,from images generously made available by ,gallica 7,bibliothque ,nationale de ,france7 at http3_/_/gallica4bnf4fr4 ,,aline ,,et ,,valcour1 ou ,,le ,,roman ,,philosophique4 par ,d4,a4,f4 ,,de ,,sade 99 99 99 99 99 ,,tome ,,premier4 ,,premi,,re ,,partie4 ,illustration3 ,j'tais le seul coupable1 hlas6 c'tait moi de succomber4 99 99 99 99 99 ,,aline ,,et ,,valcour1 ou ,,le ,,roman ,,philosophique4 crit la ,bastille un an avant la ,rvolution de ,france ,,orn ,,de ,,seize ,,gravures4 #agie4 99 99 99 99 99 ,nam veluti pueris absinthia tetra medentes1 ,cum dare conantur prius oras pocula circum ,contingunt mellis dulci flavoque liquore1 ,ut puerum aetas improvida ludificetur ,labrorum tenus2 interea perpotet amarum ,absinthy laticem deceptaque non capiatur1 ,sed potius tali tacta recreata valescat4 ,luc4 ,lib4 #d4 99 99 99 99 99 ,,avis ,,de ,l',,diteur4 ,c'est avec raison que l'on peut regarder la collection de ces lettres comme un des plus piquans ouvrages qui ait paru depuis longtems2 jamais1 on peut le dire1 des contrastes aussi singuliers ne furent tracs par le mme pinceau1 et si la vertu s'y fait adorer par la manire intressante et vraie dont elle est prsente1 assurment les couleurs effroyables dont on s'est servi pour peindre le vice ne manqueront pas de le faire dtester2 il est difficile de le mettre en scne sous une plus effroyable phisionomie4 ,de l'assemblage de tant de diffrens caractres1 sans cesse aux prises les uns avec les autres1 devaient rsulter des aventures inoues2 aussi pouvons-nous assurer qu'aucune anecdotes relles 4441 qu'aucun mmoires1 qu'aucun romans1 n'en contient de plus singulires1 et nulle part1 sans doute1 on ne verra l'intrt crotre1 et se soutenir1 avec autan d'adresse et de chaleur4 ,ceux qui aiment les voyages trouveront se satisfaire1 et l'on peut les assurer que rien n'est exact comme les deux diffrens tours du monde1 fait en sens contraires par ,sainville et par ,lonore4 ,personne n'est encore parvenu au royaume de ,butua1 situ au centre de l',afrique2 notre auteur seul a pntr dans ces climats barbares3 ici ce n'est plus un roman1 ce sont les notes d'un voyageur exact1 instruit1 et qui ne raconte que ce qu'il a vu2 si par des fictions plus agrables il veut ,tamo consoler ses lecteurs des cruelles vrits qu'il a t oblig de peindre ,butua1 doit-on lui en savoir mauvais gr6 ,nous ne voyons qu'une chose de malheureuse cela1 c'est que tout ce qu'il y a de plus affreux soit dans la nature1 et que ce ne soit que dans le pays des chimres que se trouve seulement le juste et le bon4 ,quoiqu'il en soit1 le contraste de ces deux gouvernemens plaira sans doute1 et nous sommes bien parfaitement convaincus de l'intrt qu'il doit produire4 ,nous attendons le mme effet de la liaison de tous les personnages tablis dans ces lettres1 et du rapport1 plein d'art1 que les uns ont avec les autres2 malgr leur tonnante disproportion4 ,leurs principes devaient tre opposs comme leur phisionomie1 et si l'on s'est permis d'en tablir de bien forts1 cela n'a jamais t que pour faire voir avec quel ascendant1 et en mme-tems avec quelle facilit le langage de la vertu pulvrise toujours les sophismes du libertinage et de l'impit4 ,l'ide d'adoucir1 et quelques discours et quelques nuances1 s'est plus d'une fois prsente1 nous en convenons2 mais l'aurions-nous pu sans affaiblir8 ,ah6 quelque prononc que soit le vice1 il n'est jamais craindre que pour ses sectateurs1 et s'il triomphe il n'en fait que plus d'horreur la vertu3 rien n'est dangereux comme d'en adoucir les teintes2 c'est le faire aimer que de le peindre la manire de ,crbillon1 et manquer par consquent le but moral que tout honnte homme doit se proposer en crivant4 ,ce que cet ouvrage de singulier encore1 c'est d'avoir t fait la bastille4 ,la manire dont1 cras par le despotisme ministriel1 notre auteur prvoyait la rvolution1 est fort extraordinaire1 et doit jeter sur son ouvrage une nuance d'intrt bien vive4 ,avec tant de droit exciter la curiosit du public1 avec un style pur1 toujours fleuri1 par tout original2 avec la runion dans le mme ouvrage de trois genres3 comique1 sentimental et rotique2 nous sommes bien srs que cette dition va nous tre enleve sur-le-champ2 demande de toutes parts1 parce qu'on connat la plume de l'auteur2 peine en pourrons nous rpandre ,paris1 et nous sentons dj le regret de ne l'avoir pas multiplie d'avantage4 ,nous exhortons ceux qui n'auront pu s'en procurer des exemplaires prendre un peu de patience1 la seconde dition est dj sous nos presses4 ,cependant nous aurons des critiques1 des contradicteurs et des ennemis1 nous n'en doutons pas2 ,c'est un danger d'aimer les hommes1 ,c'est un tort de les clairer4 ,tan pis pour ceux qui condamneront cet ouvrage1 et qui ne sentiront pas dans quel esprit il a t fait3 esclaves des prjugs et de l'habitude1 ils feront voir que rien n'agit en eux que l'opinion1 et que le flambeau de la philosophie ne luira jamais leurs yeux4 99 99 99 99 99 ,,essentiel ,a ,,lire4 ,l'auteur croit devoir prvenir qu'ayant cd son manuscrit lorsqu'il sortit de la ,bastille1 il a t par ce moyen hors d'tat de le retoucher2 comment d'aprs cet inconvnient1 l'ouvrage crit depuis sept ans1 pourrait-il tre l'ordre du jour8 ,il prie donc ses lecteurs de se reporter l'poque o il a t compos1 et ils y trouveront alors des choses bien extraordinaires2 il les invite galement ne le juger qu'aprs l'avoir bien exactement lu d'un bout l'autre2 ce n'est ni sur la phisionomie de tel ou tel personnage1 ni sur tel ou tel systme isol1 qu on peut asseoir son opinion sur un livre de ce genre2 l'homme impartial et juste ne prononcera jamais que sur l'ensemble4 99 99 99 99 99 ,,aline ,,et ,,valcour4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,premi,,re4 ,dterville ,valcour4 ,paris1 #c ,juin #aggh4 ,nous soupmes hier1 ,eugnie et moi1 chez ta divinit1 mon cher ,valcour4444 ,que faisais-tu8444 ,est-ce jalousie8444 ,est-ce bouderie8444 ,est-ce crainte8444 ,ton absence fut pour nous une nigme1 qu',aline ne put ou ne voulut pas nous expliquer1 et dont nous emes bien de la peine comprendre le mot4 ,j'allais demander de tes nouvelles1 quand deux grands yeux bleus respirant la fois l'amour et la dcence1 vinrent se fixer sur les miens1 et m'avertir de feindre4444 ,je me tus2 peu aprs je m'approchai2 je voulus demander raison du mystre4 ,un soupir et un signe de tte furent les seules rponses que j'obtins4 ,eugnie ne fut pas plus heureuse2 nous ne pressmes plus2 mais madame de ,blamont soupira1 et je l'entendis3 c'est une mre dlicieuse que cette femme1 mon ami2 je doute qu'il soit possible d'avoir plus d'esprit1 une me plus sensible1 autant de grces1 dans les manires1 autant d'amnit dans les moeurs4 ,il est bien rare qu'avec autant de connaissances1 on soit en mme-tems si aimable4 ,j'ai presque toujours remarqu que les femmes instruites ont dans le monde une certaine rudesse1 une sorte d'apprt qui fait acheter cher le plaisir de leur socit4 ,il semble qu'elles ne veuillent avoir de l'esprit que dans leur cabinet1 ou que n'en trouvant jamais assez dans ceux qui les entourent1 elles ne daignent pas s'abaisser1 jusqu' montrer celui qu'elles possdent4 ,mais combien est diffrente de ce portrait l'adorable mre de ton ,aline6 ,en vrit1 je ne m'tonnerais pas qu'une telle femme1 quoi-qu'ge de trente-six ans1 ft encore de grandes passions4 ,pour ,m4 de ,blamont1 pour cet indigne poux d'une trop digne femme1 il fut tranchant1 systmatique1 et bourru comme s'il et sig sur les fleurs de lys2 il se dchana contre la tolrance1 fit l'apologie de la torture1 nous parla avec une sorte de jouissance d'un malheureux que ses confrres et lui faisaient rouer le lendemain2 nous assura que l'homme tait mchant par nature1 qu'il n'tait rien qu'on ne dt faire pour l'enchaner2 que la crainte tait le plus puissant ressort des monarchies1 et qu'un tribunal charg de recevoir des dlations1 tait un chef-d'oeuvre de politique4 ,ensuite il nous entretint d'une terre qu'il venait d'acheter1 de la sublimit de ses droits1 et sur-tout du projet qu'il a d'y rassembler une mnagerie1 dont je te rponds bien qu'il sera la plus mchante bte4 ,il arriva1 quelques minutes avant de servir1 une autre espce d'individu court et quarr1 l'chine orne d'un juste-au-corps de drap olive1 sur lequel rgnait1 du haut en bas1 une broderie large de huit pouces1 dont le dessin me parut tre celui que ,clovis avait sur son manteau royal4 ,ce petit homme possdait un fort grand pied affubl sur de hauts talons1 au moyen desquels s'appuyaient deux jambes normes4 ,en cherchant rencontrer sa taille1 on ne trouvait qu'un ventre2 dsirait-on une ide de sa tte8 on n'apercevait qu'une perruque et une cravate1 du milieu desquelles s'chappait1 de tems autre1 un fausset discordant qui laissait souponner si le gosier dont il manait1 tait effectivement celui d'un humain1 ou d'une vieille perruche4 ,ce ridicule mortel absolument conforme l'esquisse que j'en trace1 se fit annoncer ,m4 d',olbourg4 ,un bouton de rose qu',aline1 au mme instant1 jetait ,eugnie1 vint troubler malheureusement les loix de l'quilibre que s'tait imposes le personnage1 pour en dduire sa rvrence d'entre4 ,il heurta le bouton de rose1 et dfinitivement nous arriva par la tte4 ,ce choc inattendu1 cet branlement subit des masses1 avait un peu drang les attraits factices2 la cravate vola d'un ct1 la perruque de l'autre1 et le malheureux ainsi rpandu et dgarni1 excita dans ma folle ,eugnie une attaque de rire tel point spasmodique1 qu'on fut oblig de l'emporter dans un cabinet voisin o je crus qu'elle s'vanouirait4444 ,aline se contint2 le ,prsident se fcha2 ,m4 de ,blamont se mordait les lvres pour ne pas clater1 et se confondait en marques d'intrt4444 ,deux laquais ramasserent le petit homme qui1 semblable une tortue retourne1 ne pouvait plus reprendre l'lasticit ncessaire se rtablir sur son plat4 ,on le rembota dans sa perruque2 la cravate fut artistement renoue2 ,eugnie reparut1 et l'annonce du souper vint heureusement tout remettre en ordre1 en obligeant chacun ne plus s'occuper que d'une mme ide4 ,les politesses marques du ,prsident au petit homme1 l'assurance ultrieure que je reus1 qu'il avait cent mille cus de rente1 ce que j'aurais pari sur sa figure2 la contrainte d',aline1 l'air souffrant de madame de ,blamont1 les efforts qu'elle faisait pour dissiper sa chere fille1 pour empcher qu'on ne s'apert de la gne dans laquelle elle tait2 tout me convainquit que ce malheureux traitant tait ton rival1 et rival d'autant plus craindre1 qu'il me parut que le ,prsident en tait engou4 ,o mon ami1 quel assemblage6444 ,unir un mortel si prodigieusement ridicule1 une jeune fille de dix-neuf ans1 faite comme les ,grces1 frache comme ,hb1 et plus belle que ,flore6 ,a la stupidit mme oser sacrifier l'esprit le plus tendre et le plus agrable2 adapter un volume pais de matiere l'me la plus dlie99 et la plus sensible2 joindre l'inactivit la plus lourde1 un tre ptri de talens1 quel attentat1 ,valcour6444 ,oh non1 non 444 ou la ,providence est insensible1 ou elle ne le permettra jamais4444 ,eugnie devint sombre si-tt qu'elle souponna le forfait4 ,folle1 tourdie1 un peu mchante mme1 mais prte donner son sang l'amiti1 elle passa rapidement de la joie la plus extrme colre1 ds que je lui eus fait part de mes soupons4444 ,elle regarda son amie1 et des larmes coulrent sur ces joues de roses que venait d'panouir la gat4 ,elle engagea sa mre se retirer de bonne heure2 elle n'y pouvait tenir1 et si ce forfait tait rel1 il n'y avait rien1 disait-elle en frappant des pieds1 qu'elle ne fit pour l'empcher4 ,mais ,aline s'obstinait au silence 444 madame de ,blamont ne faisait que soupirer quand je l'interrogeais2 et nous nous retirmes4 ,voil1 mon cher ,valcour1 l'tat dans lequel j'ai laiss les choses2 tu dois ma sincre amiti de m'instruire de tout ce que tu peux savoir de plus2 attends tout de la mienne1 de celle d',eugnie1 et sois convaincu que le bonheur qui s'aprte pour nous1 ne peut rellement tre parfait1 tant que nous supposerons des obstacles celui d',aline et au tien4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,seconde4 ,aline ,valcour4 #f ,juin4 ,de quelles expressions me servir8 ,comment adoucirai-je le coup qu'il faut que je vous porte8 ,mes sens se troublent1 ma raison m'abandonne1 je n'existe plus que par le sentiment de ma douleur4444 ,pourquoi vous ai-je vu8 pourquoi ces traits charmans ont-ils pntr dans mon me8 ,pourquoi m'avez-vous entrane dans l'abme avec vous8 ,hlas6 que nos instans de bonheur ont t courts6 ,qui sait1 grand ,dieu6 qui sait quelles sont les bornes de ceux qui doivent les suivre8 ,mon ami1 il faut ne nous plus voir4444 ,le voil dit1 ce mot cruel2 j'ai pu le tracer sans mourir6444 ,imitez mon courage4 ,mon pre a parl en matre1 il veut tre obi4 ,un parti se prsente1 ce parti lui convient1 cela suffit2 ce n'est pas mon aveu qu'il demande1 c'est son intrt qu'il consulte1 et le sacrifice entier de tous mes sentimens doit tre fait ses caprices4 ,n'accusez point ma mre1 il n'y a rien qu'elle n'ait dit1 rien qu'elle n'ait fait1 rien qu'elle n'imagine encore4444 ,vous savez comme elle aime sa fille1 et vous n'ignorez pas non plus les sentimens de tendresse qu'elle prouve pour vous4444 ,nos larmes se sont mles4444 ,le barbare les a vues1 et n'en a point t attendri4444 ,o mon ami6 je crois que l'habitude de juger les autres1 rend ncessairement dur et cruel4 ,c'est un parti convenable1 madame1 a-t-il dit en fureur ma mre3 je ne souffrirai point que ma fille le manque4 d',olbourg est mon ami depuis vingt-cinq ans1 et il a cent mille cus de rente2 toutes vos petites considrations peuvent-elles balancer un argument de cette force8 ,epouse-t-on par amour aujourd'hui8444 ,c'est par intrt1 ces seules lois doivent assortir les noeuds de l'hymen2 h1 qu'importe de s'aimer1 pourvu qu'on soit riche6 ,l'amour donne-t-il de la considration dans le monde8 ,non1 en vrit1 madame1 c'est la fortune1 et l'on ne vit point sans considration4 ,d'ailleurs1 qu'a donc mon ami d',olbourg pour inspirer de l'loignement votre fille8 7,oh1 ,valcour1 je voudrais que vous le vissiez67 ,est-ce parce que ce n'est pas un de ces freluquets du jour1 qui1 faisant croire une jeune personne qu'ils en sont pris uniquement parce qu'ils la savent riche1 pousent la dot et laissent la fille8 ou peut-tre ce sont les talens et l'esprit qui vous sduisent4 ,quoi6 parce qu'un homme aura fait quelques comdies1 quelques pigrammes1 qu'il aura lu ,homre et ,virgile1 il possdera1 de ce moment1 tout ce qu'il faut pour faire le bonheur de votre fille6 ,vous voyez1 mon ami1 sur qui tombait ce dernier sarcasme2 mais le cruel craignant que nous ne l'eussions pas encore entendu3 ,je vous prie rpliqua-t-il1 en colre1 madame1 d'crire sur-le-champ ,m4 de ,valcour que ses visites m'honorent infiniment1 sans doute1 mais qu'il m'obligera pourtant de les supprimer2 je ne veux pas donner ma fille un homme qui n'a rien4--,sa naissance1 reprit ma mre1 vaut mieux que la mienne4--,je le sais bien1 madame2 voil toujours l'orgueil des filles de condition2 avec elles la naissance fait tout4 ,voulez-vous que ma fille prouve avec son ,valcour ce qui m'est arriv avec vous8 ,epouser du parchemin8444 ,a quoi me sert1 je vous prie1 celui que vous m'avez donn8444 ,j'aimerais mieux vingt-cinq mille francs par an1 que toutes ces gnalogies1 qui comme les vers phosphoriques1 ne brillent que par l'obscurit1 ne sont illustres que parce qu'on n'en voit pas l'origine1 et dont on peut dire tout ce qu'on veut1 parce que le bout manque4 ,valcour est d'une bonne maison1 je le sais1 il a de plus un puissant mrite vos yeux1 il est passionn pour les belles-lettres2 mais moi1 que cette considration touche fort peu 444 je veux de l'argent1 et il n'a pas le sou4 ,voil sa sentence1 apprenez-la lui1 je vous le conseille4 ,a ces mots1 il a disparu1 et nous a laisses1 ma mre et moi1 dans les larmes4 ,cependant mon ami1 car il faut que je rpande un peu de baume sur les blessures que je viens de faire1 l'espoir n'est pas encore banni de mon coeur1 et cette mre respectable1 que j'idoltre1 et qui vous aime1 me charge positivement de vous dire qu'elle ne veut pas que vous vous dsespriez4444 ,elle est presque sre d'obtenir du tems1 et dans des circonstances commes celles o nous sommes1 le tems fait beaucoup4 ,rendez-vous donc aux ordres de mon pre2 ne venez plus1 mais crivez-nous4 ,une affaire de la plus grande importance enchanera le ,prsident ,paris tout l't1 et je crois que ma mre obtiendra d'aller passer cette saison seule avec moi dans sa petite terre de ,vert-feuille1 prs d',orlans2 unique bien qu'elle ait apport mon pre1 qui comme vous voyez1 le lui reproche assez cruellement#a4 ,son but est d'obtenir du ,prsident de ne rien prcipiter2 elle se chargera1 dit-elle1 de me disposer tout1 et de vaincre mes rpugnances1 pourvu qu'on ne presse rien1 et qu'on nous laisse passer quelques mois toutes deux solitairement ,vert-feuille4444 ,mon ami1 si elle l'obtient1 je vous avoue que je regarderai cela comme une demi-victoire2 le tems est tout dans d'aussi terribles crises1 c'est tout avoir que d'en obtenir4 ,adieu1 ne vous alarmez pas1 aimez moi1 pensez moi1 crivez-moi 444 que je remplisse tous vos momens comme vous occupez tout mon coeur4444 ,o mon ami6 il faudrait bien peu de choses1 vous le voyez1 pour nous sparer jamais2 mais ce qui me console au moins dans mon malheur1 c'est la certitude o je suis qu'aucune force divine ou humaine1 ne parviendrait m'empcher de vous aimer4 ,note3 ,footnote #a3 ,cette terre vaut seize mille livres de rente1 elle avoit t la seule dot de madame de ,blamont1 mais il existait dans le contrat qu'elle se marierait spare de bien2 cette clause et ce mdiocre revenu1 relativement la fortune immense de ,m4 de ,blamont1 taient les deux motifs de ses reproches4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,troisi,,me4 ,valcour ,aline4 #g ,juin4 ,oui1 je l'ai lu ce mot cruel4444 ,j'ai reu le coup qui doit briser ma vie1 et toutes les facults qui la composent ne se sont point ananties6 ,o mon ,aline6 quel art avez-vous donc mis me le porter8 vous me donnez la mort1 et vous voulez que je vive6444 vous dtruisez l'espoir et vous le ranimez6444non je ne mourrai point4444 ,je ne sais quelle voix se fait entendre au fond de mon coeur4444 ,je ne sais quel organe secret semble m'avertir de vivre et que tous les instans de la flicit ne sont pas encore teints pour moi 444 non je ne sais quel il est1 ce mouvement1 mais je lui cde 444 ne plus vous voir1 ,aline6444 ne plus m'enivrer1 dans ces jeux que j'adore1 du sentiment dlicieux de mon amour6444 est-ce bien vous qui me l'ordonnez8444 ah6 qu'ai-je donc fait pour mriter un tel sort8444 moi renoncer au charme de vous possder un jour6 mais non 444 vous ne me le dites pas4 ,mon malheur accrot mon inquitude2 il nourrit encore les chimres que vos paroles consolantes cherchent rendre moins affreuses2 il ne faut que du tems dites-vous2 du tems1 ,aline6444 oh ciel6 songez-vous quel il est1 celui que l'on passe1 loin de ce qu'on aime8444 o l'on ne peut plus entendre sa voix1 o l'on ne jouit plus de ses regards2 n'est-ce pas ordonner un homme d'exister en se sparant de son me8444 ,j'tais prvenu de ce coup fatal1 ,dterville m'y avait prpar 444 mais j'ignorais que les choses fussent si avances1 et sur-tout que votre pre exigerait que je ne vous visse plus4444 ,et qui donc a pu l'instruire de nos secrets8 ,ah6 peut-on se cacher quand on aime8 ,s'il a drob nos regards1 il aura surpris notre amour 444 que ferai-je1 hlas6 pendant cette terrible absence 444 que voulez-vous que je devienne8 au moins si j'avais pu vous voir encore une fois 444 une seule fois avant cette funeste sparation6444 si j'avais pu vous dire combien je vous aime 444 il me semble que je ne vous l'ai jamais dit 444 oh non1 je ne vous l'ai jamais dit1 comme je l'prouve 444 et comment aurai-je russi8 quel mot aurait pu rendre ce feu divin qui me dvore8 ,tantt ananti par la force mme de ce sentiment qui m'absorbe 444 tantt brl par vos regards 444 mon me prouvait1 sans pouvoir peindre2 toutes les expressions me paraissaient trop faibles 444 et maintenant je me dsole1 d'avoir tant perdu d'occasions ou de les avoir si mal employes4 ,comme je vais les dplorer ces momens si courts et si doux6 ,aline1 ,aline1 croyez-vous donc que je puisse vivre sans les retrouver8 ,et cependant vous pleurerez 444 votre me sera noye dans la douleur1 et je n'en pourrai partager les angoisses6444 ,qu'il ne se fasse pas au moins1 ce cruel hymen4444 ,je regarde ce que vous dites comme un serment qu'il ne se consommera jamais 444 le barbare1 il vous sacrifie 444 et quoi8 444 son ambition1 son intrt 444 et il ose encore trouver des sophismes pour appuyer ses affreux systmes6444 ,l'amour1 dit-il1 ne fait pas le bonheur dans les noeuds de l'hymen1 et que sont-ils donc ces noeuds1 quand l'amour ne les forme pas8 ,un pacte mercenaire et vil1 un trafic honteux de fortunes et de noms1 qui n'enchanant que les personnes1 laissent les coeurs tout le dsordre du dsespoir et du dpit4 ,que deviennent alors ces biens qu'on a recherchs8 ,les mnage-t-on pour des enfans qui ne sont plus que le fruit du hasard ou de l'intrt8 ,on les dissipe1 on les perd plus promptement encore qu'ils ne se sont acquis1 et le besoin que chacun des deux a de secouer la chane qui le presse1 ouvre l'abme pouvantable qui les engloutit en un jour4 ,o se trouve donc alors et le profit et le bonheur de ces mariages de convenance1 puisque ces mmes fortunes1 qui en ont form les noeuds1 s'anantissent ou pour les relcher ou pour les dissoudre8 ,mais se flatter de rappeler votre pre des opinions raisonnables1 c'est entreprendre de faire remonter un fleuve sa source4 ,indpendamment des prjugs de son tat1 prjugs cruellement odieux sans doute1 il a encore ceux 7passez-moi le terme7 d'une tte troite et d'un coeur froid1 et l'erreur est trop chre ces sortes de gens pour esprer de les en faire revenir4 ,que madame de ,blamont est respectable dans tout ceci 444 et combien je l'adore6 quelle conduite1 quelle sagesse6 quel amour pour vous6 adorez-la cette mre tendre1 vous n'tes forme que de son sang4444 ,il est impossible1 il est moralement impossible qu'une seule goutte de celui de cet homme cruel puisse couler dans vos veines4444 ,tendre et divine amie de mon coeur1 que j'aime m'imaginer quelques-fois que vous n'avez reu l'existence dans le sein de cette mre adorable que par le souffle de la divinit2 la mythologie des ,grecs n'admettait-elle pas ces sortes d'existences8 ,ne les avons-nous pas reues dans nos opinions religieuses8 ,mais il et fallu un miracle4444 ,et pour qui1 grand ,dieu6 pour qui la nature en fera-t-elle1 si ce n'est pas pour mon ,aline4444 ,n'en est-elle pas un elle-mme8444 ,laissez-la moi1 cette opinion1 ma divine amie1 elle me console4444 ,elle ajoute1 ce me semble1 encore au culte que je vous dois4444 ,oui1 ,aline 444 oui1 vous tes fille d'un dieu1 ou plutt vous tes un dieu vous-mme1 et c'est par vos regards que la nature entire reoit l'existence2 vous purifiez tout ce qui vous touche1 vous vivifiez tout ce qui vous entoure2 la vertu n'est douce qu'auprs de vous1 on ne la connot qu'o vous tes2 soutenue par l'empire de la beaut1 c'est sous vos traits qu'elle captive1 c'est par vous qu'elle sduit3 et je ne me sens jamais si honnte que lorsque je vous approche ou que je vous quitte4 ,qui ranimera maintenant dans mon coeur ces sentimens qui naissaient prs de vous 444 qui me fortifiaient dans le reste de ma vie8444 ,mon me va se fltrir spare de la vtre1 elle va devenir comme ces fleurs qui se desschent mesure que s'loignent d'elles les rayons de l'astre qui les fit clore4444 ,o ma chre ,aline6 il n'est plus un instant de flicit pour moi sur la terre4444 ,mais je vous crirai du moins4444 ,vous me le permettez8444 ,je le pourrai4444 ,hlas6 c'est une consolation sans doute1 mais qu'elle est loin de celle que je dsire 444 qu'elle est loin de celle qu'il me faut4444 ,et quand sera-t-il ce voyage8 quoi1 je ne vous verrai pas avant qu'il s'entreprenne1 et pour la premire fois de ma vie1 depuis trois ans que je vous connais1 je passerais une saison entire loign de vous8444 ,ordre barbare6 444 pre cruel6 adoucissez-le1 ,aline1 ce terrible et funeste arrt4444 ,que je puisse vous voir encore un seul jour 444 une seule heure1 hlas6 je ne veux que cela pour vivre un an2 je recueillerai dans cette heure prcieuse1 tout ce que mon me aura besoin de sentimens pour la faire exister des sicles4 ,mre adorable1 souffrez que je vous implore1 c'est vos pieds que cette grce est demande4444 ,rappelez cette indulgence si active et si tendre1 qui vous caractrise sans cesse2 cette bont1 cette humanit qui vous rend si sensible au sort amer de l'infortune4 ,hlas6 vous n'aurez jamais secouru de malheureux dont les maux fussent plus cuisans4 ,que la nature m'accable de tous ceux qu'elle voudra2 mais qu'elle me laisse les yeux d',aline et son coeur4444 ,j'attends votre rponse2 je l'attends comme les criminels attendent le coup de la mort4 ,ah6 si je la crains1 c'est que je la devine4444 ,mais une heure1 ,aline1444 une seule heure 444 ou vous ne m'avez jamais aim4444 ,au moins loignez cet homme 444 qu'il n'aille pas avec vous1 la campagne4444 ,je ne vous dis pas de refuser ses noeuds qu'on vous offre avec lui4444 ,non1 ,aline1 je ne vous le dis point2 il est de certains cas o la recommandation mme est un outrage1 et je crois que c'est dans celui-ci4 ,oui1 j'ose tre sr de vous1 parce que je vous aime1 parce que vous m'avez dit que je ne vous tais pas indiffrent1 et que vous ne voudriez pas arracher le coeur de votre ami4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,quatri,,me ,aline ,valcour4 #i ,juin4 ,je vous sais gr de votre rsignation1 mon ami1 quoiqu'elle ne soit pas trs-entire2 n'importe1 n'abusez pas de ce que je vais vous dire1 mais ma reconnaissance et t moindre si vous eussiez obi de meilleur coeur4 ,que vos peines s'adoucissent1 mon cher ,valcour1 par la certitude que je les partage4 ,je ne sais ce que ma mre a dit son mari1 mais ,m4 d',olbourg n'a point reparu depuis le soir o il soupa ici1 et j'ai cru lire moins de svrit dans les yeux de mon pre2 n'allez pas croire qu'il rsulte de-l que ses premiers projets se soient anantis1 je vous aime trop sincrement pour laisser germer dans votre coeur une esprance qu'il ne faudrait que trop tt perdre4 ,mais les choses ne seront pas1 au moins1 aussi prochaines que je le craignais1 et dans une circonstance comme celle o nous sommes1 je vous le rpte1 c'est tout obtenir que d'avoir des dlais4 ,notre voyage ,vert-feuille est dcid3 mon pre trouve bon que nous allions1 ma mre et moi1 y passer la belle saison1 ses affaires l'obligeant rester tout l't ,paris3 il nous laissera seules et tranquilles2 mais je ne vous cache pas1 mon ami1 qu'une des clauses de cette permission est que vous n'y paratrez pas4 ,jugez1 d'aprs cette svrit1 s'il serait possible de vous accorder l'heure que vous sollicitez avec tant d'instance8 ,a l'envie que ma mre avait de savoir du ,prsident par quelle raison vous lui tiez devenu1 dans l'instant1 si suspect1 il a rpondu3 ,qu'il ne s'tait jamais imagin1 quand on vous prsenta chez lui1 que vous osassiez porter vos vues sur sa fille2 qu'au seul titre de connaissance et d'ami de socit1 il n'avait pas mieux demand que de vous accueillir2 mais que s'tant enfin aperu de nos sentimens mutuels1 cette fatale homme trs-riche1 et son ami depuis longtems4 ,ma mre1 trs-contente de l'amener peu--peu une explication1 sans combattre absolument son projet1 lui a demand les motifs de son loignement pour vous4 ,le peu de fortune est devenu tout de suite son argument indestructible1 et ne pouvant1 disait-il1 vous refuser des qualits 7comme si son orgueil et t dsol d'un aveu qu'il lui tait impossible de ne pas faire71 il s'est rejet d'abord sur vos dfauts1 et celui qu'il vous reproche1 avec le plus d'amertume1 est le manque d'ambition1 la nonchalance tonnante dont vous tes pour votre fortune et le tort affreux que vous avez eu1 selon lui1 de quitter si jeune le service4 ,a cela1 ma mre a voulu opposer vos talens1 votre amour pour les lettres1 qui absorbant tout autre got1 vous a1 pour ainsi dire1 isol1 afin d'tudier plus l'aise4 ,ici1 le ,prsident1 ennemi capital de tout ce qui s'appelle beaux-arts1 s'est enflamm de nouveau4444 ,et que font ces misres l au bonheur de la vie8 ,madame1 a-t-il rpliqu avec humeur1 avez-vous vu depuis que vous existez1 les arts1 ou mme les sciences faire la fortune d'un seul homme8444 ,pour moi1 je ne l'ai pas vu3 ce n'est plus1 comme autrefois1 avec une hypothse1 un syllogisme1 un sonnet ou un madrigal1 qu'on se produit dans le monde1 et qu'on parvient tout2 les ,horaces ne trouvent plus de ,mcnes1 et les ,descartes ne rencontrent plus de ,christines4 ,c'est de l'argent1 ,madame1 c'est de l'argent qu'il faut4 ,telle est la seule clef des places et des honneurs1 et votre cher ,valcour n'en a point4 ,jeune1 de l'esprit1 une sorte de mrite4444 ,remarquez1 mon ami1 la petite joie vaine avec laquelle il a bien voulu vous accorder une sorte de mrite4444 ,avec cet avantage1 a-t-il continu1 que ne s'avanait-il8 ,le temple de la ,fortune est ouvert tout le monde2 il ne s'agit que de ne pas se laisser repousser par la foule qui vous coudoie1 et qui veut y arriver avant vous4444 ,a trente ans1 avec de la figure1 le nom qu'il porte1 et les alliances qu'il peut rclamer1 il serait aujourd'hui marchal-de-camp1 s'il l'et voulu4 ,oh6 mon ami1 je vous en demande pardon2 mais ces reproches ne sont-ils pas mrits8 ,n'imaginez pas que mon coeur vous les fasse4 ,que ne suis-je matresse de ma main6 ,que ne puis-je vous prouver l'instant combien ces prjugs sont vils mes yeux2 mais1 mon ami1 cent fois vous me l'avez dit vous-mme1 la considration est ncessaire dans le monde1 et si ce public est assez injuste pour ne vouloir l'accorder qu'aux honneurs1 l'homme sage qui conoit l'impossibilit de vivre sans elle1 doit donc tout faire pour acqurir ce qui la mrite4 ,ne seroit-il pas entr un peu de dgot1 un peu de misanthropie dans cette insouciance qui vous est reproche8 ,je veux que vous m'claircissiez tout cela1 mais non pas en vous justifiant2 songez que vous parlez la meilleure amie de votre coeur4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,cinqui,,me4 ,valcour ,aline4 #ab ,juin4 ,oui1 mon ,aline1 j'ai tort1 et vous me le faites sentir2 la confiance est la plus douce preuve de l'amour1 et j'ai l'air de vous l'avoir refuse1 en ne vous racontant pas les malheurs de ma vie2 mais ce silence de ma part1 depuis le temps que je vous connais1 a sa source dans deux principes que vous ne blmerez pas3 la crainte de vous ennuyer par des rcits qui n'intressent que moi1 et la vanit qui souffre les faire4 ,on voudrait s'lever sans cesse aux yeux de ce qu'on aime1 et l'on se tait quand ce qu'on peut dire de soi1 n'a rien qui doive nous flatter4 ,si le sort m'et li avec toute autre1 peut-tre eusse-je eu moins d'orgueil2 mais vous stes m'en inspirer tant1 ds que je crus vous avoir rendu sensible1 que vous me ftes1 ds ce moment1 rougir de moi-mme et de mon audace placer dans vos fers un esclave aussi peut fait pour vous4 ,je me sentais si loin de ce qu'il fallait tre pour vous mriter1 et j'aimai mieux vous laisser croire que j'en tais digne1 que de vous montrer votre erreur4--,maintenant vous exigez des aveux que je voulais taire2 ne vous en prenez qu' vous1 s'il s'y rencontre des motifs de me moins estimer1 et que ma franchise ou mon obissance me fasse retrouver dans votre coeur ce que la vrit m'y fera perdre4 ,toutes mes fautes prcdent l'instant o je vous ai vue pour la premire fois4 ,hlas6 c'est mon unique excuse2 je n'ai plus connu que l'amour et la vertu depuis cette heureuse poque1 et comment eusse-je os depuis souiller par des carts le coeur o rgnait votre image8 ,,histoire ,,de ,,valcour4 ,je vous parlerai peu de ma naissance2 vous la connaissez3 je ne vous entretiendrai que des erreurs o m'a conduit l'illusion d'une vaine origine dont nous nous enorgueillissons presque toujours avec d'autant moins de motifs1 que ce bienfait n'est d qu'au hasard4 ,alli1 par ma mre1 tout ce que le royaume avait de plus grand2 tenant1 par mon pre1 tout ce que la province de ,languedoc pouvait avoir de plus distingu2 n ,paris dans le sein du luxe et de l'abondance1 je crus1 ds que je pus raisonner1 que la nature et la fortune se runissaient pour me combler de leurs dons2 je le crus1 parce qu'on avait la sottise de me le dire1 et ce prjug ridicule me rendit hautain1 despote et colre2 il semblait que tout dt me cder1 que l'univers entier dt flatter mes caprices1 et qu'il n'appartenoit qu' moi seul et d'en former et de les satisfaire2 je ne vous rapporterai qu'un seul trait de mon enfance1 pour vous convaincre des dangereux principes qu'on laissait germer en moi avec tant d'ineptie4 ,n et lev dans le palais du prince illustre auquel ma mre avait l'honneur d'appartenir1 et qui se trouvait -peu-prs de mon ge1 on s'empressait de me runir lui1 afin qu'en tant connu ds mon enfance1 je pus retrouver son appui dans tous les instans de ma vie2 mais ma vanit du moment1 qui n'entendait encore rien ce calcul1 s'offensant un jour dans nos jeux enfantins de ce qu'il voulait me disputer quelque chose1 et plus encore de ce qu' de trs-grands titres1 sans doute1 il s'y croyait autoris par son rang1 je me vengeai de ses rsistances par des coups trs-multiplis1 sans qu'aucune considration m'arrtt1 et sans qu'autre chose que la force et la violence pussent parvenir me sparer de mon adversaire4 ,ce fut peu prs vers ce tems que mon pre fut employ dans les ngociations2 ma mre l'y suivit1 et je fus envoy chez une grand'-mre en ,languedoc1 dont la tendresse trop aveugle nourrit en moi tous les dfauts que je viens d'avouer4 ,je revins faire mes tudes ,paris1 sous la conduite d'un homme ferme et de beaucoup d'esprit1 bien propre sans doute former ma jeunesse1 mais que1 pour mon malheur1 je ne gardai pas assez long-temps4 ,la guerre se dclara3 empress de me faire servir1 on n'acheva point mon ducation1 et je partis pour le rgiment o j'tais employ1 dans l'ge o1 naturellement encore1 on ne devrait entrer qu' l'acadmie4 ,puisse-t-on rflchir sur le vice dominant de nos principes modernes1 puisse-t-on voir que l'objet essentiel n'est pas d'avoir de trs-jeunes militaires1 mais d'en avoir de bons2 et qu'en suivant le prjug actuel1 il est parfaitement impossible que cette classe de citoyens si utile puisse jamais tre parfaite1 tant qu'il ne s'agira que d'y entrer jeune1 sans savoir si l'on a ce qu'il faut pour y tre admis1 et sans comprendre qu'il est impossible de possder les vertus ncessaires ds qu'on ne donnera pas aux jeunes aspirans la possibilit de les acqurir par une ducation longue et parfaite4 ,les campagnes s'ouvrirent1 et j'ose assurer que je les fis bien4 ,cette imptuosit naturelle de mon caractre1 cette me de feu que j'avais reue de la nature1 ne prtait qu'un plus grand degr de force et d'activit cette vertu froce que l'on appelle courage1 et qu'on regarde bien tort1 sans doute1 comme la seule qui fut ncessaire notre tat4 ,notre rgiment crase dans l'avant-dernire campagne de cette guerre1 fut envoy dans une garnison en ,normandie2 c'est-l que commence la premire partie de mes malheurs4 ,je venais d'atteindre ma vingt-deuxime anne2 perptuellement entran jusqu'alors par les travaux de ,mars1 je n'avais ni connu mon coeur1 ni souponn qu'il pt tre sensible2 ,adlade de ,sainval1 fille d'un ancien officier retir dans la ville o nous sjournions1 sut bientt me convaincre1 que tous les feux de l'amour devaient embrser aisment une me telle que la mienne2 et que s'ils n'y avaient pas clat jusqu'alors1 c'est qu'aucun objet n'avait su fixer mes regards4 ,je ne vous peindrai point ,adlade2 ce n'etoit qu'un seul genre de beaut qui devait veiller l'amour en moi1 c'tait toujours sous les mmes traits qu'il devait pntrer mon me1 et ce qui m'enivra dans elle tait l'bauche des beauts et des vertus que j'idoltre en vous4 ,je l'aimais1 parce que je devais ncessairement adorer tout ce qui avoit des rapports avec vous2 mais cette raison qui lgitime ma dfaite1 va faire le crime de mon inconstance4 ,l'usage est assez dans les garnisons de se choisir chacun une matresse1 et de ne la regarder malheureusement que comme une espce de divinit qu'on difie par dsoeuvrement1 qu'on cultive par air1 et qui se quitte ds que les drapeaux se dploient4 ,je crus d'abord de bonne foi que ce ne pourrait jamais tre ainsi que j'aimerais ,adlade2 la manire dont je l'en assurai1 la persuada2 elle exigea des sermens1 je lui en fis2 elle voulut des crits1 j'en signai1 et je ne croyais pas la tromper4 ,a l'abri des reproches de son coeur1 se croyant peut-tre mme innocente1 parce qu'elle couvrait sa faiblesse de tout ce qui lui semblait fait pour la lgitimer1 ,adlade cda1 et j'osai la rendre coupable1 ne voulant que la trouver sensible4 ,six mois se passrent dans cette illusion1 sans que nos plaisirs eussent altr notre amour2 dans l'ivresse de nos transports1 un moment mme nous voulmes fuir2 incertains de la libert de former nos chanes1 nous voulmes aller les serrer ensemble au bout de l'univers 444 la raison triompha2 je dterminai ,adlade1 et ds ce moment fatal il tait clair1 que je l'aimais moins4 ,adlade avait un frre capitaine d'infanterie que nous esprions mettre dans nos intrts 444 on l'attendait1 il ne vint point4 ,le rgiment partit2 nous nous fmes nos adieux1 des flots de larmes coulrent2 ,adlade me rappela mes sermens1 je les renouvelai dans ses bras 444 et nous nous sparmes4 ,mon pre m'appela cet hiver ,paris1 j'y volai3 il s'agissait d'un mariage2 sa sant chancelait2 il dsirait me voir tabli avant de fermer les yeux2 ce projet1 les plaisirs1 que vous dirai-je enfin6 cette force irrsistible de la main du sort qui nous porte toujours malgr nous o ses loix veulent que nous soyons2 tout effaa peu--peu ,adlade de mon coeur4 ,je parlai pourtant