,,tribulat ,,bonhomet par le ,comte de ,villiers de l',isle-,adam ,je m'appelle ,lgion4 ,n4,t4 ,paris1 ,tresse ,stock1 diteurs4 #h1 #i1 #aj1 #aa1 ,galerie du ,thtre-,franais4 #ahhg ,,avis ,,au ,,lecteur ,nous donnons1 aujourd'hui1 pour initier le public au ,,caract,,re du docteur ,bonhomet1 d'abord trois nouvelles qui indiquent1 grands traits1 l'intime de son individu4 ,le ,docteur prend1 ensuite1 lui-mme1 la parole et nous raconte l'histoire plus qu'trange de ,,claire ,,lenoir1--dont nous lui laissons entirement la lourde responsabilit4 ,plus un ,,pilogue4 ,si1 comme nous sommes fonds le craindre1 ce ,personnage 7incontestable1 s'il en fut67 obtient quelque vogue1 nous publierons1 bientt1 non sans regrets1 les ,,anecdotes dont il est le hros et les ,,aphorismes dont il est l'auteur4 ,,villiers ,,de ,l',,isle-,,adam4 ,,aux ,,chers ,,indiff,,rents ,,le ,,tueur ,,de ,,cygnes ,les cygnes comprennent les signes4 ,,victor ,,hugo4,les ,misrables#a4 ,note #a3 ,inutile 7pensons-nous7 d'ajouter qu'en cette authentique citation1 ce n'est pas l',auteur de ,la ,bouche d'ombre qui parle1--mais simplement l'un de ses personnages4 ,il serait peu juste1 en effet1 d'attribuer un ,auteur mme les prud'homies1 monstruosits blasphmatoires ou vils jeux de mots--que1 pour des raisons spciales et peut-tre hautes--il se rsout1 tristement1 prter certains ,ilotes de son imagination4 ,a ,monsieur ,jean ,,marras4 ,a force de compulser des tomes d',histoire naturelle1 notre illustre ami1 le docteur ,tribulat ,bonhomet avait fini par apprendre que le cygne chante bien avant de mourir4--,en effet 7nous avouait-il rcemment encore71 cette musique seule1 depuis qu'il l'avait entendue1 l'aidait supporter les dceptions de la vie et toute autre ne lui semblait plus que du charivari1 du ,wagner4 --,comment s'tait-il procur cette joie d'amateur8--,voici3 ,aux environs de la trs ancienne ville fortifie qu'il habite1 le pratique vieillard ayant1 un beau jour1 dcouvert dans un parc sculaire l'abandon1 sous des ombrages de grands arbres1 un vieil tang sacr--sur le sombre miroir duquel glissaient douze ou quinze des calmes oiseaux1--en avait tudi soigneusement les abords1 mdit les distances1 remarquant surtout le cygne noir1 leur veilleur1 qui dormait1 perdu en un rayon de soleil4 ,celui-l1 toutes les nuits1 se tenait les yeux grands ouverts1 une pierre polie en son long bec rose1 et1 la moindre alerte lui dcelant un danger pour ceux qu'il gardait1 il et1 d'un mouvement de son col1 jet brusquement dans l'onde1 au milieu du blanc cercle de ses endormis1 la pierre d'veil3--et la troupe ce signal1 guide encore par lui1 se ft envole travers l'obscurit sous les alles profondes1 vers quelques lointains gazons ou telle fontaine refltant de grises statues1 ou tel autre asile bien connu de leur mmoire4--,et ,bonhomet les avait considrs longtemps1 en silence1--leur souriant1 mme4 ,n'tait-ce pas de leur dernier chant dont1 en parfait dilettante1 il rvait de se repatre bientt les oreilles8 ,parfois donc1--sur le minuit sonnant de quelque automnale nuit sans lune1--,bonhomet1 travaill par une insomnie1 se levait tout coup1 et1 pour le concert qu'il avait besoin de rentendre1 s'habillait spcialement4 ,l'osseux et gigantal docteur1 ayant enfoui ses jambes en de dmesures bottes de caoutchouc ferr1 que continuait1 sans suture1 une ample redingote impermable1 dment fourre aussi1 se glissait les mains en une paire de gantelets d'acier armori1 provenue de quelque armure du ,moyen ge1 7gantelets dont il s'tait rendu l'heureux acqureur au prix de trente-huit beaux sols1--une folie6--chez un marchand de pass74 ,cela fait1 il ceignait son vaste chapeau moderne1 soufflait la lampe1 descendait1 et1 la clef de sa demeure une fois en poche1 s'acheminait1 la bourgeoise1 vers la lisire du parc abandonn4 ,bientt1 voici qu'il s'aventurait1 par les sentiers sombres1 vers la retraite de ses chanteurs prfrs--vers l'tang dont l'eau peu profonde1 et bien sonde en tous endroits1 ne lui dpassait par la ceinture4 ,et1 sous les votes de feuille qui en avoisinaient les atterrages1 il assourdissait son pas1 au tter des branches mortes4 ,arriv tout au bord de l'tang1 c'tait lentement1 bien lentement--et sans nul bruit6--qu'il y risquait une botte1 puis l'autre1--et qu'il s'avanait1 travers les eaux1 avec des prcautions inoues1 tellement inoues qu' peine osait-il respirer4 ,tel un mlomane l'imminence de la cavatine attendue4 ,en sorte que1 pour accomplir les vingt pas qui le sparaient de ses chers virtuoses1 il mettait gnralement de deux heures deux heures et demie1 tant il redoutait d'alarmer la subtile vigilance du veilleur noir4 ,le souffle des cieux sans toiles agitait plaintivement les hauts branchages dans les tnbres autour de l'tang3--mais ,bonhomet1 sans se laisser distraire par le mystrieux murmure1 avanait toujours insensiblement1 et si bien que1 vers les trois heures du matin1 il se trouvait1 invisible1 un demi-pas du cygne noir1 sans que celui-ci et ressenti le moindre indice de cette prsence4 ,alors1 le bon docteur1 en souriant dans l'ombre1 grattait doucement1 bien doucement1 effleurait peine1 du bout de son index moyen ge1 la surface abolie de l'eau1 devant le veilleur6444 ,et il grattait avec une douceur telle que celui-ci1 bien qu'tonn1 ne pouvait juger cette vague alarme comme d'une importance digne que la pierre ft jete4 ,il coutait4 ,a la longue1 son instinct1 se pntrant obscurment de l'ide du danger1 son coeur1 oh6 son pauvre coeur ingnu se mettait battre affreusement3--ce qui remplissait de jubilation ,bonhomet4 ,et voici que les beaux cygnes1 l'un aprs l'autre1 troubls1 par ce bruit1 au profond de leurs sommeils1 se dtiraient onduleusement la tte de dessous leurs ples ailes d'argent1--et1 sous le poids de l'ombre de ,bonhomet1 entraient peu peu dans une angoisse1 ayant on ne sait quelle confuse conscience du mortel pril qui les menaait4 ,mais1 en leur dlicatesse infinie1 ils souffraient en silence1 comme le veilleur1--ne pouvant s'enfuir1 puisque la pierre n'tait pas jete6 ,et tous les coeurs de ces blancs exils se mettaient battre des coups de sourde agonie1--intelligibles et distincts pour l'oreille ravie de l'excellent docteur qui1--sachant bien1 lui1 ce que leur causait1 moralement1 sa seule proximit1--se dlectait1 en des prurits incomparables1 de la terrifique sensation que son immobilit leur faisait subir4 --,qu'il est doux d'encourager les artistes6 se disait-il tout bas4 ,trois quarts d'heure1 environ1 durait cette extase1 qu'il n'et pas troque contre un royaume4 ,soudain1 le rayon de l'toile-du-matin1 glissant travers les branches1 illuminait1 l'improviste1 ,bonhomet1 les eaux noires et les cygnes aux yeux pleins de rves6 ,le veilleur1 affol d'pouvante cette vue1 jetait la pierre444--,trop tard6444 ,bonhomet1 avec un grand cri horrible1 o semblait se dmasquer son sirupeux sourire1 se prcipitait1 griffes leves1 bras tendus1 travers les rangs des oiseaux sacrs6--,et rapides taient les treintes des doigts de fer de ce preux moderne3 et les purs cols de neige de deux ou trois chanteurs taient traverss ou briss avant l'envole radieuse des autres oiseaux-potes4 ,alors1 l'me des cygnes expirants s'exhalait1 oublieuse du bon docteur1 en un chant d'immortel espoir1 de dlivrance et d'amour1 vers des ,cieux inconnus4 ,le rationnel docteur souriait de cette sentimentalit1 dont il ne daignait savourer1 en connaisseur srieux1 qu'une chose1--,,le ,,timbre4--,il ne prisait1 musicalement1 que la douceur singulire du timbre de ces symboliques voix1 qui vocalisaient la ,mort comme une mlodie4 ,bonhomet1 les yeux ferms1 en aspirait1 en son coeur1 les vibrations harmonieuses3 puis1 chancelant1 comme en un spasme1 il s'en allait chouer la rive1 s'y allongeait sur l'herbe1 s'y couchait sur le dos1 en ses vtements bien chauds et impermables4 ,et l1 ce ,mcne de notre re1 perdu en une torpeur voluptueuse1 ressavourait1 au trfond de lui-mme1 le souvenir du chant dlicieux--bien qu'entach d'une sublimit selon lui dmode--de ses chers artistes4 ,et1 rsorbant sa comateuse extase1 il en ruminait ainsi1 la bourgeoise1 l'exquise impression jusqu'au lever du soleil4 ,,motion ,,du ,dr ,,tribulat ,,bonhomet ,,touchant ,l',,utilisation ,,des ,,tremblements ,,de ,,terre #b ,note #b3 ,a la nouvelle des trs horribles tremblements de terre 7des fin fvrier et #a;er mars #ahhg71--phnomnes qui dsolrent le ,midi1--l'illustre ,docteur crut de son devoir d'adresser aux bureaux de nos deux ,chambres la prsente ,,motion1 dont l'urgence1--malgr le voeu secret d'une double majorit1--fut 7du moins au dire nergique de ,bonhomet lui-mme71 remise aux calendes grecques4 ,nous n'ajoutons que l'pigraphe1 pour indiquer le la particulier l'intonation professorale du clbre spcialiste4 ,quand ,pharamond ceignit la tiare1 la ,france n'tait qu'une vaste tendue paludenne1--bien plus propre aux bats du canard sauvage444 qu'au jeu rgulier des ,institutions constitutionnelles4 ,,un ,,sage ,,moderne4 ,a ,monsieur ,gustave ,,guiches4 --,arpentons-nous un terroir de fantaisie dont nous sommes les444 capucins de cartes8 ,quoi6 venant de fter1 derechef1 une nave tradition de nos pres1--ces jours gras dont s'extasie la jeunesse1--voici qu'au moment o nous allons nous livrer au sommeil les cours d'honneur de nos plus consquents htels1 en notre capitale1 se voient envahies1 l'arrive des trains du soir1 par des hordes plus que sommairement vtues 7quelques dames ayant pouss la terreur jusqu' l'impudicit71 voici que les majordomes1 se croyant les jouets d'hallucinations morbides1--sinon d'une sortie de bal de barrire1--ne peuvent que ber ce spectacle1 tandis que1 mands en toute hte et prsumant dj quelque nouvelle fumisterie d'anarchistes1 les accourus gardiens de cette paix1--qui nous est plus chre que toute chose except la vie1--se caressent silencieusement l'impriale au narr des confidences1 trmolantes encore1 de tous ces voyageurs qu'ils coutent d'une oreille distraite1 en les enveloppant de regards obliques et souponneux6 --,vraiment1 lorsqu'au lu des dpches mridionales l'lectricit contraignit chacun de se rendre l'vidence1 nous ne smes1 avouons-le1 que penser4 ,c'tait se croire en plein ,moyen-ge6 ,comment d'aussi mlodramatiques phnomnes peuvent-ils encore se produire au milieu de nos civilisations constitutionnelles et rgulires8 ,cela ne rpugne-t-il pas au ,sens-commun6 ,ces cataclysmes1 aujourd'hui sans raison d'tre1 et qui ont fait leur temps1 riment-ils quelque chose8 ,non pas6 ,ils choquent1 simplement1 toutes les ides reues et ne sauraient qu'exiger une prompte rpression4 ,quoi6 dans notre sicle de lumires1 six mille personnes1 pour la plupart honorables1 ne peuvent innocemment prendre le frais sans tre exposes ce qu'une inopine trpidation du sol les crase l'improviste8444 ,je trouve ceci comme une vague odeur d'obscurantisme4 ,comment soumettre ces secousses aux freins d'une sage rglementation8 les museler1 pour ainsi dire1 en les classant sous un rgime ingnieusement administratif8444 ,il n'y a pas tergiverser3 il faut arriver a4 ,sinon la ,science1 qui est tout1 absolument tout1 finirait par ne plus sembler qu'un leurre--nous assimilant1 autant dire1 des jouets de la ,mcanique-cleste3--ce qui est inadmissible4 ,que le sous-sol1 en de certains volcaniques voisinages1 prsente encore des difficults d'investigations momentanment apprciables1 soit2 mais devons-nous tre1 longtemps encore1 la merci des ventuelles gracieusets d'un solfatare1 alors que nos jours en dpendent8 ,ne vaudrait-il pas mieux nous rsigner1 comme de pratiques savants le proposent1 vider tout bonnement le ,vsuve1 pour crer des exutoires plus libres aux suburbaines flatuosits de la plante8 ,question4 ,le plus rvoltant de l'aventure est que maintes gens1 tolrs1 dans nos grands centres1 on ne sait trop quel titre--7 celui d'artistes je crois87--ont l'air1 pour gouailler le ,progrs1 de s'autoriser de ces calamiteuses fumisteries de notre toile1 prtextant que ces aveugles oscillations des couches terraques de l',italie dmontrent l'ingrence1 en nos affaires1 de ,puissances secrtes1 espigles et nuisibles1--,oui6 oui6 c'est cette ide biscornue 7et pas une autre67 que cachent toutes ces transparentes insinuations1--ces rticences1 mme6 de certaine presse3--et nous les voyons venir6444 ,oui1 oui1 nous les voyons venir4 ,car ces vils aligneurs de mots sont toujours de l'opinion des choses en retard3 leur arrire-pense serait de nous ramener aux rois fainants1 au droit du seigneur et l',inquisition3--ils sont une peste pour le corps social4--,certes1 je n'en disconviens pas1 nous les dcorons1 nous les couvrons d'or1 nous les rassasions de dmonstrations admiratives et chaudement sympathiques2 mais1 au fond1 nous savons trs bien que nous les mprisons et hassons comme la boue de nos souliers4 ,n'tait cet esprit de modration qui est le principe de notre tre et de notre re1 il y a belle lurette que nous les eussions extermins sous le bton4 ,mais1 voil6 ce serait excessif4 ,il nous faudrait donc leur prparer un trpas hideux1--dont nous puissions1 ostensiblement1 nous laver les mains4 ,je crois rpondre au voeu secret de tous en prenant sur moi de le dclarer4 ,eh bien6 cette ide m'est venue de les confier la maternelle ,nature1 puisqu'ils sont de l'opinion de cette dernire4--,voici donc mon projet4 ,m4 ,eve del ,rio1 ayant bien voulu nous communiquer ses prvisions1--7que l'vnement1 hlas6 n'a que trop justifies le #b du courant71--nous abuserons encore de son amabilit en le priant de vouloir bien nous prciser les poques selon lui les plus scabreuses1 ainsi que les terrains les plus suspects quant quelque prochain ,tremblement de terre1 le plus imminent possible4 ,les indications de ce moderne ,jonas une fois obtenues1 je propose que1 sur l'endroit le plus menac1 soient difis1 pour l'poque utile1 d'normes btiments toiture de granit4 ,cela fait1 itrativement je propose qu'avec toutes ces clineries persuasives et doucereuses 7en lesquelles nous sommes1 ,dieu merci1 passs matres67 nous invitions s'y tablir toute l'inspire ribambelle de ces prtendus ,rveurs1--que ,platon voulait1 en son indulgence1 que l'on couronnt de roses en les jetant la porte de la ,rpublique4 ,l'alatoire de la catastrophe nous couvrirait1 aux yeux de la ,loi1 de leur anantissement4 ,bref1 nous leur offririons un logis comfortable1 brillant mme1 avec des horizons1 des couchers du ,soleil1 des horizontales1 des toiles1 des falaises1 des myrtes1 des vins fins1 des romans1 des fleurs1 des oiseaux1 enfin l'entourage o ces messieurs peroivent toutes leurs insipides fantasmagories4 ,et1 puisqu'ils s'obstinent1 malgr l'vidence1 croire encore au ,mystrieux1 qu'ils soient ainsi livrs au ,mystrieux6 --,de sorte qu'au moment o ils y penseront le moins2 krrraak666 nous en serons dbarrasss6--,et nous nous frotterons joyeusement les mains cette nouvelle1 en leur souhaitant1 bon voyage chez ,pluton4 ,de cette faon1 ces priodiques interventions de l',absurde1 ces sursauts des dernires forces aveugles de la ,nature seront utilises et rationalises 444 ,similia similibus4 ,tout calcul fait1 il y aurait conomie3 le matriel nous resterait1 la surface du globe1 pour1--de temps en temps1--renouveler cette sorte de purgation sociale4 ,et la preuve que je suis dans le vrai1 quand je propose1 aprs l'avoir mrement pes1 ce drivatif1 c'est que1 si nous eussions eu le choix1 enfin1 de troquer les six mille personnes honorables1 crases dans la dernire catastrophe1 contre six mille barbouilleurs de papier1 quel est celui d'entre ,,nous qui et hsit8--ne ft-ce qu'une seconde4 ,,le ,,banquet ,,des ,,ventualistes ,un peu de caf1 aprs dner1 fait qu'on s'estime4 ,,luc ,,de ,,clapiers1 marquis ,,de ,,vauvenargues4 ,a ,madame ,mry ,,laurent ,le banquet annuel des ventualistes1 sous la ,haute-prsidence du docteur ,tribulat ,bonhomet1 s'achevait en toasts paisibles4 ,c'tait l'instant dlicieux o1 l'un l'autre1 en se souriant1 l'on boit aux ides dont on daigne se croire1 ici-bas1 le principal1 sinon l'unique-dpositaire4 ,d'urgentes questions bio-sociologiques venaient d'tre dbattues3 il va sans dire que les noms de ,stuart ,mill1 de ,bain1 de ,smith et de ,herbert ,spencer1--donnant du lustre aux douces banalits que leur attribuaient leurs insoucieux citateurs1--avaient sillonn maintes priodes1 comme des lueurs dans la nuit4 ,les esprits1 maintenant1 se laissaient nonchalamment aller au cours de ces controverses courtoises dont les gens de got savent stimuler leurs digestions claires4 ,soudain1 la causerie 7gnrale quoique intime71 sur on ne sait trop quelle interruption1 devint ,,alarmiste4 ,et1 quand le caf parut1 le mot sonore par excellence1 et cependant de syllabes si moelleuses1 le mot dynamite 7horreur67 fut prononc4 --,la misre parisienne allait1 s'aggravant3 plus d'issue1 les produits excdant les besoins1 et les bruits belliqueux n'tant pas de nature rassurer la pusillanimit du numraire4 ,rien ne semblait plus444 assis4 ,les plus lucides1 les plus didactiques explications de la crise prsente commenaient1 elles-mmes1 sembler peu nourrissantes aux intresss4 --,les meneurs de la presse radicale1 aiguillonnant sans cesse le taureau populaire1 la longue un concert d'explosifs1--de nouveaux et terribles explosifs1--pouvait1 d'un moment l'autre1 troubler la paix publique4 ,oui4 ,de rcents procs1--o les accuss1 appuys d'un auditoire menaant1 avaient parl de faire tout sauter1 osant mme prtendre1 en pleine cour d'assises1 que l'honorable prsident et ses assesseurs en tremblaient ,,sur ,,leurs ,,tibias1--dmontraient l'irritation des ncessiteux4 ,dj1 dans tels clubs des banlieues1 on ne rvait que de dynamiter1 de panclastiter mme1 ou de mlinitiner1 comme par distraction1--pour voir ce que a donnerait1--le ,corps lgislatif1 le ,snat1 la ,prfecture de police1 l'lyse1 etc41 etc4 ,l'on ne parlait que de miner les synagogues1 les isralites paraissant tre les gens les plus leur aise1--partant les plus coupables4 ,l'ide1 mise d'abord en se jouant1 passait1 insensiblement1--il fallait bien se l'avouer1-- l'tat de projet6444 ,des listes de massacres partiels taient dresses2 les enfants anarchistes dj les rcitaient titre de prires du soir444--,bref1 aprs quelques grands froids1 fin courant peut-tre1 une sdition--bien autrement srieuse que celle de #ahga 7l'ennemi ne cernant plus la capitale7--pouvait444 --,en vrit1 messieurs1 je cherche1 vainement1 un euphmisme pour vous laisser entendre que vous raisonnez1 ici1 positivement1 comme des fromages6 s'cria le docteur ,tribulat ,bonhomet1 7en attnuant1 de son plus onctueux sourire1 ce que le ton de sa remarque pouvait prsenter d'imparlementaire74--,vous oubliez que la profondeur1 la prudence et l'nergie madre de nos gouvernants1 ont su neutraliser1 d',,avance1 toute possibilit d'insurrection1 mme partielle1--grce certaine mesure prventive1 prophylactique1 si vous le prfrez1 d'une simplicit vraiment gniale--et dont les rsultats pacificateurs sont littralement magiques4 --,quelle mesure8 s'crirent les convives en ouvrant de grands yeux4 --,ah6 vous ne l'avez pas remarque8444 continua le prsident3--eh bien6--je suis heureux de vous la rvler4 ,si1 de prime abord1 elle peut sembler anodine 7et c'est l sa force7 quelques esprits superficiels1 je dclare qu'on demeure1 en vrit1 momifi d'admiration pour peu qu'on se donne la peine d'en observer les consquences4--,il s'agit1 tout bonnement1 du dcret1 dj vieillot1 qui autorise les mille et mille beuveries1 cabarets1 cafs et tavernes de la ,capitale ne forclore leurs auvents que sur les deux heures de la nuit4 --,eh bien8444 ,aprs8444 murmurrent les ventualistes1 tonns de la solennit d'intonation de l'minent thrapeute4 --,aprs8444 rpondit celui-ci3--suivez1 je vous prie1 ce raisonnement1 dont1 encore un coup1 la miraculeuse banalit a cela de mortel qu'elle ne peut sembler qu'un paradoxe4 ,puissiez-vous1 7enfin67 vous pntrer de cette vrit disparue des mmoires3 le jour n'a que #bd heures4 ,partons de ce principe4--,or1 lorsqu'un homme se couche avant minuit et se lve sur les sept heures du matin1 cet homme a le regard clair1 l'esprit en veil1 le bras solide et repos2--il peut1 srieusement1 s'intresser aux affaires de son pays444 7tout en vaquant fructueusement aux siennes74 ,si cet homme prend1 au contraire1 le pli de ne s'endormir 7et de quel sommeil67 que sur les trois heures du matin1 ceci le mne1 voyez-vous1 ,d,,jeuner ,,bien ,,tard6444 ,l'on s'est rveill l'oeil terne1 l'on bille1 l'on hausse les sourcils1 l'heure passe1--la journe est perdue4 ,les soucis1 augments par de plus qu'inutiles dpenses de liquides1 deviennent plus pressants3--bref1 l'meute1 si elle fut projete la veille1 est remise huitaine1--in-d-fi-ni-ment4 ,en quinze annes1 l'on obtient1 ainsi1 une exemplaire population de songe-creux1 dont la force morale et physique se dilue1 chaque soir1 jusqu'aux deux tiers de la nuit1 au milieu d'une brume de nicotine1 en vaines discussions1 en oiseuses professions de foi1 rsolutions chimriques et striles crispations de poings3 les propos sont tousss au-dessus de verres de bire ou d'alcool--et s'envolent4 ,rsultat1 pour une capitale1 en quinze ans1 une fluctuation des plus inoffensives d'environ trois cent mille chassieux1 plus ou moins ataxiques1 cervelles vides1 aux coeurs avachis1--et dont la plupart cderaient1 pour une absinthe1 le revolver ou l'explosif octroy1--comme un ,chinois sa femme pour une pipe d'opium4 ,vous le voyez1 messieurs3 cette mesure est d'une politique si efficace qu'elle consolide1 quand mme1 la dure d'un gouvernement1 quelques fautes qu'il puisse commettre1-- plus forte raison 7et c'est le cas actuel7 lorsqu'il n'en commet pas4 ,elle paralyse d'avance1 sans effusion de sang et la bourgeoise1 toute sdition4--,tenez6 si l'ukase en tait promulgu ,saint-,ptersbourg1 j'incline penser que le ,nihilisme lui-mme n'y rsisterait pas un semestre6 ,et j'en suis me demander comment l'ide si simple1 si pratique1 de ce drivatif parat avoir jusqu' ce jour chapp la sagacit1 cependant proverbiale1 du cabinet moscovite4 ,donc1 messieurs1 ,nous1 reprsentants d'un peuple d'lite1 ,nous qui1 foncirement prts1--comme notre nuance l'indique1-- saluer1 toujours et quand mme1 toutes survenances1 savons ce qui s'appelle se garder carreau1 loignons de nos banquets de vaines alarmes6444 levons nos pensers1 nos coeurs et1 surtout1 nos verres--en l'honneur de ,ceux dont la compasse vigilance nous mit1 ainsi1 ds longtemps1 l'abri de toutes exagres revendications444 de ce mme ,proltariat sur les plaies duquel nous ne pouvons1 hlas6 que gmir4 ,allons6 un doigt de ,champagne1--et buvons1 en toute gratitude1 la prosprit sans nues de ,ceux dont la perspicace initiative assura--sans tapage et l'insu mme des perturbateurs charms--la scurit de nos loisirs4 ,d'unanimes adhsions acclamrent1 ici1 l'orateur2 les coupes s'entre-choqurent l'envi dans les mains rassures4 ,et le banquet annuel des ventualistes se prolongea--7l'avenir probable de l',humanit dfrayant les conversations7--jusqu' cette heure du ,berger1 si douce1 toujours1 ces lus de la vie qui se sentent le corps lest1 l'esprit clectique1 le coeur jamais libre1 les convictions ventuelles--et la conscience vacante4 ,,claire ,,lenoir ,,memorandum ,,du ,,docteur ,,tribulat ,,bonhomet ,,membre ,,honoraire ,,de ,,plusieurs ,,acad,,mies ,,professeur ,,agr,g ,,de ,,physiologie ,,touchant ,,le ,,myst,,rieux ,,cas ,,de ,,discr,,te ,,et ,,scientifique ,,personne3 ,,dame ,,veuve ,,claire ,,lenoir ,a ,,mes ,,illustres ,,contemporains ,t4 ,b4 ,,chapitre ,,premier ,,pr,,cautions ,,et ,,confidences ,touched with pensiveness4444 ,,thomas ,,de ,,quincey4 ,non mchaberis4 ,,mo,,se4 ,la chane des vnements tnbreux que je vais prendre sur moi de retracer 7malgr mes cheveux blancs et mon ddain de la gloriole71 me paraissant comporter une somme d'horreur capable de troubler de vieux hommes de loi1 je dois confesser1 in primis1 que si je livre ces pages l'impression1 c'est pour cder de longues prires d'amis dvous et prouvs4 ,je crains mme d'tre1 plus d'une fois1 dans la triste ncessit d'attnuer1--7par les fleurs de mon style et les ressources d'une riche faconde71--leur hideur insolite et suffocante4 ,je ne pense pas que l',effroi soit une sensation universellement profitable3 le trait d'un vieil insens ne serait-il pas de la rpandre1 la vole1 travers les cerveaux1 m par le vague espoir de bnficier du scandale8 ,une dcouverte profonde n'est pas immdiatement bonne lancer1 au pied lev1 parmi le train des penses humaines4 ,elle demande tre mrement digre et sasse par des esprits prparateurs4 ,toute grande nouvelle1 annonce sans mnagements1 peut alarmer1 souvent mme affoler bon nombre d'mes dvotieuses1 surexciter les facults caustiques des vauriens1 et rveiller les antiques nvroses de la ,possession1 chez les timors4 ,bien est-il