,,le ,,positivisme ,,anglais ,,tude ,,sur ,,stuart ,,mill par ,,hippolyte ,,taine #ahfd 99 99 99 99 99 ,,pr,,face ,lorsque cette tude parut pour la premire fois1 ,m4 ,stuart ,mill me fit l'honneur de m'crire qu'on ne pouvait donner en peu de pages une ide plus exacte et plus complte du contenu de son livre1 comme corps de doctrine philosophique4 ,seulement1 ajoutait-il1 je crois que vous vous trompez en regardant ce point de vue comme particulirement anglais4 ,il le fut dans la premire moiti du ,x,v,i,i,ie sicle1 partir de ,locke1 et jusqu' la raction contre ,hume4 ,cette raction1 commence en cosse1 a revtu depuis longtemps la forme germanique1 et a fini par tout envahir4 ,quand j'ai crit mon livre1 j'tais peu prs seul de mon opinion1 et1 bien que ma manire de voir ait trouv un degr de sympathie auquel je ne m'attendais nullement1 on compte encore en ,angleterre vingt philosophes priori et spiritualistes contre chaque partisan de la doctrine de l',exprience4 ,cette remarque est fort juste2 moi-mme j'avais pu la faire1 ayant t lev dans la philosophie cossaise et parmi les livres de ,reid4 ,ma seule rponse est qu'il y a des philosophes qui ne comptent pas1 et que tous ceux-l1 ,anglais ou non1 spiritualistes ou non1 on peut les ngliger sans grand dommage4 ,tous les demi-sicles1 et plus ordinairement tous les sicles ou tous les deux sicles1 parat un homme qui pense3 ,bacon et ,hume en ,angleterre1 ,descartes et ,condillac en ,france1 ,kant et ,hegel en ,allemagne2 le reste du temps la scne reste vide1 et des hommes ordinaires viennent la remplir1 offrant au public ce que le public dsire1 sensualistes ou idalistes1 selon la direction du temps1 suffisamment instruits et habiles pour tenir le premier rle1 capables de rajeunir les vieux airs1 exercs dans le rpertoire1 mais dpourvus de l'invention vritable1 simples excutants qui succdent aux compositeurs4 ,en ce moment1 la scne est vide en ,europe4 ,les ,allemands transcrivent ou transposent le vieux matrialisme franais2 les ,franais1 par habitude et dans une demi-somnolence1 coutent avec un air un peu ennuy et distrait les morceaux de bravoure1 les belles phrases loquentes que l'enseignement public leur rpte depuis trente ans4 ,dans ce grand silence1 et parmi ces comparses monotones1 voici un matre qui s'avance et qui parle4 ,on n'a rien vu de semblable depuis ,hegel4 ,janvier #ahjd4 ,,tude ,,sur ,,stuart ,,mill ,i ,j'tais ,oxford l'an dernier1 pendant les sances de la ,british ,association for the advancement of learning1 et j'y avais trouv1 parmi les rares tudiants qui restaient encore1 un jeune ,anglais1 homme d'esprit1 avec qui j'avais mon franc-parler4 ,il me conduisait le soir au nouveau musum1 tout peupl de spcimens3 on y professe de petits cours1 on met en jeu des instruments nouveaux3 les dames y assistent et s'intressent aux expriences2 le dernier jour1 pleines d'enthousiasme1 elles chantrent ,god save the ,queen4 ,j'admirais ce zle1 cette solidit d'esprit1 cette organisation de la science1 ces souscriptions volontaires1 cette aptitude l'association et au travail1 cette grande machine pousse par tant de bras1 et si bien construite pour accumuler1 contrler et classer les faits4 ,et pourtant dans cette abondance il y avait un vide3 quand je lisais les comptes rendus1 je croyais assister un congrs de chefs d'usines2 tous ces savants vrifiaient des dtails et changeaient des recettes4 ,il me semblait entendre des contrematres occups se communiquer leurs procds pour le tannage du cuir ou la teinture du coton3 les ides gnrales taient absentes4 ,je m'en plaignais mon ami1 et le soir1 sous sa lampe1 dans ce grand silence qui enveloppe l-bas une ville universitaire1 nous en cherchions tous deux les raisons4 ,,ii ,un jour1 je lui dis3--,la philosophie vous manque1 j'entends celle que les ,allemands appellent mtaphysique4 ,vous avez des savants1 vous n'avez pas de penseurs4 ,votre ,dieu vous gne2 il est la cause suprme1 et vous n'osez raisonner sur les causes par respect pour lui4 ,il est le personnage le plus important de l',angleterre1 je le sais1 et je vois bien qu'il le mrite2 car il fait partie de la constitution1 il est le gardien de la morale1 il juge en dernier ressort dans toutes les questions1 il remplace avec avantage les prfets et les gendarmes dont les peuples du continent sont encore encombrs4 ,nanmoins ce haut rang a l'inconvnient de toutes les positions officielles2 il produit un jargon1 des prjugs1 une intolrance et des courtisans4 ,voici tout prs de nous le pauvre ,m4 ,max ,millier qui1 pour acclimater ici les tudes sanscrites1 a t forc de dcouvrir dans les ,vdas l'adoration d'un dieu moral1 c'est--dire la religion de ,paley et d',addison4 ,il y a quinze jours1 ,londres1 je lisais une proclamation de la reine qui dfend aux gens de jouer aux cartes1 mme chez eux1 le dimanche4 ,il parat que1 si j'tais vol1 je ne pourrais appeler mon voleur en justice sans prter le serment thologique pralable2 sinon1 on a vu le juge renvoyer le plaignant1 lui refuser justice et l'injurier par-dessus le march4 ,chaque anne1 quand nous lisons dans vos journaux le discours de la couronne1 nous y trouvons la mention oblige de la divine ,providence2 cette mention arrive mcaniquement1 comme l'apostrophe aux dieux immortels la quatrime page d'un discours de rhtorique1 et vous savez qu'un jour la priode pieuse ayant t omise1 on fit tout exprs une seconde communication au parlement pour l'insrer4 ,toutes ces tracasseries et toutes ces pdanteries indiquent mon gr une monarchie cleste2 naturellement celle-ci ressemble toutes les autres3 je veux dire qu'elle s'appuie plus volontiers sur la tradition et sur l'habitude que sur l'examen et la raison4 ,jamais monarchie n'invita les gens vrifier ses titres4 ,comme d'ailleurs la vtre est utile1 voulue et morale1 elle ne vous rvolte pas2 vous lui restez soumis sans difficult1 vous lui tes attachs de coeur2 vous craindriez1 en la touchant1 d'branler la constitution et la morale4 ,vous la laissez au plus haut des cieux parmi les hommages publics2 vous vous repliez1 vous vous rduisez aux questions de fait1 aux dissections menues1 aux oprations de laboratoire4 ,vous allez cueillir des plantes et ramasser des coquilles4 ,la science se trouve dcapite2 mais tout est pour le mieux1 car la vie pratique s'amliore1 et le dogme reste intact4 ,,iii --,vous tes bien ,franais1 me dit-il2 vous enjambez les faits1 et vous voil de prime saut install dans une thorie4 ,sachez qu'il y a chez nous des penseurs1 et pas bien loin d'ici1 ,christ-,church par exemple4 ,l'un d'eux1 professeur de grec1 a parl si profondment de l'inspiration1 de la cration et des causes finales1 qu'on l'a disgraci4 ,regardez ce petit recueil tout nouveau1 ,essays and ,reviews2 vos liberts philosophiques du dernier sicle1 les conclusions rcentes de la gologie et de la cosmogonie1 les hardiesses de l'exgse allemande y sont en raccourci4 ,plusieurs choses y manquent1 entre autres les polissonneries de ,voltaire1 le jargon nbuleux d'outre-,rhin et la grossiret prosaque de ,m4 ,comte2 mon gr1 la perle est petite4 ,attendez vingt ans1 vous trouverez ,londres les ides de ,paris et de ,berlin4--,mais ce seront les ides de ,paris et de ,berlin4 ,qu'avez-vous d'original8--,stuart ,mill4--,qu'est-ce que ,stuart ,mill8--,un politique4 ,son petit crit ,on liberty2 est aussi bon que le ,contrat social de votre ,rousseau est mauvais4--,c'est beaucoup dire4--,non1 car ,mill conclut aussi fortement l'indpendance de l'individu que ,rousseau au despotisme de l'tat4--,soit1 mais il n'y a pas l de quoi faire un philosophe4 ,qu'est-ce encore que votre ,stuart ,mill8--,un conomiste qui va au del de sa science et qui subordonne la production l'homme1 au lieu de subordonner l'homme la production4--,soit1 mais il n'y a pas l non plus de quoi faire un philosophe4 ,y a-t-il encore autre chose dans votre ,stuart ,mill8--,un logicien4--,bien2 mais de quelle cole8--,de la sienne4 ,je vous ai dit qu'il est original4--,est-il hglien8--,oh6 pas du tout2 il aime trop les faits et les preuves4--,suit-il ,port-,royal8--,encore moins2 lisait trop bien les sciences modernes4--,imite--t--il ,condillac8 --,non certes3 ,condillac n'enseigne qu' bien crire4--,alors quels sont ses amis8--,locke et ,m4 ,comte au premier rang1 ensuite ,hume et ,newton4--,est-ce un systmatique1 un rformateur spculatif8--,il a trop d'esprit pour cela3 il ne fait qu'ordonner les meilleures thories et expliquer les meilleures pratiques4 ,il ne se pose pas majestueusement en restaurateur de la science2 il ne dclare pas1 comme vos ,allemands1 que son livre va ouvrir une nouvelle re au genre humain4 ,il marche pas pas1 un peu lentement1 et souvent terre terre1 travers une multitude d'exemples4 ,il excelle prciser une ide1 dmler un principe1 le retrouver sous une foule de cas diffrents1 rfuter1 distinguer1 argumenter4 ,il a la finesse1 la patience1 la mthode et la sagacit d'un lgiste4--,trs-bien1 voil que vous me donnez raison d'avance3 lgiste1 parent de ,locke1 de ,newton1 de ,comte et de ,hume1 nous n'avons l que de la philosophie anglaise2 mais il n'importe4 ,a-t-il atteint une grande conception d'ensemble8--,oui4--,a-t-il une ide personnelle et complte de la nature et de l'esprit8--,oui4--,a-t-il rassembl les oprations et les dcouvertes de l'intelligence sous un principe unique qui leur donne toutes un tour nouveau8--,oui2 seulement il faut dmler ce principe4--,c'est votre affaire1 et j'espre bien que vous allez vous en charger4--,mais je vais tomber dans les abstractions4--,il n'y a pas de mal4--,mais tout ce raisonnement serr sera comme une haie d'pines4--,nous nous piquerons les doigts4--,mais les trois quarts des gens jetteraient l ces spculations comme oiseuses4--,tant pis pour eux4 ,pourquoi vit une nation ou un sicle1 sinon pour les former8 ,on n'est compltement homme que par l4 ,si quelque habitant d'une autre plante descendait ici pour nous demander o en est notre espce1 il faudrait lui montrer les cinq ou six grandes ides que nous avons sur l'esprit et le monde4 ,cela seul lui donnerait la mesure de notre intelligence4 ,exposez-moi votre thorie2 je m'en retournerai plus instruit qu'aprs avoir vu les las de briques que vous appelez ,londres et ,manchester4 99 99 99 99 99 ,i4 ,l',,exp,,rience ,i ,alors1 nous allons prendre les choses en logiciens1 par le commencement4 ,stuart ,mill a crit une logique4 ,qu'est-ce que la logique8 ,c'est une science4 ,quel est son objet8 ,ce sont les sciences3 car supposez que vous ayez parcouru l'univers et que vous le connaissiez tout entier1 astres1 terre1 soleil1 chaleur1 pesanteur1 affinits1 espces minrales1 rvolutions gologiques1 plantes1 animaux1 vnements humains1 et tout ce qu'expliquent ou embrassent les classifications et les thories2 il vous restera encore connatre ces classifications et ces thories4 ,non-seulement il y a l'ordre des tres1 mais il y a encore l'ordre des penses qui les reprsentent2 non-seulement il y a des plantes et des animaux1 mais encore il y a une botanique et une zoologie2 non-seulement il y a des lignes1 des surfaces1 des volumes et des nombres1 mais encore il y a une gomtrie et une arithmtique4 ,les sciences sont donc des choses relles comme les faits eux-mmes3 elles peuvent donc tre1 comme les faits1 un sujet d'tude4 ,on peut les analyser comme on analyse les faits1 rechercher leurs lments1 leur composition1 leur ordre1 leurs rapports et leur fin4 ,il y a donc une science des sciences3 c'est cette science qu'on appelle logique1 et qui est l'objet du livre de ,stuart ,mill4 ,ou n'y dcompose point les oprations de l'esprit en elles-mmes1 la mmoire1 l'association des ides1 la perception extrieure3 ceci est une affaire de psychologie4 ,on n'y discute pas la valeur de ces oprations1 la vracit de notre intelligence1 la certitude absolue de nos connaissances lmentaires2 ceci est une affaire de mtaphysique4 ,on y suppose nos facults en exercice1 et l'on y admet leurs dcouvertes originelles4 ,on prend l'instrument tel que la nature nous le fournit1 et l'on se fie son exactitude4 ,on laisse d'autres le soin de dmonter son mcanisme et la curiosit de contrler ses rsultats4 ,on part de ses oprations primitives2 on recherche comment elles s'ajoutent les unes aux autres1 comment elles se combinent les unes avec les autres1 comment elles se transforment les unes les autres2 comment1 force d'additions1 de combinaisons et de transformations1 elles finissent par composer un systme de vrits lies et croissantes4 ,on fait la thorie de la science comme d'autres font la thorie de la vgtation1 de l'esprit1 des nombres4 ,voil l'ide de la logique1 et il est clair qu'elle a1 au mme titre que les autres sciences1 sa matire relle1 son domaine distinct1 son importance visible1 sa mthode propre et son avenir certain4 ,,ii ,ceci pos1 remarquez que toutes ces sciences1 objet de la logique1 ne sont que des amas de propositions1 et que toute proposition ne fait que lier ou sparer un sujet et un attribut1 c'est--dire un nom et un autre nom1 une qualit et une substance1 c'est--dire une chose et une autre chose4 ,cherchons donc ce que nous entendons par une chose1 ce que nous dsignons par un nom2 en d'autres termes1 ce que nous connaissons dans les objets1 ce que nous lions et sparons1 ce qui est la matire de toutes nos propositions et de toutes nos sciences4 ,il y a un point par lequel se ressemblent toutes nos connaissances4 ,il y a un lment commun qui1 perptuellement rpt1 compose toutes nos ides4 ,il y a un petit cristal primitif qui1 indfiniment et diversement ajout lui-mme1 engendre la masse totale1 et qui1 une fois connu1 nous enseigne d'avance les lois et la composition des corps complexes qu'il a forms4 ,or1 quand nous regardons attentivement l'ide que nous nous faisons d'une chose1 qu'y trouvons-nous8 ,prenez d'abord les substances1 c'est--dire les corps et les esprits#a4 ,cette table est brune1 longue1 large et haute de trois pieds l'oeil3 cela signifie qu'elle fait une petite tache dans le champ de la vision1 en d'autres termes qu'elle produit une certaine sensation dans le nerf optique4 ,elle pse dix livres3 cela signifie qu'il faudra pour la soulever un effort moindre que pour un poids de onze livres1 et plus grand que pour un poids de neuf livres1 en d'autres termes qu'elle produit une certaine sensation musculaire4 ,elle est dure et carre3 cela signifie encore qu'tant pousse1 puis parcourue par la main1 elle y suscitera deux espces distinctes de sensations musculaires4 ,et ainsi de suite4 ,quand j'examine de prs ce que je sais d'elle1 je trouve que je ne sais rien d'autre que les impressions qu'elle fait sur moi4 ,notre ide d'un corps ne comprend pas autre chose3 nous ne connaissons de lui que les sensations qu'il excite en nous2 nous le dterminons par l'espce1 le nombre et l'ordre de ces sensations2 nous ne savons rien de sa nature intime1 ou s'il en a une2 nous affirmons simplement qu'il est la cause inconnue de ces sensations4 ,quand nous disons qu'en l'absence de nos sensations il a dur1 nous voulons dire simplement que si1 pendant ce temps-l1 nous nous tions trouvs sa porte1 nous aurions eu les sensations que nous n'avons pas eues4 ,nous ne le dfinissons jamais que par nos impressions prsentes ou passes1 futures ou possibles1 complexes ou simples4 ,cela est si vrai1 que des philosophes comme ,berkeley ont soutenu avec vraisemblance que la matire est un tre imaginaire1 et que tout l'univers sensible se rduit un ordre de sensations4 ,a tout le moins1 il est tel pour notre connaissance1 et les jugements qui composent nos sciences ne portent que sur les impressions par lesquelles il se manifeste nous4 ,il en est de mme pour l'esprit4 ,nous pouvons bien admettre qu'il y a en nous une me1 un moi1 un sujet ou rcipient des sensations et de nos autres faons d'tre1 distinct de ces sensations et de nos autres faons d'tre2 mais nous n'en connaissons rien4 ,tout ce que nous apercevons en nous-mmes1 dit ,mill1#b c'est une certaine trame d tats intrieurs1 une srie d'impressions#c1 sensations1 penses1 motions et volonts4 ,nous n'avons pas plus d'ide de l'esprit que de la matire2 nous ne pouvons rien dire de plus sur lui que sur la matire4 ,ainsi les substances1 quelles qu'elles soient1 corps ou esprit1 en nous ou hors de nous1 ne sont jamais pour nous que des tissus plus ou moins compliqus1 plus ou moins rguliers1 dont nos impressions ou manires d'tre forment tous les fils4 ,et cela est encore bien plus visible pour les attributs que pour les substances4 ,quand je dis que la neige est blanche1 je veux dire par l que1 lorsque la neige est prsente ma vue1 j'ai la sensation de blancheur4 ,quand je dis que le feu est chaud1 je veux dire par l que1 lorsque le feu est porte de mon corps1 j'ai la sensation de chaleur4 ,quand nous disons d'un esprit qu'il est dvot ou superstitieux1 ou mditatif1 ou gai1 nous voulons dire simplement que les ides1 les motions1 les volonts dsignes par ces mots reviennent frquemment dans la srie de ses manires d'tre#d4 ,quand nous disons que les corps sont pesants1 divisibles1 mobiles1 nous voulons dire simplement qu'abandonns eux-mmes1 ils tomberont2 que1 tranchs1 ils se spareront2 que1 pousss1 ils se mettront en mouvement2 c'est--dire qu'en telle et telle circonstance ils produiront telle ou telle sensation sur nos muscles ou sur notre vue4 ,toujours un attribut dsigne une de nos manires d'tre ou une srie de nos manires d'tre4 ,en vain nous les dguisons en les groupant1 en les cachant sous des mots abstraits1 en les divisant1 en les transformant de telle sorte que souvent nous avons peine les reconnatre3 toutes les fois que nous regardons au fond de nos mots et de nos ides1 nous les y trouvons1 et nous n'y trouvons pas autre chose4 ,dcomposez1 dit ,mill1 une proposition abstraite2 par exemple3 ,une personne gnreuse est digne d'honneur#e4--,le mot gnreux dsigne certains tats habituels d'esprit et certaines particularits habituelles de