,,la ,,philosophie ,,de ,m4 ,,bergson ,professeur au ,collge de ,france ,,expos ,,critique par ,,mgr ,,albert ,,farges ,,ancien ,,directeur ,a ,,saint-,,sulpice ,,et ,a ,l',,institut ,,catholique ,,de ,,paris ,,docteur ,,en ,,philosophie ,,et ,,en ,,th,,ologie ,,laur,,at ,,de ,l',,acad,,mie ,,fran,,aise ,,paris 99 99 99 99 99 ,,imprimatur ,parisiis1 die decima junii #aiab4 ,,alfred ,,baudrillart1 vic4 gen4 ,rect4 99 99 99 99 99 ,,table ,,des ,,mati,,res ,au lecteur4 ,introduction gnrale4 ,i4 ,la ,notion bergsonienne du ,temps4 ,,ii4 ,la ,libert humaine4 ,,iii4 ,l',union de l',ame et du ,corps4 ,,iv4 ,la ,philosophie du ,devenir pur4 ,v4 ,l',evolution des ,mondes4 ,,vi4 ,thorie de la ,connaissance sensible4 ,,vii4 ,thorie de la ,connaissance intellectuelle4 ,,viii4 ,thorie de l',intuition4 --,note sur le ,pragmatisme de ,m4 ,bergson4 ,,ix4 ,le ,problme de la ,contingence et de la ,destine humaine4 --,note sur le ,monisme de ,m4 ,bergson4 ,conclusion gnrale4 7,notes3 la fin du texte4--,m4,d47 99 99 99 99 99 ,,au ,,lecteur ,la ,philosophie de ,m4 ,bergson se compose de deux parties assez dissemblables3 les thories pures et leurs consquences pratiques4 ,les consquences pratiques qui branlent les anciennes thses classiques de la philosophie spiritualiste sur la vrit absolue des premiers principes de la raison1 et par suite sur ,dieu1 l'me humaine1 l'immortalit1 la morale et la religion1 sont facilement comprises de la plupart de ses auditeurs ou lecteurs1 et c'est peu prs la seule chose qu'ils en retiendront1 sur la foi du matre3 ,magister dixit6 ,les thories pures1 au contraire1 qui doivent prparer et asseoir ces conclusions subversives1 sont d'une subtilit si thre et si nuageuse1 qu'elles pourraient tre dites sotriques4 ,seuls1 les initis peuvent se flatter d'en pntrer le sens mtaphysique1 et encore n'est-il pas sr qu'ils puissent le saisir bien clairement ni tout y comprendre4 ,quant aux profanes--je parle des plus intelligents d'entre eux et des plus exercs aux subtilits de la mtaphysique1--ils seront vite drouts et dcourags par une terminologie nouvelle et bizarre1 o les mots sont trop souvent dtourns des usages reus1 vids de leur sens naturel1 et aussi par des mtaphores jet continu1 qui dguisent la pense bien plus qu'elles ne l'expriment4 ,c'est eux que ce travail s'adresse4 ,ils veulent se rendre compte1 vrifier si les consquences pratiques si graves et si troublantes de la philosophie nouvelle sont bien assises sur des principes solides et incontestables1 car1 pour eux1 l'autorit du matre est le dernier et le plus pauvre des arguments1 selon le mot clbre de saint ,thomas3 ,locus ab auctoritate qu fundatur super ratione humana1 est infirmissimus#a4 ,pour les aider et les guider dans une recherche si dlicate et si laborieuse1 nous n'aurons rien nglig1 ni la lecture annote et l'tude de tous les ouvrages ou articles de revue de ,m4 ,bergson et de ses principaux disciples1 ni l'assistance aux cours du ,collge de ,france1 ni le commerce avec les initis4 ,que si1 malgr ces prcautions1 nous nous tions encore mpris sur le sens de quelques dtails secondaires1 notre bonne foi1 du moins1 serait hors de conteste1 et nous nous en consolerions au souvenir de ces discussions passionnes qui ont retenti rcemment dans la presse des deux ,mondes1 sur l'interprtation de certains points obscurs de la pense de ,m4 ,bergson1 et auxquelles son intervention seule a pu mettre fin#b4 ,nous tenions protester1 ds le dbut1 non seulement de notre bonne foi1 mais aussi de notre respect sincre pour la personne du matre4 ,ses manires simples et modestes1 o l'on ne sent rien d'un pdantisme si frquent ni d'un sectarisme la mode1 son ton toujours grave qui semble le plus souvent convaincu1 son talent incontestable d'artiste et de virtuose1 inspirent plutt la sympathie4 ,et si ses doctrines1 en ce qu'elles ont de paradoxal et1 de vraiment sophistique1 mritent d'importantes critiques et mme une juste svrit dans le blme1 nous ne prendrons qu' regret cette attitude et pour accomplir ce que nous croyons tre pour nous un devoir4 ,du reste1 il n'y a pas que des thories fausses relever dans cette nouvelle philosophie4 ,il y a nombre d'ides bonnes et mme excellentes que nous serons heureux de mettre en relief et de louer aussi souvent que nous les rencontrerons4 ,c'est assez dire que ce volume1 bien loin d'tre une uvre de parti pris ou de polmique personnelle1 sera tout au contraire un travail de critique sereine1 calme et impartiale1 aussi objective qu'il nous sera possible4 ,pour en assurer l'objectivit parfaite1 nous ne reculerons pas devant le labeur ingrat des citations et des rfrences minutieuses auxquelles on pourra constamment se reporter4 ,de cette faon1 quand notre subtil auteur se retranchera derrire la dfense banale qu'on ne l'a pas compris1 le lecteur pourra lui rpliquer3 qui la faute8444 ,c'est le systme philosophique de ,m4 ,bergson que nous jugerons d'aprs les textes authentiques1 et nullement ses intentions ni sa pense intime1 encore moins sa pense dfinitive1 que notre critique ne saurait viser et rserve expressment4 ,nous avions dj touch la philosophie de ,m4 ,bergson en esquissant les grandes lignes de la ,thorie fondamentale de l',acte et de la ,puissance ou du ,devenir1 mais d'une manire assez indirecte4 ,nous avions d mettre alors en parallle avec les thories de l'cole pripatticienne et thomiste que nous exposions1 celles de la philosophie nouvelle4 ,mais cette critique n'tait faite que par occasion1 d'une manire accidentelle et trs incomplte4 ,aujourd'hui1 nous abordons de front l'uvre du matre1 pour en saisir les dtails et l'ensemble1 et suivre l'volution de sa pense travers tous les crits qu'il a publis depuis sa thse de #ahhi4 ,cet ouvrage--malgr quelques rptitions ncessaires--ne fera donc pas double emploi avec le premier1 qui pourra toujours tre consult utilement par ceux qui aiment les parallles et les contrastes4 ,nous y renverrons quelquefois#c4 99 99 99 99 99 ,et maintenant1 souhaitons ce petit livre d'aller au loin produire un peu de bien6 ,sans doute1 il n'a pas la prtention nave de convertir les ,bergsoniens qui rcusent les lumires de l',intelligence1 de la ,raison et du ,sens commun4 ,ce n'est pas d'arguments dont ces esprits ont besoin1 mais de remdes4 ,puisse-t-il du moins rassurer les autres1 tous ceux qui n'ont pas laiss s'atrophier en eux ces facults matresses de notre nature humaine1 et les prserver jamais d'une telle catastrophe intrieure#d4 ,et comme ce rsultat purement ngatif serait insuffisant asseoir leurs convictions spiritualistes1 puisse-t-il les aider s'orienter vers les lumires si sres de la ,philosophie traditionnelle4 ,n'obtiendrait-il ce succs qu'auprs de cette nouvelle jeunesse qui se lve--avide de thories lumineuses et fortes1 et ddaigneuse de ce qu'elle a dj nomm une philosophie des phosphorescences et des vellits#e1--nous nous estimerions amplement rcompens notre peine6 99 99 99 99 99 ,,la ,,philosophie ,,de ,m4 ,,bergson#f ,,introduction ,g,n,,rale ,suivant une formule chre son cole3 ,m4 ,bergson est en train de se faire#g4 ,nous ne parlons pas ici de sa rputation qui est dj faite--non seulement en ,france1 mais dans les deux hmisphres--et ne saurait gure s'amplifier davantage4 ,a peu prs ds le dbut de son enseignement ,paris1 elle a retenti bruyamment et elle est devenue rapidement mondiale1 grce une certaine presse et cette unanimit de rclame mutuelle dont nos adversaires ont le secret1--et qui devraient tre pour nous une leon plus profitable d'union4 ,sur la foi de sa renomme1 bien des gens se pment d'admiration tout ce qui tombe aujourd'hui de ses lvres ou sort de sa plume4 ,et je ne parle pas seulement du public fminin qui assige sa chaire du ,collge de ,france1 ni des admirateurs par snobisme1 incapables de comprendre le premier mot de thories si subtiles et si obscures1--mais aussi d'hommes de talent et de penseurs srieux qu'on est surpris de rencontrer dans ce concert d'adulation universelle4 ,nous pourrions en citer plusieurs parmi ses collgues de l',universit ou de l',ecole normale1 dont les loges enthousiastes atteignent un degr de lyrisme dconcertant4 ,l'un d'eux1 dans un volume que nous avons sous les yeux1 crit qu'il faut classer ,m4 ,henri ,bergson1 non seulement parmi les trs grands philosophes de tous les pays et de tous les temps1--mais encore le proclamer comme le seul philosophe de premier ordre qu'aient eu la ,france depuis ,descartes1 et l',europe depuis ,kant4 ,il ajoute expressment que ,leibnitz1 ,malebranche1 ,spinosa1 sont facilement clipss1 ainsi que ,fichte1 ,schelling et ,hegel4 ,enfin1 il conclut pompeusement3 ,tel est le rythme de l'histoire des systmes3 de loin en loin1 un hros heureux de la pense s'tant enfonc trs avant dans les profondeurs du rel en ramne au jour de l'intelligence des intuitions merveilleuses1 richesse brute que lui-mme et des gnrations aprs lui s'emploient laborer4 ,avec un ,descartes1 avec un ,kant1 ,m4 ,bergson1 sans aucun doute1 est de ces hros-l4 ,aprs ces dithyrambes1 on peut tirer l'chelle et redire avec assurance que la rputation du matre est dj faite et qu'elle n'est plus faire4 ,le secret de ce succs inou serait peut-tre curieux rechercher mais il n'est pas temps encore4 ,attendons la fin de ce travail pour le mieux comprendre4 ,en disant que ,m4 ,bergson est en train de se faire1 je n'ai donc voulu parler que de sa philosophie1 qu'il n'a rvle au monde que peu peu1 travers les hsitations1 on1 comme1 il l'avoue lui-mme1 les zigzags d'une doctrine qui se dveloppe1 c'est--dire qui se perd1 se retrouve et se corrige indfiniment elle-mme#h4 ,encore aujourd'hui est-elle loin d'tre complte4 ,comportera-t-elle une ,thodice1 une ,morale8 et lesquelles8444 ,bien des doutes sont encore permis sur de si graves sujets1 et quoiqu'il soit bien dlicat et presque tmraire de vouloir dcrire le trac de cette seconde courbe1 de la pense bergsonienne1 avant qu'elle ait t forme1 nous essayerons1 la fin de ce volume1 d'en indiquer l'orientation probable--sous toutes rserves1--les effets de l',evolution cratrice tant toujours imprvisibles et sans aucune proportion avec leurs antcdents1 d'aprs ,m4 ,bergson4 ,au demeurant1 ce qui a paru jusqu' ce jour du nouveau systme est dj considrable1 quoique restreint aux faibles dimensions de trois volumes de moyenne tendue#i et de quelques articles de revues#aj1--sans parler d'un opuscule artistique sur le ,rire ou la ,signification du comique1 que notre point de vue nous permettra de ngliger4 99 99 99 99 99 ,le premier de ces trois volumes1 ,essai sur les donnes immdiates de la ,conscience1 fut sa thse de doctorat soutenue la ,sorbonne en #ahhi4 ,nous assistions cette soutenance avec le regrett ,mgr d',hulst et quelques amis1 philosophes de profession1 aux yeux desquels le nouveau ,docteur se rvla du premier coup comme un penseur original1 d'une subtilit infiniment complique et nuageuse la manire de ,kant4 ,la seule diffrence1 nous semblait-il1 c'est que1 dans cette pnombre habituelle de la pense1 brillait parfois1 comme un feu d'artifice1 l'image1 la mtaphore effet1 et mme le trait d'esprit franais3 choses inoues chez le philosophe de ,knigsberg et tous ses compatriotes4 ,l'auditoire en tait la fois charm et dconcert1 lorsqu'un des membres du jury1 le vnrable ,m4 ,ravaisson--si j'ai bonne mmoire1--interprte peut-tre inconscient de cette impression gnrale1 se laissa aller--pour terminer le compliment d'usage-- adresser1 avec son fin sourire1 cet loge significatif au candidat3 ,je n'ai pas toujours pu vous saisir1 mais j'aime croire1 ,monsieur1 que vous vous tes compris6 ,aussitt un murmure unanime d'approbation souligna ce trait qui portait au vif4 ,la difficult de comprendre cet ouvrage--comme tous les suivants1 du reste--vient sans doute du fond et de la forme1 de ce qui est dit1 mais encore plus peut-tre de ce qui n'est point dit1 de ce qui est sous-entendu ou dit seulement demi-mot et au passage1 alors que ce serait le plus intressant et le plus important connatre4 ,c'est le cadre et l'orientation qui font dfaut4 ,l'auteur semble nous conduire dans une nuit noire1 travers des chemins de traverse troits et compliqus1 sans nous dire o il veut nous mener4 ,sans doute1 notre guide a son secret--du moins on doit lui supposer un secret1--car on ne peut admettre qu'il nous conduise l'aventure4 ,mais ce secret1 il ne le rvle que peu peu1 et par doses fragmentaires insuffisantes nous rassurer4 ,ainsi1 par exemple1 dans ce premier volume1 son avant-propos nous avertit qu'il va traiter de la libert psychologique et rsoudre--grce une nouvelle mthode vaguement indique--les difficults insurmontables souleves contre elle4 ,or1 celle nouvelle mthode n'est pas sans nous inquiter quelque peu1 car on pressent dj qu'elle pourrait bien devenir le principal1 au lieu d'tre l'accessoire1 et dborder le sujet annonc au point de le transformer en un simple pisode4 ,de fait1 aprs avoir lu et referm le volume1 cette impression persiste et1 loin de s'attnuer1 redouble4 ,le malaise produit par l'incertitude du but que l'on poursuit devient plus aigu4 ,la libert elle-mme1 annonce comme sujet principal de cette tude1 a pass au second plan4 ,ce qui domine1 c'est la thorie nouvelle du ,temps ou de la ,dure1 qui serait plus exactement le titre de l'ouvrage1 car la ,libert n'est plus qu'un simple corollaire4 ,cette thorie elle-mme semble si grosse des consquences les plus redoutables et les plus imprvues1 qu'on pressent qu'elle va devenir la base infiniment subtile et comme la pointe d'aiguille sur laquelle devra se tenir en quilibre la masse imposante de l'difice futur4 ,avant d'examiner la solidit d'un tel fondement1 faisons tout de suite connatre au lecteur l'difice lui-mme--au moins dans son plan gnral et ses plus grandes lignes1--telles qu'elles nous seront exposes par les volumes suivants4 ,et puisque l'auteur a cru si utile son jeu de ne le dmasquer pleinement qu' la fin--semblable ces prestidigitateurs qui n'annoncent leurs tours d'adresse que lorsqu'ils ont russi1--la critique doit user de la tactique contraire et rvler du premier coup o l'on veut en venir4 99 99 99 99 99 ,tout d'abord l'auteur a--comme on dit vulgairement--une ide de derrire la tte1 qui est sa proccupation dominante1 quoiqu'il n'en dise rien ni dans son avant-propos ni dans le corps de l'ouvrage4 ,c'est peine s'il nous la laisse entrevoir discrtement dans une allusion finale4 ,il s'agit pour lui1 comme pour tous ceux qui aspirent devenir chefs d'cole1 de faire une grande rvolution en philosophie4 ,et cette rvolution1 il la fera d'abord contre la tyrannie devenue insupportable du kantisme4 ,plus tard1 lorsqu'il se sentira plus de force et d'audace1 ce sera contre la philosophie tout entire1 des ,elates et de ,platon jusqu' nos jours1 qu'il partira en guerre4 ,tous les penseurs de l'humanit avant lui avaient1 parat il1 ignor la mthode2 suivre pour dcouvrir la vrit2 aucun n'avait encore su se placer au vritable point de vue2 aussi n'avaient-ils pos que des pseudo-problmes4 ,en un mot1 ils taient tous intellectualistes1 et ,m4 ,bergson se proclamera antiintellectualiste4 ,cette prtention de supprimer d'un trait de plume l'exprience sculaire de l'humanit1 lentement accumule travers les ges par les plus grands gnies1 est d'ailleurs une audace indispensable pour quiconque veut dsormais devenir chef d'cole4 ,descartes et ,kant avaient donn le ton et agi de mme1 en faisant table rase du pass1 et en ignorant de parti pris qu'il y et avant eux des hommes qui aient pens4 ,le procd est donc classique3 tout novateur commence par renverser2 et c'est le genre o il excelle4 ,pour le moment1 le nouveau docteur ne rve encore que de dtrner ,kant1 en terrassant le kantisme4 ,kant fut pourtant le matre de sa formation intellectuelle4 ,aux environs de #ahhj1 lorsqu'il tait sur les bancs du lyce ,condorcet ou bien sur ceux de l',ecole normale1 la doctrine officielle de l',alma mater tait un kantisme rigoureux1 s'en tenant la ,critique de la ,raison pure et affectant de ddaigner les amendements et les restaurations de la ,raison pratique4 ,or1 ce joug commenait peser sur les esprits4 ,les plus jeunes et les plus indpendants aspiraient le briser1 et ,m4 ,bergson conut alors son plan de destruction4 ,certes1 il fallait du courage et de l'audace pour renverser l'idole4 ,m4 ,bergson aura l'un et l'autre1 mais il saura les allier une prudence consomme4 ,il gardera fidlement le secret du complot et n'en fera l'aveu que le jour o l'idole vermoulue sera remplace par une autre1 car--suivant un mot clbre--on ne dtruit que ce que l'on remplace4 ,dans le cours de ce premier volume1 on trouvera bien des traits acrs contre le kantisme1 mais ils ne visent gure que des dtails du systme4 ,a l'avant-dernire page de la conclusion seulement1 il laisse entendre son dessein de s'attaquer au fondement lui-mme de ce systme qui interdit l'esprit humain l'entre dans le domaine du rel et de l'absolu4 ,kant1 dclare ,m4 ,bergson1 a mieux aim 444 lever une barrire infranchissable entre le monde des phnomnes1 qu'il livre tout entier notre entendement1 et celui des choses en soi1 dont il interdit l'entre4 ,mais peut-tre cette distinction est-elle trop tranche et cette barrire plus aise franchir qu'on ne le suppose4#aa ,nous verrons bientt comment ,m4 ,bergson espre la franchir aisment1 grce sa thorie de l',intuition supra-intellectuelle4 ,et lorsqu'il aura russi1 ou cru russir sa savante manuvre1 nous l'entendrons faire triomphalement cette profession de foi anti-kantiste3 ,dans l'absolu nous sommes1 nous circulons et vivons4 ,la connaissance1 que nous en avons est incomplte1 sans doute1 mais non pas extrieure ou relative4 ,c'est l'tre mme1 dans ses profondeurs1 que nous atteignons par le dveloppement combin et progressif de la science et de la philosophie4#ab ,de l'autre ct de l',ocan1 fera cho ,w4 ,james1 en traitant ddaigneusement la ,critique de la raison pure comme le plus rare et le plus compliqu de tous les vieux muses de bric--brac4 ,et cette irrvrence l'gard du vieux matre dchu ne soulvera pas1 mme en ,france1 la moindre protestation indigne4 ,au contraire1 la ,revue philosophique avouera1 en gmissant1 que c'est l une conclusion laquelle la presque totalit des philosophes est dj venue avec clat#ac4 ,quoi qu'il en soit1 ds le dbut1 ,m4 ,bergson refuse de respecter l'interdiction fondamentale du matre4 ,il n'accepte plus sa consigne1 et passe outre ses dfenses4 ,au fond de son cur1 le kantisme a vcu4 ,dj1 les premiers disciples de ,kant avaient agi de mme4 ,les coles de ,schelling1 de ,fichte1 de ,hegel1 au lieu de s'abstenir de toute spculation sur l'absolu1 comme d'un fruit dfendu1 en firent1 au contraire1 comme on le sait1 de vritables dbauches4 ,m4 ,bergson n'aura qu' les imiter1 sa manire1 dans leur rvolte1 et il sera applaudi par tous ceux--ils sont nombreux--qui sont fatigus d'entendre rpter que tout n'est pour nous qu'apparence et illusion1 et qui ont enfin senti s'aiguiser en eux la faim et la soif du rel et de l'absolu1 pendant ces trop longs jours d'abstinence kantienne4 ,malheureusement1 comme la raison pure1 si peu comprise et si critique par ,kant1 lui inspire encore la mme dfiance1 il fera la gageure de s'en passer dans ses spculations1 de ne se servir que d'une prtendue intuition esthtique supra-intellectuelle1 qui lui permettra de retourner l'envers les notions les plus essentielles de la raison humaine4 ,son antiintellectualisme convaincu l'acculera nous inventer une mtaphysique nouvelle rebours des vidences fondamentales du sens commun4 ,ce sens commun lui-mme deviendra un organe gnant qu'on finira par amputer4 ,aprs s'tre inclin devant lui trs respectueusement dans une ,prface#ad1 on ne s'occupera plus de ses perptuelles protestations1 et les enfants terribles de la nouvelle cole ne cesseront de nous mettre en garde contre les illusions de l'vidence vulgaire#ae1 contre les notions communes d'intelligibilit1 de raison1 de vrit1 en proclamant audacieusement qu'il n'en faut plus6 ,pour eux1 le sens commun ne fournit que des recettes pratiques1 sans aucune valeur intellectuelle4 ,l'difice mtaphysique bergsonien sera donc nettement antiintellectualiste1 et voici ses principales thses que nous allons essayer de formuler1--autant toutefois qu'il est possible de prciser et de rduire en formules des assertions extrmement vagues et fuyantes1 ennemies-nes de la prcision et de la clart didactiques4 99 99 99 99 99 ,l'ide mre et la pense matresse de tout le nouveau systme est celle du vieil ,hraclite3 ,l'tre n'est pas1 tout est devenir pur1 c'est--dire perptuel et intgral changement1 en sorte que rien ne demeure le mme dans cette fuite perptuelle de la ralit3 #af4 ,il en donnait la comparaison clbre3 ,on ne se baigne pas deux fois dans le mme fleuve ni mme une seule fois1 puisque tout change sans cesse et dans le fleuve et dans le baigneur1 qui ne sont jamais les mmes4 ,or1 cette fluidit universelle des tres1 dont la vie est le type premier1 d'aprs ,m4 ,bergson1 c'est ce qu'il a appel le ,temps ou la ,dure pure1 et dont il a fait la substance rsistante ou l'toffe mme des choses1 s'il est permis toutefois d'appeler de ce nom ce qui est l'inconsistance et la fluidit mme4 ,de cette premire ngation de l'tre1 on va voir dcouler les plus graves consquences1 soit mtaphysiques1 soit logiques1 soit critriologiques4 ,au point de vue mtaphysique1 la catgorie de substance est biffe4 ,il n'y a plus que des modes d'tre sans tre1 des attributs sans sujet1 des actions sans agent ou des passions sans patient2 ce qui est radicalement inintelligible4 ,bien plus1 les catgories d'accidents ou de modes sont rduites une seule3 le mouvement perptuel4 ,qualit1 quantit1 etc41 ne sont et ne peuvent tre que des modes de mouvements3 ce qui n'est pas moins inintelligible4 ,au point de vue logique1 si l'tre n'est pas1 il ne saurait tre identique lui-mme1 et le principe d'identit ou de non-contradiction est ruin1 entranant sa suite la ruine de tous les autres principes de la raison1 qui1 en dernire analyse1 s'appuient tous sur le premier1 sur l'impossibilit que l'tre et le non-tre1 le oui et le non soient identiques4 ,pour la nouvelle cole1 au contraire1 le contradictoire est sans doute impensable--vu la constitution actuelle de notre esprit1--mais nullement impossible4 ,bien plus1 il est le fond mme de toute ralit dans la nature1 o tout est la fois lui-mme et autre que lui-mme1 puisque tout y est devenir pur1 c'est--dire l'htrognit mme et la contradiction perptuelle de l'tre et du non-tre simultans4 ,cependant nos nouveaux philosophes veulent bien conserver ces premiers principes de la raison un rle pratique et tout provisoire4 ,ainsi1 la formule deux et deux font quatre n'exprime aucune vrit absolue et dfinitive1 mais elle reste commode et utile1 puisqu'elle russit#ag1--;comme si son utilit pour rgler avec mon dbiteur n'tait pas prcisment le fruit de sa vrit mathmatique et absolue6 ,au point de vue critriologique1 les consquences ne sont pas moins rvolutionnaires4 ,puisque tout est fluent1 et qu'il n'y a rien de stable ni en moi ni hors de moi1 la pense abstraite qui nous montre des types fixes1 des notions ternelles1 des principes immuables et ncessaires1 en un mot1 des vrits absolues1 ne saurait tre qu'une facult mensongre laquelle nous ne pouvons plus nous fier4 ,la nouvelle cole se proclame donc antiintellectualiste2 elle fulmine contre les concepts figs1 cristalliss et morts1 d'o la vie s'est retire1 et contre toutes les combinaisons par induction ou dduction de ces entits conceptuelles1 dsormais vieux jeu2 elle proclame qu'il faut renoncer tout fait au rationnel1 suivant la maxime favorite de ,w4 ,james1--et son moyen consisterait remplacer l'autorit prime de l'intelligence1 soit intuitive1 soit discursive1 par une autre facult qu'elle appelle l'intuition1 mais qu'elle n'a jamais pu clairement dfinir4 ,cette facult serait comme un sentiment esthtique1 une sympathie divinatrice1 entirement libr du joug de la raison et de la logique4 ,au del et au-dessus de la logique6 ou bien3 ,vers les profondeurs supra-logiques6 ,telle serait1 d'aprs ,m4 ,le ,roy1 sa vritable devise#ah4 ,voil en quelques traits synthtiques--sur lesquels nous aurons revenir en dtail trs longuement#ai--l'esprit de la philosophie nouvelle4 ,tout son dveloppement futur tient en germe dans ces quelques principes1--si toutefois l'on peut encore parler de principes1 aprs la suppression des premiers principes4 ,c'est leur lumire qu'il faut lire les ouvrages de ,m4 ,bergson1 o tout s'claire1 si on ne les perd jamais de vue4 ,tout1 disons-nous1 ou plutt presque tout1 car il reste encore un petit nombre de paragraphes dans tels et tels chapitres qui semblent des nigmes mystrieuses ou presque indchiffrables1 mme pour les plus vieux professeurs de mtaphysique4 ,mais on peut ouvrir le secret des autres et pntrer leur synthse1 avec un peu de patience1 grce cette merveilleuse cl4 ,nous allons en faire l'exprience1 en parcourant ensemble les principaux passages de ces trois volumes4 ,mais auparavant1 une autre remarque gnrale s'impose4 ,aprs avoir parl du fond1 il faut encore parler de la forme dont cette philosophie nouvelle aime se parer4 99 99 99 99 99 ,si le lecteur a bien compris combien cette nouvelle mtaphysique est au rebours de celle du sens commun1 ou1 si l'on veut1 de celle que ,m4 ,bergson lui-mme a appele la mtaphysique naturelle de l'intelligence humaine#bj1 il n'aura pas de peine pressentir que pour la faire accepter de ses lecteurs ou de ses auditeurs1 un professeur doit avoir son service1 non seulement un grand talent littraire1 mais encore certains procds spciaux1 dont il importe de dvoiler les secrets4 ,d'abord1 c'est l'usage constant et l'abus de la mtaphore et1 des images qu'un artiste1 un pote1 comme lui1 sait manier avec une adresse et une originalit consommes1 dignes du plus sduisant des prestidigitateurs4 ,nous sommes loin du temps o ,aristote proscrivait de tout langage philosophique et s'interdisait svrement lui-mme l'emploi de la mtaphore1 cette matresse d'erreur1 comme il l'appelait1 cette grande et incomparable magicienne qui sait donner au faux un si grand prestige#ba4 ,la vrit n'en a nul besoin et doit savoir s'en passer4 ,seule1 elle peut montrer son visage dcouvert1 tandis que le faux a toujours besoin d'une parure trangre et d'un dguisement pour se faire accepter4 ,or1 si nous assistons aujourd'hui aux cours publics les plus rputs de la nouvelle cole1 si nous feuilletons ses ouvrages philosophiques grand succs1 nous nous surprenons comme envelopps par un tourbillon ininterrompu d'images qui rivalisent d'clat et de charme imprvu4 ,la mtaphore a tout envahi1 si bien qu'il ne reste plus de place pour la dmonstration des thses4 ,c'est elle qui a remplac la preuve4 ,on a mme rig en principe que seule elle prouve1 en nous donnant l'intuition du rel4 ,qu'on ne s'tonne pas1 crit ,m4 ,le ,roy1 de me voir donner plus de mtaphores que de raisonnements3 la mtaphore est le langage naturel de la mtaphysique1 pour autant que celle-ci consiste en une vivification de l'inexprimable1 en une saisie du supra-logique par le dynamisme crateur de l'esprit4#bb--;,eh bien6 ,aristote et ,platon ont dj appel tout cela3 4 ,les exemples abondent4 ,il suffit d'ouvrir au hasard le volume de l',evolution cratrice et d'en lire une page pour constater que le culte de la mtaphore y est lev la hauteur d'un procd rflchi d'exposition philosophique4 ,ici1 c'est la comparaison du cinmatographe qui fait paratre continus et fluents des instantans disjoints et immobiles4 ,l1 c'est l'image du kaledoscope qui1 dans le continu morcel et fragment1 met un ordre enchanteur mais illusoire4 ,ailleurs1 ce sont les brillantes fuses du feu d'artifice1 qui figurent l',evolution cratrice s'levant en pense tincelante pour retomber en matire1 etc4 ,ce procd a plusieurs avantages1 en outre de la vie et du charme dont1 il pare les thories les plus abstruses4 ,d'abord1 il joue le rle d'un prisme qui redresse et met d'aplomb les thses de sens commun renverses par nos antiintellectualistes1 rassurant ainsi les lgitimes inquitudes des auditeurs4 ,expliquons notre pense3 ,pour nous faire comprendre la formule d',hraclite3 tout passe et rien ne demeure dans un tre1 en sorte qu'il n'est jamais le mme1 ni dans sa forme ni dans son fonds1--on emploie la comparaison clbre du courant d'eau vive ou du fleuve4 ,or1 le fleuve1 au contraire1 demeure le mme dans son tre substantiel1 son eau restant la mme1 tant qu'elle coule de la source l'embouchure4 ,ainsi1 au lieu de nous prsenter une image de la mobilit perptuelle et totale de l'tre1 on nous offre celle d'un simple voyage1 qui est la permanence mme de l'tre dont la position seule varie4 ,au lieu de nous offrir un exemple de changement total et perptuel1 on choisit celui de la plus faible et plus superficielle mutation4 ,en sorte que la thorie du mobilisme absolu1 qui renversait la raison1 se trouve comme redresse et rendue acceptable par le mirage d'une mtaphore qui a fait paratre droit ce qui tait l'envers4 ,autre exemple3 ,si j'avance que la substance est une notion inutile et prime2 qu'il y a des modes d'tre sans tre1 des attributs sans sujet1 des actions sans agent1 il faudra1 pour ne pas trop effaroucher mon auditoire1 que je lui trouve un quivalent ou un semblant d'quivalent4 ,pour cela1 j'aurai recours une image4 ,je dirai1 par exemple1 qu'il y a sous les phnomnes un centre de jaillissement#bc1 et je rpterai la comparaison du feu d'artifice si familire ,m4 ,bergson2 je comparerai donc l',evolution cratrice ces milliers de fuses qui s'lvent dans les airs en ventail1 aprs tre parties d'un centre unique de jaillissement--et mon auditoire1 qui1 avec son bon sens naturel1 a dj mis un artificier derrire ce centre de jaillissement1 acceptera et applaudira la brillante image1 trs facile saisir parce qu'elle a naturellement redress une thorie rebours et inintelligible4 ,de mme1 pour expliquer la mmoire que la suppression de la substance permanente ou de l'identit de la personne rendrait absurde--eh6 comment revoir1 par exemple1 si l'on n'est plus rest le mme8--on supposera que dans chaque cellule crbrale1 partout o quelque chose vit1 il y a ouvert quelque part un registre o le temps s'inscrit#bd4--,mais aux yeux du simple bon sens1 qu'est-ce qu' un registre ouvert1 o peuvent s'inscrire le pass1 le prsent et l'avenir1 sinon une chose qui demeure1 une substance1 o s'enregistrent en passant les phnomnes qui se droulent et disparaissent8 ,interprte dans son sens naturel1 la mtaphore fait donc rapparatre aux yeux de tous la substance qu'on croyait disparue1 et l'esprit se dclare satisfait4 ,encore une fois1 l'image a jou le rle du prisme redresseur de la pense renverse1 ou1 si l'on prfre2 une autre comparaison1 nous dirons que ces images sont des pices vraies destines suggrer une impression fausse1 puisqu'elles laissent entendre qu'elles sont l'expression fidle des thories3 ce qui n'est pas4 ,elles donnent l'illusion que l'auteur respecte prcisment ce qu'il condamne4 ,mais le procd que nous critiquons ne consiste pas seulement en abus d'images et de mtaphores1 il y ajoute une terminologie nouvelle1 o les liens consacrs par l'usage qui rattachaient les mots aux ides correspondantes sont volontairement disloqus et briss4 ,on fait mme parfois signifier aux mots exactement le contraire du sens universellement reu4 ,par exemple1 le mot durer1 dans toutes les langues1 signifie demeurer le mme1 au moins quant au fonds de son tre et malgr des changements accidentels de forme4 ,or1 dans le vocabulaire nouveau1 durer signifie ne jamais demeurer le mme1 en sorte qu'une chose qui cesserait de changer totalement et perptuellement cesserait par l mme de durer#be4 ,de l1 un idiome mystrieux et trange1 ou plutt une multitude d'idiomes1 car1 dans la nouvelle cole1 chacun se forge le sien1 son gr1 comme pour tourdir le lecteur par des obscurits systmatiques et par le flou des ides4 ,on dirait qu'ils ont adopt la devise de ,renan3 ,le vague est seul vrai1 parce qu'il peut seul rendre la fluidit insaisissable et protiforme de toute chose4 ,oh6 combien ils sont loin de vouloir mriter l'loge que ,barthlmy ,saint-,hilaire adressait la scolastique1 d'tre par sa prcision et sa clart toute franaise et toute parisienne#bf4 ,et ne croyez pas qu'ils cherchent s'excuser de leur obscurit2 au contraire1 ils s'en vantent3 ,ce qui est clair n'est plus intressant1 crit ,m4 ,le ,roy1 puisque c'est ce propos de quoi tout travail de gense est achev4444 ,la philosophie a le droit d'tre obscure1 elle en a le devoir pour autant qu'elle doit toujours ou s'approfondir ou s'lever4444 ,le discours est subordonn l'action et le clair l'obscur4#bg ,encore une fois1 dirons-nous avec ,aristote et ,platon1 cela s'appelle tout simplement #bh4 ,aussi bien le divin ,platon ajoutait-il cette jolie dfinition du sophiste3 ,c'est un animal changeant qui ne se laisse pas prendre1 comme on dit1 d'une seule main 444 une espce bien difficile saisir4#bi ,cette impression1 du reste1 ne nous est1 pas personnelle1 et nous n'avons encore rencontr aucun lecteur des ouvrages de cette1 cole qui n'en ait facilement convenu4 ,voici1 par exemple1 ce qu'crivait l'un d'eux1 philosophe de profession3 ,gris de mtaphores1 ravi par les mouvements audacieux de sa phrase1 comme l'aronaute tmraire qui s'abandonne avec ivresse aux bonds imprvus de sa nacelle1 il 7le philosophe bergsonien7 croit s'lever vers une ralit plus pure1 alors qu'il monte dans les nuages en attendant la chute4444 ,c'est l'image d'une nef dleste1 dsempare1 qui s'lve1 s'abaisse1 se prcipite1 se ralentit1 tourbillonne1 suivant les mandres les plus fantaisistes et les plus inquitants1 au gr du talent1 la vitesse de l'inspiration1 la merci de la passion ou du sentiment4 ,le lien qui rattache les mots aux ides a t bris4444 ,affranchis des lois de l'usage1 comme d'autant de conventions tyranniques1 tantt les mots disloqus se dtachent de leur contexte naturel1 tantt ils forment des groupements rvolutionnaires2 la plupart du temps ils se soustraient toute association normale4444 ,les mots nous apparaissaient chargs de souvenirs et de liens multiples1 avec une physionomie caractristique1 accompagns d'un cortge rgulier d'ides1 d'images et de sentiments1 incorpors enfin et troitement subordonns au monde rel4 ,dans le vocabulaire nouveau1 ils se prsentent sans aeux1 sans histoire1 sans tradition1 disposs tout signifier1 comme dans une socit anarchique ou jacobine tous les individus sont prts remplir toutes les fonctions1 sans tre prpars aucune4444 ,il suffit de saisir une bonne fois le procd4444 ,on tire ainsi du langage de prestigieux effets1 dissociant les alliances d'ides ou de choses apparemment les plus infrangibles1 rconciliant les termes les plus opposs1 formant d'blouissantes synthses1 rsolvant les problmes les plus compliqus4444#cj ,si telle est l'impression d'un professionnel de la philosophie1 celle des ,philistins1 et des plus savants d'entre eux1 ne sera que pire4 ,le rve de ce grand homme1 crivait ,m4 ,le ,dantec1 serait d'tre plong dans un in pace parfaitement noir1 et de s'y trouver suspendu sans contact avec les parois du cachot4 ,l1 sans tre troubl dans sa mditation par la vue1 l'audition ou le contact1 qui donnent des objets externes une notion fausse ou superficielle1 le philosophe1 enfin dgag de toutes les entraves de la nature1 vivrait dans sa pense profonde la vie totale de l',univers#ca4 ,cette ironie1 un peu lourde1 il est vrai1 indique bien l'impression de noir parfait que la lecture de ,m4 ,bergson a d laisser ce savant1 ami des mthodes positives et de la clart4 ,ainsi1 pour l'un1 c'est le vertige2 pour l'autre1 la nuit noire4444 ,et cependant1 nombreuses sont les mes simples ou insuffisamment instruites des premiers principes d'une saine philosophie qui se laissent prendre aux prestigieux effets produits par de nouvelles associations de mots et d'images4 ,noua en avons rencontr1 par exemple1 qui se pmaient d'admiration devant le seul titre de l',evolution cratrice4 ,en apparence1 en effet1 le mot est heureux et n'a rien de choquant4 ,on y trouve un sujet1 un attribut1 un verbe sous-entendu1 et l'esprit est satisfait3 l',evolution est cratice4 ,mais si l'on va au del des mots1 jusqu'au fond de la pense de l'auteur1 et si l'on demande3 #a ,qui est crateur8--,personne4 ,c'est l'volution qui se fait elle-mme2 c'est donc une cration sans aucun crateur4 ,si l'on demande en outre3 #b ,de quoi est-elle cratrice8--,de rien1 sinon d'elle-mme6 puisqu'il n'y a plus d'tre1 de chose6 cre1 et que tout est devenir1 c'est--dire volution pure4 ,en sorte que c'est une cration sans aucun crateur et sans aucune chose cre6#cb--;,alors1 aprs cette dcouverte1 tout s'obscurcit et devient incohrent3 c'est le chaos des ides pour le simple bon sens4 ,mais l'tiquette1 avec sa brillante mtaphore1 a su masquer parfaitement l'opposition des ides avec le sens commun4 ,tant est grande la magie des mots6 ,nos farouches contempteurs des ides cristallises et mortes1 nos iconoclastes de toutes les idoles du langage et de la tradition1 sont les premiers se payer de mots et les seuls adorer des mtaphores6 ,nous voici donc bien avertis sur les procds littraires et mthodiques de notre auteur1 ainsi que sur l'esprit et la porte philosophique du nouveau systme4 ,nous pouvons dsormais entreprendre l'analyse des crits de ,m4 ,bergson1 en commenant par son premier-n1 sa fameuse thse sur la thorie nouvelle du ,temps ou de la ,dure pure1 qui sera comme le leit-motiv de toutes ses autres thories4 ,nous nous bornerons toutefois aux grandes lignes et une vue synthtique1 vitant de les obscurcir par la critique1 d'ailleurs facile1 d'innombrables dtails4 99 99 99 99 99 ,note4 ,si la nbulosit systmatique de la nouvelle cole a des avantages incontestables pour ses auteurs1 elle a aussi des inconvnients1 car elle permet l'imagination de chacun de dcouvrir dans chaque nue tout ce qui lui plat1 voire mme les figures les plus opposes aux intentions de l'inventeur4 ,m4 ,bergson ne pouvait manquer d'en tre la premire victime et de s'en plaindre amrement4 ,il sera pour le moins curieux et trs suggestif d'entendre ses protestations indignes contre les multiples dfigurations de sa pense que se sont permises ,,mm4 les professeurs des ,lyces1 auprs desquels ,m4 ,binet avait ouvert une enqute pour connatre l'influence de la philosophie bergsonienne sur leur enseignement4 ,a ce sujet1 le lecteur lira avec intrt l'extrait suivant de la sance de la ,socit franaise de ,philosophie1 qui1 le #bh nov4 #aijg1 a mis aux prises ,m4 ,binet et ,m4 ,bergson4 ,m4 ,,binet4--,ma seconde question s'adresse spcialement notre savant collgue ,m4 ,bergson1 que nous avons la bonne fortune de compter aujourd'hui parmi nous4 ,il a vu 7par l'enqute7 quelle influence sa philosophie exerce sur l'enseignement secondaire4 ,il a vu aussi les doutes1 les hsitations de certains matres1 qui avouent trs franchement qu'il ne sont pas encore parvenus trouver la formule d'adaptation de ses ides l'tat d'intelligence de leurs l'lves4 ,il me semble bien que ,m4 ,bergson doit tre intress par le renseignement si curieux et si sincre que nos correspondants lui apportent4 ,nous serions heureux de connatre d'abord1 si ce n'est pas indiscret1 son impression de sance4 ,nous souhaitons aussi qu'aprs rflexion il puisse trouver les indications et les conseils qui aplaniront les difficults que rencontre la propagation de ses ides4 ,m4 ,,bergson4--,j'avoue ne rien comprendre certaines observations 7des professeurs de lyce7 dont ,m4 ,binet vient de donner lecture4 ,m4 ,binet parat dsirer que je m'explique sur les questions qu'elles soulvent4 ,c'est de lui ou de ses correspondants que je rclame cette explication4 ,dans les thories qu'ils m'attribuent1 je ne reconnais rien de moi1 rien que j'aie jamais pens1 enseign1 crit4444 ,o1 quand1 sous quelque forme ai-je dit quelque chose de tout cela8 ,qu'on me montre dans ce que j'ai crit une ligne1 un mot1 qui puisse s'interprter de cette manire1 etc4 7,bulletin de la ,socit franaise de philosophie1 numro de janvier1 #aijh1 p4 #bj1 #ba47 99 99 99 99 99 ,i ,,la ,,notion ,,bergsonienne ,,du ,,temps4 ,la nouvelle notion du ,temps imagine par ,m4 ,bergson est de la plus haute importance1 puisqu'il en a fait le centre et le pivot de tout son nouveau systme philosophique4 ,au premier abord1 il semble bien subtil et mme paradoxal de vouloir fonder une philosophie tout entire1 une explication totale des choses sur la notion du ,temps4 ,a la rflexion1 toutefois1 et au souvenir de la merveilleuse synthse pripatticienne entirement leve sur la notion du ,mouvement--notion si voisine de celle du ,temps1--on est plutt tent de faire crdit l'auteur1 non sans quelque dfiance il est vrai1 car si le ,mouvement est un phnomne patent qui tombe sous les sens1 il n'en est pas de mme du ,temps1 le plus obscur et le plus mystrieux peut-tre de tous les phnomnes de la nature4 ,ce contraste avait dj t remarqu par les anciens1 lorsqu'ils disaient3 ,motus sensibus ipsis patet1 non autem tempus4 ,aussi pouvons-nous craindre trs lgitimement que le sophisme ne trouve plus facilement s'embusquer derrire ces ombres profondes1 et qu'au lieu de btir sur le roc1 comme ,aristote1 ,m4 ,bergson ne puisse difier que sur le sable mouvant des conjectures4 ,quoi qu'il en soit1 essayons d'expliquer aussi clairement que possible sa pense toujours subtile et nuageuse1 d'en montrer les cts spcieux et d'en prciser les points faibles4 ,pour cela1 commenons par faire connatre le rsultat final de sa longue et laborieuse tude sur la notion du ,temps4 ,le ,temps tant l'antithse de l',espace1 il est bon de rapprocher ces deux notions pour en clairer le sens par leur contraste4 ,l'un et l'autre1 dans la philosophie traditionnelle1 sont des quantits continues1 homognes et mesurables2 mais les parties de l',espace sont coexistantes et simultanes1 tandis que les parties du ,temps sont successives et fluentes4 ,or1 dans le systme de ,m4 ,bergson1 l',espace est dfini par quantit et homognit1 et partant par mensurabilit4 ,c'est le propre de la matire4 ,toute quantit1 soit discrte comme le nombre1 soit continue comme les grandeurs1 est de l'espace4 ,l'espace1 dit-il1 doit se dfinir l'homogne4444 ,inversement1 tout milieu homogne et indfini sera de l'espace4#cc ,au contraire1 le ,temps est dfini par qualit pure et htrognit pure1 exclusive de toute quantit1 de toute homognit1 et partant de toute mensurabilit4 ,c'est le propre de l'esprit4 ,ainsi le ,temps vrai n'a ni parties virtuellement multiples1 ni quantit par o il soit mesurable1 ni homognit qui permette de comparer une dure une autre dure et de les dire gales ou ingales4 ,la dure pure1 crit ,m4 ,bergson1 n'est qu'une succession de changements qualitatifs qui se fondent1 qui se pntrent1 sans contours prcis1 sans aucune tendance s'extrioriser les uns par rapport aux autres1 sans aucune parent avec le nombre4 ,ce serait l'htrognit pure4#cd ,cette notion est sans doute l'oppos de toutes les conceptions agnostiques ou idalistes1 kantistes ou leibnitziennes4 ,mais elle n'eut pas moins loigne de toutes les dfinitions connues des coles ralistes1 qui sont unanimes faire du ,temps une quantit1 notamment de la clbre dfinition aristotlicienne1 dclarant que le ,temps est le nombre ou la mesure du mouvement1 selon l'avant et l'aprs4 #ce4 ,et ce n'est pas seulement la pense philosophique que contredit la nouvelle notion1 ce sont encore les donnes de la ,science exprimentale et du simple bon sens4 ,la fiction d'un temps simple1 impossible mesurer1 apparat en effet du premier coup comme un dfi au sens commun4 ,quant la ,science qui parvient mesurer le temps et mme le prdire par des calculs d'une prcision si merveilleuse1 elle donne chaque jour cette fiction le plus clatant dmenti4 ,que telle soit bien pourtant la pense de ,m4 ,bergson1 on n'en saurait douter4 ,pour lui1 le temps vrai ne se mesure point2 celui de la science et du sens commun n'est qu'une illusion et une chimre1 comme il le rpte satit1 sous toutes les formes1 dans tout le cours de ses ouvrages1 notamment dans les cinquante pages 7#eg #ajg7 du deuxime chapitre de son ,essai sur les ,donnes immdiates de la conscience1 entirement consacres combattre cette illusion4 ,en lisant tous les longs et subtils dveloppements donns par l'auteur cette thse1 il est impossible un philosophe quelque peu au courant des notions de ,mtaphysique gnrale ou d',ontologie1 de ne pas tre frapp du nombre et de la gravit des confusions d'ides qu'on y rencontre4 ,les notions classiques les plus fondamentales ont t plus ou moins vides de leur sens naturel1 mutiles1 chavires comme plaisir1 au point d'tourdir et de saisir comme de vertige un lecteur inexpriment4 ,si l'on nous permettait l'expression la mode1 nous dirions--sans vouloir suspecter en rien les intentions de l'auteur--que c'est l comme un vrai sabotage de l',ontologie4 ,on croirait mme un sabotage rgl1 mthodique1 car ces confusions d'ides1 qui semblent se succder en dsordre1 conservent entre elles un ordre stratgique trs tudi et trs savant4 ,nous les comparerions volontiers cette srie de tranches profondes et obscures o l'assigeant se croit en sret1 l'abri des traits de l'ennemi1 et qui le conduisent sous terre1 trs mthodiquement1 jusqu'au pied de la place assige dont il veut faire l'assaut4 ,ici1 la place assige s'appelle la notion traditionnelle du ,temps4 ,or1 voici la srie de ces confusions dans leur stratgie savante4 ,ne pouvant les relever toutes1 pour ne pas trop fatiguer ou embrouiller nos lecteurs1 contentons-nous d'indiquer les principales3 #a ,confusion de la quantit avec la qualit2 #b de l'unit avec le nombre2 #c du nombre avec l'espace2 #d de l'espace avec l'homogne2 #e du temps avec le mouvement2 #f enfin--c'est l'erreur capitale1--confusion du temps avec l'htrogne4 ,plusieurs de ces confusions taient trop videntes pour ne pas causer l'tonnement et comme le scandale des philosophes quelque peu familiers avec les notions d',ontologie4 ,aussi1 malgr le prestige de la chaire officielle du haut de laquelle elles tombaient dans le public1 ont-elles dj soulev les critiques et les protestations parses d'un bon nombre de professeurs1 nullement suspects d'attaches scolastiques1 voire mme de la part de certains collgues en ,sorbonne1 comme le regrett ,m4 ,huvelin dans sa brillante thse de doctorat sur les ,elments principaux de la reprsentation1 o la notion bergsonienne du ,temps est vigoureusement1 quoique trs incompltement1 rfute4 ,mais ces critiques partielles1 parses et l dans les thses et les revues contemporaines1 sont loin d'avoir tout dit1 ce nous semble1 ni mme le principal1 notre sens4 ,encore moins ont-elles montr1 dans une vue d'ensemble1 la synthse et le lien de toutes ces erreurs partielles de la ,philosophie nouvelle4 ,il y a donc encore place1 croyons-nous1 pour une rfutation plus mthodique et plus complte1 sinon de tous les dtails1 ce qui serait infini1 au moins des grandes lignes de cette philosophie la mode4 ,nous en commencerons l'essai par l'analyse des six confusions fondamentales que nous venons d'numrer4 99 99 99 99 99 #a4 ,une premire confusion1 dcouverte au point de dpart et la racine de la thorie nouvelle1 est celle de la quantit avec la qualit4 ,pour la mettre en lumire1 rappelons brivement les deux notions classiques4 ,la quantit1 au sens tymologique du mot1 est ce qui rpond l'une des deux questions3 quelle est la grandeur de tel objet8 combien y a-t-il d'objets8 ,c'est donc la quantit qui fait le plus ou le moins dans les dimensions ou dans le nombre des objets4 ,on la dfinit3 ce qui est divisible 7au moins idalement et virtuellement7 en parties homognes ou de mme espce4 #cf4 ,si ces parties1 avant la division1 sont dj distinctes1 on a la quantit discrte ou le nombre3 dix hommes1 une douzaine de pommes4 ,si ces parties1 avant leur division1 sont au contraire indistinctes1 en sorte que la fin de l'une soit aussi le commencement de l'autre1 on a la quantit continue ou extensive1 soit dans l'espace1 soit dans le temps4 ,nous avons dit3 divisible en parties de mme espce1 car la division de l'eau en hydrogne et oxygne ne dit pas sa quantit1 et la runion du cheval et du cavalier ne saurait former un nombre4 ,la qualit1 au contraire1 est la manire d'tre qui perfectionne un objet1 soit dans son tre1 comme la beaut1 la dure1 soit dans son opration1 comme la vertu4 ,ainsi la force est une qualit de la matire1 la sant une qualit des vivants1 la science une qualit de l'esprit#cg4 ,on voit par l combien profonde est la diffrence entre la quantit et la qualit1 entre le quantum et le quale4 ,la qualit fait les tres semblables ou dissemblables2 la quantit les rend gaux ou ingaux4 ,ce serait donc ne pas s'entendre de soutenir avec ,m4 ,bergson que la quantit est toujours de la qualit l'tat naissant#ch4 ,a moins qu'on ne veuille jouer avec l'identit des contraires et l'indiffrence des diffrents4444 ,mais ce n'est pas dire que la qualit elle-mme ne puisse avoir des degrs1 c'est--dire du plus ou du moins dans la mme perfection1 et partant une certaine grandeur ou une certaine intensit4 ,et comme toute intensit est reconnue susceptible de grandir ou de diminuer1 il est tout naturel de chercher de combien elle grandit ou de combien elle diminue1 c'est--dire de la mesurer4 ,et si on peut la mesurer1 elle a une quantit4 ,or1 on peut la mesurer3 c'est ce qui ne saurait tre ni4 ,que si on ne la peut mesurer directement1 comme on mesure l'tendue par la superposition d'un talon1 on pourra du moins la mesurer indirectement par les effets sensibles qu'elle produit dans la matire4 ,ainsi une force de tension ou une force musculaire se mesureront par leurs effets sur un dynamomtre2 et la force calorique par ses effets de dilatation sur le mercure du thermomtre4 ,par d'autres ingnieux procds1 les savants ont russi mesurer l'intensit des autres forces de la nature3 lumire1 son1 magntisme1 lectricit1 etc4 ,on peut aussi mesurer l'intensit d'une qualit par sa comparaison avec une autre de mme espce4 ,ainsi deux forces qui s'quilibrent seront gales4 ,si l'une l'emporte1 elle sera dite plus grande et sa rivale plus petite4 ,cette comparaison permet1 dans un concours1 de classer les plus forts et les plus faibles avec une prcision quasi-mathmatique4 ,enfin1 on peut parfois mesurer une qualit d'intensit variable en la comparant avec elle-mme4 ,par exemple1 on mesure une douleur actuelle par comparaison avec le degr maximum d'acuit ou le degr minimum dj expriment4 ,et quoique cette apprciation soit plus vague et bien moins rigoureuse que les prcdentes1 il arrive parfois qu'une douleur peut paratre approximativement deux fois plus forte qu' son dbut1 et qu'ensuite elle semble avoir diminu d'autant4 ,il y a donc des qualits mesurables1 c'est--dire doues de quantit4 ,la quantit peut donc tre intensive aussi bien qu'extensive1 et vouloir1 avec ,m4 ,bergson1 rduire toute quantit de l'tendue ou des rapports de contenance dans l'espace est un systme prconu1 a priori1 que la plus lmentaire observation se charge de dmentir4 ,nous n'irons pas cependant jusqu' prtendre1 avec ,m4 ,fouille#ci1 que toute quantit est premirement et essentiellement intensive1 en sorte qu'elle ne deviendrait extensive que par une projection plus ou moins illusoire dans l'espace4 ,mais nous accorderons que les dimensions de volume ou de masse sont plutt une vue extrieure et superficielle de l'tre quantitatif1 tandis que son intensit est une vue plus profonde de son essence4 ,celle-ci est la racine--le mot est de saint ,thomas2--l'autre est son extension1 sa manifestation dans l'espace4 ,c'est ce degr ou cette intensit dans la qualit que les scolastiques avaient appel quantit virtuelle1 quantitas virtutis1 et qu'ils avaient dj si souvent et si profondment analys4 ,si ,m4 ,bergson avait connu leurs travaux1 il n'aurait jamais essay de confondre l'intensit d'une qualit avec cette qualit elle-mme ou une simple nuance de cette qualit4 ,une nuance peut suffire rendre deux qualits semblables ou dissemblables2 elle ne suffit pas les rendre gales ou ingales d'intensit4 ,pour lgitimer sa grave confusion1 voici la raison qu'il a essay de faire valoir3 ,en appelant du mme nom de grandeur la grandeur extensive et la grandeur intensive1 on reconnat par l1 dit-il1 qu'il y a quelque chose de commun ces deux formes de la grandeur1 puisqu'on les appelle grandeur l'une et l'autre et qu'on les dclare galement susceptibles de crotre et de diminuer4 ,mais que peut-il y avoir de commun au point de vue de la grandeur entre l'extensif et l'intensif1 entre l'tendu et l'intendu8#dj ,je rponds3 ce qu'il y a de commun1 c'est la divisibilit1 au moins idale et virtuelle1 car il y a plusieurs espces de divisibilit et autant d'espces de quantit1 nous dit saint ,thomas1 que d'espces de divisibilit#da4 ,lorsque vous mesurez la force ou la violence d'un coup de poing sur un dynamomtre1 vous reconnaissez des degrs diffrents dans l'intensit des effets produits et partant dans l'intensit de la force elle-mme qui les produit4 ,sans doute1 en divisant ensuite par la pense ces degrs d'une force1 on ne divise pas la force elle-mme en parties rellement multiples et sparables1 mais on l'estime quivalente du multiple4 ,ce qui suffit calculer sa quantit4 ,ainsi l'on peut juger que tel homme en vaut deux2 et qu'un hercule de foire en vaut dix4 ,telle est la quantit virtuelle4 ,sans doute encore1 en divisant par la pense ces degrs d'une mme force1 on ne divise pas de l'espace4 ,mais il y a bien d'autres choses que l'espace qui sont divisibles1 chacune sa manire1 quoi qu'en dise ,m4 ,bergson4 ,il y a le nombre abstrait des mathmaticiens qu'on divise en units2 la vitesse d'un mouvement que l'on divise en degrs2 le discours dont les parties ne sont pas de l'espace2 le temps dont les heures et minutes ne sont pas davantage de l'espace4 ,le nier serait fermer les yeux aux expriences les plus lmentaires pour y substituer des thories prconues4 ,or1 la divisibilit1 sous quelque mode qu'elle s'opre1 relle ou idale1 c'est--nous l'avons dit--la dfinition mme de la quantit1 de l'aveu de tous les philosophes sans exception1 mme de ceux qui ont cherch la quantit une raison d'tre ou une racine encore plus profonde4 ,concluons qu'il y a vraiment deux espces de quantit continue dont les parties sont virtuelles ou indistinctes3 #a la quantit extensive dans le temps ou dans l'espace2 #b la quantit intensive dans la qualit4 ,si ,m4 ,bergson a ni celle dernire1 c'est parce que la qualit lui a paru simple et exclusive1 de toute quantit3 ce qui est vrai de la quantit extensive qu'elle exclut1 et non de la quantit intensive qu'elle admet4 ,or1 rptons-le1 l'intensit n'est pas une qualit1 mais une grandeur de la qualit1 puisqu'elle donne du plus ou du moins la mme qualit1 la rend gale une autre de mme degr1 ou quivalente plusieurs autres de degr moindre1 et partant mesurable4 ,c'est la mme mprise qui conduira bientt le mme auteur jusqu' cette consquence autrement grave1 de nier la quantit et la divisibilit du temps4 ,telle est la logique de l'erreur3 insignifiante au point de dpart1 elle peut mener un abme1 suivant l'adage3 ,parvus error in principio1 magnus est in fine4#db ,que le temps soit aussi qualitatif1 personne n'en doute4 ,le temps est beau ou mauvais1 la vie est gaie ou triste2 et tous les intervalles de la dure se distinguent ainsi par des caractres intrieurs trs variables4 ,mais de quel droit conclure3 le temps est qualit1 donc il n'est pas quantit6 alors qu'il peut tre l'un et l'autre des points de vue diffrents4 ,il est l'un essentiellement et l'autre accidentellement4 ,nous traiterons bientt ce sujet de la nature du temps4 ,pour le moment1 il nous suffit de laisser entrevoir ici le germe des confusions futures dans cette premire confusion de la quantit intensive avec une pure qualit4 ,comme si la qualit tait incompatible avec toute quantit6 ,assurment1 les contradictoires s'excluent2 mais les divers et les contraires--sans s'identifier aucunement--se marient merveille dans les ralits de la nature1 et c'est le cas de la quantit et de la qualit1 qui la fois se distinguent et s'allient fort bien#dc4 ,,ii4 ,la deuxime confusion signale est celle de l'unit avec le nombre4 ,on trouve1 en effet1 dans le chapitre indiqu du mme ouvrage cette tonnante proposition qui rsume sa pense3 ,les units1 leur tour1 sont de vritables nombres#dd4--,mais si les units sont un nombre de fractions1 ce nombre est-il pair ou impair8444--,ni l'un ni l'autre1 assurment1 et cette simple rplique du bon sens fait pressentir le sophisme qui essaye de confondre l'unit dont les parties1 n'tant que virtuelles et indistinctes1 sont sans nombre1 avec une somme ou un produit dont les parties1 tant toujours distinctes et actuelles1 sont toujours un nombre4 ,l'unit et la somme peuvent1 il est vrai1 l'une et l'autre1 tre appeles des synthses4 ,mais il y a deux conceptions fort diffrentes de la synthse4 ,la synthse-rsultat1 ne de l'assemblage de plusieurs lments1 est postrieure ses lments3 telle est la somme4 ,au contraire1 la synthse-principe est antrieure ses lments auxquels elle donne naissance par sa division3 telle est l'unit#de1 non seulement l'unit abstraite du mathmaticien1 mais encore l'unit concrte4 ,telle est1 par exemple1 l'unit de la cellule-mre1 dont le fractionnement graduel produira les cellules drives de tel ou tel organisme complet4 ,c'est ce qui a fait dire ,aristote que l'unit est antrieure aux parties3 #df4 ,bien loin d'avoir en elle un certain nombre fini et dtermin de fractions relles1 l'unit n'en a aucune1 tant qu'elle n'est pas divise1 soit physiquement1 soit mentalement4 ,quant aux fractions purement possibles1 elles sont sans nombre1 car l'indfini n'est pas un nombre4 ,et c'est pour cela qu',aristote a soutenu que les fractions sont en puissance et non pas en acte dans l'unit3 1 #dg4 ,que si on leur supposait un nombre infini1 on tomberait aussitt dans l'absurde1 car un nombre infini actuellement ralis est une impossibilit manifeste4 ,l'admettrait-on1 qu'on retomberait dans une autre contradiction4 ,en effet1 chacune de ses parties sera suppose simple ou quantitative4 ,si on les disait quantitatives1 les fractions totalises seraient infinies et partant beaucoup plus grandes que l'unit1 qui n'a rien d'infini3 ce qui est impossible4 ,si on les disait1 au contraire1 simples et intendues1 une ligne ,a ,b serait compose d'un nombre infini de points sans tendue2 un mouvement ,a ,b serait compos d'un nombre infini de positions sans mouvement2 et la dure ,t1 d'un nombre infini d'instants sans dure4 ,c'est alors que ,m4 ,bergson aurait beau jeu nous reprocher de constituer l'tendue avec l'intendu1 le mouvement avec l'immobile1 la dure avec ce qui ne dure pas6 ,mais nous n'avons jamais mrit un tel reproche4 ,pour nous1 au contraire1 le point n'est pas une partie de la ligne ni du mouvement2 l'instant n'est pas une partie du temps4 ,le point n'est que la fin ou le commencement d'une ligne ou d'un mouvement3 l'instant1 la fin ou le commencement d'une dure1 ou bien le passage d'une partie la suivante#dh4 ,voil le sens mtaphysique et rigoureux de ces termes4 ,ce qui n'empche pas de prendre aussi l'instant au sens psychologique#di1 comme un minima de dure perceptible la conscience4 ,mais alors ce minima n'est plus instantan1 il a une dure finie--comme tous les prtendus instantans des photographes1--et la dure totale n'est plus qu'un multiple de cette dure partielle4 ,on peut prendre alors ce minima comme une tranche ou une unit du temps1 sans encourir le reproche en question4 ,que si aucune unit du temps ou de l'espace n'a rien d'infini1 le mouvement peut les traverser1 et tous les arguments de ,znon contre la possibilit du mouvement tombent du mme coup4 ,et c'est ce que1 dans sa rfutation de ,znon1 ,m4 ,bergson n'a pas vu et n'a pas pu voir1 du point de vue contre-sens o il s'est plac#ej4 ,concluons3 l'unit n'est pas un nombre de fractions1 ni fini ni infini4' 99 99 99 99 99 ,,iii4 ,troisime confusion3 celle du nombre avec l'espace4 ,d'abord1 peut-on affirmer sans rserve1 comme le fait ,m4 ,bergson1 que l'espace est la matire avec laquelle l'esprit construit le nombre1 le milieu o l'esprit le place8#ea ,sans doute1 c'est avec des boules ou d'autres objets matriels et tendus que l'enfant apprend compter1 et en ce sens c'est bien avec de l'espace que l'on commence construire des nombres4 ,mais l'esprit s'en dgage bientt et s'lve au-dessus de la matire pour compter des choses intendues1 comme des points gomtriques1 des notes de musique1 des donnes psychiques ou morales1 telles que les sept sacrements ou les trois vertus thologales2 ou bien des donnes mtaphysiques1 comme les dix catgories ou les six transcendentaux4 ,il compte aussi des nombres abstraits composs d'units abstraites qui n'ont rien d'tendu4 ,enfin1 il compte le nombre d'annes1 de mois1 de jours1 de minutes qu'il a vcus1 et il le place dans le temps et nullement dans l'espace1 quoique ce temps ait1 d'une certaine manire1 travers les espaces et les lieux o l'on a vcu4 ,allons plus loin4 ,si l'espace1 o ,m4 ,bergson voudrait relguer le nombre1 le contient rellement1 c'est qu'il l'a emprunt bien moins la quantit et aux dimensions spatiales des objets qu'il contient1 qu' la varit et aux contrastes des qualits qui distinguent surtout les choses entre elles1 aux yeux de l'observateur attentif4 ,en effet1 videz l'tendue de toutes ses diffrences qualitatives1 supprimez les figures1 les couleurs1 les sons4444 ,aussitt elle devient une continuit uniforme et confuse1 o je ne sais plus distinguer de nombre4 ,c'est donc bien plus avec des figures et d'autres qualits qu'avec des tendues que je compte4 ,or1 pour nombrer des qualits1 inutile de les projeter dans l'espace ou1 tout au moins1 de nombrer les espaces o je les projette4 ,pour compter les espces de plantes ou d'animaux1 je n'ai besoin de compter aucun lieu2 encore moins pour compter les peines et les plaisirs1 les penses et les dsirs que j'prouve4 ,le nombre dborde donc l'espace de tous cts2 il gouverne la qualit non moins que la quantit1 le temps non moins que l'espace1 l'esprit non moins que la matire4 ,il fait clater de toute part l'troite prison o ,m4 ,bergson voudrait le renfermer4 ,il est donc faux de dire3 ,toute ide claire du nombre implique une vision dans l'espace2--c'est cause de leur prsence dans l'espace que les units sont distinctes2--toujours nous localisons le nombre dans l'espace#eb4 ,l'auteur de ces paroles est le jouet de son imagination captive elle-mme de l'tendue spatiale4 ,cela est faux1 disons-nous1 parce que c'est contraire aux faits4 ,nos ides des trois vertus thologales ou des sept sacrements1 des trois propositions d'un syllogisme ou des minutes qu'a dur une argumentation1 sont parfaitement claires et distinctes sans avoir besoin d'tre localises dans aucun espace4 ,ce n'est pas que la localisation ne soit trs souvent utile pour soutenir la pense4 ,nos ides les plus distinctes du temps et de l'espace peuvent s'appuyer sur des images temporelles ou spatiales4 ,ainsi1 pour compter les noies ascendantes de la gamme1 je puis me figurer une ligne verticale en mouvement de bas en haut et y chelonner des notes qui s'lvent pareillement des plus basses aux plus hautes4 ,mais je sens bien qu'en les comptant1 je compte autre chose que de l'espace1 car si je ne comptais que des points dans l'espace1 une ligne horizontale me servirait tout aussi bien qu'une ligne verticale3 ce qui n'a jamais lieu4 ,donc1 mme en utilisant des images spatiales pour compter1 je compte autre chose que de l'espace4 ,le nombre est donc1 par essence1 une notion transcendante de l'espace comme du temps4 ,et cela est vrai1 tout aussi bien des units qui composent le nombre que de la somme totale produite par ces units4 ,aussi ajouter1 comme le fait ,m4 ,bergson1 que1 par cela mme qu'on admet la possibilit de diviser l'unit en autant de parties que l'on voudra1 on la tient 7l'unit7 pour tendue 7i71 est un non-sens4 ,ni les fractions concrtes d'un temps donn ni les fractions abstraites des mathmaticiens ne font un atome d'tendue4 ,pas plus qu'une unit gnrique ou spcifique des logiciens ou des botanistes n'est tendue par cela seul qu'elle peut tre divise en catgories subalternes4 ,rptons-le3 on divise autre chose que l'tendue1 parce que la quantit extensive n'est pas la seule espce de quantit4 ,ainsi l'on divise en degrs la puissance d'une force et l'intensit d'une qualit4 ,il est vrai que ces fractions dans l'unit1 comme ces units dans un nombre1 sont coexistantes ou simultanes4 ,mais la coexistence n'est pas suffisante constituer de l'tendue4 ,trois sons simultans1 trois douleurs ressenties la fois1 trois termes de la mme proposition ou trois propositions d'un mme syllogisme1 ne font pas un atome d'espace4 ,et c'est cette nouvelle confusion de la simultanit avec l'espace qui clt dignement cette dissertation3 ,toute addition implique une multiplicit de parties perues simultanment#ed1 et partant de l'espace4 ,sous cette nouvelle forme se cache toujours la mme erreur1 savoir que toute quantit se ramne des dimensions spatiales1 des rapports de contenant et de contenu dans l'espace4 99 99 99 99 99 ,,iv4 ,la quatrime erreur1 avons-nous dit1 consiste identifier l'espace avec l'homogne4 ,l'espace doit se dfinir l'homogne1 et inversement1 tout milieu homogne et indfini sera espace4#ee ,d'o ,m4 ,bergson conclura plus tard1 comme nous le verrons3 le temps de la science et du simple bon sens est homogne2 donc il n'est que de l'espace4 ,il n'est pas le vrai temps4 ,pour percer jour ce sophisme1 il suffira de rappeler encore une fois les dfinitions classiques1 calques sur les faits les plus lmentaires de l'exprience universelle4 ,on peut entendre par quantit homogne1 soit la quantit discrte ou le nombre1 soit la quantit continue4 ,mais le nombre est dsormais hors de cause1 aprs ce que nous venons de dire sur l'impossibilit de le confondre avec l'espace4 ,ester donc parler de la quantit continue1 c'est--dire de celle dont les parties1 bien loin d'tre distinctes et actuelles1 comme les units dans un nombre1 sont au contraire indistinctes et en puissance avant la division qui les fait natre4 ,or1 il y a deux espces de quantit homogne et continue1 comme l'exprience nous le rvle4 ,l'une est simultane1 l'autre successive4 ,l'une possde la fois toutes ses parties quoique l'tat confus et indivis2 l'autre les acquiert peu peu dans un coulement continu4 ,la premire s'identifie avec l'espace1 soit avec l'espace plein ou physique1 soit avec l'espace vide ou gomtrique qui est la mesure idale du prcdent4 ,contenant et contenu sont en effet deux points de vue de la mme notion d'espace4 ,mais si nous accordons volontiers que l'espace s'identifie avec une telle quantit continue et homogne1 nous ne pouvons admettre qu'il s'identifie pareillement avec cette autre quantit continue et homogne dont la ralit1 bien loin d'tre simultane1 n'est que successive et graduelle4 ,et pour nier rsolument cette prtendue identit1 il nous suffit d'en appeler aux faits les mieux expriments1 tels que le temps1 le mouvement local et le discours4 ,le temps se compose d'intervalles couls entre deux instants donns1 le mouvement de distances parcourues1 et le discours de paroles ou de phrases prononces4 ,or1 jamais on ne peut se trouver en prsence de deux parties simultanes d'une telle quantit successive4 ,tandis que deux parties du mme espace coexistent sous nos yeux1 jamais deux minutes du mme temps1 ni deux stades du mme mouvement1 ni deux paroles du mme discours4 ,et cette possibilit ou impossibilit de coexistence de plusieurs parties n'est pas un dtail accidentel1 mais l'essence mme de ces notions1 ce qui distingue la quantit simultane de la quantit fluente1 l'espace du temps4 ,la quantit homogne et successive n'est donc pas de l'espace et s'en distingue essentiellement4 ,le nier1 ce n'est pas adapter les thories aux faits1 mais les forger sans se soucier des faits4 ,ce n'est plus de la science1 c'est de la fantaisie ou du rve4 99 99 99 99 99 ,v4 ,la cinquime erreur consiste confondre le temps avec le mouvement qui se produit avec le temps1 et par consquent confondre la partie avec le tout4 ,et comme le mouvement conscient est le seul1 d'aprs ,m4 ,bergson1 o le temps se rvle1 c'est aussi avec le mouvement psychique ou vital qu'il le confondra bientt par la ngation du temps cosmologique4 ,sans doute1 rpondrons-nous1 il n'y a pas de temps sans mouvement4 ,malgr cela1 le temps n'est pas identique au mouvement4 ,il en est seulement la condition et la mesure4 ,aristote et saint ,thomas#ef1 avec leurs commentateurs les plus autoriss1 ont donn de cette distinction des preuves nombreuses et premptoires faciles rsumer en quelques mots4 #a ,le mouvement est plus ou moins rapide dans le mme temps2 donc il en diffre4 #b ,le temps est la mesure du mouvement--puisqu'il mesure su dure1 et qu'il entre dans la mesure de sa quantit2 or1 la mesure et le mesur font deux4 #c ,pour tre une mesure1 le temps doit tre uniforme et non pas plus ou moins rapide comme le mouvement4 #d ,on conoit des mouvements instantans--comme le passage de l'tre au non-tre1--tandis qu'un temps instantan serait contradictoire et inintelligible4 #e ,on conoit aussi la rversibilit des mouvements1 revenant leur point de dpart 7chaque fois1 du moins1 que des liaisons causales ne s'y opposent pas74 ,or1 la rversibilit du temps serait absurde1 car le temps pass ne revient plus4 ,donc1 le temps et le mouvement ne sont pas identiques2 ils s'accompagnent seulement1 comme le dit si bien saint ,thomas3 tempus sequitur motum#eg4 ,on pourrait donc se reprsenter la quantit de temps et la quantit de mouvement dans un temps donn comme deux faces insparables et1 pour ainsi dire1 deux dimensions du mme mouvement1 non quivalentes et essentiellement distinctes4 ,cette conception d'un ralisme modr--aussi loign d'un ralisme absolu que d'un idalisme pur--n'est pas plus inconcevable que toute autre notion de grandeur1 par exemple1 de la longueur1 objectivement distincte de la largeur et de la profondeur1 quoique insparable1 et servant de mesure partielle au volume total4 ,ainsi1 la quantit de temps1 quoique insparable de la quantit de mouvement1 en est objectivement distincte et lui sert de mesure partielle4 ,que si1 au contraire1 nous avions confondu le temps avec le mouvement1 nous devrions admettre qu'une mme quantit de temps correspond toujours une mme quantit de mouvement1 ce que l'exprience la plus lmentaire dment4 ,nous devrions admettre1 en outre1 des espces de temps aussi nombreuses que les espces de mouvement3 des temps rectilignes et circulaires1 des temps vibratoires1 rotatoires et ondulatoires2 des temps uniformes1 acclrs ou ralentis1 etc41 ce qui n'a pas de sens4 ,en outre1 tous ces temps tant sans commune mesure1 il serait impossible de mesurer l'un par l'autre4 ,impossible1 par exemple1 de mesurer le temps qu'a dur la course d'un projectile par le temps marqu par un chronomtre1 ni celui-ci par le temps sidral3 tous ces temps pouvant tre d'espce ou de vitesse diffrentes4 ,donc1 plus de mesure uniforme et commune4 ,et c'est bien la conclusion devant laquelle ne recule pas ,m4 ,bergson1 qui se scandalise de ce que1 dans l'hypothse o les mouvements de l',univers se produiraient deux ou trois fois plus vite1 il n'y aurait rien modifier ni nos formules 7pour mesurer le temps7 ni aux nombres que nous y faisons entrer#eh4 ,bien loin que le temps soit rapide ou lent comme le mouvement1 nous voyons1 au contraire1 que le mouvement est d'autant plus rapide qu'il s'accomplit en moins de temps1 et d'autant plus lent qu'il en exige davantage4 ,il semblerait cependant1 parfois que le temps s'acclre ou se ralentit avec2 la vitesse du mouvement4 ,ainsi1 dans ces longues heures de sommeil o la vie se ralentit1 le temps semble plus court3 le rveil parat presque continuer les derniers moments de la veille1 les instants intermdiaires n'ayant pas t perus par la conscience4 ,d'autres fois1 au contraire1 lorsque le mouvement de la vie s'acclre avec une activit dvorante1 le temps se prcipite pareillement et parat beaucoup plus court4 ,mais ce n'est l qu'une apparence due une impression subjective de la sensibilit1 comme le prouve l'opposition mme de ces deux expriences4 ,car si le temps tait identique au mouvement et l'intensit de la vie1 il devrait tre dit long dans le deuxime cas et court dans le premier1 au lieu d'tre dit court dans les deux cas4 ,du reste1 pour mesurer le mouvement par le temps o il s'excute1 il faut que le temps soit une mesure uniforme et constante1 car une mesure lastique et variable ne mesurerait rien exactement4 ,il doit tre uniforme comme le nombre qui nous sert le compter et qui n'est jamais ni lent ni rapide4 ,il a donc fallu distinguer du temps concret que marque plus ou moins exactement notre montre1 par exemple1 un temps abstrait et idal qui seul a le droit de rgler le premier4 ,le mouvement apparent des cieux en serait comme la grandiose horloge1 tant sa dure a sembl typique et rgulatrice1 la plus voisine de l'idal4 ,de mme que pour calculer les directions des mouvements dans l'espace1 il a fallu distinguer des espaces rels et mobiles1 un espace abstrait1 absolu et immobile1 rceptacle immense et sans fin o tous les corps se dploient1 ainsi a-t-on imagin un temps absolu1 parfaitement rgulier dans sa marche1 o toutes les dures particulires concident et prennent date en se droulant4 ,mais ce sont l des tres de raison1 des artifices ingnieux pour fixer les ides dans les calculs1 qui ne suppriment nullement la ralit des espaces concrets et des dures concrtes dont ils sont la mesure idale et le rceptacle imaginaire4 ,quoi qu'il en soit1 il est certain que le temps rel et concret mesure le mouvement4 ,or1 ce qui mesure et ce qui est mesur sont distincts2 on ne peut donc les confondre4 99 99 99 99 99 ,,vi4 ,la sixime erreur des ,bergsoniens1 l'erreur capitale--et par elle nous abordons le nud vital du sujet1--est de dfinir le ,temps par qualit htrogne1 ou1 comme ils disent1 par une htrognit pure1 trangre toute espce de quantit4 ,en sorte que le ,temps serait conu d'abord comme une pure qualit1 absolument simple et impossible mesurer ou diviser en intervalles gaux ou ingaux2 ensuite comme qualit htrogne1 c'est--dire en changement perptuel et essentiel1 supprimant toute ressemblance1 plus forte raison toute identit du mme tre deux instants de sa dure1 et par suite supprimant la dure dans le ,temps4 ,c'est ici que le paradoxe de ,m4 ,bergson atteint son maximum d'acuit et d'invraisemblance1 en mme temps que de subtilit2 aussi rclamons-nous du lecteur toute sa bienveillante attention1 tout son effort d'application4 ,pour comprendre comment ,m4 ,bergson a t conduit une telle notion excentrique1 si trangre aux donnes de l'exprience1 il faut connatre le point de dpart et l'orientation premire de sa pense4 ,de trs bonne heure1 nous dit un de ses biographes et admirateurs1 notre jeune philosophe1 qui tait surtout fort en mathmatiques1 fut frapp de la diffrence profonde qui semble exister outre la notion mathmatique et la notion philosophique du temps4 ,voici comment il rsume sa pense3 ,le caractre singulier du temps dans les quations de la mcanique est de ne pas durer4 ,le temps abstrait t attribu par la science un objet matriel ne consiste en effet qu'en un nombre dtermin de simultanits1 ou plus gnralement de correspondances1 nombre qui reste le mme quelle que soit la nature des intervalles qui sparent les correspondances les unes des autres4 ,on pourrait supposer1 par exemple1 que le flux du temps prit une rapidit infinie1 que tout le pass1 le prsent et l'avenir des objets matriels fut tal d'un seul coup 787 dans l'espace3 il n'y aurait rien changer aux formules du savant1 le nombre t signifiant toujours la mme chose1 savoir un nombre dtermin de correspondances entre les tats des objets et les points de la ligne toute trace qui serait maintenant le cours du temps4 ,et ,m4 ,bergson de conclure3 ,la science n'opre sur le temps et le mouvement qu' la condition d'en liminer d'abord l'lment essentiel et qualitatif1--du temps la dure1 et du mouvement la mobilit4#ei ,pour lever ce scandale un peu factice1 il suffit de reconnatre que la science et la philosophie traditionnelle1 tout en acceptant la donne vulgaire du temps1 ne l'tudient pas au mme point de vue ni dans le mme but4 ,la science s'occupe de la mesure du temps2 la philosophie tudie surtout le temps mesur4 ,or1 de mme que pour l'espace le contenant et le contenu sont deux points de vue diffrents du mme espace1 ainsi le temps-mesure et le temps mesur devront tre pareillement des points de vue diffrents4 ,la diffrence est mme ici beaucoup plus notable pour le temps que pour l'espace4 ,en voici la raison3 ,tandis que nous pouvons mesurer directement l'espace concret1 tel que la longueur ,a ,b en lui superposant un talon de convention tel que le mtre1 et calculer d'aprs la comparaison des deux espaces1 mesurant et mesur1 combien il y a de mtres ou de fractions de mtre entre ,a et ,b1 nous ne pouvons plus procder ainsi quand il s'agit du temps4 ,il n'y a pas d'talon tout fait du temps que je puisse plier ou rouler comme un dcamtre1 ou manipuler comme lui pour le superposer la dure relle4 ,il n'y a pas non plus d'talon fluide et successif4 ,je ne puis prendre une rvolution apparente du soleil et l'appliquer sur celle de demain pour les comparer1 ni prendre une oscillation du balancier et l'appliquer sur d'autres oscillations1 comme on applique une ligne sur une autre pour voir si elles sont gales4 ,ici1 toute superposition est impossible#fj4 ,pour mesurer le temps1 cette grandeur fluide qui chappe toute mesure directe1 le savant devra donc employer des moyens dtourns4 ,au lieu de le mesurer lui-mme1 il mesurera sa place un substitut du temps1 c'est--dire quelqu'un de ces phnomnes sensibles qui s'accomplissent dans l'espace et peuvent tre considrs en fonction du ,temps4 ,s'il s'agit d'un temps dont la dure successive a laiss des traces dans l'espace1 comme pour le mouvement d'un projectile1 nous aurons prise sur cet espace et nous pourrons constater qu'un mobile anim d'un mouvement uniforme parcourt constamment des espaces proportionnels aux temps couls1 c'est--dire que l'espace parcouru e est toujours gal au produit de la vitesse v par le temps t4 ,d'o la formule lmentaire3 e vt4 ,de laquelle on dduit algbriquement les deux autres formules3 v e_/t2 et t e_/v4 ,cette dernire indique clairement que le temps a pour quivalent l'espace parcouru divis par la vitesse mise le parcourir4 ,que si le temps mesurer ne laisse aucune trace saisissable dans l'espace1 comme celui o se droulent nos phnomnes de conscience1 la difficult va s'accrotre sans devenir insoluble4 ,d'ordinaire--et c'est le procd le plus simple1--on prendra pour le mesurer un changement de lieu1 tel que le va-et-vient d'un pendule1 et comme on vrifie exprimentalement que ses oscillations sont isochrones1 ds que leur amplitude ne dpasse pas deux ou trois degrs1 il suffira de compter le nombre de ces battements1 que nous nommerons des secondes1 si vous voulez1 et de constater la concidence du premier et du dernier avec le commencement et la fin du phnomne psychique en question1 pour en conclure qu'il a dur tant de secondes1 de minutes ou d'heures4 ,nous disons que c'est le procd le plus simple1 car l'on pourrait en imaginer de plus compliqus4 ,on pourrait1 par exemple1 supputer les dures en les rapportant des lvations ou des abaissements rguliers de temprature1 des coulements de sable ou d'eau--comme on le fait avec un sablier ou avec une clepsydre 7horloge d'eau71--voire mme des processus psychiques1 tels qu'un nombre dtermin de paroles4 ,on dit ainsi que tel phnomne a dur l'espace d'un ,pater ou d'un ,ave4 ,mais rien n'gale en prcision le mouvement local d'un pendule ou d'une chronomtre2 c'est l'instrument scientifique par excellence de la mesure du temps4 ,on le rgle sur le mouvement apparent du ciel1 dont la marche rgulire est pour nous la manifestation la moins imparfaite1 et pratiquement suffisante du cours idal du temps4 ,que si le temps se mesure par autre chose que du temps1 il n'est donc plus surprenant que la notion de temps-mesure1 c'est--dire de cet quivalent ou substitut du temps dont s'occupe le savant en mcanique ou en astronomie1 soit assez diffrente de celle du temps mesur dont le philosophe prcise la nature ou que le psychologue exprimente en sa conscience4 ,mais1 au lieu de se contredire1 les deux points de vue se compltent et le scandale est lev4 ,cette solution tait sans doute trop simple et trop banale pour plaire un esprit aussi compliqu et original que celui de ,m4 ,bergson4 ,voici la solution autrement subtile et nouvelle qu'il va nous proposer4 ,il faut distinguer1 dit-il1 deux sortes de temps#fa4 ,le premier1 qui rpond la notion vulgaire et scientifique1 est un temps quantitatif et homogne4 ,il est long ou court et partant mesurable4 ,ses parties1 quoique intimement unies et continues entre elles1 se distinguent les unes des autres3 il y en a de passes1 de prsentes et de futures4 ,pour se distinguer ainsi1 en se droulant successivement1 elles se mettent en dehors les unes des autres et s'excluent rciproquement4 ,mais ce temps vulgaire1 dclare ,m4 ,bergson1 n'est qu'un dcalque de l'espace1 un temps btard qui recle tout un monde de difficults4 ,il faut le traiter comme illusoire4 ,l'autre temps1 le seul rel1 aux yeux de ,m4 ,bergson1 est un temps tranger la quantit1 la division et la mesure1 un temps purement qualitatif1 et comme cette qualit consiste changer sans cesse1 puisque l'instant prsent1 tant plus vieux que le prcdent1 n'est jamais le mme1 elle est l'htrognit pure4 ,en prsence de cette nouvelle thse1 nous allons nous poser deux questions3 #a ,quelles sont les preuves allgues pour nous faire rejeter comme illusoire la notion vulgaire et scientifique du ,temps8 #b ,quelle est la valeur de la nouvelle notion2 est-elle mme simplement intelligible8 ,a la premire question1 nous rpondrons3 ,m4 ,bergson affirme sans preuve que le temps vulgaire est illusoire1 car on ne peut considrer comme des preuves ni l'hypothse que l'ancienne notion est celle d'un temps btard1 ni l'affirmation qu'elle recle tout un monde de difficults4 ,cependant1 examinons de plus prs ces deux semblants de preuves4 ,d'abord1 que veut dire ,m4 ,bergson#fb en affirmant que la notion vulgaire est celle d'un temps btard8 ,le voici1 en nous servant de l'exemple1 qu'il a lui-mme choisi4 ,comment comptons-nous les coups successifs d'une cloche lointaine8 ,pour les compter1 il nous faut les aligner dans un milieu homogne o ils viennent successivement occuper un rang3 un1 deux1 trois1 quatre4444 ,reste savoir si ce milieu est du temps ou de l'espace4#fc ,or1 pour ,m4 ,bergson1 c'est sans doute de l'espace#fd4 ,en effet1 le second ne saurait s'ajouter au premier1 ni le troisime au second que s'ils se conservent1 et1 s'ils se conservent1 ils deviennent aussitt simultans1 c'est--dire qu'ils deviennent de l'espace4 ,c'est donc bien dans l'espace que s'effectue l'opration 444 ces moments susceptibles de s'additionner entre eux sont des points de l'espace4 ,d'o rsulte qu'il y a deux espces de multiplicit3 celle des objets matriels qui forment un nombre immdiatement1 et celle des faits de conscience qui ne sauraient prendre l'aspect d'un nombre1 sans l'intermdiaire de quelque reprsentation symbolique o intervient ncessairement l'espace4#fe ,c'est cette union adultrine du temps avec l'espace qui donne un produit btard4 ,le temps qualit pure s'altre ainsi et contracte au contact de l'espace l'apparence trompeuse d'une quantit ou d'un nombre4 ,il devient alors ce que l'opinion vulgaire et scientifique veut qu'il soit4 ,le sophisme ici sera vite perc jour4 ,il consiste dire3 ,un moment du temps ne saurait se conserver pour s'ajouter d'autres sans devenir simultan2 donc il devient de l'espace4#ff ,sans doute1 rpliquerons-nous1 le moment1 pass est bien pass et ne se conserve plus physiquement4 ,s'il se conservait ainsi1 il perdrait son caractre essentiel de successif pour devenir simultan3 ce qui est contradictoire4 ,mais pourquoi ne se conserverait-il pas mentalement8 ,pourquoi son souvenir avec son caractre d'coulement successif ne resterait-il pas grav dans la mmoire8 ,et s'il en est ainsi1 comme la conscience l'atteste1 cela suffit pour que l'esprit unisse dans une synthse mentale ces divers moments du pass1 en conservant l'ordre chronologique de leur coulement4 ,l'esprit complte ainsi ce que la ralit fluente n'avait fait qu'indiquer2 il en fait la synthse4 ,voil pourquoi les scolastiques ont dfini le temps un tre de raison1 fond sur la ralit1 et qui par suite n'est pas purement idal et irrel4 ,il est seulement en partie rel et en partie idal4 ,rel1 puisque chacune de ses parties successives a l'existence et un ordre rel de succession4 ,idal1 puisque cet ordre n'est compris formellement comme synthse que par l'esprit1 comme le nombre qu'il contient n'est nombre que par l'esprit#fg4 ,voil pourquoi saint ,thomas a rpt en l'approuvant la clbre parole d',aristote3 ,sans l'intelligence1 il n'y aurait pas de temps4 ,parole dont on comprendra maintenant le sens vritable4 ,elle n'est nullement idaliste la manire kantienne1 encore moins raliste outre la manire du temps newtonien contre lequel ,m4 ,bergson a beau jeu#fh2 mais elle tient le milieu entre ces deux exagrations en sens inverse4 ,c'est une notion idale1 bien fonde ou calque sur la ralit1 comme pour les autres notions universelles4 ,cette explication si claire et si lumineuse1 ce nous semble1 va nous donner la solution de la seconde difficult allgue par ,m4 ,bergson contre la notion vulgaire et scientifique du temps4 ,elle recle1 nous dit-il1 tout un monde de difficults4 ,en effet1 si vous le considrez comme une quantit1 toutes ses parties runies se sparent la premire analyse et tombent en poussire4 ,le pass n'est plus1 l'avenir n'est pas1 et le prsent lui-mme est un zro de dure1 un rien insaisissable4 ,c'en est donc fait de toute vie et de toute ralit6--,cela prouve1 rpliquerons-nous1 que l'union de toutes ces parties dans un mme nombre n'tait qu'idale2 mais l'existence successive et continue de chacune n'en est pas moins relle1 et cela suffit la ralit du mouvement et de la vie4 ,on touche ici du doigt le procd sophistique de tous ceux qui traitent d'illusoires les faits les plus vidents parce qu'ils sont mystrieux et plus ou moins difficiles comprendre4 ,znon nie le mouvement parce qu'il ne le comprend pas4 ,d'autres aprs lui ont ni l'espace et l'tendue parce qu'ils ne les comprenaient pas davantage2 ,m4 ,bergson nie le temps vulgaire pour la mme raison4 ,et il n'est pas un fait quelque peu important de la conscience ou de la nature qui rsisterait une telle preuve1 si elle tait lgitime1 mais elle ne l'est point4 ,dj ,aristote faisait remarquer ces philosophes que leur ngation de faits vidents mais incompris ou difficiles comprendre tait le renversement de toute mthode scientifique1 en ajoutant l'exemple clbre3 on constate d'abord qu'il y a une clipse1 et ensuite l'on cherche comprendre ce qu'est l'clipse--si on le peut4 ,que si on ne peut pas la comprendre1 cela ne donne aucun droit de nier l'clipse4 ,d'ailleurs1 tudions notre tour la nouvelle notion du temps1 et examinons si elle serait plus intelligible que l'ancienne4 99 99 99 99 99 ,d'aprs ,m4 ,bergson1 le ,temps vritable serait entirement tranger la quantit4 ,on n'y pourrait compter aucun nombre de parties gales entre elles1 puisque aucune dure n'est semblable une autre dure4 ,cependant1 toutes ces parties1 si diffrentes par leurs qualits internes1 ou si htrognes1 s'embotent et se fondent les unes dans les autres1 comme les notes d'une phrase musicale dans une mlodie4 ,il n'y a pas de temps longs ou courts1 il n'y a que des actes de dveloppement1 des progrs1 qui fusionnent dans un acte un et indivisible4 ,dans cette description nouvelle du ,temps1 il y a des dtails accessoires et une partie essentielle4 ,des dtails nous ne dirons rien1 pour ne pas tre trop long1 l'exception toutefois d'un seul qui nous semble vraiment dpasser la mesure permise4 ,pour soutenir contre toute vidence1 non pas l'unit continue du temps qui est hors de conteste1 mais son indivisibilit idale en minutes1 en secondes1 ou autres parties gales1 on suppose que nos tats de conscience1 en s'coulant1 peuvent s'emboter les uns dans les autres1 peu prs comme les parties articules d'une longue-vue#fi4 ,que cette comparaison1 plus ou moins heureuse1 puisse s'appliquer aux oprations simultanes de nos diverses facults1 nous l'accordons volontiers4 ,il est d'exprience que plusieurs de nos facults agissent toujours ensemble et de concert1 et que1 par exemple1 un acte d'amour de ,dieu et du prochain comprend la fois de la connaissance et de la volont1 des ides et des images1 des sentiments et des sensations1 jusqu' des tats physiologiques les plus varis4 ,mais de ce que nos phnomnes de conscience simultans fusionnent et s'embotent1 comment conclure que les phnomnes successifs1 prsents1 passs1 futurs1 s'embotent pareillement8 ,ici1 la comparaison n'a plus de sens4 ,dire que le pass s'est embot dans le prsent et le prsent dans le futur1 c'est dire qu'ils sont simultans et non pas successifs2 c'est nier leur distinction radicale1 leur exclusion manifeste2 c'est changer la succession temporelle en coexistence spatiale1--sans arriver pour cela supprimer le nombre et la quantit1 car des parties ne peuvent s'emboter que si elles sont distinctes et multiples4 ,non1 nous ne comprendrons jamais comment le pass peut coexister avec le prsent et le futur1 embots ensemble1 et les ingnieuses comparaisons de ,m4 ,bergson1 loin de nous le faire comprendre1 montrent expressment le contraire1 comme le lecteur va en juger4 ,quand les oscillations rgulires du balancier1 crit l'auteur1 nous invitent au sommeil1 est-ce le dernier son entendu1 le dernier mouvement peru qui produit cet effet8 ,non1 sans doute4444 ,il faut donc admettre que les sons se composaient entre eux et agissaient 444 par l'organisation rythmique de leur ensemble4444 ,chaque surcrot d'excitation s'organise avec les excitations prcdentes1 et l'ensemble nous fait l'effet d'une phrase musicale qui serait toujours sur le point de finir et sans cesse se modifierait dans sa tonalit par l'addition de quelque note nouvelle4444#gj ,dans cette brillante image1 nous avons beau chercher l'embotement du pass avec le prsent et le futur1 nous ne le dcouvrons point4 ,nous voyons seulement la fusion des souvenirs et des sensations qui persistent1 aprs la disparition de leurs causes1 et qui1 par consquent1 demeurent toujours prsents et simultans4 ,ce qui est bien diffrent4 ,en vrit1 une si grossire quivoque n'est plus srieuse1 et nous aurions pu nous contenter de rpondre plaisamment avec ,m4 ,fouille3 ,ce sera l'originalit des bergsoniens