,from images generously made available by gallica 7,bibliothque nationale de ,france7 at http3_/_/gallica4bnf4fr4 99 99 99 99 99 ,,le ,,culte ,,du ,,moi 99 99 99 99 99 ,,un ,,homme ,,libre ,par ,,maurice ,,barr,s ,,de ,l',,acad,,mie ,,fran,,aise 99 99 99 99 99 ,,paris #aiab 99 99 99 99 99 ,,table ,,pr,,face de l'dition de #aijd ,d,,dicace ,,livre ,,premier ,,en ,,tat ,,de ,,grace ,,chapitre ,i4--,la journe de ,jersey ,,chapitre ,,ii4--,mditation sur la journe de ,jersey ,,livre ,,deuxi,,me ,l',,glise ,,militante ,,chapitre ,,iii4--,installation a7 ,installation matrielle b7 ,installation spirituelle c7 ,prire-programme ,,chapitre ,,iv4--,examens de conscience a7 ,examen physique b7 ,examen moral 7,composition de lieu4--,exercice de la mort4--,colloque7 ,,chapitre ,v4--,les intercesseurs a7 ,mditation spirituelle sur ,benjamin ,constant 7,application des sens4--,mditation4--,colloque4 --,oraison7 b7 ,mditation spirituelle sur ,sainte-,beuve 7,application des sens4--,mditation4--,colloque4 --,oraison7 ,,chapitre ,,vi4--,en ,lorraine ,premire journe3 ,naissance de la ,lorraine4 --,deuxime journe3 ,la ,lorraine en enfance4 --,troisime journe3 ,la ,lorraine se dveloppe4 --,quatrime journe3 ,agonie de la ,lorraine4 --,cinquime journe3 ,la ,lorraine morte4 --,sixime journe3 ,conclusion1 la soire d',harou4 ,,livre ,,troisi,,me ,l',,glise ,,triomphante ,,chapitre ,,vii4--,acdia1 ,sparation dans le monastre ,,chapitre ,,viii4--,a ,lucerne1 ,marie ,b ,,chapitre ,,ix4--,veille d',italie 7,enseignement du ,vinci74 ,,chapitre ,x4--,mon triomphe de ,venise a7 ,sa beaut du dehors b7 ,sa beaut du dedans 7,sa ,loi4--,mon tre4 --,l'tre de ,venise4--,description du type qui les runit en les rsumant7 c7 ,je suis satur de ,venise ,,livre ,,quatri,,me ,,excursion ,,dans ,,la ,,vie ,,chapitre ,,xi4--,une anecdote d'amour4 ,j'amasse des documents ,je profite de mes motions ,mditation sur l'anecdote d'amour ,,chapitre ,,xii4--,mes conclusions 7,la rgle de ma vie4--,lettre ,simon7 ,pas de veau gras4 7,rponse ,m4 ,doumic7 ,petite note de l'dition de #ahii 99 99 99 99 99 ,,pr,,face ,,de ,l',,dition ,,de #aijd ,ceux qui ne connurent jamais l'ivresse de dplaire ne peuvent imaginer les divines satisfactions de ma vingt-cinquime anne3 j'ai scandalis4 ,des gens se mettaient cause de mes livres en fureur4 ,leur sottise me crevait de bonheur4 ,sous l'oeil des ,barbares parut en novembre #ahhg et l' ,homme libre1 vers ,pques1 en #ahhi4 ,les matres de la grande espce vivaient encore4 ,je croisais dans le quartier ,latin ,taine1 ,renan et ,leconte de ,lisle4 ,j'avais vu1 de mes yeux vu ,hugo4 ,jour inoubliable1 celui o je causais avec ,leconte de ,lisle et ,anatole ,france dans la bibliothque du ,snat et qu'un petit vieillard vigoureux--c'tait le ,pre1 c'tait l',empereur1 c'tait ,victor ,hugo--nous rejoignit6 ,je mourrai sans avoir rien vu qui m'importe davantage4 ,ah6 si1 quelque jour1 je pouvais mriter que l',histoire acceptt ce groupe de quatre ges littraires6 ,ainsi quand j'tais jeune1 il y avait encore des dieux4 ,mais une pense tout acilic faisait recette auprs du public4 ,on prenait la grossiret pour de la force1 l'obscnit pour de la passion et des tableaux en trompe-l'oeil pour des pages grouillantes de vie4 ,autant de raisons pour qu'un petit livre d'analyse ne ft peint remarqu4 ,et puis l',homme libre tait peu comprhensible4 ,croyez-vous donc que j'eusse voulu tre entendu de n'importe qui8 ,j'crivais pour mettre de l'ordre en moi-mme et pour me dlivrer1 car on ne pense1 ce qui s'appelle penser1 que la plume la main4 ,mais le premier venu allait-il pencher sa tte1 par-dessus mon paule1 sur mon papier8--,fi1 ,monsieur6 m'criai-je1 moyennant #c fr4 #ej1 vous voudriez connatre mes plus dlicates complications4 ,faites d'abord des tudes prliminaires ou plutt adressez-vous ailleurs1 car rien ne m'assure que vous soyez n pour que nous causions ensemble4 ,cette disposition mprisante a ses inconvnients4 ,j'ai cr un prjug contre mes livres4 ,pendant une dizaine d'annes1 il y eut sur l',egotisme de ,m4 ,barrs1 sur le ,moi de ,m4 ,barrs les plus sots jugements1 et il semblait presque impossible que je tes surmontasse4 ,en effet1 il n'a fallu rien moins qu'une guerre civile4 ,verdi rptait souvent3 ,nous autres artistes1 nous n'arrivons la clbrit que par la calomnie4 ,je ne suis ni clbre ni calomni1 mais on a travesti mes thses4 ,quand j'eus bien ri de ces malentendus1 ils me donnrent de l'ennui4 ,j'ai eu le dgot d'entendre un ministre de l'instruction publique amuser la ,chambre avec des plaisanteries sur le ,moi de ,m4 ,barrs4 ,ce problme de l'individualisme qui passionne nos dputs quand on le leur pose sous la forme concrte d'une marmite renversement 7,vaillant7 ne leur parut in abstracto qu'un phnomne de prtention littraire4 ,jamais ,m4 ,charles ,dupuy1 qui a beaucoup de bonhomie la ,sarcey1 ne me parut mieux en verve4 ,je n'y reviens point pour raviver l'ennui des discordes passes1 mais pour marquer comment je connus mon erreur4 ,cette aprs-midi me montra clairement que pour agir sur des intelligences la sincrit ne suffit pas4 ,j'ai pch contre ma pense1 par trop de scrupule4 ,j'ai craint d'introduire mon didactisme en supplment aux faits2 je me suis abstenu de me rgler1 de me mettre au point1 j'ai voulu me produire tout nment4 ,je voyais s'veiller mes groupes de sensations1 je les notais1 je les dcrivais1 j'acceptais ma spontanit4 ,j'oubliais qu'il s'agit de crer un rapport entre l'auteur et le lecteur1 et qu'ainsi le plus probe philosophe doit se proccuper de l'effet produire4 ,j'avais une tendance conduire au grand jour tout ce que je trouvais dans mon me1 car tout cela voulait intensment vivre2 or il y a1 dans ma conscience un moqueur1 qui surveille mes expriences les plus sincres et qui rit quand je patauge4 ,mes premiers livres ne dissimulent pas suffisamment ce rire4 ,si ,jouffroy1 dans sa fameuse nuit1 avait t capable de ce ddoublement1 et s'il avait ml son chant pathtique les railleries de son surveillant intrieur1 il aurait dconcert4 ,mes ans1 ,anatole ,france et ,jules ,lematre1 me comblaient2 ils m'ont1 ds la premire minute1 trait avec une grande gnrosit1 mais ils prtendaient que je fusse un ironiste4 ,ils ne voyaient pas que je voulais prouver quelque chose et que l'ironie n'tait qu'un de mes moyens4 ,ces grands navigateurs1 n'ayant pas encore jet l'ancre1 n'admettaient pas que mes inquitudes diffrassent de leur curiosit4 ,peut-tre ,m4 ,paul ,desjardins rsumait-il l'opinion moyenne des gens de lettres autoriss dans une phrase qui me troublait par un mlange de justesse et d'injustice4 ,cet adolescent1 disait le critique des ,dbats1 cet adolescent1 si merveilleusement dou pour le style1 a trouv le moule de phrases le plus savoureux et le plus plaisant2 par malheur1 il s'est gar dans son propre dandysme et il lui est arriv1 ce qui n'est pas rare1 qu'il n'a plus su lui-mme si ce qu'il disait tait srieux ou non4 ,c'est un mlange extraordinaire de sincrit nave et d'ironie trs serre4444 ,il a voulu prendre le monde pour jouet et il est lui-mme le jouet de sa cadence verbale4 ,il n'est pas du tout sr de lui sous son air imperturbable4444#a ,je l'ai dit ailleurs dj#b1 je n allai point droit sur la vrit comme une flche sur la cible4 ,l'oiseau plane d'abord et s'oriente2 les arbres pour s'lever tagent leurs ramures2 toute pense procde par tapes4 ,je vivais dans une crise perptuelle2 ma pense tait1 que dis-je6 elle est encore une chose vivante1 la forme de mon me4 ,qu'est-ce que mon oeuvre8 ,ma personne toute vive emprisonne4 ,la cage en fer d'une des btes du ,jardin des ,plantes4 ,a la date o j'cris cette prface1 je viens d'entreprendre les ,bastions de l',est3 ils ne sont en moi qu'une vaste sensibilit4 ,qu'en tirera ma raison8 ,en #ahij1 au lendemain de l' ,homme libre1 je sentais mon abondance1 je ne me possdais pas comme un tre intelligible et cern4 ,c'est la rgle de toute production artistique4 ,l'on ne dlibre gure sur les ouvrages qu'on crira2 on se surprend les avoir dj vcus1 quand on se demande si on les approuve4 ,c'est par plnitude1 par ncessit et de la manire la plus irrflchie que se produisent les germes qui1 bien soigns1 deviendront de grandes oeuvres droites4 ,magnifique geste d'une mre qui prend son fils aux mains de l'accoucheuse et le regarde4 ,elle l'a mis au monde et ne le connat point4 ,mais pourquoi chercher tant de raisons ce refus de me comprendre que j'ai subi durant douze annes8 ,c'est bien simple3 nous ne conqurons jamais ceux qui nous prcdent dans la vie4 ,en vain nous prtent-ils du talent1 nous ne pouvons pas les mouvoir4 ,a vingt ans1 une fois pour toutes1 ils se sont choisi leurs potes et leurs philosophes4 ,un crivain ne se cre un public srieux que parmi les gens de son ge ou1 mieux encore1 parmi ceux qui le suivent4 ,les jeunes gens me ddommageaient4 ,ils se rptaient la dernire page des ,barbares3 ,o mon matre444 je te supplie que par une suprme tutelle1 tu me choisisses le sentier ou s'accomplira ma destine444 ,toi seul1 matre1 si tu existes quelque part1 axiome1 religion ou prince des hommes4 ,ils distinguaient dans l' ,homme libre des forces d'enthousiasme4 ,ils virent que je cherchais une raison de vivre et une discipline4 ,ils s'intressrent passionnment une recherche qu'eux-mmes eussent voulu entreprendre4 ,ce petit livre produisit dans certains jeunes esprits une agitation singulire4 ,on m'a racont qu'au ,conseil suprieur de l'instruction publique1 vers #ahij1 ,m4 ,grard exprima le regret que je fusse avec ,verlaine l'auteur le plus lu par nos rhtoriciens et nos philosophes de ,paris4 ,a cet poque on disputait s'il fallait tre barrsiste ou barrsien4 ,charles ,maurras tient pour barrsien4 ,la ,revue indpendante avait publi de ,m4 ,camille ,mauclair une sorte de manifeste sur le barrsisme4 ,un sage aurait1 ds ce dbut1 discern chez les tenants du culte du ,moi des formations trs diverses2 mais nous avions en commun le plus bel lan de jeunesse4 ,nous nous groupmes tous1 mistraliens1 proudhoniens1 jeunes juifs1 no-catholiques et socialistes dans la fameuse ,cocarde4 ,du #a;er septembre #ahid mars #ahie1 ce journal fut un magnifique excitateur de l'intelligence4 ,je n'ai jamais fini de rire quand je pense que cette quipe bariole travailla aux fondations du nationalisme1 et non point seulement du nationalisme politique mais d'un large classicisme franais4 ,parfaitement1 ,fournire1 ,henri ,brenger1 ,camille ,mauclair taient avec nous4 ,il y avait un malentendu4 ,on le vit quand parurent les ,dracins1 qui1 peu avant une crise publique trop retentissante1 obligrent de choisir entre le point de vue intellectuel et le traditionalisme4 ,en #ahig1 le dsarroi des amis que l',homme libre m'avait faits fut extrme4 ,beaucoup de jeunes groupements m'envoyrent leur ,p4,p4,c4 ,j'ai gard une lettre prive1 la fois touchante et singulire1 de la ,revue blanche4 ,c'tait l'poque hroque4 ,le fameux ,m4 ,herr1 bibliothcaire de l'cole normale1 un ,alsacien et un aptre 7c'est vous dire deux fois qu'il ne manque pas de vivacit71 se chargea de formuler une excommunication4 ,ce philosophe qui vaudrait davantage s'il tait un peu plus d',obernai me reprocha d'tre de ,charmes4 ,il se glorifie d'tre le fils des livres et me mprise d'tre le fils de mon petit pays4 ,je le flicite tout au moins de poser ainsi le problme4 ,oui1 l'homme libre venait de distinguer et d'accepter son dterminisme4 ,il y a1 dans la prface du ,disciple1 une page de grand effet4 ,bourget s'adresse aux jeunes gens de #ahhi pour les inviter se mfier du nihiliste struggleforlifer cynique et volontiers jovial et du nihiliste dlicat4 ,celui-ci1 dit-il1 a toutes les aristocraties des nerfs1 toutes celle de l'esprit444 c'est un picurien intellectuel et raffin4444 ,ce nihiliste dlicat1 comme il est effrayant rencontrer et comme il abonde6 ,a vingt-cinq ans1 il a fait le tour de toutes les ides4 ,son esprit critique1 prcocement veill1 a compris les rsultats derniers des plus subtiles philosophies de cet ge4 ,ne lui parle pas d'impit1 de matrialisme4 ,il sait que le mot matire n'a pas de sens prcis1 et il est1 d'autre part1 trop intelligent pour ne pas admettre que toutes les religions ont pu tre lgitimes leur heure4 ,seulement il n'a jamais cru1 il ne croira jamais aucune1 pas plus qu'il ne croira jamais quoi que ce soit1 sinon au jeu de son esprit qu'il a transform en un outil de perversit lgante4 ,le bien et le mal1 la beaut et la laideur1 les vices et les vertus lui paraissent des objets de simple curiosit4 ,l'me humaine tout entire est1 pour lui1 un mcanisme savant et dont le dmontage l'intresse comme un objet d'exprience4 ,pour lui1 rien n'est vrai1 rien n'est faux1 rien n'est moral1 rien n'est immoral4 ,c'est un goste subtil et raffin dont toute l'ambition1 comme l'a dit un remarquable analyste1 ,maurice ,barrs1 dans son beau roman de l',homme libre1--ce chef-d'oeuvre d'ironie auquel il manque seulement une conclusion1--consiste adorer son moi1 le parer de sensations nouvelles4 ,oui1 l',homme libre racontait une recherche sans donner de rsultat1 mais1 cette conclusion suspendue1 les ,dracins la fournissent4 ,dans les ,dracins1 l'homme libre distingue et accepte son dterminisme4 ,un candidat au nihilisme poursuit son apprentissage1 et1 d'analyse en analyse1 il prouve le nant du ,moi1 jusqu' prendre le sens social4 ,la tradition retrouve par l'analyse du moi1 c'est la moralit que renfermait l',homme libre1 que ,bourget rclamait et qu'allait prouver le roman de l' nergie nationale4 ,je ne permets qu' des catholiques les diatribes contre l'gotisme4 ,si vous n'tes pas un croyant1 d'o prenez-vous vtres point de vue pour fltrir l'individualisme8 ,au reste1 d'une manire gnrale1 il serait dtestable que nous pussions contraindre des tres en formation4 ,souvent leurs maladies prparent leur sant4 ,ce fier et vif sentiment du ,moi que dcrit ,un ,homme libre1 c'est un instant ncessaire1 dans la srie des mouvements1 par o un jeune homme s'oriente pour recueillir et puis transmettre les trsors de sa ligne4 ,un moi qui ne subit pas1 voil le hros de notre petit livre4 ,ne point subir6 ,c'est le salut1 quand nous sommes presss par une socit anarchique1 o la multitude des doctrines ne laisse plus aucune discipline et quand1 par-dessus nos frontires1 les flots puissants de l'tranger viennent1 sur les champs paternels1 nous tourdir et nous entraner4 ,l',homme libre n'a point fourni aux jeunes gens une connaissance nette de leur vritable tradition1 mais il les pressait de se dgager et de retrouver leur filiation propre4 ,si je ne subis pas1 est-ce dire que je n'acquire point8 ,j'eus mes victoires et mes conqutes en ,espagne et en ,italie2 nos dfaites sur le ,rhin contriburent ma formation2 c'est d'un ,disraeli que j'ai reu peut-tre ma vue principale1 savoir que1 le jour o les dmocrates trahissent les intrts et la vritable tradition du pays1 il y a lieu de poursuivre la transformation du parti aristocratique1 pour lui confier la fois l'amlioration sociale et les grandes ambitions nationales4 ,si nous dressions la liste de nos bienfaiteurs1 elle serait plus longue que celle de ,marc-,aurle4 ,nous ne sommes point ferms l'univers4 ,il nous enrichit4 ,mais nous sommes une plante qui choisit1 et transforme ses aliments4 ,j'ai marqu ailleurs1 comment un premier travail de mes ides n'est1 tout au fond1 que d'avoir reconnu d'une manire sensible que le moi individuel tait support et nourri par la socit4 ,sur cette tape je ne reviendrai pas1 mais on veut largir ici le raisonnement1 et1 d'une volution instinctive1 faire une mthode franaise4 99 99 99 99 99 ,a mon sens1 on n'a pas dit grand'chose quand on a dit que l'individualisme est mauvais4 ,le ,franais est individualiste1 voil un fait4 ,et de quelque manire qu'on le qualifie1 ce fait subsiste4 ,toutes les fortes critiques que nous accumulons contre la ,dclaration des ,droits de l'homme n'empchent point que ce catchisme de l'individualisme a t formul dans notre pays4 ,dans notre pays et non ailleurs6 ,et ce phnomne 7qu'aucun historien jusqu' cette heure n'a rendu comprhensible7 marque en traits de jeu combien notre nation est prdispose l'individualisme4 ,la juste horreur que nous inspire le ,robert ,greslou de ,bourget n'empche point que quelques-unes des prcieuses qualits de nos jeunes gens viennent1 comme leurs graves dfauts1 de ce qu'ils sont des tres qui ne s'agrgent point naturellement en troupeau4 ,si je ne m'abuse1 l',homme libre1 complt par les ,dracins1 est utile aux jeunes ,franais1 en ce qu'il accorde avec le bien gnral des dispositions certaines qui les eussent aisment jets dans un nihilisme funbre4 ,je ne me suis jamais interrompu de plaider pour l'individu1 alors mme que je semblais le plus l'humilier4 ,une de mes thses favorites est de rclamer que l'ducation ne soit pas dpartie aux enfants sans gard pour leur individualit propre4 ,je voudrais qu'on respectt leur prparation familiale et terrienne4 ,j'ai dnonc l'esprit de conqurant et de millnaire d'un ,bouteiller qui tombe sur les populations indignes comme un administrateur despotique doubl d'un aptre fanatique2 j'ai marqu pourquoi le kantisme1 qui est la religion officielle de l',universit1 dracine les esprits4 ,si l'on veut bien y rflchir1 ce ne sera pas une petite chose qu'un traditionaliste soit demeur attentif aux nuances de l'individu4 ,aussi bien je ne pouvais pas les ngliger1 puisque je voulais dcrire une certaine sensibilit franaise et surtout agir sur des ,franais4 ,mon mrite est d'avoir tir de l'individualisme mme ces grands principes de subordination que la plupart des trangers possdent instinctivement ou trouvent dans leur religion4 ,les jeunes ,franais croient en eux-mmes2 ils jugent de toutes choses par rapport leur personne4 ,ailleurs1 il y a le loyalisme2 chez nous1 c'est l'honneur1 l'honneur du nom qui fait notre principal ressort4 ,mes contemporains ne m'eussent pas cout si j'avais pris mon point de dpart ailleurs que du ,moi4 ,au milieu d'un ocan et d'un sombre mystre de vagues qui me pressent1 je me tiens ma conception historique1 comme un naufrag sa barque4 ,je ne touche pas l'nigme du commencement des choses1 ni la douloureuse nigme de la fin de toutes choses4 ,je me cramponne ma courte solidit4 ,je me place dans une collectivit un peu plus longue que mon individu2 je m'invente une destination un peu plus raisonnable que ma chtive carrire4 ,a force d'humiliations1 ma pense1 d'abord si fire d'tre libre1 arrive constater sa dpendance de cette terre et de ces morts qui1 bien avant que je naquisse1 l'ont commande jusque dans ses nuances4444 99 99 99 99 99 ,tandis que je crois causer ici avec quelques milliers de fidles lecteurs1 il est possible qu'un tranger s'approche de notre cercle et que1 jetant les yeux sur cette prface1 il s'tonne4 ,en effet1 pour tout le monde1 vingt ans1 la grande affaire c'est de vivre1 mais bien peu se proccupent de trouver le fondement philosophique de leur activit4 ,nos soucis ennuyent tout naturellement celui qui ne les partage pas4 ,l-dessus1 je n'ai rien rpondre4 ,d'autres personnes semblent craindre que le got de la rflexion ne dnature et ne comprime la navet de nos impressions sensuelles ou proprement artistiques4 ,eh bien6 l'art pour nous1 ce serait d'exciter1 d'mouvoir l'tre profond par la justesse des cadences1 mais en mme temps de le persuader par la force de la doctrine4 ,oui1 l'art d'crire doit contenter ce double besoin de musique et de gomtrie que nous portons1 la franaise1 dans une me bien faite4444 ,ah6 mon ,dieu6 ce pauvre petit livre1 qu'il est loin de satisfaire cette magnifique ambition6 ,il a du moins de la jeunesse1 de la fiert sans aucun thtral et ne rtrcit pas le coeur4 ,juillet #aijd4 note #a3 ,les ,dbats du #ac dcembre #ahij3 les ,ironistes1 par ,paul ,desjardins4 note #b3 ,voir l',appendice3 ,une rponse ,m4 ,doumic3 ,pas de veau gras4 99 99 99 99 99 ,d,,dicace 99 99 99 99 99 ,a ,,quelques ,,coll,,giens ,,de ,,paris ,,et ,,de ,,la ,,province ,j',,offre ,,ce ,,livre ,j'cris pour les enfants et les tout jeunes gens4 ,si je contentais les grandes personnes1 j'en aurais de la vanit1 mais il n'est gure utile qu'elles me lisent4 ,elles ont fait d'elles-mmes les expriences que je vais noter1 elles ont systmatis leur vie1 ou bien elles ne sont pas nes pour m'entendre4 ,dans l'un et l'autre cas1 cette lecture leur sera superflue4 ,les collgiens sont peu prs les seuls tres qu'on puisse plaindre4 ,encore la moiti d'entre eux sont-ils des petits goujats qui empoisonnent la vie de leurs camarades4 ,nous autres adultes1 nous nous isolons1 nous nous distrayons selon le systme qui nous parat convenable4 ,au collge1 ils sont soumis une discipline qu'ils n'ont pas choisie3 cela est abominable4 ,j'ai relev avec pit1 depuis six sept ans1 les noms des enfants qui se sont suicids4 ,c'est une longue liste que je n'ose pas publier4 ,j'aurais aim ddier leur mmoire ce petit livre1 mais il m'a paru que j'irais contre leurs intentions1 en rpandant leurs noms dans la vie4 ,s'ils m'avaient lu1 je crois qu'ils n'auraient pas pris une rsolution aussi extrme4 ,ces mes dlicates et paresseuses taient videmment mal renseignes4 ,elles crurent qu'il y a du srieux au monde4 ,elles attachaient de l'importance cinq ou six choses3 en ayant prouv du dsagrment1 elles reculrent hors de la vie4 ,l'essentiel est de se convaincre qu'il n'y a que des manires de voir1 que chacune d'elles contredit l'autre1 et que nous pouvons1 avec un peu d'habilet1 les avoir toutes sur un mme objet4 ,ainsi nous amoindrissons nos mortifications penser quelles sont causes par rien du tout1 et nous arrivons souffrir trs peu4 ,parce qu'il dtaille ces principes et les illustre de petits exemples emprunts l'ordinaire de l'existence1 mon livre1 je crois1 est appel rendre service4 ,quelques amis que j'ai dans la politique m'ont affirm qu'aux sicles derniers les esprits de notre race1 je veux dire les esprits religieux1 se plaisaient dj faire des proslytes4 ,ils enfermaient parfois les esprits pais dans une chambre de fer chauffe au rouge4 ,le matrialiste en tait rduit sauter prcipitamment sur l'un et l'autre pied1 jusqu' ce qu'il et modifi sa conception de l'univers4 ,c'est ainsi que la ,providence en agit encore aujourd'hui pour nous rendre idalistes4 ,notre sentiment lev du problme de la vie est fait de notre inquitude perptuelle4 ,nous ne savons sur quel pied danser4 ,dans cette disgrce je gote un plaisir rel4 ,chercher continuellement la paix et le bonheur1 avec la conviction qu'on ne les trouvera jamais1 c'est toute la solution que je propose4 ,il faut mettre sa flicit dans les expriences qu'on institue1 et non dans les rsultats qu'elles semblent promettre4 ,amusons-nous aux moyens1 sans souci du but4 ,nous chapperons ainsi au malaise habituel des enfants honorables1 qui est dans la disproportion entre l'objet qu'ils rvaient et celui qu'ils atteignent4 ,jrme ,paturot dsirait un peu vivement une position sociale4 ,c'est d'une petite me4 ,il et t plus heureux s'il avait suivi ma mthode1 s'gayant de ses recherches et n'attachant jamais la moindre importance aux buts qu'il poursuivait6 ,il eut de curieuses aventures3 il n'y prit pas de plaisir4 ,c'est faute d'avoir possd ma philosophie4 ,je vais parmi les hommes1 le coeur dfiant et la bouche dgote2 j'hsite perptuellement entre les rves de ,paturot et ceux des mystiques3 les uns et les autres comme moi s'agitent1 parce que l'ordinaire de la vie ne peut les satisfaire4 ,mais j'ai souvent pens qu'entre tous1 ,ignace de ,loyola avait montr le plus de gnie1 et je le dis le prince des psychologues1 parce qu'il dclare la dernire ligne de ses ,exercices spirituels1 ou suite de mcaniques pour donner la paix l'me3 ,et maintenant le fidle n'a plus qu' recommencer4 ,cela est admirable4 ,vous travaillez depuis des mois trouver le bonheur1 vous pensez l'avoir enfin conquis2 c'est quand vous le dsiriez si fort que vous l'avez le plus approch2 recommencez maintenant6 ,faisons des rves chaque matin1 et avec une extrme nergie1 mais sachons qu'ils n aboutiront pas4 ,soyons ardents et sceptiques4 ,c'est trs facile avec le joli temprament que nous avons tous aujourd'hui4 ,cette mthode1 je l'ai expose et justifie1 je crois1 dans la fiction qu'on va lire4 ,il m'aurait plu de la ramasser dans quelque symbole1 de l'accentuer dans vingt-cinq feuillets trs savants1 trs obscurs et un peu tristes2 mais soucieux uniquement de rendre service aux collgiens que j'aime1 je m'en tiens la forme la plus enfantine qu'on puisse imaginer d'un journal4 99 99 99 99 99 ,,un ,,homme ,,libre 99 99 99 99 99 ,,livre ,,premier ,,en ,,tat ,,de ,,grace 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,premier ,,la ,,journ,e ,,de ,,jersey ,je suis all ,jersey avec mon ami ,simon4 ,je l'ai connu bb1 quand je l'tais moi-mme1 dans le sable de sa grand'mre1 o dj nous btissions des chteaux4 ,mais nous ne fmes intimes qu' notre majorit4 ,je me rappelle le soir o1 place de l',opra1 vers neuf heures1 tous deux en frac de soire1 nous nous trouvmes3 je m'aperus1 avec un frisson de joie contenue1 que nous avions en commun des prjugs1 un vocabulaire et des ddains4 ,nous nous sommes inscrits l'cole de ,m4 ,boutmy1 rue ,saint-,guillaume4 ,mais voyais-je ,simon trois mois par anne8 ,il tait mondain ,londres et ,paris1 puis se refaisait la campagne4 ,il passe pour excentrique1 parce qu'il a de l'imprvu dans ses dterminations et des gestes heurts4 ,c'est un garon trs nerveux et systmatique1 d'aspect glacial4 ,mrime1 me disait-il1 est estimable cause des gens qui le dtestent1 mais bien hassable cause de ceux qu'il satisfait4 ,simon1 qui ne tient pas plaire1 aime toutefois paratre1 et cela blesse gnralement4 ,trs jeune1 il tait faiseur2 aujourd'hui encore1 il se met dans des embarras d'argent4 ,c'est un travers bien profond1 puisque moi-mme1 pour l'en confesser1 je prends des prcautions2 pourtant notre dlice1 le secret de notre liaison1 est de nous analyser avec minutie1 et si nous tenons trs haut notre intelligence1 nous flattons peu notre caractre4 ,sa dpense et son souci de la bonne tenue le rduisent de longs sjours dans la proprit de sa famille sur la ,loire4 ,la cuisine y est intelligente1 ses parents l'affectionnent2 mais1 faute de femmes et de secousses intellectuelles1 il s'y ennuie par les chaudes aprs-midi4 ,je note pourtant qu'il me disait un jour3 ,j'adore la terre1 les vastes champs d'un seul tenant et dont je serais propritaire2 craser du talon une motte en lanant un petit jet de salive1 les deux mains fond dans les poches1 voil une sensation saine et orgueilleuse4 ,l'observation me parut admirable1 car je ne souponnais gure cette sorte de sensibilit4 ,voil huit ans que1 pour tre moi1 j'ai besoin d'une socit exceptionnelle1 d'exaltation continue et de mille petites amertumes4 ,tout ce qui est facile1 les rires1 la bonne honorabilit1 les conversations oiseuses me font jaunir et biller4 ,je suis entr dans le monde du ,palais1 de la littrature et de la politique sans certitudes1 mais avec des motions violentes1 ayant lu ,stendhal et trs clairvoyant de naissance4 ,je puis dire1 qu'en six mois1 je fis un long chemin4 ,j'observais mal l'hygine1 je me dgotai1 je partis2 puis je revins1 ayant bu du quinquina et adorant ,renan4 ,je dus encore m'absenter2 les larmoiements idalistes cdrent aux petits faits de ,sainte-,beuve4 ,en #hf1 je pris du bromure2 je ne pensais plus qu' moi-mme4 ,dyspepsique1 un peu hypocondriaque1 j'appris avec plaisir que ,simon souffrait de coliques nphrtiques4 ,de plus1 il n'estime au monde que ,m4 ,cokson1 qui a trois yachts1 et1 dans les lettres1 il n'admet que ,chateaubriand au congrs de ,vrone3 ce qui plat mon dgot universel4 ,enfin ,paris1 quand nous djeunons ensemble1 il a le courage de me dire vers les deux heures3 ,je vous quitte2 puis1 s'il fume immodrment1 du moins blme-t-il les excs de tabac4 ,ces deux points m'agrent spcialement1 car moi1 je demeure sans dfense contre des jeunes gens rsolus qui m'accaparent et m'imposent leur grossire hygine4 ,c'est dans quelques promenades de sant1 coupes de fraches ptisseries au rond-point de l'toile1 que je touchai les penses intimes de ,simon1 et que je dcouvris en lui cette sensibilit1 peu pousse mais trs complte1 qui me ravit1 bien qu'elle manque d'pret4 ,nous dcidmes de passer ensemble les mois d't ,jersey4 99 99 99 99 99 ,cette villgiature est mprisable3 mauvais cigares1 fadeur des pturages suisses1 mdiocrits du bonheur4 ,nous emes la faiblesse d'emmener avec nous nos matresses4 ,et leur vulgarit nous donnait un malaise dans les petits wagons jersiais bonds de gentilles misses4 ,a ,paris1 nos amies faisaient un appareillage trs distingu3 belles femmes1 jolis teints2 ici1 rapidement engraisses1 elles se congestionnrent4 ,elles riaient avec bruit et marchaient sottement1 ayant les pieds meurtris4 ,dans notre monotone chalet1 au bord de la grve1 le soir1 elles protestaient avec une sorte de piti contre nos analyses et dductions1 qu'elles dclaraient des niaiseries 7 cause que nous avons l'habitude de remonter jusqu' un principe vident7 et inconvenantes 7parce que nous rivalisons de sincrit froide74 ,ah6 ces homards de digestion si lente1 dont nous souffrmes1 ,simon et moi1 durant les longues aprs-midi de soleil1 en face de l',ocan qui fait mal aux yeux6 ,ah6 ce th dont nous abusmes par engouement6 99 99 99 99 99 ,un soir1 au casino1 nous rencontrmes cinq camarades qui avaient bien dn et qui riaient comme de grossiers enfants4 ,ils se rjouissaient citer le nom familial de tel commerant de la localit1 et patoisaient la jersiaise4 ,ils invitrent le capitaine du btiment de ,granville-,jersey boire de l'alcool1 puis ils parlrent de la territoriale4 ,ils furent cordiaux2 nos femmes leur plurent2 ,simon n'ouvrit pas la bouche4 ,moi1 par urbanit1 je tchais de rire chaque fois qu'ils riaient4 ,avant de nous coucher1 mon ami et moi1 seuls sur le petit chemin1 prs de la plage o se refltait l'immense fentre brutalement claire de notre salon1 dans la vaste rumeur des flots noirs1 nous gotmes une relle satisfaction piloguer sur la vulgarit des gens1 ou du moins sur notre impuissance les supporter4 ,o moi1 disions-nous l'un et l'autre1 ,moi1 cher enfant que je cre chaque jour1 pardonne-nous ces frquentations misrables dont nous ne savons t'pargner l'nervement4 99 99 99 99 99 ,a djeuner1 le lendemain1 ,simon1 qui est trs dpensier1 mais que les gaspillages d'autrui dsobligent1 fit remarquer son amie qu'elle mangeait gloutonnement4 ,dj le mme dfaut de tenue m'avait choqu chez ma matresse1 et je pris texte de l'occasion pour faire une courte morale4 ,elles s'emportrent1 et tous deux1 par des clignements d'yeux1 nous nous signalions leur grossiret4 99 99 99 99 99 ,vers deux heures1 tandis qu'elles allaient dans les magasins1 une voiture nous conduisit jusqu' la baie de ,saint-,ouen4 ,nous emes d'abord la sensation joyeuse de voir1 pour la premire fois1 cette plage troite et furieuse1 et nous nous assmes auprs de l'cume des lames brises4 ,puis une tasse de th nous raffermit l'estomac4 ,nous tions bien servis1 par un temps tide1 sur la faade nette d'un htel trs neuf1 parmi cinq ou six groupes lgants et modrs4 ,je surveillais le visage de ,simon2 la troisime gorge je vis sa gravit se dtendre4 ,moi-mme je me sentais dispos4 --,n'est-ce pas1 lui dis-je1 la premire minute agrable que nous trouvons ,jersey8 ,il n'tait pourtant pas difficile de nous organiser ainsi4 ,quoi en effet8 un joli temps 7c'est la saison71 de l'inconnu 7le monde en est plein71 une tasse de th qui encourage notre cerveau 7#a fr4 #ej74 --,tu oublies1 me dit-il1 deux autres plaisirs3 l'analyse que nous fmes1 hier soir1 de notre ennui1 et l'clair de ce matin1 table1 quand nous nous sommes surpris souffrir1 l'un et l'autre1 de l'impudeur de leurs apptits4 --,arrte6 m'criai-je1 car j'entrevois une piste de pense4 ,et1 riant de la joie d'avoir un thme mditer1 nous courmes nous installer sur un rocher en face de l',ocan sal4 ,au bout d'une heure1 nous avions abouti aux