conduite1 c'est--dire des manires d'tre intrieures et des faits extrieurs sensibles4 ,le mot honneur exprime un sentiment d'approbation et d'admiration suivi l'occasion par les actes extrieurs correspondants4 ,le mot digne indique que nous approuvons l'action d'honorer4 ,toutes ces choses sont des phnomnes ou tats d'esprit suivis ou accompagns de faits sensibles4 ,ainsi nous avons beau nous tourner de tous cts1 nous restons dans le mme cercle4 ,que l'objet soit un attribut ou une substance1 qu'il soit complexe ou abstrait1 compos ou simple1 son toffe pour nous est la mme3 nous n'y mettons que nos manires d'tre4 ,notre esprit est dans la nature comme un thermomtre est dans une chaudire3 nous dfinissons les proprits de la nature par les impressions de notre esprit1 comme nous dsignons les tats de la chaudire par les variations du thermomtre4 ,nous ne savons de l'un et de l'autre que des tats et des changements2 nous ne composons l'un et l'autre que de donnes isoles et transitoires3 une chose n'est pour nous qu'un amas de phnomnes4 ,ce sont l les seuls lments de notre science3 partant1 tout l'effort de notre science sera d'ajouter des faits l'un l'autre1 ou de lier un fait un fait4 ,,iii ,cette petite phrase est l'abrg de tout le systme2 pntrez-vous en4 ,elle explique toutes les thories de ,mill4 ,c'est ce point de vue qu'il a tout dfini4 ,c'est d'aprs ce point de vue qu'il a partout innov4 ,il n'a reconnu dans toutes les formes et tous les degrs de la connaissance que la connaissance des faits et de leurs rapports4 ,or1 vous savez que la logique a deux pierres angulaires1 la thorie de la dfinition et la thorie de la preuve4 ,depuis ,aristote1 les logiciens ont pass leur temps les polir4 ,on n'osait y toucher que respectueusement4 ,elles taient saintes4 ,tout au plus1 de temps en temps1 quelque novateur osait les retourner avec prcaution pour les mettre en un meilleur jour4 ,mill les taille1 les tranche1 les renverse et les remplace toutes les deux1 de la mme manire et du mme effort4 ,,iv ,je sais bien qu'aujourd'hui on se moque des gens qui raisonnent sur la dfinition2 j'espre pour vous que vous ne commettez pas cette sottise4 ,il n'y a pas de thorie plus fconde en consquences universelles et capitales2 elle est la racine par laquelle tout l'arbre de la science humaine vgte et se soutient4 ,car dfinir les choses1 c'est marquer leur nature4 ,apporter une ide neuve de la dfinition1 c'est apporter une ide neuve de la nature des choses2 c'est dire ce que sont les tres1 de quoi ils se composent1 en quels lments ils se rduisent4 ,voil le mrite de ces spculations si sches2 le philosophe a l'air d'aligner des formules2 la vrit est qu'il y renferme l'univers4 ,prenez1 disent les logiciens1 un animal1 une plante1 un sentiment1 une figure de gomtrie1 un objet ou un groupe d'objets quelconques4 ,sans doute l'objet a ses proprits1 mais il a aussi son essence4 ,il se manifeste au dehors par une multitude indfinie d'effets et de qualits1 mais toutes ces manires d'tre sont les suites ou les oeuvres de sa nature intime4 ,il y a en lui un certain fonds cach1 seul primitif1 seul important1 sans lequel il ne peut ni exister ni tre conu1 et qui constitue son tre et sa notion#f4 ,ils appellent dfinitions les propositions qui la dsignent1 et dcident que le meilleur de notre science consiste en ces sortes de propositions4 ,au contraire1 dit ,mill1 ces sortes de propositions n'apprennent rien2 elles enseignent le sens d'un mot1 et sont purement verbales#g4 ,qu'est-ce que j'apprends quand vous me dites que l'homme est un animal raisonnable1 ou que le triangle est un espace compris entre trois lignes8 ,la premire partie de votre phrase m'exprime par un mot abrviatif ce que la seconde partie m'exprime par une locution dveloppe4 ,vous me dites deux fois la mme chose2 vous mettez le mme fait sous deux termes diffrents3 vous n'ajoutez pas un fait un fait1 vous allez du mme au mme4 ,votre proposition n'est pas instructive4 ,vous pourriez en amasser un million de semblables1 mon esprit resterait aussi vide2 j'aurais lu un dictionnaire1 je n'aurais pas acquis une connaissance4 ,au lieu de dire que les propositions qui concernent l'essence sont importantes1 et que les propositions qui concernent les qualits sont accessoires1 il faut dire que les propositions qui concernent l'essence sont accessoires1 et que les propositions qui concernent les qualits sont importantes4 ,je n'apprends rien quand on me dit qu'un cercle est la figure forme par la rvolution d'une droite autour d'un de ses points pris comme centre2 j'apprends quelque chose lorsqu'on me dit que les cordes qui sous-tendent dans le cercle des arcs gaux sont gales1 ou que trois points suffisent pour dterminer la circonfrence4 ,ce qu'on appelle la nature d'un tre est le rseau des faits qui constituent cet tre4 ,la nature d'un mammifre carnassier consiste en ce que la proprit d'allaiter1 avec toutes les particularits de structure qui l'amnent1 se trouve jointe la possession des dents ciseaux ainsi qu'aux instincts chasseurs et aux facults correspondantes4 ,voil les lments qui composent sa nature4 ,ce sont des faits lis l'un l'autre comme une maille une maille4 ,nous en apercevons quelques-unes1 et nous savons qu'au del de notre science prsente et de notre exprience future1 le filet tend l'infini ses fils entrecroiss et multiplis4 ,l'essence ou nature d'un tre est la somme indfinie de ses proprits4 ,nulle dfinition1 dit ,mill1 n'exprime cette nature tout entire1 et toute proposition exprime quelque partie de cette nature#h 4 ,quittez donc la vaine esprance de dmler sous les proprits quelque tre primitif et mystrieux1 source et abrg du reste2 laissez les entits ,duns ,scott2 ne croyez pas qu'en sondant vos ides comme les ,allemands1 en classant les objets d'aprs le genre et l'espce comme les scolastiques1 en renouvelant la science nominale du moyen ge1 ou les jeux d'esprit de la mtaphysique hglienne1 vous puissiez suppler l'exprience4 #aa n'y a pas de dfinitions de choses2 s'il y a des dfinitions1 ce ne sont que des dfinitions de noms4 ,nulle phrase ne me dira ce que c'est qu'un cheval1 mais il y a des phrases qui me diront ce qu'on entend par ces cinq lettres4 ,nulle phrase n'puisera la totalit inpuisable des qualits qui font un tre1 mais plusieurs phrases pourront dsigner les faits qui correspondent un mot4 ,dans ce cas1 la dfinition peut se faire1 parce qu'on peut toujours faire une analyse4 ,du terme abstrait et sommaire elle nous fait remonter aux attributs qu'il reprsente1 et de ces attributs aux expriences intrieures ou sensibles qui leur servent de fondement4 ,du terme chien elle nous fait remonter aux attributs mammifre1 carnassier et autres qu'il reprsente1 et de ces attributs aux expriences de vue1 de toucher1 de scalpel1 qui leur servent de fondement4 ,elle rduit le compos au simple1 le driv au primitif4 ,elle ramne notre connaissance ses origines4 ,elle transforme les mots en faits4 ,s'il y a des dfinitions1 comme celles de la gomtrie1 qui semblent capables d'engendrer de longues suites de vrits neuves#i1 c'est qu'outre l'explication d'un mot1 elles contiennent l'affirmation d'une chose4 ,dans la dfinition du triangle1 il y a deux propositions distinctes1 l'une disant qu'il peut y avoir une figure termine par trois lignes droites1 l'autre disant qu'une telle figure s'appelle un triangle4 ,la premire est un postulat1 la seconde est une dfinition4 ,la premire est cache1 la seconde est visible2 la premire est susceptible de vrit ou d'erreur1 la seconde n'est susceptible ni de l'une ni de l'autre4 ,la premire est la source de tous les thormes qu'on peut faire sur les triangles1 la seconde ne fait que rsumer eu un mot les faits contenus dans l'autre4 ,la premire est une vrit1 la seconde une commodit2 la premire est une partie de la science1 la seconde un expdient du langage4 ,la premire exprime une relation possible entre trois lignes droites1 la seconde donne le nom de cette relation4 ,la premire seule est fructueuse1 parce que seule1 conformment l'office de toute proposition fructueuse1 elle lie deux faits4 ,comprenons donc exactement la nature de notre connaissance3 elle s'applique ou aux mots1 ou aux tres1 ou tous les deux la fois4 ,s'il s'agit de mots1 comme dans les dfinitions de noms1 tout son effort est de ramener les mots aux expriences primitives1 c'est--dire aux faits qui leur servent d'lments4 ,s'il s'agit d'tres1 comme dans les propositions de choses1 tout son effort est de joindre un fait un fait1 pour rapprocher la somme finie des proprits connues de la somme infinie des proprits connatre4 ,s'il s'agit des deux1 comme dans les dfinitions de nom qui cachent une proposition de chose1 tout son effort est de faire l'un et l'autre4 ,partout l'opration est la mme4 ,il ne s'agit partout que de s'entendre1 c'est--dire de revenir aux faits1 ou d'apprendre1 c'est--dire de joindre des faits4 ,v ,voil un premier rempart dtruit2 je suppose que vous attendez mon philosophe derrire le second1 la thorie de la preuve4 ,celle-ci1 depuis deux mille ans1 passe pour une vrit acquise1 dfinitive1 inattaquable4 ,plusieurs l'ont juge inutile1 mais personne n'a os la dire fausse4 ,chacun l'a considre comme un thorme tabli4 ,eh bien1 regardons-la4 ,qu'est-ce qu'une preuve8 ,selon les logiciens1 c'est un syllogisme4 ,et qu'est-ce qu'un syllogisme8 ,c'est un groupe de trois propositions comme celui-ci3 ,tous les hommes sont mortels2 le prince ,albert est un homme2 donc le prince ,albert est mortel4 ,voil le modle de la preuve1 et toute preuve complte se ramne celle-l4 ,or1 selon les logiciens1 qu'y a-t-il dans cette preuve8 ,une proposition gnrale concernant tous les hommes qui aboutit une proposition particulire concernant un certain homme4 ,de la premire on passe la seconde1 parce que la seconde est contenue dans la premire4 ,du gnral on passe au particulier1 parce que le particulier est contenu dans le gnral4 ,la seconde n'est qu'un cas de la premire2 sa vrit est enferme par avance dans celle de la premire1 et c'est pour cela qu'elle est une vrit4 ,en effet1 sitt que la conclusion n'est plus contenue dans les prmisses1 le raisonnement est faux1 et toutes les rgles compliques du moyen ge ont t rduites par ,port-,royal cette seule rgle1 que la conclusion doit tre contenue dans les prmisses4 ,ainsi toute la marche de l'esprit humain1 quand il raisonne1 consiste reconnatre dans les individus ce qu'il a connu de la classe1 affirmer en dtail ce qu'il a tabli pour l'ensemble1 poser une seconde fois et pice pice ce qu'il a pos tout d'un coup une premire fois4 ,point du tout1 rpond ,mill1 car si cela est1 le raisonnement ne sert rien4 ,il n'est point un progrs1 mais une rptition4 ,quand j'ai affirm que tous les hommes sont mortels1 j'ai affirm par cela mme que le prince ,albert est mortel4 ,en parlant de la classe entire1 c'est--dire de tous les individus1 j'ai parl de chaque individu1 et notamment du prince ,albert1 qui est l'un d'eux4 ,je ne dis donc rien de nouveau maintenant que j'en parle4 ,ma conclusion ne m'apprend rien2 elle n'ajoute rien ma connaissance positive2 elle ne fait que mettre sous une autre forme une connaissance que j'avais dj4 ,elle n'est point fructueuse1 elle est purement verbale4 ,donc1 si le raisonnement est ce que disent les logiciens1 le raisonnement n'est point instructif4 ,j'en sais autant en le commenant qu'aprs l'avoir fini4 ,j'ai transform des mots en d'autres mots2 j'ai pitin sur place4 ,or cela ne peut tre1 puisqu'en fait le raisonnement nous apprend des vrits neuves4 ,j'apprends une vrit neuve quand je dcouvre que le prince ,albert est mortel1 et je la dcouvre par la vertu du raisonnement1 puisque le prince ,albert tant encore en vie1 je n'ai pu l'apprendre par l'observation directe4 ,ainsi les logiciens se trompent1 et par del la thorie toute scolastique du syllogisme qui rduit le raisonnement des substitutions de mots1 il faut chercher une thorie de la preuve1 toute positive1 qui dmle dans le raisonnement des dcouvertes de faits4 ,pour cela1 il suffit de remarquer que la proposition gnrale n'est point la vritable preuve de la proposition particulire4 ,elle le parat1 elle ne l'est pas4 ,ce n'est pas de la mortalit de tous les hommes que je conclus la mortalit du prince ,albert2 les prmisses sont ailleurs1 et par derrire4 ,la proposition gnrale n'est qu'un mmento1 une sorte de registre abrviatif1 o j'ai consign le fruit de mes expriences4 ,tous pouvez considrer ce mmento comme un livre de notes o vous vous reportez quand vous voulez rafrachir votre mmoire2 mais ce n'est point du livre que vous tirez voire science3 vous la tirez des objets que vous avez vus4 ,mon mmento n'a de valeur que par les expriences qu'il rappelle4 ,ma proposition gnrale n'a de valeur que par les faits particuliers qu'elle rsume4 ,la mortalit de ,jean1 ,thomas et compagnie#aj est aprs tout la seule preuve que nous ayons de la mortalit du prince ,albert4--,la vraie raison qui nous fait croire que le prince ,albert mourra1 c'est que ses anctres1 et nos anctres1 et toutes les autres personnes qui leur taient contemporaines1 sont morts4 ,ces faits sont les vraies prmisses du raisonnement4 ,c'est d'eux que nous avons tir la proposition gnrale2 ce sont eux qui lui communiquent sa porte et la vrit2 elle se borne les mentionner sous une forme plus courte2 elle reoit d'eux toute sa substance2 ils agissent par elle et travers elle pour amener la conclusion qu'elle semble engendrer4 ,elle n'est que leur reprsentant1 et l'occasion ils se passent d'elle4 ,les enfants1 les ignorants1 les animaux savent que le soleil se lvera1 que l'eau les noiera1 que le feules brlera1 sans employer l'intermdiaire de cette proposition4 ,ils raisonnent et nous raisonnons aussi1 non du gnral au particulier1 mais du particulier au particulier4 ,l'esprit ne va jamais que des cas observs aux cas non observs1 avec ou sans formules commmoratives4 ,nous ne nous en servons que pour la commodit#aa4--,si nous avions une mmoire assez ample et la facult de maintenir l'ordre dans une grosse masse de dtails1 nous pourrions raisonner sans employer une seule proposition gnrale#ab4 ,ici1 comme plus haut1 les logiciens se sont mpris3 ils ont donn le premier rang aux oprations verbales2 ils ont laiss sur l'arrire-plan les oprations fructueuses4 ,ils ont donn la prfrence aux mots sur les faits4 ,ils ont continu la science nominale du moyen ge4 ,ils ont pris l'explication des noms pour la nature des choses1 et la transformation des ides pour le progrs de l'esprit4 ,c'est nous de renverser cet ordre en logique1 puisque nous l'avons renvers dans les sciences1 de relever les expriences particulires et instructives1 et de leur rendre dans nos thories la primaut et l'importance que notre pratique leur confre depuis trois cents ans4 ,,vi ,reste une sorte de forteresse philosophique o se rfugient les idalistes4 ,a l'origine de toutes les preuves il y a la source de toutes les preuves1 j'entends les axiomes4 ,deux lignes droites ne peuvent enclore un espace2 deux quantits gales une troisime sont gales entre elles2 si l'on ajoute des quantits gales des quantits gales1 les sommes ainsi formes sont encore gales3 voil des propositions instructives1 car elles expriment non des sens de mots1 mais des rapports de choses2 et de plus1 ce sont des propositions fcondes1 car toute l'arithmtique1 l'algbre et la gomtrie sont des suites de leur vrit4 ,d'autre part1 cependant1 elles ne sont point l'oeuvre de l'exprience1 car nous n'avons pas besoin de voir effectivement et avec nos yeux deux lignes droites pour savoir qu'elles ne peuvent enclore un espace2 il nous suffit de consulter la conception intrieure que nous en avons3 le tmoignage de nos sens cet gard est inutile2 notre croyance nat tout entire1 et avec toute sa force1 de la simple comparaison de nos ides4 ,de plus1 l'exprience ne suit ces deux lignes que jusqu' une distance borne1 dix1 cent1 mille pieds1 et l'axiome est vrai pour mille1 cent mille1 un million de lieues1 et l'infini2 donc1 partir de l'endroit o l'exprience cesse1 ce n'est plus elle qui tablit l'axiome4 ,enfin l'axiome est ncessaire1 c'est--dire que le contraire est inconcevable4 ,nous ne pouvons imaginer un espace enclos par deux lignes droites2 sitt que nous imaginons l'espace comme enclos1 les deux lignes cessent d'tre droites2 sitt que nous imaginons les deux lignes comme droites1 l'espace cesse d'tre enclos4 ,dans l'affirmation des axiomes1 les ides constitutives s'attirent invinciblement4 ,dans la ngation des axiomes1 les ides constitutives se repoussent invinciblement4 ,or cela n'a pas lieu dans ces propositions d'exprience2 elles constatent un rapport accidentel1 et non un rapport ncessaire2 elles posent que deux faits sont lis1 et non que les deux faits doivent tre lis2 elles tablissent que les corps sont pesants1 et non que les corps doivent tre pesants4 ,ainsi les axiomes ne sont pas et ne peuvent pas tre les produits de l'exprience4 ,ils ne le sont pas1 puis-qu'on peut les former de tte et sans exprience4 ,ils ne peuvent pas l'tre puisqu'ils dpassent1 par la nature et la porte de leurs vrits1 les vrits de l'exprience4 ,ils ont une autre source et une source plus profonde4 ,ils vont plus loin et ils viennent d'ailleurs4 ,point du tout1 rpond ,mill4 ,ici1 comme tout l'heure1 vous raisonnez en scolastique2 vous oubliez les faits cachs derrire les conceptions3 car regardez d'abord votre premier argument4 ,sans doute vous pouvez dcouvrir1 sans employer vos yeux et par une pure contemplation mentale1 que deux lignes ne sauraient enclore un espace2 mais cette contemplation n'est que l'exprience dplace4 ,les lignes imaginaires remplacent ici les lignes relles2 vous reportez les figures en vous-mme1 au lieu de les reporter sur le papier3 votre imagination fait le mme office qu'un tableau2 vous vous fiez l'une comme vous vous fiez l'autre1 et une substitution vaut l'autre1 car en fait de