d'avoir invent un nouveau sophisme du chauve3 ,les cheveux de l'homme chauve existent encore1 puisqu'il en a le souvenir et que cette ide opre pour l'inciter faire sur son crne des lotions rgnratrices4 ,donc le chauve n'est plus chauve4#ga ,ajouter avec ,m4 ,bergson que cette fusion du pass et du prsent s'opre en vertu d'une synthse mentale n'attnue rien1 car la synthse fusionne des souvenirs prsents avec des sensations prsentes et nullement le prsent au pass qui n'est plus4 ,bien plus1 elle aggrave l'erreur3 les minraux1 les plantes et mme les animaux1 tant privs de toute synthse mentale1 il faudrait en conclure que le monde extrieur ne dure pas1 et ,m4 ,bergson est bien de force ne pas reculer devant cette nouvelle gageure au bon sens4 ,l'intervalle de dure1 crit-il1 n'existe que pour nous cause de la pntration mutuelle de nos tats de conscience4#gb ,toutes les sciences1 au contraire1 apportent des preuves dcisives de la ralit du temps cosmologique4 ,en mcanique1 on fait entrer le temps 7ou son substitut7 dans tous les calculs1 comme un lment d'importance capitale2 et ces calculs sont confirms par l'exprience4 ,les sciences naturelles tudient avec succs l'ge des toiles1 l'ge des terrains et des priodes gologiques1 l'ge des plantes et des animaux ou de leurs embryons1 car tout volue ici-bas avec son ge4 ,le temps est donc bien un des plus importants facteurs#gc de la nature2 il l'tait avant l'apparition de l'homme1 et il le demeurerait alors mme que l'esprit humain n'existerait plus pour le concevoir dans ses synthses mentales ou pour le mesurer dans ses calculs4 ,inutile d'insister davantage sur une vrit si manifeste4 ,htons-nous de passer la partie essentielle de la nouvelle notion du ,temps1 celle qui a la prtention3 #a d'en exclure toute quantit1 et #b d'en faire une qualit pure1 toujours changeante et htrogne1--car ce sont bien l les deux formes1 l'une ngative1 l'autre positive1 de cette curieuse et tonnante notion4 ,examinons-les l'une aprs l'autre4 99 99 99 99 99 ,d'abord1 la prtention d'exclure du temps toute quantit1 d'en faire une unit simple et indivisible1 impossible mesurer1 est-elle vraiment conforme aux donnes de l'observation8 ,ne heurte-t-elle pas de front1 au contraire1 toutes les expriences vulgaires et scientifiques qui divisent le temps en ses lments prsents1 passs et futurs1 et qui russissent en mesurer les plus petits intervalles avec une si grande prcision8 ,la rponse ces simples questions est tellement vidente qu'on attend avec curiosit par quel artifice ingnieux ,m4 ,bergson va essayer d'y chapper4 ,le voici3 ,le temps1 ainsi que le mouvement1 dit-il1 sont une synthse mentale2 ce sont des actes psychiques4 ,or1 un acte psychique est simple et indivisible1 donc il n'a rien de quantitatif et ne se mesure pas3 ,on peut bien diviser une chose1 mais non pas un acte4--,nous n'avons point affaire ici une chose1 mais un progrs3 le mouvement1 en tant que passage d'un point un autre1 est une synthse mentale1 un processus psychique et par suite intendu4#gd--;,de cette singulire thorie nous devrions logiquement conclure que tous les mouvements1 toutes les dures1 mme celles des tres matriels1 comme les fleuves et les plantes1 sont vraiment psychiques ou spirituels4 ,et cette conclusion--malgr sa haute invraisemblance--n'est pas si trangre qu'on pourrait le croire la pense de ,m4 ,bergson1 puisqu'il soutiendra bientt que le physique n'est que du psychique inverti4 ,ajournons plus tard cette discussion4 ,accordons pour le moment--dato non concesso--que toute dure est psychique ou spirituelle4 ,mais la dure d'une opration psychique ne se mesure-t-elle donc plus8 ,l'acte de contemplation le plus simple1 en se droulant dans l'avant et l'aprs de ma conscience1 le raisonnement le plus subtil1 en s'levant progressivement du plus connu au moins connu1 ne durent-ils pas un temps mesurable1 un temps continu et indivis1 sans doute1 mais pourtant divisible pour ma pense en avant et aprs1 en intervalles longs et courts8 ,c'est ce point que1 pour en prendre conscience1 il me faut un minima ou une certaine quantit de dure1 sans laquelle1 de l'aveu de tous les psychologues1 un phnomne psychique ne laisserait aucune trace sensible1 tomberait dans l'inconscient4 ,la dure du temps peut donc se mesurer1 mme pour les oprations de l'esprit2 elle n'est donc pas trangre la quantit4 ,c'est la substance de l'esprit qui ne se mesure pas2 c'est aussi le passage de la puissance l'acte de ses facults qui est instantane2 mais l'opration elle-mme est toujours mesure dans le temps par sa dure1 parfois mme elle est mesurable par ses effets dans l'espace lorsqu'elle informe une matire1 comme c'est le cas de l'me humaine et de tous les organes anims4 ,prenons l'exemple sur lequel insiste le plus ,m4 ,bergson1 soit un geste de la main qui va d'un seul trait de gauche droite1 du point ,a au point ,b4 ,n'est-ce pas1 nous dit-il1 une action simple et indivisible8 ,nullement1 rpondons-nous4 ,cette action1 malgr son unit1 n'est pas simple1 car elle a des parties virtuelles1 soit dans l'espace1 soit dans le temps4 ,dans l'espace1 elle est un geste deux fois1 trois fois1 dix fois 444 plus long ou plus court que tel autre geste donn4 ,cette1 action unique quivaut deux1 trois1 dix actions plus petites1 elle est donc quantitative et mesurable4 ,dans le temps1 si elle a dur une minute1 sa dure1 quoique unique1 quivaut soixante secondes de dure4 ,il est donc faux de dire qu'on ne peut mesurer que les choses et jamais les actes et que la dure vraie ne se mesure point4 ,d'ailleurs1 si la dure ne se mesurait pas1 qu'est-ce donc que les oscillations du pendule mesurent#ge8 ,a cette objection si naturelle que ,m4 ,bergson ne pouvait manquer de prvoir1 il rpond par trois pages de distinctions subtiles et embrouilles que nous recommandons au lecteur comme un modle du genre4 ,au fond de ces subtilits impalpables1 on finit par dcouvrir qu'aux yeux de ,m4 ,bergson les oscillations du pendule ne mesurent que des concidences dans l'espace et non dans le temps4 ,mais cette interprtation ne rsiste pas la plus simple exprience4 ,si je mesure la dure d'un discours1 par exemple1 en comptant les coups d'un pendule battant la seconde1 ce ne sont pas les coups1 proprement parler1 que je compte1 mais les intervalles entre ces coups2 ce ne sont pas les positions du balancier droite ou gauche que j'observe1 mais les secondes qu'il mesure pour aller de droite gauche ou de gauche droite4 ,chaque battement est donc pour moi un signe temporel et nullement un signe spatial4 ,que si je suis oblig pourtant de recourir un mouvement dans l'espace pour mesurer le temps1 cela prouve assurment que le temps ne se mesure pas directement1 comme nous l'avons dj expliqu1 mais indirectement1 par ses concidences avec un mouvement spatial tel que les oscillations du pendule4 ,mais de ce qu'il ne peut se mesurer directement1 comment conclure qu'il ne se mesure pas du tout1 qu'il n'est ni long ni court et hors de la quantit8 ,ce sont l des quivoques tellement videntes qu'il nous semble inutile d'insister davantage4 ,en second lieu1 la notion d'un temps purement qualitatif est-elle intelligible8 ,nous ne le croyons pas4 ,en effet1 il n'y a pas de temps sans succession continue ni de succession continue sans pluralit virtuelle des parties qui se succdent4 ,que s'il y a pluralit des parties1 il y a aussi divisibilit1 au moins idale1 et partant nombre1 mesure1 quantit4 ,sans quantit continue1 plus de succession possible1 plus de mouvement1 plus de temps3 c'est l'ternit intemporelle de la dure4 ,il donc faux que la succession soit un rapport purement qualitatif4 ,par leur succession mme1 les parties qui se succdent se1 mettent en dehors les unes des autres1 tout en restant unies et continues4 ,ma journe d'aujourd'hui n'est pas celle d'hier2 le soir n'est pas le matin2 chacune de mes penses ou de mes actions laisse en ma conscience un souvenir diffrent1 comme chacune de mes paroles laisse sur la cire du graphophone une trace distincte4 ,il y a donc exclusion absolue entre ces termes qui pourtant s'enchanent et se suivent3 pass1 prsent1 futur2 l'un n'est pas l'autre4 ,on peut donc les compter1 dire le nombre de secondes1 de minutes1 d'heures qu'ils ont dur ou qu'ils dureront1 et quoique chacun puisse avoir sa nuance et sa qualit propre1 ils auront toujours ceci de commun d'avoir dur pendant des secondes1 des minutes ou des heures de dure identique4 ,leur nombre sera ainsi constitu par une multitude de parties gales4 ,or1 le nombre1 c'est la quantit1 et comme les units de ce nombre1 quoique distinctes1 ne sont spares les unes des autres que par un jeu de l'esprit1 une pure abstraction1 cette quantit sera rellement continue4 ,nous avons donc retrouv la quantit vritable sous le flot mouvant des qualits varies que les parties de la dure peuvent revtir4 ,impossible de remplacer cet lment quantitatif par n'importe quel rapport qualitatif1 jamais avec de la qualit pure on n'a pu faire du temps4 ,leibnitz y a chou et ,m4 ,bergson n'y russira pas davantage4 ,en effet1 quel pourrait tre ce rapport purement qualitatif8 ,serait-ce une exclusion d'une qualit par une autre8 ,nullement4 ,prenez deux qualits qui s'excluent1 comme le blanc et le noir2 cette incompatibilit d'essences n'est pas encore une succession temporelle2 elles sont exclusives1 mais non pour cela successives4 ,serait-ce une hirarchie de perfections1 soit ascendante1 soit descendante8--,mais la hirarchie des nombres ou des espces n'est pas encore une succession dans le temps4 ,encore moins la hirarchie des anges ou des purs esprits4 ,serait-ce une intensit dans les qualits8--,mais une intensit plus ou moins grande de la couleur rouge1 par exemple1 ne fait pas sa dure2 une intensit plus ou moins grande d'un mouvement ou de sa vitesse ne change pas sa dure et n'influe en rien sur le laps de temps o on l'observe4 ,serait-ce une dpendance causale qui relierait ces qualits l'une l'autre1 la seconde tant suppose produite par la premire8--,alors on introduit subrepticement le temps avec la causalit1 car la liaison causale suppose la succession temporelle1 bien loin de la constituer4 ,on suppose donn ce qu'il faut expliquer4 ,mais1 dira-t-on encore1 si l'on supposait ces qualits un ordre irrversible1 n'aurait-on pas le contraire de l'espace qui est toujours rversible1 et par consquent le temps qui ne l'est jamais8--,je rponds qu'un ordre n'est irrversible que par la dpendance causale4 ,si le fils n'tait pas produit par son pre1 il n'y aurait aucune raison pour que le fils ne pt tre antrieur son pre4 ,cette explication retombe donc dans la prcdente et se trouve entache du mme vice4 ,que s'il tait possible de prendre la causalit dans un sens trs large1 purement qualitatif1 sans succession temporelle--et en ce sens les principes premiers avec leurs consquences logiques sont galement ternels1--nous nous trouverions alors en face d'un ternel prsent1 immobile et toujours identique lui-mme4 ,c'est l'ternit1 l'oppos du temps4 ,que si notre adversaire avait la tmrit de les identifier et de les confondre1 pour viter tout prix de mettre du nombre et de la quantit continue dans le temps1 nous lui demanderions alors de renoncer ces expressions de mouvement vital1 d'lan vital1 de courant de vie1 de flot montant de vie1 de progrs et de recul1 dont il se sert tout propos et qui expriment la succession au lieu de nous montrer un ternel prsent4 ,cette contradiction n'est pas la seule o ,m4 ,bergson se soit laiss acculer par les consquences inluctables de sa fausse notion4 ,en voici une autre non moins instructive4 ,ne pouvant pas prouver que notre notion vulgaire et scientifique est illusoire1 il cherche du moins expliquer comment elle aurait pu se produire1 comment elle aurait pu supplanter la notion de dure purement qualitative et htrogne1 naturellement suggre par les donnes immdiates de la conscience4 ,or1 d'aprs ,m4 ,bergson1 l'illusion se serait produite insensiblement1 travers les temps prhistoriques1 grce la dure homogne de certaines lois psychologiques1 ayant pour but l'utilit pratique1 soit biologique1 soit sociale1 de l'tre vivant4--,sans chercher comprendre comment une illusion mensongre pourrait tre utile la direction de l'action pratique qui ne se meut jamais dans l'irrel1 constatons seulement que1 par cette hypothse1 la dure homogne est ainsi rtablie subrepticement dans la ralit1 aprs avoir t nie4 ,aprs avoir suppos la dure htrogne comme la seule donne relle de la conscience1 voici qu'on ramne sa rivale expulse et que l'on s'appuie de nouveau sur la dure homogne4 ,la nouvelle notion ne suffit donc plus1 puisqu'elle appelle l'ancienne son secours4 ,bien plus1 dans le dernier chapitre de ,matire et ,mmoire1 voici que ,m4 ,bergson1 la suite de tous les psychologues1 fait intervenir la notion de minima pour qu'un temps soit perceptible la conscience1 et rtablit ainsi1 bon gr mal gr1 la forme quantitative dans la dure4 ,je veux bien que ce minima soit trs court3 deux millimes de seconde1 d'aprs ,exner2--il n'en contient pas moins des centaines de trillions de vibrations lumineuses2 c'est donc une quantit que l'on peut mesurer4 ,la quantit expulse revient donc triomphalement dans la notion du ,temps3 c'est la revanche du bon sens et de la vrit4 99 99 99 99 99 ,terminons par une dernire critique1 qui1 au fond1 synthtisera toutes les autres1 car elle vise la fameuse notion d'htrognit pure dont ,m4 ,bergson1 nous l'avons dit1 a fait comme la synthse de sa notion du ,temps4 ,qu'est-ce que l'htrognit8 ,ce ne peut tre qu'une absence d'homognit ou de ressemblance1 et l'htrognit pure1 une absence totale4 ,en sorte que chaque instant nouveau serait totalement dissemblable de l'instant prcdent1 sans aucune ressemblance mme partielle4 ,une telle conception nous parat sans doute un rve aussi impossible que celui de la mobilit pure1 que nous discuterons plus tard4 ,accordons1 pour le moment1 sa possibilit2 en voici les consquences4 ,en supprimant ainsi toute ressemblance-- plus forte raison toute identit--entre les divers instants de notre vie1 on aboutit liminer du ,temps la dure elle-mme4 ,et c'est bien l le dernier mot de notre critique de la notion bergsonienne3 elle imagine un temps sans dure4 ,qu'est-ce1 en effet1 que durer1 sinon continuer d'tre le mme8#gf ,or1 dans le temps bergsonien1 rien ne continue d'tre le mme4 ,ce n'est pas le fond substantiel qui continue d'tre le mme sous des modes divers1 puisque ce nouveau systme nie formellement la substance de l'tre--comme nous le verrons plus tard en tudiant sa notion de l'tre#gg4 ,ce n'est pas davantage le mode de l'tre ou le phnomne qui continue d'tre le mme travers le temps1 puisque tout y est suppos htrognit pure et perptuel changement4 ,ce n'est pas enfin la mesure elle-mme de la dure qui ne change pas1 puisque1 tant perptuellement variable1 la dure n'a plus de mesure fixe et uniforme4 ,donc rien ne continue d'tre le mme1 et partant rien ne dure2 la dure est limine du ,temps4 ,en sorte que l'objection terrible que ,m4 ,bergson brandissait plus haut contre la science moderne--et d'ailleurs la science de tous les sicles1--en l'accusant faussement d'avoir vid le temps de sa dure1--semblable au boomerang rotatif des chasseurs australiens1 mani d'une main imprudente1--se retourne soudain contre celui qui l'a lance et le frappe en pleine poitrine4 ,la notion bergsonienne du ,temps ne tient plus debout1 et c'est la contradiction interne qu'elle portait dans ses flancs qui l'a tue4 ,lorsqu'un exprimentateur aboutit par hasard une conclusion absurde1 il recommence ses calculs ou ses expriences1 tant bien convaincu qu'il y a eu maldonne quelque part4 ,mais un philosophe comme ,m4 ,bergson1 partisan de la logique de la contradiction1 ne recommence jamais et poursuit sa marche intrpide travers tous les ddales sans fin de l'impossible4 ,pour cela1 il lui suffira de chavirer et de mettre l'envers la notion de dure qui le gne4 ,durer consistera pour lui changer sans cesse et totalement1 c'est--dire ne plus durer4 ,plus tard1 en critiquant sa notion de la ,vie et du ,devenir1 nous verrons ce paradoxe faussement appuy sur l'exemple de l'tre vivant1 car celui-ci n'volue que pour se conserver1 en sorte que ses changements de surface1 loin d'tre un but1 ne sont que le moyen de durer en se conservant au fond toujours le mme4 ,nous verrons alors quelle philosophie nouvelle1 au rebours de l'ancienne1 natra de ce germe empoisonn jet dans le sillon4 ,elle se vantera d'tre une philosophie de la dure1 alors qu'elle est la philosophie du non-tre et du nant1 suivant la svre mais juste critique qu',aristote et ,platon adressaient dj aux sophistes de leur temps#gh4 ,pour le moment1 nous retenons la notion vulgaire et scientifique du ,temps comme la seule conforme l'exprience et la seule intelligible--au moins pour le commun des mortels4 ,m4 ,bergson en fait l'aveu en reconnaissant la difficult incroyable#gi que tous prouvent comprendre sa nouvelle notion4 ,cet aveu suffit nous rassurer et nous affermir dans la conviction o nous sommes qu'elle ne saurait prvaloir4 99 99 99 99 99 ,,ii ,,la ,,libert ,,humaine4 ,arm de cette dfinition nouvelle du ,temps ou de la dure1 comme d'une cl magique1 ,m4 ,bergson va s'essayer ouvrir cette serrure embrouille de la ,mtaphysique1 qu'on appelle le problme de la ,libert humaine4 ,aprs avoir supprim de la dure psychologique o se meut notre ,libert toute distinction de parties1 tout nombre et toute quantit mesurable se droulant successivement dans le ,temps1 voici comment il procde3 ,il appelle sa barre partisans et adversaires de la ,libert1 et leur demande d'expliquer le motif de leur querelle4 ,ceux-ci soutiennent que dans le conflit des motifs qui nous font hsiter dans nos choix1 et finalement prendre un parti1 c'est toujours le motif le plus fort qui l'emporte1 et1 partant1 pas de ,libert possible6 ,ceux-l1 au contraire1 disent que1 dans ce conflit1 le motif qui reste le plus fort n'est devenu tel que par notre libre choix3 donc1 la ,libert demeure4 ,la cause est entendue1 et ,m4 ,bergson de rpondre3 ,vous avez tort les uns et les autres1 parce que vous posez mal le problme1 en le posant dans le nombre et dans l'espace4 ,cette diversit de motifs est un nombre4 ,ce droulement successif du conflit1 ce n'est pas du temps1 c'est de l'espace4 ,et puisqu'il n'y a plus dans la simplicit de la dure psychologique1 ni multiplicit de motifs1 ni aucune distinction possible d'lments divers1 votre conflit de motifs est purement illusoire4 ,pareillement illusoire votre conclusion pour ou contre la ,libert4 ,et dans les considrants de l'arrt nous retrouvons toujours le fameux principe3 ,on analyse et l'on dcompose une chose1 mais pas un progrs2 on dcompose l'tendue et non la dure#hj4 ,ainsi nos plaideurs sont renvoys dos dos#ha4 ,cette solution gniale me rappelle la fable des ,plaideurs et de l',hutre1 laquelle la mthode de ,m4 ,bergson permettrait d'apporter une solution nouvelle que notre bon ,la ,fontaine n'avait pas prvue4 ,qu'est-ce que l'hutre8 dira le nouveau juge ses plaideurs1 sinon un produit de l',ocan1 un extrait de l',ocan1 comme une perle de l',ocan8 ,or1 l',ocan n'appartient personne6 ,et1 de nouveau1 les plaideurs seront renvoys dos dos1 grce l'ingniosit d'une dfinition nouvelle4 ,c'est un vritable charme d'entendre ,m4 ,bergson lui-mme exposer les tours et les dtours subtils par lesquels1 aprs bien des hsitations qui mnagent les esprits timors1 il se voit conduit des dfinitions surprenantes pour le sens commun4 ,d'ordinaire1 le professeur accompagne et souligne ses exposs littraires et pittoresques d'un geste de la main qui intrigue quelque peu les spectateurs novices1 surtout les plus jeunes3 cet ge est sans piti6444 ,il tend vers eux le pouce et l'index de la main1 comme pour leur montrer une muscade invisible4 ,les plus myopes sont mme tents de s'approcher pour en bien constater la ralit4 ,puis1 aprs un moment solennel1 sa main s'ouvre entirement et la muscade a disparu4444 ,geste intressant1 et surtout symbolique1 qui mriterait d'avoir t celui qu',aristote attribuait au sophiste ,cratyle3 #hb4 ,ce rsum de la thorie bergsonienne sur la ,libert est1 sans doute1 beaucoup trop succinct et schmatique1 aussi avons-nous hte d'en examiner les principaux dtails4 ,mais nous tenions1 ds le dbut1 confier au lecteur l'impression d'ensemble produite en nous par la lecture de ces soixante-quinze pages qui terminent les ,essais4 99 99 99 99 99 ,m4 ,bergson admet la libert humaine et s'en proclame le champion4 ,ce serait assurment trs bien et l'auteur mriterait tous nos loges si nous n'avions faire bientt de graves rserves sur la manire dont il dfinit la libert1 car elle risque fort de dfigurer ou de supprimer la chose aprs en avoir conserv le mot4 ,en attendant1 ce dont nous le louerons sans aucune restriction1 c'est d'avoir1 pour en dmontrer l'existence1 conserv cet argument du tmoignage de la conscience1 si imprudemment lch par des spiritualistes contemporains et mme des catholiques1 malgr l'vidence intime de sa force probante4 ,nous aimons relire sous la plume de ,m4 ,bergson des phrases comme celles-ci3 ,mme lorsqu'on esquisse l'effort ncessaire pour accomplir une action1 on sent bien qu'il est encore temps de s'arrter4 ,nous ne connaissons la force que par le tmoignage de la conscience1 et la conscience n'affirme pas1 ne comprend mme pas la dtermination absolue des actes venir3 voil tout ce que l'exprience nous apprend1 et si nous nous en tenions l'exprience1 nous dirions que nous nous sentons libres4444 ,la libert est donc un fait1 et parmi les faits que l'on constate1 il n'en est pas de plus clair4#hc ,et remarquez que ,m4 ,bergson se garde bien1 aprs avoir admis la libert1 de la relguer avec honneur parmi les noumnes inaccessibles1 comme l'avait imagin ,kant3 hypothse invraisemblable contre laquelle il proteste franchement3 ,kant1 dit-il1 l'leva donc 7la libert7 la hauteur de noumne 444 inaccessible par consquent notre facult de connatre#hd4 ,mais la vrit est que nous nous apercevons de ce moi toutes les fois que1 par un vigoureux effort de rflexion1 nous dtachons les yeux de l'ombre qui nous suit pour rentrer en nous-mmes4 ,un peu plus loin1 il affirme encore que le moi saisi par la conscience est une cause libre2 nous nous connaissons absolument nous mmes 444 cet absolu se mle sans cesse aux phnomnes1 en s'imprgnant d'eux4444#he ,cette profession de foi est vraiment bien1 et quoi qu'elle soit prcde et suivie de ces ides systmatiques que nous sommes en train de rfuter1 on peut l'en abstraire et l'approuver pleinement4 ,toutefois1 il ne saurait nous suffire d'entendre la libert humaine proclame1 il nous faut voir surtout comment ,m4 ,bergson va la dfendre1 car il a la curieuse prtention de la dfendre contre ses partisans non moins que contre ses adversaires3 ce qui parat quelque peu inquitant4 ,ds le dbut1 l'auteur nous expose les deux conceptions opposes de la ,nature3 mcanisme et dynamisme1 que la question de la libert met aux prises4 ,le mcanisme1 dit-il1 veut expliquer le plus par le moins1 la volont par l'acte rflexe1 l'acte rflexe par un simple mouvement cintique4 ,le dynamisme1 au contraire1 croit que le plus est seul capable d'expliquer le moins1 et projette le psychique divers degrs d'attnuation dans l',univers matriel4 ,le dterminisme lui-mme se divise en deux espces1 selon qu'il se fait de la ncessit une conception physique ou bien psychologique4 ,mais la premire de ces deux formes se ramne la seconde1 car tout dterminisme1 mme physique1 implique une hypothse psychologique4444 ,toutefois1 cette dmonstration n'intressant pas notre but1 nous ne pouvons y suivre l'auteur2 encore moins le suivrons-nous dans son expos historique et sa critique du principe de la conservation de l'nergie1 qui1 malgr leur rel intrt1 nous semblent ici des prambules un peu longs et mme superflus4 ,passons l'expos du dterminisme psychologique4 ,sous sa forme la plus prcise et la plus rcente1 nous dit l'auteur1 il implique une conception associationniste de l'esprit4 ,il se reprsente l'tat de conscience actuel comme li aux tats prcdents1 et aussi ncessit par eux4 ,sans doute1 cette ncessit ne saurait tre gomtrique1 comme il arrive pour la rsultante de plusieurs forces qui se combinent en donnant une somme totale1 mais plutt mtaphysique1 comme tout effet dpend de sa cause4 ,nous admettrons sans peine1 observe ,m4 ,bergson1 l'existence d'une relation entre l'tat actuel et tout tat nouveau auquel la conscience passe4 ,mais cette relation1 qui explique le passage1 en est-elle la cause8#hf ,observation trs juste1 qui nous montre que des phnomnes psychologiques1 tout en se succdant la surface de nos consciences1 ne sont pas toujours pour cela des causes l'un de l'autre4 ,ainsi la faim satisfaire et la faim satisfaite sont deux tats de conscience qui se succdent sans se causer4 ,et nous nous servirons plus tard de cette observation contre le phnomnisme de ,m4 ,bergson1 qui1 en supprimant leur cause profonde avec la substance de l'me1 laisse les phnomnes psychiques se succder sans cause et sans aucune raison d'tre4 ,une fois le moteur central disparu dans votre montre1 comment les mouvements extrieurs pourraient-ils continuer se succder8 ,mais n'anticipons pas--fermons la parenthse1--et revenons la premire rfutation du dterminisme associationniste4 ,qu'ils se causent rellement l'un l'autre1 ou qu'ils se conditionnent seulement--peu importe1--les phnomnes de la conscience n'en sont pas moins affirms multiples et parfaitement distincts1 au point de se conditionner les uns les autres4 ,comme ,bain le proclamait si heureusement3 ,toute pense obit la loi du nombre4 ,par cela seul que notre vie mentale procde par battements et transitions1 que nos sentiments sont interrompus et repris1 ils sont des nombres et toute conscience est une conscience du nombre4 ,or1 c'est cette multiplicit dans la dure dont ,m4 ,bergson ne veut aucun prix4 ,c'est l'illusion du morcelage qu'il ne cessera de dnoncer4 ,le point de vue mme o l'associationnisme se place implique une conception dfectueuse du moi et de la multiplicit des tats de conscience4--,la multiplicit 7de nos tats de conscience7 n'apparat que par une espce de droulement dans ce milieu homogne que quelques-uns appellent dure et qui est en ralit de l'espace4444 ,mais parce que notre raison1 arme de l'ide d'espace et de la puissance de crer des symboles1 dgage ces lments multiples du tout1 il ne s'ensuit pas qu'ils y fussent contenus4 ,car au sein du tout ils n'occupaient point d'espace 767 et ne cherchaient point s'exprimer en symboles 76672 ils se pntraient et se fondaient les uns dans les autres4 ,l'associationnisme a donc le tort de substituer sans cesse au phnomne concret qui se passe dans l'esprit la reconstitution artificielle 767 que la philosophie en donne et de confondre ainsi l'explication du fait avec le fait lui-mme4#hg ,en lisant cette thorie1 que ,m4 ,bergson croit sans doute explicative1 le lecteur se sera demand avec son vulgaire bon sens3 ,est-ce que trois sentiments successifs1 d'amour1 de haine et de repentir1 ne font plus trois sentiments8 ,est-ce que trois propositions d'un syllogisme1 se droulant1 ne font plus trois propositions8 ,et si elles se droulent1 est-ce bien dans l'espace1 comme le prtend ,m4 ,bergson1 ou bien dans le ,temps1 comme tous les hommes1 savants et ignorants1 l'ont toujours cru8 ,assurment1 les tats de conscience dont nous soutenons la distinction et le nombre ne sont pas pour cela spars et discontinus1 comme des atomes de conscience juxtaposs4 ,rien n'empche qu'ils se suivent dans une parfaite continuit4 ,quand le physicien compte les sept couleurs du spectre solaire3 violet1 indigo1 bleu1 vert1 jaune1 orang1 rouge1 il ne nie pas pour cela que chaque couleur soit lie la suivante1 comme la prcdente1 par d'imperceptibles nuances4 ,mais cela ne l'empche pas de distinguer le bleu du rouge ou le vert du bleu4 ,de mme1 le psychologue a le droit de distinguer une joie d'une souffrance1 un sentiment d'une reprsentation1 un raisonnement d'un acte de libert4 ,il peut donc1 lui aussi1 distinguer1 classer et compter des tats diffrents1 lors mme qu'ils se suivent d'une manire continue4 ,si cela est vrai des tats de conscience qui se succdent dans la mme srie unilinaire1 plus forte raison des sries multiples qui s'coulent simultanment4 ,ainsi1 en coulant un orateur1 je puis la fois voir1 entendre1 jouir1 comprendre1 etc4 ,je puis tre assig par les sentiments les plus divers1 sollicit par des dsirs bons ou mauvais1 ou par les mobiles les plus varis4 ,et l est aussi un autre vice de la notion bergsonienne1 de considrer le ,temps de la conscience comme toujours unilinaire1 alors qu'il est le plus souvent un coulement simultan de flots multiples provenant d'une mme source1 c'est--dire d'une multitude d'actions ou d'motions simultanes provenant d'un mme agent aux puissances multiples4 ,tantt cette multiplicit d'actions est unifie par un mme objet auquel nous le rapportons ou bien par une mme fin2 tantt elle reste distincte et sans liaison4 ,ainsi nous pouvons la fois mditer1 marcher1 voir ce qui nous entoure1 viter les obstacles1 parler et gesticuler4 ,nous pouvons mme penser plusieurs choses disparates en mme temps4 ,un grossissement remarquable de ce fait banal nous est fourni par le gnie et la folie4 ,on sait que des esprits particulirement puissants1 tels que ,jules ,csar ou ,napolon1 pouvaient conduire en mme temps des sries multiples de penses diffrentes1 et par exemple dicter plusieurs secrtaires la fois4 ,d'autre part1 dans certains cas de folie1 tels que les curieux phnomnes de ddoublement de la personnalit1 la dissociation des tats de conscience est si vidente qu'elle suffirait prouver la pluralit de ces tats#hh4 ,quoi qu'il en soit1 que le continu de nos consciences s'agglomre en une srie linaire unique1 ou qu'il se disperse parfois en plusieurs sries parallles ou divergentes1 la distinction et1 partant1 la multiplicit des oprations ou des tats1 dans le mme moi-agent1 s'imposent1 bon gr1 mal gr1 tout observateur que les prjugs n'aveuglent pas#hi4 ,d'ailleurs1 n'est-elle pas de ,m4 ,bergson1 cette ingnieuse thorie des plans de conscience superposs et impuissants fusionner entre eux8 ,n'est-elle pas de lui1 celle comparaison si potique et si gracieuse3 ,il s'en faut que toutes nos ides s'incorporent la masse de nos tats de conscience4 ,beaucoup flottent la surface1 comme des feuilles mortes sur l'eau d'un tang8 ,vaincu par l'vidence1 ,m4 ,bergson lui-mme sera bien forc d'employer le mot de multiplicit pour dcrire nos tats de conscience si varis et si opposs les uns aux autres4 ,mais aussitt aprs il essayera de se reprendre en neutralisant le sens de ce mot par une pithte nouvelle4 ,il forgera pour cela l'expression de multiplicit qualitative#ij4 ,comme si les qualits qu'on peut compter ne formaient plus un nombre6 ,une telle prtention est vaine3 tout ce qui est accessible la numration ou au calcul ne peut pas ne pas faire un nombre2 et c'est en cela mme que la quantit s'oppose irrductiblement la qualit4 ,m4 ,bergson invente aussi le mot de multiplicit de fusion ou de pntration mutuelle1 qu'il oppose notre prtendue multiplicit de juxtaposition#ia4 ,mais d'une part1 nous n'avons jamais soutenu que les moments ou les units de dure se succdent par juxtaposition1 mais au contraire par une vraie continuit4 ,d'aprs le thorie aristotlicienne1 les parties qui ne seraient que juxtaposes ou contigus l'une l'autre sont dj divises4 ,or1 nous reconnaissons qu'une telle conception des parties dans la dure serait fausse--les parties du continu n'tant pas divises mais seulement divisibles1 en puissance seulement et non pas en acte1--comme nous l'avons dj expliqu4 ,d'autre part1 la multiplicit de fusion ou de pntration mutuelle dont parle ,m4 ,bergson est impossible entre termes successifs1 car si l'on peut unir le pass1 le prsent et l'avenir dans une suite continue1 on ne peut les runir1 les fusionner ensemble et les compntrer3 ce ne serait l qu'une conception contradictoire4 ,il ne reste donc plus admettre dans le continu temporel qu'une multiplicit de parties virtuelles1 capables d'tre distingues et comptes1 c'est--dire une multiplicit vraiment quantitative et numrique#ib4 ,la rfutation du ,dterminisme base sur la non-multiplicit de nos tats de conscience n'est donc pas valable1 et sa prtention d'atteindre du mme coup adversaires et partisans de la ,libert--qui supposent galement cette multiplicit--est parfaitement vaine3 ,telum imbelle1 sine ictu4 99 99 99 99 99 ,examinons si les autres rfutations sont plus solides4 ,la seconde pourrait se formuler ainsi3 ,avoir conscience du libre arbitre signifie avoir conscience de pouvoir choisir entre plusieurs partis1 et de pouvoir choisir autrement que1 de fait1 nous choisissons4 ,c'est bien ainsi que dfenseurs et adversaires de la ,libert l'ont toujours entendue4 ,or1 la question ainsi pose1 aux yeux de ,m4 ,bergson1 serait vide de sens4 ,en consquence1 amis et ennemis de la ,libert seraient pareillement confondus4 ,nous accordons que la question serait mal pose si l'on prtendait avoir conscience de sa libert comme d'une puissance pure4 ,notre conscience ne pouvant saisir que nos actes 7actions et passions71 une pure puissance serait1 en effet1 pour elle insaisissable4 ,mais ds que cette puissance fait effort pour passer l'acte1 nous surprenons fort bien son rveil1 et c'est prcisment l'effort pour agir dont notre conscience a le sentiment le plus vif4 ,or1 cet effort se colore parfois d libert ou d'indtermination dans ses choix4 ,c'est mme le contraste parfois si tranch entre nos oprations volontaires et involontaires1 qui nous fait comprendre la libert de certaines actions et la ncessit des actions opposes4 ,ainsi1 par exemple1 je me sens impuissant ne pas vouloir mon propre bonheur1 mais je me sens parfaitement libre de placer ce bonheur dans tel ou tel bien1 mon choix4 ,je me sens impuissant arrter une action rflexe telle que les battements de mon cur2 je me sens au contraire libre d'tudier ou de me promener4 ,la question ainsi pose1 loin d'tre vide de sens1 nous parat pleine de cette ralit vcue qui est la lumire mme de nos consciences4 ,pour la trouver vide de sens1 ,m4 ,bergson va se placer au point de vue de sa fausse conception de la dure4 ,d'abord c'est la fameuse illusion du morcelage qui va rentrer en scne4 ,j'hsite entre deux actions possibles ,x et ,y1 dit-il1 et je vais tour tour de l'une l'autre4 ,cela signifie que je passe par une srie d'tats1 et que ces tats se peuvent rpartir en deux groupes1 selon que j'incline davantage vers ,x ou vers le parti contraire4444 ,il demeure entendu que ce sont l des reprsentations symboliques1 qu'en ralit il n'y a pas deux tendances ni mme deux directions1 mais bien un moi qui vit et se dveloppe par l'effet de ses hsitations mmes1 jusqu' ce que l'action libre s'en dtache la manire d'un fruit trop mr4#ic ,sans doute--rpliquerons-nous1--s'il n'y a pas deux tendances ni deux directions possibles1 il n'y a plus de choix concevable1 et notre dfinition de la ,libert par le choix entre plusieurs tendances1 entre plusieurs objets1 est bien vide de sens4 ,mais est-ce bien l une donne immdiate de la conscience2 n'est-ce pas1 au contraire1 le dfi le plus audacieux son tmoignage8 ,lorsque j'hsite entre le bien et le mal1 entre le vice et la vertu1 surtout dans ces moments d'incertitude et d'angoisse d'une tentation violente1 est-ce que je ne sens pas en moi clairement1 sinon deux hommes--suivant la potique exagration de ,buffon1--au moins deux tendances opposes vers deux partis possibles8 ,celui qui a une fois fait cette exprience poignante--et qui ne l'a jamais faite8--se refusera prendre au srieux la distinction subtile de ,m4 ,bergson entre la multiplicit vraiment numrique--telle qu'elle nous apparat ici--et la multiplicit non numrique et purement qualitative1 imagine par ,m4 ,bergson4 ,une multiplicit qui ne serait plus un nombre n'est pas plus intelligible qu'un cercle carr ou un triangle rond4 ,s'il y a une notion vide de sens1 la voil4 ,a l'appui de sa ngation de nos deux tendances et de nos deux directions possibles1 ,m4 ,bergson nous trace un graphique1 reprsentant le temps pass par une ligne ,m ,o qui arrive jusqu'au point de bifurcation #j4 ,de ce point1 deux lignes divergentes1 ,o ,x1 ,o ,y1 symbolisent les deux tendances diffrentes vers deux directions possibles4 ,x _/ ,y _/ _/ _/ _/ _/ ,o ,m ,puis1 aprs avoir trac ce schma1 il s'indigne contre ce symbolisme grossier sur lequel on prtendait fonder la contingence de l'action accomplie1 et qui aboutit par un prolongement naturel en tablir l'absolue ncessit4444 ,bref1 cette figure ne me montre pas l'action s'accomplissant1 mais l'action accomplie4 ,ne me demandez donc pas si le moi1 ayant parcouru le chemin ,m ,o et s'tant dcid pour ,x1 pouvait ou ne pouvait pas opter pour ,y3 je rpondrais que la question est vide de sens1 parce qu'il n'y a pas de ligne ,m ,o1 pas de point ,o1 pas de chemin ,o ,x1 pas de direction ,o ,y4 ,poser une pareille question1 c'est admettre la possibilit de reprsenter adquatement le temps par de l'espace1 et une succession par une simultanit4 ,c'est attribuer la figure qu'on a trace la valeur d'une image et non pas seulement d'un symbole4444 ,cette figure reprsente une chose et non pas un progrs2 elle correspond1 dans son inertie1 au souvenir en quelque sorte fig de la dlibration tout entire1 etc4 #id4 ,nous rpondrons cette longue dissertation--dont nous n'avons pu offrir au lecteur qu'un des chantillons les moins confus--par deux remarques3 #a ,si ce symbolisme graphique dplat ,m4 ,bergson1 pourquoi l'a-t-il imagin8 ,est-ce pour avoir le plaisir de le combattre8 ,jamais1 dans nos leons1 nous n'y avons eu recours pour expliquer le processus de l'acte libre1 et l'on peut trs bien s'en passer4 #b ,mais nous croyons que ce graphique1 tout symbolique qu'il soit1 n'est pas si absurde qu'on le prtend4 ,s'il a paru tel ,m4 ,bergson1 c'est qu'il a suppos que cette ligne symbolise1 non pas le temps qui s'coule1 mais le temps coul#ie1 et partant dj fix1 cristallis par le souvenir et incapable de symboliser le mouvement et le progrs du temps#if4 ,mais ce point de vue est vraiment trop exclusif4 ,remplacez ces lignes toutes faites par des lignes en voie d'tre traces1 ou par des points en mouvement dans la direction indique par ces lignes1 et ce graphique reprenant1 par la pense1 le mouvement et la dure1 sera capable de les symboliser plus exactement4 ,sans doute1 il ne prouvera ni pour ni contre la libert1 suivant l'axiome bien connu3 comparaison n'est pas raison4 ,mais il en expliquera fort bien le processus1 si1 une fois arriv l'instant prsent1 figur par le point ,o1 on suppose que le moi peut se diriger vers l'un des deux partis possibles1 ,x ou ,y1 et accomplir l'action ,o ,x plutt que l'action ,o ,y4 ,et ce droulement de l'action sur une ligne en formation ou sur un point en mouvement est bien un droulement dans le continu successif et non dans le continu simultan1 dans le temps et non dans l'espace4 ,m4 ,bergson en conclut3 ,la question revient toujours celle-ci3 le temps est-il de l'espace8 ,nous sommes du mme avis4 ,et la confusion qu'il a dj faite de ces deux notions est prcisment le point de dpart de toutes ses vaines disputes et de toutes ses inintelligences de la question prsente4 99 99 99 99 99 ,passons la troisime rfutation4 ,partisans et adversaires de la ,libert humaine ont pareillement dfini l'acte libre3 celui qu'on ne saurait prvoir1 mme quand on en connatrait l'avance toutes les conditions4 ,or1 cette dfinition tant encore vide de sens1 leur querelle doit se prolonger jusqu' la fin du monde4 ,ce n'est donc l que l'objet d'un pseudo-problme4 ,pour le montrer1 ,m4 ,bergson distingue d'abord deux espces de prvisions du futur4 ,l'une est la prvision probable ou conjecturale1 l'autre la prvision certaine ou infaillible4 ,dire qu'un certain ami1 dans certaines circonstances1 agira trs probablement d'une certaine manire1 ce n'est pas tant prdire la conduite future de notre ami que porter un jugement sur son caractre prsent1 c'est--dire1 en dfinitive1 sur son pass4444 ,tous les philosophes s'accordent sur ce point4444 ,mais le dterministe va beaucoup plus loin3 il affirme que la contingence de notre solution tient ce que nous ne connaissons jamais toutes les conditions du problme 444 et qu'une connaissance complte1 parfaite1 de tous les antcdents1 sans exception aucune1 rendrait la prvision infailliblement vraie4#ig ,m4 ,bergson leur rpond que prvoir ainsi est impossible1 parce que prvoir1 ce serait dj voir ou agir soi-mme3 il n'y a pas de diffrence sensible entre prvoir1 voir et agir#ih4 ,l'essai de dmonstration d'un tel paradoxe ne dure pas moins de douze pages1 o l'embarras de l'auteur1 d'ordinaire si son aise1 fatigue pniblement l'esprit1 sans parvenir l'clairer1 encore moins le convaincre4 ,nous recommandons ce passage aux amateurs de clair-obscur qui se plaisent dans les nuages#ii4 ,en voici le plus clair3 ,pour que ,paul 7prdise ou7 se reprsente adquatement l'tat de ,pierre un moment quelconque de son histoire1 il faudra de deux choses l'une3 ou que1 semblable un romancier qui sait o il conduit ses personnages1 ,paul connaisse dj l'acte final de ,pierre 444 ou qu'il se rsigne passer lui-mme par ces tats divers1 non plus en imagination1 mais en ralit4 ,la premire de ces hypothses doit tre carte1 puisqu'il s'agit prcisment de savoir si1 les antcdents seuls tant donns1 ,paul pourra prvoir l'acte final4 ,nous voici donc obligs de modifier profondment l'ide que nous nous faisions de ,paul3 ce n'est pas1 comme nous l'avions pens d'abord1 un spectateur dont le regard plonge dans l'avenir1 mais un acteur qui joue par avance le rle de ,pierre4444 ,mais si ,pierre et ,paul ont prouv dans le mme ordre les mmes sentiments1 si leurs deux mes ont la mme histoire1 comment les distinguerez-vous l'une de l'autre8444 ,il faut donc maintenant que vous en preniez votre parti3 ,pierre et ,paul sont une seule et mme personne1 que vous appelez ,pierre quand elle agit1 et ,paul quand vous rcapitulez son histoire 7pour la prdire74444 ,c'est donc une question vide de sens que celle-ci3 l'acte pouvait-il ou ne pouvait-il pas tre prvu1 tant donn l'ensemble complet de ses antcdents8 ,car il y a 7seulement7 deux manires de s'assimiler ces antcdents1 l'une dynamique1 l'autre statique4 ,dans le premier cas1 on sera amen par des transitions insensibles concider avec la personne dont on s'occupe1 passer par la mme srie d'tats1 et 444 il ne pourra plus tre question de prvoir4 ,dans le second cas1 on prsuppose dj l'acte final4444#ajj ,les graphiques qui suivent ce beau raisonnement peuvent l'illustrer1 mais srement ils ne l'clairent pas1 et leur aspect scientifique provoque aussitt l'objection que les savants prdisent fort bien les conjonctions des astres1 les clipses de soleil ou de lune et les autres phnomnes astronomiques1 sans avoir besoin de concider avec eux1 ou de passer eux-mmes par les mmes tats1 ni en imagination1 ni en ralit4 ,il y aurait donc quelque autre mode de prvoir4 ,m4 ,bergson1 qui ne pouvait pas ne pas prvoir une objection si simple et si naturelle1 essaye de s'en tirer par la fameuse distinction--dj expose au lecteur--entre le temps astronomique et le temps psychologique4 ,le temps des savants n'est qu'un temps btard1 qui a pour essence de ne pas durer1 aussi est-il accessible au nombre1 la mesure et la prvision1 tandis que le temps vrai1 celui de la conscience1 qui seul a une dure1 est un progrs et non une chose1 et partant qualit pure1 dont la simplicit parfaite exclut tout nombre1 toute analyse1 tout calcul et par suite toute prvision4 ,voici comment il formule cette conclusion3 ,lors donc qu'on demande si une action future pourrait tre prvue1 on identifie inconsciemment le temps dont il est question dans les sciences exactes1 et qui se rduit un nombre1 avec la dure relle1 dont l'apparente quantit est vritablement une qualit4444 ,la question de savoir si l'acte pouvait ou ne pouvait pas tre prvu revient toujours celle-ci3 le temps est-il de l'espace8#aja ,inutile de revenir encore une fois sur cette quivoque4 ,le temps n'est nullement de l'espace1 parce qu'il se droule1 non dans le continu simultan de l'espace1 mais dans le continu successif de la dure1 et c'est ce droulement continu qui permet de nombrer ses moments1 d'en faire la base de nos calculs et de nos prvisions4 ,non1 ce ne sont pas les savants qui ont confondu le temps avec de l'espace1 mais c'est ,m4 ,bergson qui a confondu l'espace avec le temps1 de l'avis des penseurs1 savants ou philosophes de toutes les coles et de tous les sicles3 car ,m4 ,bergson est ici seul contre tous3 etiamsi omnes1 ego non6 ,le geste1 du moins1 serait-il beau8 ,nullement1 car1 suivant la parole du pote3 ,rien n'est beau que le vrai4 99 99 99 99 99 ,une quatrime et dernire rfutation nous reste examiner4 ,elle a trait au principe de causalit4 ,partisans et adversaires de la libert l'entendent en ce sens que l'acte libre ne serait pas ncessairement dtermin par sa cause4 ,mais cette introduction de la causalit dans les phnomnes de conscience parat une conception inadmissible nos nouveaux philosophes4 ,encore une question vide de sens1 une pseudo- question qu'on ne doit plus poser6 ,en effet1 le principe de causalit proclame que les mmes causes1 dans les mmes circonstances1 produisent toujours les mmes effets4 ,appliquer ce principe aux phnomnes psychiques serait donc supposer que les antcdents psychiques d'un acte libre sont susceptibles de se reproduire nouveau1 ce qui n'a jamais lieu1 car le mme tat de conscience1 par cela seul qu'il se rpte1 devient un tat tout nouveau1 et partant n'est dj plus la simple rptition du premier4 ,laissons la parole ,m4 ,bergson3 ,dire que les mmes causes internes produisent les mmes effets1 c'est supposer que la mme cause peut se prsenter plusieurs reprises sur le thtre de la conscience4 ,or1 notre conception de la dure ne tend rien moins qu' affirmer l'htrognit radicale des faits psychologiques profonds 7871 et l'impossibilit pour deux d'entre eux de se ressembler tout fait1 puisqu'ils constituent deux moments diffrents d'une histoire4444 ,l'on ne saurait parler ici de conditions identiques1 parce que le mme moment ne se prsente pas deux fois4444 ,une cause interne profonde 7,p7 donne son effet une fois et ne se reproduira jamais plus#ajb4 ,tel est1 en effet1 le corollaire de la notion bergsonienne de la dure o le pass s'embote dans le prsent1 comme pour faire boule de neige4 ,en avanant ainsi vers l'avenir1 le moi se grossit d'un pass toujours plus riche1 il change donc incessamment et n'est jamais le mme4 ,le mme ne demeure pas ici le mme1 mais se renforce et se grossit de tout son pass4#ajc ,cette thorie1 assurment1 n'est pas totalement fausse1 car il est sr qu' chaque instant nous mrissons ou nous vieillissons1 et que1 en un certain sens1 nous ne sommes plus les mmes1 tant entrans malgr nous dans un perptuel changement4 ,l'important est de savoir si ce changement n'est qu'accidentel ou s'il est essentiel2 si c'est le fond de notre tre1 notre personnalit mme qui change1 ou seulement le flot accidentel et mouvant des phnomnes actifs et passifs dont notre moi est le thtre4 ,or1 notre conscience a rpondu par l'affirmation catgorique de notre identit permanente travers tous les changements de surface1 et elle proteste avec vidence chaque fois qu'on ose la mettre en doute4 ,en sorte que1 s'il y a une donne immdiate de la conscience claire et indiscutable1 c'est bien celle-ci qui tient le premier rang et qui s'impose le plus fermement4 ,nous y reviendrons plus tard1 car nous aurons occasion de rfuter les bergsoniens qui ne veulent voir au dedans de nous que du mouvement1 alors qu'il y a aussi et surtout du stable et du permanent4 ,que s'il y a du stable et du permanent dans les activits de notre conscience1 la nouveaut des circonstances o elles oprent pour une dixime1 vingtime ou centime fois peut n'introduire que des variations insignifiantes et ngligeables2 en sorte que les mmes causes devront encore reproduire substantiellement les mmes effets1 dans des circonstances suffisamment identiques4 ,ainsi1 par exemple1 une poule ne pond jamais le mme uf1 et cependant tous ses ufs sont semblables par les caractres de l'espce1 de la race1 voire mme par des traits accidentels4 ,de mme1 nous constatons que notre me produit habituellement1 dans des circonstances donnes1 les mmes penses1 les mmes dsirs1 les mmes sentiments de sympathie ou d'antipathie4 ,et si chacun de ces effets se colore presque toujours de quelque nuance accidentelle qui l'individualise1 leur ressemblance fondamentale n'en est pas moins vidente4 ,pareilles aux feuilles du mme arbre qui se ressemblent toutes1 malgr leur distinction individuelle1 nos actions nous offrent souvent entre elles ce caractre de ressemblance frappante4 ,il n'est donc ni faux ni inutile d'appliquer la causalit des tres vivants le principe gnral3 les mmes causes dans les mmes circonstances produisent toujours les mmes effets4 ,accordons toutefois ,m4 ,bergson que1 dans le domaine psychologique1 il soit encore plus difficile de constater si les causes sont les mmes et les circonstances suffisamment identiques4 ,accordons-lui1 en outre--dato1 non concesso1--qu'une mme action ne se rpte jamais deux fois1 le principe de causalit sera-t-il par l mis en chec8 ,nullement4 ,cette premire formule du dit principe n'est en effet ni la seule formule ni la plus importante1 car ce principe rgit tout aussi bien les causes qui n'agiraient qu'une fois1 sans pouvoir jamais se rpter#ajd1 que celles qui pourraient multiplier indfiniment les mmes actions dans les mmes circonstances4 ,en effet1 le principe de causalit proclame tout d'abord deux choses3 #a tout effet doit avoir une cause2 #b tout effet est proportionn sa cause1 car l'tre ne peut agir que comme il est4 ,l'action n'est1 en effet1 qu'un rayonnement1 une manifestation de la cause1 et voil pourquoi nous pouvons remonter de la nature de l'effet produit la nature de sa cause4 ,impossible1 par exemple1 qu'une action libre soit produite par une cause2 ncessite1 et rciproquement1 ou bien qu'une action spirituelle soit l'effet d'une cause matrielle4 ,sous cette forme1 le principe de causalit s'applique donc fort bien au monde de la conscience4 ,et s'il est incapable1 lui seul1 de rsoudre le problme de savoir si nous sommes libres ou ncessits1 on ne peut toutefois soutenir qu'il n'est plus applicable ce nouveau domaine o il serait hors de chez lui4 ,telle est pourtant la thse de ,m4 ,bergson4 ,pour le physicien1 crit-il1 la mme cause produit toujours le mme effet2 pour un psychologue qui ne se laisse point garer par d'apparentes analogies1 une cause interne donne son effet une fois et ne le produira jamais plus4 ,et si1 maintenant1 on allgue que cet effet tait indissolublement li cette cause1 une pareille affirmation signifiera de deux choses l'une 444 galement vides de sens1 et impliquant1 elles aussi1 une conception vicieuse de la dure4444 ,le principe de la dtermination universelle perd toute espce de signification dans le monde interne des faits de conscience4#aje ,ce monde chappe donc au principe de causalit4 ,toutefois1 pour un principe ncessaire et universel1 ce serait l une incomprhensible exception4 ,aussi le mme auteur se dcide-t-il finalement en nier la ncessit et opposer en cela les deux principes d'identit et celui de causalit4 ,le principe d'identit1 dit-il1 est la loi absolue de notre conscience 444#ajf1 et ce qui fait l'absolue ncessit de ce principe1 c'est qu'il ne lie pas l'avenir au prsent1 mais seulement le prsent au prsent4 ,mais le principe de causalit1 en tant qu'il lierait l'avenir au prsent1 ne prendrait jamais la forme d'un principe ncessaire2 car les moments successifs du temps rel ne sont pas solidaires les uns des autres1 et aucun effort logique n'aboutira prouver que ce qui a t sera ou continuera d'tre1 que les mmes antcdents appelleront toujours des consquences identiques4#ajg ,voil qui est plus franc et parat plus logique que d'admettre le principe de causalit pour le monde physique et le rejeter pour le monde psychologique4 ,mais alors nous aboutissons la ngation de la causalit elle-mme1 car s'il y a des causes vritables1 il faut bien qu'elles agissent comme elles sont4 ,que s'il n'y a plus de causalit1 au contraire1 mais de pures successions de phnomnes1 rgies par le hasard ou le caprice1 on comprend sans peine que n'importe quel phnomne puisse succder un autre1 et qu'aucun lien entre eux ne soit absolument ncessaire4 ,ce serait l une question de fait ou de coutume1 non plus une question de droit4 ,il se pourrait donc absolument que la combinaison de l'hydrogne et de l'oxygne1 ,,ho#b1 produist autre chose que de l'eau1 et que des ufs de poules vissent clore tout autre volatile que des poulets4 ,conclusions rigoureuses et que l'exprience1 malheureusement1 ne semble pas confirmer4 ,toutes ces difficults o s'embourbe lu marche de noire auteur viennent--comme il nous le confesse--de ce qu'il n'a pas compris la prformation de l'avenir dans le prsent et qu'il la rejette pour n'avoir pu la comprendre4 ,il n'a pu la concevoir1 dit-il1 que sous forme mathmatique1 comme les conclusions d'un thorme de gomtrie sont contenues dans leurs principes4 ,mais il n'y a nullement l un exemple de prformation de l'avenir dans le prsent1 car les principes mathmatiques et leurs consquences sont galement ncessaires et ternels1 et leur droulement logique n'a rien de commun avec le mouvement et la causalit dans le temps4 ,aristote ne cesse de nous mettre en garde contre une si grossire confusion du logique et du rel4 ,la causalit1 dit-il1 n'existe que dans la nature physique ou psychique1 parce qu'elle se droule dans le temps2 jamais dans la ,logique pure1 qui ne s'occupe que du simultan et de l'ternel4 ,la causalit se meut dans la sphre de la contingence1 la ,logique dans celle de la ncessit4 ,pour saisir dans nos consciences une prformation de l'avenir dans le prsent1 il faut donc recourir d'autres exemples1 tel que l'effort pour penser1 vouloir1 agir1 qui nous fait passer de la puissance l'acte4 ,mais cette prformation1 ,m4 ,bergson le reconnat lui-mme1 est fort imparfaite1 puisque l'action venir que va produire l'effort n'tait nullement contenue dans sa cause sous sa forme future4 ,et pourtant elle y tait contenue de quelque manire1 qu',aristote a appele virtuelle ou en puissance1 et dont la ralit1 quelque mystrieuse qu'elle soit1 ne saurait tre ni4 ,le poulet tait-il contenu dans l'uf8 ,assurment1 puisqu'il en sort4--,y tait-il contenu l'tat des prformations1 si microscopique ou infinitsimale qu'on le voudra8 ,nullement4 ,et la thorie de l'pignse ayant dfinitivement triomph1 dans les sciences biologiques1 des hypothses de prformation ou d'embotement des germes1 c'est l'tat rel de puissance prexistante qui s'impose1 et c'est ainsi que l'effet sera donn dans sa cause4 ,d'ailleurs1 si la prformation dans l'uf avait un sens pour les formes plastiques des vivants1 elle n'en a plus aucun pour la prformation dans l'esprit de penses ou de vouloirs qui n'ont aucune figure1 et l'tat rel de puissance s'impose une seconde fois4 ,confondre cet tat rel avec celui de possibilit pure1 comme a l'air de le faire ,m4 ,bergson#ajh1 c'est tout simplement supprimer la causalit et laisser les effets en l'air1 sans raison d'tre4 ,que s'il y a dans le monde de la conscience une causalit vritable1 comme l'effort suffirait en tmoigner1 la question si grave de sa coexistence avec la libert--galement pose par les dterministes de tous les temps et tous leurs adversaires--n'est donc plus une pseudo-question1 et c'est la fin de non-recevoir de ,m4 ,bergson qui devient une pseudo-rponse1 o la solution du redoutable problme ne se trouvera mme pas en germe4 ,poursuivons cependant notre tude1 car il serait curieux de voir si1 dans la notion finale que ,m4 ,bergson va nous donner de la ,libert humaine1 il ne va pas supprimer la causalit libre1 en y supprimant toute causalit1 comme son systme l'exige4 99 99 99 99 99 ,jusqu'ici1 nous avons vu que ,m4 ,bergson a galement reproch aux dterministes et leurs adversaires de mal poser le problme1 en donnant de la ,libert des dfinitions vicieuses4 ,vous dfinissez l'acte libre1 leur a-t-il dit1 comme le fruit du libre choix entre plusieurs partis ou plusieurs motifs2 mais cela n'a pas de sens1 car cette multiplicit est illusoire et transformerait le temps en espace4 ,vous le dfinissez3 ,celui qu'on ne saurait prvoir1 mme quand on connat d'avance toutes les conditions8--,mais concevoir toutes ces conditions donnes1 ce n'est plus prvoir1 c'est voir et se placer au moment o l'acte s'accomplit4 ,ou bien1 si l'on prvoit la manire des physiciens1 c'est admettre que la dure psychique peut se reprsenter symboliquement l'avance1 ce qui revient confondre le temps avec l'espace4 ,vous le dfinissez encore1 en disant qu'il n'est pas ncessairement dtermin par sa cause8--,mais alors vous admettez que les antcdents psychiques d'un tel acte sont susceptibles de se reproduire nouveau1 que la libert se dploie dans une dure dont les moments se ressemblent1 et que le temps est un milieu homogne comme l'espace4 ,toutes ces dfinitions une fois cartes1 on attend avec anxit celle que ,m4 ,bergson va leur substituer4 ,malheureusement1 il aime mieux ne nous en donner aucune1 sous prtexte que la ,libert est indfinissable 1 et que toute dfinition donnerait raison au dterminisme4444 ,la dfinir serait la nier#aji4 ,ecoutez plutt la manire lgante et subtile avec laquelle il nous chappe au moment mme o nous pensions le saisir3 ,nous pouvons maintenant formuler noire conception de la libert4 ,on appelle libert le rapport du moi concret l'acte qu'il accomplit4 ,ce rapport est indfinissable1 prcisment parce que nous sommes libres4 ,on analyse1 en effet1 une chose1 mais non pas un progrs2 on dcompose de l'tendue1 mais non pas de la dure4 ,ou bien1 si l'on s'obstine analyser quand mme1 on transforme inconsciemment le progrs en chose1 et la dure en tendue4 ,par cela seul qu'on prtend dcomposer le temps concret1 on en droule les moments dans l'espace homogne2 la place du fait s'accomplissant1 on met le fait accompli2 et comme on a commenc par figer en quelque sorte l'activit du moi1 on voit la spontanit se rsoudre en inertie1 et la libert en ncessit4--,c'est pourquoi toute dfinition de la libert donnera raison au dterminisme4#aaj ,telle est la manire--assez vague et peu compromettante--par laquelle ,m4 ,bergson prtend avoir formul sa conception de la libert4 ,s'il avait voulu ne pas la formuler du tout1 il n'aurait pas mieux dit4 ,s'il n'avait pu en donner une formule--faute d'en avoir1--il n'aurait su l'insinuer en termes plus heureux4 ,cependant1 ,m4 ,bergson n'a pas toujours eu ce scrupule si excessif de ne pas vouloir toucher la libert du bout de l'index par une dfinition1 de crainte de la faire tomber en poussire4 ,j'ouvre le mme ouvrage1 quelques pages plus haut1 et j'y rencontre1 non sans quelque tonnement1 des descriptions et des dfinitions de la ,libert1 autrement compromettantes4 ,citons les textes eux-mmes1 o il rsume le mieux sa pense4 ,c'est une psychologie grossire1 dupe du langage1 dit-il1 que celle qui nous montre l'me dtermine par une sympathie1 une aversion ou une haine1 comme par autant de forces qui psent sur elle4 ,ces sentiments1 pourvu qu'ils aient atteint une profondeur suffisante1 reprsentent chacun l'me entire1 en ce sens que tout le contenu de l'me se reflte en chacun d'eux4 ,dire que l'me se dtermine sous l'influence de l'un quelconque de ces sentiments1 c'est donc reconnatre qu'elle se dtermine elle-mme4444 ,c'est de l'me entire que la dcision libre mane 444 1 selon l'expression de ,platon4#aaa ,bref1 conclut-il1 nous sommes libres quand nos actes manent de notre personnalit entire1 quand ils l'expriment1 quand ils ont avec elle cette indfinissable ressemblance qu'on trouve parfois entre l'uvre et l'artiste4 ,en vain on allguera que nous cdons alors l'influence toute-puissante de notre caractre4 ,notre caractre1 c'est encore nous2 et parce qu'on s'est plu scinder la personne en deux parties pour considrer tour tour1 par un effort d'abstraction1 le moi qui pense et le moi qui agit1 il y aurait quelque purilit conclure que l'un des deux moi pse sur l'autre4444 ,en un mot1 si l'on convient d'appeler libre tout acte qui mane du moi1 et du moi seulement1 l'acte qui porte la marque de notre personne est vritablement libre1 car notre moi seul en revendiquera la paternit4#aab ,cette notion de la libert nous parat la fois trop troite et trop large4 ,d'abord trop troite1 car elle n'embrasse pas une quantit d'actes libres--peut-tre les plus nombreux1--o1 sans avoir besoin de faire vibrer toute la lyre des sentiments et des puissances de l'me tout entire1 nous agissons pourtant en pleine libert1 comme notre conscience en tmoigne clairement4 ,ainsi1 j'cris en ce moment1 je lis1 je parle ou je me repose1 fort librement1 alors que ma personnalit tout entire#aac devrait pour ainsi dire vibrer1 d'aprs ,m4 ,bergson1 pour faire un acte libre4 ,c'est donc une exagration d'ajouter que les actes libres sont rares1 mme de la part de ceux qui ont le plus coutume de s'observer eux-mmes et de raisonner sur ce qu'ils font4#aad ,d'autre part1 cette dfinition de la libert est beaucoup trop large1 car elle risque d'embrasser des actes qui ne sont point libres4 ,par exemple1 le dsir du bonheur en gnral1 qui est le plus profond de notre nature et remue notre me tout entire1 prcisment parce qu'il est le fond de notre instinct naturel1 vient au monde avec nous1 et nous ne pouvons pas plus y renoncer qu' notre nature raisonnable4 ,que si nous sommes libres de placer notre bonheur ici ou l1 dans tel ou tel moyen particulier1 la fin elle-mme1 qui est d'tre heureux1 s'impose tellement nous que nous ne pouvons pas ne pas la vouloir4 ,la rsultante de toutes les puissances de notre me n'est donc pas toujours un acte de libert4 ,accordons-le1 pour un instant1 ,m4 ,bergson4 ,et demandons-lui d'o pourrait venir qu'une telle rsultante ft libre4 ,les animaux1 eux aussi1 peuvent agir suivant la rsultante de toutes leurs facults1 ils n'en sont pas moins incapables de libert4 ,si ,m4 ,bergson n'tait pas antiintellectualiste1 il nous rpondrait en nous montrant dans l'intelligence de l'homme la racine de sa libert4 ,c'est l'idal conu par l'intelligence qui nous dcouvre par comparaison les imperfections de tous les biens crs1 nous fournissant ainsi des motifs suffisants pour les refuser1 en dsirant et cherchant toujours mieux4 ,c'est cette pousse idale vers l'infini qui nous permet de choisir librement parmi les biens finis4 ,mais aprs avoir fait fi de l'intelligence1 que peut bien nous rpondre un antiintellectualiste8 ,comment va-t-il s'y prendre pour fonder la libert sur les ruines de la raison8 ,jugez de son embarras4 ,il revient la rsultante des forces psychiques1 et l'acte libre ne sera plus que leur produit spontan1 s'en dtachant comme un fruit mr4 ,en ralit1 dit-il1 il n'y a pas 7dans nos mes7 deux tendances ni mme deux directions1 mais bien un moi qui vit et se dveloppe par l'effet de ses hsitations mmes1 jusqu' ce que l'action libre s'en dtache la manire d'un fruit trop mr4#aae ,cette conception bergsonienne est grosse de consquences extrmement graves4 ,si l'intelligence n'est plus pour rien dans la libert1 pourquoi ne pas l'attribuer aussi aux tres inintelligents8 ,si l'acte libre n'est qu'un produit qui se dtache comme un fruit mr1 s'il n'est que la rsultante de nos forces psychiques1 pourquoi ne serait-il pas galement la rsultante des forces psychiques des animaux infrieurs l'homme1 et mme de toutes les autres forces de la nature conues sur le modle des ntres plus ou moins dgrades8--,cette conclusion1 parfaitement logique1 ,m4 ,bergson la fera sienne4 ,non seulement dans son dernier volume1 o il nous montrera une libert fondamentale dans cet lan vital de l',evolution cratrice qui pousse en avant tous les tres de la nature1 mais1 ds maintenant1 il prlude nettement sa thorie future1 en confondant ensemble les ides de force1 de causalit1 de spontanit et de libert4 ,l'ide de force1 crit-il1 exclut en ralit celle de dtermination ncessaire4444 ,nous percevons la force1 tort ou raison1 comme une libre spontanit4444 ,toute conception claire de la causalit1 o l'on s'entend avec soi mme 7871 conduit a l'ide de la libert humaine comme une consquence naturelle4444#aaf ,que si toute force1 toute spontanit1 toute causalit est libre1 il n'y a plus de place pour les forces1 les spontanits1 les causalits ncessaires2 il n'y a plus de distinction entre la libert et la ncessit1 c'est--dire que le dterminisme universel a triomph1 en sacrifiant son enseigne et en appelant la ncessit du nom de libert4 ,et c'est ainsi que le grand sabre de ,m4 ,prudhomme1 qui devait si vaillamment dfendre la cause sacre de la ,libert1 a russi la combattre et assurer sa dfaite1 tout en proclamant sa victoire4 ,avions-nous raison1 en commenant1 de nous dfier des mots et du verbalisme sonore de la ,philosophie nouvelle8 ,le lecteur en jugera4 ,parvenu la fin de ce premier volume1 on se sent vraiment humili et comme dup d'avoir t oblig de faire la lecture--et la rfutation--de #ahb pages in-#h de subtilits vertigineuses sur le temps et l'espace pour en arriver une conclusion si inattendue4 ,m4 ,bergson aurait bien mieux fait de nous viter cette fatigue inutile en nous avouant clairement sa pense ds le dbut4 ,il et t si simple de la dclarer de suite aux belligrants--dterministes et leurs adversaires--qu'il voulait renvoyer dos dos1 et de leur dire3 votre discussion n'a pas d'objet2 libert et ncessit1 c'est au fond la mme chose1 sous deux noms diffrents6 ,du moins1 les plaideurs eussent compris de suite de qui l'on prtendait se moquer au nom des soi-disant donnes immdiates de la conscience4 99 99 99 99 99 ,,iii ,l',,union ,,de ,l',,me ,,et ,,du ,,corps4 ,la nouvelle notion du ,temps n'a pas seulement la prtention de nous donner la cl du problme de la ,libert1 mais encore celle de l'union de l'me et du corps4 ,c'est l'objet du second volume de ,m4 ,bergson4 ,son titre3 ,matire et ,mmoire est l'quivalent de ,matire et ,esprit1 puisque1 dans le nouveau systme--comme nous le verrons1--la mmoire1 c'est l'esprit ou la manifestation la plus indiscutable de l'esprit4 ,du reste1 le sous-titre3 ,essai sur la relation du ,corps et de l',esprit nous en avertit dj1 et nous n'en saurions douter3 il s'agit bien de l'union de l'me et du corps4 ,ce problme crucial de la philosophie1 dont on ne s'occupait plus dans les chaires universitaires de ,france1 depuis l'invasion du kantisme o il tait trait de pseudo-problme1 ,m4 ,bergson a le courage1 non sans mrite1 de le reprendre des mains de ,descartes1 en passant irrespectueusement par-dessus le veto de ,kant4 ,il a le courage1 malgr les clameurs universelles des positivistes1 kantistes et no-kantistes1 de soutenir que la nature de l'me et du corps n'est plus inconnaissable et de se proclamer spiritualiste4 ,nous avons rpudi le matrialisme1 crit-il1 qui prtend faire driver le premier terme du second 7l'esprit de la matire72 et nous n'acceptons pas davantage l'idalisme qui veut que le second soit une simple construction du premier4 ,nous soutenons contre le matrialisme que la perception dpasse infiniment l'tat crbral2 et nous avons essay d'tablir contre l'idalisme que la matire dborde de tous cts la reprsentation que nous avons d'elle1 reprsentation que l'esprit y a pour ainsi dire cueillie par un choix intelligent4 ,de ces deux doctrines opposes1 l'une attribue au corps et l'autre l'esprit un don de cration vritable1 la premire voulant que notre cerveau engendre la reprsentation1 et la seconde que notre entendement dessine le plan de la nature4#aag ,a la page prcdente1 l'auteur avait dj prcis la question rsoudre3 ,ce problme n'est rien moins que celui de l'union de l'me et du corps4 ,il se pose nous sous une forme aigu1 parce que nous distinguons profondment la matire et l'esprit4 ,et nous ne pouvons le tenir pour insoluble1 parce que nous dfinissons esprit et matire par des caractres positifs1 non par des ngations4#aah ,cette profession de foi spiritualiste1 chez ,m4 ,bergson1 n'est pas accidentelle ni intermittente4 ,il ne laisse gure chapper une occasion de combattre le matrialisme sous toutes ses formes1 et1 au besoin1 de le cribler de ses traits acrs1 par exemple1 lorsqu'il rfute la clbre thorie de la conscience-piphnomne qu'il qualifie d'inintelligible piphnomne1 de vrai miracle ou de ,deus ex machina#aai4 ,quant son spiritualisme1 il aime le pousser l'extrme2 et1 de fait1 nous y trouverons des exagrations inutiles o il nous sera impossible de le suivre4 ,le corps1 dit-il1 ne saurait engendrer ni occasionner 787un tat intellectuel4444 ,les tats crbraux qui accompagnent la perception n'en sont ni la cause ni le duplicat4444#abj ,il aime ainsi se jouer en paraissant creuser entre le corps et l'me un abme infranchissable#aba1 pour se donner ensuite la joie et la surprise de les avoir encore mieux unis4 ,cette aversion intransigeante pour le matrialisme et cette foi robuste1 excessive mme1 en la puissance du spiritualisme1 ont contribu beaucoup--comme on le devine-- la rputation et au succs de ,m4 ,bergson dans certains milieux religieux et mme parmi des catholiques1 dont on ne peut s'expliquer autrement l'trange engouement4 ,avant de prendre feu si vite1 ces admirateurs eussent t bien plus sages de se dire3 attendons la fin6444 ,avec ,m4 ,bergson1 en effet1 on n'est jamais parfaitement sr de l'exacte signification des mots ni du sens de ses professions de foi les plus sincres4 ,corps et me1 qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire pour un coryphe du phnomnisme et du monisme universel8 ,question anticipe4 ,ici1 je n'en sais rien ou n'en veux rien savoir1 et prie le lecteur de vouloir bien1 lui aussi1 attendre la fin4 ,pour le moment1 la position du bergsonisme1 ddaigneuse de ,kant et de ses vtos prims1 agressive contre le matrialisme et l'idalisme1 vengeresse du spiritualisme1 n'est que digne de nos loges les plus sincres4 99 99 99 99 99 ,l'union de l'me et du corps est donc bien le sujet principal de ce second volume4 ,il est bon de le souligner et d'en avertir le lecteur1 qui ne s'en douterait gure aprs l'avoir lu en entier1 tellement est exigu la place qui lui est consacre4 ,la thse principale y est tellement noye dans les thses accessoires qui la prcdent ou l'accompagnent qu'elle risque de devenir peu prs insaisissable l'observateur qui ne serait point averti4 ,mais passons l'ponge sur ce reproche--pourtant si grave du manque presque absolu de composition1--et voyons le fond de la doctrine nouvelle sur cet unique sujet de l'union de l'me et du corps1 nous rservant de reprendre en temps et lieu la critique des autres sujets accessoires4 ,d'abord1 la mthode positive qu'on nous annonce et qui doit faire reposer la solution mtaphysique sur des bases exprimentales et psychologiques n'a rien pour nous dplaire4 ,au contraire1 l'avons-nous nous-mmes prne depuis longtemps comme excellente et comme la seule vraiment srieuse4 ,le seul point difficile est de bien interprter les faits observs la lumire des donnes intellectuelles sans jamais les fausser ni les outrepasser4 ,si les faits observs n'taient que l'occasion ou le prtexte de rveries philosophiques1 il est clair que nous retomberions dans tous les inconvnients des constructions systmatiques a priori4 ,sur le principe de la mthode1 nous voil d'accord avec ,m4 ,bergson3 ,la mme observation psychologique1 dit-il1 qui nous rvl la distinction de la matire et de l'esprit1 nous fait assister leur union4#abb ,ce point de dpart tant reconnu vrai1 examinons la marche des ides et leur droulement vers le but annonc4 ,avant d'expliquer l'union des deux termes3 corps et me1 il est indispensable de nous en donner quelque notion1 au moins trs sommaire1 et nous comprenons la rserve de ,m4 ,bergson qui se refuse approfondir ici toute la mtaphysique de la matire et de l'esprit4 ,il ne peut tre question ici de construire une thorie de la matire 444 ni de l'esprit4 ,nous n'avons pas explorer ce domaine4#abc ,il nous faut donc tenir compte l'auteur de cette rserve expresse et lui faire crdit1 jusqu'au jour o il voudra bien nous rvler ou nous laisser entrevoir1 sur ce sujet capital1 le fond de sa pense4 ,qu'est-ce que le corps8--,ds la premire page de son ouvrage1 il se hte de rpondre cette question1 et sa rponse mtaphorique est tellement dconcertante1 au premier abord1 qu'elle a besoin d'tre explique pour ne pas scandaliser le lecteur3 ,les corps sont des images4 ,et cette mtaphore paradoxale1 il la rpte1 il la reprend sans cesse1 nous en sature1 sans prendre la peine de nous l'expliquer clairement4 ,ce n'est qu' la cinquantime page qu'on finit par en deviner le sens4 ,on dcouvre alors que cette image est vraiment du rel1 et que si l'expression est idaliste en plein1 la pense n'en est pas moins absolument raliste4 ,on saisit ici sur le vif la manire de ,m4 ,bergson4 ,non seulement il veut piquer la curiosit1 mais il cherche comme plaisir jouer au paradoxe et blouir les esprits par les clairs-obscurs de ses feux d'artifice4 ,les amis passionns de la vrit1 de ,platon ou d',aristote jusqu' ,descartes et ,leibnitz1 n'ont jamais procd ainsi4 ,nous osons dire qu'ils n'ont mme pas souponn qu'une telle manire de philosopher ft la vraie4 ,en voici quelques chantillons4 ,nous allons feindre pour un instant que nous ne connaissons rien des thories de la matire et des thories de l'esprit1 rien des discussions sur la ralit ou l'idalit du monde extrieur4 ,me voici donc en prsence d'images1 au sens le plus vague o l'on puisse prendre ce mot1 images perues quand j'ouvre mes sens1 inaperus quand je les ferme4 ,toutes ces images agissent et ragissent les unes sur les autres dans toutes leurs parties lmentaires1 selon les lois constantes que j'appelle les lois de la nature4444 ,il en est une 7image7 qui tranche sur toutes les autres en ce que je ne la connais pas seulement du dehors par des perceptions1 mais aussi du dedans par des affections3 c'est mon corps4444#abd--,les nerfs affrents sont des images1 le cerveau est une image1 les branlements transmis par les nerfs sensitifs et propags dans le cerveau sont des images encore4444#abe ,tout se passe comme si1 dans cet1 ensemble d'images que j'appelle l'univers1 rien ne se pouvait produire de rellement nouveau que par l'intermdiaire de certaines images particulires1 dont le type m'est fourni par mon corps4#abf--;,j'appelle matire l'ensemble des images1 et perception de la matire ces mmes images rapportes l'action possible d'une certaine image dtermine1 mon corps4#abg ,de temps en temps1 cependant1 mais rarement1 l'auteur consent appeler ces images d'un autre nom4 ,il permet qu'on les appelle des objets matriels1 des centres de rayonnement#abh1 indiquant par l qu'elles ont une ralit indpendante de notre reprsentation4 ,il l'affirmera mme expressment3 ,il est vrai1 dira-t-il1 qu'une image peut tre sans tre perue4#abi--,quand nous disons que l'image existe en dehors de nous1 nous entendons par l qu'elle est extrieure notre corps4444 ,et c'est pourquoi nous affirmons que la totalit des images perues subsiste1 mme si notre corps s'vanouit1 tandis que nous ne pouvons supprimer notre corps sans faire vanouir nos sensations4#acj ,nous voil donc enfin rassurs sur la ralit objective des images bergsoniennes2 elles sont indpendantes de nos images mentales et n'ont rien de commun avec ces fantmes de l'idalisme dont toute la ralit consiste tre perue3 esse est percipi4 ,mais pourquoi ne pas nous avoir rassurs plus tt8 ,pourquoi ne pas nous avoir montr1 ds le dbut1 dans ce mot d'image1 le synonyme de phnomne1 pris dans son sens tymologique et rigoureux8 ,le phnomne1 en effet1 c'est l'tre lui-mme en tant qu'il apparat au dehors et se manifeste2 c'est l'tre en tant qu'il agit et rayonne autour de lui4 ,or1 l'action1 c'est l'expression mme de l'agent1 et partant son image2 car on agit comme on est1 agere sequitur esse4 ,voil pourquoi cette action1 lorsqu'elle est reue passivement ou imprime dans un organe sentant1 prend le nom de species impressa1 selon le vocabulaire si clair et si rigoureusement prcis de la philosophie scolastique4 ,avant d'tre reue dans l'organe1 elle tait dj species1 image physique2 elle devient alors physico-psychique1 c'est--dire sentie ou consciente4 ,le mot d'images matrielles appliqu aux corps peut donc revtir un sens trs exact et aussi trs profond1 celui que lui a donn la philosophie traditionnelle4 ,en l'employant1 malgr tous les usages reus1 ,m4 ,bergson ne souponnait probablement pas qu'il parlait la vieille langue des scolastiques et qu'il se rapprochait de leur doctrine4 99 99 99 99 99 ,aprs avoir dfini le premier terme du problme1 le corps1 il faudrait essayer de dfinir le second1 l'me1 et rpondre cette nouvelle question3 qu'est-ce que l'me8 ,malheureusement1 nous n'avons pu dcouvrir aucune rponse claire ni mme aucun essai de rponse4 ,on comprend1 d'ailleurs1 qu'aprs avoir dfini le corps en termes psychiques1 on soit embarrass1 car la dfinition de l'me en termes psychiques serait une tautologie4 ,aussi bien l'auteur1 au lieu de dfinir l'me1 va s'en remettre l'observation psychologique pour nous faire exprimenter l'esprit dans son opposition irrductible la matire1 en mme temps que dans son union avec elle4 ,et o nous propose-t-il de saisir l'esprit8 ,serait-ce dans la perception des sens1 dans la mmoire ou bien dans les oprations intellectuelles8 ,ces dernires sont cartes par un silence qui1 loin d'tre respectueux1 parat plutt ddaigneux4 ,il fallait s'y attendre de la part d'un antiintellectualiste intransigeant comme ,m4 ,bergson4 ,l'intelligence1 qui distingue l'homme de l'animal1 qui est la source du jugement1 du raisonnement1 du choix et de la libert humaine1 et partant la grande et fconde preuve1 d'une inpuisable richesse1 de la spiritualit de l'me1 est laisse dans l'oubli4 ,et l'on croira plus solide et plus fort de prouver cette spiritualit de l'me par la spiritualit de la mmoire6 ,voici donc la thse de la philosophie nouvelle3 ,la perception pure annonce dj et prpare l'esprit1 mais c'est la mmoire qui manifeste l'esprit4 ,donnons quelques dveloppements chacune de ces deux propositions4 ,d'abord1 nous dit ,m4 ,bergson1 tant que nous en restons la sensation et la perception pure1 on peut peine dire que nous ayons affaire l'esprit4 ,sans doute nous tablissons1 contre la thorie de la conscience-piphnomne1 qu'aucun tat crbral n'est l'quivalent d'une perception4 ,sans doute1 la slection des perceptions parmi les images en gnral est l'effet d'un discernement qui annonce dj l'esprit4444 #aca ,mais ce n'est pas encore l'esprit4 ,quelle en est la raison8 ,c'est que la perception pure noms place d'emble dans la matire4 ,assurment1 dit-il1 nous soutenons contre le matrialisme que la perception dpasse infiniment l'tat crbral #acb1 mais il n'en est pas moins vrai que dans la perception des sens l'esprit concide avec son objet matriel et ne s'en dgage pas encore4 ,dans la perception visuelle d'un objet1 le cerveau1 les nerfs1 la rtine et l'objet lui-mme forment un tout solidaire1 un processus continu#acc2 si bien que la perception de l'objet extrieur semble plutt hors de moi qu'en moi1 plutt extensive et matrielle que simple et spirituelle4 ,en effet1 sa tche est de se mouler sur l'objet extrieur44441 bien loin de n'tre qu'une espce de vision intrieure et subjective1 qui ne diffrerait du souvenir que par sa plus grande intensit#acd2 nos perceptions se disposent en continuit rigoureuse dans l'espace#ace4 ,c'est donc une grave erreur de les prendre pour des tats de conscience inextensifs4 ,la perception objective1 comme les sensations subjectives qui l'accompagnent1 sont des tats psychiques galement extensifs1 par essence et non par accident1 ds le dbut de leur formation et non pas seulement la fin#acf4 ,vrit capitale1 fonde sur l'observation la plus lmentaire de notre conscience1 et sur laquelle ,m4 ,bergson ne cesse de revenir pour la faire bien pntrer dans les esprits1 malgr les prjugs contraires de nos contemporains4 ,en cela1 ,m4 ,bergson rejoint la ,scolastique4 ,ecoutons avec quelle vigueur il dfend sa cause3 ,profitant de ce que la sensation-- cause de l'effort confus qu'elle enveloppe--n'est 7parfois7 que vaguement localise1 le psychologue la dclare tout de suite inextensive1 et il fait ds lors de la sensation en gnral l'lment simple avec lequel nous obtenons par voie de composition les images extrieures4 ,la vrit est que l'affection n'est pas la matire premire dont la perception est faite2 elle est bien plutt l'impuret qui s'y mle4444 ,l'affection elle-mme possde1 ds le dbut1 une certaine dtermination extensive4444#acg--;,de l l'illusion qui consiste voir dans la sensation un tat flottant et inextensif1 lequel n'acquerrait l'extension et ne se consoliderait dans le corps que par accident3 illusion qui vicie profondment1 comme nous l'avons vu1 la thorie de la perception extrieure et soulve bon nombre de questions pendantes entre les diverses mtaphysiques de la matire4 ,il faut en prendre son parti3 la sensation est1 par essence1 extensive et localise4#ach ,sur ce terrain solide1 il y aurait plaisir suivre ,m4 ,bergson dans sa campagne vigoureuse contre l'idalisme anglais qui s'puise en vains efforts pour construire la matire extensive avec des tats intrieurs inextensifs1 et pour expliquer la perception des sens par une hallucination vraie1 suivant la fameuse formule de ,taine1 dont le paradoxe seul a pu faire l'tonnant succs4 ,mais cela nous loignerait beaucoup trop de notre sujet prsent1 et nous aimons mieux ajourner ces dveloppements au chapitre que nous consacrerons la thorie bergsonienne de la connaissance sensible4 ,pour le moment1 il nous suffit de conclure que perceptions et sensations se droulant dans l'espace1 ce sont l des facults organiques1 et qu'il nous faut chercher ailleurs l'esprit pur ou sans mlange avec le corps4 ,or1 ,m4 ,bergson1 avons-nous dit1 prtend l'avoir trouv dans la mmoire#aci1 et comme cette assertion a de quoi surprendre la fois physiologistes et psychologues1 il se hte de distinguer deux espces de mmoires3 la mmoire motrice et la mmoire proprement dite#adj4 ,il y a deux mmoires profondment distinctes3 l'une1 fixe dans l'organisme1 n'est point autre chose que l'ensemble des mcanismes intelligemment monts 7dans le cerveau et la moelle7 qui assurent une rplique convenable aux diverses interpellations possibles4 ,elle fait que nous nous adaptons la situation prsente1 et que les actions subies par nous se prolongent d'elles-mmes en ractions tantt accomplies1 tantt simplement naissantes1 mais toujours plus ou moins appropries4 ,habitude plutt que mmoire1 elle joue notre exprience passe1 mais n'en voque pas l'image4 ,l'autre est la mmoire vraie4 ,coextensive la conscience1 elle retient et aligne la suite les uns des autres tous nos tats au fur et mesure qu'ils se produisent1 laissant chaque fait sa place et par consquent lui marquant sa date1 se mouvant bien rellement dans le pass dfinitif et non pas1 comme la premire1 dans un prsent qui recommence sans cesse4#ada ,cependant1 ces deux mmoires1 loin d'tre spares1 se prtent un mutuel appui4 ,la mmoire du pass prsente aux mcanismes sensori-moteurs tous les souvenirs-images capables de les guider dans leur tche et de diriger utilement leurs ractions motrices4 ,de l naissent les associations d'images et de mouvements1 soit par contigut1 soit par similitude4 ,d'autre part1 les appareils sensori-moteurs1 grce leurs habitudes1 peuvent rveiller les souvenirs-images endormis ou inconscients1 leur donnant ainsi le moyen de prendre corps1 de se matrialiser en redevenant prsents et actifs4 ,c'est la solidit plus ou moins bien tablie de cet accord entre les images et les mouvements et sa prcision plus ou moins parfaite que nous reconnaissons les esprits quilibrs ou dsquilibrs et impulsifs#adb4 ,a son tour1 la mmoire proprement dite se subdivise en souvenir-image et en souvenir pur4 ,le souvenir-image1 comme son nom l'indique1 emmagasine et reproduit les images2 le souvenir pur les reconnat4 ,en effet1 ,m4 ,bergson l'a fort bien dit3 ,imaginer n'est pas se souvenir4 ,sans doute1 un souvenir1 mesure qu'il s'actualise1 tend vivre en image2 mais la rciproque n'est pas vraie1 et l'image pure et simple ne me reportera au pass que si c'est en effet dans le pass que je suis all la chercher4#adc ,or1 pour ,m4 ,bergson1 ces deux espces de souvenir sont galement inorganiques et constituent l'esprit pur#add4 ,la seule diffrence qui existerait entre eux1 c'est que le souvenir-image tend se matrialiser en actions motrices dont nous avons indiqu le mcanisme1 tandis que le souvenir pur ne le peut par lui-mme et sans s'tre exprim dans une image4 ,de l dcoule une gradation insensible entre trois termes3 #a ,le souvenir pur qui tend s'exprimer en image2 #b le souvenir-image qui tend s'associer une perception prsente pour la complter2 #c la perception elle-mme qui tend a se matrialiser en mouvements#ade4 ,nous n'hsiterons pas accorder l'auteur la distinction qu'il demande entre le souvenir pur et le souvenir-image4 ,c'est une de nos thses fondamentales en philosophie scolastique qu'au-dessus de la mmoire des images il y a une mmoire pure et inorganique1 celle des ides1 jugements1 raisonnements et des sentiments purement spirituels4 ,mais nous croyons que la mmoire des images1 loin d'tre inorganique et purement spirituelle1 comme il le soutient1 est vraiment organique et localise dans des organes4 ,ici1 ,m4 ,bergson va contre l'opinion universellement admise par tous les physiologistes et psychologues contemporains1 et nous n'avons aucune raison de le suivre dans un des excs les plus reprochs au spiritualisme cartsien4 ,je sais bien qu'il s'en dfend et qu'il a construit tout un long plaidoyer pour montrer que sa thse ultra-spiritualiste n'tait point entame par les plus rcentes expriences sur les localisations crbrales1 notamment par les recherches si curieuses sur les cas pathologiques de l'aphasie4 ,mais sa dfense1 si ingnieuse qu'elle soit1 ne nous a point convaincu1 et nous persistons penser que la vieille thse sur le caractre organique de toutes nos sensations1 et partant des images sensibles du souvenir1 est bien plus conforme et mme la seule conforme aux faits observs4 ,comment explique-t-il1 en effet1 les cas pathologiques o nous constatons qu' certaines lsions localises de l'corce crbrale correspondent toujours des troubles de la mmoire imaginative et de la reconnaissance1 soit de la reconnaissance visuelle ou auditive 7ccit ou surdit psychique71 soit de la reconnaissance des mots 7ccit verbale1 surdit verbale71 etc48 ,il rpond que ces troubles des images et du souvenir pourraient bien provenir indirectement de ce que les mcanismes moteurs du cerveau seraient lss sans que les images elles-mmes soient atteintes4 ,ces images ne seraient donc pas localises dans le cerveau4 ,ces lsions des images1 dit-il1 ne viennent pas du tout de ce qu'elles occupaient la rgion lse4 ,elles tiennent deux autres causes3 ,tantt ce que notre corps ne peut plus prendre automatiquement l'attitude prcise par l'intermdiaire de laquelle s'oprait une slection entre nos souvenirs1 tantt ce que les souvenirs ne trouvent plus dans le corps un point d'application1 un moyen de se prolonger en action4 ,dans le premier cas1 la lsion portera sur les mcanismes qui fixent l'attention et prparent les souvenirs2 dans le second1 sur les centres qu'on appelle1 tort ou raison1 des centres imaginatifs1 et qui prparent les mouvements4 ,dans un cas comme dans l'autre1 ce sont des mouvements actuels qui seront lss ou des mouvements venir qui cesseront d'tre prpars3 il n'y aura pas eu destruction de souvenirs4#adf ,admettons1 pour un instant1 cette explication4 ,elle n'vitera qu'en partie la localisation des images4 ,pourquoi1 dans le second cas1 les mouvements venir cessent-ils d'tre prpars8 sinon parce que les centres qu'on appelle1 tort ou raison1 des centres imaginatifs sont lss et que les images lses ou dtruites ne peuvent plus faire leur fonction habituelle d'clairer et de coordonner les mouvements4 ,donc1 les images sont bien lses1 et ce n'est pas tort1 mais raison1 qu'on parle de centres imaginatifs4 ,ce qui achve de rendre plus vraisemblable cette explication1 c'est le cas trs frquent o1 par suite de lsions crbrales1 les mcanismes moteurs paraissent intacts1 alors que les images seules font dfaut4 ,tels sont les cas de ccit ou de surdit verbale1 o le malade n'est ni aveugle ni sourd1 car il voit et il entend fort bien1 mais il ne peut plus comprendre les mots qu'il entend ou qu'il lit1 parce qu'il ne sait plus traduire ces signes matriels en images intelligibles4 ,et cependant1 il n'est nullement idiot1 car il reconnat son infirmit et en gmit4 ,bien plus1 si le dialogue le droute1 le monologue peut lui tre encore permis4 ,parfois mme1 il pourra dialoguer encore1 mais seulement par crit4 ,que lui manque-t-il donc8 ,ce n'est pas le mcanisme moteur1 mais seulement les images par lesquelles il avait coutume de traduire les sons articuls perus par son oreille ou les signes graphiques que ses yeux peroivent encore4 ,or1 les siges de ces images ou centres imaginatifs paraissent aujourd'hui trs nettement dtermins4 ,ce ne sont donc pas les faits de psycho-physiologie nettement observs qui ont conduit ,m4 ,bergson son interprtation systmatique1 mais l'ide prconue que le cerveau ne pouvait tre un magasin d'images4 ,nous ne voyons pas1 dit-il1 comment la mmoire se logerait dans la matire4#adg ,en sorte que s'il nie les faits observs1 c'est sous le prtexte qu'ils sont impossibles comprendre4 ,toujours la mthode a priori6 ,pour nous1 si nous accordons qu'il peut y avoir des conceptions grossires de la localisation des images1 par exemple celle qui voudrait assimiler le cerveau un grenier de thtre ou un entrept de tableaux1 nous soutenons qu'il doit y avoir des conceptions moins grossires et plus intelligentes4 ,et les exemples si curieux de l'enregistrement d'un discours ou d'un concert de musique dans la cire molle d'un phonographe nous engagent esprer que le mode de leur enregistrement1 dans le cerveau se dcouvrira tt ou tard et nous rvlera une nouvelle merveille de l',intelligence cratrice1 insouponne du gnie humain4 ,en attendant le jour1 plus ou moins loign1 d'une rvlation si instructive1 nous inclinons croire que ces images1 vestiges microscopiques de la perception des sens1 sont conserves1 non pas en acte1 mais en puissance virtuelle dans les cellules crbrales o elles sommeillent4 ,c'est la conscience qui les rveille et qui1 en elles et par elles1 droule sa puissance d'imagination et de ressouvenir4 ,nous reconnaissons donc l