,from images generously made available by gallica 7,bibliothque nationale de ,france7 at http3_/_/gallica4bnf4fr4 99 99 99 99 99 ,,le ,,culte ,,du ,,moi 99 99 99 99 99 ,,sous ,l',,oeil ,,des ,,barbares par ,,maurice ,,barres ,,de ,l',,acad,,mie ,,fran,,aise 99 99 99 99 99 ,,nouvelle ,,dition ,,paris #aiaa 99 99 99 99 99 ,,table ,,examen ,,des ,,trois ,,romans ,,id,,ologiques4 ,,sous ,l',,oeil ,,des ,,barbares ,voici une courte monographie raliste ,,livre ,i ,,avec ,,ses ,,livres ,,chapitre ,,premier4--,concordance ,dpart inquiet ,,chapitre ,,deuxi,,me4--,concordance ,tendresse ,,chapitre ,,troisi,,me4--,concordance ,dsintressement ,,livre ,,ii ,a ,,paris ,,chapitre ,,quatri,,me4--,concordance ,paris vingt ans ,,chapitre ,,cinqui,,me4--,concordance ,dandysme ,,chapitre ,,sixi,,me4--,concordance ,extase ,,chapitre ,,septi,,me1--,concordance ,affaissement ,oraison 99 99 99 99 99 ,,examen ,,des ,,trois ,,romans ,,id,,ologiques 99 99 99 99 99 ,a ,m4 ,,paul ,,bourget ,,mon ,,cher ,,ami1 ,ce volume1 ,sous l'oeil des ,barbares1 mis en vente depuis six semaines1 tait ignor du public1 et la plupart des professionnels le jugeaient incomprhensible et choquant1 quand vous lui apporttes votre autorit et voire amiti fraternelle4 ,vous m'en avez continu le bnfice jusqu' ce jour4 ,vous m'avez abrg de quelques annes le temps fort pnible o un crivain se cherche un public4 ,peut-tre aussi mon travail m'est-il devenu plus agrable moi-mme1 grce cette courtoise et affectueuse comprhension par o vous ngligez les imperfections de ces pages pour y souligner ce qu'elles comportent de tentatives intressantes4 ,ah6 les chres journes entre autres que nous avons passes ,hyres6 ,comme vous criviez ,un coeur de femme1 nous n'avions souci que du viveur ,casal1 de ,poyanne1 de la pliante madame de ,tillire1 puis aussi de la jeune ,brnice et de cet idiot de ,charles ,martin qui faisaient alors ma complaisance4 ,ils nous amusaient parfaitement4 ,j'ajoute que vous avez un art incomparable pour organiser la vie dans ses moindres dtails1 c'est--dire donner de l'intelligence aux hteliers et de la timidit aux importuns2 ce point que pas une fois1 en me mettant table1 dans ce temps-l1 il ne me vint l'esprit une rflexion qui m'attriste en voyage1 savoir qu'tant donn le grand nombre de btes qu'on rencontre travers le monde1 il est bien pnible que seuls1 ou peu prs1 le veau1 le boeuf et le mouton soient comestibles4 ,et c'est ainsi1 mon cher ,bourget1 que vous m'avez procur le plaisir le plus doux pour un jeune esprit1 qui est d'aimer celui qu'il admire4 ,si j'ajoute que vous tes le penseur de ce temps ayant la vue la plus nette des mthodes convenables chaque espce d'esprit et le got le plus vif pour en discuter1 on s'expliquera surabondamment que je prenne la libert de vous adresser ce petit travail1 ou je me suis propos d'examiner quelques questions que soulve cette thorie de la culture du ,moi dveloppe dans ,sous l'oeil des ,barbares1 ,un homme libre et le ,jardin de ,brnice4 99 99 99 99 99 ,,examen ,oui1 il m'a sembl1 en lisant mes critiques les plus bienveillants1 que ces trois volumes1 publis de larges intervalles 7de #ahhh #ia7 n'avaient pas su dire tout leur sens4 ,on s'est attach louer ou contester des dtails2 c'est la suite1 l'ensemble logique1 le systme qui seuls importent4 ,voici donc un examen de l'ouvrage en rponse aux critiques les plus frquentes qu'on en fait4 ,toutefois1 de crainte d'offenser aucun de ceux qui me font la gracieuset de me suivre1 je procderai par exposition1 non par discussion4 ,que peut-on demander ces trois livres8 ,n'y cherchez pas de psychologie1 du moins ce ne sera pas celle de ,,mm4 ,taine ou ,bourget4 ,ceux-ci procdent selon la mthode des botanistes qui nous font voir comment la feuille est nourrie par la plante1 par ses racines1 par le sol o elle se dveloppe1 par l'air qui l'entoure4 ,ces vritables psychologues prtendent remonter la srie des causes de tout frisson humain2 en outre1 des cas particuliers et des anecdotes qu'ils nous narrent1 ils tirent des lois gnrales4 ,tout l'encontre1 ces ouvrages-ci ont t crits par quelqu'un qui trouve l',imitation de ,jsus-,christ ou la ,vita nuova du ,dante infiniment satisfaisantes1 et dont la proccupation d'analyse s'arrte donner une description minutieuse1 mouvante et contagieuse des tats d'me qu'il s'est proposs4 ,le principal dfaut de cette manire1 c'est qu'elle laisse inintelligibles1 pour qui ne les partage pas1 les sentiments qu'elle dcrit4 ,expliquer que tel caractre exceptionnel d'un personnage fut prpar par les habitudes de ses anctres et par les excitations du milieu o il ragit1 c'est le pont aux nes de la psychologie1 et c'est par l que les lecteurs les moins prpars parviennent pntrer dans les domaines trs particuliers o les invite leur auteur4 ,si un bon psychologue en effet ne nous faisait le pont par quelque commentaire1 que comprendrions-nous tel livre1 l',imitation1 par exemple1 dont nous ne partageons ni les ardeurs ni les lassitudes8 ,encore la cellule d'un pieux moine n'est-elle pas1 pour les lecteurs ns catholiques1 le lieu le plus secret du monde3 le moins mystique de nous croit avoir des lueurs sur les sentiments qu'elle comporte2 mais la vie et les sentiments d'un pur lettr1 orgueilleux1 raffin et dsarm1 jet vingt ans dans la rude concurrence parisienne1 comment un honnte homme en aurait-il quelque lueur8 ,et comment1 pour tout dire1 un ,anglais1 un ,norvgien1 un ,russe se pourront-ils reconnatre dans le livre que voici1 o j'ai tent la monographie des cinq ou six annes d'apprentissage d'un jeune ,franais intellectuel8 ,on le voit1 je ne me dissimule pas les difficults de la mthode que j'ai adopte4 ,cette obscurit qu'on me reprocha durant quelques annes n'est nullement embarras de style1 insuffisance de l'ide1 c'est manque d'explications psychologiques4 ,mais quand j'crivais1 tout men par mon motion1 je ne savais que dterminer et dcrire les conditions des phnomnes qui se passaient en moi4 ,comment les euss-je expliqus8 ,et d'ailleurs1 s'il y faut des commentaires1 ne peuvent-ils tre fournis par les articles de journaux1 par la conversation8 ,il m'est bien permis de noter qu'on n'est plus arrt aujourd'hui par ce qu'on dclarait incomprhensible l'apparition de ces volumes4 ,enfin ce livre1--et voici le fond de ma pense1--je n'y mlai aucune part didactique1 parce que1 dans mon esprit1 je le recommande uniquement ceux qui gotent la sincrit sans plus et qui se passionnent pour les crises de l'me1 fussent-elles d'ailleurs singulires4 ,ces idologies1 au reste1 sont exprimes avec une motion communicative2 ceux qui partagent le vieux got franais pour les dissertations psychiques trouveront l un intrt dramatique4 ,j'ai fait de l'idologie passionne4 ,on a vu le roman historique1 le roman des moeurs parisiennes2 pourquoi une gnration dgote de beaucoup de choses1 de tout peut-tre1 hors de jouer avec des ides1 n'essayerait-elle pas le roman de la mtaphysique8 ,voici des mmoires spirituels1 des jaculations aussi1 comme ces livres de discussions scolastiques que coupent d'ardentes prires4 ,ces monographies prsentent un triple intrt3 #a ,elles proposent plusieurs les formules prcises de sentiments qu'ils prouvent eux aussi1 mais dont ils ne prennent eux seuls qu'une conscience imparfaite2 #b ,elles sont un renseignement sur un type de jeune homme dj frquent et qui1 je le pressens1 va devenir plus nombreux encore parmi ceux qui sont aujourd'hui au lyce4 ,ces livres1 s'ils ne sont pas trop dlays et trop forcs par les imitateurs1 seront consults dans la suite comme documents2 #c ,mais voici un troisime point qui fait l'objet de ma sollicitude toute spciale3 ces monographies sont un enseignement4 ,quel que soit le danger d'avouer des buts trop hauts1 je laisserais le lecteur s'garer infiniment si je ne l'avouais4 ,jamais je ne me suis soustrait l'ambition qu'a exprime un pote tranger3 ,toute grande posie est un enseignement1 je veux que l'on me considre comme un matre ou rien4 ,et1 par l1 j'appelle la discussion sur la thorie qui remplit ces volumes1 sur le culte du ,moi4 ,j'aurai ensuite m'expliquer de mon ,scepticisme1 comme ils disent4 99 99 99 99 99 ,i--,,culte ,,du ,,moi a4--,,justification ,,du ,,culte ,,du ,,moi ,m'tant propos de mettre en roman la conception que peuvent se faire de l'univers les gens de notre poque dcids penser par eux-mmes et non pas rpter des formules prises au cabinet de lecture1 j'ai cru devoir commencer par une tude du ,moi4 ,mes raisons1 je les ai exposes dans une confrence de dcembre #ahij1 au thtre d'application1 et quoique cette dissertation n'ait pas t publie1 il me parat superflu de la reprendre ici dans son dtail4 ,notre morale1 notre religion1 notre sentiment des nationalits sont choses croules1 constatais-je1 auxquelles nous ne pouvons emprunter de rgles de vie1 et1 en attendant que nos matres nous aient refait des certitudes1 il convient que nous nous en tenions la seule ralit1 au ,moi4 ,c'est la conclusion du premier chapitre 7assez insuffisant1 d'ailleurs7 de ,sous l'oeil des ,barbares4 ,on pourra dire que cette affirmation n'a rien de bien fcond1 vu qu'on la trouve partout4 ,a cela1 s'il faut rpondre1 je rponds qu'une ide prend toute son importance et sa signification de l'ordre o nous la plaons dans l'appareil de notre logique4 ,et le culte du ,moi a reu un caractre prpondrant dans l'exposition de mes ides1 en mme temps que j'essayais de lui donner une valeur dramatique dans mon oeuvre4 gosme1 gotisme1 ,moi avec une majuscule1 ont d'ailleurs fait leur chemin4 ,tandis qu'un grand nombre de jeunes esprits1 dans leur dsarroi moral1 accueillaient d'enthousiasme cette chaloupe1 il s'leva des rcriminations1 les sempiternelles dclamations contre l'gosme4 ,cette clameur fait sourire4 ,il est fcheux qu'on soit encore oblig d'en revenir des notions qui1 une fois pour toutes1 devraient tre acquises aux esprits un peu dfrichs4 ,les moralistes1 disait avec une haute clairvoyance ,saint-,simon en #ahjg1 se mettent en contradiction quand ils dfendent l'homme l'gosme et approuvent le patriotisme1 car le patriotisme n'est pas autre chose que l'gosme national1 et cet gosme fait commettre de nation nation les mmes injustices que l'gosme personnel entre les individus4 ,en ralit1 avec ,saint-,simon1 tous les penseurs l'ont bien vu1 la conservation des corps organiss tient l'gosme4 ,le mieux o l'on peut prtendre1 c'est combiner les intrts des hommes de telle faon que l'intrt particulier et l'intrt gnral soient dans une commune direction4 ,et de mme que la premire gnration de l'humanit est celle o il y eut le plus d'gosme personnel1 puisque les individus ne combinaient pas leurs intrts1 de mme des jeunes gens sincres1 ne trouvant pas1 leur entre dans la vie1 un matre1 axiome1 religion ou prince des hommes1 qui s'impose a eux1 doivent tout d'abord servir les besoins de leur ,moi4 ,le premier point1 c'est d'exister4 ,quand ils se sentiront assez forts et possesseurs de leur me1 qu'ils regardent alors l'humanit et cherchent une voie commune o s'harmoniser4 ,c'est le souci qui nous mouvait aux jours d'amour du ,jardin de ,brnice4 ,mais1 par un examen attentif des seuls titres de ces trois petites suites1 nous allons toucher1 srement et sans traner1 leur essentiel et leur ordonnance4 99 99 99 99 99 b4--,,th,,se ,,de ,,sous ,l',,oeil ,,des ,,barbares ,grave erreur de prter ce mot de barbares la signification de philistins ou de bourgeois4 ,quelques-uns s'y mprirent tout d'abord4 ,une telle synonymie pourtant est fort oppose nos proccupations4 ,par quelle grossire obsession professionnelle sparerais-je l'humanit en artistes1 fabricants d'oeuvres d'art et en non-artistes8 ,si ,philippe se plaint de vivre sous l'oeil des barbares1 ce n'est pas qu'il se sente opprim par des hommes sans culture ou par des ngociants2 son chagrin c'est de vivre parmi des tres qui de la vie possdent un rve oppos celui qu'il s'en compose4 ,fussent-ils par ailleurs de fins lettrs1 ils sont pour lui des trangers et des adversaires4 ,dans le mme sens les ,grecs ne voyaient que barbares hors de la patrie grecque4 ,au contact des trangers1 et quel que ft d'ailleurs le degr de civilisation de ceux-ci1 ce peuple jaloux de sa propre culture prouvait un froissement analogue celui que ressent un jeune homme contraint par la vie frquenter des tres qui ne sont pas de sa patrie psychique4 ,ah6 que m'importe la qualit d'me de qui contredit une sensibilit6 ,ces trangers qui entravent ou dvoient le dveloppement de tel ,moi dlicat1 hsitant et qui se cherche1 ces barbares sous la pression de qui un jeune homme faillira sa destine et ne trouvera pas sa joie de vivre1 je les has4 99 99 99 99 99 ,ainsi1 quand on les oppose1 prennent leur pleine intelligence ces deux termes ,barbares et ,moi4 ,notre ,moi1 c'est la manire dont notre organisme ragit aux excitations du milieu et sous la contradiction des ,barbares4 ,par une innovation qui1 peut-tre1 ne demeurera pas infconde1 j'ai tenu compte de cette opposition dans l'agencement du livre4 ,les concordances sont le rit des faits tels qu'ils peuvent tre relevs du dehors1 puis1 dans une contre-partie1 je donne le mme fait1 tel qu'il est senti au dedans4 ,ici1 la vision que les ,barbares se font d'un tat de notre me1 l le mme tat tel que nous en prenons conscience4 ,et tout le livre1 c'est la lutte de ,philippe pour se maintenir au milieu des ,barbares qui veulent le plier leur image4 ,notre ,moi1 en effet1 n'est pas immuable2 il nous faut le dfendre chaque jour et chaque jour le crer4 ,voil la double vrit sur quoi sont btis ces ouvrages4 ,le culte du ,moi n'est pas de s'accepter tout entier4 ,cette thique1 o nous avons mis notre ardente et notre unique complaisance1 rclame de ses servants un constant effort4 ,c'est une culture qui se fait par laguements et par accroissements3 nous avons d'abord purer notre ,moi de toutes les parcelles trangres que la vie continuellement y introduit1 et puis lui ajouter4 ,quoi donc8 ,tout ce qui lui est identique1 assimilable2 parlons net3 tout ce qui se colle lui quand il se livre sans raction aux forces de son instinct4 ,moi1 disait ,proudhon1 se souvenant de son enfance1 c'tait tout ce que je pouvais toucher de la main1 atteindre du regard et qui m'tait bon quelque chose2 non-moi tait tout ce qui pouvait nuire ou rsister moi4 ,pour tout tre passionn qu'emporte son jeune instinct1 c'est bien avec cette simplicit que le monde se dessine4 ,proudhon1 petit villageois qui se roulait dans les herbages de ,bourgogne1 ne jouissait pas plus du soleil et du bon air que nous n'avons joui de ,balzac et de ,fichte dans nos chambres troites1 ouvertes sur le grand ,paris1 nous autres jeunes bourgeois plis1 affams de tous les bonheurs4 ,appliquez l'aspect spirituel des choses ce qu'il dit de l'ordre physique1 vous avez l'tat de ,philippe dans ,sous l'oeil des ,barbares4 ,les ,barbares1 voil le non-moi1 c'est--dire tout ce qui peut nuire ou rsister au ,moi4 ,cette dfinition1 qui s'illuminera dans l',homme libre et le ,jardin de ,brnice1 est bien trouble encore au cours de ce premier volume4 ,c'est que la naissance de notre ,moi1 comme toutes les questions d'origine1 se drobe notre clairvoyance2 et le souvenir confus que nous en conservons ne pouvait s'exprimer que dans la forme ambigu du symbole4 ,ces premiers chapitres des ,barbares1 le ,bonhomme ,systme1 ducation dsole qu'avant toute exprience nous remes de nos matres1 ,premires ,tendresses1 qui ne sont qu'un baiser sur un miroir1 puis ,athn1 assaillie dans une faon de tour d'ivoire par les ,barbares1 sont la description sincre des couches profondes de ma sensibilit4444 ,attendez6 voici qu' ,milan1 devant le sourire du ,vinci1 le ,moi fait sa haute ducation2 voici que les ,barbares1 vus avec une plus large comprhension1 deviennent l'adversaire1 celui qui contredit1 qui divise4 ,ce sera l',homme libre1 ce sera ,brnice4 ,quant ce premier volume1 je le rpte1 point de dpart et assise de la srie1 il se limite dcrire l'veil d'un jeune homme la vie consciente1 au milieu de ses livres d'abord1 puis parmi les premires brutalits de ,paris4 ,je le vrifiai leurs sympathies1 ils sont nombreux ceux de vingt ans qui s'acharnent conqurir et protger leur ,moi1 sous toute l'cume dont l'ducation l'a recouvert et qu'y rejette la vie chaque heure4 ,je les vis plus nombreux encore quand1 non contents de clbrer la sensibilit qu'ils ont d'eux-mmes1 je leur proposai de la cultiver1 d'tre des hommes libres1 des hommes se possdant en main4 99 99 99 99 99 c4--,,th,,se ,d',,un ,,homme ,,libre ,ce ,moi1 qui tout l'heure ne savait mme pas s'il pouvait exister1 voici qu'il se perfectionne et s'augmente4 ,ce second volume est le dtail des expriences que ,philippe institua et de la religion qu'il pratiqua pour se conformer a la loi qu'il se posait d'tre ardent et clairvoyant4 ,pour parvenir dlibrment l'enthousiasme1 je me flicite d'avoir restaur la puissante mthode de ,loyola4 ,ah6 que cette mcanique morale1 complte par une bonne connaissance des rapports du physique et du moral 7o j'ai suivi ,cabanis1 quelqu'autre demain utilisera nos hypnotiseurs71 saurait rendre de services un amateur des mouvements de l'me6 ,livre tout de volont et d'aspect dessch comme un recueil de formules1 mais si rellement noble6 ,j'y fortifie d'une mthode rflchie un dessein que j'avais form d'instinct1 et en mme temps je l'lve4 ,a ,milan1 devant le ,vinci1 ,philippe pure sa conception des ,barbares2 en ,lorraine1 sa conception du ,moi4 ,ce ne sont pas des hors-d'oeuvre1 ces chapitres sur la ,lorraine que tout d'abord le public accueillit avec indulgence1 ni ce double chapitre sur ,venise1 qui m'est peut-tre le plus prcieux du volume4 ,ils dcrivent les moments o ,philippe se comprit comme un instant d'une chose immortelle4 ,avec une pit sincre1 il retrouvait ses origines et il entrevoyait ses possibilits futures4 ,a interroger son ,moi dans son accord avec des groupes1 ,philippe en prit le vrai sens4 ,il l'aperut comme l'effort de l'instinct pour se raliser4 ,il comprit aussi qu'il souffrait de s'agiter1 sans tradition dans le pass et tout consacr une oeuvre viagre4 ,ainsi1 force de s'tendre1 le ,moi va se fondre dans l',inconscient4 ,non pas y disparatre1 mais s'agrandir des forces inpuisables de l'humanit1 de la vie universelle4 ,de l ce troisime volume1 le ,jardin de ,brnice1 une thorie de l'amour1 o les producteurs franais qui tapageaient contre ,schopenhauer et ne savaient pas reconnatre en lui l'esprit de notre dix- huitime sicle1 pourront varier leurs dveloppements1 s'ils distinguent qu'ici l'on a mis ,hartmann en action4 99 99 99 99 99 d4--,,th,,se ,,du ,,jardin ,,de ,b,r,,nice ,mais peut-tre n'est-il pas superflu d'indiquer que la logique de l'intrigue est aussi serre que la succession des ides4444 ,a la fin de ,sous l'oeil des ,barbares1 ,philippe1 dcourag du contact avec les hommes1 aspirait trouver un ami qui le guidt4 ,il faut toujours en rabattre de nos rves3 du moins trouva-t-il un camarade qui partagea ses rflexions et ses sensations dans une retraite mthodique et fconde4 ,c'est ,simon1 ce fameux ,simon 7de ,saint-,germain74 ,lass pourtant de cette solitude1 de ce dilettantisme contemplatif et de tant d'expriences menues1 aux dernires pages d',un ,homme libre1 ,philippe est prt pour l'action4 ,le ,jardin de ,brnice raconte une campagne lectorale4 ,ce que ,philippe apprend1 et du peuple et de ,brnice qui ne font qu'un1 je n'ai pas le reproduire ici1 car je me propose de souligner l'esprit de suite que j'ai mis dans ces trois volumes1 mais non pas de suivre leurs dveloppements4 ,une vive allure et d'lgants raccourcis toujours me plurent trop pour que je les gte de commentaires superflus4 ,qu'il me suffise de renvoyer une phrase des ,barbares1 fort essentielle1 quelques-uns qui se troublent1 disant3 ,brnice est-elle une petite-fille1 ou l'me populaire1 ou l',inconscient8 ,aux premiers feuillets1 leur rpondais-je1 on voit une jeune femme autour d'un jeune homme4 ,n'est-ce pas plutt l'histoire d'une me avec ses deux lments1 fminin et mle8 ,ou encore1 ct du ,moi qui se garde1 veut se connatre et s'affirmer1 la fantaisie1 le got du plaisir1 le vagabondage1 si vif chez un tre jeune et sensible8 ,que ne peut-on y voir8 ,je sais seulement que mes troubles m'offrirent cette complexit o je ne trouvais alors rien d'obscur4 ,ce n'est pas ici une enqute logique sur la transformation de la sensibilit2 je restitue sans retouche des visions ou des motions profondment ressenties4 ,ainsi1 dans le plus touchant des pomes1 dans la ,vita nuova1 la ,batrice est-elle une amoureuse1 l'glise ou la ,thologie8 ,dante1 qui ne cherchait point cette confusion1 y aboutit1 parce qu' des mes1 aux plus sensitives1 le vocabulaire commun devient insuffisant4 ,il vivait dans une surexcitation nerveuse qu'il nommait1 selon les heures1 dsir de savoir1 dsir d'aimer1 dsir sans nom1--et qu'il rendit immortelle par des procds heureux4 ,a-t-on remarqu que la femme est la mme travers ces trois volumes1 accommode simplement au milieu8 ,l'ombre lgante et trs raisonneuse des premiers chapitres des ,barbares1 c'est dj celle qui sera ,brnice2 elle est vraiment dsigne avec exactitude au chapitre ,aventures d'amour1 dans l',homme libre1 quand ,philippe l'appelle l',objet4 ,voil bien le nom qui lui convient dans tous ses aspects1 au cours de ces trois volumes4 ,elle est1 en effet1 objective1 la part sentimentale qu'il y a dans un jeune homme de ce temps4444 ,et vraiment n'tait-il pas temps qu'un conteur accueillt ce principe1 admis par tous les analystes et vrifi par chacun de nous jusqu'au plus profond dsenchantement1 savoir que l'amour consiste vtir la premire venue qui s'y prte un peu des qualits que nous recherchons cette saison-l8 ,c'est nous qui crons l'univers1 telle est la vrit qui imprgne chaque page de cette petite oeuvre4 ,de l leurs conclusions3 le ,moi dcouvre une harmonie universelle mesure qu'il prend du monde une conscience plus large et plus sincre4 ,cela se conoit1 il cre conformment lui-mme2 il suffit qu'il existe rellement1 qu'il ne soit pas devenu un reflet des ,barbares1 et dans un univers qui n'est que l'ensemble de ses penses rgnera la belle ordonnance selon laquelle s'adaptent ncessairement les unes aux autres les conceptions d'un cerveau lucide4 ,cette harmonie1 cette scurit1 c'est la rvlation qu'on trouve au ,jardin de ,brnice1 et en vrit y a-t-il contradiction entre cette dernire tape et l'inquitude du dpart ,sous l'oeil des ,barbares8 ,nullement1 c'tait acheminement4 ,avant que le ,moi crt l'univers1 il lui fallait exister3 ses durets1 ses ngations1 c'tait effort pour briser la coquille1 pour tre4 99 99 99 99 99 ,,ii4--,,pr,,tendu ,,scepticisme ,et maintenant au lecteur inform de reviser ce jugement de scepticisme qu'on porta sur notre oeuvre4 ,nul plus que nous ne fut affirmatif4 ,parmi tant de contradictions que1 notre entre dans la vie1 nous recueillons1 nous1 jeunes gens informs de toutes les faons de sentir1 je ne voulus rien admettre que je ne l'eusse prouv en moi-mme4 ,l'opinion publique fltrit bon droit l'hypocrisie4 ,celle-ci pourtant n'est qu'une concession l'opinion elle-mme1 et parfois1 quand elle est l'habilet d'un ,spinoza ou d'un ,renan sacrifiant pour leur scurit aux dieux de l'empire1 bien qu'elle demeure une dfaillance du caractre1 elle devient excusable pour les qualits de clairvoyance qui la dcidrent4 ,mais de ce point de vue intellectuel mme1 comment excuser des dguiss sans le savoir1 qui marchent vtus de faons de sentir qui ne furent jamais les leurs8 ,ils introduisent le plus grand dsordre dans l'humanit2 