principes suivants1 que je copiai le soir mme avant de m'endormir3 99 99 99 99 99 ,,premier ,,principe3 ,nous ne sommes jamais si heureux que dans l'exaltation4 ,,deuxi,,me ,,principe3 ,ce qui augmente beaucoup le plaisir de l'exaltation1 c'est de l'analyser4 ,la plus faible sensation atteint nous fournir une joie considrable1 si nous en exposons le dtail quelqu'un qui nous comprend demi-mot4 ,et les motions humiliantes elles-mmes1 ainsi transformes en matire de pense1 peuvent devenir voluptueuses4 ,,cons,,quence3 ,il faut sentir le plus possible en analysant le plus possible4 ,je remarque que1 pour analyser avec conscience et avec joie mes sensations1 il me faut l'ordinaire un compagnon4 99 99 99 99 99 ,je me rappelle les dtails et toute la physionomie de cette longue sance que nous fmes1 couchs dans la brise purifiante et virile de l',ocan4 ,nos intelligences taient lucides1 tonifies par le bel air1 soutenues par le th4 ,j'ajouterai mme que ,simon s'loigna un instant sous les roches fraches1 ce dont je le flicitai1 en l'enviant1 car la nourriture et l'air des plages entravaient fort la rgularit de nos digestions1 o nous nous montrmes toujours capricieux4 99 99 99 99 99 ,le mme soir1 vers onze heures1 runis auprs de nos femmes dans le petit salon de notre frle villa1 je disais ,simon1 avec la franchise un peu choquante des heures de nuit3 --,je t'avouerai que souvent je songeai entrer en religion pour avoir une vie trace et aucune responsabilit de moi sur moi4 ,enferm dans ma cellule1 rsign l'irrparable1 je cultiverais et pousserais au paroxysme certains dons d'enthousiasme et d'amertume que je possde et qui sont mes dlices4 ,je fus dtourn de ce cher projet par la ncessit d'tre extrmement nergique pour l'excuter4 ,mme je me suis arrt de souhaiter franchement cette vie1 car j'ai souponn qu'elle deviendrait vite une habitude et remplie de mesquineries3 rires de sminaristes1 contacts de compagnons que je n'aurais pas choisis et parmi lesquels je serais la minorit4 ,nos femmes1 en m'entendant1 se mirent blasphmer1 par esprit d'opposition1 et se frapper le front1 pour signifier que je draisonnais4 --,c'est trange1 rpondit ,simon1 que je ne t'aie pas connu ce got pendant des annes4 ,je pensais3 il est aimable1 actif1 changeant1 toutes les vertus de ,paris1 mais il ne sent rien hors de cette ville4 ,moi1 c'est la campagne1 des chiens1 une pipe et les notions abondantes et froides de ,spencer dbrouiller pendant six mois4 --,erreur6 lui dis-je1 tu t'y ennuyais4 ,nous avons l'un et l'autre vtu un personnage4 ,j'affectai en tous lieux1 d'tre pareil aux autres1 et je ne m'interrompis jamais de les ddaigner secrtement4 ,ce me fut toujours une torture d'avoir la physionomie mobile et les yeux expressifs4 ,si tu me vis1 sous l'oeil des barbares1 me prter vingt groupes bruyants et divers1 c'tait pour qu'on me laisst le rpit de me construire une vision personnelle de l'univers1 quelque rve ma taille1 o me rfugier1 moi1 homme libre4 ,ainsi revenions-nous nos principes de l'aprs-midi1 et convenir que nous avons t crs pour analyser nos sensations1 et pour en ressentir le plus grand nombre possible qui soient exaltes et subtiles4 ,j'entrai dans la vie avec ce double besoin4 ,notre vertu la moins contestable1 c'est d'tre clairvoyants1 et nous sommes en mme temps ardents avec dlire4 ,chez nous1 l'apaisement n'est que dbilit2 il a toute la tristesse du malade qui tourne la tte contre le mur4 ,nous possdons l un don bien rare de noter les modifications de notre moi1 avant que les frissons se soient effacs sur notre piderme4 ,quand on a l'honneur d'tre1 un pareil degr1 passionn et rflchi1 il faut soigner en soi une particularit aussi piquante4 ,raffinons soigneusement de sensibilit et d'analyse4 ,la besogne sera aise1 car nos besoins1 mesure que nous les satisfaisons1 croissent en exigences et en dlicatesses1 et seule1 cette mthode saura nous faire toucher le bonheur4 ,c'est ainsi que ,simon et moi1 par emballement1 par oisivet1 nous dcidmes de tenter l'exprience4 ,courons la solitude6 ,soyons des nouveau-ns6 ,dpouills de nos attitudes1 oublieux de nos vanits et de tout ce qui n'est pas notre me1 vritables librs1 nous crerons une atmosphre neuve1 o nous embellir par de sagaces exprimentations4 99 99 99 99 99 ,ds lors1 nous vcmes dans le lendemain2 et chacune de nos rflexions accroissait notre enivrement4 ,dsormais nous aurons un coeur ardent et satisfait1 nous affirmions-nous l'un l'autre sur la plage1 car nous avions sagement dcid de procder par affirmation4 ,cette sole est trs frache4442 votre matresse1 dlicieuse444 me disait jadis un compagnon d'ailleurs mdiocre1 et grce son ton premptoire la sauce passait lgre1 je jouissais des biens de la vie4 99 99 99 99 99 ,dans la liste qu'une agence nous fit tenir1 nous choismes1 pour la louer1 une maison de matre1 avec vaste jardin plant en bois et en vignes1 sise dans un canton dlaiss1 cinq kilomtres de la voie ferre1 sur les confins des dpartements de ,meurthe-et-,moselle et des ,vosges4 ,originaires nous-mmes de ces pays1 nous comptions n'y tre distraits ni par le ciel1 ni par les plaisirs1 ni par les moeurs4 ,puis nous n'y connaissions personne1 dont la gentillesse pt nous dtourner de notre gnreux gotisme4 ,c'est alors que1 corrects une suprme fois envers nos tristes amies1 qui furent tour tour ironiques et mues1 nous passmes ,paris liquider nos appartements et notre situation sociale4 ,nous sortmes de la grande ville avec la joie un peu nerveuse du portefaix qui vient de dlivrer ses paules d'une charge trs lourde4 ,nous nous tions dbarrasss du sicle4 ,dans le train qui nous emporta vers notre retraite de ,saint-,germain1 par ,bayon 7,meurthe-et-,moselle71 nous mditions le chapitre xx du livre ,ier de l',imitation1 qui traite ,de l'amour de la solitude et du silence4 ,et pour nous dlasser de la prodigieuse sensibilit de ce vieux moine1 nous tablissions notre budget 7#ad4jjj francs de rente74 ,malgr que l'odeur de la houille et les visages des voyageurs1 toujours1 me bouleversent l'estomac1 l'avenir me paraissait dsirable4 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,ii ,m,,ditation ,,sur ,,la ,,journ,e ,,de ,,jersey ,cette journe de ,jersey fut purile en plus d'un instant1 et pas trs nette pour moi-mme4 ,comment accommoder cette haine mystique du monde et cet amour de l'agitation qui me possdent galement6 ,c'est ,jersey pourtant1 nerveux qui chicanions au bord de l',ocan1 que j'approchai le plus d'un tat hroque4 ,je tendais a me dgager de moi-mme4 ,l'amour de ,dieu soulevait ma poitrine4 ,je dis ,dieu1 car de l'closion confuse qui se fit alors en mon imagination1 rien n'approche autant que l'ardeur d'une jeune femme1 chercheuse et comble1 lasse du monde qu'elle ne saurait quitter et qui1 dvote1 s'agenouille en vous invoquant1 ,marie ,vierge et ,christ ,dieu6 ,ces cratures-l1 puisqu'elles nous troublent1 ne sont pas parfaites1 mais la civilisation ne produit rien de plus intressant4 ,les vieux mots qui leur sont familiers embelliront notre malaise1 dont ils donnent en mme temps une figure assez exacte4 ,hlas6 les contrarits d'o sortit mon tat de grce1 je vois trop nettement leur mdiocrit pour que mon rve de ,jersey n'ait trs vite perdu mes yeux ce caractre religieux que lui conservent mes vocables4 ,jamais rien ne survint en mon me qui ne ft embarrass de mesquineries4 ,amertume contre ce qui est1 curiosit dgote de ce que j'ignore1 voil peut-tre les tiges fltries de mes plus belles exaltations6 99 99 99 99 99 ,avant cette journe dcisive1 dj la grce m'avait visit4 ,j'avais dj entrevu mon ,dieu intrieur1 mais aussitt son mouvante image s'emplissait d'ombre4 ,ces flirts avec le divin me ternissaient le sicle1 sans qu'ils modifiassent srieusement mon ignominie4 ,c'est par le ddain qu'enfin j'atteignis l'amour4 ,certes1 je comprenais que seul le dgot prventif l'gard de la vie nous garantit de toute dception1 et que se livrer aux choses qui meurent est toujours une diminution2 mais il fallut la rvlation de ,jersey1 pour que je prisse le courage de me conformer ces vrits souponnes1 et de conqurir par la culture de mes inquitudes l'embellissement de l'univers4 ,c'est en m'aimant infiniment1 c'est en m'embrassant1 que j'embrasserai les choses et les redresserai selon mon rve4 ,oui1 dj j'avais t travers de ce dlire d'animer toutes les minutes de ma vie4 ,sur les petits carnets o je note les pointes de mes sensations pour la curiosit de les prouver nouveau1 quand le temps les aura mousses1 je retrouve une matine de juillet que1 malade1 vraiment puis1 tant mon corps tait rompu et mon esprit lucide d'insomnie1 je m'tais fait conduire la bibliothque de ,nancy1 pour lire les ,exercices spirituels d',ignace de ,loyola4 ,livre de scheresse1 mais infiniment fcond1 dont la mcanique fut toujours pour moi la plus troublante des lectures2 livre de dilettante et de fanatique4 ,il dilate mon scepticisme et mon mpris2 il dmonte tout ce qu'on respecte1 en mme temps qu'il rconforte mon dsir d'enthousiasme2 il saurait me faire homme libre1 tout-puissant sur moi-mme4 ,alors que j'tais ainsi mordu par ce cher engrenage1 des militaires passrent sur les dix heures1 revenant de la promenade matinale1 avec de la poussire1 des trompettes retentissantes et des gamins admirateurs4 ,et nous1 ceux de la bibliothque1 un prtre1 un petit vieux1 trois tudiants1 nous nous penchmes des fentres de notre palais sur ces hommes actifs4 ,et l'orgueil chantait dans ma tte3 ,tu es un soldat1 toi aussi2 tu es mille soldats1 toute une arme4 ,que leurs trompettes leves vers le ciel sonnent un hallali6 ,tiens en main toutes les forces que tu as1 afin que tu puisses1 par des commandements rapides1 prendre soudain toutes les figures en face des circonstances4 ,et1 frmissant jusqu' serrer les poings du dsir de dominer la vie1 je me replongeai dans l'tude des moyens pour possder les ressorts de mon me comme un capitaine possde sa compagnie4 --,quelque jour1 un statisticien dressera la thorie des motions1 afin que l'homme volont les cre toutes en lui et toutes en un mme moment4 ,et puis ce fut la vie1 car il fallut agir2 et je me rappelle cette douloureuse matine o je vis un de ma race1 mais ayant toujours rsist l'apptit de se dtruire1 qui me disait dans un accs d'orgueil3 ,ma tte est une merveilleuse machine penses et phrases2 jamais elle ne s'arrte de produire avec aisance des mots savoureux1 des images prcises et des ides imprieuses2 c'est mon royaume1 un empire que je gouverne4 ,et moi1 tandis qu'il marchait dans l'appartement1 j'tais assombri et congel par le bromure1 au point que je n'avais pas la force de lui rpondre1 et je me raidissais1 avec un effort trop visible1 pour sourire et pour paratre alerte4 ,et je revins midi1 seul1 par la longue rue ,richelieu 7une de ces rues troites qui me donnent un malaise71 plus accabl et plus inconscient1 mais convaincu1 au fond de mon dcouragement1 que le paradis c'est d'tre clairvoyant et fivreux4 99 99 99 99 99 ,je m'carte parmi ces souvenirs4 ,c'est que j'y apprends connatre mon tempramment1 ses hauts et ses bas4 ,voil les soucis1 les nuances o je reviens1 sitt que j'ai quelques loisirs4 ,je veux accueillir tous les frissons de l'univers2 je m'amuserai de tous mes nerfs4 ,ces anecdotes qui vous paraissent peu de chose1 je les ai choisies scrupuleusement dans le petit bagage d'motions qui est tout mon moi4 ,a certains jours1 elles m'intressent beaucoup plus que la nomenclature des empires qui s'effondrent4 ,elles me sont ,hlne1 ,cloptre1 la ,juliette sur son balcon et ,mlle de ,lespinasse1 pour qui jamais ne se lasse la tendre curiosit des jeunes gens4 ,belle paix froide de ,saint-,germain6 ,c'est l que mon coeur chauff sans trve retrouvera et s'assurera la possession de ces frissons obscurs qui1 parfois1 m'ont travers pour m'indiquer ce que je devais tre6 ,ma faiblesse jusqu' cette heure n'a pu forcer se raliser cet esprit mystrieux qui se dissimule en moi4 ,mais je le saisirai1 et je dpartirai sa beaut l'univers1 qui me fut jusqu'alors mdiocre comme mon me4 --,mais1 dira-t-on1 ,simon1 qu'intressent la vie 7amour des forts et du confort7 et la prcision scientifique 7philosophie anglaise71 comment s'associait-il vos aspirations8 ,je pense qu'tant fort nerveux et comprhensif1 il vibrait avec mes nergies quelles qu'elles fussent4 ,puis il billait de sa vie sans argent ni ambition4444 ,mais pourquoi m'inquiterais-je d'expliquer cette me qui n'est pas la mienne8 ,il sufft que je vous le fasse voir1 aux instants o1 me comparant lui1 vous y gagnerez de me mieux connatre4 99 99 99 99 99 ,,livre ,,deuxi,,me ,l',,glise ,,militante 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,iii ,,installation ,le lendemain de notre arrive1 vers les neuf heures1 quand le paysage1 dans la franchise de son rveil1 n'a pas encore vtu la splendeur du midi ou ces mollesses du couchant qui troublent l'observateur1 nous tudimes la proprit1 et sa saine banalit nous agra4 ,btie sur un vieux monastre dont les ruines l'enclosent et l'ennoblissent1 elle occupe le sommet et les pentes peles d'une cte volcanique4 ,et cette lgende de volcan1 dans nos promenades du soir1 nous invitait des rveries gologiques1 toujours teintes de mlancolie pour de jeunes esprits plus riches d'imagination que de science4 ,nos fentres dominaient une vaste cuvette de terres laboures1 sans eau1 et dont la courbe solennelle menait jusqu' l'horizon des fentres silencieuses4 ,dans la transparence du soleil couchant1 parfois1 les ,vosges minuscules et tristes apparaissaient tasses dans le lointain4 ,sur un autre ballon trs proche1 le village dployait sa rue morne2 et l'glise au milieu des tombes dominait le pays4 ,cette mise en scne1 si compltement prive de jeunesse1 devait mieux servir nos svres analyses que n'eussent fait les somptuosits nergiques de la grande nature1 la mollesse belltre du littoral mditerranen1 ou mme ces plaines d'tangs et de roseaux dont j'ai tant aim la rsignation grelottante4 ,les vieilles choses qui n'ont ni gloire1 ni douceur1 par leur seul aspect1 savent mettre toutes nos penses leur place4 99 99 99 99 99 ,installation matrielle ,en une semaine nous fmes organiss4 ,un gars du village1 ancien ordonnance d'un capitaine1 suffit notre service4 ,quand il s'agit de choisir les chambres de sommeil et de mditation1 ,simon1 que je crois un peu apoplectique1 voulut avoir de grands espaces sous les yeux4 ,pour moi1 uniquement curieux de surveiller mes sensations1 et qui dsire m'anmier1 tant j'ai le got des frissons dlicats1 je considrai qu'une branche d'arbre trs maigre1 frlant ma fentre et que je connatrais1 me suffirait4 ,la salle manger nous parut parfaite1 ds qu'un excellent pole y fut install4 ,dans la bibliothque o nous agitmes des problmes par les nuits d'hiver1 on mit un grand bureau double o nous nous faisions vis--vis1 avec chacun notre lampe et notre fauteuil ,voltaire1 pour faire nos recherches ou rdiger1 puis1 au coin de la chemine1 deux ganaches pour la mtaphysique des problmes4 ,la pice voisine tait tapisse de livres1 mls et contradictoires comme toutes ces fivres dont la bigarrure fait mon me4 ,seul ,balzac en fui exclu1 car ce passionn met en valeur les luttes et l'amertume de la vie sociale2 et1 malgr tout1 romanesques et de fort apptit1 nous trouverions dans son oeuvre1 certains jours1 la nostalgie de ce que nous avons renonc4 ,je m'opposai avec la mme nergie ce qu'aucune chaise pntrt dans la maison3 ces petits meubles ne peuvent qu'incliner aux basses conceptions l'honnte homme qu'ils fatiguent4 ,je ne crois pas qu'un penseur ait jamais rien combin d'estimable hors d'un fauteuil4 ,tous nos murs furent blanchis la chaux4 ,j'aime le mutisme des grands panneaux nus2 et mon me1 raconte sur les murs par le dtail des bibelots1 me deviendrait insupportable4 ,une ide que j'ai exprime1 dsormais1 n'aura plus mes intimes tendresses4 ,c'est par une incessante hypocrisie1 par des manques frquents de sincrit dons la conversation1 que j'arrive possder encore en moi un petit groupe de sentiments qui m'intressent4 ,peut-tre qu'ayant tout avou dans ces pages1 il me faudra tenter une volution de mon me1 pour que je prenne encore du got moi-mme4 ,nous fmes des visites aux notables et quelques aumnes aux indigents4 ,et pour acqurir la considration1 chose si ncessaire1 nous rpandmes le bruit que1 frres de lits diffrents1 nous tions ns d'un officier suprieur en retraite4 ,enfin1 sur l'initiative de ,simon1 nous causmes des femmes4 ,la femme1 qui1 toutes les poques1 eut la vertu fcheuse de rendre bavards les imbciles1 renferme de bons lments qu'un dlicat parfois utilise pour se faire soi-mme une belle illusion4 ,toutefois1 elle fait un divertissement qui peut nuire notre concentration et compromettre les expriences que nous voulons tenter4 ,simon1 ayant rflchi1 ajouta3 --,le malheur6 c'est que nous avons perdu l'habitude de la chastet6 --,avec son tact de femme1 ,catherine de ,sienne1 lui dis-je1 a trs bien vu1 comme nous1 que tous nos sens1 notre vue1 notre oue et le reste s'unissent en quelque sorte avec les objets1 de sorte que1 si les objets ne sont pas purs1 la virginit de nos sens se gte4 ,mais les objets sont ce que nous les faisons4 ,or1 puisqu'il n'est pas dans notre programme de nous difier une grande passion1 ne voyons dans la femme rien de troublant ni de mystrieux2 dpouillons-la de tout ce lyrisme que nous jetons comme de longs voiles sur nos troubles3 qu'elle soit pour nous vraiment nature4 ,cette combinaison nous laissera tout le calme de la chastet4 ,simon voulut bien m'approuver4 ,c'est pourquoi nous sommes alls la messe4 ,et entre les jeunes personnes1 nous avons distingu une fille pour sa frache sant et pour son impersonnalit4 ,ses gestes lents et son regard incolore1 quoique malicieux1 sont bien de ce pays et de cette race qui ne peut en rien nous distraire du dveloppement de notre tre4 ,nous fmes donc un arrangement avec la famille de cette jeune fille1 et nous en emes de la satisfaction4 99 99 99 99 99 ,au soir de cette premire semaine1 dans notre cadre d'une simplicit de bon got1 assis et souriant en face du paysage svre que dsolent la brume et le silence1 nous rsolmes de couper tout fil avec le monde et de brler les lettres qui nous arriveraient4 99 99 99 99 99 ,installation spirituelle ,je fus flatt de trouver un clotre dans les coins dlabrs de notre proprit4 ,pendant que le soir tombait sur l',italie1 promeneur attrist de souvenirs dsagrables et de dsirs1 parfois j'ai dsir achever ma vie sous les clotres o ma curiosit s'tait satisfaite un jour4 ,ce me serait un pis aller dlicieux de veiller sous les lourds arceaux de ,saint-,trophime ,arles1 d'o1 certain jour1 je descendis dans l'glise lugubre pour me mpriser1 pour aimer la mort 7qui triomphera d'une beaut dont je souffre71 et pour glorifier le ,moi qu'avec plus d'nergie je saurais tre4 ,notre clotre1 qui date de la fin du treizime sicle1 n'abritait plus que des volailles quand nous le fmes approprier1 pour l'amour du christianisme dont les allures sentimentales et la discipline satisfont notre veine d'asctisme et d'nervement4 ,il est bas1 triste et couvert de tuiles moussues4 ,une jolie suite d'arceaux trilobs l'entourent1 sous chacun desquels avait t sculpt un petit bas-relief4 ,quoique le temps les et dgrads1 je voulus y distinguer la reine de ,saba en face du roi ,salomon4 ,une ceinture de cuir serre la taille de la reine2 sa robe entr'ouverte sur sa gorge laisse deviner une ligne de chair1 et cela me parut troublant dans une si vieille chose4 ,elle appuie contre sa ligure les plis de sa plerine1 et je me dsolai frquemment avec elle1 pensant avec complaisance qu'elle ne fut pas plus fausse ni coquette avec ce roi1 que je ne le suis envers moi-mme1 quand je donne ma vie une rgle monacale4 ,c'est l qu'au matin nous descendions1 tandis qu'on prparait nos chambres2 et ce m'tait un plaisir parfait d'y saluer ,simon1 d'un geste poli1 sans plus1 car nous pratiquions la rgle du silence jusqu'au repas du soir pris en commun4 ,l'aprs-midi1 o je n'ai jamais pu m'appliquer1 tant il est difficile de tromper la mchancet des digestions1 c'tait aprs le djeuner1 une fumerie 7en plein air1 quand il n'y a pas de vent71--une promenade jusqu' deux heures1--une partie de volant dans le clotre1 comme faisaient1 pour se dlasser1 ,jansnius et ,m4 de ,saint-,cyran1--du repos dans un fauteuil balanc1 puis un nouveau cigare1--une mditation l'glise1 suivie d'une petite promenade1-- quatre heures1 la rentre en cellule4 7,on notera que ,simon1 en dpit d'une lgre tendance l'apoplexie1 faisait la sieste jusqu' deux heures74 ,et cette grande varit de mouvement dans un si bref espace de temps nous portait1 sans trop d'ennui1 travers les heures crasantes du milieu du jour4 ,a sept heures1 dner en commun2 et fort avant dans la nuit1 nous analysions nos sensations de la journe4 99 99 99 99 99 ,c'est dans l'une de ces confrences du soir que j'appelai l'attention de ,simon sur la ncessit de nous enfermer1 comme dans un corset1 dans une rgle plus troite encore1 dans un systme qui maintiendrait et fortifierait notre volont4 --,il ne sufft pas1 lui disais-je1 de fixer les heures o nous mditerons2 il faut fournir notre cerveau d'images convenables4 ,j'ai un sentiment d'inutilit1 aucun ressort4 ,je crains demain2 saurai-je le vivifier8 ,l'nergie fuit de moi comme trois gouttes d'essence sur la main4 ,pour qu'il comprit cette anmie de mon me1 je lui rappelai un caf qui nous tait familier4--,que de fois je suis sorti de l vers les dix heures du soir1 dgot de fumer et avec des gens qui disaient des niaiseries6 ,les feuilles des arbres taient lgrement claires en dessous par le gaz2 la pluie luisait sur les trottoirs4 ,nous n'avions pas de but2 j'tais mcontent de moi1 amoindri devant les autres1 et je n'avais pas l'nergie de rompre l4 ,simon connaissait la sensation que je voulais dire1 et il m'en donna des exemples personnels4 --,par contre1 lui dis-je1 des niaiseries me firent des soirs sublimes4 ,une nuit1 prs de m'endormir1 je fus frapp par cette ide1 qui vous paratra fort ordinaire1 que le ,don1 fleuve de ,russie1 tait l'antique ,tanas des lgendes classiques4 ,et cette notion prit en moi un telle intensit1 une beaut si mystrieuse qui je dus1 ayant allum1 chercher dans la bibliothque une carte o je suivis ce fleuve ds sa sortie du lac1 tout au travers du pays de ,cosaques4 ,grandi par tant de sicles interposs1 ,orphe m'apparut errant travers les glaces hyperborennes1 sur les rives neigeuses du ,tanas1 dans les plaines du ,riph que couvrent d'ternels frimas1 pleurant ,eurydice et les faveurs inutiles de ,pluton4 ,cet esprit dlicat fut sacrifi par les femmes toujours ivres et cruelles4 ,on s'tonnera que je m'meuve d'un incident si frquent4 ,il est vrai1 pour l'ordinaire1 ce mythe ne me trouble gure2 mais ce soir-l1 mille sens admirables s'en levaient1 si presss que je ne pouvais les saisir4 ,et ce dsolations lointaines1 voques sans autres dtails1 m'emplissaient d'indicible ivresse4 ,ainsi s'achve dans l'enthousiasme une journe de scheresse1 de la plus fade banalit4 ,qu'ils sont beaux les nerfs de l'homme6 ,a genoux1 prions les apparences qu'elles se refltent dans nos mes1 pour y veiller leurs types4 ,les plus petits dtails1 certains jours1 retentissent infiniment en moi4 ,ces sensibilits trop rares ne sont pas l'effet du hasard4 ,chercher pour les appliquer les lois de l'enthousiasme1 c'est le rve entrevu dans notre cottage de ,jersey4 99 99 99 99 99 ,prire-programme ,combien je serais une machine admirable si je savais mon secret6 ,nous n'avons chaque jour qu'une certaine somme de force nerveuse dpenser3 nous profiterons des moments de lucidit de nos organes1 et nous ne forcerons jamais notre machine1 quand son tat de rmission invite au repos4 ,peut-tre mme surprendrons-nous ces rgles fixes des mouvements de notre sang qui amnent ou cartent les priodes o notre sensibilit est vif4 ,cabanis pense que par l'observation on arriverait changer1 diriger ces mouvements quand l'ordre n'en serait pas conforme nos besoins4 ,par des hardiesses d'hyginiste ou de pharmacien1 nous pourrions nous mettre en situation de fournir trs rapidement les tats les plus rares de l'me humaine4 ,enfin1 si nous savions varier avec minutie les circonstances o nous plaons nos facults1 nous verrions aussitt nos dsirs 7qui ne sont que les besoins de nos facults7 changer au point que notre me en paratra transforme4 ,et pour nous crer ces milieux1 il ne s'agit pas d'user de raisonnements1 mais d'une mthode mcanique2 nous nous envelopperons d'images appropries et d'un effet puissant1 nous les interposerons entre notre me et le monde extrieur si nfaste4 ,bientt1 srs de notre procd1 nous pousserons avec clairvoyance nos motions d'excs en excs2 nous connatrons toutes les convictions1 toutes les passions et jusqu'aux plus hautes exaltations qu'il soit donn d'aborder l'esprit humain1 dont nous sommes1 ds aujourd'hui1 une des plus lgantes rductions que je sache4 99 99 99 99 99 ,les ordres religieux ont cr une hygine de l'me qui se propose d'aimer parfaitement ,dieu2 une hygine analogue nous avancera dans l'adoration du ,moi4 ,c'est ici1 ,saint-,germain1 un institut pour le dveloppement et la possession de toutes nos facults de sentir2 c'est ici un laboratoire de l'enthousiasme4 ,et non moins nergiquement que firent les grands saints du christianisme1 proscrivons le pch1 le pch qui est la tideur1 le gris1 le manque de fivre1 le pch1 c'est--dire tout ce qui contrarie l'amour4 ,l'homme idal rsumerait en soi l'univers2 c'est un programme d'amour que je veux raliser4 ,je convoque tous les violents mouvements dont peuvent tre nervs les hommes2 je paratrai devant moi-mme comme la somme sans cesse croissante des sensations4 ,afin que je sois distrait de ma strilit et flatt dans mon orgueil1 nulle fivre ne me demeurera inconnue1 et nulle ne me fixera4 ,c'est alors1 ,simon1 que1 nous tenant en main comme un partisan tient son cheval et son fusil1 nous dirons avec orgueil3 ,je suis un homme libre4 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,iv ,,examens ,,de ,,conscience ,j'ai ferm la porte de ma cellule1 et mon coeur1 encore troubl des nauses que lui donnait le sicle1 cherche avec agitation4444 ,connatre l'esprit de l'univers1 entasser l'motion de tant de sciences1 tre secou par ce qu'il y a d'immortel dans les choses1 cette passion m'enfivre1 tandis que sonnent les heures de nuit444 ,je me couchai avec le dsespoir de couper mon ardeur2 je me suis lev ce matin avec un bourdonnement de joie dans le cerveau1 parce que je vois des jours de tranquillit tendus devant moi4 ,ma poitrine1 mes sens sont largement ouverts celui que j'aime3 l',enthousiasme4 ,il ne s'agit pas qu'ayant accumul des notions1 je devienne pareil un dictionnaire2 mon bonheur sera de me contempler agit de tous les frissons1 et d'en tre insatiable4 ,seule flicit digne de moi1 ces instants o j'adore un ,dieu1 que grce ma clairvoyance croissante1 je perfectionne chaque jour6 99 99 99 99 99 ,pour ne pas succomber sous l'me universelle que nous allons essayer de dgager en nous1 commenons par connatre les forces et les faiblesses de notre esprit et de notre corps4 ,il importe au plus haut point que nous tenions en main ce double instrument1 pour avoir une conscience nette de l'motion perue1 et pour pouvoir la faire apparatre volont4 ,tel fut l'objet de nos confrences d'octobre4 99 99 99 99 99 ,examen physique ,nous inspectmes d'abord nos organes3 de leur disposition rsulte notre force et notre clairvoyance4 99 99 99 99 99 ,un mdecin comptent que nous fmes venir de la ville nous mit tout nus et nous examina4 ,ce praticien1 soigneusement1 de l'oreille et des doigts runis1 nous auscultait1 tandis que nous comptions d'une voix forte jusqu' trente2 ainsi l'avait-il ordonn4 --,vous tes dlicats1 mais sains4 ,telle fut son opinion1 qui nous plut4 ,nous serions impressionns par une difformit aussi pniblement que par un manque de tenue4 ,c'est encore du lyrisme que d'tre boiteux ou manchot2 il y a du panache dans une bosse4 ,toute affectation nous choque4 ,avoir la pituite ou une gibbosit6 disait ,simon1 mais j'aimerais autant qu'on me trouvt le tour d'esprit de ,victor ,hugo4 ,simon a bien du got de rpugner aux tres excessifs2 ces monstres ne peuvent juger sainement la vie ni les passions4 ,un esprit agile dans un corps simplifi1 tel est notre rve pour assister la vie4 99 99 99 99 99 ,tandis qu'il se rhabillait1 ,simon se rappela avoir bu diverses pharmacies et qu'il manqua d'esprit de suite4 ,pour moi1 ayant dbut dans l'existence par l'huile de foie de morue1 j'alternai vigoureusement les fers et les quinquinas2 mais toujours me rpugna le grand air qui seul m'et tonifi sans m'chauffer4 99 99 99 99 99 ,maigres l'un et l'autre1 mais lui plus musculeux1 nous naqumes dans des familles nerveuses1 la sienne apoplectique du ct des hommes et bizarre par les femmes4 ,ses sensations se poussent avec une violente vivacit dans des sens divers4 ,ses mouvements sont brusques1 et prteraient parfois au ridicule sans sa parfaite ducation4 ,il est bilieux4 --,a la campagne1 me dit-il1 fumant ma pipe en plein air1 fouaillant mes chiens et criant aprs eux1 ds les six heures du matin1 je jouis1 je respire l'aise4 ,cabanis observe1 en effet1 que l'abondance de bile met une chaleur cre dans tous le corps1 en sorte que le bilieux trouve le bien-tre seulement dans de grands mouvements qui emploient toutes ses forces4 ,ce mdecin philosophe ajoute que1 chez les hommes de ce temprament1 l'activit du coeur est excessive et exigeante4 --,j'entends bien1 me rpond en souriant ,simon2 mes journes ne sont heureuses qu'en province1 mes nuits ne sont agrables qu' ,paris4444 ,cette ville toutefois diminue ma force musculaire4 ,des occupations sdentaires1 l'exercice exclusif des organes internes entranent des dsordres hypocondriaques et nerveux4 ,oh6 la fcheuse contraction de mon systme pigastrique6 ,ma circulation s'alanguit jusqu' faire hsiter ma vie4 ,je perds cette conscience de ma force que donnent toujours une chaleur active et un mouvement rgulier du cerveau1 et qui est si ncessaire pour venir bout des obstacles de la vie active4 ,c'est ainsi que tu me vis indiffrent aux ambitions1 que tu poursuivais tout au moins par saccade4 --,eh6 lui dis-je1 crois-tu que je ne les ai pas connues1 au milieu de mes plus belles nergies1 ces hsitations et ces rserves6 ,toi1 ,simon1 bilio-nerveux1 tu mles une incertitude pre cette multiple nergie crbrale qui nat de ton tat nerveux4 ,cette complexit est le point extrme o tu atteins sous l'action de ,paris1 mais elle fut ma premire tape4 ,je suis n tel que cette ville te fait4 ,chez moi1 d'une activit musculaire toujours nulle1 le systme crbral et nerveux a tout accapar4 ,dans ce dfaut d'quilibre1 les organes ingalement vivifis se sont altrs1 la sensibilit alla se dnaturant4 ,c'est l'estomac qui partit le premier4 ,j'offre un phnomne bien connu des philosophes de la mdecine et des directeurs de conscience3 je passe par des alternatives incessantes de langueur et d'exaltation4 ,c'est ainsi que je fus pouss cette srie d'expriences1 o je veux me crer une exaltation continue et proscrire jamais les abattements4 ,dans ma dfaillance que rend extrme l'impuissance de mes muscles1 parfois une excitation passagre me traverse2 en ces instants1 je sens d'une manire heureuse et vive2 la multiplicit et la promptitude de mes ides sont incomparables3 elles m'enchantent et me tourmentent4 ,ah6 que ne puis-je les fixer jamais6 ,si l'aube1 elles se retirent1 me laissant dans l'accablement1 c'est que je n'ai pas su les canaliser2 si1 au soir1 je les attends en vain1 c'est que je n'ai pas surpris le secret de les voquer444 ,je te marque l quelle sera notre tche de ,saint-,germain4 ,nous sommes l'un et l'autre des mlancoliques4 ,mais faut-il nous en plaindre8 ,admirable complication qu'a note le savant6 ,les apptits du mlancolique prennent plutt le caractre de la passion que celui du besoin4 ,nous