de cet arrangement ma famille2 l'honneur m'y engageait1 je le fis1 mais les refus de mon pre lgitimrent bientt mon inconstance2 mon coeur ne me fournit aucune objection2 et je cdai1 sans combattre1 en touffant tous mes remords4 ,adlade ne fut pas long-temps l'apprendre4444 ,il est difficile d'exprimer son chagrin2 sa sensibilit1 sa grandeur1 son innocence1 son amour1 tous ces sentimens qui venaient de faire mes dlices1 arrivaient moi en traits de flamme1 sans qu'aucun parvnt mon coeur4 ,deux ans se passrent ainsi fils pour moi par les mains des plaisirs2 et marqus pour ,adlade par le repentir et le dsespoir4 ,elle m'crivit un jour1 qu'elle me demandait pour unique faveur de lui assurer une place aux carmlites2 de lui mander aussi-tt que j'aurais russi2 qu'elle s'chapperait de la maison de son pre1 et viendrait s'ensevelir toute vivante dans ce cercueil qu'elle me priait de lui prparer4 ,parfaitement calme alors1 j'osai rpondre quelques plaisanteries cet affreux projet de la douleur1 et rompant enfin toutes mesures1 j'exhortai ,adlade oublier dans le sein de l'hymen les dlires de l'amour4 ,adlade ne m'crivit plus4 ,mais j'appris trois mois aprs qu'elle tait marie2 et dgag par-l de tous mes liens1 je ne songeai plus qu' l'imiter4 ,un vnement terrible pour moi vint dranger tous mes projets2 il sembloit que le ciel voult dj venger ,adlade des malheurs o je l'avais plonge4 ,mon pre mourut1 ma mre le suivit de prs1 et je me vis vingt-cinq ans seul abandonn dans le monde tous les malheurs1 tous les accidens qui suivent ordinairement un jeune homme de mon caractre2 que de faux amis perdent1 que l'exprience n'claire pas encore1 et qui1 pour comble d'aveuglement1 ose trop souvent prendre pour un bonheur l'vnement qui le rend matre de lui1 sans rflchir1 hlas6 que les mmes freins qui le captivaient1 servaient aussi le soutenir1 et qu'il n'est plus1 ds qu'ils se brisent1 que comme ces plantes lgres1 dgages par la chute du peuplier antique qui protgeait leurs jeunes lans1 et qui bientt expirent elles-mmes faute de soutiens4 ,non-seulement je perdais des parens chers et prcieux2 non-seulement je n'avais plus d'appui sur la terre1 mais tout s'clipsait1 tout s'anantissait avec eux2 cette vaine gloire qui m'avait sduit ne devint plus qu'une ombre qui s'vanouit avec les rayons qui la modifiaient4 ,les adulateurs fuirent1 les places se donnrent1 les protections se perdirent1 la vrit dchira le voile qu'tendait la main de l'erreur sur le miroir de la vie1 et je m'y vis enfin tel que j'tais4 ,je ne sentis pas pourtant tout--coup mes pertes1 il fallait l'affreuse catastrophe qui m'attendait pour m'en convaincre4 ,aline1 ,aline1 permettez que mes larmes coulent encore sur les cendres de ces parens chris2 puissent mes regrets ternels les venger de cette voix funeste et involontaire1 qui osa crier au fond de mon me1 que regrettes-tu1 tu es libre8 ,oh1 juste ciel6 qui put l'inspirer cette voix barbare1 quel est donc le sentiment cruel et faux qui l'a fait natre8 ,o trouve-t-on des amis dans le monde qui puissent nous tenir lieu d'un pre et d'une mre8 quels gens prendront nous un intrt plus rel et plus vif8 ,qui nous excusera8 qui nous conseillera8 qui tiendra le fil1 dans ce ddale obscur o nous entranent les passions8 ,quelques flatteurs nous gareront2 de faux amis nous tromperont4 ,nous ne trouverons sous nos pas que des piges1 et nulle main secourable ne nous empchera d'y tomber4 ,il tait essentiel d'aller mettre un peu d'ordre dans les biens de mon pre1 trs-loin de son sjour1 trs-diminus par les dpenses o l'avaient entran les annes qu'il avait passes dans les ngociations2 mon intrt m'obligeait1 avant de songer aucun tablissement1 me rendre fort vite en ,languedoc1 pour prendre au moins quelque connaissance de ce qui pouvait me revenir4 ,j'obtiens un cong1 et j'y vole4 ,la magnificence de la ville de ,lyon1 qui se trouvait sur mon passage1 m'engagea pour l'admirer y sjourner quelques semaines3 le hasard qui m'y fit rencontrer d'anciennes connaissances1 acheva d'assurer et d'gayer ce projet1 et nous y partagions ensemble les plaisirs qu'offre cette fire rivale de ,paris1 lorsqu'un soir1 en sortant du spectacle1 un de mes amis me nommant trs-haut par mon nom1 me proposa d'aller souper chez l'intendant1 et se perdit dans la foule avant que j'eusse le temps de lui rpondre4 ,a ce nom de ,valcour1 un officier vtu de blanc1 et qui paraissait sortir du mme endroit que nous1 m'aborde le chapeau sur les yeux1 et me demande avec beaucoup de trouble s'il a bien entendu1 et si c'est bien ,valcour que l'on me nomme4 ,peu dispos rpondre honntement une question faite avec tant de brusquerie et de hauteur1 je lui demande firement mon tour1 quel est le besoin qu'il a d'claircir un tel fait8 ,quel besoin1 ,monsieur8--,le plus grand8--,mais encore8--,celui de rparer l'outrage fait une famille honnte par un homme de ce nom2 celui de laver dans le sang de cet homme1 ou dans le mien1 la vertu d'une soeur chrie4444 ,rpondez1 ou je vous regarde comme un malhonnte homme4--,je vous connais1 et je vous entends2 vous tes le frre d',adlade4--,oui1 je le suis1 et depuis l'instant fatal qui nous l'a ravie4--,qu'entends-je8 elle n'est plus6--,non1 cruel tes indignes procds lui ont plong le poignard dans le coeur1 et depuis ce moment1 je te cherche pour arracher le tien1 ou mourir sous tes coups3 viens1 suis-moi2 je me reproche tous les instans o ma vengeance est retarde4 ,nous gagnmes promptement les derrires de la comdie2 nous traversmes le ,rhne1 et nous enfonant dans les promenades qui sont sur l'autre rive en face de la ville1 nous nous disposions nous battre1 lorsque ne pouvant tenir l'intrt puissant que m'inspirait encore cette malheureuse matresse1 ,sainval1 dis-je avec la plus grande motion1 je vous satisfais2 si le sort est juste1 peut-tre le serez-vous bientt davantage3 car je suis le coupable1 et c'est moi de prir3 mais ne me refusez pas de m'apprendre1 avant que nous ne nous sparions pour jamais1 la fatale histoire de cette fille respectable 444 que j'ai trompe1 je l'avoue2 mais qui ne peut cesser de m'tre chre4--,ingrat1 me rpondit ,sainval1 elle est morte en t'adorant2 elle est morte en suppliant le ciel de ne jamais punir ton crime4 ,elle avait avou mon pre la faute o tu sus l'entraner3 il venait de la contraindre l'ensevelir dans les bras d'un poux4444 ,obsde par toute une famille1 l'infortune venait d'obir4444 ,elle n'a pu rsister la violence du sacrifice4 ,chaque jour1 chaque instant l'entranait la mort1 et elle en a reu le coup dans mes bras4 ,depuis cette poque fatale1 je n'ai cess de te chercher par-tout4 ,j'ai suivi tes pas dans cette ville1 incertain de t'y rencontrer4 ,je t'y trouve1 presse-toi de me convaincre que tu ne joins pas au moins la lchet la plus barbare sduction4 ,nous nous battmes2 le combat fut court3 ,sainval avait plus de courage que d'adresse1 et plus de raison que de bonheur4 ,il cde sous les premiers coups que je lui porte1 et j'ai la douleur de le renverser mort mes pieds4 ,a peine m'en suis-je convaincu que je m'lance en larmes sur le corps sanglant de ce malheureux jeune homme1 dont les traits1 dont la voix venaient de me rappeler si douloureusement sa malheureuse soeur4 ,dieu barbare6 est-ce ainsi qu'clat ta justice8 n'tais-je pas le seul coupable8444 n'tait-ce pas moi de succomber 444 et me relevant en dlire3 ,vil assassin1 me dis-je moi-mme1 va combler ton affreuse victoire2 ce n'est pas assez que ton lche abandon l'ait prcipite dans le cercueil2 il faut encore que tu arraches la vie son malheureux frre4 ,triomphe affreux6 remords dchirans6 ,va1 cours1 dans le transport qui t'agite1 va joindre toutes tes victimes le chef infortun de cette honnte famille4444 ,il respire4444 ,cet unique enfant pouvait seul le consoler de la perte d'une fille qu'il idoltrait1 ta cruaut vient de le lui ravir2 achve1 va lui percer le flanc4 ,et je me prcipitais encore sur ce cadavre sanglant1 et je cherchais le ranimer1 lui rendre le souffle de la vie aux dpens mme de celle que j'aurais voulu lui sacrifier4 ,il n'tait plus temps 444 je me lve gar2 je porte mes pas au hasard2 on avait entendu le bruit du combat4 ,on me vit fuir2 on me poursuit1 on m'atteint1 on m'arrte1 et l'on me mne en diligence chez le commandant de la ville4 ,mon dsordre1 mes habits ensanglants1 le rapport certain d'un homme mort1 une lettre trouve sur ,m4 de ,sainval1 par laquelle son pre lui ordonnait de me chercher jusqu'aux extrmits du monde2 tout disposa ,m4 de ---- qui commandait pour-lors ,lyon1 des prcautions et de la svrit4 ,quelque grave que soit votre affaire1 ,monsieur1 me dit nanmoins avec honntet ce militaire1 je vais agir avec vous comme je le ferais avec mon propre fils4 ,vous aurez pour sjour une maison royale1 et j'irai demain vous y recommander moi-mme3 je vais tout assoupir avec le plus grand soin4 ,si d'ici trois mois rien n'clate1 votre libert vous sera rendue2 mais il faut dans le cas contraire1 que je vous aie absolument sous la main1 afin que1 si le tribunal ou la famille du mort venait poursuivre1 je puisse au moins prouver que j'ai fait mon devoir4 ,cependant1 soyez tranquille2 je vais employer tant de soins pour tout anantir1 que vous serez1 j'espre1 bientt matre de vos actions4 ,il sortit ces mots pour donner des ordres2 et l'on me conduisit au chteau de ,pierre-en-,cise1 dans lequel il avait dsir que ft ma destination particulire1 pour tre plus mme de disposer secrtement de moi1 et d'une manire qui pt m'tre agrable4 ,je ne vous rendrai point ce qui se passa dans mon me1 en arrivant dans ce lieu fatal3 quelques politesses que je reus de l'officier qui y commandait1 toute l'horreur de position se prsenta d'abord mes yeux4444 ,les premiers effets de mon dsespoir firent frmir ceux qui m'entouraient3 il n'y eut sorte de moyens que je ne cherchasse pour m'arracher la vie4 ,qu'il est heureux de rencontrer1 dans de semblables circonstances un homme d'esprit1 et qui connaisse le coeur humain6 ,on ne peut exprimer ce que fit pour me calmer le respectable mortel entre les mains duquel mon heureux sort m'avait fait tomber4444 ,tantt il s'adressait ma raison1 tantt il intressait mon coeur1 et tirant toujours du sien les argumens qu'il employait1 il sut me rendre moi-mme et la vie que je perdais infailliblement sans son secours4 ,o vous1 vils mercenaires1 qui1 dans des places semblables1 ne regardez ceux qu'on vous confie1 que comme des animaux dont le sang doit vous engraisser 444 qui les tourmenteriez1 qui les feriez expirer si l'on vous ddommageait amplement de leur perte2 en jetant vos regards sur le vertueux ami dont je parle1 apprenez que ce mme poste o vous ne trouvez exercer que des vices1 peut vous offrir la jouissance de mille vertus2 mais il faut une me et de l'esprit pour le sentir1 au lieu que la nature en courroux1 qui ne vous a crs que pour le malheur des autres1 ne mit en vous que de l'avarice et de la stupidit4 ,un mois se passa1 sans qu'on parlt de cette affaire2 mes gens taient toujours dans l'htel o j'tais descendu1 et s'y tenaient1 par mes ordres1 renferms sous le plus grand mystre4 ,enfin1 le commandant de la ville parut4444 ,rien ne transpire1 me dit-il2 j'ai fait inhumer ,m4 de ,sainval le plus secrtement que j'ai pu3 c'est par un avis dtourn que j'ai fait part de sa mort son pre sans lui expliquer la cause qui l'a fait descendre au tombeau4444 ,j'ai serr les papiers trouvs sur lui2 ils ne parotront pas1 que je n'y sois contraint4444 ,voil tous les services que j'ai pu vous rendre 444 je les continuerai4444 ,sortez cette nuit sans clat1 et de cette prison et de la ville4444 ,vos gens1 votre chaise et un passe-port vous attendent la premire poste qui est sur la route de ,genve4444 ,rendez-vous cette poste pied et sans bruit2 passez de-l en ,suisse ou en ,savoie1 et si vous m'en croyez1 restez-y cach jusqu' ce que vos amis vous aient mand de ,paris1 quelle tournure a pris votre affaire4 ,il ne me reste plus que ma bourse vous offrir3 usez-en comme de la vtre4444 ,oh6 ,monsieur1 rpondis-je en me jetant dans les bras de ce chef respectable1 et refusant cette dernire offre1 par o ai-je pu mriter tant de bonts8444 ,quel motif vous engage ainsi servir l'infortune8444 ,mon coeur1 me rpondit ,m4 de ----1 il fut toujours l'asyle des malheureux1 et toujours l'ami de ceux qui vous ressemblent4 ,vous jugez de ma reconnaissance1 ,aline1 je ne vous la peindrais que faiblement2 j'embrasse les deux fideles amis que mon heureuse toile vient de me faire rencontrer2 je gagne1 au plus vite1 le rendez-vous qui m'est indiqu2 j'y trouve mes gens2 je m'lance en larmes dans ma voiture2 je laisse mon valet-de-chambre le soin de tout2 je lui nomme ,genve1 nous volons1 et je m'anantis dans mes penses4 ,vous imaginez1 sans doute1 aisment combien cette malheureuse affaire1 quelque bonne tournure qu'elle prit1 nuisait cependant ma fortune2 il me devenait impossible d'aller prendre connaissance de mon bien1 impossible de me rendre l'expiration de mon cong1 plus impossible encore de publier les motifs de ma fuite1 de peur de faire clater ce qui m'y contraignait4 ,les gens d'affaires allaient dvaster mon bien2 le ministre allait nommer mon emploi3 ces deux cruelles infortunes taient pourtant les moins terribles que je dusse craindre2 car si je reparaissais1 malgr tout cela1 quel sort affreux pouvait m'attendre8 ,mon premier soin1 en arrivant ,genve1 fut d'crire ,dterville1 le seul ami rel que je possdasse4 ,sa rponse quadrait on ne saurait mieux avec les conseils de ,m4 de ----4 ,rien ne transpirait1 disait-il2 mais on tait dans un instant de rigueur sur les duels1 et duss-je tout perdre1 il valait mille fois mieux pour moi m'exposer ce sort1 que de risquer une prison peut-tre perptuelle1 en reparaissant avant qu'il ne ft bien sr qu'il n'y et aucun danger4 ,cet avis me paraissait trop sage pour ne pas tre suivi2 et je priai ,dterville de m'crire rgulirement tous les mois ,genve1 d'o je ne me proposai point de sortir1 n'ayant pas assez de fonds pour voyager4 ,je renvoyai une partie de mes gens1 aprs leur avoir fait promettre le secret1 et j'attendis en paix ce qu'il plairait au ciel de dcider pour moi4 ,ce fut pendant ce cruel dsoeuvrement que le got de la littrature et des arts vint remplacer dans mon me cette frivolit1 cette fougue imptueuse qui m'entranait auparavant1 dans des plaisirs1 et bien moins doux1 et bien plus dangereux4 ,rousseau vivait je fus le voir1 il avait connu ma famille1 il me reut avec cette amnit1 cette honntet franche1 compagnes insparables du gnie et des talens suprieurs2 il loua1 il encouragea le projet qu'il me vit former de renoncer tout pour me livrer totalement l'tude des lettres et de la philosophie1 il y guida mes jeunes ans1 et m'apprit sparer la vritable vertu des systmes odieux sous lesquels on l'touffe4444 ,mon ami1 me disait-il un jour1 ds que les rayons de la vertu clairrent les hommes1 trop blouis de leur clat1 ils opposrent ses flots lumineux les prjugs de la superstition1 il ne lui resta plus de sanctuaire que le fond du coeur de l'honnte homme4 ,dteste le vice1 sois juste1 aime tes semblables1 claire-les1 tu la sentiras doucement reposer dans ton me1 et te consoler chaque jour de l'orgueil du riche et de la stupidit du despote4 ,ce fut dans la conversation de ce philosophe profond1 de cet ami vritable de la nature et des hommes1 que je puisai cette passion dominante qui m'a depuis toujours entran vers la littrature et les arts1 et qui me les fait aujourd'hui prfrer tous les autres plaisirs de la vie1 except celui d'adorer mon ,aline4 ,eh6 qui pourrait renoncer ce plaisir ds qu'il le connat2 celui qui peut fixer ses regards sur elle sans frissonner du trouble de l'amour1 ne mrite plus la qualit d'homme2 il la dshonore et l'avilit ds qu'il n'est plus sensible de tels charmes4 ,les lettres de ,dterville taient cependant toujours -peu-prs les mmes2 rien ne transpirait1 mais mon absence tonnait tout le monde1 et beaucoup de gens se permettaient d'en raisonner d'une manire aussi fausse que pleine de calomnie2 mon ami savait que le trouble s'tait mis dans mes biens1 il tait presque sr que ma compagnie allait tre donne1 et malgr tout cela il m'exhortait vivement ne pas sortir de mon asyle4 ,enfin ce dernier malheur arriva1 j'crivis pour le prvenir1 je prtextai un voyage indispensable chez l'tranger1 une succession essentielle recueillir1 toutes mes ressources furent vaines1 et le ministre nomma mon emploi4 ,voil1 ma chre ,aline1 voil les cruelles raisons qui motivent le reproche peu mrit que me fait votre pre1 reproche d'autant plus injuste1 qu'il ignore les raisons qui me contraignent le recevoir4 ,entre-t-il dans ce malheur quelque chose qui puisse me faire perdre votre estime1 ou qui puisse m'aliner la sienne8 ,j'ose en douter4 ,deux ans d'exil volontaire s'tant couls1 je crus pouvoir me rapprocher de mes biens1 je partis pour le ,languedoc2 mais que trouvai-je1 hlas6 ,des maisons dmolies2 des droits usurps2 des terres incultes2 des fermes sans rgisseurs1 et par-tout du dsordre1 de la misre et du dlabrement4 ,deux mille cus de rente1 furent tout ce qu'il me fut possible de recueillir des quatre fonds qui valaient jadis plus de cinquante mille livres annuels4 ,il fallut bien se contenter1 et hasarder de reparatre enfin4 ,je l'ai fait sans aucun risque1 et il devient chaque jour plus que probable2 que je ne serai jamais poursuivi pour ce duel4 ,mais cette catastrophe affreuse n'en sera pas moins toute ma vie grave en traits de sang dans mon coeur4 ,mon emploi n'en est pas moins donn1 mes biens n'en sont pas moins dvasts 444 tous mes amis n'en sont pas moins perdus4444 ,malheureux que je suis6 est-ce donc aprs tant de revers que j'ose prtendre la divinit que j'adore8444 ,aline1 oubliez-moi 444 abandonnez-moi 444 mprisez-moi 444 ne voyez plus dans votre amant1 qu'un tmraire indigne des voeux qu'il ose former4 ,mais si vous me tendez une main secourable1 si vous accordez quelque retour au sentiment dont je brle pour vous1 ne jugez pas mon coeur sur les travers de ma jeunesse2 et ne redoutez pas l'inconstance o vous avez allum les feux de l'amour4 ,il est aussi impossible de cesser de vous aimer1 qu'il l'est de se dfendre de vous2 mon me uniquement modifie par les impressions de vos traits ne peut plus se soustraire leur empire1 et l'on m'arracherait plutt mille fois la vie qu'on ne dtruirait mon amour4 ,j'attends mon arrt et mon pardon4 ,aline1 ,aline1 j'attends tout de votre piti4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,sixi,,me4 ,aline ,valcour4 ,ce #ae ,juin4 ,o mon ami6 combien vos aveux me touchent6 ,que votre constance m'est chre6444 ,moi1 vous abandonner 444 vous dlaisser1 cruel6444 ,ah6 plus vous avez t malheureux1 plus mon me se livre au plaisir de vous aimer6 ,c'est moi1 mon ami1 c'est moi que le ciel choisit pour adoucir vos maux2 c'est par ma main qu'ils seront tous calms4444 ,ah6 ,valcour6 combien vous me devenez cher depuis que je connais votre infortune4444 ,ce n'est pas que vous n'ayez quelques torts 444 mais vous les sentez trop vivement1 pour que je doive vous les reprocher4 ,vous avez t faible 444 vous avez t inconstant1 peut-tre mme sducteur2 mais vous avez t courageux et noble1 tous ces revers vous ont plong dans un abyme dont ma tendresse et les soins de ma mre veulent absolument vous retirer4444 ,non1 je ne suis pas jalouse d',adlade1 je la plains de toute mon me1 elle intresse bien vivement mon coeur4 ,mais je ne crains plus qu'elle rgne dans le vtre1 et je suis assez glorieuse1 pour tre sre de l'occuper tout entier4 ,votre lettre a fait pleurer ma mre4444 ,elle vous embrasse 444 elle est bien aise de savoir ce qui vous regarde4444 ,et sans vous compromettre en rien1 elle aura du moins1 dit-elle1 des armes pour vous dfendre2 soyez bien sr qu'elle en usera4 ,je ne vous cris qu'un mot4 ,nous partons1 crivez-nous ds les premiers jours du mois prochain4 ,vous ferez vos lettres de manire ce qu'elles puissent se lire haut4 ,sans vous interdire pourtant la libert d'y insrer de tems-en-tems un petit billet pour moi1 et dans lequel vous ne m'entretiendrez que du sentiment qui nous flatte2 ma mre qui conna99t vos vues1 et qui les approuve1 me remettra ces billets fidlement4 ,si vous avez quelque chose de plus secret me dire1 vous l'adresserez ,julie1 cette fille qui me sert depuis son enfance1 vous aime1 dit-elle1 comme si vous deviez devenir son matre un jour4 ,cela serait-il possible1 mon ami8 ,je ne sais1 mais j'ai des pressentimens qui quelquefois me consolent par leur illusion dlicieuse1 des chagrins de la ralit4 ,nous emmenons ,folichon#b4 ,comment ne l'aimerai-je pas1 quand c'est vous qui l'avez lev8 ,ce charmant animal vous chrit tel point1 que chaque fois qu'on vous annonce1 il semble que l'espoir et la joie animent alors ses traits2 et quand son erreur est dissipe1 il se rendort sur mes genoux avec un gros soupir1 qui me le fait baiser mille fois4 ,note3 ,footnote #b3 ,petit pagneul de la plus rare espce1 que ,valcour avait donn ,aline4 ,il l'avait dress apporter1 sa matresse1 un chaud qui contenait un billet3 ,aline le recevait1 lui en remettait un autre galement rempli d'un billet que l'pagneul rapportait son matre1 avec la mme fidlit4 ,ils s'crivirent ainsi pendant deux ans1 couvrant cette feinte innocente1 de l'adresse et de la sobrit du petit chien1 qui portait et rapportait ainsi sans endommager nullement un objet1 qui devait si bien aiguillonner sa gourmandise4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,septi,,me ,dterville ,valcour4 ,paris1 #ag ,juin4 ,si quelque chose peut adoucir les tourmens d'une me honnte et sensible comme la tienne1 mon cher ,valcour1 c'est la satisfaction de ceux qui te sont chers2 j'ose ce titre t'apprendre mon mariage avec ,eugnie4 ,toutes les difficults qui nous sparaient sont vaincues1 et dans vingt-quatre heures je serai le plus heureux des poux1 je n'ose pas dire des hommes1 ta flicit manque la mienne2 et je ne pourrai jamais me croire vritablement heureux1 tant que le meilleur de mes amis sera dans l'infortune4 ,mais j'attends beaucoup pour toi des dlais qu'obtient madame de ,blamont2 elle t'aime2 sa fille t'adore2 espre tout du coeur de ces deux charmantes femmes2 tu sais qu',eugnie1 sa mre et moi1 nous sommes du voyage de ,vert-feuille2 juge si nous nous en occuperons1 et si nous ne chercherons pas tous les moyens possibles d'avancer ton bonheur4 ,sois bien certain1 mon cher ,valcour1 qu'il ne sera question que de cela4 ,mais je t'exhorte au courage et la patience4 ,oter de la tte d'un robin une ide dont il est coff1 est une entreprise qui n'est point facile4 ,je voudrais1 moi1 qu'on tudit un peu ce d',olbourg2 ou je n'ai jamais su juger un homme1 ou ce grossier mortel doit renfermer un bel et bon vice1 qui1 mis dans tout son jour1 refroidirait peut-tre un peu l'enthousiasme de notre cher ,prsident4 ,je sais bien que voil encore une de ces ruses de guerre1 qui ne s'arrangera pas avec ta maudite dlicatesse2 mais mon ami1 on se sert de tout dans le cas o tu es2 pesons mme1 si tu veux1 ce procd dans la balance de ta justice4 ,a supposer que d',olbourg ait quelque dfaut capital qui dt faire le malheur de sa femme1 ton devoir ne serait-il pas de le prvenir8 ,adieu2 les embarras de la veille d'une noce m'empchent de t'entretenir plus long-tems2 ,o mon ami6 ,quand pourrai-je aller partager avec toi tous les soins de la tienne8 ,si tu me crois bon quelque chose pour la circulation de ton commerce1 dispose de moi2 ,eugnie me charge de t'offrir de mme ses services2 mais j'imagine que toutes vos prcautions sont prises2 quand on s'aime aussi vivement que vous le faites l'un et l'autre1 rien n'chappe dans la recherche de tout ce qui peut tre ncessaire au soulagement de ses peines4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,huiti,,me4 ,valcour ,dterville4 ,paris1 #ai ,juin4 ,j'apprends ton mariage avec la mme joie que s'il s'agissait du mien1 et je te flicite d'autant plus sincrement de cette union1 qu'il est difficile de trouver une femme dont le charmant caractre quadre mieux avec le tien4 ,ce sont de ces rapports heureux1 d'o nat sans doute toute la flicit de la vie4 ,hlas6 j'ai bien rencontr de mme tous ceux qui peuvent faire le bonheur de la mienne2444 mais que de difficults1 mon ami6 ,ah6 je ne me flatte jamais de les vaincre2 et puis 444 te le dirai-je8 t'avouerai-je encore une dlicatesse que tu vas traiter d'enfantillage8 ,la brillante fortune d',aline 444 le pitoyable tat de celle de ton ami2 tout cela1 mon cher1 me fait craindre que l'on n'imagine que mes sentimens ne sont fonds que sur l'envie de conclure1 ce qu'on appelle dans le monde une bonne affaire2 si jamais on allait le penser1 si cette affreuse ide venait dans de certains instans de calme s'offrir l'esprit de mon ,aline6444 ,o mon cher ,dterville6 je la fuirais pour ne la jamais revoir4444 ,ah6 comme je dsirerais prsent ce que j'ai toujours mpris6444 que je voudrais possder des honneurs1 des trsors1 et tout ce qui pourrait me rendre plus digne de celle que j'adore6 ,a supposer mme que les difficults s'aplanissent1 et que je parvienne ce que j'appelle l'unique bonheur de ma vie1 le regret de ne lui avoir pas apport un bien digne d'elle1 n'altrera-t-il pas ma flicit8 ,l'illusion des plaisirs vanouie1 ne redouterai-je pas qu'elle-mme ne conoive un jour ces regrets8 ,o mon ami6 cache-lui mes craintes1 elle ne me pardonnerait pas de les avoir conues4 ,non1 je n'approuve point tes recherches secrettes sur d',olbourg1 il y a une sorte de trahison1 qui ne s'arrange pas avec la franchise de mon me2 je ne veux devoir qu' moi seul la prfrence d',aline1 il serait1 ce me semble1 humiliant pour moi1 de ne triompher que par les vices de mon rival4 ,s'il en a qui puissent faire le malheur d',aline1 sa mre saura les dcouvrir aussitt1 pour prvenir leur union4 ,tout sera sa place alors2 elle aura fait ce qu'elle doit1 et je n'aurai pas fait ce que je ne dois pas4 ,je n'userai point de tes offres pour ce voyage-ci1 nos arrangemens sont pris1 ma reconnaissance n'en est pas moins la mme4444 ,ah6 que j'envie ta flicit1 mon ami2 tu la verras tous les jours 444 tout instant tes yeux pourront se fixer sur les siens2 tu respireras le mme air qu'elle2 tu jouiras de ces mlanges de traits 444 mlanges charmans qui viennent se peindre toutes les heures sur sa dlicieuse figure4444 ,car remarque-la bien3 un sentiment 444 un propos 444 une influence dans l'air 444 un repas 444 chacune de ces choses modifie diffremment ses traits4 ,elle n'est jamais jolie une certaine heure comme elle la devient l'autre2 je n'ai vu de mes jours une physionomie si piquante et si diffremment expressive4 ,je conviens qu'il faut tre amant pour tudier1 pour saisir toutes ces nuances4 ,mais mon ami1 le coeur y gagne1 il n'est pas une seule de ces variations qui ne lgitime mille raisons de l'aimer davantage4 ,adieu 444 je te trouble 444 je drobe des instans ta flicit 444 jouis 444 jouis1 heureux ami 444 je ne veux point fltrir les roses de l'hymen1 par les larmes amres de l'amour malheureux2 je ne m'occupe plus que de ton bonheur4444 ,ah6 crois qu'il est bien vivement partag par l'ami le plus sincre que tu possdes au monde4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,neuvi,,me4 ,le prsident de ,blamont d',olbourg4 ,paris1 ce #a ,juillet4 ,il me parat1 mon cher d',olbourg1 que jusqu'ici tes succs ne sont pas brillans1 et comment diable hasarderai-je de te mener la campagne1 aprs avoir si mal russi la ville8 ,toutes rflexions faites1 on te dteste4444 ,qu'importe4 ,il est1 comme tu sais depuis bien long-tems1 dans nos principes1 de s'embarrasser fort peu du coeur d'une femme1 pourvu qu'on ait sa personne et son argent4 ,si tu ne t'y prends pas mieux que cela1 cependant1 je crains que nous ne soyons rduits emporter la citadelle d'assaut4 ,je t'aiderai la battre en brche1 et pendant que tu formeras tes attaques1 je te mnagerai des auxiliaires4 ,il arrive souvent que quand on a l'intention de se rendre matre d'une ville1 on est oblig de s'emparer des hauteurs 444 on s'tablit dans tout ce qui commande1 et de-l on tombe sur la place sans redouter les rsistances4 ,ou bien on ngocie 444 on tourne 444 on ,,tergiverse4 ,d'espoir ou de bonheur tour--tour on la ,,berce4 ,et si-tt qu'on la tient1 de sa crdulit ,on la punit alors avec rigidit4 ,ton imbcile franchise t'empche de rien entendre tout cela2 ce n'est pas que tu ne sois rou dans les formes1 mais tu l'es avec trop de bonne foi4 ,tant qu'une porte ne s'ouvre point deux battans1 tu n'imagines pas qu'il puisse y avoir de moyens de forcer les barricades2 je te l'ai dit cent fois1 mon ami1 ce n'est1 que dans notre mtier qu'on apprend l'art de feindre et de tromper les hommes4 ,jette les yeux sur la multitude de dtours que nous savons mettre en usage quand il s'agit1 par exemple1 de faire prir un innocent4 ,sur la quantit de faussets1 de mensonges1 de subornations1 de piges1 de manoeuvres insidieuses que nous employons habilement en pareilles circonstances1 et tu verras que tout cela nous forme au mtier des ruses1 et la science d'amener les vnemens au but que nous nous proposons4 ,je rirais bien de toi1 s'il te fallait entreprendre seul cette grande aventure1 et russir seul4 ,tu irais-l avec une candeur 444 une vrit 444 pas une malheureuse petite nigme1 pas une seule tournure1#c pas un simulacre de feinte6 et comme on te dbouterait bientt de tes ridicules prtentions6444 ce n'est plus que par la fourberie1 mon cher d',olbourg1 que l'on s'avance aujourd'hui dans le monde2 et puisque le plus heureux de tous1 est celui qui trompe le mieux1 ce n'est donc que dans l'art de bien tromper1 que l'on doit tcher de se rendre habile4444 ,au fait3 ce sont les femmes qui sont cause de cela2 force de vouloir tre fines1 elles ont russi nous rendre faux4 ,les folles cratures6 que j'aime les voir se dbattre avec moi6 c'est l'agneau sous la dent du lion4444 ,je leur rends dix points sur seize1 et suis toujours sr de les gagner de quatre 444 enfin la campagne s'ouvre 444 les ,amazones s'arment 444 les ,sauvages vont les attaquer4444 ,nous verrons qui la victoire couronnera2 mais que rien de tout ceci n'aille au moins troubler nos amusemens2 il faut savoir conduire plus d'une intrigue de front1 et le projet des plaisirs qu'on ne gote pas encore1 ne doit se former qu'au sein de ceux dont on jouit4444 ,je t'attends ce soir chez nos desses4 ,il y avait en vrit des sicles que nous n'avions fait un si sage arrangement que celui-l4 ,note3 ,footnote #c3 ,il y a apparence que le got des robins pour les nigmes1 les emblmes et l'argent1 tait la mme du tems de ,rabelais que de nos jours2 voici comme il les peint dans son ,pantagruel4 ,on arrta l'isle de condamnation 7ce sont les parlemens47 ,quelques-uns de nos gens ayant voulu descendre au guichet1 y furent arrts par ordre de ,,grippe-,,minaud1 archiduc des ,,chats ,,fourr,s1 qui leur proposa une nigme deviner4 ,panurge en dit le mot1 et jeta au milieu du parquet1 une bourse pleine d'or qui les fit tous jeter les uns sur les autres pour ramasser l'argent2 et la pate bien graisse1 ils accorderont enfin les passe-ports demands pour leur route4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,dixi,,me4 ,aline ,valcour4 ,vert-feuille1 #ae ,juillet4 ,nous sommes tablis1 ,valcour1 et notre vie est dcide2 elle est libre et charmante2 il n'y manque que vous1 mon ami1 pour la rendre dlicieuse2 cette privation dj sentie par la socit1 l'est bien plus vivement par mon coeur4 ,laissez-moi vous dire comment nous vivons1 je sais que ces dtails vous plaisent1 vous m'y suivez1 j'en suis plus prsente votre imagination1 et rellement l'absence en devient par-l moins cruelle4 ,le chteau de ,vert-feuille1 dans lequel il faut d'abord que votre esprit se transporte1 n'est pas trs-magnifique1 mais commode et d'une excessive propret2 il est situ cinq lieues d',orlans1 sur les bords de la ,loire4 ,la fort voisine qui l'ombrage1 nous procure des promenades charmantes2 les prairies vertes et fraches qui l'environnent1 toujours peuples de troupeaux gras et bondissans1 sont par-tout ornes de villages et de maisons de campagne2 les jardins agrablement coups par des canaux limpides1 par des bosquets odorifrants1 qu'gayent une multitude tonnante de rossignols2 l'immense quantit de fleurs qui s'y succdent neuf mois de l'anne2 l'abondance du gibier et des fruits2 l'air pur et serein qu'on y respire 444 tout cela1 mon ami1 contribue1 quoique l'objet soit de peu de consquence1 en faire un sjour digne d'orner l'lyse1 et est mille fois prfrable toutes les belles terres de monsieur de ,blamont1 uniformes par-tout1 et n'offrant jamais que l'ennui ct de la rgularit4 ,on se lve ici tous les jours neuf heures1 et tant qu'il fait beau1 le rendez-vous du djeuner est sous un bosquet de lilas1 o tout se trouve prt ds qu'on arrive4 ,l1 l'on prend ce qu'on veut1 et ma mre a soin d'y faire trouver peu-prs tout ce qu'elle sait devoir plaire chacun4 ,cette premire occupation nous conduit dix heures2 alors on se spare pour aller passer les momens de la grande chaleur1 dans quelques cabinets frais1 avec des livres3 on ne se runit plus qu' trois heures4 ,c'est l'instant de servir1 on fait un excellent dner1 et d'autant plus ample1 que c'est le seul repas o l'on se mette table4 ,a cinq heures on en sort1 c'est l'heure des grandes promenades1 les cannes et les coffes se prennent1 et ,dieu sait o l'on va se perdre6 ,a moins que le tems ne menace1 il est d'institution d'aller pied et toujours extrmement loin1 sans autre dessein que de marcher beaucoup2 nous appelons cela des aventures4 ,dterville est le seul homme qui nous accompagne1 et en vrit la manire dont nous nous garons1 je ne doute pas qu'incessamment les aventures que nous prtendons chercher1 ne nous arrivent4 ,madame de ,senneval qu'on prendrait bien plutt pour la soeur ane d',eugnie1 que pour sa mre1 appelle cela des imprudences1 et madame de ,blamont1 ma chre et dlicieuse maman1 plus folle qu'aucune de nous1 assure gravement que ce qui peut nous arriver de pis1 est de rencontrer quelques chevaliers de la table ronde1 cherchant des lauriers dans les ,gaules1 ,gauvain1 le snchal ,queux1 ou le brave ,lancelot du ,lac2 ces honntes gens1 protecteurs-ns du sexe1 n'ont jamais fait de mal aux femmes1 et que par consquent nous sommes en sret4 ,on revient ds que le jour baisse2 on se jette sur des canaps1 rendus1 comme vous l'imaginez bien1 et l'on sert des fruits1 des glaces1 des sirops ou quelques vins d',espagne et des biscuits2 le lger repas pris1 chacun sur son fauteuil1 on commence ce qui s'appelle la soire4 ,dterville ou ma mre1 nos deux meilleurs lecteurs1 s'emparent de quelques ouvrages nouveaux1 et la lecture se fait jusqu' minuit1 heure o chacun se spare pour aller prendre les forces ncessaires recommencer le lendemain2 cette vie ainsi coupe1 a l'art de nous faire passer les jours avec tant de rapidit1 qu'except moi1 mon ami1 qui trouve toujours trop longs les instans o je dois exister sans vous1 chacun en vrit croit n'tre ici que d'hier4 ,on part pour les aventures4 ,je vous quitte2 que diriez-vous1 mon ami1 si quelque gant4444 ,ferragus1 par exemple1 le flau du brave chevalier ,valentin2 si1 dis-je1 cet incivil personnage allait vous enlever votre ,aline8444 ,vous armeriez-vous de pied-en-cap pour combattre le dloyal8444 oui1 mais si ,aline tait dj la femme du gant4 ,o mon ami1 je suis moins triste ce soir1 je ne sais pourquoi2 mais ma mre est si aimable6444 sa tendresse pour moi est si vive6444 elle me console si bien6444 elle laisse natre avec tant de bont dans mon coeur1 l'espoir heureux d'tre un jour tout ce que j'aime1 qu'elle adoucit un peu le chagrin d'en tre spar4 ,elle me disait hier3 ,si votre pre vous dshritait1 il ne pourrait pas vous enlever au moins cette petite terre2 elle est bien srement vous1 sans que jamais rien puisse vous en priver2 voil pourquoi je l'arrange1 pourquoi je la soigne et je l'embellis2 je veux qu'elle vous oblige penser moi quand je ne serai plus 444 et moi que cette ide trouble et dsespre1 moi qui ne peux l'admettre sans frmir 444 je me prcipite dans ses bras1 et je lui dis3 maman1 ne me parlez donc point ainsi1 vous allez me faire mourir 444 et nos larmes coulent dans le sein l'une de l'autre1 et nous nous jurons de nous aimer et de ne mourir qu'ensemble4444 ,eh bien1 ne voil-t-il pas ma gat qui me quitte1 j'avais bien affaire aussi d'aller vous dtailler ces circonstances4444 ,adieu1 aimez-moi et crivez-nous4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,onzi,,me4 ,valcour ,aline4 ,paris1 #bj ,juillet4 ,je vous cris la hte1 dans l'affreuse inquitude o je suis2 prolonger mon billet serait en retarder l'envoi1 et je brle d'impatience de le savoir en vos mains4 ,la peinture de la vie que vous menez est dlicieuse1 votre bonheur s'y peint1 cette ide me console2 mais ces grandes courses m'effraient1 elles seules sont l'objet de ma lettre2 je pense comme madame de ,senneval2 elles sont folles1 et je vous supplie d'y mettre des bornes1 ou si vous y tenez1 si elles vous amusent1 ayez au moins plus d'un homme avec vous 444 faites-vous suivre2 quelque fond que je fasse sur la vaillance de mon cher ,dterville1 vous m'avouerez qu'il lui deviendrait impossible de vous dfendre seul1 contre une troupe arme4444 ,aline1 nous avons des ennemis puissans1 je me fie peu ce qu'ils disent1 leur fausset m'effraie plus que leurs promesses ne me rassurent2 point d'imprudence1 je le demande genoux madame de ,blamont1 que je supplie d'accepter ici l'hommage sincre de mon respectueux attachement4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,douzi,,me4 ,madame de ,blamont ,valcour4 ,vert-feuille1 #be ,juillet4 ,oui1 c'est moi qui reois cette lettre presse1 et c'est moi qui ris de toute mon me de la ridicule frayeur qu'elle nous peint4 ,rassurez-vous1 nos courses n'ont aucun danger2 quelque viol1 quelqu'enlvement1 c'est en vrit tout ce que j'y vois de pis1 et dans ces fatales extrmits1 