,from images generously made available by ,gallica 7,bibliothque ,nationale de ,france7 at http3_/_/gallica4bnf4fr4 ,,auguste ,,comte ,,et ,,herbert ,,spencer ,,contribution ,a ,l',,histoire ,,des ,,id,,es ,,philosophiques ,,au ,x,i,xe ,,si,,cle ,par ,e4 ,,de ,,roberty ,,paris #ahid 99 99 99 99 99 ,,introduction p4,v ,dans le remous des ides gnrales1 dans la fluctuation des vues d'ensemble1 dans le va-et-vient des systmes qui1 pour un court espace de temps1 russissent grouper les croyances1 retenir et fixer les convictions1 un phnomne s'observe1 peu prs invariable travers les ges4 ,il se dtache nettement du dcor mobile qui l'encadre1 il sollicite un haut point l'attention du sociologue4 p4,,vi ,il caractrise une phase intressante de la vie mentale de l'humanit1 une priode ne semblant pas1 vrai dire1 devoir se clore bientt4 ,elle embrasse la prhistoire entire de la philosophie1 la suite continue de sicles qui1 aprs avoir fond les religions1 s'adonnrent la culture des abstractions mtaphysiques4 ,durant la longue enfance de la philosophie1 ce phnomne demeura normal dans l'acception usuelle du mot4 ,il se reproduit encore sous nos yeux2 mais dj des traits pathologiques le dforment4 ,il consiste essentiellement dans la rencontre de deux grandes ondes crbrales qui se dirigent en sens inverse3 le monisme et l'agnosticisme4 ,l'esprit de synthse s'puisa vouloir les refouler dans le mme lit4 ,mais une srie intermittente d'affaiblissements et de triomphes1 de dfaites et d'exaltations de la pense abstraite marqua cette entreprise immdiatement vaine4 p4,,vii ,la philosophie du xixe sicle suivit les voies de la mtaphysique qui l'avait prcde et qui1 son tour1 s'tait modele sur les traditions monothistes des religions suprieures4 ,elle allia1 d'une faon la fois inconsciente et profondment irrationnelle1 la recherche de l'unit au dualisme de la connaissance4 ,elle fit revivre le plus prilleux et le plus dshonorant des illogismes4 ,nous emes dj1 en des travaux antrieurs#a1 l'occasion de relever quelques traits dterminant cette antinomie fondamentale2 celui-ci1 par exemple3 que les tentatives de synthse universelle dues aux efforts des plus notables parmi les penseurs contemporains1 les ,kant1 les ,comte1 les ,spencer1 tablissaient une objection crasante contre leur agnosticisme1 formel ou latent4 ,nous ne jugeons que par contraste1 disions-nous ce propos1 et le noir ne se peroit vraiment p4,,viii noir que s'il s'tale ct du blanc4 ,ainsi du monisme qui1 en tant que vrit d'ordre particulier1 psychologique1 sert dvoiler le vice cach des mthodes gnrales du philosophe4 ,on blesse les lois lmentaires de la logique en accouplant la thse qui affirme l'unit dernire des choses et celle qui constate notre impuissance de scruter le fond immuable de la nature4 ,et par surcrot1 on s'expose aux dures reprsailles prvues par la loi de l'identit des contraires4 ,on tombe dans l'erreur qui consiste prendre la ngation de l'unit1 de la connaissance pure et abstraite1 l'incognoscible1 pour quelque chose de distinct1 de rellement spar du monde phnomnal4 ,sous ce rapport1 ajoutions-nous#b1 les philosophies se groupent en deux grandes classes4 ,dans l'une on trouve ,dmocrite1 ,giordano ,bruno1 ,spinoza1 ,leibnitz1 ,fichte1 p4,,ix ,hegel1 ,schopenhauer1 ,spencer1 tous les esprits assez audacieux pour s'imposer la tche difficile de corriger l'agnosticisme par le monisme1 un excs de prudence par un excs de tmrit4 ,et dans l'autre viennent se ranger ,socrate1 ,aristote1 ,bacon1 ,descartes1 ,locke1 ,hume1 ,kant1 ,comte1 tous les penseurs dont le monisme1 moins catgorique1 moins affirmatif1 s'accompagne1 par suite1 d'un agnosticisme logiquement moins dfectueux ou mieux motiv4 ,dans cette double srie nous choisissons aujourd'hui les termes ultimes2 et1 remplissant une promesse contenue dans l'avant-propos de notre dernier ouvrage1 nous allons examiner les deux thories extrmes o versa1 en son enqute sur l'unit du monde1 la philosophie contemporaine4 ,toutefois1 il ne sera pas inutile1 croyons-nous1 de faire prcder cette tude par un expos sommaire de quelques vues gnrales4 ,elles visent les relations qui s'observent p4,x entre l'agnosticisme et l'exprience2 l'un1 principal apport du pass religieux1 apport qui semble vouloir s'arroger1 dans la production philosophique de nos jours1 le rle inhibitoire et misoniste jou1 dans un autre ordre d'activit1 par le ,capital2 l'autre qui1 comme nous tcherons de le prouver1 se confond intimement avec la poursuite monistique et figure assez bien1 dans l'antinomie conceptuelle prtendue insoluble1 les ambitions rnovatrices du ,travail4 ,paris1 en avril #ahid4 ,,notes3 #a ,agnosticisme1 pp4 #gb-gc1 #ajg-aac1 et ,la ,recherche de l',unit1 passim4 #b ,agnosticisme1 pp4 #aab-aac4 99 99 99 99 99 ,,auguste ,,comte ,,et ,,herbert ,,spencer p4#a 99 99 99 99 99 ,,livre ,,premier ,,le ,,probl,,me ,,du ,,monisme ,,dans ,,la ,,philosophie ,,du ,,temps ,,pr,,sent 99 99 99 99 99 ,i ,le caractre dominant du positivisme1 le trait propre qui valut cette doctrine tant de disciples enthousiastes1 est aujourd'hui sainement apprci mme des adversaires4 ,ceux-ci1 en effet1 admettent dj volontiers que la philosophie positive rvle un sentiment beaucoup plus vif qu'on ne l'prouvait auparavant3 #a de la liaison des choses1 et #b des p4#blimites infranchissables qui bornent nos connaissances4 ,le positivisme s'affirmerait donc la fois comme un monisme plus radical et comme un agnosticisme plus accentu que les conceptions philosophiques qui le prcdrent et le prparrent4 ,je souscris entirement la seconde caractristique4 ,quant la premire1 je ne saurais l'accepter sans des rserves expresses4 ,par sa belle classification des sciences spciales1 par la conscration qu'il apporte une science nouvelle1 la sociologie1 si admirablement soude par lui la srie inorganique et biologique1 puis considre comme le terme final de nos connaissances abstraites1 ,auguste ,comte dveloppe1 en effet1 un genre de monisme fort injustement dlaiss par ses prdcesseurs et trs capable1 en somme1 d'impressionner un sicle comme le ntre1 la fois glorieux de ses grandes dcouvertes et fatigu1 presque rassasi de ses succs scientifiques4 ,a la foule croissante des esprits clairs ce p4#c matre de la pense contemporaine laisse entrevoir le triomphe possible d'une unit crbrale1 comme il l'appelle1 fonde sur les donnes certaines de la science4 ,par malheur1 ,comte ne se borne pas dclarer la guerre au seul monisme transcendant4 ,l'erreur ctoie chez ce philosophe le plus juste sentiment critique et le pousse envelopper dans la mme proscription l'unit pure1 l'unit rationnelle1 ostensiblement confondue par lui avec la chimre mtaphysique4 ,il n'y avait1 certes1 ni sagesse1 ni grande clairvoyance lever ainsi la hache sur les racines profondes du monisme scientifique dont on voulait favoriser l'closion4 ,les ambages et les ttonnements de ,comte devaient1 du reste1 flatter les gots et satisfaire les prjugs de ces majorits vaguement instruites aux yeux desquelles l'indcision passe presque toujours pour un signe de prudence1 pour une temporisation habile4 ,trois forts courants intellectuels s'introduisent p4#dmanifestement dans l'ensemble de l'oeuvre d',auguste ,comte2 trois grandes ides directrices se dgagent de la philosophie positive comme son rsum1 son rsidu1 son enseignement suprme1 son legs dfinitif aux ges futurs4 ,ce sont1 dans l'ordre hirarchique de leur puissance respective3 #a le courant agnostique1 le plus considrable1 le plus violent de tous1 ou l'ide de limite2 #b le courant historique1 ou l'ide d'volution1 de progrs lentement gradu1 s'effectuant par nuances insensibles1 cela aussi bien dans les socits humaines que dans la nature vivante et le monde inorganique2 enfin1 #c le courant monistique1 l'ide d' unit crbrale1 le point le plus faible1 le moins dvelopp dans la conception positive de l'univers4 ,envisag soit comme doctrine pure1 soit dans ses applications aux ncessits immdiates de la vie mentale1 l'agnosticisme rgente tyranniquement les deux autres parties de la philosophie positive et surtout son troisime principe1 le monisme1 auquel1 et nous le verrons plus p4#e tard1 l'intolrance des adeptes du non possumus relativiste ne laisse1 pour ainsi dire1 qu'une ombre d'existence1 un rle peu prs drisoire4 ,littr fait trs bien ressortir l'intransigeance de son matre4 ,il le dit en propres termes3 ,pour le philosophe positiviste1 l'univers cesse de se montrer concevable en son ensemble et se scinde en deux parts1 l'une connue ou plutt connaissable selon les conditions humaines1 l'autre inconnue ou plutt inconnaissable1 soit dans la dure de l'espace1 soit dans celle du temps1 soit dans l'enchanement des causes4 ,cette sparation entre l'accessible et l'inaccessible est la plus grande leon1 que l'homme puisse recevoir1 de vraie confiance et de vraie humilit4--,et presque aussitt il ajoute ces lignes significatives3 ,il ne faut pas considrer le philosophe positif comme si1 traitant uniquement des causes secondes1 il laisse libre de penser ce qu'on veut des causes premires4 ,non1 il ne laisse l-dessus aucune libert2 sa dtermination p4#f est prcise1 catgorique et le spare radicalement des philosophies thologiques et mtaphysiques4 ,voil des dclarations nettes4 ,elles manent du disciple qui se posa pour rgle de ne jamais dpasser les conceptions du matre1 qui souvent mme se glorifia d'avoir su les restreindre leur expression premire4 ,il suffit1 d'ailleurs1 d'ouvrir le ,cours de philosophie positive pour se convaincre de la fidlit scrupuleuse apporte par ,littr l'interprtation de la doctrine de ,comte4 ,mais que penser alors de l'objection qui nous fut faite dernirement et qui consiste soutenir que nulle trace de pessimisme intellectuel ne s'observe chez ,comte2 ou encore que l'inconnaissable de ce philosophe1 rsultant des limites rencontres par l'exprience1 et non de l'analyse subjective de l'esprit1 n'est l'objet d'aucune religiosit et diffre peine de l'inconnu8#c p4#g ,bornons-nous enregistrer ici cette opinion4 ,le second principe directeur du positivisme1 l'ide d'volution1 revt une allure magistrale dans la partie sociologique de l'oeuvre de ,comte4 ,la filiation ininterrompue des gnrations humaines1 les liens troits de pit et de gratitude qui1 vritables points de suture1 rattachent le prsent au pass1 la rhabilitation des poques les plus dcries1 la solidarit profonde et durable grce laquelle tout se tient et s'enchane dans le rgne humain1 absolument comme dans le rgne organique et1 plus bas1 plus au fond1 dans le rgne inorganique1--ce noble ensemble de doctrines faisait de l'histoire des socits humaines le prolongement1 le complment ncessaire de l'volution gnrale des choses4 ,sur ce point1 ,comte fut le prcurseur gnial de ,darwin et de ,spencer et le philosophe qui1 l'un des premiers1 ensemena le vaste champ o le xixe sicle leva une si blouissante moisson4 ,arme de ces deux thories1 qui furent toujours p4#h ses grands chevaux de bataille1 la philosophie positive remporta1 cela presque immdiatement aprs la mort prmature de son fondateur1 une victoire rare et qui un jour paratra excessive4 ,sa popularit1 son expansion rapide clipsrent la popularit et l'expansion des plus triomphantes coles du sicle1 telles que le kantisme ou l'hglianisme1 et dpassrent de beaucoup les succs et l'influence qui1 d'autres poques1 churent en partage des philosophies trs srieuses1 trs dignes d'attention1 le monisme de ,spinoza1 par exemple1 ou le mcanisme de ,descartes1 l'volutionnisme inchoatif de ,leibnitz1 le criticisme lmentaire de ,hume4 ,ce point d'histoire ne saurait plus se nier aujourd'hui1 surtout si l'on ramne1 comme il convient de le faire1 ses origines positivistes1 l'intressante diversion philosophique opre par ,herbert ,spencer4 ,mais1 ds lors1 le positivisme apparat comme le rcipient central1 le large rservoir latin o se dversent et d'o sortent les principaux courants p4#i philosophiques de notre poque1 depuis le criticisme germain qui1 proprement1 lui donna naissance1 jusqu' l'volutionnisme anglo-amricain qui maintenant porte et rpand ses enseignements aux quatre coins du monde civilis4 ,mais pourquoi ou plutt comment la pense de cet obscur rptiteur de mathmatiques que resta sa vie durant ,auguste ,comte1 parvint-elle conqurir et dominer ainsi tout un sicle8 ,a nos yeux1 la brusque entre des ides positivistes sur la scne du monde et leur triomphe facile s'expliquent par deux causes ou deux conditions essentielles4 ,en premier lieu1 ces ides taient celles mmes que prconisrent1 en des formules varies dans la forme1 mais pareilles au fond1 une longue suite de philosophies prcdentes1 toutes plus ou moins agnostiques1 volutionnistes et monistes4 ,la conception positiviste se borna runir en un faisceau dogmatique ces tendances implicitement contradictoires4 ,elle p4#aj sembla de la sorte lever ou rsoudre une des plus vieilles1 une des plus redoutables antinomies de l'esprit4 ,en second lieu1--et nous attirons l'attention du lecteur sur ce point1--,auguste ,comte fut avant tout un vulgarisateur de gnie2 nous employons ici ce terme dans son sens le plus large et le plus lev4 ,comte russit accrotre1 agrandir de faon notable la base humaine qui servait de support vivant aux doctrines1 aux imaginations abstraites de la philosophie4 ,et cette diffrence1 ce gain fut pris par lui en totalit sur les cerveaux qui subissaient encore le joug des conceptions religieuses1 toujours plus concrtes que les philosophiques4 ,il dmocratisa1 pour ainsi dire1 la philosophie1 il en fit l'apanage d'un flot montant d'intelligences humaines4 ,il rpandit plus abondamment que n'importe quel autre philosophe1 et en des milieux nouveaux1 la lumire qu'un petit nombre d'initis tenaient soigneusement cache sous le boisseau mtaphysique4 p4#aa ,il comprit ainsi admirablement son poque1 l'esprit et les besoins de son temps4 ,il fut le fils lgitime--et1 en son for intrieur1 trs respectueux--du xixe sicle4 ,il se montra tel1 du reste1 de plusieurs faons4 ,il pressentit et devina les tendances expansives1 les aspirations galitaires de la phase historique qui s'ouvrait devant lui1 et il y satisfit de son mieux4 ,il adapta sa conception gnrale du monde la capacit intellectuelle des nouvelles couches sociales conquises par la pense sous sa triple forme1 philosophique1 scientifique et esthtique4 ,il fut le vritable promoteur de cette maxime que l'un de ses plus authentiques disciples1 ,taine1 se plaisait rpter3 ,sans une philosophie1 le savant n'est qu'un manoeuvre1 et l'artiste qu'un amuseur4 ,et il vit venir lui la foule des savants1 des publicistes1 des esthtes1 d'autant plus dociles sa voix que celle-ci en appelait constamment au bon sens pratique des multitudes4 ,il fit plus encore4 ,il estima sa juste valeur p4#ab la qualit et la composition de la nourriture philosophique que rclamait le sicle4 ,il opra un choix sagace dans l'arsenal des conceptions surabstraites et des procds synthtiques du pass4 ,il s'attacha avec prdilection aux fruits dj mrs d'une exprience plusieurs fois sculaire4 ,et cette nutritive moelle des philosophies prparatrices1 il la tira moins des livres ou de l'tude minutieuse des mtaphysiciens1 que de l'air ambiant1 encore tout troubl par la grande secousse rvolutionnaire1 que de l'observation immdiate d'une socit chaotique1 tumultueuse1 en gsine d'un idal nouveau4 ,il la tira aussi de son commerce patient1 obstin1 avec ce qu'il y a de plus grand1 de plus sr et de plus sain dans notre civilisation instable1 du commerce avec la srie totale des sciences particulires1 mre des suprmes abstractions de l'esprit4 ,il fut ainsi conduit marier l'agnosticisme qui reprsente le pass religieux de l'humanit1 au monisme qui1 reprsentant son avenir scientifique1 p4#ac contient en germe la ngation formelle de l'inconnaissable4 ,et dans le mme cadre1 sans prendre garde qu'il pouvait se briser en pices1 il fit entrer1 il maintint d'autorit une troisime synthse1 la thorie volutionniste1 figurative surtout de l'poque actuelle dont elle constitue1 sans nul doute1 la principale marque4 ,au surplus1 l'exceptionnel gnie vulgarisateur de ,comte se manifeste jusque dans la manire1 qui lui est propre1 de traiter les plus difficiles problmes4 ,je parle ici1 bien entendu1 de la mthode du positivisme1 et non de la forme ou du style des crits de ,comte1 obstacle minime si l'on songe combien facilement il fut surmont par le talent littraire des premiers vanglistes de la bonne parole4 ,je le rpte1 comme doctrine et comme mthode1 l'oeuvre de ,comte est toute de nivellement2 j'insiste sur ce terme auquel1 d'ailleurs1 je n'attache aucune ide pjorative et qui dans ma bouche ne prend1 en nulle faon1 le sens d'abaissement4 p4#ad ,comte n'a aucun souci d'approfondir les trois grandes thses qui forment les pivots sur lesquels s'appuie son entreprise philosophique4 ,il tend1 il dveloppe la surface occupe par les problmes de l'agnosticisme1 du monisme et de l'volutionnisme2 il cherche rendre ces questions abstraites accessibles aux intelligences moyennes1 il leur donne un aspect pratique parfois trs sduisant1 il invoque1 chaque tournant de route1 les tmoignages de la raison vulgaire1 de l'exprience de tous les jours4 ,il est autoritaire1 dogmatique1 ainsi qu'il convient un penseur qui s'adresse la foule4 ,il est le moins sceptique1 le moins dlicat1 le moins raffin1 mais aussi le moins calculateur1 le plus sincre1 le plus naf des philosophes4 ,il est d'une bonne foi entire1 admirable4 ,il se garde comme du plus grand des malheurs1 comme d'un pch irrmissible1 de creuser les questions pralables1 de scruter les principes1 les points de dpart1 d'aller au fond des choses4 ,il est l'ennemi jur de la subtilit p4#ae qu'il envisage comme la vraie tare mtaphysique4 ,au point de vue utilitaire1 il a mille fois raison1 puisque dans les vastes landes encore incultes1 dans les jachres de la connaissance1 telles que la psychologie ou la sociologie1 il chappe de la sorte au verbiage oiseux1 l'aiguisement inutile du tranchant de la pense1 qui ensuite se prodigue en pure perte4 ,mais1 thoriquement1 sa position cesse d'tre aussi bonne4 ,car les sciences suprieures ne restent pas stationnaires1 et leurs acquts ne sont pas tous dus l'observation pure et simple4 ,l'lment rationnel y entre pour une part qui va en augmentant4 ,l'hypothse1 l'abstraction et la gnralisation y jouent un rle de plus en plus considrable4 ,en dfinitive donc1 il y a lieu1 croyons-nous1 de reconnatre cette vrit d'ordre exprimental3 par le positivisme la philosophie--une philosophie srieuse--fut pour la premire fois mise la porte d'une trs forte majorit d'esprits4 ,historiquement parlant et p4#af jugeant1 un grand progrs s'est accompli par l4 ,la dmocratie intellectuelle1--cration1 en somme1 heureuse de notre poque1 puis-qu'elle permet les longs espoirs dans l'avenir destructeur des iniquits sociales1--la dmocratie de l'esprit1 dis-je1 en fut du coup ennoblie1 pure1 moralise4 ,un crivain qui appartient aux jeunes gnrations sur lesquelles nous pouvons srement compter1 l'affirme en ces termes nets 7et je l'en flicite73 ,le positivisme n'effarouche que les consciences troubles dont il dnonce les basses convoitises2 toute la noblesse de l'homme s'irradie de son esprit#d4 ,mais il y a mieux peut-tre1 au regard des contingences futures4 ,sorties des nuages mtaphysiques o se cachait leur clatante nudit1 les trois grandes thories hypothtiques 7vrits ou erreurs1 il n'importe73 l'agnosticisme1 le monisme et l'volutionnisme1 sont aujourd'hui descendues sur terre4 ,divinits autrefois p4#ag si farouches1 elles s'humanisent visiblement2 elles ne demandent qu' subir la terrible preuve1 elles veulent bien devenir fcondes du fait de la science particulire4 ,faut-il ajouter qu'une orientation rcente de la philosophie1 tiquete par la critique adverse comme hyperpositivisme et laquelle on me fait l'honneur d'associer mon nom1 que cette orientation consiste essentiellement prter1 l'oeuvre naturelle et invitable d'un tel ensemencement scientifique1 l'aide jusqu'ici ddaigne des tudes1 des expriences spciales dans les domaines limitrophes de la biologie1 de la sociologie et de la psychologie8 ,et faut-il rappeler que le premier rsultat de ces efforts encore si incertains fut de rejeter du positivisme l'lment mystique1 et en mme temps de conserver1 de raffermir1 de dvelopper ses deux autres principes constitutifs8#e 99 99 99 99 99 ,,ii p4#ai ,la philosophie volutionniste nous dcouvre une autre face de la contradiction fondamentale entre l'agnosticisme et le monisme4 ,destine1 au dire de ses adeptes1 rvolutionner la philosophie1 la science1 l'art et jusqu' la vie collective1 cette grande doctrine prtend inaugurer une mthode neuve1 originale4 ,infiniment soucieuse des racines et des commencements1 elle suit la trace1 elle note avec soin1 travers les temps et les milieux1 la marche graduelle des choses et des tres4 ,mais l'histoire de tous les vangiles se ressemble1 p4#bj d'une faon tonnante4 ,celui que divulguent aujourd'hui les aptres de l'volution s'accompagne d'une esprance robuste1 d'une foi nave4 ,ainsi voque-t-il le souvenir de la bonne nouvelle qui1 partie jadis d'une infime bourgade de ,jude1 rayonna dans le monde antique4 ,un ,dieu nous est n1 annonait-on alors avec un enthousiasme plus sincre et plus communicatif sans doute1 mais de nature pareille l'engouement contemporain1 et un chemin foncirement nouveau s'ouvre au salut de l'me humaine4 ,on oubliait1 on ngligeait un dtail qui ne manque pourtant pas d'importance3 les incarnations divines prcdentes1 le grand souffle bouddhique de charit1 le courant d'amour universel entranant et sauvant des millions d'mes anctres6 ,l'illusion du vieux-neuf est tenace dans l'humanit2 aucune croyance ne l'vite4 ,elle se loge au coeur mme de la thorie qui aspire la dissiper en l'expliquant1 elle s'empare de la doctrine qui enseigne que tout a son germe p4#ba en tout4 ,mais1 brouillant la vue claire du pass1 elle empche de saisir le sens direct des modalits prsentes4 ,il est peut-tre temps de mettre un peu d'eau dans le vin qui enivre les volutionnistes4 ,non1 leur fameuse thse n'est pas le verbe nouveau qu'ils disent1 la lueur subite venant illuminer les sciences connexes de la vie1 de l'me et des socits humaines4 ,c'est l1 au contraire1 une vrit trs ancienne1 trs prouve et trs gnrale1 qui suscita des luttes innombrables1 qui eut ses priodes de vigueur et ses poques de dfaillance1 ses clipses et ses rapparitions triomphales2--une vrit1 en somme1 qui1 loin d'imposer notre esprit une discipline et des rgles jusque-l inconnues1 le contraint plutt suivre docilement1 en ses explorations rcentes1 la voie scientifique depuis longtemps ouverte4 ,les choses et leurs apparences1 les phnomnes1 coulent1 changent1 deviennent1 voluent3 nul dogme d'envergure plus vaste ne p4#bb prcda cette gnralisation solidement tablie par la science du nombre1 par la mcanique cleste et terrestre1 par la physique et la chimie rudimentaires4 ,le concept de mouvement qui relie et unifie ces diverses recherches1 nous apporte cet gard un tmoignage irrcusable2 car c'est au mcanisme que les thories volutives modernes1 forces dans leurs derniers refuges mtaphysiques1 ramnent les changements quelconques et les mutations d'existence si allgrement rsums par elles en leur vocable prfr4 ,un second tmoignage1 et non moins prcieux1 nous est fourni par la mtaphysique difiant sur le concept du devenir une foule de dductions extrmement ingnieuses4 ,mais d'o pouvait-elle tenir ce concept