by the ,bibliothque nationale de ,france 7,bn,f_/,gallica7 at http3_/_/gallica4bnf4fr7 ,,remy ,,de ,,gourmont ,la ,culture des ,ides ,,du ,,style ,,ou ,,de ,l',,criture--,,la ,,cr,,ation ,,subconsciente--,,la ,,dissociation ,,des ,,id,,es ,,st,,phane ,,mallarm ,,et ,l',,id,e ,,de ,d,,cadence ,,le ,,paganisme ,,ternel--,,la ,,morale ,,de ,l',,amour ,,ironies ,,et ,,paradoxes ,,deuxi,,me ,,dition ,,paris ,,soci,t ,,dv ,,mercvre ,,de ,,france ,,xv1 ,,rve ,,de ,l',,chavd-,,saint-,,germain1 ,,xv ,,mcm ,,du ,,style ,,ou ,,de ,l',,criture ,i ,et ideo confiteatur eorum stultitia1 qui arte1 scientiaque immnunes1 de solo ingenio confidentes1 ad summa summe canenda prorumpunt2 a tanto prosuntuositate desistant1 et si anseres naturali desidia sunt1 nolint astripetam aquilam imitari4 ,,dantis ,,alighieri1 ,de vulgari eloquio1 ,,ii4 #d4 ,dprcier l'criture1 c'est une prcaution que prennent de temps autre les crivains nuls2 ils la croient bonne2 elle est le signe de leur mdiocrit et l'aveu d'une tristesse4 ,ce n'est pas sans dpit que l'impuissant renonce la jolie femme aux yeux trop limpides2 il doit y avoir de l'amertume dans le ddain public d'un homme qui confesse l'ignorance premire de son mtier ou l'absence du don sans lequel l'exercice de ce mtier est une imposture4 ,cependant quelques-uns de ces pauvres se glorifient de leur indigence2 ils dclarent que leurs ides sont assez belles pour se passer de vtement1 que les images les plus neuves et les plus riches ne sont que des voiles de vanit jets sur le nant de la pense1 que ce qui importe1 aprs tout1 c'est le fond et non la forme1 l'esprit et non la lettre1 la chose et non le mot1 et ils peuvent parler ainsi trs longtemps1 car ils possdent une meute de clichs nombreuse et docile1 mais pas mchante4 ,il faut plaindre les premiers et mpriser les seconds et ne leur rien rpondre1 sinon ceci3 qu'il y a deux littratures et qu'ils font partie de l'autre4 ,deux littratures3 c'est une manire de dire provisoire et de prudence1 afin que la meute nous oublie1 ayant sa part du paysage et la vue du jardin o elle n'entrera pas4 ,s'il n'y avait pas deux littratures et deux provinces1 il faudrait gorger immdiatement presque tous les crivains franais2 cela serait une besogne bien malpropre et de laquelle1 pour ma part1 je rougirais de me mler4 ,laissons donc2 la frontire est trace2 il y a deux sortes d'crivains3 les crivains qui crivent et les crivains qui n'crivent pas1--comme il y a les chanteurs aphones et les chanteurs qui ont de la voix4 ,il semble que le ddain du style soit une des conqutes de quatre-vingt-neuf4 ,du moins1 avant l're dmocratique1 il n'avait jamais t question que pour les bafouer des crivains qui n'crivent pas4 ,depuis ,pisistrate jusqu' ,louis ,,xvi1 le monde civilis est unanime sur ce point3 un crivain doit savoir crire4 ,les ,grecs pensaient ainsi2 les ,romains aimaient tant le beau style qu'ils finirent par crire trs mal1 voulant crire trop bien4 ,s4 ,ambroise estimait l'loquence au point de la considrer comme un des dons du ,paraclet1 vox donus ,spiritus1 et ,s4 ,hilaire de ,poitiers1 au chapitre treize de son ,trait des ,psaumes1 n'hsite pas dire que le mauvais style est un pch4 ,ce n'est donc pas du christianisme romain qu'a pu nous venir notre indulgence prsente pour la littrature informe2 mais comme le christianisme est ncessairement responsable de toutes les agressions modernes contre la beaut extrieure1 on pourrait supposer que le got du mauvais style est une de ces importations protestantes dont fut1 au dix-huitime sicle1 souille la terre de ,france3 le mpris du style et l'hypocrisie des moeurs sont des vices anglicans#a4 ,note #a3 ,sur l'importance et l'influence du protestantisme cette poque1 voir l'ouvrage de ,ed4 ,hugues1 que tous les protestants dmarquent depuis vingt-cinq ans1 ,histoire de la ,restauration du ,protestantisme en ,france au ,x,v,i,i,ie sicle 7#ahgb74 ,cependant si le dix-huitime sicle crit mal1 c'est sans le savoir2 il trouve que ,voltaire crit bien1 surtout en vers2 il ne reproche ,ducis que la barbarie de ses modles2 il a un idal2 il n'admet pas que la philosophie soit une excuse de la grossiret littraire2 on versifie les traits d',isaac ,newton et jusqu'aux recettes de jardinage et jusqu'aux manuels de cuisine4 ,ce besoin de mettre o il n'en faut pas de l'art et du beau langage le conduisit adopter un style moyen1 propre rehausser tous les sujets vulgaires et humilier tous les autres4 ,avec de bonnes intentions1 le dix-huitime sicle finit par crire comme le peuple du monde le plus rfractaire l'art3 l',angleterre et la ,france signrent ce moment une entente littraire qui devait durer jusqu' la venue de ,chateaubriand et dont le ,gnie du ,christianisme #b fut la dnonciation solennelle4 ,a partir de ce livre1 qui ouvre le sicle1 il n'y a plus qu'une manire d'avoir du talent1 c'est de savoir crire1 et non plus la mode de la ,harpe1 mais selon les exemples d'une tradition invaincue1 aussi vieille que le premier veil du sens de la beaut dans l'intelligence humaine4 ,note #b3 ,ce livre1 si mal connu et dfigur dans ses ditions pieuses4 ,rien de moins pieux cependant et de moins difiant au del du premier tome que cette encyclopdie singulire et confuse o on trouve ,ren et des tableaux statistiques1 ,atala et le catalogue des peintres grecs4 ,c'est une histoire universelle de la civilisation et un plan de reconstruction sociale4 ,en voici le titre complet3 ,gnie du ,christianisme ou ,beauts de la religion chrtienne par ,franois-,auguste ,chateaubriand4--,a ,paris1 chez ,migneret imprimeur1 rue du ,spulcre1 f4s4g41 n #bh4 ,an ,x1 #ahjb4--e vol4 in-#h4 ,mais la manire du dix-huitime sicle#c rpondait trop bien aux tendances naturelles d'une civilisation dmocratique2 ni ,chateaubriand1 ni ,victor ,hugo ne purent rompre la loi organique qui prcipite le troupeau vers la plaine verte o il y a de l'herbe et o il n'y aura plus que de la poussire quand le troupeau aura pass4 ,on jugea inutile bientt de cultiver un paysage destin aux dvastations populaires2 il y eut une littrature sans style comme il y a des grandes routes sans herbe1 sans ombre et sans fontaines4 ,note #c3 ,quand on parle du dix-huitime sicle1 il faut toujours mettre part1 dans sa tour de ,montbard1 le grandiose et solitaire ,buffon1 qui fut1 au sens moderne de ces mots1 un savant1 un philosophe et un pote4 ,,ii ,le mtier d'crire est un mtier1 et j'aimerais mieux qu'on le mt son ordre vocabulaire1 entre la cordonnerie et la menuiserie1 que tout seul part des autres manifestations de l'activit des hommes4 ,a part1 il peut tre ni1 sous prtexte d'honneurs1 et tellement loign de tout ce qui est vivant qu'il meure de son isolement2 son rang dans une des niches symboliques le long de la grande galerie1 il suggre des ides d'apprentissage et d'outillage2 il loigne de lui les vocations impromptues2 il est svre et dcourageant4 ,le mtier d'crire est un mtier2 mais le style n'est pas une science4 ,le style est l'homme mme et l'autre formule1 de ,hello1 le style est inviolable1 disent une seule chose3 le style est aussi personnel que la couleur des yeux ou le son de la voix4 ,on peut apprendre le mtier d'crire2 on ne peut apprendre avoir un style2 on ne peut teindre son style comme on teint ses cheveux1 mais il faut recommencer tous les matins et n'avoir pas de distractions4 ,on apprend si peu avoir un style qu'au cours de la vie souvent on dsapprend2 quand la force vitale est moindre on crit moins bien2 l'exercice1 qui amliore d'autres dons1 gte parfois celui-l4 crire1 c'est trs diffrent de peindre ou de modeler2 crire ou parler1 c'est user d'une facult ncessairement commune tous les hommes1 d'une facult primordiale et inconsciente4 ,on ne peut l'analyser sans faire toute l'anatomie de l'intelligence2 c'est pourquoi1 qu'ils aient dix ou dix mille pages1 tous les traits de l'art d'crire sont de vaines esquisses4 ,la question est si complexe qu'on ne sait par o l'aborder2 elle a tant de pointes et c'est un tel buisson de ronces et d'pines qu'au lieu de s'y jeter on en fait le tour2 et c'est prudent4 ,ecrire1 mais alors au sens de ,flaubert et de ,goncourt1 c'est exister1 c'est se diffrencier4 ,avoir un style1 c'est parler au milieu de la langue commune un dialecte particulier1 unique et inimitable et cependant que cela soit la fois le langage de tous et le langage d'un seul4 ,le style se constate2 en tudier le mcanisme est inutile au point o l'inutile devient dangereux2 ce que l'on peut recomposer avec les produits de la distillation d'un style ressemble au style comme une rose en papier parfum ressemble la rose4 ,quelle que soit l'importance fondamentale d'une oeuvre crite1 la mise en oeuvre par le style accrot son importance4 ,c'tait l'opinion de ,buffon1 que toutes les beauts qui se trouvent dans un ouvrage bien crit1 tous les rapports dont le style est compos sent autant de vrits aussi utiles et peut-tre plus prcieuses pour l'esprit humain que celles qui peuvent faire le fond du sujet4 ,et c'est aussi1 malgr le ddain commun1 l'opinion commune1 puisque les livres de jadis qui vivent encore ne vivent que par le style4 ,si le contraire tait possible1 tel contemporain de ,buffon1 ,boulanger1 l'auteur de l',antiquit dvoile1 ne serait pas inconnu aujourd'hui1 car il n'y avait de mdiocre en lui que sa manire d'crire2 et n'est-ce point parce qu'il manqua presque toujours de style que tel autre1 comme ,diderot1 n'a jamais eu que des heures de rputation et que sitt qu'on ne parle plus de lui1 il est oubli8 ,cette prpondrance inconteste du style fait que l'invention des thmes n'a pas un grand intrt en littrature4 ,pour crire un bon roman ou quelque drame viable1 il faut ou lire un sujet si banal qu'il en soit nul ou en imaginer un si nouveau qu'il faille du gnie pour en tirer parti1 ,romo et ,juliette ou ,don ,quichotte4 ,la plupart des tragdies de ,shakespeare ne sont qu'une suite de mtaphores brodes sur le canevas de la premire histoire venue4 ,shakespeare n'a invent que ses vers et ses phrases3 comme les images en taient nouvelles1 cette nouveaut a ncessairement confr la vie aux personnages du drame4 ,si ,hamlet1 ide pour ide1 avait t versifi par ,christophe ,marlowe1 ce ne serait qu'une obscure et maladroite tragdie que l'on citerait comme une bauche intressante4 ,m4 de ,maupassant1 qui inventa la plupart de ses thmes1 est un moindre conteur que ,boccace1 qui n'inventa aucun des siens4 ,l'invention des sujets est d'ailleurs limite1 encore que flexible l'infini2 mais1 autre sicle1 autre histoire4 ,m4 ,aicard1 s'il avait du gnie1 n'et pas traduit ,othello1 il l'et refait1 comme l'ingnu ,racine refaisait les tragdies d',euripide4 ,tout aurait t dit dans les cent premires annes des littratures si l'homme n'avait le style pour se varier lui-mme4 ,je veux bien qu'il y ait trente-six situations dramatiques ou romanesques1 mais une thorie plus gnrale n'en peut1 en somme1 reconnatre que quatre4 ,l'homme tant pris pour centre1 il a des rapports3 avec lui-mme1 avec les autres hommes1 avec l'autre sexe1 avec l'infini1 ,dieu ou ,nature4 ,une oeuvre de littrature rentre ncessairement dans un de ces quatre modes4 ,mais n'y aurait-il au monde qu'un seul et unique thme1 et que cela ft ,daphnis et ,chlo1 il suffirait4 ,une des excuses des crivains qui ne savent pas crire est la diversit des genres4 ,ils croient qu' celui-ci convient le style et celui-l1 rien4 ,il ne faut pas1 disent-ils1 crire un roman du mme ton qu'un pome4 ,sans doute2 mais l'absence de style fait aussi l'absence de ton et quand un livre manque d'criture1 il manque de tout3 il est invisible ou1 comme on dit1 il passe inaperu4 ,cela convient4 ,au fond1 il n'y a qu'un genre3 le pome2 et peut-tre qu'un mode1 le vers1 car la belle prose doit avoir un rythme qui fera douter si elle n'est que de la prose4 ,buffon n'a crit que des pomes1 et ,bossuet et ,chateaubriand et ,flaubert4 ,les poques de la ,nature1 si elles meuvent les savants et les philosophes1 n'en sont pas moins une somptueuse pope4 ,m4 ,brunetire a parl avec une ingnieuse hardiesse de l'volution des genres2 il a montr que la prose de ,bossuet n'est qu'une des coupes de la grande fort lyrique o ,victor ,hugo plus tard se fit bcheron4 ,mais je prfre l'ide qu'il n'y a pas de genres ou qu'il n'y a qu'un genre2 cela est d'ailleurs plus conforme aux dernires philosophies et la dernire science3 l'ide d'volution va disparatre devant celle de permanence1 de perptuit4 ,si on peut apprendre crire8 ,il s'agit du style3 c'est demander si ,m4 ,zola avec de l'application aurait pu devenir ,chateaubriand1 ou si ,m4 ,quesnay de ,beaurepaire avec des soins aurait pu devenir ,rabelais2 si l'homme qui imite les marbres prcieux en secouant d'un coup vif son pinceau vers les panneaux de sapin aurait pu1 bien conduit1 peindre le ,pauvre ,pcheur1 ou si le ravaleur qui taille dans le genre corinthien les tristes faades des maisons parisiennes ne pourrait pas1 aprs vingt leons1 sculpter par hasard la ,porte de l',enfer ou le tombeau de ,philippe ,pot8 ,si on peut apprendre crire8 ,il s'agit des lments d'un mtier1 de ce qui s'enseigne aux peintres dans les acadmies3 on peut apprendre cela2 on peut apprendre crire correctement la manire neutre1 comme on grava la manire noire4 ,on peut apprendre crire mal1 c'est--dire proprement et de manire mriter un prix de vertu littraire4 ,on peut apprendre crire trs bien1 ce qui est une autre faon d'crire trs mal4 ,qu'ils sont mlancoliques1 ces livres qui sont trs bien2 et puis1 c'est tout4 ,,iii ,m4 ,albalat a donc publi un manuel qui s'appelle3 l',art d'crire enseign en vingt leons4 ,paru en des temps plus anciens1 ce manuel et certainement fait partie de la bibliothque de ,m4 ,dumouchel1 professeur de littrature1 qui l'et recommand ses amis1 ,bouvard et ,pcuchet3 ,alors ils se demandrent en quoi consiste prcisment le style1 et1 grce des auteurs indiqus par ,dumouchel1 ils apprirent le secret de tous les genres4 ,cependant les deux bonshommes trouvent un peu subtiles les remarques de ,m4 ,albalat et ils sont consterns d'apprendre que le ,tlmaque est mal crit et que ,mrime gagnerait tre condens4 ,ils rejettent ,m4 ,albalat et se mettent sans lui leur histoire du duc d',angoulme4 ,je ne suis pas surpris de leur rsistance2 peut-tre ont-ils senti obscurment que l'inconscient se rit des principes1 de l'art des pithtes et de l'artifice des trois jets gradus4 ,que le travail intellectuel1 et en particulier le travail d'crire1 chappe en trs grande partie l'autorit de la conscience1 si ,m4 ,albalat l'avait su il aurait t moins imprudent et n'aurait pas divis les qualits d'un crivain en deux sortes3 les qualits naturelles et les qualits que l'on peut acqurir1--comme si une qualit1 c'est--dire une manire d'tre et de sentir1 tait quelque chose d'extrieur et qui se surajoute comme une couleur ou une odeur6 ,on devient ce que l'on est1 et cela sans mme le vouloir et malgr toute volont adverse4 ,la plus longue patience ne peut changer en imagination visuelle une imagination aveugle2 et celui qui voit le paysage dont il transpose l'aspect en critures1 si son oeuvre est gauche1 elle est meilleure encore1 telle1 qu'aprs les retouches d'un correcteur dont la vision est nulle ou profondment diffrente4 ,mais le trait de force1 il n'y a que le matre qui le donne4 ,cela dcourage ,pcuchet4 ,le trait du matre en critures d'art1 mme de force1 est ncessairement celui qu'il ne fallait pas appuyer2 ou bien1 le trait souligne le dtail qu'il est d'usage de faire valoir et non celui qui avait frapp l'oeil intrieur1 inhabile mais sincre1 de l'apprenti4 ,cette vision presque toujours inconsciente1 ,m4 ,albalat l'abstrait et il dfinit le style l'art de saisir la valeur des mots et les rapports des mots entre eux2 et le talent1 d'aprs lui1 consiste1 non pas se servir schement des mots1 mais dcouvrir les nuances1 les images1 les sensations qui rsultent de leurs combinaisons4 ,nous voil donc dans le verbalisme pur1 dans la rgion idale des signes4 ,il s'agit de manier les signes et de les ordonner selon des dessins qui donnent l'illusion d'tre reprsentatifs du monde des sensations4 ,ainsi pris rebours le problme est insoluble2 il peut arriver1 puisque tout arrive1 que de telles combinaisons de mots soient vocatrices de la vie et mme d'une vie dtermine1 mais le plus souvent la combinaison restera inerte2 la fort se ptrifie2 une critique du style devait commencer par une critique de la vision intrieure1 par un essai sur la formation des images4 ,il y a bien deux chapitres sur les images dans le livre de ,m4 ,albalat1 mais tout la fin2 et ainsi le mcanisme du langage est dmontr rebours1 puisque le premier pas est l'image et le dernier l'abstraction4 ,une bonne analyse des procds naturels du style commencerait la sensation pour aboutir l'ide pure1--si pure qu'elle ne correspond rien1 non seulement de rel1 mais de figuratif4 ,s'il y avait un art d'crire1 ce serait l'art mme de sentir1 l'art de voir1 l'art d'entendre1 l'art d'user de tous les sens1 soit rellement1 soit imaginativement2 et la pratique grave et neuve d'une thorie du style serait celle o l'on essaierait de montrer comment se pntrent ces deux mondes spars1 le monde des sensations et le monde des mots4 ,il y a l un grand mystre1 puisque ces deux mondes sont infiniment loin l'un de l'autre1 c'est--dire parallles3 il faut y voir peut-tre une sorte de tlgraphie sans fils3 on constate que les aiguilles des deux cadrans se commandent mutuellement1 et c'est tout4 ,mais cette dpendance mutuelle est loin d'tre parfaite et aussi claire dans la ralit que dans une comparaison mcanique3 en somme1 les mots et les sensations ne s'accordent que trs peu et trs mal2 nous n'avons aucun moyen sr1 que peut-tre le silence1 pour exprimer nos penses4 ,que de circonstances dans la vie1 o les yeux1 les mains1 la bouche muette sont plus loquents que toutes paroles#d6 ,note #d3 ,on essaiera quelque jour1 dans une tude sur le ,monde des mots1 de dterminer si les mots ont vraiment une signification1 c'est--dire une valeur constante4 ,,iv ,l'analyse de ,m4 ,albalat est donc mauvaise1 n'tant pas scientifique2 cependant1 il en a tir une mthode pratique dont on peut dire que si elle ne formera aucun crivain original1--il le sait bien lui-mme1--elle pourrait attnuer1 non la mdiocrit1 mais l'incohrence des discours et des critures auxquels l'usage nous contraint de prter quelque attention4 ,cela est d'ailleurs indiffrent2 ce manuel serait inutile1 plus encore que je ne le crois1 que tel et tel de ses chapitres garderaient leur intrt de documentation et d'exposition4 ,le dtail est excellent2 et voici par exemple les pages o il est dmontr que l'ide est lie la forme et que changer la forme c'est modifier l'ide3 ,quand on dit d'un morceau3 le fond est bon1 mais la forme est mauvaise1--cela ne signifie rien4 ,voil de bons principes1 quoique l'ide puisse exister comme rsidu de sensation1 indpendante des mots et surtout d'un choix de mots2 mais les ides toutes nues l'tat de larves errantes n'ont aucun intrt4 ,peut-tre mme appartiennent-elles tout le monde2 peut-tre toutes les ides sont-elles communes tous8 ,mais comme celle-ci qui se promne1 attendant un vocateur1 va se rvler diffrente selon la parole qui l'aura sortie des tnbres6 ,que vaudraient1 dpouilles de leur pourpre1 les ides de ,bossuet8 ,ce sont celles du premier sminariste qui passera et1 s'il les profrait1 les gens reculeraient1 humilis de tant de sottise1 qui s'y enivrent dans les ,sermons et dans les ,oraisons4 ,et l'impression sera pareille si1 aprs avoir cout avec complaisance les paradoxes lyriques de ,michelet1 on les retrouve dans les discours bas de quelque snateur1 dans les tristes commentaires de la presse dvoue4 ,c'est pour cela que les potes latins et le plus grand1 ,virgile1 disparaissent traduits1 se ressemblent tous dans l'uniformit pnible d'une pompe normalienne4 ,si ,virgile avait crit selon le style de ,m4 ,pessonneaux1 ou de ,m4 ,benoist1 il serait ,benoist1 il serait ,pessonneaux1 et les moines eussent racl ses parchemins pour substituer ses vers quelque bon contrat de louage d'un intrt sr et durable4 ,a propos de ces vidences1 ,m4 ,albalat se plat rfuter l'opinion de ,m4 ,zola1 que la forme est ce qui change et passe le plus vite et que on gagne l'immortalit en mettant debout des cratures vivantes4 ,autant que cette dernire phrase se peut interprter1 elle signifierait ceci3 ce qu'on appelle la vie en art est indpendant de la forme4 ,peut-tre est-ce encore moins clair2 peut-tre cela n'a-t-il aucun sens8 ,hippolyte aussi1 aux portes de ,trzne1 tait sans forme et sans couleur2 seulement il tait mort4 ,tout ce que l'on peut concder cette thorie1 c'est qu'une oeuvre originellement belle et d'une forme originale1 si elle survit son sicle1 et plus1 sa langue1 les hommes ne l'admirent plus que par imitation1 sur l'injonction traditionnelle des ducateurs4 ,dcouverte maintenant au fond des ,herculanums1 l',iliade ne nous donnerait que des sensations archologiques2 elle intresserait au mme degr que la ,chanson de ,roland2 mais en comparant les deux pomes1 on constaterait1 mieux qu'on ne l'a fait encore1 qu'ils correspondent des moments de civilisation extrmement diffrents puisque l'un est rdig tout en images 7un peu roides7 et que dans l'autre il y en a si peu qu'on les a comptes4 ,il n'y a d'ailleurs aucune relation ncessaire entre le mrite et la dure d'une oeuvre2 mais quand un livre a survcu1 les auteurs d'analyses et extraits conformes au programme savent trs bien prouver sa perfection inimitable et ressusciter1 le temps d'une confrence1 la momie qui va retomber sous le joug de ses bandelettes4 ,il ne faut pas mler l'ide de gloire l'ide de beaut2 la premire est tout fait dpendante des rvolutions de la mode et du got2 la seconde est absolue1 dans la mesure o le sont les sensations humaines2 l'une dpend des moeurs1 l'autre dpend de la loi4 ,la forme passe1 c'est vrai2 mais on ne voit pas vraiment comment la forme pourrait survivre la matire qui en est la substance2 si la beaut d'un style s'efface ou tombe en poussire1 c'est que la langue a modifi l'agrgat de ses molcules1 les mots1 et les molcules elles-mmes1 et que ce travail intrieur ne s'est pas fait sans boursouflures et sans tremblements4 ,si les fresques de l',angelico ont pass1 ce n'est pas parce que le temps les a rendues moins belles1 c'est parce que l'humidit a gonfl le ciment o la peinture est embue4 ,les langues se gonflent comme le ciment et s'caillent2 ou plutt elles font comme les platanes qui ne vivent qu'en modifiant constamment leur corce et qui laissent tomber dans la mousse1 au premier printemps1 les noms d'amour gravs mme leur chair4 ,mais qu'importe l'avenir8 ,qu'importe l'approbation d'hommes qui n'existeront pas tels que nous les ferions1 si nous tions dmiurges8 ,qu'est-ce que cette gloire dont jouirait un homme partir du moment o il sort de la conscience8 ,il est temps que nous apprenions vivre dans la minute1 nous accommoder de l'heure qui passe1 mme mauvaise1 laisser aux enfants ce souci des temps futurs qui est une faiblesse intellectuelle--quoique parfois une navet d'homme de gnie4 ,il est bien illogique de vouloir l'immortalit des oeuvres lorsqu'on affirme et lorsqu'on dsire la mortalit des mes4 ,le ,virgile de ,dante vivait au del de la vie sa gloire devenue ternelle3 de cette conception blouissante il ne nous reste qu'une petite illusion vaniteuse qu'il est prfrable d'teindre tout fait4 ,cela n'empche pas qu'il faille crire pour les hommes comme si on crivait pour les anges et de raliser ainsi1 selon son mtier et selon sa nature1 le plus possible de beaut1 mme passagre et trs prissable4 ,v ,les si amusantes distinctions que les vieux manuels faisaient entre le style fleuri et le style simple1 le sublime et le tempr1 ,m4 ,albalat les supprime excellemment2 il juge avec raison qu'il n'y a que deux sortes de style3 le style banal et le style original4 ,s'il tait permis de compter les degrs du mdiocre au pire1 comme du passable au parfait1 l'chelle serait longue des couleurs et des nuances3 il y a si loin de la ,lgende de ,saint-,julien l',hospitalier une oraison parlementaire qu'en vrit on se demande s'il s'agit de la mme langue1 s'il n'y a pas deux langues franaises et en dessous une infinit de dialectes presque impntrables les uns aux autres4 ,a propos du style politique1 ,m4 ,marty-,laveaux#e pense que le peuple1 demeur fidle en ses discours aux mots traditionnels1 ne le comprend que trs mal et seulement en gros1 comme s'il s'agissait d'une langue trangre que l'on entend un peu1 mais qu'on ne parle pas4 ,il crivait cela il y a vingt-sept ans1 mais les journaux1 plus rpandus1 n'ont gure modifi les habitudes populaires2 on peut toujours compter qu'en ,france sur trois personnes il y en a une qui ne lit que par hasard un bout de journal1 et une qui ne lit jamais rien4 ,a ,paris1 le peuple a de certaines notions sur le style2 il gote surtout la violence et l'esprit3 cela explique la popularit bien plus littraire que politique d'un journaliste comme ,m4 ,rochefort1 en qui les ,parisiens ont longtemps retrouv leur vieil idal3 un tranche-montagne spirituel et verbeux4 ,note #e3 ,de l',enseignement de notre langue4 ,m4 ,rochefort est d'ailleurs un crivain original et l'un de ceux qu'on devrait citer d'abord pour dmontrer que le fond n'est rien sans la forme3 il suffit de lire un peu au del de son article4 ,cependant1 nous sommes peut-tre dupes2 voil bien un demi-sicle que nous le sommes de ,mrime1 dont ,m4 ,albalat cite une page titre de spcimen du style banal6 ,allant plus loin1 jusqu' son jeu favori1 il corrige ,mrime et propose notre examen les deux textes juxtaposs2 en voici un morceau3 ,bien qu'elle ne ft pas ,sensible au plaisir d'attirer insensible au plaisir ou la srieusement#g un homme aussi vanit d'inspirer un sentiment lger1 elle n'avait jamais pens srieux un homme aussi lger que cette affection pt devenir que l'tait ,max dans son dangereuse4 opinion1 elle n'avait jamais pens que cette affection pt devenir un jour dangereuse pour son repos#f4 ,note #f3 ,m4 ,albalat a soulign tout ce qu'il juge banal ou inutile4 ,note #g3 ,variantes proposes par ,m4 ,albalat3 de rduire1 de conqurir4 ,on ne peut nier tout au moins que le style du svre professeur ne soit fort conomique2 il fait gagner presque une ligne sur deux2 soumis ce traitement1 le pauvre ,mrime1 dj peu fcond1 se trouverait rduit la paternit de quelques plaquettes1 alors symboliques de sa lgendaire scheresse6 ,devenu le ,justin de tous les ,trogue-,pompes1 ,m4 ,albalat tend ,lamartine lui-mme sur le chevalet1 pour adoucir1 par exemple1 la finesse de sa peau rougissante comme quinze ans sous les regards en sa fine peau de jeune fille rougissante4 ,quelle boucherie6 ,les mots que biffe ,m4 ,albalat sont si peu banals qu'ils corrigeraient au contraire et relveraient ce qu'il y a de commun dans la phrase amliore2 ce remplissage est une observation trs fine faite par un homme qui a beaucoup regard des visages de femmes1 par un homme plus tendre que sensuel1 touch par la pudeur plutt que par le prestige charnel4 ,bon ou mauvais1 le style ne se corrige pas3 le style est inviolable4 ,m4 ,albalat donne de fort amusantes listes de clichs1 mais sa critique est parfois sans mesure4 ,je ne puis admettre comme clichs chaleur bienfaisante1 perversit prcoce1 motion contenue1 front fuyant1 chevelure abondante ni mme larmes amres car des larmes peuvent tre amres et des larmes peuvent tre douces4 ,il faut comprendre aussi que l'expression qui est l'tat de clich dans un style peut se trouver dans un autre l'tat d'image renouvele4 motion contenue n'est pas plus ridicule qu'motion dissimule2 quant front fuyant1 c'est une expression scientifique et trs juste qu'il suffit d'employer propos4 ,il en est de mme des autres4 ,si on bannissait de telles locutions1 la littrature deviendrait une algbre qu'il ne serait plus possible de comprendre qu'aprs de longues oprations analytiques2 si on les rcuse parce qu'elles ont trop souvent servi1 il faudrait se priver encore de tous les mots usuels et de tous ceux qui ne contiennent pas un mystre4 ,mais cela serait une duperie2 les mots les plus ordinaires et les locutions courantes peuvent faire figure de surprise4 ,enfin le clich vritable1 comme je l'ai expliqu antrieurement1 se reconnat ceci que l'image qu'il dtient en est mi-chemin de l'abstraction1 au moment o1 dj fane1 cette image n'est pas encore assez nulle pour passer inaperue et se ranger parmi les signes qui n'ont de vie et de mouvement qu' la volont de l'intelligence#h4 ,trs souvent1 dans le clich1 un des mots a gard un sens concret et ce qui nous fait sourire c'est moins la banalit de la locution que l'accolement d'un mot vivant et d'un mot vanoui4 ,cela est trs visible dans les formules telles que3 le sein de l',acadmie1 l'activit dvorante1 ouvrir son coeur1 la tristesse tait peinte sur son visage1 rompre la monotonie1 embrasser des principes4 ,cependant il y a des clichs o tous les mots semblent vivants3 une rougeur colora ses joues2 d'autres o ils semblent tous morts3 il tait au comble de ses voeux4 ,mais ce dernier clich s'est form un moment o le mot comble tait trs vivant et tout fait concret2 c'est parce qu'il contient encore un rsidu d'image sensible que son alliance avec voeux nous contrarie4 ,dans le prcdent1 le mot colorer est devenu abstrait1 puisque le verbe concret de cette ide est colorier1 et il s'allie trs mal avec rougeur et avec joues4 ,je ne sais o mnerait un travail minutieux sur cette partie de la langue dont la fermentation est inacheve2 sans doute finirait-on par dmontrer assez facilement que dans la vraie notion du clich l'incohrence a sa place ct de la banalit4 ,pour la pratique du style1 il y aurait l matire des avis motivs que ,m4 ,albalat pourrait faire fructifier4 ,note #h3 ,voir le chapitre du ,clich1 dans l',esthtique de la ,langue franaise4 ,,vi ,il est fcheux que le chapitre des priphrases soit expdi en quelques lignes2 on attendait l'analyse de cette curieuse tendance des hommes remplacer par une description le mot qui est le signe de la chose allgue4 ,cette maladie1 qui est fort ancienne1 puisqu'on a trouv des nigmes sur les cylindres babyloniens 7l'nigme du vent peu prs dans les termes o nos enfants la connaissent71 est peut-tre l'origine mme de toute la posie4 ,si le secret d'ennuyer est le secret de tout dire1 le secret de plaire est le secret de dire tout juste ce qu'il faut pour tre1 non pas mme compris1 mais devin4 ,la priphrase1 telle que manie par les potes didactiques1 n'est peut-tre ridicule que par l'impuissance potique dont elle tmoigne1 car il y a bien des manires agrables de ne pas nommer ce que l'on veut voquer4 ,le vritable pote1 matre de son langage1 n'use que de priphrases si nouvelles la fois et si claires dans leur pnombre que toute intelligence un peu sensuelle les prfre au mot trop absolu2 il ne veut ni dcrire1 ni piquer la curiosit1 ni faire preuve d'rudition4 ,mais quoi qu'il fasse il crit par priphrase et il n'est pas sr que toutes celles qu'il a cres demeurent longtemps fraches2 la priphrase est une mtaphore3 elle dure ce que durent les mtaphores4 ,a la vrit1 il y a loin de la priphrase de ,verlaine1 vague et toute musicale1 ,parfois aussi le dard d'un insecte jaloux ,inquitait le col des belles sous les branches1 aux nigmes mythologiques d'un ,lebrun1 qui appelle le ver soie3 ,l'amant des feuilles de ,thisb6 ,ici ,m4 ,albalat cite fort propos les paroles de ,buffon3 que rien ne dgrade plus un crivain que la peine qu'il se donne pour exprimer des choses ordinaires ou communes d'une manire singulire ou pompeuse4 ,on le plaint d'avoir pass tant de temps faire de nouvelles combinaisons de syllabes pour ne dire que ce que tout le monde dit4 ,delille s'est rendu clbre par son got pour la priphrase didactique2 mais je crois qu'il a t mal jug4 ,ce n'est pas la peur du mot propre qui lui fait dcrire ce qu'il faudrait nommer1 c'est la raideur de sa potique et la mdiocrit de son talent2 il n'est imprcis que par impuissance et il n'est trs mauvais que quand il est imprcis4 ,mthode ou impritie1 cela nous a valu d'amusantes nigmes3 ,ces monstres qui de loin semblent un vaste cueil4 ,l'animal recouvert de son paisse crote1 ,celui dont la coquille est arrondie en vote4 ,l'quivoque habitant de la terre et des ondes4 ,et cet oiseau parleur que sa triste beaut ,ne ddommage pas de sa strilit4 ,et l'arbre aux pommes d'or1 aux rameaux toujours verts4 ,l pour l'art des ,didot ,annonay voit paratre ,les feuilles o ces vers seront tracs peut-tre4 ,et ces rameaux vivants1 ces plantes populeuses1 ,de deux rgnes rivaux races miraculeuses4 ,le puissant agaric1 qui du sang panch ,arrte les ruisseaux1 et dont le sein fidle ,du caillou ptillant recueille l'tincelle4 ne faudrait pas croire cependant que l',homme des champs1 d'o sont tires ces charades1 soit un pome entirement mprisable4 ,l'abb ,delille avait son mrite4 ,prives des plaisirs du rythme et du nombre1 nos oreilles extnues par les versifications nouvelles finiraient par retrouver un certain charme des vers pleins et sonores qui ne sont pas ennuyeux1 des paysages un peu svres1 mais larges et pleins d'air1 4444444444444444444444,soit qu'une frache aurore ,donne la vie aux fleurs qui s'empressent d'clore1 ,soit que l'astre du monde1 en achevant son tour1 ,jette languissamment les restes d'un beau jour4 ,,vii ,cependant ,m4 ,albalat se demande3 comment tre original et personnel8 ,sa rponse n'est pas trs claire4 ,il conseille le travail et conclut3 l'originalit est un effort incessant4 ,voil une bien fcheuse illusion4 ,des qualits secondaires seraient sans doute plus faciles acqurir1 mais la concision1 par exemple1 est-elle une qualit absolue8 ,rabelais et ,victor ,hugo1 qui furent de grands accumulateurs de mots1 doivent-ils tre blms parce que ,m4 de ,pontmartin avait lui aussi l'habitude d'enfiler en chapelet tous les vocables qui lui venaient l'esprit et d'accumuler dans la mme phrase jusqu' douze quinze pithtes8 ,les exemples donns par ,m4 ,albalat sont fort plaisants1 mais si ,gargantua n'avait pas jou1 sous l'oeil de ,ponocrates1 deux cents et seize jeux diffrents1 tous trs beaux1 cela serait trs fcheux1 quoique les grandes rgles de l'art d'crire soient ternelles4 ,la concision est parfois le mrite des imaginations rtives2 l'harmonie est une qualit plus rare et plus dcisive4 ,il n'y a rien relever dans ce que dit ,m4 ,albalat ce propos1 sinon qu'il croit un peu trop aux rapports ncessaires qu'il y aurait entre la lgret1 par exemple1 ou la lourdeur d'un mot et l'ide qu'il dtient4 ,illusion ne de l'accoutumance1 que l'analyse des sons dtruit4 ,ce n'est pas seulement1 dit ,villemain1 par imitation du grec ou du latin fremere que nous avons fait le mot frmir2 c'est par le rapport du son avec l'motion exprime4 ,horreur1 terreur1 doux1 suave1 rugir1 soupirer1 pesant1 lger1 ne viennent pas seulement pour nous du latin1 mais du sens intime qui les a reconnus et adopts comme analogues l'impression de l'objet#i4 ,si ,villemain1 dont ,m4 ,albalat adopte l'opinion1 avait t plus vers dans la linguistique1 il et invoqu sans doute la thorie des racines1 ce qui donnait ses sottises une apparence de force scientifique2 tel quel1 le petit paragraphe du clbre orateur serait trs agrable discuter4 ,il est bien vident que si suave et suaire voquent des impressions gnralement loignes1 cela ne tient pas la qualit de leurs sons2 en anglais1 il y a sweet et sweat1 mots de prononciation identique4 ,doux n'est pas plus doux que toux1 et les autres monosyllabes du mme ton2 rugir est-il plus violent que rougir ou que vagir8 ,lger est la contraction d'un mot latin1 de cinq syllabes1 leviarium2 si lgre porte sa signification1 mgre la porte-t-il aussi8 ,pesant n'est ni plus ni moins lourd que pensant3 les deux formes sont d'ailleurs des doublets dont l'unique original latin est pensare4 ,quant lourd1 c'est le mot luridus1 qui voulut dire beaucoup de choses3 jaune1 fauve1 sauvage1 tranger1 paysan1 lourd1 voil sans doute sa gnalogie4 ,lourd n'est pas plus lourd que fauve n'est cruel3 songeons mauve et velours6 ,si l'anglais thin contient l'ide de mince1 comment se fait-il que l'ide d'pais se dise par thick8 ,les mots sont des sons nuls que l'esprit charge du sens qu'il lui plat3 il y a des rencontres1 il y a des accords fortuits entre tels sons et tels ides2 il y a frmir1 frayeur1 froid1 frileux1 frisson4 ,sans doute1 mais il y a aussi3 frein1 frre1 frle1 frne1 fret1 frime et vingt autres sonorits analogues pourvues chacune d'un sens trs diffrent4 ,note #i3 ,l'art d'crire1 p4 #ach4 ,m4 ,albalat est plus heureux dans le reste des deux chapitres o il traite successivement de l'harmonie des mots et de l'harmonie des phrases2 il appelle avec raison le style des ,goncourt1 un style dscrit2 cela est bien plus frappant encore s'il s'agit de ,m4 ,loti4 ,il n'y a plus de phrases2 les pages sont un fouillis d'incidentes4 ,l'arbre a t jet par terre1 ses branches tailles2 il n'y a plus qu' en faire des fagots4 ,a partir de la neuvime leon1 l',art d'crire devient didactique encore davantage1 et voici l',invention1 la ,disposition et l'locution4 ,comment ,m4 ,albalat parvient-il superposer ces trois moments1 qui n'en font qu'un1 de l'oeuvre littraire1 je ne saurais l'exprimer sans beaucoup de tourment4 ,l'art de dvelopper un sujet m'a t refus par la ,providence2 je m'en remets de ce soin l'inconscient1 et je ne sais pas davantage comment on invente2 je crois qu'on invente surtout1 au rebours de ,newton1 en n'y pensant jamais2 et quant l'locution1 je ne me fierais qu'avec malaise au procd des refontes4 ,on ne refond pas1 on refait et il est si triste de faire deux fois la mme chose que j'approuve ceux qui lancent la pierre au premier tour de la fronde4 ,mais voil bien qui prouve l'inanit des conseils littraires3 ,thophile ,gautier crivit au jour le jour1 sur une table d'imprimerie1 parmi les paquets d'o pend la ficelle1 dans l'odeur de l'huile et de l'encre1 les pages compliques du ,capitaine ,fracasse1 et l'on dit que ,buffon recopia dix-huit fois les poques de la ,nature#aj6 ,cela n'a aucune importance parce que1 ,m4 ,albalat aurait d le dire1 il y a des crivains qui se corrigent mentalement1 ne mettent sur le papier que le travail lent ou vif de l'inconscient1 et il y en a d'autres qui ont besoin de voir extriorise leur oeuvre1 et de la revoir encore1 pour la corriger1 c'est--dire pour la comprendre4 ,cependant1 mme dans le cas des corrections mentales1 la revision extrieure est souvent profitable1 pourvu que1 selon le mot de ,condillac1 on sache s'arrter1 qu'on apprenne finir#aa4 ,trop souvent le dmon du ,mieux a tourment des intelligences et les a strilises2 il est vrai que c'est aussi un grand malheur que de ne pas pouvoir se juger4 ,qui osera choisir entre celui qui ne sait pas ce qu'il fait et celui qui se ddouble et se voit8 ,il y a ,verlaine2 il y a ,mallarm4 ,il faut obir son gnie4 ,note #aj3 ,ou plutt fit recopier par ses secrtaires4 ,il remaniait ensuite la copie mise au net4 ,il y a un volume tout entier sur ce sujet3 les ,manuscrits de ,buffon1 par ,p4 ,flourens2 ,paris1 ,garnier1 #ahfj4 ,note #aa3 ,il y a sur ce point un joli passage de ,quintilien1 que cite ,m4 ,albalat1 page #bac4 ,m4 ,albalat excelle dans les dfinitions4 ,la description est la peinture anime des objets4 ,il veut dire que1 pour dcrire1 il faut se placer comme un peintre devant le paysage1 soit rel1 soit intrieur4 ,d'aprs l'analyse qu'il fait d'une page de ,tlmaque1 il semble bien que ,fnelon n'ait t dou que fort mdiocrement de l'imagination visuelle et plus mdiocrement encore du don verbal4 ,dans les vingt premires lignes de la description de la grotte de ,calypso1 il y a trois fois le mot doux et quatre fois le verbe former4 ,ce style est vraiment devenu pour nous le type mme du style inexpressif1 mais je persiste croire qu'il a eu sa fracheur et sa grce et que le got d'un moment fut lgitimement sduit4 ,souriant de cette opulence de papier dor et de fleurs peintes1 idal d'un archevque rest sminariste1 nous oublions qu'on n'avait pas dcrit la nature depuis l',astre2 ces oranges douces1 ces sirops tremps d'eau de source furent des rafrachissements de paradis4 ,c'est de la mchancet que de comparer ,fnelon1 non pas mme ,homre1 mais l',homre de ,leconte de ,lisle4 ,les trop bonnes traductions1 celles qu'on peut appeler de littralit littraire1 ont en effet ce rsultat invitable de transformer en images concrtes et vivantes tout ce qui de l'original tait pass l'abstraction voulait-il dire qui a des bras blancs ou n'tait-ce plus qu'une pithte puise8 donnait-il une image comme blanche pine ou une ide neutre comme aubpine1 qui a perdu sa valeur reprsentative8 ,nous n'en savons rien4 ,mais juger des langues passes par les langues prsentes1 on doit supposer que la plus grande partie des pithtes homriques taient dj passes l'abstraction au temps d',homre#ab4 ,le plaisir que nous donne l',iliade mise en bas-relief par ,leconte de ,lisle1 les trangers peuvent le trouver dans une oeuvre aussi suranne pour nous que ,tlmaque3 mille fleurs naissantes maillaient les tapis verts n'est un clich que lu pour la centime fois2 nouvelle1 l'image serait ingnieuse et picturale4 ,traduits par ,mallarm1 les pomes d',edgard ,poe acquirent une vie mystrieuse la fois et prcise qu'ils n'ont pas au mme degr dans l'original4 ,et de la ,mariana de ,tennyson1 agrables vers pleins de lieux communs et de remplissages1 grisaille1 ,mallarm1 par la substitution du concret l'abstrait1 fit une fresque aux belles couleurs d'automne4 ,je ne donne ces remarques que1 si l'on veut1 comme une prface une thorie de la traduction2 ici1 elles suffiront indiquer qu'il ne faut comparer entre eux1 s'il s'agit du style1 que des textes d'une mme langue et d'une mme poque4 ,j'ai dj expliqu la formation historique des clichs2 ,mallarm a pu voir de son vivant--et s'il nous avait t conserv1 qu'il en et souffert6--quelques-unes de ses images1 les plus charnellement ses filles et les plus vivantes1 couches1 demi mortes1 dans les vers neutres et la prose dcalque de plus d'un de ses trop fervents admirateurs4 ,note #ab3 ,je suppose que l'on a cess de croire que les pomes homriques aient t composs au petit bonheur par une multitude de rapsodes de gnie et qu'il a suffi de raboter leurs improvisations pour obtenir l',iliade et l',odysse4 ,il est trs difficile de se rendre compte1 aprs cinquante ans1 du degr d'originalit d'un style2 il faudrait avoir lu tous les livres notables selon l'ordre de leur date4 ,on peut du moins juger du prsent et aussi accorder quelque crance aux observations contemporaines d'une oeuvre4 ,barbey d',aurevilly a relev dans ,george ,sand une profusion d'anges de la destine1 de lampes de la foi1 de coupes de miel1 qui ne furent certainement pas invents par elle1 non plus d'ailleurs qu'aucune partie de son style relav2 mais les et-elle imagins1 ces tropes dcrpits1 qu'ils n'en seraient pas meilleurs4 ,il me semble bien que la coupe aux bords frotts de miel remonte aux temps obscurs de la mdecine prhippocratique3 les clichs ont la vie dure6 ,m4 ,albalat note avec raison qu'il y a des images qu'on peut renouveler et rajeunir4 ,il y en a beaucoup et parmi les plus vulgaires2 mais je ne trouve pas qu'en appelant la lune une morne lampe1 ,leconte de ,lisle ait rafrachi trs heureusement la lampe d'or de ,lamartine4 ,m4 ,albalat1 qui prouve beaucoup de lecture1 devrait essayer un catalogue des images par sujets3 la lune1 les toiles1 la rose1 l'aurore et tous les mots potiques2 on obtiendrait ainsi un recueil d'une certaine utilit pour la psychologie verbale et l'tude des sentiments lmentaires4 ,peut-tre saurait-on enfin pourquoi la lune est si chre aux potes8 ,en attendant il nous annonce son prochain livre3 ,la formation du style par l'assimilation des auteurs1 et je suppose que1 la srie acheve1 tout le monde crira trs bien et qu'il y aura dornavant un bon style moyen en littrature1 comme il y en a un en peinture et dans les diffrents beaux-arts que l'tat protge si heureusement4 ,pourquoi pas une ,acadmie ,albalat1 comme une ,acadmie ,julian8 ,voil donc un livre auquel il ne manque presque rien que de n'avoir pas de but1 que d'tre de pure analyse et dsintress4 ,mais s'il devait avoir une influence1 s'il devait multiplier les crivains honorables1 il faudrait le maudire4 ,la littrature et tous les arts1 au lieu d'en mettre le manuel la porte de tous1 il serait plus sage d'en transporter les secrets sur quelque ,himalaya4 ,cependant il n'y a pas de secrets4 ,pour tre un crivain1 il suffit d'avoir le talent naturel de son mtier1 d'exercer