n'avons-nous pas le brave ,dterville1 qui1 quoique seul1 romprait plutt douze lances1 soyez-en bien sr1 que de laisser enlever sa femme1 ou les deux amies de son ami2 l'gard des gens qui promettent1 j'ai plus de confiance que vous en leur parole2 ils m'ont jur du repos cet t1 et j'y crois4 ,la confiance bien ou mal place1 calme le sang2 ne troublez pas le plaisir qu'elle me donne4 ,il vient de nous arriver ici un homme de votre connaissance qui s'intresse toujours bien vivement vous4 ,c'est le comte de ,beaul2 son grade dans la province1 ses terres voisines de la mienne1 son ancienne amiti pour moi2 toutes ces raisons l'ont engag venir me donner quelques jours2 je ne vois jamais ce brave et honnte militaire1 sous lequel vous avez fait vos premires armes1 sans une sorte d'motion respectueuse2 je ne trouve que lui en ,france qui nous peigne encore les franches vertus de l'antique chevalerie2 son costume1 son air1 la manire dont il s'exprime1 tout annonce en lui le religieux sectateur de ces loix si prodigieusement oublies de nos jours 444 de ces loix prcieuses1 remplaces par de l'impertinence et des vices2444 mais quelle est cette petite tte qui s'approche de la mienne8444 ,vites-vous jamais un procd pareil8444 ,parce qu'on m'a vu prendre mon critoire1 ne voil-t-il pas tout de suite un visage pardessus mon paule 444 et puis de grands clats de rire1 parce que je surprends cette tte et que je gronde4--,mais1 maman1 c'est que c'est moi que cette correspondance regarde1 vous l'avez dit4--,eh bien1 mademoiselle1 j'ai chang d'avis1 vous me laisserez bien peut-tre jouir une fois de vos plaisirs4--,oh maman4444 ,et puis on ne rit plus1 c'est un singulier tre pourtant qu'une petite fille dont le coeur est pris4--,tenez1 mademoiselle1 changeons de rle1 votre pre veut que j'crive monsieur d',olbourg1 chargez-vous-en4--,a monsieur d',olbourg1 maman8--,a lui-mme4--,et qu'y a-t-il de commun entre cet homme et moi8--,comment6 n'est-ce pas lui qui doit devenir mon gendre8--,oh6 vous aimez trop votre ,aline1 pour la sacrifier ainsi4--,et bien1 oui1 mais votre pre8--,vous le vaincrez4--,je n'en rponds pas4--,je mourrai donc8--,allons1 venez que je vous embrasse encore une fois avant cette mort1 l'anglaise1 et laissez-moi finir ma lettre4--,on est venu couvrir de larmes le papier sur lequel j'crivais4 ,vous le voyez2 il faut que je change de page1 et la friponne rit et pleure -la-fois1 en me baisant 444 enfin1 elle s'asseoit et je puis crire4 ,nous avons ici le tableau de la flicit4 ,eugnie1 que nous ne devrions plus nommer que madame ,dterville1 aime passionnment son mari1 et elle en est adore4 ,c'est dans l'asyle du repos et de l'innocence1 c'est la campagne1 mon cher ,valcour1 o le bonheur de s'aimer se gote mieux selon moi1 et o l'on se plat mieux en contempler le spectacle4444 ,mais ,paris1 dans ce gouffre de perversit1 o les mauvaises moeurs forment le bon air1 ou l'indcence est une grce1 la fausset de la finesse et la calomnie de l'esprit4 ,on ne connat rien de ce que dicte la nature1 toujours ct1 ou au-del de ses mouvemens2 on y trouve plus court de persifler que de sentir1 parce qu'il ne faut pour l'un qu'un peu de jargon1 et que pour l'autre il faudrait un coeur1 dont les sensations nerves par la licence et corrompues par la dbauche ne retrouvent plus leur nergie4 ,on y chansonnerait un poux qui au bout d'un mois serait encore amoureux de sa femme4444 ,oh que je hais ce ton6 ,oh que je vous harais1 je crois1 vous mme1 si vous n'tiez pas encore amoureux de la vtre au bout de vingt ans4 ,adieu1 tenez-nous parole1 soyez sage1 et tout ira bien4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,treizi,,me4 ,aline ,valcour4 ,vertfeuille ce #f ,aot4 ,le comte vient de nous quitter1 nous allons reprendre notre ancienne vie1 il tait devenu ncessaire de l'interrompre4 ,monsieur ,debaul se promne peu1 et malgr ses intances pour ne pas nous dranger1 nous avons d lui tenir compagnie2 que ce dbut ne vous alarme point4 ,encore une fois les courses n'ont rien de dangereux1 croyez que nous ne les ferions pas1 s'il y avoit la moindre chose craindre4 ,ma mre entretint l'autre jour son ancien ami de nos projets communs1 il les approuve1 de cet air ouvert et franc1 qui fait voir que le oui qu'on rpond part du coeur1 et n'est pas le mot de convenance2 mais il craint bien qu'on ne russisse pas vaincre le prsident2 il a souri en disant que d',olbourg et lui taient intimment lis1 et souri d'une faon qui me fait craindre que ce ne soit le vice qui taye cette indigne association4 ,quelques frles que dussent tre ces socits1 peut-tre sont-elles plus difficiles rompre que celles que la vertu soutient1 et j'en redoute tonnamment les effets2 ils lient1 prtend-on1 leurs matresses entre elles1 comme ils le sont eux-mmes1 et ce quadrille pervers est indissoluble1 on me l'a dit l'insu de ma mre2 garde-moi le secret2 ce d',olbourg 444 une matresse4444 ,et quelle est donc la crature abandonne 444 il est vrai que quand on n'est riche4444 ,mon ami cet homme a une matresse6 et si cela est1 pourquoi veut-il m'pouser8444 mais entendez-vous de telles mes moeurs8 ,d'o-vient prendre une femme alors8 c'est donc un meuble qu'on achte1444 ah6 j'entends1 on a cela dans sa chambre1 comme un magot sur sa chemine 444 c'est une affaire de convention1 et je serais la victime de cet usage6 et je romprais des noeuds qui me sont si chers1 pour tre la femme de cet homme-l6 ,comment concevriez-vous votre malheureuse ,aline dans cette fatale existence1 s'il fallait que le ciel l'y soumit8 ,dterville voudrait faire quelques recherches sur les moeurs dpraves de ce financier1 il m'a dit votre dlicatesse1 je ne puis m'empcher de l'approuver1 et la mienne -prsent m'impose les mmes lois2 car1 si cette liaison vicieuse est constate entre mon pre et d',olbourg1 ,dterville ne dvoilerait les torts de l'un1 qu'en mettant ceux de l'autre au jour4444 ,le dois-je8 ma mre est malheureuse1 je serais bien fche1 qu'une aussi triste dcouverte vint augmenter l'horreur de sa situation2 ce n'est pas que son coeur y est compromis1 aprs les procds de monsieur de ,blamont2 il serait difficile1 sans doute1 que sa femme pu l'aimer bien affectueusement1 et d'ailleurs leur ge est si diffrent6 mais qu'on aime ou non son mari1 on n'en partage pas moins tous ses torts1 et les vices qui se trouvent en lui1 n'en affligent pas moins notre orgueil4 ,les chagrins que ce sentiment bless1 peut faire natre1 sont peut-tre aussi cuisans que ceux que nous donne l'amour 444 je ne le crois pas cependant1 et comme il n'est pas de sensation plus vive que celle de l'amour1 il ne peut en exister dont les tourmens puissent devenir aussi sensibles4444 ,je ne sais 444 je ne suis plus si gaie1 il me passe tout plein de nuages dans l'esprit2 mon pre nous a fait esprer du repos cet t4 ,mais s'il ne changeait d'avis1 s'il arrivait avec son cher d',olbourg4444 ,eugnie le craint1 j'en frisonne4444 ,o mon cher ,valcour6 je l'ai dit ma mre1 mais si cet homme arrive1 je fuis 444 qu'il ne compte pas sur ma prsence1 je ne rsisterais pas l'horreur de la sienne2 distrayez-moi1 ,valcour1 tez-moi ces tristes ides1 elles troublent mon repos1 et je ne puis les vaincre2 mais est-ce vous qui me consolerez1 vous qui devez frmir autant que moi4444 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,quatorzi,,me4 ,valcour ,aline4 ,paris1 #ad ,aot4 ,vous rassurer6444 qui1 moi8 ,ah6 vous avez raison1 je tremble autant que vous1 le caractre de l'homme dont il s'agit1 est bien fait pour nous alarmer tous les deux2 cette scurit o sa promesse vous tient1 enveloppe peut-tre un pige dans lequel il veut vous surprendre4 ,il voudra voir si votre solitude est exacte1 si je ne m'avise point de troubler 444 et qui sait s'il n'amnera pas son d',olbourg8 cependant il n'est pas vraisemblable qu'on exige tout de suite1 de vous1 un serment qui vous cause autant de rpugnance2 n'est-on pas convenu de vous laisser du tems8444 si l'on vous contraignait1 n'en doutez pas1 cette mre qui vous adore1 et que nous chrissons si bien tous les deux1 prendrait alors votre parti avec une chaleur capable de vous obtenir de nouveaux dlais 444 hlas6 je vous rassure et je frmis moi-mme2 je veux calmer des troubles qui me dvorent1 je veux consoler ,aline et je suis plus afflig qu'elle4 ,il est vrai que je me suis oppos aux recherches que me proposait ,dterville1 et d'aprs ce que vous m'apprenez1 je m'y oppose encore plus fortement2 nous pouvons souffrir des torts de ceux auxquels la nature nous asservit1 mais nous devons les respecter2 si madame de ,blamont ne se trouvait pas lie1 comme nous1 dans cette recherche1 j'oserais dire que ce soin la regarde2 mais si l'association souponne est sre1 elle ne le peut plus4 ,non qu'elle ne le dt1 si elle tait incertaine2 mais si la chose est prouve1 le silence est son lot4 ,que faire8 que devenir8 qu'imaginer grand ,dieu6 au moins votre coeur me reste1 ,aline1 j'ose tre sr d'y rgner4 ,que cette consolation m'est douce6 je n'existerais pas sans elle4 ,conservez-le moi ce sentiment qui fait mon bonheur2 soyez toujours l'unique arbitre de mon sort2 opposons cette multitude d'obstacles1 la fermet que donne la constance et nous triompherons un jour2 mais si vous faiblissez1 si les perscutions vous dterminent 444 si le malheur vous abat1 ,aline1 envoyez-moi la mort2 elle me sera bien moins cruelle4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,quinzi,,me4 ,dterville ,valcour4 ,vertfeuille1 ce #bf ,aot4 ,tu l'avais devin1 mon cher ,valcour1 il devait ncessairement nous arriver quelqu'aventure ces promenades loignes1 si fort du got de madame de ,blamont1 et si dsapprouves par ta prudence2 mais ne t'inquite pas1 aucune diminution la somme totale de nos htes1 nulle atteinte aucune d'eux4 ,ce n'est qu'une recrue que nous avons faite 444 une recrue fort singulire1 et pour que ton imagination1 que je connais impatiente et fougueuse1 n'aille pas au-devant de la vrit1 et ne la change aussi-tt en d'affreux revers1 coute avant que de prvoir4 ,depuis que les jours diminuent1 on dne plutt ,vertfeuille1 afin de se trouver toujours peu-prs la mme quantit d'heures de promenade4 ,en consquence1 hier nous tions1 malgr l'extrme chaleur1 partis trois heures et demie1 dans le dessein de traverser un petit angle de la fort1 derrire lequel se trouve un hameau charmant1 o ton ,aline a une bonne amie1 nomme ,colette qui lui donne toujours d'excellent lait 444 on voulait donc aller goter du lait de ,colette2 mais il fallait se presser2 on ne voulait pas repasser le bois la nuit1 et cette nuit qu'on craignait1 devait tendre ses voiles lugubres prs de sept heures4 ,il y a deux lieues de ,vertfeuille chez ,colette2 ainsi1 pas un moment perdre4 ,tout allait le mieux du monde jusqu'au hameau2 on arriva cinq heures et demie1 chez la jolie laitire2 on but son lait4 ,aline qui lui portait plein ses poches de babioles qu'elle savait faites pour lui plaire1 en fut reue comme tu l'imagines2 mais toutes les montres marquaient six heures1 il s'agissait de partir en diligence4444 ,on se quitta donc tout en me grondant1 tout en disant qu'on avait peine le tems de respirer 444 que j'tais plus effray que les femmes1 et mille autres mauvaises plaisanteries1 qui ne me dmontrent point1 parce que si j'tais alarm1 les chres dames devaient rien voir que ce n'tait que pour elles1 c'est pourquoi je tins bon et nous partmes4 ,a peine engags dans la route du bois1 dont le dbouch touche aux avenues de ,vertfeuille1 nous entendmes des cris perans qui nous parurent venir d'une des routes diagonales qui se perdent dans le milieu de la fort4 ,tout le monde s'arrte 444 c'tait dj nuit2 l'tonnement fait place la peur1 et voil toutes nos hrones tellement effarouches1 que l'une1 ,eugnie1 tombe vanouie dans mes bras1 et que les trois autres perdant absolument l'usage de leurs jambes1 se laissent tomber au pied des arbres4 ,si je dsirais qu'on ne se trouvt pas ce nuit au milieu d'une telle route1 c'est que je prvoyais bien ce qu'il arriverait au plus lger accident2 et l'embarras qui en rsulterait pour moi2 rassurer1 approfondir1 dfendre1 telle tait ma besogne1 et j'tais bien plus embarrass des deux premiers soins que du troisime4 ,je les calmai donc de mon mieux1 et sans perdre une minute1 je m'lance o j'entends les cris4 ,il n'tait pas ais de trouver l'endroit d'o ils partaient2 la malheureuse qui les jetait tait hors de la route1 elle paraissait enfonce dans le taillis1 et quelque bruit que je fisse moi-mme1 quoique j'appelasse 444 trop occupe de sa douleur1 l'infortune ne me rpondait point4 ,je distingue cependant plus juste1 je quitte la route1 m'enfonce dans le taillis1 et trouve enfin sur un tas de fougre1 au pied d'un grand chne1 une jeune fille venant de mettre au jour une malheureuse petite crature1 dont la vue1 jointe aux douleurs physiques que venait d'prouver la mre1 faisait pousser cette mre dsole de lamentables cris1 qu'accompagnaient des pleurs abondants4 ,mon abord1 l'pe la main1 l'effraya1 comme tu peux penser2 mais la cachant sous mon habit si-tt que je m'aperus que je n'avais affaire qu' une femme1 je m'approcha d'elle1 et lui parlant avec douceur1 je parvins promptement la tranquilliser4 ,pardon1 lui dis-je1 ,mademoiselle1 je n'ai le tems ni de vous couter ni de vous secourir1 je dois rejoindre des dames qui m'attendent ici prs1 que je ne puis abandonner seules l'entre de la nuit1 et que vos cris viennent d'effrayer2 votre position me parat embarrassante2 suivez-moi1 emportez cette petite crature1 donnez-moi le bras et partons4 ,qui que vous soyez1 me dit l'inconnue1 vos soins me sont prcieux1 mais je n'ose en profiter1 je voudrais aller au village de ,berceuil1 daignez m'en montrer la route1 je suis assure d'y trouver des secours4--,je ne connais point de village de ,berseuil dans ces environs1 je ne puis vous offrir pour le prsent que ce que je viens de vous dire1 acceptez-le1 croyez-moi1 ou je vais tre oblig de vous quitter4--,alors cette pauvre fille ramassa son enfant2 elle le baise4 ,malheureuse crature1 s'cria-t-elle en l'entortillant d'un mouchoir et le plaant dans son jupon1 fruit de ma honte et de mon dshonneur1 devais-je croire que tu serais prive d'abri ds en voyant le jour6 puis elle prit mon bras1 et marchant avec peine1 nous regagnmes au plutt l'endroit o j'avais laiss ces dames4 ,nous les revmes bientt 444 mais dans quel tat6 les deux filles tenaient leurs mres embrasses1 et quoiqu'elles fussent elles-mmes dans une agitation prodigieuse1 elles s'efforaient de les rassurer4 ,tu juges de l'effet de mon retour1 n'apercevant qu'un individu de leur sexe1 voyant mon air ouvert et tranquille1 tout se calma et l'on accourut vers moi4 ,je fis en deux mots l'histoire de ma rencontre2 la jeune fille extrmement confuse1 tmoigna son respect comme elle put4 ,on examina1 on caressa l'enfant2 ,madame de ,blamont voulait donner au moins quelques instans de repos la mre1 tant par humanit que pour s'instruire un peu plus fond de ce qui pouvait claircir une aussi singulire aventure2 mais faisant observer ces dames que la nuit s'paississait de plus en plus1 et qu'il nous restait prs de trois quarts de lieues1 je dcidai le dpart le plus prompt4 ,aline voulut porter l'enfant1 pour soulager la mre laquelle je donnai le bras2 ,eugnie aida des siens les deux dames1 et nous sortmes en diligence du bois4 ,point d'claircissemens que nous ne soyons au chteau1 dis-je ,madame de ,blamont qui voulait toujours questionner1 ils nous retarderaient1 ils fatigueraient cette jeune personne dj trs-abattue1 ne nous occupons ce soir que d'arriver et de secourir4 ,on approuve mon conseil1 et nous touchons enfin le port4 ,il tait tems2 peine la pauvre demoiselle1 dont j'aidais les pas1 pouvait-elle se traner4 ,ce qui fit dire ,madame de ,blamont qu'assurment elle serait morte si elle et persist dans son projet de se rendre ce village de ,berseuil1 dont j'ignorais la situation1 et qui se trouvait six grandes lieues de l'endroit o la rencontre s'tait faite4 ,le premier soin de la matresse du logis1 fut d'tablir cette infortune dans une des meilleurs chambres du chteau avec son enfant1 et aprs lui avoir fait prendre d'abord un bouillon1 puis deux heures aprs une rtie au vin de ,bourgogne1 on la laissa reposer4 ,comme on n'avait voulu d'elle ce soir l aucun claircissement pour ne la point fatiguer1 l'aventure comme tu le crois1 fut interprte de toutes sortes de manires1 chacun dit son mot1 et par une fatalit1 assez commune dans ces sortes de cas1 personne n'approcha d'une vrit plus importante que l'on ne le pensait4 ,le lendemain matin1 c'est--dire aujourd'hui1 on doit1 aussi-tt qu'on supposera la belle aventurire veille1 se transporter dans son appartement pour apprendre d'elle le rcit de son histoire1 si la sage-femme qu'on a envoy chercher sur-le-champ1 la trouve assez bien pour lui permettre de nous la raconter1 ce rcit fera donc le sujet de ma premire lettre1 le courrier part1 ,madame de ,blamont me presse1 et je t'embrasse4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,seizi,,me ,le mme au mme4 ,vertfeuille1 ce #bh aot4 ,le courrier ne partant point hier1 je n'ai pu reprendre le fil de notre aventure qu'aujourd'hui 444 mon ami1 que d'ides tout ceci va faire natre en toi1 et quels soupons singuliers se forment ici dans toutes les ttes6 ,serait-il possible que le hasard et voulu placer dans nos mains1 le premier anneau d'une chane1 dont l'extrmit peut tenir au but d'claircissement que nous nous proposons avec tant d'ardeur6 ,mais comme rien ne peut s'affirmer encore1 contentons-nous1 moi de raconter1 toi de souponner1 de conjecturer et d'approfondir1 mme si tu veux4 ,la sage-femme introduite hier matin dans la chambre de la jeune personne1 nous apprit peu aprs que la nuit avait t agite1 qu'il y avait eu un peu de fivre1 mais que ces accidens n'ayant rien d'tranger l'tat1 nous pouvions entrer si nous le dsirions et apprendre tout ce qui la concernait2 elle consentait nous instruire4 ,il n'y eut d'admis que madame de ,senneval1 madame de ,blamont et moi1 on ne crut pas dcent d'y mener ,aline1 heureux caractre qui modle toujours ses dsirs sur ses devoirs6 cette privation ne lui cota rien1 sa curiosit ne l'emporta pas sur sa pudeur4444 ,eugnie lui tint compagnie4 ,nous entrmes aprs quelques civilits de part et d'autres3 tels furent1 mon cher ,valcour1 les termes dans lesquels s'exprima notre aventurire4 ,,histoire ,,de ,,sophie4 ,on me nomme ,sophie1 madame1 dit-elle1 en s'adressant madame de ,blamont1 mais je serais bien en peine de vous rendre compte de ma naissance1 je ne connais que mon pre1 et j'ignore les particularits qui ont pu me donner le jour4 ,je fus leve dans le village de ,berseuil1 par la femme d'un vigneron qui se nomme ,isabeau1 j'allais la joindre quand vous m'avez trouve1 elle m'a servi de nourrice1 et m'a prvenue1 ds que je pus entendre raison1 qu'elle n'tait point ma mre1 et que je n'tais chez elle qu'en pension4 ,jusqu' l'ge de treize ans1 je n'ai eu d'autre visite que celle d'un monsieur qui venait de ,paris1 le mme1 ce que dit ,isabeau1 qui m'avait apport chez elle1 et qu'elle m'assura secrtement tre mon pre4 ,rien de plus simple et de plus monotone que l'histoire de mes premiers ans1 jusqu' l'poque fatale o l'on m'arracha de l'asyle de l'innocence1 pour me prcipiter malgr moi1 dans l'abyme de la dbauche et du vice4 ,j'allais atteindre ma treizime anne1 lorsque l'homme dont je vous parle vint me trouver pour la dernire avec un de ses amis du mme ge que lui1 c'est--dire d'environ cinquante ans4 ,il firent retirer ,isabeau et m'examinrent tous deux avec la grande attention2 l'ami de celui que je devais prendre pour mon pre fit beaucoup d'loges de moi 444 j'tais selon lui charmante1 faite peindre 444 hlas6 c'tait la premire fois que je l'entendais dire1 je n'imaginais pas que ces dons de la nature dussent devenir l'origine de ma perte 444 qu'ils dussent tre la cause de tous mes malheurs6 ,l'examen des deux amis tait entreml de lgres caresses2 quelquefois mme on s'en permettait o la dcence n'tait rien moins que respecte 444 ensuite tous deux se parlaient bas 444 je les vis mme rire 444 eh quoi6 la gat peut donc natre o se mdite le crime6 l'me peut donc s'panouir au milieu des complots forms contre l'innocence4 ,tristes effets de la corruption6 que j'tais loin d'en augurer les suites6 ,elles devaient tre bien amres pour moi4 ,on fit revenir ,isabeau4444 ,nous allons vous enlever votre jeune lve1 dit ,m4 ,delcour1 7c'est le nom de celui qu'on m'avait dit de regarder en pre7 elle plat ,m4 de ,mirville1 dit-il1 et montrant son ami1 il va la conduire sa femme qui en prendra soin comme de sa fille4444 ,isabeau se mit pleurer1 et me jetant dans ses bras1 aussi chagrine qu'elle1 nous mlmes nos regrets et nos pleurs4444 ,ah monsieur6 dit ,isabeau en s'adressant ,m4 de ,mirville1 c'est l'innocence et la candeur mme1 je ne lui connais nul dfaut 444 je vous la recommande1 monsieur1 je serais au dsespoir s'il lui arrivait quelque malheur4444 ,des malheurs8 interrompit ,mirville1 je ne vous la prends que pour faire sa fortune4 ,,isabeau4--,que le ciel au moins la prserve de la faire au dpends de son honneur4 ,,mirville4--,que de sagesse dans la bonne nourrice6 ,on a bien raison de dire que la vertu n'est plus qu'au village4 ,,isabeau ,m4 ,delcour4--,mais vous m'aviez dit ce me semble1 monsieur1 votre dernire visite que vous la laisseriez au moins jusqu' ce qu'elle et rempli ses premiers devoirs de religion4 ,m4 ,,delcour4--,de religion8 ,,isabeau4--,oui monsieur4 ,m4 ,,delcour4--,eh bien6 est-ce que cela n'est pas fait8 ,,isabeau--,non monsieur1 elle n'est pas encore assez instruite2 monsieur le cur l'a remise l'anne prochaine4 ,m4 ,,de ,,mirville--,oh parbleu6 nous n'attendrons pourtant pas jusques-l1 je l'ai promise pour demain ma femme 444 et je veux 444 eh mais6 ne s'acquitte-t-on pas de ces misres-l par-tout8 ,m4 ,,delcour4--,par tout1 et aussi-bien chez vous qu'ici4 ,ne croyez-vous donc pas1 ,isabeau1 qu'il puisse tre dans la capital d'aussi bons directeurs de jeunes filles que dans votre village de ,berseuil8444 ,puis se tournant vers moi--,sophie1 voudriez-vous mettre des entraves votre fortune1 quand il s'agit de la conclure 444 le plus petit retard4 ,hlas6 monsieur1 interrompis-je navement1 ds que vous me parlez de fortune1 j'aimerais mieux que vous fissiez celle d',isabeau1 et que vous me permissiez de ne la jamais quitter2 et je me rejetais dans les bras de cette tendre mre 444 et je l'inondais de mes pleurs4444 ,va1 mon enfant1 va1 dit celle-ci1 et me pressant sur son sein1 je te remercie de ta bonne volont1 mais tu ne m'appartiens pas 444 obis ceux de qui tu dpens1 et que ton innocence ne t'abandonne jamais4 ,si tu tombes dans la disgrce1 ,sophie1 souviens-toi de ta bonne mre ,isabeau1 tu trouveras toujours un morceau de pain chez elle2 s'il te cote quelque peine gagner1 au moins tu le mangeras pur 444 il ne sera pas le prix de la honte 444 il ne sera pas arros des larmes du regret et du dsespoir4444 ,bonne femme1 en voil assez ce me semble1 dit ,delcour1 en m'arrachant des bras de ma nourrice1 cette scne de pleurs toute pathtique qu'elle puisse tre1 met du retard nos dsirs 444 partons4444 ,on m'enlve1 on se prcipite dans une berline qui fend l'air et nous rend ,paris le mme soir4 ,si j'avais eu un peu plus d'exprience1 ce que je voyais1 ce que j'entendais1 ce que j'prouvais1 auraient d me convaincre avant que d'arriver1 que les devoirs que l'on me destinait taient bien diffrens de ceux que je remplissais ,berseuil1 qu'il entrait bien d'autres projets que ceux de servir une dame1 dans la destination qui m'attendait1 et qu'en un mot cette innocence que me recommandait si fort ma bonne nourrice tait bien prs d'tre outrage4 ,m4 de ,mirville1 ct duquel j'tais dans la voiture1 me mit bientt au point de ne pouvoir douter de ses horribles intentions1 l'obscurit favorisait ses entreprises1 ma simplicit les encourageait1 ,m4 ,delcour s'en divertissait et l'indcence tait son comble 444 mes larmes coulrent alors avec profusion4444 ,peste soit de l'enfant1 dit ,mirville 444 cela allait le mieux du monde 444 et je croyais qu'avant que nous fusions arrivs 444 mais je n'aime pas entendre brailler4444 ,eh6 bon1 bon1 rpondit ,delcour1 jamais guerrier s'effraya-t-il du bruit de sa victoire8444 ,quand nous fmes l'autre jour chercher ta fille1 auprs de ,chartres1 me vis-tu m'alarmer comme toi8 ,il y eut pourtant comme ici une scne de larmes 444 et cependant1 avant que d'tre ,paris1 j'eus l'honneur d'tre ton gendre4444 ,oh6 mais vous gens de robe1 dit ,m4 de ,mirville1 les plaintes vous excitent1 vous ressemblez aux chiens de chasse1 vous ne faites jamais si bien la cure que quand vous avez forc la bte4 ,jamais je ne vis d'mes si dures que celles de ces suppts de ,bertole4 ,aussi n'est-ce pas pour rien qu'on vous accuse d'avaler le gibier tout cru pour avoir le plaisir de le sentir palpiter sous vos dents4444 ,il est vrai1 dit ,delcour1 que les financiers sont souponns d'un coeur bien plus sensible4444 ,par ma foi1 dit ,mirville1 nous ne faisons mourir personne1 si nous savons plumer la poule1 au moins ne l'gorgeons-nous pas4 ,notre rputation est mieux tablie que la vtre1 et il n'y a personne qui au fond1 ne nous appelle de bonnes gens4444 ,de pareilles platitudes1 et d'autres propos que je ne compris point1 parce que je ne les avais jamais entendus1 mais qui me parurent encore plus affreux1 et par les expressions qui les entrelassaient et par l'indignit des actions dont ,mirville les entrecoupait2 de telles horreurs dis-je1 nous conduisirent ,paris1 et nous arrivmes4 ,la maison o nous descendmes n'tait pas tout--fait dans ,paris1 j'en ignorais la position1 plus instruite maintenant1 je puis vous dire qu'elle tait situe prs de la barrire des ,gobelins4 ,il tait environ dix heures du soir quand on arrta dans la cour2 nous descendmes4--,la voiture fut renvoye et nous entrmes dans une salle o le souper paraissait prt tre servi2 une vieille femme1 et une jeune fille de mon ge1 taient les seules personnes qui nous attendissent2 et ce fut avec elles que nous nous mimes table2 il me fut facile de voir pendant le souper que cette jeune fille nomme ,rose1 tait monsieur ,delcour1 ce qu'il me parut que monsieur de ,mirville dsirait que je lui fusse4 ,quand la vieille1 elle tait destine tre notre gouvernante1 son emploi me fut expliqu tout de suite1 et en m'apprit en mme-tems que cette maison tait celle o je devais loger avec ma jeune compagne1 qui n'tait autre que cette fille de monsieur de ,mirville1 que monsieur ,delcour et lui disaient avoir t dernirement chercher prs de ,chartres4 ,ce qui prouve1 madame1 que ces deux messieurs s'taient rciproquement donn leurs deux filles pour matresses1 sans que l'une de ces deux malheureuses cratures1 connt mieux que l'autre la seconde partie des liens qui les attachaient ces deux pres4 ,vous me permettrez de taire1 madame1 les indcens dtails1 et de ce souper1 et de l'affreuse nuit qui le suivit2 un autre salon plus petit et plus artistement meubl1 ft destin ces honteuses circonstances2 ,rose et monsieur ,delcour y passrent avec nous2 celle-ci dj au fait1 n'opposa nuls refus1 son exemple me fut propos pour adoucir la rigueur des miens1 et pour m'en faire sentir l'inutilit1 on me fit craindre la force1 si je m'avisais de les continuer 444 que vous dirai-je1 madame1 je frmis 444 je pleurai 444 rien n'arrta ces monstres et mon innocence fut fltrie4 ,vers les trois heures du matin les deux amis se sparrent1 chacun passa dans son appartement pour y finir le reste de la nuit1 et nous suivmes ceux qui nous toient destins4 ,l1 monsieur de ,mirville acheva de me dvoiler mon sort2 vous ne devez plus douter1 me dit-il durement que je vous ai prise pour vous entretenir2 votre tat vient d'tre clairci de manire ne plus vous laisser de soupon4--,ne vous attendez pourtant pas une fortune bien brillante ni une vie trs-dissipe2 le rang que monsieur et moi tenons dans le monde1 nous oblige des prcautions1 qui rendent votre solitude un devoir4 ,la vieille femme que vous avez vue prs de ,rose1 et qui doit galement prendre soin de vous1 nous rpond de votre conduite l'un et l'autre une incartade 444 une vasion1 serait svrement punie1 je vous en prviens3 du reste soyez avec moi1 soumise1 honnte1 prvenante et douce1 et si la diffrence de nos ges s'oppose un sentiment de votre part dont je suis mdiocrement envieux1 que1 pour prix du bien que je vous ferai1 je trouve du moins en vous toute l'obissance sur laquelle je devrais compter1 si vous tiez ma femme lgitime4 ,vous serez nourrie1 vtue1 ect4 et vous aurez cent francs par mois pour vos fantaisies2 cela est mdiocre1 je le sais2 mais quoi vous servirait le surplus dans la retraite o je suis oblig de vous tenir1 d'ailleurs j'ai d'autres arrangemens qui me ruinent4 ,vous n'tes pas ma seule pensionnaire 444 c'est ce qui fait que je ne pourrai vous voir que trois fois la semaine1 vous serez tranquille le reste du tems1 vous vous distrairez ici avec ,rose et la vieille ,dubois1 l'une et l'autre dans leur genre ont des qualits qui vous aideront mener une vie douce1 et sans vous en douter1 ma mie1 vous finirez par vous trouver heureuse4 ,cette belle harangue dbite1 monsieur de ,mirville se coucha1 et m'ordonna de prendre ma place auprs de lui4--,je tire le rideau sur le reste1 madame1 en voil assez pour vous faire voir quel tait l'affreux sort qui m'tait destin2 j'tais d'antant plus malheureuse qu'il me devenait impossible de m'y soustraire1 puisque le seul tre qui et de l'autorit sur moi 444 mon pre mme me contraignait m'y rsoudre et me donnait l'exemple du dsordre4 ,les deux amis partirent midi1 je fis plus ample connaissance avec ma gardienne et ma compagne2 les circonstances de la vie de ,rose ne diffraient en rien de celles de la mienne1 elle avait six mois plus que moi4 ,elle avait comme moi pass sa vie dans un village1 leve par sa nourrice1 et n'tait ,paris que depuis trois jours1 mais la distance norme du caractre de cette fille au mien1 s'est toujours oppos ce que je fisse aucune liaison avec elle1 tourdie1 sans coeur1 sans dlicatesse1 n'ayant aucune sorte de principes4 ,la candeur et la modestie que j'avais reues de la nature1 s'arrangeaient mal avec tant d'indcence et de vivacit1 j'tais oblige de vivre avec elle1 les liens de l'infortune nous unirent2 mais jamais ceux de l'amiti4 ,pour la ,dubois1 elle avait les vices de son tat et de son ge2 imprieuse1 tracassire1 mchante1 aimant beaucoup plus ma compagne que moi2 il n'y avait rien l1 comme vous voyez1 qui dt m'attacher fort elle1 et le temps que j'ai t dans cette maison1 je l'ai presqu'entirement pass dans ma chambre1 livre la lecture que j'aime beaucoup1 et dont j'ai pu faire aisment mon occupation1 moyennant l'ordre que ,m4 de ,mirville avait donn de ne me jamais laisser manquer de livres4 ,rien de plus rgl que notre vie2 nous nous promenions volont dans un fort beau jardin1 mais nous ne sortions jamais de son enceinte2 trois fois de la semaine1 les deux amis qui ne paraissaient jamais qu'alors1 se runissaient1 soupaient avec nous1 se livraient leurs plaisirs1 l'un devant l'autre1 deux ou trois heures de l'aprs-souper1 et allaient de-l finir le reste de la nuit chacun avec la sienne1 dans son appartement1 qui devenait le ntre le reste du temps4444 ,quelle indcence6 interrompit madame de ,blamont4444 ,eh quoi les pres aux yeux de leurs filles6 ,ma chre amie1 dit madame de ,senneval1 m'approfondissons pas ce gouffre d'horreur1 cette infortune nous apprendrait peut-tre des atrocits d'un bien autre genre4--,que savez-vous s'il n'est pas essentiel que nous les sachions1 dit madame de ,blamont4444 ,mademoiselle1 continua en rougissant2 cette femme vraiment honnte et respectable1 je ne sais comment vous exposer ma question 444 mais n'est-il jamais arriv pis8 ,et comme elle vit que ,sophie ne la comprenait point2 elle me chargea de lui expliquer bas1 ce qu'elle voulait dire4 ,une sorte de jalousie1 dominant l'un et l'autre ami1 est peut-tre le seul frein qui les ait contenu sur ce que vous voulez dire1 madame1 reprit ,sophie1 au moins ne dois-je supposer que ce sentiment pour cause d'une retenue4444 ,qui dans de telles mes n'eut srement jamais la vertu pour principes4 ,il est mal de juger ainsi son prochain sans preuves1 je le sais1 mais tant d'autres carts 444 tant d'autres turpitudes ont si bien su me convaincre de la dpravation de moeurs de ces deux amis1 que je ne dois assurment attribuer leur sagesse dans ce que vous voulez dire1 qu' un sentiment plus imprieux que leur dbauche2 or1 je n'en ai point vu qui l'emportt sur leur jalousie4--,elle est difficile entendre avec cette communaut de plaisirs dont vous nous parlez1 dit madame de ,senneval4 ,et sur-tout avec ces autres pensionnaires dont monsieur de ,mirville convenait1 ajouta madame de ,blamont4--,je l'avoue1 mesdames1 reprit ,sophie1 peut-tre est-ce ici un de ces cas o le choc violent de deux passions1 ne laisse triompher que la plus vive1 mais ce qu'il y a de bien sr1 c'est que le dsir de conserver chacun leur bien1 dsir n de leur jalousie trop reconnue pour en douter1 l'emporta toujours dans leur coeur1 et les empcha d'excuter 444 des horreurs 444 dont ma compagne1 je le sais1 n'eut fait que rire1 et qui m'eussent paru plus affreuses que la mort mme4--,poursuivez1 dit madame de ,blamont1 et ne trouvez pas mauvais que l'intrt que vous m'avez inspir1 m'ait fait frmir pour vous4 ,jusqu' l'vnement qui m'a valu votre protection1 madame1 continue ,sophie1 en s'adressant toujours madame de ,blamont2 il me reste fort peu de choses vous apprendre4 ,depuis que j'tais dans cette maison1 mes appointemens m'taient pays avec la plus grande exactitude1 et n'ayant aucun motif de dpense1 je les conomisais dans la vue de trouver peut-tre un jour l'occasion de les faire tenir ma bonne ,isabeau1 dont le souvenir m'occupait sans cesse4 ,j'osai communiquer cette intention monsieur de ,mirville1 ne doutant point qu'il ne me procurt lui-mme la moyenne d'excuter l'action que je mditais4444 ,innocente6 ,o allais-je supposer la compassion8 ,habita-t-elle jamais dans le sein du vice et du libertinage6--,il vous faut oublier tous ces sentimens villageois1 me rpondit brutalement monsieur de ,mirville1 cette femme a t beaucoup trop paye des petits soins qu'elle a eus de vous2 vous ne lui devez plus rien4--,et ma reconnaissance1 monsieur1 ce sentiment si doux nourrir dans soi1 si dlicieux faire clater4--,bon1 bon1 chimre que toutes ces reconnaissances l4 ,je n'ai jamais vu qu'on en retirt quelque chose1 et je n'aime nourrir que les sentimens qui rapportent4 ,ne parlons plus de cela1 ou1 puisque vous avez trop d'argent1 je cesserai de vous en donner davantage4--,rejete de l'un1 je voulus recourir l'autre1 et je parlai de mon projet monsieur ,delcour4 ,il le dsapprouve plus durement encore1 il ma dit qu' la place de monsieur de ,mirville1 il ne me donnerait pas un sol1 puisque je ne songeais qu' jeter mon argent par la fentre2 il me fallut renoncer cette bonne oeuvre1 faute de moyens pour l'accomplir4 ,mais avant que d'en venir ce qui donna lieu la malheureuse catastrophe de mon histoire1 il faut que vous sachiez1 madame1 que les deux pres s'taient plus d'une fois1 devant nous1 cd leur autorit sur leurs filles1 en se priant rciproquement de ne les point mnager quand elles se donneraient des torts1 et cela pour nous mieux inspirer la retenue1 la soumission et la crainte dont ils voulaient nous composer des chanes2 or1 je vous laisse penser si tous deux abusaient de cette autorit respective2 monsieur de ,mirville extraordinairement brutal1 me traitait sur-tout avec une duret inoue1 au plus lger caprice de son imagination2 et quoiqu'il agit devant monsieur ,delcour1 celui-ci ne prenait pas plus ma dfense1 que ,mirville ne prenait celle de sa fille1 quand ,delcour la maltraitait de mme1 ce qui arrivait tout aussi souvent4 ,cependant madame1 il faut vous l'avouer2 entirement coupable1 entirement complice du malheureux commerce o j'tais entrane1 la nature trahit et mon devoir1 et mes sentimens1 et pour me punir davantage1 elle voulut faire clore dans mon sein1 un gage de mon dshonneur4 ,ce fut -peu-prs vers ce temps que ma compagne impatiente de la vie qu'elle menait1 m'avoua qu'elle mditait une vasion4 ,je ne veux pas l'entreprendre seule1 me dit-elle un jour1 j'ai trouv des moyens d'intresser le fils du jardinier4444 ,il est mon amant 444 il m'offre de me rendre libre2 tu es la matresse de partager notre sort 444 peut-tre vaudrait-il mieux pour toi d'attendre aprs tes couches 444 je n'en agirai pas moins pour ta dlivrance1 je te mnagerai un ami1 il viendra te retirer d'ici1 et nous nous runirons si tu le veux4 ,ce dernier plan de liaison ne me convenait gures1 et si je dsirais ma libert1 c'tait pour mener un genre de vie bien diffrent de celui qu'allait embrasser ma compagne4 ,j'acceptai nanmoins ses offres1 je convins avec elle qu'il valait mieux que je n'excutasse cette fuite qu'aprs mes couches1 je la priai de ne pas m'oublier et de disposer tout pour ce moment4 ,cependant1 quelque presse qu'elle ft elle-mme1 les prparatifs de son projet exigeaient des retards et tout ne put tre arrang qu'environ deux mois avant la fin de mon terme4 ,l'instant tait venu1 elle allait s'vader1 lorsqu'un jour1 la veille de celui qu'elle avait choisi pour son dpart1 et la veille galement de celui o j'ai eu le bonheur de vous rencontrer1 pendant qu'elle montait dans sa chambre pour aller chercher quelque argent destin au jardinier qui devait lui faire trouver un appartement tout prt2 elle me pria de rester avec ce jeune homme qui press de sortir1 paraissait ne vouloir point s'arrter1 et de l'engager d'attendre une minute4444 ,fatale poque de mon infortune6 ou plutt de mon bonheur1 puisque cette mme circonstance fut celle qui m'enleva de ce gouffre2 mon sort voulut qu'il arriva pour lors ce qui n'tait jamais arriv depuis trois ans2 ,m4 de ,mirville