,this text was adapted from that found at the ,bibliothque virtuelle4 http3_/_/www4fsj4ualberta4ca_/biblio_/de fault4htm ,thank you to ,donald ,ipperciel and the ,facult ,saint-,jean 7,university of ,alberta7 for making it available4 ,,pour ,,la ,,patrie ,,roman ,,du ,x,xe ,,si,,cle ,par ,j4-,p4 ,,tardivel ,directeur de la ,vrit ,ne laeteris inimica mea super me1 quia cecidi3 consurgam1 cum sedero in tenebris1 ,dominus lux mea est4 mon ennemie1 ne vous rjouissez point de ce que je suis tombe2 je me relverai aprs que je me serai assise dans les tnbres2 le ,seigneur est ma lumire4 ,michaeas1 propheta1 ,,vii1 #h4 ,,montr,,al ,,cadieux ,,derome ,,libraires-,,diteurs #ahie ,,avant-,,propos ,le ,r4 ,p4 ,caussette1 que cite le ,r4 ,p4 ,fayollat dans son livre sur l',apostolat de la presse1 appelle les romans une invention diabolique4 ,je ne suis pas loign de croire que le digne religieux a parfaitement raison4 ,le roman1 surtout le roman moderne1 et plus particulirement encore le roman franais me parat tre une arme forge par ,satan lui-mme pour la destruction du genre humain4 ,et malgr cette conviction j'cris un roman6 ,oui1 et je le fais sans scrupule2 pour la raison qu'il est permis de s'emparer des machines de guerre de l'ennemi et de le faire servir battre en brche les remparts qu'on assige4 ,c'est mme une tactique dont on tire quelque profit sur les champs de bataille4 ,on ne saurait contester l'influence immense qu'exerce le roman sur la socit moderne4 ,jules ,valls1 tmoin peu suspect1 a dit3 ,combien j'en ai vu de ces jeunes gens1 dont le passage1 lu un matin1 a domin1 dfait ou refait1 perdu ou sauv l'existence4 ,balzac1 par exemple1 comme il a fait travailler les juges et pleurer les mres6 ,sous ses pas1 que de consciences crases6 ,combien1 parmi nous1 se sont perdus1 ont coul1 qui agitaient au-dessus du bourbier o ils allaient mourir une page arrache la ,comdie humaine4444 ,amour1 vengeance1 passion1 crime1 tout est copi1 tout4 ,pas une de leurs motions n'est franche4 ,le livre est l4 ,citation du pre ,fayollat4 ,le roman est donc1 de nos jours une puissance formidable entre les mains du malfaiteur littraire4 ,sans doute1 s'il tait possible de dtruire1 de fond en comble1 cette terrible invention1 il faudrait le faire1 pour le bonheur de l'humanit2 car les suppts de ,satan le feront toujours servir beaucoup plus la cause du mal que les amis de ,dieu n'en pourront tirer d'avantages pour le bien4 ,la mme chose peut se dire1 je crois1 des journaux4 ,cependant1 il est admis1 aujourd'hui1 que la presse catholique est une ncessit1 mme une oeuvre pie4 ,c'est que1 pour livrer le bon combat1 il faut prendre toutes le armes1 mme celles qu'on arrache l'ennemi2 la condition1 toutefois1 qu'on puisse lgitimement s'en servir4 ,il faut s'assurer de la possibilit de manier ces engins sans blesser ses propres troupes4 ,certaines inventions diaboliques ne sont propres qu' faire le mal3 l'homme le plus saint et le plus habile ne saurait en tirer le moindre bien4 ,l'cole neutre1 par exemple1 ou les socits secrtes1 ne seront jamais acceptes par l'glise comme moyen d'action4 ,ces choses-l1 il ne faut y toucher que pour les dtruire2 il ne faut les mentionner que pour les fltrir4 ,mais le roman1 toute satanique que puisse tre son origine1 n'entre pas dans cette catgorie4 ,la preuve qu'on peut s'en servir pour le bien1 c'est qu'on s'en est servi ad majorem ,dei gloriam4 ,je ne parle pas du roman simplement honnte qui procure une heure d'agrable rcration sans disposer dans l'me des semences funestes2 niais du roman qui fortifie la volont1 qui lve et assainit le coeur1 qui fait aimer davantage la vertu et liait le vice1 qui inspire de nobles sentiments1 qui est1 en un mot1 la contrepartie du roman infme4 ,pour moi1 le type du roman chrtien de combat1 si je puis m'exprimer ainsi1 c'est ce livre dlicieux qu'a fait un pre de la ,compagnie de ,jsus et qui s'intitule3 le ,roman d un ,jsuite4 ,c'est un vrai roman1 dans toute la force du terme1 et jamais pourtant ,satan n'a t mieux combattu que dans ces pages4 ,j'avoue que c'est la lecture du ,roman d'un ,jsuite qui a fait disparatre chez moi tout doute sur la possibilit de se servir avantageusement1 pour la cause catholique1 du roman proprement dit4 ,un ouvrage plus rcent1 ,jean-,christophe1 qui a galement un prtre pour auteur1 n'a fait que confirmer ma conviction4 ,puisqu'un pre jsuite et un cur ont si bien tourn une des armes favorites de ,satan contre la ,cit du mal1 je me crois autoris tenter la mme aventure4 ,si je ne russis pas1 il faudra dire que j'ai manqu de l'habilet voulue pour mener l'entreprise bonne fin2 non pas que l'entreprise est impossible4 ,un journal conservateur1 trs attach au statu quo politique du ,canada1 rpondant un jour la ,vrit1 s'exprimait ainsi3 ,l'aspiration est une fleur d'esprance4 ,si l'atmosphre dans laquelle elle s'panouit n'est pas favorable1 elle se dessche et tombe2 si1 au contraire1 l'atmosphre lui convient1 elle prend vigueur1 elle est fconde et produit un fruit2 mais si quelqu'un s'avise de cueillir ce fruit avant qu'il ne soit mr1 tout est perdu4 ,la maturit n'arrive qu' l'heure marque par la ,providence1 et il faut avoir la sagesse d'attendre4 ,la ,minerve1 #aa septembre #ahid4 ,dieu a plant dans le coeur de tout ,canadien franais patriote une fleur d'esprance4 ,c'est l'aspiration vers l'tablissement1 sur les bords du ,saint-,laurent1 d'une ,nouvelle-,france dont la mission sera de continuer sur cette terre d',amrique l'oeuvre de civilisation chrtienne que la vieille ,france a poursuivi avec tant de gloire pendant de si longs sicles4 ,cette aspiration nationale1 cette fleur d'esprance de tout un peuple1 il lui faut une atmosphre favorable pour se dvelopper1 pour prendre vigueur et produire un fruit4 ,j'cris ce livre pour contribuer1 selon mes faibles moyens1 l'assainissement de l'atmosphre qui entoure cette fleur prcieuse2 pour dtruire1 si c'est possible1 quelques unes des mauvaises herbes qui menacent de l'touffer4 ,la maturit n'arrive qu' l'heure marque pas la divine ,providence1 sans doute4 ,mais l'homme peut et doit travailler empcher que cette heure providentielle ne soit retarde2 il peut et doit faire en sorte que la maturation se poursuive sans entraves4 ,accuse-t-on le cultivateur de vouloir hter indment l'heure providentielle lorsque1 le printemps1 il protge ses plants contre les vents et les geles et concentre sur eux les rayons du soleil8 ,entre l'activit inquite et fivreuse du matrialiste qui1 dans son orgueil et sa prsomption1 ne compte que sur lui-mme pour russir1 et l'inertie du fataliste qui1 craignant l'effort1 se croise les bras et cherche se persuader que sa paresse n'est que la confiance en ,dieu2 entre ces deux pchs opposs1 et gale distance de l'un et de l'autre1 se place la vertu chrtienne qui travaille autant qu'elle prie2 qui plante1 qui arrose et qui attend de ,dieu la croissance4 ,que l'on ne s'tonne pas de voir que mon hros1 tout en se livrant aux luttes politiques1 est non seulement un croyant mais aussi un pratiquant1 un chrtien par le coeur autant que par l'intelligence4 ,l'abb ,ferland nous dit1 dans son histoire du ,canada1 que ds les commencements de la colonie1 on voit la religion occuper partout la premire place4 ,pour atteindre parmi les nations le rang que la ,providence nous destine1 il nous faut revenir l'esprit des anctres et remettre la religion partout la premire place2 il faut que l'amour de la patrie canadienne-franaise soit troitement uni la foi en ,notre-,seigneur ,jsus-,christ et au zle pour la dfense de son glise4 ,l'instrument dont ,dieu se servira pour constituer dfinitivement la nation canadienne-franaise sera moins un grand orateur1 un habile politique1 ou un fougueux agitateur1 qu'un parfait chrtien qui travaille qui s'immole et qui prie3 moins un ,kossuth qu'un ,garcia ,moreno4 ,peut-tre m'accusera-t-on de faire des rves patriotiques qui ne sauraient se raliser jamais4 ,ces rves1--si ce ne sont que des rves1--m'ont t inspirs par la lecture de l'histoire de la ,nouvelle-,france la plus belle des temps modernes1 parce qu'elle est la plus imprgne du souffle apostolique et de l'esprit chevaleresque4 ,mais sont-ce purement des rves8 ,ne peut-on pas y voir plutt des esprances que justifie le pass1 des aspirations ralisables vers un avenir que la ,providence nous rserve1 vers l'accomplissement de notre destine nationale8 ,rves ou aspirations1 ces penses planent sur les lieux que j'habite2 sur ces hauteurs1 tmoins des luttes suprmes de nos pres2 elles sortent de ce sol qu'on arros de leur sang les deux races vaillantes que j'aime1 je puis le dire1 galement1 parce qu'galement j'appartiens aux deux4 ,ma vie s'coule entre les plaines d',abraham et les plaines de ,sainte-,foye1 entre le champ de bataille o les ,franais ont glorieusement succomb et celui o glorieusement ils ont pris leur revanche4 ,est-il tonnant que dans cette atmosphre que des hros ont respire1 il me vienne des ides audacieuses2 qu'en songeant aux luttes de gants qui se sont livres jadis ici pour la possession de la ,nouvelle-,france1 j'entrevoie pour cet enjeu de combats mmorables un avenir glorieux8 ,est-il tonnant que1 demeurant plus prs de ,sainte-,foye que des plaines d',abraham1 je me souvienne sans cesse que la dernire victoire remporte sur ces hauteurs fut une victoire franaise2 que1 tout anglais que je suis par un ct1 j'aspire ardemment vers le triomphe dfinitif de la race franaise sur ce coin de terre que la ,providence lui a donn en partage et que seule la ,providence pourra lui enlever8 ,pendant vingt annes de journalisme1 je n'ai gure fait autre chose que de la polmique4 ,sur le terrain de combat o je me suis constamment trouv1 j'ai peu cultiv les fleurs1 visant bien plus la clart et la concision qu'aux ornements du style4 ,resserr dans les limites troites d'un journal petit format1 j'ai contract l'habitude de condenser ma pense1 de l'exprimer en aussi peu de mots que possible1 de m'en tenir aux grandes lignes1 aux points principaux4 ,qu'on ne cherche donc pas dans ces pages le fini exquis des dtails qui constitue le charme de beaucoup de romans4 ,je n'ai pas la prtention d'offrir au public une oeuvre littraire dlicatement cisele ni une tude de moeurs patiemment fouille3 mais une simple bauche o1 dfaut de gracieux dveloppements1 j'ai tch de mettre quelques ides suggestives que l'imagination du lecteur devra complter4 ,si tel homme public1 journaliste1 dput ou ministre1 retrouve dans ces pages certaines de ses thses favorites sur les lvres ou sous la plume de personnages peu recommandables1 qu'il veuille bien croire que je combats1 non sa personne1 mais ses doctrines4 ,j4-,p4 ,tardivel4 ,chemin ,sainte-,foye1 prs ,qubec1 ,jeudi ,saint1 #ahie4 ,prologue ,haec omnia tibi dabo1 si cadens adoraveris me4 ,je vous donnerai toutes ces choses1 si en vous prosternant vous m'adorez4 ,matt1 ,,iv1 #i4 ,eblis6 ,eblis6 ,esprit de lumire6 ternel ,perscut6 ,dieu vaincu mais vengeur6 ,moi1 ton lu1 moi1 ennemi jur de ton ennemi ,adona1 je t'invoque4 ,apparais mes yeux1 mes de l'univers6 ,esprit de feu1 viens affermir ce bras consacr ton oeuvre de destruction et de vengeance6 ,viens me guider dans la lutte contre le ,perscuteur6 ,ainsi parlait un tout jeune homme1 debout devant une sorte d'autel o brlaient des parfums4 ,au-dessus de l'autel tait un immense triangle lumineux4 ,l'aspect du jeune homme tait en harmonie avec ses terribles paroles4 ,son oeil noir flamboyait1 ses traits1 que la nature avait faits trs beaux1 taient bouleverss par la haine4 ,tout chez lui portait l'empreinte de la passion1 de la vengeance1 et d'une sombre nergie4 ,autour de lui s'talaient des meubles d'une grande richesse4 ,des objets d'art1 des statues1 des tableaux respirant la plus affreuse luxure ornaient la pice au fond de laquelle s'levait l'autel satanique4 ,du dehors venaient1 confus et indistincts1 les bruits de la grande ville4 ,car bien que la nuit ft dj fort avance1 ,paris1 dans ces jours de trouble qui marqurent la fin de l'anne #aica1 dormait peu4 ,a peine le jeune homme eut-il cess de parler qu'une forme vague apparut entre l'autel et le triangle1 au milieu de la fume des parfums4 ,ou plutt1 c'tait la fume mme qui1 au lieu de monter en bouffes irrgulires1 comme auparavant1 prenait cette forme mystrieuse4 ,le lucifrien frmit4 --,eblis6 ,eblis6 s'cria-t-il1 tu viens6 tu viens6 ,rapidement1 la forme devint de moins en moins confuse4 ,ses contours se dcouprent nettement4 ,c'tait la forme que les artistes donnent aux anges4 ,l'apparition tait lumineuse2 mais sa lumire n'tait pas clatante et pure2 elle tait comme trouble et obscurcie4 ,le visage du fantme tait voil4 --,eblis6 s'cria le jeune homme de plus en plus exalt1 parle ton lu6 ,dis-lui o il doit aller1 ce qu'il faut faire pour travailler au triomphe de ta cause1 pour te venger d',adona8 ,une voix qui n'avait rien d'humain1 un murmure qui semblait venir de loin1 et qui parlait plutt l'intelligence qu' l'oreille1 rpondit3 --,traverse les mers1 rends-toi sur les bords du ,saint-,laurent o tes anctres ont jadis plant l'tendard de mon ternel ,ennemi4 ,c'est l que ton oeuvre t'attend4 ,la ,croix est encore debout sur ce coin du globe4 ,abats-la4 ,compte sur mes inspirations4 ,la voix se tut4 ,l'apparition s'vanouit4 ,a sa place1 il n'y avait que la fume des parfums qui montait en spirales vers le triangle4 ,chapitre ,i ,omnis enim qui male agit1 odit lucem4 ,quiconque fait le mal1 hait la lumire4 ,joan1 ,,iii1 #bj4 --,quelle nuit6 ,il fait noir comme au fond d'une caverne4 --,c'est bien la nuit qu'il faut pour nous4 ,suis-moi et ne parle pas4 ,les deux hommes qui ont chang ces paroles quittent1 pas prcipits1 une belle maison situe sur une des principales rues de ,qubec1 et se dirigent1 par les voies les moins frquentes1 vers l'un des faubourgs4 ,ils ont1 du reste1 peu de difficult se drober aux regards des passants1 car les rues sont dsertes4 ,il fait une nuit terrible4 ,la pluie tombe par torrents1 une pluie froide1 pousse par le vent du nord-est qui mugit autour des maisons et les branle jusque dans leurs fondements4 ,les lumires lectriques sont teintes2 la tempte qui svit depuis deux jours a compltement dsorganis le service4 ,c'est une nuit au commencement de novembre de l'anne #aide4 ,une bourrasque1 plus violentes que les autres1 ,s'abat sur la ville4 ,la pluie tourmente devient poussire2 et le vent1 s'engouffrant dans les chemines1 hurle lugubrement4 --,brrr6 fait celui qui a parl le premier4 ,on dirait que tous les diables sont dcharns6 ,est-ce loin encore8 --,nous y serons dans un instant1 dit son compagnon4 ,mais1 pour moi1 j'aime la tempte qui brise les croix1 qui renverse les glises1 qui fait trembler les hommes4 ,c'est le souffle du grand ,perscut qui passe1 ,dieu de la nature6 ,il secouera ses chanes4 ,il triomphera4 ,il crasera son ternel ,ennemi4 ,il se dlivrera lui-mme et nous dlivrera avec lui de la tyrannie d',adona4 ,oui1 j'aime tout ce qui est force1 tout ce qui est rage1 tout ce qui est fureur1 tout ce qui renverse1 tout ce qui brise1 tout ce qui dtruit4 ,en parlant ainsi1 cet homme s'est arrt4 ,son regard lev vers le ciel est aussi sombre que la nuit4 ,sa main ferme fait un geste de menace1 et ses paroles de blasphme sortent en sifflant entre ses dents fortement serres4 --,tu parles comme un vrai kadosch6 fait l'autre1 avec un accent lgrement ironique4 --,et toi1 on dirait parfois que tu es un adonate dguis6 ,puis ils continuent leur route en silence4 ,les deux compagnons arrivent bientt une ruelle plus obscure encore que les rues environnantes4 ,ils s'y engagent furtivement1 et frappent1 d'une manire particulire1 la porte d'une habitation basse dont toutes les fentres sont fermes par de solides volets4 ,il y a rapide change de mots de passe2 puis la porte s'entr'ouvre et les deux ouvriers de tnbres se glissent plutt qu'ils n'entrent dans la maison4 ,ouvriers de tnbres6 ,oui1 car c'est dans cette maison obscure que se runit le conseil central de la ,ligue du ,progrs de la province de ,qubec4 ,cette ligue n'est rien autre chose que la franc-maonnerie organise en vue des luttes politiques4 ,sauf le nom et certaines singeries