,,la ,,philosophie ,,sociale ,,dans ,,le ,,th,,tre ,d',,ibsen ,,par ,,ossip-,,louri ,laurat de l',institut4 ,docteur de la ,facult des ,lettres de l',universit de ,paris1 ,membre de la ,socit de ,philosophie de l',universit de ,saint-,ptersbourg4 ,se possder pour se donner4 ,,paris #aijj 99 99 99 99 99 ,a ,m4 ,,emile ,,zola ,,tr,s ,,honor ,,ma,,tre1 ,vous avez le premier introduit en ,france le thtre d',henrik ,ibsen4 ,ce n'est pas la seule raison pour laquelle j'inscris votre nom sur la premire page de mon travail4 ,il y a deux ans1 j'ai eu l'honneur d'tre charg par un groupe d'crivains trangers de vous transmettre l'expression de leur profonde admiration pour l'oeuvre de justice et d'quit dont vous veniez de jeter les premiers jalons4 ,par votre campagne1 terrible et sublime1 vous avez prouv que la conception gnrale des drames d',ibsen n'est point une chimre3 ,la solution du problme social de l'humanit s'obtient par le rveil de la conscience et de la volont individuelles4 ,veuillez me conserver1 je vous prie1 ,matre1 votre bienveillance4 ,,ossip-,,louri4 99 99 99 99 99 ,,introduction ,i ,ce n'est pas le thtre d',henrik ,ibsen que je me propose d'tudier dans ce volume2 mon but1 c'est de dgager la philosophie sociale qu'il renferme4 ,les pices d',ibsen sont moins des productions dramatiques que des essais philosophiques touchant les questions vitales de l'humanit4 ,l'action y joue une importance secondaire1 les incidents sont forcs1 inattendus1 brusques2 l'intrt principal rside dans le conflit des ides4 ,l'auteur ne se soucie gure de l'appareil thtral1 il ne prend mme pas la peine de dessiner nettement les positions rciproques de ses hros4 ,le spectateur n'assiste pas aux vnements1 aux actions des personnages en scne1 mais leurs rflexions1 leurs penses1 leurs aspirations sont toujours prsentes et vivantes4 ,leurs caractres1 leurs passions ne se traduisent pas par des gestes1 par des attitudes1 par des mouvements1 mais se rvlent par une analyse psycho-philosophique4 ,le thtre d',ibsen est une succession de prceptes o la psychologie de l'individu comme celle de la socit fait disparatre le droulement progressif de l'action4 ,l'auteur analyse minutieusement les mouvements d'me1 les crises de conscience1 de passion1 de pense2 il tudie les rvolutions morales individuelles1 l'antagonisme entre l'individu et la socit1 les mensonges et les prjugs sociaux4 ,le thtre d',ibsen est1 avant tout1 un thtre d'ides4 ,m4 ,max ,nordau1 tout en constatant qu',ibsen a cr quelques figures d'une vrit et d'une richesse telles qu'on n'en trouve pas chez un second pote depuis ,shakespeare#a1 prtend que le dramaturge norvgien est incapable d'laborer une seule ide nette1 de comprendre un seul des mots d'ordre qu'il pique et l dans ses pices1 de tirer des prmisses les consquences justes#b4 ,certes1 les sots seuls admirent tout dans un crivain estim#c1 mais le savant auteur de la ,psychologie du gnie et du talent#d force un peu trop sa plume satirique en affirmant qu' ,ibsen ne comprend pas un seul des mots d'ordre qu'il pique et l dans ses pices4 ,on peut considrer certaines de ses pices comme absolument trangres l'art dramatique2 dire qu'elles manquent d'ides1 c'est ne pas vouloir les comprendre4 ,il se peut que l'ide de telle ou telle pice soit un peu embrume1 mais il faut considrer le thtre d',ibsen en bloc4 ,alors nous avons devant les yeux un imposant monument de la pense moderne4#e ,ibsen ne s'impose pas tout de suite4 ,lorsqu'on voit ou qu'on lit pour la premire fois une de ses pices1 l'impression est puissante1 mais confuse2 elle veille dans le spectateur ou le lecteur des motions fortes1 mais indcises2 ce n'est qu'aprs une longue analyse qu'on en dtermine l'ide4 ,quelles que puissent tre les erreurs qu'on trouve dans son oeuvre1 comme dans celles de tant d'autres crivains1 l'impression gnrale est grande et profonde1 l'motion qui en jaillit n'est pas affective mais crbrale2 une atmosphre frache de pense enveloppe ses personnages2 ils forment tout un organisme social1 toute une philosophie4 ,ce n'est pas de la spculation abstraite1 ce n'est pas de la philosophie construite1 c'est de la philosophie vcue4 ,les hros d',ibsen ne jettent pas profusion les sophismes comme un ciment dans l'intervalle des vrits1 par lesquels on difie les grands systmes de philosophie qui ne tiennent que par le mortier de la sophistique2#f mais si l'esprit de systme leur fait dfaut et aussi l'art des ordonnances symtriques1 ce ne sont point certes des ides1 des penses qui leur manquent4 ,et les systmes de philosophie sont des penses vivantes#g affirme l'un des plus nobles penseurs modernes4 ,nous sommes loin des temps o la philosophie tait le domaine d'une poigne de privilgis4 ,aujourd'hui nous admettons qu'il n'y a point de castes dans l'intelligence humaine4 ,il n'y a point des hommes qui sont le vulgaire1 d'autres hommes qui sont les philosophes4 ,tout homme porte en lui-mme le vulgaire et le philosophe4#h ,la philosophie n'est pas le fruit d'un syllogisme4 ,il ne faut faire dpendre la philosophie d'aucun systme1 d'aucune mthode4 ,mon dessein1 dit ,descartes1 n'est pas d'enseigner la mthode que chacun doit suivre pour bien conduire sa raison1 mais seulement de faire voir en quelle sorte j'ai tch de conduire la mienne4#i ,la philosophie n'existe et ne se dveloppe que dans l'esprit de l'homme4 ,les ides les plus profondes1 les investigations les plus senses resteraient lettre morte sans la vivification que leur communique l'esprit du penseur4 ,c'est lui seul qui cre la valeur des ides philosophiques4 ,la philosophie n'est que la manifestation de l'esprit indpendant1 aspirant se faire--par la critique gnrale--une conception personnelle de l',univers4 ,ibsen nous montre1 dans son thtre1 quelle est sa contemplation du ,monde1 comment il envisage les hommes et les choses1 quel est l'enseignement qu'il tire de la vie1 car c'est la vie seule qui l'intresse2 ce qui le proccupe1 c'est l'ternelle contradiction de la vie1 c'est la lutte entre l'idal et le rel4 ,quel est le pch qui mrite l'indulgence8 ,quelle est la faute qu'on peut doucement effacer8 ,jusqu' quel point la responsabilit1 cette charge qui pse sur la race entire1 obre-t-elle le lot d'un de ses rejetons8 ,quelle dposition1 quel tmoignage admettre quand tout le monde est au banc des intresss8 ,sombre et troublant mystre1 qui pourra jamais t'claircir6 ,toutes les mes devraient trembler et gmir1 et il n'en est pas une entre mille qui se doute de la dette accumule1 de l'engagement crasant n de ce seul petit mot3 la ,vie4#aj ,,ii ,le thtre est un art qui se propose de peindre la vie humaine4 ,ibsen ne se borne pas peindre la vie et les hommes1 il est aussi un remueur d'ides4 ,dans une lettre qu'il m'a fait l'honneur de m'adresser1 il s'exprime ainsi3 ,je vous prie de vous rappeler que les ,penses jetes par moi sur le papier ne proviennent ni en forme ni en contenu de moi-mme1 mais de mes personnages dramatiques qui les prononcent4#aa ,mais ,ibsen a beau dire3 ,j'ai essay de dpeindre hommes et femmes2 ce sont eux qui parlent et non pas moi1 son me et sa pense sont toujours prsentes dans son thtre4 ,aucun auteur ne peut faire disparatre sa personnalit de son oeuvre4 ,je ne connais pas d'crivain moderne qui ait pu ou su se cacher dans son oeuvre2 ,flaubert qui poussait presque jusqu' la manie le souci de rserver sa personnalit1 y est tout entier4444 ,dans les oeuvres1 en apparence impersonnelles1 on peut dcouvrir les raisons intimes des prfrences de l'auteur1 les motifs pour lesquels entre les mots du discours1 il choisit ceux-ci plutt que ceux-l4#ab ,certes1 ,ibsen est avant tout artiste1 pote1 mais le pote est un monde enferm dans un homme4#ac ,le monde dont le pote nous prsente les types1 se condense en se rflchissant dans sa pense2 il emprunte la marque particulire de son moi et sa physionomie en devient plus saillante4 ,l'artiste1 pur artiste1 le pote1 exclusivement pote1 ne se rendant aucun compte de lui-mme lui-mme1 incapable d'analyser le monde qu'il peint1 ses penses1 ses ides1 est un tre chimrique4444 ,il y a longtemps qu'on ne croit plus ce ,la ,fontaine dont on disait autrefois qu'il produisait des fables comme les pommiers produisent des pommes1 c'est--dire sans effort et par le seul penchant de la nature4 ,le ,lac immortel de ,lamartine n'est point sorti du cerveau du pote comme ,vnus de l'cume des mers4 ,l'inspiration ne dispense pas les potes les plus nafs d'un travail de la pense4 ,platon qui dit3 ,quand le pote est assis sur le trpied de la muse1 il n'est plus matre de lui-mme1 ,platon ajoute3 ,lorsque le pote chante1 les grces et les ,muses lui rvlent souvent la ,vrit4#ad ,grces ou ,muses1 conscience intrieure ou analyse de l'esprit1 le fait est que l'artiste1 le pote sait et comprend ce qu'il fait2 la vrit se rvle lui4 ,le pote qui chante la grandeur de l',univers possde sa manire de le comprendre2 l'homme qui dpeint les crises de la conscience humaine1 en possde certainement une2 celui qui nous prsente le caractre de deux individus peut ne pas nous dire o vont ses sympathies2 il lui est impossible de ne pas le faire voir4 ,ibsen a beau dire3 ,ai-je russi faire une bonne pice et des personnages vivants8 ,voil la grande question1#ae son me et sa pense1 je le rpte1 sont prsentes dans son oeuvre1 et son esprit aussi4 ,ibsen ne fait que philosopher4 ,il serait peut-tre embarrass de dire si la philosophie a pour objet la dcouverte de l'existence absolue1 d'o les sciences doivent tre dduites leur tour2#af ou si son objet est la systmatisation et la coordination des sciences4#ag ,il n'est pas philosophe de profession2 son gnie n'a pas de systme4 ,le gnie1 au sens le plus tendu du mot1 c'est la fcondit de l'esprit1 c'est la puissance d'organiser des ides1 des images ou des signes1 spontanment1 sans employer les procds lents de la pense rflchie1 les dmarches successives du raisonnement discursif4#ah ,mais une philosophie ne se compose pas simplement de faits1 d'images1 d'ides et d'observations1 il faut ces faits1 ces ides1 une liaison1 il faut que l'esprit en saisisse les connexions et les rapports1 d'o se dduit la vrit philosophique1 l'unit scientifique4 ,c'est prcisment cette liaison que je m'impose de dterminer dans le thtre d',ibsen4 ,comme l'a si bien dit ,m4 ,emile ,boutroux#ai1 propos de mon ouvrage ,la ,philosophie de ,tolsto1 je cherche moins les doctrines mthodiquement dduites par les philosophes de profession que les penses nes en quelque sorte spontanment dans les mes d'lite au contact de la vie et des ralits2 je vise moins expliquer le dtail des doctrines qu' en dcouvrir l'unit et en marquer l'esprit4 ,le but de cet ouvrage est d'tablir une harmonie dans les ides que le pote norvgien met dans ses drames1 de les dvelopper1 de leur donner une forme synthtique4 ,ai-je russi8 ,feci quod potui4 ,la conscience de l'crivain doit tre tranquille ds qu'il a prsent comme certain ce qui est certain1 comme probable ce qui est probable1 comme possible ce qui est possible4#bj ,avant de passer aux hros d',ibsen1 jetons un regard sur sa propre vie3 l'homme nous fera mieux comprendre le penseur4 ,,notes3 #a ,dgnrescence1 t4 ,,ii1 p4 #agf4 ,traduction franaise4 ,paris1 ,f4 ,alcan4 #b ,ibid4 p4 #bia4 #c ,voltaire4 ,candide1 p4 #ajj4 #d ,voir notre analyse de cet ouvrage1 ,revue philosophique1 fvrier #ahih4 #e ,auguste ,ehrhard4 ,henrik ,ibsen et le thtre contemporain1 p4 #b4 #f ,anatole ,france4 ,l',abb ,grme ,coignard1 p4 #ab4 #g ,emile ,boutroux4 ,etudes d'histoire de la philosophie1 p4 #i4 ,paris1 ,f4 ,alcan4 #h ,j4 ,jaurs4 ,de la ralit du monde sensible1 p4 #b4 ,paris1 ,f4 ,alcan4 #i ,oeuvres de ,descartes4 ,discours de la mthode1 dition de ,victor ,cousin1 p4 #abd4 #aj ,ibsen4 ,brand4 #aa ,kun beder jeg ,demerindre1 at de i mine ,skuespil fremkastede ,tanker hidrrer fra mine dramatiske ,personer1 der dtaler dem1 og ikke i ,form eller ,indhold ligefrem fra mig44444 ,lettre date de ,christiania1 #ai fvrier #ahii4 #ab ,edouard ,rod4 ,nouvelles tudes sur le ,x,i,xe sicle1 p4 #ade et #adf4 #ac ,victor ,hugo1 ,la ,lgende des sicles1 ,,xlvii4 #ad ,platon4 ,lois1 liv4 ,,iii et ,,iv4 #ae ,m4 ,prozor4 ,prface la trad4 fr4 du ,petit ,eyolf1 p4 xxv4 #af ,hegel4 #ag ,auguste ,comte4 #ah ,g4 ,sailles4 ,le ,gnie dans l'art1 p4 #b4 #ai ,sance de l',acadmie des sciences morales et politiques1 #bc juillet #ahii4 ,travaux de l',acadmie1 novembre #ahii1 p4 #dhf et suiv4 #bj ,renan4 ,l',antchrist1 prface1 p4 vii4 99 99 99 99 99 ,,la ,,vie ,d',,henrik ,,ibsen ,la philosophie n'est pas une science comme une autre2 il y reste toujours un lment personnel qu'on ne saurait ngliger4 ,toute philosophie porte le nom d'un homme4 ,,challemel-,,lacour1 ,philosophie individualiste1 p4 ii4 ,,chapitre ,,premier ,l'enfance d',ibsen4 ,la pharmacie de ,grimstad4 ,la rvolution hongroise4 ,christiania4 ,l'cole de ,helmberg4 ,la premire pice d',ibsen1 ,catilina4 ,ibsen1 rdacteur d',andrimmer4 ,ses premires posies4 ,ibsen1 metteur en scne du thtre de ,bergen 7#ahea-aheg7 et directeur du thtre de ,christiania 7#aheg-ahfb74 ,son mariage4 ,la comdie de l',amour4 ,le subside1 le ,digter gage1 du ,storthing norvgien4 ,la guerre entre le ,danemark et la ,prusse4 ,l'exil4 #ahbh-ahfd4 ,i ,henrik ,ibsen naquit1 le #bj mars #ahbha ,skien1 province de ,tlemarken o son bisaeul1 d'origine danoise1 tait venu s'tablir en #agbf4 ,patrie de ,lammers1 clbre orateur protestant dont les prdications enflammes crrent un grand mouvement religieux en ,norvge1 ,skien est considr comme le foyer du pitisme luthrien4 ,le pre du dramaturge1 commerant ais1 avait un caractre expansif2 sa mre tait austre1 d'humeur silencieuse1 taciturne4 ,la famille jouissait d'une considration particulire dans cette petite ville de province4 ,notre maison1 crit ,ibsen1 tait situe prs de l'glise1 remarquable par sa haute tour1 droite se trouvait une potence2 gauche1 l'htel de ville1 la prison avec un asile d'alins et deux coles4 ,partout des maisons1 aucune verdure1 aucun horizon libre4 ,mais dans l'air1 un bruit sourd et formidable mugissait sans cesse2 il ressemblait tantt des gmissements1 tantt de lugubres lamentations3 c'tait le murmure des cascades et le chant plaintif des scieries qui se trouvaient en dehors de la ville4 ,quand plus tard je lisais des histoires sur la guillotine1 je pensais toujours ces scieries4 ,l'glise tait le plus joli btiment de la ville4 ,ce qui proccupait surtout mon imagination1 c'tait la lucarne1 au bas du clocher2 elle avait pour moi un sens mystrieux2 la premire impression consciente qu'elle produisit sur moi ne s'efface pas de ma mmoire4 ,je me rappelle1 un jour1 ma bonne me conduisit l'glise et me tenant entre ses mains me mit dans la lucarne4 ,ce fut pour moi un blouissement trange4444 ,j'ai vu les passants1 j'ai vu notre maison et les stores de nos fentres2 j'ai aperu aussi manire4444 ,tout coup un tumulte 444 on me fait des signes de l-bas4444 ,lorsque je suis descendu1 j'ai appris que ma mre m'apercevant dans la lucarne se mit crier et tomba sans connaissance4 ,ds qu'elle me revit1 elle commena pleurer1 m'embrasser4 ,quand plus tard1 dans ma jeunesse1 je traversais la place1 je levais toujours mon regard vers cette lucarne et il me semblait qu'un lien mystrieux existait entre elle et moi4 ,en #ahcf1--le jeune ,henrik avait huit ans--ses parents furent ruins par une catastrophe commerciale4 ,cette ruine changea compltement la situation de la famille ,ibsen2 elle quitta ,skien1 une misrable habitation succda la riche demeure4 ,la transformation produisit une impression profonde sur le futur dramaturge2 il s'enfonait en lui-mme1 vitait la socit1 recherchait la solitude4 ,tandis que ses frres cadets jouaient dans la cour1 ,ibsen1 lui1 s'enfermait dans un petit cabinet noir prs de la cuisine et y passait seul des heures et des jours4 ,il nous paraissait peu aimable1 crit la soeur d',ibsen1 et nous faisions tout notre possible pour l'empcher de s'isoler de nous4 ,nous aurions dsir qu'il jout avec nous4 ,nous frappions la porte de son cabinet noir2 lorsque nos gamineries lui faisaient perdre patience1 ,henrik ouvrait subitement sa porte et se mettait nous poursuivre1 mais pas bien fort1 car il tait de constitution faible4 ,et immdiatement aprs1 il s'enfermait de nouveau dans sa solitude4 ,isol1 il lisait beaucoup de vieux livres de marine1 que possdait son pre1 il aimait aussi faire des tours de passe-passe1 peindre ou dcouper avec du papier des figures1 des groupes1 etc4 ,en #ahdb1 la famille d',ibsen revint ,skien et l'auteur des ,revenants entra dans une cole dirige par des thologiens4 ,il se passionnait surtout beaucoup pour l'histoire et la thologie4 ,il se sparait rarement de la ,bible4 ,un jour1 raconte un de ses anciens camarades1 ,ibsen ayant prparer un devoir2 y rendit compte d'un songe qu'il avait fait3 ,j'tais avec des amis2 nous venions de traverser des montagnes et trs fatigus nous nous tions couchs1 comme jadis ,jacob1 sur des pierres4 ,mes compagnons s'endormirent1 moi je ne pouvais fermer l'oeil4 ,mais la fatigue prenant enfin le dessus1 je me suis endormi et j'ai fait un rve2 un ange me disait3 --,lve-toi et suis-moi6 --,o veux-tu me conduire travers ces tnbres8 lui dis-je4 --,marchons1 rpondit-il1 je dois te montrer le spectacle de la vie humaine1 telle qu'elle est1 dans toute sa ralit4 ,plein d'pouvant1 je le suivis1 et il me conduisit longtemps par des marches gigantesques4444 ,tout coup j'ai vu une grande ville morte pleine de traces de ruine et de pourriture1 c'tait tout un monde de cadavres1 les restes de la grandeur fane1 de la puissance fltrie4444 ,et une lumire ple1 comme celle des glises1 clairait cette ville morte4444 ,et mon me se remplit de terreur4444 ,et l'ange me dit tout bas3 ,ici1 vois-tu1 tout est vanit6 ,et j'ai entendu un bruit--bruit d'un orage1--puis des soupirs1 des milliers de voix humaines1 puis un rugissement de tempte1 rugissement formidable1 et les morts et les cadavres s'agitrent1 et leurs bras se tendirent vers moi4444 ,et je me suis rveill tout couvert de sueur4 ,orphelin seize ans1 ,henrik ,ibsen fut oblig pour gagner sa vie de quitter l'cole et d'accepter une place d'lve-commis dans une pharmacie ,grimstad1 petite ville de #hjj habitants1 sur les bords du ,skager-,rack qui fait communiquer la mer du ,nord avec le ,cattgat4 ,tout en prparant des pilules et des sirops1 il s'abandonnait la versification4 ,le frmissement lectrique qui parcourait alors l',europe entire et la remuait jusque dans ses fondements1 branla aussi la ,scandinavie4 ,jusqu' cette poque la ,norvge se trouvait sous l'influence du ,danemark1 mais ds #ahdg le mouvement nationaliste y devint grand2 on commena purifier le dialecte norvgien1 qui fut adopt par les crivains1 on ne donna dans les thtres que des pices nationales et ce mouvement eut sa rpercussion jusqu' la pharmacie de ,grimstad1 o le jeune pote discutait si la ,rvolution ,franaise deviendrait la ,rvolution ,universelle4 ,lorsque1 en #ahdh1 la nation hongroise1 sortant de la torpeur dans laquelle l',autriche l'avait plonge1 entama l'oeuvre de la renaissance1 lorsque aprs trois sicles de luttes contre les usurpations inhumaines1 luttes douloureuses et sanglantes1 la ,hongrie se rvolta2 lorsque le pote de son indpendance1 ,petoefi1 s'cria3 ,debout1 peuple hongrois6 une voix isole et faible mais enflamme lui rpondit des bords du ,skager-,rack1 celle d',ibsen1 qui1 dans un long pome1 surexcita les hongrois l'action1 la lutte pour la ,libert4 ,,ii ,la boutique de ,grimstad devient trop troite pour le crateur de ,brand1 il ne veut1 pas rester pharmacien1 son me aspire vers d'autres rives4444 ,en #ahej1 il entre l',universit de ,christiania4 ,en compagnie de ,bjornstjerne-,bjornson1 ,jonas ,lie1 ,vinje1--tous devenus plus tard clbres--il suivit1 pendant cinq mois le cours de ,helmberg4 ,dans sa posie le vieux ,helmberg ,bjornstjerne-,bjornson parle aussi de son camarade d'cole3 ,ple1 sec et excit1 ,ibsen est assis cachant sa figure dans sa longue barbe noire4 ,les tudes n'allaient pas trop bien4 7,ce n'est que plus tard qu',ibsen reut1 honoris causa1 le titre de docteur en philosophie1 dont l'auteur de l',ennemi du peuple est trs fier74 ,l'tude ne suffit pas pour dvelopper les germes du talent original1 c'est la vie entire qu'il faut1 une vie de combats1 de souffrances et d'preuves4 ,ibsen lisait ,shakespeare1 ,schiller1 ,goethe1 mais le livre qui eut cette poque une grande influence sur lui fut ,catilina de ,salluste4 ,la figure de ,catilina se grava dans son esprit1 veilla en lui une profonde sympathie pour les rvolts4 ,il fit une pice portant ce nom et le #bf septembre #ahej il la vit reprsente sur la scne4 ,la critique fut svre4 ,et pourtant un loge bien pes et sincre est souvent plus utile une nature dlicate que la plus juste des critiques4 ,en #ahea ,ibsen1 ,bjornstjerne-,bjornson et ,vinje entreprirent1 avec un programme trs libral1 la publication d'une revue hebdomadaire3 ,andrimmer qui disparut au bout de neuf mois4 ,c'est dans cette revue que furent publies les premires posies d',henrik ,ibsen1 une pope3 ,helge ,hundingsbane et une pice satirique ,norma4 ,je me rappelle si nettement1 comme si cela venait de s'accomplir1 ,le soir o je vis dans la feuille mes premiers vers imprims1 ,assis dans ma tannire1 lanant des spirales de fume1 ,je rvais1 je songeais1 joyeux dans mon bonheur4#b ,la mme anne le jeune dramaturge fut nomm rgisseur gnral du thtre de ,bergen qui venait d'tre fond par ,ole ,bull1 clbre violoniste norvgien4 ,il occupa cette place jusqu'en #aheg et devint alors directeur du thtre de ,christiania qui fit faillite en #ahfb4 ,c'est ,bjornson qui le remplaa ,bergen4 ,egalement en #aheg1 ,ibsen pousa ,susanne ,daae ,thoresen1 fille du pasteur de ,bergen et de madame ,magdalena ,thoresen1 femme de lettres1 d'origine danoise1 dont les ouvrages sont trs connus en ,scandinavie1 notamment ,studenten 7,etudiants7 et un grand drame ,kristtoffer ,valkendorff4 ,ce fut un mariage d'inclination4 ,l'auteur de la ,comdie de l',amour aima comme on aime quand on n'aime qu'une seule fois1 et d'un sentiment dont n'est capable qu'une grande me4 ,madame ,henrik ,ibsen est une femme suprieure4 ,elle prend l'oeuvre de son mari un trs grand intrt et elle y est pour beaucoup4 ,c'est elle qui inspire la cration de ces femmes fortes et indpendantes qui peuplent les pices d',ibsen4 ,elle est la premire personne laquelle son mari communique ses penses et lit ses drames4 ,elle aime les discuter4 ,le grand dramaturge a compris combien il gagne laisser la parole libre sa compagne et il lui en sait gr4 ,dans son volume de posies1 ,digte1 on trouve des vers que ses intimes savent tre ddis sa femme3 ,elle est la vestale qui entretient dans mon me le feu sacr jamais teint4 ,et c'est parce qu'elle ne veut point tre remercie que je lui ddie ces vers1 et je lui dis3 ,merci4 ,on prouve un grand plaisir entendre madame ,ibsen parler de l'oeuvre de son mari4 ,avec sa forte intelligence1 sa comprhension parfaite1 sa sympathie fervente et enthousiaste1 elle en est le juge et le commentateur le plus clairvoyant4 ,elle n'est pas jolie1 mais ses grands yeux noirs rayonnent de bont et sa voix de contralto est douce et caressante4 ,on raconte qu',henrik ,ibsen dit jadis de sa fiance3 ,elle n'est pas jolie1 mais intelligente et gaie4 ,madame ,ibsen tait dans sa jeunesse une trs intrpide touriste4 ,elle est d'une modestie fire et indpendante4 ,elle se soustrait avec beaucoup de discrtion aux triomphes de son mari et le laisse seul cueillir ses lauriers4 ,leur unique fils1 ,m4 ,sigurd ,ibsen1 a pass la plus grande partie de sa vie l'tranger auprs de ses parents4 ,il y a peine trois ans il a t question de crer pour lui l',universit de ,christiania une chaire de sociologie1 mais le conseil de l',universit dclina ce projet ce qui causa au vieux pote beaucoup de chagrin4 ,m4 ,sigurd ,ibsen a pous la fille ane de ,bjornson4 ,cette union de leurs enfants a rapproch un peu1 aprs une longue sparation1 les deux grands crivains norvgiens4 ,mais la forte amiti qui les liait1 il y a vingt-cinq ans1 est brise2 il n'y a plus un seul point important sur lequel ils sentent et pensent de mme4 ,leurs ides sont compltement opposes non seulement sur la politique mais aussi sur certaines questions scientifiques4 ,comme madame ,tolsto1 c'est madame ,ibsen qui s'occupe du ct matriel des oeuvres de son mari4 ,les philosophes font souvent abstraction1 non pas seulement d'intrts immdiats1 mais de tout intrt rel2 au lieu que les femmes1 toujours places au point de vue pratique1 deviennent trs rarement des rveurs spculatifs et n'oublient gure qu'il s'agit d'tres rels1 de leur bonheur ou de leurs souffrances4#c ,,iii ,christiania1 l'poque o ,ibsen prit la direction du thtre1 tait une petite ville avec toutes ses mesquineries4 ,christiania1 le plus assommant et mesquin de tout ce qui est assommant et mesquin2 ,christiania1 la cit sans style1 un trou de petite ville sans l'intimit d'une petite ville1 une capitale sans la vie d'une grande ville4 ,partout1 un prosasme sans esprance3 rien que la banalit la plus use et la plus pnible4#d ,le conflit entre les partis et les classes diffrentes de la socit y est encore aujourd'hui trs aigu4 ,nous sommes dans un pays o chacun a son titre1 o l'on ne s'adresse personne sans lui dire ,monsieur le professeur1 ,monsieur le docteur1 ,monsieur le ngociant4#e ,en aucun lieu du monde on n'est envelopp autant qu'ici de la froide austrit luthrienne4 ,il y a en ,norvge1 dit ,bjornson#f1 plus de ,thorbjoern#g que de ,arne#h4 ,les allures libres d',ibsen1 son caractre toujours en rvolte lui valurent beaucoup d'ennemis4 ,sa pice la ,comdie de l',amour#i qui fut reprsente en #ahfc fit un tapage considrable4 ,n'tant pourtant qu'un reflet exact des hypocrisies et des mensonges conventionnels de la socit1 elle fut trouve rvoltante4 ,les mdiocres natures prouvent toujours un sentiment de dfiance et d'effroi ct des natures puissantes et originales1 qu'elles sentent bien devoir un jour leur chapper4#aj ,quand1 suivant l'exemple de ,bjornson et de ,jonas ,lie1 ,ibsen1 dont la situation matrielle tait toujours prcaire1 demanda la ,chambre norvgienne1 le ,storthing1 le ,subside1 le ,digter gage1 que celle-ci alloue aux crivains de promesse1 l'un des membres de la commission du ,digter gage1 professeur l',universit de ,christiana1 rpondit que ce n'tait pas le subside que mritait l'auteur de la ,comdie de l',amour1 mais une bastonnade4 ,ce n'est que l'anne suivante1 avant de s'exiler1 qu',ibsen obtint de la ,dite norvgienne le ,digter gage4 ,en #ahfd1 lorsque clata la guerre entre le ,danemark et la ,prusse1 ,ibsen adressa un appel chaleureux ses compatriotes1 leur demandant d'aller au secours d'un peuple-frre1 mais la ,sude et la ,norvge refusrent de venir en aide au plus faible1 elles le laissrent dmembrer par le plus fort4 ,ce refus rvolta le coeur gnreux du pote1 il quitta son pays natal1 il alla ,rome demander au soleil d',italie un peu de rpit pour son me rebelle4444 ,,notes3 #a ,la mme anne que ,tolsto4 #b ,jeg mindes saa grant1 som on idag det var hoendt ,den kveld jeg saa i bladet mit frste digt p prent4 ,der sad jeg p min hybel og med dampende drag ,jeg rgte og jeg drmte i saligt selvbe hag4 7,henrik ,ibsen1 ,digte1#d47 #c ,j4-,s4 ,mill4 ,lettres indites1 p4 #bdj4 #d ,jonas ,lie4 ,arne ,garborg1 #ahic4 #e ,ibsen lui-mme met encore actuellement sur ses cartes de visite3 ,dr et on ne l'appelle que ,herr ,doctor4 #f ,synnaeve ,solbakken4 #g ,type de bourgeois rang4 #h ,type de rveur4 #i ,kjaerlighedens ,komedie4 #aj ,renan4 ,l',antchrist1 p4 #aij4 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,ii ,ibsen l'tranger3 ,italie1 ,allemagne4 ,l'inauguration du canal de ,suez4 ,voyage sur le ,nil4 ,l'indiffrence de la ,norvge envers son grand pote4 ,les souffrances morales d',ibsen4 #ahfd-ahia4 ,i ,c'est au mois de juin #ahfd qu',henrik ,ibsen arriva ,rome4 ,madame ,ibsen et son fils l'y rejoignirent l'anne suivante4 ,la ville ternelle eut sur l'exil norvgien une grande influence4 ,rome charme par l'intrt qu'elle inspire1 en excitant penser4 ,on jouit ,rome d'une existence la fois solitaire et anime qui dveloppe en nous tout ce que le ciel y a mis4#a ,les gigantesques dbris d'un monde bris nous font comprendre la vanit de l'homme et la grandeur de la pense2 on se sent en communication avec l'infini1 avec l'humanit entire4 ,le pote rvolt du nord visita la vieille rpublique de ,florence1 ce vritable berceau et foyer de la ,renaissance1 pays d'illustres exils1 spolis1 dcapits1 de ,michel-,ange1 de ,machiavel1 de ,lonard de ,vinci1 de ,dante1 ce pote souverain1 ce roi des chants sublimes1 qui1 comme un aigle plane sur la tte des autres potes4#b ,ibsen vit ,arezzo1 la patrie de ,ptrarque2 il admira la belle cathdrale de ,milan1 cette montagne de marbre blanc1 sculpte1 cisele1 dcoupe jour1 d'un symbolisme divin6 ,il vit ,venise1 la ville du silence1 et la morne ,pise1 frappe de la terrible maldiction de ,dante3 ,ahi ,pisa1 vituperio delle genti4#c ,le lac de ,lugano1 ce golfe resserr entre deux monts rappelait au pote ,scandinave un de ces fjords allongs dont sont dchiquetes les ctes de son pays natal4 ,a ,gnes1 il aimait marcher par la route fleurie de la ,corniche1 qui1 pleine d'orangers en fleurs1 de cdrats1 de palmiers1 suit le contour de la rive2 au-dessous de soi1 des milliers de pieds1 on voit la mer1 la mer immense1 qui semble une surface bleue immobile1 mais qu'on sent anime et vers laquelle se porte incessamment le regard comme vers tout ce qui dcle la vie1 la vie que l'homme aspire1 la vie ternelle6 ,c'est l qu',ibsen comprit que1 le monde est1 d'un bout l'autre1 une vision extraordinaire1 et qu'il faut tre aveugle pour n'en tre pas bloui4#d ,mais c'est surtout dans la grandeur triste de ,rome qu'il se retrouvait lui-mme4 ,rome tablit un accord harmonieux entre la majest des ruines du pass et celle de l'avenir de l'me humaine4 ,et1 dans le silence pur de la lumire d',italie1 ,ibsen crivit ,brand#e1 en #ahff1 aprs plusieurs drames romantiques1 alors que les rvoltes grondaient dans son coeur2 puis1 en #ahfg1 ,peer ,gynt1 qui aspire dj vers des temps plus doux4 ,henrik ,ibsen resta en ,italie jusqu'en #ahfh2 il en emporta avec lui1 pour toujours1 l'amour de la nature et des arts4 ,de l',italie1 il alla ,munich1 ,dresde1 ,berlin4 ,,ii ,rien de plus intressant que le mouvement intellectuel de ces annes1 en ,europe4 ,des hommes suprieurs parlent1 crivent et donnent aux esprits une impulsion merveilleuse2 le champ des ides est profondment remu2 de grandes doctrines se formulent1 de graves polmiques se soulvent et rarement on vit une poque o le mouvement ft plus ardent1 plus agit1 plus rempli de promesses et d'esprances4 ,les penses d',ibsen s'largirent de plus en plus et son esprit s'ouvrit la contemplation de l',univers4 ,l'exil est une bonne cole pour les mes fortes et conscientes1 il leur enseigne la valeur morale du prcepte de ,socrate3 ,connais-toi toi-mme2 il leur apprend aussi comprendre les autres4 ,partout ,ibsen demeurait un observateur fidle de la vie et des moeurs1 et partout il vivait solitaire1 isol au milieu de ce monde souvent trop sociable4 ,son me sensitive de pote lui disait que la posie du silence est plus morale que levain bruit4 ,et son oeuvre augmente toujours4444 ,en #ahfi1 il crit l',union des jeunes4 ,la mme anne ,charles ,,xv le nomme dlgu l'inauguration du canal de ,suez4 ,aprs les ftes de ,port-,sad1 il fit un voyage de six semaines sur le ,nil et retourna l'tranger1 ,munich4 ,car la ,norvge lui resta froide4 ,la masse1 la foule1 la mdiocrit1 ne comprend pas les isols1 