des oprations organiques de l'me qu'elle exerce dans le corps et par le corps et qui participent la nature de ces deux coprincipes1 matire et esprit4 ,quoi qu'il en soit1 accordons ,m4 ,bergson que la nature du souvenir-image peut encore prter controverses2 accordons-lui mme qu'il soit inorganique et spirituel1 l'gal du souvenir pur1 et examinons comment il va nous expliquer l'union de l'esprit et de la matire1 de l'me et du corps4 ,c'est1 en effet1 le grand problme dont la solution1 avons-nous dit1 est l'objet de ce volume1 et qui nous tient en veil travers tous ces longs prliminaires sur la nature de la matire et de l'esprit4 ,nous entrons ici au cur mme du sujet1 au point le plus subtil qui rclamera tout notre effort d'application4 99 99 99 99 99 ,le problme de l'union de l'me et du corps a t mal pos jusqu' ce jour1 d'aprs ,m4 ,bergson4 ,il a t pos en fonction de l'espace1 alors qu'il doit se poser dsormais en fonction du temps4 ,descartes1 en effet1 ayant dfini le corps par l'tendue et l'me par la pense intendue1 avait rendu impossible toute union et mme tout rapprochement entre eux4 ,la distinction de l'tendu et de l'intendu tant radicale1 ne comporte pas de degr1 pas d'intermdiaire qui puisse les runir4 ,si la matire est dans l'espace et l'esprit hors de l'espace1 il n'y a pas de transition possible entre eux et tout rapprochement devient contradictoire et chimrique4 ,ne pouvant plus unir les deux termes1 il ne reste plus qu' les supposer parallles1 comme deux horloges parfaitement rgles qui marchent d'accord sans s'influencer mutuellement1 et verser avec les cartsiens dans les systmes si artificiels de l'harmonie prtablie ou de l'occasionnalisme4 ,or1 ,m4 ,bergson rejette avec raison tous ces systmes qui esquivent la difficult au lieu de la rsoudre2 il dmontre que l'hypothse du paralllisme repose sur un paralogisme et mme sur un vritable enchevtrement de paralogismes4 ,non seulement l'hypothse est arbitraire1 dit-il1 mais elle n'explique pas la russite de la science qui demeure un mystre#adh4 ,d'autre part1 il accorde ,descartes que l'opposition entre le corps et l'esprit est bien celle de l'tendu et de l'intendu4 ,bien plus1 il la renforce et la complique de deux nouvelles antithses3 #a opposition de la quantit homogne qui caractrise les corps et des qualits htrognes qui distinguent les phnomnes psychiques2 #b opposition de la ncessit qui dtermine la matire et de la libert qui distingue l'esprit4 ,triple antithse au lieu d'une seule6 ,ayant ainsi creus plus fond que jamais le foss infranchissable entre la matire et l'esprit1 et pour ainsi dire exaspr comme plaisir la difficult du problme1 ,m4 ,bergson va faire jaillir la solution d'une innovation due son gnie4 ,il suffira1 nous l'avons dit1 de poser autrement le problme3 en fonction du temps1 et non plus en fonction de l'espace6 ,solution vraiment originale mais si tonnante qu'elle ne peut manquer de laisser quelque peu sceptique et rveur un vieux professeur de mtaphysique6444 ,consentons toutefois de bonne grce couter l'explication du secret magique1 et ne le jugeons qu'aprs l'avoir entendu4 ,la voici fidlement reproduite3 ,nous avions raison de dire1 au dbut de ce livre1 que la distinction du corps et de l'esprit ne doit pas s'tablir en fonction de l'espace1 mais du temps4 ,le tort du dualisme vulgaire est de se placer au point de vue de l'espace1 de mettre d'un ct la matire avec ses modifications dans l'espace1 de l'autre des sensations inextensives dans la conscience4 ,de l l'impossibilit de comprendre comment l'esprit agit sur le corps et le corps sur l'esprit4 ,de l les hypothses qui ne sont et ne peuvent tre que des constatations dguises du fait1 l'ide d'un paralllisme ou celle d'une harmonie prtablie4 ,mais de l aussi l'impossibilit d'tablir1 soit une psychologie de la mmoire1 soit une mtaphysique de la matire4444#adi ,or1 nous avons russi constituer l'une et l'autre4 ,la matire1 mesure qu'on en continue plus loin l'analyse1 tend de plus en plus n'tre qu'une succession de moments 787 infiniment rapides qui se dduisent les uns des autres et par l s'quivalent4 ,l'esprit1 tant dj mmoire dans la perception1 s'affirme de plus en plus comme un prolongement du pass dans le prsent1 un progrs1 une volution vritable4 ,c'est donc l'esprit qui1 par la mmoire1 relie entre eux et pour ainsi dire solidifie l'coulement continu des choses2 c'est par l qu'il a prise sur le corps1 en liant les moments successifs de sa dure4 ,mais la relation du corps l'esprit en devient-elle plus claire8 ,a une distinction spatiale nous substituons une distinction temporelle3 les deux termes en sont-ils plus capables de s'unir8--,a cette objection facile prvoir1 ,m4 ,bergson rpond aussitt3 ,il faut remarquer que la premire distinction 7celle de l'tendu et de l'intendu7 ne comporte pas de degrs3 la matire est dans l'espace1 l'esprit est hors de l'espace2 il n'y a pas de transition possible entre eux4 ,au contraire1 si le rle le plus humble de l'esprit 7mmoire7 est de lier les moments successifs de la dure des choses1 si c'est dans cette opration qu'il prend contact 787 avec la matire1 et par elle aussi qu'il s'en distingue d'abord1 on conoit une infinit de degrs entre la matire et l'esprit 7la mmoire7 pleinement dvelopp4 444,ainsi1 entre la matire brute et l'esprit le plus capable de rflexion1 il y a toutes les intensits possibles de la mmoire1 ou1 ce qui revient au mme1 tous les degrs de la libert 7874 ,dans la premire hypothse1 celle qui exprime la distinction de l'esprit et du corps en termes d'espace1 corps et esprit sont comme deux voies ferres qui se couperaient angle droit2 dans la seconde1 les rails se raccordent selon une courbe1 de sorte que l'on passe insensiblement d'une voie sur l'autre4#aej ,telle est la rponse de ,m4 ,bergson l'objection ci-dessus4 ,avouons qu'elle est vraiment bien faible1 pour ne pas dire nulle4 ,c'est une affirmation sans preuve1 se dguisant mal sous une image trangre la question4 ,si le corps et l'me1 l'tendu et l'intendu1 ne peuvent s'unir dans l'espace1 comment s'uniront-ils mieux dans le temps8--,on nous rpond que le rle le plus humble de l'esprit est de lier les moments successifs de la dure des choses1 que c'est dans cette opration qu'il prend contact avec la matire4 ,mais n'est-ce pas prcisment ce qu'il faut expliquer8 ,comment l'esprit peut-il prendre contact avec la matire dans le temps1 sans prendre contact aussi dans l'espace8 ,comment le contact dans le temps pourrait-il servir de prparation ou d'intermdiaire au mme contact dans l'espace8 ,le premier serait-il donc antrieur au second8 ,et qui pourra jamais comprendre des subtilits si nuageuses qui laissent loin derrire elles toutes les chimres des entits scolastiques6 ,ajouter cette mauvaise rponse qu'on peut admettre toutes les intensits possibles de la mmoire et en imaginer une d'un degr infiniment petit n'attnue en rien la difficult de greffer l'un sur l'autre les deux termes du problme1 l'tendu et l'intendu4 ,l'esprit le plus infrieur demeurera toujours esprit intendu1 en prsence du corps tendu--malgr le prtendu intermdiaire du temps1--et le problme en restera toujours au mme point4 ,les deux voies ferres seront toujours coupes angle droit1 et l'lgante courbe qui devait les relier restera dans le pays des rves4 ,la solution gniale qu'on nous annonait n'est donc1 l'examiner de prs1 qu'une solution purement verbale3 voces et verba1 prtereaque nihil6 ,il faut bien que ,m4 ,bergson ait eu quelque intuition de sa faiblesse pour avoir cherch une autre solution au redoutable problme1 car il va nous en proposer une autre1 et mme deux4 99 99 99 99 99 ,d'abord1 rappelons-nous la triple antithse qu'il a admise entre le corps et l'esprit4 ,l'opposition des deux principes1 a-t-il crit1 dans le dualisme en gnral1 se rsout en la triple opposition de l'intendu l'tendu1 de la qualit la quantit et de la libert la ncessit4#aea ,or1 il a l'intention de lever ou d'attnuer ces trois oppositions et de nous donner ainsi une solution que j'appellerai par l'identit des contraires4 ,au lieu de chercher unir les termes opposs mais complmentaires dans un mme sujet1 comme l'a essay la philosophie traditionelle1 il va s'escrimer les identifier en trouvant des termes moyens entre les deux extrmes1 qui rduiront ou sembleront rduire les oppositions de nature de simples diffrences de degrs4 ,et c'est alors que les deux voies qui se coupaient angle droit se trouveront relies par d'lgantes courbes se fondant l'une dans l'autre4 ,nous jugerons bientt de la valeur d'une telle mthode4 ,voyons-en d'abord les rsultats4 ,la premire antithse1 avons-nous dit1 est celle qui oppose l'tendu l'intendu4 ,m4 ,bergson1 qui avait1 un peu plus haut1 jug cette opposition absolument irrductible1 va se raviser et finir1 grce la souplesse de sa dialectique1 par leur imaginer un moyen terme4 ,laissons-lui la parole4 ,d'abord1 il nous prvient contre une illusion3 ,notre entendement1 cdant son illusion habituelle 7871 pose ce dilemme qu'une chose est tendue ou ne l'est pas4444#aeb ,puis il nous indique comment il a chapp cette illusion4 ,si l'on imagine1 d'un ct1 une tendue rellement divise en corpuscules1 par exemple1 de l'autre1 une conscience avec des sensations par elles-mmes inextensives qui viendraient se projeter dans l'espace1 on ne trouvera videmment rien de commun entre cette matire et cette conscience1 entre le corps et l'esprit4 ,mais cette opposition de la perception et de la matire est l'uvre artificielle d'un entendement qui dcompose et recompose selon ses habitudes et ses lois3 elle n'est pas donne l'intuition immdiate4 ,ce qui est donn1 ce ne sont pas des sensations inextensives3 comment iraient-elles rejoindre l'espace1 y choisir un lieu1 s'y coordonner enfin pour construire une exprience universelle8 ,ce qui est rel1 ce n'est pas davantage une tendue divise en parties indpendantes4444 ,ce qui est donn1 ce qui est rel1 c'est quelque chose d'intermdiaire entre l'tendue divise et l'intendu pur2 c'est ce que nous avons appel l'extensif4#aec ,ainsi ,m4 ,bergson distingue l'tendue dj divise de l'tendue indivise1 mais pourtant divisible1 qu'il appelle l'extensif4 ,accordons-lui cette terminologie1 quoiqu'elle ne soit pas exacte1 car l'tendue dj divise forme plusieurs tendues1 tandis que l'indivise est seule une tendue4 ,qu'en conclure8 ,le corps humain--comme tous les organismes vraiment dous d'unit--tant prcisment une tendue indivise ou extensive1 on n'a pas encore trouv de moyen terme entre le corps et l'me ni diminu le foss qui les spare4 ,la distinction de ,m4 ,bergson reste ct de la question et ne porte pas le coup qu'il en esprait4 ,deuxime antinomie4 ,l'obscurit du problme de l'union tiendrait1 en second lieu1 l'antithse que l'entendement tablit entre la quantit et la qualit4 ,la science1 en effet1 tend de plus en plus assimiler les corps des quantits et des mouvements homognes1 tandis que la conscience parat essentiellement constitue d'tats qualitatifs et htrognes4 ,mais tout rapprochement entre ces deux conceptions contraires ne parat plus impossible dans la thorie bergsonienne1 et le foss serait de nouveau combl si l'on pouvait les considrer comme les deux extrmes d'un tat moyen4 ,or1 il en serait bien ainsi3 la qualit htrogne ne serait qu'un groupement et une condensation par la mmoire d'une multitude d'tats homognes4 ,ainsi1 par exemple1 la qualit rouge ne serait que la contraction par la conscience de plusieurs trillions de vibrations homognes4 ,cet tat moyen entre la quantit homogne et les qualits htrognes a pris le nom de tension dans la nouvelle cole4 ,l'analyse de la perception pure nous a laiss entrevoir dans l'ide2 d'extension un rapprochement possible entre l'tendu et l'intendu4 ,mais noire conception de la mmoire pure devrait nous conduire1 par une voie parallle1 attnuer la seconde opposition1 celle de la qualit et de la quantit4444 ,o est au juste la diffrence entre les qualits htrognes qui se succdent dans notre perception concrte et les changements homognes que la science met derrire ces perceptions dans l'espace8 ,les premires sont discontinues et ne peuvent se dduire les unes des autres2 les seconds1 au contraire1 se prtent au calcul4 ,mais pour qu'ils s'y prtent1 point n'est besoin d'en faire des quantits pures3 autant vaudrait les rduire au nant4 ,il suffit que leur htrognit soit assez dilue1 en quelque sorte1 pour devenir1 notre point de vue1 pratiquement ngligeable4 ,or1 si toute perception concrte1 si courte qu'on la suppose1 est dj la synthse1 par la mmoire1 d'une infinit de perceptions pures qui se succdent1 ne doit-on pas penser que l'htrognit des qualits sensibles tient leur contraction dans la mmoire1 et l'homognit relative des changements objectifs leur relchement naturel8 ,et l'intervalle de la quantit la qualit ne pourrait-il pas alors tre diminu par des considrations de tension1 comme par celles d'extension1 la distance de l'tendu l'intendu8#aed ,ainsi--nous n'avions pas mal compris ces distinctions subtiles1--la quantit et la qualit1 l'homogne et l'htrogne ne sont que des degrs dans la contraction ou le relchement d'une mme chose1 la tension1 de mme que l'tendu et l'intendu sont des degrs et comme les limites extrmes d'un mme tat1 l'extension4 ,en sera-t-il de mme pour le ncessaire et le libre8 ,seront-ils une mme et unique chose1 plus ou moins dilue8 ,c'est ce qu'on va nous dire4 ,troisime antinomie4 ,dsormais1 on aura moins de peine1 ajoute ,m4 ,bergson1 comprendre la troisime et dernire opposition1 celle de la libert et de la ncessit4 ,la ncessit absolue serait reprsente par une quivalence parfaite des moments successifs de la dure les uns dans les autres4 ,en est-il ainsi de la dure de l'univers matriel8 ,chacun de ses moments pourrait-il se dduire mathmatiquement du prcdent8 ,nous avons suppos dans tout ce travail1 pour la commodit de l'tude1 qu'il en tait bien ainsi4444 que la contingence du cours de la nature1 si profondment tudie dans une philosophie rcente1 doit quivaloir pratiquement pour nous la ncessit4444 ,la libert n'est pas dans la nature un empire dans un empire4444 ,le progrs de la matire vivante consiste dans une diffrenciation des fonctions qui amne la formation d'abord1 puis la complication graduelle d'un systme nerveux capable de canaliser des excitations et d'organiser des actions3 plus les centres suprieurs se dveloppent1 plus nombreuses deviendront les voies motrices entre lesquelles une mme excitation proposera l'action un choix4 ,une latitude de plus en plus grande est laisse au mouvement dans l'espace4444 ,elle devient de plus en plus capable de crer des actes dont l'indtermination interne1 devant se rpartir sur une multiplicit aussi grande qu'on voudra des moments de la matire1 passera d'autant plus facilement travers les mailles de la ncessit4 ,ainsi1 qu'on l'envisage dans le temps ou dans l'espace1 la libert parat toujours pousser dans la ncessit des racines profondes et s'organiser intimement avec elle#aee4 ,et c'est ainsi que ,m4 ,bergson espre avoir lev ou attnu les trois oppositions qu'il a tablies entre le corps et l'esprit6 99 99 99 99 99 ,mais pourquoi s'arrter sur cette pente rapide et vertigineuse des rapprochements par identification8 ,aprs avoir identifi l'tendu et l'intendu1 la quantit homogne et la qualit htrogne1 la ncessit et la libert--o l'on ne veut plus voir que des degrs ou des tats plus ou moins dilus1--n'est-il pas plus simple et plus logique d'aller jusqu'au fond de l'abme1 en identifiant la matire et l'esprit1 le corps et l'me8 ,c'tait mme logiquement la premire antinomie laquelle il fallait s'attaquer4 ,s'il avait commenc par l1 ,m4 ,bergson nous aurait du moins vit un trs long et trs pnible dtour travers la pnombre profonde de subtilits vraiment inextricables1 et nous serions alls droit au but du monisme universel4 ,avec un peu de patience1 voici que nous y arrivons quand mme1 et quoique l'auteur--par une rserve qu'il ne gardera pas toujours--se soit content de nous laisser entrevoir sa pense1 elle nous parat suffisamment claire3 ,intelligenti pauca4 ,le lecteur va en juger lui-mme par quelques citations choisies4 ,il verra si1 aprs avoir pouss le dualisme de l'me et du corps jusqu' l'extrme1 ces extrmes n'ont pas fini de se rejoindre et s'identifier3 ,que toute ralit ait une parent1 une analogie1 un rapport enfin avec la conscience1 c'est ce que nous concdions l'idalisme1 par cela mme que nous appelions les choses des images#aef4--,l'univers matriel1 dfini comme la totalit des images1 est une espce de conscience1 une conscience o tout se compense et se neutralise1 une conscience dont toutes les parties ventuelles1 s'quilibrant les unes les autres par des ractions toujours gales aux actions1 s'empchent rciproquement de faire saillie4#aeg--,la matire tendue1 envisage dans son ensemble1 est comme une conscience o tout s'quilibre1 se compense et se neutralise4#aeh,nous disions que cette nature pouvait tre considre comme une conscience neutralise et par consquent latente1 une conscience dont les manifestations ventuelles se tiendraient rciproquement en chec et s'annuleraient au moment prcis o elles veulent paratre4 ,les premires lueurs qu'y vient jeter une conscience individuelle ne l'clairent donc pas d'une lumire inattendue4#aei--,on conoit une infinit de degrs entre la matire et l'esprit pleinement dvelopp4 ,ainsi1 entre la matire brute et l'esprit le plus capable de rflexion1 il y a toutes les intensits possibles de la mmoire1 ou1 ce qui revient au mme1 tous les degrs de la libert4#afj ,nous pourrions multiplier les passages o cette thorie est insinue ou sous-entendue4 ,ceux-ci sont assez nets pour n'en pouvoir plus douter3 ,la matire et l'esprit sont bien au fond de la mme nature1 ou1 selon une formule clbre que nous rencontrerons plus tard3 le physique n'est que du psychique inverti4 ,pour l'apprcier comme il convient1 il nous suffira de nous demander si cette hypothse finale est vraiment une solution du fameux problme1 pris des mains de ,descartes1 sur l'union de la matire et de l'esprit1 du corps et de l'me4 ,il est clair que non4 ,ce n'est pas une solution1 mais au contraire une ngation du problme qu'on s'tait propos de rsoudre4 ,si le corps et l'me sont une mme nature des degrs divers1 leur point de jonction ou leur point de contact n'est pas rechercher4 ,le problme de leur union ne se pose mme plus3 il n'est qu'un pseudo-problme4 ,c'est bien l la fin de non-recevoir commune toutes les philosophies incapables de lui trouver une solution4 ,c'est donc un aveu dguis d'impuissance4 ,or1 cet chec provient d'une obstination aveugle dans une fausse mthode1 issue de ce prjug qu'on ne peut unir deux termes sans les identifier1 alors que la plus lmentaire observation dmontre le contraire4 ,eh6 pourquoi le mme sujet ne serait-il pas la fois dou de qualit et de quantit1 de libert et de ncessit1 des points de vue diffrents8 ,un corps1 quoique passif et inerte1 ne peut-il pas contenir de grandes nergies8 ,la mme personne n'est-elle pas ncessite dans ses actes irrflchis ou automatiques et libre dans ses actes rflchis8 ,en vrit1 c'est une opposition bien factice qu'on imagine entre des termes qui s'unissent si naturellement dans la nature1 parce qu'ils se compltent grce leur diversit mme1 et la prtention d'exasprer ainsi comme plaisir la difficult de l'union pour la mieux rsoudre est purement illusoire4 ,reste l'opposition classique entre l'tendu et l'intendu4 ,mais1 l non plus1 il n'est pas ncessaire d'identifier les termes pour les unir4 ,en approfondissant la notion d'tendue concrte1 il est facile de dcouvrir1 aprs ,aristote et saint ,thomas1 que les parties multiples de l'tendue ne peuvent coexister sans un lien qui les unisse4 ,tout tre est un1 dit saint ,thomas1 et ne participe l'tre que dans une proportion mme o il participe a l'unit#afa4 ,il faut donc que l'un runisse le multiple1 que l'intendu centralise et enveloppe l'tendu4 ,et c'est prcisment ce que nous constatons dans la nature o nous ne rencontrons jamais de matire sans une force animant ou unifiant cette matire4 ,du reste1 que vaudrait la passivit et l'inertie de la matire sans un principe d'action surajout8 ,etre1 c'est pouvoir agir1 et ce qui ne peut agir n'est pas un tre complet4 ,or1 un principe d'action1 c'est encore un principe d'unit1 qui vient complter la matire1 bien loin de s'opposer elle comme incompatible4 ,de l est issue la clbre thorie de la dualit de l'tre matriel compos de matire et de forme1 d'un principe extensif et passif et d'un coprincipe inextensif et actif4 ,elle unit les contraires sans avoir besoin de les identifier1 comme on unit l'endroit et l'envers1 l'actif et le passif1 l'acte et la puissance sans avoir besoin de recourir des identifications contradictoires et draisonnables4 ,elle concilie ainsi1 sans leur faire la moindre violence1 les donnes de la raison avec celles de l'exprience1 soit vulgaire1 soit scientifique1 comme nous l'avons montr ailleurs surabondamment#afb4 ,tandis que l'identit des contraires fait la fois violence au bon sens et aux faits4 ,cette thorie fameuse1 qui pendant plus de vingt sicles a eu les faveurs des plus grands gnies de l'humanit1 d',aristote jusqu' ,leibnitz1 mritait bien au moins quelque mention dans un volume consacr l'union de l'me et du corps4 ,nous avons le regret de n'y voir mentionns que des essais modernes1 comme si l'esprit humain n'avait commenc penser que depuis deux ou trois sicles1 et nous avons constat que ces nouveauts rajeunissaient1 sans s'en douter1 de trs vieilles erreurs cent fois rfutes1 telles que l'identit des contraires4 ,bien loin de les identifier1 l'esprit humain n'a jamais russi qu' se dissimuler leur opposition2 aussi a-t-on pu trs justement dfinir le monisme3 un dualisme dguis1 o l'un des deux combattants est laiss dans l'ombre#afc4 ,le problme de l'union de l'me et du corps1 loin d'tre rsolu par la philosophie nouvelle1 en reste donc au mme point1 et ce nouvel chec1 aprs tant d'autres1 nous montre la strilit des spculations qui ont rompu de parti pris avec les traditions sculaires de l'esprit humain4 99 99 99 99 99 ,,iv ,,la ,,philosophie ,,du ,,devenir ,,pur4 ,paulo majora canamus6 ,le moment est venu d'appliquer aux prtentions de la ,philosophie nouvelle l'orgueilleux vers du pote3 ,magnas ab integro sclorum nascitur ordo4 ,jusqu'ici1 la nouvelle notion du ,temps ou de la ,dure n'a encore enfant que des hors d'uvre et pas une uvre matresse4 ,ses essais1 pour raffermir sur ses bases la ,libert humaine ou pour expliquer l'union de rame et du corps1 nous ont paru comme des constructions accessoires et bien fragiles1 de vritables jeux d'esprit--et aussi de patience1--qu'il faut admirer de loin1 en vitant de les toucher du bout de l'index pour ne pas leur faire perdre leur quilibre instable4 ,or1 voici que--par une espce d'volution brusque et imprvue--elle va enfanter tout un monde nouveau1 bien diffrent et mme au rebours de celui o nous avions coutume de vivre et de penser4 ,du coup1 ,m4 ,bergson va se poser en adversaire1 non seulement de ,kant1 mais de tous les penseurs de gnie depuis le sicle de ,pricls jusqu' nos jours4 ,ce monde nouveau1 que la nouvelle notion portait en germe dans ses flancs tnbreux1 semblait pourtant insouponn jusqu'ici1 soit du lecteur1 soit de l'auteur lui-mme1 qui a d tre surpris en lui donnant le jour4 ,en effet1 dans ses premiers ouvrages1 ,m4 ,bergson parlait habituellement comme un partisan de la ,philosophie de l'tre et un dfenseur de la raison laquelle il fait sans cesse appel2 et voici qu'il va devenir le fondateur de la ,philosophie du non-tre et de l'antiintellectualisme contemporains4 ,comment a pu se produire un revirement si brusque8 ,n'tait-il qu'apparent8 ,nous ne le rechercherons pas4 ,aussi bien l'auteur lui-mme semble-t-il nous l'interdire lorsqu'il soutient--sans doute1 pour en avoir fait l'exprience--que les mouvements de la vie et de la pense sont absolument imprvisibles3 thse curieuse que nous retrouverons en son lieu4 ,il nous faut donc pntrer1 sa suite1 dans ce monde si inconnu du ,devenir pur et de l',antiintellectualisme pour en examiner au moins les lignes matresses et apprcier leur valeur4 99 99 99 99 99 ,commenons par exposer le problme et les diverses solutions qui ont t proposes2 nous ferons ensuite la critique de la solution bergsonienne1 soit en elle-mme1 soit dans ses consquences ruineuses4 ,toute philosophie1 qui se respecte assez pour vouloir s'appuyer sur les donnes de l'observation et ne pas tre une vaine construction a priori btie sur les nuages1 doit partir du fait universel qui domine la nature entire3 le mouvement4 ,la nature1 disait ,aristote1 c'est l'ensemble des choses qui se meuvent2 c'est le principe du mouvement ou du changement4444 ,ignorer ce qu'il est1 ce serait ignorer la nature entire4#afd ,c'est la vraie mthode1 croyons-nous2 la seule qui puisse enfin faire descendre du ciel sur la terre les thories des philosophes4 ,m4 ,bergson l'a trs bien vu1 lorsqu'il crit3 ,c'est du mouvement que la spculation devrait partir4#afe ,nous devons aussi lui rendre cette justice qu'il a trs bien compris que le mouvement dont il s'agit ici n'est pas seulement le mouvement de translation d'un lieu un autre3 mouvement superficiel1 dit-il fort justement1 mais encore le mouvement de transformation qui se produit en profondeur et affecte la qualit mme de l'tre1 tandis que le premier ne change que son lieu#aff4 ,le mouvement dont il s'agit ici n'est donc pas un phnomne purement local et restreint1 mais un phnomne universel que toute observation1 soit extrieure1 soit intrieure et consciente1 ne cesse de constater1 celui du changement1 soit dans le lieu1 soit dans la qualit1 soit dans la quantit1 soit mme dans la substance des choses qui se meuvent4 ,dans le sens large de ce mot1 le mouvement signifiera dsormais le devenir4 ,mais il ne suffit pas au philosophe d'admettre ou de constater ce grand fait du mouvement1 il faut surtout qu'il en trouve l'explication1 qu'il nous en propose une thorie raisonnable4 ,or1 depuis que l'esprit humain s'y exerce1 il n'a pu trouver que trois solutions possibles3 ,la premire--celle de l'cole d',ele1 dont le sophiste ,znon fut un des plus brillants interprtes--consiste traiter ce fait d'impossible et d'illusoire1 et nier la ralit objective du mouvement4 ,de tout temps1 en effet1 l'illusion a t1 pour certains philosophes1 l'explication commode des faits qu'ils ne parvenaient pas comprendre4 ,mais cette explication paresseuse1 cette fin de non-recevoir peu sincre se heurte ensuite des difficults autrement insolubles lorsqu'il leur faut expliquer l'illusion elle-mme4 ,au lieu d'une nigme1 alors ils en ont deux1 et loin que la lumire ait commenc poindre1 ils n'ont russi qu' doubler les tnbres en expliquant un mystre par un autre encore plus profond3 obscurum per obscurius4 ,aprs avoir pris la peine d'exposer trs longuement les quatre fameux arguments de ,znon contre la possibilit du mouvement et en avoir dmontr victorieusement l'inanit sophistique#afg1 ,aristote s'est surtout lev avec force contre le procd et la mthode a priori qui les avait inspirs4 ,il n'hsite pas traiter de raisonneurs insenss ceux qui osent nier les faits les mieux constats1 sous prtexte qu'on ne peut les comprendre et qu'ils sont obscurs pour la raison4 ,ne se fier qu'au raisonnement1 ajoute-t-il1 et mpriser l'vidence des sens1 loin d'tre la marque d'un esprit fort1 est le signe certain d'une faiblesse d'esprit1 infirmitas qudam cogitationis est3 #afh4 ,a ce trait1 il est ais de reconnatre l'adversaire irrductible des thories purement spculatives et le fondateur de la mthode d'observation qui caractrise la philosophie pripatticienne et scolastique4 ,la seconde solution1 qui se pince aux antipodes de la premire1 est celle d',hraclite4 ,tandis que ,znon nie la ralit du mouvement1 celui-ci soutient qu'il est la seule ralit1 toute la ralit4 ,znon niait le tmoignage des sens pour mieux rehausser celui de la raison2 il niait le mouvant qui est un non-tre en train de devenir1 pour mieux affirmer ce qui est1 l'tre qui demeure sous le tourbillon des phnomnes qui passent4 ,hraclite suit la marche diamtralement oppose4 ,cet anctre de l'antiintellectualisme suspecte dj le tmoignage de la raison pour ne se fier qu' l'observation positive des sens2 il nie l'tre qui demeure pour ne reconnatre que le mouvant qui passe4 ,pour lui1 l'tre n'est pas2 le mouvement1 le devenir--qui est un non-tre en train de se faire et ne sera jamais fait--est la seule existence perptuellement changeante et insaisissable4 ,c'est la philosophie du non-tre4 ,entre ces deux solutions extrmes1 se place celle d',aristote1 qui vient les concilier dans une opinion moyenne4 ,pourquoi ne se fier qu'aux sens ou la raison seulement au lieu de se fier aux deux la fois1 puisque la nature nous a galement pourvus de ces deux instruments de connaissance8 ,pourquoi ne pas admettre en mme temps le mouvement et l'tre en mouvement8 ,bien loin de s'exclure1 les deux notions s'appellent et s'exigent mutuellement parce qu'elles se compltent4 ,une action sans un agent serait inintelligible1 de mme qu'une passion sans un patient1 un mouvement sans un mobile1 un changement sans un objet qui change1 un attribut sans sujet1 une manire d'tre sans tre4 ,le phnomne n'est donc que la manifestation de l'tre2 le dynamique ou le mouvant n'est que le rayonnement du statique et du stable2 l'effet qui passe un produit de la cause qui subsiste4 ,l'tre est donc conu par ,aristote dans deux tats diffrents1 soit dans son panouissement dynamique1 en acte1 1 soit dans sa concentration en germe ou en puissance1 1 et le passage de la puissance l'acte s'appelle le mouvement ou changement1 3 c'est le devenir en marche4 ,l'explication du mouvement est ainsi complte1 puisqu'aucun des deux lments du problme n'est omis4 ,l'tre qui se meut ou qui est m tait ni par ,hraclite2 son mouvement lui-mme tait ni par ,znon4 ,ici1 les deux donnes sont galement reconnues et runies dans une raisonnable synthse4 ,c'est le progrs o l'panouissement de la puissance en acte1 du germe en vgtal ou animal1 par exemple1 qui constitue le mouvement volutif2 et ce fait n'est pas illusoire mais trs rel1 car il y a sans cesse du nouveau en ce monde1 et non pas seulement des combinaisons nouvelles de parties anciennes2 c'est un progrs vritable dans le dveloppement de l'tre que nous constatons#afi4 ,or1 de ces trois solutions1 quelle sera la prfre de ,m4 ,bergson8 ,ce n'est pas la premire1 assurment1 celle de ,znon et des mcanistes cartsiens1 pour lesquels tout est donn ds le commencement1 du monde1 puisqu' leurs yeux il ne se produit rien de nouveau dans l'tre1 mais seulement des combinaisons nouvelles d'tres entre eux4 ,on ne saurait trop fliciter ,m4 ,bergson de l'nergie--je dirai presque de l'acharnement--qu'il met tout propos pour combattre1 sous toutes ses formes1 une erreur si contraire l'observation la plus lmentaire4 ,cette rfutation du mcanisme et des thories atomistiques sera srement la meilleure partie de ses travaux4 ,ce n'est pas davantage la troisime solution qu'il accepte1 celle d',aristote1 qu'il semble connatre bien peu1 car il dfigure2 les notions d'acte et de puissance au point de les rendre grotesques4 ,en cela1 je ne parle pas seulement de l',acte pur d',aristote que ,m4 ,bergson compare faussement aux ,ides platoniciennes ramasses en boule#agj1 mais encore de la ,puissance qu'il confond avec la matire4 ,la matire1 l' des ,pripatticiens1 ne dsigne nullement le ,devenir2 ni le ,devenir latent ou puissance1 21 ni le ,devenir en marche ou mouvement1 4 ,elle n'est que le sujet passif du ,devenir1 tandis que la forme en est le sujet actif4 ,nous avons dj relev chez d'autres auteurs contemporains#aga la mme confusion qui1 pour tre rpte de confiance1 n'en est pas moins une confusion regrettable4 ,a cette premire mprise1 ,m4 ,bergson en ajoute une seconde encore plus grave en imaginant que la matire aristotlicienne est un zro mtaphysique qui1 accol l',ide comme le zro arithmtique l'unit1 la multiplie dans l'espace et le temps4444 ,c'est donc1 dit-il1 du ngatif1 ou tout au plus du zro1 qu'il faudra ajouter aux ,ides pour obtenir le changement#agb4 ,certes1 cette explication du changement ou mouvement est grotesque et absurde1 mais ce n'est ni celle de l',ecole ni la ntre4 ,et le passage de la puissance l'acte1 du germe la plante1 de l'uf au poussin1 ne ressemble en rien la prtendue addition d'un zro une ide4 ,si mal comprise1 il n'est plus tonnant que la troisime solution n'ait pas eu les faveurs de ,m4 ,bergson4 ,on ne peut prfrer ce que l'on ignore3 ignoti nulla cupido4 ,s'il n'a pas trouv l'occasion d'exposer ni de discuter1 mme brivement1 la grande thorie aristotlicienne du changement ou de l'volution dans un gros volume tout consacr l'volution1 nous ne pouvons l'attribuer un oubli1 encore moins un ddain mprisant1 mais une simple lacune de son rudition philosophique#agc4 ,il ne restait donc plus au choix de ,m4 ,bergson que la deuxime solution1 celle d',hraclite1 qui tient une si petite place dans l'histoire de la pense humaine1 puisqu'elle semblait clipse et disparue1 sans aucun reprsentant notoire1 depuis le sicle de ,pricls jusqu'au jour o ,hegel essaya1 sans grand succs d'ailleurs1 de la reprendre et de la restaurer4 ,l'cole bergsonienne sera-t-elle plus heureuse dans cette restauration8 ,le lecteur en jugera aprs l'expos trs succinct que nous allons lui faire des difficults--disons mme des impossibilits--o elle doit venir se heurter fatalement4 99 99 99 99 99 ,d'abord1 que telle soit bien la pense de ,m4 ,bergson et qu'il se soit ralli a la philosophie hraclitienne du devenir pur1 cela ne saurait faire aucun doute4 ,tout son systme est fond sur la ngation de la catgorie de chose ou d'tre stable et permanent1 qu'il remplace par un flux perptuel et un devenir incessant4 ,matire ou esprit1 crit-il1 la ralit nous est apparue comme un perptuel devenir4 ,elle se fait ou elle se dfait1 mais elle n'est jamais quelque chose de fait4 ,telle est l'intuition que nous avons de l'esprit quand nous cartons le voile qui s'interpose entre notre conscience et nous4 ,voil aussi ce que l'intelligence et les sens eux-mmes nous montreraient de la matire1 s'ils en obtenaient une reprsentation immdiate et dsintresse4#agd ,ds les premires pages de l',evolution cratrice1 l'auteur avait pos sa thse encore plus nettement en se demandant quel est le sens prcis du mot exister4 ,il y rpond qu'exister1 c'est changer et changer sans cesse1 en sorte que1 par exemple1 si un tat d'me cessait de varier1 sa dure cesserait de couler4--,la vrit1 ajoute-t-il1 est qu'on change sans cesse et que l'tat lui-mme est dj du changement4#age ,de l ces expressions que l'on rencontre chaque instant dans tout le cours de cet ouvrage3 la masse fluide de notre existence2--le flux perptuel des choses2--la ralit est fluide2--elle se rsout en un simple flux1 une continuit d'coulement1 un devenir2--elle est une croissance perptuelle1 une cration qui se poursuit sans fin2--elle est un flux plutt qu'une chose2--elle est un lieu de passage2--elle est un mouvement2--il n'y a pas de chose1 il n'y a que des actions#agf4 ,la thse de ,m4 ,bergson est donc bien celle d',hraclite3 tout s'coule et rien ne demeure1 #agg4 ,c'est celle que les modernistes lui ont emprunte dans leur trs irrvrencieuse ,risposta l',encyclique ,pascendi1 o ils professent explicitement que l'existence est mouvement#agh4 ,les uns et les autres doivent admettre1 par consquent1 l'exemple fameux du sophiste grec3 on ne se baigne pas deux fois dans le mme fleuve--ni mme une seule fois1--puisque rien ne demeure dans ce perptuel devenir et que tout change chaque instant1 soit dans le fleuve1 soit dans le baigneur#agi4 ,si telle est bien la thse de ,m4 ,bergson1 le lecteur ne s'tonnera pas que nous en relevions l'exagration manifeste4 ,sans doute1 tout est en mouvement1 en ce sens que dans l'tre en mouvement une partie change tandis que l'autre partie demeure4 ,et la partie qui change est1 pour l'ordinaire1 la plus accidentelle et la plus superficielle de l'tre1 bien loin d'tre la plus profonde et la plus importante3 par exemple1 lorsqu'il ne fait que changer de figure ou de position dans l'espace4 ,mais dire que l'tre tout entier change la fois n'a plus de sens4 ,ce serait renouveler la merveille du fameux couteau ,jeannot1 dont on avait chang la lame et puis le manche1 tout en prtendant qu'il restait le mme couteau4 ,ou bien ce serait remplacer la permanence des tres par leur rptition4 ,leur dure1 si rien en eux ne demeure identique1 ne serait qu'un fantme qui disparatrait en naissant pour renatre l'instant suivant4 ,or1 ces renaissances successives constitueraient des sries d'tres nouveaux et nullement la dure ou la permanence des tres anciens4 ,la dualit de l'tre est donc la premire condition pour que le changement soit intelligible2 de l la clbre thorie aristotlicienne de la matire et de la forme1 sans laquelle nous croyons bien impossible d'expliquer le changement4 ,m4 ,barthlmy ,saint-,hilaire1 d'abord si tranger cette thorie1 avait fini par la comprendre et en proclamer la vrit3 ,oui1 sans doute1 crivait-il1 si l'tre est un1 il ne peut avoir de mouvement3 mais s'il a une partie qui change1 et si la matire s'ajoute la forme1 ds lors le mouvement est possible1 car la forme change puisqu'elle peut passer d'un contraire l'autre4444 ,l'unit de l'tre est incompatible avec sa mobilit2 mais du moment que l'tre est multiple1 il est susceptible de mouvement4#ahj ,mais laissons de ct1 pour le moment1 cette controverse1 pour attaquer directement la thse bergsonienne que tout s'coule et que rien ne demeure4 ,nous soutenons1 au contraire1 que1 sous l'coulement1 il y a quelque chose qui demeure1 et ce quelque chose qui demeure1 nous l'appelons l'tre lui-mme1 par opposition ses modalits ou ses accidents qui changent4 99 99 99 99 99 ,pour cette dmonstration1 nous ferons appel1 soit la raison1 soit l'exprience des faits les plus universels4 ,d'abord1 aux yeux de la raison1 la mobilit pure est une conception inintelligible et contradictoire4 ,le mouvement est une relation de passage entre des termes fixes1 en sorte que supprimer ces termes serait supprimer le mouvement4 ,et quels sont ces termes ou lments fixes8 ,il y en a au moins trois3 un point de dpart1 un point d'arrive et les principes ou les lois fixes qui prsident au passage de l'un l'autre4 ,tout ce qui devient n'est pas encore ce qu'il sera1 sans doute1 mais il est dj ce qu'il est actuellement4 ,voil le point de dpart1 l'tre1 qui n'est pas encore le mouvement4 ,par exemple1 il est dj un germe ou un uf avant de devenir une plante ou un oiseau2 il est dj une puissance et va passer l'acte4 ,s'il n'tait rien du tout1 il ne pourrait pas se mouvoir2 car le nant ne se meut pas et ne peut tre m4 ,donc1 la conception de ,m4 ,bergson d'un mouvement sans rien qui se meut1 d'une dure sans rien qui dure1 est vide de sens4 ,le point d'arrive ou le but n'est pas moins indispensable4 ,on ne se meut pas uniquement pour se mouvoir1 mais pour arriver quelque chose1 pour aboutir4 ,changer uniquement pour changer serait inintelligible4 ,l'tre1 en paraissant agir et faire quelque chose1 ne ferait rien du tout4 ,son activit serait donc inaction et son travail un repos4 ,et telle est bien la conception bergsonienne du devenir pur o il n'y a jamais rien de fait1 ni au point de dpart ni au point d'arrive1 o tout s'efforce d'tre sans jamais pouvoir tre4 ,un tel devenir n'est mme pas la montagne enfantant une souris1 puisqu'elle n'enfante rien du tout4 ,que si elle accouchait d'un tre quelconque1 l'tre serait au terme du devenir1 comme son point de dpart1 et le rve du devenir pur se serait vanoui4 ,le devenir n'est donc intelligible que par l'tre qui peut devenir et qui devient4 ,il est le devenir-tre1 car le devenir-rien est un non-sens4 ,tout n'est donc pas devenir1 il y a du devenu2 il y a de l'tre et pas seulement une fuite perdue travers l'infini d'apparences perptuellement naissantes et vanescentes4 ,bien plus1 le mouvement n'est qu'un moyen pour produire l'tre nouveau2 il n'est donc pas l'essentiel ni le principal3 l'tre prime le non-tre du devenir4 ,a ces deux termes extrmes1 le point de dpart et le point d'arrive du mouvement1 qui ne sont pas du mouvement1 mais des points de repre et des conditions essentielles du mouvement1 nous avons ajout des termes moyens qui le gouvernent ou le rglent4 ,le mouvement1 qui se distingue du hasard1 n'est rien sans rgle2 mais la rgle est fixe1 et c'est ici ce qui nous importe4 ,or1 la premire rgle du mouvement est d'avoir une direction4 ,un mouvement qui n'aurait aucune direction n'aurait aucun sens4 ,plus de progrs concevable sans elle3 impossible de dire o l'on va et mme si l'on y va4 ,d'autre part1 une direction est essentiellement quelque chose de fixe1 au moins pendant un temps donn1 jusqu' ce que le but soit atteint4 ,en sorte qu'une direction perptuellement changeante ne serait plus une direction4 ,l'introduction d'une direction quelconque dans le mobilisme universel serait donc une contradiction flagrante4 ,je sais bien que ,m4 ,bergson a tent cependant ce tour de force de l'introduire sous le nom de tendance1 qu'il dfinit3 un changement de direction l'tat naissant2 mais c'est l jouer sur les mots3 un changement perptuel de direction1 mme a l'tat perptuellement naissant1 n'est plus une direction4 ,nous retenons d'ailleurs cet essai de correction au mobilisme pur comme un aveu que1 le mouvement seul ne se suffit pas4 ,il lui faut encore une direction fixe4 ,il lui faut en outre des raisons d'tre et des lois4 ,or1 ces nouveaux termes sont encore fixes4 ,par exemple1 les rapports mcaniques de deux ou plusieurs mouvements ne peuvent pas plus changer que les rapports gomtriques ou algbriques dont ils sont la consquence4 ,mon compas1 en tournant sur une pointe1 ne peut pas ne pas dcrire un cercle1 puisque tous les points de la circonfrence qu'il trace sont a gale distance du centre et que telle est prcisment la raison d'tre du cercle4 ,donc les raisons d'tre sont fixes4 ,quant aux lois contingentes qui rgissent les mouvements physico-chimiques ou biologiques1 ne dites pas qu'elles sont variables et la merci d'un fait nouveau4 ,c'est notre science humaine qui est la merci d'un fait nouveau et qui partant est provisoire4 ,notre formulation des lois de la nature est toujours incomplte et provisoire1 mais la loi elle-mme ne l'est pas4 ,si elle semble parfois flchir1 c'est pour rentrer dans une loi plus haute o nous retrouverons encore la fixit4 ,comme l'a trs bien dit ,m4 ,fouille3 ,tout serait-il mouvant sur cette terre1 notre pense s'lverait au-dessus de l'coulement universel1 lcherait de dcouvrir les lois et le rythme qui poussent les flots contre les flots1 et au-dessus de ces lois fixes mais contingentes1 elle atteindrait jusqu'aux principes ternels et ncessaires qui la dominent et la rgissent4#aha ,aux raisons d'tre et aux lois physiques du mouvement1 nous devrions enfin ajouter des causes4 ,le mouvement ou changement est1 en effet1 une absence d'identit dans le mme tre1 ce qui ne peut s'expliquer sans l'intervention d'une cause trangre1 si l'on ne veut pas se laisser acculer l'identit des contradictoires4 ,m4 ,le ,roy en fait l'aveu lorsqu'il crit3 ,qu'est-ce que le ,devenir1 sinon une fuite perptuelle de contradictoires qui se fondent8#ahb ,il faut donc au mouvement une cause motrice et1 au-dessus de toutes les causes secondes et mobiles1 un premier moteur immobile1 c'est--dire mouvant tout sans tre m lui-mme1 parce que le mouvement suppose l'immuable1 comme le contingent suppose le ncessaire1 et le devenir imparfait suppose le parfait1 l',acte pur4 ,mais c'est l une ascension que nous ne pouvons entreprendre en ce moment4 ,nous l'indiquons cependant1 pour mettre en lumire la synthse grandiose de notre doctrine3 le mouvement s'appuie sur l'immobile comme sur le point d'appui qui le rend possible et fait toute sa force4 ,le mobilisme pur est donc un corps sans me1 un mcanisme sans ressort et sans contrepoids1 un systme mtaphysique mort-n1 sans raison d'tre4 ,telle est la rponse de la raison pure qu'il nous faut maintenant soumettre au contrle de l'exprience et des faits4 99 99 99 99 99 ,d'abord1 l'observation sensible laquelle ,m4 ,bergson nous renvoie nous parat avoir t faite bien incompltement par ce philosophe4 ,parti du point de vue exclusivement psychologique1 il a cru observer qu'au dedans de notre conscience tout change incessamment sans que rien y demeure--conclusion que nous examinerons bientt1--et cette conclusion1 il commence par la gnraliser en l'tendant la nature entire4 ,or1 ds ce premier pas1 nous refusons de le suivre dans son affirmation que l'existence est mouvement4 ,le monde de la matire ou des corps bruts1 qui est beaucoup plus considrable que l'autre--car la vie serait plutt une exception1--et qui d'ailleurs s'offre le premier nos regards et notre observation1 nous donne1 au contraire1 un spectacle diamtralement oppos celui d'un flux perptuel4 ,c'est le monde de la solidit1 de la stabilit1 de la permanence perptuelle4 ,tout y est inerte1 incapable par lui-mme de changer1 ce point que la loi de l'inertie est devenue le principe fondamental de la mcanique1 de l'astronomie et de toutes les sciences physiques4 ,pour changer1 soit de figure1 soit de qualit1 soit mme de position1 toute masse1 toute molcule doit attendre un choc et une impulsion extrieure4 ,son tre est donc stable par lui-mme et ne change qu'accidentellement4 ,et non seulement l'tre matriel nous apparat ainsi comme de nature stable et permanente1 mais les lois qui gouvernent ses changements accidentels et qui sont tudies par la mcanique1 la physique1 la chimie1 la cristallographie1 etc41 sont parfaitement fixes et stables1 et1 en ce sens1 ncessaires1 au tmoignage unanime de tous les savants4 ,parmi ces lois1 il en est de fondamentales et de caractristiques1 telles que la loi de la conservation de l'nergie1 la loi de la permanence des poids ou de la conservation de la matire travers tous les changements physico-chimiques1 qui nous montrent avec vidence qu'il y a du fixe et de l'immobile jusqu'au sein du mobile et du changement1 et que sous le flux des changements on dcouvre un fonds stable et permanent4 ,il est donc faux ou contraire l'observation la plus lmentaire d'identifier l'existence avec le mouvement1 l'tre stable avec son mouvement passager4 ,prendre ainsi la partie pour le tout est une mtaphore de rhtorique qui doit tre exclue de la science positive et de la philosophie fonde sur la science4 ,en prsence de ce spectacle du monde matriel qui dment si ouvertement la thse bergsonienne que toute existence est du mouvement1 on doit pressentir l'embarras de son auteur4 ,il ne s'en tire qu'en fermant les yeux et en dclarant que tout ce spectacle de la nature n'est qu'une illusion#ahc4 ,l'illusion1 nous l'avons dj vu1 est la rponse commode1 paresseuse1 qui esquive les difficults qu'on ne peut rsoudre4 ,en rsum1 crit-il1 les qualits 7prtendues stables7 de la matire sont autant de vues stables que nous prenons sur son instabilit4444 ,le corps change de forme tout instant4 ,ou plutt il n'y a pas de forme1 puisque la forme est de l'immobile et que la ralit est mouvement4 ,ce qui est rel1 c'est le changement continuel de forme3 la forme n'est qu'un instantan pris sur une transition4 ,donc1 ici encore1 notre perception s'arrange pour solidifier en images discontinues la continuit fluide du rel4 ,quand les images successives ne diffrent pas trop les unes des autres1 nous les considrons toutes comme l'accroissement et la diminution d'une seule image moyenne1 ou comme la dformation de cette1 image dans des sens diffrents4 ,et c'est celle moyenne que nous pensons quand nous parlons de l'essence d'une chose ou de la chose mme4#ahd ,la stabilit constate par les savants1 comme par le vulgaire1 dans les proprits des mtaux1 par exemple1 de l'or1 de l'argent1 du cuivre1 etc41 qui nous permet de dcrire l'avance les phnomnes physico-chimiques qu'ils produiront dans un cas donn1 n'est donc qu'une illusion de nos sens qui s'arrangent pour solidifier leur continuit fluide4 ,en vrit1 cet arrangement produit par nos sens est le fait d'une habilet merveilleuse1 d'autant plus merveilleuse qu'elle produit toujours et partout les mmes arrangements4 ,demandez tous les chimistes du monde entier quelles sont les proprits connues de tels ou tels corps1 solide1 liquide ou gazeux1 mtal ou mtallode1 acide ou base1 et de leurs composs chimiques1 ils vous feront des rponses invariables1 au fond identiques1 et si vous tes incrdules1 ils vous en feront faire la vrification exprimentale4 ,demandez tous les physiciens les lois de la pesanteur1 de l'optique1 de l'acoustique44444 ils vous indiqueront toujours les mmes et rpteront cent fois sous vos yeux des expriences identiques4 ,mais cette adaptation permanente et universelle de tous les sens et de tous les esprits chez tous les hommes1 pour produire toujours et partout les mmes merveilleuses illusions de constance et de stabilit dans les tres et les lois de la nature1 n'est-elle pas elle-mme un lment de fixit et de stabilit8444 ,en sorte que le statique chass--comme le naturel--nous revient au galop6444 ,cependant1 quel artifice invraisemblable de vouloir mettre seulement dans l'esprit ce statique que nous dcouvrons si clairement dans la matire elle-mme et dans les lois naturelles qui la rgissent6 ,un exercice d'quilibre sur cette pointe d'aiguille ne peut durer longtemps1 et ,m4 ,bergson y renoncera bientt en appelant la matire du psychique inverti ou congel1 cristallis#ahe4 ,le physique est-il du psychique1 la matire est-elle de l'esprit dchu8--,nous l'examinerons plus tard4 ,pour le moment1 nous prenons acte que c'est bien du congel1 du cristallis et partant du statique et de l'inerte4 ,ce n'est donc pas l'observation ingnue et loyale de la nature matrielle qui a pu suggrer le contraire ,m4 ,bergson1 c'est seulement son prjug psychologique qui lui a fait voir du psychique et du fluent partout1 jusqu'au sein de la nature morte et inerte4 ,ce mirage n'tait qu'un rve et nullement l'intuition d'un fait rel1 car il contredirait trop audacieusement toutes les observations vulgaires ou scientifiques4 ,du monde de la matire1 passons maintenant au monde de l'esprit ou de la conscience pour examiner si1 l encore1 l'observation psychologique1 d'ailleurs si pntrante1 de ,m4 ,bergson ne serait pas prise en dfaut1 comme gravement incomplte4 ,c'est dans le domaine de la vie1 en effet1 que le dfenseur du devenir pur prend des airs de triomphe et de dfi4 ,il semble tre l chez lui1 matre de la place1 l'abri de toute attaque srieuse4 ,ecoutons sa brillante analyse du courant de la vie consciente3 ,sensations1 sentiments1 volitions1 reprsentations1 voil les modifications entre lesquelles mon existence se partage et qui la colorent tour tour4 ,je change donc sans cesse4 ,mais ce n'est pas assez dire4 ,le changement est bien plus radical qu'on ne le croirait d'abord4 ,je parle1 en effet1 de chacun de mes tats comme s'il formait un bloc4 ,je dis bien que je change1 mais le changement m'a l'air de rsider dans le passage d'un tat l'tat suivant3 de chaque tat1 pris part1 j'aime croire qu'il reste ce qu'il est pendant tout le temps qu'il se produit4 ,pourtant1 un lger effort d'attention me rvlerait qu'il n'y a pas d'affection1 pas de reprsentation1 pas de volition qui ne se modifie tout moment2 si un tat d'me cessait de varier1 sa dure cesserait de couler4 ,prenons le plus stable des tats internes1 la perception visuelle d'un objet extrieur immobile4 ,l'objet a beau rester le mme1 j'ai beau le regarder du mme ct1 sous le mme angle1 au mme jour3 la vision que j'en ai n'en diffre pas moins de celle que je viens d'avoir1 quand ce ne serait que parce qu'elle a vieilli d'un instant4444 ,la vrit est qu'on change sans cesse et que l'tat lui-mme est dj du changement4444 ,o il n'y a qu'une pente douce1 nous croyons apercevoir1 en suivant la ligne brise de nos actes d'attention1 les marches d'un escalier4 ,il est vrai que notre vie psychologique est pleine d'imprvu4444 ce sont des coups de cymbales qui clatent de loin en loin dans la symphonie4 ,notre attention se fixe sur eux parce qu'ils l'intressent davantage1 mais chacun d'eux est port par la masse fluide de notre existence psychologique tout entire4 ,chacun d'eux n'est que le point le mieux clair d'une zone mouvante1 etc4#ahf ,a cette description psychologique si fine et si nuance1 nous allons reprocher de manquer de nuance et de finesse4 ,lorsque le peintre fixe attentivement son modle pendant plusieurs secondes1 direz-vous que ce regard n'est plus le mme de la premire la troisime seconde1 uniquement parce qu'il a vieilli ou que le modle lui-mme a vieilli8 ,lorsque je fais un jugement en accouplant un second terme un premier1 ou bien un raisonnement en unissant trois propositions3 majeure1 mineure et conclusion1 direz-vous que le jugement a chang parce que j'ai vieilli en passant d'un premier terme un second1 ou que mon raisonnement n'est plus le mme arriv la conclusion1 parce que je suis plus vieux qu'au moment o je posais les prmisses8 ,en vrit1 ce n'est pas seulement le bon sens que choqueraient de pareilles subtilits1 mais l'analyse psychologique elle-mme4 ,une chose est toujours la mme lorsqu'elle ne change qu'accidentellement1 surtout lorsque ce changement accidentel est insensible ou infinitsimal4 ,est-ce que je change de personne parce que je marche ou que je me promne8 ,il faut donc savoir distinguer1 soit dans un tre1 soit mme dans une manire d'tre1 ce qui est l'essence ou ce qui n'est qu'accidentel4 ,et c'est cette distinction--si lmentaire pourtant--que ,m4 ,bergson1 malgr toute sa finesse1 a oubli de faire4 ,nous en concluons que sensations1 sentiments1 volitions1 reprsentations peuvent se prolonger en demeurant les mmes1 lorsqu'ils ne subissent que des variations accidentelles1 surtout des variations imperceptibles4 ,soutenir le contraire1 soutenir que la moindre dure les change au point qu'ils ne sont plus les mmes1 ce serait rendre leur existence mme impossible1 car toute sensation exige un minima de temps1 c'est--dire une certaine paisseur de dure1 une sensation absolument instantane tant impossible1 comme tous les psychologues en conviennent unanimement1 sans en excepter ,m4 ,bergson4 ,au demeurant1 soyons plus gnreux1 et accordons que tous nos phnomnes de conscience1 variant sans cesse1 sont dans un perptuel coulement4 ,nous n'avons encore l qu'une moiti de l'observation psychologique4 ,oublier l'autre moiti serait une omission des plus graves4 ,nous sommes la fois changeants et identiques nous-mmes3 tel est le tmoignage essentiel de nos consciences4 ,oui1 l'homme passe1 mais sans passer tout entier2 et ce qui passe en nous n'est srement ni l'essentiel ni le plus important de nous-mmes4 ,d'abord1 il y a une orientation stable de la vie qui ne passe pas4 ,la tendance l'tre1 au bien-tre1 au plus-tre1 au rayonnement et la multiplication de l'tre1 est une loi universelle1 et la biologie nous montre partout1 tous les degrs de la vie1 la fixit invariable de cette loi4 ,mais descendons au plus profond de nos consciences1 nous y dcouvrirons la permanence de notre identit personnelle1 travers tous les ges et toutes les vicissitudes de notre vie4 ,c'est l la contre-partie ncessaire du flux perptuel des phnomnes4 ,le changement n'tait qu' la surface1 le fond est demeur le mme4 ,une analyse plus minutieuse de ce fait nous montre que dans la srie des sentiments1 penses ou vouloirs1 qui composent le courant de la conscience1 chaque partie est attache aux autres parties par un lment commun toutes1 car toutes sont moi et viennent de moi4 ,or1 cet lment1 puisqu'il est commun tous les termes successifs de la srie1 est quelque chose de stable et de permanent4 ,nous l'appelons le moi-agent1 dont l'unit produit la fois l'unit et la multiplicit des oprations de nos consciences4 ,que si vous supprimez cette source permanente de multiplicit et d'unit1 les parties de la srie se dsagrgent1 retombent en poussire atomique1 et le fait qu'elles se connaissent mutuellement1 comme passes1 prsentes ou venir1 devient un paradoxe incomprhensible4 ,m4 ,bergson nous rplique que le pass1 le prsent et le futur se tiennent comme un tout indivisible1 comparable une mlodie2 et il revient dans tous ses ouvrages sur cette comparaison4#ahg ,mais cette mtaphore est trompeuse4 ,jamais il n'y aurait unit de phrase musicale sans l'unit et la permanence de l'esprit qui la compose ou qui l'coute1 sans la mmoire qui en retient les notes et en fait la synthse4 ,la mlodie suppose donc la permanence et l'identit du moi-agent1 bien loin de les remplacer4 ,il y a donc sous les phnomnes passagers un noumne stable1 sous le mouvant1 un lment fixe et immobile1 ce que les ,grecs avaient appel 1 et les ,latins sub-stantia1 substance1 qui est l'tre proprement dit1 parce qu'il est tandis que le phnomne devient1 il dure tandis que tout le reste passe4 ,or1 ,m4 ,bergson rejette la substance2 il est phnomniste pur1 et c'est sur ce point que son analyse psychologique nous parat autrement1 dfectueuse et incomplte4 ,la gravit mme de cette lacune va nous demander une tude critique plus attentive4 ,jusqu'ici nous avons montr que1 sous le mouvant1 il y a un lment stable2 il nous faut expliquer maintenant la nature et le rle de cet lment foncier de l'tre1 qui est l'tre lui-mme1 les phnomnes n'en tant que la manifestation et le rayonnement4 99 99 99 99 99 ,ceux qui nient la substance--il s'en trouve mme parmi les philosophes chrtiens--la nient parce qu'ils ne la comprennent pas4 ,aussi mettent-ils son sujet les ides les plus fausses1 parfois les plus grotesques4 ,avant de les rfuter1 nous croyons utile de rappeler brivement au lecteur la vraie notion classique de la substance1 si oublie de nos contemporains4 ,elle prparera utilement les voies notre discussion1 en cartant tous les malentendus qu'on accumule son sujet4 ,nous pourrions dfinir la substance3 l'tre ou la ralit qui soutient ses manires d'tre et les produit4 ,de l une double fonction de cet tre par rapport ses manires d'tre3 fonction statique et dynamique4 ,dans le premier rle1 la substance est le sujet d'inhrence1 le substratum1 1 des phnomnes ou accidents4 ,ainsi1 la blancheur est inhrente cette feuille de papier qui joue le rle de substratum par rapport la blancheur4 ,cette qualit1 en effet1 ne peut demeurer en l'air sans tre soutenue par rien2 elle a besoin d'un sujet d'inhrence1 tandis que le papier subsiste sans aucun sujet d'inhrence4 ,tel est le sens de la formule classique3 la substance subsiste en elle-mme et non dans un autre2 l'accident ne subsiste que dans un autre et non en lui-mme1 aussi est-il bien moins un tre qu'une manire d'tre1 un tre driv ens-entis4 ,et ce que nous disons de la blancheur par rapport au papier se dit de tous les autres attributs par rapport leur sujet1 par exemple1 de tous les tats psychologiques par rapport au moi conscient4 ,le second rle de la substance1 le plus important est d'tre la source des accidents ou le principe producteur des phnomnes qui en manent comme de leur cause efficiente4 ,de l'aveu unanime de tous les pripatticiens et scolastiques1 les qualits d'un objet ne sont que le rayonnement et la manifestation de son tre#ahh4 ,le mode d'tre vient de la nature de l'tre1 et celui-ci agit comme il est4 ,et c'est prcisment ce rle dynamique de la substance par rapport ses phnomnes qui nous explique sa fonction statique4 ,pourquoi1 en effet1 la substance doit-elle demeurer sous les phnomnes8 ,parce qu'elle les produit--d'une manire ou d'une autre1--et qu'il est bien impossible de ne pas supposer un agent sous l'action produite1 une cause derrire l'effet qui en mane1 un noumne sous sa manifestation phnomnale1 en un mot1 une source de chaleur ou de lumire sous leur rayonnement4 ,en outre1 qu'est-ce qui fait le lien ou l'unit des multiples phnomnes dans le mme tre8 ,c'est l'unit mme de celle source profonde ou de cette cause essentielle d'o ils manent dans chacun des tres individuels4 ,sans l'unit et la permanence de cet agent qui subsiste en moi1 par exemple1 et qui n'est autre que moi-mme1 l'unit et la continuit de mon propre devenir seraient brises4 ,je ne trouverais plus en ma conscience qu'une poussire de phnomnes disparates et sans lien3 l'unit mme de ma conscience se serait vanouie4 ,m4 ,bergson et tous les autres phnomnistes font donc preuve de rflexion insuffisante1 lorsqu'ils traitent de vide ou d'inintelligible la notion de substance4 ,son rle l'gard de ses phnomnes est clairement indiqu dans le rapport de la cause l'effet ou de la puissance l'acte4 ,c'est donc dfigurer entirement noire pense de dire que la substance serait pour nous un fil artificiel par lequel nous unirions les phnomnes comme on enfile les perles d'un collier#ahi4 ,l'inintelligence est ici complte et le facile triomphe contre des chimres ainsi forges de toutes pices1 bien peu glorieux4 ,au surplus1 ce n'est pas seulement la notion de substance que nous devons mettre en lumire1 mais encore sa ralit et son existence4 ,nous avons d sans doute l'exprimenter1 d'une manire consciente ou inconsciente1 puisque nous en avons l'ide1 toutes nos ides venant par abstraction de l'exprience concrte4 ,or1 celle exprience1 soit interne1 soit externe1 il nous est facile de la reconstituer4 ,en effet1 au dedans de nous-mmes1 il est facile de saisir trs clairement la ralit du moi1 c'est--dire d'une ralit jouissant1 par rapport aux phnomnes1 de la double fonction des substances1 statique et dynamique4 a7 ,le moi conscient se peroit d'abord lui-mme comme un sujet un et permanent sous le flux continuel de ses penses1 de ses sentiments1 de ses volitions4 ,il lui suffit pour cela de comparer les souvenirs qu'il conserve de ces faits multiples et transitoires avec ce principe d'unit et de permanence qu'il sent au dedans de lui-mme4 ,en effet1 je ne coule pas avec mes penses2 sans m'en isoler1 je me distingue d'elles2 en les produisant1 je ne me perds pas en elles4 ,elles sont des attributs passagers dont je suis le sujet permanent4 b7 ,le moi se peroit en mme temps comme le principe producteur de ces phnomnes1 notamment lorsqu'il fait un effort d'attention ou de volont libre4 ,et jamais il n'a conscience d'une pense ou d'un acte de volont spar de l'agent qui pense ou qui veut en nous4 ,prenons un exemple3 ,je suis dj vieux1 mais je me souviens fort bien d'avoir t petit enfant1 jeune homme et homme fait4 ,or1 sous ces trois groupes de changements1 qui en rsument une multitude1 je sens et je comprends que je suis rest au fond le mme individu1 le mme tre ou la mme personne1 c'est--dire le mme principe subsistant d'actions ou de passions auquel je rapporte tous les mrites et dmrites1 tous les vnements actifs et passifs de ma vie entire4 ,nier l'identit ou la persvrance inaltrable de notre moi dans sa source profonde nous conduirait d'ailleurs l'absurde4 ,comment1 en effet1 me souviendrai-je du pass1 si le moi qui en fut l'acteur ou le tmoin1 au lieu de rester identique lui-mme pendant toute une vie1 changeait d'tre chaque instant8 ,d'o le dilemme suivant3 ou mon tre que j'appelle moi subsiste depuis ma naissance1 ou je ne me souviens de rien6 ,cependant1 ce n'est pas seulement par des raisonnements1 c'est par une intuition immdiate que nous saisissons1 sous les phnomnes qui passent1 le moi1 l'tre qui agit en nous et qui demeure un et le mme sous tous les changements de surface4 ,quoi qu'en disent nos contemporains1 ce n'est pas seulement des phnomnes de vie et des sensations vitales que nous saisissons dans nos consciences1 mais encore et surtout le vivant1 le sujet qui pense et qui vit en nous4 ,la cnestsie1 ou le sens de la vie1 n'puise pas la conscience qui atteint jusqu'au sujet agissant et vivant4 ,en effet1 par la conscience1 je me saisis moi-mme avec mon action1 car l'action est insparable de l'agent4 ,je me sens agir1 penser1 vouloir4 ,et c'est pour cela que je dis3 ma pense1 mon action1 au lieu de dire3 votre pense1 votre action1 ou bien encore1 sous une forme impersonnelle3 une pense1 une action4 ,voil le fait de conscience4 ,aussitt1 dans ce fait sensible1 mon intelligence a peru l'tre1 mon tre1 ce principe qui1 dans le sentiment de l'effort personnel1 dploie si clairement son opration en passant de la puissance l'acte4 ,ainsi1 du premier coup1 ma conscience a pris contact avec l'tre rel que je suis1 avec le principe ou la cause vivante qui sent1 pense et veut en moi4 ,supposez1 au contraire1 qu'au lieu d'atteindre l'agent travers son action1 je ne puisse saisir que l'action elle-mme sans comprendre la source d'o elle mane2 supposez que je ne puisse atteindre que le phnomne de la pense spar de celui qui pense ou qui agit en moi4 ,dsormais1 je ne puis conclure avec ,descartes3 je pense1 donc je suis un tre3 cogito ergo sum2 je dois dire seulement3 donc1 je suis une pense4 ,encore cette conclusion serait-elle excessive4 ,ne saisissant qu'une pense sans voir la relation1 dsormais inconnue1 avec l'agent qui produit la pense1 je ne puis plus dire ,,je pense1 mais seulement ,,on pense1 comme on dit impersonnellement3 ,,il pleut ou ,,il neige6 ,en sorte qu'il n'y aurait plus personne en moi6 ,pour viter une conclusion si absurde1 il faut donc reconnatre que nous saisissons par la conscience1 non seulement nos propres oprations1 mais encore l'agent qui les produit et qui dit moi6 ,c'est ce principe permanent que nous avons appel la substance1 notre me1 quelle qu'en soit d'ailleurs la nature1 matrielle ou spirituelle1 que nous n'avons pas tudier ici4 ,ne pouvant nier directement le tmoignage si clair de leur conscience ni touffer sa voix1 nos adversaires s'appliquent contester sa valeur4 ,taine1 par exemple1 n'en parle qu'avec ddain et le traite d'illusion mtaphysique4 ,le moi1 crit-il1 n'est qu'une entit verbale et un fantme mtaphysique4 ,ce quelque chose d'intime 444 on le voit s'vanouir et rentrer dans la rgion des mots4444 ,il ne reste de nous que nos vnements1 nos mots4444 ,il ne reste de nous que nos vnements1 sensations1 images1 souvenirs1 ides3 ce sont eux qui constituent notre tre4#aij ,et il appelle notre moi la ,,file de nos vnements de conscience4 ,voici la partie la plus clbre de son argumentation4 ,l'illusion de l'esprit1 d'aprs ,m4 ,taine1 serait semblable celle d'un homme qui1 pour mieux connatre une longue planche1 l'aurait divise en triangles1 en losanges1 en carrs1 tous marqus la craie1 et qui dirait en parcourant tour tour les divisions de sa planche3 cette planche est ici un carr1 tout l'heure elle luit un losange1 l-bas elle sera un triangle2 j'ai beau avancer1 reculer1 me rappeler le pass1 prvoir l'avenir1 je trouve toujours la planche invariable1 identique1 unique1 pendant que ses divisions varient2 donc elle en diffre1 elle est un tre distinct et subsistant1 c'est--dire une substance indpendante1 dont les losanges1 les triangles et les carrs ne sont que les tats successifs4 ,par une illusion d'optique1 cet homme cre une substance vide qui est la planche en soi4 ,par une illusion d'optique semblable1 nous crons une substance vide qui est le moi pris en lui-mme4 ,de mme que la planche n'est que la srie continue de ses divisions successives1 de mme le moi n'est que la trame continue de ses vnements successifs#aia4 ,le lecteur un peu exerc n'aura pas de peine dcouvrir le sophisme qui se cache sous ces images4 ,la planche et ses divisions sont entre elles dans le rapport du tout ses parties1 tandis que le moi et ses oprations sont dans le rapport de cause effets4 ,s'il est clair que la collection des parties de la planche ne soit pas distincte du tout1 il n'est pas moins vident que la collection des effets est distincte de leur cause4 ,la confusion de ,taine est donc manifeste2 son erreur est de vouloir faire des effets une partie de la cause1 des oprations une partie de l'agent qui opre4 ,non1 l'me n'est pas la collection ou la file des phnomnes de conscience1 mais la cause qui les produit en nous4 ,comme nous l'avons dj dit1 les phnomnes passent et leur cause demeure identique elle-mme2 on ne saurait donc les confondre#aib4 ,cette confusion1 du reste1 nous conduirait aux conclusions les plus absurdes4 ,non seulement notre identit personnelle serait dtruite chaque instant1 puisque chaque instant nos penses1 nos sensations1 nos volitions se succdent et passent2 non seulement notre mmoire--nous l'avons vu--serait rendue impossible1 puisque le tmoin du pass s'vanouirait chaque instant2 mais la file elle-mme de nos vnements s'arrterait4 ,en effet1 supposons trois ides qui devraient se suivre dans la proposition suivante3 l'homme est mortel4 ,ce n'est pas la premire ide1 homme1 qui peut produire la seconde1 est1 ni la seconde qui peut produire la troisime1 mortel2 la file sera donc arrte si vous avez supprim le moteur central de la pense1 l'me4 ,de mme1 supposez trois sentiments htrognes et successifs3 amour1 haine1 esprance4 ,ce n'est pas l'amour qui produit la haine ni la haine qui peut produire l'esprance4 ,il faut donc rtablir le moteur central1 l'me1 qui nous fera passer par ces trois phases du sentiment1 si vous ne voulez pas que leur file soit rendue impossible4 ,que diriez-vous d'un observateur assez superficiel pour dfinir une montre ou une horloge3 la file des mouvements ou des tours d'aiguilles sur un cadran1 sans faire aucune mention du ressort invisible qui les fait tourner8 ou qui croirait navement que c'est le premier tour d'aiguille qui cause le second1 le second qui cause le troisime1 ainsi de suite1 en sorte que la causalit d'un ressort intrieur serait ses yeux une hypothse superflue8 ,eh bien6 ce rveur ne serait pas plus aveugle ni plus systmatique que nos phnomnistes ne voulant voir dans la conscience que la file des vnements dont elle est le thtre1 et ngligeant l'agent qui les produit4 ,cet agent1 nous l'appelons l'me ou le moi4 ,le fait de son existence et de son opration incessante en nous est d'une vidence tellement primordiale que1 pour ne pas vouloir le constater1 il faudrait avoir bu longs traits dans la coupe des utopies idalistes et dlirantes de la ,germanie4 ,du fond de nos consciences s'lvera toujours le cri du bon sens et de l'vidence3 ,,je suis1 ,,je pense1 ,j'agis6 ,toutes les subtilits du phnomnisme s'vanouissent comme une ombre devant la splendeur de cette simple affirmation4 ,il ne faut donc pas croire ceux qui rptent1 aprs ,kant1 que l'tre ou le noumne1 comme ils disent1 est situ en dehors et au del du monde phnomnal4 ,il lui est prsent1 au contraire1 et c'est dans le phnomne mme que nous le dcouvrons1 parce que l'action1 toujours insparable de l'agent1 nous le manifeste1 bien loin de nous le cacher4 ,si le phnomne est essentiellement ce qui apparat1 il faut bien que l'agent apparaisse avec son action1 en elle et par elle3 impossible de saisir l'un sans l'autre4 ,du reste1 l'ide de moi-agent n'est pas inne2 donc elle est exprimentale4 ,voil pourquoi les ,docteurs de l',ecole sont unanimes faire de l'tre concret et substantiel l'objet vritable du sens intime1 quoique ce soit1 per accidens1 puisqu'il n'est saisi qu' travers son action et par son action4 ,seule1 la nature de l'tre n'est dcouverte que par le raisonnement2 mais son existence est objet d'une simple perception4 ,l'tre concret est aussi l'objet de l'intelligence4 ,objet direct pour ,scot et ,suarez2 objet indirect pour saint ,thomas1 d'aprs lequel l'intelligence saisirait d'abord l'abstrait et puis seulement le concret par un retour ou une rflexion sur la chose abstraite4 ,mais1 dans les deux hypothses1 l'tre concret est bien un objet d'intuition1 soit pour les sens1 soit pour l'intelligence1 et non pas objet d'une foi aveugle1 comme certains le rptent faussement4 99 99 99 99 99 ,tel est l'expos succinct de la doctrine traditionnelle sur la substance4 ,il sera curieux et instructif de mettre en parallle celle de ,m4 ,bergson3 esprons que du contraste jaillira la lumire4 ,d'abord1 il n'hsite point affirmer cette thse inintelligible qu'il y a des actions sans agent1 des mouvements sans chose mue1 des attributs sans sujet1 des manires d'tre sans tre#aic4 ,en vain1 dit-il1 on cherche ici1 sous le changement1 la chose qui change3 c'est toujours provisoirement1 et pour satisfaire notre imagination1 que nous attachons le mouvement un mobile4 ,le mobile fuit sans cesse sous le regard de la science1 celle-ci n'a jamais affaire qu' la mobilit4#aid ,et il rpte satit dans tout son ouvrage3 ,il n'y a pas de choses1 il n'y a que des actions4#aie ,quelle preuve donne-t-il d'une assertion si renversante pour le sens commun8 ,il n'en donne aucune4 ,il lui suffit d'un geste de mpris pour ces choses normes qui s'appellent la ,substance1 l',attribut et le ,mode#aif ,il faut donc le croire sur parole4 ,puisqu'il a pos en principe1 avec ,hraclite1 que tout s'coule et que rien ne demeure1 il faut bien conclure1 malgr l'vidence contraire1 que la substance qui demeure n'est qu'illusion1 forge pour satisfaire notre imagination1 alors que nous l'admettons1 soit pour satisfaire aux exigences de notre raison qui se refuse obstinment comprendre une action sans agent1 soit aussi pour satisfaire au tmoignage de notre conscience qui affirme si nergiquement l'identit et la permanence de notre moi agissant1 sous le flot mobile de ses actions ou de ses passions4 ,ce principe hraclitien du devenir pur ou de l'coulement perptuel de toute chose doit conduire encore plus loin ,m4 ,bergson3 ce n'est pas seulement la substance qu'il doit nier1 mais jusqu' la permanence de ses qualits ou de ses tats4 ,qualits d tats ne seront pour lui que des vues instantanes prises sur le changement perptuel1 et que nous solidifions faussement en leur prtant une dure quelconque4 ,en ralit1 le corps change de forme tout instant--de mme pour l'esprit2--ou plutt il n'y a pas de forme1 puisque la forme est de l'immobile et que la ralit est mouvement4 ,ce qui est rel1 c'est le changement continuel de forme3 la forme n'est qu'un instantan pris sur une transition4 ,donc1 ici encore1 notre perception s'arrange 787 pour solidifier en images discontinues la continuit fluide du rel4 ,quand les images successives ne diffrent pas trop les unes des autres1 nous les considrons toutes comme l'accroissement ou la diminution d'une seule image moyenne ou comme la dformation de cette image dans des sens diffrents4 ,et c'est cette image moyenne que nous pensons quand nous parlons de l'essence d'une chose ou de la chose elle-mme4#aig ,mais une image moyenne peut-elle nous tenir lieu de la substance et la remplacer8 ,nullement1 puisqu'elle ne saurait jouer le double rle1 statique et dynamique1 de la substance4 ,une image moyenne1 en effet1 n'est qu'une vue de l'esprit qui est bien incapable de servir de support ou de substrat aux autres images1 je veux dire aux autres qualits ou tats fluides dont nous prendrions des vues instantanes4 ,encore moins peut-elle jouer le rle d'agent relativement a ces diverses images4 ,elle est un effet produit1 et nullement une cause productrice1 une source d'o les phnomnes maneraient4 ,en sorte que l'explication par une image moyenne n'explique rien puisqu'elle laisse toujours les attributs sans sujet et les actions sans agent4 ,un exemple va faire saisir clairement notre pense4 ,lorsque je dis que tel enfant devient un homme1 il est clair que je n'attribue nullement le qualificatif homme au sujet enfant4 ,et l'absurdit ne serait nullement diminue en attribuant l'image moyenne de l'homme l'image moyenne de l'enfant4 ,ma phrase est donc ellyptique3 elle sous-entend le vritable sujet3 tel tre humain1 ,pierre1 qui tait enfant1 devient un homme4 ,or1 cet tre humain1 qui a revtu successivement deux figures1 tout en demeurant au fond identique et le mme1 est prcisment ce que nous avons appel une substance ou un tre dans la plnitude de ce mot3 un tre subsistant4 ,m4 ,bergson est all au-devant de l'objection et dissimule mal l'embarras qu'elle lui cause4 ,quand nous disons que l'enfant devient homme1 crit-il1 gardons-nous de trop approfondir le sens littral de l'expression4 ,nous trouverions que1 lorsque nous posons le sujet enfant1 l'attribut homme ne lui convient pas encore1 et que1 lorsque nous nonons l'attribut homme1 il ne s'applique dj plus au sujet enfant4 ,la ralit1 qui est la transition de l'enfance l'ge mr1 nous a gliss entre les doigts4444 ,la vrit est que1 si le langage se moulait ici sur le rel1 nous ne dirions pas3 l'enfant devient homme1 mais il y a devenir de l'enfant l'homme4444 devenir est un sujet4 ,il passe au premier plan4 ,il est la ralit mme4444#aih ,en vrit1 voil une explication originale1 dont l'esprit humain ne s'tait point encore avis4 ,ce n'est plus monsieur ,pierre qui d'enfant devient homme1 mais monsieur ,devenir1 puisqu'il est le sujet et la seule ralit4 ,et comme le devenir est impersonnel1 n'appartenant personne--ce que ,m4 ,bergson exprime fort bien en disant3 ,,il ,y ,a devenir1 comme on dit3 ,,il pleut ou ,,il neige1--concluons que personne1 dans ledit changement1 n'a pass de l'enfance l'ge mr4 ,conclusion si contraire ce sens commun--auquel ,m4 ,bergson est le premier rendre hommage--qu'elle suffit a rfuter une explication si excentrique4 99 99 99 99 99 ,aussi bien ce philosopha lui-mme va-t-il faire appel une thorie beaucoup plus subtile et profonde1 me de toute la philosophie bergsonienne1 la thorie du ,temps ou de la ,dure1 pour tenter d'expliquer autrement ce grand fait psychologique de la permanence et de l'identit personnelle1 que notre conscience pose si fermement comme une barrire infranchissable tout phnomnisme ngateur de la substance4 ,nous avons dj longuement dcrit la notion bergsonienne du temps4 ,il nous suffit de rappeler ici au lecteur qu'aprs avoir confondu le temps--longueur ou mesure de dure--avec la conscience qui dure1 c'est--dire confondu le contenant avec son contenu1 et la mesure avec la chose mesure1 il avait t conduit donner cette chose elle-mme1 la conscience qui dure1 une dfinition tout fait nouvelle4 ,pour ,m4 ,bergson1 la dure consciente fait boule de neige4 ,le pass1 loin d'tre pass1 est toujours prsent4 ,et c'est ce grossissement perptuel du prsent par le pass1 augmentant sans cesse en avanant dans l'avenir1 qui va permettre au phnomne de faire fonction de substance1 la conscience prsente de jouer le rle de personne toujours identique elle-mme4 ,ecoutons l'exposition de ce systme par son inventeur lui-mme4 ,la dure est l'toffe mme de la ralit 444 la substance mme des choses 444 l'toffe mme de notre vie4#aii ,mon tat d'me1 en avanant sur la route du temps1 s'enfle continuellement de la dure qu'il ramasse 7872 il fait pour ainsi dire boule de neige avec lui-mme4444 ,notre dure n'est pas un instant qui remplace un instant3 il n'y aurait alors jamais que du prsent1 pas de prolongement du pass dans l'actuel1 pas d'volution1 pas de dure concrte4 ,la dure est le progrs continu du pass qui ronge l'avenir et qui gonfle en avanant4444 ,en ralit1 le pass se conserve de lui-mme automatiquement4 ,tout entier1 sans doute1 il nous suit tout instant3 ce que nous avons senti1 pens1 voulu depuis notre premire enfance est l1 pench sur le prsent qui va s'y joindre1 pressant contre la porte de la conscience qui voudrait le laisser dehors4#bjj ,son pass 7de chaque tre7 se prolonge tout entier dans son prsent1 y demeure actuel et agissant4 ,comprendrait-on autrement qu'il traverst des phases bien rgles1 qu'il changet d'ge1 enfin qu'il et une histoire8#bja ,nous tranons derrire nous1 sans nous en apercevoir1 la totalit de notre pass2 mais la mmoire ne verse dans le prsent que les deux ou trois souvenirs qui complteront par quelque ct notre situation actuelle4444 ,c'est dans la dure pure que nous nous replongeons1 une dure o le pass1 toujours en marche1 se grossit sans cesse d'un prsent absolument nouveau4444 ,que l'action grossisse en avanant1 qu'elle cre au fur et mesure de son progrs1 c'est ce que chacun de nous constate quand il se regarde agir4#bjb ,inutile de prolonger encore ces citations4 ,elles suffisent montrer que nous n'avons pas trahi la pense de l'auteur4 ,et puisqu'il vient de fuire appel notre exprience1 c'est sur ce terrain de l'observation que nous porterons le dbat4 ,certes1 tout n'est pas faux dans les descriptions prcdentes4 ,il est bien vrai1 par exemple1 que notre dure n'est pas un instant qui remplace un autre instant4 ,nous ne sommes pas chaque instant anantis et de nouveau crs1 car notre identit personnelle1 loin d'tre dtruite et remplace chaque instant1 demeure la mme de notre naissance notre mort1 comme l'observation consciente la plus lmentaire nous l'atteste avec pleine vidence4 ,mais ce fait prouve prcisment notre thse3 qu'il y a sous nos actions passagres un agent qui subsiste toujours identique lui-mme2 un tre subsistant sous nos manires d'tre multiples et fugitives4 ,la deuxime observation portera sur un point de la plus haute importance dans la thse bergsonienne et non moins facile vrifier4 ,le pass1 dit-on1 se conserve4--,oui1 mtaphoriquement1 mais sous quelle forme8 ,toute la question est l4 ,hier1 j'ai visit ,rome et admir la basilique de ,saint-,pierre4 ,aujourd'hui1 loin de ,rome1 cette vision si mouvante demeure bien vive en mon esprit1 mais sous une forme toute nouvelle4 ,ce n'est plus du rel que mes yeux contemplent1 mais une image mentale grave dans mon esprit et dans mon cur que je perois4 ,en un mot1 ce n'est plus une intuition1 mais le souvenir d'une intuition disparue4 ,or1 cette image mentale1 quoiqu'elle rappelle le pass1 est vraiment actuelle et prsente4 ,c'est donc du prsent1 et non du pass1 qui s'ajoute au prsent4 ,autre exemple3 ma jeunesse s'est donc1 elle aussi1 conserve8 dira le vieillard4 ,mais quelle amre ironie1 alors qu'il ne peut mme plus dcouvrir en lui l'ombre de sa jeunesse6 ,ce qui se conserve n'est donc pas le pass1 mais un souvenir du pass4 ,cependant1 le pass peut laisser des effets qui demeurent plus ou moins de temps1 par exemple1 une empreinte1 ou encore une accumulation de matriaux4 ,ainsi l'animal1 en grandissant1 conserve plus ou moins la figure qu'il a reue et les rserves de matire qui sont un legs du pass4 ,nouvelle preuve que tout ne passe pas et qu'il y a aussi du stable sous le mouvant4 ,mais un hritage du pass n'est pas le pass lui-mme4 ,aprs avoir longtemps grandi et grossi1 l'animal finit avec l'ge par diminuer de poids et de taille3 il maigrit1 il se rabougrit1 l'homme redevient en enfance4 ,aprs avoir longtemps enroul son fil et grossi son peloton1 voici que le peloton se droule4 ,direz-vous que c'est le ,temps qui revient sur ses pas et remonte son point de dpart8 ,il est clair que non1 le ,temps tant irrversible4 ,donc1 le peloton ou la boule de neige1 ce n'tait pas du temps accumul1 du pass mis en conserve1 c'tait tout autre chose3 un legs matriel du pass4 ,le pass1 comme tel1 n'est donc plus--quoique ses effets puissent demeurer matriellement et son souvenir tre toujours conserv prsent mon esprit ou mon cur1--et partant1 le pass qui n'est plus est incapable de s'ajouter1 au prsent1 de gonfler le prsent ou de faire avec lui boule de neige1 pour jouer le rle de substance4 ,ce sont l des mtaphores cres pour l'quivoque1 des bulles de savon brillantes et qu'un simple coup d'pingle suffit dgonfler4 ,ce coup d'pingle--nous l'avons dj vu--a t donn d'une manire spirituelle et dcisive par ,m4 ,fouille3 ,ce sera1 dit-il1 l'originalit des bergsoniens d'avoir invent un nouveau sophisme du chauve4 ,les cheveux de l'homme chauve existent encore1 puisqu'il en a l'ide et que cette ide opre pour l'inciter faire sur son crne des lotions rgnratrices2 donc1 le chauve n'est pas chauve4#bjc ,sous prtexte qu'il y a continuation du pass au prsent1 on confond le pass avec le prsent4 ,mais alors le principe de continuit universelle nous permettrait de tout confondre4 ,m4 ,bergson ajoute--et ce sera l'objet de notre troisime observation--que1 non seulement le pass se conserve1 mais qu'il se conserve tout entier1 automatiquement4 ,certes1 ce n'est pas l'exprience qui a pu lui inspirer cette thorie4 ,nous ne saisissons qu'un trop grand nombre de lacunes et d'oublis dans la trame de notre pass1 surtout le plus lointain2 et l'effort si pnible qui nous est impos pour retenir ou apprendre par cur ce que nous avons lu ou entendu est tout l'oppos d'une facilit spontane ou automatique4 ,ces deux traits sont d'une invraisemblance manifeste1 mais l'auteur en a besoin pour complter sa notion a priori4 ,si le pass se conserve dans le prsent1 en faisant boule de neige1 aucune parcelle de ce pass ne saurait tre excepte1 puisqu'il lui suffit d'avoir t pour tre encore4 ,d'autre part1 puisque la mmoire n'est plus une facult ni un effort de nos puissances1 l'enregistrement du pass dans le prsent ne peut se faire qu'automatiquement et sans que notre libert s'en mle4 ,nous devrions retenir1 comme nous devenons vieux1 par le seul coulement du temps1 et malgr nous4 ,mais ce n'est pas seulement les faits d'exprience les mieux tablis que contredit la thorie bergsonienne2 elle se contredit elle-mme4 ,d'une part1 en effet1 elle a pos en thse fondamentale1 avec ,hraclite1 que tout passe et rien ne demeure2 d'autre part1 par sa thorie du temps boule de neige1 elle soutient que tout demeure et que rien ne passe1 puisque le pass demeure et qu'il s'accrot mme sans cesse4 ,il faudrait pourtant choisir entre ces deux conceptions opposes et contradictoires4 ,que si ,m4 ,bergson refuse de choisir et d'en sacrifier aucune1 c'est un aveu manifeste qu'il est indispensable d'ajouter l'lment phnomnal qui passe un lment statique qui demeure1 si l'on veut expliquer la fois la mobilit des phnomnes de conscience et l'identit permanente du sujet conscient4 ,c'est le triomphe de notre thse4 ,pour nous1 l'lment stable est la source causale d'o rayonnent tous l'os phnomnes1 et l'accord des deux lments ont ainsi compris comme un simple rapport de la cause une et permanente ses effets multiples et passagers4 ,pour ,m4 ,bergson1 au contraire1 c'est le pass qui demeure et s'enroule avec le prsent1 c'est donc le pass qui est prsent1 le mouvant qui est stable3 et la contradiction la plus flagrante est par l mme introduite au sein du systme4 ,pour la dissimuler au regard des lecteurs moins attentifs1 il suffira de ne jamais mettre en prsence les deux thses contradictoires1 mais de s'en servir tour tour1 suivant les besoins du moment4 ,veut-on expliquer la mmoire et la permanence du moi toujours identique lui-mme1 on fera paratre la boule de neige et la prtendue persistance du pass dans le prsent4 ,veut-on expliquer le fond de la ralit elle-mme1 soit matrielle1 soit spirituelle1 aussitt l'on enfourche l'autre grand cheval de bataille3 tout est fluide et mouvant4 ,janus avait aussi deux faces opposes4 ,celle que nous montre habituellement le bergsonisme et qui le caractrisera dans l'histoire1 c'est la seconde1 celle de la fluidit et de la mobilit essentielle et universelle de toute existence3 il n'y a pas de choses1 il n'y a que des actions sans agent4 ,voyons-en les consquences un nouveau point de vue1 celui de la critriologie ou de la distinction du vrai et du faux4 99 99 99 99 99 ,aprs avoir fait vanouir l'tre dans un perptuel et insaisissable devenir1 la philosophie bergsonienne doit1 par une consquence fatale1 ruiner par la base toute science de l'tre4 ,certes1 l'intention de l'auteur n'est pas de ruiner la ,vrit4 ,loin de l1 il la recherche sincrement1 avidement1 et nous l'avons entendu s'crier3 ,et il n'y a pourtant qu'une vrit6#bjd exclamation qui n'est pas d'un sceptique4 ,mais les bonnes intentions ne suffisent pas enrayer la logique d'un systme4 ,or1 nous croyons qu'un systme o le sujet et l'objet de la connaissance sont soumis un devenir radical1 un changement total et perptuel1 aboutit1 bon gr1 mal gr1 la ruine de toute science et de toute vrit4 ,la ,vrit1 c'est ce qui est2 la science est la connaissance de ce qui est4 ,mais si ce qui est est essentiellement fuyant et insaisissable1 fuyante et pareillement insaisissable sera la ,vrit4 ,suivant une comparaison clbre1 rechercher la vrit ne sera dsormais que poursuivre des oiseaux qui s'envolent4 ,c'est la ruine de toute science humaine4 ,cette consquence inadmissible avait t dnonce par les premiers penseurs de la ,grce4 ,voici en quels termes saisissants ,platon faisait dj dialoguer sur ce sujet ,socrate et ,cratyle4 ,si l'tre passait incessamment1 serait-il possible de dire qu'il existe et ce qu'il est8 ,tandis que nous parlons1 ne serait-il pas dj autre1 et n'aurait-il pas perdu sa premire forme8--7,cratyle7 ,ncessairement4 --7,socrate7 ,or1 comment une chose pourrait-elle tre1 qui ne fut jamais de la mme manire8 ,car s'il n'y a un moment o elle demeure semblable elle-mme1 il est clair que dans ce moment-l elle ne passe point4444 ,en outre1 une pareille chose ne pourrait tre connue par personne4 ,car1 tandis qu'on s'approcherait pour la connatre1 elle deviendrait autre2 de sorte qu'il serait impossible de savoir ce qu'elle est et comment elle est4 ,il ne saurait y avoir connaissance d'un objet qui n'a pas de manire d'tre dtermine44444 ,on ne peut pas mme dire qu'il puisse y avoir une connaissance quelconque1 si tout change sans cesse et si rien ne subsiste4 ,car si cette chose mme que nous nommons la connaissance ne cesse pas d'tre la connaissance1 la connaissance subsiste et il y a connaissance4 ,mais si la forme mme de la connaissance vient changer1 elle se change en une autre forme qui n'est pas celle de la connaissance1 et il n'y a plus connaissance2 et si elle change toujours1 il n'y aura jamais de connaissance4 ,mais si ce qui connat subsiste1 si ce qui est connu subsiste aussi 444 cela ne ressemble gure cette mobilit et ce flux universel dont nous parlions tout l'heure4#bje ,dans le ,sophiste1 ,platon revient encore sur cette dmonstration capitale pour conclure3 ,certes1 il faut combattre avec toutes les armes du raisonnement celui qui 7par le mobilisme universel71 dtruisant la science1 la pense1 l'intelligence1 prtend encore pouvoir affirmer quelque chose de quoi que ce soit4#bjf ,c'est donc la ngation de la pense elle-mme que nous conduit la ngation de l'tre4 ,et comme la pense humaine manifeste son savoir principalement de deux manires1 par la dfinition et par la preuve--la dfinition qui indique l'essence d'un objet1 la preuve qui dmontre son existence1--nous allons montrer combien gravement sont atteintes et ruines ces deux manifestations de la vrit ou de la science4 99 99 99 99 99 ,d'abord1 comment donner une dfinition de ce qui change sans cesse et qui est le changement par essence8 ,il est clair que c'est tout fait impossible4 ,a peine aurez-vous ouvert la bouche pour essayer une dfinition1 vous devriez vous arrter et vous taire1 puisque l'objet dfinir aurait dj chang et ne serait plus le mme4 ,en affirmant que le mouvement est la seule ralit ou que tout