ils contredisent l'inconscient1 en se drobant jouer le personnage pour lequel de toute ternit ils furent faonns4 coeur de cette mascarade et de ces mlanges impurs1 nous avons eu la passion d'tre sincre et conforme nos instincts4 ,nous servons en sectaire la part essentielle de nous-mme qui compose notre ,moi1 nous hassons ces trangers1 ces ,barbares1 qui l'eussent corrod4 ,et cet acte de foi1 dont reurent la formule1 par mes soins1 tant de lvres qui ne savaient plus que railler1 il me vaudrait qu'on me dt sceptique6 ,j'entrevois une confusion4 ,des lecteurs superficiels se seront mpris sur l'ironie1 procd littraire qui nous est familier4 ,vraiment je ne l'employai qu'envers ceux qui vivent1 comme dans un mardi-gras perptuel1 sous des formules loues chez le costumier la mode4 ,leurs convictions1 tous leurs sentiments1 ce sont manteaux de cour qui pendent avilis et flasques1 non pas sur des reins maladroits1 sur des mollets de bureaucrates1 mais1 disgrce plus grave1 sur des mes indignes4 ,combien en ai-je vu de ces nobles postures qui trs certainement n'taient pas hrditaires6444 ,ah6 laissez-m'en sourire1 tout au moins une fois par semaine1 car tel est notre manque d'hrosme que nous voulons bien nous accommoder des conventions de la vie de socit et mme accepter l'trange dictionnaire o vous avez dfini1 selon votre intrt1 le juste et l'injuste1 les devoirs et les mrites2 mais un sourire1 c'est le geste qu'il nous faut pour avaler tant de crapauds4 ,soldats1 magistrats1 moralistes1 ducateurs1 pour distraire les simples de l'pouvante o vous les mettez1 laissez qu'on leur dmasque sous vos durs raisonnements l'imbcillit de la plupart d'entre vous et le remords du surplus4 ,si nous sommes impuissants dgager notre vie du courant qui nous emporte avec vous1 n'attendez pourtant pas1 dtestables compagnons1 que nous prenions au srieux ces devoirs que vous affichez et ces mille sentiments qui ne vous ont pas cot une larme4 ,ai-je eu en revanche la moindre ironie pour ,athn dans son ,srapis1 pour ma tendre ,brnice humilie1 pour les pauvres animaux8 ,nul ne peut me reprocher le rire de ,gundry sur le passage de ,jsus portant sa croix1 ce rire qui nous glace dans ,parsifal4 ,seulement1 ,gundry non plus je ne jetterai pas la rprobation1 parce que1 si nerveuse1 elle-mme est bien faite pour souffrir4 ,toujours je fus l'ami de ceux qui taient misrables en quelque chose1 et si je n'ai pas l'espoir d'aller jusqu'aux pauvres et aux dshrits1 je crois que je plairai tous ceux qui se trouvent dans un tat fcheux au milieu de l'ordre du monde1 tous ceux qui se sentent faibles devant la vie4 ,je leur dis1 et d'un ton fort assur3 ,il n'y a qu'une chose que nous connaissions et qui existe rellement parmi toutes les fausses religions qu'on te propose1 parmi tous ces cris du coeur avec lesquels on prtend te rebtir l'ide de patrie1 te communiquer le souci social et t'indiquer une direction morale4 ,cette seule ralit tangible1 c'est le ,moi1 et l'univers n'est qu'une fresque qu'il fait belle ou laide4 ,attachons-nous notre ,moi1 protgeons-le contre les trangers1 contre les ,barbares4 ,mais ce n'est pas assez qu'il existe2 comme il est vivant1 il faut le cultiver1 agir sur lui mcaniquement 7tude1 curiosit1 voyages74 ,s'il a faim encore1 donne-lui l'action 7recherche de la gloire1 politique1 industrie1 finances74 ,et s'il sent trop de scheresse1 rentre dans l'instinct1 aime les humbles1 les misrables1 ceux qui font effort pour crotre4 ,au soleil inclin d'automne qui nous fait sentir l'isolement aux bras mme de notre matresse1 courons contempler les beaux yeux des phoques et nous dsoler de la mystrieuse angoisse que tmoignent dans leur vasque ces btes au coeur si doux1 les frres des chiens et les ntres4 ,un tel repliement sur soi-mme est desschant1 m'a-t-on dit4 ,nul d'entre vous1 mes chers amis1 qui ne sourie de cette objection1 s'il se conforme la mthode que j'expose4 ,ce que l'on dit de l'homme de gnie1 qu'il s'amliore par son oeuvre1 est galement vrai de tout analyste du ,moi4 ,c'est de manquer d'nergie et de ne savoir o s'intresser que souffre le jeune homme moderne1 si prodigieusement renseign sur toutes les faons de sentir4 ,eh bien6 qu'il apprenne se connatre1 il distinguera o sont ses curiosits sincres1 la direction de son instinct1 sa vrit4 ,au sortir de cette tude obstine de son ,moi1 laquelle il ne retournera pas plus qu'on ne retourne sa vingtime anne1 je lui vois une admirable force de sentir1 plus d'nergie1 de la jeunesse enfin et moins de puissance de souffrir4 ,incomparables bnfices6 ,il les doit la science du mcanisme de son ,moi qui lui permet de varier sa volont le jeu1 assez restreint d'ailleurs1 qui compose la vie d'un ,occidental sensible4 ,j'entends que l'on va me parler de solidarit4 ,le premier point c'tait d'exister4 ,que si maintenant vous vous sentez libres des ,barbares et vritablement possesseurs de votre me1 regardez l'humanit et cherchez une voie commune o vous harmoniser4 ,prenez d'ailleurs le ,moi pour un terrain d'attente sur lequel vous devez vous tenir jusqu' ce qu'une personne nergique vous ait reconstruit une religion4 ,sur ce terrain btir1 nous camperons1 non pas tels qu'on puisse nous qualifier de religieux1 car aucun doctrinaire n'a su nous proposer d'argument valable1 sceptiques non plus1 puisque nous avons conscience d'un problme srieux1--mais tout la fois religieux et sceptiques4 ,en effet1 nous serions enchant que quelqu'un survnt qui nous fournt des convictions4444 ,et1 d'autre part1 nous ne mprisons pas le scepticisme1 nous ne ddaignons pas l'ironie4444 ,pour les personnes d'une vie intrieure un peu intense1 qui parfois sont tentes d'accueillir des solutions mal vrifies1 le sens de l'ironie est une forte garantie de libert4 99 99 99 99 99 ,au terme de cet examen1 o j'ai resserr l'ide qui anime ces petits traits1 mais d'une main si dure qu'ils m'en paraissent maintenant tout froisss1 je crains que le ton dmonstratif de ce commentaire ne donne le change sur nos proccupations d'art4 ,en vrit1 si notre oeuvre n'avait que l'intrt prcis que nous expliquons ici et n'y joignait pas des qualits moins saisissables1 plus nuageuses et qui ouvrent le rve1 je me tiendrais pour malheureux4 ,mais ces livres sont de telle naissance qu'on y peut trouver plusieurs sens4 ,une besogne purement didactique et toute de clart n'a rien pour nous tenter4 ,s'il m'y fallait plier1 je rougirais d'ailleurs de me limiter dans une froide thorie parcellaire et voudrais me jouer dans l'abondante rudition du dictionnaire des sciences philosophiques4 ,aurais-je admis que ma contribution doublt telle page des manuels crits par des matres de confrences sur l'ordinaire de qui j'eusse paru empiter6 ,nul qui s'y mprenne3 dans ces volumes-ci1 il s'agissait moins de composer une chose logique que de donner en tableaux mouvants une description sincre de certaines faons de sentir4 ,ne voici pas de la scolastique1 mais de la vie4 ,de mme qu' la salle d'armes nous prfrons le jeu utile de l'pe aux finesses du fleuret1 de mme1 si nous aimons la philosophie1 c'est pour les services que nous en attendons4 ,nous lui demandons de prter de la profondeur aux circonstances diverses de notre existence4 ,celles-ci1 en effet1 elles seules1 n'veillent que le billement4 ,je ne m'intresse mes actes que s'ils sont mls d'idologie1 en sorte qu'ils prennent devant mon imagination quelque chose de brillant et de passionn4 ,des penses pures1 des actes sans plus1 sont galement insuffisants4 ,j'envoyai chacun de mes rves brouter de la ralit dans le champ illimit du monde1 en sorte qu'ils devinssent des btes vivantes1 non plus d'insaisissables chimres1 mais des tres qui dsirent et qui souffrent4 ,ces ides o du sang circule1 je les livre non mes ans1 non ceux qui viendront plus tard1 mais plusieurs de mes contemporains4 ,ce sont des livres et c'est la vie ardente1 subtile et clairvoyante o nous sommes quelques-uns nous plaire4 ,en suivant ainsi mon instinct1 je me conformais l'esthtique o excellent les ,goethe1 les ,byron1 les ,heine qui1 proccups d'intellectualisme1 ne manquent jamais cependant de transformer en matire artistique la chose dmontrer4 ,or1 si j'y avais russi en quelque mesure1 il m'en faudrait reporter tout l'honneur l',italie1 o je compris les formes4 ,rflchissant parfois ce que j'avais le plus aim au monde1 j'ai pens que ce n'tait pas mme un homme qui me flatte1 pas mme une femme qui pleure1 mais ,venise2 et quoique ses canaux me soient malsains1 la fivre que j'y prenais m'tait trs chre1 car elle largit la clairvoyance au point que ma vie inconsciente la plus profonde et ma vie psychique se mlaient pour m'tre un immense rservoir de jouissance4 ,et je suivais avec une telle acuit mes sentiments encore les plus confus que j'y lisais l'avenir en train de se former4 ,c'est a ,venise que j'ai dcid toute ma vie1 c'est de ,venise galement que je pourrais dater ces ouvrages4 ,sur cette rive lumineuse1 je crois m'tre fait une ide assez exacte de ces dlires lucides que les anciens prouvaient aux bords de certains tangs4 99 99 99 99 99 ,,sous ,l',,oeil ,,des ,,barbares 99 99 99 99 99 ,voici une courte monographie raliste4 ,la ralit varie avec chacun de nous puisqu'elle est l'ensemble de nos habitudes de voir1 de sentir et de raisonner4 ,je dcris un tre jeune et sensible dont la vision de l'univers se transforme frquemment et qui garde une mmoire fort nette de six ou sept ralits diffrentes4 ,tout en soignant la liaison des ides et l'agrment du vocabulaire1 je me suis surtout appliqu copier exactement les tableaux de l'univers que je retrouvais superposs dans une conscience4 ,c'est ici l'histoire des annes d'apprentissage d'un ,moi1 me ou esprit4 99 99 99 99 99 ,un soir de scheresse1 dont j'ai dcrit le malaise la page #bgg voir3 ,,affaissement 7fin73 par4 qui commence avec3 ,souvent1 trs souvent1444,m4,d4 celui de qui je parle imagina de se plaire parmi ses rves et ses casuistiques1 parmi tous ces systmes qu'il avait successivement vtus et rejets4 ,il procda avec mthode1 et de frissons en frissons il se retrouva3 depuis l'veil de sa pense1 l-bas dans un de ces lits de dortoir1 o press par les misres prsentes1 trop soumis ses premires lectures1 il essayait dj d'individualiser son humeur indocile et hautaine1--jusqu' cette fivre de se connatre qui veut ici laisser sa trace4 ,dans ce roman de la vie intrieure1 la suite des jours avec leur pittoresque et leurs ana ne devait rien laisser qui ne ft transform en rve ou motion1 car tout y est annonc d'une conscience qui se souvient et dans laquelle rien ne demeure qui ne se greffe sur le ,moi pour en devenir une parcelle vivante4 ,c'est aux manuels spciaux de raconter o jette sa gourme un jeune homme1 sa bibliothque1 son installation ,paris1 son entre aux ,affaires trangres et toute son intrigue3 nous leur avons emprunt leur langage pour tablir les concordances1 mais le but prcis que je me suis pos1 c'est de mettre en valeur les modifications qu'a subies1 de ces passes banales1 une me infiniment sensible4 ,celui de qui je dcris les apprentissages voquerait peut-tre dans une causerie des visages1 des anecdotes de jadis3 il les inventerait mesure4 ,certaines sensibilits toujours en moi vibrent si violemment que la poussire extrieure glisse sur elles sans les pntrer4 ,j'ai repouss ce badinage1 que par fausse honte ou pour qu'on admire l'apaisement de notre maturit1 nous affectons souvent au sujet de nos illusions de jeunesse2 mais je me dfiai aussi de prter l'cret1 o il atteignit sur la fin1 ma description de ses premires annes1 si belles de confiance1 de tendresse1 d'hrosme sentimental4 99 99 99 99 99 ,chaque vision qu'il eut de l'univers1 avec les images intermdiaires et son atmosphre1 se rsumant en un pisode caractristique2 les scnes premires1 vagues et un peu abstraites pour respecter l'effacement du souvenir et parce qu'elles sont d'une minorit dfiante et qui poussa tout au rve2 de petits traits choisis1 plus abondants mesure qu'on approche de l'instant o nous crivons2 enfin dans une soire minutieuse1 cet analyste s'abandonnant la bohme de son esprit et de son coeur3 ,voila ce qu'il aurait fallu pour que ce livre reproduist exactement les cinq annes d'apprentissage de ce jeune homme1 telles qu'elles lui apparaissent lui-mme depuis cette page #bgg et dernire o nous le surprenons exigeant et lass qui contemple le tableau de sa vie4 ,voil ce que je projetais1 le curieux livret mtaphysique1 prcis et succinct1 que j'aurais fait prendre en amiti par quelques dandies misanthropes1 rvant dans un jour d'hiver derrire des vitres grsilles4 99 99 99 99 99 ,du moins ai-je dcrit sans malice d'art1 en bonne lumire et sobrement4 ,je me suis dcid manquer d'loquence littraire2 je n'avais pas l'onction1 ni l'autorit des ecclsiastiques qui parlrent en termes fortifiants des humiliations de la conscience4 ,annaliste d'une ducation1 je fis le tour de mon sujet en poussant devant moi des mots amoraux et des phrases conciliantes4 ,c'est ici une faon assez rare de catalogue sentimental4 99 99 99 99 99 ,mais pourquoi si lents et si froids1 les petits traits d'analyse6 ,pourquoi les mots1 cette prcision grossire et qui maltraite nos complications6 ,au premier feuillet on voit une jeune femme autour d'un jeune homme4 ,n'est-ce pas plutt l'histoire d'une me avec ses deux lments1 fminin et mle8 ou encore1 ct du ,moi qui se garde1 veut se connatre et s'affirmer1 la fantaisie1 le got du plaisir1 le vagabondage1 si vif chez un tre jeune et sensible8 ,que ne peut-on y voir8 ,je sais seulement que mes troubles m'offrirent cette complexit o je ne trouvais alors rien d'obscur4 ,ce n'est pas ici une enqute logique sur la transformation de la sensibilit2 je restitue sans retouche des visions ou motions1 profondment ressenties4 ,ainsi1 dans le plus touchant des pomes1 dans la ,vita nuova1 la ,batrice est-elle une amoureuse1 l'glise ou la ,thologie8 ,dante qui ne cherchait point cette confusion y aboutit1 parce qu' des mes1 aux plus sensitives1 le vocabulaire commun devient insuffisant4 ,il vivait dans une excitation nerveuse qu'il nommait1 selon les heures1 dsir de savoir1 dsir d'aimer1 dsir sans nom--et qu'il rendit immortelle par des procds heureux4 ,avec sa scheresse1 cette monographie1 crite malgr tout deux pas de l'den o je flnai tant de soirs1 est aussi une partie d'un livre de mmoires4 99 99 99 99 99 ,on pourra juger que ma probit de copiste va parfois jusqu' la candeur4 ,j'avoue que de simples femmes1 agrables et gaies1 mais soumises la vision coutumire de l'univers qu'elles relvent d'une ironie facile1 me firent plus d'un soir renier part moi mes poupes de derrire la tte4 ,mais quoi6 de la fatigue1 une dception1 de la musique1 et je revenais mes nuances4 ,saint ,bonaventure1 avec un grand sens littraire1 crit qu'il faut lire en aimant4 ,ceux qui feuillettent ce brviaire d'gotisme y trouveront moins railler la sensibilit de l'auteur s'ils veulent bien rflchir sur eux-mmes4 ,car chacun de nous1 quel qu'il soit1 se fait sa lgende4 ,nous servons notre me comme notre idole2 les ides assimiles1 les hommes pntrs1 toutes nos expriences nous servent l'embellir et nous tromper4 ,c'est en coutant les lgendes des autres que nous commenons limiter notre me2 nous souponnons qu'elle n'occupe pas la place que nous croyons dans l'univers4 ,dans ses pires surexcitations1 celui que je peins gardait quelque lueur de ne s'mouvoir que d'une fiction4 ,hors cette fiction1 trop souvent sans douceur1 rien ne lui tait4 ,ainsi le voulut une sensibilit trs jeune unie une intelligence assez mre4 ,dsireux de respecter cette tenue en partie double de son imagination1 j'ai rdig des concordances1 o je marque la clairvoyance qu'il conservait sur soi-mme dans ses troubles les plus indociles4 ,j'y ai joint les besognes que1 pendant ses crises sentimentales1 il menait dans le monde extrieur4 ,je souhaite avoir complt ainsi l'atmosphre o ce ,moi se dveloppait sans s'apaiser et qu'on ne trouve pas de lacunes entre ces diverses heures vraiment siennes1 heures du soir le plus souvent1 o1 aprs des semaines de vision banale1 soudain rveill la vie personnelle par quelque froissement1 il ramassait la chane de ses motions et disait son pass1 reni parfois aux instants gais et de bonne sant3 ,petit garon1 si timide1 tu n'avais pas tort4 99 99 99 99 99 ,,livre ,i ,,avec ,,ses ,,livres ,a ,stanislas de ,guaita4 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,premier 99 99 99 99 99 ,,concordance ,il naquit dans l',est de la ,france et dans un milieu o1 il n'y avait rien de mridional4 ,quand il eut dix ans1 on le mit au collge o1 dans une grande misre physique 7sommeils courts1 froids et humidit des rcrations1 nourriture grossire71 il dut vivre parmi les enfants de son ge1 fcheux milieu1 car dix ans ce sont prcisment les futurs goujats qui dominent par leur hblerie et leur vigueur1 mais celui qui sera plus tard un galant homme ou un esprit fin1 dix ans est encore dans les brouillards4 ,il fut initi au rudiment par ,m4,f41 le professeur le plus fort qu'on pt voir2 d'une seule main ce pdagogue arrachait l'oreille d'un lve qui de plus en devenait ridicule4 ,comme son tour d'esprit portait notre sujet gnraliser1 il commena ds lors ne penser des hommes rien de bon4 tant mal nourri1 par manque de globules sanguins il devint timide1 et son agitation faite d'orgueil et de malaise dplut4 ,bientt1 pour relever ses humiliations quotidiennes1 il eut des lectures qui lui donnrent sur les choses des certitudes htives et pleines d'cret4 ,le roi ,rhamss ,,ii est blm par les conservateurs du ,louvre1 ayant usurp un sphinx sur ses prdcesseurs4 ,le jeune homme de qui je parle inscrivit de mme son nom sur des troupes de sphinx qui lgitimement appartenaient des littrateurs franais4 ,il s'enorgueillit d'tranges douleurs qu'il n'avait pas inventes4 ,on serait tent de croire qu'il se donna1 comme tous les jeunes esprits curieux1 aux posies de ,heine1 au ,thomas ,graindorge de ,taine1 la ,tentation de saint ,antoine1 aux ,fleurs du ,mal2 il lut cela en effet et bien d'autres littratures1 des pires et des meilleures1 mais surtout dans les bibliothques de quartier du lyce1 il se passionnait pour les doctrines audacieuses qui sont mieux exposes que rfutes par la ligne classique qui va du charmant ,jouffroy ,m4 ,caro4 ,l est le grand secret de l'ducation d'un jeune homme2 il s'attache aux auteurs qu'on prtendait ne lui faire connatre que pour les accabler ses yeux4 ,a dix-huit ans1 il tait gorg des plus audacieux paradoxes de la pense humaine2 il en et mal dvelopp l'armature1 c'est possible1 mais il s'en faisait de la substance sentimentale4 ,et le tout aboutit aux visions suivantes auxquelles on a gard leur dessin de songe augment peut-tre par le recul4 99 99 99 99 99 ,d,,part ,,inquiet ,il rencontra le bonhomme ,systme sur la bourrique ,pessimisme4 ,le jeune homme et la toute jeune femme dont l'heureuse parure et les charmes embaument cette aurore fleurie1 la main dans la main s'acheminent et le soleil les conduit4 --,prenez garde1 ami1 n'tes-vous pas sur le point de vous ennuyer8 ,sur ses lvres1 son me exquise souriait au jeune homme1 et les jonquilles s'inclinaient son souffle lger4 --,n'esprons plus1 dit-il avec lassitude1 que ma pleur soit la caresse livide du petit jour2 je me trouble de ce dpart4 ,jadis1 en d'autres poitrines1 mon coeur puisa cette nergie dont le suprme parfum1 qui m'enfivre vers des buts inconnus1 s'vapora dans la brume de ces sentiers incertains4 ,de ses doigts blancs1 sur la tige verte d'un nnuphar1 la jeune fille saisit une libellule dont l'mail vibre1 et1 jetant vers le soleil l'insecte qui miroite et se brise de caprice en caprice1 ingnument elle souriait4--,mais lui contemple sa pense qui frissonne en son me chagrine4--,elle reprit avec honntet3 --,pourquoi vous isoler de l'univers8 ,les nuages1 les fleurs sous la rose et parfois mes chansons1 ne voulez-vous pas connatre leur douceur8 --,ah6 prs des matres qui concentrent la sagesse des derniers soirs1 que ne puis-je apprendre la certitude6 ,et que mon rve matinal possde ce qu'il soupire6 --,qu'importe1 reprit-elle1 plus tendre et se penchant sur lui1 votre sagesse n'est-elle pas en vous8 ,et si je vous suis affectionne tel que vous m'apparaissez1 ne vous plat-il pas de persister8 ,il dcroisa les mains de la jeune fille1 et foulant aux pieds les fleurs heureuses1 il errait parmi la frivolit des libellules4 ,cependant elle le suivait de loin1 dlicate et de hanches merveilleuses4 99 99 99 99 99 ,sur l'herbe1 au long d'une rivire jonche de palmes1 de palmipdes et d'enfants trousss et vifs1 prs de sa maison solitaire o frachit la brise dans les stores1 le matre1 adoss un osier mort1 contemple la fuite de l'eau sous la tristesse des saules4 ,son lourd vtement1 sa face blme aux larges paupires1 son attitude professorale et retranche1 en aucun lieu ne trouveraient leur atmosphre4 ,le jeune homme s'arrte1 et son coeur battait d'approcher la vrit4 ,le miroir bleutre frissonna du plongeon des canards hupps de vert1 aux becs jaunes et claquant2 parmi la lumire clatante jaillissait le rhythme lourd des lavandires4 ,lentement et sans dcouvrir ses yeux1 le matre lui parla3 --,contempler distrait de vivre4 ,chaque matin1 je viens ici2 deux cents mtres bornent mon activit4 ,combien d'esprits naissent au bout du chemin2 et leur sentier tait termin qu'ils marchaient encore en lisire4 ,les canards balancs1 les gamins avec des gestes1 cancanaient sur la grve4 --,monsieur1 reprit-il avec solennit1 des jeunes hommes pour l'ordinaire m'entourent1 qui se font habiller ,londres par des tailleurs dont ils parlent la langue4 ,ils suivent mes promenades o me porte un non qui m'conomise une perte de chaleur prjudiciable l'activit crbrale4 ,voulez-vous m'accompagner aujourd'hui8 ,parmi les fleurs1 au pturage1 une bourrique selle se leva1 et cependant que de ses longs yeux1 doucement voils de cils1 elle inspectait le jeune homme mu1 sa plainte serpentait vers les cieux4 ,une belle nesse d'outre-,rhin1 et1 pour son moral1 je vous le garantis4 ,c'est en ces termes qu'un vtrinaire lui proposa cette acquisition4 ,un moral garanti6 ,jadis on dut beaucoup te battre4 ,que ne peux-tu entendre le matre1 tandis qu'il dtaille tes qualits et ton humour1 juch sur ton dos et te caressant le gras du col1 toi si modeste sous ta selle neuve1 le poil aimable1 les oreilles droites et circonspectes6 ,des gens courbs sur leurs champs se redressent2 ils abritent leurs yeux de la main1 et les plus ordinaires ricanent4 ,cependant le matre murmure3 --,tout est l2 rpandre les fleurs prfres sous les quarante ans de vie moyenne qu' notre majorit nous entreprmes4 ,satisfaisons nos apptits1 de quelque nom que les glorifie ou les invective le vulgaire4 ,je vous le dirai en confidence1 mon ami1 je n'aime plus gure cette heure que les viandes grilles vivement cuites et les dclamations un peu courtes4 ,heureux le monde1 s'il ne savait de passions plus envahissantes6444 ,un homme d'esprit se fait toujours quelque satisfaction1 ft-ce tre trs malheureux4 ,la rflexion est une bonne gymnastique1 de celles qui lassent le plus tard4 ,tter le pouls nos motions1 c'est un digne et suffisant emploi de la vie2 du moins faut-il que rien de l'extrieur ne vienne troubler cet apaisement3 ,ayez de l'argent et soyez considr4 ,la chaleur frmissait1 monotone1 dans le ciel bleu2 par la prairie rousse le jeune homme au coeur bondissant voyait la parole de son matre vaciller l'horizon connu2 et des fleurs que lui donna la jeune fille1 il chassait les mouches avides de cette frissonnante bourrique4 ,vous ftes sage1 bourrique1 cette heure4 ,un foss vous prsentait son herbe drue et son eau clatante que fendillent les gents4 ,vous arrttes leurs discours et votre marche2 vous saviez les habitudes1 la halte ombreuse1 le pain tir de la poche et qu'on se partage4 ,des paroles1 mme excellentes1 ne troublaient point votre judiciaire1 et les yeux discrtement ferms1 avec la longue figure d'un contemplateur qui ddaigne jusqu'aux mditations1 vous demeuriez entre eux deux1 remchant votre goter1 et vos longues oreilles d'argent dresses comme une symbolique bannire par-dessus leurs ttes inquites1 cependant que votre matre et le mien reprenait son enseignement3 99 99 99 99 99 ,je n'insisterai pas sur ces menus principes d'une enfantine simplicit et trs vieux4 ,vous voil install dans l'argent et la considration2 vous estimez honteux et le trait d'un barbare de brider votre naturel1 hormis parfois par raffinement2 vous assouvissez vos apptits1 vos vices et vos vertus les plus exasprs1 et le dernier de vos caprices se dtache de son objet comme la sangsue des chairs qui la gorgent et qui la tuent2 alors1 si vous ne gisez point dans la voiture des ramollis ou le cabanon des fous1 alors1 mon excellent ami1 comme s'exhale des roses un parfum1 un suffisant dgot des hommes et des femmes en vous se lvera4 ,des hommes d'abord1 car prs d'eux votre exprience s'instruisit de plus loin3 vous etes leur sottise pour compagne1 alors que vous grandissiez sous la brutalit des camarades et l'imbcillit des matres2 vous mpristes de suite la grossiret de leur fantaisie et la lourdeur de leurs bats2 vous rpugniez leurs plaisirs et au serrement de leurs mains gluantes2 mais le hasard lut quelques-uns vos amis4--,hlas6 outre qu'un si bel ouvrage1 chacun tirant soi1 se dchire toujours par quelque endroit1 dans une vie amie que puiser1 sinon les petitesses et les tracas qui dominent au fond de tous8 ,certes1 il est quelque agrment consoler et confesser autrui3 s'pancher aprs que l'on a bu4 ,mais pour ces fins rgals d'analyste1 faut-il tant d'appareil6 ,et le premier venu1 cette bourrique1 ne seraient-ils pas de suffisants prtextes dguster l'expansion1 cette tisane du noctambule8 ,ce qui est doux1 mystrieux et regrettable dans l'apptit d'amiti1 c'est les premiers moments qu'elle s'veille1 alors que les parties se connaissent peu et se prisent fort1 qu'elles sont encore polies et ne se piquent point de franchise4--,toutefois1 considrez ceci3 deux chiens se rencontrent2 ils s'abordent1 se flicitent1 s'inspectent1 et1 quand ils odorent leur gr1 les jeux commencent3 aimables indcences1 manger qu'on partage et qu'on se vole1 toutes les mulations2 puis1 lasss1 ils s'loignent vers leurs chenils ou des liaisons nouvelles4 ,je comprends que1 parmi les hommes1 la socit est un peu mle pour ce mode de vivre2 toutefois1 avec du tact et quelque judiciaire1 un galant homme saura tirer profit1 je pense1 de cette facile observation4 ,mais que sert de raisonner1 monsieur6 ,les fades sensibilits1 qui soupirent depuis des sicles au fond des consciences humaines1 ne se lassent pas sous les arguments que nous leur jetons comme des pierres aux grenouilles crpusculaires coassant dans la campagne4 ,a l'heure o la lune s'allume1 o les btes froces jadis assaillaient nos lointains aeux1 o nagure s'embuscadaient nos pres paraphant des alliances dans la chair des assassins1 cette heure toile qui frissonne du gmissement des fivreux et du perptuel soupir des amantes1 une langueur nous pntre1 un effroi de la solitude1 une lvation mystique et des dsirs assez vifs1--et s'avance pour triompher la femme4 ,celle-l nous tient plus longtemps que l'homme4 ,moins franchement personnelle1 plus reposante1 elle satisfait mieux notre gotisme4 ,et puis1 trs jeunes parlent les sens4 ,cela ne dure gure4 ,les sports1 quels qu'ils soient1 ne proposent aux intellectuels que l'occupation d'une heure oisive1 qu'un spcifique aux billements et aux nourritures chauffantes4 ,mais la reposante btise1 l'esprit tout extrieur 7la finesse d'un sourire attirant1 la douceur d'une voix inutile et qui caresse1 l'alanguissement souple et tide d'un corps qui se confie71 c'est ce qu'ignore le jeune mle et que ne peut oublier l'honnte homme affin et fatigu4 ,hlas6 quand il atteint cette maturit de savoir choisir ses baisers1 elles sont parties les petites jeunes et fraches1 dont le caprice est dlicieux1 car1 la navet et toute la virginit de coeur des amours pures1 elles joignent des sciences et des coquetteries dont la complaisance enchante l'homme sain1 le sage4 ,roses closes du matin 7prfrables au bouton orgueilleux et intact1 comme la fleur parfume d'essence1 soutenue d'acier et malgr tout dcourage71 les jeunes amantes ont de l'apptit1 une me amusante fleur de peau1 une pleur qui leur donne un caractre de passion2 et leur corps est frais4 tant gourmandes de sottises1 elles s'attachent la jeunesse4 ,quelque ,mridional bientt les entranera1 ravies et bondissantes1 vers des locaux tumultueux4--,trs vite l'homme chauve se lassera des caprices changeants1 cause des rveils trop froids et des soires dues1 cause aussi de la cuisine d'amour jamais humiliante et pareille1 cause des nuques perces de la lance et des jambes qui cotonnent4 ,nu d'amour et d'amiti1 il s'enfoncera plus avant dans la vie intellectuelle4 ,trs sec1 opulent et considr1 il connat alors la douceur de tendre son esprit vers la froide science qui grise et de contracter d'gostes jouissances son coeur et sa cervelle4 ,heures exquises et rapides o1 fort bien install1 l'on rve de ,baruch de ,spinoza qui1 lass de mditation1 sourit aux araignes dvorant des mouches1 et ne ddaigne pas d'aider la ncessit de souffrir1--o l'on assiste ,hypathie1 la servante de ,platon et d',homre1 trs vieille et trs pdante1--o l'on s'attendrit jusqu'aux pleurs et sur soi-mme devant l'immortel trsor des bibliothques4 ,peu peu1 jour sombre1 on se l'avoue3 tout est dit1 redit3 aucune ide qu'il ne soit honteux d'exprimer4 ,en sorte que cette constatation mme n'est qu'un lieu commun et cet enseignement une vieillerie suranne1 et que rien ne vaut que par la forme du dire4 ,et cette forme1 si belle que les plus parfaits des vritables dandies ont frissonn1 jusqu' la nvrosthnie1 de l'amour des phrases1 cette forme qui consolerait de vivre1 qui sait des alanguissements comme des caresses pour les douleurs1 des chuchotements et des nostalgies pour les tendresses et des sursauts d'hosannah pour nos triomphes rares1 cette beaut du verbe1 plastique et idale et dont il est dlicieux de se tourmenter1--on l'explique1 on la dmonte2 elle se fait d'pithtes1 de cadences que les sots apprennent presque1 dont ils jonglent et qu'ils avilissent2 et tout cela coeure la longue1 comme une liqueur trop douce1 comme la comdie d'amiti1 comme encore les baisers que probablement vous dsirez4444 99 99 99 99 99 7,une motion ridicule tenait la gorge le pauvre homme1 et son compagnon connut l'orgueil d'tre amer47 99 99 99 99 99 ,il se tut4 ,la brume tombait avec sa fracheur4 ,ils se levrent2 et tirant rudement la bourrique qui sommeillait1 il cria1 son bras tendu vers l'inconnu3 ,qu'importe6 ceux-l ont souffert que je raconte1 mais ils firent chanter leur indpendance les chansons qu'ils prfraient2 toute heure ils pouvaient s'isoler dans leur orgueil ou dans le nant3 leur vie fut telle qu'ils daignrent4 ,et je ne crois pas qu'un homme raisonnable hsite jamais mener les mmes expriences4 99 99 99 99 99 ,dans l'ombre plus paisse ils se htaient en silence4 ,lui flattait le garrot de la bourrique et mme1 s'tant pench1 il l'embrassa4 ,la bte approuvait de ses longues oreilles amicales et tous trois ils marchaient sous la lune apaisante4 ,la vieille domestique 7admirable de bon sens1 tout fait dans la tradition71 debout sur le chemin1 guettait le retour de son matre2 elle dit simplement3 ,vous n'tes gure raisonnables1 messieurs1 mais l'inquitude faisait trembler sa voix4 ,et peu aprs1 ils l'entendirent injurier la bourrique3 ,bte d',allemagne1 sac tristesse1 et des jurons1 je crois4 ,le matre s'interrompit pour sourire1 il haussa lgrement les paules1 en levant le bras4 ,non1 vraiment1 vieille judicieuse1 ces messieurs n'taient gure raisonnable4 99 99 99 99 99 ,et soulevant ses paupires1 il regarda le jeune homme qui s'tait laiss glisser terre4 ,peut-tre tant de lassitude l'effraya2 peut-tre dans ces yeux vit-il l'aube des jours nouveaux6 il lui frappa l'paule petits coups3 ,qui sait6--cela du moins nous fit passer une journe4--,d'ailleurs1 nos ides influent-elles sur nos actes8--,et quand nous savons si peu connatre nos actes1 pouvons-nous apprcier nos ides8--,attachons-nous l'unique ralit1 au ,moi4--,et moi1 alors que j'aurais tort et qu'il serait quelqu'un capable de gurir tous mes mpris1 pourquoi l'accueillerai-je8 ,j'en sais qui aiment leurs tortures et leur deuil1 qui n'ont que faire des charits de leurs frres et de la paix des religions2 leur orgueil se rjouit de reconnatre un monde sans couleurs1 sans parfums1 sans formes dans les idoles du vulgaire1 de repousser comme vaines toutes les dilections qui sduisent les enthousiastes et les faibles2 car ils ont la magnificence de leur me1 ce vaste charnier de l'univers4 ,c'tait une belle attitude1 dans le couchant du premier jour de cet adolescent qu'un homme chauve et trs renseign1 d'une voix grandie1 lui attestant par la poussire des traditions la dtresse d'tre1 et reniant le pass et l'avenir et la ,chimre elle-mme1 cause de ses ailes dcevantes4--,le jeune homme entrevit les luttes1 les hauts et les bas qui vacillent1 le troupeau des inconsquences2 une grande fatigue l'affaissait au dpart1 devant la prairie des foules4 ,et son me demeura parmi tant de dbris1 solitaire au foss de son premier chemin4 99 99 99 99 99 ,quand la jeune fille lui apparut-elle8 ,dans sa chevelure fleurissait toute une claire journe de prairie2 la tendresse de la lune nimbait l'clat de ses charmes2 ses paroles sonnaient comme une eau frache sur un front brlant4 --,pourquoi daignez-vous1 mon ami1 ternir vos yeux des ides qui planent et qui s'en vont8 ,nous autres dames1 nous allons plus vite et plus loin que vous2 o vous raisonnez1 nous pntrons d'un trait de notre coeur1 nous pensons si fin que des nuances familires nos mes chappent vos formules1 peut-tre mme nos soupirs4 --,ah6 dit-il1 l'interrompant et le coeur mu1 est-ce que vous existez donc1 vous1 mon amie6 et il sanglotait sur le sable4 --,cela dpend1 reprit l'enfant avec tranquillit1 mais tout d'abord1 puisque vous avez pntr les apparences et les convenances1 courez les oublier avec nous qui savons tre ignorantes4 ,nous respectons des voiles lgers1 qui n'entravent gure nos caprices2 nous ngligeons le triomphe ingnu de supprimer des ombres4 ,que des mes un peu paisses se dbattent avec le reflet de leur vulgarit2 vivons des enchantements qui n'existent pas4 ,viens nous enivrer parmi des fleurs inconnues2 dans mes bras te sourient des songes4 ,et s'il tait vrai que toutes choses eussent perdu leur ralit pour ta clairvoyance1 garde-toi de renoncer ou d'instituer en ton rve le mal et la laideur1 mais daigne dsirer pour qu'elles naissent1 les choses belles et les choses bonnes4 --,quoi1 dit-il1 relevant son visage lass1 aspirer quelque but6 n'est-ce pas oublier la sagesse8 --,assez cont de btises1 aujourd'hui6 fit-elle ingnument en se pendant au cou du jeune homme2 tu n'auras rien perdu si je t'apprends sourire4 ,pour tes dsirs1 mon cher enfant1 nous y veillerons plus tard1 et puisqu'il faut absolument ta faiblesse un matre1 daigne te guider dsormais sur mon inaltrable futilit4 99 99 99 99 99 ,et la main dans la main1 le jeune homme et la jeune femme s'acheminent vers l'horizon fuyant des montagnes bleues1 sous un ciel sombre constell de ptales de roses4 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,deuxi,,me 99 99 99 99 99 ,,concordance ,par luxure assurment et par dsir de paratre1 il fit le geste de l'amour quelquefois2 autant que leurs sources et son hygine s'y prtaient4 ,ces personnes dfaut d'urbanit de coeur n'offraient pas mme ces lenteurs de la politesse qui seules adoucissent les sparations4 ,frquemment donc il se chagrina4 99 99 99 99 99 ,et les soirs suivants1 jusqu' l'aube1 s'chauffant l'imagination1 il ennoblissait son aventure de symbolismes vagues et pntrants1 en sorte qu'elle devint digne de son dsir de se dsoler et de la niaiserie invitable de son ge4 99 99 99 99 99 ,,tendresse ,combien je t'aurais aim si je ne savais qu'il n'y a qu'un ,dieu4 ,l',,ar,,opagite4 ,c'est un baiser sur un miroir4 ,au soir1 une douce tideur emplit l'air violet o se turent enfin les oiseaux2 et parmi les saules1 au bord des tangs1 le jeune homme et la jeune femme s'illuminaient du soleil alangui sur l'horizon4 ,elle avait de longs cils1 des cheveux dnous1 des draperies flottantes et tous les charmes qui attirent les caresses4 ,et cependant que de sa baguette1 coups lgers1 elle soulevait en perles l'eau dormante1 son fin visage demi tourn souriait au jeune homme4 ,et lui1 couch parmi les rares fleurs1 il suivait avec nonchalance le reflet de son image balance sur les tangs4 99 99 99 99 99 ,alors1 sans crainte de froisser les petites branches de lavande1 elle s'agenouilla devant lui et le baisa doucement au front pour murmurer3 --,est-ce moi1 mon ami1 ou sont-ce vos penses que vous voulez accueillir cette heure8 ,daignez comprendre ce qui me plat parmi ces saules4 ,voulez-vous donc que je rougisse8 ,mais elle s'interrompit de sourire1 inquite de ce jeune homme si las1 devinant peut-tre qu'il contemplait l-bas1 plus loin que tout dsir1 le temple de la ,sagesse ternelle vers qui les plus nobles s'exaltent4 ,elle posa sa main dlicate sur les yeux du jeune homme4 --,ah6 dit-elle1 ne sais-tu pas que je suis faite pour qu'on m'aime8 ,et pourquoi faut-il donc que tu m'cartes1 pourquoi te peiner1 de mon sourire8 ,j'ai toujours vu que les hommes s'y complaisaient4 ,mais lui rpondit cette amoureuse1 avec une lgre fatigue3 --,ne connais-tu pas aussi ceux-l qui ddaignent vos frissons et n'ont pas souci de vos petites prunelles sous leurs paupires lourdes6 ,et comme elle ne rpondait point et qu'il craignait toute tristesse1 il leva les yeux de sa vague image balance sur l'eau1 pour regarder la jeune femme4 ,debout dans la lucidit de ce soir or et ros1--un oiseau comme une flche dans le ciel entrait1--d'un geste pur1 elle entr'ouvrit son manteau et rvla son corps dont la ligne tait franche1 la chair jeune et mate4 ,sa nudit et assailli tout autre2 ses fortes hanches de vierge exaltaient sur sa taille une gorge frache et rougissante4 ,mais le jeune homme se souleva pour atteindre les pans de la draperie envole dans la brise et1 l'ayant avec grce baise1 la ramena sur les charmes de la jeune femme4 ,il souriait et il disait3 --,j'aime les lentes tristesses1 mon amie2 passez-moi ce lger travers1 comme je vous pardonne vos yeux1 votre taille qui flchirait et toutes ces grces peut-tre inoubliables4 ,je sais que la petite ligne du sourire des femmes trouble la pense des sages et1 pour nous1 la nuance des nuages mme4 ,dans vos prunelles mon image serait plus agite qu'au miroir de ces tangs rafrachis par la brise4 ,elle se laissa glisser sur la grve et1 cachant contre lui son visage1 elle gmissait3 --,ah6 tu sais trop de choses avant les initiations4 ,je pense que tu coutas ce qui monte du pass1 et les morts t'auront mang le coeur4 ,veux-tu donc tre ma soeur1 toi qui pourrais me commander8 ,mais peut-tre t'inquites-tu par ignorance4 ,sache que mon corps est beau et que je dfie toutes les femmes4 ,et lui souriant de cette rvolte ingnue3 --,les femmes1 amie6 crains plutt ce dsir d'amour o je me pme malgr mon me4 ,sais-tu si nos baisers satisferaient cette agitation8 ,veuille ne pas jouer ainsi de mon repos2 prends garde que ton haleine n'veille mon coeur que nous ignorons4 ,mais vois donc que je suis las1 las avant l'effort et que j'ai peur4444 ,bercez1 calmez mes caprices1 amie1 et souffrez que je ne m'chappe pas moi-mme4 ,hlas6 cette musique plaintive mit une joie qui me gte sa tendresse aux lvres si fines et dans les cils trs longs de la jeune fille4 ,son oreille contre la poitrine du jeune homme guettait les battements de ce coeur4 ,crature charmante1 pouvait-elle savoir que c'est au front que bat la vie chez les lus4 ,parce que le sein du jeune homme palpitait1 elle bondit debout et1 frappant ses mains1 tandis que s'en volaient ses cheveux pars1 elle parpilla dans l'ombre son rire joyeux4 99 99 99 99 99 ,ils atteignirent lentement au sommet de la colline1 sous un ciel de lune rougissant4 ,ce profond paysage d'o affleuraient des branches raides et la plainte monotone des campagnes noyes dans la nuit1 fut-il si enchanteur1 ou leurs mes avaient-elles atteint ces quilibres furtifs que parfois ralisent deux illusions entrelaces2 brlaient-elles de cette ardeur intime qui vaporise toute inquitude8 ,qu'importe le mot de leur fivre dvorante6 ,parmi cette tendresse du soir1 sur les gazons onctueux1 dans le silence pntrant et la fracheur fconde1 la mme allgresse1 en leurs poitrines allges d'un mme poids1 rhythmait leurs penses et leur sang2 et c'est ainsi qu'tendus cte cte1 sans se mouvoir1 sans un soupir1 yeux perdus dans la nuit d'argent que toujours on regrettera sous la pluie dore de midi1 ils ne furent plus qu'un frissonnement du bonheur impersonnel4--,nuances des musiques trs lointaines qui fondez les plus tnues subtilits6 limites o notre vie qui va s'affaisser dj ne se connat plus6 seules peut-tre effleurez-vous la douceur mystique de toutes ces choses oublies4 ,et lui1 le premier1 murmura3 ,ai-je raison de me croire heureux8 ,la jeune femme se souleva1 ses seins peut-tre haletaient faiblement4 ,un rais de lune caressait le jeune homme et deux fleurs fanes se penchaient comme des yeux mi-clos sur son visage4 ,elle n'avait jamais vu tant de noblesse qu'en cette lassitude prcoce4 ,a cette minute il semble qu'elle se troubla de cette pleur et de ces lignes inquites4 ,absente1 elle pronona ce mot1 si vulgaire3 ,que vous tes joli1 mon amour6 ,alors soudain il eut au coeur une flure lgre1 la premire flure d'amour1 par o s'enfuit le parfum de sa flicit1 et se relevant1 il froissa les deux fleurs4 --,ah6 combien je le prvoyais6 vous daignez goter quelques formes o j'habite1 et jamais vous n'atteindrez m'aimer moi-mme1 car votre caprice peut-tre ne souponne mme pas sous mes apparences mon me4 ,ah6 mon incertaine beaut qui n'est qu'un reflet de votre jeunesse6 ma parole1 ce masque que ne peut rejeter ma pense6 mes incertitudes1 o trbuche mon lan6 tous ces sentiers que je pitine6 tout ce vestiaire1 c'est donc vers cela que tu soupirais1 pauvre me8 ,et une rougeur avivait son teint dlicat4 ,pouvait-elle comprendre6 ,elle attira doucement la tte du jeune homme sur son sein2 elle posa sa main un peu tide sur les yeux de l'adolescent1 et doucement elle le berait2 en sorte qu'il cessa de se plaindre comme un enfant qui se rchauffe et qui s'endort4444 ,puis il entrevit peut-tre ce temple de la sagesse qui fait la nostalgie des fronts les plus nobles sous les baisers4444 ,la jeune femme1 ayant cueilli les fleurs qu'il avait brises1 les plaa dans sa chevelure2 et ces frles mortes faisaient la plus touchante parure qu'une amoureuse et jamais pour se faire aimer4 ,tel tait son charme1 et si pur l'ovale de sa figure parmi ses cheveux drouls et fleuris1 si fine la ligne de sa bouche1 si subtile la caresse des cils sur ses yeux1 que le jeune homme ne sut plus que penser elle4 ,mais un malaise1 un regret informe de la solitude flottait en son me tandis qu'ils descendaient vers la valle4 ,et comme il tait mu il jugea bon de se rvler a son amie4 99 99 99 99 99 --,mon me1 disait-il1 ces lgendes o notre mmoire rsume la vie des plus passionns1 ce sentiment qui m'entrane vers toi1 et mme l'inexprimable douceur de tes attitudes1 toutes ces dlicatesses1 les plus raffines que nous puissions connatre1 ne sont que frivoles papillons dont use l',ide pour dpister les poursuites vulgaires4 ,ma lassitude1 qui t'tonna1 se complat sourire de ces furtives apparences et tressaillir du frlement de l',inconnu4 ,j'aime aspirer vers ,celui que je ne connais pas4 ,il ne me tentera plus le sourire fleuri des sentiers qui s'enfuient1 du jour qu'au travers du chemin mon dsir aura ramass son objet4 ,et puisque mon plaisir est d'aimer uniquement l'irrel1 ne puis-je dire1 mon amie1 que je possde l'immuable et l'absolu1 moi qui rduisis tout mon tre l'espoir d'une chose qui jamais ne sera4 ,comprends donc mon effroi4 ,je ne crains pas que tu me domines3 obir1 c'est encore la paix2 mais peut-tre fausseras-tu1 me donner trop de bonheur1 le dlicat appareil de mon rve6 ,ta beaut est charmante et robuste1 pargne mes contemplations4 ,que j'aie sur tes jeunes seins un tendre oreiller mes lassitudes1 un doux sentiment jamais dfleuri1 pareil ces affections dj anciennes qui sont plus indulgentes peut-tre que le miel des dbuts et dont la paisible fadeur est touchante comme ces deux fleurs fanes en tes cheveux4 ,et l'un prs de l'autre1 souriant la tristesse1 et souriant de notre bonheur mme1 fugitifs parmi toutes ces choses fugitives1 nous saurions nous complaire1 sans vulgaire abandon ni raideur1 contempler la thorie des ides qui passent1 froides et blanches et peut-tre illusoires aussi1 dans le ciel mort de nos dsirs2 et parmi elles serait l'amour2 et si tu veux1 mon me1 nous aurons un culte plus spcial et des formules familires pour voquer les illustres amours1 celles de l'histoire et celles1 plus douces encore1 qu'on imagine2 en sorte qu'aimant l'un et l'autre les plus parfaits des impossibles amants1 nous croirons nous aimer nous-mmes4 99 99 99 99 99 ,la chevelure de la jeune femme1 souleve par le vent1 vint baiser la bouche du jeune homme1 et cette odeur continuait si harmonieusement sa pense qu'il se tut1 impuissant saisir ses propres subtilits2 et seule la fracheur1 o soupiraient les fleurs du soir1 n'et pas froiss la dlicatesse de son rve4 ,l'enfant si belle1 n'ayant d'autre guide que la logique de son coeur1 se perdait parmi toutes ces choses2 et peut-tre s'tonnait-elle1 tant jeune et de bonne sant4 ,ah6 ce sable qui gmissait sous leurs pieds dans la valle silencieuse1 pourra-t-il jamais l'oublier8 ,dans cette volupt1 un gosme presque mchant l'isolait peu peu2 jamais sa solitude ne l'avait fait si seul4 et l1 sous les palmes noires1 des groupes obscurs s'enlaaient1 et il rougit soudain songer que peut-tre son sentiment n'tait pas unique au monde4 ,mais la jeune fille l'entranait2 lgre parmi ses draperies et ses cheveux indiqus dans le vent1 elle courait au bosquet qu'clairent violemment les chansons et le vin4 ,sous des arbres trs durs1 sous des torches noires et rouges vacillantes1 dans un cercle de parieurs gesticulants1 deux lutteurs s'enlaaient4 ,d'une beaut choquante1 ils roulrent enfin parmi le tumulte4 ,alors les fleurs dlicates de ses cheveux1 elle les jeta contre la poitrine puissante du vainqueur4444--,au reproche du jeune homme1 elle rpondit sans mme le regarder1 ,dieu sait pourquoi3 ,j'adore la gymnastique4 ,d'une grce un peu exagre1 elle n'en tait que plus mouvante4 ,il s'loigna1 et le souci de paratre indiffrent ne lui laissait pas le loisir de souffrir4 ,puis la douleur brutalement l'assaillit4 ,comment avait-il os cette chose irrparable1 peut-tre briser son bonheur8 ,d'o lui venait cette nergie se perdre8--,il fut choqu de passer en arguties les premires minutes d'une angoisse inconnue4--,mais sa douleur est donc une joie1 une curiosit pour une partie de lui-mme1 qu'il se reproche de