les lus4#f ,et pourtant l'influence d',ibsen grandit dj4#g ,certains hommes ignors de la foule exercent en ralit dans la vie une plus grande influence que ceux dont la popularit est la plus bruyante4 ,mais la vaine attente de l'approbation de ses compatriotes aigrit son me2 dans sa fire misre il reconnaissait vivement l'injustice commise envers lui par les norvgiens4 ,rien n'est plus amer que d'tre incompris6 dit ,jean-,gabriel ,borckman1 l'un des personnages de sa pice du mme nom4 ,le pote cependant ne laisse pas libre cours sa plainte4 ,les succs faciles des mdiocres le font sourire4 ,lent1 mais tenace1 il crit livre sur livre4 ,les hommes vraiment progressifs s'avancent sans fracas1 mais avec de la suite et de la continuit4 ,a celle marque se reconnat le gnie qui1 lorsqu'il le veut1 plie son obissance les obstacles mmes qui semblent devoir l'entraver4 ,la vocation1 dit ,brand#h1 est un torrent qu'on ne peut refouler1 ni barrer1 ni contredire4 ,il s'ouvrira toujours un passage vers l',ocan4 ,les foudres du clerg et de la cour n'empchaient gure ,descartes de chercher sa ,mthode4 ,la petite ,hollande tait fire de lui offrir l'hospitalit4 ,les esprits suprieurs suivent les traces glorieuses de leurs devanciers1 ils savent que les matres les plus illustres de la ,pense ont souvent connu et la tristesse de l'exil et la raillerie des mchants et mme les horreurs de la faim4444 ,leur me s'imprgne d'une tristesse amre1 mais elle demeure douce et grande1 toujours et quand mme4 ,la souffrance vivante vaut mieux que le repos sans vie4 ,un sourire d'incrdulit ddaigneuse est leur seule rponse toutes les petitesses1 toutes les flatteries4 ,l'homme de gnie ose seul contempler sans plir le visage trange des sicles1 dfier le temps1 raidir contre le flot intarissable de l'oubli une poitrine libre1 et attester devant le jugement des tnbres1 debout sur d'innombrables cercueils1 la noblesse relle de l'humanit4#i ,le gnie ne ttonne pas1 mais embrassant tout d'un coup d'oeil1 il va droit au but1 qu'il poursuit avec fermet1 et se rit des sarcasmes de la foule qui ne comprend rien ses oeuvres4 ,ibsen erra d'une ville l'autre1 toujours plein d'amertume contre ses compatriotes et plein de tendresse pour son pays4 ,jamais on ne sent mieux combien une chose nous est chre que lorsqu'on se trouve loin d'elle4 ,on songe plus au sol natal quand on ne voit pas son vague horizon2 on songe ses bls mouvants1 ses vertes prairies ou ses montagnes neigeuses1 et plus encore ses tristesses et ses douleurs1 car on participe mieux ses souffrances qu' ses joies2 on a toujours les mmes regrets et pas toujours les mmes esprances4 ,pour bien comprendre et pour bien aimer son pays1 il faut souvent en franchir la frontire4 ,enivr de tristesse et tourment de doute1 on passe1 morne et silencieux4 ,on cherche l'oubli sous le ruissellement intense du soleil tranger2 souvent1 assoiff de tendresse1 de justice1 d'idal1 on oublie la haine et1 dans le frisson d'un soir de printemps ou dans les rayons ples de l'aurore1 on rve aux cieux lointains4 ,pendant son exil volontaire de vingt-cinq ans1 ,ibsen ne cessa de demeurer un spectateur attentif de la vie norvgienne4 ,sa langue resta trs pure2 on peut en dire ce que ,georges ,brands#aj dit de celle de son compatriote ,jacobsen3 nul avant lui1 n'a su peindre ainsi avec des mots4 ,ngliger le style1 ce n'est pas aimer assez les ides qu'on veut faire adopter aux autres1#aa et c'est l le plus grand dsir d',ibsen4 ,mme dans ses posies1 qui sont trs admires en ,scandinavie1 une pense profonde est mle un lyrisme sensitif4 ,loin de la foule1 loin des masses1 il cultive sa pense1 il cisle son style4 ,s'il veut faire adopter ses ides aux autres1 il garde religieusement son moi4 ,il est une chose qu'on ne peut sacrifier3 c'est son moi1 son tre intrieur4#ab ,la popularit1 il la ddaigne4 ,la popularit6 que de gens s'imaginent qu'elle est le couronnement de la gloire6 ,ils oublient que la foule ne suit et n'acclame que ceux qui caressent ses passions1 ses colres1 ses erreurs6 ,les hommes forts ne cherchent ni popularit ni gloire1 ils ne cherchent rivaliser ni avec les uns ni avec les autres4 ,ils se crent eux-mmes un vaste domaine o ils se trouvent la fois le premier venu et le roi4 ,ils dcouvrent et rvlent tout un monde de beauts inconnues et varies l'infini dans la pense1 dans le sentiment1 dans l'image1 dans le contraste des ombres et de la lumire4 ,le bruit de la foule m'pouvante1 dit ,ibsen1 je veux prserver mes vtements de la boue des rues2 c'est en habits de fte que je veux attendre l'aurore de l'avenir4#ac ,et cette aurore est dj arrive1 car tout cde la continuit d'un sentiment nergique4 ,chaque rve finit par trouver sa forme2 il y a des ondes pour toutes les soifs1 de l'amour pour tous les coeurs4#ad ,le souffle gnreux de l'humanit pensante finit toujours par dissiper les noirs nuages2 les esprits libres finissent toujours par reconnatre leur erreur4 ,l'homme1 dit ,pascal1 n'est qu'un roseau1 le plus faible de la nature1 mais c'est un roseau pensant4 ,le solitaire de ,port-,royal aurait pu ajouter et rayonnant1 car un homme qui pense a ceci de singulier qu'il rayonne4 ,son clatant relief le fait sortir de l'ombre et le fait distinguer non seulement de la foule1 mais des autres princes de la pense dont les noms deviennent des symboles4 ,,notes3 #a ,madame de ,stal4 #b ,poeta sovrano1 ,di quel signor dell'altissimo canto1 ,che sovra gli altri1 com' aquila1 vola4 #c ,pise1 opprobre des nations4 #d ,e4 ,renan4 ,dialogues philosophiques1 p4 #aji4 #e ,dans les vieux carnets du cercle scandinave1 ,rome1 on peut lire la vive polmique qui exista un certain temps entre ,ibsen et ,bjornson relativement aux questions d'art4 ,on dcouvre dans ces carnets un dtail trs curieux4 ,l'criture d',ibsen qui fut jusqu'en #ahff d'une forme assez courante est devenue partir de cette poque trs caractristique et trs personnelle4 #f ,ibsen4 ,john-,gabriel ,borckman4 #g ,m4 ,a4 ,antoine1 directeur du ,thtre libre a1 le premier1 en ,france1 jou ,ibsen2 et cela1 l'instigation de ,m4 ,emile ,zola qui lui signala les ,revenants4 ,surviennent ensuite les reprsentations du thtre de l',oeuvre7,lugn-,po7 et les traductions de ,,mm4 de ,prozor1 de ,colleville et de ,zepelin1 ,trigaut-,geneste1 ,bertrand et de ,nevers1 de ,casanove1 ,chenevire et ,johansen1 traductions que nous avons consultes pour cet ouvrage 7voir ,bibliographie1 p4 #age74 #h ,pice d',ibsen4 #i ,camille ,mauclair4 ,confrence faite au thtre de l',oeuvre1 le #c avril #ahid4 #aj ,det modern ,gjennembruds maend4 ,copenhague1 #ahia4 #aa ,p4-,j4 ,brenger4 ,correspondance1 t4 ,,ii1 p4 #ccd4 #ab ,brand4 #ac ,posies4 #ad ,flaubert4 ,correspondance1 t4 ,,iii1 p4 #gc4 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,iii ,le retour d',ibsen en ,norvge4--,son jubil4--,sa vie actuelle4 #ahia-aijj4 ,i ,en #ahia1 ,ibsen retourna en ,norvge et son retour fut pour lui un triomphe4 ,il fut heureux de revoir le paysage baign de cette incomparable lumire du ,nord1 tout la fois si virginale et si ardente1 et les chanes de collines intrieures1 peine leves de quelques centaines de mtres1 et cependant couronnes par la neige1 comme si elles atteignaient l'altitude des sommets de la ,suisse2 il fut heureux de revoir le magnifique panorama sur le fjord de ,christiania1 parsem d'les boises1 gay par le mouvement continuel de vaisseaux qui vont se perdre au loin1 derrire de grandes montagnes toutes bleues4 ,le voil revenu de l'exil1 le vieux pote6 ,il touche du pied le sol sacr du pays aim2 et l'esprance emplit son me4 ,moment dlicieux6 ,s'il est des jours amers1 il en est de si doux6#ae ,tous les soucis1 tous les chagrins1 dont s'enfle si souvent notre coeur1 tout s'oublie2 on sourit tous 444 et l'on reste soi-mme4 ,place au soleil1 place partout qui veut tre vraiment soi-mme6#a ,au mois de mars #ahih1 la ,scandinavie entire fta la soixante-dixime anne d',henrik ,ibsen#b4 ,le monde officiel1 les penseurs1 les hommes de lettres1 la foule1 tous s'entendirent dans le mme sentiment mu4 ,et le hros de la fte1--connaissant les doux plaisirs de la ,pense1 qui1 loin de se borner au moment1 promettent des jouissances continuelles1#c demeurait silencieux parmi ces acclamations d'enthousiasme4 ,les blessures de jadis lui taient trop chres pour qu'il les oublit2 il y a des blessures qui compensent toutes les amertumes4 ,grand-croix de ,saint-,olaf1 il songea au cabinet noir de son enfance1 l'glise de sa petite ville natale1 aux dures poques de la vie o ses pices voqurent des colres et des indignations2 et les hommages presque religieux d'aujourd'hui de ses concitoyens amenrent sur sa bouche un sourire amer4 ,je n'ai point d'illusion sur les hommes1 pensait-il1 et1 pour ne les point har1 je les mprise4#d ,les hommes qui ont abrit leur libert dans le monde intrieur#e1 doivent aussi vivre dans le monde extrieur1 se montrer1 se laisser voir2 la naissance1 la rsidence1 l'ducation1 la patrie1 le hasard1 l'indiscrtion du prochain1 les rattachent par mille liens aux autres hommes2 on suppose chez eux une foule d'opinions1 tout simplement parce qu'elles sont les opinions rgnantes2 toute mine qui n'est pas une ngation passe pour un assentiment2 tout geste qui ne dtruit pas est interprt comme une approbation4 ,ils savent1 ces solitaires1 ces affranchis de l'esprit1 que toujours sur quelque point ils paraissent autre chose que ce qu'ils sont2 tandis qu'ils ne veulent rien autre chose que vrit et franchise1 ils sont environns d'un rseau de malentendus1 et1 leur intense dsir de sincrit ne peut empcher que sur toute leur activit il ne se pose comme un brouillard d'opinions fausses1 de compromis1 de demi-concessions1 de silences complaisants1 d'interprtations errones4 ,et un nuage de mlancolie s'amasse sur leur front1 car cette ncessit de paratre1 de telles natures la hassent plus que la mort4 ,,ii ,ibsen s'est tabli ,christiania o il vit toujours taciturne1 isol4 ,il regarde1 il observe1 et comme ,michel-,ange qu'il aime tant1 il apprend toujours4#f ,le vrai sage1 le sage du ,stocisme n'a ni amis1 ni famille1 ni patrie2 il se met sans trop de peine en dehors de l'humanit4 ,c'est une sorte de cruaut hroque envers soi-mme et envers les autres4 ,certes1 on peut tre indpendant sans devenir sauvage1 et l'on peut diminuer le nombre de ses liens pour rendre d'autant plus solides et plus troits ceux qu'on choisit et qu'on garde#g4 ,la solitude est une force dont il ne faut pas abuser4 ,l'auteur de ,peer ,gynt est taciturne1 mais il n'est point sauvage4 ,il demeure toujours isol de la foule1 mais pas de sa famille4 ,pre et poux1 il prouve que l'unit sociale n'est pas l',individu1 mais la ,famille4 ,le penseur norvgien vit trs modestement2 il aime beaucoup la peinture2 sa salle manger et son salon sont orns de plusieurs toiles de grande valeur artistique4 ,il lit fort peu1 il n'y a point de livres dans son cabinet de travail4 ,lorsqu'on le voit une fois1 ,karl-,johansgade ou se rendant au ,grand-,htel lire les journaux1--on ne l'oublie plus4 ,d'une taille petite1 trapu1 avec un beau visage encadr par d'pais cheveux blancs1 des favoris et un collier de barbe1 il a le menton et les lvres rass4 ,ses yeux ronds1 cachs derrire d'paisses bsicles1 s'enfoncent dans ses sourcils normes4 ,l'ensemble est expressif1 puissant et fin2 on y voit se rflter les deux ides-forces de sa vie et de son oeuvre3 la ,volont et le ,moi intrieur envelopps d'un calme doux et serein4 ,et l'on comprend les paroles que le pote a mises dans la bouche de ,maximos#h3 ,victoire et lumire sur celui qui veut6 et l'on comprend comment ce coeur pur1 brlant d'amour pour le genre humain1 pour la libert et la justice1 a pu crer la figure terrible et sublime de ,brand dont la devise est3 ,tout ou rien6 ,quand tu donnerais tout1 dit-il1 la rserve de ta vie1 sache que tu n'aurais rien donn4 ,ses oeuvres attaquent et ruinent les lois morales et l'ordre social4 ,elles sont l'objet des critiques les plus vives et les plus passionnes1 et ,ibsen continue sa vie tranquille1 dans sa retraite familiale2 il ferme les yeux et les oreilles aux spectacles et aux bruits du monde extrieur4 ,telle est l'ternelle loi des contrastes4 ,horace1 qui chantait le vin1 ne buvait que de l'eau4 picure1 qui professait le culte des plaisirs1 vivait en ascte4 ,,notes3 #ae ,andr ,chnier4 ,jeune captive4 #a ,brand4 #b ,voici le programme des ftes qui commencrent ,christiania pour finir ,copenhague3 le #bj mars1 reprsentation de gala2 le #ba1 banquet o assistrent tous les ministres et grands dignitaires2 le #bb1 fte populaire1 et1 au thtre royal de ,copenhague1 une reprsentation de gala en prsence d',ibsen2 le #bd1 banquet officiel1 etc4 #c ,socrate4 ,mmoires1 liv4 ,i1 ch4 vi4 #d ,anatole ,france4 ,l'abb ,coignard4 #e ,nietzsche4 ,oeuvres1 ,i1 #djd et suiv4 ,fragments choisis par ,lichtenberger1 p4 #ag 7,paris1 ,p4 ,alcan74 #f ,michel-,ange quatre-vingts ans est rencontr un jour par un de ses amis qui lui demande o il va2 il lui rpond ces paroles admirables dans la bouche d'un tel matre2 ,je vais apprendre4 ,lui1 qui aurait tant pu apprendre aux autres1 il allait en effet tudier l'anatomie chez un mdecin clbre4 #g ,barthlmy ,saint-,hilaire4 ,morale d',aristote1 t4 ,i4 ,prface1 p4 ccxliii4 #h ,l',empereur et ,galilen4 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,iv ,,ibsen1 ,,homme ,,et ,,penseur ,comme homme1 ,ibsen est bien le fils de la ,norvge4 ,le peuple norvgien1 trs peu expansif1 offre moins de prise l'observation qu'un autre4 ,on lui donne des dfauts et des qualits qu'il n'a pas2 souvent ceux qu'on lui attribue sont l'exact contraire de ceux qu'il a rellement4 ,la ,norvge est le pays des contrastes4 ,son caractre unique1 spcial1 est de grouper quelques toises de distance1 les phnomnes les moins habitus se trouver ensemble4 ,on y voit le sapin des cimes se marier au noyer ami des plaines1 les blocs du glacier et le gazon de la prairie changer1 quelques pas du fjord1 un baiser fraternel4 ,la lutte constante avec la nature a amen le norvgien s'identifier avec elle1 se plier ses exigences4 ,la pauvret du sol lui a impos le got des ralits1 et la majest des rochers1 la fracheur frmissante du fjord1 le soleil de minuit demi voil par de lgers flocons errants dans le ciel1 lui ont appris la douceur du rve4444 ,le paysan enseigne ses enfants se rendre utiles de trs bonne heure4 ,l'exemple des parents et les dures ncessits de l'existence rurale les rendent appliqus et graves2 les enfants sont srieux4 ,les hommes paraissent lourds1 mais c'est une lourdeur apparente qui vient plutt de la rflexion4 ,aucun aubergiste ne se prsente1 en ,norvge1 souriant au voyageur4 ,le ,norvgien est poli1 sans servilit2 dans toutes les circonstances de la vie1 il sait garder sa dignit4 ,si l'horizon physique lui est ternellement ferm1 si les blocs de granit1 qui de toutes parts enserrent le regard des ,norvgiens1 psent sur leur vie1 leur horizon intellectuel est large et leur me morale est rarement prisonnire1--je parle de ceux qui se sont dbarrasss des hypocrisies conventionnelles de la socit3 ,brand1 ,rosmer1 ,dr ,stockmann1 ,nora1 ,hlne ,alving1 ,held ,wengel et beaucoup d'autres4#a ,mais les meilleurs d'entre eux gardent encore des superstitions extrieures4 ,ils croient sincrement que si l'on peut apercevoir neuf toiles1 neuf jours de suite1 on est sr de voir exauc le voeu qu'on a form en les comptant4#b ,les ,norvgiens sont trs confiants entre eux#c et vis--vis de l'tranger1 mais c'est une confiance digne2 le ,norvgien n'ouvre jamais entirement son me4 ,c'est par l qu'on peut expliquer le thtre demi voil d',ibsen4 ,mais avant d'tre norvgien1 ,ibsen reste lui-mme4 ,les grands hommes ont toujours t quelqu'un dans toute la force du terme2 ils sont eux-mmes et plus vivants que personne2 ils tirent plus des profondeurs de leur me que de tout ce qui les entoure2 ils savent non pas se subordonner aux choses extrieures1 mais les subjuguer par leur pense1 par leur volont2 ils dominent leur temps1 ils s'imposent la postrit1 par la ralit nergique1 par la puissance et la souverainet de leur tre individuel2 d'autant plus utiles connatre que leur exemple nous apprend devenir virils1 penser1 agir1 nous affranchir de cette imitation servile de tous par chacun1 qui est le beau idal des tres les plus vulgaires4 ,comme pote et penseur1 ,henrik ,ibsen n'appartient aucune nation1 aucune institution1 aucun parti#d4 ,son thtre ne vise pas uniquement les moeurs de son pays1 il vise toujours plus haut2 ce n'est pas l'me norvgienne1 c'est l'me humaine qu'il dissque4 ,il y a des hommes qui n'appartiennent pas seulement la contre dans laquelle ils sont ns1 la nation dont ils font partie1 mais au trsor commun de l'humanit4 ,ces esprits d'lite ne sont pas seulement la gloire de la ,france1 de la ,russie1 de l',allemagne ou de la ,norvge1 mais du genre humain tout entier4 ,certes1 ils apportent le cachet de leur patrie1 chacun reprsente avec ampleur ce qu'a de caractristique sa nationalit1 souvent mme ils deviennent comme un trait d'union entre leurs concitoyens et le reste du monde1 ils servent de lien entre le peuple au milieu duquel ils sont ns et tout ce qu'il y a d'esprits cultivs dans l'univers1 mais ils portent1 ayant tout1 en eux1 le germe du ,grand ,tout de la ,terre qu'on nomme ,humanit4 ,elargissant le domaine du ,beau et du ,bien1 reculant les limites de la ,science et de l',art1 ouvrant la mditation de nouveaux problmes et l'admiration des horizons nouveaux1 ces esprits crateurs1 qui font l'histoire universelle1 prouvent que la ,pense humaine n'a point de frontires1 qu'elle est infinie4444 ,nous allons maintenant dterminer la philosophie du thtre d',henrik ,ibsen que nous diviserons en deux parties3 partie ngative3 ,la socit actuelle2 partie positive3 ,la socit nouvelle4 ,,notes3 #a ,personnages des pices d',ibsen4 #b ,superstition norvgienne4 #c ,a ,christiana les tramways n'ont pas de conducteurs2 le voyageur met lui-mme #aj re1 prix uniforme du parcours1 dans une bote en verre1 tablie derrire le cocher4 #d ,georges ,brands4 99 99 99 99 99 ,,partie ,,negative ,,la ,,soci,t ,,actuelle 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,premier ,,le ,,clerg ,i ,ibsen1 dans son thtre1 fait le procs de la socit actuelle1 il s'attaque son organisation1 ses prjugs1 il dmasque les conventions hypocrites de la morale sociale2 il dissque les grandes fictions1 grandioses en apparence1 que les hommes considrent comme leur sauvegarde1--religion1 autorit1 mariage1 famille4 ,tous les lments1 toutes les classes y ont leurs reprsentants2 nous y rencontrons nos contemporains aux moeurs de philistins2 les traits principaux de leurs caractres nous dvoilent les mobiles de leur activit et les bases de leur vie3 la lchet et le mensonge4 ,le clerg occupe une place trs large dans cette hirarchie sociale4 ,nous sommes dans un pays de protestantisme#a1 mais les personnages d',ibsen nous montrent que tous les prtres se valent3 ,chenilles ou papillons1 c'est toujours la mme bte4#b ,l',eglise est partout conservatrice1 elle s'obstine partout placer son idal en arrire2 cet idal repose sur le dogme de l'infaillibilit1 c'est--dire de l'immobilit2 elle est essentiellement rtrograde4 ,le clricalisme est partout une plaie dans laquelle il faut porter le fer rouge4 ,si le catholique fait un bambin du ,hros ,rdempteur1 les protestants en font un vieillard impotent tout prs de tomber en enfance4 ,si de tout le domaine de saint ,pierre1 ce qui reste au ,pape1 c'est une double clef1 les protestants n'enferment-ils pas1 dans l'enceinte d'une glise1 le royaume de ,dieu1 qui va du ple au ple8 ,ils sparent la vie de la foi et de la doctrine4 ,aucun d'eux ne songe tre4 ,leurs efforts1 leurs ides ne tendent pas vivre d'une vie pleine et entire4 ,pour trbucher comme ils font1 ils ont besoin d'un ,dieu qui les regarde entre ses doigts4#c ,si la morale protestante est suprieure celle des jsuites qui enseigne1 entre autres que quand celui qui nous dcrie devant des gens d'honneur continue1 aprs l'avoir averti de cesser1 il nous est permis de le tuer1 non pas vritablement en public1 de peur de scandale1 mais en cachette1 sed clam#d1 les pasteurs protestants ne considrent point la tolrance et l'humilit comme des fleurs rares1 aux parfums subtils et pntrants4 ,si la divergence des prceptes moraux des ,eglises prouve qu'aucune ne possde les vritables1 la concordance de leurs bases et de leurs moyens d'action prouve galement qu'elles cherchent moins rpandre la justice qu' gagner le pouvoir sur les mes de la foule4 ,la religion n'est plus qu'un prtexte1 le but atteindre1 c'est la force sociale4 ,prends la lanterne de ,diogne1 ,basile1--dit ,jullien1 l'un des personnages de l',empereur et ,galilen#e1--;claire cette nuit tnbreuse4444 ,o est le christianisme8 ,le christianisme primitif1 proclamant la fois l'unit de ,dieu et la fraternit humaine a fini par changer ses bases premires1 il a abandonn les petits et les humbles pour se mettre1 au nom de ,jsus le ,pauvre1 au service des riches2 c'est lui qui a tabli deux morales1 celle du seigneur et celle de l'esclave1 qui a divis les hommes en matres et parias4 ,il s'est loign des ides d'galit et de justice1 il s'est avili devant le capital1 il est arriv ce degr de dconsidration et de dgradation o nous le voyons de nos jours4 ,le christianisme est l'auteur de tous les crimes qui ont dsol l'humanit depuis dix-neuf sicles4 ,la religion a de tout temps compris une morale religieuse1 consistant dans l'excution des ordres de la divinit1 seulement ces ordres n'taient pas guids par la rgle du bien1 mais par le caprice ou l'intrt de celle-ci1 ce qui fait natre des conflits graves et frquents entre la morale psychologique et la morale sociologique1 autrement dit le droit4 ,celle-ci pour rester extrieure et ne pas devenir inquisitoriale doit parfois se contenter de l'apparence et arrive ainsi des dcisions qui blessent profondment l'quit4#f ,il suffit de jeter un coup d'oeil sur ce qui se passe autour de nous pour reconnatre que l',eglise1 que toutes les ,eglises sont des foyers d'exploitation et d'horreur4 ,partout les ,eglises possdent de vastes domaines et d'immenses revenus1 partout leurs privilges les rattachent l'organisation politique4 ,elles sacrifient1 pour de l'argent1 tout ce que la religion a de plus grand des pratiques plus paennes que chrtiennes4 ,les crmonies religieuses sont des actes de ferie1 o les dcors sont emprunts toutes les choses du luxe moderne4 ,les mariages et les enterrements religieux sont des scnes de l'opra-bouffe avec la diffrence que les prix sont plus levs qu'au spectacle1 car les bndictions et les maldictions de l',eglise sont toujours payes4 ,au nom du ciel1 l',eglise dtruit tout ce qu'il y a d'humain sur la terre2 au nom de l'immortalit de l'me et de la vie future1 elle enlve l'homme le bonheur de la vie prsente4 ,c'est l',eglise qui a appris aux hommes que tout peut s'acheter1 morale1 conscience1 mme les places dans un monde meilleur4 ,que venez-vous faire l'glise8 s'crie ,brand#g ,le dcor1 le dcor seul vous attire1 le chant de l'orgue1 le sondes cloches1 l'envie de vous tremper dans la flamme d'une loquence de haut parage1 dont les accents s'enflent ou baissent1 qui dborde1 tonne ou fouette selon toutes les rgles de l'art4 ,toutes les religions1 avec leurs dieux1 leurs demi-dieux et leurs prophtes1 leurs messies et leurs saints1 ont t cres par la fantaisie crdule des hommes non encore arrivs au plein dveloppement et la pleine possession de leurs facults intellectuelles4 ,le ciel religieux n'est autre chose qu'un mirage1 o l'homme1 exalt par l'ignorance et la foi1 retrouve sa propre image1 mais agrandie et renverse1 c'est--dire divinise4 ,l'histoire des religions1 celle de la naissance1 de la grandeur et de la dcadence des dieux qui se sont succd dans la croyance humaine1 n'est rien que le dveloppement de l'intelligence et de la conscience collective des hommes4 ,a mesure que1 dans leur marche historiquement progressive1 ils dcouvraient1 soit en eux-mmes1 soit dans la nature extrieure1 une force1 une qualit1 ou mme un grand dfaut quelconques1 ils les attribuaient leurs dieux1 aprs les avoir exagrs1 largis outre mesure1 comme le font ordinairement les enfants1 par un acte de leur fantaisie religieuse4 ,grce cette pieuse gnrosit des hommes croyants et crdules1 le ciel s'est enrichi des dpouilles de la terre1 et1 par une consquence ncessaire1 plus le ciel devenait riche et plus l'humanit1 plus la terre1 devenait misrable4 ,une fois la divinit installe1 elle fut naturellement proclame la cause1 la raison1 l'arbitre et la dispensatrice absolue de toutes choses2 le monde ne fut plus rien1 elle fut tout1 et l'homme1 son vrai crateur1 aprs l'avoir tire du nant son insu1 s'agenouilla devant elle1 l'adora et se proclama sa crature et son esclave4 ,dieu tant tout1 le monde rel et l'homme ne sont rien4 ,dieu tant la vrit1 la justice1 le bien1 le beau1 la puissance et la vie1 l'homme est le mensonge1 l'iniquit1 le mal1 la laideur1 l'impuissance et la mort4 ,dieu tant le matre1 l'homme est l'esclave4 ,incapable de trouver par lui-mme la justice1 la vrit1 il ne peut y arriver qu'au moyen d'une rvlation divine4 ,mais qui dit rvlation dit rvlateurs1 messies1 prophtes1 prtres et lgislateurs1 inspirs par ,dieu mme2 et ceux-l1 une fois reconnus comme les reprsentants de la divinit sur la terre1 comme les saints instituteurs de l'humanit1 lus par ,dieu mme pour la diriger dans la voie du salut1 exercent ncessairement un pouvoir absolu4 ,tous les hommes leur doivent une obissance passive et illimite1 car1 contre la raison divine1 dit ,bakounine#h1 il n'y a point de raison humaine1 et contre la justice de ,dieu1 il n'y a point de justice terrestre qui tienne4 ,esclaves de ,dieu1 les hommes doivent l'tre aussi de l',eglise1 c'est--dire de ses reprsentants qui1 pour atteindre leur but1 ne ngligent aucun moyen4 ,serviteurs de ,dieu1 ils deviennent aussi ceux des puissants de la terre4 ,le pasteur ,manders#i trouve qu'on doit se rapporter dans la vie au jugement1 aux opinions autorises des autres4 ,c'est un fait et cela est bien4 ,que deviendrait la socit s'il en tait autrement6 --,et qu'entendez-vous par les opinions des autres8 demande-t-on au pasteur ,manders4 --,j'entends1 rpond celui-ci1 les gens qui occupent une position assez indpendante et assez influente pour qu'on ne puisse pas facilement ngliger leur manire de voir4 ,pour le pasteur ,manders l'opinion publique est tout3 ,nous ne devons pas1 dit-il1 nous livrer aux mauvais jugements et nous n'avons nullement le droit de scandaliser l'opinion4 ,le prtre est l'ennemi de toute socit qui dsire le progrs et la libert4 ,il touffe la morale naturelle pour assurer la domination de sa caste4 ,il ne vit que par l'ignorance des masses1 crase la raison sous la passivit de l'obissance fataliste4 ,nos prtres ne sont point ce qu'un vain peuple pense2 ,notre crdulit fait toute leur science4#aj ,le pasteur ,manders trouve qu'il faut1 dans la vie1 compter sur une heureuse toile1 sur la protection spciale d'en haut4 ,il s'agit1 par exemple1 d'assurer contre l'incendie1 un asile4 ,le pasteur ,manders s'y refuse4 ,on serait tout dispos croire que nous n'avons pas confiance dans les dcrets de la ,providence1 dit-il4 ,et lorsque cette protection manque1 lorsque l'asile est dtruit par le feu1 le pasteur ,manders dclare que c'est la la main de ,dieu pour punir les incrdules4#aa ,l'ide de ,dieu implique l'abdication de la raison et de la justice humaines2 elle est la ngation la plus dcisive de la libert de l'homme et aboutit ncessairement l'esclavage1 tant en thorie qu'en pratique4 ,le pasteur ,manders reproche ,mme ,alving d'avoir t domine toute sa vie par une invincible confiance en elle-mme1 de n'avoir jamais tendu qu' l'affranchissement de tout joug et de toute loi1 de n'avoir jamais voulu supporter une chane quelle qu'elle ft4 ,la rvolte8--,jamais6 ,notre devoir consiste supporter en toute humilit la croix que la volont d'en ,haut trouve bon de nous imposer4 ,le bonheur8--,nous n'y avons pas droit4 ,chercher le bonheur dans cette vie1 c'est l le vritable esprit de rbellion4#ab ,la lumire8 ,s'clairer dans les limites du possible8--,point4 ,la lumire1 la morale1 l'honneur sont le monopole de la religion4 ,elle seule commande la terre1 au nom du ciel4 ,dans ,rosmersholm le recteur ,kroll cherche dmontrer que les dvots seuls peuvent avoir des principes moraux4 ,,rosmer4--,ainsi tu ne crois pas que des libres-penseurs puissent avoir des sentiments honntes8 ,,le ,,recteur4--,non1 la religion est le seul fondement solide de la moralit4 ,c'est grce probablement cette moralit que l'ternit des peines est considre comme un dogme fondamental de la religion chrtienne qui n'a pas t rpudi par le protestantisme4 ,cette solution donne cette religion un aspect de svrit qui apparat plus grand encore quand on songe que l'enfer est encouru pour de simples infractions la morale rituelle4 ,pour eux-mmes1 ces prtres sont moins svres2 eux-mmes1 ils font tout le contraire de ce qu'ils prchent2 eux-mmes1 ils ne sont point esclaves prosterns d'aucun symbole1 d'aucune morale1 car si leur foi est prospre1 leur bonne foi est absente4 ,le vicaire ,rorlund#ac prche une austrit implacable et fait la cour la jeune ,dina2 mais quand on est1 par vocation1 un des soutiens moraux de la socit1 dit-il1 on ne peut tre trop circonspect4 ,la ,bible1 l',evangile d'o ils prtendent tirer leur enseignement1 ils les interprtent leur manire4 ,voici comment le pasteur ,straamand explique un un jeune sminariste le ,ne construis pas sur le sable de l',evangile4 ,cela veut dire1 d'aprs lui1 que sans rmunration on ne peut prcher ni en ,amrique1 ni en ,europe1 ni en ,asie1 nulle part enfin4#ad ,la religion n'est plus pour eux un apostolat1 mais un mtier1 un gagne-pain1 un commerce4 ,ce ne sont pas les problmes de religion ou de morale1 mais les luttes politiques qui les intressent2 politiciens1 industriels1 confrenciers1 ils traitent dans les glises et dans les temples des sujets d'actualit et des questions la mode4 ,par le mot charit ils trompent et exploitent le peuple qu'ils devraient clairer et soutenir4 ,il n'y a pas de mot qu'on trane dans la boue comme le mot charit4 ,avec une ruse diabolique on en fait un voile pour masquer le mensonge4#ae ,dieu n'a pas besoin du mensonge1 mais le mensonge a souvent besoin de ,dieu1 et il n'est jamais si puissant ni si pervers que lorsqu'il s'impose en son nom6#af ,,ii ,par ses superbes conqutes la science a dvoil les sacrifices1 les prires1 les puissances occultes1 les mystres par lesquels les ,eglises exploitaient les hommes4 ,lasse d'tre trompe sans cesse1 la pauvre humanit commence ouvrir les yeux et se rendre compte des crimes des ,eglises dont elle tait victime4 ,l'homme1 clair par la lumire des sciences1 s'aperoit que les erreurs des ,eglises taient voulues1 conscientes1 engendres parles mensonges des uns1 par les intrts lucratifs des autres4 ,l'homme1 aigri par les injustices1 qui souffre d'ingalit sociale2 les mes tourmentes qui cherchent apaiser1 la source qu'on appelle divine1 leur soif de justice1 d'idal1 d'infini1 trouvent la dsillusion auprs des reprsentants de ce ,dieu invisible au nom duquel ils commettent tant d'horreur4 ,dix mille poissons partags au nom d'une idole ne sauveraient pas une seule me en dtresse4#ag ,c'est au nom de ce ,dieu1 qu'on ne vient jamais en aide un peuple frre dont la libert et mme la vie sont menaces4 ,c'est au nom de ce ,dieu que l'on s'arme outrance pour dtruire les peuples amis de la paix4 ,c'est au nom de ce ,dieu que l'on dchane des haines populaires contre