entra seul et se trouva sur moi avant que j'eusse le temps de repousser le jeune homme pour le soustraire ses regards1 il s'vada cependant fort vite1 mais ce ne fut pas sans tre vu4 ,rien ne peut rendre l'accs de colre dans lequel ,mirville tomba sur-le-champ2 sa canne fut la premire arme dont il se servit1 et sans gard pour ma situation1 sans approfondir si j'tais coupable ou non1 il m'accable d'outrages1 me trane au travers de la chambre par les cheveux1 me menace de fouler ses pieds le fruit que je porte dans mon sein1 et qu'il ne voit plus que comme un tmoignage de sa honte4 ,j'allais enfin expirer sous les coups dont je suis encore toute meurtrie1 si la ,dubois n'tait accourue et ne m'eut arrache de ses mains4 ,alors sa rage devint plus froide4444 ,je ne l'en punirai pas moins cruellement1 dit-il1444 qu'on ferme les portes 444 que personne n'entre1 et que cette prostitue monte l'instant dans sa chambre4444 ,rose qui avait tout entendu1 fort contente d'chapper1 par cette mprise1 ce qu'elle mritait seule1 se gardait bien de dire un mot1 et la foudre n'clata que sur moi4444 ,je fus bientt suivi de mon tyran1 ses yeux tincelaient de mille sentimens divers1 parmi lesquels je crus en dmler de plus terribles que ceux de la colre1 et dont les impressions1 en disloquant les muscles de son odieuse phisionomie1 me le firent paratre en encore plus affreux4444 ,oh6 madame1 comment vous rendre les nouvelles infamies dont je devins victime6 elles outragent ensemble et la nature et la pudeur1 je ne pourrai jamais vous les peindre4444 ,il m'ordonne de quitter mes vtemens 444 je me jette ses pieds1 je lui jure vingt fois mon innocence1 j'essaie de l'attendrir par ce funeste fruit de son indigne amour2 l'infortun1 agitant mon sein de ses palpitations1 il semblait dj se courber sur les genoux de son pre 444 on eut dit qu'il implorait sa grce4444 ,mon tat ne toucha point ,mirville1 il y trouvait1 prtendait-il1 une conviction de plus l'infidlit qu'il souponnait2 tout ce que j'allguais n'tait qu'imposture1 il tait sr de son fait1 il avait vu1 rien ne pouvait lui en imposer 444 je me mis donc dans l'tat qu'il dsirait1 ds que j'y fus1 des lieus barbares lui rpondirent de ma contenance4444 ,illustration3 ,l'infortun 444 il semblait dj se courber sur les genoux de son pre 444 on eut dit qu'il implorait sa grce4 ,je fus traite avec cette sorte d'ignominie scandaleuse1 que le pdantisme se permet sur l'enfance4444 ,mais avec une cruaut1444 avec une rigueur1444 enfin1 je plis4444 ,je chancelai sous mes liens1444 mes yeux se fermrent1 j'ignore les suites de sa barbarie4444 ,je ne retrouvai l'usage de mes sens que dans les bras de la ,dubois4444 ,mon bourreau arpentait la chambre grands pas1 il diligentait les soins qu'on me donnait 444 non par piti 444 le monstre 444 mais pour tre plus vite dbarrass de moi4444 ,allons1 s'cria-t-il1 est-elle prte1 et me voyant encore aussi nue qu'il m'avait mise1 rhabillez-la1 rhabillez-la donc madame1 et qu'elle disparaisse4444 ,il me demande mes clefs1 reprend tout ce que je tiens de lui1 et me donnant deux cus2--tenez1 me dit-il1 voil plus qu'il n'en faut pour vous conduire chez une de ces femmes publiques dont la ville est remplie1 et qui recevra1 sans doute1 avec empressement1 une crature capable de la conduite que vous avez tenue chez moi4444 ,oh6 monsieur1 rpondis-je en larmes1 ne pouvant tenir ce dernier avilissement1 je n'ai jamais fait qu'une faute1 et c'est vous seul qui me l'avez fait commettre4 ,jugez mon repentir par mes malheurs1 et ne m'outragez pas dans l'infortune4 ,a ces mots qui devaient l'attendrir1 si l'me des tyrans s'ouvrait la piti1 si le crime qui la corrompt1 ne la fermait pas toujours aux cris de l'innocence2 il me saisit par le bras1 m'entrane l'extrmit de la maison1 et me jette dans une rue dtourne qui aboutissait l'une des portes du jardin4444 ,que votre me sensible conoive ma situation1 madame1 seule l'entre de la nuit1 prs d'une ville absolument inconnue de moi1 dans l'tat o je me trouvais1 ayant peine de quoi me conduire1 dchire1 blesse de toutes parts1 n'ayant pas mme la ressource des larmes1 hlas6 je n'en pouvais rpandre4 ,ne sachant o porter mes pas1 je me jetai sur le seuil de cette porte qu'on venait de refermer sur moi4444 ,je m'y prcipitai sur les traces mmes de mon sang1 rsolue d'y passer la nuit4--,le barbare1 me disais-je1 il ne m'enviera pas l'air que j'ai le malheur de respirer encore4444 ,il ne m'tera pas l'abri des btes1 et le ciel qui prendra piti de mes maux1 m'y fera peut-tre mourir en paix4 ,un moment1 je me crus perdue1 j'entendis passer prs de moi1444 tait-ce lui qui me faisait chercher8 ,voulait-il achever son crime1 voulait-il m'enlever un reste de vie que je dtestais8 ou le remords enfin1 dans son me de boue1 y rappelait-il un instant la piti1 quoiqu'il en ft1 on me dpassa fort vite1 le jour vint1 je me levai1 et me dterminai sur-le-champ aller regagner l'habitation de ma chre ,isabeau1 bien sre qu'elle ne me refuserait l'asile dont elle m'avait toujours flatte4444 ,je partis donc 444 et j'en tais mon quatrime jour de marche1 me tranant comme je pouvais1 moulue de coups1 palpitant de crainte1 fatigue du fardeau de mon sein1 n'osant presque point prendre de nourriture1 de peur que le peu d'argent que j'avais ne me conduisit point ,berceuil2 je m'en croyais prs1 lorsque je me suis perdue1 ce que les douleurs m'ont arrtes2 c'est l o j'ai eu le bonheur de rencontrer monsieur1 dit ,sophie en me dsignant1 et quelqu'affreuse que soit ma situation1 poursuivit-elle1 en fixant madame de ,blamont1 je la regarde comme une grce du ciel1 puisqu'elle m'assure l'appui d'une dame1 dont la piti me secoure1 et dont les bonts me feront retrouver celle que j'appelle ma mre4 ,je suis jeune1 j'ose ajouter que je suis sage1 si j'ai fait une faute1 ,dieu m'est tmoin que c'est malgr moi 444 je la rparerai 444 je la pleurerai toute ma vie 444 j'aiderai ma bonne ,isabeau dans son mnage1 et si je n'ai pas une aisance semblable celle que m'avait procur le crime1 j'y trouverai du moins de la tranquillit et n'y connatrai pas le remord4 ,ici1 les larmes coulrent des yeux de toute l'assemble2 ,sophie trop mue1 pour contenir les siennes1 nous supplia de la laisser seule un moment4 ,nous nous retirmes pour aller renouveler nos conjectures1 et comme le courrier part1 je suis oblig1 mon cher ,valcour1 de te laisser aux tiennes1 en t'assurant que mon premier soin sera de l'achever le dtail de ce que nous aurons pu dcouvrir sur cette malheureuse aventure4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,dix-,,septi,,me4 ,le mme au mme4 ,vertfeuil1 ce #cj ,aot1 au soir4 ,sophie qui n'avait encore os faire voir sa garde1 les sanglantes marques dont elle est couverte1 s'y hasarda ds qu'elle nous en eut fait l'aveu1 et ds le vingt-huit1 comme elle avait passe une nuit cruelle1 elle pria cette femme d'examiner ses contusions et de les lui soulager4 ,celle-ci trouva tant de dsordres et des meurtrissures si graves1 qu'elle ne voulut rien prendre sur elle1 et madame de ,blamont consulte1 envoya sur-le-champ chercher ,dominic son chirurgien d',orlans1 que l'on n'introduisit prs de la malade qu'aprs lui avoir fait jurer le secret4 ,l'artiste fit son examen1 et son rapport fut que la dlivrance faite sept mois1 quoique l'enfant eut vu le jour1 tait bien srement une couche force1 suite des accidens prouvs par la malade1 indpendamment d'un coup trs-violent travers les reins1 il y en avait vingt-un autres tant sur les bras1 les paules1 ou le reste du corps de cette malheureuse1 dont chacun occasionnait une contusion qui demandait des pansemens subits4--,les effets du second accs de la colre rflchie de ,mirville avaient eu une prodigieuse extension1 mais ce qui servait sa barbarie pour lors ayant sans doute une bien plus grande flexibilit1 contusionnait infiniment moins1 quoiqu'en fltrissant davantage1 et les dangers de ce second traitement1 bien qu'il eut t port l'extrme1 n'taient pas si dangereux que ceux de l'autre4 ,d'aprs cette exposition1 ,dominic ordonna une saigne du pied1 le plus grand calme et quelques boissons4 ,il ne s'est retir qu'au bout de vingt-quatre heures1 aprs avoir vu le meilleur effet de ses premiers traitemens1 il a laiss son ordonnance la sage femme et reviendra au commencement de la semaine1 il espre1 dt-il1 beaucoup et de l'ge et du bon temprament de la jeune personne4 ,il a jug propos que l'on la spare de son enfant1 ce qui a t fait d'autant plus heureusement que cette pauvre petite crature est morte trs-peu aprs avoir quitte sa mre1 et que cette perte1 si elle l'avait su1 l'aurait peut-tre envoye au tombeau2 on lui a cach cet vnement2 quoiqu'un peu mieux aujourd'hui1 elle n'est pourtant pas encore en tat de l'apprendre2 telle est1 mon ami1 l'histoire du vingt-huit4 ,hier1 vingt-neuf1 madame de ,blamont me pria d'aller au village de ,berceuil1 vrifier sur les lieux mmes1 les dpositions de ,sophie1 je m'y rendis cheval et muni d'une lettre de madame de ,blamont1 je descendis chez le cur4--,c'est un homme d'environ cinquante ans1 dont le maintien et l'honntet paraissent soutenir le caractre2 il me reut fort bien1 m'invita dner chez lui1 et en attendant l'heure du repas1 me conduisit chez ,isabeau1 parfaitement telle que nous l'avait dpeint ,sophie4 ,tous deux se rappelaient au mieux cette jeune fille1 le cur se ressouvenait trs-bien de lui avoir enseign sa religion4--,pour ,isabeau1 elle pleura d'abord de joie1 quand je lui eu dit que son lve existait1 l'aimait et demandait la voir1 et bientt aprs de chagrin1 quand je lui appris son tat2 j'insistai peu sur les dtails1 madame de ,blamont m'avait fait sentir la ncessit de les dguiser1 et j'tais pntr comme elle1 du besoin de ce mystre2 tout se borna donc constater que ,sophie n'en imposait pas1 et convenir avec ces deux honntes gens qu'ils se rendraient l'un et l'autre1 la prochaine invitation que leur ferait la dame qui m'envoyait1 laquelle ne retardait le plaisir de les voir1 qu'en raison de la sant de ,sophie1 point encore en tat d'embrasser des personnes si chres4--,je dnai chez le cur que je trouvai l1 comme dans nos oprations1 un homme de trs-grand sens1 l'vnement qui m'attirait chez lui fit tomber le discours sur la dpravation des moeurs1 cause unique1 prtendait-il1 de toutes les atrocits qui se commettent journellement4 ,oh6 monsieur1 7me dit l'honnte ecclsiastique1 avec cet enthousiasme chaleureux de la vertu71 je vois clore tout instant un fratras d'crits inintelligibles1 une foule de projets ineptes sur la mendicit1 sur les moyens de l'extirper en ,france1 projets atroces1 qui n'ont pour malheureux principe1 que le dsespoir o est le riche d'tre oblig de contempler l'infortune dans son semblable1 que le dsespoir d'tre contraint donner quelques secours2--ne croyant son or fait1 que pour payer ses honteuses jouissances4 ,il voudrait se soustraire ces tristes obligations1 il voudrait loigner de ses yeux le spectacle attendrissant de la misre1 qui glace ses indignes plaisirs1 qui lui fait voir l'homme de trop prs1 qui le ramenant aux accablantes ides du malheur1 anantit1 malgr lui-mme1 l'intervalle immense que son orgueil ose mettre entre l'homme et l'homme4--,voil1 monsieur1 voil les seules causes de tous ces pitoyables crits2 n'en doutez pas1 ils ne sont dicts que par l'avarice1 l'orgueil et l'inhumanit4444 ,on ne veut point voir de pauvres en ,france1--eh bien6 que l'on s'occupe pour y russir1 du moyen de rformer les moeurs1 et de prserver surtout la jeunesse de leur perfide corruption2 que l'on rforme le luxe1--ce luxe pernicieux qui ruine et drange le riche1 sans soulager le misrable1 et qui plonge bientt celui-ci dans l'abyme1 par sa folle prtention atteindre ce qu'il ne peut approcher qu'en entranant sa perte4 ,que vos gens de lettres s'occupent de ces plans1 monsieur1 qu'ils en offrent au gouvernement des projets rectifis1 et de la russite de ces premires oprations1 natra bientt cette rforme de mendians tant dsire dans votre capitale4 ,que ce luxe si dangereux n'attire plus vos ateliers de colifichets1 ou derrire vos magnifiques voitures1 le fils de ce bon laboureur qui1 abandonn de ses meilleurs enfans1 va bientt mendier avec ce qui lui reste1 la porte mme de l'htel o son fils orgueilleux d'une jaquette chamarre1 ose le regarder insolemment1 sans daigner le reconnatre ou le soulager4 ,diminuez les impts1 honorez1 encouragez l'agriculture#d1 prfrez sur-tout l'honnte individu qui s'y livre1 cet impertinent plumitif qui1 masqu d'une jupe noire1 a quitt la charrue de son pre1 pour venir s'engraisser dans la ville1 des divisions intestines du citoyen4--,classe abjecte1 venimeuse1 aussi inutile que mprisable1 que de bonnes lois devraient ou retenir dans ses foyers1 ou enchaner1 ds qu'elle en sort1 des travaux publics1 dans lesquels1 plus utiles au moins1 ou qu'au parquet ou qu'au barreau1 elle servirait la patrie1 au lieu de la dtruire1 au lieu de la miner sourdement par ses prvarications1 ses rapines et ses excroqueries scandaleuses4 ,vous ne voulez pas voir de mendians en ,france1 n'puisez pas le malheureux cultivateur par des taxes au-dessus de ses forces1 ne foulez pas vos fermiers1 afin d'tre plus en tat de broder vos habits et de pomponner vos chevaux1 et les mendians1 malheureuse excrcence de tous ces abus1 ne fatigueront point vos regards2 mais ne les bannissez pas1 ne les molestez pas par une piti barbare et insultante1 ne les engouffrez pas comme des cadavres dans des spulcres d'horreur et de foetidit2 songez qu'ils sont hommes comme vous1 que le mme soleil les claire et qu'ils ont droit au mme pain4444 ,vous ne voulez pas de mendians6 n'engloutissez pas dans la capitale les ruisseaux d'or de vos provinces1 que la circulation soit libre1 et la dose du bonheur quitablement rpartie sur chaque citoyen1 ne vous montrera plus1 l'un au pinacle et l'autre sous les haillons de la misre2 et pourquoi faut-il qu'il y ait une partie des hommes qui regorge d'or1 tandis que l'autre n'a pas mme l'usage de ses premiers besoins1 pourquoi faut-il qu'il n'y ait que deux ou trois belles villes en ,france1 pendant que l'infortune dpeuple ou dvaste les autres8444 ,vous ressemblez ces enfans qui mettent un seul chteau toutes les cartes qu'on leur a donnes1 qu'arrive-t-il8--l'difice croule1--voil votre image4 ,votre ,babylone moderne s'anantira comme celle de ,smiramis1 elle s'vanouira de dessus le globe de la terre1 comme ont disparu ces villes florissantes de la ,grce1 qui n'ont eu comme elle1 que le luxe pour cause de leur dprissement1 et l'tat nerv1 pour embellir cette nouvelle ,sodome1 s'engloutira comme elle1 sous ses ruines dores4#e ,j'aurais pu rpondre au cur1 car tu sais que je ne pense pas comme lui1 sur ce luxe que tu blmes99 aussi quelquefois avec tant de force2 mais l'heure me pressait1 je prvoyais l'inquitude de nos dames1 je me sparai donc promptement de ce bon prtre1 lui promettant de discuter plus l'aise une autre fois les matires qui venaient de nous occuper4 ,je lui fis promettre d'tre exact se rendre avec ,isabeau1 chez madame de ,blamont1 quand une voiture viendrait les prendre1 et je revins4 ,ce fut au retour de ce voyage que je trouvai l'enfant de ,sophie1 mort1 et la mre un peu mieux1 on ne vit point d'inconvniens ce que je lui donnasse des nouvelles de sa bonne nourrice1 elle m'en remercia avec les expressions de la plus tendre reconnoissance4 ,en vrit1 c'est un caractre charmant que celui de cette jeune personne1 ds que le sort lui destinait le malheureux tat de fille entretenue1 quel dommage que cela ne soit pas tomb entre les mains de quelque vieux garon honnte et rang1 dont elle aurait fait la flicit par sa sagesse et par sa douceur2 mais il me parot que les intentions de madame de ,blamont sont si avantageuses pour cette pauvre fille1 qu'elle n'aura vraisemblablement pas se repentir de son changement d'tat1 puisqu'elle n'aurait pu suivre cet tat qu'aux dpens de son honneur et de sa conscience1 au lieu qu'elle pourra vivre dans celui qu'on lui destine1 en conservant toute la puret de son me4 ,je n'eus pas plutt donn notre malade des nouvelles de sa bonne ,isabeau1 qu'elle brla du dsir de la voir1 mais quand je lui eus prouv que sa sant exigeait qu'elle se priva encore quelques jours de ce plaisir1 elle se rendit1 et me chargea1 les larmes aux yeux1 de tmoigner madame de ,blamont1 jusqu' quel point elle tait sensible aux bonts qu'on avait pour elle4 ,hlas6 monsieur1 me disait-elle1 d'une voix tendre et flatteuse1 les effets de la reconnoissance d'une infortune comme moi1 sont d'un bien lger prix pour madame de ,blamont1 mais mon coeur est si pur1 que ses voeux seront entendus de l'ternel1 et si je puis sauver ma vie1 j'en emploierai tous les instans implorer le ciel pour son bonheur et pour celui de tout ce qui l'entoure2 ensuite1 elle arrosait mes mains de ses larmes1 elle me demandait mille fois pardon de toutes les peines qu'on daignait se donner pour une pauvre fille qui ne les mritait pas4 ,l'organe flatteur de cette jeune fille1 de trs-beaux yeux bleux remplis de sentiment1 un air d'innocence1 de vrit1 rpandu dans toute sa physionomie1 et qui place1 pour ainsi-dire1 son me sur les traits de sa jolie figure4444 ,tout cela1 mon ami1 intresse involontairement pour elle2 ses malheurs achvent d'attendrir et il devient rellement impossible de ne pas dsirer qu'elle soit heureuse4 ,aline1 qui l'on a expliqu1 des aventures de ,sophie1 tout ce que permettait la dcence1 l'a pris dans une amiti trs-singulire2 il faut l'arracher du chevet de son lit1 elle veut lui donner ses bouillons1 elle y voudrait coucher1 si on la laissait faire1 mais une chose plus extraordinaire1 ,valcour6 c'est qu'il est impossible de ne pas observer entre ces deux jeunes personnes1 un air de famille2 il est frappant4--,eugnie et madame de ,senneval ont fait la mme remarque2 je l'avais fait avant elle4--,madame de ,blamont en avait t mue au premier coup d'oeil4--,en te peignant les traits qui les rapprochent1 tu te figureras encore mieux cette ,sophie2 d'abord1 elles ont absolument le mme son de voix1 absolument le mme tour de visage1 la mme bouche1 positivement le mme air dans leur ensemble2 ,sophie a comme ton ,aline1 ces superbes cheveux chtains-clairs1 tirant un peu sur le blond2 le mme clat dans la peau1 et toutes deux1 enfin1 paraissent avoir le mme fond de caractre4--,sophie adore ,aline1 elle la conjure tout moment de ne point prendre tant de soins d'elle1 et laisse voir en mme temps tout le chagrin qu'elle aurait1 si celle-ci lui accordait sa demande4 ,ces diffrentes choses reconnues1 il est devenu trs-probable entre madame de ,senneval1 madame de ,blamont et moi1 que les noms de ,mirville et de ,delcour sont des noms supposs qui en cachent peut-tre de bien plus intressans pour madame de ,blamont2 n'osant nanmoins hasarder encore que des conjectures4444 ,rcapitulons ce qui les fonde4 ,l'ducation de ,sophie dans un village si prs d'une terre o monsieur de ,blamont vient tous les ans voir sa femme4444 ,cette singulire ressemblance4444 ,la liaison des deux amis si conforme celles de messieurs de ,blamont et d',olbourg 444 leur ge 444 leurs portraits faits par ,sophie et par sa nourrice1 et o tous les traits de nos originaux se retrouvent4444 ,leur tat1 l'un de robe1 l'autre de finance4--,une lgre objection se prsente ici1 je la sens4444 ,m4 ,delcour a t plusieurs fois chez ,isabeau1 on n'a jamais dit qu'il y fut venu de ,vertfeuil2 serait-il possible1 si ,m4 ,delcour tait le mme que ,m4 de ,blamont1 qu'il ne ft pas connu dans un village1 si voisin d'une terre de sa femme8 mais cette objection s'vanouit l'examen3 d'abord en voyant arriver ,m4 ,delcour ,berceuil1 on peut fort bien ignorer de quel endroit il doit venir2 il est possible d'ailleurs qu'il n'y soit jamais venu que de ,paris4 ,secondement1 on ne connat ,monsieur et ,madame de ,blamont1 ,berceuil1 que de rputation2 on n'a pas la moindre ide de leur figure1 ce peut donc tre le mme homme2 il y a donc parier que c'est le mme homme1 et si la combinaison est juste tu vois quel est l'odieux caractre1 quel est le sclrat qui ose s'offrir ton ,aline6 car1 si ,delcour est ,blamont1 n'en doutons point1 ,mirville n'est autre que d',olbourg4 ,dans cette circonstance pineuse madame de ,blamont ne sait que dcider4444 ,faire rendre1 ,sophie1 une plainte contre ,m4 de ,mirville1 est la faire porter contre ,m4 ,delcour4 ,or1 si les noms nous abusent tu vois qui elle compromat dans cette plainte8 cette ide l'arrte4 --,cependant quelle arme elle laisse chapper1 si elle ne saisit pas tout ceci1 pour se dbarrasser des poursuites d'un gendre1 indigne d'elle assurment1 s'il est coupable de l'infamie que nous recherchons4 --,trouvera-t-elle jamais une plus belle occasion8 ,n'aura-t-elle pas dans la supposition que les noms cachent ceux que nous souponnons1 se repentir toute sa vie de n'avoir pas profit de cet vnement pour arrter les dmarches d'un homme dont l'alliance la dshonorerait4444 ,si elle manque ce que lui offre le hasard1 et que ,m4 de ,blamont triomphe1 qu'intressant son autorit et les loix1 il parvienne mettre ,aline dans les bras de d',olbourg1 madame de ,blamont ne mourra-t-elle pas de chagrin d'avoir eu tout ce qu'il fallait pour arrter cet affreux sacrifice1 et de ne l'avoir pas fait8 ,ces considrations1 sur lesquelles je crus devoir fortement appuyer1 la dterminrent1 enfin1 faire rendre une plainte ,orlans2--mais une plainte secrte1 dont elle put tre absolument la matresse2 le juge s'est en consquence rendu ce matin1 l'invitation qui lui a t faite2 ,sophie se trouvant un peu mieux1 il a t introduit1 et a reu son exposition du fait simple et pur4--,d'un outrage commis sur elle2 grosse par un monsieur de ,mirville1 financier ,paris1 lequel tait auteur de sa grossesse1 et tait venu la chercher au village de ,berceuil1 avec un de ses amis1 il y a environ trois ans1 pour l'entretenir sur le pied de sa matresse1 ce qu'il a fait jusqu'au moment o il l'a indignement traite1 quoi-qu'enceinte1 et mis la porte de sa maison ect4 ect4 ect44 ,nous avons tous signs1 elle comme partie1 nous comme tmoins de son tat1 ,dominic signera ,orlans2 et la plainte restera chez le magistrat1 jusqu' ce qu'il plaise madame de ,blamont de la rveiller4 ,tout ceci se faisait regret1 et ne se serait jamais fait sans moi2 mais je l'ai cru de la plus extrme ncessit4 ,l'excellent caractre de ,sophie1 se refusait une plainte4--,madame de ,blamont tremblait de compromettre le personnage quelle croit envelopper1 sous le nom de ,delcour2 on n'osait avouer au juge aucune de ces considrations2 j'ai cru trouver le biais en ne nommant point monsieur ,delcour1 dans la plainte qui ne se trouve plus absolument porte que contre monsieur de ,mirville4 ,tu vois maintenant mon ami le motif qui a dtermin mes oprations1 je n'ai eu que ton bonheur et ton intrt en vue4--,si je me trompe redresse-moi2 mais quelque puisse tre l'excs de ta dlicatesse1 je doute pourtant qu'elle l'et fait agir diffremment1 et j'ose croire que tu m'approuveras4 ,voici maintenant une autre ide1 suite ncessaire de nos premires dmarches1 et qui peut-tre s'accordera encore moins avec la droiture de ton me2 mais dont l'excution pourtant me parat indispensable4 ,madame1 ai-je dit madame de ,blamont1 sitt aprs le dpart du magistrat1 il me parat que l'objet essentiel est de connatre maintenant le hros de notre aventure8 ,madame de ,blamont4--,ou cette dcouverte nous mnera-t-elle8--au mme objet qui m'a fait vous conseiller la plainte2 il vous faut des armes1 le hasard vous en offre4--,mais si ces deux particuliers n'ont rien de commun avec ceux qui nous intressent8--,vous saurez au moins quoi vous en ternir1 et tout reste alors dans les tnbres4--,et si ce sont eux8--,vous vous retrouvez dans le mme tat4444 ,vous tes toujours matresse de la plainte de ,sophie4 ,oh madame6 si ,mirville est d',olbourg1 irez-vous lui donner votre fille8--,cette ide me rvolte1 ne me l'offrez seulement pas4--,et si vous ne vous claircissez point1 et que le sclrat soit d',olbourg2 que votre poux parvienne au but qu'il se propose1 prvoyez-vous les remords qui vous dchireront8--,je n'y survivrais pas4--,il faut donc les viter4--,dterville je me fie vous2 faites absolument tout ce que vous croirez convenable1 mais usez1 je vous en conjure1 de la plus extrme modration4 ,l'objet1 selon moi1 tait de se transporter sur les lieux mmes2 de tcher de sduire la dugne ,dubois1 afin d'en tirer des claircissemens4 ,je suis convaincu qu'elle en pourrait fournir beaucoup4 ,trois moyens s'offraient pour nous amener la fidle gardienne2 celui d'aller la dbaucher moi-mme2 celui de te charger de ce soin1 et enfin celui de dtacher d'ici un nomm ,saint-,paul1 vieux domestique de madame de ,blamont1 singulirement attach sa matresse1 et l'un des plus fins valets dont la livre de ,france puisse se faire honneur4 ,le premier de ces moyens me repugnait un peu2 j'tais bien sr que tu ne te chargerais pas du second3 nous avons donc adopt le troisime1 et sans que tu t'en mles1 sans que ,saint-,paul te voie mme ,paris4--,il est dcid qu'il part demain avec cinquante louis dans sa poche1 et qu'il ne revient point sans la vieille1 ou sans les plus grandes lumires de sa part4 ,comme il a ordre de ne communiquer qu'avec nous1 ce ne sera que par nous que tu apprendras les dtails2 sois en paix1 du mistre et montre toi le moins possible pendant que nous allons agir4 ,au moment du dpart de ma lettre4 ,sophie va mieux1 ,aline est fatigue2 elle a eu hier un peu de migraine1 on a obtenu d'elle d'aller se coucher3 ,eugnie lui a promis de veiller ,sophie comme elle mme4 ,madame de ,blamont est agite2 c'est madame de ,senneval et moi qui tenons la maison et qui vaquons tout4--,aline ne veut pas que je cachette sans te prouver par deux lignes1 que son indisposition n'est rien4 ,aline ,valcour4 ,p4,s4 ,que d'vnemens6444 ,que de soupons6444 ,que de conjectures6444 ,ah6 si le ciel a choisi cette manire pour nous clairer1 il ne laissera pas son ouvrage imparfait6 ,puisse tout ceci tourner notre bonheur1 sans troubler celui de l'tre qui je dois le jour4 ,son repos m'est plus cher que ma satisfaction mme1 et je ne dois jamais cesser de le respecter4 ,adieu1 soyez tranquille1 crivez-nous1 et comptez sur la tendresse de votre ,aline1 elle sera toujours inexprimable4 ,notes3 ,footnote #d3 ,le premier besoin est de vivre1 l'art qui nourrit les hommes est le premier des arts4 ,b,,lisaire1 cap4 #ab4 ,footnote #e3 ,c'est ici comme dans bien d'autres passages1 que nous supplions nos lecteurs de ne pas perdre de vue que cet ouvrage s'crivait un an avant la rvolution4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,dix-,,huiti,,me4 ,le mme au mme4 ,vertfeuil1 ce #c septembre4 ,aline est tout--fait bien aujourd'hui1 elle jouit du calme de son amie4--,du bonheur que lui fit prouver1 hier1 la visite de son ,isabeau4 ,dominic tait revenu le premier du mois1 et ayant trouv sa malade dans le meilleur tat1 il ne crut nul inconvnient lui laisser le plaisir d'embrasser sa nourrice4 ,on a donc envoy hier une voiture au cur de ,berceuil1 avec invitation lui d'amener ,isabeau1 et comme on tait parti de trs-bonne heure1 notre compagnie villageoise est arrive pour dner4 ,a peine ,sophie a-t-elle entendu le bruit du carrosse1 qu'elle a voulu se lever pour voler dans les bras de sa nourrice2 nous l'avons contenue4 ,madame de ,blamont1 voulant jouir de cette scne attendrissante1 sans tmoins qui put la refroidir1 a laiss le cur un moment avec madame ,senneval1 et nous a amen ,isabeau4444 ,mais tous nos soins alors sont devenus impuissans prs de ,sophie1 sitt que la voix de sa bonne mre1 7c'est ainsi qu'elle la nomme7 a pu frapper son oreille2 elle s'est prcipite dans la chambre1 et est venue tomber aux pieds d',isabeau4 ,le mouvement a t si vif1 que nous avons t obligs de la rapporter dans son lit1 o elle est reste quelques minutes sans connaissance2 la bonne paysanne s'est jete sur elle2 elle l'a rappele la vie par ses caresses2 elles se sont embrasses toutes deux1 et les larmes qu'elles repandaient grands flots se sont opposes d'abord aux expressions de leur mutuelle tendresse4--,eh bien6 ma chre enfant1 lui a dit ,isabeau1 ds que l'tat o elles se trouvaient1 leur a permis de s'entendre4 ,ne t'avais-je pas dit que tu serais malheureuse1 ds que tu cesserais d'tre sage4 ,sophie4--,les cruels6 ils m'ont trompe2 pourquoi me livrtes vous eux8 ,isabeau4--,avais-je des droits sur toi8444 ,mais il n'y a donc pas de ta faute8 ,sophie--,je n'ai t que malheureuse et sduite1 tout le crime est de leur cot4 ,isabeau4--,que ne revenais-tu dans ma maison1 tu savais bien qu'elle tait ouverte l'innocence8 ,sophie4--,o ma bonne6 ma bonne6 aimez toujours votre ,sophie2 elle n'a jamais oubli vos conseils1 ils ont toujours t gravs dans son coeur4 ,isabeau4--,cette pauvre enfant6--puis se tournant vers moi1 en larmes3 oh monsieur6 ne vous tonnez pas si je l'aime--je la regarde comme ma fille1 je n'ai point d'autre enfant qu'elle4 ,les sclrats1 ils ne me l'enlevaient donc que pour la perdre8444 ,viens ,sophie6 viens1--tu trouveras toujours le bonheur et la tranquillit chez ,isabeau2 parce que la vertu1 la religion n'en sortirent jamais4 ,et elles se sont rejetes dans les bras l'une de l'autre1 et leurs larmes ont encore arros leurs seins4 ,madame de ,blamont craignant qu'un attendrissement trop prolong ne nuisit sa chre malade1 a fait monter le cur2 il s'est approch du lit de ,sophie1 et l'a parfaitement reconnue4 ,celle-ci lui a demand sa bndiction2 elle lui a fait les excuses les plus sincres de la mauvaise conduite qu'elle a eue depuis qu'on l'avait enleve4--,une des choses qui lui avait toujours laiss le plus de remords1 a-t-elle dit1 tait d'avoir t arrache1 d'auprs de son pasteur1 sans avoir rempli les devoirs de sa religion4 ,on a pu ngliger ces devoirs1 a dit ici le cur1 avec la plus grande surprise8--,ah6 monsieur1 a dit madame de ,senneval1 des libertins1 au sein du vice1 pensent-ils encore la religion8--,ce sera le premier soin qu'elle remplira1 ds que sa sant va le lui permettre1 a dit madame de ,blamont1 souffrez en attendant1 monsieur1 que nous nous occupions des seconds2 puis s'asseyant en face du lit1 et s'adressant ,isabeau et au cur1 voici les intentions que cette femme adorable leur a expliqu3 ,plusieurs raisons relatives moi m'empchent1 a-t-elle dit1 de garder cette jeune fille dans ma maison aussi long-tems que je le voudrais2 sitt que sa sant sera rtablie je la renverrai chez vous1 ,isabeau1 et pour qu'elle ne vous soit point charge--elle charge6 non1 non1 mon enfant ne peut me gner2 tout ce que j'ai est elle1 et je vous dclare d'avance que je n'accepte rien de ce que je vous vois prte m'offrir2 je lui dois des rparations pour ne l'avoir pas sauv du crime3 laissez-moi m'acquitter envers elle4--,eh bien6 ,isabeau je vous l'accorde1 mais vous ne me refuserez pas de pourvoir son tablissement--puis s'adressant au cur1 et lui remettant des papiers3 voil ci-joint1 monsieur1 lui a-t-elle dit1 pour quarante mille francs de billets payables d'aujourd'hui en un an1 mon intention est que cette somme serve de dot ,sophie2 je vous prie2 monsieur1 de lui chercher pendant cet intervalle un poux digne d'elle1 qui runisse1 votre approbation1 aux vertus qui doivent lui mriter une telle femme1 le bonheur de lui tre agrable2 car1 je veux toujours l'aimer1 je veux toujours lui tenir lien de mre2 s'il arrivait que le sujet choisi ne put lui convenir1 vous voudrez-bien jeter les yeux sur un autre4 ,la clause la plus essentielle1 aux noeuds que je projette pour cette chre enfant1 est qu'elle aime son mari1 et qu'elle en soit aime2 en voulant faire son bonheur je ne me pardonnerai pas de l'avoir livre un poux qui peut-tre la mpriserait1 pour une faute qui n'est pas la sienne2 il sera donc prvenu du malheur de la fille qu'on lui destine1 vous lui ferez sentir quel point elle en est innocente1 et vous ne les runirez qu'en cas ou cette fatalit n'inspirera aucun loignement l'poux4 ,comme il en coterai ,isabeau de se sparer d'un enfant qu'elle aime1 vous mettrez pour clause au contrat que les deux poux demeureront chez elle1--et on y ajoutera1 interrompit ,isabeau pleine de joie1 que tout ce que je possde sera pour eux1 madame1 continua-t-elle1 je ne suis pas tout--fait dpourvue2 j'ai un grand quartier de terre1 o les deux jeunes gens pourront trouver de quoi vivre1 et avec ce que vous avez la bont de leur donner1 ils seront assurment trs l'aise3 qu'ils aient de la conduite et leurs enfans seront riches4--,pendant ce tems1 ,sophie sanglotait1 elle tenait une des mains de madame de ,blamont1 l'arrosait des larmes de sa reconnaissance1 et les expressions lui manquaient pour la peindre4 ,le cur s'est charg de tout2 il a prodigu ses louanges madame de ,blamont1 qui lui a dit qu'elle ne concevait pas comment des actions si naturelles1 et qui donnaient autant de plaisir1 pouvaient mriter des loges4444 ,aline s'est prcipite dans les bras de sa mre et l'a accable de caresses4444--,ce tableau de l'innocence malheureuse1 de la reconnaissance la plus tendre1 d'un ct1 et de l'autre celui de la tendresse filiale1 de la pit1 de la vertu1 jetaient dans l'me des impressions si dlicieuses1 y faisaient prouver des mouvemens si dlicats et si doux4--,o mon ami6 s'il est des joies clestes elles ne sont composes que de pareilles sensations6 ,on se spare2 tant de vibrations diverses avaient affaibli l'me de ,sophie3 la garde nous pria de la laisser seule1 et l'on fut se mettre table2 la bonne ,isabeau voulait aller manger l'office2 madame de ,blamont et madame de ,senneval la firent asseoir entr'elles deux2 elle y fut dcente1 honnte et polie1 tant il est vrai que la vertu n'est jamais dplace nulle part2 il n'est pas une seule table1 mon ami1 qu'une telle convive n'honor plus1 que ne l'et fait une de ces impudentes1 connues sous le nom de ,petites ,matresses1 qui au lieu de ces propos simples et pleins de candeur1 de ces discours nafs1 image de la nature1 n'et apport que ce jargon du crime qui la dshonore et l'outrage4 ,aprs le dner ,isabeau a voulu embrasser encore une fois sa fille--elle lui a dit qu'elle allait lui prparer son logement1 mais que1 comme elle tait -prsent plus grande1 et d'ailleurs1 ajoutait-elle en riant1 une demoiselle marier1 elle voulait lui cder sa belle chambre4--,a moi6 ma bonne1 moi6 je n'en veux point d'autres que celle que j'ai toujours eue2 et je ne veux d'emploi chez vous1 que celui que j'y remplissais4 ,si vous me ravissez ce bonheur1 si vous ne me croyez plus digne de vous servir1 vous me ferez croire que ce sont mes fautes qui m'ont fait dmriter prs de vous1 et je ne m'en consolerai pas4 ,il est certain que cette fille est charmante1 elle a une sorte d'esprit naturel1 qui prte un incroyable agrment tout ce que sa belle me lui inspire4 ,on a dress un acte de ce qui s'tait pass4 ,madame de ,blamont voulait retenir ses htes2 mais le mnage de l'un1 les soins religieux de l'autre1 se sont opposs aux desseins qu'eux mmes aurait eu de rester1 et ils sont reparti dans la mme voiture4 ,eh bien ,valcour6 lequel1 ton avis1 doit jouir du calme le plus pur1--doit passer des nuits plus sereines1 ou du sclrat qui a dshonor1 maltrait1 cette pauvre fille1 ou de l'tre honnte et sensible qui se dlecte rparer1 si gnreusement1 tous ses maux8 ,qu'ils viennent8 qu'ils paraissent ces aptres de l'indcence et du vice1 qui lgitiment toutes les erreurs1 qui les trouvent toutes dans la nature1 parce qu'ils la croyent aussi corrompue que leurs mes8 qui se trouvent mieux de mconnatre les plus saints organes de cette loi sacre1 que d'tre contraints se mpriser eux-mmes2 qui prfrent de ne trouver du crime rien1 tre obligs de frmir l'aspect de ceux dont ils se souillent2 qui n'achtent1 en un mot1 leur tnbreuse tranquillit qu'en touffant tous leurs remords 444 qu'ils viennent1 dis-je1 qu'ils viennent1 et qu'ils prononcent8 matres de se choisir un caractre1 qu'ils balancent1 s'ils l'osent1 entre celui de la respectable protectrice de ,sophie1 et celui de son perscuteur4 ,les dpositions d',isabeau ne nous ont d'ailleurs appris rien de bien particulier2 ,sophie paraissait ge de trois semaines quand ,m4 ,delcour arriva de ,paris1 l'ayant dans une barcelonnette sur le devant de sa voiture2 il descendit l'auberge de ,berceuil1 et demanda une nourrice1 on lui fit venir ,isabeau2 il promit une pension qui augmenterait avec l'ge de l'enfant2 il convint qu'on lui apprendrait lire1 crire1 coudre2 qu'elle n'aurait point d'autre nom que celui de ,sophie1 et que quand il n'apporterait pas lui-mme l'argent de la pension1 il le ferait tenir srement4 ,il a t exact1 ,isabeau a toujours t rgulirement paye1 soit par lui1 soit indirectement4 ,il n'a fait1 en tout1 que quatre visites ,sophie1 pendant les treize ans qu'elle a t en pension chez ,isabeau3 il arrivait toujours par la route de ,paris1 descendait l'auberge1 voyait l'enfant une heure ou deux1 examinait ses petits talens et repartait4 ,mais1 a dit ,isabeau1 ce fut de mon chef que je lui fis apprendre sa religion1 et que je la mis l'cole chez ,m4 le cur2 car1 il ne s'informait jamais de cet article1 et quand je lui en parlais3 coudre1 coudre et lire1 madame1 me rpondait-il1 voil tout ce qu'il faut une fille2 propos qui1 ce qu'ajouta plaisamment cette femme1 lui fit croire que cet homme tait huguenot4 ,ensuite il la vint prendre avec son ami1 et tu sais tout le reste4 ,nous attendons des nouvelles de nos ngociations de ,paris1 et je ne t'crirai plus que nous ne les ayons4 ,fin de la premire partie4 99 99 99 99 99 ,,aline ,,et ,,valcour1 ou ,,le ,,roman ,,philosophique4 par ,d4,a4,f4 ,,de ,,sade ,,tome ,,premier4 ,,deuxi,,me ,,partie4 crit la ,bastille un an avant la ,rvolution de ,france4 ,,orn ,,de ,,seize ,,gravures4 #agie4 99 99 99 99 99 ,nam veluti pueris absinthia tetra medentes1 ,cum dare conantur prius oras pocula circum ,contingunt mellis dulci flavoque liquore1 ,ut puerum aetas improvida ludificetur ,labrorum tenus2 interea