central1 sinon de l'exprience contemporaine1 et comment1 sans l'appui des hypothses particulires1 des spculations scientifiques de l'poque1 et-elle russi maintenir des affirmations aussi hasardes8 ,on dsavoue et condamne l'esprit mme de la doctrine p4#bc volutionniste en supposant possible une brche1 une solution de continuit de cette sorte4 ,l'ide d'un dveloppement successif apparat comme une des plus vieilles notions qui dirigrent le savoir particulier4 ,c'est ce dernier que la mtaphysique emprunta l'abstraction correspondante4 ,succdant la thologie1 elle installa sur les ruines des croyances confusment intgrales des premiers ges de la pense1 la diffrenciation classique des trois devenirs1--celui de la matire ou du mouvement1 celui de la vie ou de la sensation1 et celui de l'esprit ou de l'ide4 ,mais la science la plus primitive et la mtaphysique la plus purile se sont toujours inspires d'un autre principe encore1 que toutes deux plaaient1 clans l'chelle abstractive1 au-dessus de l'ide d'volution1 et que toutes deux considraient1 par le fait1 comme le but suprme de la connaissance4 ,je veux parler du concept d'unit4 ,l'ide d'volution offrait un moyen sr pour p4#bd ramener la multiplicit effective des phnomnes leur identit essentielle4 ,le principe infrieur symbolisait l'ensemble des mthodes rationnelles capables de nous conduire une telle fin4 ,il se pliait de lui-mme aux exigences du principe suprieur4 ,on entra donc de prime abord et rsolument dans la voie monistique4 ,le devenir1 diffrentiel et multiple par dfinition1 de l'tre toujours un et semblable lui-mme1 ou1 en d'autres termes1 l'unit de l'univers et son explication scientifique la plus plausible1 l'volution des choses1 se prsentent ainsi1 avec vidence1 comme les deux grandes ides rgulatrices de toute spculation gnrale4 ,un rapport logiquement ncessaire1 exprimentalement vrifiable1 relie l'ide d'unit 1 l'ide d'volution4 ,si l'une constitue l'me de la philosophie1 l'autre en forme le corps1 la condition apparente1 le revtement sensible4 ,accumuler les donnes et les faits diffrentiels1 multiplier les expriences1 se servir de l'ide d'volution sans perdre de vue la fin unitaire p4#be suprme1 tel est1 tel demeure le lot de la science imparfaite4 ,quant l'idal1 la science paracheve1 elle souhaite la fusion intime de ces deux principes d'abord vaguement distingus et plus tard poss1 par l'analyse verbale1 comme contraires rels4 ,la mcanique s'appuie sur la base des mathmatiques1 la physique s'taye des vrits mcaniques1 la chimie se dveloppe sur les fondements tablis par la physique2 et la srie se prolonge pour toutes les crations mentales venues temps sur la pente qui conduit l'esprit du plus connu au moins connu1 des apparences simples et lmentaires aux apparences complexes et difficiles4 ,par contre1 la discipline qui ne voulut pas se conformer cette marche ncessaire ignora1 de parti pris1 l'ide d'volution4 ,toute science htive et prmature prtendit pouvoir se passer de la mthode exprimentale1 de l'examen attentif des faits concrets1 individuels4 ,telles s'offrent nos yeux la biologie avant l'panouissement des connaissances p4#bf physico-chimiques1 et1 a fortiori1 la sociologie et la psychologie2 et telle se dvoile surtout la synthse philosophique qui jamais ne ralisa les conditions exigibles d'une formule savante de l'univers4 ,conception btarde1 rivale dj trop faible de la thologie plus simpliste1 plus vivante1 elle se spara des sciences pleinement constitues et se rapprocha des branches naissantes du savoir4 ,elle conclut avec celles-ci une alliance si troite qu' certaines poques il et t vraiment difficile de dire1 par exemple1 o finissaient la psychologie et la morale1 la rgle sociologique1 et o commenait l'ontologie1 la thorie des principes essentiels du monde4 ,aussi cette sorte de philosophie demeura-t-elle longtemps1 sinon hostile au principe volutif et la mthode exprimentale1 du moins incapable de faire fructifier le premier1 ou d'appliquer srieusement la seconde4 ,la progression de l'ide moniste en prouva un retard sensible4 ,cet effet ne pouvait manquer de se produire1 puisque le principe volutif p4#bg joue l'gard de l'ide d'unit le rle d'un coefficient qui en dcuple la valeur4 ,le monisme scientifique s'arrta mme brusquement dans sa marche vers le conqute de l'inconnu2 il n'osa pas franchir les cueris mystrieux qui se dressent entre le monde de la vie et la nature inorganique4 ,et le monisme philosophique1 dviant de plus en plus de la route qui mne l'unit rationnelle1 finit par se transformer en un monisme transcendant#f4 ,tout cela tait invitable4 ,l'ide d'unit ou d'identit sert de principe rgulateur notre savoir1 et l'ide d'volution constitue notre mthode la plus efficace pour justifier et vrifier ce critrium suprme4 ,car l'unit se pose tout d'abord en postulat1 en hypothse2 mais peu peu elle se transforme en vrit d'ordre exprimental et rationnel la fois4 ,ces deux grandes ides devaient donc1 forcment1 traverser la mme crise et subir la mme altration4 p4#bh ,plus haut1 nous n'avons pas ni la ralit du mouvement intellectuel qui entrana dans le sillage mtaphysique le tronon isol des sciences dites suprieures4 ,mais nous n'y pouvons voir qu'une agitation factice et infconde1 et quelquefois mme un recul1 un vritable retour l'ignorance des temps primitifs4 ,en effet1 un troisime lment formateur de la connaissance--ou dformateur1 selon le point de vue--s'est toujours joint aux ides d'unit et d'volution et a tenu1 leurs cts1 une large place4 ,le savoir qui mritait ce nom par son dveloppement rgulier1 acceptait pour seul guide l'exprience4 ,il tait conduit par les ides d'volution et d'unit4 ,mais le savoir inchoatif et la mtaphysique qui l'accueillait avec faveur en lui donnant le pas sur les branches constitues de la connaissance1 admettaient encore un troisime principe3 l'ide de l'au-del1 de l'universel mystre1 fond intime des conceptions religieuses et de toute foi a priori4 ,ainsi p4#bi s'expliquent les nombreux essais qui prtendirent concilier l'infini1 l'absolu1 l'inconnaissable avec l'volution et l'unit4 ,ces tentatives devaient demeurer vaines1 logiquement parlant4 ,mais elles remplirent de leur bruit l'histoire de la philosophie1 elles donnrent naissance une interminable suite de contrastes striles1 d'affirmations surabstraites accompagnes de leurs ngations fictives1 couples tranges qui tous drivent1 videmment1 de l'antinomie primordiale entre l'immanence 7l'unit dvoile par l'volution des choses et des tres7 et la transcendance 7l'en-dehors hyperphysique71--opposition quintessencie entre l'exprience et sa ngation pure1 la non-exprience4 ,or donc1 d'o vient et comment s'infiltre dans le cerveau de l'homme1 comment s'impose la mtaphysique en particulier1 l'ide de transcendance1 destructive de tout vrai savoir envisag dans ses conclusions ultimes1 et essentiellement limitative si l'on ne dpasse p4#cj pas les degrs intermdiaires1 les gnralisations infrieures de la connaissance8 ,a cette question nous rpondmes par deux fois3 dans notre livre sur l',inconnaissable et dans celui sur l',agnosticisme4 ,la gense1 les origines de cette ide clairent son action inhibitoire sur la pense4 ,elle est la survivance des ges lointains de l'humanit1 le reliquat des fausses certitudes1 des illogismes1 des craintes superstitieuses des temps couls1 le signe gnral voquant l'ensemble des mthodes irrationnelles o se fourvoya l'esprit de recherche4 ,elle fut toujours et demeure encore1 par consquent1 une ngation directe de l'ide d'volution4 99 99 99 99 99 ,,iii p4#ca ,rsumons brivement la double analyse prcdente4 ,trois ides-forces1 pour parler comme ,m4 ,fouille1 ont guid la philosophie du pass4 ,les ides d'unit et d'volution appartiennent la science4 ,elles expriment le fonds propre de celle-ci1 elles figurent ou symbolisent la recherche exprimentale4 ,l'ide de l'au-del appartient la mtaphysique qui la reut en hritage de la thologie4 ,elle forme l'apport atavique de l'ignorance primitive1 elle figure ou symbolise l'incertitude initiale1 insparable de l'esprit de crdulit4 p4#cb ,mais ces mmes ides directrices manifestent en outre deux tendances fondamentales qui1 dans l'ordre intellectuel1 s'opposent comme l'affirmation et la ngation1 et1 dans l'ordre motif1 comme l'optimisme et le pessimisme du savoir4 ,certes1 nous sommes loin de mpriser les avantages qui se peuvent retirer du pessimisme ou de la ngation contenus en de justes bornes4 ,nous sommes loin aussi de contester l'utilit relative du mythe religieux4 ,mais cela ne saurait nous empcher de reconnatre la vrit de l'observation selon laquelle l'agnosticisme1 pntrant dans le milieu faonn par les dcouvertes de la science1 y dtermina toujours une forte fermentation mtaphysique4 ,dans la philosophie du temps actuel1 ces trois grandes ides sont largement reprsentes4 ,le criticisme1 hritier direct de l'idalisme1 commence par raffermir sur ses bases l'agnosticisme branl par les progrs de la science4 ,il cherche tablir un modus vivendi provisoire p4#cc entre l'a priori et l'a posteriori4 ,voici1 en deux mots1 comment il procde3 il range un lment thorique important1 l'unit1 dans le domaine de l'a priori2 il le distrait totalement de la science1 qui il ne laisse qu'un seul ingrdient1 le diffrentiel1 le multiple1 ou rvolution sous le nom d'exprience sensible4 ,il arrive ainsi crer ou1 plutt1 renouveler le monisme transcendant4 ,kant se proccupe beaucoup de l'unit philosophique4 ,il croit mme avoir fait1 cet gard1 un pas considrable en avant4 ,il assimile ce qu'il appelle sa dcouverte celle de ,copernic renversant les rles attribus1 dans leur rvolution rciproque1 la terre et au soleil4 ,la comparaison semble exacte en ce sens que1 si les principaux adversaires de ,kant concevaient la matire comme le foyer central o se runissent toutes les existences1 lui1 l'idaliste nourri par la forte critique sensualiste dirige contre les excs du matrialisme1 se tournait du ct oppos4 ,il subordonnait la nature l'esprit1 p4#cd il proclamait hautement que l'universalit et la ncessit--encore deux synonymes vagues de l'unit si ardemment poursuivie--entrent dans la connaissance par le sujet1 seul lment actif1 non par l'objet1 produit peu prs passif de notre mentalit4 ,mais l'analogie invoque par ,kant ne se justifie plus si l'on songe que l'inversion dont il s'attribue le mrite est aussi vieille que la philosophie elle-mme4 ,kant reprend la thse du monisme idaliste affirmant la suprmatie du sujet sur l'objet4 ,l'homme est la mesure des choses1 disait ,protagoras1 les ides sont la seule ralit certaine1 rpte aprs lui ,platon1 les objets de l'exprience sont nos objets1 conclut ,kant1 en se doutant bien un peu1 je suppose1 qu'il paraphrase ses prdcesseurs4 ,la solution de ,kant ne rsout videmment rien4 ,son monisme est aussi hypothtique et exclusif que les tentatives qui prparrent la sienne4 ,la question demeure pose dans les mmes termes4 ,toutefois1 en accusant l'importance du point de vue biologique1 p4#ce jusque-l trop nglig1 la critique kantienne largit le terrain de l'ternelle dispute1 elle ajoute l'enqute de nouveaux documents1 elle complte1 pour ainsi dire1 l'inventaire mtaphysique4 ,la philosophie positive vient ensuite4 ,hritire du matrialisme1 elle procde comme son anctre direct1 elle a la passion de tout vulgariser4 ,mais1 cette fois1 la thse qu'elle popularise inconsciemment se distingue peine de celle dfendue par le criticisme4 ,a son tour1 elle se donne la tche d'tablir un modus vivendi entre les termes de l'antique antinomie4 ,pourtant1 elle fait la part plus grande l'lment scientifique1 l'volution1 l'exprience4 ,elle dveloppe le principe exprimental jusqu' lui subordonner l'ide unitaire4 ,elle prend ainsi1 selon nous1 justement le contre-pied du vrai rapport qui existe entre rvolution et l'unit2 et son monisme1 irrparablement atteint par ce vice radical1 demeure terne1 vague1 contradictoire1 indcis4 p4#cf ,au positivisme enfin succde l'volutionnisme qui dvoile avec franchise le sens rel des croyances thologiques4 ,cette philosophie ramne l'ide divine et le sentiment religieux au concept essentiellement motif de l',incognoscible4 ,mais loin d'en infrer la dchance future de l'agnosticisme1 elle porte aux nues cette tendance de l'esprit humain1 elle clbre ses mrites1 elle s'efforce d'en faire le pivot central d'une conception rationnelle de la nature4 ,elle croit1 du reste1 fermement la possibilit d'une conciliation1 d'une entente durable entre l'ide religieuse ou agnostique et le concept exprimental ou volutionniste4 ,partant1 elle exalte1 elle glorifie ce dernier principe qui s'tait dj affirm avec une certaine force dans la philosophie du sicle1 deux reprises diffrentes1 par la critique kantienne de l'exprience et surtout par les ides sociologiques d',auguste ,comte4 ,dans ces conditions1 la doctrine spencrienne ne pouvait se montrer hostile l'ide monistique4 ,elle accueille donc p4#cg l'unit du monde comme un postulat universel de la pense4 ,mais1 plus tmraire que les philosophies rivales1 elle ne recule point devant les consquences extrmes de sa thorie du savoir4 ,elle ddouble son monisme1 elle en fait deux parts ingales3 la partie transcendante1 l'unit de l'inconnaissable1 c'est--dire1 au fond1 rien moins que sa connaissance acheve2 et la partie exprimentale1 l'unit1 forcment imparfaite1 du connaissable4 ,si ,ton compare entre elles les principales directions de la pense contemporaine1 on constate1 non sans quelque surprise peut-tre1 qu'elles forment comme une gamme ascendante venant renforcer1 malgr leur contrarit manifeste1 ces trois grands thmes dont s'inspira1 de tout temps1 la philosophie3 l'agnosticisme1 l'volutionnisme et le monisme4 ,en effet1 ne semble-t-il pas que1 de ,kant ,spencer1 la religiosit latente s'aggrave ou1 du moins1 se maintienne un niveau gal8 ,les chefs de file de la philosophie moderne se proccupent de p4#ch jeter les bases d'une religion nouvelle4 ,kant imagine la thologie du devoir1 ,comte celle de l'humanit qui reproduit1 sous un aspect la fois plus concret et plus populaire1 la foi morale de son prcurseur2 enfin ,spencer fonde la religion de l',inconnaissable4 ,d'autre part1 on ne saurait mconnatre les progrs accomplis par les ides exprimentales1 ni l'expansion de l'ide d'unit1 si troitement lie celle d'volution4 ,mais cet essor simultan d'ides contradictoires ne s'explique-t-il pas par les soucis logiques de l'esprit1 par notre besoin d'tre consquents1 d'aller1 dans la vrit comme dans l'erreur1 jusqu'au bout8 ,au reste1 si l'on dsire porter un jugement quitable sur les modifications subies1 dans le cours des sicles1 par la mentalit philosophique1 c'est aux systmes les plus renomms du pass qu'il faut confronter les grandes doctrines aujourd'hui en faveur auprs de l'opinion4 ,on s'tonne alors du rle prminent qui1 dans la conception gnrale du monde1 p4#ci choit de plus en plus la partie active de la science1 l'lment qui sert d'une faon directe l'ide d'unit1 de connaissance parfaite4 ,depuis ,bacon et ,descartes1 par exemple1 jusqu' nos jours1 un chemin trs apprciable est parcouru par la mme notion fondamentale4 ,sous le nom d'exprience1 de monde sensible chez ,kant1 sous celui de dveloppement ncessaire et graduel chez ,comte1 sous celui d'volution chez ,spencer1 elle acquiert une valeur rapidement croissante4 ,d'o vient une conqute si grande et si sre que la philosophie tout entire semble aujourd'hui tenir dans le seul mot d'volution8 ,a notre sens1 un tel succs prouve une fois de plus l'action profonde exerce par les ides1 les gnralisations1 les progrs strictement scientifiques sur les ides1 les dductions1 les transformations de la connaissance purement philosophique4 ,ce phnomne confirme la grande loi de corrlation entre la science et la philosophie1 que nous avons cherch p4#dj tablir dans un de nos premiers ouvrages#g4 ,l'histoire des ides scientifiques nous rvle une longue suite d'antcdences significatives1 une accumulation d'expriences et de synthses se rattachant toutes l'ide d'volution1 et qui toutes mettent en relief le devenir par tapes successives1 ou la diffrenciation immanente des choses et des tres4 ,on se tromperait mme beaucoup en ne citant l'appui de cette thse que les noms populaires de ,lamarck1 de ,darwin1 et en y joignant quelques obscurs prcurseurs4 ,c'est par centaines1 sinon par milliers que se doivent compter les savants dont les travaux permirent au positivisme1 et ensuite l'volutionnisme proprement dit1 de se produire1 de se rpandre1 de vaincre les obstacles1 de triompher des rsistances4 ,il faut remonter la moiti du xviie sicle1 et plus haut encore1 si l'on veut reconnatre et fixer les points initiaux du courant intellectuel qui renversa1 les barrires p4#da caduques et transfra peu peu le concept d'volution du domaine mcanique en celui des faits et des lois de la vie 7constitution des deux chimies1 inorganique et organique1 et fondation de la biologie74 ,ds lors la route s'aplanissait devant les tentatives semblables d'une foule d'historiens1 de psychologues1 de moralistes4 ,on nous reproche ce qu'on appelle l'hyperpositivisme4 ,on pourrait1 avec la mme justice1 blmer notre volutionnisme moins accommodant1 peut-tre1 que celui de ,m4 ,spencer ou de son cole aujourd'hui florissante4 ,un esprit mathmatique fort distingu et dont l'adhsion ouverte quelques-unes de nos thories les plus capitales nous valut une grande joie1 a discern ce trait avec beaucoup de finesse#h4 ,exposant et commentant nos dductions sur la gense des concepts surabstraits1 il considre les lois rigoureuses qui forment l'objet propre p4#db de la logique pure1 comme un cas particulier de la grande loi d'volution4 ,rien n'est plus vrai si l'on fait du vocable volution le synonyme d'exprience et si1 par suite1 les deux faces du processus volutif1 la diffrenciation et l'intgration1 s'envisagent comme l'quivalent des deux seuls modes par lesquels l'esprit saisit tantt la multiplicit des choses1 et tantt leur unit4 ,nous avons lieu d'tre satisfaits en voyant nos ides se rpandre peu peu non seulement dans les milieux philosophiques1 mais aussi parmi les savants spciaux4 ,prcieux par-dessus tout nous semble l'appui prt certaines de nos thses par la science mathmatique1 base solide qui soutient l'difice entier du savoir exact4 ,la loi de l'identit des contraires se rvlant telle que le fond intime de vrit contenu dans la clbre doctrine de la relativit du savoir1 quelle fortune pour l'ide pure d'exprience et1 par suite1 pour l'ide pure d'volution6#i p4#dc ,le principe d'universelle relativit s'offre ainsi comme l'aspect psychologique du principe d'universelle unit4 ,l'volutionnisme conduit fatalement au monisme4 ,mais sur cette route hrisse d'obstacles que notre lassitude ou notre paresse mentale dclare insurmontables1 combien de prjugs ne devrons-nous pas perdre1 combien d'illusions ne devrons-nous pas rectifier6 ,l'acte de connaissance tant ncessairement un acte de dtermination1 de limitation#aj1 l'abstraction et la logique humaines demeureront toujours un compte de l'univers tenu en partie double4 ,nous apprhenderons toujours les choses ou leurs notions1 leurs ides1 par l'aide de deux concepts opposs4 ,mais ce procd1 pour naturel qu'il se prsente1 n'en constitue pas moins un procd1 une mthode1 un moyen4 ,il ne doit pas s'imposer comme un rsultat dfinitif1 une conclusion dernire1 une fin en soi4 ,l'agnosticisme n'a jamais voulu p4#dd comprendre cette vrit si simple4 ,il a d'ailleurs le plus grand tort de tant se rclamer du principe relativiste4 ,il joue imprudemment avec la flamme qui1 tt ou tard1 le consumera4 ,ce qu'il regarde aujourd'hui comme sa plus forte ancre de salut sera1 peut-tre1 demain1 qui sait8 le poids destin l'entraner dans l'abme4 ,dveloppe dans tous les sens1 creuse plus profondment par la psychologie1 la relativit du savoir--les nouvelles thories sur l'identit des contraires semblent dj le prsager--pourrait fort bien porter l'ignorance rige en systme religieux ou philosophique le coup de grce qu'elle attend depuis des sicles4 ,,notes3 #c ,anne philosophique1#c;e anne1 p4 #bcg1 par ,m4 ,pillon1 dans l'article que ce no-criticiste distingu consacr mon livre sur l',agnosticisme4 #d ,j4 ,caraguel4 #e ,au moment o je corrige les preuves de ce volume1 on m'envoie le numro de mars #ahid de la ,revue occidentale qui publie un long article sur mon livre3 ,la recherche de l'unit4p4#ah ,l'organe officiel du positivisme y fait trois dclarations intressantes4 ,par la premire1 les positivistes se dfendent nergiquement de tomber dans l'erreur agnostique4 ,j'enregistre mon actif cette victoire inespre4 ,par malheur1 elle reste purement morale1 car1 en fait1 le reniement de ,pierre ne change rien la doctrine de son matre1 ni1 en dfinitive1 celle de ,pierre lui-mme4 ,la philosophie positive1 nous assure-t-on1 tient pour inconnaissable le problme de l'existence ou de la non-existence d'un inconnaissable4 ,soit4 ,mais j'imagine que lorsque ,m4 ,spencer1 par exemple1 postule la ralit de l'inconnaissable1 il affirme en mme temps son incognoscibilit4 ,l'quivoque demeure donc pareille dans les deux cas4 ,la seconde dclaration des positivistes porte sur ma loi de l'identit des contraires4 ,les disciples de ,comte acceptent cette loi comme une expression nouvelle du principe de l'inconcevabilit du contraire simultan1 expression qui permet1 disent-ils1 de tirer du vieil axiome logique quelques applications heureuses4 ,la notation algbrique adquate au contenu de ma loi serait ,a -,a #j1 ce qui confirmerait une fois de plus l'universalit logique des formules de l'algbre4 ,enfin la troisime dclaration concerne ma critique du concept de limite4 ,on nous demande1 dit l'auteur de l'article1 ,m4 d',araujo1 de quel droit nous prtendons enserrer l'avenir scientifique2 nous rpondons3 en vertu du droit qu'a le mathmaticien de garantir aux gnrations de calculateurs que le numrateur et le dnominateur de l'expression non-moi_/moi savoir1 augmentant toujours d'une quantit gale1 jamais ils n'atteindront l'unit4 ,cela est fort bien1 mais encore et-il t propos de nous dmontrer que le rapport en question constitue ncessairement un nombre fractionnaire4 ,j'ai peine besoin de faire ressortir qu'aucun monisme rationnel1 aucune doctrine enseignant l'unit immanente des choses ne saurait se prter une semblable ptition de principe4 #f ,la ,recherche de l',unit1 p4 #agf4 #g ,l',ancienne et la ,nouvelle ,philosophie4 #h ,george ,mouret1 ,bvue philosophique1#ahic1 nos #g et #h3 ,le problme logique de l',infini3 ,i4 ,la relativit4 #i ,ibid41 n #g1 p4 #eh et suiv4 #aj ,v4 ,la ,recherche de l',unit1 chapitre viii3 ,le concept de limite et la relativit du savoir4 99 99 99 99 99 ,,livre ,,ii p4#de ,,le ,,monisme ,d' ,,auguste ,,comte 99 99 99 99 99 ,i ,les opinions de ,comte sur les plus graves sujets s'entre-choquent souvent au point de drouter la critique4 ,on a dit qu'on doit juger un penseur sur l'ensemble de sa doctrine4 ,mais1 appliqu ,comte1 un tel critrium se montre insuffisant4 ,ce philosophe est tout l'oppos d'un sceptique4 ,aussi1 lorsqu'il touche au problme central et si dlicat de l'unit1 nous donne-t-il le spectacle1 non pas de l'hsitation qui parfois p4#df captive et attire1 mais de la contradiction qui toujours blesse et rebute4 ,comme ,descartes1 comme ,kant1 comme tant d'autres grands philosophes1 il est moniste et pluraliste 7ou dualiste7 la fois4 ,mais tandis que chez la plupart de ses prdcesseurs1 et chez ,spencer1 son successeur en ligne directe1 l'antinomie fondamentale1 la lutte