figures et de lignes l'imagination reproduit exactement la sensation4 ,ce que vous avez vu les yeux ouverts1 vous le voyez exactement de mme une minute aprs1 les yeux ferms1 et vous tudiez les proprits gomtriques transplantes dans le champ de la vision intrieure aussi srement que vous les tudieriez maintenues dans le champ de la vision extrieure4 ,il y a donc une exprience de tte comme il y en a une des yeux1 et c'est justement d'aprs une exprience pareille que vous refusez aux deux lignes droites1 mme prolonges l'infini1 le pouvoir d'enclore un espace4 ,vous n'avez pas besoin pour cela de les suivre l'infini1 vous n'avez qu' vous transporter par l'imagination l'endroit o elles convergent1 et vous avez cet endroit l'impression d'une ligne qui se courbe1 c'est--dire qui cesse d'tre droite#ac4 ,cette prsence imaginaire tient lieu d'une prsence relle2 vous affirmez par l'une ce que vous affirmeriez par l'autre1 et du mme droit4 ,la premire n'est que la seconde plus maniable1 ayant plus de mobilit et de porte4 ,c'est un tlescope au lieu d'un oeil4 ,or les tmoignages du tlescope sont des propositions d'exprience1 donc les tmoignages de l'imagination en sont aussi4 ,quant l'argument qui distingue les axiomes et les propositions d'exprience1 sous prtexte que le contraire des unes est concevable et le contraire des autres inconcevable1 il est nul1 car cette distinction n'existe pas4 ,rien n'empche que le contraire de certaines propositions d'exprience soit concevable1 et le contraire de certaines autres inconcevable4 ,cela dpend de la structure de notre esprit4 ,il se peut qu'en certains cas il puisse dmentir son exprience1 et qu'en certains autres il ne le puisse pas4 ,il se peut qu'en certains cas la conception diffre de la perception1 et qu'en certains autres elle n'en diffre pas4 ,il se peut qu'en certains cas la vue extrieure s'oppose la vue intrieure1 et qu'en certains autres elle ne s'y oppose pas4 ,or on a dj vu qu'en matire de figures1 la vue intrieure reproduit exactement la vue extrieure4 ,donc1 dans les axiomes de figure1 la vue intrieure ne pourra s'opposer la vue extrieure2 l'imagination ne pourra contredire la sensation4 ,en d'autres termes1 le contraire des axiomes sera inconcevable4 ,ainsi les axiomes1 quoique leur contraire soit inconcevable1 sont des expriences d'une certaine classe1 et c'est parce qu'ils sont des expriences d'une certaine classe que leur contraire est inconcevable4 ,de toutes parts surnage cette conclusion1 qui est l'abrg du systme3 toute proposition instructive ou fconde vient d'une exprience1 et n'est qu'une liaison de faits4 ,,vii ,il suit de l que l'induction est la seule clef de la nature4 ,cette thorie est le chef d'oeuvre de ,mill4 ,il n'y avait qu'un partisan aussi dvou de l'exprience qui pt faire la thorie de l'induction4 ,qu'est-ce que l'induction8 ,c'est l'opration qui dcouvre et prouve des propositions gnrales4 ,c'est le procd par lequel nous concluons que ce qui est vrai de certains individus d'une classe est vrai de toute la classe1 ou que ce qui est vrai en certains temps1 sera vrai en tout temps1 les circonstances tant pareilles4#ad ,c'est le raisonnement par lequel1 ayant remarqu que ,pierre1 ,jean et un nombre plus ou moins grand d'hommes sont morts1 nous concluons que tout homme mourra4 ,bref1 l'induction lie la mortalit et la qualit d'homme1 c'est--dire deux faits gnraux ordinairement successifs1 et dclare que le premier est la cause du second4 ,cela revient dire que le cours de la nature est uniforme4 ,mais l'induction ne part pas de cet axiome1 elle y conduit2 nous ne la trouvons pas au commencement1 mais la fin de nos recherches4#ae ,au fond l'exprience ne prsuppose rien hors d'elle-mme4 ,nul principe priori ne vient l'autoriser ni la guider4 ,nous remarquons que cette pierre est tombe1 que ce charbon rouge nous a brls1 que cet homme est mort1 et nous n'avons d'autre ressource pour induire que l'addition et la comparaison de ces petits faits isols et momentans4 ,nous apprenons par la simple pratique que le soleil claire1 que les corps tombent1 que l'eau apaise la soif1 et nous n'avons d'autre ressource pour tendre ou contrler ces inductions que d'autres inductions semblables4 ,chaque remarque1 comme chaque induction1 tire sa valeur d'elle-mme et de ses voisines4 ,c'est toujours l'exprience qui juge l'exprience1 et l'induction qui juge l'induction4 ,le corps de nos vrits n'a point une me diffrente de lui-mme1 qui lui communique la vie2 il subsiste par l'harmonie de toutes ses parties prises ensemble et par la vitalit de chacune de ses parties prises part4 ,vous refuseriez de croire un voyageur qui vous dirait qu'il y a des hommes dont la tte est au-dessous des paules4 ,vous ne refuseriez pas de croire un voyageur qui vous dirait qu'il y a des cygnes noirs4 ,et cependant votre exprience de la chose est la mme dans les deux cas2 vous n'avez jamais vu que des cygnes blancs1 comme vous n'avez jamais vu que des hommes ayant la tte au-dessus des paules4 ,d'o vient donc que le second tmoignage vous parat plus croyable que le premier8 ,apparemment1 parce qu'il y a moins de constance dans la couleur des animaux que dans la structure gnrale de leurs parties anatomiques4 ,mais comment savez-vous cela8 videmment par l'exprience4#af ,il est donc vrai que nous avons besoin de l'exprience pour nous apprendre quel degr1 dans quels cas1 dans quelles sortes de cas1 nous pouvons nous fier l'exprience4 ,l'exprience doit tre consulte pour apprendre d'elle dans quelles circonstances les arguments qu'on tire d'elle sont solides4 ,nous n'avons point une seconde pierre de touche d'aprs laquelle nous puissions vrifier l'exprience2 nous faisons de l'exprience la pierre de touche de l'exprience4 ,il n'y a qu'elle et elle est partout4 ,considrons donc comment sans autre secours que le sien nous pouvons former des propositions gnrales1 particulirement les plus nombreuses et les plus importantes de toutes1 celles qui joignent deux vnements successifs en disant que le premier est la cause du second4 ,il y a l un grand mot1 celui de cause4 ,pesez-le4 ,il porte dans son sein toute une philosophie4 ,de l'ide que vous y attachez1 dpend toute votre ide de la nature4 ,renouveler la notion de cause1 c'est transformer la pense humaine2 et vous allez voir comment ,mill1 avec ,hume et ,m4 ,comte1 mais mieux que ,hume et ,m4 ,comte1 a transform cette notion4 ,qu'est-ce qu'une cause8 ,quand ,mill dit que le contact du fer et de l'air humide produit la rouille1 ou que la chaleur dilate les corps1 il ne parle pas du lien mystrieux par lequel les mtaphysiciens attachent la cause l'effet4 ,il ne s'occupe pas de la force intime et de la vertu gnratrice que certaines philosophies insrent entre le producteur et le produit4 ,la seule notion1 dit-il#ag1 dont l'induction ait besoin cet gard peut tre donne par l'exprience4 ,nous apprenons par l'exprience qu'il y a dans la nature un ordre de succession invariable1 et que chaque fait y est toujours prcd par un autre fait4 ,nous appelons cause l'antcdent invariable1 effet le consquent invariable4#ah ,au fond1 nous ne mettons rien d'autre sous ces deux mots4 ,nous voulons dire simplement que toujours1 partout1 le contact du fer et de l'air humide sera suivi par l'apparition de la rouille1 l'application de la chaleur par la dilatation du corps4 ,la cause relle est la srie des conditions1 l'ensemble des antcdents sans lesquels l'effet ne serait pas arriv4444#ai ,il n'y a pas de fondement scientifique dans la distinction que l'on fait entre la cause d'un phnomne et ses conditions4444 ,la distinction que l'on tablit entre le patient et l'agent est purement verbale4444 ,la cause est la somme des conditions ngatives et positives prises ensemble1 la totalit des circonstances et contingences de toute espce1 lesquelles1 une fois donnes1 sont invariablement suivies du consquent4#bj ,on fait grand bruit du mot ncessaire4 ,ce qui est ncessaire1 ce qui ne peut pas ne pas tre1 est ce qui arrivera1 quelles que soient les suppositions que nous puissions faire propos de toutes les autres choses4#ba ,voil tout ce que l'on veut dire quand on prtend que la notion de cause enferme la notion de ncessit4 ,on veut dire que l'antcdent est suffisant et complet1 qu'il n'y a pas besoin d'en supposer un autre que lui1 qu'il contient toutes les conditions requises1 que nulle autre condition n'est exige4 ,succder sans condition1 voil toute la notion d'effet et de cause4 ,nous n'en avons pas d'autre4 ,les philosophes se mprennent quand ils dcouvrent dans notre volont un type diffrent de la cause1 et dclarent que nous y voyons la force efficiente en acte et en exercice4 ,nous n'y voyons rien de semblable4 ,nous n'apercevons l comme ailleurs que des successions constantes4 ,nous ne voyons pas un fait qui en engendre un autre1 mais un fait qui en accompagne un autre4 ,notre volont1 dit ,mill1 produit nos actions corporelles1 comme le froid produit la glace1 ou comme une tincelle produit une explosion de poudre canon4 ,il y a l un antcdent comme ailleurs1 la rsolution ou tat de l'esprit1 et un consquent comme ailleurs1 l'effort ou sensation physique4 ,l'exprience les lie et nous fait prvoir que l'effort suivra la rsolution1 comme elle nous fait prvoir que l'explosion de la poudre suivra le contact de l'tincelle4 ,laissons donc ces illusions psychologiques1 et cherchons simplement1 sous le nom d'effet et de cause1 les phnomnes qui forment des couples sans exception ni condition4 ,or1 pour tablir ces liaisons exprimentales1 ,mill dcouvre quatre mthodes1 et quatre mthodes seulement3 celle des concordances#bb1 celle des diffrences#bc1 celle des rsidus#bd1 celle des variations concomitantes#be4 ,elles sont les seules voies par lesquelles nous puissions pntrer dans la nature4 ,il n'y a qu'elles1 et elles sont partout4 ,et elles emploient toutes le mme artifice4 ,cet artifice est l'limination2 et en effet l'induction n'est pas autre chose4 ,vous avez deux groupes1 l'un d'antcdents1 l'autre de consquents1 chacun d'eux contenant plus ou moins d'lments3 dix1 par exemple4 ,a quel antcdent chaque consquent est-il joint8 ,le premier consquent est-il joint au premier antcdent1 ou bien au troisime1 ou bien au sixime8 ,toute la difficult et toute la dcouverte sont l4 ,pour rsoudre la difficult et pour oprer la dcouverte1 il faut liminer1 c'est--dire exclure les antcdents qui ne sont point lis au consquent que l'on considre#bf4 ,mais comme effectivement on ne peut les exclure1 et que1 dans la nature1 toujours le couple est entour de circonstances1 on assemble divers cas qui1 par leur diversit1 permettent l'esprit de retrancher ces circonstances1 et de voir le couple nu4 ,en dfinitive1 on n'induit qu'en formant des couples2 on ne les forme qu'en les isolant2 on ne les isole que par des comparaisons4 ,,viii ,ce sont l des formules1 un fait sera plus clair4 ,en voici un3 vous allez voir les mthodes en exercice2 il y a un exemple qui les rassemble presque toutes4 ,il s'agit de la thorie de la rose du docteur ,well4 ,je cite les propres paroles de ,mill2 elles sont si nettes1 qu'il faut vous donner le plaisir de les mditer4 ,il faut d'abord distinguer la rose de la pluie aussi bien que des brouillards1 et la dfinir en disant qu' elle est l'apparition spontane d'une moiteur sur des corps exposs en plein air1 quand il ne tombe point de pluie ni d'humidit visible4#bg ,la rose ainsi dfinie1 quelle en est la cause1 et comment l'a-t-on trouve8 ,d'abord1 nous avons des phnomnes analogues dans la moiteur qui couvre un mtal froid ou une pierre lorsque nous soufflons dessus1 qui apparat en t sur les parois d'un verre d'eau frache qui sort du puits1 qui se montre l'intrieur des vitres quand la grle ou une pluie soudaine refroidit l'air extrieur1 qui coule sur nos murs lorsqu'aprs un long froid arrive un dgel tide et humide4--,comparant tous ces cas1 nous trouvons qu'ils contiennent tous le phnomne en question4 ,or1 tous ces cas s'accordent en un point1 savoir1 que l'objet qui se couvre de rose est plus froid que l'air qui le touche4 ,cela arrive-t-il aussi dans le cas de la rose nocturne8 ,est-ce un fait que l'objet baign de rose est plus froid que l'air8 ,nous sommes tents de rpondre que non1 car qui est-ce qui le rendrait plus froid8 ,mais l'exprience est aise3 nous n'avons qu' mettre un thermomtre en contact avec la substance couverte de rose1 et en suspendre un autre un peu au-dessus1 hors de la porte de son influence4 ,l'exprience a t faite1 la question a t pose1 et toujours la rponse s'est trouve affirmative4 ,toutes les fois qu'un objet se recouvre de rose1 il est plus froid que l'air4#bh ,voil une application complte de la mthode de concordance3 elle tablit une liaison invariable entre l'apparition de la rose sur une surface et la froideur de cette surface compare l'air extrieur4 ,mais laquelle des deux est cause1 et laquelle effet8 ou bien sont-elles toutes les deux les effets de quelque chose d'autre8 ,sur ce point1 la mthode de concordance ne nous fournit aucune lumire4 ,nous devons avoir recours une mthode plus puissante3 nous devons varier les circonstances1 nous devons noter les cas o la rose manque2 car une des conditions ncessaires pour appliquer la mthode de diffrence1 c'est de comparer des cas o le phnomne se rencontre avec d'autres o il ne se rencontre pas4#bi ,or la rose ne se dpose pas sur la surface des mtaux polis1 tandis qu'elle se dpose trs-abondamment sur le verre4 ,voil un cas o l'effet se produit1 et un autre o il ne se produit point4444 ,mais1 comme les diffrences qu'il y a entre le verre et les mtaux polis sont nombreuses1 la seule chose dont nous puissions encore tre srs1 c'est que la cause de la rose se trouvera parmi les circonstances qui distinguent le verre des mtaux polis#cj4444 ,cherchons donc dmler cette circonstance1 et pour cela employons la seule mthode possible1 celle des variations concomitantes4 ,dans le cas des mtaux polis et du verre poli1 le contraste montre videmment que la substance a une grande influence sur le phnomne4 ,c'est pourquoi faisons varier autant que possible la substance seule1 en exposant l'air les surfaces polies de diffrentes sortes4 ,cela fait1 on voit tout de suite paratre une chelle d'intensit4 ,les substances polies qui conduisent le plus mal la chaleur sont celles qui s'imprgnent le plus de rose2 celles qui conduisent le mieux la chaleur sont celles qui s'en humectent le moins#ca3 d'o l'on conclut que l'apparition de la rose est lie au pouvoir que possde le corps de rsister au passage de la chaleur4 ,mais si nous exposons l'air des surfaces rudes au lieu de surfaces polies1 nous trouvons quelquefois cette loi renverse4 ,ainsi le fer rude1 particulirement s'il est peint ou noirci1 se mouille de rose plus vite que le papier verni4 ,l'espce de surface a donc beaucoup d'influence4 ,c'est pourquoi exposons la mme substance en faisant varier le plus possible l'tat de sa surface 7ce qui est un nouvel emploi de la mthode des variations concomitantes71 et une nouvelle chelle d'intensit se montrera4 ,les surfaces qui perdent leur chaleur le plus aisment par le rayonnement sont celles qui se mouillent le plus abondamment de rose4#cb ,on en conclut que l'apparition de la rose est lie la capacit de perdre la chaleur par voie de rayonnement4 ,a prsent l'influence que nous venons de reconnatre la substance et la surface nous conduit considrer celle de la texture1 et l nous rencontrons une troisime chelle d'intensit1 qui nous montre les substances d'une texture ferme et serre1 par exemple les pierres et les mtaux1 comme dfavorables l'apparition de la rose1 et au contraire les substances d'une texture lche1 par exemple le drap1 le velours1 la laine1 le duvet1 comme minemment favorables la production de la rose4 ,la texture lche est donc une des circonstances qui la provoquent4 ,mais cette troisime cause se ramne la premire1 qui est le pouvoir de rsister au passage de la chaleur1 car les substances de texture lche sont prcisment celles qui fournissent les meilleurs vtements1 en empchant la chaleur de passer de la peau l'air1 ce qu'elles font en maintenant leur surface intrieure trs-chaude1 pendant que leur surface extrieure est trs-froide#cc4 ,ainsi les cas trs-varis dans lesquels beaucoup de rose se dpose s'accordent en ceci1 et1 autant que nous pouvons l'observer1 en ceci seulement1 qu'ils conduisent lentement la chaleur ou la rayonnent rapidement1--deux qualits qui ne s'accordent qu'en un seul point1 qui est qu'en vertu de l'une et de l'autre le corps tend perdre sa chaleur par sa surface plus rapidement qu'elle ne peut lui tre restitue par le dedans4 ,au contraire1 les cas trs-varis dans lesquels la rose manque ou est trs-peu abondante s'accordent en ceci1 et1 autant que nous pouvons l'observer1 en ceci seulement1 qu'ils n'ont pas cette proprit4 ,nous pouvons maintenant rpondre la question primitive et savoir lequel des deux1 du froid et de la rose1 est la cause de l'autre4 ,nous venons de trouver que la substance sur laquelle la rose se dpose doit1 par ses seules proprits1 devenir plus froide que l'air4 ,nous pouvons donc rendre compte de sa froideur1 abstraction faite de la rose1 et1 comme il y a une liaison entre les deux1 c'est la rose qui dpend de la froideur2 en d'autres termes1 la froideur est la cause de la rose4#cd ,maintenant cette loi si amplement tablie peut se confirmer de trois manires diffrentes4 ,premirement1 par dduction1 en partant des lois connues que suit la vapeur aqueuse lorsqu'elle est diffuse dans l'air ou dans tout autre gaz4 ,on sait par l'exprience directe que la quantit d'eau qui peut rester suspendue dans l'air l'tat de vapeur est limite pour chaque degr de temprature1 et que ce maximum devient moindre mesure que la temprature diminue4 ,il suit de l dductivement que1 s'il y a dj autant de vapeur suspendue dans l'air que peut en contenir sa temprature prsente1 tout abaissement de cette temprature