l'oublier8--,en effet1 il est fier de devenir une portion d'homme nouveau4--,il se perdait ces ddoublements4 ,sa souffrance pleurait et sa tte se vidait rflchir4 ,une tristesse dcourage runit enfin et assouvit les diffrentes mes qu'il se sentait4 ,il comprit qu'il tait sali parce qu'il s'tait abaiss penser autrui4 ,balanant ses bras dans la nuit1 sans but1 il rva de la douceur d'tre deux4 ,et1 pench sur la plaine1 il cherchait la jeune fille4 ,il l'entrevit debout parmi des hommes4 ,cette pense lui fut une sensation si complte de sa douleur1 qu'il atteignit cette sorte de joie du fivreux enfin seul1 grelottant sous ses couvertures4 ,dans l'obscurit1 soudain il s'entendit ricaner1 et1 au bout de quelques minutes1 il songea que les morts1 ceux-l mmes qui lui avaient mang le coeur1 comme elle disait1 riaient en lui de son angoisse4 ,ah6 maudit soit le mouvement d'orgueil qui lui fit le bonheur impossible6 ,et toute la montagne1 les arbres1 les nuages l'enveloppaient1 rptant ce mot ,jamais qui barrera sa vie4--,combien de temps durrent ces choses8 ,il crut sentir sur ses joues la caresse des cils trs longs1 et il se leva brusquement1 le cou serr4 ,seules des larmes glissaient sur son visage4 99 99 99 99 99 ,et je ne sais s'il s'aperut qu'il gravissait vers le temple de la ,sagesse ternelle4 99 99 99 99 99 ,le soleil chassait les langueurs de l'horizon quand le jeune homme releva son front1 rafrachi par l'ombre du temple et le frisson des hymnes4 ,ces ternelles sacrifies1 les mres et les amoureuses1 et les blmes enfants un peu morts1 de qui les pres escomptrent la vie pour animer une formule1 toutes les victimes des gosmes suprieurs1 transverberes de ces flches glorieuses qui sont les penses des sages1 gisaient sur les parvis du lieu que nous rvons4--,lui1 porteur du signe d'lection1 il pntra dans le ,temple4 ,l1 jamais ne s'exalte la vigueur du soleil1 ne s'alanguit l'astre sentimental2 une froide clart stagnante est pandue sur la foule des sages que roule le fleuve des contradictions2 et ce flot immmorial effrite les groupes cramponns des convictions diverses2 il spare et il joint2 il brise ceux-l qui se dchirent pour aider l',idal1 il ballotte les plus nobles qui s'abandonnent et sourient1 il jette tous les rivages des systmes1 des loquences et des crnes fls2 parfois une certitude1 comme une furtive cume sur la vague1 apparat pour disparatre4 ,toutes ces choses sont l'orgueil de l'humanit2 une incomparable harmonie s'en dgage pour les amateurs4 99 99 99 99 99 ,et sa douleur reconnut en ces tnbres la brume de son me3 ce tumulte n'tait que l'cho grandi de la plainte qui1 goutte goutte1 murmurait en son coeur4 99 99 99 99 99 ,comme des spirales de vapeur qui nous baignent et s'effacent et renaissent1 la monotone subtilit de son regret tournoyait en sa tte fivreuse4 ,qu'ils sont noirs tes cils sur ton visage mat6 ,comme ta bouche sourit doucement6 ,qu'il flotte toujours1 le rve de ton corps et de ta gorge troite qui me torture6 ,ah6 notre tendresse souille6 ,affaiss dans le couchant de son souvenir1 voquant les senteurs affaiblies de ce sable humide qui criait jadis sous leurs pas1 il revcut les nuances de sa tendresse dans la lamentation sculaire des sages4 ,tous poussaient grands cris dans le mange des penses domestiques par les anctres1 mais son regard ne se plaisait que sur les plus suranns qui1 ttus de complexits1 coquettent avec les mystres et sur ces sages lgers qui pivotent sur leurs talons et1 sachant sourire1 ignorent parfois la patience de comprendre4 ,l'esprit humain1 avec ses attitudes diverses1 tout autour de lui moutonnait de telles profondeurs1 qu'un vertige et des cercles oiseux l'incommodrent4 --,suprme fleur de toutes ces cultures1 l'hritier d'une telle sagesse1 tendu sur le dos1 billait4 ,sa jeunesse comprit les suprmes assoupissements et combien tout est gesticulation4 ,flottantes images de ce bonheur6 ,nos mots qui sont des empreintes d'efforts voqueraient-ils la furtive flicit de cette me en dissolution1 heureuse parce qu'elle ne sentait que le moins possible6444 99 99 99 99 99 ,mais le prtexte de notre moi1 sa chair1 si lasse que son rve fuyait travers elle pour communier au rve de tous1 se souvint pourtant des souillures de la femme et rentra par des frissons dans la ralit familire4 ,il ne pouvait chasser de lui cette femme fugitive4 ,lui-mme tenait trop de place en soi pour qu'y pt entrer l',absolu4 ,est-il parmi le troupeau des contradictions qui l'entourent1 le mot qui fera sa vie une8 ,les plus absorbantes douceurs qu'il et connues ne venaient-elles pas de l'amour8 ,or1 son amour1 il l'avait fait lui-mme et de sa substance3 il aimait de cette faon1 parce qu'il tait lui1 et tous les caractres de sa tendresse venaient de lui1 non de l'objet o il la dispensait4 ,ds lors pourquoi s'en tenir cette femme dont il souffrait parce qu'elle tait changeante8 ,ne peut-il la remplacer1 et d'aprs cette crature borne qui n'avait pas su porter les illusions brillantes dont il la vtait1 se crer une image fminine1 fine et douce1 et qui tressaillerait en lui1 et qui serait lui4 99 99 99 99 99 ,c'est ainsi qu'il vcut dsormais parmi la strile mlope de tous ces sages1 extasi en face la bien-aime1 aussi belle1 mais plus rveuse que son infidle4 ,elle avait1 sous les cils trs longs1 l'clatante tendresse de ses prunelles1 et sa bouche imposait dans l'ovale de sa figure parfois voile de cheveux4 ,il reposait ses yeux dans les yeux de son amante1 et quand1 semblable aux vierges impossibles1 elle baissait ses paupires bleutres1 il voyait encore leur douce flamme transparatre4 ,il s'agenouilla devant cette dame bnie et jamais extase ne fut plus affaisse que les murmures de cet amour4 ,de son me1 comme d'un encensoir la fume1 s'chappait le corps diaphane et presque nu de l'amante1 si dlicate avec ses hanches exquises1 son troite poitrine aigu et sur ses joues l'ombre des cils4 ,frle apparition6 dans ce nimbe de vapeurs lgres1 elle semblait un chant trs bas1 la monotone litanie des perfections des amours vaines1 l'odeur attnue d'une fleur lointaine1 le soupir de douleur lgre qui se dissipe en haleine4 99 99 99 99 99 ,o mon me1 enseignez-moi si je souffre ou si je crois souffrir1 car aprs tant de rves je ne puis le savoir4 ,suis-je n ou me suis-je cr8 ,ah6 ces incertitudes qui flottent devant l'oeil pour avoir trop fix6 ,j'ose ddaigner la vie et ses apparences qu'elle droule auprs de mes sens4 ,le pass1 je me suis soustrait ses traditions ds mes premiers balbutiements4 ,l'avenir1 je me refuse le crer1 lui qui1 hier encore1 palpitait en moi au souvenir d'une femme4 ,de mes souvenirs et de mes espoirs1 je compose des vers incomparables4 ,j'appris de nos pres que les couleurs1 les parfums1 les vertus1 tout ce qui charme n'est qu'un tremblement que fait le petit souffle de nos dsirs2 et comme eux turent dj l'tre1 je tuai mme le dsir d'tre4 ,l'harmonie o j'atteins ne me survivra pas4 ,j'aime parce qu'il me plat d'aimer et c'est moi seul que j'aime1 pour le parfum fminin de mon me4 ,ah6 qu'elle vienne aujourd'hui la femme6 je dfie ses charmes imparfaits4 99 99 99 99 99 ,alors un doux murmure1 le bruissement des voiles d'une vierge sur l'admiration des humbles prosterns glissa des parvis du temple dont les portes s'cartrent lentement4 ,et comme la beaut est une sagesse encore1 dfie1 sur le seuil elle apparut4 ,son bras lger au-dessus de sa tte s'appuyait avec grce aux colonnades1 tandis que le charme de sa jeune gorge s'panouissait4 ,des arbres rares1 un pan du ciel1 tout l'univers se rsumait au loin la hauteur de ses petits pieds4 ,si frle1 elle emplissait tout ce paysage1 en sorte que les fleuves1 les peupliers et les peuples n'taient plus que des lignes menues1 et au-dessus d'elle il voyait l'idal l'approuver4 ,le soir bleutre descendait sur les campagnes4 99 99 99 99 99 ,un grand trouble1 comme un coup de vent1 emporta l'me du jeune homme4 ,et son coeur se gonfla de larmes et de joie4 ,il entendit un tumulte de tout le temple devant cette invasion des problmes2 et son moi redoublait sentir la terreur de tous1 en sorte qu'il n'essaya point de lutter4 ,les yeux clos et le cou bondissant1 comme si sa vie s'puisait vers la bien-aime1 il attendit2 et ses bras se tendaient vers elle1 indcis comme un balbutiement4444 ,il frissonnait de cette haleine lgre et de tous les frlements un peu tides oublis4 ,elle caressait maintenant ses seins nus contre ce coeur1 vritable petit animal d'amour1 ingnue et nerveuse1 avec son regard bleu1 en sorte qu'il murmura bris3 ,fais-moi la piti de permettre que je ne t'aime point4 ,et peut-tre et-il prfr qu'elle l'aimt4 ,mais elle le considrait avec curiosit et quoi qu'elle ne comprt gure1 son sourire triomphait2 puis elle rit dans ce lourd silence1 de ce rire incomprhensible qu'elle eut toujours4 ,alors1 soudain1 pleine main1 il repousse les petits seins striles de cette femme4 ,elle chancelle1 presque nue1 ses bras ronds et fermes battent l'air2 et dans le bruit triomphal de la sagesse sauve1 au travers du temple acclamant le hros1 sous les bras indigns1 rapide et courbe1 elle sortit4 ,jamais elle ne lui fut plus dlicieuse qu' cette heure1 vaincue et sous ses longs cheveux4 99 99 99 99 99 ,et les sages d'un mme sursaut1 dlivrs1 droulrent l'hymne du renoncement1 la banalit des soirs alanguis et l'amertume des lvres qu'on essuie1 la houle des baisers1 leurs frissons qu'il est malsain mme de maudire1 leurs fadeurs et toutes nos misres affaires4 ,puis ils rpandirent comme une rose les merveilles de demain1 de ce sicle dlicat et somnolent o des rveurs aux gestes doux1 avec bienveillance1 subissant une vie peine vivante1 s'carteront des rformateurs et autres belles mes1 comme de voluptueuses striles qui gesticulent aux carrefours1 et dlaissant toutes les hymnes1 ignoreront tous les martyrs4 ,il leva doucement le bras puis le laissa retomber4 ,que lui importait le sort de la caravane1 pass l'horizon de sa vie6 ,peut-tre s'tait-il convaincu que tant de querelles la passion tournoyent comme une paille dans une seconde d'motion6 ,il les quitta4 ,que la strile ordonnance de leurs cantiques se droule ternellement6 99 99 99 99 99 ,aux appels de son amant la jeune femme ne se retourna point4 ,elle disparut sous les feuillages entre les troncs clatants des bouleaux4 ,elle ne daignait mme pas souponner ces bras suppliants et ces dsirs4 ,il parut au jeune homme que leur distance augmentait2 peut-tre seulement son coeur tait-il froiss4 ,il reconnut l'univers2 il sentit une allgresse1 mais allait-il encore vivre vis--vis de soi-mme6 ,une sorte de fivre le releva1 il eut un lan vers l'action1 l'nergie1 il aspirait l'hrosme pour s'affirmer sa volont4 99 99 99 99 99 ,vers le soir il atteignit le sable des tangs1 et parmi les saules1 au bord de ces miroirs1 il regarda la nuit descendre sur la campagne4 ,l-bas apparut cette forme amoureuse1 souvenir qui vacille au bord de la mmoire et qui n'a plus de nom2 dans un nuage vague elle se fit indistincte1 comme un dsir s'apaise4 ,il n'avait tant march que pour revenir cette petite plage o naquit sa tendresse4 ,son coeur tait bout4 ,il savait que la vie peut tre dlicieuse2 il renona rver avec elle au bois des citronniers de l'amour et cela seul lui et souri4 ,ses mditations familires lui faisaient horreur comme une plaine de glace dj raye de ses patins4 ,il billa lgrement1 sourit de soi-mme1 puis dsira pleurer4 ,du doigt1 il traa sur la grve quelques rapides caractres4 ,la brise qui rafrachissait son me effaa ces traits lgers4-- ,cette lgende est vraiment de celles qui sont crites sur le sable4 99 99 99 99 99 ,tout de son long tendu1 les yeux fatigus par le couchant1 seul et lass1 il parut regarder en soi4444 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,troisi,,me 99 99 99 99 99 ,,concordance ,a vingt ans1 il sentait comme dix-huit1 mais il tait tudiant et sa table d'hte 7celle des officiers cent francs par mois7 mangeait mieux qu'au lyce2 en outre il pouvait s'isoler4 ,l'usage de la solitude et une nourriture tonique augmentrent sa force de raction4 ,les lments divers qui taient en lui3 #a culture d'un lycen qui a pass son baccalaurat en #ahhj2 #b exprience du dgot que donnent une me fine la cuistrerie des matres1 la grossiret des camarades1 l'obscnit des distractions2 #c dsir et noblesse idale1 aboutirent au rve4 ,en frissonnant1 il s'enfonait dans cette faon de rve scolaire et sentimental o l'on retrouvera juxtaposes de confuses aspirations idalistes1 des tendresses sans emploi et de l'cret4 ,en vrit1 ceux qui se retournent avec ferveur vers des images d'outre-tombe ne tmoignent-ils pas qu'ils sont mcontents de leurs contemporains1 chauffs de quelque sentiment intime1 inassouvi8 99 99 99 99 99 ,d,,sint,,ressement ,toujours triste1 ,amaryllis6 les jeunes hommes t'auraient-ils dlaisse1 tes fleurs seraient-elles fanes ou tes parfums vanouis8 ,atys1 l'enfant divin1 te lasserait-il dj de ses vaines caresses8 ,amaryllis1 souhaite quelque objet1 un dieu ou un bijou2 souhaite tout1 hors l'amour1 o je suis dsormais impuissant2--encore1 que ne pourrait un sourire de celle que chrit ,aphrodite6 ,ainsi ,lucius raillait doucement ,amaryllis1 la trs jeune courtisane1 aux yeux et aux cheveux d'une clart d'or1 tandis que glissait la barque sur le bleu canal1 parmi les nnuphars bruissants4 ,trs bas sur leurs ttes1 les arbres en berceau se mirent1 sans un frisson1 dans l'eau profonde4 ,la rive s'enorgueillit de ses molles villas1 de ses forts d'orangers et de sa quitude4 ,entre les branches vertes1 apparat par instant le marbre vieil ivoire des dieux qui semblent de leurs attitudes immuables ddaigner les discours changeants de la facile ,orientale et de son sceptique ami4--,au loin1 ple ligne rose fondant sous la chaleur1 les montagnes1 refuges des solitaires et des btes froces1 troublaient seules la rverie de ce ciel4 99 99 99 99 99 ,mais dj on approchait de la plage o1 mollement couche sous la caresse des flots et des brises1 la ville tend ses bras sur l'ocan et semble appeler l'univers entier dans sa couche parfume et fivreuse1 pour aider l'agonie d'un monde et la formation des sicles nouveaux4 ,avec une grce lasse1 ,amaryllis reposait sur des coussins de soie blanche4 ,son lourd manteau d'argent cass semblait voluptueusement blesser son corps souple4 ,ses bras ronds veins de bleu couronnaient son visage de vierge qui trouble les adolescents1 et de sa faible voix trs harmonieuse3 --,riez1 ,lucius1 riez4 ,si quelqu'un des mortels pouvait dissiper mon ennui1 c'est toi qu'irait mon espoir4 ,tu as aim1 ,lucius1 on le dit1 tu pleuras prs des couches trop pleines4 ,tu t'es lass du rire de la femme2 comprends donc que je me dsespre du perptuel soupir des hommes4 ,je suis jeune et je suis belle et je m'ennuie1 ,lucius4 ,les divines tendresses d',atys1 les inquitants mystres d',isis et la grandeur de ,serapis n'apaisent pas mes longs dsirs2 or je sais trop ce qu'est ,aphrodite pour daigner me tourner vers elle4 ,c'est par moi que nat l'amour1 et je sais ses souffrances et qu'elles lassent1 car gmir mme devient une habitude4 ,je suis une ,syrienne1 la fille d'une affranchie qui prophtisait2 tu es un ,romain1 presque un ,hellne1 tu sais railler1 ,lucius1 mais il serait plus doux et plus rare de pouvoir consoler4 ,debout contre la rampe du baldaquin pourpre et noir1 le ,romain jouait avec les glands d'or de sa tunique de soie jaune4 ,l'lgance de ses mouvements rvlait l'usage et la fatigue de vivre pleinement4 ,il vitait les mots srieux qui sont maussades3 --,amaryllis1 disait-il1 laisse-moi m'tonner qu'un si petit coeur puisse tant souffrir et qu'il tienne de telles curiosits sous un front gracieux si troit4 ,tu as de jeunes et riches amants1 des philosophes et mme des singes qui font rire4 ,pourquoi dsirer des dieux et des choses innommes6 99 99 99 99 99 ,sous la soie bleutre de sa tunique transparaissait le corps tant ador de la jeune femme encadr de brocart4 ,ses doigts effils jouaient avec la bulle de cristal jauntre1 o sa mre jadis enferma les conjurations4 ,on n'entendait que le bruissement de l'eau contre la barque2 de loin en loin sautait un poisson avec le rapide clat d'argent de son ventre4 ,mais seul un souffle triste agitait le coeur meurtri de l'enfant4 --,quel mime1 quel thaumaturge1 quel temple visitera aujourd'hui notre chre ,amaryllis8 ,je la conduirai selon ses dsirs avant de me rendre au ,serapeum4 --,athn vous convoque aujourd'hui8 interrogea1 en se soulevant et d'une voix rveille1 la jeune femme4 ,athn6 on dit qu'elle sait les choses et des dieux la protgent4 ,une fois que j'tais couronne de fleurs et de jeunes amants1 comme on sort d'une fte de nuit1 je l'ai vue sur les tours de ,serapeum1 extasie et en robe blanche4 ,mes amis l'acclamrent et je ne fus pas jalouse1 puisqu'elle est une divinit chaste4 ,alors survinrent pour la huer ces hommes qui adorent un crucifi et possdent toute certitude4 ,au-dessus d'elle la lune plissait1 plus lointaine chaque insulte2 mais eux taient tremps du soleil levant comme du sang de la victoire et je pense que c'est un prsage4 ,comment subjugue-t-elle les mes8 ,est-elle donc plus belle que moi8 ,elle pourrait gurir mon chagrin4 --,tu rves toujours1 ,amaryllis1 et tes rves te gtent ta vie4 ,daigne sourire1 ma chre ,lydienne1 et contre ton baiser viendront se briser les faibles et dpouiller leurs dernires illusions les forts4 ,jouis de l'heure qui passe1 des caresses des plus jeunes et de l'amiti de ceux qui sont las1 et laissons vivre du pass la vierge du ,serapeum4 ,et s'tant inclin1 il serrait la main d',amaryllis entre ses doigts4 ,mais elle se mit pleurer4 --,au nom de nos plaisirs que tu te rappelles1 par l'amour que tu avais de mes petites fossettes1 par ta haine des chrtiens qui seuls me rsistent1 par mes larmes qui me rendront laide1 ,lucius1 mne-moi chez ,athn4 ,le jeune homme la soutint dans ses bras et s'agenouillant devant elle3 --,le sort1 lui dit-il1 t'avait donn un corps sain et beau4 ,faut-il y introduire la pense qui dforme tout6 ,mais comme elle ne cessait de gmir et que les pleurs d'une femme attristent les plus belles journes3 --,soit1 ,amaryllis1 souris et donne-moi la main pour que nous allions vers ,athn et que je te mne comme un jeune disciple4 99 99 99 99 99 ,l'enfant releva la tte4 ,un sourire joyeux clairait son fin visage tandis qu'elle rparait l'appareil de sa beaut4 ,les avirons se turent1 et contre la rive o circulait tout un peuple1 un faible choc secoua la barque4 99 99 99 99 99 ,au ,serapeum1 dit-elle avec orgueil4 ,dans une litire1 l'ombre des colonnades1 ils avanaient lentement parmi toutes les races parfumes de cet ,orient1 que rehaussent les plus curieuses prostitutions de la femme et des jeunes hommes4 ,soudain1 au dtour d'une rue1 ils rencontrrent une populace hurlante1 de figures froces et enthousiastes3 chrtiens qui couraient assommer les ,juifs4 ,la courtisane1 tremblante1 penchait malgr elle son fin visage hors des draperies1 et dans le ruissellement de sa chevelure dore elle cherchait1 en souriant un peu1 le regard de ,lucius4 ,alors du milieu de ce torrent1 un homme qui les dominait tous de sa taille et de ses excitations lui cria3 --,la femme des banquets ira pleurer au temple6 le dieu est venu dont le baiser dlivre des caresses de l'homme6 99 99 99 99 99 ,et tous disparurent par les rues sinueuses vers les massacres4 99 99 99 99 99 ,avec la triple couronne de ses galeries effrites et les cent marches croulantes de son escalier1 le ,serapeum dominait la ville1 ses splendeurs1 ses luxures et tous ses fanatismes4 ,sur ses murs djoints fleurissaient des cpriers sauvages4 ,mais il apparaissait comme le tombeau d',hellas4 ,les images des gloires anciennes et plus de sept cent mille volumes l'emplissaient4 ,ces nobles reliques vivaient de la pit d'une auguste vierge1 ,athn1 pareille notre sensibilit froisse qui se retire dans sa tour d'ivoire4 ,elle avait hrit des enseignements1 et chaque semaine elle runissait les ,hellnes4 ,elle soutenait dans ces esprits1 exils de leur sicle et de leur patrie1 la dignit de penser et le courage de se souvenir4 ,ceux-l mme l'aimaient qui ne la pouvaient comprendre4 ,dans la grande salle1 pave de mosaques clatantes et tapisse des penses humaines1 ,athn1 qu'entouraient des ,romains1 des ,grecs1 beaucoup de lents vieillards et quelques lgantes amoureuses des beaux diseurs et des jolies paroles1 semblait une jeune souveraine2 ses yeux et tous ses mouvements taient harmonieux et calmes4 99 99 99 99 99 ,suivie de ,lucius1 ,amaryllis entra pleine de trouble et de charme4 ,la vierge les accueillit avec simplicit4 --,tu es belle1 ,amaryllis1 il convient donc que tu sois des ntres4 ,tu connatras ce que fut la ,grce1 ses portiques sous un ciel bleu1 ses bois d'oliviers toujours verts et que berait l'haleine des dieux1 la joie qui baignait les corps et les esprits sains1 et ton coeur mobile comprendra l'harmonie des dsirs et de la vie4 ,plotin1 qui les dieux se confirent1 avait coutume de dire3 ,o l'amour a pass1 l'intelligence n'a que faire4 ,amaryllis1 en toi ,kypris habita1 prends place au milieu de nous1 comme une soeur digne d'tre coute4 --,l'amour1 ,athn1 dit un jeune homme1 est-ce bien toi qui le salue8 ,elle ddaigna d'entendre ce suppliant reproche1 et fit signe qu'elle avait cess de parler4 99 99 99 99 99 ,un orateur communiqua de tristes renseignements sur les progrs de la secte chrtienne1 qui prtend imposer ses convictions1 sur le discrdit des temples indulgents et le dlaissement des hautes traditions4 ,il voqua le tableau sinistre des plaines o mourut un empereur philosophe parmi les lgions consternes4 ,il dit ta gloire1 ,julien1 ple figure d'assassin au guet-apens des religions2 tu sortais d',alexandrie1 et tu t'honoras du manteau des sages sous la pourpre des triomphateurs2 tu sus railler1 quand tous les hommes comme des femmes pleuraient2 au milieu des flots de menaces et de supplications qui battaient ton trne1 tu connus les belles phrases et les hautes penses qui ddaignent de s'agenouiller4 ,tous applaudirent cette glorification de leur frre couronn1 et quand le vieillard1 grandi par son sujet1 salua de termes anciens et magnifiques ceux qui meurent pour la paix du monde devant les barbares1 et ceux-l1 plus nobles encore1 qui combattent pour l'indpendance de l'esprit et le culte des tombeaux1 tous1 les femmes et les hommes1 les jeunes gens que grise le sang et ceux qui tremblent de froid1 se levrent1 glorifiant l'orateur et le nom de ,julien1 et dclarant tout d'une voix que le discours fameux de ,pricls avait t une fois gal4 ,l'orateur tait vieux1 il ne sut s'arrter4 99 99 99 99 99 --,laissez1 disait un pote1 laissez agir les dieux et la posie1 nous triompherons de la populace comme1 jadis1 nos pres1 de tous les barbares4 ,quelques-uns de leurs chefs ne sont-ils pas des ntres8 --,moi1 je vous dis1 interrompit un ,romain1 ancien chef de lgion1 que leurs chefs ne peuvent rien1 je dis que tous vous aimez et comprenez trop de choses1 que la foule vous hait1 comme elle hait le ,serapis pour ce qu'elle l'ignore1 et que si vous n'agissez en barbares1 ces barbares vous craseront4 ,un murmure s'leva1 et des femmes voilrent leur visage4 ,cependant ,amaryllis disait aux jeunes hommes d'une voix chantante et assez basse3 --,nous sommes des ,hellnes d'orgueil1 mais o va notre coeur8 ,de ,phrygie1 de ,phnicie nous vinrent ,adonis que les femmes rveillent avec des baisers1 ,isis qui rgnait et la grande ,artmis d',ephse1 qui fut toujours bonne4 ,d',orient encore nous viennent les amulettes1 et les noms de leurs dieux1 tant plus anciens1 plaisent