juges inutiles1 c'est le carbonarisme3 mme organisation1 mme but1 mmes moyens d'action4 ,la province de ,qubec a march rapidement dans les voies du progrs moderne depuis quarante ans4 ,les grands bouleversements sociaux dont la ,france fut le thtre au commencement du vingtime sicle1 ont jet sur nos rives un nombre considrable de nos cousins d'outre-mer4 ,parmi ces immigrants quelques bons sont venus renforcer l'lment sain et vraiment catholique de notre population4 ,mais la ,france mondaine1 sceptique1 railleuse1 impie et athe1 la ,france des boulevards1 des thtres1 des cabarets1 des clubs et des loges1 la ,france ennemie dclare de ,dieu et de son glise a aussi fait irruption au ,canada4 ,depuis longtemps les thtres sont florissants ,qubec et ,montral1 et des troupes de comdiens font des tournes dans les principaux centres3 ,trois-,rivires1 ,saint-,hyacinthe1 ,joliette1 ,saint-,jean1 ,sorel1 ,chicoutimi1 gtant les moeurs1 ramollissant les caractres4 ,la littrature corruptrice qui sort de ,paris comme un fleuve immonde se rpand sur notre pays depuis plus d'un demi-sicle4 ,elle a port ses fruits de mort4 ,grand nombre de coeurs ont t empoisonns1 et de ces coeurs gts s'lve un souffle pestilentiel qui obscurcit les intelligences4 ,la foi baisse4 ,tous le voient1 tous l'admettent aujourd'hui4 ,il y a encore beaucoup de bon dans les campagnes1 dans les masses profondes des populations rurales2 mais les gens de bien sont paralyss par l'apathie et la corruption des classes dirigeantes4 ,ne nous tonnons donc pas de retrouver dans notre pays1 au milieu du vingtime sicle1 toutes les misres que la ,france et les autres pays de l',europe connaissaient dj au sicle dernier4 ,entrons maintenant avec les deux hommes que nous avons suivis 1 entrons avec eux dans cette salle brillamment claire des runions nocturnes de la ligue antichrtienne4 ,sur les murs1 on voit diffrents emblmes sataniques4 ,plusieurs frres causent entre eux4 ,le fauteuil du prsident est encore inoccup4 l'arrive des deux sectaires dont nous avons entendu la conversation1 tous les assistants se lvent et s'inclinent4 ,celui des deux qui a blasphm se rend tout droit au fauteuil1 et ouvre la sance4 ,c'est le matre4 la lumire qui inonde la salle nous voyons la figure de cet hommes aux paroles terribles4 ,sur ces traits1 d'une rgularit parfaite1 sont crites toutes les passions1 l'orgueil et la haine surtout4 ,son me1 qui se reflte dans ses yeux flamboyant1 est noire comme la nuit qu'il fait au dehors1 violente comme la tempte qui bouleverse en ce moment la nature4 ,c'est la nuit et la tempte incarnes4 ,pourtant1 cet homme sait se contenir4 ,et c'est cette rage contenue1 cette rage qu'on entend gronder sans cesse comme un feu souterrain1 mais qui clate rarement1 qu'il doit son empire sur ceux qui l'entourent4 ,il les domine et les captive4 --,frres1 dit la prsident1 je vous ai runis ce soir pour confrer avec vous sur une matire de la plus haute importance4 ,personne d'entre vous n'ignore les grands vnements politiques qui se sont produits depuis quelques jours4 ,avant-hier1 grce nos efforts1 grce notre entente avec nos frres des autres provinces1 la lgislature de ,qubec s'est prononce selon nos dsirs4 ,il ne restait plus qu'elle sur notre chemin1 vous le savez4 ,maintenant1 il faut concentrer toutes nos forces et toutes nos ressources sur le parlement fdral4 ,c'est l que la grande et dcisive bataille doit se livrer contre la superstition et la tyrannie des prtres4 ,si nous remportons la victoire1 c'en est fait tout jamais du clricalisme en ce pays4444 --,et de notre nationalit1 et de notre langue aussi1 dit celui qui avait accompagn le prsident4 --,qu'importe la nationalit1 qu'importe la langue1 reprend le matre1 en lanant son interrupteur un regard charg de sombres clairs4 ,qu'importent ces affaires de sentiment si1 en les sacrifiant1 nous parvenons craser l'infme1 draciner du sol canadien la croix des prtres1 emblme de la superstition1 tendard de la tyrannie4 ,j'ai dj dit celui qui m'a interrompu qu'il semble parfois tre un ,adonate dguis4 ,je le lui rpte1 et j'ajoute3 qu'il prenne garde lui6 --,pourtant1 matre1 fait un sectaire1 il faut admettre que notre secrtaire1 le frre ,ducoudray1 rend de nobles services la cause par son excellent journal la ,libre ,pense4 ,s'il y a une feuille anticlricale dans le pays1 c'est bien la ,libre ,pense1 n'est-ce-pas8 --,je le sais1 poursuit le prsident1 en faisant un grand effort pour se contenir4 ,mes paroles ont t sans doute trop vives2 j'en demande pardon au frre ,ducoudray4 ,j'admire son talent et le zle anticlrical qu'il dploie dans la rdaction de la ,libre ,pense4 ,mais je ne puis m'empcher de craindre pour lui1 car je sais qu'il a t lev dans la superstition4444 --,il y a pourtant longtemps que j'ai bris avec elle1 dit ,ducoudray4 --,assez6 fait le matre4 ,n'en parlons plus6444 ,je disais donc que la bataille dcisive doit se livrer ,ottawa4 ,nous avons choisir entre le statu quo1 l'union lgislative et la sparation des provinces4 ,vous le savez1 c'est l'union lgislative que nous convoitons2 c'est par elle que nous briserons l'influence des prtres1 que nous toufferons la superstition1 que nous rpandrons la vraie lumire1 que nous dlivrerons le peuple du joug infme qu'il porte depuis des sicles4 ,pour russir il faut de la hardiesse1 sans doute2 mais aussi de la prudence1 une tactique savante1 une stratgie habile4 ,voici notre plan de campagne en deux mots3 l'union lgislative sous le manteau du statu quo4 ,nous n'arriverons pas l'union par le chemin direct4 ,les masses du peuple de cette province sont encore trop fanatises1 trop domines par les prtres pour que nous puissions leur faire accepter l'union lgislative si nous leur prsentons ouvertement notre projet4 ,ce serait nous exposer une dfaite certaine4444 --,faut-il donc que la ,libre ,pense change de tactique8 demanda ,ducoudray quelque peu intrigu4 --,pas du tout1 reprend le prsident4 ,au contraire1 vous devez faire plus de tapage que jamais en faveur de l'union lgislative4 ,mais vous aurez besoin de dire que vous la demandez uniquement en vue de l'conomie et du progrs matriel du pays4 ,gardez-vous bien de laisser chapper le moindre aveu touchant le vritable but que nous voulons atteindre par l'union lgislative4 ,pendant que la ,libre ,pense et son cole demanderont l'union lgislative hauts cris1 je ferai de la diplomatie4 ,ne soyez pas surpris si1 au premier jour1 je tourne ostensiblement le dos ou mouvement unioniste2 si je passe armes et bagages dans le camp du statu quo2 si je deviens l'un des chefs de ce parti4 ,vous1 ,ducoudray1 vous m'attaquerez alors avec cette belle violence de langage qui vous est habituelle2 vous me dnoncerez comme conservateur outr1 comme ractionnaire4 ,appelez-moi clrical1 si vous voulez4 ,ces attaques me vaudront la confiance des conservateurs2 et cette confiance me permettra de manoeuvrer mon aise4 --,et que faudra-t-il dire de ,lamirande et de sa bande de fanatiques8 interroge ,ducoudray4 --,tout ce que vous avez dit jusqu'ici1 et mme davantage1 si c'est possible4 ,vous direz qu'ils ne demandent la sparation que par ambition personnelle1 et par fanatisme2 que s'ils y russissent1 leur premier soin sera de rtablir l'inquisition1 de faire voter des lois pour forcer tout le monde assister la basse messe six fois la semaine1 et la grand-messe et aux vpres1 le dimanche4444 --,avec abonnement obligatoire au journal de ,leverdier pour tous les pres de famille6444 --,trs bien6 frre ,ducoudray1 je vois que vous saisissez parfaitement mon ide1 et je suis convaincu que vous la traduirez fidlement4 ,en accablant les clricaux et les ultramonts de ridicule1 vous convaincrez les conservateurs de la ncessit de se maintenir dans leur juste milieu et d'viter les deux extrmes1 l'extrme radical et l'extrme catholique4 ,c'est dans cette disposition d'esprit que je les veux pour leur faire accepter plus srement mes projets4 ,pendant plus d'une heure encore1 ces ouvriers de tnbres continuent ainsi leur oeuvre4 ,puis1 ils se dispersent et s'en vont comme ils sont venus1 la drobe4 ,chapitre ,,ii ,quam malae famae est1 qui derelinquit patrem4 ,combien est infme celui qui abandonne son pre4 ,eccli4 ,,iii1 #ah4 ,le mme soir1 il se passait1 dans un autre endroit de ,qubec1 une scne bien diffrente4 ,malgr le temps affreux1 plusieurs membres de la ,saint-,vincent-de-,paul s'taient rendus la sacristie de la basilique pour assister la runion hebdomadaire de la confrence ,notre-,darne4 ,parmi les assistants tait le ,dl ,joseph ,lamirande4 ,celui-l1 il n'y avait pas de tempte capable de le faire manquer un devoir quelconque4 ,il pouvait avoir quarante ans4 ,sa figure grave et douce exprimait une trs grande nergie tempre par la bont4 ,personne ne se souvenait de l'avoir entendu rire ni de l'avoir vu triste ou sombre4 ,mais s'il ne riait gure1 souvent1 lorsqu'il parlait1 un beau sourire illuminait ses traits et sa voix prenait des accents d'une tendresse infinie4 ,arrive la confrence1 il tait all s'asseoir sur le dernier banc1 au milieu d'un groupe d'ouvriers1 et se mla leur conversation4 ,aprs la prire et la lecture d'usage1 le prsident de la confrence prit la parole3 --,messieurs1 plusieurs personnes m'ont averti ce matin qu'un vieillard1 venu on ne sait d'o1 se trouve dans un galetas de la rue de l',ancien ,chantier1 au ,palais1 o il est all se rfugier4 ,il est malade1 videmment1 et parat tre dans un dnuement absolu4 ,il parle peu ceux qui le questionnent et ne veut pas dire son nom4 ,ce n'est pas lui-mme qui demande de l'assistance2 ce sont quelques gens du voisinage qui ont cru devoir appeler l'attention de la confrence sur ce cas quelque peu extraordinaire4 ,on craint que cet trange vieillard ne meure de faim et de misre si la ,saint-,vincent-de-,paul ne s'occupe de lui immdiatement4 ,je crois que nous devons ordonner une visite d'enqute pour demain matin4 ,aprs un instant de silence3 --,personne ne s'y oppose8 ,eh bien6 la visite d'enqute est ordonne4 ,qui va s'en charger8444 ,le ,dr ,lamirande voudra bien la faire avec ,m4 ,saint-,simon qui n'est pas ici1 mais qui accompagnera sans doute volontiers le docteur4 ,si quelqu'un peut faire du bien l'me et au corps de ce malheureux vieillard1 c'est bien vous1 docteur4 --,je ferai mon possible1 monsieur le prsident1 et ds demain matin4 ,le lendemain matin1 fidle sa promesse1 ,lamirande accompagn de ,m4 ,hercule ,saint-,simon1 directeur du ,progrs catholique1 se rend au ,palais4 ,quel ironie dans ce nom6 ,jadis1 du temps des ,franais1 s'levait dans ce quartier le palais de l',intendant4 ,mais il y a longtemps que cet difice est tomb en ruines et que les ruines mmes sont disparues4 ,de l'ancienne splendeur du palais il ne reste plus que le nom donn un quartier de la ville1 et plus particulirement une petite localit situe entre ,saint-,roch et la ,basse-,ville4 ,le souvenir mme de l'ancien palais est tellement effac que beaucoup de personnes se demandent pourquoi ce quartier se nomme ainsi4 ,par une trange vicissitude de la fortune1 l'endroit appel plus particulirement le ,palais est devenu le quartier pauvre par excellence4 ,que de misres1 morales et physiques1 s'entassent dans ces logements dlabrs1 mal clairs1 malpropre1 souvent infects6 --,oh1 la triste chose que la pauvret6 dit ,saint-,simon4 ,elle est la cause de tout le mal moral et physique dans le monde4 --,elle est sans doute triste1 rpond ,lamirande1 puisqu'elle est un des fruits amers du premier pch2 mais elle est plutt triste dans sa cause que dans ses effets4 ,jsus-,christ1 ne l'oublions pas1 mon ami1 tait pauvre4 ,il a bni et ennobli la pauvret1 et ,il nous a laiss les pauvres comme ses reprsentants4 ,s'il n'y avait point de misres morales et corporelles soulager1 sur quoi s'exercerait la sainte charit18 ,et sans la charit que deviendrait le monde livr l'gosme8 ,cette terre cesserait d'tre une valle de larmes1 soit1 mais elle deviendrait un vaste et horrible dsert4 --,vous avez peut-tre raison1 thoriquement1 mais en pratique je trouve la pauvret trs incommode1 rpliqua ,saint-,simon4 --,mais vous n'tes pas pauvre1 vous1 dit ,lamirande en souriant4 ,vous badinez4 ,par pauvret1 on entend le manque du ncessaire ou du trs utile4 --,tout est relatif dans le monde1 fait son compagnon4 ,sans doute1 si vous me comparez celui que nous allons visiter1 je ne suis pas pauvre4 ,mais compar d'autres1 ,montarval1 par exemple1 je le suis affreusement4 --,pourtant1 celui qui peut se donner le ncessaire et mme l'utile n'a pas le droit de se dire pauvre4 ,il est permis1 sans doute1 de travailler rendre sa position matrielle meilleure1 mais la condition de ne point murmurer contre la ,providence si nos projets ne russissent pas au gr de nos dsirs4 ,la richesse que vous souhaitez serait peut-tre une maldiction pour vous4 ,soyons certains1 cher ami1 que ,dieu1 qui nous aime1 nous donne chacun ce qui nous convient davantage4 ,il connat mieux que nous nos vritables besoins4 --,l',aurea mediocritas1 soupira le journaliste1 convient aux esprits mdiocres1 ceux qui n'ont point d'ambition1 qui vivent au jour le jour1 qui n'aspirent pas la gloire1 au pouvoir1 qui ne rvent pas de grandeurs1 qui se renferment dans leur petit ngoce et dont l'horizon se borne la porte de leur boutique ou au bout de leur champ4 ceux-l l'heureuse mdiocrit chante par les potes4 ,mais ceux qui1 comme vous et moi1 vivent de la vie intellectuelle1 devraient tre riches1 l'homme qui travaille de la tte du matin au soir1 qui pense pour ses semblables1 qui leur fournit des ides1 a besoin1 pour se reposer1 pour se retremper1 d'un certain luxe matriel4 ,non seulement il en a besoin1 il y a droit4 ,du reste1 de nos jours1 la richesse1 c'est le pouvoir4 ,pour faire le bien1 il faut tre riche1 absolument4 ,que voulez-vous qu'un pauvre diable1 comme vous ou moi1 fasse dans le monde moderne8 ,si nous tions riches1 quels ravages ne ferions-nous pas dans le camp ennemi6 ,en parlant ainsi ,saint-,simon s'tait exalt peu peu4 ,il gesticulait avec violence4 ,lamirande le regardait avec pit et terreur4 --,pauvre ami1 dit-il1 ce sont l de bien fausses ides qui vous sont venues je ne sais d'o4 ,pour les rfuter en dtail il me faudrait plus de loisir que je n'en ai ce matin4 ,d'ailleurs1 vous devez sentir vous-mme que ce sont de misrables sophismes3 car vous n'ignorez pas que les grandes choses1 mme dans l'ordre purement humain1 n'ont gure t accomplies par les riches4 ,c'est une tentation1 mon ami1 repoussez-l par la prire4 ,saint-,simon haussa les paules et secoua la tte1 mais ne rpondit pas4 ,lamirande et son compagnon1 arrivs destination1 pntrent dans une misrable baraque2 ils montent trois escaliers branlants et s'arrtent la porte d'une petite chambre sous les combles4 ,le docteur frappe et une voix aigrie lui dit d'entrer4 ,il ouvre la porte et un spectacle navrant se prsente ses regards2 une chambre basse1 sombre1 nue1 froide et sale2 au fond de la pice un pauvre grabat sur lequel est tendu un vieillard4 ,l'oeil exerc de ,lamirande lit sur le visage de cet homme les ravages de la maladie1 ou plutt de la faim et de la misre4 ,il voit non moins distinctement les traces d'une grande souffrance morale4 ,ce vieillard n'est pas un pauvre ordinaire4 ,ses habits1 d'une coupe lgante et assez propres encore1 forment un singulier contraste avec l'affreux aspect de la chambre4 ,lamirande s'approche du lit et regarde attentivement le vieillard4 --,o ai-je donc vu ces traits8 se dit-il en lui-mme4 ,puis tout haut3 --,mon cher monsieur1 vous paraissez souffrant4 ,nous sommes venus1 mon ami et moi1 vous porter secours4 ,vous avez besoin de manger1 sans doute2 vous avez besoin de remdes et de soins4 ,ne voulez-vous pas que je vous fasse entrer l',htel-,dieu8 ,vous y seriez infiniment mieux qu'ici4444 ,une expression pnible et amre contracta le visage du vieillard4 --,non1 dit-il1 je veux mourir ici2 quelqu'un m'enterrera1 ne serait-ce que pour se dbarrasser de mon cadavre4 --,il ne s'agit pas de vous enterrer1 mon cher monsieur1 dit ,lamirande1 mais de vous soigner et de vous gurir4 --,pourquoi vous intressez-vous moi8 dit le vieillard4 ,je ne vous connais pas1 vous ne me connaissez