perpotet amarum ,absinthy lathicem deceptaque non capiatur1 ,sed potius tali tacta recreata valescat4 ,luc4 ,lib4 #d4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,xix4 ,,valcour ,a ,d,,terville1 ,paris1 ce #h septembre4 ,l'vnement singulier dont tu viens de me faire part1 prenant1 dans tes rcits1 la forme d'un journal1 j'ai cru devoir le laisser finir1 pour que ma lettre rpondit toutes les tiennes4 ,oh mon ami6 quelle a t ma surprise1 et quelles ont t mes combinaisons6 ,il me parat certain que les noms de ,delcour et de ,mirville1 en dguisent pour nous de plus intressans1 et c'est dans cette supposition que je dsapprouve la plainte4 ,madame de ,blamont a affaire un mari aussi adroit que corrompu2 si jamais il dcouvre cette plainte1 peut-tre s'autorisera-t-il de la dmarche1 pour publier que sa femme veut le perdre1 et qu'elle a controuv toute l'histoire1 afin de lui chercher des torts assez puissans pour le priver de l'autorit qu'il a sur sa fille2 et ds ce moment1 au lieu de nous tre donn des armes contre lui1 nous lui en avons fourni contre nous4 ,cette plainte d'ailleurs ne servait en rien au ddommagement d ,sophie2 la gnrosit de madame de ,blamont y pourvoyait d'une manire assez noble2 d'aprs cela1 tout air de procdure n'est-il pas dplac1 et ne peut-il pas devenir dangereux8 ignores-tu1 mon ami1 l'art avec lequel les sclrats dirigent sur les autres1 ce qu'on a le dessein de faire contre eux8 et surtout ces espces de coquins enjuponns1 qui1 munis1 pour leur argent1 d'une autorit lgale ou non1 ne se croyent jamais si bien en droit d'en user1 que quand il s'agit de servir leurs passions4444 ,dieu veuille que je me trompe6 ,j'ai t bien touch de la conduite de madame de ,blamont3 toutes les vertus habitent dans le coeur de cette respectable mre1 et sa plus douce faon de jouir est de rendre heureux tout ce qui l'entoure4 ,je suis inquiet de la sant d',aline1 je te la recommande1 mon ami1 permets-moi de remettre un moment tous les soins de l'amour dans les tendres mains de l'amiti4 ,pour viter les rencontres et pour mieux suivre tes conseils1 depuis huit jours1 je ne sors plus2 j'observerai la mme circonspection jusqu'au dnouement de tout ceci4444 ,mais quelle privation pour moi de ne pouvoir aller rendre hommage aux sublimes procds de madame de ,blamont1 de ne pouvoir tomber ses pieds avec ,aline1 de ne pouvoir l'accabler avec cette fille charmante de toutes les louanges qui lui sont si bien dues2 peins lui du moins les expressions de mon me3 je crains pour toutes deux les soins1 les embarras de cet vnement2 engage les se reposer1 au moins pendant le calme que tout ceci va vous laisser1 et n'allez plus si tard courir les aventures4 ,peut-tre n'en arriveraient-ils pas madame de ,blamont d'aussi agrables que celle-ci1 je dis agrables puisqu'elle a dvelopp pour elle une de ces occasions de faire du bien1 toujours si recherche de son coeur4 ,oh mon ami6 o nous entrane l'ivresse des passions2 ah6 si lorsqu'on commence leur tout cder2 si1 lorsqu'on fait le premier pas dans leur dangereuse carrire1 on pouvait sentir avec quelle rapidit vont se franchir les seconds1 et quel abyme est ouvert au dernier6 si l'on voyait l'imperceptible filiation de nos erreurs1 comme toutes s'enchanent1 comme toutes naissent les unes des autres1 comme la rupture du plus petit frein1 conduit bientt au brisement du plus sacr6 quel est l'homme qui ne frmirait pas8 quel est celui qui oserait se permettre le plus lger cart1 quand il peut natre de cette premire faute une habitude de tout vaincre1 dont les dangers sont aussi manifestes4 ,je voudrais que tout les hommes eussent chez eux1 au lieu de ces meubles de fantaisie1 qui ne produisent pas une seule ide1 je voudrais1 dis-je1 qu'ils eussent un espce d'arbre en relief1 sur chaque branche duquel1 serait crit le nom d'un vice1 en observant de commencer par le plus mince travers1 et arrivant ainsi par gradation jusqu'au crime n de l'oubli de ses premiers devoirs3 un tel tableau moral n'aurait-il pas son utilit8 et ne vaudrait-il pas bien un ,tnires1 ou un ,rubens8 ,adieu1 ne me fais pas attendre la fin de cette aventure2 trop de sentimens de mon me y sont intresss1 pour que je n'en dsire pas le dnouement avec ardeur4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,xx4 ,valcour ,aline4 ,paris1 ce #h septembre4 ,que j'aurais dsire encore un mot d',aline1 dans cette dernire lettre de mon ami2 s'il m'en cote pour tre spar de vous dans tous les tems1 combien cette absence ne devient-elle pas plus cruelle1 quand elle me prive du spectacle de votre me exerant des vertus4 ,les procds de votre adorable mre m'ont fait verser des larmes4444 ,ah6 combien sont douces celles que la piti fait rpandre4 ,je crains fort que cette petite malheureuse1 au sort de laquelle il est impossible de ne pas s'intresser1 ne vous tienne par des liens plus troits qu'on ne l'imagine2 votre tendresse en redoublera1 je vous connais2 mais que ces soins ne prennent pas sur votre sant1 je vous en conjure1 ,aline1 songez que vous vous devez l'amant le plus passionn1 et qui regarde comme une faveur les soins que vous accords votre conservation2 ne me refusez pas au moins celle-l1 puisque celle de vous voir m'est enleve 444 vous voir6 ,aline4444 ,ah6 comme ce dsir est imprieux en moi1 quand une vertu de plus vient vous rendre encore plus digne d'tre rvre4444 ,elle vous aime cette ,sophie 444 eh6 qui pourrait tenir l'empire universel que vous exercez sur les coeurs8 ,le besoin de vous adorer se fait sentir ds qu'on vous voit1 et il faut cesser d'tre1 ou cder au culte qui vous est d2 il n'y a donc que moi qui suis priv de vous le rendre 444 moi qui oserais m'en croire si digne6 si l'encens s'apprciait la dlicatesse du coeur qui veut l'offrir4 ,il me semble que je vois ,aline 444 ses belles joues mouilles de larmes1 aidant les pas de sa mre effraye1 et tenant prs de son sein ce petit tre1 dont les cris dchirans pntrent son me et l'attendrissent 444 je la suis prs du lit de ,sophie1 jalouse des soins que l'on a d'elle1 dsirant les lui donner tous1 parce qu'elle a souffert 444 cette ,sophie2 parce qu'elle est malheureuse1 et que la bonne et tendre ,aline ne se satisfait rellement que par la bienfaisance 444 et je ne l'adorerais pas6444 et1 je n'idoltrerais pas cette fille cleste1 mille fois plus belle encore par ses vertus1 que par ses attraits4444 ,cette crature anglique qu'il semble que le ciel n'ait cre que pour tre le charme de ses amis1 le refuge de l'infortune1 et les dlices de son amant6444 ,ah6 toutes les expressions sont trop faibles1 aucunes ne rend ce que j'prouve--effet cruel des passions trop violentes4444 ,nature avare des dons que tu nous fais1 pourquoi faut-il qu'en nous inspirant un sentiment aussi vif1 tu nous prives de la facult de l'exprimer1 et que tout ce que nous essayons pour le peindre soit toujours au-dessous de lui4 ,si le nom de ces deux aventuriers nous trompent 444 si effectivement 444 je frmis de mes soupons6 ils me rvoltent1 et je ne puis les bannir4444 ,eh quoi6 ce serait l le monstre qui oserai prtendre mon ,aline8444 lui grand ,dieu8444 il faudrait que je n'eus plus une goutte de sang dans les veines1 pour qu'une telle infamie se consommt6444 homme vil et barbare1 comment as-tu pu fixer mon ange1 sans que ton coeur redevint honnte8 comment le libertinage souille-t-il un instant l'individu auquel il a t permis de respirer l'air que mon ,aline pure8 ,quoi tu l'as vue1 et des horreurs empoisonnent ton me8444 ,tu oses aspirer elle1 et tes mains se plongent dans l'infamie8 ,il est donc des tres insensibles sur qui l'amour et la vertu n'agissent point4444 ,ah6 je croyais qu'auprs des dieux le crime devenait impossible4 ,l'tat de mon coeur ne se conoit pas 444 tour--tour livr la crainte1 aux soupons2 en proie la plus amre douleur1 inquit par tout ce qui arrive1 dchir par votre absence 444 il faut que je vous quitte4444 ,je le sens2 mes penses1 mes expressions1 tout porterait l'empreinte de ma douleur2 tout se ressentirait de mon trouble1 et je ne veux pas augmenter le vtre4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,xxi4 ,dterville ,valcour4 ,vertfeuil1 ce #aj septembre4 ,sophie est tout--fait bien1 elle s'est leve hier1 et comme il faisait fort doux1 elle a pris l'air un moment sur la terrasse2 elle a choisi cet endroit parce qu'elle savait que la matresse du logis s'y trouvait1 et qu'elle voulait que son premier devoir fut l'acre de sa reconnaissance2 du plus loin qu'elle a vu ces dames1 lisant sous un bosquet2 elle s'est prcipite vers elles1 et est venue tomber aux pieds de madame de ,blamont1 en arrosant de ses larmes les genoux de sa bienfaitrice1 cherchant des mots1 n'en trouvant point1 et devenant bien plus expressive par ce silence du sentiment1 que par toutes les phrases de l'esprit4 ,madame de ,blamont l'a releve1 l'a embrasse de tout son coeur1 et l'a fait asseoir auprs d'elle2 elle est faible1 elle est ple1 mais d'un bien puissant intrt dans cet abattement--elle est plus jolie que vous1 a dit en riant madame de ,blamont sa fille4444 ,ah6 puisse-t-elle devenir plus heureuse1 a rpondu ,aline en l'embrassant4 ,elle a soup ce soir avec nous1 et son maintien1 son air1 sa dcence nous ont enchant tous4 ,mais comme j'ai des choses d'un bien autre intrt te dire1 trouves bon que nous laissions un moment ,sophie1 pour reprendre l'histoire de ses perscuteurs4 ,il tait impossible de trouver un meilleur moment pour sduire la vieille ,dubois1 et pour dmler1 par elle1 tout le noeud de cette infme intrigue 444 chasse1 congdie elle-mme1 le dpit1 le besoin l'ont jete dans les lacs de ,saint-,paul1 et sous le prtexte de la prsenter1 comme sa parente1 dans une excellente maison1 il l'a trs-facilement conduite ,vertfeuil2 elle y est1 mais sans avoir vu ,sophie4 ,quant aux ruses de notre homme1 je t'en fais grce1 il suffit qu'elles ayent russies2 ce que leur succs a dcouvert me parat plus intressant t'apprendre4 ,a peine ,mirville eut-il mis ,sophie la porte1 que ,delcour arriva3 c'tait le jour de leur souper2 le premier encore tout en feu1 apprit son ami l'expdition qu'il venait de faire1 et comme leur dialogue est assez curieux1 je vais te le transcrire mot--mot d'aprs les dpositions de la vieille1 qui n'en a pas perdu une syllabe3 ,le prsident ,delcour4--,ventrebleu1 mon ami1 voil une cause mal juge1 vous avez oubli les droits que j'ai sur cette p----1 et vous ne deviez la punir que devant moi2 je vous aurais aid de tout mon coeur2 je suis inflexible sur les attentats du crime1 aucuns noeuds ne me retiennent en pareil cas1 et les droits de la nature deviennent nuls1 quand ceux des gens sont outrags4--,o est-elle8 ,le financier ,mirville4--,mais pas trs-loin je crois4444 ,si tu veux t'en donner le plaisir8444 ,delcour4--,assurment1 que l'on coure aprs elle1 et qu'on lui dise qu'il lui revient encore un supplment de correction1 de la main paternelle4 ,o mon ami6 exista-t-il jamais des atrocits rflchies1 combines1 de la force de celles-ci8 ,la cuisinire sort1 cherche de bonne-foi ,sophie1 et quoiqu'elle ft sur le seuil de la petite porte du jardin1 heureusement elle ne la dcouvrit pas3 telle fut la cause du bruit que cette malheureuse entendit au sein de sa douleur1 et qui redoubla si bien son effroi2 n'ayant rien vu1 ou rentra1 et l'on dit que sans doute la criminelle s'tait vade4 ,une rflexion subite vint aussi-tt au prsident4 ,poursuivons notre manire de rendre leur nergique conversation4 ,delcour4--,es-tu bien sr1 ,mirville1 que ,sophie soit rellement coupable8 ,mirville4--,je l'ai trouve avec le dlinquant1 c'tait1 ce me semble1 plus qu'il en fallait pour lgitimer sa sottise4 ,delcour4--,les ,,apparences trompent si souvent1 mon ami4444 ,la main d'un juge dgoutte sans cesse du sang que lui font verser les ,,apparences4--,heureusement que nous sommes au-dessus de ces misres-l1 et qu'un tre de moins dans le monde n'est pas pour nous une affaire bien grande2 d'ailleurs1 ce que j'en dis n'est pas pour disculper ,sophie2 mais parce que je serais fort aise d'avoir1 comme toi1 une coupable punir4 ,examinons les faits et faisons paratre les tmoins2 commenons par interroger la ,dubois1 je la crois complice4 ,y a-t-il l des pistolets8 ,mirville4--,oui4 ,delcour4--,prends eu un1 et moi l'autre2 il s'agit ,d',,effrayer1 il est inou ce qu'on obtien en ,,effrayant3 je t'apprends l les secrets de l'cole4 ,mirville4--,qui ne les sait pas8 ,mais ces pistolets 444 mon ami 444 ils sont chargs4 ,delcour4--,c'est ce qu'il faut1 et qu'importe une tte1 ds qu'il s'agit de se procurer1 ce que nous appelons1 des ,,indices4 ,mille victime1 mon ami1 pour dcouvrir un coupable--voil l'esprit de la loi4 ,mirville4--,de la loi1 soit1 moi je ne connais pas trop la loi1 encore moins la justice2 je me livre mon coeur1 et il me trompe rarement4 ,tu vas voir si les coups de bton et d'trivires1 que j'ai donn ta fille1 ne seront pas bien duement et bien lgitimement appliqus4 ,au reste1 s'il en fallait revenir1 comment faire prsent8 ces choses-l ne se reprennent point4 ,o la trouver1 et comment rparer8444 ,delcour4--,oh6 mais1 je dis1 dans ce cas l1 on ne rpare point2 tu te modleras sur nous1 personne ,n',,offense comme les satellites de ,thmis1 et personne ne ,r,,pare aussi peu4 ,tu as mal pris le sens de mon discours2 je vise moins te faire faire une bonne action1 qu' me procurer le plaisir d'en faire une mauvaise4 ,ton exemple m'a tent 444 et je ne connais rien de pis que l'exemple3 interrogeons1 voil l'objet4 ,et la ,dubois1 qui aurait voulu tre bien loin1 fut l'instant mande1 introduite dans un cabinet mistrieux1 o l'on n'allait jamais que pour les grandes aventures2 prodigieusement effraye1 comme tu crois1 de deux bouts de pistolets appuys sur chacunes de ses tempes1 et d'une injonction de dire la vrit ou de s'attendre perdre la vie3 elle a dclar que ,rose tait la seule coupable1 et qu'elle n'avait jamais connu un seul tort ,sophie4 ,morbleu6 s'cria ,mirville1 je crois que je sens des remords4 ,eh bien6 dit ,delcour furieux1 tu les apaiseras en m'aidant me venger2 commenons par dcider du sort ne cette intrigante 444 et la menaant du pistolet 444 je ne sais qui me tient4444 ,celle-ci eut beau protester de son innocence1 les deux amis lui dclarrent qu'aprs une telle conduite1 ils ne pouvaient plus prendre en elle aucune confiance1 et qu'il fallait qu'elle dcampt ds le soir mme 444 et avant1 comme tu vois1 de punir la coupable1 comme le chtiment sans doute n'tait pas trs-lgal1 on a cherch se dbarrasser des tmoins4444 ,circonstance malheureuse puisqu'elle nous prive entirement des suites de cette funeste aventure1 et drobe nos yeux des atrocits1 dont la dcouverte nous fut devenue bien ncessaire un jour4 ,la ,dubois rendit donc ses clefs1 emporta ses hardes et partit4 ,par le plus heureux des hasards elle vint s'tablir prs la barrire1 dans une espce de petite auberge o prcisment arriva notre ,saint-,paul1 deux ou trois jours aprs4 ,il restait donc plus dans la maison que la dlinquante et la cuisinire4--,celle-ci interroge par ,saint-,paul1 la veille de son dpart pour ,vertfeuil1 a dit que ds que la ,dubois fut partie1 ,rose fut appele et descendit2 qu'elle soupa fort tranquillement avec les deux amis1 et qu'elle1 son service fait1 s'tant retire1 comme l'ordinaire1 n'avait rien vu de particulier2 mais que le lendemain matin voulant aller servir le djeuner1 selon son usage1 elle avait trouv tout le monde parti1 sans qu'elle et entendu rien de plus trange que les autres jours1 et sans qu'elle et trouv de dsordre dans aucun des appartemens4 ,moyennant quoi voil le fil rompu1 et tu vois qu'il nous devient maintenant impossible de savoir de quelle nature peut tre la vengeance qu'ils ont tir de ,rose4 ,le lendemain matin un laquais de ,mirville est venu demander la cuisinire1 les robes et les effets de la jeune personne2 mais sans pouvoir rpondre aucune des questions que la servante lui a fait2 ensuite la maison a t ferme par l'homme de ,mirville1 qui a signifi sa camarade de se tranquilliser1 et qu'un voyage1 que ces messieurs allaient faire la campagne1 interromprait leurs soupers au moins pour un mois4444 ,il ne nous est donc plus rest que des conjectures sur le sort de la malheureuse compagne de ,sophie4 ,l'imagination vive de madame de ,blamont en a tout de suite forg de sinistres4 ,celles de la ,dubois1 que j'adopte1 comme plus naturelles1 sont que le prsident a fait enfermer ,rose2 ainsi qu'il l'en avait toujours menace1 s'il l'y contraignait par dfaut de conduite4 ,voil1 mon ami1 tout ce qu'il a t possible d'apprendre sur cette partie4444 ,venons au reste4 ,plus de doute1 mon cher ,valcour1 sur l'existence de nos deux inconnus2 la ,dubois1 trompe par ,saint-,paul1 ne sachant qui elle parlait1 a dit1 madame de ,blamont3 ,celui qui se fait appeler ,delcour1 madame1 est le prsident de ,blamont1 qui a une des femmes les plus aimables de ,paris2 l'autre est un monsieur d',olbourg1 financier riche million1 son ami depuis trente ans1 et auquel il va donner sa fille en mariage3 ces messieurs ont d'abord vcu1 a continu notre dugne1 avec deux courtisanes fameuses1 dont madame a pu entendre parler3 les ,valville8444 ,oui madame1 deux soeurs1 l'un avoit l'ane1 l'autre la cadette2 ils ont eu presque en mme-tems1 chacun une fille de leur matresse2 mais celle de monsieur ,blamont mourut au bout de huit jours2 le prsident cacha cette mort son ami1 et lui montra une autre petite fille du mme ge que celle qu'il venait de perdre1 qu'il conduisit au village de ,berceuil1 o il l'a fit lever4--,quoi6 interrompit madame de ,blamont1 trs-trouble1 cet enfant de ,berceuil ne serait pas celui de la ,valville8--,non madame1 reprit la ,dubois1 l'enfant de la ,valville est bien srement mort1 et celui qui fut men ,berceuil est un enfant lgitime1 que monsieur le prsident avait eu de sa femme1 et qu'on nourrissait au ,pr-,saint-,gervais2 en le retirant de ce village lui-mme2 il donna cinquante louis la nourrice1 afin de rpandre la mort de cette petite fille1 qu'il voulait1 disait-il1 par des raisons secrtes1 soustraire aux yeux de sa mre1 et on eut l'air d'enterrer un enfant dans la paroisse du ,pr-,saint-,gervais4--,juste ciel6 s'cria madame de ,blamont1 qui ne pouvait plus se contenir1 j'ai effectivement perdue une fille dans ce tems-l1 nourrie au mme lieu que vous dites 444 se pourrait-il8 ,sophie6444 mon cher ,dterville 444 quelle multitude de crime6444 et quel peut on tre l'objet8444 ,ici la ,dubois reconnaissant chez qui elle tait1 s'est prcipite aux genoux de madame de ,blamont1 en la conjurant de ne la point perdre4444 ,rassurez-vous1 lui a dit cette malheureuse pouse 444 vous tes en sret2 mais ne me cachez rien2 je ne vous abandonnerai jamais1 et alors cette femme poursuivit1 et ses rponses nous ont appris que les deux amis1 au moment de la naissance des filles1 qu'ils avaient eu de leurs matresses1 s'taient promis de faire servir ces enfans remplacer leurs anciennes sultanes1 et de se les prostituer rciproquement1 ds qu'elles auraient atteint l'ge nubile2 mais que le prsident voyant ses droits perdus sur la petite fille de d',olbourg1 par la mort de la sienne1 avait rsolu de taire cette mort1 et de remplacer la petite btarde par une fille lgitime2 puisqu'il tait assez heureux pour en avoir une dans ce moment4 ,telle tait l'histoire de ,sophie2 telle tait ce qui lgitimait son tonnante ressemblance avec ,aline2 ainsi tu vois que le peu dlicat d',olbourg1 au moyen des machinations diaboliques du prsident1 aura eu1 si tout russi1 l'une des filles de madame de ,blamont pour matresse1 et l'autre pour femme2 tu peux reconnatre ici de plus1 l'me tendre et dlicate du cher prsident1 qui bien que persuad que ,sophie est sa fille lgitime1 rit et s'amuse pourtant de sa perte1 des mauvais traitemens qu'elle a reus1 et s'offre mme1 avec une atroce barbarie1 lui en faire prouver de nouveaux3 s'il est des traits dans le monde qui dveloppe mieux un caractre abominable2444 si tu en sais1 je te prie de me les dire2 afin que je les rserve pour en colorer le premier sclrat que je voudrais peindre4444 ,telle est cependant la conduite de ceux qui nous doivent l'exemple des moeurs1 de ceux qui dshonorent1 emprisonnent1 rouent1 torturent des malheureux 444 coupables de quelques faiblesses1 sans doute1 mais dont les vies de dix d'entr'eux n'offriraient pas de telles recherches dans le crime et dans l'infamie6 ,la ,dubois a ajout que ses deux matres ont une autre maison de plaisir1 peu-prs pareille celle des ,gobelins1 du ct de ,montmartre1 o ils se runissent pour trois dners par semaine1 comme l'autre pour trois soupers2 n'ayant pas t introduite dans ce second bercail1 elle n'est pas trs au fait des orgies qui s'y clbrent2 mais elle sait en gros que fout y est1 et plus indcent1 et plus multipli qu'o elle demeurait4 ,ils ont l1 dit-elle1 un srail compos de douze petites filles1 dont la plus ge n'a pas quinze ans1 et que l'on renouvelle raison d'une1 tous les mois4 ,les sommes qu'ils dpensent cela1 dit la vieille1 sont normes1 et quelque riches qu'ils puissent tre1 elle ne conoit pas que leur fortune n'y soit dj pas puise4 ,je te laisse penser quel est l'tat de madame de ,blamont1 cependant il fallait prendre un parti1 relativement cette femme2 elle ne pouvait ni la garder ni la faire voir ,sophie2 elle lui a propos de chercher une maison ,orlans1 de la dfrayer de tout1 jusqu' ce qu'elle l'et trouve1 avec une gratification de vingt-cinq louis1 payable sur-le champ4 ,la ,dubois enchante a combl madame de ,blamont de remercimens4 ,saint-,paul est parti ds le mme soir pour la conduire ,orlans1 o elle a t place peu aprs4 ,tu conois aisment1 mon cher ,valcour1 sur quel tre se sont aussi-tt tourns les premiers transports de madame de ,blamont8 elle pouvait peine terminer ce qui regardait la ,dubois2 elle brlait d'tre auprs de ,sophie4444 ,o toi6 dont la mort m'avait cot tant de larmes1 s'est-elle crie1 en se prcipitant dans les bras de cette intressante crature4444 ,tu m'es rendue6 ma chre fille1444 et dans quel tat1 grand ,dieu6--,vous ma mre6444 ,oh madame6 est-il vrai1444--,aline1 partage ma joie 444 embrasse ta soeur1444 le ciel me la rend2444 elle me fut enleve au berceau1444 et par qui8 rien ne peut exprimer ce que j'prouve4--,mon ami1 je ne le peindrai point sa situation2444 elle tait du plus vif intrt1 madame de ,senneval1 ,eugnie et moi1 nous mlmes nos larmes celle de cette charmante famille1 et le reste de la journe fut consacr jouir d'un vnement si peu attendu1 et qui prsentait tant de charmes une mre aussi tendre4 ,je ne tardai pas faire observer1 madame de ,blamont1 toutes les armes qu'un pareil vnement nous fournissait contre les prtentions odieuses et illgitimes du prsident2 elle le sentit1 mais elle vit en mme-tems que nos dmarches exigeaient du mistre et les mnagemens les plus dlicats4444 ,qui pouvait empcher monsieur de ,blamont de traiter tout ceci de chimre8 tait-il supposable qu'il reconnatrait ,sophie pour enfant lgitime8 probable mme qu'il et seulement l'air de la connatre8 et quelles preuves1 madame de ,blamont se trouvaient-elles alors1 pour le convaincre8 ,la mort de sa petite fille1 baptise sous le nom de ,claire1 tait constate4 ,monsieur de ,blamont s'tait muni d'une belle et bonne attestation du cur1 et il y avait eu un service de fait au prtendu enfant mort2 la nourrice qui s'tait prte tout1 avait plac vraisemblablement une bche dans la bierre1 enterre au lieu de l'enfant2 pendant que ,claire1 sous le nom de ,sophie1 tait transporte chez ,isabeau par le prsident mme1444 et d'ailleurs trouveraient-on la nourrice du ,pr-,saint-,gervais8 supposer qu'on la retrouva1 avouerait-elle son crime8 tout cela multipliait les difficults1 faisait chanceler les droits de madame de ,blamont2 car1 si elle n'avait pas dans ,claire1 7existante sous le nom de ,sophie1 que nous continuerons de lui donner7 une arme puissante contre son poux2 celui-ci retournant aussi-tt les choses1 s'en trouvait une trs forte contre sa femme2 ds ce moment ,sophie ne devenait plus qu'une malheureuse btarde1 dont il avait eu tous les soins qu'il devait avoir1 et que madame de ,blamont avait sduite1 entrane chez elle1 pour se donner un prtexte chercher des torts son mari1 lui ter le droit o il prtendait1 avec raison1 avoir sur ,aline1 et dont il voulait user pour la donner son ami2 ce qui n'tait plus pour madame de ,blamont1 devenait donc contre l'instant4 ,toutes ces considrations la frapprent2 sa premire pense fut de nous en tenir aux arrangemens pris avec ,isabeau1 imaginant que cette pauvre petite malheureuse serait moins plaindre inconnue1 que chez elle4 ,mais je m'opposai cette manire d'envisager les choses1 et je fis observer1 madame de ,blamont1 que1 si le prsident avait envie de faire des recherches sur ,sophie1 il commencerait assurment par le village de ,berceuil1 et que d'ailleurs l'isolant dans ce bourg obscur1 et dans un tat si au-dessous d'elle1 il lui devenait presqu'impossible de s'en servir alors dcemment et utilement pour repousser les insignes prtentions de d',olbourg4 ,nous convnmes donc que le meilleur parti tait de la garder2 de prendre les plus sres informations sur l'ancienne nourrice de ,sophie1 et de forcer cette crature avouer son crime4 ,cela n'tait ni sr ni ais1 j'en conviens1 mais c'tait nanmoins le seul expdient qui convint aux circonstances4444 ,d'aprs cela c'est toi que nous chargeons de cette importante recherche2 ne nglige rien de tout ce qui peut te la faire faire avec autant de clrit que d'exactitude4--,l'ancienne nourrice de ,claire demeurait au ,pr-,saint-,gervais1 le village n'est pas grand1 les recherches y seront aises2 ce fut l o ,sophie passa les trois premires semaines de sa vie1 chez une paysanne nomme ,claudine ,dupuis1 et c'est dans cette paroisse que le service se fit2 c'est de ce village que le prsident sortit de nuit1 le #af aot #agfb1 ayant la petite fille dans une barcelonnette verte sur le devant1 d'un vis--vis gris1 sans laquais4 ,voil tout ce qu'il faut1 mon cher ,valcour1 pour diriger tes informations2 agis sur-le-champ1 abstraction faite de toute rflexions de ta part4 ,songe que tu ne travailles point ici contre d',olbourg ni contre ,blamont1 mais uniquement en faveur d'une mre dsole qui t'adore1 et qui n'a que toi qui elle puisse confier de tels soins2 nulle sorte de dlicatesse ne saurait donc t'arrter ici2 si tu trouves la femme1 dont il s'agit1 notre avis est que tu emploies les voies de la plus grande douceur1 pour lui faire avouer ce qu'elle a fait1 et que tu tches de la faire convenir de tout1 devant quelques tmoins4 ,si elle refuse d'avouer1 il faudra l'assigner alors en justice2 car1 toute considration doit cder l'importance de constater la lgitimit de ,sophie2 il n'est aucune voie qu'il ne faille employer pour y russir1 puisque c'est de cette lgitimit reconnue que nous attendons tout1 et que c'est en prouvant cette lgitimit d'une part1 et de l'autre le commerce de d',olbourg avec cette fille1 que nous dtruisons tous les projets qu'il a de te nuire4 ,adieu1 presse tes oprations1 instruis nous1 et compte toujours sur l'exactitude de nos soins4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,xxii4 ,aline ,valcour4 ,vertfeuil1 ce #ae septembre4 ,je ne vous cris qu'un mot1 et ,dieu sait dans quelle agitation6 hier au soir tout tait calme1444 nous attendions de vos nouvelles1 ,sophie allait de mieux en mieux2 j'tais entre la meilleure des mres1 et cette chre et infortune soeur que j'aime avec passion2 je les carressais toutes deux4--,cette pauvre ,sophie1 si console de tous ses maux1 si heureuse de sa nouvelle situation mlait ses larmes aux ntres2 ,eugnie1 ,dterville et madame de ,senneval lisaient l'autre bout du salon1 laissant tomber de tems en tems des regards attendris sur le tableau que nous leur offrions3 tout--coup madame de ,senneval1 prs d'une croise donnant sur la cour1 quitte son livre et dit effraye3 j'entends une voiture2 nous prtons l'oreille1 elle ne se trompait pas4444 ,ma mre vole cacher ,sophie dans le cabinet d'une de ses femmes2 peine est-elle redescendue1 qu'une chaise en poste entre effectivement2 on apporte des flambeaux1444 mon ami c'tait 444 mon pre2444 c'tait le cruel d',olbourg2444 ma main tremble en traant ces noms3444 ils arrivent malgr leur promesse 444 quelle en est la cause8 savent-ils que nous avons ,sophie8 que veulent-ils8444 qu'exigent-ils8 ,tout mon sang se trouble4444 ,je n'ai que la force de vous embrasser1 et de donner vle mon billet ,dterville1 qui se charge de vous le faire tenir4 ,postcriptum de ,dterville4 ,je le cachette en diligence parce que les postilions1 qui ont amen ces cruels gens1 vont se charger de le faire passer de main en main1 ce qui te le fera recevoir trois jours plutt2 ne crains rien1 agis2 je les aime mieux ici qu' ,paris1 pendant tes oprations3 les visages ne sont point austres1 et je n'apperois jusqu' prsent que de l'honntet et de la dcence4 ,madame de ,blamont est dans un tat affreux2444 elle s'excuse sur une migraine4 ,madame de ,senneval1 ,eugnie et moi parons tout1 et faisons les frais de tout4--,je vais reprendre le journal1 tu seras instruis de ce qui va se passer1 minute par minute4 ,juste ciel6 si les hommes1 en entrant dans la vie1 savaient les peines qui les attendent2 qu'il ne dpendit que d'eux de rentrer dans le nant1 en serait-il un seul qui voult remplir la carrire6 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,xxiii4 ,dterville ,valcour4 ,vertfeuil1 ce #bj septembre4 ,o ,valcour6 y a-t-il un degr o le vice confondu s'arrte8 existe-t-il un moyen de deviner dans les yeux de l'homme corrompu si ce qu'il dit1 si ce qu'il fait mane vritablement de son coeur1 ou si ses actions1 si ses discours ne viennent que de sa fausset8 ,quels procds peuvent1 en un mot1 nous donner la clef de l'me d'un sclrat1 et comment1 avec l'habitude o il est de feindre1 peut-on distinguer quand il en impose ou non8 ,t'assurer quelque chose de certain sur les suites de ce que j'ai t'apprendre1 jusqu' la solution de ce problme1 est une chose vritablement impossible2 je dirai donc et tu combineras4 ,le #ad1 au soir1 nos voyageurs fatigus s'en tinrent quelques politesses vagues1 des nouvelles1 un excellent souper1 et des lits4 ,de notre part1 le billet que nous t'crivmes1 des craintes1 et point de sommeil4444 ,la vertu se tourmente et s'agite o le vice repose en sret4 ,le #ae1 au matin1 le prsident mena son ami chez ,aline1 elle s'tait leve de trs-bonne heure pour venir glisser sous ma porte1 ainsi que nous en tions convenu la veille1 le billet o j'crivis un mot2 mais elle s'tait recouche4 ,extrmement surprise d'une visite si matinale1 elle rpondit son pre1 7qui s'informait s'il tait jour7 qu'elle tait dsespre de ne pouvoir lui ouvrir2 qu'elle allait sonner1 mais qu'on n'tait pas encore entr chez elle4 ,le prsident1 peu scrupuleux1 insista3 444 quand il s'agit de recevoir un pre et un poux1 dit-il travers la porte1 on ne doit pas y regarder de si prs3 ouvrez ,aline1 et n'ayez nulle crainte4--,en vrit je ne ne puis1 je suis au lit1--qu'importe1 il faut ouvrir1 ma fille1 ou je me fcherai4--,mais la prudente ,aline ne put entendre cette dernire phrase2 enveloppe d'un manteau de lit1 elle s'tait lestement vade par le petit escalier qui communique de sa chambre au cabinet de madame de ,blamont2 et elle tait dj toute allarme sur le pied du lit de sa mre1 quand le prsident peu accoutum de la rsistance1 lorsqu'il annonait des dsirs1 dclarait que si on ne lui ouvrait pas l'instant1 il allait enfoncer la porte2444 il s'y dterminait1 quand une femme de chambre1 promptement envoye vers lui1 proposa de passer dans l'appartement de ,madame1 o le djener allait tre servi4 ,j'ai malheureusement deux libertins reprsenter2 il faut donc que tu t'attendes a des dtails obscnes1 et que tu me pardonnes de les tracer4 ,j'ignore l'art de peindre sans couleur2 quand le vice est sous mon pinceau1 je l'esquisse avec toutes ces teintes1 tant mieux si elles rvoltent2 les offrir sous de jolis dessins1 est le moyen de le faire aimer1 et ce projet est loin de ma tte4 ,l'ambassadrice tait jolie1 bien blanche1 des yeux trs-vifs1 nouvelle dans la maison1 et envoye l parce que ce fut la premire qui se prsenta4 ,le prsident la saisit par la main1 et comme la porte de la chambre qu'il venait d'occuper se trouvait ouverte et peu loigne1 il y pousse cette fille1 suivi de d',olbourg1 et se prpare s'y enfermer2 quand la fringuante soubrette1 devinant le motif1 se dgage1 s'esquive et revient trouver sa matresse2 elle fut bientt suivie de ses deux assaillants2 ils avaient cru sage de paratre aussi tt1 afin que les sujets de plainte1 de celle qui leur chappait1 ne passassent plus que pour des plaisanteries4 ,les ennemis dbusques1 ,aline tait remonte dans sa chambre2 moyennant quoi ces messieurs ne trouvrent que la prsidente4--,vos femmes sont des ,lucrces1 madame1 dit ,blamont en entrant1 en vrit ce sont des vertus romaines1 j'imaginais4444 ,vous savez que je me gne peu sur ces fadaises-l2 quand1 tous les risques de l'ennui de la campagne1 on hasarde de sortir un ami de la ville1 il faut bien le dissiper4444 ,depuis quand avez vous cette fire vestale8444 7et elle tait l7--,elle est bien 444 quel ge avez vous mademoiselle8--,dix-neuf ans monsieur4--,pas mal en vrit2 j'aime ses yeux1 ils disent toutes sortes de choses1--et madame de ,blamont confuse4--,sortez1 sortez ,augustine1 ne voyez-vous pas bien que monsieur se moque de vous4--,mais madame1 vous tes d'une rigueur 444 il semblerait que ce fut un crime1 que l'hommage rendu la beaut4--,ce n'est pas tre difficile4444 ,eh bien6 vous ne vous asseyez pas8444 ma fille vas descendre 444 vous l'avez rveille 444 vous lui avez fait une peur6444 elle tait accourue vers moi4444 ,j'ai ri de ses craintes et l'ai renvoye s'habiller1--s'habiller8444 quelle extravagance2 est-ce qu'on s'habille pour un pre8444 est-ce qu'on se gne la campagne8--,l'honntet est de mode par tout4--,madame raison1 dit d',olbourg 444 pardon madame2 mais si j'en croyais monsieur votre mari1 il me ferait souvent faire des choses4--,oh6 pour le coup je m'asseois1 a dit alors le prsident1 en se laissant tomber dans un fauteuil 444 oui1 je m'asseois1 d',olbourg va prcher1 et il y a long-tems que je suis curieux du sermon d'un fermier-gnral 444 allons poursuis d',olbourg1--j'coute1 analyse nous un peu1 je t'en prie1 les vertus civiles1 les vertus morales 444 oui1 qu'il y ait bien de la vertu dans ton discours2 c'est tonnant comme j'aime la vertu6--,prfrez vous de djeuner ici ou de passer dans le salon1 a interrompu la prsidente8--,mais nous irons o vous voudrez 444 o est ma fille8--,elle achve de se vtir1 et se rendra o l'on lui dira que nous sommes4--,dites lui je vous prie que quand je vais la voir le matin1 avec mon ami1 je ne veux pas qu'elle joue la prude4444--,mais il est des choses de dcence4444--,dcence 444 voil toujours votre mot vous autres femmes6 il y a long-tems que je cherche a pntrer la vraie signification de ce mot barbare1 sans y avoir encore russi2 je l'avoue1 selon vous madame1 les sauvages doivent tre bien indcens2 car1 ils vont tous nuds1 et vous pouvez tre sre que chez les ,californiens1 ou chez les ,ostiages1 quand un pre va voir sa fille1 le matin1 elle ne lui refuse pas sa porte1 sous le ridicule prtexte qu'elle est en chemise4--,monsieur1 a rpondu madame de ,blamont1 avec autant d'amnit que de modestie1 la dcence n'est point idale2 elle peut tre arbitraire2 elle peut tre relative aux diffrens climats1 mais son existence n'en est pas moins relle2 fille du bon sens et de la sagesse1 elle doit rgler nos actions sur nos usages et sur nos sentimens1 et s'il tait de mode d'aller en ,france comme au ,paruguai1 la dcence alors place d'autres devoirs plus essentiels1 n'en serait pas moins respecte4--,oh6 je vous rponds qu'il y a des pays o rien de ce que vous voulez dire ne l'est1 o vos devoirs sont des chimres1 et vos crimes d'excellentes actions4--,ce raisonnement seul vous condamme2 car enfin1 quelques soient les vices du peuple dont vous parlez1 au moins leur en supposez-vous8 et ces vices1 quelqu'ils puissent tre1 il les vitent1 ils les punissent3 voil donc des freins reconnus1 en raison de la sorte de climat ou de gouvernement2 faisant tant que d'tre ns dans celui-ci1 pourquoi n'en pas galement adopter les principes8--,mais c'est qu'il n'y a rien de rel4--,non1 lorsque l'on s'aveugle2 mais je vous rponds que pour moi1 je n'ai besoin1 ni d'argumens1 ni de dissertation pour me convaincre du vritable caractre d'une chose1 pour m'y livrer si elle est bien1 pour la dtester si elle est mal4--,et quel est donc ce guide infaillible8--,mon coeur4--,il n'est point d'organe plus faux1 on en fait ce qu'on veut de son coeur1 et je vous rponds qu' force d'en touffer la voix on parvient bientt l'teindre4--,cela suppose au moins un instant o on l'entendit malgr soi4--,d'accord4--,on a donc t vertueux quand cette voix se faisait comprendre1 on cesse donc de l'tre ds qu'on s'occupe de l'touffer8 le bien et le mal ont donc des diffrences marques que vous dfinissez vous-mmes1 en vous efforant de les anantir8 ,d',olbourg4--,il me semble que madame raison1 il est bien certain que le vice est une chose qui 444 et puis d'ailleurs1 je dis1 il n'y a que la vertu4444 ,le prsident clatant de rire1 ah6 ah6 ah6 ah6 ma foi1 si le logicien d',olbourg s'en mle je suis battu2 allons1 madame1 sauvons-nous3 je vous crains trop avec un tel champion2 allons djeuner3 faites dire ,aline de descendre 444 ,et tout le monde s'est runi dans le salon4 ,aline confuse a paru2 le prsident lui a tenu quelques mauvais propos sur l'histoire du matin1 qui ont achev de la faire rougir1 et madame de ,senneval par ses soins a rendu la conversation gnrale4 ,au dner1 monsieur de ,blamont a contraint sa fille se placer entre d',olbourg et lui1 et il lui a souvent rpt3 ,mademoiselle faites politesse mon ami1 vous tes tous deux ns pour vous connatre bientt plus intimment4 ,ce n'tait pas une petite besogne