davantage la divinit4 ,un autre se rcitait des idylles1 et une douce joie inondait son visage4 99 99 99 99 99 ,l'ombre maintenant envahissait la salle4 ,par les portes ouvertes des terrasses un peu d'air pntrait4 ,sur la mosaque1 les jeunes hommes tranrent leurs escabeaux d'bne prs des coussins des femmes4 ,la ligne sombre des armoires encadrait la soie et les brocarts2 les fresques s'teignaient1 plus religieuses dans ce demi-jour2 la salle semblait plus haute1 et les dieux de marbre taient plus des dieux4 ,la vierge1 debout1 considrait ce petit monde1 le seul qu'elle connt parmi les vivants1 le seul qui pt la comprendre et la protger2 si elle souffrait des phrases inutiles1 de l'intrigue et de la vanit de son entourage1 ou si elle vaguait loin de l dans le sein de l'tre1 sa noble figure ne le disait point4 ,alors des sicles de grossiret n'avaient pas model le visage humain grimacer comme font mes contemporains4 ,a ce moment une clameur monta de la place1 et pntra en tourbillons indistincts dans l'assemble1 qu'elle balaya et fit se dresser inquite4 ,une bande impure vocifrait au pied du ,serapeum4 ,les plus hardis avaient gravi les premires marches du temple4 ,on les voyait dgotants de haillons1 la tte renverse en arrire1 la gorge et la poitrine gonfles d'insultes4 ,et le nom d',athn montait confusment de cette tourbe1 comme une bue d'un marais malsain4 ,sans faiblir1 la vierge s'appuyait au marbre effrit des balustrades4 ,sur la plaine uniforme des toits1 les raies noires des rues aboutissant au ,serapeum lui paraissaient les gouts qui charriaient la fange de la cit dans cette populace ignominieuse4 ,un vieillard1 avec respect1 prit la main de la jeune fille et lui dit2 --,tu ne dois pas les couter ni les craindre4 ,elle l'carta doucement4 99 99 99 99 99 ,amaryllis se demandait3 ,est-il vrai que leurs temples sont pleins de femmes8 ,quel charme infini mane du bel adolescent qu'ils servent6 ,elle se sentait attire vers cet inconnu1 et plus soeur de ces hommes ardents et redoutables que de ces ,romains altiers1 de ces railleurs et de ces pdantismes secs4 ,elle entendait demi l'accent ironique de ,lucius3 --,ddaignons-les6 un lger ddain est encore un plaisir4 ,mais gardons-nous de les mpriser2 le mpris veut un effort et nous rapprocherait de ces curieux fanatiques4 ,a ce moment1 sous l'effort de la foule1 un des ,anubis qui dcorait la place chancela1 s'abattit1 et une clameur triomphale flotta par-dessus les dcombres4 ,lentement ,athn se retourna4 ,une haute dignit s'imposait de cette vierge indiffrente la colre d'un peuple1 et d'une voix ample et douce1 semblable sur les clameurs de la foule la noblesse d'un cygne sur des vagues orageuses1 elle dclama un hymne hroque des anctres4 ,quand elle s'arrta1 le cou gonfl1 haletante1 transfigure sous le baiser de l'astre qui1 l-bas1 dans l'or et la pourpre s'inclinait1 les jeunes gens palpitaient de sa beaut4 ,un silence majestueux retomba derrire ses paroles4 ,elle haussait les mes mdiocres4 ,lucius1 accoud aux dbris de quelque immortel1 gotait une profonde et dlicieuse mlancolie4 ,le soleil disparut de ce jour dans une tach de pourpre et de sang1 comme un triomphateur et un martyr4 ,il avait plong dans la mer toute bleue1 mais de son reflet il illuminait encore le ciel1 semblable toutes ces grandes choses qui dj ne sont plus qu'un vain soutenir quand nous les admirons encore4 99 99 99 99 99 ,athn maintenant contemplait les jardins1 leur strilit1 la ruine des laboratoires1 et une fade tristesse la pntrait comme un pressentiment4 ,elle leva la main1 et d'une voix basse et prcipite2 tandis qu'au loin les cloches de ,mithra et telles des chrtiens convoquaient leurs fidles1 tandis que les hurleurs s'coulaient et que seul le soir bruissait dans la fracheur3 --,je jure1 dit-elle1 je jure d'aimer jamais les nobles phrases et les hautes penses1 et de dpouiller plutt la vie que mon indpendance4 ,et d'une voix calme1 presque divine3 ,jurez tous1 mes frres6 --,athn1 sur quoi veux-tu que nous jurions8 --,sur moi1 dit-elle1 qui suis ,hellas4 ,et tous tendirent la main4 99 99 99 99 99 ,mais dj1 la reprsentation finie1 ils s'empressaient rajuster leurs tuniques1 draper les plis de leurs manteaux1 pour sortir par les jardins4 ,amaryllis l'cart pleurait2 aprs cette journe tant mue1 ses nerfs avaient faibli sous la suprme invocation de la vierge4 ,athn promenait ses lents regards1 et rien dans sa srnit ne trahissait l'impatience de solitude que ces longues sances lui laissaient4 ,elle vit la courtisane et l'embrassa devant tous1 et la tendre ,lydienne s'abandonnait cette treinte4 ,on applaudit4 ,ces fils artistes de la ,grce trouvaient beau la vierge aux contours divins enlae de la souple ,orientale3 pure colonne de ,paros o s'enroule le pampre des ivresses4 99 99 99 99 99 ,lucius songeait3 ,hlas6 ,athn1 vous voulez nous lever jusqu' l'intelligence pure et nous dfendre toutes les illusions1 celles qui nous font pleurer et celles dont nous rvons2 craignez qu'il ne vous enlve encore cette enfant1 celui qui abaissa les penses de nos sages jusqu'au peuple1 et qui1 dans sa mort comme dans sa vie1 voque tous les troubles de la passion4 99 99 99 99 99 ,l'agitation persista1 car les ennemis d',athn gagnaient de l'audace demeurer impunis1 et la foule se prenait har celle qu'on insultait tout le jour4 99 99 99 99 99 ,quand revint le cours de la vierge1 le ,romain1 avec une bienveillante ironie1 lui conduisit l',orientale3 --,je te prsentai une servante d',adonis1 c'est une chrtienne qu'il faut dire aujourd'hui4 ,athn1 avec la lassitude de son isolement et de son lvation1 rpondit3 --,qu'importe1 peut-tre1 ,lucius6 ,ne pas sommeiller dans l'ordinaire de la vie1 tre curieux de l'inconnaissable1 c'est toute la douloureuse noblesse de l'esprit2 tu la possdes1 ,amaryllis4 ,et pouvons-nous te reprocher1 toi qui naquis d'une affranchie orientale1 le malheur d'ignorer la forme sereine et dfinitive1 que surent donner cette inquitude nos aeux1 les penseurs d',hellas8 ,dans cette excuse se dressait un peu de fiert1 et ce fut tout son reproche la ,chrtienne4 ,puis en peu de mots elle les remercia d'tre venus4 ,ses amis le plus affichs1 jugeant le pril imminent1 s'taient excuss4 ,seul1 un vieillard rejoignit1 auprs de la vierge1 ,amaryllis et ,lucius4 ,il tait pote et chancelant4 ,il affirma que la populace1 un peu gare1 se garderait de tous excs4 ,lucius et ,athn empchrent ,amaryllis de lui dessiller les yeux3 cette vierge ignorante de la vie et ce dbauch trop savant estimaient cruel et inutile de rompre l'harmonie d'un esprit1 et que les plus beaux caractres sont faits du dveloppement logique de leurs illusions4 99 99 99 99 99 ,cependant1 avec simplicit1 ,athn commena son enseignement au petit groupe attentif3 --,je comptais sur vous1 mes amis1 car toujours il me sembla que les potes et les amis du plaisir1 disposant1 les uns du coeur des grandes hrones1 les autres du coeur des jeunes hommes et des jeunes femmes1 n'ont point user de leur propre coeur pour les frivolits passagres1 et qu'ainsi1 aux heures troubles1 ils le trouvent intact dans leur poitrine4 ,et puis les potes et les voluptueux ne savent-ils pas se comporter plus dignement qu'aucun envers la mort1 car ceux-ci n'en parlent jamais1 et les hommes inspirs la chantent en termes magnifiques1 avec tout le dploiement de langage qui convient aux choses sacres4 ,elle est la flicit suprme1 l'inconnue digne de nos mditations1 la patrie des rves et des mlancolies4 ,elle est le seul1 le vrai bonheur4 ,quelques sueurs et des contractions la prcdent qu'il faut couvrir d'un voile1 mais aussitt nous nous fondons dans l'tre1 nous sommes soustraits aux douleurs du corps2 plus d'angoisse1 plus de dsir1 nous nous absorbons dans l'un1 dans le tout4444 99 99 99 99 99 ,sa voix tait un peu cadence et1 par moments1 s'envolait avec l'ampleur d'un hymne aux dieux4 ,au milieu des hues d'un peuple1 il y avait une rare dignit dans cette vierge si jeune et belle1 dployant1 comme un riche linceul1 l'apothose de la mort4 ,elle vit le vieillard qui considrait la salle vide avec des yeux touchs de larmes1 car ces nobles paroles le faisaient songer plus amrement encore cet abandon4 ,et s'interrompant3 99 99 99 99 99 ,je veux laisser l1 dit-elle1 les penses des sages1 puisque aujourd'hui elles l'attristent1 mon pote6 mais garde-toi de mler de mauvaises penses au regret des absents4 ,ce n'est pas sans doute faute de courage qu'ils se refusent braver la populace1 mais songez1 mes amis1 combien justement les hommes raisonnables pourraient vous traiter d'insenss1 vous qui prfrez vous joindre aux femmes plutt que de suivre les principaux2 et toutes deux1 ,amaryllis1 ne devons-nous pas rougir1 quand ces autres supportent avec une telle fermet la vie qui nous est si lourde6 99 99 99 99 99 ,a cet instant une rumeur monta de la place1 un bruit de course1 des cris d'effroi3 dans le lointain1 un nuage de poussire s'levait1 comme la marche d'un grand troupeau4 ,les ,solitaires6 ,ainsi taient dchans les plus froces des hommes contre une femme4 99 99 99 99 99 ,lucius et ses amis voulurent entraner ,athn4 --,ils n'ont que moi1 rpondit-elle en indiquant d'un geste les armoires1 les bibliothques et les statues des anctres4 ,je ne dlaisserai pas les exils4 ,amaryllis se jeta genoux1 et elle baisait les mains de la vierge hroque4 --,jamais6 reprit-elle4 ,la grandeur du sacrifice lui donnait cette heure une beaut inconnue des vivants4 ,elle reprit3 --,quittons-nous1 mes frres4 ,le passage des jardins est libre encore4 ,elle devina leurs refus1 et ses lvres qu'allait sceller la mort consentirent au mensonge4 --,seuls1 dit-elle1 leurs chefs peuvent arrter ces fanatiques2 ils nous savent innocents et nobles2 htez-vous de les prvenir4444 ,mais s'il advenait ce que vous craignez1 garde-toi1 ,lucius1 de toute amertume4 ,transmets nos frres ma suprme pense1 et que toujours ils se souviennent des anctres4 ,et toi1 ,amaryllis1 puisque tu es belle1 console les jeunes hommes2 s'il se trouvait1--je puis1 cette extrmit1 supposer une chose pareille1--s'il se trouvait que quelqu'un d'entre eux ait soupir auprs de moi1 et que ma froideur l'ait contrist1 prie-le qu'il veuille me pardonner1 dis-lui qu'il n'est rien de vil dans la maison de ,jupiter1 mais qu'il m'a paru que1 la dernire d'une race1 cela convenait de demeurer vierge et de se borner concevoir l'immortel2 et comme je n'avais pas la large poitrine des femmes hroques1 mon coeur gonfl pour ,hellas l'emplissait toute4 ,amaryllis1 qui pleurait depuis longtemps dj1 clata de sanglots et dchira ses vtements avec des cris qui faisaient mal4 ,le vieillard et ,lucius ne purent retenir leurs larmes4 ,athn leur dit doucement3 --,je vous prie1 amis4 ,puis ,amaryllis tremblait d'effroi4 ,dehors un silence sinistre pesait4 ,on sentait l'attente de toute une ville et comme l'embuscade d'un grand crime4 ,la vierge dit au vieillard1 qui seul tait demeur3 ,pre1 laisse-moi4 ,il rpondit en sanglotant3 --,je t'ai connue quand tu tais petite4444 ,je suis trs vieux1 et toi seule m'aime parmi les vivants4444 ,soudain ils se turent4 99 99 99 99 99 ,en bas1 une marche cadence retentissait sur les dalles4 ,les lgions6 cria-t-il4 ,et tous deux se sentirent une immense joie1 et cependant quelque chose comme une dception de martyrs4 ,c'taient les ,barbares la solde de l',empire1 casqus d'airain et leurs pes sonnant chaque pas4 ,honte6 ils protgent la ville seule6 ils sacrifient le ,serapis aux fanatiques qui accourent1 farouches sous leurs peaux de btes1 avec des piques4 99 99 99 99 99 ,elle rpta3 ,pre1 laisse-moi1 car il n'est pas convenable qu'une femme meure devant un homme4 ,il cessa de pleurer1 et relevant la tte3 --,linus fut dchir par des chiens enrags1 mais ,orphe enchantait les btes froces4 ,le dernier de leurs pieux disciples s'enorgueillit de tenter un destin semblable4 ,la jeune fille n'essaya pas de le retenir4 ,peut-tre convenait-il que des vers fussent dclams devant la mort de la petite-fille de ,platon et d',homre4 99 99 99 99 99 ,de la terrasse1 elle vit le doux vieillard s'avancer vers la populace4 ,a peine il ouvrait la bouche qu'une pierre lui fendit le front1 o chante le gnie des potes4 ,et la vierge immacule ddaigna d'en voir davantage4 ,de ce peuple vautr dans la bestialit1 elle haussa son regard jusqu'au ciel et jusqu'au divin ,hlios1 qu'environne l'ther immense o se meuvent1 sur le rhythme des astres1 les mes les plus nobles4 ,on entendait le bruit des poutres contre les portes vermoulues1 et des voix hurlant la mort4 99 99 99 99 99 ,comme une prtresse1 avec une lente srnit1 dans un jour solennel1 accomplit selon les rites anciens les prescriptions sacres1 ainsi ,athn se tourna vers la lointaine1 vers la pieuse patrie d',hellas3 --,adieu1 disait-elle1 ma mre6 la mre de mes aeux6 ,athnes qui n'es plus qu'une ruine harmonieuse1 prs de dpouiller l'existence1 je te salue de ma dernire invocation6 ,tu m'adoucis ma jeunesse1 tu m'instituas un refuge dans ta gloire contre les choses viles1 contre la mdiocrit et la souffrance1 et s'il n'avait tenu qu' toi1 j'eusse connu la douceur du sourire4 ,tu dposas en moi tes plus nobles penses et tes rhythmes les plus harmonieux1 et tu ne craignis point que ma faiblesse1 de femme et de vierge1 alangut ton gnie4 ,et maintenant1 mre1 puisqu'il te plat de me dlivrer1 enseigne-moi l'antique secret de mourir avec simplicit4 99 99 99 99 99 ,puis s'adressant aux statues d',homre et de ,platon3 --,un jour1 dit-elle1 que je rvais vos cts1 j'appris de mon coeur qu'une belle pense est prfrable mme une belle action4 ,et pourtant je dois me contenter de bien mourir4 ,le corps est beau1 mais il vaut mieux qu'il souffre que l'esprit2 et m'exiler de vous ne serait-ce pas chagriner jamais mon me8 ,ma mort toutefois n'offensera point votre srnit1 et mon sang pli lavera les parvis de votre demeure4 99 99 99 99 99 ,elle se pencha encore vers les cours intrieures4 et l1 des pigeons y sautillaient de grains en grains4 ,rveuse1 elle demeura un instant regarder les plantes1 les btes1 la vie qu'elle avait toujours ddaigne1 et cette dernire seconde lui parut dlicieuse4 99 99 99 99 99 ,cependant elle couvrit son noble visage d'un long voile1 puis elle apparut aux regards de la foule sur les hauts escaliers4 ,le flot d'abord s'entrouvrit devant elle1 car sa dmarche tait d'une desse1 et nul ne voyait ses lvres plies4 ,mais ses forces faillirent son courage1 elle s'vanouit sur les dalles4--,alors1 comme les mchoires d'une bte fauve1 la foule se referma1 et les membres de la vierge furent disperss1 tandis que1 impassibles sous leurs casques et sous leurs aigles1 les ,barbares ricanaient de cet assassinat1 claboussant la majest de l'empire et le linceul du monde antique4 99 99 99 99 99 ,au soir1 tandis qu',alexandrie ayant trahi les sicles anciens se tordait dans l'pouvante et le dlire avec les cris d'une agonisante et d'une femme qui enfante1 ,amaryllis et ,lucius recherchrent les restes divins de la vierge du ,serapis4 99 99 99 99 99 ,ainsi mourut pour ses illusions1 sous l'oeil des ,barbares1 par le bton des fanatiques1 la dernire des ,hellnes2 et seuls1 une courtisane et un dbauch frivole1 honorrent ses derniers instants4 ,mais que t'importe1 vierge immortelle1 ces dfaillances passagres des hommes6 ton destin mlancolique et ta pit traversrent les sicles douloureux1 et les petits-fils de ceux-l qui ricanaient ton martyre s'agenouillent devant ton apothose1 et1 rougissant de leurs pres1 ils te demandent d'oublier les choses irrparables1 car cette obscure inquitude1 qui jadis excita les aeux contre ta srnit1 force aujourd'hui les plus nobles s'enfermer dans leur tour d'ivoire1 o ils interrogent avec amour ta vie et ton enseignement2 et ce fut un grand bonheur1 pour un des jeunes hommes de cette poque1 que ces quelques jours passs tes genoux1 dans l'enthousiasme qui te baigne et qui seul et pu rendre ces pages dignes de ton hroque lgende4 99 99 99 99 99 ,,livre ,,ii ,a ,,paris ,a ,henry de ,verneville4 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,quatri,,me 99 99 99 99 99 ,,concordance ,quelques mois avant d'tre majeur1 il quitta sa province pour terminer de niaises tudes1 probablement son droit1 ,paris4 ,il y vcut la vie des conversations interminables qui est toute l'existence d'un tudiant franais un peu intelligent4 ,il frquenta habituellement3 #a ,des cafs o se retrouvaient des jeunes gens ambitieux ou artistes2 #b ,quelques cabinets de travail de littrateurs connus2 #c ,la ,bibliothque ,nationale1 l'cole des hautes tudes1 des concerts le dimanche1 des muses4 ,dans cette vie o il se dispersait1 il apportait en somme assez de clairvoyance4 ,a ,paris1 il ne trouva pas ces hommes d'exception qu'il imaginait et cause desquels il s'tait mpris pendant des annes4 ,quant l'aimable plaisir qu'on y rencontre chaque heurt de rue ou de conversation1 il estimait qu'il en faudrait davantage pour que cela suffit4 99 99 99 99 99 ,,paris ,a ,,vingt ,,ans ,en ces rves 7chapitre ,,iii71 l'adolescent parait de noms pompeux ses premires sensibilits4 ,durant trente jours et davantage1 il gonfla son me jusqu' l'hrosme4 ,de sa tour d'ivoire1--comme ,athn1 du ,serapis --son imagination voyait la vie grouillante de fanatiques grossiers4 ,il s'instituait victime de mille bourreaux1 pour la joie de les mpriser4 ,et cet enfant isol1 vaniteux et meurtri1 vcut son rve d'une telle nergie que sa souffrance galait son orgueil4 ,solitaires promenades jusqu' l'aube dans l'ombre de ,notre-,dame6 ,c'tait une philosophie abandonne qu'il venait l pieusement servir4 ,que lui importait alors une vaine architecture6 ,ces pierres1 si ingnieux qu'il en st l'agencement1 ne paraissaient son esprit que le manteau d'un ,dieu4 ,sa dvotion1 soulevant ce linceul qu'elle et jug grossier de trop admirer1 frissonnait chaque soir d'y trouver l'enthousiasme4 ,quartier dchu6 ruelles dcries1 qui ombragrent la chrtient d'incomparables mtaphysiques6 sa fivre vous parcourait1 insatiable de vos inspirations1 et ses pieds marcher sur tant de souvenirs ne sentaient plus leurs meurtrissures4 ,soires glorieuses et douces6 ,son cerveau gorg de jeunesse ddaignait de prciser sa vision2 ainsi son gnie lui parut infini1 et il s'enivrait d'tre tel4 99 99 99 99 99 ,la raction fut violente4 ,a ces dlices succda la scheresse4 ,tant de nobles aspirations ananties lui parurent soudain convenues et froides4 ,et son cerveau anmi1 ses nerfs surmens s'affolrent pour voquer immdiatement1 dans cet horizon pitin comme un mange1 quelque sentier o fleurt une ferveur nouvelle4 ,il avait horreur de la monotone solitude de ses mditations1 comme d'une dbauche quand notre tte et les bougies vacillent au vent de l'aube4 ,une frache caresse et de distrayantes niaiseries l'eussent repos4 ,mais son amie1 enfonce dans la brume finale du chapitre ,,ii1 n'avait pas reparu4 ,aussi1 las et dsespr de ne s'tre plus rien de neuf1 il dtesta de vivre1 parce qu'il ne savait pas de faon prcise se construire un univers permanent4 ,toute la journe1 il somnolait d'un vague l'estomac2 il fumait sans plaisir et billait4 ,il visita des gens et leurs conversations poisseuses l'coeurrent4 99 99 99 99 99 ,or un jour1 dans une fte1 au soleil sec1 o ,paris s'panouissait dont le parfum enfivre un peu et dissipe les songes pleureurs1 parmi des marbres d'art1 des corbeilles colores et un tumulte poli1 il la rencontra1 elle1 la jeune femme1 jadis son amie4 ,de ses sourires et de ses cils elle guidait une troupe de jeunes gens charms4 ,elle avait mis sa libre allure de jeune fille le masque frivole d'une mondaine1 et ennuag son corps souple du fouillis des choses la mode4 ,toujours dlicieuse1 il la reconnut1 elle dont il ne put dfinir le sourire ni les yeux pleins de bont1 et qui1 couronne de fleurs1 rconfortait les premires mlancolies dont il soupira1--elle dont il souffrit d'amour1--elle encore qui fut ,amaryllis1 parfume et prs de qui l'on se plat gaspiller le temps1 la sensualit et la mtaphysique4 ,il lui sembla qu'une partie de soi-mme1 depuis longtemps ferme1 se rouvrait en lui4 ,de suite s'agrandit sa vision de l'univers4 99 99 99 99 99 ,fontaine de vie1 figure mystrieuse de petit animal nubile1 et dont un geste1 un sourire1 un profil parfois mettent sur la voie d'une motion fconde4 ,lueur qui nous apparat aux heures rares d'chauffement1 et qui revt une forme harmonieuse au dcor du moment1 pour offrir notre me1 chercheuse de dieux1 comme un rsum intense de tous nos troubles4--,son dsir nouveau se cristallisait devant lui4 ,sous les feuillages1 parmi la foule qui s'carte et admire1 elle papote1 capricieuse et reine1 tandis que les attitudes rares1 les vocalises convenues et ironiques1 les gestes qui s'inclinent1 tout l'appareil de son entourage1 irritent notre adolescent qui envie4 ,mais elle le regarde avec une gravit subite1 avec des yeux plus beaux que jamais4 ,et il aspire dominer le monde pour mpriser tout et tous1 et que son mpris soit vident4 ,cependant auprs de lui1 ses camarades1 des buveurs de bire1 discourent d'une voix assure o sonnent chaque phrase des mots d'argent1 tandis que le garon1 balanc sur un pied et qui serre contre son coeur une serviette1 approuve4--,mais pourquoi indiquerais-je les certitudes grossires qu'ils affichent sur l'amour6 ,leur faconde1 leurs prouesses et leurs rires ne sont pas plus choquants que le fait seul qu'ils existent4 ,sur son coeur un instant chauff1 du ciel las1 la pluie tombe fine4 ,le soleil1 sa joie1 toute la fte se terminent4 ,la jeune femme serre la main de ses amis1 avec un geste sec et bien gai2 elle se prte gracieusement au baiser d'un personnage g et considrable1 -- qui elle chuchote quelques mots1 en dsignant le jeune homme4 ,puis le coup1 glaces releves1 s'loigne2 et s'efface sous la pluie le cocher1 rapide et ddaigneux4 99 99 99 99 99 ,le vieillard demeure seul4 ,il semble l'ombre dcoupe sur la vie par cette voluptueuse image de jeune fille2 il est l'apparence1 la forme de l'me furtive qu'elle signifie4 ,ses lvres1 trop mobiles et dconcertantes1 sont pareilles au rire lger de cette mondaine crature2 et1 comme elle nous enchante par les ondulations de sa taille pliante1 il nous conquiert tous par l'approbation perptuelle de sa tte qui s'incline4 ,c'est ,m4 ,x4444 ,m4 ,x4441 causeur divin1 matre qui institua des doubles toutes les certitudes1 et dont le contact exquis amollit les plus rudes sectaires4 ,ses paupires sont alourdies1 car sur elles repose la vierge fantaisie4 ,mais le jeune homme1 parce qu'il aimait1 sut voir les prunelles bleues du sophiste rveur4 ,il l'aborda sans hsiter2 il lui dit son inquitude1 qu'une bourrique pessimiste et un thoricien ne surent apaiser1 ses amours anmiques1 ses rves et ses pitinements4 ,il le pria de lui indiquer le but de la vie1 en peu de mots1 dans ce dcor d'une fte de ,paris4 99 99 99 99 99 ,le philosophe voulut bien sourire et le comprendre tout d'abord4 99 99 99 99 99 ,je pense que nous pourrons vous tirer de peine1 mon ami1 et vous procurer le bonheur puisque1 en vos successives incertitudes1 vous respecttes la division des genres4 ,vous conntes l'amour1 et hier encore vous frissonniez des plus nobles enthousiasmes4 ,de telles expriences bien conduites sont prcieuses4444 ,vous avez sans doute vingt-un ans8 ,il sourt et se frotta les mains4 99 99 99 99 99 ,s'il vous plat1 reprit-il1 gotons quelque absinthe4 ,voil des annes que je clbre les jouissances faciles sans les connatre4 ,a mon ge1 imaginer ne suffit plus2 de petits faits1 de menues expriences me ravissent4 ,et battant son absinthe avec une dlicieuse gaucherie1 l'illustre