portera une portion de la vapeur se condenser et se changer en eau4 ,mais1 de plus1 nous savons dductivement1 d'aprs les lois de la chaleur1 que le contact de l'air avec un corps plus froid que lui-mme abaissera ncessairement la temprature de la couche d'air immdiatement applique sa surface1 et par consquent la forcera d'abandonner une portion de son eau1 laquelle1 d'aprs les lois ordinaires de la gravitation ou cohsion1 s'attachera la surface du corps1 ce qui constituera la rose4444 ,cette preuve dductive a l'avantage de rendre compte des exceptions1 c'est--dire des cas o1 ce corps tant plus froid que l'air1 il ne se dpose pourtant point de rose3 car elle montre qu'il en sera ncessairement ainsi1 lorsque l'air sera si peu fourni de vapeur aqueuse1 comparativement sa temprature1 que mme1 tant un peu refroidi par le contact d'un corps plus froid1 il sera encore capable de tenir en suspension toute la vapeur qui s'y trouvait d'abord suspendue4 ,ainsi1 dans un t trs-sec1 il n'y a pas de rose1 ni dans un hiver trs-sec de geles blanches4#ce ,la seconde confirmation de la thorie se tire de l'exprience directe pratique selon la mthode de diffrence4 ,nous pouvons1 en refroidissant la surface de n'importe quel corps1 atteindre en tous les cas une temprature laquelle la rose commence se dposer4 ,nous ne pouvons1 la vrit1 faire cela que sur une petite chelle2 mais nous avons d'amples raisons pour conclure que la mme opration1 si elle tait conduite dans le grand laboratoire de la nature1 aboutirait au mme effet4 ,et finalement nous sommes capables de vrifier le rsultat1 mme sur cette grande chelle4 ,le cas est un de ces cas rares o la nature fait l'exprience pour nous de la mme manire que nous la ferions nous-mmes1 c'est--dire en introduisant dans l'tat antrieur des choses une circonstance nouvelle1 unique et parfaitement dfinie1 et en manifestant l'effet si rapidement1 que le temps manquerait pour tout autre changement considrable dans les circonstances antrieures4 ,on a observ que la rose ne se dpose jamais abondamment dans des endroits fort abrits contre le ciel ouvert1 et point du tout dans les nuits nuageuses2 mais que1 si les nuages s'cartent1 ft-ce pour quelques minutes seulement1 de faon laisser une ouverture1 la rose commence se dposer1 et va en augmentant4 ,ici il est compltement prouv que la prsence ou l'absence d'une communication non interrompue avec le ciel cause la prsence ou l'absence de la rose2 mais puisqu'un ciel clair n'est que l'absence des nuages1 et que les nuages1 comme tous les corps entre lesquels et un objet donn il n'y a rien qu'un fluide lastique1 ont cette proprit connue1 qu'ils tendent lever ou maintenir la temprature de la surface de l'objet en rayonnant vers lui de la chaleur1 nous voyons l'instant que la retraite des nuages refroidira la surface4 ,ainsi1 dans ce cas1 la nature ayant produit un changement dans l'antcdent par des moyens connus et dfinis1 le consquent suit et doit suivre3 exprience naturelle conforme aux rgles de la mthode de diffrence4#cf ,,ix ,ce ne sont pas l tous les procds des sciences1 mais ceux-ci mnent aux autres4 ,vous allez voir comme chez ,mill tout s'enchane4 ,il n'y a pas d'esprit plus rigoureux4 ,sans doute ces procds d'isolement en beaucoup de cas sont impuissants1 et ces cas sont ceux o l'effet1 tant produit par un concours de causes1 ne peut tre divis en ses lments4 ,les mthodes d'isolement sont alors impraticables4 ,nous ne pouvons plus liminer1 et par consquent nous ne pouvons plus induire4 ,et cette difficult si grave se rencontre dans presque tous les cas du mouvement1 car presque tout mouvement est l'effet d'un concours de forces1 et les effets respectifs des diverses forces se trouvent en lui mls un tel point qu'on ne peut les sparer sans le dtruire1 en sorte qu'il semble impossible de savoir quelle part chaque force a dans la production de ce mouvement4 ,prenez un corps sollicit par deux forces dont les directions font un angle1 il se meut suivant la diagonale2 chaque partie1 chaque moment1 chaque position1 chaque lment de son mouvement est l'effet combin des deux forces sollicitantes4 ,les deux effets se pntrent tellement qu'on n'en peut isoler aucun et le rapporter sa source4 ,pour apercevoir sparment chaque effet1 il faudrait considrer des mouvements diffrents1 c'est--dire supprimer le mouvement donn et le remplacer par d'autres4 ,ni la mthode de concordance ou de diffrence1 ni la mthode des rsidus ou des variations concomitantes1 qui sont toutes dcomposantes et liminatives1 ne peuvent servir contre un phnomne qui par nature exclut toute limination et toute dcomposition4 ,il faut donc tourner l'obstacle1 et c'est ici qu'apparat la dernire clef de la nature1 la mthode de dduction4 ,nous quittons le phnomne1 nous nous reportons ct de lui1 nous en tudions d'autres plus simples1 nous tablissons leurs lois1 et nous lions chacun d'eux sa cause par les procds de l'induction ordinaire2 puis1 supposant le concours de deux ou plusieurs de ces causes1 nous concluons d'aprs leurs lois connues quel devra tre leur effet total4 ,nous vrifions ensuite si le mouvement donn est exactement semblable au mouvement prdit1 et si cela est1 nous l'attribuons aux causes d'o nous l'avons dduit4 ,ainsi1 pour dcouvrir les causes des mouvements des plantes1 nous recherchons par des inductions simples les lois de deux causes1 l'une qui est la force d'impulsion primitive dirige selon la tangente1 l'autre qui est la force acclratrice attractive4 ,de ces lois induites nous dduisons par le calcul le mouvement d'un corps qui serait soumis leurs sollicitations combines1 et1 vrifiant que les mouvements plantaires observs concident exactement avec les mouvements prvus1 nous concluons que les deux forces en question sont effectivement les causes des mouvements plantaires4 ,c'est cette mthode1 dit ,mill1 que l'esprit humain doit ses plus grands triomphes4 ,nous lui devons toutes les thories qui ont runi des phnomnes vastes et compliqus sous quelques lois simples4 ,ses dtours nous ont conduits plus loin que la voie directe2 elle a tir son efficacit de son imperfection4 ,x ,que si nous comparons maintenant les deux mthodes1 leur opportunit1 leur office1 leur domaine1 nous y trouverons comme en abrg l'histoire1 les divisions1 les esprances et les limites de la science humaine4 ,la premire apparat au dbut1 la seconde la fin4 ,la premire a d prendre l'empire au temps de ,bacon1#cg et commence le perdre2 la seconde a d perdre l'empire au temps de ,bacon1 et commence le prendre3 en sorte que la science1 aprs avoir pass de l'tat dductif l'tat exprimental1 passe de l'tat exprimental l'tat dductif4 ,la premire a pour province les phnomnes dcomposables et sur lesquels nous pouvons exprimenter4 ,la seconde a pour domaine les phnomnes indcomposables1 ou sur lesquels nous ne pouvons exprimenter4 ,la premire est efficace en physique1 en chimie1 en zoologie1 en botanique1 dans les premires dmarches de toute science1 partout o les phnomnes sont mdiocrement compliqus1 proportionns notre force1 capables d'tre transforms par les moyens dont nous disposons4 ,la seconde est puissante en astronomie1 dans les parties suprieures de la physique1 en physiologie1 en histoire1 dans les dernires dmarches de toute science1 partout o les phnomnes sont fort compliqus1 comme la vie animale et sociale1 ou placs hors de nos prises1 comme le mouvement des corps clestes et les rvolutions de l'enveloppe terrestre4 ,quand la mthode convenable n'est pas employe1 la science s'arrte2 quand la mthode convenable est pratique1 la science marche4 ,l est tout le secret de son pass et de son prsent4 ,si les sciences physiques sont restes immobiles jusqu' ,bacon1 c'est qu'on dduisait lorsqu'il fallait induire4 ,si la physiologie et les sciences morales aujourd'hui sont en retard1 c'est qu'on y induit lorsqu'il faudrait dduire4 ,c'est par dductions et d'aprs les lois physiques et chimiques qu'on pourra expliquer les phnomnes physiologiques4 ,c'est par dduction et d'aprs les lois mentales qu'on pourra expliquer les phnomnes historiques4#ch ,et ce qui est l'instrument de ces deux sciences se trouve le but de toutes les autres4 ,toutes tendent devenir dductives2 toutes aspirent se rsumer en quelques propositions gnrales desquelles le reste puisse se dduire4 ,moins ces propositions sont nombreuses1 plus la science est avance4 ,moins une science exige de suppositions et de donnes1 plus elle est parfaite4 ,cette rduction est son tat final4 ,l'astronomie1 l'acoustique1 l'optique1 lui offrent son modle4 ,nous connatrons la nature quand nous aurons dduit ses millions de faits de deux ou trois lois4 ,j'ose dire que la thorie que vous venez d'entendre est parfaite4 ,j'en ai omis plusieurs traits1 mais vous en avez assez vu pour reconnatre que nulle part l'induction n'a t explique d'une faon si complte et si prcise1 avec une telle abondance de distinctions fines et justes1 avec des applications si tendues et si exactes1 avec une telle connaissance des pratiques effectives et des dcouvertes acquises1 avec une plus entire exclusion des principes priori et des suppositions mtaphysiques1 dans un esprit plus conforme aux procds rigoureux de l'exprience moderne4 ,vous me demandiez tout l'heure ce que nous avons fait en philosophie2 je rponds3 la thorie de l'induction4 ,mill est le dernier d'une grande ligne qui commence ,bacon1 et qui1 par ,hobbes1 ,newton1 ,locke1 ,hume1 ,herschel1 s'est continue jusqu' nous4 ,ils ont port dans la philosophie notre esprit national2 ils ont t positifs et pratiques2 ils ne se sont point envols au-dessus des faits2 ils n'ont point tent des routes extraordinaires2 ils ont purg le cerveau humain de ses illusions1 de ses ambitions1 de ses fantaisies4 ,ils l'ont employ du seul ct o il puisse agir2 ils n'ont voulu que planter des barrires et des flambeaux sur le chemin dj fray par les sciences fructueuses4 ,ils n'ont point voulu dpenser vainement leur travail hors de la voie explore et vrifie4 ,ils ont aid la grande oeuvre moderne1 la dcouverte des lois applicables2 ils ont contribu1 comme les savants spciaux1 augmenter la puissance de l'homme4 ,trouvez-moi beaucoup de philosophies qui en aient fait autant4 ,,xi ,vous allez me dire que mon philosophe s'est coup les ailes pour fortifier les jambes4 ,certainement1 et il a bien fait4 ,l'exprience borne la carrire qu'elle nous ouvre2 elle nous a donn notre but2 elle nous donne aussi nos limites4 ,nous n'avons qu' regarder les lments qui la composent et les vnements dont elle part pour comprendre que sa porte est restreinte4 ,sa nature et son procd rduisent sa marche quelques pas4 ,et d'abord#ci les lois dernires de la nature ne peuvent tre moins nombreuses que les espces distinctes de nos sensations4 ,nous pouvons bien rduire un mouvement un autre mouvement1 mais non la sensation de chaleur la sensation d'odeur1 ou de couleur1 ou de son1 ni l'une ou l'autre un mouvement4 ,nous pouvons bien ramener l'un l'autre des phnomnes de degr diffrent1 mais non des phnomnes d'espce diffrente4 ,nous trouvons les sensations distinctes au fond de toutes nos connaissances1 comme des lments simples1 indcomposables1 absolument spars les uns des autres1 absolument incapables d'tre ramens les uns aux autres4 ,l'exprience a beau faire1 elle ne peut supprimer ces diversits qui la fondent4 ,d'autre part1 l'exprience a beau faire1 elle ne peut se soustraire aux conditions dans lesquelles elle agit4 ,quel que soit son domaine1 il est limit dans le temps et dans l'espace2 le fait qu'elle observe est born et amen par une infinit d'autres qu'elle ne peut atteindre4 ,elle est oblige de supposer ou de reconnatre quelque tat primordial d'o elle part et qu'elle n'explique pas4#dj ,tout problme a ses donnes accidentelles ou arbitraires3 on en dduit le reste1 mais on ne les dduit de rien4 ,le soleil1 la terre1 les plantes1 l'impulsion initiale des corps clestes1 les proprits primitives des substances chimiques1 sont de ces donnes4#da ,si nous les possdions toutes1 nous pourrions tout expliquer par elles1 mais nous ne saurions les expliquer elles-mmes4 ,pourquoi1 demande ,mill1 ces agents naturels ont-ils exist l'origine plutt que d'autres8 ,pourquoi ont-ils t mls en telles ou telles proportions8 ,pourquoi ont-ils t distribus de telle ou telle manire dans l'espace8 ,c'est l une question laquelle nous ne pouvons rpondre4 ,bien plus1 nous ne pouvons dcouvrir rien de rgulier dans cette distribution mme2 nous ne pouvons la rduire quelque uniformit1 quelque loi4 ,l'assemblage de ces agents n'est pour nous qu'un pur accident#db4 ,et l'astronomie1 qui tout l'heure nous offrait le modle de la science acheve1 nous offre maintenant l'exemple de la science limite4 ,nous pouvons bien prdire les innombrables positions de tous les corps plantaires2 mais nous sommes obligs de supposer1 outre l'impulsion primitive et son degr1 outre la force attractive et sa loi1 les masses et les distances de tous les corps dont nous parlons4 ,nous comprenons des millions de faits1 mais au moyen d'une centaine de faits que nous ne comprenons pas2 nous atteignons des consquences ncessaires1 mais au moyen d'antcdents accidentels1 en sorte que1 si la thorie de notre univers tait acheve1 elle aurait encore deux grandes lacunes3 l'une au commencement du monde physique1 l'autre au dbut du monde moral2 l'une comprenant les lments de l'tre1 l'autre renfermant les lments de l'exprience2 l'une contenant les sensations primitives1 l'autre contenant les agents primitifs4 ,notre science1 dit votre ,royer-,collard1 consiste puiser l'ignorance sa source la plus leve4 ,pouvons-nous au moins affirmer que ces donnes irrductibles ne le sont qu'en apparence et au regard de notre esprit8 ,pouvons-nous dire qu'elles ont des causes comme les faits drivs dont elles sont les causes8 ,pouvons-nous dcider que tout vnement tout point du temps et de l'espace arrive selon des lois1 et que notre petit monde si bien rgl est un abrg du grand8 ,pouvons-nous1 par quelque axiome1 sortir de notre enceinte si troite1 et affirmer quelque chose de l'univers8 ,en aucune faon1 et c'est ici que ,mill pousse aux dernires consquences2 car la loi qui attribue une cause tout vnement n'a pour lui d'autre fondement1 d'autre valeur et d'autre porte que notre exprience4 ,elle ne renferme point sa ncessit en elle-mme2 elle tire toute son autorit du grand nombre des cas o on l'a reconnue vraie2 elle ne fait que rsumer une somme d'observations2 elle lie deux donnes qui1 considres en elles-mmes1 n'ont point de liaison intime2 elle joint l'antcdent et le consquent pris en gnral1 comme la loi de la pesanteur joint un antcdent et un consquent pris en particulier2 elle constate un couple1 comme font toutes les lois exprimentales1 et participe leur incertitude comme leurs restrictions4 ,ecoutez ces fortes paroles3 ,je suis convaincu que si un homme habitu l'abstraction et l'analyse exerait loyalement ses facults cet effet1 il ne trouverait point de difficult1 quand son imagination aurait pris le pli1 concevoir qu'en certains endroits1 par exemple dans un des firmaments dont l'astronomie sidrale compose prsent l'univers1 les vnements puissent se succder au hasard1 sans aucune loi fixe2 et rien1 ni dans notre exprience1 ni dans notre constitution mentale1 ne nous fournit une raison suffisante1 ni mme une raison quelconque pour croire que cela n'a lieu nulle part4#dc ,pratiquement1 nous pouvons nous fier une loi si bien tablie2 mais dans les parties lointaines des rgions stellaires1 o les phnomnes peuvent tre entirement diffrents de ceux que nous connaissons1 ce serait folie d'affirmer hardiment le rgne de cette loi gnrale1 comme ce serait folie d'affirmer pour l-bas le rgne des lois spciales qui se maintiennent universellement exactes sur notre plante4#dd ,nous sommes donc chasss irrvocablement de l'infini2 nos facults et nos assertions n'y peuvent rien atteindre2 nous restons confins dans un tout petit cercle2 notre esprit ne porte pas au del de son exprience2 nous ne pouvons tablir entre les faits aucune liaison universelle et ncessaire2 peut-tre mme n'existe-t-il entre les faits aucune liaison universelle et ncessaire4 ,mill s'arrte l2 mais certainement1 en menant son ide jusqu'au bout1 on arriverait considrer le monde comme un simple morceau de faits4 ,nulle ncessit intrieure ne produirait leur liaison ni leur existence4 ,ils seraient de pures donnes1 c'est--dire des accidents4 ,quelquefois1 comme dans notre systme1 ils se trouveraient assembls de faon amener des retours rguliers2 quelquefois ils seraient assembls de manire n'en pas amener du tout4 ,le hasard1 comme chez ,dmocrite1 serait au coeur des choses4 ,les lois en driveraient1 et n'en driveraient que et l4 ,il en serait des tres comme des nombres1 comme des fractions par exemple1 qui1 selon le hasard des deux facteurs primitifs1 tantt s'talent1 tantt ne s'talent pas en priodes rgulires4 ,voil sans doute une conception originale et haute4 ,elle est la dernire consquence de l'ide primitive et dominante que nous avons dmle au commencement du systme1 qui a transform les thories de la dfinition1 de la proposition et du syllogisme2 qui a rduit les axiomes des vrits d'exprience2 qui a dvelopp et perfectionn la thorie de l'induction2 qui a tabli le but1 les bornes1 les provinces1 et les mthodes de la science2 qui dans la nature et dans la science a partout supprim les liaisons intrieures2 qui a remplac le ncessaire par l'accidentel1 la cause par l'antcdent1 et qui consiste prtendre que toute assertion utile a pour effet de former un couple1 c'est--dire de joindre deux faits qui1 par leur nature1 sont spars4 99 99 99 99 99 ,,ii4 ,l',,abstraction ,i4 --,un abme de hasard et un abme d'ignorance4 ,la perspective est sombre2 il n'importe1 si elle est vraie4 ,a tout le moins1 cette thorie de la science est celle de la science anglaise4 ,rarement1 je vous l'accorde1 un penseur a mieux rsum par sa doctrine