ce mtier avec persvrance1 de s'instruire un peu plus chaque matin et de vivre toutes les sensations humaines4 ,quant l'art de crer des images1 il faut croire qu'il est absolument indpendant de toute culture littraire1 puisque les plus belles images1 les plus vraies et les plus hardies1 sont encloses dans nos mots de tous les jours1 oeuvre sculaire de l'instinct1 floraison spontane du jardin intellectuel4 ,fvrier #ahii4 ,,la ,,cr,,ation ,,subconsciente#ac ,i ,des hommes ont reu un don particulier qui les distingue fortement d'entre leurs semblables2 discoboles ou stratges1 potes ou bouffons1 statuaires ou financiers1 ds qu'ils dpassent le niveau commun1 exigent de l'observateur une attention particulire4 ,la protubrance d'une de leurs facults les dsigne l'analyse et ce procd d'analyse qui est la diffrenciation successive2 ainsi on arrive discerner dans l'humanit une classe d'tres dont le signe est la diffrence1 de mme que1 pour l'humanit vulgaire1 le signe est la ressemblance4 ,il y a des hommes dont on ne peut jamais savoir ce qu'ils vont dire quand ils commencent parler2 il y en a peu2 des autres le discours est connu ds qu'ils ouvrent la bouche4 ,on allgue ici les disparits trs sensibles1 car il est incontestable que1 mme parmi les ressemblants les moins diversifiables premire vue1 il n'y a point deux cratures qui ne soient1 au fond1 contradictoires entre elles2 c'est la dernire gloire de l'homme1 et celle que la science n'a pu lui arracher1 qu'il n'y ait point de science de l'homme4 ,note #ac3 ,a propos de3 ,physiologie crbrale4 ,le ,subconscient chez les artistes1 les savants et les crivains1 par le ,dr ,paul ,chabaneix4 ,paris1 ,j4-,b4 ,baillire4--,cette tude tait crite quand a paru le magistral ouvrage de ,m4 ,ribot1 ,l',imagination cratrice 7juillet #aijj74 ,s'il n'y a point de science de l'homme commun1 moins encore y a-t-il une science de l'homme diffrent1 puisque la manifestation de sa diffrence le constitue solitaire et unique1 c'est--dire incomparable4 ,cependant1 comme il y a une physiologie1 il y a une psychologie gnrale3 quelles qu'elles soient1 toutes les btes terrestres respirent le mme air et le cerveau de l'homme de gnie1 comme celui du pauvre homme1 puise dans la sensation sa force primordiale4 ,selon quel mcanisme la sensation se transforme en acte1 on ne le sait que d'une faon grossire2 on sait seulement que pour que cette transformation s'accomplisse1 l'intervention de la conscience n'est pas ncessaire2 on sait aussi que cette intervention peut tre nuisible1 par son pouvoir de modifier la logique dterministe1 de rompre la srie des associations pour crer dans l'esprit volontairement le premier anneau d'une chane nouvelle4 ,la conscience1 qui est le principe de la libert1 n'est pas le principe de l'art4 ,on peut noncer fort clairement ce que l'on a conu dans des tnbres inconscientes4 ,loin d'tre lie au fonctionnement de la conscience1 l'activit intellectuelle en est le plus souvent trouble2 on coute mal une symphonie1 quand on sait qu'on l'coute2 on pense mal1 quand on sait que l'on pense3 la conscience de penser n'est pas la pense4 ,l'tat subconscient est l'tat de crbration automatique1 en pleine libert1 l'activit intellectuelle voluant la limite de la conscience1 un peu au-dessous1 hors de ses atteintes2 la pense subconsciente peut demeurer jamais inconnue1 et elle peut1 soit au moment prcis o cesse l'automatisme1 soit plus tard1 et mme aprs plusieurs annes1 surgir la lumire4 ,ces faits de cogitation ne sont donc pas du domaine de l'inconscient proprement dit1 puisqu'ils peuvent arriver la conscience et1 d'autre part1 il sera sans doute prfrable de rserver ce mot un peu vaste la signification que lui donna une philosophie particulire4 ,l'tat subconscient1 quoique le rve puisse tre une de ses manifestations1 diffre encore de l'tat de rve4 ,le rve est presque toujours absurde1 d'une absurdit spciale1 incohrent ou droul selon des associations toutes passives#ad dont la marche diffre mme de celle des ordinaires associations passives1 conscientes ou subconscientes#ae4 ,note #ad3 ,voyez dans un rve de ,maury 7,le ,sommeil et les ,rves7 le mot jardin menant le rveur en ,perse1 puis une lecture de l',ane mort 7,jardin1 ,chardin1 ,janin72 et1 dans cet autre1 la syllabe lo conduisait l'esprit de kilomtre loto1 par ,gilolo1 loblia1 ,lopez4 ,cependant le pote 7rime1 allitration7 subit de pareilles associations1 mais il doit avoir le talent de les rendre logiques1 ce qui n'a gure lieu dans le rve pur et simple4 ,victor ,hugo1 vritable incarnation du ,subconscient1 triomphe1 avec excs1 de ces rapprochements1 d'abord involontaires4 ,note #ae3 ,a propos du rve1 ,m4 ,chabaneix dit 7p4 #ag7 que ceux qui pensent souvent par images visuelles sont sujets des rves ou les images s'objectivent amplifies4 ,une observation personnelle contredit cela1 mais je n'oppose qu'une seule observation beaucoup d'observations3 il s'agit d'un crivain qui1 quoique assig l'tat de veille par les images visuelles internes1 n'a que de trs rares rves imags et jamais d'hallucinations caractristiques4 ,rcemment1 aprs avoir relu dans la journe le livre de ,maury1 il eut le soir1 pour la premire fois1 deux ou trois assez vagues hallucinations hypnagogiques1 sans doute provoques par le dsir1 ou la peur1 de connatre cet tat4--,ceci peut servir expliquer la contagion de l'hallucination par le livre4--,il vit des lueurs kalidoscopiques1 puis des ttes grimaantes1 enfin un personnage drap de vert1 de grandeur naturelle1 dont il n'apercevait1 par le coin de l'oeil droit1 qu'une moiti4 ,a ce moment il rouvrait les yeux4 ,ce personnage sortait videmment d'une histoire illustre de la peinture italienne1 feuillete le matin4 ,la cration intellectuelle imaginative est insparable de la frquence de l'tat subconscient2 et dans cette catgorie de crations il faut englober la dcouverte du savant et la construction idologique du philosophe4 ,tous ceux qui1 en quelque genre1 ont innov ou invent sont des imaginatifs autant que des observateurs4 ,l'crivain le plus pondr1 le plus rflchi1 le plus minutieux est chaque instant1 malgr lui1 enrichi par le travail du subconscient2 il n'est pas d'oeuvre1 si volontaire1 qui ne doive au subconscient quelque beaut ou quelque nouveaut4 ,jamais peut-tre une phrase1 la plus laborieuse1 ne fut crite ou dite en accord absolu avec la volont2 la seule qute du mot dans le vaste et profond rservoir de la mmoire verbale est un acte qui chappe si bien la volont que1 souvent1 le mot qui venait s'enfuit au moment o la conscience allait l'apercevoir et le saisir4 ,on sait combien il est difficile de trouver volontairement le mot dont on a besoin et on sait aussi avec quelle aisance et quelle rapidit tels crivains voquent1 dans la fivre de l'criture1 les mots les plus insolites1 ou les plus beaux4 ,il est cependant imprudent de dire3 ,la mmoire est toujours inconsciente4#af ,la mmoire est la piscine secrte o1 notre insu1 le subconscient jette son filet2 mais la conscience y pche aussi volontiers4 ,cet tang plein des poissons jadis capts au hasard par la sensation1 la subconscience le connat particulirement bien2 la conscience est moins habile s'y approvisionner1 bien qu'elle ait son service plusieurs mthodes utiles1 telles que l'association logique des ides ou la localisation des images4 ,selon que le cerveau travaille dans la nuit ou la lueur du falot de la conscience1 l'homme acquiert une personnalit diffrente1 mais1 sauf les cas pathologiques1 l'tat second n'est pas tellement prcis que l'tat premier ne puisse1 sans troubler le labeur1 intervenir3 c'est en ces conditions1 selon ce concert1 que s'achvent la plupart des oeuvres d'abord imagines soit par la volont1 soit par le rve4 ,note #af3 ,le ,subconscient1 p4 #aa4 ,chez ,newton 7en y pensant toujours71 le travail du subconscient est continu1 mais il se relie priodiquement un travail volontaire2 tantt perue1 tantt inconnue de la conscience1 la pense explore tous les possibles4 ,chez ,goethe1 le subconscient est presque toujours actif et prt livrer la volont les oeuvres multiples qu'il labore sans elle et loin d'elle4 ,goethe a expliqu cela lui-mme en une page d'une lucidit miraculeuse et pleine d'enseignements#ag3 ,toute facult d'agir et par consquent tout talent implique une force instinctive agissant dans l'inconscience et dans l'ignorance des rgles dont le principe est pourtant en elles4 ,plus tt un homme s'instruit1 plus tt il apprend qu'il y a un mtier1 un art qui va lui fournir les moyens d'atteindre au dveloppement rgulier de ses facults naturelles2 ce qu'il acquiert ne saurait jamais nuire en quoi que ce soit son individualit originelle4 ,le gnie par excellence est celui qui s'assimile tout1 qui sait tout s'approprier sans prjudice pour son caractre inn4 ,ici se prsentent les divers rapports entre la conscience et l'inconscience4 ,les organes de l'homme1 par un travail d'exercice1 d'apprentissage1 de rflexion persistante et continue1 par les rsultats obtenus1 heureux ou malheureux1 par les mouvements d'appel et de rsistance1 ces organes amalgament1 combinent inconsciemment ce qui est instinct et ce qui est acquis1 et de cet amalgame1 de cette chimie la fois inconsciente et consciente1 il rsulte finalement un ensemble harmonieux dont le monde s'merveille4 ,voici tantt plus de soixante ans que la conception de ,faust m'est venue en pleine jeunesse1 parfaitement nette1 distincte1 toutes les scnes se droulant devant mes yeux dans leur ordre de succession2 le plan1 depuis ce jour1 ne m'a pas quitt1 et vivant avec cette ide1 je la reprenais en dtail et j'en composais tour tour les morceaux qui dans le moment m'intressaient davantage2 de telle sorte que1 quand cet intrt m'a fait dfaut1 il en est rsult des lacunes1 comme dans la seconde partie4 ,la difficult tait l d'obtenir par force de volont1 ce qui ne s'obtient1 vrai dire1 que par acte spontan de la nature4 ,il arrive aussi1 tout au contraire1 qu'une oeuvre antrieurement conue1 et dont on repousse l'excution1 finisse par s'imposer la volont4 ,il semble alors que le subconscient dborde et submerge la conscience2 il dicte ce que l'on n'crit qu'avec rpugnance4 ,c'est l'obsession que rien ne dcourage et qui triomphe mme des paresses les plus nonchalentes1 des dgots les plus violents4 ,ensuite1 on prouve frquemment1 le travail accompli1 une sorte de satisfaction1 analogue la satisfaction morale4 ,l'ide du devoir qui1 mal comprise1 fait tant de ravages dans les consciences craintives1 est sans doute une laboration du subconscient3 l'obsession est peut-tre la force qui pousse au sacrifice1 comme elle est celle qui pousse au suicide4 ,note #ag3 ,lettre ,g4 de ,humboldt1 #ag mars #ahcb4 7,le ,subconscient p4 #af47 ,goethe avait alors quatre-vingt-trois ans2 il mourait cinq jours plus tard4 ,la lettre est cite tout entire par ,eckermann1 ,,ii1 #cca2 la traduction de ,dlerot est un peu diffrente4 ,schopenhauer comparait la rumination le travail obscur et continu du subconscient au milieu des perceptions prisonnires dans la mmoire4 ,cette rumination1 toute physiologique1 peut suffire modifier des croyances ou des convictions2 ,hartmann a constat qu'une ide ennemie1 d'abord carte1 s'tait au bout de quelque temps substitue en lui l'ide habituelle qu'il avait d'un homme ou d'un fait4 ,aprs des jours1 des semaines ou des mois1 si on a l'envie ou l'occasion d'exprimer son opinion sur le mme sujet1 on dcouvre1 son grand tonnement1 qu'on a subi une vritable rvolution mentale1 que les anciennes opinions1 dont on se considrait jusque-l comme rellement convaincu1 ont t compltement abandonnes et que les ides nouvelles se sont tout fait implantes leur place4 ,ce processus inconscient de digestion et d'assimilation mentale1 j'en ai souvent fait sur moi-mme l'exprience2 et d'instinct1 je me suis toujours gard d'en troubler le cours par une rflexion prmature1 toutes les fois qu'il se produisait en moi propos de questions importantes1 qui intressaient mes conceptions sur le monde et sur l'esprit#ah4 ,cette observation pourrait tre applique au phnomne si intressant de la conversion4 ,il n'est pas douteux que des gens se sont un jour sentis amens ou ramens aux ides religieuses1 qui n'avaient ni le dsir1 ni la crainte1 ni l'espoir de ce revirement4 ,dans une conversion1 la volont ne peut agir qu'aprs un long travail du subconscient et lorsque tous les lments de la conviction nouvelle ont t secrtement rassembls et combins4 ,cette force nouvelle o le converti s'appuie et dont il ignore l'origine1 c'est ce que la thologie appelle la grce2 la grce est le rsultat d'un labeur subconscient3 la grce est subconsciente4 ,note #ah3 ,le subconscient1 p4 #bd4 ,comme ,hartmann1 mais par instinct et non plus par prconception philosophique1 ,alfred de ,vigny se fiait au subconscient du soin de mrir ses ides2 mres1 il les retrouvait2 elles venaient d'elles-mmes s'offrir1 riches de toutes leurs consquences4 ,on peut supposer que1 comme chez ,goethe1 c'tait l un subconscient lointaine chance1 du papier long1 trs long1 car ,m4 de ,vigny laissa entre telles de ses oeuvres d'inhabituels intervalles4 ,il est trs probable que1 s'il y a des subconscients inactifs1 il en est d'autres qui1 aprs une priode active1 cessent tout coup de travailler1 soit qu'une usure prcoce1 soit qu'une modification de rapports ait eu lieu dans les cellules crbrales4 ,racine offre l'exemple singulier d'un silence de vingt ans coup juste au milieu par deux oeuvres qui n'ont qu'une ressemblance formelle avec celles de sa phase premire4 ,peut-on supposer que ce fut par scrupule religieux qu'il a pendant si longtemps refus d'couter les suggestions du subconscient8 ,peut-on supposer que la religion qui avait modifi la nature de ses perceptions avait en mme temps diminu la puissance physiologique de son cerveau8 ,cela serait contraire toutes les autres observations qui dmontrent au contraire qu'une croyance nouvelle est un excitant nouveau4 ,il semble donc probable que ,racine se tut parce qu'il n'avait presque plus rien dire1 tout simplement3 c'est une aventure commune1 et il trouva dans la religion la consolation commune4 ,il faudrait donc distinguer deux sortes de subconscients3 celui dont l'nergie est brve et forte et celui dont la force1 moins ardente1 est plus durable4 ,les deux extrmes se manifestent dans l'homme qui produit1 tout jeune1 une oeuvre remarquable1 puis s'abstient2 et dans l'homme qui offre pendant des soixante ans1 le spectacle d'un labeur mdiocre1 inutile et continu4 ,il s'agit naturellement des oeuvres o l'intelligence imaginative a la plus grande part1 des oeuvres dont le subconscient est toujours le matre collaborateur4 ,plus pratiquement1 et un tout autre point de vue1 ,m4 ,chabaneix1 aprs avoir tudi le subconscient continu1 le divise en subconscient nocturne et en subconscient l'tat de veille4 ,le subconscient nocturne est onirique ou pronirique1 s'il s'agit du sommeil ou des instants qui prcdent le sommeil4 ,maury1 qui en tait particulirement afflig1 a trait avec soin des hallucinations qui se forment au moment o l'on ferme les yeux pour s'endormir2 on ne voit pas que ces hallucinations appeles hypnagogiques1 et qui sont presque toujours visuelles1 puissent avoir une action spciale sur les ides en travail dans un cerveau2 ce sont des embryons de rves qui n'influencent qu' la manire des rves le cours de la pense4 ,il arrive que le travail conscient du cerveau se prolonge durant le rve et mme se parachve et qu'au rveil1 sans rflexion1 sans peine1 on se trouve matre d'un problme1 d'un pome1 d'une combinaison que l'esprit1 dans la veille1 avait t impuissant trouver4 ,burdach1 professeur ,koenigsberg1 fit en rve plusieurs dcouvertes physiologiques qu'il put ensuite vrifier4 ,un rve fut parfois le point de dpart d'une oeuvre2 parfois une oeuvre fut entirement conue et excute pendant le sommeil4 ,il est cependant fort probable que c'est la raison consciente qui1 au rveil1 jugeant et rectifiant spontanment le rve1 lui donne sa vritable valeur et le dpouille de cette incohrence particulire aux songes les plus senss4 ,a l'tat de veille1 l'inspiration semble la manifestation la plus claire du subconscient dans le domaine de la cration intellectuelle4 ,sous sa forme aigu1 l'inspiration se rapprocherait beaucoup du somnambulisme4 ,certaines attitudes de ,socrate 7d'aprs ,aulu-,gelle71 de ,diderot1 de ,blake1 de ,shelley1 de ,balzac1 donnent de la force cette opinion4 ,le ,dr ,rgis#ai dit que les hommes de gnie furent presque tous des dormeurs veills2 mais le dormeur veill est assez souvent un distrait1 celui dont l'esprit se concentre volontairement sur un problme4 ,ainsi l'excs et l'absence de conscience psychologique se manifesteraient1 en certains cas1 par d'identiques phnomnes4 ,a quoi pensait ,socrate pendant ses journes d'immobilit8 ,pensait-il8 ,avait-il connaissance de sa pense8 ,les fakirs pensent-ils8 ,et ,beethoven1 lorsque1 sans chapeau1 sans habit1 il se laissait arrter comme vagabond8 tait-il en obsession volontaire ou en quasi-somnambulisme8 ,savait-il quoi il pensait si fortement1 ou bien son travail crbral tait-il inconscient8 ,stuart ,mill composa sa logique dans les rues de ,londres1 pendant le trajet quotidien de sa maison aux bureaux de la ,compagnie des ,indes2 croira-t-on que cet ouvrage ne fut pas ordonn en tat de conscience parfaite8 ,ce qui tait subconscient chez ,stuart ,mill c'tait1 dit ,m4 ,chabaneix#bj1 l'effort pour se guider dans une rue populeuse2 il y a l automatisme des centres infrieurs4 ,ce renversement des termes1 plus frquent que ne l'ont cru certains psychologues1 peut faire natre des doutes sur la vritable nature de l'inspiration4 ,on devra tout au moins rechercher si1 partir du moment o commence la ralisation1 mme purement crbrale1 d'une oeuvre1 il est possible que le travail demeure tout fait subconscient4 ,la lettre de ,mozart n'explique que ,mozart3 ,quand je me sens bien et que je suis de bonne humeur1 soit que je voyage en voiture ou que je me promne aprs un bon repas1 ou dans la nuit1 quand je ne puis dormir1 les penses me viennent en foule et le plus aisment du monde4 ,d'o et comment m'arrivent-elles8 ,je n'en sais rien1 je n'y suis pour rien4 ,celles qui me plaisent1 je les garde dans ma tte et je les fredonne1 ce que du moins m'ont dit les autres4 ,une fois que je tiens mon air1 un autre bientt vient s'ajouter au premier4 ,l'oeuvre grandit1 je l'entends toujours et la rends de plus en plus distincte1 et la composition finit par tre tout entire acheve dans ma tte1 bien qu'elle soit longue444 ,tout cela se produit en moi comme dans un beau songe trs distinct444 ,si je me mets ensuite crire1 je n'ai plus qu' tirer du sac de mon cerveau ce qui s'y est accumul prcdemment1 comme je l'ai dit4 ,aussi le tout ne tarde gure se fixer sur le papier4 ,tout est dj parfaitement arrt et il est rare que ma partition diffre beaucoup de ce que j'avais auparavant dans ma tte4 ,on peut sans inconvnient me dranger pendant que j'cris444 #ba4 ,tout est donc subconscient dans ,mozart1 et le labeur matriel de l'excution n'est plus gure qu'un travail de copie4 ,j'ai vu un crivain ne pas oser corriger ses rdactions spontanes1 de peur de commettre des fautes de ton3 il se rendait compte que l'tat dans lequel il corrigerait tait trs diffrent de l'tat o il se trouvait pendant la priode d'excution1 qui avait t en mme temps celle de la conception4 ,un mot entendu1 une attitude entrevue1 un personnage singulier crois dans la rue taient souvent le seul prtexte de ses contes1 qu'il improvisait en trois ou quatre heures2 s'il suivait un plan antrieur1 presque toujours1 ds la premire page crite1 il l'abandonnait1 achevant son rcit d'aprs une logique nouvelle1 arrivant une conclusion tout fait diffrente de celle qui1 la premire fois1 lui avait paru la meilleure4 ,quelques-uns de ces plans avaient parfois t crits sous une si forte influence du subconscient qu'il ne les comprenait plus1 ne les reconnaissait qu' l'criture1 ne pouvait les situer dans le pass que grce au genre du papier1 la couleur de l'encre4 ,d'autres projets1 se rapportant des oeuvres plus longues1 lui revenaient au contraire1 frquemment1 l'esprit2 il avait conscience d'y songer plusieurs fois par jour et il tait persuad que c'taient ces songeries1 mme vagues et inconsistantes1 qui lui rendaient1 aux moments de l'excution1 le travail assez facile4 ,de fait1 je ne lui ai jamais vu de srieuses proccupations au sujet d'oeuvres qui passaient pourtant pour tre d'une littrature plutt ardue2 il n'en parlait jamais et je crois bien qu'il n'y pensait consciemment qu'au moment d'en crire les terribles premires lignes2 mais1 une fois le travail en train1 presque toute sa vie intellectuelle s'y concentrait1 les priodes de rumination subconsciente rejoignant perptuellement les priodes de mditation volontaire4 ,note #ai3 ,prface du ,subconscient4 ,note #bj3 ,p4 #ic4 ,note #ba3 ,le ,subconscient1 p4 #ic1 d'aprs ,jahm4 ,villiers de l',isle-,adam avait1 autant que j'ai pu m'en rendre compte1 cette mthode de travail3 l'ide entre dans son esprit1 et il arrivait qu'elle y entrt soudain1 au cours d'une conversation principalement1 car il tait grand causeur et il profitait de tout1 l'ide entre d'abord par la petite porte1 timidement1 sans faire de bruit1 s'installait bientt comme chez elle1 envahissait toutes les rserves du subconscient1 puis1 de temps autre1 montait la conscience et obligeait rellement ,villiers obir l'obsession2 alors quel que ft son interlocuteur1 il parlait2 il parlait mme seul1 et d'ailleurs1 quand il parlait son ide1 il parlait toujours comme s'il et t seul4 ,j'entendis ainsi1 par lambeaux1 plusieurs de ses derniers contes2 et mme un jour que nous tions assis la terrasse d'un caf du boulevard1 j'eus l'illusion d'couter de vritables divagations o revenait priodiquement cette affirmation3 ,il y avait un coq6 ,il y en avait un6 ,je ne compris que plus tard1 aprs plusieurs mois1 quand parut le ,chant du ,coq4 ,parlant sur un ton sourd1 il ne s'adressait pas moi4 ,cependant1 son but conscient1 en retournant ses ides haute voix1 tait de chercher deviner l'effet qu'elles produisaient sur un auditeur2 mais1 peu peu1 ce but s'obscurcissait3 c'tait le subconscient qui parlait pour lui4 ,il avait le travail lent3 il y a cinq ou six manuscrits superposs de de l've future1 et le premier est tellement diffrent du dernier que seul le nom d',edison peut servir les relier l'un l'autre4 ,on dit assez souvent d'un homme qui n'a crit que peu1 qu'il a peu travaill3 je suis persuad que ,villiers de l',ile-,adam n'a jamais cess un instant de travailler1 mme pendant son sommeil4 ,malgr le blocus quelquefois absolu que ses ides tablissaient autour de son attention1 nul esprit n'tait plus rapide ni mieux dou pour la riposte2 il ne connaissait pas le crpuscule du rveil3 aprs la nuit la plus brve1 il se retrouvait1 au coup mme du sursaut1 en pleine possession de toute sa lucidit1 de toute sa verve4 ,quoiqu'il ft bien l'homme de sa littrature1 on trouverait en lui l'esquisse d'une double personnalit1 mais o le conscient et l'inconscient seraient si enchevtrs l'un dans l'autre qu'il serait difficile d'en faire le dpartage2 il serait ais1 au contraire1 d'crire deux vies de ,mozart1 l'une de l'homme social1 l'autre de l'homme en tat second1 toutes les deux parfaitement lgitimes4 ,baudelaire disait3 ,l'inspiration1 c'est de travailler tous les jours4 ,mais cet aphorisme ne semble pas le rsum de son exprience personnelle4 ,le travail quotidien1 rgulier1 c'est1 pour ainsi dire1 l'inspiration rgularise1 domestique1 asservie4 ,les termes ne sont pas contradictoires1 car il est certain qu'alors l'tat second1 devenant priodique1 peut n'en devenir que plus profond4 ,l'habitude1 si puissante1 se joint la nature pour renforcer un tat psychologique qui devient alors un vritable besoin2 ceux qui se sont astreints au labeur de tous les jours1 s'il leur arrive de s'y soustraire1 surtout en restant dans le mme milieu1 prouvent1 pendant et aprs les heures de l'accs priodique1 un certain malaise1 parfois une vraie souffrance3 le remords n'a peut-tre pas d'autre origine1 qu'il s'agisse d'un acte habituel qui n'a pas t accompli1 ou d'un acte inhabituel qui a violemment troubl la marche coutumire des journes4 ,l'inspiration1 si elle est un tat second1 peut donc tre un tat second provoqu par la volont4 ,il n'est pas douteux que des artistes1 des crivains1 des savants peuvent travailler quand il le faut1 sans prparation1 aiguillonns seulement par la ncessit et1 d'autre part1 que les oeuvres ainsi produites sont tout aussi bonnes que celles dont l'excution n'a t dtermine que par un dsir de ralisation4 ,cela ne signifie pas que le subconscient soit inactif pendant le travail volontairement commenc1 mais son activit a t provoque4 ,il y a donc un subconscient qui n'est pas spontan1 qui vient se mler au conscient quand la volont en a besoin1 mais qui1 peu peu1 au cours d'un travail1 se substitue la volont4 ,il suffit souvent de se mettre la besogne pour sentir que s'vanouissent une une toutes les difficults qui paralysaient l'effort1 mais il est possible que ce raisonnement soit paralogique et que le travail ne soit prcisment devenu possible que par l'affaiblissement pralable des obstacles qui se dressaient d'abord devant l'esprit4 ,dans l'un ou l'autre cas1 d'ailleurs1 il y a intervention vidente des forces subconscientes4 ,comment une sensation devient-elle une image2 l'image1 une ide2 comment l'ide se dveloppe-t-elle2 comment prend-elle la forme qui nous semble la meilleure2 comment1 s'il s'agit d'criture1 la mmoire verbale est-elle mise contribution8 ,autant de questions qui me semblent insolubles et dont la solution serait pourtant ncessaire qui voudrait donner une dfinition prcise de l'inspiration4 ,pour la cration originale1 crit ,m4 ,ribot#bb1 ni la rflexion ni la volont ne supplent l'inspiration4 ,sans doute1 mais la rflexion et la volont peuvent cependant avoir leur rle dans l'volution de ce phnomne mystrieux et1 d'autre part1 les cas sont assez rares de pur automatisme intellectuel4 ,il faut sans doute supposer que les hommes capables de subir l'heureuse influence de l'inspiration sont aussi des hommes plus que les autres capables de sentir avec force et avec frquence les chocs du monde extrieur4 ,les imaginatifs sont aussi des sensitifs4 ,il faut que les rserves de leur cerveau soient trs riches en lments2 cela suppose un apport constant de la sensation2 cela suppose donc une sensibilit trs vive et une capacit de sentir incessamment renouvele4 ,cette sensibilit appartient encore en grande partie au domaine du subconscient2 il y a1 selon l'expression de ,leibnitz1 les penses dont ne s'aperoivent pas notre me1 il y a aussi les sensations dont ne s'aperoivent pas nos sens1 et ce sont peut-tre celles-ci qui1 de mme qu'elles sont entres1 sortent subconsciemment4 ,les observations les plus fructueuses sont celles que l'on a faites sans le savoir2 vivre sans penser la vie est souvent le meilleur moyen d'apprendre connatre la vie4 ,aprs un demi-sicle et plus un homme voit surgir devant lui le milieu1 le paysage1 les faits de son enfance indiffrente2 enfant1 il avait vcu dans le monde extrieur comme dans une dpendance de lui-mme1 avec un souci purement physiologique2 il avait vu sans voir1 et voici que1 tandis que tout l'intermdiaire reste brumeux1 c'est la priode de ses sensations les plus fugaces qui remonte et s'avive devant ses yeux4 ,il est bien vident que la sensation entre en nous sans que nous en ayons eu conscience ne peut1 aucun moment1 tre volontairement voque2 mais la sensation consciente peut1 au contraire1 nous revenir l'improviste1 sans nul concours de la volont4 ,le subconscient a donc pouvoir sur deux ordres de sensations et la conscience n'en a qu'un seul sa disposition3 cela peut expliquer pourquoi la volont et la rflexion ont une part si restreinte dans les crations de la littrature ou de l'art4 ,note #bb3 ,psychologie des ,sentiments4--,g4 de ,humboldt disait3 ,la raison combine1 modifie et dirige2 elle ne peut crer1 parce que le principe de vie n'est pas en elle4 7,ides sur la nouvelle ,constitution franaise47 ,mais quelle est leur part dans le reste de la vie8 ,en principe1 l'homme est un automate1 et il semble que dans l'homme la conscience soit un gain1 une facult surajoute4 ,il ne faut pas s'y tromper3 l'homme qui marche1 qui agit1 qui parle n'est pas ncessairement conscient ni jamais tout fait conscient4 ,la conscience est sans doute1 si on prend le mot dans son sens prcis et absolu1 l'apanage du petit nombre4 ,runis en foule1 les hommes deviennent particulirement automatiques1 et d'abord leur instinct de se runir1 de faire un moment donn tous la mme chose tmoigne bien de la nature de leur intelligence4 ,comment supposer une conscience et une volont aux membres de ces cohues qui1 aux jours de fte ou de troubles1 se pressent tous vers le mme point1 avec les mmes gestes et les mmes cris8 ,ce sont des fourmis qui sortent aprs l'onde de dessous les brins d'herbe1 et voil tout4 ,l'homme conscient qui se mle navement la foule1 qui agit dans le sens de la foule1 perd sa personnalit2 il n'est plus qu'un des suoirs de la grande pieuvre factice1 et presque toutes ses sensations vont mourir vainement dans le cerveau collectif de l'hypothtique animal2 de ce contact1 il ne rapportera peu prs rien2 l'homme qui sort de la foule n'a qu'un souvenir1 comme le noy qui merge1 celui d'tre tomb dans l'eau4 ,c'est parmi le petit nombre des lus de la conscience qu'il faut chercher les exemplaires vritablement suprieurs d'une humanit dont ils sont1 non les conducteurs1 ce qui serait fcheux et contredirait trop l'instinct1 mais les juges4 ,cependant grave sujet de mditation1 ces hommes surlevs n'atteignent toute leur valeur qu'aux moments o la conscience1 devenant subconsciente1 ouvre les cluses du cerveau et laisse se prcipiter vers le monde les flots rnovs des sensations qu'ils doivent au monde4 ,ils sont de magnifiques instruments dont le subconscient seul joue avec gnie2 lui aussi1 le gnie1 est subconscient4 ,goethe est le type de ces hommes doubles et le hros suprme de l'humanit intellectuelle4 ,il y a d'autres hommes non moins rares1 mais moins complets1 chez lesquels la volont ne joue qu'un rle fort ordinaire et qui ne sont rien ds qu'ils ne sont plus sous l'influence du subconscient4 ,leur gnie n'en est souvent que plus pur et plus nergique2 ils sont des instruments plus dociles sous le souffle du ,dieu inconnu4 ,mais comme ,mozart1 ils ne savent ce qu'ils font2 ils obissent une force irrsistible4 ,voil pourquoi ,gluck faisait transporter son piano au milieu d'une prairie1 en plein soleil2 voil pourquoi ,haydn contemplait une bague1 pourquoi ,crbillon vivait parmi une meute de chiens1 pourquoi ,schiller respirait frquemment l'odeur des pommes pourries dont il avait rempli le tiroir de sa table de travail4 ,telles sont les moindres fantaisies du subconscient2 il a de pires exigences4 ,,iii ,,la ,,dissociation ,,des ,,id,,es ,il y a deux manires de penser3 ou accepter telles qu'elles sont en usage les ides et les associations d'ides1 ou se livrer1 pour son compte personnel1 de nouvelles associations et1 ce qui est plus rare1 d'originales dissociations d'ides4 ,l'intelligence capable de tels efforts est1 plus ou moins1 selon le degr1 et selon l'abondance et la varit de ses autres dons1 une intelligence cratrice4 ,il s'agit ou d'imaginer des rapports nouveaux entre les vieilles ides1 les vieilles images1 ou de sparer les vieilles ides1 les vieilles images unies par la tradition1 de les considrer une une1 quitte les remarier et ordonner une infinit de couples nouveaux qu'une nouvelle opration dsunira encore1 jusqu' la formation toujours quivoque et fragile de nouveaux liens4 ,dans le domaine des faits et de l'exprience ces oprations se trouveraient limites par la rsistance de la matire et l'intolrance des lois physiques2 dans le domaine purement intellectuel1 elles sont soumises la logique2 mais la logique tant elle-mme un tissu intellectuel1 ses complaisances sont presque infinies4 ,vritablement l'association et la dissociation des ides 7ou des images3 l'ide n'est qu'une image use7 voluent selon des mandres qu'il est impossible de dterminer et dont il est difficile mme de suivre la direction gnrale4 ,il n'est pas d'ides si loignes1 d'images si htroclites que l'aisance dans l'association ne puisse joindre au moins pour un instant4 ,victor ,hugo1 voyant un cble qu'on entoure de chiffons l'endroit o il porte sur une arte vive1 voit en mme temps les genoux des tragdiennes qui sont matelasss contre les chutes dramatiques du cinquime acte#bc2 et ces deux choses si loin1 un cordage amarr sur un rocher et les genoux d'une actrice se trouvent1 le temps de notre lecture1 voques dans un parallle qui nous sduit parce que les genoux et la corde1 les uns en dessus1 l'autre en dessous1 au pli1 sont galement fourrs#bd1 parce que le coude que fait un cble ainsi jet ressemble assez une jambe plie1 parce que la situation de ,giliatt est parfaitement tragique et enfin parce que1 tout en percevant la logique de ces rapprochements1 nous en percevons1 non moins bien1 la dlicieuse absurdit4 ,note #bc3 ,les ,travailleurs de la mer2 ,i,ie partie1 livre ,ier1 ,,ii4 ,note #bd3 ,terme technique4 ,de telles associations sont ncessairement des plus fugitives1 moins que la langue ne les adopte et n'en fasse un de ces tropes dont elle aime s'enrichir2 il ne faudrait pas tre surpris que ce pli d'un cble s'appelt le genou du cble4 ,en tout cas1 les deux images restent prtes divorcer2 le divorce rgne en permanence dans le monde des ides1 qui est le monde de l'amour libre4 ,les gens simples parfois en demeurent scandaliss2 celui qui1 pour la premire fois1 selon que l'un ou l'autre des termes est le plus ancien1 osa dire la bouche ou la gueule d'un canon fut sans doute accus soit de prciosit soit de grossiret4 ,s'il est malsant de parler du genou d'un cordage1 il ne l'est point d'voquer le coude d'un tuyau ou la panse d'un flacon4 ,mais ces exemples ne sont donns que comme types lmentaires d'un mcanisme dont la pratique nous est plus familire que la thorie4 ,nous laisserons de ct toutes les images encore vivantes pour ne nous occuper que des ides1 c'est--dire de ces ombres tenaces et fugaces qui s'agitent ternellement effares dans les cerveaux des hommes4 ,il y a des associations d'ides tellement durables qu'elles paraissent ternelles1 tellement troites qu'elles ressemblent ces toiles doubles que l'oeil nu en vain cherche ddoubler4 ,on les appelle volontiers des lieux communs4 ,cette expression1 dbris d'un vieux terme de rhtorique1 loci communes sermonis1 a pris1 surtout depuis les dveloppements de l'individualisme intellectuel1 un sens pjoratif qu'elle tait loin de possder l'origine1 et encore au dix-septime sicle4 ,en mme temps qu'elle s'avilissait1 la signification du lieu commun s'est rtrcie jusqu' devenir une variante de la banalit1 du dj vu1 dj entendu1 et1 pour la foule des esprits imprcis1 le lieu commun est un des synonymes de clich4 ,or le clich porte sur les mots et le lieu commun sur les ides2 le clich qualifie la forme ou la lettre1 l'autre le fond ou l'esprit4 ,les confondre1 c'est confondre la pense avec l'expression de la pense4 ,le clich est immdiatement perceptible2 le lieu commun se drobe trs souvent sous une parure originale4 ,il n'y a pas beaucoup d'exemples1 en aucune littrature1 d'ides nouvelles exprimes en une forme nouvelle2 l'esprit le plus difficile doit se contenter le plus souvent de l'un ou de l'autre de ces plaisirs1 trop heureux quand il n'est pas priv la fois de tous les deux2 cela n'est pas trs rare4 ,le lieu commun est plus et moins qu'une banalit3 c'est une banalit1 mais parfois inluctable2 c'est une banalit1 mais si universellement accepte qu'elle prend alors le nom de vrit4 ,la plupart des vrits qui courent le monde 7les vrits sont trs coureuses7 peuvent tre regardes comme des lieux communs1 c'est--dire des associations d'ides communes un grand nombre d'hommes et que presque aucun de ces hommes n'oserait briser de propos dlibr4 ,l'homme1 malgr sa tendance au mensonge1 a un grand respect pour ce qu'il appelle la vrit2 c'est que la vrit est son bton de voyage travers la vie1 c'est que les lieux communs sont le pain de sa besace et le vin de sa gourde4 ,privs de la vrit des lieux communs1 les hommes se trouveraient sans dfense1 sans appui et sans nourriture4 ,ils ont tellement besoin de vrits qu'ils adoptent les vrits nouvelles sans rejeter les anciennes2 le cerveau de l'homme civilis est un muse de vrits contradictoires4 ,il n'en est pas troubl1 parce qu'il est successif4 ,il rumine ses vrits les unes aprs les autres4 ,il pense comme il mange4 ,nous vomirions d'horreur si l'on nous prsentait dans un large plat1 mls du bouillon1 du vin1 du caf1 les divers aliments depuis les viandes jusqu'aux fruits qui doivent former notre repas successif2 l'horreur serait aussi forte si l'on nous faisait voir l'amalgame rpugnant des vrits contradictoires qui sont loges dans notre esprit4 ,quelques intelligences analytiques ont essay en vain d'oprer de sang-froid l'inventaire de leurs contradictions2 chaque objection de la raison le sentiment opposait une excuse immdiatement valable1 car les sentiments1 comme l'a indiqu ,m4 ,ribot1 sont ce qu'il y a de plus fort en nous o ils reprsentent la permanence et la continuit4 ,l'inventaire des contradictions d'autrui n'est pas moins difficile1 s'il s'agit d'un homme en particulier2 on se heurte l'hypocrisie qui a prcisment pour rle social d'tre le voile qui dissimule l'clat trop vif des convictions barioles4 ,il faudrait donc interroger tous les hommes1 c'est--dire l'entit humaine1 ou du moins des groupes d'hommes assez nombreux pour que le cynisme des uns y compense l'hypocrisie des autres4 ,dans les rgions animales infrieures et dans le monde vgtal1 le bourgeonnement est un des modes de cration de la vie2 on voit galement se produire la scissiparit dans le monde des ides1 mais le rsultat1 au lieu d'tre une vie nouvelle1 est une abstraction nouvelle4 ,toutes les grammaires gnrales ou les traits lmentaires de logique enseignent comment se forment les abstractions2 on a nglig d'enseigner comment elles ne se forment pas1 c'est--dire pourquoi tel lieu commun persiste vivre sans postrit4 ,c'est assez dlicat1 mais cela prterait des remarques intressantes2 on appellerait ce chapitre les lieux communs rfractaires ou impossibilit de certaines dissociations d'ides4 ,il serait peut-tre utile d'examiner d'abord comment les ides s'associent entre elles et dans quel but4 ,le manuel de cette opration est des plus simples2 son principe est l'analogie4 ,il y a des analogies trs lointaines2 il y en a de si prochaines qu'elles sont la porte de toutes les mains4 ,un grand nombre de lieux communs ont une origine historique3 deux ides se sont unies un jour sous l'influence des vnements et cette union fut plus ou moins durable4 ,l',europe ayant vu de ses yeux l'agonie et la mort de ,byzance accoupla ces deux ides1 ,byzance--,dcadence1 qui sont devenues un lieu commun1 une incontestable vrit pour tous les hommes qui crivent et qui lisent1 et ncessairement1 pour tous les autres1 pour ceux qui ne peuvent contrler les vrits qu'on leur propose4 ,de ,byzance1 cette association d'ides s'est tendue l',empire romain tout entier1 qui n'est plus1 pour les historiens sages et respectueux1 qu'une suite de dcadences4 ,on lisait rcemment dans un journal grave3 ,si la forme despotique avait une vertu particulire1 constitutive de bonnes armes1 est-ce que l'avnement de l'empire n'aurait pas t une re de dveloppement dans la puissance militaire des ,romains8 ,ce fut au contraire le signal de la dbcle et de l'effondrement#be4 ,ce lieu commun d'origine chrtienne a t popularis dans les temps modernes1 comme on le sait1 par ,montesquieu et par ,gibbon2 il a t magistralement dissoci par ,m4 ,gaston ,paris#bf et n'est plus qu'une sottise4 ,mais comme sa gnalogie est connue1 comme on l'a vu natre et mourir1 il peut servir d'exemple et faire comprendre assez bien ce que c'est qu'une grande vrit historique4 ,note #be3 ,le ,temps1 #ca octobre #ahii4 ,note #bf3 ,romania1 tome ,i1 page #a4 ,le but secret du lieu commun1 en se formant1 est en effet d'exprimer une vrit4 ,les ides isoles ne reprsentent que des faits ou des abstractions2 pour avoir une vrit il faut deux facteurs1 il faut1 c'est le mode de gnration le plus ordinaire1 un fait et une abstraction4 ,presque toute vrit1 presque tout lieu commun se rsout en ces deux lments4 ,concurremment lieu commun1 on pourrait presque toujours employer le mot vrit1 ainsi dfini une fois pour toutes3 un lieu commun non encore dissoci2 la dissociation tant analogue ce qu'on appelle analyse1 en chimie4 ,l'analyse chimique ne conteste ni l'existence ni les qualits du corps qu'elle dissocie en divers lments1 souvent dissociables leur tour2 elle se borne librer ces lments et les offrir la synthse qui1 en variant les proportions1 en appelant des lments nouveaux1 obtiendra1 si cela lui plat1 des corps entirement diffrents4 ,avec les dbris d'une vrit1 on peut faire une autre vrit identiquement contraire1 travail qui ne serait qu'un jeu1 mais encore excellent comme tous les exercices qui assouplissent l'intelligence et l'acheminent vers l'tat de noblesse ddaigneuse o elle doit aspirer4 ,il y a cependant des vrits que l'on ne songe ni analyser ni nier2 elles sont incontestables1 soit qu'elles nous aient t fournies par l'exprience sculaire de l'humanit1 soit qu'elles fassent partie des axiomes de la science4 ,le prdicateur qui s'criait en chaire devant ,louis ,,xiv3 ,nous mourrons tous1 ,messieurs6 profrait une vrit que le froncement des sourcils du roi ne prtendait pas srieusement contester4 ,elle est pourtant de celles qui ont eu sans doute le plus de mal s'tablir1 elle est de celles qui ne sont pas encore universellement admises4 ,ce n'est pas du premier coup que les races aryennes joignirent ces deux ides1 l'ide de mort et l'ide de ncessit2 beaucoup de peuplades noires n'y sont pas parvenues4 ,pour le ngre1 il n'y a pas de mort naturelle1 de mort ncessaire4 ,a chaque dcs on consulte le sorcier afin d'apprendre de lui quel est l'auteur de ce crime secret et magique4 ,nous en sommes encore un peu cet tat d'esprit et toute mort prmature d'un homme clbre fait aussitt courir des bruits d'empoisonnement1 de meurtre mystrieux4 ,tout le monde se souvient des lgendes nes la mort de ,gambetta1 de ,flix ,faure2 elles se rejoignent naturellement celles qui murent la fin du dix-septime sicle1 celles qui assombrirent1 bien plus que des faits sans doute rares1 le seizime sicle italien4 ,stendhal1 en ses anecdotes romaines1 abuse de cette superstition du poison qui devait encore1 de nos jours1 faire plus d'une victime judiciaire4 ,l'homme associe les ides non pas selon la logique1 selon l'exactitude vrifiable1 mais selon son plaisir et son intrt4 ,c'est ce qui fait que la plupart des vrits ne sont que des prjugs2 celles qui sont le plus incontestables sont aussi celles qu'il s'effora toujours de sournoisement combattre par la ruse du silence4 ,la mme inertie est oppose au travail de dissociation que l'on voit s'oprer lentement sur certaines vrits4 ,l'tat de dissociation des lieux communs de la morale semble en corrlation assez troite avec le degr de la civilisation intellectuelle4 ,il s'agit1 l encore1 d'une sorte de lutte1 non des individus1 mais des peuples constitus en nation contre des vidences qui1 en augmentant l'intensit de la vie individuelle1 diminuent1 l'exprience permet de dire1 par cela mme1 l'intensit de la vie et de la force collectives4 ,il n'est pas douteux qu'un homme ne puisse retirer de l'immoralit mme1 de l'insoumission aux prjugs dcalogus1 un grand bienfait personnel1 un grand avantage pour son dveloppement intgral1 mais une collectivit d'individus trop forts1 trop indpendants les uns des autres1 ne constitue qu'un peuple mdiocre4 ,on voit alors l'instinct social entrer en antagonisme avec l'instinct individuel et des socits professer comme socit une morale que chacun de ses membres intelligents1 suivis par une trs grande partie du troupeau1 juge vaine1 suranne ou tyrannique4 ,on trouverait une assez curieuse illustration de ces principes en examinant l'tat prsent de la morale sexuelle4 ,cette morale1 particulire aux peuples chrtiens1 est fonde sur l'association trs troite de deux ides1 l'ide de plaisir charnel et l'ide de gnration4 ,quiconque1 homme ou peuple1 n'a pas dissoci ces deux ides n'a pas rendu la libert dans son esprit aux