait1 ou qu'il n'a pas song nous faire4 7,,iv7 ,on loue les grands pour marquer qu'on les voit de prs1 rarement par estime ou par gratitude4 ,on ne connat pas souvent ceux que l'on loue2 la vanit ou la lgret l'emportent quelquefois sur le ressentiment3 on est mal content d'eux et on les loue4 #ch 7,,iv7 ,s'il est prilleux de tremper dans une affaire suspecte1 il l'est encore davantage de s'y trouver complice d'un grand3 il s'en tire1 et vous laisse payer doublement1 pour lui et pour vous4 #ci 7,v7 ,le prince n'a point assez de toute sa fortune pour payer une basse complaisance1 si l'on en juge par tout ce que celui qu'il veut rcompenser y a mis du sien2 et il n'a pas trop de toute sa puissance pour le punir1 s'il mesure sa vengeance au tort qu'il en a reu4 #dj 7,,iv7 ,la noblesse expose sa vie pour le salut de l'tat et pour la gloire du souverain2 le magistrat dcharge le prince d'une partie du soin de juger les peuples3 voil de part et d'autre des fonctions bien sublimes et d'une merveilleuse utilit2 les hommes ne sont gure capables de plus grandes choses1 et je ne sais d'o la robe et l'pe ont puis de quoi se mpriser rciproquement4 #da 7,,iv7 ,s'il est vrai qu'un grand donne plus la fortune lorsqu'il hasarde une vie destine couler dans les ris1 le plaisir et l'abondance1 qu'un particulier qui ne risque que des jours qui sont misrables1 il faut avouer aussi qu'il a un tout autre ddommagement1 qui est la gloire et la haute rputation4 ,le soldat ne sent pas qu'il soit connu2 il meurt obscur et dans la foule3 il vivait de mme1 la vrit1 mais il vivait2 et c'est l'une des sources du dfaut de courage dans les conditions basses et serviles4 ,ceux au contraire que la naissance dmle d'avec le peuple et expose aux yeux des hommes1 leur censure et leurs loges1 sont mme capables de sortir par effort de leur temprament1 s'il ne les portait pas la vertu2 et cette disposition de coeur et d'esprit1 qui passe des aeuls par les pres dans leurs descendants1 est cette bravoure si familire aux personnes nobles1 et peut-tre la noblesse mme4 7,v7 ,jetez-moi dans les troupes comme un simple soldat1 je suis ,thersite2 mettez-moi la tte d'une arme dont j'aie rpondre toute l',europe1 je suis ,achille4 #db 7,i7 ,les princes1 sans autre science ni autre rgle1 ont un got de comparaison3 ils sont ns et levs au milieu et comme dans le centre des meilleures choses1 quoi ils rapportent ce qu'ils lisent1 ce qu'ils voient et ce qu'ils entendent4 ,tout ce qui s'loigne trop de ,lulli1 de ,racine et de ,le ,brun est condamn4 #dc 7,i7 ,ne parler aux jeunes princes que du soin de leur rang est un excs de prcaution1 lorsque toute une cour met son devoir et une partie de sa politesse les respecter1 et qu'ils sont bien moins sujets ignorer aucun des gards dus leur naissance1 qu' confondre les personnes1 et les traiter indiffremment et sans distinction des conditions et des titres4 ,ils ont une fiert naturelle1 qu'ils retrouvent dans les occasions2 il ne leur faut des leons que pour la rgler1 que pour leur inspirer la bont1 l'honntet et l'esprit de discernement4 #dd 7,i7 ,c'est une pure hypocrisie un homme d'une certaine lvation de ne pas prendre d'abord le rang qui lui est d1 et que tout le monde lui cde3 il ne lui cote rien d'tre modeste1 de se mler dans la multitude qui va s'ouvrir pour lui1 de prendre dans une assemble une dernire place1 afin que tous l'y voient et s'empressent de l'en ter4 ,la modestie est d'une pratique plus amre aux hommes d'une condition ordinaire3 s'ils se jettent dans la foule1 on les crase2 s'ils choisissent un poste incommode1 il leur demeure4 #de 7,v7 ,aristarque se transporte dans la place avec un hraut et un trompette2 celui-ci commence3 toute la multitude accourt et se rassemble4 coutez1 peuple1 dit le hraut2 soyez attentifs2 silence1 silence6 ,aristarque1 que vous voyez prsent1 doit faire demain une bonne action4 ,je dirai plus simplement et sans figure3 ,quelqu'un fait bien2 veut-il faire mieux8 que je ne sache pas qu'il fait bien1 ou que je ne le souponne pas du moins de me l'avoir appris4 #df 7,,vi7 ,les meilleures actions s'altrent et s'affaiblissent par la manire dont on les fait1 et laissent mme douter des intentions4 ,celui qui protge ou qui loue la vertu pour la vertu1 qui corrige ou qui blme le vice cause du vice1 agit simplement1 naturellement1 sans aucun tour1 sans nulle singularit1 sans faste1 sans affectation2 il n'use point de rponses graves et sentencieuses1 encore moins de traits piquants et satiriques3 ce n'est jamais une scne qu'il joue pour le public1 c'est un bon exemple qu'il donne1 et un devoir dont il s'acquitte2 il ne fournit rien aux visites des femmes1 ni au cabinet1 ni aux nouvellistes2 il ne donne point un homme agrable la matire d'un joli conte4 ,le bien qu'il vient de faire est un peu moins su1 la vrit2 mais il a fait ce bien3 que voudrait-il davantage8 #dg 7,i7 ,les grands ne doivent point aimer les premiers temps3 ils ne leur sont point favorables2 il est triste pour eux d'y voir que nous sortions tous du frre et de la soeur4 ,les hommes composent ensemble une mme famille3 il n'y a que le plus ou le moins dans le degr de parent4 #dh 7,,vi7 ,thognis est recherch dans son ajustement1 et il sort par comme une femme2 il n'est pas hors de sa maison1 qu'il a dj ajust ses yeux et son visage afin que ce soit une chose faite quand il sera dans le public1 qu'il y paraisse tout concert1 que ceux qui passent le trouvent dj gracieux et leur souriant1 et que nul ne lui chappe4 ,marche-t-il dans les salles1 il se tourne droit1 o il y a un grand monde1 et gauche1 o il n'y a personne2 il salue ceux qui y sont et ceux qui n'y sont pas4 ,il embrasse un homme qu'il trouve sous sa main1 il lui presse la tte contre sa poitrine2 il demande ensuite qui est celui qu'il a embrass4 ,quelqu'un a besoin de lui dans une affaire qui est facile2 il va le trouver1 lui fait sa prire3 ,thognis l'coute favorablement1 il est ravi de lui tre bon quelque chose1 il le conjure de faire natre des occasions de lui rendre service2 et comme celui-ci insiste sur son affaire1 il lui dit qu'il ne la fera point2 il le prie de se mettre en sa place1 il l'en fait juge4 ,le client sort1 reconduit1 caress1 confus1 presque content d'tre refus4 #di 7,i7 ,c'est avoir une trs mauvaise opinion des hommes1 et nanmoins les bien connatre1 que de croire dans un grand poste leur imposer par des caresses tudies1 par de longs et striles embrassements4 #ej 7,,iv7 ,pamphile ne s'entretient pas avec les gens qu'il rencontre dans les salles ou dans les cours3 si l'on en croit sa gravit et l'lvation de sa voix1 il les reoit1 leur donne audience1 les congdie2 il a des termes tout la fois civils et hautains1 une honntet imprieuse et qu'il emploie sans discernement2 il a une fausse grandeur qui l'abaisse1 et qui embarrasse fort ceux qui sont ses amis1 et qui ne veulent pas le mpriser4 7,,vi7 ,un ,pamphile est plein de lui-mme1 ne se perd pas de vue1 ne sort point de l'ide de sa grandeur1 de ses alliances1 de sa charge1 de sa dignit2 il ramasse1 pour ainsi dire1 toutes ses pices1 s'en enveloppe pour se faire valoir2 il dit3 ,mon ordre1 mon cordon bleu2 il l'tale ou il le cache par ostentation4 ,un ,pamphile en un mot veut tre grand1 il croit l'tre2 il ne l'est pas1 il est d'aprs un grand4 ,si quelquefois il sourit un homme du dernier ordre1 un homme d'esprit1 il choisit son temps si juste1 qu'il n'est jamais pris sur le fait3 aussi la rougeur lui monterait-elle au visage s'il tait malheureusement surpris dans la moindre familiarit avec quelqu'un qui n'est ni opulent1 ni puissant1 ni ami d'un ministre1 ni son alli1 ni son domestique4 ,il est svre et inexorable qui n'a point encore fait sa fortune4 ,il vous aperoit un jour dans une galerie1 et il vous fuit2 et le lendemain1 s'il vous trouve en un endroit moins public1 ou s'il est public1 en la compagnie d'un grand1 il prend courage1 il vient vous1 et il vous dit3 ,vous ne faisiez pas hier semblant de nous voir4 ,tantt il vous quitte brusquement pour joindre un seigneur ou un premier commis2 et tantt s'il les trouve avec vous en conversation1 il vous coupe et vous les enlve4 ,vous l'abordez une autre fois1 et il ne s'arrte pas2 il se fait suivre1 vous parle si haut que c'est une scne pour ceux qui passent4 ,aussi les ,pamphiles sont-ils toujours comme sur un thtre3 gens nourris dans le faux1 et qui ne hassent rien tant que d'tre naturels2 vrais personnages de comdie1 des ,floridors1 des ,mondoris4 7,,vii7 ,on ne tarit point sur les ,pamphiles3 ils sont bas et timides devant les princes et les ministres2 pleins de hauteur et de confiance avec ceux qui n'ont que de la vertu2 muets et embarrasss avec les savants2 vifs1 hardis et dcisifs avec ceux qui ne savent rien4 ,ils parlent de guerre un homme de robe1 et de politique un financier2 ils savent l'histoire avec les femmes2 ils sont potes avec un docteur1 et gomtres avec un pote4 ,de maximes1 ils ne s'en chargent pas2 de principes1 encore moins3 ils vivent l'aventure1 pousss et entrans par le vent de la faveur et par l'attrait des richesses4 ,ils n'ont point d'opinion qui soit eux1 qui leur soit propre2 ils en empruntent mesure qu'ils en ont besoin2 et celui qui ils ont recours n'est gure un homme sage1 ou habile1 ou vertueux3 c'est un homme la mode4 #ea 7,,vi7 ,nous avons pour les grands et pour les gens en place une jalousie strile ou une haine impuissante1 qui ne nous venge point de leur splendeur et de leur lvation1 et qui ne fait qu'ajouter notre propre misre le poids insupportable du bonheur d'autrui4 ,que faire contre une maladie de l'me si invtre et si contagieuse8 ,contentons-nous de peu1 et de moins encore s'il est possible2 sachons perdre dans l'occasion3 la recette est infaillible1 et je consens l'prouver4 ,j'vite par l d'apprivoiser un suisse ou de flchir un commis2 d'tre repouss une porte par la foule innombrable de clients ou de courtisans dont la maison d'un ministre se dgorge plusieurs fois le jour2 de languir dans sa salle d'audience2 de lui demander en tremblant et en balbutiant une chose juste2 d'essuyer sa gravit1 son ris amer et son laconisme4 ,alors je ne le hais plus1 je ne lui porte plus d'envie2 il ne me fait aucune prire1 je ne lui en fais pas2 nous sommes gaux1 si ce n'est peut-tre qu'il n'est pas tranquille1 et que je le suis4 #eb 7,i7 ,si les grands ont les occasions de nous faire du bien1 ils en ont rarement la volont2 et s'ils dsirent de nous faire du mal1 ils n'en trouvent pas toujours les occasions4 ,ainsi l'on peut tre tromp dans l'espce de culte qu'on leur rend1 s'il n'est fond que sur l'esprance ou sur la crainte2 et une longue vie se termine quelquefois sans qu'il arrive de dpendre d'eux pour le moindre intrt1 ou qu'on leur doive sa bonne ou sa mauvaise fortune4 ,nous devons les honorer1 parce qu'ils sont grands et que nous sommes petits1 et qu'il y en a d'autres plus petits que nous qui nous honorent4 #ec 7,,vi7 la cour1 la ville1 mmes passions1 mmes faiblesses1 mmes petitesses1 mmes travers d'esprit1 mmes brouilleries dans les familles et entre les proches1 mmes envies1 mmes antipathies4 ,partout des brus et des belles-mres1 des maris et des femmes1 des divorces1 des ruptures1 et de mauvais raccommodements2 partout des humeurs1 des colres1 des partialits1 des rapports1 et ce qu'on appelle de mauvais discours4 ,avec de bons yeux on voit sans peine la petite ville1 la rue ,saint-,denis1 comme transportes ,v9999 ou ,f99994 ,ici l'on croit se har avec plus de fiert et de hauteur1 et peut-tre avec plus de dignit3 on se nuit rciproquement avec plus d'habilet et de finesse2 les colres sont plus loquentes1 et l'on se dit des injures plus poliment et en meilleurs termes2 l'on n'y blesse point la puret de la langue2 l'on n'y offense que les hommes ou que leur rputation3 tous les dehors du vice y sont spcieux2 mais le fond1 encore une fois1 y est le mme que dans les conditions les plus ravales2 tout le bas1 tout le faible et tout l'indigne s'y trouvent4 ,ces hommes si grands ou par leur naissance1 ou par leur faveur1 ou par leurs dignits1 ces ttes si fortes et si habiles1 ces femmes si polies et si spirituelles1 tous mprisent le peuple1 et ils sont peuple4 7,,iv7 ,qui dit le peuple dit plus d'une chose3 c'est une vaste expression1 et l'on s'tonnerait de voir ce qu'elle embrasse1 et jusques o elle s'tend4 ,il y a le peuple qui est oppos aux grands3 c'est la populace et la multitude2 il y a le peuple qui est oppos aux sages1 aux habiles et aux vertueux3 ce sont les grands comme les petits4 #ed 7,,vi7 ,les grands se gouvernent par sentiment1 mes oisives sur lesquelles tout fait d'abord une vive impression4 ,une chose arrive1 ils en parlent trop2 bientt ils en parlent peu2 ensuite ils n'en parlent plus1 et ils n'en parleront plus4 ,action1 conduite1 ouvrage1 vnement1 tout est oubli2 ne leur demandez ni correction1 ni prvoyance1 ni rflexion1 ni reconnaissance1 ni rcompense4 #ee 7,i7 ,l'on se porte aux extrmits opposes l'gard de certains personnages4 ,la satire aprs leur mort court parmi le peuple1 pendant que les votes des temples retentissent de leurs loges4 ,ils ne mritent quelquefois ni libelles ni discours funbres2 quelquefois aussi ils sont dignes de tous les deux4 #ef 7,i7 ,l'on doit se taire sur les puissants3 il y a presque toujours de la flatterie en dire du bien2 il y a du pril en dire du mal pendant qu'ils vivent1 et de la lchet quand ils sont morts4 ,du souverain ou de la ,rpublique #a 7,i7 ,quand l'on parcourt1 sans la prvention de son pays1 toutes les formes de gouvernement1 l'on ne sait laquelle se tenir3 il y a dans toutes le moins bon et le moins mauvais4 ,ce qu'il y a de plus raisonnable et de plus sr1 c'est d'estimer celle o l'on est n la meilleure de toutes1 et de s'y soumettre4 #b 7,i7 ,il ne faut ni art ni science pour exercer la tyrannie1 et la politique qui ne consiste qu' rpandre le sang est fort borne et de nul raffinement2 elle inspire de tuer ceux dont la vie est un obstacle notre ambition3 un homme n cruel fait cela sans peine4 ,c'est la manire la plus horrible et la plus grossire de se maintenir ou de s'agrandir4 #c 7,,iv7 ,c'est une politique sre et ancienne dans les rpubliques que d'y laisser le peuple s'endormir dans les ftes1 dans les spectacles1 dans le luxe1 dans le faste1 dans les plaisirs1 dans la vanit et la mollesse2 le laisser se remplir du vide et savourer la bagatelle3 quelles grandes dmarches ne fait-on pas au despotique par cette indulgence6 #d 7,,vii7 ,il n'y a point de patrie dans le despotique2 d'autres choses y supplent3 l'intrt1 la gloire1 le service du prince4 #e 7,,iv7 ,quand on veut changer et innover dans une rpublique1 c'est moins les choses que le temps que l'on considre4 ,il y a des conjonctures o l'on sent bien qu'on ne saurait trop attenter contre le peuple2 et il y en a d'autres o il est clair qu'on ne peut trop le mnager4 ,vous pouvez aujourd'hui ter cette ville ses franchises1 ses droits1 ses privilges2 mais demain ne songez pas mme rformer ses enseignes4 #f 7,,iv7 ,quand le peuple est en mouvement1 on ne comprend pas par o le calme peut y rentrer2 et quand il est paisible1 on ne voit pas par o le calme peut en sortir4 #g 7,,iv7 ,il y a de certains maux dans la rpublique qui y sont soufferts1 parce qu'ils prviennent ou empchent de plus grands maux4 ,il y a d'autres maux qui sont tels seulement par leur tablissement1 et qui1 tant dans leur origine un abus ou un mauvais usage1 sont moins pernicieux dans leurs suites et dans la pratique qu'une loi plus juste ou une coutume plus raisonnable4 ,l'on voit une espce de maux que l'on peut corriger par le changement ou la nouveaut1 qui est un mal1 et fort dangereux4 ,il y en a d'autres cachs et enfoncs comme des ordures dans un cloaque1 je veux dire ensevelis sous la honte1 sous le secret et dans l'obscurit3 on ne peut les fouiller et les remuer qu'ils n'exhalent le poison et l'infamie2 les plus sages doutent quelquefois s'il est mieux de connatre ces maux que de les ignorer4 ,l'on tolre quelquefois dans un tat un assez grand mal1 mais qui dtourne un million de petits maux ou d'inconvnients1 qui tous seraient invitables et irrmdiables4 ,il se trouve des maux dont chaque particulier gmit1 et qui deviennent nanmoins un bien public1 quoique le public ne soit autre chose que tous les particuliers4 ,il y a des maux personnels qui concourent au bien et l'avantage de chaque famille4 ,il y en a qui affligent1 ruinent ou dshonorent les familles1 mais qui tendent au bien et la conservation de la machine de l'tat et du gouvernement4 ,d'autres maux renversent des tats1 et sur leurs ruines en lvent de nouveaux4 ,on en a vu enfin qui ont sap par les fondements de grands empires1 et qui les ont fait vanouir de dessus la terre1 pour varier et renouveler la face de l'univers4 #h 7,,viii7 ,qu'importe l'tat qu',ergaste soit riche1 qu'il ait des chiens qui arrtent bien1 qu'il cre les modes sur les quipages et sur les habits1 qu'il abonde en superfluits8 ,o il s'agit de l'intrt et des commodits de tout le public1 le particulier est-il compt8 ,la consolation des peuples dans les choses qui lui psent un peu est de savoir qu'ils soulagent le prince1 ou qu'ils n'enrichissent que lui3 ils ne se croient point redevables ,ergaste de l'embellissement de sa fortune4 #i 7,,iv7 ,la guerre a pour elle l'antiquit2 elle a t dans tous les sicles3 on l'a toujours vue remplir le monde de veuves et d'orphelins1 puiser les familles d'hritiers1 et faire prir les frres une mme bataille4 ,jeune ,soyecour6 je regrette ta vertu1 ta pudeur1 ton esprit dj mr1 pntrant1 lev1 sociable2 je plains cette mort prmature qui te joint ton intrpide frre1 et t'enlve une cour o tu n'as fait que te montrer3 malheur dplorable1 mais ordinaire6 ,de tout temps les hommes1 pour quelque morceau de terre de plus ou de moins1 sont convenus entre eux de se dpouiller1 se brler1 se tuer1 s'gorger les uns les autres2 et pour le faire plus ingnieusement et avec plus de sret1 ils ont invent de belles rgles qu'on appelle l'art militaire2 ils ont attach la pratique de ces rgles la gloire ou la plus solide rputation2 et ils ont depuis renchri de sicle en sicle sur la manire de se dtruire rciproquement4 ,de l'injustice des premiers hommes1 comme de son unique source1 est venue la guerre1 ainsi que la ncessit o ils se sont trouvs de se donner des matres qui fixassent leurs droits et leurs prtentions4 ,si1 content du sien1 on et pu s'abstenir du bien de ses voisins1 on avait pour toujours la paix et la libert4 #aj 7,,iv7 ,le peuple paisible dans ses foyers1 au milieu des siens1 et dans le sein d'une grande ville o il n'a rien craindre ni pour ses biens ni pour sa vie1 respire le feu et le sang1 s'occupe de guerres1 de ruines1 d'embrasements et de massacres1 souffre impatiemment que des armes qui tiennent la campagne ne viennent point se rencontrer1 ou si elles sont une fois en prsence1 qu'elles ne combattent point1 ou si elles se mlent1 que le combat ne soit pas sanglant et qu'il y ait moins de dix mille hommes sur la place4 ,il va mme souvent jusques oublier ses intrts les plus chers1 le repos et la sret1 par l'amour qu'il a pour le changement1 et par le got de la nouveaut ou des choses extraordinaires4 ,quelques-uns consentiraient voir une autre fois les ennemis aux portes de ,dijon ou de ,corbie1 voir tendre des chanes et faire des barricades1 pour le seul plaisir d'en dire ou d'en apprendre la nouvelle4 #aa 7,,vi7 ,dmophile1 ma droite1 se lamente1 et s'crie3 ,tout est perdu1 c'est fait de l'tat2 il est du moins sur le penchant de sa ruine4 ,comment rsister une si forte et si gnrale conjuration8 ,quel moyen1 je ne dis pas d'tre suprieur1 mais de suffire seul tant et de si puissants ennemis8 ,cela est sans exemple dans la monarchie4 ,un hros1 un ,achille y succomberait4 ,on a fait1 ajoute-t-il1 de lourdes fautes3 je sais bien ce que je dis1 je suis du mtier1 j'ai vu la guerre1 et l'histoire m'en a beaucoup appris4 ,il parle l-dessus avec admiration d',olivier le ,daim et de ,jacques ,coeur3 ,c'taient l des hommes1 dit-il1 c'taient des ministres4 ,il dbite ses nouvelles1 qui sont toutes les plus tristes et les plus dsavantageuses que l'on pourrait feindre3 tantt un parti des ntres a t attir dans une embuscade et taill en pices2 tantt quelques troupes renfermes dans un chteau se sont rendues aux ennemis discrtion1 et ont pass par le fil de l'pe2 et si vous lui dites que ce bruit est faux et qu'il ne se confirme point1 il ne vous coute pas1 il ajoute qu'un tel gnral a t tu2 et bien qu'il soit vrai qu'il n'a reu qu'une lgre blessure1 et que vous l'en assuriez1 il dplore sa mort1 il plaint sa veuve1 ses enfants1 l'tat2 il se plaint lui-mme3 il a perdu un bon ami et une grande protection4 ,il dit que la cavalerie allemande est invincible2 il plit au seul nom des cuirassiers de l',empereur4 ,si l'on attaque cette place1 continue-t-il1 on lvera le sige4 ,ou l'on demeurera sur la dfensive sans livrer de combat2 ou si on le livre1 on le doit perdre2 et si on le perd1 voil l'ennemi sur la frontire4 ,et comme ,dmophile le fait voler1 le voil dans le coeur du royaume3 il entend dj sonner le beffroi des villes1 et crier l'alarme2 il songe son bien et ses terres3 o conduira-t-il son argent1 ses meubles1 sa famille8 o se rfugiera-t-il8 en ,suisse ou ,venise8 ,mais1 ma gauche1 ,basilide met tout d'un coup sur pied une arme de trois cent mille hommes2 il n'en rabattrait pas une seule brigade3 il a la liste des escadrons et des bataillons1 des gnraux et des officiers2 il n'oublie pas l'artillerie ni le bagage4 ,il dispose absolument de toutes ces troupes3 il en envoie tant en ,allemagne et tant en ,flandre2 il rserve un certain nombre pour les ,alpes1 un peu moins pour les ,pyrnes1 et il fait passer la mer ce qui lui reste4 ,il connat les marches de ces armes1 il sait ce qu'elles feront et ce qu'elles ne feront pas2 vous diriez qu'il ait l'oreille du prince ou le secret du ministre4 ,si les ennemis viennent de perdre une bataille o il soit demeur sur la place quelque neuf dix mille hommes des leurs1 il en compte jusqu' trente mille1 ni plus ni moins2 car ses nombres sont toujours fixes et certains1 comme de celui qui est bien inform4 ,s'il apprend le matin que nous avons perdu une bicoque1 non seulement il envoie s'excuser ses amis qu'il a la veille convis dner1 mais mme ce jour-l il ne dne point1 et s'il soupe1 c'est sans apptit4 ,si les ntres assigent une place trs forte1 trs rgulire1 pourvue de vivres et de munitions1 qui a une bonne garnison1 commande par un homme d'un grand courage1 il dit que la ville a des endroits faibles et mal fortifis1 qu'elle manque de poudre1 que son gouverneur manque d'exprience1 et qu'elle capitulera aprs huit jours de tranche ouverte4 ,une autre fois il accourt tout hors d'haleine1 et aprs avoir respir un peu3 ,voil1 s'crie-t-il1 une grande nouvelle2 ils sont dfaits1 et plate couture2 le gnral1 les chefs1 du moins une bonne partie1 tout est tu1 tout a pri4 ,voil1 continue-t-il1 un grand massacre1 et il faut convenir que nous jouons d'un grand bonheur4 ,il s'assit1 il souffle1 aprs avoir dbit sa nouvelle1 laquelle il ne manque qu'une circonstance1 qui est qu'il est certain qu'il n'y a point eu de bataille4 ,il assure d'ailleurs qu'un tel prince renonce la ligue et quitte ses confdrs1 qu'un autre se dispose prendre le mme parti2 il croit fermement avec la populace qu'un troisime est mort3 il nomme le lieu o il est enterr2 et quand on est dtromp aux halles et aux faubourgs1 il parie encore pour l'affirmative4 ,il sait1 par une voie indubitable1 que ,t4,k4,l4 fait de grands progrs contre l',empereur2 que le ,grand ,seigneur arme puissamment1 ne veut point de paix1 et que son vizir va se montrer une autre fois aux portes de ,vienne4 ,il frappe des mains1 et il tressaille sur cet vnement1 dont il ne doute plus4 ,la triple alliance chez lui est un ,cerbre1 et les ennemis autant de monstres assommer4 ,il ne parle que de lauriers1 que de palmes1 que de triomphes et que de trophes4 ,il dit dans le discours familier3 ,notre auguste ,hros1 notre grand ,potentat1 notre invincible ,monarque4 ,rduisez-le1 si vous pouvez1 dire simplement3 ,le ,roi a beaucoup d'ennemis1 ils sont puissants1 ils sont unis1 ils sont aigris3 il les a vaincus1 j'espre toujours qu'il les pourra vaincre4 ,ce style1 trop ferme et trop dcisif pour ,dmophile1 n'est pour ,basilide ni assez pompeux ni assez exagr2 il a bien d'autres expressions en tte3 il travaille aux inscriptions des arcs et des pyramides qui doivent orner la ville capitale un jour d'entre2 et ds qu'il entend dire que les armes sont en prsence1 ou qu'une place est investie1 il fait dplier sa robe et la mettre l'air1 afin qu'elle soit toute prte pour la crmonie de la cathdrale4 #ab 7,,iv7 ,il faut que le capital d'une affaire qui assemble dans une ville les plnipotentiaires ou les agents des couronnes et des rpubliques1 soit d'une longue et extraordinaire discussion1 si elle leur cote plus de temps1 je ne dis pas que les seuls prliminaires1 mais que le simple rglement des rangs1 des prsances et des autres crmonies4 ,le ministre ou le plnipotentiaire est un camlon1 est un ,prote4 ,semblable quelquefois un joueur habile1 il ne montre ni humeur ni complexion1 soit pour ne point donner lieu aux conjectures ou se laisser pntrer1 soit pour ne rien laisse chapper de son secret par passion ou par faiblesse4 ,quelquefois aussi il sait feindre le caractre le plus conforme aux vues qu'il a et aux besoins o il se trouve1 et paratre tel qu'il a intrt que les autres croient qu'il est en effet4 ,ainsi dans une grande puissance1 ou dans une grande faiblesse qu'il veut dissimuler1 il est ferme et inflexible1 pour ter l'envie de beaucoup obtenir2 ou il est facile1 pour fournir aux autres les occasions de lui demander1 et se donner la mme licence4 ,une autre fois1 ou il est profond et dissimul1 pour cacher une vrit en l'annonant1 parce qu'il lui importe qu'il l'ait dite1 et qu'elle ne soit pas crue2 ou il est franc et ouvert1 afin que lorsqu'il dissimule ce qui ne doit pas tre su1 l'on croie nanmoins qu'on n'ignore rien de ce que l'on veut savoir1 et que l'on se persuade qu'il a tout dit4 ,de mme1 ou il est vif et grand parleur1 pour faire parler les autres1 pour empcher qu'on ne lui parle de ce qu'il ne veut pas ou de ce qu'il ne doit pas savoir1 pour dire plusieurs choses indiffrentes qui se modifient ou qui se dtruisent les unes les autres1 qui confondent dans les esprits la crainte et la confiance1 pour se dfendre d'une ouverture qui lui est chappe par une autre qu'il aura faite2 ou il est froid et taciturne1 pour jeter les autres dans l'engagement de parler1 pour couter longtemps1 pour tre cout quand il parle1 pour parler avec ascendant et avec poids1 pour faire des promesses ou des menaces qui portent un grand coup et qui branlent4 ,il s'ouvre et parle le premier pour1 en dcouvrant les oppositions1 les contradictions1 les brigues et les cabales des ministres trangers sur les propositions qu'il aura avances1 prendre ses mesures et avoir la rplique2 et dans une autre rencontre1 il parle le dernier1 pour ne point parler en vain1 pour tre prcis1 pour connatre parfaitement les choses sur quoi il est permis de faire fond pour lui ou pour ses allis1 pour savoir ce qu'il doit demander et ce qu'il peut obtenir4 ,il sait parler en termes clairs et formels2 il sait encore mieux parler ambigument1 d'une manire enveloppe1 user de tours ou de mots quivoques1 qu'il peut faire valoir ou diminuer dans les occasions1 et selon ses intrts4 ,il demande peu quand il ne veut pas donner beaucoup2 il demande beaucoup pour avoir peu1 et l'avoir plus srement4 ,il exige d'abord de petites choses1 qu'il prtend ensuite lui devoir tre comptes pour rien1 et qui ne l'excluent pas d'en demander une plus grande2 et il vite au contraire de commencer par obtenir un point important1 s'il l'empche d'en gagner plusieurs autres de moindre consquence1 mais qui tous ensemble l'emportent sur le premier4 ,il demande trop1 pour tre refus1 mais dans le dessein de se faire un droit ou une biensance de refuser lui-mme ce qu'il sait bien qu'il lui sera demand1 et qu'il ne veut pas octroyer3 aussi soigneux alors d'exagrer l'normit de la demande1 et de faire convenir1 s'il se peut1 des raisons qu'il a de n'y pas entendre1 que d'affaiblir celles qu'on prtend avoir de ne lui pas accorder ce qu'il sollicite avec instance2 galement appliqu faire sonner haut et grossir dans l'ide des autres le peu qu'il offre1 et mpriser ouvertement le peu que l'on consent de lui donner4 ,il fait de fausses offres1 mais extraordinaires1 qui donnent de la dfiance1 et obligent de rejeter ce que l'on accepterait inutilement2 qui lui sont cependant une occasion de faire des demandes exorbitantes1 et mettent dans leur tort ceux qui les lui refusent4 ,il accorde plus qu'on ne lui demande1 pour avoir encore plus qu'il ne doit donner4 ,il se fait longtemps prier1 presser1 importuner sur une chose mdiocre1 pour teindre les esprances et ter la pense d'exiger de lui rien de plus fort2 ou s'il se laisse flchir jusques l'abandonner1 c'est toujours avec des conditions qui lui font partager le gain et les avantages avec ceux qui reoivent4 ,il prend directement ou indirectement l'intrt d'un alli1 s'il y trouve son utilit et l'avancement de ses prtentions4 ,il ne parle que de paix1 que d'alliances1 que de tranquillit publique1 que d'intrt public2 et en effet il ne songe qu'aux siens1 c'est--dire ceux de son matre ou de sa rpublique4 ,tantt il runit quelques-uns qui taient contraires les uns aux autres1 et tantt il divise quelques autres qui taient unis4 ,il intimide les forts et les puissants1 il encourage les faibles4 ,il unit d'abord d'intrt plusieurs faibles contre un plus puissant1 pour rendre la balance gale2 il se joint ensuite aux premiers pour la faire pencher1 et il leur vend cher sa protection et son alliance4 ,il sait intresser ceux avec qui il traite2 et par un adroit mange1 par de fins et de subtils dtours1 il leur fait sentir leurs avantages particuliers1 les biens et les honneurs qu'ils peuvent esprer par une certaine facilit1 qui ne choque point leur commission ni les intentions de leurs matres4 ,il ne veut pas aussi tre cru imprenable par cet endroit2 il laisse voir en lui quelque peu de sensibilit pour sa fortune3 il s'attire par l des propositions qui lui dcouvrent les vues des autres les plus secrtes1 leurs desseins les plus profonds et leur dernire ressource2 et il en profite4 ,si quelquefois il est ls dans quelques chefs qui ont enfin t rgls1 il crie haut2 si c'est le contraire2 il crie plus haut1 et jette ceux qui perdent sur la justification et la dfensive4 ,il a son fait digr par la cour1 toutes ses dmarches sont mesures1 les moindres avances qu'il fait lui sont prescrites2 et il agit nanmoins1 dans les points difficiles et dans les articles contests1 comme s'il se relchait de lui-mme sur-le-champ1 et comme par un esprit d'accommodement2 il ose mme promettre l'assemble qu'il fera goter la proposition1 et qu'il n'en sera pas dsavou4 ,il fait courir un bruit faux des choses seulement dont il est charg1 muni d'ailleurs de pouvoirs particuliers1 qu'il ne dcouvre jamais qu' l'extrmit1 et dans les moments o il lui serait pernicieux de ne les pas mettre en usage4 ,il tend surtout par ses intrigues au solide et l'essentiel1 toujours prt de leur sacrifier les minuties et les points d'honneur imaginaires4 ,il a du flegme1 il s'arme de courage et de patience1 il ne se lasse point1 il fatigue les autres1 et les pousse jusqu'au dcouragement4 ,il se prcautionne et s'endurcit contre les lenteurs et les remises1 contre les reproches1 les soupons1 les dfiances1 contre les difficults et les obstacles1 persuad que le temps seul et les conjonctures amnent les choses et conduisent les esprits au point o on les souhaite4 ,il va jusques feindre un intrt secret la rupture de la ngociation1 lorsqu'il dsire le plus ardemment qu'elle soit continue2 et si au contraire il a des ordres prcis de faire les derniers efforts pour la rompre1 il croit devoir1 pour y russir1 en presser la continuation et la fin4 ,s'il survient un grand vnement1 il se raidit ou il se relche selon qu'il lui est utile ou prjudiciable2 et si par une grande prudence il sait le prvoir1 il presse et il temporise selon que l'tat pour qui il travaille en doit craindre ou esprer2 et il rgle sur ses besoins ses conditions4 ,il prend conseil du temps1 du lieu1 des occasions1 de sa puissance ou de sa faiblesse1 du gnie des nations avec qui il traite1 du temprament et du caractre des personnes avec qui il ngocie4 ,toutes ses vues1 toutes ses maximes1 tous les raffinements de sa politique tendent une seule fin1 qui est de n'tre point tromp1 et de tromper les autres4 #ac 7,i7 ,le caractre des ,franais demande du srieux dans le souverain4 #ad 7,i7 ,l'un des malheurs du prince est d'tre souvent trop plein de son secret1 par le pril qu'il y a le rpandre3 son bonheur est de rencontrer une personne sre qui l'en dcharge4 #ae 7,i7 ,il ne manque rien un roi que les douceurs d'une vie prive2 il ne peut tre consol d'une si grande perte que par le charme de l'amiti1 et par la fidlit de ses amis4 #af 7,i7 ,le plaisir d'un roi qui mrite de l'tre est de l'tre moins quelquefois1 de sortir du thtre1 de quitter le bas de saye et les brodequins1 et de jouer avec une personne de confiance un rle plus familier4 #ag 7,i7 ,rien ne fait plus d'honneur au prince que la modestie de son favori4 #ah 7,i7 ,le favori n'a point de suite2 il est sans engagement et sans liaisons2 il peut tre entour de parents et de cratures1 mais il n'y tient pas2 il est dtach de tout1 et comme isol4 #bj 7,,vi7 ,je ne doute point qu'un favori1 s'il a quelque force et quelque lvation1 ne se trouve souvent confus et dconcert des bassesses1 des petitesses1 de la flatterie1 des soins superflus et des attentions frivoles de ceux qui le courent1 qui le suivent1 et qui s'attachent lui comme ses viles cratures2 et qu'il ne se ddommage dans le particulier d'une si grande servitude par le ris et la moquerie4 #ba 7,,vi7 ,hommes en place1 ministres1 favoris1 me permettrez-vous de le dire8 ne vous reposez point sur vos descendants pour le soin de votre mmoire et pour la dure de votre nom3 les titres passent1 la faveur s'vanouit1 les dignits se perdent1 les richesses se dissipent1 et le mrite dgnre4 ,vous avez des enfants1 il est vrai1 dignes de vous1 j'ajoute mme capables de soutenir toute votre fortune2 mais qui peut vous en promettre autant de vos petits-fils8 ,ne m'en croyez pas1 regardez cette unique fois de certains hommes que vous ne regardez jamais1 que vous ddaignez3 ils ont des aeuls1 qui1 tout grands que vous tes1 vous ne faites que succder4 ,ayez de la vertu et de l'humanit2 et si vous me dites3 ,qu'aurons-nous de plus8 je vous rpondrai3 ,de l'humanit et de la vertu4 ,matres alors de l'avenir1 et indpendants d'une postrit1 vous tes srs de durer autant que la monarchie2 et dans le temps que l'on montrera les ruines de vos chteaux1 et peut-tre la seule place o ils taient construits1 l'ide de vos louables actions sera encore frache dans l'esprit des peuples2 ils considreront avidement vos portraits et vos mdailles2 ils diront3 ,cet homme dont vous regardez la peinture a parl son matre avec force et avec libert1 et a plus craint de lui nuire que de lui dplaire2 il lui a permis d'tre bon et bienfaisant1 de dire de ses villes3 ,ma bonne ville1 et de son peuple3 ,mon peuple4 ,cet autre dont vous voyez l'image1 et en qui l'on remarque une physionomie forte1 jointe un air grave1 austre et majestueux1 augmente d'anne autre de rputation3 les plus grands politiques souffrent de lui tre compars4 ,son grand dessein a t d'affermir l'autorit du prince et la sret des peuples par l'abaissement des grands3 ni les partis1 ni les conjurations1 ni les trahisons1 ni le pril de la mort1 ni ses infirmits n'ont pu l'en dtourner4 ,il a eu du temps de reste pour entamer un ouvrage1 continu ensuite et achev par l'un de nos plus grands et de nos meilleurs princes1 l'extinction de l'hrsie4 #bb 7,,viii7 ,le panneau le plus dli et le plus spcieux qui dans tous les temps ait t tendu aux grands par leurs gens d'affaires1 et aux rois par leurs ministres1 est la leon qu'ils leur font de s'acquitter et de s'enrichir4 ,excellent conseil6 maxime utile1 fructueuse1 une mine d'or1 un ,prou1 du moins pour ceux qui ont su jusqu' prsent l'inspirer leurs matres4 #bc 7,,iv7 ,c'est un extrme bonheur pour les peuples quand le prince admet dans sa confiance et choisit pour le ministre ceux mmes qu'ils auraient voulu lui donner1 s'ils en avaient t les matres4 #bd 7,,iv7 ,la science des dtails1 ou une diligente attention aux moindres besoins de la rpublique1 est une partie essentielle au bon gouvernement1 trop nglige la vrit dans les derniers temps par les rois ou par les ministres1 mais qu'on ne peut trop souhaiter dans le souverain qui l'ignore1 ni assez estimer dans celui qui la possde4 ,que sert en effet au bien des peuples et la douceur de leurs jours1 que le prince place les bornes de son empire au del des terres de ses ennemis1 qu'il fasse de leurs souverainets des provinces de son royaume2 qu'il leur soit galement suprieur par les siges et par les batailles1 et qu'ils ne soient devant lui en sret ni dans les plaines ni dans les plus forts bastions2 que les nations s'appellent les unes les autres1 se liguent ensemble pour se dfendre et pour l'arrter2 qu'elles se liguent en vain1 qu'il marche toujours et qu'il triomphe toujours2 que leurs dernires esprances soient tombes par le raffermissement d'une sant qui donnera au monarque le plaisir de voir les princes ses petits-fils soutenir ou accrotre ses destines1 se mettre en campagne1 s'emparer de redoutables forteresses1 et conqurir de nouveaux tats2 commander de vieux et expriments capitaines1 moins par leur rang et leur naissance que par leur gnie et leur sagesse2 suivre les traces augustes de leur victorieux pre2 imiter sa bont sa docilit1 son quit1 sa vigilance1 son intrpidit8 ,que me servirait en un mot1 comme tout le peuple1 que le prince ft heureux et combl de gloire par lui-mme et par les siens1 que ma patrie ft puissante et formidable1 si1 triste et inquiet1 j'y vivais dans l'oppression ou dans l'indigence2 si1 couvert des courses de l'ennemi1 je me trouvais expos dans les places ou dans les rues d'une ville au fer d'un assassin1 et que je craignisse moins dans l'horreur de la nuit d'tre pill ou massacr dans d'paisses forts que dans ses carrefours2 si la sret1 l'ordre et la propret ne rendaient pas le sjour des villes si dlicieux1 et n'y avaient pas amen1 avec l'abondance1 la douceur de la socit2 si1 faible et seul de mon parti1 j'avais souffrir dans ma mtairie du voisinage d'un grand1 et si l'on avait moins pourvu me faire justice de ses entreprises2 si je n'avais pas sous ma main autant de matres1 et d'excellents matres1 pour lever mes enfants dans les sciences ou dans les arts qui feront un jour leur tablissement2 si1 par la facilit du commerce1 il m'tait moins ordinaire de m'habiller de bonnes toffes1 et de me nourrir de viandes saines1 et de les acheter peu2 si enfin1 par les soins du prince1 je n'tais pas aussi content de ma fortune1 qu'il doit lui-mme par ses vertus l'tre de la sienne8 #be 7,,vii7 ,les huit ou les dix mille hommes sont au souverain comme une monnaie dont il achte une place ou une victoire3 s'il fait qu'il lui en cote moins1 s'il pargne les hommes1 il ressemble celui qui marchande et qui connat mieux qu'un autre le prix de l'argent4 #bf 7,,vii7 ,tout prospre dans une monarchie o l'on confond les intrts de l'tat avec ceux du prince4 #bg 7,,vii7 ,nommer un roi ,pre du peuple est moins faire son loge que l'appeler par son nom1 ou faire sa dfinition4 #bh 7,,vii7 ,il y a un commerce ou un retour de devoirs du souverain ses sujets1 et de ceux-ci au souverain3 quels sont les plus assujettissants et les plus pnibles1 je ne le dciderai pas4 ,il s'agit de juger1 d'un ct1 entre les troits engagements du respect1 des secours1 des services1 de l'obissance1 de la dpendance2 et d'un autre1 les obligations indispensables de bont1 de justice1 de soins1 de dfense1 de protection4 ,dire qu'un prince est arbitre de la vie des hommes1 c'est dire seulement que les hommes par leurs crimes deviennent naturellement soumis aux lois et la justice1 dont le prince est le dpositaire3 ajouter qu'il est matre absolu de tous les biens de ses sujets1 sans gards1 sans compte ni discussion1 c'est le langage de la flatterie1 c'est l'opinion d'un favori qui se ddira l'agonie4 #bi 7,,vii7 ,quand vous voyez quelquefois un nombreux troupeau1 qui rpandu sur une colline vers le dclin d'un beau jour1 pat tranquillement le thym et le serpolet1 ou qui broute dans une prairie une herbe menue et tendre qui a chapp la faux du moissonneur1 le berger1 soigneux et attentif1 est debout auprs de ses brebis2 il ne les perd pas de vue1 il les suit1 il les conduit1 il les change de pturage2 si elles se dispersent1 il les rassemble2 si un loup avide parat1 il lche son chien1 qui le met en fuite2 il les nourrit1 il les dfend2 l'aurore le trouve dj en pleine campagne1 d'o il ne se retire qu'avec le soleil3 quels soins6 quelle vigilance6 quelle servitude6 ,quelle condition vous parat la plus dlicieuse et la plus libre1 ou du berger ou des brebis8 le troupeau est-il fait pour le berger1 ou le berger pour le troupeau8 ,image nave des peuples et du prince qui les gouverne1 s'il est bon prince4 ,le faste et le luxe dans un souverain1 c'est le berger habill d'or et de pierreries1 la houlette d'or en ses mains2 son chien a un collier d'or1 il est attach avec une laisse d'or et de soie4 ,que sert tant d'or son troupeau ou contre les loups8 #cj 7,,vii7 ,quelle heureuse place que celle qui fournit dans tous les instants l'occasion un homme de faire du bien tant de milliers d'hommes6 ,quel dangereux poste que celui qui expose tous moments un homme nuire un million d'hommes6 #ca 7,,vii7 ,si les hommes ne sont point capables sur la terre d'une joie plus naturelle1 plus flatteuse et plus sensible1 que de connatre qu'ils sont aims1 et si les rois sont hommes1 peuvent-ils jamais trop acheter le coeur de leurs peuples8 #cb 7,i7 ,il y a peu de rgles gnrales et de mesures certaines pour bien gouverner2 l'on suit le temps et les conjonctures1 et cela roule sur la prudence et sur les vues de ceux qui rgnent3 aussi le chef-d'oeuvre de l'esprit1 c'est le parfait gouvernement2 et ce ne serait peut-tre pas une chose possible1 si les peuples1 par l'habitude o ils sont de la dpendance et de la soumission1 ne faisaient la moiti de l'ouvrage4 #cc 7,i7 ,sous un trs grand roi1 ceux qui tiennent les premires places n'ont que des devoirs faciles1 et que l'on remplit sans nulle peine3 tout coule de source2 l'autorit et le gnie du prince leur aplanissent les chemins1 leur pargnent les difficults1 et font tout prosprer au del de leur attente3 ils ont le mrite de subalternes4 #cd 7,v7 ,si c'est trop de se trouver charg d'une seule famille1 si c'est assez d'avoir rpondre de soi seul1 quel poids1 quel accablement1 que celui de tout un royaume6 ,un souverain est-il pay de ses peines par le plaisir que semble donner une puissance absolue1 par toutes les prosternations des courtisans8 ,je songe aux pnibles1 douteux et dangereux chemins qu'il est quelquefois oblig de suivre pour arriver la tranquillit publique2 je repasse les moyens extrmes1 mais ncessaires1 dont il use souvent pour une bonne fin2 je sais qu'il doit rpondre ,dieu mme de la flicit de ses peuples1 que le bien et le mal est en ses mains1 et que toute ignorance ne l'excuse pas2 et je me dis moi-mme3 ,voudrais-je rgner8 ,un homme un peu heureux dans une condition prive devrait-il y renoncer pour une monarchie8 ,n'est-ce pas beaucoup1 pour celui qui se trouve en place par un droit hrditaire1 de supporter d'tre n roi8 #ce 7,i7 ,que de dons du ciel ne faut-il pas pour bien rgner6 ,une naissance auguste1 un air d'empire et d'autorit1 un visage qui remplisse la curiosit des peuples empresss de voir le prince1 et qui conserve le respect dans le courtisan2 une parfaite galit d'humeur2 un grand loignement pour la raillerie piquante1 ou assez de raison pour ne se la permettre point2 ne faire jamais ni menaces ni reproches2 ne point cder la colre1 et tre toujours obi2 l'esprit facile1 insinuant2 le coeur ouvert1 sincre1 et dont on croit voir le fond1 et ainsi trs propre se faire des amis1 des cratures et des allis2 tre secret toutefois1 profond et impntrable dans ses motifs et dans ses projets2 du srieux et de la gravit dans le public2 de la brivet1 jointe beaucoup de justesse et de dignit1 soit dans les rponses aux ambassadeurs des princes1 soit dans les conseils2 une manire de faire des grces qui est comme un second bienfait2 le choix des personnes que l'on gratifie2 le discernement des esprits1 des talents1 et des complexions pour la distribution des postes et des emplois2 le choix des gnraux et des ministres2 un jugement ferme1 solide1 dcisif dans les affaires1 qui fait que l'on connat le meilleur parti et le plus juste2 un esprit de droiture et d'quit qui fait qu'on le suit jusques prononcer quelquefois contre soi-mme en faveur du peuple1 des allis1 des ennemis2 une mmoire heureuse et trs prsente1 qui rappelle les besoins des sujets1 leurs visages1 leurs noms1 leurs requtes2 une vaste capacit1 qui s'tende non seulement aux affaires de dehors1 au commerce1 aux maximes d'tat1 aux vues de la politique1 au reculement des frontires par la conqute de nouvelles provinces1 et leur sret par un grand nombre de forteresses inaccessibles2 mais qui sache aussi se renfermer au dedans1 et comme dans les dtails de tout un royaume2 qui en bannisse un culte faux1 suspect et ennemi de la souverainet1 s'il s'y rencontre2 qui abolisse des usages cruels et impies1 s'ils y rgnent2 qui rforme les lois et les coutumes1 si elles taient remplies d'abus2 qui donne aux villes plus de sret et plus de commodits par le renouvellement d'une exacte police1 plus d'clat et plus de majest par des difices somptueux2 punir svrement les vices scandaleux2 donner par son autorit et par son exemple du crdit la pit et la vertu2 protger l'glise1 ses ministres1 ses droits1 ses liberts1 mnager ses peuples comme ses enfants2 tre toujours occup de la pense de les soulager1 de rendre les subsides lgers1 et tels qu'ils se lvent sur les provinces sans les appauvrir2 de grands talents pour la guerre2 tre vigilant1 appliqu1 laborieux2 avoir des armes nombreuses1 les commander en personne2 tre froid dans le pril1 ne mnager sa vie que pour le bien de son tat2 aimer le bien de son tat et sa gloire plus que sa vie2 une puissance trs absolue1 qui ne laisse point d'occasion aux brigues1 l'intrigue et la cabale2 qui te cette distance infinie qui est quelquefois entre les grands et les petits1 qui les rapproche1 et sous laquelle tous plient galement2 une tendue de connaissance qui fait que le prince voit tout par ses yeux1 qu'il agit immdiatement et par lui-mme1 que ses gnraux ne sont1 quoique loigns de lui1 que ses lieutenants1 et les ministres que ses ministres2 une profonde sagesse1 qui sait dclarer la guerre1 qui sait vaincre et user de la victoire2 qui sait faire la paix1 qui sait la rompre2 qui sait quelquefois1 et selon les divers intrts1 contraindre les ennemis la recevoir2 qui donne des rgles une vaste ambition1 et sait jusques o l'on doit conqurir2 au milieu d'ennemis couverts ou dclars1 se procurer le loisir des jeux1 des ftes1 des spectacles2 cultiver les arts et les sciences2 former et excuter des projets d'difices surprenants2 un gnie enfin suprieur et puissant1 qui se fait aimer et rvrer des siens1 craindre des trangers2 qui fait d'une cour1 et mme de tout un royaume1 comme une seule famille1 unie parfaitement sous un mme chef1 dont l'union et la bonne intelligence est redoutable au reste du monde3 ces admirables vertus me semblent refermes dans l'ide du souverain2 il est vrai qu'il est rare de les voir runies dans un mme sujet3 il faut que trop de choses concourent la fois1 l'esprit1 le coeur1 les dehors1 le temprament2 et il me parat qu'un monarque qui les rassemble toutes en sa personne est bien digne du nom de ,grand4 ,de l'homme #a 7,i7 ,ne nous emportons point contre les hommes en voyant leur duret1 leur ingratitude1 leur injustice1 leur fiert1 l'amour d'eux-mmes1 et l'oubli des autres3 ils sont ainsi faits1 c'est leur nature1 c'est ne pouvoir supporter que la pierre tombe ou que le feu s'lve4 #b 7,i7 ,les hommes en un sens ne sont point lgers1 ou ne le sont que dans les petites choses4 ,ils changent leurs habits1 leur langage1 les dehors1 les biensances2 ils changent de got quelquefois3 ils gardent leurs moeurs toujours mauvaises1 fermes et constants dans le mal1 ou dans l'indiffrence pour la vertu4 #c 7,,iv7 ,le stocisme est un jeu d'esprit et une ide semblable la ,rpublique de ,platon4 ,les stoques ont feint qu'on pouvait rire dans la pauvret2 tre insensible aux injures1 l'ingratitude1 aux pertes de biens1 comme celles des parents et des amis2 regarder froidement la mort1 et comme une chose indiffrente qui ne devait ni rjouir ni rendre triste2 n'tre vaincu ni par le plaisir ni par la douleur2 sentir le fer ou le feu dans quelque partie de son corps sans pousser le moindre soupir1 ni jeter une seule larme2 et ce fantme de vertu et de constance ainsi imagin1 il leur a plu de l'appeler un sage4 ,ils ont laiss l'homme tous les dfauts qu'ils lui ont trouvs1 et n'ont presque relev aucun de ses faibles4 ,au lieu de faire de ses vices des peintures affreuses ou ridicules qui servissent l'en corriger1 ils lui ont trac l'ide d'une perfection et d'un hrosme dont il n'est point capable1 et l'ont exhort l'impossible4 ,ainsi le sage1 qui n'est pas1 ou qui n'est qu'imaginaire1 se trouve naturellement et par lui-mme au-dessus de tous les vnements et de tous les maux3 ni la goutte la plus douloureuse1 ni la colique la plus aigu ne sauraient lui arracher une plainte2 le ciel et la terre peuvent tre renverss sans l'entraner dans leur chute1 et il demeurerait ferme sur les ruines de l'univers3 pendant que l'homme qui est en effet sort de son sens1 crie1 se dsespre1 tincelle des yeux1 et perd la respiration pour un chien perdu ou pour une porcelaine qui est en pices4 #d 7,,iv7 ,inquitude d'esprit1 ingalit d'humeur1 inconstance de coeur1 incertitude de conduite3 tous vices de l'me1 mais diffrents1 et qui avec tout le rapport qui parat entre eux1 ne se