pour ma belle mre1 et moi1 de rompre tout instant la conversation1 et de la replacer dans les bornes de l'honntet1 dont le prsident1 plus que d',olbourg encore1 cherchait toujours la sortir4 ,en se retirant1 le prsident dclara sa fille qu'elle eut se trouver seule1 le lendemain matin dans sa chambre1 parce qu'il avait quelque chose lui communiquer qui ne pouvait tre entendu que de d',olbourg4 ,les dames cet ordre se sont runies pour le combattre3 en vrit1 monsieur1 a dit madame de ,senneval1 j'ai t marie seize ans1 et jamais mon mari n'a dsir de parler ma fille sans moi2 quelques liens qu'une fille ait avec des hommes1 elle ne peut dcemment les recevoir seule2 dussiez-vous vous en fcher1 vous m'entendrez toujours vous dire1 monsieur1 que rien n'est plus malhonnte que l'ordre que vous donnez ici votre fille1 et qu' la place de madame de ,blamont je ne le souffrirais srement pas4--,depuis vingt ans1 madame1 a rpondu le prsident avec aigreur1 madame de ,blamont fait ce que je veux2 je prononce1 et elle me satisfait2 elle se sent aussi bien de cette condescendance1 qu'elle se trouverait peut-tre mal du procd contraire4 ,je ne me suis jamais inform de ce que monsieur de ,senneval faisait chez vous2 trouvez bon1 madame1 que je prie sa respectable pouse de ne se mler en rien de ce qui se passe chez moi4 ,madame de ,senneval1 qui1 comme tu sais1 n'est ni trs-douce1 ni trs-endurante1 a voulu rpliquer2 mais madame de ,blamont prvoyant une scne1 qu'elle voulait empcher1 a dit1 en sonnant les gens pour qu'on vint clairer3 ,aline vous entendez les ordres de votre pre1 attendez-le demain matin1 leve dans votre chambre l'heure o il lui plaira d'y passer4 ,ds huit heures du matin1 le #af1 les deux amis se sont en effet prsents la porte d',aline2 elle tait leve2 elle tait vtue3 reconnatras-tu l1 mon ami1 la pudeur1 la timidit de cette fille charmante8444 elle ne s'tait pas couche4444 ,hommes affreux6 quel point tes vous devenus mprisables au sein mme de votre propre famille2 puisque la dfiance que vous y inspirez cagage de telles prcautions6 ,dj leve1 a dit monsieur de ,blamont4--,vos ordres sont des loix pour moi4--,je vous demande pourquoi vous tes dj leve4--,ne m'aviez-vous pas dit que monsieur d',olbourg8 ,d',olbourg4--,oh pour moi1 mademoiselle1 ce n'tait en vrit pas la peine de vous gner4 ,m4 de ,blamont4--,il aurait tout autant aim vous trouver au lit que debout1 ne faudra-t-il pas qu'il vous y voie bientt4 ,aline1--j'avais imagin1 mon pre1 que vous aviez quelque chose me dire8--,comme elle est faite1 a dit monsieur de ,blamont1 en embrassant de ses deux mains la taille d',aline1 as-tu jamais rien vu de pris comme cela8 ,comment6 vous avez un corps la campagne8--,je ne le quitte jamais4--,mais pour ce mouchoir1 a poursuivi ,blamont1 en le faisant voler d'une main sur le lit1 et captivant sa fille de l'autre1 pour ce mouchoir1 vous nous en ferez grce4--,et ,aline confuse et dsole1 croisant ses mains sur sa poitrine3 oh6 mon pre1 est-ce donc l ce que vous avez me dire8--,mademoiselle permettez1 a dit d',olbourg1 en cartant une des mains1 dont ,aline cherchait cacher ce que son pre venait de dcouvrir1444 permettez1 monsieur votre pre trouve bon que je regarde tout ceci comme mon bien1 et il est assez judicieux pour ne vouloir pas conclure le march que je n'aie reconnu s'il n'y a point de fraude 444 ces bagatelles l se voyent sans difficult2444 bon si c'tait 444 mais pour cela 444 nous en voyons tant4444 ,o vous de qui je tiens la vie6 s'est crie ,aline1 en s'chappant avec rapidit1 n'imaginez pas que mon respect et mon obissance aillent jusqu' trahir mon devoir1 et puisque vous oubliez le votre tel point1 il m'est permis de ne plus entendre des sentimens que vous ne voulez plus mriter1 et l'clair est moins prompte dvancer la foudre1 que ne l'a t cette tendre et honnte crature se jeter dans le cabinet de sa mre2 elle y est arrive en larmes2 elle s'est prcipite sur les genoux de cette mre adorable2 elle l'a conjure de l'emmener au convent2 elle lui a dit que le dsespoir l'aveuglait1 qu'elle ne rpondait pas d'elle1 et aprs quelques mots de consolation1 madame de ,blamont la laissant ,eugnie et madame de ,senneval1 est venue trouver son mari4 ,son rle ici devenait d'autant plus difficile1 qu'elle frmissait pour ,sophie1 elle n'avait point encore pris de parti dcid1 quoiqu'elle pressentit bien l'objet du voyage2 elle n'osait pourtant pas s'en informer1 elle attendait que son poux s'expliqua le premier2 sa timidit naturelle1 les circonstances1 tout l'obligeait des mnagemens2 elle se contint donc1 et trouvant les deux amis confondus de la fuite soudaine d',aline2 elle demanda doucement monsieur de ,blamont ce qu'il avait donc fait sa fille1 pour l'avoir rduite aux larmes qu'elle rpandait grands flots8 ,blamont un peu confus de son ct1 et ne croyant pas que ce ft encore l le moment de parler1 sourit1 plaisanta1 et dit que sa fille s'tait effraye d'une trs-innocente caresse que d',olbourg avait voulu lui faire4 ,tout s'appaissa1 ,augustine qui vint avertir que le djener tait prt1 fit diversion1 et le prsident pria sa femme de rassurer ,aline1 de lui dire qu'elle pouvait paratre et qu'elle n'prouverait plus rien qui put la fcher4 ,madame de ,blamont se retira1 et ,augustine1 qui arrangeait quelque chose1 se retrouva par ce moyen tte--tte avec nos deux hros4 ,les dtails de cette seconde scne n'ont pu venir notre connaissance2 mais les suites ne nous les ont que trop appris4 ,augustine blouie par l'or1 fut sans doute moins cruelle que la veille2 ce qu'il y a de certain1 c'est que ces messieurs ne parurent point au djener1 qu'on ne trouva plus ,augustine de tout le jour1 et qu'elle disparut le lendemain4 ,il y a des choses trs-dsagrables qui quelquefois deviennent heureuses dans les circonstances1 cet vnement-ci est du nombre2 il calma du moins nos libertins1 et tout le reste du jour fut tranquille4 ,mais sitt que le dix-sept au matin1 on se fut apperu du dpart d',augustine1 l'inquitude de madame de ,blamont fut trs-vive2 elle pouvait avoir parl de ,sophie1 quoique ce ne fut pas elle que l'on l'eut confie1 elle savait de l'histoire tout ce qu'on n'en avait pu cacher dans la maison2 n'en tait-ce pas beaucoup trop1 si elle avait t indiscrte8 ,dans cette affreuse perplexit1 la prsidente se dcida donc demander son mari1 ce qu'il avait pu faire de cette fille1 et quelle tait la cause de son vasion8 ,elle le piqua mme un peu1 pour dcouvrir s'il ne savait rien sur ,sophie1 mais les rponses de l'poux1 en rassurant madame de ,blamont sur ses craintes1 la convainquirent que sa femme de chambre tait dbauche1 et que cette malheureuse allait attendre ,paris1 les effets de la libralit de ses sducteurs2 et les nouvelles preuves de leur fantaisie pour elle4 ,il y avait eu la veille1 et toute une partie de ce jour1 un trs-grand embarras entre le pre et la fille2 celle-ci avait fort dsir de rester dans sa chambre2 nous l'avions dtourn de ce projet1 elle avait paru comme l'ordinaire1 et en avait t quitte pour un peu de rougeur4 ,dans cette journe du dix-sept1 le prsident toujours trs-empress de se trouver seul avec ,dolbourg et ,aline1 proposa une promenade dans le bois1 que toute la compagnie drangea1 quand on eut vu que1 par l'art avec lequel il avait distribu les courses et les voitures1 ,aline1 au fond de la fort1 se trouvait entre ses deux perscuteurs4 ,voyant ses plans manqus1 le prsident dit qu'il voulait aller courir le bois1 seul avec son ami2 ce dernier projet s'excuta1 et on ne les vit plus qu' souper4 ,nous n'avions pas boug du chteau1 pendant cette absence1 et je venais de russir enfin1 dterminer madame de ,blamont rompre la glace2 ce n'tait pas sans peine1 mais une explication devenait pourtant ncessaire2 le prsident ne disant mot1 pouvait avoir le projet sourd d'enlever sa fille1 il ne fallait pas se contenter d'tudier sa conduite1 il fallait observer ses desseins1 je dcidai donc un claircissement pour le lendemain sans faute1 et je prparai tout1 dans la vue de donner la scne le pathtique que j'y supposais ncessaire1 afin d'mouvoir1 s'il tait possible les ressorts de cette me fltrie2 il est temps de te dtailler cet vnement1 qui se passa dans le second sallon1 o existe gauche un petit cabinet crire1 dans lequel j'avais fait cacher ,sophie prvenue4 ,le chocolat pris1 on vint dans le sallon que je t'indique1 et madame de ,blamont dbuta ainsi3 convenez1 monsieur1 que vous me donneriez1 si j'tais mchante1 de bien justes sujets de me plaindre de vos procds8 ,m4 de ,blamont1 en quoi donc8 ,madame de ,blamont1 que signifie cet enlvement8 ,l'asyle de votre famille ne devrait-il pas tre respect8 ,m4 de ,blamont1 eh bien6 tu vois d',olbourg1 les semances que tu m'attires1 je n'ai travaill que pour toi1 et me voil grond comme si j'tais le dlinquant4 ,m4 ,dolbourg1 euss-je os me rendre coupable d'un tel genre d'offense1 si tu ne le partageais pas8 ,madame de ,blamont1 oh6 je suis fort console d'une telle perte2 ,madame de ,senneval1 le dsordre des moeurs de cette crature doit vous laisser peu de regrets4444 ,deux hommes maris6 ,m4 de ,blamont1 le sacrement fait bien peu de chose cela2 je ne dis pas que1 pris comme il le faut1 il ne puisse embrser quelquefois la tte1 mais1 en vrit1 il ne la calme jamais2 d'ailleurs1 ,dolbourg n'a plus de biens1 c'est le plus heureux des hommes1 il en est dj son troisime veuvage4 ,madame de ,senneval1 je croyais monsieur1 mari4 ,m4 de ,blamont1 mais je me flatte que dans quatre jours1 ce ne sera plus une prsomption4 ,madame de ,blamont1 monsieur s'occupe donc de nouveaux noeuds8 ,m4 de ,blamont1 voil une bonne ignorance1 est-ce mystre8 est-ce fausset8 ,madame de ,blamont1 ce sera ce que vous voudrez1 mais je ne connais rien de si simple que d'ignorer les desseins de gens qu'on voit peine4 ,m4 de ,blamont1 la connaissance se fera1 et quant l'intrt que vous y devez prendre1 j'arrange difficilement que vous puissiez le dguiser1 aprs ce que vous savez sur cela4 ,madame de ,blamont1 il y a des choses qui se disent cent fois1 sans qu'on puisse les comprendre une seule4 ,m4 de ,blamont1 soit1 mais quand elles se font1 au moins on ne les ignore plus4 ,madame de ,blamont1 vous embrouillez1 au lieu d'claircir1 je voulais une solution1 et vous me proposez une nigme4 ,m4 de ,blamont1 ah6 parbleu1 je suis prt vous donner le mot de celle-ci4 ,madame de ,senneval1 nous serons tous charms de l'entendre4 ,m4 de ,blamont1 eh bien6 c'est que je donne ma fille monsieur1 voil tout le mystre4 ,aline1 mon pre1 avez-vous rsolu de me sacrifier ainsi8 ,m4 de ,blamont1 j'ai rsolu de vous rendre heureuse1 et je connais assez le caractre de monsieur1 pour tre sr qu'il doit avoir tout ce qu'il faut pour y parvenir4 ,madame de ,blamont1 mais dans une pareille cause1 qui peut mieux juger qu'elle-mme1 si elle vous assure que malgr les qualits de monsieur1 il lui est impossible de trouver le bonheur avec lui1 quelle objection pourrez-vous faire alors8 ,m2 de ,blamont1 que ce qui ne vient pas un jour1 arrive l'autre2 il ne s'agit pas de savoir si ma fille doit se croire heureuse dans le mariage que je propose1 il n'est seulement question que de se convaincre que l'homme que je lui destine a tout ce qu'il faut pour la rendre telle4 ,madame de ,blamont1 oh6 monsieur1 pouvez-vous raisonner ainsi8 ,m4 de ,blamont1 que voulez-vous que j'oppose vos caprices1 quand mon intention n'est pas d'y cder8 ,madame de ,blamont1 ne dites donc plus que vous voulez le bonheur de votre fille4 ,m4 de ,blamont1 partir de l'tat actuel de nos moeurs1 une fille me fait rire1 quand elle dit qu'elle craint de ne pas trouver le bonheur dans les noeuds de l'hymen1 et qui la force de le chercher l8 ,un poux1 de l'ge de mon ami1 ne demande que quelques gard 444 quelques assiduits 444 quelques observances de pratique1 et ces misres l remplies1 si sa femme imagine pouvoir trouver mieux ailleurs 444 eh bien6 il ferme les yeux2 quel serait l'homme assez tyran1 pour se scandaliser de voir chercher sa femme un bien1 qu'il est hors d'tat de lui faire8 ,madame de ,blamont1 mais si les moeurs sont dpraves1 croyez-vous que toutes les femmes le soient8 ,m4 de ,blamont1 cette dpravation n'est qu'idale1 le dlit n'est relatif qu'au mari1 il devient nul1 ds que l'poux le tolre ou le nie2 du moment qu'il ne s'oppose rien1 sous de certaines clauses purement physiques1 quel peut tre le crime de la femme8 ,madame de ,senneval1 j'estimerais bien peu l'poux qui ferait avec moi de tels arrangemens4 ,m4 de ,blamont1 l'estime 444 l'estime1 voil encore un de ces sentimens chimriques qui ne s'arrange pas ma philosophie1 qu'est-ce que l'estime8444 ,l'approbation des sots1 accorde aux sectateurs de leurs petits vilains prjugs 444 tyranniquement refuse l'homme de gnie qui les fronde2 dites-moi1 je vous prie1 comment vous voulez qu'on soit jaloux de mriter un tel sentiment8 pour moi1 je ne vous le cache pas1 mais l'homme du monde que j'aime le mieux1 est celui qu'on estime le moins1 et ce sera toujours celui de tous1 qui je supposerai le plus d'esprit4444 ,eh6 non1 non1 ce n'est point un tel fantme qui compose la flicit1 jamais l'homme sage ne place la sienne dans ce que les autres peuvent lui donner ou lui ravir au plus lger mouvement de leurs caprices2 il ne la met que dans lui-mme1 dans ses opinions1 dans ses gots abstraction faite de toute considration ultrieure4 ,eh6 laissons-l toutes ces jouissances illusoires1 croyez-moi1 un poux riche1 doux1 complaisant1 qui n'exige jamais que ce qu'on peut lui donner1 qui fait grce entire du mtaphysique1 voil l'homme qui peut rendre une femme heureuse1 s'il n'y russit pas1 mesdames1 en vrit1 je ne vois plus ce qu'il vous faut4 ,madame de ,blamont1 simplifions1 monsieur1 car vos analyses sont trop loin de nos principes1 pour que nous puissions jamais nous accorder2 tenons-nous en donc au fait4 ,aline1 croyez-vous que l'hymen que vous propose votre pre1 puisse vous rendre heureuse8 ,aline1 je suis si loin de le croire1 que je demande pour toute grce mon pre1 de me percer plutt mille fois le coeur que de me captiver sous de tels noeuds6 ,m4 de ,blamont1 ah6 voil vos leons1 madame1 voil vos prceptes1 si j'avais bien fait1 vous n'auriez point lev cet enfant4444 ,soustraite vous ds sa naissance1 n'ayant jamais connu qu'un clotre1 loigne de vos indignes prjugs1 elle n'aurait pas trouv de rponse1 quand il eut t question de m'obir4 ,madame de ,blamont1 un enfant ds le berceau1 soustrait sa mre1 n'en arrive pas plus srement au bonheur4 ,m4 de ,blamont1 mu et balbutiant1 son esprit ne se drange pas au moins par de mauvais principes4 ,madame de ,blamont1 mais ses moeurs se pervertissent au sein de l'infamie1 et celui qui devrait tre le protecteur de son innocence1 est souvent celui qui la corrompt4 ,m4 de ,blamont1 en vrit1 voil des propos4444 --,viens1 ,sophie1 a poursuivi avec chaleur madame de ,blamont1 en ouvrant la porte du cabinet1 viens les expliquer toi-mme ton pre1 viens te prcipiter ses genoux1 viens lui demander pardon d'avoir pu mriter sa haine1 ds le premier jour de ta naissance1--puis s'adressant rapidement ,dolbourg1 et vous1 monsieur1 oserez-vous enfoncer plus avant le poignard dans le coeur d'une malheureuse mre1 oserez-vous dsirer pour votre femme1 l'une de ses filles1 aprs avoir fait votre matresse de l'autre8 ,puis saisissant l'embarras de son poux1 aux pieds duquel tait ,sophie1 laissez parler votre coeur1 monsieur1 tout est su1 ne refusez plus d'ouvrir vos bras cette malheureuse ,claire que vous m'enlevtes au berceau1 la voil1 monsieur1 la voil1 victime de vos procds1 trompe sur sa naissance1 qu'elle ne voie pas toujours en vous le corrupteur de ses jeunes annes1 et montrez-lui le coeur d'un pre1 pour lui faire oublier son bourreau4 ,illustration3 ,viens1 ,sophie 444 viens demander pardon ton pre d'avoir pu mriter sa haine ds le premier jour de ta naissance4 ,c'est ici1 mon ami1 que l'art de la plus profonde sclratesse1 est venu disposer les muscles de la physionomie de ces deux indignes mortels1 c'est ici que nous avons pu nous convaincre que l'me d'un libertin n'a pas une seule facult qui ne soit aux ordres de sa tte1 et que tous les mouvemens de la nature cdent dans de tels coeurs1 la perfide corruption de l'esprit4 ,oh6 ma foi1 madame1 a dit le prsident1 avec le plus grand flegme1 et repoussant ,sophie de ses genoux1 si ce sont l les armes dont vous voulez me battre1 en vrit1 vous ne triompherez pas 444 et s'loignant encore plus de ,sophie--par quel hazard cette crature est-elle ici8444 ,te serais-tu dout1 ,dolbourg1 que la maison de madame servit d'asyle nos catins8--,oh ma chre6 n'espre plus rien de cet homme atroce1 a dit madame de ,senneval furieuse2 celui qui repousse la nature avec tant de duret1 n'est plus qu' craindre pour toi4 ,vole implorer les lois1 leur temple est ouvert tes plaintes1 on n'eut jamais tant de sujets d'en porter1 on n'eut jamais tant de droits a des secours4444 ,moi1 plaider contre ma femme1 a rpondu ,blamont1 avec l'air de la douceur et de l'amnit 444 tourdir le public de dissentions aussi minutieuses que celles-ci 444 c'est ce qu'on ne verra jamais 444 puis1 s'adressant moi1 ,dterville1 a-t-il ajout1 faites retirer les jeunes personnes1 je vous prie1 revenez ensuite1 j'expliquerai l'nigme1 mais je ne le veux que devant ces deux dames et vous4 ,sophie dsole1 ,aline et ,eugnie ont passes dans l'appartement de madame de ,blamont1 et sitt que j'ai reparu1 le prsident nous ayant pri de nous asseoir et de l'entendre1 nous a dit que1 jamais cette ,sophie ne lui avait appartenu par aucuns noeuds1 que l'ide de cette alliance tait absurde2 il est convenu de l'enfant qu'il avait eu de la ,valville1 convenu du dsir qu'il avait form d'en substituer un autre celui-l1 pour se conserver les droits que leur perfide convention lui donnait sur la fille naturelle de son ami2 il a ajout que la mort trs-effective de sa fille ,claire1 l'ayant attir au ,pr ,saint-,gervais1 o elle tait en nourrice1 aprs avoir rendu les derniers devoirs cette petite fille1 il avait imagin de s'arranger l1 de quelque1 joli enfant qu'il put mettre la place de celui qu'il avait eu de la ,valville1 et que la petite fille de la nourrice1 positivement de l'ge qu'il fallait1 lui ayant convenu1 il l'avait paye cent louis la mre1 et transport en consquence lui-mme au village de ,berceuil1 o elle avait t leve jusqu' treize ans1 mais qu'il n'avait dans tout cela d'autre tort1 que d'avoir voulu tromper son ami1 jamais ceux d'avoir corrompu sa propre fille1 ou soustrait celle de sa femme2 ensuite il nous a demand par quels moyens cette fille se trouvait ,vertfeuil4 ,madame de ,blamont1 toujours tendre1 toujours honnte et sensible1 croyant reconnatre quelque sincrit dans ce qu'elle entendait1 et prfrant de renoncer au plaisir de retrouver sa fille1 la ncessit de voir son mari coupable de tant de crimes1 si ,sophie lui appartenait effectivement1 n'ayant d'ailleurs rien de positif objecter1 puisque tu n'avais encore rien clairci4444 ,madame de ,blamont1 dis-je1 a tout avou de bonne foi4444 ,le prsident s'est jett dans les bras de sa femme et l'embrassant avec la plus extrme tendresse1--non1 non1 ma chre amie1 lui a-t-il dit 444 non1 nous ne nous brouillerons pas pour une telle chose1 je suis coupable de quelques travers1 sans doute1 ma faiblesse pour les femmes est affreuse1 je ne puis m'en cacher1 mais une erreur n'est pas un crime1 et je serais un monstre si j'avais commis ce dont vous m'accusez4 ,rien de plus certain que la mort de votre fille1 je suis incapable d'avoir pu vous tromper1 jusqu' supposer cette mort1 si elle n'eut t relle1 ,sophie est fille d'une paysanne1 elle est fille de la nourrice de votre ,claire1 mais elle ne vous appartient nullement1 je suis prt vous le jurer en face des autels1 s'il le faut1 la ressemblance est singulire1 je l'avoue1 il y a long-temps que j'ai observ les traits qui rapprochent ,sophie de votre ,aline1 mais ce n'est qu'un jeu de la nature1 qui ne doit pas vous en imposer4444 ,que le sceau du raccommodement1 a-t-il poursuivi1 en serrant les mains de sa femme1 soit donc ma chre amie1 l'accord certain des dlais que vous demandez pour ,aline4 ,le mariage que j'exige ferait mon bonheur1 cependant vous m'avez demand du temps pour l'y disposer1 je vous donne jusqu' votre retour ,paris1 ainsi que nous en tions convenus d'abord1 mais qu'elle accepte aprs1 j'ose vous le demander en grce1 que la crainte d'un crime ne soit pas sur-tout ce qui vous retienne1 ,dolbourg a pu tre l'amant de ,sophie1 mais je vous proteste qu'il ne l'a jamais t de la soeur d',aline1 il n'y a pas de preuve que je ne puisse vous en donner1 pas de serment que je ne puisse vous en faire2 jouissez en paix avec vos amis du temps que je vous laisse pour dterminer ma fille1 ce qui fait le but de mes voeux1 je les conjure de vous aider obtenir d'elle ce que j'en attends1 et d'tre bien certains que c'est son bonheur seul qui m'occupe4 ,madame de ,blamont qui croyait tout avoir en gagnant du temps pour ,aline 444 qui l'obtenait1 qui ne pouvait dtruire les assertions de son mari1 ou qui n'avait leur opposer que celles de la ,dubois1 que rien ne semblait devoir faire prfrer celles du prsident 444 qui1 mre ou non de ,sophie1 se trouvait toujours en situation de lui faire du bien1 trouva dans son coeur la rponse que lui dictaient nos yeux2 elle convainquit son poux de la foi qu'elle accordait aux discours qu'il venait de lui tenir1 et ajouta que1 puisque le ciel avait fait tomber cette ,sophie dans ses mains1 elle demandait en grce que l'on la lui laisst4 ,dolbourg1 elle ne mrite pas le bien que vous voulez lui faire1 j'ai vcu cinq ans avec elle1 je dois la connotre et je la connois bien1 croyez que je serais indigne de l'honneur o je prtends de devenir un jour votre gendre1 si j'avais mal trait cette fille comme elle l'a t1 sans qu'elle m'en eut donn les plus graves sujets4 ,peut-tre ai-je trop cout ma colre1 mais soyez sre qu'elle tait coupable4 ,madame de ,blamont1 on nous a fort assur que non4 ,dolbourg1 ah6 je le vois1 madame1 ,sophie n'est pas tombe seule en vos mains1 et cette crature horrible qui couvrait et servait ses dsordres1 y est1 sans doute1 galement4 ,madame de ,blamont1 il est vrai que j'ai vu la ,dubois4 ,le ,prsident1 aucune imposture ne nous tonne -prsent1 voil celle qui vous a induit en erreur sur les objets dont il s'agit2 mais ne la croyez en rien si vous voulez connotre la vrit1 nulle femme au monde ne la dguise avec tant d'art1 nulle n'est capable de porter aussi loin le mensonge et l'atrocit4 ,madame de ,blamont1 et qu'est devenue cette autre petite crature que toutes deux conviennent avoir t la matresse de mon mari et la fille de monsieur8 ,le ,prsident1 mu1 ce qu'elle est devenue8 ,madame de ,senneval1 oui4 ,le prsident1 eh bien6 mais rien de plus simple1 elle tait aussi coupable que ,sophie 444 coupable du mme genre de tort 444 ,dolbourg a puni l'une de sa main1 voulant galement punir l'autre 444 elle m'est chappe 444 je ne vous cache rien moi1 vous voyez ma sincrit 444 c'est le coeur d'un enfant4 ,madame de ,blamont1 oh1 mon ami1 voil donc o entrane le libertinage6 que de chagrins1 que d'inquitudes suivent toujours ce vice pouvantable2 ah6 si le bonheur eut t moins vif dans votre maison1 croyez au moins qu'entre votre ,aline et moi1 il eut t mille fois plus pur4 ,m4 de ,blamont1 laissons mes torts1 il me faudrait des sicles pour les rparer1 l'impossibilit d'y russir me porterait au dsespoir1 qu'il vous suffise d'tre bien sr que je ne les aggraverai plus4444 ,et des larmes ont chappes des yeux de la crdule madame de ,blamont4--,au dfaut du bonheur rel1 la certitude de ne plus voir augmenter ses maux1 est une consolation pour l'infortune2 accordez-moi la grce entire1 a dit cette malheureuse pouse en pleurs1 ne pensez plus cet himen disproportionn4 ,le ,prsident1 j'ai des engagemens que je ne puis rompre1 vous ignorez leur degr de force1 je ne suis plus matre de ma parole1 ,dolbourg lui-mme ne saurait m'en dgager1 cependant je puis vous accorder des dlais1 il ne s'y refusera pas1 son me est trop dlicate pour prtendre la main d',aline sans la mriter1 deux mois1 trois mois1 s'il les faut1 je vous les donne 444 mais vous devriez nous rendre cette ,sophie1 vous devriez nous permettre qu'elle fut traite comme elle le mrite4 ,madame de ,blamont1 son malheur lui assure des droits ma piti 1 elle m'est chre ds qu'elle souffre 444 elle ne peut plus vous offenser1 laissez-la moi1 elle est jeune1 elle peut se repentir 444 elle se repent dj1 vous la feriez entrer au convent par force1 je la dterminerai de bonne grce au mme sacrifice1 et vous serez galement veng4 ,le ,prsident1 soit1 mais dfiez-vous de sa douceur1--craignez des vertus qu'elle n'adopte1 que pour voiler l'me la plus tratresse4 ,dolbourg1 il n'est aucune espce de tort qu'elle n'ait eue avec nous4 ,le ,prsident1 elle en a eue qui aurait mrit l'attention mme des lois4 ,l'enfant dont elle tait grosse n'tait srement pas de mon ami1 elle nous volait pour son amant1 elle est capable de tout2 cette seconde fille dont vous venez de nous parler1 ne nous trompait que par ses instigations1 elle sduit1 elle impose1 elle joue le sentiment et ce n'est que pour en venir des fins toujours criminelles comme son coeur4 ,madame de ,blamont1 mais il n'y a sorte de bien que n'en ait dit la femme qui l'levt4 ,dolbourg1 cette femme ne l'a connue qu'enfant1 et c'est ,paris1 c'est avec la ,dubois qu'elle s'est pervertie1 ne gardez pas ce serpent1 croyez-moi1 madame1 vous en auriez bientt des regrets4--,voyant madame de ,blamont prte faiblir1 je la fixai1 elle m'entendit1 elle tint ferme1 allgua la charit et la religion qui l'obligeait ne point abandonner cette malheureuse1 aprs lui promis sa protection1 et les deux amis n'osrent plus insister sur l'envie qu'ils avaient de la ravoir2 la paix fut donc conclue1 aux conditions qu'il ne s'agirait plus d'aucuns reproches de part et d'autre1 que ,sophie resterait madame de ,blamont et qu'on accorderait ,aline jusqu' l'hiver1 pour se dcider au mariage qu'on exigeait d'elle4 ,j'ose vous demander encore au nom de l'honntet et de la dcence1 a dit madame de ,blamont1 de ne point abuser de cette malheureuse que vous avez sduite hier chez moi2 en vrit1 a rpondu le prsident1 pour le crime1 il n'est plus temps 444 il est commis 444 tant d'envie de cder 444 si peu de rsistance 444 tout cela ne devrait pas vous donner des regrets2--ne la gardez pas au moins1 placez-l 444 elle peut redevenir honnte 444 qu'elle ne trouve pas dans vous1 l'appui certain de ses dsordres4--,eh bien6 ,je vous le jure4444 ,allons1 qu'on appelle ,aline 444 ,eugnie1 et puisque nous n'avons plus que vingt-quatre heures rester ici1 que les plaisirs y remplacent les chagrins1 et qu'on n'y voye plus que de la joie4 ,madame de ,blamont a t chercher elle-mme sa fille1 elle ne s'est point explique devant ,sophie1 qu'eut-elle pu lui dire dans l'tat d'incertitude o tout tait1 elle l'a caresse1 console1 elle l'a remise entre les mains de ses femmes1 et la tranquillit s'est rtablie2 jusqu'au lendemain au soir1 les choses ont toujours t de mieux en mieux1 et le vingt au matin1 les deux amis1 le front calme1 bien plus peut-tre que leurs coeurs1 sent repartis en comblant d'loges et d'amitis tous les habitans du chteau4 ,que penses-tu maintenant de ceci1 mon cher ,valcour1 devons-nous croire8444 devons-nous douter8444 ,madame de ,blamont lasse de malheurs1 saisit avec avidit l'illusion qu'on lui prsente1 c'est un moment de repos dont elle veut jouir2 son me honnte a tant de plaisir supposer ses vertus dans les autres2 sa chre fille lui ressemble2 toutes deux se livrent au plus doux espoir1 ,eugnie le partage1 parce qu'elle est bonne et sensible1 comme son amie2 il n'y a d'incrdules que madame de ,senneval et moi1 mais nous le sommes1 je l'avoue4 ,ce retour nous parat bien prompt2 il est rendu si ncessaire par les circonstances que nous croyons qu'il ne dpend absolument que d'elles1 c'est au temps nous dtromper 444 et d'ailleurs1 qu'a promis le prsident8444 quelques mois de dlais1 en est-ce assez pour se flatter8 et quand ces dlais seront expirs1 quand il aura eu le temps de revenir du petit moment de confusion1 dont il a t altr par tout ceci1 ne redeviendra-t-il pas tout aussi pressant8 ,cependant1 nous sommes convenus1 ma belle-mre et moi1 de supprimer nos rflexions nos amies1 elles ne serviraient qu' troubler leur moment de calme4 ,s'il doit tre rel1 ce calme o nous ne croyons pas1 pourquoi leur montrer nos craintes1 si elles ont tort de s'y livrer1 c'est un beau songe dont il faut leur laisser la jouissance4 ,nous ne pouvons parer rien1 aucun vnement ne dpend de nous1 quoi nos doutes serviraient-ils8 quel besoin de les leur faire voir2 je ne les hasarde donc qu'avec toi4 ,presse tes claircissemens sur ,sophie1 beaucoup de choses tiennent cela1 s'ils nous ont induits en erreur sur cet article1 ils nous ont tromp sur-tout le reste1 alors ils mditent quelques horreurs1 ils n'accordent du temps que pour y russir1 et dans ce cas1 nous devons dissiper l'illusion4 ,s'ils ne nous en ont pas impos sur ,sophie1 et que les mensonges viennent de la ,dubois2 s'il est rel1 ce que je ne puis croire1 que cette jeune ,sophie ait tous les torts qu'ils lui prtent 444 en un mot1 s'ils ont dit vrai1 alors je m'crierai plein de joie1 que telle est l'influence de la vertu1 qu'il est des momens o le vice absorb devant elle1 est contraint s'humilier1 se confondre1 demander grce et disparatre 444 mais sont-ce des vices chris qui peuvent flchir de cette manire 444 des vices nourris depuis autant d'annes 444 non 444 peut-tre cderait ainsi la fougue de la jeunesse ou l'erreur du moment1 mais jamais le crime vieilli et soutenu par des ides3 le plus grand malheur de l'homme est d'tayer ses travers de ses systmes1 une fois qu'il s'en est form d'assez srs pour lgitimer sa conduite1 tout ce qui la condamnerait dans le coeur d'un autre1 la fixe jamais dans le sien2 voil ce qui rend les torts des jeunes gens de peu d'importance1 ils n'ont fait que choquer leurs maximes1 ils y reviennent1 mais ce n'est que par rflexion que pche l'homme mur1 ses fautes manent de sa philosophie1 elle les fomente1 elle les nourrit en lui1 et s'tant cr des principes sur les dbris de la morale de son enfance1 ce sont dans ces principes invariables qu'il trouve les lois de sa dpravation4 ,quoiqu'il en soit1 tout est tranquille2 nous avons au moins jusqu' l'hiver1 a dit madame de ,blamont1 le lot de l'infortune est de jouir du prsent1 sans s'inquiter de l'avenir1 et quels momens seraient pour elle1 si ct des tourmens qui l'accablent sans cesse1 elle n'avait au moins pour jouissances1 celles que lui laisse l'illusion4 ,ce que nous appelons le bonheur1 nous autres malheureux1 me disait-elle hier1 n'est que l'absence de la douleur1 quelque triste que soit cette misrable situation1 que nos amis nous la laissent goter4 ,quant ,sophie1 elle a toujours ses mmes droits1 jusqu' l'claircissement1 fonds ou non1 il serait trop dur de les lui ravir1 et la cruaut ne peut natre dans une me comme celle de notre amie4 ,si quelque chose pourtant trouble un peu cette respectable femme1 c'est le silence affect qu'on a gard sur toi 444 est-il naturel8 un des motifs du voyage n'est-il pas au contraire de s'informer si tu n'a point paru8 ,quelques questions faites dans la maison et qu'on nous a rendues sur-le-champ1 prouvent que ces claircissemens entraient dans leurs vues4--,pourquoi donc s'est-on tt devant nous8 pourquoi mme1 l'poque du raccommodement n'en pas tre ouvertement convenus8 ne voil-t-il pas du louche dans la conduite du prsident8 nous sommes srs d'ailleurs qu'il a tenu jusqu'au dernier instant au dsir de ravoir ,sophie2 on l'a cherch dans le chteau2 on a tach de s'introduire dans la chambre o l'on l'a souponnait renferme3 un homme adroit du prsident a t aux aguets tout le jour qui a prcd celui de leur dpart2 voil donc encore du mystre dans les dmarches de cet poux1 qui parat repentant4 ,madame de ,blamont sait tout cela2 elle dit que le dsir de ravoir ,sophie1 si effectivement elle n'est pas sa fille1 est indpendant de ce qui concerne ,aline et elle2 qu'il est tout simple1 si ,sophie ne lui est rien1 qu'il veuille se venger d'une crature1 qui1 selon lui1 a tant de tort2 sans que cela prouve qu'il veuille affliger sa femme et faire le malheur de sa fille4444 ,je n'ose rien rpliquer1 mais je n'en rflchis pas moins2 je n'en redoute pas moins que tout ceci ne soit qu'une lthargie1 dont le rveil sera peut-tre terrible4444 ,adieu1 fais comme moi1 cris1 console1 et ne trouble rien1 moins que les claircissemens ne t'y forcent2 tout dpend des lumires que nous attendons de toi4444 ,mais si cet homme perfide a t assez adroit pour allier le mensonge la vrit6 pour donner l'un toute l'apparence de l'autre4444 ,s'il veut tromper ces deux respectables femmes 444 s'il veut les rendre ternellement malheureuses3 oh6 mon ami1 je dirai alors que le ciel est injuste2 car1 il ne cra jamais des tres auxquels il dt autant de bonheur2 jamais deux cratures qui le mritassent aussi bien1 si cette manire d'exister est l'apanage de ceux qui sont vertueux et sensibles1 si elle est due1 ceux qui savent si bien l'a rpandre sur tout ce qui les environne4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,xxiv4 ,valcour ,dterville ,paris1 ce #bb septembre4 ,je reus le quatorze1 mon cher ,dterville1 la lettre o tu me recommandais les dmarches du ,pr-,saint-,gervais1 et quelqu'ayent t mes diligences1 ce ne fut pourtant qu'hier qu'il me devint possible de russir4 ,o6 mon ami1 quelle intressante tude nous fournit1 chaque jour1 le coeur de l'homme1 et comment nier l'influence de la divinit sur lui1 quand on voit avec quelle fatalit celui qui tend des piges s'y prend presque toujours le premier1 et comme le vice1 toujours en opposition avec lui-mme1 se perce avec les traits dont il veut frapper la vertu4 ,le prsident est coupable dans le coeur1 et ne l'est pas dans le fait2 il en impose odieusement sa femme2 il la trompe avec la plus insigne fausset1 et pourtant il ne lui ment pas4 ,daigne me lire avec attention1 et mon nigme va se dvelopper4#f ,je me transportai1 le #ae1 au village indiqu1 et ayant descendu dans une auberge1 je demandai historiquement1 si le cur tait un honnte garon1 s'il tait aim de ses paroissiens2 si c'tait un individu sociable3--c'est un homme intgre1 m'assura-t-on1 vieux1 et depuis vingt-cinq ans en possession de sa cure4 ,si vous avez affaire lui1 vous en serez content4--,oui vraiment1 dis-je1 celui qui me parlait2 j'ai quelque chose communiquer ce pasteur2 et puisque vous tes assez officieux pour m'instruire1 soyez-le encore assez1 je vous prie1 pour aller lui demander1 si un honnte bourgeois de ,paris ne l'incommoderait pas1 en lui demandant une audience8444 ,mon homme partit1 et la rponse fut une invitation de me rendre au presbytre1 o je trouvai un ecclsiastique de plus de soixante ans1 d'une figure douce et prvenante1 qui me demanda le premier1 comment il se trouvait assez heureux pour 'm'tre bon quelque chose8 ,j'expliquai ma commission4444 ,nous fouillmes les registres1 nous trouvmes la mort que nous cherchions1 aussi-bien constate qu'elle pouvait l'tre1 et toutes les preuves d'un service fait dans la paroisse1 le #ae aot #agfb1 ,claire de ,blamont1 fille lgitime de monsieur et madame la prsidente de ,blamont1 demeurant rue saint-,louis1 au ,marais4--,eh bien1 monsieur6 dis-je au cur en le fixant1 pour ne rien perdre des mouvemens de sa physionomie1 cette ,claire de ,blamont que vous avez enterre le #ae aot #agfb1 aujourd'hui #ae septembre #aggh1 se porte mieux que vous et moi4444 ,ici notre homme frmit et recule2444 un instant je le crus coupable1 mais les suites me convainquirent bientt de mon erreur4--,ce que vous me dites est bien difficile croire1 monsieur1 me rpondit le cur1 il faut approfondir 444 cela en vaut la peine2 mais trouvez bon que je m'informe avant1 qui j'ai l'avantage de parler8--,a un honnte homme1 monsieur1 rpondis-je avec douceur1 ce titre ne suffit-il pas pour claircir une trahison8--,mais ceci peut devenir matire un procs1 et je dois savoir 4444--point de procs1 monsieur1 il s'en faut bien que ce soit vous que l'on souponne2 l'intention est de traiter tout l'amiable1 et vous pouvez recevoir ma parole1 que rien de ce qui va se faire1 ne nous passera3 je suis l'ami de madame de ,blamont2 c'est de sa part que je viens vous trouver3 je puis donc vous rpondre1 et du mystre o tout ceci restera1 et de l'extrme loignement qu'on a de plaider4--,mais si cette ,claire existe1 comme vous me l'assurez1 o est-elle actuellement8--dans les bras de sa mre4 ,il ne s'agit que de vrifier une supercherie de nourrice1 et d'en approfondir mystrieusement les raisons1 pour parer de tels dsordres dans la suite1 tout vous y engage2444 le ministre de ,dieu doit non-seulement couter l'aveu du crime1 mais il doit mme en prvenir l'action4 ,notre homme1 en s'asseyant1 tomba ici dans quelques rflexions2 je l'y laissai deux ou trois minutes1 et lui demandai enfin quoi il paraissait se rsoudre8-- ouvrir la tombe1 monsieur1 me dit-il1 en se relevant 444 chercher l les premires preuves de la fraude1 avant que de nous dcider rien4--,bien vu1 lui dis je1 fermez tout1 qu'il n'y ait que le fossoyeur et nous a cette expdition1 je vous le rpte1 le secret est essentiel 444 le fossoyeur arrive1 on ferme l'glise1 et nous voil l'ouvrage4 ,l'endroit tait mentionn sur les registres2 il y avait d'ailleurs une inscription sur le cercueil2 nous ne nous trompmes point4 ,on enlve un petit coffret de plomb o devait tre dpos le corps de ,claire3 et l'examen des ossemens fait avec la plus extrme exactitude1 nous offre les dbris d'un chien1 dont la tte encore conserve1 prouve la fraude videmment4 ,le cur tressaillit1 se remettant nanmoins tout de suite1 et reprenant le flegme d'un honnte homme qu'on a dup1 mais qui est incapable d'avoir1 en part une telle ruse1 il me proposa de faire jeter ces restes