ceux qui ne professent pas certaines ides religieuses4 ,c'est au nom de ce ,dieu qu'on laisse mourir de faim et de froid des milliers d'tres humains tandis que les glises et les temples restent vides et que leurs coffres-forts regorgent d'or6 ,les plus crdules commencent comprendre que ce ,dieu agonise et que ses reprsentants sont les plus terribles exploiteurs des mes simples4 ,o donc est-il le ,dieu infini1 universel1 vers lequel aspire l'humanit souffrante8 ,hritiers de toutes les haines et de toutes les erreurs1 les prtres montent avec une incroyable audace l'assaut de la socit moderne1 mais c'est en vain qu'ils cherchent partout dans le socialisme1 dit chrtien1 un modus vivendi pour reprendre leur omnipotence au sein des masses4 ,leurs hypocrisies sont dj trop connues4 ,toutes les religions sont cruelles1 toutes sont fondes sur le sang2 car toutes reposent principalement sur l'ide du sacrifice1 c'est--dire sur l'immolation perptuelle de l'humanit l'insatiable vengeance de la divinit4 ,dans ce sanglant mystre1 l'homme est toujours la victime1 et le prtre1 homme aussi1 mais homme privilgi1 est le divin bourreau4 ,cela nous explique pourquoi les prtres de toutes les religions1 les meilleurs1 les plus humains1 les plus doux1 ont presque toujours quelque chose de cruel4#ah ,le clerg du thtre d',ibsen a le visage dur1 un vent de scheresse passe sur lui4444 ,pour avoir la foi1 il faut avoir une me#ai1 et ces marchands de grces divines n'en ont point4 ,leur credo1 c'est le mensonge4444 ,,notes3 #a ,la ,norvge est divise en #f vchs1 #hc doyenns1 #dda paroisses et #ijj pastorats4 ,l'glise luthrienne est seule religion d'tat1 et son clerg a en mains l'tat-civil1 sauf dans la capitale4 ,l'acte de baptme est considr comme acte de naissance4 ,le seul mariage lgal1 c'est le mariage religieux4 ,l'enseignement primaire se trouve sous la direction du clerg4 ,il y a en ,norvge #g1jjj coles primaires1 fost-skol og omgangs-skol 7,christiana possde #af coles avec #bc1jjj lves74 ,le conseil scolaire est compos de quatre membres lus par l'assemble paroissiale et le pasteur est de droit prsident2 c'est aussi lui qui est charg des inspections4 ,cinq heures par semaine sont consacres l'enseignement religieux4 ,les chtiments corporels existent encore 7,prescription de #ahhi1 #fe74 #b ,renan4 ,dialogues philosophiques1 p4 #bid4 #c ,ibsen4 ,brand4 #d ,pascal4 ,treizime ,provinciale4 #e ,ibsen4 ,keiser og ,galilaeer4 #f ,r4 de ,la ,grasserie4 ,de la psychologie des religions1 p4 #af 7,paris1 ,f4 ,alcan74 #g ,ibsen4 ,brand4 #h ,l'glise et l',etat4 #i ,ibsen4 ,gjengangere 7,revenants74 #aj ,voltaire4 ,oedipe 7,jocaste74 #aa ,les ,revenants4 #ab ,ibsen4 ,revenants4 #ac ,ibsen4 ,samfundets ,sttter 7,les ,soutiens de la socit74 #ad ,ibsen4 ,kjaerlighedens ,komedie 7,la ,comdie de l'amour74 #ae ,ibsen4 ,brand4 #af ,hyacinthe-,loyson4 ,ni ,clricaux ni ,athes1 p4 #bf4 #ag ,ibsen4 ,brand4 #ah ,bakounine4 ,l',eglise et l',etat1 p4 #bb4 #ai ,ibsen4 ,brand4 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,ii ,,les ,,politiciens ,,et ,,les ,,capitalistes ,le ,credo politique et social se faonne et se modle sur le ,credo religieux1--toujours hypocrite1 jamais sincre4 ,que se cache-t-il sous les apparences brillantes et fardes dont la socit se montre si fire8 ,la pourriture et le nant4 ,toute moralit lui manque4 ,elle n'est rien qu'un spulcre blanchi4#a ,jamais la socit n'a atteint un tel degr de dcomposition sociale2 un ramollissement effroyable se produit dans les moeurs2 on ne pense qu' satisfaire ses passions brutales1 ses gots1 ses caprices4 ,la fortune est aux plus audacieux2 les honneurs1 la gloire1 aux plus habiles4 ,possder1 jouir1 dominer1 voil les vertus d'aujourd'hui4 ,les vertus les plus sublimes ,ne sont que des vices dors4#b ,il y a quelque chose de si faux1 de si vide1 de si plat et de si mesquin dans la manire de voir de notre race6 dit ,brand4 ,qui donc1 mme son lit de mort1 consentirait faire une offrande en secret8 ,demande au hros de cacher son nom et de se contenter de la victoire6 ,pose la mme condition un roi1 un empereur1 et tu verras s'il accomplira quelque chose4 ,demande au pote d'ouvrir en secret la cage ses beaux oiseaux chanteurs sans qu'on sache qu'ils lui doivent leur essor et l'clat de leur plumage6 ,non1 l'abngation ne fleurit nulle part ni dans les hautes futaies ni dans les buissons4 ,le monde est domin par des ides d'esclave4 ,jusque sur les bords de l'abme il s'attache avec une pre fureur la poussire de la vie2 lorsqu'elle cde et s'effrite1 on voit encore les hommes s'accrocher aux brins d'herbe1 enfoncer leurs ongles dans la boue4 ,l'difice social est construit sur une base oppressive qui paralyse tous les efforts libres4 ,toute tendance mancipatrice effraye les soutiens de la socit2 ils ont peur de la lumire4 ,,stockmann4--,n'est-ce pas le devoir d'un citoyen de mettre le public au courant des ides nouvelles8 ,,le ,,pr,,fet4--,le public n'a pas du tout besoin de nouvelles ides4 ,il vaut mieux pour lui se contenter des bonnes vieilles ides qu'il connat dj4#c ,et lorsqu'un homme fait retentir une voix libre dans ces tnbres1 on le dclare ennemi de la socit4 ,,stockmann4--,c'est moi qui veux le vrai bien de la ville4 ,je veux dvoiler les fautes qui tt ou tard apparatront au grand jour4 ,oh6 on va bien voir que j'aime ma ville natale4 ,,le ,,pr,,fet4--,tu l'aimes6 ,toi1 qui par une aveugle bravade veut supprimer la principale source de richesse de la ville6 ,,stockmann4--,cette source est empoisonne6 ,nous vivons ici dans les immondices et la putrfaction6 c'est grce un odieux mensonge que notre jeune socit suce1 pour se nourrir1 la richesse des autres4 ,,le ,,pr,,fet4--,illusion6 ,imagination6 ,pour ne pas dire plus encore6 ,l'homme qui lance des insinuations aussi offensantes contre sa ville natale est un ennemi de la socit4#d ,ibsen dmasque ceux qui se chargent de maintenir ce qu'il est convenu d'appeler l'ordre social1 ceux qui prchent la plus rare des vertus1--la morale sociale4 ,l'homme de sens est pour eux celui qui agit dans leur sens4 ,quand le dfaut d'un autre leur est profitable1 ils voudraient l'riger en vertu4 ,dans ,john-,gabriel ,borckman1 le dramaturge norvgien nous montre comment une conscience peut tre obscurcie par le dsir trop intense d'atteindre le pouvoir1 comment un homme saisi par la passion du pouvoir et de l'argent qui le donne1 arrive sacrifier son honneur1 ses plus intimes tendresses1 perdre la piti pour ceux qui l'entourent et pour lui-mme4 ,pour conserver sa fortune et son pouvoir1 l'un des hros de la pice dont l'honorabilit parat l'abri de tout soupon1 a eu recours au vol1 il laisse peser l'accusation de son crime sur son ami intime4 ,tous les soutiens de la socit qu',ibsen nous prsente ont chacun au moins un point noir qu'il leur faut dissimuler4 ,ils accumulent les richesses par tous les moyens1 au dtriment des autres1 et ils veulent faire croire que la fortune leur a donn une nature suprieure et le droit de diriger leur gr le troupeau humain1 qu'ils considrent comme une classe infrieure eux4 ,ils s'rigent en classe dirigeante1 ils prtendent maintenir sous leur tutelle la masse des travailleurs qui les nourrit par ses travaux pnibles et incessants4 ,ils gnralisent des ides1 ils composent des phrases1 des formules1 et ils les lancent dans la foule1 comme un dogme religieux ou politique4 ,les phrases gnrales sont devenues une monnaie courante4 ,l'aphorisme de ,guizot3 ,parler1 c'est gouverner est devenu la loi conductrice des hommes politiques dont le consul ,bernick#e est le type autoris4 ,notre industrieuse petite ville1 dit-il1 s'inspire1 ,dieu merci1 d'ides saines et morales1 que nous avons tous contribu faire germer1 et que nous continuerons dvelopper de notre mieux1 chacun dans notre sphre4 ,vous1 monsieur le ,vicaire1 appliquez votre bienfaisante activit l'cole et la famille4 ,nous autres1 les hommes du travail pratique1 nous servirons la socit en y rpandant le bien-tre2 et nos femmes et nos filles continueront comme par le pass leurs oeuvres de bienfaisance4 ,bernick est l'homme le plus riche et le plus influent de la ville1 tout le monde s'incline devant lui1 sa maison passe pour une maison modle1 sa vie pour une vie modle1 mais cette bonne rputation1 ce bonheur1 reposent sur un terrain fangeux1 sur des mensonges4 ,sa fortune1 il l'a vole et a fait croire que c'est un autre1 un associ1 qui se l'est approprie2 il a aim aussi1 dans sa jeunesse1 une femme qu'il abandonna pour en pouser une autre plus riche4 ,pendant toute sa vie il n'a eu que deux cultes1 celui de l'hypocrisie et celui du mensonge1 pas d'autre4 ,lui1 l'homme le plus considr de la ville1 le plus heureux1 le plus riche1 le plus puissant et le plus honor1 il a laiss accabler un innocent sous le poids de sa propre faute1 et lorsque quinze ans plus tard l'innocent1 revenu d',amrique o il avait t oblig de se rfugier1 demande que ,bernick dise tous la vrit1 celui-ci s'crie3 ,a l'heure mme o j'ai le plus besoin de toute ma considration6 c'est impossible6 ,et tout le monde lui accorde cette considration1 car on ne mesure point la valeur d'un homme politique la puissance de ses ides1 ni ses moyens pour les faire aboutir1 mais son loquence vide1 pleine de lieux communs et de formules sans fond4 ,ou se laisse entraner et blouir par des discours ronflants1 des dclamations pompeuses et un verbiage sonore1 mais dpourvu d'ides et de sentiments4 ,on ne vit que sur des mots1 des mots1 toujours des mots6 ,on demande ,monsen#f s'il renoncerait s'occuper de ses intrts privs si les lecteurs portaient leur choix sur lui4 ,mes intrts privs en souffriraient srement2 mais1 si l'on croit que le bien public l'exige1 je mettrai de ct toute considration personnelle1--et il s'empare de la fortune d'un autre et disparat4 ,les politiciens d',ibsen prchent le respect de l'ordre1 mais qu'est donc leur ordre1 sinon la scurit des spculateurs ne tremblant pas pour leurs biens mal acquis6 ,quand on se mle la vie publique1 dit ,bratsberg#g1 on se trouve quelquefois forc des compromis et on ne peut pas conserver aussi bien son indpendance de caractre et de conduite4 ,et ces gens sont les matres de la socit6 ,lorsque1 il y a dix-neuf sicles1 en prsence d'une foule o il y avait certainement des pauvres et des ouvriers1 ,jsus de ,nazareth dclara qu'il tait plus ais de faire passer un chameau par le trou d'une aiguille que de voir un riche entrer dans le royaume des cieux1 les riches qui entendirent cette parole durent trouver qu'elle ne servirait gure apaiser les haines sociales4 ,et puisque le royaume des cieux leur est refus1 ils dcidrent de conqurir celui de la ,terre4 ,ils tchent d'imposer leurs principes aux autres4 ,et on les suit4 ,en les voyant bien poss dans le monde et entours de considration1 bon nombre de natures faibles viennent eux1 fires d'tre admises en si bonne compagnie4 ,celles qui rsistent le payent cher4 ,kropp1 chef d'usine du consul ,bernick1 fait avertir ,aune1 contrematre dans cette usine1 de cesser les confrences qu'il fait chaque samedi aux ouvriers4 ,,aune4--,comment6 je croyais qu'il m'tait permis de consacrer mon temps libre tre utile la socit4 ,,kropp4--,le consul dit que c'est ainsi qu'on la dsorganise4 ,,aune4--,ma socit n'est pas celle du consul4 ,,kropp4--,avant toutes choses vous avez remplir votre devoir envers la socit du consul ,bernick1car c'est lui qui vous fait vivre4#h ,telle est leur justice4 ,fiat justitia1 percat mundus6 ,et l'on parle de libert6 ,libert1 galit1 fraternit n'ont plus le mme sens qu'au temps de la guillotine4 ,et les politiciens ne veulent pas le comprendre1 et je les hais4 ,ils ne dsirent que des rvolutions politiques1 extrieures1 et ce qu'il faut2 c'est la rvolte de l'esprit humain4#i ,hlas6 tout le monde ne peut pas se rvolter4 ,l'intolrable situation1 que le consul ,bernick cre son ouvrier ,aune1 le prouve4 ,je ne puis ne pas citer ici le court dialogue qui prsente si magistralement tout un drame social4 ,l'action sociale est faite de drames1 comme la pense est faite de phrases4 ,un drame est une phrase qui a pour mots des actes humains4#aj ,le consul ,bernick1 sans vouloir augmenter le nombre de ses ouvriers1 exige d',aune que le bateau d',etat1 l',indian-,girl1 qu'on rpare dans ses usines1 soit prt en quelques jours prendre la mer3 ,,aune4--,mais c'est impossible4 ,a fond de cale1 le bateau est tout pourri1 monsieur le ,consul4 ,,bernick4--,il me le faut1 autrement1 je vous congdie4 ,,aune4--,me congdier8 moi dont le pre et le grand-pre ont travaill toute leur vie sur ce chantier6 ,avez-vous bien rflchi1 monsieur le ,consul1 ce que vous feriez en renvoyant ainsi un vieil ouvrier8 ,croyez-vous que tout finisse pour lui avec un changement de matre8 ,je voudrais que vous en vissiez un que l'on vient de chasser1 rentrer1 le soir1 dans sa maison1 et poser ses outils derrire la porte4444 ,c'est moi que les miens jetteront la pierre au lieu de vous la jeter4 ,ils ne me feront pas de reproches1 ils n'en auront pas le courage2 mais de temps en temps1 je sentirai qu'ils me regardent d'un air interrogateur et qu'ils se disent3 ,en somme1 il doit bien l'avoir mrit4 ,,bernick4--,c'est ainsi que va le monde4 ,il faut que le navire soit prt2 je ne veux pas que la presse m'attaque2 je veux qu'elle me soit favorable et me soutienne pendant que j'labore une grande affaire4 ,,aune4--,un pauvre ouvrier peut avoir aussi des intrts sauvegarder 444 des intrts de famille4444 ,ainsi on travaillera 444 et l',indian ,girl pourra prendre la mer aprs-demain4444 ,mais je ne rponds de rien4444 ,et le navire prend la mer1 et1 mal rpar1 il coule1 et il y a des victimes4444 ,le consul ,bernick en tait averti temps4444 ,mais que lui importe8 ,il a sa bonne presse4444 ,le foss qui spare les hommes et les classes devient comme une immense tranche o vont se prcipiter1 pousss par l'intrt1 par le besoin1 par la haine1 tous les membres de notre socit malade4 ,jamais la question sociale n'a t plus aigu2 dans un sicle o s'entassent richesses sur richesses1 o se refltent lumire sur lumire1 les hommes1 souvent les meilleurs1 meurent de faim1 les parents tuent leurs enfants pour ne pas les entendre crier3 du pain6 ,et on appelle cela3 civilisation6 ,honte et horreur6 ,l'exploitation du travail par le capital est la rgle de notre corps social1 elle amne le pauprisme1 cette tache hideuse1 cette lpre de l'humanit1 cette mauvaise conseillre de l'homme4 ,le travail est une loi crite la premire page de l'histoire de l'univers1 mais personne ne doit chapper cette loi4 ,le travail naturel est un tat de flicit2 il procure celui qui s'y livre une jouissance intime1 exquise4 ,il y a en celui qui travaille un accroissement de vie saine et forte1 dont le sentiment lui est dlicieux4 ,mais le travail forc1 excessif1 est une souffrance4 ,le travail est la loi inviolable sous le niveau de laquelle tous doivent plier2 il doit rgner du haut en bas de la socit4 ,mais est-il juste que les uns travaillent l'excs et que les autres mnent une vie oiseuse8 ,est-il juste que la richesse fainante profite des produits du travail de ceux qui peinent dmesurment8 ,la capital est le lot du petit nombre1 et c'est la foule qui travaille1 c'est la foule qui est exploite4 ,les grosses fortunes s'accroissent et la misre se gnralise4 ,l'argent devient le matre1 il donne ou refuse du travail1 c'est--dire du pain1 l'ouvrier qui est sa merci4 ,celui-ci travaille sans relche1 sans repos1 n'ayant jamais de loisir1 tant que sa poitrine a un souffle1 tant que ses bras lui obissent1 tant qu'on lui donne du travail4 ,et lorsqu'on le lui refuse1 il se retrouve sur le pav de la rue1 sans abri1 sans argent2 il ne peut attendre de personne ni appui ni secours2 plus malheureux qu'un cheval hors de service qu'on abat par charit1 il est condamn voir sa femme1 ses enfants1 lentement1 mourir de faim4 ,n'est-ce pas l le vrai esclavage8 ,l'esclavage n'est pas venu1 comme on se plat le croire1 de la guerre2 il a t l'aliment et mme la cause des guerres4 ,l'esclavage vient du capital ou accumulation des revenus1 car1 tant qu'il n'y eut pas excdent de revenus ou lorsque l'excdent tait trop faible1 l'esclavage ne pouvait s'tablir4 ,mais au fur et mesure du dveloppement du capital marchait sa suite cette institution nfaste qui permettait certains hommes de s'approprier le travail de leurs semblables en leur donnant en change un minimum de subsistance ou1 comme aujourd'hui1 un minimum de salaire4 ,c'est une violation et une atteinte injustifiable la dignit humaine4 ,cet ordre de choses permet aux puissants du jour d'accaparer une plus large part de la fortune commune1 il cre le despotisme1 il augmente le nombre des proltaires1 et l'antagonisme des classes en est le fruit invitable4 ,le jour o les hommes ont le droit d'acheter les services d'autrui1 l'esprit de solidarit va en s'affaiblissant et toutes les tendances se portent vers la possession des richesses4 ,plus les jouissances des uns deviennent bruyantes1 plus les souffrances des autres apparaissent humiliantes4 ,le capital est fils du travail2 la proprit est fille du capital1 disent les riches4 ,mais si la proprit est fille du travail1 pourquoi les vrais travailleurs n'arrivent-ils jamais la proprit1 mme par un travail opinitre1 pnible1 qui trop souvent les tue8 ,pourquoi les proltaires1 les dclasss se recrutent-ils gnralement parmi ceux qui travaillent et non pas parmi les riches1 les oisifs8 ,demandez ces travailleurs qui consument leur vie dans une misre permanente1 si leur travail leur vaut jamais des droits la proprit8 ,ceux qui ne meurent pas avant l'ge achvent leur misrable existence dans un tat pouvantable4 ,ce n'est pas dans leurs rangs que se forment des propritaires contents et satisfaits4 ,et l'exploitation capitaliste tue non seulement les mineurs1 les salaris1 les ouvriers de fabriques et d'usines1 mais aussi les ouvriers de la pense1 travailleurs intellectuels1 vivant au jour le jour1 sans pouvoir penser au lendemain1 la maladie1 au chmage4 ,ils travaillent tant qu'ils portent en eux une tincelle de vie2 cette tincelle teinte1 ils tombent1 puiss1 casss4 ,et les autres1 les riches1 les oisifs1 les paresseux1 les vrais parasites1 leur crient3 ,dclasss6 ,pour que les grands jouissent et prosprent1 disent-ils1 il faut que les petits souffrent et vgtent4 ,le faut-il8 ,malheureux1 ils ne voient donc pas que les petits bougent8 ,leur rveil sera affreux1 car l'homme le plus terrible est celui qui a faim4 ,ne voient-ils donc pas se former cette force nouvelle1 d'une puissance crasante1 la grve1 qui se dveloppe avec une rapidit inoue8 ,elle devient de plus en plus redoutable1 elle s'approche et1 comme la foudre1 elle clatera le jour o on l'attendra le moins4 ,d'un cot1 les riches et leurs clients s'efforcent de reprsenter l'organisation actuelle du travail et la rpartition des biens comme un rsultat du libre jeu des lois naturelles1 ferment les yeux sur la misre o croupissent des millions de leurs semblables1 dclarent invitables les maux qu'il leur est impossible de nier1 couvrent d'un badigeon rose les fissures de la muraille1 trouvent tout excellent1 tout dlicieux1 dans un monde o rien ne leur manque1 et pour le reste se reposent sur la fusillade et sur le canon4 ,d'un autre ct1 la classe ouvrire1 sans proprit1 dpendant pour son existence immdiate du travail qu'il plat d'autres de lui accorder en s'en appropriant le bnfice1 est loin d'admirer cet ordre de choses4 ,ne le jugeant pas immuable1 elle ne veut plus s'en contenter et s'organise peu prs dans tous les pays pour le transformer par les voies rvolutionnaires ou par des crimes4#aa ,car l'ouvrier ,aune a commis un crime1 mais qui la faute8 ,il est las du travail dprimant auquel le condamne sa misre4 ,la douleur morale et physique1 si patiente qu'elle soit1 a des limites4 ,la misre est un guide terrible2 elle mine la raison1 la pense humaine1 elle engendre la haine1 elle est tnbres et chaos4 ,c'est la misre qui conduit les classes pauvres ces effrayantes dgradations humaines et sociales4 ,la souffrance devient convulsion et la compression se transforme en explosion2 l'obissance passive devient rvolte1 et lorsque l'effort du labeur est rsolu par l'effort de la colre1 de l'exaspration1 alors1 c'est horrible1 ces hommes doux1 qui sont las de souffrir1 deviennent des monstres4444 ,encore une fois1 qui la faute8 ,n'est-ce pas ceux qui tablissent deux lois1 deux morales1 les unes pour eux1 les autres pour le peuple6 ,et on appelle cela3 ,fraternit6 ,combien ,blanqui#ab a-t-il raison de dire que la fraternit n'est que l'impossibilit de tuer son frre4 ,la fraternit1 aujourd'hui6 une hypocrisie1 un pige1 un poignard6 ,la fraternit de ,can6--,l'inquisition disait3 mon frre6 sa victime sur le chevalet4 ,ce mot3 la fraternit sera bientt un sarcasme comme cette autre parole3 pour l'amour de ,dieu6 devise de charit divine1 devenue l'ironie suprme de l'gosme et de l'insensibilit4 ,faible1 l'homme se laisse rduire un minimum en raison mme de sa faiblesse4 ,fort1 il empite et dvore dans la mesure de sa force4 ,il ne s'arrte qu'aux barrires infranchissables4 ,homo homini lupus4 ,aucun homme de sens ne peut soutenir qu'il soit juste qu'une faible minorit jouisse de tous les avantages de la vie1 sans les avoir gagns par son travail ou mrits d'une faon quelconque1 tandis que l'immense majorit vient au monde condamne une vie de labeur incessant1 pour trouver grand'peine une substance prcaire4#ac ,qui donc ne se sent pas pris d'une immense piti pour ces dshrits de la vie1 pour ces pauvres gens qui peinent et qui souffrent1 qui n'ont pas ici-bas leur part de soleil et de bonheur8 444 ,oui1 l'ouvrier ,aune a commis un crime1 mais n'est-ce pas le crime du consul ,bernick qui l'a engendr8 ,les crimes des hommes qui se disent suprieurs poussent la dgradation ces tres1 affaiblis par le travail exagr1 par la misre1 aptes subir si profondment l'influence extrieure4 ,les riches et les forts n'ont mme pas besoin d'entourer leurs vices et leurs crimes d'ombre et de mystre1 ils peuvent les pratiquer au grand jour2 pour les dfendre1 ils ont tout leur disposition3 l'argent1 la force publique1 la presse4 ,,notes3 #a ,ibsen4 ,samfundets ,sttter 7,les ,soutiens de la socit74 #b ,lamartine4 ,harmonies4 #c ,ibsen4 ,en ,folkefiende 7,un ,ennemi du peuple74 #d ,un ,ennemi du peuple4 #e ,ibsen4 ,samfundets ,sttter 7,soutiens de la ,socit74 #f ,ibsen4 ,de unges forbund 7,union des jeunes74 #g ,ibsen4 ,de unges forbund 7,union des jeunes74 #h ,ibsen4 ,soutiens de la ,socit4 #i ,lettre d',ibsen ,brands4 ,g4 ,brands4 ,moderne ,geister1 p4 #dca4 #aj ,g4 ,tarde4 ,les ,transformations du pouvoir1 p4 #aj4 ,paris1 ,f4 ,alcan4 #aa ,charles ,secrtan4 ,etudes sociales1 p4 #e4 #ab ,critique sociale1 t4 ,,ii1 p4 #if4 #ac ,stuart ,mill4 ,la ,rvolution de #ahdh1 p4 #ij-ia4 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,iii ,,la ,,presse ,la presse est le reprsentant attitr des soutiens de la socit4 ,c'est par sa voix qu'ils rpandent leurs mensonges4 ,le journal joue aujourd'hui le rle le plus important qu'il soit possible d'imaginer1 son influence est immense1 il dirige en matre incontest les destines des peuples4 ,ibsen nous montre en quelles mains nfastes se trouve1 gnralement1 cette force puissante4 ,je rdige mon journal1 dit ,aslaksen dans l',union des jeunes#a1 d'aprs le principe suivant3 c'est le grand public qui fait vivre les journaux1 mais le grand public est le mauvais public1 il lui faut donc un mauvais journal4 ,tous les numros de ma feuille sont conus dans cet esprit4 ,d'ailleurs1 mon journal est ma seule source dvie4 ,le ,phare#b est l'organe du parti radical4 ,son rdacteur en chef1 ,pierre ,mortensgaard1 est trs content de l'volution du pasteur ,rosmer1 il est convaincu que cette nouvelle recrue est d'une grande importance pour son parti1 mais il dclare ,rosmer que s'il veut servir la cause librale1 il lui faut garder le silence sur son apostasie1 car des libres-penseurs1 le parti en compte suffisamment1 ce qui lui manque1 ce sont des hommes respectables1 anims de sentiments chrtiens4 ,autrefois les crivains1 les savants passaient une partie de leur vie tudier les moeurs d'une poque avant d'en crire l'histoire2 aujourd'hui1 les reporters1 souvent d'intelligence borne1 parlent sur tous les sujets sans en connatre un mot4 ,ils dbitent des contes risibles1 des scandales navrants1 des histoires mensongres4 ,ce sont eux qui crivent l'histoire contemporaine laquelle ils donnent la couleur de leur journal1 d'o la vrit est bannie3 leur seul but est de dbiter leur marchandise4 ,la presse est devenue une institution industrielle4 ,le reporter est l'me du journal1 la source la plus fconde de sa prosprit matrielle4 ,le public ajoute moins d'importance aux articles de fond qu'aux nouvelles diverses4 ,les journaux qui font fortune sont ceux qui arrivent avoir la primeur des attentats et des scandales4 ,ils ne cherchent que la glorification du vice sous toutes ses formes1 les plus triviales comme les plus raffines4 ,quelle triste cole d'inconscience1 de lgret1 de servilisme6 ,a quel dplorable spectacle la presse nous fait assister6 ,l'injure n'a plus de bornes1 toutes les bassesses sont dchanes1 tout est atteint3 talent1 honneur1 probit1 vertu4 ,souvent cela va jusqu'au crime4 ,l'absurdit de ses polmiques n'est gale qu' la valeur morale de ses louanges pompeuses4 ,oeuvre de dsagrgation et de haine1 elle cre un courant de lchet et de bassesse1 de dlation1 de calomnie et de honte4 ,les reporters ont remplac l'tincelle divine des sentiments gnreux par la bouffonnerie et le grotesque4 ,le scepticisme des temps prsents est le fruit de ces feuilles qui sont un poison moral pour les masses4 ,les oeuvres srieuses n'ont pas le temps de mrir4 ,chacun mange son bl en herbe et vit pour le moment4 ,on ne cherche ni la justice ni la vrit1 mais le mot drle2 et une boutade1 dite spirituelle1 fait accepter les ides les plus absurdes1 les plus rvoltantes4 ,petra ,stockmann#c refuse de traduire pour le ,journal du peuple une nouvelle anglaise parce que c'est une histoire tendant prouver qu'il y a une providence surnaturelle qui protge tous les gens soi-disant bons et qui la fin leur donne toujours raison1 tandis que les gens soi-disant mauvais reoivent leur chtiment4 ,,le ,r,,dacteur ,,hovstad4--,mais c'est trs gentil4 ,c'est justement ce que le public demande4 ,,petra4--,et c'est cela que vous voulez offrir votre public8 ,vous savez bien que les choses ne se passent pas ainsi dans la vie relle4 ,,hovstad4--,vous avez parfaitement raison1 seulement un rdacteur ne peut pas toujours agir comme il veut4 ,on est souvent forc de s'incliner devant l'opinion du public dans les questions de peu d'importance4 ,la politique est au fond la cause principale de la vie1 du moins pour un journal2 et1 pour gagner le public aux ides politiques1 il ne faut pas l'effrayer4 ,quand les lecteurs trouvent une histoire morale dans le rez-de-chausse du journal2 ils sont plus disposs avaler et digrer ce que nous publions au-dessus2 ils se rassurent4 ,le journal s'est acquis1 sur les esprits les plus clairs comme sur les couches profondes une puissance sans pareille4 ,les rclames hontes1 dissimules sous forme d'articles sont rdiges dans le but de tromper le public et causent la ruine des honntes travailleurs qui amassent pniblement un petit pcule4 ,le peuple qui n'a ni les loisirs ni les moyens d'analyser sa volont1 ses dsirs1 ses ides1 de les mettre librement1 puise ses jugements dans le journal4 ,c'est lui qui plie et faonne son gr l'opinion publique1 c'est lui qui la remue ou l'endort4#d ,le journal est1 pour les esprits simples1 un oracle infaillible1 ils croient ce qu'il propage1 ils rptent ses raisonnements4 ,on est trop press pour penser soi-mme1 on accepte et on fait siennes les apprciations les plus errones1 les opinions toutes faites sans examen ni analyse4 ,on ne se demande pas si les jugements qu'on adopte ont t inspirs par la vrit ou le mensonge1 par l'quit ou la passion4 ,et dire que la presse pourrait tre pour la socit la source de toutes les vertus6 ,la presse est ce qu'il y a de meilleur au monde lorsqu'elle vibre l'unisson des grandes et nobles motions1 lorsqu'elle rend lucides les problmes importants et combat les abus1 lorsqu'elle sert la vrit et la justice4 ,malheureusement elle est mise souvent au service des ambitions personnelles les moins avouables et des cupidits les plus affreuses4 ,chaque jour1 le poison est rpandu par torrents1 tandis que le remde se distribue goutte goutte4 ,ah6 certes1 ce n'est pas la presse qu'il faut accuser1 mais ses reprsentants1 les hommes1 les individus1 les soutiens de la socit qui la dirigent1 les ,aslaksen#e1 les ,hovstad#f1 les ,mortensgaard#g4 ,pierre ,mortensgaard1 dit le prcepteur ,brendel1 est matre de l'avenir4 ,pierre ,mortensgaard a en lui le don de la toute-puissance4 ,il peut faire tout ce qu'il veut 444 car il ne fait jamais plus qu'il peut4 ,pierre ,mortensgaard est capable de vivre sans idal4 ,et cela1 c'est prcisment le grand secret de la conduite et de la victoire4 ,c'est le rsum de toute la sagesse du monde4 ,le journal pourrait tre le gardien le plus sr du progrs1 l'avant-garde de la justice1 marchant la conqute de la lumire1 c'est lui qui pourrait arracher la foule aux suggestions funestes1 lui dvoilant les desseins pervers de ses vrais ennemis1 c'est lui qui pourrait l'affranchir du joug moral et matriel qui pse sur sa tte depuis des sicles4 ,quelle noble mission pour celui qui se l'impose6 il est beau le rle que peut jouer chez un peuple libre1 une institution comme la presse1 mais il faut que le peuple1 que ceux qui dirigent la presse aient une conception juste de la libert2 hlas1 ne comprennent pas toujours la libert ceux qui la possdent6 ,faut-il restreindre la libert de la presse8 ,jamais6 ,c'est un grand pch que de tuer une pense libre4#h ,la libert peut dgnrer et devenir licence1 mais la libert n'est pas et ne sera jamais la licence4 ,d'ailleurs1 on ne supprime pas le mal par le mal4 ,personne ne peut ni donner ni restreindre la libert4 ,quand la presse deviendra digne de la libert1 elle la prendra elle-mme1 si elle ne l'a pas2 en tous cas1 elle saura en user4 ,aucune atteinte juridique la presse ne peut tre tolre4 ,dans un tat social vraiment assis1 l'action de la presse est trs utile comme contrle2 sans la presse1 des abus extrmement graves sont invitables4 ,c'est aux classes honntes dcourager par leur mpris1 la presse scandaleuse4#i ,la parole et la pense doivent tre libres4 ,l'homme ne serait pas l'homme1 s'il ne parlait librement4 ,arrter l'essor de la pense1 c'est rabaisser la dignit humaine4 ,ce qu'il y a de mieux en nous1 c'est la pense4#aj ,la libert de la presse est sacre1 il faut qu'elle puisse toujours se produire librement1 c'est l'un des biens de la civilisation1 mais si ,penser librement est beau ,penser juste est encore plus beau4#aa ,et c'est par la justice qu'on acquiert souvent la libert1 car elle ne s'octroie pas1 il faut la conqurir4 ,la libert de parler et d'crire1--lorsqu'on ne la comprend pas1 c'est--dire lorsqu'on ne la porte pas dans son me1--ne sert aux moralement faibles qu'a manifester leur jalousie pour les moralement suprieurs1 en dversant sur eux leur malfaisante raillerie sinon leurs mensonges diffamatoires4 ,le jour o l'on comprendra que l'invective ne remplace jamais la libre discussion1 que les impuissants seuls substituent l'injure la raison1 que l'on combat mieux ses adversaires par des arguments solides que par des insultes1 qu'on flagelle mieux les hypocrites avec la vrit1 la justice1 qu'avec la violence1 la calomnie2 