entre l'agnosticisme qui mne au ddoublement de l'univers1 et l'volutionnisme qui conduit son unification1 se dissimule sous des sophismes plus ou moins captieux1 chez lui elle clate brusquement et au grand jour4 ,l'auteur du ,cours de philosophie positive s'observe peu cet gard4 ,il ne s'impose pas l'effort1 finalement ingrat1 de concilier son agnosticisme avec son monisme4 ,il met les deux doctrines adverses en face l'une de l'autre1 il les laisse ensuite aux prises1 elles s'en tireront comme elles pourront4 ,nanmoins1 on fausserait la tonalit gnrale1 on dnaturerait le vritable esprit de la p4#dg philosophie positive en attachant cette attitude de ,comte une importance exagre4 ,le philosophe du bon sens populaire mis au service de la science1 ou1 vice vers1 de la science asservie au bon sens des foules1 ne remarque pas la contradiction2 et1 s'il la remarque1 il ne lui attribue qu'une valeur secondaire4 ,press par sa besogne dogmatique et les exigences immdiates qu'elle soulve1 il effleure peine la question4 ,en ralit1 cependant1 dans le duel engag entre l'agnosticisme et le monisme1 tous les avantages1 de par la volont expresse ou l'instinct obscur du mtaphysicien qu'il y a en ,comte1 restent la forte tendance qui reprsente le pass4 ,quant celle qui prvoit ou indique l'avenir1 elle est trop faible1 trop chtive dans le cerveau et la doctrine du philosophe pour qu'un doute srieux puisse planer sur l'issue du combat4 ,mais venons au fait1 c'est--dire au monisme1 si rudimentaire qu'il soit1 de l'hritier des traditions d',aristote1 de ,bacon1 de p4#dh ,descartes1 de ,locke1 de ,hume et de ,kant4 ,l'unit relle des choses1 que le fondateur du positivisme distingue d'avec leur unit purement logique1 voil pour lui2 comme pour la presque totalit des mtaphysiciens1 le but suprme de la pense1 l'idal auquel doit incessamment tendre le vrai philosophe4 ,la pense ralise l'unit logique lorsque1 dirige vers l'tude des diffrents ordres de phnomnes1 elle subit une srie d'adaptations spciales qui forment autant de modifications ou1 plutt1 d'enrichissements1 d'largissements d'une seule et mme mthode4 ,en d'autres termes1 pour ,comte1 l'unit rationnelle ou subjective est une liaison mthodologique4 ,au contraire1 l'unit objective qu'il nomme aussi scientifique1 se ralise dans les choses elles-mmes1 en tant qu'elles se sparent de l'esprit qui les apprhende et les transmue en concepts1 en reprsentations idales de la ralit4 ,ce lien se manifeste par l'universalit des lois naturelles1 des nombreux rapports d'identit que la p4#di raison dcouvre en appliquant aux diffrentes catgories de cas particuliers les procds si varis de l'analyse et de la synthse4 ,des lois semblables gouvernent tous les ordres de phnomnes1 et les diverses sciences doivent pouvoir s'envisager comme autant de parties constituantes1 autant d'lments d'un seul corps de doctrine4 ,certains attributs sont communs tous les tres1 toute existence4 ,s'ils deviennent l'objet propre de disciplines spciales1 ce n'est l qu'une invention pratique1 utilitaire4 ,il semble plus fructueux et plus commode de commencer l'tude de la nature par l'observation des cas les moins complexes4 ,au bas de l'chelle apparaissent les phnomnes ou les proprits des choses d'abord mathmatiques1 et ensuite mcaniques4 ,une telle division correspond la diffrence entre l'aspect statique 7existence ou quilibre7 et l'aspect dynamique 7activit ou force1 nergie1 mouvement7 sous lesquels l'esprit considre les qualits gnrales4 ,cette distinction factice p4#ej recouvre une unit relle1 comme l'a brillamment prouv d',alembert en rattachant les questions de mouvement aux questions d'quilibre4 ,comte remarque ce propos que1 les attributs mcaniques se compliquant d'attributs quantitatifs dont on ne peut les distraire1 il y a lieu de considrer le groupe total comme un ensemble de qualits propres chaque existence4 ,dveloppe d'une manire superficielle1 cette observation lui permettra plus tard d'accorder la mme universalit aux faits sociaux qui1 eux aussi1 se surajoutent aux autres ordres de phnomnes#aa4 ,ailleurs encore ,comte affirme que les lois primordiales de la mcanique se confondent avec les lois essentielles des autres sciences1 de la physique jusqu' la sociologie inclusivement4 ,partant1 on peut dire1 selon une formule aujourd'hui consacre1 que les mmes rgles p4#ea gouvernent l'univers1 depuis le plus petit grain de sable jusqu'aux manifestations sociales et morales les plus leves4 ,comte reconnat donc la lgitimit de l'effort qui pousse toutes les branches du savoir vers le monisme scientifique4 ,mais comment conoit-il ce monisme8 ,la loi de ,kepler1 si mal qualifie1 selon lui1 de loi d'inertie1 ne rgit pas que les seuls phnomnes mcaniques4 ,son pouvoir s'tend sur tous les ordres de faits1 y compris les faits vitaux et sociaux1 puisque ceux-ci persistent dans leur tat1 tant que ne survient point une influence perturbatrice4 ,comte assimile ainsi la loi de ,kepler une formule quivalente1 dans le fond1 la loi de causalit4 ,traitant ensuite la rgle de ,galile relative la conciliation spontane1 au sein d'un mme systme1 de tout mouvement gnral avec les diffrents mouvements particuliers1 ,comte l'applique la totalit des phnomnes du monde inorganique et du monde de la vie4 ,quelle que soit la classe phnomnale observe1 p4#eb dit-il1 on peut toujours constater en tout systme l'indpendance fondamentale des diverses relations mutuelles1 actives ou passives1 envers toute action exactement commune aux diffrentes parties4 ,ces relations ne se modifient en rien par une telle ingrence4 ,par contre1 le mouvement qui n'embrasse pas toutes les fractions d'un systme1 rompt toujours l'quilibre de ce dernier4 ,les phnomnes physiques1 chimiques1 les faits vitaux1 sociaux manifestent galement cette loi universelle4 ,mais citons les propres paroles de ,comte1 elles en valent la peine3 ,les tudes biologiques offrent la vrification continue de cette loi1 aussi bien pour les phnomnes de sensibilit que pour ceux de contractilit1 puisque1 nos impressions tant purement comparatives1 notre apprciation des diffrences partielles n'est jamais trouble par aucune influence gnrale et uniforme4 ,son extension naturelle la sociologie n'est pas moins incontestable3 car1 si le progrs social tend altrer l'ordre intrieur d'un systme p4#ec politique1 c'est uniquement1 comme en mcanique1 parce que le mouvement ne saurait tre suffisamment commun aux diverses parties dont l'conomie mutuelle ne serait1 au contraire1 nullement affecte par une progression beaucoup plus rapide1 laquelle tous les lments participeraient avec une gale nergie4#ab ,ce n'est pas d'une autre faon1 enfin1 que ,comte comprend la troisime loi fondamentale du mouvement1 ou la formule de ,newton sur l'quivalence constante entre la raction et l'action4 ,son universalit ncessaire1 dit-il1 est encore plus sensible que celle des deux autres2 et c'est mme la seule dont on ait quelquefois entrevu1 quoique d'une manire trs confuse et fort insuffisante1 l'extension spontane toute conomie naturelle#ac4 ,les ractions ou les effets physiques1 chimiques1 biologiques et politiques sont1 comme les ractions ou les effets mcaniques1 toujours quivalents aux actions ou p4#ed aux causes qui les produisent2 galit rigoureuse et indniable en thorie1 mais qui1 dans la pratique1 par suite du nombre croissant de causes dont une partie chappe nos calculs1 revt l'apparence d'une simple proportionnalit4 ,remarquons ce propos que la loi du rapport entre l'action et la raction1 la cause et l'effet1 se rclame du principe d'identit4 ,l'effet est toujours gal sa cause1 l'effet n'est que sa cause4 ,l'inaccessibilit de la cause initiale et de l'effet ultime1--lorsqu'on examine la lumire de la loi universelle ce dogme favori du positivisme1--se trahirait donc comme une illusion de notre esprit4 ,d'autre part1 une extension trs simple du mme rapport permet facilement de rduire1 dans n'importe quelle branche du savoir1 d'aprs le clbre principe de d',alembert1 les questions de mouvement aux questions d'quilibre2 car1 seule1 notre profonde ignorance des vraies conditions statiques nous empche de leur rattacher troitement p4#ee les questions dynamiques1 les problmes d'volution1 de dveloppement1 d'activit#ad4 ,en somme1 ,comte ne rvoque pas en doute l'identit des lois qui rgissent les diffrentes catgories de phnomnes4 ,il trouve naturel que ces relations aient t dvoiles par l'tude du sujet le plus commun 7les faits de quantit et de mouvement72 mais1 ajoute-t-il1 elles pourraient aussi tre conues comme manant des parties les plus leves et les plus spciales de la philosophie abstraite1 qui seules en font apercevoir le vrai caractre d'universalit#ae4 ,les lois que dcouvre la mcanique sont les plus gnrales4 ,dans toutes les sciences1 elles dominent les diffrentes lois plus spciales relatives aux autres modes abstraits d'existence et d'activit1 organiques ou inorganiques4 ,cependant1 ces rapports spciaux1 qui resteront sans cesse indispensables1 et dont le nombre effectif demeurera longtemps trs grand1 pourront p4#ef un jour tre investis d'un semblable caractre d'universalit#af4 ,c'est pourquoi1 conclut ,comte1 le systme entier de nos connaissances relles est susceptible d'une vritable unit scientifique1 indpendante de la grande unit logique1 quoiqu'en harmonie avec elle4#ag ,l'allgation est noter ,de certaines prmisses poses par ,comte aux conclusions tires par ,spencer1 par ,schaeffle1 par ,haeckel1 par les partisans de l'analogie relle1 il n'y a qu'un pas4 ,la proche parent du positivisme avec les autres courants de la pense moderne ne se conteste plus4 ,longtemps1 nanmoins1 une telle similitude ne fut point souponne4 ,les volutionnistes surtout eurent le grand tort de mconnatre ces connexions intimes1 multiples1 rvlatrices2 et le tort de ne pas tudier1 dans les antinomies initiales de ,comte1 l'origine et le prototype de leurs propres contradictions4 p4#eg ,la question est d'importance4 ,tchons donc de faire ressortir1 le plus succinctement possible1 l'esprit exact de la doctrine positiviste sur l'unit relle du monde4 ,des dterminations identiques enveloppent tous les phnomnes1 et si nous distinguons entre les lois gnrales et les lois particulires1 ce ne peut tre que par suite de l'ignorance o nous sommes quant aux conditions qui1 accompagnant les faits dits complexes1 produisent la forme1 dite spciale1 de leur apparition4 ,en ralit1 les lois particulires sont des formules contingentes o s'exprime le contenu de la loi universelle2 dpouilles de leur caractre casuel1 elles s'appliquent tous les phnomnes sans exception4 ,la science le prouvera un jour1 au moins pour les plus importantes parmi ces formules4 ,or1 une loi ne signifiant jamais plus qu'un rapport1 une relation constante entre tels faits et tels autres1 si les lois qui gouvernent1 par exemple1 les actes moraux1 participent de l'universalit de celles qui rgissent les mouvements p4#eh matriels1 il s'ensuit ncessairement que les relations complexes doivent pouvoir se rduire1 en dfinitive1 aux relations simples4 ,la philosophie entire de ,m4 ,spencer1 comme on sait1 ne dpasse pas cette dduction4 ,mais la propre thse de ,comte semble avoir une porte plus grande et plus inattendue4 ,en effet1 dvoile par les progrs tardifs de la science1 l'universalit ncessaire des rapports n'implique-t-elle pas1 tout en la masquant d'une faon momentane1 l'identit des phnomnes eux-mmes8 ,et cela non seulement parce qu'un phnomne s'offre toujours tel qu'une somme1 un ensemble1 un systme de relations1 mais aussi en vertu du principe logique d'identit qui se manifeste dans la nature et s'impose l'esprit sous l'aspect tantt de la loi psychique de causalit1 et tantt d'une srie bien connue de lois mcaniques3 la loi de l'quivalence entre la raction et l'action1 la loi d'inertie ou de persistance du mme tat1 la loi d'quilibre ou de conservation des rapports mutuels p4#ei entre les parties d'un systme subissant une action commune1 etc4 ,nous voil acculs1 pour ainsi dire1 aux limites extrmes du dogme qui prtend enseigner l'identit premire et finale des choses4 ,mais nous voil aussi au coeur de la citadelle ennemie1 et nous voil derechef aux prises avec la contradiction strile qui toujours entrava la marche de la pense vers l'idal4 ,en effet1 aprs avoir gravi des hauteurs qui1 vraisemblablement1 devaient lui paratre vertigineuses1 ,comte fait volte-face et descend d'un pas rapide la pente de la montagne4 ,il redevient le grand prophte de l',inconnaissable1 il multiplie les objections et les rserves que lui inspire sa prudente thorie de la connaissance4 ,je ne puis ici1 d'ailleurs1 que brivement rappeler le sophisme par lequel il cherche pallier l'incohrence de sa brusque retraite4 ,voici l'argument4 ,l'existence physique et chimique ne constitue qu'un degr entre l'existence mathmatique et mcanique d'une part1 p4#fj et l'existence biologique et sociologique do l'autre4 ,mais ce chanon prsente une importance sans gale4 ,il supple en quelque sorte la faiblesse native de notre cerveau1 l'insuffisance manifeste des moyens dont notre intelligence dispose pour saisir et comprendre l'identit relle des phnomnes4 ,notre esprit est tellement born1 tellement impuissant1 semble vouloir dire ,comte1 que si cette transition n'existait pas1 il serait impossible de concevoir l'unit de la science qui resterait forme de deux lments radicalement htrognes1 entre lesquels aucune relation permanente ne saurait tre institue4 ,mais ce mode intermdiaire de l'existence universelle1 naturellement adhrent1 par une extrmit1 aux notions astronomiques1 et1 par l'autre1 aux notions biologiques1 vient procurer spontanment notre intelligence l'heureuse facult de parcourir le systme entier de la philosophie abstraite1 en parvenant1 suivant une succession presque insensible1 des plus simples spculations mathmatiques p4#fa aux plus hautes contemplations sociologiques#ah4 ,l'enchanement naturel des choses conduit l'esprit la cration de la srie hirarchique des sciences qui1 son tour1 permet1 par des points de vue de plus en plus spciaux1 d'analyser ce phnomne toujours pareil lui-mme1 l'univers4 ,mais entre ces divers ordres de recherches poursuivies tantt paralllement1 et tantt--mthode plus rationnelle et combien plus fructueuse--successivement1 la sparation est-elle tanche1 au sens absolu du mot1 ou laisse-t-elle place des contacts fconds et autorise-t-elle l'espoir d'une fusion possible1 sinon certaine1 sinon prochaine8 ,telle est la grande nigme que ,comte1 esprit inconsciemment religieux et1 par suite1 prompt se dcourager1 considre comme indchiffrable1 tel est le secret de la science1 qu'elle garde avec un soin jaloux1 qu'elle refuse de livrer la mtaphysique p4#fb qui depuis des sicles s'puise cette fin en vaines divinations4 ,c'est le voile compact qui couvre la nudit de l',isis scientifique et la dfend contre les vellits indiscrtes4 ,le philosophe1 le thologien1 puis le mtaphysicien1 apparaissent comme les ternels poursuivants de la science1 subjugus par le charme toujours renaissant de son immarcescible puret4 ,car l'histoire des systmes et peut-tre aussi des croyances gnrales tmoigne de ce fait qui sans cesse se renouvelle3 les hardiesses de l'esprit philosophique furent passagres1 et ses victoires sur l'esprit scientifique eurent peu de dure4 ,aux lans audacieux des premires heures se substituaient des lassitudes profondes4 ,aux printemps fougueux succdaient les ts laborieux1 les automnes calmes1 les hivers mlancoliques et pessimistes4 ,la science non seulement se reprenait1 elle prtendait encore que l'assaut par elle subi tait entach de nullit1 et aux mmes entreprises elle opposait les mmes fuites4 ,la philosophie moderne ne fit p4#fc pas exception cette rgle4 ,et si le positivisme se montra plus respectueux ou plus pondr1 dans sa tentative monistique1 que d'autres philosophies1 on le lui a1 certes1 assez reproch1 puisqu'on est all jusqu' lui jeter son abstention la face comme un soupon et une injure4 ,cependant il eut galement sa minute d'extase et d'oubli1 et il s'y rvla aussi puissant1 pour le moins1 que ses plus illustres rivaux4 ,c'est ce moment d'une si grande importance pour la juste comprhension de la doctrine positive1 que nous avons essay de saisir dans quelques vues du philosophe1 profondes1 mais restes peu labores4 ,,notes3 #aa ,v4 ,comte1 ,cours de philosophie positive1 t4 ,,vi1 #are dition1 #ei;e leon1 passim1 et particulirement pp4 #gib1 #gic1 #gig4 #ab ,ibid41 pp4 #gie1 #gif4 #ac ,ibid41 p4 #gif et suiv4 #ad ,ibid41 p4 #gig et suiv4 #ae ,ibid41 p4 #gih4 #af ,ibid41 p4 #hjj4 #ag ,ibid41 p4 #hjj4 #ah ,ibid41 p4 #hje4 99 99 99 99 99 p4#fd ,,ii4 ,le monisme de ,comte ne manque pas de grandeur4 ,mais sa conception de l'univers offre un trait qui n'a jamais1 croyons-nous1 t suffisamment mis en relief et qui1 une fois de plus1 apparente sa philosophie celle d'un autre matre fameux de la pense contemporaine1 ,emmanuel ,kant4 ,en effet1 chez ,comte comme chez ,kant1 la thorie du monde se complte ou1 pour mieux dire1 se double d'une philosophie pratique laquelle tous deux attachent une importance norme4 ,mais tandis que ,kant trace une ligne p4#fe de sparation trs nette entre son enseignement thorique et sa doctrine pratique1 dcouvrant ainsi tous les regards l'incompatibilit gnrale qui existe encore entre ces deux ordres de recherches1 ,auguste ,comte est moins heureusement inspir4 ,je sais qu'on a voulu assimiler sa ,politique positive la ,critique kantienne de la raison pratique2 mais un semblable parallle ne se justifie que d'une faon trs vague4 ,la ,politique positive n'a probablement jamais t conue dans le dessein1 si ostensible chez ,kant1 d'allger la thorie du poids des considrations utilitaires1 pour attribuer au point de vue abstrait une indpendance parfaite4 ,dj le ,cours de philosophie positive se prsente1 dans la plupart de ses dveloppements1 comme une philosophie d'essence pratique4 ,les difficults un peu srieuses y sont coutumirement rsolues par des appels ritrs au bon sens vulgaire1 par l'numration1 souvent fatigante1 des inconvnients ou des prjudices qu'entranerait1 p4#ff dans la vie relle1 l'application de telle ou telle thse qui dplat au penseur parce qu'elle contredit son idal de flicit humaine4 ,cette disposition de son esprit a influenc ,comte de diverses manires4 ,et tout d'abord elle dtourna son monisme de sa premire direction1 qui tait thorique1 et le poussa dans la voie troite de l'utilitarisme social4 ,comte rtrcit volontairement son angle conceptuel1 si je puis m'exprimer de la sorte1 et il rapetisse son monisme1 il l'amoindrit1 il le rduit aux proportions des synthses en usage dans les religions et les morales faisant office de philosophie4 ,il allait atteindre ou du moins entrevoir les cimes les plus hautes de la pense4 ,mais quoi servent de telles contemplations8 ,il se rejette brusquement en arrire4 ,fils d'un sicle agit et n'aspirant qu' la quitude1 il redescend jusqu'au plateau large et commode du vieil anthropomorphisme3 tant d'esprits y avaient trouv une halte dlicieuse1 tant de gnrations y reposrent leurs membres endoloris6 p4#fg ,tout pour l'homme et par l'homme1 cette maxime se grave au plus profond de son cerveau4 ,ds lors il ne cesse de nous recommander l'unit humaine ou sociale comme la seule possible1 la seule pratique et fconde en rsultats4 ,suivant une formule justement clbre1 dit-il1 l'tude de l'homme et de l'humanit a t constamment regarde comme constituant1 par sa nature1 la principale science1 celle qui doit surtout attirer et l'attention normale des hautes intelligences et la sollicitude continue de la raison publique4 ,la destination simplement prliminaire des spculations antrieures est mme tellement sentie1 que leur ensemble n'a jamais pu tre qualifi qu' l'aide d'expressions purement ngatives1 inorganique1 inerte1 etc41 qui ne les dfinissent que par leur contraste spontan avec cette tude finale1 objet prpondrant de toutes nos contemplations directes#ai4 p4#fh ,c'est l'aide de la biologie que la philosophie s'lve au point de vue synthtique2 elle n'y saurait parvenir par l'tude1 toujours analytique1 du monde de la matire inerte#bj4 ,le monisme mcanique ou matrialiste cde ainsi chez ,comte1 presque ex machina1 la place au monisme vital ou sensualiste4 ,mais le philosophe fait1 dans la mme voie1 un pas plus dcisif encore4 ,l'unit biologique lui apparat bientt comme trop vaste1 trop universelle pour les besoins1 les ncessits journalires que le sens commun invoque4 ,a son tour1 donc1 elle devra se rduire1 s'affiner1 se transformer rapidement1--avec ce ddain des transitions savantes qui caractrise la manire de ,comte1--en une sorte de monisme social ou moral4 ,ds lors1 c'est la sociologie qu'incombera la tche d'tablir l'ascendant normal de l'esprit d'ensemble qui1 d'une telle source1 se rpandra sur toutes les parties antrieures de p4#fi la philosophie abstraite1 afin d'y rparer peu peu les dsastres du rgime dispersif propre l'laboration prparatoire des connaissances relles#ba4 ,consacre gardienne de l'unit scientifique1 la sociologie devra veiller ce que cette pure flamme ne puisse s'teindre 444 dans le coeur des hommes1 o la relgua une logique1 certes1 rigoureuse1 mais dont les dductions se tirent de prmisses qui jamais ne dpassrent les points de vue restreints de la pratique des affaires du monde4 ,comme le dit ,comte lui-mme1 la cration de la sociologie complte l'essor fondamental de la mthode positive1 et constitue le seul point de vue susceptible d'une vritable universalit1 de manire ragir convenablement sur toutes les tudes antrieures1 afin de garantir leur convergence normale sans altrer leur originalit continue4 ,sous un tel ascendant1 nos diverses connaissances relles pourront p4#gj donc former enfin un vrai systme1 assujetti1 dans son entire tendue et dans son expansion graduelle1 une mme hirarchie et une commune volution#bb4 ,a ce prix seul1 cette condition unique l'harmonie est enfin tablie entre la spculation et l'action1 puisque les diverses ncessits mentales1 soit logiques1 soit scientifiques1 concourent alors1 avec une remarquable spontanit1 confrer la prsidence philosophique aux conceptions que la raison publique a toujours regardes comme devant universellement prvaloir4444 ,enfin1 la morale1 dont les exigences directes taient implicitement mconnues pendant l'laboration prliminaire1 recouvre aussitt ses droits ternels par suite de la suprmatie du point de vue social1 rtablissant1 avec une nergique efficacit1 le rgne continu de l'esprit d'ensemble1 auquel le vrai sentiment du devoir reste toujours profondment li#bc4 ,et p4#ga un peu plus loin3 ,le type fondamental de rvolution humaine1 aussi bien individuelle que collective1 est scientifiquement reprsent comme consistant toujours dans l'ascendant croissant de notre humanit sur notre animalit1 d'aprs la double suprmatie de l'intelligence sur les penchants1 et de l'instinct sympathique sur l'instinct personnel4 ,ainsi ressort directement1 de l'ensemble mme du vrai dveloppement spculatif1 l'universelle domination de la morale1 autant du moins que le comporte ntre imparfaite nature#bd4 ,dans le problme du monisme1 la pense de ,comte volue selon la loi srielle qui lui servit classifier les sciences fondamentales ou abstraites4 ,de l'unit mcanique1 le philosophe passe l'unit biologique pour chouer enfin sur ce qu'il appelle l'universalit1 la prpondrance du point de vue social1 ou encore l'ascendant lgitime de l'esprit sociologique sur l'esprit mathmatique4 p4#gb ,certes1 rien n'est plus ais que de dcouvrir chez notre auteur1 cte cte1 des thories proches d'un matrialisme grossier1 et d'autres paraissant prter un appui aux prudentes tergiversations sensualistes ou aux envoles hardies de l'idalisme4 ,toutefois1 ces dfaillances1 comme aussi le plus grand nombre de celles qui dparent l'oeuvre de ,kant1 ne nous semblent point imputables un savoir dfectueux ou un manque de pntration logique4 ,elles s'expliqueraient plutt par une trop grande hte1 une impatience trop vive d'aboutir des rsultats certains1 immdiats1 palpables1 et par l'abandon volontaire et prmatur du point de vue purement thorique4 ,car le rapport qui relie la pratique la thorie n'est pas si simple1 ni le passage de l'une l'autre si facile1 qu'on le suppose communment4 ,on ne saurait1 cet gard1 se contenter de l'insignifiante et banale formule qui dfinit la pratique comme une application de la thorie4 ,une telle vue n'est juste que dans p4#gc certains cas et sous certaines conditions4 ,or1 si la recherche de l'unit occupa sans relche les philosophes1 jamais elle ne donna naissance un savoir dmontr1 inattaquable1 accept de tous4 ,l'obscurit paisse qui enveloppe les domaines connexes de la psychologie et de la sociologie1 s'tend naturellement aussi nos spculations sur l'unit dernire du monde4 ,mais comment alors exiger1 ft-ce du plus consquent des penseurs1 que1 se plaant un point de vue pratique1 il ne dpasse pas les limites d'une doctrine non-existante8 ,qui sait1 d'ailleurs1 si l'avenir ne lavera pas ,comte de certains reproches d'empirisme aveugle qu'on porte contre lui8 ,qui sait si son utopie humanitaire ne pourra pas un jour s'accorder avec une thorie vraiment scientifique de l'unit universelle8 ,les utopies sont ncessairement d'essence pratique1 et ralisables1 quand mme l'histoire ne les rendrait pas effectives4 ,toutefois1 le perptuel recours de ,comte au p4#gd bon sens vulgaire pour en tirer une conception de l'unit scientifique et mentale capable d'entrer de plain-pied dans la philosophie abstraite1 constitue srement une erreur mthodologique des plus graves4 ,elle conduit le philosophe aux nombreuses illusions qui autrefois se rangeaient sous la rubrique de l'absolu transcendant et qui aujourd'hui se groupent sous celle de l'inconnaissable4 ,elle aplanit la route l'agnosticisme1 elle facilite le renoncement l'investigation des causes essentielles et de la nature intime des phnomnes4 ,comte dclare vouloir se livrer exclusivement l'tude des lois naturelles2 mais jamais il ne se demande si une telle recherche ne double pas l'enqute que lui-mme vient de proscrire#be4 ,au lieu de nous rapprocher peu peu de l'essence1 prtendue inaccessible1 de l'univers1 les lois de la nature ne serviraient-elles donc1 comme tant d'axiomes d'invention humaine1 qu' renforcer p4#gc les tnbres qui nous traquent de toutes parts1 qu' replier et rendre plus compact le voile dont se couvre le mystre des choses8 ,par contre1 la mme mthode se justifie dans la direction des affaires du monde1 tant que la rgle d'une telle conduite reste peu prs indpendante de la thorie pure4 ,en effet1 les sources de l'activit humaine eussent t vite taries sans l'intervention de la raison commune toujours prte suppler le savoir absent4 ,on a mal compris ce caractre particulier de certaines spculations1 et on a souvent1 par suite1 t trop dur et injuste pour la philosophie religieuse et la philosophie morale du pass4 ,l'lment pratique occupa une place trs importante dans ces hypothses4 ,il y joua peut-tre le premier rle4 ,car il ne faut pas s'y tromper1 les travaux des thologiens et des mtaphysiciens1 astrologues et alchimistes de la morale1 formrent un ensemble de doctrines soumises toutes les fluctuations1 abuses par toutes les chimres du bon sens1--un savoir1 en un mot1 p4#gf qui tait presque l'antipode de la science applique1 cette dernire ne pouvant surgir qu' la suite de dcouvertes thoriques plus ou moins considrables4 ,au dbut de l'volution intellectuelle1 les besoins immdiats dominaient absolument la pense4 ,plus tard1 aprs la constitution des sciences infrieures et mesure de leurs progrs effectifs1 il naquit une philosophie hybride1 dont une moiti tait dj spculative ou thorique et dont l'autre1 qui visait l'explication sommaire des phnomnes les plus complexes1 demeurait foncirement pratique4 ,le positivisme d',auguste ,comte1 le criticisme d',emmanuel ,kant appartiennent ce type mixte4 ,selon une remarque gnrale qui possde la valeur d'une loi empirique1 les problmes sur lesquels ces philosophies s'tendent avec prdilection rentrent pour la plupart dans le domaine des faits encore peu ou mal explors par la science exacte4 ,dans l'oeuvre de ,comte1 comme dans celle de ,kant1 les proccupations thiques tiennent p4#gg invariablement la place d'honneur4 ,elles s'affirment1 chez le premier1 par une foule de jugements1 de considrations historiques et politiques dissmines dans ses crits1 par ses ides sur l'ascendant ncessaire de l'esprit sociologique1 par son demi-socialisme1 par ses projets de rorganisation des grandes collectivits humaines4 ,chez le second1 nous voyons prdominer la morale dite individuelle1 ou les thories confuses qui portent ce nom et derrire lesquelles s'abrite notre ignorance des vraies lois qui gouvernent le monde social4 ,par suite1 les concepts de ,dieu1 de l'me et de l'immortalit forment les points culminants de la philosophie de ,kant4 ,mais si la sociologie nous semble avec raison une science qui se cre1 la psychologie1 soit abstraite1 soit concrte1 se peut qualifier de mme4 ,elle revendique des droits pareils l'attention presque exclusive du mtaphysicien4 ,aussi voyons-nous ,kant s'adonner avec ferveur aux spculations sur les problmes les plus p4#gh obscurs de la thorie de la connaissance4 ,auguste ,comte empite galement sur ce terrain4 ,en dpit de l'opinion commune qui lui reproche son profond mpris pour les recherches de ce genre1 il a bel et bien essay de construire une doctrine complte du savoir4 ,je n'irai pas jusqu' dire qu'il n'ait fait que cela2 mais1 quoique souvent mal rcompens1 son effort1 dans cet ordre d'ides1 a t des plus soutenus et des plus considrables4 ,prcisment sur ce point1 il porte ses limites extrmes la prudence du praticien1 de l'empirique convaincu4 ,abordant les thormes les plus difficiles1 il leur applique les mthodes du bon sens1 la ratiocination vulgaire qui s'accommode si bien du raisonnement verbal4 ,sans cesse ,comte nous exhorte nous dfier de l'abstraction1 de la thorie pure4 ,dans ce but il multiplie les conseils utiles1 les prceptes sages1 les maximes prservatrices4 ,mais citons des exemples4 ,envisageant l'urgence d'tablir en biologie une rigoureuse unit scientifique1 p4#gi ,comte discute les meilleures mthodes pour viter sur ce point les tentatives infructueuses4 ,l'unit fondamentale du rgne organique1 dit-il1 exige ncessairement1 sous le point de vue anatomique1 que les divers tissus lmentaires soient rationnellement ramens un seul tissu primitif1 terme essentiel de tout organisme1 d'o ils drivent successivement par des transformations spciales de plus en plus profondes4444 ,on ne pourrait tendre dpasser ce but gnral 7qui1 ainsi que tout autre type philosophique1 ne sera jamais pleinement atteint7 sans s'garer dans cet ordre de recherches vagues1 arbitraires1 et inaccessibles1 qu'interdit si imprieusement le vritable esprit fondamental de la philosophie positive4--,c'est pourquoi1 ajoute encore ,comte1 je ne puis m'empcher ici de signaler1 en la dplorant1 la dviation manifeste qui existe aujourd'hui1 cet gard1 principalement en ,allemagne 444 o certains esprits ambitieux ont tent de pntrer au del du terme naturel de l'analogie anatomique1 p4#hj en s'efforant de former le tissu gnrateur lui-mme par le chimrique et inintelligible assemblage d'une sorte de monades organiques1 qui seraient ds lors les vrais lments primordiaux de tout corps vivant4 ,l'abus des recherches microscopiques1 et le crdit exagr qu'on accorde trop souvent un moyen d'exploration aussi quivoque1 contribuent surtout donner une certaine spciosit cette fantastique thorie4444 ,il serait1 ce me semble1 conclut-il1 impossible d'imaginer1 dans l'ordre anatomique1 une conception plus profondment irrationnelle1 et qui ft plus propre entraver directement les vrais progrs de la science4#bf ,comte taxe d'absurde et d'illusoire1 en principe1 toute recherche qui prtendrait rattacher le monde organique au monde inorganique autrement que par les lois fondamentales propres aux phnomnes gnraux qui leur sont ncessairement communs4#bg ,il admet le p4#ha concept de molcules indivisibles dans la philosophie des sciences du monde inorganique1 mais il proscrit svrement de la biologie le concept d'animalcules1 de microorganismes qui formeraient les corps vivants4 ,un organisme1 dit-il1 constitue1 par sa nature1 un tout ncessairement indivisible1 que nous ne dcomposons1 d'aprs un simple artifice intellectuel1 qu'afin de le mieux connatre1 et en ayant toujours en vue une recomposition ultrieure4 ,or1 le dernier terme de cette dcomposition abstraite consiste dans l'ide de tissu1 au del de laquelle il ne peut rellement rien exister en anatomie1 puisqu'il n'y aurait plus d'organisation4#bh ,les limites que ,comte assigne la connaissance des lois de la vie offrent un caractre d'opportunit trs remarquable4 ,mais le philosophe lui-mme pensait l-dessus d'une manire diffrente4 ,il partageait cet gard l'illusion d'un grand nombre de savants qui crurent solidement p4#hb lgifrer pour l'avenir le plus lointain1 alors qu'ils prenaient de simples et souvent fort douteuses mesures de police pour le moment prsent4 ,l'histoire des sciences abonde en faits pareils4 ,rappelons ce propos l'instructive anecdote suivante4 ,eviter la douleur dans les oprations1 crivait en #ahci un contemporain de notre philosophe1 le clbre chirurgien ,velpeau1 est une chimre qu'il n'est plus permis de poursuivre aujourd'hui4 ,on la poursuivit cependant si bien1 que dix-sept ans plus tard ,velpeau confessait coram populo son erreur4 ,les physiologistes furent donc sagement inspirs en n'coutant pas1 vers l'anne #ahdj1 l'avis malheureux de renoncer toute enqute sur les causes de la gnration et du dveloppement organique2 ni cet autre conseil de concevoir l'irritabilit et la sensibilit comme une double proprit strictement primordiale chez les tres1 ou plutt dans les tissus qui en sont susceptibles1 et1 par suite1 absolument inexplicable1 au mme degr1 et par les mmes motifs p4#hc philosophiques1 que la pesanteur1 la chaleur1 etc4#bi ,la faute de ,comte s'claire par la prolixe discussion qu'il entame sur les mrites respectifs des thories biologiques de ,barthez et de ,bichat#cj4 ,aprs avoir rappel que l'arche de ,van-,helmont tait devenue1 chez ,stahl1 l'me1 et chez ,barthez1 le principe vital4 ,comte assure que1 pour un ordre d'ides aussi chimrique1 un tel changement d'nonc indique ncessairement une modification effective de la pense4 ,il croit1 par suite1 que la formule de ,barthez trahit un tat d'esprit plus loign de la thologie que ne l'tait celui reprsent par la formule de ,stahl1 qui conserve une supriorit analogue envers la formule de ,van-,helmont4 ,pour s'en convaincre1 dit-il1 il suffirait de considrer l'admirable discours prliminaire dans lequel ,barthez tablit1 d'une manire si nette et si ferme1 les caractres essentiels de la p4#hd saine mthode philosophique1 aprs avoir si victorieusement dmontr l'inanit ncessaire de toute tentative sur les causes primordiales et la nature intime des phnomnes d'un ordre quelconque1 et rduit hautement toute science relle la dcouverte de leurs lois effectives4 ,se basant sur l'agnosticisme thorique de ,barthez et sur l'intention qu'il lui prte de dgager la biologie de la vaine tutelle mtaphysique1 ,comte en conclut que le principe vital s'offre comme une entit moins mtaphysique que les entits exprimes par les termes d' me ou d'arche6 ,malheureusement1 ajoute-t-il1 faute d'avoir tudi la mthode positive sa vritable source1 le systme des sciences mathmatiques1 ,barthez ne la connaissait point d'une manire assez complte ni assez familire pour que la grande rforme qu'il avait si bien projete n'avortt point ncessairement et radicalement4 ,aussi1 ses yeux1 ,barthez1 entran son insu par la tendance mme qu'il combattait1 finit-il par investir le principe vital p4#he d'une existence relle et trs complique1 quoique profondment inintelligible4#ca ,mais notre philosophe ne tarde pas reprendre pour son compte les errements de ,barthez4 ,en vain tente-t-il d'esquiver l'influence de l'poque4 ,ce n'est pas combattre la transcendance--c'est la favoriser plutt et la fortifier--que d'admettre1 par une hypothse sciemment invrifiable1 la ralit d'une existence dont la comprhension nous resterait jamais interdite4 ,plie sous ce joug1 la science s'imprgne du2 pur esprit mtaphysique4 ,une logique rigoureuse prside aux conversions de cette sorte4 ,annoncer que nous ne saurons jamais ce qu'est la vie et attribuer l'entit correspondante une existence effective1 cela semble si bien la mme chose1 qu'en ralit ,comte modifie seulement1 comme le firent dj ,stahl et ,barthez1 la vieille tiquette de ,van-,helmont4 ,au lieu du p4#hf principe vital1 il invoque le mystre de la vie1 les lois irrductibles de la science biologique4 ,voil1 pour parler son langage1 un simple changement d'nonc1 une rnovation plus ou moins opportune de la forme o s'extriorise un concept4 ,l'histoire de la philosophie est pleine d'avatars semblables4 ,nous n'en voulons pour preuve que l'oiseuse substitution1 si chaudement prconise par ,comte1 du terme proprit au terme force#cb4 ,les proprits apparaissent1 dans le credo positiviste1 comme les limites extrmes de notre connaissance4 ,mais1 et cela saute aux yeux1 les anciennes forces servaient le mme dessein4 ,il faut carter toute vaine prtention rechercher les causes des phnomnes1 et ne se proposer que la dcouverte de leurs lois1#cc ne se lasse de rpter ,comte1 sans souponner la synonymie cache de ces expressions3 une loi irrductible1 une cause premire4 p4#hg ,les positivistes dsirent qu'on se borne constater l'existence de certaines proprits1 sans essayer de pntrer leur nature intime4 ,ils obligent1 par suite1 le philosophe faire entrer en ligne l'ide d',inconnaissable qui symbolise la somme totale des causes demeures ainsi exclues de l'enqute scientifique4 ,mais le motif de l'ostracisme1 quel est-il8 ,auguste ,comte vite d'approfondir cette question dlicate4 ,il aime mieux rpondre1 en praticien expert1 que si l'on s'carte de la sage rserve par lui recommande1 on s'puise en efforts ingrats1 on aboutit des rsultats ngatifs4 ,soit4 ,mais cela empche-t-il qu'en introduisant dans la philosophie l'ide de causes inscrutables1 les positivistes ne se heurtent une flagrante ptition de principe8 ,ils postulent l'irrductibilit essentielle de proprits que la science s'vertue rduire4 ,en outre1 le thme si us de la faiblesse native1 de l'impuissance radicale de l'esprit ressort d'une induction dont la banalit devait ncessairement plaire la foule1 p4#hh mais dont le pouvoir sur l'lite intellectuelle semble beaucoup plus problmatique4 ,car cette induction est volontairement incomplte3 accordant un crdit absolu l'exprience du pass1 elle s'obstine ne pas vouloir la renouveler pour le temps prsent4 ,mais revenons au pluralisme pratique par lequel ,comte remplace son monisme de pure thorie4 ,a cet gard1 il nous parat intressant de rappeler la dclaration si nette qui termine la premire leon de son ,cours4 ,en assignant1 dit-il1 pour but la philosophie positive de rsumer en un seul corps de doctrine homogne l'ensemble des connaissances acquises1 relativement aux diffrents ordres de phnomnes naturels1 il tait loin de ma pense de vouloir procder l'tude gnrale de ces phnomnes en les considrant tous comme des effets divers d'un principe unique4444 ,je considre ces entreprises d'explication universelle de tous les phnomnes par une loi unique comme minemment chimriques4444 ,je crois p4#hi que les moyens de l'esprit humain sont trop faibles1 et l'univers trop compliqu pour qu'une telle perfection scientifique soit jamais notre porte1 et je pense1 d'ailleurs1 qu'on se forme gnralement une ide trs exagre des avantages qui en rsulteraient ncessairement1 si elle tait possible4 ,dans tous les cas il me semble vident que1 vu l'tat prsent de nos connaissances1 nous1 en sommes encore beaucoup trop loin pour que de telles tentatives puissent tre raisonnables avant un laps de temps considrable4 ,car1 si on pouvait esprer d'y parvenir1 ce ne pourrait tre suivant moi1 qu'en rattachant tous les phnomnes naturels la loi positive la plus gnrale que nous connaissions1 la loi de gravitation4444 ,le but de ce cours n'est nullement de prsenter tous les phnomnes naturels comme tant au fond identiques1 sauf la varit des circonstances4 ,la philosophie positive serait sans doute plus parfaite s'il pouvait en tre ainsi4 ,mais cette condition n'est nullement indispensable sa p4#ij formation systmatique1 non plus qu' la ralisation de ses grandes et heureuses consquences4444 ,il n'est pas ncessaire que la doctrine soit une1 il suffit qu'elle soit homogne4#cd ,si l'on mdite ces paroles1 on ne peut se dfendre de les trouver significatives4 ,on y voit l'esprit pratique s'armer contre l'esprit de thorie1 et l'on y constate la dfaite de ce dernier4 ,en outre1 ce mme passage exemplifie la pnible mprise reproche par ,comte aux mtaphysiciens et o il verse inconsciemment1 son tour1 la confusion du concret et de l'abstrait4 ,l'action pratique ne s'inquite que du concret1 du particulier1 du multiple3 le pluralisme est sa loi4 ,la thorie1 par contre1 ne se soucie que de l'abstrait1 du gnral1 du semblable3 sa loi est le monisme1 l'identit rationnelle ou logique4 ,poursuivre dans l'au-del une unit dpassant la synthse qui1 conue par la science1 dtient p4#ia en germe l'quation finale de l'abstrait et du concret1 c'est volontairement s'exposer un malentendu4 ,c'est vouloir atteindre l'unit suprieure d'un genre et de ses nombreuses espces4 ,c'est devenir la proie d'une illusion mentale comparable la distraction physique qui nous pousserait chercher trs loin un objet proche de nous1 mais que nous n'apercevons pas4 ,le monisme logique identifie les ralits dont la simple addition ne suffirait point cette tche4 ,le terme de pluralisme nous sert de signe abstrait pour exprimer la multitude des varits concrtes1 et de symbole indirect pour marquer le genre suprme qui les enclt toutes4 ,le terme de monisme remplit un office sensiblement pareil4 ,il symbolise le genre ultime qui embrasse toutes les diffrences1 il s'offre comme le signe abstrait dsignant d'une faon indirecte la mme somme parse de ralits distinctes4 ,mais1 s'il en est ainsi1 si ,p ,r1 et ,m ,r1 il semble certain que ,p ,m4 ,nous nous trouvons en face d'un seul et mme fait1 p4#ib envisag par nous1 successivement ou alternativement1 de deux manires qui nous paraissent1 de prime abord1 diffrentes4 ,plus tard1 et peu peu1 nous souponnons la vrit1 nous commenons entrevoir que l'univers est1 successivement ou alternativement1 figur par nous l'aide de deux genres synonymiques au lieu d'un seul4 ,nous nous rendons compte en mme temps des routines mentales1 des habitudes de l'esprit qui nous conduisent opposer entre eux ces genres comme des contraires absolus1 nous incitant par l crer des antinomies insolubles4 ,le monisme ne peut tre que rationnel1 il ne peut se rapporter qu' l'existence abstraite4 ,le pluralisme1 en revanche1 est empirique par dfinition1 il ne peut concerner que l'existence concrte4 ,mais l'antinomie entre l'abstrait et le concret1 qui ici semble se substituer l'opposition de l'un au multiple1 subit son tour1 lorsqu'elle se gnralise ou s'universalise1 l'action de la loi logique p4#ic laquelle nous donnmes le nom de loi d'identit des contraires4 ,l'ide gnrale du concret ne renferme qu'une ngation apparente et strile de l'ide gnrale de l'abstrait4 ,des oppositions fcondes en rsultats ne se peuvent manifester qu'entre les nombreuses ides particulires qui se rangent sous l'une ou l'autre de ces deux rubriques4 ,de tels contrastes marquent l'existence d'un genre abstrait suprieur auquel ils se laissent ramener4 ,tous aboutissent fatalement au monisme logique4 ,l'identit du concret et de l'abstrait1 pose en termes ultra-gnraux ou universels1 est donc loin de constituer une quation fausse1 de se prsenter comme une vritable confusion d'ides1 ainsi que pensait et devait le croire ,comte4 ,car1 dans cette question de l'unit relle ou scientifique de nos connaissances1 il avait spontanment dsert le point de vue de la thorie pure1 il s'tait livr la sduction des ides pratiques4 ,,notes3 #ai ,cours1 vol4 ,,vi1 p4 #haf4 #bj ,ibid4 p4 #hag et suiv4 #ba ,ibid41 p4 #hcd4 #bb ,ibid41 p4 #hce4 #bc ,ibid41 p4 #hcf4 #bd ,ibid41 p4 #hcg4 #be ,cours1 tome ,,vi1 leon lx1 p4 #hdb4 #bf ,cours1 vol4 ,,iii1 leon xli1 pp4 #ebi-eca4 #bg ,ibid41 p4 #eca4 #bh ,ibid41 pp4 #ecc-ecd4 #bi ,cours1 vol4 ,,iii1 leon xliii1 p4 #fhc1 et leon xliv1 p4 #gjj #cj ,ibid4 leon xliii1 p4 #fdf et suiv4 #ca ,cours41 tome ,,iii1 leon xliii1 pp4 #fdh-fdi4 #cb ,ibid41 p4 #feb4 #cc lbid41 p4 #fef4 #cd ,cours1 tome ,i1 leon i1 pp4 #eb-ee4 99 99 99 99 99 ,,iii p4#id ,suivant une vue laquelle ,comte attache une grande valeur et qu'il dveloppe en de longues pages1 une vritable unit philosophique exige l'entire prpondrance normale de l'un des lments spculatifs sur tous les autres4#ce ,mais tel aussi fut l'ingnieux artifice qu'imagina l'ancienne philosophie en sa poursuite de ,f uni t relle des choses4 ,sous ce rapport1 le positivisme ne se distingue gure des mtaphysiques banales4 p4#ie ,il est indispensable1 selon le fondateur de la philosophie positive1 de dterminer l'lment qui doit finalement prvaloir1 non plus pour l'essor premier du gnie positif1 mais pour son actif dveloppement systmatique1 parmi les six points de vue fondamentaux1 mathmatique1 astronomique1 physique1 chimique1 biologique1 et enfin sociologique1 l'ensemble desquels se rapportent invitablement toutes les spculations relles4 ,or1 la constitution mme de cette hirarchie scientifique dmontre qu'une telle prminence mentale n'a jamais pu appartenir qu'au premier ou au dernier des six lments philosophiques4#cf ,l'alternative pose par ,comte nous semble condamne par l'histoire de la philosophie1 qui prouve surabondamment que si le premier et le dernier chanon de la srie scientifique jourent un rle dcisif dans la diffrenciation des systmes1 dans la constitution du matrialisme p4#if;et de l'idalisme1 le chanon intermdiaire1 le groupe des sciences de la vie1 mrite un rang au moins gal4 ,en effet1 ce groupe rgla l'volution d'une mtaphysique trs importante1--le sensualisme 7ou sensationnalisme74 ,comte aborde une discussion dtaille des titres respectifs la prpondrance qui peuvent appartenir1 d'une part1 la philosophie du savoir mathmatique et1 de l'autre1 celle du savoir sociologique4 ,bornons-nous rsumer ici ses principales conclusions4 ,il soutient que si l'esprit mathmatique a d ncessairement dominer sous le rgne de l'a priori1 l'esprit sociologique peut seul aujourd'hui diriger les spculations gnrales1 devenues enfin positives4 ,il nous dcrit la lutte de ces deux principes comme un dplorable antagonisme1 jusqu' prsent insoluble1 incessamment dvelopp1 depuis trois sicles1 entre le gnie scientifique et le gnie philosophique4 ,pendant que la science poursuivait1 sous l'impulsion mathmatique1 une vaine