vrai1 cependant1 que faire penser est un devoir qui prime bien des scrupules6444 ,tout pes1 je parlerai4 ,chacun doit porter en soi son aliquid inconcussum6--,d'ailleurs1 mon sicle me rassure2 pour quelques esprits faibles que je puis atteindre1 il est de nombreux esprits forts que je puis difier4 ,j'ai dit esprits forts et je ne parle pas au hasard4 ,quant la vracit de mon rcit1 personne1 je le parierais1 ne la plaisantera outre mesure4 ,car1 en admettant1 mme1 que les faits suivants soient radicalement faux1 la seule ide de leur simple possibilit est tout aussi terrible que le pourrait tre leur authenticit dmontre et reconnue4--,une fois pens1 d'ailleurs1 qu'est-ce qui n'arrive pas un peu1 dans le mystrieux ,univers8 ,j'ai dit mystrieux et non problmatique3 et 7qu'il me soit permis de le rpter71 je ne parle pas au hasard4 ,oiseuses seraient toutes digressions1 crayonnes la hte et sans critre1 sur ce sujet4 ,maintenant1--puissent mes ,lecteurs en tre bien persuads6--ce ne sont pas des lauriers purement littraires que je brigue4 ,en vrit1 s'il est un objectif1 un non-moi1 que je mprise au del mme des expressions licites la langue d'un mortel lgant1 je puis bien dire que ce sont les ,belles-,lettres et leurs suppts6 --,foin6 ,rduit me prsenter moi-mme au ,public1 n'est-il pas urgent de me dcrire tel que je suis1 une fois pour toutes1 au moral et au physique8 ,j'ai perdu1 sans fruit1 une partie de mon intelligence me demander pourquoi les tres qui m'ont vu pour la premire fois ont pris des figures convulses par le rire et des attitudes dsolantes4 ,mon aspect1 sans me vanter1 devrait1 au contraire1 j'imagine1 inspirer des penses1 par exemple1 comme celle-ci3 ,il est flatteur d'appartenir une espce dont fait partie un pareil individu6444 ,physiquement1 je suis ce que1 dans le vocabulaire scientifique1 on appelle3 un ,saturnien de la seconde poque4 ,j'ai la taille leve1 osseuse1 vote1 plutt par fatigue que par excs de pense4 ,l'ovale tourment de mon visage proclame des tablatures1 des projets2--sous d'pais sourcils1 deux yeux gris1 o brillent1 dans leurs caves1 ,saturne et ,mercure1 rvlent quelque pntration4 ,mes tempes sont luisantes leurs sommets3 cela dnonce que leur peau morte ne boit plus les convictions d'autrui3 leur provision est faite4--,elles se creusent1 aux cts de la tte1 comme celles des mathmaticiens4 ,tempes creuses1 creusets6 ,elles distillent les ides jusqu' mon nez qui les juge et qui prononce4 ,mon nez est grand1--d'une dimension mme considrable1--c'est un nez la fois envahisseur et vaporisateur4 ,il se busque1 soudain1 vers le milieu1 en forme de cou-de-pied1--ce qui1 chez tout autre individu que moi1 signalerait une tendance vers quelque noire monomanie4 ,voici pourquoi3 le ,nez1 c'est l'expression des facults du raisonnement chez l'homme2 c'est l'organe qui prcde1 qui claire1 qui annonce1 qui sent et qui indique4 ,le nez visible correspond au nez impalpable1 que tout homme porte en soi en venant au monde4 ,si donc1 dans le cours d'un nez1 quelque partie se dveloppe1 imprudemment1 au prjudice des autres1 elle correspond quelque lacune de jugement1 quelque pense nourrie au prjudice des autres4 ,les coins de ma bouche pince et ple ont les plissements d'un linceul4 ,elle est assez rapproche du nez pour en prendre conseil avant de discourir la lgre et1 suivant le dicton1 comme une corneille qui abat des noix4 ,sans mon menton1 qui me trahit1 je serais un homme d'action2 mais un ,saturne snile1 sceptique et lunatique1 l'a rentr comme d'un coup de faux4 ,la couleur et la qualit de mon poil sont dures comme celles de mes pairs en contemporanit symbolique4 ,mon oreille1 finement ourle et longue comme celle des ,chinois1 notifie mon esprit minutieux4 ,ma main est strile2 la ,lune et ,mercure s'en disputent les bas-fonds2 mon grand mdium noueux1 spatul1 charg de ratures sa deuxime phalange1 les laisse faire1 en son nonchaloir4 ,l'horizon de ma main est brumeux et triste2 des nuages1 forms par ,vnus et ,apollon1 en ont rarement brouill le ciel2 la volont de mon pouce repose sur un mont hasardeux3 c'est l que ,vnus indique ses vellits4 ,la paume1 seule1 est positive comme celle d'un manoeuvre3 les doigts peuvent se replier en dessus1 comme ceux des femmes1 avec une certaine coquetterie qui sent de plusieurs stades sa parfaite ducation4 ,je suis1 d'ailleurs1 le fils unique du petit docteur ,,amour ,,bonhomet1 si connu par ses mornes aventures dans les ,mines4 ,depuis que je me connais j'ai toujours port le mme genre de vtements1 appropri ma personne et ma dmarche4 ,savoir3 un feutre noir1 larges bords1 l'imitation des quakers et des potes lakistes2 une vaste houppelande ferme et drape sur ma poitrine1 comme mes grandes phrases le sont habituellement sur ma pense2 une vieille canne pomme de vermeil2 un volumineux solitaire1--diamant de famille1-- mon doigt de ,saturne4 ,je rivalise avec les vieillards de roman pour la prcieuse finesse et la dlicieuse blancheur de mon linge2 j'ai l'honneur de possder les pieds mmes du roi ,charlemagne dans mes bottes ,souwaroff1 avec lesquelles je mprise bien le sol2 j'ai presque toujours ma valise la main1 car je voyage plus qu',ashavrus4 ,a moi seul j'ai la physionomie de mon sicle1 dont j'ai lieu de me croire l',,arch,,type4 ,bref1 je suis docteur1 philanthrope et homme du monde4 ,ma voix est tantt suraigu1 tantt 7spcialement avec les dames7 grasse et profonde3 le tout sans transition1 ce qui doit plaire4--,rien ne me rattache la socit1 ni femmes1 ni parents d'aucune espce1--j'en ai1 du moins1 l'esprance2--mon bien est en viager3 j'entends le peu qui me reste4 ,ma carte de visite est ainsi conue3 ----------------------- ,le ,docteur ,,tribulat ,,bonhomet ,europe4 ----------------------- ,voici maintenant mes particularits morales3 ,les mystres de la science positive ont eu1 depuis l'heure sacre o je vins au monde1 le privilge d'envahir les facults d'attention dont je suis capable1 souvent mme l'exclusion de toute proccupation humaine4 ,aussi les infiniment petits1 les ,infusoires1 comme les a nomms ,spallanzani1 mon matre bien-aim1 furent1 ds l'ge le plus tendre1 le but et l'objet de mes recherches passionnes4 ,j'ai dvor1 pour subvenir aux ncessits de mes profondes tudes et de mes agissements1 le patrimoine norme que m'avaient lgu mes anctres4 ,oui1 j'ai consacr les fruits mrs de leurs sueurs sculaires l'achat des lentilles et des appareils qui mettent nu les arcanes d'un monde momentanment invisible6 ,j'ai compil les nomenclatures de tous mes devanciers4 ,non est hic locus de s'appesantir sur les lumires que j'ose croire y avoir apportes2 la postrit dlivrera son verdict ce sujet1 si jamais je lui en fais part4 ,ce qu'il est important de constater1 c'est que l'esprit d'analyse1 de grossissement1 d'examen minutieux est tellement l'essence de ma nature1 que toute la joie de vivre est confine pour moi dans la classification prcise des plus chtifs tnbrions1 dans la vue des enchevtrements bizarres1 pareils une criture trs ancienne1 que prsentent les nerfs de l'insecte1 dans le phnomne du raccourci des horizons1 qui demeurent immenses selon les proportions de la rtine o ils se refltent6444 ,la ralit devient alors visionnaire--et je sens que1 le microscope la main1 j'entre de plain-pied dans le domaine des ,rves6444 ,mais je suis jaloux de mes dcouvertes et je me cache profondment de tout cela4 ,je hais les profanes1 les squalides profanes1 jusqu' la mort4 ,lorsqu'on me questionne ce sujet1 ,,je ,,fais ,,la ,b,,te4 ,je m'efforce de passer pour un chiragre6 ,et je concentre mes dlices en songeant comme j'assombrirais les visages si je disais ce que mes instruments m'ont laiss entrevoir de surprenant et d'inexplor6444 ,laissons cela2 j'en ai peut-tre dj trop dit444 ,mes ides religieuses se bornent cette absurde conviction que ,dieu a cr l',homme et rciproquement4 ,nous sortons d'on ne sait quoi3 la ,raison n'est que douteuse4 ,j'ajouterai1 pour tre franc1 que la ,mort m'tonne encore plus que sa triste ,soeur2 c'est1 vraiment1 la bouteille l'encre6444 ,en elle1 tout doit rsulter1 ncessairement1 d'un mode de logique inverse de celui dont nous nous satisfaisons1 en grommelant1 dans le decursus vit et qui n'est videmment que provisoire et local4 ,quant aux fantmes1 je suis peu superstitieux2 je ne donne pas dans les insignifiantes balivernes des intersignes1 l'instar de tant d'hurluberlus1 et je ne crois pas aux singeries frivoles des morts2 entre nous1 cependant1 je n'aime pas les cimetires ni les lieux trop sombres--ni les gens qui exagrent6444 ,je ne suis qu'un pauvre vieillard1 mais si ,pluton m'avait fait natre sur les marches d'un trne1 et s'il suffisait1 prsent1 d'un mot de moi pour que s'oprt le parfait carnage de tous les fanatiques1 je le prononcerais1 je le sens1 en pelant un fruit1 comme dit le pote4 ,nanmoins1--je suis forc de l'avouer1--je suis sujet un mal hrditaire qui bafoue1 depuis longtemps1 les efforts de ma raison et de ma volont6 ,il consiste en une ,apprhension1 une ,,anxi,t sans motif prcis1 une ,,affre1 en un mot1 qui me prend comme une crise1 me fait savourer toute l'amertume d'une inquitude brusque et infernale1--et cela1 le plus souvent1 propos de futilits drisoires6 ,n'est-ce pas de quoi grincer des dents1 que de se sentir l'me empoisonne aussi mortellement que voil8 ,cela me confond quand j'y songe4 tant un esprit cultiv1 je me rends facilement le compte le plus clair de toutes choses3 mais1--c'est singulier6--j'ai beau m'expliquer1 par exemple1 en acoustique1--et mme1 en physique1 l'aide de deux extrmes soudains du froid et du chaud1--le bruit du vent1--eh bien6 quand j'entends le ,vent1 j'ai peur4 ,aux mille tressaillements du ,silence1--produits par les causes les plus simples1--je deviens livide4 ,toutes et quantes fois que l'ombre d'un oiseau passe mes pieds1 je m'arrte1 et1 posant par terre ma valise1 je m'essuie le front1 voyageur hagard6 ,alors je reste oppress sous le poids d'une inquitude nerveuse1--pitoyable6--du ciel et de la terre1 des vivants et des morts4--,et1 malgr moi1 je me surprends vocifrer3--,oh6 oh6 que peut signifier ce caravansrail d'apparitions1 tenant leur srieux pour disparatre incontinent8--,l'univers est-il oiseux8444 ,l',univers dvorateur--chane indfinie o les pieds de l'un craquent entre les mchoires de l'autre--est-il destin lui-mme la voracit de quelque ,eon8 ,quel sera son ver de terre8 ,rponds-moi1 bruit du vent1 oiseau qui passes6444 et toi qui le sais1 ,silence6 ,telles sont les lubies inconcevables1 jaculatoires1 potiques et1 par consquent1 grotesques1 qui me hantent et qui troublent la lucidit de mes ides4 ,c'est une simple maladie2--je suis un angoisseux4 ,je me suis trait par les douches1 le quinquina1 les purgatifs1 les amers et l'hydrothrapie2--je vais mieux1 beaucoup mieux6--,je commence me rassurer et reconnatre que le ,progrs n'est pas un rve1 qu'il pntre le monde1 l'illumine et1 finalement1 nous lve vers des sphres de choix1 seules dignes des lans mieux disciplins de nos intelligences4 ,cela ne fait plus question1 aujourd'hui1 pour les gens de got4 ,j'ai bien encore quelques accs6444 ,dans le monde1 je dissimule cette motion par bon ton4 ,s'il m'arrive1 dans quelque raot1 de deviser trop longtemps avec une dame1 un moment donn1 elle ne sait pas1--non1 heureusement1 je le vois dans ses yeux6--elle ne sait pas qu' l'instant mme o je laisse fondre1 en souriant1 un bonbon innocent de ma joue droite ma joue gauche1 avec un bruit tendre et sirupeux et en traitant les autres de fanatiques1 elle ignore1 dis-je1 qu' ce moment-l mme1--un minuit branle en moi des glas rouills1 profonds1 lugubres6 et que ce ,minuit-l sonne plus de douze coups6 ,maintenant1 j'ai une manie1 adopte depuis des annes comme voile de mes travaux prfrs4 ,elle me permet d'aller dans les socits1 d'y confabuler avec les hommes1 les femmes et les petits enfants et d'en tre bien accueilli4 ,j'ose peine la nommer1 tant je redoute une raillerie dplace3 je veux parler de la manie de ,faire des mariages4 ,la brochette de mes dcorations ne provient pas d'une autre source4 ,voici pourquoi j'ai adopt cette manie3 c'est extrmement simple4 ,et1 d'abord1 disons mon faible pour ,voltaire1 ce crateur de ,micromgas 7page immortelle71 o bon nombre de mes innombrables dcouvertes sont1 pour ainsi dire1 pressenties4 ,toutefois1 mon admiration pour ce prcieux crivain n'est pas servile2 chacun doit chercher1 en effet1 se dvelopper par lui-mme1 au mpris profond de ses matres et de tous ceux qui1 l'ayant lev1 ont cherch lui inculquer leurs ides propres4--,ce que j'estime dans ,voltaire1 c'est cette habilet vante dans ,pozzo di ,borgo et dans ,machiavelli1--mes matres bien-aims1--qui consiste fouler aux pieds tout respect de son semblable sous les dehors d'un dvouement humble jusqu' l'obsquiosit4 ,parfaites apparences dont le terme suprme serait de rendre rellement service6 ,je recommande1 en passant1 cette manire d'entendre la charit4 ,c'est la seule digne d'tre appele srieuse3 elle sert cacher ses occupations relles4--,or1 je ne me soucie pas qu'on sache que je m'adonne1 corps et me1 aux ,infusoires moi6 ,les visites1 les questions1 les consultations et les compliments m'empcheraient d'apporter la concentration dsirable dans mes vertigineux travaux4--,d'autre part1 comme il faut bien que je parle1 quand il m'arrive d'tre en quelque socit1 je m'empresse de parler chacun de ce qui doit le proccuper le plus--afin d'viter toute question sur la nature de mes investigations scientifiques3--et n'est-ce pas1 presque toujours1 le mariage de soi ou des siens qui proccupe le plus les risibles enfants de la ,femme8 a tombe sous le sens6 ,et voil comment1 sans grands frais d'imagination1 je me suis gliss dans l'intimit de beaucoup de gens6 et comment j'ai fait1--miraculeusement aid par le ,hasard1--quantit de mariages4 ,les unions qui se sont accomplies sous mes auspices ont t favorises du ,ciel1--bien que1 maintes fois1 dans ma prcipitation1 j'aie mari1 comme on dit1 au pied lev1 les uns pour les autres2--enfin1 tout s'est bien pass3--toujours4--,sauf une seule fois6--,et c'est sur le couple tonnant que j'ai riv en cette union1 que mon but est d'appeler l'attention de tous4 ,dois-je mme affirmer1 qu' tout prendre1 il ne fut pas heureux1 cet hymen1 dont la crise dfinitive1--crise innommable6444--a donn lieu ma dcouverte la plus capitale8 ,je serais un ingrat vis--vis du ,destin si j'avais l'impudence de le penser une seconde6 ,la ,science1 la vritable ,science1 est inaccessible la piti3 o en serions-nous sans cela8 ,aussi1--bien que cette affaire ait t pour moi la source d'une ample damnation1--d'une frayeur sans nom qui a boulevers ma cervelle au point que je sais peine ce que j'cris1--que j'en suis venu1 moi1 le docteur ,bonhomet1 professeur de diagnse1 douter de ma propre existence--et mme de choses beaucoup plus certaines encore mes yeux1--je maintiens mes opinions sur ,voltaire6444 ,je ne me repens pas6444 ,je me lave indiffremment les mains d'avoir parachev cette catastrophe pouvantable6--,et je me pique d'tre encore l'une des plus belles mes chappes des mains du ,trs-,haut4 ,tous les hommes vraiment modernes1 tous les esprits qui se sentent dans le mouvement me comprendront4 ,je vais me borner au rapide expos des faits1 tels qu'ils se sont prsents et classs d'eux-mmes4 ,commentera l'histoire qui voudra1 je ne la surchargerai d'aucunes thories scientifiques3 ainsi son impression gnrale dpendra des proportions intellectuelles fournies par le ,lecteur4 ,,chapitre ,,ii ,,sir ,,henry ,,clifton ,la ville1 estompe par la brume et les molles lueurs de la nuit1 me reprsentait la terre1 avec ses chagrins et ses tombeaux1--situs loin derrire1 mais non totalement oublis6 ,,thomas ,,de ,,quincey 7,confessions74 ,vers la fin du mois de juillet #ahff1 l'issue d'un dner de gala que nous avait offert le capitaine du brick de commerce anglais le ,wonderful1 faisant voile pour les ctes de ,bretagne1 je liai conversation1 en prenant le caf1 avec mon voisin de table1 le lieutenant ,henry ,clifton2 c'tait un homme d'une trentaine d'annes1 d'une figure ombre du hle des hommes de mer4 ,l'expression de ses traits rguliers m'tait sympathique et sa rserve habituelle le rendait sociable pour moi4 ,ce soir-l1 dis-je1 nous limes conversation1 car les quelques rapports de causerie1 d'officier de marine simple passager1 avaient t fort succincts1 entre nous1 depuis le commencement de la traverse4 ,nous venions des ctes d',irlande et1 plong dans l'tude de mes chers infusoires1 j'tais rest1 la plupart du temps1 fond de cale1 exprimentant les vieilles saumures4 ,nous changemes quelques paroles touchant notre arrive ,saint-,malo1 fixe au lendemain2 puis1--les fumes du vin et des lumires nous ayant suffisamment troubl l'esprit1--nous montmes respirer sur le tillac o nous allummes nos cigares4 ,je m'tais abstenu1 durant le banquet1 de me mler la discussion politique--7toujours si anime en ces occasions71--qui avait clat1 naturellement1 aux entremets4 ,ce genre de discussions ne me parat intressant qu'avec les dames4 ,h6 qui serait1 alors1 insensible leurs fins sourires1 leurs exclamations intempestives et gracieuses1 leur air entendu1 aux louables efforts de leurs prunelles pour paratre pntrantes1 inquites1 surprises1 etc46444 ,je le rpte3 la discussion politique avec les dames est une chose captivante et qui donne songer4 ,afin de mriter leur estime et leur confiance1 ma physionomie devient alors plus bienveillante1 plus paternelle1 plus tendre que de coutume6 et je leur dbite gravement1 en baissant les yeux1 les absurdits les plus rvoltantes1 que mes cheveux blancs font vnrer4 ,de sorte que mes moindres paroles font foi prs du sexe enchanteur4 ,du reste1 la conversation politique serait tout aussi amusante avec le sexe fort si celui-ci savait y apporter la grce et l'enjouement dsirables2--car je n'ai jamais entendu personne rien prvoir de vraiment srieux en fait d'vnements4 ,sir ,henry ,clifton1 lui aussi1 n'avait pas desserr les lvres2 ce qui fait que j'avais de lui une haute opinion3 rien ne me paraissant plus difficile que le silence son ge4 ,en politique1 il devait1 prsumai-je1 partager mes ides1 et je puis les notifier ainsi3 ,par tout pays1 tout citoyen1 digne de ce nom1 dispose1 entre ses travaux et ses repas1 d'environ trois heures de loisir par jour4 ,il comble1 l'ordinaire1 ces moments de rpit l'aide d'une petite causerie1 digestive et innocente1 sur les affaires de sa patrie4 ,or1 s'il ne se passe rien de marquant ni de grave4 sur quoi pourra-t-il fonder sa discussion8--,il s'ennuiera1 faute de sujet d'entretien3--et l'ennui des citoyens est fatal presque toujours aux chefs des tats4 ,le bras est prs de fonctionner quand la langue est oisive1 et1 comme il faut remplir les trois heures prcites1 le causeur d'hier devient l'meutier d'aujourd'hui4 ,voil le triste secret des rvolutions4 ,il me parat donc du devoir de tout bon gouvernement de susciter1 le plus souvent possible1 des guerres1 des pidmies1 des craintes1 des esprances1 des vnements de tout genre 7heureux ou malheureux1 peu importe71 des choses1 enfin1 capables d'alimenter la petite causerie innocente et digestive de chaque citoyen4 ,aprs vingt1 trente1 quarante annes de qui-vive6 perptuel1 les rois ont dtourn l'attention3 ils ont rgn tranquillement1 se sont bien amuss1 et tout le monde est content4 ,voil1 selon moi1 l'une des dfinitions principales de la haute diplomatie3 occuper l'esprit des citoyens1 quelque prix que ce soit1 afin d'viter soi-mme toute attention1 quand on eut l'honneur de recevoir des mains de ,dieu la mission de gouverner les hommes6 ,et ,machiavelli1--mon matre bien-aim--7je pleure en prononant ce nom71--n'a jamais trouv une formule plus nette que celle-l6 ,on conoit donc mon indiffrence pour les vnements1 les soudainets politiques et les complications des cabinets de l',europe2 je laisse l'intrt des controverses qu'ils suscitent des esprits caris par une soif natale de perdre le temps4 ,je louai donc in petto sir ,henry ,clifton pour sa rserve et pour sa manire silencieuse de boire4 ,sir ,henry ,clifton tait vraiment dans un tat plus prononc que le gris d'officier2 il possdait la couleur complmentaire1 et je vis que le chapitre approchait des expansions sentimentales4 ,moi1 j'avais tout mon sang-froid1 et je guettai ma victime4 ,la nuit tait couverte d'toiles4 ,le vent nord-ouest frachissait et nous poussait doucement3 la lanterne rouge du banc de quart illuminait l'cume et la bue d'argent des flots contre le bois du navire4 ,par instants les hurrahs du punch des officiers nous parvenaient1 travers l'entrepont1 mls aux immenses bruits de la houle4 ,le voyant silencieux1 je craignis une question sur mon genre de vie et--peut-tre--sur mes travaux6444 ,j'entamai donc la conversation1 suivant mes procds irrsistibles3 --,oui1 tenez1 dis-je1 mon jeune ami6 ,parbleu6 j'ai votre affaire6 ,dois-je vous l'avouer8--,j'y songe depuis que j'ai eu le vritable plaisir de vous serrer la main4--7,ici1 je baissai la voix en regardant vaguement devant moi comme un homme qui se parle lui-mme73--,c'est l1 j'en risquerais la gageure1 ce qui vous convient4--,personne capable6--,veuve aventureuse1 exprimente1 toutefois6--,une belle femme6 --,caractre de seconde main6--,fortune1--oh6 fortune des ,mille et une ,nuits6444 ,c'est le mot4--,oui1 ajoutai-je1--7et je levai brusquement les sourcils en fixant des yeux ternes sur son paulette71--oui1 c'est l tout fait votre affaire4 ,aprs une certaine stupeur--prvue3 --,ah6 ah6 s'cria sir ,henry ,clifton1 en secouant1 par contenance1 avec son petit doigt1 la cendre de son cigare4 ,ah6 ,ah6 ,l'excellent1 le malin docteur6--,du diable1 si je comprends6 ,ce fut avec mansutude que je posai la main sur son bras1 et que1 les yeux absolument noys dans l'espace cleste1 je lui soufflai dans l'oreille3 --,une prsentation1 sauf obstacle1 peut avoir lieu lundi1 dans la journe1 de une heure deux--et votre hymen serait perptr dans les six semaines2 du moins1 j'engagerais ma pauvre tte couper ici1 sur l'tambot1 que je ne fais pas erreur6 ,il me prit les mains1 tout bahi3 le poisson mordait2 j'avais vit les questions scientifiques4 --,je crois comprendre1 enfin1--balbutia-t-il aprs un silence1--que vous me proposez quelque chose comme444 ,il s'arrta par une pudeur dont je lui sus gr4 --,une femme lgitime1 lieutenant4 --,une femme6444 acheva-t-il d'une voix mal assure et mme agite d'un tremblement4 --,et pourquoi pas1 lieutenant8 rpliquai-je1 flairant un mystre2 votre mtier de marin--7art difficile6 noble partie6 carrire notable4447--interrompis-je par une habitude machinale--n'est pas incompatible avec un foyer lointain4 ,il est des noeuds plus doux que ceux444 que vous avez l'habitude de filer6444 ajoutai-je en souriant agrablement4 ,toutefois1 si vous n'tiez pas dispos1--restons-en l2 plus un mot4 ,il y eut une pause d'un moment2 puis1 tout coup1 et comme aprs rflexion suffisante3 --,monsieur6444 me dit-il en se reculant un peu4 ,puis1 pensant probablement3 c'est un original1 et rsorbant ses ides3 --,je vous remercie de la bonne volont1 reprit ,clifton2 et mme1 docteur1 cela mrite une confidence4 ,nous y tions4 ,le ,constance allait agir sur le trop impressionnable enfant4 ,je dressai componctueusement l'oreille4 --,il est douteux1 continua-t-il1 que nous nous retrouvions jamais4 ,eh bien6 je refuse vos offres excellentes parce qu'il est une femme dont je n'oublierai jamais les traits tant que mon tre durera4 --,ah6444 dis-je d'un ton bat3 fort bien6 ,je comprends ceci3--le contraire mme pourrait me surprendre6 ajoutai-je demi-voix2 mais1 permettez-moi de vous le dire3 --7,ici je me levai et je fis de grands gestes de dsolation73--,ah6 c'est dommage6 c'est vraiment dommage6 ,ce qu'il y avait de diabolique en moi1 c'est que j'ignorais totalement quelle femme je pouvais lui offrir et que ma principale proccupation tait seulement d'viter toute question relative aux ,infusoires4 --,et elle est marie6 murmura sir ,henry ,clifton1 voix basse1 comme lui-mme4 ,je sentis mes yeux se mouiller de larmes4 --,puis-je vous tre utile8444 lui demandai-je1 tout hasard1 avec une tendresse profonde4 ,et j'ajoutai lestement1 voix basse3 --,c'est que je ne suis pas manchot dans les ngociations embrouilles1 moi6 ,il y eut un moment de silence des plus singuliers1 durant lequel je me sentis observ par ce jeune homme4 ,il balanait1 peut-tre1 entre me souffleter ou m'embrasser4 ,je savais d'avance que l'interprtation dcisive de mes paroles me serait1 en ses esprits1 favorable4 --,merci1--mon ami1 mon vieil ami1--finit-il par articuler d'un ton dont l'motion violente fut douce mon me2 mais la pauvre femme ne doit plus me revoir4--,me revoir6 reprit-il avec amertume2 ses yeux malades ne me