supposent pas toujours l'un l'autre dans un mme sujet4 #e 7,,vi7 ,il est difficile de dcider si l'irrsolution rend l'homme plus malheureux que mprisable2 de mme s'il y a toujours plus d'inconvnient prendre un mauvais parti1 qu' n'en prendre aucun4 #f 7,,vi7 ,un homme ingal n'est pas un seul homme1 ce sont plusieurs3 il se multiplie autant de fois qu'il a de nouveaux gots et de manires diffrentes2 il est chaque moment ce qu'il n'tait point1 et il va tre bientt ce qu'il n'a jamais t3 il se succde lui-mme4 ,ne demandez pas de quelle complexion il est1 mais quelles sont ses complexions2 ni de quelle humeur1 mais combien il a de sortes d'humeurs4 ,ne vous trompez-vous point8 est-ce ,euthycrate que vous abordez8 aujourd'hui quelle glace pour vous6 hier il vous recherchait1 il vous caressait1 vous donniez de la jalousie ses amis3 vous reconnat-il bien8 dites-lui votre nom4 #g 7,,vi7 ,mnalque descend son escalier1 ouvre sa porte pour sortir1 il la referme3 il s'aperoit qu'il est en bonnet de nuit2 et venant mieux s'examiner1 il se trouve ras moiti1 il voit que son pe est mise du ct droit1 que ses bas sont rabattus sur ses talons1 et que sa chemise est par-dessus ses chausses4 ,s'il marche dans les places1 il se sent tout d'un coup rudement frapper l'estomac ou au visage2 il ne souponne point ce que ce peut tre1 jusqu' ce qu'ouvrant les yeux et se rveillant1 il se trouve ou devant un limon de charrette1 ou derrire un long ais de menuiserie que porte un ouvrier sur ses paules4 ,on l'a vu une fois heurter du front contre celui d'un aveugle1 s'embarrasser dans ses jambes1 et tomber avec lui chacun de son ct la renverse4 ,il lui est arriv plusieurs fois de se trouver tte pour tte la rencontre d'un prince et sur son passage1 se reconnatre peine1 et n'avoir que le loisir de se coller un mur pour lui faire place4 ,il cherche1 il brouille1 il crie1 il s'chauffe1 il appelle ses valets l'un aprs l'autre3 on lui perd tout1 on lui gare tout2 il demande ses gants1 qu'il a dans ses mains1 semblable cette femme qui prenait le temps de demander son masque lorsqu'elle l'avait sur son visage4 ,il entre l'appartement1 et passe sous un lustre o sa perruque s'accroche et demeure suspendue3 tous les courtisans regardent et rient2 ,mnalque regarde aussi et rit plus haut que les autres1 il cherche des yeux dans toute l'assemble o est celui qui montre ses oreilles1 et qui il manque une perruque4 ,s'il va par la ville1 aprs avoir fait quelque chemin1 il se croit gar1 il s'meut1 et il demande o il est des passants1 qui lui disent prcisment le nom de sa rue2 il entre ensuite dans sa maison1 d'o il sort prcipitamment1 croyant qu'il s'est tromp4 ,il descend du ,palais1 et trouvant au bas du grand degr un carrosse qu'il prend pour le sien1 il se met dedans3 le cocher touche et croit ramener son matre dans sa maison2 ,mnalque se jette hors de la portire1 traverse la cour1 monte l'escalier1 parcourt l'antichambre1 la chambre1 le cabinet2 tout lui est familier1 rien ne lui est nouveau2 il s'assit1 il se repose1 il est chez soi4 ,le matre arrive3 celui-ci se lve pour le recevoir2 il le traite fort civilement1 le prie de s'asseoir1 et croit faire les honneurs de sa chambre2 il parle1 il rve1 il reprend la parole3 le matre de la maison s'ennuie1 et demeure tonn2 ,mnalque ne l'est pas moins1 et ne dit pas ce qu'il en pense3 il a affaire un fcheux1 un homme oisif1 qui se retirera la fin1 il l'espre1 et il prend patience3 la nuit arrive qu'il est peine dtromp4 ,une autre fois il rend visite une femme1 et1 se persuadant bientt que c'est lui qui la reoit1 il s'tablit dans son fauteuil1 et ne songe nullement l'abandonner3 il trouve ensuite que cette dame fait ses visites longues1 il attend tous moments qu'elle se lve et le laisse en libert2 mais comme cela tire en longueur1 qu'il a faim1 et que la nuit est dj avance1 il la prie souper3 elle rit1 et si haut1 qu'elle le rveille4 ,lui-mme se marie le matin1 l'oublie le soir1 et dcouche la nuit de ses noces2 et quelques annes aprs il perd sa femme1 elle meurt entre ses bras1 il assiste ses obsques1 et le lendemain1 quand on lui vient dire qu'on a servi1 il demande si sa femme est prte et si elle est avertie4 ,c'est lui encore qui entre dans une glise1 et prenant l'aveugle qui est coll la porte pour un pilier1 et sa tasse pour le bnitier1 y plonge la main1 la porte son front1 lorsqu'il entend tout d'un coup le pilier qui parle1 et qui lui offre des oraisons4 ,il s'avance dans la nef1 il croit voir un prie-,dieu1 il se jette lourdement dessus3 la machine plie1 s'enfonce1 et fait des efforts pour crier2 ,mnalque est surpris de se voir genoux sur les jambes d'un fort petit homme1 appuy sur son dos1 les deux bras passs sur ses paules1 et ses deux mains jointes et tendues qui lui prennent le nez et lui ferment la bouche2 il se retire confus1 et va s'agenouiller ailleurs4 ,il tire un livre pour faire sa prire1 et c'est sa pantoufle qu'il a prise pour ses ,heures1 et qu'il a mise dans sa poche avant que de sortir4 ,il n'est pas hors de l'glise qu'un homme de livre court aprs lui1 le joint1 lui demande en riant s'il n'a point la pantoufle de ,monseigneur2 ,mnalque lui montre la sienne1 et lu dit3 ,voil toutes les pantoufles que j'ai sur moi2 il se fouille nanmoins1 et tire celle de l'vque de99991 qu'il vient de quitter1 qu'il a trouv malade auprs de son feu1 et dont1 avant de prendre cong de lui1 il a ramass la pantoufle1 comme l'un de ses gants qui tait terre3 ainsi ,mnalque s'en retourne chez soi avec une pantoufle de moins4 ,il a une fois perdu au jeu tout l'argent qui est dans sa bourse1 et1 voulant continuer de jouer1 il entre dans son cabinet1 ouvre une armoire1 y prend sa cassette1 en tire ce qu'il lui plat1 croit la remettre o il l'a prise3 il entend aboyer dans son armoire qu'il vient de fermer2 tonn de ce prodige1 il l'ouvre une seconde fois1 et il clate de rire d'y voir son chien1 qu'il a serr pour sa cassette4 ,il joue au trictrac1 il demande boire1 on lui en apporte2 c'est lui jouer1 il tient le cornet d'une main et un verre de l'autre1 et comme il a une grande soif1 il avale les ds et presque le cornet1 jette le verre d'eau dans le trictrac1 et inonde celui contre qui il joue4 ,et dans une chambre o il est familier1 il crache sur le lit et jette son chapeau terre1 en croyant faire tout le contraire4 ,il se promne sur l'eau1 et il demande quelle heure il est3 on lui prsente une montre2 peine l'a-t-il reue1 que ne songeant plus ni l'heure ni la montre1 il la jette dans la rivire1 comme une chose qui l'embarrasse4 ,lui-mme crit une longue lettre1 met de la poudre dessus plusieurs reprises1 et jette toujours la poudre dans l'encrier4 ,ce n'est pas tout3 il crit une seconde lettre1 et aprs les avoir cachetes toutes deux1 il se trompe l'adresse2 un duc et pair reoit l'une de ces deux lettres1 et en l'ouvrant y lit ces mots3 ,matre ,olivier1 ne manquez2 sitt la prsente reue1 de m'envoyer ma provision de foin444 ,son fermier reoit l'autre1 il l'ouvre1 et se la fait lire2 on y trouve3 ,monseigneur1 j'ai reu avec une soumission aveugle les ordres qu'il a plu ,votre ,grandeur444 ,lui-mme encore crit une lettre pendant la nuit1 et aprs l'avoir cachete1 il teint sa bougie3 il ne laisse pas d'tre surpris de ne voir goutte1 et il sait peine comment cela est arriv4 ,mnalque descend l'escalier du ,louvre2 un autre le monte1 qui il dit3 ,c'est vous que je cherche2 il le prend par la main1 le fait descendre avec lui1 traverse plusieurs cours1 entre dans les salles1 en sort2 il va1 il revient sur ses pas2 il regarde enfin celui qu'il trane aprs soi depuis un quart d'heure3 il est tonn que ce soit lui1 il n'a rien lui dire1 il lui quitte la main1 et tourne d'un autre ct4 ,souvent il vous interroge1 et il est dj bien loin de vous quand vous songez lui rpondre2 ou bien il vous demande en courant comment se porte votre pre1 et comme vous lui dites qu'il est fort mal1 il vous crie qu'il en est bien aise4 ,il vous trouve quelque autre fois sur son chemin3 ,il est ravi de vous rencontrer2 il sort de chez vous pour vous entretenir d'une certaine chose2 il contemple votre main3 ,vous avez l1 dit-il1 un beau rubis2 est-il balais81 il vous quitte et continue sa route3 voil l'affaire importante dont il avait vous parler4 ,se trouve-t-il en campagne1 il dit quelqu'un qu'il le trouve heureux d'avoir pu se drober la cour pendant l'automne1 et d'avoir pass dans ses terres tout le temps de ,fontainebleau1 il tient d'autres discours2 puis revenant celui-ci3 ,vous avez eu1 lui dit-il1 de beaux jours ,fontainebleau2 vous y avez sans doute beaucoup chass4 ,il commence ensuite un conte qu'il oublie d'achever2 il rit en lui-mme1 il clate d'une chose qui lui passe par l'esprit1 il rpond sa pense1 il chante entre ses dents1 il siffle1 il se renverse dans une chaise1 il pousse un cri plaintif1 il bille1 il se croit seul4 ,s'il se trouve un repas1 on voit le pain se multiplier insensiblement sur son assiette3 il est vrai que ses voisins en manquent1 aussi bien que de couteaux et de fourchettes1 dont il ne les laisse pas jouir longtemps4 ,on a invent aux tables une grande cuillre pour la commodit du service3 il la prend1 la plonge dans le plat1 l'emplit1 la porte sa bouche1 et il ne sort pas d'tonnement de voir rpandu sur son linge et sur ses habits le potage qu'il vient d'avaler4 ,il oublie de boire pendant tout le dner2 ou s'il s'en souvient1 et qu'il trouve que l'on lui donne trop de vin1 il en flanque plus de la moiti au visage de celui qui est sa droite2 il boit le reste tranquillement1 et ne comprend pas pourquoi tout le monde clate de rire de ce qu'il a jet terre ce qu'on lui a vers de trop4 ,il est un jour retenu au lit pour quelque incommodit3 on lui rend visite2 il y a un cercle d'hommes et de femmes dans la ruelle qui l'entretiennent1 et en leur prsence il soulve sa couverture et crache dans ses draps4 ,on le mne aux ,chartreux2 on lui fait voir un clotre orn d'ouvrages1 tous de la main d'un excellent peintre2 le religieux qui les lui explique parle de saint ,bruno1 du chanoine et de son aventure1 en fait une longue histoire1 et la montre dans l'un de ses tableaux3 ,mnalque1 qui pendant la narration est hors du clotre1 et bien loin au del1 y revient enfin1 et demande au pre si c'est le chanoine ou saint ,bruno qui est damn4 ,il se trouve par hasard avec une jeune veuve2 il lui parle de son dfunt mari1 lui demande comment il est mort2 cette femme1 qui ce discours renouvelle ses douleurs1 pleure1 sanglote1 et ne laisse pas de reprendre tous les dtails de la maladie de son poux1 qu'elle conduit depuis la veille de sa fivre1 qu'il se portait bien1 jusqu' l'agonie3 ,madame1 lui demande ,mnalque1 qui l'avait apparemment coute avec attention1 n'aviez-vous que celui-l8 ,il s'avise un matin de faire tout hter dans sa cuisine1 il se lve avant le fruit1 et prend cong de la compagnie3 on le voit ce jour-l en tous les endroits de la ville1 hormis en celui o il a donn un rendez-vous prcis pour cette affaire qui l'a empch de dner1 et l'a fait sortir pied1 de peur que son carrosse ne le ft attendre4 ,l'entendez-vous crier1 gronder1 s'emporter contre l'un de ses domestiques8 il est tonn de ne le point voir3 ,o peut-il tre8 dit-il2 que fait-il8 qu'est-il devenu8 qu'il ne se prsente plus devant moi1 je le chasse ds cette heure4 ,le valet arrive1 qui il demande firement d'o il vient2 il lui rpond qu'il vient de l'endroit o il l'a envoy1 et il lui rend un fidle compte de sa commission4 ,vous le prendriez souvent pour tout ce qu'il n'est pas3 pour un stupide1 car il n'coute point1 et il parle encore moins2 pour un fou1 car outre qu'il parle tout seul1 il est sujet de certaines grimaces et des mouvements de tte involontaires2 pour un homme fier et incivil1 car vous le saluez1 et il passe sans vous regarder1 ou il vous regarde sans vous rendre le salut2 pour un inconsidr1 car il parle de banqueroute au milieu d'une famille o il y a cette tache1 d'excution et d'chafaud devant un homme dont le pre y a mont1 de roture devant des roturiers qui sont riches et qui se donnent pour nobles4 ,de mme il a dessein d'lever auprs de soi un fils naturel sous le nom et le personnage d'un valet2 et quoiqu'il veuille le drober la connaissance de sa femme et de ses enfants1 il lui chappe de l'appeler son fils dix fois le jour4 ,il a pris aussi la rsolution de marier son fils la fille d'un homme d'affaires1 et il ne laisse pas de dire de temps en temps1 en parlant de sa maison et de ses anctres1 que les ,mnalques ne se sont jamais msallis4 ,enfin il n'est ni prsent ni attentif dans une compagnie ce qui fait le sujet de la conversation4 ,il pense et il parle tout la fois1 mais la chose dont il parle est rarement celle laquelle il pense2 aussi ne parle-t-il gure consquemment et avec suite3 o il dit non1 souvent il faut dire oui1 et o il dit oui1 croyez qu'il veut dire non2 il a1 en vous rpondant si juste1 les yeux fort ouverts1 mais il ne s'en sert point3 il ne regarde ni vous ni personne1 ni rien qui soit au monde4 ,tout ce que vous pouvez tirer de lui1 et encore dans le temps qu'il est le plus appliqu et d'un meilleur commerce1 ce sont ces mots3 ,oui vraiment2 ,c'est vrai2 ,bon6 ,tout de bon8 ,oui-da6 ,je pense qu'oui2 ,assurment2 ,ah6 ciel6 et quelques autres monosyllabes qui ne sont pas mme placs propos4 ,jamais aussi il n'est avec ceux avec qui il parat tre3 il appelle srieusement son laquais ,monsieur2 et son ami1 il l'appelle la ,verdure2 il dit ,votre ,rvrence un prince du sang1 et ,votre ,altesse un jsuite4 ,il entend la messe3 le prtre vient ternuer2 il lui dit3 ,dieu vous assiste6 ,il se trouve avec un magistrat3 cet homme1 grave par son caractre1 vnrable par son ge et par sa dignit1 l'interroge sur un vnement et lui demande si cela est ainsi2 ,mnalque lui rpond3 ,oui1 ,mademoiselle4 ,il revient une fois de la campagne3 ses laquais en livres entreprennent de le voler et y russissent2 ils descendent de son carrosse1 lui portent un bout de flambeau sous la gorge1 lui demandent la bourse1 et il la rend4 ,arriv chez soi1 il raconte son aventure ses amis1 qui ne manquent pas de l'interroger sur les circonstances1 et il leur dit3 ,demandez mes gens1 ils y taient4 #h 7,,iv7 ,l'incivilit n'est pas un vice de l'me1 elle est l'effet de plusieurs vices3 de la sotte vanit1 de l'ignorance de ses devoirs1 de la paresse1 de la stupidit1 de la distraction1 du mpris des autres1 de la jalousie4 ,pour ne se rpandre que sur les dehors1 elle n'en est que plus hassable1 parce que c'est toujours un dfaut visible et manifeste4 ,il est vrai cependant qu'il offense plus ou moins1 selon la cause qui le produit4 #i 7,,iv7 ,dire d'un homme colre1 ingal1 querelleux1 chagrin1 pointilleux1 capricieux3 c'est son humeur n'est pas l'excuser1 comme on le croit1 mais avouer sans y penser que de si grands dfauts sont irrmdiables4 ,ce qu'on appelle humeur est une chose trop nglige parmi les hommes3 ils devraient comprendre qu'il ne leur suffit pas d'tre bons1 mais qu'ils doivent encore paratre tels1 du moins s'ils tendent tre sociables1 capables d'union et de commerce1 c'est--dire tre des hommes4 ,l'on n'exige pas des mes malignes qu'elles aient de la douceur et de la souplesse2 elle ne leur manque jamais1 et elle leur sert de pige pour surprendre les simples1 et pour faire valoir leurs artifices3 l'on dsirerait de ceux qui ont un bon coeur qu'ils fussent toujours pliants1 faciles1 complaisants2 et qu'il ft moins vrai quelquefois que ce sont les mchants qui nuisent1 et les bons qui font souffrir4 #aj 7,,iv7 ,le commun des hommes va de la colre l'injure4 ,quelques-uns en usent autrement3 ils offensent1 et puis ils se fchent2 la surprise o l'on est toujours de ce procd ne laisse pas de place au ressentiment4 #aa 7,i7 ,les hommes ne s'attachent pas assez ne point manquer les occasions de faire plaisir3 il semble que l'on n'entre dans un emploi que pour pouvoir obliger et n'en rien faire2 la chose la plus prompte et qui se prsente d'abord1 c'est le refus1 et l'on n'accorde que par rflexion4 #ab 7,,viii7 ,sachez prcisment ce que vous pouvez attendre des hommes en gnral1 et de chacun d'eux en particulier1 et jetez-vous ensuite dans le commerce du monde4 #ac 7,,iv7 ,si la pauvret est la mre des crimes1 le dfaut d'esprit en est le pre4 #ad 7,i7 ,il est difficile qu'un fort malhonnte homme ait assez d'esprit3 un gnie qui est droit et perant conduit enfin la rgle1 la probit1 la vertu4 ,il manque du sens et de la pntration celui qui s'opinitre dans le mauvais comme dans le faux3 l'on cherche en vain le corriger par des traits de satire qui le dsignent aux autres1 et o il ne se reconnat pas lui-mme2 ce sont des injures dites un sourd4 ,il serait dsirable pour le plaisir des honntes gens et pour la vengeance publique1 qu'un coquin ne le ft pas au point d'tre priv de tout sentiment4 #ae 7,i7 ,il y a des vices que nous ne devons personne1 que nous apportons en naissant1 et que nous fortifions par l'habitude2 il y en a d'autres que l'on contracte1 et qui nous sont trangers4 ,l'on est n quelquefois avec des moeurs faciles1 de la complaisance1 et tout le dsir de plaire2 mais par les traitements que l'on reoit de ceux avec qui l'on vit ou de qui l'on dpend1 l'on est bientt jet hors de ses mesures1 et mme de son naturel3 l'on a des chagrins et une bile que l'on ne se connaissait point1 l'on se voit une autre complexion1 l'on est enfin tonn de se trouver dur et pineux4 #af 7,,ii7 ,l'on demande pourquoi tous les hommes ensemble ne composent pas comme une seule nation1 et n'ont point voulu parler une mme langue1 vivre sous les mmes lois1 convenir entre eux des mmes usages et d'un mme culte2 et moi1 pensant la contrarit des esprits1 des gots et des sentiments1 je suis tonn de voir jusques sept ou huit personnes se rassembler sous un mme toit1 dans une mme enceinte1 et composer une seule famille4 #ag 7,i7 ,il y a d'tranges pres1 et dont tout la vie ne semble occupe qu' prparer leurs enfants des raisons de se consoler de leur mort4 #ah 7,i7 ,tout est tranger dans l'humeur1 les moeurs et les manires de la plupart des hommes4 ,tel a vcu pendant toute sa vie chagrin1 emport1 avare1 rampant1 soumis1 laborieux1 intress1 qui tait n gai1 paisible1 paresseux1 magnifique1 d'un courage fier et loign de toute bassesse3 les besoins de la vie1 la situation o l'on se trouve1 la loi de la ncessit forcent la nature et y causent ces grands changements4 ,ainsi tel homme au fond et en lui-mme ne se peut dfinir3 trop de choses qui sont hors de lui l'altrent1 le changent1 le bouleversent2 il n'est point prcisment ce qu'il est ou ce qu'il parat tre4 #ai 7,i7 ,la vie est courte et ennuyeuse3 elle se passe toute dsirer4 ,l'on remet l'avenir son repos et ses joies1 cet ge souvent o les meilleurs biens ont dj disparu1 la sant et la jeunesse4 ,ce temps arrive1 qui nous surprend encore dans les dsirs2 on en est l1 quand la fivre nous saisit et nous teint3 si l'on et guri1 ce n'tait que pour dsirer plus longtemps4 #bj 7,,viii7 ,lorsqu'on dsire1 on se rend discrtion celui de qui l'on espre3 est-on sr d'avoir1 on temporise1 on parlemente1 on capitule4 #ba 7,i7 ,il est si ordinaire l'homme de n'tre pas heureux1 et si essentiel tout ce qui est un bien d'tre achet par mille peines1 qu'une affaire qui se rend facile devient suspecte4 ,l'on comprend peine1 ou que ce qui cote si peu puisse nous tre fort avantageux1 ou qu'avec des mesures justes l'on doive si aisment parvenir la fin que l'on se propose4 ,l'on croit mriter les bons succs1 mais n'y devoir compter que fort rarement4 #bb 7,,iv7 ,l'homme qui dit qu'il n'est pas n heureux pourrait du moins le devenir par le bonheur de ses amis ou de ses proches4 ,l'envie lui te cette dernire ressource4 #bc 7,,vi7 ,quoi que j'aie pu dire ailleurs1 peut-tre que les affligs ont tort4 ,les hommes semblent tre ns pour l'infortune1 la douleur et la pauvret2 peu en chappent2 et comme toute disgrce peut leur arriver1 ils devraient tre prpars toute disgrce4 #bd 7,i7 ,les hommes ont tant de peine s'approcher sur les affaires1 sont si pineux sur les moindres intrts1 si hrisss de difficults1 veulent si fort tromper et si peu tre tromps1 mettent si haut ce qui leur appartient1 et si bas ce qui appartient aux autres1 que j'avoue que je ne sais par o et comment se peuvent conclure les mariages1 les contrats1 les acquisitions1 la paix1 la trve1 les traits1 les alliances4 #be 7,v7 quelques-uns l'arrogance tient lieu de grandeur1 l'inhumanit de fermet1 et la fourberie d'esprit4 7,i7 ,les fourbes croient aisment que les autres le sont2 ils ne peuvent gure tre tromps1 et ils ne trompent pas longtemps4 7,v7 ,je me rachterai toujours fort volontiers d'tre fourbe par tre stupide et passer pour tel4 7,v7 ,on ne trompe point en bien2 la fourberie ajoute la malice au mensonge4 #bf 7,,viii7 ,s'il y avait moins de dupes1 il y aurait moins de ce qu'on appelle des hommes fins ou entendus1 et de ceux qui tirent autant de vanit que de distinction d'avoir su1 pendant tout le cours de leur vie1 tromper les autres4 ,comment voulez-vous qu'rophile1 qui le manque de parole1 les mauvais offices1 la fourberie1 bien loin de nuire1 ont mrit des grces et des bienfaits de ceux mmes qu'il a ou manqu de servir ou dsobligs1 ne prsume pas infiniment de soi et de son industrie8 #bg 7,,iv7 ,l'on n'entend dans les places et dans les rues des grandes villes1 et de la bouche de ceux qui passent1 que les mots d'exploit1 de saisie1 d'interrogatoire1 de promesse1 et de plaider contre sa promesse4 ,est-ce qu'il n'y aurait pas dans le monde la plus petite quit8 ,serait-il au contraire rempli de gens qui demandent froidement ce qui ne leur est pas d1 ou qui refusent nettement de rendre ce qu'ils doivent8 7,,viii7 ,parchemins invents pour faire souvenir ou pour convaincre les hommes de leur parole3 honte de l'humanit6 7,,iv7 tez les passions1 l'intrt1 l'injustice1 quel calme dans les plus grandes villes6 ,les besoins et la subsistance n'y font pas le tiers de l'embarras4 #bh 7,i7 ,rien n'engage tant un esprit raisonnable supporter tranquillement des parents et des amis les tors qu'ils ont son gard1 que la rflexion qu'il fait sur les vices de l'humanit1 et combien il est pnible aux hommes d'tre constants1 gnreux1 fidles1 d'tre touchs d'une amiti plus forte que leur intrt4 ,comme il connat leur porte1 il n'exige point d'eux qu'ils pntrent les corps1 qu'ils volent dans l'air1 qu'ils aient de l'quit4 ,il peut har les hommes en gnral1 o il y a si peu de vertu2 mais il excuse les particuliers1 il les aime mme par des motifs plus relevs1 et il s'tudie mriter le moins qu'il se peut une pareille indulgence4 #bi 7,i7 ,il y a de certains biens que l'on dsire avec emportement1 et dont l'ide seule nous enlve et nous transporte3 s'il nous arrive de les obtenir1 on les sent plus tranquillement qu'on ne l'et pens1 on en jouit moins que l'on n'aspire encore de plus grands4 #cj 7,i7 ,il y a des maux effroyables et d'horribles malheurs o l'on n'ose penser1 et dont la seule vue fait frmir3 s'il arrive que l'on y tombe1 l'on se trouve des ressources que l'on ne se connaissait point1 l'on se raidit contre son infortune1 et l'on fait mieux qu'on ne l'esprait4 #ca 7,,iv7 ,il ne faut quelquefois qu'une jolie maison dont on hrite1 qu'un beau cheval ou un joli chien dont on se trouve le matre1 qu'une tapisserie1 qu'une pendule1 pour adoucir une grande douleur1 et pour faire moins sentir une grande perte4 #cb 7,v7 ,je suppose que les hommes soient ternels sur la terre1 et je mdite ensuite sur ce qui pourrait me faire connatre qu'ils se feraient alors une plus grande affaire de leur tablissement qu'ils ne s'en font dans l'tat o sont les choses4 #cc 7,i7 ,si la vie est misrable1 elle est pnible supporter2 si elle est heureuse1 il est horrible de la perdre4 ,l'un revient l'autre4 #cd 7,i7 ,il n'y a rien que les hommes aiment mieux conserver et qu'ils mnagent moins que leur propre vie4 #ce 7,,viii7 ,irne se transporte grands frais en pidaure1 voit ,esculape dans son temple1 et le consulte sur tous ses maux4 ,d'abord elle se plaint qu'elle est lasse et recrue de fatigue2 et le dieu prononce que cela lui arrive par la longueur du chemin qu'elle vient de faire4 ,elle dit qu'elle est le soir sans apptit2 l'oracle lui ordonne de dner peu4 ,elle ajoute qu'elle est sujette des insomnies2 et il lui prescrit de n'tre au lit que pendant la nuit4 ,elle lui demande pourquoi elle devient pesante1 et quel remde2 l'oracle rpond qu'elle doit se lever avant midi1 et quelquefois se servir de ses jambes pour marcher4 ,elle lui dclare que le vin lui est nuisible3 l'oracle lui dit de boire de l'eau2 qu'elle a des indigestions3 et il ajoute qu'elle fasse dite4 ,ma vue s'affaiblit1 dit ,irne4--,prenez des lunettes1 dit ,esculape4--,je m'affaiblis moi-mme1 continue-t-elle1 et je ne suis ni si forte ni si saine que j'ai t4--,c'est1 dit le dieu1 que vous vieillissez4--,mais que moyen de gurir de cette langueur8--,le plus court1 ,irne1 c'est de mourir1 comme ont fait votre mre et votre aeule4--,fils d',apollon1 s'crie ,irne1 quel conseil me donnez-vous8 ,est-ce l toute cette science que les hommes publient1 et qui vous fait rvrer de toute la terre8 ,que m'apprenez-vous de rare et de mystrieux8 et ne savais-je pas tous ces remdes que vous m'enseignez8--,que n'en usiez-vous donc1 rpond le dieu1 sans venir me chercher de si loin1 et abrger vos jours par un long voyage8 #cf 7,i7 ,la mort n'arrive qu'une fois1 et se fait sentir tous les moments de la vie3 il est plus dur de l'apprhender que de la souffrir4 #cg 7,v7 ,l'inquitude1 la crainte1 l'abattement n'loignent pas la mort1 au contraire3 je doute seulement que le ris excessif convienne aux hommes1 qui sont mortels4 #ch 7,v7 ,ce qu'il y a de certain dans la mort est un peu adouci par ce qui est incertain3 c'est un indfini dans le temps qui tient quelque chose de l'infini et de ce qu'on appelle ternit4 #ci 7,i7 ,pensons que1 comme nous soupirons prsentement pour la florissante jeunesse qui n'est plus et ne reviendra point1 la caducit suivra1 qui nous fera regretter l'ge viril o nous sommes encore1 et que nous n'estimons pas assez4 #dj 7,i7 ,l'on craint la vieillesse1 que l'on n'est pas sr de pouvoir atteindre4 #da 7,v7 ,l'on espre de vieillir1 et l'on craint la vieillesse2 c'est--dire l'on aime la vie1 et l'on fuit la mort4 #db 7,,vi7 ,c'est plus tt fait de cder la nature et de craindre la mort1 que de faire de continuels efforts1 s'armer de raisons et de rflexions1 et tre continuellement aux prises avec soi-mme pour ne la pas craindre4 #dc 7,v7 ,si de tous les hommes les uns mouraient1 les autres non1 ce serait une dsolante affliction que de mourir4 #dd 7,v7 ,une longue maladie semble tre place entre la vie et la mort1 afin que la mort mme devienne un soulagement et ceux qui meurent et ceux qui restent4 #de 7,v7 parler humainement1 la mort a un bel endroit1 qui est de mettre fin la vieillesse4 ,la mort qui prvient la caducit arrive plus propos que celle qui la termine4 #df 7,i7 ,le regret qu'ont les hommes du mauvais emploi du temps qu'ils ont dj vcu1 ne les conduit pas toujours faire de celui qui leur reste vivre un meilleur usage4 #dg 7,v7 ,la vie est un sommeil3 les vieillards sont ceux dont le sommeil a t plus long2 ils ne commencent se rveiller que quand il faut mourir4 ,s'ils repassent alors sur tout le cours de leurs annes1 ils ne trouvent souvent ni vertus ni actions louables qui les distinguent les unes des autres2 ils confondent leurs diffrents ges1 ils n'y voient rien qui marque assez pour mesurer le temps qu'ils ont vcu4 ,ils ont eu un songe confus1 informe1 et sans aucune suite2 ils sentent nanmoins1 comme ceux qui s'veillent1 qu'ils ont dormi longtemps4 #dh 7,,iv7 ,il n'y a pour l'homme que trois vnements3 natre1 vivre et mourir4 ,il ne se sent pas natre1 il souffre mourir1 et il oublie de vivre4 #di 7,,iv7 ,il y a un temps o la raison n'est pas encore1 o l'on ne vit que par instinct1 la manire des animaux1 et dont il ne reste dans la mmoire aucun vestige4 ,il y a un second temps o la raison se dveloppe1 o elle est forme1 et o elle pourrait agir1 si elle n'tait pas obscurcie et comme teinte par les vices de la complexion1 et par un enchanement de passions qui se succdent les unes aux autres1 et conduisent jusques au troisime et dernier ge4 ,la raison1 alors dans sa force1 devrait produire2 mais elle est refroidie et ralentie par les annes1 par la maladie et la douleur1 dconcerte ensuite par le dsordre de la machine1 qui est dans son dclin3 et ces temps nanmoins sont la vie de l'homme4 #ej 7,,iv7 ,les enfants sont hautains1 ddaigneux1 colres1 envieux1 curieux1 intresss1 paresseux1 volages1 timides1 intemprants1 menteurs1 dissimuls2 ils rient et pleurent facilement2 ils ont des joies immodres et des afflictions amres sur de trs petits sujets2 ils ne veulent point souffrir de mal1 et aiment en faire3 ils sont dj des hommes4 #ea 7,,iv7 ,les enfants n'ont ni pass ni avenir1 et1 ce qui ne nous arrive gure1 ils jouissent du prsent4 #eb 7,,iv7 ,le caractre de l'enfance parat unique2 les moeurs1 dans cet ge1 sont assez les mmes1 et ce n'est qu'avec une curieuse attention qu'on en pntre la diffrence3 elle augmente avec la raison1 parce qu'avec celle-ci croissent les passions et les vices1 qui seuls rendent les hommes si dissemblables entre eux1 et si contraires eux-mmes4 #ec 7,,iv7 ,les enfants ont dj de leur me l'imagination et la mmoire1 c'est--dire ce que les vieillards n'ont plus1 et ils en tirent un merveilleux usage pour leurs petits jeux et pour tous leurs amusements3 c'est par elles qu'ils rptent ce qu'ils ont entendu dire1 qu'ils contrefont ce qu'ils ont vu faire1 qu'ils sont de tous mtiers1 soit qu'ils s'occupent en effet mille petits ouvrages1 soit qu'ils imitent les divers artisans par le mouvement et par le geste2 qu'ils se trouvent un grand festin1 et y font bonne chre2 qu'ils se transportent dans des palais et dans des lieux enchants2 que bien que seuls1 ils se voient un riche quipage et un grand cortge2 qu'ils conduisent des armes1 livrent bataille1 et jouissent du plaisir de la victoire2 qu'ils parlent aux rois et aux plus grands princes2 qu'ils sont rois eux-mmes1 ont des sujets1 possdent des trsors1 qu'ils peuvent faire de feuilles d'arbres ou de grains de sable2 et1 ce qu'ils ignorent dans la suite de leur vie1 savent cet ge tre les arbitres de leur fortune1 et les matres de leur propre flicit4 #ed 7,,iv7 ,il n'y a nuls vices extrieurs et nuls dfauts du corps qui ne soient aperus par les enfants2 ils les saisissent d'une premire vue1 et ils savent les exprimer par des mots convenables3 on ne nomme point plus heureusement4 ,devenus hommes1 ils sont chargs leur tour de toutes les imperfections dont ils se sont moqus4 ,l'unique soin des enfants est de trouver l'endroit faible de leurs matres1 comme de tous ceux qui ils sont soumis3 ds qu'ils ont pu les entamer1 ils gagnent le dessus1 et prennent sur eux un ascendant qu'ils ne perdent plus4 ,ce qui nous fait dchoir une premire fois de cette supriorit leur gard est toujours ce qui nous empche de la recouvrer4 #ee 7,,iv7 ,la paresse1 l'indolence et l'oisivet1 vices si naturels aux enfants1 disparaissent dans leurs jeux1 o ils sont vifs1 appliqus1 exacts1 amoureux des rgles et de la symtrie1 o ils ne se pardonnent nulle faute les uns aux autres1 et recommencent eux-mmes plusieurs fois une seule chose qu'ils ont manque3 prsages certains qu'ils pourront un jour ngliger leurs devoirs1 mais qu'ils n'oublieront rien pour leurs plaisirs4 #ef 7,,iv7 ,aux enfants tout parat grand1 les cours1 les jardins1 les difices1 les meubles1 les hommes1 les animaux2 aux hommes les choses du monde paraissent ainsi1 et j'ose dire par la mme raison1 parce qu'ils sont petits4 #eg 7,,iv7 ,les enfants commencent entre eux par l'tat populaire1 chacun y est le matre2 et ce qui est bien naturel1 ils ne s'en accommodent pas longtemps1 et passent au monarchique4 ,quelqu'un se distingue1 ou par une plus grande vivacit1 ou par une meilleure disposition du corps1 ou par une connaissance plus exacte des jeux diffrents et des petites lois qui les composent2 les autres lui dfrent1 et il se forme alors un gouvernement absolu qui ne roule que sur le plaisir4 #eh 7,,iv7 ,qui doute que les enfants ne conoivent1 qu'ils ne jugent1 qu'ils ne raisonnent consquemment8 ,si c'est seulement sur de petites choses1 c'est qu'ils sont enfants1 et sans une longue exprience2 et si c'est en mauvais termes1 c'est moins leur faute que celle de leurs parents ou de leurs matres4 #ei 7,,iv7 ,c'est perdre toute confiance dans l'esprit des enfants1 et leur devenir inutile1 que de les punir des fautes qu'ils n'ont point faites1 ou mme svrement de celles qui sont lgres4 ,ils savent prcisment et mieux que personne ce qu'ils mritent1 et ils ne mritent gure que ce qu'ils craignent4 ,ils connaissent si c'est tort ou avec raison qu'on les chtie1 et ne se gtent pas moins par des peines mal ordonnes que par l'impunit4 #fj 7,i7 ,on ne vit point assez pour profiter de ses fautes4 ,on en commet pendant tout le cours de sa vie2 et tout ce que l'on peut faire force de faillir1 c'est de mourir corrig4 ,il n'y a rien qui rafrachisse le sang comme d'avoir su viter de faire une sottise4 #fa 7,i7 ,le rcit de ses fautes est pnible2 on veut les couvrir et en charger quelque autre3 c'est ce qui donne le pas au directeur sur le confesseur4 #fb 7,,vi7 ,les fautes des sots sont quelquefois si lourdes et si difficiles prvoir1 qu'elles mettent les sages en dfaut1 et ne sont utiles qu' ceux qui les font4 #fc 7,i7 ,l'esprit de parti abaisse les plus grands hommes jusques aux petitesses du peuple4 #fd 7,i7 ,nous faisons par vanit ou par biensance les mmes choses1 et avec les mmes dehors1 que nous les ferions par inclination ou par devoir4 ,tel vient de mourir ,paris de la fivre qu'il a gagne veiller sa femme1 qu'il n'aimait point4 #fe 7,,iv7 ,les hommes1 dans le coeur1 veulent tre estims1 et ils cachent avec soin l'envie qu'ils ont d'tre estims2 parce que les hommes veulent passer pour vertueux1 et que vouloir tirer de la vertu tout autre avantage que la mme vertu1 je veux dire l'estime et les louanges1 ce ne serait plus tre vertueux1 mais aimer l'estime et les louanges1 ou tre vain3 les hommes sont trs vains1 et ils ne hassent rien tant que de passer pour tels4 #ff 7,,iv7 ,un homme vain trouve son compte dire du bien ou du mal de soi3 un homme modeste ne parle point de soi4 ,on ne voit point mieux le ridicule de la vanit1 et combien elle est un vice honteux1 qu'en ce qu'elle n'ose se montrer1 et qu'elle se cache souvent sous les apparences de son contraire4 ,la fausse modestie est le dernier raffinement de la vanit2 elle fait que l'homme vain ne parat point tel1 et se fait valoir au contraire par la vertu oppose au vice qui fait son caractre3 c'est un mensonge4 ,la fausse gloire est l'cueil de la vanit2 elle nous conduit vouloir tre estims par des choses qui la vrit se trouvent en nous1 mais qui sont frivoles et indignes qu'on les relve3 c'est une erreur4 #fg 7,,iv7 ,les hommes parlent de manire1 sur ce qui les regarde1 qu'ils n'avouent d'eux-mmes que de petits dfauts1 et encore ceux qui supposent en leurs personnes de beaux talents ou de grandes qualits4 ,ainsi l'on se plaint de son peu de mmoire1 content d'ailleurs de son grand sens et de son bon jugement2 l'on reoit le reproche de la distraction et de la rverie1 comme s'il nous accordait le bel esprit2 l'on dit de soi qu'on est maladroit1 et qu'on ne peut rien faire de ses mains1 fort consol de la perte de ces petits talents par ceux de l'esprit1 ou par les dons de l'me que tout le monde nous connat2 l'on fait l'aveu de sa paresse en des termes qui signifient toujours son dsintressement1 et que l'on est guri de l'ambition2 l'on ne rougit point de sa malpropret1 qui n'est qu'une ngligence pour les petites choses1 et qui semble supposer qu'on n'a d'application que pour les solides et essentielles4 ,un homme de guerre aime dire que c'tait par trop d'empressement ou par curiosit qu'il se trouva un certain jour la tranche1 ou en quelque autre poste trs prilleux1 sans tre de garde ni command2 et il ajoute qu'il en fut repris de son gnral4 ,de mme une bonne tte ou un ferme gnie qui se trouve n avec cette prudence que les autres hommes cherchent vainement acqurir2 qui a fortifi la trempe de son esprit par une grande exprience2 que le nombre1 le poids1 la diversit1 la difficult et l'importance des affaires occupent seulement1 et n'accablent point2 qui par l'tendue de ses vues et de sa pntration se rend matre de tous les vnements2 qui bien loin de consulter toutes les rflexions qui sont crites sur le gouvernement et la politique1 est peut-tre de ces mes sublimes nes pour rgir les autres1 et sur qui ces premires rgles ont t faites2 qui est dtourn1 par les grandes choses qu'il fait1 des belles ou des agrables qu'il pourrait lire1 et qui au contraire ne perd rien retracer et feuilleter1 pour ainsi dire1 sa vie et ses actions3 un homme ainsi fait peut dire aisment1 et sans se commettre1 qu'il ne connat aucun livre1 et qu'il ne lit jamais4 #fh 7,v7 ,on veut quelquefois cacher ses faibles1 ou en diminuer l'opinion par l'aveu libre que l'on en fait4 ,tel dit3 ,je suis ignorant1 qui ne sait rien2 un homme dit3 ,je suis vieux1 il passe soixante ans2 un autre encore3 ,je ne suis pas riche1 et il est pauvre4 #fi 7,,iv7 ,la modestie n'est point1 ou est confondue avec une chose toute diffrente de soi1 si on la prend pour un sentiment intrieur qui avilit l'homme ses propres yeux1 et qui est une vertu surnaturelle qu'on appelle humilit4 ,l'homme1 de sa nature1 pense hautement et superbement de lui-mme1 et ne pense ainsi que de lui-mme3 la modestie ne tend qu' faire que personne n'en souffre2 elle est une vertu du dehors1 qui rgle ses yeux1 sa dmarche1 ses paroles1 son ton de voix1 et qui le fait agir extrieurement avec les autres comme s'il n'tait pas vrai qu'il les compte pour rien4 #gj 7,i7 ,le monde est plein de gens qui faisant intrieurement et par habitude la comparaison d'eux-mmes avec les autres1 dcident toujours en faveur de leur propre mrite1 et agissent consquemment4 #ga 7,,iv7 ,vous dites qu'il faut tre modeste1 les gens bien ns ne demandent pas mieux3 faites seulement que les hommes n'empitent pas sur ceux qui cdent par modestie1 et ne brisent pas ceux qui plient4 ,de mme l'on dit3 ,il faut avoir des habits modestes4 ,les personnes de mrite ne dsirent rien davantage2 mais le monde veut de la parure1 on lui en donne2 il est avide de la superfluit1 on lui en montre4 ,quelques-uns n'estiment les autres que par de beau linge ou par une riche toffe2 l'on ne refuse pas toujours d'tre estim ce prix4 ,il y a des endroits o il faut se faire voir3 un galon d'or plus large ou plus troit vous fait entrer ou refuser4 #gb 7,i7 ,notre vanit et la trop grande estime que nous avons de nous-mmes nous fait souponner dans les autres une fiert notre gard qui y est quelquefois1 et qui souvent n'y est pas3 une personne modeste n'a point cette dlicatesse4 #gc 7,,iv7 ,comme il faut se dfendre de cette vanit qui nous fait penser que les autres nous regardent avec curiosit et avec estime1 et ne parlent ensemble que pour s'entretenir de notre mrite et faire notre loge1 aussi devons-nous avoir une certaine confiance qui nous empche de croire qu'on ne se parle l'oreille que pour dire du mal de nous1 ou que l'on ne rit que pour s'en moquer4 #gd 7,,iv7 ,d'o vient qu',alcippe me salue aujourd'hui1 me sourit1 et se jette hors d'une potire de peur de me manquer8 ,je ne suis pas riche1 et je suis pied3 il doit1 dans les rgles1 ne me pas voir4 ,n'est-ce point pour tre vu lui-mme dans un mme fond avec un grand8 #ge 7,,iv7 ,l'on est si rempli de soi-mme1 que tout s'y rapporte2 l'on aime tre vu1 tre montr1 tre salu1 mme des inconnus3 ils sont fiers s'ils l'oublient2 l'on veut qu'ils nous devinent4 #gf 7,i7 ,nous cherchons notre bonheur hors de nous-mmes1 et dans l'opinion des hommes1 que nous connaissons flatteurs1 peu sincres1 sans quit1 pleins d'envie1 de caprices et de prventions4 ,quelle bizarrerie6 #gg 7,i7 ,il semble que l'on ne puisse rire que des choses ridicules3 l'on voit nanmoins de certaines gens qui rient galement des choses ridicules et de celles qui ne le sont pas4 ,si vous tes sot et inconsidr1 et qu'il vous chappe devant eux quelque impertinence1 ils rient de vous2 si vous tes sage1 et que vous ne disiez que des choses raisonnables1 et du ton qu'il les faut dire1 ils rient de mme4 #gh 7,i7 ,ceux qui nous ravissent les biens par la violence ou par l'injustice1 et qui nous tent l'honneur par la calomnie1 nous marquent assez leur haine pour nous2 mais ils ne nous prouvent pas galement qu'ils aient perdu notre gard toute sorte d'estime3 aussi ne sommes-nous pas incapables de quelque retour pour eux1 et de leur rendre un jour notre amiti4 ,la moquerie au contraire est de toutes les injures celle qui se pardonne le moins2 elle est le langage du mpris1 et l'une des manires dont il se fait le mieux entendre2 elle attaque l'homme dans son dernier retranchement1 qui est l'opinion qu'il a de soi-mme2 elle veut le rendre ridicule ses propres yeux2 et ainsi elle le convainc de la plus mauvaise disposition o l'on puisse tre pour lui1 et le rend irrconciliable4 ,c'est une chose monstrueuse que le got et la facilit qui est en nous de railler1 d'improuver et de mpriser les autres2 et tout ensemble la colre que nous ressentons contre ceux qui nous raillent1 nous improuvent et nous mprisent4 #gi 7,,viii7 ,la sant et les richesses1 tant aux hommes l'exprience du mal1 leur inspirent la duret pour leurs semblables2 et les gens dj chargs de leur propre misre sont ceux qui entrent davantage par la compassion dans celle d'autrui4 #hj 7,,vii7 ,il semble qu'aux mes bien nes les ftes1 les spectacles1 la symphonie rapprochent et font mieux sentir l'infortune de nos proches ou de nos amis4 #ha 7,i7 ,une grande me est au-dessus de l'injure1 de l'injustice1 de la douleur1 de la moquerie2 et elle serait invulnrable si elle ne souffrait par la compassion4 #hb 7,,iv7 ,il y a une espce de honte d'tre heureux la vue de certaines misres4 #hc 7,,iv7 ,on est prompt connatre ses plus petits avantages1 et lent pntrer ses dfauts4 ,on n'ignore point qu'on a de beaux sourcils1 les ongles bien faits2 on sait peine que l'on est borgne2 on ne sait point du tout que l'on manque d'esprit4 ,argyre tire son gant pour montrer une belle main1 et elle ne nglige pas de dcouvrir un petit soulier qui suppose qu'elle a le pied petit2 elle rit des choses plaisantes ou srieuses pour faire voir de belles dents2 si elle montre son oreille1 c'est qu'elle l'a bien faite2 et si elle ne danse jamais1 c'est qu'elle est peu contente de sa taille1 qu'elle a paisse4 ,elle entend tous ses intrts1 l'exception d'un seul3 elle parle toujours1 et n'a point d'esprit4 #hd 7,,iv7 ,les hommes comptent presque pour rien toutes les vertus du coeur1 et idoltrent les talents du corps et de l'esprit4 ,celui qui dit froidement de soi1 et sans croire blesser la modestie1 qu'il est bon1 qu'il est constant1 fidle1 sincre1 quitable1 reconnaissant1 n'ose dire qu'il est vif1 qu'il a les dents belles et la peau douce3 cela est trop fort4 ,il est vrai qu'il y a deux vertus que les hommes admirent1 la bravoure et la libralit1 parce qu'il y a deux choses qu'ils estiment beaucoup1 et que ces vertus font ngliger1 la vie et l'argent3 aussi personne n'avance de soi qu'il est brave ou libral4 ,personne ne dit de soi1 et surtout sans fondement1 qu'il est beau1 qu'il est gnreux1 qu'il est sublime3 on a mis ces qualits un trop haut prix2 on se contente de le penser4 #he 7,v7 ,quelque rapport qu'il paraisse de la jalousie l'mulation1 il y a entre elles le mme loignement que celui qui se trouve entre le vice et la vertu4 ,la jalousie et l'mulation s'exercent sur le mme objet1 qui est le bien ou le mrite des autres3 avec cette diffrence1 que celle-ci est un sentiment volontaire1 courageux1 sincre1 qui rend l'me fconde1 qui la fait profiter des grands exemples1 et la porte souvent au-dessus de ce qu'elle admire2 et que celle-l au contraire est un mouvement violent et comme un aveu contraint du mrite qui est hors d'elle2 qu'elle va mme jusques nier la vertu dans les sujets o elle existe1 ou qui1 force de la reconnatre1 lui refuse les loges ou lui envie les rcompenses2 une passion strile qui laisse l'homme dans l'tat o elle le trouve1 qui le remplit de lui-mme1 de l'ide de sa rputation1 qui le rend froid et sec sur les actions ou sur les ouvrages d'autrui1 qui fait qu'il s'tonne de voir dans le monde d'autres talents que les siens1 ou d'autres hommes avec les mmes talents dont il se pique3 vice honteux1 et qui par son excs rentre toujours dans la vanit et dans la prsomption1 et ne persuade pas tant celui qui en est bless qu'il a plus d'esprit et de mrite que les autres1 qu'il lui fait croire qu'il a lui seul de l'esprit et du mrite4 ,l'mulation et la jalousie ne se rencontrent gure que dans les personnes de mme art1 de mmes talents et de mme condition4 ,les plus vils artisans sont les plus sujets la jalousie2 ceux qui font profession des arts libraux ou des belles-lettres1 les peintres1 les musiciens1 les orateurs1 les potes1 tous ceux qui se mlent d'crire1 ne devraient tre capables que d'mulation4 ,toute jalousie n'est point exempte de quelque sorte d'envie1 et souvent mme ces deux passions se confondent4 ,l'envie au contraire est quelquefois spare de la jalousie3 comme est celle qu'excitent dans notre me les conditions fort leves au-dessus de la ntre2 les grandes fortunes1 la faveur1 le ministre4 ,l'envie et la haine s'unissent toujours et se fortifient l'une l'autre dans un mme sujet2 et elles ne sont reconnaissables entre elles qu'en ce que l'une s'attache la personne1 l'autre l'tat et la condition4 ,un homme d'esprit n'est point jaloux d'un ouvrier qui a travaill une bonne pe1 ou d'un statuaire qui vient d'achever une belle figure4 ,il sait qu'il y a dans ces arts des rgles et une mthode qu'on ne devine point1 qu'il y a des outils manier dont il ne connat ni l'usage1 ni le nom1 ni la figure2 et il lui suffit de penser qu'il n'a point fait l'apprentissage d'un certain mtier1 pour se consoler de n'y tre point matre4 ,il peut au contraire tre susceptible d'envie et mme de jalousie contre un ministre et contre ceux qui gouvernent1 comme si la raison et le bon sens1 qui lui sont communs avec eux1 taient les seuls instruments qui servent rgir un tat et prsider aux affaires publiques1 et qu'ils dussent suppler aux rgles1 aux prceptes1 l'exprience4 #hf 7,i7 ,l'on voit peu d'esprits entirement lourds et stupides2 l'on en voit encore moins qui soient sublimes et transcendants4 ,le commun des hommes nage entre ces deux extrmits4 ,l'intervalle est rempli par un grand nombre de talents ordinaires1 mais qui sont d'un grand usage1 servent la rpublique1 et renferment en soi l'utile et l'agrable3 comme le commerce1 les finances1 le dtail des armes1 la navigation1 les arts1 les mtiers1 l'heureuse mmoire1 l'esprit du jeu1 celui de la socit et de la conversation4 #hg 7,,iv7 ,tout l'esprit qui est au monde est inutile celui qui n'en a point3 il n'a nulles vues1 et il est incapable de profiter de celles d'autrui4 #hh 7,v7 ,le premier degr dans l'homme aprs la raison1 ce serait de sentir qu'il l'a perdue2 la folie mme est incompatible avec cette connaissance4 ,de mme1 ce qu'il y aurait en nous de meilleur aprs l'esprit1 ce serait de connatre qu'il nous manque4 ,par l on ferait l'impossible3 on saurait sans esprit n'tre pas un sot1 ni un fat1 ni un impertinent4 #hi 7,,iv7 ,un homme qui n'a de l'esprit que dans une certaine mdiocrit est srieux et tout d'une pice2 il ne rit point1 il ne badine jamais1 il ne tire aucun fruit de la bagatelle2 aussi incapable de s'lever aux grandes choses que de s'accommoder1 mme par relchement1 des plus petites1 il sait peine jouer avec ses enfants4 #ij 7,i7 ,tout le monde dit d'un fat qu'il est un fat2 personne n'ose le lui dire lui-mme3 il meurt sans le savoir1 et sans que personne se soit veng4 #ia 7,,iv7 ,quelle msintelligence entre l'esprit et le coeur6 ,le philosophe vit mal avec tous ses prceptes1 et le politique rempli de vues et de rflexions ne sait pas se gouverner4 #ib 7,i7 ,l'esprit s'use comme toutes choses2 les sciences sont ses aliments1 elles le nourrissent et le consument4 #ic 7,i7 ,les petits sont quelquefois chargs de mille vertus inutiles2 ils n'ont pas de quoi les mettre en oeuvre4 #id 7,i7 ,il se trouve des hommes qui soutiennent facilement le poids de la faveur et de l'autorit1 qui se familiarisent avec leur propre grandeur1 et qui la tte ne tourne point dans les postes les plus levs4 ,ceux au contraire que la fortune aveugle1 sans choix et sans discernement1 a comme accabls de ses bienfaits1 en jouissent avec orgueil et sans modration3 leurs yeux1 leur dmarche1 leur ton de voix et leur accs marquent longtemps en eux l'admiration o ils sont d'eux-mmes1 et de se voir si minents2 et ils deviennent si farouches que leur chute seule peut les apprivoiser4 #ie 7,,iv7 ,un homme haut et robuste1 qui a une poitrine large et de larges paules1 porte lgrement et de bonne grce un lourd fardeau2 il lui reste encore un bras de libre3 un nain serait cras de la moiti de sa charge4 ,ainsi les postes minents rendent les grands hommes encore plus grands1 et les petits beaucoup plus petits4 #if 7,,vii7 ,il y a des gens qui gagnent tre extraordinaires2 ils voguent1 ils cinglent dans une mer o les autres chouent et se brisent2 ils parviennent1 en blessant toutes les rgles de parvenir2 ils tirent de leur irrgularit et de leur folie tous les fruits d'une sagesse la plus consomme2 hommes dvous d'autres hommes1 aux grands qui ils ont sacrifi1 en qui ils ont plac leurs dernires esprances1 ils ne les servent point1 mais ils les amusent4 ,les personnes de mrite et de service sont utiles aux grands1 ceux-ci leur sont ncessaires2 ils blanchissent auprs d'eux dans la pratique des bons mots1 qui leur tiennent lieu d'exploits dont ils attendent la rcompense2 ils s'attirent1 force d'tre plaisants1 des emplois graves1 et s'lvent par un continuel enjouement jusqu'au srieux des dignits2 ils finissent enfin1 et rencontrent inopinment un avenir qu'ils n'ont ni craint ni espr4 ,ce qui reste d'eux sur la terre1 c'est l'exemple de leur fortune1 fatal ceux qui voudraient le suivre4 #ig 7,i7 ,l'on exigerait de certains personnages qui ont une fois t capables d'une action noble1 hroque1 et qui a t sue de toute la terre1 que sans paratre comme