anoblissons si bien chacun de nos besoins que le but devient secondaire2 c'est dans notre apptit mme que nous nous complaisons1 et il devient une ardeur sans objet1 car rien ne saurait le satisfaire4 ,ainsi sommes-nous essentiellement des idalistes4 ,de cet tat1 disent les mdecins1 sortent des passions tristes1 minutieuses1 personnelles1 des ides petites1 troites et portant sur les objets des plus lgres sensations4 ,et la vie s'coule1 pour ces sujets1 dans une succession de petites joies et de petits chagrins qui donnent toute leur manire d'tre un caractre de purilit1 d'autant plus frappant qu'on l'observe souvent chez des hommes d'un esprit d'ailleurs fort distingu4 ,n'en doutons pas1 voil comment nous juge le docteur qui1 tout l'heure1 nous auscultait4 ,passions tristes1 dit-il2--mais garder de l'univers une vision ardente et mlancolique1 se peut-il rien imaginer de mieux8 ,minutieuses et personnelles2--c'est que nous savons faire tenir l'infini dans une seconde de nous-mmes4 ,nos raisonnements tortueux demeurent incomplets1 c'est que l'motion nous a saisis au dtour d'une dduction1 et ds lors a rendu toute logique superflue4 ,il ne faut pas demander ici des raisonnements quilibrs4 ,je n'ai souci que d'tre mu4 ,et flicitons-nous1 ,simon3 toi1 d'tre devenu mlancolique2 et moi1 d'avoir t anmi par les veilles et les dyspepsies4 ,flicitons-nous d'tre dbilits1 car toi1 bilieux1 tu aurais t satisfait par l'activit du gentilhomme campagnard1 et moi1 nerveux dlicat1 je serais simplement distingu4 ,mais parce que l'activit de notre circulation tait affaiblie1 notre systme veineux engorg1 tous nos actes accompagns de gne et de travail1 nous avons mis l'ge mr dans la jeunesse4 ,nous n'avons jamais connu l'irrflexion des adolescents1 leurs gambades ni leurs dportements4 ,la vie toujours chez nous rencontra des obstacles4 ,nous n'avons pas eu le sentiment de la force1 cette nergie vitale qui pousse le jeune homme hors de lui-mme4 ,je ne me crus jamais invincible4 ,et en mme temps1 j'ai eu peu de confiance dans les autres4 ,notre existence1 qui peut paratre triste et inquite1 fut du moins clairvoyante et circonspecte4 ,ce sentiment de nos forces mousses nous engage vivement ne ngliger aucune de celles qui nous restent1 en augmenter l'effet par un meilleur usage1 les fortifier de toutes les ressources de l'exprience4 99 99 99 99 99 ,tel est notre corps1 nous disions-nous l'un l'autre1 et c'est un des plus satisfaisants qu'on puisse trouver pour le jeu des grandes expriences4 99 99 99 99 99 ,examen moral ,nous continumes notre examen2 et laissant notre corps1 nous cherchions clairer notre conscience4 ,silencieux et retirs1 d'aprs un plan mthodique1 nous avons pass en revue nos pchs1 nos manques d'amour4 ,a ce trs long labeur je trouvai infiniment d'intrt4 ,et ,simon1 au dner du dernier jour1 une heure avant la confession solennelle1 me disait2 --,aujourd'hui1 comme le malade arrive connatre la plaie dont il souffre et qu'il inspecte toute minute1 je suis obsd de la laideur qu'a prise mon me au contact des hommes4 99 99 99 99 99 ,nous avions dcid de passer nos fracs1 cravates noires1 souliers vernis1 de boire du th en gotant des sucreries1 et de nous coucher seulement l'aube1 afin de marquer cette grande journe de quelques traits singuliers parmi l'ordinaire monotonie de notre retraite 7car il faut considrer qu'un dcor trop familier rapetisse les plus vives sensations74 ,quand nous fmes assis dans les deux ganaches de la chemine1 toutes lampes allumes et le feu trs clair1 ,simon1 qui sans doute attachait une grande importance ces premires dmarches de notre rgnration1 tait mu1 au point que1 d'nervement presque douloureux ml d'hilarit1 il fit1 avec ses doigts crisps en l'air1 le geste d'un pileptique4 ,je notai cela comme un excellent signe1 et je sentis bien les avantages d'tre deux1 car par contagion je gotai1 avant mme les premiers mots1 une chaleur1 un entrain un peu grossier1 mais trs curieux4 99 99 99 99 99 ,et d'abord parcourons1 lui dis-je1 les lieux o nous avons demeur4 #a ,,dans ,,le ,,groupe ,,de ,,la ,,famille 7c'est--dire au milieu de ces relations que je ne me suis pas faites moi-mme71 j'ai pch2 ,par pense 7les pchs par pense sont les plus graves1 car la pense est l'homme mme72 c'est ainsi que je m'abaissai jusqu' avoir des prjugs sur les situations sociales et que je respectai malgr tout celui qui avait russi4 ,oui1 parfois j'eus cette honte de m'enfermer dans les catgories4 ,par parole 7les pchs par parole sont dangereux1 car par ses paroles on arrive s'influencer soi-mme72 c'est ainsi que j'ai dit1 pour ne point paratre diffrent1 mille phrases mdiocres qui m'ont fait l'me plus mdiocre4 ,par oeuvre 7les pchs par oeuvre1 c'est--dire les actions1 n'ont pas grande importance1 si la pense proteste72 toutefois il y a des cas3 ainsi1 le tort que je me fis en me refusant un fauteuil oreillettes o j'aurais mdit plus noblement4 #b ,,dans ,,la ,,vie ,,active 7c'est--dire au milieu de ceux que j'ai connus par ma propre initiative71 j'ai pch3 ,par pense3 m'tre proccup de l'opinion4 ,je fus tent de trouver les gens moins ignobles quand ils me ressemblaient4 ,par parole3 avoir reni mon me1 jolie volupt de rire intrieur1 mais qui demande un tact infini1 car l'me ne demeure intense qu' s'affirmer et s'exagrer toujours4 ,par oeuvre3 n'avoir pas su garder mon isolement4 ,trop souvent je me plus inventer des hommes suprieurs1 pour le plaisir de les louer et de m'humilier4 ,c'est une fausse dmarche2 on ne profite qu'avec soi-mme1 mditant et s'exasprant4 99 99 99 99 99 ,quand j'achevai cette confession1 ,simon me dit3 --,il est un point o vous glissez qui importe1 car nous saurions en tirer d'utiles renseignements pour telle manoeuvre importante3 vous avez eu un mtier4 --,c'est juste1 lui dis-je4 ,un mtier1 quel qu'il soit1 fait notre personnalit un fondement solide2 c'est toute une rserve de connaissances et d'motions4 ,j'avais pour mtier d'tre ambitieux et de voir clair4 ,je connais parfaitement quelques cts de l'intrigue parisienne4 --,voulez-vous me donner des dtails sur les hommes suprieurs que vous remarquiez8 ,vous en parles1 ce semble1 avec chaleur4 ,ces liaisons intellectuelles expliquent quelquefois nos attitudes de la vingtime anne4 --,a dix-huit ans1 mon me tait mprisante1 timide et rvolte4 ,je vis un sceptique caressant et d'une douceur infinie2 en ralit il ne se laissait pas aborder4 ,o mon ami1 de qui je tais le nom1 auprs de votre dlicatesse j'tais maladroit et confus2 aussi n'avez-vous pas compris combien je vous comprenais2 peut-tre vous n'avez pas joui des sductions qu'exerait sur mon esprit avide l'abondance de vos richesses4 ,vous me faisiez souffrir quand vous preniez si peu souci d'embellir mes jeunes annes qui vous coutaient1 et par d'un flottant dsir de plaire1 vous n'tiez proccup que de vous paratre ingnieux vous-mme4 ,or1 cdant l'attrait de reproduire la sduisante image que vous m'apparaissiez1 je ngligeai la puissance de dtester et de souffrir qui sourd en moi4 ,vous captiviez mon me1 sans daigner mme savoir qu'elle est charmante1 et vous l'entraniez votre suite en lui lanant par-dessus votre paule des paroles flatteuses dnues d'-propos4 ,celui que je rencontrai ensuite tait amer et ddaigneux1 mais son esprit1 ardent et dsintress4 ,je le vis orgueilleux de son vrai moi jusqu' s'humilier devant tous1 pour que du moins il ne ft jamais trait en gal4 ,je l'adorais1 mais1 malades l'un et l'autre1 nous ne pmes nous supporter1 car chacun de nous souffrait avec acuit d'avoir dans l'autre un tmoin4 ,aussi avons-nous prfr--du moins tel fut mon sentiment1 car je ne veux mme plus imaginer ce qu'il pensait--oublier que nous nous connaissions et si1 rusant avec la vie1 je fis parfois des concessions1 je n'avais plus m'en impatienter que devant moi-mme4 ,o solitude1 toi seule ne m'as pas avili2 tu me feras des loisirs pour que j'avance dans la voie des parfaits1 et tu m'enseigneras le secret de vtir volont des convictions diverses1 pour quoi je sois l'image la plus complte possible de l'univers4 ,solitude1 ton sein vigoureux et morne1 dj j'ai pu l'adorer2 mais j'ai manqu de discipline1 et ton treinte m'avait gris4 ,ne veux-tu pas m'enseigner prier mthodiquement8 99 99 99 99 99 ,simon m'a dit dans la suite que j'avais excellemment parl4 ,mon motion l'enleva4 ,nous connmes1 ce soir-l1 une ardente bont envers mille indices de beaut qui soupirent en nous et que la grossiret de la vie ne laisse pas aboutir4 ,j'aspirais souffrir et frapper mon corps1 parce que son paisse indolence opprime mes jolies dlicatesses4 ,comme je me connais impressionnable1 je m'en abstins1 et pourtant je n'eusse ressenti aucune douleur1 mais seulement l'pre plaisir de la vengeance4444 ,tout cela j'hsite le transcrire2 ce ne sont pas des raisonnements qu'il faudrait vous donner1 mais l'motion montante de cette scne laquelle je ne sais pas laisser son vague mystrieux4 ,qu'ils s'essayent repasser par les phases que j'ai dites1 ceux qui souponnent la sincrit de ma description6 ,si mes habitudes d'homme rflchi n'avaient retenu mon bras1 j'eusse t aisment sublime1 et frappant mon corps1 j'aurais dit3 ,souffre1 misrable6 gmis1 car tu es infme de ne connatre que des instants d'motion1 rapides comme des pointes de feu4 ,souffre1 et profondment1 pour que ton ,moi1 cet veil brutal1 enfin te soit connu4 ,tu n'es qu'un infirme1 somnolent sous la pluie de la vie4 ,depuis huit annes que tes sens sont baigns de sensations1 quelle ardeur peux-tu me montrer dont tu brles1 quand il faudrait que tu fusses consum de toutes la fois et sans trve6 ,mais comment supporterais-tu cette belle ivresse1 toi qui n'as pas mme un rel dsir d'tre ivre1 encore que tu enfles ta voix pour injurier ta mdiocrit6 ,souffre donc1 homme insuffisant1 car tous sont meilleurs que toi4 ,et si tu te vantes que leur supriorit t'est indiffrente1 je ne t'autorise pas tirer mrite de ce renoncement3 il n'est beau d'tre misrable et d'aimer sa misre qu'aprs s'tre dpouill volontairement4 ,ah6 ,simon1 quel ennui6 ,que d'annes excellentes perdues pour le dveloppement de ma sensibilit6 ,j'entrevois la beaut de mon me1 et ne sais pas la dgager6 ,c'est un grand dpit d'tre enferm dans un corps et dans un sicle1 quand on se sent les loisirs et le got de vivre tant de vies6 99 99 99 99 99 ,simon restait assis auprs du feu1 cherchant le calme dans une raideur de nerfs1 videmment fort douloureuse4 ,j'interrompis ma promenade1 et m'asseyant ses cts3--,faisons la composition de lieu1 lui dis-je4 ,c'est aux exercices spirituels d',ignace de ,loyola1 au plus surprenant des psychologues1 que nous empruntons cette mthode1 dont je me suis toujours bien trouve4 ,la vie est insupportable qui n'a pas toute heure sous la main un enthousiasme4 ,que si la grce nous est donne de ressentir une motion profonde1 assurons-nous de la retrouver au premier appel4 ,et pour ce1 rattachons-la1 ft-elle de l'ordre mtaphysique le plus haut1 quelque objet matriel que nous puissions toucher jusque dans nos pires dnuements4 ,rduisons l'abstrait en images sensibles4 ,c'est ainsi que l'apprenti mcanicien trace sur le tableau noir des signes conventionnels1 pour fixer la figure idale qu'il calcule et qui toujours est prs de lui chapper4 ,j'imaginerai un guide-ne et toute une mnmotechnic1 qui me permettront de retrouver mon caprice les plus subtiles motions que j'aurai l'honneur de me donner4 ,le monde sentimental1 catalogu et condens en rbus suggestifs1 tiendra sur les murs de mon vaste palais intrieur1 et m'enfermant dans chacune de ses chambres1 en quelques minutes de contemplation1 je retrouverai le beau frisson du premier jour4 ,surtout je parviendrai fixer mon esprit4 ,l'attention ramasse toute sur un mme point y augmente infiniment la sensibilit4 ,une douleur lgre1 quand on la mdite1 s'accrot et envahit tout l'tre4 ,si vous essayes de songer cette phrase abstraite3 ,j'ai manqu d'amour dans mes mditations1 c'est pourquoi j'ai t humili1 votre esprit dissip n'arrive pas l'motion4 ,mais allumez un cigare vers les dix heures du soir1 seul dans votre chambre o rien ne vous distrait1 et dites3 ,composition de lieu ,un homme est accroupi sur son lit1 dans le nuit1 levant sa face vers le ciel1 par dsespoir et par impuissance1 car il souffre de lancinations sans trve que la morphine ne matrise plus4 ,il sait sa mort assure1 douloureuse et lente4 ,il gt loin de ses pairs1 parmi des hommes grossiers qui ont l'habitude de rire avec bruit2 mme il en est arriv rougir de soi-mme1 et pour plaire ces gens il a voulu paratre leur semblable4 ,dans cet abaissement1 qu'il allume sa lampe1 qu'il prenne les lettres des rois qui le traitent en amis1 qu'il clbre le culte dont l'entoura sa matresse1 jeune et de qui les beaux yeux furent par lui remplis jusqu'au soir o elle mourut en le dsirant1 qu'il oublie son infirmit et les gestes dont on l'entoure6 ,voici que l'amour1 celui qu'il aime1 l'amour frre de l'orgueil1 rentre en lui1 et ses penses ennoblies redeviennent dignes des grands qui l'honorent1 tendues et ddaigneuses4 99 99 99 99 99 ,ainsi s'achevait cette nuit4 ,silencieux et dsabuss1 nous appuyions nos fronts aux vitres fraches4 ,sur la vaste cuvette des terres endormies1 parmi les vapeurs qui s'tirent1 l'aube commenait2 alors1 nous entreprmes1 dans le malaise de ce matin glac1 l'exercice de la mort4 99 99 99 99 99 ,exercice de la mort ,nous serons un jour 7mais qui de nous deux le premier87 meurtris par notre cercueil1 nos mains jointes seront opprimes par des planches cloues grand bruit2 nos visages d'humoristes n'auront plus que les marques pnibles de cette lutte dernire que chacun s'efforce de taire1 mais qui1 dans la plupart des cas1 est atroce4 ,ce sera fini1 sans que ce moment suprme prenne la moindre grandeur tragique1 car l'accident ne parat singulier qu' l'agonisant lui-mme4 ,ce sera termin4 ,tout ce que j'aurai emmagasin d'ides1 d'motions1 et mes conceptions si varies de l'univers s'effaceront4 ,il convient donc qu'au milieu de ces enthousiasmes si dsirs1 nous n'oubliions pas d'en faire tout au fond peu de cas1 et il convient en mme temps que nous en jouissions sans trve4 ,jouissons de tout et htivement1 et ne nous disons jamais3 ,ceci1 des milliers d'hommes l'ont fait avant moi2 car1 n'excuter que la petite danse que la ,providence nous a rserve dans le cotillon gnral1 nous ferions une trop longue tapisserie4 ,jouissons et dansons1 mais voyons clair4 ,il faut traiter toutes choses au monde comme les gens d'esprit traitent les jeunes filles4 ,les jeunes filles1 au moins en dsir1 se sont prtes tous les imbciles1 et lors mme qu'elles sont vierges de dsir1 croyez-vous qu'il n'existe pas un imbcile qui puisse leur plaire6 ,il faut faire un assez petit cas des jeunes filles1 mais nous mouvoir les regarder1 et nous admirer de ressentir pour de si maigres choses un sentiment aussi agrable4 99 99 99 99 99 ,colloque ,cette haine du pch et cette ardeur vers les choses divines que je viens de traverser1 ce sont des instants furtifs de mon me1 je les ai analyss2 j'ai dmont ces sentiments hroques1 je saurais volont les recomposer4 ,une centaine de petites anecdotes grossires inscrites sur mon carnet me donnent srement les rves les plus exquis que l'humanit puisse concevoir4 ,elles sont les clochers qui guident le fidle jusqu' la chapelle o il s'agenouille4 ,mon me mcanise est toute en ma main1 prte me fournir les plus rares motions4 ,ainsi je deviens vraiment un homme libre4 ,pourquoi1 mon me1 t'humilier1 si de toi1 pauvre dsoriente1 je fais une admirable mcanique8 ,simon m'a dit1 qu'enfant1 il savait se faire pleurer d'amour pour sa famille1 en songeant la douleur qu'il causerait1 s'il se suicidait4 ,il voyait son corps abm1 l'imprvu de cette nouvelle tombant au milieu du souper1 apporte par un parent qui peut peine se contenir1 ces grands cris1 ces sanglots qui coupent toutes les voix pendant trois jours4 ,et1 prcisant ce tableau matriel avec minutie1 il s'levait en pleurant sur soi-mme jusqu' la plus noble motion d'amour filial3 le dsespoir de peiner les siens4 ,pourquoi les philosophes s'indigneraient-ils contre ce machinisme de ,loyola8 ,grce des associations d'ides devenues chez la plupart des hommes instinctives1 ne fait-on pas jouer volont les ressorts de la mcanique humaine8 ,prononcez tel nom devant les plus ignorants1 vous verrez chacun d'eux prouver des sensations identiques4 ,a tout ce qui est pars dans le monde1 l'opinion a attach une faon de sentir dtermine1 et ne permet gure qu'on la modifie4 ,nous prouvons des sentiments de respectueuse motion devant une centaine d'anecdotes ou devant de simples mots peut-tre vides de ralit4 ,voil la mcanique laquelle toute culture soumet l'humanit1 qui1 la plupart du temps ne se connat mme point comme dupe4 ,et moi qui1 par une mthode analogue1 aussi artificielle1 mais que je sais telle1 m'ingnie me procurer des motions perfectionnes1 vous viendriez me blmer6 ,l'humanit s'meut souvent son dommage1 tant elle y porte une dplorable conviction2 quant moi1 sachant que je fais un jeu1 je m'arrterai presque toujours avant de me nuire4 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,v ,,les ,,intercesseurs ,ayant touch avec lucidit nos organes et nos agitations familires sachons utiliser cette enqute4 ,que notre me se redresse et que l'univers ne soit plus dform6 ,notre me et l'univers ne sont en rien distincts l'un de l'autre2 ces deux termes ne signifient qu'une mme chose1 la somme des motions possibles4 ,hlas6 devant un immense labeur1 mon ardeur si intense dfaille4 ,comment1 sans m'garer1 amasser cette somme des motions possibles8 ,il faut qu'on me secoure1 j'appelle des intercesseurs4 ,il est1 ,simon1 des hommes qui ont runi un plus grand nombre de sensations que le commun des tres4 chelonns sur la voie des parfaits1 ils approchent des degrs divers du type le plus complet qu'on puisse concevoir2 ils sont voisins de ,dieu4 ,vnrons-les comme des saints4 ,appliquons-nous reproduire leurs vertus1 afin que nous approchions de la perfection dont ils sont des fragments de grande valeur4 ,aisment nous nous faonnerons leur imitation1 maintenant que nous connaissons notre mcanisme4 ,d'ailleurs1 il ne s'agit que de trouver en nous les vertus qui caractrisent ces parfaits et de les dgager des scories dont la vie les a recouvertes4 ,comme une jolie figure1 qu'un matre peignit et que le temps a remplie d'ombre1 rapparat sous les soins d'un expert1 ainsi1 par ma mthode et ma persvrance1 rapparatront ma vritable personne et mon univers enfouis sous l'injure des barbares4 ,courons ds aujourd'hui rendre ces princes un hommage rflchi4 ,je veux quelques minutes m'asseoir sur leurs trnes1 et de la dignit qu'on y trouve je demeurerai embelli4 ,figures que je chrissais ds mes premires sensibilits1 je vous prie en croyant1 et par l'ardeur de mes dsirs vos vertus mergeront en moi2 je vous prie en philosophe1 et par l'analyse je reconstituerai mthodiquement en mon esprit votre beaut4 99 99 99 99 99 ,ds lors1 nous passmes des heures paisibles tourner les feuillets1 comme un prtre grne son chapelet4 ,dans la petite bibliothque1 crase de livres et assombrie par un ciel d'hiver1 durant de longs jours1 nous mditmes la biographie de nos saints1 et ces bienveillants amis touchaient notre me et l pour nous faire voir combien elle est intressante4 ,dans cette tude de l',intelligence souffrante1 je fortifiais mon dsir de l',intelligence triomphante4 ,ainsi la passion de ,jsus-,christ excite le chrtien mriter les splendeurs et la flicit du paradis4 ,aimable vie abstraite de ,saint-,germain6 ,dgag des ncessits de l'action1 fidle mon rgime de mditation et de solitude1 assur au soir1 quand je me couchais1 que nulle distraction ne me dtournerait le lendemain de mes vertus1 protg contre les dfaillances au point que j'avais oubli le sicle1 je passai les mois de novembre1 dcembre et janvier avec les morts qui m'ont toujours plu4 ,et je m'attachai spcialement a quelques-uns qui1 au dtour d'un feuillet1 me bouleversent et me conduisent soudain1 par un frisson1 des coins nouveaux de mon me4 ,des figures livresques peu a peu vcurent pour moi avec une incroyable nergie4 ,quand une trop heureuse sant ne m'appesantit pas1 ,benjamin ,constant1 le ,sainte-,beuve de #ahce1 et d'autres me sont prsents1 avec une ralit dans le dtail que n'eurent jamais pour moi les vivants1 si confus et si furtifs4 ,c'est que ces illustres esprits1 au moins tels que je les frquente1 sont des fragments de moi-mme4 ,de l cette ardente sympathie qu'ils m'inspirent4 ,sous leurs masques1 c'est moi-mme que je vois palpiter1 c'est mon me que j'approuve1 redresse et adore4 ,leur beaut peu sre me fait entendre des fragments de mon dialogue intrieur1 elle me rend plus prcise cette trange sensation d'angoisse et d'orgueil dont nous sommes traverss1 quand1 le tumulte extrieur apais quelques moments1 nous assistons au choc de nos divers ,moi4 99 99 99 99 99 ,l'ennui vous empcherait de me suivre1 si j'entrais dans le dtail de tous ceux que j'ai invoqus4 ,voici1 titre de spcimen1 quelques-unes des mditations les plus pousses o nous nous satisfaisions4 7,je pense qu'on se reprsente comment naquirent ces consultations spirituelles4 ,nous gardions mmoire de nos rflexions singulires1 et nous nous les communiquions l'un l'autre dans notre confrence du soir4 ,elles nous servaient encore fixer le plan de nos tudes pour les jours suivants2 ce plan se modifiait d'ailleurs sur les variations de notre sensibilit47 99 99 99 99 99 ,i ,m,,ditation ,,spirituelle ,,sur ,,benjamin ,,constant ,c'est par raisonnement que ,simon gote ,benjamin ,constant4 ,simon est sduit par ce rle officiel et par cette allure ddaigneuse qui masquaient un bohmianisme forcen de l'imagination2 il flicite ,benjamin ,constant de ce que toujours il surveilla son attitude devant soi-mme et devant la socit1 par orgueil de sensibilit1 et encore de ce qu'il et peu d'illusions sur soi et sur ses contemporains4 99 99 99 99 99 ,moi1 c'est d'instinct que j'adore ,benjamin ,constant4 ,s'il tait possible et utile de causer sans hypocrisie1 je me serais entendu1 sur divers points qui me passionnent1 avec cet homme assez distingu pour tre tout la fois dilettante et fanatique4 ,j'aime qu'il cherche avec fureur la solitude o il ne pourra pas se contenter4 ,j'aime1 quand ,mme de ,rcamier se refuse1 le dsespoir1 la folie lucide de cet homme de dsir qui n'aima jamais que soi1 mais que la contrarit rendait fou4 ,j'aime les saccades de son existence qui fut mene par la gnrosit et le scepticisme1 par l'exaltation et le calcul4 ,j'aime ses convictions1 qui eurent aux ,cent-,jours des dtours un peu brusques1 cause du sourire trop souhait d'une femme4 ,j'admire de telles faiblesses comme le plus beau trait de cet amour hroque et rflchi que seuls connaissent les plus grands esprits4 ,enfin1 ses dettes payes par ,louis-,philippe et cette humiliation d'une carrire finissante qui jetait encore tant d'clat me remplissent d'une mlancolie romanesque1 o je me perds longuement4 ,j'aime qu'il ait t brave4 ,quand on gote peu les hommes les plus considrs1 et qu'on se place volontiers en dehors des conventions sociales1 il est joli l'occasion de payer de sa personne4 ,d'ailleurs beaucoup de petites imaginations 7et les facults imaginatives1 c'est le secret de la peur7 sont touffer quand l'me va devant soi1 toute prudence perdue6 ,mais j'aime surtout ,benjamin ,constant parce qu'il vivait dans la poussire desschante de ses ides1 sans jamais respirer la nature1 et qu'il mettait sa volupt surveiller ironiquement son me si fine et si misrable4 ,royer-,collard le msestimait2 mais nous-mmes1 ,simon1 nous et-il considrs1 cet honnte homme premptoire qui1 par sa rudesse voulue1 fit un jour pleurer ,jouffroy et n'en fut pas dsol8 99 99 99 99 99 ,application des sens ,si cet apptit d'intrigue parisienne et de domination qui parfois nous inquite au contact du fivreux ,balzac arrivait nous dominer1 notre sensibilit et notre vie reproduiraient peut-tre les courbes et les compromis que nous voyons dans la biographie de ,benjamin ,constant4 ,a dix-huit ans1 il souffrait d'tre inutile4444 ,peut-tre ne sommes-nous ici que pour n'avoir pas su placer notre personne4 ,il s'embarrassait dans un long travail1 non qu'il en prouvt un besoin rel1 mais pour marquer sa place1 et parce que1 quarante ans1 il ne se pardonnerait pus de ne l'avoir pas fait4 ,il dsirait de l'activit plus encore que du gnie4444 ,ce qu'il nous faut1 ,simon1 c'est sortir de l'angoisse o nous nous strilisons2 avons-nous dans cette retraite le souci de crer rien de nouveau8 ,il nous suffit que notre ,moi s'agite2 nous mcanisons notre me pour qu'elle reproduise toutes les motions connues4 ,parmi ses trente-six fivres1 ,constant gardait pourtant une ide sereine des choses2 ,patience1 disait-il son amour1 son ambition1 son dsir du bonheur1 patience1 nous arriverons peut-tre et nous mourrons srement3 ce sera alors tout comme4 ,ce sentiment ne me quitte gure4 ,deux ou trois fois il me pressa avec une intensit dont je garde un souvenir qui ne prira pas4 ,dans une petite ville d',allemagne1 vers les quatre heures d'une aprs-midi de soleil1 mes fentres tant ouvertes1 par o montaient la bousculade joyeuse des enfants et le roulement des tonneaux d'un lointain tonnelier1 je travaillais avec nergie pour chapper une sentimentalit aigu que l'loignement avait fortifie4 ,mais forant ma rsistance1 dans mon cerveau lass1 sans trve dfilait nouveau la suite des combinaisons par lesquelles je cherchais encore satisfaire mon sentiment contrari4 ,soudain1 vaincu par l'obstination de cette recherche aussi inutile que douloureuse1 je m'abandonnai mon dcouragement2 je le considrai en face4 ,ces rves romanesques de bonheur1 auxquels il me fallait renoncer1 m'intressaient infiniment plus que les ides de devoir 7le devoir1 n'tait-ce pas1 alors comme toujours1 d'tre orgueilleux87 o j'essayais de me consoler4 ,sans doute1 me disais-je1 j'ai dj connu ces exagrations2 je sais que dans soixante jours1 ces chagrins dmesurs me deviendront incomprhensibles1 mais c'est du bonheur1 tout un renouveau de moi-mme1 une jeunesse de chaque matin qui m'auront chapp4 ,la vie continuera1 apaise 7mais si dcolore671 jusqu' un nouvel accident1 jusqu' ce que je souffre encore devant une flicit1 que je ne saurai pas acqurir3 #a parce que la flicit en ralit n'existe pas2 #b parce que si elle existait1 cela m'humilierait de la devoir un autre4 ,puis des jours ternes reprendront1 coups de secousses plus rares1 pour arriver l'ge des regrets sans objet444 ,telle tait la seule vision que je pusse me former du monde4 ,elle m'tait fort dsagrable4 ,j'ai vu un boa mourir de faim enroul autour d'une cloche de verre qui abritait un agneau4 ,moi aussi1 j'ai enroul ma vie autour d'un rve intangible4 ,n'attendant rien de bon du lendemain1 j'accueillis un projet sinistre3 dsespr de partir inassouvi1 mais envisageant qu'alors je ne saurais plus mon inassouvissement4 ,je contemplais dans une glace mon visage dfait2 j'tais curieux et effray de moi-mme4 ,combien je me blmais6 ,je ne doutais pas un instant que je ne gurisse1 mais j'tais affol de dner et de veiller dans cette ville o rien ne m'aimait1 de m'endormir 7avec quelle peine67 et puis de me rveiller1 au matin d'une ple journe1 avec l'atroce souvenir debout sur mon cerveau4 ,quel sacrifice je fis une chre affection1 en me rsignant accepter ces quinze jours d'nervement trs pnible6 ,je me rptai la parole de ,benjamin ,constant3 ,patience6 nous arriverons peut-tre 7 ne plus dsirer1 tre d'me morne71 et puis nous mourrons srement2 ce sera alors tout comme4 99 99 99 99 99 ,mditation ,au courant de cette neuvaine que nous faisons en l'honneur de ,benjamin ,constant1 et propos d'une controverse culinaire un peu trop prolonge que nous emes sur un gibier1 une remarque m'est venue4 ,j'aime beaucoup ,simon pour tout ce que nous mprisons en commun1 mais il me blesse par l'ingale importance que nous prtons diverses attitudes de la vie4 ,certes1 je me forme des ides claires de mes exaltations1 et tout ce cabotinage suprieur1 je le mprise comme je mprise toutes choses1 mais je l'adore4 ,je me plais avoir un caractre passionn1 et manquer de bon sens le plus souvent que je peux4 ,mon ami1 sans doute1 n'a pas de got pour le bon sens1 sinon pourrais-je le frquenter8 ,mais les soins dont j'entoure la culture de ma bohme morale1 c'est sa tenue1 son confort1 son dandysme extrieur qu'il les prodigue4 ,vous ne sauriez croire quel orgueil il met trancher dans les questions de vnerie6--,h6 direz-vous1 que fait-il alors dans cette retraite8--,en vrit1 je souponne parfois qu'avec plus de fortune il ne serait pas ici4 ,ces petites rflexions o1 pour la premire fois1 je me diffrenciais de ,simon1 je ne les lui communiquai pas4 ,pourquoi le dsobliger8 ,benjamin ,constant l'a vu avec amertume4 ,deux tres ne peuvent pas se connatre4 ,le langage ayant t fait pour l'usage quotidien ne sait exprimer que des tats grossiers2 tout le vague1 tout ce qui est sincre n'a pas de mot pour s'exprimer4 ,l'instant approche o je cesserai de lutter contre cette insuffisance2 je ne me plairai plus prsenter mon me mes amis1 mme souper4 ,j'entrevois la possibilit d'tre las de moi-mme autant que des autres4 ,mais quoi6 m'abandonner6 je renierais mon service1 je dlaisserais le culte que je me dois6 ,il faut que je veuille et que je me tienne en main pour pntrer au jour prochain dans un univers que je vais dlimiter1 approprier et illuminer1 et qui sera le cirque joyeux o je m'apparatrai1 dress en haute cole4 99 99 99 99 99 ,colloque --,benjamin ,constant1 mon matre1 mon ami1 qui peux me fortifier1 ai-je rgl ma vie selon qu'il convenait8 --,les affaires publiques dans un grand centre1 ou la solitude3 voil les vies convenables4 ,le frottement et les douleurs sans but de la socit sont insupportables4 --,tu le vois1 je m'enferme dans la mditation2 mais on ne m'a pas offert les occupations que tu indiques1 o peut-tre j'eusse trouv une excitation plus agrable4 --,a dire vrai1 dans la solitude je me dsesprais4 ,ds que je le pus1 je m'criai3 ,servons la bonne cause et servons-nous nous-mme4 --,mais comment se reconnat la bonne cause8 et jusqu' quel point vous tes-vous servi vous-mme8 --,h6 me dit-il avec son fin sourire1 j'ai servi toutes les causes pour lesquelles je me sentais un mouvement gnreux4 ,quelquefois elles n'taient pas parfaites1 et souvent elles me nuisirent4 ,mais j'y dpensai la passion qu'avait mise en moi quelque femme4 --,je te comprends1 mon matre2 si tu parus accorder de l'importance deux ou trois des accidents de la vie extrieure1 c'tait pour dtourner des motions intimes qui te dvastaient et qui1 transformes1 parpilles1 ne t'taient plus qu'une joyeuse activit4 99 99 99 99 99 ,oraison ,ainsi1 ,benjamin ,constant1 comme ,simon et moi1 tu ne demandais l'existence que d'tre perptuellement nouvelle et agite4 ,tu souffris de tout ce qui t'tait refus3 choses pourtant qui ne t'importaient gure4 ,tu te dvorais d'amour et d'ambition2 mais ni la femme ni le pouvoir n'avaient de place dans ton me4 ,c'est le dsir mme que tu recherchais2 quand il avait atteint son but1 tu te retrouvais strile et dsol4 ,tu connus ce vif sentiment du prcaire qui fait dire par l'amant1 le soir1 sa matresse3 ,va-t'en1 je ne veux pas jouir de ton bonheur cette nuit1 puisque tu ne peux pas me prouver que demain et toujours1 jusqu' ce que tu meures la premire1 tu seras galement heureuse de te donner moi4 ,tu n'aimas rien de ce que tu avais en main1 mais tu t'exaspras volontairement dsirer tous les biens de ce monde4 ,tu trouvais une volupt douloureuse dans l'amertume4 ,quelques dbauchs connaissent une ardeur analogue4 ,ils se plaisent abuser de leurs forces1 non pour augmenter l'intensit ou la quantit de leurs sensations1 mais parce que1 ns avec des instincts romanesques1 ils trouvent un plaisir vraiment intellectuel1 plaisir d'orgueil1 sentir leur vie qui s'puise dans des occupations qu'ils mprisent4 ,toi-mme1 vieillard clbre et mcontent1 tu finis par ne plus rsister au plaisir de le dconsidrer1 tu passas tes nuits aux jeux du ,palais-,royal1 et tu tins des propos sceptiques devant des doctrinaires4 ,je te salue avec un amour sans gal1 grand saint1 l'un des plus illustres de ceux qui1 par orgueil de leur vrai ,moi qu'ils ne parviennent pas dgager1 meurtrissent1 souillent et renient sans trve ce qu'ils ont de commun avec la masse des hommes4 ,quand ils humilient ce qui est en eux de commun avec ,royer-,collard1 ce que ,royer-,collard porte comme un sacrement1 je les comprends et je les flicite4 ,la dignit des hommes de notre sorte est attache exclusivement certains frissons1 que le monde ne connat ni ne peut voir1 et qu'il nous faut multiplier en nous4 99 99 99 99 99 ,,ii ,m,,ditation ,,spirituelle ,,sur ,,sainte-,,beuve ,les froids et la brume qui salissaient la ,lorraine rtrcirent encore l'horizon de notre curiosit4 ,enferms plus dvotement que jamais dans les minuties de notre rgle1 nous jouissions des vtements amples et des livres entasss dans nos cellules chaudes4 ,je lus ,joseph ,delorme1 les ,consolations1 ,volupt et le ,livre d'amour1 avec les penses jointes aux ,portraits du lundi4 cartant les oeuvres du critique1 je m'en tins au ,sainte-,beuve de la vingtime anne1 aux misres de celui qui s'tonnait devant soi-mme et qui1 par la vertu de son orgueil studieux1 trouvait des motions profondes dans un infime dtail de sa sensibilit4 ,a cette poque dj1 il voulait le succs1 car n dans une bonne bourgeoisie1 il tenait compte de l'opinion des hommes de poids1 et puis il avait des vices qui veulent quelque argent4 ,toutefois1 son me inclinait vers la religion4 ,ce mysticisme fait des inquitudes d'une jeunesse sans amour et de son impatience ambitieuse1 n'tait en somme que ce vague mcontentement qu'il assoupit plus tard entre les bras vulgaires des petites filles et dans un travail obstin de bouquiniste4 ,son mysticisme alla s'atrophiant4 ,mais vingt-cinq ans son rve tait prcisment de la cellule que nous construisons dans l'atmosphre froide du monotone ,saint-,germain4 99 99 99 99 99 ,application des sens ,au ,louvre1 dans la salle ,chaudet1 muse des sculptures modernes1 parmi les mdaillons de ,david1 en se dressant sur la pointe des pieds1 on peut tudier le ,sainte-,beuve de #ahbh4 ,sa vieille figure des dernires annes1 trop grasse et d'une intelligence sensuelle1 ne fait voir que le plus matois des lettrs1 tandis qu'il est vraiment notre ami1 ce jeune homme grave1 timide et perspicace qui a senti deux ou trois nuances profondment4 ,il s'tait compos de la vie une vision sentimentale et domine par un dgot trs fin4 ,cette intelligence frissonnante fut la plus minutieuse1 la plus exalte1 la plus rudite1 la plus sincre1 jusqu'au jour o1 envahie de paresse1 elle se ngligea soi-mme pour travailler simplement1 et ds lors eut du talent1 de l'avis de tout le monde1 mais comme tout le monde4 ,jeune homme1 si dgot que tu cdas devant les bruyants1 ne souillons pas notre pense contester avec les gens de bon sens qui sacrifient ton adolescence ta maturit4 ,il n'est que moi qui puisse te comprendre1 car tu me prsentes1 pousss en relief1 quelques-uns de mes caractres4 ,a vingt-cinq ans1 sous le mme toit que ta mre1 dans ta chambre1 tu travailles4 ,je vois sur tes tables des potes1 tes contemporains1 des mystiques1 tels que l',imitation et ,saint-,martin1 des mdecins philosophes1 ,destut de ,tracy1 ,cabanis1 puis des journaux1 des revues1 car ton esprit toujours inquiet accepte les ides du hasard1 en mme temps qu'il poursuit un travail systmatique4 ,j'entends ta voix1 un peu forte sur certains mots1 et qui n'achve pas2 peine tes phrases indiques1 tu sembles n'y plus tenir4 ,dans cette belle crise d'une sensibilit trop vite dessche1 ,sainte-,beuve attachait peu d'importance au fruit de sa mditation4 ,de la pense1 il ne gotait que la chaleur qu'elle nous met au cerveau4 ,il aimait mieux suivre les voltes de sa propre motion que convaincre2 il ddaignait les sentiments qu'on raconte et qui ds lors ne sont plus qu'une sche notion4 ,de l cette mollesse soutenir son avis1 ce bris dans le dveloppement de ses ides4 ,il savait que ,dieu seul1 pntrant les coeurs1 peut juger la sincrit d'une prire4444 ,ceux de ma race1 eux-mmes1 imagineront-ils l'ardeur du sentiment d'o sort ici cette tide mditation8 99 99 99 99 99 ,mditation ,a considrer longuement ,sainte-,beuve1 je vois que son extrme politesse et sa comprhension ne sont accompagnes d'aucune sympathie pour ceux mmes qu'il pntre le plus intimement4 ,il est l1 trs timide et trs jeune1 avec une indication de sourire dans une raie au-dessus des yeux et quelque chose de si complexe dans l'intelligence qu'on ne le sent qu' demi sincre4 ,que sa bouche et ses yeux indiquent de rflexion6 ,est-ce une nuance d'envie1 ce mcontentement qui plit son visage8 ,c'est la fatigue1 l'inquitude d'un voluptueux las1 d'un voluptueux qui ne fournit pas ses sensualits des satisfactions larges1 parce qu'il faudrait de la persistance1 et que1 les crises passes1 son intelligence ne s'attarde pas4 ,tu n'as pas d'yeux pour vivre sur un dcor1 tu ne te satisfais qu'avec des ides1 et tu te dvorerais t'interroger si l'on ne te jetait prcipitamment des systmes et des hommes prouver4 ,c'est ainsi qu'il me faut sans trve des motions et de l'inconnu1 tant j'ai vite puis1 si varis qu'on les imagine1 tous les aspects du plus beau jour du monde4 ,dans la suite1 la scheresse t'envahit parce que tu tais trop intelligent4 ,tu ddaignas de servir plus longtemps de mannequin des motions que tu jugeais4 ,heureux les pauvres d'esprit6 comme ils ne se forment pas des ides claires sur leurs motions1 ils se plaisent et ils s'honorent2 mais toi1 tu t'irritais contre toi-mme1 et tu n'tais pas plus satisfait de ta vie intime que des vnements4 ,tu savais que tu vivais mdiocrement1 sans imaginer comment il fallait vivre4 99 99 99 99 99 ,colloque ,je t'aime1 jeune homme de #ahbh4 ,le soir1 aprs une journe d'action1 j'ai senti1 moi aussi1 et jusqu' souhaiter que soudain dix annes m'loignassent de ce jour1 un triste mcontentement2 je me suis dsol d'tre si diffrent de ce que je pourrais tre1 d'avoir par lgret pein quelqu'un1 et encore d'avoir donn ma physionomie morale une attitude irrparable4 ,parfois1 je suis touch de regrets en considrant les hommes forts et simples4 ,et j'approuve ton ,amaury auquel en imposait le caractre poussant droit de ,m4 de ,couaen4 ,parfois1 et bien qu'ils nous gnent1 il nous arrive de frquenter des sectaires1 pour surprendre le secret qui les mit toute leur vie l'aise envers eux-mmes et envers les autres4 ,mais1 aussi fermes qu'eux dans les ncessits1 nous leur en voulons de ce manque d'imagination qui les empche de supposer un cas o ils pourraient ne plus se suffire1 et qui les rend durs envers certaines natures chancelantes1 plus proches de notre coeur parce qu'elles connaissent la joie douloureuse de se rabaisser4 ,je crois que1 dans l'intimit de ton coeur1 tu hassais1 au noble sens et sans mauvais souhait1 ,cousin et ,hugo4 ,mais tu as voulu penser et agir selon qu'il tait convenable2 et autant que te le permirent tes mouvements instinctifs1 tu ctoyas ces natures brutales dont tu souffris4 ,ainsi1 peu peu1 tu quittais le service de ton me pour te conformer la vision commune de l'univers4 ,c'tait la ncessit1 as-tu dit1 qui te forait abdiquer ta personnalit excessive2 c'tait aussi lassitude de tes casuistiques o toujours tu voyais tes fautes4 ,tu t'es moins aim2 tu t'es born ce ,sainte-,beuve comprhensif o tu te rfugiais d'abord aux seules heures de lassitude crbrale4 ,oublieux de toi-mme1 tu ne raisonnas plus que sur les autres mes4 ,et ce n'tait pas1 comme je fais1 pour comparer leurs sensibilits la tienne et l'embellir1 c'tait pour qu'elle existt moins4 ,je te comprends1 admirable esprit2 mais comme il serait triste qu'un jour1 faute d'une source intarissable d'motions1 j'en vinsse imiter ton renoncement6 ,ce n'est pas la vie publique que tu demandais l'motion4 ,a l'ge ou ,benjamin ,constant tait ambitieux et amant1 tu fus amoureux et mystique4 ,si tu n'a pas eu ce don de spiritualit chrtienne qui retrouve ,dieu et son intention vivante jusque dans les plus petits dtails et les moindres mouvements1 du moins tu te l'assimilas4 ,tu pleurais de dpit de n'tre pas aim et de ne pas aimer ,dieu4 ,tu as jusqu' l'pithte un peu grasse et sensuelle du prtre qui dsire4 ,ta rverie religieuse tait pleine de jeunes femmes2 tu n'tais pas prcisment hypocrite1 mais leur prsence t'encourageait blmer la chair4 ,ds que le sentiment te parut vain1 tu ne t'obstinas pas te faire aimer et vers le mme temps1 tu cessas de vouloir croire4 ,c'tait fini de tes merveilleux frissons qui te valent mon attendrissement2 tu ne fus dsormais que le plus intelligent des hommes4 99 99 99 99 99 ,oraison ,toi qui as abandonn le bohmianisme d'esprit1 la libre fantaisie des nerfs1 pour devenir raisonnable1 tu tais n cependant1 comme je suis n1 pour n'aimer que le dsarroi des puissances de l'me4 ,ta jeune hystrie se plaisait dans la souffrance2 l'humiliation fit ton gnie4 ,ton erreur fut de chercher l'amour sous forme de bonheur4 ,il fallait persvrer le goter sous forme de souffrance1 puisque celle-ci est le rservoir de toutes les vertus4 444 ,et nous-mmes1 malheureux ,simon1 qui ne trouvons notre motion que dans les froissements de la vie1 n'installons-nous pas notre inquite pense dans un cadre de bureaucratie6 ,ah6 que j'aie fini d'tre froiss1 et je n'aurai plus que de l'intelligence1 c'est--dire rien d'intressant4 ,mon me1 matresse frissonnante1 ne sera plus qu'une caissire1 esclave du doit et avoir1 et qui se courbe sur des registres4 99 99 99 99 99 ,nous fmes d'autres mditations1 en grand nombre4 ,nous nous attachions surtout aux personnes fameuses qui eurent de la spiritualit4 ,benjamin ,constant1 pour s'mouvoir1 avait besoin de dsirer le pouvoir et l'amour2 ,sainte-,beuve ne fut lui que par ses disgrces auprs des jeunes femmes2 mais d'autres atteignent toucher ,dieu par le seul effort de leur sensibilit1 pour des motifs abstraits et sans intervention du monde intrieur4 ,ceux-l sont tout mon coeur4 ,chers esprits excessifs1 les plus merveilleux intercesseurs que nous puissions trouver entre nous et notre confus idal1 pourquoi confesserais-je le culte que je vous ai6 ,vous n'existez qu'en moi4 ,quel rapport entre vos mes telles que je les possde et telles que les dpeignent vos meilleurs amis6 ,il n'est de succs au monde que pour celui qui offre un point de contact toute une srie d'esprits4 ,mais cette conformit que vos vulgaires admirateurs proclament me rpugne profondment4 ,vous n'atteignez me satisfaire qu'aux instants o vous ddaignez de donner aucune image de vous-mme aux autres1 et quand vous touchez enfin ce but suprme du haut dilettantisme1 entrevu par l'un des plus nervs d'entre vous3 ,avant tout1 tre un grand homme et un saint pour soi-mme444 ,pour soi-mme6444 dernier mot de la vraie sincrit1 formule ennoblie de la haute culture du ,moi qu' ,jersey nous nous proposions4 99 99 99 99 99 ,simon et moi1 nous emes le grand sens de ne pas discuter sur les mrites compars des saints4 ,encore qu'ils se contredisent souvent1 je les soigne et je les entretiens tous dans mon me1 car je sais que pour ,dieu il y a identit de toutes les motions4 ,mais j'entrevois que ces couches superposes de ma conscience1 qui je donne les noms d'hommes fameux1 ne sont pas tout mon ,moi4 ,je suis agit parfois de sentiments mal dfinis qui n'ont rien de commun avec les ,benjamin ,constant et les ,sainte-,beuve4 ,peut-tre ces intercesseurs ne valent-ils qu' m'clairer les parties les plus rcentes de moi-mme4444 99 99 99 99 99 ,il est certain que nos dernires mditations avaient t d'une grande scheresse4 ,nous pressions une partie de nous-mmes dj puise4 ,ce n'taient plus que redites dans la bibliothque de ,saint-,germain4 ,et1 mesure que les livres cessaient de m'mouvoir1 de cette glise o j'entrais chaque jour1 de ces tombes qui l'entourent et de cette lente population peinant sur des labeurs hrditaires1 des impressions se levaient1 trs confuses mais pntrantes4 ,je me dcouvrais une sensibilit nouvelle et profonde qui me parut savoureuse4 ,c'est qu'aussi bien mon tre sort de ces campagnes4 ,l'action de ce ciel lorrain ne peut si vite mourir4 ,j'ai vu ,paris des filles avec les beaux yeux des marins qui ont longtemps regard la mer4 ,elles habitaient simplement ,montmartre1 mais ce regard1 qu'elles avaient hrit d'une longue suite d'anctres ballotts sur les flots1 me parut admirable dans les villes4 ,ainsi1 quoique jamais je n'aie servi la terre lorraine1 j'entrevois au fond de moi des traits singuliers qui me viennent des vieux laboureurs4 ,dans mon patrimoine de mlancolie1 il reste quelque parcelle des inquitudes que mes anctres ont ressenties dans cet horizon4 ,a suivre comment ils ont bti leur pays1 je retrouverai l'ordre suivant lequel furent poses mes propres assises4 ,c'est une bonne mthode pour descendre dans quelques parties obscures de ma conscience4 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,vi ,,en ,,lorraine ,notre ermitage de ,saint-,germain tait situ peu prs sur la limite1 entre la plaine et la montagne4 ,le ,lorrain de la plaine1 qui a derrire lui de belles annales et tout un essai de civilisation1 ne ressemble gure au montagnard1 au vosgien vigoureux qui s'veille d'une longue misre incolore4 ,simon et moi qui sommes depuis des sicles du plateau lorrain1 nous n'hsitmes pas tourner le dos aux ,vosges4 ,puisque nous cherchons uniquement tre clairs sur nos motions1 le pittoresque des ballons et des sapins n'a rien pour satisfaire notre manie4 ,mme nous nous bornerons la rgion que limitent ,lunville1 ,toul1 ,nancy et notre ,saint-,germain3 c'est l que notre race acquit le meilleur d'elle-mme4 ,l1 chaque pierre faonne1 les noms mme des lieux et la physionomie laisse aux paysans par des efforts sculaires nous aideront suivre le dveloppement de la nation qui nous a transmis son esprit4 ,en faisant sonner les dalles de ces glises o les vieux gisants sont mes pres1 je rveille des morts dans ma conscience4 ,le langage populaire a baptis ce coin le coeur de la ,lorraine4 ,chaque individu possde la puissance de vibrer tous les battements dont le coeur de ses parents fut agit au long des sicles4 ,dans cet troit espace1 si nous sommes respectueux et clairvoyants1 nous pouvons connatre des motions plus significatives qu'auprs des matres analystes qui1 hier1 m'clairaient sur moi-mme4 99 99 99 99 99 ,,premi,,re ,,journ,e ,,naissance ,,de ,,la ,,lorraine ,a la station qui prcde immdiatement ,nancy1 au bourg de ,saint-,nicolas1 nous sommes descendus du train1 car il convient d'entrer dans l'histoire de ,lorraine par une visite son patron4 ,dans son glise flamboyante1 nous saluons ,nicolas1 debout prs de sa cuve et des petits enfants4 ,cette malheureuse localit1 qu'illustrent encore cette cathdrale et des lgendes1 fut ruine par des guerres confuses2 elle tait riche et1 pour la piller1 tous les partis se mirent quarante-huit heures d'accord4 ,le noble vque de ,myre perdit sa domination4 ,il ne touche plus aujourd'hui que les petits enfants2 mme il prte un peu rire comme un bonhomme grossier4 ,le ,lorrain1 comme j'ai moi-mme coutume1 honore mal le souvenir de ses motions passes2 c'est bon au ,breton de s'mouvoir encore o tremblaient ses pres4 ,mous rapetissons ce que nous touchons1 et nous nous plaisons gouailler4 ,cet hommage rendu au protecteur1 nous primes une voiture pour assister au premier jour de la ,lorraine1 et visiter les lieux o cette nation naquit1 en se constituant patrie par un effort contre l'tranger4 ,c'est entre ,saint-,nicolas et ,nancy que ,ren ,,ii1 appuy des ,suisses1 tua le ,tmraire4 ,victoire de grande consquence1 qui nous dlivra des trangers et d'une civilisation que nous n'avions pas choisie6 ,secousse de terreur1 puis de joie1 dans lequel ce pays s'accouche6 ,ds lors il y a un caractre lorrain4 ,charles de ,bourgogne1 le ,tmraire6 ,quelle magnifique aisance dans ses allures bruyantes et romantiques6 ,auprs des grands crus de ,bourgogne qui mettent la confiance au coeur le plus hsitant1 comment se tiendra le petit vin de ,moselle1 de vin un peu plat1 froid et dont la saveur n'tonne pas tout d'abord1 mais sduit un dlicat rflchi6 ,comment ,ren ,,ii1 faible prince qui parcourt en suppliant les rudes cantons suisses1 a-t-il pu triompher8 ,dans la vie1 frquemment1 ,simon et moi nous avons rencontr ces tres tout brillants1 menant grand tapage1 apoplectiques de confiance en soi2 nous ne les aimions gure et toujours les dpassions4 ,a l'usage1 il apparat qu'un ,ren ,,ii1 avec sa douceur un peu grise1 n'est pas un dpourvu2 il est rflchi1 persvrant1 et sa modestie le sert mieux que forfanterie4 ,dans l'histoire1 l'extrme simplicit de sa tenue passe infiniment en lgance1 du moins pour l'homme de got1 l'ostentation de votre ,tmraire4 ,aprs la victoire1 quelle gravit ingnieuse dans les paroles modres qu'il adresse au cadavre vaincu et dans l'inscription que notre cocher nous fit lire la ,commanderie ,saint-,jean1 o le ,bourguignon subit la ruine et de grands coups d'pe6 ,la magnanimit de ,ren n'a rien de thtral1 et s'il honore ,charles d'un splendide service funbre1 c'est qu'il voulait publier devant son peuple pouvant la dfinitive innocuit du brutal adversaire4 ,nous avions suivi le corps du ,tmraire dans ,nancy1 et jusque dans cette partie dite ,ville-,vieille1 o il fut publiquement expos4 ,quand nous rvions prs la pierre tombale de ,ren1 dans la froide glise des ,cordeliers1 le soir vint1 qui1 dans les lieux sacrs1 nous dispose toujours la mlancolie4 ,une race qui prend conscience d'elle-mme s'affirme aussitt en honorant ses morts4 ,ce sanctuaire national1 reliquaire des gloires de ,lorraine1 mais incomplet comme le sentiment qu'eut jamais de soi ce peuple1 date de ,ren ,,ii4 ,les dentelures dores qui festonnent autour de sa statue moderne1 toute cette vgtation dlicate de figurines et l'lgance de l'ensemble nous reportaient ces premires poques de la ,lorraine1 d'une grce bonhomme1 si dpourvue d'emphase4 ,dans cette maison des souvenirs1 nous ne vmes aucun dsir d'tonner4 ,ces images de morts sans morgue ne se proccupent ni de la noblesse classique1 ni de la pompe4 ,ren ,,ii aimait le peuple1 c'est ainsi qu'il sduisit les cantons suisses1 et il ftait l'anniversaire de la victoire de ,nancy1 chaque anne1 en buvant avec les bourgeois2 ,jeanne tait l'aise avec les grands1 et la soeur en toute franchise des petits2 ,drouot1 quittant la gloire de la ,grande ,arme1 o il fut le plus simple des hros1 acheva sa vie en brave homme parmi ses concitoyens4 ,c'est mal dire qu'ils aiment le peuple1 ils ne s'en distinguent pas4 ,leur race se confond avec eux-mmes4 ,simon et moi nous comprmes alors notre haine des trangers1 des barbares1 et notre gotisme o nous enfermons avec nous-mmes toute notre petite famille morale4 ,le premier soin de celui qui veut vivre1 c'est de s'entourer de hautes murailles2 mais dans son jardin ferm il introduit ceux que guident des faons de sentir et des intrts analogues aux siens4 99 99 99 99 99 ,,deuxi,,me ,,journ,e ,,la ,,lorraine ,,en ,,enfance ,cette partie ancienne de ,nancy1 la ,ville-,vieille1 est bien fragmentaire2 elle fut perptuellement refaite4 ,cette race nullement endormie1 mais de trop bon sens1 hsitait affirmer sa personnalit4 ,sa finesse1 son sentiment exagr du ridicule l'entravrent toujours4 ,chaque gnration reniait la prcdente1 sacrifiait les oeuvres de la veille la mode de l'tranger4 ,leur ,chapelle ,ronde1 monument national s'il en ft1 copie la ,chapelle des ,mdicis de ,florence1 mais avec maigreur1 conomie4 ,le ,lorrain n'a pas d'abondance dans l'invention1 et ne fut jamais prodigue4 ,les successeurs de ,ren1 ayant visit les palais de la ,renaissance1 rebtirent le palais ducal4 ,cette race son veil craint de se confesser2 peu de pierres ici qui puissent nous conter les origines de nos mes4 ,pourtant une vierge de ,mansuy ,gauvain1 dans l'glise de ,bon-,secours1 est tout fait significative4 ,voil nos primitifs6 ,nous nous agenouillons devant une ,mre1 et dans son manteau entr'ouvert tout un peuple se prcipite4 ,ces enfants me touchent1 si intrpides contre le ,bourguignon et qui expriment leur rve par cette image sincre1 je vois qu'ils ont beaucoup souffert4 ,ils conoivent la divinit non sous la forme de beaut1 mais dans l'ide de protection4 ,florence1 leur soeur1 et qui donne parfois l'image la plus approchante de cet idal de clart froide1 d'lgance sche1 que les meilleurs ,lorrains entrevoyaient1 ,florence prend les loisirs d'embellir l'univers4 ,ceux-ci1 dans la ncessit de sauver d'abord leur indpendance1 mettent leur orgueil1 leur art naissant1 toutes leurs ressources dans des remparts4 ,cerns d'trangers qui les inquitent1 sous l'oeil des barbares1 ils n'ont pas le loisir de se dvelopper logiquement4 ,la grce1 qui pour un rien et apparu1 presque mlancolique1 dans le petit prince ,ren ,,ii1 n'aboutit pas en ,lorraine4 ,ils n'ont pas cr un type de femme3 ,jeanne d',arc1 que d'autres peuples eussent voulu honorer en lui prtant les charmes des grandes amoureuses1 demeure1 dans la lgende lorraine1 celle qui protge1 et cela uniquement4 ,elle est la soeur de gnie de ,ren ,,ii2 persvrante1 simple1 trs bonne et un peu matoise4 ,celle de qui l',espagne et l',italie fussent devenues amoureuses1 est ici une vierge nullement troublante3 nos pres affirment que ,jeanne ignora toujours les misres physiques de la femme4 ,cette lgende de ,lorraine n'est-elle pas plus belle1 selon le penseur1 que les tendres soupirs du ,tasse6 ,voil bien le mme sentiment qui fit agenouiller ce peuple devant la mre gigogne de ,mansuy ,gauvin1 devant la vierge de ,bon-,secours4 ,et moi1 ,simon1 sous l'oeil des barbares1 comme eux je ne savais que dire3 ,qui donc me secourra8 99 99 99 99 99 ,dans le palais ducal de la ,ville-,vieille1 nous avons visit le muse historique lorrain4 ,les premires salles sont consacres aux poques gallo-romaines et mrovingiennes2 nous y interrogions vainement les plus anciens souvenirs de notre tre4 ,c'est la mme ignorance que nous trouvions1 le lendemain1 aux champs o fut ,scarponne1 chez ces pauvres enfants qui nous vendirent des mdailles romaines arraches ces terrains dserts4 ,et pourtant1 les ondulations de ces plaines o ,attila et les sicles ne laissrent pas mme une ruine1 meuvent des voyageurs avertis4 ,quelque chose de nous autres ,lorrains vivait dj ces poques lointaines4 ,mais qu'il est obscur1 indchiffrable1 le frisson qui nous attire vers cette vieille poussire de nos anctres6 ,nous visitmes1 sans plus de profit1 les fermes mrovingiennes de ,savonne et de ,vendires1 et prs de l des grottes qui jadis furent habites4 ,la neige dsolait les campagnes4 ,la tristesse de l'hiver1 un dcor lamentable de pluie et de silence nous aident d'habitude imaginer le pass1 mais comment retrouverons-nous dans notre conscience aucune parcelle de ces hommes lointains1 qui ne contriburent en rien former notre sensibilit4 ,a ,latre-sous-,amance1 enfin1 nous contemplons une des plus anciennes images o la ,lorraine se soit exprime4 ,bien pauvre encore1 mal diffrencie de tout ce qui se faisait autour d'elle1 et si chtive6 ,c'est un portail avec quelques sculptures du onzime sicle4 ,a ,toul1 grce des souvenirs de l'organisation municipale romaine1 la commune populaire se forma plus vite1 sous la protection des vques1 et le treizime sicle s'affirma dans l'glise ,saint-,gengoult et des fragments de ,saint-tienne4 ,en vrit le service que ,ren ,,ii a rendu la ,lorraine est immense2 il lui a cr une conscience4 ,l'enfant1 qui n'avait qu'une vie vgtative1 s'individualisa2 il existait confusment1 il voulut vivre4 ,il l'avait montr au ,bourguignon1 il le rappela aux luthriens en #aebb4 99 99 99 99 99 ,,troisi,,me ,,journ,e ,,la ,,lorraine ,,se ,d,,veloppe ,cette ,ville-,vieille1 ce muse lorrain1 tout incomplets1 veillent chaque pas des traits dlicats de ma sensibilit2 ils me ravissent par la clart qu'ils apportent dans mes motions familires1 ils m'attristent parce qu'ils me font toucher l'irrmdiable insuffisance de l'me que me fit cette race4 ,deux grandes causes d'chec pour la ,lorraine3 le pays fut si tourment que les artistes1 c'est--dire une des parties les plus conscientes de la race1 dsertaient continuellement1 s'tablissaient en ,italie1 s'y dformaient2 bons ou mauvais1 ils devenaient ,italiens en ,lorraine4 ,puis il n'y eut pas de riche bourgeoisie pour s'enorgueillir d'un art local1 mais une aristocratie1 sans cesse en rapport avec des pays plus puissants1 honteuse de sentir son provincial et prenant le bel air de ,france ou d',italie4 ,pourtant1 le palais ducal1 modifi dans le got ,renaissance et dont les quatre cinquimes ont disparu1 nous fait voir un ct de l'me lorraine1 l'esprit gouailleur2 une gouaillerie nullement rabelaisienne1 jamais lyrique1 mais faite d'observation1 plutt matoise que verveuse4 ,c'est de la caricature1 sans grande joie4 ,le sec ,callot1 sec en dpit de l'abondance studieuse de ses compositions1 appartient la jeunesse de la race2 le grouillement et l'motion des guerres qu'il a vues le soutiennent4 ,mais ,grand ville1 si mesquin et pnible1 devait tre le dernier mot de cette veine qui n'aboutit pas4 ,on la sent pourtant bien personnelle1 la malice de ce petit peuple2 si cette race et t heureuse1 elle possdait l'lment d'un art particulier4 ,les lgendes1 chansons1 anecdotes1 la finesse si particulire de ses grands hommes1 et mme aujourd'hui le tour d'esprit des campagnards tablissent bien qu'un certain comique se prparait4 ,cette verve1 toujours un peu maigre1 puise par les guerres et l'loignement des artistes1 alla se desschant4 ,il ne resta plus de cette promesse qu'une tendance dplorable au prcis1 au voulu1 un acharnement l'lgance mticuleuse4 ,au quinzime sicle1 ct de cette grle malice1 l'me lorraine fait voir un sens humain de la vie trs profond1 une grande piti4 ,ce petit peuple1 qui s'agenouillait devant la ,dame de ,bon-,secours et qui hassait la servitude1 ne laissait pas de ressentir des frissons tragiques4 ,comme ,michel-,ange1 qui presque seul au milieu d'un peuple d'imagination riante1 reut une empreinte des horreurs de l',italie guerrire1 ,ligier-,richier dramatisa parmi les ,lorrains1 qui1 sans trve fouls1 gouaillaient4 ,quelle simplicit1 quelle franchise6 ,il est bien le frre des hros nafs de cette race6 ,ah6 l'admirable voie que c'tait l6 ,ne discutons pas la force sublime de l',italien1 mais ,saint-,michel1 prs de la ,mise au tombeau1 l'glise des ,cordeliers1 prs du monument de ,philippe de ,gueldres1 nous rvons un art dbarrass de cette rhtorique qu' certains jours on croit toucher dans ,michel-,ange3 un art ayant toute la saveur tragique du langage populaire1 o n'atteint jamais la plus noble loquence des potes4 ,mais cette race mal consciente d'elle-mme1 qui venait d'enfanter obscurment le gnie de ,ligier-,richier1 se mit toujours l'cole chez ses voisins4 ,elle ignora quel fils elle portait4 ,cette beaut imprieuse dont ,ligier a vtu la mort1 aujourd'hui encore est mal connue4 ,une vague lgende1 d'ailleurs insoutenable1 voil tout ce que savent les ,lorrains3 ,michel-,ange rencontrant l'artiste lui aurait fait l'honneur de l'emmener avec lui4 ,eh6 grand ,dieu6 le sot loge6 ,ces deux ,lorraines chourent1 la ,lorraine de l'ironie comme celle de la grandeur sans morgue1 pour avoir ignor leur gnie et dout d'elles-mmes timidement4 ,le sentiment qui donnait cette race une notion si fine du ridicule lui fit peut-tre craindre de s'pancher4 ,a chaque gnration1 elle se rtrcit4 ,son art n'a jamais d'abandon ni d'audace1 tout est voulu3 suppression des dtails significatifs1 imitation des coles trangres4 ,la meilleure partie de la ,lorraine1 sa noblesse et ses artistes1 toujours avaient soupir avec une admiration nave vers l',italie2 ,claude ,gelle il fut donn d'y vivre4 ,il porta dans l'cole romaine nos instincts et notre discipline4 ,il peignit ce ciel1 cette terre et cette mer dans une lumire si vaporeuse1 avec une harmonie si impossible1 qu'on peut dire vraiment qu'en copiant1 c'tait son rve1 notre rve1 qu'il exprimait4 ,c'tait une dsertion4 ,il profitait de l'idal de ces anctres1 pour en fortifier l',italie2 il n'a pas accru la conscience de sa race4 ,aprs lui1 la ,lorraine1 qui l'ignora1 comme elle avait mconnu ,ligier-,richier1 dessche de plus en plus sa veine4 ,et l'effort du dernier artiste sorti vraiment de l'me populaire1 le dernier travail ne devant rien l'tranger1 sera cette admirable grille du serrurier ,jean ,lamour3 une dentelle en fer4 ,qu'importe si la dlicieuse statue de ,bagard 7#afci-agji71 garonnire maligne et touchante qui porte un mdaillon1 nous ravit et nous retient longuement dans le rez-de-chausse du muse lorrain6 ,c'est une grande dame raffine2 sa spirituelle affterie mondaine ferait paratre un peu grossire la simplicit1 la gouaillerie de nos meilleurs aeux4 ,elle est bien du pass1 l'me lorraine3 ,bagard n'y songe gure4444 ,et nous-mmes1 ,simon1 il nous faut un effort pour la retrouver sous nos mes acquises4 ,cette jeune femme1 cette ,franaise1 c'est toute notre sensibilit fleur de peau1 une floraison toute neuve1 pour laquelle1 comme ,bagard1 comme la ,lorraine entire d'aujourd'hui1 nous avons ddaign de cultiver le simple jardin sentimental hrit de nos vieux parents4 99 99 99 99 99 ,,quatri,,me ,,journ,e ,,agonie ,,de ,,la ,,lorraine ,ne quittons pas si vite un peuple qui voulait se dvelopper4 ,nous savons quels ttonnements1 quelles misres c'est de chercher sa loi4 ,des checs si nobles valent qu'on s'y intresse4 ,allons voir ces plaines de ,vzelize1 tous ces champs de bataille sans gloire o la ,lorraine s'puisa4 ,quelques traits de ce peuple s'y conservent mieux que dans les villes2 car1 ,nancy1 vingt courants trangers ont renvers1 submerg l'esprit autochtone4 99 99 99 99 99 ,la campagne est plate1 assez abondante1 pas affine1 peut-tre maussade1 sans joie de vivre4 ,les physionomies n'ont pas de beaut2 les petites filles font voir une grimace vieillotte1 malicieuse sans malveillance2 en rien cette race1 d'ailleurs de grande ressource et saine1 n'a pouss au type4 ,par les aprs-midi d't1 on se runit au ,quaroi et les femmes1 travaillant dans l'ombre que dcoupent les maisons1 se donnent le plaisir de ridiculiser4 99 99 99 99 99 ,quels souvenirs ont-ils gards de jadis8 ,par les coles1 les inscriptions locales1 ils savent une vague bataille de ,nancy1 o ,ren ,,ii leur donna la vie2 puis ,stanislas1 qui fut leur agonie4 ,mais dans le peuple1 c'est la tradition des ,sudois qui domine2 chaque ville en raconte quelque horreur4 ,ils turent vraiment la ,lorraine4 ,ils saccagrent tout1 ,richelieu s'applaudissant4 ,mme les amis du duc ,charles ,,iv estimrent sage de s'approprier les dernires ressources de ceux qu'ils ne pouvaient dfendre4 ,cent cinquante mille bandits1 aids d'autant de femmes1 pitinaient le pays dont la ruine se prolongea jusqu' la fin du sicle4 ,cependant la race lorraine affame s'entre-dvorait4 ,il y avait dans les campagnes des piges pour hommes1 comme on en met aux loups2 des familles mangrent leurs enfants1 et mme des jeunes gens1 leurs grands-parents4 ,toutefois ce pauvre peuple se rjouissait quelques petits dboires de ses ennemis1 tels que des vasions de prisonniers1 et surtout prenait son plaisir aux bons tours de l'extraordinaire ,charles ,,iv4 trange fou1 que produisit ce pays raisonnable dans les violentes convulsions de son agonie6 ,il semble que ,charles ,,iv ait gch en une vie toute l'nergie qui1 dpense sagement dans une suite d'hommes1 et t fconde en grandes choses4 ,c'est le va-tout d'une situation dsespre1 d'une race qui sent l'avenir lui manquer4 ,en ,charles ,,iv1 il y a plthore1 qualits lorraines trop haute pression1 mais il ne contredit pas les caractres de sa race4 ,ce merveilleux aventurier1 avec les tresses blondes de ses cheveux pendants et ses souples