lments de cette vrit2 qu'en dehors de l'acte proprement gnrateur accompli sous la protection des lois religieuses ou civiles 7les secondes ne sont que la parodie des premires1 dans nos civilisations essentiellement chrtiennes71 les relations sexuelles sont des pchs1 des erreurs1 des fautes1 des dfaillances2 quiconque adopte en sa conscience cette rgle1 sanctionne par les codes1 appartient videmment une civilisation encore rudimentaire4 ,la plus haute civilisation tant celle o l'individu est le plus libre1 le plus dgag d'obligations1 cette proposition ne serait contestable que si on la prenait pour une provocation au libertinage ou pour une dprciation de l'asctisme4 ,morale ou immorale1 cela n'a ici aucune importance1 elle devra1 si elle est exacte1 se lire au premier coup d'oeil dans les faits4 ,rien de plus facile4 ,un tableau statistique de la natalit europenne montrera aux raisonneurs les plus entts qu'il y a un lien trs strict1 un lien de cause effet1 entre l'intellectualit des peuples et leur fcondit4 ,il en est de mme pour les individus et pour les groupes sociaux4 ,c'est par faiblesse intellectuelle que les mnages ouvriers se laissent dborder par la progniture4 ,on voit dans les faubourgs des malheureux qui1 ayant procr douze enfants1 s'tonnent de l'inclmence de la vie2 ces pauvres gens1 qui n'ont mme pas l'excuse des croyances religieuses1 n'ont pas encore su dissocier l'ide de plaisir charnel et l'ide de gnration4 ,chez eux la premire dtermine l'autre1 et les gestes obissent une crbralit enfantine et presque animale4 ,l'homme arriv au degr vraiment humain limite son gr sa fcondit2 c'est un de ses privilges1 mais un de ceux qu'il n'atteint que pour en mourir4 ,heureuse1 en effet1 pour l'individu qu'elle dlivre1 cette dissociation particulire l'est beaucoup moins pour les peuples4 ,cependant1 elle favorisera le dveloppement ultrieur de la civilisation en maintenant sur la terre les vides ncessaires l'volution des hommes4 ,ce n'est qu'assez tard que les ,grecs arrivrent disjoindre l'ide de femme et l'ide de gnration2 mais ils avaient dissoci trs anciennement l'ide de gnration et l'ide de plaisir charnel4 ,quand ils cessrent de considrer la femme comme uniquement gnratrice1 ce fut le commencement du rgne des courtisanes4 ,les ,grecs semblent1 d'ailleurs1 avoir toujours eu une morale sexuelle fort vague1 ce qui ne les a pas empchs de faire une certaine figure dans l'histoire4 ,le ,christianisme ne pouvait sans se nier lui-mme encourager la dissociation de l'ide de plaisir charnel d'avec l'ide de gnration1 mais il provoqua au contraire avec succs1 et ce fut une des grandes conqutes de l'humanit1 la dissociation de l'ide d'amour et de l'ide de plaisir charnel4 ,les gyptiens taient si loin de pouvoir comprendre une telle dissociation que l'amour du frre et de la soeur leur et sembl nul s'il n'et abouti une conjonction sexuelle4 ,dans les basses classes des grandes villes1 on est volontiers gyptien sur ce point4 ,les diffrentes sortes d'inceste qui parviennent parfois notre connaissance tmoignent qu'un tat d'esprit analogue n'est pas absolument incompatible avec une certaine culture intellectuelle4 ,la forme particulirement chrtienne de l'amour chaste1 dgag de toute ide de plaisir physique1 est l'amour divin1 tel qu'on le voit s'panouir dans l'exaltation mystique des contemplateurs2 c'est vraiment l'amour pur1 puisqu'il ne correspond rien de dfinissable1 c'est l'intelligence s'adorant soi-mme dans l'ide infinie qu'elle se fait d'elle-mme4 ,ce qui peut s'y mler de sensualisme tient la disposition mme du corps humain et la loi de dpendance des organes2 on ne doit donc pas en tenir compte dans une tude qui n'est pas physiologique4 ,ce que l'on a appel maladroitement l'amour platonique est aussi une cration chrtienne4 ,c'est1 en somme1 une amiti passionne1 aussi vive et aussi jalouse que l'amour physique1 mais dgage de l'ide de plaisir charnel1 comme cette dernire ide s'tait dgage de l'ide de gnration4 ,cet tat idal des affections humaines est la premire tape de l'asctisme1 et l'on pourrait dfinir l'asctisme l'tat d'esprit o toutes les ides sont dissocies4 ,avec la dcroissance de l'influence chrtienne1 la premire tape de l'asctisme est devenue un gte de moins en moins frquent et l'asctisme1 devenu galement rare1 est souvent atteint par une autre voie4 ,de notre temps1 l'ide d'amour s'est rejointe trs troitement l'ide de plaisir physique et les moralistes s'emploient rformer son association primitive avec l'ide de gnration4 ,c'est une rgression assez curieuse4 ,on pourrait essayer une psychologie historique de l'humanit en recherchant quel degr de dissociation se trouvrent1 dans la suite des sicles1 un certain nombre de ces vrits que les gens bien pensants s'accordent qualifier de primordiales4 ,cette mthode devrait mme tre la base1 et cette recherche le but mme de l'histoire4 ,puisque tout dans l'homme se ramne l'intelligence1 tout dans l'histoire doit se ramener la psychologie4 ,ce serait l'excuse des faits1 de comporter une explication qui ne ft pas diplomatique ou stratgique4 ,quelle est l'association d'ides1 ou la vrit non encore dissocie qui favorisa l'accomplissement de la mission que ,jeanne d',arc crut tenir du ciel8 ,il faut1 pour rpondre1 trouver des ides qui aient pu se joindre galement dans les cerveaux franais et dans les cerveaux anglais1 ou une vrit alors incontestablement admise par toute la chrtient4 ,jeanne d',arc tait considre la fois par ses amis et par ses ennemis comme en possession d'un pouvoir surnaturel4 ,pour les ,anglais1 c'est une sorcire trs puissante2 l'opinion est unanime et les tmoignages abondent4 ,mais pour ses partisans8 ,sans doute une sorcire aussi1 ou plutt une magicienne4 ,la magie n'tait pas ncessairement diabolique4 ,des tres surnaturels flottaient dans les imaginations qui n'taient ni des anges1 ni des dmons1 mais des ,puissances que pouvait se soumettre l'intelligence de l'homme4 ,le magicien tait le bon sorcier3 sans cela aurait-on tax de magie un homme de la science et de la saintet d',albert le ,grand8 ,le soldat qui la suivait et le soldat qui combattait ,jeanne d',arc1 sorcire ou magicienne1 se faisaient d'elle1 trs probablement1 une ide identique dans son obscurit redoutable4 ,mais si les ,anglais criaient le nom de sorcire1 les ,franais taisaient le nom de magicienne1 peut-tre pour la mme cause qui protgea si longtemps1 travers de si merveilleuses aventures1 l'usurpateur ,ta-,kiang1 comme cela est racont dans l'admirable ,dragon imprial de ,judith ,gautier4 ,quelle ide1 telle poque1 chaque classe de la socit se faisait-elle du soldat8 ,n'y aurait-il pas dans la rponse cette question tout un cours d'histoire8 ,en approchant de notre poque on se demanderait quel moment se rejoignirent1 dans le commun des esprits1 l'ide d'honneur et l'ide de militaire8 ,est-ce une survivance de la conception aristocratique de l'arme8 ,l'association s'est-elle forme la suite des vnements d'il y a trente ans1 lorsque le peuple prit le parti d'exalter le soldat pour s'encourager soi-mme8 ,il faut comprendre cette ide d'honneur2 elle en contient plusieurs autres1 les ides de bravoure1 de dsintressement1 de discipline1 de sacrifice1 d'hrosme1 de probit1 de loyaut1 de franchise1 de bonne humeur1 de rondeur1 de simplicit1 etc4 ,on trouverait finalement en ce mot le rsum des qualits dont la race franaise se croit l'expression4 ,dterminer son origine serait donc dterminer1 par cela mme1 l'poque o le ,franais commena se croire un abrg de toutes les vertus fortes4 ,le militaire est demeur en ,france1 malgr de rcentes objections1 le type mme de l'homme d'honneur4 ,les deux ides sont unies trs nergiquement2 elles forment une vrit qui n'est gure conteste l'heure actuelle que par des esprits d'une autorit mdiocre ou d'une sincrit douteuse4 ,sa dissociation est donc trs peu avance1 si l'on a gard la totalit de la nation4 ,cependant elle fut1 au moins pendant une minute1 pendant la minute psychologique1 entirement opre en quelques cerveaux4 ,il y eut l1 au seul point de vue intellectuel1 un effort considrable d'abstraction qu'on ne peut s'empcher d'admirer quand on regarde froidement fonctionner la machine crbrale4 ,sans doute le rsultat atteint ne fut pas le produit d'un raisonnement normal2 c'est dans un accs de fivre que la dissociation s'accomplit2 elle fut inconsciente1 et elle fut momentane1 mais elle fut1 et c'est important pour l'observateur4 ,l'ide d'honneur avec tous ses sous-entendus se spara de l'ide de militaire1 qui est l l'ide de fait1 l'ide femelle prte recevoir tous les qualificatifs1 et l'on s'aperut que1 s'il y avait entre elles un certain rapport logique1 ce rapport n'tait pas ncessaire4 ,c'est l le point dcisif4 ,une vrit est morte lorsqu'on a constat que les rapports qui lient ses lments sont des rapports d'habitude et non de ncessit2 et comme la mort d'une vrit est un grand bienfait pour les hommes1 cette dissociation et t trs importante si elle avait t dfinitive1 si elle ft reste stable4 ,malheureusement1 aprs cet effort vers l'ide pure1 les vieilles habitudes mentales retrouvrent leur empire4 ,l'ancien lment qualificatif fut aussitt remplac par un lment peine nouveau1 moins logique que l'ancien et encore moins ncessaire4 ,il apparut que l'opration avait avort4 ,l'association d'ides se refaisait1 identique la prcdente1 quoique l'un des lments et t retourn comme un vieux gant3 honneur on avait substitu dshonneur1 avec toutes les ides adventices de l'ancien lment devenues alors lchet1 fourberie1 indiscipline1 fausset1 duplicit1 mchancet1 etc4 ,cette nouvelle association d'ides peut avoir une valeur destructive2 elle n'offre aucun intrt intellectuel4 ,il ressort de l'anecdote que les ides qui nous semblent les plus claires1 les plus videntes1 les plus palpables pour ainsi dire1 n'ont cependant pas assez de force pour s'imposer toutes nues aux esprits communs4 ,pour s'assimiler l'ide d'arme1 un cerveau d'aujourd'hui doit l'entourer d'lments qui n'ont qu'une corrlation de rencontre ou d'opinion avec l'ide principale4 ,on ne peut pas demander sans doute un humble politicien de se faire de l'arme l'ide simple que s'en faisait ,napolon3 une pe4 ,les ides trs simples ne sont la porte que des esprits trs compliqus4 ,il semble cependant qu'il ne serait pas absurde de ne considrer l'arme que comme la force extriorise d'une nation2 et alors de ne demander cette force que les qualits mmes qu'on demande la force4 ,peut-tre est-ce encore trop simple8 ,quel bon moment que le moment d'aujourd'hui pour tudier le mcanisme de l'association et de la dissociation des ides6 ,on parle souvent des ides2 on a crit sur l'volution des ides4 ,aucun mot n'est plus mal dfini ni plus vague4 ,il y a des crivains nafs qui dissertent sur l',ide1 tout court2 il y a des socits coopratives qui se mettent tout d'un coup en marche vers l',ide2 il y a des gens qui se dvouent l',ide1 qui ptissent pour l',ide1 qui rvent de l',ide1 qui vivent les yeux fixs sur l',ide4 ,de quoi est-il question dans ces sortes de divagations1 c'est ce que je n'ai jamais pu savoir4 ,ainsi employ seul1 le mot est peut-tre une dformation du mot ,idal2 peut-tre aussi le qualificatif est-il sous-entendu8 ,est-ce un dbris erratique de la philosophie de ,hegel que la marche lente du grand glacier social a dpos au passage en quelques ttes o il roule et sonne comme un caillou8 ,on ne sait pas4 ,employ sous une forme relative1 le mot n'est pas beaucoup plus clair dans les ordinaires phrasologies2 on oublie trop le sens primitif du mot et que l'ide n'est qu'une image parvenue l'tat abstrait1 l'tat de notion2 mais aussi qu'une notion1 pour avoir droit au nom d'ide1 doit tre pure de toute compromission avec le contingent4 ,une notion l'tat d'ide est devenue incontestable2 c'est un chiffre1 c'est un signe2 c'est une des lettres de l'alphabet de la pense4 ,il n'y a pas des ides vraies et des ides fausses4 ,l'ide est ncessairement vraie2 une ide discutable est une ide amalgame des notions concrtes1 c'est--dire une vrit4 ,le travail de la dissociation tend prcisment dgager la vrit de toute sa partie fragile pour obtenir l'ide pure1 une1 et par consquent inattaquable4 ,mais si l'on n'usait jamais des mots que selon leur sens unique et absolu1 les liaisons seraient difficiles dans le discours2 il faut leur laisser un peu de ce vague et de cette flexibilit dont l'usage les a dous et1 en particulier1 ne pas trop insister sur l'abme qui spare l'abstrait du concret4 ,il y a un tat intermdiaire entre la glace et l'eau fluide1 c'est quand l'eau commence se faonner en aiguilles1 quand elle craque et cde encore sous la main qui s'y plonge3 peut-tre ne faut-il pas demander mme aux mots du manuel philosophique d'abdiquer toute prtention l'ambiguit8 ,cette ide d'arme qui excita de graves polmiques1 qui ne fut un instant dgage que pour s'obscurcir nouveau1 est de celles qui touchent au concret et dont on ne peut parler sans de minutieuses rfrences la ralit2 l'ide de justice1 au contraire1 peut se considrer en soi1 in abstracto4 ,dans l'enqute que fit ,m4 ,ribot sur les ides gnrales1 presque tous les patients1 prononc devant eux le mot ,justice1 virent en leur esprit la lgendaire dame et ses balances4 ,il y a dans cette figuration traditionnelle d'une ide abstraite une notion de l'origine mme de cette ide4 ,l'ide de justice n'est pas autre chose1 en effet1 que l'ide d'quilibre4 ,la justice est le point mort de la srie des actes1 le point idal o les forces contraires se neutralisent pour produire l'inertie4 ,la vie qui aurait pass par ce point mort de la justice absolue ne pourrait plus vivre1 puisque l'ide de vie1 identique l'ide de lutte de forces1 est ncessairement l'ide de justice4 ,le rgne de la justice ne pourrait tre que le rgne du silence et de la ptrification3 les bouches se taisent1 organes vains des cerveaux stupfis1 et les gestes inachevs des membres n'crivent plus rien1 dans l'air froid4 ,les thologies siturent la justice au del du monde1 dans l'ternit4 ,c'est l seulement qu'elle peut tre conue et qu'elle peut1 sans danger pour la vie1 exercer une fois pour toutes sa tyrannie qui ne connat qu'une seule sorte d'arrts1 l'arrt de mort4 ,l'ide de justice rentre donc bien dans la srie des ides incontestables et indmontrables2 on n'en peut rien faire l'tat pur2 il faut l'associer quelque lment de fait ou s'abstenir d'un mot qui ne correspond qu' une inconcevable entit4 ,a vrai dire1 l'ide de justice est peut-tre dissocie ici pour la premire fois4 ,sous ce nom les hommes allgent tantt l'ide de chtiment1 qui leur est trs familire1 tantt l'ide de non-chtiment1 ide neutre1 ombre de la premire4 ,il s'agit de chtier le coupable et de ne pas inquiter l'innocent1 ce qui impliquerait immdiatement1 pour tre perceptible1 une dfinition de la culpabilit et une dfinition de l'innocence4 ,cela est difficile1 ces mots du lexique moral n'ayant plus qu'une signification fuyante et toute relative4 ,et pourquoi1 pourrait-on demander1 faut-il qu'un coupable soit chti8 ,il semble1 au contraire1 que l'innocent1 que l'on suppose un homme sain et normal1 soit bien plus capable de supporter le chtiment que le coupable1 qui est un malade et un dbile4 ,pourquoi ne punirait-on pas1 au lieu du voleur1 qui a des excuses1 l'imbcile qui s'est laiss voler8 ,c'est ce que ferait la justice si1 au lieu d'tre une conception thologique1 elle tait encore1 comme elle fut ,sparte1 une imitation de la nature4 ,rien n'existe qu'en vertu du dsquilibre1 de l'injustice2 toute existence est un vol prlev sur d'autres existences2 aucune vie ne fleurit que sur un cimetire4 ,si elle se voulait l'auxiliaire et non plus la ngatrice des lois naturelles1 l'humanit prendrait soin de protger les forts contre la coalition des faibles et de donner comme escabeau le peuple aux aristocrates4 ,il semble au contraire que ce qu'on entende dsormais par la justice ce soit1 en mme temps que le chtiment des coupables1 l'extermination des puissants1 et en mme temps que le non-chtiment des innocents1 l'exaltation des humbles4 ,l'origine de cette ide complexe1 btarde et hypocrite1 doit donc tre recherche dans l'vangile1 dans le malheur aux riches des dmagogues juifs4 ,ainsi comprise1 l'ide de justice apparat contamine la fois par la haine et par l'envie2 elle ne contient plus rien de son sens originaire et l'on ne peut en faire l'analyse sans risquer d'tre dupe du sens vulgaire des mots4 ,cependant on dmlerait1 en y prenant garde1 que la premire cause de la dprciation de ce terme utile est venue d'une confusion entre l'ide de droit et l'ide de chtiment2 le jour o le mot justice a voulu dire tantt justice criminelle et tantt justice civile1 le peuple a confondu ces deux notions pratiques et les instituteurs du peuple1 incapables d'un effort srieux de dissociation1 ont aggrav une mprise qui d'ailleurs servait leurs intrts4 ,l'ide relle de justice apparat donc finalement comme entirement inexistante dans le mot mme qui figure au vocabulaire de l'humanit2 ce mot se rsout l'analyse en des lments encore trs complexes o l'on distingue l'ide de droit et l'ide de chtiment4 ,mais il y a tant d'illogisme dans cet accouplement singulier qu'on douterait de l'exactitude de l'opration1 si les faits sociaux n'en fournissaient la preuve4 ,ici on pourrait examiner cette question3 y a-t-il vraiment pour le peuple1 pour l'homme moyen1 des mots abstraits8 ,c'est peu probable4 ,il semble mme que1 selon le degr de culture intellectuelle1 le mme mot n'atteigne que des tats chelonns d'abstraction4 ,l'ide pure est plus ou moins contamine par le souci des intrts personnels1 ou de caste ou de groupe1 et le mot justice revt ainsi1 par exemple1 toutes sortes de significations particulires et limites sous lesquelles disparat1 cras1 son sens suprme4 ,ds qu'une ide est dissocie1 si on la met ainsi toute nue en circulation1 elle s'aggrge en son voyage par le monde toutes sortes de vgtations parasites4 ,parfois1 l'organisme premier disparat1 entirement dvor par les colonies gostes qui s'y dveloppent4 ,un exemple fort amusant de ces dviations d'ides fut donn rcemment par la corporation des peintres en btiment la crmonie dite du triomphe de la rpublique4 ,ces ouvriers promenrent une bannire o leurs revendications de justice sociale se rsumaient en ce cri3 ,a bas le ripolin6 ,il faut savoir que le ripolin est une peinture toute prpare que le premier venu peut taler sur une boiserie2 on comprendra alors toute la sincrit de ce voeu et son ingnuit4 ,le ripolin reprsente ici l'injustice et l'oppression2 c'est l'ennemi1 c'est le diable4 ,nous avons tous notre ripolin et nous en colorions notre usage les ides abstraites qui1 sans cela1 ne nous seraient d'aucune utilit personnelle4 ,c'est sous un de ces bariolages que l'ide de libert nous est prsente par les politiciens4 ,nous ne percevons plus gure1 en entendant ce mot1 que l'ide de libert politique1 et il semble que toutes les liberts dont puisse jouir un homme civilis soient contenues dans cette expression ambigu4 ,il en est d'ailleurs de l'ide pure de libert comme de l'ide pure de justice2 elle ne peut nous servir rien dans l'ordinaire de la vie4 ,l'homme n'est pas libre1 ni la nature1 pas plus que ne sont justes ni l'homme ni la nature4 ,le raisonnement n'a aucune prise sur de telles ides2 les exprimer1 c'est les affirmer1 mais elles fausseraient ncessairement toutes les thses o on voudrait les faire entrer4 ,rduite son sens social1 l'ide de libert est encore mal dissocie2 il n'y a pas d'ide gnrale de libert1 et il est difficile qu'il s'en forme une1 puisque la libert d'un individu ne s'exerce qu'aux dpens de la libert d'autrui4 ,jadis1 la libert s'appelait le privilge2 tout prendre1 c'est peut-tre son vritable nom2 encore aujourd'hui1 une de nos liberts relatives1 la libert de la presse1 est un ensemble de privilges2 privilges aussi la libert de la parole concde aux avocats2 privilges1 la libert syndicale1 et demain1 la libert d'association telle qu'on nous la propose4 ,l'ide de libert n'est peut-tre qu'une dformation emphatique de l'ide de privilge4 ,les ,latins1 qui firent un grand usage du mot libert1 l'entendaient tel que le privilge du citoyen romain4 ,on voit qu'il y a souvent un cart norme entre le sens vulgaire d'un mot et la signification relle qu'il a au fond des obscures consciences verbales1 soit parce que plusieurs ides associes sont exprimes par un seul mot1 soit parce que l'ide primitive a disparu sous l'envahissement d'une ide secondaire4 ,on peut donc crire1 surtout s'il s'agit de gnralits1 des suites de phrases ayant la fois un sens ouvert et un sens secret4 ,les mots1 qui sont des signes1 sont presque toujours aussi des chiffres2 le langage conventionnel inconscient est fort usit1 et il y a mme des matires o c'est le seul en usage4 ,mais chiffre implique dchiffrement4 ,il est malais de comprendre l'criture la plus sincre et l'auteur mme de l'criture y choue souvent1 parce que le sens des mots varie non seulement d'un homme un autre homme1 mais1 des moments d'un homme aux autres moments du mme homme4 ,le langage est ainsi une grande cause de duperie4 ,il volue dans l'abstraction1 et la vie volue dans la ralit la plus concrte2 entre la parole et les choses que la parole dsigne il y a la distance d'un paysage la description d'un paysage4 ,et il faut songer encore que les paysages que nous dpeignons ne nous sont connus1 la plupart du temps1 que par des discours1 reflets d'antrieurs discours4 ,cependant nous nous comprenons4 ,c'est un miracle que je n'ai point l'intention d'analyser maintenant4 ,il sera plus propos1 pour achever cette esquisse1 qui n'est qu'une mthode1 d'essayer l'examen des ides toutes modernes d'art et de beaut4 ,j'ignore leurs origines1 mais elles sont postrieures aux langues classiques qui n'ont pas de mots fixes et prcis pour les dire1 bien que les anciens fussent mme1 mieux que nous1 de jouir de la ralit qu'elles contiennent4 ,elles sont enchevtres2 l'ide d'art est sous la dpendance de l'ide de beaut2 mais cette dernire ide elle-mme n'est autre chose que l'ide d'harmonie et l'ide d'harmonie se rduit l'ide de logique4 ,le beau1 c'est ce qui est sa place4 ,de l les sentiments de plaisir que nous donne la beaut4 ,ou plutt1 la beaut est une logique qui est perue comme plaisir4 ,si l'on admet cela1 on comprendra aussitt pourquoi l'ide de beaut1 dans les socits fministes1 s'est presque toujours restreinte l'ide de beaut fminine4 ,la beaut1 c'est une femme4 ,il y a l un intressant sujet d'analyse1 mais la question est assez complique4 ,il faudrait dmontrer d'abord que la femme n'est pas plus belle que l'homme2 que1 situe dans la nature sur le mme plan1 construite sur le mme modle1 faite de la mme chair1 elle apparatrait1 une intelligence sensible extrieure l'humanit1 exactement la femelle de l'homme1 exactement ce que1 pour les hommes1 une pouliche est un poulain4 ,et mme1 en y regardant de plus prs1 le ,martien qui voudrait s'instruire sur l'esthtique des formes terrestres observerait que1 s'il existe une diffrence de beaut entre un homme et une femme de mme race1 de mme caste et de mme ge1 cette diffrence est presque toujours en faveur de l'homme2 et que si d'ailleurs ni l'homme ni la femme ne sont entirement beaux1 les dfauts de la race humaine sont plus accentus chez la femme1 o la double saillie du ventre et des fesses1 attrait sexuel sans doute1 gauchit disgracieusement la double ligne du profil2 la courbe des seins est presque inflchie sous l'influence du dos qui a une tendance se voter4 ,les nudits de ,cranach avouent navement ces ternelles imperfections de la femme4 ,un autre dfaut auquel les artistes remdient instinctivement quand ils ont du got1 c'est la brivet des jambes1 si accentue dans les photographies de femmes nues4 ,cette froide anatomie des beauts fminines a souvent t faite2 il est donc inutile d'insister1 d'autant plus que la vrification en est malheureusement trop facile4 ,mais si la beaut de la femme rsiste si mal la critique1 comment se fait-il qu'elle demeure1 malgr tout1 incontestable1 qu'elle soit devenue pour nous la base mme et le ferment de l'ide de beaut8 ,c'est une illusion sexuelle4 ,l'ide de beaut n'est pas une ide pure2 elle est intimement unie l'ide de plaisir charnel4 ,stendhal a obscurment peru ce raisonnement quand il a dfini la beaut une promesse de bonheur4 ,la beaut est une femme1 et pour les femmes elles-mmes1 qui ont pouss la docilit envers l'homme jusqu' adopter cet aphorisme1 qu'elles ne peuvent comprendre que dans l'extrme perversion sensuelle4 ,on sait cependant que les femmes ont un type particulier de beaut2 les hommes l'ont naturellement fltri du nom de belltre4 ,si les femmes taient sincres1 elles auraient galement depuis longtemps inflig un nom pjoratif au type de beaut fminine par lequel l'homme se laisse le plus volontiers sduire4 ,cette identification de la femme et de la beaut va si loin aujourd'hui qu'on en est arriv innocemment nous proposer l'apothose de la femme2 cela veut dire la glorification de la beaut avec toutes les promesses stendhaliennes contenues dans ce mot devenu rotique4 ,la beaut est une femme et la femme est la beaut2 les caricaturistes accentuent le sentiment gnral en accouplant toujours une femme1 qu'ils tchent de faire belle1 un homme dont ils poussent la laideur jusqu' la vulgarit la plus basse alors que les jolies femmes sont si rares dans la vie1 alors qu'au del de trente ans la femme est presque toujours infrieure en beaut plastique1 ge pour ge1 son mari ou son amant4 ,il est vrai que cette infriorit n'est pas plus facile dmontrer qu' sentir1 et que le raisonnement demeure inefficace1 la page acheve1 pour celui qui a lu comme celui qui a crit2 et cela est fort heureux4 ,l'ide de beaut n'a jamais t dissocie que par les esthticiens2 le commun des hommes s'en donne la dfinition de ,stendhal4 ,autant dire que cette ide n'existe pas et qu'elle a t absolument dvore par l'ide de bonheur1 et du bonheur sexuel1 du bonheur donn par une femme4 ,c'est pour cela que le culte de la beaut est suspect aux moralistes qui ont analys la valeur de certains mots abstraits4 ,ils traduisent cela par culte de la luxure1 et ils auraient raison si ce dernier terme ne contenait une injure assez sotte pour une des tendances les plus naturelles l'homme4 ,il est arriv ncessairement qu'en s'opposant aux excessives apothoses de la femme ils ont touch aux droits de l'art4 ,l'art tant l'expression de la beaut et la beaut ne pouvant tre comprise que sous les espces matrielles de la vritable ide qu'elle contient1 l'art est devenu presque uniquement fministe4 ,la beaut1 c'est la femme2 et aussi l'art c'est la femme4 ,mais ceci est moins absolu4 ,la notion de l'art est mme assez nette1 pour les artistes et pour l'lite2 l'ide d'art est fort bien dgage4 ,il y a un art pur qui se soucie uniquement de se raliser soi-mme4 ,aucune dfinition n'en doit mme tre donne2 cela ne pourrait se faire qu'en unissant l'ide d'art des ides qui lui sont trangres et qui tendraient l'obscurcir et la salir4 ,antrieurement cette dissociation1 qui est rcente et dont on connat l'origine1 l'ide d'art tait lie diverses ides qui lui sont normalement trangres1 l'ide de moralit1 l'ide d'utilit1 l'ide d'enseignement4 ,l'art tait l'image difiante qu'on intercale dans les catchismes de religion ou de philosophie2 ce fut la conception des deux derniers sicles4 ,nous nous tions affranchis de ce collier2 on voudrait nous le remettre au cou4 ,l'ide d'art s'est de nouveau souille l'ide d'utilit2 l'art est appel social par les prcheurs modernes4 ,il est aussi appel dmocratique1 pithtes bien choisies1 si ce fut en vertu de leur signification ngatrice de la fonction principale4 ,admettre l'art parce qu'il peut moraliser les individus ou les masses1 c'est admettre les roses parce qu'on en tire un remde utile aux yeux2 c'est confondre deux sries de notions que l'exercice rgulier de l'intelligence place sur des plans diffrents4 ,les arts plastiques ont un langage2 mais il n'est pas traduisible en mots et en phrases4 ,l'oeuvre d'art tient des discours qui s'adressent au sens esthtique et lui seul2 ce qu'elle peut dire par surcrot de perceptible pour nos autres facults ne vaut pas la peine d'tre cout4 ,cependant1 c'est cette partie caduque qui intresse les prneurs de l'art social4 ,ils sont le nombre et comme nous sommes rgis par la loi du nombre1 leur triomphe semble assur4 ,l'ide d'art n'aura peut-tre t dissocie que pendant un petit nombre d'annes et pour un petit nombre d'intelligences4 ,il y a donc un trs grand nombre d'ides que les hommes n'emploient jamais l'tat pur1 soit qu'elles n'aient pas encore t dissocies1 soit que cette dissociation n'ait pu se maintenir en tat de stabilit2 il y a aussi un trs grand nombre d'ides qui existent l'tat dissoci1 ou que l'on peut provisoirement considrer comme telles1 mais qui ont une affinit particulire pour d'autres ides avec lesquelles on les rencontre le plus souvent2 il y en a d'autres encore qui semblent rfractaires certaines associations1 alors que les faits auxquels elles correspondent dans la ralit sont extrmement frquents4 ,voici quelques exemples de ces affinits et de ces rpulsions pris dans le domaine si intressant des lieux communs ou des vrits4 ,les tendards furent d'abord des signes religieux1 comme l'oriflamme de ,saint-,denis1 et leur utilit symbolique est demeure au moins aussi grande que leur utilit relle4 ,mais comment1 hors de la guerre1 sont-ils devenus des symboles de l'ide de patrie8 ,c'est plus facile expliquer par les faits que par la logique abstraite4 ,aujourd'hui1 dans presque tous les pays civiliss1 l'ide de patrie et l'ide de drapeau sont invinciblement associes2 les deux mots se disent mme l'un pour l'autre4 ,mais ceci touche la symbolique autant qu' l'association des ides4 ,en insistant on arriverait au langage des couleurs1 contre-partie du langage des fleurs1 mais plus instable encore et plus arbitraire4 ,s'il est amusant que le bleu du drapeau franais soit la dvote couleur de la sainte ,vierge et des enfants de ,marie1 il ne l'est pas moins que la pieuse pourpre de la robe de ,saint-,denis soit devenue un symbole rvolutionnaire4 ,semblables aux atomes d'picure1 les ides s'accrochent comme elles peuvent1 au hasard des rencontres1 des chocs et des accidents4 ,certaines associations1 quoique trs rcentes1 ont pris rapidement une autorit singulire2 ainsi celles d'instruction et d'intelligence1 d'instruction et de moralit4 ,or1 c'est tout au plus si l'instruction peut tmoigner pour une des formes particulires de la mmoire ou pour une connaissance littrale les lieux communs du ,dcalogue4 ,l'absurdit de ces rapports forcs apparat trs clairement en ce qui concerne les femmes2 il semble bien qu'il y ait une sorte d'instruction1 celle qu'on leur donne cette heure1 qui1 loin d'activer leur intelligence1 l'engourdit4 ,depuis qu'on les instruit srieusement1 elles n'ont plus aucune influence ni dans la politique ni dans les lettres3 que l'on compare ce propos nos trente dernires annes avec les trente dernires annes de l'ancien rgime4 ,ces deux associations d'ides n'en sont pas moins devenues de vritables lieux communs1 de ces vrits qu'il est aussi inutile d'exposer que de combattre4 ,elles se rejoignent toutes celles qui peuplent les livres et les lobes dgnrs des hommes2 aux vieilles et vnrables vrits telles que3 vertu-rcompense1 vice-chtiment1 ,dieu-bont1 crime-remords1 devoir-bonheur1 autorit-respect1 malheur-punition1 avenir-progrs1 et des milliers d'autres dont quelques-unes1 quoique absurdes1 sont utiles l'humanit4 ,on ferait galement un long catalogue des ides que les hommes se refusent associer1 alors qu'ils se complaisent aux plus dconcertants stupres4 ,nous avons donn plus haut l'explication de cette attitude rtive2 c'est que leur occupation principale est la recherche du bonheur1 et qu'ils ont bien plus souci de raisonner selon leur intrt que selon la logique4 ,de l l'universelle rpulsion joindre l'ide de nant l'ide de mort4 ,quoique la premire ide soit videmment contenue dans la seconde1 l'humanit s'obstine les considrer sparment2 elle s'oppose de toutes ses forces leur union1 elle enfonce entre elles infatigablement un coin chimrique o retentissent les coups de marteau de l'esprance4 ,c'est le plus bel exemple d'illogisme que nous puissions nous donner nous-mmes et la meilleure preuve que1 dans les choses graves comme dans les moindres1 c'est le sentiment qui vient toujours bout de la raison4 ,est-ce une grande acquisition que de savoir cela8 ,peut-tre4 ,novembre #ahii4 ,,iv ,,st,,phane ,,mallarm ,,et ,l',,id,e ,,de ,d,,cadence ,dcadence4 ,c'est un mot bien commode l'usage des pdagogues ignorants1 mot vague derrire lequel s'abritent notre paresse et notre incuriosit de la loi4 ,,baudelaire1 ,lettre ,jules ,janin4 ,i ,brusquement1 vers #ahhe1 l'ide de dcadence entra dans la littrature franaise2 aprs avoir servi glorifier ou railler tout un groupe de potes1 elle s'tait comme rfugie sur une seule tte4 ,stphane ,mallarm fut le prince de ce royaume ironique et presque injurieux1 si le mot lui-mme avait t compris et dit selon sa vraie signification4 ,mais1 par une singularit qui est un trait de moeurs latines1 le peuple acadmique qualifiait ainsi1 d'aprs l'horreur normale1 quoique malsaine1 qu'il ressent devant les tentatives nouvelles1 la fivre d'originalit qui tourmenta une gnration4 ,rendu responsable des actes de rbellion qu'il encourageait1 ,m4 ,mallarm apparut1 aux niers innocents qui accompagnent mais ne guident pas la caravane1 tel qu'un redoutable ,aladin1 assassin des bons principes de l'imitation universelle4 ,ce sont des habitudes1 en somme1 bien littraires4 ,il y aura tantt trois sicles qu'elles florissent et les plus clbres rvoltes les ont branches peine et ne les ont jamais dracines2 ds aprs les insolences romantiques1 il fallut touffer et ramper sous la vieille verdure dont on fait les frules4 ,ce sont des habitudes aussi bien latines4 ,les ,romains ignorrent toujours1 tant qu'ils ne furent que ,romains1 l'individualisme4 ,leur civilisation donne le spectacle et l'ide d'une belle animalit sociale4 ,il y avait chez eux mulation vers la parit comme il y a chez nous mulation vers la dissemblance4 ,ds qu'ils possdrent cinq ou six potes1 rejetons heureux de la greffe hellnique1 ils n'en souffrirent plus d'autres2 et peut-tre que1 vraiment1 l'instinct social ou de race dominant chez eux l'instinct de libert ou individuel1 peut-tre qu'aucun pote ingnu ne leur naquit pendant quatre ou cinq sicles4 ,ils avaient l'empereur et ils avaient ,virgile3 ils obirent l'un et l'autre jusqu' ce que la rvolte chrtienne et l'invasion barbare se fussent donn la main par-dessus le ,capitole4 ,la libert littraire1 comme toutes les autres1 naquit de l'union de la conscience et de la force4 ,le jour o ,s4 ,ambroise1 crivant des chansons pieuses1 mconnut les principes d',horace1 devrait tre mmorable1 car il signale clairement la naissance d'une mentalit nouvelle4 ,comme l'histoire politique des ,romains nous a fourni l'ide de dcadence historique1 l'histoire de leur littrature nous a fourni celle de dcadence littraire2 double face d'une mme conception1 car il a t facile de montrer du doigt la concidence des deux mouvements1 et facile de faire croire que leur marche fut lie et ncessaire4 ,montesquieu s'est rendu clbre pour avoir t plus particulirement dupe de cette illusion4 ,les sauvages admettent trs malaisment la mort naturelle4 ,pour eux1 toute mort est un meurtre4 ,ils n'ont aucun degr le sens de la loi2 ils vivent dans l'accident4 ,c'est un tat d'esprit que l'on est convenu d'appeler infrieur2 et c'est juste1 quoique la notion d'une loi rigide soit aussi fausse et aussi dangereuse que sa ngation mme4 ,il n'y a d'absolument ncessaires que les lois naturelles2 elles ne pourraient diffrer1 et elles ne peuvent changer4 ,s'il s'agit de l'volution sociale et politique des peuples1 non seulement il n'y a plus de lois ncessaires1 mais il n'y a mme plus de lois mme trs gnrales2 ou bien ces lois1 se confondant avec les faits qu'elles expliquent1 en viennent ne plus tre que de sages et honorables constatations2 ou bien encore elles constatent1 quoique avec emphase1 le principe mme du mouvement4 ,donc les empires naissent1 croissent et meurent2 les combinaisons sociales sont instables2 diffrentes poques les groupes humains ont des forces diffrentes de cohsion2 des affinits nouvelles apparaissent et se propagent3 voil de quoi crire un trait de mcanique sociale1 si l'on ne tient pas rigoureusement conformer sa philosophie la ralit des catastrophes inattendues4 ,car il faut bien laisser l'inattendu une place qui est quelquefois le trne tout entier d'o l'ironie fulgure et rit4 ,l'ide de dcadence n'est donc que l'ide de mort naturelle4 ,les historiens n'en admettent pas d'autres2 pour expliquer que ,byzance fut prise par les ,turcs1 on nous force d'couter bruire les querelles thologiques et claquer dans le cirque le fouet des ,bleus4 ,on va de ,longchamps ,sedan1 sans doute1 mais on va aussi d',epsom ,waterloo4 ,la longue dcadence des empires dtruits est une des plus singulires illusions de l'histoire2 si des empires moururent de maladie ou de vieillesse1 la plupart1 au contraire1 prirent de mort violente1 en pleine force physique1 en pleine vigueur intellectuelle4 ,d'ailleurs l'intelligence est personnelle et on ne peut tablir aucun rapport raisonnable entre la puissance d'un peuple et le gnie d'un homme3 ni la littrature grecque1 ni les littratures du moyen ge ne correspondent des forces politiques stables et puissantes1 grecques1 italiennes ou franaises2 et c'est justement l'heure o leur puissance matrielle est devenue nulle que les royaumes ,scandinaves se sont orns de talents originaux4 ,peut-tre mme serait-on plus prs de la vrit en dclarant que la dcadence politique est l'tat le plus favorable aux closions intellectuelles3 c'est quand les ,gustave-,adolphe et les ,charles ,,xii ne sont plus possibles que naissent les ,ibsen et les ,bjoernson2 ainsi encore la chute de ,napolon fut comme un signal pour la nature qui se mit reverdir avec joie et pousser les jets les plus magnifiques2 ,goethe est le contemporain de la ruine de son pays4 ,a ces exemples1 afin d'exercer et de satisfaire nos tendances au scepticisme historique1 il ne faut pas manquer d'opposer la preuve de ces priodes doublement glorieuses dont le fastueux sicle de ,louis ,,xiv est le modle vnr3 aprs quoi1 quelques instants de rflexion nous imposeront une opinion assez diffrente de celle qui demeure et qui passe dans les manuels et dans les conversations4 ,bossuet le premier imagina de juger l'histoire universelle1 ou ce qu'il appelait ainsi navement1 d'aprs les principes du judasme biblique3 il vit crouler tous les empires o la main de ,jhovah s'tait appesantie4 ,c'est l'ide de dcadence explique par l'ide de chtiment4 ,la philosophie de ,montesquieu1 plus complique1 est peut-tre encore plus purile3 on ne cite qu'avec une sorte de dgot un historien qui fait commencer la dcadence de ,rome l'aurore des admirables sicles de paix qui furent peut-tre la seule poque heureuse de l'humanit civilise4 ,il faut presser la signification des mots2 alors on aperoit qu'ils ne dtiennent aucun sens et que des crivains mmorables en usrent toute leur vie sans les comprendre4 ,mais si contestable ou du moins si vague que soit l'ide gnrale de dcadence1 elle est claire et arrte en comparaison de l'ide plus restreinte de dcadence littraire4 ,de ,racine ,vigny1 la ,france ne produisit aucun grand pote4 ,c'est un fait2 une telle priode est certainement une priode de dcadence littraire2 cependant il ne faut pas aller plus loin que le fait lui-mme1 ni lui attribuer un caractre absurde de logique et de ncessit4 ,la posie est en sommeil au ,x,v,i,i,ie sicle1 faute de potes2 mais cette faillite n'est pas la consquence d'une trop belle floraison antrieure2 elle est ce qu'elle est et rien de plus4 ,si on lui donne le nom de dcadence1 on admet une sorte d'organisme mystrieux1 un tre1 une femme1 la ,posie1 qui nat1 se reproduit et meurt des intervalles presque rguliers1 selon les habitudes des gnrations humaines1 conception agrable1 sujet de dissertation ou de confrence1 mais qu'il faut carter d'une discussion o l'on ne veut que faire l'anatomie d'une ide4 ,ce qui caractrise la posie du ,x,v,i,i,ie sicle1 c'est l'esprit d'imitation4 ,ce sicle est romain par l'imitation4 ,il imite avec fureur1 avec grce1 avec tendresse1 avec ironie1 avec btise2 il imite avec conscience2 il est chinois en mme temps que romain4 ,il y a des modles4 ,le mot est impratif4 ,il ne s'agit pas qu'un pote dise l'impression que lui fait la vie3 il faut qu'il regarde ,racine et qu'il escalade la montagne4 ,singulire psychologie6 ,le mme philosophe qui ruine en politique l'ide de respect1 la recrpit et la rebadigeonne en littrature4 ,il y a des critiques3 pendant que ,goethe crit ,werther1 ils confrontent ,gilbert avec ,boileau4 ,c'est un avilissement4 ,faut-il lui chercher une cause8 ,cela serait vain4 ,vouloir expliquer pourquoi il ne naquit aucun pote en ,france1 que ,delille#bg ou ,chnier1 pendant cent ans1 cela conduirait ncessairement expliquer aussi pourquoi naquirent ,ronsard1 ,thophile ou ,racine4 ,on n'en sait rien et on ne peut rien en savoir4 ,dpouille de son mysticisme1 de sa ncessit1 de toute sa gnalogie historique1 l'ide de dcadence littraire se rduit une ide purement ngative1 la simple ide d'absence4 ,cela est si naf qu'on ose peine l'exprimer1 mais les intelligences suprieures faisant dfaut dans une priode1 le pullulement des mdiocres devient extrmement sensible et actif1 et1 comme le mdiocre est un imitateur1 les poques que l'on a qualifies justement de dcadentes ne sont autre chose que des poques d'imitation4 ,en suprme analyse1 l'ide de dcadence est identique l'ide d'imitation4 ,note #bg3 ,il faut se souvenir que l'abb ,delille n'est pas du tout1 comme on le croit1 un pote de l',empire4 ,presque tous ses pomes et sa gloire1 datent de l'ancien rgime4 ,,ii ,cependant1 s'il s'agit de ,mallarm et d'un groupe littraire1 l'ide de dcadence a t assimile son ide contraire1 l'ide mme d'innovation4 ,de tels jugements nous ont frapps1 hommes de ces annes1 sans doute parce que nous tions mis en cause et sottement bafous par les critiques bien pensants2 ils n'taient que la reprsentation1 maladroite et use1 des sentences par lesquelles les sages de tous les temps essayrent de maudire et d'craser les serpents nouveaux qui brisent leur coquille sous l'oeil ironique de leur vieille mre4 ,la diabolique ,intelligence rit des exorcismes1 et l'eau bnite de l',universit n'a jamais pu la striliser1 non plus que celle de l'glise4 ,jadis un homme se levait1 bouclier de la foi1 contre les nouveauts1 contre les hrsies1 le ,jsuite2 aujourd'hui1 champion de la rgle1 trop souvent se dresse le ,professeur4 ,on retrouve l l'antinomie qui surprend dans ,voltaire et dans les voltairiens d'hier3 le mme homme1 courageux dans le sens de la justice ou de la libert politique1 se trouble et recule s'il s'agit de nouveaut ou de libert littraire2 arriv ,tolsto et ,ibsen1 ayant fait une allusion leur gloire1 il ajoute 7en note73 ,sont-ce l des gloires bien tablies1 celle d',ibsen surtout8 ,la question de savoir si l'auteur des ,revenants est un mystificateur ou un gnie n'est pas rsolue l'heure o nous sommes#bh4 ,telle est1 en face de l'indit1 du non encore vu ni lu1 l'attitude d'un crivain qui1 dans le livre mme d'o cette note est tire1 prouve une bonne indpendance de jugement2 il est inutile d'ajouter que les dcadents y sont1 tout propos1 moqus4 ,comment1 aprs cela1 s'tonner de la lourde raillerie de tels moindres esprits8 ,une manire nouvelle de dire les ternelles vrits humaines est d'abord pour les hommes1 et surtout pour les hommes trop instruits1 un scandale4 ,ils ressentent une sorte d'effroi2 pour reprendre leur assurance1 ils ont recours la ngation1 aux injures ou la drision4 ,c'est l'attitude naturelle de l'animal humain devant le danger physique4 ,mais comment en est-on arriv considrer comme un pril toute relle innovation en art ou en littrature8 ,pourquoi surtout cette assimilation est-elle une des maladies particulires notre temps1 et peut-tre la plus grave1 puisqu'elle tend restreindre le mouvement et contrarier la vie8 ,note #bh3 ,m4 ,stapfer1 ,des ,rputations littraires4 ,paris1 #ahia4 ,pendant des annes1 ,delacroix1 ,puvis de ,chavannes1 si divers de gnie1 furent berns et refuss par les jurys4 ,sous les prtextes videmment contradictoires1 un motif unique se dcouvre3 l'originalit4 ,par une oeuvre o presque plus rien ne s'aperoit des mthodes