la pratique de son pays2 rarement un homme a mieux reprsent par ses ngations et ses dcouvertes les limites et la porte de sa race4 ,les procds dont celui-ci compose la science sont ceux o vous excellez par-dessus tous les autres1 et les procds qu'il exclut de la science sont ceux qui vous manquent plus qu' personne4 ,il a dcrit l'esprit anglais en croyant dcrire l'esprit humain4 ,c'est l sa gloire1 mais c'est aussi l sa faiblesse4 ,il y a dans votre ide de la connaissance une lacune qui1 incessamment ajoute elle-mme1 finit par creuser ce gouffre de hasard du fond duquel1 selon lui1 les choses naissent1 et ce gouffre d'ignorance au bord duquel1 selon lui1 notre science doit s'arrter4 ,et voyez ce qui en advient4 ,en retranchant de la science la connaissance des premires causes1 c'est--dire des choses divines1 vous rduisez l'homme devenir sceptique1 positif1 utilitaire1 s'il a l'esprit sec1 ou bien mystique1 exalt1 mthodiste1 s'il a l'imagination vive4 ,dans ce grand vide inconnu que vous placez au del de notre petit monde1 les gens tte chaude ou conscience triste peuvent loger tous leurs rves1 et les hommes jugement froid1 dsesprant d'y rien atteindre1 n'ont plus qu' se rabattre dans la recherche des recettes pratiques qui peuvent amliorer notre condition4 ,il me semble que le plus souvent ces deux dispositions se rencontrent dans une tte anglaise4 ,l'esprit religieux et l'esprit positif y vivent cte cte et spars4 ,cela fait un mlange bizarre1 et j'avoue que j'aime mieux la manire dont les ,allemands ont concili la science et la foi4 --,mais leur philosophie n'est qu'une posie mal crite4--,peut-tre4 --,mais ce qu'ils appellent raison ou intuition des principes n'est que la puissance de btir des hypothses4--,peut-tre4--,mais les systmes qu'ils ont arrangs n'ont pas tenu devant l'exprience4--,je vous abandonne leur oeuvre4--,mais leur absolu1 leur sujet1 leur objet et le reste ne sont que de grands mots4--,je vous abandonne leur style4 -,alors que gardez-vous8--,leur ide de la cause4--,vous croyez1 comme eux1 qu'on dcouvre les causes par une rvlation de la raison8--,point du tout4--,vous croyez comme nous qu'on dcouvre les causes par la simple exprience8--,pas davantage4--,vous pensez qu'il y a une facult autre que l'exprience et la raison propre dcouvrir les causes8--,oui4--,vous croyez qu'il y a une opration moyenne1 situe entre l'illumination et l'observation1 capable d'atteindre des principes comme on l'assure de la premire1 capable d'atteindre des vrits comme on l'prouve pour la seconde8--,oui4--,laquelle8--,l'abstract ion4 ,reprenons votre ide primitive2 je tcherai de dire en quoi je la trouve incomplte1 et en quoi il me semble que vous mutilez l'esprit humain4 ,seulement il faudra que vous m'accordiez de l'espace2 ce sera tout un plaidoyer4 ,,ii ,votre point de dpart est bon3 en effet1 l'homme ne connat point les substances2 il ne connat ni l'esprit ni le corps2 il n'aperoit que ses tats intrieurs tout passagers et isols2 il s'en sert pour affirmer et dsigner des tats extrieurs1 positions1 mouvements1 changements1 et ne s'en sert pas pour autre chose4 ,il n'atteint que des faits1 soit au dedans1 soit au dehors1 tantt caducs1 quand son impression ne se rpte pas1 tantt permanents1 quand son impression1 maintes fois rpte1 lui fait supposer qu'elle sera rpte toutes les fois qu'il voudra l'avoir4 ,il ne saisit que des couleurs1 des sons1 des rsistances1 des mouvements1 tantt momentans et variables1 tantt semblables eux-mmes et renouvels4 ,il ne suppose des qualits et proprits que par un artifice de langage1 et pour grouper plus commodment des faits4 ,nous allons mme plus loin que vous3 nous pensons qu'il n'y a ni esprits ni corps1 mais simplement des groupes de mouvements prsents ou possibles1 et des groupes de penses prsentes ou possibles4 ,nous croyons qu'il n'y a point de substances1 mais seulement des systmes de faits4 ,nous regardons l'ide de substance comme une illusion psychologique4 ,nous considrons la substance1 la force et tous les tres mtaphysiques des modernes comme un reste des entits scolastiques4 ,nous pensons qu'il n'y a rien au monde que des faits et des lois1 c'est--dire des vnements et leurs rapports1 et nous reconnaissons comme vous que toute connaissance consiste d'abord lier ou additionner des faits4 ,mais cela termin1 une nouvelle opration commence1 la plus fconde de toutes1 et qui consiste dcomposer ces donnes complexes en donnes simples4 ,une facult magnifique apparat1 source du langage1 interprte de la nature1 mre des religions et des philosophies1 seule distinction vritable1 qui1 selon son degr1 spare l'homme de la brute1 et les grands hommes des petits3 je veux dire l'abstraction1 qui est le pouvoir d'isoler les lments des faits et de les considrer part4 ,mes yeux suivent le contour d'un carr1 et l'abstraction en isole les deux proprits constitutives1 l'galit des cts et des angles4 ,mes doigts touchent la surface d'un cylindre1 et l'abstraction en isole les deux lments gnrateurs1 la notion de rectangle et la rvolution de ce rectangle autour d'un de ses cts pris comme axe4 ,cent mille expriences me dveloppent par une infinit de dtails la srie des oprations physiologiques qui font la vie1 et l'abstraction isole la direction de cette srie1 qui est un circuit de dperdition constante et de rparation continue4 ,douze cents pages m'ont expos le jugement de ,mill sur les diverses parties de la science1 et l'abstraction isole son ide fondamentale1 savoir1 que les seules propositions fructueuses sont celles qui joignent un fait un fait non contenu dans le premier4 ,partout ailleurs il en est de mme4 ,toujours un fait ou une srie de faits peut tre rsolu en ses composants4 ,c'est cette dcomposition que l'on rclame lorsqu'on demande quelle est la nature d'un objet4 ,ce sont ces composants que l'on cherche lorsqu'on veut pntrer dans l'intrieur d'un tre4 ,ce sont eux que l'on dsigne sous les noms de forces1 causes1 lois1 essences1 proprits primitives4 ,ils ne sont pas un nouveau fait ajout aux premiers2 ils en sont une portion1 un extrait3 ils sont contenus en eux1 ils ne sont autre chose que les faits eux-mmes4 ,on ne passe pas1 en les dcouvrant1 d'une donne une donne diffrente1 mais de la mme la mme1 du tout la partie1 du compos aux composants4 ,on ne fait que voir la mme chose sous deux formes1 d'abord entire1 puis divise2 on ne fait que traduire la mme ide d'un langage en un autre1 du langage sensible en langage abstrait1 comme on traduit une courbe en une quation1 comme on exprime un cube par une fonction de son ct4 ,que cette traduction soit difficile ou non1 peu importe2 qu'il faille souvent l'accumulation ou la comparaison d'un nombre norme de faits pour y atteindre1 et que maintes fois notre esprit succombe avant d'y arriver1 peu importe encore4 ,toujours est-il que dans cette opration1 qui est videmment fructueuse1 au lieu d'aller d'un fait un autre fait1 on va du mme au mme2 au lieu d'ajouter une exprience une exprience1 on met part quelque portion de la premire2 au lieu d'avancer1 on s'arrte pour creuser en place4 ,il y a donc des jugements qui sont instructifs1 et qui cependant ne sont pas des expriences2 il y a donc des propositions qui concernent l'essence1 et qui cependant ne sont pas verbales2 il y a donc une opration diffrente de l'exprience1 qui agit par retranchement au lieu d'agir par addition1 qui1 au lieu d'acqurir1 s'applique aux donnes acquises1 et qui par del l'observation1 ouvrant aux sciences une carrire nouvelle1 dfinit leur nature1 dtermine leur marche1 complte leurs ressources et marque leur but4 ,voil la grande omission du systme3 l'abstraction y est laisse sur l'arrire-plan1 peine mentionne1 recouverte par les autres oprations de l'esprit1 traite comme un appendice des expriences2 nous n'avons qu' la rtablir dans la thorie gnrale pour reformer les thories particulires o elle a manqu4 ,,iii ,d'abord la dfinition4 ,il n'y a pas1 dit ,mill1 de dfinition des choses1 et quand on me dfinit la sphre le solide engendr par la rvolution d'un demi-cercle autour de son diamtre1 on ne me dfinit qu'un nom4 ,sans doute on vous apprend par l le sens d'un nom1 mais on vous apprend encore bien autre chose4 ,on vous annonce que toutes les proprits de toute sphre drivent de cette formule gnratrice4 ,on rduit une donne infiniment complexe deux lments4 ,on transforme la donne sensible en donnes abstraites2 on exprime l'essence de la sphre1 c'est--dire la cause intrieure et primordiale de toutes ses proprits4 ,voil la nature de toute vraie dfinition2 elle ne se contente pas d'expliquer un nom1 elle n'est pas un simple signalement2 elle n'indique pas simplement une proprit distinctive1 elle ne se borne pas coller sur l'objet une tiquette propre le faire reconnatre entre tous4 ,il y a en dehors de la dfinition plusieurs faons de faire reconnatre l'objet2 il y a telle autre proprit qui n'appartient qu' lui2 on pourrait dsigner la sphre en disant que1 de tous les corps1 elle est celui qui1 surface gale1 occupe le plus d'espace1 et autrement encore4 ,seulement ces dsignations ne sont pas des dfinitions2 elles exposent une proprit caractristique et drive1 non une proprit gnratrice et premire2 elles ne ramnent pas la chose ses facteurs1 elles ne la recrent pas sous nos yeux1 elles ne montrent pas sa nature intime et ses lments irrductibles4 ,la dfinition est la proposition qui marque dans un objet la qualit d'o drivent les autres1 et qui ne drive point d'une autre qualit4 ,ce n'est point l une proposition verbale1 car elle vous enseigne la qualit d'une chose4 ,ce n'est point l l'affirmation d'une qualit ordinaire1 car elle vous rvle la qualit qui est la source du reste4 ,c'est une assertion d'une espce extraordinaire1 la plus fconde et la plus prcieuse de toutes1 qui rsume toute une science1 et en qui toute science aspire se rsumer4 ,il y a une dfinition dans chaque science2 il y en a une pour chaque objet4 ,nous ne la possdons pas partout1 mais nous la cherchons partout4 ,nous sommes parvenus dfinir le mouvement des plantes par la force tangentielle et l'attraction qui le composent2 nous dfinissons dj en partie le corps chimique par la notion d'quivalent1 et le corps vivant par la notion de type4 ,nous travaillons transformer chaque groupe de phnomnes en quelques lois1 forces ou notions abstraites4 ,nous nous efforons d'atteindre en chaque objet les lments gnrateurs1 comme nous les atteignons dans la sphre1 dans le cylindre1 dans le cercle1 dans le cne1 et dans tous les composs mathmatiques4 ,nous rduisons les corps naturels deux ou trois sortes de mouvements1 attraction1 vibration1 polarisation1 comme nous rduisons les corps gomtriques deux ou trois sortes d'lments1 le point1 le mouvement1 la ligne1 et nous jugeons notre science partielle ou complte1 provisoire ou dfinitive1 suivant que cette rduction est approximative ou absolue1 imparfaite ou acheve4 ,,iv ,mme changement dans la thorie de la preuve4 ,selon ,mill1 on ne prouve pas que le prince ,albert mourra en posant que tous les hommes sont mortels1 car ce serait dire deux fois la mme chose1 mais en posant que ,jean1 ,pierre et compagnie1 bref tous les hommes dont nous avons entendu parler1 sont morts4--,je rponds que la vraie preuve n'est ni dans la mortalit de ,jean1 ,pierre et compagnie1 ni dans la mortalit de tous les hommes1 mais ailleurs4 ,on prouve un fait1 dit ,aristote#de1 en montrant sa cause4 ,on prouvera donc la mortalit du prince ,albert en montrant la cause qui fait qu'il mourra4 ,et pourquoi mourra-t-il1 sinon parce que le corps humain1 tant un compos chimique instable1 doit se dissoudre au bout d'un temps2 en d'autres termes1 parce que la mortalit est jointe la qualit d'homme8 ,voil la cause et voil la preuve4 ,c'est cette loi abstraite qui1 prsente dans la nature1 amnera la mort du prince1 et qui1 prsente dans mon esprit1 me montre la mort du prince4 ,c'est cette proposition abstraite qui est probante2 ce n'est ni la proposition particulire1 ni la proposition gnrale4 ,elle est si bien la preuve qu'elle prouve les deux autres4 ,si ,jean1 ,pierre et compagnie sont morts1 c'est parce que la mortalit est jointe la qualit d'homme4 ,si tous les hommes sont morts ou mourront1 c'est encore parce que la mortalit est jointe la qualit d'homme4 ,ici1 une fois de plus1 le rle de l'abstraction a t oubli4 ,mill l'a confondue avec les expriences2 il n'a pas distingu la preuve et les matriaux de la preuve1 la loi abstraite et le nombre fini ou indfini de ses applications4 ,les applications contiennent la loi et la preuve1 mais elles ne sont ni la loi ni la preuve4 ,les exemples de ,pierre1 ,jean et des autres contiennent la cause1 mais ils ne sont pas la cause4 ,ce ne n'est pas assez d'additionner les cas1 il faut en retirer la loi4 ,ce n'est pas assez d'exprimenter1 il faut abstraire4 ,voil la grande opration scientifique4 ,le syllogisme ne va pas du particulier au particulier1 comme dit ,mill1 ni du gnral au particulier1 comme disent les logiciens ordinaires1 mais de l'abstrait au concret1 c'est--dire de la cause l'effet4 ,c'est ce titre qu'il fait partie de la science2 il en fait et il en marque tous les chanons2 il relie les principes aux effets2 il fait communiquer les dfinitions avec les phnomnes4 ,il porte sur toute l'chelle de la science l'abstraction que la dfinition a porte au sommet4 ,v ,la mme opration explique aussi les axiomes4 ,selon ,mill1 si nous savons que des grandeurs gales ajoutes des grandeurs gales font des sommes gales1 ou que deux droites ne peuvent enclore un espace1 c'est par une exprience extrieure faite avec nos yeux1 ou par une exprience intrieure faite avec notre imagination4 ,sans doute on peut savoir ainsi que deux droites ne sauraient enclore un espace1 mais on peut le savoir encore d'une autre faon4 ,on peut se reprsenter une droite par l'imagination1 et l'on peut la concevoir aussi par la raison4 ,on peut considrer son image ou sa dfinition4 ,on peut l'tudier en elle-mme ou dans les lments gnrateurs4 ,je puis me reprsenter une droite toute faite1 mais je puis aussi la rsoudre en ses facteurs4 ,je puis assister sa formation1 et dgager les lments abstraits qui l'engendrent1 comme j'ai assist la formation du cylindre et dgag le rectangle en rvolution qui l'a engendr4 ,je puis dire non pas que la ligne droite est la plus courte d'un point un autre1 ce qui est une proprit drive1 mais qu'elle est la ligne forme par le mouvement d'un point qui tend se rapprocher d'un autre1 et de cet autre seulement2 ce qui revient dire que deux points suffisent dterminer une droite1 en d'autres termes que deux droites ayant deux points communs concident dans toute leur tendue intermdiaire2 d'o l'on voit que si deux droites enfermaient un espace1 elles ne feraient qu'une droite et n'enfermeraient rien du tout4 ,voil une seconde manire de connatre l'axiome1 et il est clair qu'elle diffre beaucoup de la premire4 ,dans la premire1 on le constate2 dans la seconde1 on le dduit4 ,dans la premire1 on prouve qu'il est vrai2 dans la seconde1 on prouve qu'il est vrai4 ,dans la premire1 on l'admet2 dans la seconde1 on l'explique4 ,dans la premire1 on remarquait seulement que le contraire de l'axiome est inconcevable2 dans la seconde1 on dcouvre en plus que le contraire de l'axiome est contradictoire4 tant donn la dfinition de la ligne droite1 l'axiome que deux droites ne peuvent enclore un espace s'y trouve compris2 il en drive comme une consquence de son principe4 ,en somme1 il n'est qu'une proposition identique1 ce qui veut dire que son sujet contient son attribut2 il ne joint pas deux termes spars1 irrductibles l'un l'autre3 il unit deux termes dont le second est une portion du premier4 ,il est une simple analyse4 ,et tous les axiomes sont ainsi4 ,il suffit de les dcomposer pour apercevoir qu'ils vont non d'un objet un objet diffrent1 mais du mme au mme4 ,il suffit de rsoudre les notions d'galit1 de cause1 de substance1 de temps et d'espace en leurs abstraits1 pour dmontrer les axiomes d'galit1 de substance1 de cause1 de temps et d'espace4 ,il n'y a qu'un axiome1 celui d'identit4 ,les autres ne sont que ses applications ou ses suites4 ,cela admis1 on voit l'instant que la porte de notre esprit se trouve change4 ,nous ne sommes plus simplement capables de connaissances relatives et bornes3 nous sommes capables aussi de connaissances absolues et infinies2 nous possdons dans les axiomes des donnes qui non-seulement s'accompagnent l'une l'autre1 mais encore dont l'une enferme l'autre4 ,si1 comme dit ,mill1 elles ne faisaient que s'accompagner1 nous serions forcs de conclure1 comme ,mill1 que peut-tre elles ne s'accompagnent pas toujours4 ,nous ne verrions point la ncessit intrieure de leur jonction1 nous ne la poserions qu'en fait2 nous dirions que les deux donnes tant de leur nature isoles1 il peut se rencontrer des circonstances qui les sparent2 nous n'affirmerions la vrit des axiomes qu'au regard de notre monde et de notre esprit4 ,si au contraire les deux donnes sont telles que la premire enferme la seconde1 nous tablissons par cela mme la ncessit de leur jonction3 partout o sera la premire1 elle emportera la seconde1 puisque la seconde est une partie d'elle-mme1 et qu'elle ne peut pas se sparer de soi4 ,il n'y a point de place entre elles deux pour une circonstance qui vienne les disjoindre1 car elles ne font qu'une seule chose sous deux aspects4 ,leur liaison est donc absolue et universelle1 et nous possdons des vrits qui ne souffrent ni doute1 ni limites1 ni conditions1 ni restrictions4 ,l'abstraction rend aux axiomes leur valeur en montrant leur origine1 et nous restituons la science la porte qu'on lui te en restituant l'esprit la facult qu'on lui tait4 ,,vi ,reste l'induction1 qui semble le triomphe de la pure exprience4 ,et c'est justement l'induction qui est le triomphe de l'abstraction4 ,lorsque je dcouvre par induction que le froid cause la rose1 ou que le passage de l'tat