voltiges d'cuyer devant les femmes de ,louis ,,xiii1 tait sagace1 pratique1 d'loquence simple1 et pas chevaleresque le moins du monde4 ,il avait le don de plaire tous1 mais se gardait de tous4 ,ce fantasque1 ce railleur qui ne sut mme pas s'pargner dans ses bons contes1 ce perptuel irrsolu dsirait violemment1 et souvent il demeura ferme dans son sentiment4 ,c'est1 au rsum1 un ,lorrain des premiers temps1 mais avec toute la fivre inquite d'un peuple qui va mourir4 ,charles ,,iv ne nous montre qu'un trait nouveau1 le dsir de paratre2 c'est qu'il avait t lev la cour de ,france1 et que les circonstances le forcrent toute sa vie vivre parmi les trangers2 or nous avons vu le caractre1 l'art lorrains1 toujours craintifs de paratre ridicules1 prendre l'air la mode4 ,par-dessous sa brillante chevalerie1 c'tait essentiellement un capitaine brave et gouailleur1 sachant plaire sans effort aux hommes simples1 l'un d'eux vraiment1 comme on le vit bien1 aprs cette fleur de jeunesse la franaise1 dans sa tenue de vie et dans ses projets de mariage qui scandalisrent si fort ,paris et ,versailles1 sans qu'il s'mt le moins du monde4 ,le malheur l'avait remis dans la logique de sa race4 ,c'est du haut de ,sion1 plerinage jadis fameux1 aujourd'hui attrist de mdiocrit1 que1 moins distraits par le dtail1 nous prenons une possession complte de la grandeur et de la dcadence lorraine4 ,devant nous1 cette province s'tend srieuse et sans grce1 qui fut le pays le plus peupl de l',europe1 qui fit pressentir une haute civilisation1 qui produisit une poigne de hros et qui ne se souvient mme plus de ses forteresses ni de son gnie4 ,ds le sicle dernier1 cette brave population dut accepter de toute part les trangers qu'elle avait repousss tant qu'elle tait une race libre1 une race se dveloppant selon sa loi4 ,du moins1 la conscience lorraine1 englobe dans la franaise1 l'enrichit en y disparaissant4 ,la beaut du caractre de la ,france est faite pour quelques parcelles importantes de la sensibilit cre lentement par mes vieux parents de ,lorraine4 ,cette petite race disparut1 ni dgrade1 ni assoupie1 mais brutalement saigne aux quatre veines4 ,depuis longtemps les artistes taient obligs de s'loigner1 en ,italie de prfrence1 pour trouver1 avec la paix de l'tude1 des amateurs suffisamment riches4 ,les ducs enfin quittrent le pays1 o ils se maintenaient difficilement contre l'tranger1 emmenant une partie de leur noblesse4 ,dans la masse de la population cruellement diminue1 les vides taient combls par des ,allemands1 domestiques et autres hommes de bas mtier1 dont fut paissie la verve naturelle de ma race1 de cette noble race qui repoussait le protestantisme 7admirable rsistance d',antoine aux bandes luthriennes1 en #aebc74 ,si je dfaille1 ce sera de mme par manque de vigueur et non faute de dons naturels4 ,nous avons1 mon ami et moi1 les plus jolis instincts pour nous crer une personnalit4 ,saurons-nous les agrger8 ,les barbares s'imposeront peu peu nos mes cause des basses ncessits de la vie2 j'entrevois les meilleures parties de nos tres1 qui s'accommodent1 tant bien que mal1 de rves conus par des races trangres4 99 99 99 99 99 ,,cinqui,,me ,,journ,e ,,la ,,lorraine ,,morte ,notre enqute touche sa fin2 de ,sion nous descendrons notre ermitage de ,saint-,germain4 ,visiter ,lunville6 ,retourner ,nancy o nous ngligemes la ville neuve6 pourquoi prolonger ainsi la tristesse dont m'emplit l'avortement de l'me lorraine8 ,dans ce chteau de ,lunville1 les ntres furent humilis4 ,ce palais ne me parlerait que de ,stanislas1 un prince bon et fin1 je l'accorde1 mais entour de petites femmes et de petits abbs qui1 par bel air1 raillaient les choses locales et copiaient ,versailles4 ,la ,lorraine1 dit-on1 l'aima2 c'est qu'elle avait perdu toute conscience de soi-mme2 elle tait morte2 seul son nom subsistait4 ,a certains jours1 mon ami et moi1 nous sommes aussi capables de prendre plaisir des plaisanteries faciles sur ce qu'il y a de plus profond et d'essentiel en nos mes4 ,c'est que nous vivons peine2 nous vivons par un effort d'analyse4 ,comme le nouveau ,nancy1 je m'accommode de la sensibilit que ,paris nous donne toute faite4 ,en change d'un bonheur calme1 assur1 la ,lorraine a laiss ,paris l'initiative4 ,n'est-ce pas ainsi que1 lasss de heurter les trangers1 nous abandonnions notre libre dveloppement pour adopter le ton de la majorit8 ,je refuse d'admirer1 sur l'emplacement du vieux ,nancy de mes ducs1 la place ,stanislas1 qui partout ailleurs m'enchanterait4 ,et s'il m'arrivait1 devant l'lgance un peu froide de cette belle dcoration1 s'il m'arrivait de retrouver quelques traits de la mthode et du rve constant de l'me lorraine1 je n'en aurais que de la tristesse1 me disant3 la mthode et le rve que j'honore en moi avec tant d'ardeur n'apparaissent gure plus dans l'ordinaire de mes actions que1 dans ce ,nancy moderne1 les vieux caractres lorrains4 ,ah6 nos aeux1 leurs vertus et tout ce possible qu'ils portaient en eux sont bien morts4 ,choses de muse maintenant et obscures perceptions d'analyste4 ,stanislas a cr une acadmie et une bibliothque4 ,dans la suite1 une socit archologique fut jointe ces institutions4 ,seules1 elles abritent ce qui peut encore vivre de la conscience lorraine4 ,elles sont le souvenir de ce qui n'existe plus4 ,o la mort est entre1 il ne reste qu' dresser l'inventaire4 99 99 99 99 99 ,vierge de ,sion1 je ne puis vous prier pour ce pays de ,lorraine ni pour moi4 ,la scheresse dont je sais que cette race est morte m'envahit4 ,vous-mme m'apparaissez si triste et dlaisse que je vous aime avec une nuance de piti1 sans l'lan amoureux de celui qui voit sa vierge clatante et dsire de tous4 ,parce que je connais l'tre que j'ai hrit de mes pres1 je doute de mon perfectionnement indfini4 ,je crains d'avoir bientt touch la limite des sensations dont je suis susceptible4 ,petit-fils de ces aeux qui ne surent pas se dvelopper1 ne vais-je point demeurer infiniment loign de ,dieu1 qui est la somme des motions ayant conscience d'elles-mmes8 ,mais non6 il ne faut pas que je m'abandonne4 ,je calomnie ma race4 ,si elle n'a pas utilis tous les dons qui lui taient dispenss1 il en est un qu'elle a dvelopp jusqu'au type4 ,elle a augment l'humanit d'un idal assez neuf4 ,de ,ren ,,ii ,drouot1 en passant par ,jeanne1 une des formes du dsintressement1 le devoir militaire a paru ici sous son plus bel aspect4 ,il y a dans ma race1 non pas l'esprit d'attaque1 la tmrit trop souvent mle de vanit1 mais la fermet rflchie1 persvrante et opportune4 ,faire en temps voulu ce qui est convenable4 ,on vit en ,lorraine les plus sages soldats du monde1 ceux que le penseur accueille4 ,par les armes1 le ,lorrain avait fond sa race2 par les armes1 il essaye hroquement de la protger4 ,press par les trangers1 il n'eut pas le loisir de chercher d'autres procds pour tre un homme libre4 ,comment et-il dvelopp ces dons d'ironie1 ce ralisme humain si noble qu'il nous fit entrevoir8 ,il bataillait sans trve ct de son duc4 ,le loyalisme ducal1 en ,lorraine1 s'est fondu plus troitement que partout ailleurs avec l'ide de patrie4 ,dans sa misre1 cette race se consolait d'tre mutile de ses qualits naissantes en aimant ses ducs1 qui furent souvent des princes exemplaires et jamais de mauvais hommes4 ,que je dpense la mme nergie1 la mme persvrance me protger contre les trangers1 contre les ,barbares1 alors je serai un homme libre4 99 99 99 99 99 ,,sixi,,me ,,journ,e ,,conclusion4--,,la ,,soir,e ,d',,harou ,simon1 un peu gt1 selon moi1 par l'ducation de la rue ,saint-,guillaume1 ne gotait qu' demi mes intuitions4 ,c'est un historien d'une rserve extrme4 ,il collectionne et cote les petits faits1 sans consentir recevoir d'eux cette abondante motion qui1 pour moi1 est toute l'histoire4 ,or1 les vieilles choses de ,lorraine1 en huit jours1 avaient rveill des belles-aux-bois qui sommeillent en mon me2 ,simon me laissa tout les caresser4 ,il me prcda ,saint-,germain2 d'ailleurs des repas mdiocres1 toujours1 l'indisposrent4 99 99 99 99 99 ,je n'ai pas oubli cette soire silencieuse1 vers les cinq heures1 dans la petite ville d',harou1 o la vieille place est abrite de noyers malades4 ,le soleil de fvrier1 en s'inclinant1 avait laiss dans l'air quelque douceur4 ,j'allai1 dsoeuvr1 jusqu' l'tang que forment les fosss crouls d'un chteau pompeux1 bti sous ,lopold1 et dont la froide impriosit contrarie le paysage4 ,je m'ennuyais d'un ennui mol1 et toujours les plaines d'eau me disposrent la mlancolie4 ,il me sembla que l'eau elle-mme1 sous ce climat1 dsormais vivait avec mdiocrit4 ,je sentais bien que des parcelles de l'ancienne me de ,lorraine1 parses encore dans ce paysage malingre d'hiver1 faisaient effort pour me distraire2 mais la ruine de ma nation m'avait trop lass pour que sa douceur posthume me consolt de sa vigueur abolie2 et une triste migraine me venait du plein air4 ,le ple soleil couchant offensait mes yeux1 stris de fibrilles par la lampe tard allume sur les actes et les penses de ,lorraine4 ,nancy1 oublieuse du pass1 m'avait choqu1 mais dans ces campagnes1 o tout est souvenir de nos aeux et qui1 replies sur elles-mmes1 n'ont pas remplac la grande morte qui les animait1 je me sentis avec une nettet singulire l'hritier d'une race injustement vaincue4 ,de rares paysans--mes frres1 car nos aeux communs combattaient auprs de nos ducs--passaient1 me saluant1 comme un ami1 d'un geste grave dans ce crpuscule4 ,tristement je les aimais4 ,a cause de l'humidit je revins jusqu' l'auberge4 ,avec le soir1 la voiture du chemin de fer arriva1 et j'eus le coeur serr que personne n'en descendt pour me presser dans ses bras4 ,je dnai mal1 impatient d'en finir1 la lueur du ptrole4 ,ensuite1 quand je voulus1 malgr l'obscurit profonde1 faire quelques pas l'air1 car j'tais congestionn1 des chiens hurlant m'intimidrent4 ,je rentrai dans l'auberge1 disant3 ,je suis l1 perdu1 isol1 et pourtant des forces sommeillent en moi1 et pas plus que ma race1 je ne saurai les panouir4 ,dans cette vieille salle1 le silence me pntrait d'angoisse4 ,je sentais bien que ce n'tait que de l'inaccoutum1 que tout ce dcor tait en somme de bont4 ,dans la nuit rpandue1 la ,lorraine m'apparaissait comme un grand animal inoffensif qui1 toute nergie puise1 ne vit plus que d'une vie vgtative2 mais je compris que nous nous gnions galement1 tant l'un a l'autre le miroir de notre propre affaissement4 ,pour rendre un peu sien un endroit qu'on ignore1 o l'on n'a pas sa chaise familire1 son coin de table1 et o la lampe dcoupe des ombres inaccoutumes1 le meilleur expdient est de se mettre au lit4 ,ce sans-gne rchauffe la situation4 ,mais je n'osais appuyer ma joue sur ces draps bis2 tout mon corps se sauvait en frissonnant de ces rudes toiles1 o1 solide et confiant en moi1 je me serais brutalement enfoui au chaud4 ,alors je rentrai dans mon univers4 ,par un effort vigoureux que facilitaient ma dtresse morale et la solitude nue de cette chambre1 je projetai hors de moi-mme ma conscience1 son atmosphre et les principales ides qui s'y meuvent4 ,je matrialisai les formes habituelles de ma sensibilit4 ,j'avais l1 camps devant moi comme une carte de gographie1 tous les points que1 grce mon analyse1 j'ai relevs et dcrits en mon me3 ,d'abord un vaste territoire1 mon temprament1 produisant avec abondance une belle varit de phnomnes1 rebelle certaines cultures1 strile sur plusieurs points1 o des parties sont encore dcouvrir1 ples indcises et flottantes4 ,par-dessus ce premier moi1 je vis dessines des figures frmissantes qui semblaient parler4 ,ce sont les matres que nous interrogions ,saint-,germain1 devenus aujourd'hui une partie importante de mon me4 ,je vis aussi de grands travaux accomplis par des gnrations d'inconnus1 et je reconnus que c'tait le labeur de mes anctres lorrains4 ,or1 tous ces morts qui m'ont bti ma sensibilit bientt rompirent le silence4 ,vous comprenez comment cela se fit3 c'est une conversation intrieure que j'avais avec moi-mme2 les vertus diverses dont je suis le son total me donnaient le conseil de chacun de ceux qui m'ont cr travers les ges4 ,je leur disais3 ,vous tes l'glise souffrante l'esprit en train de mriter le triomphe2 ne pourrai-je pas m'lever plus haut1 jusqu' l'glise triomphante8 ,comme le veut l',imitation1 qui guide mon effort spirituel1 je me suis repos dans vos plaies2 j'ai vcu la passion de l'esprit que vous avez soufferte4 ,quand mriterai-je le bonheur8 ,l'espoir de m'lever enfin auprs de ,dieu me serait-il interdit8 ,pourquoi1 mes amis1 ne ftes-vous pas heureux8 ,alors tous ceux que j'ai t un instant me rpondirent4 ,d'abord ,,les ,,jeunes ,,gens 7pars dans les grandes villes1 au coucher du soleil73 ,il n'est d'autre remde que la mort1 et nous nous dlivrons rsolument ou par des excs dsesprs4 ,moi 7avec dgot pour une pareille infirmit de philosophe73 ,mes frres1 votre solution ne m'intresse pas1 puisqu'elle m'est toujours offerte1 puisque j'ai la certitude qu'elle me sera impose un jour1 et qu'enfin1 si l'usage elle m'apparat insuffisante1 elle ne me laisse pas la ressource de recourir un autre procd4 ,d'ailleurs vous me proposez tout le contraire de mon dsir1 car j'aspire non pas mourir1 mais vivre dans ce corps-ci et vivre le plus possible4 ,alors ,,benjamin ,,constant3 ,j'aurais d ne pas demander mon bonheur aux autres4 ,,sainte-,,beuve3 ,j'eus tort de chercher leur plaire4 444 ,ainsi parlrent-ils1 et ,moi je leur disais3 ,vous souffriez donc pour avoir accept les ,barbares6 ,vous1 que je pris pour intercesseurs1 vous n'avez mme pas compris la ncessit de l'isolement1 le bienfait de l'univers qu'on se cre4 ,vous ignoriez qu'il faut tre un homme libre6 99 99 99 99 99 tendu sur ce lit1 la lueur tragique d'une chandelle d'auberge1 je mprisai douloureusement ces gens-l2 je vis qu'ils taient grossiers4 ,et ces parties de moi-mme1 qui m'avaient enchant jadis1 m'coeurrent4 ,l'imitation des hommes les meilleurs chouait me hausser jusqu' toi1 ,esprit1 ,total des motions6 ,lass de ne recueillir de mes intercesseurs que des notions sur ma sensibilit1 sans arriver jamais l'amliorer1 j'ai recherch en ,lorraine la loi de mon dveloppement4 ,a suivre le travail de l'inconscient1 refaire ainsi l'ascension par o mon tre s'est lev au degr que je suis1 j'ai trouv la direction de ,dieu4 ,pressentir ,dieu1 c'est la meilleure faon de l'approcher4 ,quand les ,barbares nous ont dforms1 pour nous retrouver rien de plus excellent que de rflchir sur notre pass4 ,j'eus raison de rechercher o se poussait l'instinct de mes anctres2 l'individu est men par la mme loi que sa race4 ,a ce titre1 ,lorraine1 tu me fus un miroir plus puissant qu'aucun des analystes o je me contemplai4 ,mais1 ,lorraine1 j'ai touch ta limite1 tu n'as pas abouti1 tu t'es dessche4 ,je t'ai une infinie reconnaissance1 et pourtant tu justifies mon dcouragement4 ,jusqu' toi j'avais sur moi-mme des ides confuses2 tu m'as montr que j'appartenais une race incapable de se raliser4 ,je ne saurai qu'entrevoir4 ,il faut que je me dissolve comme ma race4 ,mes meilleures parcelles ne vaudront qu' enrichir des hommes plus heureux4 99 99 99 99 99 ,alors la ,lorraine me rpondit3 ,il est un instinct en moi qui a abouti2 tandis que tu me parcourais1 tu l'as reconnu3 c'est le sentiment du devoir1 que les circonstances m'ont fait tmoigner sous la forme de bravoure militaire4 ,et1 si dcourage que puisse tre ta race1 cette vertu doit subsister en toi pour te donner l'assurance de bien faire1 et pour que tu persvres4 ,quand tu t'abaisses1 je veux te vanter comme le favori de tes vieux parents1 car tu es la conscience de notre race4 ,c'est peut-tre en ton me que moi1 ,lorraine1 je me serai connue le plus compltement4 ,jusqu' toi1 je traversais des formes que je crais1 pour ainsi dire1 les yeux ferms2 j'ignorais la raison selon laquelle je me mouvais2 je ne voyais pas mon mcanisme4 ,la loi que j'tais en train de crer1 je la droulais sans rien connatre de cet univers dont je compltais l'harmonie4 ,mais ce point de mon dveloppement que tu reprsentes1 je possde une conscience assez complte2 j'entrevois quels possibles luttent en moi pour parvenir l'existence4 ,soit6 tu ne saurais aller plus vite que ta race2 tu ne peux tre aujourd'hui l'instant qu'elle et t dans quelques gnrations2 mais ce futur1 qui est en elle l'tat de dsir et qu'elle n'a plus l'nergie de raliser1 cultive-le1 prends-en une ide claire4 ,pourquoi toujours te complaire dans tes humiliations8 ,pose devant toi ton pressentiment du meilleur1 et que ce rve te soit un univers1 un refuge4 ,ces beauts qui sont encore imaginatives1 tu peux les habiter4 ,tu seras ton ,moi embelli3 l',esprit ,triomphant1 aprs avoir t si longtemps l',esprit ,militant4 99 99 99 99 99 ,,livre ,,troisi,,me ,l',,glise ,,triomphante 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,vii ,,ac,,dia4----,s,,paration ,,dans ,,le ,,monast,,re ,la brutalit du grand air1 l'insomnie des nuits d'auberge sur des oreillers inaccoutums et cette lourde nourriture me donnrent une fivre de fatigue4 ,au dtour d'un chemin1 la femme d'un cabaretier demandait mon voiturier3 ,est-ce qu'il ne va pas mourir8 ,c'est pour avoir eu le mme doute sur ma race que je paraissais puis4 ,la nuit1 surtout je m'agitais infiniment4 ,ds l'aube1 sous le clotre1 je me promenais bien avant ,simon1 et la journe s'allongeait dans l'ennui4 ,toutes penses m'taient chtives et poussireuses4 ,l'horizon gardait la dsolante mdiocrit des choses dj vues4 ,a chaque minute1 je calculais quand viendrait le prochain repas1 o je m'asseyais sans apptit1 et la viande1 entre toutes choses1 me faisait horreur4 ,puis s'allongeait une nouvelle bande de temps4 ,je suis convaincu que1 pour des tres sensibles et raisonneurs1 les maladies sont contagieuses4 ,simon1 jusqu'alors enclin la voracit1 fut pris d'un dgot de nourriture2 il tait humili d'une constipation malsaine que coupent des coliques prcipites4 crass dans nos bas fauteuils1 et pareils au ,pauvre ,pcheur de ,puvis de ,chavannes1 nous nous lamentions avec minutie4 ,nos lvres et nos doigts1 tout notre tre s'agitaient dans un dsir maniaque de fumer1 alors que notre estomac en avait horreur4 ,lentes aprs-midi de janvier6 la campagne clatante de neige6 notre bouche pteuse1 nos dents serres de malades1 et la peau tire de notre visage qui nous donnait un rictus dgot6 ,or1 nous tant regards en face1 nous emes le courage de mpriser haute voix l'difice que nous avions entrepris4 ,cependant que je me reniais1 il me parut que je commettais une mauvaise action1 et une incroyable humiliation se rpandit en moi comme un flot sale4 ,j'tais rduit un tel enfantillage que j'aurais aim pleurer4 ,j'tais bless que ,simon abondt si brutalement dans mes blasphmes car j'avais une nouvelle dmarche lui proposer4 ,mais je sentis bien qu'il accueillerait avec dfiance mes rflexions d',harou4 ,en vain essaymes-nous1 avec une excellente fine champagne1 de nous relever4 ,j'y gagnai le soir un sommeil pais1 mais ds l'aube c'tait une acuit1 une surexcitation d'esprit insupportable1 avec1 par tout le corps1 des fourmillements4 ,je fus obsd1 cette poque1 d'un sentiment intense1 qui1 sans raison apparente1 se lve en moi de longs intervalles3 l'ide qu'un jour1 ne ft-ce qu' ma dernire nuit1 sur mon oreiller froiss et brlant1 je regretterai de n'avoir pas joui de moi-mme1 comme toute la nature semble jouir de sa force1 en laissant mon instinct s'imposer mon me en irrflchi4 ,perscut par cette ide fixe1 je serrais mon front dans mes mains1 et me rejetais en arrire avec une dtresse incroyable4 ,je crois bien que je ne dsire pas grand'chose1 et les choses que je dsire1 il me serait possible de les obtenir avec quelque effort2 aussi n'est-ce pas leur absence qui m'attriste1 mais l'ide qu'il viendra un jour o1 si je les dsirais1 ce serait trop tard4 ,et1 seule1 la probabilit que1 dans la mort on ne regrette rien1 peut attnuer ma tristesse4 ,c'est un grand malheur que notre instinctive croyance notre libert1 et puisque nous ne changeons rien la marche des choses1 il vaudrait mieux que la nature nous laisst aveugles au dbat qu'elle mne en nous sur les diverses manires d'agir galement possibles4 ,malheureux spectateur1 qui n'avons pas le droit de rien dcider1 mais seulement de tout regretter6 ,parfois1 dans ce dsarroi de mon tre1 d'tranges images montaient du fond de ma sensibilit que je ne systmatisais plus4 ,il tait six heures2 depuis trente minutes peut-tre nous n'avions pas ouvert la bouche4 ,je me pris rver tout haut dans cette chambre claire seulement par le foyer3 ,peut-tre serait-ce le bonheur d'avoir une matresse jeune et impure1 vivant au dehors1 tandis que moi je ne bougerais jamais1 jamais4 ,elle viendrait me voir avec ardeur2 mais chaque fois1 la dernire minute1 me pressant dans ses bras1 elle me montrerait un visage si triste1 et son silence serait tel que je croirais venu le jour de sa dernire visite4 ,elle reviendrait1 mais perptuellement j'aurais vingt-quatre heures d'angoisse entre chacun de nos rendez-vous1 avec le coup de massue de l'abandon suspendu sur ma tte4 ,mme il faudrait qu'elle arrivt un jour aprs un long retard1 et qu'elle prolonget ainsi cette heure d'agonie o je guette son pas dans le petit escalier4 ,peut-tre serait-ce le bonheur1 car1 dans une vie jamais distraite1 une telle tension des sentiments ferait l'unit4 ,ce serait une vie systmatise4 ,ma matresse1 loin de moi1 ne serait pas heureuse2 elle subirait une passion vigoureuse laquelle parfois elle rpondrait1 tant est faible la chair1 mais en tournant son me dsespre vers moi4 ,et j'aurais un plaisir ineffable lui expliquer avec des mots d'amertume et de tendresse les pures doctrines du quitisme3 ,qu'importe ce que fait notre corps1 si notre me n'y consent pas6 ,ah6 ,simon1 combien j'aimerais tre ce malheureux consolateur-l4 ,elle serait pieuse4 ,elle et moi1 malgr nos pchs1 nous baiserions la robe de la ,vierge4 ,et comme l'amour rend infiniment comprhensif1 ou1 mieux encore1 comme elle ne connatrait rien de l'homme que je puis paratre au vulgaire1 elle ne souponnerait pas un instant ma bonne foi2 en sorte que mon me indcise pourrait tre1 aux plis de sa robe1 franchement religieuse4 ,et comme ,simon ne rpondait pas1 je repris1 cause de ce besoin naturel de plaire qui me fait chercher toujours un acquiescement3 ,elle serait jeune1 belle fille1 avec des genoux fins1 un corps ayant une ligne franche et un sourire imprvu infiniment touchant de sensualit triste4 ,elle serait vtue d'toffes souples1 et un jour1 peine entre1 je la vois qui me dsole de sanglots sans cause1 en cachant contre moi son fin visage4 99 99 99 99 99 ,mon ,moi est jaloux comme une idole2 il ne veut pas que je le dlaisse4 ,dj une lassitude et dgot nerveux m'avaient averti quand je me ngligeais pour adorer des trangers4 ,j'avais compris que les ,sainte-,beuve et les ,benjamin ,constant ne valent que comme miroirs grossissants pour certains dtails de mon me4 ,une fois encore mes nerfs me firent rentrer dans la bonne voie4 ,je poussai l'extrme mon coeurement1 je le passionnai1 en sorte qu'ennobli par l'exaltation1 il devint digne de moi-mme et me fconda4 ,voici comment la chose se fit4 ,j'examinais avec ,simon notre dsarroi et je lui disais que la difficult n'tait pas de trouver un bon systme de vie1 mais de l'appliquer3 --,il faudrait des ncessits intelligentes me contraignant faire le convenable pour que je sois heureux4 --,quoi6 me rpondait-il1 un mdecin dans un hpital8 un pre suprieur dans un monastre8 ,o prendrais-tu l'nergie de leur obir8 ,et si tu la possdes1 leurs conseils sont superflus1 car tu peux te les donner toi-mme4 --,je ne voudrais pas tre men avec douceur1 car je me mfie de mes dfaillances4 ,c'est peut-tre que mon me s'effmine2 mais elle voudrait tre rudoye4 ,sous un clotre1 dans ma cellule1 je serais heureux si je savais qu'un matre terrible ne me laisse pas d'autre ressources que de subir une discipline4 ,le rve de ma race est mal employ et je dsespre qu' moi seul je puisse l'amener la vie4 ,simon protesta3 --,les hommes1 dit-il1 sont abjects1 ou du moins ils me paraissent tels4 7,on se fait des imaginations qui valent des vrits3 ainsi toi1 pour qui chacun fut aimable1 car tu es sduisant et dtach1 tu te figures avoir t martyris47 ,jamais1 ft-ce pour mon bonheur1 je ne reconnatrai la domination d'un homme4 ,tous1 hors moi1 sont des barbares1 des trangers1 et la ,lorraine prcisment n'a pas abouti parce qu'elle dut se soumettre l'tranger4 ,et moi aussi1 j'avais rsolu de ne plus me conformer des hommes4 ,le soir d',harou1 j'avais reni mes intercesseurs4 ,simon partageait donc1 pour le fond et sans le savoir1 mon opinion secrte1 et pourtant je fus mcontent3 c'est que1 si nous arrivions peu prs au mme point1 c'tait par des raisonnements trs diffrents4 ,je lui rpliquai avec mauvaise humeur3 --,encore cet odieux sentiment de la dignit6 cette morgue anglaise6 cette respectability que n'abandonne pas ton ,spencer lui-mme6 ,en voil une fiction1 la dignit des gens d'esprit6 ,en toi1 n'tes-vous pas vingt vous humilier1 vous ddaigner1 vous commander8 ,ici j'eus le tort de me lever4 ,le ton dcourag de notre entretien me mettait mal l'aise pour lui soumettre la nouvelle mthode que j'entrevoyais1 mais j'allais tre victime moi-mme de la dignit humaine1 s'il ne me priait pas de me rasseoir4 ,il me laissa monter dans ma chambre4 --,tout1 au monde1 lui dis-je avec dsespoir1 est mal fait1 et ce grand dsordre de l'univers me blesse4 99 99 99 99 99 ,la nuit1 exaltant mon indignation1 me fut dplorable4 ,petite chose accroupie sur mon lit1 dans l'obscurit et le silence1 j'attendais que la douleur me lcht4 ,impuissant et dsespr1 j'eus le souvenir de saint ,thomas d',aquin disant l'autel de ,jsus3 ,seigneur1 ai-je bien parl devant vous8 ,et devant moi-mme1 qui ai mthodiquement ador mon corps et mon esprit1 je m'interrogeai3 ,me suis-je cultiv selon qu'il convenait8 99 99 99 99 99 ,je me levai perdu de froid1 trs tard1 dans une matine de dgel4 ,rose1 qui est trop honnte fille pour que j'en fasse des anecdotes1 entrait dans ma chambre avec bonhomie1 car c'tait son jour4 ,si elle avait profit des enseignements du catchisme1 elle se ft plu 7elle un peu gouailleuse7 me comparer au vieux roi ,david qui rchauffait sa vigueur prs de jeunes ,juives4 ,ensuite1 je la priai qu'elle baisst les stores fleurs clatantes pour me cacher l'ignominie du monde1 qu'elle activt le feu comme un four de verrier1 et qu'elle se retirt4 ,je me recouchai tout le jour1 soucieux uniquement d'interroger ma conscience4 ,et dans notre confrence du soir1 sans plus tarder1 je dis ,simon3 --,singulire physionomie de mon me6 ,la disgrce universelle me mcontente1 au point que vous-mme me blessez1 mon cher ami1 mon frre1 quand vous partagez mes faons de voir4 ,il ne me suffit plus qu'on m'approuve4 ,je m'irrite de tout ce qu'on nie1 quand on exalte ce que j'aime4 ,je vous dirai toute la vrit3 je ne puis plus supporter qu'on nonce une opinion sur les choses qui sont4 ,je m'intresse uniquement ce qui devrait exister4 ,j'ai fini de me contempler4 ,comme les arbres qui poussent et comme la nature entire1 je me soucie seulement de mon ,moi futur4 ,alors ,simon1 avec cette faon glaciale que j'ai souvent gote1 mais qui me dplut cette occasion1 arrta le dbat3 --,je crois comme vous que notre collaboration n'aboutira pas1 car nous ne pouvons discuter que sur des points du pass4 ,comment nous faire en commun des ides claires sur ces obscures inquitudes et sur ces pressentiments qui sont toutes nos notions de l'avenir6 ,en consquence1 je retournerai volontiers ,paris1 d'autant que j'ai fait des conomies1 et que nous approchons de mai1 saison qui gay mon temprament4 ,voil bien la sparation que je dsirais1 mais ce me fut un dsespoir que lui-mme me l'impost4 99 99 99 99 99 ,je repris mon rve d',harou1 en feuilletant des guides ,baedeker sur mon oreiller4 ,chacun de ces titres3 ,belgique1 ,allemagne en trois parties1 ,italie1 soudain mouvait un coin de mon tre4 ,dsireux de m'assimiler ces sommes d'enthousiasmes1 quel mpris ne ressentais-je pas pour tous ces maigres saints devant qui je m'tais agenouill et qui ne sont qu'un point imperceptible dans le long dveloppement poursuivi par l'me du monde travers toutes les formes6 ,le lendemain je dis ,simon3 --,je n'abandonne pas le service de ,dieu2 je continuerai vivre dans la contemplation de ses perfections pour les dgager en moi et pour que j'approche le plus possible de mon absolu4 ,mais je donne cong aux petits scribes passionns et analystes1 qui furent jusqu'alors nos intercesseurs4 ,ainsi que nous essaymes en ,lorraine1 je veux me modeler sur des groupes humains1 qui me feront toucher en un fort relief tous les caractres dont mon tre a le pressentiment4 ,les individus1 si parfaits qu'on les imagine1 ne sont que des fragments du systme plus complet qu'est la race1 fragment elle-mme de ,dieu4 chappant dsormais la strile analyse de mon organisation1 je travaillerai raliser la tendance de mon tre4 ,tendance obscure6 ,mais pour la satisfaire je me modlerai sur ceux que mon instinct lit comme analogues et suprieurs mon tre4 ,et c'est ,venise que je choisis1 d'autant qu'il y fait en moyenne #ac1ch en mars et #ah1bc en mai4 ,puis la vie matrielle y est extrmement facile1 ce qui convient un contemplateur4 99 99 99 99 99 ,nous nous quittmes en nous serrant la main4 ,la crainte de m'loigner sur une motion un peu banale d'un local o nous avions eu des frissons trs curieux m'empcha seule de presser ,simon dans mes bras4 ,mais je constatai que nous nous aimions beaucoup4 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,viii ,a ,,lucerne1 ,,marie ,b444 ,dans une gare1 sur le trajet de ,bayon ,lucerne1 ,milan et ,venise1 j'achetai un livre alors nouveau1 le ,journal de ,marie ,bashkirtsef4 ,rien qu' la couverture1 je compris que cet ouvrage tait pour me plaire4 ,jamais mon intuition ne me trompe2 je vais m'enfermer dans ,venise1 confiant que cette race me sera d'un bon conseil4 ,cette jeune fille fut curieuse de sentir4 ,avec mille travers1 elle se garda toujours ardente et fire4 ,quoiqu'elle n'ait pas nettement distingu qu'elle tait mue simplement par l'amour de l'argent1 qui fait l'indpendance1 et par l'horreur du vulgaire1 on peut la dire clairvoyante4 ,je l'estime4 ,sur le tard1 elle fut effleure par des sentiments grossiers3 elle dsira la gloire et elle mourut de la poitrine4 ,voil deux fautes graves2 au moins par la seconde fut-elle corrige de la premire4 ,et le fait qu'elle a disparu m'autorise lui donner toute ma sympathie1 qui prend parfois des nuances de tendresse4 99 99 99 99 99 ,je m'arrtai tout un dimanche ,lucerne4 ,les cloches sonnant sans trve1 la neige pandue sur le paysage1 le froid m'accablaient de tristesse4 ,je me promenai le long d'un lac invisible sous le brouillard1 je bus des grogs dans de vastes htels solitaires1 et1 songeant ,simon absent1 l',italie douteuse1 je craignis que sur le tard de la soire1 une crise de dcouragement me prt et me laisst sans sommeil dans mon lit de passage4 ,un concert annonait le ,paradis et la ,pri de ,schumann4 ,il me parut que sous ce titre je pourrais rver avec profit4 ,et tandis qu'officiaient les voix et les instruments1 parmi tant de ,suissesses1 je me demandais3 ,a quoi pensait ,marie8 ,quel monde cra-t-elle pour s'y rfugier contre la grossiret de la vie8 ,les chanteurs1 la musique disaient3 ,l'clat des larmes que l'esprit rpand444 ,les pleurs verss par de tels yeux ont un pouvoir mystrieux1 ,marie cherchait la volupt dans l'imprvu2 elle fut trompe par les grands mots du vulgaire1 elle eut cette honte que l'approbation des hommes la tenta4 ,la gloire6 disait-elle1 ne comprenant pas que ce mot signifie le contact avec les trangers1 avec les ,barbares4 ,cependant je ne puis la mpriser4 ,chez elle1 cette indigne proccupation ne fut pas bassesse naturelle1 mais touchante folie4 ,sa jeunesse ardente1 qu'elle refusait la caresse grossire des jeunes gens1 cherchait ailleurs des satisfactions4 ,elle embellissait1 sans doute1 