antrieures1 qui ne se rattache pas immdiatement quelque chose de connu et de dj compris1 les gardiens de l'art se sentent menacs2 ils rpondent la provocation chacun selon leur temprament4 ,les formules changent aussi selon les priodes3 au ,x,v,i,i,ie sicle1 la non-imitation tait qualifie de faute contre le got1 et c'tait grave au temps o ,voltaire rigeait un temple1 qui n'tait qu'un dicule1 ce dieu badin2 jusqu' ces dernires semaines et depuis quelque dix ans1 les artistes et les crivains rebelles dmarquer les matres furent stigmatiss soit de dcadents1 soit de symbolistes4 ,cette dernire injure a fini par prvaloir1 tant verbalement plus obscure et par consquent plus facile manier2 elle contient d'ailleurs1 exactement comme la premire1 l'ide abhorre de non-imitation4 ,on a dit1 il y a dj longtemps1 bien avant que ,m4 ,tarde ait dvelopp sa philosophie sociale3 ,l'imitation rgit le monde des hommes1 comme l'attraction celui des choses4 ,dans le domaine particulier de l'art et de la littrature1 cette loi est trs sensible4 ,l'histoire littraire n'est1 en somme1 que le tableau d'une suite d'pidmies intellectuelles4 ,certaines furent brves4 ,la mode change ou dure selon des caprices impossibles prvenir et difficiles dterminer4 ,shakespeare n'eut aucune influence immdiate2 ,honor d',urf vivant et mort1 durant un demi-sicle1 fut le matre et l'inspirateur de toute fiction romanesque2 il et rgn plus longtemps si la ,princesse de ,clves n'avait t l'oeuvre clandestine d'une grande dame4 ,le ,x,v,i,ie sicle1 dont une partie de la littrature n'est que traduction et imitation1 ne fut cependant pas rebelle aux nouveauts modres et prudentes2 c'est qu'alors1 s'il et t honteux de ne pas imiter les anciens--ou1 chose trange1 les ,espagnols1 mais seuls6 dans leurs fables et dans leurs phrases 7,racine tremble d'avoir crit ,bajazet71 il tait honorable de savoir donner aux emprunts classiques un air de fracheur et d'indit4 ,cependant cette littrature elle-mme devint trs rapidement classique2 il y eut une seconde source d'imitation1 et comme elle tait plus accessible1 elle fut bientt la fontaine presque unique o les gnrations vinrent boire et prier et dlayer leur encre4 ,boileau1 avant de mourir1 put se voir dieu4 ,ds que ,voltaire sait lire1 il lit ,boileau4 ,le principe de l'imitation va rgir dsormais la littrature franaise4 ,si l'on nglige les accidents--quoique mmorables--ce principe est demeur trs puissant et si bien compris1 mesure que l'instruction se rpand1 qu'il suffit un critique de le faire intervenir pour qu'un lecteur honteux rejette l'oeuvre nouvelle qui le rafrachissait4 ,ainsi les feuilletonnistes ont russi empcher l'acclimatation en ,france de l'oeuvre d',ibsen2 ainsi les drames en vers1 oeuvre d'imitation par excellence1 russissent maintenant jusque sur les thtres du boulevard6 ,ces faits de thtre1 toujours trs grossis par la rclame1 illustrent bien une thorie4 ,l'ide d'imitation est donc devenue l'ide mme d'art ou de littrature4 ,on ne conoit pas plus un roman nouveau qui ne soit la contre-partie ou la suite d'un roman prexistant que l'on ne conoit des vers sans rime ou dont les syllabes ne seraient pas comptes une une avec scrupule4 ,quand de telles innovations cependant se produisirent1 altrant tout coup l'aspect coutumier du paysage littraire1 il y eut de l'moi parmi les experts2 pour cacher leur gne1 ils se mirent rire 7troisime mthode72 ensuite1 ils profrrent des jugements3 puisque ces choses1 ces proses et ces pomes1 ne sont pas ordonnes l'imitation des dernires littratures ou des oeuvres clbres par les manuels1 elles doivent provenir d'une source anormale1 car elle ne nous est pas familire1--mais laquelle8 ,il y eut des tentatives d'explication au moyen du prraphalisme2 elles ne furent pas dcisives2 elles furent mme un peu ridicules1 tant l'ignorance tait de tous cts profonde et invulnrable4 ,mais vers ces annes-l un livre parut qui soudain claira les intelligences4 ,un parallle inexorable s'imposa entre les potes nouveaux et les obscurs versificateurs de la dcadence romaine vants par des ,esseintes4 ,l'lan fut unanime et ceux mmes que l'on dcriait acceptrent le dcri comme une distinction4 ,le principe admis1 les comparaisons abondrent4 ,comme nul1 et pas mme des ,esseintes1 peut-tre1 n'avait lu ces potes dprcis1 ce fut un jeu pour tel feuilletoniste de rapprocher de ,sidoine ,apollinaire1 qu'il ignorait1 ,stphane ,mallarm qu'il ne comprenait pas4 ,ni ,sidoine ,apollinaire ni ,mallarm ne sont des dcadents1 puisqu'ils possdent l'un et l'autre1 des degrs divers1 une originalit propre2 mais c'est pour cela mme que le mot fut justement appliqu au pote de l',aprs-midi d'un ,faune1 car il signifiait1 trs obscurment1 dans l'esprit de ceux-l mmes qui en abusaient3 quelque chose de mal connu1 de difficile1 de rare1 de prcieux1 d'inattendu1 de nouveau4 ,si1 au contraire1 on voulait redonner l'ide de dcadence littraire son sens vritable et vritablement cruel1 ce n'est plus ,mallarm qu'il faudrait nommer1 on s'en doute1 ni ,laforgue1 ni tel symboliste dont la carrire se poursuit4 ,le dcadent de la littrature latine1 ce n'est ni ,ammien ,marcellin1 ni ,s4 ,augustin1 qui1 chacun leur manire1 se faonnent une langue2 ce n'est ni ,s4 ,ambroise1 qui cre l'hymne1 ni ,prudence1 qui imagine un genre littraire1 la biographie lyrique#bi4 ,on commence tre plus clment pour la littrature latine de la seconde priode2 las peut-tre de la ridiculiser sans la lire1 on a commenc de l'entr'ouvrir4 ,cette notion si simple sera prochainement admise3 qu'il n'y a pas1 en soi1 un bon latin et un mauvais latin2 que les langues vivent et que leurs changements ne sont pas ncessairement des altrations2 qu'on pouvait avoir du gnie au ,v,ie sicle comme au ,i,ie1 et au ,x,ie comme au ,x,v,i,i,ie2 que les prjugs classiques sont une entrave au dveloppement de l'histoire littraire et la connaissance totale de la langue elle-mme4 ,mieux connus1 les potes de la bibliothque de ,fontenay n'auraient servi baptiser un mouvement littraire que si l'on avait voulu comparer1 tche ardue et un peu absurde1 des novateurs idalistes des novateurs chrtiens4 ,note #bi3 ,genre qui a dgnr jusqu' devenir la complainte4 ,mais la complainte a eu sa belle priode4 ,le plus ancien pome de la langue franaise est une complainte1 et prcisment inspire par un des pomes de ,prudence4 ,,iii ,n'ayant voulu ici qu'essayer l'analyse historique 7ou anecdotique7 d'une ide et indiquer1 par un exemple un peu tendu1 comment un mot en arrive ne plus avoir que le sens qu'on a intrt lui donner1 je ne crois pas qu'il soit ncessaire d'tablir minutieusement en quoi ,stphane ,mallarm mrita la haine ou la raillerie4 ,la haine est reine dans la hirarchie des sentiments littraires2 la littrature est peut-tre avec la religion la passion abstraite qui secoue le plus violemment les hommes4 ,sans doute1 on n'a pas encore vu de guerres littraires comme il y a eu--mettons autrefois--des guerres religieuses2 mais c'est parce que la littrature n'est encore jamais descendue brusquement jusque dans le peuple2 quand elle parvient l1 elle a perdu sa force explosive3 il y a loin de la premire d',hernani au jour o l'on vend ,victor ,hugo en livraisons illustres4 ,pourtant1 on se figure assez bien une mobilisation du sentimentalisme allemand contre l'humour anglais ou l'ironie franaise3 c'est parce qu'ils ne se connaissent pas que les peuples se hassent peu3 une alliance finit toujours1 quand on a bien fraternis1 par des coups de canon4 ,la haine qui poursuivit ,mallarm ne fut jamais trs amre1 car les hommes ne hassent srieusement1 mme en littrature1 que lorsque des intrts matriels viennent un peu corser la lutte pour l'idal2 or il n'offrait aucune surface l'envie et il supportait comme des ncessits inhrentes au gnie l'injustice et l'injure4 ,on ne gouaillait donc1 sous un prtexte d'obscurit1 que la supriorit seule et toute nue de son esprit4 ,les artistes1 mme dprcis par les instinctives cabales1 obtiennent des commandes1 gagnent de l'argent2 les potes ont la ressource des longues critures dans les revues et dans les journaux3 certains1 comme ,thophile ,gautier1 y gagnrent leur vie2 ,baudelaire y russit mal1 et ,mallarm plus mal encore4 ,c'est donc au pote dpouill de tout ornement social que s'adressa le sarcasme4 ,il y a au ,louvre1 dans une collection ridicule1 par hasard une merveille1 une ,andromde1 ivoire de ,cellini4 ,c'est une femme effare1 toute sa chair1 trouble par l'effroi d'tre lie3 o fuir8 et c'est la posie de ,stphane ,mallarm4 ,emblme qui convient encore1 puisque1 comme le ciseleur1 le pote n'acheva que des coupes1 des vases1 des coffrets1 des statuettes4 ,il n'est pas colossal1 il est parfait4 ,sa posie ne reprsente pas un large trsor humain tal devant la foule surprise2 elle n'exprime pas des ides communes et fortes1 et qui galvanisent facilement l'attention populaire engourdie par le travail2 elle est personnelle1 replie comme ces fleurs qui craignent le soleil2 elle n'a de parfum que le soir2 elle n'ouvre sa pense qu' l'intimit d'une pense cordiale et sre4 ,sa pudeur1 trop farouche1 se couvrit de trop de voiles1 c'est vrai2 mais il y a bien de la dlicatesse dans ce souci de fuir les yeux et les mains de la popularit4 ,fuir1 o fuir8 ,mallarm se rfugia dans l'obscurit comme dans un clotre2 il mit le mur d'une cellule entre lui et l'entendement d'autrui2 il voulut vivre seul avec son orgueil4 ,mais c'est l le ,mallarm des dernires annes1 lorsque1 froiss1 mais non dcourag1 il se sentit atteint de ce dgot des phrases vaines qui jadis avait aussi touch ,jean ,racine2 lorsqu'il cra1 pour son usage propre1 une nouvelle syntaxe1 lorsqu'il usa des mots selon des rapports nouveaux et secrets4 ,stphane ,mallarm a relativement beaucoup crit1 et la plus grande partie de son oeuvre n'est entache d'aucune obscurit2 mais1 dans la suite et la fin1 partir de la ,prose pour des ,esseintes1 s'il y a des phrases douteuses ou des vers irritants1 un esprit inattentif et vulgaire redoute seul d'entreprendre une conqute dlicieuse4 ,il y a trop peu d'crivains obscurs en franais2 ainsi nous nous habituons lchement n'aimer que des critures aises1 et bientt primaires4 ,pourtant il est rare que les livres aveuglment clairs vaillent la peine d'tre relus2 la clart1 c'est ce qui fait le prestige des littratures classiques et c'est ce qui les rend si clairement ennuyeuses4 ,les esprits clairs sont d'ordinaire ceux qui ne voient qu'une chose la fois2 ds que le cerveau est riche de sensations et d'ides1 il se fait un remous et la nappe se trouble l'heure du jaillissement4 ,prfrons1 comme ,x4 ,doudan1 les marais grouillants de vie un verre d'eau claire4 ,sans doute1 on a soif1 parfois2 eh bien1 on filtre4 ,la littrature qui plat aussitt l'universalit des hommes est ncessairement nulle2 il faut que1 tombe de haut1 elle rejaillisse en cascade1 de pierre en pierre1 pour enfin couler dans la valle la porte de tous les hommes et de tous les troupeaux4 ,si donc on entreprenait une tude dcisive sur ,stphane ,mallarm1 il ne faudrait traiter la question d'obscurit qu'au seul point de vue psychologique1 parce qu'il n'y a jamais d'absolue obscurit littrale dans un crit de bonne foi4 ,une interprtation sense est toujours possible2 elle changera selon les soirs1 peut-tre1 comme change1 selon les nuages1 la nuance des gazons1 mais la vrit1 ici et partout1 sera ce que la voudra notre sentiment d'une heure4 ,l'oeuvre de ,mallarm est le plus merveilleux prtexte rveries qui ait encore t offert aux hommes fatigus de tant d'affirmations lourdes et inutiles3 une posie pleine de doutes1 de nuances changeantes et de parfums ambigus1 c'est peut-tre la seule o nous puissions dsormais nous plaire2 et si le mot dcadence rsumait vraiment tous ces charmes d'automne et de crpuscule1 on pourrait l'accueillir et en faire mme une des clefs de la viole3 mais il est mort1 le matre est mort1 la pnultime est morte4 #ahih4 ,v ,,une ,,religion ,d',,art ,i ,a une poque o presque toute la sensibilit1 presque toute la foi1 presque tout l'amour se sont rfugis dans l'art1 et o1 par surcrot1 ce mot1 jadis mystrieux et pur1 se trouve compromis en plus d'une aventure1 il nous manquait videmment1 ct de la religion de l'art1 la religion d'art3 l'invention est rcente et due ,m4 ,huysmans2 elle est curieuse et peut servir de prtexte quelques rflexions4 ,tout d'abord1 puisqu'il n'y a pas aujourd'hui d'art religieux1 la tentative d'union entre la religion et l'art ne pouvait se faire qu'au moyen de l'archologie4 ,la ,cathdrale est donc1 comme tous les derniers livres du mme auteur1 depuis ,a ,rebours1 un roman didactique4 ,le genre n'est pas nouveau1 il a t de tout temps cultiv par les crivains chez lesquels le got du savoir n'a pas entirement tu l'imagination2 ou qui1 incapables d'user alternativement de leurs lectures et de leurs inventions1 se rsignent entremler la fiction et le document2 ou encore qu'un besoin de proslytisme porte choisir pour messager d'un enseignement1 d'une morale1 de vrits peu amnes1 la nef des ,argonautes ou le cheval des ,quatre ,fils ,aymon4 ,il y a un peu de ces trois causes dans le didactisme invtr de ,m4 ,huysmans2 mais surtout1 si1 lorsqu'il crit ses livres1 il n'y mettait pas ses lectures1 il n'aurait rien y mettre2 chez lui l'imagination est plutt soutenue que dcourage par le document2 sans ce cordial elle tomberait vite aux rcriminations d',a vau l'eau1 roman que la moelle de quelque vieux trait de cuisine suffirait peut-tre rendre tout fait reprsentatif d'un caractre4 ,que ,m4 ,folantin1 entre deux repas vagues1 mdite sur une page du ,cuisinier royal ou du ,paticier ,franois1 et nous avons un livre du type mme de la ,cathdrale4 ,sur les seize chapitres de ce dernier roman1 deux commencent et trois finissent par des considrations de mnage ou de cuisine4 ,ses tentatives d'rudition ne pouvaient donc influencer que trs heureusement ,m4 ,huysmans en lui montrant1 dans les livres1 ce qu'il aurait toujours t incapable de trouver dans la vie3 l'oubli1 au moins accidentel1 des vulgaires ennuis de la vie4 ,la plupart des romans didactiques pchent galement par l'insuffisance et par l'inexactitude4 ,a l'insuffisance1 il faut se rsigner2 un roman n'est pas un trait4 ,si1 dans ,a ,rebours1 au lieu de se borner rsumer1 en une phrase pittoresque et juste1 les apprciations motives et savantes des deux premiers volumes d',ebert1 le romancier avait pass deux ans lire lui-mme les potes qu'il vantait1 l'abondance des documents l'et peut-tre inclin donner cette partie de son livre une ampleur dsagrable2 et si1 pour crire l'histoire de ,gilles de ,rais1 il lui avait fallu compulser lui-mme les archives1 dchiffrer les originaux du procs1 ,l-bas serait peut-tre encore sur le chantier4 ,l'insuffisance de la documentation dans un roman didactique ou historique est donc une des conditions de l'excution mme du roman et1 d'autre part1 ce qu'on y perd de science ou d'histoire1 l'art peut le compenser si bien que le lecteur le plus exigeant s'y trouve satisfait2 c'est ce qui arriva pour ,l-bas1 o il y a des chapitres admirables1 suprieurs par la puissance de l'incantation verbale aux pages trop dclamatoires de la ,sorcire4 ,l'inexactitude serait un dfaut plus grave2 ,m4 ,huysmans1 appuy sur des rudits srieux1 s'en est presque toujours gar jusqu'ici2 mais1 et c'est l le danger du mlange de la science et de l'imagination1 on ne sait pas toujours o finit l'exactitude et o commence la fantaisie4 ,que d'hystriques abbs1 que de femmes folles de leurs nerfs se sont laiss prendre au ralisme du fameux tableau de la ,messe ,noire1 entirement tir cependant d'une imagination1 alors satanique4 ,il est peine besoin d'affirmer que jamais d'aussi grotesques et d'aussi excrables crmonies n'ordonnrent1 en aucun temps ni en aucun pays1 leurs farandoles obscnes et sacrilges4 ,le sabbat1 qui n'exista jamais que dans les cerveaux hallucins des pauvres sorcires1 se droulait selon des liturgies trs diffrentes et surtout malpropres2 il ne reut le nom de ,messe ,noire que par quivoque1 puisque la vraie ,messe ,noire1 telle qu'elle fut encore dite sur le corps nu de la ,montespan1 tait une crmonie de conjuration1 absolument secrte1 et dont le secret seul garantissait l'efficacit4 ,la fantaisie de ,m4 ,huysmans1 si elle a eu1 car la crdulit du public est illimite1 certaines consquences pnibles1 n'en tait pas moins tout fait lgitime2 le romanesque est sa place dans un roman3 attendre1 pour raconter un chanoine ,docre1 de rencontrer en chemin son vritable frre diabolique1 on ne peut vraiment pas exiger cela1 mme d'un romancier didactique4 ,avec la ,cathdrale1 aucune surprise de ce genre n'tait craindre2 la fantaisie n'a aucune place dans ce roman2 elle y en a trop peu4 ,quant aux inexactitudes qu'on y peut relever en assez grand nombre1 elles sont presque toutes d'un genre particulier1 du genre ecclsiastique4 ,l'auteur n'avait pas besoin de nous informer qu'il s'est1 pour ce livre1 document prs de moines1 de prtres et en des livres pieux2 cela est vident4 ,,ii ,pour crire ,en ,route et la ,cathdrale1 il faut tre catholique1 non seulement de naissance et de baptme1 mais de foi et de moeurs4 ,il y a donc aujourd'hui mme une littrature catholique1 une littrature qui n'existerait pas sans crivains catholiques4 ,s'agit-il d'anomalies1 ou sommes-nous en prsence de faits tout fait logiques1 raisonnables1 lis un pass immdiat8 ,je ne crois pas qu'il y ait aucune singularit tre catholique en un sicle o le furent presque tous les plus excellents potes et quelques-uns des plus grands crivains1 de ,chateaubriand ,villiers de l',isle-,adam4 ,que cette croyance ne semble pas correspondre l'orientation prsente des intelligences1 cela est clair1 mais une attitude n'est-elle acceptable que conforme l'attitude gnrale8 ,d'ailleurs1 si on peut faire l'anatomie d'une croyance ou d'une conviction1 il est impossible et illgitime d'aller plus loin4 ,l'excommunication n'est pas un geste philosophique4 ,je crois que le catholicisme1 en ,france1 fait partie de la tradition littraire4 ,le catholicisme est le christianisme paganis4 ,religion la fois mystique et sensuelle1 il peut satisfaire1 et il a satisfait uniquement1 pendant longtemps1 les deux tendances primordiales et contradictoires de l'humanit1 qui sont de vivre la fois dans le fini et dans l'infini1 ou1 en termes plus acceptables1 dans la sensation et dans l'intelligence4 ,depuis ,constantin jusqu' la ,renaissance1 le catholicisme a dvelopp normalement les deux principes qui le constituent et1 sans l'intervention de ,luther1 il est trs probable que le principe paen1 d'art et de beaut1 et acquis autant de force que le principe vanglique1 de renoncement et de mortification4 ,lon ,x et ,jules ,,ii pouvaient vraiment se glorifier du nom de ,pontifex maximus2 ils taient vraiment la fois le successeur de saint ,pierre et le successeur du grand-prtre de ,jupiter ,capitolin3 ,luther et ,calvin1 les grands affirmateurs de l'vangile1 les durs sectateurs de saint ,paul1 les ennemis de ,rome et de la gloire romaine1 entranrent toute la chrtient dans leurs erreurs tristes2 le catholicisme1 se niant lui-mme1 accepta le sacrifice d'un de ses lments naturels2 il dtruisit lui-mme l'un de ses principes de vie1 et1 vaincue1 l'glise devint peu peu ce qu'elle est aujourd'hui1 un protestantisme hirarchis1 aussi froid1 aussi haineux de tout art et de toute beaut sensible1 mais d'intelligence moins librale1 peut-tre1 plus recroqueville encore1 soumise la fois un pass qu'elle respecte sans l'aimer1 et un prsent qui pouvante sa dcrpitude4 ,en ,france1 au ,x,v,i,ie sicle1 la raction contre le protestantisme se fit dans un paganisme moyen1 lgant et superficiel2 aprs la crise jansniste1 il y eut une nouvelle raction de la libert1 mais elle se fit dans la dbauche et dans la littrature galante2 le moment philosophique fut bref et sans influence populaire2 aprs la priode d'abtissement sentimental provoqu par les ridicules disciples de ,jean-,jacques1 ,chateaubriand retrouva d'un seul coup le catholicisme1 le moyen ge et la tradition4 ,tout le sicle est domin par ce grand fait littraire4 ,littraire1 car il ne s'agit mme pas de supposer lgitime le droit unique la vrit absolue qu'une religion proclame4 ,il ne s'agit pas de vrit4 ,en ,grce1 la vraie religion tait la religion des temples4 ,en ,france1 la vraie religion est la religion des clochers4 ,autour du clocher sous lequel on prie1 les danses lupercales signifient que les dieux n'ont cd au ,christ que la moiti de leur royaume4 ,un jeune pote catholique a appel la sainte ,vierge cette belle nymphe1 voil la vraie tradition du catholicisme populaire4 ,aucune religion n'est jamais morte1 ni ne mourra jamais2 celle dont le nom s'abolit revit dans celle qui resplendit au grand jour4 ,en plusieurs temples d',italie1 on ne prit mme pas le soin1 au ,ve sicle1 de changer les statues vnres1 et ,dmter nourrice devint tout naturellement une ,vierge l'enfant#cj3 en quelques autres1 mme en ,gaule1 on garda le nom du dieu avec la statue de jadis et le culte1 chang dans la croyance des prtres1 demeura immuable dans la croyance du peuple4 ,vnus est toujours aime sous le vocable de sainte ,venise1 que l'imagerie reprsente toute nue avec seulement un ruban autour des reins#ca4 ,exemple admirable de la persvrance du peuple6 ,ozanam a parfaitement dmontr qu'au moment o1 par un coup d'tat1 le christianisme devint la religion officielle de l',empire1 le paganisme tait encore plein de force et de vie2 de l son influence sur la religion nouvelle qui1 ne pouvant le dtruire1 l'absorba sans mme le transformer4 ,cependant1 ds les premiers sicles1 il y eut dans l'glise un parti trs oppos ce qu'on appelait1 sans en comprendre l'importance1 les superstitions populaires2 c'tait le parti vanglique1 qui ne devait entirement triompher1 dans l',europe du ,nord1 qu'avec la ,rforme#cb4 ,note #cj3 ,voyez la figure #abie du ,dictionnaire de ,saglio4 ,note #ca3 ,dureau de la ,malle1 ,mmoire sur sainte ,venise1 lu l',acadmie des ,inscriptions4 ,note #cb3 ,le paganisme est rest traditionnel1 notamment ,paris1 dans certaines familles1 o1 dit-on1 les libations et les sacrifices d'animaux sont encore en usage4 ,mais ceci pourrait bien ne remonter qu'au ,x,v,i,i,ie sicle4 ,le culte des saints et des dieux sanctifis engendra les glises4 ,les glises catholiques1 comme les temples de l'gypte ancienne1 sont des tombeaux2 elles ne furent pas construites en l'honneur de ,dieu seul2 leur prtexte fut presque toujours d'abriter le corps d'un bienheureux ou d'un thaumaturge1 le simulacre d'une divinit traditionnelle1 peine rebaptise par une pit innocente4 ,les glises furent la ncessit de l'art chrtien1 et ainsi la nudit apostolique dut revtir l'or des idoles et la pourpre des empereurs4 ,au ,x,i,ie sicle1 le paganisme est restaur dans toute sa splendeur4 ,l'glise1 partout o la dvotion est assez riche1 est devenue la cathdrale4 ,l',europe est couverte de cathdrales2 la prairie a toutes ses fleurs matinales et un peuple immense1 sorti de ses ruches1 va de fleur en fleur1 de sanctuaire en sanctuaire1 cueillant des indulgences1 des rconforts1 des grces1 des gurisons1 la force de vivre joyeux en un sicle dur4 ,les bquilles du temple d'phse s'amoncellent sous les votes de la cathdrale de ,chartres1 o une belle idole1 nagure apporte d',orient1 bnit les fidles ivres et se fait vnrer sous le nom de ,vierge noire4 ,l'art catholique1 comme la religion elle-mme1 est la suite naturelle et logique de l'art paen4 ,on ne peut entrer ici dans le dtail1 ni numrer les preuves d'une manire de voir qui paratra peut-tre hasarde ceux qui ne connaissent que la surface de l'histoire2 on ne peut davantage discuter aucune des opinions reues1 mais cette affirmation des partielles origines paennes du catholicisme ne nous fait pas mconnatre1 on s'en doute1 ce que l'vangile1 les pres de l'glise1 saint ,benot et ses moines apportrent de nouveau et de purement spirituel dans l'ide religieuse2 cependant1 et mme sur ce point1 il faudrait tudier les ,alexandrins et comprendre que le mysticisme1 qui a pris dans le catholicisme une forme catholique1 n'est pas autre chose que celui qui prenait1 dans ,proclus1 une forme mythologique4 ,le symbolisme chrtien n'est lui-mme qu'une transposition du symbolisme noplatonicien2 on ne sait si tel gnostique fut chrtien ou philosophe et il est difficile de faire dans le pseudo-aropagite1 la part des rveries orientales et la part de l'enseignement patristique4 ,l encore1 dans la suite des temps1 la fusion se fit si intime que1 sans le chercher et sans le vouloir1 le catholicisme spculatif s'assimila et nous a conserv un nombre infini de notions parfaitement contradictoires avec l'esprit de l'vangile et avec la religion de saint ,paul3 un christianisme pur et rejet toute la tradition pythagoricienne2 le catholicisme1 fidle son nom1 nous a transmis1 au milieu de la religion du ,christ1 peu prs toutes les superstitions et toutes les thogonies orientales4 ,il nous a conserv encore et transmis directement la tradition littraire grco-romaine4 ,ceci est plus connu et moins contest4 ,on sait maintenant qu'il n'y eut pas de renaissance au ,x,ve sicle2 on sait que1 en aucun moment des sicles antrieurs1 les lettres latines n'avaient cess d'tre cultives et que ,virgile fut1 durant tout le moyen ge1 en ,italie1 en ,france1 en ,allemagne1 non seulement lu1 mais vnr1 non seulement comment1 mais imit4 ,le rle des humanistes fut cependant important3 de mme que les protestants voulaient purger le christianisme de son lment paen1 les humanistes voulurent liminer de la littrature tous les lments chrtiens4 ,les uns et les autres russirent2 mais1 tandis que la tradition littraire a t renoue par le romantisme1 la tradition religieuse est reste brise4 ,la littrature n'est demeure que pendant trois sicles trangre l'me humaine laquelle on substituait l'me hroque et poncive2 la religion prive de l'art paen1 qui tait sa force populaire1 est devenue et est reste une philosophie de sacristie et une morale de confessionnal2 elle n'a plus d'influence sur l'esprit secret des races1 qui est avide de beaut corporelle et de magnificence2 rien de trop2 elle s'est fait mitoyenne entre tout2 elle est devenue le centre mdiocre de la mdiocrit universelle4 ,,iii ,cependant l',eglise a des archives1 une histoire1 celle de sa beaut passe3 c'est dans cette poussire resplendissante que se rfugient encore certaines intelligences et certains talents4 ,chateaubriand1 pour exhumer le catholicisme1 n'eut qu' laisser son gnie se souvenir d'une enfance jadis enivre de ftes et de lgendes2 ses oeuvres historiques et apologtiques eurent une grande influence sur le dveloppement du romantisme franais2 elles rendirent possible la grandiose archologie de ,victor ,hugo1 aussi bien que le sentimentalisme religieux de ,lamartine2 si l'on nglige tout l'intermdiaire1 on les voit1 vers la fin du sicle1 aboutir selon leurs canaux1 ,sagesse1 la trilogie apologtique de ,m4 ,huysmans3 la ,cathdrale essaie de refaire avec des moyens nouveaux1 plus restreints1 mais plus persvrants1 avec des outils moins brillants1 mais plus aigus1 le ,gnie du christianisme4 ,l'crivain d'aujourd'hui a lu aussi ,notre-,dame de ,paris1 et aussi quelques autres livres2 il doit ,chateaubriand l'esprit apologiste2 ,victor ,hugo1 l'amour des pierres sculptes2 aux autres1 tout le reste4 ,l'intention apologtique de ,m4 ,huysmans est certaine1 quoique discrte4 ,il veut prouver qu'il y a1 ou plutt qu'il y a eu1 un art catholique1 symbolique et mystique1 trs suprieur1 surtout par l'expression1 tous les arts profanes1 antiques ou nouveaux2 il tudie l'architecture1 d'aprs la cathdrale de ,chartres1 la peinture d'aprs les primitifs et surtout ,fra ,angelico1 la musique d'aprs le plain-chant grgorien1 la mystique et la symbolique1 d'aprs les saints1 les thologiens et les compilateurs du moyen ge2 comme centre au roman1 une page de l'histoire d'un crivain converti qui tente le renoncement et commence par vouer tout son talent la dfense de l'art religieux2 le sentiment est reprsent par des effusions d'amour pieux verses aux pieds de ,notre-,dame2 les personnages1 hormis peut-tre celui d'une servante dvote et mystique1 silhouette curieuse1 sont de la psychologie la plus rudimentaire2 le directeur de conscience1 l'abb ,gvresin1 apparat d'une nullit extraordinaire1 presque phnomnale2 l'abb ,plomb est un archologue de province sans caractre particulier qu'une mmoire baroque o se sont loges1 l'exclusion de toute notion sense1 les seules singularits de la symbolique et la seule histoire de la cathdrale de ,chartres2 non moins vers dans le mme genre de connaissances1 le hros du livre1 ,durtal1 exhibe1 en plus1 une me de jeune communiant1 et l'esprit sarcastique d'un critique d'art1 aigre quoique dvotieux1 partial quoique renseign4 ,avec de tels lments le roman devait1 comme tel1 tre d'un intrt nul2 sa valeur littraire lui est donne par de superbes pages descriptives1 mais o la description s'lve parfois jusqu' donner la raison des choses1 au moins la raison symbolique1 au moins la raison thologique4 ,le clerg1 s'il lit ce livre1 sera surpris de ne pas le comprendre1 tout d'abord1 car ses matres lui cachent avec soin la connaissance de la beaut sensible et1 pour entendre 7un peu7 le symbolisme1 il faut une science prliminaire de l'art et de la nature4 ,il y a dans des gestes1 dans des regards1 dans des draperies1 telle intention secrte la fois de beaut et de prire qui dpasse l'ordinaire intelligence d'un sminariste gav de thologie liguorienne4 ,cette partie du livre de ,m4 ,huysmans1 nef autour de laquelle se rangent les petites chapelles et plusieurs autels privilgis1 cette partie de thologie sculpturale est rellement suprieure et1 le talent rserv pour tre lou part1 il faudrait encore admirer la patience de l'auteur1 le long d'tudes compliques1 lentes et troubles1 auxquelles rien ne le prparait que la foi et o1 finalement1 il a dpass ses matres4 ,il y a aussi en tout cela un got de beaut pure1 un sensualisme mystique1 qui furent catholiques1 mais qui ne le sont plus2 c'est l l'innovation1 ou le renouveau3 heureux d'tre devenu un bon chrtien1 et peut-tre sur la voie de devenir quelque chose de plus et de plus rare1 ,m4 ,huysmans1 s'il est prt quelques renoncements1 semble mal dispos rpudier ce qu'il y a de paen dans le catholicisme1 l'art4 ,par cela1 son catholicisme est presque complet2 il lui manque encore1 en sa mtamorphose et pour s'adapter entirement la vieille tradition romaine1 de ne pas mpriser la sorte d'art qui est une production naturelle du gnie humain et1 en somme1 une cration d'ordre divin et surnaturel1 absolument au mme titre que l'art d'inspiration liturgique4 ,de ce que le ,couronnement de la ,vierge1 de ,fra ,angelico1 est encore suprieure tout ce que l'enthousiasme en voulut dire1 s'ensuit-il qu',ingres n'ait eu aucun gnie8 ,tel est cependant le parti pris de l'apologiste que1 pour vanter ,dieu1 il dnigre la ,nature et que1 pour complaire ses frres et tenter les infidles1 il exclut de la communion universelle les plus grands esprits crateurs1 s'ils n'ont pas le front marqu de la symbolique cendre4 ,cette mthode n'est point indite2 elle fut celle du violent et superbe ,tertullien1 celle de l'autoritaire et rigoureux saint ,bernard1 mais jamais celle des papes romains qui firent de ,rome la double capitale du christianisme et du paganisme et qui1 peut-tre ds les temps anciens1 rangrent autour d'eux1 tmoins de leur double souverainet1 les reliques des saints nouveaux et les effigies des anciens dieux4 ,il y a un art catholique2 il n'y a pas d'art chrtien2 le christianisme vanglique est essentiellement oppos toute reprsentation de la beaut sensible1 soit d'aprs le corps humain1 soit d'aprs le reste de la nature4 ,saint ,paul ne sait pas ce que c'est qu'un temple chrtien2 encore moins1 une statue chrtienne2 il n'a pas la notion qu'une chose belle puisse tre un ornement ajout la beaut d'un coeur pur4 ,si un tel christianisme s'tait dvelopp1 les civilisations anciennes nous seraient inconnues2 la religion de saint ,paul demandait imprativement la destruction des temples qui sont devenus les basiliques italiennes1 le brisement des idoles1 ces statues qui ont conserv dans le monde l'ide d'un art dsintress et purement humain2 la littrature profane et t annihile comme le reste2 la propagation de l'vangile et t la propagation de la barbarie et1 pour tout dire1 la croix aurait t un flau aussi affreux et aussi destructeur que le croissant2 les deux filles de la ,bible auraient couvert le monde de ruines1 de troupeaux et de tentes en poil de chameau4 ,c'tait le mtier de saint ,paul de tisser des tentes3 jamais mtier ne symbolisa mieux le caractre d'un homme4 ,le premier soin des chrtiens qui voulurent ramener la religion sa candeur premire fut l'iconoclastie la plus furieuse4 ,zwingle1 ,zurich1 fit briser les verrires1 rompre les statues1 brler les missels enlumins4 ,en entrant dans l'glise de ,tous-les-,saints1 ,wittenberg1 ,carlostadt cria le verset du ,deutronome3 ,tu ne feras point d'images tailles61 signal de dvastation immdiatement compris de la plbe qui suivait le triste nergumne4 ,je me souviens de n'avoir pu voir sans motion ce que les calvinistes de ,hollande ont fait de leurs cathdrales4 ,tous ceux qui sont entrs ,saint-,laurent de ,rotterdam savent que le christianisme1 ds qu'il prtend retourner la simplicit vanglique1 se complat1 non dans l'austrit1 mais dans la banalit3 une salle de confrences vitres et gradins1 voil ce que les ,barbares prtendaient faire de ,notre-,dame de ,chartres4 ,l'idal chrtien1 en architecture1 est tout pareil l'idal dmocratique3 c'est le groupe scolaire1 et ni l'une ni l'autre de ces inspirations n'est capable de produire un btiment gal en beaut la grange o1 au ,x,i,i,ie sicle1 les cisterciens de ,lisseweghe serraient leurs moissons#cc4 ,il est d'ailleurs frquent que les abbayes cisterciennes soient1 au contraire1 d'une nudit presque dsole4 ,saint ,bernard1 en rformant l'ordre de ,cteaux1 qui est devenu la ,trappe1 n'eut aucunement l'intention de permettre le dploiement de grandioses architectures2 fidle en cela au pur esprit vanglique1 il rprouva le luxe et mprisa l'art1 comme plus tard saint ,franois d',assise4 ,chaque fois que le christianisme1 par les moines ou par les rvolutionnaires1 voulut s'astreindre plus de conformit avec l'enseignement apostolique1 il dut rejeter tout ce qu'il y avait de paen1 de beau et1 par consquent1 de sensuel dans la religion romaine4 ,il n'y a pas d'art chrtien2 les deux mots sont contradictoires1 et voil pourquoi1 mme en un livre presque de dvotion1 si l'on parle de peinture1 il faut prendre garde que mme la symbolique des tons ne prserva pas l',angelico d'tre avant tout un peintre1 un homme qui aime la couleur et les formes1 un homme dont les yeux se rjouissent la vue de la beaut4 ,note #cc3 ,ce beau morceau d'architecture est figur dans les lments d',archologie chrtienne1 de ,reusens2 ,louvain1 #ahhf1 p4 #dif4 ,l'auteur dit avec raison3 ,on voit que les constructeurs du ,x,i,i,ie sicle s'entendaient parfaitement donner un aspect monumental mme aux difices dont la destination n'est que secondaire4 ,,iv ,l'art catholique1 l'art du moyen ge fut-il1 autant que le pense ,m4 ,huysmans1 autant qu'il a cru le dcouvrir1 minutieusement subjugu par les rgles1 ou plutt par les usages de la symbolique8 ,cela semble inadmissible4 ,on concdera difficilement que ,fra ,angelico n'employa pas de brun dans son ,couronnement parce que cette couleur1 compose de noir et de rouge1 de fume obscurcissant le feu divin1 est satanique2 pas de violet1 pas de gris1 pas d'orang3 parce que le violet dit le deuil2 le gris1 la tideur2 l'orang1 le mensonge4 ,l'abstention du peintre trouverait sans doute des explications moins extraordinaires4 ,et si les nefs de ,bourges sont au nombre de cinq et celles d',anvers au nombre de sept1 est-ce vraiment en l'honneur des ,cinq ,plaies ou en l'honneur des ,sept ,dons du ,paraclet8 ,que1 dans la disposition la plus ordinaire1 trois nefs et un triple portail1 il y ait une allusion la ,trinit1 c'est moins invraisemblable1 quoique rien ne le certifie2 mais que l'on ajoute des dtails sur la symbolique du toit1 des ardoises et des tuiles2 qu'on nous affirme que1 d'aprs ,hugues de ,saint-,victor1 l'assemblage des pierres d'une cathdrale signifie le mlange des laques et des clercs1 nous avons plutt envie de sourire que de nous compoindre1 et1 par surcrot1 nous serons presque indigns que l'on choisisse l'occasion d'une citation presque absurde pour crire le nom du plus original et du plus grand des mystiques du moyen ge#cd4 ,en toute cette symbolique de la cathdrale1 ,m4 ,huysmans ne fait qu'une rapide allusion la basilique1 et passe4 ,cependant la cathdrale gothique1 par l'intermdiaire de l'art romain1 est certainement ne de la basilique1 au moins de la basilique syrienne1 dont les plans furent trs anciennement connus et imits en ,gaule4 ,si les cathdrales sont le dveloppement des basiliques1 monuments auxquels la symbolique ne peut s'adapter1 il s'en suit que la symbolique est postrieure aux glises2 qu'elle peut en donner une explication quelquefois curieuse1 mais jamais certaine4 ,il en est naturellement de mme pour ce qu'on appelle le mobilier religieux1 dont l'origine est antrieure au christianisme4 ,on aurait bien surpris les martyrs qui refusaient d'encenser les idoles en leur disant que l'encensoir deviendrait un instrument pieux4 ,peut-tre que la signification symbolique dpartie ces accessoires du culte fut une sorte de baptme confr des objets depuis longtemps en usage dans les crmonies liturgiques des anciennes religions4 ,on sait qu'une lampe brlait perptuellement1 dans certains temples1 dans ceux de ,minerve1 d',apollon1 de ,jupiter ,ammon2 et dj l'huile devait tre pure et tire des seules olives4 ,la lampe ternelle tait alors le symbole du feu ou du soleil2 elle ne parle pas plus clairement aujourd'hui4 ,les prtres d',isis portaient la tonsure en couronne1 comme les plus anciens moines2 on distribuait du pain bnit au nom de ,minerve1 qui1 comme ,diane1 protgeait des confrries de jeunes filles1 des ,enfants de ,marie4 ,il ne serait pas sans intrt d'tudier ces transpositions et cela vaudrait peut-tre mieux que d'accepter1 sans les expliquer1 les opinions de ,mliton ou de ,durand de ,mende#ce4 ,note #cd3 ,les compilations sur la symbolique attribues ,hugues ne semblent pas son oeuvre4 ,note #ce3 ,le ,polyhistor ,symbolicus1 de ,caussin 7,cologne1 #afca71 est une symbolique de la mythologie grco-romaine2 assez hasarde1 elle l'est moins que l'trange ouvrage d',antoine ,monnier1 l',art sacerdotal antique1 explication du sens allgorique des principaux monuments grecs et romains du ,louvre 7#ahig74 ,l'origine paenne du symbolisme des catacombes est certaine2 c'est la mythologie qui fournit les lments dcoratifs aux tombeaux des premiers martyrs4 ,loin de tenter un art nouveau1 les chrtiens acceptrent celui qui tait alors familier tous et1 sauf le type1 d'ailleurs admirable1 de l',orante1 ils n'inventrent d'abord presque rien4 ,les ,victoires1 les ,amours1 la ,mduse1 ,promthe1 les ,dioscures1 les ,saisons1 ,icare1 ,silne1 les ,fleuves1 ,psych et l',amour1 voil des sujets que l'on rencontre frquemment dans la dcoration des catacombes4 ,avaient-ils pris pour les chrtiens un sens nouveau8 ,on ne le croit pas4 ,cependant la ,vigne1 funraire chez les ,romains1 assume dans les catacombes1 o elle est frquente1 un sens tout oppos2 elle reprsente la vie et le ,christ1 sans doute en conformit avec le chapitre ,,xv de l'vangile selon saint ,jean4 ,orphe eut de bonne heure une lgende chrtienne2 saint ,augustin lui donne1 comme aux sibylles1 la valeur d'un prophte2 dans les catacombes1 il est prfiguratif du ,christ1 par sa douceur1 le charme de sa voix et sa mort douloureuse4 ,il n'est jamais reprsent avec ,eurydice1 mais seul et entour d'animaux qui coulent les sons de sa lyre4 ,voil1 prise sur le fait1 la dformation chrtienne d'un symbole antrieur4 ,peu peu1 rduit un seul agneau comme auditoire1 ,orphe s'identifia avec le ,bon ,pasteur1 et de cette dernire figuration1 il ne resta finalement1 dans la symbolique chrtienne1 que l',agneau4 ,on a cru que le ,bon ,pasteur tait une transposition de l',apollon ,criophore1 mais rien ne l'a encore prouv1 quoique cela soit possible4 ,ainsi1 dans l'art catholique1 l'ide vient du christianisme1 et la figuration1 du paganisme4 ,m4 ,huysmans l'analyse avec beaucoup de soin1 cette symbolique du moyen ge1 si complexe et si curieuse2 mais qu'il s'agisse des btes ou des fleurs1 des couleurs ou des pierres prcieuses1 il ne s'inquite jamais du motif initial1 ni de la source la plus ancienne2 il oppose srieusement l'un l'autre des compilateurs qui ont mal copi un manuscrit1 chacun selon son ignorance propre1 donnant ainsi une sorte d'importance pieuse des opinions bases sur une inconnaissance absolue de la nature4 ,ah6 que ,m4 ,huysmans est plus intressant quand il conte1 non ce qu'il a lu1 mais ce qu'il a vu1 quand il qualifie d'aprs ses yeux et compare ensemble les trois bas-reliefs1 de ,chartres1 de ,dijon et de ,bourges1 o sont figures les joies et les angoisses du ,jugement dernier6 ,quelle erreur d'avoir fait intervenir dans une oeuvre d'art et de mysticisme1 comme la ,cathdrale1 la science facile des lectures patientes6 ,aprs tout ce qu'il a relev dans les bestiaires et les volucraires1 dans l'ternel ,physiologus du moyen ge1 il reste bien dmontr que1 hors des textes originaux1 la symbolique des btes ou des plantes1 qui affola l'glise jusqu'au ,x,v,ie sicle1 apparat telle qu'un amas incohrent de crances inanes3 ,pour lui 7le pseudo-,hugues71 le vautour caractrise la paresse2 le milan1 la rapacit2 le corbeau1 les dtractions2 la chouette1 l'hypocondrie2 le hibou1 l'ignorance2 la pie1 le bavardage2 la huppe1 la malpropret et le mauvais renom4 ,et l'on continue ainsi1 en assignant chaque bte1 chaque plante1 chaque minral1 chaque objet cr par la main de l'homme1 chaque partie mme du corps humain1 la signification d'une vertu1 d'un vice1 d'une vrit religieuse ou morale1 d'un des articles de la foi4 ,on se trouva donc en possession d'une vritable langue hiroglyphique apte figurer aux yeux des affirmations lmentaires4 ,le langage des fleurs encore populaire1 et dont ne manquent pas d'user les coeurs trs simples1 est le dernier rsidu de la vieille symbolique4 ,au ,x,v,i,ie sicle1 le symbole fut dtrn par l'emblme1 dans la morale religieuse2 par l'allgorie1 dans l'art4 ,jusqu'au ,x,v,ie sicle1 on demeura persuad que sur cette terre tout est signe1 tout est figure1 que le visible ne vaut pas ce qu'il recouvre d'invisible2 et le souci de l'art catholique fut de faire parler la nature1 de forcer le ciel et la terre raconter la gloire de ,dieu ou devenir les exemples et les conseillers de l'humanit4 ,yves de ,chartres affirme que la symbolique tait enseigne au peuple2 du moins il est probable que par les sermonaires1 qui en faisaient un usage constant1 le peuple avait acquis certaines notions de cette science confuse1 contradictoire et illusoire4 ,les prdicateurs expliquaient les vitraux1 les fresques1 les bas-reliefs2 mais chacun sa manire1 car on n'tait d'accord que sur un trs petit nombre de sujets4 ,saint ,bernard1 vangliste svre1 rprouvait les ornementations symboliques1 dont les glises et les clotres taient historis2 il ne voulait pas admettre ce langage1 qui souvent s'arrtait aux yeux1 sans pntrer jusqu'au coeur4 ,il y a dans ses lettres1 ce propos1 un passage trs curieux3 ,que signifient cette ridicule monstruosit1 cette lgance merveilleusement difforme1 ces difformits lgantes tales aux yeux des frres pour les troubler sans doute dans leurs prires ou les distraire dans leurs lectures8 ,que nous veulent ces singes immondes1 ces lions furieux1 ces monstrueux centaures ou semi-hommes1 ces tigres la peau mouchete1 ces soldats qui combattent1 ces chasseurs qui soufflent dans leurs cors8 ,ici1 ce sont des corps multiples tte unique2 l1 plusieurs ttes sur un seul corps4 ,c'est un quadrupde ayant une queue de serpent1 ou un poisson portant une tte de quadrupde4 ,voici un animal dont une moiti reprsente un cheval et l'autre moiti une chvre2 en voil un autre ayant des cornes et se terminant en un corps de cheval4 ,enfin1 c'est partout une telle varit de formes qu'il y a plus de plaisir lire sur le marbre que dans les parchemins1 et que l'on passe plus volontiers les journes admirer tant de beaux chefs d'oeuvre qu' tudier et mditer la loi divine#cf4 ,note #cf3 ,cit par ,ch4 ,gidel4 ,sur un pome grec indit intitul3 ,o 7,annuaire de