d'animaux1 je m'y opposai1 et l'ayant convaincu de la ncessit de tout rtablir1 ds que nous agissions en secret1 nous y travaillmes sur le champ2 on remit la caisse sa place2 il imposa silence son homme1 et nous rentrmes au presbytre4--,monsieur1 me dit le cur au bout d'un instant1 quoique vous en puissiez dire1 je pourrais passer pour coupable dans cette aventure-ci2 ma justification devient essentielle2--nullement1 rpondis-je1 nous connaissons les malfaiteurs2 il s'en faut bien que vous soyez souponn1 je vous l'ai certifi14je vous le confirme encore4 ,et je lui dis alors que la nourrice et le pre taient les seuls auteurs de la supposition2 que le second niait1 et qu'il s'agissait d'interroger la nourrice4--,son nom8--,claudine ,dupuis2--,claudine8 elle est pleine de vie2 elle loge ici prs1 nous sauvons tout4--,envoyez-la prendre1 ,monsieur1 que la douceur et l'amnit rgnent dans les questions que nous allons lui faire1 et que le plus inviolable silence les enveloppe4--,claudine arriva2 c'tait une grosse paysanne trs-frache1 d'environ quarante ans1 et veuve depuis quatre4--,qui y a ti1 monseu le cur1--dit-elle gayement8 le cur4 ,asseyez-vous1 ,claudine1 nous avons quelques questions srieuses vous faire1 et dont les rponses1 si elles sont justes--pourront-vous valoir une rcompense4 ,claudine4 ,eune racompense1 tamieu1 tamieu1 jons bin besoin d'argent2 ah6 qu'on d'raison eddir q'eune maison o gnia pu d'homme1 es zun cor sans me2 jarni1 edpui quel miun z mort1 jen fsons pu ran4 ,le cur4 ,vous rappelez-vous1 ,claudine1 d'avoir nourri trois semaines1 il y a seize ans1 une petite fille nomme ,claire1 appartenant monsieur le prsident de ,blamont8 ,claudine4 ,oui da1 j'men souvian1 a mouru dcoliques la pau enfant2 al tait gentille comme tout pardiu on vous paya un service comm' si c'eut t l'enfant d'un prince1 et vous l'enterrtes l dans vot aglise1 tout findret dla chapelle dla ,viarge1 y m'en souvient comme d'hier4 ,le cur4 ,savez-vous ce qu'on dit ,claudine8 ,claudine4 qu qu'on dit monseu l'cur8 ,le cur4 ,on prtend que cet enfant-l n'est pas mort4 ,claudine4 ,pardine y s'peui bin qu'a soit rasucit2 not seigneur l'a bin t1 n'gnia rien d'impossibe ,dieu4 ,le cur4 ,non1 ce n'est pas l ce que je veux dire2 on vous souponne de quelque supercherie4 ,claudine4 ,moi8 eh queuque j'aurions donc gagn cela8 mais voyais donc un peu c'qu'cest q'les mauvaises langues1 n'me serais-je pas fait tort moi-mme1 en fsant cqu'vous dit l4 ,le cur4 ,mais si vous en aviez t bien paye4 ,claudine4 ,eh q'non1 eh q'non j'en mangeons pas d'ce pain-l1 ah pardine oui et pis1 s'fair pande aprs4--,je te supprime ici le reste du dialogue1 quoique trs-long encore4 ,le fait est que jamais ,claudine n'avout rien dans cette premire visite2 et' que tout ce que nous pmes obtenir d'elle1 ne voulant point encore la convaincre par les faits1 fut de se retirer sans colre1 et sur-tout avec la promesse de ne rien dire de ce qui venait de se passer4 ,partez1 monsieur1 me dit le cur1 ds qu'elle fut sortie1 je vous rponds de tout approfondir avec cette femme4 ,il faut que je la voie seule1 votre prsence la gne4 ,laissez-moi une adresse1 je vous crirai ds que j'aurai su quelque chose1 et vous vous rendrez ici pour recevoir ses dernires rponses4 ,reconnaissant dans cet homme1 et de la sincrit et de l'envie de m'obliger1 je consentis ses arrangemens1 lui laissai l'adresse d'un ami1 et m'en revins attendre de ses nouvelles1 avec la ferme rsolution de pousser vivement l'affaire1 s'il ne m'crivait pas bientt4 ,le cinquime jour je commenais m'impatienter1 lorsque mon ami m'envoya une lettre qu'il venait de recevoir pour moi1 par laquelle le cur m'invitait venir dner chez lui le lendemain1 pour y apprendre1 de la bouche mme de ,claudine1 des vnemens trs-extraordinaires1 et que j'tais bien loin de souponner4 ,ce n'est pas sans peine1 me dit cet honnte homme1 ds qu'il m'aperut1 ce n'est pas sans promesse1 et mme sans un peu de rigueur1 que je suis parvenu tout dcouvrir2 mais1 enfin1 nous tenons le secret1 et vous allez en tre instruit4--,monsieur1 rpondis-je1 vos engagemens seront remplis2 toutes les rcompenses que vous avez pu promettre seront acquittes2 mais quelques mystrieuse1 que doivent tre nos oprations1 quelque certitude que je puisse vous donner qu'une telle cause ne sera jamais juge1 il faut pourtant qu' tout vnement les plus sages prcautions soient prises2 ainsi1 jetez les yeux sur deux de vos paroissiens1 gens notables1 discrets et bien fams1 que nous placerons1 si vous le voulez bien1 prs du lieu o nous allons entendre ,claudine1 afin qu'ils puissent certifier ses aveux au besoin4--,je n'y vois point d'inconvniens1 me dit le cur1 et dans l'instant il envoya prendre deux fermiers1 dont il toit sr1 leur fit jurer le secret et les cacha derrire un rideau de l'autre ct duquel fut plac la chaise destine ,claudine2 elle arriva1 et le pasteur l'ayant engage rpter les mmes choses qu'elle lui avait dites2 elle convint devant moi des trois faits suivans3 #a4 ,que1 monsieur de ,blamont s'tait transport chez elle le #ac aot1 surveille de la prtendue mort de ,claire1 et lui avait dit qu'il destinait cette fille un sort des plus avantageux2 mais qu'il avait faire une femme pi griche1 qui se dclarait contre l'tablissement qu'il projetait pour cet enfant1 parce qu'il s'agissait d'aller aux indes2 que ne voulant1 ni faire perdre sa fille le riche mariage qu'il lui destinait1 ni heurter de front les volonts de sa femme1 il avait imagin de faire passer cette petite fille pour morte1 de l'lever secrtement loin de ,paris1 et de ne dclarer la fraude sa femme que quand la jeune personne serait marie2 mais que le consentement de la nourrice tait ncessaire la russite de son projet2 qu'il lui demandait donc avec instance de ne pas s'opposer une lgre ruse1 dont il ne devait rsulter qu'un bien2 que1 elle1 ne voyant rien cela contre sa conscience1 avait consenti rpandre le faux bruit de la mort de cette ,claire1 moyennant que le prsident la ddommagerait1 ce qu'il avait fait sur-le-champ1 par un prsent de cinquante louis1 et que ds le lendemain elle avait tout prpar pour le succs de la feinte4 #b4 ,qu'ayant mrement rflchi toute la journe du quatorze1 au sort heureux dont le prsident lui avait dit que devait jouir la petite ,claire1 et sa fille elle ,claudine1 se trouvant d'une ressemblance trs-singulire avec celle du prsident1 elle avait imagine de mettre l'une a la place de l'autre1 afin de faire le bonheur de sa fille2 qu'en consquence de cette rsolution1 elle avait prpare les deux ruses -la-fois2 qu'elle avait mis sa petite fille dans le berceau de ,claire2 qu'elle avait envoye ,claire comme son enfant chez une de ses voisines1 en prtextant que le mauvais air tait dans sa maison1 et qu'elle n'y voulait pas exposer sa fille2 que cette premire scne arrange1 elle s'tait occupe de l'autre2 qu'elle avait publi la maladie de la fille de monsieur de ,blamont1 et peu-aprs sa mort2 qu'elle avait mis le cadavre d'un chien dans une bote de plomb devant le prsident mme1 accouru de ,paris sur la nouvelle de la maladie de sa fille2 que le service s'tait fait1 en consquence1 la paroisse1 et que monsieur de ,blamont tromp comme il avait voulu tromper les autres1 avait emmen ds le soir mme la fille de ,claudine au lieu de la sienne4 #c4 ,que1 se trouvant encore tout son lait1 elle avait sollicit des nourritures1 et que huit jours aprs l'vnement1 dont il vient d'tre question1 madame la comtesse de ,kerneuil1 venue de ,bretagne ,paris1 pour recueillir une succession essentielle o sa prsence tait plus ncessaire que celle de son mari1 tait accouche d'une fille presqu'en arrivant2 que cette fille1 confie aux soins de l'accoucheur1 qui protgeait ,claudine1 avait t conduite ds le lendemain chez cette ,claudine1 pour y tre nourrie avec le plus grand soin2 cet enfant tabli au ,pr-,saint-,gervais y avait reu une seule fois la visite de sa mre2 laquelle oblige de repartir fort vite pour ,rennes1 avait vivement recommand sa fille ,claudine1 assurant qu'elle enverrait sans faute1 une voiture et une femme elle1 reprendre cette petite dans deux ans1 avec une forte rcompense la nourrice4 ,mais qu'au bout de trois mois cette 4petite fille1 nomme ,elisabeth1 tait morte1 et qu'elle1 ,claudine1 pour ne pas manquer la rcompense promise2 trs-peu attache la petite ,claire qui lui restait du prsident de ,blamont1 elle avait fait une nouvelle fourberie1 quand la femme de madame la comtesse de ,kerneuil tait venue2 qu'alors elle avait mis ,claire la place d',elisabeth1 et avait publi que c'tait sa fille qu'elle avait perdue2 qu'elle avait soutenue cette fraude essentielle au maintien des autres1 envers le cur mme1 qui elle avait fait enterrer ,elisabeth de ,kerneuil1 sous le nom de sa fille4 ,ces expositions1 comme tu le vois mon cher ,dterville1 tablissent donc l'existence1 prsente ou passe1 de trois enfans4 #a4 ,claire de ,blamont1 crue morte1 et rellement mise la place d',elisabeth de ,kerneuil1 devant exister ,rennes aujourd'hui sous ce nom4 ,voil o est la fille de madame de ,blamont4 #b4 ,jeanne ,dupuis1 fille de ,claudine1 enleve par le prsident1 leve ,berceuil1 sous le nom de ,sophie1 existante maintenant ,vertfeuille4 #c4 ,et1 enfin1 ,elisabeth de ,kerneuil1 trs-effectivement morte trois mois chez ,claudine1 et enterre dans la paroisse du ,pr-,saint-,gervais1 sous le nom de la fille de ,claudine4444 ,de cette fille dj cde par elle au prsident1 et n'existant plus que fictivement chez elle dans ,claire de ,blamont1 donne ensuite madame de ,kerneuil4 ,telles sont les fraudes et les suppositions de cette malhonnte crature2 mais comme nous devions user de finesse1 nous avons eu l'air de rire de ses atrocits1 et nous l'avons congdie avec dix-louis1 aprs lui avoir fait signer ses aveux et le serment sur l'vangile qu'elle n'en imposait en rien2 les tmoins ont sign de mme3 je t'envoie les originaux de ces actes1 et tout tant fini nous nous sommes jur mutuellement le mystre1 ne nous rservant d'tablir juridiquement nos preuves1 que si le cas le requrait4 ,le cur voulait que j'crivisse madame de ,kerneuil1 c'est l'affaire de madame de ,blamont1 ai-je dit2 je vais l'instruire1 elle agira comme elle le jugera propos3 notre rle a nous1 est de soutenir au besoin tout ce que nous savons1 et de ne rien rveiller2 il s'est rendu mes raisons1 et nous nous sommes quitts4 ,l'impossibilit o je suis maintenant de donner des conseils madame de ,blamont1 dans ce flux et reflux d'vnemens prodigieux1 m'engage taire mes rflexions2 mais j'oserai pourtant lui dire qu'elle doit continuer d'couter sa piti et son coeur dans ce qui regarde la malheureuse ,sophie1 avec les prcautions trs-essentielles de ne la rendre ni au prsident ni sa mre3 deux tres qui ne feraient assurment pas son bonheur4 ,a l'gard de ,claire1 la rclamer1 l'enlever madame de ,kerneuil1 auprs de laquelle elle est sans doute fort heureuse1 et cela pour la rendre un pre qui ds le berceau avait conspir contr'elle2 serait-ce travailler sa flicit8 ,madame de ,blamont doit1 ce me semble1 s'informer seulement du sort de cette fille1 et si ce sort est tel qu'il doit l'tre1 cette jeune personne1 appartenant une femme titre1 tablie dans la capitale d'une grande province1 il faut l'en laisser jouir4 ,quelque sacrifice qu'il en cote au coeur de notre amie1 parce qu'en plaidant elle gagnerait sans doute2 mais toute riche qu'elle est1 donnerait elle cette cadette le sort qu'elle lui fairait perdre en qualit d'hritire unique de la maison de ,kerneuil1 titre certifi par ,claudine4444 ,non1 en vrit1 elle ne l'a ddommagerait point4 ,qu'elle combine donc et agisse d'aprs cela1 ayant toujours devant les yeux le danger extrme de remettre cette fille entre les mains de son mari3 pese ces raisons1 ,dterville4 ,je sens bien qu'il y a une espce de fraude malhonnte laisser subsister celle de la nourrice1 que c'est frustrer les vritables hritiers de madame de ,kerneuil1 et prendre par consquent un parti blmable4 ,mais en adoptant l'autre1 que de nouveaux crimes redouter2 est-il donc contre la conscience de l'honnte homme de prendre entre deux maux certains1 celui qui lui parat le moins dangereux4 ,pour quant au prsident tu vois1 mon ami1 que le crime n'en est pas moins dans son me1 et que s'il ne l'a pas commis1 c'est qu'il a trouv des entraves par le crime oppos de la ,claudine1 comme si c'tait une des loix du sort1 que de petits forfaits dussent toujours arrter l'effet des plus grands 444 vrit terrible qui nous fait voir l'affreuse ncessit du mal sur la terre1 qui nous dmontre que ce ne sont que par de lgers maux que les plus grands se suspendent2 ainsi que de certains insectes qui nous gnent et dont nanmoins l'utile existence nous empche d'tre incommods par de plus venimeux4 ,quoiqu'il en soit1 quelle horreur de noircir cette malheureuse ,sophie1 par des accusations graves1 pour lui enlever jusqu'aux gnreux soins de sa protectrice2 on cherche toujours rendre odieux ceux qu'on maltraite mal propos1 afin d'apaiser ses remords1 et de lgitimer ses injustices4444 ,mais ces deux fourbes ne se contentent pas d'un mensonge1 ils y joignent la plus insigne calomnie2 quelle apparence que cette fille honnte1 sensible et douce1 quelque puisse tre sa naissance1 soit coupable de ce dont on l'accuse4444 ,la ,dubois1 dont les aveux paraissent si vrais1 et qui ne s'est re que sur ce qu'il tait impossible qu'elle et appris1 n'a rien dit qui ressemblt cela2 vois comme la mchancet s'alimente par ses propres effets2 plus on lui donne1 plus elle exige1 et chaque frein qu'on lui laisse briser n'accrot que d'avantage l'ardent dsir qu'elle a d'en rompre de nouveaux4 ,je suis persuad1 mon ami1 que le vice peut conduire l'homme un tel point de dpravation1 qu'il doit devenir comme impossible celui qui le nourrit en soi de concevoir mme l'ide de la vertu2 ds-lors1 ou sa vie lui parat fastidieuse1 ou il faut qu'il en empoisonne chaque minute par ce venin qui le gangrne2 arriv l1 il ne se contente plus de faire simplement le mal1 il veut mme ne jamais faire le bien1 et son coeur abreuv d'une perversit d'habitude1 prouve aux impressions de la vertu la mme sorte de douleur1 que ressent l'me du juste la seule ide du forfait2 et quel est le premier vice qui nous entrane tous ceux-la8444 ,le libertinage 444 n'en doutons point il est inou ce qu'il teint1 ce qu'il dtriore1 ce qu'il envenime2 inexprimable quel degr il relche les ressorts de l'me4444 ,blase la conscience en la contraignant mtamorphoser en plaisirs les retours fcheux de ses erreurs1 et voil sans doute ce que cette passion a de plus dangereux1 qu'aucune de celles qui dvorent l'homme1 puisque le souvenir des actions o les autres le portent sont des remords cuisans1 d'affreuses jouissances dans celles-ci4 ,le prsident est donc aussi coupable qu'il peut l'tre1 je le dis regret1 j'arrache avec douleur le bandeau des yeux de notre amie1 mais son poux la trompe indignement2 il dit que ,sophie n'est pas sa fille1 et assurment il doit tre persuad qu'elle l'est1 tout convaincu qu'il en doit tre1 il la dsire1 il veut la r'avoir1 et pourquoi8 si ce n'est pour se venger de ce que le hasard a donn pour asyle1 cette malheureuse1 la maison de sa femme2 que madame de ,blamont ne doute pas qu'il ne tente tout pour la sortir de chez elle1 et qu'elle coute son coeur dans les moyens ncessaires prendre pour s'opposer ce nouveau forfait4 ,quel tableau1 mon ami1 que celui de la douce et vertueuse ,aline1 entre les mains de ces deux dbauchs2 j'ai cru voir ,suzanne surprise au bain par les vieillards4444 ,le voile de la pudeur arrach par un pre4444 ,conois-tu cette atrocit8 t'imagines-tu que ses infmes dsirs ne s'allumaient pas cette immodestie8 ,ah6 pardonne mes craintes2 mais quelque motif qui l'ait pu retenir avec ,sophie1 matresse de son ami et crue sa fille1 crois qu'aucun ne l'arrterait ici1 et que l'pouse de d',olbourg serait bientt la victime de la flamme incestueuse de ,blamont4 ,oh mon cher ,dterville6 empchons ces horreurs2 il me semble que depuis ce trait odieux1 ma dlicatesse est moins grande sur ce qui concerne cet homme2 je le poursuivrai partout s'il le faut2 je dmlerai jusqu'au plus secret replis de sa conscience2 l'enlvement de cette ,augustine me parat encore une de leurs infernales machinations4 ,crois-tu que ce soit le simple plaisir de corrompre une fille qui leur ait fait commettre cette horreur8 eux qui savourent trois cents fois l'an les indignes plaisirs de ces sductions1 eux qui4444 ,je gage que ceci tient autre chose1 ne perdons pas cette fille de vue4 ,quelques remords qu'ait affich le prsident1 sois bien certain que ses promesses ne sont que les fruits de sa confusion1 ce mouvement sort l'me de ses tons ordinaires1 il l'a tient long-tems nerve2 cependant je crois aux dlais1 mais c'est l'hiver que je crains1 c'est l'instant de la runion que j'apprhende6 ,tout ceci ne fortifie pas les droits de madame de ,blamont2 si on est oblig de plaider1 le prsident a voulu faire une mauvaise action1 sans doute1 en projetant d'enlever sa fille1 mais l'action n'a pas eu lieu1 et ,sophie se trouvant rellement fille de ,claudine1 il soutiendra qu'il le savait1 qu'il ne l'aurait pas enleve sans cela1 et ,claudine1 que dcide un peu d'or1 se remettra facilement de son parti2 il est certain que nous avons une preuve des mauvaises intentions de cet homme1 il en a impos sa femme1 il a voulu faire passer ,claire pour morte2 tout cela est bien prouv1 et peut l'tre juridiquement1 lorsque nous le voudrons2 mais ce ne sont pas l des armes triomphantes1 ce ne sont pas l des choses dont il ne puisse se dfendre au besoin1 qu'il ne puisse nier1 mme ds qu'il le voudra4 ,peut-tre eut-il mieux valu que ,sophie se fut trouve sa fille1 les droits de madame de ,blamont1 contre ce perfide poux1 devenaient d'une bien autre force2 mais qu'a-t-il fait ici8 un crime conu1 je l'avoue1 mais rendu nul par les vnemens2 il n'a livr a son ami qu'une paysanne1 et comment madame de ,blamont se dfendra-t-elle1 quand il l'accusera d'avoir sduit cette crature et de l'avoir recueillie chez elle pour se procurer un moyen malhonnte de le priver de l'autorit qu'il a sur sa fille ane8 ,tout le reste du roman ne fait rien notre affaire2 si ,claire est aujourd'hui rpute fille de madame de ,kerneuil_/ ce n'est plus sa faute c'est celle de ,claudine1 il a donn par ses dmarches le premier mouvement d'action a cette faute1 j'en conviens1 mais il ne l'a pas commis1 et cela ne l'empchera pas d'obtenir de marier sa fille son gr4 ,tu vois comme moi1 sur tout ceci1 et tous les deux peut-tre voyons-nous trop en noir1 ah6 tu le sais1 mon cher1 l'amour et l'amiti s'alarment aisment1 ce dernier sentiment est la source de la crainte2 l'autre fomente les miennes2 n'abandonne point1 je t'en conjure1 cette malheureuse mre2 je craindrais la solitude pour elle1 son me encourage par les conseils1 fortifie par le charme de la socit de ta belle-mre et de ta femme succombera moins ses tourmens1 que si elle tait livre a elle-mme4 ,adieu1 je ne puis rsister au plaisir d'crire un mot ma chre ,aline1 et je vais le placer dans ta lettre4 ,note3 ,footnote #f3 ,cette recommandation s'adresse au lecteur2 il lui deviendra impossible d'entendre la suite1 s'il ne porte pas cette lettre l'attention la plus exacte1 et s'il ne se la rappelle pas jusqu'au dnouement1 et principalement la cinquante-unime lettre1 quand il y sera4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,xxv4 ,valcour ,aline4 ,paris1 ce #bb septembre4 ,je vous ai plaint1 ,aline1 vous m'tes devenue plus chre encore pendant vos souffrances6 ,il faut aimer comme je le fais1 pour sentir ce que j'ai prouv4 ,juste ciel6 celui qui1 par tat1 doit tre le gardien de la vertu de sa fille1 en devient donc le corrupteur8 o ne conduisent pas les dsordres d'une tte gare1 et d'un coeur sans principes8444 ,ils triomphaient1 les monstres1 pendant que triste1 abandonn1 en proie aux plus cuisantes inquitudes1 la seule pense du bonheur qu'ils arrachaient n'eut os seulement pntrer mon esprit4444 ,aline1 pardonnez-moi une question4444 ,on ne se peint point les tendres sollicitudes de l'amour malheureux2 on n'imagine point o va sa curiosit4444 ,mais dans ce mouvement qui vous a fait fuir1 entrait-il un peu d'amour ct de la dcence8 tiez vous aussi fche de l'insulte la pudeur1 que de l'outrage fait l'amant8 ,l'un vous rend bien respectable mes yeux2 mais combien l'autre vous y rendrait plus adorable encore6 et peut-tre en l'tat cruel o je suis1 prfrerais-je vous voir une vertu de moins1 pour un degr d'amour de plus1 mais o se perd mon imagination8 ,ne sont-ce pas ces vertus que j'aime8 et l'idole de mon coeur est-elle autre chose que la runion de toutes les vertus8 ,ah6 fuyez1 ,aline1 fuyez toujours le crime quand il vous poursuivra2 que ce soit amour ou sagesse1 ne le laissez jamais approcher de vous2 il ne peut vous atteindre1 sans doute1 mais qu'il n'ose mme vous approcher1 imposez-lui par vos regards1 contraignez-le par vos discours1 loignez-le par vos vertus1 et que son existence soit impossible1 dans tous les lieux que vous embellissez4 ,je vous enlve une soeur1 ,aline1 une soeur dj votre compagne1 pour vous en rendre une deux cent lieues de vous1 que vous ne verrez peut-tre de votre vie4 ,mais si la malheureuse ,sophie ne vous appartient plus par les liens de la nature1 que ceux de la piti vous la rendent toujours chre2 plus elle retombe dans l'infortune1 plus vous lui devez vos soins4 ,la ncessit o vous allez tre de vous en sparer1 vous fera peut-tre venir l'ide de la rendre sa mre2 ne lui dsirez point un tel sort2 gardez-vous de la lui donner1 elle achverait de se corrompre4 ,c'est par un motif excusable1 sans doute1 que ,claudine a voulu l'loigner d'elle2 elle croyait1 au moyen de cette fourberie1 faire passer cette fille la fortune immense que votre pre assurait devoir appartenir un jour la sienne2 mais ,claudine ne s'en est pas tenue l2 elle est visiblement coupable d'une autre supercherie qui dvoile la bassesse de son me3 elle est de plus trs-intresse2 voyant ses projets vanouis1 peut-tre par des voies moins honntes1 chercherait-elle faire retrouver sa fille1 la fortune que n'a pu lui procurer sa premire fraude4 ,le village qu'elle habite est un de ces asyles empests1 o la dbauche de la capitale vient se couvrir des ombres du mystre1 ne l'y envoyez point4 ,je vous rpond qu'elle n'y serait pas long-tems en sret4 ,les engagemens pris avec ,isabeau1 ont des cueils1 ,dterville les a senti3 ce sera la o le prsident fera ses premires recherches1 s'il persiste1 comme il parat1 dans l'extrme envie de l'avoir2 voyez donc1 avec votre aimable mre1 ce qu'il y aura de mieux pour cette infortune1 et donnez-moi vos ordres1 si vous croyez que dans tout ceci je puisse vous tre utile encore4 ,cependant vous voil tranquille jusqu' la fin du voyage4 ,je l'imagine au moins2 permettez que je vous invite mettre cet intervalle profit1 pour faire usage de vos jolis talens1 quel que soit l'tat que le sort vous destine1 vous les retrouverez sans cesse2 ils panouiront la fleur de vos beaux jours1 si le ciel1 comme je l'espre1 vous en accorde aprs tant de malheurs2 ils calmeront vos ennuis1 si par une affreuse fatalit1 les pines doivent ternellement natre sous vos pas1 vous devez donc les cultiver dans toutes les circonstances2 je n'en vois qu'une o peut-tre ils seraient inutiles1 celle o destins l'un l'autre1 il ne pourrait exister d'instant o nous eussions besoin de nous distraire des sentimens que nous prouverions4 ,pardon des lgres craintes qui s'aperoivent encore dans ma lettre2 je les relis avec peine1 et n'ose les effacer2 qu'elles ne vous effrayent pourtant point2 ne les attribuez qu' l'tat de mon me2 ne frmit-on pas toujours pour ce qu'on aime8 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,xxvi4 ,le prsident de ,blamont d',olbourg4 ,paris1 ce #bj septembre4 ,non1 ne te mles pas d'duquer cette fille1 fais-en ce que tu voudras d'ailleurs2 mais ne laisse qu' moi le soin de la conduire4444 ,c'est un trsor que cette charmante ,augustine4444 ,il y a l tout ce qu'il faut pour russir1 ne t'en inquites pas1 je t'en conjure1 tout est perdu si tu t'en charges2 tu n'entends rien au grand art d'chauffer une jeune tte4 ,cette science sublime qui nous rend matre des ressorts de l'me par l'influence des passions1 qui nous enseigne mouvoir tour--tour celle qui doit produire un effet dsir2 cette tude savante du coeur humain qui nous en dveloppant les plis les plus secrets1 nous montre en mme-tems sur quelle touche il est bon d'appuyer1 les diffrens usages qu'on doit faire de la louange et de la flatterie2 l'indulgence qu'il faut avoir encore pour de certains prjugs2 le genre de ceux qui ne nuisent pas1 l'espce de ceux essentiels draciner1 les nouvelles lumires qu'il faut jeter sur tous les objets2 la philosophie qu'il faut rpandre1 la sorte de dlicatesse bonne mettre en oeuvre en raison de l'ge2 du sexe ou de l'ducation du sujet que l'on veut corrompre1 jusqu' quel point on peut s'aider du physique2 la manire de manier l'orgueil1 de profiter des faiblesses trouves1 de les tendre ou de les changer de but2 la faon d'touffer les remords1 de les remplacer par des sensations douces1 d'employer enfin au vice qu'on dsire1 jusqu'aux vertus que l'on dcouvre2 toutes ces profondes subtilits du grand secret de la sduction1 sont en un mot ignores de toi1 ne t'en mles donc pas1 mon ami1 laisse-moi faire et je russirai4 ,il y a ici quelque chose de bien singulier1 c'est que1 de la science d'interroger juridiquement1 nat celle de sduire criminellement2 car1 que sont nos interrogatoires captieux8 que sont-ils autre chose que des subornations et des sductions pouvantables8 ,ainsi voil donc un de ces cas plaisans1 o l'art de la vertu d'clat qui nous lve et nous fait respecter1 conduit l'art du crime secret qui nous dgrade et qui nous avilit4 ,sont-ce les extrmits qui se rapprochent8444 ,non1 ce sont les hommes qui se dpravent2 ce sont les abus de la civilisation1 de cette civilisation si vante1 qui ramne l'homme l'tat de la bte1 bien plutt qu'elle ne l'en tire1 qui le courbe1 qui l'asservit sous le joug psant de l'oppresseur1 en faisant adroitement passer celui-ci toute la somme de flicit dont il prive l'autre1 au nom de ,farinacius1 de ,jousse et de ,cujas#g4444 ,qu'importe1 profitons-en et taisons-nous2 quand le chameau baisse les reins et s'agenouille1 le voyageur monte dessus et le gouverne1 sans s'aviser de calculer ses forces1 il ne s'tonne que de l'ineptie de l'animal qui ne sait pas connatre les siennes4 ,mais revenons4 ,a toutes les armes indiques ci-dessus1 je joindrai1 comme tu sens bien1 le mobile puissant de l'intrt1 vhicule certain sur ces tres subalternes1 qui ne concevant jamais le crime en grand1 ne consentent risquer l'chafaud que dans l'espoir d'une fortune4 ,pour la demoiselle ,sophie1 j'avoue qu'elle m'chauffe la tte1 aller chercher une retraite chez ma femme2 et cette respectable pouse ne pas m'avertir aussi-tt2 s'tayer mystrieusement de tout cela pour me tenir en bride2444 eh6 non1 non1 ma charmante2 ce n'est pas vous jouer au fin avec moi2 dtendez-vous1 et ne combattez pas1 une seule de mes ruses ferait chouer si j'en prenais la peine1 toutes celles dont vous accoucheriez pendant dix ans4 ,oh6 voil des dlits trop graves pour tre pardonns2 le bien-tre de la socit exige un exemple4 ,j'ai rpondre de ma conduite tout le corps des maris4444 ,je serais un homme fltri1 ray du tableau1 comme disait ,linguet1 si je laissais de telles fredaines impunies4444 ,heureuse faute6 ,quelle source de dlices je vais trouver dans votre punition2 chaque branche est une volupt 444 tranquillise-toi donc d',olbourg1 je te le rpte2 bois1 mange 444 et dors1 je rflchirai sur tes plaisirs1 et sur notre tranquillit mutuelle3 n'est-tu pas trop heureux d'avoir un second tel que moi1 un ami qui ne te laisse d'autres soins que celui de cueillir les fruits de tous les forfaits dont il veut bien se couvrir pour ton bonheur2 il est vrai que je risque moins que toi4 ,je l'avoue1 afin de mettre ton coeur l'aise1 et de le dgager d'une partie de la vive reconnaissance qui le captiverait sans cela4 ,de la considration1 mon ami1 du crdit1 de l'argent1 une place1 voil tout ce qu'il faut pour faire ce qu'on veut4444 ,je dis bien 444 une place 444 oui1 une place l'abri de laquelle on puisse se mettre1 en cas de besoin 444 car dans les ntres1 par exemple1 ce n'est pas de se bien conduire qu'on exige1 il s'agit seulement d'y obliger les autres4 ,pour peu qu'on ait fait rouer magistralement une mriter de l'tre vingt fois soi-mme1 si l'on veut1 sans le plus petit danger1 et voil ce qui fait que j'aime la ,france la folie4 ,cette impunit qu'y promet un peu de considration1 cette assurance de pouvoir tout faire avec un harnois noir1 et la caricature ampoul1 roide et rigoriste qu'il faut pour en imposer au vulgaire1 est une des choses qui me fera toujours prfrer notre bonne patrie1 ces maudits royaumes du nord1 o notre crdit se perd1 o nos prvarications se punissent1 o les peuples clairs par le flambeau de la philosophie1 commencent croire qu'ils peuvent se gouverner sans nous1 et o ils s'avisent d'tre heureux sans la peine de mort4 ,note3 ,footnote #g3 ,imbciles cuistres1 ou plutt espce de dmoniaques qui ont pass leur triste et malheureuse vie prouver d'autres pdans en combien de manires diffrentes on pouvait se permettre de se dfaire de ses semblables1 et qui ont tranquillis la conscience de ces pdans1 sur la foule d'atrocits juridiques qu'ils commettent1 par un million de sophismes1 plus diffus1 plus absurdes les uns que les autres4 ,le dmoniaque ,jousse1 par exemple1 l'un des plus fameux de la bande1 a prouv invinciblement1 que moins il y avait de preuves pour condamner un homme mort1 plus il tait certain que cet homme la mritait4--,je le demande1 quel est le plus coupable envers l'humanit1 ou de ,cartouche1 ou d'un insigne coquin1 capable d'crire des horreurs aussi dangereuses1 et qui viennent d'tre depuis quelque tems si criminellement excutes4 ,note de l'diteur4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,xxvii4 ,madame de ,blamont ,valcour4 ,vertfeuil1 ce #bh septembre4 ,que de variations6 que de choses6 il semble que le ciel ne m'ait donn un coeur sensible que pour l'prouver par les plus rudes combats4444 ,je serais bien plus heureuse si je ne sentais rien4 ,que je suis loin de croire prsent qu'une me tendre soit un des plus beaux dons de la nature2 elle ne nous l'a donne que pour notre tourment4444 ,que dis-je8 et quel blasphme osais-je profrer6 ,n'est-ce pas une injustice moi1 que de prtendre un bonheur sans mlange8 ,en existe-t-il sous le ciel8444 ,la chose du monde la plus simple1 est d'tre ne pour les revers4 ,ne sommes-nous pas ici-bas1 comme des joueurs autour d'une table8444 ,la fortune favorise-t-elle tous ceux qui s'y trouvent8 et de quel droit osent l'accuser ceux qui sment leur or1 au-lieu d'en recueillir8 ,il y a une somme -peu-prs gale de biens ou de maux1 suspendue sur nos ttes1 par la main mme de l',eternel2 mais il est indiffrent sur qui elle tombe2 je pouvais tre heureuse1 comme je suis infortune2 c'est l'affaire du hasard1 et le plus grand de tous les torts est de se plaindre4444 ,eh6 s'imagine-t-on d'ailleurs qu'il n'y ait pas quelque jouissance 444 mme dans l'excs du malheur2 force d'aiguiser notre me1 il en augmente la sensibilit2 ses impressions sur elle1 en dveloppant d'une manire plus nergique toutes les manires de sentir1 lui font prouver des plaisirs inconnus ces tres froids1 assez malheureux pour n'avoir jamais vcu que dans le calme et dans la prosprit2 il y a des larmes si douces dans nos situations1 ces momens1 mon ami1 ces instans dlicieux1 o l'on fuit l'univers1 o l'on s'enfonce dans un autre obscur1 ou dans le plus pais d'un bois pour y pleurer tout son aise 444 ou l'on se replie sous tous les sens de son malheur1 ou l'on se rappelle tout ce qui l'agrave1 ou l'on prvoit tout ce qui va l'accrotre1 ou l'on s'en abreuve1 ou l'on s'en repat4444 ,ces tendres souvenirs des jours de notre enfance1 o l'on ne les connaissait point encore1 ces longues et pnibles rminiscences sur les divers vnemens qui nous y ont plong1 ces sombres craintes de le sentir nous accompagner jusqu' la mort 444 de voir ouvrir notre cercueil par les mains livides de l'infortune 444 et prs de tout cela1 cet espoir si doux d'un ,dieu consolateur1 aux pieds duquel vont se scher nos larmes1 et commencer toutes nos joies 444 quoi1 mon ami1 tout cela ne sont pas des volupts8 ,ah6 ce sont celles d'une me douce2 ce sont celles d'un coeur dlicat2 laissez-moi-les goter un instant avec vous4 ,sacrifie bien jeune#h un poux qui n'avait rien pour me plaire1 et que je connaissais peine#i1 je n'en formai pas moins1 dans le fond de mon me1 le plan des plus rigoureux devoirs4444 ,dieu sait si je les enfreignis jamais 444 ,je vis mes gards pays par des durets1 mes attentions par des brusqueries1 ma fidlit par des crimes1 ma soumission par des horreurs4 ,hlas6 je me crus seule coupable2 je ne m'en pris qu' moi de n'tre pas aime1 malgr les louanges dont j'tais enivres chaque jour2 j'aimais mieux me croire des dfauts ou des torts1 que de supposer mon poux injuste3 et contente d'avoir obtenu dans mon sein des preuves de son estime1 si ce n'en tait pas de son amour1 tous mes sentimens se portrent ds-lors sur ces gages sacrs4444 ,eh bien6 me disais-je1 je serai l'amie de mes enfans1 puisque je n'ai pas t assez heureuse pour tre celle de mon poux2 ils me consoleront de ses durets1 et je trouverai dans leurs bras la flicit qu'on m'enlve4 ,que de projets ne form-je pas ds-lors pour la leur6 je n'apaisais mes maux que par ces ides2 elles seules parvenaient fermer mes paupires1 je ne m'endormais paisiblement qu'avec elles4444 ,je ne voyais plus de revers ds que je croyais avoir trouv ce qui devait rendre heureux mes enfans4 ,le ciel ne voulait pas1 mon ami1 que ce ft encore l pour moi la source du bonheur2 j'eus deux filles1 l'une m'est ravie au berceau2 je la retrouve quand je ne peux jamais la revoir4444 ,on veut que l'autre soit aussi malheureuse que moi2 et qui 444 qui m'assaillit de tous ces maux8 qui me fait avaler1 jusqu' la lie1 la coupe amre de l'infortune8 celui que j'ai toujours respect 444 chri2 celui que l'on m'avait donn pour tre le soutien de mes jours1 et qui n'en a jamais t que le destructeur 444 celui qui s'est tout permis envers moi 444 envers moi qui aurais mieux aim perdre la vie que de lui manquer en quoi que ce ft4444 ,celui que je regardais comme mon pre aprs la perte du mien4444 ,comme mon ami 444 comme mon poux1 et qui n'tait que mon tyran et mon perscuteur4 ,allons1 je me tais1 ,valcour4444 ,je me tais1 vous pleurez en me lisant1 je le vois1 je veux bien mler mes larmes aux vtres1 mon ami1 mais je ne veux pas vous en faire rpandre que ma main ne puisse essuyer4444 ,oh6 comme nous eussions t heureux cependant 4444 ,vous 444 ,mon ,aline4444 ,et moi1 quels jours sereins et purs eussent t fils pour tous trois4444 ,avec quel calme je serai arrive prs de vous1 aux bornes de ma vie6 ma vieillesse n'eut t qu'un printemps1 les yeux ferms par la tendre main de l'amiti1 je me serais plonge dans le cercueil avec la tranquillit du bonheur1 au lieu de cela j'y descendrai seule1 nul ami ne daignera m'y soutenir1 je n'en aurai plus au bord de mon tombeau4444 ,eh bien6 voyez comme je retombe malgr tout dans le sombre que je veux viter4444 ,non 444 j'arrterais en vain la source de mes pleurs1 elles coulent malgr moi4444 ,mille nouvelles ides me tourmentent4444 ,si vous tes malheureux1 c'est ma faute1 je ne devais pas laisser natre en vous une passion que je ne pouvais couronner2 je ne devais vous laisser connatre ni ,aline1 ni sa triste mre2 aujourd'hui nous aurions tous bien des chagrins de moins1 et l'on ne se console jamais de ceux qu'on donne aux autres4444 ,mais tout n'est pas dsespr2 non ,valcour1 tout ne l'est pas1 recevez encore un peu d'espoir de votre bonne et sincre amie1 de celle qui dsirerait avec tant d'ardeur1 mriter ce titre avec vous4444 ,non ,valcour1 tout n'est pas perdu4444 ,ce barbare poux peut rflchir1 ce monstre qui le suit partout1 et qui vous perscute avec tant de furie1 sentira peut-tre qu'aucuns des plaisirs qu'il espre ne peuvent se rencontrer avec celle qui n'a pour lui que de la haine2 j'ai besoin de le penser et de le croire2 l'illusion est l'infortune1 comme le miel dont en frotte les bords du vase rempli de l'absinthe salutaire prsente l'enfant1 on le trompe1 mais l'erreur est douce4 ,comme il m'a abus cet homme4444 ,je le croyais1 on se livre si vite ce qu'on dsire6 le malheureux qui fait naufrage saisit avec tant d'empressement le bras qu'on lui tend pour le sauver4444 ,peut-il imaginer que c'est pour le repousser dans l'abyme6444 ,hlas6 vous avez bien raison1 il me trompait autant qu'il tait en lui1 il devait croire ,sophie1 sa fille1 rien ne pouvait l'en dissuader1 et ce n'est pas dans de tels coeurs que la nature fait des miracles4444 ,il la croyait telle1 et il jurait qu'elle ne l'tait pas1 le crime est donc dans son entier1 et ce que j'ai obtenu de sa fausset1 n'est donc plus que le fruit de sa honte4444 ,ce sentiment mne au dpit1 et le dpit a tout dans de telles mes4444 ,quoiqu'il en soit j'ai des parens1 je n'en suis point abandonne4444 ,je me jetterai dans leurs bras1 ils me sauveront1 je les implorerai pour mon ,aline et pour moi1 ils ne voudront pas nous perdre toutes deux4444 ,mais changeons de propos4 ,valcour1 laissez-moi vous rendre compte des projets et de mes dmarches1 car avec ce langage de la plainte mon coeur s'altre tout instant4 ,vous imaginez bien que je n'ai pu tenir l'envie de savoir au plutt des nouvelles d',elisabeth de ,kerneuil4 ,quelque soit le sort qu'elle prouve1 il m'intresse trop rellement pour que je n'aye pas dsir de l'claircir4 ,dterville a crit sur-le-champ un de ses parens ,rennes1 il le supplie de nous donner sur cette jeune personne le plus de lumires qu'il lui sera