puiss par un si grand effort1 ils eussent du moins dans le reste de leur vie cette conduite sage et judicieuse qui se remarque mme dans les hommes ordinaires2 qu'ils ne tombassent point dans des petitesses indignes de la haute rputation qu'ils avaient acquise2 que se mlant moins dans le peuple1 et ne lui laissant pas le loisir de les voir de prs1 ils ne le fissent point passer de la curiosit et de l'admiration l'indiffrence1 et peut-tre au mpris4 #ih 7,i7 ,il cote moins certains hommes de s'enrichir de mille vertus1 que de se corriger d'un seul dfaut4 ,ils sont mme si malheureux1 que ce vice est souvent celui qui convenait le moins leur tat1 et qui pouvait leur donner dans le monde plus de ridicule2 il affaiblit l'clat de leurs grandes qualits1 empche qu'ils ne soient des hommes parfaits et que leur rputation ne soit entire4 ,on ne leur demande point qu'ils soient plus clairs et plus incorruptibles1 qu'ils soient plus amis de l'ordre et de la discipline1 plus fidles leurs devoirs1 plus zls pour le bien public1 plus graves3 on veut seulement qu'ils ne soient point amoureux4 #ii 7,i7 ,quelques hommes1 dans le cours de leur vie1 sont si diffrents d'eux-mmes par le coeur et par l'esprit qu'on est sr de se mprendre1 si l'on en juge seulement par ce qui a paru d'eux dans leur premire jeunesse4 ,tels taient pieux1 sages1 savants1 qui par cette mollesse insparable d'une trop riante fortune1 ne le sont plus4 ,l'on en sait d'autres qui ont commenc leur vie par le plaisirs et qui ont mis ce qu'ils avaient d'esprit les connatre1 que les disgrces ensuite ont rendus religieux1 sages1 temprants3 ces derniers sont pour l'ordinaire de grands sujets1 et sur qui l'on peut faire beaucoup de fond2 ils ont une probit prouve par la patience et par l'adversit2 ils entent sur cette extrme politesse que le commerce des femmes leur a donne1 et dont ils ne se dfont jamais1 un esprit de rgle1 de rflexion1 et quelquefois une haute capacit1 qu'ils doivent la chambre et au loisir d'une mauvaise fortune4 ,tout notre mal vient de ne pouvoir tre seuls3 de l le jeu1 le luxe1 la dissipation1 le vin1 les femmes1 l'ignorance1 la mdisance1 l'envie1 l'oubli de soi-mme et de ,dieu4 #ajj 7,i7 ,l'homme semble quelquefois ne se suffire pas soi-mme2 les tnbres1 la solitude le troublent1 le jettent dans des craintes frivoles et dans de vaines terreurs3 le moindre mal alors qui puisse lui arriver est de s'ennuyer4 #aja 7,v7 ,l'ennui est entr dans le monde par la paresse2 elle a beaucoup de part dans la recherche que font les hommes des plaisirs1 du jeu1 de la socit4 ,celui qui aime le travail a assez de soi-mme4 #ajb 7,i7 ,la plupart des hommes emploient la meilleure partie de leur vie rendre l'autre misrable4 #ajc 7,v7 ,il y a des ouvrages qui commencent par ,a et finissent par ,z2 le bon1 le mauvais1 le pire1 tout y entre2 rien en un certain genre n'est oubli3 quelle recherche1 quelle affectation dans ces ouvrages6 ,on les appelle des jeux d'esprit4 ,de mme il y a un jeu dans la conduite3 on a commenc1 il faut finir2 on veut fournir toute la carrire4 ,il serait mieux ou de changer ou de suspendre2 mais il est plus rare et plus difficile de poursuivre3 on poursuit1 on s'anime par les contradictions2 la vanit soutient1 supple la raison1 qui cde et qui se dsiste4 ,on porte ce raffinement jusque dans les actions les plus vertueuses1 dans celles mmes o il entre de la religion4 #ajd 7,,iv7 ,il n'y a que nos devoirs qui nous cotent1 parce que1 leur pratique ne regardant que les choses que nous sommes troitement obligs de faire1 elle n'est pas suivie de grands loges1 qui est tout ce qui nous excite aux actions louables1 et qui nous soutient dans nos entreprises4 ,n9999 aime une pit fastueuse qui lui attire l'intendance des besoins des pauvres1 le rend dpositaire de leur patrimoine1 et fait de sa maison un dpt public o se font les distributions2 les gens petits collets et les soeurs grises y ont une libre entre2 toute une ville voit ses aumnes et les publie3 qui pourrait douter qu'il soit homme de bien1 si ce n'est peut-tre ses cranciers8 #aje 7,,iv7 ,gronte meurt de caducit1 et sans avoir fait ce testament qu'il projetait depuis trente annes3 dix ttes viennent ab intestat partager sa succession4 ,il ne vivait depuis longtemps que par les soins d',astrie1 sa femme1 qui jeune encore s'tait dvoue sa personne1 ne le perdait pas de vue1 secourait sa vieillesse1 et lui a enfin ferm les yeux4 ,il ne lui laisse pas assez de bien pour pouvoir se passer pour vivre d'un autre vieillard4 #ajf 7,,iv7 ,laisser perdre charges et bnfices plutt que de vendre ou de rsigner mme dans son extrme1 vieillesse1 c'est se persuader qu'on n'est pas du nombre de ceux qui meurent2 ou si l'on croit que l'on peut mourir1 c'est s'aimer soi-mme1 et n'aimer que soi4 #ajg 7,,iv7 ,fauste est un dissolu1 un prodigue1 un libertin1 un ingrat1 un emport1 qu',aurle1 son oncle1 n'a pu har ni dshriter4 ,frontin1 neveu d',aurle1 aprs vingt annes d'une probit connue1 et d'une complaisance aveugle pour ce vieillard1 ne l'a pu flchir en sa faveur1 et ne tire de sa dpouille qu'une lgre pension1 que ,fauste1 unique lgataire1 lui doit payer4 #ajh 7,i7 ,les haines sont si longues et si opinitres1 que le plus grand signe de mort dans un homme malade1 c'est la rconciliation4 #aji 7,i7 ,l'on s'insinue auprs de tous les hommes1 ou en les flattant dans les passions qui occupent leur me1 ou en compatissant aux infirmits qui affligent leur corps2 en cela seul consistent les soins que l'on peut leur rendre3 de l vient que celui qui se porte bien1 et qui dsire peu de choses1 est moins facile gouverner4 #aaj 7,,iv7 ,la mollesse et la volupt naissent avec l'homme1 et ne finissent qu'avec lui2 ni les heureux ni les tristes vnements ne l'en peuvent sparer2 c'est pour lui ou le fruit de la bonne fortune1 ou un ddommagement de la mauvaise4 #aaa 7,i7 ,c'est une grande difformit dans la nature qu'un vieillard amoureux4 #aab 7,i7 ,peu de gens se souviennent d'avoir t jeunes1 et combien il leur tait difficile d'tre chastes et temprants4 ,la premire chose qui arrive aux hommes aprs avoir renonc aux plaisirs1 ou par biensance1 ou par lassitude1 ou par rgime1 c'est de les condamner dans les autres4 ,il entre dans cette conduite une sorte d'attachement pour les choses mmes que l'on vient de quitter2 l'on aimerait qu'un bien qui n'est plus pour nous ne ft plus aussi pour le reste du monde3 c'est un sentiment de jalousie4 #aac 7,i7 ,ce n'est pas le besoin d'argent o les vieillards peuvent apprhender de tomber un jour qui les rend avares1 car il y en a de tels qui ont de si grands fonds qu'ils ne peuvent gure avoir cette inquitude2 et d'ailleurs comment pourraient-ils craindre de manquer dans leur caducit des commodits de la vie1 puisqu'ils s'en privent eux-mmes volontairement pour satisfaire leur avarice8 ,ce n'est point aussi l'envie de laisser de plus grandes richesses leurs enfants1 car il n'est pas naturel d'aimer quelque autre chose plus que soi-mme1 outre qu'il se trouve des avares qui n'ont point d'hritiers4 ,ce vice est plutt l'effet de l'ge et de la complexion des vieillards1 qui s'y abandonnent aussi naturellement qu'ils suivaient leurs plaisirs dans leur jeunesse1 ou leur ambition dans l'ge viril2 il ne faut ni vigueur1 ni jeunesse1 ni sant1 pour tre avare2 l'on n'a aussi nul besoin de s'empresser ou de se donner le moindre mouvement pour pargner ses revenus3 il faut laisser seulement son bien dans ses coffres1 et se priver de tout2 cela est commode aux vieillards1 qui il faut une passion1 parce qu'ils sont hommes4 #aad 7,i7 ,il y a des gens qui sont mal logs1 mal couchs1 mal habills et plus mal nourris2 qui essuient les rigueurs des saisons2 qui se privent eux-mmes de la socit des hommes1 et passent leurs jours dans la solitude2 qui souffrent du prsent1 du pass et de l'avenir2 dont la vie est comme une pnitence continuelle1 et qui ont ainsi trouv le secret d'aller leur perte par le chemin le plus pnible3 ce sont les avares4 #aae 7,i7 ,le souvenir de la jeunesse est tendre dans les vieillards3 ils aiment les lieux o ils l'ont passe2 les personnes qu'ils ont commenc de connatre dans ce temps leur sont chres2 ils affectent quelques mots du premier langage qu'ils ont parl2 ils tiennent pour l'ancienne manire de chanter1 et pour la vieille danse2 ils vantent les modes qui rgnaient alors dans les habits1 les meubles et les quipages4 ,ils ne peuvent encore dsapprouver des choses qui servaient leurs passions1 qui taient si utiles leurs plaisirs1 et qui en rappellent la mmoire4 ,comment pourraient-ils leur prfrer de nouveaux usages1 et des modes toutes rcentes o ils n'ont nulle part1 dont ils n'esprent rien1 que les jeunes gens ont faites1 et dont ils tirent leur tour de si grands avantages contre la vieillesse8 #aaf 7,i7 ,une trop grande ngligence comme une excessive parure dans les vieillards multiplient leurs rides1 et font mieux voir leur caducit4 #aag 7,i7 ,un vieillard est fier1 ddaigneux1 et d'un commerce difficile1 s'il n'a beaucoup d'esprit4 #aah 7,i7 ,un vieillard qui a vcu la cour1 qui a un grand sens1 et une mmoire fidle1 est un trsor inestimable2 il est plein de faits et de maximes2 l'on y trouve l'histoire du sicle revtue de circonstances trs curieuses1 et qui ne se lisent nulle part2 l'on y apprend des rgles pour la conduite et pour les moeurs qui sont toujours sres1 parce qu'elles sont fondes sur l'exprience4 #aai 7,i7 ,les jeunes gens1 cause des passions qui les amusent1 s'accommodent mieux de la solitude que les vieillards4 #abj 7,,iv7 ,phidippe1 dj vieux1 raffine sur la propret et sur la mollesse2 il passe aux petites dlicatesses2 il s'est fait un art du boire1 du manger1 du repos et de l'exercice2 les petites rgles qu'il s'est prescrites1 et qui tendent toutes aux aises de sa personne1 il les observe avec scrupule1 et ne les romprait pas pour une matresse1 si le rgime lui avait permis d'en retenir2 il s'est accabl de superfluits1 que l'habitude enfin lui rend ncessaires4 ,il double ainsi et renforce les liens qui l'attachent la vie1 et il veut employer ce qui lui en reste en rendre la perte plus douloureuse4 ,n'apprhendait-il pas assez de mourir8 #aba 7,,iv7 ,gnathon ne vit que pour soi1 et tous les hommes ensemble sont son gard comme s'ils n'taient point4 ,non content de remplir une table la premire place1 il occupe lui seul celle de deux autres2 il oublie que le repas est pour lui et pour toute la compagnie2 il se rend matre du plat1 et fait son propre de chaque service3 il ne s'attache aucun des mets1 qu'il n'ait achev d'essayer de tous2 il voudrait pouvoir les savourer tous tout la fois4 ,il ne se sert table que de ses mains2 il manie les viandes1 les remanie1 dmembre1 dchire1 et en use de manire qu'il faut que les convis1 s'ils veulent manger1 mangent ses restes4 ,il ne leur pargne aucune de ces malproprets dgotantes1 capables d'ter l'apptit aux plus affams2 le jus et les sauces lui dgouttent du menton et de la barbe2 s'il enlve un ragot de dessus un plat1 il le rpand en chemin dans un autre plat et sur la nappe2 on le suit la trace4 ,il mange haut et avec grand bruit2 il roule les yeux en mangeant2 la table est pour lui un rtelier2 il cure ses dents1 et il continue manger4 ,il se fait1 quelque part o il se trouve1 une manire d'tablissement1 et ne souffre pas d'tre plus press au sermon ou au thtre que dans sa chambre4 ,il n'y a dans un carrosse que les places du fond qui lui conviennent2 dans toute autre1 si on veut l'en croire1 il plit et tombe en faiblesse4 ,s'il fait un voyage avec plusieurs1 il les prvient dans les htelleries1 et il sait toujours se conserver dans la meilleure chambre le meilleur lit4 ,il tourne tout son usage2 ses valets1 ceux d'autrui1 courent dans le mme temps pour son service4 ,tout ce qu'il trouve sous sa main lui est propre1 hardes1 quipages4 ,il embarrasse tout le monde1 ne se contraint pour personne1 ne plaint personne1 ne connat de maux que les siens1 que sa rpltion et sa bile1 ne pleure point la mort des autres1 n'apprhende que la sienne1 qu'il rachterait volontiers de l'extinction du genre humain4 #abb 7,v7 ,cliton n'a jamais eu en toute sa vie que deux affaires1 qui est de dner le matin et de souper le soir2 il ne semble n que pour la digestion4 ,il n'a de mme qu'un entretien3 il dit les entres qui ont t servies au dernier repas o il s'est trouv2 il dit combien il y a eu de potages1 et quels potages2 il place ensuite le rt et les entremets2 il se souvient exactement de quels plats on a relev le premier service2 il n'oublie pas les hors-d'oeuvre1 le fruit et les assiettes2 il nomme tous les vins et toutes les liqueurs dont il a bu2 il possde le langage des cuisines autant qu'il peut s'tendre1 et il me fait envie de manger une bonne table o il ne soit point4 ,il a surtout un palais sr1 qui ne prend point le change1 et il ne s'est jamais vu expos l'horrible inconvnient de manger un mauvais ragot ou de boire d'un vin mdiocre4 ,c'est un personnage illustre dans son genre1 et qui a port le talent de se bien nourrir jusques o il pouvait aller3 on ne reverra plus un homme qui mange tant et qui mange si bien2 aussi est-il l'arbitre des bons morceaux1 et il n'est gure permis d'avoir du got pour ce qu'il dsapprouve4 ,mais il n'est plus3 il s'est fait du moins porter table jusqu'au dernier soupir2 il donnait manger le jour qu'il est mort4 ,quelque part o il soit1 il mange2 et s'il revient au monde1 c'est pour manger4 #abc 7,,iv7 ,ruffin commence grisonner2 mais il est sain1 il a un visage frais et un oeil vif qui lui promettent encore vingt annes de vie2 il est gai1 jovial1 familier1 indiffrent2 il rit de tout son coeur1 et il rit tout seul et sans sujet3 il est content de soi1 des siens1 de sa petite fortune2 il dit qu'il est heureux4 ,il perd son fils unique1 jeune homme de grande esprance1 et qui pouvait un jour tre l'honneur de sa famille2 il remet sur d'autres le soin de le pleurer2 il dit3 ,mon fils est mort1 cela fera mourir sa mre2 et il est consol4 ,il n'a point de passions1 il n'a ni amis ni ennemis1 personne ne l'embarrasse1 tout le monde lui convient1 tout lui est propre2 il parle celui qu'il voit une premire fois avec la mme libert et la mme confiance qu' ceux qu'il appelle de vieux amis1 et il lui fait part bientt de ses quolibets et de ses historiettes4 ,on l'aborde1 on le quitte sans qu'il y fasse attention1 et le mme conte qu'il a commenc de faire quelqu'un1 il l'achve celui qui prend sa place4 #abd 7,i7 ,n9999 est moins affaibli par l'ge que par la maladie1 car il ne passe point soixante-huit ans2 mais il a la goutte1 et il est sujet une colique nphrtique2 il a le visage dcharn1 le teint verdtre1 et qui menace ruine3 il fait marner sa terre1 et il compte que de quinze ans entiers il ne sera oblig de la fumer2 il plante un jeune bois1 et il espre qu'en moins de vingt annes il lui donnera un beau couvert1 il fait btir dans la rue une maison de pierre de taille1 raffermie dans les encoignures par des mains de fer1 et dont il assure1 en toussant et avec une voix frle et dbile1 qu'on ne verra jamais la fin2 il se promne tous les jours dans ses ateliers sur le bras d'un valet qui le soulage2 il montre ses amis ce qu'il a fait1 et il leur dit ce qu'il a dessein de faire4 ,ce n'est pas pour ses enfants qu'il btit car il n'en a point1 ni pour ses hritiers1 personnes viles et qui se sont brouilles avec lui3 c'est pour lui seul1 et il mourra demain4 #abe 7,,viii7 ,antagoras a un visage trivial et populaire3 un suisse de paroisse ou le saint de pierre qui orne le grand autel n'est pas mieux connu que lui de toute la multitude4 ,il parcourt le matin toutes les chambres et tous les greffes d'un parlement1 et le soir les rues et les carrefours d'une ville2 il plaide depuis quarante ans1 plus proche de sortir de la vie que de sortir d'affaires4 ,il n'y a point eu au ,palais depuis tout ce temps de causes clbres ou de procdures longues et embrouilles o il n'ait du moins intervenu3 aussi a-t-il un nom fait pour remplir la bouche de l'avocat1 et qui s'accorde avec le demandeur ou le dfendeur comme le substantif et l'adjectif4 ,parent de tous et ha de tous1 il n'y a gure de familles dont il ne se plaigne1 et qui ne se plaignent de lui4 ,appliqu successivement saisir une terre1 s'opposer au sceau1 se servir d'un committimus1 ou mettre un arrt excution2 outre qu'il assiste chaque jour quelques assembles de cranciers2 partout syndic de directions1 et perdant toutes les banqueroutes1 il a des heures de reste pour ses visites3 vieil meuble de ruelle1 o il parle procs et dit des nouvelles4 ,vous l'avez laiss dans une maison au ,marais1 vous le retrouvez au grand ,faubourg1 o il vous a prvenu1 et o dj il redit ses nouvelles et son procs4 ,si vous plaidez vous-mme1 et que vous alliez le lendemain la pointe du jour chez l'un de vos juges pour le solliciter1 le juge attend pour vous donner audience qu',antagoras soit expdi4 #abf 7,i7 ,tels hommes passent une longue vie se dfendre des uns et nuire aux autres1 et ils meurent consums de vieillesse1 aprs avoir caus autant de maux qu'ils en ont souffert4 #abg 7,i7 ,il faut des saisies de terre et des enlvements de meubles1 des prisons et des supplices1 je l'avoue2 mais justice1 lois et besoins part1 ce m'est une chose toujours nouvelle de contempler avec quelle frocit les hommes traitent d'autres hommes4 #abh 7,,iv7 ,l'on voit certains animaux farouches1 des mles et des femelles1 rpandus par la campagne1 noirs1 livides et tout brls du soleil1 attachs la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opinitret invincible2 ils ont comme une voix articule1 et quand ils se lvent sur leurs pieds1 ils montrent une face humaine1 et en effet ils sont des hommes4 ,ils se retirent la nuit dans des tanires1 o ils vivent de pain noir1 d'eau et de racines2 ils pargnent aux autres hommes la peine de semer1 de labourer et de recueillir pour vivre1 et mritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu'ils ont sem4 #abi 7,,iv7 ,don ,fernand1 dans sa province1 est oisif1 ignorant1 mdisant1 querelleux1 fourbe1 intemprant1 impertinent2 mais il tire l'pe contre ses voisins1 et pour un rien il expose sa vie2 il a tu des hommes1 il sera tu4 #acj 7,,iv7 ,le noble de province1 inutile sa patrie1 sa famille et lui-mme1 souvent sans toit1 sans habits et sans aucun mrite1 rpte dix fois le jour qu'il est gentilhomme1 traite les fourrures et les mortiers de bourgeoisie1 occup toute sa vie de ses parchemins et de ses titres1 qu'il ne changerait pas contre les masses d'un chancelier4 #aca 7,,iv7 ,il se fait gnralement dans tous les hommes des combinaisons infinies de la puissance1 de la faveur1 du gnie1 des richesses1 des dignits1 de la noblesse1 de la force1 de l'industrie1 de la capacit1 de la vertu1 du vice1 de la faiblesse1 de la stupidit1 de la pauvret1 de l'impuissance1 de la roture et de la bassesse4 ,ces choses1 mles ensemble en mille manires diffrentes1 et compenses l'une par l'autre en divers sujets1 forment aussi les divers tats et les diffrentes conditions4 ,les hommes d'ailleurs1 qui tous savent le fort et le faible les uns des autres1 agissent aussi rciproquement comme ils croient le devoir faire1 connaissent ceux qui leur sont gaux1 sentent la supriorit que quelques-uns ont sur eux1 et celle qu'ils ont sur quelques autres2 et de l naissent entre eux ou la familiarit1 ou le respect et la dfrence1 ou la fiert et le mpris4 ,de cette source vient que dans les endroits publics et o le monde se rassemble1 on se trouve tous moments entre celui que l'on cherche aborder ou saluer1 et cet autre que l'on feint de ne pas connatre1 et dont l'on veut encore moins se laisser joindre2 que l'on se fait honneur de l'un1 et qu'on a honte de l'autre2 qu'il arrive mme que celui dont vous vous faites honneur1 et que vous voulez retenir1 est celui aussi qui est embarrass de vous1 et qui vous quitte2 et que le mme est souvent celui qui rougit d'autrui1 et dont on rougit1 qui ddaigne ici1 et qui l est ddaign4 ,il est encore assez ordinaire de mpriser qui nous mprise4 ,quelle misre6 et puisqu'il est vrai que dans un si trange commerce1 ce que l'on pense gagner d'un ct on le perd de l'autre1 ne reviendrait-il pas au mme de renoncer toute hauteur et toute fiert1 qui convient si peu aux faibles hommes1 et de composer ensemble1 de se traiter tous avec une mutuelle bont1 qui1 avec l'avantage de n'tre jamais mortifis1 nous procurerait un aussi grand bien que celui de ne mortifier personne8 #acb 7,i7 ,bien loin de s'effrayer ou de rougir mme du nom de philosophe1 il n'y a personne au monde qui ne dt avoir une forte teinture de philosophie4 ,elle convient tout le monde2 la pratique en est utile tous les ges1 tous les sexes et toutes les conditions2 elle nous console du bonheur d'autrui1 des indignes prfrences1 des mauvais succs1 du dclin de nos forces ou de notre beaut2 elle nous arme contre la pauvret1 la vieillesse1 la maladie et la mort1 contre les sots et les mauvais railleurs2 elle nous fait vivre sans une femme1 ou nous fait supporter celle avec qui nous vivons4 #acc 7,i7 ,les hommes en un mme jour ouvrent leur me de petites joies1 et se laissent dominer par de petits chagrins2 rien n'est plus ingal et moins suivi que ce qui se passe en si peu de temps dans leur coeur et dans leur esprit4 ,le remde ce mal est de n'estimer les choses du monde prcisment que ce qu'elles valent4 #acd 7,i7 ,il est aussi difficile de trouver un homme vain qui se croie assez heureux1 qu'un homme modeste qui se croie trop malheureux4 #ace 7,i7 ,le destin du vigneron1 du soldat et du tailleur de pierre m'empche de m'estimer malheureux par la fortune des princes ou des ministres qui me manque4 #acf 7,i7 ,il n'y a pour l'homme qu'un vrai malheur1 qui est de se trouver en faute1 et d'avoir quelque chose se reprocher4 #acg 7,i7 ,la plupart des hommes1 pour arriver leurs fins1 sont plus capables d'un grand effort que d'une longue persvrance3 leur paresse ou leur inconstance leur fait perdre le fruit des meilleurs commencements2 ils se laissent souvent devancer par d'autres qui sont partis aprs eux1 et qui marchent lentement1 mais constamment4 #ach 7,,vii7 ,j'ose presque assurer que les hommes savent encore mieux prendre des mesures que les suivre1 rsoudre ce qu'il faut faire et ce qu'il faut dire que de faire o de dire ce qu'il faut4 ,on se propose fermement1 dans une affaire qu'on ngocie1 de taire une certaine chose1 et ensuite ou par passion1 ou par une intemprance de langue1 ou dans la chaleur de l'entretien1 c'est la premire qui chappe4 #aci 7,i7 ,les hommes agissent mollement dans les choses qui sont de leur devoir1 pendant qu'ils se font un mrite1 ou plutt une vanit1 de s'empresser pour celles qui leur sont trangres1 et qui ne conviennent ni leur tat ni leur caractre4 #adj 7,,iv7 ,la diffrence d'un homme qui se revt d'un caractre tranger lui-mme1 quand il rentre dans le sien1 est celle d'un masque un visage4 #ada 7,v7 ,tlphe a de l'esprit1 mais dix fois moins1 de compte fait1 qu'il ne prsume d'en avoir3 il est donc1 dans ce qu'il dit1 dans ce qu'il fait1 dans ce qu'il mdite et ce qu'il projette1 dix fois au del de ce qu'il a d'esprit2 il n'est donc jamais dans ce qu'il a de force et d'tendue3 ce raisonnement est juste4 ,il a comme une barrire qui le ferme1 et qui devrait l'avertir de s'arrter en de2 mais il passe outre1 il se jette hors de sa sphre2 il trouve lui-mme son endroit faible1 et se montre par cet endroit2 il parle de ce qu'il ne sait point1 et de ce qu'il sait mal2 il entreprend au-dessus de son pouvoir1 il dsire au del de sa porte2 il s'gale ce qu'il y a de meilleur en tout genre4 ,il a du bon et du louable1 qu'il offusque par l'affectation du grand ou du merveilleux2 on voit clairement ce qu'il n'est pas1 et il faut deviner ce qu'il est en effet4 ,c'est un homme qui ne se mesure point1 qui ne se connat point2 son caractre est de ne savoir pas se renfermer dans celui qui lui est propre et qui est le sien4 #adb 7,v7 ,l'homme du meilleur esprit est ingal2 il souffre des accroissements et des diminutions2 il entre en verve1 mais il en sort3 alors1 s'il est sage1 il parle peu1 il n'crit point1 il ne cherche point imaginer ni plaire4 ,chante-t-on avec un rhume8 ne faut-il pas attendre que la voix revienne8 ,le sot est automate1 il est machine1 il est ressort2 le poids l'emporte1 le fait mouvoir1 le fait tourner1 et toujours1 et dans le mme sens1 et avec la mme galit2 il est uniforme1 il ne se dment point3 qui l'a vu une fois1 l'a vu dans tous les instants et dans toutes les priodes de sa vie2 c'est tout au plus le boeuf qui meugle1 ou le merle qui siffle3 il est fix et dtermin par sa nature1 et j'ose dire par son espce4 ,ce qui parat le moins en lui1 c'est son me2 elle n'agit point1 elle ne s'exerce point1 elle se repose4 #adc 7,,vi7 ,le sot ne meurt point2 ou si cela lui arrive selon notre manire de parler1 il est vrai de dire qu'il gagne mourir1 et que dans ce moment o les autres meurent1 il commence vivre4 ,son me alors pense1 raisonne1 infre1 conclut1 juge1 prvoit1 fait prcisment tout ce qu'elle ne faisait point2 elle se trouve dgage d'une masse de chair o elle tait comme ensevelie sans fonction1 sans mouvement1 sans aucun du moins qui ft digne d'elle3 je dirais presque qu'elle rougit de son propre corps et des organes bruts et imparfaits auxquels elle s'est vue attache si longtemps1 et dont elle n'a pu faire qu'un sot ou qu'un stupide2 elle va d'gal avec les grandes mes1 avec celles qui font les bonnes ttes ou les hommes d'esprit4 ,l'me d',alain ne se dmle plus d'avec celles du grand ,cond1 de ,richelieu1 de ,pascal1 et de ,lingendes4 #add 7,,iv7 ,la fausse dlicatesse dans les actions libres1 dans les moeurs ou dans la conduite1 n'est pas ainsi nomme parce qu'elle est feinte1 mais parce qu'en effet elle s'exerce sur des choses et en des occasions qui n'en mritent point4 ,la fausse dlicatesse de got et de complexion n'est telle1 au contraire2 que parce qu'elle est feinte ou affecte3 c'est milie qui crie de toute sa force sur un petit pril qui ne lui fait pas de peur2 c'est une autre qui par mignardise plit la vue d'une souris1 ou qui veut aimer les violettes et s'vanouir aux tubreuses4 #ade 7,,iv7 ,qui oserait se promettre de contenter les hommes8 ,un prince1 quelque bon et quelque puissant qu'il ft1 voudrait-il l'entreprendre8 qu'il l'essaye4 ,qu'il se fasse lui-mme une affaire de leurs plaisirs2 qu'il ouvre son palais ses courtisans2 qu'il les admette jusque dans son domestique2 que dans des lieux dont la vue seule est un spectacle1 il leur fasse voir d'autres spectacles2 qu'il leur donne le choix des jeux1 des concerts et de tous les rafrachissements2 qu'il y ajoute une chre splendide et une entire libert2 qu'il entre avec eux en socit des mmes amusements2 que le grand homme devienne aimable1 et que le hros soit humain et familier3 il n'aura pas assez fait4 ,les hommes s'ennuient enfin des mmes choses qui les ont charms dans leurs commencements ils dserteraient la table des ,dieux1 et le nectar avec le temps leur devient insipide4 ,ils n'hsitent pas de critiquer des choses qui sont parfaites2 il y entre de la vanit et une mauvaise dlicatesse3 leur got1 si on les en croit1 est encore au del de toute l'affectation qu'on aurait les satisfaire1 et d'une dpense toute royale que l'on ferait pour y russir2 il s'y mle de la malignit1 qui va jusques vouloir affaiblir dans les autres la joie qu'ils auraient de les rendre contents4 ,ces mmes gens1 pour l'ordinaire si flatteurs et si complaisants1 peuvent se dmentir3 quelquefois on ne les reconnat plus1 et l'on voit l'homme jusque dans le courtisan4 #adf 7,i7 ,l'affectation dans le geste1 dans le parler et dans les manires est souvent une suite de l'oisivet ou de l'indiffrence2 et il semble qu'un grand attachement ou de srieuses affaires jettent l'homme dans son naturel4 #adg 7,,iv7 ,les hommes n'ont point de caractres1 ou s'ils en ont1 c'est celui de n'en avoir aucun qui soit suivi1 qui ne se dmente point1 et o ils soient reconnaissables4 ,ils souffrent beaucoup tre toujours les mmes1 persvrer dans la rgle ou dans le dsordre2 et s'ils se dlassent quelquefois d'une vertu par un autre vertu1 ils se dgotent plus souvent d'un vice par un autre vice4 ,ils ont des passions contraires et des faibles qui se contredisent2 il leur cote moins de joindre les extrmits que d'avoir une conduite dont une partie naisse de l'autre4 ,ennemis de la modration1 ils outrent toutes choses1 les bonnes et les mauvaises1 dont ne pouvant ensuite supporter l'excs1 ils adoucissent par le changement4 ,adraste tait si corrompu et si libertin1 qu'il lui a t moins difficile de suivre la mode et se faire dvot3 il lui et cot davantage d'tre homme de bien4 #adh 7,,iv7 ,d'o vient que les mmes hommes qui ont un flegme tout prt pour recevoir indiffremment les plus grands dsastres1 s'chappent1 et ont une bile intarissable sur les plus petits inconvnients8 ,ce n'est pas sagesse en eux qu'une telle conduite1 car la vertu est gale et ne se dment point2 c'est donc un vice1 et quel autre que la vanit1 qui ne se rveille et ne se recherche que dans les vnements o il y a de quoi faire parler le monde1 et beaucoup gagner pour elle1 mais qui se nglige sur tout le reste8 #adi 7,,iv7 ,l'on se repent rarement de parler peu1 trs souvent de trop parler3 maxime use et triviale que tout le monde sait1 et que tout le monde ne pratique pas4 #aej 7,i7 ,c'est se venger contre soi-mme1 et donner un trop grand avantage ses ennemis1 que de leur imputer de choses qui ne sont pas vraies1 et de mentir pour les dcrier4 #aea 7,,iv7 ,si l'homme savait rougir de soi1 quels crimes1 non seulement cachs1 mais publics et connus1 ne s'pargnerait-il pas6 #aeb 7,i7 ,si certains hommes ne vont pas dans le bien jusques o ils pourraient aller1 c'est par le vice de leur premire instruction4 #aec 7,i7 ,il y a dans quelques hommes une certaine mdiocrit d'esprit qui contribue les rendre sages4 #aed 7,i7 ,il faut aux enfants les verges et la frule2 il faut aux hommes faits une couronne1 un sceptre1 un mortier1 des fourrures1 des faisceaux1 des timbales1 des hoquetons4 ,la raison et la justice dnues de tous leurs ornements ni ne persuadent ni n'intimident4 ,l'homme1 qui est esprit1 se mne par les yeux et les oreilles4 #aee 7,v7 ,timon1 ou le misanthrope1 peut avoir l'me austre et farouche2 mais extrieurement il est civil et crmonieux3 il ne s'chappe pas1 il ne s'apprivoise pas avec les hommes3 au contraire1 il les traite honntement et srieusement2 il emploie leur gard tout ce qui peut loigner leur familiarit1 il ne veut pas les mieux connatre ni s'en faire des amis1 semblable en ce sens une femme qui est en visite chez une autre femme4 #aef 7,,vii7 ,la raison tient de la vrit1 elle est une2 l'on n'y arrive que par un chemin1 et l'on s'en carte par mille4 ,l'tude de la sagesse a moins d'tendue que celle que l'on ferait des sots et des impertinents4 ,celui qui n'a vu que des hommes polis et raisonnables1 ou ne connat pas l'homme1 ou ne le connat qu' demi3 quelque diversit qui se trouve dans les complexions ou dans les moeurs1 le commerce du monde et la politesse donnent les mmes apparences1 font qu'on se ressemble les uns aux autres par des dehors qui plaisent rciproquement1 qui semblent communs tous1 et qui font croire qu'il n'y a rien ailleurs qui ne s'y rapporte4 ,celui au contraire qui se jette dans le peuple ou dans la province y fait bientt1 s'il a des yeux1 d'tranges dcouvertes1 y voit des choses qui lui sont nouvelles1 dont il ne se doutait pas1 dont il ne pouvait avoir le moindre soupon3 il avance par des expriences continuelles dans la connaissance de l'humanit2 il calcule presque en combien de manires diffrentes l'homme peut tre insupportable4 #aeg 7,,iv7 ,aprs avoir mrement approfondi les hommes et connu le faux de leurs penses1 de leurs sentiments1 de leurs gots et de leurs affections1 l'on est rduit dire qu'il y a moins perdre pour eux par l'inconstance que par l'opinitret4 #aeh 7,,iv7 ,combien d'mes faibles1 molles et indiffrentes1 sans de grands dfauts1 et qui puissent fournir la satire6 ,combien de sortes de ridicules rpandus parmi les hommes1 mais qui par leur singularit ne tirent point consquence1 et ne sont d'aucune ressource pour l'instruction et pour la morale6 ,ce sont des vices uniques qui ne sont pas contagieux et qui sont moins de l'humanit que de la personne4 ,des jugements #a 7,i7 ,rien ne ressemble plus la vive persuasion que le mauvais enttement3 de l les partis1 les cabales1 les hrsies4 #b 7,i7 ,l'on ne pense pas toujours constamment d'un mme sujet3 l'enttement et le dgot se suivent de prs4 #c 7,i7 ,les grandes choses tonnent1 et les petites rebutent2 nous nous apprivoisons avec les unes et les autres par l'habitude4 #d 7,,iv7 ,deux choses toutes contraires nous prviennent galement1 l'habitude et la nouveaut4 #e 7,i7 ,il n'y a rien de plus bas1 et qui convienne mieux au peuple1 que de parler en des termes magnifiques de ceux mmes dont l'on pensait trs modestement avant leur lvation4 #f 7,i7 ,la faveur des princes n'exclut pas le mrite1 et ne le suppose pas aussi4 #g 7,i7 ,il est tonnant qu'avec tout l'orgueil dont nous sommes gonfls1 et la haute opinion que nous avons de nous-mmes et de la bont de notre jugement1 nous ngligions de nous en servir pour prononcer sur le mrite des autres4 ,la vogue1 la faveur populaire1 celle du ,prince1 nous entranent comme un torrent3 nous louons ce qui est lou1 bien plus que ce qui est louable4 #h 7,v7 ,je ne sais s'il y a rien au monde qui cote davantage approuver et louer que ce qui est plus digne d'approbation et de louange1 et si la vertu1 le mrite1 la beaut1 les bonnes actions1 les beaux ouvrages1 ont un effet plus naturel et plus sr que envie1 la jalousie1 et l'antipathie4 ,ce n'est pas d'un saint dont un dvot sait dire du bien1 mais d'un autre dvot4 ,si une belle femme approuve la beaut d'une autre femme1 on peut conclure qu'elle a mieux que ce qu'elle approuve4 ,si un pote loue les vers d'un autre pote1 il y a parier qu'ils sont mauvais et sans consquence4 #i 7,,vii7 ,les hommes ne se gotent qu' peine les uns les autres1 n'ont qu'une faible pente s'approuver rciproquement3 action1 conduite1 pense1 expression1 rien ne plat1 rien ne contente2 ils substituent la place de ce qu'on leur rcite1 de ce qu'on leur dit ou de ce qu'on leur lit1 ce qu'ils auraient fait eux-mmes en pareille conjoncture1 ce qu'ils penseraient ou ce qu'ils criraient sur un tel sujet1 et ils sont si pleins de leurs ides1 qu'il n'y a plus de place pour celles d'autrui4 #aj 7,i7 ,le commun des hommes est si enclin au drglement et la bagatelle1 et le monde est si plein d'exemples ou pernicieux ou ridicules1 que je croirais assez que l'esprit de singularit1 s'il pouvait avoir ses bornes et ne pas aller trop loin1 approcherait fort de la droite raison et d'une conduite rgulire4 ,il faut faire comme les autres3 maxime suspecte1 qui signifie presque toujours3 il faut mal faire ds qu'on l'tend au del de ces choses purement extrieures1 qui n'ont point de suite1 qui dpendent de l'usage1 de la mode ou des biensances4 #aa 7,v7 ,si les hommes sont hommes plutt qu'ours et panthres1 s'ils sont quitables1 s'ils se font justice eux-mmes1 et qu'ils la rendent aux autres1 que deviennent les lois1 leur texte et le prodigieux accablement de leurs commentaires8 que devient le ptitoire et le possessoire1 et tout ce qu'on appelle jurisprudence8 ,o se rduisent mme ceux qui doivent tout leur relief et toute leur enflure l'autorit o ils sont tablis de faire valoir ces mmes lois8 ,si ces mmes hommes ont de la droiture et de la sincrit1 s'ils sont guris de la prvention1 o sont vanouies les disputes de l'cole1 la scolastique et les controverses8 ,s'ils sont temprants1 chastes et modrs1 que leur sert le mystrieux jargon de la mdecine1 et qui est une mine d'or pour ceux qui s'avisent de le parler8 ,lgistes1 docteurs1 mdecins1 quelle chute pour vous1 si nous pouvions tous nous donner le mot de devenir sages6 ,de combien de grands hommes dans les diffrents exercices de la paix et de la guerre aurait-on d se passer6 quel point de perfection et de raffinement n'a-t-on pas port de certains arts et de certaines sciences qui ne devaient point tre ncessaires1 et qui sont dans le monde comme des remdes tous les maux dont notre malice est l'unique source6 ,que de choses depuis ,varron1 que ,varron a ignores6 ,ne nous suffirait-il pas mme de n'tre savant que comme ,platon ou comme ,socrate8 #ab 7,i7 ,tel un sermon1 une musique1 ou dans une galerie de peintures1 a entendu sa droite et sa gauche1 sur une chose prcisment la mme1 des sentiments prcisment opposs4 ,cela me ferait dire volontiers que l'on peut hasarder1 dans tout genre d'ouvrages1 d'y mettre le bon et le mauvais3 le bon plat aux uns1 et le mauvais aux autres4 ,l'on ne risque gure davantage d'y mettre le pire3 il a ses partisans4 #ac 7,,iv7 ,le phnix de la posie chantante renat de ses cendres2 il a vu mourir et revivre sa rputation en un mme jour4 ,ce juge mme si infaillible et si ferme dans ses jugements1 le public1 a vari sur son sujet3 ou il se trompe1 ou il s'est tromp4 ,celui qui prononcerait aujourd'hui que ,q9999 en un certain genre est mauvais pote1 parlerait presque aussi mal que s'il et dit il y a quelque temps3 ,il est bon pote4 #ad 7,,iv7 ,c4,p4 tait fort riche1 et ,c4,n4 ne l'tait pas3 la ,pucelle et ,rodogune mritaient chacune une autre aventure4 ,ainsi l'on a toujours demand pourquoi1 dans telle ou telle profession1 celui-ci avait fait sa fortune1 et cet autre l'avait manque2 et en cela les hommes cherchent la raison de leurs propres caprices1 qui dans les conjonctures pressantes de leurs affaires1 de leurs plaisirs1 de leur sant et de leur vie1 leur font souvent laisser les meilleurs et prendre les pires4 #ae 7,,iv7 ,la condition des comdiens tait infme chez les ,romains et honorable chez les ,grecs3 qu'est-elle chez nous8 ,on pense d'eux comme les ,romains1 on vit avec eux comme les ,grecs4 #af 7,,iv7 ,il suffisait ,bathylle d'tre pantomime pour tre couru des dames romaines2 ,rho de danser au thtre2 ,roscie et ,nrine de reprsenter dans les choeurs1 pour s'attirer une foule d'amants4 ,la vanit et l'audace1 suites d'une trop grande puissance1 avaient t aux ,romains le got du secret et du mystre2 ils se plaisaient faire du thtre public celui de leurs amours2 ils n'taient point jaloux de l'amphithtre1 et partageaient avec la multitude les charmes de leurs matresses4 ,leur got n'allait qu' laisser voir qu'ils aimaient1 non pas une belle personne ou une excellente comdienne1 mais une comdienne4 #ag 7,i7 ,rien ne dcouvre mieux dans quelle disposition sont les hommes l'gard des sciences et des belles-lettres1 et de quelle utilit ils les croient dans la rpublique1 que le prix qu'ils y ont mis1 et l'ide qu'ils se forment de ceux qui ont pris le parti de les cultiver4 ,il n'y a point d'art si mcanique ni de si vile condition o les avantages ne soient plus srs1 plus prompts et plus solides4 ,le comdien1 couch dans son carrosse1 jette de la boue au visage de ,corneille1 qui est pied4 ,chez plusieurs1 savant et pdant sont synonymes4 ,souvent o le riche parle1 et parle de doctrine1 c'est aux doctes se taire1 couter1 applaudir1 s'ils veulent du moins ne passer que pour doctes4 #ah 7,i7 ,il y a une sorte de hardiesse soutenir devant certains esprits la honte de l'rudition3 l'on trouve chez eux une prvention tout tablie contre les savants1 qui ils tent les manires du monde1 le savoir-vivre1 l'esprit de socit1 et qu'ils renvoient ainsi dpouills leur cabinet et leurs livres4 ,comme l'ignorance est un tat paisible et qui ne cote aucune peine1 l'on s'y range en foule1 et elle forme la cour et la ville un nombreux parti1 qui l'emporte sur celui des savants4 ,s'ils allguent en leur faveur les noms d',estres1 de ,harlay1 ,bossuet1 ,seguier1 ,montausier1 ,wardes1 ,chevreuse1 ,novion1 ,lamoignon1 ,scudry1 ,plisson1 et de tant d'autres personnages galement doctes et polis2 s'ils osent mme citer les grands noms de ,chartres1 de ,cond1 de ,conti1 de ,bourbon1 du ,maine1 de ,vendome1 comme de princes qui ont su joindre aux plus belles et aux plus hautes connaissances et l'atticisme des ,grecs et l'urbanit des ,romains1 l'on ne feint point de leur dire que ce sont des exemples singuliers2 et s'ils ont recours de solides raisons1 elles sont faibles contre la voix de la multitude4 ,il semble nanmoins que l'on devrait dcider sur cela avec plus de prcaution1 et se donner seulement la peine de douter si ce mme esprit qui fait faire de si grands progrs dans les sciences1 qui fait bien penser1 bien juger1 bien parler et bien crire1 ne pourrait point encore servir tre poli4 ,il faut trs peu de fonds pour la politesse dans les manires2 il en faut beaucoup pour celle de l'esprit4 #ai 7,v7 ,il est savant1 dit un politique1 il est donc incapable d'affaires2 je ne lui confierais l'tat de ma garde-robe2 et il a raison4 ,ossat1 ,ximns1 ,richelieu taient savants3 taient-ils habiles8 ont-ils pass pour de bons ministres8 ,il sait le grec1 continue l'homme d'tat1 c'est un grimaud1 c'est un philosophe4 ,et en effet1 une fruitire ,athnes1 selon les apparences1 parlait grec1 et par cette raison tait philosophe4 ,les ,bignons1 les ,lamoignons taient de purs grimauds3 qui en peut douter8 ils savaient le grec4 ,quelle vision1 quel dlire au grand1 au sage1 au judicieux ,antonin1 de dire qu'alors les peuples seraient heureux1 si l'empereur philosophait1 ou si le philosophe ou le grimaud venait l'empire6 ,les langues sont la clef ou l'entre des sciences1 et rien davantage2 le mpris des unes tombe sur les autres4 ,il ne s'agit point si les langues sont anciennes ou nouvelles1 mortes ou vivantes1 mais si elles sont grossires ou polies1 si les livres qu'elles ont forms sont d'un bon ou d'un mauvais got4 ,supposons que notre langue pt un jour avoir le sort de la grecque et de la latine1 serait-on pdant1 quelques sicles aprs qu'on ne la parlerait plus1 pour lire ,molire ou ,la ,fontaine8 #bj 7,,vi7 ,je nomme ,eurypyle1 et vous dites3 ,c'est un bel esprit4 ,vous dites aussi de celui qui travaille une poutre3 ,il est charpentier2 et de celui qui refait un mur3 ,il est maon4 ,je vous demande quel est l'atelier o travaille cet homme de mtier1 ce bel esprit8 quelle est son enseigne8 quel habit le reconnat-on8 quels sont ses outils8 est-ce le coin8 sont-ce le marteau ou l'enclume8 o fend-il1 o cogne-t-il son ouvrage8 o l'expose-t-il en vente8 ,un ouvrier se pique d'tre ouvrier4 ,eurypyle se pique-t-il d'tre bel esprit8 ,s'il est tel1 vous me peignez un fat1 qui met l'esprit en roture1 une me vile et mcanique1 qui ni ce qui est beau ni ce qui est esprit ne sauraient s'appliquer srieusement2 et s'il est vrai qu'il ne se pique de rien1 je vous entends1 c'est un homme sage et qui a de l'esprit4 ,ne dites-vous pas encore du savantasse3 ,il est bel esprit1 et ainsi du mauvais pote8 ,mais vous-mme1 vous croyez-vous sans aucun esprit8 et si vous en avez1 c'est sans doute de celui qui est beau et convenable3 vous voil donc un bel esprit2 ou s'il s'en faut peu que vous ne preniez ce nom pour une injure1 continuez1 j'y consens1 de le donner ,eurypyle1 et d'employer cette ironie comme les sots1 sans le moindre discernement1 ou comme les ignorants1 qu'elle console d'une certaine culture qui leur manque1 et qu'ils ne voient que dans les autres4 #ba 7,v7 ,qu'on ne me parle jamais d'encre1 de papier1 de plume1 de style1 d'imprimeur1 d'imprimerie1 qu'on ne se hasarde plus de me dire3 ,vous crivez si bien1 ,antisthne6 continuez d'crire2 ne verrons-nous point de vous un in-folio8 traitez de toutes les vertus et de tous les vices dans un ouvrage suivi1 mthodique1 qui n'ait point de fin2 ils devraient ajouter3 et nul cours4 ,je renonce tout ce qui a t1 qui est et qui sera livre4 ,brylle tombe en syncope la vue d'un chat1 et moi la vue d'un livre4 ,suis-je mieux nourri et plus lourdement vtu1 suis-je dans ma chambre l'abri du nord1 ai-je un lit de plumes1 aprs vingt ans entiers qu'on me dbite dans la place8 ,j'ai un grand nom1 dites-vous1 et beaucoup de gloire3 dites que j'ai beaucoup de vent qui ne sert rien4 ,ai-je un grain de ce mtal qui procure toutes choses8 ,le vil praticien grossit son mmoire1 se fait rembourser des frais qu'il n'avance pas1 et il a pour gendre un comte ou un magistrat4 ,un homme rouge ou feuille-morte devient commis1 et bientt plus riche que son matre2 il le laisse dans la roture1 et avec de l'argent il devient noble4 ,b9999 s'enrichit montrer dans un cercle des marionnettes2 ,,bb9999 vendre en bouteille l'eau de la rivire4 ,un autre charlatan arrive ici de del les monts avec une malle2 il n'est pas dcharg que les pensions courent1 et il est prt de retourner d'o il arrive avec des mulets et des fourgons4 ,mercure est ,mercure1 et rien davantage1 et l'or ne peut payer ses mdiations et ses intrigues3 on y ajoute la faveur et les distinctions4 ,et sans parler que des gains licites1 on paye au tuilier sa tuile1 et l'ouvrier son temps et son ouvrage2 paye-t-on un auteur ce qu'il pense et ce qu'il crit8 et s'il pense trs bien1 le paye-t-on trs largement8 ,se meuble-t-il1 s'anoblit-il force de penser et d'crire juste8 ,il faut que les hommes soient habills1 qu'ils soient rass2 il faut que retirs dans leurs maisons1 ils aient une porte qui ferme bien3 est-il ncessaire qu'ils soient instruits8 ,folie1 simplicit1 imbcillit1 continue ,antisthne1 de mettre l'enseigne d'auteur ou de philosophe6 ,avoir1 s'il se peut1 un office lucratif1 qui rende la vie aimable1 qui fasse prter ses amis1 et donner ceux qui ne peuvent rendre2 crire alors par jeu1 par oisivet1 et comme ,tityre siffle ou joue de la flte2 cela ou rien2 j'cris ces conditions1 et je cde ainsi la violence de ceux qui me prennent la gorge1 et me disent3 ,vous crirez4 ,ils liront pour titre de mon nouveau livre3 ,du ,beau1 ,du ,bon1 ,du ,vrai1 ,des ,ides1 ,du ,premier ,principe1 par ,antisthne1 vendeur de mare4 #bb 7,i7 ,si les ambassadeurs des princes trangers taient des singes instruits marcher sur leurs pieds de derrire1 et se faire entendre par interprte1 nous ne pourrions pas marquer un plus grand tonnement que celui que nous donne la justesse de leurs rponses1 et le bon sens qui parat quelquefois dans leurs discours4 ,la prvention du pays1 jointe l'orgueil de la nation1 nous fait oublier que la raison est de tous les climats1 et que l'on pense juste partout o il y a des hommes4 ,nous n'aimerions pas tre traits ainsi de ceux que nous appelons barbares2 et s'il y a en nous quelque barbarie1 elle consiste tre pouvants de voir d'autres peuples raisonner comme nous4 ,tous les trangers ne sont pas barbares1 et tous nos compatriotes ne sont pas civiliss3 de mme toute campagne n'est pas agreste et toute ville n'est pas polie4 ,il y a dans l',europe un endroit d'une province maritime d'un grand royaume o le villageois est doux et insinuant1 le bourgeois au contraire et le magistrat grossiers1 et dont la rusticit est hrditaire4 #bc 7,i7 ,avec un langage si pur1 une si grande recherche dans nos habits1 des moeurs si cultives1 de si belles lois et un visage blanc1 nous sommes barbares pour quelques peuples4 #bd 7,i7 ,si nous entendions dire des ,orientaux qu'ils boivent ordinairement d'une liqueur qui leur monte la tte1 leur fait perdre la raison et les fait vomir1 nous dirions3 ,cela est bien barbare4 #be 7,i7 ,ce prlat se montre peu la cour1 il n'est de nul commerce1 on ne le voit point avec des femmes2 il ne joue ni grande ni petite prime1 il n'assiste ni aux ftes ni aux spectacles1 il n'est point homme de cabale1 et il n'a point l'esprit d'intrigue2 toujours dans son vch1 o il fait une rsidence continuelle1 il ne songe qu' instruire son peuple par la parole et l'difier par son exemple2 il consume son bien en des aumnes1 et son corps par la pnitence2 il n'a que l'esprit de rgularit1 et il est imitateur du zle et de la pit des ,aptres4 ,les temps sont changs1 et il est menac sous ce rgne d'un titre plus minent4 #bf 7,,iv7 ,ne pourrait-on point faire comprendre aux personnes d'un certain caractre et d'une profession srieuse1 pour ne rien dire de plus1 qu'ils ne sont point obligs faire dire d'eux qu'ils jouent1 qu'ils chantent1 et qu'ils badinent comme les autres hommes2 et qu' les voir si plaisants et si agrables1 on ne croirait point qu'ils fussent d'ailleurs si rguliers et si svres8 ,oserait-on mme leur insinuer qu'ils s'loignent par de telles manires de la politesse dont ils se piquent2 qu'elle assortit1 au contraire1 et conforme les dehors aux conditions1 qu'elle vite le contraste1 et de montrer le mme homme sous des figures diffrentes et qui font de lui un compos bizarre ou un grotesque8 #bg 7,,iv7 ,il ne faut pas juger des hommes comme d'un tableau ou d'une figure1 sur une seule et premire vue3 il y a un intrieur et un coeur qu'il faut approfondir4 ,le voile de la modestie couvre le mrite1 et le masque de l'hypocrisie cache la malignit4 ,il n'y a qu'un trs petit nombre de connaisseurs qui discerne1 et qui soit en droit de prononcer2 ce n'est que peu peu1 et forcs mme par le temps et les occasions1 que la vertu parfaite et le vice consomm viennent enfin se dclarer4 #bh 7,,viii7 ,fragment 444,il disait que l'esprit dans cette belle personne tait un diamant bien mis en oeuvre1 et continuant de parler d'elle3 ,c'est1 ajoutait-il1 comme une nuance de raison et d'agrment qui occupe les yeux et le coeur de ceux qui lui parlent2 on ne sait si on l'aime ou si on l'admire2 il y a en elle de quoi faire une parfaite amie1 il y a aussi de quoi vous mener plus loin que l'amiti4 ,trop jeune et trop fleurie pour ne pas plaire1 mais trop modeste pour songer plaire1 elle ne tient compte aux hommes que de leur mrite1 et ne croit avoir que des amis4 ,pleine de vivacits et capable de sentiments1 elle surprend et elle intresse2 et sans rien ignorer de ce qui peut entrer de plus dlicat et de plus fin dans les conversations1 elle a encore ces saillies heureuses qui entre autres plaisirs qu'elles font1 dispensent toujours de la rplique4 ,elle vous parle comme celle qui n'est pas savante1 qui doute et qui cherche s'claircir2 et elle vous coute comme celle qui sait beaucoup1 qui connat le prix de ce que vous lui dites1 et auprs de qui vous ne perdez rien de ce qui vous chappe4 ,loin de s'appliquer vous contredire avec esprit1 et d'imiter ,elvire1 qui aime mieux passer pour une femme vive que marquer du bon sens et de la justesse1 elle s'approprie vos sentiments1 elle les croit siens1 elle les tend1 elle les embellit3 vous tes