l',association des tudes grecques1 #ahgc74 ,on a reconnu dans cette description quelques-uns des dubia animalia si consciencieusement dcrits dans les bestiaires et figurs dans les cathdrales1 le ,tragelaphus1 le ,gryphe1 l',ixus1 le ,myrmcolon1 le ,phnix1 les ,faunes1 les ,satyres1 les ,sirnes1 les ,lamies1 les ,onocentaures1 la ,licorne4 ,d'accord1 non plus avec la tradition et avec ,samuel ,bochart 7dans son ,hierozoicon ou ,faune ,sacre71 mais avec l'interprtation rationaliste1 ,m4 ,huysmans identifie ces monstres1 la plupart mentionns par la ,bible1 avec les vulgaires fauves de l',orient4 ,croyons fermement aux ,gryphes et aux ,lamies2 c'est plus amusant et peut-tre plus sr4 ,croyons la ,gorgone de saint piphane1 le plus ancien des pasteurs de chimres sacres3 la ,gorgone ressemble une belle femme2 ses cheveux blonds se terminent en tte de serpents4 ,toute sa personne est pleine de charme1 mais la vue de sa figure donne la mort4 ,au temps de sa fureur1 d'une voix harmonieuse1 elle appelle elle le lion1 le dragon1 les autres animaux2 pas un ne se rend son appel4 ,enfin1 elle invite l'homme4 ,celui-ci s'engage s'approcher d'elle1 si elle veut bien cacher sa tte2 elle le fait3 on en profite pour la prendre4 ,avec elle on tue les lions et les dragons4 ,alexandre avait avec lui la ,gorgone ,scylla444#cg4 ,elle est le symbole du pch et de la tentation4 ,note #cg3 ,op4 cit41 p4 #bbb4 ,le texte grec commence ainsi3 4 ,il ne parut pas suffisant aux exgtes trop pieux du moyen ge d'interprter symboliquement la nature entire et quelques merveilles apocryphes2 on soumit ce traitement la mythologie grco-latine4 ,c'tait fort difiant et un pome tel que celui de ,philippe de ,vitry 7,x,i,ve7#ch1,roman des ,fables ,ovide le ,grand1 eut sans doute un certain succs4 ,philippe a au moins le mrite de l'invention2 il est original sa manire2 nous sommes surpris que ,m4 ,huysmans n'ait pas donn un aperu de ses imaginations1 bien faites cependant pour dsinfecter le latin du paganisme1 qui empestait la luxure1 puait un affreux mlange de vieux bouc et de rose#ci4 ,asperges d'eau bnite1 les ,mtamorphoses d',ovide deviennent innocentes1 et rconfortantes pour les mes inquites2 c'est une nouvelle ,bible offerte notre ferveur4 ,voici le tableau rectifi de ,diane et ,acton3 ,diane symbolise la ,sainte ,trinit2 le ,cerf1 ,jsus-,christ2 ,acton1 ,jsus-,christ incarn2 et les ,chiens1 les ,juifs4 ,dans l'anecdote d',apollon chez ,admte1 ,apollon est encore le ,christ2 ,mercure reprsente les ,docteurs2 les troupeaux1 les ,chrtiens2 la houlette1 la crosse piscopale2 la lyre sept cordes signifie la fois les sept articles du ,credo1 les sept sacrements et les sept vertus4 ,l'pisode d',ariste est interprt ainsi3 ,jsus-,christ est le taureau et les aptres sont les abeilles4 ,biblis1 amoureuse de son frre1 puis change en fontaine1 c'est la ,sapience divine2 ,cadmus1 le frre qui la rebute1 c'est encore le peuple ,juif4 ,la ,gentilit est dite par ,pallas2 l'glise1 par ,phdre et par ,atalante2 ,satan1 par le serpent ,python et par ,vulcain2 la ,jude1 par ,cphale et par ,callisto4 ,note #ch3 ,ne pas le confondre avec ,jacques de ,vitry 7,x,i,i,ie sicle71 mystique1 sermonaire et historien1 qui a d'ailleurs trait1 mais en latin1 des sujets analogues dans son histoire des ,croisades4 ,jacques de ,vitry1 qui voyagea en ,orient et qui savait le grec1 a pu consulter des manuscrits byzantins et recueillir les traditions orales4 ,aprs lui la lgende des btes ne fait plus aucune acquisition4 ,note #ci3 ,la ,cathdrale1 p4 #dfd4 ,plus anciennement1 on avait retrouv les douze ,aptres dans les douze signes du ,zodiaque2 mais cette opinion fut combattue et chaque signe fut pli figurer3 le ,scorpion1 ,satan2 le ,sagittaire1 ,jsus-,christ triomphant2 le ,capricorne1 le ,pnitent2 le ,lion1 le ,mchant2 le ,cancer1 l',hrsie2 le ,taureau1 le ,sacrifice divin4 ,la prsence d'un signe appel ,virgo1 dans une nomenclature aussi ancienne1 servit longtemps d'argument apologtique1 ainsi que certains vers de ,virgile et la littrature1 compltement apocryphe1 des sibylles4 ,m4 ,huysmans cite une symbolique du corps humain1 d'aprs ,mliton#dj2 elle n'est pas trs curieuse2 en voici une autre1 tire du ,livre de la ,discipline de l',amour divine 7#aeai73 ,moult noble et digne est la crature humaine1 laquelle1 selon l'me1 est image et semblance de toutes cratures4 ,le chef rond et clos par dessus1 o sont les sens corporels figure le ciel2 et les yeux reprsentent le soleil et la lune et les autres sens les toiles4 ,et comme est le monde gouvern par et selon les sept plantes du ciel1 aussi il y a au chef humain sept trous1 entres et issues1 pour gouverner le corps sensiblement3 deux s yeux1 deux aux oreilles1 deux au nez et un la bouche1 par lesquelles l'me fait ses oprations corporelles et spirituelles4 ,des quatre lments1 appert plus la clart du feu s yeux1 l'air en la poitrine1 l'eau au ventre et la terre s jambes4 ,les os du corps humain sont reprsentation et figure des cratures qui ont tre et non vie ni sens1 comme pierres et mtaux4 ,les ongles des pieds et des mains1 et les cheveux qui croissent et dcroissent insensiblement signifient les cratures qui ont tre et vie vgtative1 lesquelles sont insensibles comme plantes et herbes4 ,le corps humain est figure et reprsentation du grand monde1 et il est image et expresse semblance de ,dieu crateur et de toute crature4 ,note #dj3 ,saint ,mliton1 vque de ,sardes1 vcut au ,i,ie sicle et fut un des grands thologiens grecs4 ,on lui attribuait une ,clef de la sainte criture3 cet ouvrage apocryphe1 invoqu par l'abb ,auber dans son grand ouvrage sur le ,symbolisme1 est galement cher l'auteur de la ,cathdrale4 ,il est peu probable qu'une compilation o l'on disserte sur la symbolique des glises gothiques ait pour auteur un vque grec du ,i,ie sicle2 cependant ,m4 ,huysmans crit1 aprs avoir cit ,durand de ,mende 7,x,i,i,ie sicle73 ,suivant d'autres symbolistes de la mme poque1 tels que saint ,mliton1 vque de ,sardes1 et le cardinal ,pierre de ,capoue1 les tours reprsentent la ,vierge ,marie444 ,l'poque de l'agonie du symbolisme fut aussi celle de sa plus curieuse dmence2 je veux donner encore1 car il est bon de connatre comment finissent les modes les plus longues et les coutumes les plus caractristiques1 un aperu du ,quadragsimal spirituel1 imprim en #aebj2 c'est un livre qui1 sans doute1 fut difiant3 ,la salade qu'on mange en carme1 l'entre de table1 c'est la parole de ,dieu1 qui doit nous donner apptit et courage4 ,l'huile de douceur et le vinaigre d'aigreur1 qu'on met par parties gales dans la salade1 sont l'image de la misricorde et de la justice divines4 ,les fves frites reprsentent la confession4 ,il faut1 pour bien cuire1 que les fves trempent dans l'eau2 il faut que le pnitent se trempe dans l'eau de mditation4 ,les pois1 qui ne cuisent bien que dans l'eau de rivire1 sont l'emblme de la pnitence1 qui doit tre accompagne de la contrition vritable4 ,la pure1 qui pare bien les dners de carme et qui se passe sur l'tamine1 c'est l'image de la rsolution de s'abstenir de pch4 ,la lamproie1 poisson excellent et d'un prix lev1 c'est la rmission des pchs2 il faut le payer en rendant tout ce qu'on retient injustement1 en tant toute rancune du coffre du coeur4 444 ,sinon vous ne mangerez cette lamproye dignement avec son sang1 duquel est faite la bonne sauce1 c'est savoir le mrite de la passion444 ,par le safran qui doit estre mis en tous potages1 sauces et viandes quadragsimales1 s'entend la joie de paradis1 laquelle nous devons penser en toutes nos oprations1 odorer et assortir4 ,sans le safran nous n'aurons jamais bonne pure1 bons pois passs1 ni bonne sauce2 pareillement1 sans penser aux joies de paradis1 ne pouvons avoir bons potages spirituels4 ,ce morceau aurait trouv tout naturellement sa place parmi les propos de table et les allusions culinaires dont ,m4 ,huysmans n'a pas ddaign de larder sa ,cathdrale1 et il vaut bien la recette1 d'ailleurs favorable1 du pissenlit aux lardons#da4 ,note #da3 ,la ,cathdrale1 p4 #dch4 ,en somme1 la symbolique1 au cours de ces longues1 un peu trop longues pages1 est traite d'une faon satisfaisante et avec une rudition bien faite pour blouir le lecteur dvot aussi bien que l'indiffrent4 ,le dvot ecclsiastique sera mme flatt de quelques erreurs d'un autre ordre1 sur les vierges noires1 sur l'apostolicit de l'glise des ,gaules1 sur saint ,denys l',aropagite1 toutes questions autour desquelles le clerg dispute avec pret et que ,m4 ,huysmans rsout dans le sens qui sera le plus agrable aux curs archologues4 ,il est entendu que les vierges noires1 telle que de ,chartres ou du ,puy1 sont d'origine druidique3 ,bien avant que la fille de ,joachim ft ne1 les ,druides avaient instaur1 dans la grotte qui est devenue notre crypte1 un autel la ,vierge qui devait enfanter1 ,virgini pariturae4 ,ils ont eu1 par une sorte de grce1 l'intuition d'un ,sauveur dont la ,mre serait sans tache444 ,il n'y a pas insister4 ,les vierges noires sont d'origine orientale et aucune n'est signale en ,france avant le ,x,i,ie sicle4 ,elle est bien curieuse1 cette littrature des prfigurations6 ,on est all chercher jusqu'en ,chine le pressentiment de la ,vierge ,mre et l'on a trouv que la vierge ,kiang-,yuen conut son fils ,heou-,tsi miraculeusement1 par la lueur d'un clair6 ,la mre de ,yao fut fconde par la clart d'une toile2 celle de ,yu1 par la vertu d'une perle qui tomba dans son sein#db6 ,qui doutera1 aprs cela1 de l'innocente pit des ,druides8 ,la seconde des erreurs1 tout ecclsiastiques1 que l'on a souffles l'auteur de la ,cathdrale1 est la prtention de faire remonter aux disciples immdiats des ,aptres1 sinon aux ,aptres eux-mmes1 l'vanglisation des ,gaules et la construction des anciennes glises d'o sont ns les monuments dfinitifs rigs dans le moyen ge4 ,la vrit est que1 si l'on excepte ,lyon qui eut une glise vers l'an #aih1 il n'y avait encore1 au milieu du ,i,i,ie sicle1 aucune trace srieuse de christianisme dans les ,gaules2 en ralit1 l'vanglisation des ,gaules date de saint ,martin1 au ,i,ve sicle4 ,la troisime erreur de ce genre est la plus curieuse1 la plus absurde et la plus tenace2 c'est celle qui fait d'un grec nomm ,denys1 converti par saint ,paul1 la fois l'auteur d'une srie d'admirables ouvrages mystiques1 le premier vque d',athnes et le premier vque de ,paris4 ,ce personnage mythique assume ainsi sur lui seul la vie de trois ,denys bien distincts3 l'vque d',athnes1 ,denys l',aropagite2 saint ,denys1 martyris ,paris la fin du ,i,i,ie sicle2 enfin1 un crivain grec du ,v,ie sicle qui crivit des livres de thologie mystique et les publia frauduleusement sous le nom de ,denys l',aropagite4 ,cette question tait rsolue ds le ,x,v,i,ie sicle1 mais la pit veut des miracles4 ,or quel plus tonnant miracle qu'un contemporain de saint ,paul dissertant de la hirarchie ecclsiastique et des diverses sortes de moines8 ,note #db3 ,a4 ,bonnetty3 ,traditions primitives 7,annales de ,philosophie ,chrtienne1 #ahci74 ,v ,tout cela1 sans doute1 n'a pas grande importance parmi les feuillets d'un roman2 mais cela prouve aussi qu'on ne s'improvise pas historien1 comme d'autres pages de la ,cathdrale prouvent qu'on n'apprend pas facilement la thologie1 mystique ou doctrinale4 ,ce qui1 par exemple1 semble ,m4 ,huysmans primordial dans la vie des saints1 ce sont les visions1 les hallucinations1 les luttes contre le diable2 il ignore que tout cet accessoire n'est jamais un motif de canonisation#dc2 qu'on ne l'accepte que s'il vient en superftation une vie de renoncement1 de sacrifice et de charit2 que les accidents crbraux1 si frquents chez les saintes1 ne le sont pas moins chez les hystriques2 ou bien1 pris d'abord du pittoresque et du singulier1 il retient le diable comme l'indispensable metteur en scne des feries de la saintet4 ,voulant conter quelques traits de l'histoire de ,christine de ,stommeln 7qu'il appelle1 d'aprs quelque mauvais document1 ,christine de ,stumble71 ce qu'il choisit1 ce qui le touche et le frappe1 c'est la srie des farces stercoraires qui troublrent la vie de cette charmante fille et qu'elle atribuait ,satan4 444 ,ils s'entretiennent1 en se chauffant1 des incursions nausabondes que le ,dmon tente et1 subitement1 les scnes se renouvellent4 ,ils sont1 les uns et les autres1 inonds de fiente1 et ,christine1 selon l'expression du religieux1 en demeure tout empte444#dd4 ,ce religieux1 ,pierre de ,dace1 qui tait l'ami et le confident1 mais non le confesseur de ,christine1 a1 en effet1 not une partie de sa vie et ,renan nous l'a dite son tour d'aprs les ,bollandistes1 ,qutif1 ,papenbroch et un biographe moderne#de4 ,c'tait la fille de paysans des environs de ,cologne4 ,elle avait reu quelque instruction1 ne savait pas crire1 mais lisait et comprenait assez facilement le latin4 ,lie ds son enfance ,jsus1 comme ,catherine de ,sienne1 par un mariage mystique1 elle fut trs pieuse1 trs douce et trs douloureuse1 sponsa dolorosa4 ,c'est en #abfg que le jeune dominicain ,pierre1 n dans l'le de ,gothland1 et tudiant monacal ,cologne1 rencontra pour la premire fois ,christine4 ,il avait pareillement des tendances l'exaltation mystique3 un trs pur amour joignit les coeurs de ces deux enfants et1 une nuit de prire et d'exaltation1 ils clbrrent leurs fianailles spirituelles3 ,o felix nox1 dit plus tard ,pierre de ,dace1 o dulcis et delectabilis nox in qua mihi primum est degustare datum quam sit suavis ,dominus6 ,christine1 vritable martyre de l'hystrie1 avait des hallucinations de tous les sens1 o dominaient les impressions rpugnantes et tristes2 de plus1 par dvotion1 elle se lacrait le corps avec des clous aigus2 elle tait couverte de blessures2 son sang coulait3 un jour elle donna ,pierre un de ces clous sanglants tout chaud encore de la chaleur de son sein4 ,singulires amours6 ,mais nous sommes au temps et au pays d',hildegarde1 de ,mechtilde et d'une autre ,christine1 aussi nerve1 aussi languissante d'amour et de douleur2 et nous sommes au pays de ,catherine ,emerich1 la crature miraculeuse4 ,il faut comprendre tous les tats d'me et connatre la diversit des dsirs4 ,lorsque1 aprs une absence1 ,pierre revint ,stommeln1 il trouva ,christine plus calme1 simple1 aimable1 souriante1 pleine de grce en ses mouvements2 elle souffrait moins et remplissait dans la maison aise de son pre l'office d'une jeune fille accueillante et hospitalire1 versant avant et aprs le repas l'eau de l'aiguire sur les mains des convives4 ,pendant ce sjour de ,pierre ,stommeln1 ,christine devint le prtexte et le centre d'une petite acadmie mystique2 quelques frres prcheurs1 l'instituteur de la paroisse1 ,gva1 l'abbesse de ,sainte-,ccile1 ,gertrude la soeur1 et ,hilla1 l'amie de ,christine1 la vieille ,alide1 se runissaient pour lire et commenter ,denys l',aropagite ou ,richard de ,saint-,victor4 ,rien ne parat mdiocre en ce milieu2 la pit touche la philosophie et la dvotion s'lve au mysticisme4 ,pierre tant de nouveau parti pour la ,gothie1 il s'tablit une correspondance entre les deux fiancs2 elle est le tmoin d'une amiti passionne2 ,christine rvle ,pierre que ,jsus lui a promis qu'ils seraient assis l'un prs de l'autre pendant toute l'ternit2 elle se rpand en douceurs2 elle crit enfantinement3 ,caro1 cariori1 carissimo frati--,christina sua tota444 ,cette correspondance s'arrte l'an #abhb2 ,christine avait #dj ans4 ,ensuite on ne sait plus rien de ,pierre1 sinon qu'il mourut en #abhh1 prieur de ,witsby4 ,son amie1 et c'tait ce qu'elle avait redout comme le plus dur de ses martyres1 lui survcut2 elle ne mourut qu'en #acab1 ayant recouvr avec l'ge la paix physique et la paix spirituelle4 ,tel est1 en abrg1 ce petit roman d'amour pur1 exemple du platonisme pieux qui sduisit tant d'mes lgantes en des sicles o les moeurs taient grossires4 ,c'est la grossiret du sicle qui a sduit ,m4 ,huysmans et non la grce exceptionnelle de cette ,christine1 ou la douceur de son ami ,pierre3 toutes les eaux lustrales de la pnitence n'ont pas encore lav de son vieux naturalisme l'auteur hroque de la ,cathdrale4 ,note #dc3 ,cardinal ,lamberti3 ,de ,canonis4 7,cit par ,brire de ,boismont1 ,hallucinations1 #b;e d41 p4 #ebc47 ,note #dd3 ,les hallucinations de ce genre ne sont pas trs rares dans le dlire hystrique4 ,cf4 ,brire de ,boismont1 op4 cit41 observations #gc et #gd4 ,note #de3 ,revue des ,deux-,mondes1 #ae mai #ahhj4 ,peut-tre aussi qu'aprs le ,satan lubrique de l'occultisme et de l'hrsie il a voulu esquisser le caractre du ,satan orthodoxe1 et qu'il l'a vu1 comme le voyait le moyen ge1 sous la forme particulire d'un personnage immonde et factieux4 ,satan fut le gracioso1 le pitre des difiants spectacles de jadis1 le bobche malpropre qui1 ayant fait rire la populace1 finit par tre culbut et bafou4 ,dans les possessions1 ,satan et sa monnaie1 les ,diables1 jouaient le rle du principe inconnu2 ils reprsentaient l'origine de toutes les maladies mystrieuses4 ,on prouvait l'existence et la tnacit des ,diables par l'ingurissable pourriture des trois lments corruptibles1 que le quatrime1 le ,feu1 est impuissant purifier4 ,et comme tous les moyens humains chouaient1 on eut recours la magie4 ,c'est trs ancien4 ,de l les formules romaines de l'exorcisme1 magnifiques obscrations4 ,saint ,augustin parle des esprits mauvais comme aujourd'hui on parle des microbes3 ,ils abusent de notre chair1 outragent notre corps1 se mlent notre sang1 engendrent les maladies#df4 ,ils rsident spcialement dans les eaux1 dont la nocivit est ainsi explique1 aussi clairement1 en somme1 par la liturgie que par la science3 il faut que les eaux soient bouillies ou stygmatises du signe de la rdemption1 car les dmons redoutent galement le feu et la croix4 ,en #ahgj1 ,pie ,,ix1 affirmant que les dmons taient fort nombreux1 terribles et mchants1 en ce moment1 concluait3 ,invoquons1 c'est la seule mdication1 ,jsus-,christ1 lequel fut suspendu au gibet pour la purification de l'air1 ut naturam purgaret4 ,note #df3 ,de ,divinitate1 ,,iii1 iii4 ,voil bien des commentaires et bien des petites critiques1 d'rudition plus que de littrature1 sur un livre qui1 d'ailleurs1 les supportera volontiers4 ,il a des mrites nombreux4 ,plus de la moiti de ces longues pages est un style parfois de bas-relief et digne de la grande imagerie de pierre qu'il glorifie2 mais la partie moderne1 de vie et de dialogue1 ne surgit que faiblement1 demeure en grisaille4 ,l1 l'criture est parfois si faible que cela chagrine4 ,on y trouve jusqu' des phrases de prospectus de bains de mer3 ,lourdes bat son plein2 sainte ,thrse y est qualifie ainsi3 l'ingalable abbesse1 faute de got et qualificatif singulier chez un crivain qui devrait1 lui au moins1 savoir que les fonctions et les noms d'abb et d'abbesse sont particuliers aux ordres monastiques qui suivent la rgle de saint ,benoit1 traditionnelle ou rforme4 ,enfin1 la vaste mosaque a des taches et des trous et1 en bien des endroits1 les petits cubes de verre ont t plaqus au hasard de la cueillaison4 ,ce livre abondant est sec4 ,il est dnu d'humanit un degr presque douloureux4 ,rien de doux1 de fier1 de pntrant1 pas un de ces mots qui1 dfaut de toucher la raison1 meuvent et font que l'on dsire de participer une croyance ou un rve2 rien de religieux1 non plus1 si le sentiment religieux est autre chose que l'hyperdulie maniaque d'un chanoine de province2 rien de grand3 la religion de ,durtal oscille du rosaire l'archologie2 son amour pour la ,vierge est sincre1 mais il n'a pas trouv les mots qu'il fallait dire pour forcer l'exaltation les coeurs dfiants4 ,je ne puis donc accepter la ,cathdrale comme un vritable livre d'art catholique2 c'est plutt le livre de la religion d'art2 mais alors1 ne voulant tenir compte ni des erreurs1 ni des lacunes1 ni des dfaillances1 je l'accepterai trs volontiers comme un beau livre4 #ahih4 ,,ii ,,psychologie ,,du ,,paganisme ,les apologistes protestants1 pour mieux vituprer le catholicisme1 s'verturent dmontrer qu'il n'est rien de plus1 ni de moins1 que la perptuit du paganisme4 ,et on peut dire qu'ils y ont russi1 tant la haine a de persvrance et d'ingniosit4 ,il n'y a presque rien reprendre en des ouvrages tels que celui de ,pierre ,mussard1 brave homme que ,pierre ,bayle1 avec une excessive indulgence1 qualifie d'homme fort illustr1 vir admodum illustris2 il tait du moins fort savant1 comme en tmoignent ses ,conformits des crmonies modernes avec les anciennes o l'on prouve par des autorits incontestables que les crmonies de l'glise romaine sont empruntes des payens#dg4 ,ce livre du dvot pasteur est agrable et reste1 complt par les diatribes de quelques fanatiques plus rcents1 la meilleure preuve de l'antiquit et aussi de l'excellence du catholicisme4 ,une religion1 c'est un ensemble trs complexe de pratiques superstitieuses par lesquelles les hommes se rendent favorables les divinits4 ,on ne perfectionne pas de pareils systmes2 il faut les accepter tels que les gnrations les ont organiss1 ou les nier rigoureusement4 ,les plus anciens sont les meilleurs2 c'est une grande absurdit de vouloir rendre raisonnables les jeux des enfants et une grande folie de vouloir purer les religions4 ,les jeux surveills par des matres taquins n'en restent pas moins des jeux1 quoique moins amusants2 les religions rformes n'en restent pas moins des religions1 mais dpouilles de toutes leurs grces puriles4 ,une croyance1 quelle qu'elle soit1 est une superstition4 ,croire en un seul ,dieu et le prier1 si c'est un acte pieux1 il est d'une pit plus large et plus belle de croire en tous les dieux du ,panthon et de leur offrir tous des fruits et des agneaux4 ,pourquoi le seul ,jupiter ou le seul ,jhovah8 ,ont-ils donc dmontr leur existence objective mieux que les hros ou les saints8 ,en tant au christianisme le culte des saints1 les protestants lui ont t tout ce qui faisait sa vrit humaine4 ,les vrais dieux1 il faut peut-tre qu'ils aient d'abord vcu2 leur choix sera alors dict au peuple par l'ide qu'il se fait de l'tat divin1 c'est--dire de l'tat hroque4 ,l'accord est plus facile avec des dieux qui furent des hommes ou qui1 du moins1 font figure d'hommes1 par leur corps1 mme perfectionn1 par leurs passions1 leurs amours2 et presque toute la religion tourne autour de cet acte simple et moral1 le contrat4 ,note #dg3 ,a ,leyde1 chez ,jean ,sambix1 #affg4 ,cette dition est rare4 ,celle de ,jean de ,tournes1 ,genvre1 un peu antrieure l'est davantage encore4 ,on suit celle d',amsterdam1 #agdd4 ,on s'gaie beaucoup en ces annes de la forme qu'a prise le culte1 d'ailleurs trs ancien1 de saint ,antoine de ,padoue4 ,le fidle promet cette idole une offrande en change d'un service3 tel est le thme4 ,il est aussi vieux que les plus vieilles reliques de la superstition religieuse4 ,le dieu a diffrents besoins que son pouvoir ne suffit pas lui procurer3 il ne saurait1 par exemple1 se btir lui-mme des temples1 s'adresser des prires1 se brler de l'encens4 ,c'est donc l'homme qui pourvoira ces besoins de vanit2 et le contrat intervient4 ,l'homme apportera sa pierre au temple et le dieu donnera l'homme les biens terrestres qu'il ne peut atteindre par sa seule industrie4 ,c'est au dieu de juger si le march lui convient4 ,il lui convient assez souvent pour que l'homme soit confirm dans sa croyance4 ,la religion n'est tolre par les hommes que pour son utilit pratique4 ,c'est cette utilit qui dmontre sa vrit4 ,la vie tait1 pour les ,phniciens1 dit ,m4 ,philippe ,berger#dh1 un contrat perptuel avec la divinit4 ,mais la vie de l'homme pieux ou du croyant a toujours t un contrat tacite ou formul1 et le mystique lui-mme n'chappe pas cette ncessit1 ni mme le quitiste4 ,il n'y a pas d'amour qui ne dsire l'amour et qui ne l'exige au fond de soi3 sainte ,thrse veut tre aime alors mme qu'elle sacrifie ses joies sa passion4 ,dans le protestantisme1 c'est la foi qui remplace les oeuvres en l'un des plateaux de la balance2 on fait avec ,dieu le march qu'il sauvera l'me qui croit en sa divinit4 ,cela n'est pas moins naf1 quoique plus audacieux encore1 que les contrats polythistes1 car vraiment on offre alors bien peu de chose1 en change d'un bienfait1 la toute-puissante idole intellectuelle4 ,la prire est tout au moins l'amorce d'un contrat entre l'homme et ,dieu4 ,si ,dieu accorde la grce demande1 l'homme est tenu1 sous peine de voir sa prire inexauce l'avenir1 de se conformer aux rgles tablies par les prtres2 mais il y a un accommodement4 ,note #dh3 ,phnicie1 dans la ,grande ,encyclopdie4 ,dans le ,journal indit d'un pasteur calviniste1 je relve souvent ces cris3 ,jsus1 rappelle-toi tes promesses6444 ,tu m'as dit1 en #ahcf1 que tu serais toujours avec moi444 ,o ,jsus1 en #ahcf1 dans cette galerie1 seul1 en prire1 tu me promis de me tenir par la main1 de m'accompagner1 de me soutenir jusqu' la mort444 ,il cite son ,dieu les dates o cette promesse a t tenue3 le #bc novembre #ahcg1 chez ,mme de ,n9999991 ,wahern en #ahdj1 ,genve1 en #ahdb1 etc42 et il dit trs franchement son divin contractant3 ,tu as tenu ta parole depuis trente-quatre ans1 je n'en pourrais dire autant1 sans doute1 je suis un pcheur1 mais je compte sur ta bont4 ,c'est l'appel la bont des dieux qui fait l'originalit de ces sortes de contrats4 ,il faut bien que les hommes1 s'ils ont la notion abstraite de la bont1 la situent quelque part2 cela ne peut tre en eux-mmes1 lches1 cruels et parjures3 ,dieu est fait de ce qu'il y a de moins humain dans l'homme4 ,le contrat est l'essence des religions4 ,il s'applique toutes indiffremment et les explique toutes4 ,un bon trait du contrat religieux serait un livre indispensable pour l'tude de la psychologie humaine1 en mme temps qu'il fonderait l'histoire scientifique de la religion1 qui est encore peine pressentie4 ,la religion romaine tait donc base sur le contrat2 quand elle s'agrgea le christianisme1 secte moraliste sans avenir populaire1 elle consentit quelques modifications scripturaires dans le libell des formules4 ,le ,,mercurio ,,et ,,minervae ,,diis ,,tvtelarib4 est devenu1 dans la suite des temps1 ,,maria ,,et ,,francisce ,,tvtelares ,,mei et c'est un des changements les plus importants qui aient signal le passage du paganisme au catholicisme4 ,on s'est amus rdiger les fastes du christianisme d'aprs les oeuvres oratoires et de parade des thologiens3 et ainsi on a obtenu l'histoire de l'volution de l'ide religieuse dans les cerveaux1 relativement suprieurs1 des matres du peuple2 mais l'histoire de la religion populaire serait bien diffrente1 et c'est la seule qui compte1 puisque la religion est un besoin enfantin1 puisque les crances religieuses des matres du peuple ont finalement abouti au scepticisme cartsien4 ,si l'on entreprenait une vritable histoire du catholicisme romain1 d'abord on ne tiendrait nul compte de la rforme1 qui n'est qu'un arrt de dveloppement ou une rgression2 le protestantisme trouverait place dans l'histoire de la philosophie1 o il forme le parti ractionnaire1 bien plus que dans l'histoire de la religion dont il a dform les vrais principes2 cette question carte1 on remonterait aux plus anciennes religions connues dont le romanisme peut rclamer l'hritage1 jusqu'aux ,phniciens1 jusqu'aux gyptiens et1 et l1 trs loin1 jusqu'au coeur des plus vieilles superstitions asiatiques4 ,en suivant les mtamorphoses des croyances1 on devrait parler de ,jsus1 sans doute1 mais pas plus que de ,bacchus1 d',isis ou de ,mithra3 il y a autant que de christianisme1 du bacchisme1 del'isiacisme et du mithriacisme dans le catholicisme populaire1 tout cela greff ingnument sur l'arbre aux nobles branches du vieux ,panthon romain4 ,comme nous avons reu la langue1 nous avons reu la religion du ,latium2 c'est au del de l',empire romain1 et seulement au del1 que le ,christianisme juif a pu s'tablir et vivre4 ,les pays aujourd'hui protestants ont toujours t chrtiens2 les pays aujourd'hui catholiques ont toujours t romains ou grco-romains2 un atlas historique rend trs sensible cette vrit mconnue4 ,,ii ,au temps de ,tibre1 on pouvait encore inventer une morale1 on ne pouvait plus inventer une religion4 ,celles qui existaient1 en ,occident ou en ,orient1 dpassaient en beaut et en richesse toutes les imaginations qui pouvaient fermenter dans la tte d'un prophte juif ou d'un romancier grco-latin4 ,ni ,jsus ne fonda une religion1 ni ,philostrate4 ,mithra venait d',orient avec un dogme complet4 ,bacchus et ,isis attiraient eux1 avec d'immenses troupes de croyants1 toutes les superstitions parses sur des terres ravages et durement laboures4 ,il y a un mollusque qui ne peut devenir un coquillage qu'en s'attribuant une carapace abandonne2 le christianisme devint une religion en s'introduisant dans le paganisme mythologique1 dont la vieillesse avait affaibli les organes intrieurs4 ,un aptre1 vtu1 comme un philosophe1 d'une robe de hasard et tous ses poils flottant comme sous un vent prophtique1 entrait dans un temple et rebaptisait le dieu sculaire4 ,mars devenait ,martine1 sans que le peuple1 habitu aux nouveauts religieuses1 manifestt un grand tonnement4 ,tant de statues surabondantes gisaient dans les villas dvastes par les guerres2 on rigeait la femme sur le socle d'o le dieu tombait1 ayant trop vcu2 une inscription nous assure de la mtamorphose ingnue3 ,martirii gestans virgo ,martina coronam ,ejecto hinc ,martis numine templa tenet4 ,la guerre est entre les dieux1 mais non entre les religions2 il n'y a qu'une religion1 elle se rajeunit4 ,parfois des aptres plus instruits de l'vangile ordonnaient la destruction des temples1 l'anantissement des dieux1 mais le peuple alors se rvoltait et la religion ancienne se perptuait dans les forts1 dans les grottes4 ,plus tard1 ces brutalits vangliques engendrrent la sorcellerie1 un culte secret devenant ncessairement orgiaque et malfaisant4 ,a ,paris1 de nos jours1 quand la religion baisse1 la somnambule gagne2 la libre-pense1 pour le peuple1 c'est le tarot et le marc de caf4 ,on dplace la superstition1 on ne la dtruit pas4 ,en ses instructions au moine ,augustin1 ,grgoire le ,grand se prononce fermement contre toute dmolition inutile3 ,ne pas renverser les temples1 niais seulement les idoles2 si les temples sont solides1 les utiliser4 ,quelle leon pour les faux idalistes que l'esprit pratique d'un pape qui sait ce que cote la maonnerie et qui sait aussi que le peuple1 heureux qu'on lui embellisse ses glises1 ne souffre pas volontiers les dmolisseurs4 ,grgoire cependant contredisait ,dieu qui a dit3 ,dtruisez1 dmolissez1 brisez1 brlez1 ravagez2 pulvrisez les statues1 rasez les temples2 le fer1 le feu et le sang6#di ,mais1 pape romain1 il est ncessairement suprieur un dieu barbare4 ,il est civilis4 ,c'est pour avoir pris la lettre les commandements de cette idole asiatique que les tristes protestants allumrent tant d'incendies en ,france et en ,allemagne4 ,l'auteur des ,conformits les loue de leur rage destructrice et il n'a sa disposition que trop de textes de pres de l'glise pour corroborer son fanatisme4 ,note #di3 ,exode1 ,,xxxiv1 #bc2 ,deut41 ,,xii1 #b1 #c4 ,le peuple n'est pas destructeur4 ,il n'en a pas les moyens1 pas plus qu'il n'a ceux de construire2 son rle est de conserver1 et il s'en est acquitt au cours des sicles avec un zle admirable1 malgr ses prtres4 ,on pourrait reconstituer la vieille religion romaine avec ce que la pit populaire d'aujourd'hui en a conserv4 ,dans une prcdente tude#ej1 on a donn quelques exemples de la continuit religieuse4 ,note #ej3 ,voir page #adb4 ,en voici d'autres1 qui ne sont pas sans intrt4 ,s'ils sont offerts sans coordination rigoureuse1 c'est qu'il ne s'agit ici que de notes introductives et d'un appel aux rudits plutt que d'un travail d'rudition4 ,les ,romains vnraient ,spiniensis1 qui protgeait leurs champs contre les pines1 les chardons1 toutes les mauvaises herbes aigus1 nfastes aux troupeaux#ea2 nous avons1 pour le mme office1 ,n4-,d4 du ,chardon1 ,n4-,d4 de l'pine que les paysans saluent en revenant du labour et que les femmes1 le dimanche1 parfument de bouquets4 ,spiniensis est champtre2 il est vicinal4 ,les voyageurs mal renseigns lui demandent leur chemin et qu'il carte les voleurs4 ,mais c'est ,trivia et ses obscurs auxiliaires que reviennent lgitimement ces soins particuliers4 ,on trouvait leurs images encastres dans les troncs vnrables des vieux chnes1 peu prs semblables ces vierges dolentes que l'corce ravive enserre dans une gaine vivante4 ,les dieux vicinaux1 dii semitales1 accueillent les prires des voyageurs et agrent les ex-voto du retour4 ,on pend aux branches de l'arbre le bton1 les sandales1 ou la bourse 7vide7 qu'ils ont prserve des bandits4 ,avant de partir1 on avait puis la source voisine un vase d'eau bnite 7lustrale7 dont on s'aspergeait pieusement2 et le voyage accompli1 c'tait encore la mme crmonie4 ,ce que l'on avait promis l'idole1 elle l'exigeait4 ,le voeu tait sacr3 solvere vota1 payer le prix convenu au contrat4 ,si ce prix1 comme encore aujourd'hui1 allait aux prtres1 parasites de ces asiles1 cela semblait juste2 avec l'argent des voeux1 les prtres1 du moins1 entretiennent la fracheur des idoles et les nourrissent de prires et d'encens4 ,mais on retrouve enfouis par la pit sacerdotale des trsors sacrs4 ,le prtre est trop crdule pour n'tre qu'un exploiteur2 il craint son dieu autant qu'il se fait1 lui1 craindre du fidle4 ,note #ea3 ,everardus ,otto1 ,de ,diis vialibus4 ,magdebourg1 #agad4 ,,xxxi1 #a4 ,les parapets des anciens ponts taient somms au-dessus de chaque pilier1 ou vers le milieu seulement1 de la statue du protecteur1 trs souvent une vierge4 ,ammien ,marcellin dcrit ces images en un latin si vert et si vivant qu'on croit lire une langue moderne#eb3 ,quales in commarginandis pontibus effigiati dolantur incomte in hominum figuras4 ,les ponts d'aujourd'hui s'ornent de telles figures1 mais ridicules1 mme si elles taient trs belles1 parce qu'elles n'ont plus de signification4 ,l'art est oblig d'tre utile1 quand il veut tre populaire4 ,les gens s'arrtaient un instant devant ces simulacres ou les saluaient en passant1 ainsi que font encore les paysans qui rencontrent un calvaire ou une ,vierge4 ,comme presque toujours les voyageurs pieux1 dit ,apule1 au dbut de ses ,florides1 s'ils rencontrent sur leur route quelque bois sacr ou quelque lieu saint1 se mettent en prires1 dposent un ex-voto1 s'arrtent un instant4441 et parmi les motifs de ces sanctuaires il cite le truncus dolamine effigiatus et l'autel champtre enguirland que rappellent singulirement les grossires bonnes vierges noires parmi les fleurs fraches4 ,c'est la ,diane des chemins1 ,trivia1 que ,marie a succd le plus souvent2 et on se demande si la vieille idole fut partout renverse1 si tout l'effort contre la superstition du peuple aboutit plus qu'un changement de nom8 ,mais si le nom fut chang les attributs demeurrent et les surnoms et les offices2 ,diana servatrix devient tout naturellement ,notre-,dame de ,bon-,secours1 ou de ,recouvrance1 et ,diana redux c'est ,n4-,d4 des ,flots1 celle qui assure contre le pril des longs voyages4 ,note #eb3 ,,xxxi1 ,i4 ,parmi les autres dieux vicinaux1 l'un des plus aims tait ,silvanus4 ,les inscriptions en son honneur sont fort nombreuses4 ,on le qualifiait volontiers de sanctus et il tait le matre des ,lares3 ,,silvano ,,sancto4 ,,sacro ,,larum4 ,c,,sari ,c'tait un saint tout fait4 ,il passa directement sur les autels chrtiens sous ce nom de saint ,silvain que lui donnait dj la pit populaire4 ,mais ,priape1 trop compromis1 dut changer de nom2 il prit celui de ,sanctus ,vitus1 afin que les chrtiennes pussent invoquer sans rougir le dieu pour qui les femmes eurent toujours une particulire dvotion4 ,ainsi1 en quelques sicles1 la religion de la virginit et de la pudeur en tait arrive1 sous la pression du peuple1 tolrer sur ses autels le matre des luxures1 exemple amusant de la puissance naturelle de la vie6 ,mais il ne faut pas s'y mprendre2 canonis1 ,priape devint fort dcent et enfin matrimonial4 ,il ne dnoue plus l'aiguillette qu'au profit de la fcondit2 le dmon travaille peupler le paradis et donner aux anges des frres#ec4 ,note #ec3 ,cf4 ,g4,h4 ,nieupoort1 ,rituum qui olim ap4 ,roman4 obtinuerunt ,liber2 ,trves1 #agbc4 ,chaque maladie a son gurisseur et chaque mtier a son protecteur4 ,arnobe et ,s4 ,augustin raillent l'humilit de ces dieux qui consentent de si bas offices2 ils ne railleraient plus1 apologistes du prsent sicle4 ,ce qu'ils ont ha rgne1 au nom mme et sous l'gide du ,dieu qui inspirait leur satire4 ,dieux gurisseurs ,saints gurisseurs ,priape ,strilit ,s4 ,vitus devenu ,impuissance ,s4 ,gui1 ,s4 ,guignolet ,s4 ,paterne4 ,strenua ,faiblesse ,s4 ,fort4 ,apollon ,peste ,s4 ,roch4 ,s4 ,sbastien4 ,hercule ,epilepsie 7 ,s4 ,valentin4 ,junon ,lucine ,douleurs de l'enfantement ,ste ,marguerite4 ,vibillia fait retrouver leur ,s4 ,antoine de chemin aux ,padoue fait retrouver voyageurs gars4 les objets perdus4 ,hippona1 ou ,epopona ,maladies des chevaux ,s4 ,georges4 ,s4 ,eloi4 ,cette liste n'est qu'une amorce4 ,on en continuerait longtemps le paralllisme1 avec plus ou moins de prcision4 ,a ,febris1 qui loignait la fivre2 ,rubigus1 qui prservait les bls de la rouille2 ,stercutius1 qui donnait sa valeur au fumier2 ,orbona1 qui protgeait les orphelins1 on opposerait une magnifique liste d'analogues jeux de mots1 car3 ,s4 ,bonaventure gurit du mal d'aventure4 ,s4 ,lger -- de l'embonpoint4 ,s4 ,ouen -- de la surdit4 ,s4 ,claude -- les clops4 ,s4 ,cloud -- des clous et boutons4 ,s4 ,boniface -- de la maigreur4 ,s4 ,atourni -- des tourdissements4 ,ste ,claire ,s4 ,clair ,ste ,luce des maux d'yeux4 ,ste ,flaminie de ,clairmont ,s4 ,genou -- de la goutte4 ,dans le symbolisme#ed1 saint ,georges et son dragon figurent ,hercule et l',hydre2 ,apollon porte-lyre revit en sainte ,ccile1 en saint ,genest2 ,bacchus1 en ,s4 ,vincent2 ,vulcain1 en ,s4 ,eloi2 ,mithra1 en ,n4-,d4 des ,sept ,douleurs2 ,jupiter ,ammon1 dans le ,moyse cornu4 ,comme ,diane protgeait phse2 ,minerve1 ,athnes2 ,vnus1 ,chypre2 ,sainte ligie protge ,anvers2 ,s4 ,marc1 ,venise2 ,s4 ,wenceslas1 la ,bohme4 ,mme race1 mme psychologie1 mme religion2 cela est invincible4 ,au temps de la ferveur rpublicaine1 on offrit des bouquets la ,marianne de la place de la ,rpublique2 pour exister dans l'me du peuple1 elle avait d se diviniser4 ,note #ed3 ,sur cette question ,m4 ,gaidoz1 directeur de ,mlusine1 est l'homme du monde le mieux document4 ,beaucoup de sanctuaires romains sont d'anciens temples paens qui1 dans leurs noms nouveaux1 laissent lire leur gnalogie#ee3 ,temples ,eglises ,jupiter ,feretrius ,in ,ara ,coeli4 ,la ,bonne ,desse ,ste-,marie ,aventine4 ,apollon ,capitolin ,ste-,marie du ,capitole4 ,isis 7au cirque de ,flaminius7 ,sancta ,maria in ,equirio4 ,minerve ,ste-,marie sur la ,minerve ,vesta ,n4-,d4 du ,soleil4 ,romulus et ,remus ,s4 ,cme et ,s4 ,damien ,note #ee3 ,il y a des renseignements l-dessus1 mais pas toujours trs srs1 dans la ,lettre crite de ,rome1 de ,conyers ,middleton ,amsterdam1 #agfd4 ,les chaires en marbre de certaines glises de ,rome sont des baignoires qui viennent de ,diocltien2 dans la cathdrale de ,naples1 les fonts baptismaux ne sont autre chose qu'une ancienne cuve de basalte orne de trs beaux bas-reliefs o se lit l'histoire de ,bacchus#ef4 ,prs de ,monteleone1 une ,ariane mutile1 dresse prs d'une fontaine1 est vnre sous le vocable de ,santa ,venere#eg2 les femmes invoquent son secours en de certaines circonstances que le rvrend n'ose prciser1 mais qui doivent tre la fois la strilit et les peines de coeur4 ,dans le voisinage il y a un havre appel ,porto ,santa ,venere4 ,la plus ancienne glise btie ,naples remplaa un temple ddi ,artemis2 c'est la ,madone qui assuma toute la dvotion antique2 comme ,pausilippe1 o elle succda ,vnus ,euplua1 nom qui correspond exactement ,n4-,d4 des ,flots4 ,note #ef3 ,paganism in the ,roman ,church1 by the ,rev4 ,th4 ,trede1 pastor of the evangelical church of ,naples 7,the ,open ,court1 ,june #ahii74 ,ce rvrend continue1 mais avec une bonne humeur ironique et attriste1 le travail des ,conformits4 ,on ne saurait trop encourager ces sortes de travaux2 dirigs contre le romanisme populaire1 ils en sont la plus utile et la plus belle apologie4 ,nous utilisons la charmante tude de ,m4 ,trede4 ,divinis par ,adrien pour qui il tait mort1 ,antinous fut gratifi ,naples d'un temple devenu populaire2 ,s4 ,jean-,baptiste1 mort aussi pour son matre1 a pris la place du favori de l'empereur4 ,ce seul exemple suffirait prouver quel point l'ide religieuse et l'ide morale sont des conceptions opposes2 elles sont souvent contradictoires4 ,le temple d',auguste ,terracine est devenu avec une dlicieuse facilit l'glise ,s4 ,csare4 ,a ,marsala1 l'auteur de l',apocalypse1 prdestin ce rle1 rend les oracles au fond de l'antre d'une ancienne sibylle1 et vraiment ici la navet confine l'pigramme4 ,a ,monte ,gargano1 c'est ,s4 ,michel ,note #eg3 ,cf4 ,sainte ,venise1 et voyez page #adb du prsent ouvrage4 qui s'est substitu ,calchas dans le mme office4 ,le ,mont ,cassin jadis frquent par ,apollon ,python sert maintenant de retraite ,s4 ,martin1 autre tueur de monstres4 ,a ,meta1 une ,vierge gurisseuse continue au peuple les soins qu'il recevait jadis de ,minerva ,medica4 ,en gnral1 comme l'a dmontr ,m4 ,marignan#eh1 les plerinages aux tombeaux des saints sont la continuation directe des pratiques du culte d',esculape2 mais par la force du principe d'utilit1 sans lequel aucune religion ne peut vivre1 bien d'autres dieux qu',esculape furent gurisseurs et1 d'autre part1 c'est la ,vierge ,marie qui1 trs frquemment1 a succd ces divinits bienveillantes3 ainsi encore ,cos1 o le peuple a retrouv avec joie en une ,n4-,d4 du ,perptuel-,secours1 la piti des ,asclpiades#ei4 ,note #eh3 ,la ,mdecine dans l'glise au ,v,ie sicle2 ,paris1 ,picard1 #ahhg4 ,note #ei3 ,cf4 la prface des ,mimes d',hrondas1 trad4 de ,p4 ,quillard2 ,paris1 ,mercure de ,france1 #aijj4 ,il y avait1 au sommet du mont ,vergine1 prs de ,naples1 un sanctuaire clbre de la ,bonne ,desse2 c'est encore la ,vierge qui reoit les cinquante mille plerins qui gravissent tous les ans la ,pentecte la colline sacre4 ,sur le golfe de ,tarente1 il y avait dans les pays anciens un temple ddi ,hra1 clbre parmi toute la colonie grecque qui y venait en plerinage1 s'y rpandait en processions4 ,sous les ,romains1 ,hro devint ,juno ,lucina et au ,ve sicle l'vque ,lucifer transforma ,junon en ,marie4 ,les ,sarrasins abolirent ce que les chrtiens avaient respect4 ,mais ,aphrodite rgne encore au mont ,eryx1 toujours plein de colombes1 toujours sacres2 elle a pris un nom de madone1 il est vrai2 les desses elles-mmes doivent pour rester femmes et belles1 se plier la mode4 ,on a donn tous ces dtails pour fixer les ides et pour faire rflchir4 ,ils valent bien une dissertation mthodique4 ,comme il s'agit d'insinuer et non de prouver1 besogne infrieure1 on n'a pas le dessein d'insister ni confrer les crmoniaux1 les moeurs1 les usages1 ni de rappeler par exemple que la coutume d'injurier les saints est une tradition paenne1 et qu'on honorait ainsi ,dmter et1 ,rhodes1 ,hracls1 et que le cardinal ,bellarmin#fj constate que de son temps les fidles ne craignaient pas de conspuer la ,sainte ,vierge1 et blasphemando meretricem appellare non timent4 ,les parallles se gtent quand on multiplie les dtails et les points de comparaison4 ,cela donne au scepticisme le temps de se retourner et de prparer ses arguments4 ,note #fj3 ,trait de l'art de bien mourir1 t4 ,,iii4 ,comme les langues1 les religions se sont systmatises et localises1 selon une logique que la science peut analyser1 mais qu'elle ne peut ni rformer1 ni diriger4 ,tout pays o le christianisme s'est ent sur la barbarie a une tendance au protestantisme2 ,tout pays o le christianisme s'est ent sur le romanisme a une tendance au catholicisme4 ,l l'vangile n'a pas trouv de contre-poids dans une civilisation antrieure2 ici1 il a t rsorb par une civilisation puissante4 ,que l'on consulte une carte d',europe4 ,cette thorie n'y est contredite que par l'existence de quelques lots2 mais nul doute que les histoires particulires ne les fassent rentrer dans l'explication gnrale4 ,on comprendrait de mme la sparation de l',orient en catholicisme grec et en religion orthodoxe1 celle-ci n'tant tout au fond qu'un protestantisme sectaire toujours bouillonnant1 toujours prt enfoncer la porte de l'autorit4 ,le catholicisme grec s'est propag en pays de domination romaine ou byzantine2 la religion orthodoxe s'est implante chez des barbares4 ,la ,france1 qui n'est pas une terre latine1 est une terre romanise2 elle ne peut garder son originalit qu'en demeurant catholique1 c'est--dire paenne et romaine1 