vieillard se complut encore quelques compliments ingnieux1 tandis qu' chaque gorge leur soir se teintait de confiance4 99 99 99 99 99 ,mon jeune ami1 permettez que je retouche lgrement votre univers4 ,il est assez du got rcent le meilleur1 je voudrais seulement le prciser a et l4 ,vos matres1 leurs livres et leurs penses diffuses vous firent une excellente vision1 un monde d'o est absente l'ide du devoir 7l'effort1 le dvouement71 sinon comme volupt raffine2 c'est un verger o vous n'avez qu' vous satisfaire1 ingnument1 par mille gymnastiques 7je vous suppose quelques rentes et de la sant74 ,et pourtant vous vous plaignez6 ,certes1 tant du tendresse1 dont vous me disiez les soupirs1 n'assouvit pas votre coeur1 et vos bras sont rompus pour avoir hauss dessus les barbares un rve hroque4 ,mais quoi6 faut-il1 cause de ces lendemains dsabuss1 que votre coeur mfiant oublie des instants dlicieux8 ,une femme ne fit-elle pas votre poitrine pleine de charmes8 ,le spectacle de la vertu pitine par la plbe ne vous a-t-il pas mont jusqu' l'enthousiasme8--,sicle lourdaud6 ,logique dtestable6 ,ils disent3 ,ni la femme1 ni la vertu1 que nous engendrons dans la joie1 n'ont de lendemain4 ,qu'importe6 ,une me vraiment amoureuse ou hroque bondit de nouvelles entreprises4 ,c'est vous-mme qu'il faut vous attacher et non aux imparfaites images de votre me3 femmes1 vertus1 sciences1 que vous projetez sur le monde4 ,les petits enfants1 entre deux travaux de leur ge1 jouent au voleur2 ils gotent avec intensit les plaisirs de l'astuce1 de l'indpendance et du pch1 entre quatre murs1 de telle telle heure4 ,ainsi faites1 et crez-vous mille univers4 ,que votre pense vous soit une atmosphre aimable et changeant l'infini4 ,lord ,beaconsfield1 qu'il nous faut honorer1 crit3 ,s'il chercha un refuge dans le suicide1 ce fut1 comme tant d'autres1 parce qu'il n'avait pas assez d'imagination4 ,stes-vous jouer de l'amour2 en tresser des guirlandes votre vie et votre rve8 ,je vous vis l'cart1 froiss4444 ,le jeune homme frissonna sous ce dernier contact trop intime1 et le vieillard qui s'en aperut fit obliquer son discours3 99 99 99 99 99 ,hlas6 je ngligeai moi-mme les mimiques d'amour4 ,je serai plus comptent vous dcrire un autre synonyme du bonheur1 c'est la recherche de la notorit que je veux dire3 rputation1 gloire1 toute publicit suivie d'avantages flatteurs4 ,des hommes mrs1 et des jeunes mme1 s'y complurent1 que l'amour n'avait su retenir4 ,sans doute1 tendre la main derrire ces instants aimables que je veux vous indiquer1 vous ne trouverez rien de plus qu'aprs le baiser de votre amie ou l'enivrement de votre vertu1 mais1 pour crer cette troisime illusion1 les mthodes sont trs amusantes4 ,jeune1 infiniment sensible et parfois peut-tre humili1 vous tes prt pour l'ambition4 ,permettez que je vous trace un itinraire sr1 que je vous signale les tournants pittoresques1 que je vous tende la gourde et le manteau1 cause des dsillusions et du soir o1 lass1 on bille dans l'auberge solitaire4--,donc qu'un garon me verse et l'absinthe et la gomme1 puis parlons librement et sans crainte de commettre des solcismes1 comme faisaient jadis deux cuistres1 discutant de la grammaire en cabinet particulier4 99 99 99 99 99 ,et d'abord instituez-vous une spcialit et un but4 ,si votre esprit timide ne sait pas1 ds sa majorit1 embrasser toute une carrire1 qu'il jalonne du moins l'avenir1 comme le sage coupe sa vie de lgers repas1 d'paisses fumeries et de nocturnes abandons o l'amiti1 l'amour et soi-mme lui sourient4 ,c'est d'tape en tape que votre jeune audace s'enhardira4 ,dnombrez avec scrupule vos forces3 votre sant1 votre extrieur1 vos relations4 ,craignez de vous dissimuler vos tares3 votre scheresse rarement surchauffe1 vos flneries et cette dlicatesse qui pourra vous nuire4 ,ayant dress ce que vous tes et ce qu'il vous faut devenir1 vous possderez la formule prcise de votre conduite4 ,a la rectifier1 chaque jour consacrez quelques minutes1 dans votre voiture si lente et qui vous nerve1 dans l'embrasure des fentres mondaines1 tandis que passent les valseurs4 ,mais gardez de laisser cet agenda sur l'oreiller d'une amie qui s'tonne et admire1 ou dans le verre d'un camarade qui s'crie3 ,moi aussi4444 ,que dsormais chacun dcouvre1 et votre attitude seule1 combien vous tes n pour ce but mme que secrtement vous vous fixez4 ,vos frquentations1 la coupe de vos vtements contribueront crer l'opinion4 ,soignez vos manies1 vos partis pris et vos ridicules2 c'est l'appareil o se trahit un spcialiste4 ,de l sera dduit votre caractre4 ,je glisse sur le dtail1 mais que d'exemples1 instructifs et charmants1 tirer de la vie parisienne3 si cela n'tait impudent4 99 99 99 99 99 ,votre attitude compose1 reste1 pour raliser votre formule1 vous faire aider4 ,par qui8 ,les jeunes gens vous choqueront1 car personnels et bruyants4 ,comment d'ailleurs les trier8 parmi eux des enfants dominateurs ptaradent et disparatront bientt4 ,puis vos intrts et les leurs1 identiques1 se contrecarrent4 ,voyez-les le moins possible1 et surtout cartez toute familiarit4 ,des personnes ges vous seront une meilleure ressource3 du premier jour leur amiti vous recommandera4 ,la suite ne vous vaudra rien de plus1 sinon des besognes peut-tre et gratuites4 ,comment1 retirs sur les sommets de la vie1 aideraient-ils ces petites combinaisons dont ils sourient8 ils ont oubli leurs efforts6--,plus qu'aucun toutefois1 leur commerce vous donnera de l'agrment4 ,la vie1 si bouffonne1 enseigne ces hautes intelligences jouir de la notorit avec ce dtachement que je vous prche ds votre dpart4 ,enfin1 ayant un noble esprit1 ils y joignent le plus souvent des moeurs douces4 ,mais le vieillard1 songez-y1 trs goste1 ne veut pas qu'on se relche4 ,l'excellente socit pour vos projets1 c'est vos ans immdiats2 j'entends qu'ils ont trente trente-cinq ans et vous vingt-trois4 ,pour activer leur succs ils tiennent entre les mains beaucoup de fils2 ils ont un pied encore dans les chemins o vous entrez1 ils s'inquitent de qui les talonne1 ils cherchent qui les appuie4 ,ils sont encore flatts d'obliger4 99 99 99 99 99 ,pour user des personnes ges et de ceux-ci1 faites-vous agrable1 plaisez4 ,gardez de prtendre quelque supriorit2 le mrite ne suffit pas conqurir les plus honntes4 ,ayez souci d'approuver et non qu'on vous applaudisse4 ,il est humiliant de flatter1 mais dans l'me la plus vulgaire vous trouverez1 je vous assure1 quelque mrite rel mettre en relief4 ,qute amusante1 d'ailleurs1 o il ne faut qu'un peu d'ingniosit4 ,tenez encore pour certain que vos affaires ne poignent pas plus les autres que les leurs ne vous font1 et que1 si vous bornez votre rle couter chacun en tte tte et le rvler soi-mme1 on vous gotera infiniment4 ,a la faveur de cette inclination 7et non plus tt1 car celui qui prtend nous obliger ds le premier jour souvent nous blesse et toujours se dprcie71 apparaissez utile4 ,a aider autrui1 bien que le tarif des voitures soit assez lev ,paris1 nul jamais ne se nuit4 ,pour la jalousie1 touffez-la minutieusement en vous1 parce qu'elle torture et qu'elle nat de cette conviction1 bonne pour des niais ou des indigents1 qu'il est au monde quelque chose d'important4 99 99 99 99 99 ,j'ajouterai et j'y appuie2 ,ne t'arrte jamais mi-chemin dans ce jeu d'ambition4 ,ralise ou parais raliser ta formule entire2 acquiers toute la gloire que tu t'es ouvertement propose4 ,ceci est une ncessit3 il ne s'agit plus seulement de te rjouir1 en un coin de toi-mme1 de tes contenances savantes2 il s'agit d'tre ou de ne pas tre battu quand tu seras vieux4 99 99 99 99 99 ,pour moi1 jeune homme1--il vida son verre et prit sa voix grave1-- cause qu'tant jeune j'eus des besoins d'expansion sur l'exgse et la morale1 je me vis contraint de pousser jusqu' cette notorit considrable o l'on m'honore4 ,je ne songeais gure rire4 ,j'avais ds mon dpart avou des buts trop hauts4 ,il me fallut y atteindre ou qu'on me btonnt4 ,aujourd'hui1 ayant satisfait ma formule1 je salue et j'aime qui je veux1 je souris et je m'attriste mon plaisir2 tout le monde1 et mme des personnes convenables1 raffolent de mes petits mouvements de tte1 de mon grand mouchoir et des ironies1 o j'excelle4 ,je dne tous les soirs en ville avec des dames dcolletes1 un peu grasses comme je les prfre1 qui m'entreprennent sur la divinit1 et avec des messieurs qui rient tout le temps par politesse4 ,voil quelle belle chose est la notorit6 ,ah1 jeune homme6 soyons optimistes6 99 99 99 99 99 ,le vnrable ,m4 ,x444 se prit rire un peu lourdement1 puis se leva et sur le talon1 malgr sa corpulence1 pirouetta3 ce fut presque une gambade4 ,ensuite1 excusez-moi1 il porta les mains son coeur1 en ouvrant brusquement la bouche1 comme un homme incommod qui va vomir4 ,d'un trait pourtant il vida son verre4 ,et1 aprs un silence3 ,oui1 reprit-il1 c'est le paradis1 cette nouvelle vision de la vie3 les hommes convaincus qu'on se cre ses dsirs1 ses incertitudes et son horizon1 et acqurant chaque jour un doigt plus exquis vouloir des choses plus harmonieuses4--,hlas6 il y aura toujours la maladie4--,oh6 je suis bien souffrant 7et il appuyait son front dans sa main1 son coude sur la table74 ,c'est toujours l'extriorit qui nous oppresse4 ,mais vivons en dedans4 ,soyons idalistes4444 7,il s'essuyait le visage47 ,a l'alcool qui n'est dcidment qu'une vertu vulgaire1 prfrez la gloire1 jeune homme4444 7,il s'ventait avec le ,figaro47 ,elle te permettra tout au moins1 sur le tard1 de donner des conseils1 de te raconter1 d'tre affectueux et simple1 car le grand idaliste se plat tresser chaque soir une parure de hros pour sa patrie4--,mais buvons ceux qui nous succderont et qui1 soit dit sans te rabaisser1 produiront des problmes d'une complexit autrement coquette que tes mlancolies1 s'ils ajoutent au vieux fonds de la nature humaine la curiosit et la science de tous ces jeux que nous entrevoyons4 7,et le vieillard un peu chancelant se leva47 ,mais j'abrge ce pnible incident4 ,le jeune homme1 naf1 inculte ou piqu8 ne sut comprendre l'agrment de cette philosophie1 et pouss1 je suppose1 par un respect1 peut-tre hrditaire1 pour l'impratif catgorique1 il passa tout d'un trait les bornes mmes du pyrrhonisme qu'on lui enseignait3 jusqu' soudain administrer ce vieillard compliqu une vole de coups de canne4 ,celui-ci s'affligea bruyamment1 mais lui triomphait disant3 ,eh bien6 grattez l'ironiste1 vous trouvez l'lgiaque4 ,mme il et rpliqu par les choses de la morale et de la mtaphysique aux arguments de ,m4 ,x444 si les garons et le matre d'htel ne les avaient pousss dehors4 ,et le peuple ricanait4 99 99 99 99 99 ,de ce jardin1 vritable printemps de ,paris1 lgant et sec et plein de malaise1 le jeune homme sortit fort nerv4 ,il levait jusqu' la haine de tout son mcontentement intime4 ,ardeur trange et dont je le blme1 il et volontiers consenti la dynamite1 car sa confiance dans ce qu'il dsirait s'croulait1 et au mme instant il revoyait toutes les dceptions et humiliations dj amasses4 ,aprs s'tre ainsi meurtri1 s'inquitant d'avoir battu le glorieux vieillard qui fait partout autorit1 il cherchait une justification raisonnable cet excs injurieux de sensibilit4 ,et il disait3 ,si la gloire 7acadmie1 tribune franaise1 notorit1 ,panama7 n'est que cette combinaison qu'il m'indiqua1 pourquoi la respecterais-je8 ,s'il mentait1 je fis bien de le chtier1 car il salissait un des premiers mobiles de la vertu humaine4 ,enfin s'il n'tait qu'ivre1 joueur de flte ou corybante1 je ne l'endommageai gure1 car les os de l'ivrogne sont lastiques1 nous enseigne la science1 qui est une belle chose aussi4 99 99 99 99 99 ,c'est ainsi que1 tout la fois trop grossier et trop sensible1 il s'loigna de cette prairie1 la plus riante qu'ouvre ce sicle aux viveurs dlicats4--,en vain crut-il entendre la jeune fille qui soupirait derrire lui1 c'tait la plainte des lampes lectriques se dvorant dans le soir1 entre ,paris et les toiles4 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,cinqui,,me 99 99 99 99 99 ,,concordance ,quand saint ,georges a sauv la vierge de ,beryte et qu'il est prs de l'pouser1 ,carpaccio a bien soin de la faire plus belle que dans les tableaux prcdents4--,tout au contraire1 la sentimentale1 dont nous peignons les aventures1 devient dcidment peu sduisante dans ce chapitre et sous ce ciel de ,paris1 o il semble qu'elle et pu s'accorder pleinement avec ,lui4 ,aussi ,carpaccio1 nous disent les historiens1 fut pleur de ses concitoyens1 et il jouit dans le ciel de la batitude ternelle4--,mais ici ,lui s'agite2 et le dsaccord s'accentue entre ses gots mal dfinis et les conditions de la vie4 99 99 99 99 99 ,l'imperfection des plus distingus1 la niaiserie de quelques notoires1 le tapage d'un grand nombre lui donnaient l'horreur de tous les spcialistes et la conviction que1 s'il faut parfois se rsigner paratre fonctionnaire1 commerant1 soldat1 artiste ou savant1 il convient de n'oublier jamais que ce sont l de tristes infirmits1 et que seules deux choses importent3 #a se dvelopper soi-mme pour soi-mme2 #b tre bien lev4 ,principes auxquels il prtait une excessive importance4 99 99 99 99 99 ,,dandysme ,et sa poitrine attnue ne m'est plus qu'une poitrine maigre4 ,son cigare rougeoya soudain avec ce petit crpitement dont le souvenir dsespre le dyspeptique jamais priv de tabac2 une fume se fondit vers le ciel3 la couronne blanc cendr apparut4 ,il esprait dans son fauteuil tre tranquille et ne penser rien1 seulement1 avant son troisime cigare1 se distraire feuilleter l',indicateur ,chaix4 99 99 99 99 99 --,ah6 dit-il en rougissant un peu de dpit4 ,elle s'tait pose sur le bras d'un fauteuil1 et1 sans ter son chapeau1 dj dveloppait ce thme3 ,j'ai des ennuis d'argent4 ,il fut excessivement choqu de l'impudeur de ce propos2 puis1 rsign revenir encore sur le pass1 il parla1 naturellement avec mlancolie3 --,votre parole1 modeste jadis1 m'tait douce1 madame2 vous tes ne le mme jour que moi2 vous me permettiez de regarder dans votre coeur1 comme au miroir qui conseillait ma vie4 ,nous tions deux enfants amis4444 ,faut-il qu'aujourd'hui tes besoins vulgaires m'attristent8444 ,mais elle l'interrompit1 lui passant lestement sa main sur la figure4444 --,des phrases pareilles1 mon ami1 sont encore le vocabulaire de l'amour sentimental2 ce n'est pas ce bonheur-l que je sollicite aujourd'hui4 ,mon picier1 mon tailleur1 mon cocher et tous fournisseurs ne me veulent parler que d'argent4 ,c'est un vilain mot et seul tu saurais l'ennoblir4 ,avec cette grce dgage qui subjuguait les coeurs1 elle lui tendit du papier timbr4 ,il le refusa gravement4 ,elle eut un mouvement de violente impatience4 --,l'argent6 dit-elle4 ,que ce mot dchire enfin le voile us de ton univers4 ,par l'argent1 imagines-tu combien je serais belle8 ,lui seul peut me parer de la suprme lgance1 de cette bienveillance qui sied aux jeunes femmes1 de ces sourires hospitaliers1 de cet art dlicat qui est de flatter presque sincrement1 de tous ces charmes enfin qui flottent impalpables dans tes dsirs4 ,ils sont en toi qui aspirent tre1 qui te troublent1 et que tu ignores4 ,combien d'images tremblantes sous tes soupirs1 dont le sens se drobera toujours ta jeunesse1 isole dans son altire indigence1 si la fortune ne me permet de les consolider6444 ,de l'argent6 ,et ces bonheurs obscurs et magnifiques1 je les droulerai nettement sur ton horizon1 comme si mon doigt1 pos sur ta sensibilit1 en avait trouv le secret4 ,c'est alors qu'intimid par le cortge de ma beaut1 domin par ma sduction hautaine et qui pose le dsir dans la prunelle de tous1 tu ne te lasseras point de chercher ma bouche4 ,elle remuait de menues anecdotes pour lui prouver quelle importance lui-mme1 dans sa mdiocrit1 il prtait la fortune4 ,elle disait3 --,celui-ci te manqua gravement2 tu le sus petit1 jauntre et qu'il mangeait au ,bouillon ,duval2 ds lors ton mcontement se dissipa4--,une belle fille1 qu'un soir tu allais aimer1 t'inspira de la rpulsion1 quand tu compris que rellement sa bouche avait faim4--,tu supportes1 ton me en frissonne1 mais tu supportes 7mme ne les recherches-tu pas87 les rudes familiarits d'un homme gras1 bruyant et vulgaire1 parce que considrable et secrtaire d'tat4 ,il n'aimait gure qu'on brusqut les convenances4 ,il rougit qu'elle lui jett des opinions personnelles aussi crues4 ,mais1 selon sa coutume1 agrandissant son dplaisir par des considrations philosophiques1 il rpondit avec gravit3 --,cela me choque beaucoup1 mon amie1 que tu aies des certitudes4 ,je n'approuve ni ne blme l'indpendance de tes observations2 je regrette simplement que tu troubles mon hygine spirituelle1 car la mathmatique des banquiers m'importune4 ,elle1 alors1 s'mouvant et d'une douleur contagieuse3 --,je vois bien que tu ne veux plus m'aimer sous aucune forme1 et pourtant1 petite fille1 je te consolais l'aurore de ta vie1 au foss de ton premier chagrin4 ,te souviens-tu qu'ensuite je te fis presque aimer l'amour8 ,c'est encore sous mon reflet que tu dvidas les sentiments choisis1 quand tu me nommais ,athn ou ,amaryllis1 cause de tes lectures6 --,ah6--dit-il en frissonnant1 ramen par cette douceur une vision de l'univers plus banale et coutumire1--je ne suis qu'un attach de seconde classe aux ,affaires trangres1 et les restaurants sont fort dispendieux4444 ,ainsi1 je dois aimer le beau et tous les dieux1 sans chercher les placer dans la poitrine frache des femmes4 --,mais sais-tu ce que tu ngliges8 ,il craignit qu'elle ne recomment la scne du chapitre ,,ii1 et qu'elle se dvtit4 ,elle ouvrit simplement la fentre tout au large3 99 99 99 99 99 ,de ce cinquime d'un numro impair du boulevard ,haussmann s'tendaient l'infini les vagues de ,paris1 sombres1 o sont enfouis les tapis de jeux clatants1 tachs d'or2--les nappes1 les bougies1 les fruits normes et dlicats1 dans les restaurants o l'on rit avec le malaise de dsirer2--les abandons1 o la femme est jeune1 dans les htels de tapisserie1 de soie et silencieux2--les immenses bibliothques1 o s'alignent perte de vue ces choses1 si belles et qui font trembler de joie1 cinq cent mille volumes bien catalogus2--les musiques qui nous modlent l'me et nous font le plaisir de tout sentir1 depuis les hrosmes jusqu'aux motions les plus viles1 tandis qu'immobiles nous sommes convenables dans notre cravate blanche2--les salons tides et fleuris1 o1 cinq heures1 nous causons finement avec trois dames et un monsieur1 qui sourient et se regardent et nous admirent1 tandis qu'avec aisance nous buvons une tasse de th1 et que1 sans crainte1 nous allongeons la jambe1 ayant des chaussettes de soie trs soignes2--puis des rues plates et solitaires et sches1 o des voitures rapides nous emportent vers des affaires1 dont il est amusant de dbrouiller1 avec une petite fivre1 la complexit4 ,rumeur troublante sous ce ciel profond6 vie facile6 ,l enfin1 il se dessaisirait de s'pier sans trve2 et toutefois1 frquentant mille socits diffrentes1 il ne connatrait personne en quelque sorte2 il serait pour tous galement aimable1 et aucun ne le meurtrirait4 99 99 99 99 99 ,son coeur se gonflait d'envie et d'une enivrante mlancolie1 mais soudain il songea qu'il pensait peu prs comme les jeunes gens de brasserie et autres ,rastignacs4 ,et un flot d'cret le pntra4 ,dsormais1 dit-il1 je ne prendrai plus en grce les prires1 les sourires et autres lieux communs4 ,je n'y trouvai jamais que des visions vulgaires4 ,et 7toujours accoud devant ,paris7 sa pense se mit courir sans relche hors de cette immense plaine o campent les ,barbares4 99 99 99 99 99 ,alors il se trouva pench sur son propre univers1 et il vaguait parmi ses penses indcises4 ,il se rappelait qu' la petite fentre d',ostie qui donnait sur le jardin et sur les vagues 7ce fut une des heures les plus touchantes de l'esprit humain que ce soir de la triste plage italienne71 ,augustin et ,monique1 sa mre1 qui mourut des fivres cinq jours aprs1 s'entretinrent de ce que sera la vie bienheureuse1 la vie que l'oeil n'a point vue1 que l'oreille n'a pas entendue1 et que le coeur de l'homme ne conoit pas4 ,avec une intensit aigu1 il entrevit qu'il n'avait1 lui1 rien chercher1 et que1 seul1 le vide de sa pense1 sans trve lui battait dans la tte4 99 99 99 99 99 --,mais1 lui dit-elle1 rapparaissant comme une ide obsdante qui traverse nos mditations1 ne t'ai-je pas envoy ,m4 ,x4448 ,ses opinions sont la formule exacte de ce que conseille mon sourire obscur2 il est le dictionnaire du langage que tiennent mes gestes l'univers4 ,puisque tu naquis ailleurs1 il devait te prparer ma venue1 le commenter le nouveau rve de la vie1 qui1 par moi1 doit natre en toi4 99 99 99 99 99 ,le jeune homme1 la fentre ferme1 s'assit1 baissa un peu l'abat-jour car la lumire blessait ses yeux1 puis il s'expliqua posment4 --,veuillez1 madame1 m'couter4 ,m4 ,x4441 dont je ne conteste ni les sductions1 ni la logique dlicieuse1 m'installait dans un univers l'usage des fils de banquiers4 ,il bornait mon horizon ces apparences que1 pour la facilit des relations mondaines ou commerciales1 tous les ,parisiens admettent1 et dont les journaux quinze centimes nous tracent chaque matin la gographie4 ,cette conception de l'existence1 qui n'est en somme que l'hypothse la plus rpandue1 c'est--dire la plus accessible toutes les intelligences1 il me condamnait la tenir pour la rgle certaine et m'engageait n'y pas croire part moi4 ,limite exactement ton me des ides1 des sentiments1 des espoirs fixs par le suffrage universel1 me disait-il1 mais quand tu es seul ne te prive pas d'en rire4 ,puis dans ce monde ainsi rgl il me chercha un but de vie4 ,comme il avait surpris1 parmi tant de susceptibilits qui s'inquitent en moi1 un dsir d'tre diffrent et indpendant1 il me proposa la domination4 ,grossire psychologie6 ,j'eus tort de m'emporter4 ,ce rle qu'il me proposait1 si dplaisant1 tait du moins compos par un homme de got4 ,plus apais1 je reconnais qu'avec de bien lgres retouches le palais qu'il offrait mes rves me paratrait assez coquet1--si l'horizon1 hlas6 n'en tait irrmdiablement vulgaire4 ,la gloire ou notorit flatteuse est uniquement1 me disait-il1 une certaine opinion que les autres prennent de nous1 sous prtexte que nous sommes riches1 artistes1 vertueux1 savants1 etc4--,pour moi1 j'entrevois la possibilit de modifier la cote des valeurs humaines et d'exalter par-dessus toutes un pouvoir sans nom1 vraiment fait de rien du tout4 ,ainsi la gloire toute rajeunie deviendrait peu fatigante4 ,c'est une rude chose1 en effet1 que de se faire tenir pour spcialiste1 la mode d'aujourd'hui6 ,le soir1 devisant avec un ami sur le mail en province1 ou s'exaltant vers minuit dans la tabagie solitaire de ,montmartre1 la complexit des intrigues1 les tapes d'o l'on voit chaque semaine le chemin parcouru s'allonger1 les journes dcisives1 les victoires1 les checs mme1 tout cela parat gai1 ennobli de fivre et d'imprvu2 mais1 en fait1 il faut dner avec des imbciles2 on prend des rendez-vous par milliers pour ne rien dire2 on entretient ses relations6 ,on pie toujours le facteur2 on s'amasse un pass coeurant1 et le prsent ne change jamais4 ,et je t'en parle sciemment2 pendant trois mois j'ai connu l'ambition1 j'ai demand des lettres pour celui-ci et pour celle-l1 et l'on me vit1 qui mditais dans des antichambres les romans de ,balzac avec la vie de ,napolon4 ,o gloire6 voil les preuves par o l'on t'approche1 maintenant que tu ne t'abandonnes qu'au vainqueur heureux t'apportant fortune1 science ou quelque talent6 ,quel repos n'aurai-je pas donn tes amants1 si je leur enseigne te conqurir avec rien du tout6 99 99 99 99 99 ,,recette ,,pour ,,se ,,faire ,,avec ,,rien ,,de ,,la ,,notori,t ,il vous faut d'abord une opinion pleinement avantageuse de vous-mme3 ,prenez donc une ide exacte2 joignez-y un relev des qualits qu'il leur faut1 plus la liste des adresses o l'on se procure ces qualits1 avec le temps et l'argent qu'elles cotent2 agitez le tout avec vos penses1 vos sentiments familiers2 laissez reposer1--votre opinion est faite4 ,n'y touchez pas4 ,elle vous pntre lentement1 elle dpose dans votre me la conviction qu'il n'est rien de merveilleux dans les plus belles russites du monde1 et qu'ainsi vous atteindriez o il vous plairait4 ,ds lors les hommes vous paraissent des agits1 qui ttonnent dans une obscurit o tout vous est net et lumineux4 ,peu peu cette fatuit intime exsude2 elle adoucit et transforme vos attitudes2 comme une vapeur1 elle vous baigne d'une atmosphre spciale2 cette confiance superbe que vous respirez subjugue1 ds l'abord1 les timides et les incertains4 ,les forts se cabrent1 puis affectent de vous ignorer1 puis vous contestent2 mais des enterrements les font monter au grade qui vous lvent aussi1 vous1 objet de leurs soucis4 ,pour mieux accabler leurs mules qui les pressent1 ils imaginent de vous attirer2 ils respectent1 admettent1 consacrent enfin votre fatuit4 ,vous pensez bien que la foule les suit4 ,alors si vous avez vit avec soin d'exceller en quoi que ce soit1 d'tre raffin de parure et de savoir-vivre1 ou simplement d'tre la mode1 si l'on ne peut vous dclarer un ,brummel1 un don ,juan1 un viveur1 non plus qu'un ,rothschild1 un ,lesseps ou un ,pasteur1 votre supriorit demeure incomparable1 puisque1 faite de rien1 elle n'est limite par aucune dfinition4 ,et vraiment1 madame1 j'admire assez ce plan de vie1 o m'et conduit ,m4 ,x444 pour regretter de ne pouvoir m'y plaire4 99 99 99 99 99 ,mais je suis tout ensemble un matre de danse et sa premire danseuse4 ,ce pas du dandysme intellectuel1 si piquant par l'extrme simplicit des moyens1 ne saurait satisfaire pleinement une double vie d'action et de pense4 ,tandis qu'applaudirait le public1 moi qui bats la mesure et moi la ballerine1 n'aurais-je pas honte du signe misrable que j'crirais8 ,c'est trop peu de borner son orgueil l'approbation d'une plbe4 ,laisse ces ,barbares participer les uns des autres4 ,qu'on le classe vulgaire ou d'lite1 chacun1 hors moi1 n'est que barbare4 ,a vouloir me comprendre1 les plus subtils et bienveillants ne peuvent que ttonner1 dnaturer1 ricaner1 s'attrister1 me dformer enfin1 comme de grossiers dvastateurs1 auprs de la tendresse1 des restrictions1 de la souplesse1 de l'amour enfin que je prodigue cultiver les dlicates nuances de mon ,moi4 ,et c'est ces ,barbares que je cderais le soin de me crer chaque matin1 puisque je dpendrais de leur opinion quotidienne6 ,petit philosophe1 s'il imagine que cette risible vie m'allait sduire6 99 99 99 99 99 ,mon esprit1 qui ne s'meut que pour bannir les visions fausses1 se retrouve1 aprs ces beaux raisonnements striles1 en face du vide4 ,j'ai du moins gagn une lumire sur moi-mme2 j'ai compris que rien n'est plus risible que la forme de ma sensibilit1 c'est--dire les dialogues o1 toi et moi1 nous nous dpensons4 ,respectons dornavant les adjectifs de la majorit4 ,nous allions1 dans un tel appareil et sur un rhythme si touchant1 qu'avec les mes les plus neuves nous paraissions les pastiches des bonshommes de jadis4 ,descends de ta pendule pour voir l'heure6 ,ma bien-aime1 jamais je n'oserai relire les quatre chapitres prcdents2 c'est le plus net rsultat de l'ducation de ,paris4 ,j'ignore quel univers me btir1 mais je rougis de mon pass mlancolique4--,et voil pourquoi1 madame1 je dsire que vous cessiez d'exister1 et je retire de dessous vous mon dsir1 qui vous soutenait sur le nant4 99 99 99 99 99 ,ces paroles judicieuses o vibrait une nuance amre1 nouvelle en lui1 n'taient qu'un jargon pdant pour une crature aussi dnue de mtaphysique que cette amoureuse4 ,elle y trouva le temps de reprendre empire sur soi-mme2 elle se souvint des convenances4 ,quand il parlait de dandysme et de s'imposer la mode1 elle approuvait avec un srieux exagr et de petits coups d'oeil sur les grands murs nus2 quand il conclut sur le nant de ses recherches1 elle trouva un sourire mlancolique comme une page de l',eau de ,jouvence4 99 99 99 99 99 ,puis1 quels que fussent ses sentiments intrieurs1 avec une audace merveilleuse1 elle fut gaie et agaante jusqu' dire1 soudain transforme3 --,si tu veux1 j'ai vingt-trois ans et j'habite le quartier de l',europe1 je te verrai deux fois par semaine4 99 99 99 99 99 ,il marchait dans la chambre grands pas1 irrsolu1 les deux mains enfonces dans son large pantalon4 ,avec un joli sourire1 un peu embarrass1 presque timide1 il rpondit4 --,oui1 je ne dis pas que nous ne nous verrons plus4 ,envoie-moi ton adresse4 ,mais faut-il y penser l'avance1 et prcisment l'heure de la journe o je suis le plus capable d'atteindre l'enthousiasme et par suite la vrit8 ,la jeune femme se leva2 elle estimait que la scne devenait un peu excessive et sa nouvelle nature sentait le petit froid du ridicule4 ,elle lui rendit son lger sourire de moquerie ou de simplicit pour qu'il l'embrasst4 99 99 99 99 99 ,mais lui1 avec rapidit1 comprenant la situation et qu'il n'avait plus le droit d'tre de ,genve3 ,sans doute1 dit-il1 ce que nous faisons est assez particulier2 mais serait-ce la peine d'avoir lu tant de volumes #g1ej pour aimer comme tout le monde8 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,sixi,,me 99 99 99 99 99 ,,concordance ,c'est une souffrance1 aprs que par la pense on a embrass tous les degrs du dveloppement humain1 de commencer soi-mme la vie par les plus bas chelons4 ,pendant six mois il fut son affaire4 ,il prit des apritifs avec des publicistes1 mme il s'exera sur trois jeunes gens manier les hommes4 ,c'est pourquoi des personnes bienveillantes disaient au moment du cigare3 ,h1 voil que ce jeune homme se fait sa place au soleil4 ,ce que ton nomme encore3 il se pousse4 ,et quoiqu'il n'et qu' se louer de tout le monde et de soi-mme1 son horreur pour ces contacts tait chaque jour plus nerveuse4 ,peut-tre aussi se surchargeait-il1 tant attach aux ,affaires trangres1 secrtaire d'un sous-secrtaire d'tat1 avec d'autres broutilles4 99 99 99 99 99 ,,extase ,qu'on me rende mon moi6 ,,michelet4 ,a cette poque1 pour quelque besogne1 une enqute sans doute1 il fut ,bictre4 ,et dans la verdure d'un parc immense1 par une belle matine de soleil1 il vit les fous joyeux et affairs1 qu'un professeur1 vieux matre dcor1 et des jeunes gens srieux et simples interrogeaient discrtement et toujours approuvaient4 ,le jeune homme tait las3 fatigu de cette course matinale et humili de sa besogne prtentieuse4 ,ce palais de plein air1 cette imprvue hospitalit o1 dans un cadre parfait1 dans une exquise rgularit de confort1 ces hommes1 si diffrents cependant1 suivaient leur rve et se construisaient des univers1 l'murent4 ,il les voyait1 ces idalistes1 se promener en libert1 l'cart1 fronts srieux1 mains derrire le dos1 s'arrtant parfois pour saisir une impression4 ,nul ne raillait leur strile activit1 nul ne les faisait rougir2 leurs mes vagabondaient1 et vtus de vtements amples1 ils laissaient aller leurs gestes4 ,isol dans ce dlicieux sjour1 tandis que personne ne daignait s'intresser lui1 sinon d'un oeil interrogateur et ddaigneux1 il fit un retour sur lui-mme1 poussireux1 incertain du lendemain1 htif et n'ayant pas trouv son atmosphre4444 99 99 99 99 99 ,de ces nobles praux o une sage hygine prend soin de ces rveurs1 il sortit bras ballants1 reint par le soleil de midi1 sans voiture1 sans restaurants voisins1 convaincu des difficults inoues qu'on rencontre vivre au plus pais des hommes4 99 99 99 99 99 ,tout le jour1 dans les intervalles de sa misrable besogne1 il revit la douce image de ces jeunes gens de ,platon se promenant1 se reposant1 se rjouissant soudain cause d'un geste obscur qui se lve en leur me1 et toujours penchs sur le nuage qu'a soulev en eux quelque grande ide tombe de ,dieu4 99 99 99 99 99 ,que dites-vous8 qu'il avait mal vu8 ,n'importe6 ,c'est cette vision1 inexacte peut-tre1 qu'il s'attriste de ne pouvoir vivre4 ,sous les feuillages un peu bruissants1 se coucher1 rver1 ne pas prvoir1 ne plus connatre personne1 et cependant que soit machin avec prcision le dcor de la vie3 manger1 dormir1 avoir chaud et regarder sous des arbres des eaux courantes4 99 99 99 99 99 ,au soir1 nourriture et besogne accomplies1 le long des rues poussireuses o le jour trop sali devient noir1 parmi la foule gesticulante et qui cagne1 vers son appartement quelconque il serpenta4 ,sur les horribles boulevards1 comme il flairait1 pour leur chapper1 les bruyants et les ressasseurs1 il aperut1 pareille sa marche1 la fuite grle d'un avec qui volontiers1 des nuits entires1 il avait thoris4 ,celui-l tient toute affirmation pour le propre des pdants et n'en use que pour des effets de pittoresque4 ,il est incapable de convenu et1 quand il est soi1 ne trouve jamais ridicules les choses sincres4 ,il l'abordait d'un premier lan1 plein d'une dlectation fbrile l'ide que1 dans un coin1 tout bas1 l'un et l'autre1 ils allaient longuement et pour rien3 #a4--;,insulter la socit1 les hommes et surtout les ides4 #b4--,se rouler soi-mme et leur sotte existence dans la boue4 99 99 99 99 99 ,pourquoi celui-ci lui dit-il1 avec une chaleur feinte et un air press1 d'une voix humble o vibrait une nuance amre3 ,ah6 vous voil un grand homme1 maintenant 444 mais si 444 mais si 444 ,et le ton de cette phrase tait difficile rendre4 ,pourquoi celui-ci se tournait-il contre lui8 ,pourquoi ne pouvaient-ils plus s'entendre8 ,il n'eut pas la force de paratre indiffrent4 ,mais il s'abandonnait1 car son coeur1 et jusque la salive de sa bouche taient malades1 son avenir dgotant et son pass plein d'humiliation4 99 99 99 99 99 ,harass1 affaibli de sueurs1 il monte l'escalier presque en courant4 ,il ferme les persiennes1 allume sa lampe et rapidement jette dans un coin ses vtements pour enfiler un large pantalon1 un veston de velours1 puis rentr dans son cabinet1 dans son fauteuil1 dans l'atmosphre familire3 --,enfin1 dit-il1 je vais m'embter mon saol1 tranquillement4 ,un petit rire nerveux de soulagement le secoue1 tant il avait besoin de cette solitude4 ,il se renverse1 il cache son visage dans ses mains4 ,deux1 trois fois1 et sans qu'il s'entende1 la mme interjection lui chappe4 ,il a dans sa gorge l'tranglement des sanglots4 ,il n'ose mme pas regarder sa situation et l'avenir4 ,il s'abandonne ses imaginations1--et toutes ides l'envahissent4 ,et d'abord le dsir1 le besoin presque maladif d'oublier les gens1 ceux surtout qui sont quelque part des chefs et qui se barricadent de ddain ou de protection4 ,j'oublierai aussi les vnements1 hassables parce qu'ils limitent 7et cependant si j'tais bon et simple1 avec l'nergie un peu grossire des hros1 je pourrais remonter cette tourbe des conseils1 des exemples1 des prudences et toutes ces mesquineries o je drive74 ,je veux chapper encore tous ces livres1 tous ces problmes1 toutes ces solutions4 ,toute chose prcise et dfinie1 que ce soit une question ou une rponse1 la premire tape ou la limite de la connaissance1 se rduit en dernire analyse quelque drisoire banalit4 ,ces chefs-d'oeuvre tant vants1 comme aussi l'immense dlayage des papiers nouveaux1 ne laissent1 aprs qu'on les a presss mot par mot1 que de maigres affirmations juxtaposes1 cent fois discutes1 insipides et sches4 ,je n'y trouvai jamais qu'un prtexte m'chauffer2 quelques-uns marquent l'instant o telle image s'veilla en moi4 ,anecdotes rtrcies1 tableaux fragmentaires d'aprs lesquels je crois plier mon motion1 moi qui suis le principe et l'universalit des choses4 ,quelque filet d'ides que je veuille remonter1 fatalement je reviens moi-mme4 ,je suis la source4 ,ils tiennent de moi qui les lis1 tous ces livres1 leur philosophie1 leur drame1 leur rire1 l'exactitude mme de leurs nomenclatures4 ,simples casiers o je classe grossirement les notions que j'ai sur moi-mme6 ,leurs titres admis de tous servent d'tiquettes sottement prcises diverses parties de mon apptit4 ,nous disons ,hamlet1 ,valmont1 ,adolphe1 ,dominique1 et cela facilite la conversation4 ,ainsi en pleine pte1 l'emporte-pice1 on dcoupe des toiles1 les signes du zodiaque et cent petites images de l'univers1 dlicieuses pour le potage et qui facilitent aux enfants la cosmographie2 mais tout ce firmament dans une assiette claire-t-il le ciel inconnaissable et qui nous trouble8 99 99 99 99 99 ,il alluma un cigare norme1 noir et sableux4 ,et il contemplait les associations d'ides qui s'amassaient des lointains de sa mmoire pour lui btir son univers4 99 99 99 99 99 444 ,dj les murs avec leur tapisserie de livres secs1 jaunes1 verts1 souills1 trop connu1 ont disparu4 ,plus rien qu'une masse profonde de penses qui baignent son me1 aussi relles1 quoique insaisissables1 que le parfum rpandu dans tout notre tre par le souvenir d'une femme et que nous ne saurions prciser4 ,des bouffes d'imagination indfinies et puissantes le remplissent3 dsirs d'ides1 apptits de savoir1 motions de comprendre2 il est ivre comme de la pleine fume presque pteuse de son cigare4 ,il halte de tout embrasser1 s'assimiler1 harmoniser4 ,son mcanisme de tte puissamment chauff ne s'arrte pas se renseigner1 dduire1 distinguer1 rapprocher2 son regard n'est tendu vers rien de relatif1 de singulier1--c'est toute besogne de fabricant de dictionnaire4 ,il aspire l'absolu4 ,il se sent devenir l'ide de l'ide2 ainsi dans le monde sentimental le moment suprme est l'amour de l'amour3 aimer sans objet1 aimer aimer4 99 99 99 99 99 ,cependant une fois encore1 dans cette atmosphre de son ,moi1 l-bas sur l'horizon de cet univers volontaire qui n'est que son me droule l'infini1 il devine la jeune femme ou plutt le lieu o jadis elle lui apparut2--parfois dans un clair de recueillement nous retrouvons les longs chagrins qui nous faisaient pleurer4 ,jadis c'tait une acuit profonde2 tout l'tre transperc4 ,aujourd'hui1 une notion1 une froide chose de mmoire4 ,cette femme1 ce moment pleureur de sa vie1 belle et rose et qu'encensaient ces fleurs courbes1 la tendresse et la volupt1 jadis le troubla jusqu'au deuil4 ,puis elle apparut1 subtile et railleuse1 dans un dcor de tentations dlicates2 elle me souillait les hardiesses qui domptent les hommes4 ,mais le soir1 assis prs d'elle et me rongeant l'esprit1 je l'ai salie la discuter4--,et il bille devant cette fade et perptuelle revenante1 sa sentimentalit4 99 99 99 99 99 --,tu fus le prcurseur1 songe-t-il1 tu me rendis attentif ce fluide et profond univers qui s'tend derrire les minutes et les faits4 ,mais pourquoi plus longtemps nommer femme mon dsir8 ,je ne gotai de plaisir par toi qu' mes heures de bonne sant et d'irrflexion2 gat bien furtive puisqu'il n'en reste rien sur ces pages6 ,c'est quand tu m'abandonnais que je connus la faiblesse dlicieuse de soupirer4 ,mon rve solitaire fut fcond1 il m'a donn la mollesse amoureuse et les larmes4 ,d'ailleurs tu compares et tu envies1 ainsi tu autorises les accidents1 les apparences et toutes les petitesses de l'ambition nous proccuper4 ,je ne veux plus te rver et tu ne m'apparatras plus4 ,j'entends vivre avec la partie de moi-mme qui est intacte des basses besognes4 99 99 99 99 99 ,alors dans la fume1 loin du bruit de la vie1 quittant les vnements et toutes ces mortifications1 le jeune homme sortit du sensible4 ,devant lui fuyait cette vie troite pour laquelle on a pu crer un vocabulaire4 ,un amas de rves1 de nuances1 de dlicatesses sans nom et qui s'enfoncent l'infini1 tourbillonnent autour de lui3 monde nouveau1 o sont inconnus les buts et les causes1 o sont tranchs ces mille liens qui nous rattachent pour souffrir aux hommes et aux choses1 o le drame mme qui se joue en notre tte ne nous est plus qu'un spectacle4 ,quand1 port par l'enthousiasme1 il rentrait ainsi dans son royaume1 qu'auraient-ils dit de cette transfiguration1 ses familiers1 qui toujours le virent vtu de complaisance1 de mdiocres ambitions1 de futilits et s'nervant des plaisanteries de caf-concert4 ,au jour les besognes chasseront de son coeur ces influences sublimes4 ,qu'importe6 ,cette nuit clbre la rsurrection de son me2 il est soi1 il est le passage o se pressent les images et les ides4 ,sous ce dfil solennel il frissonne d'une petite fivre1 d'un tremblement de hte3 vivra-t-il assez pour sentir1 penser1 essayer tout ce qui l'meut dans les peuples1 le long des sicles6 ,il se rejette en arrire pour aspirer une bouffe de tabac1 et sa pense soudain se divise2 et tandis qu'une partie de soi toujours se glorifiait1 l'autre contemplait le monde4 ,il se penchait du haut d'une tour comme d'un temple sur la vie4 ,il y voyait grouiller les ,barbares1 il tremblait l'ide de descendre parmi eux2 ce lui tait une rpulsion et une timidit1 avec une angoisse4 ,en mme temps il les mprisait4 ,il reconnaissait quelques-uns d'entre eux2 il distinguait leur large sourire blessant1 cette vigueur et cette turbulence4 99 99 99 99 99 ,nous sommes les ,barbares1 chantent-ils en se tenant par le bras1 nous sommes les convaincus4 ,nous avons donn chaque chose son nom2 nous savons quand il convient de rire et d'tre srieux4 ,nous sommes sourds et bien nourris1 et nous plaisons--car de cela encore nous sommes juges1 tant bruyants4 ,nous avons au fond de nos poches la considration1 la patrie et toutes les places4 ,nous avons cr la notion du ridicule 7contre ceux qui sont diffrents71 et le type du bon garon 7tant la profondeur de notre me est admirable74 99 99 99 99 99 --,ah6 songeait-il1 se mettant en marche1 tout en flambant son quatrime cigare1 petite chose le plus triomphant de ces repus6 ,oui1 je me sens le frre trbuchant des mes fires qui se gardent l'cart une vision singulire du monde4 ,les choses basses peuvent limiter de toutes parts ma vie1 je ne veux point participer de leur mdiocrit4 ,je me reconnais2 je suis toutes les imaginations et prince des univers que je puis voquer ici par trois ides associes4 ,que toutes les forces de mon orgueil rentrent en mon me4 ,et que cette me ddaigneuse secoue la sueur dont l'a souille un indigne labeur4 ,qu'elle soit bondissante4 ,j'avais hte de cette nuit1 mon bien-aim1 moi1 pour redevenir un dieu4 99 99 99 99 99 --,mon pauvre ami1 que pensez-vous donc djouer ainsi les jeunes dieux6 ,hier vous partes encore un enfant2 vos reins s'taient courbaturs pendant que vous interrogiez les contradictions des penseurs2 l'aube1 on vous a vu la peau fripe et dans les yeux de lgres fibrilles rouges aprs des expriences sentimentales4 --,qu'importe mon corps6 ,dmence que d'interroger ce jouet6 ,il n'est rien de commun entre ce produit mdiocre de mes fournisseurs et mon me o j'ai mis ma tendresse4 ,et quelque bvue o ce corps me compromette1 c'est lui d'en rougir devant moi4 --,mon pauvre ami1 que pensez-vous donc8 ,vos ides1 votre me enfin1 cinquante que vous connaissez les possdrent et les ont exprimes avec des mots dlicieux4 ,sachez donc que1 n'tant pas neuf1 vous paraissez encore sec1 essouffl1 fivreux2 qui donc pensez-vous charmer8 --,mes penses1 mon me1 que m'importe6 ,je sais en quelle estime tenir ces reprsentations imparfaites de mon moi1 ces images fragmentaires et furtives o vous prtendez me juger4 ,moi qui suis la loi des choses1 et par qui elles existent dans leurs diffrences et dans leur unit1 pouvez-vous croire que je me confonde avec mon corps1 avec mes penses1 avec mes actes1 toutes vapeurs grossires qui s'lvent de vos sens quand vous me regardez6 ,il serait beau1 dites-vous1 d'tre petit-fils d'une race qui commanda1 et l'aeul d'une ligne de penseurs2--il serait beau que mon corps offrt l'opulence des magnifiques de ,venise1 la grande allure de ,van ,dyck1 la morgue de ,velasquez2--il serait beau de satisfaire pleinement ma sensibilit contre une sensibilit pareille1 et qu'en cette rare union l'estime et la volupt ne fussent pas spares4 ,misres1 tout cela6 ,fragments parpills du bon et du beau6 ,je sais que je vous apparais intelligent1 trop jeune1 obscur et pas vigoureux2 en vrit1 je ne suis pas cela1 mais simplement j'y habite4 ,j'existe1 essence immuable et insaisissable1 derrire ce corps1 derrire ces penses1 derrire ces actes que vous me reprochez2 je forme et dforme l'univers1 et rien n'existe que je sois tent d'adorer4 ,je me dsintresse de tout ce qui sort de moi4 ,je n'en suis pas plus responsable que du ciel de mon pays1 des maladies de la chose agraire et de la dpopulation4 ,aprs quoi si l'on me dit3 ,prouvez-vous donc1 tmoignez que vous tes un dieu4 ,je m'indigne et je rponds3 ,quoi6 comme les autres6 me dfinir1 c'est--dire me limiter6 me reflter dans des intelligences qui me dformeront selon leurs1 courbes6 ,et quel parterre m'avez-vous prpar8 ,ma tche1 puisque mon plaisir m'y engage1 est de me conserver intact4 ,je m'en tiens dgager mon ,moi des alluvions qu'y rejette sans cesse le fleuve immonde des ,barbares4 99 99 99 99 99 ,ainsi se retrouvait-il faonn selon son dsir4 99 99 99 99 99 ,et peu peu l'amertume mle ce tourbillon de penses se fondait4 ,abandonn dans un fauteuil1 les pieds sur le marbre de la chemine parmi les paperasses1 immobile ou bien ayant des gestes lents comme s'il maniait des objets explosifs1 il tenait son regard tendu sur ces ides qui ne se rvlent que dans un clair4 ,la solennit et la profondeur de son motion semblaient emplir la chambre comme un choeur4 ,son ivresse n'tait pas de magnificence et d'isolement sur le grand canal au pied des palais de ,venise2 elle ne venait pas non plus porte1 sous un ciel bas1 par un vent pre1 sur la bruyre immense de l'ocan breton2 mais entre ces murs nus et dsesprants1 ses moindres penses prenaient une intensit pousse jusqu' un degr prodigieux4 ,il s'enfonait avec passion en contempler en lui l'involontaire et grandiose procession 444 ,plnitude1 sincrit d'ardeur1 que ne peut vous faire sentir l'analyse4 ,port sur ce fleuve norme de penses qui coule resserr entre le coucher du soleil et l'aube1 il lui semblait que1 dsormais dbordant cet troit canal d'une nuit1 le fleuve allait se rpandre et l'emporter lui-mme sur tout le champ de la vie4 ,dlices de comprendre1 de se dvelopper1 de vibrer1 de faire l'harmonie entre soi et le monde1 de se remplir d'images indfinies et profondes3 beaux yeux qu'on voit au dedans de soi pleins de passion1 de science et d'ironie1 et qui nous grisent en se dfendant1 et qui de leur secret disent seulement3 ,nous sommes de la mme race que toi1 ardents et dcourags4 99 99 99 99 99 ,et ce ne sont pas l les penses familires1 les chres penses domestiques1 de flnerie ou d'tude1 que l'on protge1 que l'on rchauffe1 qu'on voit grandir4 ,a celles-l1 le soir1 comme des amoureuses nous parlons sur l'oreiller2 nous leur ajoutons un argument comme une fleur dans les cheveux3 elles sont notre compagne et notre coquetterie1 et nous enlevons d'elles la moindre poussire d'imperfection4 ,bonheur paisible6 mais dans leurs bras j'entends encore le monde qui frappe aux vitres4 ,et puis1 trop souvent cette angoisse terrible3 ,sont-elles bonnes8 et leur beaut8 ,un nuage passe3 ,d'autres les ont possdes2 demain elles me paratront peut-tre froides1 vides1 banales4 ,ah6 cette scheresse6 ces harassements de reprendre1 froid et d'une me rtrcie1 des thories qui hier m'chauffaient6 ,ah6 presser une imagination1 systmatiser1 synthtiser1 liminer1 affiner1 comparer6 besogne d'coeurement6 dgot6 d'o l'on atteint la strilit4 ,et devant cet amas de rves gchs1 le cerveau fourbu demeure toujours1 affam jusqu'au dsespoir et ne trouvant plus rien1 plus une