pas4444 ,je n'ai pas d'ami4444 --,oh oui6 vous avez des amis4 ,nous ne vous connaissons pas1 il est vrai1 mais nous voyons que vous tes seul1 que vous tes malade1 que vous tes un membre souffrant de ,jsus-,christ4 ,cela suffit pour vous donner droit notre amiti4444 --,qui tes-vous8 ,pourquoi venez-vous ici8 ,que ne me laissez-vous pas mourir en paix8 --,je m'appelle ,lamirande4 ,je suis venu ici parce que la socit ,saint-,vincent-de-,paul m'a envoy vous voir et vous soulager4 ,quant mourir1 tes-vous bien sr de mourir en paix8 ,en prononant ces dernires paroles d'une voix mue1 ,lamirande jeta sur le vieillard un regard pntrant4 ,l'tranger se troubla4 ,lamirande continua3 --,ayez donc confiance en moi2 dites-moi qui vous tes1 d'o vous venez et pourquoi vous tes dans ce misrable galetas8 ,dites-moi ce que nous pouvons faire pour vous8 ,le lvres du vieillard frmirent1 ses yeux se mouillrent4 --,vous tes rellement bons1 tous deux1 dit-il4 ,pardonnez-moi si je vous ai si mal reus tout l'heure4 ,j'ai le coeur plein d'amertume et il dborde4 ,mais je n'ai besoin de rien1 laissez-moi1 je vous en prie4 ,peu vous importe mon nom1 peu vous importe mon histoire4 ,et l'tranger dirigea son regard vers ,saint-,simon4 ,lamirande crut comprendre que le pauvre abandonn ne voulait pas parler en prsence de deux personnes4 ,aussi prit-il la dtermination de revenir seul4 ,aprs avoir chang encore quelques paroles avec leur trange protg1 les deux visiteurs prirent cong de lui et dirigrent leurs pas vers d'autres rduits o des pauvres plus loquaces et plus communicatifs les attendaient4 ,deux heures plus tard1 ,lamirande1 se trouvant libre1 retourna seul auprs du vieillard4 ,en gravissant le dernier escalier1 il ne put s'empcher de saisir ce bout de conversation3 --,alors je vous mettrai en pension quelque part la campagne4 ,il m'est impossible de faire plus4 --,je te le rpte1 fils dnatur1 je mourrai dans ce galetas4 ,je n'accepterai pas cette bouche de pain que tu me jettes comme un chien4 ,tu as honte de moi6 ,eh bien6 tu ne seras pas longtemps expos rougir de ton pre6 ce moment ,lamirande frappa la porte entrouverte4 --,c'est sans doute quelque pauvre voisin du quartier1 dit tout bas le vieillard son fils4 ,va ouvrir4 ,on croira que c'est une simple visite de charit que tu fais un tranger malade4 ,la porte s'ouvrit et ,lamirande se trouva face face avec ,aristide ,montarval1 jeune ,franais1 riche1 brillant1 tabli au ,qubec depuis plusieurs annes4 ,sans tre amis1 les deux hommes se connaissaient bien4 ,un instant ils changrent un regard qui valait de longues explications4 ,lamirande put lire sur le visage du jeune ,franais1 le dpit1 la crainte1 la colre1 la rage mme2 tandis que ,montarval resta comme interdit sous l'empire de ces yeux qui1 il le sentait bien1 plongeaient jusqu'au fond de son me4 ,ce fut cependant ,montarval qui1 payant d'audace1 rompit le silence3 --,que venez-vous faire ici8 dit-il sur un ton hautain et provocateur4 ,je viens soulager votre pre1 puisque vous l'abandonnez aux soins des trangers1 rpondit ,lamirande avec calme4 --,ah6 c'est comme cela que vous coutez aux portes hypocrite que vous tes1 s'cria ,montarval hors de lui-mme4 ,lamirande ne daigna pas lui rpondre et l'cartant d'un geste1 il pntra dans la chambre et se rendit auprs du vieillard que cette scne avait fortement mu4 --,monsieur1 lui dit ,lamirande1 en montant l'escalier1 j'ai surpris bien involontairement votre secret4 ,souffrez que je vous amne chez moi4 ,le vieillard fondit en larmes4 --,oh6 dit-il1 que vous tes bon6 mais je ne puis accepter votre offre4 ,je veux mourir ici inconnu1 afin que mon fils n'ait pas honte de moi4 ,car c'est mon fils unique1 et je l'aime1 malgr tout ce qu'il m'a fait souffrir4 ,en parlant ainsi1 le vieillard s'tait assis sur son grabat4 ,lamirande put constater la ressemblance entre les traits du pre et ceux du fils4 ,deux visages assombris1 l'un par le chagrin1 l'autre par les passions4 ,le pre inspirait de la sympathie1 le fils1 une invincible rpugnance4 ,lamirande s'assied ct du vieillard1 et passe doucement son bras autour de lui pour le soutenir4 --,parlez1 monsieur4 panchez votre coeur1 cela vous soulagera4 --,ah6 mon fils1 poursuivit le vieillard1 comme s'il parlait lui-mme1 je ne le maudis pas1 car s'il est mauvais aujourd'hui1 c'est ma faute4 ,je l'ai lev sans correction1 j'ai laiss ses caprices1 ses funestes penchants grandir avec lui4 ,il me semblait que c'tait l de l'amour paternel4 ,aujourd'hui je vois ma folie4 ,il m'a ruin4 ,puis il a quitt la ,france1 il y a bien des annes4 ,je ne savais pas o il tait1 car il ne m'crivait jamais4 ,ce fut par hasard que je vis dans un journal canadien1 qu'il tait tabli ,qubec1 qu'il tait riche4 ,je l'aimais toujours1 et rsolus de venir le retrouver1 car j'tais si seul4 ,ah6 que ne suis-je rest l-bas1 dans ma solitude4 ,j'tais pauvre1 j'avais du chagrin en pensant mon fils absent2 mais au moins je n'avais pas le coeur bris comme il l'est aujourd'hui4444 ,j'avais juste assez de petites conomies pour payer mon passage ,qubec4 ,en arrivant ici je me suis rendu tout droit chez mon fils4444 ,la voix du vieillard s'touffa dans les sanglots4 ,aprs quelques instants1 il continua3 --,le malheureux6 il ne voulut pas reconnatre son pre6 ,il me traita d'imposteur1 me mit la porte de sa maison et me dit1 avec des menaces1 de ne plus jamais mettre les pieds4 ,vous comprenez le reste4 ,je me suis rfugi ici pour mourir' ,lamirande1 vivement impressionn par ce rcit1 laissa le vieillard pleurer en silence pendant quelques instants1 le soutenant toujours4 ,puis il l'interrogea doucement4 --,mais si votre fils n'a pas voulu vous reconnatre1 comment se fait-il donc qu'il soit venu vous trouver ici8 --,je voudrais croire un mouvement de repentir1 mais hlas6 par ce qu'il m'a dit1 je vois trop qu'il n'a agi que par peur du scandale4 ,il a craint que mon histoire ne ft connue4444 ,il a voulu m'envoyer dans un hpital ou me mettre en pension la campagne4 ,il rougirait d'avoir son vieux pre chez lui4 ,je ne puis accepter le morceau de pain qu'il me jette4444 ,c'tait son coeur que je voulais2 il me le refuse4444 ,je n'ai qu' mourir inconnu pour lui pargner la honte4444 ,un nouveau paroxysme de sanglots l'empcha de continuer4 ,pendant que le vieillard exhalait ainsi la douleur1 le fils avait allum un cigare1 et1 le dos tourn vers le lit1 il regardait par la fentre1 tambourinant sur les vitres crasseuses4 ,profitant de l'interruption dans les confidences de son pre1 il se retourna vivement4 ,il avait un reflet de l'enfer dans les yeux4 ,cependant1 il refoula sa rage avec un calme apparent4 --,il me semble que voil bien des paroles inutiles4 ,je ne veux pas1 je ne puis pas m'embarrasser de ce vieillard4 ,que ferais-je de lui chez moi1 moi qui suis garon8 ,je lui fais une offre raisonnable et il la refuse4 ,que voulez-vous que je fasse8 ,et le fils dnatur se dirigea vers la porte4 ,lamirande qui soutenait toujours le vieillard prt dfaillir1 s'cria3 --,mais c'est pouvantable ce que vous dites l1 monsieur ,montarval4 ,est-ce ainsi qu'un fils doit traiter son pre8 --,je puis me dispenser de vos sermons1 fit ,montarval4 --,de mes serinons1 oui2 mais vous ne pouvez vous dispenser d'obir au commandement de ,dieu qui nous ordonne d'honorer nos parents4 --,encore un sermon6 ricana ,montarval4 ,est-ce que je m'occupe des commandements de votre ,dieu1 moi8 --,mais1 pauvre insens1 vous voulez donc vous damner6 --,appelez a comme vous voudrez1 mais je ne veux pas de votre ciel o il faudra croupir ternellement dans un ignoble esclavage aux pieds du tyran ,jhovah4 ,je veux tre libre dans ce monde et dans l'autre1 entendez-vous8 ,lamirande frmit4 ,il avait souvent lu de pareilles horreurs dans les livres qui traitent du nomanichisme2 mais c'tait la premire fois que ses oreilles entendaient un tel cri d'enfer1 que ses yeux voyaient les feux de l'abme clairer de leur sombre lueur un visage humain4 ,seigneur ,jsus6 murmura-t-il1 je vous demande pardon de ce blasphmes4 ,puis se tournant vers le blasphmateur3 --,laissons ce sujet1 car je ne veux plus entendre de ces abominations4 ,mais si vous ne craignez pas le jugement de ,dieu1 ne redoutez-vous pas1 au moins1 la justice des hommes8 ,je puis vous dnoncer1 si non aux tribunaux1 du moins l'opinion publique4 --,mais vous ne le ferez pas4 ,je nierai1 et o sont vos preuves8 ,de sa main gauche1 ,lamirande indiqua le vieillard que son bras droit soutenait toujours4 --,il ne parlera pas1 ft ,montarval1 je le connais4 --,mais ma parole suffira1 dit ,lamirande4 ,entre mon affirmation et votre dngation1 les honntes gens n'hsiteront pas4 --,au besoin1 le vieux niera avec moi pour me sauver du dshonneur4 ,contre deux ngations votre affirmation ne vaudra rien4 --,j'attendrai que votre pre soit mort pour vous dnoncer4 ,montarval perdit contenance1 car il comprenait fort bien qu'on ajouterait foi plutt la parole de ,lamirande qu' la sienne4 ,le vieillard jeta un regard suppliant sur son protecteur4 --,de grce6 monsieur1 ne le dnoncez pas1 ne le dshonorez pas4444 --,mais il mrite les mpris des hommes4 --,oh6 de grce1 je vous en prie1 ne le dnoncez pas4 --,allons1 mon cher monsieur1 fit ,lamirande1 venez-vous en chez moi4 ,vous tes bris par la fatigue et l'motion2 vous avez besoin de repos4 ,plus tard nous reviendrons sur ce pnible sujet4 ,venez6 --,vous tenez rellement m'amener chez vous8 interrogea le vieillard4 --,oui1 j'y tiens beaucoup1 plus mme que je ne puis vous dire4 --,eh bien6 j'irai1 mais une condition3 c'est que vous me promettiez de ne jamais le dnoncer4 ,lamirande hsita4 ,faire cette promesse1 c'tait en quelque sorte s'engager laisser le crime impuni4 ,persister dans sa dtermination vis--vis du fils dnatur1 c'tait condamner le pre mourir misrablement sur ce grabat4 ,puis il songea l'me de ce pauvre abandonn4444 ,son me tait peut-tre plus malade encore que son corps4444 ,il n'hsitait plus4 --,c'est bien6 je vous le promets4 ,puis se retournant vers le fils4 --,misrable6 ,les hommes ne connatront pas votre crime et votre honte4 ,mais la maldiction de ,dieu vous atteindra4 ,allez6 --,je vous sais gr de cette bienveillante permission et de vos bons souhaits1 fit ,montarval qui avait repris son aplomb et son audace accoutums4 ,et sans adresser une seule parole son pre1 sans le regarder1 il sortit de la chambre en fredonnant un motif d'opra4 --,il est parti1 mon fils est parti6 murmura le malheureux pre4 --,permettez-moi de le remplacer auprs de vous1 dit ,lamirande4 ,venez2 ne restons pas ici davantage4 ,l'tranger se laissa conduire comme un enfant4 ,une voiture attendait ,lamirande1 et au bout de quelques minutes protecteur et protg descendaient la porte d'une modeste demeure de la ,haute-,ville4 --,nous voici rendus1 dit ,lamirande en donnant le bras au vieillard chancelant4 ,entrons4 --,que dira votre femme en vous voyant installer dans votre maison un tranger1 un moribond8 --,elle dira que vous tres le bienvenu4 ce moment1 madame ,lamirande vint au-devant d'eux4 ,si le vieillard avait eu des craintes sur la rception qui l'attendait1 la vue de cette figure de madone dut le rassurer4 --,ma femme1 dit ,lamirande1 voici un tranger qui est dans le malheur4 ,la divine ,providence nous le confie4 ,nous allons l'accueillir pour l'amour de ,jsus-,christ4 ,pour des motifs que je respecte1 il dsire n'tre pas connu4 ,nous nous contenterons donc d'avoir soin de lui4 --,monsieur1 dit la jeune femme en pressant affectueusement la main du vieillard1 pendant que dans ses yeux brillait une lumire cleste1 vous tes mille fois le bienvenu4 ,nous tcherons1 par nos bons soins1 de vous faire oublier vos chagrins qui sont grands1 je le vois4 ,le pauvre dlaiss essaya de remercier ses bienfaiteurs2 mais il ne put que balbutier quelques mots inintelligibles4 ,les forces lui manqurent tout coup1 et il serait tomb lourdement sur le parquet si ,lamirande ne l'et soutenu4 ,on le transporta sur un lit4 ,il tait sans mouvement et sans vie apparente4 ,madame ,lamirande le crut vritablement mort4 --,non1 fit ,lamirande1 il n'est pas mort reprendra mme bientt connaissance1 mais il s'en va rapidement4 ,il n'en a que pour quelques heures4 ,dis la servante de courir chez le pre ,grandmont4 ,qu'il vienne sans tarder4 ,puis le jeune mdecin s'empressa de donner au malade les soins que rclamait son triste tat4 ,il eut bientt la satisfaction de le voir revenir peu peu la vie4 ,enfin1 le vieillard ouvrit les yeux et jeta un regard inquiet autour de lui4 --,qu'est-ce8444 ,o suis-je8444 ,oh6 je me souviens de tout maintenant4444 ,mon protecteur1 que vous tes bon6 ,merci6 mille fois merci6 ,mais je ne serai pas longtemps un fardeau pour vous4 ,je sens que je vais mourir4444 --,oui1 mon ami1 dit doucement le mdecin1 vous allez mourir4 ,il faut songer votre me2 il faut songer ,dieu et ses jugements1 mais aussi sa misricorde4 --,ah6 rpond le mourant1 il y a longtemps1 bien longtemps que je nglige mes devoirs religieux4 ,mon coeur s'tait endurci4 ,j'tais tomb1 non pas dans l'incrdulit1 prcisment1 mais dans l'indiffrence4 ,votre charit a fondu les glaces de mon me4 ,je veux me confesser4 ,voulez-vous envoyer chercher un prtre4 ,je sens que je n'ai pas de temps perdre4 --,un vnrable pre jsuite que j'ai envoy sera ici dans quelques instants444 ,c'est lui qui entre4 ,confiez-vous lui sans crainte4 ,c'est la bont mme4 ,sa passion1 c'est de sauver les mes1 c'est de ramener les pcheurs ,dieu4 ,comme il prononait ces mots la porte s'ouvrit et le pre ,grandmont entra4 ,ses cheveux blancs comme la neige encadraient un visage de saint1 visage sillonn de profondes rides1 mais surnaturellement beau1 car on y lisait un amour immense de ,dieu et du prochain4 --,que la paix de ,notre-,seigneur soit avec vous mes enfants1 dit-il1 en s'avanant vers le lit4 ,notre ami a plus besoin de moi que de vous1 n'est-ce pas1 mon cher docteur8444 ,et bien6 laissez-nous4 ,lamirande et sa femme se retirrent4 ,longtemps les deux vieillards restrent seuls4 ,quant le pre ,grandmont vint trouver ,lamirande1 il tait rayonnant d'une joie cleste3 il avait rconcili une me avec ,dieu6 --,ah6 mon cher ami1 dit-il1 que le bon ,dieu est bon6 ,voil une phrase que nous rptons souvent sans y attacher beaucoup d'importance4 ,mais que c'est donc vrai6 ,la misricorde de ,dieu6 ,qui pourra jamais en mesurer l'tendue8 ,non seulement elle est infinie1 sans bomes2 non seulement elle est prte pardonner tout pch2 mais elle est agressive2 elle nous poursuit jusqu' notre dernier soupir2 jusqu' notre dernier soupir nous n'avons qu' nous jeter dans cet ocan d'amour pour atteindre le port ternel4 ,oh6 pourquoi tant de pcheurs ne profitent-ils pas du temps de la misricorde qu'on appelle la vie8 ,pourquoi repousser la misricorde de ,dieu pour affronter sa justice qui est non moins infinie444 ,allez1 mon ami1 faites prparer la chambre4 ,je vais lui administrer l',extrme ,onction et lui donner le saint ,viatique4 ,quelques instants plus tard1 ,lamirande1 sa femme1 sa petite fille ,marie et l'unique servante de ce modeste mnage taient pieusement agenouills autour du lit de douleur1 pendant que le pre ,grandmont administrait au mourant les derniers sacrements de l'glise4 ,le vieillard tomba bientt aprs dans une syncope prolonge4 ,puis reprenant tout coup connaissance et serrant convulsivement la main de ,lamirande1 il murmura3 --,merci6444 ,jsus6 ,marie6 ,joseph6444 ,mon fils6444 ,ce furent ses dernires paroles4 ,chapitre ,,iii ,gratia super gratiam1 mulier sancta et pudorata4 ,la femme sainte et pleine de pudeur1 est une grce qui passe toute grce4 ,eccli4 ,,xxvi1 #ai4 ,jetons un regard sur le pass4 ,quinze annes avant les vnements que nous venons de relater1 ,joseph ,lamirande1 g de vingt-cinq ans1 venait d'tre admis la pratique de la mdecine4 ,il avait choisi cette profession uniquement pour faire du bien ses semblables2 car une modeste aisance que lui avait laisse son pre1 le dispensait de gagner son pain de chaque jour4 ,il savait1 toutefois1 que l'aisance n'est pas donne quelques privilgis pour qu'ils passent leurs jours dans l'oisivet et la mollesse4 ,au contraire1 plus l'homme est dbarrass des soucis matriels de