content de vous d'avoir pens si bien1 et d'avoir mieux dit encore que vous n'aviez cru4 ,elle est toujours au-dessus de la vanit1 soit qu'elle parle1 soit qu'elle crive3 elle oublie les traits o il faut des raisons2 elle a dj compris que la simplicit est loquente4 ,s'il s'agit de servir quelqu'un et de vous jeter dans les mmes intrts1 laissant ,elvire les jolis discours et les belles-lettres1 qu'elle met tous usages1 ,arthnice n'emploie auprs de vous que la sincrit1 l'ardeur1 l'empressement et la persuasion4 ,ce qui domine en elle1 c'est le plaisir de la lecture1 avec le got des personnes de nom et de rputation1 moins pour en tre connue que pour les connatre4 ,on peut la louer d'avance de toute la sagesse qu'elle aura un jour1 et de tout le mrite qu'elle se prpare par les annes1 puisque avec une bonne conduite elle a de meilleures intentions1 des principes srs1 utiles celles qui sont comme elle exposes aux soins et la flatterie2 et qu'tant assez particulire sans pourtant tre farouche1 ayant mme un peu de penchant pour la retraite1 il ne lui saurait peut-tre manquer que les occasions1 ou ce qu'on appelle un grand thtre1 pour y faire briller toutes ses vertus4 #bi4 7,v7 ,une belle femme est aimable dans son naturel2 elle ne perd rien tre nglige1 et sans autre parure que celle qu'elle tire de sa beaut et de sa jeunesse4 ,une grce nave clate sur son visage1 anime ses moindres actions3 il y aurait moins de pril la voir avec tout l'attirail de l'ajustement et de la mode4 ,de mme un homme de bien est respectable par lui-mme1 et indpendamment de tous les dehors dont il voudrait s'aider pour rendre sa personne plus grave et sa vertu plus spcieuse4 ,un air rform1 une modestie outre1 la singularit de l'habit1 une ample calotte n'ajoutent rien la probit1 ne relvent pas le mrite2 ils le fardent1 et font peut-tre qu'il est moins pur et moins ingnu4 7,,vi7 ,une gravit trop tudie devient comique2 ce sont comme des extrmits qui se touchent et dont le milieu est dignit2 cela ne s'appelle pas tre grave1 mais en jouer le personnage2 celui qui songe le devenir ne le sera jamais3 ou la gravit n'est point1 ou elle est naturelle2 et il est moins difficile d'en descendre que d'y monter4 #cj 7,,vi7 ,un homme de talent et de rputation1 s'il est chagrin et austre1 il effarouche les jeunes gens1 les fait penser mal de la vertu1 et la leur rend suspecte d'une trop grande rforme et d'une pratique trop ennuyeuse4 ,s'il est au contraire d'un bon commerce1 il leur est une leon utile2 il leur apprend qu'on peut vivre gaiement et laborieusement1 avoir des vues srieuses sans renoncer aux plaisirs honntes2 il leur devient un exemple qu'on peut suivre4 #ca 7,,iv7 ,la physionomie n'est pas une rgle qui nous soit donne pour juger des hommes3 elle nous peut servir de conjecture4 #cb 7,,iv7 ,l'air spirituel est dans les hommes ce que la rgularit des traits est dans les femmes3 c'est le genre de beaut o les plus vains puissent aspirer4 #cc 7,,iv7 ,un homme qui a beaucoup de mrite et d'esprit2 et qui est connu pour tel1 n'est pas laid1 mme avec des traits qui sont difformes2 ou s'il a de la laideur1 elle ne fait pas son impression4 #cd 7,,vii7 ,combien d'art pour rentrer dans la nature6 combien de temps1 de rgles1 d'attention et de travail pour danser avec la mme libert et la mme grce que l'on sait marcher2 pour chanter comme on parle2 parler et s'exprimer comme l'on pense2 jeter autant de force1 de vivacit1 de passion et de persuasion dans un discours tudi et que l'on prononce dans le public1 qu'on en a quelquefois naturellement et sans prparation dans les entretiens les plus familiers6 #ce 7,i7 ,ceux qui1 sans nous connatre assez1 pensent mal de nous1 ne nous font pas de tort3 ce n'est pas nous qu'ils attaquent1 c'est le fantme de leur imagination4 #cf 7,i7 ,il y a de petites rgles1 des devoirs1 des biensances attachs aux lieux1 aux temps1 aux personnes1 qui ne se devinent point force d'esprit1 et que l'usage apprend sans nulle peine3 juger des hommes par les fautes qui leur chappent en ce genre avant qu'ils soient assez instruits1 c'est en juger par leurs ongles ou par la pointe de leurs cheveux2 c'est vouloir un jour tre dtromp4 #cg 7,,vi7 ,je ne sais s'il est permis de juger des hommes par une faute qui est unique1 et si un besoin extrme2 ou une violente passion1 ou un premier mouvement tirent consquence4 #ch 7,,iv7 ,le contraire des bruits qui courent des affaires ou des personnes est souvent la vrit4 #ci 7,,iv7 ,sans une grande raideur et une continuelle attention toutes ses paroles1 on est expos dire en moins d'une heure le oui ou le non sur une mme chose ou sur une mme personne1 dtermin seulement par un esprit de socit et de commerce qui entrane naturellement ne pas contredire celui-ci et celui-l qui en parlent diffremment4 #dj 7,,viii7 ,un homme partial est expos de petites mortifications2 car comme il est galement impossible que ceux qu'il favorise soient toujours heureux ou sages1 et que ceux contre qui il se dclare soient toujours en faute ou malheureux1 il nat de l qu'il lui arrive souvent de perdre contenance dans le public1 ou par le mauvais succs de ses amis1 ou par une nouvelle gloire qu'acquirent ceux qu'il n'aime point4 #da 7,,iv7 ,un homme sujet se laisser prvenir1 s'il ose remplir une dignit ou sculire ou ecclsiastique1 est un aveugle qui veut peindre1 un muet qui s'est charg d'une harangue1 un sourd qui juge d'une symphonie3 faibles images1 et qui n'expriment qu'imparfaitement la misre de la prvention4 ,il faut ajouter qu'elle est un mal dsespr1 incurable1 qui infecte tous ceux qui s'approchent du malade1 qui fait dserter les gaux1 les infrieurs1 les parents1 les amis1 jusqu'aux mdecins3 ils sont bien loigns de le gurir1 s'ils ne peuvent le faire convenir de sa maladie1 ni des remdes1 qui seraient d'couter1 de douter1 de s'informer et de s'claircir4 ,les flatteurs1 les fourbes1 les calomniateurs1 ceux qui ne dlient leur langue que pour le mensonge et l'intrt1 sont les charlatans en qui il se confie1 et qui lui font avaler tout ce qui leur plat3 ce sont eux aussi qui l'empoisonnent et qui le tuent4 #db 7,i7 ,la rgle de ,descartes1 qui ne veut pas qu'on dcide sur les moindres vrits avant qu'elles soient connues clairement et distinctement1 est assez belle et assez juste pour devoir s'tendre au jugement que l'on fait des personnes4 #dc 7,i7 ,rien ne nous venge mieux des mauvais jugements que les hommes font de notre esprit1 de nos moeurs et de nos manires1 que l'indignit et le mauvais caractre de ceux qu'ils approuvent4 ,du mme fonds dont on nglige un homme de mrite1 l'on sait encore admirer un sot4 #dd 7,i7 ,un sot est celui qui n'a pas mme ce qu'il faut d'esprit pour tre fat4 #de 7,i7 ,un fat est celui que les sots croient un homme de mrite4 #df 7,,iv7 ,l'impertinent est un fat outr4 ,le fat lasse1 ennuie1 dgote1 rebute2 l'impertinent rebute1 aigrit1 irrite1 offense3 il commence o l'autre finit4 ,le fat est entre l'impertinent et le sot3 il est compos de l'un et de l'autre4 #dg 7,,vii7 ,les vices partent d'une dpravation du coeur2 les dfauts1 d'un vice de temprament2 le ridicule1 d'un dfaut d'esprit4 7,,iv7 ,l'homme ridicule est celui qui1 tant qu'il demeure tel1 a les apparences du sot4 7,,iv7 ,le sot ne se tire jamais du ridicule1 c'est son caractre2 l'on y entre quelquefois avec de l'esprit1 mais l'on en sort4 7,,vii7 ,un erreur de fait jette un homme sage dans le ridicule4 7,,iv7 ,la sottise est dans le sot1 la fatuit dans le fat1 et l'impertinence dans l'impertinent2 il semble que le ridicule rside tantt dans celui qui en effet est ridicule2 et tantt dans l'imagination de ceux qui croient voir le ridicule o il n'est point et ne peut tre4 #dh 7,,iv7 ,la grossiret1 la rusticit1 la brutalit peuvent tre les vices d'un homme d'esprit4 #di 7,,iv7 ,le stupide est un sot qui ne parle point1 en cela plus supportable que le sot qui parle4 #ej 7,,viii7 ,la mme chose souvent est1 dans la bouche d'un homme d'esprit1 une navet ou un bon mot1 et dans celle d'un sot1 une sottise4 #ea 7,,iv7 ,si le fat pouvait craindre de mal parler1 il sortirait de son caractre4 #eb 7,,iv7 ,l'une des marques de la mdiocrit de l'esprit est de toujours conter4 #ec 7,,iv7 ,le sot est embarrass de sa personne2 le fat a l'air libre et assur2 l'impertinent passe l'effronterie3 le mrite a de la pudeur4 #ed 7,,viii7 ,le suffisant est celui en qui la pratique de certains dtails que l'on honore du nom d'affaires se trouve jointe une trs grande mdiocrit d'esprit4 ,un grain d'esprit et une once d'affaires plus qu'il n'en entre dans la composition du suffisant1 font l'important4 ,pendant qu'on ne fait que rire de l'important1 il n'a pas un autre nom2 ds qu'on s'en plaint1 c'est l'arrogant4 #ee 7,,vii7 ,l'honnte homme tient le milieu entre l'habile homme et l'homme de bien1 quoique dans une distance ingale de ces deux extrmes4 ,la distance qu'il y a de l'honnte1 homme l'habile homme s'affaiblit de jour autre1 et est sur le point de disparatre4 ,l'habile homme est celui qui cache ses passions1 qui entend ses intrts1 qui y sacrifie beaucoup de choses1 qui a su acqurir du bien ou en conserver4 ,l'honnte homme est celui qui ne vole pas sur les grands chemins1 et qui ne tue personne1 dont les vices enfin ne sont pas scandaleux4 ,on connat assez qu'un homme de bien est honnte homme2 mais il est plaisant d'imaginer que tout honnte homme n'est pas homme de bien4 ,l'homme de bien est celui qui n'est ni un saint ni un dvot1 et qui s'est born n'avoir que de la vertu4 #ef 7,,iv7 ,talent1 got1 esprit1 bon sens1 choses diffrentes1 non incompatibles4 7,,iv7 ,entre le bon sens et le bon got il y a la diffrence de la cause son effet4 7,,vi7 ,entre esprit et talent il y a la proportion du tout sa partie4 7,,vi7 ,appellerai-je homme d'esprit celui qui1 born et renferm dans quelque art1 ou mme dans une certaine science qu'il exerce dans une grande perfection1 ne montre hors de l ni jugement1 ni mmoire1 ni vivacit1 ni moeurs1 ni conduite2 qui ne m'entend pas1 qui ne pense point1 qui s'nonce mal2 un musicien par exemple1 qui aprs m'avoir comme enchant par ses accords1 semble s'tre remis avec son luth dans un mme tui1 ou n'tre plus sans cet instrument qu'une machine dmonte1 qui il manque quelque chose1 et dont il n'est pas permis de rien attendre8 7,,vi7 ,que dirai-je encore de l'esprit du jeu8 pourrait-on me le dfinir8 ,ne faut-il ni prvoyance1 ni finesse1 ni habilet pour jouer l'hombre ou les checs8 et s'il en faut1 pourquoi voit-on des imbciles qui y excellent1 et de trs beaux gnies qui n'ont pu mme atteindre la mdiocrit1 qui une pice ou une carte dans les mains trouble la vue1 et fait perdre contenance8 7,,vi7 ,il y a dans le monde quelque chose1 s'il se peut1 de plus incomprhensible4 ,un homme parat grossier1 lourd1 stupide2 il ne sait pas parler1 ni raconter ce qu'il vient de voir3 s'il se met crire1 c'est le modle des bons contes2 il fait parler les animaux1 les arbres1 les pierres1 tout ce qui ne parle point3 ce n'est que lgret1 qu'lgance1 que beau naturel1 et que dlicatesse dans ses ouvrages4 7,,vi7 ,un autre est simple1 timide1 d'une ennuyeuse conversation2 il prend un mot pour un autre1 et il ne juge de la bont de sa pice que par l'argent qui lui en revient2 il ne sait pas la rciter1 ni lire son criture4 ,laissez-le s'lever par la composition3 il n'est pas au-dessous d',auguste1 de ,pompe1 de ,nicomde1 d',heraclius2 il est roi1 et un grand roi2 il est politique1 il est philosophe2 il entreprend de faire parler des hros1 de les faire agir2 il peint les ,romains2 ils sont plus grands et plus ,romains dans ses vers que dans leur histoire4 7,,vi7 ,voulez-vous quelque autre prodige8 ,concevez un homme facile1 doux1 complaisant1 traitable1 et tout d'un coup violent1 colre1 fougueux1 capricieux4 ,imaginez-vous un homme simple1 ingnu1 crdule1 badin1 volage1 un enfant en cheveux gris2 mais permettez-lui de se recueillir1 ou plutt de se livrer un gnie qui agit en lui1 j'ose dire1 sans qu'il y prenne part et comme son insu3 quelle verve6 quelle lvation6 quelles images6 quelle latinit6 --,parlez-vous d'une mme personne8 me direz-vous4 --,oui1 du mme1 de ,thodas1 et de lui seul4 ,il crie1 il s'agite1 il se roule terre1 il se relve1 il tonne1 il clate2 et du milieu de cette tempte il sort une lumire qui brille et qui rjouit4 ,disons-le sans figure3 il parle comme un fou1 et pense comme un homme sage2 il dit ridiculement des choses vraies1 et follement des choses senses et raisonnables2 on est surpris de voir natre et clore le bon sens du sein de la bouffonnerie1 parmi les grimaces et les contorsions4 ,qu'ajouterai-je davantage8 ,il dit et il fait mieux qu'il ne sait2 ce sont en lui comme deux mes qui ne se connaissent point1 qui ne dpendent point l'une de l'autre1 qui ont chacune leur tour1 ou leurs fonctions toutes spares4 ,il manquerait un trait cette peinture si surprenante1 si j'oubliais de dire qu'il est tout la fois avide et insatiable de louanges1 prt de se jeter aux yeux de ses critiques1 et dans le fond assez docile pour profiter de leur censure4 ,je commence me persuader moi-mme que j'ai fait le portrait de deux personnages tout diffrents4 ,il ne serait pas mme impossible d'en trouver un troisime dans ,thodas2 car il est bon homme1 il est plaisant homme1 et il est excellent homme4 #eg 7,i7 ,aprs l'esprit de discernement1 ce qu'il y a au monde de plus rare1 ce sont les diamants et les perles4 #eh 7,i7 ,tel1 connu dans le monde par de grands talents honor et chri partout o il se trouve1 est petit dans son domestique et aux yeux de ses proches1 qu'il n'a pu rduire l'estimer2 tel autre1 au contraire1 prophte dans son pays1 jouit d'une vogue qu'il a parmi les siens et qui est resserre dans l'enceinte de sa maison1 s'applaudit d'un mrite rare et singulier1 qui lui est accord par sa famille dont il est l'idole1 mais qu'il laisse chez soi toutes les fois qu'il sort1 et qu'il ne porte nulle part4 #ei 7,i7 ,tout le monde s'lve contre un homme qui entre en rputation3 peine ceux qu'il croit ses amis lui pardonnent-ils un mrite naissant et une premire vogue qui semble l'associer la gloire dont ils sont dj en possession2 l'on ne se rend qu' l'extrmit1 et aprs que le ,prince s'est dclar par les rcompenses3 tous alors se rapprochent de lui1 et de ce jour-l seulement il prend son rang d'homme de mrite4 #fj 7,,viii7 ,nous affectons souvent de louer avec exagration des hommes assez mdiocres1 et de les lever1 s'il se pouvait1 jusqu' la hauteur de ceux qui excellent1 ou parce que nous somme las d'admirer toujours les mmes personnes1 ou parce que leur gloire1 ainsi partage1 offense moins notre vue1 et nous devient plus douce et plus supportable4 #fa 7,,vii7 ,l'on voit des hommes que le vent de la faveur pousse d'abord pleines voiles2 ils perdent en un moment la terre de vue1 et font leur route3 tout leur rit1 tout leur succde2 action1 ouvrage1 tout est combl d'loges et de rcompenses2 ils ne se montrent que pour tre embrasss et flicits4 ,il y a un rocher immobile qui s'lve sur une cte2 les flots se brisent au pied2 la puissance1 les richesses1 la violence1 la flatterie1 l'autorit1 la faveur1 tous les vents ne l'branlent pas3 c'est le public1 o ces gens chouent4 #fb 7,i7 ,il est ordinaire et comme naturel de juger du travail d'autrui seulement par rapport celui qui nous occupe4 ,ainsi le pote1 rempli de grandes et sublimes ides1 estime peu le discours de l'orateur1 qui ne s'exerce souvent que sur de simples faits2 et celui qui crit l'histoire de son pays ne peut comprendre qu'un esprit raisonnable emploie sa vie imaginer des fictions et trouver une rime2 de mme le bachelier plong dans les quatre premiers sicles1 traite toute autre doctrine de science triste1 vaine et inutile1 pendant qu'il est peut-tre mpris du gomtre4 #fc 7,,iv7 ,tel a assez d'esprit pour exceller dans une certaine matire et en faire des leons1 qui en manque pour voir qu'il doit se taire sur quelque autre dont il n'a qu'une faible connaissance3 il sort hardiment des limites de son gnie1 mais il s'gare1 et fait que l'homme illustre parle comme un sot4 #fd 7,v7 ,hrille1 soit qu'il parle1 qu'il harangue ou qu'il crive1 veut citer3 il fait dire au ,prince des philosophes que le vin enivre1 et l',orateur romain que l'eau le tempre4 ,s'il se jette dans la morale1 ce n'est pas lui1 c'est le divin ,platon qui assure que la vertu est aimable1 le vice odieux2 ou que l'un et l'autre se tournent en habitude4 ,les choses les plus communes1 les plus triviales1 et qu'il est mme capable de penser1 il veut les devoir aux anciens1 aux ,latins1 aux ,grecs2 ce n'est ni pour donner plus d'autorit ce qu'il dit1 ni peut-tre pour se faire honneur de ce qu'il sait3 il veut citer4 #fe 7,v7 ,c'est souvent hasarder un bon mot et vouloir le perdre que de le donner pour sien3 il n'est pas relev1 il tombe avec des gens d'esprit ou qui se croient tels1 qui ne l'ont pas dit1 et qui devaient le dire4 ,c'est au contraire le faire valoir que de le rapporter comme d'un autre3 ce n'est qu'un fait1 et qu'on ne se croit pas oblig de savoir2 il est dit avec plus d'insinuation et reu avec moins de jalousie2 personne n'en souffre3 on rit s'il faut rire1 et s'il faut admirer1 on admire4 #ff 7,,iv7 ,on a dit de ,socrate qu'il tait en dlire1 et que c'tait un fou tout plein d'esprit2 mais ceux des ,grecs qui parlaient ainsi d'un homme si sage passaient pour fous4 ,ils disaient3 ,quels bizarres portraits nous fait ce philosophe6 quels moeurs tranges et particulires ne dcrit-il point6 o a-t-il rv1 creus1 rassembl des ides si extraordinaires8 quelles couleurs6 quel pinceau6 ce sont des chimres4 ,ils se trompaient3 c'taient des monstres1 c'taient des vices1 mais peints au naturel2 on croyait les voir1 ils faisaient peur4 ,socrate s'loignait du cynique2 il pargnait les personnes1 et blmait les moeurs qui taient mauvaises4 #fg 7,,iv7 ,celui qui est riche par son savoir-faire connat un philosophe1 ses prceptes1 sa morale et sa conduite1 et n'imaginant pas dans tous les hommes une autre fin de toutes leurs actions que celle qu'il s'est propose lui-mme toute sa vie1 dit en son coeur3 ,je le plains1 je le tiens chou1 ce rigide censeur2 il s'gare1 et il est hors de route2 ce n'est pas ainsi qu'on prend le vent et que l'on arrive au dlicieux port de la fortune2 et selon ses principes il raisonne juste4 7,,iv7 ,je pardonne1 dit ,antisthius1 ceux que j'ai lous dans mon ouvrage s'ils m'oublient3 qu'ai-je fait pour eux8 ils taient louables4 ,je le pardonnerais moins tous ceux dont j'ai attaqu les vices sans toucher leurs personnes1 s'ils me devaient un aussi grand bien que celui d'tre corrigs2 mais comme c'est un vnement qu'on ne voit point1 il suit de l que ni les uns ni les autres ne sont tenus de me faire du bien4 7,v7 ,l'on peut1 ajoute ce philosophe1 envier ou refuser me crits leur rcompense3 on ne saurait en diminuer la rputation2 et si on le fait1 qui m'empchera de le mpriser84 #fh 7,v7 ,il est bon d'tre philosophe1 il n'est gure utile de passer pour tel4 ,il n'est pas permis de traiter quelqu'un de philosophe3 ce sera toujours lui dire une injure1 jusqu' ce qu'il ait plu aux hommes d'en ordonner autrement1 et1 en restituant un si beau nom son ide propre et convenable1 de lui concilier toute l'estime qui lui est due4 #fi 7,,vi7 ,il y a une philosophie qui nous lve au-dessus de l'ambition et de la fortune1 qui nous gale1 que dis-je8 qui nous place plus haut que les riches1 que les grands et que les puissants2 qui nous fait ngliger les postes et ceux qui les procurent2 qui nous exempte de dsirer1 de demander1 de prier1 de solliciter1 d'importuner1 et qui nous sauve mme l'motion et l'excessive joie d'tre exaucs4 ,il y a une autre philosophie qui nous soumet et nous assujettit toutes ces choses en faveur de nos proches ou de nos amis3 c'est la meilleure4 #gj 7,,iv7 ,c'est abrger et s'pargner mille discours1 que de penser de certaines gens qu'ils sont incapables de parler juste1 et de condamner ce qu'ils disent1 ce qu'ils ont dit1 et ce qu'ils diront4 #ga 7,i7 ,nous n'approuvons les autres que par les rapports que nous sentons qu'ils ont avec nous-mmes2 et il semble qu'estimer quelqu'un1 c'est l'galer soi4 #gb 7,,iv7 ,les mmes dfauts1 qui dans les autres sont lourds et insupportables sont chez nous comme dans leur centre2 ils ne psent plus1 on ne les sent pas4 ,tel parle d'un autre et en fait un portrait affreux1 qui ne voit pas qu'il se peint lui-mme4 ,rien ne nous corrigerait plus promptement de nos dfauts que si nous tions capables de les avouer et de les reconnatre dans les autres3 c'est dans cette juste distance que1 nous paraissant tels qu'ils sont1 ils se feraient har autant qu'ils le mritent4 #gc 7,,iv7 ,la sage conduite roule sur deux pivots1 le pass et l'avenir4 ,celui qui a la mmoire fidle et une grande prvoyance est hors du pril de censurer dans les autres ce qu'il a peut-tre fait lui-mme1 ou de condamner une action dans un pareil cas1 et dans toutes les circonstances o elle lui sera un jour invitable4 #gd 7,,vi7 ,le guerrier et le politique1 non plus que le joueur habile1 ne font pas le hasard1 mais ils le prparent1 ils l'attirent1 et semblent presque le dterminer4 ,non seulement ils savent ce que le sot et le poltron ignorent1 je veux dire se servir du hasard quand il arrive2 ils savent mme profiter1 par leurs prcautions et leurs mesures1 d'un tel ou d'un tel hasard1 ou de plusieurs tout la fois4 ,si ce point arrive1 ils gagnent2 si c'est cet autre1 ils gagnent encore2 un mme point souvent les fait gagner de plusieurs manires4 ,ces hommes sages peuvent tre lous de leur bonne fortune comme de leur bonne conduite1 et le hasard doit tre rcompens en eux comme la vertu4 #ge 7,,viii7 ,je ne mets au-dessus d'un grand politique que celui qui nglige de le devenir1 et qui se persuade de plus en plus que le monde ne mrite point qu'on s'en occupe4 #gf 7,v7 ,il y a dans les meilleurs conseils de quoi dplaire4 ,ils viennent d'ailleurs que de notre esprit3 c'est assez pour tre rejets d'abord par prsomption et par humeur1 et suivis seulement par ncessit ou par rflexion4 #gg 7,i7 ,quel bonheur surprenant a accompagn ce favori pendant tout le cours de sa vie1 quelle autre fortune mieux soutenue1 sans interruption1 sans la moindre disgrce8 les premiers postes1 l'oreille du ,prince1 d'immenses trsors1 une sant parfaite1 et une mort douce4 ,mais quel trange compte rendre d'une vie passe dans la faveur1 des conseils que l'on a donns1 de ceux qu'on a nglig de donner ou de suivre1 des biens que l'on n'a point faits1 des maux au contraire que l'on a faits ou par soi-mme ou par les autres2 en un mot1 de toute sa prosprit6 #gh 7,,iv7 ,l'on gagne mourir d'tre lou de ceux qui nous survivent1 souvent sans autre mrite que celui de n'tre plus3 le mme loge sert alors pour ,caton et pour ,pison4 ,le bruit court que ,pison est mort3 c'est une grande perte2 c'tait un homme de bien1 et qui mritait une plus longue vie2 il avait de l'esprit et de l'agrment1 de la fermet et du courage2 il tait sr1 gnreux1 fidle4 ,ajoutez3 pourvu qu'il soit mort4 #gi 7,,iv7 ,la manire dont on se rcrie sur quelques-uns qui se distinguent par la bonne foi1 le dsintressement et la probit1 n'est pas tant leur loge que le dcrditement du genre humain4 #hj 7,,vii7 ,tel soulage les misrables1 qui nglige sa famille et laisse son fils dans l'indigence2 un autre lve un nouvel difice1 qui n'a pas encore pay les plombs d'une maison qui est acheve depuis dix annes2 un troisime fait des prsents et des largesses1 et ruine ses cranciers4 ,je demande3 la piti1 la libralit1 la magnificence1 sont-ce les vertus d'un homme injuste8 ou plutt si la bizarrerie et la vanit ne sont pas les causes de l'injustice4 #ha 7,,viii7 ,une circonstance essentielle la justice que l'on doit aux autres1 c'est de la faire promptement et sans diffrer3 la faire attendre1 c'est injustice4 ,ceux-l font bien1 ou font ce qu'ils doivent1 qui font ce qu'ils doivent4 ,celui qui dans toute sa conduite laisse longtemps dire de soi qu'il fera bien1 fait trs mal4 #hb 7,,vii7 ,l'on dit d'un grand qui tient table deux fois le jour1 et qui passe sa vie faire digestion1 qu'il meurt de faim1 pour exprimer qu'il n'est pas riche1 ou que ses affaires sont fort mauvaises3 c'est une figure2 on le dirait plus la lettre de ses cranciers4 #hc 7,,iv7 ,l'honntet1 les gards et la politesse des personnes avances en ge de l'un et l'autre sexe me donnent bonne opinion de ce qu'on appelle le vieux temps4 #hd 7,i7 ,c'est un excs de confiance dans les parents d'esprer tout de la bonne ducation de leurs enfants1 et une grande erreur de n'en attendre rien et de la ngliger4 #he 7,,iv7 ,quand il serait vrai1 ce que plusieurs disent1 que l'ducation ne donne point l'homme un autre coeur ni une autre complexion1 qu'elle ne change rien dans son fond et ne touche qu'aux superficies1 je ne laisserais pas de dire qu'elle ne lui est pas inutile4 #hf 7,,iv7 ,il n'y a que de l'avantage pour celui qui parle peu3 la prsomption est qu'il a de l'esprit2 et s'il est vrai qu'il n'en manque pas1 la prsomption est qu'il l'a excellent4 #hg 7,v7 ,ne songer qu' soi et au prsent1 source d'erreur dans la politique4 #hh 7,,iv7 ,le plus grand malheur1 aprs celui d'tre convaincu d'un crime1 est souvent d'avoir eu s'en justifier4 ,tels arrts nous dchargent et nous renvoient absous1 qui sont infirms par la voix du peuple4 #hi 7,i7 ,un homme est fidle de certaines pratiques de religion1 on le voit s'en acquitter avec exactitude3 personne ne le loue ni ne le dsapprouve2 on n'y pense pas4 ,tel autre y revient aprs les avoir ngliges dix annes entires3 on se rcrie1 on l'exalte2 cela est libre3 moi1 je le blme d'un si long oubli de ses devoirs1 et je le trouve heureux d'y tre rentr4 #ij 7,,iv7 ,le flatteur n'a pas assez bonne opinion de soi ni des autres4 #ia 7,,iv7 ,tels sont oublis dans la distribution des grces1 et font dire d'eux3 ,pourquoi les oublier8 qui1 si l'on s'en tait souvenu1 auraient fait dire3 ,pourquoi s'en souvenir8 ,d'o vient cette contrarit8 ,est-ce du caractre de ces personnes1 ou de l'incertitude de nos jugements1 ou mme de tous les deux8 #ib 7,,vi7 ,l'on dit communment3 ,aprs un tel1 qui sera chancelier8 qui sera primat des ,gaules8 qui sera pape8 ,on va plus loin3 chacun1 selon ses souhaits ou son caprice1 fait sa promotion1 qui est souvent de gens plus vieux et plus caducs que celui qui est en place2 et comme il n'y a pas de raison qu'une dignit tue celui qui s'en trouve revtu1 qu'elle sert au contraire le rajeunir1 et donner au corps et l'esprit de nouvelles ressources1 ce n'est pas un vnement fort rare un titulaire d'enterrer son successeur4 #ic 7,v7 ,la disgrce teint les haines et les jalousies4 ,celui-l peut bien faire1 qui ne nous aigrit plus par une grande faveur3 il n'y a aucun mrite1 il n'y a sorte de vertus qu'on ne lui pardonne2 il serait un hros impunment4 ,rien n'est bien d'un homme disgraci3 vertus1 mrite1 tout est ddaign1 ou mal expliqu1 ou imput vice2 qu'il ait un grand coeur1 qu'il ne craigne ni le fer ni le feu1 qu'il aille d'aussi bonne grce l'ennemi que ,bayard et ,montrevel1 c'est un bravache1 on en plaisante2 il n'a plus de quoi tre un hros4 ,je me contredis1 il est vrai3 accusez-en les hommes1 dont je ne fais que rapporter les jugements2 je ne dis pas de diffrents hommes1 je dis les mmes1 qui jugent si diffremment4 #id 7,,vi7 ,il ne faut pas vingt annes accomplies pour voir changer les hommes d'opinion sur les choses les plus srieuses1 comme sur celles qui leur ont paru les plus sres et les plus vraies4 ,je ne hasarderai pas d'avancer que le feu en soi1 et indpendamment de nos sensations1 n'a aucune chaleur1 c'est--dire rien de semblable ce que nous prouvons en nous-mmes son approche1 de peur que quelque jour il ne devienne aussi chaud qu'il a jamais t4 ,j'assurerai aussi peu qu'une ligne droite tombant sur une autre ligne droite fait deux angles droits1 ou gaux deux droits1 de peur que les hommes venant y dcouvrir quelque chose de plus ou de moins1 je ne sois raill de ma proposition4 ,aussi dans un autre genre1 je dirai peine avec toute la ,france3 ,vauban est infaillible1 on n'en appelle point3 qui me garantirait que dans peu de temps on n'insinuera pas que mme sur le sige1 qui est son fort et o il dcide souverainement1 il erre quelquefois1 sujet aux fautes comme ,antiphile8 #ie 7,,iv7 ,si vous en croyez des personnes aigries l'une contre l'autre et que la passion domine1 l'homme docte est un savantasse1 le magistrat un bourgeois ou un praticien1 le financier un malttier1 et le gentilhomme un gentilltre2 mais il est trange que de si mauvais noms1 que la colre et la haine ont su inventer1 deviennent familiers1 et que le ddain1 tout froid et tout paisible qu'il est1 ose s'en servir4 #if 7,,iv7 ,vous vous agitez1 vous vous donnez un grand mouvement1 surtout lorsque les ennemis commencent fuir et que la victoire n'est plus douteuse1 ou devant une ville aprs qu'elle a capitul2 vous aimez1 dans un combat ou pendant un sige1 paratre en cent endroits pour n'tre nulle part1 prvenir les ordres du gnral de peur de les suivre1 et chercher les occasions plutt que de les attendre et les recevoir3 votre valeur serait-elle fausse8 #ig 7,,iv7 ,faites garder aux hommes quelque poste o ils puissent tre tus1 et o nanmoins ils ne soient pas tus3 ils aiment l'honneur et la vie4 #ih 7,,vii7 voir comme les hommes aiment la vie1 pouvait-on souponner qu'ils aimassent quelque autre chose plus que la vie8 et que la gloire1 qu'ils prfrent la vie1 ne ft souvent qu'une certaine opinion d'eux-mmes tablie dans l'esprit de mille gens ou qu'ils ne connaissent point ou qu'ils n'estiment point8 #ii 7,,vii7 ,ceux qui1 ni guerriers ni courtisans1 vont la guerre et suivent la cour1 qui ne font pas un sige1 mais qui y assistent1 ont bientt puis leur curiosit sur une place de guerre1 quelque surprenante qu'elle soit1 sur la tranche1 sur l'effet des bombes et du canon1 sur les coups de main1 comme sur l'ordre et le succs d'une attaque qu'ils entrevoient4 ,la rsistance continue1 les pluies surviennent1 les fatigues croissent1 on plonge dans la fange1 on a combattre les saisons et l'ennemi1 on peut tre forc dans ses lignes et enferm entre une ville et une arme3 quelles extrmits6 ,on perd courage1 on murmure4 ,est-ce un si grand inconvnient que de lever un sige8 ,le salut de l'tat dpend-il d'une citadelle de plus ou de moins8 ,ne faut-il pas1 ajoutent-ils1 flchir sous les ordres du ,ciel1 qui semble se dclarer contre nous1 et remettre la partie un autre temps8 ,alors ils ne comprennent plus la fermet1 et s'ils osaient dire1 l'opinitret du gnral1 qui se raidit contre les obstacles1 qui s'anime par la difficult de l'entreprise1 qui veille la nuit et s'expose le jour pour la conduire sa fin4 ,a-t-on capitul1 ces hommes si dcourags relvent l'importance de cette conqute1 en prdisent les suites1 exagrent la ncessit qu'il y avait de la faire1 le pril et la honte qui suivaient de s'en dsister1 prouvent que l'arme qui nous couvrait des ennemis tait invincible4 ,ils reviennent avec la cour1 passent par les villes et les bourgades2 fiers d'tre regards de la bourgeoisie qui est aux fentres1 comme ceux mmes qui ont pris la place1 ils en triomphent par les chemins1 ils se croient braves4 ,revenus chez eux1 ils vous tourdissent de flancs1 de redans1 de ravelins1 de fausse-braie1 de courtines et de chemin couvert2 ils rendent compte des endroits o l'envie de voir les a ports1 et o il ne laissait pas d'y avoir du pril1 des hasards qu'ils ont courus leur retour d'tre pris ou tus par l'ennemi3 ils taisent seulement qu'ils ont eu peur4 #ajj 7,,iv7 ,c'est le plus petit inconvnient du monde que de demeurer court dans un sermon ou dans une harangue3 il laisse l'orateur ce qu'il a d'esprit1 de bon sens1 d'imagination1 de moeurs et de doctrine2 il ne lui te rien2 mais on ne laisse pas de s'tonner que les hommes1 ayant voulu une fois y attacher une espce de honte et de ridicule1 s'exposent par de longs et souvent d'inutiles discours1 en courir tout le risque4 #aja 7,,iv7 ,ceux qui emploient mal leur temps sont les premiers se plaindre de sa brivet3 comme ils le consument s'habiller1 manger1 dormir1 de sots discours1 se rsoudre sur ce qu'ils doivent faire1 et souvent ne rien faire1 ils en manquent pour leurs affaires ou pour leurs plaisirs2 ceux au contraire qui en font un meilleur usage en ont de reste4 ,il n'y a point de ministre si occup qui ne sache perdre chaque jour deux heures de temps3 cela va loin la fin d'une longue vie2 et si le mal est encore plus grand dans les autres conditions des hommes1 quelle perte infinie ne se fait pas dans le monde d'une chose si prcieuse1 et dont l'on se plaint qu'on n'a point assez6 #ajb 7,,iv7 ,il y a des cratures de ,dieu qu'on appelle des hommes qui ont une me qui est esprit1 dont toute la vie est occupe et toute l'attention est runie scier du marbre3 cela est bien simple1 c'est bien peu de chose4 ,il y en a d'autres qui s'en tonnent1 mais qui sont entirement inutiles1 et qui passent les jours ne rien faire3 c'est encore moins que de scier du marbre4 #ajc 7,v7 ,la plupart des hommes oublient si fort qu'ils ont une me1 et se rpandent en tant d'actions et d'exercices o il semble qu'elle est inutile1 que l'on croit parler avantageusement de quelqu'un en disant qu'il pense2 cet loge mme est devenu vulgaire1 qui pourtant ne met cet homme qu'au-dessus du chien ou du cheval4 #ajd 7,,iv7 quoi vous divertissez-vous8 quoi passez-vous le temps8 vous demandent les sots et les gens d'esprit4 ,si je rplique que c'est ouvrir les yeux et voir1 prter l'oreille et entendre1 voir la sant1 le repos1 la libert1 ce n'est rien dire4 ,les solides biens1 les grands biens1 les seuls biens ne sont pas compts1 ne se font pas sentir4 ,jouez-vous8 masquez-vous8 il faut rpondre4 7,,vii7 ,est-ce un bien pour l'homme que la libert1 si elle peut tre trop grande et trop tendue1 telle enfin qu'elle ne serve qu' lui faire dsirer quelque chose1 qui est d'avoir moins de libert8 7,,vii7 ,la libert n'est pas oisivet2 c'est un usage libre du temps2 c'est le choix du travail et de l'exercice4 tre libre en un mot n'est pas ne rien faire1 c'est tre seul arbitre de ce qu'on fait ou de ce qu'on ne fait point4 ,quel bien en ce sens que la libert6 #aje 7,i7 ,csar n'tait point trop vieux pour penser la conqute de l'univers2 il n'avait point d'autre batitude se faire que le cours d'une belle vie1 et un grand nom aprs sa mort2 n fier1 ambitieux1 et se portant bien comme il faisait1 il ne pouvait mieux employer son temps qu' conqurir le monde4 ,alexandre tait bien jeune pour un dessein si srieux3 il est tonnant que dans ce premier ge les femmes ou le vin n'aient plus tt rompu son entreprise4 #ajf 7,i7 ,un jeune ,prince1 d'une race ,auguste4 ,l'amour et l'esprance des peuples4 ,donn du ciel pour prolonger la flicit de la terre4 ,plus grand que ses ,aeux4 ,fils d'un ,hros qui est son modle1 a dj montr l',univers par ses divines qualits1 et par une vertu anticipe1 que les enfants des ,hros sont plus proches de l'tre que les autres hommes4 #ajg 7,,iv7 ,si le monde dure seulement cent millions d'annes1 il est encore dans toute sa fracheur1 et ne fait presque que commencer2 nous-mmes nous touchons aux premiers hommes et aux patriarches1 et qui pourra ne nous pas confondre avec eux dans des sicles si reculs8 ,mais si l'on juge par le pass de l'avenir1 quelles choses nouvelles nous sont inconnues dans les arts1 dans les sciences1 dans la nature1 et j'ose dire dans l'histoire6 quelles dcouvertes ne fera-t-on point6 quelles diffrentes rvolutions ne doivent pas arriver sur toute la face de la terre1 dans les tats et dans les empires6 quelle ignorance est la ntre6 et quelle lgre exprience que celle de six ou sept mille ans6 #ajh 7,,iv7 ,il n'y a point de chemin trop long qui marche lentement et sans se presser3 il n'y a point d'avantages trop loigns qui s'y prpare par la patience4 #aji 7,,iv7 ,ne faire sa cour personne1 ni attendre de quelqu'un qu'il vous fasse la sienne1 douce situation1 ge d'or1 tat de l'homme le plus naturel6 #aaj 7,,vii7 ,le monde est pour ceux qui suivent les cours ou qui peuplent les villes2 la nature n'est que pour ceux qui habitent la campagne3 eux seuls vivent1 eux seuls du moins connaissent qu'ils vivent4 #aaa 7,,iv7 ,pourquoi me faire froid1 et vous plaindre de ce qui m'est chapp sur quelques jeunes gens qui peuplent les cours8 tes-vous vicieux1 ,thrasylle8 ,je ne le savais pas1 et vous me l'apprenez3 ce que je sais est que vous n'tes plus jeune4 ,et vous qui voulez tre offens personnellement de ce que j'ai dit de quelques grands1 ne criez-vous point de la blessure d'un autre8 tes-vous ddaigneux1 malfaisant1 mauvais plaisant1 flatteur1 hypocrite8 ,je l'ignorais1 et ne pensais pas vous3 j'ai parl des grands4 #aab 7,,iv7 ,l'esprit de modration et une certaine sagesse dans la conduite laissent les hommes dans l'obscurit3 il leur faut de grandes vertus pour tre connus et admirs1 ou peut-tre de grands vices4 #aac 7,,iv7 ,les hommes1 sur la conduite des grands et des petits indiffremment1 sont prvenus1 charms1 enlevs par la russite3 il s'en faut peu que le crime heureux ne soit lou comme la vertu mme1 et que le bonheur ne tienne lieu de toutes les vertus4 ,c'est un noir attentat1 c'est une sale et odieuse entreprise1 que celle que le succs ne saurait justifier4 #aad 7,,iv7 ,les hommes1 sduits par de belles apparences et de spcieux prtextes1 gotent aisment un projet d'ambition que quelques grands ont mdit2 ils en parlent avec intrt2 il leur plat mme par la hardiesse ou par la nouveaut que l'on lui impute2 ils y sont dj accoutums1 et n'en attendent que le succs1 lorsque1 venant au contraire avorter1 ils dcident avec confiance1 et sans nulle crainte de se tromper1 qu'il tait tmraire et ne pouvait russir4 #aae 7,,iv7 ,il y a de tels projets1 d'un si grand clat et d'une consquence si vaste1 qui font parler les hommes si longtemps1 qui font tant esprer ou tant craindre1 selon les divers intrts des peuples1 que toute la gloire et toute la fortune d'un homme y sont commises4 ,il ne peut pas avoir paru sur la scne avec un si bel appareil pour se retirer sans rien dire2 quelques affreux prils qu'il commence prvoir dans la suite de son entreprise1 il faut qu'il l'entame3 le moindre mal pour lui est de la manquer4 #aaf 7,,viii7 ,dans un mchant homme il n'y a pas de quoi faire un grand homme4 ,louez ses vues et ses projets1 admirez sa conduite1 exagrez son habilet se servir des moyens les plus propres et les plus courts pour parvenir ses fins3 si ses fins sont mauvaises1 la prudence n'y a aucune part2 et o manque la prudence1 trouvez la grandeur1 si vous le pouvez4 #aag 7,,vi7 ,un ennemi est mort qui tait la tte d'une arme formidable1 destine passer le ,rhin2 il savait la guerre1 et son exprience pouvait tre seconde de la fortune3 quels feux de joie a-t-on vus8 quelle fte publique8 ,il y a des hommes au contraire naturellement odieux2 et dont l'aversion devient populaire3 ce n'est point prcisment par les progrs qu'ils font1 ni par la crainte de ceux qu'ils peuvent faire1 que la voix du peuple clate leur mort1 et que tout tressaille1 jusqu'aux enfants1 ds que l'on murmure dans les places que la terre enfin en est dlivre4 #aah 7,v7 ,o temps6 moeurs6 s'crie ,hraclite1 malheureux sicle6 sicle rempli de mauvais exemples1 o la vertu souffre1 o le crime domine1 o il triomphe6 ,je veux tre un ,lycaon1 un ,aegiste2 l'occasion ne peut tre meilleure1 ni les conjonctures plus favorables1 si je dsire du moins de fleurir et de prosprer4 ,un homme dit3 ,je passerai la mer1 je dpouillerai mon pre de son patrimoine1 je le chasserai1 lui1 sa femme1 son hritier1 de ses terres et de ses tats1 et comme il l'a dit il l'a fait4 ,ce qu'il devait apprhender1 c'tait le ressentiment de plusieurs rois qu'il outrage en la personne d'un seul roi2 mais ils tiennent pour lui2 ils lui ont presque dit3 ,passez la mer1 dpouillez votre pre1 montrez tout l'univers qu'on peut chasser un roi de son royaume1 ainsi qu'un petit seigneur de son chteau1 ou un fermier de sa mtairie2 qu'il n'y ait plus de diffrence entre de simples particuliers et nous2 nous sommes las de ces distinctions3 apprenez au monde que ces peuples que ,dieu a mis sous nos pieds peuvent nous abandonner1 nous trahir1 nous livrer1 se livrer eux-mmes un tranger1 et qu'ils ont moins craindre de nous que nous d'eux et de leur puissance4 ,qui pourrait voir des choses si tristes avec des yeux secs et une me tranquille8 ,il n'y a point de charges qui n'aient leurs privilges2 il n'y a aucun titulaire qui ne parle1 qui ne plaide1 qui ne s'agite pour les dfendre3 la dignit royale seule n'a plus de privilges2 les rois eux-mmes y ont renonc4 ,un seul1 toujours bon et magnanime1 ouvre ses bras une famille malheureuse4 ,tous les autres se liguent comme pour se venger de lui1 et de l'appui qu'il donne une cause qui leur est commune4 ,l'esprit de pique et de jalousie prvaut chez eux l'intrt de l'honneur1 de la religion et de leur tat2 est-ce assez8 leur intrt personnel et domestique3 il y va1 je ne dis pas de leur lection1 mais de leur succession1 de leurs droits comme hrditaires2 enfin dans tous l'homme l'emporte sur le souverain4 ,un prince dlivrait l',europe1 se dlivrait lui-mme d'un fatal ennemi1 allait jouir de la gloire d'avoir dtruit un grand empire3 il la nglige pour une guerre douteuse4 ,ceux qui sont ns arbitres et mdiateurs temporisent2 et lorsqu'ils pourraient avoir dj employ utilement leur mdiation1 ils la promettent4 ,o ptres6 continue ,hraclite1 rustres qui habitez sous le chaume et dans les cabanes6 si les vnements ne vont point jusqu' vous1 si vous n'avez point le coeur perc par la malice des hommes1 si on ne parle plus d'hommes dans vos contres1 mais seulement de renards et de loups-cerviers1 recevez-moi parmi vous manger votre pain noir et boire l'eau de vos citernes4 #aai 7,,vi7 ,petits hommes1 hauts de six pieds1 tout au plus de sept1 qui vous enfermez aux foires comme gants et comme des pices rares dont il faut acheter la vue1 ds que vous allez jusques huit pieds2 qui vous donnez sans pudeur de la hautesse et de l'minence1 qui est tout ce que l'on pourrait accorder ces montagnes voisines du ciel et qui voient les nuages se former au-dessous d'elles2 espce d'animaux glorieux et superbes1 qui mprisez toute autre espce1 qui ne faites pas mme comparaison avec l'lphant et la baleine2 approchez1 hommes1 rpondez un peu ,dmocrite4 ,ne dites-vous pas en commun proverbe3 des loups ravissants1 des lions furieux1 malicieux comme un singe8 ,et vous autres1 qui tes-vous8 ,j'entends corner sans cesse mes oreilles3 ,l'homme est un animal raisonnable4 ,qui vous a pass cette dfinition8 sont-ce les loups1 les singes et les lions1 ou si vous vous l'tes accorde vous-mmes8 ,c'est dj une chose plaisante que vous donniez aux animaux1 vos confrres1 ce qu'il y a de pire1 pour prendre pour vous ce qu'il y a de meilleur4 ,laissez-les un peu se dfinir eux-mmes1 et vous verrez comme ils s'oublieront et comme vous serez traits4 ,je ne parle point1 hommes1 de vos lgrets1 de vos folies et de vos caprices1 qui vous mettent au-dessous de la taupe et de la tortue1 qui vont sagement leur petit train1 et qui suivent sans varier l'instinct de leur nature2 mais coutez-moi un moment4 ,vous dites d'un tiercelet de faucon qui est fort lger1 et qui fait une belle descente sur la perdrix3 ,voil un bon oiseau2 et d'un lvrier qui prend un livre corps corps3 ,c'est un bon lvrier4 ,je consens aussi que vous disiez d'un homme qui court le sanglier1 qui le met aux abois1 qui l'atteint et qui le perce3 ,voil un brave homme4,mais si vous voyez deux chiens qui s'aboient1 qui s'affrontent1 qui se mordent et se dchirent1 vous dites3 ,voil de sots animaux2 et vous prenez un bton pour les sparer4 ,que si l'on vous disait que tous les chats d'un grand pays se sont assembls par milliers dans une plaine1 et qu'aprs avoir miaul tout leur sol1 ils se sont jets avec fureur les uns sur les autres1 et ont jou ensemble de la dent et de la griffe2 que de cette mle il est demeur de part et d'autre neuf dix mille chats sur la place1 qui ont infect l'air dix lieues de l par leur puanteur1 ne diriez-vous pas3 ,voil le plus abominable sabbat dont on ait jamais ou parler8 ,et si les loups en faisaient de mme3 ,quels hurlements6 quelle boucherie6 ,et si les uns ou les autres vous disaient qu'ils aiment la gloire1 concluriez-vous de ce discours qu'ils la mettent se trouver ce beau rendez-vous1 dtruire ainsi et anantir leur propre espce8 ou aprs l'avoir conclu1 ne ririez-vous pas de tout votre coeur de l'ingnuit de ces pauvres btes8 ,vous avez dj1 en animaux raisonnables1 et pour vous1 distinguer de ceux qui ne se servent que de leurs dents et de leurs ongles1 imagin les lances1 les piques1 les dards1 les sabres et les cimeterres1 et mon gr fort judicieusement2 car avec vos seules mains que vous pouviez-vous vous faire les uns aux autres1 que vous arracher les cheveux1 vous gratigner au visage1 ou tout au plus vous arracher les yeux de la tte8 au lieu que vous voil munis d'instruments commodes1 qui vous servent vous faire rciproquement de larges plaies d'o peut couler votre sang jusqu' la dernire goutte1 sans que vous puissiez craindre d'en chapper4 ,mais comme vous devenez d'anne autre plus raisonnables1 vous avez bien enchri sur cette vieille manire de vous exterminer3 vous avez de petits globes qui vous tuent tout d'un coup1 s'ils peuvent seulement vous atteindre la tte ou la poitrine2 vous en avez d'autres1 plus pesants et plus massifs1 qui vous coupent en deux parts ou qui vous ventrent1 sans compter ceux qui tombant sur vos toits1 enfoncent les planchers1 vont du grenier la cave1 en enlvent les votes1 et font sauter en l'air1 avec vos maisons1 vos femmes qui sont en couche1 l'enfant et la nourrice3 et c'est l encore o gt la gloire2 elle aime le remue-mnage1 et elle est personne d'un grand fracas4 ,vous avez d'ailleurs des armes dfensives1 et dans les bonnes rgles vous devez en guerre tre habills de fer1 ce qui est sans mentir une jolie parure1 et qui me fait souvenir de ces quatre puces clbres que montrait autrefois un charlatan1 subtil ouvrier1 dans une fiole o il avait trouv le secret de les faire vivre3 il leur avait mis chacune une salade en tte1 leur avait pass un corps de cuirasse1 mis des brassards1 des genouillres1 la lance sur la cuisse2 rien ne leur manquait1 et en cet quipage elles allaient par sauts et par bonds dans leur bouteille4 ,feignez un homme de la taille du mont ,athos1 pourquoi non8 une me serait-elle embarrasse d'animer un tel corps8 elle en serait plus au large3 si cet homme avait la vue assez subtile pour vous dcouvrir quelque part sur la terre avec vos armes offensives et dfensives1 que croyez-vous qu'il penserait de petits marmousets ainsi quips1 et de ce que vous appelez guerre1 cavalerie1 infanterie1 un mmorable sige1 une fameuse journe8 ,n'entendrai-je donc plus bourdonner d'autre chose parmi vous8 le monde ne se divise-t-il plus qu'en rgiments et en compagnies8 tout est-il devenu bataillon ou escadron8 ,il a pris une ville1 il en a pris une seconde1 puis une troisime2 il a gagn une bataille1 deux batailles2 il chasse l'ennemi1 il vainc sur mer1 il vainc sur terre3 est-ce de quelqu'un de vous autres1 est-ce d'un gant1 d'un ,athos1 que vous parlez8 ,vous avez surtout un homme ple et livide qui n'a pas sur soi dix onces de chair1 et que l'on croirait jeter terre du moindre souffle4 ,il fait nanmoins plus de bruit que quatre autres1 et met tout en combustion3 il vient de pcher en eau trouble une le tout entire2 ailleurs la vrit1 il est battu et poursuivi1 mais il se sauve par les marais1 et ne veut couter ni paix ni trve4 ,il a montr de bonne heure ce qu'il savait faire3 il a mordu le sein de sa nourrice2 elle en est morte1 la pauvre femme3 je m'entends1 il suffit4 ,en un mot il tait n sujet1 et il ne l'est plus2 au contraire il est le matre1 et ceux qu'il a dompts et mis sous le joug vont la charrue et labourent de bon courage3 ils semblent mme apprhender1 les bonnes gens1 de pouvoir se dlier un jour et de devenir libres1 car ils ont tendu la courroie et allong le fouet de celui qui les fait marcher2 ils n'oublient rien pour accrotre leur servitude2 ils lui font passer l'eau pour se faire d'autres vassaux et s'acqurir de nouveaux domaines3 il s'agit1 il est vrai1 de prendre son pre et sa mre par les paules et de les jeter hors de leur maison2 et ils l'aident dans une si honnte entreprise4 ,les gens de del l'eau et ceux d'en de se cotisent et mettent chacun du leur pour se le rendre eux tous de jour en jour plus redoutable3 les ,pictes et les ,saxons imposent silence aux ,bataves1 et ceux-ci aux ,pictes et aux ,saxons2 tous se peuvent vanter d'tre ses humbles esclaves1 et autant qu'ils le souhaitent4 ,mais qu'entends-je de certains personnages qui ont des couronnes1 je ne dis des comtes ou des marquis1 dont la terre fourmille1 mais des princes et des souverains8 ils viennent trouver cet homme ds qu'il a siffl1 ils se dcouvrent ds son antichambre1 et ils ne parlent que quand on les interroge4 ,sont-ce l ces mmes princes si pointilleux1 si formalistes sur leurs rangs et sur leurs prsances1 et qui consument pour les rgler les mois entiers dans une dite8 ,que fera ce nouvel archonte pour payer une si aveugle soumission1 et pour rpondre une si haute ide qu'on a de lui8 ,s'il se livre une bataille1 il doit la gagner1 et en personne2 si l'ennemi fait un sige1 il doit le lui faire lever1 et avec honte1 moins que tout l'ocan ne soit entre lui et l'ennemi3 il ne saurait moins faire en faveur de ses courtisans4 ,csar lui-mme ne doit-il pas venir en grossir le nombre8 il en attend du moins d'importants services2 car ou l'archonte chouera avec ses allis1 ce qui est plus difficile qu'impossible concevoir1 ou s'il russit et que rien ne lui rsiste1 le voil tout port1 avec ses allis jaloux de la religion et de la puissance de ,csar1 pour fondre sur lui1 pour lui enlever l'aigle1 et le rduire1 lui et son hritier1 la fasce d'argent et aux pays hrditaires4 ,enfin c'en est fait1 ils se sont tous livrs lui volontairement1 celui peut-tre de qui ils devaient se dfier davantage4 sope ne leur dirait-il pas3 ,la gent volatile d'une certaine contre prend l'alarme et s'effraye du voisinage du lion1 dont le seul rugissement lui fait peur3 elle se rfugie auprs de la bte qui lui fait parler d'accommodement et la prend sous sa protection1 qui se termine enfin les croquer tous l'un aprs l'autre4 ,de la mode #a 7,i7 ,une chose folle et qui