reconnatraient plus3 elle est1 sans doute1 aveugle en ce moment o je parle6 ,oui6 oui1 c'en est fait de ses pauvres yeux6444 ,et il mit son front1 briol sans doute encore1 entre ses mains4 ,a ces mots1 j'tai avec lenteur mon cigare de ma bouche1--et je jetai1 dans l'ombre1 sir ,henry ,clifton1 un coup d'oeil horrible3 car1--je ne sais pourquoi1 vraiment6--le jeune homme venait de me faire songer ma belle et trange amie1--aux yeux malheureux de ma digne amie1 madame ,claire ,lenoir4 ,je tirai silencieusement ma montre et me levai3 --,au plaisir de vous revoir1 mon jeune lieutenant6 m'criai-je4 ,vous avez vos secrets3 il est des moments o l'on doit prfrer la solitude et je sais les respecter444 ,il me serra la main sans relever la tte4 ,je boutonnai bien ma houppelande1 cause du vent1--et je descendis dans ma cabine1 abandonnant sir ,henry ,clifton ses rveries1 sous la protection et l'inspiration spciale de la nuit1 du vin de ,constance et de la mer4 ,,chapitre ,,iii ,,explications ,,sur,,rogatoires ,ce qui ,,voit1 en nos yeux1 veille et se cache en de du fond de nos prunelles d'argile4 ,,lysiane ,d',,aubelleyne4 ,je me couchai la hte4 ,mon hamac1 balanc par le tangage1 berait mes rflexions dans l'obscurit3 je m'accoudai4 ,c'tait prcisment chez les ,lenoir que je me proposais de m'arrter une quinzaine1 mon dbarquement4 ,une lettre date de ,jersey les avait prvenus2 ils devaient m'attendre4 ,les avais-je revus depuis leurs noces8 depuis plus de trois annes8--,non1 du tout4--,j'ai fait pressentir plus haut1 il me semble1 que j'avais tremp dans leur mariage3 en effet1 durant un assez long sjour que j'avais fait autrefois dans les ,pyrnes1 ,luchon1 pour ma sant1 j'avais connu la famille de ,claire4 ,intgre et accueillante famille de ngociants1 s'il en ft6--,leur fille unique tait1 lorsque les circonstances nous mirent en rapport1 une fort belle personne de vingt ans1 je crois1 et dont le genre de beaut sduisait4 ,elle avait les cheveux chtains2 la physionomie belle2 le teint d'une blancheur de jade et d'une transparence parfois presque lumineuse4 ,l'os frontal tait malheureusement assez large1 et dcelait une capacit crbrale inutile et nuisible chez une femme4 ,les yeux taient d'un vert ple4 ,des promenades dans les montagnes et les rochers avaient expos ses prunelles--ses grandes prunelles6--au vent sablonneux et ardent qui vient du ,midi4 ,sa vue1 dj naturellement faible1 s'tait profondment altre1 et bientt le verdict unanime des mdecins l'avait condamne une ccit prcoce4 ,mais1 en rvant un jour cette similitude de nom qui se produisait entre les ,lenoir1 de ,luchon1 et mon vieux camarade le docteur ,csaire ,lenoir1 de ,saint-,malo1 l'ide me vint que ,claire1 au lieu de s'appeler mademoiselle1 pourrait s'appeler madame ,lenoir1 sans grande difficult4 ,pourquoi pas8 ,j'crivis sur-le-champ cet excellent ,csaire1 qui se hta d'accourir ,luchon4 ,cette concidence de nom fut habilement exploite par moi comme prtexte d'une prsentation formelle4 ,csaire tait un homme de quarante-deux ans1 peine2 le mariage fut bientt consomm4 ,je me frottai glorieusement les mains1 ayant fait deux heureux4 ,lenoir emmena sa femme ,saint-,malo1 dans sa proprit de faubourg1 rue des ,mauvaises-,pleurs1 #ah1 sa rsidence accoutume2 ses lettres m'indiquaient de temps autre que le bonheur de son mnage1-- part la ccit menaante de ,claire1--n'tait troubl par aucun souci4 ,comment sir ,henry ,clifton1 l'aimable1 le noble enfant des mers1 pouvait-il avoir connu la jeune dame8 ,pouvais-je affirmer--7en supposant que c'tait bien de ,claire ,lenoir qu'il entendait parler71--pouvais-je affirmer1 dis-je1 qu'elle avait failli ses devoirs8 ,non6 ,une telle pense tait hideuse2 j'tais un visionnaire4 ,d'ailleurs1 ,claire1 la belle ,claire1 tait1 si ma mmoire ne m'abusait pas1 une femme de recueillement et d'tude3 une mtaphysicienne1 que sais-je8 ,une savante6 ,une crature impossible6 ,une extatique6 ,une ergoteuse6 ,une phraseuse6 ,une rveuse4 --,allons6 ce ne pouvait tre elle que le lieutenant avait voulu fltrir d'une accusation d'adultre4 ,l-dessus1 je me souris moi-mme1 en ramenant mon drap sur ma tte2 je haussai les paules l'endroit du jeune ,anglais--et m'endormis4 ,,chapitre ,,iv ,l',,entrefilet ,,myst,,rieux ,d'ailleurs1 en ce temps lthargique1 ,sans gaiet comme sans remords1 ,le seul rire encore logique ,est celui des ttes de morts4 ,,paul ,,verlaine4 ,la cloche d'arrive me rveilla4 ,nous tions dans le port de ,saint-,malo4 ,c'tait sur les onze heures1 peu prs2 il faisait beau soleil4 ,je pris ma canne et ma valise1 je sautai sur le pont1 et1 avec le flot des voyageurs1 je me prcipitai sur la jete1 les bottes macules par l'cume des mers4 ,ma premire action1 en touchant le sol de mon illustre patrie1 fut d'entrer dans ce caf d'o le regard embrasse toute la rade1 et1 au loin1 le tombeau d'un ancien ministre de ,charles ,x1 le vicomte de ,chteaubriand1--dont quelques travaux ethnographiques sur les ,sauvages ont1 parat-il1 t remarqus4 ,je demandai ma dose d'absinthe habituelle1 norme d'ailleurs2 puis1 me laissant tomber assis1 je saisis avec une distraction nostalgique le premier journal qui me vint crier sous les doigts4 ,c'tait une feuille locale3--une gazette salie1 oublie1 dchire1 d'une date dj ancienne4 ,elle tranait l1--prs de moi1--sur la banquette rouge4 ,et1 maintenant1 que j'y songe1 il me revient1 distinctement1 que le garon voulut me l'arracher des mains pour m'en donner une autre plus rcente1--et que je lui rsistai par le mouvement machinal de tout homme auquel on veut prendre ce qu'il tient4 ,en parcourant le journal1 mes regards s'arrtrent sur un entrefilet situ entre un nouveau cas d'empitement du parti clrical1 --judicieusement signal par le gazetier1--et une recette infaillible contre les maux d'oreilles les plus invtrs1 recette que prconisait quelque empirique de passage4 ,voici l'entrefilet3 ,l',acadmie des ,sciences de ,paris vient de constater l'authenticit d'un fait des plus surprenants4 ,il serait avr1 dsormais1 que les animaux destins notre nourriture1 tels que moutons1 boeufs1 agneaux1 chevaux et chats1 conservent dans leurs yeux1 aprs le coup de masse ou de coutelas du boucher1 l'empreinte des objets qui se sont trouvs sous leur dernier regard4 ,c'est une vraie photographie1 de pavs1 d'tals1 de gouttires1 de figures vagues1 parmi lesquelles se distingue presque toujours celle de l'homme qui a frapp4 ,le phnomne dure jusqu' dcomposition4 ,comme on le voit1 l',ignorance va s'amoindrissant2 cette dcouverte figurera noblement parmi ses compagnes au catalogue dj srieux de ce sicle de lumires4 ,que je connusse antrieurement ce fait jusque dans ses particularits appliques rcemment la police de l',amrique du ,nord--et au puff de la mme contre1--c'est l ce qui1 je l'espre1 ne saurait laisser l'ombre d'un doute dans l'esprit du ,lecteur4 ,mais ce qui me frappa1 ce fut un phnomne personnel qui se produisit1 alors1 en moi1 cette lecture2 savoir un certain caractre d'-propos sous lequel le fait m'apparut en ce moment--et ainsi accommod par quelque misrable loustic de province4 ,cette dpravation sensorielle pouvait tenir de la fatigue nerveuse1 morale et physique1 due mon voyage3 je me laissai donc aller l'examen de moi-mme3--puis1 machinalement1 je relevai les yeux 444 et la direction de mon regard tomba sur un homme debout contre un mt de misaine1 les bras croiss1 deux cents brasses de moi3 je reconnus le noble lieutenant4 ,nos yeux se rencontrrent l'unisson1 et nous dtournmes spontanment la vue l'un de l'autre1 comme avec malaise4 ,pourquoi8444 ,ni lui ni moi ne le saurons jamais4 ,pour couper court aux penses ternes qui commenaient monter en mon esprit1 je me levai en sursaut1 j'avalai l'absinthe d'un trait2 puis1 tournant les talons la guinguette1 je me mis arpenter vivement le chemin des faubourgs maritimes o habitaient les poux ,lenoir1--chemin quasi perdu et dsert cette heure de la journe4 ,le soleil me brlait3 je m'arrtai1 de temps autre1 pour essuyer mon front et pour jeter autour de moi un coup d'oeil inquiet4 ,,chapitre ,v ,,les ,b,,sicles ,,couleur ,d',,azur ,beaux yeux de mon enfant1 arcanes adors1 ,vous ressemblez beaucoup ces grottes magiques ,o1 derrire l'amas des ombres lthargiques1 ,scintillent vaguement des trsors ignors4 ,,charles ,,baudelaire1 ,spleen et ,idal4 ,une demi-heure aprs1 j'tais devant une maison de campagne isole1 l'habitation du bon docteur ,csaire1 mon meilleur ami4 ,je dis le docteur par faon de parler3 car ,lenoir tait1 au fond1 un ne bt1 un oison brid en personne naturelle1 s'il en ft un sous le ,soleil6--,j'agitai donc la cloche3 un domestique des plus gs vint m'ouvrir1 escort d'un norme basset poils roux1 qui devait joindre1 dans la maison1 les fonctions de chien de garde celle d'trangleur de messieurs les rats4 ,le domestique m'introduisit dans la salle manger1 me pria d'attendre et sortit4 ,c'tait une salle ordinaire de rez-de-chausse4 ,par la fentre1 ouverte sur le jardin1 entrait une frache odeur d'arbres4 ,portrait d'aeule sur la muraille2 lampe et son abat-jour sur la grande table recouverte d'un tapis4 ,sur la chemine1 une glace profonde et limpide1 en son cadre de chne sculpt1 refltait le vieux ,saxe de la pendule et d'anciens candlabres4--,et cette salle tait pntre d'une quitude provinciale1 d'un calme d'isolement4 ,j'tais rest debout1 mon chapeau et ma canne d'une main1 ma valise de l'autre4 ,je savourai l'ensemble de cette fracheur silencieuse1 pleine d'chos4 ,puis1 faisant demi-tour sur moi-mme3 --,voil des heureux6 pensai-je4 ,ce mouvement m'avait amen devant la glace2 j'y vis la porte s'ouvrir sans bruit1 derrire moi1 et donner passage un tre dont l'aspect me causa quelque saisissement4 ,c'tait une femme enveloppe d'une robe de chambre de velours vert1 glands grenat2 deux longues boucles de cheveux chtains tombaient1 la ,svign#c1 sur sa poitrine2 elle avait sur les yeux une paire de lunettes d'or1 dont les normes verres bleutres1--ronds comme des cus de six livres1--cachaient presque ses sourcils et le haut de ses pommettes ples4 ,elle venait1 montrant ses dents avec un sourire intentionnel et des airs d'apparition4 ,je l'ai dit et je le redis encore3 sa vue1 l'improviste1 me remplit de saisissement4 ,note #c3 ,inutile de rappeler1 n'est-il pas vrai8 que nous ne rpondons pas des faons de voir1 mme physiques1 du ,docteur4 ,il a ses apprciations lui1 que nous n'avons nous permettre de rectifier en rien1--suppos qu'il y ait lieu1 dans ses dires1 de rectifier quoi que ce soit4 --,c'est donc vous1 monsieur le voyageur6 me dit ,claire ,lenoir d'une voix mordante et vibrante comme le son de l'argent4 ,nous sommes alls vous attendre1 hier au soir1 sur la jete6 ,posez cela1 et buvez bien vite un verre de ce vieux madre2 ,csaire va descendre dans un instant4 ,une fois mes ustensiles poss dans un coin1 la hte1 je lui pris les mains3 --,vous6 murmurai-je2--est-ce possible8444 ,la jeune femme me toisa comme trs surprise4 --,sans doute1 me dit-elle1 sans aucun doute6 ,et d'o vient tant d'tonnement1 mon trs cher monsieur8 ,je ne me savais pas change ce point6--,ah6 s'cria-t-elle1 tout coup1 en riant aux clats1 j'y suis6 ,ce sont mes lunettes6444 ,c'est vrai6 vous ne m'avez pas revue depuis le jour444 ,hlas6 mon ami1 je me suis rsigne les porter1 mon ge1 dans l'esprance d'une prolongation de la lumire6444 ,voyez6 voyez6 ,et1 soulevant de ses deux mains les grandes besicles1 elle me laissa considrer ses ,yeux4 ,ils taient d'un clat si vitreux1 si interne1 que le regard avait le froid de la pierre2 ils faisaient mal4 ,c'taient deux aigue-marines4 --,baissez6 lui dis-je vivement2 un coup d'air trop subit serait dangereux4 ,les grands cils retombrent sur les prunelles4 --,je ne sais ce qu'ont mes yeux1 dit-elle en m'obissant2 mais je juge1 aux clignements des paupires1 que c'est autant dans l'intrt des autres que dans le mien1 que je dois porter ces lunettes paisses4 ,il y eut un silence4 ,je compris que le moment tait venu de glisser un madrigal1 la situation me paraissant mme l'exiger imprieusement6 ,mais1 au moment o j'ouvrais la bouche pour placer une comparaison avec les astres les plus normes de la vote cleste 7aims des anges nocturnes71 un autre personnage apparut derrire la porte vitre3 c'tait ,lenoir4 ,aussitt qu'il m'eut reconnu1 ses sourcils levs et disparates se dfroncrent1 il entra comme un boulet de quarante-huit1 se prcipita dans mes bras sans dire un mot1 avec une franche expansion qui faillit me renverser4 ,il m'touffait4 --,me voil6 lui dis-je1 et je vois avec une joie vritable1 mon cher ,lenoir1 que vous n'avez pas souffert des annes8 ,toujours fort et vigoureux6 ajoutai-je en souriant et en me palpant pour m'assurer si je n'avais pas quelque chose de cass dans mon armature4 ,il appela les domestiques1 en s'essoufflant1 pendant que sa femme me remplissait un verre de madre2 il fit monter mes effets dans la chambre qui m'tait destine4 ,aprs quoi1 nous passmes au salon et nous nous mmes causer4 ,,chapitre ,,vi ,,je ,,tue ,,le ,,temps ,,avant ,,le ,d,,ner ,tu te tairas1 voix sinistre des vivants6 ,,leconte ,,de ,,lisle4 ,l'ameublement1 les rideaux et les tapisseries de ce petit salon taient d'un rouge sombre3 des vases d'albtre sur la chemine4 ,dans l'ombre1 une toile dans le style des lves de ,rembrandt2 de mauvais dahlias violets dans une coupe1 sur le piano4 ,un petit vaisseau de guerre 7oeuvre des loisirs de mon ami71 avec ses grements et ses canons1 tait suspendu au plafond en guise de lustre4 ,la fentre tait ouverte1 donnant sur le ponant et sur la mer4 ,enfoui dans le canap1 entre ,csaire et sa femme1 je racontai1 rapidement et grands traits1 mes voyages dans les cinq parties du monde1 mes explorations au sommet des montagnes et dans les entrailles de la terre1 depuis le sommet de l',illimani jusque dans les profondeurs des mines de ,poullaoun2 je parlai des djeysers ou volcans de boue de l',islande1--du crne pointu des ,sminoles1--des rites de ,jaggernaut1--des supplices chinois1 dont la simple nomenclature emplirait un dictionnaire de la capacit de nos ,bottin1--des sectes de sorciers qui dansent en ,afrique avec des btons de soufre enflamm sous les aisselles1--du passeport tatou sur mon dos que m'avait donn1 en signe d'affection1 ,zouzou-,anandzou-,rakartapakou-,bou-,an azenopati-,abdoulrakam-,penanntogmo ,v1 roi des les ,honolulu et ,moo-,loo-,loo1--des arbres indiens sur chaque feuille desquels est inscrite quelque pense de ,bouddha1 du culte du serpent chez les cannibales de la ,terre de ,feu1--7serpent qui se contente de mordre l'ombre humaine sur le sable1 au soleil1--pour faire mourir71 des sucs de la cigu crucifre du ple austral1 dont l'infusion donne toujours le mme genre d'hallucinations et qui contient les reflets du monde antdiluvien2--de la religion du ,canada1 qui consiste croire que l'univers a t cr par un grand livre2--des niams-niams ou hommes qui portent une queue de chimpanz et qui se classent avant le gorille et au-dessous du ngre ,caffre1 dans l'chelle apparente des cratures1 7ainsi que je le constate dans mon trait intitul3 ,du ,ttard71--du grand lama thibtain1 dont le visage royal est toujours voil depuis la naissance jusqu' sa mort inclusivement1--du chef de tribu zlandais ,ko-li-,ki 7,roi des ,rois71 qui ne vit qu'en prlevant sur ses sujets 7lorsqu'il passe travers les huttes7 de grands morceaux de chair1 enlevs d'un coup de mchoire1 aux endroits friands2--je parlai des grands arbres1 des flots1 des rochers et des aventures lointaines4 ,je tins le d2 je renvoyai la balle2 j'agitai les grelots de la plaisanterie2--je racontai avec aplomb toutes ces fadeurs2--je parlai de ceci1 de cela1 de droite et de gauche1 tort et travers1 pensant1 qu'aprs tout1 c'tait assez bon pour eux4--,bref1 je fus charmant6 ,ils avaient l'air stupfait l'un et l'autre1 et me considraient comme s'ils ne m'eussent pas reconnu4 ,j'avais piti de ces provinciaux3 de vrais coute s'il pleut64 ,et puis1 s'il faut tout dire1 j'tais de fort mauvaise humeur contre ,lenoir1 parce qu'il m'avait serr avec trop de tendresse entre ses bras musculeux3 je n'aime pas les expansions grossires4 ,le soir vint2 les rayons du soleil couchant nous clairrent tous trois d'une lueur sinistre1 au fond du salon rouge4 ,pendant un moment de profond recueillement1 le vieux domestique entr'ouvrit discrtement la porte et laissa tomber ces mots3 --,madame est servie4 ,on se leva4 ,je tendis le jarret1 je fis la bouche en coeur1 j'arrondis le bras et l'offris ,mme ,lenoir1 qui daigna s'y appuyer4 ,csaire nous suivait1 pensif1 en pinant1 du bout de son pouce et de son index1 son nez o il avait expdi une prise1 la drobe4 ,son attitude mditative ne m'chappait pas1 bien qu'il ft derrire moi1 parce que1 comme tous les gens de tact1 j'ai deux yeux derrire la tte4 ,on apporta des candlabres allums dont l'clat se refltait sur les verres1 la nappe et les cristaux4 ,nous nous assmes2 nous dploymes nos serviettes1 avec une certaine solennit silencieuse due l'atmosphre de ma conversation1 et1 aprs le premier verre de bordeaux1 nous emes un sourire gnral4 ,,chapitre ,,vii ,,on ,,cause ,,musique ,,et ,,litt,,rature ,un dner bien caquet4 ,mme ,,de ,s,,vign4 ,a table1 ,claire parla musique avec une science que1 vraisemblablement1 je ne pouvais attendre d'une malheureuse femme4 ,elle mentionna certain matre allemand1 dont j'ai oubli le nom--et l'poque2 ,gnie miraculeux6 disait-elle1 mais seulement accessible aux intelligences inities1 aux humains complets4 ,ses oeuvres traitent de lgendes brabanonnes--d'un btiment posthume1--d'un virtuose guerroyeur enlev par ,celle qu'on rvre ,paphos1--d'un nomm ,tout-fou1--d'un ,fatras mythologique en quatre sances1 etc41 etc43 ces dernires compositions paraissaient remplir ,mme ,lenoir d'une admiration inexplicable4 ,je me remmore trs bien qu'elle nous parla d'un certain crescendo en r o resplendissait 7disait-elle en son enthousiasme d'enfant7 le terrible ,,hosannah4 ,elle spcifia1 de plus1 on ne sait quel ,chant de ,plerins1 dont la profonde lassitude avait quelque chose d'ternel6 ,ce chant la captivait jusqu' la divagation4--,a l'en croire1 il tait1 d'abord1 touff sous les enlacements de rires aphrodisiaques1 pousss par des syrnes moqueuses1 apparues sous la lune1 dans les roseaux4 ,les circonstances se passaient prs d'une montagne enchante4 ,cela signifiait1 tout bonnement1 que les instigations clines de nos passions obscurcissent parfois en nous1 plerins de la terre1 le souvenir de la patrie cleste3--pense que jamais croque-notes n'est capable d'avoir1--on en conviendra1--7si purile qu'elle soit1 d'ailleurs67--,mais ajoutait ,mme ,lenoir1 la mystique fanfare finissait par clater et dominer triomphalement3 une option rflchie et dcisive reprenait1 dans la lumire du soir1 l'hymne de gloire et de martyre1 et prcipitait la fuite des ombres1 comme une authentique mission d',esprance6 ,a cet nonc1 je sentis le fou rire me monter la gorge4 ,il tait vident que ,mme ,lenoir1 abusant des privilges de son sexe frivole1 voulait se divertir mes dpens4 ,je jugeai opportun de m'y prter de bonne grce et l'loge de cet intrigant dfraya le babil des deux premiers services4 ,ensuite elle s'aventura dans la littrature3 l1 j'tais mieux sur mon terrain4 ,aux les ,chinchas1--7si justement estimes pour leur engrais fameux71--pendant une maladie qu'il est inutile de nommer1 j'avais pris quelques tomes pour combattre les ennuis nocturnes4 ,c'taient deux ou trois ouvrages d'un crivain prodigieux et qui avait gagn dj son pesant d'or avec ses livres3--ce qui est1 pour moi1 comme pour les gens incapables de se repatre de mots1 la meilleure des recommandations4 ,c'est la plume1 coup sr1 la plus fconde de notre beau pays1 et1 dans les cinq parties du monde1 les notabilits des deux sexes se disputent ses produits1 quels qu'ils soient4 ,j'ai oubli son nom3 mais le genre de son talent 7auquel s'efforcent en vain d'atteindre tous ses confrres71 consiste gazer1 adroitement1 les situations les plus scabreuses6444 ,a frapper l'imagination du lecteur par un enchanement de pripties mouvantes--et logiques6--o les personnages en relief 7quoique appartenant aux bas-fonds de la socit71 lvent le coeur1 nourrissent l'esprit et calment les consciences les plus inutilement scrupuleuses4 ,ses hros intressent principalement en ce qu'ils ne meurent au recto que pour ressusciter au verso4 ,sur ces pages1 que l'oeil parcourt fivreusement1 se projettent la fois les ombres vnrables d',orphe1 d',homre1 de ,virgile et de ,dante1--sinon de ,chapelain1 lui-mme1--et1 pour me rsumer1 cet homme1 ce moraliste1 reprsente1 d'ores et dj1 la pure expression de l',art moderne dans sa ,renaissance et sa ,maturit4 ,aussi est-il got de tous4 ,et moi-mme1 depuis cette poque d'exil aux les ,chinchas1 j'avais hte de venir poser un pied furtif et incertain sur la terre de ,france pour m'adonner tout entier la lecture de ses nouveaux recueils1 les feuilles publiques encombres par son gnie ne m'offrant1 et l1 que quelques bribes chues de sa forte plume autorise4 ,j'avais pris1 galement1--7j'allais oublier de le dire7--deux ou trois volumes d'un ancien dput franais1 ex-pair de ,france1--si je dois en croire ce que m'affirma1 trs tourdiment1 le capitaine1--et les ouvrages d'un conteur amricain dit ,richmond1 dans la ,caroline du ,sud4 ,je dois l'avouer3 la prose du romancier sans second1 du ,moraliste des les ,chinchas1 m'avait1 vraiment1 rafrachi le coeur4 ,ses personnages1 solides comme du bois1 m'avaient rempli d'intrt1--souventefois d'motion1--notamment l'un d'eux1 nomm1 je crois1 ,rocambole4 ,je ne lui ferai qu'un reproche et encore avec la rserve de l'humilit3 c'est d'tre quelquefois1 peut-tre1 un peu--mtaphysique444 un peu--comment dirais-je8--un peu trop abstrait444--enfin1--pour dire quelque chose1--un peu trop dans les nuages1 comme le sont1 malheureusement1 tous les potes4 --,ah6 quand viendra-t-il donc un crivain qui nous dira des choses vraies6--des choses qui arrivent6--des choses que tout le monde sait par coeur6 qui courent1 ont couru et courront ternellement les rues6 des choses ,s,,rieuses1 enfin6 ,celui-l sera digne d'tre estim du ,public1 puisqu'il sera la ,plume-publique4 ,quant l'ancien dput1 ses vers1 suivant son tonnante expression1 m'avaient chauff la bile4 ,c'tait 7autant que je puis m'en souvenir7 une sorte de pot-pourri de lgendes sans suite1 et1 comme on dit1 sans rime ni raison4 ,il tait question1 l-dedans1 de ,mahomet1 d',adam et d've1 du ,sultan1 des rgiments de la ,suisse et des chevaliers errants3 c'tait1 enfin1 le capharnam le plus chaotique dont cerveau brl ait jamais conu l'extravagance4 ,quelques bons mots1 a et l1--quelques apprciations justes1 ne le rendaient1 mes yeux1 que plus dangereux pour les esprits faibles4 ,je ne conois pas qu'on ait nomm dput un pareil individu3 ce recueil m'avait donn l1 vraiment1 une piteuse ide de notre belle langue franaise4 ,parlerai-je de l',amricain8444 ,celui-l m'avait paru1 le gaillard1 possder quelques teintures de rhtorique6444 ,mais une chose qui m'a frapp c'est le titre de ses oeuvres4 ,il les appelait1 avec une certaine suffisance3 ,histoires sans pareilles6 ,contes extraordinaires6444 etc4--,j'ai lu toutes ces histoires et je me suis vainement demand ce qu'il voyait d'extraordinaire dans tout ce qu'il racontait4 ,c'tait1 en bonne conscience1 le dernier mot du banal1--prsent1 il est vrai1 la bourgeoise1--mais du banal2 et il m'endormit1 maintes fois1 dlicieusement4 ,j'en avais conclu que le titre avait t choisi par l'diteur pour piquer la curiosit du vulgaire4 ,claire ,lenoir rougit beaucoup au nom du ,moraliste des les ,chinchas1 et m'avoua1 toute confuse1 qu'elle en entendait parler pour la premire fois4 ,a cette nave confidence1 je l'enveloppai1 naturellement1 d'un regard oblique et presque viprin1 n'en croyant pas mes oreilles3 pour une femme verse dans l'tude des ,lettres et dans les questions abstruses de la philosophie1 c'tait l une triste rponse1 on en conviendra6--,que lisait-elle donc8444 pensai-je4 ,a quoi songeait cette petite tte vapore8 ,nanmoins1 sa franchise toute provinciale lui gagna mon indulgence1 et point ne voulus abuser de la supriorit de mes connaissances vis--vis de ma charmante htesse4 ,je me bornai donc deviser du dput et du conteur amricain--7dont il est inexplicable que les noms m'chappent64447--,j'en devisai1 dis-je1 dans les termes d'apprciation sus-noncs4 ,mme ,lenoir parut m'couter avec la plus grande attention pendant quelque temps2 elle avait l'air d'ignorer totalement de qui je voulais parler4 ,mais lorsque j'eus prcis le sujet--7qui me revint fort propos7--de quelques-unes des lgendes du dput et le titre de quelques-uns des contes sans pareils dus au bourgeois de la ,caroline du ,sud1 elle tressaillit comme