liquide l'tat solide produit la cristallisation1 j'tablis un rapport entre deux abstraits4 ,ni le froid1 ni la rose1 ni le passage de l'tat solide l'tat liquide1 ni la cristallisation n'existent en soi4 ,ce sont des portions de phnomnes1 des extraits de cas complexes1 des lments simples enferms dans des ensembles plus composs4 ,je les en retire et je les isole2 j'isole la rose prise en gnral de toutes les roses locales1 temporaires1 particulires1 que je puis observer2 j'isole le froid pris en gnral de tous les froids spciaux1 varis1 distincts1 qui peuvent se produire parmi toutes les diffrences de texture1 toutes les diversits de substance1 toutes les ingalits de temprature1 toutes les complications de circonstances4 ,je joins un antcdent abstrait un consquent abstrait1 et je les joins1 comme le montre ,mill lui-mme1 par des retranchements1 des suppressions1 des liminations4 ,j'expulse des deux groupes qui les contiennent toutes les circonstances adjacentes2 je dmle le couple dans l'entourage qui l'offusque2 je dtache1 par une srie de comparaisons et d'expriences1 tous les accidents parasites qui se sont colls lui1 et je finis ainsi par le mettre nu4 ,j'ai l'air de considrer vingt cas diffrents1 et dans le fond je n'en considre qu'un seul2 j'ai l'air de procder par addition1 et en somme je n'opre que par soustraction4 ,tous les procds de l'induction sont donc des moyens d'abstraire1 et toutes les oeuvres de l'induction sont donc des liaisons d'abstraits4 ,,vii ,nous voyons maintenant les deux grands moments de la science et les deux grandes apparences de la nature4 ,il y a deux oprations1 l'exprience et l'abstraction2 il y a deux royaumes1 celui des faits complexes et celui des lments simples4 ,le premier est l'effet1 le second la cause4 ,le premier est contenu dans le second et s'en dduit1 comme une consquence de son principe4 ,tous deux s'quivalent2 ils sont une seule chose considre sous deux aspects4 ,ce magnifique monde mouvant1 ce chaos tumultueux d'vnements entrecroiss1 cette vie incessante infiniment varie et multiple1 se rduisent quelques lments et leurs rapports4 ,tout notre effort consiste passer de l'un l'autre1 du complexe au simple1 des faits aux lois1 des expriences aux formules4 ,et la raison en est visible2 car ce fait que j'aperois par les sens ou la conscience n'est qu'une tranche arbitraire que mes sens ou ma conscience dcoupent dans la trame infinie et continue de l'tre4 ,s'ils taient construits autrement1 ils en intercepteraient une autre2 c'est le hasard de leur structure qui a dtermin celle-l4 ,ils sont comme un compas ouvert1 qui pourrait l'tre moins1 et qui pourrait l'tre davantage4 ,le cercle qu'ils dcrivent n'est pas naturel1 mais artificiel4 ,il l'est si bien1 qu'il l'est en deux manires1 l'extrieur et l'intrieur4 ,car1 lorsque je constate un vnement1 je l'isole artificiellement de son entourage naturel1 et je le compose artificiellement d'lments qui ne font point un assemblage naturel4 ,quand je vois une pierre qui tombe1 je spare la chute des circonstances antrieures qui rellement lui sont jointes1 et je mets ensemble la chute1 la forme1 la structure1 la couleur1 le son1 et vingt autres circonstances qui rellement ne sont point lies4 ,un fait est donc un amas arbitraire1 en mme temps qu'une coupure arbitraire1 c'est--dire un groupe factice1 qui spare ce qui est uni1 et unit ce qui est spar#df4 ,ainsi1 tant que nous ne regardons la nature que par l'observation seule1 nous ne la voyons pas telle qu'elle est3 nous n'avons d'elle qu'une ide provisoire et illusoire4 ,elle est proprement une tapisserie que nous n'apercevons qu' l'envers4 ,voil pourquoi nous tchons de la retourner4 ,nous nous efforons de dmler des lois1 c'est--dire des groupes naturels1 qui soient effectivement distincts de leur entourage et qui soient composs d'lments effectivement unis4 ,nous dcouvrons des couples1 c'est--dire des composs rels et des liaisons relles4 ,nous passons de l'accidentel au ncessaire1 du relatif l'absolu1 de l'apparence la vrit2 et1 ces premiers couples trouvs1 nous pratiquons sur eux la mme opration que sur les faits1 car1 un moindre degr1 ils ont la mme nature4 ,quoique plus abstraits1 ils sont encore complexes4 ,ils peuvent tre dcomposs et expliqus4 ,ils ont une raison d'tre4 ,il y a quelque cause qui les construit et les unit4 ,il y a lieu pour eux1 comme pour les faits1 de chercher les lments gnrateurs en qui ils peuvent se rsoudre et de qui ils peuvent se dduire1 et l'opration doit continuer jusqu' ce qu'on soit arriv des lments tout fait simples1 c'est--dire tels que leur dcomposition soit contradictoire4 ,que nous puissions les trouver ou non1 ils existent2 l'axiome des causes serait dmenti1 s'ils manquaient4 ,il y a donc des lments indcomposables1 desquels drivent les lois les plus gnrales1 et de celles-ci les lois particulires1 et de ces lois les faits que nous observons1 ainsi qu'il y a en gomtrie deux ou trois notions primitives1 desquelles drivent les proprits des lignes1 et de celles-ci les proprits des surfaces1 des solides et des formes innombrables que la nature peut effectuer ou l'esprit imaginer4 ,nous pouvons maintenant comprendre la vertu et le sens de cet axiome des causes qui rgit toutes choses1 et que ,mill a mutil4 ,il y a une force intrieure et contraignante qui suscite tout vnement1 qui lie tout compos1 qui engendre toute donne4 ,cela signifie1 d'une part1 qu'il y a une raison toute chose1 que tout fait a sa loi2 que tout compos se rduit en simples2 que tout produit implique des facteurs2 que toute qualit et toute existence doivent se dduire de quelque terme suprieur et antrieur4 ,et cela signifie1 d'autre part1 que le produit quivaut aux facteurs1 que tous deux ne sont qu'une mme chose sous deux apparences2 que la cause ne diffre pas de l'effet2 que les puissances gnratrices ne sont que les proprits lmentaires2 que la force active par laquelle nous figurons la nature n'est que la ncessit logique qui transforme l'un dans l'autre le compos et le simple1 le fait et la loi4 ,par l nous dsignons d'avance le terme de toute science1 et nous tenons la puissante formule qui1 tablissant la liaison invincible et la production spontane des tres1 pose dans la nature le ressort de la nature1 en mme temps qu'elle enfonce et serre au coeur de toute chose vivante les tenailles d'acier de la ncessit4 ,,viii ,pouvons-nous connatre ces lments premiers8 ,pour mon compte1 je le pense1 et la raison en est qu'tant des abstraits1 ils ne sont pas situs en dehors des faits1 mais compris en eux1 en telle sorte qu'il n'y a qu' les en retirer4 ,bien plus1 tant les plus abstraits1 c'est--dire les plus gnraux de tous1 il n'y a pas de faits qui ne les comprennent et dont on ne puisse les extraire4 ,si limite que soit notre exprience1 nous pouvons donc les atteindre1 et c'est d'aprs cette remarque que les modernes mtaphysiciens d',allemagne ont tent leurs grandes constructions4 ,ils ont compris qu'il y a des notions simples1 c'est--dire des abstraits indcomposables1 que leurs combinaisons engendrent le reste1 et que les rgles de leurs unions ou de leurs contrarits mutuelles sont les lois premires de l'univers4 ,ils ont essay de les atteindre et de retrouver par la pense pure le monde tel que l'observation nous l'a montr4 ,ils ont chou demi1 et leur gigantesque btisse1 toute factice et fragile1 pend en ruine1 semblable ces chafaudages provisoires qui ne servent qu' marquer le plan d'un difice futur4 ,c'est qu'avec un sens profond de notre puissance1 ils n'ont point eu la vue exacte de nos limites4 ,car nous sommes dbords de tous cts par l'infinit du temps et de l'espace2 nous nous trouvons jets dans ce monstrueux univers comme un coquillage au bord d'une grve1 ou comme une fourmi au pied d'un talus4 ,en ceci1 ,mill dit vrai2 le hasard se rencontre au terme de toutes nos connaissances comme au commencement de toutes nos donnes3 nous avons beau faire1 nous ne pouvons que remonter1 et par conjecture encore1 jusqu' un tat initial2 mais cet tat dpend d'un prcdent1 qui dpend d'un autre1 et ainsi de suite1 en sorte que nous sommes obligs de l'accepter comme une pure donne1 et de renoncer le dduire1 quoique nous sachions qu'il doive tre dduit4 ,il en est ainsi dans toutes les sciences1 en gologie1 en histoire naturelle1 en physique1 en chimie1 en psychologie1 en histoire1 et l'accident primitif tend ses effets dans toutes les parties de la sphre o il est compris4 ,s'il avait t diffrent1 nous n'aurions ni les mmes plantes1 ni les mmes espces chimiques1 ni les mmes vgtaux1 ni les mmes animaux1 ni les mmes races d'hommes1 ni peut-tre aucune de ces sortes d'tres4 ,si la fourmi tait porte dans une autre contre1 elle ne verrait ni les mmes arbres1 ni les mmes insectes1 ni la mme disposition du sol1 ni les mmes rvolutions de l'air1 ni peut-tre aucune de ces formes de l'tre4 ,il y a donc en tout fait et en tout objet une portion accidentelle et locale1 portion norme1 qui1 comme le reste1 dpend des lois primitives1 mais n'en dpend qu' travers un circuit infini de contre-coups1 en sorte qu'entre elle et les lois primitives il y a une lacune infinie qu'une srie infinie de dductions pourrait seule combler4 ,voil la portion inexplicable des phnomnes1 et voil ce que les mtaphysiciens d'outre-,rhin ont tent d'expliquer4 ,ils ont voulu dduire de leurs thormes lmentaires la forme du systme plantaire1 les diverses lois de la physique et de la chimie1 les principaux types de la vie1 la succession des civilisations et des penses humaines4 ,ils ont tortur leurs formules universelles pour en tirer des cas tout particuliers2 ils ont pris des suites indirectes et lointaines pour des suites directes et prochaines2 ils ont omis ou supprim le grand jeu qui s'interpose entre les premires lois et les dernires consquences2 ils ont cart de leurs fondements le hasard1 comme une assise indigne de la science1 et ce vide qu'ils laissaient1 mal rempli par des matriaux postiches1 a fait crouler tout le btiment4 ,est-ce dire que dans les donnes que ce petit canton de l'univers nous fournit1 tout soit local8 ,en aucune faon4 ,si la fourmi tait capable d'exprimenter1 elle pourrait atteindre l'ide d'une loi physique1 d'une forme vivante1 d'une sensation reprsentative1 d'une pense abstraite2 car un pied de terre sur lequel se trouve un cerveau qui pense renferme tout cela2 donc1 si limit que soit le champ d'un esprit1 il contient des donnes gnrales1 c'est--dire rpandues sur des territoires extrieurs fort vastes1 o sa limitation l'empche de pntrer4 ,si la fourmi tait capable de raisonner1 elle pourrait construire l'arithmtique1 l'algbre1 la gomtrie1 la mcanique2 car un mouvement d'un demi-pouce contient dans son raccourci le temps1 l'espace1 le nombre et la force1 tous les matriaux des mathmatiques3 donc1 si limit que soit le champ d'un esprit1 il renferme des donnes universelles1 c'est--dire rpandues sur tout le territoire du temps et de l'espace4 ,si la fourmi tait philosophe1 elle pourrait dmler les ides de l'tre1 du nant1 et tous les matriaux de la mtaphysique2 car un phnomne quelconque1 intrieur ou extrieur1 suffit pour les prsenter2 donc1 si limit que soit le champ d'un esprit1 il contient des donnes absolues1 c'est--dire telles qu'il n'y a nul objet o elles puissent manquer4 ,et il faut bien qu'il en soit ainsi2 car mesure qu'une donne est plus gnrale1 il faut parcourir moins de faits pour la rencontrer3 si elle est universelle1 on la rencontre partout2 si elle est absolue1 on ne peut pas ne pas la rencontrer4 ,c'est pourquoi1 malgr l'troitesse de notre exprience1 la mtaphysique1 j'entends la recherche des premires causes1 est possible1 la condition que l'on reste une grande hauteur1 que l'on ne descende point dans le dtail1 que l'on considre seulement les lments les plus simples de l'tre et les tendances les plus gnrales do la nature4 ,si quelqu'un recueillait les trois ou quatre grandes ides o aboutissent nos sciences1 et les trois ou quatre genres d'existence qui rsument notre univers2 s'il comparait ces deux tranges quantits qu'on nomme la dure et l'tendue1 ces principales formes ou dtermination de la quantit qu'on appelle les lois physiques1 les types chimiques et les espces vivantes1 et cette merveilleuse puissance reprsentative qui est l'esprit1 et qui1 sans tomber dans la quantit1 reproduit les deux autres et elle-mme2 s'il dcouvrait1 entre ces trois termes1 la quantit pure1 la quantit dtermine et la quantit supprime#dg1 un ordre tel que la premire appelt la seconde1 et la seconde la troisime2 s'il tablissait ainsi que la quantit pure est le commencement ncessaire de la nature1 et que la pense est le terme extrme auquel la nature est tout entire suspendue2 si ensuite1 isolant les lments de ces donnes1 il montrait qu'ils doivent se combiner comme ils sont combins1 et non autrement2 s'il prouvait enfin qu'il n'y a point d'autres d'lments1 et qu'il ne peut y en avoir d'autres1 il aurait esquiss une mtaphysique sans empiter sur les sciences positives1 et touch la source sans tre oblig de descendre jusqu'au terme de tous les ruisseaux4 ,a mon avis1 ces deux grandes oprations1 l'exprience telle que vous l'avez dcrite et l'abstraction telle que j'ai essay de la dfinir1 font elles deux toutes les ressources de l'esprit humain4 ,l'une est la direction pratique1 l'autre la direction spculative4 ,la premire conduit considrer la nature comme une rencontre de faits1 la seconde comme un systme de lois3 employe seule1 la premire est anglaise2 employe seule1 la seconde est allemande4 ,s'il y a une place entre les deux nations1 c'est la ntre4 ,nous avons largi les ides anglaises au ,x,v,i,i,ie sicle2 nous pouvons1 au ,x,i,xe sicle1 prciser les ides allemandes4 ,notre affaire est de temprer1 de corriger1 de complter les deux esprits l'un par l'autre1 de les fondre en un seul1 de les exprimer dans un style que tout le monde entende1 et d'en faire ainsi l'esprit universel4 ,,ix ,nous sortmes4 ,comme il arrive toujours en pareil cas1 chacun des deux avait fait rflchir l'autre1 et aucun des deux n'avait persuad l'autre2 mais ces rflexions furent courtes3 devant une belle matine d'aot1 tous les raisonnements tombent4 ,les vieux murs1 les pierres ronges par la pluie souriaient au soleil levant4 ,une lumire jeune se posait sur les dentelures des murailles1 sur les festons des arcades1 sur le feuillage clatant des lierres4 ,les roses grimpantes1 les chvrefeuilles montaient le long des meneaux1 et leurs corolles tremblaient et luisaient au souffle lger de l'air4 ,les jets d'eau murmuraient dans les grandes cours silencieuses4 ,la charmante ville sortait de la brume matinale aussi pare et aussi tranquille qu'un palais de fes1 et sa robe de molle vapeur rose1 semblable une jupe ouvrage de la renaissance1 tait bossue par une broderie de clochers1 de clotres et de palais1 chacun encadr dans sa verdure et dans ses fleurs4 ,les architectures de tous les ges mlaient leurs ogives et leurs trfles1 leurs statues et leurs colonnes2 le temps avait fondu leurs teintes2 le soleil les unissait dans sa lumire1 et la vieille cit semblait un crin o tous les sicles et tous les gnies avaient pris soin tour tour d'apporter et de ciseler leur joyau4 ,au dehors1 la rivire coulait pleins bords en larges nappes d'argent reluisantes4 ,les prairies regorgeaient de hautes herbes1 les faucheurs y entraient jusqu'au-dessus du genou4 ,les boutons-d'or1 les reines-des-prs par myriades1 les gramines penches sous le poids de leur tte gristre1 les plantes abreuves par la rose de la nuit1 avaient pullul dans la riche terre plantureuse4 ,il n'y a point de mot pour exprimer cette fracheur de teintes et cette abondance de sve4 ,a mesure que la grande ligne d'ombre reculait1 les fleurs apparaissaient au jour brillantes et vivantes4 ,a les voir virginales et timides dans ce voile dor1 on pensait aux joues empourpres1 aux beaux yeux modestes d'une jeune fille qui pour la premire fois met son collier de pierreries4 ,autour d'elles comme pour les garder1 des arbres normes1 vieux de quatre sicles1 allongeaient leurs files rgulires2 et j'y trouvais une nouvelle trace de ce bon sens pratique qui a accompli des rvolutions sans commettre de ravages1 qui1 en amliorant tout1 n'a rien renvers2 qui a conserv ses arbres comme sa constitution1 qui a lagu les vieilles branches sans abattre le tronc2 qui seul aujourd'hui1 entre tous les peuples1 jouit non-seulement du prsent1 mais du pass4 ,,fin4 99 99 99 99 99 ,,notes3 #a ,it is certain1 then1 that a part of our notion of a body consists of the notion of a number of sensations of our own1 or of other sentient beings1 habitually occuring simultaneously4 ,my conception of the table at which ,i am writing is compounded of its visible form and size1 which are complex sensations of sight2 its tangible form and size1 which are complex sensations of our organs of touch and of our muscles2 its weight1 which is also a sensation of touch and of the muscles2 its colour1 which is a sensation of sight2 its hardness1 which is a sensation of the muscles2 its composition1 which is another word for all the varieties of sensation which we receive under various circumstances from the wood of which it is made2 and so forth4 ,all or most of these various sensations frequently are1 and1 as we learn by experience1 always might be experienced simultaneously1 or in many different orders of succession1 at our own choice3 and hence the thought of any one of them makes us think of the others1 and the whole becomes mentally amalgamated into one mixed state of consciousness1 which1 in the language of the school of ,locke and ,hartley1 is termed a complex idea4 #b ,for1 as our conception of a body is that of an unknown exciting cause of sensations1 so our conception of a mind is that of an unknown recipient1 or percipient1 of them2 and not of them alone1 but of all our other feelings4 ,as body is the mysterious something which excites the