dcouvre bien notre petitesse1 c'est l'assujettissement aux modes quand on l'tend ce qui concerne le got1 le vivre1 la sant et la conscience4 ,la viande noire est hors de mode1 et par cette raison insipide2 ce serait pcher contre la mode que de gurir de la fivre par la saigne4 ,de mme l'on ne mourait plus depuis longtemps par ,thotime2 ses tendres exhortations ne sauvaient plus que le peuple1 et ,thotime a vu son successeur4 #b 7,,vi7 ,la curiosit n'est pas un got pour ce qui est bon ou ce qui est beau1 mais pour ce qui est rare1 unique1 pour ce qu'on a et ce que les autres n'ont point4 ,ce n'est pas un attachement ce qui est parfait1 mais ce qui est couru1 ce qui est la mode4 ,ce n'est pas un amusement1 mais une passion1 et souvent si violente1 qu'elle ne cde l'amour et l'ambition que par la petitesse de son objet4 ,ce n'est pas une passion qu'on a gnralement pour les choses rares et qui ont cours1 mais qu'on a seulement pour une certaine chose1 qui est rare1 et pourtant la mode4 ,le fleuriste a un jardin dans un faubourg3 il y court au lever du soleil1 et il en revient son coucher4 ,vous le voyez plant1 et qui a pris racine au milieu de ses tulipes et devant la ,solitaire3 il ouvre de grands yeux1 il frotte ses mains1 il se baisse1 il la voit de plus prs1 il ne l'a jamais vue si belle1 il a le coeur panoui de joie2 il la quitte pour l',orientale1 de l il va la ,veuve1 il passe au ,drap d'or1 de celle-ci l',agathe1 d'o il revient enfin la ,solitaire1 o il se fixe1 o il se lasse1 o il s'assit1 o il oublie de dner3 aussi est-elle nuance1 borde1 huile1 pices emportes2 elle a un beau vase ou un beau calice3 il la contemple1 il l'admire4 ,dieu et la nature sont en tout cela ce qu'il n'admire point2 il ne va pas plus loin que l'oignon de sa tulipe1 qu'il ne livrerait pas pour mille cus1 et qu'il donnera pour rien quand les tulipes seront ngliges et que les oeillets auront prvalu4 ,cet homme raisonnable1 qui a une me1 qui a un culte et une religion1 revient chez soi fatigu1 affam1 mais fort content de sa journe3 il a vu des tulipes4 ,parlez cet autre de la richesse des moissons1 d'une ample rcolte1 d'une bonne vendange3 il est curieux de fruits2 vous n'articulez pas1 vous ne vous faites pas entendre4 ,parlez-lui de figues et de melons1 dites que les poiriers rompent de fruit cette anne1 que les pchers ont donn avec abondance2 c'est pour lui un idiome inconnu3 il s'attache aux seuls pruniers1 il ne vous rpond pas4 ,ne l'entretenez pas mme de vos pruniers3 il n'a de l'amour que pour une certaine espce1 toute autre que vous lui nommez le fait sourire et se moquer4 ,il vous mne l'arbre1 cueille artistement cette prune exquise2 il l'ouvre1 vous en donne une moiti1 et prend l'autre3 ,quelle chair6 dit-il2 gotez-vous cela8 cela est-il divin8 voil ce que vous ne trouverez pas ailleurs4 ,et l-dessus ses narines s'enflent2 il cache avec peine sa joie et sa vanit par quelques dehors de modestie4 l'homme divin en effet6 homme qu'on ne peut jamais assez louer et admirer6 homme dont il sera parl dans plusieurs sicles6 que je voie sa taille et son visage pendant qu'il vit2 que j'observe les traits et la contenance d'un homme qui seul entre les mortels possde une telle prune6 ,un troisime que vous allez voir vous parle des curieux ses confrres1 et surtout de ,diognte4 ,je l'admire1 dit-il1 et je le comprends moins que jamais4 ,pensez-vous qu'il cherche s'instruire par des mdailles1 et qu'il les regarde comme des preuves parlantes de certains faits1 et des monuments fixes et indubitables de l'ancienne histoire8 rien moins4 ,vous croyez peut-tre que toute la peine qu'il se donne pour recouvrer une tte vient du plaisir qu'il se fait de ne voir pas une suite d'empereurs interrompue8 c'est encore moins4 ,diognte sait d'une mdaille le fruste1 le flou1 et la fleur de coin2 il a une tablette dont toutes les places sont garnies l'exception d'une seule3 ce vide lui blesse la vue1 et c'est prcisment et la lettre pour le remplir qu'il emploie son bien et sa vie4 ,vous voulez1 ajoute ,dmocde1 voir mes estampes8 et bientt il les tale et vous les montre4 ,vous en rencontrez une qui n'est ni noire1 ni nette1 ni dessine1 et d'ailleurs moins propre tre garde dans un cabinet qu' tapisser1 un jour de fte1 le ,petit-,pont ou la rue ,neuve3 il convient qu'elle est mal grave1 plus mal dessine2 mais il assure qu'elle est d'un ,italien qui a travaill peu1 qu'elle n'a presque pas t tire1 que c'est la seule qui soit en ,france de ce dessin1 qu'il l'a achete trs cher1 et qu'il ne la changerait pas pour ce qu'il a de meilleur4 ,j'ai1 continue-t-il1 une sensible affliction1 et qui m'obligera de renoncer aux estampes pour le reste de mes jours3 j'ai tout ,callot1 hormis une seule1 qui n'est pas1 la vrit1 de ses bons ouvrages2 au contraire c'est un des moindres1 mais qui m'achverait ,callot3 je travaille depuis vingt ans recouvrer cette estampe1 et je dsespre enfin d'y russir2 cela est bien rude6 ,tel autre fait la satire de ces gens qui s'engagent par inquitude ou par curiosit dans de longs voyages1 qui ne font ni mmoires ni relations1 qui ne portent point de tablettes2 qui vont pour voir1 et qui ne voient pas1 ou qui oublient ce qu'ils ont vu2 qui dsirent seulement de connatre de nouvelles tours ou de nouveaux clochers1 et de passer des rivires qu'on n'appelle ni la ,seine ni la ,loire2 qui sortent de leur patrie pour y retourner1 qui aiment tre absents1 qui veulent un jour tre revenus de loin3 et ce satirique parle juste1 et se fait couter4 ,mais quand il ajoute que les livres en apprennent plus que les voyages1 et qu'il m'a fait comprendre par ses discours qu'il a une bibliothque1 je souhaite de la voir3 je vais trouver cet homme1 qui me reoit dans une maison o ds l'escalier je tombe en faiblesse d'une odeur de maroquin noir dont ses livres sont tous couverts4 ,il a beau me crier aux oreilles1 pour me ranimer1 qu'ils sont dors sur tranche1 orns de filets d'or1 et de la bonne dition1 me nommer les meilleurs l'un aprs l'autre1 dire que sa galerie est remplie quelques endroits prs1 qui sont peints de manire qu'on les prend pour de vrais livres arrangs sur des tablettes1 et que l'oeil s'y trompe1 ajouter qu'il ne lit jamais1 qu'il ne met pas le pied dans cette galerie1 qu'il y viendra pour me faire plaisir2 je le remercie de sa complaisance1 et ne veux1 non plus que lui1 voir sa tannerie1 qu'il appelle bibliothque4 ,quelques-uns par une intemprance de savoir1 et par ne pouvoir se rsoudre renoncer aucune sorte de connaissance1 les embrassent toutes et n'en possdent aucune3 ils aiment mieux savoir beaucoup que de savoir bien1 et tre faibles et superficiels dans diverses sciences que d'tre srs et profonds dans une seule4 ,ils trouvent en toutes rencontres celui qui est leur matre et qui les redresse2 ils sont les dupes de leur curiosit1 et ne peuvent au plus1 par de longs et pnibles efforts1 que se tirer d'une ignorance crasse4 ,d'autres ont la clef des sciences1 o ils n'entrent jamais3 ils passent leur vie dchiffrer les langues orientales et les langues du nord1 celles des deux ,indes1 celles des deux ples1 et celle qui se parle dans la lune4 ,les idiomes les plus inutiles1 avec les caractres les plus bizarres et les plus magiques1 sont prcisment ce qui rveille leur passion et qui excite leur travail2 ils plaignent ceux qui se bornent ingnument savoir leur langue1 ou tout au plus la grecque et la latine4 ,ces gens lisent toutes les histoires et ignorent l'histoire2 ils parcourent tous les livres1 et ne profitent d'aucun2 c'est en eux une strilit de faits et de principes qui ne peut tre grande1 mais la vrit la meilleur rcolte et la richesse la plus abondante de mots et de paroles qui puisse s'imaginer3 ils plient sous le faix2 leur mmoire en est accable1 pendant que leur esprit demeure vide4 ,un bourgeois aime les btiments2 il se fait btir un htel si beau1 si riche et si orn1 qu'il est inhabitable4 ,le matre1 honteux de s'y loger1 ne pouvant peut-tre se rsoudre le louer un prince ou un homme d'affaires1 se retire au galetas1 o il achve sa vie1 pendant que l'enfilade et les planchers de rapport sont en proie aux ,anglais et aux ,allemands qui voyagent1 et qui viennent l du ,palais-,royal1 du palais ,l444 ,g444 et du ,luxembourg4 ,on heurte sans fin cette porte2 tous demandent voir la maison1 et personne voir ,monsieur4 ,on en sait d'autres qui ont des filles devant leurs yeux1 qui ils ne peuvent pas donner une dot1 que dis-je8 elles ne sont pas vtues1 peine nourries2 qui se refusent un tour de lit et du linge blanc2 qui sont pauvres2 et la source de leur misre n'est pas fort loin3 c'est un garde-meuble charg et embarrass de bustes rares1 dj poudreux et couverts d'ordures1 dont la vente les mettrait au large1 mais qu'ils ne peuvent se rsoudre mettre en vente4 ,diphile commence par un oiseau et finit par mille3 sa maison n'en est pas gaye1 mais empeste4 ,la cour1 la salle1 l'escalier1 le vestibule1 les chambres1 le cabinet1 tout est volire2 ce n'est plus un ramage1 c'est un vacarme3 les vents d'automne et les eaux dans leurs plus grandes crues ne font pas un bruit si perant et si aigu2 on ne s'entend non plus parler les uns les autres que dans ces chambres o il faut attendre1 pour faire le compliment d'entre1 que les petits chiens aient aboy4 ,ce n'est plus pour ,diphile un agrable amusement1 c'est une affaire laborieuse1 et laquelle peine il peut suffire4 ,il passe les jours1 ces jours qui chappent et qui ne reviennent plus1 verser du grain et nettoyer des ordures4 ,il donne pension un homme qui n'a point d'autre ministre que de siffler des serins au flageolet et de faire couver des canaris4 ,il est vrai que ce qu'il dpense d'un ct1 il l'pargne de l'autre1 car ses enfants sont sans matres et sans ducation4 ,il se renferme le soir1 fatigu de son propre plaisir1 sans pouvoir jouir du moindre repos que ses oiseaux ne reposent1 et que ce petit peuple1 qu'il n'aime que parce qu'il chante1 ne cesse de chanter4 ,il retrouve ses oiseaux dans son sommeil3 lui-mme il est oiseau1 il est hupp1 il gazouille1 il perche2 il rve la nuit qu'il mue ou qu'il couve4 ,qui pourrait puiser tous les diffrents genres de curieux8 ,devineriez-vous1 entendre parler celui-ci de son lopard1 de sa plume1 de sa musique1 les vanter comme ce qu'il y a sur la terre de plus singulier et de plus merveilleux1 qu'il veut vendre ses coquilles8 ,pourquoi non1 s'il les achte au poids de l'or8 ,cet autre aime les insectes2 il en fait tous les jours de nouvelles emplettes3 c'est surtout le premier homme de l',europe pour les papillons2 il en a de toutes les tailles et de toutes les couleurs4 ,quel temps prenez-vous pour lui rendre visite8 il est plong dans une amre douleur2 il a l'humeur noire1 chagrine1 et dont toute la famille souffre3 aussi a-t-il fait une perte irrparable4 ,approchez1 regardez ce qu'il vous montre sur son doigt1 qui n'a plus de vie et qui vient d'expirer3 c'est une chenille1 et quelle chenille6 #c 7,i7 ,le duel est le triomphe de la mode1 et l'endroit o elle a exerc sa tyrannie avec plus d'clat4 ,cet usage n'a pas laiss au poltron la libert de vivre2 il l'a men se faire tuer par un plus brave que soi1 et l'a confondu avec un homme de coeur2 il a attach de l'honneur et de la gloire une action folle et extravagante2 il a t approuv par la prsence des rois2 il y a eu quelquefois une espce de religion le pratiquer2 il a dcid de l'innocence des hommes1 des accusations fausses ou vritables sur des crimes capitaux2 il s'tait enfin si profondment enracin dans l'opinion de peuples2 et s'tait si fort saisi de leur coeur et de leur esprit2 qu'un des plus beaux endroits de la vie d'un trs grand roi a t de les gurir de cette folie4 #d 7,i7 ,tel a t la mode1 ou pour le commandement des armes et la ngociation ou pour l'loquence de la chaire1 ou pour les vers1 qui n'y est plus4 ,y a-t-il des hommes qui dgnrent de ce qu'ils furent autrefois8 ,est-ce leur mrite qui est us1 ou le got que l'on avait pour eux8 #e 7,,iv7 ,un homme la mode dure peu1 car les modes passent3 s'il est par hasard homme de mrite1 il n'est pas ananti1 et il subsiste encore par quelque endroit3 galement estimable1 il est seulement moins estim4 7,,vi7 ,la vertu a cela d'heureux1 qu'elle se suffit elle-mme1 et qu'elle sait se passer d'admirateurs1 de partisans et de protecteurs2 le manque d'appui et d'approbation non seulement ne lui nuit pas1 mais il la conserve1 l'pure et la rend parfaite2 qu'elle soit la mode1 qu'elle n'y soit plus1 elle demeure vertu4 #f 7,,vi7 ,si vous dites aux hommes1 et surtout aux grands1 qu'un tel a de la vertu1 ils vous disent3 ,qu'il la garde2 qu'il a bien de l'esprit1 de celui surtout qui plat et qui amuse1 ils vous rpondent3 ,tant mieux pour lui2 qu'il a l'esprit fort cultiv1 qu'il sait beaucoup1 ils vous demandent quelle heure il est ou quel temps il fait4 ,mais si vous leur apprenez qu'il y a un ,tigillin qui souffle ou qui jette en sable un verre d'eau-de-vie1 et1 chose merveilleuse6 qui y revient plusieurs fois en un repas1 alors ils disent3 ,o est-il8 amenez-le-moi demain1 ce soir2 me l'amnerez-vous8 ,on le leur amne2 et cet homme1 propre parer les avenues d'une foire et tre montr en chambre pour de l'argent1 ils l'admettent dans leur familiarit4 #g7,,vi7 ,il n'y a rien qui mette plus subitement un homme la mode et qui le soulve davantage que le grand jeu3 cela va du pair avec la crapule4 ,je voudrais bien voir un homme poli1 enjou1 spirituel1 ft-il un ,catulle ou son disciple1 faire quelque comparaison avec celui qui vient de perdre huit cents pistoles en une sance4 #h 7,,vi7 ,une personne la mode ressemble une fleur bleue qui crot de soi-mme dans les sillons1 o elle touffe les pis1 diminue la moisson1 et tient la place de quelque chose de meilleur2 qui n'a de prix et de beaut que ce qu'elle emprunte d'un caprice lger qui nat et qui tombe presque dans le mme instant3 aujourd'hui elle est courue1 les femmes s'en parent2 demain elle est nglige1 et rendue au peuple4 ,une personne de mrite1 au contraire1 est une fleur qu'on ne dsigne pas par sa couleur1 mais que l'on nomme par son nom1 que l'on cultive pour sa beaut ou pour son odeur2 l'une des grces de la nature1 l'une de ces choses qui embellissent le monde2 qui est de tous les temps et d'une vogue ancienne et populaire2 que nos pres ont estime1 et que nous estimons aprs nos pres2 qui le dgot ou l'antipathie de quelques-uns ne sauraient nuire3 un lis1 une rose4 #i 7,,vi7 ,l'on voit ,eustrate assis dans sa nacelle1 o il jouit d'un air pur et d'un ciel serein3 il avance d'un bon vent et qui a toutes les apparences de devoir durer2 mais il tombe tout d'un coup1 le ciel se couvre1 l'orage se dclare1 un tourbillon enveloppe la nacelle1 elle est submerge3 on voit ,eustrate revenir sur l'eau et faire quelques efforts2 on espre qu'il pourra du moins se sauver et venir bord2 mais une vague l'enfonce1 on le tient perdu2 il parat une seconde fois1 et les esprances se rveillent1 lorsqu'un flot survient et l'abme3 on ne le revoit plus1 il est noy4 #aj 7,,iv7 ,voiture et ,sarrazin taient ns pour leur sicle1 et ils ont paru dans un temps o il semble qu'ils taient attendus4 ,s'ils s'taient moins presss de venir1 ils arrivaient trop tard2 et j'ose douter qu'ils fussent tels aujourd'hui qu'ils ont t alors4 ,les conversations lgres1 les cercles1 la fine plaisanterie1 les lettres enjoues et familires1 les petites parties o l'on tait admis seulement avec de l'esprit1 tout a disparu4 ,et qu'on ne dise point qu'ils les feraient revivre3 ce que je puis faire en faveur de leur esprit est de convenir que peut-tre ils excelleraient dans un autre genre2 mais les femmes sont de nos jours ou dvotes1 ou coquettes1 ou joueuses1 ou ambitieuses1 quelques-unes mme tout cela la fois2 le got de la faveur1 le jeu1 les galants1 les directeurs ont pris la place1 et la dfendent contre les gens d'esprit4 #aa 7,i7 ,un homme fat et ridicule porte un long chapeau1 un pourpoint ailerons1 des chausses aiguillettes et des bottines2 il rve la veille par o et comment il pourra se faire remarquer le jour qui suit4 ,un philosophe se laisse habiller par son tailleur3 il y a autant de faiblesse fuir la mode qu' l'affecter4 #ab 7,,iv7 ,l'on blme une mode qui divisant la taille des hommes en deux parties gales1 en prend une tout entire pour le buste1 et laisse l'autre pour le reste du corps2 l'on condamne celle qui fait de la tte des femmes la base d'un difice plusieurs tages dont l'ordre et la structure change selon leurs caprices1 qui loigne les cheveux du visage1 bien qu'ils ne croissent que pour l'accompagner1 qui les relve et les hrisse la manire des bacchantes1 et semble avoir pourvu ce que les femmes changent leur physionomie douce et modeste en une autre qui soit fire et audacieuse2 on se rcrie enfin contre une telle ou une telle mode1 qui cependant1 toute bizarre qu'elle est1 pare et embellit pendant qu'elle dure1 et dont l'on tire tout l'avantage qu'on en peut esprer1 qui est de plaire4 ,il me parat qu'on devrait seulement admirer l'inconstance et la lgret des hommes1 qui attachent successivement les agrments et la biensance des choses tout opposes1 qui emploient pour le comique et pour la mascarade ce qui leur a servi de parure grave et d'ornements les plus srieux2 et que si peu de temps en fasse la diffrence4 #ac 7,,vi7 ,n444 est riche1 elle mange bien1 elle dort bien2 mais les coiffures changent1 et lorsqu'elle y pense le moins1 et qu'elle se croit heureuse1 la sienne est hors de mode4 #ad 7,,vi7 ,iphis voit l'glise un soulier d'une nouvelle mode2 il regarde le sien et en rougit2 il ne se croit plus habill4 ,il tait venu la messe pour s'y montrer1 et il se cache2 le voil retenu par le pied dans sa chambre tout le reste du jour4 ,il a la main douce1 et il l'entretient avec une pte de senteur2 il a soin de rire pour montrer ses dents2 il fait la petite bouche1 et il n'y a gure de moments o il ne veuille sourire2 il regarde ses jambes1 et se voit au miroir3 l'on ne peut tre plus content de personne qu'il l'est de lui-mme2 il s'est acquis une voix claire et dlicate1 et heureusement il parle gras2 il a un mouvement de tte1 et je ne sais quel adoucissement dans les yeux1 dont il n'oublie pas de s'embellir2 il a une dmarche molle et le plus joli maintien qu'il est capable de se procurer2 il met du rouge1 mais rarement1 il n'en fait pas habitude4 ,il est vrai aussi qu'il porte des chausses et un chapeau1 et qu'il n'a ni boucles d'oreilles ni collier de perles2 aussi ne l'ai-je pas mis dans le chapitre des femmes4 #ae 7,,vi7 ,ces mmes modes que les hommes suivent si volontiers pour leurs personnes1 ils affectent de les ngliger dans leurs portraits1 comme s'ils sentaient ou qu'ils prvissent l'indcence et le ridicule o elles peuvent tomber ds qu'elles auront perdu ce qu'on appelle la fleur ou l'agrment de la nouveaut2 ils leur prfrent une parure arbitraire1 une draperie indiffrente1 fantaisie du peintre qui ne sont prises ni sur l'air ni sur le visage1 qui ne rappellent ni les moeurs ni la personne4 ,ils aiment des attitudes forces ou immodestes1 une manire dure1 sauvage1 trangre1 qui font un capitan d'un jeune abb1 et un matamore d'un homme de robe2 une ,diane d'une femme de ville2 comme d'une femme simple et timide une amazone ou une ,pallas2 une ,las d'une honnte fille2 un ,scythe1 un ,attila1 d'un prince qui est bon et magnanime4 ,une mode a peine dtruit une autre mode1 qu'elle est abolie par une plus nouvelle1 qui cde elle-mme celle qui la suit1 et qui ne sera pas la dernire3 telle est notre lgret4 ,pendant ces rvolutions1 un sicle s'est coul1 qui a mis toutes ces parures au rang des choses passes et qui ne sont plus4 ,la mode alors la plus curieuse et qui fait plus de plaisir voir1 c'est la plus ancienne3 aide du temps et des annes1 elle a le mme agrment dans les portraits qu'a la saye ou l'habit romain sur les thtres1 qu'ont la mante1 le voile et la tiare dans nos tapisseries et dans nos peintures4 ,nos pres nous ont transmis1 avec la connaissance de leurs personnes1 celle de leurs habits1 de leurs coiffures1 de leurs armes1 et des autres ornements qu'ils ont aims pendant leur vie4 ,nous ne saurions bien reconnatre cette sorte de bienfait qu'en traitant de mme nos descendants4 #af 7,i7 ,le courtisan autrefois avait ses cheveux1 tait en chausses et en pourpoint1 portait de larges canons1 et il tait libertin4 ,cela ne sied plus3 il porte une perruque1 l'habit serr1 le bas uni1 et il est dvot3 tout se rgle par la mode4 #ag 7,i7 ,celui qui depuis quelque temps la cour tait dvot1 et par l1 contre toute raison1 peu loign du ridicule1 pouvait-il esprer de devenir la mode8 #ah 7,i7 ,de quoi n'est point capable un courtisan dans la vue de sa fortune1 si pour ne la pas manquer il devient dvot8 #ai 7,,iv7 ,les couleurs sont prpares1 et la toile est toute prte2 mais comment le fixer1 cet homme inquiet1 lger1 inconstant1 qui change de mille et mille figures8 ,je le peins dvot1 et je crois l'avoir attrap2 mais il m'chappe1 et dj il est libertin4 ,qu'il demeure du moins dans cette mauvaise situation1 et je saurai le prendre dans un point de drglement de coeur et d'esprit o il sera reconnaissable2 mais la mode presse1 il est dvot4 #bj 7,,vi7 ,celui qui a pntr la cour connat ce que c'est que vertu et ce que c'est que dvotion3 il ne peut plus s'y tromper4 #ba 7,,viii7 ,ngliger vpres comme une chose antique et hors de mode1 garder sa place soi-mme pour le salut1 savoir les tres de la chapelle1 connatre le flanc1 savoir o l'on est vu et o l'on n'est pas vu2 rver dans l'glise ,dieu et ses affaires1 y recevoir des visites1 y donner des ordres et des commissions1 y attendre les rponses2 avoir un directeur mieux cout que l'vangile2 tirer toute sa saintet et tout son relief de la rputation de son directeur1 ddaigner ceux dont le directeur a moins de vogue1 et convenir peine de leur salut2 n'aimer de la parole de ,dieu que ce qui s'en prche chez soi ou par son directeur1 prfrer sa messe aux autres messes1 et les sacrements donns de sa main ceux qui ont moins de cette circonstance2 ne se repatre que de livres de spiritualit1 comme s'il n'y avait ni vangile1 ni ptres des ,aptres1 ni morale des ,pres2 lire ou parler un jargon inconnu aux premiers sicles2 circonstancier confesse les dfauts d'autrui1 y pallier les siens2 s'accuser de ses souffrances1 de sa patience2 dire comme un pch son peu de progrs dans l'hrosme2 tre en liaison secrte avec de certaines gens contre certains autres2 n'estimer que soi et sa cabale1 avoir pour suspecte la vertu mme2 goter1 savourer la prosprit et la faveur1 n'en vouloir que pour soi1 ne point aider au mrite1 faire servir la pit son ambition1 aller son salut par le chemin de la fortune et des dignits3 c'est du moins jusqu' ce jour le plus bel effort de la dvotion du temps4 7,,vii7 ,un dvot est celui qui sous un roi athe serait athe4 #bb 7,,vii7 ,les dvots ne connaissent de crimes que l'incontinence1 parlons plus prcisment1 que le bruit ou les dehors de l'incontinence4 ,si ,phrcide passe pour tre guri des femmes1 ou ,phrnice pour tre fidle son mari1 ce leur est assez3 laissez-les jouer un jeu ruineux1 faire perdre leurs cranciers1 se rjouir du malheur d'autrui et en profiter1 idoltrer les grands1 mpriser les petits1 s'enivrer de leur propre mrite1 scher d'envie1 mentir1 mdire1 cabaler1 nuire1 c'est leur tat4 ,voulez-vous qu'ils empitent sur celui des gens de bien1 qui avec les vices cachs fuient encore l'orgueil et l'injustice8 #bc 7,i7 ,quand un courtisan sera humble1 guri du faste et de l'ambition2 qu'il n'tablira point sa fortune sur la ruine de ses concurrents2 qu'il sera quitable1 soulagera ses vassaux1 payera ses cranciers2 qu'il ne sera ni fourbe ni mdisant2 qu'il renoncera aux grands repas et aux amours illgitimes2 qu'il priera autrement que des lvres1 et mme hors de la prsence du ,prince2 quand d'ailleurs il ne sera point d'un abord farouche et difficile2 qu'il n'aura point le visage austre et la mine triste2 qu'il ne sera point paresseux et contemplatif2 qu'il saura rendre par une scrupuleuse attention divers emplois trs compatibles2 qu'il pourra et qu'il voudra mme tourner son esprit et ses soins aux grandes et laborieuses affaires1 celles surtout d'une suite la plus tendue pour les peuples et pour tout l'tat2 quand son caractre me fera craindre de le nommer en cet endroit1 et que sa modestie l'empchera1 si je ne le nomme pas1 de s'y reconnatre3 alors je dirai de ce personnage3 ,il est dvot2 ou plutt3 ,c'est un homme donn son sicle pour le modle d'une vertu sincre et pour le discernement de l'hypocrite4 #bd 7,,vi7 ,onuphre n'a pour tout lit qu'une housse de serge grise1 mais il couche sur le coton et sur le duvet2 de mme il est habill simplement1 mais commodment1 je veux dire d'une toffe fort lgre en t1 et d'une autre fort moelleuse pendant l'hiver2 il porte des chemises trs dlies1 qu'il a un trs grand soin de bien cacher4 ,il ne dit point3 ,ma haire et ma discipline1 au contraire2 il passerait pour ce qu'il est1 pour un hypocrite1 et il veut passer pour ce qu'il n'est pas1 pour un homme dvot3 il est vrai qu'il fait en sorte que l'on croie1 sans qu'il le dise1 qu'il porte une haire et qu'il se donne la discipline4 ,il y a quelques livres rpandus dans sa chambre indiffremment1 ouvrez-les3 c'est le ,combat spirituel1 le ,chrtien intrieur1 et l',anne sainte2 d'autres livres sont sous la clef4 ,s'il marche par la ville1 et qu'il dcouvre de loin un homme devant qui il est ncessaire qu'il soit dvot1 les yeux baisss1 la dmarche lente et modeste1 l'air recueilli lui sont familiers3 il joue son rle4 ,s'il entre dans une glise1 il observe d'abord de qui il peut tre vu2 et selon la dcouverte qu'il vient de faire1 il se met genoux et prie1 ou il ne songe ni se mettre genoux ni prier4 ,arrive-t-il vers lui un homme de bien et d'autorit qui le verra et qui peut l'entendre1 non seulement il prie1 mais il mdite1 il pousse des lans et des soupirs2 si l'homme de bien se retire1 celui-ci1 qui le voit partir1 s'apaise et ne souffle pas4 ,il entre une autre fois dans un lieu saint1 perce la foule1 choisit un endroit pour se recueillir1 et o tout le monde voit qu'il s'humilie3 s'il entend des courtisans qui parlent1 qui rient1 et qui sont la chapelle avec moins de silence que dans l'antichambre1 il fait plus de bruit qu'eux pour les faire taire2 il reprend sa mditation1 qui est toujours la comparaison qu'il fait de ces personnes avec lui-mme1 et o il trouve son compte4 ,il vite une glise dserte et solitaire1 o il pourrait entendre deux messes de suite1 le sermon1 vpres et complies1 tout cela entre ,dieu et lui1 et sans que personne lui en st gr3 il aime la paroisse1 il frquente les temples o se fait un grand concours2 on n'y manque point son coup1 on y est vu4 ,il choisit deux ou trois jours dans toute l'anne1 o propos de rien il jene ou fait abstinence2 mais la fin de l'hiver il tousse1 il a une mauvaise poitrine1 il a des vapeurs1 il a eu la fivre3 il se fait prier1 presser1 quereller pour rompre le carme ds son commencement1 et il en vient l par complaisance4 ,si ,onuphre est nomm arbitre dans une querelle de parents ou dans un procs de famille1 il est pour les plus forts1 je veux dire pour les plus riches1 et il ne se persuade point que celui ou celle qui a beaucoup de bien puisse avoir tort4 ,s'il se trouve bien d'un homme opulent1 qui il a su imposer1 dont il est le parasite1 et dont il peut tirer de grands secours1 il ne cajole point sa femme1 il ne lui fait du moins ni avance ni dclaration2 il s'enfuira1 il lui laissera son manteau1 s'il n'est aussi sr d'elle que de lui-mme4 ,il est encore plus loign d'employer pour la flatter et pour la sduire le jargon de la dvotion2 ce n'est point par habitude qu'il le parle1 mais avec dessein1 et selon qu'il lui est utile1 et jamais quand il ne servirait qu' le rendre trs ridicule4 ,il sait o se trouvent des femmes plus sociables et plus dociles que celle de son ami2 il ne les abandonne pas pour longtemps1 quand ce ne serait que pour faire dire de soi dans le public qu'il fait des retraites3 qui en effet pourrait en douter1 quand on le revoit paratre avec un visage extnu et d'un homme qui ne se mnage point8 ,les femmes d'ailleurs qui fleurissent et qui prosprent l'ombre de la dvotion lui conviennent1 seulement avec cette petite diffrence qu'il nglige celles qui ont vieilli1 et qu'il cultive les jeunes1 et entre celles-ci les plus belles et les mieux faites1 c'est son attrait3 elles vont1 et il va2 elles reviennent1 et il revient2 elles demeurent1 et il demeure2 c'est en tous lieux et toutes les heures qu'il a la consolation de les voir3 qui pourrait n'en tre pas difi8 elles sont dvotes et il est dvot4 ,il n'oublie pas de tirer avantage de l'aveuglement de son ami1 et de la prvention o il l'a jet en sa faveur2 tantt il lui emprunte de l'argent1 tantt il fait si bien que cet ami lui en offre3 il se fait reprocher de n'avoir pas recours ses amis dans ses besoins2 quelquefois il ne veut pas recevoir une obole sans donner un billet1 qu'il est bien sr de ne jamais retirer2 il dit une autre fois1 et d'une certaine manire1 que rien ne lui manque1 et c'est lorsqu'il ne lui faut qu'une petite somme2 il vante quelque autre fois publiquement la gnrosit de cet homme1 pour le piquer d'honneur et le conduire lui faire une grande largesse4 ,il ne pense point profiter de toute sa succession1 ni s'attirer une donation gnrale de tous ses biens1 s'il s'agit surtout de les enlever un fils1 le lgitime hritier3 un homme dvot n'est ni avare1 ni violent1 ni injuste1 ni mme intress2 ,onuphre n'est pas dvot1 mais il veut tre cru tel1 et par une parfaite1 quoique fausse imitation de la pit1 mnager sourdement ses intrts3 aussi ne se joue-t-il pas la ligne directe1 et il ne s'insinue jamais dans une famille o se trouvent tout la fois une fille pourvoir et un fils tablir2 il y a l des droits trop forts et trop inviolables3 on ne les traverse point sans faire de l'clat 7et il l'apprhende71 sans qu'une pareille entreprise vienne aux oreilles du ,prince1 qui il drobe sa marche1 par la crainte qu'il a d'tre dcouvert et de paratre ce qu'il est4 ,il en veut la ligne collatrale3 on l'attaque plus impunment2 il est la terreur des cousins et des cousines1 du neveu et de la nice1 le flatteur et l'ami dclar de tous les oncles qui ont fait fortune2 il se donne pour l'hritier lgitime de tout vieillard qui meurt riche et sans enfants1 et il faut que celui-ci le dshrite1 s'il veut que ses parents recueillent sa succession2 si ,onuphre ne trouve pas jour les en frustrer fond1 il leur en te du moins une bonne partie3 une petite calomnie1 moins que cela1 une lgre mdisance lui suffit pour ce pieux dessein1 et c'est le talent qu'il possde un plus haut degr de perfection2 il se fait mme souvent un point de conduite de ne le pas laisser inutile3 il y a des gens1 selon lui1 qu'on est oblig en conscience de dcrier1 et ces gens sont ceux qu'il n'aime point1 qui il veut nuire1 et dont il dsire la dpouille4 ,il vient ses fins sans se donner mme la peine d'ouvrir la bouche3 on lui parle d',eudoxe1 il sourit ou il soupire2 on l'interroge1 on insiste1 il ne rpond rien2 et il a raison3 il en a assez dit4 #be 7,,vii7 ,riez1 ,zlie1 soyez badine et foltre votre ordinaire2 qu'est devenue votre joie8 ,je suis riche1 dites-vous1 me voil au large1 et je commence respirer4 ,riez plus haut1 ,zlie1 clatez3 que sert une meilleure fortune1 si elle amne avec soi le srieux et la tristesse8 ,imitez les grands qui sont ns dans le sein de l'opulence3 ils rient quelquefois1 ils cdent leur temprament1 suivez le vtre2 ne faites pas dire de vous1 qu'une nouvelle place ou que quelques mille livres de rente de plus ou de moins vous font passer d'une extrmit l'autre4 ,je tiens1 dites-vous1 la faveur par un endroit4 ,je m'en doutais1 ,zlie2 mais croyez-moi1 ne laissez pas de rire1 et mme de me sourire en passant1 comme autrefois3 ne craignez rien1 je n'en serai ni plus libre ni plus familier avec vous2 je n'aurai pas une moindre opinion de vous et de votre poste2 je croirai galement que vous tes riche et en faveur4 ,je suis dvote1 ajoutez-vous4 ,c'est assez1 ,zlie1 et je dois me souvenir que ce n'est plus la srnit et la joie que le sentiment d'une bonne conscience tale sur le visage2 les passions tristes et austres ont pris le dessus et se rpandent sur les dehors3 elles mnent plus loin et l'on ne s'tonne plus de voir1 que la dvotion sache encore mieux que la beaut et la jeunesse rendre une femme fire et ddaigneuse4 #bf 7,,iv7 ,l'on a t loin depuis un sicle dans les arts1 et dans les sciences1 qui toutes ont t pousses un grand point de raffinement1 jusques celle du salut1 que l'on a rduite en rgle et en mthode1 et augmente de tout ce que l'esprit des hommes pouvait inventer de plus beau et de plus sublime4 ,la dvotion et la gomtrie ont leurs faons de parler1 ou ce qu'on appelle les termes de l'art3 celui qui ne les sait pas n'est ni dvot ni gomtre4 ,les premiers dvots1 ceux mme qui ont t dirigs par les ,aptres1 ignoraient ces termes1 simples gens qui n'avaient que la foi et les oeuvres1 et qui se rduisaient croire et bien vivre4 #bg 7,i7 ,c'est une chose dlicate un prince religieux de rformer la cour et de la rendre pieuse3 instruit jusques o le courtisan veut lui plaire1 et aux dpens de quoi il ferait sa fortune1 il le mnage avec prudence1 il tolre1 il dissimule1 de peur de le jeter dans l'hypocrisie ou le sacrilge2 il attend plus de ,dieu et du temps que de son zle et de son industrie4 #bh 7,,viii7 ,c'est une pratique ancienne dans les cours de donner des pensions et de distribuer des grces un musicien1 un matre de danse1 un farceur1 un joueur de flte1 un flatteur1 un complaisant3 ils ont un mrite fixe et des talents srs et connus qui amusent les grands et qui les dlassent de leur grandeur2 on sait que ,favier est beau danseur1 et que ,lorenzani fait de beaux motets4 ,qui sait au contraire si l'homme dvot a de la vertu8 ,il n'y a rien pour lui sur la cassette ni l'pargne1 et avec raison3 c'est un mtier ais contrefaire1 qui1 s'il tait rcompens1 exposerait le ,prince mettre en honneur la dissimulation et la fourberie1 et payer pension l'hypocrite4 #bi 7,i7 ,l'on espre que la dvotion de la cour ne laissera pas d'inspirer la rsidence4 #cj 7,,iv7 ,je ne doute point que la vraie dvotion ne soit la source du repos2 elle fait supporter la vie et rend la mort douce3 on n'en tire pas tant de l'hypocrisie4 #ca 7,v7 ,chaque heure en soi comme notre gard est unique3 est-elle coule une fois1 elle a pri entirement1 les millions de sicles ne la ramneront pas4 ,les jours1 les mois1 les annes s'enfoncent et se perdent sans retour dans l'abme des temps2 le temps mme sera dtruit3 ce n'est qu'un point dans les espaces immenses de l'ternit1 et il sera effac4 ,il y a de lgres et frivoles circonstances du temps qui ne sont point stables1 qui passent1 et que j'appelle des modes1 la grandeur1 la faveur1 les richesses1 la puissance1 l'autorit1 l'indpendance1 le plaisir1 les joies1 la superfluit4 ,que deviendront ces modes quand le temps mme aura disparu8 ,la vertu seule1 si peu la mode1 va au del des temps4 ,de quelques usages #a 7,i7 ,il y a des gens qui n'ont pas le moyen d'tre nobles4 ,il y en a de tels que1 s'ils eussent obtenu six mois de dlai de leurs cranciers1 ils taient nobles4 ,quelques autres se couchent roturiers1 et se lvent nobles4 ,combien de nobles dont le pre et les ans sont roturiers6 #b 7,,iv7 ,tel abandonne son pre1 qui est connu et dont l'on cite le greffe ou la boutique1 pour se retrancher sur son aeul1 qui1 mort depuis longtemps1 est inconnu et hors de prise2 il montre ensuite un gros revenu1 une grande charge1 de belles alliances1 et pour tre noble1 il ne lui manque que des titres4 #c 7,,vi7 ,rhabilitations1 mot en usage dans les tribunaux1 qui a fait vieillir et rendu gothique celui de lettres de noblesse autrefois si franais et si usit2 se faire rhabiliter suppose qu'un homme devenu riche originairement est noble1 qu'il est d'une ncessit plus que morale qu'il le soit2 qu' la vrit son pre a pu droger ou par la charrue ou par la houe1 ou par la malle1 ou par les livres2 mais qu'il ne s'agit pour lui que de rentrer dans les premiers droits de ses anctres1 et de continuer les armes de sa maison1 les mmes pourtant qu'il a fabriques1 et tout autres que celles de sa vaisselle d'tain2 qu'en un mot les lettres de noblesse ne lui conviennent plus2 qu'elles n'honorent que le roturier1 c'est--dire celui qui cherche encore le secret de devenir riche4 #d 7,,iv7 ,un homme du peuple1 force d'assurer qu'il a vu un prodige1 se persuade faussement qu'il a vu un prodige4 ,celui qui continue de cacher son ge pense enfin lui-mme tre aussi jeune qu'il veut le faire croire aux autres4 ,de mme le roturier qui dit par habitude qu'il tire son origine de quelque ancien baron ou de quelque chtelain1 dont il est vrai qu'il ne descend pas1 a le plaisir de croire qu'il en descend4 #e 7,,iv7 ,quelle est la roture un peu heureuse et tablie qui il manque des armes1 et dans ces armes une pice honorable1 des suppts1 un cimier1 une devise1 et peut-tre le cri de guerre8 ,qu'est devenue la distinction des casques et des heaumes8 ,le nom et l'usage en sont abolis2 il ne s'agit plus de les porter de front ou de ct1 ouverts ou ferms1 et ceux-ci de tant ou de tant de grilles3 on n'aime pas les minuties1 on passe droit aux couronnes1 cela est plus simple2 on s'en croit digne1 on se les adjuge4 ,il reste encore aux meilleurs bourgeois une certaine pudeur qui les empche de se parer d'une couronne de marquis1 trop satisfaits de la comtale2 quelques-uns mme ne vont pas la chercher fort loin1 et la font passer de leur enseigne leur carrosse4 #f 7,i7 ,il suffit de n'tre point n dans une ville1 mais sous une chaumire rpandue dans la campagne1 ou sous une ruine qui trempe dans un marcage et qu'on appelle chteau1 pour tre cru noble sur sa parole4 #g 7,,iv7 ,un bon gentilhomme veut passer pour un petit seigneur1 et il y parvient4 ,un grand seigneur affecte la principaut1 et il use de tant de prcautions1 qu' force de beaux noms1 de disputes sur le rang et les prsances1 de nouvelles armes1 et d'une gnalogie que ,d',hozier ne lui a pas faite1 il devient enfin un petit prince4 #h 7,,viii7 ,les grands en toutes choses se forment et se moulent sur de plus grands1 qui de leur part1 pour n'avoir rien de commun avec leurs infrieurs1 renoncent volontiers toutes les rubriques d'honneurs et de distinctions dont leur condition se trouve charge1 et prfrent cette servitude une vie plus libre et plus commode4 ,ceux qui suivent leur piste observent dj par mulation cette simplicit et cette modestie3 tous ainsi se rduiront par hauteur vivre naturellement et comme le peuple4 ,horrible inconvnient6 #i 7,,iv7 ,certaines gens portent trois noms1 de peur d'en manquer3 ils en ont pour la campagne et pour la ville1 pour les lieux de leur service ou de leur emploi4 ,d'autres ont un seul nom dissyllabe1 qu'ils anoblissent par des particules ds que leur fortune devient meilleure2 ,celui-ci par la suppression d'une syllabe fait de son nom obscur un nom illustre2 celui-l par le changement d'une lettre en une autre se travestit1 et de ,syrus devient ,cyrus4 ,plusieurs suppriment leurs noms1 qu'ils pourraient conserver sans honte1 pour en adopter de plus beaux1 o ils n'ont qu' perdre par la comparaison que l'on fait toujours d'eux qui les portent1 avec les grands hommes qui les ont ports4 ,il s'en trouve enfin qui1 ns l'ombre des clochers de ,paris1 veulent tre ,flamands ou ,italiens1 comme si la roture n'tait pas de tout pays1 allongent leurs noms franais d'une terminaison trangre1 et croient que venir de bon lieu c'est venir de loin4 #aj 7,i7 ,le besoin d'argent a rconcili la noblesse avec la roture1 et a fait vanouir la preuve des quatre quartiers4 #aa 7,,iv7 combien d'enfants serait utile la loi qui dciderait que c'est le ventre qui anoblit6 mais combien d'autres serait-elle contraire6 #ab 7,,iv7 ,il y a peu de familles dans le monde qui ne touchent aux plus grands princes par une extrmit et par l'autre au simple peuple4 #ac 7,v7 ,il n'y a rien perdre tre noble3 franchises1 immunits1 exemptions1 privilges1 que manque-t-il ceux qui ont un titre8 ,croyez-vous que ce soit pour la noblesse que des solitaires se sont faits nobles8 ils ne sont pas si vains3 c'est pour le profit qu'ils en reoivent4 ,cela ne leur sied-il pas mieux que d'entrer dans les gabelles8 je ne dis pas chacun en particulier1 leurs voeux s'y opposent1 je dis mme la communaut4 #ad 7,v7 ,je le dclare nettement1 afin que l'on s'y prpare et que personne un jour n'en soit surpris3 s'il arrive jamais que quelque grand me trouve digne de ses soins1 si je fais enfin une belle fortune1 il y a un ,geoffroy de la ,bruyre1 que toutes les chroniques rangent au nombre des plus grands seigneurs de ,france qui suivirent ,godefroy de ,bouillon la conqute de la ,terre-,sainte3 voil alors de qui je descends en ligne directe4 #ae 7,i7 ,si la noblesse est vertu1 elle se perd par tout ce qui n'est pas vertueux2 et si elle n'est pas vertu1 c'est peu de chose4 #af 7,,iv7 ,il y a des choses qui1 ramenes leurs principes et leur premire institution1 sont tonnantes et incomprhensibles4 ,qui peut concevoir en effet que certains abbs1 qui il ne manque rien de l'ajustement1 de la mollesse et de la vanit des sexes et des conditions1 qui entrent auprs des femmes en concurrence avec le marquis et le financier1 et qui l'emportent sur tous les deux1 qu'eux-mmes soient originairement et dans l'tymologie de leur nom les pres1 et les chefs de saints moines et d'humbles solitaires1 et qu'ils en devraient tre l'exemple8 ,quelle force1 quel empire1 quelle tyrannie de l'usage6 ,et sans parler de plus grands dsordres1 ne doit-on pas craindre de voir un jour un jeune abb en velours gris et ramages comme une minence1 ou avec des mouches et du rouge comme une femme8 #ag 7,i7 ,que les salets des ,dieux1 la ,vnus1 le ,ganymde et les autres nudits du ,carrache aient t faites pour des princes de l'glise1 et qui se disent successeurs des ,aptres1 le palais ,farnse en est la preuve4 #ah 7,i7 ,les belles choses le sont moins hors de leur place2 les biensances mettent la perfection1 et la raison met les biensances4 ,ainsi l'on n'entend point une gigue la chapelle1 ni dans un sermon des tons de thtre2 l'on ne voit point d'images profanes dans les temples1 un ,,christ par exemple et le ,jugement de ,paris dans le mme sanctuaire1 ni des personnes consacres l'glise le train et l'quipage d'un cavalier4 #ai 7,,viii7 ,dclarerai-je donc ce que je pense de ce qu'on appelle dans le monde un beau salut1 la dcoration souvent profane1 les places retenues et payes1 des livres distribus comme au thtre1 les entrevues et les rendez-vous frquents1 le murmure et les causeries tourdissantes1 quelqu'un mont sur une tribune qui y parle familirement1 schement1 et sans autre zle que de rassembler le peuple1 l'amuser1 jusqu' ce qu'un orchestre1 le dirai-je8 et des voix qui concertent depuis longtemps se fassent entendre8 ,est-ce moi m'crier que le zle de la maison du ,seigneur me consume1 et tirer le voile lger qui couvre les mystres1 tmoins d'une telle indcence8 ,quoi8 parce qu'on ne danse pas encore aux ,,tt4441 me forcera-t-on d'appeler tout ce spectacle office d'glise8 #bj 7,i7 ,l'on ne voit point faire de voeux ni de plerinages pour obtenir d'un saint d'avoir l'esprit plus doux1 l'me plus reconnaissante1 d'tre plus quitable et moins malfaisant1 d'tre guri de la vanit1 de l'inquitude et de la mauvaise raillerie4 #ba 7,i7 ,quelle ide plus bizarre que de se reprsenter une foule de chrtiens de l'un et de l'autre sexe1 qui se rassemblent certains jours dans une salle pour y applaudir une troupe d'excommunis1 qui ne le sont que par le plaisir qu'ils leur donnent1 et qui est dj pay d'avance8 ,il me semble qu'il faudrait ou fermer les thtres1 ou prononcer moins svrement sur l'tat des comdiens4 #bb 7,i7 ,dans ces jours qu'on appelle saints le moine confesse1 pendant que le cur tonne en chaire contre le moine et ses adhrents2 telle femme pieuse sort de l'autel1 qui entend au prne qu'elle vient de faire un sacrilge4 ,n'y a-t-il point dans l'glise une puissance qui il appartienne ou de faire taire le pasteur1 ou de suspendre pour un temps le pouvoir du barnabite8 #bc 7,i7 ,il y a plus de rtribution dans les paroisses pour un mariage que pour un baptme1 et plus pour un baptme que pour la confession3 l'on dirait que ce soit un taux sur les sacrements1 qui semblent par l tre apprcis4 ,ce n'est rien au fond que cet usage2 et ceux qui reoivent pour les choses saintes ne croient point les vendre1 comme ceux qui donnent ne pensent point les acheter3 ce sont peut-tre des apparences qu'on pourrait pargner aux simples et aux indvots4 #bd 7,,vi7 ,un pasteur frais et en parfaite sant1 en ligne fin et en point de ,venise1 a sa place dans l'oeuvre auprs les pourpres et les fourrures2 il y achve sa digestion1 pendant que le ,feuillant ou le ,rcollet quitte sa cellule et son dsert1 o il est li par ses voeux et par la biensance1 pour venir le prcher1 lui et ses ouailles1 et en recevoir le salaire1 comme d'une pice d'toffe4 ,vous m'interrompez1 et vous dites3 ,quelle censure6 et combien elle est nouvelle et peu attendue6 ,ne voudriez-vous point interdire ce pasteur et son troupeau la parole divine et le pain de l'vangile8--,au contraire1 je voudrais qu'il le distribut lui-mme le matin1 le soir1 dans les temples1 dans les maisons1 dans les places1 sur les toits1 et que nul ne prtendt un emploi si grand1 si laborieux1 qu'avec des intentions1 des talents et des poumons capables de lui mriter les belles offrandes et les riches rtributions qui y sont attaches4 ,je suis forc1 il est vrai1 d'excuser un cur sur cette conduite par un usage reu1 qu'il trouve tabli1 et qu'il laissera son successeur2 mais c'est cet usage bizarre et dnu de fondement et d'apparence que je ne puis approuver1 et que je gote encore moins que celui de se faire payer quatre fois des mmes obsques1 pour soi1 pour ses droits1 pour sa prsence1 pour son assistance4 #be 7,,iv7 ,tite1 par vingt annes de service dans une seconde place1 n'est pas encore digne de la premire1 qui est vacante3 ni ses talents1 ni sa doctrine1 ni une vie exemplaire1 ni les voeux des paroissiens ne sauraient l'y faire asseoir4 ,il nat de dessous terre un autre clerc pour la remplir4 ,tite est recul ou congdi3 il ne se plaint pas2 c'est l'usage4 #bf 7,v7 ,moi1 dit le cheffecier1 je suis matre du choeur2 qui me forcera d'aller matines8 mon prdcesseur n'y allait point3 suis-je de pire condition8 dois-je laisser avilir ma dignit entre mes mains1 ou la laisser telle que je l'ai reue8--,ce n'est point1 dit l'coltre1 mon intrt qui me mne1 mais celui de la prbende3 il serait bien dur qu'un grand chanoine ft sujet au choeur1 pendant que le trsorier1 l'archidiacre1 le pnitencier et le grand vicaire s'en croient exempts4--,je suis bien fond1 dit le prvt1 demander la rtribution sans me trouver l'office3 il y a vingt annes entires que je suis en possession de dormir les nuits2 je veux finir comme j'ai commenc1 et l'on ne me verra point droger mon titre3 que me servirait d'tre la tte d'un chapitre8 mon exemple ne tire point consquence4 ,enfin c'est entre eux tous qui ne louera point ,dieu1 qui fera voir par un long usage qu'il n'est point oblig de le faire3 l'mulation de ne se point rendre aux offices divins ne saurait tre plus vive ni plus ardente4 ,les cloches sonnent dans une nuit tranquille2 et leur mlodie1 qui rveille les chantres et les enfants de choeur1 endort les chanoines1 les plonge dans un sommeil doux et facile1 et qui ne leur procure que de beaux songes3 ils se lvent tard1 et vont l'glise se faire payer d'avoir dormi4 #bg 7,,iv7 ,qui pourrait s'imaginer1 si l'exprience ne nous le mettait devant les yeux1 quelle peine ont les hommes se rsoudre d'eux-mmes leur propre flicit1 et qu'on ait besoin de gens d'un certain habit1 qui par un discours prpar1 tendre et pathtique1 par de certaines inflexions de voix1 par des larmes1 par des mouvements qui les mettent en sueur et qui les jettent dans l'puisement1 fassent enfin consentir un homme chrtien et raisonnable1 dont la maladie est sans ressource1 ne se point perdre et faire son salut8 #bh 7,,iv7 ,la fille d',aristippe est malade et en pril2 elle envoie vers son pre1 veut se rconcilier avec lui et mourir dans ses bonnes grces4 ,cet homme si sage1 le conseil de toute une ville1 fera-t-il de lui-mme cette dmarche si raisonnable8 y entranera-t-il sa femme8 ne faudra-t-il point pour les remuer tous deux la machine du directeur8 #bi 7,v7 ,une mre1 je ne dis pas qui cde et qui se rend la vocation de sa fille1 mais qui la fait religieuse1 se charge d'une me avec la sienne1 en rpond ,dieu mme1 en est la caution4 ,afin qu'une telle mre ne se perde pas1 il faut que sa fille se sauve4 #cj 7,,vi7 ,un homme joue et se ruine3 il marie nanmoins l'ane de ses deux filles de ce qu'il a pu sauver des mains d'un ,ambreville2 la cadette est sur le point de faire ses voeux1 qui n'a point d'autre vocation que le jeu de son pre4 #ca 7,,iv7 ,il s'est trouv des filles qui avaient de la vertu1 de la sant1 de la ferveur et une bonne vocation1 mais qui n'taient pas assez riches pour faire dans une riche abbaye voeu de pauvret4 #cb 7,,iv7 ,celle qui dlibre sur le choix d'une abbaye ou d'un simple monastre pour s'y enfermer agite l'ancienne question de l'tat populaire et du despotique4 #cc 7,,iv7 ,faire une folie et se marier par amourette1 c'est pouser ,mlite1 qui est jeune1 belle1 sage1 conome1 qui plat1 qui vous aime1 qui a moins de bien qu',aegine qu'on vous propose1 et qui avec une riche dot apporte de riches dispositions la consumer1 et tout votre fonds avec sa dot4 #cd 7,i7 ,il tait dlicat autrefois de se marier2 c'tait un long tablissement1 une affaire srieuse1 et qui mritait qu'on y penst2 l'on tait pendant toute sa vie le mari de sa femme1 bonne ou mauvaise3 mme table1 mme demeure1 mme lit2 l'on n'en tait point quitte pour une pension2 avec des enfants et un mnage complet1 l'on n'avait pas les apparences et les dlices du clibat4 #ce 7,v7 ,qu'on vite d'tre vu seul avec une femme qui n'est point la sienne1 voil une pudeur qui est bien place3 qu'on sente quelque peine se trouver dans le monde avec des personnes dont la rputation est attaque1 cela n'est pas incomprhensible4 ,mais quelle mauvaise honte fait rougir un homme de sa propre femme1 et l'empche de paratre dans le public avec celle qu'il s'est choisie pour sa compagne