si elle se ft rveille en sursaut et sa physionomie prit une expression trs singulire6--je puis l'affirmer6444 par les dmons6--indfinissable6444 c'est le mot4 ,elle fixa1 d'abord1 sur moi ses aigue-marines l'abri de ses lunettes1 et demeura comme saisie d'une vague stupeur4 ,puis1 s'emparant de la carafe1 elle remplit son verre1 but une gorge d'eau pure1 reposa le verre devant son assiette1 et1 tout coup1 sans motif1 elle jeta un clat de rire musical et saccad pendant que je la considrais avec une piti souponneuse1 en m'interrogeant1 moi-mme1 sur ses facults mentales4 ,elle reprit bientt des dehors plus dcents et je l'entendis murmurer trs bas1 car j'ai l'oreille fine3 --,pourquoi rire8 ,il est crit3 ,les morts ne vous loueront pas4 ,je ne sus1 littralement1 que penser3 je regardai ,csaire3 il ne sonnait mot et dvorait un rble aux tomates en roulant des yeux noys dans l'extase4 --,oui1 c'est la mystrieuse ,loi6444 continuait la jeune femme1 si bas que je l'entendais peine1--il est des tres ainsi constitus que1 mme au milieu des flots de lumire1 ils ne peuvent cesser d'tre obscurs4 ,ce sont les mes paisses et profanatrices1 vtues de hasard et d'apparences1 et qui passent1 mures1 dans le spulcre de leurs sens mortels4 ,je la blmai1 dans mon coeur1 de cette pigramme videmment l'adresse de son mari1 mais je ne voulus point1 par bon got1 paratre l'avoir entendue4 --,ha6 ha6444 voyez-vous1 chre madame ,lenoir1 m'criai-je1--je suis tout rond1 moi6 --,il est d'autres tres1 continua-t-elle avec douceur1 qui connaissent les chemins de la vie et sont curieux des sentiers de la mort4 ,ceux-l1 pour qui doit venir le rgne de l',esprit1 ddaignent les annes1 tant possesseurs de l'ternel4 ,au fond de leurs yeux sacrs veille une lueur plus prcieuse que des millions d'univers sensibles1 comme le ntre1 depuis notre quateur jusqu' ,neptune4--,et le monde1 en son obissance inconsciente aux ,lois de ,dieu1 n'a fait que se rendre justice lui-mme et se vouer la ,,mort1 le jour o il s'est cri3 ,malheur ceux qui rvent6 ,et elle murmura le mot 7insens1 tous gards71 de ,lactance1 en son ,de morte persecutorum1--si bas1 si bas6 que je le devinai plutt que je ne l'entendis1 cette fois3 --,pulcher hymnus ,dei homo immortalis6444 ,elle s'accouda1 le menton dans la paume de sa belle main1 comme oubliant notre prsence4 ,le compliment tait sans doute exagr3 je suis loin d'tre une aussi belle me qu'elle voulait bien le donner entendre3 je me versai donc un ample coup de chteau-margaux1 retour de l',inde1 et1 vrai dire1 je me sentis un peu de compassion pour ce futile galimatias4 --,chre madame1 rpliquai-je galamment1 j'ai toujours partag les sentiments que vous venez d'mettre1 envers ceux qui m'en ont sembl dignes1--et il est mme dans mon temprament de rendre service1 d'une faon presque inconsciente comme vous dites1 aux bonnes natures que je rencontre sur mon chemin4 --,ah6 vraiment1 docteur8 dit-elle4 --,oui1 rpondis-je1 vraiment6--,et1 tenez1 il m'est arriv1 parfois1 de lier connaissance avec des jeunes gens qui s'en allaient1 travers la vie1 pleins d'enthousiasmes1 le rire1 le franc-rire aux lvres1 l'expansion et la joie dans le coeur6444 ,ah6 ces potes6 ces doux enfants6444 quel service j'ai su leur rendre6 ,je m'arrtai un instant pour savourer ces souvenirs4 --,eh bien8 murmura ,claire en me regardant4 --,eh bien1 ajoutai-je d'un ton paterne1 je ne sais comment cela s'est fait1 mais j'ai constat que1 dans ma frquentation1 ils perdirent insensiblement l'habitude du rire--et mme du sourire4 ,il me sembla1 comme j'achevais cette phrase1 que ,claire avait eu le frisson1--ce frisson nerveux1 indice de sant aprs les repas1--et que le vulgaire stupide appelle la petite mort4 ,lenoir interrompit un instant ses travaux1 releva la tte1 et avec un srieux bizarre1 me regarda2 puis1 sans mot dire1 il se replongea dans le dner4 --,enfin1 chre madame ,lenoir1 repris-je1 pour conclure1 j'ai toujours aim les bons auteurs1--et aussi vrai que le bourrelet des enfants modernes n'est autre chose que la tiare atrophie de ,melchissdech1--aussi vrai le ,moraliste des les ,chinchas est de ceux-l6 ,claire baissa la tte en silence3 elle tait battue4 ,je compris que son ignorance l'accablait4 ,je me dlectai innocemment de sa rougeur1 mais ne voulant pas pousser la leon plus loin1 je me retournai vers ,csaire pour traiter de choses plus srieuses que les ,belles-,lettres et que la ,musique4 ,,chapitre ,,viii ,,spiritisme ,dans les dners d'hommes1 il y a une tendance parler de l'immortalit de l'me au dessert4 ,e4 et ,j4 ,,de ,,goncourt4 ,toutefois1 comme l'intellect de ,csaire1--et mme toutes les facults de son me1--me paraissaient1 pour le moment1 absorbes par un plat de paupiettes1 son mets favori1 et que la sensation du got1 primant provisoirement les autres1 devait1 coup sr1 touffer en lui1 7prsumai-je en le regardant71 toute notion de justice divine et humaine1 je jugeai prudent de laisser1 comme on dit1 passer l'orage--et mme de me rgler de mon mieux sur le stocisme exemplaire de sa conduite4 ,en consquence1 je songeai vivement qu'il tait propos de donner du jeu l'hroque appareil de muscles massters et crotaphytes1 dont la ,nature1 en mre prvoyante1 m'a dparti la proprit4 ,l'instant d'aprs1 nos deux paires de mchoires1 se sentant dans le vrai1 luttaient1 sans bruit1 de rapidit1 d'adresse et de vigueur1 et joignaient la ruse au discernement4 ,claire1 tout coup1 au milieu du silence intelligent qui rgnait sur nos fronts perdus1 se plaignit de la trop vive lumire des candlabres4 ,ce fut donc aux discrtes lueurs de la lampe que ,csaire1 s'estimant repu1 se renversa1 classique1 sur le dossier de son fauteuil1 et1 dodelinant de la tte1 posa bruyamment ses deux mains sur la table o le domestique venait de placer le caf et la liqueur4--,il roula1 sous des sourcils relevs1 des yeux effars et satisfaits1 et regarda ,mme ,lenoir et moi comme dans une hbtude4 ,puis il savoura l'arme d'une premire lampe de la fve de ,moka1 posa sa tasse1 tourna ses pouces1 et1 les regards au ciel1 laissa tomber ce mot d'une voix grasse1 gutturale et enroue par la nourriture3 --,parfait66 ,sa bouche1 fendue comme un bonnet de police1 essaya d'baucher un sourire4 ,il entama donc1 sur-le-champ1 une discussion philosophique4 ,la thse choisie par l'excellent amphitryon n'tait pas autre que celle-ci3 --,sommes-nous appels de nouvelles chanes d'existences ou cette vie est-elle dfinitive8 ,la somme de nos actions et de nos penses constitue-t-elle un nouvel tre intrieur soluble dans la ,mort8 ,en d'autres termes3 ,notre chtif quotient mrite-t-il immdiatement1 aprs dissolution de l'organisme1 aprs dsagrgation de la forme actuelle1 les honneurs de l',immodifiable8 ,je laisse penser au ,lecteur l'effet que ce programme1 confondre les alins dans les hospices1 dut produire sur moi4 ,mais ,csaire1 imperturbable1 se recueillit1 et je vis avec effroi qu'il s'apprtait fort tranquillement taler1 avec la plus grande complaisance du monde1 toutes les superstitions dont il s'tait infect l'esprit4 ,car--il faut bien1 prsent1 que je le dise6 il est temps d'en prvenir le ,lecteur6--c'tait un hanteur d'endroits solitaires1 un homme systmes sombres et temprament vindicatif4 ,il avait quelque chose d'gar1 de rudimentaire1 dans les traits fondamentaux4 ,il prtendait1 en riant sous son nez de ,canaque1 qu'il y avait en lui du vampire velu4 ,ses plaisanteries infatues roulaient le plus souvent sur l'anthropophagie4 ,le tout semblait se fondre dans une bourgeoiserie bonasse1--mais lorsqu'il s'vertuait sur son thme favori3--,la forme que peut prendre le fluide nerveux d'un dfunt1 le pouvoir physique et temporaire des mnes sur les vivants--ses yeux brillaient de flammes superstitieuses6--,ce sauvage parlait avec terreur du grand-,diable des enfers1 et il et fini par inquiter et rendre malades des tempraments moins affermis que le mien1 grce son loquence bizarre et opinitre4 ,je l'ai vu me tenir jusqu'au matin sur certaine relation d'un capitaine de vaisseau russe1 prisonnier des insulaires de l',archipel de la ,sonde--rcit horrificque6--et sa figure prenait une expression que je n'eusse pas trouve dplace chez ces mmes naturels4--,sa nature vritable1 interne1 devait tre d'une frocit compasse1 dfalcation faite de son degr de civilisation4 ,quant ce qu'il appelait ses ides thologiques1 elles taient pour moi la source la plus ample et la plus hilare de quolibets possible1--quolibets tout intrieurs1 bien entendu1--car1 fidle aux prescriptions des excellents auteurs que j'ai eu l'honneur de citer au dbut de ce ,memorandum1 il n'entre pas dans mes ides de blmer les gens ouvertement4 ,lenoir ne se doutait donc pas1 lorsque j'approuvais1 tout haut et avec un doux sourire1 ses somnolentes et fadasses thories1 qu'in petto je nourrissais contre elles une haine basse1 ddaigneuse1 aveugle et presque sanguinaire6444 ,c'tait mme 7h6 h6 h67 un peu pour cela que je l'avais mari sans piti1 autrefois6 ,car j'ai toujours un motif pour faire ce que je fais1 moi6 et1--comme le ,jupiter d',eschyle1--seul je connais ma pense4 ,or1 c'tait vers cette anne1 qu'au dire de ceux qui l'ont frquent1 la foi dans les doctrines de la ,magie1 du ,spiritisme et du ,magntisme et1 surtout1 de l',hypnotisme1 avait atteint son maximum d'intensit chez mon pauvre ami4 ,les suggestions qu'il prtendait pouvoir inculquer aux passants taient capables d'alarmer et de jeter dans l'pouvante4 ,il soutenait avec aplomb des thories faire venir la chair de poule1 dans toute la monstruosit de l'expression4 ,il faisait ses dlices d',eliphas ,lvi1 de ,raymond-,lulle1 de ,mesmer et de ,guillaume ,postel1 le doux moine de la ,magie noire4 ,il me citait l'abb astrologue ,trithme1 ,r4,c4 ,il ne jurait que par ,aurole ,thophraste ,bombaste1 dit le divin ,paracelse4 ,gaffarel et le populaire ,swdenborg le ravissaient jusqu'au dlire1 et il prtendait que l',enfer d'puration1 analys par ,reynaud1 tait plus que rationnel4 ,les modernes1 ,mirville1 ,crookes1 ,kardek1 le plongeaient dans de profondes rveries4 ,il croyait aux ,ressuscits d',irlande1 aux vampires valaques1 au mauvais oeil2 il me citait des passages tirs du cinquime volume de la mystique de ,grres1 l'appui de ses propositions4 ,ce qu'il y avait de plus abracadabrant1 c'est que ,lenoir tait un ,hglien enrag et trs entendu3 comment arrangeait-il cela8 --,mais allez donc trouver un atome de bon sens dans les contradictions des gens qui sont assez sots pour penser6 ,alors qu'il est dmontr que cela ne peut mener rien1 puisqu'on ne se convainc jamais soi-mme6 ,quant au ,magntisme1 aux expriences trs curieuses de ,dupotet et de ,regazzoni1 il y attachait une confiance sans bornes4 ,cette fois1 je n'tais pas trs loign de partager quelques-unes de ses opinions1 mais dans un sens plus rassis et plus clair1 bien entendu4 ,le vieux sclrat croyait fermement1 lui1 aux coups frapps sur quelqu'un distance1--aux passions brusquement excites par la seule volont du magntiseur1--aux richesses artificielles1--aux douleurs d'un enfantement factice1--aux fleurs empoisonnes par le regard1--enfin aux signes de l',esotrisme sacerdotal formulant la rprobation4 ,il avait1 dans sa chambre1 le ,pentagramme d'or vierge et les attributs propices aux vocations noires et aux pactes4 ,il concevait le bouc baphomtique1 emblme prt1 comme on sait1 aux anciens ,templiers2 il commentait couramment les clavicules de ,salomon et il croyait au corps sidral enferm en un chacun4 ,et1 l'appui de ces balivernes1 il me citait1 avec un sang-froid de ,gronlandais1 des textes qui--chose assez surprenante--paraissaient d'abord les plus rationnels1 les plus logiques1 les plus scientifiques et les plus irrfutables1--mais qui1 videmment1 ne pouvaient tre1 au fond1 qu'un mauvais jeu d'esprit1 fruit de l'ignorance et du charlatanisme4 ,tel tait le bon docteur2 et il venait de poser la question--si toutefois c'est mme une question--que j'ai mentionne4 ,elle donna lieu1 comme on va le voir1 une discussion des plus tranges et qu'il est indispensable de relater1 pour l'intelligence des vnements plus tranges encore qui la suivirent4 ,,chapitre ,,ix ,,balourdises1 ,,indiscr,,tions ,,et ,,stupidit,s 7,,incroyables64447 ,,de ,,mon ,,pauvre ,,ami ,la ,philosophie commande et n'obit pas4 ,,aristote4 ,nous allummes des cigares et passmes au salon4 ,pour que l'on pt mieux jouir de la vue des flots qui brillaient1 au loin1 par la croise ouverte1 ,claire baissa l'abat-jour de la lampe4 ,le ciel tait un noir chaos d'horribles nuages2 un croissant de cuivre et quelques toiles constituaient l'aspect de la nuit3 mais l'odeur saine de la mer nous imprgnait les poumons4 --,nous voici au thtre3 on donne1 ce soir1 ,la ,mer1 grand opra1 musique de ,dieu1 murmura ,mme ,lenoir4 --,le fait est1 rpliquai-je en souriant1 que1 si j'ose m'exprimer ainsi1 la houle va faire une basse divine l'harmonie de nos penses4 ,je m'engouffrai dans le canap3 ,mme ,lenoir s'appuya contre le balcon1 demi tourne vers la vague2 le docteur s'installa dans un fauteuil1 en face de moi1 plongeant des yeux singulirement clairs et brillants au plus profond des miens1 avec une fixit presque gnante4 --,mon ami1 lui dis-je1 mon seul1 mon vieux compagnon d'armes1 j'ai besoin1 tout d'abord1 du secours de vos lumires sur un point de physiologie qui m'intrigue4 --,parlez1 ,bonhomet1 parlez6444 murmura ,lenoir1 videmment flatt de ce qu'un homme comme moi lui demandait ses lumires4 --,voici en deux mots3 les officiers de sant1 qui desservent les hospices de fous1 ont-ils song doser1 dans des mesures approximatives1 le degr de ralit que peuvent avoir les hallucinations de leurs clients8 ,par cette question incongrue j'esprais lui faire comprendre le ridicule et le mauvais got de sa propre question4 --,avant de vous rpondre1 me dit-il sans s'mouvoir1 je serais heureux de connatre ce que vous entendez par ce mot3 la ,ralit8 --,ce que je vois1 ce que je sens1 ce que je touche1 rpondis-je en souriant de piti4 --,non1--dit ,lenoir2 vous savez bien que l',homme est condamn1 par la drisoire insuffisance de ses organes1 une erreur perptuelle4 ,le premier microscope venu suffit pour nous prouver que nos sens nous trompent et que nous ne pouvons pas voir les choses telles qu'elles sont4--,cette nature nous parat grandiose et potique8444 ,mais1 s'il nous tait donn de la considrer sous son vritable aspect1 o tout s'entre-dvore1 il est probable que nous frmirions plutt d'horreur que d'enthousiasme4 --,soit6444 m'criai-je3 nous savons cela6 ,mais le rel1 pour nous1 est relatif1 mon ami3 tenons-nous-en ce que nous voyons4 --,alors1 rpliqua ,lenoir1 si le rel est1 dcidment1 ce que l'on voit1 je ne m'explique pas bien en quoi les hallucinations d'un fou ne mritent pas le titre de ralits4 ,je me sentis accul3 mais je suis de ceux qu'on n'accule pas impunment1 car la peur me fait rentrer dans le mur4 --,c'est ma foi vrai1 mon cher ,lenoir6444 dis-je aprs un silence4 ,j'ajoutai avec hypocrisie1 pour briser sur toute mtaphysique3 --,le mieux est de se mettre genoux devant le ,crateur1 sans chercher pntrer l'insoluble mystre des choses4 --,cela dpend1 dit ,lenoir4 --,comment1 cela dpend6444 --,je ne demande pas mieux que de me mettre genoux devant mon ,crateur1 mais la condition que ce soit bien devant ,lui que je me mette genoux et non devant l'ide que je m'en fais4 ,je ne demande prcisment que d'adorer ,dieu1 mais je ne me soucie pas de m'adorer moi-mme sous ce nom1 mon insu4 ,et il est difficile de m'y reconnatre4 --,mais votre conscience6444 m'criai-je4 --,si ma conscience m'a dj tromp une fois 7comme je viens de m'en apercevoir propos de mes sens71 qui m'affirme qu'elle ne me trompe pas encore ici8 ,quand je pense ,dieu1 je projette mon esprit devant moi aussi loin que possible1 en le parant de toutes les vertus de ma conscience humaine1 que je tche vainement d'infiniser2 mais ce n'est jamais que mon esprit1 et non ,dieu4 ,je ne sors pas de moi-mme4 ,c'est l'histoire de ,narcisse4 ,je voudrais tre sr que c'est bien ,dieu auquel je pense quand je prie6444 ,voil tout4 --,sophismes6 susurrai-je en souriant4 ,on appelle objectivit1 je crois1 en langage philosophique1 ce ressass phnomne du cerveau4 ,mais on ne s'est pas cr tout seul6 --,vous dites8444 fit ,lenoir de son mme ton de professeur qui m'agaait4 --,enfin1 vous ne nierez pas1 je l'espre1 qu'un ,dieu nous a crs8 --,prtez l'oreille3 ,dieu8444--,mystre2 la ,cration8444 ,autre mystre4 ,dire que ,dieu nous a crs1 c'est donc affirmer1 tout bonnement1 que nous sortons du ,mystre2--point sur lequel nous sommes parfaitement d'accord1 puisque c'est prcisment ce mystre 7ou1 pour parler plus exactement1 ce problme7 qu'il s'agit d'claircir et que vous ne rendez que plus obscur en le personnifiant4 ,or1 tout problme suppose solution4 ,je ne serais1 pas loign de croire qu'aujourd'hui la solution soit possible4 --,possible666 ,bont du ciel6444 m'criai-je en joignant les mains3--avec notre pauvre esprit born8 --,born quoi8 demanda ,claire d'une voix douce4 ,pouvez-vous penser une limite prcise1 quand toutes se constituent d'un au-del8 ,une pareille question1 sortant de la bouche d'une femme1 tait faite pour alarmer des gens plus prudes que moi4 ,je me sentis rougir jusqu'au blanc des yeux4 --,o voyez-vous des bornes dans l',esprit8 dit ,lenoir4 ,je suis prt prouver1 que l'entendement de l',homme1 s'analysant lui-mme1 doit dcouvrir1 en et par lui seul1 la stricte ncessit de sa raison d'tre1 la ,,loi qui fait apparatre les choses et le principe de toute ralit4 ,bien entendu1 je ne parle qu'au point de vue de ce monde1 sous toutes rserves1 7s'il en est un autre7 de ce que mes sens ne me rvlent pas4 ,je l'avoue1 je demeurai bouche bante devant la stupide fatuit du docteur4 --,ciel6444--pensai-je2--rien ne peut donc ternir l'hermine de sa sottise6 ,c'est de l'talage1 cause de sa femme4 --,mais1 mon ami1 dis-je1 un simple chrtien vous demanderait pourquoi l',humanit aurait attendu jusqu' vous1 six mille ans1 avant de connatre la ,vrit6444 votre vrit6444 en supposant que vous l'ayez4 --,je rpondrais au chrtien3 l',humanit en a bien attendu quatre mille avant de connatre la vtre6--,la ,vrit ne se mesure pas l'anne4 ,quant moi1 ne faut-il pas que je sois1 avant d'tre chrtien8 ,avant d'tre chrtien1 il faut que je sois homme4 ,je suis ,homme1 d'abord3 je fais partie de la srie humaine2 et quand je m'lve par la pense jusqu'en l',esprit humain1 je suis le point par o l'ide du ,polype-,humanit s'exprime l'un de ses moments2 je cesse d'tre un moi particulier2 je parle au nom de l'espce qui se reprsente en moi4--,hors de l'ide gnrale1 je ne serais qu'un fol ayant l'hallucination du ciel et de la terre1 et devisant au hasard1 comme les autres1 en vue de quelque bas intrt de la vie pratique4 ,je jugeai que le moment tait venu d'amener ,lenoir rsipiscence et qu'il fallait l'humilier3 --,laissez-moi seulement vous citer ,cabanis6444 balbutiai-je4 ,et je leur exposai le passage o l'illustre officier de sant relate les exemples de personnes mordues par des animaux enrags3 loups1 chiens1 pourceaux et boeufs3--,ces personnes1 affirme-t-il1 se cachaient sous les meubles1 aboyaient1 hurlaient1 grognaient1 meuglaient et imitaient1 par leurs attitudes1 les coutumes et les instincts de l'animal qui les avait mordues4--,vous comprenez1 ajoutai-je1 que le plus parfait des gnies humains ne doit jamais perdre de vue qu'un tel dsastre peut lui choir1 et1 devant la seule possibilit de cette humiliation1 ce n'est qu'avec une rserve extrme et compasse1--et aprs mr examen au point de vue gnral1--qu'on doit exposer ses opinions personnelles4 ,pour moi1 ,kant1 ,schopenhauer1 ,fichte et le baron de ,schelling ne sont que des personnages infects d'une sorte de virus rabique naturel et qu'on et d traiter en consquence4 ,et ,hgel1 que vous allez me citer1 puisque c'est votre matre 7ajoutai-je pour humilier ,lenoir71 ne leur cde en rien sous ce rapport4 ,quand1 d'aprs la thologie1 le ,diable1 en rponse au3 ,quis ut ,deus8 de ,michel1 poussa son cri3 ,non serviam6 7sottise qui fut chtie par toutes les ,vertus clestes1 ajoutai-je avec un lger sourire71 il nous instruisit nous dfier de toute prcipitation enthousiaste4--,et le lycanthrope ,nabuchodonosor ne renfora point peu cette leon symbolique donne notre orgueil6--,eh bien6 ,hgel me fait1 l'effet d'tre le ,nabuchodonosor de la ,philosophie1 voil tout6 ,et pour achever de troubler le bon docteur1 je lui fis tinceler dans les yeux les facettes de mon diamant4 ,en entendant ce galimatias1 ,lenoir ouvrait des yeux dmesurs1 et je jouissais intrieurement de la difficult qu'il prouvait lier le dcousu de mes paroles4 --,vous ne prtendez pas infrer1 je suppose1 murmura-t-il enfin1 qu'une maladie quelconque soit notre limite1 puisque l',espce survit l',individu4--,si ,cabanis est mordu1 l',esprit-,humain ne relve pas de sa rage3 il la constate1 l'tudie titre de phnomne1 dcouvre le remde et passe outre4 ,que voulez-vous dire8 --,je veux dire1 criai-je1 que si j'appuie mon pouce sur un lobe du cerveau1 si je touche une partie quelconque de la pulpe crbrale1 je paralyse instantanment soit la volont1 soit le discernement1 soit la mmoire1 soit quelque autre facult de ce que vous appelez l'me4 ,d'o je conclus que l'me n'est qu'une scrtion du cerveau1 un peu de phosphore essentiel1 et que l'idal est une maladie de l'organisme1 rien de plus4 ,lenoir se mit rire1 tout doucement3 --,alors le problme se rduirait savoir ce que c'est que le phosphore et de quoi se secrtent le cerveau1 le ,soleil1 le sens d'examen1 la rflexion de l',univers dans la pense1 et d'o vient la ncessit de l'tre de ces scrtions plutt que de leur nant8 ,je veux bien3 du moment qu'il y a question1 le reste m'est indiffrent4 ,entre les physiologistes et les mtaphysiciens1 le dissentiment ne provient que de la diversit des expressions3 la science a ses pays et ses langages1 comme une ,terre4--,mais que croyez-vous dire en affirmant que vous paralysez les facults de l'me en touchant les lobes d'un cerveau8444 ,dites que vous paralysez les appareils1 les organes par lesquels ces facults s'exercent1 se rvlent extrieurement1 ne dites pas que vous les touchez1 encore moins que vous les anantissez4 ,c'est comme si vous coupiez les jambes d'un homme1 en ajoutant3 ,je te dfie de marcher4 ,rien de plus4 --,fortement loqu6 murmurai-je d'un air confondu comme si je n'eusse pas su par coeur1 depuis le berceau1 toutes ces banalits rebattues et lamentables4--,eh6 bien1 ,lenoir1 vos conclusions8 --,je conclus que l',esprit fait le fonds et la fin de l',univers4 ,dans le germe de l'arbre1 dans la graine d'une plante1 on ne peut dire que l'arbre et la plante sont contenus en petit3 il faut donc qu'ils y soient contenus idalement4 ,l'arbre et la plante futurs1 virtuels en leur germe1 y sont obscurment penss4 ,par l'ide mdiatrice de l',extriorit1 qui est comme la trame sur laquelle se brode l'ternel devenir du ,cosmos1 l',,id,e se nie elle-mme1 pour se prouver son tre1 sous forme de ,nature1 et je pourrais reconstruire le fait en employant la dialectique hglienne4 ,l'ide ne crot qu'en se retrouvant en sa ngation4 ,le mouvement contenu dans la croissance des arbres et des brins d'herbe1 n'est-il pas le mme que celui qui fait osciller et bondir sur eux-mmes les soleils projetant leurs anneaux au travers des cieux et produisant1 ainsi1 d'autres soleils8 ,comme les fruits tombs de l'arbre ou les fleurs des brins d'herbe produisent d'autres fleurs et d'autres arbres1 comme le vent emporte dans les prairies et les valles le pollen vgtal1 ainsi la vitesse centrifuge disperse dans les abmes le pollen astral3 c'est la germination du monde1 que ,hgel1--vous le savez1--regardait comme une plante qui pousse4 ,,chapitre ,x ,,fatras ,,philosophique ,satan est bon logicien4 ,,dante4 ,le domestique nous apporta le th4 ,claire1 avec un doux sourire1 que ses lunettes rendaient lgrement sinistre1 m'offrit une tasse de la chaude infusion chinoise1 sucre et aromatise de kirsch1 par ses soins prvenants4 --,lenoir1 dis-je1 en savourant une gorge de la digestive liqueur1--vous tes en contradiction1 je dois vous en prvenir1 avec les thologiens et les physiologistes1 en affirmant que l',ide et la ,matire sont une mme chose4 --,non4 --,comment1 non6 --,les ,thologiens n'avancent-ils pas que ,dieu est un pur ,esprit1 et qu'il a cr le monde8 ,la ,matire peut donc ,,maner de l',esprit1 mme au dire des thologiens4 ,ainsi1 la diffrence n'est qu'apparente4--,quant aux physiologistes1 ne sont-ils pas forcs d'affirmer que la forme du corps lui est plus essentielle que sa matire8--,vous voyez4 ,j'tais loin d'tre dans les eaux de ,lenoir2 ses sophismes glissaient sur la cuirasse paisse de mon ,sens-commun4 --,voyons1 mon ami1 lui dis-je1 abuseriez-vous de vos droits d'amphitryon