mind to feel1 so mind is the mysterious something which feels and thinks4 ,it is unnecessary to give in the case of mind1 as we gave in the case of matter1 a particular statement of the sceptical system by which its existence as a ,thing in itself1 distinct from the series of what are denominated its states1 is called in question4 ,but it is necessary to remark1 that on the inmost nature of the thinking principle1 as well as on the inmost nature of matter1 we are1 and with our faculties must always remain entirely in the dark4 ,all which we are aware of1 even in our own minds1 is 7in the words of ,mr4 ,mill7 a certain thread of consciousness2 a series of feelings1 that is1 of sensations1 thoughts1 emotions1 and volitions1 more or less numerous and complicated4 #c ,feelings1 states of consciousness4 #d ,every attribute of a mind consists either in being itself affected in a certain way1 or affecting other minds in a certain way4 ,considered in itself1 we can predicate nothing of it but the series of its own feelings4 ,when we say of any mind1 that it is devout1 or superstitions1 or meditative1 or cheerful1 we mean that the ideas1 emotions1 or volitions implied in those words1 form a frequently recurring part of the series of feelings1 or states of consciousness1 which fill up the sentient existence of that mind4 ,in addition1 however1 to those attributes of a mind which are grounded on its own states of feeling1 attributes may also be ascribed to it1 in the same manner as to a body1 grounded on the feelings which it excites in other minds4 ,a mind does not1 indeed1 like a body1 excite sensations1 but it may excite thoughts or emotions4 ,the most important example of attributes ascribed on this ground1 is the employment of terms expressive of approbation of blame4 ,when1 for example1 we say of any character1 or 7in other words7 of any mind1 that it is admirable1 we mean that the contemplation of it excites the sentiment of admiration2 and indeed somewhat more1 for the word implies that we not only feel admiration1 but approve that sentiment in ourselves4 ,in some cases1 under the semblance of a single attribute1 two are really predicated3 one of them1 a state of the mind itself1 the other1 a state with which other minds are affected by thinking of it4 ,as when we say of any one that he is generous1 the word generosity expresses a certain state of mind1 but being a term of praise1 it also expresses that this state of mind excites in us another mental state1 called approbation4 ,the assertion made1 therefore1 is twofold1 and of the following purport3 ,certain feelings form habitually a part of this person's sentient existence2 and the idea of those feelings of his excites the sentiment of approbation in ourselves or others4 #e ,take the following example3 ,a generous person is worthy of honour4 ,who would expect to recognize here a case of coexistence between phenomena8 ,but so it is4 ,the attribute which causes a person to be termed generous1 is ascribed to him on the ground of states of his mind1 and particulars of his conduct3 both are phenomena2 the former are facts of internal consciousness1 the latter1 so far as distinct from the former1 are physical facts1 or perceptions of the senses4 ,worthy of honour1 admits a similar analysis4 ,honour1 as here used1 means a state of approving and admiring emotion1 followed on occasion by corresponding outward acts4 ,worthy of honour connotes all this1 together with our approval of the act of showing honour4 ,all these are phenomena1 states of internal consciousness1 accompanied or followed by physical facts4 ,when we say1 ,a generous person is worthy of honour1 we affirm coexistence between the two complicated phenomena connoted by the two terms respectively4 ,we affirm1 that wherever and whenever the inward feelings and outward facts implied in the word generosity have place1 then and there the existence and manifestation of an inward feeling1 honour1 would be followed in our minds by another inward feeling1 approval4 #f ,selon les logiciens idalistes1 on dmle cet tre en consultant cette notion1 et l'ide dcompose met l'essence nu4 ,selon les logiciens classificateurs1 on atteint cet tre en logeant l'objet dans son groupe1 et l'on dfinit cette notion en nommant le genre voisin et la diffrence propre4 ,les uns et les autres s'accordent croire que nous pouvons saisir l'essence4 #g ,an essential proposition1 then1 is one which is purely verbal2 which asserts of a thing under a particular name only what is asserted of it in the fact of calling it by that name2 and which therefore either gives no information1 or gives it respecting the name1 not the thing4 ,non-essential1 or accidental propositions1 on the contrary1 may be called ,real ,propositions1 in opposition to ,verbal4 ,they predicate of a thing some fact not involved in the signification of the name by which the proposition speaks of it2 some attribute not connoted by that name4 #h ,the definition1 they say2 unfolds the nature of the thing3 but no definition can unfold its whole nature2 and every proposition in which any quality whatever is predicated of the thing1 unfolds some part of its nature4 ,the true state of the case we take to be this4 ,all definitions are of names1 and of names only2 but1 in some definitions1 it is clearly apparent1 that nothing is intended except to explain the meaning of the word2 while in others1 besides explaining the meaning of the word1 it is intended to be implied that there exists a thing1 corresponding to the word4 #i ,the definition above given of a triangle1 obviously comprises not one1 but two propositions1 perfectly distinguishable4 ,the one is1 ,there may exist a figure bounded by three straight lines2 the other1 ,and this figure may be termed a triangle4 ,the former of these propositions is not a definition at all2 the latter is a mere nominal defition1 or explanation of the use and application of a term4 ,the first is susceptible of truth or falsehood1 and may therefore be made the foundation of a train of reasoning4 ,the latter can neither be true nor false2 the only character it is susceptible of is that of conformity to the ordinary usage of language4 #aj ,the mortality of ,john1 ,thomas and company is1 after all1 the whole evidence we have for the mortality of the duke of ,wellington4 ,not one iota is added to the proof by interpolating a general proposition4 ,since the individual cases are all the evidence we can possess1 evidence which no logical form into which we choose to throw it can make greater than it is2 and since that evidence is either sufficient in itself1 or1 if insufficient for the one purpose1 cannot be sufficient for the other2 ,i am unable to see why we should be forbidden to take the shortest cut from these sufficient premisses to the conclusion1 and constrained to travel the high priori road1 by the arbitrary fiat of logicians4 #aa ,all inference is from particulars to particulars3 ,general propositions are merely registers of such inferences already made1 and short formulae for making more3 ,the major premiss of a syllogism1 consequently1 is a formula of this description3 and the conclusion is not an inference drawn from the formula1 but an inference drawn according to the formula3 the real logical antecedent1 or premisses1 being the particular facts from which the general proposition was collected by induction4 ,those facts1 and the individual instances which supplied them1 may have been forgotten2 but a record remains1 not indeed descriptive of the facts themselves1 but showing how those cases may be distinguished respecting which the facts1 when known1 were considered to warrant a given inference4 ,according to the indications of this record we draw our conclusion1 which is1 to ail intents and purposes1 a conclusion from the forgotten facts4 ,for this it is essential that we should read the record correctly3 and the rules of the syllogism are a set of precautions to ensure our doing so4 #ab ,if we had sufficiently capacious memories1 and a sufficient power of maintaining order among a huge masse of details1 the reasoning could go on without any general propositions2 they are mere formulae for inferring particulars from particulars4 #ac ,for though1 in order actually to see that two given lines never meet1 it would be necessary to follow them to infinity2 yet without doing so1 we may know that if they ever do meet1 or if1 after diverging from one another1 they begin again to approach1 this must take place not at an infinite1 but at a finite distance4 ,supposing1 therefore1 such to be the case1 we can transport ourselves thither in imagination1 and can frame a mental image of the appearance which one or both of the lines must present at that point1 which we may rely on as being precisely similar to the reality4 ,now1 whether we fix our contemplation upon this imaginary picture1 or call to mind the generalizations we have had occasion to make from former ocular observation1 we learn by the evidence of experience1 that a line which1 after diverging from another straight line1 begins to approach to it1 produces the impression on our senses which we describe by the expression a bent line1 not by the expression1 a straight line4 #ad ,induction1 then1 is that operation of the mind1 by which we infer that what we know to be true in a particular case or cases1 will be true in all cases which resemble the former in certain assignable respects4 ,in other words1 ,induction is the process by which we conclude that what is true of certain individuals of a class is true of the whole class1 or that what is true at certain times will be true in similar circumstances at all times4 #ae ,we must first observe1 that there is a principe implied in the very statement of what ,induction is2 an assumption with regard to the course of nature and the order of universe3 namely1 that there are such things in nature as parallel cases2 that what happens once1 will1 under a sufficient degree of similarity of circumstances1 happen again1 and not only again1 but as often as the same circumstances recur4 ,this1 ,i say1 is an assumption1 involved in every case of induction4 ,and1 if we consult the actual course of nature1 we find that the assumption is warranted4 ,the universe1 we find1 is so constitued1 that whatever is true in any one case1 is true at all cases of a certain description2 the only difficulty is1 to find what description4 #af ,why it is that1 with exactly the same amount of evidence1 both negative and positive1 we did not reject the assertion that there are black swans while we should refuse credence to any testimony which asserted there were men wearing their heads underneath their shoulders4 ,the first assertion was more credible than the latter4 ,but why more credible8 ,so long as neither phenomenon had been actually witnessed1 what reason was there for finding the one harder to be believed than the other8 ,apparently1 because there is less constancy in the colours of animals1 than in the generai structure of their internal anatomy4 ,but how do we know this8 ,doubtless1 from experience4 ,it appears1 then1 that we need experience to inform us in what degree1 and in what cases1 or sorts of cases1 experience is to be relied on4 ,experience must be consulted in order to learn from it under what circumstances arguments from it will be valid4 ,we have no ulterior test to which we subject experience in general2 but we make experience its own test4 ,experience testifies that among the uniformities which it exhibits or seems to exhibit1 some are more to be relied on than others2 and uniformity1 therefore1 may be presumed1 from any given number of instances1 with a greater degree of assurance1 in proportion as the case belongs to a class in which the uniformities have hitherto been found more uniform4 #ag ,tome ,i1 p4 #cch1 #cdj1 #cda1 #cde1 #cea4 #ah ,the only notion of a cause1 which the theory of induction requires1 is such a notion as can be gained from experience4 ,the ,law of ,causation1 the recognition of which is the main pillar of inductive science1 is but the familiar truth1 that invariability of succession is found by observation to obtain between every fact in nature and some other fact which has preceded it2 independently of all consideration respecting the ultimate mode of production of phenomena1 and of every other question regarding the nature of ,things in themselves 4 #ai ,the real ,cause1 is the whole of these antecedents4 #bj ,the cause1 then1 philosophically speaking1 is the sum total of the conditions1 positive and negative1 taken together2 the whole of the contingencies of every description1 which being realized1 the consequent invariably follows4 #ba ,if there be any meaning which confessedly belongs to the term necessity1 it is unconditionalness4 ,that which is necessary1 that which must be1 means that which will be1 whatever supposition we may make in regard to all other things4 #bb #a ,prenons cinquante creusets de matire fondue qu'on laisse refroidir1 et cinquante dissolutions qu'on laisse vaporer2 toutes cristallisent4 ,soufre1 sucre1 alun1 chlorure de sodium1 les substances1 les tempratures1 les circonstances sont aussi diffrentes que possible4 ,nous y trouvons un fait commun et un seul1 le passage de l'tat liquide l'tat solide2 nous concluons que ce passage est l'antcdent invariable de la cristallisation4 ,voil un exemple de la mthode de concordance3 sa rgle fondamentale est que si deux ou plusieurs cas du phnomne en question n'ont qu'une circonstance commune1 celte circonstance en est la cause ou l'effet 7tome ,ier1 p4 #cif74 #bc ,prenons un oiseau qui est dans l'air et respire2 plongeons-le dans l'acide carbonique1 il cesse de respirer4 ,la suffocation se rencontre dans le second cas1 elle ne se rencontre pas dans le premier2 du reste les deux cas sont aussi semblables que possible1 puisqu'il s'agit dans tous les deux du mme oiseau et presque au mme instant2 ils ne diffrent que par une circonstance1 l'immersion dans l'acide carbonique substitue l'immersion dans l'air4 ,on en conclut que cette circonstance est un des antcdents invariables de la suffocation4 ,voil un exemple de la mthode de diffrence2 sa rgle fondamentale est que si un cas o le phnomne en question se rencontre et un cas o il ne se rencontre pas ont toutes leurs circonstances communes1 sauf une1 le phnomne a cette circonstance pour cause ou pour effet4 #bd ,prenons deux groupes1 l'un d'antcdents1 l'autre de consquents4 ,on a li tous les antcdents1 moins un1 leurs consquents1 et tous les consquents1 moins un1 leurs antcdents4 ,ou peut conclure que l'antcdent qui reste est li au consquent qui reste4 ,par exemple1 les physiciens1 ayant calcul1 d'aprs les lois de la propagation des ondes sonores1 quelle doit tre la vitesse du son1 trouvrent qu'en fait les sons vont plus vite que le calcul ne semble l'indiquer4 ,ce surplus ou rsidu de vitesse est un consquent et suppose un antcdent2 ,laplace trouva l'antcdent dans la chaleur que dveloppe la condensation de chaque onde sonore1 et cet lment nouveau introduit dans le calcul le rendit parfaitement exact4 ,voil un exemple de la mthode des rsidus4 ,sa rgle est que si l'on retranche d'un phnomne la partie qui est l'effet de certains antcdents1 le rsidu du phnomne est l'effet des antcdents qui restent4 #be ,prenons deux faits3 la prsence de la terre et l'oscillation du pendule1 ou bien encore la prsence de la lune et le mouvement des mares4 ,pour joindre directement ces deux phnomnes l'un l'autre1 il faudrait pouvoir supprimer le premier1 et vrifier si cette suppression entranerait l'absence du second4 ,or cette suppression est1 dans l'un et l'autre de ces cas1 matriellement impossible4 ,alors nous employons une voie indirecte pour joindre les deux phnomnes4 ,nous remarquons que toutes les variations de l'un correspondent certaines variations de l'autre2 que toutes les oscillations du pendule correspondent aux diverses positions de la terre2 que toutes les circonstances des mares correspondent aux positions de la lune4 ,nous en concluons que le second fait est l'antcdent du premier4 ,voil un exemple de la mthode des variations concomitantes3 sa rgle fondamentale est que si un phnomne varie d'une faon quelconque toutes les fois qu'un autre phnomne varie d'une certaine faon1 le premier est une cause ou un effet direct ou indirect du second4 #bf ,la mthode de diffrence1 dit ,mill1 a pour fondement1 que tout ce qui ne saurait tre limin est li au phnomne par une loi4 ,la mthode de concordance a pour fondement1 que tout ce qui peut tre limin n'est point li au phnomne par une loi4 ,la mthode des rsidus est un cas de la mthode de diffrence2 la mthode des variations concomitantes en est un autre cas1 avec cette distinction qu'elle opre1 non sur les deux phnomnes1 mais sur leurs variations4 #bg ,we must separate dew from rain1 and the moisture of fogs1 and limite the application of the term to what is really meant1 which is1 the spontaneous appearance of moisture on substances exposed in the open air when no rain or visible wet is falling4 #bh ,now1 here we have analogous phenomena in the moisture which bedews a cold metal or stone when we breathe upon it2 that which appears on a glass of water fresh from the well in hot weather2 that which appears on the inside of windows when sudden rain or hail chills the external air2 that which runs down our walls when1 after a long frost1 a warm moist thaw comes on4 ,comparing these cases1 we find that they all contain the phenomenon which was proposed as the subject of investigation4 ,now all these instances agree in one point1 the coldness of the object dewed1 in comparison with the air in contact with it4 ,but there still remains the most important case of ail1 that of nocturnal dew3 does the same circumstance exist in this case8 ,is it a fact that the