l'existence1 plus il doit consacrer sa vie au service du prochain4 ,celui qui ne se procure le ncessaire qu'au prix d'un rude et incessant labeur est quelque peu excusable de songer lui-mme d'abord1 aux autres ensuite4 ,mais le chrtien que ,dieu a exempt du soin de pourvoir sa propre subsistance1 n'est-il pas tenu se dpenser pour les autres8 ,c'tait donc pour se rendre utile ses concitoyens que ,lamirande avait embrass la profession mdicale4 ,il devint bientt notoire que ceux qui pouvaient payer les services d'un homme de l'art ne devaient pas s'adresser lui4 ,les trs pauvres taient ses seuls patients2 et il les soignait avec la mme attention1 la mme assiduit que met dans l'exercice de sa profession auprs des riches le mdecin qui a la lgitime ambition de se crer une clientle lucrative4 ,le jeune docteur ,lamirande tait li d'amiti1 depuis longtemps1 avec la famille ,leverdier1 dont le chef tait mort1 laissant une veuve et des orphelins dans des circonstance difficiles4 ,lamirande avait aid la mre faire instruire ses enfants4 ,l'an1 ,paul1 plus jeune de quelques annes seulement que son protecteur1 dou d'un talent brillant1 s'tait livr de bonne heure au journalisme4 ,lamirande le suivait avec intrt1 le dirigeait par ses bons conseils1 et entrevoyait avec satisfaction le jour o son jeune ami serait la tte d'un journal et pourrait donner libre carrire son ardent patriotisme4 ,les deux hommes s'aimaient comme des frres4 ,du vivant du pre1 la famille ,leverdier avait adopt une orpheline1 ,marguerite ,planier1 un peu plus ge que ,paul4 ,douce1 affectueuse1 dvoue1 intelligente1 les qualits de son esprit et de son coeur l'emportaient mme sur les charmes de son visage qui tait cependant d'une beaut peu ordinaire4 ,dans son immortel pome1 le chantre des ,acadiens peint son hrone1 vangline1 par ce vers remarquable1 l'un des plus beaux de la langue anglaise3 ,when she had passed1 it seemed like the ceasing of exquisite music4 ,quand elle s'tait loigne1 on aurait dit qu'une musique exquise avait cess de se faire entendre4 ,cette harmonie dlicieuse1 ,lamirande voulut en jouir toute sa vie4 ,un soir du mois de juin1 il se promenait avec son ami sur les hauteurs de ,sainte-,foye1 sous les beaux arbres qui bordent chaque ct du chemin et dont les branches gracieusement courbes se joignent et se confondent1 formant un long tunnel de verdure4 --,mon ami1 dit le jeune mdecin1 que dirais-tu si un lien nouveau s'ajoutait ceux qui nous unissent dj8 --,je dirais que voil un nouveau bonheur pour moi1 rpondit ,leverdier avec enthousiasme4 ,mais quel est ce nouveau lien8 ,pourtant je le devine1 et pour cela je n'ai pas besoin d'tre sorcier4 ,tout sage que tu es1 les battements de ton coeur sont assez visibles1 crois-m'en4 ,tu aimes ma soeur adoptive1 elle t'aime1 et vous allez vous marier2 car rien ne s'y oppose et personne n'interviendra pour gter votre bonheur4 ,certes1 ce n'est pas comme dans les romans o le hros et l'hrone ne parviennent s'unir qu'aprs s'tre arrach tous les cheveux1 avoir vers des torrents de larmes et essay de dbarrasser la terre de leur inutile prsence4 ,vous n'en serez pas moins heureux4444 ,mais soyons srieux4 ,vraiment1 je suis enchant4444 --,et pourtant je ne t'ai pas encore dit de quoi il s'agit1 dit ,lamirande en souriant doucement4 ,avoue que les prmisses poses ne renferment pas les conclusions4 ,je songeais peut-tre te proposer la fondation d'un journal4444 --,cependant1 je ne me trompe pas1 dit avec imptuosit le jeune homme4 --,eh bien6 mon cher ami1 rpondit ,lamirande1 devenu grave1 tu ne te trompes pas4 ,je ne puis te dire combien je suis heureux de voir que ce projet t'agre4 ,j'avais peur4444 --,tu avais peur de quoi8 ,tu es trop sincre pour dire que tu ne te croyais pas digne d'entrer dans notre famille6 de quoi donc avais-tu peur8 --,toi qui es si bon devineur1 tu dois tre capable de te l'imaginer4 --,non1 j'avoue qu'ici je perds mon latin entirement4 --,je craignais de trouver en toi un rival6 --,un rival6 --,mais oui6 tu n'ignores pas que ,marguerite n'est pas plus ta soeur qu'elle n'est la mienne2 et je ne conois pas qu'on puisse la connatre comme tu la connais sans l'aimer444 comme je l'aime4 --,si c'est l toute ta crainte1 rassure-toi4 ,j'aime ma grande soeur ,marguerite comme ma jeune soeur ,hlne1 et pas autrement4 ,l'ide qu'elle doit tre ta femme1 loin de me causer le plus lger chagrin1 me remplit de bonheur4444 ,du reste1 tu le sais1 d'ici longtemps mes jeunes frres auront besoin de moi4 ,je ne pourrai mme pas songer me marier avant dix ans4 ,longtemps les deux amis se promenrent sous les beaux arbres1 devisant sur le grand bonheur qui tait entr dans la vie de l'un d'eux et que l'autre partageait fraternellement4 ,le soleil s'enfona derrire les ,laurentides empourpres2 les ombres1 les frais et le silence du soir se rpandirent sur la campagne endormie2 et les deux heureux causaient toujours4 ,leurs coeurs taient calmes comme la nature en ce moment4 ,il leur semblait que jamais les grands ormes caresss doucement par la brise ne seraient dpouills de leur parure ni tordus par les temptes de l'automne2 il leur semblait aussi que jamais la paix et la joie qui remplissaient leur me ne pourraient faire place l'inquitude1 la tristesse1 l'amertume4 ,enfin1 ils se dirigrent vers la ville4 ,en passant devant la chapelle de ,notre-,dame-du-,chemin1 dont la porte tait encore ouverte1 ,lamirande1 pousse par une sorte d'inspiration1 dit son compagnon3 ,nous sommes heureux1 n'oublions pas les malheureux4 ,parmi ceux que nous aimons il y en a peut-tre que la douleur accable4 ,entrons dire un ,ave ,maria pour celui ou celle des ntres qui souffre le plus en ce moment4 ,sans aucun doute ce fut pour la soeur unique de ,paul que les deux amis1 sans le savoir1 offrirent leur courte mais fervente prire4 ,hlne ,leverdier avait seize ans4 ,joyeuse1 enjoue1 charmante1 ses grands yeux gris riaient toujours et n'avaient jamais pleur depuis la mort de son pre4 ,elle tait la vie de la maison4 ,quelles rveries innocentes passaient par cette jeune tte8 ,nul n'aurait pu les deviner2 elle-mme n'aurait gure pu les dfinir4 ,lamirande la regardait comme une enfant et la traitait comme si elle et t rellement la soeur de celle qu'il voulait pouser4 ,voyait-elle que ,larnirande et ,marguerite s'aimaient8 ,aimait-elle cet homme grave1 plus g qu'elle de prs de dix ans8 ,savait-elle seulement ce que c'est que l'amour8 ,elle n'aurait probablement pas pu rpondre ces questions4 ,elle ne s'tait rendu compte que d'une chose1 c'est qu'elle tait parfaitement heureuse lorsque ,lamirande tait auprs d'elle et que1 sans tre malheureuse lorsqu'il n'y tait pas1 elle attendait toujours son arrive avec impatience4 ,ce mme soir du mois de juin1 l'heure du crpuscule1 ,marguerite ft ,hlne la douce confidence de son bonheur4 ,un sanglot navrant et une expression d'indicible douleur firent comprendre ,marguerite ce que jusque-l ,hlne elle-mme avait peine souponn4 --,pauvre sceur6 s'cria l'ane en ouvrant ses bras l'enfant4 ,hlne s'y jeta et pleura longtemps4 ,enfin1 elle put murmurer3 --,tu as surpris un secret que j'ignorais presque moi-mme4444 ,qu'il n'en soit plus jamais question1 mme entre nous4 ,oublie ce que tu as vu2 ou si tu ne peux l'oublier1 n'y pense qu'en priant pour moi4444 ,mon coeur est bris1 mais avec la grce de ,dieu il ne deviendra pas coupable4 ,prie pour moi1 chre ,marguerite1 afin que je ne t'envie jamais ton bonheur6 ,marguerite ne put que rpter en serrant l'enfant sur son coeur3 --,pauvre soeur6 ,pauvre soeur6 ,devenue la femme de ,lamirande1 ,marguerite fut heureuse2 mais le souvenir de ce soir d't1 de ce ple visage angoiss1 entrevu la lumire indcise du crpuscule1 la poursuivait toujours et temprait son bonheur d'une amertume salutaire4 ,pour ,hlne1 elle avait lutt et pri2 et elle avait remport la victoire que ,dieu accorde toujours ceux qui luttent et qui prient2 victoire qui ne supprime pas la souffrance mais qui la rend supportable en la sanctifiant4 ,personne1 part ,marguerite1 ne s'tait jamais dout de la blessure1 puis de la cicatrice qu'elle portait au coeur4 ,la jeune fille enjoue tait subitement devenue grave1 sans mlancolie1 voil tout ce que le monde avait remarqu4 ,ses grands yeux ne riaient plus1 mais ils avaient acquis une profondeur et une douceur infinies4 99 99 99 99 99 ,les anges que ,dieu donna ,lamirande ne firent que passer sur la terre pour s'envoler aussitt au ciel2 tous1 moins la petite ,marie4 ,malgr le chagrin naturel que lui causa la perte de ses enfants1 le jeune mdecin s'inquitait parfois de l'intensit de son bonheur domestique4 ,si je fais un peu de bien mes semblables1 se disait-il1 n'en suis-je pas amplement rcompens ds cette vie8 ,et ,s'il faut souffrir pour mriter le ciel1 que deviendrai-je1 mon ,dieu6 ,cependant1 il ne demandait pas d'preuves1 croyant humblement que le ciel ne lui en envoyait pas cause de sa faiblesse4 ,quelques annes avant l'poque o s'ouvre notre rcit1 il tait entr dans la vie politique1 par pur dvouement1 pour mieux servir l'glise et la ,patrie4 ,la pense d'arriver par ce moyen aux honneurs ne lui vint seulement pas l'esprit4 ,et pourtant il aurait pu lgitimement aspirer aux premires places1 car il tait dou d'une intelligence suprieure1 d'une loquence peu ordinaire1 d'un extrieur agrable1 d'un caractre sympathique4 ,mais il avait remarqu que ceux qui recherchent les grandes charges de l'tat n'en font pas toujours1 une fois qu'ils les ont obtenues1 un usage utile au pays2 et craignant de faire comme tant d'autres1 il se contenta de son titre de simple dput au parlement fdral4 ,son ami1 ,paul ,leverdier1 avec son aide1 avait enfin russi fonder un journal libre de toute attache de parti3 la ,nouvelle-,france4 ,revenons maintenant l'anne #aide4 ,chapitre ,,iv ,odi et projeci festivitates vestras3 et non capiam odorem coetuum vestrorum4 ,je hais vos ftes et je les abhorre2 je ne puis souffrir vos assembles4 ,amos ,v1 #ba4 ,grand mouvement politique ,ottawa1 capitale de la ,confdration4 ,la ,chambre des dputs est convoque en session extraordinaire4 ,le ,snat est aboli depuis longtemps4 ,les dputs1 les journalistes1 les entrepreneurs des travaux publics1 les solliciteurs de faveurs ministrielles arrivent de toutes parts2 il encombrent les htels1 ils envahissent les bureaux publics1 les couloirs de la ,chambre1 les clubs1 les salons4 ,quel tourbillon d'affaires plus ou moins inavouables et de plaisirs plus ou moins illicites6 ,les journes sont consacres aux combinaisons1 aux intrigues1 aux complots en petit comit1 aux spculation vreuses1 aux achats et aux ventes de votes et de consciences en conciliabule plus petit encore2 les nuits se passent en dners et en bals4 ,un mois s'est coul depuis la rencontre de ,lamirande et de ,montarval1 dans la masure de la rue de l',ancien-,chantier4 ,la neige couvre le sol4 ,ce manteau1 d'une blancheur clatante1 a cach la boue1 l'herbe dessche et les feuilles mortes4 ,la terre tout l'heure dsole1 noire et souille1 est maintenant belle et pure2 elle resplendit et renvoie au ciel un reflet des clarts qu'elle en reoit4 ,belle neige6 image de la misricorde divine qui couvre d'un vtement immacul les laideurs de l'me pcheresse mais repentante4 ,ce n'est plus l'innocence baptismale2 ce n'est plus le printemps avec ses tendres fleurs1 ses doux gazouillements d'oiseaux1 ses murmures de mille ruisseaux1 ses brises embaumes1 ses bruissements de feuilles1 son encens exquis1 sa musique suave comme la prire de l'enfance4 ,non rien n'est comparable la beaut printanire ni l'innocence de l'me rgnre que le souffle du pch n'a point ternie4 ,mais quand les ardeurs de l't ont brl la terre1 quand les pluies et les temptes de l'automne l'ont couverte de boue et jonche des dpouilles de la fort1 la neige descend1 douce1 blanche et pure2 et la terre redevient belle aux yeux des hommes4 ,ainsi1 quand les passions ont ravag l'me1 quand les crimes et les vices l'ont dfigure1 la grce de ,dieu descend sur elle et la couvre d'un manteau1 le manteau du pardon1 qui rjouit la vue des anges4 ,mais la terre souille reoit son manteau sans le solliciter2 l'me coupable doit demander le sien ,celui qui ne mprise jamais un coeur contrit et humili4 ,lamirande et ,leverdier se livraient de telles rflexions1 tout en cheminant1 par un magnifique clair de lune1 vers la somptueuse rsidence de sir ,henry ,marwood1 premier ministre de la ,confdration4 ,sir ,henry demeurait dans le quartier fashionable d',ottawa appel prosaquement ,sandy ,hill4 ,le chef du cabinet donnait1 ce soir-l1 une brillante rception1 suivi d'un grand dner politique4 ,lamirande et ,leverdier y avaient t invits1 ils ne savaient trop pourquoi1 et ils se rendaient l'invitation assez contrecoeur4 --,qu'est-ce que nous allons faire ce fricot-l1 dit ,leverdier1 rompant tout coup le silence4 ,nous allons y rencontrer un tas de francs-maons1 des farceurs politiques1 de brasseurs d'affaires malpropres1 et pas un de nos amis4 ,ce sera merveilleusement assommant1 mon cher4446 ,si nous n'y allions pas1 aprs tout4444 --,non1 reprend son compagnon1 faisons ce sacrifice4 ,je t'assure que je n'y vais pas par got4 ,ces dners o l'on reste des heures table1 o les mets sont apprts avec une recherche effmine1 o l'on mange simplement pour manger1 me paraissent inspirs beaucoup plus par le dmon de la gourmandise et de l'intemprance que par l'ange de l'hospitalit4 ,cependant1 en soi1 ce n'est pas un mal d'assister un dner politique1 et nous avons besoin de nous mler cette runion4 ,nous dirons tout l'heure1 avant d'arriver1 le ,sub tuum1 afin d'obtenir la protection de ,celle qui1 aux noces de ,cana1 sollicita un miracle pour l'avantage de banqueteurs4 --,l'ide est d'autant meilleure qu'aux dangers ordinaires des banquets s'ajoute pour nous l'ennui d'une dure corve4 --,c'est une corve ncessaire1 mon cher ami4 ,il nous faut absolument savoir1 dans la crise actuelle1 ce que tous ces illustres gredins pensent1 disent et se proposent de faire4 ,nous avons besoin de le savoir pour les combattre plus efficacement4 --,mon cher ,lamirande1 je commence croire que ton prservatif contre les excs de table est le seul remde qui vaille quelque chose contre le mal politique qui nous ronge4 ,tes discours et mes articles sont magnifiques1 je veux bien le croire1 mais il faut avouer qu'ils n'ont pas un succs clatant4 ,si nous serrions nos discours et nos articles1 et si nous sortions nos chapelets6 --,oui1 sortons nos chapelets1 prions davantage1 mais luttons ferme en mme temps1 luttons jusqu'au bout1 luttons mme contre tout espoir humain4 ,quand nous aurons fait notre petit possible et que nous l'aurons fait de notre mieux2 quand nous aurons pri de toutes nos forces1 crit de toutes nos forces1 parl de toutes nos forces1 le bon ,dieu ne demandera pas davantage et fera le reste4 --,tu parles d'or1 mon cher dput1 rpliqua le journaliste4 ,dieu m'est tmoin que je ne veux pas renoncer la lutte4 ,je voulais dire seulement que le succs sera accord plutt nos prires qu' nos travaux4 ,du reste1 le succs6--par succs j'entends le retour pratique du monde au christianisme--viendra-t-il jamais8 ,je ne le crois pas4 ,il me semble que ce superbe difice qu'on nomme la civilisation moderne1 n'ayant pas pour base celui qui est l'unique fondement1 doit s'effondrer dans une barbarie pire que celle qui dtruisit l'orgueilleux empire romain444 ,je lutte parce qu'il faut lutter1 et non parce que j'ai quelque espoir de voir le moindre succs en ce monde444 ,le grand succs sera dans la ,valle de ,josaphat4 --,sans doute1 rpliqua ,lamirande1 il ne faut pas travailler uniquement pour le succs en ce monde4 ,il faut accepter d'avance tous les insuccs qu'il plaira ,dieu de nous envoyer4 ,mais il est permis de lutter avec espoir de russir1 mme ici-bas2 il est permis de souhaiter que ,dieu daigne fconder nos efforts et exaucer nos prires1 non pas pour que nous en prouvions une jouissance personnelle1 mais pour que notre pays soit sauv de la ruine universelle4 ,tout s'abme dans la barbarie maonnique1 pire que celle d',attila et de ,gensric1 c'est vrai2 mais qui nous dit que ,dieu ne voudra pas pargner ce petit coin du monde qui nous est si cher1 ce ,canada franais dont l'histoire est si belle1 afin qu'il soit le point de dpart d'une nouvelle civilisation8 ,je ne puis m'empcher de l'esprer4 --,est-ce que le succs ne gterait pas le peu de mrite que nous pouvons avoir8 interrogea ,leverdier4 --,non4 ,il sufft1 pour que le succs le plus clatant ne gte rien1 que nous soyons toujours soumis la volont de ,dieu444 ,toutefois1 la russite est dangereuse1 je l'avoue4 ,sais-tu1 mon cher ,leverdier1 qu'il est beaucoup plus difficile1 et sans doute plus mritoire1 d'accepter chrtiennement le bonheur que l'adversit8 --,je ne saisis pas bien ta pense4 ,explain6 comme vous dites au ,parlement6 --,eh bien6 le malheur1 en nous faisant toucher du doigt l'inanit des choses de ce monde1 nous ramne naturellement ,dieu1 moins d'une perversion absolue4 ,le bonheur1 au contraire1 nous porte oublier notre fin dernire4 ,dans la prosprit1 dit ,tertullien1 l'me arrte ses regards au ,capitole2 mais dans l'adversit1 elle les lve vers le ciel1 o elle sait que rside le vrai ,dieu4 ,les heureux de ce monde qui se tiennent unis ,dieu sont rares1 sans doute1 mais ils doivent recevoir une rcompense toute spciale dans le ciel1 car ils passent par une preuve particulirement difficile4 tre riche sans tre attach la richesse1 c'est dj un effort mritoire2 mais tre entour d'amis et de parents qui vous aiment et que vous aimez1 connatre les pures joies de la famille sans en goter les amertumes1 jouir de la sant1 voir ses projets russir1 tre heureux1 en un mot1 sur la terre1 et cependant soupirer sans cesse aprs la cleste ,patrie1 comme le chrtien doit le faire1 n'est-ce pas l l'idal1 le chef-d'oeuvre de la grce8 ,quelques instants de silence suivirent cette effusion de ,lamirande4 ,les deux amis marchaient lentement1 appuys l'un sur l'autre4 ,leurs penses s'levaient de plus en plus vers le ciel dans un magnifique lan d'amour et de saint enthousiasme4 ,il y a des moments o la prsence de notre me se fait sentir en dedans de nous d'une manire physique et matrielle1 si j'ose m'exprimer ainsi4 ,elle est l1 aussi tangible que notre coeur de chair4 ,elle cherche s'chapper de sa prison4 ,elle monte toujours2 elle gonfle notre poitrine au point de causer une vritable douleur1 douleur dlicieuse cependant4 ,il nous semble que quelque chose va se briser en nous1 qu'une partie de notre tre va nous quitter pour se lancer dans les espaces4 ,lutte mystrieuse et enivrante de l'me immortelle contre le corps qui la tient captive et enchane2 lutte que tous doivent prouver quelquefois2 lutte qui se produit indpendamment de notre volont6 ,qui n'a pas t ainsi boulevers tout coup1 soit dans un moment de ferveur2 soit en entendant de la belle musique1 surtout les chants de l'glise2 soit en prsence de la grande nature1 des beauts du firmament1 ou de quelque acte de sublime dvouement chrtien8 ,ah6 c'est notre me qui entend la voix de son ,crateur et qui se lance instinctivement vers ,lui6 ,lamirande et ,leverdier taient en proie1 tous deux1 ces profondes motions1 et ils marchaient en silence4 --,nous voici1 dit enfin ,leverdier4 ,c'est le moment de nous rfugier en lieu sr4 ,et les deux amis rcitrent ensemble mi-voix1 le ,sub tuum4 --,rien ne nous presse1 fait ,lamirande1 disons le ,salve ,regina pour demander la conversion d'un ami qui m'est bien cher4 ,puis ils sonnent la porte d'une fastueuse maison dont les larges fentres laissent chapper sur la neige des flots de lumire4 --,qui est cet ami dont tu demandes la conversion8 demande ,leverdier en attendant qu'on ouvre la porte4 --,c'est ,georges ,vaughan1 l'un des dputs de ,toronto la ,chambre fdrale4 ,nous allons le rencontrer ce soir1 sans doute4 ,c'est une me naturellement droite et belle2 mais malheureusement il n'a pas la foi4 --,il croit au moins en ,dieu8 --,non1 il ne semble croire en rien du tout en dehors et au-dessus de cette vie4 --,c'est un monstre alors6 --,c'est un malheureux plutt4 ,encore une fois1 son me est naturellement belle4 ,prions pour que ,dieu lui accorde le don inestimable de la foi4 ce moment la porte s'ouvre4 ,un laquais les aide se dbarrasser de leurs paletots2 un autre les conduit au salon o sont dj runies les sommits de la politique canadienne4 ,l'immense pice est inonde d'une clart douce et pntrante produite par un appareil lectrique que dissimulent les riches lambris2 une odeur enivrante remplit l'atmosphre1 tandis qu'un orchestre invisible fait entendre une harmonie qu'on dirait lointaine4 ,des groupes discutent avec animation les rcents vnements politiques4 ,sir ,henry ,marwood vient au-devant des nouveaux arrivs et leur fait un accueil gracieux4 ,il accable ,lamirande surtout de paroles flatteuses4 --,qu'est-ce que le vieux renard me veut8 pensa ,lamirande4 ,rien de bon1 c'est certain4 ,soyons sur nos gardes6 ,c'tait une figure remarquable que celle de sir ,henry ,marwood2 une figure remarquable par son irrgularit et sa laideur autant que par un air extraordinairement intelligent et rus4 ,ses petits yeux1 que faisait paratre encore plus petits un nez d'une grosseur prodigieuse1 ptillaient d'esprit2 mais ils ne pouvaient pas rencontrer le regard calme et lumineux du jeune dput4 --,mon cher ,lamirande1 dit sir ,henry avec effusion1 que je suis donc content que vous soyez venu avec votre ami ,leverdier4 ,voyant que vous tardiez un peu1 je craignais d'tre priv du plaisir de votre compagnie ce soir4 ,sans doute1 vous ne pensez pas comme moi sur une foule de questions1 mais j'aime le talent et les convictions partout o je les trouve4 ,tous deux vous pensez fortement et vous exprimez vos penses avec nergie et originalit4 ,c'est assez pour que je vous admire4 --,le talent est sans doute admirable quand il est employ pour le bien1 dit ,lamirande2 mais doit-on l'admirer quand il se consacre au mal8 --,le talent1 l'intelligence1 cher monsieur1 c'est toujours chose digne d'admiration1 parce que c'est un don de l'tre ,suprme1 une parcelle de l'me universelle4 --,dans l'intelligence humaine il faut1 ce me semble1 considrer deux choses3 l'oeuvre de ,dieu qui est toujours belle et l'oeuvre de l'homme1 c'est--dire l'usage que l'homme fait de ses facults4 ,malheureusement1 cette dernire oeuvre est souvent mauvaise et laide4 --,voil que vous vous lancez dans les rgions de la haute philosophie4 ,vous planez2 mes pauvres vieilles ailes ne me permettent pas de vous suivre4 ,je me contente de vous admirer4 --,tous ces compliments cachent quelque pige1 pensa ,lamirande4 ,puis tout haut3 --,je crains que vous ne m'admiriez pas autant dans quelques jours quand vous m'aurez entendu dire ma faon de penser sur votre projet4444 --,mais mon projet1 vous ne le connaissez pas6 ,il vous plaira peut-tre1 quoique vous soyez1 d'ordinaire1 assez difficile4 --,je ne connais pas votre projet1 il est vrai1 mai je vous connais1 sir ,henry1 et votre projet ne peut manquer de vous ressembler4 ,or1 vous ne l'ignorez pas1 vos ides et vos aspirations ne sont pas les miennes4 --,sans doute1 sans doute2 mais enfin vous direz ce que vous voudrez de mon projet1 vous ne m'empcherez pas d'admirer votre talent4 ,d'ailleurs1 j'aurai vous parler d'autre chose que de la politique tout l'heure4 ce moment1 le baron de ,portal vint passer4 ,sir ,henry l'appela4 --,monsieur le baron1 permettez que je vous prsente deux de nos hommes politiques canadiens-franais les plus distingus4 ,m4 ,lamirande est dput et je vous assure qu'il ferait honneur n'importe quelle chambre1 mme la ,chambre franaise4 ,son ami1 ,m4 ,leverdier1 journaliste1 serait remarqu mme ,paris4 ,m4 le baron de ,portal est arriv tout rcemment au ,canada4 ,il voyage pour s'instruire et dsire particulirement tre mis au courant de nos affaires politiques4 ,monsieur le journaliste est bien celui qui peut rendre cet agrable service monsieur le baron1 n'est-ce-pas8 ,leverdier comprit sans peine que sir ,henry voulait tre seul avec ,lamirande4 ,il s'empressa donc d'accepter l'invitation1 et entama la conversation avec ,m4 le baron de ,portal4 --,certainement1 dit-il1 si ,m4 le baron le dsire1 je me ferai un plaisir de l'initier nos affaires politiques qui sont plutt intressantes que belles4 ,et le journaliste lana sir ,henry un petit sourire malicieux4 --,ah6 le coquin1 s'cria le premier ministre1 en faisant un petit geste1 moiti amical1 moiti menaant1 il ne me vantera pas1 bien sr4 ,n'importe1 il a du talent1 lui aussi1 et j'admire le talent1 mme quand il s'exerce contre moi6 ,et prenant ,lamirande par le bras1 il s'loigna avec lui4 ,le baron de ,portal et ,leverdier allrent s'asseoir sur une causeuse4 ,leur entretien nous renseignera sur l'tat politique du ,canada en l'an de grce #aide4 --,je m'intresse beaucoup votre pays1 dit le baron1 mais j'avoue que vos affaires politiques m'intriguent quelque peu4 ,o en tes-vous l'heure prsente8 ,je sais vaguement que le ,canada tait nagure colonie britannique et qu'il ne l'est plus4 ,expliquez-moi donc cela1 je vous en prie1 monsieur le journaliste4 --,volontiers1 reprit ,leverdier4 ,la chose est bien simple4 ,depuis quelques annes1 vous le savez comme moi1 l',angleterre1 jadis si fire1 est tombe au rang des puissances de troisime ordre4 l'extrieur1 elle a perdu les ,indes1 ou peu prs4 ,la ,russie ne tardera pas s'emparer de ce qui lui reste de son empire oriental4 ,en ,afrique1 l',allemagne lui arrache ses colonies1 morceau par morceau4 ,l',australie a secou le joug imprial4 ,l',irlande vient de reconqurir son entire indpendance4 ,l'cosse s'agite de nouveau2 et1 l'intrieur1 les socits secrtes qu'elle a rchauffes et proposes l'ont bouleverse et affaiblie4 ,elle avait encore le ,canada4 ,mais un beau matin1 le gouvernement des tats-,unis1 ayant sa tte un prsident amricanissime1 et profitant d'une difficult diplomatique o l',angleterre avait videmment tort1 s'est avis de poser1 comme ultimatum1 la rupture du lien colonial4 ,nous souponnons fortement nos francs-maons du ,canada et ceux des tats-,unis d'avoir t au fond de cette affaire4 ,quoi qu'il en soit1 l',angleterre1 rduite l'impuissance1 dut se rendre cet ultimatum4 ,il y a trois mois peine1 elle donnait avis officiel au ,canada que le ler mai prochain le gouverneur-gnral serait rappel et qu'il n'aurait pas de remplaant4 --,c'est--dire que vous voil libres1 fit le baron4 --,oui1 reprit le journaliste1 nous voici libres4 ,mais qu'allons nous faire de notre libert8 ,le cadeau est quelque peu embarrassant4 ,trs certainement le cabinet de ,washington avait une arrire-pense en nous faisant octroyer notre indpendance3 c'est dans le dessein de nous faire l'honneur de nous annexer de force1 sous un prtexte quelconque4 ,mais la ,providence s'en mle1 et voil tout coup nos entreprenants voisins en guerre avec l',espagne propos de l'le de ,cuba2 tandis que du ct du ,mexique il y a des nuages trs noirs2 sans compter les grves qui clatent de plus en plus nombreuses1 prenant les proportions d'une guerre civile chronique4 ,plus moyen de songer s'annexer le ,canada4 ,nous cherchons donc nous constituer en pays tout fait autonome4 --,cela doit tre une tche assez facile4 --,malheureusement non4 ,trois voies s'ouvrent devant nous3 le statu quo1 l'union lgislative et la sparation4 ,un mot d'explication sur chacune4 ,si nous adoptions ce que l'on appelle le statu quo1 la transition se ferait peu prs sans secousse4 ,nous resterions avec notre constitution fdrative1 notre gouvernement central et nos administrations provinciales4 ,le gouverneurgnral1 au lieu d'tre nomm par l',angleterre1 serait lu par nous1 voil toute la diffrence4 ,le parti conservateur1 actuellement au pouvoir ,ottawa1 est favorable au statu quo4 ,ce parti se compose des modrs4 ,les modrs1 cela veut dire1 en premier lieu1 tous les gens en place1 avec leurs parents et amis1 ainsi que ceux qui ont l'espoir de se placer1 avec leurs parents et leurs amis2 ensuite1 les entrepreneurs et les fournisseurs publics avec tous ceux qui les touchent de prs ou de loin2 enfin1 les personnes qui n'ont pas assez d'nergie et d'esprit d'indpendance pour vouloir autre chose que ce que veulent les journaux qu'ils lisent et les chefs politiques qu'ils suivent4 --,le parti du statu quo doit tre formidable par le nombre6 ,je me demande s'il reste quelque chose pour les deux autres partis4 --,dans toutes les provinces il y a des partisans de l'union lgislative4 ,ce sont principalement les radicaux les plus avancs1 les francs-maons notoires1 les ennemis dclars de l'glise et de l'lment canadien-franais4 ,dans la province de ,qubec ce groupe est trs actif4 sa tte est un journaliste nomm ,ducoudray1 directeur de la ,libre-,pense1 de ,montral4 ,il va sans dire que les unionistes cachent leur jeu1 autant que possible4 ,ils demandent l'union lgislative ostensiblement pour obtenir plus d'conomie dans l'administration des affaires publiques4 ,mais ce n'est un secret pour personne que leur vritable but est l'anantissement de la religion catholique4 ,pour atteindre la religion1 ils sont prt sacrifier l'lment franais1 principal appui de l'glise en ce pays4 --,voil un parti que ne se recommande gure aux honntes gens6 ,j'ai hte de vous entendre parler du troisime4 --,le troisime groupe est celui des sparatistes4 ,m4 ,lamirande1 que vous avez vu tout l'heure1 en est le chef1 et votre humble serviteur en fait partie4 ,nous trouvons que le moment est favorable pour riger le ,canada franais en tat spar et indpendant4 ,notre position gographique1 nos ressources naturelles1 l'homognit de notre population nous permettent d'aspirer ce rang parmi les nations de la terre4 ,la ,confdration actuelle offre peut-tre quelques avantages matriels2 mais au point de vue religieux et national elle est remplie de dangers pour nous2 car les sectes ne manqueront pas de la faire dgnrer en union lgislative1 moins le nom4 ,d'ailleurs1 les principaux avantages matriels qui dcoulent de la ,confdration pourraient s'obtenir galement par une simple union postale et douanire4 ,notre projet1 dans la province de ,qubec1 a l'appui des catholiques militants non aveugls par l'esprit de parti4 ,le clerg1 gnralement1 le favorise1 bien qu'il n'ose dire tout haut ce qu'il pense1 car depuis longtemps le prtre1 chez nous1 n'a pas le droit de sortir de la sacristie4 ,dans les autres provinces cette ide de sparation paisible a fait du chemin4 ,il y a un groupe assez nombreux qui est trs hostile l'union lgislative et qui prfrerait la sparation au projet des radicaux4 ,ce groupe se compose des catholiques de langue anglaise et d'un certain nombre de protestants non fanatiss4 ,il a pour cri de ralliement3 ,pas d',irlande1 pas de ,pologne en ,amrique6 ,il ne veut pas que le ,canada franais soit contraint de faire partie d'une union qui serait pour lui un long et cruel martyre4 ,le chef parlementaire de ce parti est ,m4 ,lawrence ,houghton1 protestant1 mais homme intgre1 honorable et rempli de respect pour l'glise1 de sympathie pour l'lment franais4 ,voil1 monsieur le baron1 un aperu de la situation politique du ,canada en ce moment4 ,j'espre que je me suis exprim avec assez de clart8 --,votre rcit m'a vivement intress1 cher monsieur1 et je vous en remercie4 ,je suis sparatiste1 moi aussi1 je vous l'assure1 et je ne conois pas qu'un ,franais catholique puisse tre autre chose1 sans trahir sa religion et sa nationalit4 ,mais1 dites-moi1 le parlement d',ottawa est-il actuellement runi pour rgler cette question8 --,oui1 monsieur le baron4 ,le gouvernement fdral1 dont notre hte est le trs habile et trs rus chef1 a russi faire voter pour toutes les lgislatures des rsolutions qui autorisent le parlement d',ottawa rgler dfinitivement la question de notre avenir politique et national4 ,nous avons combattu ce projet devant la lgislature de ,qubec1 voulant rserver aux provinces au moins le droit de veto2 mais 'a t en vain3 l'esprit de parti1 l'intrigue et la corruption l'ont emport sur nous4 ,nous voici donc ,ottawa pour tenter un dernier et suprme effort1 sans grand espoir de succs1 toutefois4 --,quelle sera1 pensez-vous1 l'issue de la lutte8 --,sous prtexte d'amliorer la constitution actuelle1 ,sir ,henry va dposer1 ces jours-ci1 le projet d'une nouvelle loi organique4 ,ce sera1 j'ai tout lieu de le croire1 une vritable union