est mouvement1 la philosophie nouvelle a donc rendu toute dfinition impossible4 ,cette consquence s'impose si clairement que ,m4 ,bergson1 bien loin de la nier1 doit en faire l'aveu4 ,parlant de la vie1 il admet qu'une dfinition exacte n'en saurait tre formule1 et la raison qu'il en donne est celle que nous venons d'allguer nous-mmes3 ,une dfinition parfaite ne s'applique qu' une ralit faite2 or1 les proprits vitales ne sont jamais entirement ralises1 mais toujours en voie de ralisation3 ce sont moins des tats que des tendances4#bjg ,ni l'intelligence ni l'instinct ne se prtent des dfinitions rigides2 ce sont des tendances et non pas des choses faites4444 ,c'est pourquoi1 ajoute-t-il1 on ne devra voir dans tout ce qui va suivre qu'un dessin schmatique1 o les contours respectifs de l'intelligence et de l'instinct seront plus accuss qu'il ne le faut et o nous aurons nglig l'estompage qui vient tout la fois de l'indcision de chacun d'eux et de leur empitement rciproque l'un sur l'autre4444 ,il sera toujours ais de rendre ensuite les formes plus floues1 de corriger ce que le dessin aurait de trop gomtrique1 enfin de substituer la raideur d'un schma la souplesse de la vie4#bjh ,tel est le secret de la proccupation constante qu'affecte ,m4 ,bergson d'attnuer ou d'extnuer toutes ses affirmations ou ngations1 d'estomper ou de rendre flou tout ce qui aurait le dfaut d'tre clair et net1 surtout en ce qui concerne le monde vivant4 ,on croirait qu'il a adopt la maxime clbre3 ,rien n'est vrai que le vague4 ,jamais on ne saura1 par exemple1 si1 ses yeux1 le vivant1 mme le plus parfait1 tel que l'homme1 est un ou multiple4 ,l'un et le multiple1 dit-il1 sont des catgories qui ne s'appliquent pas aux vivants1 ou du moins qu'il s'avoue incapable de leur appliquer#bji4 ,mais on aurait grand tort d'en conclure que cette impossibilit de rien dfinir nettement est propre au monde de la vie4 ,elle doit s'appliquer aussi la matire brute1 et pour la mme raison4 ,dj n'avons-nous pas entendu ,m4 ,bergson nous dire3 ,matire ou esprit1 la ralit nous est apparue comme un perptuel devenir4 ,elle se fait ou elle se dfait1 mais elle n'est jamais quelque chose de fait4#baj ,puisqu'il n'y a en elle jamais rien de fait1 mais un perptuel et insaisissable devenir1 il n'y a donc l encore rien de dfinissable4 ,par exemple1 la matire est-elle tendue ou intendue8 ,elle n'est ni l'un ni l'autre ou les deux la fois1 car elle s'tend dans l'espace sans y tre absolument tendue4 ,elle est l'extra-spatial se dgradant en spatialit4 ,ainsi1 quoiqu'elle se dploie dans le sens de l'espace1 la matire n'y aboutit pas tout fait4#baa ,mme rponse pour savoir si la matire est ou n'est pas esprit1 si elle est une ou multiple1 finie ou infinie1 si elle dure ou ne dure pas1 etc4#bab4 ,a cette difficult extrme--disons impossibilit--pour l'intelligence de rien dfinir s'en ajoute une nouvelle du ct de l'intuition4 ,cette facult1 dont nous parlerons plus tard1 invente par ,m4 ,bergson pour suppler aux lacunes de l'intelligence1 est cense voir le fond mme des choses1 l'intrieur desquelles elle peut pntrer4 ,elle voit donc des ralits que l'intelligence ne voit pas1 mais1 ne pouvant les exprimer qu'avec les catgories de l'intelligence qui ne leur sont plus applicables--puisqu'elle transcende toutes les catgories1--elle reste muette et sans voix1 malgr sa clairvoyance4 ,elle ne peut donc rien dfinir1 au moins en langage intelligible1 et son tmoignage ne peut qu'ajouter la nbulosit vague des nouvelles dfinitions4 ,un exemple typique nous est fourni par la fameuse notion bergsonienne du ,temps1 dj rencontre sur notre chemin4 ,a la notion intellectuelle de ,temps-longueur de dure1 comprise de tous1 savants et ignorants1 ,m4 ,bergson oppose celle de ,temps-invention1 que l'intuition1 dit-il1 lui a rvle et qu'il dfinit tour tour1 comme une force active1 psychique1 comme une vie1 un courant de vie1 un lan vital1 un effort1 une conscience1 une supra-conscience1 une libert1 un vouloir1 un choix1 une intuition1 un progrs1 une croissance perptuelle1 une continuit de changements1 une invention de nouveauts toujours imprvisibles1 une cration incessante1 une exigence perptuelle de cration2--ou bien encore comme l'toffe dont toute chose est faite1 comme la substance et la ralit mme des choses2--enfin1 comme un accroissement progressif de l',absolu1 une mmoire1 une prolongation du pass dans le prsent1 etc41 etc4#bac4 ,il est clair que cet amoncellement de notions incompatibles1 soit entre elles1 soit avec ce que tout le monde appelle le ,temps1 transcende compltement toutes nos catgories intellectuelles2 c'est de l'inintelligible et partant du verbalisme pur3 verba et voces6 ,molire et appel cela1 trs irrvrencieusement1 un triple galimatias1 ou l'et compar au chapeau d',arlequin1 susceptible des formes les plus varies et les plus tranges4 ,aprs ces explications1 nous ne mettrons plus en doute que la philosophie du non-tre ou du devenir pur a ruin toute possibilit de rien dfinir4 ,il est mme impossible de dfinir ce devenir par sa direction--comme ,m4 ,bergson le suppose#bad1--;car s'il n'y a plus rien de fixe et de stable1 on ne saurait plus parler1 sans se contredire1 de direction fixe et dfinissable4 ,tout au plus pourrait-on parler d'une direction de la direction elle-mme1 et l'on pressent dans quelle imprcision vague et dsesprante nous retombons4 ,c'est la dissolution de toute nettet dans la pense1 et de la pense elle-mme qui ne vit que de prcision et de clart4 ,si les hommes1 disait ,leibnitz1 s'entendaient pour dfinir avec prcision ce dont ils parlent1 presque toutes leurs discussions cesseraient4 ,aux antipodes de cette maxime si profonde se place une philosophie qui1 par principe1 dclare ne pouvoir rien dfinir exactement et ne se mouvoir que dans le vague et l'quivoque4 ,ds lors1 dans la bataille des ides1 on ne sait mme plus pour qui ni pourquoi l'on se bat2 et ce serait pourtant si ncessaire de le savoir6 99 99 99 99 99 ,a la ruine de la dfinition va s'ajouter celle de la preuve4 ,toute preuve ou dmonstration rationnelle1 en effet1 s'appuie sur des principes ncessaires4 ,ainsi1 par exemple1 je dmontre un thorme de gomtrie par ce principe que deux quantits gales une troisime sont gales entre elles4 ,eh bien6 voyons ce que deviennent dans la philosophie nouvelle ces lments fondamentaux de la dmonstration3 les premiers principes4 ,tout d'abord1 les principes ncessaires et absolus d'identit1 de contradiction1 de causalit s'vanouissent fatalement dans un systme o rien n'est fixe et permanent1 o1 au contraire1 tout est changement perptuel et fluidit insaisissable4 ,y a-t-il des vrits ternelles et ncessaires8 ,on en peut douter1 crivait un des plus brillants disciples de la nouvelle cole2 et il ajoutait3 ,axiomes et catgories1 formes de l'entendement ou de la sensibilit1 tout cela devient1 tout cela volue1 l'esprit humain est plastique et peut changer ses plus intimes dsirs4#bae ,sans doute1 ces messieurs daignent encore retenir pour leur usage les principes les plus pratiques1 tels que #b #b #d1 mais uniquement comme des formules commodes1 sans aucune valeur intellectuelle4 ,comme si le principe #b #b #d pouvait avoir une valeur pratique pour rgler avec mon crancier1 sans aucune valeur thorique1 alors que toute son utilit vient de sa vrit6 ,reconnaissons volontiers que nous n'avons pas encore rencontr sous la plume de ,m4 ,bergson lui-mme des assertions si audacieuses et d'une crudit si rvoltante4 ,nous avons dj vu le soin qu'il prenait estomper et rendre flou4 ,ajoutons mme que1 dans ses prcdents ouvrages1 il avait nettement maintenu le caractre absolu du principe d'identit ou de contradiction4 ,le principe d'identit est la loi absolue de notre conscience1 crivait-il2 il affirme que ce qui est pens est pens au moment o on le pense2 et ce qui fait l'absolue ncessit de ce principe1 c'est qu'il ne lie pas l'avenir au prsent1 mais seulement le prsent au prsent3 il exprime la confiance inbranlable que la conscience se sent en elle-mme1 tant que1 fidle son rle1 elle se borne constater l'tat actuel apparent de l'me4#baf ,mais ces lignes taient crites il y a plus de vingt-deux ans1 vers #ahhi1 et longtemps avant l'apparition de la philosophie du devenir4 ,leur auteur les crirait-il de nouveau aujourd'hui sans les estomper et les neutraliser8 ,nous ne le croyons pas4 ,son monisme le lui interdit4 ,quoi qu'il en soit1 elles ne cadrent plus avec cette philosophie nouvelle o tout s'coule et o rien ne peut demeurer fixe et le mme4 ,si l'tre existe1 il est ncessairement identique lui-mme3 ,a ,a4 ,c'est la premire vrit qui saute aux yeux de celui qui1 aprs avoir saisi l'tre1 le compare avec lui-mme4 ,partant1 il ne peut tre identique la ngation de lui-mme4 ,l'tre ne peut1 tre identique au non-tre4 ,c'est le principe de contradiction3 ,idem non potest esse et non esse4 ,impossible d'affirmer et de nier en mme temps1 car aucun homme sincre ne saurait croire l'identit de l'affirmation et de la ngation4 ,que si1 au contraire1 l'tre n'est plus qu'une illusion1 s'il n'y a jamais rien de fait ni de saisissable dans le rel1 vous ne pouvez plus le dire identique lui-mme4 ,dans la mme phrase1 vous ne pouvez plus unir un sujet un attribut1 puisque entre ces deux instants du devenir le sujet a dj chang ncessairement et par dfinition4 ,bien plus1 dans le mme instant1 s'il n'y a plus d'tre stable sous le changement1 s'il n'y a que du changement pur1 vous ne pouvez plus l'arrter au passage1 le fixer1 le congeler pour dire ce qu'il est1 car toute son essence est de changer et de n'tre jamais identique lui-mme#bag4 ,m4 ,le ,roy nous accorderait toutefois que si le principe de contradiction n'est plus la loi du rel1 il demeure la loi suprme du discours4 ,mais cette concession nous parat bien vaine4 ,toute la valeur du discours tant dans sa conformit avec le rel1 on ne peut plus exclure la contradiction dans le discours aprs l'avoir admise dans le rel4 ,s' il y a de la contradiction dans le monde1 comme l'affirme ,m4 ,le ,roy#bah1 il faut bien admettre qu'il y en ait aussi dans le discours et la pense qui doivent reprsenter ce rel4 ,en brisant le principe d'identit ou de contradiction1 on brise donc les ressorts essentiels de la raison humaine1 on identifie les contraires et l'on verse dans tous les dlires du monisme panthistique#bai4 ,aristote avait bien saisi toute la gravit de ces consquences logiques du principe hraclitien et les avait dj vigoureusement dnonces4 ,si les contradictoires taient galement vraies1 relativement la mme chose1 crivait-il1 ds lors tout serait confondu avec tout4 ,ce serait une seule et mme chose qu'une galre1 un mur et un homme1 si l'on peut indiffremment tout affirmer ou tout nier4444 ,un homme n'est videmment pas une galre1 mais il l'est ainsi dans le panthisme d',anaxagore1 pour lequel toutes choses sont confondues les unes avec les autres1 et par l mme il n'y a plus rien qui soit rellement existant4444 ,car s'il est vrai que tel tre soit homme et en mme temps non-homme1 indiffremment1 il n'y a plus rellement ni homme ni non-homme4#bbj ,cette rfutation par l'absurde du monisme d',hraclite et d',anaxagore n'est pas moins dcisive contre celui de ,m4 ,bergson4 ,celui-ci ne fait que rajeunir l'exemple de la galre1 du mur et de l'homme lorsqu'il nous rpte avec une insistance inquitante que1 pour lui1 un verre d'eau1 l'eau1 le sucre et le processus de dissolution du sucre dans l'eau sont sans doute des abstractions4#bba ,pour le monisme contemporain1 en effet1 comme pour le monisme antique1 toute distinction relle des tres est une illusion1 le fond de leur tre tant le mme4 ,voil o nous conduit l'identit des contraires4 ,et1 comme la contradiction systmatique finit par se dtruire elle-mme1 voici la dernire consquence galement dnonce par ,aristote4 ,prtendre que l'tre et le non-tre sont identiques1 c'est admettre l'ternel repos des choses et non leur ternel devenir4 ,il n'y a rien1 en effet1 dans ce systme en quoi puissent se transformer les tres1 puisque tout est identique tout#bbb ,si tout est identique1 assurment1 changer serait demeurer identique1 et le changement lui-mme n'a plus de sens4 ,voici donc qu'en soutenant que le mouvement seul existe1 on a rendu impossible le mouvement lui-mme1 justifiant ainsi la critique finale d',aristote3 ,le malheur commun de toutes ces belles thories1 c'est1 comme on l'a rpt cent fois1 de se rfuter elles-mmes4#bbc ,elles dtruisent en mme temps toute science philosophique4 ,la vrit devenant insaisissable et inaccessible l'esprit humain1 on ne peut plus prtendre la poursuivre srieusement#bbd4 ,la philosophie cesse d'tre une science pour devenir un art4 ,son objet n'est plus la recherche de ce qui est1 mais de ce qui plat4 ,tel est le nouveau critre4 ,un tableau du systme du monde trac a priori1 enlev de chic1 revtu de couleurs tranges1 originales et sduisantes--qu'il soit ou non conforme1 au monde rel1--s'il peut plaire1 sera tenu pour vrai1 d'autant plus vrai qu'il plaira davantage par sa hardiesse surtout et sa nouveaut4 ,un exemple des plus remarquables va nous en tre offert par ,m4 ,bergson lui-mme4 ,il va drouler sous nos yeux1 comme dans une vision fantastique1 toute la prhistoire et la gnalogie des tres anims et inanims qui ont peupl tous les mondes4 ,aprs avoir plaisant l',ontologie des anciens avec son ambition insense de connatre les essences des choses1 lui-mme va les dpasser d'audace en nous dcouvrant les secrets prhistoriques de la gense des corps et des esprits et de l'intelligence elle-mme3 ,le moment est venu1 parat-il1 de tenter une gense de l'intelligence en mme temps qu'une gense des corps4#bbe 99 99 99 99 99 ,v4 ,l',,volution ,,des ,,mondes4 #a4 ,expos4--,la rfutation de tous les systmes volutionnistes tents jusqu' ce jour est une des parties les plus intressantes et les plus solides de l',evolution cratrice1 dont nous entreprenons l'analyse et la critique4 ,m4 ,bergson s'y montre juste1 mais impitoyable pour ses prdcesseurs4 ,herbert ,spencer est assez malmen4 ,ds les premires pages de sa prface1 l'auteur se hte de s'attaquer au faux volutionnisme de ,spencer1 qui consiste dcouper la ralit actuelle1 dj volue1 en petits morceaux non moins volus1 puis la recomposer avec ces fragments et se donner ainsi1 par avance1 tout ce qu'il s'agit d'expliquer#bbf4 ,plus tard1 il comparera ironiquement sa mthode au jeu de cet enfant qui colle une image toute faite sur un carton1 le dcoupe en petits morceaux1 juxtapose ensuite ces fragments et finit par croire que l'image totale ainsi obtenue a t produite par lui1 comme s'il en avait produit le dessin et la couleur4 ,l'volution vraie des choses ne peut donc ressembler en rien la juxtaposition1 si habile qu'elle soit1 des fragments de l'volu#bbg4 ,la thorie de ,fichte#bbh1 quoique un peu moins dnue de sens philosophique que celle de ,spencer1 ne le conduit gure plus loin4 ,celui-ci tait parti de l'inorganique et prtendait1 en le compliquant avec lui-mme1 reconstituer la vie et la pense4 ,celui-l1 par un decrescendo habilement mnag1 part de l'intelligence et de la vie pour redescendre peu peu jusqu' la matire brute4 ,l'un compose et complique avec des lments donns1 l'autre dcompose et dgrade1 mais toujours avec des lments donns dont on n'indique pas la gense1 alors que l'volution a prcisment pour but de l'expliquer4 ,le grand tort des uns et des autres est aussi de ne pas voir la coupure entre l'inorganis et l'organis et de prtendre les tirer l'un de l'autre4 ,cette illusion fondamentale tant commune tous les systmes d'volution par simple mcanisme1 ,m4 ,bergson ne cesse tout propos de la dmasquer et de la confondre4 ,le darwinisme n'y chappe point4 ,n'a-t-il pas1 lui aussi1 la prtention d'expliquer l'volution par de simples causes accidentelles et extrieures8 ,l'adaptation aux milieux ambiants1 la lutte pour la vie1 la slection par le hasard des batailles1 la transmission hrditaire des caractres acquis fortuitement 444 tout cela sent encore trop le mcanisme1 puisque la cause intrieure de l'volution1 l'lan vital originel et sa direction privilgie en sont rigoureusement exclus4 ,le no-darwinisme#bbi est un peu plus heureux quand il recourt1 pour expliquer les variations1 des diffrences inhrentes au germe dont l'individu est porteur1 et non pas aux dmarches accidentelles de cet individu au cours de sa carrire4 ,mais ce que ,m4 ,bergson ne peut admettre1 c'est que ces diffrences inhrentes au germe soient purement accidentelles et individuelles1 alors que tout concourt prouver qu'elles sont le dveloppement d'une impulsion gnrale et originelle qui passe de germe en germe travers les individus et leur imprime sa marque1 soit dans la mme ligne1 soit dans des branches latrales si divergentes que nous sommes tout surpris d'y voir rapparatre certains traits originels que l'on croyait disparus4 ,ainsi1 par exemple1 nous retrouvons de grandes similitude dans la structure de l'il chez des espces trs loignes et qui n'ont pas du tout la mme histoire4 ,les vertbrs et tel mollusque1 l'homme et le ,peigne1 ont une mme rtine4 ,c'est donc l une empreinte d'une mme tendance originelle#bcj4 ,d'ailleurs1 la thorie nouvelle des mutations brusques de ,m4 de ,vries est venue modifier profondment le darwinisme sur ce point4 ,la tendance changer brusquement au bout de certaines priodes ne peut plus tre dite accidentelle et individuelle4 ,malheureusement1 cette thorie est encore trop jeune pour qu'elle soit vrifie4 ,m4 de ,vries n'apporte qu'un seul fait1 d'ailleurs contestable1 dans le rgne vgtal et aucun dans le rgne animal#bca4 ,lamarck et les no-lamarckiens#bcb sont mieux inspirs lorsqu'ils reconnaissent pour cause essentielle des changements une force1 un effort intrieur1 ou encore un besoin1 puisque leur maxime est que le besoin cre l'organe4 ,mais ils ont grand tort de considrer cet effort comme individuel4 ,l'effort par lequel une espce modifie ses organes ou ses instincts doit tre une chose bien plus profonde et qui ne dpend pas uniquement des circonstances ni des individus1 quoique les individus y collaborent1 et il n'est pas purement accidentel1 quoique l'accident y tienne une large place4 ,a ces critiques gnrales des divers systmes volutionnistes1 ,m4 ,bergson en ajoute de particulires1 dont nous relverons les deux plus intressantes sur l'insuffisance de l'adaptation aux milieux ambiants et l'insuffisance de l'hrdit4 ,voici la premire3 ,il est bien vident qu'une espce disparat quand elle ne se plie pas aux conditions d'existence qui lui sont faites4 ,mais autre chose est de reconnatre que les circonstances extrieures sont des forces avec lesquelles l'volution doit compter1 autre chose soutenir qu'elles sont les causes directrices de l'volution4 ,cette dernire thse est celle du mcanisme4 ,elle exclut absolument l'hypothse d'un lan originel1 je veux dire d'une pousse intrieure qui porterait la vie1 par des formes de plus en plus complexes1 des destines de plus en plus hautes4 ,cet lan est pourtant visible4444 ,la vrit est que l'adaptation explique les sinuosits du mouvement volutif1 mais non pas les directions gnrales du mouvement1 encore moins le mouvement lui mme4 ,la route qui mne la ville1 est bien obliger de monter les ctes et de descendre les pentes1 clic s'adapte aux accidents du terrain2 mais les accidents de terrain ne sont pas cause de la route et ne lui ont pas non plus imprim sa direction4#bcc ,l'on ne saurait mieux dire2 c'est dcisif4 ,la seconde critique ne l'est pas moins4 ,d'abord les faits nous montrent1 d'une manire irrfragable1 que la transmission hrditaire des caractres acquis est l'exception et non la rgle4 ,cette simple remarque suffirait renverser tous les systmes dj critiqus4 ,mais il y a plus1 l'exception mme devient inexplicable3 ,comment attendre d'elle 7de l'hrdit7 qu'elle dveloppe 7peu peu7 un organe tel que l'il8 ,quand on pense au nombre norme de variations1 toutes diriges dans le mme sens1 qu'il faut supposer accumules les unes sur les autres pour passer de la tache pigmentaire de l',infusoire l'il du ,mollusque ou du ,vertbr1 on se demande comment l'hrdit1 telle que nous l'observons1 aurait jamais dtermin cet amoncellement de diffrences1 supposer que des efforts individuels eussent pu produire chacune d'elles en particulier4#bcd ,des efforts accidentels et individuels ne suffisent donc pas expliquer cette marche la vision vers le plus parfait des organes visuels1 tel que l'il du vertbr4 ,au-dessus des individus1 incapables de se concerter entre eux pour un tel but1 au-dessus des circonstances accidentelles et fortuites1 il faut placer une force suprieure qui les domine et les dirige4 ,elle seule peut empcher l'volution d'tre un coulement aveugle et chaotique1 comme l'eau qui dborde1 tantt bienfaisante et tantt destructrice4 ,il faut une direction4 ,c'est dire qu'aucun des systmes volutionnistes imagins jusqu' ce jour n'est capable de rsoudre le problme de l'volution4 ,voil une critique1 nos yeux premptoire1 de l'volutionnisme1 et--quoiqu'il ne l'ait point invente--nous devons savoir gr ,m4 ,bergson de nous l'avoir si bien expose4 ,reste examiner ce qu'il va nous proposer de mettre la place1 car il ne suffit pas de dtruire1 il faut encore et surtout remplacer4 99 99 99 99 99 ,d'abord--et ce procd par antithse n'est plus pour nous surprendre1 --,m4 ,bergson maintient quand mme1 et malgr tous ses checs successifs1 le principe de l'volution universelle1 s'tendant tous les tres sans exception4 ,principe dont nous avons montr ailleurs#bce l'tendue exagre1 car si les faits peuvent nous suggrer d'admettre des volutions partielles d'une multitude de types primitifs1 animaux et vgtaux1 aucun fait n'autorise la ngation de ces types primitifs1 aucun ne favorise l'hypothse de l'volution universelle s'tendant de la molcule inorganique jusqu' l'homme et l'intelligence humaine4 ,bien loin de l1 tous les faits scientifiques1 non moins que les impossibilits rationelles qu'elle implique1 la contredisent ouvertement4 ,cependant1 ,m4 ,bergson s'obstine retenir le principe1 et la raison de cette obstination1 commune un si grand nombre de penseurs contemporains1 nous la trouvons clairement formule dans cet aveu d'un de ses collgues en ,sorbonne1 professeur d'anatomie compare1 et qui n'est nullement suspect d'attaches religieuses3 ,je suis absolument convaincu1 crivait-il1 qu'on est ou qu'on n'est pas transformiste1 non pour des raisons tires de l'histoire naturelle1 mais en raison de ses opinions philosophiques4 ,s'il existait une hypothse scientifique autre que le transformisme pour expliquer l'origine des espces 7sans recourir ,dieu71 nombre de transformistes actuels abandonneraient leur opinion actuelle comme insuffisamment dmontre4#bcf ,l'hypothse de l'volution universelle et absolue est donc comme la carte force pour tous ceux qui veulent masquer leur prtention irrationnelle de se passer de ,dieu1 et cela nous explique la vraie porte des paroles suivantes3 ,en soumettant ainsi les diverses formes actuelles de l'volutionnisme une commune preuve1 en montrant qu'elles viennent toutes se heurter une mme insurmontable difficult1 nous n'avons nullement l'intention de les renvoyer dos dos4444#bcg1 mais seulement de les transformer et de les remplacer par une hypothse nouvelle qui vitera les cueils o toutes les autres sont venues se heurter et se briser4 ,le premier de ces cueils1 c'tait1 nous semble-t-il1 le souci de faire concorder la thorie avec les faits4 ,or1 ce but est impossible atteindre1 attendu que les documents nous manquent pour reconstituer cette histoire de l'volution#bch4 ,il vaut donc bien mieux1 d'aprs ,m4 ,bergson1 s'en tenir des gnralits1 d'autant que la philosophie n'est pas tenue aux mmes prcisions que les sciences#bci4 ,la philosophie1 que l'on avait fait descendre du ciel sur la terre1 va donc remonter un instant dans les nuages pour s'y mouvoir plus son aise4 ,le deuxime cueil tait la proccupation constante d'accorder la thorie avec les premiers principes de la raison1 notamment avec le principe de causalit4 ,on supposait toujours qu'en voluant un tre ne pouvait produire que ce qu'il contenait dj en puissance4 ,tout tait donc donn1 l'origine de l'volution1 au moins l'tat virtuel ou de puissance4 ,ainsi1 par exemple1 deux espces voisines1 comme le singe et l'homme1 taient supposes descendre d'un anctre commun1 caractres encore indcis1 ni homme ni singe1 mais pouvant voluer dans l'un ou l'autre sens1 le genre contenant virtuellement les espces4 ,c'tait encore l un but chimrique1 impossible atteindre1 au moins dans l'tat actuel de la science4 ,aussi les gnalogies qu'on nous propose pour les diverses espces sont le plus souvent problmatiques4 ,elles varient avec les auteurs1 avec les vues thoriques dont elles s'inspirent1 et soulvent des dbats que l'tat actuel de la science ne permet pas de trancher#bdj4 ,il est donc beaucoup plus simple de s'en passer et de supposer que l'volution1 au lieu de drouler peu peu les germes qu'elle portait dans ses flancs1 a cr de toute pice tout ce qu'elle a produit4 ,l'volution ne sera plus une simple volution novatrice1 mais une cration qui se poursuit sans fin en vertu d'un mouvement initial#bda4 ,de l le nom assez contradictoire1 mais significatif d',evolution cratrice4 ,ds lors1 plus n'est besoin de trouver des anctres communs1 des types gnriques d'o sortiraient des espces3 tout peut sortir de tout1 grce l'hypothse d'une cration perptuelle #bdb4 ,dbarrass de la sorte de tous ces vains scrupules1 d'accord avec les premiers principes de la raison ou de concordance avec les faits1 on devine combien notre auteur va se mouvoir son aise dans la description qu'il va nous faire de l'volution des tres organiss ou inorganiss1 soit sur notre terre1 soit sur d'autres plantes1 dans d'autres systmes solaires#bdc4 ,et c'est l'intuition grandiose de ce pote ou de ce voyant que nous avons hte d'analyser1 aprs avoir pri le lecteur de vouloir bien se rappeler la fameuse notion bergsonienne du ,temps1 vritable inspiratrice des thories nouvelles4 99 99 99 99 99 ,au commencement tait le ,temps1 et le ,temps tait un principe psychique1 dou d'activit1 car un temps dpourvu d'efficace1 du moment qu'il ne fait rien1 n'est rien#bdd4 ,comment le dfinir8 ,c'est bien impossible1 car1 tant un produit de l'intuition1 il ne rentre dans aucune des catgories de l'intelligence4 ,cependant1 faute d'un meilleur mot#bde1 nous avons dj vu qu'il l'appelle conscience ou superconscience1 mais plus souvent vie1 lan vital1 courant de vie1 cration incessante1 ou exigence de cration1 invention1 choix1 libert1 intuition1 vouloir1 progrs1 etc4 ,cette puissance cosmique n'est pourtant pas infinie1 mais strictement limite et imparfaite1 car il ne faut pas oublier1 dit-il1 que la force qui volue travers le monde organis est une force limite qui toujours cherche se dpasser elle-mme et toujours reste inadquate l'uvre qu'elle tend poursuivie#bdf4 ,or1 voici comment l'volution de cette force originelle s'est tout coup produite sans aucune cause assignable4 ,a un certain moment1 en certains points de l'espace1 un courant bien visible a pris naissance3 ce courant de vie1 traversant les corps qu'il a organiss tour tour1 passant de gnration en gnration1 s'est divis entre les espces et parpill entre les individus1 sans rien perdre de sa force1 s'intensifiant plutt mesure qu'il avanait4#bdg ,toutefois1 cette marche de l'volution n'est pas chose si simple1 car1 au lieu de ne prendre qu'une seule direction et de dcrire une trajectoire unique1 comme celle d'un boulet de canon1 elle s'est fragmente en un nombre considrable de directions4 ,nous avons affaire ici un obus qui a tout de suite clat en fragments1 lesquels1 tant eux-mmes des espces d'obus1 ont clat leur tour en fragments destins clater encore1 et ainsi de suite pendant fort longtemps4444 ,quand l'obus clate1 sa fragmentation particulire s'explique tout la fois par la force explosive de la poudre qu'il renferme et par la rsistance que le mtal y oppose4 ,ainsi pour la fragmentation de la vie en individus et en espces4 ,elle tient1 croyons-nous1 deux sries de causes3 la rsistance que la vie prouve de la part de la matire brute1 et la force explosive--due un quilibre instable de tendances--que la vie porte en elle4 ,la rsistance de la matire brute est l'obstacle qu'il fallut tourner d'abord4 ,la vie semble y avoir russi force d'humilit 767 en se faisant trs petite et trs insinuante1 biaisant avec les forces physiques et chimiques1 consentant mme faire avec elles une partie du chemin1 comme l'aiguille de la voie ferre quand elle adopte pendant quelque temps la direction du rail dont elle veut se dtacher4 ,voil pourquoi les premires formes de la vie furent d'une simplicit extrme1 se distinguant peine des formes inorganiques4 ,elles devaient tre comparables celles de nos ,amibes1 mais avec1 en plus1 la formidable pousse intrieure qui devait les hausser jusqu'aux formes suprieures de la vie#bdh4 ,mais les causes vraies et profondes de division taient celles que la vie portait en elle4 ,car la vie est une tendance1 et l'essence d'une tendance est de se dvelopper en forme de gerbe1 crant1 par le seul fait de sa croissance1 des directions divergentes entre lesquelles se partagera son clan4#bdi ,l'histoire de l'volution consistera donc dmler le nombre de ces directions divergentes1 en apprcier l'importance relative1 en faire le dosage pour mettre en relief les directions principales4 ,or1 l'on voit1 du premier coup d'il1 que les bifurcations1 au cours du trajet1 ont t nombreuses1 mais il y a eu beaucoup d'impasses ct de deux ou trois grandes routes2 et de ces routes elles-mmes1 une seule1 celle qui monte le long des vertbrs jusqu' l'homme1 a t assez large pour laisser passer librement le grand souffle de la vie4#bej ,d'abord1 l'lan originel1 quoique simple et unique1 s'est partag entre deux grandes lignes d'volution divergentes3 le vgtal d l'animal4 ,la preuve que c'est bien le mme lan vital qui s'est ainsi divis1 c'est que quelque chose du tout subsiste encore dans les parties1 comme une empreinte originelle4 ,ainsi nous retrouvons dans les organismes les plus diffrents des organes semblables ou analogues1 comme des camarades spars depuis longtemps gardent les mmes souvenirs d'enfance#bea4 ,c'est donc bien le mme lan primitif qui se continue dans les voies les plus diverses4 ,comme exemple de ces analogies profondes1 ,m4 ,bergson cite la gnration sexue3 elle n'est peut-tre qu'un luxe pour la plante1 mais il fallait que l'animal y vnt1 et la plante a d y tre porte par le mme lan qui y poussait l'animal1 lan primitif1 originel1 antrieur au ddoublement des deux rgnes4 ,nous en dirons autant de la tendance du vgtal une complexit croissante4 ,cette tendance est essentielle au rgne animal1 que travaille le besoin d'une action de plus en plus tendue1 de plus en plus efficace4 ,mais les vgtaux1 qui se sont condamns 767 l'insensibilit et l'immobilit1 ne prsentent la mme tendance que parce qu'ils ont reu au dbut la mme impulsion#beb4 ,quoi qu'il en soit de la force ou de la faiblesse de tels arguments1 examinons la division prtendue de l'lan vital originel entre les deux rgnes1 vgtal et animal4 ,pour la comprendre1 il faudrait tout d'abord connatre les ressemblances et surtout les diffrences caractristiques de la plante avec l'animal4 ,malheureusement1 aux yeux de ,m4 ,bergson1 aucun caractre prcis ne les distingue1 et toute dfinition1 jusqu' ce jour1 a chou4 ,tout au plus pourra-t-on les distinguer par leur tendance accentuer trois caractres plus remarquables#bec4 #a ,leur mode d'alimentation4 ,les vgtaux tirent leur nourriture1 en particulier le carbone et l'azote1 directement des substances minrales2 l'animal1 des substances vgtales et dj labores par la vie4 ,mais cette loi souffre des exceptions3 ainsi les champignons s'alimentent comme les animaux1 et l'on connat des plantes insectivores1 telles que le ,drosra1 la ,dione1 la ,pinguicula1 etc4 ,il n'en est pas moins vrai que les vgtaux se distinguent des animaux1 pris en bloc1 par leur pouvoir de crer de la matire organique aux dpens de l'inorganique4 #b ,la tendance des vgtaux l'immobilit et des animaux la mobilit est une consquence de leur mode d'alimentation4 ,la plante n'a pas besoin de se dranger pour se nourrir4 ,trouvant tout ce qu'il lui faut autour d'elle dans la terre imbibe de sucs1 elle y reste fixe4 ,l'animal1 au contraire1 est oblig de chercher sa nourriture1 et partant de se mouvoir pour la trouver4 ,voil pourquoi la cellule vgtale s'entoure d'une membrane de cellulose qui la condamne l'immobilit1 tandis que les animaux suprieurs ont des organes sensoriels pour reconnatre leur proie1 des organes locomoteurs pour la saisir1 et les animaux infrieurs1 tels que les ,amibes1 ont au moins des pseudopodes qu'ils lancent de divers cts pour saisir les matires organiques parses dans une goutte d'eau4 ,les exceptions cette seconde loi1 pas plus qu' la premire1 n'empchent leur gnralit caractristique4 ,mais ces tendances la fixit ou la mobilit ne sont encore que des signes superficiels d'une autre tendance encore plus profonde1 la tendance au rveil ou l'atrophie de la conscience4 #c ,entre la mobilit et la conscience1 en effet1 il y a un rapport vident4 ,la conscience est-elle cause ou effet de la mobilit8 ,l'un et l'autre sont vrais4 ,c'est la conscience qui fait mouvoir1 mais le mouvement1 son tour1 stimule et dveloppe la conscience1 comme l'absence de mouvement tend l'atrophier4 ,de ce point de vue1 dit ,m4 ,bergson1 nous dfinirons l'animal par la sensibilit et la conscience veille1 le vgtal par la conscience endormie et l'insensibilit#bed4 ,et que l'on n'objecte pas que la sensibilit et la mobilit ont pour condition ncessaire un systme nerveux4 ,autant vaudrait dire qu'un tre vivant qui n'a pas d'estomac est incapable de se nourrir4 ,la vrit est que le systme nerveux est n1 comme les autres systmes1 d'une division du travail4 ,il ne cre pas la fonction1 il la dveloppe seulement en la portant son maximum d'intensit et de prcision4 ,c'est dire que le plus humble organisme est conscient dans la mesure o il se meut librement4#bee ,et voil pourquoi la plante1 qui s'est fixe au sol1 n'a pu se dvelopper dans le sens de l'activit consciente4 ,mais sa conscience n'est pas nulle pour cela1 elle est seulement endormie4 ,et1 de mme qu'elle peut se rveiller chez certains vgtaux qui ont reconquis leur mobilit et leur libert--tels que les zoospores des ,algues1--ainsi elle peut s'atrophier et s'endormir chez des animaux dgnrs en parasites immobiles4 ,conscience et inconscience n'en marquent pas moins les deux directions gnrales et opposes de l'animal et du vgtal#bef4 --,inutile d'interrompre ici cette analyse de l'hypothse bergsonienne pour en montrer au lecteur le caractre tout a priori4 ,attribuer aux plantes une conscience--inconsciente--dont elles n'ont jamais donn aucun signe1 ce n'est pas s'appuyer sur des faits1 mais sur un systme en l'air et sans aucune base exprimentale4 ,quant aux prtendus vgtaux mobiles et conscients1 il n'y a aucune raison srieuse de ne pas les classer parmi les animaux4 ,aristote a cr pour eux le nom caractristique de zoophytes1 qui leur est rest4 ,aprs cette parenthse1 poursuivons notre expos de l'volution bergsonienne4 ,l'lan vital s'est donc partag en un double courant3 l'un volue dans le sens de l'activit locomotrice et par consquent d'une conscience de plus en plus intense1 laissant l'autre courant suivre la marche inverse4 ,celui-ci cre le monde des plantes2 celui-l le monde animal4 ,mais la raison de ce partage8 ,pourquoi cette division en plusieurs rgnes1 et mme cette division en une multitude d'individus dans chaque rgne8 ,m4 ,bergson ne peut rpondre par l'utilit1 la beaut et la grandeur de ce plan de la cration1 puisqu'il n'admet pas de plan prvu et voulu4 ,sa rponse n'en sera que plus curieuse et plus instructive4 ,a la rigueur1 dit-il1 rien n'empcherait d'imaginer un individu unique en lequel1 par suite de transformations rparties sur des milliers de sicles1 se serait effectue l'volution de la vie4 ,ou encore1 dfaut d'un individu unique1 on pourrait supposer une pluralit d'individus se succdant en une srie unilinaire4#beg ,pourquoi donc l'volution s'est-elle faite sur des lignes divergentes et par l'intermdiaire de millions d'individus8--,c'est que l'lan originel a acquis peu peu une multitude de tendances diverses qui ne pouvaient crotre sans devenir incompatibles entre elles et tendre se sparer en des voies diffrentes#beh4 ,or1 parmi ces tendances1 il y en avait deux fondamentales et opposes3 l'une vers l'activit1 l'autre vers le repos2 l'une vers le travail1 l'autre vers la paresse4 ,la premire a produit le monde animal1 la seconde1 le monde vgtal4 ,les deux tendances1 qui s'impliquaient rciproquement sous une forme rudimentaire1 se sont dissocies en grandissant4 ,de l1 le monde des plantes avec sa fixit et son insensibilit2 de l1 les animaux avec leur mobilit et leur conscience4 ,point n'est besoin1 d'ailleurs1 pour expliquer ce ddoublement1 de faire intervenir une force mystrieuse4 ,il suffit de remarquer que l'tre vivant appuie naturellement vers ce qui lui est le plus commode1 et que vgtaux et animaux ont opt 7871 chacun de leur ct1 pour deux genres diffrents de commodit dans la manire de se procurer le carbone et l'azote dont ils avaient besoin4444 ,ce sont deux manires diffrentes de comprendre le travail1 ou1 si l'on aime mieux1 la paresse4444 ,le mme lan qui a port l'animal se donner des nerfs et des centres nerveux a d aboutir1 dans la plante1 la fonction chlorophyllienne4#bei ,que cette explication soit ingnieuse1 je le veux bien4 ,mais qu'elle soit vraiment satisfaisante pour l'esprit1 j'en doute fort4 ,nous dire que les vgtaux et animaux ont opt1 chacun de leur ct1 pour les formes les plus commodes1 c'est les supposer dj existants au lieu de nous expliquer leur gense4 ,ajouter que la forme animale est plus commode aux besoins de l'animal1 et la forme vgtale aux besoins du vgtal1 c'est contradictoire l'hypothse o il n'y a encore ni animal ni vgtal1 et o les besoins sont les mmes dans l',elan vital originel4 ,que si l'on veut parler de leurs besoins futurs1 lorsqu'ils seront devenus plantes ou animaux1 cette prvision du futur et cette merveilleuse adaptation des organes des besoins futurs prouvent au contraire la conception d'un plan et la ralisation de ce plan1 dont ,m4 ,bergson ne voudrait aucun prix1 et qui pourtant s'impose celui qui analyse ce fait d'une volution sagement prvoyante et adaptant l'avance les organismes leurs besoins futurs4 ,allons plus loin1 et disons que ces deux tendances l'action et au repos s'allient fort bien dans le mme tre et ne sont pas une cause suffisante de ddoublement et de divorce4 ,ce sont deux moitis du mme programme tour tour applicables4 ,et l'oubli1 par chaque rgne--animal et vgtal1--d'une des deux moitis du programme#bfj--que ,m4 ,bergson1 sans l'adopter1 ne juge pas impossible1--nous parat au contraire absolument invraisemblable4 ,tous les tres vivants de la nature agissent et sommeillent tour tour1 et le sommeil des plantes elles-mmes1 surtout dans leurs priodes d'hibernation1 sont des faits lmentaires4 ,l'explication propose est donc beaucoup trop raffine1 car elle devient purement verbale3 verba et voces4 ,il est tellement arbitraire de vouloir caractriser l'animalit par la tendance une mobilit de plus en plus haute1 et la vie vgtative par une tendance contraire une fixit et une somnolence de plus en plus grandes1 que les faits et les lois biologiques se montrent rfractaires une telle explication4 ,nous constatons1 par exemple1 que chaque espce bien caractrise1 soit animale1 soit vgtale1 a une tendance invincible se conserver1 et nullement varier sans cesse4 ,si la main de l'homme leur fait violence par des accouplements contre nature1 elles sont infcondes ou leurs produits hybrides font bien vite retour au type primitif4 ,cette loi fondamentale du retour rvle bien leur tendance la fixit plutt qu'au perptuel changement4 ,les changements eux-mmes1 lorsqu'ils se produisent accidentellement1 tels que les adaptations au milieu ambiant1 ne dmontrent pas moins leur tendance se conserver les mmes au prix de quelques lgres concessions de dtail4 ,s'ils changent un peu leur forme1 c'est pour conserver leur tre et assurer leur dure4 ,ce contraste entre la permanence ou la fixit des types et la prtendue mobilit perptuelle de l'lan vital qui les porte est difficilement expliqu par ,m4 ,bergson4 ,on pourrait dire1 rplique-t-il1 que la vie tend agir le plus possible1 mais que chaque espce prfre 787 donner la plus petite somme possible d'effort4444 ,la vie est une action toujours grandissante4 ,mais chacune des espces travers lesquelles la vie passe ne vise qu' sa commodit4 ,elle va ce qui demande le moins de peine4 ,s'absorbant dans la forme qu'elle va prendre1 elle entre dans un demi-sommeil1 o elle ignore peu prs tout le reste de la vie4444 ,ce sont deux mouvements diffrents et souvent antagonistes4 ,le premier se prolonge dans le second1 mais il ne peut s'y prolonger sans se distraire 787 de sa direction1 comme il arriverait un sauteur1 qui1 pour franchir l'obstacle1 serait oblig d'en dtourner les yeux et de se regarder lui-mme4#bfa ,ainsi la vie tend au changement1 et le vivant tend la permanence2 cependant1 la seconde tendance n'est qu'un prolongement de la premire1 qui n'a pu ainsi se prolonger sans se distraire1 et cette distraction l'a change en tendance contraire4 ,comprenne qui pourra6444 ,pour nous1 nous conclurons qu'il y a contradiction flagrante1 non pas au sein de la nature1 mais au sein de l'hypothse bergsonienne4 ,et ce n'est pas l'image du sauteur et de sa distraction qui nous convaincra du contraire4 ,pour cadrer avec les faits biologiques ou ne pas les heurter trop ouvertement1 ce n'est pas seulement des distractions accidentelles que ,m4 ,bergson va attribuer son ,elan vital1 mais encore des accidents plus fcheux1 tels que des cas de paralysie1 d'hypnose1 de maladresse1 d'alination1 etc4 ,ecoutons-le3 ,de bas en haut du monde organis1 c'est toujours un seul grand effort2 mais1 le plus souvent1 cet effort tourne court1 tantt paralys par des forces contraires 7871 tantt distrait de ce qu'il doit faire par ce qu'il fait1 absorb par la forme qu'il est occup prendre1 hypnotis sur elle comme sur un miroir4 ,jusque dans ses uvres les plus parfaites1 alors qu'il parat avoir triomph des rsistances extrieures 787 et aussi de la sienne propre 7871 il est la merci de la matrialit qu'il a d se donner4#bfb ,en vrit1 toute cette imagerie nous laisse rveur1 sans nous clairer mme un peu4 ,on se demande quelles sont ces rsistances extrieures qui ont pu occasionner tant d'accidents l',elan vital1 puisqu'il est seul au monde2 comment il peut se ddoubler lui-mme pour avoir lutter contre sa rsistance propre1 comment il peut se donner une matrialit hostile pour se combattre ainsi lui-mme4 ,autant d'affirmations1 autant de mystres6 ,nous cherchons avec avidit quelque lumire la page suivante1 et nous y lisons que tout s'explique facilement par une diffrence de rythme4 ,voici le procd3 ,la cause profonde de ces dissonances gt dans une irrmdiable diffrence de rythme4 ,la vie en gnral est la mobilit mme2 les manifestations particulires de la vie n'acceptent cette mobilit qu' regret et retardent constamment sur elle4 ,celle-l va toujours de l'avant1 celles-ci voudraient pitiner sur place4 ,l'volution en gnral se ferait autant que possible en ligne droite2 chaque volution spciale est un processus circulaire4 ,comme des tourbillons de poussire soulevs par le vent qui passe1 les vivants tournent sur eux-mmes1 suspendus au grand souffle de la vie4 ,ils sont donc relativement stables et contrefont si bien l'immobilit que nous les traitons comme des choses plutt que comme des progrs1 oubliant que la permanence mme de leurs formes n'est que le dessin d'un mouvement4#bfc ,c'est donc toujours ici lu mme imagerie4 ,la lanterne magique y remplace le raisonnement4 ,encore n'est-elle pas trs bien claire4 ,la vie en gnral et la vie individuelle et concrte sont entre elles comme l'ombre et la ralit4 ,or1 on ne comprend pas que l'ombre ne suive plus la ralit et puisse avancer ou retarder sur elle4 ,c'est l une diffrence de rythme invraisemblable4 ,quant opposer la vie abstraite et la vie concrte pour se donner le spectacle de les voir aux prises1 luttant ensemble1 comme deux athltes diffrents1 c'est raliser des abstractions un degr o l'abus des entits scolastiques n'avait jamais encore atteint4 ,quoi qu'il en soit de ces subtilits vertigineuses1 il semble que l',elan vital1 ne luttant que contre lui-mme1 aurait d tre toujours vainqueur1 comme ces joueurs timors qui ne jouent ou ne parient qu'avec eux-mmes et ne peuvent ainsi jamais perdre4 ,mais il n'en est rien4 ,chacune des espces successives que dcrivent la palontologie et la zoologie fut un succs remport par la vie4 ,et ces succs furent rares3 ,l'insuccs apparat comme la rgle1 le succs comme exceptionnel et toujours imparfait4 ,nous allons voir que des quatre grandes directions o s'est engage la vie animale1 deux ont conduit des impasses4#bfd ,en effet1 ds que vgtaux et animaux se furent spars de leur souche commune1 le vgtal s'endormant dans l'immobilit1 l'animal1 au contraire1 s'veillant dans une mobilit de plus en plus parfaite1 et pour cela marchant la conqute d'un systme nerveux1 le premier effort du rgne animal dut sans doute aboutir crer des organismes trs simples1 semblables certains de nos vers1 et qui furent la souche commune des ,echinodermes1 des ,mollusques1 des ,arthropodes et des ,vertbrs4 ,mais un danger les guettait1 un obstacle faillit arrter l'essor de toute la vie animale4 ,ces premires espces s'emprisonnrent dans une enveloppe plus ou moins dure qui gnait ou paralysait leurs mouvements4 ,les ,mollusques s'enfermrent dans une coquille1 les ,echinodermes dans une peau dure et calcaire1 les ,arthropodes dans une carapace2 certains poissons dans une enveloppe osseuse1 et cela dans un but de dfense pour se rendre indvorables4 ,mais cette cuirasse1 derrire laquelle l'animal se mettait l'abri1 le gnait dans ses mouvements et parfois l'immobilisait1 le condamnant pour ainsi dire un demi-sommeil4 ,c'est dans cette torpeur que vivent encore nos ,mollusques et nos ,echinodermes4 ,heureusement que les ,arthropodes et les ,vertbrs ont su chapper ce pril1 grce une circonstance heureuse que ,m4 ,bergson ne nous indique pas4 ,c'est cette circonstance heureuse que tient l'panouissement actuel des formes les plus hautes de la vie4 ,dans ces deux directions1 en effet1 nous voyons la pousse de la vie vers le mouvement reprendre le dessus4 ,les ,poissons changent leur cuirasse ganode pour des cailles qui permettent leur mobilit4 ,les insectes se dbarrassent de la cuirasse1 qui protgeait leurs anctres4 ,c'est leur agilit mme qui leur permettra aujourd'hui d'chapper leurs ennemis et1 au besoin1 de prendre l'offensive et d'attaquer pour se mieux dfendre4 ,mais l'intrt particulier ou la plus grande commodit n'est encore qu'une explication superficielle de la transformation des espces4 ,la cause profonde est l'impulsion qui lana la vie dans le monde1 et qui1 dans le monde animal menac de s'assoupir1 obtint1 sur quelques points tout au moins1 qu'on se rveillt et qu'on allt de l'avant4 ,sur les deux voies o s'levaient les ,vertbrs et les ,arthropodes1 le dveloppement a consist dans le progrs du systme nerveux sensori-moteur1 qui facilite de plus en plus la varit des mouvements4 ,mais cette marche la conqute d'un systme nerveux s'est faite dans deux directions divergentes4 ,il suffit d'un coup d'il jet sur le systme nerveux des ,arthropodes et celui des ,vertbrs pour s'en convaincre#bff4 ,malgr cette dualit de plan1 le progrs consistera toujours compliquer les mcanismes du systme nerveux1 c'est--dire multiplier les carrefours o s'entre-croisent les voies sensorielles et les voies motrices pour augmenter avec le nombre des directions possibles du mouvement la latitude de choix de l'animal2 en un mot1 accrotre sa mobilit pour accrotre paralllement son degr de conscience#bfd4 ,en effet1 l'tre vivant est un centre d'action1 et sa perfection ne peut consister que dans la perfection de son activit motrice1 soit automatique1 soit volontaire1 laquelle toutes les autres facults sont subordonnes4 ,voil pourquoi l'indpendance des mouvements devient complte chez l'homme1 dont la main peut excuter n'importe quel travail#bfg4 ,mais ce n'est pas l tout le progrs4 ,derrire le dveloppement organique et visible de cette activit motrice on devine1 un dveloppement parallle des deux puissances invisibles d'abord confondues au sein de l',elan vital3 l'instinct et l'intelligence4 99 99 99 99 99 ,comment dfinir ces deux nouvelles puissances8 ,m4 ,bergson nous a dj annonc que toute dfinition en tait impossible4 ,pour y suppler1 il va s'appliquer nous dcrire le sens de leur direction4 ,il semble bien que l'une et l'autre soient des modes de connaissance1 mais tellement opposes qu'elles sont deux natures irrductibles1 bien loin d'tre des degrs1 suprieur ou infrieur1 de la mme connaissance4 ,l'volution du rgne animal s'est accomplie sur deux voies divergentes dont l'une allait l'instinct et l'autre l'intelligence4444 ,la diffrence entre elles n'est pas une diffrence d'intensit ni plus gnralement de degr1 mais de nature4#bfi ,ici1 nous sommes heureux de nous trouver d'accord avec ,m4 ,bergson et lui savons gr d'avoir insist sur ce point capital1 malgr toutes les rserves que nous aurions faire sur les dveloppements qu'il va nous donner de sa thse fondamentale4 ,si tant de philosophes ont t tents de voir dans l'intelligence et l'instinct des activits de mme ordre dont la premire serait d'un degr suprieur la seconde1 alors que ce sont des natures diffrentes1 c'est que les deux activits1 aprs s'tre entre-pntres dans l',elan vital originel1 se retrouvent l'une et l'autre1 la fois1 quoique des degrs divers1 chez tous les animaux4 ,de mme qu'on retrouve quelques degrs bien diminus d'instinct chez l'homme intelligent1 on retrouve aussi quelques faibles degrs d'intelligence dans la brute4 ,seule1 la proportion diffre4 --,inutile d'ouvrir ici une parenthse pour montrer l'quivoque de ce mot intelligence appliqu la brute4 ,nous l'avons expliqu ailleurs#bfg et dmontr assez longuement4 ,le lecteur est difi4 ,poursuivons notre analyse3 ,il n'y a pas d'intelligence o l'on ne dcouvre1 ct1 des traces d'instinct2 pas d'instinct qui ne soit entour d'une frange d'intelligence#bgj4 ,et c'est cette frange d'intelligence ou d'instinct qui a caus tant de mprises4 ,de leur union1 on a conclu faussement leur identit4 ,en ralit1 ils ne s'accompagnent que parce qu'ils se compltent2 et ils ne se compltent que parce qu'ils sont diffrents4 ,la vie tant un effort pour obtenir certaines choses de la matire brute1 on ne peut s'tonner que l'instinct et l'intelligence soient deux mthodes varies et mme opposes pour agir sur la matire inerte4 ,ce sont deux mthodes de fabrication4 ,l'intelligence est la facult de fabriquer des objets artificiels 7inorganiques71 en particulier des outils faire des outils et d'en varier indfiniment la fabrication4--,au contraire1 l'instinct est une facult d'utiliser et mme de construire des instruments organiss#bga4 ,voici les avantages et les inconvnients de ces deux modes d'activit4 ,l'instinct1 trouvant sa porte des instruments organiques merveilleux qui se fabriquent et se rparent eux-mmes1 fait tout de suite1 sans apprentissage1 avec une perfection souvent admirable1 ce qu'il est appel faire4 ,en revanche1 il est ncessairement spcialis et limit un objet dtermin4 ,au contraire1 l'intelligence n'emploie que des instruments imparfaits et fabriqus par elle au prix d'un grand effort1 mais le champ de son action est illimit1 grce aux formes infiniment varies qu'elle sait donner ses instruments4 ,chacune de ses inventions cre un besoin nouveau2 en sorte qu'au lieu de fermer1 comme l'instinct1 le cercle d'action o il se meut automatiquement1 elle largit de plus en plus ce cercle et tend de plus en plus loin sa sphre d'activit4 ,mais cette supriorit de l'intelligence sur l'instinct n'apparat que tard1 lorsqu'elle fabrique des machines fabriquer4 ,au dbut1 les avantages et les inconvnients se balancent si bien qu'il est difficile de dire lequel des deux assurera l'tre vivant un plus grand empire sur la nature#bgc4 ,l'intelligence a encore plus besoin de l'instinct que l'instinct de l'intelligence4 ,celle-ci ne devient matresse et indpendante que chez l'homme2 c'est alors le cong dfinitif que l'instinct reoit de l'intelligence4 ,il n'en est pas moins vrai que la nature a d hsiter entre ces deux modes d'activit3 l'un assur du succs1 mais limit dans ses effets2 l'autre alatoire1 mais indfini dans ses conqutes4 ,de son ct tait le plus gros risque1 mais aussi les plus grands succs4 ,en rsum3 instinct et intelligence reprsentent deux solutions divergentes1 galement lgantes1 d'un seul et mme problme#bga4 ,toutefois1 l'activit qui fabrique a besoin pour s'exercer d'une direction4 ,si elle est intelligente et consciente1 elle se dirigera elle-mme2 mais si elle est inconsciente et automatique1 son mcanisme psychique aura d tre pralablement agenc et mont par un constructeur intelligent4 ,telle est du moins notre conclusion et celle de tous les philosophes spiritualistes jusqu' ce jour1 pour lesquels l'instinct est une espce de mmoire ou de sentiment inns provoquant et dirigeant les oprations de l'animal4 ,m4 ,bergson ne contredira point compltement cette thorie2 il l'tendra mme l'excs jusqu'aux plantes et aux fonctions de la vie vgtative4 ,il dira sans hsiter3 la plante a des instincts3 il est douteux1 ajoute-t-il1 que ces instincts s'accompagnent chez elle de sentiments#bgd4 ,mais l'opinion lui parat au moins probable puisqu'il nous parle de l' amour maternel1 si frappant1 si touchant1 chez la plupart des animaux et observable jusque dans la sollicitude de la plante pour sa graine1 et se plat nous dcrire chaque gnration penche sur celle qui suivra#bgf4 ,quoi qu'il en soit de cette potique prosopope1 il tient nous bien montrer que la prtendue inconscience de l'instinct n'est pas encore une inconscience vritable4 ,ce n'est pas une conscience nulle1 dit-il1 mais seulement annule passagrement par le travail qu'elle commande et dirige3 la reprsentation est alors bouche par l'action#bgd4 ,mais c'est bien la reprsentation inconsciente qui a dclanch toute la srie des mouvements automatiques de l'instinct4 ,de l on peut conclure que l'instinct sera orient vers l'inconscience et l'intelligence vers la conscience4 ,la reprsentation sera plutt joue et inconsciente dans le cas de l'instinct1 plutt pense et consciente dans le cas de l'intelligence#bgg4 ,les exemples remarquables d'instinct que ,m4 ,bergson dveloppe avec une certaine complaisance sont bien connus du lecteur4 ,c'est l'stre du cheval qui dpose ses ufs sur les jambes ou les paules de l'animal1 comme s'il savait que sa larve doit1 se dvelopper dans l'estomac du cheval et que celui ci1 en se lchant1 l'y transportera srement4 ,c'est le ,sphex paralyseur qui sait frapper sa victime l'endroit prcis des centres nerveux de manire l'immobiliser sans la tuer1 et conserver ainsi une nourriture toujours frache1 etc4 ,ce qui est moins connu du lecteur1 c'est l'explication monistique que notre auteur a essay de nous en donner#bgi4 ,ne pouvant attribuer au ,sphex la science d'un entomologiste consomm ni l'art du plus habile chirurgien2 d'autre part1 ne voulant pas recourir la ,science suprme et l'art infini de ,celui qui a organis le ,sphex1 il aime mieux supposer entre le ,sphex et sa victime une sympathie 7au sens tymologique du mot71 comme on l'observe entre deux organes du mme individu1 qui leur permettrait de communiquer par le fond de leur tre1 de se saisir mutuellement par le dedans et non plus seulement du dehors par les sens internes1 et d'avoir une intuition mutuelle 7vcue plutt que reprsente7 de ce qui les intresse l'un l'autre4 ,c'est ce que ,m4 ,bergson a nomm une sympathie divinatrice#bgg4 ,il est vrai qu'une telle explication--outre son caractre monistique--a deux autres graves dfauts4 ,elle n'a rien de scientifique1 puisqu'elle n'est fonde sur aucun fait1 mais seulement sur des a priori4 ,de plus1 elle n'est pas intelligible4 ,et ,m4 ,bergson a beau nous rpliquer3 ,pourquoi l'instinct se rsoudrait-il en lments intelligents8 ,pourquoi mme en termes tout fait intelligibles8#bhj nous rpondrons qu'aux yeux de ce sens commun1 si souvent invoqu1 une explication qui n'est pas intelligible est purement verbale3 verba et voces4 ,nous devons ajouter que cette explication se dtruit elle-mme4 ,car si tous les tres ne font qu'un1 leur intime compntration ne devrait pas leur donner seulement une connaissance mutuelle de quelques rares dtails--comme pour le ,sphex qui ne devine que la vulnrabilit de certains ganglions de la ,chenille1--mais la connaissance totale de tout leur tre4 ,d'autre part1 la ,chenille1 son tour1 aurait l'intuition des intentions hostiles du ,sphex1 et la science gale des deux adversaires les neutraliserait4 ,ainsi l'hypothse1 par son propre excs1 se rend insoutenable4 ,l'volution bergsonienne n'explique donc pas l'instinct animal pris en gnral1 encore moins la diversit merveilleuse des instincts propres chaque espce d'animaux2 examinons si elle explique mieux l'intelligence et l'apparition de l'homme sur notre terre4 ,il faut rendre cette justice ,m4 ,bergson qu'il a profondment senti la diffrence radicale1 le hiatus infranchissable qui spare l'homme de la bte4 ,je dis senti plutt que dmontr avec exactitude3 ce n'en est pas moins trs louable4 ,il oppose d'abord le cerveau de l'homme celui du singe le plus perfectionn4 ,aprs avoir rappel que la conscience ne jaillit pas du cerveau#bha1 mais lui est seulement associe1 il ajoute que le cerveau humain est fait--comme tout cerveau--pour monter des mcanismes moteurs1 mais qu'il diffre des autres en ce que le nombre des mcanismes qu'il peut monter et1 par consquent1 le nombre des dclics entre lesquels il nous donne le choix est indfini1 tandis que les autres sont strictement limits4 ,or1 du limit l'illimit1 il y a1 dit-il1 toute la distance du ferm l'ouvert4 ,ce qui n'est pas une diffrence de degr1 mais de nature4 ,radicale aussi1 par consquent1 est la diffrence entre la connaissance de l'animal et l'intelligence de l'homme4 ,encore la distance du fini l'infini4 ,voil pourquoi l'invention chez l'animal n'est jamais qu'une variation sur le thme de la routine4 ,les portes de sa prison se referment aussitt ouvertes2 en tirant sur sa chane1 il ne russit qu' l'allonger4 ,avec l'homme1 au contraire1 la conscience libre brise sa chane4 ,chez l'homme1 et chez l'homme seulement1 elle se libre4 ,toute l'histoire de la vie1 jusque-l1 se rsumait dans un grand effort de la conscience pour soulever la matire1 suivi d'un crasement plus ou moins complet de la conscience par la matire qui retombait sur elle4 ,l'entreprise de se librer tait paradoxale4 ,mais l'homme tait le mieux arm1 par la supriorit de son cerveau1 par la puissance de la parole et celle de la vie sociale4 ,ces trois pouvoirs disent1 chacun sa manire1 le succs unique1 exceptionnel1 que la vie a remport un moment donn de son volution4 ,ils traduisent la diffrence de nature1 et non pas seulement de degr1 qui spare l'homme du reste de l'animalit4 ,ils nous laissent deviner que si1 au bout du large tremplin sur lequel la vie avait pris son lan1 tous les autres sont descendus1 trouvant la corde tendue trop haute1 l'homme seul a saut l'obstacle#bhb4 ,ce beau mouvement oratoire--que nous avons tenu reproduire--vient fort propos masquer ou couvrir de fleurs un raisonnement qui nous parat un peu faible4 ,sans doute1 si nous supposons l'homme dj faonn compltement et arm de pied en cap de ces trois puissances3 un cerveau humain1 la parole humaine1 la vie sociale1 on conoit sans peine qu'il ait pu sauter la corde et conqurir la libert4 ,nous aurions t beaucoup plus curieux de savoir comment l'volution avait pu orner l'homme de tous ces dons qui impliquent dj la libert4 ,les supposer dj donns--on ne sait comment1--c'est une ptition de principes2 c'est esquiver le problme au lieu de le rsoudre1 car il reste toujours nous expliquer comment l'animalit a pu se transformer en humanit4 ,aprs avoir admis entre l'homme et la bte un hiatus infranchissable1 on se demande avec plus d'angoisse que jamais comment il a pu tre franchi4 ,le silence de ,m4 ,bergson sur un point si important n'en est que plus significatif4 ,le lecteur ne l'oubliera pas3 c'est un aveu d'impuissance4 ,htons-nous de passer la formation de l'intelligence humaine--dont on nous a encore si peu parl1--sans doute parce qu'elle n'est qu'un accessoire aux yeux de nos philosophes antiintellectualistes4 ,quel que soit1 en effet1 le rle de l'action et de la libert dans la vie humaine1 si important qu'on le suppose1 il faut bien finir par constater le fait de l'intelligence et nous expliquer son apparition4 ,l'explication n'en sera pas trs lumineuse4 ,avertissons-en d'avance nos lecteurs4 ,elle se rsumera peu prs dans cette formule si souvent rpte3 ,l'intelligence a t dpose en cours de route par l'volution#bhc4 ,et1 sans doute1 dpose en cours de route1 avec un certain ddain1 au moment o elle commenait dcliner#bhd4 ,l'intelligence n'est nullement un instinct perfectionn1 mais une connaissance de nature bien diffrente4 ,tandis que l'instinct reste intrieur lui-mme et connat les choses par leur intrieur--d'une manire1 il est vrai1 plus ou moins inconsciente1--l'intelligence s'extriorise et les connat par l'extrieur1 d'une manire consciente4 ,cette tendance s'extrioriser explique pourquoi elle s'absorbe dans la connaissance et l'utilisation de la matire brute#bhe4 ,elle est tourne vers l'inorganique et le solide1 tandis que l'instinct est tourn vers le mouvant et la vie4 ,elle rpugne au fluent et solidifie tout ce qu'elle louche4#bhf ,malgr cette opposition de nature1 ,m4 ,bergson en fait deux dveloppements divergents du mme principe1 de l',elan vital1 et considre l'intelligence comme un rtrcissement par condensation d'une puissance plus vaste#bhg4 ,cette condensation a fait de l'intelligence comme un noyau lumineux qui se dtache sur la frange indcise et floue de l'instinct qui va se perdre dans la nuit4 ,le lecteur va s'crier sans doute que cette explication n'est pas trs claire4444 ,mais ,m4 ,bergson est le premier en convenir4 ,il reconnat que cette puissance plus vaste d'o mane l'intelligence parat alors insaisissable4#bhh4 ,mais il prtend qu'on n'a pas le droit de s'en tonner1 que ce qu'il y a d'essentiel dans l'instinct ne saurait s'exprimer en termes intellectuels ni par consquent s'analyser#bhi4 ,n'en demandez pas davantage4 ,il nous suffit de savoir que l'intelligence--bien loin d'avoir pour objet les formes abstraites de la matire1 c'est--dire l'tre1 le vrai1 le bien1 le beau1 etc41 comme le soutiennent unanimement tous les spiritualistes--a1 au contraire1 pour objet la matire1 le solide gomtrique1 et que l'intellectualit et matrialit se sont constitues1 dans le dtail1 par une adaptation rciproque1 l'une et l'autre drivant d'une forme d'existence plus vaste et plus haute#bij4 ,mais1 en se dtachant de cette ralit plus vaste1 elle n'a produit aucune coupure nette entre les deux1 comme en tmoigne la frange indistincte qui en rappelle l'origine#bia4 ,et c'est ainsi que l'intelligence a t dpose en cours de route par l'volution1 comme une simple annexe de la facult d'agir1 et que l'homme a conquis la libert1 but suprme de l',elan originel4 ,en rsum1 conclut noire auteur1 si l'on voulait s'exprimer en termes de finalit1 il faudrait dire que la conscience 7l',elan vital71 aprs avoir t oblige1 pour se librer elle-mme1 de scinder l'organisme en deux parties complmentaires1 vgtaux1 d'une part1 et animaux1 de l'autre1 a cherch une issue dans la double direction de l'instinct et de l'intelligence3 elle ne l'a pas trouve avec l'instinct1 et elle ne l'a obtenue du ct de l'intelligence que par un saut brusque de l'animal l'homme4 ,de sorte que1 en dernire analyse1 l'homme serait la raison d'tre de l'organisation entire de la vie sur notre plante4 ,mais ce ne serait l qu'une manire de parler4 ,il n'y a en ralit qu'un certain courant d'existence et le courant antagoniste 7sans aucun plan prconu72 de l1 toute l'volution de la vie4#bib 99 99 99 99 99 ,le lecteur imaginera peut-tre que l'expos de l',evolution cratrice se termine ici4 ,mais il n'en est rien4 ,le double courant auquel nous avons abouti3 courant de vie1 d'une part2 courant antagoniste de matire1 d'autre part1 nous laisse dans un dualisme inexpliqu1 et qu'un moniste opinitre comme ,m4 ,bergson va faire la gageure de ramener l'unit4 ,pour cela1 il ne supprimera--au moins en apparence--aucun des deux termes opposs3 ni l'objectivit de la matire1 comme l'ont essay les idalistes1 ni la ralit de l'esprit1 comme les matrialistes de tous les temps l'ont dj fait4 ,mais il les identifiera rsolument1 tout en les distinguant1 grce une souplesse et une subtilit d'esprit peu commune4 ,le physique ne sera que du psychique inverti#bic4 ,avant d'exposer cette thse paradoxale1 avertissons le lecteur que le chef de la nouvelle cole n'a pas su convaincre tous ses disciples2 les plus enthousiastes eux-mmes ont refus1 croyons-nous1 de le suivre jusqu' ces excs de brillante sophistique4 ,au moment de nous engager dans ces voies nouvelles1 lui-mme nous avertit loyalement que1 par l1 nous pntrons aussi dans les plus obscures rgions de la mtaphysique#bid4 ,tenons-nous donc sur nos guides1 car les demi-clarts de la nuit sont favorables aux surprises4 ,il s'agit de serrer de plus prs l'opposition des deux courants antagonistes3 celui de la vie1 celui de la matire1 et de leur dcouvrir une source commune4 ,en voici la description que nous emprunterons mot mot l'inventeur1 car elle dfie toute analyse4 ,nous nous permettrons seulement de souligner quelques mots essentiels l'intelligence du texte4 ,l'esprit peut marcher dans deux sens opposs4 ,tantt il suit sa direction naturelle 7instinct et intelligence73 c'est alors le progrs sous forme de tension1 la cration continue1 l'activit libre4 ,tantt il l'invertit1 et cette inversion1 pousse jusqu'au bout1 mnerait l'extension1 a la dtermination rciproque ncessaire des lments extrioriss les uns par rapport aux autres1 enfin au mcanisme gomtrique4#bie ,cette puissance de cration une fois pose 7et elle existe1 puisque nous en prenons conscience en nous1 tout au moins quand nous agissons librement71 elle n'a qu' se distraire 787 d'elle-mme pour se dtendre1 se dtendre pour s'tendre1 s'tendre pour que l'ordre mathmatique qui prside la disposition des lments ainsi distingus1 et le dterminisme inflexible qui les lie1 manifestent l'interruption de l'acte crateur2 ils ne font qu'un1 d'ailleurs1 avec cette interruption mme4444 ,la matire est un relchement de l'inextensif en extensif1 et1 par l1 de la libert en ncessit4#bif ,ainsi1 d'aprs ,m4 ,bergson1 l'esprit n'a qu' se dtendre pour s'tendre et devenir matire6444 ,et pour que le lecteur ne soit pas tent de ne voir l qu'un jeu de mots1 un calembour chapp un moment d'humour--alors que c'est le fond mme du systme bergsonien1--nous allons prolonger nos citations4 ,il verra que si distraction il y a1 elle ne nous est pas imputable4 ,cette longue analyse 7des ides d'ordre et de dsordre7 tait ncessaire pour montrer combien le rel pourrait passer de la tension l'extension et de la libert la ncessit mcanique par voie d'inversion4444 ,quel est donc le principe qui n'a qu' se dtendre pour s'tendre1 l'interruption de la cause quivalant ici un renversement de l'effet8 ,faute d'un meilleur mot1 nous l'avons appel conscience4 ,mais il ne s'agit pas de cette conscience diminue qui fonctionne en chacun de nous4 ,notre conscience nous est la conscience d'un certain tre vivant1 plac en un certain point de l'espace2 et1 si elle va bien dans la mme direction que son principe 7la conscience universelle871 elle est sans cesse tire en sens inverse1 oblige1 quoiqu'elle marche en avant1 de regarder en arrire4#big ,un peu plus loin1 le mme auteur1 aprs avoir dclar que1 contrairement l'opinion des sciences physiques1 il fallait chercher l'origine de la matire dans un processus extra-spatial1 ajoute encore plus clairement3 ,considre-t-on in abstracto l'tendue en gnral8 ,l'extension apparat seulement comme une tension qui s'interrompt4 ,s'attache-t-on la ralit concrte qui remplit cette tendue8 ,l'ordre qui y rgne1 et qui se manifeste par les lois de la nature1 est un ordre qui doit natre de lui-mme quand l'ordre inverse est supprim3 une dtente du vouloir produirait prcisment cette suppression4 ,enfin1 voici que le sens o marche cette ralit nous suggre maintenant l'ide d'une chose qui se dfait2 l est1 sans aucun doute1 un des traits essentiels de la matrialit4 ,que conclure de l1 sinon que le processus par lequel cette chose se fait est dirig en sens contraire des processus physiques et qu'il est ds lors1 par dfinition mme1 immatriel8 ,notre vision du monde matriel est celle d'un poids qui retombe2 aucune image tire de la matire proprement dite ne nous donnera une ide du poids qui s'lve4444 ,la vie est un effort pour remonter la pente que la matire descend4 ,par l1 elle nous laisse entrevoir la possibilit1 la ncessit mme d'un processus inverse de la matrialit1 crateur de la matire par sa seule interruption4#bih ,d'o les conclusions monistiques que ,m4 ,bergson rpte profusion3 ,un processus identique a d tailler en mme temps matire et intelligence dans une toffe qui les contenait toutes deux4--,les deux termes sont de mme essence 444 et le physique est simplement du psychique inverti4--,intellectualit et matrialit1 tant de mme nature1 se produisent de la mme manire4--,c'est la progression ou plutt la rgression de l'extra-spatial se dgradant en spatialit4--,la matire est dfinie par une espce de descente1 cette descente par une interruption de monte#bii1 mais ces deux sens dans le mouvement n'empchent pas l'unit de l'lan originel1 de l',elan vital1 du ,flux universel4 ,le monisme bergsonien a donc reli ensemble--ou plutt confondu--toutes les parties de la cration3 l'esprit et la matire1 l'organique et l'inorganique1 l'homme et l'animal1 grce un savant dosage de contradictions1 dilues jusqu' leur donner quelque apparence lointaine de continuit4 ,dsormais1 il peut prendre des airs de triomphe et emboucher la trompette4 ,ecoutez plutt3 ,une telle doctrine ne facilite pas seulement la spculation 7874 ,elle nous donne aussi plus de force 787 pour agir et pour vivre4 ,car1 avec elle1 nous ne nous sentons plus isols 767 dans l'humanit1 l'humanit ne nous semble pas non plus isole dans la nature qu'elle domine4 ,comme le plus petit grain de poussire est solidaire de notre systme solaire tout entier1 entran avec lui dans ce mouvement indivis de descente qui est la matrialit mme1 ainsi tous les tres organiss1 du plus humble au plus lev1 depuis les premires origines de la vie jusqu'au temps o nous sommes1 et dans tous les lieux comme dans tous les temps1 ne font que rendre sensible aux yeux une impulsion unique1 inverse du mouvement de la matire1 et1 en elle-mme1 indivisible4 ,tous les vivants se tiennent1 et tous cdent la mme formidable pousse4 ,l'animal prend son point1 d'appui sur la plante1 l'homme chevauche sur l'animalit1 et l'humanit entire1 dans l'espace et dans le temps1 est une immense arme qui galope ct de chacun de nous1 en avant et en arrire de nous1 dans une charge entranante1 capable de culbuter toutes les rsistances et de franchir bien des obstacles1 mme peut-tre la mort6#cjj ,aprs un si beau mouvement d'loquence1 nous aurions quelque scrupule d'attnuer l'admiration du lecteur par certaines rserves4 ,aussi bien les croyons nous inutiles4 ,nous nous contenterons de poser une ou deux questions1 peut-tre indiscrtes1 dont les rponses mettraient singulirement au jour les points obscurs d'un systme qui ne brille pas par ses lumires4 ,la premire est celle-ci4 ,puisque l'esprit et la matire sont deux mouvements antagonistes1 en sens inverse1 comment peuvent-ils provenir d'une seule et mme impulsion originelle8 ,comment le second peut-il natre de lui-mme du premier2 la rgression natre spontanment de la progression2 comment l'ascension et la descente peuvent-elles n'avoir qu'une seule et mme cause8--,on ne le comprend pas4 ,la deuxime question est encore plus importante4 ,la descente tant postrieure la monte1 la cration de la matire doit donc tre postrieure celle de l'esprit et de la vie4 ,or1 la vie est impossible sans une matire prexistante4 ,voil pourquoi ,m4 ,bergson nous a dpeint l'esprit et la vie comme un courant lanc travers la matire1 comme une force qui lve sans cesse un poids qui retombe1 comme un effort pour remonter la pente que la matire descend1 etc4 ,il faut donc supposer donnes ou engendres la fois la matire et la vie au lieu de les faire driver l'une de l'autre1 et le physique ne peut tre du psychique inverti1 puisque le psychique ne peut exister sans le physique4 ,il y a donc1 au fond de l'opinion qui essaye d'identifier l'esprit et la matire en faisant de celle-ci un relchement ou une chute de celui-l1 une contradiction foncire qui a besoin de se dissimuler dans une obscurit profonde3 celle d'un systme qui prtend avoir le droit de s'exprimer en notions peu ou point intelligibles1 et transcendantes toute intelligence humaine4 99 99 99 99 99 ,,ii4 ,critique4--,jusqu'ici nous n'avons pu examiner et critiquer en passant que des dtails secondaires mesure que l'hypothse de l'volution bergsonienne se droulait sous nos yeux4 ,il est temps de s'lever une vue synthtique et d'en faire une critique d'ensemble1 autrement importante qu'une critique de parties plus ou moins accessoires4 ,or1 nous avons vu que le nouveau systme tait une raction--d'ailleurs juste et gnreuse--contre tous les systmes antrieurs d'volution1 qui se contentaient1 pour expliquer le dveloppement des tres1 d'invoquer les lois des combinaisons mcaniques1 diriges par des rencontres de hasard4 ,pour eux1 le tout est donn ds l'origine et ne fait que se drouler automatiquement4 ,pour ,m4 ,bergson1 au contraire1 l'origine1 rien n'est donn de ce qui sera plus tard4 ,tout va se crer1 matire et forme1 au fur et mesure de l'coulement du ,temps1 par des apparitions successives de choses absolument nouvelles1 c'est--dire imprvisibles et irrductibles aux lments antrieurs4 ,de l l'pithte de cratrice donne l'volution nouvelle qui est bien moins une volution1 ou passage l'acte de ce qui tait dj en puissance1 qu'une cration perptuelle jets continus4 ,en sorte que l'ide de cration ex nihilo1 abandonne et comme prime1 surtout depuis ,darwin et ,lamarck1 va1 par un singulier retour des choses ici-bas1 tre remise en honneur et restaure par ,m4 ,bergson#cja4 ,l'intention est des plus louables1 assurment2 reste savoir comment il la ralisera et si les esprances du spiritualisme ne seront pas finalement dues encore une fois4 ,pour le spiritualisme1 en effet1 aucune volution des mondes--encore moins une volution cratrice--n'est concevable sans un principe ou une force motrice qui la mette en branle ni sans une ide qui la dirige2 ou1 pour employer le langage technique1 une cause motrice et une cause finale1 sans lesquelles l',evolution ne serait plus qu'un mot majestueux et trompeur dissimulant un non-sens4 ,examinons comment ,m4 ,bergson a rpondu ces deux desiderata essentiels de l'esprit humain4 ,i4 ,d'abord1 une cause efficiente ou motrice est indispensable4 ,par lui-mme1 un tre tant et demeurant identique lui-mme ne peut tre ou devenir autre qu'il n'est4 ,il lui faut donc le concours ou la mise en branle d'un autre tre pour devenir autre qu'il n'est1 c'est--dire pour changer4 ,tel est le principe d'identit se dveloppant en principe de causalit1 comme nous l'avons expos longuement dans un autre ouvrage#cjb4 ,or1 si tout changement exige une cause1 plus forte raison cette espce de changement qui constitue un passage du moins au plus1 c'est--dire un progrs1 une ascension2-- plus forte raison encore si cette ascension est une cration de toutes pices1 un passage de la possibilit pure l'existence4 ,or1 tel est bien le cas de l'volution cratrice4 ,dans les autres systmes d'volution1 pour ramener deux espces l'une l'autre par voie de filiation1 il fallait dcouvrir entre elles une certaine identit de nature1 permettant de supposer leur fusion dans un genre suprieur d'o elles seraient issues4 ,il suffisait donc d'une cause occasionnelle pour faire ddoubler le genre en ses espces qu'il contenait dj virtuellement4 ,dans le systme bergsonien1 la difficult est autrement grande1 puisque les natures les plus disparates--voire mme l'esprit et la matire--peuvent tre produites par le mme antcdent grce l'volution cratrice qui cre de toute pice des formes imprvisibles et irrductibles aux lments antrieurs4 ,l'hypothse est plus commode1 assurment1 au point de vue des gnalogies tablir entre les tres apparus1 puisque tout peut provenir de tout4 ,l'invention de ces arbres gnalogiques1 si difficiles du reste imaginer pour les savants les plus audacieux1 devient ainsi un effort inutile1 un casse-tte chinois carter4 ,mais1 d'autre part1 c'est une force cratrice qu'il faudra supposer en action perptuelle1 au lieu de causes simplement occasionnelles4 ,les heureux accidents imagins par ,darwin ne seront plus de mise1 n'auront plus aucun sens dans le systme de l',evolution cratrice4 ,quelle est donc la ,force cratrice admise par ,m4 ,bergson8 ,srement1 ce problme n'a pas chapp son esprit4 ,nous sommes mme tents de dire qu'il l'a tourment1 aprs avoir lu cette phrase significative chappe sa plume3 ,dans le prsent travail 444 un ,principe de cration1 enfin 7671 a t mis au fond des choses4#cjc ,encore une fois1 quel est donc ce ,principe 7avec un grand ,p78 ,serait-ce le ,crateur1 le ,dieu des spiritualistes8 ,en ce cas1 bien des difficults seraient leves1 et l',evolution cratrice devenue toute-puissante pourrait fonctionner4 ,mais nous n'osons esprer cette solution1 aprs les critiques ddaigneuses du ,dieu de ,platon et d',aristote1 qui nous ont d'autant plus tonn qu'elles sont gravement inexactes et peu bienveillantes envers de si grands gnies#cjd4 ,encore moins l'esprons-nous aprs avoir lu que ,dieu1 ne saurait tre une chose1 c'est--dire une substance1 un agent1 une cause1 mais seulement un centre d'o les mondes jailliraient1 c'est--dire une convergence de jaillissement se confondant avec le jaillissement lui-mme1 puisqu'il n'a rien de tout fait et progresse avec lui#cje4 ,c'est d'ailleurs la conclusion fatale d'une thorie qui a supprim l'tre pour le remplacer par le devenir universel4 ,or1 tout cela ressemble trop un monisme panthistique et n'a rien de commun avec un vrai et sincre thisme1 celui des plus grands philosophes dont s'honore l'histoire de la pense humaine1 sans en excepter les crateurs de l'volutionnisme contemporain3 ,lamarck et ,darwin lui-mme1 qui1 sur ses vieux jours1 en fit l'aveu4 ,au lieu de ,dieu1 ,m4 ,bergson se contente de mettre au fond des choses la ,,dur,e et le ,,libre ,,choix#cjf1 c'est--dire ce qu'il a dj appel le ,temps ou le perptuel ,devenir4 ,son ,principe sera le ,dieu-,cronos de la mythologie grecque1 rajeuni sans doute et modernis1 et s'il dvore encore ses enfants1 ce ne sera plus par jalousie1 mais uniquement pour se gonfler de leur substance et faire boule de neige avec eux dans une identit monistique ,universelle4 ,l'ancien ,cronos n'tait que l'alli de la puissance cratrice2 le nouveau sera l'ombre de cette puissance divine1 il sera le ,devenir dans son perptuel jaillissement4 ,le lecteur serait fort surpris de nous voir accepter sans protestation une conception si bizarre qui nous ramne la mythologie et l'enfance de l'humanit4 ,cependant1 ce n'est ni sa bizarrerie ni son antiquit qui nous la font repousser1 mais uniquement son opposition flagrante aux premiers principes de la raison4 ,le ,temps1 la dure1 l'lan vital--seraient-ils dfinis au sens de ,m4 ,bergson--ne peuvent tre un principe de la production des choses1 encore moins un principe premier et ncessaire4 #a ,le ,temps n'est ni un tre ni un principe actif4 ,en vain ,m4 ,bergson nous rplique que le ,temps agit rellement1 que sa dent mord sur tous les tres#cjg3 ce sont l des mtaphores4 ,ce qui use ma montre1 c'est le frottement des rouages1 la poussire1 l'humidit1 la rouille1 ce n'est pas le ,temps1 qui est parfaitement inactif et indiffrent tous les changements qui se produisent dans le ,temps4 ,a son tour1 la dure est un effet produit et non une cause productrice2 c'est donc une consquence1 non un principe4 ,si je suis aujourd'hui1 ce n'est pas une raison suffisante pour que je sois demain1 et si je vis et j'existe depuis cinquante ans1 c'est parce que j'ai reu le jour de mes parents1 et qu'aprs avoir reu d'eux l'tre et la vie1 je les ai entretenus constamment par la nourriture1 les soins1 les remdes1 les prcautions contre les accidents ou les maladies1 etc4 ,au contraire1 dire que j'existe parce que je dure1 c'est bien moins qu'une vrit de ,m4 de ,la ,palisse2 c'est une ptition de principe et un renversement de l'ordre des facteurs-- 1--car l'effet ne peut tre la cause1 sa propre cause#cjh4 ,ce raisonnement va paratre encore plus clair1 mais sous une autre forme1 si1 au lieu de penser la dure1 nous pensons l'lan vital1 spontan et libre1 que ,m4 ,bergson emploie si souvent comme synonyme de la dure4 ,l'lan1 c'est une action1 et par consquent l'action d'un agent2 ce n'est donc pas l'action qui joue le rle de principe1 mais l'agent4 ,il est vrai que dans le phnomnisme universel de ,m4 ,bergson il n'y a plus d'agent sous l'action1 mais des actions toutes pures et sans agent4 ,en consquence1 nous aboutissons cette conception contradictoire l'une volution sans rien qui volue ou qui fasse voluer1 et d'une perptuelle cration sans aucun crateur4 ,c'est une auto-cration se donnant incessamment elle-mme l'existence qu'elle n'a pas4 ,l'ide de commencement absolu et sans cause--si chre ,renouvier--est ainsi mise partout dans l',univers3 au commencement1 au milieu1 la fin et pousse jusqu' la plus clatante absurdit6 ,nous refusons nettement de nous en contenter4 #b ,supposerait-on1 par impossible1 que la dure des choses de ce monde ou leur volution soit leur principe1 il ne saurait tre le principe premier de ces choses1 parce qu'il n'est pas une cause ncessaire1 mais contingente4 ,en effet1 l'volution est un devenir qui se fait peu peu2 or1 avoir besoin de devenir pour tre est moins parfait qu'tre dj sans avoir besoin de devenir4 ,l'tre est donc plus parfait que le devenir2 ou1 suivant la formule classique1 l'acte prime la puissance4 ,le devenir n'est donc pas un tre premier1 mais second et driv2 donc1 il est la contingence et l'imperfection mme4 ,telle est la thse fondamentale de la philosophia perennis4 ,a son encontre1 ,m4 ,bergson soutient le primat du devenir1 la supriorit de la puissance sur l'acte1 du non-tre sur l'tre1 et toute la thse bergsonienne repose sur cette contre-vrit4 ,il y a plus1 nous dit-il1 dans le mouvement que dans l'immobile2 il y a plus dans un mouvement que dans les positions successives attribues au mobile2 plus dans un devenir que dans les formes traverses tour tour2 plus dans l'volution de la forme que dans les formes ralises l'une aprs l'autre4#cji ,donc1 le devenir est plus parfait4 ,un des plus brillants disciples de la mme cole dit de mme3 ,pourquoi le parfait ne serait-il pas une ascension1 une croissance1 plutt qu'une plnitude immobile8#caj ,cette objection1 laquelle il nous faut rpondre1 renferme un aveu capital qu'il nous plat d'abord de souligner4 ,elle reconnat formellement ce principe premier1 si familier ,aristote1 que le parfait prime l'imparfait#caa1 et devant lequel s'inclinent nos penseurs contemporains les plus minents1 tels que ,m4 ,boutroux1 lorsqu'il concluait3 ,il reste donc vrai que l'imparfait n'existe et ne se dtermine qu'en vue du plus parfait4#cab ,l'imparfait1 en effet1 ne peut exister et voluer tout seul vers le parfait1 parce qu'il ne peut se donner lui-mme l'tre qu'il n'a pas4 ,ce principe une fois reconnu par nos adversaires1 il nous reste discuter avec eux si c'est la puissance qui est plus parfaite que l'acte2 le devenir-tre plus parfait que l'tre achev2 le mouvement vers un but plus parfait que le repos et la jouissance dans le but atteint8 ,mais1 par ce simple nonc1 qui ne voit que c'est prcisment l'inverse8 ,si l'on ne se meut pas pour se mouvoir vainement1 mais pour arriver1 si le mouvement n'est pas une fin mais un moyen1 n'est-il pas vident qu'il est plus parfait d'tre arriv au but que de le chercher1 meilleur d'en jouir que d'y tendre laborieusement8 ,si ,,mm4 ,bergson et ,le ,roy ont paru en douter1 s'ils ont prfr le mouvant l'immobile1 c'est qu'ils se sont fait une fausse ide de ce que nous appelons avec ,aristote l'tre immobile ou immuable4 ,ils ont cru que mettre l'immobilit dans l'tre parfait1 c'tait le rendre inactif et infcond1 et partant souverainement imparfait4 ,mais c'est l pure quivoque4 ,autre chose est le mouvement de croissance pour grandir soi-mme dans l'tre et la perfection2 autre chose le mouvement de vie ad intra pour jouir de sa batitude1 et celui de fcondit ad extra pour communiquer d'autres de cette plnitude d'tre et de perfection4 ,le premier mouvement1 celui de croissance ou d'volution1 nous le nions de l'tre souverainement parfait1 puisqu'il suppose un besoin1 une indigence satisfaire4 ,il faut donc qu'il soit immobile sous ce rapport4 ,mais le second et le troisime1 sans le premier1 sont le privilge de l'tre parfait1 puisqu'ils ont pour fin1 non d'acqurir ce qui lui manquerait1 mais de jouir et de donner de sa plnitude4 ,or1 ces activits ad intra et ad extra sont parfaitement compatibles avec l'immobilit de croissance4 ,elles ne sont pas des devenir pour l',etre parfait1 soit qu'il jouisse de sa perfection dans une ineffable batitude1 soit qu'il opre la cration d'tres contingents sans s'appauvrir ni s'enrichir lui-mme1 soit enfin qu'il produise en eux des changements1 sans en prouver aucun4 ,ces activits ne sont pas des devenir1 mais des actes et des actes purs1 sans mlange de potentialit1 suivant la formule gniale d',aristote et de tous les ,docteurs chrtiens4 ,au contraire1 le ,devenir bergsonien est un mouvement de croissance1 c'est une ,puissance en voie de s'actuer1 aussi est-il un signe essentiel d'indigence1 d'imperfection et de contingence4 ,le ,parfait n'est donc pas ce qui a besoin de devenir et qui devient peu peu1 mois ce qui est et qui fait devenir tout le reste4 ,ce n'est pas la ,puissance1 mais l',acte2 ce n'est pas le non-tre1 c'est l'tre4 ,voil ce que proclame le bon sens1 avec l'unanimit des ,docteurs de l',ecole travers tous les sicles4 ,en sorte que soutenir avec ,renan que le grand progrs de la critique contemporaine a t de substituer la catgorie du devenir a celle de l'tre#cac1 ou bien avec ,hegel que le non-tre prime l'tre1 est un flagrant paradoxe et une injure au sens commun#cad4 ,on voit par l comment notre ,dieu est la fois un ,dieu immuable et un ,dieu vivant4 ,immuable parce qu'tant de soi l'tre parfait1 il n'est nullement en train de se faire comme on ose le soutenir dans la ,philosophie nouvelle#cae4 ,vivant aussi1 parce qu'il est agissant ad intra et ad extra1 mais d'une vie bien diffrente de la ntre4 ,noire vie pour durer a besoin du tourbillon vital1 de ce mouvement ininterrompu de va-et-vient entre la mort et la vie1 qui nous verse la vie goutte goutte dans un recommencement perptuel4 ,mais bien loin d'tre une vie parfaite1 ce n'est l qu'une vie misrable1 qui s'use et se dtruit sans cesse1 une perptuelle lutte contre la mort1 suivant la clbre dfinition de ,bichat1 ou mieux encore une perptuelle agonie1 suivant l'heureuse expression de saint ,grgoire le ,grand4 ,attribuer la vie parfaite de notre ,dieu l'agitation inquite et l'instabilit de la ntre ne serait que de l'anthropomorphisme le plus grossier3 reproche que nos adversaires nous adressent assez souvent pour qu'ils vitent de le mriter4 ,la vie parfaite n'est donc pas un perptuel devenir1 mais un acte pur sans aucun mlange d'imperfection ni de potentialit4 ,elle exclut donc tout mouvement1 dans le sens imparfait de ce mot1 c'est--dire tout passage de la puissance l'acte ou de l'acte la puissance4 ,elle est une plnitude indfectible d'action et de batitude4 ,mais quoi1 s'criait ,platon1 nous persuadera-t-on si facilement que1 dans la ralit1 le mouvement1 la vie1 l'me1 l'intelligence1 ne conviennent pas l',etre absolu2 que cet ,etre ne vit ni ne pense et qu'il demeure immobile1 immuable1 sans avoir part l'auguste et sainte intelligence1 6 ,de mme1 ,aristote revendique pour l',etre en soi la pense1 l'action1 la vie1 la batitude1 en des termes non moins admirables#caf4 ,par l mme1 nous avons rpondu cette trange objection de ,m4 ,bergson nous reprochant le ddain de notre mtaphysique pour toute ralit qui dure#cag4 ,ce n'est que la dure successive et reue goutte goutte1 en un mot1 le devenir1 que nous estimons imparfaite et contingente1 incompatible avec l'tre ncessaire et parfait4 ,mais la vraie dure ternelle et ncessaire du tota simul ou de l'acte pur1 nous en faisons l'essence mme de l',etre parfait en lequel l'essence et l'existence s'identifient4 ,bien loin de la ddaigner1 nous la divinisons1 tandis que ,m4 ,bergson n'a divinis que son ombre1 pour ne pas dire sa caricature1 le ,temps1 qui se fait et se dfait1 qui devient et qui passe4 ,son ,cronos n'est mme pas un demi-dieu4 ,il n'est qu'un avatar de la substance infinie de ,spinosa1 de l'ide absolue de ,hegel ou de la volont pure de ,schopenhauer4 ,loin d'tre un progrs1 c'est plutt1 bien des gards1 un recul de la conception panthistique4 ,,ii4 ,dcapite par la suppression de la ,cause premire1 efficiente et motrice1 l',evolution bergsonienne va se trouver dsoriente par l'absence de ,cause finale4 ,cependant1 ce n'est pas une absence totale de cause finale que nous reprocherons ce systme4 ,un reproche si excessif serait une vritable injustice envers son auteur4 ,s'il est quelqu'un parmi nos contemporains qui ait proclam plus ouvertement la faillite du mcanisme sous toutes ses formes3 cartsienne1 spinosienne1 leibnitzienne1 spencrienne1 kantienne1 etc41 c'est bien assurment ,m4 ,bergson4 ,il a crit contre le hasard de tous les mcanismes des pages vengeresses qui resteront1 car elles sont la meilleure partie de son uvre4 ,toutefois1 aprs avoir vigoureusement rejet le mcanisme qui voudrait expliquer les merveilles du cosmos par des combinaisons accidentelles et fortuites1 il refuse d'adopter le finalisme4 ,ce ne sont l1 dit-il1 que deux vtements de confection qui ne vont ni l'un ni l'autre1 et les deux ternels plaideurs vont tre1 suivant sa coutume1 renvoys par lui dos dos1 lorsqu'il se