c'est--dire anti-protestante4 ,mais elle ne peut pas plus devenir protestante qu'elle ne peut devenir anglaise ou turque4 ,c'est l un tat de fait invincible et ironique contre lequel se buteront ternellement les convertisseurs4 ,il faut railler leurs efforts1 opposer imprieusement aux fumes de leur morale lourde l'clat d'un paganisme qui se rit de tout1 except de la vie4 ,si on nglige les formes passagres et locales1 on peut dire qu'il n'y a jamais eu qu'une religion1 la religion populaire1 ternelle et immuable comme le sentiment humain lui-mme4 ,ce qui s'est modifi1 c'est l'esprit religieux1 c'est--dire la manire d'interprter ou de nier les symboles2 mais ceci se passe en des ttes qui vraiment n'ont pas besoin de religion1 puisqu'elles discutent4 ,la vraie religion est matire croyance et non controverses4 ,elle est matire expriences1 mais non dmonstrations historiques ou philosophiques4 ,des plerins boiteux ont-ils1 oui ou non1 laiss leurs bquilles phse ou ,lourdes8 ,voil la question1 qui n'en fut pas une pour les tmoins oculaires4 ,toute ide de vrit doit tre carte des tudes religieuses1 et mme de vrit relative4 ,une religion est utile et elle vit2 inutile1 et elle meurt4 ,la vraie religion est une forme de la thrapeutique2 mais elle va plus loin et gurit des maux plus obscurs et avec des moyens plus nafs que la mdecine naturelle4 ,elle gurit mme la vague inquitude spirituelle des mes simples2 et cela est trs beau4 ,tous les moyens lui sont bons1 soit2 mais ce qui est utile un homme sans nuire aux autres hommes n'est jamais mauvais4 ,railler la superstition religieuse ou la maudire1 c'est avouer que l'on fait partie d'une secte1 au moins secrte4 ,a une certaine hauteur au-dessus des psychologies moyennes on regarde comme des faits du mme ordre le ,pater ,noster et l',oraison ,sainte ,apolline contre le mal de dents4 ,ds qu'il y a croyance1 il y a superstition4 ,il faut s'accommoder de cela et ne pas essayer de limiter l'absurde4 ,quand ,luther1 aprs avoir consult les saintes critures1 dclare qu'il n'y a que trois sacrements1 il parle en pauvre homme4 ,il compte les cailloux que le ,petit ,poucet avait dans sa poche et suppute s'ils taient de granit ou de pierre meulire4 ,la rose qui parle est-elle th ou mousse8 ,c'est des problmes de cette importance que se rapportent toutes les batailles religieuses2 ou de quels joyaux tait l'aigrette de la ,huppe8 ,le catholicisme populaire a regagn dans le champ bariol de la superstition tout le terrain qu'il avait cd au rationalisme sous l'influence triste de la ,rforme4 ,toute une mythologie fleurit sous nos yeux2 elle n'a pas reu de la posie le prestige des lgendes grecques2 mais elle n'en est que meilleure pour la science1 tant moins dforme4 ,il serait1 je crois1 plus sens de l'tudier que d'en rire4 ,rit-on de l'absurdit des inexplicables travaux d',hercule8 ,on a rdig sur la gense des dieux triples d'excellentes dissertations1 mais sans prendre garde que depuis soixante ans1 et moins1 une et peut-tre deux trinits nouvelles1 enchevtres les unes dans les autres1 taient nes sous nos yeux1 et cela l'insu mme de ceux qui les ont cres par le zle inquiet de leur pit4 ,de nouveaux saints1 de nouveaux dieux1 sont sortis de l'ombre sans qu'y aient pris garde ceux qui dissertent de l'origine des divinits4 ,et cependant le prsent explique merveilleusement le pass2 ce qui n'est pas mystrieux aujourd'hui ne le fut pas jadis2 ce qui n'est qu'un fait lmentaire de psychologie ne fut pas davantage aux sicles antrieurs4 ,on n'a encore jamais enseign aux hommes vivre dans le prsent1 d'ailleurs ils y rpugnent4 ,les uns s'en vont vers le pass1 o il y a du moins des lumires2 les autres se tournent1 ternels bahis1 vers l'avenir1 ce ciel ironique4 ,ayant tabli ce qu'ils appellent les lois de l'histoire1 et ce qui n'est1 en somme1 que la coordination logique de leurs dsirs1 des rveurs ordonnent avec gravit le lendemain des jours qu'ils auront oubli de vivre4 ,comme s'il y avait un avenir6 ,comme si le futur pouvait tre peru en tant que futur1 comme si la vie se ralisait jamais en dehors du prsent1 de la minute mme o la sensation nous avertit de notre existence6 ,on a fait des livres sur la religion et mme sur l'irrligion de l'avenir4 ,ce sont des productions gaies4 ,vers les annes o ,cicron prvoyait un avenir de science et de philosophie1 de libert intellectuelle1 il naissait en ,jude1 parmi les copeaux d'une cabane1 un paysan nomm ,joseph4 ,l'avenir n'est pas plus clair pour nous qu'il ne l'tait pour ,cicron au temps qu'il se riait des ,augures4 ,mai #aijj ,,vi ,,la ,,morale ,,de ,l',,amour ,i ,quelques mdecins ont propos trs srieusement1 au nom de la science1 au nom de la vertu1 au nom du bien social 7car les ides vivent dornavant dans la promiscuit la plus triste71 de considrer comme un dlit tout acte sexuel perptr en dehors du mariage4 ,c'est le dsir de ,m4 ,ribbing#fa1 entre autres1 et le dsir de ,m4 ,fr1 auteurs tous les deux de dissertations plutt provocatrices4 ,les ouvrages de ces minents docteurs de l'amour ont remplac dans les lectures secrtes les suranns manuels des confesseurs et les piquantes dissertations in sexto qui charmrent tant de collgiens2 ils ont mme chass du tiroir1 tel est le prestige de la science6 les petits livres grivois qui firent la fortune et la rputation de la ,belgique4 ,et pourtant qu'ils sont mdiocres1 ces professeurs de sexualit1 peine moins qu'un ,meursius6 ,j'ai lu presque tous ces livres 7oh6 que la chair est triste7 et je n'en ai pas rencontr un seul qui m'apprt quelque chose de nouveau1 quelque chose qu'ignorerait un homme qui a vcu et qui a regard la vie des autres hommes4 ,il y a quelques annes1 on poursuivit devant les tribunaux le travail d'un certain docteur ,moll1 qui avait trait ce sujet galant1 les perversions de l'instinct sexuel1 et cela parut ridicule1 car les plus fortes rvlations du savant homme taient dj dans ,tardieu1 et avant ,tardieu dans ,liguori1 et avant ,liguori dans ,martial et dans les ,priapes1 et ainsi de suite jusqu'au commencement du monde4 ,si1 aux derniers sicles1 la littrature grave est peu abondante sur ces matires1 rserves l'arrire-boutique des libraires vous la place de ,grve1 c'est qu'on savait le latin et que l'antiquit subvenait aux curiosits2 c'est aussi que la sodomie tait tenue pour un crime capital et que le saphisme1 au contraire1 semblait nos anctres indulgents le passe-temps naturel des filles sages4 ,au ,x,v,i,ie sicle1 il tait avou et entr dans la galanterie des prcieuses4 ,il faut la grossiret provinciale de la ,palatine pour injurier ce propos la vertueuse ,maintenon4 ,on appelait cela un commerce innocent1 et de tels jeux on raillait la joie imparfaite#fb1 et les secrtaires des demoiselles donnent pour ces petites intrigues des modles d'ptres amoureuses4 ,notre civilisation1 en devenant dmocratique1 s'est mise tout prendre au srieux2 le monde fut guid par des parvenus intellectuels qui se prirent trembler devant le catchisme que les aristocraties de jadis faisaient enseigner au peuple par leurs domestiques4 ,c'est ainsi qu'il s'est form une morale sexuelle et qu'on est amen traiter srieusement1 puisqu'il faut tenir compte de l'opinion1 des questions que l'humanit a depuis longtemps rsolues son profit4 ,note #fa3 ,l',hygine sexuelle et ses consquences morales1 p4 #bae4 ,note #fb3 ,sur deux filles couches ensemble1 l'une faisant le garon et parlant sa compagne4 ,cette pice se trouve dans plusieurs ,recueils du temps4 ,la sobrit1 dit ,la ,rochefoucauld1 est l'amour de la sant et l'impuissance de manger beaucoup4 ,la chastet se dfinit par les mmes mots1 hormis l'avant-dernier1 auquel on substituera un terme moins honnte4 ,et on devrait peut-tre en rester l et s'amuser varier l'infini les nuances relatives d'une maxime dittique qui aurait fond une nouvelle philosophie1 si les hommes savaient lire4 ,elle s'adapte aux vertus qui ne sont que passives1 et1 renverse1 toutes les autres2 car il y a un impratif physiologique et nous n'avons de moyen de lui rsister que dans la faiblesse des organes qu'il doit mettre en jeu pour se faire obir4 ,cette faiblesse est un signe de dcadence organique2 l'impuissance de manger beaucoup peut aller jusqu' l'incapacit de se nourrir2 c'est la dite1 c'est la continence4 ,on s'imagine gnralement que les hommes chastes exercent sur leurs dsirs une perptuelle tyrannie2 la continence du clerg est pour les femmes l'exemple d'un martyre incessant4 ,les femmes se trompent2 non pas qu'elles estiment trop les plaisirs dont elles disposent2 mais1 et cela ne leur est pas particulier1 elles prennent ici la cause pour l'effet2 elles renversent les termes tels qu'ils se posent dans le thme d'une bonne logique4 ,l'homme qui1 de son plein gr1 se voue la continence1 c'est qu'il est glac4 ,voil la vrit4 ,et la femme qui entre volontairement dans un couvent1 elle affirme la nullit de ses dsirs charnels4 ,leur chastet est un tat physiologique et qui1 en gnral1 ne comporte pas plus l'ide de vertu que1 chez un vieillard1 la frigidit4 ,il y a ou il n'y a pas dsir et1 hors les cas o il n'est que morbide1 le dsir se rsout en acte4 ,cela est particulirement imprieux dans la sexualit2 l'vacuation est fatale4 ,m4 ,fr1 qui n'est pourtant mu par aucune ide religieuse1 parle ici comme un bon vieux thologien3 ,pour l'individu continent1 les pollutions nocturnes constituent une sauvegarde contre la turbulence sexuelle#fc4 ,cela1 c'est la contrepartie de l'ostentation vertueuse ou de la vertu force2 la vertu physiologique1 celle qui est la consquence lgitime de la faiblesse des organes1 s'pargne du moins de telles sauvegardes4 ,on n'agit dcemment qu'en conformit avec sa propre nature2 les gens qui veulent agir ou ne pas agir d'aprs les ordres d'une morale extrieure leur vrit personnelle finissent1 ,dieu aidant1 dans les compromis les plus saugrenus4 ,il nous reste nous demander si1 quand on punira de la prison 7ou1 qui sait1 de la mort1 car aux grands maux les grands remdes7 les actes sexuels extra conjugaux1 il sera permis de se complaire avec le succube4 ,c'est une question que traitent trs srieusement les casuistes1 et quelques-uns sont indulgents aux plaisirs qui nous viennent en songe4 ,note #fc3 ,l',instinct sexuel2 volution et dissolution1 p4 #cja4 ,la science1 qui ne devrait tre que la constatation des faits et la recherche des causes1 en est arrive1 par impuissance de faire son devoir1 la priode lgislatrice4 ,l'amour libre engendre des maux vidents et que nul ne dnie3 une loi contre l'amour2 l'alcool est nfaste3 une loi contre l'alcool2 l'opium1 l'ther nous menacent1 ou peut-tre le kif3 une loi contre ces drogues4 ,et pourquoi pas aussi contre le gibier1 les truffes et le bourgogne1 si cruels certains tempraments8 ,et pourquoi enfin l'hygine ne serait-elle pas codifie comme la morale8 ,ne rationne-t-on point les animaux domestiques8 ,parmi les paradoxes de ,campanella1 qui n'ont pas t dpasss1 ni atteints1 mme par la science sexuelle1 on trouve ceci3 qu'il est absurde de donner tant de soins l'amlioration de la race des chiens et des chevaux1 quand on nglige sa propre race4 ,saint ,thomas d',aquin1 dont les socialistes reprennent ingnieusement les ides1 pensait aussi que1 la gnration tant faite pour conserver l'espce1 l'acte par quoi elle est assure doit tre soustrait aux caprices particuliers4 ,mais le thologien trouva dans la discipline de l'glise un frein sa logique2 ,campanella qui1 quoique moine et bon moine1 prtend au droit de rdiger des rveries la fois anti-chrtiennes et anti-humaines1 est all jusqu'au bout de la thorie4 ,son organisation de l'amour est pouvantable et curieuse2 elle est moins dure et moins absurde que celle de la tyrannie scientifique3 ,l'ge auquel on peut commencer se livrer au travail de la gnration est fix pour les femmes dix-neuf ans2 pour les hommes vingt et un ans4 ,cette poque est encore recule pour les individus d'un temprament froid2 en revanche1 il est permis plusieurs autres de voir avant cet ge quelques femmes1 mais ils ne peuvent avoir de rapports qu'avec celles qui sont ou striles ou enceintes4 ,cette permission leur est accorde1 de crainte qu'ils ne satisfassent leurs passions par des moyens contre nature2 des matresses matrones et des matres vieillards pourvoient aux besoins charnels de ceux qu'un temprament plus ardent stimule davantage4 ,les jeunes gens confient en secret leurs dsirs ces matres qui savent d'ailleurs les pntrer la fougue que montrent les adultes dans les jeux publics4 ,cependant rien ne peut se faire cet gard sans l'autorisation du magistrat spcialement prpos la gnration1 et qui est un trs habile mdecin dpendant immdiatement du triumvir ,amour444 ,dans les jeux publics1 hommes et femmes paraissent sans aucun vtement1 la manire des ,lacdmoniens1 et les magistrats voient quels sont ceux qui1 par leur conformation1 doivent tre plus ou moins aptes aux unions sexuelles1 et dont les parties se conviennent rciproquement le mieux4 ,c'est aprs s'tre baigns et seulement toutes les trois nuits qu'ils peuvent se livrer l'acte gnrateur4 ,les femmes grandes et belles ne sont unies qu' des hommes grands et bien constitus2 les femmes qui ont de l'embonpoint sont unies des hommes secs2 et celles qui n'en ont pas sont rserves des hommes gras1 pour que leurs divers tempraments se fondent et qu'ils produisent une race bien constitue444 ,l'homme et la femme dorment dans deux cellules spares jusqu' l'heure de l'union2 une matrone vient ouvrir les deux portes l'instant fix4 ,l'astrologue et le mdecin dcident quelle est l'heure la plus propice#fd4 ,l'astrologue donne ce programme rotique un tour naf qui n'est pas sans agrment2 l'astrologue manque au projet de loi de ,m4 ,ribbing1 mais on y verrait sans surprise la matrone1 qui prside dj tant d'unions subreptices4 ,ce serait sa rhabilitation que de tenir dsormais la chandelle conjugale et de donner aux poux1 sur l'avis de la ,facult1 le signal du dpart4 ,note #fd3 ,la ,cit du ,soleil2 trad4 de ,j4 ,rosset1 p4 #aha1 ,oeuvres choisies de ,campanella4 ,paris1 #ahdg4 ,on aurait pu aussi bien citer ,platon1 ,rpublique1 ,v1 que ,campanella suit d'assez prs1 mais avec son originalit propre4 ,platon1 au vrai1 en tout ce chapitre1 n'est pas moins naf que le rveur du ,x,v,i,ie sicle4 ,l'absence de psychologie srieuse1 de sages observations scientifiques1 donne toute cette philosophie politique de jadis un air dcidment enfantin4 ,les esprits politiques de notre temps qu'on appelle avanc1 les collectivistes1 par exemple1 ont cet air enfantin1 cause de leur croyance1 d'origine religieuse1 qu'on peut changer la nature humaine1 en changeant les lois humaines4 ,ils brident le cheval par la queue avec un enttement doux4 ,comme ,platon est suprieur1 aux deux livres ,,viii et ,,ix de cette mme ,rpublique1 o il considre l'histoire pour en tirer une philosophie6 ,l il travaille sur des faits rels et non plus sur des faits crs par sa logique ou celle de ,lycurgue4 ,aim-,martin1 qui aimait si fort ,platon1 a fait du ,platon utopiste le plus cruel loge en disant3 ,qui connat ,platon le retrouve partout dans les crits de ,plutarque1 de ,fnelon1 de ,rousseau1 de ,bernardin de ,saint-,pierre4 ,ces grands hommes444 ,non1 c'est ici le coin des utopistes2 disons3 ces grands enfants4 ,plus heureux que ,platon et que ,campanella1 les lgislateurs modernes de l'amour ouvrent une voie o ils ont1 hlas6 beaucoup de chances d'tre suivis4 ,ils flattent si adroitement la manire tyrannique des dmocraties6 ,il est naturel que si le pouvoir est aux mains des faibles les lois tendent protger la faiblesse4 ,le peuple a une certaine conscience de son incapacit se conduire et il est assez probable qu'il accepterait avec plaisir1 en mme temps qu'une loi qui l'empcherait de se soler1 une loi qui le protgerait contre la syphilis4 ,la tendance moderne est de faire deux parts des liberts humaines2 aprs qu'on aura supprim toutes celles qu'il est possible de supprimer1 les autres subiront une rglementation rigoureuse4 ,sur quoi pourrait s'appuyer une loi contre l'amour8 ,mais1 rpond ,m4 ,fr1 qui philosophe volontiers et pas sans talent1 sur l'utilit prive et publique1 sur l'utilit dans le milieu actuel qui est la morale actuelle4 ,c'est un principe1 cela1 et il commence se rpandre4 ,ne le prenons pas au tragique1 cependant1 car les thories individualistes fournissent pour le dtruire assez d'arguments connus et souvent manis4 ,ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il est n2 ,goethe a daign en rire2 quand ,auguste ,comte en fit la base de son systme social1 un homme d'esprit reconnut aussitt qu'il s'agissait de crer une humanit heureuse avec des hommes dont on aurait dtruit le bonheur individuel4 ,la critique est bonne1 puisqu'elle s'attaque directement l'ide mme4 ,on peut la prciser4 ,,ii ,l'homme est une colonie animale doue d'un systme nerveux central1 d'un centre de conscience et d'action1 au moins illusionnel4 ,la socit est une colonie animale sans systme nerveux central4 ,la conscience d'un peuple1 la conscience de l'humanit3 mtaphores4 ,il s'agit toujours d'une conscience particulire laquelle par imitation s'agrgent les consciences parses2 mais la loi de l'unisson est fort loin d'tre absolue et1 mme plus nergiques ou plus nombreuses1 les divergences qui se taisent ou qui n'ont pas trouv leur organe sont vaincues par un assentiment qui parat unanime4 ,les hommes sont trs souvent dupes des mtaphores qu'ils ont cres eux-mmes4 ,on risque une comparaison1 on la pousse un peu1 une transformation s'opre4 ,paris est devenu le cerveau de la ,france4 ,l'image admise1 et elle n'a rien de fcheux1 voici les artres1 les nerfs1 les muscles1 le squelette1 une personne humaine vivante et vraie1 la ,france1 et nous sommes dupes3 car tous les raisonnements qui agraient notre logique1 appliqus au corps humain1 nous allons les rpter avec innocence sur un tre fictif et qui1 en tant que matire dissection psychologique1 ne peut tre srieusement compar rien4 ,un homme est un homme1 un pays est un pays4 ,si on n'en revient pas l aprs quelques figures1 on n'a fait qu'une excursion ridicule dans la mauvaise littrature#fe4 ,note #fe3 ,la comparaison de l'organisme social au corps humain1 c'est encore du ,platon4 ,il rsume son invention en cette phrase de la ,rpublique1 ,v3 ,nous sommes convenus de ce qui tait le plus grand bien de la socit1 et nous avons compar en ce point une rpublique bien gouverne au corps1 dont tous les membres ressentent en commun le plaisir et la douleur d'un seul membre4 ,cependant si on analyse ces mots1 pays1 nation1 socit1 peuple1 et d'autres1 d'ingale imprcision1 on y trouve toujours pour lment essentiel l'homme2 c'est cet lment1 qui a son importance1 que les sociologues s'appliquent mconnatre4 ,satisfaits du ,gargantua qu'ils ont laborieusement cr1 ils font tenir tous les hommes dans les poches de sa houppelande1 et le monstre les dvore un un1 comme fait des boeufs1 des moutons et des moines le pre de ,pantagruel1 selon les images de ,gustave ,dor4 ,l'homme n'est rien1 c'est vrai2 et il est tout1 tant la condition mme de l'existence du monde4 ,le monde1 qui est cr par lui1 est encore cr pour lui1 et les socits1 o il n'est qu'un atme1 ds qu'elles le froissent1 deviennent hassables et peut-tre caduques4 ,que l'on tienne pour bon ce thorme3 tout ce qui est utile l'abeille est utile la ruche2 et qu'on n'essaie pas d'en renverser les termes1 si l'on ne veut tre tenu pour un simple faiseur de jeux de mots4 ,la sensibilit est dans l'homme et non dans la socit2 il s'agit de moi1 et de moi seul1 mme quand je refuse de me sparer du groupe social4 ,le vritable ciment d'une communaut1 c'est l'gosme2 au moment qu'un homme se fortifie et se grandit1 il assure par cela mme la sant et la puissance de la rpublique4 ,l'ide de sacrifice est parmi les plus perverses qu'ait intronises le christianisme4 ,mise en action elle s'exprime ainsi3 ngation d'un bien connu en faveur d'un bien inconnu4 ,on sait ce que l'on sacrifie et le plaisir dont on se prive2 on ignore la rpercussion vritable de ce sacrifice en autrui et souvent le mal que nous assumons sera pour notre favori un mal plus grand encore4 ,que de femmes1 puisqu'il s'agit d'amour1 auraient d1 pour leur bonheur ternel1 tre violentes1 et combien ont pti de la rserve trop noble de leur amant6 ,et que d'enfants1 et particulirement de jeunes filles chrtiennes leves au biberon du sacrifice1 dont la vie effroyable trane comme une chane un des versets de l'vangile juif6 ,si une socit ne peut vivre sans la notion et la pratique du sacrifice1 je ne sais si elle est mauvaise1 mais elle est absurde4 ,la force a les droits de la force2 elle les outrepasse en jetant travers le monde des aphorismes envelopps de vertu comme des piges cachs sous des feuilles mortes4 ,le sacrifice1 s'il n'est pas un acte spontan d'amour1 s'il est impos par un catchisme ou un code1 est un des crimes les plus rvoltants que l'homme puisse commettre contre lui-mme3 que ce sacrifice soit d'un homme un homme1 ou d'un homme un groupe1 il ne change de caractre que pour s'aggraver4 ,c'est un plaisir encore de renoncer un plaisir pour assurer la joie ou le repos d'un tre que l'on aime2 et c'est un plaisir1 parce que c'est un acte goste2 parce que complaire un autre soi-mme1 c'est se complaire soi-mme4 ,ici nous sommes dans la rgle naturelle et dans la logique de la sensibilit4 ,mais quelle est la valeur de ce renoncement1 si c'est au profit d'un inconnu ou1 ce qui va plus loin1 au profit d'une abstraction1 de l'un des mots du dictionnaire8 ,quelle valeur exacte8 ,celle d'un acte de servitude4 ,les esclavages volontaires sont les pires3 le sacrifice est toujours volontaire1 puisqu'il implique au moins le consentement du martyr4 ,lors donc que l'on demande aux hommes de sacrifier leurs plaisirs personnels la prosprit de la socit1 on leur demande d'agir en esclaves1 de remettre aux lois le gouvernement de leurs sensations1 la direction de leurs gestes1 le maniement gnral de leur sensibilit4 ,nous retrouvons le troupeau avec ses talons privilgis1 ses femelles reproductrices et la troupe des neutres sacrifis1 sous prtexte de bien gnral1 une utilit qui n'a mme plus aucun rapport avec la conservation de l'espce4 ,le droit d'une lgislature mdicale rglementer l'amour pourrait tre trs tendu2 car quelles fantaisies l'utilit sociale n'a-t-elle pas inspires aux ,lycurgues8 ,schopenhauer proposait la castration comme chtiment des criminels4 ,rien de plus scientifique4 ,les mdecins l'imposeraient1 non plus aux seuls dlinquants1 mais tous les tars de l'hrdit3 moyen radical de supprimer en quelques gnrations les diathses transmissibles4 ,voil les boeufs de la prairie sociale3 qu'en fera-t-on1 quand ils seront gras8 ,mais la question ne se pose pas encore4 ,il s'agit seulement1 au nom de l'utilit actuelle1 qui est la morale actuelle1 de rduire l'amour des actes conjugaux1 de faire enfin rgner la loi mosaque dont les hommes ne connaissent pas encore toute la douceur4 ,l'utopiste1 ayant ralis cet effort original1 s'arrte et doute2 non de lui-mme1 mais de la possibilit de raliser son idal4 ,cette faiblesse nous prive de considrations piquantes sur l'tat prsent des moeurs et aussi sur la nature humaine4 ,on y supplera4 ,l'utopiste est un type fort bien connu et que l'on peut dpecer de souvenir4 ,il y a deux manires de vivre3 dans la sensation et dans l'abstraction4 ,l'utopiste1 mme homme de science1 mme excellent observateur de menus faits1 abandonne1 ds qu'il veut gnraliser ses ides1 tout contact avec la ralit4 ,voyant1 par exemple1 que la prostitution svit dans les socits modernes1 il en conclut immdiatement3 la prostitution est un fait social1 et li une certaine forme de la socit4 ,construisez une socit o toutes les filles seront maries dix-huit ans1 il n'y aura plus de prostitues4 ,cette sorte de raisonnement ne manque pas d'lgance4 ,cependant1 si l'on insinuait que la prostitution est un fait humain1 avant d'tre un fait social1 on arriverait sans doute1 par d'analogues dductions1 prouver que toutes les socits1 quelles soient-elles1 et mme ordonnes selon les imaginations les plus scrupuleuses1 contiendront des prostitues1 et toutes en nombre peu prs gal4 ,la prostitution changera de forme sociale selon la forme de la socit1 elle ne changera que de forme4 ,aucunes lois n'empcheront ni une femme bavarde de parler1 ni une femme lascive de chercher des amants4 ,on pourrait objecter que les prostitues ne font pas l'amour par plaisir2 non1 pas au point o elles le pratiquent et sous trop de formes peu plaisantes pour elles2 mais au dbut de sa carrire une prostitue a presque toujours t la victime de son temprament1 de ses curiosits vicieuses1 de son got pour le mle4 ,par quelle magie les utopistes changeront-ils l'ordre des ractions dans un systme nerveux8 ,a moins 7ce que je crois7 qu'ils ne jouent innocemment sur les mots1 ils conviendront1 et c'est d'ailleurs l'opinion de ,m4 ,fr1 que ce qui constitue la prostitution1 ce n'est pas le salaire1 mais la promiscuit4 ,alors le mariage1 appliqu tous les couples1 moins qu'on ne lui accorde une valeur mystrieuse de sacrement en quoi rfrnera-t-il srieusement la promiscuit8 ,le mariage1 mme civil1 a-t-il sur les maladies vnriennes l'effet de l'tole de saint ,hubert8 ,peut-tre cependant les utopistes croient-ils que dans leur utopie le mariage sera respect8 ,cela dpendra de la rigueur de la loi4 ,mais les ,germains appliquaient1 en matire d'adultre1 la peine de mort1 et ils avaient occasion de l'appliquer4 ,parfois des hommes1 mme lches1 prfrent la mort certaines tristesses3 on se suicidera beaucoup dans le paradis des lgislateurs de l'amour4 ,,iii ,quelle est la morale de l'amour8 ,il n'y en a pas1 en dehors des codes et des usages sociaux1 dont les codes1 pour tre sages1 ne doivent tre que la rdaction2 mais dans tous les pays civiliss l'usage social1 en ce qui touche aux manifestations sexuelles1 se confond avec la libert absolue4 ,cette expression1 pays civiliss1 est peut-tre hypothtique3 si elle n'a pas d'application prsente1 puisque nous vivons sous le joug d'une morale ennemie des instincts de notre race1 on se reportera1 pour la comprendre1 la glorieuse priode de l'empire romain1 aux sicles calomnis par les dmagogues chrtiens1 ou de l',italie du ,quattrocento ou de la ,france de ,franois ,ier4 ,l'amour1 mme en ses gestes publics1 est du domaine priv2 et il a tous les droits1 prcisment parce qu'il est un instinct1 et l'instinct par excellence#ff4 ,c'est ce que reconnaissent implicitement mme les moralistes de la science en appelant ainsi leurs crits4 ,qu'il est vain d'insrer1 sous ce titre1 l'instinct sexuel1 des menaces contre la vie1 contre les moyens que choisit son gr pour se perptuer la vie ternelle6 ,oser dire l'instinct qu'il se trompe1 c'est une des prtentions de la raison1 mais peu raisonnable2 la raison n'est l qu'une spectatrice qui compte et catalogue des attitudes que son essence mme lui interdit de comprendre4 ,le peuple1 oui le peuple du ,x,i,xe sicle 7ou du ,x,xe sicle71 qui s'bahit aux clipses et en applaudit le succs#fg1 n'est pas sans croire que la ,science est pour quelque chose dans la belle ordonnance du phnomne4 ,nos dcrets contre l'instinct vital pourraient fort bien faire illusion au peuple de la science1 mais non aux vritables observateurs et dont la sagesse ne veut pas dpasser un rle dj difficile4 ,note #ff3 ,tout le monde connat les vers de ,baudelaire contre ceux qui veulent aux choses de l'amour mler l'honntet4 ,ces vers sont la paraphrase d'un propos hardi de la ,tullia de ,meursius 7,colloquium ,,vii1 ,fescennini73 ,honestatem qui quaerit in voluptate1 tenebras et quaerat in luce4 ,libidini nihil inhonestum444 ,note #fg3 ,des dpches d',espagne nous ont certifi cela4 ,cependant on peut obtenir les dviations4 ,en sparant les sexes et en les tassant dans des lieux clos l'poque de la premire effervescence gnitale1 on obtient coup sr la sodomie et le saphisme4 ,les ,romains cultivaient dj ces tendances dans les couvents de ,vestales et les collges de ,galles2 nous avons singulirement perfectionn leurs institutions avec nos casernes1 nos internats4 ,il est certain que la personne qui choisit de passer exclusivement sa vie avec des personnes de son propre sexe traduit par cela mme des tendances particulires qui doivent tre respectes1 mais est-ce le rle de l'tat de favoriser et mme de faire clore ces vocations1 et sont-ils senss ces moralistes qui1 peut-tre sans mesurer la consquence de leurs dsirs1 demandent des rglementations qui aboutiraient ncessairement au mme rsultat8 ,toute atteinte la libert de l'amour est une protection accorde au vice4 ,quand on barre un fleuve1 il dborde2 quand on comprime une passion1 elle draille4 ,buffon avait une belette qui1 prive de compagnie vivante1 assaillait une femelle empaille4 ,on n'insistera pas sur ce sujet1 par peur d'avoir dmontrer que les milieux sociaux qui affichent une plus grande svrit de moeurs sont prcisment ceux qui sont ravags ou par les perversions ou1 ce qui est beaucoup plus frquent1 par ce que les thologiens appellent doucement mollities4 ,il sera plus propos de rechercher d'o vient la frocit du moralisme moderne contre l'amour1 et d'abord1 car elle n'est le reflet du sentiment public1 quelle cause on peut faire remonter l'origine de cet tat d'esprit4 ,pour les pres de l'glise1 il n'y a pas de milieu entre la virginit et la dbauche2 et le mariage n'est qu'un remedium amoris accord par la bont de ,dieu la turpitude humaine4 ,saint ,paul parle de l'amour avec le mme mpris matrialiste que ,spinoza4 ,ces deux illustres ,juifs ont la mme me4 ,amor est titillatio quaedam concomitante idea causae externae1 dit ,spinoza4 ,saint ,paul avait dsign d'avance le philactre cette dmangeaison1 le mariage4 ,il ne le concde que comme antidote au libertinage2 la dbauche1 1 mot que le latin ecclsiastique fornicatio ne rend que d'une faon quivoque4 entrane au contraire l'ide de prostitution1 et1 en somme1 son difiant conseil se traduisait en franais vulgaire3 mariez-vous2 cela vaut mieux que d'aller voir les filles4 ,voil sur quelle parole se serait fonde la famille nouvelle si l'opulence verbale du catholicisme paen n'avait su entourer de phrases sensuelles la parole brutale de l'aptre juif2 l'glise substitua l'ide de la musique d'alcove du ,cantique des ,cantiques4 ,cependant les moralistes mystiques commentrent l'envi saint ,paul dont ils russirent exagrer encore le mpris pour les oeuvres de vie4 ,le tisseur de tentes en poil de chameau1 et que rien ne prparait la littrature et au sacerdoce1 n'est pas toujours trs prcis4 ,qui n'a t choqu de la comparaison dont il use pour fltrir les raffinements sexuels1 les appelant des pratiques more bestiarum1 alors que le propre de l'animal est prcisment de ne demander la copulation que la satisfaction rapide d'un dsir inconscient4 ,les inversions de l'instinct sont rares chez les animaux en libert et ce n'est que de nos jours qu'on les a observes#fh4 ,l'aptre n'usait donc que d'un de ces grossiers lieux communs qui n'ont mme pas le mrite de renfermer une vieille vrit d'observation4 ,que de fois cependant cette allusion fut-elle rpte par ceux qui feignent de croire que les inventions de l'homme dans la volupt sont mprisables6 ,la franchise de saint ,paul accrue par le ton arrogant de ses commentateurs eut du moins cet heureux rsultat de faire condamner dans leur ensemble1 mais non dans leur dtail1 les pratiques sexuelles4 ,la rgle des mystiques est le tout ou rien2 ils ddaignent les distinctions o devaient plus tard se complaire les casuistes1 en ces curieux traits o ils font preuve1 dfaut de got1 d'une science de bon aloi et puise1 quoique pas toujours1 aux sources de la ralit4 ,de ce ddain il rsulta une certaine libert de moeurs4 ,bien des amusements parurent permis tous ceux qui taient rests dans le sicle2 la littrature du moyen ge tmoigne de cette aisance dans les relations sociales4 ,ds le ,x,i,ie sicle1 la religion n'est plus qu'une tradition formelle dont l'influence est nulle sur la sensibilit2 et l'intelligence elle-mme se dgage du lien thologique1 comme on le saurait si on avait recueilli avec plus de soin les aveux d'incrdulit qui ne sont rares1 ni chez les potes1 ni chez les philosophes scolastiques4 ,l'amour ne s'embarrasse d'aucun prjug1 il suit son dsir1 confiant dans l'innocuit des rapports sexuels4 ,note #fh3 ,il y a un bien intressant chapitre sur ce sujet dans l'ouvrage de ,m4 ,fr4 ,ici on arrive un point dlicat qui n'a jamais t trait et qu'il est d'ailleurs difficile d'aborder3 l'influence de la syphilis sur la morale de l'amour4 ,l'tat de l'humanit en ,europe depuis les temps fabuleux jusqu'aux premires annes du ,x,v,ie sicle correspond ce qu'on appellerait1 en termes d'allgorie1 l'innocence du monde2 de ,christophe ,colomb se date l're du pch4 ,que l'on se figure une socit o l'amour1 en quelque condition de hasard qu'il s'accomplisse1 n'a jamais de graves consquences morbides2 o les baisers les plus profonds n'entranent gure plus de dangers physiques que les caresses maternelles ou les manifestations de l'amiti2 elle diffrera de la ntre un tel point qu'il nous est difficile de la concevoir1 car les dsirs charnels y voluent librement selon leur force naturelle1 sans peur et sans pudeur4 ,le mot pudor n'a pas du tout le mme sens en latin et dans nos langues modernes2 l1 il se traduit par honneur1 convenance1 dignit2 ici1 par crainte1 tremblement devant les dlices de la fleur peut-tre empoisonne4 ,avant la syphilis1 le baiser sur la bouche est une salutation2 il disparat devant la tare des muqueuses3 les femmes prsentent le front si la passion charnelle ne trouble pas leur volont2 puis les deux sexes s'loignent encore d'un pas3 c'est le hochement de tte1 ou la main qu'il faut peine effleurer1 ou des gants qui se touchent avec dfiance4 ,la syphilis a dtruit1 non pas l'amour1 qui est plus fort que la mort1 puisqu'il est la vie1 mais la fraternit sexuelle4 ,il y a1 depuis l',amrique1 entre l'homme et la femme la peur de l'enfer2 ce que les religions les plus menaantes n'avaient russi que temporairement un virus l'a accompli3 et les lvres ont t dsunies4 ,c'est par la syphilis que les historiens qui voudront faire l'histoire de la morale de l'amour la relieront l'hygine4 ,il dut se faire un grand dsarroi dans les moeurs3 ,obstupuit gens ,europae ritusque sacrorum ,contagemque alio non usquam tempore visam1 dit ,fracastor1 qui avait vu avec des yeux de mdecin et de pote les premires horreurs du mal nouveau4 ,obstupuit gens2 ce fut une pouvante universelle2 on se crut la fin de l'amour et la fin du monde4 ,il fallut pour conserver1 non pas sa vertu1 mais sa sant1 renoncer ce que les moralistes de la science appellent assez justement la promiscuit2 la peur d'un mal physique immdiat et vident opra entre les deux sexes une disjonction qui a survcu la priode aigu du mal4 ,la raction vanglique acheva l'oeuvre de la syphilis et les socits europennes se trouvrent dans des conditions si nouvelles qu'une nouvelle morale leur fut ncessaire4 ,la vieille opposition entre la virginit et la turpitude1 base sur des conceptions purement thologiques1 disparut2 tout acte sexuel devenant dangereux et la virginit n'tant pas moins dangereuse1 de son ct1 par ses consquences ngatives1 il fallut trouver un compromis4 ,l'instinct social1 d'accord1 et d'avance1 il est juste de le reconnatre1 avec les conclusions futures des hyginistes1 plaa ce compromis dans le mariage1 qui se trouva tout coup honor1 aprs trois sicles de drision4 ,cela n'apaisa pas le bouillonnement des mauvaises moeurs2 mais le pril qu'on y courait dconsidra la libert qui en faisait l'attrait4 ,la rserve des filles devint extrme2 elles apprirent inconsciemment changer en minauderies pudiques la mimique de la peur2 peu peu elles se duprent sur la cause de leur vertu1 puis elles l'oublirent1 et vint un moment o la chastet des femmes fut attribue avec ingnuit ou l'influence de la religion ou une sorte de divinit occulte1 on ne sait quel raffinement sentimental4 ,le motif initial de la nouvelle morale sexuelle agit toujours notre insu4 ,il est de tradition administrative d'encourager les muses de figures de cire qui dtaillent les consquences de la promiscuit2 toute une littrature sur ce sujet se vend1 approuve par ceux-l mmes qui poursuivent si prement les images sensuelles4 ,la syphilis a fait ce miracle qu'une figure humaine1 belle de sa pleine nudit1 est condamne parce qu'elle excite l'amour1 l'amour tant considr comme dangereux4 ,cette manire de voir serait dfendable si on ne faisait pas intervenir dans la question la force brutale des lois2 si la parole seule se chargeait de persuader une morale que son utilit pourrait dfendre contre le sarcasme et l'ironie4 ,l'ancienne licence d'avant la syphilis ne sera pas rendue aux hommes d'ici de longs sicles1 si le mal qui a cr la dfiance sexuelle finit jamais par s'teindre puis4 ,mais que chacun soit libre mme de jouer avec le feu2 la prudence se conseille et ne doit pas s'imposer4 ,de ce que la morale de l'amour a une origine moiti religieuse1 moiti mdicale1 il ne s'en suit pas que l'on doive1 pour en traiter1 s'astreindre des considrations ou thologiques ou pharmaceutiques4 ,des accidents1 mme d'importance extraordinaire1 ne sont que des accidents4 ,il faut parler de l'amour comme si l'ge d'or de l'amour rgnait encore et n'en retenir que l'essentiel1 loin de s'arrter aux phnomnes de surface et passagers4 ,il y a peu d'absolu dans les socits humaines2 presque tout s'y peut modifier1 hormis prcisment les relations des sexes4 ,c'est que1 l1 on rencontre le coeur mme de la vie1 sa cause et sa fin1 entrelaces comme un chiffre indchiffrable4 ,la vie se maintient par l'acte mme qui est but de la vie4 ,ceci est absurde pour la raison1 qui serait force d'y contempler un effet identique la cause qui la produit et aussi puissant2 elle ne doit pas intervenir4 ,non que cela soit au-dessus de ses forces2 mais si elle peut imaginer des lois qui rgissent les manifestations de l'amour et les appliquer pour un temps1 ces lois sont ncessairement moins bonnes que les lois naturelles4 ,il faut aussi prendre garde que des lois naturelles l'homme n'est pas responsable1 ds qu'il leur obit comme un petit enfant2 mais celles qu'il promulgue retombent un jour non seulement sur sa chair1 mais sur son intelligence4 ,car tout se tient et l'aisance intellectuelle est certainement lie la libert des sensations4 ,qui n'est pas mme de tout sentir ne peut tout comprendre1 et ne pas tout comprendre c'est ne comprendre rien4 ,la littrature1 l'art1 la philosophie1 la science mme et tous les gestes humains o il y a de l'intelligence sont dpendants de la sensibilit4 ,les fantaisies de ,lycurgue cotrent ,sparte son intelligence2 les hommes y furent beaux comme des chevaux de course et les femmes y marchaient nues drapes de leur seule stupidit2 l',athnes des courtisanes et de la libert de l'amour a donn au monde moderne sa conscience intellectuelle4 ,juillet #aijj4 ,,vii ,,ironies ,,et ,,paradoxes ,i ,,conseils ,,familiers ,a ,,un ,,jeune ,,crivain 444 ,quiconque raccourcit une route est un bienfaiteur du public et de chaque personne particulire qui a occasion de voyager par l 4 ,,jonathan ,,swift1 ,lettre d'avis un jeune pote 7#agbj74 ,la mauvaise humeur un peu pre1 je l'avoue1 de ma dernire lettre ne vous a pas dcourag1 et1 cette fois1 vous me suppliez2 les hochements et les dnis1 loin de rebuter vos desseins1 les avivent et les prcisent2 croyant avoir besoin de moi1 vous supportez tout de ma part2 qu'ils soient productifs1 et des coups mme ne vous feraient pas peur2 vous semblez prt adorer la bouche qui1 parmi les injures1 laisserait couler1 comme un miel parfum1 de fructueux conseils3--je l'avoue encore1 un tel tat d'esprit m'a touch et sduit4 ,j'ai senti sous le pic un bon terrain4 ,j'y mets la bche1 je vais semer4 ,ouvre-toi1 jeune terre1 reois la graine et sois fconde4 ,i ,ayant dj fait quelques tudes prparatoires au noble mtier d'crivain franais1 vous n'ignorez pas sans doute que le monde dans lequel vous allez entrer est fort mpris par ceux-l mmes qui doivent y vivre et qui en font l'ornement4 ,vous avez entendu dire que ce monde n'est gure qu'une glise de truands qui tient la fois de la maison de prostitution1 de l'table cochons et de la chambre de rhtorique2 cette opinion est trs exagre1 vous ne tarderez pas vous en apercevoir1 et qu'avec un bon manteau1 de solides bottes1 d'impermables gants et un chapeau qui ne craint rien1 ni la pluie1 ni les avanies1 ni la grle1 ni les mensonges1 ni la neige1 ni la saburre qui tombe des balcons1 on y peut vivre tolrablement2 il y a des sjours plus dangereux2 pour un homme intelligent et pratique1 il n'en est gure de plus recommandable et o le placement d'une pacotille soit plus rapide et plus rmunrateur4 ,,ii ,de la pacotille1 j'ai peu de chose vous dire en particulier4 ,pour se la procurer1 il ne faut ni argent1 comme dans le commerce2 ni tude1 ni talent1 comme il tait d'usage dans les anciennes socits littraires2 cette heure1 vous n'avez besoin que d'adresse3 de l'adresse et encore de l'adresse4 ,figurez-vous un noyer tout plein de belles noix vertes et que le fermier soit occup loin de l sarcler ses betteraves ou battre son bl3 il vous suffit d'une gaule ou d'un bton court1 ou mme d'un caillou1 pour faire pleuvoir vos pieds les belles noix vertes4 ,ensuite1 il ne s'agit que de les plucher sans se salir les doigts2 des gens prtendent que cela est fort difficile1 qu'il en reste toujours quelque chose3 oui1 cela est difficile1 mais si vos doigts restaient tachs1 vous en seriez quitte pour porter des gants2 un autre motif m'a dj fait vous recommander cet usage4 ,vous trouverez1 dissmines dans les paragraphes suivants1 quelques autres notions touchant la pacotille1--laquelle1 en somme1 se composera de tout ce que vous pourrez voler subtilement aux riches et aux pauvres1 aux arbres et aux ronces2--car je ne suppose pas que vous possdiez naturellement autre chose qu'une intelligence pratique et ruse2 en ce cas1 vous ne m'auriez pas demand de conseils et vous n'en auriez pas besoin4 ,,iii ,il faut mourir riche1 dit-on4 ,cet aphorisme est tout au plus digne d'un commerant modeste4 ,songez1 mon ami1 que vous allez entrer dans la haute industrie et prenez une devise plus releve et plus digne de la corporation qui va s'ouvrir vous2 je vous conseille celle-ci1 qui1 divise en deux parties1 embrasse galement le prsent et l'avenir3 ,il faut vivre riche4 ,il faut mourir gras4 ,et cette devise1 outre ses deux sens bien clairs1 bien humains1 bien modernes1 en renferme un troisime1 sotrique et merveilleux2 je ne veux que vous mettre sur la voie en ajoutant3 la graisse est le commencement de la gloire4 ,sans doute1 vous n'irez pas jusqu' la gloire1 quoi que puisse faire esprer l'exemple de quelques-uns de nos contemporains qui dbutrent comme vous1 sans plus de gnie1 et avec moins de bonne volont1--mais1 avec un sage rgime1 vous pouvez prtendre la graisse3 cela n'est pas ddaigner1 une poque o tant de pauvres braves gens meurent de faim4 ,quant l'argent immdiat qui vous est ncessaire en attendant le placement de votre pacotille1 je ne vous conseillerais ni la ,bourse1 ni le chantage o les risques sont trop grands et qui demandent1 pour tre manis fructueusement1 une exprience des hommes que vous ne pouvez avoir dix-sept ans1 malgr votre prcocit2 or1 et c'est l un principe dont je vous recommande la mditation1 mon cher ami1 tout acte dont l'accomplissement comporte1 malgr ses avantages1 un risque srieux touchant la sant1 la libert ou la rputation1 doit tre tenu pour immoral et rejet hors des possibilits4 ,gardez soigneusement cette parole dans votre coeur2 elle peut vous viter bien des ennuis et vous sauver du naufrage auquel sont sujets mme des gens de votre sorte4 ,mais vous n'tes pas en peine2 vous tes riche comme tous vos jeunes camarades4 ,fils1 comme tout le monde1 de parents maris la veille de l'impuissance et de la snilit1 vous avez hrit ds l'adolescence et votre tuteur vient de vous rendre ses comptes4 ,il est bien vident que1 hors de ces circonstances heureuses1 vous n'auriez jamais song entrer en littrature2 l'tat ridicule d'un crivain rduit gagner sa vie ne peut plus sduire un homme bien n2 et mme je ne suis pas loign de croire que tous ces potes pauvres de jadis 7histoire ou lgende7 ne se trouvrent que par incapacit intellectuelle dans la ncessit de prfrer la gloire au coffre et la triste frquentation des ,muses une solide installation dans la vie4 ,ce qui me confirme dans cette opinion1 c'est que tous les jeunes gens que j'ai vus