par toute la noblesse de sa sensibilit1 cette gloire qu'elle entrevoyait1 et qui n'est pour moi que le rsultat de mille calculs dont je connais l'intrigue4 ,un dsir d'une telle ardeur purifie son objet4 ,c'est ,titania tendant ses petites mains ,bottom4 ,l'clat des larmes que l'esprit rpand transfigure l'univers qu'il contemple4 ,les chanteurs1 la musique disaient3 444 ,ah laisse-moi puiser la fivre444 ,marie s'gara dans sa tentative pour systmatiser sa vie4 ,un prix au ,salon annuel n'est pas1 comme elle le croyait1 un but suffisant tous ces dsirs vers tous les possibles qui sommeillent au fond de nous4 ,du moins1 elle dsira l'enthousiasme4 ,et mme cette fivre put grandir en elle avec plus de violence que chez personne1 car elle tait un objet dlicat1 nullement embarrasse de ces grossiers instincts qui ralentissent la plupart des hommes4 ,a son contact1 j'affinerai mes frissons1 et mon sang brlera d'une ardeur plus vive auprs d'un tel corps qui me semble une flamme4 ,ah6 laisse-moi puiser la fivre m'imaginer cette jeune poitrine qui ne fut gonfle que pour des choses abstraites4 ,les chanteurs1 la musique disaient3 ,dors1 noble enfant1 repose jamais444 ,quoi qu'on me dise un jour1 quelque dgot qui me vienne te relire1 je te promets de continuer te voir1 selon la lgende qu'aujourd'hui je me fais de toi4 ,comment pouvais-tu causer des heures entires avec cet artisan8 moins peut-tre qu'mu par ta divine complaisance1 ce petit peintre grossier n'ait t trs bon et trs naturel1 ce qui est un grand charme6 ,jamais tu n'avouas aucun sentiment tendre2 je veux aller jusqu' croire que jamais tu ne ressentis le moindre trouble1 mme quand la date de ton dernier soupir se prcisant1 tu vis qu'il fallait quitter la vie sans avoir ralis aucun de tes pressentiments de bonheur4 ,tu n'aurais connu que dception chercher ta part de femme1 mais 'et t une faiblesse bien naturelle4 ,je te loue hautement d'avoir vu que cette image du bonheur est vaine4 ,dors1 noble enfant1 repose jamais dans ma mmoire1 seule comme il faut qu'un tre libre vive4 ,les chanteurs1 la musique disaient3 ,au bord du lac1 tranquille abri444 ,et moi1 rentr au silencieux dsert de mon htel1 regrettant presque la retraite troite1 la demi-scurit de ,saint-,germain1 mal soutenu par l'espoir si vague de construire mon bonheur dans ,venise1 tremblant que1 d'un instant l'autre1 ma fatigue ne se changet en aveu d'impuissance1 je me plus m'imaginer qu' ,simon j'avais substitu ,marie1 et que cette voyageuse m'allait tre un compagnon idal1 dans un tranquille abri1 au bord d'un lac1 qui est l'univers entier o je veux me contempler4 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,ix ,,veill,e ,d',,italie 7,enseignement du ,vinci7 ,nous avions pass le thtral ,saint-,gothard et ses prcipices4 ,un doux plaisir me toucha devant la fuite du lac de ,lugano1 quand sa rive trempe de grce fut effleure par le train de ,milan4 ,au soir1 nous accentumes la grande descente sur l',italie4 ,un poitrinaire1 portant sa bouche sans cesse une liqueur d'apaisement1 menait un bruit lugubre derrire moi4 ,mais qu'est-ce qu'un homme8 ,j'ouvris au froid les fentres du wagon4 ,des mots historiques se pressaient dans ma tte3 ,soldats1 vous tes pauvres1 vous allez trouver l'abondance6 ,et je me disais avec hte3 ,est-ce que je sens quelque chose8 ,cette quinzaine est une des priodes les plus honorables de mon existence2 j'ai su conqurir l'motion que je me proposais4 ,oui1 j'allais trouver l'abondance4 ,et dj1 j'tais rempli de bont4 ,je m'occupai du poitrinaire1 je lui promis la sant1 les femmes1 le vin1 tout ce que j'imaginais lui plaire4 ,mme1 pour qu'il sourit1 je lui dis que j'tais ,parisien1 et je l'aidai descendre du train dans la gare de ,milan4 ,dcide aux plus grands sacrifices pour tre enthousiasm1 ds le soir je sortis de l'htel et me rendis autour de la cathdrale1 m'interpellant et m'exclamant 7bien qu'elle me plt mdiocrement7 en formules admiratives1 car je sais que le geste et le cri ne manquent gure de produire le sentiment qui leur correspond4 99 99 99 99 99 ,seul avec le concierge qui simule un rhume1 l',ambrosienne1 ce matin d'hiver1 j'admirai les estampes1 et sur elles2 interrogeai mon me4 ,c'tait encore ma sensibilit du clotre1 le sentiment qui me fit demander ma bibliothque qu'elle me rvlt moi-mme4 ,invincible gotisme qui me prive de jouir des belles formes6 ,derrire elles je saisis leurs mes pour les mesurer la mienne et m'attrister de ce qui me manque4 ,l'univers est un blason1 que je dchiffre pour connatre le rang de mes frres1 et je m'attriste des choses qu'ils firent sans moi4 99 99 99 99 99 ,a l',ambrosienne je vis1 avec quelle ardente curiosit6 un portrait d',ignace de ,loyola4 ,son gnie logique cra une mthode1 dont il obtint1 sur les mes les plus superbes1 de prodigieux rsultats1 et que j'essaye de m'appliquer4 ,sa tte est une grosse boule avec une calvitie1 une forte barbe courte1 et une pointe au menton4 ,je sens comme une barre de migraine sur ses yeux et sur son front4 ,cet homme fut poli et froid1 sans le moindre souci de plaire4 ,il avait des amis1 mais ne se livra jamais1 et nul ne put compter sur lui4 ,s'il s'attachait1 c tait par une sorte d'instinct profond2 le manieur d'hommes le plus souple dsespre de sduire celui-l4 ,quand je contemple cette physionomie imprieuse1 mes lenteurs me donnent rougir4 ,je n'ai pas su encore m'emparer de moi-mme6 ,du moins j'ai visit soigneusement mes ressources1 je connais les fondements de mon tre2 ds lors1 me perfectionnant chaque jour dans le mcanisme de ,loyola1 je dirigerai mes motions1 je les ferai rapparatre volont2 je serai sans trve agit des enthousiasmes les plus intressants et tels que je les aurai choisis4 ,sur le mme mur1 une gravure d'aprs un jeune homme de ,rembrandt3 la bouche entr'ouverte1 la lvre suprieure un peu releve1 les yeux superbes1 mais teints1 toute la figure dgote1 anantie4 ,je lui disais3 ,o mon pauvre enfant1 ne me tentez pas avec votre juste accablement1 car je veux loyalement faire cette tentative4 ,devant un portrait de jeune fille qui fut longtemps1 mais tort1 attribu au ,vinci1 jeune fille gracieuse sans plus1 avec une me un peu ironique et de petite race1 je trouvai un jeune homme qui pleurait4 --,l'histoire de cette jeune fille est-elle touchante8 lui dis-je3 ni ,gautier1 ni ,taine1 ni ,ruskin n'en parlent4 7,je citais ces noms pour gagner sa confiance1 car je pensais3 voil quelque pote47 --,je l'ignore1 me rpondit-il4 --,il y a parfois des ressemblances mouvantes4 7,sa vive motion1 ses pleurs me permettaient ces familiarits47 --,je ne pense pas qu'on puisse comparer aucune fille celle-ci4 --,eh bien6 repris-je4 --,ah6 me dit-il simplement1 le grand homme a mis sa main l4 ,je le tiens admirable pour sa foi1 ce croyant4 ,notez que le concierge lui-mme sait que le tableau n'est pas de ,lonard4 ,puis la jeune fille1 dlicate1 n'a aucune impriosit4 ,mais celui-ci1 peu connaisseur1 mal renseign1 est pourtant trs proche de ,dieu2 son me charge d'ardeur1 pour vibrer n'a nul besoin qu'un art ingnieux la caresse4 ,c'est l'enthousiasme du charbonnier4 ,il saisit la premire occasion de grouper les motions dont il est rempli et d'en jouir4 ,l'important n'est pas d'avoir du bon sens1 mais le plus d'lan possible4 ,je tiens mme le bon sens pour un odieux dfaut4 ,l',imitation de ,notre-,seigneur ,jsus-,christ1 cher petit manuel de la plus jolie vie qu'aient imagine les dlicats1 l'a trs bien vu3 les pauvres d'esprit1 s'ils ont cru et aim1 sont ceux qui approchent le plus de leur idal1 c'est--dire de ,dieu4 ,ce n'est pas en chicanant chacun de mes dsirs1 en me vrifiant jusqu' m'attrister1 mais en poussant hardiment que je trouverai le bonheur4 99 99 99 99 99 ,par un jour de pluie1 j'entrai dans le cabinet du ,brera2 et la ,tte du ,christ1 par le ,vinci 7l'tude au crayon rouge pour le ,christ de la ,cne71 ne me laissait rien voir d'autre4444 99 99 99 99 99 ,cette journe fameuse1 dont la vertu chaque jour grandit en moi1 me confirme dans la mthode que j'entrevoyais depuis ,harou4 ,plus jeune1 par une matine sche d'hiver florentin1 ralentissant ma promenade sur le ,lung',arno1 en face des collines dlicates et presque nerveuses1 j'ai suivi le mme ordre de rflexions4 ,je sortais de voir au ,pitti la ,simonetta1 matresse fameuse du ,magnifique1 peinte par ,botticelli4 ,combien d'efforts il me fallut d'abord pour goter sa beaut malingre de jeune fille moricaude6 ,dans la suite1 je vins l'aimer2 au premier regard1 elle ne me donnait que de la curiosit4 ,il en advint ainsi de moi-mme devant moi-mme4 ,jusqu' cette heure1 je fus simplement curieux de mon me4 ,je considrais mes divers sentiments1 qui ont la physionomie rechigne et malingre des enfants difficilement levs1 mais je ne m'aimais pas4 ,or1 le ,vinci pour reprsenter le plus comprhensif des hommes1 celui qui lit dans les coeurs1 ne lui donne pas le sourire railleur dont il est le prodigue inventeur1 ni cet air dgot qui m'est familier2 mais le ,christ qu'il peint accepte1 sans vouloir rien modifier4 ,il accepte sa destine et mme la bassesse de ses amis3 c'est qu'il donne toutes choses leur pleine signification4 ,au lieu d'triquer la vie1 il panouit devant son intelligence la part de beaut qui sommeille dans le mdiocre4 ,aujourd'hui1 dans cette veille d',italie1 je vois qu'il n'y a pas comprhension complte sans bont4 ,je cesse de har4 ,je pardonnerai tout ce qui est vil en moi1 non par un mot1 mais en le justifiant4 ,je repasserai par toutes les phases de chacun de mes sentiments2 je verrai qu'ils sont simplement incomplets1 et qu'en se dveloppant encore1 ils aboutiront satisfaire l'ordre4 ,et sur l'heure je jouirai de cet ordre4 ,ainsi m'enseigna le ,vinci1 tandis que je le priais au ,brera1 tant accoud sur la rampe de fer qui entoure la salle4 ,la figure que son crayon traa a le sourire qui pardonne tous les ,judas de la vie1 elle a les yeux qui reconnaissent dans les actions les plus obscures la direction raisonnable de ,dieu1 elle a le pli des lvres qu'aucune amertume n'tonne plus4 99 99 99 99 99 tant descendu avec ces penses1 je rejoignis ma voiture1 et tandis qu'une triste humidit tombait sur la ville1 envelopp dans un grand manteau de voyage1 je me pris songer4 ,je vis nettement qu'un second problme se greffait sur le premier3 #a ,dans ma cellule1 j'avais fait une enqute sur moi-mme1 j'tais arriv embrasser le dveloppement de mon tre2 mais j'avais t proccup de mon imperfection avant tout4 #b ,il s'agit maintenant de prter l'homme1 que je suis1 la beaut que je voudrais lui voir2 il faut illuminer l'univers que je possde de toute cette lumire que je pressens2 le programme1 c'est d'escompter en quelque sorte1 pour en jouir tout de suite1 la perfection laquelle mon tre arrivera le long des sicles1 si1 comme ma raison le suppose1 il y a progrs a l'infini4 ,en un mot1 il faut que je campe devant moi1 pour m'y conformer1 mon rve fait de tous les soupons de beaut qui me troublent parfois jusqu' me faire aimer la mort1 parce qu'elle hte le futur4 ,je suis un point dans le dveloppement de mon tre2 or1 jusqu' cette heure1 j'ai regard derrire moi1 dsormais je tournerai mes yeux vers l'avenir4 ,et comme la mre dote son fils de tous les mrites qu'elle imagine confusment1 je cre mon idal de tous les soupirs dont m'emplit la banalit de la vie4 99 99 99 99 99 ,j'tais fort nerv2 il me fallut passer la poste1 o l'on me demanda un passeport4 ,je discutai1 m'emportai et1 tremblant de colre1 molestai de paroles les commis4 ,puis aussitt je me pris rire1 comme un malade1 en songeant mes beaux plans d'indulgence universelle4444 ,qu'importe6 il faut que je m'accepte comme j'accepte les autres4 ,mon indulgence1 faite de comprhension1 doit s'tendre jusqu' ma propre faiblesse4 ,se dtacher de soi-mme1 chose belle et ncessaire6 ,d'ailleurs1 mon moi du dehors1 que me fait6 ,les actes ne comptent pas2 ce qui importe uniquement1 c'est mon moi du dedans6 le ,dieu que je construis4 ,mon royaume n'est pas de ce monde2 mon royaume est un domaine que j'embellis mthodiquement l'aide de tous mes pressentiments de la beaut2 c'est un rve plus certain que la ralit1 et je m'y rfugie mes meilleurs moments1 insoucieux de mes hontes familires4 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,x ,,mon ,,triomphe ,,de ,,venise ,sur la ligne de ,milan ,venise1 je ne cessai de mditer les enseignements de ma veille d',italie1 la sagesse du ,vinci4 ,j'tais prt m'aimer1 me comprendre jusque dans mes tnbres4 ,pour me guider1 je comptais sur ,venise et sur la race que m'a dsigne une intuition de mon coeur4 99 99 99 99 99 ,et pourtant j'hsitais encore devant ce nouvel effort1 quand je descendis ,padoue1 dsireux de visiter1 dans un jardin silencieux1 l'glise ,santa ,maria dell' ,arena1 o ,giotto raconte en fresques nombreuses l'histoire de la ,vierge et du ,christ4 ,aux clotres florentins1 jadis1 combien n'ai-je pas clbr les primitifs6 ,j'avais pour la socit des hommes une haine timide1 j'enviais la vie retenue des cellules4 ,mme ,saint-,germain1 la gaucherie de ces mes peintes1 leurs gestes simplifis1 leurs physionomies trop prcises et trop incertaines satisfaisaient mon ardeur si sche1 si complique4 ,mais la soire d',harou et le ,vinci m'ont transform3 le plus vnrable des primitifs ,padoue ne m'inspire qu'une sorte de piti complaisante1 qui est tout le contraire de l'amour4 ,voil bien1 sur ces figures1 la mfiance dlicate que je ressens moi-mme devant l'univers1 mais je n'y devine aucune culture de soi par soi4 ,s'ils gardent1 l'gard de la vie1 une rserve analogue la mienne1 c'est pour des raisons si diffrentes6 ,je les mdite1 et je songe la religion des petites soeurs1 qui1 malgr mon got trs vif pour toutes les formes de la dvotion1 ne peut gure me satisfaire4 ,sur ces physionomies le sentiment1 maladif1 strile1 met une lueur2 mais aucune clairvoyance1 aucun souci de se comprendre et de se dvelopper4 ,pauvres saints du ,giotto et petites soeurs6 ,ils s'en tiennent s'mouvoir devant des lgendes imposes2 or1 moi1 je m'enorgueillis cause de fictions que j'anime en souriant et que je renouvelle chaque soir4444 ,ces mes naves de ,santa ,maria dell' ,arena1 je sens que je les trompe en paraissant communier avec elles4 ,j'eus parfois le mme scrupule sous mon clotre de ,saint-,germain1 quand j'invoquais les moines qui m'y prcdrent4 ,c'est par coquetterie1 et grce des jeux de mots1 que je grossis nos lgers points de contact4 ,dans un sicle hostile et vulgaire1 sous l'oeil des ,barbares1 des familles parpilles et presque dtruites se plaisent resserrer leurs liens4 ,mais il faut avouer que voil une parent bien lointaine4 ,pour un ct de moi qui peut-tre satisferait le ,giotto1 combien qui l'tonneraient extrmement6 ,dans sa chapelle1 en mme temps que je bille un peu1 ma loyaut est la gne4 99 99 99 99 99 ,trois heures aprs1 ,venise1 j'tudiais les ,vronse2 leur force me rafrachissait4 ,ils m'attiraient1 m'levaient vers eux1 mais m'intimidaient4 ,l encore je me sens un tranger2 mes hsitations1 toute ma subtilit mesquine doivent les remplir de pit4 ,pas plus qu'avec les ,giotto1 je n'ai mrit de vivre avec les ,vronse4 ,dans le sicle et dans mes combats de ,saint-,germain1 je n'ai fait voir que cet tat exprim par les ,botticelli3 tristesse tortueuse1 mcontentement1 toute la bouderie des faibles et des plus distingus en face de la vie4 ,mais d'tre tel1 je ne me satisfais pas4 ,je suis venu ,venise pour m'accrotre et pour me crer heureux4 ,voici cet instant arriv4 ,ce soir-l1 quand1 tonifi de grand air et restaur par un parfait chocolat1 j'atteignis l'heure o le soleil couchant met au loin1 sur la mer1 une limpidit merveilleuse1 ma puissance de sentir s'largit4 ,des instincts trs vagues qui1 depuis quelques mois montaient du fond de mon tre1 se systmatisrent4 ,chaque parcelle de mon me fut fortifie1 transforme4 ,une tache immense et ple couvrait l'univers devant moi1 brillante sur la mer1 rose sur les maisons2 le ciel presque incolore s'accentuait au couchant jusqu' la rougeur norme du soleil dclin4 ,et toute cette teinte lave semblait s'tre adoucie1 pour que je passe aisment aborder la beaut instructive de ,venise et que rien ne m'en blesst3 mousse sucre du champagne qu'on fait boire aux anmiques4 ,la seule image d'effort que j'y vis1 c'tait sur l'eau un gondelier se dtachant en noir avec une nettet extrme1 presque risible4 ,d'un rythme lent1 trs prcis1 il faisait son travail1 qui est simplement de dplacer un peu d'eau pour promener un homme qui dort4 ,et devant ce bonheur orn1 je sentis bien que j'tais vaincu par ,venise4 ,au contact de la loi que sa beaut rvle1 la loi que je servais faillit4 ,j'eus le courage de me renoncer4 ,mon contentement systmatique fit place une sympathie aise1 facile1 pour tout ce qui est moi-mme4 ,hier je compliquais ma misre1 je rprouvais des parties de mon tre3 j'entretenais sur mes lvres le sourire ddaigneux des ,botticelli1 et chaque jour1 par mes subtilits1 je me desschais4 ,dsormais convaincu que ,venise a tir de soi une vision de l'univers analogue et suprieure celle que j'difiais si pniblement1 je prtends me guider sur le dveloppement de ,venise4 ,au lieu de replier ma sensibilit et de lamenter ce qui me dplat en moi1 j'ordonnerai avec les meilleures beauts de ,venise un rve de vie heureuse pour le contempler et m'y conformer4 99 99 99 99 99 ,i ,,venise ,,sa ,,beaut ,,du ,,dehors ,ds lors je passai mes jours1 dans des palais dserts1 lire les annales magnifiques et confuses de la ,rpublique1--dans les muses et les glises crases d'or1 contrler les catalogues1--sur la rive des ,schiavoni1 louer la mer1 le soleil et l'air pur qui gayent mes vingt-cinq ans1--et sur les petits ponts imprvus1 je m'attristais longuement des canaux immobiles entre des murs cussonns4 99 99 99 99 99 ,aprs trois semaines1 quand mes nerfs furent moins sensibles cette dlicate cit1 je brusquai mon rgime jusqu'alors rgl par ,baedeker1 et quittant la ,piazza1 o parmi des trangers choquants on lit les journaux franais1 je me confinai dans une ,venise plus vnitienne4 ,j'habitai les ,fondamenta ,bragadin2 cela me plut1 car ,bragadin est un doge qui1 par grandeur d'me1 consentit tre corch vif1 et parfois je songe que je me suis fait un sort analogue4 ,je voudrais transcrire quelques tableaux trs brefs des sensations les plus joyeuses que je connus au hasard de ces premires curiosits2 mais il et fallu les esquisser sur l'instant4 ,je ne puis m'allger de mes imaginations habituelles et retrouver ces moments de bonheur ail4 ,c'est en vain que pendant des semaines1 auprs de ma table de travail1 j'ai attendu la veine heureuse qui me ferait souvenir4 ,je vois une matine ,saint-,marc1 o j'tais assis sur des marbres antiques et frais1 tandis qu'un bon chien 7musel7 allongeait sur mes genoux sa vieille tte de serpent honnte4 ,et l'un et l'autre nous regardions1 avec une parfaite volupt1 le faste et la sduction raliss tout autour de nous4--,ah6 ,simon1 comme la raideur anglaise serait misrable dans cette vgtation divine6 ,je vois un jour le soleil que je m'tendis sur un banc de marbre1 au ras de la mer3 alors je compris qu'un misrable mendiant n'est pas ncessairement un malheureux1 et que pour eux aussi l'univers a sa beaut4 ,je vois au quai des ,schiavoni le vapeur du ,lido1 charg de misses froides et de touristes aux gestes agaants4 ,une barque sous le plein soleil s'approche4 ,une fille de dix-sept ans1 debout1 avec aisance y chantait une chanson1 clatante comme ces vagues qui nous brlaient les yeux4 ,venise1 l'atmosphre bleue et or1 l',adriatique qui fuit en s'attristant et cette voix nerveuse vers le ciel faisaient si cruellement ressortir la morne hbtude de ces marchands sans me que je bnis l'ordre des choses de m'avoir distingu de ces hommes dont je portais le costume4 99 99 99 99 99 ,cependant j'attendais avec impatience le jour o j'aurais tout regard1 non pour ne plus rien voir1 mais pour fermer les yeux et pour faire des penses enfin avec ces choses que j'avais tant frles4 ,la beaut du dehors jamais ne m'mut vraiment4 ,les plus beaux spectacles ne me sont que des tableaux psychologiques4 ,je dirai que1 parmi ces dlices sensuelles1 jamais je n'oubliai l'heure qu'il tait4 ,aux meilleurs dtours de cette ville abondante et toujours imprvue1 jamais je ne perdis l'impression qui fait mon angoisse3 le sens du provisoire4 ,mais qu'on me laisse dcrire l'ordre de mes associations d'ides1 tandis qu'en ce jardin de chefs-d'oeuvre j'errais1 mal sensible la prodigalit des essais du gnie vnitien et soucieux uniquement d'absolu4 ,je prends un exemple au hasard3 vers le crpuscule1 dbouchant de mon canal ,bragadin sur les ,fondamenta ,zattere1 soudain je voyais le soleil comme une bte norme flamboyer au versant d'un ciel dlicat1 par-dessus une mer indiffrente cette brutalit1 toute lgante et de tendresse vaporeuse4 ,alors1 avec un haut-le-corps1 je m'exclamais et je gesticulais4 ,puis aussitt3 ,quoi donc6 es-tu certain que cela t'intresse8 ,mais en mme temps3 ,saisissons l'occasion1 me disais-je1 pour pousser jusqu' l'extrmit des ,zattere 7un kilomtre le long d'un bras de mer canalis1 sur un quai largement dall74 ,je suis certainement en face d'un des plus beaux paysages du monde4444 ,et puis1 mon dner retard de vingt minutes1 la soire me sera moins longue4444 ,ah6 ces soires1 toutes ces journes de la vie extrieure6444 ,et s'il pleuvait1 j'aurais un frisson d'humidit1 la table du restaurant me serait lugubre et1 l'ayant quitte1 il me faudrait rentrer immdiatement dans un chez moi meubl de malaise1 ou m'enfermer dans un caf qui me congestionne6 ,ce choeur des penses qui m'emplissaient fait voir que les plus voluptueux dcors ne peuvent imposer silence mes sensibilits mesquines4 ,la grce de ,venise qui me pntrait ne pouvait touffer les protestations dont mon tre naquit gonfl4 ,il fallait que l'me de cette ville se fondt avec mon me dans quelqu'une de ces mditations confuses dont parfois mon isolement s'embellit4 99 99 99 99 99 ,,ii ,,venise ,,sa ,,beaut ,,int,,rieure1 ,,sa ,,loi ,,qui ,,me ,p,n,,tre ,heureux les yeux qui1 ferms aux choses extrieures1 ne contemplent plus que les intrieures ,enfin1 je connus ,venise4 ,je possdais tous mes documents pour dgager la loi de cette cit et m'y conformer4 ,le long des canaux1 sous le soleil du milieu du jour1 je promenais avec maussaderie une dyspepsie que stimulait encore l'air de la mer4 7,on est trop dispos oublier que ,venise1 avec sa langueur et ses perptuelles tasses de caf1 est lgrement malsaine47 ,les photographies invitables des vitrines avaient fait banales les plus belles images des clotres et des muses4 ,seule1 la tristesse de mon restaurant solitaire m'mouvait encore pour la beaut de la ,venise du dehors1 tandis que la nuit1 descendant d'un ciel au coloris pli1 ennoblissait d'une agonie romanesque l',adriatique4 ,et si ce dclin du jour me toucha plus longtemps qu'aucun instant de cette ville1 c'est qu'il est le point de jonction entre ma sensibilit anmique et la vigueur vnitienne4 ,ds lors1 je ne quittai plus mon appartement1 o1 sans phrases1 un enfant m'apportait des repas sommaires4 ,vtu d'toffes faciles1 ddaigneux de tous soins de toilette1 mais seulement poudr de poudre insecticide1 je demeurais le jour et la nuit parmi mes cigares1 tendu sur mon vaste lit4 ,j'avais enfin divorc avec ma guenille1 avec celle qui doit mourir4 ,ma chambre tait frache et d'aspect amical4 ,ignorant du bruyant appel des horloges obstines1 je m'occupai seulement regarder en moi-mme1 que venaient de remuer tant de beaux spectacles4 ,je profitais de l'ennui que je m'tais donn vivre en proie aux ciceroni1 tte nue1 parmi les difices remarquables4 ,mes souvenirs1 rapidement dforms par mon instinct1 me prsentrent une ,venise qui n'existe nulle part4 ,aux attraits que cette noble cit offre tous les passants1 je substituai machinalement une beaut plus sre de me plaire1 une beaut selon moi-mme4 ,ses splendeurs tangibles1 je les poussai jusqu' l'impalpable beaut des ides1 car les formes les plus parfaites ne sont que des symboles pour ma curiosit d'idologue4 ,et cette cit abstraite1 btie pour mon usage personnel1 se droulait devant mes yeux clos1 hors du temps et de l'espace4 ,je la voyais ncessaire comme une ,loi2 chane d'ides dont le premier anneau est l'ide de ,dieu4 ,cette synthse1 dont j'tais l'artisan1 me fit paratre bien mesquine la ,venise borne o se rjouissent les artistes et les touristes4 99 99 99 99 99 ,qu'on ne saurait goter que ,dieu seul1 et qu'on le gote en toutes choses1 quand on l'aime vritablement4 ,je le dis1 un instant des choses1 si beau qu'on l'imagine1 ne saurait gure m'intresser4 ,mon orgueil1 ma plnitude1 c'est de les concevoir sous la forme d'ternit4 ,mon tre m'enchante1 quand je l'entrevois chelonn sur les sicles1 se dveloppant travers une longue suite de corps4 ,mais dans mes jours de scheresse1 si je crois qu'il naquit il y a vingt-cinq ans1 avec ce corps que je suis et qui mourra dans trente ans1 je n'en ai que du dgot4 ,oui1 une partie de mon me1 toute celle qui n'est pas attache au monde extrieur1 a vcu de longs sicles avant de s'tablir en moi4 ,autrement1 serait-il possible qu'elle ft orne comme je la vois6 ,elle a si peu progress1 depuis vingt-cinq ans que je peine l'embellir6 ,j'en conclus que1 pour l'amener au degr o je la trouvai ds ma naissance1 il a fallu une infinit de vies4 ,l'me qui habite aujourd'hui en moi est faite de parcelles qui survcurent des milliers de morts2 et cette somme1 grossie du meilleur de moi-mme1 me survivra en perdant mon souvenir4 ,je ne suis qu'un instant d'un long dveloppement de mon tre2 de mme la ,venise de cette poque n'est qu'un instant de l',ame vnitienne4 ,mon tre et l'tre vnitien sont illimits4 ,grce ma clairvoyance1 je puis reconstituer une partie de leurs dveloppements2 mais mon horizon est born par ma faiblesse3 jamais je n'atteindrai jusqu'au bonheur parfait de contempler ,dieu1 de connatre le ,principe qui contient et qui ncessite tout4 ,que j'entrevoie une partie de ce qui est ou du moins de ce qui parat tre1 cela dj est bien beau4 ,cette satisfaction me fut donne1 quand je contemplai dans l'me de ,venise1 mon tre agrandi et plus proche de ,dieu4 99 99 99 99 99 ,l'tre de ,venise4 ,cette qualit d'motion1 qui est constante dans ,venise et dont chacun des dtails de cette nation porte l'empreinte1 seules la peroivent pleinement les mes doues d'une sensibilit parente4 ,ce caractre mystrieux1 que je nomme l'me de tout groupe d'humanit et qui varie avec chacun d'eux1 on l'obtient en liminant mille traits mesquins1 o s'embarrasse le vulgaire4 ,et cette limination1 cette abstraction se font sans rflexion1 mcaniquement1 par la rptition des mmes impressions dans un esprit soucieux de communier directement avec tous les aspects et toutes les poques d'une civilisation4 99 99 99 99 99 ,mon tre4 ,de mme1 quand ma pense se promne en moi1 parmi mille banalits qui semblaient tout d'abord importantes1 elle distingue jusqu' en tre frappe des traits demi effacs2 et bientt une image demeure fixe dans mon imagination4 ,et cette image1 c'est moi-mme1 mais moi plus noble que dans l'ordinaire2 c'est l'essentiel de mon tre1 non pas de ce que je parais en #hi1 mais de tout ce dveloppement travers les gnrations dont je vis aujourd'hui un instant4 99 99 99 99 99 ,description de ce type qui runit1 en les rsumant1 les caractres du dveloppement de mon tre et de l'tre de ,venise4 ,je l'avais pressenti quand je feuilletais des guides ,baedeker1 le soir de notre sparation ,saint-,germain3 cette image de mon tre et cette image de l'tre de ,venise1 obtenues par une inconsciente abstraction1 concordent en de nombreux points4 ,en les superposant1 par une sorte d'addition lgrement confuse1 j'obtins une image infiniment noble o je me mirai avec dlice dans ma chambre solitaire et frache4 ,fragment bien petit encore de l'tre infini de ,dieu6 mais le plus beau rsultat que j'eusse atteint depuis mon voeu de ,jersey4 ,voici donc que je contemplais mes motions6 ,et non plus des motions toujours inquites et sans lien1 mais systmatises1 pousses jusqu' la fleur qu'elles pressentaient4 ,hier1 je les analysais avec tristesse2 aujourd'hui1 par un effort de comprhension1 de bont1 je les assemble et je les divinise4 ,je m'accouche de tous les possibles qui se tourmentaient en moi4 ,je dresse devant moi mon type4 99 99 99 99 99 ,durant quelques semaines1 couch sur mon vaste lit des ,fondamenta ,bragadin1 ou1 plus rellement1 vivant dans l'ternel1 je fus ravi tout ce qu'il y a de bas en moi et autour de moi3 je fus soustrait aux ,barbares4 ,mme je ne les connaissais plus4 ,ayant t au milieu d'eux l'esprit souffrant1 puis l'cart l'esprit militant1 par ma mthode je devenais l'esprit triomphant4 ,ici se rfugirent des rois dans l'abandon1 et des princes de l'esprit dans le marasme4 ,venise est douce toutes les impriosits abattues4 ,par ce sentiment spcial qui fait que nous portons plus haut la tte sous un ciel pur et devant des chefs-d'oeuvre lancs1 elle console nos chagrins et relve notre jugement sur nous-mmes4 ,j'ai apport ,venise tous les dieux trouvs un un dans les couches diverses de ma conscience4 ,ils taient pars en moi1 tels qu'au soir de mon abattement d',harou2 je l'ai prie de les concilier et de leur donner du style4 ,et tandis que je contemplais sa beaut1 j'ai senti ma force qui1 sans s'accrotre d'lments nouveaux1 prenait une merveilleuse intensit4 99 99 99 99 99 ,venise1 me disais-je1 fut btie sur les lagunes par un groupe d'hommes jaloux de leur indpendance2 cette fiert d'tre libre1 elle la conserva toujours2 sa politique1 ses moeurs1 ses arts jamais ne subirent les trangers4--,ainsi le premier trait de ma vie intellectuelle est de fuir les ,barbares1 les trangers2 et le perptuel ressort de ma vertu1 c'est que je me veux homme libre4 ,venise1 pour avoir t hroique contre les trangers1 amassa dans l'me de ses citoyens les plus beaux dsintressements4--,ainsi1 je fus toujours mu d'une sorte de gnrosit naturelle1 je hais l'hypocrisie des austres1 l'troitesse des fanatiques et toutes les banalits de la majorit4 ,toutefois j'avoue ne pas conserver souvenir des luttes qu'en d'autres corps1 jadis1 mon tre a d soutenir pour acqurir ces vertus4 ,venise1 qui jusqu'alors luttait pour exister1 ne se forme une vision personnelle de l'univers que sous une lgre atteinte de douceur mystique3 ,memling1 venu d',allemagne1 fait natre ,jean ,bellin4--,de mme1 c'est par ce besoin de protection que connurent toutes les enfances mortifies1 et par l'enseignement mtaphysique d'outre-,rhin1 que je fus veill me faire des choses une ide personnelle4 ,a douze ans1 dans la chapelle de mon collge1 je lisais avec acharnement les psaumes de la ,pnitence1 pour tromper mon coeurement2 et plus tard1 dans l'intrigue de ,paris1 le soir1 je me suis libr de moi-mme parmi les ivresses confuses de ,fichte et dans l'orgueil un peu sec de ,spinoza4 ,si fivreux et changeant que je paraisse1 la vision saine que se faisait de l'univers le ,titien ne contrarie pas l'analogie de mon tre et de l'tre de ,venise4--,il est clair que jamais je n'atteignis la paix qu'on lui voit1 mais c'est pour y parvenir que toujours je m'agitai4 ,si je suis inquiet sans trve1 c'est parce que j'ai en moi la notion obscure ou le regret de cette srnit4 ,ma fbrilit actuelle n'est sans doute qu'un secret instinct de mon tre1 qui se souvient d'avoir possd1 entrevu ces heures fortes et paisibles marques ,venise par ,titien4 ,rien au plus intime de moi ne rpond au gnie violent de ,tintoret4 ,mon systme n'en est pas dconcert4 ,aussi bien1 dans cette rpublique magnifique et souriante1 ce fanatique sombre garde une allure part1 que n'expliquent ni les arts ni les moeurs de son temps4 ,le ,tintoret est ,venise un accident1 un ct4 ,c'est avec ,vronse1 si noble1 si ais1 que la vraie ,venise se dveloppait alors4 ,mon tre se souvient sans effort d'avoir connu l'instant de dignit1 de bont et de puissance que ,vronse signifie4 ,alors pour moi 7mais dans quel corps