ravise et semble prouver quelque regret en faveur de l'un des deux systmes qui pourrait1 dit-il1 tre recoup1 recousu1 et1 sous une forme nouvelle1 aller moins mal que l'autre#cah4 ,c'est le finalisme qui va bnficier de ses indulgentes retouches4 ,taill1 coup en deux1 il va devenir un demi-finalisme4 ,en voici les traits essentiels4 ,nous avons vu que le ,dieu ou demi-,dieu ,cronos1 ,elan vital1 ,courant de vie 444 tait esprit1 et mme intelligence1 au moins dans un sens trs large1 puisque l'instinct des animaux et l'intelligence de l'homme en sont issus pareillement4 ,bien plus--nous l'avons dit1--il est libert1 choix1 exigence de cration4 ,de tous ces attributs1 nous pouvons conclure que son volution cratrice ne sera pas aveugle ni laisse au hasard4 ,sa mthode ou son processus seront donc psychiques et nullement mcaniques1 libres et nullement asservis la fatalit4 ,m4 ,bergson ira mme jusqu' dire3 ,la science n'est donc pas une construction humaine4 ,elle est antrieure notre intelligence1 indpendante d'elle1 vritablement gnratrice des choses4#cai ,oriente par de telles prmisses1 on devine que l'volution cratrice se rapprochera beaucoup du finalisme intgral4 ,nombreuses sont aussi les pages de ce volume qu'un finaliste convaincu n'hsiterait point signer4 ,et nous ne parlons pas seulement des pages diriges contre le mcanisme1 o ce systme est mis au dfi1 par exemple1 d'expliquer les similitudes d'organes sur des lignes divergentes et depuis longtemps spares1 telles que la similitude complte d'un il rtine chez l'homme et chez un mollusque tel que le peigne#cbj4 ,nous parlons aussi des pages qui nous montrent la marche de l'volution clairement oriente par une direction suprieure aux individus1 et partant par la finalit4 ,voici d'abord comment l'auteur rsume et conclut sa discussion sur rvolution par variations lentes ou brusques4 ,en rsum1 dit il1 si les variations accidentelles qui dterminent l'volution sont des variations insensibles1 il faudra faire appel un bon gnie--le gnie de l'espce future--pour conserver et additionner ces innombrables variations1 car ce n'est pas la slection qui s'en chargera4 ,si1 d'autre part1 les variations accidentelles sont brusques1 l'ancienne fonction ne continuera s'exercer ou une fonction nouvelle ne la remplacera que si tous les changements survenus ensemble se compltent en vue de l'accomplissement d'un mme acte3 il faudra encore recourir au bon gnie1 cette fois pour obtenir la convergence des changements simultans1 comme tout l'heure pour assurer la continuit de direction des variations successives4444 ,bon gr1 mal gr1 c'est un principe interne de direction qu'il faudra faire appel pour obtenir cette convergence d'effets4#cba ,ce principe interne de direction1 dont tous les mcanismes ont vainement cherch se passer1 ,m4 ,bergson l'appelle quelquefois du nom d'effort1 mais il prend bien soin de nous avertir de la diffrence profonde qui existe entre ce principe de direction et un effort au sens vulgaire4 ,celui-ci est personnel et n'aboutit qu' des variations insignifiantes1 par exemple1 dvelopper un muscle2 celui-l1 au contraire1 est au-dessus de l'individu et produit l'volution des espces4 ,il n'y a donc entre les deux sens qu'une analogie lointaine1 mais suffisante pour nous faire comprendre comment un mme effort1 pour tirer parti des mmes circonstances1 peut aboutir aux mmes rsultats1 rsoudre identiquement les mmes problmes1 surtout lorsque ces problmes ne comportent qu'une mme solution#cbb4 ,un changement hrditaire1 crit notre auteur1 et de sens dfini1 qui va s'accumulant et se composant avec lui-mme de manire construire une machine de plus en plus complique1 doit sans doute se rapporter quelque espce d'effort1 mais un effort autrement profond que l'effort individuel1 autrement indpendant des circonstances1 commun la plupart des reprsentants d'une mme espce1 inhrent aux germes qu'ils portent plutt qu' leur seule substance1 assur par l de se transmettre leurs descendants4 ,nous revenons ainsi l'ide d'o nous tions partis1 celle d'un lan originel de la vie4#cbc ,un peu plus loin1 revenant sur cette hypothse d'un lan originel1 c'est--dire d'une pousse intrieure qui porterait la vie1 par des formes de plus en plus complexes1 des destines de plus en plus hautes1 il ajoute3 ,cet lan est pourtant visible1 et un simple coup d'il jet sur les espces fossiles nous montre que la vie aurait pu se passer d'voluer1 ou n'voluer que dans des limites trs restreintes1 si elle avait pris le parti1 beaucoup plus commode pour elle1 de s'ankyloser dans ses formes primitives4 ,certains ,foraminifres1 par exemple1 n'ont pas vari depuis l'poque silurienne4 ,impassibles tmoins des rvolutions sans nombre qui ont boulevers notre plante1 les ,lingules sont aujourd'hui ce qu'elles taient aux temps les plus reculs de l're palzoque4#cbd ,l'existence de cet lan vital originel pour donner le branle et la direction l'volution ne nous gne nullement4 ,aprs l'avoir accord volontiers1 nous demeurons encore en plein finalisme1 puisque ,m4 ,bergson admet comme nous et avec tous les pripatticiens que l'volution elle-mme ne peut s'expliquer sans une direction1 la fois intrieure et suprieure aux individus4 ,jusqu'ici1 l'accord est facile1 mais voici o la divergence entre nous va commencer4 ,d'aprs ,m4 ,bergson1 la direction de l'volution se fait sans aucun plan gnral trac d'avance1 mais par la solution1 au fur et mesure qu'ils se prsentent1 de chaque problme particulier1 qui est librement rsolu par la cration de formes absolument imprvisibles4 ,l'volution n'est pas davantage la ralisation d'un plan4 ,un plan est donn par avance4 ,il est reprsent1 ou tout au moins reprsentable1 avant le dtail de sa ralisation4 ,l'excution en peut tre repousse dans un avenir lointain1 recule mme indfiniment3 l'ide n'en est pas moins formule1 ds maintenant1 en termes actuellement donns4 ,au contraire1 si l'volution est une cration sans cesse renouvele1 elle cre au fur et mesure1 non seulement les formes de la vie1 mais les ides qui permettraient une intelligence de la comprendre1 les termes qui serviraient l'exprimer4 ,c'est--dire que son avenir dborde son prsent et ne pourrait s'y dessiner en une ide4 ,l est la premire erreur du finalisme4#cbe ,cette thse antifinaliste repose sur deux arguments principaux4 ,premier argument4 ,un plan trac d'avance assimile trop le travail de la nature au travail de l'ouvrier qui fabrique en assemblant des pices une une4 ,la nature1 au contraire1 construit ses organes vivants1 non par des additions successives1 mais par division de la cellule-mre qui se ddouble en cellules drives1 lesquelles se ddoublent leur tour jusqu' la construction complte de l'organe#cbf4 ,nous rpondons que l'opposition de ces deux modes de travail n'est pas si absolue4 ,il est vrai que l'ouvrier n'en a qu'un son service2 mais la nature a les deux1 et si la cellule vivante procde par ddoublement1 elle procde aussi par addition des lments de choix qui doivent la nourrir et sans l'assimilation desquels elle ne se ddoublerait jamais4 ,il lui faut choisir du phosphore pour fabriquer le tissu nerveux1 de la silice pour les fibres vgtales1 de la chaux pour les os1 du fer pour enrichir le sang1 etc4 ,la nature procde donc par additions aussi bien que par dissociations et ddoublements4 ,toutefois1 ce n'est l qu'une diffrence secondaire4 ,l'essentiel est que tous les lments1 associs ou dissocis1 obissent a une mme ide qui commande l'ensemble1 et partant un plan conu d'avance1 car l'ide est un plan1 au moins partiel4 ,deuxime argument4 ,un plan est un terme assign un travail2 il clt l'avenir dont il dessine la forme4 ,devant l'volution de la vie1 au contraire1 les portes de l'avenir restent grandes ouvertes4 ,c'est une cration 7de formes imprvues et imprvisibles7 qui se poursuit sans fin en vertu d'un mouvement initial4#cbg ,cet argument est sans valeur4 ,l'avenir n'est nullement clos1 parce que le ,crateur raliserait en ce moment un plan1 le plan qui est sous nos yeux1 et qu'il se rserverait de faire succder au monde prsent d'autres mondes et d'autres plans futurs1 et mme une srie indfinie de mondes et de plans4 ,les portes de l'avenir resteraient donc grandes ouvertes4 ,elles seraient seulement fermes1 pendant la dure d'excution de tel ou tel plan1 l'intrusion anarchique de plans diffrents4 ,ce qui est une protection de l'ordre actuel et non un obstacle aux progrs futurs4 ,vouloir1 au contraire1 qu' chaque instant puissent apparatre des formes nouvelles imprvues et imprvisibles1 c'est introduire l'incohrence et le chaos dans l',univers actuel4 ,la suppression du plan ne serait donc que la suppression de l'ordre4 ,d'autre part1 quelle ncessit voyez-vous ce que les portes de l'avenir ne soient pas fermes ni son plan dessin l'avance8 ,nous avons beau chercher les raisons de cette prtendue ncessit1 nous n'en trouvons aucune4 ,loin de l1 puisque l'ternit est un ternel prsent1 rien n'est pass ni futur1 rien n'est cach au regard ternel1 et1 pour lui1 l'imprvu ou l'imprvisible sont des non-sens4 ,autant dire que la volont toute-puissante du ,crateur ne sait plus ce qu'elle veut ni ce qu'elle fait1 ni ce qu'elle cre4 ,quant l'hypothse ajoute par ,m4 ,bergson1 que1 sans avoir rien prvu1 l'impulsion initiale sufft mettre dans l',univers un ordre imprvisible1 au fur et mesure des vnements1 c'est encore un non-sens philosophique1 au tmoignage1 non seulement d',aristote1 mais des modernes eux-mmes1 tels que ,m4 ,hamelin1 professeur en ,sorbonne1 qui1 dans sa brillante thse de doctorat1 ne craignit pas de soutenir qu'une cause motrice est inintelligible sans une direction1 et partant sans une finalit4 ,une causalit non tlologique1 crivait-il1 demeure frappe d'impuissance1 disons d'impossibilit1 et cela simplement parce qu'il lui manque une condition encore pour tre quelque chose d'entirement intelligible4#cbh ,en d'autres termes3 l'impulsion originelle qui doit mettre en branle l'volution a dj une direction ou elle n'en a pas4 ,si elle n'en a pas1 elle ne peut rien mouvoir ni se mouvoir elle-mme1 car il n'y a pas de mouvement sans direction4 ,si elle a1 au contraire1 une direction1 elle tend vers un but1 vers la ralisation d'une ide1 d'un plan1 et nous revenons1 bon gr1 mal gr1 la finalit4 99 99 99 99 99 ,aprs ces rponses aux deux principaux arguments de ,m4 ,bergson1 ajoutons une rfutation plus directe de son systme de finalit partielle4 ,dmontrons son insuffisance4 ,c'est1 nous dit-on1 au fur et mesure des circonstances que l'lan vital choisira ce qu'il doit faire2 chaque problme soulev1 il apportera sa solution1 sans avoir besoin de faire l'avance aucun plan gnral4 ,de la sorte1 on croit pouvoir concilier l'absence de tout plan prconu avec la ralisation effective d'un plan4 ,et de mme que ,m4 ,jourdain faisait de la prose sans le savoir1 ainsi l'volution cratrice droulera un plan admirable et infiniment compliqu sans l'avoir prvu4 ,eh bien6 nous n'hsitons pas dclarer que cette conception est incohrente et qu'elle ne tient pas debout4 ,pour le montrer1 il nous suffira de nous en tenir aux donnes mmes de ,m4 ,bergson4 ,en nous dcrivant potiquement la marche de l'volution cosmique1 il nous parle avec insistance de la marche la vision1 de la marche la rflexion1 l'intelligence1 la libert1 la vie sociale1 etc4#cbi4 ,prenons la premire de ces donnes et attachons-nous la comprendre4 ,il s'agit de la marche ascensionnelle de l'organe le plus lmentaire et le plus grossier de la vision1 tel que la simple tache pigmentaire de l',infusoire1 l'organe le plus parfait1 l'il rtinien du vertbr1 en passant par toutes les formes intermdiaires4 ,or1 cette marche ne peut se produire que par variations insensibles ou par changements brusques4 ,si l'on suppose des variations insensibles1 les premires variations ne gneront pas trop le fonctionnement primitif de l'organe1 puisqu'on les suppose insensibles1 mais elles ne seront pas davantage utiles ce fonctionnement1 tant que les variations complmentaires ne se seront produites4 ,ds lors1 ne pouvant encore fonctionner1 elles s'atrophieront au lieu de se dvelopper et ne se conserveront ni dans l'individu ni dans l'espce4 ,pour avoir une raison de les conserver1 l'volution doit les regarder comme des pierres d'attente1 poses en vue d'une construction ultrieure1 c'est--dire en vue d'un plan dfinitif4 ,il est vident qu'ici les parties sont commandes par le tout1 comme le proclamait ,aristote#ccj1 elles obissent un lment futur qui n'existe pas encore2 il y a donc un plan1 et rien ne peut commencer utilement ou s'accrotre qu'en prvision de ce but final4 ,en d'autres termes1 il est impossible l',elan vital de rsoudre utilement les divers problmes au fur et mesure qu'ils se posent le long du chemin de l'volution1 sans avoir dj prvu le problme final1 qui devient par avance l'lment essentiel des problmes antrieurs4 ,impossible de construire peu peu un organe tel que l'il1 surtout l'il des vertbrs o des millards d'lments sont constitus et coordonns en vue d'une unique fonction1 sans avoir prvu l'avance le plan d'ensemble d'un il cristallin4 ,ce raisonnement1 dans l'hypothse de l'volution brusque1 sera le mme avec un grossissement d'vidence encore plus saisissant4 ,chaque pas en avant de l'volution vers la formation d'un il rtine acquiert ici une importance encore plus grande4 ,pour tre opportun et ne rien gter1 il doit prvoir tous les pas suivants1 tre orient par une ide directrice1 selon l'expression de ,claude ,bernard1 c'est--dire orient par le plan final de l'il construire4 ,bien plus1 comme chaque pas en avant est ici1 par hypothse1 un progrs notable d brusque sur un point particulier1 il aura son contre-coup sur une multitude d'autres points1 car un lment nouveau amne des changements corrlatifs dans tous les lments anciens4 ,chaque remaniement partiel exige donc1 sous peine de tout gter1 un remaniement complet de l'ensemble4 ,il est donc impossible l',elan vital de donner des solutions partielles chaque dtail infiniment compliqu du problme1 sans donner en mme temps des solutions d'ensemble1 c'est--dire s'orienter par un plan final4 ,enfin1 comme il est impossible de construire utilement un il rtine1 sans savoir l'endroit du corps animal o il sera plac1 et sans l'adapter aux organes voisins1 puisqu'il devra collaborer avec eux1--par exemple1 avec le second il1 s'il doit y avoir vision binoculaire1 avec le systme sensori-moteur d'o il tirera la sensibilit et le mouvement1 avec les organes de la circulation du sang1 de la respiration1 de la digestion1 de la reproduction1 etc41--le plan de l'il se trouve lui-mme dpendant du plan spcifique de l'animal auquel on le destine4 ,l'animal1 son tour1 est une partie d'un plan plus gnral et doit obir ce plan d'ensemble total sous peine de tout gter4 ,ces corrlations des parties avec l'ensemble sont si manifestes que ,m4 ,bergson en fait l'aveu en vingt passages4 ,chaque pice nouvelle1 crit-il1 exige1 sous peine de tout gter1 un remaniement complet de l'ensemble4 ,comment attendre du hasard un pareil remaniement8444 ,l'addition d'un lment nouveau amne le changement corrlatif de tous les lments anciens4 ,personne ne soutiendra que le hasard puisse accomplir un pareil miracle4#cca--,la machine qu'est l'il est donc compose d'une infinit de machines1 toutes d'une complexit extrme4444 ,la plus lgre distraction de la nature dans la construction de la machine infiniment complique et rendu la vision impossible4#ccb ,impossible d'avouer plus clairement que la nature ou l',elan vital ne peut se distraire un seul instant du but atteindre et du plan excuter4 ,il y a donc un plan prvu et voulu4 ,et cependant ,m4 ,bergson revient sa thse prfre qu'il n'y a aucun plan4 ,mais il n'y revient pas sans un certain embarras1 trahi par des hsitations et des rserves peu intelligibles4 ,qu'on en juge par sa rplique4 ,mais en parlant d'une marche la vision1 ne revenons-nous pas l'ancienne conception de la finalit8 ,il en serait ainsi1 sans aucun doute1 si cette marche exigeait la reprsentation1 consciente ou inconsciente1 d'un but atteindre4 ,mais la vrit est qu'elle s'effectue en vertu de l'lan originel de la vie1 qu'elle est implique dans ce mouvement mme1 et que c'est prcisment pourquoi on la retrouve sur des lignes d'volution indpendantes4--,jusqu'ici nous sommes d'accord avec ,m4 ,bergson3 ,la reprsentation du but n'est videmment pas dans le germe ou l'embryon qui volue1 mais dans l'lan originel du ,crateur1 de mme qu'il n'est pas dans le mcanisme de l'horloge qui marque l'heure1 mais uniquement dans la pense de l'horloger qui a mont ce mcanisme4 ,mais poursuivons3 ,que si maintenant on nous demandait pourquoi et comment elle 7la marche la vision7 y est implique 7dans l'lan originel71 nous rpondrons que la vie est1 avant tout1 une tendance agir sur la matire brute4 ,le sens de cette action n'est sans doute pas prdtermin 7873 de l l'imprvisible varit des formes que la vie1 en voluant1 sme sur son chemin4 ,mais cette action prsente toujours1 un degr plus ou moins lev1 le caractre de la contingence3 elle implique tout au moins un rudiment de choix4 ,or1 un choix suppose la reprsentation anticipe de plusieurs actions possibles4 ,il faut donc que des possibilits d'action se dessinent1 pour l'tre vivant1 avant l'action mme4 ,la perception visuelle n'est pas autre chose3 les contours visibles des corps sont le dessein de notre action ventuelle sur eux4 ,la vision se retrouvera donc1 des degrs diffrents1 chez les animaux les plus divers1 et elle se manifestera par la complexit de structure partout o elle aura atteint le mme degr d'intensit4#ccc ,telle est la rplique intgrale de ,m4 ,bergson4 ,nous avons tenu la citer en entier1 au lieu de l'analyser1 pour que ce petit chef-d'uvre de clair-obscur ne nous ft pas imputable4 ,au fait1 les dieux d',homre1 eux aussi1 au plus fort du combat1 disparaissaient parfois dans les nuages1 et nous aurions mauvaise grce de reprocher de simples mortels de suivre un exemple venu de si haut4 ,cependant1 tout n'est pas insaisissable dans cette page1 et nous y dcouvrons des rserves intressantes qui attnuent normment toute ngation d'un plan prvu et vis4 ,on nous accorde que la marche la vision implique toujours un rudiment de choix--et partant1 ajouterons-nous1 au moins un rudiment de but1 car on ne peut choisir sans but4 ,on nous accorde aussi que le choix suppose la reprsentation anticipe de plusieurs actions possibles1--et partant1 pour choisir entre ces divers moyens1 il faut les comparer au but atteindre1 il faut une reprsentation de ce but4 ,aprs cette grave concession1 comment soutenir encore que la marche la vision n'exige pas la reprsentation1 consciente ou inconsciente1 d'un but atteindre8--,il y a l une contradiction flagrante outre ces deux thses du mme paragraphe4 ,elle nous montre1 mieux que tout raisonnement1 qu'une demi-finalit est une hypothse incohrente1 se dtruisant elle-mme4 ,c'est trs bien de rpudier le mcanisme et le hasard comme une explication insuffisante de l'volution2 c'est trs bien d'admettre qu'elle est pousse en avant par le choix d'une volont libre2 mais cette volont libre ne peut pousser par derrire l'volution des mondes1 et ne peut tre une vis a tergo#ccd comme l'imagine ,m4 ,bergson1 sans regarder en avant1 sans avoir un but ou une srie de buts successifs2 en un mot1 elle ne peut tre cause motrice sans tre cause finale4 ,si elle poussait sans savoir o clic va1 elle pousserait aveuglment et nous reviendrions ce hasard dont on a si justement proclam la faillite4 99 99 99 99 99 ,concluons que l'volution cratrice sans crateur et sans but pche la fois contre les deux principes premiers de l'esprit humain1 le principe de causalit et celui de finalit4 ,il lui manque les deux ressorts essentiels de tout mouvement1 surtout du mouvement vital et libre dont elle se rclame4 ,nous l'arrtons donc son point de dpart1 comme on arrte un voyageur qui n'a pas de quoi faire son voyage1 comme la nature elle-mme arrte un germe ou un embryon monstrueux qui n'est pas n viable4 ,le ,dieu-,cronos n'est qu'un fantme sans consistance1 incapable de nous expliquer l'volution4 ,il nous faut un ,dieu vivant qui en soit le principe et la fin1 qui soit l'alpha et l'omga de l'volution des mondes4 ,et maintenant nous pouvons1 en terminant1 assister au brillant feu d'artifice de mtaphores tir par ,m4 ,bergson en l'honneur de l'volution cratrice1 sans aucun risque d'en tre blouis ou dconcerts4 ,imaginons1 nous dit-il1 un rcipient plein de vapeur une haute tension1 et1 et l1 dans les parois du vase1 une fissure par o la vapeur s'chappe en jet4 ,la vapeur lance en l'air se condense presque tout entire en gouttelettes qui retombent4444 ,ainsi1 d'un immense rservoir de vie1 doivent s'lancer sans cesse des jets1 dont chacun1 retombant1 est un monde4#cce ,cependant1 la cration d'un monde est un acte libre1 et la vie l'intrieur du monde matriel participe de cette libert4 ,pensons donc plutt un geste comme celui d'un bras qu'on lve2 puis supposons que le bras1 abandonn lui-mme1 retombe1 et que pourtant subsiste en lui1 s'efforant de le relever1 quelque chose du vouloir qui l'anima3 avec cette image d'un geste crateur qui se dfait1 nous aurons dj une reprsentation plus exacte de la matire4 ,et nous verrons alors1 dans l'activit vitale1 ce qui subsiste du mouvement direct dans le mouvement inverti1 une ralit qui se fait travers celle qui se dfait#ccf4 ,tout est obscur dans l'ide de cration si l'on pense des choses qui seraient cres et une chose qui cre1 comme on le fait d'habitude1 comme l'entendement ne peut s'empcher de le faire4444 ,il n'y a pas de choses1 il n'y a que des actions4444 ,j'exprime simplement cette similitude probable quand je parle d'un centre d'o les mondes jailliraient comme des fuses d'un immense bouquet1 pourvu toutefois que je ne donne pas ce centre pour une chose1 mais pour une continuit de jaillissement4 ,dieu ainsi dfini non comme une cause1 mais une continuit de jaillissement sans cause n'a rien de tout fait3 il est vie incessante1 action1 libert4 ,la cration1 ainsi conue1 n'est pas un mystre2 nous l'exprimentons en nous ds que nous agissons librement4#ccg ,la vie est un mouvement1 la matrialit est le mouvement inverse 444 c'est une action qui se fait travers une action du mme genre qui se dfait1 quelque chose comme le chemin que se fraye la dernire fuse du feu d'artifice parmi les dbris qui retombent des fuses teintes4#cch ,essentielle aussi est la marche la rflexion4 ,si nos analyses sont exactes1 c'est la conscience1 ou mieux la supra-conscience qui est l'origine de la vie2 conscience ou supra-conscience est la fuse dont les dbris teints retombent en matire2 conscience est encore ce qui subsiste de la fuse mme1 traversant les dbris et les illuminant en organismes4#cci ,voil1 certes1 de brillantes images1 dont la flamme produit encore plus de fume que de lumire4 ,n'importe1 ces nuages de vapeur lgre plaisent certains spectateurs qui imaginent dcouvrir dans ces formes vagues et indcises tout ce qui leur agre4 ,eh bien6 malgr tous les carts possibles d'interprtations les plus fantaisistes1 nous mettons tous les hommes de bon sens1 sans exception1 au dfi d'imaginer que les fuses du bouquet1 s'levant en gerbe vers le ciel1 sont parties toutes seules d'un centre de jaillissement1 d'un centre vide1 d'o la main de l'artificier serait absente4 ,nous les mettons au dfi d'imaginer un bras qui se lve ou qui retombe sans que ce bras n'appartienne aucune personne qui le lve ou le baisse4 ,nous les mettons au dfi d'imaginer des jets de vapeur sortis d'une chaudire vide o ne bouillonneraient point tumultueusement des litres d'eau surchauffe4 ,jamais ils n'admettront1 pour plaire ,m4 ,bergson1 des actions sans agent1 des effets sans cause1 pas plus que des actions libres sans direction et sans but4 ,voil pourquoi nous rptons avec assurance1 malgr tous les trompe-l'il de ces mtaphores1 qu'une volution cratrice sans aucun crateur et sans aucun but n'est pas une conception intelligible1 mais qu'elle est un dfi la raison humaine1 moins qu'elle ne soit un simple jeu d'esprit ou une rverie et un amusement d'artiste4 ,dans ce cas1 nous la comparerions cette trs ingnieuse maison l'envers de l',exposition universelle qui eut un vrai succs de curiosit1 mais qu'aucun homme sens n'aurait jamais voulu habiter rellement4 99 99 99 99 99 ,,vi ,,th,,orie ,,de ,,la ,,connaissance ,,sensible4 ,jusqu'ici nous avons tudi l'antiintellectualisme en action dans les diverses applications qu'en a faites l'cole bergsonienne3 il est temps d'en aborder la thorie elle-mme4 ,si quelque lecteur nous reprochait de l'aborder trop tard et de ne pas avoir commenc par exposer la thorie1 avant de faire connatre ses applications1 notre rponse ne serait point embarrasse4 ,de fait1 cette thorie est ne la dernire4 ,quoiqu'on ait dit et rpt que la mtaphysique tout entire dpendait de la thorie de la connaissance1 c'est plutt l'inverse qui est vrai3 toujours la thorie de la connaissance a d faire suite la mtaphysique que l'on avait adopte4 ,on aura beau chercher dans l'histoire de la philosophie1 on ne trouvera pas une seule thorie de la connaissance qui ne postule ou ne sous-entende1 tout au moins1 des donnes mtaphysiques4 ,la position mme du problme de la connaissance en dpend tout entire4 ,ainsi1 par exemple1 tous les subjectivistes1 qui s'accordent nier la possibilit mme de l'action dite transitive1 le poseront de la sorte3 tant donn que le sujet sentant et l'objet senti sont deux termes extrieurs l'un l'autre1 et partant impntrables et sans aucune action commune entre eux1 expliquer le mcanisme de la connaissance sensible4 ,il est clair que le problme ainsi pos ne comporte qu'une solution subjectiviste et plus ou moins idaliste1 cartant a priori tout essai de solution raliste4 ,autre exemple3 l'cole kantiste a suppos donn comme incontestable que le signe mme d'une donne mtaphysique1 c'est de ne pouvoir se traduire dans l'esprit humain que par une proposition contradictoire#cdj4 ,ce formidable a priori des antinomies invitables1 qui suppose dj rsolus dans un certain sens tous les problmes de la mtaphysique1 doit aboutir fatalement aux jugements synthtiques a priori et aux formes innes de l'esprit humain1 suivant la formule du criticisme kantien4 ,le systme antiintellectualiste de ,m4 ,bergson ne fera pas exception cette rgle gnrale4 ,la thorie de la connaissance ne sera gure qu'un corollaire de son volution cratrice4 ,nous allons le montrer bientt surabondamment4 ,ici1 un seul trait suffira4 ,puisque l'intelligence humaine a t dpose en cours de route par l'volution1 ne peut-elle pas1 ne doit-elle pas tre dpasse8 ,puisqu'on cours de route elle a perdu l'instinct et l'intuition1 ne peut-elle pas1 ne doit-elle pas les recouvrer8444 ,la rponse affirmative ces deux questions fera le fond de la thorie nouvelle4 ,cette interprtation1 du reste1 nous parat entirement conforme la pense de ,m4 ,bergson4 ,ds son ,introduction1 il nous avertit que les deux thories de l'volution et de la connaissance sont insparables l'une de l'autre#cda1 et que c'est celle-ci qui doit accompagner et suivre celle-l4 ,dans le corps de l'ouvrage1 il y revient avec insistance pour nous dire que le problme de la connaissance ne fait qu'un avec le problme mtaphysique1 que chacune de ces recherches conduit l'autre2 elles font cercle1 et le cercle ne peut avoir pour centre que l'tude empirique de l'volution#cdb4 ,bien plus1 il va jusqu' nous dire que la philosophie elle-mme n'est pas seulement le retour de l'esprit sur lui-mme1 mais surtout un retour sur le principe d'o il mane1 une prise de contact avec l'effort crateur#cdc4 ,elle est donc suspendue tout entire la thorie de l'volution cratrice4 ,impossible de comprendre la valeur de l'intelligence humaine sans avoir dj tudi et compris sa gense4 ,on trouvera sans doute qu'une telle mthode est bien hardie et bien prtentieuse4 ,l'auteur est le premier le reconnatre4 ,la thorie de la connaissance devient ainsi une entreprise infiniment difficile et qui passe les forces de la pure intelligence4 ,il ne suffit plus1 en effet1 de dterminer par une analyse conduite avec prudence les catgories de la pense1 il s'agit de les engendrer4 ,en ce qui concerne l'espace1 il faudrait1 par un effort sui generis de l'esprit1 suivre la progression ou plutt la rgression de l'extra-spatial se dgradant en spatialit4 ,en nous plaant d'abord aussi haut que possible dans notre conscience1 pour nous laisser ensuite peu peu tomber1 etc4#cdd ,nous ne nous sommes donc pas mpris sur le sens et l'exceptionnelle difficult de la nouvelle mthode o l'auteur va s'engager4 ,plus l'exercice est difficile et prilleux1 plus les spectateurs vont redoubler d'attention et d'effort pour le suivre en toutes ses volutions1 sans le perdre jamais de vue4 ,nous allons voir comment une intelligence humaine va essayer de se dpasser elle-mme6 ,pour mettre un peu d'ordre et de clart dans l'analyse et la critique d'une thorie si difficile et si complique1 nous tudierons successivement les thses et hypothses bergsoniennes sur la connaissance sensible1 sur la connaissance intellectuelle1 enfin sur cette nouvelle facult de connatre qui a pris le nom1 dsormais clbre1 d'intuition4 ,mais chacune de ces trois recherches--vu son importance--fera l'objet d'un chapitre spcial4 ,commenons par la connaissance sensible4 99 99 99 99 99 ,disons de suite que1 des trois parties de la thorie1 celle-ci est de beaucoup la meilleure4 ,sans les proccupations et les sous-entendus monistiques qui la dparent1 elle serait pour nous peu prs acceptable1 tant elle se rapproche de la conception pripatticienne et scolastique4 ,tout d'abord1 ,m4 ,bergson prend nettement parti pour la thse traditionnelle de la perception immdiate des sens externes1 pour son objectivit foncire1 et mme pour l'objectivit des qualits sensibles1 telles que les sons et les couleurs4 ,on conviendra que cette attitude ne manque ni de nettet ni de courage1 au milieu des prjugs tenaces qui rgnent dans les esprits contemporains1 depuis ,descartes et ,kant4 ,et de mme qu'il a rfut le mcanisme avec une vigueur impitoyable1 il va faire un rquisitoire crasant contre tous les subjectivistes modernes1 sans pargner ni ,kant ni ,taine1 le fameux inventeur de l'hallucination vraie4 ,cette attitude de ,m4 ,bergson n'est pas rcente4 ,c'est1 au contraire1 croyons-nous1 une de ses plus vieilles convictions4 ,aussi devrons-nous recourir ses ouvrags antrieurs pour complter notre tableau4 ,ds les premires pages de ,matire et ,mmoire1 il tient protester contre le paradoxe idaliste qui voudrait faire de ce monde une cration subjective de notre cerveau ou de notre esprit4 ,pour que 444 l'branlement crbral engendrt les images extrieures1 crit-il1 il faudrait qu'il les contnt d'une manire ou d'une autre1 et que la reprsentation de l'univers matriel tout entier ft implique dans celle de ce mouvement molculaire4 ,or1 il suffit d'noncer une pareille proposition pour en dcouvrir l'absurdit4 ,c'est le cerveau qui fait partie du monde matriel1 et non pas le monde matriel qui fait partie du cerveau4 ,supprimez le monde matriel1 vous anantissez du mme coup le cerveau et son image4 ,au contraire1 supprimez le cerveau et son image1 c'est--dire un dtail insignifiant dans le tableau immense de l'univers1 il est clair que le tableau reste et que l'univers subsiste quand mme#cde4 ,a ce premier argument de simple bon sens1 il va ajouter des arguments scientifiques et rationnels tirs de l'impossibilit de tous les systmes idalistes expliquer la prtendue illusion d'un monde extrieur1 cr de toutes pices par notre esprit4 ,ma croyance l'existence d'un monde extrieur1 dit-il1 ne peut venir que de son action sur moi et non de mon action sur un vide extrieur2 elle est le produit des actions convergentes venues de la priphrie au centre que j'occupe1 et non du centre la priphrie4 ,tout s'obscurcit1 en effet1 et les problmes se multiplient1 si l'on prtend aller1 avec les thoriciens 7de l'idalisme71 du centre la priphrie4 ,d'o vient donc alors cette ide d'un monde extrieur 7et tendu7 construit artificiellement1 pice pice1 avec des sensations inextensives dont on ne comprend ni comment elles arriveraient former une surface tendue1 ni comment elles se projetteraient ensuite au dehors de notre corps8444 ,il y a1 dans cette croyance au caractre d'abord inextensif de notre perception extrieure1 tant d'illusions runies1 on trouverait dans cette ide que nous projetons hors de nous des tats purement internes tant de malentendus1 tant de rponses boiteuses des questions mal poses1 que nous ne saurions prtendre faire la lumire tout d'un coup4#cdf ,ce n'est pas que l'auteur renonce lucider pleinement un problme qui lui tient tant cur4 ,il le fera1 au contraire1 satit1 dans tout le cours de son ouvrage1 par des arguments premptoires1 mais qui n'taient pour nous nullement nouveaux4 ,celui qu'il semble prfrer1 tant il lui parat dcisif1 est la simple comparaison des deux explications idaliste et raliste4 ,dans la premire1 dit-il1 des sensations inextensives de la vue se composeront avec des sensations inextensives du toucher et des autres sens pour donner1 par leur synthse1 l'ide d'un objet matriel4 ,mais d'abord on ne voit pas comment ces sensations acquerront de l'extension ni surtout comment1 une fois l'extension acquise en droit1 s'expliquera la prfrence de telle d'entre elles1 en fait1 pour tel point de l'espace4 ,et ensuite on peut se demander par quel heureux accord1 en vertu de quelle harmonie prtablie1 ces sensations d'espces diffrentes vont se coordonner ensemble pour former un objet stable1 dsormais solidifi1 commun mon exprience et celle des autres hommes1 soumis1 vis--vis des autres objets1 ces rgles inflexibles qu'on appelle les lois de la nature4--,dans la seconde explication1 au contraire 7celle du ralisme71 les donnes de nos diffrents sens sont des qualits des choses1 perues d'abord en elles plutt qu'en nous3 est-il tonnant qu'elles se rejoignent1 alors que l'abstraction seule les a spares8#cdg ,or1 parmi ces donnes des sens1 en ralit extraites des objets et nullement du sujet1 l'auteur ne comprend pas seulement des donnes quantitatives telles que l'tendue1 la masse1 la figure et le mouvement1 mais encore des donnes qualitatives1 ce que nous appelons les qualits sensibles des corps#cdh4 ,au fond1 le mme raisonnement s'applique tout aussi bien aux unes et aux autres1 et la raison de certaines exceptions1 si la mode soient-elles1 ne s'impose nullement4 ,on se plat1 crit ,m4 ,bergson1 mettre les qualits1 sous forme de sensations1 dans la conscience1 tandis que les mouvements s'excutent indpendamment de nous dans l'espace4 ,ces mouvements1 se composant entre eux1 ne donneraient jamais que des mouvements2 par un processus mystrieux1 notre conscience1 incapable de les toucher1 les traduirait en sensations qui se projetteraient ensuite dans l'espace et viendraient recouvrir1 on ne sait comment1 les mouvements qu'elles traduisent4 ,de l deux mondes diffrents1 incapables de communiquer autrement que par un miracle3 d'un ct celui des mouvements dans l'espace1 de l'autre la conscience avec les sensations4 ,et1 certes1 la diffrence reste irrductible1 comme nous l'avons montr nous-mmes autrefois1 entre la qualit1 d'une part1 et la quantit pure1 de l'autre4 ,mais la question est justement de savoir si les mouvements rels ne prsentent entre eux que des diffrences de quantit1 et s'ils ne seraient pas la qualit mme1 vibrant pour ainsi dire intrieurement et scandant sa propre existence en un nombre souvent incalculable de moments4#cdi ,suit une explication des qualits sensibles des corps1 fort ingnieuse1 mais dont la discussion nous entranerait trop loin de notre sujet#cej4 ,il suffit de constater ici que la thorie bergsonienne de la perception sensible est nettement hostile tout idalisme1 mme ce demi-idalisme cartsien1 si en faveur de nos jours1 qui1 tout en admettant l'objectivit de l'tendue et de la quantit des corps1 rejette celle de leurs qualits sensibles1 pour en faire de pures modifications de la conscience4 ,la vraie raison de cette lutte sans merci contre tout idalisme1 mme mitig1 ,m4 ,bergson ne s'en cache point1 c'est son aversion profonde pour l'agnosticisme4 ,ecoutons ses dclarations ce sujet1 si instructives pour saisir le vritable esprit de sa philosophie4 ,dans la premire hypothse 7celle de l'idalisme71 l'objet matriel n'est rien de tout ce que nous apercevons3 on mettra d'un ct le principe conscient avec les qualits sensibles1 de l'autre une matire dont on ne peut rien dire et qu'on dfinit par des ngations parce qu'on l'a dpouille tout d'abord de tout ce qui la rvle4--,dans la seconde 7le ralisme71 une connaissance de plus en plus approfondie de la matire est possible4 ,bien loin d'en retrancher quelque chose d'aperu1 nous devons au contraire rapprocher toutes les qualits sensibles1 en retrouver la parent1 rtablir entre elles la continuit que nos besoins 7d'analyse7 ont rompue4 ,notre perception de la matire n'est plus alors relative ni subjective1 du moins en principe et abstraction faite de l'affection et surtout de la mmoire4 ,un peu plus loin1 il ajoute encore avec plus de force3 pour l'idalisme1 la matire ne peut rien tre de ce que nous connaissons1 rien de ce que nous imaginons2 elle demeure l'tat d'entit mystrieuse#cea4 ,et cet abme insondable de l'agnosticisme1 o l'idalisme nous fait plisser1 suffit sa condamnation sans appel4 ,mais ce n'est pas seulement dans les sciences du monde extrieur1 dites sciences naturelles et physiques1 que l'idalisme a des consquences ruineuses1 c'est encore dans la science du monde intrieur1 dans la ,psychologie1 o il jetterait une profonde confusion4 ,m4 ,bergson l'a fort bien vu et ses analyses pntrantes ont su le dmontrer4 ,si la perception externe1 en effet1 au lieu d'tre une action ou image reue du dehors1 n'tait plus qu'une image mentale1 produite par l'esprit et projete l'extrieur1 les deux phnomnes si diffrents et mme si opposs de la perception et du souvenir se trouveraient confondus1 comme des tats forts ou faibles du mme phnomne3 la perception externe ne srail plus qu'une hallucination vraie1 suivant la paradoxale formule de ,taine4 ,c'est cette fausse conception que ,m4 ,bergson va justement appeler une erreur capitale4 ,l'erreur capitale1 dit il1 l'erreur qui1 remontant de la psychologie la mtaphysique1 finit par nous masquer la connaissance du corps aussi bien que celle de l'esprit1 est celle qui consiste ne voir qu'une diffrence d'intensit au lieu d'une diffrence de nature1 entre la perception pure et le souvenir4 ,sans doute1 ajoute-t-il1 nos perceptions sont d'ordinaire imprgnes de souvenirs1 qui s'ajoutent la perception pure pour l'interprter et la complter1 mais l'union de ces deux actes n'est pas leur identit4 ,le rle du psychologue serait de les dissocier1 de rendre chacun d'eux1 sa puret naturelle3 ainsi s'claireraient bon nombre de difficults que soulve la psychologie1 et peut-tre aussi la mtaphysique4 ,mais point du tout4 ,on veut que ces tats mixtes1 tous composs1 doses ingales1 de perception pure et de souvenir pur1 soient des tats simples4 ,par l1 on se condamne ignorer aussi bien le souvenir pur que la perception pure1 ne plus connatre qu'un seul genre de phnomnes1 qu'on appellera tantt souvenir et tantt perception1 selon que prdominera en lui l'un ou l'autre de ces deux aspects1 et1 par consquent1 ne trouver entre la perception et le souvenir qu'une diffrence de degr1 et non plus de nature4 ,cette erreur a pour premier effet1 comme on le verra en dtail1 de vicier profondment la thorie de la mmoire2 car en faisant du souvenir une perception plus faible1 on mconnat la diffrence essentielle qui spare le pass du prsent1 on renonce comprendre les phnomnes de la reconnaissance et plus gnralement le mcanisme de l'inconscient4 ,mais inversement1 et parce qu'on a fait du souvenir une perception plus faible1 on ne pourra plus voir dans la perception qu'un souvenir plus intense4 ,on raisonnera comme si elle nous tait donne1 la manire d'un souvenir1 comme un tat intrieur1 comme une simple modification de notre personne4 ,on mconnatra l'acte originel et fondamental de la perception1 cet acte1 constitutif de la perception pure1 par lequel nous nous plaons d'emble dans les choses4 ,et la mme erreur1 qui s'exprime en psychologie par une impuissance radicale expliquer le mcanisme de la mmoire1 imprgnera profondment1 en mtaphysique1 les conceptions idaliste et raliste de la matire4#ceb ,nous avons tenu citer cette page o les consquences capitales d'une erreur1 si universellement accepte de nos jours1 sont mises dans un relief si saisissant4 ,srement1 un disciple d',aristote et de saint ,thomas n'aurait pas t plus vigoureux contre nos modernes subjectivistes1 et nous devons en savoir gr ,m4 ,bergson4 ,du reste1 ce ne sont pas seulement les consquences ruineuses de cette erreur qu'il a releves1 il a aussi montr combien elle tait contraire aux faits les mieux observs4 ,en effet1 l'observation pure et simple peut trancher 7le litige74 ,comment le tranche-t-elle8 ,si le souvenir d'une perception n'tait que cette perception affaiblie1 il nous arriverait1 par exemple1 de prendre la perception d'un son lger pour le souvenir d'un bruit intense4 ,or1 pareille confusion ne se produit jamais4444 ,jamais la conscience d'un souvenir ne commence par un tat actuel plus faible que nous chercherions rejeter dans le pass aprs avoir pris conscience de sa faiblesse4444#cec ,jamais une douleur faible ne m'apparatra comme le souvenir d'une douleur intense4 ,le souvenir est donc tout autre chose que la perception4 ,sans doute1 l'auteur aurait pu multiplier les exemples de cette nature2 il aurait pu surtout numrer les oppositions et les contrastes rvls par l'observation scientifique1 soit entre la vision imaginaire du souvenir ou du rve et la vision de l'image conscutive ou hallucinatoire1 soit entre celle-ci et la vision extrieure normale4 ,il aurait pu enfin tudier le double jeu de nos organes priphriques1 par exemple1 de l'il humain dans la vision objective o l'il reoit l'image comme une chambre noire de photographe1 et dans la vision subjective o l'il joue le rle inverse d'appareil projection1 pour conclure d'une manire encore plus clatante l'opposition radicale des deux phnomnes subjectif et objectif#ced4 ,si l'auteur n'a pas su exposer la thorie de ce double jeu de chaque organe priphrique1 du moins semble-t-il en avoir eu quelque vague pressentiment dans plusieurs passages1 notamment dans celui-ci3 ,nous l'avons dj dit1 mais nous ne saurions trop le rpter3 nos thories 7subjectivistes7 de la perception sont tout entires vicies par cette ide que si un certain dispositif 7de l'organe7 produit1 un moment donn1 l'illusion d'une certaine perception1 il a toujours pu suffire produire cette perception mme4#cee ,donc1 fallait-il ajouter1 il y a deux dispositifs1 deux jeux1 diffrents et opposs1 pour chaque organe1 comme il y a deux jeux opposs pour le mme appareil photographique1 qui peut servir recevoir et fixer une image venue de l'extrieur1 ou au contraire projeter au dehors une image interne1 comme une lanterne magique4 ,il suffit de se servir rebours du mme instrument4 ,eh bien6 cette explication si simple et si lumineuse pour montrer que l'il peut tre tantt un appareil de vision normale1 tantt de projection hallucinatoire1 ,m4 ,bergson a oubli de nous la donner4 ,quelque incomplte qu'elle soit1 son argumentation reste encore assez victorieuse pour lui donner le droit de conclure3 ,le germe de l'idalisme anglais est l4 ,cet idalisme consiste ne voir qu'une diffrence de degr1 et non pas de nature1 entre la ralit de l'objet peru et l'idalit de l'objet conu4 ,et l'ide que nous construisons la matire avec nos tats intrieurs1 que la perception n'est qu'une hallucination vraie1 vient de l galement4 ,c'est cette ide que nous n'avons cess de combattre quand nous avons trait de la matire4 ,ou bien donc notre conception de la matire est fausse1 ou le souvenir se distingue radicalement de la perception4#cef 99 99 99 99 99 ,aprs avoir dmoli les systmes idalistes et subjectivistes de la connaissance sensible--tche relativement aise1--il reste reconstruire1 et c'est ici que l'effort de la philosophie nouvelle va devenir laborieux1 parce qu'elle a voulu ignorer1 de parti pris1 tous les essais de reconstruction dj tents au cours des sicles par l'esprit humain4 ,pour prparer le lecteur l'intelligence du systme de la perception des sens1 il faut d'abord rappeler que1 pour ,m4 ,bergson--comme pour nous1 d'ailleurs1 et tous les no-scolastiques1--la sensation a lieu l o elle parat tre1 c'est--dire dans les organes priphriques1 seuls capables de subir un contact immdiat avec les objets extrieurs1 et nullement dans le cerveau#ceg4 ,ces organes sentants de la priphrie sont du reste de vritables centres nerveux4 ,l'il1 par exemple n'est qu'un centre nerveux dtach et transport la priphrie1 comme on le constate dans le dveloppement de l'embryon4 ,on ne voit donc pas la raison qui les empcherait de sentir tout aussi bien que le cerveau4 ,l'union des organes priphriques avec le cerveau n'est donc qu'une condition pour leur fonctionnement conscient1 et aussi pour la centralisation de toutes leurs donnes dans un organe central qui les compare1 les combine et les conserve l'tat de souvenirs4 ,m4 ,bergson va mme plus loin que nous et ne considre le cerveau que comme une collection de centres moteurs1 sans aucun centre imaginatif4 ,nous avons dj vu et discut cette opinion-- nos yeux excessive-- propos de la mmoire et des phnomnes d'aphasie3 aussi croyons-nous inutile d'y revenir ici4 ,il nous faut donc partir de cette donne que ce n'est pas le cerveau qui voit1 qui entend1 qui touche et palpe 444 mais uniquement les organes priphriques des cinq sens externes4 ,donne minemment d'accord avec le sens commun de tous les hommes1 mais qui aurait eu besoin d'tre explique et mise en lumire par une thorie de l'union substantielle de l'me et du corps1 thorie dont nous n'avons pu trouver la moindre trace dans les ouvrages que nous analysons4 ,quoi qu'il en soit1 tant donn1 par exemple1 que c'est l'organe du toucher qui palpe le relief rsistant de tel objet--et tous les autres sens sont des espces de toucher#ceh1--;il reste nous dire quel est le phnomne qui se produit1 comment il se produit1 enfin quelle est sa valeur critriologique4 ,la premire question1 qui est d'ordre purement exprimental et psychologique1 nous parat bien comprise d rsolue par ,m4 ,bergson4 ,nous saisissons dans notre perception1 crit-il1 tout lu fois un tat de notre conscience et une ralit indpendante de nous4 ,ce caractre mixte de notre perception immdiate1 cette apparence de contradiction ralise1 est la principale raison thorique que nous ayons de croire un monde extrieur4444#cei ,cette analyse1 qui est la sincrit et l'vidence mme pour tout observateur attentif1 ,m4 ,bergson aurait pu la retrouver dans les ouvrages de l'cole cossaise1 d',hamilton1 par exemple1 qui constatait1 lui aussi1 que nous sommes conscients immdiatement1 dans la perception1 d'un moi et d'un non-moi1 connus ensemble et connus en opposition mutuelle 444 que nous avons conscience de deux existences par une mme et indivisible intuition 444 que la conscience donne1 comme dernier fait1 une dualit primitive1 une antithse originelle4444#cfj ,il aurait pu aussi la retrouver dans tous les ouvrages de l'cole pripatticienne et thomiste1 anciens et modernes1 avec cette nuance1 toutefois1 que la perception du non-moi y est toujours note comme antrieure celle du moi1 laquelle exige une certaine rflexion et un retour du sujet sentant sur lui-mme4 ,en sorte que la rencontre des deux lments1 moi et non-moi1 quoique simultane1 a pour premier effet de mettre en relief celui-ci1 en laissant celui-l momentanment dans l'ombre4 ,analyse si fine et si saisissante de vrit1 qu'elle arrachait cet aveu ,barthlmy ,saint-,hilaire3 ,il n'y a pas de psychologie moderne qui ait port dans ses recherches plus de sagacit ni plus de science qu',aristote4 ,la psychologie cossaise n'a t ni plus fine ni plus exacte4#cea ,aprs cette description1 se trouvent illumines toutes les formules1 par elles-mmes un peu concises et obscures1 employes par ,m4 ,bergson pour dsigner la perception des sens4 ,pour lui1 c'est une intuition immdiate--qui me place d'emble dans le monde matriel1--par laquelle nous nous plaons d'emble dans les choses1--qui est dans les choses plutt qu'en moi1--hors de nous plutt qu'en nous1 etc4#cfb4 ,tous ces aphorismes tonnent de prime abord1 mais ils ont moins besoin de correction que d'explication4 99 99 99 99 99 ,la deuxime question a pour objet d'expliquer le comment ou le processus de la perception immdiate par les organes priphriques4 ,la rponse est assez simple dans le systme pripatticien1 qui a pos en principe la distinction de la substance et de l'accident1 c'est--dire de l'agent et de son action4 ,si les substances sont entre elles impntrables1 elles si2 laissent pntrer par leurs actions mutuelles4 ,bien plus1 l'action est toujours commune deux substances1 agent1 et patient1 car elle est le rsultat1 non pas de deux activits1 comme on l'entend dire si faussement1 mais d'une activit et d'une passivit correspondante1 ou1 si l'on prfre1 elle est le produit simultan de deux coprincipes1 l'un actif et l'autre passif4 ,l'action n'existant jamais en dehors d'une passion1 l'agent et le patient sont ainsi compntrs1 ou informs1 par une action commune1 qui joue ainsi le rle de trait d'union entre les substances4 ,d'o nous concluons que1 dans la sensation externe1 l'action de l'agent tant dans le patient1 celui-ci n'a qu' en prendre conscience pour percevoir en lui-mme un lment tranger--un non-moi dans le moi1--c'est--dire qu'il peroit1 non pas une substance trangre1 mais une action trangre qui est la manifestation mme de cette substance4 ,la perception immdiate des sens est ainsi mise en lumire par la thorie gnrale de l'action et de la passion dont elle n'est plus qu'un cas particulier ou un simple corollaire#cfc4 ,au contraire1 dans l'hypothse phnomniste de ,m4 ,bergson1 o les actions sont sans agent et les phnomnes sans substance1 on devine l'embarras o va le jeter l'explication d'une compntration et d'une perception immdiate entre deux phnomnes trangers l'un l'autre3 sujet et objet4 ,notre auteur s'en tirera de deux manires4 ,la premire consistera oublier1 pour un temps1 son phnomnisme et parler le langage substantialiste du sens commun4 ,en ce premier sens1 les textes abondent3 ,dans la perception pure1 l'objet peru est un objet prsent1 un corps qui modifie le ntre4 ,l'image en est donc actuellement donne4444--,conscience et matire1 me et corps entraient ainsi en contact dans la perception4--,la perception est un contact de l'esprit avec l'objet prsent2--l'action virtuelle des choses sur notre corps et de notre corps sur les choses est la perception mme2--la perception ressemble un simple contact4#cfd ,bien plus1 nous pourrions citer une page entire1 o1 traitant ex professo de la perception des sens1 il distingue et oppose les deux actions qui en forment le processus1 la premire qui vient de l'objet dans le sujet pour y produire son empreinte1 la seconde qui part du sujet pour revenir l'objet et pour ainsi dire lui restituer ce qu'il en a reu4 ,cette seconde partie qu'il appelle la rflexion est la plus curieuse3 ,toute perception attentive suppose vritablement1 au sens tymologique du mot1 une rflexion1 c'est--dire la projection extrieure d'une image activement cre1 identique ou semblable l'objet1 et qui vient se mouler sur ses contours4 ,si1 aprs avoir fix un objet1 nous dtournons brusquement notre regard1 nous en obtenons une image conscutive3 ne devons-nous pas supposer que cette image se produisait dj quand nous la regardions8 ,la dcouverte rcente de fibres perceptives centrifuges nous inclinerait penser que les choses se passent rgulirement ainsi1 et qu' ct du processus affrent qui porte l'impression au centre1 il y en a un autre inverse qui ramne l'image la priphrie4444 ,ainsi notre perception distincte est vritablement comparable un cercle ferm1 o l'image-perception dirige sur l'esprit et l'image-souvenir lance dans l'espace courraient l'une derrire l'autre4#cfe ,ce passage est d'autant plus curieux qu'il traduit en langage moderne le double processus de l'espce impresse et de l'espce expresse des scolastiques3 la premire reue passivement dans le sujet1 la seconde produite activement par raction et renvoye vers l'objet d'o l'action tait partie4 ,impossible de rapprocher cette description des deux moments de la perception des sens externes avec celles qu'en ont essay les no-scolastiques contemporains1 sans tre frapp de leurs analogies profondes4 ,telle est la premire manire d'expliquer le processus de la perception2 avec elle1 nous pourrions facilement nous entendre4 ,mais il en est une autre qui ne recevra pas de nous les mmes loges4 ,la seconde manire d'expliquer le contact du sujet et de l'objet1 de la conscience et de la matire1 est de les identifier dans une unit monistique4 ,tous les tres de l'univers ne formeraient qu'une seule et unique conscience4 ,alors la difficult s'vanouit1 dit-il4 ,la matire tendue1 envisage dans son ensemble1 est comme une conscience o tout s'quilibre1 se compense et se neutralise4 ,elle offre vritablement l'indivisibilit de notre perception2 de sorte qu'inversement nous pouvons1 sans scrupule1 attribuer la perception quelque chose de l'tendue de la matire4 ,ces deux termes1 perception et matire1 marchent ainsi l'un vers l'autre4444 la sensation reconquiert l'extension1 l'tendue concrte reprend sa continuit et son indivisibilit naturelles4 ,et l'espace homogne1 qui se dressait entre les deux termes comme une barrire insurmontable1 n'a plus d'autre ralit que celle d'un schme ou d'un symbole4#cff ,et notre auteur aime revenir souvent la contemplation d'un ,univers matriel--au fond spirituel--qui serait une espce de conscience universelle4 ,c'est le rve d'un monisme spiritualiste ou panpsychiste4 ,malheureusement1 ce n'est qu'un rve1 en contradiction flagrante avec le fait de conscience qu'il s'agit prcisment d'expliquer3 dans la perception1 avons-nous dit1 nous avons conscience de deux existences1 le moi et le non-moi1 connus ensemble mais en opposition mutuelle1 et irrductibles l'un l'autre4--,or1 les rduire l'un l'autre1 identifier le moi et le non-moi dans une conscience unique1 comme ,m4 ,bergson1 vient de le faire1 c'est prcisment nier le problme au lieu de l'expliquer2 c'est dtruire ce qu'on prtendait difier4 ,c'est donc un aveu d'impuissance du systme bergsonien et non pas une solution4 ,ce prjug moniale expliquera au lecteur un certain nombre de formules dont le sens paratrait nigmatique et indchiffrable4 ,celles-ci1 par exemple3 plus de diffrence essentielle1 pas mme de distinction vritable entre la perception et la chose perue1 entre le moi et le non-moi2--il y a entre la perception et la ralit le rapport de la partie au tout2--la distinction de l'intrieur et de l'extrieur se ramne celle de la partie et du tout#cfg1 et autres formules non moins paradoxales qui n'empchent nullement noire auteur de se rclamer ds sa prface des conclusions du sens commun6#cfh 99 99 99 99 99 ,la troisime question que nous avons pose est celle de la valeur d'une perception immdiate ainsi comprise et explique1 pour nous faire atteindre le rel1 en un mot1 sa porte objective ou critriologique4 ,on peut l'examiner d'abord en dehors de toute hypothse monistique--dont elle est par elle-mme indpendante--et puis dans cette hypothse monistique4 ,indpendamment de tout prjug de monisme1 il est clair qu'une perception immdiate1 une intuition du rel1 est forcment objective4 ,pas d'erreur possible dans l'apprhension3 on n'apprhende pas ce qui n'est pas4 ,m4 ,bergson est le premier le reconnatre et le proclamer4 ,nous touchons la ralit de l'objet1 dit-il1 dans une intuition immdiate4#cfi ,en droit1 la perception pure est absorbe1 l'exclusion de tout autre travail1 dans la tche de se mouler sur l'objet extrieur4444 ,en fait1 il n'y a pas de perception qui ne soit imprgne de souvenirs4 ,aux donnes immdiates et prsentes de nos sens1 nous mlons mille et mille dtails de notre exprience passe4444 ,mais nous esprons montrer que les accidents individuels sont greffs sur cette perception impersonnelle1 que cette perception est la base mme de notre connaissance des choses1 et que c'est pour l'avoir mconnue1 pour ne pas l'avoir distingue de ce que la mmoire y ajoute ou en retranche1 qu'on a fait de la perception tout entire une espce de vision intrieure et subjective qui ne diffrerait du souvenir que par sa plus grande intensit4 ,et il ajoute un peu plus loin3 ,cette perception se distinguera radicalement du souvenir3 la ralit des choses ne sera plus construite ou reconstruite1 mais touche1 pntre1 vcue2 et le problme pendant entre le ralisme et l'idalisme1 au lieu de se perptuer dans des discussions mtaphysiques1 devra tre tranch par l'intuition4#cgj ,voil qui est fort bien dit1 et le plus fidle disciple d',aristote et1 de saint ,thomas ne dirait pas mieux4 ,il est incontestable qu'au fonds d'intuition impersonnelle et commune tous les hommes contemplant un mme objet s'ajoutent une multitude de souvenirs ou d'associations d'images1 propres chaque individu3 c'est ce que les scolastiques avaient appel l'objet accessoire ou accidentel1 per accidens1 de la connaissance1 et qu'ils opposaient si justement l'objet propre1 per se1 seul objet de la perception vritable4 ,peut-tre mme--accordons-le--ce fonds d'intuition relle est-il peu de chose par comparaison tout ce que notre mmoire y ajoute dans la connaissance totale d'un mme objet4 ,mais cela n'empche point que1 s'il y a dans notre perception quelque chose en plus de ce qui nous est donn prsentement1 il y a aussi ce donn rel1 et que les lments qui s'y ajoutent sont1 eux aussi1 des donnes antrieures4 ,c'est donc la synthse de notre connaissance globale qui sera sujette au contrle et la critique1 et nullement chacun des lments donns4 ,c'est l une thse importante pour l'objectivit de la perception sensible1 que ,m4 ,bergson a fort bien comprise et qu'il rsume ainsi3 ,il y a dans la matire quelque chose en plus1 mais non pas quelque chose de diffrent de ce qui est actuellement donn4--,un fonds impersonnel demeure o la perception concide avec l'objet peru1 et ce fonds est l'extriorit mme4--,la perception pure nous donne le tout ou au moins l'essentiel de la matire4#cga ,au surplus1 la totalit de ce donn rel1 qui fait le fond de chaque perception des sens1 n'est pas ncessairement soumise intgralement notre attention ni toujours perue sous tous ses aspects4 ,et c'est l encore une attnuation l'objectivit parfaite et intgrale de nos sensations1 que nous accordons volontiers ,m4 ,bergson4 ,dans toute perception1 notre attention une orientation particulire1 correspondant nos proccupations actuelles4 ,nous ne sommes gure attentifs qu' ce qui nous intresse prsentement4 ,en ce sens1 pouvons-nous accorder que notre perception est une slection#cgb4 ,elle ne cre rien1 son rle est1 au contraire1 d'liminer de l'ensemble des images les parties qui n'ont pour nous aucun intrt actuel4 ,mais ce qui reste1 aprs cette limination1 n'en est pas moins du donn et du rel3 cela suffit l'objectivit fondamentale4 ,toutefois1 nous ne pouvons accorder que l'intrt dont il s'agit ici1 comme instrument de slection1 est toujours un intrt pratique1 utilitaire1 et jamais un intrt spculatif4 ,c'est l une exagration regrettable4 ,la spculation pure1 qu'on appelle aussi dsintresse1 parce qu'elle est trangre notre intrt priv1 est troitement lie l'intrt public1 au progrs des sciences et des arts1 qui peuvent nous toucher encore plus fortement que nos intrts privs1 et orienter notre attention4 ,lorsque ,newton vit tomber la fumeuse pomme dont la chute lui rvla la grande loi de l'attraction universelle1 le dtail qui attira son attention l'intressait bien plus que tous les autres dtails dont le vulgaire et t frapp4 ,il est donc exagr de dire que notre perception est toujours oriente vers l'action2--qu'elle mesure justement notre action virtuelle sur les choses2--qu'elle n'est que le miroir d'une action possible1 --une action naissante qui se dessine#cgc4 ,mais ces exagrations issues d'un certain utilitarisme pratique1 dont nous aurons nous occuper plus tard1 ne nuisent en rien la thse de l'objectivit fondamentale qui seule nous occupe ici4 ,il est clair que1 par la perception immdiate ou l'intuition1 nous avons atteint quelque chose de rel et d'absolu1 et l'idalisme1 le subjectivisme1 le relativisme sont ainsi confondus4 ,ma connaissance de la matire n'est plus alors ni subjective1 comme elle l'est pour l'idalisme anglais1 ni relative comme le veut l'idalisme kantien4 ,elle n'est pas subjective1 parce qu'elle est dans les choses plutt qu'en moi4 ,elle n'est pas relative1 parce qu'il n'y a pas entre le phnomne et la chose le rapport de l'apparence la ralit1 mais simplement celui de la partie au tout#cgd1 l'action qui me frappe tant une partie du rel1 une manifestation de l'agent4 ,aprs avoir ainsi touch par l'intuition au roc du rel ou de l'absolu1 ,m4 ,bergson pourra conclure triomphalement3 ,dans l'absolu nous sommes1 nous circulons et nous vivons4 ,la connaissance que nous en avons est incomplte1 sans doute1 mais non pas extrieure ou relative4 ,c'est l'tre mme1 dans ses profondeurs1 que nous atteignons par le dveloppement combin et progressif de la science et de la philosophie4444 ,la physique 444 touche l'absolu4#cge ,paroles audacieuses1 qu'il a rptes satit1 comme un dfi tous nos contemporains1 plus ou moins imbus de kantisme et de subjectivisme2--paroles pourtant fort justes1 si on les prend la lettre et sans aucun sous-entendu monistique1 car l'union du sujet et de l'objet1 sans leur identit1 suffit les justifier4 ,malheureusement1 ce sous-entendu est trop nettement formul--au moins dans ses derniers ouvrages--pour qu'il soit possible de se mprendre sur la pense actuelle de ,m4 ,bergson4 ,c'est bien sur l'identit du sujet et de l'objet qu'il s'appuiera finalement pour les faire communiquer dans une conscience universelle4 ,et voil pourquoi il nous parle parfois d'une intuition intemporelle et d'une connaissance par le dedans#cgf que les tres auraient les uns des autres1 et que nous ne saurions admettre4 ,pour nous1 au contraire1 c'est uniquement pur leurs actions extrieures que nous connaissons les substances qui agissent2 et partant c'est par le dehors1 par leurs manifestations au dehors1 que nous les saisissons4 ,le moi lui-mme1 l'agent intrieur1 quoique beaucoup plus intime1 n'chappe pas compltement cette loi4 ,notre intuition consciente de ce principe d'opration ne se produit qu'au moment de son effort pour agir1 pour passer de la puissance l'acte1 et partant nous n'en prenons conscience qu'au travers de son opration4 ,il est donc bien exagr de dire3 ,j'en perois l'intrieur1 le dedans#cgg1 alors que nous ne percevons que le jaillissement de ses oprations1 dans l'espace et le temps4 ,c'est assez1 assurment1 pour avoir l'intuition consciente de son existence1 mais non celle de sa nature intrieure4 ,le raisonnement seul peut y atteindre1 appuy sur ce principe3 on agit comme on est1 l'action est la manifestation de l'agent3 operari sequitur esse4 ,l'intuition des tres par le dedans de leur tre ou de leur essence est donc une prtention excessive1 issue des prjugs monistiques1 d'ailleurs dmentie par l'exprience1 dont la thorie de la perception ou intuition immdiate n'a nul besoin pour tre viable et complte1 et dont elle n'est nullement responsable4 ,telle est pour ,m4 ,bergson la thorie de la connaissance par les sens2 htons-nous de passer la connaissance1 autrement importante1 par l'intelligence4 99 99 99 99 99 ,,vii ,,th,,orie ,,de ,,la ,,connaissance ,,intellectuelle4 ,une thorie de la connaissance intellectuelle par un antiintellectualiste convaincu ne saurait tre qu'intressante et instructive4 ,aussi allons-nous essayer d'en faire part au lecteur4 ,nous lui exposerons d'abord la critique1 puis la thorie de l'intelligence1 telles que ,m4 ,bergson les a comprises4 ,i4 ,la critique de l'intelligence ne ressemblera en rien celle que ,kant en a dj faite4 ,sans doute1 il faut varier et le public demande toujours du nouveau4 ,mais le point de vue de ,m4 ,bergson est tellement diffrent de celui de ,kant qu'il leur tait bien impossible de se rencontrer ici et de risquer de se rpter4 ,aussi ne retrouvons-nous plus dans cette critique ce jeu clbre1 mais bien artificiel1 des antinomies essentielles toutes les notions intellectuelles de l'esprit humain4 ,on ne nous redira plus que le signe mme d'une donne mtaphysique est de ne pouvoir se traduire dans l'intelligence humaine que par une proposition contradictoire4 ,cette thse paradoxale1 dont on nous a vant l'efficacit destructive pendant plus d'un demi-sicle1 commence devenir vieux jeu et cder la place un jeu plus nouveau4 ,celui-ci consistera soutenir seulement que l'intelligence est incapable de comprendre le mouvement1 la vie1 le continu1 parce qu'elle ne peut concevoir que l'immobile1 l'inerte1 le discontinu4 ,on devine la porte d'une telle accusation dans une philosophie o tout le rel est mouvement vital ou psychique1 et jaillissement continu de formes absolument imprvisibles sans aucune proportion avec leurs antcdents4 ,ce n'est pas seulement--comme on le prtend--limiter le domaine de l'intelligence en lui interdisant toute spculation sur la vie2 c'est encore1 bon gr1 mal gr1 la condamner ne plus pouvoir spculer du tout2 n'tre qu'une facult d'illusion et d'erreur4 ,une premire rponse a dj t faite par nous1 lorsque nous avons dmoli pice par pice l'audacieuse hypothse du mobilisme universel en montrant1 par les donnes de l'exprience et de la raison1 que tout n'est pas mouvement1 encore moins mouvement vital2 il nous reste complter notre argument en prouvant que l'intelligence peut fort bien comprendre ce qu'est le mouvement1 la vie1 le continu4 ,bien plus1 l'intelligence seule peut nous en donner1 et nous en donne1 de fait1 des notions intelligibles et claires4 99 99 99 99 99 ,a7 ,c'est tout d'abord le mouvement que l'intelligence humaine1 parat-il1 ne saurait comprendre4 ,elle ne comprendrait que l'immobile1 et c'est avec des points immobiles additionns qu'elle essaye1 vainement d'ailleurs1 de recomposer le mouvant4 ,telle est la thse qu'on rencontre si souvent dans les ouvrages de ,m4 ,bergson1 qu'elle finit par produire l'effet d'une tentative d'obsession prmdite sur l'esprit du lecteur4 ,cependant1 elle n'est gure qu'une ide fixe1 et partant draisonnable4 ,citons au hasard1 car nous n'avons que l'embarras du choix4 ,l'intelligence n'est point faite pour penser l'volution1 au sens propre de ce mot1 c'est--dire la continuit d'un changement qui serait la mobilit pure4444 ,l'intelligence se reprsente le devenir comme une srie d'tats1 dont chacun est homogne avec lui-mme et par consquent ne change pas4 ,notre attention est-elle appele sur le changement interne d'un de ces tats8 ,vite1 nous le dcomposons en une autre suite d'tats qui constitueront1 runis1 sa modification intrieure4 ,ces nouveaux tats1 eux1 seront chacun invariables1 ou bien alors leur changement interne1 s'il nous frappe1 se rsout aussitt en une srie nouvelle d'tats invariables1 et ainsi de suite indfiniment4 ,ici encore1 penser consiste reconstituer1 et1 naturellement1 c'est avec des lments donns1 avec des lments stables1 par consquent1 que nous reconstituons4 ,de sorte que nous aurons beau faire1 nous pourrons imiter1 par le progrs indfini de notre addition1 la mobilit du devenir1 mais le devenir lui-mme nous glissera entre les doigts quand nous croirons le tenir4#cgh ,la raison de cette infirmit intellectuelle est intressante connatre1 et quoique nous n'ayons pas l'intention d'en discuter ici le bien fond--ce que nous ferons un peu plus loin1--nous croyons utile de la mentionner de suite1 car elle nous clairera sur la porte de l'accusation elle-mme4 ,voici comment ,m4 ,bergson l'a formule3 ,l'intelligence n'est pas faite pour la spculation1 mais pour l'action#cgi4 ,si elle tait faite pour la spculation1 elle s'attacherait au mouvement1 seule ralit1 pour en comprendre la nature4 ,au lieu de cela1 elle ne s'attache qu' des points fixes2 par exemple3 o est le mouvement1 d'o il vient1 o il va1 quelle est sa forme1 parce que cela seul intresse l'action4 ,mais n'analysons pas2 coutons plutt l'auteur lui-mme1 pour tre plus srs de sa pense4 ,les objets sur lesquels notre action s'exerce sont sans doute des objets mobiles4 ,mais ce qui nous importe1 c'est de savoir o le mobile va1 o il est un moment quelconque de son trajet4 ,en d'autres termes1 nous nous attachons avant tout ses positions actuelles ou futures1 et non pas au progrs par lequel il passe d'une position une autre1 progrs qui est le mouvement mme4 ,dans les actions que nous accomplissons1 et qui sont des mouvements systmatiss1 c'est sur le but ou la signification du mouvement1 sur son dessin d'ensemble1 en un mot1 sur le plan d'excution immobile que nous fixons notre esprit4 ,ce qu'il y a de mouvant dans l'action ne nous intresse que dans la mesure o le tout en pourrait tre avanc1 retard ou empch par tel ou tel incident survenu en route4 ,de la mobilit mme1 notre intelligence se dtourne1 parce qu'elle n'a aucun intrt s'en occuper4 ,si elle tait destine la thorie pure1 c'est dans le mouvement qu'elle s'installerait1 car le mouvement est sans doute la ralit mme1 et l'immobilit n'est jamais qu'apparente ou relative4 ,mais l'intelligence est destine tout autre chose4 ,a moins de se faire violence elle-mme1 elle suit la marche inverse3 c'est de l'immobilit qu'elle part toujours1 comme si c'tait la ralit ultime ou l'lment2 quand elle veut se reprsenter le mouvement1 elle le reconstruit avec des immobilits qu'elle juxtapose4 ,cette opration1 dont nous montrerons l'illgitimit et le danger dans l'ordre spculatif 7elle conduit des impasses et cre artificiellement des problmes philosophiques insolubles71 se justifie sans peine quand on se rapporte sa destination4 ,l'intelligence1 l'tat naturel1 vise un but pratiquement utile4 ,quand elle substitue au mouvement des immobilits juxtaposes1 elle ne prtend pas reconstruire le mouvement tel qu'il est2 elle le remplace seulement par un quivalent pratique4 ,ce sont les philosophes qui se trompent quand ils transportent dans le domaine de la spculation une mthode de penser qui est faite pour l'action4#chj ,ces dernires paroles que nous venons de souligner sont un correctif ncessaire--nous pourrions dire une vraie rfutation--de la plaidoirie qui prcde4 ,si ce sont les philosophes qui se trompent--et encore un petit groupe de philosophes1--comment attribuer cette erreur l'intelligence humaine8 ,erreur vraiment trop grossire1 puisqu'elle consisterait vouloir composer le mobile avec des lments immobiles1 comme d'autres recomposaient l'tendue avec des points intendus1 ou bien des cercles avec des polygones nombre infini de cts6 ,ce sont l des fictions gomtriques qui peuvent simplifier les calculs des mathmaticiens1 mais qu'ils n'ont jamais pris pour l'expression exacte de la ralit4 ,jamais un gomtre n'a confondu un cercle avec un polygone1 ni une ligne avec une suite de points1 ni un mouvement continu avec une srie de positions1 ces positions1 ces points1 ces polygones seraient-ils supposs en nombre infini4 ,encore une fois1 de telles fictions--utiles comme quivalents pratiques--n'ont jamais t confondues avec la ralit par aucun savant ni par aucun penseur digne de ce nom4 ,il faut en revenir aux sophistes de l'cole d',ele1 aux clbres arguments de ,znon1 pour dcouvrir une confusion si grossire1 base de toutes leurs subtilits sophistiques4 ,et si quelques philosophes1 dans le cours des sicles1 ne se sont pas suffisamment mis en garde contre de si normes confusions1 du moins les grandes coles1 surtout l',ecole pripatticienne et thomiste1 sont compltement l'abri d'un tel reproche4 ,aristote1 le premier1 a dmasqu cette quivoque en rfutant ,znon1 et tous ses disciples1 jusqu' nos jours1 ont invariablement suivi sur ce point la saine doctrine du matre4 ,au besoin1 nous mettrions ,m4 ,bergson au dfi de retrouver chez nous cette grossire erreur1 qui ne nous a jamais t imputable4 ,c'est donc calomnier l'intelligence humaine que d'oser conclure d'une manire gnrale3 ,notre intelligence ne se reprsente clairement que l'immobilit4#cha ,du reste1 ,m4 ,bergson n'a-t-il pas la prtention contraire8 ,n'a-t-il pas la prtention d'avoir compris lui-mme1 et peut-tre rvl au monde qui l'ignorait1 la vraie notion du mouvement8 ,or1 notre prtention1 nous1 est de croire que la notion bergsonienne du mouvement est bien infrieure1 en exactitude et en clart1 celle que nous a lgue ,aristote1 et qui depuis plus de trois mille ans claire et oriente tous les penseurs qui n'ont pas compltement rompu avec la tradition pripatticienne4 ,aristote nous a enseign que le mouvement tait un changement ou un passage d'un tat un autre tat4 ,il a mme distingu dans le changement en gnral trois espces3 changement dans le lieu1 dans la qualit ou dans la quantit1--observant bien longtemps avant ,m4 ,bergson que le changement local est le phnomne le plus superficiel et le moins profond des trois1 quoiqu'il soit la condition ou le vhicule de tous les changements physiques4 ,ensuite il a approfondi cette notion de passage d'un tat un autre tat4 ,quelque mystrieuse qu'elle soit1 dclare-t-il1 elle n'est point au-dessus de la puissance de l'intelligence humaine6--,belle parole qui donne du cur et du rconfort tous les chercheurs dsintresss4 ,puis il explique que ce passage n'est pas quelque chose de ngatif1 mais de trs positif4 ,or1 cet lment positif n'est pas une simple puissance d'agir1 c'est donc un acte1 mais c'est un acte incomplet1 puisqu'il est en voie de ralisation1 en voie d'arriver son terme complet4 ,il est donc partie en acte1 partie en puissance1 des points de vue diffrents4 ,d'o la dfinition clbre3 le mouvement1 c'est le passage de la puissance l'acte1 ou bien c'est l'acte de la puissance1 comme telle1 c'est--dire en tant qu'elle est encore en puissance passant l'acte3 1 1 #chb4,on traduirait peut-tre encore plus clairement3 c'est l'acte du devenir en tant que devenir1 #chc4 ,c'est le devenir en marche4 ,dfinition aussi large que profonde1 qui1 une fois bien comprise1 rayonne de lumire et subjugue l'esprit1 en lui arrachant ce cri d'admiration3 ,elle est aussi juste que fine 444 et il est impossible de pntrer plus profondment que ne l'a fait ici ,aristote dans la nature intime du mouvement4#chd ,a la place1 que nous propose ,m4 ,bergson8 ,sans discuter ni daigner mme rappeler la solution d',aristote1 il propose la sienne4 ,d'abord1 il nous dit que c'est un progrs#che4 ,sans doute1 le mouvement peut tre un progrs1 mais il peut tre aussi un recul1 car on se meut1 soit en avanant1 soit en reculant4 ,la dfinition propose est donc pour le moins incomplte4 ,en outre1 elle est obscure1 car on peut lui rpondre3 qu'est-ce qu'un progrs8 ,quel en est le genre prochain et la diffrence spcifique8 ,seul1 ,aristote a su rpondre3 son genre est d'tre un acte et non pas une pure puissance2 sa diffrence spcifique3 d'tre un acte incomplet1 encore ml de puissance4 ,il est la fois acte et puissance1 tre et non-tre1 mais des points de vue diffrents4 ,il est constitu par la composition de ces deux lments et non par leur identit4 ,en cela1 rien de contradictoire1 rien qui ne soit intelligible4 ,au contraire1 le monisme bergsonien exige l'identit1 l'homognit des deux lments1 acte et puissance1 tre et non-tre2 et c'est ce qu'il appelle la mobilit pure4 ,il met donc la contradiction la racine des choses1 et parlant leur parfaite inintelligibilit4 ,bien plus1 le monisme supprime le mouvement au lieu de nous l'expliquer1 car tant qu'il y avait dualit d'lments3 acte et puissance1 tre et non-tre1 on concevait aisment le passage de l'un l'autre4 ,on concevait1 par exemple1 que l'nergie actuelle pt grandir en proportion inverse de l'nergie potentielle1 ou vice-versa4 ,s'il n'y a plus au contraire qu'un seul lment1 dsormais plus de passage possible entre deux termes1 plus de mouvement1 et c'est en ce sens qu',aristote a soutenu que le simple tait1 de soi1 immobile3 ce qui est homogne et sans partie ne change pas4 ,la notion bergsonienne et monistique du mouvement est donc1 non seulement incomplte et obscure1 mais encore pleinement contradictoire1 au point de rendre impossible ce qu'il s'agissait de nous dfinir ou de nous expliquer4 ,si ,m4 ,bergson a voulu viser sa propre notion du mouvement1 en la dclarant inaccessible l'intelligence humaine1 il est clair qu'il a eu raison1 puisque c'est une notion contradictoire et inintelligible2 mais1 de grce1 qu'il ne gnralise pas en tendant cette inintelligibilit toutes les autres notions1 notamment la notion pripatticienne1 nous protesterions1 et tous les grands gnies1 tous les matres qui sont la gloire de notre ,ecole protesteraient avec nous1 qu'ils l'ont comprise1 et partant qu'elle n'est pas inaccessible l'intelligence humaine4 99 99 99 99 99 ,b7 ,en second lieu1 c'est la vie qui serait inaccessible l'intelligence de l'homme4 ,puisqu'il est incapable de comprendre le mouvement des corps bruts1 plus forte raison celui des corps vivants4 ,l'intelligence1 crit ,m4 ,bergson1 est caractrise par une incomprhension naturelle de la vie4#chf ,et c'est sur cette incapacit radicale qu'il aime le plus revenir4 ,ds la premire page de son ,introduction1 il nous signale cette infirmit native de notre intelligence incapable de se reprsenter la vraie nature de la vie1 la signification profonde du mouvement volutif4 ,cre par la vie1 dans des circonstances dtermines1 pour agir sur des choses dtermines1 comment embrasserait-elle la vie1 dont elle n'est qu'une manation ou un aspect8 ,dpose1 en cours de route par le mouvement volutif1 comment s'appliquerait-elle le long du mouvement volutif lui-mme8 ,autant vaudrait-il prtendre que la partie gale le tout4444#chg ,cette argumentation1 vraiment1 n'est pas bien forte1 et1 ds le dbut d'un ouvrage1 ne donne pas une ide suprieure de la logique de son auteur4 ,il n'y aurait donc que le tout qui puisse connatre et comprendre une de ses parties8 ,il faudrait que notre intelligence individuelle galt l',univers entier pour en pouvoir connatre le moindre dtail8 ,en vrit1 cette prtention est un peu excessive4 ,jusqu'ici1 tous les philosophes avaient cru qu'il suffit un tre vivant d'avoir conscience de sa vie propre1 pour exprimenter1 connatre la vie et1 s'il est intelligent1 pour s'lever ensuite la notion gnrale de la vie4 ,dans le mme ouvrage1 aprs avoir esquiss sa thorie de l',evolution cratrice et fait la gense de l'intelligence1 qui serait apparue en se dtachant de l'animalit et de l'instinct animal1 c'est--dire ce tournant de l'histoire qui marque une descente de l',elan vital vers la matire1 il en conclut que l'intelligence a d s'adapter la matire et se limiter au domaine de la matire brute4 ,progressivement1 dit-il1 l'intelligence et la matire se sont adaptes l'une l'autre pour s'arrter enfin une forme commune4 ,cette adaptation se serait d'ailleurs effectue tout naturellement1 parce que c'est la mme inversion du mme mouvement qui cre la fois l'intellectualit de l'esprit et la matrialit des choses4#chh ,ainsi1 l'intelligence devenue apte penser la matire1 le solide gomtrique1 serait dsormais inapte penser la vie4 ,en abandonnant les animaux1 ces utiles compagnons de route1 l'volution de l'homme lui a fait perdre un bien prcieux1 l'instinct1 et acqurir l'intelligence4 ,or1 instinct et intelligence reprsentent deux directions opposes du travail conscient3 l'instinct marche dans le sens mme de la vie1 l'intelligence va en sens inverse et se trouve ainsi tout naturellement rgle sur le mouvement de la matire4 ,de l vient que l'intelligence humaine se sent chez elle tant qu'on la laisse parmi les objets inertes1 plus spcialement parmi les solides1 o notre action trouve son point d'appui et notre industrie ses instruments de travail1 que nos concepts ont t forms l'image des solides4 ,de l vient en outre que notre logique est surtout la logique des solides1 que1 par l mme1 notre intelligence triomphe dans la gomtrie1 o se rvle la parent de la pense logique avec la matire inerte1 et o l'intelligence n'a qu' suivre son mouvement naturel1 aprs le plus lger contact possible avec l'exprience1 pour aller de dcouverte en dcouverte avec la certitude que l'exprience marche derrire elle et lui donnera invariablement raison#chi4 ,ces remarques1 d'ailleurs ingnieuses1 ne sont point dpourvues d'exactitude exprimentale et de vrits4 ,il est sr que l'esprit humain triomphe surtout dans les sciences o la part de l'indtermination et de la contingence est nulle on se rapproche de zro1 et que plus la part de l'indtermination ou de la contingence augmente1 plus la difficult de prvoir--et partant de savoir--augmente paralllement4 ,mais qui oserait nier aussi les triomphes de l'esprit humain dans les sciences de la vie3 biologie1 physiologie1 mdecine1 etc41 surtout depuis un sicle o l'cole de ,pasteur a brill d'un si vif clat8 ,qui oserait nier les progrs merveilleux et inattendus de la ,psychologie elle-mme1 surtout de la ,psychologie exprimentale8 ,c'est donc une exagration manifeste d'exalter uniquement l'aptitude de l'esprit humain pour les sciences mathmatiques et physiques1 et de proclamer son impuissance radicale en ,biologie et dans tout le domaine de la vie4 ,une telle ngation ne dcoule nullement des faits sincrement interrogs1 mais seulement d'une hypothse a priori sur l'volution4 ,encore cette hypothse--si contestable qu'elle soit en elle-mme--ne nous semble nullement comporter une ngation si tranche4 ,que l'intelligence se sente plus son aise dans le monde gomtrique1 au milieu des solides1 cela se comprend1 car c'est l'objet le plus simple et le moins compliqu offert son tude4 ,tout y est facile prvoir et partant connatre4 ,voil pourquoi la ,gomtrie1 parmi les sciences abstraites1 et l',astronomie1 parmi les sciences naturelles1 sont nes les premires1 ds le berceau du genre humain4 ,etant ainsi facilement accorde avec le solide et l'inerte1 on peut admettre qu'elle aura une tendance marque transporter au domaine de la vie des mthodes si simples1 qui lui russissent si bien1 et traiter les vivants more geometrico4 ,de l ces explications mcaniques de l'univers qui avaient la prtention de tout rduire au mouvement local1 mme la vie vgtative et animale1 la sensibilit et la pense elle-mme4 ,malgr leurs invraisemblances normes1 ces systmes de mcanisme universel ont pu avoir un certain succs et exercer une grande influence1 surtout auprs des amis des ides claires1 que la clart et la simplicit des explications ont toujours eu le don de fasciner4 ,mais cette mconnaissance de la nature de la vie n'a t que l'erreur de quelques philosophes1 et il serait injuste de l'imputer l'intelligence humaine elle-mme et son incapacit radicale de penser la vie4 ,de telles exagrations ne dcoulent pas forcment de l'hypothse bergsonienne sur l'volution4 ,au surplus1 nous estimons que toute cette controverse souleve par ,m4 ,bergson--savoir si l'intelligence est naturellement capable ou incapable de spculer1 notamment sur la vie--ne doit pas1 ne peut mme pas se trancher a priori1 mais uniquement par les faits de l'histoire4 ,d'abord1 c'est l'histoire de la civilisation elle-mme qu'il faudrait interroger pour lui demander s'il est vrai que l'esprit humain soit tout entier absorb par ce qui est utile aux besoins de la vie matrielle1 ce point que penser ou spculer ne soit pour lui qu'un artifice contre nature2--ou1 pour employer l'expression bergsonienne1 s'il est vrai que l'homme ne soit naturellement qu'un animal fabricant d'outils pour agir1 homo faber1 et nullement un animal raisonnable et spculant sur la raison des choses1 homo sapiens#cij4 ,mais dans l'acte le plus humble de l'homme primitif1 celui de tailler--et souvent d'orner de sculptures--des silex ou des os de renne1 pour en faire des armes telles qu'une flche ou des outils tels que hache1 marteau1 poinon1 rcloir1 etc41 ne voyons-nous pas dj percer la pense spculative8 ,pour fabriquer des armes ou des outils adapts des lins spciales1 ne faut-il pas tout d'abord rflchir1 comparer1 calculer1 raisonner pour prvoir1 en un mot1 spculer sur les moyens et les fins1 les causes et les effets8 ,le sauvage prhistorique de ,cro-,magnon1 dit fort bien ,m4 ,fouille1 a spcul sur les qualits de la pierre1 sur les lois lmentaires de la pesanteur et du mouvement2 il a gnralis1 il a universalis2 il a fait de la science en faisant de l'industrie1 et n'a pu faire d'industrie qu'en faisant de la science4 ,admirons ces humbles savants des ges primitifs qui ont assez rflchi et spcul pour inventer l'arc et la flche fendant l'air1 le canot fendant la vague1 le soc creusant la terre4 ,on aura beau nous rpter que leur intelligence tait faite exclusivement pour faonner la matire1 et que la ntre1 au fond1 est reste la mme2 nous continuerons d'en douter4 ,l'artisan1 l'homo faber1 est dj un artiste2 l'artiste est dj un penseur4#cia ,un peu plus loin1 le mme auteur1 s'appuyant sur les donnes de la linguistique1 ajoute une seconde observation4 ,dans les langues sauvages1 les verbes ont parmi tous les mots une place prpondrante4 ,or1 qu'expriment les verbes8 sinon l'action1 le mouvement1 la vie1 le raisonnement1 le sentiment1 qui n'ont rien voir avec les solides ni avec les outils fabriquer8 ,tout cela exprime de la psychologie1 non de la gomtrie ou de la stromtrie4 ,les langues primitives sont surtout riches en tats d'mes et trs pauvres en tat des corps4 ,les corps eux-mmes sont peupls d'mes ou d'esprits bienveillants ou malveillants4 ,o est1 en tout cela1 la ,gomtrie8 ,quand le petit sauvage s'veille l'intelligence1 ce n'est pas pour mesurer ou compter des corps ni pour fabriquer des outils1 c'est pour pier le sourire de sa mre1 c'est pour jouer ou seul ou avec ses petits frres1 et le voil heureux4 ,il fera de la ,psychologie avant de faire de la ,gomtrie4 ,ce qui l'intresse1 c'est le nouveau2 c'est le pourquoi et le comment de ce nouveau1 et lorsqu'il a compris la liaison et la raison des choses1 il rit de plaisir4 ,et ,m4 ,fouille de conclure avec vidence3 ,les besoins matriels sont loin d'absorber toute l'intelligence1 mme primitive4 ,nous ne saurions donc admettre que notre pauvre pense soit toute d'essence utilitaire1 tout attache aux instruments matriels qui doivent satisfaire nos apptits1 qu'elle soit servile de nature et non librale4444 ,la petite flamme de la pense brille d'abord pour briller et pour se sentir briller4 ,il y a dj du ,pascal en germe jusque dans le dernier des enfants qui remplissaient les chars des ,gaulois4#cib ,cependant1 cette premire rponse de l',histoire est encore trop gnrale4 ,demandons l'histoire particulire de la ,philosophie si l'esprit humain n'a pas su de tout temps spculer sur lui-mme et sur la nature de sa propre vie1 aussi bien que sur la matire inerte4 ,y a-t-il eu des philosophes adversaires rsolus de toute conception matrialiste ou mcanistique de la vie1 et nous ayant laiss de la nature du vivant une conception raisonnable1 exacte1 profonde et pouvant rivaliser avantageusement avec celle qu'a invente ,m4 ,bergson8 ,toute la question est l1 car si l'on peut dmontrer que1 depuis plus de trois mille ans1 les philosophes sont en possession d'une notion exacte de la vie1 on ne pourra plus accuser l'incapacit foncire de la raison humaine4 ,il suffira d'un simple parallle avec la notion traditionnelle de l',ecole pripatticienne et la notion nouvelle qu'on vient nous rvler4 ,or1 voici1 d'aprs ,m4 ,bergson1 la caractristique de la vie3 ,la vie est avant tout une tendance agir sur la matire 444 un certain effort pour obtenir certaines choses de la matire brute4444--,de l1 les expressions si frquentes de3 courant de vie lanc dans la matire1 etc4#cic4 ,eh bien6 non6 ,ds ce dbut1 nous arrtons net une dfinition qui a dj lourdement dvi4 ,la vie se caractrise par activit immanente1 oppose l'activit tout extrieure des corps bruts4 ,le vivant agit d'abord sur lui-mme2 il se meut lui-mme1 au moins pour se nourrir1 se grandir1 se gurir1 etc41 s'il n'est dou que de la vie vgtative1 et s'il est en plus dou de la vie sensible1 il se meut par la connaissance et le dsir pour se mettre en rapport avec le milieu ambiant4 ,le vivant est donc principe et terme de son propre mouvement1 la fois agent et patient3 ce qui n'a jamais lieu pour les molcules inorganiques dont toute l'activit consiste se mouvoir ou s'influencer les unes les autres4 ,ici1 le sens commun est pleinement d'accord avec la thorie philosophique2 et pour reconnatre si un corps est vivant ou mort1 il pose toujours la question lmentaire3 est-ce qu'il se remue8 ,sans doute1 une paralysie locale pourrait l'empcher de se mouvoir tout en le laissant vivant4 ,mais si la paralysie se gnralise au point d'atteindre tous les organes essentiels la vie1 c'est la mort4 ,la vie a cess avec le mouvement immanent4 ,le second signe caractristique de la vie est la spontanit4 ,le vivant a le privilge de se mouvoir lui-mme1 c'est--dire de passer d'un premier acte un second1 puis un troisime1 et ainsi de suite1 tant que sa vie dure4 ,spontanment1 il se nourrit1 se dveloppe1 se multiplie4 ,au contraire1 le corps inorganis est inerte1 c'est--dire incapable de se modifier lui-mme4 ,et c'est cette grande loi de l'inertie1 universellement fconde en mcanique1 qui permet la construction de nos machines avec des matriaux inertes et incapables de jouer tout seuls4 ,car s'ils taient capables de jouer tout seuls1 tous les plans du constructeur seraient djous1 et son art de construire serait devenu impossible4 ,or1 cette spontanit si bien analyse par les anciens philosophes va s'amplifier et se transfigurer trangement dans la thorie bergsonienne4 ,elle va devenir une spontanit libre4 ,et1 jouant de plus en plus au paradoxe1 ce n'est pas seulement la libert et le choix qu'on va faire entrer dans la dfinition de la vie1 mais encore une puissance et une exigence de cration1 un jaillissement continu de formes imprvisibles sans aucune proportion avec les antcdents#cid4 ,nous aurions beau jeu de ramener ici notre auteur l'tude et l'observation sincre d'un brin d'herbe1 d'une graine1 d'une fleur1 d'un insecte ou d'un animal quelconque4 ,de lui montrer1 par exemple1 que les formes nouvelles qui jaillissent d'une graine ou d'un uf ne sont nullement imprvisibles ni sans aucune proportion avec les causes d'o elles jaillissent4 ,et si quelques dtails minuscules de ces plantes ou de ces animaux nouveau-ns sont variables et imprvus1 qui pourrait se flatter d'avoir numr1 sans rien omettre1 tous les antcdents et toutes les circonstances infiniment complexes o la cause donne a