lgislative dguise sous le nom de confdration4 ,on prtendra maintenir les grandes lignes du statu quo2 en ralit1 ce sera l'tranglement de l'glise et du ,canada franais4 ,entre nous1 ,sir ,henry est franc-maon de haute marque1 c'est--dire profondment hostile l'glise4 ,s'il ne propose pas ouvertement l'union lgislative1 c'est qu'il craint un chec1 voil tout4 --,vous le souponnez de jouer double jeu8 --,certainement1 et ce n'est pas un jugement tmraire1 je vous l'assure4 ,s'il a invit ,lamirande et moi1 c'est dans quelque dessein perfide4 --,pourvu qu'il ne vous compromette pas6 ,le voil en tte--tte avec votre ami4 --,ne craignez pas pour ,lamirande1 il est solide comme le roc et assez intelligent pour ne pas se laisser prendre par ,sir ,henry4 ,nous nous sommes rendus son invitation exprs pour connatre un peu les piges qu'il tend et les intrigues qu'il veut nouer4 ,pendant ce colloque entre le journaliste et le baron1 ,sir ,henry ,marwood avait conduit ,lamirande un peu l'cart4 ,il le tenait toujours affectueusement par le bras4 --,mon cher monsieur ,lamirande1 dit le vieux diplomate de sa voix la plus cline1 il y a longtemps que je dsire m'entretenir familirement1 coeur ouvert1 avec vous4 ,vous m'avez souvent combattu1 mais je me suis toujours vivement intress vous4 ,vous tes un jeune homme de talent et d'avenir4 ,je vous considre comme le vritable reprsentant de votre race4 ,votre race1 quoi que vous en pensiez1 je ne lui veux que du bien4 ,je dsire l'honorer en votre personne4 --,vous tes bien trop flatteur1 rpondit froidement ,lamirande qui entrevoyait dj o son interlocuteur voulait en venir4 ,il me croit capable de me vendre1 pensa le dput4 ,hlas6 il a vu tant des ntres se livrer lui pour un peu d'or ou quelques misrables honneurs4 ,son premier mouvement fut de repousser avec indignation l'offre que ,sir ,henry n'avait pas encore clairement formule4 ,mais il se ravisa4 ,ne brusquons rien1 se dit-il2 par les efforts qu'il fera pour se dbarrasser de moi1 je pourrai juger de la noirceur du projet qu'il nous prpare4 ,lamirande gardant le silence1 ,sir ,henry continua3 --,je sais que votre ambition n'est pas personnelle1 que vous ne dsirez rien pour vous-mme1 que votre unique passion est de rendre service votre pays1 vos compatriotes4 ,j'admire ce noble dsintressement4 ,vous tes dput1 non par got1 mais par devoir1 n'est-ce pas8 et si une autre position1 o vous pourriez rendre encore plus de services aux vtres1 vous tait offerte1 vous l'accepteriez1 n'est-il pas vrai8 --,sans doute1 rpondit ,lamirande1 je ne suis pas dput par got1 mais je ne vois gure d'autre poste o je pourrais1 en ce moment1 tre de quelque utilit relle mes compatriotes4 --,j'en vois un1 moi1 et je vous l'offre2 c'est celui de consul gnral du ,canada1 du futur ,canada libre1 ,paris ou ,washington1 votre choix6 ,pour que le vieux sclrat m'offre un tel prix se dit ,lamirande en lui-mme1 il faut qu'il ait grand besoin de m'loigner du pays4 ,son projet doit tre diabolique6 ,aprs un moment de silence1 il jeta sur ,sir ,henry un regard qui fora le tentateur baisser les yeux4 --,certes1 dit-il1 votre offre est magnifique1 trop belle2 elle est mme suspecte4 ,je vous prie de croire que mon poste1 pour le moment1 est ici1 et ici je resterai4 --,mais vous n'y pensez pas6 ,quel bien vous pourriez faire ,paris1 en tablissant des relations plus intimes entre la ,france et le ,canada2 ou ,washington1 en travaillant l'avancement de ceux de vos compatriotes qui sont encore l-bas4 --,je pourrais peut-tre y faire un peu de bien1 mais mon devoir est de rester ici et de travailler vous empcher de faire du mal4 ,du reste1 pourquoi m'offrez-vous cette position maintenant8 ,pourquoi n'avez-vous pas attendu le rglement de notre avenir national8 ,croyez-vous1 ,sir ,henry ,marwood1 que je ne lis pas jusqu'au fond de votre me8 ,la voix de ,lamirande vibrait d'motion4 ,sir ,henry ne pouvait pas regarder le jeune dput en face4 ,le vieil intrigant1 qui avait men bonne fin cent affaires de ce genre1 se sentait domin1 cras4 ,toutefois1 changeant de ton1 il ft un dernier effort1 un coup d'audace4 --,trs bien6 dit-il1 d'une voix devenue subitement dure et cassante4 ,jouons cartes sur table4 ,mon projet ne vous conviendra pas1 j'en suis convaincu4 ,vous le combattez2 mais vous le savez aussi bien que moi1 tout ce que vous pourrez faire n'empchera pas mon projet d'tre accept par la ,chambre4 ,ds lors1 pourquoi rejeter un poste o vous pourriez tre utile vos amis1 votre race8 ,vous allez les priver1 par simple enttement1 pour le simple plaisir de me faire la guerre1 d'avantages trs considrables4 ,est-ce juste4 ,est-ce patriotique8 --,mais si vous ne redoutez rien de mon opposition1 pourquoi tant d'efforts pour obtenir mon silence8 ,et si c'est par sympathie pour notre race que vous agissez1 pourquoi exiger que j'achte cette position au prix d'une infme trahison8 ,sir ,henry1 je suis chez vous et je ne vous dirai pas les paroles que vous mritez d'entendre4 ,mais vous comprendrez sans peine qu'aprs ce qui vient de se passer je ne puis rester davantage sous votre toit ni m'asseoir votre table4 ,j'ai bien l'honneur de vous saluer4 ,puis il s'loigna avec dignit1 laissant le premier ministre tout abasourdi4 ,dans sa longue exprience des hommes et des choses1 sir ,henry n'avait jamais rien vu de semblable4 --,aprs tout1 je l'admire1 murmura-t-il4 ,et cette fois il tait sincre en le disant4 ,lamirande se dirigea vers l'endroit du salon o ,leverdier causait encore avec le baron de ,portal4 --,bien fch1 mon cher1 dit-il1 d'interrompre ton entretien avec ,m4 le baron1 mais il faut que je m'en aille et tu voudras sans doute partir avec moi4 ,leverdier saisit la situation1 et1 s'excusant auprs du baron1 il alla rejoindre son ami4 --,il a voulu t'acheter1 sans doute1 et tu l'as plant l6 trs bien6 ,mais faut-il absolument que nous nous en allions tout de suite8 ,je voudrais bien savoir un peu ce qui se brasse4 --,j'en sais assez6 ,allons-nous en6 ,je te raconterai cela tout l'heure4 ,allons-nous en au plus tt4 ,ce n'est pas un endroit pour des chrtiens ici4 ,l'atmosphre est toute remplie1 tout paisse de dmons4 ,on les voit presque4 ,viens-t'en6 ,leverdier n'hsitait plus4 ,en se dirigeant vers la porte du salon les deux amis rencontrrent un jeune ,anglais la figure ouverte et agrable4 --,mon cher ,vaughan1 s'cria ,lamirande1 que je suis content de te rencontrer6 ,je te prsente mon ami ,leverdier1 mon bras droit2 ou plutt je devrais dire que c'est moi qui suis son bras droit2 car il est journaliste1 c'est--dire faiseur et dfaiseur de dputs4 ,toi1 mets ton paletot et viens nous accompagner jusqu' la rue ,rideau4 ,tu reviendras ensuite temps pour le dner4 --,vous ne dnez donc pas ici8 demanda ,vaughan surpris4 ,qu'est-ce que cela signifie8 --,viens1 et nous causerons de cela au clair de la lune4 ,tout en cheminant du ct de l'htel du parlement1 ,lamirande raconta ses amis ce qui venait de se passer entre le premier ministre et lui4 ,puis s'adressant ,vaughan3 --,comment trouves-tu le procd de ton respectable chef8 --,d'abord1 rpliqua le jeune ,anglais1 il n'est pas mon chef4 ,j'ai des ides politiques qui me guident1 mais des chefs politiques qui me mnent1 je n'en ai pas4 ,du reste1 tu sais jusqu' quel point j'abhorre ces abominables manigances qu'on appelle la diplomatie4 ,tout cela est honteux et indigne de la nature humaine4 --,pourtant1 mon pauvre ami1 la nature humaine devient l'esclave de ces manigances du moment que la religion cesse de la soutenir et de la fortifier4 --,sans vouloir me vanter1 je puis dire que le seul respect de ma dignit humaine me protge contre ces bassesses4 --,tu n'as pas fini de vivre4 ,attends l'avenir avant de te prononcer dfinitivement4 ,tu n'as peut-tre pas encore rencontr une tentation srieuse sur ta route4 ,pour moi1 je suis convaincu que1 tt ou tard1 tu te jetteras1 soit dans les bras de l'glise1 soit dans quelque abme effroyable4 ,car le sentiment de sa dignit1 sans la grce divine1 ne saurait soutenir l'homme et le prmunir contre les chutes jusqu'au bout de sa carrire4 ,mais parlons politique444 ,tu n'as pas de chef1 dis-tu2 tu renies sir ,henry et ses procds2 tu partages toutefois ses ides1 tu soutiens ses projets1 librement et honntement1 soit2 mais ces ides et ces projets1 sir ,henry ne les fait prvaloir que grce ces abominables manigances que tu condamns avec tant de chaleur4 ,cela ne te fait-il pas douter un peu de la bont de ces ides et de ces projets8 ,n'est-il pas raisonnable de dire que ce qui est vraiment bon n'a pas besoin1 pour russir1 de ces moyens ignobles8 --,je condamne ces moyens et je ne voudrais jamais les employer moi-mme2 mais je reconnais qu'il est difficile d'obtenir un succs quelconque dans le monde politique sans y avoir recours1 cause de l'esprit de vnalit qui rgne partout4 --,et la fameuse dignit humaine1 qu'en fais-tu8 --,si tout le monde avait le sentiment de cette dignit1 elle suffirait2 mais tout le monde ne l'a pas4 --,pourquoi tout le monde ne respecte-t-il pas cette dignit humaine1 puisque ce sentiment est purement naturel8 ,pourquoi tous les hommes ne sont-ils pas honntes8 --,le sais-je1 moi6 ,pourquoi tous les hommes n'ont-ils pas la beaut physique8 ,pourquoi y a-t-il des infirmes1 des bossus1 des sourds-muets1 des borgnes1 des aveugles8 --,d'un autre ct1 il y a trop d'ordre1 trop d'harmonie dans le monde visible pour qu'un homme raisonnable puisse parler du hasard4 ,admets donc un ,dieu ,crateur de toutes choses2 une divine ,providence qui surveille et gouverne toutes choses2 une vie future o chacun sera rcompens selon ses oeuvres2 une chute originelle qui a gravement affaibli et vici la nature humaine2 un ,dieu ,sauveur qui a rachet l'homme dchu et lui a donn les moyens de reconqurir l'hritage cleste2 admets ces vrits et tu pourras rsoudre tous les redoutables problmes que nous offre l'humanit4 --,j'admets volontiers que ton systme est d'une logique rigoureuse3 tout s'y tient et s'enchane4 ,s'il y a quelque chose de vrai en fait de religion1 c'est la doctrine catholique4 ,mais444 nous parlerons de cela plus tard4 ,maintenant1 au revoir4 ,il faut que je m'en retourne4 ,les trois compagnons se sparent4 ,vaughan retourne chez sir ,henry1 tandis que ,lamirande et ,leverdier regagnent leur htel4 --,tu avais bien raison1 dit ,leverdier2 c'est un grand malheureux plutt qu'un monstre4 ,si nous pouvions apprendre aux hommes croire comme nous leur apprenons lire6 --,la foi est un don gratuit que ,dieu accorde qui il veut4 ,remercions-le de ce qu'il a daign nous faire ce don inestimable1 tandis que tant d'autres1 qui en auraient fait peut-tre un meilleur usage que nous1 ne l'ont pas reu4 ,prions surtout pour ceux qui n'ont pas la foi4 ,ils sont comme les paralytiques dont parle l'vangile qui ne pouvaient pas se porter d'eux-mmes la rencontre du ,sauveur pour tre guris3 il leur fallait le secours de voisins charitables4 ,les autres malades qui reprsentent les pcheurs qui ont la foi1 pouvaient se rendre sans aide aux pieds du ,christ4 ,si grandes que fussent leurs infirmits1 si horribles que fussent leurs plaies1 ils taient moins plaindre que les paralytiques1 puisqu'ils pouvaient se placer sans aide sur le chemin de l',homme-,dieu et crier3 ,jsus1 ,fils de ,david1 ayez piti de nous6 ,imitons les mes charitables de la ,jude qui transportaient les perclus aux bords des chemins o ,jsus devait passer4 ,portons les perclus spirituels1 ceux qui n'ont pas la foi1 portons-les par nos prires et nos bonnes oeuvres au-devant du divin ,matre afin qu'il les gurisse6 ,pendant que les deux croyants s'entretenaient ainsi en regagnant leur appartement1 ,vaughan s'en allait lentement du ct oppos4 ,il tait pensif4 ,les paroles de ,lamirande l'avaient trangement boulevers4 ,un malaise vague1 indfinissable1 comme le pressentiment d'un malheur1 l'oppressait4 ,des aspirations confuses1 qu'il ne pouvait pas analyser1 agitaient son me4 ,george ,vaughan avait rencontr ,lamirande plusieurs annes auparavant dans un voyage ,qubec4 ,ds les premires paroles changes il s'tait tabli entre eux une vive sympathie4 ,tous deux possdaient un caractre franc1 loyal1 ouvert2 tous deux prouvaient de l'attrait pour la vraie politique et une invincible rpulsion pour cette politique de contrebande dont la base est la corruption et dont le principal moyen d'action est l'intrigue4 ,mais l se bornaient la ressemblance entre eux4 ,autant le ,canadien franais tait croyant1 autant le jeune ,anglais tait sceptique4 ,plus tard1 s'tant retrouvs ,ottawa1 la sympathie des premiers jours se changea en une vritable et sincre amiti4 ,vaughan ne se demandait gure d'o lui venait cette singulire affection pour ,lamirande2 ou plutt il l'attribuait une grande similitude de gots et de caractre4 ,lamirande1 plus clairvoyant1 tait convaincu que le courant mystrieux qu'il avait senti s'tablir entre cet tranger et lui ds leur premire rencontre ne pouvait s'expliquer par une cause naturelle4 ,croyant fermement au surnaturel1 il s'tait dit que cette amiti tait l'oeuvre de l'ange gardien de ,vaughan2 que cet esprit cleste avait choisi ce moyen pour conduire au salut l'me confie ses soins4 ,vaughan1 avons-nous dit1 tait sceptique4 ,ce poison de l'incrdulit1 il se l'tait inocul1 ds son enfance1 dans les coles publiques de sa province4 ,devenu jeune homme il avait pass plusieurs annes ,londres et ,paris1 et la vie qu'il y mena1 sans tre une vie de dbauche1 n'tait pas faite pour le rendre croyant4 ,mais s'il tait sceptique1 il n'tait pas athe militant4 ,il ne niait pas l'existence d'un ,dieu ,crateur4 ,il lui semblait mme qu'il devait y avoir un ,principe universel quelconque4 la rigueur1 il pouvait passer pour diste4 ceux qui lui parlaient du monde surnaturel il rpondait invariablement3 ,je ne nie rien et je n'affirme rien4 ,cependant1 aprs s'tre li avec ,lamirande1 il avait tudi la religion catholique2 et l'poque o nous le voyons il la connaissait mieux que bien des catholiques4 ,il rptait souvent1 comme nous l'avons entendu dire ce soir1 que s'il y avait quelque chose de vrai en fait de surnaturel1 c'tait la doctrine de l'glise4 ,mais s'il avait la science que l'homme peut acqurir par ses forces naturelles1 il n'avait pas la foi que ,dieu seul communique l'me par la grce4 ,ses entretiens avec ,lamirande sur la religion le troublaient toujours2 nanmoins1 il n'aurait pas voulu y renoncer pour la plus belle fortune du monde1 car tout incroyant qu'il tait1 la foi de son ami le fascinait4 ,ce soir1 il est plus tourment qu' l'ordinaire4 ,ah6 se dit-il avec un soupir1 en rentrant chez sir ,henry1 si je pouvais croire comme ,lamirande6 ,c'est la premire fois que son coeur1 rempli jusqu'ici de sentiments vagues1 met un voeu aussi nettement formul4 ,les convives se mettent table1 et bientt ,vaughan1 entran par le tourbillon de la conversation1 oublie son trouble de tout l'heure4 ,il est devenu1 encore une fois1 l'homme du monde affable1 correct1 spirituel mais sceptique4 ,au dner1 ,vaughan se trouve plac ct de ,m4 ,aristide ,montarval1 dput de la ville de ,qubec4 ,une lection partielle avait eu lieu au commencement de dcembre1 par suite de la dmission inexplique du dput sigeant2 et ,montarval qui1 jusque-l1 ne s'tait gure ml de politique et qui passait pour un radical avanc1 s'tait tout coup prsent comme conservateur contre un autre conservateur de vieille date4 la surprise gnrale1 sir ,henry l'avait accept1 lui nouveau converti1 comme candidat ministriel1 de prfrence son concurrent4 ,ce titre de candidat ministriel1 joint l'appui des radicaux qui ne semblaient pas trop froisss de le voir se prsenter comme conservateur1 lui avait valu un clatant triomphe qui ne laissa pas d'intriguer le monde politique4 ,cette lection1 sur laquelle il plane un certain mystre1 est l'un des sujets de conversation la table de sir ,henry4 ,montarval est trs riche1 et s'est dj distingu comme orateur4 ,c'est une belle acquisition pour le parti conservateur1 se dit-on de toutes parts2 car il est bien connu que le nouveau dput1 sans prendre une part ostensible aux affaires politiques1 avait toujours profess et propag les ides avances4 ,sir ,vincent ,jolibois1 le principal reprsentant