p4#ig systmatisation1 la philosophie rclamait inutilement contre l'oubli du point de vue humain4 ,mais les progrs rcents du savoir1 l'extension du caractre positif tous les ordres de phnomnes1 autorisent les conceptions sociologiques reprendre l'ascendant qu'elles avaient perdu depuis la ,renaissance4#cg ,je n'ai pas besoin de dire combien ces vues me paraissent inexactes4 ,l'histoire des systmes n'a jamais constat ni le prtendu abandon du point de vue humain1 ni la dchance1 durant la priode indique1 des conceptions sociales4 ,tout au plus pourrait-on enregistrer vers notre poque1 comme le double rsultat du progrs des sciences naturelles et de l'essor rapide des ides matrialistes aux xviie et xviiie sicles1 une reprise plus ardente du vieux combat contre l'anthropomorphisme idaliste ou sensualiste4 ,comte sacrifie au mme esprit troit lorsqu'il affirme que les p4#ih nombreuses tentatives faites dans les temps modernes pour instaurer une philosophie nouvelle1 se recommandrent des principes mathmatiques1 dont la grande construction cartsienne avait fourni le type gnrai#ch4 ,cette apprciation ne convient pleinement qu'aux synthses matrialistes4 ,en revanche1 ,comte porte un jugement sage sur le transport dans l'ordre physique et chimique du point de dpart des conceptions universelles4 ,ce rve correspond tellement au besoin d'unit prouv par les intelligences1 que les philosophes1 dit-il1 se virent souvent entrans1 mme de nos jours1 quitter le point de vue moral et social pour suivre de pareils projets1 l'exemple des gomtres et des physiciens#ci4 ,le vrai mode selon lequel doit s'oprer la liaison des spculations exactes n'est certainement pas le mode sociologique prconis en dernier lieu par le fondateur du positivisme4 p4#ii ,alors que des catgories entires et fondamentales de phnomnes se drobaient aux mthodes scientifiques1 il tait sans doute permis de concevoir tous les groupes inconnus de faits comme rductibles aux groupes connus 7induction matrialiste73 ou1 inversement1 d'assimiler les faits connus aux faits inconnus 7induction idaliste72 ou bien encore de ramener les uns et les autres au groupe intermdiaire1 dans la connaissance et dans la ralit 7induction sensualiste74 ,par cette srie d'hypothses universelles on apaisait1 ne ft-ce que pour l'heure1 le tourment d'unit qui harcelait l'intelligence4 ,de semblables lacunes1 de tels trous dans la trame continue du savoir1 autorisaient le philosophe choisir entre ce que ,comte nomme les deux marches contraires de notre esprit1 l'une mathmatique1 et l'autre sociologique4 ,mais aujourd'hui que l'achvement de la srie des sciences se poursuit d'une faon de plus en plus active1 par la constitution presque p4#ajj simultane de la biologie1 de la psychologie et de la sociologie1 on se convainc sans peine que les orientations lmentaires de la philosophie furent autant de routes fausses1 ou plutt autant de vritables impasses acculant la logique dans les contradictions fcheuses1 la retenant prisonnire des antinomies sans issue possible4 ,l'unit hypothtique1 nagure suffisante1 ne contente plus l'intelligence moderne qui l'acte de foi prfre le doute systmatique4 ,pareille chose s'tait dj vue1 il est vrai1 dans les annales de la pense humaine4 ,c'est une disposition d'esprit analogue qui donna1 dans l'antiquit1 et puis l'aube des temps nouveaux1 un clat si grand la philosophie sceptique4 ,mais le doute gnral des poques prcdentes ne pouvait s'opposer qu' la double unit atteinte par les deux marches en sens contraire du matrialisme et de l'idalisme4 ,cela le rejeta lui-mme dans le cul-de-sac sensualiste4 ,de nos jours1 s'appuyant sur l'chelle p4#aja thoriquement complte du savoir1 le scepticisme prtend rencontrer de front et combattre la fois les trois units de l'ancienne mtaphysique4 ,comment se terminera cette lutte grandiose1 nul ne saurait le dire avec certitude4 ,mais sur ce terrain spcial1 puisque d'ordre sociologique1 les conjectures sont permises4 ,et l'on peut dj prvoir que1 lorsqu'on aura dtermin les caractres communs des vieux modes d'unifier les phnomnes1 et qu'on aura tabli les vraies causes de leur insuffisance1 la philosophie cherchera le salut dans un renouvellement radical de sa mthode4 ,mais continuons notre revue des ides mises par ,comte sur le problme de l'unit4 ,la plus complexe des sciences doit exercer sur toutes les autres une sorte de domination1 de souverainet intellectuelle qui se justifie par des raisons nombreuses4 ,l'un de ces motifs1 sur lequel ,comte insiste particulirement1 mrite d'tre signal4 ,il rside en cette remarque que1 pour concevoir les droits de l'esprit sociologique la p4#ajb suprmatie1 il sufft d'envisager tous nos concepts comme autant de produits du dveloppement de l'intelligence humaine#dj4 ,l'argument n'est pas neuf4 ,il avait dj servi aux philosophes1 et ,comte ne le rajeunit gure4 ,en outre1 dans l'espce1 il est peu convaincant4 ,ne sourions pas1 comme de la plus futile des tautologies1 de l'attribution d'un caractre profondment humain aux ides formes par notre intelligence4 ,ne courons pas lgrement le risque de manquer de respect la mmoire de ,kant croyant rvolutionner le monde de la pense par une semblable dcouverte1 qui lui est d'ailleurs commune avec toutes les coles idalistes et sensualistes4 ,agissons envers1 autrui comme nous eussions voulu qu'on agt envers nous4 ,poussons l'indulgence jusqu' ses limites extrmes et considrons la thse des deux philosophes ainsi qu'une vritable donne p4#ajcscientifique4 ,nous devrons toutefois lui opposer une objection capitale4 ,une loi de logique n'existe-t-elle pas1 en effet1 d'aprs laquelle les attributs communs toutes les parties d'un systme n'influent en rien sur les relations mutuelles de ces parties8 ,et cette loi n'est-elle pas trs gnrale1 sinon universelle8 ,ne revt-elle pas en mathmatique la forme de l'axiome qu'une quantit gale ajoute tous les termes d'un rapport1 ou retranche de ces termes1 ne change pas la valeur du rapport8 ,et ne la retrouve-t-on pas en mcanique sous le nom de loi de ,galile1 affirmant l'indpendance1 dans n'importe quel systme de mouvements1 des diffrents mouvements partiels l'gard du mouvement gnral qui anime toutes les fractions du systme8 ,quelque soit donc le caractre commun qu'il faille assigner aux conceptions humaines1--celui d'tre nos conceptions1 comme le disait ,kant1 ou celui de rsulter d'une longue volution spculative de l'humanit vivant en groupes sociaux1 comme le veut p4#ajd ,comte1--une fois qu'un tel caractre s'envisage comme appartenant tous nos concepts1 il ne saurait videmment servir les distinguer1 les diffrencier1 il ne modifie en rien les rapports de ces concepts entre eux1 il ne nous claire nullement sur leur nature4 ,nous admettons volontiers que le systme total de nos ides1 qui forme en mme temps le systme achev de nos connaissances1 soit un fait de sociologie1 ou un fait de biologie et de sociologie la fois1 un fait de psychologie concrte1 ce qui semble d'une vrit plus large ou plus entire4 ,mais une caractristique aussi vague ne saurait influencer les rapports mutuels des divers lments du systme des sciences1 en commenant par les conceptions mathmatiques et en finissant par les conceptions sociales4 ,pour faire partie d'un vaste ensemble humain de connaissances1 le savoir mathmatique n'en demeure pas moins rigoureusement spcial2 et comme tel1 il n'offre aucune prise l'ascendant de l'esprit sociologique4 ,une autonomie p4#aje gale1 mais inverse1 appartient manifestement la sociologie4 ,une des plus graves erreurs de l'ancienne mtaphysique a toujours t de sacrifier la spcialit la gnralit1 et de mconnatre ainsi la grande loi de l'indpendance des mouvements relatifs dans son application au systme complet de nos connaissances4 ,du reste1 ce que nous avanons de la nature sociologique propre l'ensemble du savoir se vrifie pour les deux autres attributs communs toutes nos conceptions4 ,nous voulons parler des sommes de caractres qu'on rsume1 d'habitude1 par les termes d'existence mcanique ou physico-chimique1 et d'existence organique ou biologique4 ,car si nos conceptions sont des faits sociaux1 elles sont aussi des faits mathmatiques ou mcaniques1 et des faits vitaux4 ,on commet donc la mme erreur en affirmant soit l'ascendant de l'esprit mathmatique 7matrialisme71 soit celui de l'esprit psychologique ou sociologique 7idalisme71 soit enfin la suprmatie p4#ajf de l'esprit biologique 7sensualisme74 ,possdant la fois trois caractres universels1 le systme intgral du savoir se plie trois explications incompltes et unilatrales4 ,mais l'exemple ngatif de la mtaphysique prouve qu'aucun des attributs numrs ne saurait prvaloir dans un systme harmonieux de nos acquts crbraux4 ,comte ne fait en somme que donner une expression nouvelle l'ambitieux dessein de la philosophie sensualiste4 ,cela ressort avec vidence de son affirmation qu'entre le mode mathmatique 7matrialisme7 et l'ancien mode thologique et mtaphysique 7spiritualisme7 il a ralis1 par la cration de la sociologie 7qui chez lui prolonge la biologie71 un nouveau mode philosophique satisfaisant la fois et compltement aux conditions que chacun des deux modes prcdents avait en vue sans les remplir suffisamment#da4 ,quant la prtendue aptitude de l'esprit sociologique p4#ajg diriger les mditations gnrales1 elle a t maintes fois vue l'oeuvre dans l'histoire de la pense4 ,elle n'a rien envier l'vidente impuissance1 sous ce rapport1 de l'esprit mathmatique#db4 ,sans doute1 pour bien philosopher1 il est ncessaire1 avant tout1 d'acqurir un savoir suffisant sur les diverses catgories de faits gnraux qu'on dsire confronter entre eux4 ,comte le dit trs sensment3 ,chacun des nouveaux philosophes devra s'assujettir systmatiquement1 comme je l'ai fait moi-mme1 un lent et pnible apprentissage1 la fois scientifique et logique1 fond sur l'tude des diverses branches de la philosophie4#dc ,d'aprs les ides fort justes de l'auteur du ,cours de philosophie positive sur les conditions qui1 seules1 peuvent assurer le succs du sociologue1 celui-ci devra avoir pralablement tudi la srie entire des p4#ajh sciences fondamentales4 ,il appert donc que1 de tons les savants spciaux1 le sociologue approchera le plus du philosophe idal rv par ,comte4 ,d'autre part1 il semble non moins certain que si l'explorateur du monde social se mettait considrer les phnomnes mcaniques1 physiques ou vitaux sous le seul point de vue de son troite spcialit1 il perdrait immdiatement les avantages essentiels de sa prparation encyclopdique4 ,,notes3 #ce ,cours1 tome ,i1 leon lviii1 p4 #fej4 #cf ,ibid41 pp4 #fcj-fca4 #cg ,ibid4 pp4 #feb-fec4 #ch ,ibid41 p4 #fed4 #ci ,ibid41 p4 #fee4 #dj ,ibid41 pp4 #fea et #fhh4 #da ,cours1 tome ,,vi1 leon lviii1 pp4 #fag-fgh4 #db ,voir la discussion de ce point dans ma ,sociologie1 pp4 #abf-h1 et surtout #acc-ach4 #dc ,cours1 tome ,,vi1 p4 #fhe4 99 99 99 99 99 ,,iv p4#aji ,a coup sr1 ce n'est pas encore l'unit sociologique qui dissipera l'antagonisme entre les conceptions relatives l'homme et celles se rapportant au monde extrieur1 antagonisme qui1 selon ,comte1 s'oppose1 depuis vingt sicles1 l'tat pleinement normal de la raison humaine4#dd ,les illusions d'un grand nombre de penseurs s'expliquent en partie par l'absence1 chez eux1 d'opinions arrtes sur la marche rgulire du p4#aaj dveloppement de l'esprit humain et sur les attributs essentiels des divers modes de philosopher4 ,mais tout autre tait la situation de ,comte1 l'un des plus nergiques pionniers de la nouvelle science sociale4 ,la loi des trois tats1 la classification des disciplines abstraites1 la dtermination des principales mthodes du raisonnement gnral1 ces services ne s'oublieront pas de sitt dans l'histoire de la pense4 ,il semble donc aussi intressant qu'utile de relever les erreurs o tomba ce puissant cerveau1 en des problmes la juste position desquels il avait1 pour sa part1 si fortement contribu4 ,dsireux d'tablir sur une base inbranlable la suprmatie intellectuelle du point de vue social1 ,comte se perd dans des contradictions sans issue4 ,d'un ct1 il soutient que la prfrence spontane acquise par l'tude de l'homme1 seule applicable l'explication primitive du monde extrieur1 a dtermin le caractre ncessairement thologique de la philosophie initiale2 p4#aaa que les notions positives qui ont ultrieurement suscit l'altration toujours croissante de ce systme primordial1 devaient exclusivement maner des plus simples tudes inorganiques 7premire bauche du matrialisme72 que plus tard encore la science inorganique s'est leve contre l'ancienne unit thologique1 ds lors intellectuellement dissoute1 quoique son aptitude sociale dt prolonger longtemps encore son ascendant politique2 que c'est enfin ainsi qu'a surgi1 entre la philosophie naturelle et la philosophie morale1 le conflit qui1 depuis ,aristote et ,platon1 a domin l'ensemble de l'volution humaine1 et dont l'lite de l'humanit subit maintenant la dernire influence4#de ,et1 d'un autre ct1 le mme penseur affirme que l'extension de l'esprit positif aux spculations morales et sociales vient spontanment dnouer une difficult jusqu'alors inextricable2 elle concilie1 en ce qu'elles renfermaient de p4#aab lgitime1 les prtentions opposes souleves1 de part et d'autre1 pendant les luttes philosophiques de la grande transition moderne4 ,que si l'on demande en quoi consiste cet apaisement1 ,comte a une rponse toute prte3 ,la positivit1 dit-il1 que l'impulsion mathmatique avait justement en vue d'introduire1 quoique par une marche vicieuse1 dans toutes les spculations relles1 y est irrvocablement tablie4 ,la science particulire peut donc se dclarer satisfaite4 ,mais la philosophie ou science gnrale n'a pas non plus de motifs pour tre mcontente4 ,car la gnralit dont la rsistance thologico-mtaphysique stipulait avec raison1 mais sans force1 les indispensables garanties1 y devient ncessairement plus complte qu'elle n'a jamais pu l'tre auparavant2--et cela pour la raison bien simple qu' entre la souverainet spontane de la force et la prtendue suprmatie de l'intelligence1 la philosophie positive tend raliser directement l'universelle prpondrance de la morale1 que l'admirable p4#aac tentative du catholicisme avait1 au moyen ge1 si noblement proclame1 mais sans avoir pu la constituer1 parce que la morale tait alors subordonne une philosophie implicitement caduque4#df ,mais la philosophie positive n'aspire pas seulement raliser la fin que se proposaient la thologie et son meilleur porte-voix au moyen ge1 le catholicisme2 marchant dans la mme route1 elle s'efforce encore d'amliorer la conception religieuse de l'univers4 coutons les paroles de ,comte4 ,les proprits morales inhrentes la grande conception de ,dieu1 dit-il1 ne sauraient tre1 sans doute1 convenablement remplaces par celles que comporte la vague entit de la ,nature2 mais elles sont1 au contraire1 ncessairement infrieures1 en intensit comme en stabilit1 celles qui caractrisent l'inaltrable notion de l',humanit1 prsidant enfin1 aprs ce double effort prparatoire1 la p4#aad satisfaction combine de tous nos besoins essentiels1 soit intellectuels1 soit sociaux1 dans la pleine maturit de notre organisme collectif4#dg ,en vrit1--et si l'on songe que le concept de ,dieu ne fut jamais qu'une ngation fausse de l'univers et spcialement de sa fraction qui nous intresse le plus3 l'humanit1--on doit reconnatre que le but poursuivi par ,comte concide dans ses lignes essentielles avec celui auquel tendaient toutes les mtaphysiques et toutes les religions4 ,l'unit morale qu'il nous recommande n'est qu'un dveloppement ultrieur1 et souvent un pastiche1 de l'ancienne unit thologique4 ,et la philosophie morale qu'il veut instituer se prsente comme l'hritire lgitime et la continuatrice de l'oeuvre si brillamment commence et conduite1 de l'aveu du philosophe lui-mme1 par la thologie4 ,le point de vue exclusivement humain1 social ou moral1 qui avait dj faonn toute la p4#aae philosophie pratique de ,kant1 atteint son apoge dans la philosophie positive de ,comte4 ,il s'y largit1 il s'y acire1 il prtend y rgner en matre absolu4 ,mais donner cette mthode une prpondrance marque dans la conception thorique du monde1 distincte par essence de sa conception pratique o s'panouit la sociologie applique1 c'est l1 notre sens1 une des plus fcheuses erreurs o puisse verser l'esprit de l'homme4 ,en thse gnrale1 ,comte n'apprcie pas assez ou dprcie trop la mtaphysique4 ,continuellement il l'accuse de n'avoir t qu'une ngation vaine4 ,il ne s'aperoit gure que le mme reproche atteint toute croyance religieuse4 ,car la mtaphysique ne fut jamais qu'une thologie soumise l'influence du savoir dj diffrenci en trois grands groupes de disciplines4 ,dans les systmes mixtes1 dans les philosophies clectiques elles-mmes1 il est facile de dgager l'ascendant1 pour employer le langage de ,comte1 soit de l'esprit mathmatique1 p4#aaf soit de l'esprit biologique1 soit de l'esprit sociologique4 ,a son tour1 la thologie n'a jamais t qu'une mtaphysique avant la lettre1 une philosophie non diffrencie scientifiquement1 une conception de l'univers propre aux poques o la science1 demeurant indivise1 confondait ses branches essentielles et offrait l'image parfaite du chaos4 ,la thologie a survcu1 il est vrai1 la diffrenciation du savoir4 ,elle est venue se ranger ct de la mtaphysique4 ,mais ce phnomne n'a rien d'extraordinaire4 ,il se produit en vertu des lois qui prsident la stratification sociale et rglent la marche uniforme de ce qu'on nomme le progrs intellectuel4 ,comte plaait la thologie primitive au-dessus de la thologie plus avance1 ou de la mtaphysique au sens strict du mot4 ,il considrait la premire ainsi qu'une phase organique de l'volution mentale1 semblable la phase scientifique qu'il esprait inaugurer par son systme4 ,et dans la seconde il n'apercevait qu'une phase critique ou1 comme il aimait le dire1 anarchique4 p4#aag ,les vieux chemins frays par le monisme ne suffisaient pas aux ambitieuses vises du philosophe-novateur1 si fier de sa belle vie de travail1 si justement orgueilleux de son savoir encyclopdique4 ,certes1 ,comte ne s'aveuglait pas jusqu' nier l'vidence4 ,il comprenait que la diffrenciation mtaphysique avait t un progrs ncessaire4 ,mais l'ide mme de progrs s'associait chez lui1 d'une faon peu prs constante1 avec l'ide de dsordre4 ,le fondateur du positivisme a manifestement subi la forte influence du milieu social4 ,ses premires et ses plus durables impressions1 il les reut d'une poque encore imprgne des souvenirs de la grande tourmente rvolutionnaire4 ,tout ce qui apparaissait son esprit comme crise1 ngation1 doute1 lui inspirait une invincible rpugnance4 ,il ragissait d'instinct contre l'action dissolvante du scepticisme universel qui l'enveloppait1 qui semblait vouloir touffer son gnie symtrique et organisateur4 ,ses nombreuses contradictions eurent pour p4#aah origine cette lutte1 ces tiraillements intimes4 ,par l s'explique l'apparente incohrence des trois tentatives faites par ,comte afin de saisir l'unit relle et logique des choses4 ,je veux parler de son monisme matrialiste1 proclamant l'universelle valeur des lois mcaniques qui gouvernent la nature2 puis de son monisme idaliste proposant l'universalit inverse du point de vue humain et social2 et enfin de son monisme sensualiste se faisant jour et s'affirmant en sa thorie de la connaissance4 ,au reste1 ,comte est loin d'tre un isol dans la pliade des penseurs nouveaux4 ,plus d'un1 parmi ceux-l1 sentit vivement et vanta la supriorit des poques de foi1 de concentration mentale1 sur les priodes de doute1 de dispersion intellectuelle4 ,avec sa morale pratique1 ,kant avait dj ouvert le rgne du positivisme s'accommodant de tout1 mme de la croyance sans preuve1 mme de l'illusion consciente1 plutt que de faire la part trop large p4#aai au scepticisme effrn de la recherche philosophique1 au heurt dsordonn des convictions1 l'anarchie morale et sociale4 ,le no-criticisme1 avec ses allures quivoques et sa pointilleuse discussion des thses ct1 ne fit rien pour parer aux multiples dangers de cet tat des consciences4 ,a la mtaphysique affaiblie par l'ge des ides1 puise par l'excs des controverses1 quelques esprits tentrent d'infuser un sang nouveau en la prsentant au monde comme une haute et pure esthtique1 une merveilleuse orchestration de concepts1 de gnralits1 d'hypothses4 ,la raction s'accentua encore dans les doctrines qui suivirent le positivisme4 ,entre les mains de ,spencer1 l'agnosticisme redevint une franche thologie vague1 une religion amorphe4 ,ainsi devait se consommer un grand mouvement intellectuel dont les origines remontent bien au del de la critique de ,kant4 ,tel passage de la cinquante-huitime leon du ,cours de philosophie positive fait nettement p4#abj ressortir l'un des principaux caractres du monisme sociologique o aboutit la pense de ,comte4 ,voici cette page importante4 ,quand la profonde insuffisance de l'esprit mathmatique1 y lisons-nous1 fut devenue pleinement irrcusable1 l'esprit biologique proprement dit1 dont la positivit rationnelle commenait prendre un essor dcisif1 s'effora1 son tour1 de devenir la base directe et principale de la coordination positive4444 ,ce nouvel effort indiquait1 sans doute1 un vritable progrs1 en ce qu'il transportait le centre moderne de la gnralisation mentale beaucoup plus prs de son sige rel2 mais1 sauf son utilit passagre1 titre d'intermdiaire d'abord indispensable1 ce progrs radicalement insuffisant1 ne saurait directement conduire qu' une strile utopie fonde sur une vicieuse exagration des relations ncessaires entre la biologie et la sociologie4444 ,de quelque manire1 soit mtaphysique1 soit mme positive1 que se trouve institue la science de l'individu1 elle doit tre p4#aba impuissante construire aucune philosophie gnrale1 parce qu'elle reste encore trangre l'unique point de vue susceptible d'une vritable universalit4 ,c'est1 au contraire1 de l'ascendant sociologique que la biologie1 comme toutes les autres sciences prliminaires1 quoique par une correspondance plus directe et plus tendue1 doit exclusivement attendre la consolidation effective de sa propre constitution1 scientifique ou logique1 jusqu' prsent si incertaine4444 ,ainsi la phase biologique ne constitue qu'un dernier prambule indispensable1 comme l'avaient t auparavant les phases physico-chimique et astronomique4444 ,tant qu'il ne s'est point lev jusqu'au degr sociologique1 seul terme naturel de son ducation1 l'esprit positif n'a pu parvenir des vues d'ensemble propres lui confrer le droit et le pouvoir de constituer enfin une vritable philosophie moderne1 dont l'ascendant normal remplace jamais l'antique rgime mental4#dh p4#abb ,sans doute1 ,comte se reprsente l'esprit scientifique envahissant peu peu toutes les parties du savoir1 et sans doute aussi il considre cette expansion graduelle comme une condition inluctable pour qu'apparaisse la philosophie positive4 ,mais il se demande1 en outre1 ce que sera cette dernire doctrine1 comment elle accomplira son rle de conception gnrale du monde1 par quel lien universel elle reliera entre eux les divers ordres de connaissances1 en un mot1 quelle sorte de monisme elle instituera1 la place de l'unit thologique et de l'unit mtaphysique1 reconnues pour insuffisantes et dfinitivement condamnes4 ,ce point prcisment s'claire par les premires phrases du passage cit4 ,elles prouvent que ,comte ne se montre nullement hostile l'ide d'un centre philosophique gnralisateur1 d'une unit qui embrasserait l'ensemble des phnomnes4 ,et elles prouvent