le jour o l'on comprendra que la libert de tout homme s'arrte l o elle viole la libert d'autrui1 la presse1 comme toutes les autres institutions1 deviendra libre1 et sa langue barbare et indcente sera purife4 ,la corruption du langage amne la corruption des ides2 elle fausse l'esprit qui devient incapable de distinguer la vrit de l'erreur4 ,le coupable n'est pas le lecteur1 mais l'crivain qui manque la premire condition de son apostolat4 ,en attendant cet ge d'or1 n'oublions point que la libert de propager l'erreur et le mal par la parole et la presse a pour correctif naturel la libert de propager par les mmes moyens la vrit et le bien4#ab ,que les honntes gens en usent4 ,passons la famille4 ,,notes3 #a ,ibsen4 ,de unges forbund4 #b ,ibsen4 ,rosmersholm4 #c ,ibsen4 ,en folkefiende 7,un ennemi du peuple74 #d ,les journaux sont trs rpandus en ,norvge4 ,tout paysan reoit un journal4 #e ,union des jeunes4 #f ,ennemi du peuple4 #g ,rosmersholm4 #h ,ibsen4 ,kongsemmerne7,les ,prtendants la couronne74 #i ,renan4 ,la rforme intellectuelle et morale1 p4 #ia4 #aj ,ibsen4 ,le petit ,eyolf1 ,allmers4 #aa ,inscription place au fronton de l',universit d',upsal4 #ab ,le ,play4 ,rforme sociale4 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,iv ,,la ,,famille ,la famille a la plus grande part dans la corruption et dans la dgradation de la socit actuelle4 ,le vritable mal est l1 il faut avoir le courage de se l'avouer4 ,dans la ,comdie de l'amour1 dans le ,canard sauvage1 dans les ,revenants1 dans la ,maison de poupe1 ,ibsen nous le dit avec une force et une franchise stociennes4 ,votre mariage1 crie ,falk1#a mais c'est l'accord de deux positions convenables1 ce n'est point de l'amour6 ,l'amour qui seul devrait former les unions1 en est banni2 c'est le code qui y prside4 ,le notaire rdige le contrat o chacun stipule ses intrts1 o le mari discute le chiffre de la dot1 o la femme fait ses calculs1 o l'on cherche se tromper mutuellement4 ,l'amour a cess d'tre une passion1 c'est une science catalogue1 une profession1 avec ses corporations1 son drapeau2 les fiancs et les poux en forment les cadres et les remplissent avec une cohsion semblable celle des plantes de la mer4#b ,l'amour n'est plus un sentiment divin1 c'est un vice4 ,d'aprs les rgles de la civilisation moderne1 ce n'est pas la femme que l'homme pouse1 c'est sa dot1 son bien1 sa fortune4 ,les mariages1 pour la plupart1 ne sont qu'un march immoral o deux jeunes gens se vendent prix d'or4 ,le mariage#c doit constituer une union que deux tres n'accomplissent que par amour rciproque et pour atteindre leurs fins naturelles4 ,mais ce motif n'existe proprement parler que trs rarement de nos jours4 ,au contraire1 le mariage est considr par la plupart des femmes comme une sorte de refuge dans lequel elles doivent entrer tout prix1 tandis que l'homme1 de son ct1 en pse et en calcule minutieusement les avantages matriels4 ,et la brutale ralit apporte mme dans les mariages o les motifs gostes et vils n'ont eu aucune action1 tant de troubles et d'lments de dsorganisation que ceux-ci ne comblent que rarement les esprances que les poux caressaient dans leur jeune enthousiasme et dans tout le feu de leur premier amour4 ,or1 le mariage actuel n'est qu'une forme lgale de la prostitution qui amne la diminution graduelle de la fcondit et l'accroissement de la dpopulation4 ,la cause de l'affaiblissement de la natalit est connue3 la volont de l'homme la dtermine4 ,nous ne sommes pas assez riches pour nous donner ce luxe-l4 ,les enfants sont une charge qui diminue les jouissances gostes des parents4 ,les riches ne veulent pas laisser trop de copartageants de leur fortune2 les moins riches craignent de succomber sous le poids d'une famille nombreuse4 ,seules1 les familles misrables ont beaucoup d'enfants4 ,plus la richesse et l'aisance s'accroissent1 plus le nombre des enfants diminue4 ,les pauvres sont moins abstentionnistes que les riches parce qu'ils n'ont pas le soin de l'hritage laisser en partage1 et parce que les classes travailleuses tant plus dpourvues de plaisir que la classe1 dite suprieure1 se laissent aller au besoin gnsique4 ,d'ailleurs1 les unions se font plus librement parmi les ouvriers4 ,l'union libre1 la socit dirigeante la repousse et la fltrit4 ,le pasteur ,manders#d appelle foyer1 le foyer domestique o un homme vit avec sa femme et ses enfants4 ,,oswald1 peintre4--,oui1 ou avec ses enfants et la mre de ses enfants4 ,,le ,,pasteur4--8 ,mais 444 misricorde6 ,,oswald4--,quoi8 ,,le ,,pasteur4--,vivre avec 444 la mre de ses enfants8 ,,oswald4--,oui 444 prfreriez-vous qu'on la repousst8 ,,le ,,pasteur4--,mais comment se peut-il qu'un homme ou une jeune femme qui ont 444 ne ft-ce qu'un peu d'ducation1 s'accommodent d'une existence de ce genre1 aux yeux de tout le monde8 ,,oswald4--,eh6 que voulez-vous qu'ils fassent8 ,une jeune fille pauvre4444 ,il faut beaucoup d'argent pour se marier4 ,que voulez-vous qu'ils fassent8 ,,le ,,pasteur4--,ce que je veux qu'ils fassent8 ,je vais vous dire1 moi1 ce qu'il faut qu'ils fassent4 ,ils doivent vivre loin l'un de l'autre6 ,,oswald4--,ce discours ne vous servirait pas grand'chose auprs de nous autres1 jeunes hommes1 passionns1 amoureux4 ,,le ,,pasteur4--,et les autorits qui tolrent de telles choses1 qui les laissent s'accomplir en plein jour6 ,et cette immoralit s'tale effrontment1 elle acquiert1 pour ainsi dire1 droit de cit6444 ,les pasteurs ,manders exaltent la famille4 ,elle est la base de l'tat1 disent-ils4 ,est-ce que la famille n'est pas la base de la socit8 ,un agrable chez soi1 des amis fidles1 un petit cercle bien choisi1 dans lequel nul lment discordant ne vient apporter le trouble8#e ,oui1 la famille est un des lments les plus puissants de la socit1 mais si la famille antique prsentait vraiment une unit sociale1 la famille d'aujourd'hui en est moins qu'un reflet faible et ple3 elle n'est plus qu'un centre de corruption4 ,le vieux ftard ,werl#f1 aprs avoir constitu sa richesse sur les ruines d',ekdal1 aprs une vie de dbauche1 cause de la mort de sa femme1 a l'ide de rgulariser sa fausse position et de se remarier avec ,mme ,sverby1 femme digne de lui sous tous les rapports4 ,pour viter les mauvaises langues et les mchants propos1 il fait appel son fils ,grgoire qui vit1 solitaire1 dans les usines4 ,,gr,,goire4--,ah6 c'est comme cela6 ,madame ,sverby tant en jeu1 on avait besoin d'un joli tableau de famille dans la maison1 quelques scnes attendrissantes entre le pre et le fils4 ,la vie de famille6 ,quand l'avons-nous mene ici8 ,jamais1 aussi loin que vont mes souvenirs4 ,mais aujourd'hui il en faut un peu1 cela aurait si bonne faon1 si l'on pouvait dire qu'entran par la pit filiale1 le fils est rentr la maison pour assister aux noces de son vieux pre6 ,que resterait-il de tous ces bruits qui reprsentent la pauvre dfunte succombant aux chagrins et aux souffrances8 ,pas un cho1 le fils les aurait fait vanouir4 ,,werl4--,grgoire6444 ,ah6 je le vois bien3 il n'est personne au monde que tu respectes moins que moi4 ,,gr,,goire4--,je t'ai vu de trop prs4 ,,werl4--,tu m'as vu par les yeux de ta mre4 ,,gr,,goire4--,cette nature confiante tait prise dans un filet de perfidies1 habitant sous le mme toit 444 que d'autres femmes 444 ses servantes 444 sans se douter que son foyer reposait sur un mensonge6 ,ton existence m'apparat1 quand je la regarde1 comme un champ de carnage jonch de cadavres4444 ,dans le mme drame ,hialmar interroge sa femme sur son pass4 ,elle finit par reconnatre sa liaison avec ,werl1 dvoile son mari par ,grgoire4 ,,hialmar4--,comment as-tu pu me cacher une pareille chose8 ,,gina4--,oui1 a n'est pas bien moi2 j'aurais d te l'avouer depuis longtemps4 ,,hialmar4--,tu aurais d me le dire tout de suite4 ,au moins j'aurais su qui tu tais4 ,,gina4--,m'aurais-tu pouse tout de mme1 dis8 ,,hialmar4--,comment peux-tu le supposer8 ,,gina4--,voil pourquoi je n'ai rien os dire4 ,je ne pouvais pourtant pas faire mon propre malheur6 ,telles sont les bases de la famille actuelle3 mensonge et corruption2 instrument de profit comme pour ,gina1#g pour ,stensgard#h ou instrument de plaisir goste comme pour ,helmer#i4 ,l'homme et la femme souffrent de cet tat de choses1 mais la femme en souffre davantage4 ,l'homme1 dit ,bebel#aj1 de qui provient le plus souvent le scandale dans le mariage1 sait1 grce sa situation prpondrante1 se ddommager ailleurs4 ,la femme ne peut que bien rarement prendre aussi les chemins de traverse1 d'abord parce que s'y lancer est plus dangereux pour elle1 en sa qualit de partie prenante1 et ensuite parce que chaque pas fait en dehors du mariage lui est compt comme un crime que ni l'homme ni la socit ne pardonnent4 ,la femme est oblige de considrer le mariage comme un asile1 car en dehors du mariage la socit lui fait une situation qui n'a rien d'enviable4 ,l'intrt matriel enchane l'un l'autre des tres humains4 ,l'une des parties devient l'esclave de l'autre et est contrainte1 par devoir conjugal1 de se soumettre ses caresses les plus intimes1 qu'elle a peut-tre plus en horreur que ses injures et ses mauvais traitements4 ,un pareil mariage n'est-il pas pire que la prostitution8 ,la prostitue est encore jusqu' un certain point libre de se soustraire son honteux mtier1 elle a le droit de se refuser vendre ses caresses un homme qui1 pour une raison ou pour une autre1 ne lui plat pas4 ,mais une femme vendue par le mariage est tenue de subir les caresses de son mari1 quand bien mme elle a cent raisons de le har et de le mpriser4 ,considrer la femme comme leur gale rpugne aux prjugs des hommes4 ,la femme1 pour eux1 doit tre soumise1 obissante1 confine exclusivement dans son mnage2 elle doit comprimer ses penses1 ses aspirations personnelles1 dt-elle prir intellectuellement de cette situation opprime4 ,que de souffrances morales1 que de pleurs1 de nuits sans sommeil1 brisant pour toujours l'organisme de ces pauvres tres1 anantissant leurs esprances6 ,mme ,alving#aa est l'une de ces admirables et malheureuses figures4 ,elle a reu dans sa jeunesse quelques renseignements o il ne s'agissait que de devoirs et d'obligations4 ,pendant vingt ans elle a vcu l-dessus1 souffrant silencieusement auprs de son mari malade et dbauch4 ,une seule fois seulement1 lasse de vivre auprs d'un fou qu'elle n'aimait pas1 elle se prcipite chez le jeune pasteur qu'elle aime et dont elle se sent aime4 ,me voici1 prends-moi6 ,femme1 rpond le faux disciple de ,jsus1 retournez chez celui qui est votre poux devant la loi6 ,l'lan qui l'a pousse vers le bonheur et la libert a t vite rfrn2 elle est redevenue la femme austre pour qui la vie est une valle de larmes et qui ne peut rpandre autour d'elle la lumire et la gat d'une me heureuse4 ,durant vingt ans cette femme admirable eut le courage de cacher tous les misres de sa vie domestique4 ,j'ai support bien des choses dans cette maison1 avoue-t-elle plus tard4 ,pour retenir mon mari les soirs et les nuits j'ai d me faire le camarade de ses orgies secrtes4 ,j'ai d m'attabler avec lui en tte--tte1 trinquer et boire avec lui1 couter ses insanits1 j'ai d lutter corps corps avec lui pour le mettre au lit4 ,j'avais mon fils1 c'est pour lui que je souffrais tout4 ,mais lorsque j'ai reu le dernier outrage1 quand j'ai vu dans les bras de mon mari ma propre bonne 444 alors4444 ,alors1 elle se rvolte1 elle veut apprendre son fils la vraie vie4444 ,nora#ab1 rvolte galement par le mensonge de sa vie conjugale1 abandonne tout fait et la maison et ses enfants4444 ,et c'est cette famille qui est appele former la jeune gnration6 ,la famille doit tre un arbre puissant dont les racines plongent une grande profondeur dans le sol1 tandis que les cimes montent haut vers le ciel et que les branches protectrices couvrent un large espace4 ,or1 elle est rduite l'tat d'un maigre arbuste sans racines1 dont le pauvre feuillage est impuissant donner un abri4#ac ,les rejetons vigoureux et multiplis ne sortent que d'une famille forte4 ,ceux qui ont t levs d'une manire absurde ne peuvent pas lever les autres d'une manire sense4 ,une multitude d'aveugles ne donnera jamais un voyant1 une runion de malades ne fera jamais un homme bien portant4 ,quand on songe la jeune gnration qui s'lve au sein de ce milieu corrompu et dsquilibr1 une douleur1 une pouvante1 vous treint l'me4444 ,,notes3 #a ,ibsen4 ,kjaerlighedens ,komedie7,comdie de l'amour74 #b ,ibid4 #c ,bebel4 ,la femme1 p4 #fh4 #d ,ibsen4 ,gjengangere 7,revenants74 #e ,ibsen4 ,samfundets sttter 7,soutiens de la socit74 #f ,ibsen4 ,vildanden7,canard sauvage74 #g ,canard sauvage4 #h ,union des jeunes4 #i ,maison de ,poupe4 #aj ,la ,femme4 #aa ,revenants4 #ab ,ibsen4 ,et ,dukkehejem7,maison de poupe74 #ac ,m4 ,gurin4 ,evolution sociale1 p4 #cbc4 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,v ,,la ,,jeune ,g,n,,ration ,la dcadence1 la dsorganisation de la famille porte vite ses fruits et la jeune gnration trouve le moyen de surpasser ses crateurs et ses matres4 ,l'ducation qu'on lui donne a pour but de fortifier en elle les vues1 les aspirations1 les ides des a soutiens de la socit1 et1 par l1 de perptuer les mensonges conventionnels4 ,au foyer domestique ou l'cole1 la mthode est toujours la mme4 ,on fait autant de mensonges l'cole qu' la maison2 partout on ne fait que mentir aux enfants4#a ,sachant que l'enfant n'est pas sensible aux calculs d'intrt et de parti1 que la puret de sa jeune me ne lui permet pas encore de se mfier des matres trop complaisants1 ces derniers se pressent de remplir son cerveau1 sa mmoire de fausses notions et d'ides absurdes4 ,transmettre aux enfants leurs maladies physiques et morales ne suffit pas aux parents1 ils leur enseignent1 ds leur enfance1 que le ,dieu invisible a tout prvu ici-bas1--la ncessit de la proprit et de la misre1 du luxe et de la faim1 de l'oisivet des uns et du travail dmesur des autres4 ,on leur enseigne que tout dans la socit est parfait et qu'ils n'ont qu' continuer l'oeuvre de leurs anctres4 ,on dtruit en eux tout3 la promptitude et la franchise de l'esprit1 la puissance de la volont individuelle1 l'intelligence et la conscience virginales4 ,l'ducation a pour but de tuer dans l'enfant tout germe d'initiative personnelle3 on ne lui apprend ni penser1 ni vouloir1 ni vivre par lui-mme4 ,on travaille sur l'enfant1 sur l'lve1 comme sur une chose1 ou comme sur un animal dont on veut dompter les nergies4 ,et cet tat de chose n'est pas particulier tel ou tel pays1 il est gnral1 il est universel4 ,demandez cent jeunes franais1 sortant du collge1 quelles carrires ils se destinent2 les trois quarts vous rpondront qu'ils sont candidats aux fonctions du gouvernement4 ,la plupart ont pour ambition d'entrer dans l'arme1 la magistrature1 les ministres1 l'administration1 les finances1 les consulats1 les ponts et chausses1 les mines1 les tabacs1 les eaux et forts1 l'universit1 les bibliothques et archives1 etc41 etc4 ,les professions indpendantes ne se recrutent1 en gnral1 que parmi les jeunes gens qui n'ont pas russi entrer dans une de ces carrires4#b ,ds l'enfance on a tu dans l'homme toute initiative1 toute volont1 tout respect pour sa personnalit1 pour son individualit4 ,les moeurs n'ont gure permis jusqu' maintenant qu'on respectt l'individualit de l'enfant comme celle d'un gal futur1 et peut-tre d'un suprieur en dveloppement intellectuel et moral4 ,rares sont les parents qui voient dans leur fils un tre dont les ides et la volont sont destines grandir d'une manire originale1 et rare l'instituteur qui ne cherche dicter aux lves ses opinions1 sa morale particulire1 et n'essaie de faciliter sa besogne en imposant l'obissance4#c ,et lorsque plus tard la vie leur dvoile la vraie lumire1 leurs mes sont dj trop imprgnes d'impressions1 d'ides fausses4 ,ce ne sont pas des hommes1 ce sont des machines faites pour tre diriges par un mcanisme extrieur et artificiel4 ,il faut tre fort1 il faut porter en soi des germes d'une individualit puissante1 pour pouvoir se dbarrasser de toutes les erreurs1 de tous les mensonges1 de toutes les souillures morales qu'on a si soigneusement entretenus en nous pendant nos jeunes annes4 ,la majorit constitue cette lgion de dgnrs dont ,ibsen nous prsente quelques types caractristiques4 ,le ,dr ,raak dans la ,maison de poupe1 ,ulrik ,brendel dans ,rosmersholm1 ,laevborg dans ,hedda ,gabler1 ,oswald dans les ,revenants1 la bohmienne ,gerd dans ,brand1 tous ces tres ne se dominent gure1 maladies hrditaires1 folie1 ivresse1 il y a quelque chose qui les obsde1 des souvenirs qui les hantent1 des revenants dont ils ne peuvent pas se dfaire4 ,nous sommes tous des revenants4 ,ce n'est pas seulement le sang de nos pre et mre qui coule en nous1 c'est encore une espce d'ide dtruite1 une sorte de croyance morte1 et tout ce qui en rsulte4 ,cela ne vit pas1 mais ce n'en est pas moins l1 au fond de nous-mmes et jamais nous ne parvenons nous en dlivrer4 ,et puis1 tous1 tant que nous sommes1 nous avons une si misrable peur de la lumire6#d ,je vous connais fond1 dit ,brand1 mes lches1 esprits inertes6 ,il vous manque ce battement d'ailes de la volont1 ce frmissement anxieux qui lve les cantiques jusqu'au ciel4 ,l'esprit morne1 le pas tranant1 ils s'avancent lourds et fatigus4 ,a leur air sombre1 on dirait qu'ils sentent un fouet derrire eux4 ,leurs fronts portent le voile du vice4 ,leurs regards plongent dans les tnbres4 ,c'est l'image du pch1 ce n'est plus l'image de ,dieu4 ,qui donc leur criera3 ,je sens courir dans mes veines le fleuve brillant de la jeunesse4 ,vigoureux rejeton1 je suis n de l'amour de deux tres beaux1 jeunes1 ardents1 tandis que toi1 fragile crature sans nergie1 sans vie1 tu es n de l'union morne et glace de deux tres lis par un contrat qui ne peut exciter en eux la flamme des sens6#e ,ils sont tous malades1 physiquement et moralement4 ,mon pine dorsale1 la pauvre innocente1 se plaint le docteur ,raak#f1 doit souffrir cause de la joyeuse vie qu'a mene mon pre quand il tait lieutenant4 ,oswald#g1 peintre1 n'a jamais men une vie orageuse sous aucun rapport et pourtant il se sent bris d'esprit1 il ne peut plus travailler1 il est comme un mort-vivant4 ,il a de trs violentes douleurs la tte1 spcialement l'occiput1 comme s'il avait le crne dans un cercle de fer1 de la nuque au sommet4 ,toute sa force est paralyse1 il ne peut pas se concentrer et arriver des images fixes4 ,sa maladie s'explique3 son pre fut alcoolique tout en tant chambellan4 ,tous ces tres sont las1 fatigus de vivre1 peine entrs dans la vie4 ,leur moral est gal leur physique4 ,les dsirs1 sentiments1 passions1 qui donnent au caractre son ton fondamental1 ont leurs racines dans l'organisme1 sont prdtermins par lui4#h ,quel abaissement des caractres et de la volont6 ,jamais le sens moral n'eut une voix moins puissante1 jamais la conscience ne parla moins dans le monde4 ,la soif des jouissances matrielles parat avoir touff tout sentiment suprieur4 ,la loi du plaisir exclusif engendre fatalement tous les gosmes et tarit dans leur source tous les sentiments levs de l'me4 ,la dgnrescence des moeurs ne consiste pas seulement dans l'accomplissement des actes immoraux1 elle existe aussi dans la pense corrompue1 dans l'imagination malade4 ,on ne croit qu' la force brutale1 l'argent1 aux impulsions extrieures2 on ne croit plus la conscience1 la volont1 l'amiti4 ,borckman#i regrette amrement de s'tre confi un ami qui l'a trahi4 ,cette trahison le fait maudire ,l'amiti3 ,savoir tromper1 c'est en cela que consiste l'amiti1 dit-il4#aj ,et comment en serait-il autrement8 ,hoc sentio1 nisi in bonis amicitiam esse non posse4 ,l'amiti relle ne peut exister que dans le bien4 ,et le bien leur est tranger6 ,les larges horizons se rtrcissent1 on ne sait plus aimer1 on ne connat mme plus les haines vigoureuses1 le caractre s'efface1 le caractre disparat4 ,un caractre bien fade est celui de n'en avoir aucun4#aa ,on n'a plus le respect de soi-mme1 il n'y a pas de sentiments gnreux1 ni dvouement1 ni dsintressement4 ,cabotins1 arrivistes1 ils sont envieux1 fats1 vaniteux1 sans principes1 sans bases4 ,l'un de ces jeunes1 l'avocat ,stensgard#ab1 est le type admirable de l'arriviste moderne4 ,il fonde l',union des jeunes pour combattre le vieux parti politique et particulirement le vieux chambellan1 mais il suffit d'une simple invitation dner de la part de celui-ci pour qu'il oublie tous ses discours enflamms1 toutes ses promesses1 mme son dsir d'pouser ,mlle ,monsen1 car il s'aperoit que la fille du chambellan mme est beaucoup plus riche et que c'est un parti plus avantageux4 ,et lorsqu'il apprend qu'elle est ruine et que ,mlle ,monsen ne veut plus de lui1 il se dcide pouser--galement trop tard--une riche aubergiste1 laquelle1 tant trs prvoyant1 il faisait aussi une cour assidue4 ,on fonde des ,unions1 des ,cercles1 des ,ecoles1 des ,ligues1 pour mieux masquer1 dans l'anonymat1 le vide de ceux qui s'y rfugient4 ,que de nullits peuvent abriter des noms pompeux comme ,union des jeunes6 ,toute leur morale1 c'est celle du succs4 ,honesta quaedam scelera successus facit4#ac ,et ds qu'un esprit indpendant s'loigne de ces ,unions pour ne suivre qu'un chemin droit et librement choisi1 les mdisances1 les calomnies1 les perfidies1 les hostilits basses1 les intrigues le poursuivent de toutes parts4 ,seuls1 les forts continuent le combat1 n'coutent que la voix de leur conscience1 sans se laisser dcourager1 et ne prtent qu'un sourire de piti aux parasites1 qui en mdisent4 ,les autres1 les faibles1 perdent leur foi en eux-mmes et tombent empoisonns4 ,la vritable valeur morale n'a besoin ni d'insignes1 ni d'coles1 ni de ligues pour se rvler1 elle se trahit1 mme quand on la cache1 comme la misre morale se trahit mme quand on la dissimule4 ,pratiques jusqu' l'excs1 les jeunes d'aujourd'hui ne font que prostituer chaque jour les forces de leurs penses et de leurs affections4 ,le champ de leurs exploits est la vie dite mondaine dont la haute science consiste pour eux dans l'art de laisser deviner avec lgance les mrites qu'ils n'ont pas4 ,et ils plaisent4444 ,on plat souvent plus par ses dfauts que par ses qualits4 ,toute leur phrasologie1 tous leurs beaux discours ne servent qu' eux-mmes1 leur carrire4 ,ce qu'ils cherchent1 c'est jeter de la poudre aux yeux1 c'est faire quelque chose4 ,peu importe ce qu'on fait--jouer aux courses ou fonder des ,unions--l'essentiel est de faire4 ,du haut en bas1 si l'on nous prend tous en bloc1 on peut nous appeler une race de faiseurs1 dit le matre d'cole dans ,brand4 ,la seule1 la vraie ,union de tous ces tres atteints d'anmie morale1 le seul point sur lequel ils sont tous d'accord1 c'est l'argent1 cause de lchets1 de suicides1 de la dmoralisation1 de toutes les horreurs4 ,l'argent est un matre abominable1 il ne doit tre que le serviteur4#ad ,ce matre abominable rgne aujourd'hui en toute libert1 et sa domination est un des caractres saillants de notre socit4 ,le nom de ce mtal a pris dans la vie sociale une signification qui fait de lui le matre de la vie4 ,l'argent a supprim le travail individuel1 il pervertit celui dont le coeur tait pur1 le rend goste1 incapable de nobles lans d'mes1 il divise la famille1 il pousse le jeune homme pouser non pas celle qu'il aime mais celle qui est riche1 il pousse la mre sacrifier le bonheur de sa fille en la donnant au plus riche pouseur4 ,aucune branche de la socit n'chappe l'adoration universelle de la ,bte d',or3 ,jeunes maris dont les rves d'amour sont des rves dors et qui avouent sans vergogne qu'ils aiment non pas telle ou telle personne1 mais telle ou telle dot1 comme si la famille n'avait d'autre but que d'unir et de procrer des sacs d'cus2 poux1 dont la crainte de diminuer leur bien-tre arrte les lans de la passion2 financiers qui1 froidement1 par leurs coups de bourse1 prennent l'pargne de pauvres gens1 les condamnent la misre1 prparent leurs suicides1 mais dont on exalte le bon coeur parce qu'ils donnent quelques francs dans une souscription publique1 bourgeois qui vivent chichement1 se refusant tout plaisir1 afin d'entasser quelques pices d'or de plus2 rentiers dont l'existence se passe toucher les intrts1 les mettre de ct1 en toucher de nouveaux1 supputer les chances de hausse ou de baisse et dont la pense rabougrie ne s'lve pas au-dessus de cet troit horizon2 crivains qui1 sous couleur d'art1 dbitent des romans pornographiques1 afin de raliser de plus gros bnfices2 magistrats condamnant sans piti de pauvres malheureux qui ont tondu un pr de la largeur de leur langue1 mais pleins d'indulgence pour les agioteurs ayant drob des millions et dont l'appui leur parat promettre des jours fortuns2 politiciens dont l'hostilit se laisse attendrir propos1 quand il s'agit de questions dans lesquelles se trouvent intresses de puissantes socits financires2 catholiques1 protestants1 juifs1 tous1 se roulant aux pieds du ,veau d'or1 attendent de lui un sourire4#ae ,il faut leur crier leurs vrits en face1 tous ces inutiles1 l'intelligence vide1 au coeur sec1 infatus d'eux-mmes1 orgueilleux sans grandeur1 gostes sans esprit1 tranant la remorque de leurs passions une existence factice et dprimante1 sans but1 sans volont1 sans idal1 sans foi6 ,le luxe immdiat est le souverain bien1 l'argent est la seule idole de ces humains dits civiliss4 ,les parlements1 les chancelleries1 les rdactions1 sont des succursales de la ,bourse4 ,l'argent mne la religion1 l'argent mne la politique1 l'argent mne la presse1 l'argent mne la famille1 l'argent mne tout et tous4 ,toute leur volont tant dirige vers l'argent1 il ne leur en reste rien pour la vie4 ,ils n'ont mme pas la volont d'tre heureux4 tres incomplets1 ils n'ont que le dsir1 sans avoir la pense2 ils imaginent1 mais ils ne savent point vouloir4#af ,dans la ,comdie de l'amour1 le pote ,falk et ,svanhild se dclarent leur amour4 ,,falk4--,dans ma barque naviguant vers l'avenir1 il y a place pour deux4 ,si vous avez du courage1 marchons cte cte dans le combat4 ,cte cte nous marcherons et notre existence sera un long cantique d'adoration et d'actions de grce4 ,,svanhild4--,la lutte est facile quand on est deux combattre et que l'un des combattants est un homme vaillant4 ,,falk4--,et que l'autre est une femme gnreuse2 il est impossible que deux tres semblables succombent4 ,,svanhild4--,prends-moi donc tout entire4 ,les fleurs s'panouissent1 mon printemps est venu4 ,et maintenant1 luttons contre la misre et la douleur6 ,croyez-vous que ,falk et ,svanhild tenteront le bonheur8 ,point4 ,un ngociant leur fait comprendre que si ,l'honneur sans argent n'est qu'une maladie4#ag l'amour sans cus est une folie4 ,l'amour disparat1 la position demeure4 ,et les jeunes gens se sparent4 ,svanhild pouse le riche ngociant qui lui a dcouvert le sens de la vie2 quant ,falk1 il se met1 je crois1 tudier la thologie4 ,ils prennent pour prtexte de leur sparation le dsir de rester en plein rve et de ne pas voir sombrer sous les coups de la ralit les splendeurs de leur songe1 mais le fait est qu'ils brisent leur bonheur1 ils le brisent eux-mmes de leurs propres mains4 ,et la cause8 ,leur volont est abolie4 ,ils n'ont pas de volont d'agir1 de tenter le bonheur4 ,gina1 la femme de ,hialmar1 est l'ancienne matresse de ,werl1 riche industrie#ah4 ,hialmar1 confiant1 ignore qu'il y a de la boue l'origine de son mariage1 et que son foyer repose sur un mensonge4 ,le fils de ,werl1 ,grgoire1 ancien ami de ,hialmar1 atteint d'une maladie qu'un des personnages de la pice dsigne sous le nom de fivre de justice aigu1 se dcide apprendre au mari le pass de sa femme4 ,hialmar1 connaissant la faute de ,gina1 pourra la lui pardonner2 il n'y aura plus de mensonge entre eux1 ils seront parfaitement heureux1 et leur bonheur1 fond sur la vrit1 sera solide autant qu'ineffable4 ,aprs l'explication entre les poux1 ,grgoire entre1 leur tendant les mains3 ,,gr,,goire4--,eh bien1 mes chers amis1 est-ce fait8 ,,hialmar4--,c'est fait4 ,j'ai vcu l'heure la plus amre de ma vie1 ,,gr,,goire4--,mais aussi la plus pure1 n'est-ce pas8 ,,hialmar4--,enfin1 pour le moment c'est fini4 ,,gina4--,que ,dieu vous pardonne1 monsieur ,werl6 ,,gr,,goire 7avec un profond tonnement74--,je n'y comprends rien4 ,,hialmar4--,qu'est-ce que tu ne comprends pas8 ,,gr,,goire4--,cette grande liquidation qui devait servir de point de dpart une existence nouvelle1 une vie1 une communaut base sur la vrit dlivre de tout mensonge8 ,,hialmar4--,je sais1 je sais trs bien4 ,,gr,,goire4--,j'tais si intimement persuad qu' mon entre je serais frapp par une lumire de transfiguration illuminant l'poux et l'pouse4 ,et voici que devant moi tout est morne1 sombre1 triste4 ,ils n'ont mme pas le courage de leur rnovation6 ,la moindre lutte morale brise ces malades4 ,l'tat physique de l'individu doit tre en rapport avec ce qu'il aura supporter1 sans cela une motion contraire serait un obstacle fatal4#ai ,tout leur tapage tourdissant n'est fait que pour cacher la faiblesse de leurs convictions1 de leur foi4 ,le doute et le trouble sont dans toutes les mes2 la dfiance est dans tous les esprits4#bj ,le doute pntre partout1 il porte le dcouragement2 jusqu'au fond de l'tre1 l o se puisent les grands lans1 l o l'homme entend la voix mystrieuse et puissante qui le sollicite tre lui-mme4 ,il vaut mieux que l'me humaine se berce de rves2 chimriques en s'avanant toujours que de vgter dans l'inaction et le doute4 ,si le doute amne les mes fortes vers la lumire1 il anantit compltement les faibles1 les dgnrs1 les infirmes moraux1 les dforms par la socit4 ,la folie du doute perptuel n'est que l'exagration de cette perplexit continuelle qui amne les hommes ne plus oser rien faire1 rien dsirer1 rien vouloir1 rien tenter4 ,pascal a dit quelque part que le dessein de ,dieu sur nous est plus de perfectionner la volont que l'esprit4 ,vrit1 hlas1 trop oublie de nos jours4 ,les meilleurs esprits n'osent pas seulement agir1 ils n'osent rien affirmer1 rien nier1 rien vouloir avec nergie4 ,le doute porte sur tout4 ,mme ceux qui aspirent vers quelque chose de suprieur1 vers la libert1 vers la lumire qui pensent et croient ne veulent pas s'en rendre compte1 ne veulent pas s'y arrter4#ba ,dans un moment de crise1 ils crient comme ,oswald#bb3 ,le soleil6444 ,le soleil6444 et ils ne font rien pour dissiper les tnbres o ils vgtent6 ,vous voulez bien croire un peu1 mais sans y regarder de trop prs1 et faire peser tout le fardeau sur celui qui1 vous a-t-on dit1 s'est charg de l'expiation4 ,puisqu'il s'est laiss couronner d'pines pour vous1 il ne vous reste plus qu' danser4 ,mais il s'agit de savoir o cette danse vous mne4#bc ,ce ne sont pas eux qui rgnreront l'humanit4 ,les dgnrs ne changent pas l'histoire2 ils la subissent4#bd ,l'avenir n'est pas eux4 ,l'avenir est ceux qui sont dsabuss4 ,,notes3 #a ,ibsen4 ,un ennemi du peuple4 #b ,edmond ,demolins4 ,a quoi tient la supriorit des ,anglo-,saxons1 p4 #c4 #c ,elise ,reclus4 ,l',idal de la jeunesse1 p4 #h4 #d ,ibsen4 ,gjengangere 7,les ,revenants71 ,madame ,alving4 #e ,shakspeare4 ,roi ,lear1 paroles que le fils naturel adresse au fils lgitime4 #f ,et ,dukkehjem 7,maison de poupe74 #g ,ibsen4 ,gjengangere 7,revenants74 #h ,th4 ,ribot4 ,maladies de la personnalit1 p4 #ci 7,paris1 ,f4 ,alcan74 #i ,ibsen4 ,john-,gabriel ,borckman4 #aj ,dans l'adversit de nos meilleurs amis1 dit ,la ,rochefoucauld 7,maximes1 #bda71 nous trouvons toujours quelque chose qui ne dplat pas1 mais il ne va pas jusqu' dire que l'amiti1 c'est savoir tromper4 #aa ,la ,bruyre4 ,les caractres1 dition ,garnier frres1 p4 #aca4 #ab ,ibsen4 ,de ,unges forbund 7,l'union des jeunes74 #ac ,senque4 ,phdre4 #ad ,charles de ,rible4 ,la ,famille et la ,socit en ,france1 avant la ,rvolution1 t4 ,i1 p4 #hj4 #ae ,urbain ,gurin4 ,l',evolution sociale1 p4 #aic4 #af ,elise ,reclus4 ,evolution et ,rvolution1 p4 #f4 #ag ,boileau4 #ah ,ibsen4 ,canard sauvage4 #ai ,bain4 ,emotions et volont1 p4 #ag4 #bj ,ibsen4 ,samfundets sttter 7,soutiens de la socit74 #ba ,ibsen4 ,gjengangere 7,les ,revenants74 #bb ,ibid4 #bc ,ibsen4 ,brand4 #bd ,kropotkine4 ,l',anarchie1 sa philosophie1 son idal1 p4 #be4 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,vi ,,germes ,,transitifs ,si l'anthropologie moderne a prouv la transmission des vices et des maladies par les parents leurs enfants1 la psychologie n'a pas moins dmontr que parmi la mdiocrit des tres apparaissent quelques individus mieux dous qui1 aprs avoir travers une priode d'volution et de crise1 triomphent1 deviennent des types plus parfaits et obtiennent de nouvelles victoires et de nouveaux progrs4 ,l'humanit1 en se dbattant dans une lutte sculaire pour amliorer ses institutions sociales1 atteint involontairement quelque chose de bien diffrent et de bien plus grand3 sa propre rforme1 l'ennoblissement de son caractre moral1 le couronnement de l'volution biologique grce la cration d'un type plus lev et plus pur4#a ,ces tres souffrent dans la socit actuelle1 leurs droits sont mconnus4 ,ces mes touffent sous le poids des prjugs et des mensonges1 elles ne peuvent aisment s'enlever et prendre leur vol2 elles n'ont ni libert1 ni indpendance pour assurer leur existence1 elles doivent s'incliner sous la volont des seigneurs de la finance1 de la politique1 de la pense4 ,le manque d'oxygne affaiblit la conscience1 et l'oxygne manque presque absolument dans notre socit1 puisque toute la majorit compacte est assez dnue de sens moral pour ne pas vouloir comprendre que l'on n'difie rien sur une fondrire de mensonge et de fourberie4#b ,on touffe ici1 dit ,brand2 un air de spulcre s'lve de cet troit vallon4 ,en vain on y dploierait un drapeau1 aucun souffle frais et libre ne le ferait flotter4 ,tout ce qu'il y a de bon au fond des hommes sera touff si on laisse subsister cet tat de choses4 ,mais cela ne doit pas durer6 ,oh6 quel bonheur ce serait1 quel bonheur de pouvoir apporter un peu de lumire dans cet abme de tnbres et de mchancet4 ,si j'avais le pouvoir1 se lamente ,rosmer#c1 de leur faire avouer leurs torts1 de rveiller la honte et le repentir dans leurs coeurs1 de les amener se rapprocher de leurs semblables avec confiance1 avec amour6 ,il me semble qu'on pourrait y arriver4 ,que la vie deviendrait belle alors6 ,plus de combats haineux1 rien que des luttes d'mulation1 tous les regards fixs sur un mme but1 toutes les volonts1 tous les esprits tendant sans cesse plus loin1 toujours plus haut1 chacun suivant le chemin qui convient son individualit4 ,du bonheur pour tous1 cr par tous4 ,la corruption des moeurs1 la dgradation actuelle de la socit n'est que le signe d'une ncessit absolue de sa transformation morale4 ,de tous cts s'lve une plainte immense qui monte confuse4 ,au sein de l'ivresse gnrale1 du bien-tre1 de jouissances innombrables2 au sein de cet nervement1 de ce mal qui ronge1 on entend le bruit du rveil1 le murmure des volonts et des esprances4 ,des ides nouvelles germent partout1 elles cherchent se faire jour1 trouver une application dans la vie1 mais elles se heurtent continuellement la force d'inertie de ceux qui ont intrt maintenir le rgime actuel1 elles touffent dans l'atmosphre suffocante des anciens prjugs et des traditions4 ,les ides reues sur la constitution des tats1 sur les lois de l'quilibre social1 sur les relations politiques et conomiques des citoyens entre eux1 ne tiennent plus devant la critique svre qui les sape chaque jour1 chaque occasion1 dans le salon comme au cabaret1 dans les ouvrages du philosophe comme dans la conversation quotidienne4 ,les institutions politiques1 conomiques et sociales tombent en ruines2 elles gnent1 elles empchent le dveloppement des germes qui se produisent dans leurs murs lzards et naissent autour d'elles4 ,un besoin de vie nouvelle se fait sentir4 ,le code de moralit tablie1 celui qui gouverne la plupart des hommes dans leur vie quotidienne1 ne parat plus suffisant4 ,on s'aperoit que telle chose1 considre auparavant comme quitable n'est qu'une criante injustice2 la moralit d'hier est reconnue aujourd'hui comme tant d'une immoralit rvoltante4 ,le conflit entre les ides nouvelles et les vieilles traditions clate dans toutes les classes1 de la socit1 dans tous les milieux1 jusque dans le sein de la famille4#d ,et c'est le rveil4 ,on a beau vouloir arrter le courant3 on n'a pas la force de le dtourner4 ,le courant suit son chemin1 marche l'accomplissement de sa mission1 dissipant l'atmosphre touffante qui l'environne4 ,il faut changer cette atmosphre spulcrale4 ,il faut qu'un beau soleil entre ici4 ,que venez-vous faire dans notre socit8 demande ,rorlund ,lona1 qui revient d',amrique4 --,lui donner de l'air1 monsieur le pasteur6#e lui rpond celle-ci4 ,mais lorsqu'un difice est rest trop longtemps ferm1 on a de la peine l'arer1 les fentres ne s'ouvrent pas facilement1 souvent mme on est oblig de les briser4444 --,que voulez-vous difier8 --difier8 ,il s'agit d'abord de dmolir4#f ,et cela n'a aucune importance1 dit ,stockmann#g1 qu'une socit mensongre soit dmolie6 ,il faut l'anantir1 il faut faire disparatre1 comme des animaux nuisibles1 tous ceux qui vivent dans le mensonge4 ,j'aime tant ma ville natale1 ajoute-t-il1 que je prfrerais la ruiner que de la voir prosprer sur un mensonge4 ,mais on ne dtruit que ce qu'on remplace4 ,si les vieux mots sont uss1 il ne faut pas les enlever de la langue avant d'en avoir cr d'autres4#h ,dans les pages qui vont suivre nous chercherons les mots que les personnages d',ibsen substituent ceux qu'ils veulent enlever de la langue actuelle2 nous chercherons dterminer les bases sur lesquelles ils comptent difier la ,socit nouvelle4 ,car toute phase sociale est pousse par une phase future qui se prpare la remplacer4 ,c'est la loi de l'volution universelle de tous les phnomnes3 physiques1 moraux et sociaux4 ,la socit actuelle doit cder sa place une socit nouvelle1 sinon la loi d'volution se trouverait suspendue1 hypothse anti-scientifique4 ,si l'volution condamne toute transformation arbitraire1 elle condamne aussi toute immobilit1 toute inertie2 loin d'exclure la possibilit des rformes pacifiques1 elle ne veut pas laisser l'humanit s'endormir1 elle l'engage l'activit consciente1 la marche vers une re nouvelle4 --,ils ont eu leur aurore1--dit ,brand au seuil de l'glise nouvelle qu'il a fait construire1--pourquoi ne verraient-ils pas leur dclin8 ,l'ordre universel veut de la place pour les formes natre4444 ,ce qui ne prit pas1 c'est l'esprit incr1 c'est l'me1 dissoute dans l'closion printanire du monde1 l'me qui1 d'audace et de foi virile1 a construit une arche allant de la matire la source de l'tre4 ,cette me est maintenant partage en petites portions qui se dbitent en dtail4 ,de cette mutilation1 de ces tronons d'me1 de ces membres dtachs1 pars1 il faut qu'un tout surgisse4444 ,hommes1 vous tes au croisement des chemins6 ,avec votre volont entire1 vous devez vouloir le nouveau1 l'anantissement de toutes les constructions pourries1 pour que le grand sanctuaire ait la place qui lui revient4444 ,,notes3 #a ,a4 ,loria4 ,problmes sociaux contemporains1 p4 #agd4 #b ,ibsen4 ,en ,folkefiende 7,un ,ennemi du peuple74 #c ,ibsen4 ,rosmersholm4 #d ,pierre ,kropotkine4 ,paroles d'un rvolt1 p4 #bge4 #e ,ibsen4 ,samfundets sttter 7,soutiens de la socit74 #f ,le unges forbund 7,l',union des jeunes74 #g ,un ,ennemi du peuple4 #h ,brand 7,eynor74 99 99 99 99 99 ,,partie ,,positive ,,la ,,soci,t ,,nouvelle 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,premier ,,la ,r,g,n,,ration ,,individuelle ,,et ,,sociale ,,est ,,possible ,l',,amour ,,en ,,est ,,la ,,premi,,re ,,base ,qui n'a pas t renvers une fois dans sa vie6 ,il faut se relever et ne faire semblant de rien4 ,seuls le prsent d'un homme et son avenir peuvent racheter son pass4 ,borckman#a1 qui dit ces paroles1 semble indiquer par l que la rnovation est possible1 qu'il n'est jamais tard de renatre1 mais que seuls le prsent et l'avenir sont capables de racheter le pass4 ,des hommes forts et intelligents peuvent toujours ragir et se refuser tre plus longtemps serfs du mensonge4 ,mais non seulement l'homme est perfectible1 la socit l'est aussi4 ,si quelque esclave de ce monde fait une brche au grand capital humain1 un autre1 par son travail1 peut toujours rparer le dommage4#b ,un individu1 comme une nation1 peut se tromper1 s'garer1 mais aussi le reconnatre1 se repentir et rparer le mal4 ,ibsen ne se contente pas de faire exprimer ses hros l'ide de la possibilit de la rgnration morale de l'individu et de la socit1 il leur fait indiquer la base mme de cette rnovation3 l',amour4 ,notre coeur est ce jeune univers cr pour recevoir l'esprit divin4 ,c'est l qu'il faut tuer le vautour de la convoitise4 ,c'est l que le nouvel ,adam doit natre4#c ,c'est grce l',amour de ,lona que ,bernick#d se repent1 avoue tous ses torts et commence une vie nouvelle4 ,mais c'est surtout ,peer ,gynt qui nous offre la dmonstration clatante que l',amour est le premier jalon de tout relvement moral4 ,peer ,gynt1 aprs avoir gch sa vie dans bien des aventures1 revient1 tte blanche1 dans son pays natal o1 dans sa jeunesse1 il fut aim par une jeune fille1 ,solveig4 ,il prouve des remords d'avoir toujours fui la voie droite1 la vie srieuse4 ,la nuit vient2 il court dans la fort o il connut1 dans son enfance1 des heures dlicieuses1 et il lui semble entendre autour de lui des voix s'lever3 des bobines de fil qui roulent ses pieds murmurent3 ,nous sommes des questions que tu devais rsoudre2 le vent gmit3 ,nous sommes des chants que tu devais chanter2 et des gouttes de rose tombent des branches en soupirant3 ,nous sommes des larmes que tu n'as pas rpandues2 et des brins de paille lui disent3 ,nous sommes les oeuvres que tu devais accomplir1 nous sommes les forces que tu n'as pas voulu aimer4 ,peer ,gynt veut se persuader qu'en gchant sa vie1 il est rest lui-mme1 qu'il a vcu suivant son moi1 mais le vide qui se fait autour de lui1 lui prouve qu'il n'a t qu'un goste4 ,peer ,gynt est seul4 ,sa conscience se rveille4 ,terre splendide1 prie-t-il1 ne t'offense pas parce que j'ai foul ton herbe inutilement6 ,soleil magnifique1 tu as vers tes rayons sur une hutte inhabite--le propritaire n'tait jamais chez lui4444 ,oh6 je veux monter jusqu'au plus haut sommet1 je veux voir encore une fois le soleil se lever1 je veux contempler la terre promise4444 ,il arrive devant la maison de ,solveig au moment o celle-ci1 vieillie1 sort de la hutte1 un bton et un livre de cantiques la main4 ,,peer ,,gynt4--,un pcheur est devant toi4 ,a toi de le juger4 ,,solveig4--,c'est lui4 ,lou soit ,dieu6 ,,peer ,,gynt4--,accuse-moi1 dis combien j'ai pch envers toi6 ,,solveig4--,tu n'as commis aucun pch6 ,,peer ,,gynt4--,dis-moi mon crime4 ,,solveig4--,tu as fait de ma vie un pome4 ,bnie soit notre rencontre6 ,le vrai ,peer ,gynt qui avait au front un sceau le marquant pour une haute destine1 a vcu dans ma conscience1 dans mon espoir1 dans mon amour6 ,une clart illumine la figure de ,peer ,gynt4 ,il pose sa tte sur les genoux de ,solveig qui chante3 ,dors1 mon ami1 je te bercerai1 je te veillerai 444 dors et rve6 ,solveig chante et le soleil se lve4444 ,faire un homme heureux1 c'est mriter de l'tre1 dit ,jean-,jacques#e4 ,dans ,peer ,gynt1 ,ibsen prouve que l'homme1 apte faire jaillir de son coeur dans celui d'un autre tre humain les rayons ardents de l'amour1 est capable de se relever moralement4 ,l'amour1 c'est le soleil qui vivifie2 il ennoblit1 il rgnre4 ,l'amour possde une force surhumaine qui lve au-dessus de la fange de la vie quotidienne1 et le fait briller de toute sa magnificence aux yeux de tous4#f ,c'est la richesse du coeur qui seule donne du prix aux richesses de toutes nos facults2 mme la science n'est vivante et complte que par l'amour4 ,les hommes ne font rien avec une ide1 quand un sentiment ne s'y joint pas4 ,on regrette moins d'avoir eu du coeur que de l'esprit4 ,l'amour fconde1 agrandit et lve toutes les facults intellectuelles et morales4 ,par lui le sentiment proprement dit1 qui n'est d'abord que le produit d'une sensation1 devient affectif1 manifeste des prfrences1 veille l'activit et agit ainsi sur la volont avec une puissance de plus en plus grande4 ,que de crimes seraient vits si nous tions entours de plus de sympathie1 si la solidarit tait plus chaude et plus rconfortante6 ,c'est ce manque de fraternit et d'amour qui rend la lutte pour la vie si terrible et si acharne4 ,sans amour tout changement du rgime actuel ne sera qu'une substitution d'une classe une autre1 un changement de noms pour les maux qui demeurent4 ,le mal de l'humanit ne vient pas de la nature1 il vient1 il grandit parce que les hommes ne savent plus aimer4 ,aucun mcanisme ne donnera l'humanit le bonheur1 si elle ne veut pas comprendre qu'il y a ici-bas un moyen capable d'adoucir toutes les misres et toutes les souffrances1 et c'est l',amour4 ,l'tre humain l'instant o bat son coeur1 se transfigure et s'illumine comme une aurore4 ,seul l'amour tablit une harmonie entre les individus4 ,cette harmonie peut tre aperue par l'intelligence1 mais elle n'est sentie et ralise que par le coeur4 ,l'amour est l'intelligence descendue dans les fonds mmes de l'me4 ,l'intelligence qui n'arrive point l'amour1 la volont1 manque de puissance pour le dveloppement de la vrit1 elle n'en atteint point la vaste et sublime profondeur4 ,la science1 les lois1 les institutions les plus sages1 sont une lettre morte que l'amour seul peut transformer en parole vivante4 ,c'est que l'intelligence n'est que le reflet du foyer d'amour1 et mesure que le foyer est plus actif1 la lumire est plus vive4 ,des plus intimes profondeurs de l'amour jaillit la lumire de l'intelligence4 ,le gnie1 l'hrosme1 la morale1 sont dus l'amour1 c'est par amour qu'il peut tre compris1 c'est par amour qu'il peut tre rgnr1 car l'amour seul cre l'amour4 ,,notes3 #a ,john-,gabriel ,borckman4 #b ,ibsen4 ,brand4 #c ,ibsen4 ,brand4 #d ,ibsen4 ,samfundets ,sttter 7,soutiens de la socit74 #e ,j4-4,j4 ,rousseau4 ,correspondance4 ,lettre ,hume1 t4 ,,iv1 p4 #eig4 ,paris1 ,,mdccclii4 #f ,ibsen4 ,kjaerlighedens ,komedie 7,la ,comdie de l'amour74 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,ii ,,la ,,verite ,,et ,,la ,,lumiere ,un homme est condamn dans son oeuvre1 s'il fait les choses demi et ne songe qu'aux apparences1 s'il ne traduit pas ses ides par des actes et non seulement par des paroles ou des sentiments4#a ,cela veut dire3 parler est bien1 agir est mieux4 ,une socit ne se btit pas avec des mots1 des sentiments ou des ides1 elle ne se compose pas d'abstractions1 mais d'hommes en chair et en os1 qui1 mme pour aimer1 se posent toujours la question de ,faust3 ,par o commencer8 ,par o doit-il commencer1 l'individu qui dsire s'affranchir des servitudes sociales et devenir un tre libre et conscient8 ,par briser la chane des moeurs et des coutumes1 rpond ,falk dans la ,comdie de l',amour4 ,plus de mensonges1 plus d'hypocrisies1 plus de conventions fausses4 ,c'est la philosophie du ,canard ,sauvage4 ,les critiques qui prtendent qu',ibsen a voulu dire dans cette pice3 ,n'enlevez pas le mensonge au vulgaire1 vous lui enlveriez le bonheur en mme temps1 n'ont pas saisi l'esprit de l'oeuvre du penseur norvgien4 ,l'ide fondamentale du ,canard ,sauvage est celle-ci3 ,il vaut mieux dtruire le bonheur que de le laisser subsister sur un mensonge4 ,l'esprit puissant de l'auteur de ,brand a parfaitement compris quel rle considrable1 prpondrant et nfaste1 les prjugs et les mensonges jouent dans la socit actuelle4 ,son thtre est un cri de rvolte contre cet tat de choses4 ,malgr les progrs de la civilisation1 malgr la diffusion de plus en plus grande des lumires scientifiques1 le prjug et le mensonge rgnent encore en matres dans la socit4 ,ils s'exercent de tous cts4 ,il y a des prjugs de religions1 des prjugs de nations1 de classes1 de conditions sociales4 ,il suffit qu'un de nos semblables appartienne telle classe1 telle famille1 telle corporation1 pour qu'on lui attribue d'avance tel dfaut1 tel travers4 ,et ce qu'il y a de plus dplorable dans ces erreurs de jugement1 c'est que nul ne peut s'en dclarer absolument exempt4 ,le mensonge suppose un dsordre dans la vie4 ,si l'on tait ce qu'on devrait tre1 on n'prouverait nullement le besoin de dissimuler ce qu'on est4 ,ah6 les prjugs et les mensonges6 ce sont eux qui causent tous les malheurs de ce monde6 ,on peut tromper non seulement les autres1 mais soi-mme1 et non pas par erreur1 mais volontairement4 ,il faut distinguer le mensonge de l'erreur4 ,l'erreur est inconsciente1 tandis que le mensonge sait ce qu'il fait quand il abuse les autres4 ,on peut nuire la vrit sans mentir1 lorsqu'on ignore l'inexactitude qu'on commet2 on peut dire une chose vraie en mentant1 lorsque1 la croyant fausse1 on cherche garer le prochain par caprice ou dans un but goste4#b ,l'intention positive de tromper est le trait caractristique du mensonge4 ,mentir1 c'est abuser les hommes le sachant et le voulant1 qu'on le fasse en actes ou en paroles1 par le silence ou par d'insidieux discours4 ,c'est une chimre de croire que l'esprit aille de lui-mme au vrai4 ,l'erreur lui est aussi naturelle que la vrit2 il n'est pas bon en sortant des mains de la nature4 ,s'il est fait pour la vrit1 il ne l'atteint qu'en la cherchant pniblement2 elle est une rcompense plutt qu'un privilge4 ,il ne peut1 s'il pense1 viter l'erreur1 et les exigences de la vie1 son propre intrt1 les lois mmes de la morale1 exigent qu'il agisse et qu'il pense4 ,pourtant1 il faut se garder de tomber dans un autre excs2 le pessimisme n'est pas plus vrai que l'optimisme1 mme dans la thorie de la connaissance4 ,l'erreur peut tre corrige1 si elle ne peut tre vite4#c ,le mensonge1 lui1 peut tre vit4 ,les hommes1 dit ,tolsto#d1 qui ignorent la vrit et qui font le mal1 provoquent chez les autres la piti pour leurs victimes et le dgot pour eux1 ils ne font du mal qu' ceux qu'ils attaquent2 mais les hommes qui connaissent la vrit et qui font le mal sous le masque de l'hypocrisie1 le font eux-mmes et leurs victimes1 et encore des milliers d'autres hommes1 tents par le mensonge qui cache le mal4 ,nulle socit ne peut vivre sainement en se nourrissant de mensonge4#e ,la fin de l'homme est d'tre sincre4#f ,il faut donc chercher la vrit4 ,croire en la ,vrit1 c'est avoir la foi qui nous permet d'ordonner toutes choses par rapport elle4 ,aimer la ,vrit1 c'est s'y soumettre dans ce qu'elle a d'absolu et d'irrsistible1 la rechercher toujours dans l'ordre changeant des circonstances et n'agir jamais que conformment elle4 ,si l'amour de la vrit est par lui-mme l'expression la plus pure de notre foi1 nous devons irrvocablement condamner le mensonge et tout ce qui s'y rapporte4 ,la vrit dans la connaissance des lois morales a dj supprim l'iniquit de l'esclavage1 les tortures judiciaires1 les perscutions barbares2 esprons qu'elle largira toujours ses limites4 ,toutes les erreurs1 tous les symboles qui ont t l'objet du culte des hommes n'ont produit quelque bien que par suite de la parcelle de vrit qu'ils renfermaient4 ,il faut poursuivre la vrit partout et toujours4 ,dans les ,soutiens de la ,socit1 ,dina1 voulant aller en ,amrique1 demande ,johann qui en revient1 si les gens de l-bas sont moraux4 ,,johann4--,moraux8 ,,dina4--,c'est--dire s'ils sont aussi convenables1 aussi honntes qu'ici4 ,,johann4--,dans tous les cas1 ils ne sont pas aussi mauvais qu'on le pense4 ,n'ayez aucune crainte ce sujet4 ,,dina4--,vous ne comprenez pas4 ,au contraire1 je voudrais qu'ils ne fussent pas si nobles et si vertueux4 ,,johann4--,et comment les voudriez-vous8 ,,dina4--,je voudrais qu'ils fussent 444 nature4 ,nature1 franchise1 vrit en tout4 ,vgter dans cette vie pour les bienfaits illusoires de la vie future8--,c'est un mensonge qui en engendre bien d'autres4 ,a force de s'inquiter de l'avenir on oublie le prsent4 ,le pass ne nous doit point embarrasser1 puisque nous n'avons qu' avoir regret de nos fautes2 mais l'avenir nous doit encore moins toucher1 puisqu'il n'est point du tout notre gard1 et que nous n'y arriverons peut-tre jamais4 ,le prsent est le seul temps qui est vritablement nous1 et dont nous devons user selon ,dieu4 ,c'est l o nos penses doivent tre principalement comptes4 ,cependant le monde est si inquiet qu'on ne pense jamais la vie prsente et l'instant o l'on vit1 mais celui o l'on vivra4 ,de sorte qu'on est toujours en tat de vivre l'avenir1 et jamais de vivre maintenant4 ,notre-,seigneur n'a pas voulu que notre prvoyance s'tendt plus loin que le jour o nous sommes4 ,ce sont les bornes qu'il faut garder et pour notre salut et pour notre repos4#g ,le mot futur1 dit ,falk#h1 assombrit pour nous le jour lumineux3 ,notre prochain amour6 ,notre future femme1 notre seconde vie6 ,la proccupation de cette ide fait un mendiant de l'homme le plus fortun4 ,aussi loin que vous regardez devant vous1 ce mot enlaidit votre existence en dtruisant la joie du moment4 ,vous ne sauriez vous arrter un instant tranquillement en votre bonheur sans vous embarquer vers d'autres rives1 et ce rivage atteint1 vous reposez-vous un instant8 ,non1 il faut vous hter de fuir1 et toujours ainsi jusqu' la mort4 ,et cela vient du mensonge que nous nous forgeons de notre existence1 voulant nous persuader que cette vie n'est rien et que la vie future1 la vie d'outre-tombe est tout4 ,la souffrance ne nous atteint point1 car rien ne nous touche en ce monde1 sinon le dsir d'en sortir4#i ,l'homme1 disent ces prcheurs1 doit tre tout entier dans l'attente des biens futurs2 il ne doit considrer la vie prsente que comme un rapide voyage dont la seule importance est de prparer notre ternel avenir4 ,or1 il n'y a qu'une seule vie3 celle que nous vivons4 ,le bonheur que nous comprenons1 nous ne le trouvons qu'ici-bas4#aj ,il faut chercher la vie1 pour la faire passer avant toute chose4#aa ,il faut vivre1 car quand l'esprit commence peine s'veiller1 les forces physiques commencent dj dcliner4 ,cette heure est toi1 tout le reste est folie6 ,il n'y a rien de mystique dans la vie4 ,la vie est une force de vrit et de lumire4 ,dans les ,revenants1 ,mme ,alving discute avec son fils le sentiment filial3 ,mme ,,alving4--,un enfant ne doit-il pas de l'amour son pre1 malgr tout8 ,,oswald4--,quand ce pre n'a aucun titre sa reconnaissance8 ,quand l'enfant ne l'a jamais connu8 ,et toi1 si claire sur tout autre point1 tu croirais vraiment ce vieux prjug8 ,mme ,,alving4--,il n'y aurait donc l rien qu'un prjug8 ,,oswald4--,oui1 tu peux en convenir1 mre4 ,c'est une de ces ides courantes que le monde admet sans contrle4 ,c'est un mensonge4 ,et ,mme ,alving1 ne poursuivant que la vrit1 finit par tre d'accord avec son fils4 ,l'enfant ne doit pas plus tre la discrtion de l'autorit familiale que l'homme la discrtion de l'autorit gouvernementale4 ,il faut l'enfant1 comme au chne1 pour crotre et devenir homme dans son individualit forte1 l'espace et la libert4 ,dans la ,maison de ,poupe1 ,nora apprend que la socit a le droit romain1 le droit international1 le droit administratif1 le droit policier1 et que seul le ,droit humain lui manque2 elle1 qui considrait la justice comme un sentiment qui fait partie intgrante de notre me1 elle apprend que la justice n'est qu'une fiction1 une loi cre par la socit pour garantir ses mensonges et que c'est la loi qui cre souvent le dlit1--et elle dclare nettement que ce sont de bien mauvaises lois4 ,,nora4--,j'apprends que les lois ne sont pas ce que je croyais2 mais que ces lois soient justes1 c'est ce qui ne peut m'entrer dans la tte4 ,,helmer4--,tu parles en enfant3 tu ne comprends rien la socit dont tu fais partie4 ,,nora4--,non1 je n'y comprends rien4 ,mais je veux y arriver et m'assurer qui des deux a raison1 de la socit ou de moi4 ,et ,nora quitte le foyer domestique1 elle ne veut plus accepter aucune ide toute faite sans l'avoir examine1 elle s'en va chercher la vrit1 la lumire4 ,lorsque le docteur ,stockmann#ab est dclar ennemi de la socit pour lui avoir voulu du bien1 il ne se rend pas aux mensonges du milieu qui l'environne1 mais1 fort dans la vrit1 il le quitte1 il l'abandonne1 il s'isole1 il reste seul4 ,partout o il y a lutte entre les soutiens de la socit et les indpendants1 ,ibsen prend toujours parti pour ces derniers4 ,aptre du moi individuel1 il semble nous dire3 ,pour changer la socit1 il faut commencer par l'individu4 ,l'individu qui dsire reconqurir la totalit de sa personnalit originale1 doit se soustraire plus ou moins compltement l'influence gnrale1 s'isoler du groupe social1 redevenir lui-mme1 abandonner toutes les conventions mensongres1 rechercher la vrit et la lumire1 reconqurir sa puissance1 sa force individuelle1 qu'il mettra plus tard au service de la socit4 ,nora et ,stockmann peuvent devenir les membres les plus clairs et les plus dvous de la socit4 ,les affections sociales ne se dveloppent en nous qu'avec nos lumires4#ac ,c'est surtout dans ,brand que s'exprime la puissance morale de l'individu4 ,,notes3 #a ,ibsen4 ,brand4 #b ,j4 ,bovon4 ,morale chrtienne1 t1 ,,ii1 p4 #i4 #c ,brochard4 ,de l',erreur1 p4 #bhj4 ,paris1 ,f4 ,alcan4 #d ,voir notre ouvrage3 ,penses de ,tolsto1 p4 #adc4 #e ,ibsen4 ,en ,folkefiende 7,un ,ennemi du peuple74 #f ,ibsen4 ,kjaerlighedens ,komedie 7,la ,comdie de l'amour74 #g ,pascal4 ,lettre ,mademoiselle de ,roanney4 ,voir ,m4 de ,lescure4 ,discours sur les passions de l'amour de ,pascal1 p4 #dg4 #h ,ibsen4 ,kjaerlighedens ,komedie7,comdie de l'amour74 #i ,tertullien4 ,apol41 p4 #da4 #aj ,ibsen4 ,lille ,eyolf 7,le petit ,eyolf74 #aa ,ibsen4 ,quand nous nous rveillerons d'entre les morts4 7,naar vi ,dde ,vaagner74 #ab ,ibsen4 ,en ,folkefiende 7,un ennemi du peuple74 #ac ,j4-,j4 ,rousseau4 ,oeuvres compltes1 t4 ,,iii1 p4 #eje4 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,iii ,l',,effort ,,individuel ,,la ,,volont1 ,l',,action1 ,,la ,,libert1 ,,la ,,justice ,i ,brand#a1 c'est la conception1 vivante que la question sociale est avant tout une question de force1 de volont1 d'nergie1 de lumire et de morale individuelles4 ,on n'a le droit d'accuser qui que ce soit qu'aprs s'tre jug soi-mme1 de dresser le bilan de la socit qu'aprs avoir dress celui de sa propre vie4 ,brand1 aprs avoir fait son examen de conscience1 rejette les mensonges dans lesquels il a t lev1 il devient lui-mme et n'coutant que la voix imprative de sa conscience1 il se met rgnrer les mes des autres4 ,il n'accepte aucun compromis4 ,il refuse les derniers sacrements sa mre1 qui a toujours servi deux matres3 ,dieu et ,mammon4 ,il sacrifie son enfant unique qui il faudrait le soleil du midi4 ,il perd sa mre1 il perd son enfant1 sa femme1 et il poursuit toujours sa tche de rformateur2 il fait construire une ,eglise nouvelle1 mais le jour de son inauguration il dcouvre qu'il va remplacer l'ancien mensonge par un mensonge nouveau 444 il jette la mer les clefs de l'glise1 il entrane le peuple dans les montagnes1 vers la ,nature4444 ,on pourrait peut-tre reprocher ,brand de refouler en lui les attaches les plus chres1 si nous ne savions que certains hommes ont le droit1 non pas officiellement1 mais par eux-mmes1 d'autoriser leur conscience franchir certains obstacles1 dans le cas seulement o l'exige la ralisation de leur ide4 ,tous ceux qui s'lvent tant soit peu au-dessus du niveau commun1 qui sont capables de dire quelque chose de nouveau1 doivent1 en vertu de leur nature propre1 tre ncessairement des criminels1--plus ou moins1 bien entendu4 ,autrement il leur serait difficile de sortir de l'ornire2 quant y rester1 ils ne peuvent certainement pas y consentir et leur devoir mme le leur dfend4#b ,accabl par la responsabilit de la mission qu'il a jur d'accomplir1 ,brand ne voit qu'une chose3 le but sacr auquel il doit aboutir4 ,le but lui fait oublier sa propre douleur1 car celui qui dit3 ,on ne possde ternellement que ce qu'on a perdu#c souffre cruellement4 ,et cette souffrance est d'autant plus grande que ,brand jouit d'une vaste intelligence par laquelle il embrasse les dangers du champ de bataille o il veut combattre4 ,la douleur est une fonction intellectuelle1 d'autant plus parfaite que l'intelligence est plus dveloppe4#d ,ibsen qui connat la grandeur de la souffrance humaine1 fait dire ,rbecca#e que la douleur n'endurcit pas1 mais ennoblit le caractre4 ,,rosmer4--,c'est la joie qui ennoblit l'esprit4 ,r,,becca4--,et la douleur aussi1 ne crois-tu pas8 ,la grande douleur8 ,,rosmer4--,oui1 quand on peut la traverser1 la surmonter1 la vaincre4 ,c'est dans la douleur morale que les mes fortes puisent leur consolation1 leurs forces1 leurs vertus4 ,la grandeur et la beaut des mes sont gradues sur la douleur4 ,ceux qui ont sur le front la flamme du gnie ont connu le baiser divin de la douleur4 ,a mesure qu'on descend l'chelle de la vie1 le rire inconscient augmente2 mesure qu'on monte1 on voit rgner la beaut grave de la douleur4 ,elle embellit l'image de l'homme1 elle grandit son coeur1 elle lve sa pense4 ,ceux qui ne savent que se plaindre et gmir ne connaissent point la souffrance2 la vraie douleur est discrte1 c'est dans le silence qu'elle s'panouit1 c'est dans la solitude qu'elle se transforme en ,force4 ,celui qui porte en lui une capacit infinie de souffrir1 ne connat jamais le dsespoir2 c'est la pntrante lumire de la douleur qui lui claire le chemin de la vie4 ,la douleur n'est pas une humiliation2 comme l'amour1 elle est le tressaillement des mes fortes1 des esprits intelligents4 ,si l'amour ne va jamais sans douleur1 la douleur engendre toujours l'amour4 ,l'amour et la douleur enseignent la bont1 la tendresse1 la grce2 si l'amour purifie1 la douleur morale rend l'homme meilleur4 ,de mme qu'une oreille musicale est ncessaire pour partager le plaisir que procure la musique1 de mme la sympathie pour la douleur d'autrui ne peut natre que chez celui qui a prouv la douleur4#f ,les mes fortes et viriles portent en elles un trsor inpuisable d'amour et de douleur4 ,l'amour et la douleur ont illumin l'me de ,brand4 ,brand souffre1 mais il cache ses douleurs1 il ne cherche pas de consolation4 ,il est doux1 par moments1 d'tre consol par une me tendre1 mais personne n'aime consoler4 ,pour consoler1 il faut avoir beaucoup de coeur4 ,ne cherchons point de consolation1 ne nous appesantissons jamais sur nos propres tristesses3 la douleur discrte prpare aux nobles causes1 elle sacre ceux qui savent souffrir silencieusement4 ,ni les imbcillits rieuses1 ni les fltrissures1 ne font courber le front des ,brand4 ,on devient peut-tre un peu dur1 mais les ,brand ne sont pas des hommes aimables4 ,etre aimable est facile ceux qui se plient volontiers1 par nonchalance ou par calcul goste1 aux travers1 aux erreurs1 aux mensonges du monde4 ,ce qui importe1 avant d'tre aimable1 c'est d'tre vrai1 d'tre juste1 soi-mme1 c'est d'avoir du caractre4 ,brand est rude et souvent dur3 il comprend que celui qui donne beaucoup1 a aussi le droit de demander autant4 ,brand sacrifie son bonheur et sa vie1 et il peut dire3 ,qui ne sacrifie pas tout1 jette son offrande la mer4 ,une loi suprieure de justice1 inscrite au fond du coeur de l'homme1 lui fait sentir que lorsque le sacrifice est exigible d'un ct1 il doit en tre de mme du ct oppos4 ,brand nous prouve que c'est dans la volont du sacrifice conscient que gt la force qui ressuscite4 ,brand demande ,tout ou ,rien4 ,si tu donnais tout en rservant ta vie1 sache que tu n'aurais rien donn4 ,et il ajoute amrement3 ,la vie6 la