dbuter depuis cinq ou six ans ont1 de leur propre aveu1 choisi la littrature comme on choisit un commerce agrable et lucratif1 et nullement par vocation3 dnus1 ils auraient vit un tat qui exige1 pour tre exerc avantageusement1 des capitaux4 ,de ceux qui vivent sur le ,parnasse en solitaires ou en libres vagabonds1 je ne m'occupe pas2 vous n'tes pas expos les rencontrer dans le monde o vous devez voluer2 c'est toute une littrature1 l',autre ,littrature1 dont il est malsant mme de parler4 ,,iv ,quelles doivent tre vos lectures8 ,srieuses et varies4 ,vous lirez tous les livres qui ont eu du succs1 principalement parmi les modernes1 car jadis le mrite et le succs se confondaient souvent2 cette heure1 le premier de ces mots n'a plus aucune signification prcise3 il est encore quelquefois le synonyme de succs dans la bouche des libraires et des critiques1 mais toujours prononc le second1 lorsque la dpense en papier a t assez considrable peur justifier une telle hardiesse de pense et d'apprciation4 ,lisez donc d'abord les catalogues et marquez d'une croix tous les ouvrages signals par une mention flatteuse4 ,au-dessous du quarantime mille1 un roman n'a qu'une fort mdiocre valeur littraire--naturellement proportionnelle au chiffre inscrit2-- quinze1 on peut lire un volume de vers2 dix1 un trait de mtaphysique2 un pamphlet littraire qui ne dpasse pas vingt-cinq est peine digne d'tre feuillet4 ,il s'agit1 bien entendu1 de mille soudains et vertigineux1 de vogues immdiates1 de livres enlevs1 pile1 fivre et queue1 car je ne vous crois pas homme vous accommoder de ces probes et lentes fortunes qu'un demi-sicle n'puise pas4 ,lisez1 mais vite1 afin de lire beaucoup et d'engrosser rapidement votre mmoire4 ,au bout dj de quelques tomes1 vous aurez dcouvert le point commun1 le fate de convergence de tous les livres succs de notre poque3 cette conqute assure1 fermez vos tomes et mettez-vous au travail2 vous avez le diamant1 il ne reste plus qu' le sertir la dernire mode4 ,ce point commun1 je ne l'ai pas cherch1 et l'aurais-je trouv par hasard que je resterais muet2 il faut que vous entrepreniez vous-mme cette chasse dont le rsultat vous enrichira non seulement d'un mot de passe1 mais aussi d'une mthode4 ,v ,vos doutes sur le style vous font le plus grand honneur4 ,non1 il ne faut pas crire4 ,des jeunes gens fort bien dous se sont ferm toutes les portes1 ont gch1 par la purile vanit du style1 le plus bel avenir littraire4 ,sans doute1 l'art d'crire est1 aujourd'hui1 assez rpandu 7pas tant qu'on le croit71 mais l'art de ne pas crire l'est bien davantage1 quoique personne n'en ait encore formul les principes2 c'est la tendance actuelle et demain ce sera la loi de tous les gens de got4 ,le joli trait rdiger sous ce titre3 ,du ,style ou de l',art de ne pas crire6 ,en voici la premire rgle3 ,n'employez jamais une image qui ne soit journellement d'usage dans le langage familier4 ,toutes les autres rgles dcoulent de celle-l 2 bien observe1 elle suffit prserver de l'criture un homme de bon sens et de bonne grce4 ,mais si l'on veut jouir d'une rputation intacte et de l'estime totale il est ncessaire d'arriver du premier coup la non-criture4 ,quelques premiers livres crits1 quelques pages mme1 dterres par un ennemi littraire1 pourraient1 aprs des vingt ans de labeur et de succs1 compromettre tout d'un coup votre popularit4 ,j'ai vu la vente d'un roman sans aucun style coupe net par un article o un journaliste affirmait3 444 livre trs beau et d'une criture neuve et hardie444 ,rien n'tait plus faux1 mais ce romancier avait publi dans sa jeunesse un premier livre qui autorisait jusqu' un certain point de telles plaisanteries4 ,que votre livre de dbut soit donc bien franchement un livre sans style2 qu'en ses pages fraches on cueille aisment1 ainsi que dans un pr1 toutes les fleurs communes2 que toutes vos descriptions aient cet air de dj-vu qui ravit le public en lui faisant croire qu'il a lu tous les livres et qu'on ne saurait plus rien inventer4 ,un roman o tout1 jusqu'aux noms des personnages1 jusqu' la nuance des tentures1 jusqu' la forme des fauteuils1 o tout1 dialogues1 paysages1 gestes1 sourires1 cheveux1 accidents1 scnes d'amour1 jalousies1 souliers1 jupes et consciences1 o tout1 dis-je1 donnerait la sensation de retrouver un chien perdu ou une amante gare6 ,qui nous fera ce roman-l 8 ,plusieurs crivains clbres se vantent1 dit-on1 d'un tel chef-d'oeuvre2 j'avoue qu'ils en approchrent1 mais pas au point que je les admire sans rserve2 il leur manque d'avoir vit la vulgarit4 ,car vous comprenez sans doute que si je bannis le style1 j'exige la distinction2 et davantage encore1 je veux que ce livre sans criture1 sans ides1 mais distingu1 ait un air de littrature qui sduise les plus difficiles et les plus dlicats4 ,,vi ,en vous interdisant les ides1 il est bien vident que je ne pense qu'aux ides originales ou assez renouveles pour paratre nouvelles4 ,les ides1 c'est ce que je vous ai dj allgu sous le nom de pacotille2 vous n'en avez pas2 le temps vous manque pour rflchir1 et d'ailleurs les ides naissent spontanment de germes promens dans l'air et qui se posent sur le terrain qui leur plat et l poussent et se dveloppent et fleurissent navement1 heureuses d'avoir fleuri4 ,donc1 ne gaspillez pas les heures prcieuses interroger votre crne vide1 remuer l'inutile sable o le vent n'a dpos que des graines aussitt sches et mortes2 il vous faut des ides1 pourtant3 eh bien1 soyez brave1 volez6 ,les crivains que vous dpouillerez le plus fructueusement1 ce sont vos prdcesseurs immdiats4 ,a peine mi-chemin de la monte1 les bras occups de pioches et de haches1 tout au labeur1 ils n'auront ni le temps ni le souci1 peut-tre1 de se dfendre2 les voix ne sont bien entendues que du sommet2 s'ils crient leurs cris mourront dans les broussailles3 vous pouvez donc oprer avec une heureuse scurit4 ,un autre motif de choisir vos ans les plus proches1 c'est que leurs ides dj un peu connues seront mieux accueillies du public1 qui n'y verra pas l'injure d'imaginations trop neuves et trop fraches2 elles peuvent1 par un coup de succs1 se rpandre d'un jour l'autre2 c'est de la besogne moiti faite1 profitez-en sans scrupule1 car il faut arriver1 et celui qui arrive le premier peut se mettre table pendant que les autres peinent dans la nuit1 sous la pluie4 ,je vous recommanderai mme1 quand vous serez entr dans l'htellerie1 de fermer la porte double tour2 si l'on frappe1 si l'on appelle1 suggrez que cela pourrait bien tre cette troupe de voleurs que vous avez rencontre en route2 et si l'on insiste1 n'hsitez pas armer toute la maison et tirer par les fentres4 ,ainsi arriv du premier coup o d'autres1 qui valent mieux que vous1 n'arriveront que plus tard ou peut-tre jamais1 vous prendrez une importance vraiment thtrale2 vous aurez l'air de rsumer honntement les talents divers que vous aurez drobs avec adresse et dcision1 et les vieux pensionnaires de l'htellerie vous fteront comme un miracle4 ,tous sans doute ne seront pas dupes1 mais il suffit que ceux-l le soient qui1 les jours de migraine1 ont besoin d'un sujet d'article facile et la porte du peuple4 ,songez toujours cela2 soyez1 au moins deux ou trois fois dans votre vie1 un sujet d'article3 le moins qui puisse vous choir1 c'est une productive clbrit4 ,,vii ,mais il faut prvoir le cas o la crainte de manquer de jarret vous arrterait au bas de la monte3 alors vous choisiriez un matre qui1 ayant compris vos signes1 viendrait vous chercher1 vous prendrait par la main1 vous ferait gravir sans fatigue la pente abrupte4 ,c'est la mthode la plus sre et celle que je vous recommande1 sachant que vous prfrez toujours la finesse la force1 et la violence la ruse4 ,les vieux matres les plus hirsutes et les plus moroses se laissent prendre la pipe avec une facilit dont on n'a pas d'exemple dans un ge plus tendre4 ,comme ils ont beaucoup d'ennemis 7il suffit de vivre pour tre ha71 ils acceptent de tous cts les secours d'une sympathie mme hautaine1 et ils sont souvent reconnaissants1 car leur ge ils ne craignent plus rien1 et un bon sentiment peut1 sans pril1 leur faire honneur4 ,prenez donc un de ces vieillards rouls dans la poussire et dans les crachats1 et protgez-le hardiment4 ,prononcez son pangyrique dans une de ces petites revues o votre copie encore humble est bnie entre toutes les pages1 et n'hsitez pas remettre sa place1 qui est la premire1 ce grand crivain1 victime des rancunes de toute une gnration4 ,si vous l'avez lu parmi les plus mpriss et les plus dgrads1 le rsultat de votre petit travail sera trs heureux et trs profitable4 ,ds votre premire jeunesse vous partagerez une gloire1 sans doute quivoque1 mais lucrative et en somme honorable1 si on s'en rapporte l'opinion publique4 ,cependant1 comme de telles accointances1 le profit bien ralis1 peuvent la longue devenir dangereuses1 comme ce vieil homme de lettres peut1 du jour au lendemain1 se trouver fort dprci au jugement de la foule1 votre matresse1 soit par de tristes histoires de moeurs1 soit par des lchets trop malpropres1 soit mme par la stupide complaisance qu'il aura montre votre gard1 soyez toujours prt couper la corde1 le jour o votre intrt l'exigerait imprieusement4 ,alors vous parlerez1 la mort dans l'me1 mais avec vhmence1 et vous verserez sur le vieil hypocrite ce qu'il faut d'injures pour vous laver vous-mme d'une intimit trop connue4 ,tout ce qu'il faut1 mais sans excs2 et vous saurez garder dans cette excution la dignit d'un jeune ami la fois respectueux et afflig4 ,ainsi vous aurez montr la fois l'indpendance de votre jugement et la tendresse de votre coeur4 ,,viii ,rpandez sur tous vos camarades1 tous vos confrres1 tous les hommes de lettres en gnral1 les calomnies les plus turpides et les anecdotes les plus honteuses4 ,tchez de les atteindre dans leurs oeuvres1 dans leur famille1 dans leur sant2 insinuez le plagiat1 le bagne1 la syphilis2 vous passerez pour un homme bien renseign1 spirituel1 un peu mauvaise langue1 et votre compagnie sera recherche par les journalistes1--ce qui est toujours bon1 car la clbrit1 comme le tonnerre1 est faite de petit chos multiplis qui ricochent et redondent les uns sur les autres4 ,mais1 et voici ce qui donne ce conseil1 assez banal1 une vritable valeur3 soit que vous parliez ces mmes confrres que vous avez si ingnieusement salis par d'adroites paroles1 soit que vous leur criviez1 changez de ton1 faites volter votre cheval tte en queue1 virez lof pour lof1 et donnez le change avec tant de candeur que votre mauvaise foi ne puisse tre un instant souponne4 ,cela est important4 ,le pote qui tiendra1 signe de votre main1 une lettre o1 vaincu par l'vidence1 vous confessez son doux gnie1 refusera toujours de croire aux vilains propos que ses amis vous attribuent2 s'ils insistent1 il les tiendra pour des menteurs et des envieux1 se brouillera avec eux peut-tre1 et vous aurez toute libert pour achever un travail souterrain si utile vos intrts4 ,il n'y a pas trs longtemps1 un crivain qu'un vieux matre venait de dpecer devant moi avec une dextrit vraiment rpugnante me dclama avec exultation une lettre o cet habile corcheur lui caressait l'piderme avec les plumes de paon les plus subtiles et les plus riantes4 ,cette aventure me fit rflchir4 ,quand vous remerciez de l'envoi d'un livre1 que votre rponse soit mesure non l'intrt du livre1 mais l'importance de l'auteur4 ,en principe1 le livre que vous venez de recevoir doit toujours tre le meilleur de tous ceux de la mme main1 et l'auteur toujours en progrs sur son oeuvre3 ceci admis1 variez et dosez les compliments selon l'ge1 la rputation1 l'influence2 vous prendrez votre revanche en causant librement avec vos amis1 et le plaisir que vous prouverez mietter une oeuvre sera d'autant plus grand que cette oeuvre aura plus de mrites3 large et rsistante1 elle donne mieux prise aux coups de talon1 et on peut danser dessus pendant des nuits entires4 ,ne faites jamais de critique littraire1 hormis le cas trs particulier expos dans mon septime paragraphe4 ,rien n'est plus dangereux que de faire imprimer ses opinions2 on est le matre de celles que l'on garde sous clef1 dans sa tte2 on est l'esclave de celles auxquelles on a ouvert la porte4 ,si par hasard1 ce que je ne crois pas1 vous teniez vous mler quelque grand dbat littraire1 usez de voie dtourne et prenez pour prtexte la peinture2 les peintres peuvent supporter les critiques les plus absurdes1 car ils ne rpondent pas et il est facile1 en visant un artiste1 de blesser grivement un littrateur qui avoue les mmes principes que lui4 ,ce jeu a russi1 mais il est dangereux4 ,je ne vous conseillerai pas davantage d'obir sans mre rflexion l'insinuation de ,jonathan ,swift3 444 ,que votre premier essai soit un coup d'clat dans le genre du libelle1 du pamphlet ou de la satire4 ,jetez-moi bas une vingtaine de rputations et la vtre grandira infailliblement444 ,sans doute1 si le coup est vraiment un coup d'clat1 mais qui oserait en rpondre8 ,dmolir vingt rputations1 surtout si elles ont t conquises bravement et loyalement1 c'est l pour un jeune crivain un bonheur trop rare pour qu'une telle tentative ne comporte pas des risques graves1 et vous savez que je suis inflexible sur la question des risques4 ,on acquiert bien des amis par vingt dboulonnements excuts avec soin1 mais que de haines6 ,et si le bronze rsiste1 si sa chute n'est pas immdiate et foudroyante1 il peut s'animer et vous faire de ses mains froides un terrible collier de mtal4 ,a mon avis1 les plus beaux coups en ce genre seront toujours malheureux1 surtout une poque o l'opinion est si divise1 o il est si facile de se faire condottire1 de recruter un parti et une arme4 ,comme je vous l'ai dit1 attaquez plutt par des paroles1 que vous pouvez toujours renier4 ,la seconde partie du conseil de ,swift me semble au contraire trs recommandable et franchement je l'approuve de prohiber la louange4 ,cela est mauvais3 ceux que vous louez de votre mieux1 en illuminant les parties belles1 en mnageant les ombres1 se trouvent toujours estims au-dessous de leur valeur1 et quand mme vous eussiez mont le ton du pangyrique jusqu' l'hyperbole et jusqu'au ridicule1 ils ne vous pardonneront jamais1 moins d'avoir la candeur du gnie o la fracheur des mes gnreuses1 le signe d'amiti que vous faites leurs voisins2 quant ceux que vous auriez tus1 ils vous rendraient silence pour silence1 et votre entreprise ne serait nullement profitable4 ,,ix ,quelles que soient votre force1 vos armes et votre insolence1 vous aurez besoin de faire partie d'un cnacle ou d'une coterie1 comme on a besoin d'un cercle ou d'un caf4 ,en cette occurrence1 agissez comme les dputs qui n'ont d'autre opinion que leur ambition1 faites-vous inscrire tous les groupes1 mais frquentez d'abord le plus redoutable1 celui des ,arrivistes4 ,ayant ainsi des relations contradictoires1 vous connatrez de petits secrets qui ne vous seront pas inutiles pour vous pousser dans le sens de votre vritable intrt1 qui est de capter la confiance des belligrants afin de les mieux trahir1 le moment venu4 ,sachez seulement que les ,arrivistes sont fort souponneux et fort mchants3 je les ai vus1 pareils aux loups de ,sibrie1 manger rsolument l'un de leurs amis tomb dans la neige3 ils ont un bon apptit et de belles dents4 ,a la moindre imprudence1 ils se jetteront sur vous et vous dvoreront en commenant par les parties molles1 mais tout y passera jusqu'aux os et jusqu'aux excrments1 et on les admirera sur le boulevard1 fiers de leurs lvres encore sanglantes4 ,c'est vous de demeurer solide sur vos jambes1 la main sur votre pe et le visage plat comme une mer hypocrite4 ,si quelqu'un des vtres prenait une attitude arrogante1 ou seulement si1 quand vous passez1 le public le regardait avec trop de complaisance1 n'hsitez pas le faire tomber adroitement le nez sur le pav et prendre aussitt la tte du troupeau1 pendant que les autres s'arrteront le frapper et le mordre3 dans la vie1 il faut savoir sacrifier un plaisir immdiat la ralisation future d'un plus grand bien4 ,x ,vous aurez prendre une attitude touchant les choses de l'amour4 ,si vos gots vous portent vers les femmes1 ne faites pas talage d'une inclination trop commune pour qu'elle puisse jamais attirer sur vous l'attention du monde4 ,apprenez le langage secret et les gestes maonniques des invertis1 efforcez-vous d'acqurir 7cela est difficile7 cette incroyable voix molle et blanche par quoi un de ces tres se reconnat infailliblement dans les concerts humains3 cela vous sera utile1 car1 outre que ces gens forment une secte trs unie et assez puissante1 la singularit d'un tel cynisme doublera votre rputation1 si vous en avez dj1 et1 si vous tes encore inconnu1 suffira vous mettre en bon rang parmi les curiosits littraires4 ,dans le cas o vous auriez vraiment ce got la mode1 je vous conseillerais au contraire une certaine rserve4 ,un homme souponn de mauvaises moeurs est incontestablement plus estim qu'un homme convaincu de mauvaises moeurs2 la possibilit d'actes trs malpropres excite l'imagination d'une quantit de personnes retenues seulement par la prudence ou par la lchet2 mais1 s'il est avr que les actes ont t perptrs1 les dsirs reculent devant une certitude trop brutale4 ,je crois que tel est le mcanisme de ce singulier revirement1 et je vous engage la prudence4 ,d'ailleurs1 il est toujours bon de feindre3 ainsi on mnage sa propre nature et on se rserve1 en cas d'accident1 la suprme ressource de la sincrit4 ,,xi ,soyez sans piti1 mais n'en laissez rien paratre4 ,un louis donn propos vous fera passer pour un bon camarade1 pour un homme dont il y a profit tre l'ami4 ,naturellement1 en cas de bataille1 tous vos obligs passeront l'ennemi1 mais vous en serez quitte pour une dpense modre1 si vous avez besoin de les ramener1 car ces gens-l se contentent de peu4 ,soyez gnreux avec les ivrognes3 l'homme retrouve quelquefois au fond de son verre1 comme une peau de raisin1 un lambeau de conscience2 en cet tat1 sa reconnaissance se traduira peut-tre par un de ces mots heureux qui ne nuisent pas aux rputations littraires4 ,souscrivez toutes les oeuvres de charit qui prsentent une chance de rclame1 aux livres de vos confrres pauvres1 aux statues de potes dfunts1 mais ayez soin1 chaque fois que vous pourrez le faire avec dcence1 de refuser la quittance de recouvrement2 en beaucoup de circonstances1 car il y a peu d'ordre en ces sortes d'entreprises1 cela passera inaperu2 dans les autres cas1 mettez la faute sur le compte de la poste4 ,j'ai connu un jeune crivain riche et conome qui1 par ce moyen1 tout en gardant les apparences1 s'pargnait tous les ans plus de cent cinquante francs1 avec lesquels il achetait une bague sa matresse4 ,,xii ,n'adoptez pas un costume particulier1 et si vous laissez reproduire votre portrait1 que cela soit d'aprs un dessin trs beau1 mais trs inexact3 il y a dans la vie bien des circonstances o il est agrable de ne pas tre reconnu par les imbciles4 ,vous aurez encore le plaisir de tromper le public et de duper les physionomistes4 ,pas plus que de costume distinct1 vous n'avez besoin d'une religion dfinie4 ,sur ce point1 comme gnralement sur tous les autres1 moins que votre intrt ne vous oblige choisir1 ayez l'opinion moyenne1 l'opinion de tout le monde4 ,si vous tiez ,juif1 je vous conseillerais de frquenter les chrtiens et de mpriser votre race1 de feindre une conversion imminente afin de profiter des avances et des craintes des deux partis2 aryen1 je vous engage au silence et mme l'ignorance3 d'ailleurs1 rien n'est plus malsant1 dans le monde littraire1 que d'avouer une conviction religieuse ou mtaphysique2 instruisez-vous plutt de la question des tirages et des passes1 devenez une autorit en cette matire1 qui est comme la pierre de touche du vritable crivain4 ,la politique vous sera un peu moins indiffrente4 ,soyez socialiste1 sans hsitation4 ,c'est aujourd'hui le seul parti qui puisse1 sans ironie1 promettre un jeune homme1 pour ses vieux jours1 un sige de snateur4 ,,xiii ,ne commettez jamais d'indlicatesse sans tre absolument sr de l'impunit4 ,si un inconnu vous confie pour le lire un manuscrit o rde quelque ide1 prenez-la en note1 mais ne vous en servez que le jour o vous serez assez fort pour braver toute rclamation4 ,ce systme est utile quand il s'agit d'une pice de thtre qui souvent ne repose que sur un mot ou une situation qui feront tout aussi bon effet avec n'importe quel dialogue4 ,quand vous dmarquerez un confrre1 citez son nom1 en passant2 ainsi1 il ne peut se plaindre et le public croit que tout l'article est de vous1 moins une phrase1 choisie exprs parmi les plus insignifiantes4 ,n'usez pas de la lettre anonyme2 mais gardez soigneusement celles qu'on vous adressera2 les critures sont souvent mal dguises1 un hasard peut vous en faire dcouvrir l'auteur4 ,collectionnez de mme tous les petits papiers par quoi on peut compromettre quelqu'un et le tenir sa discrtion4 ,plusieurs journalistes ne doivent qu' cette persvrance la situation1 inexplicable autrement1 qu'ils tiennent dans la presse4 ,des gens hardis recommandent cette ruse3 se faire introduire comme secrtaire chez un homme influent1 et l1 tout en acceptant les ordinaires obdiences3 promener les enfants1 sortir le chien l'heure de son besoin1 allumer le feu1 aller reporter les parapluies emprunts1 et plusieurs autres besognes qui prparent merveilleusement la vie littraire2 l1 s'offrir1 un jour que le matre est malade1 rdiger son article1 peu peu en prendre tout fait l'habitude1 et un jour aller dire la vrit au directeur du journal4 ,j'ai vu tenter l'aventure1 qui ne russit pas1 car c'est le nom et non l'oeuvre qui a de la valeur pour un journal et pour le public4 ,voil1 mon cher ami1 les premiers conseils que je vous donne1 ou plutt les ides que je soumets aux mditations de votre esprit prcoce4 ,jeune1 ambitieux1 intelligent1 riche1 sans prjugs ni scrupules1 vous avez tout ce qu'il faut pour arriver1 mais j'espre que cette petite collection de principes ne sera pas la moindre de vos armes4 ,septembre #ahif4 ,,ii ,,derni,,re ,,cons,,quence ,,de ,l',,id,,alisme ,quid videat nescit2 sed quod videt1 uritur illo4 ,ovide1 ,mtam41 ,,iii1 #dcj4 ,,introduction ,ayant eu1 ces derniers temps1 quelques doutes sur la valeur1 non point philosophique1 mais morale et sociale1 de l'idalisme1 je ne pus1 malgr des mditations assidues1 triompher de mes hsitations par la mthode de la logique directe4 ,et bien au contraire2 pousse son extrme1 la thorie idaliste aboutissait1 en mes dductions1 pratiquement1 au nronisme ou au fakirisme1 selon qu'elle volue en des intelligences actives ou en des intelligences passives2 socialement 7comme je l'ai not antrieurement7#fi1 au despotisme ou l'anarchie#gj4 ,note #fi3 ,v4 ,l',idalisme1 pp4 #af-ag4 ,note #gj3 ,on saura ce que pourrait tre le fakirisme-anarchie en lisant un singulier conte de ,m4 ,marcel ,schwob1 l',ile de la libert 7,echo de ,paris1 juillet #ahib74 ,or1 sans tre pourtant le disciple de la prudence philosophique qui1 arrive au croisement de deux routes1 s'assied et se demande3 vers quel point cardinal reprendrai-je ma promenade1 quand je me serai bien repose8 je me suis assis1 comme elle1 au croisement des deux routes1 et1 ayant rflchi1 je rsolus de ne suivre aucune des routes frayes1 et de m'en aller travers champs4 ,en somme1 tout en ne rpugnant ni l'une1 ni l'autre des deux consquences que j'ai dites1--car elles pouvaient tre ncessaires et inluctables--j'ai song que peut-tre elles n'taient ni ncessaires1 ni inluctables1 soit en mtaphysique1 soit en politique1 soit relativement notre conduite prive dans la vie1 lorsque1 mus par l'absurde besoin de logique qui nous tyrannise1 nous souhaitons de mettre notre vie d'accord avec nos principes4 7,il serait si simple de mettre nos principes d'accord avec notre vie47 ,on trouvera peut-tre1 malgr mes affirmations1 que je me contredis2 mais les jugements1 quoique j'aie besoin1 autant que nul autre1 de la sympathie humaine1 me troublent peu4 ,d'ailleurs1 aller tout droit1 comme une balle 7tout droit1 ou selon la trajectoire prvue71 dans la droite voie de la logique1 est plutt le fait des esprits simples1--je ne dirai pas mdiocres1 ce qui serait bien diffrent4 ,aucun des grands philosophes allemands#ga n'a t purement logique3 ni ,kant1 bifurquant vers la raison pratique1 ni ,fichte1 prnant le patriotisme#gb1 ni ,schopenhauer dont le pessimisme s'abreuve d'illusoires antidotes2 et ,jsus1 lui-mme1 parlant comme ,dieu1 s'est contredit sciemment1 puisque1 aprs le ,mon royaume n'est pas de ce monde1 il profre le ,rendez ,csar444 ,logiquement1 il devrait dire3 ,j'ignore tout1 hormis mon royaume1 qui n'est pas de ce monde1 et ,csar comme le reste4 ,mais en prononant cette ngation3 pas de ce monde1 il affirmait ce monde1 et il dut songer aux relations qu'avec ce monde devaient ncessairement avoir ses disciples1 les hommes de bonne volont4 ,note #ga3 ,ni des ,franais4 ,malebranche1 tant oratorien1 se croyait chrtien et ne l'tait que de coeur4 ,sa philosophie mne au fakirisme4 ,note #gb3 ,discours la nation allemande4 ,revenons la pathologie de l'idalisme4 ,ngligeant provisoirement les consquences sociales d'une doctrine qui1 d'ailleurs1 est impopulaire1 je ne veux allguer qu'un nronisme de dilettante et qu'un fakirisme de bonne compagnie2 et mme1 pour simplifier l'enqute1 laissons encore de ct le pseudo-fakirisme4 ,il nous suffira d'avoir faire la critique du nronisme mental1 plus clairement appel le narcissisme4 ,narcisse1 ,quid videat nescit2 sed quod videt1 uritur illo1 et1 ne connaissant que soi1 il s'ignore lui-mme3 ,ovide1 sans le savoir1 a mis bien de la philosophie dans les quinze syllabes de son vers lgant#gc4 ,note #gc3 ,les symboles1 souvent1 demeurent clos pendant des sicles2 ils sont la fontaine scelle ou le hortus conclusus4 ,on passe devant la source dormante sans mme dsirer y boire une gorge d'eau pure2 et devant le jardin mur1 sans l'envie de franchir le mur et de cueillir mme une toute petite rose au mystrieux rosier4 7,un conte1 qui dtient bien d'autres secrets1 la ,belle et la ,bte1 m'a fait comprendre cela et je l'expliquerai un jour1 avec plusieurs choses1 si j'en suis capable47 ,en un temps o il n'tait pas la mode d'aller boire la fontaine de ,narcisse1 l'abb ,banier disait1 en commentant ,ovide3 ,l'histoire de ,narcisse1 si bien crite par notre pote1 est un de ces faits singuliers qui ne nous apprennent rien d'important4 ,mais il faut reprendre les choses de plus haut et redire1 hlas6 afin d'tre clair1 des choses mille fois dj redites4 ,c'est une ternelle ncessit3 les hommes sont si crdules la ngation que la vrit leur semble un conte de fes1 et que tous vivent1 les rprouvs dans l'obscure fort de l'indiffrence1 les privilgis dans l'obscure fort du doute3 ,nel mezzo del camino di nostra vita ,mi ritrovai in una selva oscura ,che la diritta via era smarrita#gd4 ,note #gd3 ,dante1 ,inf41 ,i1 #a-c4 ,,chapitre ,,premier ,,homunculus-,,hypoth,,se ,il est bien entendu que le monde n'est pour moi qu'une reprsentation mentale1 une hypothse que je pose#ge1 ncessairement#gf1 quand la sensation veille ma conscience3 l'objet n'est peru par moi que comme partie de moi2 je ne puis concevoir son existence en soi3 il n'a de valeur pour moi que s'il vient graviter autour de l'aimant qu'est ma pense2 je ne lui accorde qu'une vie objective1 prcaire et limite par mes besoins d'hypothse#gg4 ,note #ge3 ,fichte1 ,thorie de la ,science4 ,note #gf3 ,cette ncessit n'est pas absolue4 ,en tel tat physiologique ou psychique1 la douleur n'est pas perue2 dans le sommeil1 l'extase1 etc41 le monde extrieur est ni4 ,secondement1 cette hypothse peut tre cre a priori3 fausses sensations ou hallucinations4 ,le ncessairement est cependant la condition de toute vie de relation2 il est supposable jusqu' preuve du contraire4 ,note #gg3 ,la perception est toujours critique1 en ce sens qu'elle est relative non seulement mes facults perceptives absolues1 mais aussi mes desiderata actuels3 elle est influence par le dsir1 par la crainte2 elle est modifie par mes tendances actives ou mme virtuelles3 je ne perois pas un tableau de ,botticelli aujourd'hui comme il y a dix ans1 et je commence sans doute aujourd'hui1 le percevoir comme je le percevrai dans dix ans4 ,les gots changent1 et d'un jour l'autre2 applique l'amour1 cette insinuation paratra trs claire4 ,ceci admis1 et constate d'abord 7malgr la contradiction des termes7 la subjectivit de l'objet1 je songe pousser plus loin l'analyse4 ,laissant le moi qui m'est connu 7au moins par dfinition71 je veux1 pour m'instruire et savoir comment et par quoi je suis limit1 tudier l'objet c'est--dire l'hypothse du monde extrieur2 l'objet se mle moi1 mais la manire de l'eau qui entre dans le vin1 en le modifiant1 et une telle modification ou mme moins ngative1 ou mme positive1 ne peut me laisser indiffrent4 ,je suis donc limit1 ou modifi1--et j'admets encore priori cette limitation1 sans toutefois prjuger si elle m'est impose ou si je me l'impose moi-mme par une loi de mon organisme psychique2 j'admets l'objet ou monde extrieur2 j'admets que1 inexistant et projet hors de moi par moi1 il soit nanmoins la cause hypothtique de ma conscience1--bien que lui-mme caus par ma conscience2 j'admets cela1 car ,homunculus1 cr dans ma cornue1 surgit et me tient tte2--et il parle6 ,en effet1 en dcomposant l'objet1 selon le plan de mon analyse1 j'ai trouv qu'il se diffrencie selon deux modes1 deux illusions1 mais que diffrentes6 l'objet qui ne me rsiste pas et l'objet qui me rsiste1 l'objet esclave et l'objet contradictoire1 l'objet signe et l'objet pense3--l'homme1 l'homme effrayant1 l'homme qui m'pouvante1 parce qu'il me ressemble4 ,je me connais et je m'affirme2 je suis1 car je me pense1 et le monde extrieur o je rencontre ce frre n'est autre chose1 je le sais1 que ma pense mme hypothtiquement extriorise4 ,mais si ce frre gravite autour de mon aimant1 particule de mon dsir1 moi aussi1 particule de son dsir1 je gravite autour de son aimant2 le monde dont il fait partie n'existe qu'en moi2 mais le monde dont je fais partie n'existe qu'en lui1--et1 relativement sa pense1 je dpends de sa pense3 il me cre et il m'annihile1 il me conoit et il me nie1 il m'crit et il m'efface1 il m'illumine et il m'entnbre4 ,je suis lui3 ,homunculus-,hypothse grandit et m'crase1 car s'il n'est rien que ma pense1 quand je le pense1--il est tout quand il se pense lui-mme1 et je n'existe plus qu'avec son consentement4 ,me voil donc limit par mon hypothse1 c'est-dire par moi-mme1 et je reconnais1 cette fois indubitablement1 que je ne puis pas ne pas me limiter1 car1 ds que je pense1 je pose l'hypothse de la pense4 ,me voil donc limit par ma propre pense1 et plus je pense plus je me limite1 plus je cre d'obstacles au dveloppement de mon primordial absolutisme2 devenue pareille l'oeil facettes d'une mouche1 ma pense multiplie les ennemis de son unit et j'ai devant moi la formidable arme des ,autres4 ,mais que l'ennemi soit un ou multiple1 il gne galement ma libert1 et1 m'ayant forc le concevoir1 il me force entrer en pourparlers avec lui4 ,a condition qu'il ne me nie pas1 j'admettrai1 autant que je puis le faire1 autant que me le permet ma nature1 son existence hypothtique1--et ncessairement s'il me rend la pareille4 ,ce n'est1 aprs tout1 qu'un change de bons procds et de rciproques concessions4 ,au lieu de la guerre1 je propose la paix2 je laisse la vie celui qui me la laisse1--et celui qui m'a retir de l'abme et qui en m'en retirant y est tomb lui-mme1 je jette mon tour la corde du salut4 ,nouveaux ,dioscures1 nous vivrons chacun notre jour1 nos nuits ne seront que de priodiques instants et nous y jouirons des magnifiques alternatives de la lumire et de l'ombre3 444,fratrem ,pollux alterna morte redemit#gh4 ,note #gh3 ,virg41 n41 ,,vi1 #aba4 ,et voici comment raisonne ,pollux3 ,l'arbre n'existe que parce que je le pense2 pour la pense hypothtique que je pressens et que je veux bien admettre1 douloureusement1 au-del de mon domaine1 je suis une sorte d'arbre et je n'existe qu'autant que cette pense me pense444 ,il se reprend3 ,pourtant1 je suis1--et absolument#gi6 ,note #gi3 ,dans le sens de ,fichte1 que le moi est virtuellement toute ralit1--toujours jusqu' preuve du contraire4 ,il rflchit et continue3 ,oui1 mais ,homunculus ne dit pas autre chose de lui-mme2 il dit1 lui aussi3 ,je suis1--et absolument4 ,or1 si j'admets mon affirmation1 je dois admettre la sienne1 mais deux absolus sont contradictoires2 ils se nient en s'affirmant2 ils s'affirment en se niant4 ,pour tre pens1 il faut donc que je me nie moi-mme1--mais je retrouverai dans l'autre pense l'image de ma propre ngation renverse et redevenue positive3 je vis et je suis en celui qui me pense4 ,voil pourquoi ,pollux partagea son immortalit avec son frre mortel4 ,,chapitre ,,deuxi,,me ,,vie ,,de ,,relation ,la mtaphysique pose des axiomes1 l'exprience les vrifie2 si elle n'en a pas le droit1 elle le prend4 ,l',intelligence absolue pense dans la solitude absolue de l',infini1 et sa pense oeuvre la tapisserie que nous sommes-- l'envers--3 hommes1 btes1 plantes1 pierres4 ,elle a son moteur en soi2 elle part d'un point du cercle pour revenir au mme point du cercle1 et ce simple mouvement1 toujours le mme1 est infiniment fcond4 ,pour l'intelligence limite1 les conditions de la pense sont toutes diffrentes2 elle a besoin de l'excitation du choc extrieur4 ,rduite soi1 c'est le prisonnier au secret4 ,dans ce cas1 la pense se rsorbe et1 ne vivant plus qu'autosubstantiellement1 se dvore elle-mme et se rsout en la non-pense#hj4 ,la pense d'autrui est le miroir mme de ,narcisse1 et sans lequel il serait ignor ternellement4 ,il s'aime1 parce qu'il s'est vu2 on se voit dans un miroir1 dans des yeux1 dans le lac de la pense extrieure4 ,tel ,narcisse intellectuel1 content par un auditoire compos d'une femme qui fait semblant d'couter1 s'pandrait moins s'il n'avait pour confidents que les arbres de la fort1 ou ,mnmosyme1 pltre pourtant indulgent4 ,mais1 dfaut de l'objet-pense1 ,narcisse s'amuse encore interpeller la patience muette des rochers et la bruissante sympathie des arbres2 il coute1 il a cr ,echo4 ,echo est la pense en laquelle il peut vivre3 il la nie et il meurt#ha4 ,note #hj3 ,telle est la signification symbolique de l'histoire d',hugolin4 ,prisonnier1 spar de la source de l'activit mentale1 il dvore ses enfants1--c'est--dire qu'il se dvore lui-mme1 qu'il dvore ses propres penses4 ,pour cela1 il est chti ternellement1 car il a voulu nier1 par orgueil1 les conditions mme1 de la vie de relation1 telles qu'elles nous sont imposes2 il avait obi aux propres suggestions de ses enfants1 de ses penses1 de son gosme1 et l'gosme eut plus de puissance que l'amour1--et la faim eut plus de puissance que la douleur4 ,poscia1 pi che'l dolor pote'l digiuno ,,dante1 ,inf41 ,,xxxiii1 #ge4 ,note #ha3 ,et devenu fleur1 si nous attendons jusque-l1 oeillet-,notre-,dame a ou porion b--il faut que la fleur soit cueillie4 ,nous l'entremlerons l'hyacinthe1 au lys1 au lychnis1 au lierre1 et nous en couronnerons nos amies l'heure de nos festins mtaphysiques c3 ,hederae ,narcissique ter circumvoluto circulo ,tortilium coronarum444 ,et nous jouerons les orner d'indites et touchantes grces4 --,tu vero admodum variam e floribus coronam gestabis mollissimam1 suavissimam4 --,summe ,jupiter1 illam habentem1 quis osculabitur ,oui1 qui baisera sur la bouche la reine du jeu8 ,note a3 ,commentaires de ,philostrate1 ,tableaux 7,paris1 #afbj1 in-folio74 ,note b3 ,commentaires d',athne1 ,deipnosoph4 7,paris1 #aeih1 in-folio74 ,note c3 ,citation d',athne1 dit4 gr4 lat4 7,ibid47 ,le ,narcisse raisonnable et logique ne s'inquiterait mme pas des reflets qui dorment dans les sources4 ,a l'cart de tout1 en une solitude rigoureuse et farouche1 il soignerait1 jaloux et silencieux1 la fleur prcieuse de son jardinet1 trop prcieuse pour l'oeil d'autrui4 ,tels peut-tre les solitaires de jadis8 ,non1 car ils ne cultivaient leur moi que pour l'arracher1 attendant que la plante ft devenue assez solide pour donner prise aux mains du renoncement#hb4 ,illogique1 il convie autrui visiter ses plates-bandes et ses serres1 car1 horticulteur la mode1 et non plus pauvre jardinier1 il exhibe d'allchantes collections d'azales et de phnomnales orchides1 images provignes de son orgueil4 ,lui seul est le grand horticulteur1 mais sa propre affirmation dfaille si les autres ne la confirment4 ,note #hb3 ,le solitaire1 mme seul1 n'tait pas toujours seul4 ,parfois il entendait la voix qui parle aux solitaires4 7,,hello1 ,physionomies de ,saints1 p4 #dbc47 ,nietzsche1 le ngrier de l'idalisme1 le prototype du nronisme mental1 rserve1 aprs toutes les destructions1 une caste d'esclaves sur laquelle le moi du gnie peut se prouver sa propre existence en exerant d'ingnieuses cruauts4 ,lui aussi veut qu'on le connaisse et que l'on approuve sa gloire d'tre ,frdric ,nietzsche1--et ,nietzsche a raison#hc4 ,note #hc3 ,l'auteur ne change rien ce paragraphe o apparat son ignorance d'alors touchant ,nietzsche4 ,mais cette ignorance mme est bonne constater1 cause du paralllisme de certaines ides4 ,plus d'un esprit libre et logique de ce temps a relu dans ,nietzsche telle de ses penses4 ,l'homme le plus humble a besoin de gloire3 il a besoin de la gloire adquate sa mdiocrit4 ,l'homme de gnie a besoin de gloire2 il a besoin de la gloire adquate son gnie#hd4 ,quel pote et qui donc serait content de la seule couronne qu'il se poserait lui-mme sur la tte1 comme ,charles-,quint8 ,l'empereur ne se couronna pas dans l'ombre de son oratoire2 il se couronna devant toute la terre et devant les princes de toute la terre1 disant ainsi que1 premier juge de sa propre gloire1 il n'en tait que le premier juge1 et non pas le seul4 ,note #hd3 ,hello a crit sur une ide voisine de ceci des pages fort belles 7,de la ,charit intellectuelle dans les ,plateaux de la ,balance74 ,pens par les autres1 le moi acquiert une concience nouvelle et plus forte1 et multiplie selon son identit essentielle4 ,multiplier une rose1 cela fait un jardin de roses2 multiplier une ortie1 cela fait un champ d'orties4 ,car la dviation de l'idalisme1 telle que je la conois1 ne va pas1 et tout au contraire1 ratifier la baroque loi du nombre1 qui se base sur de fabuleuses additions o sont ensemble compts les roses et les orties1 les rats et les zbres4 ,la pense s'individualise diffremment2 il n'y a pas deux individus identiques2 les miroirs sont bons ou mauvais1--et encore le miroir n'absorbe et ne rflchit qu'une manire d'tre et non l'tre en soi4 ,l'tre en soi est inviolable1 mais il faut qu'il subisse des tentatives de viol pour apprendre qu'il est inviolable4 ,le ,stylite vit tout seul sur sa colonne1 mais il a besoin de la foule des plerins qui se presse au pied de sa colonne2 il a besoin de la salutation de ,thodose2 il a besoin de la vaine flche de ,thodoric4 ,sans la pense qui le pense1 le ,stylite n'est qu'un palmier dans le dsert4 ,fvrier #ahid4 ,,iii ,,le ,,principe ,,de ,,la ,,charit ,le principe d'un acte1 ou sa cause gnratrice et matresse1 importe plus que l'acte lui-mme1 car c'est par son principe que l'acte acquiert son degr de valeur esthtique1 c'est--dire morale4 ,rduit au mcanisme physique1 l'acte est indiffrent3 c'est l'extriorisation d'une force et rien de plus4 ,que l'effort des muscles se rsolve en un sauvetage ou en un meurtre1 les deux actes sont les mmes1 et pour les diffrencier il faut avoir compris leur principe initial2 mais ce principe peut tre commun1 avidit1 vanit1 obissance1 courage3--et un meurtre apparatra vtu de toute la sanglante beaut du dsintressement1 et un sauvetage sali de toute la vase du fleuve et de toute la boue de la rcompense4 ,que1 les principes dtermins1 le chtiment intervienne et efface le crime2 que la rcompense1 aussi srement1 efface l'oeuvre qui la motiva1 et l'on retrouve l'tat d'indiffrence qui est l'tat normal de l'acte et qui sera l'tat mme de l',activit le jour o tous les actes possibles auront t accomplis4 ,il faut donc1 si l'on veut absolument juger1 ce qui est un jeu dfendu1 mais bien humain1 juger non les actes qui ne sont que des mouvements et dont la direction peut tre chaque instant dvie par des causes secondaires ou postrieures1 mais les pr-actes les actes en puissance1 les actes au moment mme o ils vont tre dtermins par le principe initial2 il faut juger le principe mme et non le fait1 et1 ici1 chercher quel est le principe qui peut confrer un acte la qualit d'acte de charit1 en opposition avec la foule des actions ainsi qualifies d'ordinaire1 mais indment4 ,i ,la vie1 qui est un acte de foi1 puisque l'homme est incapable de vrifier les notions sur lesquelles s'appuie son existence mme quotidienne1 est aussi un acte de charit puisqu'elle est un change perptuel de notions et de sentiments entre les hommes et entre l'homme et le reste de la nature4 ,parmi ce torrent d'effluves1 les actions communment appeles charitables ne sont qu'un tout petit souffle1 et souvent de vanit1--mais qui siffle comme un jet de vapeur1 afin de capter l'attention et la sensibilit des mes4 ,ces actions n'ont que le mrite d'tre conscientes2 elles le sont jusqu' l'ostentation et jusqu'au mensonge1 car elles arrivent faire croire qu'elles ont seules droit au nom d'actes de charit1 alors que leur principe les range parmi les plus ordinaires gestes du commerce4 ,les actes charitables ne sont le plus souvent que des actes commerciaux1 vente1 achat1 change3 gagner le ciel1 gagner l'estime gnrale1 gagner sa propre estime1 gagner le repos de sa conscience2 acheter une joie2 se dfaire d'un remords2 change d'une monnaie contre une bndiction2 achat d'une chance favorable1 d'un avantage1 encore que problmatique1 d'un bonheur1 encore qu'illusoire4 ,tous ces actes obissent au principe du gain1 attnu et l par le principe du plaisir4 ,ce dernier principe est seul en cause quand la charit1 acte d'amour ou acte de piti1 prend un caractre noblement goste et conforme la destine de l'homme1 qui est de s'affermir dans sa vie et de s'affirmer dans l'exercice des sentiments qui lui font prouver fortement la joie de la supriorit personnelle4 ,par les actes d'amour et de piti qui souvent se confondent 7surtout chez les femmes1 et c'est un socle o elles haussent dlicieusement71 l'homme conquiert la sensation de se grandir et mme de devenir unique2 crateurs d'allgresses vraiment divines1 ces actes ont les mmes effets que la douleur3 ils diffrencient puissamment celui qui les accomplit avec puret2 ils le dressent sur la colonne du ,stylite d'o les cailloux du dsert ne sont que des grains de sable1 d'o le sable se ride et rit avec des fracheurs d'eau4 ,mais l encore1 et puisque l'exprience d'un tel rsultat peut s'acqurir1 le dsintressement n'est pas absolu2 la conscience du but n'est pas toujours ni tout fait absente et1 quoique rien de social ou de pratique ne souille de tels actes 7ils peuvent tre1 cela est toujours sous-entendu1 socialement criminels71 c'est encore plus loin qu'il nous faut chercher le principe de la charit parfaite4 ,le principe de la charit est le don gratuit1 pur et simple1 sans dsir1 sans esprance1 sans but4 ,la nature et l'humanit la plus voisine de la nature nous donneraient de cela des exemples si on les devait choisir inconscients3 la charit de la fleur1 la charit du chtaignier1 la charit du boeuf1 la charit du chien1--la charit du gnie1 la charit de la beaut1--la charit de la mer1 la charit du soleil1--la charit de ,dieu 7dont l'tre est indtermin7 qui maintient1 selon les lois1 la succession des phnomnes et l'activit de l'intelligence2--mais la vritable charit est l'acte de l'homme conscient qui vit selon sa propre personnalit et d'aprs les rgles de sa logique intrieure et individuelle4 ,cet homme donne ce qu'il a et donne ce qu'il est4 ,pour fleurir1 il n'emprunte pas1 chardon1 la sve du lys1 il n'est ni le lierre ni le miroir3 il ne plante pas ses griffes dans la tige plus forte d'autres intelligences1 ni ne vole la grce d'autres mes2 herbe ou mtal ou crature vivante1 il n'offre la frairie des tres et des choses que l'opulence naturelle d'un gnreux gosme1 conforme au rythme1 adquat aux gestes divins4 ,la plus grande charit est donc de vivre et de consentir tre dans la prairie une tache d'ocre ou de laque et de borner son rle aux relations qu'une nuance doit avoir avec les autres nuances4 ,mais pour vivre il ne suffit pas d'exister2 il faut avoir la conscience de sa vie et de sa couleur et de son jeu et1 cette triple conscience acquise1 maintenir la succession de ses phnomnes et l'activit de son intelligence3 en cela1 l'homme est dieu et son propre ,dieu1 et1 devenu son propre ,dieu1 il atteint le sommet suprme de la charit1 qui est l'amour de soi-mme en quoi est impliqu le don de soi-mme4 ,aimer1 c'est donner2 s'aimer1 c'est se donner3 ainsi par le raisonnement le plus simple on identifie1 l'infini1 l'amour et l'gosme1 le moi et le non-moi1 dans la conscience de se sentir indtermin3 l'gosme pense l'amour1 et1 pens l'amour1 se vivifie et s'pand en ondes sur le monde4 ,ces ondes1 comme celles que dessine sur l'eau une pluie de pierres1 s'entrelacent sans se confondre et sans briser leurs cercles qu'un mouvement sr extend1 partir du point de chute1 jusqu' une limite inconnue4 ,parmi l'harmonie de tant d'ondulations invincibles1 les actes de la charit commerciale viennent crever comme la bulle d'air revomie par une grenouille4 ,,ii ,ce que l'on nomme la vie de relation participe donc en plusieurs de ses mouvements la charit la plus haute1 mais cette vrit ne sera pas plus amplement dmontre1 car les choses ayant deux faces et les mots leurs exigences1 on attend sans doute un examen bref des faits les plus conformes la dfinition des lexiques et que l'on revienne1 pour ne pas contrarier plus longtemps le commun des habitudes crbrales1 l'analyse des actes pratiqus et monopoliss par des coeurs utiles4 ,l'ide que la charit doit tre utile est presque nouvelle2 elle date sans doute de saint ,vincent de ,paul1 ou du moins l'on s'accorde faire honneur de cette invention curieuse au clbre philanthrope1 au ,parmentier des petits enfants4 ,avant lui1 la charit n'tait qu'un rachat de personnelles fautes2 elle gardait son caractre goste et digne de prodigalit2 elle tait vraiment1 le plus souvent1 un don sans conditions1 sans but que d'tre un don2 elle tait un sacrifice2 elle avait la grce et la puret de l'oubli3 elle ne suivait pas son argent des yeux4 ,aujourd'hui l'on va jusqu' produire1 presque en justice1 le reu du ,pauvre1 avec timbre de quittance4 ,on fait un placement de vanit ou de peur4 ,le carnet souche de l'aumnire est devenu un bouclier contre les jets de boue1 et quand il est prim on en fait de la pte papier d'affiches4 ,la charit est devenue une des formes de la rclame3 savoir piper l'argent misricordieux et le rpartir entre les plus adroits hurleurs est un talent apprci chez les journalistes1 qui envient un mtier si gnreusement productif et chez les petits bourgeois qui ont le respect de la comptabilit1 de l'ordre1 de l'conomie et qui donnent1 non au pauvre qui passe1 mais l'indigent certifi par un numro d'agenda4 ,mais qu'elle serve1 sycophante1 les intrts d'un audacieux philanthrope ou qu'elle soit l'assurance contre la grle signe par un trembleur innocent1 la charit perd galement tous ses caractres essentiels3 en d'autres circonstances1 elle n'en garde que peu et c'est1 par exemple1 singulirement la diminuer en beaut que de la faire descendre au rang de rouage social1 moteur d'ordre humain1 complice des tyrannies de la civilisation4 ,on a dit que l'aumne tait l'une des insultes du riche envers le pauvre4 ,presque toujours3 parce qu'elle n'est presque jamais le don gratuit4 ,on achte1 pour quelques argents1 le silence et la sagesse du pauvre2 mais l'aumne qui ne demanderait rien en change1 l'aumne d'un verre d'eau-de-vie un ivrogne1 serait-ce vraiment une insulte8 ,il est affreux de conduire chez le boulanger la triste crature qui tend la main2 la voil l'insulte1 et impardonnable1 l'insulte d'une charit mprisante qui limite le besoin pour limiter le don4 ,et que savez-vous si ce pauvre n'a pas besoin d'une fleur ou d'une femme8 ,le pain que vous lui offrez1 il ne devrait le manger que tremp dans le sang amer de vos veines rompues4 ,la charit qui limite et qui choisit est cruelle et drisoire2 si l'on y mle la notion du devoir1 elle s'ironise encore et s'aggrave1 et se dshonorerait1 si c'tait possible4 ,peut-on dshonorer la charit8 ,villiers de l',isle-,adam1 d'un obscne mendiant1 disait qu'il dshonorait la pauvret4 ,c'est aller loin4 ,si des pauvres sont abjects ils ne dshonorent qu'eux-mmes2 et la charit est-elle avilie par la danseuse qui1 en un hideux bal de bienfaisance1 fait choir un plaisir l'humiliation d'un devoir8 ,les mots collectifs ne sont pas responsables des units qu'ils signifient3 levs au rang d'ides1 ils ne peuvent tre amoindris par la trahison d'un fait4 ,qui peut dshonorer la joie8 ,mais la charit est une joie laquelle1 comme toutes les joies1 il faut un peu d'hypocrisie1 le demi-jour1 le pas de nom1 l'acte d'homme pur et simple1 comme la possession d'une femme dont on ne connatra que la surface et qui n'entendra que l'anonyme cri de l',homme1 dans l'ombre d'une oeuvre secrte4 ,fvrier #ahif4 ,,iv ,,la ,,destin,e ,,des ,,langues ,on a publi nagure dans une revue de vulgarisation#he un article orn de ce titre brillant3 ,la ,guerre des langues4 ,malheureusement1 quoique muni d'une rudition toute frache et assur des plus rcentes statistiques1 l'auteur1 qui est un tranger1 n'a pu profrer les conclusions qui se seraient tout naturellement imposes un crivain franais4 ,il voit la question par le ct extrieur3 il est plein de sympathie1 mais il manque1 et c'est bien son droit1 de cet amour qui adore jusqu'aux dfauts de sa passion et qui veut que l'tre unique triomphe tout entier1 mme contre tout droit1 toute justice et sagesse4 ,il y a aussi bien du souci commercial dans ses calculs2 souci louable et que mme un pote partagerait1 puisque la littrature se vend3--comme ,note #he3 ,on a supprim le nom1 d'ailleurs insignifiant1 qui figurait dans la premire version de cette fantaisie4 ,peut-tre gagnera-t-elle tre dpouille de tout caractre polmique4 les oranges et comme les fleurs2 mais on songe que ce directeur d'une revue franaise le pourrait tre1 si son exode avait fourch1 d'un recueil allemand ou d'un magasin anglais1 et tel voeu touchant la simplification de notre orthographe et1 en vrit oui6 de notre syntaxe1 ne laisse pas que de nous troubler au souvenir1 voqu aussitt1 d'un clbre jugement du roi ,salomon4 ,sit ut est1 aut non sit2 ce mot d'un jsuite prnietzschen1 la plus haute parole chappe l'instinct de puissance1 doit tre rappel avant toute discussion4 ,sa clart dispense de longs commentaires4 ,il est toujours amusant de voir un ,tchque ou un ,polonais offrir du fond de son coeur un ,franais de ,reims ou de ,rouen des moyens dlicats d'amliorer la langue qu'il apprit dans le ventre de sa mre2 on passe sur l'impudence et l'on rit3 on aime rire sur les bords de la ,seine et sur les bords de la ,marne4 ,mais nous avons affaire un srieux judaque qu'aucune plaisanterie n'corche1 et il nous faudrait peut-tre traiter srieusement d'un sujet qui semblait rserv jusqu'ici gayer la fin des vaines sances acadmiques4 ,en voici l'expos1 repris son commencement3 ,jadis1 assure-t-on1 le franais tait la langue parle par le plus grand nombre d'hommes4 ,ce jadis est imprcis4 ,je vois bien1 d'aprs les petits bonshommes gradus comme des fioles d'officine 7dont le dmonstrateur claire libralement l'intellect de ses nombreux lecteurs71 je vois bien1 dis-je1 que le franais est aujourd'hui serr d'assez prs par le japonais et que1 bien au-dessus de la franaise1 la fiole russe dresse sa capsule noire2 je vois bien les rapports arithmtiques qu'il y a entre les chiffres #he1 #eh et #dj1--mais c'est tout1 car il s'agit des langues humaines1 c'est--dire de pense1 d'art1 de posie1 et non pas de sucre1 de poivre ou de caf4 ,songez qu'il y a presque deux fois plus de moulins parole qui broient du russe qu'il n'y en a d'abonns moudre du franais6 ,et quoi8 ,il y a encore bien plus de moulins chinois3 il y en a trois ou quatre cent millions4 ,la statistique est l'art de dpouiller les chiffres de toute la ralit qu'ils contiennent4 ,un gale un1 parfois2 le plus souvent #a x4 ,l'auteur1 qui est isralite1 devrait se souvenir qu'une petite tribu de ,bdouins a impos sa religion au monde entier4 ,le grec classique n'a jamais t parl la fois par un peuple plus nombreux que les ,suisses ou les ,danois4 ,mais le grec serait mort et sa littrature aurait pri sans la puissance byzantine2 et c'est le javelot romain qui planta le latin dans l',europe occidentale4 ,la destine d'une langue est dtermine par deux causes1 l'une intime et l'autre d'action extrieure1 l'une toute littraire et l'autre toute politique4 ,cette seconde cause est la plus forte2 elle peut anantir la premire2 mais si elle s'y ajoute1 au lieu de la contrarier1 elle peut acqurir une puissance indestructible4 ,l'avenir sera ce qu'il lui plaira2 ce qui est hors de notre influence et de notre raison ne doit pas nous intresser fortement4 ,cependant il est vident que la langue de l',europe future sera la langue du vainqueur de l',europe2 et s'il est probable que la ,russie soit la ,rome de demain1 il est probable que le russe soit le latin des prochains sicles4 ,le rle de la ,france1 avilie par des gouvernements indignes1 tant dsormais purement littraire 7 moins d'un improbable rveil71 la question qui peut amuser est celle-ci3 dans quelle proportion1 ct de la langue du vainqueur1 les langues des vaincus futurs peuvent-elles esprer de vivre littrairement8 ,c'est--dire l'tat de langues mortes1 de langues de parade ou de cnacles4 ,car la vie et l'unit d'une langue sont intimement lies la vie et l'unit politiques d'un peuple4 ,l'histoire de la langue franaise l'a montr clairement1 quoique rebours1 et l'volution de l'espagnol dans l',amrique du ,sud sera prochainement un argument pour cette thse1 qui n'est pas d'ailleurs contestable4 ,les tats de l',europe vaincue1 en perdant leur autonomie1 verront leurs langues se fractionner rapidement en une quantit de dialectes dont la diffrenciation sera croissante4 ,ou1 pour mieux dire1 les dialectes de ,france1 par exemple1 qui sont encore vivants et fort nombreux1 n'tant plus domins par un parler commun qui les rgisse et les coordonne1 deviendront de vritables petites langues particulires aussi diffrentes entre elles que le wallon et le provenal1 le picard et le portugais4 ,les ,franais de ,lyon ne comprendront plus ceux de ,nantes1 ni ceux de ,paris ceux de ,rennes4 ,il y aura des annes et peut-tre des sicles de grand trouble1 une anarchie linguistique analogue la grande anarchie qui suivit la destruction politique de l'empire romain4 ,mais les hommes1 et c'est leur fin1 sont ingnieux tourner les obstacles que la nature leur impose4 ,ayant besoin d'une langue d'change1 ils accepteront sans aucun doute celle du vainqueur4 ,ces acceptations1 dont il y a tant d'exemples dans l'histoire1 semblent inexplicables parce qu'on les croit bnvoles4 ,mais si l'on rflchit que les fonctions publiques1 l'influence et la richesse ne sont plus abordables pour les vaincus qu'au moyen de la langue du vainqueur1 qui est le bac ou le pont joignant les deux rives du fleuve1 les apostasies linguistiques apparaissent au contraire absolument conformes ce que l'on doit entendre de la nature humaine1 toujours incline du ct du bonheur sensible4 ,cependant les ,barbares n'imposrent pas leurs langues au monde romain2 le latin1 que les ,vandales avaient respect en ,afrique1 ne cda que beaucoup plus tard l'invasion arabe4 ,il faut sans doute tenir compte1 dans l'examen de ces faits contradictoires1 soit de l'intelligence1 soit du caractre du vainqueur4 ,pourquoi le latin qui avait rsist aux ,vandales ne put-il rsister aux ,arabes8 ,sans doute parce que1 malgr que leur nom ait acquis une mauvaise odeur1 les ,vandales1 d'une race douce et intelligente1 plus sensuelle que vaniteuse1 furent vite amollis et amuss par une civilisation dont tous les lments n'taient pas trangers leur mentalit4 ,mais aucun contact ni de sentiment ni d'intelligence ne fut possible entre l',arabe et le ,romano-,vandale2 les vainqueurs exercrent tous leurs droits et mme celui du massacre4 ,le caractre orgueilleux des ,romains avait eu le mme rsultat que la stupidit des ,arabes4 ,pas plus que l',anglais ou le ,franais d'aujourd'hui1 ils ne voulurent considrer comme un outil respectable la langue des vaincus2 les soldats de ,csar ne songrent pas plus parler gaulois que mexicain les compagnons de ,cortez4 ,chose singulire1 ,cortez avait trouv un interprte au seuil de l'empire mystrieux qu'il allait dompter en quelques semaines2 ,csar en trouva autant qu'il y avait de dialectes en ,gaule3 il y a des hommes pour qui les dfenses de la nature deviennent des complices4 ,mais le futur vainqueur de l',europe rencontrera1 non des dialectes sans intensit1 mais les langues robustes et rsistantes1 appuyes sur des littratures anciennes1 respectes1 vivaces1 sur des traditions administratives1 sur la foi populaire qui1 en certains pays d',europe1 identifie avec beaucoup de raison la langue1 la race et la patrie politique4 ,dans ces luttes suprmes1 les littratures seront encore une force2 quand les armes auront t ananties1 au-dessus des mles gorgs les femmes se dresseront pleines d'imprcations et de gmissements o la langue des vaincus affirmera sa volont de vivre1 mme pour la souffrance et pour le dsespoir1 et les enfants oublieront difficilement le son des syllabes qui auront1 autant que les larmes1 autant que les sanglots1 pleur leurs pres4 ,mais la vie1 plus forte que les sentiments particuliers1 est aussi plus forte que les sentiments nationaux4 ,les langues de l',europe priront toutes1 malgr ce qu'elles contiennent de beaut et d'humanit2 elles priront toutes selon la tradition orale3 si l'une ou deux ou trois d'entre elles doivent chapper la mort intgrale et vivre1 un peu1 comme vivent encore un peu1 aujourd'hui1 le latin et1 beaucoup moins1 le grec ou l'ancien franais1--lesquelles8 ,si l'on suppose que le vainqueur de l',europe et du monde sera le peuple russe1 il faut d'abord liminer toutes les autres langues slaves1 qui seront les premires dtruites4 ,aucune d'elles1 d'ailleurs1 ne possde une littrature qui puisse ou retarder ou mme faire regretter beaucoup leur disparition2 on peut ds maintenant les considrer comme des phnomnes passagers1 et avec un peu d'application dterminer1 un sicle prs1 tout cataclysme cart1 la date de l'extinction totale4 ,ceci admis1 on appliquera le mme raisonnement aux parlers scandinaves dont la vie1 rnove par tel crivain de gnie1 n'en est pas moins factice et prcaire4 ,mme si l',europe devait1 au lieu de la conqute1 subir1 chtiment bien plus pouvantable1 la paix mlancolique que lui prdisent les humanitaires1 on ne voit pas la place que pourrait tenir dans le monde1 ,ibsen disparu1 une langue telle que le dano-norwgien4 ,ces dialectes rservs un petit nombre d'hommes sont pour ces hommes mmes un embarras et un pige1 et1 plus encore1 un tombeau4 ,le hollandais ne doit pas attendre une meilleure destine1 ni le portugais2 mais ces deux langues pourraient1 longtemps encore1 voluer1 l'une en ,afrique1 l'autre au ,brsil1 o1 malgr de singulires modifications1 elles garderaient assez de leur figure primitive pour faire douter de leur disparition relle4 ,quoique plus vigoureux1 mais aussi dnu de force expansive1 l'espagnol subirait le mme sort et son histoire se continuerait outre-mer1 travers les immensits de plus de la moiti d'un continent immense4 ,l'envahisseur1 qui s'est d'abord attaqu l',allemagne1 dj enserre par une conqute presque circulaire1 y trouve une srieuse rsistance linguistique1 mais sans profondeur1 sans racines4 ,la littrature presque toute de science ou de philosophie s'y renouvelait tous les dix ans1 et les derniers sicles1 depuis ,nietzsche1 dont le ferment a ravag mais non renouvel un monde1 trop dcadent et dj ruin1 y ont t presque infconds4 ,la folie des analyses et des expriences socialistes ont abruti dfinitivement le peuple allemand en dveloppant sa double tendance la rverie sentimentale et la jouissance matrielle4 ,ses dernires activits mentales ignorent1 plus encore qu'au vingtime sicle1 les joies aristocratiques de la cration2 il est devenu tout entier contrefacteur et assimilateur2 il imite1 il traduit1 il compile4 ,c'est sans rpugnance qu'il apprendra la langue du vainqueur2 il emploiera cette besogne1 dont il sentira vivement l'utilit hdmonique1 les derniers restes de son nergie et son attention depuis longtemps discipline4 ,sa littrature obscure1 lourde et sans clat n'opposera qu'une faible digue aux puissantes vagues du nouvel ocan barbare4 ,les sentimentalits rcalcitrantes trouveront dans la musique un refuge suprme4 ,cependant les tentacules de la pieuvre atteignent l',angleterre et l',italie4 ,une le est une proie difficile atteindre1 mais ds qu'elle est touche1 c'est une proie paralyse4 ,un tat insulaire n'a jamais d'arme1 quelle que soit sa volont de se crer cet organe de dfense2 au centre de la partie mobile de la population1 il y a une masse d'hommes plus ignorants1 plus orgueilleux et plus timors que chez n'importe quelle nation continentale4 ,tout tranger y tomberait comme un ,martien et n'y ferait pas rgner un moindre dsarroi ni une moindre terreur#hf4 ,la conqute linguistique des grandes les est plus facile encore que leur conqute militaire2 il n'y faut que de la persvrance4 ,l'enttement s'amollit bientt1 pntr par le doux esprit de lucre1 par les saines ides d'utilit2 l'instinct commercial touffe l'instinct national4 ,pour les peuples uniquement trafiquants1 comme les insulaires1 la langue des dieux est celle qui est pour l'or la meilleure glu4 ,note #hf3 ,rcemment1 la vue d'un navire au pavillon inconnu1 qui fuyait le mauvais temps1 fit que les habitants d'un village de pcheurs cossais s'enfuirent pouvants1 croyant une invasion des ,boers6 ,que doit donc tre le terrien anglais8 ,l',angleterre1 qui a une littrature1 n'a pas ou n'a plus de langue littraire4 ,tels ,anglais qu'on nous apprend vnrer comme de grands crivains ignorent jusqu' l'art lmentaire de la phrase et du rythme2 ils crivent comme ils parlent1 en oubliant une partie des mots1 et comme ils pensent1 en oubliant une partie des ides4 ,quand ils croient composer1 ils juxtaposent4 ,ils envoient leurs penses la bataille1 comme lord ,methuen ses soldats1 par petits groupes compacts et isols4 ,on ne sait pas encore ce que veut dire ,hamlet2 on sait qu'enleve la broderie admirable des images il ne reste de ,romo et ,juliette qu'un conte enfantin4 ,mais ,shakespeare est un tel brodeur6 ,ici1 il y a une langue littraire1 et plus forte que la pense mme dont elle est l'expression4 ,moment unique3 les potes anglais ne sont presque jamais des artistes1 et c'est l'inverse en ,italie1 o l'art verbal recouvre si peu de vraie posie4 ,il n'est pas probable que l'ironie d'un ,swift ou d'un ,carlyle soit gote par un peuple glorieux de sa force et ardent la vie4 ,ce n'est pas l de la littrature de vainqueur4 ,le passage de la langue anglaise de l'tat vivant l'tat classique ne pourra donc tre dtermin que par le respect dont mme des barbares auront appris entourer le nom de ,shakespeare4 ,si ,shakespeare demeure1 si le texte de son oeuvre est dclar sacr1 des centaines de noms et de livres anglais peuvent entrer dans le temple1 escorte du gnie sauveur2 mais ce triomphe n'est pas certain4 ,trop libre et trop passionn1 ,shakespeare1 dans les derniers sicles de l',europe1 aura t fort nglig par une ,angleterre de plus en plus mthodiste et commerciale4 ,la mort de ,ruskin a clos une re d'activit esthtique ou du moins de tentatives intressantes pour l'impossible fusion des ides de beaut et de vie humaine4 ,aprs la disparition du prophte de la lumire1 l',angleterre est revenue avec dlices ses joies sombres et closes4 ,la peinture claire et les toffes transparentes sont incompatibles avec la ncessit de la houille2 l o il faut se chauffer beaucoup et beaucoup activer des machines1 le plaisir est d'avoir une maison solide1 de manger des choses fortes1 de boire en coutant la pluie battre les vitres4 ,quelques distractions violentes suffisent1 aux jours de beau temps4 ,mais les revers militaires et des difficults sociales ont encore durci le caractre de l',anglais1 et les hommes comme la nation se sont enferms dans un isolement cruel4 ,l',angleterre se fait souffrir elle-mme pour oublier les blessures qu'elle a reues de l'tranger et c'est la religion qui a bnfici de cette longue crise d'orgueil4 ,oubli dans le reste de l'ancienne ,europe ou retourn parmi les peuples latins l'tat de superstition paenne1 le christianisme est encore vivant en ,angleterre au jour mme de l'invasion#hg4 ,l'orgueil a fini par se liqufier en une rsignation noire3 le peuple de ,dieu souffre parce que ,dieu l'a voulu1 et pour tre jusqu'au bout le nouvel ,isral1 il faut que l',angleterre souffre en silence1 ainsi que les ,juifs de jadis4 ,ces ides ont inspir toute une vaste et basse littrature4 ,depuis deux ou trois sicles1 les femmes seules crivent1 la baisse des salaires dans les travaux intellectuels ayant la fin cart les hommes d'une profession dprcie4 ,elles cultivent le seul genre littraire auquel de tout temps elles aient t propres1 le roman4 ,mais ce roman1 depuis qu'elles sont sans concurrents ou plutt sans matres1 est toujours le mme et toujours optimiste3 il s'agit invariablement d'un amour contrari par l'tat de pch d'un des amoureux 7l'homme1 la femme tant le lys parmi les chardons7 et dont une conversion soudaine 7ou lente1 si la magazine a besoin de copie7 permet la dlicieuse ralisation4 ,aucune jeune fille de dix-huit ans1 aucun homme dpassant la trentaine1 aucun personnage mari1 ni mle ni femelle1 hormis de vnrables parents1 ne figurent jamais dans ces histoires dvotes1 sinon tout au fond du tableau4 ,de mme que les insectes1 les ,anglais n'ont plus d'histoire1 franchie leur crise nubile2 ils ne meurent pas immdiatement sans doute1 comme les coloptres1 mais ils vivent dans le silence1 le travail et la vertu4 ,entre le vingt-deuxime sicle et l'envahissement de l',angleterre1 une seule romancire osa une timide allusion au mcanisme de l'amour2 elle dut s'exiler en ,allemagne4 ,c'est le seul crivain anglais dont le nom1 pendant cette longue priode1 fut connu sur le continent4 ,note #hg3 ,c'est au nom du christianisme que1 cette anne mme1 les juges anglais poursuivent comme obscnes les livres de libre philosophie scientifique dits par l',university ,press3 la ,pathologie des motions1 la ,psychologie sexuelle1 le ,vieil et le nouvel ,idal1 le ,rythme des pulsations1 ,responsabilit de dterminisme4 ,ce dernier ouvrage est de ,m4 ,hamon2 le premier est du ,d4 ,fr4 ,ce sont des livres que le clricalisme protestant envoie maintenant au bcher de ,servet4 ,l',angleterre est manifestement la veille d'un renouveau de fanatisme4 7,ici on pourrait supposer que la dcadence de l',europe du ,nord avait t singulirement accrue par la rigueur croissante des hivers3 la limite du seigle tait descendue ,christiana2 celle du froment ,newcastle et ,copenhague2 celle de la vigne passait par ,bordeaux1 ,venise et la ,crime4 ,les lignes isothermes ayant flchi sur l'ouest et le centre de l',europe1 par suite d'une dviation du grand courant quatorial1 la temprature de ,londres se rapprochait de celle de ,moscou4 ,la civilisation avait donc recul vers le sud1 ,rome tait redevenue la vraie capitale du monde1 et la ,mditerrane avait retrouv sa primitive splendeur4 ,un nouvel empire s'tendait1 limit au nord par le ,danube1 de ,vienne ,palerme et de ,gnes ,constantinople4 ,la courbe du grand fleuve1 jadis ocan entre deux mondes1 arrte longtemps les ,slaves1 malgr les complicits qui travaillaient pour eux l'intrieur du cercle4444 ,et on imaginerait toute une histoire future4--,mais c'est trop facile47 ,l',italie offre aux ,barbares 7en toute hypothse7 une rsistance imprvue4 ,sa dfense1 c'est l'blouissement4 ,devant ce spectacle d'une vie extrieure rgie par la recherche de la volupt1 l'envahisseur s'adoucit1 enfin heureux de vivre2 les armes fondent2 ,capoue renat dans les roses latines et dans les lys florentins4 ,comment imposer au sourire milanais la rudesse d'une langue mal leve8 ,si une des langues de l',europe doit survivre la conqute de l',europe1 ce sera l'italien1 la moins souille1 la plus souple1 la plus frache et1 en mme temps1 la plus goste et la plus fire des soeurs romanes4 ,la paresse du peuple italien1 sa dlicieuse ignorance lui ont forg son insu une force linguistique de premier ordre2 l',italien n'a jamais accept aucun mot tranger sans le dpouiller d'abord de son harnais d'origine3 cette dlicatesse a donn au peuple l'illusion que toutes les nouveauts verbales sont des filles lgitimes du gnie italien1 et la conviction de parler une langue pure lui a inspir un grand ddain pour tous les autres parlers de l',europe3 elle rit devant tous les sons qui ne sortent pas de sa flte4 ,enfin l'italien est le vestibule direct du latin qui1 en ces sicles loigns1 a gard son prestige sacr4 ,la connaissance d'une des deux langues mne l'autre avec facilit1 et comme elles volurent sur le mme sol1 on les trouve historiquement enlaces ds qu'on ventre une colline1 ds qu'on remue les ruines d'une glise ou d'un palais4 ,le latin nous apporta la civilisation antique2 l'italien porterait aux hommes futurs la connaissance o le souvenir des civilisations modernes4 ,devoir peut-tre un peu lourd pour une langue qui s'est perfectionne dans la bouche du peuple plutt que dans le cerveau des crivains4 ,la littrature italienne des derniers sicles est lumineuse et lgre1 claire et voluptueuse2 elle n'est que cela1 et c'est peut-tre ce qui la sauvera4 ,les sensibilits du ,nord viendront se rchauffer en ce ruisselet tide et parfum2 les hommes1 las des philosophies et des sociologies1 aimeront la chanson des oiseaux latins4 ,en linguistique il faut admettre que c'est le peuple qui cre et recre sans cesse l'instrument2 mais les hommes aptes manier cet instrument dlicat et terrible sont en trs petit nombre4 ,ds que les crivains sont lgion1 ds que la culture littraire s'pand sur la nation entire1 substituant la noblesse de l'inconscient la mesquinerie de l'action volontaire et prmdite1 il se produit une dviation esthtique et un abaissement intellectuel4 ,on dirait que la civilisation est un gteau et que les parts sont d'autant plus petites que les convives sont plus nombreux4 ,ceci ne peut pas encore se dmontrer3 mais la notion deviendra vidente4 ,comme tout se tient1 si la houille venait manquer1 la production littraire baisserait de moiti4 ,les aphorismes de ,malthus sont applicables au gnie4 ,parce que des millions d'imbciles veulent lire des romans-feuilletons1 on manquera peut-tre un jour de la rame de papier ncessaire pour faire connatre un nouveau ,zarathoustra aux mille cerveaux d'lite qui seuls le pourraient comprendre4 ,on crira l-dessus des choses trs belles et trs inutiles quand les ,barbares auront incendi ,paris4 ,a ce moment-l il n'y aura plus gure de littrature franaise que celle des sicle anciens1 et la langue1 dforme par les trangers auxquels on l'aura livre1 ne sera qu'un amas grossier de termes exotiques enchsss chacun dans une orthographe superstitieuse4 ,dj pour bien parler franais la mode des bureaux de rdaction et des cercles sportifs1 il faut connatre la valeur des lettres selon l'alphabet de cinq ou six langues trangres2 la veille de l'invasion1 la langue franaise sera un crachoir international4 ,nul ne la regrettera1 ni mme les ,franais1 qu'elle rebutera par son odeur cosmopolite4 ,s'il y a encore quelques potes1 ils useront du latin ou de telle vieille forme sculaire3 on crira en ,victor ,hugo1 en ,racine1 en ,ronsard4 ,la littrature1 enfin socialise1 se composera de romans historiques o la civilisation d'aujourd'hui sera reprsente sous les couleurs que nous attribuons maintenant l'homme lacustre2 avec cela1 quelques traits de science lmentaire4 ,un grand silence intellectuel planera sur notre patrie4 ,la contradiction tant impossible1 toute puissance appartenant l'tat1 seuls pourront parler ceux qui penseront comme l'tat2 mais personne n'aura l'inutile courage d'crire1 sinon les scribes officiels appoints pour cette besogne4 ,les vainqueurs ne toucheront pas l'admirable organisation franaise de l'esclavage socialiste2 ce bagne sera l'atelier qui travaillera pour entretenir la civilisation renaissante dans le reste de l',europe4 ,mais j'espre qu'il se rvoltera1 afin que tout recommence et qu'il y ait enfin une science historique#hh4 ,note #hh3 ,m4 ,robert ,waldmller 7,duboc71 en visitant ,victor ,hugo ,guernesey1 recueillit son opinion sur la future langue europenne4 ,voici l'anecdote rsume par le ,temps 7#g fvrier71 d'aprs le ,litterarische ,echo de ,berlin3 ,en #ahfg1 ,m4 ,duboc voyageait en ,france et en ,angleterre4 ,ce fut peut-tre un obscur mouvement d'atavisme franais qui le poussa rendre visite1 en passant la ,manche1 au plus grand des potes franais vivant4 ,il dbarqua donc ,guernesey et se fit indiquer ,hauteville house4 ,ds le jardin1 il eut de ,victor ,hugo une premire vision laquelle1 certes1 il ne s'attendait gure4 ,hugo1 ce qu'il raconte1 tait sur la toit plat de sa maison1 vtu de sa seule dignit1 et se livrait des mouvements gymnastiques aprs avoir pris une douche froide4 ,le visiteur se fit annoncer dans les formes et fut reu avec une grande affabilit4 ,la conversation s'engagea et tomba1 comme il tait naturel entre ,franais et ,allemand et cette poque1 sur les rapports des peuples entre eux4 ,m4 ,waldmller-,duboc demanda ,victor ,hugo s'il tait jamais all en ,allemagne4 ,non1 seulement dans le pays vieux-gaulois du ,rhin1 que je considre comme franais1 bien que1 ajouta-t-il1 pour moi il n'y ait pas de frontires4 ,et l dessus ,victor ,hugo mit justement la mme pense que ,nietzsche devait dvelopper plus tard3 ,un jour viendra o l',europe ne connatra que des ,europens1 et non plus des ,franais1 des ,allemands1 des ,russes4 ,est-ce que les ,allemands ont une queue8 ,je ne vois pas de diffrence 7,waldmller reproduit cette boutade en franais47 ,alors le ple-mle des langues prendra fin3 une seule suffira4 --,laquelle8 --,trois seulement peuvent entrer en ligne de compte3 l'italien1 l'allemand1 le franais4 ,l'allemand avec ses consonnes est trop dur pour les mridionaux2 l'italien paratrait aux ,allemands avoir trop de mollesse3 reste le franais1 la langue o se fondent l'nergie et la douceur4 ,et ,hugo continua1 poursuivant son ide3 --,si ,byron n'avait parl qu'anglais il n'aurait rencontr partout que des gens qui ne l'auraient pas compris2 car1 en dehors des ,anglais1 qui connat cette langue absurbe8 --,mais quand l',europe s'avisera-t-elle que tout le monde doit apprendre le franais8 --,qui sait6 ,peut-tre ds le lendemain de la chute de ,m4 ,bonaparte4 ,alors1 en un clin d'oeil nous aurons la ,rpublique4 --,et puis6 --,les rpublicains franais tendront la main aux ,allemands4 ,ceux-ci chasseront leurs nombreux princes444 les douanes seront supprimes1 etc4 ,la ,france prira ainsi ou de toute autre faon1 mais elle prira1 et tout prira4 ,cependant1 cette part faite au prophte pessimiste qui vaticine en tous les hommes dsabuss d'aujourd'hui1 il n'est pas inutile de se livrer quelques rflexions d'un autre ordre1 moins amres et plus vrifiables4 ,si l'influence linguistique de la ,france a diminu1 surtout depuis trente ans1 on n'y peut voir qu'une cause1 et cette cause est toute politique4 ,les peuples ont besoin de savoir la langue du plus fort2 dans cette force1 la littrature est un appoint1 elle n'est que cela4 ,le patronage littraire de la ,france s'tend encore aujourd'hui sur la plus grande partie du monde civilis2 il est plus vaste qu'au dernier sicle2 s'il est moins profond1 c'est qu'il n'a plus pour appui la suprmatie militaire4 ,de tous les commerces allemands c'est celui de ,leipzig qui a le plus gagn1 peut-tre1 au trait de ,francfort4 ,il n'a tenu qu'au gnie littraire allemand de profiter de la situation4 ,c'est parce qu'il s'est obstin se taire ou parce qu'il n'a parl qu'avec timidit que les lettres franaises ont maintenu et peut-tre tendu leur vieille domination4 ,sans ce pacifique empire d'outre-frontires1 la vraie littrature de ,france1 et toutes les industries qu'elle fait vivre1 n'existerait peut-tre plus4 ,qu'il le veuille ou non1 un crivain franais a trois clientles dont voici l'importance dcroissante3 ,paris1 l'tranger1 la ,province4 ,il faut donc distinguer de l'influence littraire l'influence purement linguistique qui s'exerce par la politique et par le commerce4 ,les livres franais sont lus par des hommes qui ne sauraient parler notre langue2 ils l'ont apprise ainsi qu'une langue classique1 langue de luxe et de loisirs aristocratiques4 ,d'autre part les ,franais de ,france ne lisent qu'en eux-mmes2 ce livre unique et quelques fausses nouvelles1 voil tout l'aliment que se permet leur gnie goste et national4 ,pour propager la littrature franaise l'tranger1 il suffit que nous crivions de bons livres dans une langue la fois traditionnelle et renouvele par les conseils d'une sensibilit originale2 propager la langue franaise1 en tant que langue de commerce et d'usage1 il suffirait peut-tre1 l'heure actuelle d'une politique ferme1 et au besoin un peu impertinente4 ,mais l'impertinence diplomatique n'est pas un joujou que puissent manier sans danger ou sans ridicule les humbles hommes d'tat1 les contre-matres d'usine1 qui ont usurp en ,france le rle de pasteurs de peuples4 ,et ce ne sont pas les efforts gnreux de l',alliance franaise qui pourront suppler notre atonie politique1 et encore moins tels petits remdes de bonne femme srieusement prconiss par des journalistes3 nommer des correspondants trangers de l',acadmie franaise1 instituer un ,prix de ,paris pour les tudiants trangers6 ,l'inutilit de ces mesures me les ferait accepter volontiers4 ,la ,france n'est pas une maison de commerce qui donnerait des primes ses clients2 ni elle n'est une dame qui doive condescendre rendre moins pre l'accs de ses faveurs4 ,s'il faut simplifier et l notre orthographe1 ou dsencombrer de trop puriles rgles nos grammaires1 que ce soit par des raisons esthtiques1 c'est--dire d'une utilit hautaine4 ,nous terons des baleines au corsage pour que le profil soit plus pur de la poitrine plus libre1 mais non afin de favoriser les mains grossires4 ,la langue de ,victor ,hugo n'est pas un volapuk qu'il soit permis de vouloir accommoder au got des sauvages comme une fabrication de cotonnade4 ,il ne parat pas d'ailleurs qu'il y ait1 malgr la logique1 le moindre rapport vrai entre la difficult du franais et sa prsente inertie d'expansion#hi4 ,le franais est-il plus difficile aujourd'hui qu'il y a un sicle8 ,loin de l 2 il l'est beaucoup moins par l'abondance des excellentes mthodes rpandues dans le public1 par l'abondance aussi des livres bon march4 ,l'orthographe est la mme1 mais plus rgulire2 la syntaxe est la mme1 mais plus souple4 ,d'ailleurs1 ct de l'orthographe anglaise1 ce rsum de toutes les incohrences1 toutes les orthographes1 mme la franaise1 apparaissent cristallines4 ,note #hi3 ,il ne faut pas trop appuyer sur cette inertie4 ,l'auteur de la ,guerre des langues a lu dans les journaux qu'une cole commerciale de ,rotterdam a ray de son programme le cours de franais2 il transforme cette cole unique en certains tablissements pdagogiques444 et pousse une hargneuse allusion l',affaire444 ,la langue franaise est fort rpandue en ,hollande2 moins ou plus qu'hier1 c'est une question difficile rsoudre1 mais il est manifestement absurde d'crire3 ,les ,hollandais s'loignent de plus en plus de notre langue et de notre littrature4 ,pour permettre d'apprcier la question1--et la bonne foi du pamphltaire1 nous donnons en appendice1 une pice justificative4--,de temps en temps les journaux 7encore67 nous informent que le franais va disparatre ,jersey4 ,or1 il y a vingt ans la connaissance de l'anglais tait absolument indispensable ,jersey2 aujourd'hui le franais suffit4 ,je me suis fait rapporter l'an pass la collection des carres et prospectus distribus aux trangers1 et tous sont en franais4 ,j'ai t surpris4 ,mais l',angleterre est un si prodigieux laboratoire de mensonges4 ,il faudrait vrifier la moindre information avant d'en faire tat4 ,mais je ne professe pas tout fait les ides communes sur les obstacles qu'apport en une langue la complication de son orthographe4 ,les mots dont l'pellation est la plus anormale sont prcisment ceux qui se gravent avec le plus de nettet dans la mmoire4 ,personnellement j'aurais moins d'hsitation sur l'orthographe anglaise que sur l'italienne1 et pourtant autant l'une est dmente1 autant l'autre est raisonnable4 ,comment oublier que ,brougham se prononce ,brme ou que viz se lit nameley3 ,n'exagrons pas cependant l'attrait de ces chinoiseries4 ,il en est un peu de la facilit de l'anglais comme de la supriorit des ,anglais4 ,c'est un bruit qui courra tant1 qu'il aura de bonnes jambes4 ,une langue trs utile est beaucoup plus facile apprendre qu'une langue de luxe4 ,la difficult1 la vrit1 la beaut1 autant de valeurs relatives4 ,il ne faut donc pas trop se fier aux petits graphiques amusants que l'auteur a fait graver la fin de son article pour conqurir l'aveu immdiat de sa clientle4 ,six chelles de hauteur arbitrairement gradue affirment aux plus obtus 7et au besoin ceux qui ne sauraient pas lire7 que1 trois chelons gravis1 on peut se dlecter lire les pomes de ,m4 ,swinburne1 tandis qu'il faut dlaisser le dixime pour comprendre les vers de ,m4 ,sully-,prudhomme 7qui ornent les pages suivantes74 ,mais je crois qu'il y a l une raison de perspective et que1 vue de ,turin ou de ,barcelone1 la proposition ne serait pas tout fait la mme que si on contemple ces symboliques chelles d',amsterdam ou de ,hambourg4 ,c'est par ces moyens qu'un commerant tabli en ,france travaille l'extension de la langue franaise4 ,ils doivent lui sembler bons1 puisqu'il est intress dans cette question qu'un crivain aurait traite avec plus de dsintressement ou un savant avec plus de comptence4 ,mais si l'on voulait recueillir sur la situation relle de notre langue l'tranger les renseignements prcis et valables que ne m'a pas donns une imagerie1 ni ses textes explicatifs1 je crois qu'il faudrait s'adresser ces voyageurs ou ces touristes qui parcourent sans cesse le monde pour leurs affaires ou leur plaisir4 ,eux seuls savent la vrit sur le pouvoir d'change de la langue franaise1 sur la valeur montaire d'un mot franais ,batavia1 ,buenos-,ayres1 au ,caire ou ,san-,francisco et en ,europe4 ,pour l'exportation du livre1 de la revue1 du journal1 l'diteur et le commissionnaire seraient consults1 et il faudrait les croire1 car la littrature1 par dernier privilge1 chappe en grande partie aux douanes4 ,on recommencerait dans dix ans1 et on saurait quelque chose4 ,il vaut peut-tre mieux ne rien savoir1 et pour ce qui est de nous1 crivains orgueilleux1 dire notre vaine pense sans nous demander si elle retentira trs loin ou si elle mourra nos pieds4 ,janvier #aijj4 ,,appendice ,,pi,,ce ,,justificative ,,la ,,langue ,,fran,,aise ,,en ,,hollande ,dj1 plusieurs reprises1 nous avons indiqu la place considrable que la langue franaise a conquise et conserve aux ,pays-,bas4 ,les considrations historiques qui expliquaient dans une large mesure cette situation privilgie--cration de nombreuses glises wallonnes et d'coles franaises--ont forcment perdu1 par suite des circonstances1 beaucoup de leur valeur4 ,cependant1 le franais garde son prestige et1 si la connaissance de notre idiome n'est plus considre comme la plus utile1 l'tude du franais reste toujours la plus attrayante et la plus ncessaire pour les classes aristocratiques et pour tous les hommes cultivs4 ,dans aucun pays tranger1 l',alliance franaise n'a trouv un terrain plus favorable qu'en ,hollande4 ,dans les grands centres1 elle a cr des associations puissantes et dans beaucoup de petites villes de province des sections vivantes4 ,tout rcemment encore1 une section s'est fonde ,assen1 la capitale de la province la moins importante du royaume4 ,cette anne le choix des confrenciers a t particulirement heureux4 ,mme ,thnard1 ,m4,chailley--,bert etc41 ont obtenu partout1 et notamment la ,haye et ,amsterdam1 un succs trs vif et trs mrit4 ,en gnral1 les soires dramatiques1 qui offrent plus de varit et une note plus gaie que la confrence ordinaire1 sont surtout gotes du public4 ,par temprament ce dernier est plutt froid1 mais chaque fois que des artistes parisiens entrent en contact avec lui la glace ne tarde se rompre et la soire finit par une ovation4 ,on continue lire de prfrence les ouvrages franais4 ,nos crivains1 les romanciers spcialement1 se sont cr dans ce pays une excellente clientle4 ,le dernier roman qui a fait sensation ,paris ne tarde pas faire son apparition la vitrine de tous les libraires4 ,de plus1 dans chaque ville1 des socits de lecture fournissent leurs membres1 prix fort modrs1 une foule de revues franaises trs demandes4 ,en ralit1 le franais ne semble pas avoir perdu de terrain1 comme on avait pu le craindre un instant4 ,on se souvient que le conseil municipal de ,rotterdam rsolut1 il y a quelques annes1 de supprimer l'tude du franais dans les nouvelles coles de la ville4 ,cette dcision fit grand bruit4 ,or1 d'aprs nos renseignements puiss la meilleure source1 toute l'affaire se rduit ceci3 le conseil municipal a voulu tenter un essai et il a supprim le franais dans une seule cole publique4 ,cette dernire n'est frquente que par des enfants de la petite bourgeoisie4 ,les parents jugent la connaissance de l'anglais et de l'allemand plus utile leurs enfants au point de vue commercial4 ,mais dans toutes les autres coles le franais reste inscrit au programme comme branche obligatoire4 ,mme dans certains tablissements libres1 on consacre beaucoup de temps et de soins l'tude de la langue franaise4 ,ainsi1 l'institut de ,m4 ,esmeijer1 ,rotterdam1 on rserve dans certaines classes jusqu' sept heures par semaine l'enseignement du franais4 ,et les rsultats sont positivement remarquables4 ,c'est ,m4 ,esmeijer que revient l'honneur d'avoir introduit aux ,pays-,bas1 pour l'tude des langues vivantes1 la mthode directe ou intuitive1 qui consiste parler l'enfant et le faire parler ds le dbut4 ,le matre charg d'enseigner le franais proscrit dans ses leons l'usage de hollandais4 ,cette innovation hardie a provoqu une vive opposition de la part des dfenseurs de la vieille mthode des traductions4 ,mais les progrs des lves sont si rapides1 la supriorit de la nouvelle mthode ressort si clairement que ,m4 ,esmeijer a eu beaucoup d'imitateurs et que la cause parat gagne4 ,dans cet tablissement modle1 les enfants commencent l'tude du franais ds l'ge de six ans1 tandis que dans les autres coles on ne dbute qu' neuf ans4 ,au bout de trois mois d'exercices--une demi-heure par jour--ces petits garons comprennent dj fort bien et s'expriment avec une relle facilit4 ,dans les classes suprieures1 les travaux des lves sont absolument remarquables4 ,en narration franaise1 beaucoup d'entre eux dpassent la moyenne des jeunes ,franais aspirant au brevet lmentaire4 ,naturellement1 le franais est aussi enseign avec soin dans les gymnases1 dans les coles secondaires et dans les classes suprieures des coles publiques4 ,mais ce seul exemple1 pris dans l'enseignement libre1 suffit pour montrer tout le prix qu'on attache la connaissance de notre langue4 7,le ,petit ,temps1 #d mars #aijj47 ,,table ,,des ,,mati,,res ,i4--,du ,style ou de l'criture ,,ii4--,la ,cration subconsciente ,,iii4--,la ,dissociation des ides ,,iv4--,stphane ,mallarm et l'ide de dcadence ,v4--,le ,paganisme ternel4 ,i4--,une religion d'art ,,ii4--,psychologie du ,paganisme ,,vi4--,la ,morale de l',amour ,,vii4--,ironies et ,paradoxes4 ,i4--,conseils familiers un jeune crivain ,,ii4--,dernire consquence de l'idalisme ,,iii4--,le ,principe de la ,charit ,,iv4--,la ,destine des ,langues ,appendice4 ,pice justificative3 ,la langue franaise en ,hollande ,,du ,m,,me ,,auteur ,,critique ,le latin mystique 7tude sur la posie latine du moyen ge71 #c;e dition1 #a vol4 in-#h;e4 ,l',idalisme1 #a vol4 in-#ab cu ,le ,livre des masques 7,ier et ,i,ie7 7,proses et documents sur les crivains d'hier et d'aujourd'hui1 avec #ec portraits par ,f4 ,vallotton71 #b vol4 gr4 in-#ah4 ,esthtique de la ,langue ,franaise1 #b;e dition1 #a vol4 gr4 in-#a4 ,,roman1 ,,th,,tre1 ,,po,,mes ,sixtine1 #b;e dition1 #a vol4 gr4 in-#ah ,le ,plerin du ,silence1 #b;e dition1 #a vol4 gr4 in-#a ,les chevaux de ,diomde1 #b;e dition1 #a vol4 gr4 in-#a ,d'un pays lointain1 #a vol4 gr4 in-#ah ,le ,songe d'une ,femme1 #b;e dition1 #a vol4 gr4 in-#a ,lilith1 #b;e dition1 #a vol4 in-#h cu ,histoires magiques1 #b;e dition1 #a vol4 in-#ab ,proses moroses1 #b;e dition1 #a vol4 in-#bd ,thodat1 #a vol4 in-#ab ,les ,saintes du ,paradis1 petits pomes avec #bi bois originaux de ,g4 d',espagnat1 #a vol4 in-#ab cavalier