possible4444 ,nous attendons2 ma situation dans ce cas-ci1 est trs-embarrassante 444 vous l'avez senti2 j'ai1 sans doute1 le plus grand dsir de possder cet enfant1 mais quel droit aurais-je son coeur8 ,le seul titre de mre que je pourrais lui allguer1 me mritera-t-il sa tendresse8 n'est elle pas due1 toute entire aux parens qui l'ont leve8444 ,et puis1 travaillerai-je pour le bonheur d',elisabeth en runissant la ravoir8 ,le sort1 ou qu'elle a dj1 on qui lui est rserv1 ne sera-t-il pas toujours prfrable celui que je pourrais lui faire1 comme cadette8444 ,et les inconvniens de la rendre un pre qui peut-tre1 ou ne voudra pas la reconnatre1 ou ne verra dans elle qu'une victime de plus son insigne libertinage2 ces dangers effrayans les comptez-vous pour rien ,valcour8444 ,non1 j'aime mieux la laisser o elle est2 que je sache seulement qu'elle est heureuse2 que je puisse faire connaissance avec elle1 la voir une fois1 l'aimer toujours1 et je me croirai trop contente2 mais si cette faible jouissance est refuse mon me tendre 444 oh1 ,valcour6 je serai encore bien infortune2 heureusement je sais l'tre1 et mon coeur est dans un tel tat d'abattement qu'une secousse de plus ou de moins n'est absolument rien pour lui4 ,il y a l'histoire des biens qui chagrine un peu ma conscience2 puis-je laisser ma fille jouir d'une fortune qui ne lui appartient pas8 dois-je en priver les hritiers lgitimes8 ,non1 sans doute2 cette circonstance vous a frapp comme moi2 mais mon ami1 je dirai aussi comme vous1 entre deux maux terribles1 choisissons le moindre4 ,a l'gard de ,sophie1 voici ce que nous avons fait1 je ne sais si vous nous approuverez4 ,qu'elle appartint ou non au prsident2 ,dterville nous opposait toujours le danger certain de la replacer ,berceuil2 et l'impossibilit de l'y remettre devenait d'autant plus fcheuse1 que la variation de son sort lui rendait fort doux celui que nous avions arrang pour elle dans ce village2 j'objectais ,dterville qu'il n'avait pas trouv d'obstacles l'tablissement de cette fille ,berceuil1 dans les premiers momens o nous l'avions conu1 ne la croyant pas fille lgitime1 et que je n'entendais pas pourquoi il en trouvait maintenant qu'elle n'appartenait ni au mari ni la femme2 il me rpondit qu'il avait foncirement dsapprouv ce parti dans toutes les circonstances1 mais que plus les recherches du prsident paraissaient videntes1 plus il croyait ,berceuil dangereux4 ,qu'elle ft sa fille ou non1 nous ne devions pas douter -prsent du dsir qu'il avait de la ravoir1 que ds qu'il la saurait hors de ,vertfeuille1 il ne manquerait pas d'envoyer chez ,isabeau1 et qu'alors au lieu de sauver ,sophie1 il est clair que je la sacrifiais2444 je me suis rendue2 nous avons donc dcid1 un clotre ,orlans1 o nous travaillerions lui faire prendre le got de la retraite1 et l'enchaner au bout de quelques annes par des voeux1 si elle n'y sent aucune rpugnance2 et ce sort quelque dur qu'il' puisse tre1 la drobant celui bien plus fcheux sans doute1 que lui aurait rserv la vengeance de ses deux perscuteurs1 nous parut dcidment le plus sage de tous4 ,il s'agissait de prvenir cette infortune des changemens de son sort et de sa naissance1 j'y prvoyais trop de chagrin pour vouloir m'en charger moi-mme2 notre ami a rempli ce soin1 aprs beaucoup de larmes1 comme vous l'imaginez aisment1 elle a d'abord tmoign quelque dsir d'tre rendue sa mre2 convaincue enfin du danger qu'il y avait ce parti1 elle a rclame a chre ,isabeau2 elle renonait volontiers la dot1 au mariage1 mais elle voulait demeurer avec ,isabeau4444 ,autres dangers1 et elle a enfin conue ceux-l comme les premiers3 ,il faut vous drober au prsident1 lui a dit ,dterville1 il est certain qu'il vous cherche1 nous ne pouvons en douter1 il est vident qu'il vous traitera mal s'il vous dcouvre1 une ternelle retraite devient le seul parti qui puisse vous garantir et de ses piges et de ses fureurs1 vous y serez moins comme protg1 que comme parente de madame de ,blamont1 et vous y jouirez de cent pistoles de pension2 ce sort la ne vaut pas celui d'tre sa fille1 mais ds que de malheureuses circonstances vous enlvent cette douce satisfaction1 vous serez mieux l qu'en nul autre endroit4 ,eh bien6 j'irai6 s'est-elle crie1 en larmes2 je suis charge tout le monde2 je ne puis trouver d'abri sur la terre1 que l'on me mette o l'on voudra1 je serai par-tout pntre de reconnaissance des bonts de la dame qui veut bien ne pas m'abandonner2444 ds que je l'ai su dans cet tat1 j'ai couru l'embrasser1 elle s'est prcipite dans mes bras1 toute en pleurs1 et m'a prodigue les choses les plus tendres et les plus flatteuses2 en vrit1 mon amie1 il y a des instans o mon coeur l'emporte sur les ralits que vous nous avez apprises4444 ,il est impossible que les vertus de cette me charmante se trouvent dans la fille d'une paysanne dprave1 telle que vous nous avez peint cette ,claudine4 ,mais il fallait s'en tenir aux preuves et l'arracher2 nous l'avons donc1 ,aline et moi1 avant-hier conduite aux ,ursulines d',orlans dont je connais la suprieure1 je l'ai recommande comme une parente1 et place sous le nom d',isabelle-des-,ganges1 avec mille livres de rentes1 dont l'acte lui a t pass sur-le-champ1 je n'ai point cach mes motifs de mystre la suprieure1 j'y ai intress sa religion et sa piti1 elle ne communiquera qu'avec moi pour tout ce qui concerne cette jeune personne1 et cachera absolument son existence au reste entier de la terre4 ,mais je la verrai 444 cette chre enfant 444 je le lui ai promis1 elle me l'a demande avec instance1 elle m'a dit qu'elle renoncerait plutt tout le bien que je lui faisais qu' cet engagement1 elle m'a demand la permission de m'crire1 et sur-tout de pouvoir faire passer quelque chose tous les ans sur sa pension ,isabeau4 ,ces deux demandes faisaient trop d'honneur son me tendre pour tre refuses2 je les lui ai accordes de tout mon coeur1 et nous nous sommes quittes4444 ,quand elle m'a vue prte ouvrir la porte du parloir 444 son me a clate1 elle a jete ses jolis bras au travers des grilles1 elle a demande avec instance la faveur de baiser encore une fois les mains de ses bienfaitrices3 nous sommes revenues sur nos pas1 et la douleur l'a suffoque en nous embrassant encore toutes deux4444 ,voil donc l'tre que le prsident accuse de fausset1 d'imposture et de crimes1 ah6 puisse-t-il pour le bonheur de ce qui lui appartient tre aussi pur que celle qu'il ose calomnier ainsi4 ,nous nous sommes retires1 et je vous rponds qu',aline n'tait pas en meilleur tat que moi4 ,nous ne sommes pourtant parties de la ville que le lendemain aprs avoir appris que cette pauvre fille tait aussi bien qu'elle pouvait tre pour sa situation1 elle avait devine elle-mme la mort de son enfant1 quand elle avait vue qu'on ne lui en parlait pas4 ,mais ,dterville l'avait si bien ramene la raison sur cet objet1 que sa douleur a t beaucoup moins vive que nous ne l'aurions cru4 ,pendant que j'agissais de ce ct1 ,dterville allait de l'autre rompre nos engagemens de ,berceuil2 la bonne ,isabeau a t dsole1 je n'ai pu rsister au charme de lui laisser une petite somme sur l'argent que je retirais du cur1 ainsi qu'une autre ce bon pasteur pour les malheureux de sa paroisse4 ,il est si doux mon ami de faire un peu de bien1 et quoi servirait-il que le sort nous et favorablement trait1 si ce n'tait pour satisfaire tous les besoins de l'infortun8 nos richesses sont le patrimoine du pauvre1 et celui qui ne sent pas le plaisir de les soulager1 a vcu sans connatre et la vritable raison pour laquelle il tait n plus son aise qu'un autre1 et les plus doux charmes de la vie4 ,toutes nos oprations termines1 nous nous sommes runis1 nous nous sommes regards1 comme le feraient des gens1 qui du sein de la tranquillit auraient subitement passs dans celui des angoisses et des tribulations2 et1 qui voyant enfin le calme renatre4444 ,je dis le calme14car j'y crois1 et ne vois absolument rien qui puisse le troubler jusqu' notre retour ,paris4 ,alors1 mon intention est de demander de seconds dlais1 de contenir du mieux que je pourrai le prsident1 avec le peu de moyens que je retire de tout ceci1 et d'armer enfin mes parens s'il le faut2 car soyez-en bien sr1 il n'y aura que la force qui pourra me dcider sacrifier ma fille au sclrat qui la dsire 444 et si je gagne ma cause1 en faveur de qui sera-ce8444 ,connaissez-vous l'homme qui je la destine8444 ,c'est au plus digne de la possder4444 ,c'est au meilleur ami de mon coeur4 ,notes3 ,footnote #h3 ,elle fut marie quinze ans2 elle va de trente-cinq trente-six1 lors du moment d'action de ces lettres2 elle accoucha d',aline seize ans3 elle est grande1 faite peindre4 ,les traits les plus doux1 les plus agrables1 ptrie de grces et de talens4 ,footnote #i3 ,m4 de ,blamont avait quinze ans plus que sa femme1 indpendamment des dfauts de caractre assez prononcs dans ses lettres1 pour donner une juste horreur de lui1 il y a peu de figures plus repoussantes2 il a le regard effrayant1 la bouche affreuse1 le nez trs-long1 le front chauve et bas1 le menton relev1 en perruque depuis son enfance2 une taille longue1 frle1 vote1 la poitrine plate1 un son de voix rauque et cass1 et malgr tout cela1 beaucoup d'esprit et quelques connaissances4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,xxviii4 ,aline ,valcour4 ,vertfeuil1 ce #h octobre4 ,oh ,valcour6 vous avez partag mes peines 444 elles ont pntres votre coeur6 ,combien me sont prcieux les tmoignages que vous m'en donnez6 ,je pardonne moins mon pre tout ce qui s'est pass que sa funeste liaison avec ce vilain homme4 ,s'il pouvait perdre ce malheureux ami1 je suis sre qu'il redeviendrait plus honnte1 il a plus d'esprit que ce monstre1 et pourtant il est entran par lui4 ,perfide effet du vice6444 ,je le hassais tant1 que je croyais que pour sduire1 il lui fallait au moins des charmes1 je me trompais1 grand ,dieu6 vous le voyez1 il y russit en n'offrant nud que sa laideur4 ,vous me demandez1 mon ami1 si l'amour avait autant de part que la dcence au mouvement qui m'a fait fuir8 ah6 comment voulez-vous que je puisse distinguer entre ces deux effets4444 ,ce que je crois 444 ce que je sens1 c'est que l'amour les runit1 les confond tous si bien en moi1 qu'il n'est pas une seule pense de mon esprit1 pas un seul mouvement de mon coeur qui ne soit d ce premier sentiment2 il dirigera toujours tous les pas que vous me verrez faire1 et quand vous exigerez de moi de vous dvoiler des motifs2 je ne vous offrirai jamais que mon amour4 ,j'ai bien pleur cette pauvre ,sophie1 quels revers6444 ,hlas6 elle se croyait ma soeur1 aujourd'hui la voil fille d'une paysanne trop indigne d' elle pour qu'on ose mme la lui rendre2 elle n'y perdra rien1 ma mre m'a promis de la regarder toujours comme sa fille1 je lui ai jur de l'appeler toujours ma mre1 et de lui conserver jamais tous le sentimens de ce titre 444 et celle qui je les dois rellement4444 ,je ne la verrai donc jamais8444 ,qui sait8444 ,dterville a crit2 nous attendons4 ,ah6 comme je ferais de bon coeur le voyage de ,bretagne pour aller l'embrasser6444 ,mais je ne voudrais pas qu'elle sut que je lui appartins4 ,je voudrais faire accidentellement connaissance avec elle1 pour voir si nos caractres se conviendraient4444 ,si elle finirait par m'aimer4444 ,pour moi1 je sens que je l'aime dj 444 ah6 chimres que tout ceci6 ,je parierais bien que je ne la verrai de ma vie4444 ,quelle fatalit6 que de drangement6444 que de dsordre dans une famille cause la cupidit d'une malheureuse nourrice2 je ne suis pas svre2 mais convenez1 mon ami1 que de telles fautes ne devraient pas rester sans punition8 ,le comte de ,beaul est revenu nous voir1 je l'aime1 il vous estime1 oh1 mon ami6 quel titre pour tre chri de moi6 ,j'tais d'avis que ma mre lui confia nos peines4444 ,peut-tre le fera-t-elle1 assurment il nous servirait de tout son pouvoir4 ,julie me disait hier que c'tait un ancien amant de ma mre4444 ,quelle histoire6 j'en ai ri1 le comte est bien plus vieux2 mais il tait jeune encore1 quand ma mre entrait dans le monde1 et ils se connaissent depuis cette poque4444 ,ah6 si jamais cette femme respectable avait due s'carter des devoirs pnibles et rigoureux que lui imposoit le ciel1 assurment le choix qu'elle aurait fait du comte aurait bien excus ses erreurs4 ,oh1 mon ami6 laissez-moi rire une minute avec vous1 la joie est si peu souvent dans mon coeur1 que vous devez bien un peu d'indulgence aux courts momens o je m'y livre2 mais si elle tait vraie cette folie que je viens de dire1 si j'tais la fille du comte de ,beaul 444 je gage que vous l'aimeriez mieux4444 ,allons4444 ,je ne veux plus dire d'extravagances1 ma gaiet n'est pas assez bien revenue pour cela 444 celles-ci sont tellement chimriques1 que j'ai cru pouvoir me les permettre pour vous amuser un instant4 ,s'il est une femme au monde qui soit d lgitimement les titres de chaste et de vertueuse1 on peut bien dire que c'est celle-l6 et quel mrite elle avait s'en rendre digne4444 ,vous le savez1 mon ami4444 ,combien de fois lui ai-je vu dplorer dans mes bras le poids du fardeau dont elle tait accable4444 ,si cet homme cruel se fut content de la ngliger1 elle et trouve dans son indiffrence pour lui1 des raisons de pardonner ces torts-l2 mais le pervers4444 ,changeons de propos1 c'est mon pre1 et je dois respecter dans lui jusqu' ses carts4444 ,hlas6 je le ferais sans peine1 si ces torts n'outrageaient pas la meilleure des mres3 mais ce que je dois celle-ci1 me fait quelquefois oublier ce qu'exige l'autre1 et l'obligation de har le perscuteur de celle qui m'a port dans son sein1 vient souvent m'affranchir des sentimens dus celui qui m'y plaa4 ,adieu1 mon ami1 ma tte s'attriste2 je ne veux pas vous ennuyer4 ,nos aventures4444 ,la saison qui s'avance1 tout cela drange un peu et notre plan de vie et nos promenades 444 oh6 combien voil de tems que je ne vous ai vu6444 ,prs de sept mois1 si vous voulez je vous dirais de mme en jours1 en heures et en minutes2 ces affreux intervalles sont mis par moi au rang des instans o je ne vis pas4444 ,ah6 si l'on retranchait ainsi de sa vie tous ceux o nul plaisir ne doit natre pour nous2 vivrait-on en tout plus de quatre ans8 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,xxix4 ,le chevalier de ,meilcourt ,dterville4#aj ,rennes1 ce #ab octobre4 ,je dsirerai1 mon cher ,dterville1 pouvoir rpondre1 et plus au long1 et d'une manire plus satisfaisante1 la lettre que vous m'avez fait l'amiti de m'crire1 mais enchan par des considrations dont je dpends essentiellement1 je ne puis vous donner sur l'objet de vos demandes d'autres lumires que celles qui sont contenues dans le peu de lignes que vous allez lire4 ,elisabeth de ,kerneuil1 doue de tous les agrmens de la figure et de l'esprit1 mais fille d'une mre qui ne pouvait la souffrir1 rpondit fort jeune encore aux sentimens du comte de ,kerneuil1 l'un des premiers gentilshommes de ,bretagne4 ,les obstacles invincibles qu'ils prouvrent l'un et l'autre l'union qu'ils dsiraient1 furent causes de deux malheurs qui out jamais perdus ces jeunes gens4 ,le comte s'est expatri1 il a servi quelque tems en ,russie4444 ,on l'y croit mort2 avant que la nouvelle ne s'en rpandit1 mademoiselle de ,kerneuil avait dj fini sa vie d'une manire plus affreuse1 elle se tua ds qu'elle vit l'impossibilit d'appartenir jamais l'objet de ses feux4444 ,son pre tait mort depuis long-tems1 sa mre a termine ses jours deux ans aprs l'vnement qui trancha ceux de sa fille1 et comme mademoiselle de ,kerneuil tait fille unique1 les biens ont passs des collatraux 444 c'est tout ce que je puis vous dire1 qui que ce fut que vous interrogeassiez dans notre province1 ne vous rpondrai pas avec tant de franchise2 il altrerait les faits1 avec d'autant plus de vraisemblance qu'on avait fait courir des bruits trs-divers sur cette malheureuse aventure 444 vous eussiez sans doute dsir plus de dtails1 mais les liens que j'ai avec les deux familles me les interdisent4 ,adieu1 mon cher cousin1 j'exige votre parole1 que ce que je vous dis ne sera jamais rvel qu'aux personnes qui vous chargent de m'crire1 et que vous voudrez bien engager au secret4 ,note3 ,footnote #aj3 ,cette lettre-ci tait incluse dans la suivante4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,xxx4 ,madame de ,blamont ,valcour4 ,vertfeuille1 ce #af octobre4 ,lisez et pleurez avec moi 4441 ne le savais-je pas1 que je ne retrouverais cette fille une minute1 que pour la regretter ternellement4444 ,elle tait malheureuse4444 ,ah comme je l'aurais aim6444 elle s'est tue de dsespoir4444 ,elle tait hae4444 ,funeste erreur6444 ,tout cela fut-il arriv sans l'infamie de cette nourrice8 sans l'affreux projet de mon poux8 ,j'aurais voulu de plus grands dtails1 mais quoi m'eussent-ils servis8444 je l'ai perdu6444 je ne la verrai jamais6444 ,il faut touffer tous les mouvemens de mon coeur1 ah6 j'apprends depuis tant d'annes leur faire violence1 qu'un sacrifice de plus ne devrait pas me coter4444 ,valcour1 crivez-moi 4442 calmez-moi1 vous n'imaginez pas combien j'ai besoin de l'tre1 mon coeur toujours du1 veut les secours de l'amiti1 il lui faut un sentiment rel pour le consoler de toutes illusions qui l'garent4 ,en vrit1 c'est un grand malheur d'tre organis moins grossirement qu'un autre1 pour une ou deux jouissances meilleures1 on y trouve vingt tourmens de plus4 ,l'excs des prcautions que nous sommes oblige de prendre1 nous privera peut-tre de vous crire aussi souvent que nous le faisions2 cet homme cruel se fait informer de tout1 et il n'y a pas une de ces manoeuvres qui ne me fasse frmir4 ,cependant1 ne vous inquitez nullement1 il ne se passera rien de srieux que vous n'en soyez instruit aussitt4 ,adieu1 plaignez-moi et ne cessez jamais de m'aimer4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,xxxi4 ,valcour ,madame de ,blamont4 ,paris1 ce #bb octobre4 ,oui1 madame2 je l'avoue1 trop de sensibilit est un des plus cruels prsens que nous ait fait la nature2 en ce moment1 cet exs fait votre malheur4 ,votre me est d'une dlicatesse qu'elle semble toujours voler au-devant de toutes les infortunes pour s'en composer des supplices4 ,on dirait qu'elle aime s'en nourrir1 et que cette manire d'exister comme plus vive1 devient celle qui lui va le mieux4 ,que vous importe cette fille que vous n'avez jamais connue8 c'est bien assez de pleurer sur des maux rels1 sans regretter les plaisirs qu'on n'a pu prendre4 ,avec cette faon de penser1 on se ferait des peines de tout1 et l'on s'y rendrait fort malheureux4 ,sans doute1 notre amour pour nos enfans doit tre en raison du leur pour nous2 il me paratrait tout aussi dplac d'aimer un enfant qui nous harait1 qu'il est fou1 7pardonnez-moi l'expression17 d'en aimer un que nous ne devons jamais voir4 ,l'amour suppose des rapports1 et quels sont ceux qui peuvent exister entre nous et un tre inconnu8 ,peut-tre trouverez-vous mes moyens de consolation un peu durs2 mais il faut impitoyablement enlever un coeur aussi sensible que le vtre1 la facilit perptuelle qu'il a de s'affliger2 retrouvez dans le sein de votre ,aline2444 de cette ,aline qui vous adore1 les jouissances que la mort de ,claire vous drobe2 ah6 votre sant m'inquite bien plus que cette perte qui ne doit en vrit vous faire aucune impression6 voil une chose relle mnager et qu'il ne faut pas sacrifier des chimres2 songez que vous vous devez mnager et qu'il ne faut pas sacrifier des vous-mme1 une fille qui ne respire que pour vous1 des amis1 au nombre desquels j'ose me mettre1 et que dsolerait la plus petite altration d'une sant qui leur est si chre2 j'apprends avec douleur que vous voulez tre quelque tems sans me donner de vos nouvelles2 je vous remercie de l'instant que vous avez choisi pour me le dire2 mon coeur uniquement rempli de vos chagrins1 sent bien moins ceux dont cette menace l'accable4444 ,ne vous occupez que de vous1 madame1 ne pensez qu' vous1 je vous en conjure2 je serai consol de tout1 que dis-je1 je serai toujours heureux1 quand j'apprendrai que vous souffrez moins4 ,c'est la seule chose que je vous supplie de ne me jamais laisser ignorer4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,xxxii4 ,valcour ,aline4 ,paris1 ce #e novembre4 ,quel silence6 je n'ai os le troubler1 mais en tais-je plus tranquille1444 s'il m'tait possible de vous voir6 je souffrirais bien moins de ces privations de lettres 444 mais vivre sans vous entendre et sans vous contempler1 ,aline6444 concevez-vous la violence de ce supplice8 et pourquoi ne vous verrais-je8 pourquoi ne m'accorderiez-vous pas une minute8 je sens toute l'tendue de la demande1 je ne me rappelle qu'en tremblant qu'elle m'a dj t refuse2 mais je trouve dans la force de mon amour1 le courage de la refaire encore4444 ,pendant ces longues soires 444 'arriverais dguis4444 ,le plus profond mystre ensevelirait cette dmarche4444 ,je me jetterais un instant 444 un seul instant aux pieds de votre respectable mre et aux vtres1 quel calme rpandrait cette minute de bonheur sur le reste des jours malheureux que je dois passer encore loin de vous4 ,pouvez-vous exiger que ces jours1444 ces jours infortuns qui vous sont consacrs1 s'usent ainsi dans les larmes et la douleur8444 ,ah6 qu'il me soit permis d'acheter au prix de mon sang cette faveur que j'ose implorer6444 que je la paye de ma vie s'il le faut1 je ne veux exister que ce seul intervalle1 et j'abandonne1 sans regrets1 tous les momens qui doivent le suivre4 ,que me sont ceux o je suis condamn vivre sans vous6 en vain1 ,aline1444 en vain fais-je tout ce que je peux pour loigner de moi ce dsir violent1 il renat sans cesse dans mon coeur1 toutes mes ides me le ramnent1 je dois mourir ou le satisfaire 444 ce qui me distraisait autrefois1 m'est charge1 je parcours les beauts de la nature2444 je l'tudie1 je cherche la surprendre dans ses secrets1 et elle ne me montre jamais que mon ,aline4 ,ayez piti de votre ouvrage1 ne me punissez pas de mon amour6444 ne cherchez pas surtout me calmer par des raisons2 mon coeur n'coute plus que le sentiment qui l'entrane1 si vous ne le satisfaites pas ,aline1 vous allez le rduire au dsespoir1444 et vous n'chapperez pas vos remords4444 ,votre excs de rigueur aura fait deux malheureux1 sans que quelques biensances o vous aurez inutilement sacrifi1 vous donne une vertu de plus4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,xxxiii4 ,madame de ,blamont ,valcour4 ,vertfeuille1 ce #ab novembre4 ,oui1 c'est moi qui rponds2 votre ,aline est trop faible pour s'en charger1 vous la faites pleurer2444 vous me faites du chagrin1 vous vous en faites vous-mme1 et voil ce me semble1 tout ce qui rsulte de ce petit moment d'effervescence que vous n'avez pu contenir4 ,ne sentez-vous donc pas l'impossibilit de votre proposition1 et dans la circonstance o nous sommes1 pouvez-vous exiger une telle chose8 vous dites que vous m'aimez1 si cela est1 ne cherchez donc pas me rendre plus malheureuse que je ne le suis2 doutez-vous que ce ne fut sur moi que retomberait l'orage si la dmarche tait dcouverte8 ,ah mon ami6 appelez ici au secours de votre raison cette dlicatesse qui caractrise si bien le coeur qui m'a sduit4444 ,consultez-l1 vous verrez si elle vous permet de vouloir acheter un moment de bonheur1 au prix de celui des gens qui vous aiment le mieux dans le monde4 ,croyez-vous que cela put tre ignor1 je suppose que cela fut1 serais-je moins coupable d'y avoir consenti1 malgr la promesse que j'ai faite de m'y opposer4 ,je sais bien que je n'ai rien craindre de vous4 ,votre honntet1 vos vertus me rassurent et l'amant assez dlicat pour n'exiger un rendez-vous de sa matresse qu'en prsence mme de sa mre1 ne deviendra jamais le sducteur de celle qu'il aime1 ainsi ce n'est pas sur elle que tombent mes craintes 444 c'est sur vous seul 444 vous loignerez votre bonheur4444 ,que dis-je1 vous le dtruiriez jamais4 ,travaillons plutt l'obtenir un jour sans mlange1 qu' le goter ainsi par portion1 qu' hasarder pour un moment heureux qui1 peut-tre1 ne russirait pas1 la certitude de le savourer bientt tout entier4444 ,non 1 je m'oppose cette fantaisie1 je fais plus1 j'exige qu'au moins d'ici quelque temps vous ne m'en parliez plus1444 vous qui invitez les autres au courage1444 est-ce ainsi que vous en faites paratre8444 ,je vous pardonnerais si vous aviez quelques motifs de jalousie1 mais vous tes aim1 vous l'tes uniquement1 rien ne peut agiter votre me1 rien ne doit la porter au dsespoir2 songez que c'est moi1444 moi qui vous aime peut-tre autant qu'elle1 que c'est moi qui vous dfends de vous dsesprer1 et que c'est moi que vous affligerez1 si vous ne me mandez pas que vous tes plus sage4 ,oh pauvre philosophie6 est-ce donc de cette manire que tu captives le coeur de l'homme1 est-ce donc ainsi que tu te rends matre de ses passions6444 ,la voil cette chre ,aline1 la voil prs de moi1 qui pleure comme un enfant1444 mais maman1 dit-elle1 avec ses deux grands yeux tout en larmes1444 il me semble qu'un petit quart d'heure1444 eh bien6 vous le voyez1444 ne la grondez donc pas1 elle le dsire autant que vous1 que cette certitude vous calme2444 ruais cela ne se peut pas1 soyez bien sr que si je n'y voyais pas moi-mme les plus grands dangers1 je l'aurais peut-tre imagin la premire1 croyez-vous que je ne sache pas ce qui peut convenir l'amour4 ,je n'ai jamais connu1 dieu merci1 cet espce de dlire1 mais je le conois1 rassurez-vous donc1 vous tes aim1 oui1 j'ai voulu que ce mot fut trac par celle mme qui l'crit d'aprs son coeur1 on vous aime1 on s'occupe de vous1 on travaille pour vous1 mais ne dtruisez pas l'effet de nos soins1 et ne cherchez pas tout perdre pour un instant de satisfaction1 qui ne servirait peut-tre qu' nous replonger dans un abyme de tourmens et de maux4444 ,oh mon ami6 pardonnez-moi4444 ,je sens bien que je vous rends malheureux1 aimez-moi assez pour me dire que non1444 pour m'assurer que vous avez dj fait le sacrifice de cette extravagance4444 ,oui1 dites le moi1 j'aime mieux que la victoire soit le fruit de votre raison que de mes argumens1 ct du bien que je fais1 je n'aurais pas du moins le chagrin d'imaginer que je vous tourmente1 ma jouissance sera toute entire1 je serai sre que vous avez t raisonnable par le seul effet de vos rflexions1 et je n'ai pas la douleur de dchirer votre me en vous crivant les miennes4 99 99 99 99 99 ,,lettre ,,xxxiv4 ,dterville ,valcour4 ,vertfeuille1 ce #ae novembre4 ,depuis assez long-temps1 tu dois t'tre aperu1 mon cher ,valcour1 que quand les lettres sont de moi1 il s'agit toujours de quelques nouvelles catastrophes4444 ,eh bien6 voil dj la tte en l'air4444 ,la philosophie hors de ses gonds1 comme disait l'autre jour une certaine dame de ta connaissance1 propos de ton ridicule projet 444 plus de tranquillit1444 plus de principes1444 plus de bon sens64444 ,qu'il faut peu de choses pourtant pour faire un fou d'un homme raisonnable1 et souvent un tre trs-sens de la plus extravagante des cratures4 ,il me prend envie de t'impatienter1444 voyons1 calculons d'un ct tous les vnemens que tu dois regarder comme heureux4 ,secondement1 tous ceux qui peuvent t'tre contraintes2 troisimement1 enfin1 tous ceux qui ne te sont qu'indiffrens4 ,il est bien certain que ce que j'ai t'apprendre est dans l'une de ces trois classes1 formons-les2 il serait possible d'abord que le prsident fut revenu2 qu',aline fut enleve1444 possible qu'il se fut mis la raison1 qu'on t'attendit pour un mariage 444 extrmement simple1 que des inconnus fussent fortuitement arrivs ,vertfeuille1 et nous eussent appris des choses trs-extraordinaires2 n'est-il pas vrai1 mon cher1 que tous ces incidens sont dans la classe des choses possibles8 eh bien6 calme tes craintes sur le premier2 ne te livre pas tout--fait au doux espoir du second1 et coute pacifiquement le troisime4 ,le soir que madame de ,blamont t'crivit1 nous tions1 elle1 ,aline1 ,eugnie et moi1 raisonner sur ta folie2 ,m4 de ,beaul jouait aux checs avec madame de ,senneval1 il tait environ huit heures du soir1 le ciel trs-obscur se remettait peine d'un ouragan pouvantable1 lorsque tout--coup nous entendmes un homme cheval1 faire retenir la cour de son fouet 444 de ses cris1 et appeler lui de toutes ses forces4444 ,on ouvre les portes1 les valets courent4--,on claire1 madame de ,blamont frmit1 ,aline et elle s'imaginent revoir encore le terrible objet de leurs craintes1 le comte lui-mme tout chec et mt qu'il est1 vole avec moi la suite des valets1 et nous amenons enfin dans le premier anti-chambre1 un malheureux domestique mouill jusqu'aux os1 crott par-dessus la tte1 qui nous demande s'il est dans la route d',orlans8 et s'il lui reste bien du chemin faire pour arriver dans cette ville8--,beaucoup1 et d'o venez-vous8--de ,lyon1 nous allons petite journe ,paris1 mon matre qui me suit avec sa femme a voulu passer par la route d',orlans1 et ce maudit caprice est cause que nous voil perdus4 ,je connais l'autre chemin1 point du tout celui-ci4444 ,la nuit est venue4444 ,un temps du diable1 marchant en tte de la voiture1 j'ai gar le postillon qui me suivait1 parce que je m'garais moi-mme1 et nous voil prsent je ne sais o2--chez d'honntes gens4--,je le vois bien1 mais nous aimerions mieux tre l'auberge2 parce que mon matre qui voyage incognito1 entendez-vous1 ne veut gner personne1 et il n'acceptera srement jamais l'asyle que vous allez avoir la politesse de lui offrir4--,et o est-il votre matre8--,a deux cents pas d'ici1 au coin de l'avenue1 s'il y avait eu seulement une chaumire1 il s'y serait arrt2 mais il n'y a que des arbres1 il m'a envoy devant pour tacher d'obtenir quelqu'claircissemens sur la route qu'il nous faut prendre4--,allez le chercher1 lui a dit le comte1 et dites-lui que madame la prsidente de ,blamont1 dans la terre de laquelle il est1 serait trs-fche qu'il ne lui fit pas l'honneur de venir souper chez elle4--,ma foi1 monsieur1 vous nous rendez la vie1 vive les honntes gens morbleu1 si j'tais tomb dans une caverne de voleurs1 on ne m'aurait pas tant fait de politesse1 et l'cuyer fidle revole vers son matre1 pendant que le comte s'empresse d'apprendre madame de ,blamont la libert qu'il vient de se permettre1 en offrant sa maison ces voyageurs gars4 ,cette femme charmante que l'on sert quand on lui prpare le plaisir de faire une bonne oeuvre1 a comme tu crois1 sonn bien vite pour donner des ordres1 on a allum des flambeaux1 et on a couru au-devant de la voiture pour la conduire plus srement la maison2 un quart-d'heure aprs1 les portes du salon se sont ouvertes1 et nous avons vus paratre un jeune homme d'environ #bg ans1 nous prsentant comme lui appartenant une femme de #ag #ah ans1 et nous offrant l'un et l'autre ct des traits les plus doux et les plus rguliers1 le ton le meilleur et le plus honnte4 ,illustration3 ,quelles grces je rends la fortune de l'accident qui m'arrive4 ,quelles grces ne dois-je pas rendre la fortune1 madame1 a dit le jeune homme la matresse du logis1 de l'accident qui nous arrive1 puisqu' lui seul est d le bonheur inespr pour moi de vous offrir mon respect2 je ne vous demanderais qu'un guide1 madame1 si mes chevaux n'taient pas rendus1 et si j'osais ravir votre coeur le charme que je lui vois goter l'hospitalit qu'il nous donne2 et pendant ce tems l1 la jeune femme s'exprimait avec encore plus d'agrment et de facilit4 ,elle tait habille l'anglaise1 un lgant chapeau de paille sur les yeux1 la taille mince et bien prise1 de trs-beaux cheveux noirs1 ngligemment attachs par un ruban rose1 une vivacit extraordinaire dans les yeux2 le nez un peu aquilin1 de belles dents1 de trs-jolis dtails1 et une finesse tonnante dans les traits4444 ,on s'est assis1 on a jas un instant1 et on s'est mis table4444 ,vous alliez ,paris1 monsieur1 a dit madame de ,blamont1 au jeune homme8--,non1 madame1 je ramne ma femme au sein de sa famille1 dans la province du ,mans1 et je rejoins mon corps aprs l'y avoir laisse2 tes-vous des ntres1 a dit le gnral ,beaul1 servez-vous dans la cavalerie8--,non1 monsieur1 je suis capitaine au rgiment de ,navarre1 et je vais le retrouver ,calais1 aprs avoir remis ma femme entre les mains de sa mre2 nous venons de voir1 en ,dauphin1 un vieil oncle moi1 qui voulait nous embrasser avant que de mourir1 et qui nous a laiss douze mille livres de rente4--,voil le voyage bien-pay1 a dit madame de ,senneval4--,oui1 madame1 si quelque chose pouvait payer la mort des gens qu'on aime et qui nous tiennent d'aussi prs4 ,au dessert1 ,lonore1 c'est le nom de cette charmante aventurire1 a eu un petit moment de vapeur2 ,sainville1 son poux1 a vol elle4444 ,ne vous alarmez pas1 madame1 a-t-il dit madame de ,blamont1 ce sont des accidens de jeune femme1 qui doivent peu surprendre dans les premires annes d'un mariage2 nous vous demandons la permission de nous retirer4444 ,et ils sont monts tous les deux dans l'appartement qui leur tait destin4 ,comme ,lonore n'a point de femme avec elle1 madame de ,blamont lui a envoy les siennes2 elle les a remerci trs honntement1 et ne s'en est point servi4 ,revenus tous du premier tonnement de cette aventure1 il nous a t impossible de ne pas entrevoir des contradictions dans le rcit de nos voyageurs2 d'abord le valet nous dit qu'ils viennent de ,lyon1 et qu'ils vont ,paris4--,le matre1 ou qu'il oublie l'ordre donn son valet1 ou qui a peut-tre nglig de lui en donner un1 nous assure1 au contraire1 que c'est du ,dauphin qu'il vient1 et que c'est vers le ,maine que leurs pas se dirigent4 ,la tournure de la jeune personne nous parut d'ailleurs un peu suspecte4 ,elle a le ton gracieux et poli1 sans doute1 l'air de l'excellente ducation4 ,mais en l'examinant un peu mieux1 on voit qu'il y a plus d'art que de nature dans ce qui lui donne les dehors de la bonne compagnie4 ,ses manires sont tudies1 ses gestes arrangs1 sa prononciation belle1 mais affecte2 elle est compasse dans ses mouvemens1 et au travers de tout cela1 cependant on trouve de la candeur et de la modestie4 ,le jeune homme est d'une trs-jolie figure1 brun1 un peu hl1 lestement fait1 de trs-beaux yeux1 les cheveux superbes1 son ton est moins manir que celui de la personne qui l'accompagne1 mais on voit qu'il connat celui du monde1 et qu'il a tout ce qu'il faut pour y russir4 ,au milieu de nos combinaisons1 le comte chercha le nom de ,sainville dans l'tat du rgiment de ,navarre1 et ne le trouva point4 ,nos soupons redoublrent4444 ,nous demandmes l'ordre qu'ils avaient donn leurs gens4 ,ils leur avaient dit de s'informer de l'instant o madame de ,blamont serait visible le lendemain matin1 d'entrer chez eux une heure avant1 et qu'ils partiraient immdiatement aprs avoir pris cong de la matresse du chteau4--,parbleu1 dit le comte de ,beaul1 ce sont-la deux aventuriers1 je le parie1 il faut qu'ils nous payent l'hospitalit par le rcit de leur histoire4 ,un moment1 par dlicatesse1 madame de ,blamont s'oppose ce projet2 elle craignait que cela ne les fcht2 plus il y a de contradictions dans ce qu'ils disent1 plus il est clair1 objectait-elle1 que leur intention est de se cacher1 le valet en est convenu1 il nous a dit que son matre voyageait mystrieusement1 ne les contraignons pas nous avouer leur secret4 ,cette hospitalit que nous leur accordons1 ne nous oblige qu' des gards2444 nous y manquerions1 ce me semble1 en les forant se dvoiler4--,mais il ne s'agit que de leur proposer1 a dit madame de ,senneval2 si cela les afflige1 nous les laisserons partir sans leur en parler davantage3 et si1 dans un cas contraire1 ils viennent y consentir1 pourquoi nous priver de cet amusement8 ,eugnie proposa de faire questionner leurs gens1 madame de ,blamont ne le voulut pas1 et dfinitivement la rsolution prise fut1 que la matresse du logis irait elle-mme voir la jeune femme le lendemain matin2 qu'elle commencerait par l'inviter a se reposer quelques jours ,vertfeuille2 qu'insensiblement elle lui laisserait apercevoir l'intrt qu'elle prenait cette belle voyageuse1 et le dsir qu'elle aurait de la connatre plus particulirement4444 ,mais timide1 comme tu la sais1 elle n'osa jamais faire cette visite seule1 et je fus choisi pour l'y accompagner4 ,comme elle avait fait dire exprs qu'il ferait jour chez elle neuf heures1 afin d'tre sre de les trouver levs huit et demies2 nous y passmes cette heure1 leur toilette tait acheve1 et ils se prparaient descendre4444 ,ils tmoignrent combien ils taient honteux d'tre prvenus4 ,les politesses furent rciproques de part et d'autres4 ,madame de ,blamont engagea la conversation avec beaucoup d'adresse2 le mari et la femme1 tous deux remplis d'esprit1 la le vinrent1 et loin de se refuser ce qu'on paraissait dsirer d'eux1 ils tmoignrent1 sans la moindre contrainte1 qu'ils taient trop heureux de pouvoir reconnatre1 par une aussi faible marque d'obissance1 toutes les attentions dont on les comblait3--n'imaginant pas que nous pouvions vous intresser ce point1 madame1 dit ,sainville1 vous nous pardonnerez d'avoir un peu dguis le vrai en arrivant hier chez-vous4 ,il est des choses que l'on peut cacher1 sans offenser en rien ceux avec qui l'on les dguise1 en ne nous refusant point aujourd'hui aux claircissemens que vous exigez1 peut-tre serons-nous mme encore1 contrains quelques restrictions2 mais comme elles ne diminueront en rien la singularit de nos rcits2 vous nous1 les pardonnerez1 madame1 bien sr que l'exactitude la plus entire guidera tous nos autres dtails4444 ,contente de ce qu'elle obtenait1 madame de ,blamont n'osa pas appuyer d'avantage2 et il fut convenu que l'on ferait un djeuner dnatoire1 qui1 nous formant une plus grande journe1 nous donnerait le temps de prter toute notre attention aux aventures que nous devions entendre4 ,on se mit donc table de trs-bonne heure1 et ds que l'on fut rentrs dans le sallon1 la compagnie s'tant range en demi-cercle1 autour de ces deux jeunes personnes1 ,sainville commena son rcit dans les termes suivans4 ,le courier part1 l'heure presse1 tu permettras1 mon cher ,valcour1 que ce long dtail fasse le sujet de ma prochaine lettre1 et je t'embrasse4 ,fin de la seconde partie4