produit son effet8 ,le principe que les mmes causes dans les mmes circonstances produisent toujours les mmes effets est donc inattaquable et rien ne prouve qu'il ne s'applique pas aussi rigoureusement aux corps vivants qu'aux corps bruts4 ,seule la complexit infiniment croissante des circonstances1 mesure que nous nous levons dans l'chelle des tres1 peut djouer nos calculs1 non pas sur les effets d'ensemble1 mais sur quelques dtails1 d'ailleurs le plus souvent ngligeables1 de ces effets4 ,et la certitude dans les prvisions de la science demeure--au moins en principe--pour la biologie comme pour la physique4 ,ce n'est donc pas l'observation sincre et dsintresse qui a pu conduire ,m4 ,bergson une telle conception de la vie1 mais uniquement son hypothse panpsychique de l'volution4 ,il est clair que si tout est esprit et libert1 la vie vgtative et la vie sensible sont du psychique diminu1 comme la matire elle-mme est du psychique inverti4 ,mais l'normit de telles consquences nous suffit pour reconnatre que le point de dpart d'o elles dcoulent est gratuit4 ,le panpsychisme est un rve d'artiste1 non une conclusion scientifique d'observateur sincre4 ,allons plus loin4 ,accordons un instant que--par impossible--l'activit spontane de la vie vgtative est capable de libert et de choix1 il ne serait pas permis d'en conclure qu'elle peut tre un jaillissement continu de formes absolument incommensurables avec leurs antcdents4 ,c'est l une assertion qui choque le bon sens1 parce qu'elle est la ngation du principe de causalit4 ,si les effets ne sont plus proportionns leurs causes1 ils sont littralement des effets sans cause1 car une cause non proportionne n'est plus une cause4 ,mme pour la libert humaine1 l'effet produit n'est jamais suprieur sa cause4 ,nous avons sans doute le choix entre plusieurs effets galement proportionns nos forces3 agir ou ne pas agir1 me promener ou me reposer1 rsister une tentation ou la vaincre4 ,mais des effets au-dessus de nos forces1 tel que porter une montagne sur nos paules1 ne peut tre un effet de notre libre choix4 ,nous retrouvons ici un cho d'une erreur de ,kant dfinissant l'acte libre3 un effet sans cause1 un commencement absolu4444 ,rien de plus faux qu'une telle conception4 ,la libert ne nous met pas au-dessus du principe de causalit1 pas plus que des autres premiers principes de la raison1 ncessaires toujours et partout4 ,elle nous laisse seulement le choix entre plusieurs effets galement proportionns nos forces individuelles1 et cela suffit pour la libert de notre choix et la responsabilit morale qui en dcoule4 ,encore une fois1 si les effets pouvaient tre suprieurs leur cause ou hors de toute proportion avec elle1 la causalit serait viole1 tout pourrait galement sortir de tout4 ,et il ne serait plus absurde de dire1 par exemple1 que des souris peuvent natre d'un tas de vieux chiffons pils dans un pot d'argile1 comme la superstition populaire le racontait au moyen ge4 ,enoncer aujourd'hui de telles absurdits sufft pour en faire justice et montrer aux yeux les plus prvenus qu'un effet produit par une cause1 et cependant hors de proportion avec elle1 est une contradiction dans les termes4 ,et que l'on ne dise pas que ce serait l seulement une cration4 ,nullement1 l'tre cr est toujours un effet proportionn la toute-puissance du ,crateur2 il ne saurait l'puiser jamais1 bien loin de la dpasser4 ,l'tiquette d'volution cratrice qui sert masquer de telles contradictions n'est donc qu'un trompe-l'il4 ,nous ne serons pas dupes d'une mtaphore4 ,concluons1 encore une fois1 que c'est la notion bergsonienne de la vie--comme celle du mouvement--qui est inaccessible l'intelligence humaine--et pour cause1--mais nullement la vie elle-mme dont la philosophie s'est dj form depuis des sicles une conception aussi juste que profonde1 en harmonie parfaite avec les faits observs4 99 99 99 99 99 ,c7 ,en troisime lieu1 on reproche l'intelligence de ne se reprsenter que le discontinu et d'tre incapable de concevoir le continu1 sinon indirectement par une simple ngation du discontinu4 ,la raison--ou le prtexte--de ce reproche1 si trange au premier abord1 vient de l'importance capitale attache au continu par la philosophie monistique o tout est un dans une continuit et mme une interpntration absolue4 ,a ce point1 que la multiplicit des individus distincts--si nergiquement proclame par nos consciences--sera nie1 traite d'illusion1 ou si bien obscurcie qu'elle s'vanouira dans l'unit du courant de vie qui traverse les individus4 ,on reproche donc1 au fond1 l'intelligence humaine de ne pas vouloir pactiser avec de telles confusions monistiques et d'lever contre elles la voix de sa protestation indfectible4 ,c'est l ce qu'on appelle son impuissance concevoir le continu1 sinon indirectement comme une simple ngation du discontinu4 ,voici l'expos de cette thorie captieuse3 ,a la possibilit de dcomposer la matire autant qu'il nous plat et comme il nous plat#cie1 nous faisons allusion quand nous parlons de la continuit de l'tendue matrielle2 mais cette continuit1 comme on le voit1 se rduit pour nous la facult que la matire nous laisse de choisir le mode de discontinuit que nous lui trouverons4 ,c'est toujours1 en somme1 le mode de discontinuit une fois choisi qui nous apparat comme effectivement rel et qui fixe notre attention1 parce que c'est sur lui que se rgle notre action prsente4 ,ainsi la discontinuit est pense pour elle-mme1 elle est pensable en elle-mme1 nous nous la reprsentons par un acte positif de notre esprit1 tandis que la reprsentation intellectuelle de la continuit est plutt ngative1 n'tant1 au fond1 que le refus de notre esprit1 devant n'importe quel systme de dcomposition actuellement donn1 de le tenir pour seul possible4 ,l'intelligence ne se reprsente clairement que le discontinu4#cif ,a ces subtilits nuageuses1 nous pourrions d'abord rpondre en dplaant le terrain de la discussion ou en changeant l'exemple choisi4 ,au lieu du continu matriel1 dont la continuit relle ou apparente n'est pas toujours visible du premier coup1 choisissons le continu si clair et si indiscutable du courant de la conscience ou du moi conscient4 ,c'est le premier objet qui tombe sous le regard de la rflexion psychologique lorsque je me saisis moi-mme pensant1 voulant1 agissant4 ,or1 l'tre vivant et conscient s'affirme ainsi lui-mme comme l'tre parfaitement un et indivis1 ens indivisum in se1 en mme temps que distinct de tout le reste que j'appelle le non-moi3 ens divisum a quolibet alio4 ,jamais l'unit et l'indivisibilit d'un tre continu n'apparatront plus brillantes au regard de mon esprit4 ,c'est mme ce continu-type que j'appliquerai plus tard par analogie aux individus et aux choses qui m'entourent4 ,or1 ce continu-type1 je l'ai peru immdiatement sans penser au discontinu qui en est l'antithse1 et sans m'en aider comme d'un tremplin pour m'lever jusqu' l'ide positive du continu4 ,mais revenons l'exemple du continu matriel1 choisi par ,m4 ,bergson1 pour ne pas avoir l'air de fuir son terrain favori4 ,les choses matrielles continues sont celles dont les extrmits ne font qu'un1 quorum extrema unum sunt4 ,c'est--dire que les parties en sont unies de telle sorte que la fin de l'une soit le commencement de l'autre4 ,ainsi la fin de la journe d'aujourd'hui sera le commencement de celle de demain3 les jours se succdant en se prolongeant les uns dans les autres4 ,au contraire1 les parties contigus ne sont que juxtaposes sans se confondre 7quorum extrema sunt simul71 telles sont deux billes en contact2 et les parties discontinues ne sont ni unies ni juxtaposes1 mais spares par des intervalles1 comme deux billes distance#cig4 ,or1 cette notion de continu est bien positive1 nullement ngative1 et je la forme sans recourir en rien au discontinu4 ,il est donc faux que l'intelligence humaine ne puisse penser positivement le continu et soit rduite en faire une pure ngation du discontinu4 ,ce sujet va nous conduire la fameuse thorie du morcelage qui en sera le complment4 ,mais comme le morcelage du grand ,tout est1 d'aprs ,m4 ,bergson1 une des premires et essentielles fonctions de l'intelligence1 il nous faut passer de l'analyse de la critique de l'intelligence l'analyse de sa thorie4 ,nous avons vu jusqu'ici le rquisitoire en trois points contre l'intelligence--incapable de penser le mouvement1 ni la vie1 ni le continu1--voyons prsent la nouvelle conception qu'on nous en propose dans l'cole bergsonienne4 99 99 99 99 99 ,,ii4 ,la thorie de l',intelligence ou du ,concept1 imagine par l'auteur que nous tudions1 est tellement dissemblable de tout ce que les philosophes ont jamais dit sur ce sujet1 et partant tellement trange1 que le mpris affich par la nouvelle cole pour une intelligence ainsi entendue ne semble que trop justifi4 ,il nous appartiendra de montrer que le tableau qu'on nous prsente ne ressemble en rien l'original1 et que celui-ci n'est nullement touch par les critiques adresses sa caricature4 ,il y a donc erreur de fait1 erreur de personne4 ,nous accorderons seulement que les critiques de ,m4 ,bergson visent et atteignent cette intelligence dfigure et mutile des philosophes modernes2--soit l'intelligence toute passive des cartsiens et des sensualistes avec ses ides innes et ses images gnralises1--soit l'intelligence a priori des kantistes avec ses formes toutes faites et ses cadres vides o tout le rel doit se couler de force4 ,nous accorderons aussi que l'une et l'autre sont irrmdiablement mcanistes et sans vie4 ,mais ce sont l des pseudo-intelligences qui n'ont rien de commun avec l'intelligence active et toujours moule sur le rel1 telle que la tradition des sicles nous l'a transmise1 la seule que nous dfendons4 ,dans la formation du concept1 ses deux oprations essentielles--d'aprs nous--sont l'abstraction et la gnralisation4 ,l'abstraction distingue et pour ainsi dire spare un des lments1 la forme indfiniment imitable1 et puis la gnralise par comparaison avec d'autres formes possibles parfaitement semblables4 ,or1 dans l'cole nouvelle1 on a travesti l'abstraction en simple morcelage et la gnralisation en ce qu'ils appellent une solidification du fluent4 ,a ces deux titres pittoresques et bizarres1 on peut ramener1 croyons-nous1 tout l'ensemble de la nouvelle thorie1 au moins dans ses parties essentielles et son esprit4 ,a7 ,thorie du morcelage4 ,tout est un1 d'aprs ,m4 ,bergson1 et l',univers n'est qu'une immense continuit1 o l'intelligence humaine dcoupe des parties distinctes1 comme vous et moi4 ,mais ce n'est l qu'un morcelage arbitraire que nous imposent1 cause de son utilit1 les besoins de la vie pratique4 ,nos ciseaux1 en effet1 suivent en quelque sorte le pointill des lignes sur lesquelles l'action passerait4#cih ,ce n'en est pas moins une vue illusoire1 contre laquelle les nouveaux philosophes s'lvent avec force et non sans quelque ddain pour ce qu'ils ont appel notre postulat du morcelage4 ,voici en quels termes ,m4 ,bergson a formul et mis en vedette cette thse1 ses yeux fondamentale3 ,toute division de la matire en corps indpendants1 aux contours absolument dtermins1 est une division artificielle#cii4 ,en effet1 dit-il1 notre toucher doit suivre la superficie des artes des objets1 sans jamais rencontrer d'interruption vritable4 ,le vide n'est nulle part2 donc le continu universel est un et ininterrompu4 ,voici un des exemples les plus familiers notre minent professeur1 rpt deux fois dans le mme ouvrage4 ,lorsqu'il prpare sur sa table un verre d'eau sucre1 il a1 parat-il1 l'intuition et la certitude que le verre d'eau1 l'eau1 le sucre et le processus de dissolution du sucre dans l'eau sont sans doute des abstractions#djj4 ,seul le grand ,tout1 dans lequel ces objets ont t dcoups1 existe et dure rellement4 ,eh bien6 de ces deux prtendus postulats1 du pluralisme ou du monisme1 lequel mrite rellement ce nom1 plus ou moins ddaigneux1 de postulat8 ,le pluralisme1 c'est--dire la distinction relle des tres cosmiques1 par exemple1 de vous et de moi1 du pre et du fils1 ou des hommes et des animaux entre eux1 ou bien des membres diffrents dans le mme animal1 est-ce vraiment un postulat1 une supposition non vidente et gratuite8 ,ne serait-ce pas1 au contraire1 un fait1 le plus universel et le plus indniable des faits qu'aucun artifice ne saurait supprimer2 une donne premire de l'exprience1 laquelle pose la fois le mouvement rciproque des tres de ce monde et leur multiplicit8#dja ,au contraire1 est-ce un fait sensible et vident1 cette unit et continuit substantielle du grand ,tout dont on nous parle8 ,qui a jamais pu la voir ou la constater1 cette unit8 ,personne1 assurment1 parce que l'exprience ne saisit que la multitude des individus et la pluralit des existences1 jamais une totalisation de l'ensemble qui nous chappe entirement4 ,elle n'est donc qu'une hypothse ou une abstraction4 ,en consquence1 le postulat du monisme ou de l'unit de toute substance1 loin d'tre une donne premire de l'exprience1 en est une interprtation mtaphysique2 elle est une conception systmatique et artificielle1 qu'on ne saurait prendre pour point de dpart de la philosophie ou de la critriologie1 sans une norme ptition de principe4 ,l doit tre le mirage trompeur1 puisque cette unit abstraite1 si tant est qu'elle existe1 il nous est impossible de la constater4 ,au contraire1 l'illusion ne peut se trouver admettre la multiplicit des hommes et des choses1 puisque c'est un des premiers faits dont l'vidence s'impose tous4 ,c'est ce que proclamait ,aristote lorsqu'il disait que la pluralit est une notion exprimentale bien antrieure celle de l'unit#djb4 ,on nous rplique que cette multiplicit des choses pourrait bien n'tre qu'une idole de l'imagination pratique1 ou bien le produit artificiel d'une laboration mentale opre en vue de l'utilit pratique et du discours--comme ils disent si lgamment4 ,en vrit1 cette objection nous trouble peu4 ,quelle utilit pratique la vie et le discours pourraient trouver une si grossire illusion1 par exemple1 nous traiter vous et moi comme deux individus distincts1 si en ralit nous ne faisions qu'un8 ,nous le cherchons vainement1 et nous croyons qu'un si profond dsaccord entre la pense et le rel1 bien loin d'tre d'une utilit pratique1 serait la source permanente des plus graves mprises4 ,ici encore1 c'est la vrit qui est utile3 nullement le mensonge et l'erreur4 ,il n'est pas vrai1 rplique fort bien ,m4 ,fouille1 que le rle de l'intelligence soit de morceler la ralit pour la rendre utilisable4 ,ce n'est nullement mon intelligence qui morcelle l'eau en hydrogne et en oxygne1 ni qui donne sa forme et son poids l'atome d'hydrogne1 ni qui fixe les espces chimiques2 et ce n'est pas non plus pour utiliser ces espces1 si parfaitement dtermines indpendamment de mon utilit1 que j'en dcouvre les proprits objectives1 soumises aux lois du poids1 du nombre et de la mesure4 ,ce n'est pas non plus pour mon utilit que je dcoupe la vie en espces animales1 telles que le tigre ou le serpent4 ,ces dcoupages se font sans moi et parfois contre moi4 ,la science n'est pas une discontinuit artificielle au sein de la nature continue4 ,voici1 dans un bocal1 de la soude1 et dans un autre1 de l'acide sulfurique4 ,malgr la continuit de l'univers1 les deux substances n'agissent pas l'une sur l'autre d'une manire chimique2 si1 au contraire1 je les mle1 il se produit du sulfate de soude4 ,dira-t-on que les concepts d'acide sulfurique1 de soude et de sulfate de soude sont dcoups artificiellement dans le grand ,tout par une abstraction volontaire8 ,nous aurons beau vouloir que l'acide sulfurique et le sodium donnent du chlorure de potassium1 ne comptons pas sur nos volonts pour modifier d'un iota le livre de la nature4#djc ,cette rplique paratra irrfutable tout homme de bon sens4 ,c'est la ralit mme qui impose notre esprit ces dcoupages dont toute l'utilit pratique vient prcisment de leur conformit avec le rel1 puisque notre action ne pourrait se mouvoir dans l'irrel1 comme l'avoue ,m4 ,bergson4 ,cependant1 htons-nous de le dire1 la thorie bergsonienne du continu universel1 si elle est bien comprise1 peut avoir un sens acceptable4 ,il y a1 en effet1 un continu spatial universel que les sens peroivent1 sans aucune interruption1 de droite gauche1 du haut en bas1 en surface et en profondeur1 mais qui ne prjuge en rien la question du continu substantiel1 c'est--dire de l'unit des substances qui remplissent ce cadre immense4 ,n'ayant pas eu l'imprudence de faire vanouir la substance des tres1 comme ,m4 ,bergson1 nous sommes bien notre aise pour parler de ce continu spatial sans tomber dans le monisme2 aussi l'admettons-nous volontiers1 avec saint ,thomas1 ce continu bergsonien1 au dbut de toute connaissance1 comme le premier objet connu4 ,la connaissance1 en effet1 soit sensible1 soit intellectuelle1 commence toujours par ce qui est le plus commun et le plus confus4 ,tam secundum sensum1 dit saint ,thomas1 quam secundum intellectum1 cognitio magis communis est prior quam cognitio minus communis#djd4 ,mais ce n'est l qu'un point de dpart1 une premire vue gnrale et superficielle1 encore indistincte et confuse4 ,c'est celle du petit enfant qui vient de natre et qui voit tout ce qui l'entoure1 comme un seul bloc1 sans rien distinguer du tout4 ,ce n'est donc pas encore une connaissance vritable1 une connaissance claire et distincte1 celle laquelle aspire tout esprit humain1 car connaissance vraie et discernement ne font qu'un4 ,celle-ci se produit peu a peu par l'attention progressive et la remarque de diffrences profondes entre les divers objets qui nous entourent et qui se distinguent eux-mmes nos regards en se mouvant l'un l'autre ou en se sparant1 s'loignant1 se rapprochant1 se croisant ou s'entre-choquant dans l'immensit continue de l'espace et du temps4 ,et1 dans chaque objet1 les principales parties se distinguent leur tour par des figures1 des couleurs ou des qualits si varies et si diffrentes qu'il nous est impossible de les confondre2 ou bien encore par les morceaux ou les fragments que nous en dtachons et dont la multiplicit saute aux yeux4 ,ainsi1 quelques moments aprs sa naissance1 le petit enfant distingue dj la flamme d'une bougie qu'on lui montre et la suit attentivement du regard dans les mouvements varis qu'on lui imprime4 ,il distingue bientt les bruits et les sons des divers instruments et ne tardera pas longtemps savoir distinguer la voix et le sourire de sa mre4 ,mais c'est surtout par le toucher qu'il distinguera les divers objets solides1 mesure qu'il pourra les palper1 les manipuler1 les sparer ou les rapprocher les uns des autres1 ou les briser en morceaux4 ,ds qu'il sera devenu capable de rflexion1 sa conscience distinguera de plus en plus clairement le moi et le non-moi1 son corps et les corps trangers1 et jamais il n'aura la tentation de les confondre ou de les fusionner en un seul1 tel que le grand ,tout bergsonien4 ,cette tentation ne viendra pas non plus l'esprit du savant1 encore moins qu' celui du vulgaire4 ,au contraire1 la science ne fera que pousser cette distinction banale des choses vers une prcision plus profonde et plus rigoureuse2 elle la poursuivra jusque dans leurs parties invisibles ou microscopiques1 tout en proclamant la solidarit de ces parties dans l'harmonie universelle4 ,la science1 en effet1 s'occupe avant tout d'tablir des divisions1 subdivisions et classifications naturelles4 ,toujours elle proscrit les divisions et classifications artificielles1 ou ne les accepte que provisoirement4 ,aussi le biologiste met-il toute son activit observer la nature lorsqu'elle divise elle-mme les tres et les spare en embranchements1 genres1 espces et individus4 ,dans le mme individu1 il constate la multiplicit des organes et de leurs fonctions1 toujours varies1 souvent opposes4 ,puis il continue observer avec le microscope les lments des tissus organiques1 et voit avec admiration la nature diviser et subdiviser sans trve la cellule-mre ou le germe d'o sortent progressivement tous les dtails de l'organisme le plus complexe4 ,le chimiste fait de mme1 et aprs avoir divis les espces minrales par la classification de leurs proprits essentielles1 il tente de surprendre le morcelage naturel de la molcule en atomes1 sous-atomes ou en lectrons4 ,a son tour1 le philosophe1 encore plus ami de la distinction1 dont il abuse parfois1 sans que l'abus puisse en proscrire l'usage1 procde la connaissance mtaphysique de l'tre1 objet propre de l'intelligence1 par le double procd de la dfinition et de la division4 ,les tres sont d'abord multiples par leur dfinition1 dit ,aristote#dje1 car la dfinition de l'homme et celle du vgtal ou du minral supposent des tres essentiellement diffrents4 ,de mme pour les qualits accidentelles que l'on reconnat multiples par leurs dfinitions4 ,ainsi1 par exemple1 la dfinition du blanc est autre que celle du musicien1 bien que ces deux qualits puissent appartenir un seul et mme individu4 ,on a ainsi une nouvelle distinction trs naturelle entre l'tre et ses accidents4 ,les choses sont encore multiples par leur division1 ajoute ,aristote1 comme le tout et ses parties naturelles4 ,ainsi l'espce et ses individus seront distincts1 ou bien les individus entre eux1 ou bien1 dans le mme individu1 les membres entre eux1 qui sont naturellement diviss1 quoique unis4 ,il y a toutefois cette diffrence que la distinction des individus entre eux sera toujours relle et absolue1 tandis que la division des parties sera plus ou moins naturelle1 plus ou moins idale1 suivant les cas4 ,parfois mme le philosophe1 au lieu de distinguer des parties relles de l'tre1 ne distinguera que des modes ou des points de vue de l'tre1 vraiment diffrents quoique insparables1 sinon par abstraction3 tels sont le vrai1 le bien1 le beau dans le mme tre4 ,en construisant ainsi ses classifications ou ses catgories1 le vrai philosophe se fera une loi d'imiter la nature et de la copier exactement4 ,aussi1 quelque part1 ,platon a-t-il compar le bon mtaphysicien l'anatomiste habile ou l'cuyer tranchant1 qui savent dcouper la bte1 sans lui briser les os1 en suivant les articulations dessines par la nature elle-mme#djf4 ,a son tour1 ,aristote proclame la lgitimit de cette mthode applique avec mesure4 ,lorsqu'on spare par la pense certains accidents1 dit-il1 et qu'on les considre part1 l'on n'est pas pour cela dans le faux4444 ,l'erreur n'est jamais dans des propositions de ce genre1 et la manire la plus parfaite de considrer les choses avec exactitude1 c'est d'isoler ce qui n'est pas isol1 ainsi que le pratiquent les savants4#djg ,l'analyse scientifique1 en effet1 ne rend pas les choses discontinues--si elles ne le sont pas1--mais seulement discernables3 ce qui est bien diffrent4 ,voici1 par exemple1 l'homme4 ,en tant qu'homme1 il est un et indivisible1 et cependant l'analyse anatomique ou physiologique de chaque organe est indispensable pour connatre son corps1 de mme que l'analyse psychologique de ses facults pour connatre son me4 ,aussi ,aristote rpte-t-il si souvent qu'une telle abstraction n'est pas un mensonge3 #djh4 ,rien n'est intelligible pour nous qu'en fonction de l'tre ainsi naturellement fragment par des concepts et des combinaisons de concepts3 componendo et dividendo1 comme le dit saint ,thomas#dji4 ,en mme temps1 rien n'est plus vrai1 puisque chacun de ces fragments de l'tre1 si la division est faite suivant la nature1 est bien du rel2 en sorte que la connaissance humaine1 quoique fragmentaire1 n'en devient pas pour cela illusoire1 mais seulement imparfaite1 lente1 progressive1 analytique et bien infrieure la connaissance synthtique des esprits suprieurs4 ,c'est donc une erreur de dire1 avec les bergsoniens1 que ce morcelage est opr en vue de l'utilit pratique et du discours1 alors qu'il est de l'essence mme de la connaissance et de la science humaines4 ,erreur encore plus grave de traiter d'illusion notre science de la multiplicit des tres ou de leurs parties1 alors qu'elle est copie sur la nature mme1 dont elle est la donne premire et fondamentale4 ,toutefois1 aprs avoir commenc son tude par l'analyse1 le philosophe doit la terminer par la synthse4 ,or1 cette synthse n'est pas une simple addition1 un amoncellement de concepts1--comme on nous le reproche faussement4 ,c'est1 au contraire1 leur fusion hirarchique dans un seul concept d'une unit suprieure4 ,la diffrence et le genre1 dit saint ,thomas1 font un seul tre1 comme la matire et la forme1 et comme c'est une seule et mme nature que la matire et la forme constituent1 ainsi la diffrence n'ajoute pas au genre une nature trangre1 mais dtermine sa nature lui4444#daj ,aprs la synthse de chaque tre ou catgorie d'tres1 on tche de se hausser jusqu' la synthse de l',univers entier4 ,par exemple1 on reprend ce point de vue l'tude de ce continu primitif de l'espace et du temps que l'enfant a dj vaguement senti sans le comprendre4 ,le philosophe s'lve alors de la divisibilit de leurs parties l'ide de leur totalit4 ,mais quelle est la nature de l'espace ou du temps8 quelle est la nature de ce grand ,tout spatial ou temporel dont on nous parle8 ,comme elle chappe toute observation1 les hypothses des mtaphysiciens seront nombreuses3 de l le conceptualisme1 le nominalisme1 le ralisme mitig et le ralisme absolu4 ,les conceptualistes ne voient dans l',espace et le ,temps que des produits ou des formes subjectives de notre esprit4 ,les nominalistes n'y dcouvrent qu'une somme1 une totalisation artificielle de parties1 qui1 spare des parties relles1 n'est plus qu'un mot vide de ralit4 ,pour les ralistes modrs1 au contraire1 une abstraction1 une ide gnrale n'est pas un mot vide1 puisqu'il dsigne une essence commune tous les individus4 ,ainsi l'espace et le temps dsignent une essence commune toutes les choses temporelles ou spatiales4 ,d'autres enfin raliseront cette abstraction pour faire de l',espace et du ,temps la substance mme des choses1 l'toffe o tous les tres sont dcoups1 ou bien la substance sous-jacente o plongent par leurs racines tous les phnomnes de l'univers4 ,quoi qu'il en soit de ces hypothses--que nous n'avons pas discuter ici1--nous retrouvons1 au terme de la philosophie1 le continu bergsonien1 comme une hypothse mtaphysique et monistique nettement dfinie1 aprs l'avoir saisi au rveil de la connaissance enfantine1 comme un fait obscur1 indpendant de toute hypothse mtaphysique4 ,il n'tait alors qu'un simple fait de continuit spatiale1 dans laquelle1 comme dans un immense rceptacle1 se meuvent et pullulent des milliards d'tres bien diffrents1 au moins en apparence1 et sans aucune prtention l'unit et l'identit monistique4 ,le divisible et le multiple restent donc comme le donn primitif1 connu directement par l'observation1 bien avant l'unit et la simplicit cosmique1 qui sont le rsultat des hypothses et des spculations les plus tardives4 ,conformment ce fait1 il est donc naturel que nos ides correspondantes soient pareillement multiples et distinctes4 ,d'ailleurs1 qu'adviendrait-il s'il en tait autrement8 ,ce serait la confusion universelle des ides1 et les jugements ne seraient plus possibles1 comme l'observait dj ,aristote3 ,si l'on dit que tous les tres peuvent tre un 444 on ne fait que reproduire l'opinion d',hraclite4 ,dsormais1 tout se confond2 le bien se confond avec le mal1 ce qui est bon avec ce qui n'est pas bon2 le bien et ce qui n'est pas bien sont identiques2 l'homme et le cheval sont tout un4 ,mais alors ce n'est plus affirmer vraiment que tous les tres sont un1 c'est affirmer qu'ils ne sont rien et que la qualit et la quantit sont identiques4#daa ,on le voit clairement3 impossible l'homme de penser et de connatre sans des objets multiples et distincts1 et partant sans les ides distinctes correspondantes4 ,impossible de s'en passer et de prononcer1 par exemple1 un jugement quelconque1 affirmatif ou ngatif1 sans distinguer un sujet1 un verbe1 un attribut4 ,et la philosophie nouvelle qui se dit antiintellectualiste et se pose en ennemie de l'ide fragmentaire ou du morcelage est la premire s'en servir1 chaque ligne de ses expositions ou de ses discussions4 ,ne pouvant s'affranchir de la pense ainsi morcele1 l'effort mme qu'elle a tent pour la combattre la pose encore et la contient comme un invitable hommage4 ,voyez1 en effet1 s'il leur a t possible de rester d'accord avec eux-mmes4 ,aprs avoir ni la distinction de la substance et de l'accident1 ils ont fini par replacer sous les phnomnes un noumne sous-jacent1 une toffe dont les choses sont faites1 qui1 malgr son caractre panthistique1 est une vritable substance sous les accidents4 ,aprs avoir ni la causalit1 ils ont reconnu que les phnomnes plongeaient leurs racines dans ce noumne sous-jacent1 ce qui est rtablir la causalit nie1 avec la distinction de la cause et de ses effets4 ,aprs avoir clbr l'volution cratrice comme un pur devenir qui se pose lui-mme1 une auto-cration se crant elle-mme 7ce qui d'ailleurs est inintelligible71 ils ont laiss croire volontiers qu'elle est cre par le noumne sous-jacent1 par le ,principe mis enfin au fond des choses4 ,en sorte que1 malgr eux1 ils en reviennent au postulat du morcelage1 en se reprenant distinguer ce qui cre et ce qui est cr1 la substance et le phnomne1 la cause et l'effet1 l'immobile et le mobile1 l'acte et la puissance4441 en un mot1 ils reviennent fatalement ce jeu des entits conceptuelles1 pour lesquelles ils n'avaient pas assez de mpris4 ,quel hommage involontaire1 mais dcisif1 rendu par nos antiintellectualistes la philosophie intellectuelle1 la philosophie du sens commun6 ,que s'ils sont obligs1 comme nous1 de se servir du morcelage1 quelle sera la diffrence entre eux et nous8 ,la voici1 ou1 du moins1 voici la principale3 ,puisque nous avons reconnu que le morcelage est dans la nature elle-mme1 notre loi--nous l'avons dj dit1 aprs ,platon--sera de la copier1 de l'imiter aussi fidlement que possible4 ,au contraire1 aprs l'avoir dclare contre-nature et artificielle1 les bergsoniens ne peuvent plus avoir d'autre loi que le caprice et l'arbitraire de chaque penseur4 ,et c'est ce qu'ils confessent ingnument3 ,la matire1 dit ,m4 ,bergson1 7est une7 immense toffe o nous pouvons tailler ce que nous voudrons1 pour le recoudre comme il nous plat4#dab--,tout isolement1 tout morcelage1 dit son tour ,m4 ,le ,roy1 sont forcment relatifs un point de vue choisi d'avance4 ,les faits sont taills par l'esprit dans la matire amorphe du donn1 par le mme mcanisme qu'emploie le sens commun mais dans une autre intention3 celle de prparer l'tablissement d'un systme rigoureux4#dac--;,critique dcisive que la philosophie nouvelle fait navement d'elle-mme1 car si elle n'est plus qu'une interprtation arbitraire1 imagine dans l'intention de prparer un systme choisi d'avance1 elle n'a plus aucune valeur objective et impersonnelle4 ,a quoi peut servir une intelligence qui dcompose et recompose sans aucune loi et suivant sa fantaisie8 ,chacun peut se faire un systme ou le dfaire son gr2 la science n'est plus qu'un jeu d'esprit4 ,rsumons-nous4 ,poser le monisme biologique en postulat gratuit au dbut de la recherche philosophique ou critriologique est un point de dpart inacceptable1 et tel est le sophisme plus ou moins dissimul dans la thorie bergsonienne du morcelage#dad4 ,par peur de ce fameux morcelage1 ne vouloir plus distinguer rellement le moi et le non-moi1 le tien et le mien1 l'homme et la bte1 la plante et le minral1 c'est laisser tous les tres et tous les modes d'tre se perdre et se confondre dans un grand ,tout1 par dfinition mme1 inintelligible1 puisqu'il est l'identit des contraires et la confusion absolue2--c'est en outre supprimer la pense avec le principe de contradiction2--c'est enfin braver trop ouvertement1 soit ce sens intime1 que tous les philosophes admettent comme une donne irrductible1 soit ce sens commun ou ce bon sens1 sans lequel toute pense philosophique n'a plus de garde-fou4 ,que s'il y a un postulat vraiment gratuit et--comme ils disent lgamment--une idole de l'imagination en dlire1 les voil6 99 99 99 99 99 ,b7 ,thorie de la solidification du fluent4 ,si l'abstraction intellectuelle qui distingue et morcelle n'est pas un mensonge1 mais un procd tout naturel et absolument indispensable la connaissance humaine1 en sera-t-il de mme de la gnralisation8 ,oui1 nous n'en doutons pas2 il suffit de la bien comprendre et surtout de ne pas la travestir1 comme on le fait dans l'cole nouvelle4 ,remarquant que tous nos concepts gnraux ont un caractre essentiel de fixit qui nous les fait paratre comme immuables1 ncessaires et ternels1 alors que tout est fluent et mobile autour de nous1 nos antiintellectualistes ont souponn l un nouveau mensonge1 et d'un mot magique ils ont cru l'exterminer en proclamant que le concept ou l'ide tait chose cristallise et morte1 d'o la vie s'est retire4 ,mais ce ne sont l que des mtaphores et des jeux d'esprit qui recouvrent une grave confusion entre l'ide gnrale et l'image individuelle ou collective4 ,l'ide1 elle-mme1 est l'acte vital par excellence de notre esprit4 ,c'est l'ide qui nous hausse du fait sensible jusqu' sa raison d'tre1 de la copie imparfaite jusqu'au type idal et parfait1 du contingent au ncessaire1 du prissable l'ternel4 ,or1 cette ascension magnifique est l'acte d'une vie suprieure1 la vie intellectuelle1 privilge de l'animal raisonnable dont toute la dignit relve de sa pense4 ,l'ide1 bien loin d'tre une chose morte ou un rsidu inerte1 est une fleur ou un fruit de son activit vitale2 elle est un produit de son enfantement laborieux1 un verbe intrieur dictio verbi#dae dont la parole extrieure est l'cho4 ,elle est une action intrieure tendant se prolonger en actions extrieures4 ,bien loin d'avoir l'immobilit impuissante du cadavre1 elle est donc la puissance et la fcondit mme4 ,comme l'observait saint ,thomas1 nos ides se divisent ou s'accouplent et se fcondent entre elles1 donc elles vivent4 ,une ide appelle d'autres ides2 elles voquent ensemble des sentiments et des mouvements associs1 et tressaillent de vie intrieure en enfantant la ,science1 la ,morale et les ,arts4 ,quel magnifique dploiement de vie6 ,d'abord1 l'ide est la mre de toutes les sciences1 car il n'y a de science vritable que du gnral1 comme le rptait encore rcemment ,m4 ,poincar1 aprs ,aristote et saint ,thomas4 ,pour eux1 comme pour nous1 toute science est gnrale dans ses principes1 quoiqu'elle soit particulire dans ses applications1 comme la pense a pour uvre le gnral et pour objet le particulier#daf4 ,par exemple1 ce sont les ides gnrales et les principes gnraux qui permettent au savant de prvoir l'avenir avec assurance ou de reconstituer le pass disparu depuis des centaines de sicles2 ce qui1 de l'aveu unanime1 est le plus beau triomphe du gnie humain4 ,seules1 les ides gnrales peuvent aussi faire l'accord entre les hommes et donner la science sociale une base solide4 ,les images instables et fugitives sont trop individuelles et trop changeantes pour faire cet accord et rien fonder de durable4 ,on ne nat la moralit que par la contemplation de l'idal qui nous attire1 parce qu'il est un idal de vrit universelle1 de perfection et d'amour pour tous les hommes et mme pour tous les tres4 ,la pense ne peut remonter plus loin ni aspirer plus haut1 ni se sentir plus fortement branle vers le bien1 parce qu'elle poursuit l'universel et ne se repose que dans ce qui a une valeur pour tous les temps1 tous les lieux1 tous les hommes4 ,alors1 l'esprit pensant universellement1 peut agir universellement1 vivre de la vie la moins goste et la plus sociale1 c'est--dire la plus morale4 ,toute pense gnrale devient ainsi de la moralit commence1 car--suivant la belle image de ,m4 ,fouille--elle brise la prison troite du moi pour y faire entrer un peu de ciel1 une perspective sur le ,vrai1 le ,bien1 le ,beau1 vers l',infini4 ,elle seule peut transformer le monde rel par l'ide d'un monde meilleur#dag4 ,non seulement l'ide cre la science et la morale1 mais encore c'est elle qui enfante les beaux-arts4 ,c'est l'idal qui inspire le gnie de l'artiste aussi bien que la conception du plus humble artisan4 ,point d'enthousiasme sans une ide qui nous soulve vers une beaut suprieure4 ,tout se dit1 tout se fait l'image de quelque ide et sous son impulsion4 ,on ne peut s'en passer4 ,aussi nos antiintellectualistes1 aprs avoir fulmin contre l'ide1 soi-disant morte ou cristallise1 sont-ils les premiers s'en servir chaque instant1 en remplir leurs ouvrages1 alors mme qu'ils affectent de la dguiser sous de brillantes images4 ,preuve vidente qu'on ne peut s'en dpouiller2 elle est la vie de l'esprit1 le guide de l'action1 le moteur universel4 ,mais ce moteur est lui-mme immobile1 c'est--dire qu'il prside tous les changements sans en subir aucun4 ,de mme1 que le soleil claire sans avoir besoin d'tre lui-mme clair1 que le feu rchauffe sans tre pour cela rchauff1 que le ressort pousse sans tre pouss1 que l'aimant attire sans tre lui-mme attir1 ainsi l'ide attire elle ou pousse vers elle1 sans subir aucun de ces mouvements4 ,c'est ce qu'explique l'adage3 tout premier moteur n'est jamais m par le genre de mouvement qu'il communique3 primum movens in quolibet genere non est motum in illo genere motus#dah4 ,en ce sens1 le premier mouvement vient toujours de l'immobile corrlatif1 et nous avons vu comment ,m4 ,bergson1 en supprimant tout lment fixe1 rendait le mouvement lui-mme impossible1 soit mesurer1 soit concevoir4 ,on ne peut le mesurer sans une mesure fixe2 on ne peut le concevoir sans un point fixe d'o il vient1 un point fixe o il va1 une direction fixe1 un plan et une forme fixes qu'il ralise4 ,si tous ces lments sont fluides1 variables et incertains1 le mouvement devient irrel et impensable1 car il manque de l'essentiel4 ,ne craignons donc pas cette fixit immobile et radieuse de l'ide4 ,c'est cette fixit du phare qui guide les mouvements du pilote en pleine mer et l'empche de s'garer2 c'est cette immobilit du point d'appui qui fait la force du levier de notre esprit1 car le statique sera toujours le pivot du dynamique1 aussi bien pour les mouvements de l'esprit que pour ceux du corps4 ,ainsi1 par exemple1 le raisonnement doit s'appuyer sur le principe et le principe sur l'ide pour qu'ils soient fonds et solides4 ,il y a donc une mprise trs grave dans la thorie de ,m4 ,bergson2 au fond1 elle provient de la confusion des sens et de la raison1 de l'image et du concept4 ,l'image sensible peut tre mouvante et reprsenter ainsi le mouvant encore plus fidlement que si elle tait fixe2 l'ide ne le peut pas4 ,elle doit toujours tre fixe1 c'est--dire immuable1 ncessaire et ternelle4 ,pourquoi cette diffrence essentielle et ce contraste complet8 ,si l'ide abstraite1 par exemple l'ide de mouvement en gnral1 n'est pas mouvante1 mais fixe et invariable1 ce n'est donc pas que nous soyons privs d'images mouvantes du mouvement et obligs de nous contenter d'instantans fixes et immobiles1 pris sur la ralit mobile1 comme ,m4 ,bergson va nous le dire bientt1 mais uniquement parce que l'ide 7ou le concept7 ne reprsente nullement le mme objet que l'image4 ,l'image reprsente un fait instable3 quod est2 l'ide1 au contraire1 reprsente une raison d'tre stable3 quod quid est4 ,expliquons ces formules classiques4 ,sous l'image sensible d'un mouvement quelconque1 mon esprit dcouvre une possibilit ternelle ralise1 et c'est ce type possible que l'ide reprsente4 ,or1 ce type d'un mouvement fugitif1 temporel et contingent1 est lui-mme un type immobile1 ternel et ncessaire4 ,c'est l'archtype idal1 ou la forme ncessaire1 ou l' de ,platon1 d',aristote44 de ,descartes et de ,leibnitz1 de ,kant lui-mme et de l'humanit tout entire4 ,c'est la vision de ce monde idal des possibles--quelle qu'en soit d'ailleurs la nature#dai1--;et dont notre monde actuel est une ralisation imparfaite et fugitive4 ,l'ide n'est donc pas une vue stable prise sur l'instabilit des choses1 comme le croit ,m4 ,bergson#dbj1 mais un point de vue pris sur la ,pense universelle1 ou1 si l'on prfre1 une vue stable de la partie stable des choses4 ,toute chose1 en effet1 a deux aspects3 l'un individuel et contingent1 l'autre idal et ncessaire2 l'un mobile et fugitif1 l'autre immobile et ternel qui nous donne la raison d'tre du premier et nous le rend intelligible4 ,celui-l tombe sous les sens2 celui-ci sous le regard de l'intelligence1 qui seule lit au dedans des choses sensibles 7intus-legere7 quel est leur type possible1 leur raison d'tre1 leur essence4 ,sans doute1 et nous l'accordons volontiers1 il faut se garder des ides toutes faites comme des vtements de confection--aussi avons-nous rejet la fois les ides innes de ,descartes et les formes a priori de ,kant4 ,bien au contraire1 il faut faire nous-mmes nos ides sur mesure1 en les faonnant peu peu et en leur donnant une ressemblance de plus en plus rigoureuse et adquate avec les ralits intuitivement perues dans la nature3 ,cent fois sur le mtier remettez votre ouvrage2 ,polissez-le sans cesse et le repolissez4 ,de telles ides1 abstraites de la ralit et toujours maintenues en contact avec la ralit1 quelque incompltes qu'on les suppose1 conservent toujours la valeur de leur origine4 ,elles sont le fruit de l'incessant commerce de l'esprit avec le monde1 et nous n'avons aucun droit de les tenir en suspicion1 sous prtexte qu'elles sont cristallises et mortes1 alors qu'elles expriment une des faces de la ralit vivante4 ,eh bien6 osons le dire sincrement1 ,m4 ,bergson ne semble avoir rien compris cette belle et lumineuse thorie#dba4 ,il n'a su rien voir dans l'ide que son caractre de fixit et d'immobilit1 et comme il avait admis que tout est fluent et que le fluent seul existe1 il a cru se tirer d'affaire en supposant qu'elle devait tre une vue instantane prise sur la ralit mouvante3 la succession rapide de ces instantans immobiles nous donnerait seule l'apparence de cette ralit mouvante4 ,de l la clbre comparaison1 dont il est l'inventeur1 de l'intelligence humaine avec le merveilleux appareil du cinmatographe qui produit l'illusion du mouvement par la succession trs rapide de vues immobiles4 ,mtaphore brillante qui recouvre de son clat trompeur les plus graves erreurs4 ,enumrons les principales3 #a ,une vue n'est jamais absolument instantane1 car elle suppose toujours une paisseur de temps1 et partant une quantit de mouvement4 ,l'instantan est donc un mythe4 #b ,serait-elle instantane1 cette vue serait toujours une image et non point une ide1 puisque l'image reprsente le singulier1 le prissable1 le temporel2 tandis que l'ide reprsente le gnral1 l'ternel et le ncessaire4 ,en effet1 cette vue instantane n'est qu'une tranche du concret1 qui n'est pas encore transfigure en idal4 ,elle est donc une image1 non une ide1 et ne saurait tre un substitut de l'ide puisque l'image et l'ide ont un contenu diffrent4 #c ,si l'ide n'est qu'une image instantane1 elle n'a plus aucune raison d'tre1 car nous pouvons avoir bien mieux qu'une srie discontinue d'instantans3 les sensations nous donnent en effet--quand il nous plat--des images continues et fluentes de mouvements continus4 ,d'autre part1 les actes fluents de l'imagination et du langage nous permettent de les peindre ou de les exprimer dans leur fluidit4 ,le concept intellectuel serait donc bien inutile2 les sens suffiraient l'homme4 ,l'ide est donc tout autre chose qu'une image instantane1 et l'accusation qu'on lui adresse de solidifier le fluent1 de reifier maladroitement le mouvant1 de cristalliser ou de momifier la vie est une accusation injuste qui ne tient pas debout4 ,rptons-le encore une fois1 elle n'est pas une vue stable prise sur l'instabilit des choses1 mais une vue stable prise sur la partie stable des choses1 qui est leur partie la plus importante1 car cette partie n'est pas leur matire prissable1 mais leur forme ncessaire et ternelle qui nous les rend intelligibles4 99 99 99 99 99 ,ici se placerait une objection qu'on est tout tonn de rencontrer sous la plume d'minents spiritualistes4 ,que si la connaissance1 par le concept ne saisit qu'une partie de l'objet1 savoir sa forme sans sa matire1 son essence sans son existence concrte1 sa nature sans son sujet1 elle est donc une connaissance incomplte4 ,le point de vue conceptuel n'est pas le point de vue total4 ,on a mme os ajouter3 c'est la tare irrmdiable de l'intelligence humaine6#dbb ,certes1 voil un bien gros mot1 lch bien lgrement6 ,serait-ce aussi la tare de la vue humaine de ne pas entendre2 la tare de l'oue de ne pas savoir palper1 etc48 ,que si ce n'est point une tare pour chaque sens d'tre limit par le domaine du voisin1 ni la tare de la sensation de sentir sans comprendre la nature de ce qu'elle sent1 ce ne peut tre davantage la tare de l'intelligence de ne pas sentir4 ,mais comme aucune de nos facults n'est isole dans l'me1 qu'elles s'aident et se secourent mutuellement1 l'intelligence n'a qu' se complter par la sensation pour atteindre ce qui est hors de son domaine propre4 ,c'est ce qu'exprime fort bien l'adage aristotlique3 quod non potest fieri per unum1 fiat aliqualiter per plura#dbc4 ,au surplus1 de l'aveu de tous les philosophes1 l'intelligence1 facult de l'abstrait1 peroit aussi le concret sensible1 soit directement et antrieurement l'abstrait1 suivant l'opinion de ,scot et de ,suarez1 et dans ce cas l'tre concret1 le 1 serait l'objet de la premire apprhension intellectuelle2--soit au moins indirectement par un retour rflchi sur son acte d'abstraction1 suivant l'opinion plus probable d',aristote et de saint ,thomas4 ,aprs avoir saisi directement l'abstrait dans le concret qui l'exprime1 elle saisit les deux la fois1 contenant et contenu1 abstrait et concret4 ,elle voit1 par exemple1 l'homme dans cet homme1 le cercle dans ce cercle1 et prononce le jugement3 cet homme est un homme2 ce cercle est un cercle4 ,or1 ce jugement1 qui affirme l'union dans le mme tre des deux lments 7nature et sujet1 essence et existence71 serait draisonnable et impossible si ces deux lments n'taient pas vus l'un dans l'autre1 insparablement unis1 comme l'acte et la puissance4 ,la connaissance devient ainsi complte3 le sujet est senti1 sa nature pense1 et1 par rflexion1 les deux objets ou parties du mme objet fusionnent dans une synthse finale4 ,et voil comment1 sans aucun art magique1 se trouve parfaitement gurie la tare ingurissable6 ,d'ailleurs1 ce reste inextinguible qu'admettent nos adversaires1 ce caput mortuum irrductible aux formes de la connaissance1 cette irrationabilit fondamentale de l'tre1 chappant aux principes d'identit et de contradiction et ne pouvant tre dit ni ceci1 ni cela1 ni qualit1 ni quantit1 ni cause1 ni effet1 ni possible1 ni impossible1 existant ou n'existant pas--soit en acte1 soit au moins en puissance1--serait de l'inintelligible pur et un pur nant#dbd4 ,c'est donc un rve4 ,pour nous1 la matire elle-mme est connue par la forme1 la puissance par l'acte1 comme le germe par la plante qui en sort3 ce qui suffit nous les rendre intelligibles et raisonnables4 99 99 99 99 99 ,une autre objection contre le concept est qu'il ne peut exprimer une proprit spciale sans la gnraliser1 c'est--dire sans la rendre commune une infinit d'autres sujets semblables4 ,il la dforme donc toujours plus ou moins par l'extension qu'il lui donne4 ,replace dans l'objet qui la possde1 une proprit concide avec lui1 se moule au moins sur lui1 adopte les mmes contours4 ,extraite de l'objet et reprsente en un concept1 elle s'largit indfiniment1 elle dpasse l'objet puisqu'elle doit dsormais le contenir avec d'autres4#dbe ,mais cette seconde tare de l'intelligence ne nous est pas mieux prouve que la premire4 ,pour lui donner quelque apparence de fondement1 on a eu recours des mtaphores trompeuses4 ,une substance lastique ne peut1 en effet1 s'largir indfiniment1 lorsqu'on l'tire1 qu'en dformant plus ou moins gravement sa premire figure4 ,au contraire1 l'extension idale d'une mme essence plusieurs individus et mme tous les individus possibles1 indfiniment1 ne dfigure en rien la nature ou la comprhension de cette essence4 ,il suffit de se rappeler la nature logique de l'extension et de la comprhension des ides et des propositions4 ,sans entrer dans tous ces dtails techniques1 un exemple trs simple suffira nous en bien convaincre4 ,quelle est l'essence d'une circonfrence8 ,c'est d'tre une ligne courbe trace sur un plan de manire que tous ses points soient gale distance du centre4 ,telle est sa nature ou sa comprhension4 ,or1 de l'aveu de tous1 elle reste la mme1 absolument1 sans la plus lgre dformation1 qu'on l'tende un petit nombre ou des milliards de circonfrences1 et mme toutes les circonfrences possibles1 indfiniment4 ,on en dirait autant de l'essence du triangle1 ou du solide1 ou du minral1 ou de l'homme1 en un mot1 de toutes les autres essences connues4 ,toutes ces extensions physiques dont on nous parle et qui dforment les objets lastiques ne sont donc qu'un jeu trompeur de mtaphores1 sans la moindre analogie avec l'extension et la comprhension logique des ides4 ,aristote et class un tel argument parmi les sophismes de mots ou de figure4 ,c'est une homonymie4 99 99 99 99 99 ,une dernire objection contre la valeur de l'ide gnrale est de prtendre qu'elle est vide de toute ralit2 elle ne serait qu'un mot1 un signe pratique nous rappelant toute la srie des choses individuelles dj exprimentes dans le pass ou exprimenter dans l'avenir4 ,on reconnat l l'erreur du ,nominalisme4 ,elle est le fond mme de la thorie bergsonienne#dbf et suffirait annuler toutes les objections prcdentes4 ,si le concept1 en effet1 ne correspond aucun objet rel1 s'il est vide1 c'est le nant1 et l'on ne peut--comme on vient de le faire--reprocher au nant d'tre un objet solidifi ou cristallis1 encore moins un objet dform par son rtrcissement contre nature ou son extension artificielle4 ,ces premiers assauts contre le concept rvlent une marche incohrente de l'adversaire1 trahissent ses hsitations et ses incertitudes4 ,il n'ose dire du premier coup3 le concept n'est qu'un vain mot6--,mais c'est l que nous l'attendions4 ,la clbre dispute des ,universaux1 qui semblait prime avec le moyen ge1 et dont nos modernes ne daignaient plus parler que sur un ton plaisant1 revient donc fatalement l'ordre du jour1 comme tous les problmes cruciaux de l'esprit humain1 dont on a oubli les solutions vritables1 parce qu'ils ne peuvent rester sans tre rsolus4 ,impossible de philosopher sans avoir pris parti1 explicitement ou au moins implicitement1 pour ou contre le ,nominalisme1 le ,ralisme et le ,conceptualisme4 ,ou bien nos ides gnrales--telles que le cercle1 l'humanit--sont des mots vides qui ne reprsentent rien de rel1 ou bien elles traduisent quelque chose de rel1 ou bien enfin ne sont que des conceptions ou des formes illusoires de notre esprit4 ,m4 ,bergson a opt pour le nominalisme d',epicure et de ,taine1 contre le conceptualisme de ,kant et le ralisme de ,platon4 ,nous croyons qu'il a eu tort4 ,il est vrai que les deux autres doctrines placent le principe d'intelligibilit des choses1 l'essence universelle1 hors les choses individuelles1 et en cela elles sont insoutenables4 ,l'intelligibilit d'une chose n'est pas une autre chose ct de la premire6 ,on ne peut donc la placer1 avec ,platon1 dans un monde idal part1 ni avec ,kant1 dans les formes a priori de l'esprit humain4 ,mais c'est une erreur encore plus grave de l'exclure aussi des choses existantes1 avec les ,nominalistes4 ,exclure du rel toute idalit1 c'est le rendre inintelligible et partant irrel4 ,en outre1 ce n'est pas expliquer pourquoi et comment1 au-dessus ou au dedans des images contingentes1 nous percevons des types ncessaires2 pourquoi au-dessus ou au dedans du fluent et du temporel nous dcouvrons de l'immuable et de l'ternel4 ,la solution nominaliste esquive ou nie ce problme au lieu de le rsoudre4 ,quelle sera donc la solution8 ,si les essences ne sont pas hors des choses ni dans l'esprit seul1 il faut bien qu'elles soient ralises dans les choses elles-mmes4 ,leur intelligibilit ne peut venir du dehors1 donc elle vient du dedans4 ,ce sera la gloire d',aristote et de saint ,thomas d'avoir su retrouver le gnral dans le particulier1 le type universel dans l'individu qui l'exprime et le concrtise1 et d'avoir formul le principe de l'immanence de l'idal intelligible dans le rel sensible4 ,de l cette thse clbre o se rsume la pense de l',ecole entire3 ,l'universel direct#dbg existe dans les individus1 mais non de la manire abstraite dont l'esprit le conoit2 l'universel rflexe existe formellement dans l'intellect1 avec un fondement rel dans les choses4 ,ainsi l'universel direct1 tel que le cercle1 existe dans ce cercle1 l'homme dans cet homme2 sinon1 on ne pourrait dire que cette figure est un cercle et cet individu un homme4 ,mais ces essences sont concrtes dans les individus1 tandis que dans notre esprit elles sont abstraites de tout lment individuel4 ,d'autre part1 l'universel rflexe--c'est--dire tendu par la rflexion et la comparaison tous les individus existants ou possibles1--l'intelligible pur1 tel que l'humanit1 existe formellement dans l'intellect seul1 mais avec un fondement rel dans les choses1 puisqu'il exprime quelque chose de vraiment rel dans les individus4 ,les universaux n'existent donc pas1 comme tels1 et formellement1 en dehors de mon esprit1 mais ils existent fondamentalement dans les ralits individuelles2 ce qui suffit pour assurer leur valeur objective4 ,inutile1 par exemple1 que l'humanit subsiste en dehors des hommes1 pour que je puisse me fier ce concept3 il suffit qu'elle se trouve ralise dans tous les tres humains existants ou possibles4 ,et c'est ainsi--par une simple distinction aussi naturelle que profonde--qu'a t rsolu par les plus puissants gnies de l'humanit un problme qui a fait le tourment des sicles4 ,les gnralits sont des formes abstraites du rel et partant objectives4 ,d'autre part1 ce ne sont pas des ralits spares des choses1 mais les lments intelligibles des choses elles-mmes4 ,et pour les abstraire1 l'intelligence n'a pas sortir des phnomnes pour se perdre dans un monde suprieur4 ,les essences ne sont rien en dehors des phnomnes2 elles sont les phnomnes eux-mmes considrs dans leur forme et leur gnralit4 ,le phnomne est sensible2 sa forme ou son essence intelligible4 ,or1 les deux points de vue se compltent comme l'tre et sa raison d'tre1 le fait et son explication4 ,on le voit donc clairement3 c'est la brche faite dans le rel par le fameux morcelage de l'abstraction qui nous a permis d'entrer dans la place et d'y surprendre la partie intime des choses1 l'essence mme qui nous les fait comprendre4 ,aussitt la gnralisation a achev l'uvre intellectuelle de l'abstraction3 l'ide gnrale a t conue2 le concept nous est n1 et sa lumire1 en rendant les choses intelligibles1 illumine le monde sensible4 ,sans cette lumire intellectuelle1 pourrait-on encore penser et surtout philosopher8 ,la nouvelle cole antiintellectualiste le soutient hardiment1 et nous allons voir la tentative dsespre qu'elle a essaye pour s'en passer4 99 99 99 99 99 ,,viii ,,th,,orie ,,de ,l',,intuition4 ,d'aprs la nouvelle cole1 l'intelligence est donc radicalement impuissante penser le mouvement1 la vie1 le continu2 elle est incapable de toute vritable spculation sur le fluent4 ,tout au plus peut-elle nous en fournir quelque connaissance symbolique dont les figures seront empruntes par une analogie lointaine l'immobile1 l'inerte1 au discontinu1 seul objet propre et adquat de sa puissance toute oriente vers l'action4 ,elle est bien moins1 en effet1 une puissance de connatre qu'une puissance d'agir4 ,c'est une annexe de la facult d'agir1 tout entire coule dans le moule de l'action2 elle ne peut donc en rien nous faire connatre le rel1 nous livrer l'absolu1 dans ce domaine4 ,telle est la pauvre facult que l'volution1 lorsqu'elle tait sur son dclin1 a dpose en cours de route#dbh1 sans doute comme un bagage plutt encombrant qu'utile1 et dsormais l'on peut se moquer agrablement des philosophes qui l'avaient prise pour un ,soleil qui illuminerait le monde1 alors qu'elle n'est en ralit qu' une lanterne manuvre au fond d'un souterrain#dbi4 ,cependant1 ,m4 ,bergson ne se rsigne pas flchir le genou1 les yeux ferms1 devant l',inconnaissable4 ,ce serait l un excs d'humilit1 nous dit-il1 et1 l'exemple des plus clbres disciples de ,kant1 ,fichte1 ,schelling1 ,hegel1 il bravera audacieusement la consigne du matre2 au lieu de s'abstenir de spculer1 il se livrera comme eux ce qu'on a pu appeler une vritable dbauche de spculation4 ,le procd pour briser et franchir la barrire kantienne artificiellement leve entre le rel et l'esprit sera seul diffrent et d'une originalit incontestable4 ,ces trois philosophes1 en effet1 s'taient contents d'identifier les deux termes--sujet et objet--qu'ils ne savaient plus comment unir4 ,ils les identifirent avec un troisime terme1 soit de nature psychologique1 le mot1 comme le voulait ,fichte2--soit de nature ontologique1 l'absolu1 comme l'imaginait ,schelling2--soit de nature purement idale et logique1 l'ide1 comme le rvait ,hegel4 ,bergson1 lui1 va inventer une nouvelle facult1 distincte de l'intelligence dsormais mise au rebut1 qui sera capable de lire directement dans le rel et dans l'absolu1 savoir l'intuition#dcj1 dont le processus sous-entendra1 encore et toujours1 l'identit des termes1 sujet et objet1 confondus dans l'identit universelle4 ,pour lgitimer sa recherche d'une facult nouvelle1#dca notre auteur allgue une raison profonde qui serait bien prs de nous convaincre4 ,notre intelligence1 dit-il1 est faite pour l'action2 or1 l'action ne saurait se mouvoir dans l'irrel4 ,d'un esprit n pour spculer ou pour rver1 ajoute-t-il1 je pourrais admettre qu'il reste extrieur la ralit1 qu'il la dforme ou la transforme1 peut-tre mme qu'il la cre1 comme nous crons les figures d'hommes et d'animaux que notre imagination dcoupe dans le nuage qui passe4 ,mais une intelligence tendue vers l'action qui s'accomplira et vers la raction qui s'ensuivra1 palpant son objet pour en recevoir chaque instant l'impression mobile1 est une intelligence qui touche quelque chose de l'absolu#dcb4 --,fort bien6 rpliquerons-nous3 il nous faut pour agir sur le rel une facult capable d'atteindre et de connatre le rel1 car l'action ne peut se mouvoir dans l'irrel4 ,mais n'est-ce pas l prcisment le fait nouveau qui devrait vous forcer reviser le procs de l'intelligence si lgrement1 si injustement condamne8 ,vous n'avez cess de proclamer1 l'excs1 que l'intelligence est faite pour l'action1 tout entire oriente vers l'action#dcc2 donc elle est oriente vers le rel1 auriez-vous d conclure4 ,donc la connaissance et l'action1 la thorie et la pratique1 au lieu de se combattre1 s'entr'aident et se compltent#dcd4 ,il est donc injuste de les opposer1 en traitant d'illusoire la connaissance pratique1 utilitaire4 ,injuste1 par exemple1 d'admettre le fluent et le continu1 en niant le stable et le multiple1 alors que mon action se meut la fois dans l'un et dans l'autre4 ,l'unit doit se faire dans la varit et la hirarchie1 non dans l'identit et la confusion des termes4 ,si l'intelligence et l'action s'opposaient1 l'homme dou de facults si contradictoires ne serait-il pas une monstruosit dans la cration8 ,pourquoi donc rver des facults nouvelles1 au lieu d'utiliser celles que nous avons8 ,n'est-ce pas lcher la proie pour l'ombre8 ,si la nature nous avait donn des ailes comme l'oiseau1 ne serait-ce pas folie de les arracher pour en construire d'artificielles sur un plan que nous croirions plus ingnieux8 ,vaines remontrances6 ,l'appel en rvision de procs ne sera pas entendu de nos antiintellectualistes3 leur sige est fait4 ,c'est bien la condamnation de l'intelligence qui est tenue pour dfinitive1 et c'est vers la recherche d'une facult nouvelle qu'ils sont orients4 ,ils croient mme l'avoir dcouverte1 nous l'avons dit1 et lui ont donn le nom mystrieux ou mystique d'intuition4 99 99 99 99 99 ,i4 ,expos4--,qu'est-ce donc que cette facult nouvelle1 l'intuition bergsonienne8 ,s'il ne s'agissait que de l'intuition produite par la perception immdiate des objets extrieurs ou du moi intime1 dont nous avons dj parl1 la rponse serait facile4 ,mais non1 il s'agit de tout autre chose1 car les sens externes et le sens intime lui-mme ne peroivent leur objet que par leurs oprations1 et partant du dehors de leur tre4 ,ici1 il s'agit d'une perception et d'une connaissance par le dedans et dans l'intrieur mme de leur tre1 en dehors ou au-dessous de l'espace et du temps#dce4 ,ce qui est compltement nouveau et indit2 croyons-nous1 dans l'histoire de la philosophie4 ,qu'est-ce donc que cette nouvelle sorte d'intuition8 ,certes1 du premier coup d'il1 on ne le voit gure1 son inventeur ayant pris soin de ne la dfinir jamais1 se contentant de descriptions nuageuses qui semblent plutt cacher soigneusement que dcouvrir son mystrieux secret4 ,il faut longtemps pour que les yeux du lecteur s'accoutument cette pnombre1 si voisine de l'ombre totale4 ,toutefois1 avec de la patience et un effort qui n'est pas sans mrite1 on finit par voir se dessiner vaguement dans la nuit la forme de la divinit nouvelle1 qui se cachait dans la frange1 dans la nbulosit qui entoure le noyau lumineux de l'intelligence et dont cette intelligence a t tire par voie de condensation d'une puissance plus vaste1 savoir l'instinct1 l'intuition4 ,citons plutt notre auteur1 pour ne pas tre souponn de le traduire mal4 ,le sentiment que nous avons 787 de notre volution et de l'volution de toutes choses dans la pure dure est l1 dessinant autour de la reprsentation intellectuelle proprement dite une frange indcise qui va se perdre dans la nuit4 ,mcanisme et finalisme s'accordent ne tenir compte que du noyau lumineux 7l'intelligence7 qui brille au centre4 ,ils oublient que ce noyau s'est form aux dpens du reste par voie de condensation1 et qu'il faudrait se servir du tout1 du fluide autant et plus que du condens1 pour ressaisir le mouvement intrieur de la vie4 ,a vrai dire1 si la frange existe1 mme indistincte et floue1 elle doit avoir plus d'importance encore pour le philosophe que le noyau lumineux qu'elle entoure4 ,car c'est sa prsence qui nous permet d'affirmer que le noyau est un noyau1 que l'intelligence toute pure est un rtrcissement1 par condensation d'une puissance plus vaste4#dcf ,vraiment1 ,m4 ,bergson n'est pas toujours heureux dans le choix de ses mtaphores4 ,en nous invitant dtourner les yeux du noyau lumineux--l'intelligence trompeuse1--pour contempler surtout et de prfrence cette pnombre indcise et floue qui se perd si bien dans la nuit1 que le lecteur ne l'aura sans doute jamais vue ni souponne1 ne semble-t-il pas avoir fait la gageure de remplacer la clbre mthode des ides claires par une mthode nouvelle1 celle des ides obscures8 ,n'est-ce pas prcisment dans ces nuages que nous pourrons dcouper notre gr toutes les silhouettes fantastiques qu'il nous plaira de rver8 ,et ne risque-t-on pas de remplacer ainsi l'observation et l'tude sincre de la nature relle par le rve et la fantaisie de l'artiste8 ,hlas6 notre crainte n'est pas chimrique1 et le lecteur rpondra si la nouvelle cole ne l'a pas conduit jusqu'ici travers le pays des rves et des fantmes4 ,au demeurant1 cette mtaphore n'est point une image hasarde1 chappe l'improvisation4 ,c'est une image rflchie1 rpte satit1 laquelle l'auteur a attach une importance capitale1 au point de rsumer toute sa pense1 tout l'essentiel de son invention4 ,c'est l'tude de cette frange qu'il fait sans cesse appel pour penser le mouvement1 la vie1 le continu1 en un mot toute sa mtaphysique4 ,nous y serons aids1 dit-il1 par la frange de reprsentation confuse qui entoure notre reprsentation distincte1 je veux dire intellectuelle4 ,que peut tre cette frange inutile 7871 en effet1 sinon la partie du principe voluant qui ne s'est pas rtrcie la forme spciale de notre organisation et qui a pass en contrebande8 ,c'est donc l que nous devons aller chercher des indications pour dilater la forme intellectuelle de notre pense2 c'est l que nous puiserons l'lan ncessaire pour nous hausser au-dessus de nous-mme4#dcg ,une objection se prsente aussitt l'esprit du lecteur4 ,cette frange1 cette bordure1 serait-elle existante et nullement imaginaire1 comment l'tudier1 sinon avec notre intelligence8 comment reconnatre si elle a pass en contrebande1 sinon par la critique de notre intelligence8 ,impossible de sortir hors de nous-mme1 de voir sans nos yeux1 de penser ou de juger sans notre esprit6 ,vouloir donc renoncer notre intelligence pour penser sans elle1 et pour tudier sans elle la fameuse frange1 n'est qu'une mthode contradictoire et chimrique4 ,bon gr1 mal gr1 c'est elle que vous recourez4 ,l'objection est tellement vidente que ,m4 ,bergson ne pouvait pas ne pas la prvoir ni la passer sous silence4 ,sa rponse n'en sera pour nous que plus curieuse entendre4 ,cette mthode--il le confesse--a contre elle les habitudes 767 les plus invtres de l'esprit4 ,elle suggre tout de suite l'ide d'un cercle vicieux4 ,en vain1 nous dira-t-on1 vous prtendez aller plus loin que votre intelligence2 comment le ferez-vous1 sinon avec l'intelligence mme8 ,tout ce qu'il y a d'clair dans votre conscience est intelligence4 ,vous tes intrieur votre pense1 vous ne sortirez pas d'elle4444 ,l'objection se prsente naturellement l'esprit4 ,mais on prouverait aussi bien1 avec un pareil raisonnement1 l'impossibilit d'acqurir n'importe quelle habitude nouvelle4 ,il est de l'essence du raisonnement de nous enfermer dans le cercle du donn4 ,mais l'action brise le cercle4 ,si vous n'aviez jamais vu un homme nager1 vous me diriez peut-tre que nager est chose impossible1 attendu que1 pour apprendre nager1 il faudrait commencer par se tenir sur l'eau1 et par consquent savoir dj nager4 ,le raisonnement me clouera toujours1 en effet1 la terre ferme4 ,mais si1 tout bonnement1 je me jette l'eau sans avoir peur1 je me soutiendrai d'abord sur l'eau tant bien que mal en me dbattant contre elle1 et peu peu je m'adapterai ce nouveau milieu1 j'apprendrai nager4 ,ainsi1 en thorie1 il y a une espce d'absurdit vouloir connatre autrement que par l'intelligence2 mais si l'on accepte franchement le risque1 l'action tranchera peut-tre le nud que le raisonnement a nou et qu'il ne dnouera pas4444 ,celui qui se jette l'eau1 n'ayant jamais connu que la rsistance de la terre ferme1 se noierait tout de suite s'il ne se dbattait pas contre la fluidit du nouveau milieu3 force lui est de se cramponner ce que l'eau lui prsente encore1 pour ainsi dire1 de solidit4 ,a cette condition seulement1 on finit par s'accommoder au fluide dans ce qu'il a d'inconsistant4 ,ainsi pour notre pense1 quand elle s'est dcide faire le saut4 ,mais il faut qu'elle saule1 c'est--dire qu'elle sorte de son milieu4444 ,il faut brusquer les choses1 et1 par un acte de volont1 pousser l'intelligence hors de chez elle4 ,le cercle vicieux n'est donc qu'apparent4#dch ,eh bien6 non1 le cercle vicieux demeure en dpit de la lumire trouble et douteuse des nouvelles images4 ,on use encore de l'intelligence pour tenter de la dpasser4 ,celui qui se jette dans l'eau pour apprendre nager--mthode assez prilleuse qu'on ne saurait conseiller personne--ne commence pas par se priver de l'usage de ses bras et de ses jambes2 il continue en user librement2 bien plus1 il en use selon les mmes principes gnraux1 puisqu'il se cramponne ce que l'eau lui prsente encore1 pour ainsi dire1 de solidit1 comme il s'appuyait sur la rsistance de la terre ferme4 ,l'application des forces seule varie1 tandis que les forces et leur principe d'application demeurent les mmes4 ,l'intelligence1 en sautant dans la nbulosit de frange--si tant est qu'elle existe1--continuera donc user de ses propres forces et rechercher avidement le reste de clart que cette pnombre peut receler2 son principe d'orientation comme d'action demeurant identique jusque dans un milieu nouveau4 ,c'est donc l'intelligence qui continuera penser selon ses propres forces2 et comment voulez-vous qu'elle puisse se dpasser elle-mme1 voir plus loin que sa porte native8 ,le cercle vicieux est l1 manifeste1 dfiant tous les coups de force4 ,le sic volo1 sic jubeo1 sit pro ratione voluntas vient se briser pitoyablement devant l'absurde6 ,cependant1 ,m4 ,bergson tient en rserve un autre argument1 meilleur ou moins mauvais4 ,au lieu de dire3 ,poussez l'intelligence hors de chez elle pour qu'elle y voie plus clair1 il dirait3 poussez-la hors de chez elle pour qu'une autre facult plus clairvoyante prenne sa place et nous fasse voir mieux et plus loin#dci4 ,cette facult1 c'est l'intuition1 l'instinct4 ,et nous revenons la question dj pose et si peu clairement rsolue3 ,qu'est-ce que cette facult nouvelle1 qu'est-ce que l'intuition8 ,instinct et intuition ne sont pas des mots compltement synonymes dans la langue bergsonienne1 quoi-qu'ils soient souvent pris l'un pour l'autre4 ,l'intuition est cet ,elan vital originel qui a graduellement volu en instinct animal1 puis en intelligence1 mais qui s'est bien mieux exprim dans l'instinct que dans l'intelligence1 celle-ci1 comme nous l'avons vu1 tant due un saut brusque de l'animal l'homme et diffrant de l'instinct1 non en degr1 mais en nature4 ,il faut donc interroger l'instinct pour connatre l'intuition originelle2 or1 voici ce qu'est l'instinct4 ,c'est sur la forme mme de la vie1 au contraire1 qu'est moul l'instinct4 ,tandis que l'intelligence traite toutes choses mcaniquement1 l'instinct procde1 si l'on peut parler ainsi1 organiquement4 ,si la conscience qui sommeille en lui se rveillait1 s'il s'intriorisait en connaissance au lieu de s'extrioriser en action1 si nous savions l'interroger et s'il pouvait rpondre 76671 il nous livrerait les secrets les plus intimes de la vie4#ddj ,en2 un mot1 l'instinct n'est que l'intuition rtrcis1 c'est--dire rduite n'embrasser que telle ou telle portion de la vie1 intressant l'organisation spciale de l'individu#dda4 ,on peut donc l'interroger librement pour connatre ce qu'est l'intuition1 la condition toutefois que sa conscience endormie veuille bien se rveiller pour s'tudier elle-mme1 qu'au lien de jouer sa connaissance1 sans la penser1 comme elle fait d'habitude1 elle veuille bien la penser sans la jouer2 puis qu'elle s'analyse elle-mme1 et enfin qu'elle nous rponde1 si elle peut parler1 car jusqu'ici l'instinct n'a jamais eu la parole1 pas mme le verbe intrieur dont le verbe extrieur est l'expression4 ,certes1 voil bien des conditions requises6444 ,on serait tent de croire qu'en les posant1 l'auteur est le jouet de cette intelligence expulse qui les lui dicte1 moins qu'il ne soit tout simplement victime de sa propre imagination6 ,cependant1 ne nous rebutons pas pour ces difficults1 si normes qu'elles soient1 et continuons notre tude4 ,interrogeons donc l'instinct animal4 ,nous avons dj vu comment il fonctionne d'aprs la thorie nouvelle3 ce n'est point une habitude inne1 un mcanisme psychique mont l'avance--au moins pour l'essentiel--par l',auteur de la nature4 ,non1 c'est un produit de la sympathie universelle 7au sens tymologique du mot74 ,tous les tres se confondant ou se compntrant dans l'unit monistique1 il s'ensuit que tout retentit dans tout1 et grce cette sympathie divinatrice1 tous les tres se pressentent1 se comprennent distance--car il n'y a plus de vraie distance--et s'adaptent mutuellement les uns aux autres1 encore plus srement qu'ils pourraient le faire avec les sens externes1 puisque c'est une science interne1 une vue par le dedans1 qui les unit comme des membres multiples en un seul tre total#ddb4 ,notre auteur nous a donn l'exemple du ,sphex et de sa victime qu'il sait si bien paralyser en la blessant en des ganglions choisis trs habilement4 ,ce sera l'effet de cette science intrieure1 bien suprieure toute science par le dehors1 de cette sympathie divinatrice4 ,telle est donc l'intuition elle-mme1 cette prcieuse facult que l'homme a perdue en se dtachant de l'animalit1 et qu'il s'agit de reconqurir pour philosopher4 ,en fait1 dans l'humanit dont nous faisons partie1 l'intuition est peu prs compltement sacrifie l'intelligence4 ,il semble qu' conqurir la matire et se conqurir elle-mme1 la conscience ait d puiser le meilleur de sa force4 ,cette conqute1 dans les conditions particulires o elle s'est faite1 exigeait que la conscience s'adaptt aux habitudes de la matire et concentrt toute son attention sur elles1 enfin se dtermint plus spcialement en intelligence4 ,l'intuition est l cependant1 mais vague et surtout discontinue4 ,c'est une lampe presque teinte1 qui ne se ranime que de loin en loin1 pour quelques instants peine4 ,mais elle se ranime1 en somme1 l o un intrt vital est en jeu4 ,sur notre personnalit1 sur notre libert1 sur la place que nous occupons dans l'ensemble de la nature1 sur notre origine et peut-tre aussi sur notre destine 7871 elle projette une lumire vacillante et faible1 mais qui n'en perce pas moins l'obscurit de la nuit o nous laisse l'intelligence qu'on vient d'appeler le noyau lumineux64 ,de ces intuitions vanouissantes et qui n'clairent leur objet que de distance en distance1 la philosophie doit s'emparer1 d'abord pour les soutenir1 ensuite pour les dilater 787 et les raccorder ainsi entre elles4 ,plus elle avance dans ce travail1 plus elle s'aperoit que l'intuition est l'esprit mme et1 en un certain sens1 la vie mme4#ddc ,de ces textes1 et de bien d'autres1 il rsulte que l'intuition et l'intelligence sont deux facults distinctes et mme opposes4 ,mais ce n'est l1 pour le monisme bergsonien1 qu'une concession apparente qu'il va reprendre la premire occasion1 perdant ainsi tout le bnfice d'une moindre inintelligibilit que nous avions escompt trop tt4 ,ce n'est plus l'intuition qui aura mission de remplacer l'intelligence1 c'est l'intelligence mme que l'on va faire rentrer1 de gr ou de force1 dans l'intuition d'o elle tait sortie1 pour s'y confondre et s'y perdre de nouveau4 ,on va lui demander de faire effort pour se fondre nouveau dans le tout1 pour se rsorber dans son principe et revivre rebours sa propre gense#ddd4 ,effort que ,m4 ,bergson reconnatra douloureux1 car il dforme et pervertit notre manire naturelle de penser1 et que nous appelons tout simplement extra-naturel et chimrique4 ,pour que notre conscience 7notre intelligence7 concidt avec quelque chose de son principe1 il faudrait qu'elle se dtacht du tout fait et s'attacht au se faisant4 ,il faudrait que1 se retournant et se tordant sur elle-mme 7671 la facult de voir ne ft plus qu'un avec l'acte de vouloir 7874 ,effort douloureux1 que nous pouvons donner brusquement en violentant la nature1 mais non pas soutenir au del de quelques instants4#dde ,d'o la clbre dfinition de cette facult nouvelle1 rentre dans son principe1 par un effort violent fait au rebours de sa direction et de sa gense3 c'est une facult de voir1 immanente la facult d'agir 787 et qui jaillit1 en quelque sorte1 de la torsion du vouloir sur lui-mme 7887 #ddf4--;,comprenne qui pourra6444 ,une telle philosophie1 fonde sur des intuitions si obscures et si vanouissantes1 ne saurait tre l'uvre d'un seul jour ni d'une seule gnration4 ,aussi ,m4 ,bergson fait-il appel la bonne volont et la perspicacit de tous ceux qui1 aprs lui1 voudront bien essayer de tordre leur esprit sur lui-mme1 au risque d'en fausser compltement les ressorts4 ,mais l'entreprise ne pourra plus s'achever tout d'un coup2 elle sera ncessairement collective et progressive4 ,elle consistera dans un change d'impressions 767 qui1 se corrigeant entre elles et se superposant aussi les unes les autres1 finiront par dilater en nous l'humanit et par obtenir qu'elle se transcende elle-mme 444#ddg moins qu'elles ne finissent par complter la confusion et le chaos de la pense contemporaine1 dont nous sommes tous les spectateurs alarms6 ,en attendant ces magnifiques dcouvertes par les gnrations futures1 voici un premier coin du voile mystrieux soulev par ,m4 ,bergson lui-mme dans une de ses visions intuitives et essentiellement vanescentes de l'unique ralit1 la ,dure pure ou le ,temps4 ,aprs avoir prvenu ses auditeurs du ,congrs de ,bologne que tout se ramne un point unique1 l'intuition immdiate de la ,dure pure1 et que ce point est quelque chose de si simple1 de si extraordinairement simple1 qu'il est vraiment ineffable et impossible traduire1 en sorte que le voyant passera toute sa vie le balbutier sans arriver jamais se faire comprendre1 il essaye pourtant de dcrire pour nous sa vision d'un monde nouveau1 entirement diffrent de celui que nous sommes habitus contempler avec les yeux du corps ou de l'intelligence naturelle4 ,ecoutons-le3 ,tout est devenir 444 le devenir tant substantiel n'a pas besoin d'un support4 ,plus d'tuis inertes1 plus de choses mortes2 rien que la mobilit dont est faite la stabilit de la vie4444 ,une vision de ce genre1 o la ralit apparat comme continue et indivisible est sur le chemin qui mne l'intuition4444 ,le temps o nous restons naturellement placs1 le changement dont nous nous donnons ordinairement le spectacle sont un temps et un changement que nos sons et notre conscience ont rduits en poussire pour faciliter notre action sur les choses4 ,dfaisons ce qu'ils ont fait1 ramenons notre perception ses origines1 et nous aurons une connaissance d'un nouveau genre4444 ,le monde o nos sens et notre conscience nous introduisent habituellement n'est plus que l'ombre de lui-mme1 et il est froid comme la mort4 ,tout y est arrang pour notre plus grande commodit1 mais tout y est dans un prsent qui semble recommencer sans cesse2 et nous-mmes1 artificiellement faonns l'image d'un univers non artificiel1 nous nous apercevons dans l'instantan1 nous parlons du pass comme de l'aboli4444 ,ressaisissons-nous1 au contraire1 tels que nous sommes1 dans un prsent pais et1 de plus1 lastique1 que nous pouvons dilater indfiniment vers l'arrire1 en reculant de plus en plus loin l'cran qui nous masque nous-mmes2 ressaisissons le monde extrieur tel qu'il est1 non seulement en surface1 dans le moment actuel1 mais en profondeur1 avec le pass immdiat qui le presse et qui lui imprime son lan2 habituons-nous1 en un mot1 voir toute chose sub specie durationis2 aussitt le raidi se dtend1 l'assoupi se rveille1 le mort ressuscite dans notre perception galvanise1 etc4#ddh ,le lecteur estimera peut-tre que cette vision n'est pas bien claire1 mais ,m4 ,bergson1 prvoyant l'objection1 a eu soin de prvenir son auditoire qu'elle tait plutt un contact qu'une vision#ddi1 de l sans doute une obscurit bien naturelle4 ,il termine en nous promettant que cette vision nous donnera la joie1 mais cette promesse paratra bien tmraire ceux qui prfrent voir le monde l'endroit qu' l'envers4 ,l'univers ne serait-il donc qu'une srie bien ordonne d'illusions que la pense traverse pour aboutir en proclamer la vanit8--,si c'tait vrai1 par impossible1 nous ne le trouverions pas trs gai6444 99 99 99 99 99 ,,ii4 ,critique4--,aprs avoir expos de notre mieux et essay de faire comprendre au lecteur un procd de connaissance supra-intellectuelle si obscur et si difficile saisir clairement1 il nous faut encore en examiner la valeur et rechercher tout d'abord s'il chappe aux reproches adresss l'intelligence par ,,mm4 les bergsoniens4 ,car si1 par hasard1 il retombait dans les mmes errements ou dans des dfauts encore plus graves1 ce ne serait vraiment pas la peine de changer et de troquer l'intelligence contre l'intuition4 ,premirement1 l'intuition vite-t-elle ce fameux morcelage du grand ,tout1 si amrement reproch l'intelligence8#dej ,nous ne le voyons point4 ,en se posant elle-mme comme la rivale et l'antagoniste de l'intelligence1 l'intuition fait dj une brche irrmdiable l'unit universelle4 ,elle oppose comme irrductibles deux facults ou tout au moins deux ordres de phnomnes vitaux1 l'intuition et la pense4 ,la vie mentale est ainsi coupe en deux2 ce qu'on prtendait indivisible est divis2 ce qui se compntrait et se fondait l'un dans l'autre est spar4 ,a notre tour de leur reprocher de dfaire coups de ciseaux la trame inextricable des choses1 de les dfigurer en les morcelant6 ,et ce n'est pas seulement le sujet connaissant que l'intuition morcelle1 c'est encore et surtout l'objet connu4 ,j'ai beau approfondir et scruter ma conscience1 j'y cherche en vain l'intuition simultane du grand ,tout4 ,je n'aperois que des fragments pars1 tels que le moi et le non-moi2 quant au lien qui les unit ou au principe commun o ils entrent en fusion1 je n'en vois point4 ,sans doute1 nous avons le sentiment de saisir en nous un coulement continu1 mais chaque tre a son coulement propre1 distinct des autres2 chacun vit pour son compte4 ,bien plus1 dans cet coulement des choses1 nous ne saisissons par l'intuition seule que des instantans ou des tranches d'une paisseur de temps infiniment mince4 ,c'est la mmoire et l'intelligence qui nous permettent de coudre ensemble tous ces instants et de nous donner l'illusion cinmatographique de la continuit pure4 ,il n'est donn personne de saisir d'un seul regard intuitif la totalit de son existence2 plus forte raison1 celle de l'existence universelle4 ,supprimez la mmoire1 l'intelligence et aussi les conclusions du raisonnement2 aussitt1 malgr l'intuition1 notre vie tombe en poussire ou se vaporise en fume4 ,pour rendre l'unit l'intuition sans cesse vanouissante et lui donner une dure1 il faut toujours faire rentrer en scne la mmoire1 la conscience et l'intelligence qui seule en peut comprendre l'unit4 ,le morcelage s'impose donc l'intuition comme l'intelligence4 ,deuximement1 l'intuition vite-t-elle le reproche adress l'intelligence de ne pas tre ne pour spculer1 mais uniquement pour les besoins pratiques de l'action8--,on ne peut plus le prtendre1 lorsqu'on a fait de l'intuition un retour l'instinct animal primitif1 lorsqu'on a assimil sa sympathie divinatrice ce sentiment obscur et aveugle1 essentiellement pratique1 par lequel le ,sphex sait reconnatre les ganglions de la chenille et le point prcis o il doit les blesser pour les paralyser sans les tuer4 ,bien au contraire1 si quelque facult s'est dveloppe dans l'animal en vue des besoins pratiques de la vie conserver1 dvelopper1 dfendre ou multiplier1 c'est prcisment l'instinct4 ,si la spculation est inutile quelque fonction animale1 c'est videmment l'instinct4 ,pour scrter le suc ncessaire la digestion1 les glandes stomacales n'ont nul besoin de la connaissance de ce qu'elles font ni des moyens chimiques qu'elles utilisent si bien sans le savoir1 encore moins des raisons d'tre de leur merveilleux mcanisme4 ,elles agissent sans y penser1 et bien mieux que par les ttonnements de la pense4 ,ainsi donc1 aprs avoir identifi l'intuition l'instinct1 on ne peut plus lui attribuer de connaissances spculatives2 tout au plus1 un savoir inconscient se bornant la pratique1 utile seulement aux fins de l'individu et de l'espce4 ,l'instinct est donc bien plus utilitaire que l'intelligence1 et l'objection se retourne entirement contre ceux qui nous l'ont adresse4 ,ce n'est pas dire que tous nos instincts soient inutiles la spculation3 ce serait l une exagration dmentie par les faits4 ,aussi saint ,thomas a longuement appuy sur l'importance de ces habitudes innes de l'intellect qu'il appelait l'habitude des premiers principes et que nous appelons nos instincts mtaphysiques et moraux4 ,ils sont une espce de science infuse qui nous ouvre spontanment des perspectives sur les sciences spculatives et morales4 ,mais ces espces d'instinct sont dj de l'intelligence en germe3 elles sont la direction mme de la pense intellectuelle et l'apanage exclusif de l'animal raisonnable4 ,troisimement1 l'intuition pure peut-elle nous faire viter toute promiscuit avec les concepts et leurs tares ingurissables8 ,hlas6 non4 ,kant l'a dit quelque part1 et le mot a t souvent redit aprs lui3 ,l'intuition sans le concept est aveugle4#dea ,si vous vous bornez l'intuition immdiate de la conscience ou du courant de la conscience1 comme ils disent1 du stream of consciousness1 que percevrez-vous1 sinon que vous tes1 que vous voluez1 que vous devenez8 ,mais pouvez-vous dire3 je suis1 je vis1 j'volue1 je deviens1 sans aussitt catgoriser et vous servir des concepts d'tre ou d'existence1 de vie1 d'volution1 de devenir8 ,il est clair que non4 ,que si vous ajoutez1 avec ,m4 ,bergson3 ,je suis un esprit1 je change librement2 ma libert est cratrice d'effets toujours imprvus et incommensurables avec leurs antcdents1 n'est-ce pas catgoriser davantage encore et vous servir de plus en plus de ces fameux concepts de spiritualit1 de libert1 de causalit1 de cration1 voire mme de cration ex nihilo ou de commencements absolus1 qui sont les concepts les plus relevs de la mtaphysique8 ,vous jouez donc avec les concepts1 comme ,m4 ,jourdain avec la prose 444 sans vous en douter1 peut-tre1 mais trs rellement4 ,je ne vous en blme pas1 sans doute1 car vous ne pouvez faire autrement4 ,l'intuition se traduira toujours en ides ou en concepts1 parce qu'en dehors de l'ide1 rien n'est intelligible ni exprimable4 ,vouloir parler sans ide1 plus forte raison vouloir philosopher sans ide1 n'a plus aucun sens1 mais il faudrait le confesser loyalement1 au lieu de vouloir l'ignorer4 ,l'espoir de nous prsenter une ralit purge de tout concept et de toute ide--crit ,m4 ,fouille--ne serait-il pas d'ailleurs chez un philosophe une involontaire contradiction8 ,il n'y a qu'un moyen de philosopher sans concept1 c'est de se laisser vivre1 sans mme se regarder vivre et partant ne pas philosopher du tout4 ,a ce compte1 l'enfant serait le plus grand des sages1 lui qui vit sans altrer du regard la limpidit ou plutt la trouble obscurit du cours de sa vie4 ,aussi ,m4 ,william ,james nous conseille-t-il1 la faon vanglique1 de redevenir comme les petits enfants4 ,qu'est-ce pourtant que spculer1 sinon rflchir sur la vie mme1 sans se dissimuler qu'une parfaite adquation de nos ides aux choses est impossible8#deb ,pour philosopher1 il faut donc rflchir sur l'objet mme de l'intuition1 par exemple sur ce courant de vie1 qu'il nous dvoile1 ou sur ce sentiment si vif d'un flot montant de vie intrieure4 ,il faut en rechercher la nature1 l'essence1 la raison d'tre1 les causes1 le but ou la fin1 etc4 ,or1 tout ce travail s'labore par la prcision de plus en plus rigoureuse de nos concepts taills sur mesure et par le double jeu des concepts3 l'analyse et la synthse1 l'induction et la dduction4 ,sans ce travail mthodique de la pense1 l'intuition ne nous aurait fourni qu'une matire informe1 qu'un incomprhensible et insaisissable devenir1 s'vanouissant entre nos doigts1 comme la fume qui passe et que le petit enfant tente vainement de retenir dans sa main4 ,l'opration intellectuelle n'est donc pas1 comme on le rpte1 un pis-aller pour remplacer1 tant bien que mal1 l'intuition absente#dec1 mais au contraire un moyen indispensable pour rendre l'intuition comprise et utile4 ,insistons sur ce point important qu'on a dfigur4 ,on a dit que l'intelligence tait une facult preneuse ou capteuse d'tre4 ,cela est vrai1 mais incompltement vrai4 ,toute connaissance1 mme celle des sens1 est aussi capteuse de son objet1 auquel elle s'assimile en le devenant1 d'une certaine faon1 dans une vivante intimit4 ,le toucher saisit la figure1 la rsistance2 l'il saisit sa couleur1 etc4 ,et le sens central ou commun saisit la totalit de l'objet individuel4 ,quelle est donc la diffrence capitale8 ,la voici4 ,le sens ne fait que voir son objet1 le saisir1 le prendre2 l'intelligence peut1 en outre1 le comprendre dans sa nature1 sa quiddit1 en un mot1 elle peut se rendre compte de ce qu'elle a pris1 parce que1 seule1 elle peut le connatre par ses causes ou ses raisons d'tre1 cognitio per causas4 ,or1 pour connatre ainsi par les causes1 il y a trois procds3 divin1 anglique et humain4 ,la science de ,dieu est intuitive1 car il voit tout dans son ,verbe1 dont la pense est cratrice de toute chose1 suivant l'adage3 ,scientia ,dei est factiva rerum4 ,la science des anges est aussi intuitive4 ,grce leurs ides infuses1 ces purs esprits voient tout le cr dans une lumire suprieure1 reflet du ,verbe1 raison et cause de tout ce qui est4 ,pour eux1 l'tre cr est tout diaphane3 aussi leur intuition et leur comprhension concident et s'identifient#ded4 ,aux antipodes de cette intuition synthtique a priori se place la connaissance humaine1 toute a posteriori et discursive4 ,elle n'claire son objet que peu peu1 en remontant des effets leurs causes1 de l'tre sa raison d'tre1 par l'analyse et la synthse1 dividendo et componendo4 ,et c'est seulement par ce travail qu'elle peut finir par comprendre ce qu'elle a pris4 ,sans lui1 au contraire1 le livre de la nature demeurerait ferm et incompris4 ,c'est donc--par une trange confusion--attribuer l'homme une connaissance au-dessus de ses moyens prsents--puisque les donnes angliques nous manquent1--de lui supposer une intuition synthtique des choses qui lui permettrait de comprendre l'tre1 rien qu'en le prenant ou en le surprenant dans l'existence4 ,cette confusion tendrait faire de nous des ,anges1 alors que l'homme--comme on le sait--ne doit faire ni l'ange ni la bte4 ,une telle intuition n'existe donc pas pour nous sur la terre1 o notre il--suivant la belle comparaison d',aristote--ressemble plutt celui de l'oiseau de nuit en face du plein soleil4 ,il est pour ainsi dire forc d'analyser pniblement chaque rayon1 l'un aprs l'autre1 car il serait bloui par leur synthse4 ,l'intuition bergsonienne n'est donc qu'un rve ici-bas ou une anticipation chimrique sur la vision batifique du ciel4 ,si telle est l'insuffisance de l'intuition pour nous saisir et nous comprendre nous-mmes1 tels que notre conscience nous rvle1 plus forte raison pour saisir et pour comprendre les autres que nous1 c'est--dire l'immensit de l'univers4 ,on a beau faire appel la sympathie intuitive qui relierait entre eux tous les tres de la cration et nous fusionnerait nous-mmes avec eux1 ce n'est l qu'un vain mirage1 de brillantes mtaphores qui s'teignent brusquement devant la ralit des faits les plus simples et les plus faciles contrler4 ,jamais la sympathie pour une autre personne1 si intime soit-elle1 ne sera la conscience d'autrui4 ,si nous devinons parfois ses sentiments intimes1 ses proccupations ou ses projets1 c'est par un processus d'inductions et de dductions qui n'a rien voir avec l'intuition1 serait-il rapide comme l'clair4 ,c'est toujours par l'observation extrieure que nous pntrons ou que nous semblons pntrer dans l'intrieur des autres tres2 aussi le psychologue1 le naturaliste ou le physicien n'ont-ils pas d'autre procd leur disposition que l'observation extrieure4 ,et ce simple fait suffit rfuter la prtendue existence en nous d'une espce de sympathie intellectuelle par laquelle on se transporte l'intrieur d'un objet pour concider avec ce qu'il a d'unique et par consquent d'inexprimable#dee4 ,ce rve brillant n'est assurment qu'un rve4 ,il aura du moins pour nous une utile leon1 celle de nous mettre en garde contre les prtendues intuitions bergsoniennes1 sur les donnes soi-disant immdiates de la conscience4 ,rien de plus subjectif1 