vie6 quel prix ce bon peuple y attache4 ,il n'y a pas d'infirme qui ne tienne l'existence comme si le salut du monde et des mes reposait sur ses chtives paules6 ,lorsqu'on demande ,brand3 ,combien durera la lutte8--il rpond3 ,elle durera jusqu' votre dernier jour1 jusqu'au sacrifice suprme1 jusqu' ce que vous soyez libres de compromis1 matres de votre volont entire1 et que vous n'hsitiez plus lchement devant cet ordre3 tout ou rien6 ,quelles seront vos pertes8 tous vos dsirs1 toutes les rserves que vous apportez au serment solennel2 toutes les chanes polies1 dores1 qui vous font esclaves de la terre1 tous les somnifres qui vous endorment6 ,ce que vous rapportera la victoire8 ,une volont pure1 une foi leve une me entire et cet esprit de sacrifice qui donne tout avec joie1 jusqu' la vie1 enfin une couronne d'pines sur chaque front3 le voil votre gain4 ,si ,brand indique le chemin du sacrifice1 c'est qu'il l'a pris le premier4 ,il y a longtemps qu'on nous parle du bon chemin1 qu'on nous l'indique du doigt2 plus d'un nous l'a montr1 mais tu es le premier qui l'aies pris toi-mme1#g lui dit un homme du peuple4 ,si ,brand demande tout1 c'est qu'il a assez de force et de volont pour tout donner ,,ii ,brand est l'incarnation de la force et de la volont4 ,brand appartient cette catgorie d'lus qui ont reu la grce1 la facult1 le pouvoir1 de souhaiter une chose1 de la dsirer1 de la vouloir1 avec tant d'pret1 si impitoyablement1 qu' la fin1 ils l'obtiennent#h ou ils succombent4 ,ce n'est pas en rveillant de brillantes qualits qu'on gurira des mes estropies1 c'est de volont qu'il s'agit4 ,c'est la volont qui rend libre4441 ou qui tue4 ,elle est toujours la mme1 chez le petit comme chez le grand1 toujours entire au milieu de l'parpillement de toutes choses6 ,venez moi1 dit ,brand1 hommes1 qui vous tranez lourdement dans cette vie4 ,ame contre me1 dans une communion intime1 nous allons tenter l'oeuvre de purification1 abattre l'indcision1 imposer silence au mensonge et rveiller enfin le jeune lion de la volont6 ,il ne s'agit pas de gmir et de pleurer platoniquement sur la triste condition de la nature humaine1 sur les misres du monde1 il faut agir4 ,l o se trouve l'action1 se trouve la force4#i ,l'activit maladroite produit toujours plus de rsultats que la mollesse prudente4 ,si l'oisivet peut tuer la longue une volont saine1 l'action peut sauver une volont malade4 ,homines sunt voluntates1 a dit saint ,augustin4 ,la volont c'est l'homme mme4 ,au milieu de ce tourbillon d'images1 de dsirs1 de passions qui s'agite en nous1 nous dmlons clairement une force irrductible1 capable de rgler tout ce mouvement3 la volont4 ,je veux1 je ne veux pas1 ces mots gouvernent notre intelligence1 notre sensibilit1 notre esprit1 tout notre tre4 ,il ne suffit plus de dire avec ,descartes3 ,cogito1 ergo sum2 il faut dire3 ,j'agis1 donc je vis4 ,je ne suis moi qu'autant que j'agis4 ,pour qu'une me d'homme ait de la dignit1 de la beaut morale1 il faut que la volont y rgne en souveraine4 ,la volont1 qui est la facult essentiellement active de l'homme1 concentre la puissance de toutes les autres facults en vue de l'action qui est la manifestation suprme de la vie humaine4 ,la destine de l'homme1 qui est le total de ses actes1 est d'autant plus leve1 d'autant plus noble1 d'autant plus utile1 qu'elle se compose d'actes plus conformes au vrai1 au bien1 au juste1 au beau1 c'est--dire de manifestations plus pures de l'emploi de la volont4 ,la volont1 c'est la pense voulue4,la pense voulue1 la pense rflchie1 la vritable pense humaine en un mot1 ne saurait exister sans que se produise une de ces volitions toujours intentionnelles qu'on nomme ides-motrices#aj4 ,vivre1 c'est vouloir2 vivre1 c'est agir2 mais agir rellement1 c'est agir avec conscience1 avec la dcision de dominer ses propres actes1 de leur imposer une unit1 de leur imprimer la forme de l'idal que l'on porte en soi4 ,la conscience1 c'est l'me dans la plnitude de ses facults et de ses forces4 ,la volont est le principe de notre activit consciente1 c'est elle qui donne le rayonnement et la valeur notre vie4 ,sans volont1 il n'y a pas de caractre et sans caractre1 il n'y a pas d'homme4 ,voici ce qui est crit en caractres de feu par une main ternelle1 dit ,brand3 ,sois ferme jusqu' la fin1 on ne marchande pas la couronne de vie4 ,pour te purifier1 ce n'est pas assez des sueurs de l'angoisse1 il faut encore le feu du martyre2 si tu ne peux pas1 tu seras certes pardonn2 mais si tu ne veux pas1 jamais6 ,dlivrer la volont ou succomber6 crie-t-il de toutes les fibres de son me4 ,l'homme capable de pousser ce cri sublime1 dira et fera ce qu'il a dire et faire1 malgr tous les obstacles1 toutes les montagnes4 ,rduites par la montagne1 les paroles rsonnent longtemps quand on parle voix forte et pleine4#aa ,quand donc l'humanit gurie des mensonges s'lvera-t-elle jusqu' la volont consciente6 ,brand nous fait voir que la volont consciente engendre la libert et la justice4 ,au-dessus de la volont1 dit-il1 rgne un ,dieu de libert et de justice4 ,ce n'est pas ici le lieu de discuter la question3 l'homme est-il libre8 ,la question du libre arbitre est du domaine de la mtaphysique et insoluble4#ab ,libres ou non1 nous tendons la libert1 l'indpendance absolue dont nous avons l'ide4#ac ,la libert n'est pas une facult que nous apportons en venant au monde et que nous ne courons pas risque de perdre3 nous ne la possdons que si nous nous la donnons nous-mmes4 ,nous ne naissons pas libres1 mais capables de devenir libres et soumis l'obligation de le devenir4 ,c'est l le privilge de l'homme et sa dignit propre1 qu'il ne reoit pas de la ,nature un caractre tout fait et une destine immuable3 il est lui-mme l'artisan de sa grandeur4#ad ,brand nous montre que la volont fait natre la libert qui engendre la justice4 ,accourez1 natures fraches et jeunes2 qu'un souffle de justice balaye la poussire qui vous couvre dans cette sombre impasse6 ,car la libert sans la justice est une chimre4 ,la justice n'est pas une convention humaine4 ,quelle que soit sa nature1 elle est ternelle et immuable4#ae ,ceux qui disent3 ,la justice n'est pas de ce monde mentent4 ,la justice n'est pas un attribut divin inaccessible l'homme2 la justice est le droit de l'individu et de l'humanit4 ,la vrit et la justice ne sont pas des hasards2 elles sont au fond mme des mes humaines2 elles en sont la loi idale2 et ce n'est point par leurs manifestations mutiles et dbiles qu'il faut juger de leur force1 mais par la promesse d'avenir qu'elles portent en elles1 par la secrte vertu qui1 tt ou tard1 ici ou l1 doit aboutira de belles rvlations4#af ,nous prfrons tous la justice l'injustice4 ,ce qu'il nous manque1 c'est le courage d'tre juste4 ,la justice suprme1 la justice sincre1 la justice se jugeant elle-mme et jugeant selon ses propres maximes1 nous ne la trouverons nulle part1 si nous ne parvenons pas la faire natre1 crotre et fleurir en nous-mmes4 ,c'est en nous-mmes1 dans les profondeurs de notre me1 de notre conscience1 que nous devons puiser l'amour1 la volont1 la libert1 la justice4 ,,iii ,brand est le type de l'homme fort1 conscient1 il a du courage1 de la force1 de l'audace1 il aime le combat3 la lutte a peur des courageux4 ,la lumire plane sur les champions 4#ag ,on puise du courage les suivre4 ,ah6 certes1 ,brand n'arrive pas raliser ses rves1 il ne parvient pas construire sa ,nouvelle ,eglise1 il est lapid par la foule qui demande des jouissances immdiates4 --,quelle sera notre rcompense8 gronde-t-elle4 ,la puret de la volont6 ,la puret de la conscience6 rpond l'aptre4 ,mais la populace prfre ses misres4 ,brand est frapp1 il expire pour avoir voulu aimer l',idal4 ,et qu'importe6 ,il est doux d'tre le martyr d'une grande ide4#ah ,brand n'est qu'un symbole1 un rayon qui nous claire le chemin suivre4 ,comme ,solness le ,constructeur1 ,brand est un homme de gnie qui rve 2 trop haut1 tombe du haut de son rve et en meurt4#ai ,qu'importe6 ,qu'importe6 ,d'autres viendront1 continueront et achveront peut tre l'oeuvre commence4 ,toute ide porte son fruit tt ou tard4 ,lorsque ,danton1 prs de s'incliner sous le couperet1 dit son bourreau3 ,tu montreras ma tte au peuple3 elle en vaut la peine1 ce ne fut pas la vanit qui lui arracha ses terribles paroles4 ,le grand tribun de la libert sentit au moment suprme que rien ne vivifie les ides comme les supplices des martyrs4 ,si ,brand1 par sa vie1 nous apprend vivre1 vouloir1 il nous enseigne1 par sa mort1 savoir mourir4 ,oui1 il y a toujours quelque lchet se laisser vaincre1 lorsqu'on peut tre victorieux4 ,mais ,brand a lutt4 ,l'homme fort ne se laisse jamais abattre4 ,le danger ne l'arrte point1 quand sa conscience l'appelle l'affronter1 il ne cde qu' la ncessit laquelle il serait inutile de faire rsistance2 les difficults l'animent1 loin de le rebuter2 il ne craint ni ne recherche la mort2 toujours prt la recevoir1 il se contente de l'attendre de pied ferme4 ,nous devons oser galement vivre et mourir1 tenir ferme contre les calamits de la vie1 voir la mort sans faiblesse1 lorsqu'on ne peut l'viter1 et nous y exposer sans crainte toutes les fois que le devoir vritable nous y appelle4 ,les dernires paroles de ,brand sont3 ,chaque race envoie un de ses fils la mort pour expier les crimes de tous4 ,ce ne sont pas l les paroles d'un goste6 ,lorsque ,brand meurt1 une voix s'lve et murmure3 ,dieu est charit4 ,charit ici ne dsigne point le mensonge par lequel les ,soutiens de la ,socit actuelle nourrissent les misrables en leur jetant parfois des os desschs de leurs somptueux festins4 ,la ,charit ici veut dire ,amour4 ,dieu1 c'est l',amour4 ,quand la ,sorbonne condamna la traduction de l',axiochus de ,platon et que le ,parlement condamna le traducteur1 ,etienne ,dolet1 tre brl dans un lieu commode et convenable1 celui-ci1 vou au bourreau pour athisme rpondit par un chant d'immortalit3 ,si au besoin le monde m'abandonne4444 ,dois-je en mon coeur pour cela mener deuil8 ,non1 pour certain1 mais au ciel lever oeil ,sans autre gard4444#bj ,ces cantiques sont plus utiles la foule ingrate que tous les blasphmes1-- la foule qui tue ceux qui lui veulent du bien4 ,aristote et ,snque sont condamns1 comme impies1 la mort2 le grand et vertueux ,socrate est condamn mort en prchant l'unit de ,dieu1 afin d'teindre les haines religieuses entre nations2 ,christophe ,colomb1 aprs avoir dcouvert l',amrique1 est jet dans les fers2 ,spinoza est fltri par la synagogue4444 ,les sicles passent et l'on s'agenouille devant ces surhumains considrs par leurs contemporains comme fous et criminels6 ,il y a des poques o savoir tre fou1 c'est faire acte de sagesse6 ,ce sont ces fous1 ces martyrs qui tirent l'humanit de ses impasses1 qui affirment1 quand elle ne sait comment sortir du doute4#ba ,c'est la flamme pique de ces grands enthousiasmes1 c'est le soc de fer de ces mles volonts qui font l'histoire1 qui jettent l'univers de nouveaux principes1 qui construisent des ,eglises nouvelles4 ,des millions s'occupent perptuer l'espce2 c'est par quelques-uns seulement que se propage l'humanit4#bb ,on ne fera jamais rien avec la foule4 ,l'esclavage des sicles l'a trop avilie4 ,la foule dsire la rcompense avant la peine1 elle veut des miracles mme mensongers4 ,l'ide1 la conviction dsintresse1 le courage qui ne veut d'autre rcompense que celle du devoir accompli1 le sacrifice qui ne cherche d'autre satisfaction qu'en lui-mme1 toutes ces chimres lumineuses dpassent trop le niveau ordinaire de la vie pour ne pas prter des soupons malins1--et l'on accuse ceux qui ne cherchent que la vrit et la justice1 et on les condamne en les dclarant ennemis de la socit4 ,aimons la foule1 aimons le peuple1 mais ne le lui disons jamais6 surtout ne cherchons pas lui plaire4 ,si nous voulons tt ou tard lui faire comprendre et adopter nos ides1 ne cherchons pas avoir l'air d'accepter les siennes4 ,montrons-nous tels que nous sommes1 dvoilons-lui la vrit1 la vrit entire1 la vrit toute nue1 ft-elle dure4 ,ce n'est pas eu flattant la foule1 en lui rptant qu'elle a toujours raison que nous la rveillerons4 ,si la foule voulait avoir raison1 elle serait dj libre l'heure actuelle6 ,non1 la foule n'a pas toujours raison4 ,la majorit n'a jamais raison1 dit ,stockmann#bc1 jamais6 ,c'est un de ces mensonges sociaux contre lesquels un homme libre de ses actes et de ses penses doit se rvolter4 ,qui forme la majorit des habitants d'un pays8 ,est-ce les gens intelligents ou les imbciles8 ,je suppose que nous serons d'accord qu'il y a des imbciles partout1 sur toute la terre1 et qu'ils forment une majorit horriblement crasante4 ,la majorit a la force1 malheureusement1 mais elle n'a pas la raison4 ,l'ennemi le plus dangereux de la vrit et de l'affranchissement intellectuel1 c'est la majorit compacte4444 ,les vrits de la majorit1 les vrits de la foule1 de la masse sont celles qui sont en passe de devenir des mensonges4444 ,bjornson dit que la majorit a toujours raison1 et c'est ce qu'un politique pratique doit dire4 ,moi1 au contraire1 je suis oblig de dire3 ,la minorit a toujours raison4 ,je parle de cette minorit de gens qui marchent l'avant-garde vers un but que la majorit n'est pas encore en tat d'atteindre4#bd ,l'ide des minorits1 dfendue par les hros d',ibsen1 renferme une pense de justice et d'quit bien oppose la primaut de la force4 ,si mme les minorits n'arrivent pas raliser leurs ides1 elles sont utiles3 elles ne laissent pas les majorits s'endormir2 elles sont un contrle ncessaire1 elles sont un guide1 toujours utile1 jamais nuisible4 ,toute vrit nouvelle1 dit ,tolsto1 qui change les moeurs et qui fait marcher l'humanit en avant n'est accepte tout d'abord que par un petit nombre d'hommes qui ont parfaitement conscience de celte vrit4 ,les autres1 qui ont accept par confiance la vrit prcdente1 celle sur laquelle est bas le rgime existant1 s'opposent toujours l'extension de la nouvelle4 ,mais plus il y a d'hommes qui se pntrent de toute vrit nouvelle1 plus cette vrit est assimilable1 plus elle provoque de confiance chez les hommes d'une culture infrieure4 ,ainsi le mouvement s'acclre1 s'largit comme celui d'une boule de neige1 jusqu'au moment o toute la masse passe d'un coup du ct de la vrit nouvelle et tablit un nouveau rgime4#be ,si ,ibsen donne toujours raison la minorit1 il ne dit nulle part qu'il faut ddaigner la majorit4 ,les millions d'tres humains qui composent une grande nation se rduisent pour elle-mme et pour les autres quelques milliers d'hommes qui sont sa conscience claire1 qui rsument son activit sociale sous toutes ses faces3 politique1 industrie1 commerce1 culture intellectuelle4 ,pourtant ce sont ces millions d'tres ignors1 existence borne et locale1 vivant et mourant sans bruit1 qui font tout le reste3 sans eux1 rien n'est4#bf ,oui1 sans la majorit rien n'est1 ,ibsen nous fait seulement voir que c'est l'individu1 la minorit qui a toujours raison4 ,stockmann1 ,brand1 ,solness1 nous rptent maintes fois3 ,tout tre est une force1 il faut que cette force s'exprime4 ,chacun est le gardien naturel de sa propre sant1 physique1 mentale et spirituelle2 les intrts de l'homme n'autorisent la soumission de la spontanit individuelle un contrle extrieur qu'au sujet de ces actions d'un chacun qui touchent les intrts d'autrui4#bg ,respecter la libert d'autrui n'est possible qu' l'homme libre1 et pour devenir libre1 dit ,brand1 l'homme n'a compter que sur lui-mme4 ,il ne doit pas tre esclave de la majorit1 il ne doit tre esclave de personne4 ,faut-il1 demande ,elise ,reclus1 que nous1 les ennemis du christianisme1 nous rappelions toute une socit qui se prtend chrtienne ces mots d'un homme dont elle a fait un ,dieu3 ,ne dites personne3 ,matre1matre6 ,que chacun reste le matre de soi-mme4 ,ne vous tournez point vers les chaires officielles1 ni vers de bruyantes tribunes1 dans la vaine attente d'une parole de libert4#bh ,prenez la libert vous-mme1 restez toujours vous-mme6 ,ce que tues1 sois-le pleinement1 pas demi4444 ,place au soleil1 place partout qui veut tre vraiment soi-mme6#bi ,que l'homme dans un lan de fiert et d'nergie devienne son propre ,matre1 que la ,conscience devienne son dieu1 la ,justice son prtre1 l',humanit son autel6 ,,notes3 #a ,ibsen4 ,brand4 #b ,dostoevsky4 ,le crime et le chtiment4 ,paroles de ,raskolnikov4 #c ,brand la mort de son fils4 #d ,ch4 ,richet4 ,l'homme et l'intelligence1 p4 #bb4 #e ,rosmersholm4 #f ,spencer4 ,justice1 p4 #cd4 #g ,ibsen4 ,brand4 #h ,ibsen4 ,bygmester ,solnaes 7,solness le constructeur74 #i ,a4 ,fouille4 ,libert et dterminisme1 p4 #ih4 ,paris1 ,f4 ,alcan4 #aj ,sergnyeff4 ,physiologie de la veille et du sommeil t4 ,,ii1 p4 #gbj4 #aa ,brand4 #ab ,th4 ,ribot4 ,maladies de la volont1 introduction4 ,paris1 ,f4 ,alcan4 #ac ,a4 ,fouille4 ,libert et dterminisme1 p4 #ab4 #ad ,joyau4 ,essai sur la libert morale1 introduction1 p4 ix4 #ae ,jules ,simon4 ,la femme au ,x,xe sicle1 p4 #f4 #af ,jean ,jaurs4 ,la ralit du monde sensible1 p4 #cbd4 #ag ,ibsen4 ,empereur et ,galilen4 #ah ,ibsen4 ,comdie de l'amour4 #ai ,c4 ,mauclair4 ,confrence sur ,solness le constructeur1 faite au thtre de l',oeuvre1 le #b avril #ahid4 #bj ,cantique d',etienne ,dolet1 #aedf4 #ba ,e4 ,renan4 ,histoire d',isral1 t4 ,,iv1 p4 #ccb4 #bb ,schiller4 #bc ,ibsen4 ,un ennemi du peuple4 #bd ,ibsen4 ,lettre prive date de #ahhb4 #be ,voir notre ouvrage1 ,penses de ,tolsto1 p4 #ade4 #bf ,th4 ,ribot4 ,maladies de la personnalit1 p4 #bb4 ,paris1 ,f4 ,alcan4 #bg ,stuart-,mill4 ,la libert1 p4 #abe1 #abi1 trad4 fran4 #bh ,elise ,reclus4 ,prface au livre de ,pierre ,kropotkine4 ,paroles d'un rvolt1 p4 x4 #bi ,brand4 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,iv ,,ce ,n',,est ,,pas ,l',,individu1 ,,mais ,,la ,,famille ,,qui ,,constitue ,l',,unit ,,sociale ,on a souvent dpeint ,ibsen comme n'ayant coeur que les intrts de l'individu et considrant ce dernier comme l'unit sociale4 ,m4 ,a4 ,leroy-,beaulieu dans un discours prononc l',htel des ,socits ,savantes le #bd janvier #ahif s'cria en s'adressant son auditoire3 ,n'coutez pas les faux prophtes qui osent diviniser l'individu1 et ne vous laissez point sduire par l'loquence des grands prtres1 franais ou exotiques1 de l'individualisme4 ,ne prenez pas pour modles les hros ou les hrones du ,scandinave ,ibsen dans leur rvolte contre la loi morale et contre la loi sociale4444 ,ils s'attaquent aux groupements les plus anciens1 les plus lgitimes et je dirai les plus sacrs de l'humanit1 et ici je n'entends pas seulement la religion1 mais la famille4444 ,nous pensons que l'unit sociale1 la molcule sociale1 ce n'est pas l'individu1 c'est la famille4#a ,ibsen n'a jamais soutenu le contraire4 ,s'il dfend partout la personne humaine contre les mensonges de la socit1 s'il dfend la libre activit et l'nergie individuelles1 il ne dit nulle part dans son oeuvre qu'il faut sacrifier la socit l'individu1 que l'individu doit se renfermer jamais dans l'enceinte de sa personnalit4 ,il veut rgnrer l'individu pour reconstituer une socit compose d'individus sains4 ,son idal est plutt social qu'individuel4 ,un nouvel difice appelle une me rgnre1 un esprit purifi4#b ,l'individu et la socit ne doivent pas tre opposs l'un l'autre4 ,le droit individuel ne doit jamais tre en antagonisme avec le droit social4 ,si la socit ne peut pas exister sans l'individu1 l'individu1 lui1 est directement intress la conservation de la socit4 ,l'individu est la ralit concrte de l'humanit1 la socit en est la forme naturelle et ncessaire4 ,donc1 ce qu'il faut chercher1 c'est la fin suprieure1 dans la poursuite de laquelle l'individu et la socit1 en mme temps que chacun d'eux dveloppera ses vertus propres1 se sentiront de plus en plus solidaires4#c ,qu'est-ce que la socit1 sinon la collection des individus8 ,si le tout est dfectueux1 c'est que les parties sont gtes2 si la socit est mauvaise1 c'est que l'individu est vici4 ,si le mal est dans la socit1 c'est qu'il a t1 tout d'abord1 dans l'individu4 ,ce n'est donc pas la socit qu'il faut dtruire1 c'est l'individu qu'il faut rformer4 ,on a peine croire que l'ide de l'indpendance et de la responsabilit morales individuelles soit le fruit de longs sicles de dveloppement moral4 ,la tribu ou la famille est l'unit thique des temps primitifs2 puis1 vient l'tat1 plus tard c'est la caste et enfin1 c'est l'individu4 ,le progrs moral1 c'est la dcouverte progressive de l'individu4 ,la vraie nature de l'individu rpond la vraie nature de la socit1 c'est la dcouverte de la premire qui amne celle de la seconde4#d ,etre riches en bonnes penses1 en bons sentiments et en bonnes oeuvres portant pleinement notre empreinte1 nous1 ne nous empche point d'en faire profiter la socit4 ,si ,ibsen glorifie la puissance du moi individuel1 c'est pour le mettre au service de la socit4 ,pour lui ce n'est pas la socit qui transformera l'individu1 c'est l'individu qui transformera la socit4 ,l'individu doit se relever lui-mme1 il doit fonder une famille saine qui servira de base la socit nouvelle4 ,s'il rclame la libert individuelle1 la libert entire1 absolue1 de faire tout ce qui est dans la nature de l'tre humain1 c'est pour que ce dernier l'emploie la rgnration de la socit4 ,l'individu1 c'est le germe fcond1 le rayon vivifiant1 le rgnrateur qui amnera la purification de la vie sociale1 la vraie libert1 la vraie justice1 la vraie solidarit humaine4 ,pour ,ibsen1 la vritable unit sociale n'est pas l'individu1 mais la famille4 ,il n'y a pas cte si rude qu'on ne puisse la gravir deux1 dit ,brand4 ,prs de toi1 avoue-t-il ,agns1 je n'ai jamais senti mon courage faiblir4 ,j'avais accept ma vocation comme un martyre4 ,mais1 depuis ce temps1 quelle transformation6 ,comme j'ai t heureux dans mes efforts6 ,avec toi1 l'amour est entr dans mon me comme un doux rayon de printemps4 ,ah6 l'on dirait que toute la somme de tendresse amasse dans mon coeur s'est faite aurole pour ceindre mon front et le tien1 ma chre pouse6 ,l'esprit de douceur qui m'a pntr1 cet arc cleste1 est ton oeuvre4 ,pour qu'une me embrasse tous les tres1 il faut d'abord qu'elle en chrisse un seul4 ,dans ,le ,petit ,eyolf1 l'ingnieur ,borgheim qui a des flaells traverser1 d'incroyables difficults vaincre1 qui trouve le monde beau et le mtier de frayeur des chemins1 admirable1 ,borgheim ne veut pas rester seul1 il demande ,asta de l'aider1 de partager ses joies4 ,,asta4--,vous avez un grand travail devant vous1 une nouvelle voie frayer4 ,,borgheim4--,mais je n'ai personne pour m'aider4 ,personne avec qui partager mes joies4 ,ah6 c'est l le plus dur4 ,,asta4--,n'est-ce pas plutt d'tre seul supporter les peines et les fatigues8 ,,borgheim4--,ces choses-l1 on en vient bout sans aide4 ,,asta4--,mais la joie selon vous 444 demande tre partage8 ,,borgheim4--,oui4 ,o serait sans cela le bonheur4 ,,asta4--,vous avez peut-tre raison4 ,,borgheim4--,on peut rester quelque temps avec sa joie dans son coeur4444 ,mais cela ne suffit pas la longue4444 ,non1 non1 on ne peut tre joyeux qu' deux4 ,et ,asta va accompagner ,borgheim pour frayer les chemins4 ,mme le docteur ,stockmann#e celui qui prononce cette phrase terrible3 ,l'homme le plus puissant1 c'est celui qui est le plus seul1 le docteur ,stockmann reste avec sa famille4 ,il dit ses enfants3 ,je veux vous lever moi-mme1 je veux faire de vous des hommes libres et nobles4 ,c'est avec le concours moral d',agns que ,brand se met construire sa ,nouvelle ,eglise2 c'est pour ,hild que ,solness le ,constructeur btit sa tour gigantesque2 l'ingnieur ,borgheim fonde une famille avant de partir frayer les chemins2 le docteur ,stockmann se consacre sa famille et l'ducation de ses enfants4 ,qui donc peut dire que l',unit sociale pour ,ibsen n'est pas la famille1 mais l'individu8 ,ibsen est d'accord avec ,auguste ,comte3 ,ce n'est pas l'individu1 c'est la famille qui constitue la molcule sociale4 ,si l'on trouve de l'gosme dans les hros d',ibsen1 c'est chez les soutiens de la ,socit actuelle et non pas chez les champions de la ,socit nouvelle4 ,ce n'est pas pour eux-mmes que ceux-ci deviennent eux-mmes1 qu'ils s'lvent jusqu' leur moi moral4 ,il y a dans la nature humaine deux grands courants qui se rapportent deux points de vue distincts3 gosme et altruisme4 ,le soin de la conservation individuelle41 cet argument suprme de la vie matrielle1 cre l'gosme4 ,mais l'homme ne peut pas vivre seul1 sous peine de disparatre tout entier de la surface du globe4 ,les intrts de l'individu se heurtent ceux de ses semblables4 ,l'union des sexes est le premier pas vers l'altruisme4 ,aussitt que l'homme et la femme s'unissent pour fonder une famille1 c'est--dire pour constituer le premier terme de toute socit1 la morale altruiste nat avec ce commencement d'tat social4 ,comme ,tolsto#f1 ,ibsen ne proteste point contre l'institution mme de la famille1 mais contre ses conditions actuelles4 ,la famille a conserv travers les ges1 et malgr ses transformations successives1 le stigmate de son origine4 ,elle est reste au patriarchat ce que le gouvernement reprsentatif est l'autorit absolue4 ,la famille est un petit tat1 o l'homme est souverain1 la femme et les enfants sujets1 o l'intrt matriel est en hostilit avec la conscience4 ,elle est la profanation de tous les sentiments vrais1 de toutes les pures et suaves aspirations de l'amour4 ,ibsen veut la famille forte1 base sur l'galit des sexes4 ,a l'homme libre1 il faut une femme libre4 ,,notes3 #a ,a4 ,leroy-,beaulieu4 ,l'individualisme et le socialisme1 p4 #g et suiv4 ,edition du ,comit de dfense et de progrs social4 ,brochure n #aa4 #b ,ibsen4 ,brand4 #c ,emile ,boutroux4 ,morale sociale4 ,prface1 p4 viii4 ,paris1 ,f4 ,alcan4 #d ,james ,seth4 ,a ,study of ethical principles1 p4 #cbc4 #e ,un ennemi du peuple4 #f ,voir notre ouvrage3 ,la ,philosophie de ,tolsto1 p4 #adi-aec 7,paris1 ,f4 ,alcan74 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,v ,l',,emancipation ,,de ,,la ,,femme4--,,le ,,mariage ,,libre4--,,la ,,soci,t ,,nouvelle4 ,i ,il y a un peu plus d'un quart de sicle que ,john ,stuart-,mill posa le problme de l'mancipation de la femme4#a ,depuis ce moment les ides du penseur anglais se sont fray un passage dans tous les pays4 ,dfenseur de l'tre humain1 ,ibsen ne pouvait pas ne pas songer a l'amlioration de la condition de la femme qui est non seulement esclave de la socit1 mais aussi du mari ou du pre4 ,il ne pouvait pas ne pas voir que le monde traite l'homme et la femme avec la plus monstrueuse ingalit1 que dans toutes les conditions de la vie la femme est infriorise1 et dans le mariage mme asservie4 ,son bon sens1 son grand coeur de pote lui disait que celle qui porte la moiti du fardeau de la vie doit aussi participer la moiti des droits qu'elle donne4 ,et1 comme beaucoup d'autres esprits suprieurs1 ,ibsen a consacr la puissance de sa plume la dfense de la femme4 ,car la division en deux de l'unit humaine n'est pas rationnelle4 ,cette division blesse la nature1 offense la raison et la morale4 ,la question fminine agite et rvolutionne actuellement le monde moderne4 ,les philistins des deux sexes qui n'osent pas s'arracher au cercle troit des prjugs1 appellent ce mouvement la folie du sicle4 ,ils sont de l'espce des chouettes qui se trouvent partout ou rgne la nuit et qui poussent des cris d'effroi quand un rayon de lumire tombe dans leur commode obscurit4#b ,ils voquent la prtendue ingalit des sexes1 mais ils oublient que l'galit n'implique pas l'ide de ressemblance1 elle n'exige pas mme extrieur1 mme force1 elle comprend la justice immanente pour tous les tres1 faibles ou forts2 elle met en prsence des tres humains qui se respectent les uns les autres4 ,la grandeur des individus vient non de leurs muscles1 mais de leur intellectualit et de leur morale4 ,la condition diffrente des sexes est la suite d'une volution fausse4 ,l'homme a usurp graduellement la responsabilit pour la pense et l'action de la femme1 la femme lui a cd graduellement sa libert de corps et d'me4 ,la femme moderne a dj prouv qu'elle possde les mmes capacits intellectuelles que l'homme et qu'il n'y a pas de branche d'activit humaine o elle ne puisse remplacer et souvent mme dpasser l'homme4 ,l'histoire et nos relations particulires fourmillent d'exemples sur la valeur intellectuelle et morale d'un trs grand nombre de femmes1 valeur qui sera encore mieux dveloppe quand nous jouirons d'un tout autre mode d'ducation qu'aujourd'hui4 ,l'opinion gnrale accorde aux femmes une conscience ordinairement plus scrupuleuse que celle des hommes2 or1 qu'est-ce que la conscience si ce n'est pas la soumission des passions la raison8#c ,l'me fminine possde plus souvent que celle de l'homme les nobles vertus de gnrosit et de bont1 car le rle du fminisme est tout de pacification3 la femme se jette dans la mle sociale pour en attnuer le choc1 adoucir la douleur des vaincus et grandir le coeur des vainqueurs4 ,il ne s'agit pas de la protection accorder aux femmes1 mais de leurs droits la libert4 ,la protection et la libert sont deux termes qui s'excluent4 ,vouloir tablir une supriorit ou une infriorit de sexes1 c'est fausser les plateaux de la balance1 en violenter l'quilibre1 c'est forfaire la nature4 ,la sujtion de la femme est un legs de la sauvagerie primitive et aussi longtemps que l'galit des sexes ne sera pas complte1 le rgne de la raison humaine sera une fiction4 ,que celui qui veut l'homme libre rclame l'affranchissement de la femme4 ,il faut lever les femmes jusqu' nous1 leur donner autant de droits qu' nous2 ni esclaves1 ni courtisanes1 il faut en faire des compagnes libres1 capables de travailler avec nous la transformation de la socit4 ,travailler l'mancipation de la femme1 c'est amliorer le bien-tre gnral4 ,il faut que l'homme et la femme unissent leurs intelligences comme ils unissent leurs coeurs4 ,l'homme et la femme1 dit ,kant1 ne constituent l'tre humain entier et complet que runis2 un sexe complte l'autre4 ,la famille doit tre compose de deux tres qui respectent la dignit individuelle rciproque4 ,fille1 pouse ou libre1 il n'y a pas de diffrence au point de vue du droit et de la morale entre l'homme et la femme4 ,libres tous deux1 nul n'est le matre4#d ,c'est l'homme libre de toute tyrannie sociale2 c'est la femme affranchie de tout joug1 gale l'homme en droits et en devoirs1 ayant reu la mme ducation que lui1 indpendants tous les deux et sans prjugs1 qui formeront la famille nouvelle4 ,,ii ,comme ,platon1 ,ibsen reprsente les deux sexes1 deux parties d'un mme tout1 spares jadis par quelque douloureux dchirement et aspirant reconstituer leur primitive unit4 ,de quelles femmes admirables a-t-il peupl son thtre6 ,on prtend que ce sont des fictions1 des rves1 que dans la vie ces femmes sont des phnomnes4 ,,borckman4--,ah6 ces femmes6 ,elles nous gtent et nous dforment l'existence6 ,elles brisent nos destines1 elles nous drobent la victoire4 ,,foldal4--,pas toutes1 ,jean ,gabriel6 ,,borckman4--,vraiment6 ,en connais-tu une seule qui vaille quelque chose8 ,,foldal4--,hlas6 non6 ,le peu que j'en connais n'est pas citer4 ,,borckman4--,eh bien6 qu'importe qu'il y en ait d'autres si on ne les connat pas6 ,,foldal4--,si1 ,jean ,gabriel6 cela importe quand mme4 ,il est si bon1 il est si doux de penser que l-bas1 au loin1 tout autour de nous 444 la vraie femme existe quoi qu'il en soit4 ,,borckman4--,ah6 laisse-moi donc tranquille avec ces potiques sornettes6#e ,fictions8 rves8 ,peut-tre4 ,mais nous n'avons pas nous plaindre3 nous avons lev la femme d'aprs notre image4 ,fiction ou ralit1 les femmes d',ibsen sont des tres suprieurs4 ,et l'homme est ainsi fait qu'il aime prendre souvent ses dsirs pour des ralits1 il est port vouloir ce qu'il ne possde pas4 ,l'homme qui ne