de l'lment franais dans le cabinet1 avait mme manifest timidement des scrupules de reconnatre l'orthodoxie ministrielle et conservatrice de cette candidature4 ,il s'en tait ouvert son collgue et chef1 sir ,henry ,marwood4 ,celui-ci l'avait rassur en disant que ,montarval avait un talent remarquable et que le talent est toujours digne d'admiration4 ,sir ,vincent s'tait rendu ce raisonnement sans rplique4 ,d'ailleurs1 avait-il dit un ami qui1 lui aussi1 avait des craintes au sujet de cette candidature no-conservatrice1 il faut maintenir la discipline dans les rangs du parti1 et du moment que notre chef est satisfait nous devons l'tre galement4 ,de mme qu'il ne faut pas tre plus catholique que le pape1 de mme aussi il ne faut pas tre plus conservateur que le chef du parti4 ,c'est ainsi que le radical ,montarval tait devenu conservateur4 ,la ,nouvelle-,france ayant hasard une simple observation sur la facilit avec laquelle le parti conservateur absorbait et s'assimilait les aliments les plus indigestes1 il y eut dans la presse un toll gnral contre ,leverdier4 ,pendant quinze jours on le traita1 dans les deux langues1 de grossier1 de malappris1 d'hypocrite1 de jaloux1 d'ambitieux1 etc4 ,mme la ,libre-,pense1 qui avait abm ,montarval pour s'tre fait ractionnaire1 fournit sa bonne part ce concert malsonnant d'imprcations4 ,vaughan lia conversation avec son voisin2 et comme on parle volontiers de ceux qu'on aime1 il voulut entretenir le nouveau dput de leur collgue absent1 ,lamirande4 la mention de ce nom1 il remarqua dans les yeux de ,montarval une telle expression de haine qu'il se sentit glac4 --,dcidment1 se dit-il en lui-mme1 notre nouveau collgue n'est pas un homme sympathique6 ,quelle diffrence entre ,lamirande et lui6 ,lamirande attire1 celui-ci repousse4 ,les deux ples d'un aimant1 quoi6 ,est-ce magntisme animal8 ,est-ce autre chose8 ,le festin se prolongea jusqu' une heure avance et se termina sans incident remarquable4 ,chapitre ,v ,noli diligere somnum1 ne te egestas opprimat4 ,n'aimez point le sommeil1 de peur que la pauvret ne vous accable4 ,prov4 ,,xx1 #ac4 ,rendus leur modeste appartement1 rue ,wellington1 ,lamirande et ,leverdier se mirent discuter srieusement la situation politique4 --,elle est trs grave1 dit ,lamirande1 car je suis convaincu que sir ,henry ,marwood mdite quelque coup de ,jarnac plus perfide qu' l'ordinaire4 ,mais que faire8 --,pour moi1 dit ,leverdier1 je vais crire sur le champ un article qui fera un peu d'moi dans le camp ministriel1 j'en rponds4 --,c'est trs bien2 et pendant que tu seras ainsi occup je vais brocher quelques lettres pour mettre nos amis au courant de la situation4 ,dput et journaliste se mirent la besogne de bon coeur4 ,voici l'article qu'crivit ,leverdier et qu'il intitula3 ,,dormez ,,en ,,paix6 ,la semaine prochaine1 sir ,henry ,marwood soumettra aux ,communes son projet pour rgler dfinitivement le sort politique du ,canada4 ,pour nous1 ,canadiens franais1 il s'agit de notre avenir national4 ,tout ce que nous avons de plus cher et de plus sacr est en jeu3 notre religion1 notre langue1 nos institutions1 nos lois1 notre autonomie4 ,existerons-nous comme peuple demain8 ,voil le problme redoutable qui se dresse devant nous4 ,la presse ministrielle et soi-disant conservatrice rpand sur le pays les flots de son optimiste somnifre4 ,dormez1 dit-elle1 aux habitants de la province de ,qubec1 donnez en paix1 dormez sur toutes vos oreilles1 car sir ,henry est premier ministre et sir ,vincent est son trs humble serviteur4 ,quelle inquitude pouvez-vous avoir8 ,sir ,henry est franc-maon1 c'est vrai1 mais il respecte l'glise1 il raffole de notre langue qu'il parle couramment1 il admire nos institutions4 ,il tait jadis partisan dclar de l'union lgislative1 mais aujourd'hui il verserait son sang pour le maintien du statu quo4 ,l'autonomie des provinces n'a pas d'ami plus sincre que ce centralisateur converti4 ,qu'on dorme en paix1 puisque ce gardien n de nos droits veille4 ,des esprits chagrins1 disait l'autre jour le ,mercure1 organe en chef des ministres dans la province de ,qubec1 des esprits chagrins cherchent crer du malaise parmi nos populations en soulevant des prjugs contre nos hommes publics1 contre les chefs conservateurs qui ont reu de ,dieu la mission de conduire notre pays dans les voies du progrs moral et matriel4 ,mchants esprits chagrins1 dormez donc plutt6 ,de quel droit1 esprits chagrin1 rappelez-vous sans cesse que le chef du cabinet est affili la secte maonnique2 que sir ,vincent1 collgue de sir ,henry1 a jadis1 vot pour l'cole neutre et obligatoire2 que ,m4 ,vilbrque1 autre collgue de sir ,henry1 dans un accs d'anglomanie1 a dplor1 un jour1 les dpenses excessives que l'usage de la langue franaise occasionne2 que ,m4 ,dutendre1 troisime collgue franais de sir ,henry1 a dclar que les lgislatures provinciales ne sont1 aprs tout1 que de grands conseils municipaux4 ,ce sont l des prjugs que vous soulevez trs indignement contre de braves gens qui distribuent le patronage1 les impressions et les subventions d'une faon tout fait orthodoxe4 ,sir ,vincent n'a-t-il pas dit1 l't dernier1 dans son grand discours-programme1 qu'un pays o le patronage est distribu d'une manire judicieuse et quitable est un pays bien gouvern1 c'est--dire heureux4 ,pourquoi doutez-vous1 esprits chagrins8 ,il s'agit d'laborer un projet de constitution qui sauvegarde les droits de l'glise1 les droits des parents sur l'ducation de leurs enfants1 les droits de l'lment franais1 l'autonomie provinciale2 donc confions1 en toute sret1 la ralisation de ce projet des francs-maons1 des partisans de l'tat enseignant1 des ennemis de notre langue et de nos institutions provinciales4 ,la discipline de parti le veut ainsi4 ,or il n'y a que les esprits chagrins qui prfrent la logique la discipline de parti4 ,douter de l'efficacit du patronage bien distribu1 c'est un crime2 s'insurger contre la discipline de parti au profit de la logique1 c'est un acte de folie4 ,donc1 habitants de la province de ,qubec1 dormez en paix1 car sir ,henry et ses brillants collgues veillent sur nous4 99 99 99 99 99 ,leverdier donna lecture ,lamirande de ces quelques lignes4 --,ce n'est pas un article extraordinaire1 dit le journaliste1 mais il fera hurler la presse ministrielle1 et en hurlant1 elle se compromettra4 ,que pouvons-nous faire davantage pour le moment8 ,nous sentons bien1 toi et moi1 qu'il se trame ici quelque noir complot4 ,mais nous ne saurions faire partager nos convictions au public4 ,raconter ta conversation avec ,sir ,henry1 c'est nous exposer un dmenti catgorique de sa part1 car ce n'est pas un mensonge qui ferait reculer le vieux sclrat4 ,d'ailleurs1 nos propres gens sont tellement entichs de lui qu'ils regarderaient cette tentative de corruption comme un acte trs gracieux4 ,voyez6 diraient-ils cet excellent sir ,henry a voulu honorer notre race1 et cet entt de ,lamirande l'a grossirement insult ,nous sommes bien malades6 --,en effet1 l'avenir est trs sombre1 rpliqua ,lamirande2 mais ne perdons pas espoir mme quand tout sera dsespr4 ,n'oublions pas que ,lazarre tait enseveli et sentait dj mauvais lorsque le ,seigneur l'a ressuscit6 ,chapitre ,,vi ,et ambulant per vias tenebrosas4 ,ils marchent par des voies tnbreuses4 ,prov4 ,,ii1 #ac4 ,deux jours aprs la rception et le banquet chez sir ,henry1 les journaux de la capitale annoncrent que le premier ministre tait tellement indispos qu'il ne 1pouvaient ni assister aux sances de la ,chambre ni recevoir des visiteurs4 ,la vrit vraie1 c'est qu'il avait quitt ,ottawa le lendemain du dner et s'tait rendu secrtement ,kingston o il gardait le plus strict incognito4 ,vers neuf heures du soir1 il sortit de l'htel o il tait descendu et se rendit une maison isole d'un des faubourgs de la ville4 ,il frappa d'une manire toute particulire4 ,quelqu'un l'intrieur lui pose des questions auxquelles il rpond2 puis la porte ,s'ouvre1 et sir ,henry se trouve dans le lieu de runion du ,suprme ,conseil de la ,ligue du ,progrs4 ,ce ,suprme ,conseil se compose de deux dlgus de chaque ,conseil ,central4 ,celui qui prside est le mme que nous avons vu diriger le ,conseil ,provincial de ,qubec4 ,l'un des reprsentants du ,conseil ,central de ,montral est ,ducoudray1 rdacteur de la ,libre-,pense1 que nous avons aussi vu figurer la vieille capitale4 peine sir ,henry est-il arriv que la sance s'ouvre par une horrible prire ,satan que le prsident rcite en se tournant vers un immense triangle plac au fond de la salle4 ,devant ce triangle1 dont la principale pointe est en bas1 emblme de ,lucifer1 de l'encens brle sur un autel4 --,mes frres1 dit le prsident1 nous voici au complet4 ,je vous flicite de votre exactitude vous rendre aux sances du ,suprme ,conseil4 ,aussi1 grce au zle que vous dployez dans vos travaux1 pouvons-nous envisager l'avenir avec confiance4 ,lors de notre dernire runions1 j'avais l'honneur de vous communiquer officiellement la nouvelle que nos efforts avaient pleinement russi2 qu'avec le concours intelligent de nos frres en ,angleterre et aux tats-,unis1 le lien colonial tait rompu4 ,c'tait le premier pas dans la bonne voie4 ,mais ce n'tait qu'un premier pas4 ,vous le savez1 notre dessein tait de faire entrer immdiatement le ,canada dans l'union amricaine4 ,malheureusement1 les graves vnements que vous connaissez1 nous ont forcs ajourner indfiniment la ralisation de ce projet4 ,il a fallu adopter un autre but politique4 ,le comit excutif a estim que1 vu l'impossibilit d'incorporer le ,canada aux tats-,unis1 c'tait l'union lgislative de toutes les provinces qui nous offrait le meilleur moyen d'extirper radicalement du sol canadien l'infme superstition qui empche notre peuple de marcher dans les sentiers du vritable progrs4 ,cette dcision a t ratifie par le ,suprme ,conseil sa dernire runion4 ,le comit excutif a donc exerc l'influence dont notre ordre dispose sur les lgislatures provinciales pour les amener toutes remettre au parlement fdral le rglement dfinitif de la question de notre avenir politique4 ,aujourd'hui1 j'ai l'honneur de vous annoncer officiellement que cette partie de notre programme est excute4 ,le frre ,marwood1 ma demande1 a aussitt convoqu le parlement fdral4 ,nous avons maintenant dlibrer sur ce qu'il convient de faire ,ottawa4 ,que vous en semble-t-il8 ,la parole est aux frres qui ont quelques observations faire1 quelque projet soumettre ce ,suprme ,conseil8 ,aprs un instant de silence4 --,le frre prsident1 fit un affili1 a sans doute quelque proposition nous soumettre '1 nous l'coutons4 --,en effet1 j'ai un projet soumettre au ,conseil mais je voudrais1 auparavant1 entendre les observations que mes frres peuvent avoir faire sur la situation4 --,nous pourrions mieux dlibrer1 dit le mme affili1 si le frre prsident voulait bien nous faire connatre d'abord son projet4 ,il est bien rare que le ,conseil ait modifier les plans de son chef4 --,en bien6 reprend le prsident1 voici comment j'envisage la situation4 ,nous ne saurions russir faire accepter l'union lgislative en la proposant ouvertement au parlement4 ,les dputs canadiens-franais1 les dputs catholiques des autres provinces et le groupe ,houghton n'en voudront jamais4 ,il faut donc que le projet gouvernemental soit assez habilement conu et rdig pour tablir effectivement l'union lgislative tout en conservant les apparences et le nom d'une confdration4 ,il faut que nous nous contentions aujourd'hui de dposer les germes de l'union2 plus tard1 et peu peu1 nous dvelopperons notre oeuvre jusqu' son entier panouissement4 ,il faut que dans chaque garantie accorde aux provinces il y ait un mot1 une phrase quivoque que nous puissions1 en temps opportun1 interprter en faveur du pouvoir central4 ,voici un projet de constitution que j'ai prpar1 avec l'aide du comit excutif1 et que je soumets la considration du ,suprme ,conseil4 ,le frre secrtaire voudra bien en donner lecture4 ,le frre secrtaire1 qui n'est autre que le frre ,ducoudray1 lit le document qui est un vritable chef-d'oeuvre d'habilet infernale4 ,pas un article sans pige dissimul avec un art surhumain2 pas une disposition sans quivoque savamment agence4 ,tous les frres sont dans l'admiration4 ,le projet est agr presque sans discussion4 --,il est donc statu1 dit le prsident1 par le ,suprme ,conseil de la ,ligue du ,progrs1 que le projet de constitution que nous venons d'adopter doit tre prsent au parlement sans dlai4 ,le secrtaire gardera l'original dans les archives du ,suprme ,conseil et il en remettra une copie authentique au frre ,marwood4 ,il est ordonn1 de plus1 que le frre ,marwood fera voter ce projet par le parlement fdral et qu'il ne pourra point le modifier ou le laisser modifier sans le consentement du ,comit excutif4 ,est-ce l le plaisir de ce ,suprme ,conseil8 ,tous manifestent leur assentiment1 et le frre secrtaire fait au registre les inscriptions voulues par le rglement de la ,ligue4 --,et si le parlement refuse de voter ce projet1 demande le frre ,marwood1 que faudra-t-il faire8 ,j'ai peur que1 malgr l'incontestable habilet de la rdaction1 ,lamirande et ,houghton ne fassent voir la vritable porte de cette nouvelle constitution4 --,nous avons fait la part trs large la prudence1 rpond le prsident2 maintenant1 il faut de la hardiesse1 de l'audace pour russir4 ,si la ,chambre regimbe1 vous la ferez dissoudre4 ,un appel aux lecteurs nous sera favorable1 car nous prendrons les moyens voulus pour qu'il le soit4 ,l'esprit de parti et la corruption sont toujours les forces vives de la politique4 ,comptez l-dessus1 frre ,marwood1 sur notre admirable organisation qui enveloppe tout le pays1 et spcialement sur l'aide de notre ,dieu1 le ,dieu de la ,libert1 du ,progrs et de la ,vengeance4 ,mais ce ,lamirande1 est-ce bien certain que vous ne pourrez pas le corrompre8 --,le corrompre6 ,vous ne l'ignorez pas1 frre ,prsident1 j'ai fait de mon mieux 1 et les frres savent que je ne manque pas prcisment de talent quand il s'agit de me dbarrasser d'un adversaire gnant4 ,eh bien6 je n'ai pas pu l'entamer4 ,et je connais assez les hommes pour savoir que c'est inutile de recommencer mes efforts auprs de lui4 ,puis le frre ,marwood raconte au ,suprme ,conseil ce qui s'tait pass entre ,lamirande et lui1 le soir du banquet4 ,le prsident se penchant vers ,ducoudray1 lui dit tout bas4 --,rappelle-toi bien tous ces dtails que ,marwood vient de nous raconter2 prends-en note4 ,cela nous servira en temps et lieu4 --,je ne vois pas1 dit ,ducoudray1 comment nous pourrons tourner cet incident contre ,lamirande4 ,c'est plutt en sa faveur4444 --,tu verras plus tard l'usage que nous pourrons en faire4 ,bientt le ,suprme ,conseil se disperse4 ,le prsident et le frre ,marwood se rendent ensemble ,ottawa2 tandis que ,ducoudray emporte les archives avec lui ,montral4 ,chapitre ,,vii ,prudentia carnis mors est4 ,la prudence de la chair est mort4 ,rom4 ,,vii1 #f4 ,leverdier ne s'tait pas tromp3 son article souleva une tempte4 ,le ,mercure1 principal organe ministriel1 ouvrit le feu par un crit pompeux4 ,en voici quelques extraits3 ,nous sommes arrivs une poque dcisive de notre histoire2 le moment est solennel3 une nation va natre4 ,de simple colonie que nous tions tout l'heure1 nous passons l'tat de peuple libre et entirement indpendant4 ,le moment est donc solennel1 avons-nous dit1 et nous devrions tous tenir un langage digne de la grandeur des vnements qui se prparent4 ,nous avons profondment regrett de lire1 ces jours-ci1 dans une feuille obscure de ,qubec1 un article trs dplac1 et par la forme et par le fond4 ,la forme est lgre1 triviale1 badine1 ironique4 ,ce n'est pas ainsi qu'il convient de discuter les graves questions du jour4 ,pour le fond1 c'est pis encore3 appel aux prjugs religieux et nationaux1 manque de charit chrtienne1 manque de respect envers l'autorit constitue1 manque de dfrence envers nos chefs politiques4 ,tous les manquements la fois y sont4 ,l'auteur de cet crit pousse l'indlicatesse et la passion jusqu' rappeler que notre chef politique1 le premier ministre de ce pays1 fait partie de la franc-maonnerie4 ,sans doute1 nous condamnons la franc-maonnerie puisque notre glise la condamne2 mais il ne