en effet1 ni de plus illusoire que ce prtendu regard intuitif jet dans l'intrieur des choses4 ,w4 ,james lui-mme a avou que les intuitions sourdes ne sont le plus souvent que le reflet d'un caractre variable avec chaque penseur4 ,le motif s'en devine aisment4 ,libr des entraves de la raison et de ses premiers principes1 l'esprit intuitif y dcouvre facilement tout ce qu'il veut4 ,m4 ,bergson prtend y saisir l'essence de la vie aussi bien que de la matire1 aussi fait-il du sentiment immdiat de la vie le fond de sa mtaphysique2 ,m4 ,blondel y peroit une manifestation concrte et progressive de l',infini2 ,m4 ,le ,roy y a entrevu1 avec le sens du divin1 la prsence mme de ,dieu2 avant eux1 ,schelling et ,ravaison y avaient dcouvert la stabilit de la vie ternelle2 contrairement tous les disciples d',hraclite qui n'y trouvent que la mobilit du devenir pur4 ,eh6 ,qui pourrait prvoir toutes les dcouvertes futures que cette sympathie divinatrice rserve nos fervents adeptes de l'intuitionisme et du mysticisme6 ,qu'est-ce qui ne devient pas croyable1 quand on ne croit plus qu'au sentiment et au flair de l'instinct individuel8 ,pour nous restreindre la dcouverte de ,m4 ,bergson1 elle se rsume--comme nous l'avons dj expose longuement--dans l'ide de ,temps1 toffe ou substance des choses et principe de la vie1 non moins que de ce psychique inverti qui est la matire4 ,or1 cette ide gnrale est non seulement un concept1 mais le plus compliqu et le plus raffin de tous1 car il suppose une laboration trs complexe d'une multitude de concepts1 de sentiments et d'imaginations amalgams dans une conception prodigieusement trange et systmatique4 ,en cela1 rien ne ressemble moins une intuition pure et simple3 c'est au contraire la cration de toute pice d'une vaste et brillante chimre1 baptise aprs coup de contact supra-intellectuel avec la ralit absolue1 l',evolution cratrice 444 ce que ,m4 ,fouille appelle ironiquement l',imagination cratrice4 ,ce n'est l1 ajoute-t-il justement1 qu'une cration de la pense1 non une manire immdiate de fouiller les entrailles des choses4 ,l'imagination philosophique ou scientifique est simplement une synthse rapide d'analyses antrieures ou une construction de synthses hypothtiques1 qui n'ont de valeur qu'en s'appuyant sur les analyses4 ,les prtendues intuitions sont alors de la logique aile1 prompte comme l'oiseau1 ramassant les syllogismes en enthymmes1 les enthymmes en jugements1 les jugements en ides saisies d'un regard de la pense4#def ,l'intuition1 loin d'tre un procd privilgi1 se rsout donc en ces jeux d'entits conceptuelles pour lesquels on professait tant de mpris4 ,qu'ils soient lents ou rapides comme un trait de lumire1 leur procd reste toujours le mme4 ,nous voil donc bien loin de cette intuition des choses par le dedans1 de cette connaissance parfaite et infaillible--parce qu'elle serait la concidence avec l'acte gnrateur de la ralit1--que l'on nous avait si pompeusement annonce4 ,l'intuition1 dans un vol pareil en audace a celui de ,promthe1 devait nous ravir tous les secrets du ciel et de la terre4 ,elle ne nous parlait que de perception pure1 de souvenir pur1 de dure pure1 d'htrognit pure1 de libert pure1 de mobilit pure1 de vie et de cration l'tat pur1 comme de donnes immdiates de la conscience intuitive4 ,or1 tous ces espoirs sont vains2 de fait1 la vie ne se saisit pas l'tat pur2 rien ne se laisse ainsi saisir1 soustrait toutes ses relations naturelles4 ,les notions pures qu'on nous proposait sont donc des entits imagines de toute pice et mises bien indment au rang des ralits vcues4 ,suivant le mot de ,tacite3 ils fabriquent des idoles et y croient3 fingunt atque credunt6 ,n'importe1 les entits conceptuelles n'auraient pu prtendre l'honneur d'une telle rhabilitation4 ,on en rencontre partout dans les uvres de la nouvelle cole2 elles sont devenues la trame essentielle de toute la philosophie intuitionniste4 ,si l'on retranchait1 par exemple1 de l',evolution cratrice1 tout ce qu'elle contient de notions gnrales et d'infrences rationnelles par induction ou dduction--ces procds si suspects1--il n'en resterait pas grand'chose1 car elle est plus charge de mtaphysique syllogisante que d'observation pure4 ,sans cet appel incessant aux donnes conceptuelles de l'intelligence et au raisonnement--si souvent calomnies par l'auteur1--que deviendraient ses belles rfutations du matrialisme1 du mcanisme et de l'idalisme anglais8 ,elles ne tiendraient plus debout4 ,que si parfois il draisonne lui-mme1 c'est encore en raisonnant outrance4 ,donc1 son brillant arostat est tout gonfl d'intellectualisme4 ,le fait est si vident que ,m4 ,bergson a d prendre la peine de s'en excuser4 ,il nous a rpondu que les concepts dont il se sert sont des concepts souples1 mobiles1 fluides1 bien diffrents de ceux que nous manions d'habitude 444 des concepts appropris un seul objet 444 concepts dont on peut dire peine que c'est encore un concept1 puisqu'il ne s'applique qu' une seule chose#deg4 ,le lecteur jugera de la valeur de cette chappatoire4 ,comme si l'on pouvait discuter sur un objet dont le concept serait fluide1 avec des dfinitions mobiles et perptuellement changeantes6 ,ou comme si nos jugements et nos raisonnements1 pour tre valides1 pouvaient se passer de termes gnraux6 ,si ,m4 ,bergson ne s'tait servi que de tels pseudo-concepts1 tous ses beaux raisonnements seraient caducs1 d'aprs les rgles les plus lmentaires de la ,logique4 ,concluons1 encore une fois1 que l'intuition1 pure de tout concept1 telle que les bergsoniens la conoivent1 ne peut tre qu'un rve4 ,aurait-elle toutes les qualits de la fumeuse jument de ,rolland1 elle en aurait surtout le grave dfaut1 celui de ne point exister4 ,l'intuition1 sans les ides correspondantes aux objets perus1 serait une facult aveugle plonge dans un trou noir o elle ne pourrait rien discerner ni se discerner elle-mme4 ,seule l'ide claire les objets et nous permet de les discerner1 soit dans l'analyse de leurs dtails1 soit dans leur unit synthtique4 ,mais si la valeur de l'ide gnrale ou du concept et des premiers principes qui l'accompagnent a dj t mise en doute ou nie par une mtaphysique nominaliste1 ce vice essentiel rejaillit sur l'intuition elle-mme4 ,aussitt1 l'intuition s'croule1 avec l'intelligence1 dans le gouffre du scepticisme universel4 ,gouffre sans fond et sans espoir de remde1 car les ngations nominalistes1 en sapant par la base toute connaissance intellectuelle1 permettent l'antiintellectualiste de ne tenir aucun compte des objections qu'on lui adresse au nom du bon sens et de la raison1 facults dsormais primes4 ,la tentative de ,m4 ,bergson d'lever une intuition philosophique sur les ruines de l'intelligence--alors que leur sort est essentiellement li--n'tait donc qu'un essai chimrique1 condamn un avortement certain4 ,la philosophie sera intellectualiste ou elle ne sera pas6 ,non1 sans doute1 qu'elle doive revenir un intellectualisme a priori1 irrvocablement condamn1 mais ce sage intellectualisme exprimental si bien appel par ,m4 ,rabier un empirisme intelligent3 celui d',aristote et de saint ,thomas1 si peu connu des modernes4 99 99 99 99 99 ,,iii4 ,remarques4--,il s'en faut cependant que cet appel l'intuition ne rponde point un besoin raisonnable de la pense contemporaine et soit rejeter sans aucune rserve4 ,et cette me de vrit1 nous voudrions1 en terminant1 la dgager des scories et de la gangue paisse dont on l'a enveloppe et obscurcie4 ,on a vraiment trop abus1 surtout depuis ,descartes et ,kant1 des constructions a priori4 ,il tait temps de renoncer une telle mthode si prilleuse et si strile1 en prenant contact avec les ralits de la nature1 et de subir le contrle des expriences vulgaires et scientifiques4 ,il tait temps de revenir une vue directe des choses4 ,que la pense du ,x,i,xe sicle ait rclam une philosophie de ce genre1 soustraite l'arbitraire1 capable de descendre au dtail des faits particuliers1 cela n'est pas douteux4#deh ,m4 ,bergson le reconnat1 mais on l'avait reconnu avant lui1 et c'tait l prcisment la principale raison d'tre de la renaissance au cours de ce sicle du pripattisme1 qui a pour mthode de tirer ses ides abstraites des faits concrets et d'difier la mtaphysique sur la physique1 en sorte que pour elle il n'y a jamais ni intuition pure ou vide de toute ide1 ni ide pure ou a priori sans aucune intuition profonde du rel4 ,on connat1 au contraire1 la manire tout a prioristique dont ,descartes a us1 par exemple1 pour formuler les lois du mouvement des corps1 en les dduisant de l'ide de ,dieu1 de son immutabilit ou de quelque autre ide claire4 ,on sait que s'il a fait appel l'exprience1 c'est pour lui faire jouer un rle trs secondaire et subordonn1 celui de confirmer ou de complter nos ides claires1 entirement innes et indpendantes de l'exprience#dei4 ,ne considrer celle-ci que comme la trs humble servante de la ratiocination nous parat aujourd'hui un abus invraisemblable4 ,quant aux formes a priori de ,kant1 elles tombent sous la mme rprobation1 et ,m4 ,bergson n'a cess de les cribler des traits de sa critique vengeresse4 ,bien des pages seraient citer2 en voici une prise au hasard qui n'est pas la moins vigoureuse3 ,un des principaux artifices de la critique kantienne a consist prendre au mot le mtaphysicien et le savant 7qui spculaient a priori71 pousser la mtaphysique et la science jusqu' la limite extrme du symbolisme o elles pourraient aller1 et o d'ailleurs elles s'acheminaient d'elles-mmes1 ds que l'entendement revendique une indpendance 7des faits7 pleine de prils4 ,une fois mconnues les attaches de la science et de la mtaphysique avec l'intuition intellectuelle 7des faits71 ,kant n'a pas de peine montrer que notre science est toute relative et notre mtaphysique tout artificielle4 ,comme il a exaspr l'indpendance de l'entendement dans un cas comme dans l'autre1 comme il a allg la mtaphysique et la science de l'intuition intellectuelle qui les lestait intrieurement1 la science ne lui prsente plus1 avec ses relations1 qu'une pellicule de forme1 et la mtaphysique1 avec ses choses1 qu'une pellicule de matire4 ,est-il tonnant que la premire ne lui montre alors que des cadres embots dans des cadres1 et la seconde des fantmes qui courent aprs des fantmes8 444 ,il a port notre science et notre mtaphysique des coups si rudes qu'elles ne sont pas encore tout fait revenues de leur tourdissement4 ,et aprs une critique vigoureuse de ce grand rve de la mathmatique universelle que ,kant a eu le grand tort de prendre pour une ralit1 et de ces formes a priori o tout le rel doit entrer de gr ou de force1 il conclut ainsi3 ,bref1 toute la ,critique de la ,raison pure aboutit tablir que le ,platonisme1 illgitime si les ides sont des choses 7des substances71 devient lgitime si les ides sont des rapports 7des formes71 et que l'ide toute faite1 une fois ainsi ramene du ciel sur la terre1 est bien1 comme l'avait voulu ,platon1 le fond commun de la pense et de la nature4 ,mais toute la ,critique de la ,raison pure repose aussi sur ce postulat que notre intelligence est incapable d'autre chose que de platoniser1 c'est--dire de couler toute exprience dans des moules prexistants4#dfj ,voil qui est fort bien raisonn2 c'est l'ide qu'il faut mouler sur le rel et non pas le rel sur l'ide a priori4 ,et c'est l1 prcisment1 nous l'avons dj dit1 la grande supriorit de l'aristotlisme sur le platonisme1 de la philosophie traditionnelle sur toutes les philosophies modernes#dfa4 ,mais comment raliser ce progrs1 comment passer de la pense la nature1 du sujet l'objet8 ,n'est-ce pas l prcisment l'abme que depuis ,descartes et ,kant on ne savait plus comment franchir1 tous les ponts paraissant irrmdiablement coups entre les deux rives distantes l'infini8 ,toute la philosophie moderne1 plus ou moins imbue de subjectivisme1 s'tait donc enferme dans l'tude du sujet pensant--sans en pouvoir sortir1--comme dans un trou o l'on touffe4 ,la philosophie traditionnelle1 depuis ,aristote1 avait bien dcouvert et publi la thorie clbre de la communication des tres entre eux1 mais le secret s'tait perdu et l'on ne tentait mme plus aucun effort pour le retrouver1 parce qu'on le disait impossible4 ,ce prjug est si tenace que l'on voit encore des penseurs de talent crire sans la moindre hsitation des paradoxes comme celui-ci3 ,un dehors et un au del de la pense est1 par dfinition1 chose absolument impensable4 ,jamais on ne sortira de cette objection4444 ,la pense1 en se cherchant un objet absolu1 ne trouve jamais qu'elle-mme2 le rel conu comme chose purement donne fuit sans cesse devant la critique4#dfb ,c'est donc1 pour tous nos modernes1 la pense qui se contemple et se saisit elle-mme1 en croyant saisir et contempler un objet tranger au moi6 ,pour nous1 au contraire1 c'est l'illusion trange et fantastique de ce solipsisme qui est contradictoire et impensable6 ,nous avons vu comment ,m4 ,bergson1 loin d'accepter cette dfense de communiquer avec le dehors1 avait hardiment bris et franchi la barrire imaginaire en posant en principe l'intuition immdiate du monde extrieur4 ,c'tait l1 aux yeux de ses contemporains--et mme de ses plus minents disciples qui ont refus de le suivre1--une audace rvolutionnaire4 ,a nos yeux1 c'est un acte de courage louable2 mais c'est surtout un acte de simple bon sens4 ,s'il et t soutenu par une analyse psychologique et mtaphysique plus profonde1 se rapprochant de la fameuse thorie pripatticienne sur la communication de l'agent et du patient--qu'il semble ignorer totalement1--son acte de bon sens se ft doubl d'un acte philosophique d'une plus haute porte4 ,quoi qu'il en soit1 l'intuition du rel est enfin reintgre dans la philosophie positive1 une place d'autant plus honorable que son exil avait t plus long et plus immrit4 ,aprs l'intuition immdiate du monde extrieur par les sens externes1 il fallait aussi rintgrer l'intuition immdiate du moi-agent par le sens intime4 ,ici1 ,m4 ,bergson1 quoique en avance sur ses contemporains1 nous parat encore bien incomplet4 ,si cette intuition existe1 crit-il1 une prise de possession de l'esprit par lui-mme est possible et non plus seulement une connaissance extrieure et phnomnale4#dfc ,aprs une affirmation si nette1 on s'attend voir apparatre le moi-agent et l'on est du4 ,sans doute1 il nous a bien dit que le moi tait peru dans ses profondeurs et non sa surface3 ,j'en perois l'intrieur1 le dedans1 par des sensations que j'appelle affectives1 au lieu d'en connatre seulement la pellicule superficielle4#dfd ,mais cette analyse psychologique est encore bien insuffisante4 ,s'il avait tudi1 comme ,maine de ,biran1 le sentiment de l'effort actuel1 o1 sous l'action1 apparat si clairement l'existence d'un agent qui s'efforce pour passer de la puissance l'acte1 ,m4 ,bergson aurait conclu la perception immdiate de l'existence--je ne dis pas de la nature que le raisonnement seul peut atteindre--de cet agent qui n'a rien de mystrieux puisqu'il s'appelle moi1 et qu'il se proclame matre de son action1 en disant3 ma pense1 mon vouloir1 mon choix1 au lieu de dire votre pense1 votre vouloir1 voire choix4 ,sans cette intuition1 le raisonnement seul ne permettrait jamais au moi de se connatre lui-mme4 ,appuy sur le principe de substance3 l'accident suppose un sujet1 il n'aurait pas droit de conclure que ce sujet est notre moi1 notre personne4 ,au lieu de dire3 je pense1 je veux1 je choisis1 il devrait conclure seulement--sous une forme impersonnelle3--on pense1 on veut1 on choisit1 comme on dit3 il pleut ou il neige6 ,cette intuition immdiate d'un agent sous l'action1 il tait difficile ,m4 ,bergson de la reconnatre1 aprs avoir fait profession du plus pur phnomnisme1 sans se contredire ouvertement et renverser de fond en comble son propre systme4 ,il a donc l comme une apparence d'excuse4 ,mais ceux-l n'en ont aucune qui1 aprs avoir combattu le phnomnisme et admis des agents sous les actions1 des tres sous les modes d'tre1 osent traiter d'illusion d'ultra-raffins la perception immdiate du moi-agent#dfe4 ,ceux-l sont sans excuse qui tentent de chasser de la psychologie exprimentale la perception de cet agent1 quelle qu'en soit d'ailleurs la nature1 spirituelle ou matrielle4 ,en cela1 il font le jeu1 sans s'en douter1 des positivistes et des phnomnistes1 et en deviennent1 bon gr1 mal gr1 les prisonniers1 parce qu'il est impossible de dcrire les faits psychologiques sans les juger1 et que les dcrire comme le fait un pur phnomniste1 c'est dj juger que le phnomnisme est vrai4 ,par exemple1 impossible de dire1 comme psychologue1 que l'me 7quelle qu'en soit la nature7 est une hypothse superflue pour expliquer les faits psychiques2--et puis d'ajouter1 comme mtaphysicien1 qu'elle est indispensable pour expliquer les mmes faits4 ,ce raisonnement est tellement vident qu'il a forc l'adhsion de ,m4 ,bergson lui-mme dans une page mmorable que nous recommandons la mditation des philosophes spiritualistes auxquels nous venons de faire allusion4 ,a premire vue1 il peut paratre prudent d'abandonner la science 7la ,psychologie positive7 la considration des faits4444 ,a cette connaissance1 le philosophe superposera une critique de la facult de connatre et aussi1 le cas chant1 une mtaphysique3 quant la connaissance mme1 dans sa matrialit1 il la tient pour affaire de science et non pas de philosophie4 ,mais comment ne pas voir que cette prtendue division du travail revient tout brouiller et tout confondre8 ,la mtaphysique ou la critique que le philosophe se rserve de faire1 il va les recevoir toutes faites de la science positive1 dj contenues dans les descriptions et les analyses dont il a abondonn au savant tout le souci4 ,pour n'avoir pas voulu intervenir1 ds le dbut1 dans les questions de fait1 il se trouve rduit dans les questions de principe formuler purement et simplement en termes plus prcis la mtaphysique et la critique inconscientes1 partant inconsistantes1 que dessine l'attitude mme de la science vis--vis de la ralit4444 ,on ne peut pas dcrire l'aspect de l'objet sans prjuger sa nature intime et son organisation4 ,la forme n'est pas tout fait isolable de la matire1 et celui qui a commenc par rserver la philosophie les questions de principe1 et qui a voulu1 par l1 mettre la philosophie au-dessus des sciences comme une ,cour de cassation au-dessus des ,cours d'assises et d'appel1 sera amen1 de degr en degr1 ne plus faire d'elle qu'une simple cour d'enregistrement charge tout au plus de libeller en termes plus prcis des sentences qui lui arrivent irrvocablement rendues4#dff ,voil qui est fort bien dit4 ,c'est la psychologie exprimentale qui tiendra la psychologie mtaphysique prisonnire1 si celle-ci abdique tout contrle sur la marche de la premire3 ce qui se fera sans elle1 se fera contre elle4 ,et cette bonne leon nous vient de nos adversaires eux-mmes3 fas est et ab hoste doceri6 99 99 99 99 99 ,a l'intuition du moi-agent et de tous les agents extrieurs perus travers leurs actions1 il faut ajouter une troisime espce d'intuition1 bien diffrente des deux premires1 l'intuition intellectuelle1 fonction propre de l'intelligence humaine4 ,elle seule sait lire l'intrieur 7intus-legere7 de l'objet concret1 contingent et prissable1 le type ternel et ncessaire dont il est l'expression sensible#dfg4 ,elle seule1 conoit l'ide ou notion gnrale1 et1 par l'intuition des rapports ncessaires entre les ides1 nous dcouvre les jugements ou principes premiers4 ,or1 les notions les plus lmentaires--avant leurs combinaisons savantes dans des notions complexes--sont directement perues par une pure intuition dans les ralits extrieures ou intimes qui les expriment4 ,telles sont les notions transcendantales d'tre#dfh1 d'unit1 de bont1 de beaut1 etc42 ainsi que les notions catgoriques de substance et d'accident1 de qualit et de quantit1 d'action et de passion1 d'espace et de temps1 etc4 ,tout cela1 nous l'exprimentons chaque instant2 bien plus1 tout cela1 nous le sommes1 nous le saisissons sur le vif en nous-mmes1 nous le vivons1 et s'il y eut jamais des connaissances vcues1 ce sont bien celles-l4 ,grce cette antique notion d' intuition1 dsormais reconquise1 la philosophie tout entire se transfigure4 ,l'intuition du rel1 comme un phare lumineux1 l'enveloppe de la base au sommet4 ,elle est la base1 puisqu'elle tire du rel toutes ses donnes concrtes1 tous les matriaux de ses constructions idales1 et qu'elle peut vrifier sans cesse la conformit de ses images sensibles avec le rel intuitivement peru4 ,elle est au sommet1 car c'est encore l'intuition sensible que revient l'esprit1 chacune des tapes de ses ascensions vers la vrit totale1 soit pour juger de la valeur objective de ce qu'elle a bti1 en reprenant contact avec le rel1 soit pour approfondir davantage ses notions1 ses thories1 en les replongeant dans le milieu rel d'o elles ont surgi1 en les regardant de nouveau la lumire de ce concret dont la profondeur de sens est inpuisable1 suivant l'adage scolastique3 omne individuum ineffabile4 ,la beaut et surtout la vrit d'une telle science philosophique1 ainsi reconstruite sur l'intuition du rel1 clatent tous les regards4 ,elle n'est plus une divination hypothtique d'un noumne inconnaissable2--est une contemplation de la vrit--sinon directement dans le ,soleil divin o elle habite1--du moins dans les ralits cres o se rflchissent et se jouent1 plus accessibles nos faibles regards1 les innombrables rayons de sa lumire4 ,a ses yeux1 les lois de l'tre sont perues dans l'tre lui-mme et leur porte philosophique est dsormais fonde#dfi4 ,au contraire1 supprimez toute intuition du rel1 le sujet pensant tourne2 au dedans de lui-mme sans en pouvoir sortir4 ,comme l'cureuil dans sa cage1 il peut en tournant rapidement se donner l'illusion de franchir l'immensit des espaces2 de fait1 il reste toujours sur place4 ,le philosophe subjectiviste1 incapable de confronter sa pense avec le rel qu'elle doit reprsenter1 ne pourra plus la confronter qu'avec elle-mme3 ce qui n'a aucun sens1 car la norme de la pense ne peut tre la pense elle-mme1 sans une vidente contradiction2 ou bien comparer ensemble deux penses3 un prdicat et un attribut1 pour voir leur conformit logique3 ce qui n'a aucune utilit pour juger de leur valeur relle ou ontologique4 ,ds lors1 quoi lui sert d'avoir des notions et des principes1 par exemple les notions de cause et d'effet1 et le principe de causalit1 si l'esprit ne peut plus constater1 en lui et hors de lui1 l'existence de causes et d'effets rels correspondant ces notions abstraites8 ,a quoi lui sert le principe de causalit1 s'il ignore s'il y a dans la nature des ralits concrtes auxquelles il serait applicable8 ,toute sa mtaphysique a priori reste ainsi suspendue en l'air comme un monde possible1 mais peut-tre irrel ou fort diffrent de celui que nous habitons et sans aucune application lgitime notre monde actuel4 ,en un mot1 sans l'intuition de l'tre1 toute la ,mtaphysique s'vanouit comme science du rel4 ,ces consquences1 ,m4 ,bergson les a fort bien vues--rendons-lui cette justice1--et il a eu le courage de les rappeler nos contemporains qui les avaient perdues de vue ou plutt entirement mconnues4 ,il a mme su poser le problme avec une parfaite nettet3 l'esprit humain est-il1 oui ou non1 incapable d'aucune intuition du rel8--,toute la question est l1 dclarait-il fort justement1 et il ajoutait3 ,les doctrines qui ont un fond d'intuition 7du rel7 chappent la critique kantienne1 dans la mesure mme o elles sont intuitives4#dgj ,c'est1 en effet1 la seule manire de tourner ou de briser la barrire artificielle leve par ,kant entre la pense et l'objet rel4 ,m4 ,bergson n'aurait-il crit que ces paroles pour rsumer sa thorie de l'intuition1 nous devrions lui en savoir gr1 car elles sont le mot d'ordre d'une rvolution antikantienne et antisubjectiviste4 ,malheureusement1 sa raction si lgitime1 si ncessaire1 a dpass le but1 comme il arrive ordinairement toute raction4 ,il a imagin une intuition de l'objet1 en soi1 par le dedans1 qui nous le ferait saisir tel qu'il est l'intrieur de lui-mme1 dans la synthse profonde et inexhaustible de son essence1 alors qu'il nous suffit d'une intuition de l'objet en soi1 mais vu par le dehors1 dans les manifestations physiques ou psychiques qui l'expriment et que mon image mentale a la prtention lgitime de reproduire4 ,il tait d'ailleurs entran cet excs par son prjug monistique o tous les tres1 sujets ou objets1 se confondent et se compntrent dans une identit chimrique1 ne pouvant plus rien avoir de cach ou d'insaisissable les uns pour les autres4 ,a cet excs sur un point1 il a ajout un trs grave dfaut sur un autre point non moins important4 ,ce dfenseur outrance de l'intuition sensible a ni ou mconnu l'intuition intellectuelle1 encore plus ncessaire que la premire1 car si l'intuition sensible nous donne la matire contingente et prissable1 l'intuition intellectuelle nous en donne la forme ternelle et ncessaire4 ,or1 c'est la forme qui nous fait comprendre la matire1 et1 sans elle1 la matire resterait inintelligible et incomprise1 comme pour les animaux sans raison qui voient tout sans rien comprendre4 ,non seulement la forme ternelle nous fait comprendre ce qui est mais encore et surtout ce qui doit tre1 c'est--dire les principes qui doivent orienter notre action et notre vie morale4 ,or1 il est bien impossible de passer de l'intuition de ce que nous sommes prsentement l'intuition de ce que nous devons tre1 sans le secours de l'intelligence1 facult intuitive des principes ncessaires aussi bien en morale qu'en logique et en mtaphysique4 ,sans elle1 par consquent1 il est impossible ,m4 ,bergson de couronner sa psychologie par une science morale vraiment digne de ce nom4 ,pour se connatre soi-mme1 suivant l'antique maxime1 il ne suffit ni d'un regard sur le prsent ni d'un retour sur le pass1 il faut en outre une vue de l'avenir1 ou plutt de l'idal ternel raliser1 idal de bont et de beaut qui doit nous attirer et nous entraner en orientant notre vie tout entire4 ,or1 ce progrs moral individuel et social1 cette ascension dans une voie de spiritualit croissante1 ce n'est pas un fait universel que l'on constate2 c'est un principe d'ordre qui s'impose notre esprit et notre action1 malgr tous les faits contraires4 ,ici1 l'intuition morale va bien au del de l'exprience prsente2 elle est donc intellectuelle4 ,elle porte sur des principes et non sur des faits1 sur ce qui doit tre et non sur ce qui est4 ,elle n'est pas une perspective sur le temps ni mme sur l'avenir1 mais sur l'ternit4 ,la science morale sera donc intellectuelle ou elle ne sera pas4 ,cette ngation audacieuse de l'intelligence par l'cole nouvelle--qui se dit elle-mme no-positiviste et antiintellectualiste--a bris les ailes de l'esprit humain1 dont toute1 la dignit consiste1 non sentir1 mais penser4 ,elle a dconsidr1 en mme temps1 sa philosophie1 car le premier devoir du penseur qui cherche expliquer la nature humaine est de ne pas la mutiler1 sous prtexte de la mieux expliquer4 ,par cette mutilation1 les no-positivistes renversent la lgislation naturelle de l'esprit humain1 dont ils ne peuvent pourtant pas plus se passer que nous1 puisqu'ils se servent de l'ide1 et partant l'affirment encore au moment mme o ils la nient4 ,une intuition sensible du concret1 sans une intuition correspondante de l'idal et des principes premiers1 ne peut conduire qu' la confusion des ides1 l'anarchie et au chaos4 ,tmoins toutes ces incohrences1 toutes ces contradictions1 toutes ces inintelligibilits que nous n'avons cess1 chaque page de ce travail1 de relever en dtail et de dnoncer au lecteur4 ,elle conduit aussi tous les carts de l'imagination--cette folle du logis1 si brillante soit-elle--qui lient dsormais les rnes du char embourb1 aux lieu et place de la raison4 ,a chaque page de cette tude1 nous aurions pu en souligner l'influence fatale et parfois dlirante4 ,sans remonter plus haut1 la thorie mme de l'intuition bergsonienne va nous en fournir une preuve tangible4 ,aprs avoir pos la thse que l'intuition nous fait pntrer l'intrieur mme de la vie et des vivants1 il s'efforce d'attnuer l'tonnement que doit en prouver tout lecteur de bon sens par la comparaison suivante3 ,qu'un effort de ce genre n'est pas impossible1 c'est ce que dmontre dj l'existence1 chez l'homme1 d'une facult esthtique ct de la perception normale4444 ,l'artiste vise ressaisir 7les sentiments intrieurs de son modle7 en se replaant l'intrieur de l'objet par une espce de sympathie1 en abaissant par un effort d'intuition 787 la barrire que l'espace interpose entre lui et le modle4 ,il est vrai que cette intuition esthtique1 comme d'ailleurs la perception extrieure1 n'atteint que l'individuel4 ,mais on peut concevoir une recherche oriente dans le mme sens que l'art et qui prendrait pour objet la vie en gnral4444 ,par la communication sympathique qu'elle tablira entre nous et le reste des vivants1 par la dilatation qu'elle obtiendra de notre conscience 7671 elle nous tablira dans le domaine propre de la vie1 qui est compntration rciproque et cration indfiniment continue4 ,mais si par l elle dpasse l'intelligence1 c'est de l'intelligence que sera venue la secousse qui l'aura fait monter au point o elle est4#dga ,encore un mirage dcevant de l'imagination6 ,sans doute1 l'artiste qui veut peindre un modle1 comme le romancier qui veut composer un personnage1 peut pntrer par sympathie dans l'intrieur de cette individualit trangre1 lire dans sa pense1 ressentir ses impressions et ses sentiments les plus intimes4 ,mais qui donc en lui accomplit ce prodige1 sinon l'imagination8 ,en vrit1 il rve1 il ne voit point ce qu'il dcrit d'une manire si mouvante4 ,il n'y a de mme qu'un rve de l'imagination dans l'effort intuitif invent par l'auteur de l',evolution cratrice4 ,une intuition suprieure celle de l'intelligence n'existe point1 et le pouvoir mystique qu'on lui prte de lire dcouvert tous les secrets de la nature est vain4 ,l'intuition d'une vie individuelle distincte de la ntre1 plus forte raison l'intuition de la vie en gnral1 n'est donc qu'un mythe2 et si ,m4 ,bergson en a fait l'me de sa philosophie nouvelle1 il a tout simplement ralis une abstraction1 caress une chimre1 galvanis un brillant fantme1 auprs duquel plissent toutes entits scolastiques les plus clbres4 ,a ce jeu lgant1 et qui1 par sa nouveaut1 peut plaire un certain public1 la philosophie ne peut rien gagner2 elle s'abaisse au contraire en devenant un art1 un prolongement des beaux-arts1 nous allions dire un roman philosophique1 au lieu de rester ce qu'elle doit tre3 un amour incorruptible et une recherche parfaitement sincre de ce qui est1 de la ,vrit4 ,l'intuition du rel1 tant prne1 s'est change en songe fantastique6 ,comme dans le pome de ,lakm1 la fantaisie y dploie ses ailes d'or et s'imagine planer bien au-dessus des simples mortels 444 alors qu'elle rve6 99 99 99 99 99 ,,note ,,sur ,,le ,,pragmatisme ,,de ,m4 ,,bergson4 ,nous avons omis de parler du ,pragmatisme de ,m4 ,bergson1 parce que--quoi qu'on en ait dit--nous n'avons pu dcouvrir en ses ouvrages ni le mot ni la chose4 ,sans doute1 il est facile de1 passer de l'antiintellectualisme et du mobilisme pur au ,pragmatisme1 mais ce passage1 nous n'avons pu le surprendre chez notre auteur4 ,pour ,m4 ,bergson1 l'action prime la connaissance4 ,bien plus1 l'intelligence est impuissante spculer1 parce qu'elle est ne pour l'action et tout entire oriente vers l'action4 ,cette proccupation constante ne lui permet pas de voir pour comprendre1 mais seulement de voir pour agir4 ,en sorte que nos perceptions nous donnent le dessin de nos actions possibles sur les choses1 bien plus que celui des choses elles-mmes2 c'est notre action ventuelle qui nous est renvoye par la matire1 comme par un miroir1 quand nous la contemplons#dgb4 ,de l1 le morcelage du continu1 la solidification du fluent1 la cristallisation de la vie et notre incapacit intellectuelle4 ,or1 tout cela est une certaine ,philosophie de l'action1 sans tre un ,pragmatisme4 ,nulle part ,m4 ,bergson ne prend l'utile1 ni le succs1 ni le bien#dgc pour critre du vrai1 comme les pragmatistes anglo-saxons2 nulle part il ne prend son compte leur fameuse dfinition de la vrit des premiers principes1 tels que deux et deux font quatre1 o ils ne voient que des hypothses commodes succs extraordinaire4 ,bien au contraire1 pour ,m4 ,bergson1 le vrai se trouverait plutt l o le besoin pratique de l'action--l'utilit--ne ferait plus sentir son influence dformatrice4 ,ainsi1 par exemple1 si les qualits sensibles lui apparaissent si pleinement objectives1 c'est que la perception des qualits sensibles est beaucoup plus indpendante du besoin et prsente par l mme une ralit objective suprieure#dgd4--;,autre exemple4 ,il exalte la philosophie bien au-dessus des sciences positives1 pour cette raison3 la science ne cherche voir que pour prvoir et pour agir1 tandis que la philosophie intuitionniste cherche voir pour voir#dge4 ,toute l'excellence de l'intuition est l4 ,la vrit serait donc plutt en raison inverse de l'utilit4 ,ce qui est le contre-pied du ,pragmatisme amricain4 ,toutefois1 l'absence d'utilit ne serait encore qu'une marque ngative et comme une prsomption de vrit4 ,resterait prciser sa marque positive1 son critre2 et c'est ici que notre auteur devient muet4 ,parfois1 il est vrai1 il insinue que le seul moyen de comprendre une chose serait de la vivre4 ,le vrai critre serait donc la vie8#dgf ,comme si une hypothse fausse ne pouvait pas tre aussi vcue qu'une hypothse vraie6 ,toutes les philosophies1 toutes les religions existantes ou vivantes seraient donc galement vraies8444 ,a son tour1 la vie consisterait n'avoir plus de critre8444 ,autant de problmes qui restent en l'air1 dans la philosophie bergsonienne1 sans qu'on en puisse prjuger encore la solution4 ,m4 ,bergson ne peut manquer d'aborder de front un sujet si important et si plein d'actualit4 ,aussi attendrons-nous qu'il ait plus clairement formul son opinion dfinitive pour la discuter4 ,que si le lecteur plus exigeant rclamait de nous un pronostic1 nous lui dirions que nous serions fort surpris de ne pas voir ,m4 ,bergson se sparer nettement des pragmatistes qui--un peu htivement--se rclamrent de lui comme d'un matre4 99 99 99 99 99 ,,ix ,,le ,,probl,,me ,,de ,,la ,,contingence ,,et ,,de ,,la ,,destin,e ,,humaine4 ,toute philosophie qui se respecte doit bien finir1 au terme de ses spculations ou de ses divagations1 par rencontrer le problme angoissant de la contingence et de la destine humaine4 ,aussi bien la philosophie nouvelle n'a-t-elle pu compltement l'esquiver4 ,vers la fin du volume de l',evolution cratrice auquel nous venons de consacrer les cinq derniers chapitres de cette critique1 nous trouvons1 en effet1 pose la fameuse et invitable question1 mais elle nous a paru accompagne de deux rponses bien diffrentes et mme opposes4 ,la premire--la moins satisfaisante des deux--est un effort puissant de dialectique a priori pour nous dmontrer que ce n'est l qu'un pseudo-problme soulev autour d'une pseudo-ide4 ,volontiers1 l'auteur nous dirait avec ,littr3 ,laissez l ces chimres4444 ,ces problmes sont une maladie4 ,le moyen d'en gurir1 c'est de n'y pas penser4#dgg ,c'est par l'examen de cette premire solution que nous allons commencer4 99 99 99 99 99 ,i4--,tous nos lecteurs savent ce que l'on entend par la contingence4 ,tout ce qui commence ayant une cause est un tre ab alio1 un tre driv1 second1 c'est--dire un tre contingent1 tandis que ce qui n'est pas par un autre est par lui-mme1 a se1 et trouve en lui-mme1 dans la perfection de sa propre nature1 son explication ou sa raison d'tre4 ,ainsi un fils vient de son pre et de sa mre3 il est donc contingent4 ,et comme le pre et la mre ont commenc par tre eux-mmes engendrs1 ils sont encore des tres contingents4 ,de mme1 ma pense actuelle vient de la fcondit de mon esprit1 elle est donc contingente1 et mon esprit lui aussi est contingent s'il n'est pas ncessaire et ternel4 ,tandis que l'tre contingent1 pour avoir pass de la puissance l'acte1 reste marqu du sceau de la puissance qui est une dpendance et une relativit essentielles1 comme nous l'avons vu1 l'tre qui serait acte1 pur1 sans aucun mlange de potentialit1 serait l'indpendance mme et l'absolue ncessit4 ,or1 cette thorie1 qui est d'une complte vidence pour ceux qui nous ont suivi jusqu'ici1 en mme temps qu'elle est d'une simplicit et d'une beaut merveilleuses1 ne pouvait avoir le don de plaire aux philosophes qui ont saccag et ruin les premires notions du bon sens sur lesquelles notre thorie est fonde1 notamment les notions d'tre1 d'identit1 de contradiction et de causalit4 ,dsormais1 il sera1 non seulement curieux1 mais trs instructif de les voir se heurter et se dbattre impuissants contre cette nouvelle barrire1 et1 ne pouvant plus rsoudre le problme qu'elle suscite1 chercher du moins le subtiliser4 ,voici1 en effet1 comment ils ont essay de supprimer le grand problme inluctable1 celui de la contingence4 ,avant d'attaquer la contingence possible de l'tre lui-mme1 ,m4 ,bergson commence1 par une savante stratgie1 combattre la contingence d'une des manires d'tre les plus frappantes des choses de ce monde1 savoir leur ordre#dgh4 ,l'ide de dsordre1 dit-il1 n'est qu'une pseudo-ide1 soulevant un pseudo-problme1 celui de l'origine ou de la raison d'tre de cet ordre4 ,or1 le dsordre n'est mme pas possible2 donc l'ordre est ncessaire2 donc1 du mme coup s'vanouissent 7avec l'ide de dsordre7 les problmes que l'on faisait lever autour d'elle#dgi4 ,tout d'abord1 l'auteur distingue deux espces d'ordre irrductibles l'un l'autre3 #a l'ordre voulu1 o les choses sont disposes de concert vers un but2 #b l'ordre automatique1 o les choses sont disperses d'une manire quelconque4 ,ainsi1 tracez au hasard sur le tableau noir n'importe quelle figure3 elle constituera toujours une figure gomtrique4 ,voici maintenant l'application de ces deux notions un cas donn3 ,quand j'entre dans une chambre et que je la juge en dsordre1 qu'est-ce que j'entends par l8 ,la position de chaque objet s'explique par les mouvements automatiques de la personne qui couche dans la chambre1 ou par les causes efficientes1 quelles qu'elles soient1 qui ont mis chaque meuble1 chaque vtement1 etc41 la place o ils sont3 l'ordre au second sens du mot est parfait4 ,mais c'est l'ordre du premier genre que j'attends1 l'ordre que met consciemment dans sa vie une personne range1 l'ordre voulu1 enfin1 et non pas l'ordre automatique4 ,j'appelle alors dsordre l'absence de cet ordre4#dhj ,le dsordre n'est donc que la dsillusion de l'esprit qui cherche un ordre et qui en trouve un autre4 ,mais il faut ncessairement que l'un ou l'autre existe2 l'ordre est donc ncessaire2 il est partout et toujours4 ,et s'il est ncessaire1 il n'est plus un mystre claircir et n'a plus besoin d'explication4 ,la seule question3 pourquoi il y a de l'ordre n'a plus de sens4 ,a ce raisonnement d'apparence spcieuse1 nous rpondrons en accordant ,m4 ,bergson1 qu'en effet1 si l'on admet sa dfinition--et nous l'admettrons pour simplifier la discussion1--si l'on admet qu'on doive appeler du mot d'ordre tout arrangement quelconque des choses--ordonn ou dsordonn1--sa conclusion s'impose3 il est ncessaire que nous trouvions toujours et partout dans les choses l'un de ces deux ordres4 ,mais est-il ncessaire d'y trouver l'un plutt que l'autre8 il est clair que non4 ,le choix entre les deux est contingent4 ,a plus forte raison1 si nous sommes en prsence d'un ordre intentionnel1 le choix de tel ou tel plan parmi le nombre infini de plans galement possibles sera contingent4 ,et alors le problme premier1 que l'on a voulu supprimer1 revient tout entier avec sa force imprieuse3 pourquoi ce plan plutt qu'un autre8 ,s'il est ncessaire qu'il y en ait un1 aucun d'eux pourtant n'tait ncessaire3 et s'ils sont tous contingents1 ils ont donc une cause4 ,m4 ,bergson lui-mme nous aide dans notre raisonnement lorsqu'il reconnat qu'un ordre est contingent et nous apparat contingent par rapport l'ordre inverse1 comme les vers sont contingents par rapport la prose et la prose par rapport aux vers#dha4--;,c'est l tout ce que nous demandons4 ,il est donc contingent et nullement ncessaire que l'univers soit un pome crit en vers ou en prose2 si c'est en vers1 il est contingent que ce soit en vers de telle ou telle mesure1 soumis telles ou telles lois1 etc4 ,la contingence renat ainsi de ses cendres2 et le problme de savoir quelle est la cause de l'ordre contingent que nous admirons1 au lieu de s'vanouir1 avec la pseudo-ide du dsordre1 comme on nous l'avait annonc1 s'impose aussi imprieux que jamais aux investigations de l'esprit humain4 ,ce premier problme nous conduit naturellement au second4 ,de la contingence de l'ordre qui n'est qu'une manire d'tre1 passons la contingence de l'tre lui-mme4 ,ici1 nous allons serrer encore de plus prs et voir plus fond la difficult qu'on nous oppose4 ,la ncessit d'un certain ordre que nous avons accorde n'tait d'ailleurs qu'une ncessit hypothtique4 ,si tel tre existe1 il lui faut ncessairement une manire d'tre et un ordre quelconque2 mais aucune manire d'tre1 aucun ordre n'est ncessaire cet tre si1 loin d'tre lui-mme ncessaire1 il est contingent4 ,c'est donc la contingence de l'tre lui-mme qu'il importe surtout d'examiner4 ,la seconde attaque de ,m4 ,bergson contre la contingence sera parallle la premire#dhb4 ,elle en sera presque une rptition4 ,le dsordre tait une pseudo-ide soulevant un pseudo-problme3 quelle est la cause de l'ordre8--,le nant sera ici la pseudo-ide soulevant un autre pseudo-problme3 quelle est la cause de l'existence8--,on entrevoit dj tout le plan de bataille1 ou plutt la trame subtile du pige qu'on nous prpare4 ,l'auteur ne consacre pas moins de vingt-six pages nous dmontrer la majeure de sa preuve1 savoir que l'ide du nant absolu est une ide destructive d'elle-mme1 une pseudo-ide1 qui se rduit un simple mot4 ,cette longue dissertation1 dj parue sous forme de cours et d'article1 de ,revue#dhc1 est1 en effet1 trs instructive relire1 si l'on veut comprendre le fort et le faible de ce merveilleux analyste psychologue qu'est ,m4 ,bergson1 confrencier aussi brillant que subtil1 aussi habile jongler avec les ides qu'avec les images et les formes littraires4 ,mais pourquoi sa pntrante psychologie n'est-elle pas double d'une logique impeccable8 ,qu'on juge de la porte de notre doute par un simple trait4 ,aprs s'tre vertu nous montrer que l'ide de nant n'tait elle-mme qu'un pur nant et un mot vide1 voici qu' son tour1 victime sans doute de l'illusion commune1 il se prend lui attribuer un rle2 et non seulement un rle ngatif1 comme on le fait couramment dans l',ecole1 mais encore un rle positif1 et mme un premier rle4 ,ainsi1 d'aprs lui1 nous nous servons du vide pour penser le plein2--nous allons de l'absence la prsence2--nous passons par l'ide du nant pour arriver celle de l'tre2--l'ide du nant est souvent le ressort cach1 l'invisible moteur de la pense philosophique1 etc4 ,l'auteur a beau ajouter que c'est en vertu d'une illusion fondamentale de l'entendement1 il n'en reste pas moins qu'un rle si utile et si puissant1 attribu une ide qui n'existe mme pas1 semble quelque peu contradictoire4 ,aristote et saint ,thomas1 qui reconnaissent pourtant la ralit de cette ide ngative du nant1 ne lui ont jamais attribu une telle vertu4 ,jamais ils n'ont dit que notre pense doit s'lever du vide au plein1 du nant l'tre4 ,pour eux1 au contraire1 l'ide d'tre est la premire que puisse saisir l'intelligence#dhd2 et le nant n'est conu qu'en second lieu1 ngativement et par le contraste de la prsence avec l'absence2 pour eux1 c'est l'ide d'tre qui est le ressort cach et l'invisible moteur de la pense philosophique et non pas l'ide du nant4 ,jamais ils n'auraient crit1 comme ,m4 ,bergson3 l'existence m'apparat 7par une illusion naturelle7 comme une conqute sur le nant2--je me reprsente toute ralit comme tendue sur le nant comme sur un tapis2--si quelque chose a toujours exist1 il faut que le nant lui ait toujours servi de substrat ou de rceptacle1 et lui soit1 par consquent1 ternellement antrieur4 ,toutes ces prtendues illusions fondamentales notre entendement ne sont que des imaginations fantastiques et puriles1 auxquelles aucun esprit srieux ne s'arrte1 et qu'il suffit de classer ct de la fameuse mthode fabriquer les canons3 prenez un trou1 et tout autour de ce trou1 coulez du bronze4444 ,mais voici qui parat encore plus fort4 ,aprs avoir soutenu que l'ide de nant n'est qu'un mot vide1 on ajoute1 sans hsiter1 qu'il est trs plein1 car il contient autant et mme plus que l'ide d'tre4 ,ici nous devons citer textuellement1 tant la chose est invraisemblable3 ,si trange que notre assertion puisse paratre1 il y a plus1 et non pas moins dans l'ide d'un objet conu comme n'existant pas que dans l'ide de ce mme objet conu connue existant1 car l'ide de l'objet n'existant pas est ncessairement l'ide de l'objet existant1 avec1 en plus1 la reprsentation d'une exclusion de cet objet par la ralit actuelle prise en bloc4#dhe ,par l1 ,m4 ,bergson voudrait-il dire avec ,michelet et les sophistes hgliens3 le nant est une catgorie plus riche que celle de l'tre8#dhf--,nous nous refusons le supposer4 ,il faut donc expliquer autrement sa pense4 ,on peut soutenir1 en effet1 qu'il y a plus de complication dans une formule ngative que dans une formule positive4 ,ainsi1 dans la formule ,xn-,xn1 il y a plus de signes que dans la simple1 formule ,xn4 ,mais il est clair qu'il n'y a pas plus d'tre1 et qu'une personne qui il manque cent francs n'est certes pas plus riche que celui qui les a4 ,nous aimons croire que telle est la vraie pense de l'auteur1 d'accord avec celle du bon sens4 ,mais1 alors1 on conviendra que1 pour arriver ce rsultat1 tout cet appareil brillant de thses et d'antithses1 d'affirmations et de ngations1 n'tait pas indispensable4 ,c'est l un jeu qui amuse sans instruire beaucoup1 un feu d'artifice qui blouit sans clairer2 et loin d'claircir ainsi les questions1 on les embrouille plaisir4 ,quelque utiles que soient ces observations pour comprendre la manire brillante de notre adversaire1 revenons sa thse capitale3 l'ide du nant absolu n'est qu'une pseudo-ide1 un mot vide de sens2 elle n'existe mme pas subjectivement4 ,en effet1 si elle tait quelque chose en nous1 ce serait ou une image1 ou une ide positive1 ou une ide ngative4 ,or1 elle n'est rien de ces trois choses4 ,les deux premires hypothses sont longuement dveloppes1 et l'auteur a ici le triomphe facile4 ,on pourrait dire qu'il enfonce des portes ouvertes4 ,personne n'a jamais prtendu que le nant pt tre dessin1 photographi ou mis en image1 ni que son ide et un contenu positif4 ,quant la troisime hypothse1 celle d'une ide vraie1 quoique ngative1 la question est beaucoup plus dlicate et subtile1 nous le reconnaissons volontiers1 mais pour des motifs bien diffrents de ceux par lui allgus4 ,dire1 par exemple1 qu'on ne peut nier une chose sans la remplacer par une autre1 au moins implicitement1 ne nous parat pas un principe universel4 ,cela est vrai pour la soustraction physique des objets1 car on ne peut enlever un objet matriel sans le remplacer en mme temps au moins par de l'air1 puisque le vide est impossible4 ,cela est vrai aussi pour les jugements1 car on ne peut nier une proposition sans affirmer1 au moins implicitement1 sa contradictoire4 ,mais cela ne nous parat plus vident pour les simples notions4 ,si je mets un signe ngatif devant une quantit quelconque1 il n'en reste plus rien1 et la quantit n'est nullement remplace par une autre quantit ni par une qualit ou toute autre notion4 ,c'est ainsi que se forment les notions de quantits ngatives et les autres notions ngatives4 ,du reste1 ,m4 ,bergson reconnat1 comme tout le monde1 qu'on peut nier l'existence de chaque chose en particulier1 parmi toutes celles qui nous entourent2 ce serait seulement la ngation en bloc de toutes ces choses la fois qui serait impossible et contradictoire4 ,mais d'o pourrait venir cette prtendue contradiction8 ,sans doute1 la ralisation ou la possibilit extrinsque de cette supposition1 savoir3 il aurait pu se faire qu'il n'existt rien du tout1 est en contradiction avec les faits1 soit avec l'existence de cette pense elle-mme1 soit de toute autre ralit prsente1 car1 selon la parole bien connue de ,bossuet3 ,si rien n'existe1 rien n'existera jamais4 ,l'hypothse qu' un moment donn il a pu n'y avoir rien est donc dmentie par les faits2 elle est en contradiction avec les faits1 mais est-elle en contradiction avec elle-mme8 ,nous ne le voyons pas4 ,et lorsque ,m4 ,bergson la prtend contradictoire parce qu'elle serait un fantme chevauchant sur le corps de la ralit positive auquel elle est attache1 je reconnais qu'en effet elle serait contradictoire si1 en mme temps qu'elle suppose que rien n'existe1 elle supposait sa propre existence ou celle du sujet pensant o elle chevauche4 ,mais il n'en est pas ainsi1 et ce concept implique que rien n'existe1 sans s'excepter lui-mme4 ,supposition contradictoire avec les faits1 nous le rptons1 c'est clair2 mais nullement contradictoire en elle-mme3 ce qui constitue sa possibilit intrinsque4 ,si le nant absolu ne peut tre affirm1 il peut du moins tre pens3 c'est un tre de raison1 c'est--dire un concept auquel1 dans la ralit1 ne correspond aucun tre1 mais seulement une relation que la raison conoit#dhg4 ,quoi qu'il en soit de cette subtile controverse1 accordons ,m4 ,bergson que cette ide de nant absolu soit contradictoire et impossible2--pour n'avoir pas l'air d'asseoir sur une pointe d'aiguille la grave conclusion que nous allons tirer4 ,accordons-lui qu'on peut supposer la non-existence de chacun des tres qui nous entoure1 mais pas de toutes les existences la fois4 ,que faut-il en conclure8 ,qu'il y a au moins une ou plusieurs existences ncessaires8 ,assurment4 ,mais que toute existence est ncessaire et qu'aucune n'est contingente8 ,on ne le peut sans braver la plus lmentaire logique4 ,ce serait d'ailleurs contredire trop ouvertement aux faits3 puisqu'il y a des tres qui ne sont pas par eux-mmes1 mais par d'autres1 ab alio1 comme les fils qui viennent de leurs pres1 et1 en gnral1 comme tous les effets qui viennent de leurs causes1 et1 par suite1 sont contingents4 ,et alors1 la question de savoir pourquoi existent ces tres contingents reparat tout entire4 ,pour la seconde fois1 le contingent qu'on avait cru anantir renat de ses cendres1 et l'on a fait faillite la promesse de supprimer avec sa notion les problmes qu'elle soulve tout esprit qui pense4 ,ds le premier veil de la rflexion1 avait-on dclar1 c'est elle 7l'ide du nant absolu7 qui pousse en avant1 droit sous le regard de la conscience1 les problmes angoissants1 les questions qu'on ne peut fixer sans tre pris de vertige4 ,je n'ai pas plutt commenc philosopher que je me demande pourquoi j'existe4--,aprs cette dclaration qui n'est pas entirement juste1 puisqu'il suffit pour poser la mme question que le nant partiel soit possible1 par la non-existence de ma seule personne1 l'auteur a ajout tmrairement la promesse de faire vanouir ce problme troublant1 rien qu'en soufflant sur la notion de nant absolu2 il nous a promis qu'aprs l'extinction de cette ide obsdante1 on pourra conclure avec assurance que la question de savoir pourquoi quelque chose existe est une question dpourvue de sens1 un pseudo-problme soulev autour d'une pseudo-ide#dhh4 ,et voici que le rsultat est loin d'tre obtenu3 on a bien tabli la ncessit de l'existence de l'tre ncessaire 7la belle affaire671 mais on n'a pas mme commenc d'tablir la ncessit des autres existences1 de vous et de moi1 et la question angoissante3 pourquoi j'existe8--impossible subtiliser par les mains les plus habiles--demeure aussi ce angoissante que jamais4 99 99 99 99 99 ,,ii4--,cette premire solution toute ngative tait si peu satisfaisante que ,m4 ,bergson n'a plus hsit en chercher une autre#dhi4 ,aprs avoir trait ddaigneusement le problme angoissant de la contingence comme un pseudo-problme1 qu'il n'tait plus permis de poser nos contemporains1 voici qu'il va le prendre lui-mme assez au srieux pour lui chercher une solution positive4 ,a nos yeux1 c'est l bien moins une contradiction qu'un dveloppement et un progrs de la pense de ce philosophe4 ,en effet1 sa premire dissertation sur le nant1 dj connue de ses auditeurs1 parat tre plutt une uvre de jeunesse1 si l'on s'en tenait la critique interne4 ,on n'y retrouve aucune de ses proccupations systmatiques actuelles sur le ,temps1 la ,dure pure1 l',evolution1 l',intuition et ses demi-concepts1 encore moins sur l'impuissance mtaphysique de l'intelligence humaine1 car elle est un modle de spculation a priori1 un jeu d'entits conceptuelles audacieusement dbrid4 ,ce morceau nous semble donc compos antrieurement1 puis ajout aprs coup et comme gar dans le systme de l',evolution cratrice4 ,quoi qu'il en soit1 voici la nouvelle solution propose1 et celle-ci prtend bien tre tire des entrailles mmes du nouveau systme4 #a ,m4 ,bergson nous dclare d'abord que dans le prsent travail 7l',evolution cratrice7 un ,principe de cration enfin a t mis au fond des choses#dij4 ,ce ,principe 7avec un grand ,p71 on ne le dcouvre1 il est vrai1 nulle part bien clairement exprim1 mais il ne saurait tre que son dieu-,cronos1 le ,temps1 la ,dure pure1 dont il a fait la substance mme des choses4 ,dans ce cas1 malgr cette confusion panthistique de la crature avec son principe1 la cration tout entire et1 partant1 l'humanit sont bien reconnues contingentes--la contingence de l'homme est ainsi confesse1--ce qui est un premier pas en avant d'une importance incontestable4 ,pourquoi j'existe8--parce que je suis cr par un ,principe suprieur4 ,telle est mon origine3 reste savoir quelle est ma fin4 #b ,sur la destine humaine1 ,m4 ,bergson n'a pas encore dit son dernier mot1 mais il a pos des pierres d'attente significatives4 ,pour lui1 l'immortalit est un dogme la fois affirm par l',intuition et ni par l'intelligence et la science1--comme tous les autres dogmes spiritualistes1 d'ailleurs1 sujets la mme antinomie4 ,ecoutons sa profession de foi3 ,certes1 elles 7les doctrines spiritualistes7 ont raison d'couter la conscience1 quand la conscience affirme la libert humaine2--mais l'intelligence est l1 qui dit que la cause dtermine son effet1 que le mme conditionne le mme1 que tout se rpte et que tout est donn4 ,elles ont raison de croire la ralit absolue de la personne et son indpendance vis--vis de la matire2--mais la science est l1 qui montre la solidarit de la vie consciente et de l'activit crbrale4444 ,elles ont raison d'attribuer l'homme une place privilgie dans la nature1 de tenir pour infinie la distance de l'animal l'homme2--mais l'histoire de la vie est l1 qui nous fait assister la gense ds espces par voie de transformation graduelle et qui semble ainsi rintgrer l'homme dans l'animalit4 ,quand un instinct puissant proclame la survivance probable de la personne1 elles ont raison de ne pas fermer l'oreille sa voix2--mais s'il existe ainsi des mes capables d'une vie indpendante1 d'o viennent-elles8 quand1 comment1 pourquoi entrent-elles dans ce corps que nous voyons1 sous nos yeux1 sortir trs naturellement d'une cellule mixte emprunte aux corps de ses deux parents8 ,toutes ces questions resteront sans rponse1 une philosophie d'intuition sera la ngation de la science2 tt ou tard1 elle sera balaye par la science1 si elle ne se dcide pas voir la vie du corps l o elle est rellement1 sur le chemin qui mne la vie de l'esprit4#dia ,nous avons dj vu1 en ce qui concerne les trois premires questions1 combien ces antithses sont artificielles et systmatiques2 tenons-nous-en1 pour le moment1 la dernire et rpondons aux interrogations de ,m4 ,bergson4 ,d'o viennent les mes8--,mais de celui qui les cre3 rponse autrement intelligible que celle de l'auto-cration et des commencements absolus et sans cause1 dont ,m4 ,bergson a rempli son ,evolution4 ,pourquoi viennent-elles dans les corps8--,c'est pour y vivre d'une manire complte1 puisqu'elles ont besoin d'organes corporels pour vivre de la vie vgtative1 de la vie sensible1 et mme1 indirectement1 de la vie intellectuelle1 comme le prouve surabondamment l'exprience vulgaire et scientifique1 d'aprs ,m4 ,bergson lui-mme4 ,comment entrent-elles dans les corps8--,elles y viennent du dehors1 1 d'en haut1 comme le disait ,aristote1 suivant les lois providentielles de la ,biologie1 que savants et philosophes cherchent dcouvrir peu peu1 mais que personne ne peut nier4 ,quand l'me entre-t-elle dans le corps8--,ds qu'il est apte la recevoir3 en cela1 rien de plus raisonnable4 ,il est donc entirement inexact d'affirmer que toutes ces questions resteront sans rponse1 alors que des rponses1 si simples et si satisfaisantes1 sont dj faites depuis longtemps et connues de tous4 ,c'est mme plus qu'inexact1 c'est entirement faux1 d'ajouter que ces doctrines spiritualistes sont la ngation de la science4 ,une si norme assertion1 dpourvue de la moindre preuve1 n'a aucune valeur4 ,quant se dcider voir la vie du corps sur le chemin qui conduit la vie de l'esprit1 il y a longtemps que les spiritualistes partisans de l'volution s'y sont dcids1 sans renier pour cela aucun de leurs principes1 comme nous le propose ,m4 ,bergson4 ,ainsi1 l',intuitionnisme spiritualiste n'a rien redouter des objections de l'intelligence ni de la science4 ,ce sont l de vains scrupules qu'une tude plus attentive des premires notions et des premiers principes d',ontologie suffirait dissiper4 ,en revanche1 cet ,intuitionnisme spiritualiste a1 croyons-nous1 tout redouter de lui-mme1 c'est--dire de ses autres doctrines soi-disant intuitionnistes1 et c'est sur ce point capital que nous voudrions attirer l'attention du lecteur4 99 99 99 99 99 ,qu'est-ce que l'me1 qu'est-ce que la personne humaine pour ,m4 ,bergson8 ,le mot me1 toujours mis par lui entre guillemets1 est compltement vid de son sens naturel2 il ne signifie plus un agent ni un principe substantiel d'activit psychique1 puisqu'il n'y a plus dans ce systme que des actions sans agent1 des attributs sans sujet1 des modes d'tre sans tre4 ,l'me n'est donc plus qu'un mouvement1 un pur phnomne1 une ombre d'elle-mme4 ,or1 un mouvement1 un phnomne1 une ombre1 n'ont rien1 comme la substance1 de stable ni de permanent1 et1 de par leur nature1 ne peuvent avoir aucune prtention l'immortalit4 ,en ralit1 au contraire1 l'me est une substance simple et spirituelle1 c'est--dire1 de par sa nature mme1 incorruptible et suffisamment indpendante de la matire pour vivre spare dans l'immortalit4 ,qu'est-ce que la personne pour ,m4 ,bergson8--,pour nous1 c'est une substance individuelle et raisonnable1 suivant la dfinition classique3 rationalis natur individua substantia4 ,on peut donc lui attribuer encore1 malgr son union naturelle avec un corps corruptible1 la spiritualit1 l'incorruptibilit1 l'immortalit4 ,pour ,m4 ,bergson1 au contraire1 elle n'est que la continuit d'un mouvement purement psychique1 il est vrai1 comme la mmoire qui en fait le fond#dib2--ou bien encore elle est un lan en avant4 ,qui donc pourrait dsormais nous garantir qu'il ne s'arrtera pas8 ,mais nous avons faire un reproche encore plus grave la thorie bergsonienne4 ,les mes spares de leurs corps ne seraient plus distinctes et fusionneraient comme des mouvements dans une rsultante commune4 ,en effet1 d'aprs ce systme moniste1 l'origine toutes les mes taient confondues dans l'unit du grand ,tout psychique4 ,ce grand courant de la conscience universelle essaya ensuite d'entrer dans la matire pour la convertir ses fins1 c'est--dire en faire un instrument de libert4 ,mais bientt paralys1 bris1 par les obstacles matriels1 il a d se dissocier et se distinguer en personnalits indpendantes4 ,c'est donc la multiplicit des corps qui seule ferait la multiplicit1 au moins apparente et provisoire1 des mes et des personnes4 ,or1 cela est inadmissible#dic4 ,il est vrai que les scolastiques1 la suite de saint ,thomas1 ont bien admis le principe d'individuation des esprits par la matire1 mais dans un tout autre sens4 ,pour saint ,thomas1 telle me1 cre la mesure de tel corps1 doit ce corps d'tre telle me4 ,la multiplication des corps n'est donc que l'occasion de la multiplication des mes1 dj distinctes par leur aptitude tel ou tel corps4 ,en sorte qu'aprs la sparation de son corps1 cette me garde son aptitude l'informer de nouveau1 et partant son individualit4 ,elle demeure donc toujours distincte des autres mes4 ,or1 ici il n'en est rien4 ,le corps a dcoup une me dans le grand ,tout psychique#did1 et cette me1 aprs sa sparation de ce corps1 revient s'y plonger et s'y perdre de nouveau pour refaire l'unit passagrement brise4 ,l'immortalit1 au sens bergsonien1 serait donc impersonnelle1 si tant est qu'elle existe encore2 et ce n'est plus l qu'une contrefaon de l'immortalit vritable4 99 99 99 99 99 ,enfin1 un dernier reproche1 le plus essentiel nos yeux3 ,dans le spiritualisme sans ,dieu de ,m4 ,bergson1 toutes les grandes preuves morales de l'immortalit s'croulent1 et ce dogme demeure en l'air sans aucun fondement4 ,on ne peut plus soutenir1 en effet1 que la ,justice de ,dieu exige qu'il rende chacun selon ses uvres dans une autre vie2 ou qu'il rponde par des sanctions futures cette sublime protestation de la conscience humaine contre toutes les injustices des mchants1 contre toutes les tyrannies de l'iniquit triomphante3 ,tremblez1 tyrans1 vous tes immortels6 ,on ne peut plus prtendre que la ,sagesse de ,dieu se doit elle-mme de ne pas dtruire sans motif son chef-d'uvre1 qui est l'me humaine1 aprs l'avoir cre avec une nature et des aspirations immortelles2 et surtout de ne pas dtruire sur cette terre l'ordre moral par la suppression des sanctions futures1 base essentielle du devoir1 de la morale et de la vie sociale4 ,on ne peut pas davantage faire appel la ,bont de ce ,dieu1 gage non moins certain que sa ,sagesse et sa ,justice de notre immortalit future4 ,aprs avoir mis au trfond du cur humain le dsir infini du ,vrai1 du ,bien1 du ,beau1 dans une vie sans limite--dsir dont l'animal sans raison est incapable2--aprs nous avoir crs pour le bonheur et pour la flicit suprme1 la ,bont divine ne peut1 en effet1 nous anantir au moment o nous semblons toucher au but dsir et prts recueillir la rcompense de nos travaux1 de nos luttes et de nos souffrances terrestres4 ,en imposant l'homme de si dcevantes esprances1 cette ,bont se renierait elle-mme et se changerait en absurde cruaut6 ,eh bien6 toutes ces preuves1 toutes ces intuitions videntes--qui ont arrt et vaincu le scepticisme universel de ,kant1 de ,renan et de tous les curs simplement honntes--s'croulent1 disons-nous1 et disparaissent aprs la ngation de l'existence de ,dieu4 ,et comme elles sont le fond mme de cet instinct profond d'immortalit1 allgu par ,m4 ,bergson1 et tout ptri du sentiment de la ,justice1 de la ,sagesse et de la ,bont ternelles1 cet instinct n'est plus qu'un mot vide1 sur lequel nous ne pouvons plus fonder nos esprances4 ,que ,m4 ,bergson y rflchisse bien1 avant de faire subir une si grave mutilation un systme qu'il dit tre encore spiritualiste4 ,et puisqu'il mdite si souvent sur la mort2 puisqu'il semble hant et poursuivi par le tourment de l'au-del--au tmoignage des amis qui l'approchent et mme des journalistes admis l'interviewer #die1--nous gardons encore espoir4 ,la pense de la mort a toujours t une si sage conseillre6 ,sans doute1 elle peut1 de prime abord1 effaroucher l'orgueil de l'homme et le provoquer la rvolte4 ,il fera alors appel aux dcouvertes de la science future qui finira--peut-tre6--par arracher aux forces de la nature le secret de vaincre la mort et de nous lever la surhumanit#dif4 ,ou bien il s'imaginera voir et entendre dans le lointain des sicles cette charge irrsistible de l',evolution cratrice1 qui doit culbuter tous les obstacles au progrs sans fin et nous affranchir de la mort elle-mme4444#dig ,mais ce premier rve d'orgueil une fois pass et son frmissement calm1 l'intuition de l'esprit et du cur1 en face des ralits prsentes1 ramnera cet homme1 trs doucement1 trs humblement1 aux pieds du souverain ,matre de la vie1 qui seul peut commander la mort1 nous laver de nos iniquits et nous ouvrir les portes de la ,vie bienheureuse4 ,pour les amis de ,dieu1 en effet1 la vie n'est point enleve par la mort1 mais seulement transforme1 vita mutatur1 non tollitur2 ,il est pour eux la ,rsurrection et la ,vie4 ,c'est donc lui qu'il faut aller1 car il a seul les secrets de la ,vie ternelle6 ,l'exprience vcue de cette intuition religieuse en est faite et refaite chaque jour par des milliers d'esprits superbes qui s'essayent redevenir humbles1 et l'un d'eux1 l'un des plus incrdules1 adressait rcemment dans un ,testament suprme1 quelques-uns de ses frres1 de qui elle est attendue1 peut-tre1 cette loquente profession de foi3 ,l'existence d'une ,piti suprme 7du ,crateur pour sa crature71 on la sent plus que jamais s'affirmer universellement dans les mes hautes qui s'clairent toutes les grandes lueurs nouvelles4444 ,la ,piti suprme vers laquelle se tendent nos mains de dsesprs1 il faut qu'elle existe1 quelque nom qu'on lui donne2 il faut qu'elle soit l1 capable d'entendre1 au moment des sparations de la mort1 notre clameur d'infinie dtresse2 sans quoi1 la cration1 laquelle on ne peut raisonnablement plus accorder l'inconscience comme excuse1 deviendrait une cruaut par trop inadmissible force d'tre odieuse et force d'tre lche4#dih ,celle belle parole de ,pierre ,loti1 toute pleine de sanglots et d'esprances1 est1 son insu peut-tre1 un cho de la grande voix du ,roi-prophte dans son ,de ,profundis qu'ont redit et que rediront jusqu' la consommation des sicles1 chacune en sa langue1 toutes les nations et toutes les gnrations humaines4 ,elle est le cri de la nature1 la voix de ,dieux6 99 99 99 99 99 ,,note ,,sur ,,le ,,monisme ,,de ,m4 ,,bergson4 ,deux lettres importantes de ,m4 ,bergson au ,p4 de ,tonqudec1 rcemment publies dans les ,etudes 7#bj fv4 #aiab71 dmontrent que la mditation des problmes moraux commence--comme nous l'esprions-- faire voluer sa pense et l'orienter des confins du monisme vers un certain dualisme encore vague4 ,mais ce serait une grande illusion de croire que1 pour oprer cette volution et faire apparatre un ,crateur transcendant sa crature--tel que l'enseigne un vrai spiritualisme1--il suffirait de quelques retouches superficielles au systme de l',evolution cratrice4 ,non1 il ne peut suffire de changer1 par exemple1 le centre ou la continuit de jaillissement d'o drivent les mondes1 en source de jaillissement#dii4 ,certes1 la premire formule est malheureuse4 ,un centre ne peut faire fonction de cause transcendante4 ,il ne peut tre rellement distinct des flots qui jaillissent1 encore moins tre du nature diffrente4 ,la continuit de jaillissement n'eut qu'un nom collectif de ces flots incessants1 ce n'est point une cause suprieure4 ,quant la source de jaillissement1 elle est une formule meilleure1 mais encore bien vague1 qui se prte trop aisment une interprtation monistique4 ,sans doute1 sa source1 la vie est plus pure2 elle n'est pas encore charge de cette matrialit qu'elle produira par une espce de dgradation d'nergie1 de relchement d'intensit1 qui rappelle un peu trop la chute de l',absolu chez les ,alexandrins4 ,elle est donc plus pure1 mais est-elle de nature diffrente8 ,il est clair que non4 ,une source de jaillissement pourrait tre une image d'un panthisme manationniste1 nullement d'une cration thiste4 ,bien plus1 l'volution des mondes1 loin de se produire ad extra hors de sa source1 se ferait plutt ad intra par un simple grossissement intrieur1 si nous nous en rapportons cette explication de ,m4 ,bergson3 ,tout est obscur dans l'ide de cration1 si l'on pense des choses 7des substances7 qui seraient cres et une chose 7une substance7 qui cre4444 ,mais que l'action grossisse en avanant1 qu'elle cre au fur et mesure de son progrs1 c'est ce que chacun de nous constate quand il se regarde agir4#ejj ,c'est ce que l'auteur1 dans le mme passage1 explique en termes encore plus clairs en disant3 ,dieu1 ainsi dfini1 n'a rien de tout fait4 ,il se fait donc sans cesse et progresse avec le jaillissement des mondes#eja4 ,aprs cela1 que ,m4 ,bergson se dfende d'tre encore moniste ou panthiste1 cela ne peut avoir qu'un sens4 ,il ne l'est pas la manire de ,spinosa1 de ,spencer1 de ,taine ou d',hckel1 assurment1 car il ne professe pas comme eux un monisme par identit et homognit substantielle1 encore moins un monisme matrialiste1 mais ce n'en est pas moins un autre monisme par croissance et volution travers des tats successifs toujours nouveaux et irrductibles aux prcdents4 ,libre ,m4 ,le ,roy d'appeler cela un panthisme orthodoxe#ejb2 pour nous1 nous l'appellerons un panthisme tout court1 parce qu'il efface la distinction substantielle entre le ,crateur et ses cratures1 pour ne laisser entre eux que des distinctions modales#ejc4 ,on comprend maintenant que pour transformer en ,dualisme le ,monisme ,bergsonien1 quelques retouches superficielles ne puissent suffire4 ,il ne s'agit point ici de formules1 il s'agit de l'me1 mme du systme4 ,encore deux remarques pour le faire mieux comprendre4 #a ,le systme de ,m4 ,bergson1 nous l'avons vu trs longuement1 est tout entier fond sur le ,devenir pur3 ce n'est plus l',acte qui prime la ,puissance1 mais la ,puissance qui prime l',acte4 ,or1 cela est aux antipodes de la doctrine spiritualiste qui a fait de ,dieu l',acte pur1 infiniment actif et parfait4 ,le dieu ,bergsonien qui est en train de se faire ne sera jamais qu'une caricature du vrai ,dieu4 #b ,le systme ,bergsonien est essentiellement antiintellectualiste4 ,or1 je le dfie bien de revenir au vrai ,dieu par des considrations morales-- la manire de ,kant--sans user comme lui de l'intelligence1 c'est--dire des notions intellectuelles et des procds intellectuels qu'il a commenc par rpudier comme illusoires4 ,kant1 pour rdifier par la ,raison pratique ce qu'il a dmoli par la ,raison pure1 recourt la foi aveugle du sentiment moral4 ,bergson changera seulement d'tiquette en appelant du nom d'intuition la foi morale de ,kant1 mais le paralogisme sera le mme4 ,les notions fondamentales et les raisonnements contenus dans l'uvre de rdification par la ,morale1 sont du domaine et sous le contrle de l',intelligence ou de la ,raison pure4 ,l'antiintellectualisme est ainsi accul dans une impasse1 emmur dans la prison sans issue qu'il s'est btie de ses propres mains4 ,son auteur1 malgr ses meilleures intentions1 est donc le prisonnier de son systme4 ,pour en sortir1 il ne suffit plus de le retoucher par les sommets1 il faut le refaire par la base4444 ,certes1 c'est l un sacrifice douloureux et mme hroque pour tous les inventeurs clbres3 aussi se contentent-ils1 d'ordinaire1 de ddoubler leur personnalit4 ,ils sparent par une cloison tanche la raison thorique et la foi morale1 la spculation pure et l'action pratique--dmontrant ainsi1 mieux que par des raisonnements1 la fausset de systmes qui ne peuvent tre vcus4 ,quoi qu'il en soit1 nous saluerons de tous nos vux cette tentative d'volution de ,m4 ,bergson vers une ,morale thiste4 ,se ferait-elle au prix d'un ddoublement de la pense et de la conscience1 ce ne serait pas la payer trop cher4 ,au surplus1 qui pourrait la taxer d'inconsquence dans un systme o les effets de l',evolution cratrice sont toujours imprvisibles et sans aucune proportion avec leurs antcdents8444 99 99 99 99 99 ,,conclusion ,g,n,,rale4 ,i4 ,arrivs au terme de cette tude1 une vue rtrospective peut nous permetter de mieux saisir l'ensemble et la synthse de la philosophie bergsonien4 ,ds le dbut1 nous disions que son point de dpart n'tait pas sans analogie ni sans parent avec celui d',aristote4 ,pour le philosophe d ,stagire1 c'est le mouvement2 pour ,m4 ,bergson1 c'est le ,temps1 qui est la forme la plus saillante du mouvement1 comme le mouvement est la forme la plus saillante du rel4 ,mais si les points de dpart diffrent dj1 les procds diffrent encore plus4 ,aristote1 par une simple analyse1 distingue d'abord le mouvement du mobile ou du sujet en mouvement3 substance et accident4 ,puis1 dans le mouvement1 qui est un passage de la puissance l'acte1 il distingue aussitt deux tats opposs de la ralit3 l'tat potentiel et l'tat actuel3 cl de vote de toute sa mtaphysique4 ,m4 ,bergson1 au contraire1 synthtise ou plutt confond tous ces termes3 le mouvement ne se distingue plus du mobile en mouvement1 et le mobile se trouve ainsi supprim3 plus d'agent ni de patient1 plus de substance3 le mouvement est le tout du rel4 ,enfin1 le temps lui-mme est identifi au mouvement et devient la substance mme des choses1 la seule ralit4 ,c'est un pur phnomnisme4 ,quant la nature de cette substance1 ,aristote avait encore distingu la matire et l'esprit4 ,m4 ,bergson ne les distingue que pour mieux les confondre4 ,tout est psychique1 et la matire elle-mme n'est que du psychique dont le mouvement est inverti4 ,en consquence1 tandis qu',aristote s'achemine vers une conception pluraliste de l',univers o l'unit se fait dans la hirarchie des formes1 ,m4 ,bergson s'oriente vers le monisme universel o l'unit ne se fait que par l'identification et la confusion des parties4 ,la seule diffrence du monisme psychique de ,m4 ,bergson avec le monisme matrialiste ordinaire est qu'il donnera le rle de substance universelle1 non plus l',espace-matire1 mais au ,temps-esprit1 o tout ne sera pas moins confondu4 ,dsormais1 tout tant identique tout1 la logique de l'identit n'a plus de raison d'tre2 les principes premiers sont caducs2 et l'antiintellectualisme triomphe sur les ruines de l'intelligence et du bon sens4 ,pour relever ensuite de ses ruines immenses la mtaphysique--car l'esprit humain ne saurait s'en passer1--l'on fait appel une facult nouvelle qu'on appelle l'intuition4 ,malgr sa prtention de lire dans l'intrieur mme des choses1 elle n'est autre que l'imagination cratrice1 et c'est elle que l'on charge de refaire le plan de l',univers4 ,une esthtique subtile et brillante1 parfois mystique1 le plus souvent potique1 va dtrner la raison froide et calculatrice1 en attendant que cette folle du logis se dtruise elle-mme par ses extravagances et ses excs4 ,voici les principales conclusions auxquelles elle aboutit et qui sont les traits les plus saillants de la mtaphysique nouvelle3 #a ,ngation de l'tre2 tout est ,devenir pur#ejd1 sans que rien soit dj devenu1 ou puisse jamais tre et demeurer identique lui-mme1 sous le flot changeant des phnomnes4 ,en d'autres termes1 il n'y a plus de personnes permanentes1 ni de substances stables1 ni de causes actives1 mais seulement des actions sans agent1 des attributs sans sujet1 des accidents sans substance1 des manires d'tre sans tre1 un devenir perptuel de ce qui ne peut jamais tre6 #b ,ngation du vrai2 plus de vrit stable ou acquise une fois pour toutes4 ,la vrit1 en effet1 c'est ce qui est1 ce que je conois comme il est4 ,mais puisque rien n'est ni ne peut tre1 et que tout le rel est entran dans un coulement perptuel et insaisissable1 il faut bien que la ,vrit suive le sort de l'tre et s'abme dans le gouffre sans fond de l'inconnaissable4 ,de l ces formules si souvent rencontres dans la philosophie nouvelle3 plus de doctrine arrte1 pas mme de mthode fixe1 mais une simple tendance1 une orientation de la pense plutt que des rsultats#eje1 ou bien encore1 comme le dit ,w4 ,james3 les choses ont moins d'importance que la recherche des choses2 les vrits ne sont que des inventions commodes qui ont russi1--mot clbre qui a fait fortune4 ,en sorte que nous serions rduits chercher toujours sans pouvoir rien trouver jamais4 ,c'est le travail dsesprant de ,pnlope ou de ,sisyphe auquel on voudrait condamner l'esprit humain6 #c ,ngation des principes d'identit ou de contradiction1 lois du discours1 disent-ils1 mais non du rel4 ,en effet1 puisque l'tre n'est pas1 on ne peut le dire jamais identique lui-mme4 ,quant au contradictoire1 il reste encore impensable1 vu la constitution actuelle de notre esprit1 mais il n'est plus impossible4 ,au contraire1 il est au fond du ,devenir et la racine mme des choses1 le ,devenir tant la fois tre et non-tre1 c'est--dire fusion ou identit des contradictoires4 ,ainsi les contradictoires logiques s'allient merveille dans ce que ,m4 ,le ,roy appelle les profondeurs supra-logiques1 et dsormais la fire devise de l'inventeur sera3 ,au-dessus ou au del de la ,logique6 #d ,ngation du principe de causalit4 ,puisqu'il n'y a plus ni causes ni effets1 le principe de causalit n'a plus aucun sens et doit tre relgu au muse des antiques4 ,dsormais1 ce qui commence n'a plus de cause et se fait tout seul4 ,aussi bien l',evolution cratrice est-elle conue comme un pur mouvement1 sans aucune chose1 qui soit mue ou qui meuve2 comme un mouvement qui se cre lui-mme1 en se donnant incessamment lui-mme l'existence qu'il n'a pas4 ,l'ide de commencement absolu et sans cause--nous l'avons dj fait remarquer--est ainsi mise partout dans l',univers1 au commencement1 au milieu1 la fin de toute existence1 et pousse jusqu' la plus clatante absurdit4 #e ,ngation de la multiplicit relle des individus et des choses3 tout est un4 ,le moi et le non-moi1 le sujet et l'objet1 la cause et l'effet1 le pre et le fils1 la matire et l'esprit1 ne sont1 parat-il1 que des illusions de notre postulat du morcelage ou des exigences et des ncessits de l'action4 ,en ralit1 tous les individus et toutes les natures fusionnent dans le grand ,tout4 ,mais l o l'on ne peut plus distinguer des termes dfinis et multiples1 il n'y a plus de relations ni de lois4 ,toute loi devient donc illusoire1 c'est--dire que toute la lgislation de la ,logique et de la ,morale1 de la ,physique et de la ,mtaphysique s'croule dans un abme chaotique et sans fond o l'esprit n'a plus de prise4 #f ,ngation du primat de la ,raison4 ,l'instinct est1 nous dit-on1 suprieur l'intelligence1 laquelle n'est qu'un rtrcissement par condensation d'une puissance plus vaste1 savoir de l'lan vital primitif ou de l'instinct4 ,c'est l'volution de l'lan vital qui l'a dpose en cours de route1 lorsqu'il tait sur son dclin4 ,aussi faut-il se dfier des concepts qui ont maladroitement cristallis le fluent1 ainsi que de ces jeux de concepts qu'on appelle les jugements et les raisonnements1 les dductions et les inductions1 dont l'apparente ncessit est illusoire2 il ne faut se fier qu'aux intuitions de l'instinct rflchissant sur son principe1 l'lan vital1 d'o il est sorti4 ,cet instinct supra-intellectuel est une sympathie divinatrice--impossible dfinir par des concepts--qui nous donne une vision directe et immdiate de l'intrieur mme des choses avec lesquelles nous communions intrieurement par l'action4 ,c'est l que nous dcouvrons comme un monde nouveau1 o tout s'aurole de fluidit dans un perptuel coulement4 ,telle est la vision de la dure pure ou du ,temps1 qui ressemble une continuit opaque et mouvante1 une htrognit indistincte et amorphe o tout fusionne dans l',unit suprme de la vie1 comme dans un abme mystique o l'esprit se perd4 ,or1 cette vision pure est tellement ineffable1 que ,m4 ,bergson lui-mme1 se sentant impuissant l'exprimer1 nous dclarait au ,congrs de ,bologne qu'il passerait toute sa vie la balbutier sans pouvoir jamais arriver se faire comprendre4 ,voici ses paroles textuelles3 ,tout se ramasse en un point unique 7la dure pure7 444 et ce point est quelque chose de simple1 d'infiniment simple1 de si extraordinairement simple que le philosophe n'a jamais russi le dire1 et c'est pourquoi il a parl toute sa vie sans pouvoir tre compris4#ejf ,cette vision de la ,dure pure ou du ,temps--s'levant de la subconscience la limite de la conscience par une torsion de l'esprit sur lui-mme--nous remet en mmoire la fameuse1 vision de l',etre simpliciter1 tant clbre par les ,ontologistes1 et1 qui eut un moment de vogue enthousiaste1 il y a quelque quarante ans4 ,nous tions alors au collge1 et parmi nos camarades les plus fervents pour les nouvelles doctrines1 plusieurs1 qui croyaient avoir vu l',etre1 se levaient pendant la nuit pour le revoir et le contempler loisir dans la lune ou les toiles4 ,et ces visions nocturnes ou diurnes aboutissaient rgulirement un dtraquement crbral4444 ,aussi ne conseillons-nous pas aux lecteurs de trop prolonger les exercices de vision de la dure pure1 si tant est qu'ils les veuillent essayer4 ,ce n'est pas l'univers qu'elle mettrait l'envers1 mais leurs cerveaux4 ,du reste1 il n'y a rien contempler dans ce trou noir1 et ,m4 ,bergson se flatte ou s'illusionne grandement s'il croit y avoir vu le plan et les dveloppements de son ,evolution cratrice4 #g ,divorce de la ,philosophie avec les ,sciences4 ,une telle ,philosophie toute imaginaire ne pouvait pas ne pas aboutir tt ou tard un divorce complet avec la ,science positive4 ,et ce sera l le dernier trait caractristique de la ,philosophie nouvelle4 ,inaugure dans un lan gnreux de raction contre toutes les mthodes a priori1 elle se posait comme un retour lgitime l'observation directe des choses1 comme un effort pour se rajeunir et se retremper1 en se plongeant avidement dans la ralit1 ou1 comme elle le rptait1 pour faire enfin redescendre du ciel sur la terre la pense humaine#ejg4 ,et ce n'tait pas l une vaine protestation de sa part4 ,les travaux qu'elle inspirait taient tout hrisss de l'appareil scientifique le plus accentu3 formules1 comparaisons et dmonstrations mathmatiques1 physico-chimiques1 biologiques1 psychologiques1 etc4 ,c'tait bien avec les sciences positives une alliance ardemment recherche et dfinitivement conclue4 ,malheureusement1 les serments de fidlit ternelle n'auront dur que l'espace d'une lune de miel6 ,il suffirait de relire le discours de ,bologne pour se bien convaincre que le divorce est bien dfinitivement proclam4 ,pour nous et tous les disciples d',aristote et de saint ,thomas1 l'esprit philosophique prend son point de dpart dans les donnes positives de la science exprimentale et fait effort pour la continuer et l'approfondir en l'universalisant4 ,ce n'est1 du reste1 qu'une application du principe fondamental que toutes les ides nous viennent par les sens1 et toutes les thories1 dignes de ce beau nom1 1 doivent nous venir de l'exprience vulgaire ou scientifique4 ,pour ,m4 ,bergson1 au contraire1 la philosophie1 bien loin d'tre immanente la ,science1 lui est transcendante1 en ce sens que ce sont deux connaissances entirement diffrentes et htrognes4 ,la ,philosophie1 grce l',intuition1 saisit le dedans mme du rel1 l'me de l',univers1 jouit d'une communion mystique avec sa vie intime1 son lan vital4 ,a l'oppos1 la ,science ne saisit que le dehors de l'tre1 la gangue1 la matire4 ,voil pourquoi1 au lieu de pouvoir communier la vie de la nature1 le savant est oblig de la heurter de front comme un ennemi qu'il faut dompter pour les besoins pratiques de l'action quotidienne4 ,donc1 il la saisit1 il l'analyse1 la torture1 la dissque1 il la tue pour la dominer4 ,comme on le voit1 la ,philosophie et la ,science sont ainsi conues comme deux mondes aussi diffrents que la vie et la mort1 et tudis par deux procds htrognes4 ,d'o la conclusion de ,m4 ,bergson3 ,la rgle de la ,science a t pose par ,bacon2 obir 7 la nature7 pour commander4 ,le philosophe n'obit ni ne commande3 il cherche sympathiser4#ejh ,l'union dont on s'tait flatt au dbut est donc devenue entirement impossible4 ,les caractres des deux conjoints1 leurs mthodes1 leurs fins sont opposs et antipathiques4 ,que1 chacun reste donc sa place6 ,sans doute1 on ne nie pas la science#eji1 mais on la prie de rester dsormais chez elle4 ,c'est un libellum repudii aussi clair1 aussi catgorique qu'on puisse le formuler en belle langue diplomatique4 ,de son ct1 d'ailleurs1 la ,science en a facilement pris son parti4 ,elle a mme proclam bien haut son antipathie pour l'antiintellectualisme par cette protestation clbre de ,m4 ,poincar3 ,la science sera intellectualiste ou elle ne sera pas4#eaj ,la dsunion est donc mutuelle et complte4 ,en rsum1 s'il tait possible de synthtiser tous ces caractres en un seul mot typique1 nous dirions de la ,philosophie nouvelle3 elle prtend se passer de l',intelligence pour philosopher2 elle prtend1 comme elle l'a audacieusement dclar1 pousser l'intelligence hors de chez elle par un acte de volont 444 par la torsion du vouloir sur lui-mme4444 ,effort d'ailleurs douloureux que nous pouvons donner brusquement en violentant la nature1 mais non pas soutenir au del de quelques instants#eaa4444 ,nous n'exagrons rien1 et tel est bien le sens et la porte de ces tranges formules1 reconnus unanimement par tous les commentateurs#eab4 ,w4 ,james l'avouait3 ,c'est bien l une sorte de catastrophe intrieure que ,bergson rclame de nous1 et tout le monde n'est pas capable d'une telle rvolution logique4--,il n'y a1 je crois1 ajoutait-il1 qu'un petit nombre d'entre vous qui auront pu obir l'appel de ,bergson4--,james a voulu tre du petit nombre de ces lus et a propos son tour de renoncer tout fait au rationnel#eac et de faire fi de la ,logique4 ,n'est-ce pas1 vraiment1 rver les yeux ouverts6444 ,mais ce qui n'est pas moins trange1 c'est de rapprocher ce point d'arrive final avec le point de dpart4 ,partie d'une certaine thorie du ,temps ou de la ,dure1 construite avec une confiance audacieuse dans la toute-puissante force d'abstraction de la raison humaine1 la pense ,bergsonienne aboutit une conclusion antiintellectualiste qui dnie l'intelligence tout vrai pouvoir de connaissance objective4 ,cette pense se dtruit donc elle-mme et se suicide6 #h ,aprs le divorce de la philosophie1 bergsonienne avec la ,science et avec la raison1 il est bien inutile de parler de son ,divorce avec la foi religieuse et chrtienne4 ,les preuves en seraient si nombreuses et si profondes qu'il serait impossible de les numrer en quelques mots4 ,aussi bien une seule peut les rsumer toutes4 ,comme l'a si bien compris et dit un philosophe laque3 ,une philosophie qui blasphme l'intelligence ne sera jamais catholique4#ead ,non1 jamais la foi du chrtien ne pourra consentir ne plus tre raisonnable1 c'est--dire fonde en raison et justifie par les donnes de la raison1 selon la maxime de nos pres2 ,fides qurens intellectum1 ou le prcepte de saint ,paul3 ,rationabile sit obsequium vestrum4 ,la foi mme du charbonnier n'est jamais totalement aveugle1 et si ses raisons de croire sont extrinsques et banales1 elles n'en sont pas moins des raisons sa porte qui lui donnent une certitude relative de la rvlation1 et justifient sa conduite4 ,a plus forte raison la foi des savants et des gnies1 des ,augustin1 des saint ,thomas ou des ,bossuet a-t-elle besoin d'tre illumine par toutes les lumires intellectuelles et fortifie par tous les arguments logiques dont l'ordonnance rigoureuse constitue l'uvre colossale et merveilleuse de la ,thologie4 ,cette citadelle inexpugnable de la foi catholique1 l',eglise ne peut y renoncer1 et c'est pour cela qu'elle est tout naturellement la protectrice et la gardienne de la raison humaine non moins que de la foi rvle1 dfendant la raison contre ses propres excs1 tour tour contre les orgueils rationalistes et contre les dfaillances fidistes4 ,tel est son rle sculaire qu'elle n'abdiquera jamais6 ,bien aveugles ou bien nafs furent donc certains penseurs catholiques qui ne l'ont pas compris et qui1 emports par l'engouement gnral1 crurent pouvoir emprunter la philosophie bergsonienne la plupart de ses mthodes et de ses thses1 esprant qu'elles pourraient tre acceptes ou assimiles par la foi catholique4 ,c'est l une illusion qu'il serait vain d'entretenir davantage3 l'exprience de ces philosophes modernistes l'a dmontr assez clairement et trop douloureusement pour qu'il soit utile d'insister davantage#eae4 99 99 99 99 99 ,,ii4 ,comment une telle philosophie1 ennemie-ne de la raison et si renversante pour le sens commun1 a-t-elle pu--surtout en ,france1 terre classique des ides claires et du bon sens--obtenir un succs colossal1 pour ne pas dire un succs fou8 ,c'est le secret qu'il nous reste expliquer au lecteur avant de prendre cong de lui4 ,ce succs inou tient assurment des causes multiples4 ,nous ne dirons rien des causes artificielles telles que la rclame dans les journaux1 les revues et la presse des deux mondes--par la lgion des thurifraires officiels et officieux1--sans mconnatre pour cela son efficacit prodigieuse notre poque4 ,bornons-nous indiquer les causes naturelles2 encore n'avons-nous pas la prtention de les numrer toutes1 mais seulement les principales1 celles qui nous ont le plus frapp4 #a ,la premire cause--la plus vidente--d'une telle fortune vient de ce que la ,philosophie nouvelle a paru inaugurer une raction courageuse contre le ,logicisme outrancier et le verbalisme de la philosophie classique postrieure ,kant1 et surtout une raction vengeresse contre le kantisme lui-mme1 dont le public franais commenait en avoir soup4 ,l'attrait persistant de l'esprit humain pour la mtaphysique et ses problmes vitaux1 trop longtemps comprim par l'interdit kantien1 se rveillait et prparait enfin sa revanche4 ,le mot d'ordre3 il faut traverser ,kant6 venait de retentir la ,sorbonne1 comme le commencement d'un exode qui provoquait l'enthousiasme4 ,on cherchait un prophte des temps nouveaux et l'on crut l'avoir trouv#eaf4 ,malheureusement1 ,m4 ,bergson restait encore1 en secret1 le prisonnier de ,kant1 puisqu'il aboutit1 comme ,kant1 quoique par d'autres voies1 la ngation de la valeur mtaphysique de l'intelligence humaine4 ,pour lui1 comme pour ,kant1 la critique de la ,raison pure est dfinitive4 ,il tait donc rduit faire de la mtaphysique1 non en intellectuel1 mais en artiste4 #b ,la deuxime cause me parat rsume dans l'attrait des ides spiritualistes1 leves et gnreuses1 hautement professes par le nouveau matre4 ,pour lui1 la philosophie ne peut tre qu'un vaste effort pour transcender la condition humaine44441 qu'un irrsistible courant pour hausser l'me humaine au-dessus de l'ide#eag4 ,or1 tout cela devait plaire cette multitude d'mes qui souffrent de l'insuffisance si manifeste de la vie terrestre4 ,il les a aussi charmes en se posant crnement1 ds le dbut1 en dfenseur de la libert contre le dterminisme1 du spiritualisme contre le grossier matrialisme et mme contre le mcanisme par qui en est la premire tape4 ,on sait avec quelle force1 en effet1 et quel succs il a combattu sans relche ces deux erreurs la mode4 ,il y revient sans cesse1 tout propos1 et toutes ses professions de foi spiritualistes sont applaudies vigoureusement par son auditoire4 ,malheureusement1 ses prjugs monistiques l'inclineront plus tard effacer peu peu les distinctions essentielles qui opposent l'esprit la matire1 la libert la ncessit4 ,aprs les avoir fusionnes dans l'identit universelle1 on ne saura plus les reconnatre4 ,ses prjugs antiintellectualistes1 d'autre part1 le porteront rhabiliter le sensible aux dpens de l'ide1 la matire aux dpens de l'esprit1 et faire ainsi le jeu de ceux qu'il voulait combattre4 ,mais tout cela est trop subtil pour