rencontre pas une femme qui le comprend prit sans avoir rien fait4 ,celui qui a le bonheur1 comme ,brand1 de trouver sur son chemin une ,agns1 peut firement aller btir des ,eglises nouvelles4 ,la merveilleuse figure d',agns6#f ,pour suivre ,brand elle quitte tout4 ,salue ma mre et mes soeurs1 dit-elle4 ,je leur crirai si je trouve des paroles leur dire4 ,je ne quitterai plus celui qui est mon frre et mon ami4 ,c'est en vain que ,brand lui dit qu'elle prenne garde ce qu'elle fait3 ,dsormais touffe entre deux flaells1 sous un humble toit1 au pied d'une montagne qui me fermera le jour1 ma vie s'coulera comme un triste soir d'octobre4 ,,agn,s4--,je n'ai plus peur des tnbres4 ,a travers les nuages1 je vois une toile qui brille4 ,,brand4--,sache que mes exigences sont dures1 je demande tout ou rien4 ,une dfaillance et tu aurais jet ta vie la mer4 ,pas de concession attendre dans les instants difficiles1 pas d'indulgence pour le mal6 ,et si la vie ne suffisait pas1 il faudrait librement accepter la mort4 ,,agn,s4--,derrire la nuit1 derrire la mort1 l-bas je vois l'aube6 ,et lorsque trois ans plus tard il lui dit3 ,agns1 cet air est pre et froid4 ,il chasse les roses de tes joues4 ,il glace ton me dlicate4 ,c'est une triste maison que la ntre4 ,avalanches et temptes svissent autour de nous4 ,je t'ai prvenu que le chemin tait rude4 ,agns lui rpond souriant3 ,tu m'as trompe4 ,il ne l'est pas4 ,et elle est morte1 en esprant1 en attendant l'aurore1 riche de coeur1 ferme de volont jusqu' l'heure suprme1 reconnaissante pour tout ce que la vie avait donn1 pour tout ce qu'elle avait t3 c'est ainsi qu'elle descendit au tombeau4 ,dans ,mme ,elvsted#g1 dans ,rita#h et dans ,irne#i1 ,ibsen nous montre le type des femmes qui exercent une influence intellectuelle sur l'esprit de l'homme4 ,l'esprit droit et le coeur bon sont comme la sant et le bonheur3 celui qui les possde le plus est celui qui s'en doute le moins4 ,mme ,elvsted n'a pas la moindre ide que c'est elle qui a inspir ,loevborg1 les ,puissances civilisatrices de l',avenir4 ,dans le ,petit ,eyolf1 ,allmers travaille un gros livre3 ,de la responsabilit humaine2 mais il commence douter de lui-mme1 de sa vocation1 et l'ide toujours imprieuse de grands devoirs accomplir le pousse chercher un nouveau but de la vie2 il croit le trouver dans l'amour de son enfant ,eyolf1 petit infirme que son livre lui faisait ngliger4 ,et lorsque l'enfant se noie1 cet homme plein de force trouve la vie1 l'existence1 le destin1 vides de sens1 il aspire vers la solitude des montagnes et des grands plateaux1 il veut goter la douceur et la paix que donne la sensation de la mort1 et c'est sa femme1 ,rita1 qui par la force de sa passion1 indique ,allmers son vrai devoir3 soulager la misre de l'humanit souffrante4 ,elle lui fait comprendre qu'occup de son travail3 ,de la responsabilit humaine1 il a oubli sa vraie responsabilit envers les pauvres gens d'en bas4 ,dans ,quand nous nous rveillerons d'entre les morts1 c'est ,irne qui fait crer au sculpteur ,rubeck son chef-d'oeuvre ,le ,jour de la ,rsurrection4 ,irne a abandonn tout pour ,rubeck1 famille1 foyer1 pour le suivre et lui servir de modle4 ,elle lui a donn son me jeune et vivante1 et reste avec un grand vide1 car si le sculpteur tait tout pour ,irne1 celle-ci n'tait1 suivant l'expression de ,rubeck1 qu'un pisode bni dans sa vie d'artiste4 ,de ses mains lgres et insouciantes il a pris un corps palpitant de jeunesse et de vie et l'a dpouill de son me afin de s'en mieux servir pour crer une oeuvre d'art4 ,il s'aperoit trop tard qu'elle tait pour lui non seulement un modle1 mais la source mme de son talent4 ,il a tenu le bonheur entre ses mains et l'a laiss chapper1 considrant1 d'aprs la raillerie d',irne1 l'oeuvre d'abord 444 l'tre vivant ensuite4 ,l'homme ne croit qu'en soi2 la femme en celui qu'elle aime4 ,la femme suprieure est capable d'inspirer l'homme aim les ides les plus grandes et les plus nobles4 ,elles sont admirables1 ces femmes fortes1 ces femmes vaillantes qui luttent ct de l'homme pour ramener l'humanit vers les hauteurs de l'intellectualit et de la raison4 ,elles rpandent autour d'elles cette lumire douce qui claire sans blouir1 qui ouvre des horizons nouveaux1 qui veille la pense1 la volont1 l'action1 la vie4 ,,iii ,ibsen a soin de nous faire comprendre que dans l'oeuvre de son affranchissement la femme doit avant tout compter sur elle-mme1 car l'homme est encore ennemi de la femme libre2 il ne voit pas1 le malheureux1 l'avantage qu'il tirera lui-mme de la libert morale de la femme4 ,l'ide que la femme ne doit compter que sur ses propres forces est exprime dans ,la ,dame la ,mer#aj4 ,une jeune fille porte en elle un rve d'amour4 ,elle fait un mariage de raison1 mais elle garde toujours le dsir du bonheur4 ,toutes les contraintes ne sauront qu'exasprer ce dsir4 ,tous les remdes ne l'aideront qu' se perdre4 ,mais si elle regarde en face le danger1 si elle porte en elle assez de volont1 elle peut tre sauve1 elle peut devenir libre4 ,nora#aa le prouve d'une manire clatante4 ,nora est considre par son mari comme une charmante petite poupe1 mais cette poupe est une femme1 elle porte en elle le vrai sens moral qui est au-dessus de la morale conventionnelle et hypocrite du milieu qui l'entoure4 ,nora aime son mari et pour le sauver quand il tombe malade1 elle emprunte furtivement une certaine somme d'argent et emmne son mari dans le ,midi4 ,mais ,nora1 ignorant les lois juridiques qui sont toujours en contradiction avec les lois humaines1 pour son emprunt ne s'est pas conforme toutes les prescriptions du ,code4 ,le mari l'apprend4 ,il l'accable d'injures1 de maldictions1 et c'est l'homme qui prtendait l'aimer6 ,lui1 qui devrait tressaillir d'admiration et d'orgueil pour l'acte de ,nora1 preuve palpitante de son amour1 il n'prouve mme aucune piti pour la pauvre ignorante des lois de la socit1 anantie qu'elle est par la rvlation subite de la misre morale de l'homme6 ,c'est entendu1 la petite ,nora a trs mal agi1 c'est une coupable1 et encore1 peut-tre simplement une tourdie1 un tre faible1 mais qui la faute8 ,n'avait-elle pas t leve et traite comme une poupe8 ,quel est le tribunal qui n'accorderait pas ,nora un peu d'indulgence8 ,lorsque le mari apprend que son honneur n'est plus menac1 il pardonne sa femme4 ,mais la conscience de ,nora s'est veille1 elle commence voir clair en elle-mme1 elle considre dj autrement les hommes et les choses4 ,elle dclare son mari qu'elle va le quitter4 ,,helmer4--,c'est rvoltant4 ,ainsi tu trahiras les devoirs les plus sacrs8 ,,nora4--,que considres-tu comme mes devoirs les plus sacrs8 ,,helmer4--,ai-je besoin de te le dire8 ,ne sont-ce pas tes devoirs envers ton mari et tes enfants8 ,,nora4--,j'en ai d'autres tout aussi sacrs4 ,,helmer4--,tu n'en as pas4 ,quels seraient ces devoirs8 ,,nora4--,mes devoirs envers moi-mme4 ,,helmer4--,avant tout1 tu es pouse et mre4 ,,nora4--,je ne crois plus cela4 ,je crois qu'avant tout je suis un tre humain au mme titre que toi 444 ou au moins que je dois essayer de le devenir4 ,nora est le personnage d',ibsen qui est le plus accabl par les gens honntes4 ,quitter le mari et les enfants6 ,d'abord n'oublions pas que ,nora n'est qu'une ide1 un ,symbole rvolutionnaire4 ,dans la vie comme dans le thtre les actes rvolutionnaires sont parfois ncessaires4 ,si ,ibsen n'avait pas suggr ,nora d'abandonner son foyer domestique1 on n'aurait peut-tre pas fait grande attention cette petite poupe qui pense et qui sent4 ,c'est cet acte de rvolte qui attire nos regards et nous oblige mditer un peu sur l'tat d'me de ,nora4 ,n'a-t-elle pas raison1 cette fire rvolte1 de dire qu'elle ne se sent plus capable d'lever ses enfants1 elle qui apprend qu'elle ne sait rien elle-mme8 ,la famille ne pourra tre vraiment digne que lorsque la femme aura acquis l'galit et l'indpendance morales indispensables pour remplir sa mission d'pouse et de mre4 ,reprendre la vie conjugale8 ,mais qu'y a-t-il de plus immoral et de dangereux comme l'union force perptuit entre gens qui se mprisent1 se hassent ou simplement ne se comprennent pas8 ,si ,nora avait t leve comme ,rbecca ,west#ab1 elle n'aurait pas pous ,helmer1 ce banquier sans coeur4 ,rbecca ,west est une volont pre1 une imagination libre1 un esprit indpendant et mancip4 ,aprs avoir arrach ,rosmer aux hypocrisies de la socit1 elle prfre se jeter avec lui dans un torrent que de vivre dans le mensonge4 ,hedda ,gabler est aussi une figure originale1 belle et forte4 ,elle se reproche1 comme une lchet1 d'avoir pous ,tesman1 honnte imbcile et spcialiste froid1 et non pas ,loevborg1 esprit libre1 auteur d'un bel ouvrage de philosophie4 ,quand ,hedda apprend que ,loevborg s'est donn la mort1 elle s'crie3 ,c'est une dlivrance de savoir qu'il y a tout de mme quelque chose d'indpendant et de courageux en ce monde1 quelque chose qu'illumine un rayon de beaut absolue4444 ,loevborg a eu le courage d'arranger sa vie son ide4 ,et voici maintenant qu'il a fait quelque chose de grand o il y a un reflet de beaut4 ,il a eu la force et la volont de quitter si tt le banquet de la vie4 ,mais quand on lui dit que ,loevborg s'est tu chez une danseuse et que son coup de pistolet a t dirig non pas dans la poitrine1 mais dans le bas ventre1 ,hedda ,gabler s'crie3 ,ah6 le ridicule et la bassesse atteignent comme une maldiction tout le monde4 ,elle se tire un coup de pistolet la tempe4 ,pour elle1 c'est un rayon de force1 de volont1 de beaut4 ,rbecca ,west et ,hedda ,gabler prfrent mourir que de traner une existence vide de grandeur4#ac ,,iv ,c'est le mariage actuel qui est la cause des souffrances de ,mme ,alving1 de la rvolte de ,nora1 du suicide de ,rbecca ,west et d',hedda ,gabier4 ,le mariage qui cre la famille est une chose sainte1 c'est un sanctuaire1 o l'homme et la femme1 constituant un tre complet1 adoucissent les misres morales et physiques de chacun1 apaisent les amertumes1 calment les souffrances1 purifient les aspirations2 c'est une source d'actions gnreuses et altruistes4 ,ibsen ne conteste point le mariage1 mais la manire dont il se forme4 ,les relations conjugales sont pour lui une question de confiance1 d'intimit et d'amour1 et il n'appartient pas la socit de s'y immiscer4 c ,peu importe l'opinion des autres quand nous sommes srs nous-mmes de n'avoir rien nous reprocher6#ad ,les lois1 dites humaines1 n'ont rien voir dans les unions des sexes4 ,elles ne peuvent ni les purer ni les ennoblir4 ,ce n'est pas la loi qui cre la morale1 c'est la morale qui cre la loi4 ,le mariage doit tre au-dessus de toutes les conventions humaines1 la loi ne fait que violer la libert des sentiments4 ,le contrat de mariage est un acte de dfiance rciproque4 ,le bonheur a-t-il donc besoin de s'appuyer sur un serment pour ne pas se briser8#ae ,elevons-nous au-dessus d'une loi qui n'est pas l'oeuvre de la nature mais toute conventionnelle4#af ,le mariage doit toujours tre l'union librement contracte de deux esprits et de deux coeurs2 une telle union ne saurait se former qu'entre deux tres dont l'ducation morale et intellectuelle est acheve1 qui ont chacun pleine conscience et possession d'eux-mmes et qui ont pu s'tudier mutuellement4 ,l'union libre de deux coeurs1 qui peut se rompre et qui subsiste cependant des annes1 est le tmoignage le plus probant d'un vritable amour4#ag ,ce mot1 le mot des dieux et des hommes3 ,je t'aime6 n'a besoin d'aucune autorisation pour tre dit4 ,le mariage d'aujourd'hui est la cause de la dbauche de l'homme4 ,on unit la puret avec l'impuret4 ,est-ce juste1 est-ce sain1 est-ce humain8 ,le coeur de l'homme vierge est un vase profond3 ,lorsque la premire eau qu'on y verse est impure1 ,la mer y passerait sans laver la souillure1 ,car l'abme est immense et la tache est au fond4#ah ,la libert d'amour et de mariage amnera la fin de ces monstruosits4 ,lorsque la femme sera aussi libre que l'homme1 lgalement et moralement1 la dbauche de la moiti du genre humain disparatra1 car l'homme et la femme pourront librement s'unir d'une manire permanente4 ,il faut proclamer rsolument et hautement le grand principe de l'galit absolue de l'homme et de la femme devant la morale4 ,il faut que la loi1 que la morale soit une1 et que ce qui est permis l'homme le soit galement la femme4 ,la libert d'amour fait tressaillir les soutiens de la socit actuelle1 ils y voient des dbauches extravagantes4 ,rien de plus faux4 ,c'est la libert d'amour qui tablira l'quilibre passionnel4 ,quand nous avons prononc le mot d' union libre1 on a protest4 ,scientifiquement pourtant1 et en allant aux extrmes tant dans le groupe familial animal1 qu'humain1 les socits polygames sont plus nombreuses que les socits monogames4 ,loin de nous l'ide de propager la polygamie2 l'union libre n'est pas de la polygamie4 ,le rsultat de ces modifications serait la disparition de la prostitution4#ai ,le mariage libre1 c'est--dire le mariage librement contract1 n'amne pas l'amour dsordonn2 au contraire1 il chasse l'hypocrisie4 ,deux tres humains se donnant l'un l'autre librement n'ont pas d'intrt mentir et tromper1 ils peuvent se garder l'un l'autre une fidlit intgrale4 ,nous entendons par fidlit intgrale1 absolue1 l'union de deux personnes qui s'aiment toujours et toujours jusqu' leurs derniers moments1 et le survivant conservant mme sa fidlit par del la tombe1 fidlit non seulement au physique mais aussi au moral4 ,c'est l le vrai mariage qu'on ne saurait assez prconiser1 et comme il ne devrait jamais y en avoir d'autres1 tout autre est plus ou moins impur6 ,une promesse volontaire est un lien bien plus fort qu'un acte de notaire4#bj ,dans une union forme librement entre deux tres conscients1 sans la contrainte d'aucune influence trangre1 la jalousie est impossible et l'adultre une tratrise odieuse4 ,la jalousie est un tat goste1 qu'on trouve plus souvent chez l'homme que chez la femme4 ,cela vient que l'homme considre la femme comme une proprit et qu'il aime tout rapporter lui-mme4 ,le vritable amour1 libre1 volontaire et conscient1 n'admet pas de jalousie1 car il rapporte tout l'objet aim1 se rjouit de tout ce qui lui est favorable1 s'afflige de tout ce qui lui est contraire1 et est toujours prt se sacrifier lui4 ,l'amour vritable ignore la jalousie4 ,hlas6 combien y a-t-il d'tres qui comprennent la puissance divine de l'amour8 ,combien y a-t-il d'hommes qui se servent du magntisme puissant d'un coeur passionn pour lever et agrandir l'me de celles qu'ils aiment8 combien y a-t-il de femmes qui se servent de la sublimit que porte leur regard pour ennoblir l'homme qui s'agenouille devant elles en son coeur8 ,v ,quand les hommes comprendront la puissance divine de l'amour1 la vraie famille1 la ,famille ,nouvelle sera constitue4 ,dans les phases primitives1 pendant lesquelles la monogamie permanente se dveloppait1 l'union de par la loi1 c'est--dire originairement l'acte d'achat1 tait cense la partie essentielle du mariage1 et l'union de par l'affection tait ngligeable4 ,a prsent1 l'union de par la loi est cense la plus importante et l'union par l'affection la moins importante4 ,un temps viendra o l'union par affection sera cense la plus importante et l'union de par la loi la moins importante1 ce qui vouera la rprobation les unions conjugales o l'union par affection sera dissoute4#ba ,la femme1 dans la socit nouvelle1 jouira d'une indpendance complte2 elle ne sera plus soumise mme un semblant de domination ou d'exploitation2 elle sera place vis--vis de l'homme sur un pied de libert et d'galit absolues4 ,son ducation sera la mme que celle de l'homme1 sauf dans les cas o la diffrence des sexes rendra invitable une exception cette rgle et exigera une mthode particulire de dveloppement2 elle pourra1 dans des conditions d'existence vraiment conformes la nature1 dvelopper toutes ses formes et toutes ses aptitudes physiques1 intellectuelles et morales2 elle sera libre de choisir1 pour exercer son activit1 le terrain qui plaira le plus ses voeux1 ses inclinations1 ses dispositions4 ,place dans les mmes conditions que l'homme1 elle sera aussi active que lui4 ,elle jouira de mme que l'homme d'une entire libert dans le choix de son amour4#bb ,elle aspirera au mariage1 se laissera rechercher et conclura son1 union sans avoir considrer autre chose que son inclination4 ,l'intelligence1 l'ducation1 l'indpendance rendront le choix plus facile et le dirigeront4 ,je ne puis ne pas reproduire ici cette page de ,stuart ,mill1 page de vrit et de sagesse3 ,que serait le mariage de deux personnes instruites1 ayant les mmes opinions1 les mmes vises1 gales par la meilleure espce d'galit1 celle que donne la ressemblance des facults et des aptitudes1 ingales seulement par le degr de dveloppement de ces facults2 l'une l'emportant par celle-ci1 l'autre par celle-l2 qui pourraient savourer la volupt de lever l'une vers l'autre des yeux pleins d'admiration et goter tour tour le plaisir de se guider et de se suivre dans la voie du perfectionnement8 ,je n'essaierai pas d'en faire le tableau4 ,les esprits capables de se le reprsenter n'ont pas besoin de mes couleurs1 et les autres n'y verraient que le rve d'un enthousiaste4 ,mais je soutiens avec la conviction la plus profonde que l1 et l seulement est l'idal du mariage1 et que toutes les opinions1 toutes les coutumes1 toutes les institutions1 qui en entretiennent un autre1 ou tournent les ides et les aspirations qui s'y rattachent1 dans une autre direction1 quel que soit le prtexte dont elles se colorent1 sont des restes de la barbarie originelle4 ,la rgnration morale de l'humanit ne commencera rellement que le jour o la relation sociale la plus fondamentale sera mise sous la rgle de l'galit1 et lorsque les membres de l'humanit apprendront prendre pour objet de leurs plus vives sympathies un gal en droit et en lumires4 ,c'est l'homme et la femme libres qui fonderont la ,famille ,nouvelle2 c'est la ,famille ,nouvelle base sur l'galit et l'amour qui tablira la ,socit ,nouvelle4 ,il ne faut pas se borner l'amour troit de la patrie1 il faut tre attach l'humanit tout entire dans laquelle nous sommes tous compris4 ,on croit que1 ds qu'on a servi son pays1 on a fait un acte mritoire1 comme si la justice absolue en elle-mme devait se plier nos exigences de clocher plus ou moins tendu3 la justice est en son essence universelle et inaltrable4 ,l',eglise n'a ni limites ni enceinte4 ,son plancher est la terre verdoyante1 les bruyres1 les pins1 le fjord et la mer4#bc ,la famille nouvelle rendra la socit cosmopolite et internationale parce que la solidarit humaine n'a pas de frontires et1 ce qui s'appelle justice dans le nord ne peut pas se nommer infamie dans le midi2 les frontires sont un obstacle la marche des ides1 au dveloppement des sentiments humanitaires4 ,elle dtruira la guerre et anantira la production des canons1 elle supprimera le pauprisme1 honte de l'humanit civilise1 elle fera disparatre les parasites1 ceux qui vivent du travail d'autrui1 elle dcrtera l'inviolabilit de la vie humaine et abolira la peine de mort4 ,le coupable est souvent un malade qu'il faut gurir1 un malheureux qu'il faut moraliser1 instruire ou consoler4 ,la peine de mort est un acte immoral prjudiciable la socit2 il faut le rappeler sans cesse la conscience publique4 ,le bien ne rsulte pas de la rptition du mal4 ,la peine de mort est un meurtre1 un meurtre absolu1 c'est--dire la ngation souveraine des rapports moraux entre les hommes4#bd ,la peine de mort est non seulement contraire aux principes de la morale1 elle est aussi la ngation mme du droit humain4 ,c'est la ,famille ,nouvelle qui tablira l'quilibre social1 elle rveillera les peuples1 elle leur fera comprendre leur force1 leur mission4 ,,rosmer4--,je veux faire comprendre au peuple sa vraie mission4 ,,kroll4--,quelle mission8 ,,rosmer4--,celle d'ennoblir tous les hommes4 ,,kroll4--,tous6 ,,rosmer4--,du moins1 un aussi grand nombre que possible4 ,,kroll4--,par quels moyens8 ,,rosmer4--,en affranchissant les esprits et en purifiant les volonts4 ,,kroll4--,tu veux les affranchir8 ,tu veux les purifier8 ,,rosmer4--,non1 je veux seulement les rveiller4 ,c'est eux d'agir ensuite4 ,,kroll4--,et tu les crois en tat de le faire8 ,,rosmer4--,oui4 ,,kroll4--,par leur propre force8 ,,rosmer4--,oui1 par leur propre force4 ,il n'en existe pas d'autre2 je veux faire appel tous1 tcher d'unir les hommes en aussi grand nombre que possible4 ,je veux vivre et employer toutes les forces de mon tre ce but unique3 l'avnement de la vraie souverainet populaire4#be ,et c'est par amour qu'on rveillera les peuples6 ,car le sens moral du genre humain1 c'est l'amour4 ,une seule larme de tendresse au bord de la paupire mi-close suffit pour purifier le coeur d'un homme4 ,l'amour1 c'est non point l'union des sexes1 mais l'union des mes2 toute autre ide de l'amour en fausse la nature1 l'affaiblit1 la dprave4 ,l'me humaine individuelle est complte par elle-mme et n'a nul besoin d'un complment extrieur pour constituer sa personnalit4 ,mais cause mme de sa grandeur1 elle est appele rayonner dans toutes les directions de la vie1 s'universaliser au moyen de l'amour4 ,c'est par amour que tout tre humain est appel conserver et purer1 multiplier et rpandre les trsors de grce et de tendresse dposs par la nature au coeur de chacun et destins atteindre de nouveaux dveloppements4 ,l'esprit de famille est la force cratrice de l'affection pure qui1 tablie entre les tres de sexe diffrent1 s'tend tous les tres humains4 ,c'est la toute-puissance de l'amour de la famille1 me ternelle de l'univers1 qui conduit l'amour de l'humanit4 ,,notes3 #a ,le #bj mai #ahfg1 ,j4-,s4 ,mill demanda1 en plein ,parlement1 la substitution du mot personne au mot homme4 #b ,bebel4 ,la femme dans le pass1 le prsent1 l'avenir4 ,prface4 #c ,j4-,s4 ,mill4 ,lettres indites1 p4 #bff4 #d ,la loi norvgienne du #bi juin #ahhh sur le rgime des biens entre poux1 est un remaniement complet et hardi de l'ancienne lgislation matrimoniale1 c'est une vritable rvolution dans la condition gnrale de la femme marie4 ,le principe de cette loi est la libert des conventions matrimoniales1 il donne la femme marie la mme capacit qu' la femme non marie4 ,la femme a le droit juridique1 mme lorsqu'il y a communaut1 de disposer exclusivement de ce qu'elle gagne4 ,ses biens sont soustraits l'extinction des dettes contractes par le mari1 sans son consentement4 ,cette innovation a introduit un peu plus de justice dans la communaut1 qui1 bien entendu1 reste la mme dans sa composition et continue comprendre les profits du mari comme ceux de la femme4 #e ,ibsen4 ,john-,gabriel ,borckman4 #f ,ibsen4 ,brand4 #g ,hedda ,gabler4 #h ,le petit ,eyolf4 #i ,quand nous nous rveillerons d'entre les morts4 #aj ,ibsen4 #aa ,ibsen1 ,maison de poupe4 #ab ,ibsen4 ,rosmersholm4 #ac ,on reproche ,ibsen d'abuser1 dans ses pices1 des suicides4 ,dans le thtre1 le suicide est un moyen banal pour se dbarrasser des personnages qui gnent4 ,mais il faut remarquer que le nombre des suicides est fort lev en ,scandinavie4 ,le ,danemark prsente le chiffre de #bfd suicides1 la ,norvge de #gd1e et la ,sude de #hd1 par million 7,emile ,durkheim1 le ,suicide74 ,aprs la premire d',hedda ,gabler ,christiania1 une jeune fiance de dix-huit printemps se donna la mort pour mourir en beaut4 ,les ,scandinaves aiment citer les vers de ,shelley3 ,the good die first and those whose hearts are dry as summer dust1 ,burn to the socket6 ,les bons meurent les premiers et ceux dont le coeur est sec comme la poussire d't se consument jusqu'au bout 7,alastor ou le gnie de la solitude74 ,les anciens ,scandinaves avaient horreur de la mort naturelle1 la mort sur la paille1 ,stvaadaed1 suivant l'nergique expression de leur langue4 ,d'aprs leur dogme religieux1 nul n'tait admis dans le ,valhalla1 s'il n'tait mort de mort violente4 ,ceux qui n'avaient pu succomber glorieusement sur le champ de bataille se tuaient ou se faisaient tuer4 ,un genre de mort qu'ils choisissaient volontiers1 c'tait la pendaison1 ,hadding se pend en prsence du peuple assemble4 ,sign se pend avec les jeunes vierges1 ses compagnes1 pour suivre ,hagbart1 son fianc1 dans la tombe4 ,d'autres se prcipitaient du haut d'un rocher4 ,on montre encore aujourd'hui1 en ,sude1 quelques-uns de ces rochers que d'antiques suicides ont rendus clbres4 ,certains hros1 surtout ceux qui s'taient illustrs dans les expditions maritimes1 comme ,sigurd ,king1 par exemple1 montaient sur leur vaisseau aprs y avoir mis le feu et le lanaient pleines voiles travers les flots4 ,le culte des morts et les soins donns aux tombes sont trs touchants en ,norvge3 lors des enterrements tout le voisinage se runit dans la maison mortuaire pour chanter des cantiques et accompagner le corps au champ de repos4 #ad ,ibsen4 ,rosmersholm3 ,rbecca ,west4 #ae ,ibsen4 ,comdie de l'amour3 ,svanhild4 #af ,ibsen4 ,la ,comdie de l'amour4 #ag ,ibid4 #ah ,alfred de ,musset4 #ai ,diamandy4 ,dpopulation et repeuplement4 ,bulletin de la ,socit d',anthropologie4 ,sance du #d juin #ahia4 #bj ,ibsen4 ,la ,dame de la mer1 ,ellida4 #ba ,herbert ,spencer4 ,sociologie1 t4 ,,ii1 p4 #daj1 trad4 franaise4 ,paris1 ,f4 ,alcan4 #bb ,bebel4 ,ouvrage cit4 #bc ,brand4 #bd ,v4 ,soloviov4 ,pravo i nravstvennoste1 p4 #hc4 ,st-,ptersbourg1 #ahig4 #be ,ibsen1 ,rosmersholm4 99 99 99 99 99 ,,conclusion ,i ,les ides d',ibsen sont-elles originales1 sont-elles bien lui8 ,en ,france1 on veut voir les origines et les racines de son thtre dans le romantisme franais4 ,m4 ,jules ,lematre revendique nettement pour ,george ,sand la paternit des ides du pote norvgien4 ,d'ailleurs1 le trs subtil auteur des ,contemporains1 avec une franchise que l'on souhaiterait souvent voir applique aux autres domaines1 avoue qu'il critique et compare les auteurs d'aprs des lectures forcment un peu lointaines et sur les images simplifies qui1 d'elles-mmes1 la suite de ces lectures1 se sont dposes en lui4#a ,m4 ,g4 ,larroumet ne nie pas l'influence du romantisme franais sur l'auteur de ,brand1 mais plus bienveillant pour lui que ,m4 ,jules ,lematre1 il constate que le caractre de l'homme1 l'tat intellectuel et moral de son pays1 la marche de la littrature europenne semblent avoir contribu cette oeuvre dans des proportions peu prs gales4#b ,or1 pour avoir le coeur net1 ,m4 ,georges ,brands demanda ,ibsen s'il avait subi l'influence de ,george ,sand3 ,je dclare sur mon honneur et ma conscience1 rpondit celui-ci1 que jamais de ma vie1 ni dans ma jeunesse1 ni plus tard1 je n'ai lu un seul livre de ,george ,sand4 ,j'ai commenc une fois la lecture de ,consuelo en traduction#c1 mais l'ai mis tout de suite de ct1 parce que ce roman me parut le produit d'un dilettantisme philosophique4 ,il est possible qu'en cela je me sois tromp1 mais je n'en avais lu que quelques pages4#d ,cela ne diminue point l'influence de l'auteur d',indiana sur les crivains europens4 ,elle fut immense4 ,a certaine poque on disait3 le sicle de ,george ,sand comme on disait3 le sicle de ,byron ou de ,hugo4 ,henri ,heine trouve que les crits de ,sand incendirent le inonde entier1 illuminant bien des prisons1 o ne pntrait nulle consolation2 mais1 en mme temps1 leurs feux pernicieux dvorrent les temples paisibles de l'innocence4#e ,le biographe russe de ,george ,sand1 ,mme ,tsebrikov1 prtend que toute la gnration russe des annes #ahcj-ahdj a grandi sous l'influence de ,sand4#f ,george ,sand1 crivit en #ahgf ,dostoevsky#g1 est l'un des esprits qui prvoient un meilleur avenir pour l'humanit4 ,j'eus pour elle une grande admiration dans ma jeunesse1 ses romans me servaient d'cole dmocratique4 ,son influence sur mon dveloppement intellectuel fut norme4 ,m4 ,emile ,faguet#h1 pour trancher le grave problme de l'influence de ,sand sur ,ibsen1 remarque avec beaucoup de justesse que si le pote ,scandinave n'a pas lu l'auteur de ,llia1 cela ne prouve pas qu'il n'en ait pas connu l'esprit4 ,il est certain qu'on peut connatre1 subir et rpter les ides de penseurs dont on ignore les oeuvres4 ,c'est une des manifestations de la loi gnrale des choses que ,m4 ,tarde appelle ,rptition universelle4#i ,la science de la vie se compose de la rptition incessante des mmes cellules1 se groupant sous diverses apparences et se reproduisant l'infini1 depuis le jour o la vie est apparue dans le monde4 ,cette rptition se ralise dans tous les ordres de faits4 ,dans le monde purement physique1 ce sont les vibrations lumineuses1 calorifiques1 etc41 qui se rptent4 ,dans le monde organique1 il y a la rptition hrditaire et dans le monde social1 la rptition imitative4 ,les lois de cette ,rptition universelle que ,tarde applique surtout aux phnomnes sociaux peuvent absolument tre appliques au monde des ides4 ,tout se rpte dans la vie1 dans le domaine des abstractions comme dans le domaine des ralits1 dans le monde des faits comme dans celui des penses4 ,cependant1 pour adapter une ide1 la rpter et la faire sienne1 il faut en avoir dj port en soi les germes4 ,la matire capable de dvelopper ces germes est puise gnralement la source la plus proche4 ,or1 le penseur danois ,soren ,kjerkegaard#aj offrait ,ibsen une source d'ides qui rpondait merveille son propre temprament1 ses tendances1 ses aspirations4 ,si ,ibsen a subi l'influence de quelqu'un1 c'est coup sr celle de ,kjerkegaard4 ,le monde nouveau dcouvert par ,kjerkegaard tait une ide3 l'individu4 ,ce fut le diamant prcieux qu'il offrit son temps4 ,en une poque o rgnait la doctrine du juste milieu1 c'tait grand et noble de lancer le mot l'individu et de vouloir convaincre le monde que la race dgnre pouvait1 grce l'individu1 redevenir une humanit sincre4#aa ,cette thorie est la base mme de l'oeuvre d',ibsen4 ,mais s'il a pris chez ,kjerkegaard le principe de ses drames1 il ne l'a pas rpt servilement1 il l'a largi1 l'a dvelopp1 l'a vivifi1 lui a communiqu la forte originalit de son esprit1 la vivacit de son imagination potique et la profondeur de son moi4 ,il n'arrive rien de nouveau dans le monde et pourtant rien ne s'y rpte1 car notre vision change et modifie le sens de nos actes4 ,un mme acte se transfigure quand notre oeil rgnr s'ouvre une vision nouvelle4#ab ,nous ignorons les origines de l'univers1 nous ne pouvons jamais savoir au juste quel champ d'ides nous avons glan1 qui attribuer la paternit de telle ou de telle pense1 ni qui de qui subit l'influence4 ,qui jamais nous dirait sur quel point du globe la pense s'est montre pour la premire fois et quelle distance de nous dans la suite des sicles6 ,la pense1 c'est l'me humaine travers la sublime grandeur de la nature et des ges4 ,il est aussi impossible de rechercher les influences sous lesquelles ,ibsen a conu son thtre1 s'il drive de ,george ,sand ou de ,kjerkegaard1 qu'il serait tmraire de dterminer l'cole laquelle il appartient4 ,a force de classer les crivains1 les penseurs1 les artistes1 les hommes politiques1 par groupes1 coles1 partis1 chapelles1 on oublie souvent d'tudier leurs ides1 leurs oeuvres4 ,qu'importe aux ouvriers1 aux misrables qui meurent de faim1 que les ministres soient pris dans le centre ou dans l'extrme-gauche1 si leur condition reste la mme8 ,que nous importe quelles coles appartenaient les ,platon1 les ,spinoza1 les ,michel-,ange1 si l'influence de leurs oeuvres est immense8 ,qu'est-ce que des coles en comparaison des peuples6 ,elles ne comptent pas1 pour ainsi dire1 dans l'histoire de l'humanit1 et c'est une dlicate affaire d'rudition que de constater leurs noms et les phases de leur existence4 ,une doctrine philosophique n'a de valeur relle que pour celui qui se l'est faite1 et pour ceux qui veulent bien la lui emprunter4 ,ils sont toujours en une minorit imperceptible1 parce que la gloire de la