encore qu'un tel centre1 il ne le place ni dans la p4#abc matire1 avec les penseurs qui subordonnent la philosophie la chimie1 la physique1 l'astronomie 7prparation ncessaire et prliminaire72 ni dans le principe de vie1 avec les philosophes qui accordent la prsance au point de vue biologique 7prparation dernire1 progrs indiscutable1 et en mme temps utopie base sur l'exagration des liens qui unissent la biologie et la sociologie72--mais dans quelque chose que ,comte ne nomme pas1 comme il n'a pas nomm la matire et la vie1 dans quelque chose qui1 son tour1 fait passer le sceptre philosophique aux mains de la science des collectivits humaines4 ,en quoi consiste donc ce troisime principe1 ce nouveau foyer de gnralisation interscientifique1 cette dernire source vive du monisme universel8 ,a notre avis1 en repoussant successivement les principes unificateurs du matrialisme et du sensualisme1 ,comte1 dans le cas qui nous occupe1 prend1 sans le remarquer1 une position trs voisine de l'idalisme4 ,en effet1 la souverainet de la p4#abd sociologie ne saurait ni s'exercer1 ni mme se comprendre sans cet appoint indispensable2 la suprmatie du principe idologique4 ,j'ai peine besoin d'ajouter que ,comte n'est pas un idaliste dans le sens vulgaire du mot4 ,comme ,kant1 comme ,spencer1 comme la plupart des penseurs modernes1 il se contredit sans cesse lui-mme4 ,notre temps est notoirement une priode de transition4 ,tout s'y choque et s'y mle1 les moeurs1 les droits1 les devoirs1 les vrits1 les erreurs1 les doctrines de la science et les enseignements de la philosophie4 ,chaque poque enfante une conception du monde son image4 ,le fondateur du positivisme avoue noblement sa dette au pass3 ,mon effort philosophique1 dit-il1 rsulte essentiellement de l'intime combinaison de ces deux volutions prliminaires1 la tentative de ,bacon et celle de ,descartes4#di ,mais assailli par les besoins et les doutes du temps prsent1 il penche1 en dernier lieu1 pour ce qui concerne la recherche de l'unit du monde1 vers l'illusion qui offrait le plus d'affinit avec la phase primitive du dveloppement philosophique1 ou la plus proche parent avec la thologie qu'il honorait grandement4 99 99 99 99 99 ,v p4#abf ,les incertitudes de la pense se pressent en foule dans les dveloppements que ,comte apporte sa clbre thorie sur l'irrductibilit finale des grandes classes de proprits naturelles4 ,les conclusions auxquelles il arrive heurtent avec violence le monisme mcanique d'abord prn par lui dans quelques pages qui resteront peut-tre parmi les plus curieuses de son ,cours4 ,ailleurs1 son pluralisme scientifique se trouve aux prises avec son monisme humain ou social1 cette forme plus tardive1 plus mrie de ses aspirations unitaires4 ,mais p4#abg cette double antinomie ne clt pas la srie des contradictions o se dbat la doctrine officielle du positivisme4 ,en effet1 loin de s'offrir comme immanent ou naturaliste1 le pluralisme d',auguste ,comte se prsente comme fond sur sa thorie du savoir et sur l'ide-mre de celle-ci1 la limitation organique de nos facults de connatre4 ,les phnomnes formeront toujours des groupes qu'il nous sera impossible de rduire les uns aux autres4 ,que l'esprit humain sache donc1 s'crie ,comte indign par certaines recherches imprudentes de ses contemporains1 renoncer enfin l'irrationnelle poursuite d'une vaine unit scientifique1 et reconnaisse que les catgories radicalement distinctes de phnomnes htrognes sont plus nombreuses que ne le suppose une systmatisation vicieuse6#ej ,les erreurs de fait o ,comte choue la p4#abh suite de son pluralisme dogmatique1 sont trop connues pour que je les relve ici par le dtail4 ,il suffira1 cet gard1 de rappeler les exhortations1 restes par bonheur inefficaces1 qu'il adresse aux physiciens pour les engager s'abstenir dsormais de rattacher1 par aucune fiction scientifique1 les phnomnes de la lumire ceux du mouvement1 vu leur htrognit radicale#ea2 ou ses ides relatives la thorie de la vision qui devra cesser de faire partie de l'optique pour tre traite par les seuls physiologistes#eb2 ou encore sa condamnation formelle de toute tentative ayant pour but d'expliquer la couleur spcifique des corps par les lois gnrales de la physique et les lois du mouvement1 etc4#ec ,comte semble ne pas se douter d'un reproche qu'on peut lui faire et qui a son p4#abi importance4 ,il ne voit pas que1 transpos de la pratique dans la thorie1 rig en principe directeur de la philosophie1 envisag comme la pierre d'assise de toute mthodologie future1 son pluralisme scientifique se ramne infailliblement l'ternel jeu de bascule des ides pures et des distinctions surabstraites4 ,n'est-il pas manifeste1 en effet1 que les concepts de pesanteur1 de calorique1 de lumire1 d'irritabilit1 de sensibilit1 etc41 qu'il nous adjure d'accepter pour des bornes immuables de la raison et du savoir1 que toutes ces ides prsentent le caractre essentiel des explications mtaphysiques1 ou ce trait commun d'tre la simple et nave reproduction1 en termes abstraits1 de l'nonc du phnomne8#ed ,n'est-il pas sr1 en d'autres termes1 que les proprits irrductibles de ,comte tiennent dans la science contemporaine un rle qui se laisse malaisment distinguer de celui que jourent1 dans le p4#acj savoir mdival1 les essences et les entits scolastiques8 ,et n'en doit-on pas conclure que son pluralisme thorique demeure aussi entach d'a priori que pouvaient l'tre les plus audacieuses envoles du monisme transcendant8 ,car il faut se garder de confondre ce pluralisme principiel qui est une survivance1 un reliquat d'une phase dj parcourue1 avec le pluralisme effectif qui s'impose toute recherche empirique et1 par l1 ncessairement spciale4 ,certes1 reproduire1 en termes abstraits1 un fait ou plutt un groupe plus ou moins considrable de faits1 cela n'est pas toujours une pure tautologie1 ni mme une mince affaire4 ,tout savoir se rduit1 en dfinitive1 la traduction du concret par l'abstrait1 du particulier par le gnral1 du multiple par l'un4 ,mais il y a abstraction et abstraction1 comme il y a science et science4 ,personne ne nie que la quantit et la qualit de nos acquts scientifiques ne dpendent de la quantit et de la qualit de nos ides abstraites4 ,or donc1 et si p4#aca mme on nglige la question de qualit1 ne sait-on pas que le nombre des grandes ides scientifiques est toujours en rapport inverse de la perfection atteinte par les groupes correspondants de connaissances8 ,durant ses premires phases de dveloppement1 toute science abonde en notions abstraites des degrs infrieurs2 elle souffre1 en outre1 d'une nomenclature complexe4 ,la diminution du nombre des concepts abstraits indpendants et la simplification de la terminologie forment1 par contre1 les signes habituels o se reconnaissent les progrs durables dans les diffrentes branches positives du savoir4 ,cette observation touche1 croyons-nous1 au fond mme du dbat sur les mrites scientifiques respectifs du pluralisme et du monisme4 ,a cet gard1 le premier se signale comme une ncessit d'ordre pratique1 et le second comme la condition thorique fondamentale de toute connaissance4 ,c'est malgr nous que nous acceptons la multiplicit des phnomnes1 c'est p4#acb contre-coeur que nous la subissons1 et jamais nous ne perdons compltement l'espoir de secouer un joug si lourd4 ,la recherche de l'unit du monde nous emplit1 au contraire1 d'une ferveur joyeuse et dsintresse qui est comme la marque originelle des aspirations idales4 ,dans la pense de son fondateur1 le positivisme ne devait pas dchoir du rang de philosophie1 pour s'abaisser jusqu' l'empirisme pur et simple4 ,cote que cote1 donc1 il fallait attnuer et corriger les cts vraiment excessifs du pluralisme doctrinal4 ,assidu cette tche1 ,comte espra la remplir en proclamant la souverainet1 la prpondrance du point de vue social ou moral4 ,mais l'effort1 si louable pour tant d'autres raisons1 ne manifeste qu'une originalit de surface4 ,le sociologisme de ,comte n'est pas une nouveaut4 ,plutt nous apparat-il comme l'cho1 rpercut d'ge en ge1 de l'aristotlienne thorie du cosmos organique qui fut1 son tour1 la fille lgitime p4#acc de l'anthropomorphisme tlologique4 ,dfrant la primaut la sociologie et son point de vue spcial1 ,comte1 qu'il le veuille ou non1 se range parmi les dfenseurs des avantages de la thorie organique de l'univers sur sa thorie purement mcanique4 ,lui aussi1 par suite1 devait croire que le mcanisme explique une partie de la nature1 et que le sociologisme ou l'organicisme explique toute la nature4 ,mais une telle doctrine nous semble aussi troite qu'incomplte4 ,sur les deux points de vue1 le mcanique et l'organique ne possdent qu'une valeur conventionnelle3 ,ils expriment une simple diffrence de degr dans l'enchevtrement des causes qui produisent tantt les phnomnes physico-chimiques1 tantt les phnomnes vitaux et sociaux4 ,la causalit organique est infiniment plus complexe et1 partant1 moins connue1 que la causalit mcanique4 ,ce n'est pas l1 certes1 un motif rationnel pour y voir le type primordial de la causalit4 ,le savant1 pour qui la notion de p4#acd degr prsente une importance relle1 doit se garder avec soin de htivement ramener l'organisme au mcanisme1 et vice versa4 ,mais le philosophe1 lorsqu'il identifie de semblables concepts1 ne doit jamais1 lui non plus1 oublier que ses gnralisations poursuivent une fin logique seulement4 ,la causalit philosophique1 la causalit gnrale ou universelle1 ne saurait1 en vrit1 tre ni mcanique1 ni organique4 ,dans le premier cas1 le penseur trbuche dans les contradictions du matrialisme1 et dans le second1 il devient la proie de l'illusion tlologique4 ,auguste ,comte n'vita ni l'un1 ni l'autre de ces piges4 ,,notes3 #dd ,cours1 tome ,,vi1 leon lviii1 p4 #fhf4 #de ,ibid41 pp4 #fhg1 #fhh4 #df ,ibid41 pp4 #fhi1 #fij1 #fia4 #dg ,ibid41 p4 #fia4 #dh ,cours1 vol4 ,,vi1 leon lviii1 pp4 #fic1 #fid4 #di ,ibid41 p4 #fie4 #ej ,cours1 tome ,,ii1 leon xxxiii1 p4 #fdi4 #ea ,ibid41 pp4 #fdi1 #fej4 #eb ,ibid41 p4 #fec4 #ec ,ibid41 pp4 #fec1 #fed4 ,voyez aussi1 dans le mme tome1 la leon xxxv et1 dans le tome suivant1 les leons xxxv et xl4 #ed ,cours1 tome ,,iii1 leon xxxv1 p4 #ej4 99 99 99 99 99 ,,livre ,,iii p4#ace ,,le ,,monisme ,,de ,h4 ,,spencer 99 99 99 99 99 ,i ,le problme du multiple et de l'un proccupa beaucoup ,m4 ,spencer4 ,le souci de concilier la varit des phnomnes avec leur identit prsume l'obsda constamment3 d'o surgit peut-tre la forme nouvelle que le criticisme et le positivisme combins reurent dans la philosophie de l'volution4 ,la construction dogmatique due au chef de cette grande cole possde une part qui revient p4#acf l'exprience spciale ou scientifique1 et une autre qui appartient l'hypothse universelle ou philosophique4 ,dans cette dernire partie il agite la question mtempirique de l',un-,tout4 ,voici d'ailleurs1 dmontes une une1 pour ainsi dire1 les cinq pices ou thses principales qui commandent l'ontologie du systme spencrien3 #a ,un critrium exprimental de toute vrit1 fourni par la simple analyse des faits de conscience2 #b ,une classification empirique de ces mmes faits en objet et sujet2 #c ,l'hypothse 7suggre par le principe de causalit et les habitudes d'esprit correspondantes7 d'une ralit situe au del de la conscience2 #d ,deux hypothses qui drivent de l'hypothse du transconscient et dont l'une nous fait voir dans la classe conscience1 groupe objet1 un simple effet de la cause premire inconnaissable1 tandis que l'autre nous conduit envisager la classe conscience1 groupe sujet1 comme un effet du groupe objet2 #e ,une p4#acg nouvelle classification empirique des faits de conscience1 distingus non plus comme objet et sujet1 mais comme coexistants et successifs 7occupant l'espace ou le temps74 ,examinons ces points essentiels4 #a ,critrium ultime de toute vrit exprimentale4 ,accordons ,m4 ,spencer la synonymie parfaite de la connaissance et de l'exprience4 ,accordons-lui encore que la connaissance ne dpasse jamais la conscience4 ,des associations d'tats de conscience1--voil pour nous tout l'univers1 et toute la pense4 ,ces groupements possdent les degrs les plus varis de cohsion1 depuis les plus faibles jusqu' l'indissolubilit absolue4 ,la cohsion facilement dissoluble unit des tats de conscience qui se peuvent sparer en deux groupes moins vastes1 puis en quatre 7ou1 si l'on omet l'une des associations partielles1 en trois71 et ainsi de suite4 ,c'est de la sorte que l'esprit procde dans sa marche p4#ach du gnral au particulier1 de l'unit abstraite 7et en ce sens noumnale7 la varit concrte 7et en ce sens phnomnale74 ,au contraire1 la cohsion indissoluble1 alors que le sujet ne se distingue plus du prdicat1 constitue l'abstraction1 la gnralit telle quelle4 ,l'exemple choisi par ,m4 ,spencer appuie ces dfinitions4 ,il est impossible1 selon lui1 de penser le mouvement sans penser en mme temps quelque chose qui se meut1 on n'arrive pas opposer entre eux ces deux tats de conscience4 ,mais comment accepter l'existence de deux tats conscientiels indissolubles8 ,une semblable thse n'quivaut-elle pas1 en logique ordinaire1 la supposition que deux sont deux et ne le sont point en mme temps8 ,on ne peut expliquer l'indissolubilit conscientielle1 dit encore le mme philosophe1 et son corollaire1 l'inconcevabilit du contraire simultan4 ,il y a l une loi universelle1 dernire1 de l'esprit4 ,m4 ,spencer nous semble trop s'avancer4 ,l'insparabilit dans la conscience p4#aci des abstractions mouvement et mobile lui apparatrait-elle donc comme dpassant le simple constat d'une synonymie verbale de ces termes8 ,l'illusion consiste prendre une diffrenciation formelle1 due nos coutumes mentales1 sinon grammaticales1 pour une diffrenciation effective4 ,pouvons-nous voir dans l'inconcevabilit du contraire le critrium dernier de la vrit8 ,oui1 certes1 tant que notre esprit monte ou descend l'chelle abstractive1 tant que nous passons soit de l'abstrait au concret1 soit du concret l'abstrait1 tant que nous avons affaire des genres que nous dispersons en espces1 ou des espces que nous runissons1 en genres4 ,l'inconcevabilit du contraire exprime justement ici l'identit de l'identique4 ,qu'un cheval ne puisse tre en mme temps un non-cheval1 soit un homme1 veut dire que nous ne considrons pas alors le genre unificateur animal1 mais seulement quelques-unes de ses espces4 ,mais l'inconcevabilit du contraire cesse p4#adj d'tre pour nous ce guide sr1 lorsque nous nous arrtons l'abstrait pur et simple1 sans intention de retour en arrire1 au concret1 ou de marche en avant1 une existence gnrique plus haute4 ,l'abstraction en soi ou1 par le fait1 ses derniers degrs 7variables selon les poques et les individus7 ne se soumettent plus cette preuve logique4 ,la simultanit de la ngation et de l'affirmation parat inconcevable par suite d'une pratique de l'esprit contracte dans le commerce habituel des gnralits d'un degr infrieur4 ,mais le critrium de l'inconcevabilit ne s'applique pas au cas de l'abstrait tel quel1 la ngation se prsentant ds lors comme fausse1 ou comme raffirmant en ralit ce qu'elle nie en apparence4 ,l'univers 7l'tre7 ne peut comprendre en mme temps le non-univers 7,dieu74 ,ce raisonnement qui semble juste selon la logique formelle1 oppose1 en ralit1 deux pseudo-espces qui ne se rsument point par un genre suprieur1 et qui par suite sont deux signes diffrents pour exprimer la mme chose4 p4#ada ,en somme1 la preuve de l'inconcevabilit1 que prconisent tous les logiciens et les philosophes1 rsulte d'une observation superficielle des phnomnes psychiques4 ,en faire la base d'une conception du monde quivaut prendre l'illusion comme signe de la vrit1 pour la classe mme de concepts dont la philosophie se proccupe avant tout1 les abstractions dernires4 ,l',inconcevable doit aller rejoindre l',inconnaissable3 excellentes choses toutes deux leur place et dans leurs vraies limites1 o la premire signale l'inconu gnrique 7ainsi la possibilit non-cheval nie du cheval exprime la non-conception du genre suprieur animal71 et o la seconde reprsente l'inconnu1 galement gnrique4 ,mais ces deux termes ne valent que par apparence la o on les applique d'habitude4 ,la psychologie enfantine de nos jours et la prsomption qui caractrise le raisonnement ad judicium exagrent trop leur porte4 p4#adb #b ,classification des faits de conscience en sujet1 ou classe des tats internes1 et objet1 ou classe des tats externes4 ,voil1 selon ,m4 ,spencer1 une vrit non plus de l'ordre logique1 mais de l'ordre des existences4 ,voil plutt1 dirais-je1 une criante ptition de principe et un singulier malentendu4 ,l'opposition de l'ordre logique l'ordre rel forme la chose mme qu'il faudrait prouver et que ,m4 ,spencer rfute1 au contraire1 et rfute sans appel1 puisqu'il considre les tats internes 7sujet7 et les tats externes 7objet7 comme deux espces d'un genre unique suprieur1--la conscience4 #c ,hypothse d'une ralit situe au del de la conscience4 ,selon ,m4 ,spencer1 les tats internes s'engendrent les uns les autres et s'arrangent en sries ininterrompues tant qu'elles ne sont pas brises par l'intervention d'un tat externe1 et les externes s'engendrent de la mme faon pour p4#adc former des sries analogues4 ,cette double gense semble exacte2 mais elle ne se rapporte qu'aux tats conscientiels considrs comme des phnomnes concrets ou des abstractions d'un degr infrieur4 ,il se prsente cependant1 continue ,m4 ,spencer1 des cas o les deux sries s'arrtent brusquement3 nous avons1 dans les deux classes1 des tats auxquels on ne peut plus assigner des antcdents de la mme classe1 ni de la classe parallle4 ,alors un fait remarquable se produit4 ,pli la coutume d'affirmer un antcdent dans la srie1 l'esprit1 plutt que de renoncer cette habitude1 suppose un antcdent insaisissable1 un mode de l'tre qui n'apparat pas dans la conscience4 ,en vrit1 nous eussions d postuler deux sortes d'antcdences inconnaissables1 l'une pour la srie des tats externes1 et l'autre pour celle des tats internes2 mais1 guid par le prcepte logique--entia non sunt multiplicanda praeter necessitatem1 nous prfrons btir une nouvelle hypothse4 ,nous supposons que les deux antcdences p4#add rentrent dans une seule et mme classe4 ,on ne peut dire ce qu'est cette classe1 on ne peut que la dclarer relle4 ,elle persiste1 non dans la conscience1 sous tel ou tel aspect1 mais hors de l'esprit1 sans forme dtermine1 comme une pure puissance4 ,les procds de la fantasmagorie logique ne furent jamais srieusement tudis par les psychologues qui sur ce point1 comme sur les autres1 demeurent infrieurs aux physiciens4 ,aussi ne se dcouvre-t-elle pas l'aise la lanterne magique que manie ,m4 ,spencer en illusionniste consomm4 ,tout nous pousse croire1 cependant1 que dans ce jeu d'images fantastiques1 o l'inconnaissable croise sans cesse l'inconcevable1 l'erreur provient de ce que nous mconnaissons certaines lois de notre esprit4 ,elle pourrait donc se dissiper par suite de leur application rationnelle4 ,examinons le point de dpart du raisonnement de ,m4 ,spencer4 ,au lieu d'envisager la srie des tats internes p4#ade de la conscience et la srie de ses tats externes comme des espces concrtes1 il les pose d'emble comme deux abstractions dernires1 ultimes1 irrductibles4 ,aussitt la gnralit ou identit de genre prend chez lui la place de la spcialit ou diffrence d'espce4 ,mais la gnralit supprimant toute opposition en faveur et au profit de l'harmonie1 de l'unit tant poursuivie par l'esprit1 le sujet et l'objet se combinent ncessairement en un concept unique1--qui est l'tre4 ,or1 toute abstraction pure peut se considrer3 #a comme telle1 c'est--dire comme quelque chose d'absolument rfractaire une gnralisation ultrieure2 et #b comme un phnomne psychique1 partant1 trs particulier et1 partant1 gnralisable4 ,dans la suite1 nous confondons ces deux points de vue1 originairement si distincts1 et nous tombons en une foule d'erreurs de pure forme que nous prenons pour autant de pnibles conflits de la raison avec elle-mme4 ,en effet1 l'abstraction traite par nous tantt comme une gnralit p4#adf dernire1 et tantt comme un phnomne des plus particuliers1 nous semble tantt chapper la loi de causalit1 et tantt retomber sous cette loi4 ,la loi de causalit--on ne s'en rend pas assez compte--ne saurait s'appliquer qu'aux choses disposes en sries4 ,celles-ci1 leur tour1 supposent une marche de la pense du moins abstrait au plus abstrait4 ,par suite1 la recherche de la cause n'est1 en dfinitive1 pour l'esprit1 qu'une faon de passer du multiple l'un1 des espces au genre4 ,le processus causal et le processus gnralisateur se laissent ainsi identifier sur tout leur parcours4 ,voil pourquoi il advient un moment o l'esprit s'arrte dans sa poursuite des causes4 ,il se bute quelque chose qui lui apparat comme l'essence impntrable du phnomne1 mais qui1 sous un autre aspect1 constitue une abstraction dernire1 une gnralisation ultime4 ,on peut1 au reste1 dterminer le point prcis o se produit cette brusque interruption de la marche ascendante de notre pense4 ,ce point p4#adg ne varie pas1 quelle que soit la catgorie des faits qui occupent l'intelligence et lui fournissent l'occasion de s'lever1 dans l'ordre sriel des causes1 d'une gnralit quelconque une gnralit plus haute4 ,il concide toujours avec le cas o le phnomne nous semble dnu de tous ses attributs sauf un seul1 l'attribut ontologique par excellence1 l'ide affirmant sa ralit pure4 ,a tous les degrs infrieurs d'abstraction1 nous demeurons conscients du caractre passager de l'impuissance qui affecte notre esprit et paralyse nos efforts4 ,voyons maintenant ce qui se passe lorsque nous abordons la plus haute et1 partant1 l'unique cime de l'abstraction4 ,l'habitude que nous contractmes dans le commerce usuel des gnralits infrieures1 ne nous abandonne pas1 et une illusion caractristique s'empare de l'intelligence4 ,a ce degr suprme l'unit1 de potentielle1 devient effective4 ,mais notre raison n'en persiste pas moins dans ses aspirations monistiques4 ,elle se meut dans le vide1 elle p4#adh finit1 de guerre lasse1 par soutenir que la cause premire du monde demeure jamais insaisissable4 ,ainsi prend naissance le concept d',infini4 ,en vrit1 il n'est qu'un simple quivalent de l'ultime gnralisation et1 par elle1 de tout ce qu'elle reprsente1 c'est--dire de l'univers entier4 ,comme nous l'avons remarqu1 d'ailleurs1 nous nous trahissons involontairement nous-mmes quand1 au lieu de supposer deux sortes d'inconnaissables1 nous n'en postulons qu'une seule espce pour les deux sries conscientielles4 ,les abstractions sujet et objet masquent ici l'unit ontologique dj atteinte2 c'est l'tre lui-mme qu'on dclare au-dessus de notre porte1--terme tout fait impropre signifier l'intention de l'esprit4 ,car l'ide qui pose l'existence constitue l'unit mentale au del de laquelle il serait vain de chercher un genre plus vaste4 ,a cela se rduit1 in ovo1 la thorie de l',incognoscible1 le fidisme qui1 de la fine substance du concept ontologique1 tisse l'toffe solide de nos prjugs4 p4#adi #d ,hypothses drives du postulat de l',inconnaissable4 ,nous avons trs peu dire sur l'application strile de la loi de causalit consistant a ranger ces trois termes1 l'inconnaissable1 l'objet et le sujet1 en une srie dcroissante4 ,la confusion de l'abstrait et du concret dtermine ici ses effets ordinaires4 ,si l'inconnaissable engendre l'objet qui1 son tour1 produit le sujet1 cela ne peut s'entendre qu'en un sens1 savoir1 que le concept le plus abstrait contient en soi la varit des tres1 l'objet en gnral1 les choses qui nous semblent extrieures