rognure de systme baratter4--,vraiment1 je me soucie peu de connatre ces angoisses4 ,ce que j'aime et qui m'enthousiasme1 c'est de crer4 ,en cet instant je suis une fonction4 ,o bonheur6 ivresse6 je cre4 ,quoi8 ,peu importe2 tout4 ,l'univers me pntre et se dveloppe et s'harmonise en moi4 ,pourquoi m'inquiter que ces penses soient vraies1 justes1 grandes8 ,leurs pithtes varient selon les tres qui les considrent2 et moi1 je suis tous les tres4 ,je frissonne de joie1 et1 comme la mre qui palpite d'un monde1 j'ignore ce qui nat en moi4 99 99 99 99 99 ,lourds soirs d't1 quand sorti de la ville odieuse1 pleine de bue1 de sueur et de gesticulations1 j'allais seul dans la campagne et1 couch sur l'herbe jusqu'au train de minuit1 je sentais1 je voyais1 j'tais enivr jusqu' la migraine d'un dfil sensuel d'images faites de grands paysages d'eau1 d'immobilit et de sant dolente1 doucement console parmi d'immenses solitudes brutalises d'air salin4--,ainsi dans cette chambre sche roulait en moi tout un univers1 pre et solennis4 99 99 99 99 99 ,comme il se promenait dans l'appartement demi obscur1 parlant tout haut et par saccades et gesticulant1 il heurta ses bottines jetes l ngligemment1 avec la hte de sa rentre1 et soudain il se rappela qu'il devait passer chez son cordonnier1 puisqu' midi recommenait son labeur4 ,dj sonnaient trois heures du matin3 un dcouragement pouvantable l'envahit3 il fallait maintenant tcher de dormir jusqu' l'heure de rentrer dans la cohue parmi les gens4 ,pour rafrachir l'atmosphre enfivre1 il ouvrit sur l'norme ,paris1 qui1 repu1 lui sembla se prparer au lendemain4 ,il se dvtit avec ce calme presque somnambulique qui nat1 aprs une violente surexcitation1 de la certitude de l'irrmdiable4 ,et longtemps avant de s'endormir il se rptait1 en la grossissant chaque fois1 l'horreur de la vie qu'il subissait4 ,son sommeil fut agit et par tronons1 cause qu'il avait trop fum3 ,nous autres analyseurs1 songeait-il1 rien de ce qui se passe en nous ne nous chappe4 ,je vois distinctement de petits morceaux de rosbif qui bataillent1 hideux et rouges1 dans mon tube digestif4 ,et1 le corps fourmillant1 il pliait et repliait ses oreillers pour lever sa tte brlante4 99 99 99 99 99 ,,chapitre ,,septi,,me 99 99 99 99 99 ,,concordance ,de longs affaissements alternaient avec ces surexcitations2 mais son anxit1 parfois adoucie1 jamais ne s'apaisait4 ,certes il ne prtendait son dgot universel justifi que contre l'espce2 il reconnaissait qu'applique l'individu sa mfiance avait souvent tort1 car les caractres spcifiques se tmoignent chez chacun dans des proportions variables4 ,seulement il tait craintif de toute socit4 ,certes il estimait que sa vie1 pour ceci et cela1 pouvait paratre enviable1 mais il mprisait les mes mdiocres qui peuvent se satisfaire pleinement4 99 99 99 99 99 ,c'est malgr lui qu'il manifestait avec cette violence le fond de sa nature1 que nous avons vu se former par cinq annes d'efforts1 deux hors du monde1 trois ,paris4 ,silencieux et affaiss1 il cachait le plus possible ses sentiments1 mais la meilleure rfutation qu'il leur connt consistait en un long bain vers dix heures du soir et une prparation de chloral4 99 99 99 99 99 ,,affaisement ,c'tait1 sur le bois de ,boulogne1 le ciel bas et voil des chansons bretonnes4 ,il revint doucement1 en voiture1 sur le pav de bois1 un peu gris du luxe abondant des quipages1 et satisfait de n'avoir aucun labeur pour cette soire ni le lendemain4 ,il dna sans nervement1 dans un endroit paisible et frais1 servi par un garon incolore4 ,il n'eut pas conscience des phnomnes de la digestion1 et attabl devant le caf lgant et dsert d'une silencieuse avenue1 il gota sans importuns le lger chauffement des vingt minutes qui suivent un sage repas4 ,dans le soir tombant1 un peu froid pour faire plus agrable son londrs blond parfaitement allum1 il contemplait de vagues mtaphysiques1 charmantes et qu'il ne savait trop distinguer des fines et rapides jeunes filles s'chappant cette heure de leurs ateliers ingnieux de couture4 taient-elles dans son me1 ou les voyait-il rellement sous ses yeux8 pour qu'il prt souci de l'clairer cet affaissement rveur tait trop doux4 99 99 99 99 99 ,bientt1 mortifi des durs btons de sa chaise1 il se leva et dut se choisir une occupation1 un lieu o il et sa raison d'tre ce soir dans cet ocan mesquin de ,paris4 444 ,a dix minutes de marche1 il sait un endroit certainement plein de camarades4 ,on arrive1 on est surpris et illumin de se revoir2 on se serre cordialement la main1 chacun selon son tic 7deux doigts avec nonchalance1 ou cordialement en camarade loyal1 ou d'une main humide1 ou sans lever les yeux l'homme proccup1 ou en disant3 mon vieux74 ,puis quoi6 les bavardages connus1 les dolances1 de petites envies4 ,auprs de ces braves gaillards1 identiques hier et demain1 je n'irai pas risquer ma quitude4 ,tandis que les muscles de leurs visages et les secrtes transitions de leurs discours rvlent qu'ils mettent leur honneur et leur joie dans les mdiocres sommes et faveurs o ils se hissent1 ils n'arrtent pas de stigmatiser1 avec emportement et navet1 les concessions de leurs ans4 ,le plus agaant est que1 cramponns des opinions fragmentaires qu'ils reurent du hasard1 ils s'indignent contre celui qui tient d'gale valeur ce qu'ils mprisent et ce qu'ils exaltent1 comme si toutes attitudes n'taient pas galement insignifiantes et justifies4 99 99 99 99 99 444 ,dans le monde1 ce dbut de l't1 plus de rceptions tapageuses4 ,aux salons reposs et frais1 quinze vingt personnes se succdent doucement1 qui approuvent quelque chose en prenant une tasse de th4 ,que n'allait-il s'y dlasser8 ,on rencontre dans la socit1 dfaut d'affection1 des gens affectueux et bien levs4 ,les impressions qu'on y change1 prvues1 un peu trop lucides1 du moins n'veillent jamais ce malaise que nous fait la verve heurte des jeunes gens4 ,peu rpandu1 je sais mal1 avouait-il1 l'intrigue de ces banquiers1 fonctionnaires1 politiciens et mondaines2 je ne distingue gure leurs petitesses1 et1 dans un milieu de bon ton1 je tiens volontiers galant homme tout causeur bienveillant et bref4--,hlas6 sa douloureuse sensibilit lui fermait ces lgants loisirs4 ,il le confessait avec clairvoyance3 ,je n'ai pas souvenir d'une connaissance de salon1 la plus frivole et furtive1 qui ne m'ait mortifi ds l'abord par quelque parole1 insignifiante mais o je savais trouver1 malgr que je me tinsse1 de la peine et de l'irritation4 ,j'excepte deux ou trois femmes1 qui me distingurent avec un got charmant1 et leur accueil m'et transport1 si l'impuissance de paratre en une seule minute tout ce que je puis tre n'avait alors gt mon naf panouissement et si profondment qu'aujourd'hui encore1 dans mes instants de fatuit1 la soudaine vocation de ces circonstances me resserre4 ,imagination pnible qu'a part soi il comparait la vanit pointilleuse des campagnards1 mais enfonce si avant dans sa chair qu'il pouvait la cacher mais non point ne pas en souffrir4 99 99 99 99 99 444 ,une troisime distraction s'offrait3 la musique4 ,amie puissante1 elle met l'abondance dans l'me1 et1 sur la plus sche1 comme une humidit de floraison4 ,avec quelle ardeur1 lui1 mcontent honteux1 pendant les noires journes d'hiver1 n'aspirait-il pas cette vie sentimentale des sons1 o les tristesses mme palpitent d'une si large noblesse6 ,la musique ne lui faisait rien oublier2 il n'et pas accept cette diminution2 elle haussait jusqu'au romantisme le ton de ses penses familires4 ,pour quelques minutes1 parmi les nuages d'harmonie1 le front touch d'orgueil comme aux meilleures ivresses du travail nocturne1 il se convainquait d'avoir t lu pour des infortunes spciales4--,mais dans cette molle soire de tideur il rpugnait toute secousse4 ,je me garderai1 quand mon humeur sommeille1 de lui donner les violons2 leur puissance trop implore dcrot1 et leur vertu ne saurait tre mise en rserve qui se subtilise avec le soupir expirant de l'archet4 99 99 99 99 99 ,il alla simplement se promener au parc ,monceau4 ,quoique le soir elle sente un peu le marcage1 il aimait cette nursery4 ,l1 solitaire et les mains dans ses poches1 il se permettait d'abandonner l'air gaillard et sr de soi1 uniforme du boulevard4 ,tant tait douce sa philosophie1 il estimait que choquer les moeurs de la majorit ne fut jamais spirituel4 ,les gens m'pouvantent1 ajoutait-il1 mais la veille d'un dimanche o je pourrai m'enfermer tout le jour1 j'ai pour l'humanit mille indulgences4 ,mes mchancets ne sont que des crises1 des excs de coudoiement4 ,je suis1 parmi tous mes agrs admirables et parfaits1 un capitaine sur son vaisseau qui fuit la vague et s'enorgueillit uniquement de flotter 444 ,oh6 je me fais des objections2 petites phrases de ,michelet si pntrantes1 brlantes du culte des groupes humains6 amis1 belles mes1 qui me communiquez au dessert votre sentiment de la responsabilit6 moi-mme j'ai senti une nergie de vie1 un souffle qui venait du large1 le soir1 sur le mail1 quand les militaires soufflaient dans leurs trompettes retentissantes4 --,ce n'est donc pas que je m'admire tout d'une pice1 mais je me plais infiniment4 99 99 99 99 99 ,dans son paule1 une nvralgie lancina soudain1 qui le gurit sans plus de sa dplaisante fatuit4 ,humant l'humidit1 il se hta de fuir4 ,puis reprenant avec pondration sa politique3 ,la rflexion et l'usage m'engagent ensevelir au fond de mon me ma vision particulire du monde4 ,la gardant immacule1 prcise et consolante pour moi toute heure1 je pourrai1 puisqu'il le faut1 supporter la bienveillance1 la sottise1 tant de vulgarits des gens4--,je saurai que moi et mes camarades1 jeunes politiciens1 nous plairons1 par quelles approbations6 dans les couloirs du ,palais-,bourbon4 ,et si l'on agrandit le jeu1 j'imagine qu'on trouvera1 dans cette souplesse se garder en mme temps qu'on parat se donner1 un plaisir aigu de mpris4 quilibre pourtant difficile tenir6 ,l'homme intrieur1 celui qui possde une vision personnelle du monde1 parfois s'chappe soi-mme1 bouscule qui l'entoure et1 se rvlant1 annule des mois merveilleux de prudence2 s'il se plie sans clat servir l'univers vulgaire1 s'il fraternise et s'il ravale ses dgots1 je vois l'amertume amasse dans son me qui le pntre1 l'aigrit1 l'empoisonne4 ,ah6 ces faces bilieuses1 et ces lvres sches1 avec bientt des coliques hpatiques6 99 99 99 99 99 ,il s'arrta dans son raisonnement1 un peu inquiet de voir qu'une fois encore1 ayant pos la vrit 7qui est de respecter la majorit71 les raisonnements se drobaient1 le laissant en contradiction avec soi-mme4 ,toujours atteindre au vide6 ,il reprit opinitrement par un autre ct sa rhapsodie3 99 99 99 99 99 ,avec quoi me consoler de tout ce que j'invente de tourner en dgot8 7,et cette petite formule1 dplaisante1 trop maigre1 dsolait sa vie depuis des mois47 ,un jour viendra o ce systme1 d'aprs lequel je plie ma conduite1 me dplaira4 ,aux heures vagues de la journe1 souvent1 par une fente brusque sur l'avenir1 j'entrevois le dsespoir qui alors me tournera contre moi-mme1 alors qu'il sera trop tard4 ,c'est piti que dans ce quartier dsert je sois seul et indcis remuer mes vieilles humeurs1 que fait et dfait le hasard des tempratures4 ,et ce soir1 avec ce perptuel resserrement de l'pigastre et cette insupportable angoisse d'attendre toujours quelque chose et de sentir les nerfs qui se montent et seront bientt les matres1 ressemble tout mes soirs1 sans trve agits comme les minutes qui prcdent un rendez-vous4 ,ceux de mon ge1 versores1 des ravageurs1 dit saint ,augustin1 ont une jactance dont je suis triste2 ils sont sanguins et spontans2 ils doivent s'amuser beaucoup1 car ils se donnent en s'abordant de grands coups sur les paules et souvent mme sur le plat du ventre1 avec enthousiasme4 ,moi qui rpugne ces ptulances et leurs gourmes1 plus tard1 impotent1 assis devant mes livres1 ne souffrirai-je pas de m'tre loign des ivresses o des jeunes femmes1 avec des fleurs1 des parfums violents et des corsages dlicats1 sont gaies puis se dshabillent4 ,et voil mon moindre regret prs de tant de succs proposs1 autorit1 fortune1 qu'irrvocablement je refuse4 ,refuss6 qui le croira4 ,o m'arrterais-je si je me dcidais vouloir8444 ,hlas6 quelque vie que je mne1 toujours je me tourmenterai d'une cret mcontente1 pour n'avoir pu mener paralllement les contemplations du moine1 les expriences du cosmopolite1 la spculation du boursier et tant de vies dont j'aurais su agrandir les dlices4 ,cependant1 par de rapides frottements il chauffait son rhumatisme1 et il circulait dans ce pt de maisons mornes1 rue de ,clichy1 square ,vintimille1 rue ,blanche1 parmi lesquelles il ressentait alors un singulier mlange de dgot et de timidit1 jusqu' ne pouvoir prononcer leurs noms sans malaise1 car il y avait rcemment habit4 ,et le souvenir des espoirs1 des checs1 des angoisses1 tant de dgots subis des ,barbares6 prcisant sa pense1 il tente1 une fois encore1 de reconnatre sa position dans la vision commune de l'univers3 99 99 99 99 99 ,a certains jours1 se disait-il1 je suis capable d'installer1 et avec passion1 les plans les plus ingnieux1 imaginations commerciales1 succs mondains1 voie intellectuelle1 enviable dandysme1 tout au net1 avec les devis et les adresses dans mes cartons4 ,mais aussitt par les ,barbares sensuels et vulgaires sous l'oeil de qui je vague1 je serai contrl1 estim1 cot1 tois1 apprci enfin2 ils m'admonesteront1 reformeront1 redresseront1 puis ils daigneront m'autoriser tenter la fortune2 et je serai exploit1 humili1 vex en tre tonn moi-mme1 jusqu' ce qu'enfin1 excd de cet abaissement et de me renier toujours1 je m'en revienne ma solitude1 de plus en plus resserr1 fan1 froid1 subtil1 aride et de moins en moins loquace avec mon me4 ,oui1 c'est trop tard pour renoncer d'tre l'abstraction qu'on me voit4 ,je fus trop acharn vrifier de quoi tait faite mon ardeur4 ,pour m'prouver1 je me touchai avec ingniosit de mille traits aigus d'analyse jusque dans les fibres les plus dlicates de ma pense4 ,mon me est toute dchire4 ,je fatigue la rparer4 ,mes curiosits1 jadis si vives et agrables voir3 tristesse et drision4 ,et voil bien la guitare dmode de celui qui ne fut jamais qu'un enfant de promesse6 ,tristesse1 tu n'intresses plus aujourd'hui que des fabricants de pilules1 qui te vaincront par la chimie4 ,drision6 m'tant mang la tte comme un oeuf frais1 il ne reste plus que la coquille2 juste l'paisseur pour que je sourie encore4 ,mon sourire a perdu sa fatuit4 ,je pensais me sourire moi-mme1 et j'ai perdu pied dans l'indfini me hasarder hors la gographie morale4 ,la tche n'tait pas impossible4 ,j'ai trop voulu me subtiliser4 ,fouill1 aminci1 je me refuse dsormais de nouvelles expriences4 ,je ne sais plus que me rpter2 mes dgots mme n'ont plus de verve3 simples souvenirs mis en ordre6 ,chemins d'anmie1 misres du pass1 je vous vois mesquins du haut de la loi que j'bauchai1 ridicules avec les yeux du vulgaire4 ,ce que j'appelais mes penses sont en moi de petits cailloux1 ternes et secs1 qui bruissent et m'touffent et me blessent4 ,je voudrais pleurer1 tre berc2 je voudrais dsirer pleurer4 ,le voeu que je dcouvre en moi est d'un ami1 avec qui m'isoler et me plaindre1 et tel que je ne le prendrais pas en grippe4 99 99 99 99 99 ,j'aurais pass ma journe tant bien que mal sous les besognes4 ,le soir1 tous soirs1 sans appareil j'irais lui4 ,dans la cellule de notre amiti ferme au monde1 il me devinerait2 et jamais sa curiosit ou son indiffrence ne me feraient tressaillir4 ,je serais sincre2 lui affectueux et grave4 ,il serait plus qu'un confident3 un confesseur4 ,je lui trouverais de l'autorit1 ce serait mon an2 et1 pour tout dire1 il serait mes cts8 moi-mme plus vieux4 ,telle sensation dont vous souffrez1 me dirait-il1 est rare mme chez vous2 telle autre que vous prtez au monde1 vous est une vision spciale2 analysez mieux4 ,nous suivrions ensemble du doigt la courbe de mes agitations2 vous tes au pire1 dirait-il2 l'aube demain vous calmera4 ,et si mon cerveau trop sillonn par le mal se refusait comprendre1 et1 cette supposition est plus triste encore1 si je mprisais la vrit par orgueil de malade1 lui1 sans mchantes paroles1 modifierait son traitement4 ,car il serait moins un moraliste qu'un complice clairvoyant de mon cret4 ,il m'admirerait pour des raisons qu'il saurait me faire partager2 c'est quand la fiert me manque qu'il faut violemment me secourir et me mettre un dieu dans les bras1 pour que du moins le prtexte de ma lassitude soit noble4 ,dans mes dtestables lucidits et expansions1 il saurait me donner l'ironie pour que je ne sois pas tout nu devant les hommes4 ,la scheresse1 cette reine crasante et dsole qui s'assied sur le coeur des fanatiques qui ont abus de la vie intrieure1 il la chasserait4 ,a moi qui tentai de transfigurer mon me en absolu1 il redonnerait peut-tre l'ardeur si bonne vers l'absolu4 ,ah6 quelque chose dsirer1 regretter1 pleurer6 pour que je n'aie pas la gorge sche1 la tte vide et les yeux flottants1 au milieu des militaires1 des curs1 des ingnieurs1 des demoiselles et des collectionneurs4 99 99 99 99 99 ,marcher dans les rues1 cder le trottoir1 heurter celui-ci et respecter son propre rhumatisme secoue et coupe les ides4 ,au milieu de son motion1 ce jeune homme se mit tout coup rver de la vie qu'il s'installerait1 s'il parvenait supporter le contact des ,barbares2 ,je serais1 pour qu'on ne m'crase pas1 bon1 aimable1 rare et sans y paratre trs circonspect4 ,puis j'aurais un bon cuisinier pour lestement me prparer des mets lgers et qui1 dans une office frache1 o j'irais prs de lui parfois m'instruire en buvant un verre de quinquina1 se distrairait le long du jour feuilleter des traits d'hygine4 ,j'aurais encore quelque voiture1 luisante et douce et de lignes nettes1 pour visiter commodment certaines curiosits du vieux ,paris1 o il faut apporter le guide ,joanne1 gros format4 ,chaque anne1 de rapides voyages de trente jours me mneraient ,venise pour ennoblir mon type1 ,dresde pour rver devant ses peintures et ses musiques1 au ,vatican et ,berlin pour que leurs antiques prcisent mes rves4 ,enfin1 tous instants1 je monterais en wagon2 c'est le temps de dormir1 et je me rveille1 loin de tous1 grelottant dans la brise1 en face du va-et-vient admirable de l'hroque ocan breton1 mle et paternel4 99 99 99 99 99 ,rentr chez lui1 il calcula sur papier le revenu ncessaire ce train de vie et les besognes qu'il lui en coterait4 ,puis il sourit de cet enfantillage--qui pourtant ne laissa pas de l'impressionner4 ,ensuite accabl1 il ne trouva plus la moindre rflexion faire 444 matre qui gurirait de la scheresse4 99 99 99 99 99 ,c'est ce soir-l que dcidment incapable de s'chauffer sans un bouleversement de son univers intrieur1 toujours possible mais que depuis des mois il esprait en vain1 timide et affaiss devant l'avenir1 tourment d'insomnies1 il eut le got de se souvenir1 de rpter les motions1 les visions du monde dont jadis il s'tait si violemment chauff4 ,il lui souriait de se caresser et de se plaindre dans cette monographie1 aux heures que lui laissaient libres son patron et les solliciteurs de ce dput sous-secrtaire d'tat4 ,il ne s'effora nullement de combiner1 de prouver1 ni que ses tableaux fussent agrables4 ,il copiait strictement1 sans ampleur ni habilet1 les divers rves demeurs empreints sur sa mmoire depuis cinq ans4 ,seulement cette heure de strilit1 il s'tonnait parfois de retrouver dans son souvenir certains accs de tendresse ou de haine4 ,est-il possible que j'aie dclam6 ,j'esprais cela6 ,o navet6 ,il rougissait4 ,et malgr sa sincrit1 a et l vous devinerez peut-tre qu'il a mis la sourdine1 par respect pour le lecteur et pour soi-mme4 ,souvent1 trs souvent1 fatigu1 perdu dans cette casuistique monotone1 touch du soupon qu'il n'avait connu que des enfantillages1 plus effray encore l'ide de recommencer une vraie vie srieuse1 ferme1 utile1 il s'interrompait3 99 99 99 99 99 ,o matre1 matre1 o es-tu1 que je voudrais aimer1 servir1 en qui je me remets6 99 99 99 99 99 ,o matre1 ,je me rappelle qu' dix ans1 quand je pleurais contre le poteau de gauche1 sous le hangar au fond de la cour des petits1 et que les cuistres1 en me bourradant1 m'affirmaient que j'tais ridicule1 je m'interrogeais avec angoisse6 ,plus tard1 quand je serai une grande personne1 est-ce que je rougirai de ce que je suis aujourd'hui8--,je ne sais rien que j'aime autant et qui me touche plus que ce gamin1 trop sensible et trop raisonneur1 qui m'implorait ainsi1 il y a quinze ans4 ,petit garon1 tu n'avais pas tort de mpriser les cuistres1 dispensateurs d'loge et ordonnateurs de la vie1 de qui tu dpendais2 tu montrais du got de te plaire1 de fois autre1 par les temps humides1 pleurer dans un coin plutt que de jouer avec ceux que tu n'avais pas choisis4 ,crois bien que les soucis et les prtentions des grandes personnes ont continu m'tre souverainement indiffrents4 ,aujourd'hui comme alors1 je sens en elles l'ennemi2 prs d'elles je retrouve le ddain et la timidit que t'inspirait la mdiocrit de tes matres4 ,rien de mes motions de jadis ne me paratrait lger aujourd'hui4 ,j'ai les mmes nerfs2 seul mon raisonnement s'est fortifi1 et il m'enseigne que j'avais tort1 quand1 tous m'ayant bless1 je disais en moi-mme3 ,ils verront bien1 un jour4 ,chaque anne1 chaque semaine presque1 j'ai pu rpter3 ,ils verront bien1 ce mot des enfants sans dfense qu'on humilie4 ,mais je n'ai plus le dsir ni la volont de manifester rien qui soit digne de moi4 ,l'effort goste et pre m'a strilis4 ,il faut1 mon matre1 que tu me secoures4 ,je n'ai plus d'nergie1 mais compte qu' la sensibilit violente d'un enfant je joins une clairvoyance ds longtemps avertie4 ,et je te dis cela pour que tu le comprennes1 ce n'est pas de conseils mais de force et de fcondit spirituelle que j'ai besoin4 ,je sais que ce fut mon tort et le commencement de mon impuissance de laisser vaguer mon intelligence1 comme une petite bte qui flaire et vagabonde4 ,ainsi je souffris dans ma tendresse1 ayant jet mon sentiment celle qui passait sans que ma psychologie l'et lue4 ,le secret des forts est de se contraindre sans rpit4 ,je sais aussi1--puisque le dcor o je vis m'est attrist par mille souvenirs1 par des sensations confuses incarnes dans les tables du boulevard1 dans les souillures de ce tapis d'escalier1 dans l'odeur fade de ce fiacre roulant1--je sais des endroits intacts o veillent mille chef-d'oeuvres1 et quoique j'ai toujours prouv que les choses trs belles me remplissaient d'une cre mlancolie par le retour qu'elles m'imposent sur ma petitesse1 je pense qu'une syllabe dite doucement les passionnerait4 ,je sais1 mais qui me donnera la grce8 qui fera que je veuille6 ,o matre1 dissipe la torpeur douloureuse1 pour que je me livre avec confiance la seule recherche de mon absolu4 ,cette lgende alexandrine1 qui m'engendra autrefois la vie personnelle1 m'enseigne que mon me1 tant remonte dans sa tour d'ivoire qu'assigent les ,barbares1 sous l'assaut de tant d'influences vulgaires se transformera pour se tourner vers quel avenir8 ,tout ce rcit n'est que l'instant o le problme de la vie se prsente moi avec une grande clart4 ,puisqu'on a dit qu'il ne faut pas aimer en paroles mais en oeuvres1 aprs l'lan de l'me1 aprs la tendresse du coeur1 le vritable amour serait d'agir4 ,toi seul1 mon matre1 m'ayant fortifi dans cette agitation souvent douloureuse d'o je t'implore1 tu saurais m'en entretenir le bienfait1 et je te supplie que par une suprme tutelle1 tu me choisisses le sentier o s'accomplira ma destine4 ,toi seul1 matre1 si tu existes quelque part1 axiome1 religion ou prince des hommes4 99 99 99 99 99