jusqu' vouloir insinuer que cette ,,buche1 par exemple1 n'est pas de la matire8 --,o voyez-vous la ,matire en cette bche8 rpondit-il4 ,je me voilai la face de mes deux mains3 le naufrage de cette intelligence me faisait mal4 ,il voulait goguenarder avec moi6444 ,avec moi6 --,vous prtendez que vous ne voyez pas la ,matire6 lui dis-je avec stupeur3 et que cette ,,buche444 --,mais1 enfin1 c'est lmentaire1 cela6 cria ,lenoir1 que mon apparente mignardise finissait par exasprer et qui me regardait de travers4 ,je vois des attributs de forme1 de couleur1 de polarit1 de pesanteur1 runies3 j'appelle bois1 un certain agrgat de ces qualits4 ,mais ce qui soutient ces qualits1--la ,,substance1 enfin1--que ces attributs couvrent de leur voile1 o est-elle8444--,entre vos deux sourcils6 ,et nulle part6 ,vous voyez bien que la ,matire en soi1 n'est pas sensible6 ne se pntre pas6 ne se rvle pas1 et que la ,substance est un tre purement intellectuel dont le ,monde sensible n'est qu'une forme ngative1 un repouss4 --,mais1 mon pauvre ami1 qu'est-ce qu'un tre intellectuel1 qu'est-ce que la ralit d'une ide1 d'une pauvre ide1 devant la ralit vidente du fait de cette simple ,,buche que vous niez6 --,je n'ai qu' jeter cette bche dans le feu1 pour l'effacer3 voil votre ,,buche disparue1 devenue autre qu'elle-mme4--,qu'est-ce qu'une ralit pareille1 qui s'efface1 qui est et n'est pas la fois8 qui dpend du hasard extrieur8 ,peut-on bien appeler cela ralit8444 ,allons6--,c'est du ,devenir1 c'est du ,possible1--ce n'est pas du ,rel2 car cela peut tre aussi bien que ne pas tre4 ,la ,ralit est donc autre chose que cette contingence1 et nous voil revenus cette fois1 logiquement1 la question pose au dbut3 ,qu'est-ce que la ,r,,alit8 --,et moi1 murmurai-je1 endolori par la dialectique paradoxale du docteur1 je soutiens1 l'encontre1 que ce qui est solide et pesant n'est pas une simple ide1 que diable6 --,faites rentrer l'ide de pesanteur 7puisqu'elle vous blouit7 dans l'ide de longueur1 par exemple1 et vous comprendrez mieux tout cela4 --,dans les mots1 c'est possible2 mais les faits matriels ne se prtent pas ces fusions et ces confusions avec autant de bonne grce que les ides4 --,vous plaisantez1 n'est-ce pas8444 dit ,lenoir1 aprs un instant4 ,comment voulez-vous que le fait puisse dmentir une ide logique1 puisque l'ide logique est l'essence mme du fait8 --,prouvez1 alors6--,essayez1 essayez d'appliquer physiquement la thorie6 --,mais444 il me suffira de faire glisser un poids sur la longueur d'une barre d'acier pour que la longueur de la barre soulve des pesanteurs mille fois suprieures celle du poids qui glissera sur cette barre4 ,vous voyez bien que la longueur et la pesanteur rentrent l'une dans l'autre1 aussi bien en fait qu'en ide4 --,phrasologie6444 grommelai-je avec humeur3 c'est spcieux2 d'accord4 ,mais au fond1 ce sont des mots4 --,et avec quoi voulez-vous que je vous rponde8 fit ,lenoir en souriant4 ,avec quoi me questionnez-vous8--,vous niez la valeur du mot mot avec le ,,mot lui-mme4 ,est-ce par gestes que vous voulez causer avec moi8444 ,le vent souffle1 l'instinct hurle1 l'ide s'exprime4 --,mon cher ,lenoir1 m'criai-je1 revenons la question4--,je puis conclure en affirmant que1 comme je ne touche ni ne vois les ides1 j'aime encore mieux appeler relles les choses sensibles4 ,et toute l',humanit sera de mon avis4 --,non1 dit ,lenoir4 --,comment1 non6 repris-je pour la troisime fois1 en regardant avec tristesse le pauvre ,hglien4 --,si les choses sont1 si l',apparatre de l',univers se produit1 ce ne peut tre qu'en vertu d'une ,ncessit-absolue4 ,il y a une raison cela6 ,eh bien1 que cette raison soit l',ide ou autre chose que l',ide1 c'est bien plutt de l'tre-sensible qu'il faudra douter1 puisque tout ce qu'il possde de ralit lui vient ncessairement de cette raison-vive1 de cette ,loi-cratrice1 et que cette raison1 cette loi1 ne peut tre saisie et pntre que par l',esprit4--,l',,id,e est donc la plus haute forme de la ,ralit3--et c'est la ,ralit mme1 puisqu'elle participe de la nature des lois surternelles1 et pntre les lments des choses4 ,d'o il suit qu'en tudiant simplement les filiations de l',ide1 j'tudierai les lois constitutives des choses1 et mon raisonnement ,,coincidera1 s'il est strict1 avec l',,essence mme des choses1 puisqu'il impliquera1 en contenu1 cette ,n,,cessit qui fait le fonds des choses4 ,en un mot1 je suis1 en tant que pense1 le miroir1 la ,rflexion1 des lois universelles1 ou1 selon l'expression des thologiens1 je suis ,,fait l'image de ,dieu6--,comprendre1 c'est le reflet de crer4 ,je me touchai le front d'un doigt significatif1 en regardant ,mme ,lenoir1 qui1 silencieuse1 semblait couter avec une attention profonde les thories coeurantes de son pitoyable poux4 ,je la plaignais1 vraiment1 d'avoir choisi un pareil nergumne4 ,je me versai donc une seconde tasse de th4 --,ah6 votre ,dieu n'est pas celui des ,thologiens1 mon pauvre ami1--lui dis-je1 le coeur gros4 --,l n'est pas la question6 dit ,lenoir4 ,je parle1 en ce moment1 ,philosophie3 mais1 ne croyant qu'aux ,sciences-noires1 je n'attribue qu'une importance douteuse1--et1 en un mot1 toute relative--aux principes que je soutiens en ce moment4 ,cela pos1 voyons ce que disent de ,dieu vos thologiens4--,dieu1 selon ,mallebranche1 est le lieu des esprits comme l'espace est celui des corps4--,dieu1 selon saint ,augustin1 est tout entier partout1 contenu tout entier nulle part4--,qui niera que ,dieu soit corps1 bien qu'il soit esprit8 dit ,tertullien4--,dieu1 c'est l',acte pur1 dit saint ,thomas4--,dieu1 c'est le ,pre tout-puissant6--dit le symbole de ,nice4--,je ne m'arrterais pas1 si je donnais toutes les soi-disant dfinitions de l'tre-,inconditionnel1 dont la notion est insparable de l'tre6 ,mais l',esprit du ,monde ne se dfinit pas de la sorte4 ,ces lueurs et ces images ne sont que profondes3 ,le mot de ,jacob ,boehm1 ,dieu est le silence ternel1 ne me convainc pas davantage--et je suis sr que c'est afin d'essayer de se soustraire l'arrire-pense1--afin de combler1 pour ainsi dire1 dsesprment1 le ct obscur de cette pense1 que l'abb ,clarke ne prononait jamais le nom de ,dieu sans de grandes dmonstrations physiques de ,terreur et de ,respect4 ,h bien6 conclut ,lenoir1 je ne sais si le ,dieu dont mon esprit a conscience diffre essentiellement1 en sa notion1 de celui des thologiens3 je ne sais qu'une chose444 c'est que j'ai ,,peur de cet absolu ,justicier4 ,je ne pus m'empcher de rire cette dernire saillie4 --,ne craignez rien1 ,lenoir6 lui rpondis-je1 et surtout ce sujet6444 ,n'exagrons rien1 ou nous allons heurter le ,sens-commun4 --,c'est vrai6 dit le docteur4 ,inclinons-nous devant ce divin ,sens-commun1 qui change d'avis tous les sicles1 et dont le propre est de har1 natalement1 jusqu'au nom mme de l'me4 ,saluons1 en gens clairs ce ,sens-commun1 qui passe1 en outrageant l',esprit1 tout en suivant le chemin que l',esprit lui trace et lui intime de parcourir4 ,heureusement l',esprit ne prend pas plus garde l'insulte du ,sens-commun que le ,ptre ne prend garde aux vagissements du troupeau qu'il dirige vers le lieu tranquille de la ,mort ou du ,sommeil4 ,ici1 ,lenoir ferma les yeux1 comme perdu en une vision4 --,o ,flambeaux6 murmurait-il4 ,que serait1 aprs tout1 votre gloire1 sans les ,tnbres8 ,cependant1--ajouta-t-il en me souriant1--il est des ,tnbres-mphitiques1 qui1 incapables de recevoir la ,lumire1 teignent les flambeaux4 ,a cette parole1--je l'avoue1-- cette banale plaisanterie1--oui1444 l'ide de la perte de mon ami444 me parut moins affreuse4 --,en rsum1 dis-je1 quoi1 dans le domaine pratique et positif1 peuvent servir toutes ces belles spculations8 ,lenoir me regarda quelques instants avec une physionomie grave1 mais sans me rpondre4 ,,chapitre ,,xi ,,le ,,docteur1 ,,madame ,,lenoir ,,et ,,moi ,,nous ,,sommes ,,pris ,d',,un ,,acc,s ,,de ,,jovialit ,et mon coeur tait si joyeux--que je ne le reconnaissais plus pour le mien4 ,,dante4 ,grce aux biais vasifs que j'avais1 jusque-l1 favoriss avec une feinte tourderie et par la docte frivolit de mes interrogats1 ,lenoir1 7s'il tait parvenu faire valoir l'ingniosit de son intelligence71 n'avait1 en revanche1 rendu que plus clatante son impritie en ces matires transcendantales4 ,je l'avais1 videmment1 entran sur un terrain o1 malgr tous ses efforts1 je pouvais dsormais1 loisir1 creuser ses illusions une fosse dfinitive4 ,il se recueillait maintenant1 accoud1 la main sur le front1 mrissant probablement quelque normit nouvelle1 indigne d'tre soumise mon critre4 ,son silence mditatif me prouvait1 outre mesure1 la vacuit de son me2 car1 s'il avait eu quelque chose dire1 il l'et dit sur-le-champ1 comme tout le monde1 sans prouver ce futile besoin de rflchir1 qui est le signe distinctif de l'impuissance et de la dfection4 --,je ne vous cacherai pas1 m'criai-je1 mon ami1--je puis mme dire mon meilleur ami1--que je suis d'avance assez convaincu de la vanit de vos arguments touchant le ct utilitaire de vos bizarres thories4--,a quoi cela peut-il servir8444 je le rpte4 ,il rouvrit les yeux et1 aprs un silence3 --,pour vous et vos pareils1 cela ne sert pas6--,pour d'autres1 ddaigneux de la ,mort et pleins du souci de l'ternit1 cela sert combattre glorieusement pour la ,justice1 avec la certitude de la dfaite4 ,a ces mots1 je ne pus matriser un lger cri de frayeur1 et ma physionomie exprima un tel effarement1 que ,lenoir en resta bouche bante4 ,j'avais senti1 en effet1 avec une prescience quasi divine1 qu'il allait grener le chapelet interminable des ides subversives de tout ordre social4 ,sans ce mouvement instinctif d'improbation1 il et longuement glos1 sans doute1 sur l'indpendance du monde et se ft berc de chimres au son de sa propre voix3 je vis que ma seule pantomime avait fait litire de ses rsolutions1 et qu'il n'oserait pas insister l-dessus devant moi4 ,de quel poids1 en effet1 pourraient tre1 aux yeux d'un homme srieux1 ces sortes de penses soi-disant grandes1 gnreuses1 enthousiastes1 alors qu'il suffit qu'elles soient simplement refltes par mon cerveau et dissques navement par mes lvres1 pour que1--dpouilles de toute vaine fioriture1--elles deviennent d'une aridit capable de provoquer chez les spectres eux-mmes la nostalgie du sarcophage8 ,lenoir s'arrta et je lui fus grat de son silence4 --,oui1 dis-je1 je vous comprends3 il s'agit des ,peuples6444 du ,peuple6444 ,vous esprez le rendre accessible ces rves de libert1 de dignit1 de justice8444 ,mais on n'a pas la ressource de l'amputation avec les mes gangrenes2 il est des choses irrmdiables qu'on empire en en cherchant la gurison4--,le ,peuple8444 ,certes1 personne ne le chrit plus que moi2 mais1 de mme que ma fonction est de le plaindre1 la sienne est de souffrir4 ,s'il tait avr que la ,science lui ft bonne1 qui de nous--7,moi tout le premier67--ne lui donnerait son me1 sa vie et son amour6444 ,malheureusement1 la victime1 une fois ses liens desserrs1 n'a gure d'autre idal que d'en treindre le col de son librateur1 car la place des misrables ne saurait demeurer vacante en ce monde1 et l'on ne peut en racheter un seul qu'en se substituant lui1 heureux si l'on ne paye par la ruine1 la calomnie et la mort1 les bienfaits dont on l'a combl4--,mon ami1 la reconnaissance est lourde1 bien lourde6444 ajoutai-je en reprenant mon ton paterne1 et le ,progrs des ,lumires ne fait que dvelopper chez des cratures nagure inconscientes1 inoffensives1 et qui jouissaient1 au moins1 de notre piti1 les instincts de jalousie1 de basse haine1 d'envie et de trahison6444 ,et croyez1 ,lenoir1 ma comptence en ces matires6444 ,aussi je dis3 ,prissent les ,bienfaiteurs1 si leur action doit avoir pour rsultat la disparition des victimes6 ,malheur sur les rpubliques futures1 sur les socits idales1 o les hommes sensibles n'auraient plus verser1 comme moi1 de douces larmes sur le sort des peuples6444 ,a la seule ide qu'on pourrait me priver de cette satisfaction1 il me semble que mes veines charrient de la bile au lieu de sang1 mon pauvre ami6 ,cette sortie jeta quelque gaiet3 ,lenoir et sa femme ayant pouss l'alination mentale jusqu' s'imaginer que je plaisantais4 ,charm de leur erreur1 je crus devoir renchrir sur leur joie4 ,s'ils m'eussent connu plus fond1 je doute qu'ils se fussent aussi grossirement mpris ce sujet4 ,j'ai remarqu1 en effet1 une chose bizarre et qui1 m'tant spciale1 m'intrigue parfois3 c'est que mes espigleries1 moi1 ont toujours fait plir4 ,je remplis donc le salon d'un de ces clats de rire qui1 rpts par les chos nocturnes1 faisaient jadis1--je m'en souviens1--hurler les chiens sur mon passage6444--,depuis1 j'ai d en modrer l'usage1 il est vrai1 car mon hilarit me terrifie moi-mme4 ,j'utilise1 d'ordinaire1 ces manifestations bruyantes dans les grands dangers4 ,c'est mon arme1 moi1 quand j'ai peur1 quoique ma peur soit contagieuse3 ce m'est un sr garant contre les voleurs et les meurtriers1 quand je suis dans les lieux carts4 ,mon ,rire mettrait en fuite1 mieux que des prires1 les fantmes eux-mmes1 car ,moi1 je n'ai jamais pu contempler les ,cieux-toils6--et les ,esprits dont j'invoque la protection habitent des astres blafards4 ,toutefois1 je ne tardai pas m'apercevoir que ce que j'avais pris pour un sourire1 chez ,mme ,lenoir1 tait simplement un effet d'ombre--que la lampe avait projet sur son visage4 ,je dus reconnatre1 galement1 que le ,docteur m'avait induit en erreur par un certain tic nerveux--accompagn d'une quinte de toux que j'avais prise pour un clat de rire4 ,il avait aspir de travers la fume de son cigare1 en m'coutant4 ,et je compris que j'avais t le seul bon vivant de nous trois1 avec mon accs de gaiet4 ,,chapitre ,,xii ,,une ,,discuteuse ,,sentimentale ,et ,satan3--,penses1 o m'avez-vous conduit6 ,,milton4 ,nous remplmes1 de nouveau1 nos tasses de th1 et1 entre deux cuilleres de kircsh3 --,mon ami1 interrompis-je1 au lieu de vivre chez soi1 tranquillement1 sans ambition ni casse-tte spculatifs1 quoi bon se proccuper de toutes ces choses en l'air8--7,ici je clignai de l'oeil47--,nous ne saurons jamais le fin mot de tout cela6 ,j'ai dit que ,lenoir tait un maniaque de philosophie3 mais1--en vrit6--je ne pouvais m'attendre ce qu'il reprt1 comme en bondissant1 la discussion1 insipide et oiseuse1 de tout l'heure6444 --,ah6 1 mais1 s'cria-t-il1 il me semble que nous faisons partie de tout cela1 bon gr1 malgr nous6444 ,ds lors1 nous sommes fonds nous en occuper6--et tout parat1 au contraire1 nous tmoigner que nous pouvons en dcouvrir le fin mot6 ,car1 enfin1 regardez3 la dialectique de la ,nature est la mme que celle de notre cerveau3 ses oeuvres sont ses ides3 ,l'arbre pousse par syllogisme1 comme le dit ,hgel4 ,les choses sont des penses vtues d'extriorits diverses1 et la ,nature produit comme nous pensons4 ,aussitt que nous retrouvons les rapports d'un phnomne avec notre logique1 nous le classons1 nous prononons sur lui ce seul mot3 la ,science2--et1 dater de ce moment1 nous en sommes matres4 ,il nous est donc permis de compter1 quelque peu1 sur la valeur de notre ,raison--mme en ce qui touche la ,solution-suprme du rbus de l',univers4 ,pourquoi pas8 ,quant 444 ,,dieu444 marchons et agissons comme si444 ,quelqu'un444 devait nous comprendre1--et comme si nous ne devions pas mourir4 ,c'est encore l ce que j'appelle combattre pour la ,justice4 ,claire1 ces mots1 murmura dans l'angle sombre o elle tait3 --,mon ami1 le dfini d'une telle destine ne suffit pas l'ide que nous avons de nous-mmes1--et1 quand j'ai dit1 tout l'heure1 que l',esprit de l',homme tait sans limites1 je sous-entendais1 vous le savez1 s'il est clair par l'humble et divine ,rvlation-chrtienne4 ,a ces mots1 je tressaillis1 je l'avoue1 la prenant presque au srieux4 --,je te vois venir1 toi6444 pensais-je4 ,voici poindre1 l'horizon1 la ,tache-originelle et la ,valle de larmes4--,consquences3 en politique1 ,sacerdoce et ,monarchie2--en conomie sociale1 la ,proprit au prsent base sur la ,charit au futur2--en ,histoire1 les ,bollandistes1--en ,science1 ,josu4--,sinon1 mon trs cher frre1 je te squestre1 te torture1 te tue1 et ferai buriner sur ta pierre1 par tes partisans3 ,ci-gt un martyr4 ,systme de dessert1 l'usage des dames3 connu6 ,je saisis donc la balle au bond pour prendre1 sur ,mme ,lenoir1 une revanche clatante des deux ou trois moments que les paradoxes1 assez serrs1 de ,lenoir m'avaient fait passer--et dont mon coeur ulcr ne pardonnerait jamais l'humiliation4 ,je fis donc1 moralement1 volte-face3 je changeai de principe1 sans avertir3--c'est--dire que--sans lcher prcisment l'ide de ,dieu--je me proposai d'en tirer des consquences d'athe1--afin de parvenir mon unique but--qui tait de brouiller les cartes au point que chacun de nous discutt et crit sans savoir pourquoi4 --,permettez1 balbutiai-je1 permettez6 je crois qu'il y a1 ici1 tautologie4 ,ici-bas1 madame1 nous avanons dans un chemin que nous ne pouvons viter4 ,pourquoi ce phnomne se produit-il8 ,voil la question4 ,or1 pour l'expliquer1 plusieurs ont fait1 empiriquement1 intervenir l',intuition 7c'est--dire l',induction1 l'insu ou mme au su des inspirs74 ,mais1 pour tre sur une montagne1 il faut avoir gravi un un les degrs dont cette lvation n'est que la somme1 et il n'y a pas d'intuition spontane4 ,si la ,rvlation vient encore enrichir1 arbitrairement1 le ,problme d'une complication nouvelle1--7,ici je me levai en tendant les bras7--il n'y a plus moyen de s'entendre6--,c'est y renoncer6 ,je veux bien croire qu'un ,dieu a cr le monde1 mais le moyen d'admettre qu'il s'en occupe1 jusqu' nous rvler ses voies par l'intermdiaire de tel ou tel1--alors1 surtout1 que rien ne le prouve d'une faon premptoire8 ,je m'tonne qu'un esprit comme le vtre se berce encore de pareilles chimres3 elles ont fait leur temps4 ,je crus licite1 en me rasseyant1 de savourer l'effet de mon loquence sur mes interlocuteurs1 et mon regard1 errant dans l'ombre1 glissa vers ,mme ,lenoir4 ,elle n'avait point quitt son impntrable maintien prs de la fentre et son silence commenait aussi m'inquiter4 ,je me sentais observ par ses pntrantes et inquisitoriales prunelles--dont ses lunettes me drobaient l'expression maudite4 --,eh bien6 ,claire8 murmura le docteur2 vous ne rpondez pas8 --,oh6 monsieur1 rpondit1 en souriant1 la belle ,claire1 vous savez bien que les arguments qui ont suffi jusqu' prsent pour confondre la dialectique de notre ami ne sont pas absolus1--et je ne suis pas jalouse d'achever sa triste dfaite4 ,je considrai1 en tapinois1 et avec une stupeur mal dissimule1 celle qui ne frmissait pas d'envenimer ma plaie ce degr monstrueux1--mais1 ces damnables paroles1 je ne trouvai rien rpondre4 ,je cherchai une saillie1 une pigramme sanglante1 un biais2 je fis appel la mauvaise foi4 ,tous les efforts de mon cerveau demeurrent infructueux4 ,et1 quand cette preuve blessante de mon impuissance me fut bien dmontre1 le dpit1 l'indignation1 la haine aveugle commencrent m'envahir4 ,mon coeur secouait et sonnait le glas dans ma poitrine3 la fureur1 la soif de vengeance1 de vagues ides de meurtre1 tous les plus vils sentiments1 enfin1 montrent affreusement jusqu' ma gorge1 et se refltrent brusquement sur mon visage par un demi-sourire approbatif et bat4 ,cependant1 mon geste1 mon attitude1 l'encourageaient continuer4 --,le fait est1 murmurai-je par contenance1 que les affirmations de ,lenoir rendraient jaloux--si elles ne le faisaient rougir--monsieur de la ,palice4 --,mais vous m'avez attriste1--continua ,claire1 de sa belle voix grave et mystique1--lorsque vous avez dclar tout l'heure que la ,science nous suffisait pour claircir l'nigme du monde et que de marcher sa lueur d'emprunt suffisait aussi l'homme juste pour s'acquitter envers ,dieu4 ,lenoir baissa les yeux avec un sourire assez singulier2 je voulus lui venir en aide1--comme je sais venir en aide4 --,vous vous rptez1 ma bonne amie6444 balbutiai-je3--vous rcriminez sans trancher la difficult6 ,de quel droit faire intervenir une simple croyance en philosophie8 --,je sais des hommes que l'on ne saurait accuser de se rpter1 attendu qu'ils n'ont jamais rien dit1--me rpliqua la douce crature4 ,et se retournant vers ,csaire3 --,quand je pense la ,lumire1 continua-t-elle1 mon trs-humble esprit concide avec ,,ce qui fait que toute lumire peut se produire4--,l',esprit1 en qui se rsout toute notion comme toute essence1 pntre et se pntre1 irrductible1 homogne1 un4--,et1 quand je pense la notion de ,dieu1 quand mon esprit rflchit cette notion1 j'en pntre rellement l'essence1 selon ma pense2 je participe1 enfin1 de la nature mme de ,dieu1 selon le degr qu'il rvle de sa notion en moi1 ,dieu tant l'tre mme et l'idal de toutes penses4 ,et mon ,esprit1 selon l'abandon de ma pense vers ,dieu1 est pntr par ,dieu--par l'augmentation proportionnelle de la notion-vive de ,dieu4 ,les deux termes1 au bon vouloir de ma libert1 se confondent en cette unit qui est moi-mme3--et ils se confondent sans cesser d'tre distincts4 ,or1 la ,rvlation-chrtienne1 tant la consquence et l'application de cet absolu principe1 je n'ai pas la traiter de chimre qui a fait son temps puisqu'elle est de la nature de son principe1 c'est--dire ternelle1 inconditionnelle1 immuable4 --,ma chre madame ,lenoir1 repris-je1 je crois que vous vous faites une trop grande ide de ,dieu4 ,il n'est qu'infini1 que ncessaire1 qu'inconcevable1--qu'tonnant6 ,pourquoi toujours le faire intervenir dans les conversations8 ,rappelez-vous que ,kant avait un vieux domestique nomm ,lamb1 qui supplia son matre de reconstruire les preuves de l'existence d'un ,dieu1 radicalement dtruites par le grand philosophe--,nous avons1 aussi1 en nous tous1 on ne sait quel vieux domestique qui demande un ,dieu4 ,soyons plus senss que ,kant3 mfions-nous du premier mouvement2 sachons rpondre par un sourire444--mlancolique8--,et n'acceptons de telles donnes que sous bnfice d'inventaire4 ,l'hritage de nos premiers parents1 franc parler1 me parat d'ailleurs le mriter au del de toute expression666 ,ce fut la goutte d'eau froide4 ,toutefois ,mme ,lenoir me rpondit placidement3 --,pourquoi ne pas demander l',infini mme un ,dieu8 ,ne faut-il pas qu'il ralise toute pense8 7,car que serait un prtendu ,infini qui serait born cette impuissance de raliser une pense de l',homme87 ,et comme ,dieu1 vous dis-je1 est la plus sublime pense dont nous puissions concevoir l'intime notion1 nous sommes infiniment insenss si nous nous efforons de la dtruire en nous 7ce qui d'ailleurs est impossible74 ,je me tus1 ne voulant pas laisser voir ce qui se passait en moi4 --,soit6 reprit ,csaire4 ,mais1 ma chre amie1--nul ne pourrait1 aujourd'hui1 rcuser l'vidence du dveloppement de l',homme--et n'en pas tenir un compte des plus srieux4 ,aprs tout1 le ,progrs n'exclut pas la ,rvlation3--le chtiment initial demeure quand mme1 bien que1 grce aux sueurs de nos fronts1 il diminue d'intensit3 voil tout4--,la ,rvlation ne nous gne pas3--7je la vois partout1 moi76--,vous tes donc trs libre et trs sage de vous y confiner4--,seulement1 en mtaphysique1 je suis oblig1 moi1 de ne tabler que sur le ,progrs--humain1 par la ,science4 --,ah6 s'cria-t-elle1 comment vous suffit-il de ne vous dvelopper1 vous ,homme1 qu' travers une srie d'expressions relatives dont la somme constitue votre ,science6 ,dans ce cas1 au lieu d'tre de parfaits-animaux1 nous sommes1 seulement1 des animaux qui s'amliorent et qu'un ,progrs indfini enferme jamais dans une loi proportionnelle6 ,si mme la chose tait absolument vraie1 ce ne serait point l de quoi s'enorgueillir2 car1 dans mille ans1 avec ce systme1 nous creuserions encore1 comme les taupes3 qu'importe la grandeur1 la splendeur et la profondeur du trou1 si nous savons que ce trou doit ensevelir toute notre destine8 si nous sommes vous la ,mort1 enfin1 vers laquelle nous marcherons d'un pas toujours plus rapide1--les cieux1 d'aprs les affirmations mme de la ,science la plus positive1 devant se faire1 tt ou tard1 brlants ou mortels4--,a peine si nous pouvons examiner un pass de six mille ans1 peine notre apparition date-t-elle de quelques heures1--et nous osons fonder sur un grain de sable nos suprmes esprances1 alors qu'un rien nous fera1 sans rmission1 rentrer dans la poussire1 dans les tnbres1 dans le ,nul4 --,mais1 m'criai-je1 la catastrophe dont vous parlez n'aura lieu que dans un laps de temps si considrable qu'il est presque absurde d'y songer6 ,conqurons1 d'abord1 sur la ,nature1 notre indpendance1 et nous verrons plus tard4--,d'ailleurs1 aprs nous le ,dluge6444 et1 ma foi1--au petit bonheur6 --,mais nous serons toujours en dpendance1 reprit-elle1 par cela seul que nous sommes forcs de penser4 ,il faut croire la ,pense3 nier ceci n'tant qu'une pense encore4 ,et c'est pourquoi nous n'avons pas une action1 pas une ide1 pas un raisonnement1 qui n'ait son principe