habitai-je87 la vie tait une fte2 et bien loin de m'absorber1 comme je le fais1 dans l'amour de mes plaies1 je poussai toute ma force vers le bonheur4 ,vronse cependant m'intimide4 ,plus qu'un ami il m'est un matre2 je lui cache quelques-uns de mes sourires4--,mon camarade1 mon vrai ,moi1 c'est ,tiepolo4 ,tiepolo ,celui-l1 ,tiepolo1 est la conscience de ,venise4 ,en lui l',ame vnitienne qui s'tait accrue instinctivement avec les ,jean ,bellin1 les ,titien1 les ,vronse s'arrta de crer2 elle se contempla et se connut4 ,dj ,vronse avait la fiert de celui qui sent sa force2 ,tiepolo ne se contente plus de cet orgueil instinctif1 il sait le dtail de ses mrites1 il les tale1 il en fait tapage4--,comme moi aujourd'hui1 ,tiepolo est un analyste1 un analyste qui joue du trsor des vertus hrites de ses anctres4 ,je ne me suis dot d'aucune force nouvelle1 mais celles que mon tre s'tait acquises dans des existences antrieures j'ai donn une intensit diffrente4 ,de sensibilits instinctives1 j'ai fait des sensibilits rflchies4 ,mes visions du monde m'ont t amasses par mon tre dans chacune de ses transformations2 superposes dans ma conscience1 elles s'obscurcissaient les unes les autres3 si je n'y puis rien ajouter1 du moins je sais que je les possde4 ,cette clairvoyance et cette impuissance ne vont pas sans tristesse4 ,ainsi s'explique la mlancolie que nous faisons voir1 ,tiepolo et moi1 ainsi que les sicles dilettanti qui1 seuls1 nous pourraient faire une atmosphre convenable4 ,l'nergie de notre tre1 puise par les efforts de jadis1 n'atteint qu' donner notre tristesse une sorte de fantaisie trop imprvue1 parfois une ardeur choquante4 ,ces plafonds de ,venise qui nous montrent l'me de ,gianbatista ,tiepolo1 quel tapage clatant et mlancolique6 ,il s'y souvient du ,titien1 du ,tintoret1 du ,vronse2 il en fait ostentation3 grandes draperies1 raccourcis tapageurs1 ftes1 soies et sourires6 quel feu1 quelle abondance1 quelle verve mobile6 ,tout le peuple des crateurs de jadis1 il le rpte satit1 l'embrouille1 lui donne la fivre1 le met en lambeaux1 force de frissons6 mais il l'inonde de lumire4 ,c'est l son oeuvre1 dbordante de souvenirs fragmentaires1 ple-mle de toutes les coles1 heurte1 sans frein ni convenance1 dites-vous1 mais o l'harmonie nat d'une incomparable vibration lumineuse4--,ainsi mon unit est faite de toute la clart que je porte parmi tant de visions accumules en moi4 ,tiepolo est le centre conscient de sa race4 ,en lui1 comme en moi1 toute une race aboutit4 ,il ne cre pas la beaut1 mais il fait voir infiniment d'esprit1 d'ingniosit2 c'est la conscience la plus orne qu'on puisse imaginer1 et chez lui la force1 dpouille de sa premire nergie1 invente une grce ignore des sectaires4 ,ah6 ces airs de tte1 ces attitudes1 ces prtentions1 cet lan charmant et qui sans cesse se brise6 ,ce qu'il aime avant tout1 c'est la lumire2 il en inonde ses tableaux2 les contours se perdent1 seules restent des taches colores qui se pntrent et se fondent divinement4--,ainsi1 j'ai perdu le souvenir des anecdotes qui concernaient mes diverses motions1 et seule demeure1 au fond de moi1 ma sensibilit qui prend1 selon ses hauts et ses bas1 des teintes plus ou moins vives4 ,ciel1 drapeaux1 marbres1 livres1 adolescents1 tout ce que peint ,tiepolo est raill1 frip1 dvor par sa fivre et par un torrent de lumire1 ainsi que sont mes images intrieures que je m'nerve clairer durant mes longues solitudes4 ,dans une suite de ,caprices1 livres d'eaux-fortes pour ses sensations au jour le jour1 ,tiepolo nous a dit toute sa mlancolie4 ,il tait trop sceptique pour pousser l'amertume4 ,ses conceptions ont cette lassitude qui suit les grandes volupts et que leur prfrent les picuriens dlicats4 ,il sentait une fatigue confuse des efforts hroques de ses pres1 et tout en gardant la noble attitude qu'ils lui avaient lentement forme par leur gloire1 il en souriait4 ,les ,caprices de ,tiepolo sont des recueils hroques1 o toutes les mes de ,venise sont runies2 mais tant de sicles se rsumant en figures symboliques1 ce sourire inavou1 cette mlancolie dans l'opulence sont d'un scepticisme trop dlicat pour la masse des hommes4 ,un homme trop clairvoyant parat nigmatique4 ,on traite volontiers d'obscur ce qu'on ne comprend pas2 cela est vrai grammaticalement1 mais il appartient au pote de faire sentir ce qui ne peut tre compris4 ,tiepolo contemple en soi toute sa race4 ,que parmi des guerriers pensifs1 une jeune fille agite un drapeau6 ,a cette page de ,tiepolo1 je m'arrte2 j'ai reconnu son me1 la mienne6 ,ah6 celui-l1 comment s'tonner si je le prfre tout autre8 99 99 99 99 99 ,aprs ,tiepolo1 ,venise n'avait plus qu' dresser son catalogue4 ,aujourd'hui1 elle est toute se fouiller1 mettre en valeur chacune de ses poques2 ce sont des dispositions mortuaires4 ,et moi qui suis ,tiepolo1 et qui1 repli sur moi-mme1 ne sais plus que rpandre la lumire dans ma conscience1 combiner les vertus que j'y trouve1 et me mcaniser1 j'approche de cette dernire priode4 ,quand ce corps o je vis sera disparu1 mon tre dans une nouvelle tape ne vaudra que pour classer froidement toutes les motions que le long des sicles il a cres4 ,moi fils par l'esprit des hommes de dsirs1 je n'engendrerai qu'un froid critique ou un bibliothcaire4 ,celui-l dressera mthodiquement le catalogue de mon dveloppement1 que j'entrevois dj1 mais o je mle trop de sensibilit4 ,puis la srie sera termine4 ,ainsi1 dans cet effort1 le plus heureux1 que j'ai fourni depuis la journe de ,jersey1 je contemplai le dtail et le dveloppement de cette suite d'ides qu'est mon ,moi4 ,admirables et fivreuses journes des ,fondamenta ,bragadin6 ,au contact de ,venise dlivr pour un instant de l'inquitude de mes sens1 je pus me satisfaire du spectacle de tous mes caractres diviniss en un seul type de gloire6 ,grce mes lentes analyses1 l'avenir devenait pour mon intelligence une conception nette6 ,j'entrevis que l'effort de tous mes instincts aboutissait la pleine conscience de moi-mme1 et qu'ainsi je deviendrais ,dieu1 si un temps infini tait donn mon tre1 pour qu'il tentt toutes les expriences o m'incitent mes mlancolies4 ,ds lors que m'importe si les sicles et l'nergie font dfaut cette tche6 j'ai tout l'orgueil du succs quand j'en ai trac les lois4 ,c'est possder une chose que s'en faire une ide trs nette1 trs prcise4 99 99 99 99 99 ,vers cette poque1 un soir que je mangeais au restaurant1 un jeune ,anglais1 jadis rencontr ,londres1 vint s'asseoir ma table4 ,je causai avec un peu de fivre1 explicable chez un solitaire qui depuis deux mois n'avait fait que songer4 ,la conversation se rapprocha trs vite de mes mditations familires1 et vers dix heures ce jeune homme me disait3 ,je compte que j'ai lieu d'tre heureux3 mon pre a beaucoup travaill2 il m'a mis ,eton1 o je me suis fait des amis nombreux qui me seront utiles dans la vie4 ,cette satisfaction ainsi motive me fit toucher l'cart qui grandit chaque jour entre moi et le commun des honntes gens4 99 99 99 99 99 ,,iii ,,je ,,suis ,,satur ,,de ,,venise ,grgoire ,,xi3 ,c'est ici que mon me trouve son repos dans l'tude et la contemplation des belles choses4 ,sainte ,catherine de ,sienne3 ,pour accomplir votre devoir1 trs ,saint-,pre1 et suivant la volont de ,dieu1 vous fermerez les portes de ce beau palais1 et vous prendrez la route de ,rome1 o les difficults et la malaria vous attendent en change des dlices d',avignon4 ,au degr o j'tais parvenu1 je ne ressentais plus ces violents mouvements qui sont ce que j'aime et dsire4 ,j'tais satur de cette ville1 qui ds lors n'agissait plus sur moi2 je glissais peu peu dans la torpeur4 ,l'homme est un ensemble infiniment compliqu3 dans le bonheur le mieux pur nous nous diminuons4 ,je jugeai opportun de me vivifier par la souffrance et dans l'humiliation1 qui seules peuvent me rendre un sentiment exquis de l'amour de ,dieu4 ,nulle part je ne pouvais mieux trouver qu' ,paris4 7,il est juste d'ajouter qu' ces nobles motifs se joignait un dsir d'agitation3 dsir mdiocre1 mais aprs tout n'est-ce pas un synonyme intressant de mes beaux apptits d'idal4 ,il faut que je respecte tout ce qui est en moi2 il ne convient pas que rien avorte4 ,or ma sant s'tait fort consolide1 et des parties de moi-mme s'veillant peu peu1 ne se satisfaisaient pas de la vie de ,venise47 ,pour me maintenir dans l'glise ,triomphante1 il faut sans cesse que je mrite1 il faut que j'ennoblisse les parties de pch qui subsistent probablement en moi4 ,je ne les connatrai que dans la vie2 j'y retourne4 99 99 99 99 99 ,,livre ,,quatri,,me ,,excursion ,,dans ,,la ,,vie 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,xi ,,une ,,anecdote ,d',,amour ,i ,j',,amasse ,,des ,,documents ,ple comme sa chemise4 ,le huitime jour de mon arrive ,paris1 quand la petite motion de retrouver d'anciennes connaissances et de me composer selon l'chelle sociale et le caractre des gens que je rencontre1 m'eut secou une centaine de fois1 mes nerfs se montrent et je trouvai l'motion vulgaire que je venais chercher4 ,c'tait la petite fille d'une actrice1 jadis fameuse par son esprit et la loyaut de ses amitis4 ,jolie fille1 jeune1 mene uniquement par son imagination1 un peu prtentieuse d'allure et de ton1 mais incapable d'un geste qui ne ft pas gracieux1 elle m'mut4 ,je m'aperus de mon sentiment au soin que je pris de ne pas m'avouer qu'elle ne possdait que des ides acquises et1 pour son propre fonds1 de la vanit4 ,d'ailleurs1 je lui vis le genre de sourire que je prfre1 imprvu1 fait de coquetterie et de bont4 ,quelque chose de hach dans mes discours1 une apparence de franchise qui est faite de dsir de plaire et d'indiffrence l'opinion1 voil les caractres qui lui plurent tout d'abord en la droutant4 99 99 99 99 99 ,c'est une lgre tristesse de constater1 chez un objet de vingt ans qu'on affectionne1 la science de dominer les hommes par un mlange de pudeur et de caresses1 quand on rflchit aux expriences qui la lui acquirent4 ,elle usa d'un jeu de passion brise1 puis reprise1 qui est le plus convenable pour m'mouvoir4 ,quand je me dpitais1 elle ne faisait que rire1 ne voulant pas croire que je pusse tenir elle4 ,si elle m'avait promis de bonne grce et ds le dbut du dner ce dont je la pressais la fin de la soire1 peut-tre en aurais-je bill4 ,car allumer une dernire cigarette1--attendre dans un fauteuil l'instant de la voir jolie1 frache d'une toilette simplifie1 et complaisante avec de beaux cheveux et des yeux tendres1--ne plus me disperser dans mille soucis mais me runir dans une action vive1--toutes ces fines motions1 les soirs que1 me serrant la main1 elle ne me laissait pas descendre de la voiture qui la reconduisait1 je m'nervais les voquer et croire que1 la veille1 je les avais gotes chez elle4 ,mais en vrit j'y tais demeur fort insensible4 ,seule nous meut la beaut que nous ne pouvons toucher4 ,cette atmosphre de sensualit dlicate dont mon regret emplissait sa chambre1 je la composais par le procd de l'abstraction1 malhonnte au cas particulier4 ,en ralit1 les traits sduisants que j'assemble autour de son baiser ne furent jamais runis2 cette heure-l au contraire est faite de mille dtails oiseux et parfois choquants4 ,d'ailleurs1 ces minutes offriraient-elles tout ce plaisir dont ma fivre contrarie les embellit1 elles ne me seraient nullement indispensables2 et si trois soirs de suite1 je me couchais vers les onze heures1 ayant pris intervalles gaux trois paquets1 trente centigrammes de quinine1 mon got se dissiperait4 99 99 99 99 99 ,je m'tais propos pour mes fins idales de prendre l quelque chagrin1 un peu d'amertume qui me restitut le dsir de ,dieu4 ,ds les premiers jours de cet essai1 j'appliquai ma mthode avec plus d'entrain que dans aucun de mes enthousiasmes prcdents4 ,il s'agissait comme toujours de rsumer dans une passion ardente le vague dsir1 qui sans trve tourbillonne en moi1 de raliser l'unit de mon tre4 ,sur ce terrain nouveau je fis une moisson abondante d'analyses1 car aprs le clotre et ,venise mes yeux taient neufs pour ,paris4 ,en moi grandit avec rapidit1 conformment mon rle1 cet apptit de se dtruire1 cette hte de se plonger corps et me dans un manque de bon sens1 cette sorte de haine de soi-mme qui constituent la passion6 ,ah6 l'attrait de l'irrparable1 o toujours je voulus trouver un perptuel repos3 au clotre1 quand je me vouai l'imitation de mes saints1--au soir d',harou1 quand je me fis une belle mlancolie de l'avortement de ma race1--sur les canaux clatants de ,venise1 quand je m'exaltais des magnificences de cette ville qui j'avais l'esprit li6 ,c'est encore ce morne irrparable que ma fivre cherche ,paris1 tandis que je veux me remettre tout entier entre des mains ornes de trop de bagues6 ,je sais pourtant que je suis une somme infinie d'nergies en puissance1 et que pour moi il n'est pas de stabilit possible4 ,je le sais au point que1 sur cet axiome1 j'ai fond ma mthode de vie1 qui est de sentir et d'analyser sans trve4 99 99 99 99 99 ,pour aiguillonner ma sensibilit et la pousser dans cette voie d'amour que j'exprimente1 j'ai trouv cinq six traits d'un effet sr4 #a ,se reprsenter l',objet1 de chair dlicate et de gestes caressants1 aux bras d'un homme brutal1 et pme de cette brutalit mme1 embellissant ses yeux de misrables larmes de volupt1 qu'elle n'et d verser que sainte et honorant ,dieu mes cts4 ,cette trahison des sens1 cette dfaite de la femme1 si faible contre les exigences de ses vingt ans1 fournissait un thme abondant et monotone mes entretiens du soir avec l',objet4 ,l',objet surpris1 choqu1 puis fatigu par mon insistance1 m'avoua diverses circonstances o elle avait got violemment ces affreux entranements4 ,je l'coutais en silence1 rempli d'amertume et de trouble1 tandis que1 s'animant1 elle mettait ses aveux un vilain amour-propre4 ,cependant1 vierge et intimide1 elle ne m'et inspir qu'une sorte de piti1 ennemie de toute passion4 #b ,se reprsenter qu'ayant fait le bonheur de beaucoup d'indiffrents qui tous l'abmeront un peu1 elle deviendra vieille et ddaigne1 sans revanche possible4 ,m'abandonnant une bont triste et sensuelle1 je souffrais de cette fatalit o son beau corps engren tait chaque jour froiss1 et m'appuyant contre cette pauvre amie1 je me faisais ainsi une mlancolie facile qui m'nervait dlicieusement1 mais o elle ne voyait durant nos soirs d'automne que de longs silences insupportables4 ,une singulire contradiction de sentiment sans trve tournoie en moi comme une double prire4 ,je m'irritai toujours du mpris qu'affectent les mes vulgaires pour les cratures qui consacrent leur jeune beaut et leur fantaisie servir la volupt4 ,leur corps si souple1 leur sourire de petit animal et toutes leurs fossettes1 quand elles les livrent au passant mu1 c'est qu'elles sont agites du mme dieu1 dieu d'orgueil et de gnrosit1 qui fait les analystes4 ,les analystes prient l'inconnu qu'il veuille tre leur ami1 et rejetant toute pudeur1 ils le provoquent connatre leur me et en jouir4 ,les uns et les autres sont victimes d'une fatalit1 car ils naquirent chargs d'attraits singuliers4 ,j'aime l'orgueil qui les pousse rvler publiquement leur beaut4 ,j'aime leur dsintressement qui leur fait ddaigner toutes ces petites proccupations1 groupes par le vulgaire sous le nom de dignit1 et auxquelles ,simon prtait de l'importance4 ,j'aime leurs emportements qui m'aident comprendre la mort2 ils se htent de faire leur tche et d'panouir leurs vertus1 car ils n'auront pas de fils1 selon le sang1 qui les transmettre4 ,il faut qu'ils se gagnent des fils spirituels o dposer le secret de leurs motions4 ,la frnsie des monographistes sincres et celle de ,cloptre abandonne dans les bras de ,csar1 d',antoine et de tant de soldats1 n'veillent aucune raillerie facile chez les esprits rflchis3 de telles impudeurs transmettent1 de gnration en gnration1 les vertus d'exception4 ,ces femmes et ces penseurs ont sacrifi leur part de dignit vulgaire pour mettre une tincelle dans des mes sauves de l'assoupissement4 ,cependant1 et voil ma contradiction1 je me dsesprais que l',objet ft telle4 ,seule son infme ingniosit m'intressait elle1 et je la lui reprochais1 me plaisant lui dtailler tout haut1 combien elle violait les lois ordinaires de la nature et de la biensance4 ,amoureuse d'absurde1 autant que je le suis1 et vaniteuse1 elle prenait un got trs vif mes irritations4 ,nous en plaisantions l'un et l'autre1 mais parfois j'tais presque brutal1 et parfois encore j'tais prs de regretter qu'elle ft un objet irrparablement gt4 ,mais sans trve1 au fond de moi1 quelqu'un riait disant3 ,ah6 l'insignifiante parade6 ,ah6 que ces choses me seraient indiffrentes1 s'il me plaisait d'en dtourner mon regard6 99 99 99 99 99 ,de telles expriences1 menes avec trop de zle1 prsentent quelque danger4 ,c'est le jeu un peu fbrile du pauvre enfant qui1 par un jour de pluie1 assis dans un coin de la chambre1 examine son jouet au risque de le casser1--non loin des grandes personnes qui sont1 en toutes circonstances1 un chtiment imminent4 99 99 99 99 99 ,elle avait de la gnrosit de coeur1 et1 malgr sa vanit1 un convenable bohmianisme4 ,autrement son sourire m'aurait-il arrt8 ,deux ou trois fois1 dans notre jeu sentimental1 nous nous sommes touchs fond1 et soudain presque sincres1 nous cessions notre intrigue pour vouloir nous aimer bonnement4 ,nous aurions pu goter1 l'cart1 quelques semaines de vrai satisfaction4 ,mais quoi6 tant de sentiments dlicats1 que j'ai acquis par de longs efforts mthodiques1 ds lors me devenaient inutiles6 ,pouvais-je accepter de me rduire la petite sensibilit sensuelle de ma vingtime anne6 ,renier1 pour la premire fois1 la journe de ,jersey6 99 99 99 99 99 ,quelque irraisonnable que cela ft1 tels taient ses yeux cercls de fatigue charmante1 quand elle se soulevait d'entre mes bras1 que je cdais mon got pour cet objet1 plus qu'il n'tait marqu dans mon programme4444 ,ce genre d'motions est assez connu pour que je n'en fournisse pas la description4 99 99 99 99 99 ,dans ce dsarroi de mon systme1 dfaut de ma volont1 quelques gestes dont j'avais pris l'habitude toute machinale me sauvrent4 ,cela est louable1 mais je ne puis m'en glorifier3 en ralit j'tais dsarm2 ses mains fivreuses avaient forc le tabernacle de mon vrai ,moi4 ,tandis qu'intrieurement j'tais profan1 je parus encore servir avec orgueil mon ,dieu4 ,ce fut une suprme journe4 ,comme moi1 elle tait limite4 ,de dcouragement1 soudain1 elle abandonna la partie2 elle m'avait vaincu1 et ne le sut jamais4 ,mais n'est-ce pas aussi que je la fatiguais par la monotonie de mes propos8 ,mon gotisme1 outre qu'il est peu sduisant1 ne se renouvelle gure4--,ou bien fut-elle dcide par des choses de la vulgaire ralit8 ,j'ai peut-tre un ddain excessif des ncessits de la vie4444 ,toutes les inductions sont permises1 mais hasardeuses1 sur ces rapports d'homme femme4 ,frquemment1 pour me procurer de l'amertume1 j'ai rflchi sur mon cas1 et les hypothses les plus diverses m'ont tour tour satisfait1 selon les heures de la journe3 j'ai le rveil dgot1 l'aprs-dner indulgent et un peu brutal1 la soire fivreuse et qui grossit tout4 ,le fait1 c'est qu'elle fut inexacte jusqu' l'impolitesse pendant cinq jours1 toujours gracieuse d'ailleurs1 puis s'en alla n'importe o avec une personne de mon sexe4 ,les femmes oscillent trangement d'une complaisance maladive la mchancet4 ,j'en conus du dgot1 et1 jugeant l'exprience termine1 je partis pour le littoral mditerranen4 99 99 99 99 99 ,,ii ,,je ,,profite ,,de ,,mes ,,motions ,cannes tait encore vide 7octobre74 ,je promenais mon malaise au long de la plage vente jusqu' la ,croisette1 o je demeurais immobile regarder sur l'eau rien du tout1 puis je repassais1 avec la migraine1 dans la grande rue1 trs vex de n'avoir pas envie de ptisseries4 ,quelques promenades en voiture ne pouvaient remplir mes journes2 j'avais spcialement horreur des wagons1 qui m'enfermaient trop troitement dans ma pense1 et de ,nice1 o je promenais mon ennui dans les cafs1 en attendant l'heure du train pour ,cannes4 ,jamais les aprs-midi ne furent aussi grises qu' cette poque4 ,et quelles soires1 devant un grog6 ,il est bien fcheux que je n'aie eu personne avec qui analyser1 brins par brins1 mon chagrin1 pour le desscher1 puis le rduire en poussire qu'on jette au vent4 ,voyez quel recul j'avais fait dans la voie des parfaits1 puisque ,simon1 qui fut ma premire tape1 me redevenait ncessaire4 99 99 99 99 99 ,vous connaissez ces insomnies que nous fait une ide fixe1 debout sur notre cerveau comme le gnie de la ,bastille1 tandis que1 nous enfonant dans notre oreiller1 nous nous supplions de ne penser rien et nous recroquevillons dans un travail machinal1 tel que de suivre le balancier de la pendule1 de compter jusqu' cent et autres btises insuffisantes4 ,soudain1 travers le voile de banalits qu'on lui oppose1 l'ide rapparat1 confuse1 puis parfaitement nette4 ,et vaincu1 nous essayons encore de lui chapper1 en nous retournant dans nos draps4 ,enfin1 je me levais1 et par quelque lecture mouvante je cherchais m'oublier4 ,tout me disait mon chagrin1 au point que les romans de mes contemporains me parurent admirables4 ,ce n'taient pas ses yeux1 ni son sourire qui m'apparaissaient dans mes troubles2 je ne m'attendrissais que sur moi-mme4 ,j'imaginais le systme de vie que j'aurais men avec elle1 et je me dsesprais qu'une faon d'tre mu1 que j'avais entrevue1 me ft irrmdiablement ferme4 ,au rsum1 j'aurais voulu recommencer avec elle la solitude mditative que ,simon et moi nous tentmes4 ,retraite charmante6 ,ma mthode1 en tonnant l',objet1 m'et paru rajeunie moi-mme4 ,puis ces commerce d'ides avec des tres d'un autre sexe se compliquent de menues sensations qui meublent la vie4 ,ainsi1 tudier ce qui aurait pu tre1 j'empirais ma triste situation4 ,et1 pitinant ma chambre banale1 je suppliais les semaines de passer4 ,il est vident que a ne durera pas1 mais les minutes en paraissent si longues6 ,j'ai connu une angoisse analogue sur le fauteuil renvers des dentistes1 et pourtant l'univers1 que je regardais dsesprment par leurs vastes fentres1 ne me parut pas aussi dcolor que je le vis1 durant ces nuits dtestables et ces aprs-midi o je me couchais vers les trois heures et m'endormais enfin1 hypnotis par mon ide fixe1 clatante parmi le terne de toutes choses4 ,ah6 les rveils1 au soir tomb1 les membres couverts de froid6 ,les repas1 sans apptit1 sous des lumires brutales6 ,parfois mme il pleuvait4 ,j'aurais d me mfier que l'air de la mer1 prcieux en ce qu'il pousse aux crises 7cf4 ,jersey et ,venise7 m'tait dans l'espce dtestable4 99 99 99 99 99 ,seule1 elle a pu me faire prendre quelque intrt la vie extrieure4 ,elle tait pour moi1 habitu des grandes tentures nues1 un petit joujou prcieux1 un bibelot vivant4 ,et comme son parfum brouillait avec mon sang toutes mes ides1 je gotais des choses vulgaires1 je cancanais un peu et j'tais fat la promenade4 99 99 99 99 99 ,les petits tableaux qui raniment le souvenir que je lui garde sont au reste fort rares4 ,elle ne m'a jamais rien dit de mmorable1 ni de touchant2 c'est peut-tre que je ne l'coutais gure8 ,l'ayant aborde avec le simple dsir de me donner quelque amertume et de reprendre du ton1 j'ai habill selon ma convenance et avec un art merveilleux le premier objet qui j'ai plu4 ,elle n'est qu'un instinct dansant que je voulus adorer1 pour le plaisir d'humilier mes penses4 ,comme elle tait venue me surprendre1 un matin de nagure1 dans ma chambre d'htel1 elle me trouva appuy sur une malle1 qui lisais l',imitation4 ,je la priai d'entendre le chapitre si bref sur l'amour charnel4 ,elle m'assura que cela lui plaisait infiniment1 et pour me le prouver elle riait4 ,la socit de ,simon a perverti en moi le sens de la sociabilit4 ,il est vident que j'ai ennuy au del de tout l',objet4 ,uniquement soucieux de me distraire1 je ne songeais pas assez qu'elle tait un objet vivant4 ,ce jour o1 sur ma malle de voyageur1 je prtendis l'instruire de l'instabilit des passions sensuelles1 est l'instant o je me crus le plus prs d'tre aim et d'aimer1 mais comme il tait midi un quart1 elle1 avec une nettet d'analyse intime1 que je n'atteignis jamais1 se rendait compte qu'elle avait une grande faim4 ,un autre souvenir qui m'meut dans l'exil de ,cannes1 c'est ce fiacre1 neuf heures du soir1 qui nous emporta le long des boulevards immenses et tristes vers la gare de ,lyon1 o l'on se bouscule confusment sous trop de lumires4 ,je m'absentais pour deux jours1 mais afin de dramatiser la situation et de me faire un peu mal aux nerfs1 je lui dis la quitter pour deux mois4 ,ses larmes chaudes tombaient sur mes mains dans l'obscurit misrable4 ,c'est ainsi qu'un peu aprs1 seul dans mon wagon1 je gotai une petite mlancolie et une petite fiert1 ce qui fait une dlicate sensualit4 99 99 99 99 99 ,a imaginer ce sentiment sincre de petite fille qu'elle eut pour moi1 tandis qu'elle sanglotait de mon faux dpart1 je me dsole de mon mauvais coeur1 et une vision d'elle1 tout embellie et affine1 s'impose mon souvenir3 figure si pure que je n'prouve plus qu'un regret violent et attendri de la savoir malheureuse4 ,elle est de la mme race que moi2 si elle entrevoit ce qu'elle devrait tre et ce qu'elle est1 combien elle souffre de ne pas vivre mes cts1 pensant tout haut et se fortifiant de mes penses6 ,c'est ma faute1 ma faute irrparable1 de ne pas lui tre apparu tel que je suis rellement6 ,oh6 ma constante hypocrisie6 mon impuissance dmler ce qui est convenable1 parmi tant de charmantes faons d'tre1 qui s'offrent moi comme possibles en toutes occasions6 ,avec son joli corps1 pm des hommes grossiers1 que la voil misrable1 elle1 charmante comme une sainte paenne6 ,hlas6 pourquoi suis-je si vivement frapp du dsordre qu'il y a dans les choses8444 ,ou pourquoi n'est-elle pas morte8 ,la nuit1 durant mes dtestables lucidits1 elle ne m'apparatrait plus comme un bonheur possible et que je ne sais acqurir4 ,elle serait un cadavre doux et triste1 une chose de paix4 99 99 99 99 99 ,je lui crivis4 ,ds lors je connus chaque courrier l'angoisse1 puis la secousse briser mes genoux1 quand le facteur si longtemps guett s'loignait1 sans une lettre pour moi qui sifflotais d'indiffrence affecte4 ,je n'eus plus le courage de penser rien autre qu' elle1 qui peut-tre en ce moment riait4 ,elle ne m'a pas crit1--me disais-je chaque matin avant de quitter mon lit1--faut-il en conclure qu'elle ne me rpondra pas8 ,elle fut toujours dtestable2 son sans-gne d'aujourd'hui prouve-t-il que son amiti ait flchi8 ,et1 singulier amant1 je cherchais les preuves d'indiffrence qu'elle m'avait donnes aux meilleurs jours1 avec plus d'ardeur qu'un homme raisonnable ne se rappelle les preuves de tendresse4 ,a cette poque1 le got que je lui gardais prit des proportions vraiment curieuses4 ,vous connaissez ces inquitudes nerveuses qui1 certains jours1 nous tiraillent dans toutes les jointures1 nous cassent les jambes la hauteur des genoux1 et nous rduisent enfin un geste brusque1 coup de pied dans les meubles ou assiettes casses1 en mme temps qu'elles nous font une ide claire des sensations du vritable pileptique4 ,j'avais l'imagination une angoisse analogue4 ,ds l'aube1 je lui tlgraphiai son ancienne adresse4 ,journe dplorable6 ,a travers ,cannes1 perdue d'humidit1 je ne cessais d'aller de l'htel au tlgraphe1 o les employs agacs me secouaient leurs ttes1 et mon coeur s'arrtait de battre1 sans que mon attitude perdt rien de sa dignit4 ,le long de la plage1 dans la grande rue1 cette journe dont j'entendis sonner tous les quarts d'heure me brisa1 tant mon espoir surchauff chaque seconde se venait butter contre l'impossible1 de la secousse d'un express qui s'arrte brutalement4444 ,vers cinq heures1 seul dans le salon humide de l'htel1 je n'avais encore rien reu2 la totalit des choses me parut sinistre1 puis je fus dment4 ,comme elle tait oublie1 la fille des premiers instants de cette aventure1--celle qui je voulus bien prter un sourire doux et manir6 ,j'avais propos d'elle conu un si violent dsir d'tre heureux1 j'y tais all d'une telle chevauche d'imagination qu'en me retournant1 je me trouvais seul4 ,de la mme manire1 sous le clotre1 mes saints1-- ,venise1 ,venise1--et en amour1 l'amante1 se dissipaient pour me laisser manger du vide1 face face de mon dsir4 99 99 99 99 99 ,prendre l'express sur l'heure1 retrouver ,paris1 par l'obligeance des concierges1 l'adresse de l',objet1 la reprendre1 puisqu'elle est mobile et que je ne lui dplais pas1 rien de plus simple mais il y faudrait quinze jours1 et j'aime mieux croire que dans ce dlai je serai guri4 ,ce bonheur-l1 pour me plaire1 devrait m'tre donn tel que je l'imagine1 et l'heure mme o je le dsire4 ,quant revivre les jours passs auprs d'elle1 vraiment je m'en soucierais peu4 ,ce qui me dsole1 c'est la non-ralisation de tout ce que j'ai entrevu en la prenant pour point de dpart4 ,je considre avec affolement combien la vie est pleine de fragments de bonheur que je ne saurai jamais harmoniser1 et d'indications vers rien du tout4 ,et puis1 comment me consoler de cette ignominie qu'un lment essentiel de ma flicit soit un objet d'entre les ,barbares1 quelque chose qui n'est pas ,moi8 99 99 99 99 99 ,un matin1 toujours sans nouvelle1 j'eus au moins la petite satisfaction d'avoir prvu ds la veille1 qu'il fallait laisser tout espoir4 ,m'examinant avec minutie1 je constatai que je traversais une priode de dmence4 ,la direction de mon nervement ne me parut pas blmable1 mais seulement son intensit4 ,il faut avouer que la russite de mon excursion dans la vie dpassait mes plus belles esprances2 vraiment j'avais rajeuni ma puissance de sentir6 ,et malgr qu'une partie de moi-mme1 toujours un peu larmoyante1 rsistt1 je m'amusai pendant quelques minutes d'tre si parfaitement dupe de la duperie que j'avais mthodiquement organise4 99 99 99 99 99 ,le soleil gai courait de la mer bleue et argente jusque dans ma chambre tout ouverte2 mon chocolat embaumait2 j'avais faim et je souriais4 ,profitant avec un grand sens de cet clair d'nergie1 je pris le train de ,nice4 ,de ,nice ,monte-,carlo je suivis le cte pied1 dans une atmosphre lgre qui me disposait aux sentiments fins4 ,je m'imposais3 #a ,de respirer avec sensualit2 #b ,de me convaincre qu'aucune des beauts soupires par moi depuis trois semaines n'tait en cette fille3 ,je subis une querelle de mes rves intimes2 l'amour n'est qu'un domino qu'ils ont pris pour piquer ma curiosit4 ,mais1 en vrit1 je n'ai pas me mpriser2 personne n'a port la main sur moi4 ,si je suis troubl1 c'est moi seul qui me trouble4 99 99 99 99 99 ,je dnai abondamment1 et malgr que cette heure 7de six neuf7 soit lugubre au sentimental indispos1 je sortis du restaurant plus viril1 un peu ballon et un cigare trs curieux la bouche4 ,l'excellent remde que l'orgueil quand on va s'mietter dans un dsagrment6 ,je relve un peu la tte1 je fais table rase de tout les menus souvenirs et je dis3 ,quoi6 des scnettes touchantes que je fabrique pour m'attendrir6 vais-je m'emptrer l dedans6 ,je suis centre des choses2 elles me doivent obir4 ,je mourrai fatalement1 et1 si j'en prouve le besoin1 je puis avancer cette date4 ,en attendant1 soyons un homme libre1 pour jouir mthodiquement de la beaut de notre imagination4 99 99 99 99 99 ,les salles de jeu m'ont toujours ennuy4 ,j'ai pourtant tous les instincts du joueur4 ,si je m'intressais la politique1 la religion et aux querelles mondaines1 j'embrasserais le parti du plus faible4 ,c'est gnrosit naturelle2 c'est aussi calcul de joueur3 j'esprerais tre rcompens au centuple4 ,en outre1 il m'arrive1 quand je souffre un peu des nerfs1 de dsirer avec frnsie risquer ma vie quelque chose3 pour rien1 pour l'orgueil de courir un grand risque4 ,mais mettre des louis sur le tapis vert1 voil qui n'intresse pas la dixime partie de moi-mme4 ,et si je perdais1 tout mon tre serait annihil4 ,car sans argent1 comment dvelopper son imagination8 ,sans argent1 plus d'homme libre4 ,celui qui se laisse empoigner par ses instincts naturels est perdu4 ,il redevient inconscient2 il perd la