insparable1 qui doit faire sa joie1 ses dlices et toute sa socit2 avec celle qu'il aime et qu'il estime1 qui est son ornement1 dont l'esprit1 le mrite1 la vertu1 l'alliance lui font honneur8 ,que ne commence-t-il par rougir de son mariage8 ,je connais la force de la coutume1 et jusqu'o elle matrise les esprits et contraint les moeurs1 dans les choses mme les plus dnues de raison et de fondement2 je sens nanmoins que j'aurais l'impudence de me promener au ,cours1 et d'y passer en revue avec une personne qui serait ma femme4 #cf 7,v7 ,ce n'est pas une honte ni une faute un jeune homme que d'pouser une femme avance en ge2 c'est quelquefois prudence1 c'est prcaution4 ,l'infamie est de se jouer de sa bienfactrice par des traitements indignes1 et qui lui dcouvrent qu'elle est la dupe d'un hypocrite et d'un ingrat4 ,si la fiction est excusable1 c'est o il faut feindre de l'amiti2 s'il est permis de tromper1 c'est dans une occasion o il y aurait de la duret tre sincre4--,mais elle vit longtemps4-- ,aviez-vous stipul qu'elle mourt aprs avoir sign votre fortune et l'acquit de toutes vos dettes8 ,n'a-t-elle plus aprs ce grand ouvrage qu' retenir son haleine1 qu' prendre de l'opium ou de la cigu8 ,a-t-elle tort de vivre8 ,si mme vous mourez avant celle dont vous aviez dj rgl les funrailles1 qui vous destiniez la grosse sonnerie et les beaux ornements1 en est-elle responsable8 #cg 7,i7 ,il y a depuis longtemps dans le monde une manire de faire valoir son bien1 qui continue toujours d'tre pratique par d'honntes gens1 et d'tre condamne par d'habiles docteurs4 #ch 7,,iv7 ,on a toujours vu dans la rpublique de certaines charges qui semblent n'avoir t imagines la premire fois que pour enrichir un seul aux dpens de plusieurs2 les fonds ou l'argent des particuliers y coule sans fin et sans interruption4 ,dirai-je qu'il n'en revient plus ou qu'il n'en revient que tard8 ,c'est un gouffre1 c'est une mer qui reoit les eaux des fleuves2 et qui ne les rend pas2 ou si elles les rend1 c'est par des conduits secrets et souterrains1 sans qu'il y paraisse1 ou qu'elle en soit moins grosse et moins enfle2 ce n'est qu'aprs en avoir joui longtemps1 et qu'elle ne peut plus les retenir4 #ci 7,,vi7 ,le fonds perdu1 autrefois si sr1 si religieux et si inviolable1 est devenu avec le temps1 et par les soins de ceux qui en taient chargs1 un bien perdu4 ,quel autre secret de doubler mes revenus et de thsauriser8 ,entrerai-je dans le huitime denier1 ou dans les aides8 serai-je avare1 partisan1 ou administrateur8 #dj 7,,vii7 ,vous avez une pice d'argent1 ou mme une pice d'or2 ce n'est pas assez1 c'est le nombre qui opre3 faites-en1 si vous pouvez1 un amas considrable et qui s'lve en pyramide1 et je me charge du reste4 ,vous n'avez ni naissance1 ni esprit1 ni talents1 ni exprience1 qu'importe8 ne diminuez rien de votre monceau1 et je vous placerai si haut que vous vous couvrirez devant votre matre1 si vous en avez2 il sera mme fort minent1 si avec votre mtal1 qui de jour autre se multiplie1 je ne fais en sorte qu'il se dcouvre devant vous4 #da 7,,iv7 ,orante plaide depuis dix ans entiers en rglement de juges pour une affaire juste1 capitale1 et o il y va de toute sa fortune3 elle saura peut-tre dans cinq annes quels seront ses juges1 et dans quel tribunal elle doit plaider le reste de sa vie4 #db 7,,iv7 ,l'on applaudit la coutume qui s'est introduite dans les tribunaux d'interrompre les avocats au milieu de leur action1 de les empcher d'tre loquents et d'avoir de l'esprit1 de les ramener au fait et aux preuves toutes sches qui tablissent leurs causes et le droit de leurs parties2 et cette pratique si svre1 qui laisse aux orateurs le regret de n'avoir pas prononc les plus beaux traits de leurs discours1 qui bannit l'loquence du seul endroit o elle est en sa place1 et va faire du ,parlement une muette juridiction1 on l'autorise par une raison solide et sans rplique1 qui est celle de l'expdition3 il est seulement dsirer qu'elle ft moins oublie en toute autre rencontre1 qu'elle rglt au contraire les bureaux comme les audiences1 et qu'on chercht une fin aux critures1 comme on a fait aux plaidoyers4 #dc 7,i7 ,le devoir des juges est de rendre la justice2 leur mtier1 de la diffrer4 ,quelques-uns savent leur devoir1 et font leur mtier4 #dd 7,i7 ,celui qui sollicite son juge ne lui fait pas honneur2 car ou il se dfie de ses lumires et mme de sa probit1 ou il cherche le prvenir1 ou il lui demande une injustice4 #de 7,,iv7 ,il se trouve des juges auprs de qui la faveur1 l'autorit1 les droits de l'amiti et de l'alliance nuisent une bonne cause1 et qu'une trop grande affectation de passer pour incorruptibles expose tre injustes4 #df 7,,iv7 ,le magistrat coquet ou galant est pire dans les consquences que le dissolu3 celui-ci cache son commerce et ses liaisons1 et l'on ne sait souvent par o aller jusqu' lui2 celui-l est ouvert par mille faibles qui sont connus1 et l'on y arrive par toutes les femmes qui il veut plaire4 #dg 7,,iv7 ,il s'en faut peu que la religion et la justice n'aillent de pair dans la rpublique1 et que la magistrature ne consacre les hommes comme la prtrise4 ,l'homme de robe ne saurait gure danser au bal1 paratre aux thtres1 renoncer aux habits simples et modestes1 sans consentir son propre avilissement2 et il est trange qu'il ait fallu une loi pour rgler son extrieur1 et le contraindre ainsi tre grave et plus respect4 #dh 7,,iv7 ,il n'y a aucun mtier qui n'ait son apprentissage1 et en montant des moindres conditions jusques aux plus grandes1 on remarque dans toutes un temps de pratique et d'exercice qui prpare aux emplois1 o les fautes sont sans consquence1 et mnent au contraire la perfection4 ,la guerre mme1 qui ne semble natre et durer que par la confusion et le dsordre1 a ses prceptes2 on ne se massacre pas par pelotons et par troupes en rase campagne sans l'avoir appris1 et l'on s'y tue mthodiquement4 ,il y a l'cole de la guerre3 o est l'cole du magistrat8 ,il y a un usage1 des lois1 des coutumes3 o est le temps1 et le temps assez long que l'on emploie les digrer et s'en instruire8 ,l'essai et l'apprentissage d'un jeune adolescent qui passe de la frule la pourpre1 et dont la consignation a fait un juge1 est de dcider souverainement des vies et des fortunes des hommes4 #di 7,,iv7 ,la principale partie de l'orateur1 c'est la probit3 sans elle il dgnre en dclamateur1 il dguise ou il exagre les faits1 il cite faux1 il calomnie1 il pouse la passion et les haines de ceux pour qui il parle2 et il est de la classe de ces avocats dont le proverbe dit qu'ils sont pays pour dire des injures4 #ej 7,v7 ,il est vrai1 dit-on1 cette somme lui est due1 et ce droit lui est acquis4 ,mais je l'attends cette petite formalit2 s'il l'oublie1 il n'y revient plus1 et consquemment il perd sa somme1 ou il est incontestablement dchu de son droit2 or il oubliera cette formalit4 ,voil ce que j'appelle une conscience de praticien4 7,i7 ,une belle maxime pour le palais1 utile au public1 remplie de raison1 de sagesse et d'quit1 ce serait prcisment la contradictoire de celle qui dit que la forme emporte le fond4 #ea 7,,iv7 ,la question est une invention merveilleuse et tout fait sre pour perdre un innocent qui a la complexion faible1 et sauver un coupable qui est n robuste4 #eb 7,,vi7 ,un coupable puni est un exemple pour la canaille2 un innocent condamn est l'affaire de tous les honntes gens4 ,je dirai presque de moi3 ,je ne serai pas voleur ou meurtrier4--,je ne serai pas un jour puni comme tel1 c'est parler bien hardiment4 ,une condition lamentable est celle d'un homme innocent qui la prcipitation et la procdure ont trouv un crime2 celle mme de son juge peut-elle l'tre davantage8 #ec 7,,vi7 ,si l'on me racontait qu'il s'est trouv autrefois un prvt2 ou l'un de ces magistrats crs pour poursuivre les voleurs et les exterminer1 qui les connaissait tous depuis longtemps de nom et de visage2 savait leurs vols1 j'entends l'espce1 le nombre et la quantit1 pntrait si avant dans toutes ces profondeurs1 et tait si initi dans tous ces affreux mystres qu'il sut rendre un homme de crdit un bijou qu'on lui avait pris dans la foule au sortir d'une assemble1 et dont il tait sur le point de faire de l'clat1 que le ,parlement intervint dans cette affaire1 et fit le procs cet officier3 je regarderais cet vnement comme l'une de ces choses dont l'histoire se charge1 et qui le temps te la croyance3 comment donc pourrais-je croire qu'on doive prsumer par des faits rcents1 connus et circonstancis1 qu'une connivence si pernicieuse dure encore1 qu'elle ait mme tourn en jeu et pass en coutume8 #ed 7,,iv7 ,combien d'hommes qui sont forts contre les faibles1 fermes et inflexibles aux sollicitations du simple peuple1 sans nuls gards pour les petits1 rigides et svres dans les minutes1 qui refusent les petits prsents1 qui n'coutent ni leurs parents ni leurs amis1 et que les femmes seules peuvent corrompre6 #ee 7,i7 ,il n'est pas absolument impossible qu'une personne qui se trouve dans une grande faveur perde un procs4 #ef 7,v7 ,les mourants qui parlent dans leurs testaments peuvent s'attendre tre couts comme des oracles2 chacun les tire de son ct et les interprte sa manire1 je veux dire selon ses dsirs ou ses intrts4 #eg 7,v7 ,il est vrai qu'il y a des hommes dont on peut dire que la mort fixe moins la dernire volont qu'elle ne leur te avec la vie l'irrsolution et l'inquitude4 ,un dpit1 pendant qu'ils vivent1 les fait tester2 ils s'apaisent et dchirent leur minute1 la voil en cendre4 ,ils n'ont pas moins de testaments dans leur cassette que d'almanachs sur leur table2 ils les comptent par les annes4 ,un second se trouve dtruit par un troisime1 qui est ananti lui-mme par un autre mieux digr1 et celui-ci encore par un cinquime olographe4 ,mais si le moment1 ou la malice1 ou l'autorit manque celui qui a intrt de le supprimer1 il faut qu'il en essuie les clauses et les conditions2 car appert-il mieux des dispositions des hommes les plus inconstants que par un dernier acte1 sign de leur main1 et aprs lequel ils n'ont pas du moins eu le loisir de vouloir tout le contraire8 #eh 7,v7 ,s'il n'y avait point de testaments pour rgler le droit des hritiers1 je ne sais si l'on aurait besoin de tribunaux pour rgler les diffrends des hommes3 les juges seraient presque rduits la triste fonction d'envoyer au gibet les voleurs et les incendiaires4 ,qui voit-on dans les lanternes des chambres1 au parquet1 la porte ou dans la salle du magistrat8 des hritiers ab intestat8 ,non1 les lois ont pourvu leurs partages4 ,on y voit les testamentaires qui plaident en explication d'une clause ou d'un article1 les personnes exhrdes1 ceux qui se plaignent d'un testament fait avec loisir1 avec maturit1 par un homme grave1 habile1 consciencieux1 et qui a t aid d'un bon conseil3 d'un acte o le praticien n'a rien obmis de son jargon et de ses finesses ordinaires2 il est sign du testateur et des tmoins publics1 il est paraf3 et c'est en cet tat qu'il est cass et dclar nul4 #ei 7,v7 ,titius assiste la lecture d'un testament avec des yeux rouges et humides1 et le coeur serr de la perte de celui dont il espre recueillir la succession4 ,un article lui donne la charge1 un autre les rentes de la ville1 un troisime le rend matre d'une terre la campagne2 il y a une clause qui1 bien entendue1 lui accorde une maison situe au milieu de ,paris1 comme elle se trouve1 et avec les meubles3 son affliction augmente1 les larmes lui coulent des yeux4 ,le moyen de les contenir8 ,il se voit officier1 log aux champs et la ville1 meubl de mme2 il se voit une bonne table et un carrosse3 ,y avait-il au monde un plus honnte homme que le dfunt1 un meilleur homme8 ,il y a un codicille1 il faut le lire3 il fait ,maevius lgataire universel1 et il renvoie ,titius dans son faubourg1 sans rentes1 sans titres1 et le met pied4 ,il essuie ses larmes3 c'est ,maevius s'affliger4 #fj 7,v7 ,la loi qui dfend de tuer un homme n'embrasse-t-elle pas dans cette dfense le fer1 le poison1 le feu1 l'eau1 les embches1 la force ouverte1 tous les moyens enfin qui peuvent servir l'homicide8 ,la loi qui te aux maris et aux femmes le pouvoir de se donner rciproquement1 n'a-t-elle connu que les voies directes et immdiates de donner8 a-t-elle manqu de prvoir les indirectes8 a-t-elle introduit les fidicommis1 ou si mme elle les tolre8 ,avec une femme qui nous est chre et qui nous survit1 lgue-t-on son bien un ami fidle par un sentiment de reconnaissance pour lui1 ou plutt par une extrme confiance1 et par la certitude qu'on a du bon usage qu'il saura faire de ce qu'on lui lgue8 ,donne-t-on celui que l'on peut souponner de ne devoir pas rendre la personne qui en effet l'on veut donner8 ,faut-il se parler1 faut-il s'crire1 est-il besoin de pacte ou de serments pour former cette collusion8 ,les hommes ne sentent-ils pas en cette rencontre ce qu'ils peuvent esprer les uns des autres8 ,et si au contraire la proprit d'un tel bien est dvolue au fidicommissaire1 pourquoi perd-il sa rputation le retenir8 ,sur quoi fonde-t-on la satire et les vaudevilles8 ,voudrait-on le comparer au dpositaire qui trahit le dpt1 un domestique qui vole l'argent que son matre lui envoie porter8 ,on aurait tort3 y a-t-il de l'infamie ne pas faire une libralit1 et conserver pour soi ce qui est soi8 trange embarras1 horrible poids que le fidicommis6 ,si par la rvrence des lois on se l'approprie1 il ne faut plus passer pour homme de bien2 si par le respect d'un ami mort l'on suit ses intentions en le rendant sa veuve1 on est confidentiaire1 on blesse la loi4--,elle cadre donc bien mal avec l'opinion des hommes8--,cela peut tre2 et il ne me convient pas de dire ici3 ,la loi pche1 ni3 ,les hommes se trompent4 #fa 7,,viii7 ,j'entends dire de quelques particuliers ou de quelques compagnies3 ,tel et tel corps se contestent l'un l'autre la prsance2 le mortier et la pairie se disputent le pas4 ,il me parat que celui des deux qui vite de se rencontrer aux assembles est celui qui cde1 et qui sentant son faible1 juge lui-mme en faveur de son concurrent4 #fb 7,,iv7 ,typhon fournit un grand de chiens et de chevaux2 que ne lui fournit-il point8 ,sa protection le rend audacieux2 il est impunment dans sa province tout ce qui lui plat d'tre1 assassin1 parjure2 il brle ses voisins1 et il n'a pas besoin d'asile4 ,il faut enfin que le ,prince se mle lui-mme de sa punition4 #fc 7,,vi7 ,ragots1 liqueurs1 entres1 entremets1 tous mots qui devraient tre barbares et inintelligibles en notre langue2 et s'il est vrai qu'ils ne devraient pas tre d'usage en pleine paix1 o ils ne servent qu' entretenir le luxe et la gourmandise1 comment peuvent-ils tre entendus dans le temps de la guerre et d'une misre publique1 la vue de l'ennemi1 la veille d'un combat1 pendant un sige8 ,o est-il parl de la table de ,scipion ou de celle de ,marius8 ,ai-je lu quelque part que ,miltiade1 qu'paminondas1 qu',agsilas aient fait une chre dlicate8 ,je voudrais qu'on ne ft mention de la dlicatesse1 de la propret et de la somptuosit des gnraux1 qu'aprs n'avoir plus rien dire sur leur sujet1 et s'tre puis sur les circonstances d'une bataille gagne et d'une ville prise2 j'aimerais mme qu'ils voulussent se priver de cet loge4 #fd 7,,vi7 ,hermippe est l'esclave de ce qu'il appelle ses petites commodits2 il leur sacrifie l'usage reu1 la coutume1 les modes1 la biensance4 ,il les cherche en toutes choses1 il quitte une moindre pour une plus grande1 il ne nglige aucune de celles qui sont praticables1 il s'en fait une tude1 et il ne se passe aucun jour qu'il ne fasse en ce genre une dcouverte4 ,il laisse aux autres hommes le dner et le souper1 peine en admet-il les termes2 il mange quand il a faim1 et les mets seulement o son apptit le porte4 ,il voit faire son lit3 quelle main assez adroite ou assez heureuse pourrait le faire dormir comme il veut dormir8 ,il sort rarement de chez soi2 il aime la chambre1 o il n'est ni oisif ni laborieux1 o il n'agit point1 o il tracasse1 et dans l'quipage d'un homme qui a pris mdecine4 ,on dpend servilement d'un serrurier et d'un menuisier1 selon ses besoins3 pour lui1 s'il faut limer1 il a une lime2 une scie1 s'il faut scier1 et des tenailles1 s'il faut arracher4 ,imaginez1 s'il est possible1 quelques outils qu'il n'ait pas1 et meilleurs et plus commodes son gr que ceux mmes dont les ouvriers se servent3 il en a de nouveaux et d'inconnus1 qui n'ont point de nom1 productions de son esprit1 et dont il a presque oubli l'usage4 ,nul ne se peut comparer lui pour faire en peu de temps et sans peine un travail fort inutile4 ,il faisait dix pas pour aller de son lit dans sa garde-robe1 il n'en fait plus que neuf par la manire dont il a su tourner sa chambre3 combien de pas pargns dans le cours d'une vie6 ,ailleurs l'on tourne la clef1 l'on pousse contre1 ou l'on tire soi1 et une porte s'ouvre3 quelle fatigue6 voil un mouvement de trop1 qu'il sait s'pargner1 et comment8 c'est un mystre qu'il ne rvle point4 ,il est1 la vrit1 un grand matre pour le ressort et pour la mcanique1 pour celle du moins dont tout le monde se passe4 ,hermippe tire le jour de son appartement d'ailleurs que de la fentre2 il a trouv le secret de monter et de descendre autrement que par l'escalier1 et il cherche celui d'entrer et de sortir plus commodment que par la porte4 #fe 7,i7 ,il y a dj longtemps que l'on improuve les mdecins1 et que l'on s'en sert2 le thtre et la satire ne touchent point leurs pensions2 ils dotent leurs filles1 placent leurs fils aux parlements et dans la prlature1 et les railleurs eux-mmes fournissent l'argent4 ,ceux qui se portent bien deviennent malades2 il leur faut des gens dont le mtier soit de les assurer qu'ils ne mourront point4 ,tant que les hommes pourront mourir1 et qu'ils aimeront vivre1 le mdecin sera raill1 et bien pay4 #ff 7,,iv7 ,un bon mdecin est celui qui a des remdes spcifiques1 ou s'il en manque1 qui permet ceux qui les ont de gurir son malade4 #fg 7,,iv7 ,la tmrit des charlatans1 et leurs tristes succs1 qui en sont les suites1 font valoir la mdecine et les mdecins3 si ceux-ci laissent mourir1 les autres tuent4 #fh 7,,viii7 ,carro ,carri dbarque avec une recette qu'il appelle un prompt remde1 et qui quelquefois est un poison lent2 c'est un bien de famille1 mais amlior en ses mains3 de spcifique qu'il tait contre la colique1 il gurit de la fivre quarte1 de la pleursie1 de l'hydropisie1 de l'apoplexie1 de l'pilepsie4 ,forcez un peu votre mmoire1 nommez une maladie1 la premire qui vous viendra en l'esprit3 l'hmorragie1 dites-vous8 il la gurit4 ,il ne ressuscite personne1 il est vrai2 il ne rend pas la vie aux hommes2 mais il les conduit ncessairement jusqu' la dcrpitude1 et ce n'est que par hasard que son pre et son aeul1 qui avaient ce secret1 sont morts fort jeunes4 ,les mdecins reoivent pour leurs visites ce qu'on leur donne2 quelques-uns se contentent d'un remerciement3 ,carro ,carri est si sr de son remde1 et de l'effet qui en doit suivre1 qu'il n'hsite pas de s'en faire payer d'avance1 et de recevoir avant que de donner4 ,si le mal est incurable1 tant mieux1 il n'en est que plus digne de son application et de son remde4 ,commencez par lui livrer quelques sacs de mille francs1 passez-lui un contrat de constitution1 donnez-lui une de vos terres1 la plus petite1 et ne soyez pas ensuite plus inquiet que lui de votre gurison4 ,l'mulation de cet homme a peupl le monde de noms en ,o et en ,i1 noms vnrables1 qui imposent aux malades et aux maladies4 ,vos mdecins1 ,fagon1 et de toutes les facults1 avouez-le1 ne gurissent pas toujours1 ni srement2 ceux au contraire qui ont hrit de leurs pres la mdecine pratique1 et qui l'exprience est chue par succession1 promettent toujours1 et avec serments1 qu'on gurira4 ,qu'il est doux aux hommes de tout esprer d'une maladie mortelle1 et de se porter encore passablement bien l'agonie6 ,la mort surprend agrablement et sans s'tre fait craindre2 on la sent plus tt qu'on n'a song s'y prparer et s'y rsoudre4 ,fagon ,esculape6 faites rgner sur toute la terre le quinquina et l'mtique2 conduisez sa perfection la science des simples1 qui sont donns aux hommes pour prolonger leur vie2 observez dans les cures1 avec plus de prcision et de sagesse que personne n'a encore fait1 le climat1 les temps1 les symptmes et les complexions2 gurissez de la manire seule qu'il convient chacun d'tre guri2 chassez des corps1 o rien ne vous est cach de leur conomie1 les maladies les plus obscures et les plus invtres2 n'attentez pas sur celles de l'esprit1 elles sont incurables2 laissez ,corinne1 ,lesbie1 ,canidie1 ,trimalcion et ,carpus la passion ou la fureur des charlatans4 #fi 7,,iv7 ,l'on souffre dans la rpublique les chiromanciens et les devins1 ceux qui font l'horoscope et qui tirent la figure1 ceux qui connaissent le pass par le mouvement du sas1 ceux qui font voir dans un miroir ou dans un vase d'eau la claire vrit2 et ces gens sont en effet de quelque usage3 ils prdisent aux hommes qu'ils feront fortune1 aux filles qu'elles pouseront leurs amants1 consolent les enfants dont les pres ne meurent point1 et charment l'inquitude des jeunes femmes qui ont de vieux maris2 ils trompent enfin trs vil prix ceux qui cherchent tre tromps4 #gj 7,,iv7 ,que penser de la magie et du sortilge8 ,la thorie en est obscure1 les principes vagues1 incertains1 et qui approchent du visionnaire2 mais il y a des faits embarrassants1 affirms par des hommes graves qui les ont vus1 ou qui les ont appris de personnes qui leur ressemblent3 les admettre tous ou les nier tous parat un gal inconvnient2 et j'ose dire qu'en cela1 comme dans toutes les choses extraordinaires et qui sortent des communes rgles1 il y a un parti trouver entre les mes crdules et les esprits forts4 #ga 7,i7 ,l'on ne peut gure charger l'enfance de la connaissance de trop de langues1 et il me semble que l'on devrait mettre toute son application l'en instruire2 elles sont utiles toutes les conditions des hommes1 et elles leur ouvrent galement l'entre ou une profonde ou une facile et agrable rudition4 ,si l'on remet cette tude si pnible un ge un peu plus avanc1 et qu'on appelle la jeunesse1 ou l'on n'a pas la force de l'embrasser par choix1 ou l'on n'a pas celle d'y persvrer2 et si l'on y persvre1 c'est consumer la recherche des langues le mme temps qui est consacr l'usage que l'on en doit faire2 c'est borner la science des mots un ge qui veut dj aller plus loin2 et qui demande des choses2 c'est au moins avoir perdu les premires et les plus belles annes de sa vie4 ,un si grand fonds ne se peut bien faire que lorsque tout s'imprime dans l'me naturellement et profondment2 que la mmoire est neuve1 prompte et fidle2 que l'esprit et le coeur sont encore vides de passions1 de soins et de dsirs1 et que l'on est dtermin de longs travaux par ceux de qui l'on dpend4 ,je suis persuad que le petit nombre d'habiles1 ou le grand nombre de gens superficiels1 vient de l'oubli de cette pratique4 #gb 7,,vi7 ,l'tude des textes ne peut jamais tre assez recommande2 c'est le chemin le plus court1 le plus sr et le plus agrable pour tout genre d'rudition4 ,ayez les choses de la premire main2 puisez la source2 maniez1 remaniez le texte2 apprenez-le de mmoire2 citez-le dans les occasions2 songez surtout en pntrer le sens dans toute son tendue et dans ses circonstances2 conciliez un auteur original1 ajustez ses principes1 tirez vous-mme les conclusions4 ,les premiers commentateurs se sont trouvs dans le cas o je dsire que vous soyez3 n'empruntez leurs lumires et ne suivez leurs vues qu'o les vtres seraient trop courtes2 leurs explications ne sont pas vous1 et peuvent aisment vous chapper2 vos observations au contraire naissent de votre esprit et y demeurent3 vous les retrouvez plus ordinairement dans la conversation1 dans la consultation et dans la dispute4 ,ayez le plaisir de voir que vous n'tes arrt dans la lecture que par les difficults qui sont invincibles1 o les commentateurs et les scoliastes eux-mmes demeurent court1 si fertiles d'ailleurs1 si abondants et si chargs d'une vaine et fastueuse rudition dans les endroits clairs1 et qui ne font de peine ni eux ni aux autres4 ,achevez ainsi de vous convaincre par cette mthode d'tudier1 que c'est la paresse des hommes qui a encourag le pdantisme grossir plutt qu' enrichir les bibliothques1 faire prir le texte sous le poids des commentaires2 et qu'elle a en cela agi contre soi-mme et contre ses plus chers intrts1 en multipliant les lectures1 les recherches et le travail1 qu'elle cherchait viter4 #gc 7,,vii7 ,qui rgle les hommes dans leur manire de vivre et d'user des aliments8 ,la sant et le rgime8 ,cela est douteux4 ,une nation entire mange les viandes aprs les fruits1 une autre fait tout le contraire2 quelques-uns commencent leurs repas par de certains fruits1 et les finissent par d'autres3 est-ce raison8 est-ce usage8 ,est-ce par un soin de leur sant que les hommes s'habillent jusqu'au menton1 portent des fraises et des collets1 eux qui ont eu si longtemps la poitrine dcouverte8 ,est-ce par biensance1 surtout dans un temps o ils avaient trouv le secret de paratre nus tout habills8 ,et d'ailleurs les femmes1 qui montrent leur gorge et leurs paules1 sont-elles d'une complexion moins dlicate que les hommes1 ou moins sujettes qu'eux aux biensances8 ,quelle est la pudeur qui engage celles-ci couvrir leurs jambes et presque leurs pieds1 et qui leur permet d'avoir les bras nus au-dessus du coude8 ,qui avait mis autrefois dans l'esprit des hommes qu'on tait la guerre ou pour se dfendre ou pour attaquer1 et qui leur avait insinu l'usage des armes offensives et des dfensives8 ,qui les oblige aujourd'hui de renoncer celles-ci1 et pendant qu'ils se bottent pour aller au bal1 de soutenir sans armes et en pourpoint des travailleurs exposs tout le feu d'une contrescarpe8 ,nos pres1 qui ne jugeaient pas une telle conduite utile au ,prince et la patrie1 taient-ils sages ou insenss8 ,et nous-mmes1 quels hros clbrons-nous dans notre histoire8 ,un ,guesclin1 un ,clisson1 un ,foix1 un ,boucicaut1 qui tous ont port l'armet et endoss une cuirasse4 ,qui pourrait rendre raison de la fortune de certains mots et de la proscription de quelques autres8 ,ainsi a pri3 la voyelle qui le commence1 et si propre pour l'lision1 n'a pu le sauver2 il a cd un autre monosyllabe1 et qui n'est au plus que son anagramme4 ,certes est beau dans sa vieillesse1 et a encore de la force sur son dclin3 la posie le rclame1 et notre langue doit beaucoup aux crivains qui le disent en prose1 et qui se commettent pour lui dans leurs ouvrages4 ,maint est un mot qu'on ne devait jamais abandonner1 et par la facilit qu'il y avait le couler dans le style1 et par son origine1 qui est franaise4 ,moult1 quoique latin1 tait dans son temps d'un mme mrite1 et je ne vois pas par o beaucoup l'emporte sur lui4 ,quelle perscution le car n'a-t-il pas essuye6 et s'il n'et trouv de la protection parmi les gens polis1 n'tait-il pas banni honteusement d'une langue qui il a rendu de si longs services1 sans qu'on st quel mot lui substituer8 ,cil a t dans ses beaux jours le plus joli mot de la langue franaise2 il est douloureux pour les potes qu'il ait vieilli4 ,douloureux ne vient pas plus naturellement de douleur1 que de chaleur vient chaleureux ou chaloureux3 celui-ci se passe1 bien que ce ft une richesse pour la langue1 et qu'il se dise fort juste o chaud ne s'emploie qu'improprement4 ,valeur devait aussi nous conserver valeureux2 haine1 haineux2 peine1 peineux1 fruit1 fructueux2 piti1 piteux2 joie1 jovial2 foi1 fal2 cour1 courtois2 gte1 gisant2 baleine1 balen2 vanterie1 vantard2 mensonge1 mensonger2 coutume1 coutumier3 comme part maintient partial2 point1 pointu et pointilleux2 ton1 tonnant2 son1 sonore2 frein1 effrn2 front1 effront2 ris1 ridicule2 loi1 loyal2 coeur1 cordial2 bien1 bnin2 mal1 malicieux4 ,heur se plaait o bonheur ne saurait entrer2 il a fait heureux1 qui est si franais1 et il a cess de l'tre3 si quelques potes s'en sont servis1 c'est moins par choix que par la contrainte de la mesure4 ,issue prospre1 et vient d'issir1 qui est aboli4 ,fin subsiste sans consquence pour finer1 qui vient de lui1 pendant que cesse et cesser rgnent galement4 ,verd ne fait plus verdoyer1 ni fte1 ftoyer1 ni larme1 larmoyer1 ni deuil1 se douloir1 se condouloir1 ni joie1 s'jouir1 bien qu'il fasse toujours se rjouir1 se conjouir1 ainsi qu'orgueil1 s'enorgueillir4 ,on a dit gent1 le corps gent3 ce mot si facile non seulement est tomb1 l'on voit mme qu'il a entran gentil dans sa chute4 ,on dit diffam1 qui drive de fame1 qui ne s'entend plus3 ,on dit curieux1 driv de cure1 qui est hors d'usage4 ,il y avait gagner de dire si que pour de sorte que ou de manire que1 de moi au lieu de pour moi ou de quant moi1 de dire je sais que c'est qu'un mal1 plutt que je sais ce que c'est qu'un mal1 soit par l'analogie latine1 soit par l'avantage qu'il y a souvent avoir un mot de moins placer dans l'oraison4 ,l'usage a prfr par consquent par consquence1 et en consquence en consquent1 faons de faire manires de faire1 et manires d'agir faons d'agir4442 dans les verbes1 travailler ouvrer1 tre accoutum souloir1 convenir duire1 faire du bruit bruire1 injurier vilainer1 piquer poindre1 faire ressouvenir ramentevoir4442 et dans les noms1 penses pensers1 un si beau mot1 et dont le vers se trouvait si bien1 grandes actions prouesses1 louanges loz1 mchancet mauvaisti1 porte huis1 navire nef1 arme ost1 monastre monstier1 prairies pres4441 tous mots qui pouvaient durer ensemble d'une gale beaut1 et rendre une langue plus abondante4 ,l'usage a par l'addition1 la suppression1 le changement ou le drangement de quelques lettres1 fait frelater de fralater1 prouver de preuver1 profit de proufit1 froment de froument1 profil de pourfil1 provision de pourveoir1 promener de pourmener1 et promenade de pourmenade4 ,le mme usage fait1 selon l'occasion1 d'habile1 d'utile1 de facile1 de docile1 de mobile et de fertile1 sans y rien changer1 des genres diffrents3 au contraire de vil1 vile1 subtil1 subtile1 selon leur terminaison masculins ou fminins4 ,il a altr les terminaisons anciennes3 de scel il a fait sceau2 de mantel1 manteau2 de capel1 chapeau2 de coutel1 couteau2 de hamel1 hameau2 de damoisel1 damoiseau2 de jouvencel1 jouvenceau2 et cela sans que l'on voie gure ce que la langue franaise gagne ces diffrences et ces changements4 ,est-ce donc faire pour le progrs d'une langue1 que de dfrer l'usage8 ,serait-il mieux de secouer le joug de son empire si despotique8 ,faudrait-il1 dans une langue vivante1 couter la seule raison qui prvient les quivoques1 suit la racine des mots et le rapport qu'ils ont avec les langues originaires dont ils sont sortis1 si la raison d'ailleurs veut qu'on suive l'usage8 ,si nos anctres ont mieux crit que nous1 ou si nous l'emportons sur eux par le choix des mots1 par le tour et l'expression1 par la clart et la brivet du discours1 c'est une question souvent agite1 toujours indcise4 ,on ne la terminera point en comparant1 comme l'on fait quelquefois1 un froid crivain de l'autre sicle aux plus clbres de celui-ci1 ou les vers de ,laurent1 pay pour ne plus crire1 ceux de ,marot et de ,desportes4 ,il faudrait1 pour prononcer juste sur cette matire1 opposer sicle sicle1 et excellent ouvrage excellent ouvrage1 par exemple les meilleurs rondeaux de ,benserade ou de ,voiture ces deux-ci1 qu'une tradition nous a conservs1 sans nous en marquer le temps ni l'auteur3 ,bien propos s'en vint ,ogier en ,france ,pour le pas de mescreans monder3 ,ja n'est besoin de conter sa vaillance1 ,puisqu'ennemis n'osoient le regarder4 ,or quand il eut tout mis en assurance1 ,de voyager il voulut s'enharder1 ,en ,paradis trouva l'eau de jouvance1 ,dont il se sceut de vieillesse engarder ,bien propos4 ,puis par cette eau son corps tout decrepite ,transmu fut par manire subite ,en jeune gars1 frais1 gracieux et droit4 ,grand dommage est que cecy soit sornettes3 ,filles connoy qui ne sont pas jeunettes1 qui cette eau de jouvance viendroit ,bien propos4 ,de cettuy preux maints grands clercs ont crit ,qu'oncques dangier n'tonna son courage3 ,abus fut par le malin esprit1 ,qu'il pousa sous feminin visage4 ,si piteux cas la fin dcouvrit ,sans un seul brin de peur ny de dommage1 ,dont grand renom par tout le monde acquit1 ,si qu'on tenoit tres honneste langage ,de cettuy preux4 ,bien-tost aprs fille de ,roy s'prit ,de son amour1 qui voulentiers s'offrit ,au bon ,richard en second mariage4 ,donc s'il vaut mieux de diable ou femme avoir1 ,et qui des deux brut plus en mnage1 ,ceulx qui voudront1 si le pourront savoir ,de cettuy preux4 ,de la chaire #a 7,i7 ,le discours chrtien est devenu un spectacle4 ,cette tristesse vanglique qui en est l'me ne s'y remarque plus3 elle est supple par les avantages de la mine1 par les inflexions de la voix1 par la rgularit du geste1 par le choix des mots1 et par les longues numrations4 ,on n'coute plus srieusement la parole sainte3 c'est une sorte d'amusement entre mille autres2 c'est un jeu o il y a de l'mulation et des parieurs4 #b 7,,iv7 ,l'loquence profane est transpose pour ainsi dire du barreau1 o ,le ,matre1 ,pucelle et ,fourcroy l'ont fait rgner1 et o elle n'est plus d'usage1 la chaire1 o elle ne doit pas tre4 7,i7 ,l'on fait assaut d'loquence jusqu'au pied de l'autel et en la prsence des mystres4 ,celui qui coute s'tablit juge de celui qui prche1 pour condamner ou pour applaudir1 et n'est pas plus converti par le discours qu'il favorise que par celui auquel il est contraire4 ,l'orateur plat aux uns1 dplat aux autres1 et convient avec tous en une chose1 que1 comme il ne cherche point les rendre meilleurs1 ils ne pensent pas aussi le devenir4 7,,iv7 ,un apprenti est docile1 il coute son matre1 il profite de ses leons1 et il devient matre4 ,l'homme indocile critique le discours du prdicateur1 comme le livre du philosophe1 et il ne devient ni chrtien ni raisonnable4 #c 7,i7 ,jusqu' ce qu'il revienne un homme qui1 avec un style nourri des saintes critures1 explique au peuple la parole divine uniment et familirement1 les orateurs et les dclamateurs seront suivis4 #d 7,i7 ,les citations profanes1 les froides allusions1 le mauvais pathtique1 les antithses1 les figures outres ont fini3 les portraits finiront1 et feront place une simple explication de l'vangile1 jointe aux mouvements qui inspirent la conversion4 #e 7,,viii7 ,cet homme que je souhaitais impatiemment1 et que je ne daignais pas esprer de notre sicle1 est enfin venu4 ,les courtisans1 force de got et de connatre les biensances1 lui ont applaudi2 ils ont1 chose incroyable6 abandonn la chapelle du ,roi1 pour venir entendre avec le peuple la parole de ,dieu annonce par cet homme apostolique4 ,la ville n'a pas t de l'avis de la cour3 o il a prch1 les paroissiens ont dsert1 jusqu'aux marguilliers ont disparu2 les pasteurs ont tenu ferme1 mais les ouailles se sont disperses1 et les orateurs voisins en ont grossi leur auditoire4 ,je devais le prvoir1 et ne pas dire qu'un tel homme n'avait qu' se montrer pour tre suivi1 et qu' parler pour tre cout3 ne savais-je pas quelle est dans les hommes1 et en toutes choses1 la force indomptable de l'habitude8 ,depuis trente annes on prte l'oreille aux rhteurs1 aux dclamateurs1 aux numrateurs2 on court ceux qui peignent en grand ou en miniature4 ,il n'y a pas longtemps qu'ils avaient des chutes ou des transitions ingnieuses1 quelquefois mme si vives et si aigus qu'elles pouvaient passer pour pigrammes3 ils les ont adoucies1 je l'avoue1 et ce ne sont plus que des madrigaux4 ,ils ont toujours1 d'une ncessit indispensable et gomtrique1 trois sujets admirables de vos attentions3 ils prouveront une telle chose dans la premire partie de leur discours1 cette autre dans la seconde partie1 et cette autre encore dans la troisime4 ,ainsi vous serez convaincu d'abord d'une certaine vrit1 et c'est leur premier point2 d'une autre vrit1 et c'est leur second point2 et puis d'une troisime vrit1 et c'est leur troisime point3 de sorte que la premire rflexion vous instruira d'un principe des plus fondamentaux de votre religion2 la seconde1 d'un autre principe qui ne l'est pas moins2 et la dernire rflexion1 d'un troisime et dernier principe1 le plus important de tous1 qui est remis pourtant1 faute de loisir1 une autre fois4 ,enfin1 pour reprendre et abrger cette division et former un plan444--,encore1 dites-vous1 et quelles prparations pour un discours de trois quarts d'heure qui leur reste faire6 ,plus ils cherchent le digrer et l'claircir1 plus ils m'embrouillent4--,je vous crois sans peine1 et c'est l'effet le plus naturel de tout cet amas d'ides qui reviennent la mme1 dont ils chargent sans piti la mmoire de leurs auditeurs4 ,il semble1 les voir s'opinitrer cet usage1 que la grce de la conversion soit attache ces normes partitions4 ,comment nanmoins serait-on converti par de tels aptres1 si l'on ne peut qu' peine les entendre articuler1 les suivre et ne les pas perdre de vue8 ,je leur demanderais volontiers qu'au milieu de leur course imptueuse1 ils voulussent plusieurs fois reprendre haleine1 souffler un peu1 et laisser souffler leurs auditeurs4 ,vains discours1 paroles perdues6 ,le temps des homlies n'est plus2 les ,basiles1 les ,chrysostomes ne le ramneraient pas2 on passerait en d'autres diocses pour tre hors de la porte de leur voix et de leurs familires instructions4 ,le commun des hommes aime les phrases et les priodes1 admire ce qu'il n'entend pas1 se suppose instruit1 content de dcider entre un premier et un second point1 ou entre le dernier sermon et le pnultime4 #f 7,v7 ,il y a moins d'un sicle qu'un livre franais tait un certain nombre de pages latines1 o l'on dcouvrait quelques lignes ou quelques mots en notre langue4 ,les passages1 les traits et les citations n'en taient pas demeurs l3 ,ovide et ,catulle achevaient de dcider des mariages et des testaments1 et venaient avec les ,pandectes au secours de la veuve et des pupilles4 ,le sacr et le profane ne se quittaient point2 ils s'taient glisss ensemble jusque dans la chaire3 saint ,cyrille1 ,horace1 saint ,cyprien1 ,lucrce1 parlaient alternativement2 les potes taient de l'avis de saint ,augustin et de tous les ,pres2 on parlait latin1 et longtemps1 devant des femmes et des marguilliers2 on a parl grec4 ,il fallait savoir prodigieusement pour prcher si mal4 ,autre temps1 autre usage3 le texte est encore latin1 tout le discours est franais1 et d'un beau franais2 l'vangile mme n'est pas cit4 ,il faut savoir aujourd'hui trs peu de chose pour bien prcher4 #g 7,,iv7 ,l'on a enfin banni la scolastique de toutes les chaires des grandes villes1 et on l'a relgue dans les bourgs et dans les villages pour l'instruction et pour le salut du laboureur ou du vigneron4 #h 7,i7 ,c'est avoir de l'esprit que de plaire au peuple dans un sermon par un style fleuri1 une morale enjoue1 des figures ritres1 des traits brillants et de vives descriptions2 mais ce n'est point en avoir assez4 ,un meilleur esprit nglige ces ornements trangers1 indignes de servir l'vangile3 il prche simplement1 fortement1 chrtiennement4 #i 7,i7 ,l'orateur fait de si belles images de certains dsordres1 y fait entrer des circonstances si dlicates1 met tant d'esprit1 de tour et de raffinement dans celui qui pche1 que si je n'ai pas de pente vouloir ressembler ses portraits1 j'ai besoin du moins que quelque aptre1 avec un style plus chrtien1 me dgote des vices dont l'on m'avait fait une peinture si agrable4 #aj 7,,iv7 ,un beau sermon est un discours oratoire qui est dans toutes ses rgles1 purg de tous ses dfauts1 conforme aux prceptes de l'loquence humaine1 et par de tous les ornements de la rhtorique4 ,ceux qui entendent finement n'en perdent pas le moindre trait ni une seule pense2 ils suivent sans peine l'orateur dans toutes les numrations o il se promne1 comme dans toutes les lvations o il se jette3 ce n'est une nigme que pour le peuple4 #aa 7,,iv7 ,le solide et l'admirable discours que celui qu'on vient d'entendre6 ,les points de religion les plus essentiels1 comme les plus pressants motifs de conversion1 y ont t traits3 quel grand effet n'a-t-il pas d faire sur l'esprit et dans l'me de tous les auditeurs6 ,les voil rendus3 ils en sont mus et touchs au point de rsoudre dans leur coeur1 sur ce sermon de ,thodore1 qu'il est encore plus beau que le dernier qu'il a prch4 #ab 7,i7 ,la morale douce et relche tombe avec celui qui la prche2 elle n'a rien qui rveille et qui pique la curiosit d'un homme du monde1 qui craint moins qu'on ne pense une doctrine svre1 et qui l'aime mme dans celui qui fait son devoir en l'annonant4 ,il semble donc qu'il y ait dans l'glise comme deux tats qui doivent la partager3 celui de dire la vrit dans toute son tendue1 sans gards1 sans dguisement2 celui de l'couter avidement1 avec got1 avec admiration1 avec loges1 et de n'en faire cependant ni pis ni mieux4 #ac 7,,iv7 ,l'on peut faire ce reproche l'hroque vertu des grands hommes1 qu'elle a corrompu l'loquence1 ou du moins amolli le style de la plupart des prdicateurs4 ,au lieu de s'unir seulement avec les peuples pour bnir le ,ciel de si rares prsents qui en sont venus1 ils ont entr en socit avec les auteurs et les potes2 et devenus comme eux pangyristes1 ils ont enchri sur les ptres ddicatoires1 sur les stances et sur les prologues2 ils ont chang la parole sainte en un tissu de louanges1 justes la vrit1 mais mal places1 intresses1 que personne n'exige d'eux1 et qui ne conviennent point leur caractre4 ,on est heureux si l'occasion du hros qu'ils clbrent jusque dans le sanctuaire1 ils disent un mot de ,dieu et du mystre qu'ils devaient prcher4 ,il s'en est trouv quelques-uns qui ayant assujetti le saint vangile1 qui doit tre commun tous1 la prsence d'un seul auditeur1 se sont vus dconcerts par des hasards qui le retenaient ailleurs1 n'ont pu prononcer devant des chrtiens un discours chrtien qui n'tait pas fait pour eux1 et ont t suppls par d'autres orateurs1 qui n'ont eu le temps que de louer ,dieu dans un sermon prcipit4 #ad 7,i7 ,thodule a moins russi que quelques-uns de ses auditeurs ne l'apprhendaient3 ils sont contents de lui et de son discours2 il a mieux fait leur gr que de charmer l'esprit et les oreilles1 qui est de flatter leur jalousie4 #ae 7,i7 ,le mtier de la parole ressemble en une chose celui de la guerre3 il y a plus de risque qu'ailleurs1 mais la fortune y est plus rapide4 #af 7,i7 ,si vous tes d'une certaine qualit1 et que vous ne vous sentiez point d'autre talent que celui de faire de froids discours1 prchez1 faites de froids discours3 il n'y a rien de pire pour sa fortune que d'tre entirement ignor4 ,thodat a t pay de ses mauvaises phrases et de son ennuyeuse monotonie4 #ag 7,i7 ,l'on a eu de grands vchs par un mrite de chaire qui prsentement ne vaudrait pas son homme une simple prbende4 #ah 7,i7 ,le nom de ce pangyriste semble gmir sous le poids des titres dont il est accabl2 leur grand nombre remplit de vastes affiches qui sont distribues dans les maisons1 ou que l'on lit par les rues en caractres monstrueux1 et qu'on ne peut non plus ignorer que la place publique4 ,quand sur une si belle montre1 l'on a seulement essay du personnage1 et qu'on l'a un peu cout1 l'on reconnat qu'il manque au dnombrement de ses qualits celle de mauvais prdicateur4 #ai 7,,vii7 ,l'oisivet des femmes1 et l'habitude qu'ont les hommes de les courir partout o elles s'assemblent1 donnent du nom de froids orateurs1 et soutiennent quelque temps ceux qui ont dclin4 #bj 7,,vi7 ,devrait-il suffire d'avoir t grand et puissant dans le monde pour tre louable ou non1 et1 devant le saint autel et dans la chaire de la vrit1 lou et clbr ses funrailles8 ,n'y a-t-il point d'autre grandeur que celle qui vient de l'autorit et de la naissance8 ,pourquoi n'est-il pas tabli de faire publiquement le pangyrique d'un homme qui a excell pendant sa vie dans la bont1 dans l'quit1 dans la douceur1 dans la fidlit1 dans la pit8 ,ce qu'on appelle une oraison funbre n'est aujourd'hui bien reue du plus grand nombre des auditeurs1 qu' mesure qu'elle s'loigne davantage du discours chrtien1 ou si vous l'aimez mieux ainsi1 qu'elle approche de plus prs d'un loge profane4 #ba 7,i7 ,l'orateur cherche par ses discours un vch2 l'aptre fait des conversions3 il mrite de trouver ce que l'autre cherche4 #bb 7,i7 ,l'on voit des clercs revenir de quelques provinces o ils n'ont pas fait un long sjour1 vains des conversions qu'ils ont trouves toutes faites1 comme de celles qu'ils n'ont pu faire1 se comparer dj aux ,vincents et aux ,xaviers1 et se croire des hommes apostoliques3 de si grands travaux et de si heureuses missions ne seraient pas leur gr pays d'une abbaye4 #bc 7,,vii7 ,tel tout d'un coup1 et sans y avoir pens la veille1 prend du papier1 une plume1 dit en soi-mme3 ,je vais faire un livre1 sans autre talent pour crire que le besoin qu'il a de cinquante pistoles4 ,je lui crie inutilement3 ,prenez une scie1 ,dioscore1 sciez1 ou bien tournez1 ou faites une jante de roue2 vous aurez votre salaire4 ,il n'a point fait l'apprentissage de tous ces mtiers4 ,copiez donc1 transcrivez1 soyez au plus correcteur d'imprimerie1 n'crivez point4 ,il veut crire et faire imprimer2 et parce qu'on n'envoie pas l'imprimeur un cahier blanc1 il le barbouille de ce qui lui plat3 il crirait volontiers que la ,seine coule ,paris1 qu'il y a sept jours dans la semaine1 ou que le temps est la pluie2 et comme ce discours n'est ni contre la religion ni contre l'tat1 et qu'il ne fera point d'autre dsordre dans le public que de lui gter le got et l'accoutumer aux choses fades et insipides1 il passe l'examen1 il est imprim1 et la honte du sicle1 comme pour l'humiliation des bons auteurs1 rimprim4 ,de mme un homme dit en son coeur3 ,je prcherai1 et il prche2 le voil en chaire1 sans autre talent ni vocation que le besoin d'un bnfice4 #bd 7,i7 ,un clerc mondain ou irrligieux1 s'il monte en chaire1 est dclamateur4 ,il y a au contraire des hommes saints1 et dont le seul caractre est efficace pour la persuasion3 ils paraissent1 et tout un peuple qui doit les couter est dj mu et comme persuad par leur prsence2 le discours qu'ils vont prononcer fera le reste4 #be 7,,iv7 ,l'4 de ,meaux et le ,p4 ,bourdaloue me rappellent ,dmosthne et ,cicron4 ,tous deux1 matres dans l'loquence de la chaire1 ont eu le destin des grands modles3 l'un a fait de mauvais censeurs1 l'autre de mauvais copistes4 #bf 7,v7 ,l'loquence de la chaire1 en ce qui y entre d'humain et du talent de l'orateur1 est cache1 connue de peu de personnes et d'une difficile excution3 quel art en ce genre pour plaire en persuadant6 ,il faut marcher par des chemins battus1 dire ce qui a t dit1 et ce que l'on prvoit que vous allez dire4 ,les matires sont grandes1 mais uses et triviales2 les principes srs1 mais dont les auditeurs pntrent les conclusions d'une seule vue4 ,il y entre des sujets qui sont sublimes2 mais qui peut traiter le sublime8 ,il y a des mystres que l'on doit expliquer1 et qui s'expliquent mieux par une leon de l'cole que par un discours oratoire4 ,la morale mme de la chaire1 qui comprend une matire aussi vaste et aussi diversifie que le sont les moeurs des hommes1 roule sur les mmes pivots1 retrace les mmes images1 et se prescrit des bornes bien plus troites que la satire3 aprs l'invective commune contre les honneurs1 les richesses et le plaisir1 il ne reste plus l'orateur qu' courir la fin de son discours et congdier l'assemble4 ,si quelquefois on pleure1 si on est mu1 aprs avoir fait attention au gnie et au caractre de ceux qui font pleurer1 peut-tre conviendra-t-on que c'est la matire qui se prche elle-mme1 et notre intrt le plus capital qui se fait sentir2 que c'est moins une vritable loquence que la ferme poitrine du missionnaire qui nous branle et qui cause en nous ces mouvements4 ,enfin le prdicateur n'est point soutenu1 comme l'avocat1 par des faits toujours nouveaux1 par de diffrents vnements1 par des aventures inoues2 il ne s'exerce point sur les questions douteuses1 il ne fait point valoir les violentes conjectures et les prsomptions1 toutes choses nanmoins qui lvent le gnie1 lui donnent de la force et de l'tendue1 et qui contraignent bien moins l'loquence qu'elles ne la fixent et ne la dirigent4 ,il doit au contraire tirer son discours d'une source commune1 et o tout le monde puise2 et s'il s'carte de ces lieux communs1 il n'est plus populaire1 il est abstrait ou dclamateur1 il ne prche plus l'vangile4 ,il n'a besoin que d'une noble simplicit1 mais il faut l'atteindre1 talent rare1 et qui passe les forces du commun des hommes3 ce qu'ils ont de gnie1 d'imagination1 d'rudition et de mmoire1 ne leur sert souvent qu' s'en loigner4 ,la fonction de l'avocat est pnible1 laborieuse1 et suppose1 dans celui qui l'exerce1 un riche fonds et de grandes ressources4 ,il n'est pas seulement charg1 comme le prdicateur1 d'un certain nombre d'oraisons composes avec loisir1 rcites de mmoire1 avec autorit1 sans contradicteurs1 et qui1 avec de mdiocres changements1 lui font honneur plus d'une fois2 il prononce de graves plaidoyers devant des juges qui peuvent lui imposer silence1 et contre des adversaires qui l'interrompent2 il doit tre prt sur la rplique2 il parle en un mme jour1 dans divers tribunaux1 de diffrentes affaires4 ,sa maison n'est pas pour lui un lieu de repos et de retraite1 ni un asile contre les plaideurs2 elle est ouverte tous ceux qui viennent l'accabler de leurs questions et de leurs doutes4 ,il ne se met pas au lit1 on ne l'essuie point1 on ne lui prpare point des rafrachissements2 il ne se fait point dans sa chambre un concours de monde de tous les tats et de tous les sexes1 pour le fliciter sur l'agrment et sur la politesse de son langage1 lui remettre l'esprit sur un endroit o il a couru risque de demeurer court1 ou sur un scrupule qu'il a sur le chevet d'avoir plaid moins vivement qu' l'ordinaire4 ,il se dlasse d'un long discours par de plus longs crits1 il ne fait que changer de travaux et de fatigues3 j'ose dire qu'il est dans son genre ce qu'taient dans le leur les premiers hommes apostoliques4 ,quand on a ainsi distingu l'loquence du barreau de la fonction de l'avocat1 et l'loquence de la chaire du ministre du prdicateur1 on croit voir qu'il est plus ais de prcher que de plaider1 et plus difficile de bien prcher que de bien plaider4 #bg 7,,vii7 ,quel avantage n'a pas un discours prononc sur un ouvrage qui est crit6 ,les hommes sont les dupes de l'action et de la parole1 comme de tout l'appareil de l'auditoire4 ,pour peu de prvention qu'ils aient en faveur de celui qui parle1 ils l'admirent1 et cherchent ensuite le comprendre3 avant qu'il