dans la ,foi4 ,nous croyons en nos sens1 en notre doute1 en notre progrs1 en notre nant1 bien que cela soit douteux1 rigoureusement parlant1 puisque rien ne se prouve4 ,le scepticisme le plus profond dbute par un acte de foi4 ,or1 puisqu'il faut que nous choisissions1 choisissons le mieux possible6 ,et puisque la ,croyance est la seule base de toutes les ralits1 prfrons ,dieu4 ,la ,science aura beau m'expliquer sa faon les lois de tel phnomne1 je veux continuer1 ne voir1 moi1 dans ce phnomne1 que ce qui peut m',,augmenter l'me et non ce qui peut l'amoindrir4 ,si les mystiques s'illusionnent1 qu'est-ce qu'un ,univers infrieur mme leur pense8 ,dans la ,mort1 est-ce la logique de deux abstractions qui me rendra mon propre ,infini-divin perdu8 ,non6 ,non4 ,je fermerai donc les yeux sur un monde o mon esprit a l'air d'un tranger4 ,peu m'importe si les lois du mcanisme des astres sont pntres1 puisqu'elles ne m'apprennent qu'une destruction certaine6 ,tentations1 que ces toiles qui s'teindront6 ,illusion1 que le scientifique avenir6 ,l',histoire des temps modernes1 c'est l'histoire de l',humanit qui entre en son hiver4 ,le cycle sera bientt rvolu4--,comme les sages des vieux jours m'en ont donn l'exemple sacr1 je ne saurais hsiter1 moi chrtienne et pcheresse1 entre votre sicle de lumires1 et la ,lumire des sicles4 ,,chapitre ,,xiii ,,les ,,remarques ,,singuli,,res ,,du ,,docteur ,,lenoir ,l',ecclsiaste a dit3 ,un chien vivant vaut mieux ,qu'un lion mort4 ,hormis1 certes1 manger et boire1 ,tout n'est qu'ombre et fume1 et le monde est trs vieux1 ,et le nant de vivre emplit la tombe noire4 ,,leconte ,,de ,,lisle4 ,eu gard au mpris furieux qui m'avait touff pendant le cours de cette diatribe1 je dus faire jouer le noeud de ma cravate1 et1 ne sachant comment exprimer1 d'une faon copieuse1 ma piti pour de telles doctrines1 je me contentai de prononcer huit fois de suite le mot3 ,brava6 de ma voix la plus flte et d'un air de joie enthousiaste4 ,une chose me fit plaisir3 le docteur1 silencieux1 s'tait assombri vue d'oeil4 ,je me frottai les mains2 ils diffraient d'opinion2 la chose tait certaine4 ,peu m'importait sur quel point1--leurs deux convictions me paraissant galement absurdes4--,l'essentiel devenait de les exciter l'un contre l'autre1 de les mettre aux prises1 afin de me poser en juge et d'avoir le dernier mot1 par cela mme--7quitte penser mes affaires1 sous un air d'attention profonde1 pendant qu'ils ergoteraient74 ,j'esprais mme tout doucement que1 par mes soins1 ce mnage modle allait bientt en venir aux mains1 ou1--tout au moins1--se prendre aux cheveux propos de l',immortalit de l'me1 et je m'apprtai1 d'avance1 clore le tout par d'amples gorges chaudes4 ,en ces conjonctures1 je rsolus de partager l'avis de ,lenoir--quel qu'il pt tre6 ,car les thories de sa femme avaient pour spcialit d'nerver mon cerveau jusqu' lui faire perdre le sentiment de lui-mme4 ,aussi le ,lecteur qui1 sans doute1 avec son tact ordinaire1 s'attend1 comme moi1 quelque collision1--toujours fcheuse entre poux1--comprendra-t-il quelle dut tre ma surprise--7je dirai presque mon dsappointement71--lorsque j'entendis ,lenoir murmurer ces paroles tranges3 --,l'intelligence de ,claire est une glace profonde1 limpide1 o ne se refltent que de sublimes vrits1 et je suis fier d'aimer jamais son tre admirable4 ,a ces mots1 je regardai ,claire3 il me sembla qu'elle devenait livide4 ,csaire s'tait lev3 il fit un pas vers sa femme et1 s'inclinant tout coup1 il lui baisa la main1 longtemps1 en silence1 avec une passion dont la ferveur sauvage1--concentre et contenue--m'tonna de la part d'un homme de #df ans6 ,puis il revint s'asseoir ma droite4 ,il se passa quelques secondes durant lesquelles je ne perus distinctement que le bruit de la houle3 je sus les mettre profit en rassemblant mes facults parses4 --,oui1 l',idal6 ajouta ,lenoir1 7qui continuait de tourner brusquement casaque aux principes dont il s'tait fait jusque-l le banal champion71 oui1 l',esprance invincible6 la ,foi6 quoi de plus positif aprs tout8 ,n'est-ce pas ,swdenborg qui a dit3 ,la croyance est au-dessus de la pense autant que la pense est au-dessus de l'instinct6 ,en effet1 croire3 cela suffit4 ,et quand je m'efforce d'affirmer l'autocratie d'une philosophie quelconque--7alors qu'il y en a autant que d'individus7--lorsque je me bats les flancs1 enfin1 pour dfendre les arguties de la ,science1--si vaine en ses rsultats rels1 si orgueilleuse en ses troublantes apparences1--je conviens1 oui1 je conviens que je rprime toujours en moi-mme une immense envie de rire4 ,et il se dtourna vers moi3 --,si l'on savait1 ajouta-t-il1 jusqu' quel point la force vive de l',ide est surprenante et terrible dans les sphres de la ,foi6 ,la puissance d'une imagination1 d'un rve1 d'une vision1 dpasse quelquefois les lois de la vie4 ,la ,peur1 par exemple1 l'ide seule de la ,peur superstitieuse1 sans motif extrieur1 peut foudroyer un homme comme une pile lectrique4 ,les choses vues par un visionnaire sont1 au fond1 matrielles pour lui un degr aussi positif1 tenez1--que le ,soleil lui-mme1 cette lampe mystrieuse de tout ce systme fantasmagorique de cration1 de disparition1 de transformation6--,avez-vous rflchi sur ces monstres humains tigrs de taches bicolores1 de fourrures1--sur les cphalopodes1 les hommes-doubles1 les fautes horribles de la nature1 enfin1 provenues d'une sensation1 d'un caprice1 d'une vue1 d'une ,,id,e1 pendant la gestation de la femme8 ,avez-vous mdit les explications enfantines de la ,physiologie ce sujet8 ,si j'ouvre les annales mdicales1 touchant la ralit presque pondrable de l',ide1 tenez1 je trouverai1 chaque instant1 des faits comme celui-ci3 je cite le texte mme3--,une femme1 dont le mari fut tu coups de couteau1 mit au monde1 cinq mois aprs1 une fille qui1 sept ans1 tombait dans des accs d'hallucination4 ,et l'enfant s'criait alors3--,sauvez-moi6 voici des hommes arms de couteaux qui vont me tuer6--,cette petite fille mourut pendant l'un de ces accs1 et l'on trouva sur son corps des marques noirtres1 pareilles du sang meurtri1 et qui correspondaient1 sur le coeur1 malgr les dissemblances sexuelles1 aux blessures que son pre avait reues sept ans auparavant1 pendant qu'elle tait encore en de des mortels4 ,appelez ceci comme vous le voudrez2 je demande en quoi l'ombre1 l'ide1 diffre dcidment de ce que vous appelez la ralit sensible1 si le simple reflet d'une sensation trangre a le pouvoir de s'instiller1 de s'infiltrer mortellement dans l'essence de notre corps4 ,quoi6 une ombre--qui n'est qu'une ombre--nous tue malgr cela8444 ,rflchissez4 ,ouvrez maintenant les physiologistes3--,bclard dfinit la ,vie1 l'organisme en action1 et la ,mort1 l'organisme au repos4--,le premier mot de ,bichat est celui-ci3 ,la ,vie est l'ensemble des fonctions qui rsistent la ,mort4--,consultez1 depuis ,harvey1 les meilleurs traits3 relisez les fameuses recherches de ,broussais sur le sang1 vous verrez que si un grand physiologiste a pu s'crier3 ,sans phosphore1 point de pense6 la plupart d'entre eux1 surtout les plus rcents1 7et ce sont les plus logiques avec eux-mmes71 n'admettent ni l'ide de la ,vie1 ni l'ide de la ,mort1 ni mme celle de l',organisme4--,maintenant1 revenus des principes absolument divergents et contestables de la ,physiologie1 rapprochez simplement ce fait1 que je vous ai cit entre mille1 rapprochez-le des phnomnes prsents1 par exemple1 par le dlire des mourants4 ,c'est alors que les visions commencent tre un peu plus relles6 que dis-je8 tre les seules choses mritant le titre de ralit4 ,la ,mort1 c'est l',impersonnel2 c'est la ralit de ce qui maintenant n'est que vision4 ,il est certain1 pour moi1 que nos actions y deviennent un second corps et que le ,pass se raffirme dans la ,mort comme de la chair4 ,le ,pass est une ombre1 et nous sentons bien1 d'instinct1 que la ,mort est le domaine des ombres4--,la ,mort et la ,vie ne sont que de rigoureuses consquences de la dialectique ternelle2 et1 par cela mme que ce sont des ncessits1 constituant la double face de l',existence1 elles trouvent1 comme le reste1 en effet1 leur essence dans l',esprit4 ,la ,pense tant donne1 la ,mort est donne par cela mme6 a dit le ,titan de l',esprit humain3 et c'est cela seul qui peut prouver l',immortalit4 ,supprimez la ,pense1 il restera des substances qui pourront tout au plus tre ternelles1 mais qui ne seront pas immortelles2 car la ,mort ne commence que l o s'teint et disparat la ,pense4 ,la ,mort1 cre par l',esprit comme la ,vie1 relve de l',esprit4 ,et ce que nous appelons la ,mort1 n'est1 en effet1 que le moyen terme1 ou1 si vous prfrez1 la ngation ncessaire1 pose par l',ide pour se dvelopper jusqu' l',esprit1 travers la ,pense4 ,j'irai presque jusqu' dire que nous pouvons avoir1 mme ds prsent1 de ce ct-ci du ,devenir1 quelques lueurs des pouvantes qui nous attendent1 et que notre propre pass nous rserve4--,rappelez-vous ces milliers d'individus1 noys ou pendus1 qui1 la dernire minute de la suffocation1 au moment o ils allaient mourir1 ayant t secourus et rappels la vie1 ont tous affirm s'tre vus sur le point de passer dans toutes leurs actions1 dans toutes leurs penses1 les plus oublies1 et cela d'une manire inexprimable la langue des vivants4--,la vraie question n'est donc pas de savoir si l'me est immortelle1 puisque c'est d'une vidence qui ne se prouve pas plus qu'aucune autre4 ,la question est de savoir de quelle nature peut tre cette immortalit et si nous pouvons1 d'ici-bas1 influer sur elle4 --,alors1 m'criai-je compltement ahuri par ce flot de paroles incohrentes et saugrenues1 vous croyez--7je me sentis rougir de ma phrase67--vous croyez rellement une certaine matrialit de l'me8 --,je crois1 du moins1--en dehors de tous vains sophismes dialectiques--rpondit ,lenoir1--que1 par exemple1 la force de ,suggestions que peut exercer1--du fond de la ,t,n,,bre1--un dfunt vindicatif sur un tre vivant qui lui fut familier1--7auquel1 par consquent1 le rattachent obscurment mille et mille fils invisibles71--oui1 je crois1 dis-je1 que cette force de ,suggestions peut1 sur cet tre1 devenir oppressive1 meurtrire1 formidable1--matrielle1 enfin--durant un temps indtermin4 ,car il est des dfunts vivaces6 en qui la ,mort1 elle-mme1 n'abolit pas immdiatement les sentiments et les passions4 ,je vis qu'il fallait en finir avec des fumisteries dont l'horreur commenait m'impressionner moi-mme4 --,mon ami1 lui dis-je1 permettez-moi de vous citer ,voltaire1 un bel esprit comme vous3 ,quand celui qui parle ne se comprend plus1 quand celui qui coute n'est plus la conversation1 on appelle cela de la mtaphysique4 ,lenoir me regarda silencieusement4 --,c'est vrai1 dit ,claire en s'approchant de nous3 mais le mme personnage a dit aussi1 quelque part1 dans le conte du ,phnix3 ,la rsurrection est une ide toute naturelle3 il n'est pas plus tonnant de natre deux fois qu'une4 --,oh6 dis-je1 la rsurrection444 c'est pour rire1 voyez-vous1 que ,voltaire1 un esprit droit1 a laiss chapper ces folies4 --,bon6 rpondit ,claire en souriant1 si vous mettez en question la persistance de la personnalit dans la ,mort1 je pourrai vous montrer que c'est l une dpense d'esprit inutile4 ,et1 d'abord1 je voudrais bien savoir si elle n'est mme pas en question dans la ,vie8 ,o le moi est-il bien lui-mme8 ,quand8 ,a quelle heure de la vie8 ,votre moi de ce soir est-il celui qu'il sera demain8 celui d'il y a cinquante ans8--,non4 ,nous sommes les jouets d'une perptuelle illusion1 vous dis-je6 ,et l',univers est bien rellement un rve6444 un rve6444 un rve6444 --,un mauvais rve1 mme6 ajouta ,lenoir tout pensif3 car1--je ne puis que le rpter avec stupeur1--tout ce que j'ai appris de philosophie n'a pas modifi la nature inquitante et farouche qui est en moi1 et j'ai peur de devenir1 une fois pour toutes1--en quelque autre systme de visions1--ce que je suis4 ,ah6 si j'avais1 comme ,claire1 le tremplin de la ,foi pour sauter hors de ces mornes penses1 dont je suis le hagard prisonnier6444 ,mais voil3 je suis ,,trop de ce monde3 je ne sais pas1 au juste1--en un mot1--o deux et deux pourraient bien ne pas faire quatre4 ,et1 cependant6444 ,,chapitre ,,xiv ,,le ,,corps ,,sid,,ral ,des mots6 des mots6 des mots6 ,,shakspeare1 ,hamlet4 ,lenoir articula ces mots sur un ton qui glaa1 dfinitivement1 le sourire sur mes lvres2 et il me sembla1 tout coup1 que1 pendant notre causerie1 la ,nuit elle-mme s'tait approche et qu'elle allait1 son tour1 donner ses arguments et se mler la discussion4 ,le fait est que la simple nuit du dehors1 o les souffles froids faisaient claquer leurs lanires sur les vagues1 roulait maintenant1 sous d'pais nuages1 son horreur sans astres4 ,ce changement d'impressions fut si rapide que je me crus hallucin4 ,il me parut que nous devenions d'une grande pleur2 les rideaux de la fentre remuaient2 nous tions sous l'influence de ,minuit4 ,je sentis alors le mal hrditaire qui est en moi se rveiller au profond de ma nature1 et1 ne pouvant supporter la vue de l'espace dsol1 je me levai prcipitamment1 et fermai la croise avec ce tremblement de mauvais prsage qui est chez moi l'avant-coureur des angoisses de l'enfer4 ,ah6 cette maladie6 comment cela se fait-il8 ,n'est-ce pas affreux8 ,toutefois1 je dissimulai de mon mieux l'tat de mes sensations1 et ce fut d'un air indiffrent que je rpondis ,lenoir3 --,prtendez-vous infrer par l que vous avez en vous un autre personnage que vous-mme1 docteur8--,diable6 ce serait fort inquitant1 je l'avoue1 surtout pour l'tat de votre bon sens4 --,mais vous-mme1 ,bonhomet1 rpliqua ,lenoir aprs un silence et en attachant sur mes yeux ses prunelles tincelantes1--vous-mme1 pourriez-vous me dire si l'tre extrieur1 apparent1 que vous nous offrez1 qui se manifeste nos sens1 est rellement celui que vous savez tre en vous8 ,cette question inattendue me remua la conscience4 ,je regardai le docteur sans rpondre4 --,et1 continua-t-il1 cet tre extrieur1 seul accessible et perceptible1 n'a-t-il pas toujours en lui son spectateur1 son contradicteur1 son juge8 --,oui1 dis-je1 c'est la thorie des anciens3 ,homo duplex2--o voulez-vous en venir8 --,a ceci1 que ce compagnon intrieur1 cet tre occulte1 est le seul ,r,,el6 et que c'est celui-l qui constitue la personnalit4 ,le corps apparent n'est que le repouss de l'autre1 c'est un voile qui s'paissit ou s'claire selon les degrs de translucidit de qui le regarde1 et l'tre-occulte ne s'y laisse deviner et reconnatre que par l'expression des traits du masque mortel4--,l'organisme1 enfin1 n'est qu'un prtexte au corps lumineux qui le pntre6 ,et l'on ne songerait jamais son corps1--except1 peut-tre1 pour en entretenir la vie1--si l'on tait seul4--,remarquez-le3 si deux hommes sont lis ensemble par un sentiment quelconque1 ils finissent par oublier peu peu les dtails de leur aspect3 ils ne se voient plus2 ils sont en relation d'une manire plus profonde1 et c'est leur tre moral qu'ils voient rciproquement2 ils savent qui ils sont1 sous le simulacre palpable4 --,ceci est spcieux1--murmurai-je1 pour dire quelque chose4 --,et c'est ce qui donne la clef de bien des contradictions mystrieuses1 ajouta le docteur4 ,le corps apparent est mme si peu le rel que1 fort souvent1 ce n'est pas un homme qui habite dans la forme humaine4 --,oh6 oh6444 m'criai-je1 avec une crispation nerveuse1 car il me sembla qu'un caman venait de tressauter en moi4 --,quoi6 n'avez-vous jamais vu prdominer le type d'un animal1--de plusieurs animaux quelquefois1--sur une physionomie8 ,eh bien6 observez avec attention les mouvements familiers1 les instincts1 les tendances de l'individu chez lequel prdominera le type de l'ours1 par exemple1 ou du tigre1 et vous prouverez l'obscure vision1 en lui1 d'on ne sait quel tre fauve fourvoy dans une enveloppe trangre4 ,croyez-vous qu'il soit beaucoup d'hommes et de femmes1 conformes leur notion1 dans l',humanit terrestre8 ,l'homme n'est qu'un animal divin1 diffrenci des autres par l',idal6--,et celui en qui le souci des choses-ternelles n'est pas en veil sans cesse au fond de sa conscience1 celui-l tient encore de l'animal et n'est pas tout fait sorti des tnbres3 celui-l n'est pas l',,homme1 en ralit1 et l'expression de sa physionomie le trahit chaque instant1 malgr sa forme apparente4 ,de mme la ,femme conforme sa notion est celle qui1 refltant les esprances sublimes1 comme une glace limpide et profonde1 lve l'amour et l'esprance au del de la ,mort4 ,pensez-vous que de tels tres soient nombreux dans notre espce8 ,allons6 soyez-en persuad1 les villes sont semblables aux forts1--et il n'est pas difficile d'y retrouver les btes froces4 --,vous croiriez que la plupart des vivants1 interrompis-je444 --,sont engags encore dans les liens infrieurs de l',instinct1 sont des btes invisibles1 transfigures par leur travestissement1 si vous voulez1--dit le docteur1 en riant d'un rire qui me montra deux ranges de dents faire honneur aux maxillaires d'un ,carabe1--mais sont des ,b,,tes ,r,,elles6--,et ajouta-t-il1 les traits de leur visage 7dans l'expression desquels transparat l'essence lumineuse de leur vritable organisme7 le prouvent surabondamment4 ,de l leur natale haine pour la ,pense6 leur soif1 inextinguible1 organique1 foncire1 d'abaisser1 d'aniaiser1 de profaner toute noble et pure tendance6 de l leur mpris grotesque de tout art sublime1 de toute charit dsintresse1 de tout ce qui n'est pas bas et impur--comme leurs proccupations1 leurs actes et leurs oeuvres6--,de l leur faon de dmontrer la justice de leurs opinions avec des coups et du sang6 de l leur impossibilit de comprendre l',homme vritable1 issu de l',en-haut6 ,oui1 vous dis-je1 et croyez-le bien1 le corps apparent n'est pas le rel2 il change d'atomes chaque instant1 il se renouvelle entirement chaque rvolution de six ou sept mois2 il ,n',,est ,,pas1 proprement parler4 ,ce n'est que du devenir dans le ,devenir4 ,c'est sa forme1 son ide1 son unit impalpable qui est1 et sur laquelle se superpose son ,apparatre4 ,et l'une des preuves physiques de ceci1 c'est que les physionomies se bestialisent ou s'illuminent aux approches de la ,mort1 d'une manire frappante1 pour qui a1 dans les prunelles1 de quoi regarder6 --,mais1 c'est l',ame1 tout bonnement1 dont vous voulez parler1 mon ami6 interrompis-je2 et alors444 ce serait ,homo triplex1 qu'il faudrait dire6 ,lenoir ne rpondit que par un lger haussement d'paules4 --,et moi1 et moi-mme1 s'cria-t-il tout coup1 tenez6 le croiriez-vous jamais8 ,je sens en moi des instincts dvorateurs6 ,j'prouve des accs de tnbres1 de passions furieuses6444 des haines de ,sauvage1 de farouches soifs de sang inassouvies1 comme si j'tais hant par un cannibale6444 ,oui1 c'est fou1 mais c'est ainsi3 et je connais bons nombre de docteurs alinistes qui en pourraient avouer autant d'eux-mmes1 si leur gagne-pain ne les contraignait pas au calme1 la dissimulation et au silence4 ,et1 lorsque je quitte le royaume de l',esprit1 je distingue trs bien cette nature infernale1 en moi6444 ,c'est la vraie6 ,et toutes les spculations mtaphysiques me paraissent alors comme une filiation de miroitantes billeveses1 incapables non-seulement de me racheter de cette horrible forme intellectuelle1 --presque diabolique--mais de me donner un seul instant de stable esprance6 ,c'est pourquoi je redoute ce vestiaire qu'on appelle la ,mort4 ,c'est pourquoi je ne suis pas tranquille1 vous dis-je6444 ,non1 je me connais trop pour l'tre jamais6 ,une heure sonna4 ,je me levai2 j'tais un peu remis de mon attaque nerveuse2 ,lenoir ayant1 cette fois1 t par trop excessif1 ayant dpass en un mot1 le but1 force de l'exagrer4 ,dcidment je trouvais de plus en plus ineptes ses lubies superficielles4 --,nous reprendrons cet entretien1 fis-je1 en souriant4 --,oui1 dit-il1 proccup et toujours un peu sombre4 ,et1 tirant de sa poche une petite dition portative de la ,bible1 il termina sa proraison en s'criant3 --,nous nous occuperons aussi de ce livre-l6 7,et il tapait sur la couverture comme sur une tabatire47 ,il l'ouvrit machinalement1 au hasard1 et tomba sur le chapitre des lois de ,mose consacr l'adultre et ses chtiments4 ,le passage une fois lu1 il moucha son grand nez avec un bruit dont je me sentis alarm4 ,il y eut un silence pendant lequel il m'examina comme pour juger de l'effet produit sur mon tre par ce style4 ,j'avais remarqu seulement qu' ce mot l'adultre ,mme ,lenoir avait longuement et silencieusement tressailli dans son fauteuil4 ,mais ce ne fut l1 sans doute1 qu'un mouvement nerveux veill soit par le souvenir de quelque amourette de bal1 soit par la fracheur du soir et de la mer4 ,les verts fourrs de ,paphos auront toujours leurs mystres1 et le petit dieu malin sait bien ce qu'il fait3 du moins1 telle fut mon opinion4 ,quant au lieutenant1 quant sir ,henry ,clifton1 l'ide ne m'en vint mme pas6 ,lenoir ferma brusquement la ,bible et ajouta trs bas1 comme lui-mme3 --,en effet1 comment pardonner l'adultre8 ,o rage6 cette ide-l m'affole1 je le confesse6--,oui1 je sens que j'assouvirais ma vengeance--et que la perte des paradis ne l'arrterait pas1--mme dans les rgions de la ,mort1--si444 ,et son regard tourn vers sa femme alla se briser sur les lunettes vertes et sur le visage terne4 ,claire se leva1 prit un bougeoir allum3 --,tu1 n'y penses pas1 dit-elle3 notre ami a besoin de repos4 ,et elle me tendit le bougeoir en souriant4 ,une minute aprs1 je m'endormais en riant chaudes larmes1 dans mes draps1 de ce couple fantastique4 ,,chapitre ,,xv ,,le ,,hasard ,,permet ,a ,,mon ,,ami ,,de ,v,,rifier ,,incontinent ,,ses ,,th,,ories ,,humiliantes ,la ,mort est femme1--marie au genre humain1 et fidle4--,o est l'homme qu'elle a tromp8 ,,honor ,,de ,,balzac4 ,je passe rapidement sur l'existence charmante et retire que nous menmes tous trois pendant une dizaine de jours1 aprs lesquels mon pauvre ami1 couch sans vie dans sa chambre et le drap mortuaire ramen sur le visage1 reposait entre deux cierges4 ,il avait t emport brusquement1 hlas6 par une attaque d'apoplexie foudroyante1 cause par l'abus1 vraiment immodr1 du tabac priser4 ,je l'avais1 maintes fois1 averti des inconvnients de cette herbe terrible--et des dangers qu'il bravait1 pour ainsi dire1 en se jouant4 ,j'avais chou4 ,ddaigneux des remontrances de sa tendre femme qui s'tait jete plus d'une fois ses pieds1 le conjurant1 au nom des sentiments les plus sacrs1 de renoncer son immonde passion1 il ne diminuait mme pas les doses de poudre qu'il introduisait et agglomrait1 chaque instant dans ses fosses nasales1 la longue satures de nicotine4 ,le poison ne tardait pas pntrer de l dans tout l'organisme1 le perturber jusqu'au dlire1--et quelquefois 7disons-le tout bas71 jusqu' la folie furieuse4 ,ds les premiers jours1 ayant remarqu sa manie1 je rsolus de le gurir6 de le sauver6 ,et1 pour diversifier et amuser en lui le dmon de l'habitude1 j'avais essay de substituer dans sa bote d'or1 du nitrate d'argent1 du sucre de rglisse1 du chloroborate de mercure1 du charbon de terre1 du phosphure de calcium1 de la raclure de vieux souliers1 de la soude caustique1 de la poudre canon et mille autres drogues inoffensives4 ,bref1 j'eus1 vraiment1 pour lui les sollicitudes d'une mre4--,inutiles efforts2 il prisa tout d'un nez indiffrent1 aux cartilages blinds4--,nanmoins1 je ne me tins pas pour battu4 ,dcid le gurir par mon systme d'homopathie1--le seul srieux pour qui n'a pas le bon sens oblitr1--je m'enfermai dans le laboratoire de chimie4 ,ce que l'ingniosit humaine peut inventer en fait de fougueux sternutatoires et de rvulsifs terribles1 j'ai su le glisser en sa tabatire4 ,il fallait qu'il succombt ou qu'il gurt4 ,j'tais dcid recourir ft-ce aux explosifs pour en finir avec son mal4 ,il n'est pas1 je me plais l'esprer1 d'ingrdients dus toutes les branches du savoir1 dont je ne lui aie fort habilement bourr les cavernes4 ,j'ai fait chauffer1 au pril de ma vie1 les creusets o se pulvrisaient1 aprs concoction1 les sucs des plantes les plus dltres1 si utiles en mdecine quand leur dosage est pondr4 ,il me semblait voir dans tout cela le doigt de ,dieu4 ,j'avais nglig momentanment mes chers infusoires2 l'amiti seule tait mon guide1--et souvent1 de nuit1 quand rveill en sursaut par quelque cauchemar1 j'apercevais mes carreaux empourprs par les reflets du laboratoire o bouillonnaient1 nuit et jour1 les alambics1 les matras tubulures et les cornues1 je me dlectais1 avec attendrissement1 la pense que tout ce qui se faisait l1 sous la garde des bons gnies de la vraie ,science1 serait situ le lendemain dans l'appareil olfactif de mon dplorable ami4 ,au moment o mes soins et mon traitement allaient tre couronns d'une rcompense inespre--7car je crois me rappeler qu'il commenait regarder1 par moments1 sa tabatire avec une indfinissable expression71--un certain samedi soir1--environ dix jours aprs