nous-mmes aussi bien que notre propre mentalit4 ,et l'objet ainsi dfini renferme1 son tour1 l'ide plus particulire de l'tre conscient ou psychique4 ,personne ne contestera cette vrit d'ordre lmentaire4 #e ,classification des faits de conscience dans le temps et dans l'espace4 ,il exisle1 selon ,m4 ,spencer1 quatre attributs p4#aej universels3 le moi1 le non-moi1 le suivre1 le non-suivre 7ou le coexister74 ,mais1 distingus par le philosophe comme deux espces d'tats de conscience1 le moi et le non-moi doivent pouvoir se ramener un genre commun4 ,un raisonnement analogue prvaut au sujet des concepts de succession et de coexistence4 ,le temps et l'espace peuvent s'envisager1 l'un1 comme la ngation factice du moi1 et l'autre1 comme la ngation factice du non-moi4 ,le premier reprsente quelque chose d'universellement donn dans le concept de sujet1 et le second quelque chose d'universellement donn dans le concept d'objet4 ,ainsi1 les quatre attributs universels se laissent ramener1 d'abord deux couples1 puis un seul1 enfin un attribut unique1 l'abstraction dernire1 essentielle4 ,quel que soit le nom qu'on lui donne1 ce monisme semble suffisant pour fonder la philosophie4 ,et c'est lui1 en fait1 qui l'a engendre4 ,ce qu'on oppose au concept de l'tre comme des ralits primordiales1--le temps1 l'espace1 p4#aea le sujet1 l'objet1 la matire1 l'ide1 l'univers1 ,dieu1--tous ces noumnes prtendus irrductibles1 au lieu d'ouvrir l'horizon1 le bouchent et poussent fatalement le philosophe dans la classique mprise d',ixion qui1 pensant s'unir la mre des dieux1 avait embrass un nuage4 ,certes1 le verbalisme lui-mme est parfois utile1 et l'esprit ne pourra jamais se passer de certaines distinctions qui lui servent1 en dfinitive1 de points de repre dans l'immense amas de faits dfilant sans relche sous ses yeux4 ,dans les sciences particulires aussi bien que dans la vie pratique1 un usage rgulier du symbolisme usuel s'impose4 ,une chaise1 le soleil1 un arbre et un homme forment des agrgats dont la confusion ne se pourrait tolrer aucun point de vue4 ,mais si un besoin pressant de l'esprit nous oblige poursuivre l'identit dernire de tels agrgats1 mieux vaut1 dans cette recherche1 obir aux lois de notre mentalit et procder logiquement1 d'abstraction en abstraction1 pour aboutir p4#aeb l'quation gnrale de la chaise1 du soleil1 de l'arbre1 de l'homme2 et il importe de ne pas s'achopper dans cette voie des catgories imaginaires4 ,car les prtendues formes aprioriques de l'esprit et ses dernires gnralits constituent1 elles aussi1 de purs concepts4 ,en tant que multiples1 ceux-ci sont infrieurs au concept ontologique4 ,de plus1 prsentes comme terme ultime des choses1 ces ides refltent simplement ou rptent l'abstraction unique4 444 ,prcder ou suivre une chose1 coexister avec un phnomne1 subsister dans l'intellect 7le moi71 enfin y subsister comme n'y subsistant pas 7formule exacte du non-moi senti par le moi71--ces dterminations1 ces modalits qui nous frappent comme diverses1 se rduisent facilement l'unit ontologique4 ,on pourra souvent1 il est vrai1 exciper de leur qualit de faits gnraux4 ,mais qu'est-ce qu'un fait gnral1 sinon encore une ide abstraite8 ,pourquoi distinguons-nous le soleil son lever du soleil son coucher2 le soleil1 de la lumire p4#aec qu'il rpand2 la perception du soleil comme image mentale1 de sa perception comme ralit extrieure8 ,nous devons ou1 mieux1 nous pouvons distinguer ces faits1 prcisment parce que nous pouvons les identifier4 ,c'est l un seul et mme pouvoir1 considr sous deux de ses aspects ou dans deux de ses phases successives4 ,la distinction prcde et prpare l'identification1 le concret sert de point de dpart l'abstrait4 ,la confusion1 au contraire1 empche la synthse scientifique de se produire4 ,pour gnraliser et1 par suite1 connatre les choses1 il faut utiliser les distinctions que reprsentent les concepts de temps1 d'espace1 de sujet1 d'objet1 etc4 ,maison il faut aussi se garder de prendre ces chafaudages temporaires pour l'difice qu'ils aident btir4 ,m4 ,spencer termine par un aveu trs franc1 il aboutit une confession prcieuse recueillir4 ,notre connaissance de l'existence noumnale1 dit-il en propres termes1 a une certitude dont celle de nos connaissances phnomnales ne p4#aed saurait approcher4 tonnante conclusion d'une longue suite de pnibles tentatives1 tonnante ou plutt vraiment admirable1 car nous y saluons la force de la vrit se faisant jour travers tous les obstacles4 ,en d'autres mots1 affirme encore ,m4 ,spencer1 au point de vue de la logique aussi bien qu' celui du sens commun1 le ralisme est la seule thse rationnelle1 toutes les autres sont ruineuses4 ,mais de mme que le jugement du sens commun ne saurait s'carter pour longtemps des rgles du jugement logique1 de mme le ralisme transfigur de ,m4 ,spencer ne saurait s'opposer1 d'une faon permanente1 l'unit de la raison pure4 99 99 99 99 99 ,,ii p4#aee ,abordons maintenant le monisme spencrien par une autre de ses faces1--la clbr formule de l'volution4 ,la gense de cette formule offre1 entre autres1 un trait intressant4 ,penseur nourri des ides de ,kant1 de ,comte1 des criticistes et des positivistes1 ,m4 ,spencer se tourna d'abord vers ce champ nouvellement ouvert la science1--la sociologie4 ,dj1 dans un de ses premiers ouvrages1 la ,statique sociale1 il cherche remplacer l'interprtation logique des phnomnes par leur interprtation dite relle1 sinon purement p4#aef physique4 ,l'individuation et la spcialisation 7avec1 pour synthse1 le progrs7 reprsentent dans ce livre les concepts de l'un et du multiple4 ,puis ,m4 ,spencer apprend connatre la loi 7formule par ,wolff1 ,goethe et ,baer7 relative au passage des structures d'un tat homogne un tat htrogne4 ,l'opposition primitive s'largit en consquence3 de sociologique elle devient biologique4 ,l'individuation s'appellera dornavant intgration 7unit7 et la spcialisation se nommera diffrenciation 7varit74 ,l'volution sera leur rsultante4 ,mais engag dans cette voie1 ,m4 ,spencer devait la suivre jusqu'au bout4 ,aussi s'avance-t-il jusqu' l'extrme limite du monde inorganique4 ,en physique1 en mcanique1 il retrouve les lments du problme qu'il tenait pour rsolu dans le domaine de la vie4 ,ds lors1 il se flatte d'avoir mis la main sur la formule suprme de tous les changements4 ,aprs avoir prouv que la loi de ,baer 7passage de l'homogne1 de l'un1 l'htrogne1 p4#aeg au multiple7--dit dans son ,introduction le traducteur franais des ,premiers ,principes--s'appliquait aux organismes considrs comme individus1 l'agrgat de tous les organismes dans le cours entier de l'histoire gologique1 aux chefs-d'oeuvre de la littrature1 aux institutions fondamentales de la socit1 comme aussi aux langues1 aux arts et tous ces produits de la vie mentale qu'il comprend sous le nom gnrique de superorganiques 7jusqu' la faon de se coiffer1 de s'habiller1 de s'asseoir et de saluer--v4 son essai3 ,les ,manires et la ,mode71 ,m4 ,spencer se trouvait1 plac sur une pente qui devait le porter naturellement tendre cette loi au dveloppement des existences qui composent le monde inorganique4--,on ne peut douter que ces existences ont aussi une volution1 ajoute le mme-auteur4 ,a mon tour j'affirmerai que ces existences prsident l'origine des concepts d'unit et de varit1 qu'elles se rduisent l'ide d'tre1 qu'elles sont1 en un mot1 des existences2 p4#aeh car le terme volution ne signifie pas ici autre chose4 ,quant aux nombreux exemples que ,m4 ,spencer tire de toutes les sciences1--quant la preuve astronomique1 aux nbuleuses qui1 de masse homogne et diffuse1 deviennent des systmes de corps htrognes et distincts2 la preuve gologique1 l'incandescence du globe aboutissant la solidification et au refroidissement de la crote terrestre2 la preuve biologique1 l'htrognit croissante de la faune et de la flore et la diffrenciation de plus en plus grande des organismes2 enfin la preuve sociologique1 la concentration et la diffrenciation politique1 sociale1 conomique1 littraire1 scientifique1 etc41--cette sorte d'argumentation prsente un ct faible qu'on n'aperoit pas toujours et sur lequel on nous permettra d'insister4 ,on a prtendu que l'exemple1 dans les branches suprieures du savoir1 est analogue la figure en gomtrie1 qu'on ne saurait trop en p4#aei donner1 qu'il n'y a pas1 au surplus1 de meilleur moyen pour prouver la force d'une thse et la sincrit de sa dfense4 ,je le veux bien2 mais avec cette rserve souvent omise1 que le fait concret jouant le rle de preuve soit aussi proche1 aussi voisin que possible de l'ide abstraite qu'il doit corroborer4 ,j'estime1 en outre1 que les hautes abstractions1 les gnralisations finales offrent cet gard des conditions trs particulires4 ,n'est-il pas manifeste1 en effet1 que toute chose1 tout vnement1 tout phnomne exemplifie le temps1 l'espace1 la matire1 la force1 l'inconnaissable1 l'agrgat1 le mouvement1 le changement1 l'volution8 ,l'exemple philosophique semble donc constituer la sorte prcise de preuves dont le penseur pourrait le plus aisment se passer4 ,bien entendu1 je ne parle pas ici du vulgarisateur qui ne cherche point atteindre la vrit1 dj cense tablie1 qui tche seulement de la faire accepter aux esprits malhabiles en vrifier par eux-mmes les p4#afj lments1 sinon incapables d'en mesurer la porte abstraite4 ,l'exemple vient alors en aide l'intelligence1 comme les projections lumineuses ou tout autre artifice pdagogique4 ,la philosophie qui coordonne les donnes des sciences en une conception homogne du monde1 ne fera pas fleurir les nouveaux procds qui aujourd'hui remplacent la double mthode de ,socrate 7la maeutique et l'ironie72 elle usera de l'exemple peu prs comme de l'hypothse1 dont l'exemple est le complment ncessaire1 le corollaire invitable4 ,d'ailleurs1 de mme qu'une supposition ne se vrifie qu'autant qu'elle se spcialise1 de mme un fait ne peut commander la conviction que s'il rentre dans le domaine des vnements cncrets et particuliers tudis par la science4 ,un philosophe pourra employer ses loisirs construire des hypothses de science1 il pourra occuper son temps recueillir des faits astronomiques1 gologiques1 etc42 mais sa tche de philosophe n'en tirera aucun profit directement p4#afa apprciable4 ,il ne sera que trop port transformer l'hypothse spciale en hypothse universelle1--et tout fait particulier lui semblera appuyer ses thories gnrales4 ,il nous faut maintenant montrer l'oeuvre la mthode employe par ,m4 ,spencer4 ,tent par un vaste ensemble de faits sociaux 7le progrs7 et dsirant traiter le problme en philosophe1 sous son aspect le plus comprhensif1 il recourt l'analyse logique des concepts correspondants4 ,il parvient ainsi sans peine la conclusion purile que le progrs est un changement1 sous quelque forme qu'il se manifeste4 ,il s'attache ds lors cette gnralit vague4 ,le caractre connot par l'ide de changement lui apparat comme absolument universel4 ,mais l'ide pure de changement implique-t-elle le passage de l'homogne l'htrogne dont ,m4 ,spencer fait le contenu scientifique de sa loi8 ,l'htrognit suit-elle ncessairement l'homognit8 ,toute cause produit-elle p4#afb toujours plus d'un effet8 ,a vrai dire1 et conu mcaniquement comme consquence de l'instabilit des existences homognes1 le fait de l'htrognit croissante des choses demeure inexpliqu4 ,le terme volution substitu au terme progrs tmoigne suffisamment1 d'ailleurs1 du verbalisme o se complat ,m4 ,spencer4 ,dans un fait social particulier--le progrs--il voit seulement le ct gnral et abstrait1 celui que la logique dcouvre dans tout fait quelconque4 ,le progrs devient l'volution2 le changement s'appelle passage de l'homogne l'htrogne2 l'htrognit se ddouble1 elle se complique d'homognit2 c'est tantt l'htrognit homogne de l'ensemble ou l'intgration1 et tantt l'htrognit homogne des parties ou la diffrenciation2 l'homognit se ddouble aussi1 elle se complique d'htrognit2 c'est l'homognit htrogne de l'ensemble ou la concentration1 l'agrgation1 et c'est l'homognit htrogne des parties ou la diffusion1 la dissolution4 ,mais sous cette p4#afc cacophonie de termes similaires et au fond de cet enchevtrement de dfinitions verbales1 il n'y a que de vains efforts pour sortir de la logique pure et pour entrer dans la physique ou la mcanique4 ,tout se rduit une fois de plus la dfinition des ides d'unit et de varit4 ,on s'en convainc facilement par l'analyse des trois lois spencriennes qui rsument le fait suprme de l'volution3 la loi de l'instabilit de l'homogne 7un corps devient plus htrogne sous l'influence d'une force incidente71 la loi de la multiplication des effets 7une force incidente affecte diffremment les parties d'un corps et1 par suite1 rend celui-ci plus htrogne71 et la loi de sgrgation 7des forces incidentes affectent en sens varis un corps et accroissent son htrognit1 soit en intgrant ou concentrant les parties affectes en un sens1 soit en sparant ou diffrenciant les parties affectes en sens divers74 ,la thorie volutive ou1 d'aprs ,m4 ,spencer1 la thorie de l'involution et de la dissolution1 p4#afd ne contient qu'une longue et fastidieuse paraphrase d'un concept trs usuel3 l'agrgat4 ,on peut s'en assurer en essayant d'appliquer les thses de notre auteur aux concepts d'atome ou de proprit4 ,l'atome en soi1 la proprit telle quelle n'ont rien dmler avec l'involution et la dissolution4 ,mais les atomes combins1 les proprits runies1 en un mot1 les agrgats naturels1 se dfinissent excellemment l'aide de ces deux caractres1 la fois opposs l'un l'autre et universels4 ,en effet1 toute chose concrte est simultanment une 7agrgat7 et multiple 7compose de parties ou d'lments agrgs74 ,concret implique discret1 comme involution implique dissolution1 comme concentration implique diffusion1 et intgration--dsintgration4 ,voil une srie de couples synonymiques exprimant le mme rapport qui s'affirme de toute chose1 depuis le grain de sable jusqu' la socit humaine4 ,dire que la loi d'volution 7intgration des parties d'un agrgat1 dfinissable encore comme accroissement p4#afe de leur dpendance mutuelle7 rgit les phnomnes inorganiques1 organiques et hyperorganiques1 quivaut simplement constater l'existence de pareils ensembles4 ,une formule qui vise le phnomne en gnral1 vise par l mme tous les phnomnes indistinctement4 ,elle manifeste l'unit logique de l'univers4 ,usant d'un tel procd1 l'esprit peut ramener les formules les plus diverses une formule unique4 ,tout phnomne est un objet de connaissance2 tout phnomne est une sensation2 tout phnomne est un ensemble de parties2 tout phnomne manifeste l'attribut qui s'appelle temps et qui se subdivise en pass1 prsent et futur 7le passage de l'un de ces termes l'autre donnant naissance au concept du devenir72 tout phnomne constitue1 par suite1 un agrgat qui devient plus agrgat ou moins agrgat3 cette srie de formules unificatrices peut se prolonger indfiniment4 ,toutes appartiendront la science des concepts1 la psychologie concrte4 ,au mme rang se p4#aff placeront les liens universels que dcouvrent les mathmatiques1 la physique1 la chimie1--gnralits o s'unifient galement tous les phnomnes4 ,les lois de la biologie viendront ensuite grouper les faits biologiques et sociaux4 ,quant aux formules de la sociologie1 elles ne sembleront encore pouvoir s'appliquer qu'aux seuls vnements de la vie sociale4 ,en ralit1 cependant1 biologie et sociologie se combinent pour produire la psychologie concrte1 et celle-ci1 comme nous venons de le voir1 unifie son gr la totalit des phnomnes4 ,ainsi disparat le dualisme gnosologique1 ce corollaire persistant du dualisme cosmique4 ,mais l'unit ralise par la mcanique ou la physique est-elle de mme nature que l'unit logique8 ,en ces termes se pose nouveau l'antique problme1 auquel une seule rponse nous semble aujourd'hui possible3 l'unit du monde inorganique se prsente son tour 7en tant que connaissance7 comme un aspect de l'unit logique4 ,aussi sommes-nous trs loin de p4#afg ddaigner l'oeuvre accomplie par ,m4 ,spencer1 et l'oeuvre des penseurs qui le prcdrent4 ,nos critiques ne visent que les sophismes l'aide desquels le philosophe1 confondant1 au lieu de les combiner1 les points de vue des diffrentes sciences1 parvient faire miroiter devant nos yeux1 en place de l'unit purement logique des choses1 le fantme de leur unit dite relle ou transcendante4 ,m4 ,spencer se voit lui-mme oblig d'admettre deux volutions ou deux redistributions de la matire1--l'une primaire et l'autre secondaire4#ee ,ce dualisme exprime trs bien la sparation p4#afh de l'organique et de l'inorganique1--l'ternelle antinomie dont notre intelligence s'accable chaque fois que1 ddaigneuse des lois qui la rgissent1 elle cherche la conciliation des diffrences phnomnales sur tous les chemins hormis celui de la logique pure4 ,l'intgration et la diffrenciation s'opposent comme deux concepts qui refltent simplement la distinction entre l'inerte et le vivant1 la matire et l'ide4 ,mais si ce contraste semble suffisamment justifi dans la sphre des choses concrtes1 il n'en est plus de mme lorsque notre intelligence dpasse les conditions des existences particulires4 ,et ,m4 ,spencer nous transporte dans ces rgions suprieures du raisonnement o la dfinition d'un concept s'largit au point d'embrasser tous les cas concrets et les gnralits les plus disparates4 ,en effet1 l'intgration mcanique ou physique des corps se peut noter ainsi3 x1 y1 z s'agrgent pour devenir x y z4 ,le philosophe dfinit ce changement comme le passage de p4#afi l'htrogene l'homogne1 et la dfinition tient bon tant que x1 y1 z1 se conoivent comme formant un ensemble abstrait4 ,celui-ci parat alors compos de parties htrognes qui1 concentres en un groupe figur par x y z1 deviennent moins htrognes4 ,mais si x1 y1 z1 cessent d'tre considrs comme une unit abstraite1 on ne pourrait s'empcher de voir dans chacun d'eux un lment homogne s'accouplant avec d'autres lments homognes et finissant par produire la somme x y z1 videmment plus htrogne que chacune de ses parties constituantes4 ,le mme raisonnement s'applique au processus inverse1 la diffrenciation figure par x y z devenant x1 y1 z4 ,la dfinition de ce changement comme un passage de l'homogne l'htrogne ne soulve aucune difficult tant que x1 y1 z1 se conoivent1 in abstracto comme un systme de caractres fortement lis entre eux4 ,cet ensemble nous parait alors form de parties moins intimement unies que p4#agj le systme mcanique ou physique x y z1 et le processus diffrentiel se prsente en ralit comme un passage du plus cohrent 7homogne7 au moins cohrent 7htrogne74 ,mais si l'on quitte la sphre abstraite pure pour considrer le seul aspect mcanique ou physique des vnements1 on arrive une vue absolument autre4 ,x1 y1 z1 nous semblent alors des systmes plus homognes que le produit de leur concentration1 x y z2 par suite1 la dispersion de ce total en ses lments peut bon droit s'imaginer comme un passage du moins homogne au plus homogne4 ,introduit dans les sciences spciales1 le double processus que gnralise ,m4 ,spencer de faon pouvoir l'adapter tous les ordres de phnomnes1 revt une nouvelle apparence4 ,l'activit vitale se spare nettement de l'activit chimique1 et celle-ci de l'activit physique4 ,l'activit sociale exige galement un processus part4 ,de l'agrgation et de la dsagrgation physiques nous passons ici la combinaison p4#aga chimique 7composition1 dcomposition71 l'organisation biologique 7vie1 mort71 enfin l'volution sociologique 7progrs1 dcadence74 ,ces processus demeurent dissemblables tant qu'on ne quitte point le terrain de la recherche spciale4 ,mais deux causes ou conditions existent qui nous poussent sans cesse les confondre4 ,c'est1 en premier lieu1 la hte avec laquelle le philosophe s'loigne des faits prcis et son insouciance qui permet aux ides peine nes de prendre leur essor vers les hautes cimes de l'abstraction4 ,et c'est1 en second lieu1 la complexit extraordinaire des faits biologiques1 psychiques et sociaux1 l'enchevtrement1 souvent inextricable1 des phnomnes d'volution1 d'organisation1 de combinaison et d'agrgation4#ef p4#agb ,les formules unitaires de ,m4 ,spencer nous mnent-elles1 ainsi qu'il le pense1 des lois universelles1 ou valent-elles plutt comme de simples dfinitions logiques de termes excessivement gnraux8 ,prenons1 par exemple1 sa clbre loi de l'instabilit de l'homogne4 ,une loi est un rapport constant de coexistence ou de succession4 ,la loi de ,m4 ,spencer se range videmment sous cette dernire rubrique4 ,l'homogne y prcde ncessairement l'htrogne1 et1 puisque ces deux attributs pris ensemble signifient la somme totale des choses1 nous p4#agc voil1 semble-t-il1 en prsence d'une loi universelle do succession4 ,il n'en est rien1 cependant4 ,en effet1 si l'htrogne peut se dfinir un homogne dont les parties subissent l'action ingale de forces quelconques1 l'homogne devra galement pouvoir se dterminer par son contraire limit1 restreint ou conditionn 7forme ordinaire de la dfinition logique74 ,on dira donc que l'homogne est de l'htrogne dont toutes les parties subissent l'action gale de la mme force4 ,l'htrogne1 en ce sens1 prcderait ex definitione l'homogne1 et c'est de la multiplicit que jaillirait l'unit4 ,nous pourrions du mme coup poser pour loi suprme la transition constante de l'htrogne l'homogne1 ou l'instabilit de l'htrogne4 ,ds la plus haute antiquit1 les philosophes ont pu soutenir sans grand risque que tout tait un et multiple1 vivant et inerte1 mouvement et repos1 ide et matire1 existence et nant4 ,a leur suite1 ,m4 ,spencer vient affirmer aujourd'hui que tout est passage de l'homogne p4#agd l'htrogne et vice versa4 ,mais1 si dans la sphre des choses concrtes l'affirmation et la ngation constituent deux classes distinctes de faits2 s'il y a rellement des units et des multiplicits dans les mathmatiques1 des mobiles et des inerties mobilises1 pour ainsi dire1 par des chocs1 dans la mcanique1 des tres vivants et des cadavres dans la biologie1 etc41--il n'en saurait tre de mme lorsque les termes gnraux dnomment des concepts purs1 des abstractions du dernier et suprme degr1 invariablement rgies par la loi de l'identit des contraires4 ,dans toutes les actions et ractions de force et de matire1 conclut ,m4 ,spencer#eg1 une dissemblance dans l'un ou l'autre des facteurs ncessite une dissemblance dans les effets1 et en l'absence de toute dissemblance dans l'un ou l'autre des facteurs1 les effets doivent tre semblables4 ,il ajoute que cette formule est p4#age la plus abstraite de toutes celles o se rsument pour nous les faits exprims par la loi d'volution4 ,rien de plus vrai4 ,mais la mme conclusion se retrouve chez tous les penseurs1 soit sous la forme de la loi de causalit1 soit sous celle du principe logique d'identit4 ,la rgle de ,m4 ,spencer traduit fidlement ce dernier principe1 et l'indestructibilit de la force1 dont il fait dcouler sa loi d'volution1 s'y ramne aussi4 ,car si ,a n'tait pas identique ,a1 la force cesserait de s'galer invariablement elle-mme2 elle pourrait se dtruire4 ,,notes3 #ee ,l'une se dfinit comme l'intgration des phnomnes physico-chimiques1 et l'autre comme l'intgration1 toujours accompagne de diffrenciation1 des phnomnes organiques et hyperorganiques4 ,en ralit1 cependant1 dans la redistribution secondaire1 l'intgration se rapporte surtout aux phnomnes physico-chimiques1 insparables des organiques et hyperorganiques4 ,il est vrai que ,m4 ,spencer accepte pour les phnomnes physico-chimiques une diffrenciation latente se dployant de larges intervalles--telle la prtendue diffrenciation de la matire sidrale et terrestre