ait commenc1 ils s'crient qu'il va bien faire2 ils s'endorment bientt1 et le discours fini1 ils se rveillent pour dire qu'il a bien fait4 ,on se passionne moins pour un auteur3 son ouvrage est lu dans le loisir de la campagne1 ou dans le silence du cabinet2 il n'y a point de rendez-vous publics pour lui applaudir1 encore moins de cabale pour lui sacrifier tous ses rivaux1 et pour l'lever la prlature4 ,on lit son livre1 quelque excellent qu'il soit1 dans l'esprit de le trouver mdiocre2 on le feuillette1 on le discute1 on le confronte2 ce ne sont pas des sons qui se perdent en l'air et qui s'oublient2 ce qui est imprim demeure imprim4 ,on l'attend quelquefois plusieurs jours avant l'impression pour le dcrier1 et le plaisir le plus dlicat que l'on en tire vient de la critique qu'on en fait2 on est piqu d'y trouver chaque page des traits qui doivent plaire1 on va mme souvent jusqu' apprhender d'en tre diverti1 et on ne quitte ce livre que parce qu'il est bon4 ,tout le monde ne se donne pas pour orateur3 les phrases1 les figures1 le don de la mmoire1 la robe ou l'engagement de celui qui prche1 ne sont pas des choses qu'on ose ou qu'on veuille toujours s'approprier4 ,chacun au contraire croit penser bien1 et crire encore mieux ce qu'il a pens2 il en est moins favorable celui qui pense et qui crit aussi bien que lui4 ,en un mot le sermonneur est plus tt vque que le plus solide crivain n'est revtu d'un prieur simple2 et dans la distribution des grces1 de nouvelles sont accordes celui-l1 pendant que l'auteur grave se tient heureux d'avoir ses restes4 #bh 7,,viii7 ,s'il arrive que les mchants vous hassent et vous perscutent1 les gens de bien vous conseillent de vous humilier devant ,dieu1 pour vous mettre en garde contre la vanit qui pourrait vous venir de dplaire des gens de ce caractre2 de mme si certains hommes1 sujets se rcrier sur le mdiocre1 dsapprouvent un ouvrage que vous aurez crit1 ou un discours que vous venez de prononcer en public1 soit au barreau1 soit dans la chaire1 ou ailleurs1 humiliez-vous3 on ne peut gure tre expos une tentation d'orgueil plus dlicate et plus prochaine4 #bi 7,,iv7 ,il me semble qu'un prdicateur devrait faire choix dans chaque discours d'une vrit unique1 mais capitale1 terrible ou instructive1 la manier fond et l'puiser2 abandonner toutes ces divisions si recherches1 si retournes1 si remanies et si diffrencies2 ne point supposer ce qui est faux1 je veux dire que le grand ou le beau monde sait sa religion et ses devoirs2 et ne pas apprhender de faire1 ou ces bonnes ttes ou ces esprits si raffins1 des catchismes2 ce temps si long que l'on use composer un long ouvrage1 l'employer se rendre si matre de sa matire1 que le tour et les expressions naissent dans l'action1 et coulent de source2 se livrer1 aprs une certaine prparation1 son gnie et au mouvement qu'un grand sujet peut inspirer3 qu'il pourrait enfin s'pargner ces prodigieux efforts de mmoire qui ressemblent mieux une gageure qu' une affaire srieuse1 qui corrompent le geste et dfigurent le visage2 jeter au contraire1 par un bel enthousiasme1 la persuasion dans les esprits et l'alarme dans le coeur1 et toucher ses auditeurs d'une tout autre crainte que de celle de le voir demeurer court4 #cj 7,,iv7 ,que celui qui n'est pas encore assez parfait pour s'oublier soi-mme dans le ministre de la parole sainte ne se dcourage point par les rgles austres qu'on lui prescrit1 comme si elles lui taient les moyens de faire montre de son esprit1 et de monter aux dignits o il aspire3 quel plus beau talent que celui de prcher apostoliquement8 et quel autre mrite mieux un vch8 ,fnelon en tait-il indigne8 aurait-il pu chapper au choix du ,prince que par un autre choix8 ,des esprits forts #a 7,i7 ,les esprits forts savent-ils qu'on les appelle ainsi par ironie8 ,quelle plus grande faiblesse que d'tre incertains quel est le principe de son tre1 de sa vie1 de ses sens1 de ses connaissances1 et quelle en doit tre la fin8 ,quel dcouragement plus grand que de douter si son me n'est point matire comme la pierre et le reptile1 et si elle n'est point corruptible comme ces viles cratures8 ,n'y a-t-il pas plus de force et de grandeur recevoir dans notre esprit l'ide d'un tre suprieur tous les tres1 qui les a tous faits1 et qui tous se doivent rapporter2 d'un tre souverainement parfait1 qui est pur1 qui n'a point commenc et qui ne peut finir1 dont notre me est l'image1 et si j'ose dire1 une portion1 comme esprit et comme immortelle8 #b 7,,vi7 ,le docile et le faible sont susceptibles d'impressions3 l'un en reoit de bonnes1 l'autre de mauvaises2 c'est--dire que le premier est persuad et fidle1 et que le second est entt et corrompu4 ,ainsi l'esprit docile admet la vraie religion2 et l'esprit faible1 ou n'en admet aucune1 ou en admet une fausse4 ,or l'esprit fort ou n'a point de religion1 ou se fait une religion2 donc l'esprit fort1 c'est l'esprit faible4 #c 7,v7 ,j'appelle mondains1 terrestres ou grossiers ceux dont l'esprit et le coeur sont attachs une petite portion de ce monde qu'ils habitent1 qui est la terre2 qui n'estiment rien1 qui n'aiment rien au del3 gens aussi limits que ce qu'ils appellent leurs possessions ou leur domaine1 que l'on mesure1 dont on compte les arpents1 et dont on montre les bornes4 ,je ne m'tonne pas que des hommes qui s'appuient sur un atome chancellent dans les moindres efforts qu'ils font pour sonder la vrit1 si avec des vues si courtes ils ne percent point travers le ciel et les astres1 jusques ,dieu mme2 si1 ne s'apercevant point ou de l'excellence de ce qui est esprit1 ou de la dignit de l'me1 ils ressentent encore moins combien elle est difficile assouvir1 combien la terre entire est au-dessous d'elle1 de quelle ncessit lui devient un tre souverainement parfait1 qui est ,dieu1 et quel besoin indispensable elle a d'une religion qui le lui indique1 et qui lui en est une caution sre4 ,je comprends au contraire fort aisment qu'il est naturel de tels esprits de tomber dans l'incrdulit ou l'indiffrence1 et de faire servir ,dieu et la religion la politique1 c'est--dire l'ordre et la dcoration de ce monde1 la seule chose selon eux qui mrite qu'on y pense4 #d 7,v7 ,quelques-uns achvent de se corrompre par de longs voyages1 et perdent le peu de religion qui leur restait4 ,ils voient de jour autre un nouveau culte1 diverses moeurs1 diverses crmonies2 ils ressemblent ceux qui entrent dans les magasins1 indtermins sur le choix des toffes qu'ils veulent acheter3 le grand nombre de celles qu'on leur montre les rend plus indiffrents2 elles ont chacune leur agrment et leur biensance3 ils ne se fixent point1 ils sortent sans emplette4 #e 7,v7 ,il y a des hommes qui attendent tre dvots et religieux que tout le monde se dclare impie et libertin3 ce sera alors le parti du vulgaire1 ils sauront s'en dgager4 ,la singularit leur plat dans une matire si srieuse et si profonde2 ils ne suivent la mode et le train commun que dans les choses de rien et de nulle suite4 ,qui sait mme s'ils n'ont pas dj mis une sorte de bravoure et d'intrpidit courir tout le risque de l'avenir8 ,il ne faut pas d'ailleurs que dans une certaine condition1 avec une certaine tendue d'esprit et de certaines vues1 l'on songe croire comme les savants et le peuple4 #f 7,i7 ,l'on doute de ,dieu dans une pleine sant1 comme l'on doute que ce soit pcher que d'avoir un commerce avec une personne libre4 ,quand l'on devient malade1 et que l'hydropisie est forme1 l'on quitte sa concubine1 et l'on croit en ,dieu4 #g 7,i7 ,il faudrait s'prouver et s'examiner trs srieusement1 avant que de se dclarer esprit fort ou libertin1 afin au moins1 et selon ses principes1 de finir comme l'on a vcu2 ou si l'on ne se sent pas la force d'aller si loin1 se rsoudre de vivre comme l'on veut mourir4 #h 7,i7 ,toute plaisanterie dans un homme mourant est hors de sa place3 si elle roule sur de certains chapitres1 elle est funeste4 ,c'est une extrme misre que de donner ses dpens ceux que l'on laisse le plaisir d'un bon mot4 7,,vi7 ,dans quelque prvention o l'on puisse tre sur ce qui doit suivre la mort1 c'est une chose bien srieuse que de mourir3 ce n'est point alors le badinage qui sied bien1 mais la constance4 #i 7,i7 ,il y a eu de tout temps de ces gens d'un bel esprit et d'une agrable littrature1 esclaves des grands1 dont ils ont pous le libertinage et port le joug toute leur vie1 contre leurs propres lumires et contre leur conscience4 ,ces hommes n'ont jamais vcu que pour d'autres hommes1 et ils semblent les avoir regards comme leur dernire fin4 ,ils ont eu honte de se sauver leurs yeux1 de paratre tels qu'ils taient peut-tre dans le coeur1 et ils se sont perdus par dfrence ou par faiblesse4 ,y a-t-il donc sur la terre des grands assez grands1 et des puissants assez puissants1 pour mriter de nous que nous croyions et que nous vivions leur gr1 selon leur got et leurs caprices1 et que nous poussions la complaisance plus loin1 en mourant non de la manire qui est la plus sre pour nous1 mais de celle qui leur plat davantage8 #aj 7,i7 ,j'exigerais de ceux qui vont contre le train commun et les grandes rgles qu'il sussent plus que les autres1 qu'ils eussent des raisons claires1 et de ces arguments qui emportent conviction4 #aa 7,i7 ,je voudrais voir un homme sobre1 modr1 chaste1 quitable1 prononcer qu'il n'y a point de ,dieu3 il parlerait du moins sans intrt2 mais cet homme ne se trouve point4 #ab 7,i7 ,j'aurais une extrme curiosit de voir celui qui serait persuad que ,dieu n'est point3 il me dirait du moins la raison invincible qui a su le convaincre4 #ac 7,i7 ,l'impossibilit o je suis de prouver que ,dieu n'est pas me dcouvre son existence4 #ad 7,,iv7 ,dieu condamne et punit ceux qui l'offensent1 seul juge en sa propre cause3 ce qui rpugne1 s'il n'est lui-mme la justice et la vrit1 c'est--dire s'il n'est ,dieu4 #ae 7,i7 ,je sens qu'il y a un ,dieu1 et je ne sens pas qu'il n'y en ait point2 cela me suffit1 tout le raisonnement du monde m'est inutile3 je conclus que ,dieu existe4 ,cette conclusion est dans ma nature2 j'en ai reu les principes trop aisment dans mon enfance1 et je les ai conservs depuis trop naturellement dans un ge plus avanc1 pour les souponner de fausset4--,mais il y a des esprits qui se dfont de ces principes4-- ,c'est une grande question s'il s'en trouve de tels2 et quand il serait ainsi1 cela prouve seulement qu'il y a des monstres4 #af 7,i7 ,l'athisme n'est point4 ,les grands1 qui en sont le plus souponns1 sont trop paresseux pour dcider en leur esprit que ,dieu n'est pas2 leur indolence va jusqu' les rendre froids et indiffrents sur cet article si capital1 comme sur la nature de leur me1 et sur les consquences d'une vraie religion2 ils ne nient ces choses ni ne les accordent3 ils n'y pensent point4 #ag 7,,viii7 ,nous n'avons pas trop de toute notre sant1 de toutes nos forces et de tout notre esprit pour penser aux hommes ou au plus petit intrt3 il semble au contraire que la biensance et la coutume exigent de nous que nous ne pensions ,dieu que dans un tat o il ne reste en nous qu'autant de raison qu'il faut pour ne pas dire qu'il n'y en a plus4 #ah 7,,vii7 ,un grand croit s'vanouir1 et il meurt2 un autre grand prit insensiblement1 et perd chaque jour quelque chose de soi-mme avant qu'il soit teint3 formidables leons1 mais inutiles6 ,des circonstances si marques et si sensiblement opposes ne se relvent point et ne touchent personne3 les hommes n'y ont pas plus d'attention qu' une fleur qui se fane ou une feuille qui tombe2 ils envient les places qui demeurent vacantes1 ou ils s'informent si elles sont remplies1 et par qui4 #ai 7,i7 ,les hommes sont-ils assez bons1 assez fidles1 assez quitables1 pour mriter toute notre confiance1 et ne nous pas faire dsirer du moins que ,dieu existt1 qui nous pussions appeler de leurs jugements et avoir recours quand nous en sommes perscuts ou trahis8 #bj 7,,iv7 ,si c'est le grand et le sublime de la religion qui blouit ou qui confond les esprits forts1 ils ne sont plus des esprits forts1 mais de faibles gnies et de petits esprits2 et si c'est au contraire ce qu'il y a d'humble et de simple qui les rebute1 ils sont la vrit des esprits forts1 et plus forts que tant de grands hommes si clairs1 si levs1 et nanmoins si fidles1 que les ,lons1 les ,basiles1 les ,jromes1 les ,augustins4 #ba 7,,iv7 ,un ,pre de l'glise1 un docteur de l'glise1 quels noms6 quelle tristesse dans leurs crits6 quelle scheresse1 quelle froide dvotion1 et peut-tre quelle scolastique6 disent ceux qui ne les ont jamais lus4 ,mais plutt quel tonnement pour tous ceux qui se sont fait une ide des ,pres si loigne de la vrit1 s'ils voyaient dans leurs ouvrages plus de tour et de dlicatesse1 plus de politesse et d'esprit1 plus de richesse d'expression et plus de force de raisonnement1 des traits plus vifs et des grces plus naturelles que l'on n'en remarque dans la plupart des livres de ce temps qui sont lus avec got1 qui donnent du nom et de la vanit leurs auteurs6 ,quel plaisir d'aimer la religion1 et de la voir crue1 soutenue1 explique par de si beaux gnies1 et par de si solides esprits6 surtout lorsque l'on vient connatre que pour l'tendue de connaissance1 pour la profondeur et la pntration1 pour les principes de la pure philosophie1 pour leur application et leur dveloppement1 pour la justesse des conclusions1 pour la dignit du discours1 pour la beaut de la morale et des sentiments1 il n'y a rien par exemple que l'on puisse comparer ,s4 ,augustin1 que ,platon et que ,cicron4 #bb 7,,vii7 ,l'homme est n menteur3 la vrit est simple et ingnue1 et il veut du spcieux et de l'ornement4 ,elle n'est pas lui1 elle vient du ciel toute faite1 pour ainsi dire1 et dans toute sa perfection2 et l'homme n'aime que son propre ouvrage1 la fiction et la fable4 ,voyez le peuple3 il controuve1 il augmente1 il charge par grossiret et par sottise2 demandez mme au plus honnte homme s'il est toujours vrai dans ses discours1 s'il ne se surprend pas quelquefois dans des dguisements o engagent ncessairement la vanit et la lgret1 si pour faire un meilleur conte1 il ne lui chappe pas souvent d'ajouter un fait qu'il rcite une circonstance qui y manque4 ,une chose arrive aujourd'hui1 et presque sous nos yeux3 cent personnes qui l'ont vue la racontent en cent faons diffrentes2 celui-ci1 s'il est cout1 la dira encore d'une manire qui n'a pas t dite4 ,quelle crance donc pourrais-je donner des faits qui sont anciens et loigns de nous par plusieurs sicles8 quel fondement dois-je faire sur les plus graves historiens8 que devient l'histoire8 ,csar a-t-il t massacr au milieu du snat8 y a-t-il eu un ,csar8 ,quelle consquence6 me dites-vous2 quels doutes6 quelle demande6 ,vous riez1 vous ne me jugez pas digne d'aucune rponse2 et je crois mme que vous avez raison4 ,je suppose nanmoins que le livre qui fait mention de ,csar ne soit pas un livre profane1 crit de la main des hommes1 qui sont menteurs1 trouv par hasard dans les bibliothques parmi d'autres manuscrits qui contiennent des histoires vraies ou apocryphes2 qu'au contraire il soit inspir1 saint1 divin2 qu'il porte en soi ces caractres2 qu'il se trouve depuis prs de deux mille ans dans une socit nombreuse qui n'a pas permis qu'on y ait fait pendant tout ce temps la moindre altration1 et qui s'est fait une religion de le conserver dans toute son intgrit2 qu'il y ait mme un engagement religieux et indispensable d'avoir de la foi pour tous les faits contenus dans ce volume o il est parl de ,csar et de sa dictature3 avouez-le1 ,lucile1 vous douterez alors qu'il y ait eu un ,csar4 #bc 7,,iv7 ,toute musique n'est pas propre louer ,dieu et tre entendue dans le sanctuaire2 toute philosophie ne parle pas dignement de ,dieu1 de sa puissance1 des principes de ses oprations et de ses mystres3 plus cette philosophie est subtile et idale1 plus elle est vaine et inutile pour expliquer des choses qui ne demandent des hommes qu'un sens droit pour tre connues jusques un certain point1 et qui au del sont inexplicables4 ,vouloir rendre raison de ,dieu1 de ses perfections1 et si j'ose ainsi parler1 de ses actions1 c'est aller plus loin que les anciens philosophes1 que les ,aptres1 que les premiers docteurs1 mais ce n'est pas rencontrer si juste2 c'est creuser longtemps et profondment1 sans trouver les sources de la vrit4 ,ds qu'on a abandonn les termes de bont1 de misricorde1 de justice et de toute-puissance1 qui donnent de ,dieu de si hautes et de si aimables ides1 quelque grand effort d'imagination qu'on puisse faire1 il faut recevoir les expressions sches1 striles1 vides de sens2 admettre les penses creuses1 cartes des notions communes1 ou tout au plus les subtiles et les ingnieuses2 et mesure que l'on acquiert d'ouverture dans une nouvelle mtaphysique1 perdre un peu de sa religion4 #bd 7,,iv7 ,jusques o les hommes ne se portent-ils point par l'intrt de la religion1 dont ils sont si peu persuads1 et qu'ils pratiquent si mal6 #be 7,,iv7 ,cette mme religion que les hommes dfendent avec chaleur et avec zle contre ceux qui en ont une toute contraire1 ils l'altrent eux-mmes dans leur esprit par des sentiments particuliers3 ils y ajoutent et ils en retranchent mille choses souvent essentielles1 selon ce qui leur convient1 et ils demeurent fermes et inbranlables dans cette forme qu'ils lui ont donne4 ,ainsi1 parler populairement1 on peut dire d'une seule nation qu'elle vit sous un mme culte1 et qu'elle n'a qu'une seule religion2 mais1 parler exactement1 il est vrai qu'elle en a plusieurs1 et que chacun presque y a la sienne4 #bf 7,,viii7 ,deux sortes de gens fleurissent dans les cours1 et y dominent dans divers temps1 les libertins et les hypocrites3 ceux-l gaiement1 ouvertement1 sans art et sans dissimulation2 ceux-ci finement1 par des artifices1 par la cabale4 ,cent fois plus pris de la fortune que les premiers1 ils en sont jaloux jusqu' l'excs2 ils veulent la gouverner1 la possder seuls1 la partager entre eux et en exclure tout autre2 dignits1 charges1 postes1 bnfices1 pensions1 honneurs1 tout leur convient et ne convient qu' eux2 le reste des hommes en est indigne2 ils ne comprennent point que sans leur attache on ait l'impudence de les esprer4 ,une troupe de masques entre dans un bal3 ont-ils la main1 ils dansent1 ils se font danser les uns les autres1 ils dansent encore1 ils dansent toujours2 ils ne rendent la main personne de l'assemble1 quelque digne qu'elle soit de leur attention3 on languit1 on sche de les voir danser et de ne danser point3 quelques-uns murmurent2 les plus sages prennent leur parti et s'en vont4 #bg 7,,viii7 ,il y a deux espces de libertins3 les libertins1 ceux du moins qui croient l'tre1 et les hypocrites ou faux dvots1 c'est--dire ceux qui ne veulent pas tre crus libertins3 les derniers dans ce genre-l sont les meilleurs4 ,le faux dvot ou ne croit pas en ,dieu1 ou se moque de ,dieu2 parlons de lui obligeamment3 il ne croit pas en ,dieu4 #bh 7,,iv7 ,si toute religion est une crainte respectueuse de la ,divinit1 que penser de ceux qui osent la blesser dans sa plus vive image1 qui est le ,prince8 #bi 7,i7 ,si l'on nous assurait que le motif secret de l'ambassade des ,siamois a t d'exciter le ,roi ,trs-,chrtien renoncer au christianisme1 permettre l'entre de son royaume aux ,talapoins1 qui eussent pntr dans nos maisons pour persuader leur religion nos femmes1 nos enfants et nous-mmes par leurs livres et par leurs entretiens1 qui eussent lev des pagodes au milieu des villes1 o ils eussent plac des figures de mtal pour tre adores1 avec quelles rises et quel trange mpris n'entendrions-nous pas des choses si extravagantes6 ,nous faisons cependant six mille lieues de mer pour la conversion des ,indes1 des royaumes de ,siam1 de la ,chine et du ,japon1 c'est--dire pour faire trs srieusement tous ces peuples des propositions qui doivent leur paratre trs folles et trs ridicules4 ,ils supportent nanmoins nos religieux et nos prtres2 ils les coutent quelquefois1 leur laissent btir leurs glises et faire leurs missions4 ,qui fait cela en eux et en nous8 ne serait-ce point la force de la vrit8 #cj 7,v7 ,il ne convient pas toute sorte de personnes de lever l'tendard d'aumnier1 et d'avoir tous les pauvres d'une ville assembls sa porte1 qui y reoivent leurs portions4 ,qui ne sait pas au contraire des misres plus secrtes qu'il peut entreprendre de soulager1 ou immdiatement et par ses secours1 ou du moins par sa mdiation6 ,de mme il n'est pas donn tous de monter en chaire et d'y distribuer1 en missionnaire ou en catchiste1 la parole sainte2 mais qui n'a pas quelquefois sous sa main un libertin rduire1 et ramener par de douces et insinuantes conversations la docilit8 ,quand on ne serait pendant sa vie que l'aptre d'un seul homme1 ce ne serait pas tre en vain sur la terre1 ni lui tre un fardeau inutile4 #ca 7,i7 ,il y a deux mondes3 l'un o l'on sjourne peu1 et dont l'on doit sortir pour n'y plus rentrer2 l'autre o l'on doit bientt entrer pour n'en jamais sortir4 ,la faveur1 l'autorit1 les amis1 la haute rputation1 les grands biens servent pour le premier monde2 le mpris de toutes ces choses sert pour le second4 ,il s'agit de choisir4 #cb 7,i7 ,qui a vcu un seul jour a vcu un sicle3 mme soleil1 mme terre1 mme monde1 mmes sensations2 rien ne ressemble mieux aujourd'hui que demain4 ,il y aurait quelque curiosit mourir1 c'est--dire n'tre plus un corps1 mais tre seulement esprit3 l'homme cependant1 impatient de la nouveaut1 n'est point curieux sur ce seul article2 n inquiet et qui s'ennuie de tout1 il ne s'ennuie point de vivre2 il consentirait peut-tre vivre toujours4 ,ce qu'il voit de la mort le frappe plus violemment que ce qu'il en sait3 la maladie1 la douleur1 le cadavre le dgotent de la connaissance d'un autre monde4 ,il faut tout le srieux de la religion pour le rduire4 #cc 7,i7 ,si ,dieu avait donn le choix ou de mourir ou de toujours vivre1 aprs avoir mdit profondment ce que c'est que de ne voir nulle fin la pauvret1 la dpendance1 l'ennui1 la maladie1 ou de n'essayer des richesses1 de la grandeur1 des plaisirs et de la sant1 que pour les voir changer inviolablement et par la rvolution des temps en leurs contraires et tre ainsi le jouet des biens et des maux1 l'on ne saurait gure quoi se rsoudre4 ,la nature nous fixe et nous te l'embarras de choisir2 et la mort qu'elle nous rend ncessaire est encore adoucie par la religion4 #cd 7,v7 ,si ma religion tait fausse1 je l'avoue1 voil le pige le mieux dress qu'il soit possible d'imaginer3 il tait invitable de ne pas donner tout au travers1 et de n'y tre pas pris4 ,quelle majest1 quel clat des mystres6 quelle suite et quel enchanement de toute la doctrine6 quelle raison minente6 quelle candeur1 quelle innocence de vertus6 quelle force invincible et accablante des tmoignages rendus successivement et pendant trois sicles entiers par des millions de personnes les plus sages1 les plus modres qui fussent alors sur la terre1 et que le sentiment d'une mme vrit soutient dans l'exil1 dans les fers1 contre la vue de la mort et du dernier supplice6 ,prenez l'histoire1 ouvrez1 remontez jusques au commencement du monde1 jusques la veille de sa naissance3 y a-t-il eu rien de semblable dans tous les temps8 ,dieu mme pouvait-il jamais mieux rencontrer pour me sduire8 ,par o chapper8 o aller1 o me jeter1 je ne dis pas pour trouver rien de meilleur1 mais quelque chose qui en approche8 ,s'il faut prir1 c'est par l que je veux prir3 il m'est plus doux de nier ,dieu que de l'accorder avec une tromperie si spcieuse et si entire4 ,mais je l'ai approfondi1 je ne puis tre athe2 je suis donc ramen et entran dans ma religion2 c'en est fait4 #ce 7,i7 ,la religion est vraie1 ou elle est fausse3 si elle n'est qu'une vaine fiction1 voil1 si l'on veut1 soixante annes perdues pour l'homme de bien1 pour le chartreux ou le solitaire3 ils ne courent pas un autre risque4 ,mais si elle est fonde sur la vrit mme1 c'est alors un pouvantable malheur pour l'homme vicieux3 l'ide seule des maux qu'il se prpare me trouble l'imagination2 la pense est trop faible pour les concevoir1 et les paroles trop vaines pour les exprimer4 ,certes1 en supposant mme dans le monde moins de certitude qu'il ne s'en trouve en effet sur la vrit de la religion1 il n'y a point pour l'homme un meilleur parti que la vertu4 #cf 7,i7 ,je ne sais si ceux qui osent nier ,dieu mritent qu'on s'efforce de le leur prouver1 et qu'on les traite plus srieusement que l'on n'a fait dans ce chapitre3 l'ignorance1 qui est leur caractre1 les rend incapables des principes les plus clairs et des raisonnements les mieux suivis4 ,je consens nanmoins qu'ils lisent celui que je vais faire1 pourvu qu'ils ne se persuadent pas que c'est tout ce que l'on pouvait dire sur une vrit si clatante4 ,il y a quarante ans que je n'tais point1 et qu'il n'tait pas en moi de pouvoir jamais tre1 comme il ne dpend pas de moi1 qui suis une fois1 de n'tre plus2 j'ai donc commenc1 et je continue d'tre par quelque chose qui est hors de moi1 qui durera aprs moi1 qui est meilleur et plus puissant que moi3 si ce quelque chose n'est pas ,dieu1 qu'on me dise ce que c'est4 ,peut-tre que moi qui existe n'existe ainsi que par la force d'une nature universelle1 qui a toujours t telle que nous la voyons1 en remontant jusques l'infinit des temps4 ,mais cette nature1 ou elle est seulement esprit2 et c'est ,dieu2 ou elle est matire1 et ne peut par consquent avoir cr mon esprit2 ou elle est un compos de matire et d'esprit1 et alors ce qui est esprit dans la nature1 je l'appelle ,dieu4 ,peut-tre aussi que ce que j'appelle mon esprit n'est qu'une portion de matire qui existe par la force d'une nature universelle qui est aussi matire1 qui a toujours t1 et qui sera toujours telle que nous la voyons1 et qui n'est point ,dieu4 ,mais du moins faut-il m'accorder que ce que j'appelle mon esprit1 quelque chose que ce puisse tre1 est une chose qui pense1 et que s'il est matire1 il est ncessairement une matire qui pense2 car l'on ne me persuadera point qu'il n'y ait pas en moi quelque chose qui pense pendant que je fais ce raisonnement4 ,or ce quelque chose qui est en moi et qui pense1 s'il doit son tre et sa conservation une nature universelle qui a toujours t et qui sera toujours1 laquelle il reconnaisse comme sa cause1 il faut indispensablement que ce soit une nature universelle ou qui pense1 ou qui soit plus noble et plus parfaite que ce qui pense2 et si cette nature ainsi faite est matire1 l'on doit encore conclure que c'est une matire universelle qui pense1 ou qui est plus noble et plus parfaite que ce qui pense4 ,je continue et je dis3 ,cette matire telle qu'elle vient d'tre suppose1 si elle n'est pas un tre chimrique1 mais rel1 n'est pas aussi imperceptible tous les sens2 et si elle ne se dcouvre pas par elle-mme1 on la connat du moins dans le divers arrangement de ses parties qui constitue les corps1 et qui en fait la diffrence3 elle est donc elle-mme tous ces diffrents corps2 et comme elle est une matire qui pense selon la supposition1 ou qui vaut mieux que ce qui pense1 il s'ensuit qu'elle est telle du moins selon quelques-uns de ces corps1 et par suite ncessaire1 selon tous ces corps1 c'est--dire qu'elle pense dans les pierres1 dans les mtaux1 dans les mers1 dans la terre1 dans moi-mme1 qui ne suis qu'un corps1 comme dans toutes les autres parties qui la composent4 ,c'est donc l'assemblage de ces parties si terrestres1 si grossires1 si corporelles1 qui toutes ensemble sont la matire universelle ou ce monde visible1 que je dois ce quelque chose qui est en moi1 qui pense1 et que j'appelle mon esprit3 ce qui est absurde4 ,si au contraire cette nature universelle1 quelque chose que ce puisse tre1 ne peut pas tre tous ces corps1 ni aucun de ces corps1 il suit de l qu'elle n'est point matire1 ni perceptible par aucun des sens2 si cependant elle pense1 ou si elle est plus parfaite que ce qui pense1 je conclus encore qu'elle est esprit1 ou un tre meilleur et plus accompli que ce qui est esprit4 ,si d'ailleurs il ne reste plus ce qui pense en moi1 et que j'appelle mon esprit1 que cette nature universelle laquelle il puisse remonter pour rencontrer sa premire cause et son unique origine1 parce qu'il ne trouve point son principe en soi1 et qu'il le trouve encore moins dans la matire1 ainsi qu'il a t dmontr1 alors je ne dispute point des noms2 mais cette source originaire de tout esprit1 qui est esprit elle-mme1 et qui est plus excellente que tout esprit1 je l'appelle ,dieu4 ,en un mot1 je pense1 donc ,dieu existe2 car ce qui pense en moi1 je ne le dois point moi-mme1 parce qu'il n'a pas plus dpendu de moi de me le donner une premire fois1 qu'il dpend encore de moi de me le conserver un seul instant4 ,je ne le dois point un tre qui soit au-dessus de moi1 et qui soit matire1 puisqu'il est impossible que la matire soit au-dessus de ce qui pense3 je le dois donc un tre qui est au-dessus de moi et qui n'est point matire2 et c'est ,dieu4 #cg 7,i7 ,de ce qu'une nature universelle qui pense exclut de soi gnralement tout ce qui est matire1 il suit ncessairement qu'un tre particulier qui pense ne peut pas aussi admettre en soi la moindre matire2 car bien qu'un tre universel qui pense renferme dans son ide infiniment plus de grandeur1 de puissance1 d'indpendance et de capacit1 qu'un tre particulier qui pense1 il ne renferme pas nanmoins une plus grande exclusion de matire1 puisque cette exclusion dans l'un et l'autre de ces deux tres est aussi grande qu'elle peut tre et comme infinie1 et qu'il est autant impossible que ce qui pense en moi soit matire1 qu'il est inconcevable que ,dieu soit matire3 ainsi1 comme ,dieu est esprit1 mon me aussi est esprit4 #ch 7,i7 ,je ne sais point si le chien choisit1 s'il se ressouvient1 s'il affectionne1 s'il craint1 s'il imagine1 s'il pense3 quand donc l'on me dit que toutes ces choses ne sont en lui ni passions1 ni sentiment1 mais l'effet naturel et ncessaire de la disposition de sa machine prpare par le divers arrangement des parties de la matire1 je puis au moins acquiescer cette doctrine4 ,mais je pense1 et je suis certain que je pense3 or quelle proportion y a-t-il de tel ou de tel arrangement des parties de la matire1 c'est--dire d'une tendue selon toutes ses dimensions1 qui est longue1 large et profonde1 et qui est divisible dans tous ces sens1 avec ce qui pense8 #ci 7,i7 ,si tout est matire1 et si la pense en moi1 comme dans tous les autres hommes1 n'est qu'un effet de l'arrangement des parties de la matire1 qui a mis dans le monde toute autre ide que celle des choses matrielles8 ,la matire a-t-elle dans son fond une ide aussi pure1 aussi simple1 aussi immatrielle qu'est celle de l'esprit8 ,comment peut-elle tre le principe de ce qui la nie et l'exclut de son propre tre8 ,comment est-elle dans l'homme ce qui pense1 c'est--dire ce qui est l'homme mme une conviction qu'il n'est point matire8 #dj 7,i7 ,il y a des tres qui durent peu1 parce qu'ils sont composs de choses trs diffrentes et qui se nuisent rciproquement4 ,il y en a d'autres qui durent davantage1 parce qu'ils sont plus simples2 mais ils prissent parce qu'ils ne laissent pas d'avoir des parties selon lesquelles ils peuvent tre diviss4 ,ce qui pense en moi doit durer beaucoup1 parce que c'est un tre pur1 exempt de tout mlange et de toute composition2 et il n'y a pas de raison qu'il doive prir1 car qui peut corrompre ou sparer un tre simple et qui n'a point de parties8 #da 7,i7 ,l'me voit la couleur par l'organe de l'oeil1 et entend les sons par l'organe de l'oreille2 mais elle peut cesser de voir ou d'entendre1 quand ces sens ou ces objets lui manquent1 sans que pour cela elle cesse d'tre1 parce que l'me n'est point prcisment ce qui voit la couleur1 ou ce qui entend les sons3 elle n'est que ce qui pense4 ,or comment peut-elle cesser d'tre telle8 ,ce n'est point par le dfaut d'organe1 puisqu'il est prouv qu'elle n'est point matire2 ni par le dfaut d'objet1 tant qu'il y aura un ,dieu et d'ternelles vrits3 elle est donc incorruptible4 #db 7,i7 ,je ne conois point qu'une me que ,dieu a voulu remplir de l'ide de son tre infini1 et souverainement parfait1 doive tre anantie4 #dc 7,,vii7 ,voyez1 ,lucile1 ce morceau de terre1 plus propre et plus orn que les autres terres qui lui sont contigus3 ici ce sont des compartiments mls d'eaux plates et d'eaux jaillissantes2 l des alles en palissade qui n'ont pas de fin1 et qui vous couvrent des vents du nord2 d'un ct c'est un bois pais qui dfend de tous les soleils1 et d'un autre un beau point de vue4 ,plus bas1 une ,yvette ou un ,lignon1 qui coulait obscurment entre les saules et les peupliers1 est devenu un canal qui est revtu2 ailleurs de longues et fraches avenues se perdent dans la campagne1 et annoncent la maison1 qui est entoure d'eau4 ,vous rcrierez-vous3 ,quel jeu du hasard6 combien de belles choses se sont rencontres ensemble inopinment6 ,non sans doute2 vous direz au contraire3 ,cela est bien imagin et bien ordonn2 il rgne ici un bon got et beaucoup d'intelligence4 ,je parlerai comme vous1 et j'ajouterai que ce doit tre la demeure de quelqu'un de ces gens chez qui un ,nautre va tracer et prendre des alignements ds le jour mme qu'ils sont en place4 ,qu'est-ce pourtant que cette pice de terre ainsi dispose1 et o tout l'art d'un ouvrier habile a t employ pour l'embellir1 si mme toute la terre n'est qu'un atome suspendu en l'air1 et si vous coutez ce que je vais dire8 ,vous tes plac1 ,lucile1 quelque part sur cet atome3 il faut donc que vous soyez bien petit1 car vous n'y occupez pas une grande place2 cependant vous avez des yeux1 qui sont deux points imperceptibles2 ne laissez pas de les ouvrir vers le ciel3 qu'y apercevez-vous quelquefois8 ,la lune dans son plein8 ,elle est belle alors et fort lumineuse1 quoique sa lumire ne soit que la rflexion de celle du soleil2 elle parat grande comme le soleil1 plus grande que les autres plantes1 et qu'aucune des toiles2 mais ne vous laissez pas tromper par les dehors4 ,il n'y a rien au ciel de si petit que la lune3 sa superficie est treize fois plus petite que celle de la terre1 sa solidit quarante-huit fois1 et son diamtre1 de sept cent cinquante lieues1 n'est que le quart de celui de la terre3 aussi est-il vrai qu'il n'y a que son voisinage qui lui donne une si grande apparence1 puisqu'elle n'est gure plus loigne de nous que de trente fois le diamtre de la terre1 ou que sa distance n'est que de cent mille lieues4 ,elle n'a presque pas mme de chemin faire en comparaison du vaste tour que le soleil fait dans les espaces du ciel2 car il est certain qu'elle n'achve par jour que cinq cent quarante mille lieues3 ce n'est par heure que vingt-deux mille cinq cents lieues1 et trois cent soixante et quinze lieues dans une minute4 ,il faut nanmoins1 pour accomplir cette course1 qu'elle aille cinq mille six cents fois plus vite qu'un cheval de poste qui ferait quatre lieues par heure1 qu'elle vole quatre-vingts fois plus lgrement que le son1 que le bruit par exemple du canon et du tonnerre1 qui parcourt en une heure deux cent soixante et dix-sept lieues4 ,mais quelle comparaison de la lune au soleil pour la grandeur1 pour l'loignement1 pour la course8 ,vous verrez qu'il n'y en a aucune4 ,souvenez-vous seulement du diamtre de la terre1 il est de trois mille lieues2 celui du soleil est cent fois plus grand1 il est donc de trois cent mille lieues4 ,si c'est l sa largeur en tout sens1 quelle peut tre toute sa superficie6 quelle sa solidit6 ,comprenez-vous bien cette tendue1 et qu'un million de terres comme la ntre ne seraient toutes ensemble pas plus grosses que le soleil8 ,quel est donc1 direz-vous1 son loignement1 si l'on en juge par son apparence8 ,vous avez raison1 il est prodigieux2 il est dmontr qu'il ne peut pas y avoir de la terre au soleil moins de dix mille diamtres de la terre1 autrement moins de trente millions de lieues3 peut-tre y a-t-il quatre fois1 six fois1 dix fois plus loin2 on n'a aucune mthode pour dterminer cette distance4 ,pour aider seulement votre imagination se la reprsenter1 supposons une meule de moulin qui tombe du soleil sur la terre2 donnons-lui la plus grande vitesse qu'elle soit capable d'avoir1 celle mme que n'ont pas les corps tombant de fort haut2 supposons encore qu'elle conserve toujours cette mme vitesse1 sans en acqurir et sans en perdre2 qu'elle parcoure quinze toises par chaque seconde de temps1 c'est--dire la moiti de l'lvation des plus hautes tours1 et ainsi neuf cents toises en une minute2 passons-lui mille toises en une minute1 pour une plus grande facilit2 mille toises font une demi-lieue commune2 ainsi en deux minutes la meule fera une lieue1 et en une heure elle en fera trente1 et en un jour elle fera sept cent vingt lieues3 or elle a trente millions traverser avant que d'arriver terre2 il lui faudra donc quarante-un mille six cent soixante-six jours1 qui sont plus de cent quatorze annes1 pour faire ce voyage4 ,ne vous effrayez pas1 ,lucile1 coutez-moi3 la distance de la terre ,saturne est au moins dcuple de celle de la terre au soleil2 c'est vous dire qu'elle ne peut tre moindre que de trois cents millions de lieues1 et que cette pierre emploierait plus d'onze cent quarante ans pour tomber de ,saturne en terre4 ,par cette lvation de ,saturne1 levez vous-mme1 si vous le pouvez1 votre imagination concevoir quelle doit tre l'immensit du chemin qu'il parcourt chaque jour au-dessus de nos ttes3 le cercle que ,saturne dcrit a plus de six cents millions de lieues de diamtre1 et par consquent plus de dix-huit cents millions de lieues de circonfrence2 un cheval anglais qui ferait dix lieues par heure n'aurait courir que vingt mille cinq cent quarante-huit ans pour faire ce tour4 ,je n'ai pas tout dit1 ,lucile1 sur le miracle de ce monde visible1 ou1 comme vous parlez quelquefois1 sur les merveilles du hasard1 que vous admettez seul pour la cause premire de toutes choses4 ,il est encore un ouvrier plus admirable que vous ne pensez3 connaissez le hasard1 laissez-vous instruire de toute la puissance de votre ,dieu4 ,savez-vous que cette distance de trente millions de lieues qu'il y a de la terre au soleil1 et celle de trois cents millions de lieues de la terre ,saturne1 sont si peu de chose1 compares l'loignement qu'il y a de la terre aux toiles1 que ce n'est pas mme s'noncer assez juste que de se servir1 sur le sujet de ces distances1 du terme de comparaison8 ,quelle proportion1 la vrit1 de ce qui se mesure1 quelque grand qu'il puisse tre1 avec ce qui ne se mesure pas8 ,on ne connat point la hauteur d'une toile2 elle est1 si j'ose ainsi parler1 immensurable2 il n'y a plus ni angles1 ni sinus1 ni parallaxes dont on puisse s'aider4 ,si un homme observait ,paris une toile fixe1 et qu'un autre la regardt du ,japon1 les deux lignes qui partiraient de leurs yeux pour aboutir jusqu' cet astre ne feraient pas un angle1 et se confondraient en une seule et mme ligne1 tant la terre entire n'est pas espace par rapport cet loignement4 ,mais les toiles ont cela de commun avec ,saturne et avec le soleil3 il faut dire quelque chose de plus4 ,si deux observateurs1 l'un sur la terre et l'autre dans le soleil1 observaient en mme temps une toile1 les deux rayons visuels de ces deux observateurs ne formeraient point d'angle sensible4 ,pour concevoir la chose autrement1 si un homme tait situ dans une toile1 notre soleil1 notre terre1 et les trente millions de lieues qui les sparent1 lui paratraient un mme point3 cela est dmontr4 ,on ne sait pas aussi la distance d'une toile d'avec une autre toile1 quelques voisines qu'elles nous paraissent4 ,les ,pliades se touchent presque1 en juger par nos yeux3 une toile parat assise sur l'une de celles qui forment la queue de la grande ,ourse2 peine la vue peut-elle atteindre discerner la partie du ciel qui les spare1 c'est comme une toile qui parat double4 ,si cependant tout l'art des astronomes est inutile pour en marquer la distance1 que doit-on penser de l'loignement de deux toiles qui en effet paraissent loignes l'une de l'autre1 et plus forte raison des deux polaires8 ,quelle est donc l'immensit de la ligne qui passe d'une polaire l'autre8 et que sera-ce que le cercle dont cette ligne est le diamtre8 ,mais n'est-ce pas quelque chose de plus que de sonder les abmes1 que de vouloir imaginer la solidit du globe1 dont ce cercle n'est qu'une section8 ,serons-nous encore surpris que ces mmes toiles1 si dmesures dans leur grandeur1 ne nous paraissent nanmoins que comme des tincelles8 ,n'admirerons-nous pas plutt que d'une hauteur si prodigieuse elles puissent conserver une certaine apparence1 et qu'on ne les perde pas toutes de vue8 ,il n'est pas aussi imaginable combien il nous en chappe4 ,on fixe le nombre des toiles3 oui1 de celles qui sont apparentes2 le moyen de compter celles qu'on n'aperoit point1 celle par exemple qui composent la voie de lait1 cette trace lumineuse qu'on remarque au ciel dans une nuit sereine1 du nord au midi1 et qui par leur extraordinaire lvation1 ne pouvant percer jusqu' nos yeux pour tre vues chacune en particulier1 ne font au plus que blanchir cette route des cieux o elles sont places8 ,me voil donc sur la terre comme sur un grain de sable qui ne tient rien1 et qui est suspendu au milieu des airs3 un nombre presque infini de globes de feu1 d'une grandeur inexprimable et qui confond l'imagination1 d'une hauteur qui surpasse nos conceptions1 tournent1 roulent autour de ce grain de sable1 et traversent chaque jour1 depuis plus de six mille ans1 les vastes et immenses espaces des cieux4 ,voulez-vous un autre systme1 et qui ne diminue rien du merveilleux8 ,la terre elle-mme est emporte avec une rapidit inconcevable autour du soleil1 le centre de l'univers4 ,je me les reprsente tous ces globes1 ces corps effroyables qui sont en marche2 ils ne s'embarrassent point l'un l'autre1 ils ne se choquent point1 ils ne se drangent point3 si le plus petit d'eux tous venait se dmentir et rencontrer la terre1 que deviendrait la terre8 ,tous au contraire sont en leur place1 demeurent dans l'ordre qui leur est prescrit1 suivent la route qui leur est marque1 et si paisiblement notre gard que personne n'a l'oreille assez fine pour les entendre marcher1 et que le vulgaire ne sait pas s'ils sont au monde4 conomie merveilleuse du hasard6 l'intelligence mme pourrait-elle mieux russir8 ,une seule chose1 ,lucile1 me fait de la peine3 ces grands corps sont si prcis et si constants dans leur marche1 dans leurs rvolutions et dans tous leurs rapports1 qu'un petit animal relgu en un coin de cet espace immense qu'on appelle le monde1 aprs les avoir observs1 s'est fait une mthode infaillible de prdire quel point de leur course tous ces astres se trouveront d'aujourd'hui en deux1 en quatre1 en vingt mille ans4 ,voil mon scrupule1 ,lucile2 si c'est par hasard qu'ils observent des rgles si invariables1 qu'est-ce que l'ordre8 qu'est-ce que la rgle8 ,je vous demanderai mme ce que c'est que le hasard3 est-il corps8 est-il esprit8 est-ce un tre distingu des autres tres1 qui ait son existence particulire1 qui soit quelque part8 ou plutt n'est-ce pas un mode1 ou une faon d'tre8 ,quand une boule rencontre une pierre1 l'on dit3 c'est un hasard2 mais est-ce autre chose que ces deux corps qui se choquent fortuitement8 ,si par ce hasard ou cette rencontre la boule ne va plus droit1 mais obliquement2 si son mouvement n'est plus direct1 mais rflchi2 si elle ne roule plus sur son axe1 mais qu'elle tournoie et qu'elle pirouette1 conclurai-je que c'est par ce mme hasard qu'en gnral la boule est en mouvement8 ne souponnerai-je pas plus volontiers qu'elle se meut ou de soi-mme1 ou par l'impulsion du bras qui l'a jete8 ,et parce que les roues d'une pendule sont dtermines l'une par l'autre un mouvement circulaire d'une telle ou telle vitesse1 examin-je moins curieusement quelle peut tre la cause de tous ces mouvements1 s'ils se font d'eux-mmes ou par la force mouvante d'un poids qui les emporte8 ,mais ni ces roues1 ni cette boule n'ont pu se donner le mouvement d'eux-mmes1 ou ne l'ont point par leur nature1 s'ils peuvent le perdre sans changer de nature3 il y a donc apparence qu'ils sont mus d'ailleurs1 et par une puissance qui leur est trangre4 ,et les corps clestes1 s'ils venaient perdre leur mouvement1 changeraient-ils de nature8 seraient-ils moins de corps8 ,je ne me l'imagine pas ainsi2 ils se meuvent cependant1 et ce n'est point d'eux-mmes et par leur nature4 ,il faudrait donc chercher1 ,lucile1 s'il n'y a point hors d'eux un principe qui les fait mouvoir2 qui que vous trouviez1 je l'appelle ,dieu4 ,si nous supposions que ces grands corps sont sans mouvement1 on ne demanderait plus1 la vrit1 qui les met en mouvement1 mais on serait toujours reu demander qui a fait ces corps1 comme on peut s'informer qui a fait ces roues ou cette boule2 et quand chacun de ces grands corps serait suppos un amas fortuit d'atomes qui se sont lis et enchans ensemble par la figure et la conformation de leurs parties1 je prendrais un de ces atomes et je dirais3 ,qui a cr cet atome8 ,est-il matire8 est-il intelligence8 ,a-t-il eu quelque ide de soi-mme1 avant que de se faire soi-mme8 ,il tait donc un moment avant que d'tre2 il tait et il n'tait pas tout la fois2 et s'il est auteur de son tre et de sa manire d'tre1 pourquoi s'est-il fait corps plutt qu'esprit8 ,bien plus1 cet atome n'a-t-il point commenc8 est-il ternel8 est-il infini8 ,ferez-vous un ,dieu de cet atome8 #dd 7,,vii7 ,le ciron a des yeux1 il se dtourne la rencontre des objets qui lui pourraient nuire2 quand on le met sur de l'bne pour le mieux remarquer1 si1 dans le temps qu'il marche vers un ct1 on lui prsente le moindre ftu1 il change de route3 est-ce un jeu du hasard que son cristallin1 sa rtine et son nerf optique8 ,l'on voit dans une goutte d'eau que le poivre qu'on y a mis tremper a altre1 un nombre presque innombrable de petits animaux1 dont le microscope nous fait apercevoir la figure1 et qui se meuvent avec une rapidit incroyable comme autant de monstres dans une vaste mer2 chacun de ces animaux est plus petit mille fois qu'un ciron et nanmoins c'est un corps qui vit1 qui se nourrit1 qui crot1 qui doit avoir des muscles1 des vaisseaux quivalents aux veines1 aux nerfs1 aux artres1 et un cerveau pour distribuer les esprits animaux4 ,une tache de moisissure de la grandeur d'un grain de sable parat dans le microscope comme un amas de plusieurs plantes trs distinctes1 dont les unes ont des fleurs1 les autres des fruits2 il y en a qui n'ont que des boutons demi ouverts2 il y en a quelques-unes qui sont fanes3 de quelle trange petitesse doivent tre les racines et les filtres qui sparent les aliments de ces petites plantes6 ,et si l'on vient considrer que ces plantes ont leurs graines1 ainsi que les chnes et les pins1 et que ces petits animaux dont je viens de parler se multiplient par voie de gnration1 comme les lphants et les baleines1 o cela ne mne-t-il point8 ,qui a su travailler des ouvrages si dlicats1 si fins1 qui chappent la vue des hommes1 et qui tiennent de l'infini comme les cieux1 bien que dans l'autre extrmit8 ,ne serait-ce point celui qui a fait les cieux1 les astres1 ces masses normes1 pouvantables par leur grandeur1 par leur lvation1 par la rapidit et l'tendue de leur course1 et qui se joue de les faire mouvoir8 #de 7,,vii7 ,il est de fait que l'homme jouit du soleil1 des astres1 des cieux et de leurs influences1 comme il jouit de l'air qu'il respire1 et de la terre sur laquelle il marche et qui le soutient2 et s'il fallait ajouter la certitude d'un fait la convenance ou la vraisemblance1 elle y est tout entire1 puisque les cieux et tout ce qu'ils contiennent ne peuvent pas entrer en comparaison1 pour la noblesse et la dignit1 avec le moindre des hommes qui sont sur la terre1 et que la proportion qui se trouve entre eux et lui est celle de la matire incapable de sentiment1 qui est seulement une tendue selon trois dimensions1 ce qui est esprit1 raison1 ou intelligence4 ,si l'on dit que l'homme aurait pu se passer moins pour sa conservation1 je rponds que ,dieu ne pouvait moins faire pour taler son pouvoir1 sa bont et sa magnificence1 puisque1 quelque chose que nous voyions qu'il ait fait1 il pouvait faire infiniment davantage4 ,le monde entier1 s'il est fait pour l'homme1 est littralement la moindre chose que ,dieu ait fait pour l'homme3 la preuve s'en tire du fond de la religion4 ,ce n'est donc ni vanit ni prsomption l'homme de se rendre sur ses avantages la force de la vrit2 ce serait en lui stupidit et aveuglement de ne pas se laisser convaincre par l'enchanement des preuves dont la religion se sert pour lui faire connatre ses privilges1 ses ressources1 ses esprances1 pour lui apprendre ce qu'il est et ce qu'il peut devenir4--,mais la lune est habite2 il n'est pas du moins impossible qu'elle le soit4--,que parlez-vous1 ,lucile1 de la lune1 et quel propos8 ,en supposant ,dieu1 quelle est en effet la chose impossible8 ,vous demandez peut-tre si nous sommes les seuls dans l'univers que ,dieu ait si bien traits2 s'il n'y a point dans la lune ou d'autres hommes1 ou d'autres cratures que ,dieu ait aussi favorises8 ,vaine curiosit6 frivole demande6 ,la terre1 ,lucile1 est habite2 nous l'habitons1 et nous savons que nous l'habitons2 nous avons nos preuves1 notre vidence1 nos convictions sur tout ce que nous devons penser de ,dieu et de nous-mmes3 que ceux qui peuplent les globes clestes1 quels qu'ils puissent tre1 s'inquitent pour eux-mmes2 ils ont leur soins1 et nous les ntres4 ,vous avez1 ,lucile1 observ la lune2 vous avez reconnu ses taches1 ses abmes1 ses ingalits1 sa hauteur1 son tendue1 son cours1 ses clipses3 tous les astronomes n'ont pas t plus loin4 ,imaginez de nouveaux instruments1 observez-la avec plus d'exactitude3 voyez-vous qu'elle soit peuple1 et de quels animaux8 ressemblent-ils aux hommes8 sont-ce des hommes8 ,laissez-moi voir aprs vous2 et si nous sommes convaincus l'un et l'autre que des hommes habitent la lune1 examinons alors s'ils sont chrtiens1 et si ,dieu a partag ses faveurs entre eux et nous4 #df 7,,viii7 ,tout est grand et admirable dans la nature2 il ne s'y voit rien qui ne soit marqu au coin de l'ouvrier2 ce qui s'y voit quelquefois d'irrgulier et d'imparfait suppose rgle et perfection4 ,homme vain et prsomptueux6 faites un vermisseau que vous foulez aux pieds1 que vous mprisez2 vous avez horreur du crapaud1 faites un crapaud1 s'il est possible4 ,quel excellent matre que celui qui fait des ouvrages1 je ne dis pas que les hommes admirent1 mais qu'ils craignent6 ,je ne vous demande pas de vous mettre votre atelier pour faire un homme d'esprit1 un