mon arrive dans la maison1--aprs un dner des plus enjous1--il plit au dessert1 tout coup6 ses yeux se fermrent1 il remua les lvres1--il tait mort4 ,j'eus la prsence d'esprit1 au milieu du saisissement gnral de ,claire et des domestiques1 de pencher mon oreille vers sa bouche pour entendre ce qu'il avait l'air de dire voix basse1 et je distinguai fort nettement la phrase bizarre que j'ai cite plus haut4 --,en effet1 murmurait le pauvre ,lenoir1--comment pardonner l'adultre8444 ,je sens-- prsent1-- prsent que je vais sans doute incorporer le sentiment que j'ai toujours eu de moi-mme1--oui1 je sens que1 du fond des tnbres-extrieures1 j'assouvirais ma vengeance--si444 ,ce furent ses dernires paroles4 ,on se fait une ide dans quel deuil1 dans quelle consternation nous fmes abms6 ,o trouver des expressions8 ,j'y renonce4--,et d'ailleurs1 sirait-il d'introduire le public dans la douleur d'un particulier8 ,,chapitre ,,xvi ,,ce ,,qui ,s',,appelle ,,une ,,chaude ,,alarme ,le cri du rprouv ne traduit que cette pense3 ,si j'avais su6--,et je le savais6 ,,commentaires ,,sur ,,la ,,th,,ologie4 ,ho6 ho1 moi aussi je sais tre pote1 quand les circonstances l'exigent1 lorsqu'en un mot cela cadre avec la solennit d'un vnement4 ,le lyrisme1 quand il a sa raison d'tre1 n'est point chose inutile3 que n'absoudrait-il pas8 ,je pourrais en vivre1 au besoin1 comme presque tout le monde le fait1 aujourd'hui1 si je daignais m'abaisser jusqu' confier mes ides l'imprimerie4 ,oui1 je saurais passer1 moi aussi1 pour pote1--si j'tais dans l'ge o cette plume au chapeau procure des bonnes fortunes4 ,vraiment1 je sais bon nombre de plumitifs qui1--si ce mtier ne rapportait ni argent ni femmes1--cesseraient1 sur-le-champ1 d'exploiter1 par leurs singeries1 l'imbcillit des particuliers et redeviendraient tout juste aussi ,gros-,jean que moi1--ce qui1 d'ailleurs1 serait444 ce qu'ils auraient de mieux faire1 le cas chant4 ,or1 l'incident ,lenoir tait1 on en conviendra1 de nature m'inspirer sinon des prosopopes1 du moins de trs potiques solennits d'ides et de phrases4 ,la chambre du dfunt1 situe au troisime tage1 tait haute4 ,sur le visage du mort1 tendu1 couleur de cire et glac1 quelques gouttes d'eau bnite1 o tombait la lueur des cierges1 reluisaient1 diamants funbres4 ,mme ,lenoir tait genoux1 contre le lit1 la tte sur le drap1 les mains jointes au-dessus de son front2 moi j'tais agenouill aussi1 mais plus loin2 dans le coin obscur au fond de la chambre1 derrire une commode1 assis sur mes talons1 les mains jointes1 la tte baisse1 regardant toujours fixement un point rouge dans le tapis4--,nous tions seuls4 ,le prtre et le mdecin s'taient retirs depuis une heure1 devisant voix basse4 ,la porte s'tait referme4 ,un grand crucifix d'ivoire1 entre les rideaux1 semblait pacifier les tnbres4 ,j'accusais1 avec rage1 l'impitoyable nature qui me privait de mon ami et j'aurais presque dout de la ,science1 si je n'eusse fait la part de mon dsespoir4 --,tout coup1 je ne sais ce qui se passa2 mais1 pour dire l'exacte vrit1 j'prouvai une chose dont l'analyse ou mme l'nonciation distincte--me semblent situes au del des termes dont peut disposer une syntaxe humaine4 ,une commotion de froid dans les yeux1 dans le coeur et sur les tempes1 simplement4 ,a ce moment-l1 comme j'allais me demander ce que j'avais1 la jeune veuve se releva brusquement1 les cheveux hrisss1 la flamme des cierges dans les verres de ses lunettes1 les bras dresss6 ,terrifiante1 elle poussa1 dans le profond silence1 un cri tellement imprgn et satur d'une horreur folle1 que je me sentis envahir1 des pieds la tte1 par l'effroi1--l'effroi sans autre qualification4 ,la ,peur m'inonda1 pour ainsi dire1 l'improviste4 ,je fus glac4 ,elle paralysa1 pendant un moment apprciable1 le jeu de mes facults4--,je me bornai ouvrir et fermer les yeux alternativement6--,enfin1 je pris sur moi de la regarder la drobe4 ,son attitude n'tait point faite pour rassurer un pauvre vieillard6 ,elle me dsola6 ,le rsultat de cette contemplation fut le tremblement1 l'vanouissement instantan de mon sens moral1 en une seconde6 ,et je me mis1 sans bouger autrement1 toujours genoux dans le coin obscur1 pousser de grands1 lents et prolongs hurlements1 chromatiques1 et dont le volume augmentait en proportion qu'ils descendaient vers les notes graves de mon registre de basse profonde4 ,au troisime hurlement1 je sentis ma propre frayeur friser le dlire1 et je dchargeai mon me par un petit rire peine distinct1 qui eut pour effet immdiat de combler la terreur de la jeune femme ce point qu'elle courut vers la porte1 prise d'une panique1 et enfila les escaliers o1 sans tarder1 je la suivis quatre quatre1--sans perdre1 comme on dit1 le temps en oiseux commentaires4 ,nous mmes deux secondes franchir paliers et rampes1 jusqu' la porte du jardin4 ,dans notre prcipitation simultane vouloir ouvrir cette excrable porte1 nous neutralisions mutuellement nos efforts2 je poussai alors1 dans ma dtresse1 un grognement touff1 dont le bruit me fit tomber en syncope entre les bras de la pauvre femme2 ses genoux s'entrechoqurent et nous roulmes demi-morts sur le parquet4 ,puis ce furent des cris et des flambeaux1 des pas lourds et hts4 ,les domestiques1 effars1 accouraient2 ,mme ,lenoir rpondit voix basse une question du vieux valet4 ,on nous porta chacun dans notre chambre4--,une heure aprs1 sentant que je ressaisissais la possession de moi-mme1 je sautai bas1 je fourrai tout ce que j'avais1 ple-mle1 dans ma valise1 et je me mis fuir par le jardin1 escort silencieusement et jusqu' la porte1 par le basset4 ,je courus1 d'une haleine1 au bureau des diligences1 je m'installai dans la premire rotonde venue1 et j'prouvai un grand plaisir1--au premier branlement des roues et au bruit des postillons qui soulevaient l'attelage coups de fouet4--,je sentais que je m'loignais de la maison ,lenoir6444 en laquelle je me promettais1 in petto1 de ne jamais remettre les pieds1 mme pour sauver mes derniers jours4 99 99 99 99 99 ,ah6 ah6 je repris le cours de mes grandes dcouvertes4--,je vis du pays6--,je puis mme dire que j'ai fait faire la ,science des pas de gant6 --,mais l'important est d'achever cette histoire4 ,ce que j'ai dire est une chose si terrible1 que j'ai t prolixe dessein4--,je n'osais pas6--,je reculais le moment fatal6444 ,mais--j'ai bu1 ce soir1 des vins capiteux qui m'ont excit la cervelle444 et je parlerai4 ,,chapitre ,,xvii ,l',,ottysor ,il y a plus de choses au ,ciel et sur la ,terre1 ,horatio1 que n'en peut rver toute votre philosophie4 ,,shakespeare1 ,hamlet4 ,une anne aprs1 je me trouvai dans le midi de la ,france4 ,j'avais explor la chane des ,alpes2 je m'arrtai ,digne4--,selon mes habitudes d'isolement1 je fus me loger dans une htellerie de faubourg4 ,mes journes1 je les passais dans les campagnes1 muni de mes instruments4 ,un soir que1 harass par mes recherches1 je rentrai fort tard1 j'enjoignis au garon de m'apporter dans ma chambre une tranche de poisson1 quelques poires et deux litres de caf pour ma nuit4 ,le garon tait d'un extrieur solennel4 --,monsieur ignore que c'est fte publique8444 ,a l'exception d'une vieille dame malade et couche1 il n'y a pas un chat dans la maison4 ,personne aux cuisines6 ,tout le monde est parti pour aller voir le feu d'artifice4--,monsieur trouvera des restaurants s'il veut suivre cette rue qui mne la grande cit2--il est venu aussi cette lettre pour monsieur4 ,je pris tout doucement la volumineuse lettre1 et je lus1 la clart de la chandelle qu'il levait prs de mon front4 ,la lettre venait d',angleterre4 ,un de mes correspondants de ,londres1 homme trs original comme le sont un peu tous les ,anglais1 m'annonait le gain d'un procs capital pour sa maison--ce dont il esprait--disait-il assez plaisamment--que je me rjouirais avec lui4 ,le post-scriptum ajoutait que-- propos un jeune ,anglais de mes amis1 officier de marine1 venait de prir d'une mort des plus tragiques1 au cours d'une mission dans l'extrme ,ocanie4 ,le steamer d'exploration qu'il montait se trouvant engag dans le #ad;e latitude sud1 et le #acd;e de longitude1 hauteur des ,marquises1 en avant du groupe sinistre des ,pomotou1 l'on avait mis la mer une embarcation1 commande par cet officier1 pour reconnatre les atterrages--de l'un de ces vastes lots1 d'aspect dsert1 sortes de volcaniques blocs de lave qui jaillissent1 noirs1 de prodigieuses altitudes1--et balancent1 dans l'orageux ciel du grand ocan quinoxial1 d'normes forts d'un vert intense4 ,en ces parages1 les plus reculs1 pour ainsi dire1 de notre globe1 nul commerce possible n'ayant paru aux nations civilises mriter que l'on risqut des btiments au milieu des innombrables rcifs qui en hrissent les abords1 ces lots1 perdus en des tendues de flots dmesures1 demeurent tout fait inconnus3 cet archipel en compte plus de sept cents1 dont quelques-uns seulement sont madrporiques4 ,les effroyables temptes1 les enlisements d'un certain sable basaltique pareil de la poussire d'anthracite1 les tombes1 parfois soudaines1 de brumes stagnantes1 rendent ces rgions funestes aux navigateurs1 qui ont surnomm ces eaux la ,mer-dangereuse3 et tant de btiments de tous pavillons s'y sont perdus que l'on a silencieusement renonc s'y garer4 ,seule1 une secte de pirates polynsiens1 les ,ottysors1 guetteurs de naufrages1 s'y rfugient par les mauvaises nuits et1 les uns tapis dans les cavernes1 les autres errants travers les roches1 attendent des proies4 ,or1 au moment de l'vnement1 le petit dtachement d'claireurs1 sous les ombres du soir1 longeait1 sur la falaise de l'lot1 les prilleux sables et regagnait le bord4 ,le jeune officier1 qui s'tait peut-tre avanc d'une cinquantaine de pas en avant de l'escorte1 fut si brusquement assailli1 au dtour d'un roc1 par un grand insulaire noir1 7--sans doute l'un de ces ,ottysors-pirates7--que celui-ci lui avait dj tranch la tte et1 s'inondant de sang1 la balanait bout de bras avec des gestes affreux1 avant qu'un mouvement quelconque de dfense1 avant qu'un coup de feu1 qu'un cri mme eussent eu le temps de s'effectuer4 ,comme l'escouade se prcipitait pour le massacrer1 on le vit s'aventurer1 pas lents1 sur les sables mortels1 o lui fut envoy un feu de salve continu1 qui claira le crpuscule1 pendant que le fantastique indigne1 se vouant lui-mme la mort1 s'enlisait peu peu1 devant l'quipage interdit1 sous les dunes de ces plages fatales et1 disparaissait1 dans l'touffement1 en agitant par les cheveux1 en son poing lev tout droit1 la tte sanglante qu'il avait l'air de montrer victorieusement aux toiles4 ,le malheureux ami n'tait autre qu'un lieutenant de vaisseau nomm sir ,henry ,clifton1 avec lequel1 disait mon correspondant1 je devais avoir fait route de ,jersey ,saint ,malo4 ,je m'abstins1 sur le moment1 de toute rflexion relative sir ,henry ,clifton au reu de cette fcheuse nouvelle4 ,j'avais entendu parler de ces trs rares ,ottysors couleur de jais1 ou guetteurs de naufrages4 ,les marins de ,norwge et de ,hollande nomment aussi ces ngres les ,dmons des enlisements4 ,ces froces cannibales sont envelopps d'un mystre non pntr encore4 ,la nuit1 parfois1 on entend1 au loin1 sur les cueils1 leur grand cri1 sombre hurlement de guerre4 ,ce sont de vritables ombres4 ,aucun d'eux n'a t fait prisonnier1 et1 malgr les dcharges1 on ne les voit ni tomber ni fuir4 ,on ne sait ce qu'ils font de leurs morts1 s'ils meurent1 dit assez trangement le gographe danois ,bjorn ,zachnussm4 ,je rsolus de bannir de ma mmoire cette aventure qui me parut de nature pouvoir troubler mon sommeil4 --,ne m'avez-vous point parl d'une vieille dame malade8 dis-je au garon en mettant la lettre dans ma poche2 a-t-elle soup8 ,le garon1 qui cherchait pier sur mes traits l'effet de la lettre1 fut quelque temps sans rpondre4 --,non1 dit-il enfin1 son souper est l4 --,bien1 rpliquai-je2 puisqu'elle est malade1 je mangerai son souper2 cela lui fera du bien4 ,et je me mis rire de ce bon mot dans le sonore escalier4 ,je n'tais certes pas arriv aux deux tiers de la dure habituelle et rgulire de mon rire1 lorsque mon nom1 prononc d'une voix agonisante1 me parvint travers la porte la plus voisine sur le palier o je me trouvais4 ,je me sentis mal l'aise et je m'arrtai court4 --,qu'est-ce que cela8 dis-je au valet4 --a8 dit-il1 c'est la vieille dame444 ,il faut croire qu'elle vous connat4 --,quel est le nom de cette dame8 --,mme ,lenoir4 --,mme ,lenoir6444 dis-je trs bas aprs un silence4--,quoi6 la charmante et incomparable ,mme ,lenoir1 la veuve de mon pauvre ami8444--,toutefois1 comment pourrait-elle se trouver ici8 me demandai-je moi-mme4 ,le garon mit sa langue contre ses dents et fit entendre un susurrement d'indiffrence4 --,je ne sais1 dit-il lgamment4 ,le plus gracieux de mes sourires accueillit cette tournure de phrase1 et il fut accompagn1 vraiment malgr moi1 d'un fort coup de pied la chute des reins de ce jeune ,mercure4 ,le bougeoir tomba1--et1 comme le garon1 saisi d'une pouvante que je cherche encore en vain m'expliquer1 entreprenait de renouveler lui seul1 dans les escaliers1 la course d',hippomne et d',atalante1 je relevai le bougeoir et je frappai discrtement trois coups1 avec l'os de mon saturne1 contre la porte inquitante2 je tenais de l'autre main le bougeoir et mon sac de promenade4 --,entrez donc6 me dit une voix vaguement connue4 ,je levai le loquet et une forte odeur de peinture fut la premire sensation dont je me sentis douloureusement affect4 ,les murailles1 rcemment rcrpies1 taient d'un blanc argent1 absolument uni et huileux4 ,elles veillrent dans mon esprit1 instantanment1 l'ide de ces plaques de mtal dont se servent dans les ateliers les dignes mules de ,daguerre pour augmenter les reflets du jour4--,dans le lit1 couvert de rideaux blancs1 une femme1 au visage jaune et tir comme parchemin1 se tenait1 toute habille de deuil1 et accoude4 ,une norme paire de lunettes bleutres lui couvrait les yeux4 ,sur la chemine brillaient deux ou trois flacons1 aux tiquettes de pharmacien4 ,une chandelle fumait sur la table de nuit4 --,j'ai reconnu votre voix1 docteur1 malgr le temps et le chagrin6 me dit sans bouger la dame couche4 ,asseyez-vous prs de mon lit3 j'ai vous faire part d'une chose4 ,j'ai failli perdre votre trace depuis ,genve1 mais ce matin1 ds mon arrive444 ,et puis j'tais sre de vous trouver avant de mourir4 ,je m'approchai1 dans ma compassion1 de ce spectre4 ,j'hsitai vraiment reconnatre la belle ,claire ,lenoir1 en considrant les ravages causs sur ce visage1 videmment par quelque angoisse mystrieuse2 elle tait comme brusquement vieillie4 ,je lui fis sentir toutes ces choses avec mnagement4 ,elle commena me regarder derrire ses lunettes1 dans un profond silence4 --,oui1 murmura ,claire ,lenoir1 d'une voix gale1 vous tes un horrible vieillard6 ,et elle demeura comme pensive4 ,pour la premire fois de ma vie1 je compris certains jeux de scne des thtres de genre3 je jetai navement les yeux autour de moi1 ne sachant qui elle parlait4 ,a ne rien cler1 nous tions seuls4 ,je lui pris le bras et lui ttai le pouls2 il tait la fois capricant et filiforme2 j'eus piti de sa folie et m'assis son chevet4 ,,chapitre ,,xviii ,l',,anniversaire ,dont se rjouissaient l'essaim des mauvais anges1 ,nageant dans les plis des rideaux4 ,,charles ,,baudelaire4 --,dites-moi1 dites-moi ce que vous a confi sir ,henry ,clifton6444 demanda ,claire ,lenoir1 d'une voix horriblement basse4 --,ah6 ah84441 rpondis-je3--,rien4 --,vous savez ce qui s'est pass pendant un voyage de ,m4 ,lenoir1 mon mari3 vous le savez6 ,je mis les deux mains en croix sur ma poitrine3 --,je n'en sais pas un seul mot6 dis-je4 --,eh bien1 soit6 continua ,mme ,lenoir1--je ne vous raconterai pas les circonstances inoues de ma misrable chute2 enfin1 je fus aime6 ,je suis coupable6 --,infme crature6 pensai-je4 ,puis1 tout haut3 --,eh bien1 dis-je1 quel mal y a-t-il cela8 --,je sais qu'une faute ne peut se racheter par soi-mme444 mais1 depuis1 je suis reste fidle ,m4 ,lenoir1 jusqu' sa mort--fidle1 mme en pense4 --,je ne suis pas un prtre1 madame4 --,le prtre sort d'ici et je vous dis que je vais mourir1 rpondit ,claire d'un air proccup4 --,oh6 ma bonne madame ,lenoir6 se peut-il8--,vous exagrez6 ,le teint n'est pas du dernier mauvais1 la voix n'est point sifflante1 et1 moins d'une attaque laquelle nous sommes tous exposs1 vous ne me paraissez que relativement bien portante4 --,qu'est-ce alors que ceci1 docteur8 fit-elle en relevant ses lunettes4 ,je me penchai4 --,ceci8444 dis-je aprs un rapide examen1--ah diable6444 il y a1 en effet1 quelques symptmes de444 --,de8444 fit-elle de sa voix qui me faisait tressaillir les nerfs4 --,d'une maladie qu'il serait absurde de ne pas traiter temps6 ajoutai-je4 ,ce ne sera rien4 ,et je pensais1 part moi3--,la chose est certaine3 il est trop tard444 --,achevez donc6 s'cria-t-elle2 vous figurez-vous que j'aie peur8 ,elle tremblait2 mais plutt1 je dois le dire1 cause de certain dprissement nerveux que par frayeur de la mort imminente dont elle avait videmment conscience4 --,soit1 rpondis-je2 coutez bien3 l'apoplexie est une petite dchirure au cerveau3 je vois maintenant les veines des paupires1 des tempes1 de la figure mme1 congestionnes d'une manire trs extraordinaire3 on dirait qu'elles vont clater4 ,et je me levai pour considrer l'tiquette des flacons4 --,je vais chercher ce qu'il faut1 lui dis-je4 ,en moi-mme je me promettais de ne pas revenir1 puisque je sentais que mon ministre serait inefficace4 --,inutile6 restez6 ,la mort est une chose laquelle je suis prpare depuis longtemps4 ,je connais mon tat3 dans quelques minutes1 dix heures1 tout sera fini4 ,restez donc en place6 ,et croyez que je suis en possession des dernires lueurs de ma raison4 ,je vous l'ai dit3 j'ai quelque chose de singulier vous raconter4 ,que pouvait-elle avoir de singulier me raconter8 ,rien1 videmment4 ,et puis je ne voulais pas l'entendre4 --,ma foi6 ma chre madame ,lenoir1 m'criai-je pleine voix1 je vous avoue que je suis dans l'admiration6 ,le fait est que vous tes au plus mal6 ,et que1 d'un moment l'autre1 vous pouvez tre force par la ,nature de me fausser compagnie6 ,mais j'aime les braves1 moi1 j'aime les braves6444 ,et au diable les poltrons6--,parlez donc1--et vite6--car votre voix faiblit4 --,oh6 taisez-vous6 taisez-vous6 dit-elle1 brise4 ,je me sentis choqu et mortifi3 je pris un cure-dents par contenance et me tus4 --,penchez-vous que je vous parle1 dit-elle4 ,j'obis avec rpugnance4 --,vivant1 continua-t-elle1 il n'a rien su6--rien6 jamais rien6 ,mais comprenez bien ceci3 je crois qu'il sait1 maintenant4 ,c'est ce soir l'anniversaire6--,dix heures vont sonner444 oui1 je crois qu'il va venir me prendre--par les yeux vocifra-t-elle subitement4 ,comment lui rsister8 ,ma chair s'est lie la sienne dans une parole prononce aux pieds du ,dieu conscrateur6 99 99 99 99 99 ,ah6 chose rellement bizarre6 ,mystres de l'organisation6 ,malgr le lieu1 l'heure et le souvenir1 je n'avais pas sourcill4--,c'est le dlire1 pensai-je1 rien de plus4--,jamais je ne m'tais mieux port intrieurement4 ,sous ma figure attriste comme la situation l'exigeait1 je me sentais guilleret1 dispos1 allgre6 ,je fis fondre1 la drobe1 une praline dans ma joue droite1 tout heureux de ma quitude d'esprit4 ,qu'avais-je craindre1 en effet8--,son mari avait cela de bon1 pour le moment1 qu'il tait mort4 --,n'ayez pas peur1 je suis l6 lui dis-je1 pour la calmer4 ,je n'ai pas tous les jours des paniques aussi irrflchies que celle qui me mit en fuite le premier soir de votre veuvage6 ,je conviens que ce mouvement nerveux fut1 chez moi1 draisonnable6 --,oh6 malheureux6 dites que c'est le seul et inconscient clair de ,raison1 de vritable ,raison1 que vous ayez eu depuis le jour de votre naissance6 dit ,claire1 toujours accoude2 dites et surtout pensez cela6 ,elle eut une espce de gloussement diabolique2 le sang lui obstruait la gorge4 --,oh6 le morne souffle des rprouvs6 dit-elle4 ,vous rappelez-vous la chambre8 ,vous aviez les yeux baisss4 ,vous tiez agenouill6 ,vous ne vtes rien4 ,moi1 j'tais prosterne1 dans mon chagrin1 contre le lit4 ,je ne pouvais rien voir4 ,mais je vais vous dire1 maintenant1 ce qui se passa au-dessus de nos ttes6--,m4 ,lenoir rouvrit les yeux6 ,il rejeta subitement le drap1 se dressa1 en silence1 les poings crisps et levs sur moi6 ,il avait la figure de la damnation6 ,il grina des dents1--sans bruit1 pour nous6 ,ah6 ,funeste1 avec deux lueurs de l'enfer sous les sourcils1 il me maudit comme partie de lui-mme1 au nom des nuits sans ,dieu o plusieurs entreront4 ,et nous ne l'avons pas vu1 parce qu'il fallait que nous eussions la tte baisse en ce moment-l6 ,puis il se rtendit1 ramena1 de ses deux mains1 le drap sur sa poitrine1 referma les yeux et son visage reprit le masque insensible que nous prendrons tous1--que je prendrai1 moi1 tout l'heure4 ,ce fut alors que1 ne sachant pas ce qui s'tait pass1 je me levai et l'embrassai tendrement1 les larmes aux yeux1 une dernire fois1 sur son front mort4 ,elle se tut3 je la regardai fixement3 --,comment1--comment avez-vous su que cela s'tait pass8 demandai-je4 --,j'ai vu la scne se produire la nuit suivante1 en rve1 dans une grande glace o je regardais4 --,les dmons peuvent habiter1 en effet1 le reflet des glaces6 lui dis-je1 par compassion3 mais1 dans la vie relle1--ajoutai-je en la considrant avec mes yeux ternes et en me grattant le bout du nez1--dans la vie relle1 on n'admet pas1 comme cela1 les ,dmons4--,comment avez-vous pu me reconnatre1 moi1 dans le reflet de ce miroir8 ,mes traits devaient y tre douteux3 ce fut plutt1 je pense1 la beaut morale1 n'est-ce pas1 respire1 pour ainsi dire1 par l'ensemble de ces traits1 que vous avez cru me reconnatre8444--,en rve8 dis-je1 encore1 presque moi-mme3--mais1 madame1 pourquoi donc avez-vous alors pouss ce cri1 dans la chambre1 puisque vous ne saviez rien1 puisque vous n'aviez rien vu6 --,une fois leve1 me rpondit ,claire ,lenoir1 aussitt que je l'eus embrass1 et mon oreille encore sur sa bouche1 j'entendis un rire trs sourd--un glapissement qui sortait de ces lvres furieuses6444 ,alors1 j'ai cri1 parce que je fus vaincue par une terreur sans limites1 un effroi terrible6 ,et mon cri tait si bien parti du fond de mes entrailles1 que vous en avez compris1 lectriquement1 la signification4 ,ceci1 je dois l'avouer1 me fit plir mon tour4 ,le fait est que l'auberge dserte1 les chandelles qui menaaient de s'teindre bientt1 cette ide d'anniversaire1 et1 par-dessus tout1 cette moribonde en deuil et en lunettes1 commenaient oblitrer la rectitude de mon jugement4 ,le mal dont j'ai parl m'envahissait aussi1 peu peu4 ,je le sentais gronder en moi1 comme de grandes eaux lointaines6--,allons6 allons6 disons la chose6 ,mes dents se mirent claquer follement6 la sueur coula sur mes tempes2 je devins verdtre1 mes yeux s'injectrent et roulrent dans leurs orbites2 une oppression affreuse pesa lourdement sur ma poitrine2 je jetai bas le masque3 --,vision et folie6 hurlai-je1 hagard1 en me dressant4 ,,chapitre ,,xix ,,teterrima ,,facies ,d,,monum ,comme le prtre se dtourna vers le cadavre en lui disant la parole de l',office des morts3 ,responde mihi6 l'on vit l'vque dfunt se dresser dans sa bire en criant d'une voix affreuse3 ,comparui6--,judicatus sum6--,justo judicio ,dei1 damnatus6 ,et il se rtendit dans le cercueil4 ,,histoire ,,de ,,saint ,,bruno4 --,je l'ai revu1 lui6 ,toujours en rve6 dit ,claire ,lenoir1 sans s'adresser prcisment moi4 ,trois mois et demi1 environ1 aprs sa mort4 ,seulement1 une chose qui tient probablement du hasard des rves1 ajouta ,mme ,lenoir de sa mme voix rauque et sourde1 c'est l'extrieur sous lequel il m'est alors apparu4 ,c'tait bien lui4--,ah6 c'tait lui6 ,et le sourire malsain des fous vint errer sur ses lvres comme un feu follet sur un tombeau4 --,vous allez plaindre mon faible esprit cause des rves1 continua-t-elle2 mais il tait absolument semblable de corps1 de stature et de couleur1 ces tres obscurs que l'on mentionne--vous savez1--dans les relations maritimes de l',ocanie4 ,je songeai la lettre2 je fis un soubresaut1 n'en croyant pas mes oreilles1 je voulus en vain lier deux ides3 un clair d'une nature qu'il n'est pas au pouvoir de la logique humaine d'expliquer1 aveugla tout mon entendement1 je sentis un cri d'horreur s'touffer hideusement dans ma gorge4 --,oui1 continua la moribonde avec une solennit d'outre-tombe2 il tait semblable l'un des monstres familiers des plages dsertes et des vagues maudites4 ,son corps1 velu et farouche1 se dressait1 fume plus fonce que l'bne4 ,des plumes d'oiseaux de mer lui servaient de ceinture et de vtements4--,autour de lui s'tendaient les espaces1 peupls par les ,terreurs et l'infini des songes4 ,des serpents de feu tatouaient l'apparition3 les cheveux1 longs et gris1 tombaient1 hrisss1 