philosophie est ailleurs que dans la multitude de ses adhrents4#ac ,il est tout fait impossible de classer ,ibsen au point de vue de ses ides4 ,l'homme trange qui exerce une influence puissante sur la pense moderne et sur la vie morale de l',europe entire1 n'appartient aucune cole2 comme ,brand1 il est lui-mme4 ,la philosophie de son thtre est bien sienne4 ,d'aprs ,snque1 philosopher1 c'est apprendre mourir4#ad ,pour ,ibsen1 philosopher1 c'est apprendre vivre4 ,vie1 rve1 ralit1 dsir1 vision1 amour1 joie1 souffrance1 tous les ressorts de l'me humaine sont synthtiss chez lui en3 ,volont1 ,idal1 ,bonheur4 ,qu'est-ce que le bonheur8 ,bien des gens ne savent pas distinguer le plaisir du bonheur2 le plaisir n'est pas un lment essentiel du bonheur4 ,le bonheur1 dit ,rosmer#ae1 c'est la puret de conscience1 ce sentiment qui donne la vie un charme inexprimable1 le plus calme1 le plus joyeux de tous4 ,conscience6 conscience6 instinct divin1 immortelle et cleste voix1 guide assur d'un tre ignorant et born1 mais intelligent et libre2 juge infaillible du bien et du mal1 qui rend l'homme semblable ,dieu6 ,c'est toi qui fais l'excellence de sa nature et la moralit de ses actions2 sans toi je ne sens rien en moi qui m'lve au-dessus des btes1 que le triste privilge de m'garer d'erreurs en erreurs l'aide d'un entendement sans rgle et d'une raison sans principe4#af ,le bonheur vrai et durable est un tat permanent de l'me1 rsultant d'une conscience pure1 dpendant en grande partie de la volont et plus indpendant des circonstances que ne le croit le vulgaire4 ,le bonheur existe2 comme la pense1 il n'a pas besoin de palais3 l'me humaine lui suffit4 ,l'homme le plus heureux est celui qui ne se rend pas compte de son bonheur4 ,,ii ,si savantes et si profondes que puissent tre les spculations morales1 elles ne sont vraiment dignes de ce nom que si elles aboutissent des conclusions trs simples1 propres tre offertes toutes les intelligences et toutes les volonts4#ag ,se possder pour se donner1 telle est la formule simple qui ressort de l'oeuvre d',ibsen4 ,l'homme le plus pauvre est celui qui ne se possde pas4 ,se possder pour se donner1 telle est la loi morale et sociale de l'activit humaine4 ,ce n'est pas l le principe de l'individualisme4 ,il serait donc faux de dire qu',ibsen est individualiste4 ,le mot individualisme ne peut tre appliqu sa faon de comprendre la vie1 les hommes et les choses4 ,seul le mot allemand ,selbstbewusstsein l'exprime peut-tre assez exactement4 ,ibsen ne dfend pas l'individualisme1 mais l'individualit2 ce sont l deux termes presque opposs l'un l'autre4 ,l'individualisme rapporte tout soi2 l'individualit consiste seulement vouloir tre soi afin d'tre quelque chose1 raliser1 sous une forme individuelle et par l mme avec plus d'nergie1 les caractres gnraux de l'humanit4 tre individuel1 c'est tre soi-mme1 c'est tre propritaire de ses opinions1 de ses sentiments1 de tout son tre1 au lieu d'en tre simplement locataire4 ,d'aprs ,ibsen1 pour affronter l'orage dont le grondement se rapproche d'heure en heure1 pour rsoudre plusieurs de ces innombrables questions qui se posent toujours plus imprieusement l'homme qui veut le bien de tous1 autant que son bien propre1 il est de plus en plus vident qu'il faut commencer par l'individu2 c'est l'individu affranchi1 libre1 ayant conscience de sa volont1 de ses droits et de ses devoirs1 qui entreprendra une rforme profonde de la socit4 ,le pote ,scandinave peut dire avec ,vinet3 ,c'est dans l'intrt de la socit que je plaide pour l'individualit4 ,je veux l'homme complet1 spontan1 individuel1 pour qu'il se soumette en homme l'intrt gnral4 ,je le veux matre de lui-mme1 afin qu'il soit mieux le serviteur de tous4 ,je rclame sa libert intrieure au bnfice de la puissance qui prtend s'imposer elle4 ,la justice et la raison1 lois universelles1 sont les souveraines dont l'individualit doit assurer et relever le triomphe4#ah ,nous sommes non seulement des exemplaires de l'humanit1 d'une nation1 d'une famille1 nous sommes1 avant tout1 des hommes2 chacun de nous a son individualit non seulement native1 mais voulue1 acquise1 morale et intellectuelle4 ,l'homme n'est pas tout entier dans l'individu1 il n'est complet que dans l'individu associ la grande famille humaine4 ,mais l'homme1 ayant conscience de lui-mme1 s'associe plus consciemment l'humanit4 ,plus notre individualit se prcise1 s'accrot1 plus elle profite non seulement nous1 mais tous4 ,plus il y a dans une socit d'hommes libres1 instruits et moraux1 plus cette socit est libre1 instruite et morale4 ,une socit1 d'o l'individualit est bannie1 n'est pas sociale1 n'est pas humaine3 elle ignore les principes mmes du ,souverain ,bien4 ,le bien gnral n'est gnral que parce qu'il embrasse le bien de tous les individus sans exception1--autrement il ne serait que le bien d'une majorit4 ,certes1 il ne s'ensuit pas que le bien gnral soit la simple somme arithmtique de tous les intrts particuliers pris sparment1 ni qu'il embrasse la sphre de libert illimite de chaque individu1 ce qui1 son tour1 serait une contradiction1 car ces sphres pourraient s'entrenier et le font effectivement4#ai ,or1 en limitant1 fidle son principe1 les tendances et intrts individuels1 le bien gnral ne peut supprimer l'homme libre1 sujet du droit souverain1 en lui enlevant la possibilit d'agir librement4 ,par son ide mme le bien gnral embrasse aussi le bien de l'individu1 et quand il le prive de la libert d'action1 ce bien gnral fictif cesse d'tre un bien pour lui et1 descendant du gnral au particulier1 il perd le droit d'entraver la libert personnelle4 ,la personnalit humaine doit tre sacre4 ,quiconque1 dit ,lacordaire1 excepte un seul homme dans la rclamation du droit1 quiconque consent la servitude d'un seul homme blanc ou noir1 ne ft-ce que par un seul cheveu de sa tte injustement li1 celui-l n'est pas un homme sincre et ne mrite pas de combattre pour la cause sacre du genre humain4 ,non moins sacre est la libert de l'individu4 ,il a le droit de dire3 ,je veux m'associer la socit non parce qu'elle me l'ordonne1 mais parce que ma conscience1 ma volont1 mon intelligence1 ma pense1 me le commandent4 ,comme la science1 les aspirations humaines n'ont pas de limites2 comme toute dcouverte scientifique en engendre une nouvelle1 toute aspiration humaine satisfaite en appelle une autre2 savoir toujours davantage1 pouvoir toujours davantage1 c'est l la grandeur de l'homme1 c'est l la source du vrai progrs1 c'est l l'idal1 et personne n'a le droit de le limiter4 ,si la morale prescrit souvent l'homme de se vaincre1 elle ne lui ordonne jamais de se mutiler4 ,il faut que l'homme reste lui-mme4 ,plus l'individu se perfectionne1 plus il est lui-mme1 plus troitement il s'unit l'humanit4 ,chacun de nous doit en rflchir en lui-mme les douleurs1 les progrs1 les esprances4 ,au terme1 chacun de nous retrouvera dans sa propre conscience l'histoire entire de l'humanit4 ,aussi dans la nature1 l'individualit semble tre une forme suprme1 dans l'histoire1 une transition et un moyen4 ,elle est la manire de passer de l'unit abstraite1 inorganique1 purement naturelle1 une unit concrte1 organique et libre4 ,l'unit sentie et voulue1 l'unit sociale en un mot1 telle est la seule forme de vie qui convienne la crature dont l'essence est libert4 ,obstacle et moyen la fois1 parce que le mal l'a souille1 dans sa signification primitive et pure1 l'individualit est un moyen d'atteindre l'unit libre1 l'unit vraie1 l'unit voulue1 l'unit morale1 l'unit de la communion1 et pour tout dire en un mot3 l'amour6#bj ,tant que les consciences individuelles ne seront pas prtes recevoir la ,vrit1 comprendre la ,justice1 aucun renversement de gouvernement1 aucun changement d'coles1 d'ides1 ne servira rien4 ,c'est la conscience individuelle qu'il faut dlivrer1 c'est la conscience individuelle qu'il faut rendre apte concevoir l',ide de la solidarit humaine4 ,l'oeuvre d',ibsen n'est pas anti-sociale4 ,elle se rsume dans les paroles de ,kant3 ,n'agis que selon la maxime qui puisse devenir rgle universelle4 ,agis de sorte que soit en toi1 soit chez les autres1 tu traites l'humanit comme but et jamais comme moyen4#ba ,toucher aux mensonges1 dmontrer leurs effets dsastreux et en chercher le remde ne peut pas tre considr comme oeuvre anti-sociale4 ,la lutte du pauvre contre le riche1 du faible contre le fort n'est pas la lutte du droit individuel contre le droit social1 mais la revendication du droit l'existence contre l'usurpation de ce droit4 -,a son insu1 qu'il le veuille ou non1 qu'il y consente ou non1 l'auteur de cette oeuvre immense et trange est de la forte race des crivains rvolutionnaires4 ,il va droit au but4 ,il saisit corps corps la socit moderne2 il arrache tous quelque chose1 ceux-ci un cri1 ceux-l un masque2 il fouaille le vice1 il dissque la passion2 il creuse et sonde l'homme1 l'me1 le coeur1 les entrailles1 le cerveau1 l'abme que chacun a en soi4444#bb ,et tout cela au nom de la ,vrit4 ,ibsen ne dfend aucun parti4 ,il sert les adversaires de l'ordre social actuel autant que ses adhrents4 ,il ne cherche pas faire prvaloir telle ou telle solution1 mais provoquer loyalement le libre jugement du lecteur4 ,avec l'admirable honntet de son esprit et de son art1 ,ibsen laisse chacun de nous la libert de conclure selon la nature de son me et de son intelligence1 heureux seulement s'il fait vivre et travailler l'une et l'autre4#bc ,farouche ou railleur1 qu'il fasse saigner le ridicule1 qu'il dtruise un mensonge1 qu'il dnonce une injustice1 c'est toujours un cri franc et brave1 plein de sentiments altruistes1 plein aussi d'esprances de temps meilleurs4 ,car ,ibsen n'est pas pessimiste4 ,ma pense est amre quand elle n'est pas triste1#bd dit-il1 mais cette amertume et cette tristesse sont des gouttes cristallises dans l'atmosphre de l'exil4 ,chaque goutte qui tombe de lui est lourde et forte comme une goutte d'lixir ou de poison1#be mais toujours enivrante comme une goutte de parfum4 ,ibsen ne laisse jamais le spectateur ou le lecteur sous l'impression d'ides pessimistes4 ,l'oeuvre du ,solitaire ,scandinave dit3 ,il ne faut pas broyer du noir4 ,si la vie est mauvaise1 il ne dpend que de nous de l'amliorer1 et elle nous en indique les moyens3 la ,libert1 la ,volont4 ,,julien4--,pourquoi ai-je t cr8 ,,la ,,voix4--,pour servir l'esprit4 ,,julien4--,quel est mon rle8 ,,la ,,voix4---,tu dois fonder le rgne universel4 ,,julien4--,et par quel chemin8 ,,la ,,voix4--,par celui de la libert4 ,,julien4--,et par quel pouvoir8 ,,la ,,voix4--,par la volont4#bf ,montrer aux hommes un avenir meilleur1 c'est leur inspirer la volont de le raliser3 c'est l la gloire d',ibsen4 ,,iii ,la socit actuelle1 malgr tous les progrs accomplis1 n'est qu'un chaos o l'harmonie fait dfaut2 l'humanit est encore dans les limbes et l'tat rudimentaire1 dans un tat social incomplet et faux o la libert et la justice n'existent pas4 ,des hommes y meurent de faim ct des lgances portes un raffinement de luxe inou1 le nombre des suicides et des victimes sociales1 dits criminels1 va en augmentant4 ,tout le monde sent que cet tat de choses ne peut plus durer longtemps3 un changement devient de plus en plus urgent4 ,dans son appel loquent adress la bourgeoisie1 ,louis ,blanc disait3 ,une rvolution sociale doit tre tente4 ,l'ordre social actuel est trop rempli d'iniquits1 de misres et de servitudes pour pouvoir durer longtemps4 ,il n'est personne qui n'ait intrt1 quelle que soit sa position1 son rang1 sa fortune1 l'inauguration d'un nouvel ordre social4 ,il est possible1 il est facile mme d'tablir cette rvolution pacifiquement4#bg ,la vrit1 mme dure et pnible1 est toujours plus salutaire qu'une erreur ou un mensonge agrable2 jete dans le courant des opinions et des moeurs1 elle est discute1 propage1 vulgarise1 finit la longue par pntrer insensiblement les masses4 ,les vrits grandissent1 se rptent et se compltent chaque jour2 on finit par les entendre et les comprendre4 ,l'appel de ,louis ,blanc1 aprs plus d'un demi-sicle1 commence rveiller des consciences4 ,partout1 dans tous les pays1 dans toutes les classes1 on sent le besoin de renouveler et d'largir les principes dont on tait depuis trop longtemps prisonnier4 ,la socit actuelle1 existant encore sous le nom de civilisation1 s'croule de toutes parts3 un cataclysme social devient invitable4 ,les plus rfractaires eux-mmes sont entrans dans le tourbillon que soulve et agite le problme social4 ,pour secouer l'indiffrence gnrale1 il a fallu que la perception du pril devint claire et saisissante4 ,tout le monde comprend aujourd'hui qu'il ne suffit pas d'ignorer un danger pour le conjurer et que le meilleur moyen de s'y soustraire est de le regarder en face et de prendre les mesures que suggre la raison4 ,une profonde rvolution se prpare1 elle est lente mais irrsistible1 elle ronge les difices dj prts tomber4 ,certes1 les individus comme les nations croient toujours vivre la fin d'un monde ancien et au commencement d'un monde nouveau4 ,le prsent pour chaque homme est une poque de transition4 ,mais nous assistons aujourd'hui effectivement une de ces phases de transformation si rares dans l'histoire du monde4 ,il n'a pas t donn beaucoup de philosophes1 durant le courant des ges1 de vivre au moment prcis o se formait une ide nouvelle et de pouvoir1 comme aujourd'hui1 tudier les degrs successifs de sa cristallisation4#bh ,le dnouement du grand drame social qui se joue sous nos yeux est peut-tre prochain4 ,les vieilles formes n'existent plus1 et le retour aux ,religions du pass est impossible4444 ,loin1 l'horizon1 on voit dj poindre l'aube d'une ,religion ,nouvelle3 le ,socialisme4 ,les petits et les humbles1 les dshrits et les victimes de la socit actuelle1 tous ceux qui peinent et souffrent1 tournent leurs regards vers cette aube lointaine1 et ils croient y voir des rayons d',espoir4444 ,et l'aube grandit1 et sa lumire augmente4444 ,la religion dfinitive de l'humanit sera la conscience individuelle3 nul besoin de ,gouvernement ni d',etat4#bi ,le socialisme n'est qu'une tape trs avance1 nous conduisant vers cet ,idal4 ,son rle n'en est pas moins trs grand4 ,il est impossible l'heure actuelle de ne pas se rendre compte des proportions immenses de son dveloppement4 ,les ides socialistes sont discutes maintenant comme dignes de considration1 non seulement dans les cercles politiques1 mais dans tous les milieux4 ,et le socialisme1 comme toute ,vrit ,nouvelle1 s'avance encore lentement3 ,la vrit ne peut faire vite son chemin2 ses pas seraient trop peu srs s'ils taient rapides4 ,tout est faible l'origine4 ,le nombre des aptres est toujours bien petit1 non pas seulement parce que les aptres sont exposs tre des martyrs1 mais parce que la lumire1 quand elle se lve1 n'est jamais aperue que par quelques yeux4#cj ,en ,allemagne1 le parti socialiste comptait1 en #ahid1 #a #fjj #jjj voix2 en #ahih1 il en runit #b #fjj #jjj4 ,en ,france1 les socialistes avaient obtenu en #ahhi1 #ia #jjj voix2 en #ahic1 ils en ont runi #fjj #jjj et en #ahih prs de #hjj #jjj4 ,au moment mme o nous crivons ces lignes une union profonde1 franche et solide succde aux dissentiments qui divisaient divers groupes socialistes4 ,cette union rendra le socialisme franais plus fort1 plus puissant4 ,sans dcider si le socialisme est ou non la solution des problmes urgents de l'humanit souffrante1 il faut tre aveugle pour ne pas voir que les ides socialistes qui montent1 sont des forces vivantes1 appeles jouer un rle considrable dans la transformation de la socit qui se prpare4 ,l'ide sociale pntre partout1 elle veille1 elle fortifie les aspirations4 ,les esprances qu'on fonde sur le socialisme font natre de grands devoirs pour ceux qui le mnent4 ,l'heure est dcisive4 ,il faut qu'ils vitent1 ds leur premier pas1 toute quivoque4 ,c'est une erreur que de se dire3 il faut aimer ce qu'on a quand on n'a pas ce qu'on aime4 ,il faut que les socialistes rejettent la vieille formule qui gouvernait jusqu' prsent le monde3 ,ote-toi1 que je m'y mette1 et que tout dans leur action soit franc1 net et clair4 ,la science de la rpression est au bout de son rouleau1 et ce n'est pas la ,force que les socialistes doivent considrer1 comme accoucheuse des socits1 mais la ,solidarit4 ,la solidarit n'est possible qu'entre gaux4 ,ni prjugs1 ni passions1 mais la ,raison1 la ,justice et l',egalit doivent tre les armes du socialisme4 ,il ne doit tre ni une formule1 ni un parti1 mais un principe4 ,il ne doit tre ni ,allemand1 ni ,franais1 ni ,russe1 mais simplement humanitaire4 ,son rle1 c'est d'tablir l'galit sociale de tous les tres1 quelle que soit leur origine1 leur race1 leur sexe4 ,tant que le cosmopolitisme ne sera pas1 le rgime socialiste est impossible tablir4#ca ,c'est vers le cosmopolitisme1 vers l'universalisme que le socialisme doit viser4 ,qu'il se dpouille de son caractre troit de secte ou de parti1 qu'il apparaisse tous comme le rveil de l'humanit souffrante4 ,si le socialisme est l'oppos de l'individualisme1 il ne doit pas exclure l'individualit4 ,ne rejetons pas de la conception sociale de la vie humaine l'ide de l'individualit consciente4 ,si l'objet de la conscience est l'unit1 la socit1 l'humanit2 l'individualit est la forme de la conscience1 la forme de la volont1 la forme de l'homme4 ,la suppression de la personnalit implique la suppression de la conscience individuelle1 sans laquelle il n'y a point de conscience nationale1 de conscience humaine4 ,laissons l'homme voluer indpendamment4 ,la perte de la personnalit est plus grave que la perte de la vie4 ,la justice du socialisme doit tre gale pour tous les individus sans aucune exception1 cette justice doit tre idale et suprieure1 qui donnerait chacun au moins un minimum de bien-tre et de bonheur4 ,l'humanit ne peut avoir d'autre loi que celle de la ,justice4 ,la justice est le seul critrium vrai dans l'application des choses humaines4 ,la justice est le ferment du corps social4#cb ,le socialisme1 comme l'conomie politique1 sans justice1 sans morale1 est une chimre4 ,la justice ne doit oublier personne1 ni celui qui peine1 ni celui qui pense1 ni le mineur enfoui sous le sol qui1 priv de la lumire du jour et des gais sourires du soleil1 expose sa vie au feu du grisou1 l'boulement des rocs2 ni le laboureur courb sur son dur sillon1 au front baign de sueurs2 ni le proscrit qui ne sait o reposer sa tte douloureuse4 ,un peu plus de tendresse aussi pour ceux qui planent dans les hautes rgions de la science1 pour ceux qui cherchent rsoudre des problmes divers1 qui mditent sur les droits1 les devoirs1 le but de notre existence1 qui cherchent la ralisation du ,beau et du ,vrai4 ,n'puisons jamais leur courage4 ,eloignons d'eux tout obstacle capable de ralentir leur libre dveloppement1 laissons-les se recueillir en paix1 ne troublons pas leur repos2 leurs penses font natre des tincelles qui illuminent souvent l'humanit entire4 ,que les socialistes travaillent1 agissent sans trve1 qu'ils prparent les voies de l',avenir1 qu'ils se disent avec ,oernulf#cc3 ,ne tiens pas de discours inutile1 mais que tout ce que tu diras soit tranchant comme la lame d'une pe2 et qu'ils n'oublient jamais les maximes de ,brand3 ,qui veut vaincre ne doit pas cder4 ,si tu donnes tout1 except ta vie1 sache que tu n'as rien donn4 ,,iv ,pour tre juste1 il faut dire que le mot socialisme ne se trouve nulle part dans l'oeuvre d',ibsen1 mais il en est l'aboulissant logique et naturel4 ,ibsen se contente de faire le procs de la socit actuelle1 de nous faire voir que la civilisation n'est pas encore une ralit1 qu'elle n'est qu'une promesse4 ,l'esprit humain n'a pas encore pris possession de lui-mme1 la justice n'est pas encore de ce monde4 ,a mesure que l'empire de la force brutale diminuera1 les ides humaines de justice et d'quit grandiront1 la gnration future en verra peut-tre l'avnement4 ,a mesure que se poursuivra notre volution1 nous verrons plus clairement combien nous sommes encore loin de la ralisation de cet idal d'galit dans les conditions sociales de la lutte4 ,les gnrations futures se rappelleront avec surprise1 et peut-tre avec un sourire1 notre idal d'un tat de socit3 des conditions permettant de tirer tout le fruit possible de la libre comptition4#cd ,soyons sincres avec nous-mmes et avec les autres1 clairons les hommes1 proclamons les droits1 rveillons la dignit humaine1 cherchons la ,vrit1 partout1 en tout et toujours1 ne craignons pas la lumire1 semons les ides1 semons les enthousiasmes4 ,les ides sont comme des grains confis la terre2 elles n'attendent que la rose et le rayon du soleil pour germer4 ,il n'y a pas d'abme entre le penser et l'action1 du moins pour ceux qui ne sont pas habitus la sophistique4 ,la conception est dj un commencement d'action4#ce ,que d'utopies1 depuis que le monde existe1 devenues1 grce l'volution1 des ralits6 ,l'volution s'est faite1 la rvolution ne saurait tarder4 ,le jour viendra o l',evolution et la ,rvolution1 se succdant immdiatement1 du dsir au fait1 de l'ide la ralisation1 se confondront en un seul et mme phnomne4 ,c'est ainsi que fonctionne la vie dans un organisme sain1 celui d'un homme ou celui d'un monde4#cf ,l'humanit appelle des hommes vigoureux qui aident l'volution1 qui prparent la rvolution4 ,a l'oeuvre1 si nous ne nous sentons pas dgnrs2 unissons-nous1 mettons en commun nos ides1 nos forces1 combattons pour la vrit1 pour le bonheur4 ,l'unisson doit servir les plus nobles besognes et les devoirs les plus levs4#cg ,travaillons tous au rajeunissement1 au grand principe de l'unit humaine1 rveillons les courages1 veillons les esprances4 ,l'esprance est une loi primitive de la raison2 la logique l'impose1 la vie l'exige4 ,c'est par elle seule que l'esprit s'achve en faisant du monde un tout1 dont les dsaccords mmes rentrent dans l'universelle harmonie1 c'est par elle seule que tout se tient et se concilie1 que l'me s'apaise la paix universelle1 que tous les lments de l'esprit et des choses s'unissent pour composer un monument grandiose dont nous ne contemplons pas la majestueuse ordonnance1 nos yeux tant trop faibles pour pntrer l'infini de l'avenir et embrasser l'immensit d'un regard1 mais dont nous suivons les colonnes qui s'lvent1 les arceaux qui s'inclinent1 les lignes qui toutes montent d'un mme lan pour se rencontrer et s'unir dans des hauteurs ternellement sereines4#ch ,travaillons et esprons que tt ou tard1 l'heure sublime parviendra o selon l'expression d',isae les fers de lance seront transforms en socs de charrue1 travaillons l'panouissement suprme de la ,vrit1 au rayonnement de la bont parfaite et de l'amour universel4 ,la fin de ce monde ancien ne doit tre que l'aurore d'un monde rajeuni et le chaos des ides o se trouve la fin de notre sicle1 doit tre le berceau d'une re nouvelle4 ,dans ce dsert sans fin1 des palmiers courbs par un vent furieux et jetant de longues ombres noires1 je sens des flots qui se soulvent1 je sens une aurore qui nat4 ,dj s'veillent toutes les penses1 toutes les actions venir4 ,il y a des souffles1 des tressaillements4 ,l'heure de la renaissance a sonn4 ,et j'entends des murmures3 ,c'est l'heure de natre et de crer6#ci ,a l'oeuvre6 ,,notes3 #a ,les ,contemporains1 #f;e srie1 p4 #bbh4 #b ,g4 ,larroumet4 ,nouvelles ludes de littrature et d'art1 p4 #cja4 #c ,ibsen ne lit pas le franais4 #d ,lettre d',ibsen ,g4 ,brands4 #e ,lutetia1 p4 #bih4 #f ,mme ,tsebrikov4 ,georges ,sand4 ,annales de la ,patrie4 ,st-,ptersbourg1 #ahgg4 ,voir aussi ,georges ,sand1 par ,vladimir ,karnine4 ,paris1 #ahii4 #g ,correspondance4 #h ,journal des ,dbats1 #aa janvier et #ae mars #ahig4 #i ,g4 ,tarde4 ,les lois de l'imitation4 #aj #ahac-ahec4 #aa ,georges ,brands4 ,soren ,kjerkegaard4 #ab ,ibsen4 ,john-,gabriel ,borckman4 #ac ,j4 ,barthlmy ,saint-,hilaire4 ,mtaphysique d',aristote1 t4 ,i1 prface1 p4 clxiii4 #ad ,lettres ,lucile4 #ae ,ibsen4 ,rosmersholm4 #af ,j4-,j4 ,rousseau4 ,profession de foi du vicaire savoyard4 #ag ,emile ,boutroux4 ,morale sociale1 prface1 p4 ix4 #ah ,essais de philosophie morale1 p4 #agb4 #ai ,vladimir ,soloviov4 ,le ,droit et la ,morale 7,pravo i nravstvennoste71 p4 #hg4 ,st-,ptersbourg4 #bj ,ch4 ,scrtan4 ,philosophie de la libert1 ,,ii1 p4 #bbc-bbd4 #ba ,metaphysik der ,sitten1 p4 #eb1 #ff4 ,kritik der praktischen ,vernunft1 p4 #ce et suiv4 #bb ,victor ,hugo4 ,discours prononc sur la tombe de ,balzac1 le #bj avril #ahej4 #bc ,comte ,prozor4 ,prface la trad4 franc1 de ,john-,gabriel ,borckman4 #bd ,m4 ,synnestvedt4 #be ,g4 ,brands4 ,det moderne ,gjennembrunds maend4 #bf ,ibsen4 ,empereur et ,galilen4 #bg ,l'organisation du travail4 #bh ,le ,bon4 ,psychologie du socialisme1 p4 #aj4 ,paris1 ,f4 ,alcan4 #bi ,l'organisation sans ,etat est possible4 ,l',etat n'a pas toujours exist1 il y a en des socits sans ,etat1 ce qui n'empchait pas ces socits d'avoir une organisation4 ,l'organisation de la ,grce et de l',italie primitives reposait non pas sur l',etat1 mais sur la gens4 ,des socits sans ,etat ont exist jusqu' ces derniers temps parmi les ,indiens de l',amrique du ,nord4 ,tous les membres de la gens indienne taient gaux et libres et agissaient fraternellement entre eux 7,voir le livre de ,morgan4 ,ancient society47 #cj ,j4 ,barthlmy ,saint-,hilaire4 ,monde d',aristote1 t4 ,i1 prface1 p4 viii4 #ca ,e4 ,faguet4 ,questions politiques1 p4 #agc4 #cb ,blanqui4 ,critique sociale1 t4 ,,ii1 p4 #eh4 #cc ,ibsen4 ,guerriers ,helgelland4 #cd ,benjamin ,ridot4 ,l',evolution sociale1 p4 #bbg4 #ce ,guyau4 ,morale sans obligation ni sanction4 ,paris1 ,f4 ,alcan4 #cf ,elise ,reclus4 ,evolution et ,rvolution1 p4 #fa4 #cg ,ibsen4 ,discours prononc au ,banquet du #bc mars #ahih1 ,christiana4 #ch ,g4 ,sailles4 ,du gnie dans l'art1 p4 #fe4 ,paris1 ,f4 ,alcan4 #ci ,ibsen4 ,brand1 ,agns ,brand4 99 99 99 99 99 ,,bibliographie ,i ,l',,oeuvre ,d',,henrik ,,ibsen #ahga4--,posies 7,digte74 #ahej4--;,,catilina1 pice en trois actes4 #ahef4--,,la ,f,,te ,a ,,solhoug 7,gildet paa ,solhaug71 pice en trois actes4 #aheg4--,,la ,,chatelaine ,,inger ,,oestraat 7,fru ,inger til ,oestraat71 pice en cinq actes4 #aheh4--,,les ,,guerriers ,a ,,helgeland 7,haermaendene paa ,helgeland71 pice en cinq actes1 traduite en franais par ,m4 ,trigaut-,geneste1 ,paris4 ,savine1 #ahic4 #ahfc4--,,la ,,com,,die ,,de ,l',,amour 7,kjaerlighedens ,komedie71 pice en trois actes1 traduite en franais par de ,colleville et de ,zepelin4 ,paris1 ,savine1 #ahif4 #ahfd4--,,les ,,pr,,tendants ,a ,,la ,,couronne 7,kongs-emmerne71 drame en cinq actes1 traduit en franais par ,trigaut-,geneste4 ,paris1 ,savine1 #ahic4 #ahff4--;,,brand 7,brand1 ,et dramatisk ,digt71 pome dramatique en cinq actes1 traduit en franais par ,m4 ,prozor4 ,paris1 ,savine1 #ahie4 #ahfg4--,,peer ,,gynt 7,et dramatisk ,digt71 pice en cinq actes1 traduite en franais par ,m4 ,prozor4 ,paris1 ,perrin1 #ahii4 #ahfi4--,l',,union ,,des ,,jeunes 7,de unges forbund71 pice en cinq actes1 traduite en franais par ,,mm4 ,bertrand et de ,nevers4 ,paris1 ,savine1 #ahic4 #ahgc4--;,,empereur ,,et ,,galil,,en 7,keiser og ,galilaeer71 pice en deux parties1 traduite en franais par de ,casanove4 ,paris1 ,savine1 #ahie4 #ahgg4--,,les ,,soutiens ,,de ,,la ,,soci,t 7,samfundets sttter71 pice en quatre actes1 traduite en franais par ,,mm4 ,bertrand et de ,nevers4 ,paris1 ,savine1 #ahic4 #ahhj4--,,la ,,maison ,,de ,,poup,e 7,et dukkehjem71 drame en trois actes1 traduit en franais par ,m4 ,prozor4 ,paris1 ,savine1 #ahib4 #ahha4--,,les ,,revenants 7,gjengangere71 drame en trois actes1 traduit en franais par ,m4 ,prozor4 ,paris1 ,savine1 #ahib4 #ahhb4--,,un ,,ennemi ,,du ,,peuple 7,en folkefiende71 pice en cinq actes1 traduite en franais par ,,mm4 ,chenevire et ,johansen4 ,paris1 ,savine1 #ahib4 #ahhd--,,le ,,canard ,,sauvage 7,vildanden71 drame en cinq actes1 traduit en franais par ,m4 ,prozor1 ,paris1 ,savine1 #ahic4 #ahhf4--,,rosmersholm1 drame en quatre actes1 traduit en franais par ,m4 ,prozor4 ,paris1 ,savine1 #ahic4 #ahhh4--,,la ,,dame ,,de ,,la ,,mer 7,fruen fra havet71 pice en cinq actes1 traduite en franais par ,m4,m4 ,chenevire et ,johansen4 ,paris1 ,savine1 #ahib4 #ahij4--;,,hedda ,,gabler1 drame en quatre actes1 traduit en franais par ,m4 ,prozor4 ,paris1 ,savine1 #ahib4 #ahib4--,,solness ,,le ,,constructeur 7,bygmester ,solnaes71 drame en trois actes1 traduit en franais par ,m4 ,prozor4 ,paris4 ,savine1 #ahic4 #ahid4--,,le ,,petit ,,eyolf 7,lille ,eyolf71 drame en trois actes1 traduit en franais par ,m4 ,prozor4 ,paris1 ,perrin1 #ahic4 #ahif4--;,,john-,,gabriel ,,borckman1 drame en quatre actes1 traduit en franais par ,m4 ,prozor4 ,paris1 ,perrin1 #ahig4 #ahii4--,,quand ,,nous ,,nous ,r,,veillerons ,d',,entre ,,les ,,morts 7,naar vi ,dde vaagner71 pilogue en trois actes1 traduit en franais par ,m4 ,prozor4 7,revue de ,paris1 #a;er janvier #aijj47 ,,ii ,,tudes ,,sur ,,ibsen ,henrik ,,jaeger4 ,henrik ,ibsen4 ,copenhague1 #ahhh4 ,georg ,,brandes4 ,moderne ,geister4 ,francfort-s4-,m41 #ahhh4 ,l4 ,,passarge4 ,henrik ,ibsen4 ,leipzig1 #ahhd4 ,b4 ,,shaw4 ,henrik ,ibsen and ,ibsenianism4 ,london1 #ahib4 ,auguste ,,ehrhard4 ,henrik ,ibsen et le thtre contemporain4 ,paris1 #ahib4 ,jules ,,lemaitre4 ,contemporains4 #f;e srie1 ,paris1 #ahib4 ,,tissot4 ,le drame norvgien4 ,paris1 #ahic4 ,gustave ,,larroumet4 ,nouvelles tudes de littrature et d',art4 ,paris1 #ahid4 ,emile ,,faguet4 ,ibsen 7,journal des ,dbats74 #aa janvier et #ae mars #ahig4 99 99 99 99 99 ,,table ,,des ,,matieres ,,introduction4 ,,la ,,vie ,d',,henrik ,,ibsen ,,chapitre ,i4--,l'enfance d',ibsen4--,la pharmacie de ,grimstad4 ,la ,rvolution hongroise4--,christiania4--,l'cole de ,helraberg4--,la premire pice d',ibsen4--,catilina4--,ibsen rdacteur d',andrimmer4--,ses premires posies4--,ibsen metteur en scne du thtre de ,bergen 7#ahea-aheg7 et directeur du thtre de ,christiania 7#aheg-ahfb74--,son mariage44--,la ,comdie de l'amour4--,le subside1 le ,digter gage1 du ,storthing norvgien4--,la guerre entre le ,danemark et la ,prusse4 ,l',exil1 #ahbh-ahfd4 ,,chapitre ,,ii4--,ibsen l'tranger3 ,italie1 ,allemagne4--,l'inauguration du canal de ,suez4--,voyage sur le ,nil4--,l'indiffrence de la ,norvge envers son grand pote4--,les souffrances morales d',ibsen4 #ahfd-ahia4 ,,chapitre ,,iii4--,le retour d',ibsen en ,norvge4--,son jubil4 ,sa vie actuelle4 #ahia-aijj4 ,,chapitre ,,iv4--,ibsen1 homme et penseur4 ,,partie ,n,,gative4--,,la ,,soci,t ,,actuelle ,,chapitre ,i4--,le clerg ,,chapitre ,,ii4--,les politiciens et les capitalistes ,,chapitre ,,iii4--,la presse ,,chapitre ,,iv4--,la famille ,,chapitre ,v4--,la jeune gnration ,,chapitre ,,vi4--,germes transitifs ,,partie ,,positive4--,,la ,,soci,t ,,nouvelle ,,chapitre ,i4--,la rgnration individuelle et sociale est possible2 l'amour en est la premire base4 ,,chapitre ,,ii4--,la vrit et la lumire4 ,,chapitre ,,iii4--,l'effort individuel4--,la volont1 l'action1 la libert1 la justice4 ,,chapitre ,,iv4--,ce n'est pas l'individu1 mais la famille1 qui constitue l'unit sociale4 ,,chapitre ,v4--,l'mancipation de la femme4--,le mariage libre4--,la socit nouvelle4 ,,conclusion4 ,,bibliographie4 99 99 99 99 99 ,,autres ,,ouvrages ,,de ,m4 ,,ossip-,,louri ,penses de ,tolsto1 #a vol4 in-#ab de la ,bibliothque de philosophie contemporaine1 ,paris1 ,f4 ,alcan4 #ahih4 ,la ,philosophie de ,tolsto1 #a vol4 in-#ab de la ,bibliothque de philosophie contemporaine1 ,paris4 ,f4 ,alcan1 #ahii4 7,rcompens par l',acadmie des ,sciences morales et politiques47 ,echos de la vie1 ,paris4 ,ames souffrantes1 ,paris4 ,l'ternel ,tourment1 ,paris4 ,zvouki ,jizni1 ,saint-,ptersbourg4 ,narodnia ,tschitalny1 ,moscou4 ,po povodou ,kreitzerevo ,sonaty1 ,moscou4 ,aandslivet i ,frankrige4 7,morgenbladet1#ahih47 ,christiana4