homme bien fait1 une belle femme3 l'entreprise est forte et au-dessus de vous2 essayez seulement de faire un bossu1 un fou1 un monstre1 je suis content4 ,rois1 ,monarques1 ,potentats1 sacres ,majests6 vous ai-je nomms par tous vos superbes noms8 ,grands de la terre1 trs hauts1 trs puissants1 et peut-tre bientt tout-puissants ,seigneurs6 nous autres hommes nous avons besoin pour nos moissons d'un peu de pluie1 de quelque chose de moins1 d'un peu de rose3 faites de la rose1 envoyez sur la terre une goutte d'eau4 ,l'ordre1 la dcoration1 les effets de la nature sont populaires2 les causes1 les principes ne le sont point4 ,demandez une femme comment un bel oeil n'a qu' s'ouvrir pour voir1 demandez-le un homme docte4 #dg 7,,vii7 ,plusieurs millions d'annes1 plusieurs centaines de millions d'annes1 en un mot tous les temps ne sont qu'un instant1 compars la dure de ,dieu1 qui est ternelle3 tous les espaces du monde entier ne sont qu'un point1 qu'un lger atome1 compars son immensit4 ,s'il est ainsi1 comme je l'avance1 car quelle proportion du fini l'infini8 je demande3 ,qu'est-ce que le cours de la vie d'un homme8 qu'est-ce qu'un grain de poussire qu'on appelle la terre8 qu'est-ce qu'une petite portion de cette terre que l'homme possde et qu'il habite8--,les mchants prosprent pendant qu'ils vivent4--,quelques mchants1 je l'avoue4--,la vertu est opprime1 et le crime impuni sur la terre4--,quelquefois1 j'en conviens4--,c'est une injustice4--,point du tout3 il faudrait1 pour tirer cette conclusion1 avoir prouv qu'absolument les mchants sont heureux1 que la vertu ne l'est pas1 et que le crime demeure impuni2 il faudrait du moins que ce peu de temps o les bons souffrent et o les mchants prosprent et une dure1 et que ce que nous appelons prosprit et fortune ne ft pas une apparence fausse et une ombre vaine qui s'vanouit2 que cette terre1 cet atome1 o il parat que la vertu et le crime rencontrent si rarement ce qui leur est d1 ft le seul endroit de la scne o se doivent passer la punition et les rcompenses4 ,de ce que je pense1 je n'infre pas plus clairement que je suis esprit1 que je conclus de ce que je fais1 ou ne fais point selon qu'il me plat1 que je suis libre3 or libert1 c'est choix1 autrement une dtermination volontaire au bien ou au mal1 et ainsi une action bonne ou mauvaise1 et ce qu'on appelle vertu ou crime4 ,que le crime absolument soit impuni1 il est vrai1 c'est injustice2 qu'il le soit sur la terre1 c'est un mystre4 ,supposons pourtant avec l'athe que c'est injustice3 toute injustice est une ngation ou une privation de justice2 donc toute injustice suppose justice4 ,toute justice est une conformit une souveraine raison3 je demande en effet1 quand il n'a pas t raisonnable que le crime soit puni1 moins qu'on ne dise que c'est quand le triangle avait moins de trois angles2 or toute conformit la raison est une vrit2 cette conformit1 comme il vient d'tre dit1 a toujours t2 elle est donc de celles que l'on appelle des ternelles vrits4 ,cette vrit1 d'ailleurs1 ou n'est point et ne peut tre1 ou elle est l'objet d'une connaissance2 elle est donc ternelle1 cette connaissance1 et c'est ,dieu4 ,les dnouements qui dcouvrent les crimes les plus cachs1 et o la prcaution des coupables pour les drober aux yeux des hommes a t plus grande1 paraissent si simples et si faciles qu'il semble qu'il n'y ait que ,dieu seul qui puisse en tre l'auteur2 et les faits d'ailleurs que l'on en rapporte sont en si grand nombre1 que s'il plat quelques-uns de les attribuer de purs hasards1 il faut donc qu'ils soutiennent que le hasard1 de tout temps1 a pass en coutume4 #dh 7,,vii7 ,si vous faites cette supposition1 que tous les hommes qui peuplent la terre sans exception soient chacun dans l'abondance1 et que rien ne leur manque1 j'infre de l que nul homme qui est sur la terre n'est dans l'abondance1 et que tout lui manque4 ,il n'y a que deux sortes de richesses1 et auxquelles les autres se rduisent1 l'argent et les terres3 si tous sont riches1 qui cultivera les terres1 et qui fouillera les mines8 ,ceux qui sont loigns des mines ne les fouilleront pas1 ni ceux qui habitent des terres incultes et minrales ne pourront pas en tirer des fruits4 ,on aura recours au commerce1 et on le suppose2 mais si les hommes abondent de biens1 et que nul ne soit dans le cas de vivre par son travail1 qui transportera d'une rgion une autre les lingots ou les choses changes8 qui mettra des vaisseaux en mer8 qui se chargera de les conduire8 qui entreprendra des caravanes8 ,on manquera alors du ncessaire et des choses utiles4 ,s'il n'y a plus de besoins1 il n'y a plus d'arts1 plus de sciences1 plus d'inventions1 plus de mcanique4 ,d'ailleurs cette galit de possessions et de richesses en tablit une autre dans les conditions1 bannit toute subordination1 rduit les hommes se servir eux-mmes1 et ne pouvoir tre secourus les uns des autres1 rend les lois frivoles et inutiles1 entrane une anarchie universelle1 attire la violence1 les injures1 les massacres1 l'impunit4 ,si vous supposez au contraire que tous les hommes sont pauvres1 en vain le soleil se lve pour eux sur l'horizon1 en vain il chauffe la terre et la rend fconde1 en vain le ciel verse sur elle ses influences1 les fleuves en vain l'arrosent et rpandent dans les diverses contres la fertilit et l'abondance2 inutilement aussi la mer laisse sonder ses abmes profonds1 les rochers et les montagnes s'ouvrent pour laisser fouiller dans leur sein et en tirer tous les trsors qu'ils y renferment4 ,mais si vous tablissez que de tous les hommes rpandus dans le monde1 les uns soient riches et les autres pauvres et indigents1 vous faites alors que le besoin rapproche mutuellement les hommes1 les lie1 les rconcilie3 ceux-ci servent1 obissent1 inventent1 travaillent1 cultivent1 perfectionnent2 ceux-l jouissent1 nourrissent1 secourent1 protgent1 gouvernent3 tout ordre est rtabli1 et ,dieu se dcouvre4 #di 7,,vii7 ,mettez l'autorit1 les plaisirs et l'oisivet d'un ct1 la dpendance1 les soins et la misre de l'autre3 ou ces choses sont dplaces par la malice des hommes1 ou ,dieu n'est pas ,dieu4 ,une certaine ingalit dans les conditions1 qui entretient l'ordre et la subordination1 est l'ouvrage de ,dieu1 ou suppose une loi divine3 une trop grande disproportion1 et telle qu'elle se remarque parmi les hommes1 est leur ouvrage1 ou la loi des plus forts4 ,les extrmits sont vicieuses1 et partent de l'homme3 toute compensation est juste1 et vient de ,dieu4 #ej 7,i7 ,si on ne gote point ces ,caractres1 je m'en tonne2 et si on les gote1 je m'en tonne de mme4 ,,fin ,,des ,,caract,,res ,,discours ,,de ,r,,ception ,l',,acad,,mie ,,fran,,aise ,prface ,ceux qui1 interrogs sur le discours que je fis l',acadmie franaise1 le jour que j'eus l'honneur d'y tre reu1 ont dit schement que j'avais fait des caractres1 croyant le blmer1 en ont donn l'ide la plus avantageuse que je pouvais moi-mme dsirer2 car le public ayant approuv ce genre d'crire o je me suis appliqu depuis quelques annes1 c'tait le prvenir en ma faveur que de faire une telle rponse4 ,il ne restait plus que de savoir si je n'aurais pas d renoncer aux caractres dans le discours dont il s'agissait2 et cette question s'vanouit ds qu'on sait que l'usage a prvalu qu'un nouvel acadmicien compose celui qu'il doit prononcer1 le jour de sa rception1 de l'loge du ,roi1 de ceux du cardinal de ,richelieu1 du chancelier ,seguier1 de la personne qui il succde1 et de l',acadmie franaise4 ,de ces cinq loges1 il y en a quatre de personnels2 or je demande mes censeurs qu'ils me posent si bien la diffrence qu'il y a des loges personnels aux caractres qui louent1 que je la puisse sentir1 et avouer ma faute4 ,si1 charg de faire quelque autre harangue1 je retombe encore dans des peintures1 c'est alors qu'on pourra couter leur critique1 et peut-tre me condamner2 je dis peut-tre1 puisque les caractres1 ou du moins les images des choses et des personnes1 sont invitables dans l'oraison1 que tout crivain est peintre1 et tout excellent crivain excellent peintre4 ,j'avoue que j'ai ajout ces tableaux1 qui taient de commande1 les louanges de chacun des hommes illustres qui composent l',acadmie franaise2 et ils ont d me le pardonner1 s'ils ont fait attention qu'autant pour mnager leur pudeur que pour viter les caractres1 je me suis abstenu de toucher leurs personnes1 pour ne parler que de leurs ouvrages1 dont j'ai fait des loges publics plus ou moins tendus1 selon que les sujets qu'ils y ont traits pouvaient l'exiger4--,j'ai lou des acadmiciens encore vivants1 disent quelques-uns4--,il est vrai2 mais je les ai lous tous3 qui d'entre eux aurait une raison de se plaindre8-- ,c'est une coutume toute nouvelle1 ajoutent-ils1 et qui n'avait point encore eu d'exemple4--,je veux en convenir1 et que j'ai pris soin de m'carter des lieux communs et des phrases proverbiales uses depuis si longtemps1 pour avoir servi un nombre infini de pareils discours depuis la naissance de l',acadmie franaise4 ,m'tait-il donc si difficile de faire entrer ,rome et ,athnes1 le ,lyce et le ,portique1 dans l'loge de cette savante compagnie8 tre au comble de ses voeux de se voir acadmicien2 protester que ce jour o l'on jouit pour la premire fois d'un si rare bonheur est le jour le plus beau de sa vie2 douter si cet honneur qu'on vient de recevoir est une chose vraie ou qu'on ait songe2 esprer de puiser dsormais la source les plus pures eaux de l'loquence franaise2 n'avoir accept1 n'avoir dsir une telle place que pour profiter des lumires de tant de personnes si claires2 promettre que tout indigne de leur choix qu'on se reconnat1 on s'efforcera de s'en rendre digne3 cent autres formules de pareils compliments sont-elles si rares et si peu connues que je n'eusse pu les trouver1 les placer1 et en mriter des applaudissements8 ,parce donc que j'ai cru que1 quoi que l'envie et l'injustice publient de l',acadmie franaise1 quoi qu'elles veuillent dire de son ge d'or et de sa dcadence1 elle n'a jamais1 depuis son tablissement1 rassembl un si grand nombre de personnages illustres pour toutes sortes de talents et en tout genre d'rudition1 qu'il est facile aujourd'hui d'y en remarquer2 et que dans cette prvention o je suis1 je n'ai pas espr que cette ,compagnie pt tre une autre fois plus belle peindre1 ni prise dans un jour plus favorable1 et que je me suis servi de l'occasion1 ai-je rien fait qui doive m'attirer les moindres reproches8 ,cicron a pu louer impunment ,brutus1 ,csar1 ,pompe1 ,marcellus1 qui taient vivants1 qui taient prsents3 il les a lous plusieurs fois2 il les a lous seuls dans le snat1 souvent en prsence de leurs ennemis1 toujours devant une compagnie jalouse de leur mrite1 et qui avait bien d'autres dlicatesses de politique sur la vertu des grands hommes que n'en saurait avoir l',acadmie franaise4 ,j'ai lou les acadmiciens1 je les ai lous tous1 et ce n'a pas t impunment3 que me serait-il arriv si je les avais blms tous8 ,je viens d'entendre1 a dit ,thobalde1 une grande vilaine harangue qui m'a fait biller vingt fois1 et qui m'a ennuy la mort4 ,voil ce qu'il a dit1 et voil ensuite ce qu'il a fait1 lui et peu d'autres qui ont cru devoir entrer dans les mmes intrts4 ,ils partirent pour la cour le lendemain de la prononciation de ma harangue2 ils allrent de maisons en maisons2 ils dirent aux personnes auprs de qui ils ont accs que je leur avais balbuti la veille un discours o il n'y avait ni style ni sens commun1 qui tait rempli d'extravagances1 et une vraie satire4 ,revenus ,paris1 ils se cantonnrent en divers quartiers1 o ils rpandirent tant de venin contre moi1 s'acharnrent si fort diffamer cette harangue1 soit dans leurs conversations1 soit dans les lettres qu'ils crivirent leurs amis dans les provinces1 en dirent tant de mal1 et le persuadrent si fortement qui ne l'avait pas entendue1 qu'ils crurent pouvoir insinuer au public1 ou que les ,caractres faits de la mme main taient mauvais1 ou que s'ils taient bons1 je n'en tais pas l'auteur1 mais qu'une femme de mes amies m'avait fourni ce qu'il y avait de plus supportable4 ,ils prononcrent aussi que je n'tais pas capable de faire rien de suivi1 pas mme la moindre prface3 tant ils estimaient impraticable un homme mme qui est dans l'habitude de penser1 et d'crire ce qu'il pense1 l'art de lier ses penses et de faire des transitions4 ,ils firent plus3 violant les lois de l',acadmie franaise1 qui dfend aux acadmiciens d'crire ou de faire crire contre leurs confrres1 ils lchrent sur moi deux auteurs associs une mme gazette2 ils les animrent1 non pas publier contre moi une satire fine et ingnieuse1 ouvrage trop au-dessous des uns et des autres1 facile manier1 et dont les moindres esprits se trouvent capables1 mais me dire de ces injures grossires et personnelles1 si difficiles rencontrer1 si pnibles prononcer ou crire1 surtout des gens qui je veux croire qu'il reste encore quelque pudeur et quelque soin de leur rputation4 ,et en vrit je ne doute point que le public ne soit enfin tourdi et fatigu d'entendre1 depuis quelques annes1 de vieux corbeaux croasser autour de ceux qui1 d'un vol libre et d'une plume lgre1 se sont levs quelque gloire par leurs crits4 ,ces oiseaux lugubres semblent1 par leurs cris continuels1 leur vouloir imputer le dcri universel o tombe ncessairement tout ce qu'ils exposent au grand jour de l'impression3 comme si on tait cause qu'ils manquent de force et d'haleine1 ou qu'on dt tre responsable de cette mdiocrit rpandue sur leurs ouvrages4 ,s'il s'imprime un livre de moeurs assez mal digr pour tomber de soi-mme et ne pas exciter leur jalousie1 ils le louent volontiers1 et plus volontiers encore ils n'en parlent point2 mais s'il est tel que le monde en parle1 ils l'attaquent avec furie4 ,prose1 vers1 tout est sujet leur censure1 tout est en proie une haine implacable1 qu'ils ont conue contre ce qui ose paratre dans quelque perfection1 et avec les signes d'une approbation publique4 ,on ne sait plus quelle morale leur fournir qui leur agre3 il faudra leur rendre celle de la ,serre ou de des ,marets1 et s'ils en sont crus1 revenir au ,pdagogue chrtien et la ,cour sainte4 ,il parat une nouvelle satire crite contre les vices en gnral1 qui1 d'un vers fort et d'un style d'airain1 enfonce ses traits contre l'avarice1 l'excs du jeu1 la chicane1 la mollesse1 l'ordure et l'hypocrisie1 o personne n'est nomm ni dsign1 o nulle femme vertueuse ne peut ni ne doit se reconnatre2 un ,bourdaloue en chaire ne fait point de peintures du crime ni plus vives ni plus innocentes3 il n'importe1 c'est mdisance1 c'est calomnie4 ,voil depuis quelque temps leur unique ton1 celui qu'ils emploient contre les ouvrages de moeurs qui russissent3 ils y prennent tout littralement1 ils les lisent comme une histoire1 ils n'y entendent ni la posie ni la figure2 ainsi ils les condamnent2 ils y trouvent des endroits faibles3 il y en a dans ,homre1 dans ,pindare1 dans ,virgile et dans ,horace2 o n'y en a-t-il point8 si ce n'est peut-tre dans leurs crits4 ,bernin n'a pas mani le marbre ni trait toutes ses figures d'une gale force2 mais on ne laisse pas de voir1 dans ce qu'il a moins heureusement rencontr1 de certains traits si achevs1 tout proche de quelques autres qui le sont moins1 qu'ils dcouvrent aisment l'excellence de l'ouvrier3 si c'est un cheval1 les crins sont tourns d'une main hardie1 ils voltigent et semblent tre le jouet du vent2 l'oeil est ardent1 les naseaux soufflent le feu et la vie2 un ciseau de matre s'y retrouve en mille endroits2 il n'est pas donn ses copistes ni ses envieux d'arriver de telles fautes par leurs chefs-d'oeuvre3 l'on voit bien que c'est quelque chose de manqu par un habile homme1 et une faute de ,praxitle4 ,mais qui sont ceux qui1 si tendres et si scrupuleux1 ne peuvent mme supporter que1 sans blesser et sans nommer les vicieux1 on se dclare contre le vice8 sont-ce des chartreux et des solitaires8 sont-ce les jsuites1 hommes pieux et clairs8 sont-ce ces hommes religieux qui habitent en ,france les clotres et les abbayes8 ,tous au contraire lisent ces sortes d'ouvrages1 et en particulier1 et en public1 leurs rcrations2 ils en inspirent la lecture leurs pensionnaires1 leurs lves2 ils en dpeuplent les boutiques1 ils les conservent dans leurs bibliothques4 ,n'ont-ils pas les premiers reconnu le plan et l'conomie du livre des ,caractres8 ,n'ont-ils pas observ que de seize chapitres qui le composent1 il y en a quinze qui1 s'attachant dcouvrir le faux et le ridicule qui se rencontrent dans les objets des passions et des attachements humains1 ne tendent qu' ruiner tous les obstacles qui affaiblissent d'abord1 et qui teignent ensuite dans tous les hommes la connaissance de ,dieu2 qu'ainsi ils ne sont que des prparations au seizime et dernier chapitre1 o l'athisme est attaqu1 et peut-tre confondu2 o les preuves de ,dieu1 une partie du moins de celles que les faibles hommes sont capables de recevoir dans leur esprit1 sont apportes2 o la providence de ,dieu est dfendue contre l'insulte et les plaintes des libertins8 ,qui sont donc ceux qui osent rpter contre un ouvrage si srieux et si utile ce continuel refrain3 ,c'est mdisance1 c'est calomnie8 ,il faut les nommer3 ce sont des potes2 mais quels potes8 ,des auteurs d'hymnes sacrs ou des traducteurs de psaumes1 des ,godeaux ou des ,corneilles8 ,non1 mais des faiseurs de stances et d'lgies amoureuses1 de ces beaux esprits qui tournent un sonnet sur une absence ou sur un retour1 qui font une pigramme sur une belle gorge1 et un madrigal sur une jouissance4 ,voil ceux qui1 par dlicatesse de conscience1 ne souffrent qu'impatiemment qu'en mnageant les particuliers avec toutes les prcautions que la prudence peut suggrer1 j'essaye1 dans mon livre des ,moeurs1 de dcrier1 s'il est possible1 tous les vices du coeur et de l'esprit1 de rendre l'homme raisonnable et plus proche de devenir chrtien4 ,tels ont t les ,thobaldes1 ou ceux du moins qui travaillent sous eux et dans leur atelier4 ,ils sont encore alls plus loin2 car palliant d'une politique zle le chagrin de ne se sentir pas leur gr si bien lous et si longtemps que chacun des autres acadmiciens1 ils ont os faire des applications dlicates et dangereuses de l'endroit de ma harangue o1 m'exposant seul prendre le parti de toute la littrature contre leurs plus irrconciliables ennemis1 gens pcunieux1 que l'excs d'argent ou qu'une fortune faite par de certaines voies1 jointe la faveur des grands1 qu'elle leur attire ncessairement1 mne jusqu' une froide insolence1 je leur fais la vrit tous une vive apostrophe1 mais qu'il n'est pas permis de dtourner de dessus eux pour la rejeter sur un seul1 et sur tout autre4 ,ainsi en usent mon gard1 excits peut-tre par les ,thobaldes1 ceux qui1 se persuadant qu'un auteur crit seulement pour les amuser par la satire1 et point du tout pour les instruire par une saine morale1 au lieu de prendre pour eux et de faire servir la correction de leurs moeurs les divers traits qui sont sems dans un ouvrage1 s'appliquent dcouvrir1 s'ils le peuvent1 quels de leurs amis ou de leurs ennemis ces traits peuvent regarder1 ngligent dans un livre tout ce qui n'est que remarques solides ou srieuses rflexions1 quoique en si grand nombre qu'elles le composent presque tout entier1 pour ne s'arrter qu'aux peintures ou aux caractres2 et aprs les avoir expliqus leur manire et en avoir cru trouver les originaux1 donnent au public de longues listes1 ou1 comme ils les appellent1 des clefs3 fausses clefs1 et qui leur sont aussi inutiles qu'elles sont injurieuses aux personnes dont les noms s'y voient dchiffrs1 et l'crivain qui en est la cause1 quoique innocente4 ,j'avais pris la prcaution de protester dans une prface contre tous ces interprtations1 que quelque connaissance que j'ai des hommes m'avait fait prvoir1 jusqu' hsiter quelque temps si je devais rendre mon livre public1 et balancer entre le dsir d'tre utile ma patrie par mes crits1 et la crainte de fournir quelques-uns de quoi exercer leur malignit4 ,mais puisque j'ai eu la faiblesse de publier ces ,caractres1 quelle digue lverai-je contre ce dluge d'explications qui inonde la ville1 et qui bientt va gagner la cour8 ,dirai-je srieusement1 et protesterai-je avec d'horribles serments1 que je ne suis ni auteur ni complice de ces clefs qui courent2 que je n'en ai donn aucune2 que mes plus familiers amis savent que je les leur ai toutes refuses2 que les personnes les plus accrdites de la cour ont dsespr d'avoir mon secret8 ,n'est-ce pas la mme chose que si je me tourmentais beaucoup soutenir que je ne suis pas un malhonnte homme1 un homme sans pudeur1 sans moeurs1 sans conscience1 tel enfin que les gazetiers dont je viens de parler ont voulu me reprsenter dans leur libelle diffamatoire8 ,mais d'ailleurs comment aurais-je donn ces sortes de clefs1 si je n'ai pu moi-mme les forger telles qu'elles sont et que je les ai vues8 tant presque toutes diffrentes entre elles1 quel moyen de les faire servir une mme entre1 je veux dire l'intelligence de mes ,remarques8 ,nommant des personnes de la cour et de la ville qui je n'ai jamais parl1 que je ne connais point1 peuvent-elles partir de moi et tre distribues de ma main8 ,aurais-je donn celles qui se fabriquent ,romorentin1 ,mortaigne et ,belesme1 dont les diffrentes applications sont la baillive1 la femme de l'assesseur1 au prsident de l'lection1 au prvt de la marchausse et au prvt de la collgiale8 ,les noms y sont fort bien marqus2 mais ils ne m'aident pas davantage connatre les personnes4 ,qu'on me permette ici une vanit sur mon ouvrage3 je suis presque dispos croire qu'il faut que mes peintures expriment bien l'homme en gnral1 puisqu'elles ressemblent tant de particuliers1 et que chacun y croit voir ceux de sa ville ou de sa province4 ,j'ai peint la vrit d'aprs nature1 mais je n'ai pas toujours song peindre celui-ci ou celle-l dans mon livre des ,moeurs4 ,je ne me suis point lou au public pour faire des portraits qui ne fussent que vrais et ressemblants1 de peur que quelquefois ils ne fussent pas croyables1 et ne parussent feints ou imagins4 ,me rendant plus difficile1 je suis all plus loin3 j'ai pris un trait d'un ct et un trait d'un autre2 et de ces divers traits qui pouvaient convenir une mme personne1 j'en ai fait des peintures vraisemblables1 cherchant moins rjouir les lecteurs par le caractre1 ou comme le disent les mcontents1 par la satire de quelqu'un1 qu' leur proposer des dfauts viter et des modles suivre4 ,il me semble donc que je dois tre moins blm que plaint de ceux qui par hasard verraient leurs noms crits dans ces insolentes listes1 que je dsavoue et que je condamne autant qu'elles le mritent4 ,j'ose mme attendre d'eux cette justice1 que sans s'arrter un auteur moral qui n'a eu nulle intention de les offenser par son ouvrage1 ils passeront jusqu'aux interprtes1 dont la noirceur est inexcusable4 ,je dis en effet ce que je dis1 et nullement ce qu'on assure que j'ai voulu dire2 et je rponds encore moins de ce qu'on me fait dire1 et que je ne dis point4 ,je nomme nettement les personnes que je veux nommer1 toujours dans la vue de louer vertu ou leur mrite2 j'cris leurs noms en lettres capitales1 afin qu'on les voie de loin1 et que le lecteur ne coure pas risque de les manquer4 ,si j'avais voulu mettre des noms vritables aux peintures moins obligeantes1 je me serais pargn le travail d'emprunter les noms de l'ancienne histoire1 d'employer des lettres initiales1 qui n'ont qu'une signification vaine et incertaine1 de trouver enfin mille tours et mille faux-fuyants pour dpayser ceux qui me lisent1 et les dgoter des applications4 ,voil la conduite que j'ai tenue dans la composition des ,caractres4 ,sur ce qui concerne la harangue1 qui a paru longue et ennuyeuse au chef des mcontents1 je ne sais en effet pourquoi j'ai tent de faire de ce remerciement l',acadmie franaise un discours oratoire qui et quelque force et quelque tendue4 ,de zls acadmiciens m'avaient dj fray ce chemin2 mais ils se sont trouvs en petit nombre2 et leur zle pour l'honneur et pour la rputation de l',acadmie n'a eu que peu d'imitateurs4 ,je pouvais suivre l'exemple de ceux qui1 postulant une place dans cette compagnie sans avoir jamais rien crit1 quoiqu'ils sachent crire1 annoncent ddaigneusement1 la veille de leur rception1 qu'ils n'ont que deux mots dire et qu'un moment parler1 quoique capables de parler longtemps et de parler bien4 ,j'ai pens au contraire qu'ainsi que nul artisan n'est agrg aucune socit1 ni n'a ses lettres de matrise sans faire son chef-d'oeuvre1 de mme et avec encore plus de biensance1 un homme associ un corps qui ne s'est soutenu et ne peut jamais se soutenir que par l'loquence1 se trouvait engag faire1 en y entrant1 un effort en ce genre1 qui le ft aux yeux de tous paratre digne du choix dont il venait de l'honorer4 ,il me semblait encore que puisque l'loquence profane ne paraissait plus rgner au barreau1 d'o elle a t bannie par la ncessit de l'expdition1 et qu'elle ne devait plus tre admise dans la chaire1 o elle n'a t que trop soufferte1 le seul asile qui pouvait lui rester tait l',acadmie franaise2 et qu'il n'y avait rien de plus naturel1 ni qui pt rendre cette ,compagnie plus clbre1 que si1 au sujet des rceptions de nouveaux acadmiciens1 elle savait quelquefois attirer la cour et la ville ses assembles1 par la curiosit d'y entendre des pices d'loquence d'une juste tendue1 faites de main de matres1 et dont la profession est d'exceller dans la science de la parole4 ,si je n'ai pas atteint mon but1 qui tait de prononcer un discours loquent1 il me parat du moins que je me suis disculp de l'avoir fait trop long de quelques minutes2 car si d'ailleurs ,paris1 qui on l'avait promis mauvais1 satirique et insens1 s'est plaint qu'on lui avait manqu de parole2 si ,marly1 o la curiosit de l'entendre s'tait rpandue1 n'a point retenti d'applaudissements que la cour ait donns la critique qu'on en avait faite2 s'il a su franchir ,chantilly1 cueil des mauvais ouvrages2 si l',acadmie franaise1 qui j'avais appel comme au juge souverain de ces sortes de pices1 tant assemble extraordinairement1 a adopt celle-ci1 l'a fait imprimer par son libraire1 l'a mise dans ses archives2 si elle n'tait pas en effet compose d'un style affect1 dur et interrompu1 ni charge de louanges fades et outres1 telles qu'on les lit dans les prologues d'opras1 et dans tant d'ptres ddicatoires1 il ne faut plus s'tonner qu'elle ait ennuy ,thobalde4 ,je vois les temps1 le public me permettra de le dire1 o ce ne sera pas assez de l'approbation qu'il aura donne un ouvrage pour en faire la rputation1 et que pour y mettre le dernier sceau1 il sera ncessaire que de certaines gens le dsapprouvent1 qu'ils y aient bill4 ,car voudraient-ils1 prsentement qu'ils ont reconnu que cette harangue a moins mal russi dans le public qu'ils ne l'avaient espr1 qu'ils savent que deux libraires ont plaid qui l'imprimerait1 voudraient-ils dsavouer leur got et le jugement qu'ils en ont port dans les premiers jours qu'elle fut prononce8 ,me permettraient-ils de publier1 ou seulement de souponner1 une tout autre raison de l'pre censure qu'ils en firent1 que la persuasion o ils taient qu'elle la mritait8 ,on sait que cet homme1 d'un nom et d'un mrite si distingu1 avec qui j'eus l'honneur d'tre reu l',acadmie franaise1 pri1 sollicit1 perscut de consentir l'impression de sa harangue1 par ceux mmes qui voulaient supprimer la mienne et en teindre la mmoire1 leur rsista toujours avec fermet4 ,il leur dit qu'il ne pouvait ni ne devait approuver une distinction si odieuse qu'ils voulaient faire entre lui et moi2 que la prfrence qu'ils donnaient son discours avec cette affectation et cet empressement qu'ils lui marquaient1 bien loin de l'obliger1 comme ils pouvaient le croire1 lui faisait au contraire une vritable peine2 que deux discours galement innocents1 prononcs dans le mme jour1 devaient tre imprims dans le mme temps4 ,il s'expliqua ensuite obligeamment1 en public et en particulier1 sur le violent chagrin qu'il ressentait de ce que les deux auteurs de la gazette que j'ai cits avaient fait servir les louanges qu'il leur avait plu de lui donner un dessein form de mdire de moi1 de mon discours et de mes ,caractres2 et il me fit1 sur cette satire injurieuse1 des explications et des excuses qu'il ne me devait point4 ,si donc on voulait infrer de cette conduite des ,thobaldes1 qu'ils ont cru faussement avoir besoin de comparaisons et d'une harangue folle et dcrie pour relever celle de mon collgue1 ils doivent rpondre1 pour se laver de ce soupon qui les dshonore1 qu'ils ne sont ni courtisans1 ni dvous la faveur1 ni intresss1 ni adulateurs2 qu'au contraire ils sont sincres1 et qu'ils ont dit navement ce qu'ils pensaient du plan1 du style et des expressions de mon remerciement l',acadmie franaise4 ,mais on ne manquera pas d'insister et de leur dire que le jugement de la cour et de la ville1 des grands et du peuple1 lui a t favorable4 ,qu'importe8 ,ils rpliqueront avec confiance que le public a son got1 et qu'ils ont le leur3 rponse qui ferme la bouche et qui termine tout diffrend4 ,il est vrai qu'elle m'loigne de plus en plus de vouloir leur plaire par aucun de mes crits2 car si j'ai un peu de sant avec quelques annes de vie1 je n'aurai plus d'autre ambition que celle de rendre1 par des soins assidus et par de bons conseils1 mes ouvrages tels qu'ils puissent toujours partager les ,thobaldes et le public4 ,discours prononc dans l'acadmie franaise le lundi quinzime juin #afic ,messieurs1 ,il serait difficile d'avoir l'honneur de se trouver au milieu de vous1 d'avoir devant ses yeux l',acadmie franaise1 d'avoir lu l'histoire de son tablissement1 sans penser d'abord celui qui elle en est redevable1 et sans se persuader qu'il n'y a rien de plus naturel1 et qui doive moins vous dplaire1 que d'entamer ce tissu de louanges qu'exigent le devoir et la coutume1 par quelques traits o ce grand cardinal soit reconnaissable1 et qui en renouvellent la mmoire4 ,ce n'est point un personnage qu'il soit facile de rendre ni d'exprimer par de belles paroles ou par de riches figures1 par ces discours moins faits pour relever le mrite de celui que l'on veut peindre1 que pour montrer tout le feu et toute la vivacit de l'orateur4 ,suivez le rgne de ,louis le ,juste3 c'est la vie du cardinal de ,richelieu1 c'est son loge et celui du prince qui l'a mis en oeuvre4 ,que pourrais-je ajouter des faits encore rcents et si mmorables8 ,ouvrez son ,testament politique1 digrez cet ouvrage3 c'est la peinture de son esprit2 son me tout entire s'y dveloppe2 l'on y dcouvre le secret de sa conduite et de ses actions2 l'on y trouve la source et la vraisemblance de tant et de si grands vnements qui ont paru sous son administration3 l'on y voit sans peine qu'un homme qui pense si virilement et si juste a pu agir srement et avec succs1 et que celui qui a achev de si grandes choses1 ou n'a jamais crit1 ou a d crire comme il a fait4 ,gnie fort et suprieur1 il a su tout le fond et tout le mystre du gouvernement2 il a connu le beau et le sublime du ministre2 il a respect l'tranger1 mnag les couronnes1 connu le poids de leur alliance2 il a oppos des allis des ennemis2 il a veill aux intrts du dehors1 ceux du dedans4 ,il n'a oubli que les siens3 une vie laborieuse et languissante1 souvent expose1 a t le prix d'une si haute vertu2 dpositaire des trsors de son matre1 combl de ses bienfaits1 ordonnateur1 dispensateur de ses finances1 on ne saurait dire qu'il est mort riche4 ,le croirait-on1 ,messieurs8 cette me srieuse et austre1 formidable aux ennemis de l'tat1 inexorable aux factieux1 plonge dans la ngociation1 occupe tantt affaiblir le parti de l'hrsie1 tantt dconcerter une ligue1 et tantt mditer une conqute1 a trouv le loisir d'tre savante1 a got les belles-lettres et ceux qui en faisaient profession4 ,comparez-vous1 si vous l'osez1 au grand ,richelieu1 hommes dvous la fortune1 qui1 par le succs de vos affaires particulires1 vous jugez dignes que l'on vous confie les affaires publiques2 qui vous donnez pour des gnies heureux et pour de bonnes ttes2 qui dites que vous ne savez rien1 que vous n'avez jamais lu1 que vous ne lirez point1 ou pour marquer l'inutilit des sciences1 ou pour paratre ne devoir rien aux autres1 mais puiser tout de votre fonds4 ,apprenez que le cardinal de ,richelieu a su1 qu'il a lu3 je ne dis pas qu'il n'a point eu d'loignement pour les gens de lettres1 mais qu'il les a aims1 caresss1 favoriss1 qu'il leur a mnag des privilges1 qu'il leur destinait des pensions1 qu'il les a runis en une ,compagnie clbre1 qu'il en a fait l',acadmie franaise4 ,oui1 hommes riches et ambitieux1 contempteurs de la vertu1 et de toute association qui ne roule pas sur les tablissements et sur l'intrt1 celle-ci est une des penses de ce grand ministre1 n homme d'tat1 dvou l'tat1 esprit solide1 minent1 capable dans ce qu'il faisait des motifs les plus relevs et qui tendaient au bien public comme la gloire de la monarchie2 incapable de concevoir jamais rien qui ne ft digne de lui1 du prince qu'il servait1 de la ,france1 qui il avait consacr ses mditations et ses veilles4 ,il savait quelle est la force et l'utilit de l'loquence1 la puissance de la parole qui aide la raison et la fait valoir1 qui insinue aux hommes la justice et la probit1 qui porte dans le coeur du soldat l'intrpidit et l'audace1 qui calme les motions populaires1 qui excite leurs devoirs les compagnies entires ou la multitude4 ,il n'ignorait pas quels sont les fruits de l'histoire et de la posie1 quelle est la ncessit de la grammaire1 la base et le fondement des autres sciences2 et que pour conduire ces choses un degr de perfection qui les rendt avantageuses la ,rpublique1 il fallait dresser le plan d'une compagnie o la vertu seule ft admise1 le mrite plac1 l'esprit et le savoir rassembls par des suffrages4 ,n'allons pas plus loin3 voil1 ,messieurs1 vos principes et votre rgle1 dont je ne suis qu'une exception4 ,rappelez en votre mmoire1 la comparaison ne vous sera pas injurieuse1 rappelez ce grand et premier concile o les ,pres qui le composaient taient remarquables chacun par quelques membres mutils1 ou par les cicatrices qui leur taient restes des fureurs de la perscution2 ils semblaient tenir de leurs plaies le droit de s'asseoir dans cette assemble gnrale de toute l'glise3 il n'y avait aucun de vos illustres prdcesseurs qu'on ne s'empresst de voir1 qu'on ne montrt dans les places1 qu'on ne dsignt par quelque ouvrage fameux qui lui avait fait un grand nom1 et qui lui donnait rang dans cette ,acadmie naissante qu'ils avaient comme fonde4 ,tels taient ces grands artisans de la parole1 ces premiers matres de l'loquence franaise2 tels vous tes1 ,messieurs1 qui ne cdez ni en savoir ni en mrite nul de ceux qui vous ont prcds4 ,l'un1 aussi correct dans sa langue que s'il l'avait apprise par rgles et par principes1 aussi lgant dans les langues trangres que si elles lui taient naturelles1 en quelque idiome qu'il compose1 semble toujours parler celui de son pays3 il a entrepris1 il a fini une pnible traduction1 que le plus bel esprit pourrait avouer1 et que le plus pieux personnage devrait dsirer d'avoir faite4 ,l'autre fait revivre ,virgile parmi nous1 transmet dans notre langue les grces et les richesses de la latine1 fait des romans qui ont une fin1 en bannit le prolixe et l'incroyable1 pour y substituer le vraisemblable et le naturel4 ,un autre1 plus gal que ,marot et plus pote que ,voiture1 a le jeu1 le tour1 et la navet de tous les deux2 il instruit en badinant1 persuade aux hommes la vertu par l'organe des btes1 lve les petits sujets jusqu'au sublime3 homme unique dans son genre d'crire2 toujours original soit qu'il invente1 soit qu'il traduise2 qui a t au del de ses modles1 modle lui-mme difficile imiter4 ,celui-ci passe ,juvnal1 atteint ,horace1 semble crer les penses d'autrui et se rendre propre tout ce qu'il manie2 il a dans ce qu'il emprunte des autres toutes les grces de la nouveaut et tout le mrite de l'invention4 ,ses vers1 forts et harmonieux1 faits de gnie1 quoique travaills avec art1 pleins de traits et de posie1 seront lus encore quand la langue aura vieilli1 en seront les derniers dbris3 on y remarque une critique sre1 judicieuse et innocente1 s'il est permis du moins de dire de ce qui est mauvais qu'il est mauvais4 ,cet autre vient aprs un homme lou1 applaudi1 admir1 dont les vers volent en tous lieux et passent en proverbe1 qui prime1 qui rgne sur la scne1 qui s'est empar de tout le thtre4 ,il ne l'en dpossde pas1 il est vrai2 mais il s'y tablit avec lui3 le monde s'accoutume en voir faire la comparaison4 ,quelques-uns ne souffrent pas que ,corneille1 le grand ,corneille1 lui soit prfr2 quelques autres1 qu'il lui soit gal3 ils en appellent l'autre sicle2 ils attendent la fin de quelques vieillards qui1 touchs indiffremment de tout ce qui rappelle leurs premires annes1 n'aiment peut-tre dans ,o,edipe que le souvenir de leur jeunesse4 ,que dirai-je de ce personnage qui a fait parler si longtemps une envieuse critique et qui l'a fait taire2 qu'on admire malgr soi1 qui accable par le grand nombre et par l'minence de ses talents8 ,orateur1 historien1 thologien1 philosophe1 d'une rare rudition1 d'une plus rare loquence1 soit dans ses entretiens1 soit dans ses crits1 soit dans la chaire2 un dfenseur de la religion1 une lumire de l'glise1 parlons d'avance le langage de la postrit1 un ,pre de l'glise4 ,que n'est-il point8 ,nommez1 ,messieurs1 une vertu qui ne soit pas la sienne4 ,toucherai-je aussi votre dernier choix1 si digne de vous8 ,quelles choses vous furent dites dans la place o je me trouve6 ,je m'en souviens2 et aprs ce que vous avez entendu1 comment os-je parler8 comment daignez-vous m'entendre8 ,avouons-le1 on sent la force et l'ascendant de ce rare esprit1 soit qu'il prche de gnie et sans prparation1 soit qu'il prononce un discours tudi et oratoire1 soit qu'il explique ses penses dans la conversation3 toujours matre de l'oreille et du coeur de ceux qui l'coutent1 il ne leur permet pas d'envier ni tant d'lvation1 ni tant de facilit1 de dlicatesse1 de politesse4 ,on est assez heureux de l'entendre1 de sentir ce qu'il dit1 et comme il le dit2 on doit tre content de soi1 si l'on emporte ses rflexions et si l'on en profite4 ,quelle grande acquisition avez-vous faite en cet homme illustre6 qui m'associez-vous6 ,je voudrais1 ,messieurs1 moins press par le temps et par les biensances qui mettent des bornes ce discours1 pouvoir louer chacun de ceux qui composent cette ,acadmie par des endroits encore plus marqus et par de plus vives expressions4 ,toutes les sortes de talents que l'on voit rpandus parmi les hommes se trouvent partags entre vous4 ,veut-on de diserts orateurs1 qui aient sem dans la chaire toutes les fleurs de l'loquence1 qui1 avec une saine morale1 aient employ tous les tours et toutes les finesses de la langue1 qui plaisent par un beau choix de paroles1 qui fassent aimer les solennits1 les temples1 qui y fassent courir8 qu'on ne les cherche pas ailleurs1 ils sont parmi vous4 ,admire-t-on une vaste et profonde littrature qui aille fouiller dans les archives de l'antiquit pour en retirer des choses ensevelies dans l'oubli1 chappes aux esprits les plus curieux1 ignores des autres hommes2 une mmoire1 une mthode1 une prcision ne pouvoir dans ces recherches s'garer d'une seule anne1 quelquefois d'un seul jour sur tant de sicles8 cette doctrine admirable1 vous la possdez2 elle est du moins en quelques-uns de ceux qui forment cette savante assemble4 ,si l'on est curieux du don des langues1 joint au double talent de savoir avec exactitude les choses anciennes1 et de narrer celles qui sont nouvelles avec autant de simplicit que de vrit1 des qualits si rares ne vous manquent pas et sont runies en un mme sujet4 ,si l'on cherche des hommes habiles1 pleins d'esprit et d'exprience1 qui1 par le privilge de leurs emplois1 fassent parler le ,prince avec dignit et avec justesse2 d'autres qui placent heureusement et avec succs1 dans les ngociations les plus dlicates1 les talents qu'ils ont de bien parler et de bien crire2 d'autres encore qui prtent leurs soins et leur vigilance aux affaires publiques1 aprs les avoir employs aux judiciaires1 toujours avec une gale rputation3 tous se trouvent au milieu de vous1 et je souffre ne les pas nommer4 ,si vous aimez le savoir joint l'loquence1 vous n'attendrez pas longtemps3 rservez seulement toute votre attention pour celui qui parlera aprs moi4 ,que vous manque-t-il enfin8 vous avez des crivains habiles en l'une et en l'autre oraison2 des potes en tout genre de posies1 soit morales1 soit chrtiennes1 soit hroques1 soit galantes et enjoues2 des imitateurs des anciens2 des critiques austres2 des esprits fins1 dlicats1 subtils1 ingnieux1 propres briller dans les conversations et dans les cercles4 ,encore une fois1 quels hommes1 quels grands sujets m'associez-vous6 ,mais avec qui daignez-vous aujourd'hui me recevoir8 ,aprs qui vous fais-je ce public remerciement8 ,il ne doit pas nanmoins1 cet homme si louable et si modeste1 apprhender que je le loue3 si proche de moi1 il aurait autant de facilit que de disposition m'interrompre4 ,je vous demanderai plus volontiers3 qui me faites-vous succder8 un homme ,,qui ,,avait ,,de ,,la ,,vertu4 ,quelquefois1 ,messieurs1 il arrive que ceux qui vous doivent les louanges des illustres morts dont ils remplissent la place1 hsitent1 partags entre plusieurs choses qui mritent galement qu'on les relve4 ,vous aviez choisi en ,m4 l'abb de la ,chambre un homme si pieux1 si tendre1 si charitable1 si louable par le coeur1 qui avait des moeurs si sages et si chrtiennes1 qui tait si touch de religion1 si attach ses devoirs1 qu'une de ses moindres qualits tait de bien crire4 ,de solides vertus1 qu'on voudrait clbrer1 font passer lgrement sur son rudition ou sur son loquence2 on estime encore plus sa vie et sa conduite que ses ouvrages4 ,je prfrerais en effet de prononcer le discours funbre de celui qui je succde1 plutt que de me borner un simple loge de son esprit4 ,le mrite en lui n'tait pas une chose acquise1 mais un patrimoine1 un bien hrditaire1 si du moins il en faut juger par le choix de celui qui avait livr son coeur1 sa confiance1 toute sa personne1 cette famille1 qui l'avait rendue comme votre allie1 puisqu'on peut dire qu'il l'avait adopte1 et qu'il l'avait mise avec l',acadmie franaise sous sa protection4 ,je parle du chancelier ,seguier4 ,on s'en souvient comme de l'un des plus grands magistrats que la ,france ait nourris depuis ses commencements4 ,il a laiss douter en quoi il excellait davantage1 ou dans les belles-lettres1 ou dans les affaires2 il est vrai du moins1 et on en convient1 qu'il surpassait en l'un et en l'autre tous ceux de son temps4 ,homme grave et familier1 profond dans les dlibrations1 quoique doux et facile dans le commence1 il a eu naturellement ce que tant d'autres veulent avoir et ne se donnent pas1 ce qu'on n'a point par l'tude et par l'affectation1 par les mots graves ou sentencieux1 ce qui est plus rare que la science1 et peut-tre que la probit1 je veux dire de la dignit4 ,il ne la devait point l'minence de son poste2 au contraire1 il l'a anobli3 il a t grand et accrdit sans ministre1 et on ne voit pas que ceux qui ont su tout runir en leurs personnes l'aient effac4 ,vous le perdtes il y a quelques annes1 ce grand protecteur4 ,vous jettes la vue autour de vous1 vous promentes vos yeux sur tous ceux qui s'offraient et qui se trouvaient honors de vous recevoir2 mais le sentiment de votre perte fut tel1 que dans les efforts que vous ftes pour la rparer1 vous ostes penser celui qui seul pouvait vous la faire oublier et la tourner votre gloire4 ,avec quelle bont1 avec quelle humanit ce magnanime prince vous a-t-il reus6 ,n'en soyons pas surpris1 c'est son caractre3 le mme1 ,messieurs1 que l'on voit clater dans toutes les actions de sa belle vie1 mais que les surprenantes rvolutions arrives dans un royaume voisin et alli de la ,france ont mis dans le plus beau jour qu'il pouvait jamais recevoir4 ,quelle facilit est la ntre pour perdre tout d'un coup le sentiment et la mmoire des choses dont nous nous sommes vus le plus fortement imprims6 ,souvenons-nous de ces jours tristes que nous avons passs dans l'agitation et dans le trouble1 curieux1 incertains quelle fortune auraient courue un grand roi1 une grande reine1 le prince leur fils1 famille auguste1 mais malheureuse1 que la pit et la religion avaient pousse jusqu'aux dernires preuves de l'adversit4 ,hlas6 avaient-ils pri sur la mer ou par les mains de leurs ennemis8 ,nous ne le savions pas3 on s'interrogeait1 on se promettait rciproquement les premires nouvelles qui viendraient sur un vnement si lamentable4 ,ce n'tait plus une affaire publique1 mais domestique2 on n'en dormait plus1 on s'veillait les uns les autres pour s'annoncer ce qu'on en avait appris4 ,et quand ces personnes royales1 qui l'on prenait tant d'intrt1 eussent pu chapper la mer ou leur patrie1 tait-ce assez8 ne fallait-il pas une terre trangre o ils pussent aborder1 un roi galement bon et puissant qui pt et qui voult les recevoir8 ,je l'ai vue1 cette rception1 spectacle tendre s'il en fut jamais6 ,on y versait des larmes d'admiration et de joie4 ,ce prince n'a pas plus de grce1 lorsqu' la tte de ses camps et de ses armes1 il foudroie une ville qui lui rsiste1 ou qu'il dissipe les troupes ennemies du seul bruit de son approche4 ,s'il soutient cette longue guerre1 n'en doutons pas1 c'est pour nous donner une paix heureuse1 c'est pour l'avoir des conditions qui soient justes et qui fassent honneur la nation2 qui tent pour toujours l'ennemi l'esprance de nous troubler par de nouvelles hostilits4 ,que d'autres publient1 exaltent ce que ce grand roi a excut1 ou par lui-mme1 ou par ses capitaines1 durant le cours de ces mouvements dont toute l',europe est branle3 ils ont un sujet vaste et qui les exercera longtemps4 ,que d'autres augurent1 s'ils le peuvent1 ce qu'il veut achever dans cette campagne4 ,je ne parle que de son coeur1 que de la puret et de la droiture de ses intentions3 elles sont connues1 elles lui chappent4 ,on le flicite sur des titres d'honneur dont il vient de gratifier quelques grands de son tat3 que dit-il8 qu'il ne peut tre content quand tous ne le sont pas1 et qu'il lui est impossible que tous le soient comme il le voudrait4 ,il sait1 ,messieurs1 que la fortune d'un roi est de prendre des villes1 de gagner des batailles1 de reculer ses frontires1 d'tre craint de ses ennemis2 mais que la gloire du souverain consiste tre aim de ses peuples1 en avoir le coeur1 et par le coeur tout ce qu'ils possdent4 ,provinces loignes1 provinces voisines1 ce prince humain et bienfaisant1 que les peintres et les statuaires nous dfigurent1 vous tend les bras1 vous regarde avec des yeux tendres et pleins de douceur2 c'est l son attitude3 il veut voir vos habitants1 vos bergers danser au son d'une flte champtre sous les saules et les peupliers1 y mler leurs voix rustiques1 et chanter les louanges de celui qui1 avec la paix et les fruits de la paix1 leur aura rendu la joie et la srnit4 ,c'est pour arriver ce comble de ses souhaits1 la flicit commune1 qu'il se livre aux travaux et aux fatigues d'une guerre pnible1 qu'il essuie l'inclmence du ciel et des saisons1 qu'il expose sa personne1 qu'il risque une vie heureuse3 voil son secret et les vues qui le font agir2 on les pntre1 on les discerne par les seules qualits de ceux qui sont en place1 et qui l'aident de leurs conseils4 ,je mnage leur modestie3 qu'ils me permettent seulement de remarquer qu'on ne devine point les projets de ce sage prince2 qu'on devine1 au contraire1 qu'on nomme les personnes qu'il va placer1 et qu'il ne fait que confirmer la voix du peuple dans le choix qu'il fait de ses ministres4 ,il ne se dcharge pas entirement sur eux du poids de ses affaires2 lui-mme1 si je l'ose dire1 il est son principal ministre4 ,toujours appliqu nos besoins1 il n'y a pour lui ni temps de relche ni heures privilgies3 dj la nuit s'avance1 les gardes sont releves aux avenues de son palais1 les astres brillent au ciel et font leur course2 toute la nature repose1 prive du jour1 ensevelie dans les ombres2 nous reposons aussi1 tandis que ce roi1 retir dans son balustre1 veille seul sur nous et sur tout l'tat4 ,tel est1 ,messieurs1 le protecteur que vous vous tes procur1 celui de ses peuples4 ,vous m'avez admis dans une ,compagnie illustre par une si haute protection4 ,je ne le dissimule pas1 j'ai assez estim cette distinction pour dsirer de l'avoir dans toute sa fleur et dans toute son intgrit1 je veux dire de la devoir votre seul choix2 et j'ai mis votre choix tel prix1 que je n'ai pas os en blesser1 pas mme en effleurer la libert1 par une importune sollicitation4 ,j'avais d'ailleurs une juste dfiance de moi-mme1 je sentais de la rpugnance demander d'tre prfr d'autres qui pouvaient tre choisis4 ,j'avais cru entrevoir1 ,messieurs1 une chose que je ne devais avoir aucune peine croire1 que vos inclinations se tournaient ailleurs1 sur un sujet digne1 sur un homme rempli de vertus1 d'esprit et de connaissances1 qui tait tel avant le poste de confiance qu'il occupe1 et qui serait tel encore s'il ne l'occupait plus4 ,je me sens touch1 non de sa dfrence1 je sais celle que je lui dois1 mais de l'amiti qu'il m'a tmoigne1 jusques s'oublier en ma faveur4 ,un pre mne son fils un spectacle3 la foule y est grande1 la porte est assige2 il est haut et robuste1 il fend la presse2 et comme il est prs d'entrer1 il pousse son fils devant lui1 qui sans cette prcaution1 ou n'entrerait point1 ou entrerait tard4 ,cette dmarche d'avoir suppli quelques-uns de vous1 comme il a fait1 de dtourner vers moi leurs suffrages1 qui pouvaient si justement aller lui1 elle est rare1 puisque dans ces circonstances elle est unique1 et elle ne diminue rien de ma reconnaissance envers vous1 puisque vos voix seules1 toujours libres et arbitraires1 donnent une place dans l',acadmie franaise4 ,vous me l'avez accorde1 ,messieurs1 et de si bonne grce1 avec un consentement si unanime1 que je la dois et la veux tenir de votre seule magnificence4 ,il n'y a ni poste1 ni crdit1 ni richesses1 ni titres1 ni autorit1 ni faveur qui aient pu vous plier faire ce choix3 je n'ai rien de toutes ces choses1 tout me manque4 ,un ouvrage qui a eu quelque succs par sa singularit1 et dont les fausses1 je dis les fausses et malignes applications pouvaient me nuire auprs des personnes moins quitables et moins claires que vous1 a t toute la mdiation que j'ai employe1 et que vous avez reue4 ,quel moyen de me repentir jamais d'avoir crit8