qui produit les ocans1 les forts1 les montagnes1 etc4 ,mais ne sont-ce pas l plutt des comparaisons potiques1 une sorte de biologisme qui rappelle trop l'anthropomorphisme pour ne pas s'envisager comme un de ses vestiges8 #ef ,on pourrait toutefois se servir du terme volution pour indiquer le genre logique auquel se ramnent1 dans notre esprit1 ces deux espces voisines3 le processus vital et le processus social4 ,ce dernier s'appellerait en ce cas progression 7et1 corrlativement1 rgression74 ,aujourd'hui1 les ides sociologiques ont envahi la biologie et1 par contre1 les ides biologiques ont fait irruption dans la sociologie4 ,la confusion arrive son comble4 ,on peut s'en assurer en particularisant1 pour ainsi dire1 les abstractions de ces deux sciences4 ,on s'aperoit alors que le processus qui transforme les corps vivants1 porte toujours1 in concreto1 sur une disposition quelconque de matire 7tissus1 cellules1 lments71 et qu'il se rduit1 en somme1 l'ide d'organisation4 ,de mme1 ce qu'on appelle1 par mtaphore1 une organisation sociale1 voque simplement l'ide d'une activit commune d'organismes semblables4 ,cette activit consciente ou inconsciente s'entretient pendant un laps quelconque de temps1 en vue d'une progression ou d'une rgression de certains rapports dfinis entre les organismes qui la manifestent4 #eg ,premiers ,principes1 p4 #eaf de la trad4 fran4 99 99 99 99 99 p4#agg ,,post-,,scriptum#eh ,,le ,,monisme ,,et ,,la ,,morale 99 99 99 99 99 ,nous avons vu que le substratum1 la substance des conceptions universelles du pass1 des thologies aussi bien que des mtaphysiques1 se laisse rduire1 en dernire analyse1 trois grands dogmes3 l'agnosticisme1 l'volutionnisme et le monisme4 ,nous avons vu aussi combien p4#agh bien diffrent1 selon les poques et surtout l'tat plus ou moins avanc des sciences positives1 fut le rle jou par chacun de ces principes dans l'ensemble du mouvement philosophique4 ,mais accorde-t-on que la science tire ses origines de la socialit1 qu'elle forme elle-mme un produit complexe de la combinaison intime du psychisme social avec le psychisme bio-individuel8 ,il y aurait ds lors un intrt de premier ordre saisir la corrlation plus ou moins lointaine pouvant exister entre les doctrines numres plus haut et telles ou telles normes thiques4 ,il serait particulirement profitable d'tudier les rapports de ces thories avec les sentiments qui ont dirig les socits1 inaugur les langages1 cr les institutions utiles ou nuisibles l'avancement des sciences1 dtermin les grands objets de la poursuite scientifique1 favoris1 par la dispersion de la richesse1 ou restreint1 par l'expansion de la misre1 le loisir des individus et des groupes sociaux1 etc4 p4#agi ,en un mot1 la question se pose en ces termes3 quels grands principes moraux ou sociaux se rattachent originellement1 quoique d'une faon indirecte1 l'agnosticisme qui prvaut dans les conceptions philosophiques du pass sous le nom de croyance1 de sentiment religieux1 et le monisme qui s'y manifeste l'tat d'bauche indcise8 ,car j'excepte de ma recherche le monisme transcendant1 c'est--dire1 par le fait1 inaccessible2 et1 jusqu' nouvel ordre1 l'volutionnisme lui-mme qui1 sous le nom de mthode exprimentale1 lutta1 d'une faon dissimule d'abord1 et ensuite de plus en plus ouverte1 contre les innombrables fins de non-recevoir de l'antique ignorance4 ,la corrlation suppose existe4 ,elle se dcouvre mme avec facilit4 ,en effet1 pourvu qu'on analyse un peu la psychologie des choses humaines1 ds le point d'affleurement o les ides prennent contact avec le milieu1 on aperoit le lien intime unissant l'agnosticisme encore irresponsable1 la p4#ahj religiosit1 un obscur sentiment social qui explique ou rsume les quatre cinquimes des faits de l'histoire4 ,n de bonne heure1 durant la phase embryonnaire ou protohistorique de l'volution des socits1 et affermi1 consolid sous les auspices de la sauvagerie et de la barbarie anciennes1 ce puissant mobile continua diriger l'thique entire pendant la phase formative ou proprement historique1 avec des allures peu prs franches et loyales dans la priode militaire1 et des faons hypocritement voiles dans la priode industrielle qui s'tend jusqu' nos jours4 ,depuis de longs sicles1 d'ailleurs1 cette impulsion atavique tente de se formuler en thorie4 ,a cette fin1 elle usurpe quotidiennement les qualifications qu'elle mrite le moins4 ,elle se fait appeler ordre1 autorit1 hirarchie1 discipline4 ,son vrai nom cependant lui a t dj donn par une cole sociale dont les vagues aspirations et les hypothses troublantes se rpandent aujourd'hui avec une rapidit p4#aha plus naturelle1 peut-tre1 que dsirable4 ,en un mot1 nous avons affaire l rceptivit passive1 au servilisme gnrateur des divers esclavages conomiques et politiques qui ont marqu l'histoire depuis la priode de l'anthropophagie jusqu' celle du capitalisme4 ,fortement ancr dans les cellules crbrales de nos anctres1 pass l'tat de tendance hrditaire1 ce mode social de sentir devait1 ncessairement1 exercer une grande influence sur tous les produits ultrieurs de l'intellect humain1 sur ses mthodes de recherche1 sur ses conceptions particulires et gnrales4 ,et son action ne pouvait tre que dprimante ou suspensive4 ,mais qu'est-ce que l'agnosticisme lui-mme1 quand on scrute le sens profond de cette doctrine1 sinon un arrt de la connaissance1 tantt impulsif1 et tantt volontaire1 une inhibition que1 seuls1 ses promoteurs et ses apologistes osent supposer conforme la structure intime de notre cerveau8 ,les agnostiques sont des p4#ahb rsigns par choix1 par persuasion4 ,n'insistons pas sur ce paralllisme1 et contentons-nous de rappeler deux faits gnraux bien connus4 ,aux poques strictement religieuses1 l'inhibition se produisait et agissait par l'hypothse du surnaturel1 du mystre divin1 de l'intervention providentielle4 ,aux poques qui suspectrent la vrit thologique1 l'inhibition se produisait et agissait1 en outre 7car une notable survivance de la foi primitive doit s'admettre comme certaine71 par l'intermdiaire de cette ignorance flagrante des choses psychiques et sociales1 de cette immoralit nave1 de ces illogismes sans cesse renouvels qu'on dcore des noms pompeux de mtaphysique1 de droit naturel1 de morale4 ,absolue ou transcendante1 relative ou empirique1 la philosophie1 je crois l'avoir dmontr dans mes ouvrages#ei1 ne fut jamais la mre de la science4 ,c'est par suite d'une illusion mentale p4#ahc longtemps invitable qu'on attribua la marche ascendante de nos connaissances la philosophie qui n'offrait1 au mieux1 qu'une rpercussion naturelle des progrs accomplis dans les diverses branches du savoir#fj4 ,mais ct des succs et des triomphes se dployait l'norme liste des dceptions fcheuses1 des mcomptes irritants1 des ttonnements striles1 des recherches restes vaines4 ,la philosophie1 miroir de la mentalit d'une poque1 concentrait en un foyer unique la somme de ces privations intellectuelles4 ,l'addition n'tait pas rassurante4 ,mais elle le paraissait encore moins1 soit en raison de l'incommensurable supriorit divine admise comme un postulat sr1 soit en vertu de prmisses morales o l'inertie originelle des groupes humains tenait une place prpondrante4 ,la clbre abstention des positivistes se rattache par raille liens invisibles au renoncement p4#ahd religieux1 l'antique abdication de l'homme en faveur d'un ,dieu inconnu4 ,c'est la dfaillance primordiale1 transmise de gnration en gnration4 ,c'est le pessimisme du savoir1 la dsesprance du vrai4 ,toujours elle1 s'apparie troitement la dception1 la dsesprance du bien1 la rsignation passive reprsentant l'aspect social des ides et des sentiments pessimistes4 ,le clair gnie qu'tait ,goethe avait vivement senti ce rapport4 ,le puissant crivain ne fut pas dupe de l'nervante critique kantienne4 ,il demeura invaincu par le grand mensonge que les temps passs avaient lgu au sicle prsent4 ,aussi1 avec quelle intime satisfaction n'ai-je pas relu1 ces jours derniers1 dans un vaillant1 petit volume du ,dr ,paul ,carus1 de ,chicago#fa1 la superbe apostrophe3 p4#ahe ,iris ,innere der ,natur1 ,o du ,philister6 ,dringt kein erschaffner ,geist6 ,mich und ,geschwisler ,mgt ihr an solches ,wort ,nur nicht errinnern2 ,wir denken3 ,ort fr ,ort ,sind wir im ,jnnern1 etc4#fb ,et combien pnible et touchant la fois1 cet aveu du pote1 contraint1 pendant soixante ans1 maudire en secret l'illusion qu'il dplore1 mais que dfend trop bien l'intolrance superstitieuse de l'poque3 ,das hr ich sechzig ,jahre wiederholen2 ,ich fluche drauf1 aber verstohlen#fc4 ,il semble qu'aujourd'hui les moeurs intellectuelles se soient adoucies4 ,les rsistances1 cependant1 sont encore vives4 ,prote aux formes changeantes1 l'agnosticisme pntre dans les citadelles les mieux dfendues4 ,il p4#ahf;encombre les champs de bataille contemporains4 ,ngligeant les foules crdules--d'ailleurs1 avec raison1 puisque1 d'avance1 elles lui demeurent acquises1--il s'exerce surtout entraver l'volution mentale des minorits affranchies ou se disant telles4 ,une slection analogues s'observe dans la sphre des faits sociaux ou moraux4 ,le centre de gravit du vieil instinct servile tend ouvertement se dplacer4 ,le peuple1 la majorit1 le nombre1 deviennent de plus en plus le nouveau matre dont on s'applique gagner1 un prix ridiculement exagr1 l'inconstante faveur4 ,les ides de bien et de mal--les plus aveugles y acquiescent--ne s'opposent jamais d'une manire absolue4 ,pour russir faire contraster entre elles ces notions1 il faut1 suivant une loi commune toutes nos ides dites corrlatives1 les concevoir ainsi que des aspects connexes1 des degrs mobiles d'une seule et mme qualit4 ,comme les extrmes de temprature1 comme le chaud et le froid1 le bien p4#ahg devient le mal quand il descend au-dessous d'une certaine norme trs variable selon les temps et les lieux1 et le mal devient le bien quand il s'lve au-dessus de cette norme4#fd ,ce phnomne d'ailleurs1 l'autogense des choses et des vnements1 remplit la nature4 ,c'est un fait universel et qui se reproduit dans tous les milieux4 ,on lui donne plusieurs noms peu prcis4 ,l'un des plus connus est celui de raction1 qui a fait fortune dans les disciplines du monde inorganique aussi bien que dans les sciences de la vie1 de l'esprit et des socits4 ,c'est galement par ce terme vague que1 sans nous proccuper des faits d'autogense qu'il recouvre1 nous pouvons1 dsigner l'en semble des lments thiques dont la lutte contre le servilisme#fe semble constituer la matire mme du grand drame de l'histoire4 ,ces diverses formations morales visent abolir les obstacles p4#ahh tenus pour irrationnels ou jugs capables d'entraver l marche rgulire du progrs4 ,on peut1 en ce sens1 les ramener toutes un chef unique1 le sentiment ou l'instinct libertaire1 le principe actif1 dynamogne4 ,a son tour1 celui-ci s'organise lentement dans les cellules crbrales o il livre des combats opinitres au groupe des tendances opposes4 ,or1 un semblable revirement ne pouvait rester sans influence sur le savoir exact et ses mthodes4 ,un tel redressement moral devait trouver un cho dans les conceptions et les principes scientifiques en premier lieu1 philosophiques ensuite4 ,c'est1 en effet1 ce qui ne tarda pas se produire4 ,les ides libertaires et galitaires se sont montres minemment propices l croissance de l'esprit de recherche illimite4 ,elles favorisrent1 en une large mesure1 l'closion de ce doute scientifique qui aujourd'hui s'attaque toute connaissance se prtendant bloque par des cueils infranchissables4 ,ainsi surgit l'tat mental trs moderne p4#ahi dont le scepticisme mtaphysique1 doutant du doute1 n'avait t que la vaine caricature4 ,plac sous cette heureuse constellation sociale1 l'volutionnisme1 le principe d'exprience1 jeta de profondes racines dans la raison humaine4 ,mais l'exprience et l'volution ne sont qu'un moyen1 une mthode4 ,leur fin suprme est la connaissance avec1 pour terme dernier1 l'identit des choses1 d'abord rationnelle et plus tard scientifique1 ralise et atteinte par l'accroissement lent du savoir4 ,aussi1 tout ce qui sert la cause de l'exprience1 sert dans la mme mesure la cause de l'unit1 renforce le monisme1 le rend possible4 ,et1 par suite1 si une corrlation plus ou moins troite unit au dogme moral de la rsignation passive la religiosit amorphe qui se pare du nom d'agnosticisme1 des liens de la mme espce doivent pouvoir s'observer entre les doctrines de l'volutionnisme1 du monisme1 et les principes thiques de libert1 d'galit4 ,toute volution n'implique-t-elle pas le jeu d'une activit libre1 et tout monisme p4#aij n'affirme-t-il pas une galit essentielle8 ,on aurait tort de sourire de tels rapprochements4 ,par le fait1 la science--constatation devenue banale--en levant le faible la dignit du fort1 difie la dfinitive synthse humaine1 parachve le nivellement social des hommes4 ,dans sa pratique aussi bien que dans sa2 thorie1 l'agnosticisme n'a jamais t qu'un dualisme de la connaissance du monde et1 par l1 ncessairement1 du monde lui-mme2 car rapporter tous les phnomnes quelconques1 l'esprit et la matire1 par exemple1 l'inconnaissable comme troisime et dernier facteur1 c'est videmment tomber dans la parodie de l'unit1 c'est presque faire du monisme rebours4 ,d'autre part1 l'volutionnisme a toujours aplani la route l'unit du savoir2 et la raison conoit sans peine l'volution comme un monisme en puissance1 une unit qui germe et devient4 ,mais qu'est-ce que la rceptivit passive1 l'instinct de servitude1 sinon encore un ddoublement illogique1 une division irrationnelle8#ff p4#aia ,et qu'est-ce que l'affranchissement gal pour tous1 la suppression progressive d'obstacles nuisibles l'essor commun1 sinon une tendance manifestement unitaire ou monistique8 ,car tout se tient dans le monde des ides1--le social proprement dit ou le strictement moral1 et ce qui en drive1 le conceptuel1 l'motif1 le moral au sens large du mot4 ,nous ctoymes plus haut un problme intressant4 ,pourquoi le principe passif a-t-il prvalu dans les premires agglomrations humaines mergeant de la sauvagerie prhistorique1 et comment a-t-il pu acqurir par la suite une influence et une stabilit durables8 ,on a souvent rpondu cette question4 ,loin de dominer la nature1 l'homme primitif n'osait mme point la regarder en face4 ,il tendait humblement l'chin tous les jougs1 il acceptait docilement tous les esclavages4 ,comme l'animal humain lui-mme1 la moralit naissait donc p4#aib incertaine1 faible1 imparfaite et1 par-dessus tout1 passive1 livre au hasard des ambiances hostiles ou serviables4 ,mais aussi rudimentaire que l'on puisse se l'imaginer1 la socialit commenante apportait dj et garantissait au monde quelque chose qui devait changer la face du monde1 quelque chose qui devait1 la longue1 transformer sa faiblesse en force1 sa rsignation en rvolte1 sa passivit en activit4 ,le savoir humain se produisait la suite des premires bauches de vie collective1 et peu peu ragissait sur la socialit1 l'affermissait1 l'affinait1 la modifiait en ses traits essentiels4 ,en vrit1 s'il rflchit sur ses propres destines1 l'esprit humain peut toucher du doigt l'identit des contraires qu'il refuse d'admettre dans nombre d'autres cas o1 d'habitude1 il dcouvre autant de contradictions irrductibles1 autant d'antinomies insolubles4 ,les tristes ergoteurs qui dnent des miettes tombes de la table de la scolastique--et p4#aic quels maigres repas on y servait6--croient faire merveille en rabchant l'antique distinction entre la contrarit pure1 la contrarit par ngation1 et la simple corrlativit4 ,aussi profonds que pourraient l'tre des grammairiens qui1 heureux de tenir une dfinition de l'adjectif1 et une autre du verbe1 en arguraient que ce qui se rapporte au premier ne saurait appartenir au second1 ils enseignent doctoralement cette fausset manifeste1 que la contrarit ne suppose pas la corrlativit1 et cette autre erreur grossire1 que la corrlativit n'implique pas la contrarit4 ,mais passons2 ces vtilles ne valent pas la peine qu'on s'y arrte4 ,l'identit des contraires demeure une pure conception de l'esprit1 tant que les contraires eux-mmes restent de pures ides1 sans attaches relles immdiates et sans que le choc qui rsulte de leur rencontre s'amortisse par un concept-tampon quelconque1 si je puis m'exprimer ainsi1 ou par l'intercalation d'un lien p4#aid intermdiaire 7tel le savoir dans l'antinomie sociale que nous tudions7 pouvant susciter l'hypothse d'une naissance naturelle4 ,mais1 en dehors de cette rgle1 l'identit des contraires est non-seulement relative1 elle tend1 en outre1 comme toutes les ralits relatives1 se traduire par des faits de l'ordre concret4 ,c'est ainsi que la magie de la science1 par exemple1 transmue constamment le faible en fort1 le passif en actif1 l'ingal en gal1 et l'esclave en homme libre4 ,et c'est encore ainsi que le mal devient le bien1 ou vice versa1 selon la contingence des cas1 des conditions mises en jeu4 ,le miracle1 cependant1 ne surpasse en aucune faon celui1 si familier nos yeux1 qu'accomplit quotidiennement la rotation de la terre autour de son axe1 en tirant le jour des ombres de la nuit1 et la nuit des clarts du jour4 ,en d'autres termes1 l'identit conceptuelle1 l'galit absolue des contraires1 drive simplement de leur identit relle1 de leur galit p4#aie relative4 ,ou1 pour reprendre notre exemple1 si le mal abstrait et le bien abstrait s'identifient d'une faon gnrale1 cela vient de ce que le mal n'est jamais1 dans la ralit concrte1 qu'un degr infrieur du bien4 ,le transformisme incessant des choses assure leur unit essentielle et garantit1 en somme1 leur permanence1 leur stabilit1 leur prennit4 ,ce n'est point l un vain paradoxe4 ,c'est une de ces vrits fondamentales que les sciences de la nature et les sciences de l'humanit mettent galement en lumire et sur laquelle les sages et les fous du jour feraient bien de mditer4 ,ils s'viteraient par l1 dans le dveloppement et l'application de leurs plans1 plus d'une dception cruelle4 ,les uns se garderaient d'assimiler la morale rgnante la moralit1 abstraite ou gnrale2 et les autres finiraient sans doute par comprendre que1 pour nous paratre l'oppos de l'ancienne morale1 la morale nouvelle n'en est pas moins son produit p4#aif lgitime1 sa consquence logique4 ,au surplus1 nous touchons ici une erreur de mthode que toutes les poques1 y compris notre sicle1 ont scrupuleusement respecte4 ,je veux parler du penchant qui nous pousse compliquer la diffrenciation naturelle des choses par des distinctions de plus en plus artificielles ou mme verbales4 ,nous embrouillons ainsi plaisir la majeure partie des sujets que nous traitons4 ,en sociologie1 par exemple1 nous ouvrons bnvolement les portes au contraste des buts et des moyens1 l'argutie tlologique qui enfanta tant de controverses oiseuses ou nocives4 ,nous discutons avec gravit la question de savoir1 lequel des deux termes de l'antithse3 socit--individu1 peut prtendre la brahmanique dignit de fin en-soi1 et lequel doit humblement se ranger dans la catgorie rabaisse des moyens4 ,nous oublions qu'il s'agit toujours de l'individu social ou moral1 et jamais de l'individu organique1 du simple animal humain p4#aig tudi par la zoologie et la biologie4 ,et nous ne voyons pas que nous perdons notre temps en de pdantesques amusettes1 que nous agitons un problme aussi comiquement strile1 pour le moins1 que celui qui consisterait tablir une comparaison entre l'importance de la vie et la valeur des conditions biologiques qui1 seules1 rendent la vie possible4 ,a ce jeu s'usent les forces de beaucoup d'aptres des nouvelles doctrines morales4 ,curieusement quelques-uns de ceux-l dnomment gotistes4 ,serait-ce pour mieux marquer leur sparation d'avec les vulgaires gostes1 et la moralisation ou socialisation plus complte de leur moi1 sa grandissante dvotion pour le principe qu',auguste ,comte dsignait par le terme autrement suggestif d'altruisme8 ,quoi qu'il en soit1 tant que la socit trouvera un milieu organique et inorganique convenable1 et l'individu--un milieu hyperorganique appropri1 une socit o se dployer et s'panouir1 ces deux ralits connexes1 la p4#aih socit et l'individu1 se prteront un mutuel et ferme appui4 ,la sociologie fera comme sa devancire et sa pierre d'assise1 la biologie4 ,elle tudiera l'organisme social en ses profondeurs intimes et ses sources caches4 ,elle poursuivra le secret de la vie collective jusque dans les cellules sociales et mme plus loin1 jusque dans les lments ou le plasma psychique dont se forment les cellules4 ,la science est le tribunal suprme de l'histoire du monde4 ,elle est l'expression la plus haute de la conscience universelle4 ,elle nous apprend les dterminations inluctables qui composent la nature4 ,mais la vraie conscience sociale nous fait encore dfaut4 ,nous ignorons peu prs compltement les normes exactes qui rglent la vie collective4 ,voil pourquoi la sociologie ne saurait pour le prsent suffire au gouvernement et la conduite des hommes4 ,et voil pourquoi sa place reste prise par toutes sortes de ttonnements p4#aii aveugles1 de fantaisies mtaphysiques1 d'insanits pieuses1 autant d'incitations passagres lgifrer1 nous encombrer de plans de vie qui obstruent la vue claire des ralits sociales4 ,les lois que1 navement1 nous croyons avoir trouves dans les choses1 ne se jugent-elles pas et ne se condamnent-elles point par l1 que presque toutes cherchent leur sanction dans l'artifice du chtiment1 dans la convention pnale1 laissant ainsi le champ largement ouvert l'hypothse d'une rvolte victorieuse8 ,mdecins officiels de l'hpital social ou gurisseurs libres1 ne ressemblons-nous pas tous1 au reste1 d'une faon frappante1 ces classiques faiseurs d'expriences qui ne les ratent jamais1 qui n'ont qu' annoncer un rsultat pour voir aussitt se produire1 sinon le phnomne contraire1 du moins quelque chose d'inattendu1 quelque chose que j'appellerais volontiers une vritable rvolte de la nature contre les fausses hypothses et les gnralisations absurdes du chercheur empirique8 ,a p4#bjj quoi bon1 d'ailleurs1 nous le dissimuler3 neus sommes encore des astrologues en psychologie1 des alchimistes en sociologie4 ,consolons-nous en lisant l'histoire des sciences4 ,,fin ,,notes3 #eh ,les pages suivantes anticipent quelque peu sur un des chapitres de l',ethique laquelle je travaille en ce moment et dont le premier volume paratra dans le courant de l'anne prochaine sous le titre3 ,la dception du bien et l'immoralit future4 #ei ,l',ancienne et la ,nouvelle ,philosophie #b;e partie1 chap4 ,,iii1 #g2 cf4 chap4 ,,iv1 et #a;er partie1 chap4 ,,viii4 #fj ,v4 ,la ,philosophie du ,sicle1 p4 #aij et suiv4 #fa ,le problme de la conscience du moi1 ,alcan1 ,paris1 #ahic4 #fb ,au coeur de la nature1 dis-tu1 ,philistin 7ce ,philistin n'tait autre que le clbre naturaliste ,haller71 aucun esprit cr ne pntre4 ,ne le rple pas moi et mes frres4 ,nous pensons que partout et toujours1 nous touchons le fond intime des choses1 etc4 #fc ,j'entends rpter cela pendant soixante ans2 je maudis cette erreur1 mais en cachette4 #fd ,v4 ,l',inconnaissable1 p4 #age et suiv4 #fe ,esclavage1 servage1 fodalisme1 industrialisme1 omnipotence de l'glise1 de l'tat1 ingalits sociales de toutes sortes1 etc4 #ff ,matre et esclave1 souverain et sujet1 capitaliste et proltaire1 etc4 99 99 99 99 99 ,,table ,,des ,,mati,,res ,introduction ,livre ,i4--,le problme du monisme dans la philosophie du temps prsent ,livre ,,ii4--,le monisme d',auguste ,comte ,livre ,,iii4--,le monisme de ,herbert ,spencer ,post-,scriptum--,le monisme et la morale