effacer dans l'esprit du public la bonne impression premire de sa doctrine nettement spiritualiste4 ,il est vrai que cette doctrine1 en mme temps qu'elle exalte les aspirations leves de l'me humaine1 rabaisse son intelligence et sa raison1 dont les croyants faisaient logiquement la base et le soutien de leur foi religieuse3 fides qurens intellectum4 ,mais ,pascal1 l'auteur de la clbre apostrophe3 ,taisez-vous1 raison imbcile6 ne leur a-t-il pas appris voir1 au contraire1 dans l'impuissance de la raison1 un secours inespr pour leur foi8 ,de l une grande cause de succs auprs de certaines mes1 au fond religieuses1 mais surtout amies d'une religiosit vague1 sans symbole et sans dogme et mme sans rite obligatoire4 ,prive du contrepoids de la raison1 l'intuition sentimentale ou mystique leur permet de tout croire1 comme le pragmatisme qui en drive si facilement leur permet de tout faire1 puisque agir c'est crer la vrit de ce qu'on fait4 ,et chacun peut ainsi vivre sa vie et se faire1 son gr1 pour son usage personnel1 comme la princesse ,palatine1 son petite ,religion4 ,quoi de plus commode et de mieux prdestin une immense vogue8 #c ,a ce spiritualisme lev1 ,m4 ,bergson a su ajouter discrtement quelques ides irrligieuses qui en ont fait un spiritualisme sans ,dieu et vraiment laque3 autre cause de succs par ce temps de lacit outrance4 ,ses critiques ddaigneuses et d'ailleurs injustes sur le ,dieu de ,platon et d',aristote font assez pressentir ce qu'il n'a pas encore exprim bien clairement1 mais qui reste partout sous-entendu4 ,sa religion--si tant est qu'on puisse lui appliquer ce grand mot--sera panthistique et mystique4 ,les amateurs des rves flottants et nuageux--ils sont si nombreux6--prouvent dj dans la sensation dissolvante de l'ternel coulement le frissonnement de l'tre universel qui est l'me des choses et qui nous met en communication invisible avec l'intrieur mme de toutes les activits caches de la nature4 ,tlpathie1 rayonnement des esprits dans l'espace1 conscience et communion universelle des tres1 mystrieux secrets de l'occultisme1 sont des croyances qui n'ont rien redouter--nous dit-on--des dogmes de la ,religion nouvelle4 ,quant la nouvelle ,morale1 elle est attendue1 dans la crise actuelle1 comme le ,messie d',isral4444 ,on n'en connat pas encore les contours prcis1 encore moins la base1 mais on devine que1 sans un ,dieu personnel1 elle ne saurait tre que sans obligation ni sanction1 c'est--dire parfaitement laque4 ,eh6 comment l'antiintellectualisme pourrait-il trouver une loi morale suprieure l'exprience humaine8444 ,de mme qu'il aura affranchi la science de la notion de ,vrit1 la ,religion1 de l'ide de ,dieu1 il ne peut donc manquer d'affranchir la ,morale de la notion du ,bien obligatoire ou du ,devoir4 ,attendons toutefois qu'il nous rvle clairement son secret sur des questions futures qu'il lui a plu de rserver4 #d ,a ce fonds de vrits et aussi d'erreurs sduisantes pour le public de noire poque1 le matre a su ajouter l'clat de la forme4 ,parfois1 c'est un appareil scientifique solennel et austre1 comme un thorme qui marche et qui en impose au vulgaire4 ,a ce liait1 on reconnat l'ancienne vocation de ,m4 ,bergson pour les mathmatiques4 ,mais1 d'ordinaire1 c'est l'artiste qui se rvle sous les formes littraires les plus brillantes4 ,nous avons dj parl de ses mtaphores jet continu1 qui ont la vertu de masquer des erreurs ou de faire paratre l'endroit ce qui est retourn l'envers1 car le public les interprte spontanment suivant les donnes du bon sens4 ,elles ont aussi le don de prter de la vie et de l'intrt aux thories les plus abstruses que l'auditoire serait bien incapable de suivre1 et de lui donner au moins l'illusion de les avoir comprises4 ,l'ancienne cole repoussait la philosophie littraire avec ses considrations esthtiques ou mystiques4 ,la nouvelle1 au contraire1 en fait sa mthode essentielle d'exposition4 ,l'image1 qui venait parfois complter la preuve1 ici tient sa place2 elle tient lieu d'argument1 car elle suffit satisfaire certains esprits peu exigeants ou du moins obtenir d'eux qu'ils lui fassent crdit4 ,d'ailleurs1 elle charme et captive par son clat imprvu1 sa tournure pittoresque1 originale et vraiment neuve2 et on applaudit l'incomparable virtuosit de l'artiste4 ,on l'coute donc volontiers2 sa musique est compare au chant de l'alouette dans le ciel bleu1 et l'on se presse1 l'on s'entasse autour de sa chaire pour l'entendre4 ,il est vrai que sa lecture est moins facile2 ct des pages merveilleusement enleves2 on en rencontre d'autres--beaucoup plus nombreuses--d'un opacit soporifique et vraiment ennuyeuses1 qui nous ont fait trop souvent redire le quandoque bonus dormitat ,homerus4 ,ses ouvrages manquent aussi de suite et de composition4 ,il suffit d'en parcourir la table des matires pour tre surpris de leur pauvret1 surtout de l'imprcision et du vague dans la division et l'enchanement des sujets4 ,le logicien est ici pris en dfaut3 l'artiste fait tort au professeur4 ,toutefois1 l'artiste excelle ouvrir des horizons de rve1 propres satisfaire les tendances de l'imagination et les besoins du cur dans toutes les mes que le ,positivisme du sicle pass n'a pu contenter tout fait et qui dsirent s'lever plus haut3 au del et audessus du ,positivisme6 ,tel est le secret de bien des enthousiasmes4 #e ,enfin1 une dernire cause d'un si grand succs--et ce n'est srement pas la moindre1--c'est le got du public actuel1 ou1 si l'on veut1 la mode du jour1 qui se passionne galement pour la philosophie nouvelle comme pour le thtre nouveau4 ,a propos d'une pice grand succs1 de la ,vierge folle--si j'ai bonne mmoire1--un des plus distingus critiques parmi nos contemporains--aprs avoir salu cette pice comme un chef-d'uvre1--suivant la formule protocolaire obligatoire1 ajoutait aussitt ces judicieuses remarques3 ,cet art est en train de dvier4 ,il n'est que temps de le reconnatre et de signaler la fcheuse erreur de direction qui le mne droit a l'cueil4 ,l'art1 et cela peut se dire aussi bien de tous les arts1 une tendance continuelle s'carter du rel et du vrai4 ,cette vrit 444 est une insupportable contrainte dont il mdite sans cesse de s'affranchir4 ,nature1 raison1 logique1 vraisemblance1 autant de1 dures matresses qui lui interdisent les plus agrables tours d'adresse et les plus prestigieuses jongleries4 ,le jour o il se libre de ces entraves1 il se peut qu'il y soit encourag par la complaisance du public1 celui ci ne demandant qu' tre diverti et commenant par applaudir toutes les excentricits qui le distraient de son ennui4 ,c'est alors que la critique peut tenir un emploi utile4 ,elle rappelle l'crivain que l'art du thtre est essentiellement un art d'imitation1 qu'une comdie de murs est un portrait et que son premier mrite est de ressembler4444 ,tant que vous n'aurez pas chang les conditions de l'humanit1 vous serez oblig de vous y conformer1 ou vous aurez tort4444 ,ce tort est celui du thtre nouveau4444 ,il se place en dehors de toutes les conditions de la vie relle1 il imagine des situations de fantaisie1 il en tire des effets qui peuvent donner l'illusion de la vigueur1 mais ne supportent ni la discussion ni l'examen#eah4 ,il nous est cependant impossible de dpouiller toutes les donnes que l'exprience et la rflexion nous ont lentement apportes4 ,on exige de nous que nous dposions au vestiaire1 avec notre paletot1 toutes les notions acquises1 toutes les constatations1 tous les souvenirs qui risquent de dmentir des tableaux enlevs de chic par une brosse exaspre4 ,pourquoi et de quel droit8#eai ,eh bien6 ces rflexions svres mais justes1 nous tions en train de les faire en lisant l',evolution cratrice1 parce que nous n'avions pas cru devoir dposer au vestiaire de ce grand ,cinma toutes les notions premires ni tous les premiers principes de la raison humaine4 ,aprs avoir rendu un juste hommage ce qu'on est convenu d'appeler un chef-d'uvre1 ou tout au moins le chef-d'uvre de ,m4 ,bergson1 nous nous demandions comment on avait pu concevoir une ,evolution qui serait cratrice d'elle-mme1 ou une cration sans aucun ,crateur et sans aucune chose cre2 comment une si prodigieuse imagination1 qui froisse la fois la nature1 la raison1 la logique1 les vraisemblances et toutes ces dures matresses de la vrit1 qui sont les garde-fou de l'esprit humain1 avait pu tre caresse par un esprit suprieur4 ,nous nous le demandions avec angoisse1 sans pouvoir trouver d'autre rponse que le got du public qu'il faut bien satisfaire1 et dont la tyrannie a fait tant d'autres victimes4 ,renan1 ce grand romancier de la religion auquel on peut bien comparer les grands romanciers de la philosophie1 crivait quelque part cette plainte bien connue3 ,sitt que j'eus montr le petit carillon qui tait en moi1 le monde s'y plut1 et1 peut-tre pour mon malheur1 je fus engag a le continuer4 ,or1 ce got dprave du public contemporain vient de l'tat intellectuel de la gnration prsente4 ,dpourvue de toute culture la plus lmentaire en ,logique et en ,ontologie--car on ne les enseigne plus dans nos lyces ni nos collges1--elle se laisse facilement sduire par toutes les nouveauts et les hardiesses de l'imagination4 ,on dirait qu'aujourd'hui les esprits sont fatigus d'ides claires et prcises2 que le got des fuyances de la pense a remplac l'antique got des crdos positifs et des vrits ternelles2 qu'on prfre les rveries potiques aux solides dmonstrations exprimentales et rationnelles4 ,les contradictions elles-mmes ne choquent plus2 leurs dissonances amusent plutt comme un jeu original et lgant4 ,est-ce l'anmie intellectuelle des races dcadentes8 ,nous n'osons rpondre cette angoissante question2 mais ce que nous ne craignons pas de dire1 avec la plus profonde conviction1 c'est que la nouvelle philosophie antiintellectualiste n'est point le remde cherch1 qu'elle est1 au contraire1 dans une certaine mesure1 la fois cause et effet de ce recul et de cette dcadence de la pense contemporaine ou de l'esprit public4 ,heureusement que les modes du jour sont phmres et sans aucune prtention la dure ternelle4 ,aprs une clipse momentane1 nous reverrons de nouveau--n'en doutons pas--se lever sur notre horizon et briller de son clat naturel cette foi calme et tranquille en la valeur de la raison humaine1 qui a inspir tous les chefs-d'uvre et orient tous les plus grands gnies des sicles passs4 ,m4 ,bergson ne nous dmentira pas1 au contraire4 ,il domine de trop haut son auditoire pour ne pas avoir senti o est le point vulnrable de son brillant systme1 et il a eu plus d'une fois la loyale franchise de nous avouer ses doutes4 ,a la fin de son cours1 en mai #aiaa1 adressant ses adieux son bel auditoire1 il lui confiait que la joie de crer est la meilleure de toutes et qu'il prouvait cette joie de crateur en contemplant son systme4 ,puis il ajoutait ces paroles significatives3 ,si le philosophe s'attache la poursuite de la renomme1 c'est parce qu'il lui manque la scurit d'avoir cr du viable4 ,donnez-lui cette assurance1 vous le verrez aussitt faire peu de cas du bruit qui entoure1 son nom4#ebj ,notre crateur d'antiintellectualisme a donc la crainte--d'ailleurs bien fonde--de n'avoir point cr du viable4 ,c'est l'oppos de l'auteur classique qui terminait son uvre par ce cri de confiance en l'immortalit3 ,exegi monumentum 444 re perennius6 ,cet aveu de ,m4 ,bergson1 loin d'tre isol1 semble au contraire le tourmenter et le poursuivre1 comme un secret remords4 ,dans son ,evolution cratrice1 aprs avoir clbr1 en termes magnifiques1 cette philosophie intellectualiste des gnies de la ,grce1 dont il a pris le contrepied2 aprs avoir reconnu que si l'on fait abstraction des quelques matriaux friables qui entrent dans la construction de cet immense difice1 une charpente solide demeure1 et cette charpente dessine les grandes lignes d'une mtaphysique qui est1 croyons-nous1 la mtaphysique naturelle de l'intelligence humaine1 il se demande quel sera son avenir et sa dure dans les sicles futurs1 et voici sa loyale rponse3 ,un irrsistible attrait ramne l'intelligence son mouvement naturel et la mtaphysique des modernes aux conclusions gnrales de la mtaphysique grecque4 ,et il ajoute mlancoliquement3 ,illusion1 sans doute1 mais illusion naturelle indracinable qui durera autant que l'esprit humain4#eba ,ce pronostic1 sur les lvres de ,m4 ,bergson1 est1 ce nous semble1 un aveu loyal1 complet1 dpassant toutes nos esprances4 ,c'est en vain qu'on luttera contre l'intelligence au nom de l'intelligence mme2 cette lutte est contre nature4 ,la raison finira toujours par avoir raison4 ,cet espoir est pour nous une certitude fonde sur ce fait constant et universel de la biologie3 les produits draisonnables--quelque curieux ou normes que soient ces monstres--sont limins par la nature fatalement4 ,or1 la philosophie de ,m4 ,bergson recle en ses flancs ce que son ami ,w4 ,james appelait le monstre inintelligible du ,monisme#ebb1 accoupl avec le monstre non moins inintelligible de l',antiintellectualisme absolu4 ,elle est donc rforme et condamne deux fois4 ,elle ne parle que de vie ou d'lan vital1 et elle est une philosophie anmique1 incapable de vivre et de nous faire vivre de la vie la plus haute1 la vie intellectuelle1 principe de la vie morale et prlude de la vie divine4 ,aussi1 concluons-nous1 cette uvre de ,m4 ,bergson1 qui a pu paratre belle par l'art de l'crivain et le talent prestigieux qu'il rvle1 est1 pour ceux qui ngligent la forme pour s'attacher au fond1 entirement dcevante4 ,il lui manque cette foi robuste en la puissance de la raison humaine qui gurirait les esprits contemporains si malades et les retiendrait sur la pente d'une dcadence fatale2 il lui manque ce rayon de lumire venu de l',infini1 qui seul peut nous dvoiler nos destines immortelles1 relever nos courages et attirer nos curs en haut1 vers ,celui qui est par essence le ,vrai1 le ,bien et le ,beau1 triple source d'o jaillit la ,vie bienheureuse6 99 99 99 99 99 ,,notes3 #a ,s4 ,,thomas1 ,somme thol4 ,i1 q4 i1 a4 #h1 ad #b4 #b ,h4 ,,bergson1 ,a propos d'un article de ,m4,w4 ,pitkin intitul ,james et ,bergson1 ,journal of ,philosophy1 #g juill4 #aiaj1 p4 #che-chh4 7,voir les articles de ,,pitkin et de ,,kallen dans les numros des #bh avril et #bc juin #aiaj1 et celui de ,w4 ,,james1 #bj janv47--,voir aussi ,,tonqu,,dec3 ,m4 ,bergson est-il moniste8 7,etudes1 #bj fvr4 #aiab7 et les lettres de ,m4 ,bergson ,m4 de ,tonqudec4 #c ,etudes philosophiques1 ,i4 ,ier4 ,thorie fondamentale1 #g;e dition4 ,chez ,berche et ,tralin1 ,paris4 #d ,le mot est de ,w4 ,james1 ,v4 p4 #dgf4 #e ,,maurice ,,pujo1 ,la fin du ,bergsonisme1 cf4 ,,julien ,,benda1 ,le ,bergsonisme4 #f ,m4 ,henri ,bergson est n ,paris1 de famille juive et d'origine trangre1 le #ah octobre #ahei4 ,il fit de brillantes tudes au lyce ,condorcet de #ahfh #ahgh4 ,ses biographes le reprsentent surtout comme un fort en thme1 avec des succs marqus en mathmatiques4 ,aussi hsita-t-il entre les lettres et les sciences4 ,en #ahgh1 il entrait l',ecole normale1 section des lettres1 et devenait agrg en philosophie en #ahha4 ,sa thse est de #ahhi4 ,aprs avoir enseign dans divers lyces de province1 il vint ,paris au collge ,rollin1 puis au lyce ,henri ,,iv de #ahhh #ahih1 fut matre de confrences l',ecole normale de #ahih #aijj1 et nomm au ,collge de ,france en #aijj4 ,l',institut l'a lu en #aija4 #g ,nous verrons plus loin cette formule applique ,dieu lui-mme qui serait en train de se faire6 #h ,discours au ,congrs de ,bologne1 #aj avril #aiaa1 dans la ,revue de ,mta4 et de ,morale1 nov4 #aiaa1 p4 #hab4--,on voit par l combien exagre le thurifraire cit plus haut1 lorsqu'il nous reprsente cette philosophie sortie d'un seul jet et toute arme1 comme ,minerve du cerveau de ,jupiter4 #i ,essai sur les donnes immdiates de la conscience 7#ahhi72--7,matire et ,mmoire #ahif72--l',evolution cratrice 7#aijg1 ,alcan47 ,plusieurs ditions avec de lgres variantes dans la pagination4 #aj ,notons dans la ,revue de ,mta4 et de ,morale3 ,le ,paralogisme psychophysique1 l',introduction la ,mtaphysique et l',intuition4--,dans la ,revue philosophique 7#aijh73 ,la paramnsie ou fausse reconnaissance4--,deux confrences ,oxford1 la ,perception du changement 7#aiaa71 etc4 #aa ,,bergson1 les ,donnes immdiates de la conscience1 p4 #agh4 ,nous citons d'aprs la deuxime dition4 #ab ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bag4 ,cf4 p4 #eb1 #baf1 #bbe1 #bea1 #chg1 #chi4 #ac ,revue philosophique1 #aijf1 vol4 ,,lxi1 p4 #adc4 #ad ,elle 7la philosophie7 doit nous ramener1 par l'analyse des faits et comparaison des doctrines1 aux conclusions du sens commun4 7,bergson1 ,matire et ,mmoire1 ,avant-propos1 p4 iii47 #ae ,le ,roy1 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 #aija1 p4 #ada1 #adb4--,le sens commun nous masque la nature4 7,rev4 des ,deux ,mondes1 #a;er fv4 #aiab1 p4 #eeh47--;,il ajoute1 il est vrai 7p4 #eei73 ,du sens commun le fond est sr et la forme suspecte4 ,mais1 pour lui1 le fond n'est qu'un commandement pratique3 ,agis comme si4444 ,seule la forme a un sens intellectuel et partant suspect4 ,d'o la fameuse question3 ,qu'est-ce qu'un ,dogme8 ,rponse3 c'est un commandement pratique3 ,agis comme si 444 sans aucun sens intellectuel acceptable4--,la philosophie nouvelle s'ouvre par une analyse critique du sens commun4 7,revue de ,mta4 et de ,morale #aija1 p4 #djg47 ,c'est la dcapitation pralable du sens commun4 #af ,cf4 ,,platon1 ,cratyle1 #djb ,a2 #djd ,d2 ,that41 #aeb ,d2 #afj ,d4 #ag ,ces premiers principes ont t traits d'hypothses succs extraordinaire6 #ah ,de mme pour ,w4 ,james3 ,je me suis vu contraint de renoncer la ,logique1 carrment1 franchement1 irrvocablement6 ,a ,pluralistic ,universe 7,london1 #aiji74 #ai ,nous donnerons alors citations et rfrences4 #bj ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ceb4 #ba ,rappelons sa sentence fameuse3 4 #bb ,,le ,,roy1 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 #aija1 p4 #caj4 ,c'est nous qui soulignons4 #bc ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bgj4 ,toutefois1 ajoute-t-il1 je ne donne pas ce centre pour une chose1 mais pour une continuit de jaillissement4 7,ibid4 p4 #bgj47 #bd ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ag4 #be ,exister consiste changer4444 ,l'tat lui-mme est dj du changement4444 ,si un tat d'me cessait de varier1 sa dure cesserait de couler4 7,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #a1 #b1 #c1 #h1 #bea1 #bfj1 etc47 #bf ,b4 ,,saint-,,hilaire1 trad4 d',aristote1 ,logiq4 ,prf4 t4 ,,iii1 p4 v4 #bg ,le ,roy1 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 #aija1 p4 #cjd1 #cje1 #cjf4 #bh ,m4 ,fouille lui-mme ne se gne plus pour parler de la renaissance de la sophistique grecque4--,d'autres1 encore moins respectueux1 rapprochent ce besoin d'obscurit de celui qu'prouvent les mdiums spirites1 tels qu',eusapia qui rclame toujours moins de lumire3 ,meno luce6 ,c'est la condition indispensable de leurs succs4--,m4 ,gaudeau l'a fort bien dit3 ,l'obscurit est prcisment le contraire de la profondeur4 ,la profondeur de la pense1 chez un crivain1 doit tre une puissance d'clairement qui nous permet de voir ou mme nous force voir le fond des choses4 ,or1 l'obscurit1 d'o qu'elle vienne1 est un voile qui s'interpose entre notre regard et le fond des choses1 entre nous et la profondeur4444 ,la pense qui est un regard et qui doit tre une lumire1 n'est profonde que si elle est claire parfaitement4 7,la foi catholique1 avril #aiaj1 p4 #agb47 #bi ,,platon1 ,sophiste1 p4 #aia1 #cjj 7,ed4 ,cousin74 #cj ,,moisant1 dans les ,etudes du #e mai #aijh4 #ca ,rflexions d'un ,philistin1 ,grande ,revue1 #aj juill4 #aiaj1 p4 #af1 par ,m4 ,,le ,,dantec4 #cb ,tout est obscur767 dans l'ide de cration1 si l'on pense des choses qui seraient cres et une chose qui cre1 comme on le fait d'habitude et comme l'entendement ne peut s'empcher de le faire4 7,l',evolution cratrice1 p4 #bfi47--,une cration sans aucun agent qui cre ni sans chose cre est-elle donc plus claire8444 ,nous reviendrons plus tard sur cet trange paradoxe4 #cc ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #gd 7#b dit474 #cd ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #gh4 #ce ,,arist41 ,phys41 ,i4 ,,iv1 c4 xi1 #e et #ab4 ,cette dfinition regarde surtout le temps qui mesure4 ,quant au temps qui est mesur1 il n'est autre que le mouvement en tant qu'il tombe sous la mesure de l'avant et de l'aprs4 ,c'est la mme distinction que pour le nombre nombrant et le nombre nombr1 1 7,phys4 l4 ,,iv1 c4 xiv1 #c47 #cf ,voici le texte complet d',aristote3 ,quantum dicitur quod est divisibile in ea1 qu insunt1 quorum utrumque vel unumquodque unum1 quiddam et hoc aliquid aptum est esse4 o o e1 4 ,mta41 l4 ,v1 c4 xiii1 text4 #ah4 #cg ,pour les purs esprits1 les notions tires des tres matriels sont mtaphoriques4 ,ainsi l'galit ou l'ingalit des intelligences n'est qu'une quantit mtaphorique4 ,mais l'me humaine n'est pas un pur esprit4 ,elle a des oprations organiques doues de quantit extensive et mesurable au moins indirectement4 #ch ,,bergson1 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 janvier #aijc1 p4 #bh4 #ci ,,fouill,e1 la ,pense et les nouvelles coles antiintellectualistes1 p4 #db1 #dd #dj ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #b4 #da ,species quantitatis distinguntur secundum diversos modos divisionis4 7,s4 ,,thom41 ,pot41 ix1 #g1 b4 #d47 #db ,paroles de saint ,thomas 7,de ente et essentia71 cites par ,pie ,x dans le ,motu proprio du #a;er septembre #aiaj4 #dc ,la nature de la quantit virtuelle1 quantitas virtatis1 a t1 disons-nous1 merveilleusement analyse par les scolastiques4 ,on en pourra juger par cet chantillon4 ,saint ,thomas dit qu'on peut la considrer dans sa racine ou dans ses effets extrieurs4 ,dans sa racine1 elle se confond avec la perfection de la forme ou de la qualit3 ,in radice1 id est1 in ipsa perfectione form vel natur4 ,mais on peut la considrer aussi dans ses effets extrieurs1 surtout dans l'intensit de ses effets3 ,attenditur quantitas virtualis in effectibus form1 et c'est ce point de vue qu'elle est divisible et mesurable4 7,i ,sent41 dist4 ,,xvii1 q4 ,,ii1 a4 ,i1 c47 ,et comme la quantit1 ajoute-t-il1 se dfinit par la divisibilit1 il suffit que ses effets extrieurs soient divisibles et mesurables pour qu'elle ait1 sa manire--quivalemment--la nature de la quantit4 ,bien plus1 elle participe la fois la quantit discrte et la quantit continue4 ,a la premire1 par le nombre de ses effets ou des objets simultans auxquels sa vertu peut s'tendre la fois2 la seconde1 par l'intensit ou le degr de vertu de son action sur le mme objet4 ,elle a donc deux fois le titre de quantit1 mais sa manire propre1 car il y a autant d'espces de quantit que d'espces possibles de division4 ,species quantitatis distinguntur secundum diversos modos divisionis 7,post41 ix1 #g1 b4 #d47--,ratio quantitatis in communi consistit in qudam divisibilitate3 unde ratio quantitatis invenitur propri in illis qu secundum se dividuntur4444 ,invenitur etiam quodammodo in illis quorum divisio attenditur secundum ea qu extrinsecus sunt1 sicut virtus dicitur divisibilis et quantitatis rationem habens1 ex ratione et divisione actuum et objectorum4 7,i ,sent41 dist4 ,,xix1 q4 ,i1 a4 #a1 ad #a47--,quantitas virtutis attenditur dupliciter3 vel quantum ad numerum objectorum1 et hoc per modum quantitatis discret2 vel quantum ad intensionem actus super idem objectum1 et hoc est sicut quantitas continua4 7,i ,sent41 dist4 ,,xvii1 q4 ,,ii1 a4 #a ad #b47--;,duplex est quantitas4 ,una scilicet qu dicitur quantitas molis vel quantitas dimensiva1 qu in solis rebus corporalibus est4444 ,sed alia est quantitas virtutis1 qu attenditur secundum perfectionem alicujus natur vel form qu quidem quantitas designatur secundum quod dicitur aliquid est magis vel minus calidum1 in quantum est perfectius vel minus perfectum in tali caliditate4 ,hujusmodi autem quantitas virtualis attenditur primo quidem in radice1 id est in ipsa perfectione form vel natur2 et sic dicitur magnitudo specialis1 sicut dicitur magnus calor propter suam intensionem et perfectionem4444--,secundo autem attenditur quantitas virtualis in effectibus form4 ,primus autem effectus form est esse 7durare72 nam omnis res habet esse secundum suam formam4 ,secundus autem effectus est operatio1 nam omne agens agit per suam formam4 ,attenditur igitur quantitas virtualis et secundum esse et secundum operationem4 ,secundum esse quidem1 in quantum ea qu sunt perfectionis natur1 sunt majoris durationis4 ,secundum operationem vero1 in quantum ea qu sunt perfectionis natur sunt magis potentia ad agendum4 7,i1 q4 xlii1 a4 #a1 ad #a4--;,cf4 ,,aristote1 ,mta41 l4 ,v1 c4 xiii4--,s4 ,,thom41 in ,mta41 l4 ,v1 lec4 #e2 ,opuscule de ,natura generis1 c4 xx4--,,suarez1 ,,complutenses1 ,,scotus1 ,,goudin1 ,,lossada1 etc47 #dd ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #fb4 #de ,nous retrouverons plus tard la mme mprise dans la conception du moi dont ,m4 ,bergson fera la somme ou la file des phnomnes psychiques1 alors qu'il en est la cause et le principe2--et dans la notion de continu1 dont ,m4 ,le ,roy fera une poussire incohrente et infiniment tnue1 ne prsentant ni liens intrieurs ni lacunes4 7,revue de ,mta4 et de ,m41 #ahii1 p4 #edg47 ,une telle notion serait celle du discontinu absolu ou du contigu et non du continu4 ,le continu est une unit dont les fractions sont seulement en puissance4 #df ,,aristote1 ,polit41 l4 ,i1 c4 #aa4 #dg ,,aristote1 ,mta41 l4 ,,iv1 c4 xxvi1 #a4 #dh ,profecto impossibile ex individuis esse aliquid continuum1 ut lineam ex punctis1 siquidem linea est res continua1 punctum autem individua4 ,,aristote1 ,phys41 l4 ,,vi1 c4 #a4 #di ,au sens psychologique1 on peut aussi introduire l'ide d'un maintenant 7nunc7 dans la notion de temps1 comme l'ide d'un ici prsent 7hic7 dans la notion d'espace4 ,le nunc du temps dfinit l'avant et l'aprs par rapport la sensation prsente4 ,le hic de l'espace dfinit la gauche et la droite1 l'avant et l'arrire1 le dessus et le dessous1 par rapport un ici4 ,on dit alors que l'espace ou le temps sont centrs4 ,mais ce sont l des donnes accessoires dont les sciences et la philosophie font abstraction4 #ej ,voir notre rfutation de ,znon3 ,thorie fondamentale de l'acte et de la puissance1 p4 #fb et suiv4 #ea ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #fd4 #eb ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #fj1 #fd1 #agb4 ,l'ide mme du nombre deux1 ou plus gnralement d'un nombre quelconque1 renferme celle d'une juxtaposition dans l'espace 444 comme si la reprsentation du nombre deux1 mme abstrait1 n'tait pas dj celle de deux positions diffrentes dans l'espace4 7,ibid41 p4 #fg47--,l'impntrabilit fait donc son apparition en mme temps que le nombre4 7,ibid41 p4 #fh47 #ec ,,bergson1 ,ibid41 p4 #fb4 #ed ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #fd4 #ee ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #gd4 #ef ,,aristote1 ,phys41 l4 ,,iv1 c4 x1 text4 #ie1 #if1 et ,s4 ,,thomas1 ,ibid41 lec4 #af2 opuscule de ,tempore1 c4 ii4--,cf4 ,s4 ,,augustin1 ,,complutenses1 ,,rubius1 ,,de ,,san1 etc4--,e contra1 ,,scot1 ,,suarez 4441 ,,nys1 etc4 #eg ,s4 ,,thomas1 ,in ,phys41 l4 ,,iv1 lec4 #ag4 #eh ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #hh4 #ei ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #hg1 #hi4 #fj ,nous ne voudrions pas nier cependant que1 pour des dures trs courtes1 la conscience ne puisse apprcier directement l'galit ou l'ingalit de deux mouvements4 ,ainsi l'horloger apprcie l'oreille si les battements d'un pendule sont isochrones4 ,par la rptition1 et pour ainsi dire la superposition idale d'un intervalle temporel sur un autre intervalle1 l'uniformit des dures est assez clairement apprcie4 ,on peut mme apprcier directement s'il bat la seconde4 ,mais ce mode de mensuration1 outre qu'il est exceptionnel1 est encore trop subjectif pour tre rigoureux et scientifique4 ,il exige comme complment des mesures externes4 ,ainsi l'on a dtermin qu' ,paris1 pour battre exactement la seconde1 le pendule doit avoir une longueur de ,o1#iichd4 #fa ,m4 ,bergson imite en cela ,berkley qui avait fait sur l'espace une analyse analogue celle de ,m4 ,bergson sur le temps4 ,l'un et l'autre distinguent deux sortes de notions1 l'une vulgaire et illusoire1 l'autre mtaphysique et vraie1 leur sens1 qu'ils prennent pour base de leurs systmes4 ,mais l'un et l'autre1 au cours de leur exposition1 ont t obligs de se contredire et de rtablir implicitement celle des notions qu'ils avaient explicitement nie4 ,ainsi1 par exemple1 la notion d'un minimum sensible de temps s'imposera ,m4 ,bergson1 comme ,berkley s'tait impos le minimum sensible d'espace 7,cf4 ,,berthelot1 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 #aiaj1 p4 #gdd-gge47 #fb ,le temps conu sous la forme d'un milieu homogne est un concept btard d l'intrusion de l'ide d'espace dans le domaine de la conscience pure4 7,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #gd47 #fc ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #ff4 #fd ,le temps entendu dans le sens d'un milieu o l'on distingue et o l'on compte n'est que de l'espace4 7,ibid41 p4 #fi47 #fe ,lorsque nous parlons du temps1 nous pensons le plus souvent un milieu homogne o nos faits de conscience s'alignent1 se juxtaposent comme dans l'espace4 7,ibid41 p4 #fh47--,que ce milieu idal soit partiellement analogue au milieu idal de l'espace1 oui2 identique1 non4 ,l'un a trois dimensions1 l'autre n'en a qu'une2 l'un est simultan1 l'autre successif4 #ff ,si une somme s'obtient par la considration successive de diffrents termes1 encore faut-il que chacun de ces termes demeure lorsqu'on passe au suivant1 et attende1 pour ainsi dire1 qu'on l'ajoute aux autres3 comment attendrait-il s'il n'est qu'un instant de la dure8 et o attendrait-il si nous ne le localisons dans l'espace8 7,,bergson1 ,ibid41 p4 #fj47 #fg ,qudam sunt qu habent fundamentum in re extra animam1 sed complementum rationis eorum1 quantum ad id quod est formale1 est per operationem anim1 ut patet in universali 444 et similiter est de tempore1 quod habet fundamentum in motu1 scilicet prius et posterius motus1 sed quantum ad id quod est formale in tempore1 scilicet numeratio1 completur per operationem intellectus numerantis4 7,s4 ,,thom41 ,i dist41 d4 #ai1 q4 v1 a4 #a4--;,cf4 ,,ii dist41 d4 ,,xii1 q4 i1 a4 #e1 ad #b4--,phys41 lec4 #c et sq47 #fh ,lorsqu'on fait du temps un milieu homogne o les tats de conscience se droulent 7comme dans un contenant solide7 on se le donne par l mme tout d'un coup 7871 ce qui revient dire qu'on le soustrait la dure4 ,cette simple rflexion devrait nous avertir que nous retombons alors inconsciemment dans l'espace4 7,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #gd47 #fi ,la dure interne se confond avec l'embotement des faits de conscience les uns dans les autres4 7,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #ha47 ,on peut donc concevoir la succession sans la distinction1 comme une pntration mutuelle 444 d'lments l'un dans l'autre4--,ils se fondent l'un dans l'autre1 se pntrent et s'organisent1 sans aucune tendance s'extrioriser les uns par rapport aux autres1 sans aucune parent avec le nombre4444 7,ibid41 p4 #gf1 #gh1 #gi1 #hg1 #if47 #gj ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #gi1 #hj4 #ga ,,fouill,e1 ,la ,pense et les nouvelles coles1 p4 #caa4 #gb ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #ij4--;,il en rsulte qu'il n'y a dans l'espace ni dure ni mme succession1 au sens o la conscience prend ces mots3 chacun des tats dits successifs du monde existe seul1 et leur multiplicit n'a de ralit que pour une conscience capable de les juxtaposer4 7,ibid41 p4 #hg47 #gc ,nous ne disons pas qu'il est une cause active1 car ni l'espace1 ni le temps ne sont des agents2 mais ils sont la condition indispensable pour que les agents de la nature puissent dployer leurs activits4 #gd ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #hc1 #hd1 #ij4 #ge ,,bergson1 ,ibid41 p4 #ha4 #gf ,permanentia rei in existendo4 7,s4 ,,thom1 ,i1 dist4 ,,xix q4 #a47 #gg ,nous verrons alors la vaine tentative de ,m4 ,bergson pour remplacer la substance par un ,temps qui ferait boule de neige par la conservation du pass4 #gh ,quare non male ,plato ait1 quum dixit sophisticam circa non ens immorari1 o 4 ,mta41 #a4 ,x1 c4 viii1 #b4 ,et putantes de ente troclare1 de non ente dicunt1 1 ,mta41 l4 ,,iii1 c4 iv1 #ag4 #gi ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #hj4 #hj ,,bergson1 ,essai sur les donnes immdiates1 p4 #afg4--,principe rfut plus haut1 p4 #ge4 #ha ,cette tactique n'est pas nouvelle4 ,leibnitz avait ainsi procd l'gard des disciples de ,descartes1 au nom des droits de la raison1 et ,locke au nom des droits de l'exprience4 #hb ,,aristote1 ,mta41 l4 ,,iii1 c4 v1 #ab4 #hc ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #afa1 #afe1 #afh4 #hd ,ailleurs1 il raille ,kant de ce qu'au lieu de proscrire la libert1 il la respecte par scrupule moral1 et la conduit avec beaucoup d'gards dans le domaine intemporel des choses en soi1 dont notre conscience ne dpasse pas le seuil mystrieux4 7,,bergson1 ,ibid41 p4 #aha47 #he ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #agg1 #agi4 #hf ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #abj4 #hg ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #aba1 #abd4 #hh ,m4 ,bergson a vainement essay d'expliquer ces faits avec sa thorie1 dans une confrence sur la ,thorie de la personne1 au ,collge de ,france1 en mai #aiaa 7,cf4 ,etudes1 #bj nov4 #aiaa1 art4 de ,grivet1 p4 #ddi et suiv474 #hi ,cette multiplicit de sries parallles ou divergentes dans un mme temps ne sufft pas faire un temps plusieurs dimensions1 comme l'a imagin ,ostwald 7,esquisse d'une philosophie des sciences71 esprant faire ainsi le pendant l'espace non-euclidien n dimensions4 ,de mme qu'une seconde1 troisime ou n dimension spatiale est relie aux prcdentes par un nouveau rapport spatial1 ainsi une deuxime dimension temporelle devrait se relier la premire par un rapport temporel diffrent4 ,or1 il n'en est rien4 ,c'est au mme moment que les sries d'tats psychologiques s'coulent simultanment4 ,il n'y a donc pas ici une seconde relation temporelle diffrente de la premire4 ,la simultanit ne peut constituer un temps diffrent 7,cf4 ,,lechalas1 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 sept4 #aiaa1 p4 #hjc74 #ij ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #agb4 #ia ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #abd4 #ib ,il et t plus exact de dire que l'existence de l'tre substantiel--du moi-agent--a seule une continuit ncessaire1 de sa naissance sa mort4 ,ses oprations1 conscientes ou inconscientes1 peuvent1 au contraire1 se succder sans aucune continuit4 ,de l vient qu'elles sont si souvent interrompues et reprises4 ,mais ,m4 ,bergson n'admettant l'existence d'aucun tre substantiel1 nous avons d1 pour le moment1 nous placer sur son terrain et montrer que1 mme dans la succession continue des tats de conscience1 il y a distinction et multiplicit4 #ic ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #acd4 #id ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #acf1 #acg1 #ach4 #ie ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #aci4 #if ,cette figure ne me montre pas l'action s'accomplissant1 mais l'action accomplie4 7,,bergson1 ,ibid41 p4 #acg47 #ig ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #adj1 #ada4 #ih ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #aea4 #ii ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #adj #aea4 #ajj ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #adc1 #add4 #aja ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #ade1 #aej4 #ajb ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #aeb1 #aec4 #ajc ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #aah4 #ajd ,ce sont parfois les monstres les plus rares de la nature qui nous font le mieux connatre ses lois4 ,aussi1 les cas tratologiques sont-ils d'une importance capitale pour l'tude des lois biologiques4 #aje ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #aec4 #ajf ,nous verrons plus tard si ,m4 ,bergson n'a pas d modifier sur un point si important sa premire opinion4 #ajg ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #aeh4 #ajh ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #afa4 #aji ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #afg4 #aaj ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #afg4 #aaa ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #abf1 #abh4 #aab ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #aca1 #acb4 #aac ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #abi4 #aad ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #abh4 #aae ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #acd4 #aaf ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #afd1 #afe4 ,dans l'ouvrage suivant1 ,matire et ,mmoire1 p4 #bje1 il cherche un correctif1 en appelant l'acte libre une synthse de sentiments et d'ides1 mais il revient bientt sa conception monistique4 #aag ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #aii4 #aah ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #aih4 #aai ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #ac1 #beg1 #bfb4 #abj ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #aig1 #bfc4 #aba ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #beb4 #abb ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #aii4 #abc ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #bjg4 ,nous n'avions pas explorer ce domaine4 ,placs au confluent de l'esprit et de la matire1 dsireux avant tout de les voir couler l'un dans l'autre1 nous ne devions retenir de la spontanit de l'intelligence que son point de jonction avec son mcanisme corporel4 7,ibid41 p4 #bfi47 #abd ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #a4 #abe ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #c4 #abf ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #b4 #abg ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #g4 #abh ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #bc1 #ef1 #fb4 #abi ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #bb4 #acj ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #di #aca ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #bfb4 #acb ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #aii4 #acc ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #ca1 #bdj4 #acd ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #bj1 #ba4 #ace ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #aei4 #acf ,toutes les sensations participent de l'tendue2 toutes poussent dans l'tendue des racines plus ou moins profondes4444 ,l'ide que toutes nos sensations sont extensives quelque degr pntre de plus en plus la psychologie contemporaine4 ,on soutient1 non sans quelque apparence de raison1 qu'il n'y a pas de sensation sans extensit ou sans un sentiment de volume4 ,l'idalisme anglais prtendait rserver la perception tactile le monopole de l'tendue1 les autres sens ne s'exerant dans l'espace que dans la mesure o ils nous rappellent les donnes du toucher4 ,une psychologie plus attentive nous rvle1 au contraire1 et nous rvlera sans doute de mieux en mieux1 la ncessit de tenir toutes les sensations pour primitivement extensives1 leur tendue plissant et s'effaant devant l'intensit et l'utilit suprieures de l'tendue tactile1 et sans doute aussi de l'tendue visuelle4 7,ibid41 p4 #bdb1 #bdc4 ,cf4 p4 #bcg47 #acg ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #ej1 #ea4 #ach ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #aea4 #aci ,c'est bien vritablement dans la matire que la perception pure nous place1 et bien rellement dans l'esprit mme que nous nous plaons dj avec la mmoire4 7,ibid41 p4 #aih47 ,en passant de la perception pure la mmoire1 nous quittons dfinitivement la matire pour l'esprit4 7p4 #bfc47 #adj ,de ces deux mmoires1 l'une imagine1 l'autre rpte4 ,la seconde peut suppler la premire et en donner l'illusion4 ,alors le mcanisme moteur supple l'image qui fait dfaut4 7,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #gi1 #hc47 ,la seconde1 celle que les psychologues tudient d'ordinaire1 est l'habitude claire par la mmoire plutt que la mmoire mme4 7,ibid41 p4 #ha47 #ada ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #afd4 #adb ,cf4 ,ibid41 p4 #aff4 #adc ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #adf4 #add ,le souvenir pur est une manifestation spirituelle4 ,avec la mmoire1 nous sommes bien vritablement dans le domaine de l'esprit4 7,ibid41 p4 #bfi47 #ade ,m4 ,bergson a exprim cette gradation par un graphique1 p4 #adc4 #adf ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 iii4 ,cf41 p4 #ge1 #abd1 #ace1 #aic1 #bfe4 7,c'est nous qui soulignons47 #adg ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #aie4 #adh ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #ad4 #adi ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #bdg4 #aej ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #bdh et #bdi4 #aea ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #bgc4 #aeb ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #dd4 #aec ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #bgc1 #bgd4 #aed ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #bjj1 #bja4 ,cf41 p4 #bge4 #aee ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #bgh1 #bgi4 #aef ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #bef4 #aeg ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #bfb1 #bfc4 #aeh ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #bde4 #aei ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #bgh4 #afj ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #bdh4 #afa ,esse cujusque rei consistit in indivisione2 et inde est quod unumquodque1 sicut custodit suum esse1 ita custodit suam unitatem4 7,s4 ,,thomas1 ,sum4 theol41 ,i1 q4 xi1 a4 i1 ad #c47 #afb ,etudes1 t4 ,,ii1 ,matire et ,forme en prsence des sciences modernes4 #afc ,le lecteur sait que le monisme a deux degrs3 #a ,identit de nature de tous les tres crs2 #b des cratures et du ,crateur4--,nous ne parlons ici que du premier degr4 ,mais le premier conduit au second1 car l'un et l'autre se fondent sur l'identit des contraires et l'indiffrence des diffrents4 #afd ,,aristote1 ,de ausculta1 natur1 ,physic41 l4 ,,iii1 c4 i4 #afe ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #cdb4 #aff ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ce1 #gi1 #bfc1 #cbi4 #afg ,voir cette rfutation dans notre ,thorie fondamentale1 t4 ,ier de nos ,etudes1 p4 #fb et suiv4 #afh ,,aristote1 ,physic41 l4 ,,viii1 c4 iii1 #b et #f4 ,cf4 #a4 ,ier1 c4 ii1 #f2 l4 ,,ii1 c4 i1 #f2 c4 iv1 #aj1 etc4 #afi ,notons que la mme solution avait dj t indique par ,platon3 ,voici donc que le philosophe est absolument forc de n'couter ni ceux qui croient le monde immobile1 ni ceux qui mettent l'tre dans le mouvement universel4 ,entre le repos et le mouvement de l'tre et du monde1 il faut qu'il fasse comme les enfants dans leurs souhaits1 qu'il prennent l'un et l'autre4 7,sophiste1 #bdh;,e1 #bdi;,d47 #agj ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #cdh4 #aga ,voir ,,rivaud1 le ,problme du devenir dans la philosophie grecque1 p4 #dd1 #cgc1 etc4 #agb ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #cdb4 #agc ,voir notre ,thorie fondamentale de l',acte et de la ,puissance ou de ,mouvement1 #g dition1 in-#h de #daj pages 7chez ,berche et ,tralin74 #agd ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bie4 ,la chose rsulte d'une solidification opre par notre entendement1 et il n'y a jamais d'autres choses que celles que l'entendement a constitues4 7,ibid41 p4 #bgj47 ,la matire 444 doit tre un flux plutt qu'une chose4 7,ibid41 p4 #bjc47 #age ,,bergson1 ,ibid4 p4 #a1 #b4 #agf ,,bergson1 ,ibid4 ,cf4 p4 #ab1 #aci1 #bjc1 #bea1 #bfj1 #cbg1 #cdb1 #cie1 #cih1 etc41 etc4 #agg ,cf4 ,,platon1 ,cratyle1 #djb ,a2 #djd ,d2 ,that41 #aeb ,d2 #afj ,d4 #agh ,rplique des modernistes1 p4 #aj4 ,de mme ,,le ,,roy3 ,le devenir est la seule ralit concrte4 7,revue de ,mta4 et de ,morale1 #aija1 p4 #dah47 #agi ,elle coule 7la ralit7 sans que nous puissions dire si c'est dans une direction unique1 ni mme si c'est toujours et partout la mme rivire qui coule4 7,,bergson1 prface une traduction de ,w4 ,james ,flammarion1 #aiaj1 ,philosophie de l'exprience47 #ahj ,b4 ,,saint-,,hilaire1 ,physique1 prface1 p4 xxviii4 #aha ,revue philosoph41 avril #aiaa1 p4 #ced4 #ahb ,,le ,,roy1 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 #aija1 p4 #daa4 #ahc ,l'illusion serait due aux prjugs utilitaires de l'action6 ,l'immobilit tant ce dont notre action a besoin1 nous l'rigeons en ralit4 7,,bergson1 ,confr4 d',oxford1 p4 #bj47 ,comme si notre action n'avait pas un gal besoin de mobilit6 #ahd ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #cbf1 #cbg4 #ahe ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bai1 #bbj1 #bbe1 #bfj4 #ahf ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #a #c4 #ahg ,il y a simplement 7en nous7 la mlodie continue de notre vie intrieure1 mlodie qui se poursuit1 indivisible1 du commencement la fin de notre existence consciente4 ,notre personnalit est cela mme4 7,,bergson1 ,confrences d',oxford1 p4 #bf47 #ahh ,cette causalit efficiente de la substance par rapport aux accidents est enseigne par saint ,thomas et tous les scolastiques2 la seule question en litige entre eux est celle de la nature de cette causalit4 ,la substance joue-t-elle le rle de cause efficiente principale ou seulement instrumentale8 ,par exemple1 lors de la production d'une substance1 se trouve-t-on en prsence de deux actes1 dont l'un serait la production de la substance1 l'autre la gnration des accidents par cette mme substance 7telle est la doctrine de ,suarez72 ou bien1 n'y a-t-il qu'un seul acte consistant dans la production simultane de la substance et des accidents1 avec cette rserve que la substance jouerait dans la gnration des accidents le rle d'une cause instrumentale 7c'est l'opinion de saint ,thomas78 ,mais dans l'une et l'autre thse1 la causalit de la substance est sauvegarde1 en sorte que dans les deux opinions1 la nature des accidents permet de conclure par induction celle de la substance1 tandis que dans l'opinion de ,kant1 il serait impossible de s'lever du phnomne au noumne qui reste inconnaissable4 7,cf4 ,s4 ,,thom41 ,quodlib1 ix1 a4 #e2--,sum theol41 p4 ,i1 q4 ,,lxxvii1 a4 #f1 #g2--;,ia ,,ii1 q4 ,,lxxvii1 a4 #a2--;,de ,virtut41 q4 ,i1 a4 #c2--;,de ,verit41 q4 xiv1 a4 #e2--;,in ,,iv ,sent41 q4 ,i4 a4 #a4--,,ubraburu1 ,ontol41 n4 #cai-cbe2--;,,de ,,maria1 ,ontol41 p4 #egh1 etc47 #ahi ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #c1 #d4 #aij ,,taine1 ,de l',intelligence1 ,i1 p4 #cdc4 ,au lieu de file1 les bergsoniens disent plus souvent le continu1 mais la pense est au fond la mme4 ,pour eux1 la seule ralit est celle du continu4 #aia ,,taine1 ,ibid41 p4 #cde4 #aib ,voici un aveu de ,m4 ,bergson3 ,la psychologie substitue donc au moi une srie d'lments qui sont les faits psychiques4 ,mais ces lments sont-ils des parties8 ,toute la question est l4 ,et c'est pour l'avoir lude qu'on a pos en termes insolubles le problme de la personnalit humaine4444 ,ils cherchent le moi et prtendent le trouver dans les tats 7ou la file des tats7 psychologiques4444 ,aussi1 ont-ils beau juxtaposer des tats aux tats1 en multiplier les contacts1 en explorer les interstices1 le moi leur chappe toujours1 si bien qu'ils finissent par n'y voir qu'un vain fantme4444 ,bien vite1 elle 7la psychologie7 arrive croire qu'elle pourrait1 en composant ensemble tous les points de vue1 reconstituer l'objet4 ,est-il tonnant qu'elle voie fuir cet objet devant elle1 comme l'enfant qui voudrait se fabriquer un jouet solide avec les ombres qui se profilent le long des murs4444 ,l'unit du moi ne pourra plus tre qu'une forme sans matire4 ,ce sera l'indtermin et le vide absolu4 7,,bergson1 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 janv4 #aijc1 p4 #aj1 #ab1 #ac47 #aic ,il y a des changements1 mais il n'y a pas de choses qui changent2 le changement n'a pas besoin d'un support4 ,il y a des mouvements1 mais il n'y a pas ncessairement des objets invariables qui se meuvent3 le mouvement n'implique pas un mobile4 7,,bergson1 ,confrences d',oxford1 p4 #bd47 7,c'est l'auteur qui a soulign47 #aid ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #cbe4 #aie ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bgj4 #aif ,,bergson1 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 nov4 #aiaa1 p4 #had4 ,de mme ,w4 ,james qui les appelle une mascarade de noms4 7,phil4 de l'exprience1 p4 #bjj47 ,mme caricature dans ,laberthonnire1 qui ose dfinir l'me3 ,entit inerte qu'on imagine au-del de la conscience 767 par-dessous 76671 comme un morceau de matire 76667 sur lequel viendraient s'imprimer les diversits de la vie psychique4444 7,annales de philosophie chr41 nov4 #aiaj1 p4 #agh47 ,w4 ,james1 ,ibid41 appelle aussi l'me3 ,un bouche-trou thorique2 il marque une place et rserve cette place une explication qui devra venir l'occuper plus tard4--,plus tard6 c'est toujours commode4 ,en attendant1 l'unit de l'agent que j'appelle mon me explique seule l'unit de mes actions et du courant de ma conscience4 #aig ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #cbg4 #aih ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #cch4 #aii ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bfb1 #bic1 #bie4 ,cf4 p4 #db1 #cdc1 #cij1 etc4 ,il n'y a pas d'toffe plus rsistante ni plus substantielle4 7p4 #d47 #bjj ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #b1 #e4 #bja ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #af4 #bjb ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #aha1 #bah1 #bgj4 ,le pass fait corps avec le prsent4444 ,ce n'est pas seulement notre pass nous qui se conserve1 c'est le pass de n'importe quel changement4444 7,,bergson1 ,confrences d',oxford1 p4 #cc1 #cd47 #bjc ,,fouill,e1 ,revue philosophique1 avril #aiaa1 p4 #cec4 #bjd ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bei4 #bje ,,platon1 ,cratyle1 trad4 de ,cousin1 p4 #aed4 #bjf ,,platon1 ,sophiste1 ,ibid41 p4 #bfc4 #bjg ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ad4 #bjh ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #adh1 #adi4 #bji ,ma personne un moment donne est-elle une ou multiple8444 ,je suis donc 444 unit multiple et multiplicit une4444 ,je n'entre ni dans l'une ni dans l'autre 7de ces catgories7 ni dans les deux la fois1 quoique les deux runies puissent tre une imitation approximative de cette interpntration rciproque et de cette continuit que je trouve au fond de moi-mme4 7,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bhj4 ,cf4 #bhc47 #baj ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bie4 #baa ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bbb et #bbf4 #bab ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bai1 #bfe1 #bhj1 #bhc1 #bib4 #bac ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ah1 #di1 #eh1 #bfj1 #cfg1 #cfh1 #cgj1 #cga1 #cgb1 #cgc1 etc4 #bad ,il n'y a plus que des directions4 7,,bergson1 ,ibid41 p4 #ag47 #bae ,,le ,,roy1 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 #aija1 p4 #cje2 #aijg1 p4 #afg4 ,cf4 juill41 p4 #dhj1 etc4 #baf ,,bergson1 ,essai sur les donnes1 p4 #aeh4 #bag ,qu'est-ce que le devenir1 sinon une fuite perptuelle de contradictoires qui se fondent8 7,,le ,,roy1 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 #aija1 p4 #daa47 #bah ,,le ,,roy1 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 #aije1 p4 #bjj-bjd4 #bai ,voyez avec quelle nergie ,aristote a stigmatis ces sophismes1 dans notre ,thorie fondamentale1 p4 #hb et suiv4 #bbj ,item si contradictiones simul ver de eodem omnes1 patet quod omnia erunt unum1 1 erit etenim idem et triremis1 et paries1 et homo1 si de omni contingit quicquam aut affirmare aut negare 444 patet quod homo non erit triremis3 sed est etiam1 si contradictio vera est4 ,et jam fit quod ,anaxagoras aiebat3 ,simul omnes res esse1 ita ut nihil vere sit unum4--,nam si verum est quod homo est non-homo1 patet quod etiam nec homo1 nec non-homo erit4 7,,aristote1 ,mta41 l4 ,,iii1 c4 iv1 #af1 #ai47 #bba ,,bergson4 l',evolution cratrice1 p4 #aj1 #cff4 #bbb ,accidit eis qui simul dicunt esse et non esse1 magis dicere quiescere cuncta1 quam moveri4 ,non enim est in quod quicquam mutetur1 1 nam omnia omnibus insunt4 7,,aristote1 ,mta41 l4 ,,iii41 c4 v41 #af47 #bbc ,accedit igitur id quod fertur vulgo his omnibus orationibus1 eas seipsas perimere1 4 7,,aristote1 ,mta1 l4 ,,iii1 c4 viii1 #e47 #bbd ,voici une rplique de ,m4 ,bergson3 ,on ne croit plus aujourd'hui que le vrai puisse tre donn une fois pour toutes1 saisi dans son intgralit 7887 par l'effort hardi d'un vigoureux gnie4 ,si pareille chose tait possible1 ce serait l'arrt final de la pense humaine dsormais inutile4 7,congrs de ,bologne1 #aj avr4 #aiaa47 ,c'est le sophisme du tout ou rien que le lecteur n'aura pas de peine dmasquer4 #bbe ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #baa4 #bbf ,,bergson1 l',evolution cratrice1 ,introd41 p4 vi4 #bbg ,,bergson1 l',evolution cratrice1 cf4 p4 #cic et suiv4 #bbh ,,bergson1 l',evolution cratrice1 cf4 p4 #bjg4 #bbi ,,bergson1 l',evolution cratrice1 cf4 p4 #ib4 #bcj ,cf4 l',evolution cratrice1 p4 #ei1 #fb1 #hb4 #bca ,,bergson1 l',evolution cratrice1 cf4 p4 #ic4 #bcb ,,bergson1 l',evolution cratrice1 cf4 p4 #ahe4 #bcc ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #aaa4 #bcd ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ia4 #bce ,cf4 ,,farges1 la ,vie et l'volution des espces1 c4 vii4 #bcf ,,delage1 la ,structure du protoplasme et les thories sur l'hrdit1 p4 #ahd4 #bcg ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ib4 #bch ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ada4 #bci ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ib4 #bdj ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #aad4 #bda ,,bergson1 l',evolution cratrice1 ,ibid4 #bdb ,comme si tout servait de moyen tout4 7,l',evolution cratrice1 p4 #acf47 #bdc ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bgh4 #bdd ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #db1 #bfa1 #cia4 ,nous avons vu que le ,temps n'est pas un tre1 mais une condition d'existence et d'activit pour tous les tres crs4 #bde ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bjc4 #bdf ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #acg1 #aed1 #cgf4 #bdg ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bh4 #bdh ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ajg1 #ajh4 #bdi ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ajh4 #bej ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #aji4 #bea ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #eh4 #beb ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #acj4 #bec ,,bergson1 l',evolution cratrice1 cf4 p4 #aae et suiv4 #bed ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #abb4 #bee ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #aba4 #bef ,,bergson1 l',evolution cratrice1 cf4 #abb4 #beg ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #eh4 #beh ,quelque chose a grandi 7dans l'lan originel71 quelque chose s'est dvelopp par une srie d'additions qui ont t autant de crations4 ,c'est ce dveloppement mme qui a amen se dissocier des tendances qui ne pouvaient crotre au-del d'un certain point sans devenir incompatibles entre elles4 7,,bergson1 ,ibid41 p4 #eg1 #eh47 #bei ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #abc1 #abd4 #bfj ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #abf4 #bfa ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #adj4 #bfb ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ach4 #bfc ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #aci4 #bfd ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #adj1 #ada4 #bfe ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ach-add4 #bff ,,bergson1 l',evolution cratrice1 cf4 p4 #acg1 #bhd4 #bfg ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #add4 #bfh ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #adf1 #adg4 #bfi ,cf4 ,,farges1 le ,cerveau1 l',ame et les ,facults1 p4 #dbj-dfj4 #bgj ,,bergson1 l',evolution cratrice1 cf4 p4 #adg et suiv4 #bga ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #aea1 #aeb4 #bgb ,,bergson1 l',evolution cratrice1 cf4 p4 #aec4 #bgc ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #aee4 #bgd ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #aee1 #aef4 #bge ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #aci4 #bgf ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #aef4 #bgg ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #aeh4 #bgh ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ahh et suiv4 #bgi ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #aia4 #bhj ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #aij4 #bha ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ahe4 #bhb ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bhf1 #bhg4 #bhc ,,bergson1 l',evolution cratrice1 cf4 p4 #ef1 #aad1 #abh1 #adh4 #bhd ,c'est la mme inversion du mme mouvement qui cre la fois l'intellectualit de l'esprit et la matrialit des choses4 7,l',evolution cratrice1 p4 #bbe47 #bhe ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ahb4 #bhf ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ej4 #bhg ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ej2 cf4 p4 #ahb4 #bhh ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #eg4 #bhi ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ahb4 #bij ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bjd4 #bia ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #baj4 #bib ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bjj1 #bja4 #bic ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bbj4 #bid ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p1 #bja4 #bie ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bdc4 #bif ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bcg4 #big ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #beg1 #beh4 #bih ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bff1 #bfg4 #bii ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bag1 #bbj-bba1 #bch1 #bbf1 #bii2 cf4 p4 #bga4 #cjj ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bic1 #bid4 #cja ,un cration de la matire ne serait ni incomprhensible ni inadmissible4 7,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bfj47 #cjb ,cf4 ,,farges1 ,thorie fondamentale1 p4 #ahj-aib4 #cjc ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bii4 #cjd ,,bergson1 l',evolution cratrice1 cf4 p4 #cdh1 #cej1 #cgg1 #cha1 #che4 #cje ,il n'y a pas de choses1 il n'y a que des actions4444 ,j'exprime cette similitude probable quand je parle d'un centre d'o les mondes jailliraient comme les fuses d'un immense bouquet1--pourvu toutefois que je ne donne pas ce centre pour une chose1 mais pour une continuit de jaillissement4 ,dieu1 ainsi dfini1 n'a rien de tout fait2 il est vie incessante1 action1 libert4 7,,bergson1 ,ibid41 p4 #bgj47 #cjf ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bji4 7,c'est nous qui soulignons47 #cjg ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #di2 cf4 p4 #cfg1 #cgc4 #cjh ,au fond1 c'est la confusion de l'essence et de l'existence que les scolastiques avaient si bien distingues4 ,l'existence n'est identique l'essence que dans un seul tre1 l',etre parfait4 ,dire que le monde existe parce qu'il dure1 qu'il est la dure mme1 c'est dire qu'il est l',etre parfait1 alors que son imperfection et sa contingence clatent de toute part4 #cji ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #cda4 #caj ,,le ,,roy1 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 juill4 #aijg1 p4 #dhb4 #caa ,semper prius est quod melius est4 4 ,,aristote1 ,mta41 l4 ,,ii1 c4 iii1 #ab4--4 4 ,mta41 l4 ,,xi1 c4 vi1 #aa4 #cab ,,boutroux1 ,etudes d'hist4 et de philosophie1 p4 #bjb4 #cac ,,renan1 ,averrhos1 p4 #g4 #cad ,la formule matresse de ces novateurs est prcisment le contraire de la ntre1 et toute leur doctrine se rsume dans cette phrase3 le non-tre prime l'tre4 ,aussi1 de l1 ces belles conclusions que l'on sait3 tout a commenc par le nant2--le devenir est la seule existence vritable2--le plus sort du moins2--ce qui passe est rel2 ce qui demeure1 une abstraction2--l',etre infini est la dernire et la plus vide des abstractions4 ,toujours et partout1 c'est la primaut du nant affirme impudemment2 le dernier mot de tout ceci est la formule3 le non-tre prime l'tre4 7,,de ,r,,gnon1 la ,mtaph4 des causes1 p4 #aaf47 #cae ,dieu1 ainsi dfini1 n'a rien de tout fait4--,il est une continuit de jaillissement4--7,il est donc en train de se faire et d'voluer avec l'univers47 7,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bgj47 #caf ,,platon1 ,sophiste1 trad4 ,cousin1 p4 #bfa4--;,,aristote1 ,mta41 l4 ,,xii1 c4 ix4 #cag ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bii4 #cah ,,bergson1 l',evolution cratrice1 ,introd41 p4 vii2 cf4 p4 #if1 #aaa4--,la doctrine des causes finales ne sera jamais rfute dfinitivement4 ,si l'on carte une forme1 elle en prendra une autre4 7p4 #dc47 #cai ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #cdg4 #cbj ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #fg-hc4 #cba ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ge1 #hc4 #cbb ,,bergson1 l',evolution cratrice1 cf4 p4 #hd4 #cbc ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ie4 #cbd ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #aaa4 #cbe ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #aab4 #cbf ,,bergson1 l',evolution cratrice1 cf4 p4 #ig4 #cbg ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #aad4 #cbh ,,hamelin1 ,essai sur les lments de la reprsentation1 #aijg1 p4 #cba4 #cbi ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ajd1 #aaj1 #bjj1 #bhc4 #ccj 4 7,polit44 l4 ,i1 c4 ii47 #cca ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ahd4 #ccb ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #if4 #ccc ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #aje4 #ccd ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #aac4 #cce ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bfh4 #ccf ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bfi4 #ccg ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bgj4 #cch ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bgb4 #cci ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bhc4 #cdj ,,sully-,,prud',,homme1 le ,problme des causes finales1 p4 #aeg4 #cda ,,bergson1 l',evolution cratrice1 ,introd41 p4 vi4 #cdb ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #aic1 #aid1 cf4 p4 #bja4 #cdc ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #cii4 #cdd ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bbf4 #cde ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #c4--;,cf4 l',evolution cratrice1 p4 #caf4 #cdf ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #cg4 #cdg ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #ci4--;,cf4 p4 #ec1 #ef1 #aea1 #bfb1 etc4 #cdh ,elles ont mme le maximum possible d'objectivit1 parce que la perception des qualits sensibles est beaucoup plus indpendante du besoin et prsente par l mme une ralit objective suprieure4 7,,bergson1 ,rponse ,pitkin1 ,journal of ,philosophy1 #g juill4 #aiaj47 #cdi ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #bbe2 cf4 #bbh1 #ff4 #cej ,la qualit sensible consisterait dans une espce de contraction du rel opr par un tat variable de tension ou de relchement1 p4 #ba1 #bcb4 #cea ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #dj1 #ef4 #ceb ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #fj1 #fa4--;,cf4 p4 #ade1 #adg1 #aej1 #bfd4--;,de l l'illusion qui consiste voir dans la sensation un tat flottant et inextensif1 lequel n'acquerrait l'extension et ne se consoliderait dans le corps que par accident3 illusion qui vicie profondment la thorie de la perception extrieure4444 ,il faut en prendre son parti3 la sensation est1 par essence1 extensive et localise4 7,ibid41 p4 #aea47 #cec ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #adg1 #bfg4 #ced ,cf41 sur ce double jeu1 notre tude l',objectivit de la perception1 p4 #bbi et suiv4 #cee ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #bci4 #cef ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #bfg4 #ceg ,les tats crbraux qui accompagnent la perception n'en sont ni la cause ni le duplicat4 7,matire et ,mmoire1 p4 #bfc4 ,cf4 p4 #eb1 #fh47 ,le cerveau est un instrument d'action1 non de reprsentation4 7p4 #fi47 #ceh ,cette thorie profonde d',aristote et des scolastiques trouve un cho dans l',evolution cratrice1 p4 #ahb1 o la vision est appele un toucher rtinien4 #cei ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #bbg4 #cfj ,,hamilton1 ,lec4 on ,met41 t4 ,i1 p4 #bhh4 #cfa ,b4 ,,saint-,,hilaire1 ,de ,anima1 prf41 p4 #aag4 #cfb ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #ei1 #cg1 #fa1 #beg1 #bdd4 #cfc ,voir notre tude ,i4 ,thorie fondamentale1 p4 #cgj #djb4 #cfd ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #bfc1 #bde1 #adc1 #bfj1 #ai4 #cfe ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #aje1 #ajf4 #cff ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #bde4--;,cf4 p4 #bfc4 #cfg ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #bdd1 #bef1 #cf4 #cfh ,elle 7la vraie philosophie7 doit nous ramener1 par l'analyse des faits et la comparaison des doctrines1 aux conclusions du sens commun4 7,ibid4 ,avant-propos1 p4 iii47 ,un aveu si prcieux est retenir pour juger la philosophie nouvelle4 ,on ne saurait trop le rpter4 #cfi ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #gj2 cf4 p4 #di1 #eb1 #bfa4 #cgj ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #bj1 #ba1 #fc4 #cga ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #fe1 #fj1 #fg4 #cgb ,,bergson1 ,matire et mmoire1 p4 #bee4 ,les besoins des animaux et ceux de l'homme tant diffrents1 on peut en conclure que leur perception du monde est diffrente de la ntre1 dans une certaine mesure1 mais le fond est le mme4 #cgc ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #aig1 #fb4 #cgd ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #beg4 #cge ,pourvu que l'on ne considre de la ,physique que sa forme gnrale et non pas le dtail de sa ralisation1 on peut dire qu'elle touche l'absolu4 ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bag1 #baf2 cf4 p4 #eb1 #bbe1 #bea1 #chg1 #chi1 etc4 ,on voit par l combien ,m4 ,bergson est loin de ne voir dans les sciences--avec nos pragmatistes--que des dfinitions nominales ou conventionnelles plus ou moins dguises1 auxquelles le succs tiendrait lieu de vrit4 #cgf ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #cij1 #cia4 #cgg ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #ed4 #cgh ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #agg4 #cgi ,originellement1 nous ne pensons que pour agir4 ,c'est dans le moule de l'action que notre intelligence a t coule4 ,la spculation est un luxe1 tandis que l'action est une ncessit4 7,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #dg47 ,le mme reproche est adress au ,sens commun3 p4 #dh1 #di1 #aff1 #afg1 #cjf1 #cbb1 etc4 ,on le traite d'intress2 d'utilitaire1 et partant de suspect4 #chj ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #afh1 #afi4 #cha ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #afi4 #chb ,,aristote1 ,phys41 l4 ,,iii1 c4 i1 #f2 ,mta1 l4 ,x1 c4 ix1 #b1 #d4 #chc ,,aristote1 ,phys41 l4 ,,iii1 c4 i1 #i4 #chd ,,barth,l,,my ,,saint-,,hilaire1 ,phys41 ,prf41 p4 #ch2 et l4 ,,iii1 c4 ii1 #d1 note4 #che ,progrs qui est le mouvement mme4 7,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #afh47 #chf ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #agi2 cf4 p4 ii1 #age1 #aic4 #chg ,,bergson1 l',evolution cratrice1 introd41 p4 ii2 cf4 p4 #ec4 #chh ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bbe4 #chi ,,bergson1 l',evolution cratrice1 introd41 p4 i1 ii2 cf4 p4 #agc1 #age1 #bac1 #bhi1 #cih4 #cij ,cf4 ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #aea1 #aeg1 #aff1 #aij1 #aih4--7,l'intelligence7 est la facult de fabriquer des objets artificiels1 en particulier des outils faire des outils1 et d'en varier indfiniment la fabrication4 7,ibid41 p4 #aea47 #cia ,,fouill,e1 la ,pense1 p4 #gi4 #cib ,,fouill,e1 ,ibid41 p4 #afa4 #cic ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #acg1 #aje1 #adh1 #acj1 #abe4 #cid ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #aa1 #ag1 #bb1 #bi4 #cie ,cette confusion de l'tendue abstraite avec la matire a t releve plus haut4 ,ni l'anatomiste ni le chimiste ne peuvent dcomposer les corps leur fantaisie4 ,ils doivent en respecter les articulations naturelles4 #cif ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #afg4 #cig ,on peut voir ces trois notions dans ,aristote1 ,,vi ,phys41 c4 i2--,continua1 quorum extrema sunt unum3 1 4--,contigua1 quorum extrema sunt simul3 ' 4 --,dissita1 ea interqu nihil est medium1 quod sit ejusdem rationis3 ' 4 #cih ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ac1 #afj1 etc4 #cii ,,bergson1 ,matire et mmoire1 p4 #bah4 #djj ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #aj1 #cff4 #dja ,moi et non-moi1 moi et vous1 moi et tous1 forment une discontinuit primitive qu'aucun artifice ne saurait supprimer4 7,,fouill,e1 la ,pense1 p4 #af47--,si nous dcoupons le rel1 c'est qu'il est dcoupable1 c'est qu'il est jusqu' un certain point dcoup1 c'est que nous y sommes dcoups nous-mmes2 c'est1 par exemple1 qu'un homme n'est pas un autre homme1 qu'un homme n'est pas un cheval 444 bref que nos ides1 nos concepts et nos lois ont un fondement dans le rel4 7,ibid44 p4 #gd47 #djb ,multitudinem esse et divisibile1 magis est sensibile quam esse indivisibile4 ,quare multitudo ratione prior quam indivisibile per sensum est4 1 4 7,mta41 l4 ,,ix1 c4 iii1 #b47 #djc ,,fouill,e1 la ,pense1 p4 #bbc4 #djd ,s4 ,,thomas1 ,i1 q4 ,,lxxxv1 a4 #c4 #dje ,,aristote1 ,phys41 l4 ,i1 c4 ii1 #ae4 #djf ,,platon1 ,phdre1 #bfe ,e4--,voir aussi contre l'unit de l'tre ,parmnide et le ,sophiste1 surtout1 p4 #bdh1 trad4 ,cousin4 #djg ,,aristote1 ,mta41 l4 ,,xii1 c4 iii1 #h1 #i4 #djh ,,aristote1 ,phys41 l4 ,,ii1 c4 ii1 #c2--,mta41 l4 ,,xii1 c4 iii1 #h4 #dji ,s4 ,,thomas1 ,i1 q4 ,,lxxxv1 a4 #d4 #daj ,,saint ,,thomas1 ,contra ,gent41 l4 ,,ii1 c4 xcv4 #daa ,quocirca idem erit bonum et non bonum1 idem homo et equus3 nec de hoc erit illius disputatio1 an omnia entia sint unum1 sed eo potius an nihil sint3 item tale esse et tantum esse1 idem erunt4 1 1 1 1 7,phys41 l4 ,i1 c4 ii1 #ad47 #dab ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #agj4 #dac ,,le ,,roy1 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 sept4 #ahii1 p4 #eag4 #dad ,m4 ,fouille l'a trs bien vu3 ,la tentative pour expliquer entirement l'origine des ides et leur vrit par la biologie constitue une immense ptition de principe4 7,la ,pense1 p4 #hj47 #dae ,in quantum dicit verbum anima cognoscit objectum4 ,s4 ,,thomas1 de ,verit41 q4 iv1 a4 #b4 ,aprs l'intuition de son objet1 l'esprit se l'exprime et se le dit lui-mme4 #daf ,omnis scientia est universalium4444 ,quodam modo scientia est universalis 7dans ses principes72 quodam modo autem minime 7dans ses applications particulires74 7,,aristote1 ,mta41 l4 ,,xii1 c4 x1 #h47 ,un joueur d'checs1 par exemple1 ne cre pas une science en gagnant une partie4 ,il n'y a de science que du gnral4 7,,poincar1 la ,science et l'hypothse1 p4 #ac47 #dag ,loin de faire fi des principes1 nous croyons qu'ils sont l'essentiel4 ,y substituer la pure tude des faits biologiques1 c'est vouloir faire marcher une montre sans y introduire le grand ressort4444 ,vainement on nous invite dlaisser pour les questions pratiques du jour la paix des questions ternelles--dites plutt le tournant des questions ternelles4 ,les problmes du jour ne peuvent vraiment se rsoudre qu'en vertu de raisons qui les dpassent3 l'actuel dpend du perptuel4 7,,fouill,e1 ,morale des ides-forces1 p4 ,,xxvii1 ,,xxix47 #dah 7,,aristote1 ,phys41 l4 ,,viii1 c4 v47 #dai ,pour ,aristote1 c'est quelque chose de divin1 2 pour saint ,thomas et pour nous1 c'est la pense mme de ,dieu reflte par ses cratures4 #dbj ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #cdj4 #dba ,concevoir 7le concept7 est un pis aller 7667 dans les cas o l'on ne peut pas percevoir 76674444 ,une conception ne vaut que par les perceptions ventuelles qu'elle reprsente 76674 7,,bergson1 ,confrences d',oxford1 p4 #e47 ,le lecteur apprciera si ce n'est pas l une inintelligence totale4 #dbb ,persistance inextinguible d'un reste3 c'est la tare essentielle du concept4 7,revue no-scolastiq41 nov4 #aiaj1 p4 #dhi47 #dbc ,,saint ,,thomas1 in ,il ,clor41 l4 ,,xviii4 #dbd ,quidquid esse potest intelligi potest4 ,s4 ,,thomas1 ,contra ,gent41 l4 ,,ii1 c4 #ih4--,la raison en est que tout ce qui vient l'existence est la ralisation d'un possible et partant d'une ide4 #dbe ,,bergson1 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 #aijc1 p4 #h4 #dbf ,nominaliste pour tous les concepts1 except pour celui de ,temps1 o ,m4 ,bergson est ultra-raliste1 puisqu'il en fait la substance des choses dans le grand ,tout4 ,en faisant du ,temps non pas un fluide1 mais la fluidit mme1 il hypostasie une abstraction4 #dbg ,l'universel veut dire essence commune plusieurs individus4 ,ainsi la rondeur est une essence commune toutes les choses rondes4 ,la premire vue de l'esprit dcouvre une essence1 v4g4 la rondeur de ce cercle3 c'est l'universel direct4 ,la seconde vue la considre comme tant commune tous les autres cercles1 existants ou possibles1 c'est--dire comme infiniment imitable3 c'est l'universel rflexe4 #dbh ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ef1 #aad1 #abh1 #acf1 #adh4 #dbi ,,bergson1 l',evolution cratrice1 introd41 p4 iii4 #dcj ,en gnral1 l'intuition dsigne l'acte de connatre un objet immdiatement1 sans raisonnement ni passage par des ides intermdiaires4 ,elle s'oppose l'acte discursif4 #dca ,une facult tout autre que celle d'analyser4 ,ce sera1 par dfinition mme1 l'intuition4 7,,bergson1 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 #aijc1 p4 #ce47 #dcb ,,bergson1 l',evolution cratrice1 introd41 p4 iv2 cf4 p4 #baf4 #dcc ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ca1 #dg1 #di1 #afd1 #cbc1 etc4 #dcd ,voici un aveu3 ,mme quand elle se lance dans la thorie1 la science est tenue d'adapter sa dmarche la configuration gnrale de la pratique 7et du rel74 ,si haut qu'elle s'lve1 elle doit tre prte retomber dans le champ de l'action et s'y retrouver tout de suite sur ses pieds4 ,ce ne lui serait pas possible si son rythme diffrait absolument de celui de l'action elle-mme4 7,l',evolution cratrice1 p4 #cef47 ,bien loin de s'opposer1 le thoricien et le praticien se compltent4 #dce ,il s'agit d'une connaissance par le dedans1 qui les saisit 7les faits7 dans leur jaillissement mme au lieu de les prendre une fois jaillis1 qui creuserait ainsi au-dessous de l'espace et du temps spatialis4444 7,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #cij47 #dcf ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ej2 cf4 p4 #baf4 #dcg ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #ec4 #dch ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #baj1 #baa4 #dci ,mme hsitation chez ,m4 ,le ,roy qui crit3 ,la tche propre du philosophe serait de rsorber l'intelligence dans l'instinct1 ou plutt de rintgrer l'instinct dans l'intelligence4 7,revue des ,deux ,mondes1 fvrier #aiab47 #ddj ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #agi4 #dda ,,bergson1 l',evolution cratrice1 cf4 p4 #aig4 #ddb ,la premire 7connaissance7 implique qu'on tourne autour de cette chose2 la seconde1 qu'on entre en elle4 7,,bergson1 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 #aijc1 p4 i47 #ddc ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bij4 #ddd ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bji4 #dde ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #beh1 cf4 p4 #bei4--;,en les rapprochant les unes des autres 7les formes de l'instinct71 en les faisant ensuite fusionner avec l'intelligence1 n'obtiendrait-on pas cette fois une conscience coextensive la vie et capable1 en se retournant brusquement contre la pousse vitale qu'elle sent derrire elle1 d'en obtenir une vision intgrale1 quoique sans doute vanouissante8 7,ibid41 introd41 p4 v47 #ddf ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bgb4--,on appelle intuition cette espce de sympathie intellectuelle par laquelle on se transporte l'intrieur d'un objet pour concider avec ce qu'il a d'unique et partant d'inexprimable4 7,rev4 de ,mta4 et de ,morale1 #aijc1 p4 #c47 #ddg ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bji4 #ddh ,,bergson1 ,discours de ,bologne1 #aj avril #aiaa1 dans la ,revue de ,mta4 et de ,morale1 nov4 #aiaa1 p4 #hbf1 #hbg4 #ddi ,,bergson1 ,ibid41 p4 #hac1 #hbd4 #dej ,pour ,kant1 c'est le concept qui recoud le dcousu informe de l'intuition sensible4 ,pour ,bergson1 c'est1 au contraire1 l'intuition sensible qui recoud le morcelage du concept4 ,opposition curieuse qui trahit le caractre artificiel de ces systmes6 #dea ,aristote avait dj dit3 ,sentir n'est pas encore savoir4 7,anal4 ,post47 #deb ,,fouill,e1 la ,pense1 p4 #cfc4 #dec ,concevoir est un pis-aller dans le cas o l'on ne peut pas percevoir4 7,,bergson1 conf4 d',oxford1 la ,perception du changement1 p4 #e47 #ded ,cf4 ,s4 ,,aug4 ,de ,genes4 ad litt41 ,,iv1 #cb1 #ej4--,s4 ,thomas ajoute que la vision dans le ,verbe est la connaissance la plus parfaite1 soit du gnral1 soit du particulier4 ,perfectius 7res7 cognoscitur per ,verbum quam per se ipsam1 etiam in quantum est talis1 7,de verit4 q4 #h1 a4 #af1 ad ,,ii2 cf4 q4 #d1 a4 #f47 #dee ,,bergson1 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 janv4 #aijc1 p4 #ac4 #def ,,fouill,e1 la ,pense1 p4 #cec4 #deg ,,bergson1 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 janv4 #aijc1 p4 #i1 #ae1 #bg4 ,voici quelques jolis exemples de ces concepts fluides4 ,dfinition de l'ide3 ,une certaine assurance de facile intelligibilit4 ,dfinition de l'me3 ,une certaine inquitude de vie4 7,ibid41 p4 #ca47 ,on comprend que de tels concepts soient perptuellement changeants4 #deh ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #cic4 #dei ,cf4 notre tude ,i sur le ,mouvement1 p4 #adb et suiv4 #dfj ,,bergson1 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 #aijc1 p4 #cb1 #cc4 #dfa ,aristote1 lui aussi1 a voulu revenir de la scheresse et de l'insuffisance logique la richesse fconde de l'exprience1 de l'artificiel au naturel4 7,,ravaisson1 ,testament philosophique1 p4 #g47 #dfb ,,le ,,roy1 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 #aijg1 p4 #dhh1 #die4 #dfc ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #chi4 #dfd ,,bergson1 ,matire et ,mmoire1 p4 #ed4 #dfe ,l'intuition de soi est l'illusion d'un ultra-raffin qui prend la conscience aigu d'une sensation pour la concidence avec l'tre4 7,revue no-scolastique1 nov4 #aiaj1 p4 #dij47 ,une mprise si grossire n'est certes pas d'un ultra-raffin6444 ,la conscience ne saisit pas seulement la pense1 mais aussi celui qui pense3 intellectus intelligit semetipsum--1 dit saint ,thomas4 ,et ce n'est pas seulement l'cole d',aristote et de saint ,thomas qui est unanime sur ce point capital1 mais encore l'cole suarsienne3 ,prima cognitio accidentis non terminatur ad abstractum sed ad concretum 444 sicque substantia cognoscitur simul cum accidente1 hoc est in confuso1 in quantum est pars talis concreti accidentalis4 7,,suarez1 ,de ,anima1 l4 ,,iv1 c4 iv47 ,quant aux coles spiritualistes modernes1 contentons-nous de citer cette magnifique et dcisive parole de ,f4 ,bouillier3 ,dnier la conscience le pouvoir d'atteindre1 en mme temps que les phnomnes1 l'tre que nous sommes1 l'tre un1 identique1 essentiellement actif1 vie et pense1 c'est la mutiler profondment1 c'est rejeter la meilleure partie de ce qu'elle nous atteste1 et cela seul qui est continuellement prsent au milieu de la diversit de tous ses autres tmoignages4 7,la ,conscience en psychologie1 p4 #ie74 ,une psychologie exprimentale sans me n'est donc qu'une mutilation profonde de l'exprience4 #dff ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bab1 #bac4 #dfg ,c'est ce que les scolastiques ont appel la quiddit3 ,intellectus humani proprium objectum est quidditas sive natura in materia corporali existens4 7,s4 ,,thomas1 ,sum4 theol41 ,i1 q4 ,,lxxxiv1 a4 #c1 et q4 ,,lxxxix1 a4 #c47 #dfh ,la premire notion acquise est celle de l'tre3 ,ens est primum quod cadit in apprehensione simpliciter4 7,s4 ,,thomas1 ,qust4 disp41 ,de ,verit41 q4 x1 a4 #a47 ,or1 l'tre le dit d'abord de ce qui est de soi 7substance71 puis de l'tre driv 7accidents73 ,ens absolute et primo dicitur de substantia1 posterius1 secundum quid de accidentibus4 7,s4 ,,thomas1 ,de ente et essentia1 c4 ii47 #dfi ,on sait que1 pour ,aristote et saint ,thomas1 c'est l'intuition de l'tre rel qui fonde toute la mtaphysique4 7,s4 ,,thomas1 ,i1 q4 ,,lxxxxv1 a4 #e47 ,la connaissance qui en dcoule est progressive3 #a connaissance de l'tre 7quelque chose qui est72 #b connaissance confuse de la substance2 #c connaissance confuse des accidents2 #d connaissance distincte de la substance2 #e connaissance distincte des accidents4 ,ensuite vient la connaissance de la nature des tres tudis3 essences et proprits4 ,on voit par l que l'intelligence saisit la substance avant les accidents 7c'est l'invers pour les sens71 parce qu'elle ne peut comprendre l'tre driv qu'aprs l'tre de soi4 ,sicut prdicamenta non habent esse nisi per hoc quod insunt substanti1 ita non habent cognosci nisi in quantum participant aliquid de modo cognitionis substanti quod est cognoscere quid est4 7,s ,,thomas1 ,in libro ,,xii mtaph41 l4 ,,vii1 lec4 ,i47 ,c'est l'inverse pour les sens qui sont tout d'abord frapps par les accidents et ne saisissent l'objet que par concommitance1 comme on saisit une main gante sous le gant4 ,en rsum1 la substance est sensible per accidens et intelligible per se4 #dgj ,,bergson1 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 #aijc1 p4 #cc1 #ce2 cf4 ,matire et ,mmoire1 p4 #bjc1 #bje-bjg4 ,grce cette intuition directe du rel1 nous pouvons confronter l'image du souvenir avec le rel pour la rendre de plus en plus adquate4 ,l'adquatio rei et intellectus est ainsi rendue possible4 ,elle est impossible1 au contraire1 pour ceux qui nient l'intuition et ne peuvent plus comparer l'image qu'avec d'autres images1 sans jamais saisir l'original4 #dga ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #aib1 #aic4 #dgb ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bjf2 et rponse ,pitkin1 ,journal of ,philosophy1 #g juill4 #aiaj4 #dgc ,d'ailleurs1 qui distinguera les vritables biens1 la vritable utilit1 les succs dignes d'envie1 sinon l'intelligence claire par d'autres critres8 #dgd ,,bergson1 ,rponse ,pitkin1 ,ibid4 #dge ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #cbc4 #dgf ,cf4 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 #aija1 p4 #cag4 #dgg ,,littr1 ,revue des ,deux ,mondes1 #aj juin #ahfe4 #dgh ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bci-beg4 #dgi ,,bergson1 ,ibid41 p4 #bdb4 #dhj ,,bergson1 ,ibid41 p4 #bec4 #dha ,,bergson1 ,ibid41 p4 #bec4 #dhb ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bie-cbc4 #dhc ,a l'exemple de ,m4 ,bergson1 nous avons nous-mme rdit dans ce paragraphe1 presque littralement1 notre rplique dj parue ailleurs4 #dhd ,s4 ,,thomas1 ,i ,sent41 dist4 ,,viii1 q4 i1 a4 #c4 #dhe ,,bergson1 ,ibid41 p4 #caj4 #dhf ,,michelet1 ,esquisse de logique4 #dhg ,ens rationis dicitur1 quod cum in re nihil ponat1 et in se non sit ens1 formatur tamen seu accipitur ut ens in ratione4 7,s4 ,,thomas1 ,v4 ,mta41 l4 ,,ix2--,summa theol41 ,i1 q4 ,,xvi1 a4 #c1 ad #b4--;,cf4 ,,jean ,,de ,s4 ,,thomas1 ,log41 ,,ii1 q4 #b47 #dhh ,,bergson1 ,ibid41 p4 #cbj4 #dhi ,dans sa lettre au ,p4 de ,tonqudec 7,etudes1 #bj janv4 #aiab1 p4 #eaf71 ,m4 ,bergson a eu la loyaut de reconnatre l'insuffisance de cette premire argumentation3 ,elle aboutit simplement montrer que quelque chose a toujours exist4 ,sur la nature de ce quelque chose1 elle n'apporte1 il est vrai1 aucune conclusion positive4 ,le lecteur comparera cet aveu ses prtentions premires4 #dij ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bii4 #dia ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bia4 #dib ,pour ces citations et les suivantes1 voy4 ,bergson1 son cours au ,collge de ,france1 en mai #aiaa3 ,thorie de la ,personne1 cit par ,grivet1 ,etudes1 #cj nov4 #aiaa4 #dic ,seule1 la matire qu'il 7le courant de la conscience universelle7 charrie avec lui1 et dans les interstices de laquelle il s'insre1 peut le diviser en individualits distinctes4 ,le courant passe donc1 traversant les gnrations humaines1 se subdivisant en individus3 cette division tait dessine en lui vaguement 7871 mais elle ne se ft pas accuse sans la matire4 ,ainsi se crent sans cesse des mes1 qui cependant1 en un certain sens1 prexistaient4 ,elles ne sont pas autre chose que les ruisselets entre lesquels se partage le grand fleuve de la vie1 coulant travers le corps de l'humanit4 7,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bib47 #did ,nous avons vu plus haut1 en parlant du morcelage1 que c'est l'esprit1 au contraire1 qui se dcoupait un corps4 ,ce sont l des assertions difficilement conciliables nos yeux4 #die ,voir1 par exemple1 l'interview de ,maurice ,verne dans l',intransigeant du #bf nov4 #aiaa4 #dif ,voir l'interview ci-dessus4 #dig ,cf4 l',evolution cratrice1 p4 #bid4 #dih ,,pierre ,,loti1 le ,plerin d',angkor 7,calmann-,lvy74 ,cf4 ,discours de rception l',acadmie franaise de ,m4 ,jean ,aicard1 par ,pierre ,loti1 #bc dc4 #aiji4 #dii ,je parle de ,dieu comme d'une source d'o sortent tour tour1 par un effet de sa libert1 les courants ou lans dont chacun formera un monde3 il en reste donc distinct 78871 et ce n'est pas de lui qu'on peut dire que le plus souvent il tourne court1 ou qu'il soit la merci de la matrialit qu'il a d se donner4 7#are lettre au ,p4 de ,tonqudec1 p4 #eag des ,etudes47--,m4 ,bergson avait crit 7,evolution cratrice1 p4 #bgj73 ,je parle d'un centre d'o les mondes jailliraient comme les fuses d'un immense bouquet1--pourvu toutefois que je ne donne pas ce centre pour une chose une substance mais pour une continuit de jaillissement4 ,dieu1 ainsi dfini1 n'a rien de tout fait4444 #ejj ,l',evolution cratrice1 p4 #bgj1 #bga4 #eja ,de mme pour ,m4 ,le ,roy3 ,pour nous1 ,dieu n'est pas1 mais devient4 ,son devenir est notre progrs mme4 7,,le ,,roy1 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 #aijg1 p4 #eji47 #ejb ,,le ,,roi1 ,dogme et ,critique1 p4 #ade4 #ejc ,malgr cela1 ,m4 ,bergson persiste croire qu'il n'est pas panthiste1 et sa bonne foi ne saurait tre mise en doute4 ,de tout cela1 crit-il1 se dgage nettement l'ide d'un ,dieu crateur et libre1 gnrateur la fois de la matire et de la vie1 dont l'effort de cration se continue du ct de la vie1 par l'volution des espces et par la constitution des personnalits humaines4 ,de tout cela se dgage1 par consquent1 la rfutation du monisme et du panthisme en gnral 78874 ,mais1 pour prciser encore ces conclusions et en dire davantage1 il faudrait aborder des problmes d'un tout autre genre1 les problmes moraux4 ,je ne suis pas sr de jamais rien publier ce sujet2 je ne le ferai que si j'arrive des rsultats qui me paraissent aussi dmontrables ou aussi montrables que ceux de mes autres travaux4 7,lettre au ,p4 de ,tonqudec1 ,i,ie lettre1 ,etudes1 p4 #eae47 #ejd ,autre formule de la mme erreur3 ,le temps n'est jamais2 il devient toujours4--,comme si le prsent n'tait pas en acte6 ,nihil est temporis1 dit saint ,thomas1 nisi nunc4 7,i q4 #df1 a4 #c1 ad #c47 #eje ,cf4 ,,le ,,roy1 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 #aija1 p4 #bib et suiv4 #ejf ,congrs de ,bologne1 #aj avril #aiaa1 dans la ,revue de ,mta4 et de ,morale1 nov4 #aiaa1 p4 #haj4 #ejg ,sa premire devise tait3 ,mettre plus de science dans la mtaphysique et plus de mtaphysique dans la science4 7,,bergson1 ,revue de ,mta et de ,morale1 janv4 #aijc1 p4 #bi47 #ejh ,,bergson1 ,congrs de ,bologne1 #aj avril #aiaa1 dans la ,revue de ,mta4 et de ,morale1 nov4 #aiaa1 p4 #hbe4 #eji ,en principe1 la science positive porte sur la ralit mme1 pourvu qu'elle ne sorte pas de son domaine qui est la matire inerte4 7,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bbe2 cf4 p4 #baf47 #eaj ,,poincar1 la ,valeur de la science1 p4 #bad4 #eaa ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #bah1 #beh1 #baa1 #bgb4 #eab ,d'aprs cette nouvelle mthode1 pour connatre les choses telles qu'elles sont1 il ne faut pas user de l'intelligence1 qui ne peut que les dnaturer1 mais se rapprocher 7par l'intuition7 de l'exprience brute1 se plonger dans le tourbillon des sensations1 s'abmer enfin dans le torrent de la vie animale et vgtative1 se perdre dans l'inconscience et se noyer dans les choses4 ,ce ralisme psychologique conduit l'idoltrie du fait en mtaphysique et en morale44447,,couturat1 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 #ahig1 p4 #bda1 #bdb47 #eac ,w4 ,,james1 ,philosophie de l'exprience1 p4 #beg1 #bfd1 #bfe1 #cji1 #caf4 ,le meilleur chemin suivre est celui de ,fechener1 de ,royce1 de ,hgel3 ,fechener n'a jamais entendu le veto de la ,logique2 ,royce entend sa voix1 mais refuse dlibrment de savoir ce qu'elle dit2 ,hgel n'entend ce qu'elle dit que pour en faire fi2 et tous passent joyeusement leur chemin4 ,serons-nous les seuls subir son veto8 7,ibid41 p4 #aig47 ,c'est ,bergson1 dit-il1 qui l'a enhardi dans cette voie4--,je me suis vu contraint de renoncer la ,logique carrment1 franchement1 irrvocablement6 7,a ,pluralistic universe47 #ead ,,maritain1 l',evolutionnisme de ,m4 ,bergson1 dans la ,revue de ,philosophie1 sept4 #aiaa1 p4 #eci4 #eae ,cf4 ,card4 ,,mercier1 ,discours du #h dc4 #aijg l',universit de ,louvain4 #eaf ,m4 ,bergson est peu prs le seul philosophe universitaire traiter les questions de mtaphysique1 comme on peut s'en convaincre en feuilletant le catalogue d'ouvrages philosophiques publis chez ,alcan4 #eag ,,bergson1 ,revue de ,mta4 et de ,morale1 janv4 #aijc1 p4 #cj1 #ca4 #eah ,cette critique1 il est vrai1 n'est pas nouvelle4 ,dj ,platon l'adressait aux artistes de son temps3 ,n'est-il pas vrai que les artistes1 s'inquitant peu de la vrit1 donnent leurs ouvrages1 au lieu de proportions naturelles1 celles qu'ils jugent devoir faire le plus bel effet8 7,le ,sophiste1 trad4 ,cousin1 p4 #bbj47 #eai ,,ren ,,doumic1 ,revue des ,deux ,mondes1 #ae mars #aiaj1 p4 #dcc4 #ebj ,cit par ,,grivet1 ,etudes1 #bj nov4 #aiaa4 #eba ,,bergson1 l',evolution cratrice1 p4 #cge1 #cee1 #cfi4 #ebb ,w4 ,,james1 ,philosophie de l'exprience1 p4 #cje4