clairvoyance1 tout au moins la libre direction de son mcanisme4 ,le joueur de ,monte-,carlo est l pour se fouetter un peu les nerfs1 pour son plaisir4 ,que la chance l'abandonne1 c'est un homme qui ne possde plus et qui compromet ses plaisirs de demain4--,ainsi1 j'allais ,paris faire une exprience sentimentale afin de me rveiller un peu 7mettre quelque amertume dans mon bonheur trop fade74 ,la chance a tourn1 j'ai t pris4 ,c'est que j'avais choisi une des loteries les plus grossires3 l'amour pour un tre6 ,l'homme vraiment rflchi ne joue qu'avec des abstractions2 il se garde d'introduire dans ses combinaisons une femme ou un croupier de ,monte-,carlo4 ,j'ai tremp dans l'humanit vulgaire2 j'en ai souffert4 ,fuyons1 rentrons dans l'artificiel4 ,si mes passions cabalent pour la vie1 je suis assez expert mcaniser mon me pour les dtourner4 ,c'est une honte1 ou du moins une fausse manoeuvre1 qu'aprs tant d'inventions ingnieuses o je les ai distraites1 elles m'imposent encore de ces drames communs1 que je n'ai pas choisis1 et qui ne prsentent pas d'intrt4 ,sortons de ce ,casino o des hommes1 d'imagination certes1 mais d'une imagination peu orne1 mes frres sans doute1 mais de quel lit6 cherchent comme moi rchauffement1 et ce jeu se brlent4 ,je suis un joueur qui pipe les ds2 dsintress du rsultat que je connais1 j'ai l'esprit assez libre pour prendre plaisir aux plus minutieux dtails de la partie4 ,plaisir un peu froid1 mais exquis6 ,oh6 ces halles1 ces filles1 cette lourde chaleur6 ,quelle grossire salle d'attente1 auprs du wagon lger dans lequel je traverserai la vie1 prvenu de toutes les stations et considrant des paysages divers1 sans qu'une goutte de sueur mouille mon front1 qu'il faudrait couronner des plus dlicates roses1 si cet usage n'tait pas thtral6 99 99 99 99 99 ,je repris le train de ,cannes4 ,auprs de moi des officiers de marine causaient1 et je fus frapp tout d'abord de leur simplicit1 de la camaraderie enfantine de leurs propos4 ,je me rafrachissais les suivre4 ,naturellement ils bavardaient sur la roulette1 avec ce ton de plaisanterie mathmatique particulier aux lves de ,polytechnique ou de ,navale3 --,puisque c'est le banquier qui finit par gagner1 disaient-ils1 plus vous divisez la somme que vous pouvez risquer1 plus vous augmentez vos chances de perte4 ,le meilleur1 c'est encore de risquer un gros coup1 puis de s'loigner4 ,ah6 l'admirable vrit1 m'criai-je entre ,villefranche et ,nice1 dans les cahots du wagon1 et comme cela confirme ma thorie6 ,dans la vie1 la somme des maux1 nul ne le conteste1 est suprieure celle des bonheurs4 ,plus vous aventurez de combinaisons pour gagner le bonheur1 plus vous augmentez vos chances de pertes4 ,puisqu'il rentrait dans mon systme d'aimer et d'tre aim1 c'tait bien de m'y risquer un jour2 mais la sotte combinaison que de laisser ma mise sur le tapis pendant cinquante jours6 99 99 99 99 99 ,heureusement pour mes bonnes dispositions1 je ne trouvai pas l'htel de lettre de l',objet4 ,je pris une pilule d'opium1 pour qu'une insomnie1 toujours dprimante1 ne vnt pas me dsesprer nouveau1 et1 mon rveil1 je me parus satisfaisant4 ,je sais d'ailleurs qu'il faut tre indulgent aux convalescents1 et ne pas trop demander leurs forces trbuchantes4 ,le lendemain1 je partis pour m'arer n'importe o4 99 99 99 99 99 ,,iii ,m,,ditation ,,sur ,l',,anecdote ,d',,amour ,il ne faut pas que je me plaigne de cette dchance subie durant quelques jours4 ,l'humiliation m'est bonne1 c'est la seule forme de douleur qui me pntre et me baigne profondment4 ,le danger de mon machinisme1 parfait tant d'gards1 est qu'il me dessche4 ,cette anecdote d'amour me sera pour plusieurs mois une source de sensibilit2 elle me rappellera combien il est urgent que je me btisse un refuge4 ,et puis cette belle exprience que je viens de crer1 je pourrai mon loisir la rpter4 ,dsormais je connais la voie pour tre moustill1 attendri1 voire libidineux comme sont la plupart des hommes et des femmes4 ,mon rve fut toujours d'assimiler mon me aux orgues mcaniques1 et qu'elle me chantt les airs les plus varis chaque fois qu'il me plairait de presser sur tel bouton4 ,j'ai enrichi mon rpertoire du chant de l'amour4 ,je ne pouvais gure m'en passer4 ,la chose se ft trs lestement4 ,la priode grossire1 o l'on souffre vraiment1 o l'on jouit vraiment 7et je ne sais1 pour un esprit soucieux de voir clair1 quel est de ces garements le plus pnible671 je ne permis pas qu'elle durt plus de deux mois4 ,le plaisir ne commence que dans la mlancolie de se souvenir1 quand les sourires1 toujours si grossiers1 sont purs par la nuit qui dj les remplit4 ,pour prsenter quelques douceurs1 il faut qu'un acte soit transform en matire de pense4 ,j'ai activ les phnomnes ordinaires de la sensibilit4 ,en trois semaines1 d'une vulgaire anecdote je me suis fait un souvenir dlicieux que je puis presser dans mes bras1 mes soirs d'anmie1 me lamentant par simple got de mlancolique1 craignant la vie1 l'instinct1 tout le pch originel qui s'agite en moi1 et fortifiant l'univers personnel que je me suis construit pour y trouver la paix4 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,xii ,,mes ,,conclusions ,la rgle de ma vie ,aujourd'hui j'habite un rve fait d'lgance morale et de clairvoyance4 ,la vulgarit mme ne m'atteint pas1 car assis au fond de mon palais lucide1 je couvre le scandaleux murmure qui monte des autres vers moi par des airs varis1 que mon me me fournit volont4 ,j'ai renonc la solitude2 je me suis dcid btir au milieu du sicle1 parce qu'il y a un certain nombre d'apptits qui ne peuvent se satisfaire que dans la vie active4 ,dans la solitude1 ils m'embarrassent comme des soudards sans emploi4 ,la partie basse de mon tre1 mcontente de son inaction1 troublait parfois le meilleur de moi-mme4 ,parmi les hommes je lui ai trouv des joujoux1 afin qu'elle me laisse la paix4 ,ce fut la grande tristesse de ,dieu de voir que ses anges1 des manations de lui-mme1 dsertaient son paradis pour aimer les filles des hommes4 ,j'ai trouv un joint qui me permet de supporter sans amertume que des parties de moi-mme inclinent vers des choses vulgaires4 ,je me suis morcel en un grand nombre d'mes4 ,aucune n'est une me de dfiance2 elles se donnent tous les sentiments qui les traversent4 ,les unes vont l'glise1 les autres au mauvais lieu4 ,je ne dteste pas que des parties de moi s'abaissent quelquefois3 il y a un plaisir mystique contempler1 du bas de l'humiliation1 la vertu qu'on est digne d'atteindre2 puis un esprit vraiment orn ne doit pas se distraire de ses proccupations pour peser les vilenies qu'il commet au mme moment4 ,j'ai pris d'ailleurs cette garantie que mes diverses mes ne se connaissent qu'en moi de sorte que n'ayant d'autre point de contact que ma clairvoyance qui les cra1 elles ne peuvent cabaler ensemble4 ,qu'une d'elles compromette la scurit du groupe et par ses excs risque d'entraner la somme de mes mes1 toutes se ruent sur la rfractaire4 ,aprs une courte lutte1 elles l'ont vite matrise2 c'est ce qu'on a pu voir dans l'anecdote d'amour4 ,vraiment1 quand j'tais trs jeune1 sous l'oeil des ,barbares et encore ,jersey1 je me mfiais avec excs du monde extrieur4 ,il est repoussant1 mais presque inoffensif4 ,comme l'onagre par le nez1 il faut matriser les hommes en les empoignant par leur vanit4 ,avec un peu d'alcool et des viandes saignantes ses repas1 avec de l'argent dans ses poches1 on peut supporter tous les contacts4 ,un danger bien plus grave1 c'est1 dans le monde intrieur1 la strilit et l'emballement6 ,aujourd'hui1 ma grande proccupation est d'viter l'une et l'autre de ces maladresses4 ,on connat ma mthode3 je tiens en main mon me pour qu'elle ne butte pas1 comme un vieux cheval qui sommeille en trottant1 et je m'ingnie lui procurer chaque jour de nouveaux frissons4 ,on m'accordera que j'excelle la ramener ds qu'elle se drobe4 ,parfois je m'interromps pour m'adresser une prire3 ,o moi1 univers dont je possde une vision1 chaque jour plus claire1 peuple qui m'obit au doigt et l'oeil ne crois pas que je te dlaisse si je cesse dsormais de noter les observations que ton dveloppement m'inspire2 mais l'intressant1 c'est de crer la mthode et de la vrifier dans ses premires applications4 ,somme sans cesse croissante d'mes ardentes et mthodiques1 je ne dcrirai plus tes efforts2 je me contenterai de faire connatre quelques-uns des rves de bonheur les plus lgants que tu imagineras4 ,continuons toutefois embellir et agrandir notre tre intime1 tandis que nous roulerons parmi les traces extrieurs4 ,soyons convaincus que les actes n'ont aucune importance1 car ils ne signifient nullement l'me qui les a ordonns et ne valent que par l'interprtation qu'elle leur donne4 99 99 99 99 99 ,lettre ,simon ,j'ai crit dernirement ,simon3 ,avec vous1 lui dis-je1 j'avais vcu dans l'glise ,militante1 faite de toutes les misres de l',esprit molest par la vie4 ,demeur seul1 j'ai projet devant moi1 par un effort considrable1 ce pressentiment du meilleur que nous portions en nous2 j'ai ralis cette glise ,triomphante que parfois nous entrevoyions2 j'ai particip de ses joies4 ,rien de plus dlicat que de se maintenir sur ce sommet de l'artificiel4 ,mes passions ont cabal pour la vie4444 ,aussitt mon me me signalait leur insurrection1 et1 toute coalise1 les rduisait4 ,cependant j'avais gliss plus bas que jamais nous ne fmes4 ,il faut que je remonte la srie d'exercices spirituels qui nous avaient si fort embellis1 mon cher ami4 ,c'est une grande erreur de concevoir le bonheur comme un point fixe2 il y a des mthodes1 il n'y a pas de rsultats4 ,les motions que nous connmes hier1 dj ne nous appartiennent plus4 ,les dsirs1 les ardeurs1 les aspirations sont tout2 le but rien4 ,je fus inconsidr de croire que j'tais arriv quelque part4 ,mieux averti1 je vais recommencer nos curieuses expriences4 ,vous et moi1 mon cher ,simon1 nous sommes de la petite race4 ,nos examens de conscience1 les excursions que nous fmes botte botte hors du rel et l'assaut que je viens de subir ne me laissent pas en douter4 ,je ne veux pas me risquer rien inventer2 je veux m'en tenir des motions que j'aurai peses l'avance4 ,rien de plus dangereux que nos apptits naturels et notre instinct4 ,je les toufferai sous les enthousiasmes artificiels se succdant sans intervalle4 ,ce systme excellent pour l'individu serait1 la vrit1 dplorable pour l'espce4 ,les voluptueux de mon ordre demeurent striles4 ,mais je ne crains pas que la masse des hommes m'imite jamais3 il faut1 pour garder la mesure que je prescris1 un tact1 une clairvoyance infinis4 ,vous le savez bien1 ,simon1 s'il m'et plu1 j'tais un merveilleux instrument pour produire des phnomnes rares4 ,je penche quelquefois me dvelopper dans le sens de l'nervement2 nvropathe et dlicat1 j'aurais enregistr les plus menues disgrces de la vie4 ,je pouvais aussi prtendre la comprhension2 j'ai un got vif des passions les plus contradictoires4 ,enfin je suis dou pour la bont2 je me plais plaire1 je souris2 en persvrant1 j'aurais atteint cette vertu royale1 la charit4 ,mais dcidment je ne m'enfermerai dans aucune spcialit2 je me refuse mes instincts1 je drangerai les projets de la ,providence4 ,que mes vertus naturelles soient en moi un jardin ferm1 une terre inculte6 ,je crains trop ces forces vives qui nous entranent dans l'imprvu1 et1 pour des buts cachs1 nous font participer tous les chagrins vulgaires4 ,je vais jusqu' penser que ce serait un bon systme de vie de n'avoir pas de domicile1 d'habiter n'importe o dans le monde4 ,un chez soi est comme un prolongement du pass2 les motions d'hier le tapissent4 ,mais1 coupant sans cesse derrire moi1 je veux que chaque matin la vie m'apparaisse neuve1 et que toutes choses me soient un dbut4 ,mon cher ami1 vous tes entr dans une carrire rgulire3 vous utiliserez notre ddain1 qui nous conduisit ,jersey1 pour en faire de la morgue de haut personnage2 notre clairvoyance1 qui fit nos longues mditations1 deviendra chez vous un scepticisme de bon ton2 notre misanthropie1 qui nous spara1 une distinction et une froideur justement estimes de ce monde sans dclamation o vous tes appel russir4 ,nul doute que vous n'arriviez proscrire pour des raisons suprieures ce que le vulgaire proscrit1 et approuver ce qu'il sert4 ,certaines natures avec leur fine ironie s'accomodent merveille1 quoique pour des raisons trs diffrentes1 du vulgaire bon sens4 ,alors1 assistant de loin au dveloppement de ma carrire1 si vous la voyez tourner mille choses faciles que j'tais n pour mpriser toujours1 ne vous tonnez pas4 ,croyez que je demeure celui que vous avez connu1 mais pouss un tel point que les attitudes mmes que nous estimions jadis1 je les ddaigne3 car vis--vis des rves que j'entrevois1 un peu plus1 un peu moins1 c'est bien indiffrent4 ,et ces rves eux-mmes n'ont pas grande importance1 parce que je mourrai un jour1 parce que je ne suis pas sr que dans cette courte vie elle-mme mon idal d'aujourd'hui soit demain mon idal1 enfin parce que je sais n'avoir une ide claire qu' de rares intervalles1 au plus deux heures par jour dans mes bonnes priodes4--,en consquence1 j'ai adopt cinq ou six doutes trs vifs sur l'importance des parties les meilleures de mon ,moi4 ,l'vidente insignifiance de toutes les postures que prend l'lite au travers de l'ordre immuable des vnements m'obsde4 ,je ne vois partout que gymnastique4 ,quoi que je fasse dsormais1 mon ami1 jugez-moi d'aprs ce parti pris qui domine mes moindres actes4 ,il est impossible que nous cessions de nous intresser l'un l'autre2 il est probable cependant que nous cesserons de nous crire4 ,cela ne vous blessera pas1 mon cher ,simon4 ,vous savez si je vous aime2 en ralit1 nous sommes frres1 de lits diffrents1 ajouterai-je1 pour justifier certaines diffrences de nos mes2 nous avons une partie de notre ,moi qui nous est commune l'un et l'autre2 eh bien6 c'est parce que je veux tre tranger mme moi que je veux m'loigner de vous4 ,alienus6 tranger au monde extrieur1 tranger mme mon pass1 tranger mes instincts1 connaissant seulement des motions rapides que j'aurai choisies3 vritablement ,homme libre6 99 99 99 99 99 ,cette lettre crite1 je reflchis que ce dsir d'tre compris1 ce besoin de me raconter1 de trouver des esprits analogues au mien tait encore une sujtion1 un manque de confiance envers mon ,moi4 ,et si je la fis tenir ,simon1 c'est uniquement par esprit d'ordre1 pour fermer la boucle de la premire priode de ma vie4 ,avril #ahhg4 99 99 99 99 99 ,,appendice ,,note ,,de ,,la ,,page ,,vi 99 99 99 99 99 ,r,,ponse ,a ,m4 ,,ren ,,doumic ,,pas ,,de ,,veau ,,gras6 ,dans un article de la ,revue des ,deux ,mondes1 ,m4 ,ren ,doumic dresse le ,bilan d'une gnration1 et voici comment il le rsume3 ,les beaux jours du dilettantisme sont dfinitivement passs4 ,le livre que ,m4 ,sailles consacrait nagure ,ernest ,renan tmoigne assez de cette espce de colre contre l'idole de la veille4 ,les reprsentants les plus attitrs du pessimisme1 de l'impressionnisme et de l'ironie ont abjur leurs erreurs avec solennit4 ,c'est ,m4 ,paul ,bourget1 de qui nous enregistrons aujourd'hui la nette et significative profession de foi4 ,c'est ,m4 ,jules ,lematre1 si habile jadis ces balancements d'une pense incertaine1 et qui s'est ressaisi avec tant de vigueur et de courage4 ,c'est ,m4 ,barrs1 si empress dans ses premiers livres jeter le dfi au bon sens et qui1 dans son dernier1 s'occupait relever tous les autels qu'il avait briss4 ,m4 ,doumic me permettra de lui prsenter ma protestation3 je ne relve aucun autel que j'aie bris et je n'abjure pas mes erreurs1 car je ne les connais point4 ,je crois qu'avec plus de recul1 ,m4 ,doumic trouvera dans mon oeuvre1 non pas des contradictions1 mais un dveloppement2 je crois qu'elle est vivifie1 sinon par la sche logique de l'cole1 du moins par cette logique suprieure d'un arbre cherchant la lumire et cdant sa ncessit intrieure4 ,je m'explique l-dessus1 parce que ,m4 ,doumic n'est pas le seul me faire une rception d'enfant prodigue4 ,d'autres me donnent des loges dont s'embarrasse mon indignit4 ,eh6 messieurs1 mes erreurs1 il s'en faut bien que je les abjure1 solennellement ou non3 elles demeurent1 toujours fcondes1 la racine de toutes mes vrits4 ,si c'est mon illusion1 elle est autorise par tant de jeunes esprits qui m'ont gard leur confiance1 non parce que je les amusais 7j'aime croire que je suis un crivain plutt ennuyeux qu'amusant2 on est pri d'aller rire ailleurs71 mais parce que je les aidais se connatre6 ,sans doute1 mon petit monde cr par douze ans de propagande1 par ,simon1 par ,brnice et par le chien velu1 a t dcim par l'affaire ,dreyfus4 ,je garde un souvenir aux amis perdus1 mais notre premire entente m'apparat comme un malentendu2 nous n'tions pas de mme physiologie4 ,seuls les purs1 aprs cette preuve1 sont demeurs4 ,c'est pour le mieux4 ,ils reconnaissent que je n'ai jamais crit qu'un livre3 ,un ,homme libre1 et qu' vingt-quatre ans j'y indiquais tout ce que j'ai dvelopp depuis1 ne faisant dans les ,dracins1 dans la ,terre et les ,morts1 et dans cette ,valle de la ,moselle 7o j'ai peut-tre mis le meilleur de moi-mme71 que donner plus de complexit aux motifs de mes premires et constantes opinions4 ,ils peuvent tmoigner que1 dans la ,cocarde1 en #ahid1 nous avons trac avec une singulire vivacit1 dont s'effrayaient peut-tre tels amis d'aujourd'hui1 tout le programme du nationalisme que1 depuis longtemps1 nous appelions par son nom4 ,ce n'est pas nous qui avons chang1 c'est l',affaire qui a plac bien des esprits un nouveau point de vue4 ,tiens1 disent-ils1 ,barrs a cess de nous dplaire4 ,j'en suis profondment heureux1 mais je ne fis que suivre mon chemin1 et chaque anne je portais la mme couronne1 les mmes penses sur une tombe en exil#a4 ,sur quoi donc me fait-on querelle8 ,je n'allai point droit sur la vrit comme une flche sur la cible4 ,l'oiseau s'oriente1 les arbres pour s'lever tagent leurs ramures1 toute pense procde par tapes4 ,on ne m'a point trouv comme une perle parfaite1 quelque beau matin1 entre deux cailles d'hutre4 ,comme j'y aspirais dans ,sous l'oeil des ,barbares et dans ,un ,homme libre1 je me fis une discipline en gardant mon indpendance4 ,un ,homme libre1 pauvre petit livre o ma jeunesse se vantait de son isolement6 ,j'chappais l'touffement du collge1 je me librais1 me dlivrais l'me1 je prenais conscience de ma volont4 ,ceux qui connaissent la jeune littrature franaise dclareront que ce livre eut des suites4 ,je me suis tendu1 mais il demeure mon expression centrale4 ,si ma vue embrasse plus de choses1 c'est pourtant du mme point que je regarde4 ,et si l',homme libre incita bien des jeunes gens se diffrencier des ,barbares 7c'est--dire des trangers71 reconnatre leur vritable nature1 faire de leur me le meilleur emploi1 c'est encore la mme mthode que je leur propose quand je leur dis3 ,constatez que vous tes faits pour sentir en ,lorrains1 en ,alsaciens1 en ,bretons1 en ,belges1 en ,juifs4 ,penser solitairement1 c'est s'acheminer penser solidairement#b4 ,par nous1 les dracins se connaissent comme tels4 ,et c'est maintenant un problme social1 de savoir si l'tat leur fera les conditions ncessaires pour qu'ils reprennent racine et qu'ils se nourrissent selon leurs affinits4 ,au fond le travail de mes ides se ramne avoir reconnu que le moi individuel tait tout support et aliment par la socit4 ,ide banale1 capable cependant de fconder l'oeuvre d'un grand artiste et d'un homme d'action4 ,je ne suis ni celui-ci1 ni celui-l1 mais j'ai pass par les diverses tapes de cet acheminement vers le moi social2 j'ai vcu les divers instants de cette conscience qui se forme4 ,et si vous voulez bien me suivre1 vous distinguerez qu'il n'y a aucune opposition entre les diverses phases d'un dveloppement si facile1 si logique1 irrsistible4 ,ce n'est qu'une lumire plus forte mesure que le matin cde au midi4 ,on juge vite ,paris4 ,on se fait une opinion sur une oeuvre d'aprs quelque formule qu'un homme d'esprit lance et que personne ne contrle4 ,j'ai publi trois volumes sous ce titre3 ,le culte du ,moi1 ou1 comme je disais encore3 ,la culture du ,moi1 et qui n'taient au demeurant que des petits traits d'individualisme4 ,je crois que ,m4 ,doumic m'pargnera et s'pargnera volontiers des plaisanteries et des indignations sur l'gosme1 sur la contemplation de soi-mme1 dont j'ai t encombr pendant une dizaine d'annes4 ,j'tais un fameux individualiste et j'en disais1 sans gne1 les raisons4 ,j'ai appliqu mes propres motions la dialectique morale enseigne par les grands religieux1 par les ,franois de ,sales et les ,ignace de ,loyola1 et c'est toute la gense de l',homme libre 7,bourget72 j'ai prch le dveloppement de la personnalit par une certaine discipline de mditations et d'analyses4 ,mon sentiment chaque jour plus profond de l'individu me contraignit de connatre comment la socit le supporte4 ,un ,napolon lui-mme1 qu'est-ce donc1 sinon un groupe innombrable d'vnements et d'hommes8 ,et mon grand-pre1 soldat obscur de la ,grande ,arme1 je sais bien qu'il est une partie constitutive de ,napolon1 empereur et roi4 ,ayant longuement creus l'ide du ,moi avec la seule mthode des potes et des mystiques1 par l'observation intrieure1 je descendis parmi des sables sans rsistance jusqu' trouver au fond et pour support la collectivit4 ,les tapes de cet acheminement1 je les ai franchies dans la solitude morale4 ,ici l'cole ne m'aida point4 ,je dois tout cette logique suprieure d'un arbre cherchant la lumire et cdant avec une sincrit parfaite sa ncessit intrieure4 ,donc1 je le proclame3 si je possde l'lment le plus intime et le plus noble de l'organisation sociale1 savoir le sentiment vivant de l'intrt gnral1 c'est pour avoir constat que le ,moi1 soumis l'analyse un peu srieusement1 s'anantit et ne laisse que la socit dont il est l'phmre produit4 ,voil dj qui nous rabat l'orgueil individuel4 ,mais le ,moi s'anantit d'une manire plus terrifiante encore si nous distinguons notre automatisme4 ,il est tel que la conscience plus ou moins vague que nous pouvons en prendre n'y change rien4 ,quelque chose d'ternel gt en nous1 dont nous n'avons que l'usufruit1 et cette jouissance mme1 nos morts nous la rglent4 ,tous les matres qui nous ont prcds et que j'ai tant aims1 et non seulement les ,hugo1 les ,michelet1 mais ceux qui font transition1 les ,taine et les ,renan1 croyaient une raison indpendante existant en chacun de nous et qui nous permet d'approcher la vrit4 ,l'individu1 son intelligence1 sa facult de saisir les lois de l'univers6 ,il faut en rabattre4 ,nous ne sommes pas les matres des penses qui naissent en nous4 ,elles sont des faons de ragir o se traduisent de trs anciennes dispositions physiologiques4 ,selon le milieu o nous sommes plongs1 nous laborons des jugements et des raisonnements4 ,il n'y a pas d'ides personnelles2 les ides mme les plus rares1 les jugements mme les plus abstraits1 les sophismes de la mtaphysique la plus infatue sont des faons de sentir gnrales et apparaissent ncessairement chez tous les tres de mme organisme assigs par les mmes images4 ,notre raison1 cette reine enchane1 nous oblige placer nos pas sur les pas de nos prdcesseurs4 ,dans cet excs d'humiliation1 une magnifique douceur nous apaise1 nous persuade d'accepter nos esclavages3 c'est1 si l'on veut bien comprendre1 --et non pas seulement dire du bout des lvres1 mais se reprsenter d'une manire sensible1--que nous sommes le prolongement et la continuit de nos pres et mres4 ,c'est peu de dire que les morts pensent et parlent par nous2 toute la suite des descendants ne fait qu'un mme tre4 ,sans doute1 celui-ci1 sous l'action de la vie ambiante1 pourra montrer une plus grande complexit1 mais elle ne le dnaturera pas4 ,c'est comme un ordre architectural que l'on perfectionne3 c'est toujours le mme ordre4 ,c'est comme une maison o l'on introduit d'autres dispositions3 non seulement elle repose sur les mmes assises1 mais encore elle est faite des mmes moellons1 et c'est toujours la mme maison4 ,celui qui se laisse pntrer de ces certitudes abandonne la prtention de sentir mieux1 de penser mieux1 de vouloir mieux que son pre et sa mre2 il se dit2 ,je suis eux-mmes4 ,de cette conscience1 quelles consquences1 dans tous les ordres1 il tirera6 ,quelle acceptation6 ,vous l'entrevoyez4 ,c'est tout un vertige dlicieux o l'individu se dfait pour se ressaisir dans la famille1 dans la race1 dans la nation1 dans des milliers d'annes que n'annule pas le tombeau4 ,j'apprcie beaucoup une lettre ouverte que j'ai dcoupe dans le ,times4 ,a l'occasion d'une lection la ,chambre des communes1 un ,m4 ,oswald ,john ,simon1 isralite et membre d'une association politique de ,londres1 crit3 444 ,je suis tenu de dclarer ce qui suit pour le cas o j'entrerais dans la vie parlementaire3 ,si un conflit venait malheureusement natre entre les obligations d'un ,anglais et celles d'un juif1 je suivrais la ligne de conduite qui paratrait en pareil cas naturelle tout autre ,anglais1 c'est--dire que je suis ce que mes anctres ont t pendant des milliers d'annes1 plutt que quelque chose qu'ils n'ont t que depuis le temps d',olivier ,cromwell4 ,la belle lettre6 ,que la dernire phrase de ce juif est puissante6 ,elle rvle un homme lev une magnifique conscience de son nergie1 des secrets de sa vie4 ,mais quand mme cet ,oswald ,john ,simon n'aurait pas saisi et formul la loi de sa destine1 cependant il obirait cette loi4 ,et nous tous1 les plus rflchis comme les plus instinctifs1 nous sommes ce que nos anctres ont t pendant des milliers d'annes1 plutt que quelque chose qu'ils n'ont t que depuis le temps d',olivier ,cromwell4 ,je dis au spulcre3 ,vous serez mon pre4 ,parole abondante en sens magnifique6 ,je la recueille de l'glise dans son sublime office des ,morts4 ,toutes mes penses1 tous mes actes essaimeront d'une belle prire1--effusion et mditation1--sur la terre de mes morts4 ,les anctres que nous prolongeons ne nous transmettent intgralement l'hritage accumul de leurs mes que par la permanence de l'action terrienne4 ,c'est en maintenant sous nos yeux l'horizon qui cerna leurs travaux1 leurs flicits ou leurs ruines1 que nous entendrons le mieux ce qui nous est permis ou dfendu4 ,de la campagne1 en toute saison1 s'lve le chant des morts4 ,un vent lger le porte et le disperse comme une senteur4 ,que son appel nous oriente6 ,le cri et le vol des oiseaux1 la multiplicit des brins d'herbe1 la ramure des arbres1 les teintes changeantes du ciel et le silence des espaces nous rendent sensible1 en tous lieux1 la loi de l'ternelle dcomposition2 mais le climat1 la vgtation1 chaque aspect1 les plus humbles influences de notre pays natal nous rvlent et nous commandent notre destin propre1 nous forcent d'accepter nos besoins1 nos insuffisances1 nos limites enfin et une discipline1 car les morts auraient peu fait de nous donner la vie1 si la terre devenue leur spulcre ne nous conduisait aux lois de la vie4 ,chacun de nos actes qui dment notre terre et nos morts nous enfonce dans un mensonge qui nous strilise4 ,comment ne serait-ce point ainsi8 ,en eux1 je vivais depuis les commencements de l'tre1 et des conditions qui soutinrent ma vie obscure travers les sicles1 qui me prdestinrent1 me renseignent assurment mieux que les expriences o mon caprice a pu m'aventurer depuis une trentaine d'annes4 ,quand des libertins s'levrent au milieu de la ,france contre les vrits de la ,france ternelle1 nous tous qui sentons bien ne pas exister seulement depuis le temps d',olivier ,cromwell nous dmes nous prcipiter4 ,que d'autres personnes se croient mieux cultives pour avoir touff en elles la voix du sang et l'instinct du terroir2 qu'elles prtendent se rgler sur des lois qu'elles ont choisies dlibrment et qui1 fussent-elles trs logiques1 risquent de contrarier nos nergies profondes2 quant nous1 pour nous sauver d'une strile anarchie1 nous voulons nous relier notre terre et nos morts4 ,je n'accourus pas soutenir des autels que j'avais branls1 mais soutenir les autels qui font le pidestal de ce moi auquel j'avais rendu un culte pralable et ncessaire4 ,les lecteurs et ,m4 ,doumic me pardonneront-ils de cette explication pro domo8 ,je ne mrite pas les reproches ni le veau gras que connut successivement l'enfant prodigue4 ,je n'ai aucun pass renier4 ,nous avons voulu maintenir la maison de nos pres que les invits branlaient4 ,quand nous aurons remis ces derniers leur place 7l'anti-chambre1--en style plus noble1 l'atrium des catchumnes71 nous reprendrons1 chacun selon nos aptitudes1 les divertissements o se plurent nos aeux4 ,on ne peut pas toujours demeurer sous les armes et il y a d'autres expressions nationales que la propagande politique1 bien qu' cette minute je ne sache pas d'oeuvre plus utile et plus belle4 ,mais1 aprs la victoire1 nous ne penserons pas nous interdire l'art total4 ,ironie1 pessimisme1 symbolisme 7que dnonce ,m4 ,doumic71 sont-ce l de si grands crimes8 ,nous serons ironistes1 pessimistes1 comme le furent quelques-uns des plus grands gnies de notre race1 nous verrons s'il n'y a pas moyen de tirer quelque chose de ces vellits de symbolisme que les critiques devraient aider et encourager1 plutt que bafouer1--et ce rle d'excitateur1 de conseiller1 serait digne de ,m4 ,doumic1--car en vrit1 comment pourrions-nous avoir confiance dans la destine du pays et aider son dveloppement1 si nous perdions le sentiment de notre propre activit et si nous nous dcouragions de la manifester par ces spculations littraires1 dont notre conduite prsente dmontre assez qu'on avait tort de se mfier8 7,scnes et ,doctrines du ,nationalisme47 ,sur le mme thme1 on peut voir le #b novembre en ,lorraine1 dans ,amori et ,dolori sacrum4 99 99 99 99 99 ,dans l'dition de #ahii le texte tait suivi de la petite note suivante et gui tait signe de l'diteur3 ,on y verra une me agite par l'espoir de l'enthousiasme1 plus encore que par l'enthousiasme4 7,m4 ,,de ,,custine47 ,cette srie de petits romans idologiques1 qui commence avec ,sous l'oeil des ,barbares1 sera termine par un troisime volume1 ,qualis artifex pereo4 ,le tout sera complt par un ,examen de ces trois ouvrages4 ,si les circonstances le permettent1 il sera publi de ces livrets une dition avec des bquets pour vingt-cinq personnes4 ,l'auteur de ces petits miroirs de sincrit n'est pas dispos s'en exagrer l'importance4 ,c'est un culte qu'il rend la partie de soi qui l'intresse le plus cette heure2 dans la suite1 il se dcouvrira peut-tre des vertus suprieures4 ,il imagine volontiers quelques pages affectueuses et plus clairvoyantes encore au cher souvenir de l'auteur de ,sous l'oeil des ,barbares4 ,la conclusion mme d',un ,homme libre l'autorise prsumer ainsi de son avenir1 sduisant avenir d'ailleurs4 ,l'ouvrage d'abord annonc sous le titre de ,qualis artifex pereo est devenu le ,jardin de ,brnice4 99 99 99 99 99 ,,notes3 note #a3 ,au cimetire d',ixelles4--,voir la ddicace de l',appel au ,soldat ,jules ,lematre4 ,footnote #b3 ,c'est par je ne sais quel souvenir d'une assonance antithtique de ,hugo que j'emploie ici ce mot de solidarit4 ,on l'a gt en y mettant ce qui dans le vocabulaire chrtien est charit4 ,toute relation entre ouvrier et patron est une solidarit4 ,cette solidarit n'implique ncessairement aucune humanit1 aucune justice1 et par exemple1 au gros entrepreneur qui a transport mille ouvriers sur les chantiers de ,panama1 elle ne commande pas qu'il soigne le terrassier devenu fivreux2 bien au contraire1 si celui-ci dsencombre rapidement par sa mort les hpitaux de l'isthme1 c'est bnfice pour celui-l4 ,mais il fallait construire une morale1 et voil pourquoi on a fauss1 en l'dulcorant1 le sens du mot solidarit4 ,quand nous voudrons marquer ces sentiments instinctifs de sympathie par quoi des tres1 dans le temps aussi bien que dans l'espace1 se reconnaissent1 tendent s'associer et se combiner1 je propose qu'on parle plutt d'affinits4 ,le fait d'tre de mme race1 de mme famille1 forme un dterminisme psychologique2 c'est en ce sens que je prends le mot d'affinits--ou1 parfois1 d'amitis4 ,,fin