object dewed is colder than the air8 ,certainly not1 one would at first be inclined to say2 for what is to make it so8 ,but 444 the experiment is easy2 we have only to lay a thermometer in contact with the dewed substance1 and hang one at a little distance above it1 out of reach of its influence4 ,the experiment has been therefore made2 the question has been asked1 and the answer has been invariably in the affirmative4 ,whenever an object contracts dew1 it is colder than the air4 #bi ,here then is a complete application of the ,method of ,agreement1 establishing the fact of an invariable connexion between the deposition of dew on a surface1 and the coldness of that surface compared with the external air4 ,but which of these is cause1 and which effect8 or are they both effects of something else8 ,on this subject the ,method of ,agreement can afford us no light3 we must call in a more potent method4 ,we must collect more facts1 or1 which comes to the same thing1 vary the circumstances2 since every instance in which the circumstances differ is a fresh fact3 and especially1 we must note the contrary or negatives cases1 i4e41 where no dew is produced3 for a comparison between instances of dew and instances of no dew is the condition necessary to bring the ,method of ,difference into play4 #cj ,now1 first1 no dew is produced on the surface of polished metals1 but it is very copiously on glass1 both exposed with their faces upwards1 and in some cases the under side of a horizontal plate of glass is also dewed4 ,here is an instance in which the effect is produced1 and another instance in which it is not produced2 but we cannot yet pronounce1 as the canon of the ,method of ,difference requires1 that the latter instance agrees with the former in all its circumstances except in one2 for the differences between glass and polished metals are manifold1 and the only thing we can as yet be sure of1 is1 that the cause of dew will be found among the circumstances by which the former substance is distinguished from the latter4 #ca ,in the cases of polished metal and polished glass1 the contrast shows evidently that the substance has much to do with the phenomenon2 therefore let the substance alone be diversified as much as possible1 by exposing polished surfaces of various kinds4 ,this done1 a scale of intensity becomes obvious4 ,those polished substances are found to be most strongly dewed which conduct heat worst1 while those which conduct well1 resist dew most effectually4 #cb ,the conclusion obtained is1 that1 caeteris paribus1 the deposition of dew is in some proportion to the power winch the body possesses of resisting the passage of heat2 and that this1 therefore 7or something connected with this71 must be at least one of the causes which assist in producing the deposition of dew on the surface4 ,but if we expose rough surfaces instead of polished1 we sometimes find this law interfered with4 ,thus1 roughened iron1 especially if painted over or blackened1 becomes dewed sooner than varnished paper3 the kind of surface1 therefore1 has a great influence4 ,expose1 then1 the same material in very diversified states as to surface 7that is1 employ the ,method of ,difference to ascertain concomitance of variations71 and another scale of intensity becomes at once apparent2 those surfaces which part with their heat most readily by radiation1 are found to contract dew most copiously4 #cc ,the conclusion obtained by this new application of the method is1 that1 caeteris paribus1 the deposition of dew is also in some proportion to the power of radiating heat2 and that the quality of doing this abundantly 7or some cause on which that quality dpends7 is another of the causes which promote the deposition of dew on the substance4 ,again1 the influence ascertained to exist of substance and surface leads us to consider that of texture3 and hre1 again1 we are presented on trial with remarkable differences1 and with a third scale of intensity1 pointing out substances of a close firm texture1 such as stones1 metals1 etc41 as unfavourable1 but those of a loose one1 as cloth1 velvet1 wool1 eiderdown1 cotton1 etc41 as eminently favourable to the contraction of dew4 ,the ,method of concomitant ,variations is here1 for the third time1 had recourse to2 and1 as before1 from necessity1 since the texture of no substance is absolutely firm or absolutely loose4 ,looseness of texture1 therefore1 or something which is the cause of that quality1 is another circumstance which promotes the deposition of dew2 but this third cause resolves itself into the first1 viz4 the quality of resisting the passage of heat3 for substances of loose texture are precisely those which are best adapted for clothing or for impeding the free passage of heat from the skin into the air1 so as to allow their outer surfaces to be very cold1 while they remain warm within4 #cd ,it thus appears that the instances in which much dew is deposited1 which are very various1 agree in this1 and1 so far as we are able to observe1 in this only1 that they either radiate heat rapidly or conduct it slowly3 qualities between which there is no other circumstance of agreement1 than that by virtue of either1 the body tends to lose heat from the surface more rapidly than it can be restored from within4 ,the instances1 on the contrary1 in which no dew1 or but a small quantity of it1 is formed1 and which are also extremely various1 agree 7so far as we can observe7 in nothing1 except in not having this same property4 ,this doubt we are not able to resolve4 ,we have found that1 in every such instance1 the substance must be one which1 by its own properties or laws1 would1 if exposed in the night1 become colder than the surrounding air4 ,the coldness therefore1 being accounted for independently of the dew1 while it is proved that there is a connexion between the two1 it must be the dew which depends on the coldness2 or in other words1 the coldness is the cause of the dew4 #ce ,the law of causation1 already so amply established1 admits1 howewer1 of efficient additional corroboration in no less than three ways4 ,first1 by deduction from the known laws of aqueous vapour when diffused through air or any other gas2 and though we have not yet come to the ,deductive ,method1 we will not omit what is necessary to render the speculation complete4 ,it is known by direct experiment that only a limited quantity of water can remain suspended in the state of vapour at each degree of temperature1 and that this maximum grows less and less as the temperature diminishes4 ,from this it follows1 deductively1 that if there is already as much vapour suspended as the air will contain at its existing temperature1 any lowering of that temperature will cause a portion of the vapour to be condensed1 and become water4 ,but1 again1 we know deductively1 from the laws of heat1 that the contact of the air with a body colder than itself1 will necessary lower the temperature of the stratum of air immediately applied to its surface2 and will therefore cause it to part with a portion of its water1 which accordingly will1 by the ordinary laws of gravitation or cohesion1 attach itself to the surface of the body1 thereby constituting dew4 ,this deductive proof1 it will have been seen1 has the advantage of proving at once causation as well as coexistence2 and it has the additional advantage that it also accounts for the exceptions to the occurrence of the phenomenon1 the cases in which1 although the body is colder than the air1 yet no dew is deposited2 by shewing that this will necessarily be the case when the air is so under-supplied with aqueous vapour1 comparatively to its temperature1 that even when somewhat cooled by the contact of the colder body1 it can still continue to hold in suspension all the vapour which was previously suspended in it3 thus in a very dry summer there are no dews1 in a very dry winter no hoar frost4 #cf ,the second corroboration of the theory is by direct experiment1 according to the canon of the ,method of ,difference4 ,we can1 by cooling the surface of any body1 find in all cases some temperature 7more or less inferior to that of the surrounding air1 according to its hygrometric condition71 at which dew will begin to be deposited4 ,here1 too1 therefore the causation is directly proved4 ,we can1 it is true1 accomplish this only on a small scale2 but we have ample reason to conclude that the same operation1 if conducted in ,nature's great laboratory1 would equally produce the effect4 ,and1 finally1 even on that great scale we are able to verify the result4 ,the case is one of those rare cases1 as we have shown them to be1 in which nature works the experiment for us in the same manner in which we ourselves perform it2 introducing into the previous state of things a single and perfectly definite new circumstance1 and manifesting the effect so rapidly1 that there is not time for any other material change in the pre-existing circumstances4 ,it is observed that dew is never copiously deposited in situations much screened from the open sky1 and not at all in a cloudy night1 but if the clouds withdraw even for a few minutes1 and leave a clear opening1 a deposition of dew presently begins1 and goes on increasing4444 ,dew formed in clear intervals will often even evaporate again1 when the sky becomes thickly overcast4 ,the proof1 therefore1 is complete that the presence or absence of an uninterrupted communication with the sky causes the deposition or non-deposition of dew4 ,now1 since a clear sky is nothing but the absence of clouds1 and it is a known property of clouds1 as of all other bodies between which and any given object nothing intervenes but an elastic fluid1 that they tend to raise or keep up the superficial temperature of the object by radiating heat to it1 we see at once that the disappearance of clouds will cause the surface to cool2 so that ,nature1 in this case1 produces a change in the antecedent by definite and known means1 and the consequent follows accordingly3 a natural experiment which satisfies the requisitions of the ,method of ,difference4 #cg ,tome ,i1 page #ejj4 #ch ,tome ,,ii1 liv4 vi1 ch4 #i4 ,tome ,i1 p4 #dhg4 ,explication1 d'aprs ,liebig1 de la dcomposition1 de la respiration1 de l'empoisonnement1 etc4 ,il y a un livre entier sur la mthode des sciences morales2 je ne connais pas de meilleur trait sur ce sujet4 #ci ,tome ,,ii1 page #d4 #dj ,there exist in nature a number of permanent causes1 which have subsisted ever since the human race has been in existence1 and for an indefinite and probably an enormous length of time previous4 ,the sun1 the earth1 and planets1 with their varions constituents1 air1 water1 and the other distinguishable substances1 whether simple or compound1 of which nature is made up1 are such ,permanent ,causes4 ,they have existed1 and the effects or consequences which they were fitted to produce have taken place 7as often as the other conditions of the production met71 from the very beginning of our experience4 ,but we can give no account of the origine of the ,permanent ,causes themselves4 #da ,the resolution of the laws of the heavenly motions1 established the previously unknown ultimate property of a mutual attraction between the bodies3 the resolution1 so far as it has yet proceeded1 of the laws of crystallization1 or chemical composition1 electricity1 magnetism1 etc41 points to various polarities1 ultimately inherent in the particles of which bodies are composed2 the comparative atomic weights of different kinds of bodies were ascertained by resolving1 into more generai laws1 the uniformities observed in the proportions in which substances combine with one another2 and so forth4 ,thus although every resolution of a complex uniformity into simpler and more elementary laws has an apparent tendency to diminish the number of the ultimate properties1 and really does remove many properties from the list2 yet 7since the result of this simplifying process is to trace up an ever greater variety of differents effects to the same agents71 the further we advance in this direction1 the greater number of distinct properties we are forced to recognise in one and the same object3 the coexistences of which properties must accordingly be ranked among the ultimate generalities of nature4 #db ,why these particular natural agents existed originally and no others1 or why they are commingled in such and such proportions1 and distributed in such a manner throughout space1 is a question we cannot answer4 ,more than this3 we can discover nothing regular in the distribution itself2 we can reduce it to no uniformity1 to no law4 ,there are no means by which1 from the distribution of these causes or agents in one part of space1 we could conjecture whether a similar distribution prevails in another4 #dc ,i am convinced that any one accustomed to abstraction and analysis1 who will fairly exert his faculties for the purpose1 will1 when his imagination has once learnt to entertain the notion1 find no difficulty in conceiving that in some one for instance of the many firmaments into which sidereal astronomy now divides the universe1 events may succeed one another at random1 without any fixed law2 nor can anything in our experience1 or in our mental nature1 constitute a sufficient1 or indeed any reason for believing that this is nowhere the case4 ,the grounds1 therefore1 which warrant us in rejecting such a supposition with respect to any of the phenomena of which we have experience1 must be sought elsewhere than in any supposed necessity of our intellectual faculties4 #dd ,in distant parts of the stellar regions1 where the phenomena may be entirely unlike those with which we are acquainted1 it would be folly to affirm confidently that this general law prevails1 any more than those special ones which we have found to hold universally on our own planet4 ,the uniformity in the succession of events1 otherwise called the law of causation1 must be received not as a law of the universe1 but of that portion of it only which is within the range of our means of sure observation1 with a reasonable degree of extension to adjacent cases4 ,to extend it further is to make a supposition without evidence1 and to which1 in the absence of any ground from experience for estimating its degree of probability1 it would be idle to attempt to assign any4 #de ,voyez les seconds analytiques1 si suprieurs aux premiers3 ,greek3 hoi aitioon kai protiroon #df ,un fait1 me disait un physicien minent1 est une superposition de lois4 #dg ,die aufgehobene quantitt4 99 99 99 99 99 _/ ,,table ,,des ,,mati,,res ,,pr,,face4 ,i4 ,la philosophie en ,angleterre--,organisation de la science positive4--,absence des ides gnrales4 ,,ii4 ,pourquoi la mtaphysique manque4--,autorit de la religion4 ,,iii4 ,indices et clats de la pense libre4--,l'exgse nouvelle4--,stuart ,mill4--,ses oeuvres4--,son genre d'esprit4 --,a quelle famille de philosophes il appartient4--,valeur des spculations suprieures dans la civilisation humain4 ,i4--,,exposition4 ,i4 ,objet de la logique4--,en quoi elle se distingue de la psychologie et de la mtaphysique4 ,,ii4 ,ce que c'est qu'un jugement4--,ce que nous connaissons du monde extrieur et du monde intrieur4--,tout l'effort de la science est d'ajouter ou de lier un fait un fait4 ,,iii4 ,thorie de la dfinition4--,en quoi cette thorie est importante4--,rfutation de l'ancienne thorie4--,il n'y a pas de dfinition des choses1 mais des dfinitions des noms4 ,,iv4 ,thorie de la preuve4--,thorie ordinaire4 ,rfutation4--,quelle est dans un raisonnement la partie probante4 ,v4 ,thorie des axiomes4--,thorie ordinaire4--,rfutation4--,les axiomes ne sont que des expriences d'une certaine classe4 ,,vi4 ,thorie de l'induction4--,la cause d'un fait n'est que son antcdent invariable4--,l'exprience seule prouve la stabilit des lois de la nature4--,en quoi consiste une loi4--,par quelles mthodes on dcouvre les lois4--,la mthode des concordances1 la mthode des diffrences1 la mthode des rsidus1 la mthode des variations concomitantes4 ,,vii4 ,exemples et applications4--,thorie de la rose4 ,,viii4 ,la mthode de dduction4--,son domaine4--,ses procds4 ,,ix4 ,comparaison de la mthode d'induction et de la la mthode de dduction4--,emploi ancien de la premire4--,emploi moderne de la seconde4--,sciences qui rclament la premire4--,sciences qui rclament la seconde4--,caractre positif de l'oeuvre de ,mill4--,ligne de ses prdcesseurs4 ,x4 ,limites de notre science4--,il n'est pas certain que tous les vnements arrivent selon des lois4--,le hasard dans la nature4 ,,ii4--,,discussion4 ,i4 ,concordance de cette doctrine et de l'esprit anglais4--,liaison de l'esprit positif et de l'esprit religieux4--,quelle facult ouvre le monde des causes4 ,,ii4 ,qu'il n'y a ni substances ni forces1 mais seulement des faits et des lois4--,nature de l'abstraction4--,rle de l'abstraction dans la science4 ,,iii4 ,thorie de la dfinition4--,elle est l'expos des abstraits gnrateurs4 ,,iv4 ,thorie de la preuve4--,la partie probante du raisonnement est une loi abstraite4 ,v4 ,thorie des axiomes4--,les axiomes sont des relations d'abstraits4--,ils se ramnent l'axiome d'identit4 ,,vi4 ,thorie de l'induction4--,ses procds sont des liminations ou abstractions4 ,,vii4 ,les deux grandes oprations de l'esprit1 l'exprience et l'abstraction4--,les deux grandes apparences des choses1 les faits sensibles et les lois abstraites4--,pourquoi nous devons passer des premiers aux secondes4--,sens et porte de l'axiome des causes4 ,,viii4 ,il est possible de connatre les lments premiers4--,erreur de la mtaphysique allemande4--,elle a nglig la part du hasard et les perturbations locales4--,ce qu'une fourmi philosophe pourrait savoir4--,ide et limites d'une mtaphysique4--,position de la mtaphysique chez les trois nations pensantes4--,une matine ,oxford4 _/