autour des paules4 ,oh6 par quelle suite de penses1 d'impressions anciennes1 pouvais-je en tre venue me le figurer1 le songer tel1 si informe1 si diffrent6 ,il tait debout1 seul1 parmi des rochers perdus1 regardant au loin1 sur la mer1 comme attendant quelqu'un2 son air impntrable1 je sentais que c'tait le dfunt plutt que je ne le reconnaissais4 ,il aiguisait furtivement1 derrire lui1 un grossier coutelas de pierre444 ses yeux nocturnes faisaient frissonner mon me d'une angoisse de sang1 d'enfer et d'agonie2 je me rveillai en sursaut1 dans un grand cri1 trempe et glace de sueur444 ,jamais je n'ai russi oublier ce songe4 ,elle se tut4 ,puis-je dire1 y a-t-il des mots pour exprimer les effroyables penses1--filles des possibilits funbres1 aprs tout1--qui me paralysaient des pieds la tte1 pendant ces phrases infernales8 ,j'tais boulevers4 ,les sentiments qui s'agitaient dans mon tre taient innommables4 ,cependant1 bien que le son de ma propre voix me ft profondment frmir1 j'articulai sans me rendre compte au juste de mes paroles3 --,personne6 personne1 heureusement1--entendez-vous8--ne saurait dterminer le point prcis o commence la ralit objective des visions6 ,et j'ajoutai1 avec un rire forc qui me faisait mal aux cheveux3 --,les hospices d'alins n'y ont pas pens6 ,rappelez-vous la discussion que nous emes du vivant de cet ergoteur de ,lenoir6 --,eh6 bien1 pensez-y6 dit la malade avec un morne sourire1--et priez4 ,les prires1 tant lances par la volont au del de la ,nature1 chappent la ,destruction4 ,pour moi qui n'ai pas rougi de prier1 alors que mon effrayant mari poussait le doute outrageant1--cancer de nos tristes jours--jusqu' feindre le respect pour ma foi par amour pour mon malheureux corps1--pour moi qui voulais me repentir d'avoir commis une chose dfendue1--car il n'est pas de raison qui puisse l'absoudre1--j'espre et je suis sre--qu'aprs un instant d'agonie1 ,dieu ne m'exclura pas de tout pardon4 ,et1 saisissant ses besicles pleines mains1 elle se les arracha du front4 ,les verres se brisrent entre ses mains ensanglantes1 et elle tordit leur monture dans une convulsion4 --,je n'ai plus besoin de lunettes pour y voir1 maintenant6 dit-elle4 ,elle parlait d'une voix trmbonde1 mais cependant avec une sorte de sourire d'esprance vraiment infinie o son courage semblait s'affermir pour quelque terrifiante preuve1 imminente et suprme aprs laquelle son me serait sauve4 ,dix heures sonnrent4 ,il y eut un moment de silence1 pendant lequel ,mme ,lenoir1 ayant rejet des deux cts la longue mante noire1 son vtement1 s'tendit lamentablement sur le dos1 la tte trs releve par l'oreiller1 et les yeux fixes1 tout grands ouverts4 ,elle avait l'air de considrer1 d'approfondir1 peu peu1 malgr elle1 la blancheur aveuglante de la muraille o tombait le reflet des chandelles4 ,en ce moment les premiers clats du feu d'artifice lointain parvinrent jusqu' nous3 la fte nationale battait son plein4 ,l'on entendait les vagues hurrahs des gens srieux de la ville1 satisfaits de voir de belles fuses s'lever et ptarder1 d'ailleurs agrablement1 dans les airs4 --,ah6 cria-t-elle en un sursaut1 eh bien6 qu'est-ce que je disais6444 ,,le ,,voil6 ,regardez6 ,l6 l6 le monstre de mes mauvais songes6 ,le voil--tel qu'il se rvait1 lui aussi1 ,m4 ,lenoir6 tait-il donc un fils de ,cham pour s'tre ainsi1 ,r,,alis dans la ,mort8 ,pour qui aiguise-t-il si longtemps1--si froidement1--devant la mer affreuse1--ce couteau8444 ,ah6 vampire6 dmon6 assassin6444 rlait la malheureuse femme1--va-t'en de cette muraille6 ,laisse mes pauvres yeux6 ,ses mains se raidirent tout coup en une crispation atroce et ses yeux mystrieux s'agrandirent3 ce qu'elle voyait devenait1 sans aucun doute1 si pouvantable qu'elle ne trouvait mme plus en sa poitrine la force d'un cri4 ,elle se dbattit1 puis retomba1 rigide1 toujours le regard tendu sur la muraille1 avec une espce de mauvais sanglot4 ,elle avait1 sans doute1 rendu son me3 mais je n'en tais pas sr4 ,je me prcipitai sur mon sac pour en tirer une trousse lancettes2 je fouillais dsesprment3 je n'avais que des verres1 des instruments1 des collections d'infusoires1 des loupes2 je bondissais1 travers la chambre1 sans avoir ma raison6 ,et je retournai vers le lit1 en tenant machinalement la main une forte loupe que j'avais trouve4 ,alors1 je pris la chandelle1 je l'approchai du visage de la dfunte1 et je la considrai1 la loupe1 avec un tremblement nerveux4 --,enfin6--c'tait fini6444 pensai-je avec un soupir de soulagement2 elle tait bien morte4 ,tout coup1 je ne peux pas dire pourquoi1 ses yeux stagnants attirrent mon attention4 ,une ide1 des plus insolites1 me passa1 subitement1 dans l'esprit4 ,une curiosit entra dans mon coeur et en balaya toute apprhension4 ,je me raidis1 quelque peu frissonnant2 je voulais examiner la taie qui recouvrait ces tnbreuses prunelles et plonger sous ce crpe6 ,un ,dmon me saisit donc le bras1 courba ma vieille tte1 appuya sur mon oeil et presque de force1 la loupe puissante1 et1 m'indiquant1 dans l'me1 les yeux de la morte1 me vocifra dans l'oreille en assourdissant mon angoisse3 --,regarde4 ,ds lors1 je devins plus tranquille2 je sentis que la vieille ,science me ressaisissait4 ,je promenai ma loupe sur les prunelles4 ,les yeux ne prsentaient vraiment aucune particularit bien apprciable1 si ce n'est leur extraordinaire aspect vitreux4 ,j'allais renoncer ma tentative1 lorsque les pupilles me parurent contenir des points qui ressemblaient des piqres d'ombres4 ,j'allai sur-le-champ donner un tour de clef la serrure2 puis je revins auprs du lit1 et me croisai les bras1 rvant aux moyens d'exprimentation4 ,j'avais un appareil d'induction dans l'une de mes vastes poches4 ,si je faisais jouer le nerf ciliaire8444 pensai-je4--,mais je rejetai bien vite cette ide inutile1--oiseuse1 mme4 ,je tirai de mon sac un petit flacon3--,une goutte de cet alcalode1 pensai-je1 distendrait la pupille8444--,mais je rejetai encore cette ide3 le solutum en question ne pouvait s'appliquer avec fruit sur un cadavre4 ,tout coup1 j'aperus mon ophtalmoscope6 --,ha6 ah6 ah6 m'criai-je1 voil l'affaire6 ,grinant un peu des dents1 je pris1 entre mes bras1 le cadavre1 dont la longue chemise formait suaire1 et l'appliquai debout contre le mur1 au-dessous d'un gros clou4 ,j'allais l'tayer d'une corde passe sous les aisselles et suspendue ce clou par les bouts nous ensemble444 ,mais une rflexion contraria mon projet4 ,ce qui pouvait tre demeur en ces yeux allait m'apparatre en sens inverse1 retourn de bas en haut1 la cavit situe derrire l'iris formant chambre noire4 ,il y avait un moyen d'obvier cela3 j'hsitai toutefois y recourir4 ,mes confrres trouveront peut-tre puril certain scrupule que j'prouvai disposer1 contre le mur1 la tte en bas les pieds en l'air1 le cadavre de ,mme ,lenoir4 ,l'on me dira1 je le sais1 qu'au moment d'une exprience srieuse1 c'tait l faire preuve d'une bien intempestive sentimentalit1 puisque nul n'ignore que cette formalit scientifique--ainsi que beaucoup d'autres1 plus familires1 encore1--se pratiquent1 chaque jour et toute heure1 en ,europe1 sur une moyenne d'au moins cinquante soixante mille cadavres fminins--7appartenant la classe ncessiteuse1 il est vrai7--dans les amphithtres1 morgues1 hospices1 etc4 ,je rpondrai que c'tait prcisment parce que j'avais toujours connu ,mme ,lenoir dans l'aisance que le fait1 ici1 m'apparaissait comme sacrilge4 ,ah6 si la chre dame n'et jamais t1 mon su1 qu'une besogneuse1 une pauvresse1--mon ,dieu6 mme laborieuse1--il va sans dire que l'ide ne me ft mme pas venue d'hsiter1--ou que1 si ce saugrenu scrupule m'et travers un instant l'esprit1 je l'eusse touff bien vite et en rougissant1 afin de ne pas mriter d'tre la rise de tous mes confrres4 ,mais1 encore une fois1 j'avais toujours connu en ,mme ,claire ,lenoir une rentire honorable1 et1 je l'avoue1 ceci m'imposait quelque respect1 mme pour sa dpouille mortelle4 ,je ressaisis donc le cadavre bras-le-corps et me mis errer par la chambre1 ne sachant trop quoi me rsoudre1 lorsque me vint une ide conciliatrice--et si simple que je m'tonnai1 vraiment1 qu'elle ne me ft pas plus tt saute l'esprit4 ,voici3 je replaai1 non sans prcautions1 le corps de ,mme ,lenoir tout bonnement sur son lit de mort2 mais je l'y plaai en travers1--de telle sorte que le cou et la tte1 dpassant1 la renverse1 le bord du lit1 fussent comme suspendus au-dessus du plancher4 ,au pied du lit tranait1 maintenant1 la grande chevelure chtain1 dont le tiers1 dj1 s'tait argent4 ,la face donc s'offrait rebours1 et les yeux1 demeurs grands ouverts1 hauteur de mes genoux1 me semblaient toujours1 malgr moi1 d'une assez inquitante solennit4 ,nul doute1 prsent1 que--s'il y avait quelque chose en leurs prunelles1 --cela m'appart dans le sens normal4 ,je saisis1 ensuite1 l'un des chandeliers dont les dernires flammes palpitaient1 et je le plaai entre nous deux4 ,j'ajustai une lentille norme dans le porte-verre en face du rflecteur et je m'apprtai promener le pinceau de lumire dans la profondeur mme des yeux de ,mme ,lenoir4 ,mais1 au premier regard que j'aventurai en ces yeux par le trou de l'ophtalmoscope1 je reculai1 ne sachant pas1--ne voulant pas savoir--ce que j'avais entrevu6 ,je restai1 pendant un instant1 immobile2 quant aux ides qui apparurent1 alors1 dans mon cerveau1 je ne crois pas que l'enfer lui-mme en ait reflt d'une plus hrissante horreur4 ,et1 me faisant tressaillir1 voici qu'empourprant les vitres1 le bouquet du feu d'artifice de la ,fte nationale clata1 dans l'loignement1 sur la ville exultante1 aux acclamations d'une multitude bisexuelle4 ,cependant le lumignon allait mourir1 j'allais tre dans l'obscurit4 --,non6 m'criai-je en flchissant le genou1--il faut que je voie6 ,il faut que je voie6 ,et je braquai mon oeil sur l'ouverture lumineuse4 ,il me semblait que1 seul entre les vivants1 j'allais1 le premier1 regarder dans l',infini par le trou de la serrure4 ,,chapitre ,,xx ,,le ,,roi ,,des ,,pouvantements ,l'abme a jet son cri3 la profondeur a lev ses deux mains4 ,,habacuc1 ,,iii1 #aj4 ,alors1--oh6 l'effroi de ma vie6 oh6 vision qui a chang pour moi le monde en spulcre1 qui a install la ,folie dans mon me6--,en examinant les yeux de la morte1 je vis1 distinctement1 d'abord se dcouper1 comme un cadre1 le liser de papier violet qui bordait le haut de la muraille4 ,et1 dans ce cadre1 rverbr de la sorte1 j'aperus un tableau que toute langue1 morte ou vivante 7je n'hsite pas un seul instant le dire71 est1 sous le soleil et la lune1 hors d'tat d'exprimer4 ,oh6 comment dcrire cela6 ,quelle imagination comblera l'inanit drisoire des mots que je vais tracer6 ,le paroxysme de l'ardente inquitude qui m'agitait faisait trembler l'ophtalmoscope entre mes doigts1--et le jet de lumire dansait dans les yeux du cadavre1 dans les grands yeux renverss1 vitreux1 fixes1 exorbitants1 dploys6 ,et voici peu prs ce que je voyais3 --,oui6444 des cieux6--des flots lointains1 un grand rocher1 la nuit tombante et les toiles6--,et1 debout1 sur la roche1 plus grand que les vivants1 un homme1 pareil aux insulaires des archipels de la ,mer-dangereuse1 se dressait6 tait-ce un homme1 ce fantme8 ,il levait d'une main1 vers l'abme1 une tte sanglante1 par les cheveux6--,avec un hurlement que je n'entendais pas1 mais dont je devinais l'horreur l'ignivome distension de sa bouche grand'ouverte1 il semblait la vouer aux souffles de l'ombre et de l'espace6 ,de son autre main pendante1 il tenait un coutelas de pierre1 dgouttant et rouge4 ,autour de lui1 l'horizon me paraissait sans bornes1--la solitude1 jamais maudite6 ,et1 sous l'expression de furie surnaturelle1 sous la contraction de vengeance1 de solennelle colre et de haine1 je reconnus1 sur-le-champ1 sur la face de l',ottysor-vampire1 la ressemblance inexprimable du pauvre ,m4 ,lenoir avant sa mort1 et1 dans la tte tranche1 les traits1 affreusement assombris1 de ce jeune homme d'autrefois1 de sir ,henry ,clifton1 le lieutenant perdu4 ,chancelant1 les bras tendus1 tremblotant comme un enfant1 je reculai4 ,ma raison s'enfuyait3 de hideuses1 de confuses conjectures affolaient mon hbtement4 ,je n'tais plus qu'un vivant chaos d'angoisses1 une loque humaine1 un cerveau dessch comme de la craie1 pulvris sous l'immense menace6 ,et la ,science1 la souriante vieille aux yeux clairs1 la logique un peu trop dsintresse1 la fraternelle embrassade1 me ricanait l'oreille qu'elle n'tait1 elle aussi1 qu'un leurre de l',inconnu qui nous guette et nous attend4 ,soudain1 je me prcipitai vers la muraille et1 en y collant1 plat1 mes mains1--dont une pouvante sans nom largement cartait les doigts1--j'en heurtai la maonnerie4 --,mais1--mais1--grondai-je en regardant de travers la morte1--il a fallu444 qu'au mpris des vieux mensonges de l'tendue et de la ,dure444 mensonges dont tout nous dmontre1 aujourd'hui1 l'vidence444 il a fallu que l',,apparition ft rellement extrieure1 tel impondrable degr quelconque1 en un fluide vivant peut-tre1 pour se rfracter de la sorte sur tes voyantes prunelles6 ,je m'arrtai1 et je conclus1 voix basse1 les cheveux dresss1 les poings crisps3 --,mais444 alors1--o sommes-nous8 ,et1 comme je me penchai sur la dcde1--avec une frntique rage d'nergumne et de sacrilge--pour examiner encore le spectacle excrable qui me fascinait1 l'ophtalmoscope s'chappa de mes mains l'aspect des traits de la morte2 lui ayant1 prcipitamment1 soulev la tte1 un grand frisson me glaa3 je voyais deux larmes jaillir et couler lentement1 lourdement1 sur les joues livides4 ,et la ,mort commena1 voilant l',impntrable1 rouler ses ombres profondes sur ces ,yeux4 ,,pilogue ,,les ,,visions ,,merveilleuses ,,du ,dr ,,tribulat ,,bonhomet ,je ne disputerai pas toujours1 dit l'ternel4 ,,isaie4 ,,cii4 ,,lxvii1 ,v4 #ab4 ,a ,monsieur mile ,,pierre4 ,les journaux franais ont bruit--comme toujours1 la lgre1--la nouvelle 7heureusement aujourd'hui controuve7 du subit dcs de notre illustre ami1 le docteur ,bonhomet1 dont les thses rcentes1 notamment celles intitules3 ,de l'influence de la cantharide sur le clerg de ,chandernagor et ,de la rhabilitation de ,saint ,vincent de ,paul1--et1 surtout1 ,de la lacisation du ,souverain-,pontife1--ont soulev1 au cours du dernier semestre1 tant de scandaleuses polmiques4 ,voici1 ramens leurs justes proportions1 les faits4 ,bien que plus de vingt ans se fussent couls depuis l'effroyable saisissement que ,mme ,claire ,lenoir lui avait caus avec ses yeux d'infini aprs dcs1 cette hallucination1--sur l'exacte nature de laquelle on ne peut gure se prononcer1--avait augment jusqu' l'hypocondrie l'intensit de l'organique nvrose du docteur4 ,les attaques d'affres taient devenues chroniques4 ,si bien qu'ayant mu de ses dolances la ,facult de ,paris1 l'une de nos sommits1 pour se dfaire de ses instances1 lui avait conseill le lait humain comme palliatif1 sinon mme comme sdatif4 ,l'ide de cette mdication1 si anodine qu'il la prjuget1 avait singulirement souri ,bonhomet4 ,s'tant donc transport au bureau de nourrices le plus en vogue1 son choix1 aprs mr examen1 se fixa sur une forte et luxuriante ,cauchoise1 coiffe immense1 suivez-moi1 jeune homme6 ponceaux et flottants jusqu' terre3 il l'avait emmene sur-le-champ1 dans son carrosse1 au grand trot1 chez lui4 ,l1 quand il l'eut guide1 en silence1 travers le labyrinthe des vastes salons interminables1 dserts et crpusculaires1 aux lustres ternellement envelopps en des voiles de gaze1 aux meubles toujours dissimuls sous des housses poudreuses1 il arriva qu'au troisime salon1 la nourrice prit peur et demanda1 d'une voix inquite o tait l'enfant8 ,taciturne1 fltant son organe1 les yeux au plafond1 et laissant tomber ses sourcils en triangle plaintif1 le docteur avait gutturalement vagi ces deux mots inattendus3 --,m444444 c'est ,m,a6444 ,suffoque par cette rponse1 la nourrice tait tombe la renverse sur un grand sopha qui se trouvait sa porte3 et le docteur1 profitant de cette circonstance1 s'tait ru sur elle et avait pris une dose copieuse de mdicament4 ,de temps autre1 mme1 pour rassurer la nourrice et lui donner entendre qu'il tait un homme d'intrieur1 un homme rang1 il grommelait1 en roulant des yeux3 --,voil1--voil ce qu'on ne trouve pas au restaurant4 ,mais le remde ayant t sans action sur sa nature1 ,m4 ,bonhomet dut y renoncer au bout de trois semaines d'essai loyal4 ,il avait donc fallu trouver un nergique moyen de faire passer1 au plus tt1 le lait de ,fructuence3 7c'tait le nom de la nourrice74 ,aprs en avoir mrement dlibr avec lui-mme1 ,bonhomet1 rpudiant les drogues1 les potions et les herbes1 s'tait dcid pour la mthode impressionniste3--et lui avait simplement caus une frayeur o elle avait failli laisser sa raison4 ,a la longue1 le temprament de la ,cauchoise ayant repris le dessus1 ,fructuence tait reste attache ,bonhomet1 auquel 7grce aux petits soins du docteur71 elle croyait devoir la vie3--et1 le temps s'coulant1 elle tait devenue sa gouvernante4 ,rsolu de s'en tenir dsormais aux drastiques1 aux hydragogues et aux minoratifs1 le docteur avait brusquement quitt ,paris et s'tait relgu1 pour s'y traiter l'aise1 en cette maison de plaisance qu'il possde au beau milieu d'une fort1--assez mal fame d'ailleurs1--aux environs de ,digne 7que des intimes croient tre sa ville natale73--il y avait emmen sa dvoue ,fructuence4 ,or1 les tremblements de terre1 7oublis dj1 comme de raison71 de ces jours-ci--et les cyclones qui s'ensuivirent--ayant aggrav--vu sa nature de sensitive--l'affaissement nerveux dont il souffrait1 il dut s'aliter1 le #b du courant1 se jugeant au plus mal4 ,si bien que1 vers le minuit du #c au #d1 au plus fort des bourrasques et des pluies dont gmissait autour de sa demeure la grande clairire1 sa dsole ,fructuence1 accourue son appel1 se prit gicler1 comme de raison1 les larmes d'usage4 --,ouvre la fentre6 cria ,bonhomet4 ,la pauvre femme ayant obi1 ,bonhomet jeta un coup d'oeil sur le ciel3 --,toujours les toiles6444 grommela-t-il avec mauvaise humeur en se retournant vers la ruelle3--a n'en finit pas6 ,la croise une fois reclose1 et comme ,fructuence larmoyait toujours3 --,du calme1 ,fructuence6 ,un rien nous console1 dit ,bonhomet4 ,moi aussi j'eus des amis6 des amis bien chers6444 ,toutefois je ne sais comment il s'est fait que1--nombre d'abus de confiance1 dont ils furent victimes1 les ayant plongs dans un dnuement devenu proverbial1--nos relations1 insensiblement1 s'attidirent1 confinrent1 bientt1 la froideur--et finalement1 tournrent une animadversion qui m'obligea1 bien qu' regret6 les induire en une srie de catastrophes tranges o ils laissrent1 sinon l'honneur1 du moins la vie4--,n'aimons donc jamais trop1 ma bonne ,fructuence6444 ,essuie tes paupires444 et1 surtout1 n'oublie pas1 au fort de ton garement1 de glisser une vieille bouteille de cognac dans mon cercueil6 --,pourquoi8 gmit ,fructuence d'une voix entrecoupe4 --,pour tuer le ver6 articula caverneusement ,bonhomet4 ,sur quoi ,fructuence1 pouvante1 quitta la chambre en criant au dlire4 ,demeur seul1 ,m4 ,bonhomet ressentit le besoin de se remettre avec le dieu1 dont il s'tait tant de fois montr le si sagace antagoniste4--7,il va sans dire que chacun n'ayant de ,dieu que ce qu'il accepte d'en penser1 le dieu du docteur diffre peut-tre1 en quelques points1 du dieu d',isae1 de saint ,paul1 de saint ,laurent1 de sainte ,blandine1 de ,christophe ,colomb1 de saint ,louis1 de saint ,bernard1 de ,pascal1 et de quelques autres mes superficielles1 dnues1 parat-il1 des lumires de ce cher ,bon sens1 dont nous autres1 enfants gts des poques1 avons1 sans contredit1 depuis nos dcouvertes1 l'exclusif monopole74 --,seigneur6 clamait l'avis docteur en entrelaant ses doigts1--tout enfant1 je vous ai aim3 ultrieurement1 je vous ai conspu2 actuellement1 je vous pardonne4 ,ce disant1 il ferma les yeux et son remarquable moi1 son sens intime1 enfin1 ne tarda pas s'abmer en une syncope--dont l'insolite caractre lthargique a motiv l'erreur des reporters mridionaux4 ,nous tant rendus ,digne1 sur un mot prcipit de ,fructuence1 pour assister aux obsques du docteur1--c'est l'effarement mme de son rveil que nous devons les rvlations suivantes3 ,il paratrait1 d'aprs celles-ci1 que 7chose inconcevable67 des ,,visions1 oui1 des visions1 se sont allumes1 durant cette syncope1 au profond du cerveau1 d'ordinaire moins ruptif1 de l'auteur du ,ttard4 ,et que c'est au dnouement de l'une d'entre elles qu'il doit sa rentre1 hallucine encore1 dans la socit4 ,voici1 sans commentaires1 ce qu'il affirme avoir vu et entendu3 ,ravi en esprit aux confins de l',espace1 il baignait1 lui semblait-il1 en ce qu'il avait fltri1 toute sa vie1 du sobriquet de ,le ,bleu4 ,soudain1 croyant percevoir se tramer1 sur des nues1 la silhouette d'un ,vieillard du plus convenable aspect3 --,est-ce ,dieu444 lui-mme444--ou seulement-- ,boildieu444 que j'ai l'honneur de parler8444 modula-t-il en abordant l'apparition1 tout en lissant des doigts de gants imaginaires4 --,non1 monsieur1--lui rpondit alors1 avec une exquise courtoisie1 l'habitant de l'azur3--c'est ,tardieu4 --,mieux vaut tard que jamais1 mon cher collgue6 s'cria ,bonhomet1 risquant cet innocent jeu de mots qu'une rcente lecture de quelqu'un de nos chroniqueurs en vogue1 7sans doute7 fort propos lui suggra4 ,le calembour ayant dissip1 pour ainsi dire1 son grave confrre1 ,bonhomet se retrouvait encore seul au seuil mystique des ,firmaments privs de bornes1 lorsqu'un chuchotement formidable--et qui faillit abolir jamais le sens de l'oue chez notre sympathique praticien1 vibra4--,cette ,voix rsonnait de lui et d'autour de lui avec une telle identit qu'un instant ,bonhomet crut que la ,mort l'avait rendu ventriloque4 tait-ce donc l cette voix de ,dieu1 que le docteur1 en homme clair1 avait jusqu'alors dclar ne pouvoir tre ni la basse1 ni le baryton1 ni le trial1 ni des laruettes1--mais bien1 tant du plus lev des timbres1 la tyrolienne8 --,vous ne vous tes pas souvenu de moi pendant la vie8 disait la ,voix4 --,excusez-moi1 ,seigneur6--protesta ,bonhomet qui1 cette fois1 n'eut plus aucun doute sur la qualit de son interlocuteur3 mais444 je n'ai jamais eu la mmoire des noms4 --,vous avez supplici des pauvres1 parce que la seule vue de leur misre offensait votre mollesse4 --,seigneur6 n'avez-vous pas dit qu'il faut rendre le bien pour le mal8 ,cela ne m'a pas sembl suffisant2 les pauvres1 par leur mauvaise ducation1 mirent1 effectivement1 maintes fois l'preuve ma dlicatesse4 ,aussi leur ai-je rendu le mieux pour le mal4 --,malheureusement1 le mieux est1 quelquefois1 l'ennemi du bien4 --,vous laisstes mourir de faim celles qui vous prodigurent leurs faveurs4 --,seigneur1 murmura ,bonhomet1 je ne donne jamais d'argent aux femmes1 de crainte que1 dans leur babil avec des tiers1 elles s'autorisent de l'argent que je leur aurais donn pour nier l'amour rel qu'elles ont prouv en mes complaisances4 --,vous avez souill1 dans les impurets o se vautre l'indiffrence1 l'immortalit de votre me4 --,a laquelle je ne croyais mie1 je l'avoue6 rpliqua ,bonhomet4 --,que vous croyez-vous tre8 --,l'arrire-pense moderne4 --,quand poserez-vous le masque6 reprit la ,voix4 --,mais444 aprs vous1 ,seigneur8444 rpondit1 avec son parfait sourire d'homme du monde1 l'duqu thrapeute4 --,toujours farceur8 constata la ,voix attriste3--eh bien1 retournez donc parmi les farceurs1 afin que votre nombreuse-personne inspire1 l-bas1 quelqu'une de ces pages de feu1 de honte et de vomissement1 que1 de sicle en sicle1 l'un de mes soldats crache1 en frmissant1 au front de vos congnres4 ,et c'est cette ,parole--dont la svrit dmode confondit l'enjouement conciliateur de ses heureuses reparties1--que nous devons le rouvrir des yeux de notre illustre ami1--dont le mieux d'ailleurs1 s'accentue4 ,,fin ,,table ,,le ,,tueur ,,de ,,cygnes ,,motion ,,du ,dr ,,tribulat ,,bonhomet ,,touchant ,l',,utilisation ,,des ,,tremblements ,,de ,,terre ,,le ,,banquet ,,des ,,ventualistes ,,claire ,,lenoir ,i4--,prcautions et confidences ,,ii4--,sir ,henry ,clifton ,,iii4--,explications surrogatoires ,,iv4--,l'entrefilet mystrieux ,v4--,les bsicles couleur d'azur ,,vi4--,je tue le temps avant le dner ,,vii4--,on cause musique et littrature ,,viii4--,spiritisme ,,ix4--,balourdises1 indiscrtions et stupidits 7incroyables64447 de mon pauvre ami ,x4--,fatras philosophique ,,xi4--,le docteur1 madame ,lenoir et moi nous sommes pris d'un accs de jovialit ,,xii4--,une discuteuse sentimentale ,,xiii4--,les remarques singulires du docteur ,lenoir ,,xiv4--,le corps sidral ,,xv4--,le hasard permet mon ami de vrifier incontinent ses thories humiliantes ,,xvi4--,ce qui s'appelle une chaude alarme4 ,,xvii4--,l',ottysor ,,xviii4--,l'anniversaire ,,xix4--,teterrima facies dmonum ,,xx4--,le roi des pouvantements ,,les ,,visions ,,merveilleuses ,,du ,dr ,,tribulat ,,bonhomet