faut pas oublier que les glises protestantes ne la condamnent pas1 et que sir ,henry est protestant4 ,il ne faut pas oublier que non seulement les glises protestantes ne condamnent pas la franc-maonnerie1 mais que plusieurs ministres protestants1 et des plus minents1 appartiennent cette socit4 ,ce qui prouve1 et que les religions protestantes ne voient pas la franc-maonnerie d'un mauvais oeil1 et que la franc-maonnerie n'est pas hostile1 comme certains exalts le prtendent1 toute religion1 au christianisme mme4 ,malgr ces vrits incontestables1 on fait un crime sir ,henry d'tre franc-maon4 ,on veut jeter le doute et le trouble dans l'esprit de notre population2 on veut lui rendre suspects les chefs de l'tat2 on sape l'autorit2 on attise le feu des prjugs nationaux et religieux4 ,tout cela est rvolutionnaire et antisocial4 ,nous vivons dans un pays de population mixte1 ne l'oublions jamais2 nous sommes la minorit en ce pays1 ne l'oublions pas1 non plus4 ,vivons donc en paix avec les protestants1 les ,anglais et les francs-maons4 ,c'est notre devoir puisque la ,providence nous a plac au milieu de ces divers lments4 ,respectons leurs opinions si nous voulons qu'ils respectent les ntres4 ,donnons-leur fraternellement la main4 ,ne les aigrissons pas si nous ne voulons pas qu'ils se coalisent contre nous pour nous craser4 ,soyons de notre poque et de notre pays4 ,ayons confiance dans la sagesse et le patriotisme de nos chefs4 ,confions-nous leur loyaut1 et soyons assurs que nos privilges seront respects4 ,ne portons pas une main sacrilge sur la ,confdration4 ,contentons-nous de la perfectionner1 en nous laissant guider1 dans cette oeuvre si dlicate1 par les chefs qui ont reu la mission de conduire le pays4 ,ceux qui demandent l'union lgislative ne sont pas plus rvolutionnaires que les utopistes dangereux qui voudraient dsunir les provinces4 ,nous sommes dans un juste milieu2 restons-y4 ,toutes la petite presse ministrielle se mit aussitt faire entendre la mme note avec des variations qui taient principalement des attaques violentes et personnelles contre ,lamirande et ,leverdier qu'on accusa de jalousie1 d'ambition1 de haine4 ,plusieurs de ces crivains1 qui taient grassement pays pour chanter les louanges des ministres1 s'indignaient la pense que cette scandaleuse croisade contre l'autorit civile entreprise par la ,nouvelle-,france et ses partisans tait inspire par l'amour du lucre6 ,et1 invariablement1 ces discours se terminaient par un fervent appel la charit chrtienne4 ,la ,libre-,pense1 organe des radicaux ouvertement favorables l'union lgislative1 ft feu et flammes1 elle aussi1 contre les sparatistes4 ,crtins1 calotins1 hypocrites1 impuissants1 rongeurs de balustres1 cagots1 cafards1 jsuites de robe courte1 escobars1 arrirs1 teignoirs1 tenants du moyen ge1 ennemis du progrs1 fanatiques1 inquisiteurs1 ,torquemadas au petit pied1 descendants encrots de ,pierre l',ermite1 tartufes1 ,basiles1 voil le canevas sur lequel ce journal et ses satellites brodaient4 ,tous demandaient1 hauts cris1 au nom de l'conomie1 l'union lgislative4 ,nous sommes trop gouverns1 rptaient-ils sans cesse4 ,plus de provinces1 plus de lgislatures provinciales1 plus de mesquins prjugs de races et de religion4 ,abattons tout cela et tablissons un gouvernement unique1 fort1 large1 conome1 et une seule nationalit4 ,qubec se publiait dans ce temps-l un journal intitul le ,progrs catholique1 dirig par ,hercule ,saint-,simon que le lecteur a dj vu1 en compagnie de ,lamirande1 faire une visite d'enqute pour le compte de la ,saint-,vincent-de-,paul4 ,homme de talent rel1 mais peu sympathique1 le rdacteur du ,progrs avait dans le regard quelque chose de faux et de froid qui faisait prouver un trange malaise tous ceux qui venaient en contact avec lui4 ,dou d'une certaine allure nergique1 violente mme1 il passait1 aux yeux de ceux qui ne voient que la surface des choses1 pour un homme fortement tremp1 pour un caractre4 ,avant l'poque o commence notre rcit1 il s'tait jet avec une grande ardeur dans le mouvement sparatiste1 la suite de ,lamirande et de ,leverdier4 ,mais tout en les proclamant ses chefs1 tout en arborant leur drapeau1 il ne voulait pas toujours suivre leurs conseils ni adopter leur langage ferme et modr1 leurs procds marqus au coin de la sagesse4 ,depuis un mois surtout il semblait s'tre fait casseur de vitres de profession4 ,sans doute1 il faut parfois casser les vitres1 en ralit1 comme au figur4 ,un homme est renferm dans une chambre o l'air respirable manque compltement4 ,la porte est ferme cl1 barricade2 toutes les issues sont hermtiquement closes4 ,l'homme touffe4 ,dj il est sans connaissance4 ,que faire8 ,vous cassez une vitre4 ,l'homme respire1 il est sauv4 ,dans le monde moral1 il y a des situations analogues o il est ncessaire de casser les vitres4 ,c'est le seul moyen qui reste de faire circuler un peu d'air pur dans les prisons o la routine et les prjugs ont renferm et asphyxient leurs victimes4 ,mais ,m4 ,saint-,simon ne faisait gure plus autre chose que casser les vitres4 ,il en cassait partout1 toujours et propos de rien4 ,le bruit des vitres casses avait attir sur lui tous les regards sans toutefois lui gagner les coeurs4 ,le rdacteur du ,progrs catholique rpondit donc l'article de la ,nouvelle-,france par un clat formidable4 ,il intitula son crit3 ,est-ce la guerre que l'on veut8 ,dans cet crit1 non seulement il demandait la sortie de la province de ,qubec de la ,confdration1 mais il poussait les ,canadiens franais s'organiser militairement1 se procurer des armes et se rendre ,ottawa pour surveiller les dlibrations du parlement4 ,il ft une charge incroyable contre tous les protestants1 sans distinction1 dclarant qu'ils taient tous ligus contre les catholiques pour les massacrer4 ,et il terminait son article d'nergumne en donnant clairement entendre que le jour o la province de ,qubec serait dlivre du joug fdral1 les ,anglais qui s'y trouveraient n'auraient qu' se bien tenir4 ,en lisant cet article1 ,leverdier eut un mouvement de sainte colre4 ,il quitta prcipitamment le cabinet de lecture du parlement1 traversa le couloir et1 appelant un page1 fit mander ,lamirande qui tait son sige de dput4 --,as-tu vu la dernire btise de ,saint-,simon8 s'cria-t-il4 --,oui1 fit tranquillement ,lamirande1 j'ai vu cet crit1 c'est plus qu'une btise1 c'est un crime4 --,cet homme-l est-il fou8 --,non1 mon ami1 il n'est pas fou4 ,il est quelque chose de pire qu'un fou4 --,je ne vois gure rien de pire et de plus dangereux qu'un fou qui se mle d'crire1 rpliqua vivement ,leverdier4 --,un tratre est plus dangereux qu'un fou1 fit ,lamirande4 --,grand ,dieu6 s'cria le journaliste1 tu le souponnes de nous trahir6 ,tu vas plus loin que moi1 je ne l'accuse que d'un manque incroyable de tact et de jugement4 --,je vais plus loin que toi1 en effet4 ,je ne porte pas un jugement tmraire en te disant que ,saint-,simon nous trahit froidement4 --,mais sur quoi te bases-tu pour croire tant de perfidie chez cet homme qui1 aprs tout1 prtend dfendre la mme cause que nous8 --,tu n'ignores pas que l'on peut trahir une cause tout en prtendant la dfendre4 ,c'est mme le procd favori de nos jours4 ,c'est le raffinement de la trahison4 --,oui1 mais enfin1 as-tu quelque preuve contre lui8 ,sur quoi s'appuient tes soupons8 --,ce ne sont pas des soupons1 c'est une certitude morale1 une conviction profonde4 --,mais encore1 dis-moi sur quoi elle repose1 cette certitude morale8 ,tu n'as pas l'habitude de juger la lgre et sans preuves4 ,j'avoue que l'article est affreux1 abominable4 ,en le lisant1 j'ai frmi d'indignation1 et si j'avais eu le malheureux sous la main1 je ne sais pas trop ce que je lui aurais fait4 ,mais1 aprs tout1 ne peut-on pas mettre cet crit sur le compte de la btise humaine1 qui est grande1 tu le sais4 --,oui elle est grande1 mais la perversit humaine est grande aussi4 ,ce sont deux immensits dont ,dieu seul peut voir les limites4 ,si je n'avais que l'crit de ,saint-,simon pour me guider1 je jugerais l'incident probablement comme toi4 ,mais je sais que ce malheureux tait nagure affreusement travaill par le dmon de la richesse et j'ai lieu de craindre qu'il n'ait succomb la tentation4 ,j'ai appris1 ce matin mme1 que depuis quelque temps ,saint-,simon voit ,m4 ,montarval dans l'intimit4 --,je sais1 en effet1 qu'ils sont intimes4 --,je l'ignorais jusqu'ici4 ,mais ce que je n'ignorais pas1 c'est que ,m4 ,montarval est l'homme le plus pouvantable que j'aie jamais vu444 un monstre444 ,j'en frissonne encore4 ,je ne puis t'en dire davantage1 je me suis engag au silence sur certains dtails4 ,cet engagement ne me lie peut-tre pas d'une faon absolue2 mais1 enfin1 qu'il me suffise de te dire que celui qui frquente assidment ,aristide ,montarval ne saurait tre autre chose qu'un misrable4 ,les vnements ne me donneront que trop tt raison4 ,bien que quelque peu intrigu1 ,leverdier n'insista pas davantage4 ,il connaissait trop bien son ami pour douter de la sret de son jugement4 ,aprs un moment de silence1 le journaliste reprit3 --,mais l'article1 que faut-il en faire8 --,je viens de faire tout en mon pouvoir pour rparer le mal4 ,au commencement de la sance1 j'ai dsavou l'crit et son auteur4 ,j'ai dclar que cet article insens n'exprime pas nos sentiments2 que nous ne sommes pas anims par la haine des autres peuples qui habitent ce pays1 mais pas l'amour de notre race1 de notre nationalit1 de notre religion1 de notre langue et de nos traditions2 que nous croyons mieux sauvegarder toutes ces choses sacres en nous retirant de la ,confdration1 maintenant que l'occasion s'en prsente2 mais que nous ne menaons personne4 ,je crois que tu feras bien de rpter la mme chose dans ton journal4 ,pour le moment2 il n'y a rien autre chose faire4 ,les vnements vont se prcipiter4 ,attendons4 ,chapitre ,,viii ,nihil est iniquius quam amare pecuniam3 hic enim et animam suam venalem habet4 ,il n'y a rien de plus injuste que d'aimer l'argent2 car un tel homme vendrait son me mme4 ,eccli4 ,x1 #aj4 ,hercule ,saint-,simon s'tait lanc dans le journalisme sans prparation morale1 sans avoir purifi ses intentions4 ,il voulait faire le bien au moyen de son journal2 mais1 tout en faisant le bien1 il comptait arriver en mme temps l'aisance d'abord1 puis la richesse4 ,le pain quotidien1 c'est--dire le ncessaire pour un homme de sa position sociale1 n'tait pas assez3 il lui fallait les douceurs de la vie4 ,et comme le journalisme vraiment catholique est plus fcond en dceptions et en dboires qu'en succs financiers1 il s'aigrissait et s'irritait de plus en plus4 ,voyant qu'il n'avait pas l'abngation voulue pour continuer son oeuvre1 ingrate au point de vue mondain1 il aurait d l'abandonner et chercher ailleurs1 par des moyens lgitimes les biens terrestres qu'il convoitait4 ,mais il aimait le journalisme cause du prestige et de l'influence que cette profession confre celui qui l'exerce avec talent4 ,le bruit des polmiques le grisait1 les discussions auxquelles on se livrait autour de son nom flattaient sa vanit4 ,rester journaliste honnte1 mme journaliste catholique1 tout en devenant riche1 tel tait d'abord son rve4 ,il commena par faire des rclames1 moyennant finance1 en faveur de certaines entreprises commerciales et industrielles4 ,comme ces entreprises taient honorables1 il pouvait1 la rigueur1 se dire qu'il recevait le prix d'un travail lgitime2 mais ses besoins factices augmentant toujours et ce genre d'affaires lui paraissant bientt restreint1 il agrandit le cadre de ses oprations4 ,lorsque les promoteurs de grandes entreprises ne venaient pas lui1 il allait eux1 et leur donnait habilement entendre que le moyen le plus sr de ne pas trouver en lui un adversaire acharn1 c'tait de payer grassement son concours4 ,puis1 glissant toujours sur la pente1 il mit sa plume au service d'affaires douteuses1 interlopes1 enfin absolument mauvaises4 ,pourtant la richesse n'arrivait pas encore assez vite4 ,son caractre de journaliste catholique1 qu'il conserva toujours1 apparemment1 le gnait4 ,aux temps agits o commence notre rcit1 il entrevit la possibilit de faire fortune d'un seul coup4 ,mais pour atteindre ce but1 il lui faudrait abandonner ses nationaux dans leurs luttes patriotiques1 se livrer aux ennemis de sa race1 favoriser leurs menes tnbreuses1 trahir1 en un mot1 la cause sacre de la patrie et de la religion4 ,le malheureux se cramponnait cette ide qui lui revenait sans cesse3 je n'irai pas jusqu'au bout1 et quand je serai riche1 indpendant de tout le monde1 je pourrai facilement1 et en peu de temps1 rparer le mal que j'aurai fait4 ,il en tait l1 lorsque nous l'avons entendu mettre ses sophismes sur la puissance de l'or et la ncessit de la richesse pour accomplir le bien dans le monde politique4 l'poque de sa conversation avec ,lamirande tait-il dj perdu8 ,depuis longtemps il tait tent1 affreusement tent par le dmon qui fit tomber un des ,douze4 ,toutefois1 comme nul n'est jamais prouv au-dessus de ses forces1 il aurait pu rsister ce redoutable assaut1 s'il et suivi le sage conseil de son vritable ami3 une courte et fervente prire1 un seul cri de dtresse vers le ,coeur de ,jsus1 et il tait sauv4 ,lorsque les disciples allaient tre engloutis par les vagues1 ce fut une prire de quatre mots qui carta le danger3 ,domine1 salva nos1 perimus6 ,mais un mouvement d'orgueil touffa ce cri qui montait dj ses lvres4 ,c'tait une dernire grce qu'il repoussait4 ,en quittant ,lamirande1 il tait entirement sous l'empire du ,tentateur4 ,une rage trange contre tous ses anciens1 et particulirement contre le meilleur de tous1 s'tait empare de son me4 ,autant il estimait et admirait jadis le jeune dput1 autant maintenant il le dtestait4 ,auparavant1 mme au milieu de ses faiblesses et de ses misres1 il aurait voulu imiter les vertus de ,lamirande1 possder son dsintressement1 sa force de caractre4 ,ces salutaires aspirations s'taient subitement changes en une jalousie atroce et cruelle4 ,trop lche pour s'lever jusqu'aux hauteurs o se tenait son ancien ami1 il aurait voulu l'entraner avec lui dans la fange o il allait se plonger4 ,et se sentant impuissant ravaler ce chrtien son propre niveau1 il prit la dtermination de lui faire autant de mal que possible4 ,il tait dans cette disposition d'esprit lorsqu'un soir il rencontra ,m4 ,montarval au club qu'il avait la mauvaise habitude de frquenter sous prtexte d'y recueillir des nouvelles et des ides4 --,eh bien6 monsieur ,saint-,simon1 s'cria ,m4 ,montarval1 comment va le journalisme bons principes8 merveille1 sans doute1 car lorsqu'on travaille pour votre bon ,dieu il parait que tout le reste1 la bonne chre1 les beaux habits1 les meubles de luxe et les chevaux pur sang1 il parait1 dis-je1 que tout cela vous vient par surcrot4 ,est-ce bien le cas8 ,dites donc8 ,au lieu de rpondre avec fiert ce persiflage blasphmatoire1 le malheureux rougit en balbutiant3 --,il ne faut pas prendre tout la lettre dans la ,bible4444 ,on y trouve beaucoup d'allgories et de choses obscures4444 ,tout ce que je puis dire1 c'est que le journalisme comme je l'ai fait jusqu'ici ne donne malheureusement pas la fortune4 ,c'est bien dommage1 car c'est une profession que j'aime4 --,il y aurait peut-tre moyen de rendre cette profession plus lucrative1 rpliqua ,montarval qui dardait sur ,saint-,simon son regard perant4 ,le journaliste se troubla1 baissa les yeux et murmura un peut-tre peine intelligible4 ,mais c'en tait assez pour fixer ,montarval sur la valeur de son homme4 --,venez chez moi1 dit-il2 nous converserons l notre aise4 ,saint-,simon le suivit1 et quelques instants aprs ils gravissaient le perron qui conduisait la somptueuse demeure du jeune ,franais4 ,cette rsidence princire dominait la terrasse ,frontenac et le fleuve ,saint-,laurent4 ,de ses fentres ,montarval avait une vue magnifique4 droite1 ,saint-,romuald et les campagnes du sud bornes au loin par une frange de montagnes bleues2 en face1 ,notre-,dame et ,saint-,joseph-de-,lvis2 gauche1 l'le d',orlans et la riante cte de ,beaupr adosse aux ,laurentides4 ,la maison tait meuble avec un luxe oriental4 ,tout y respirait la mollesse et la volupt4 ,c'tait la ralisation du rve de ,saint-,simon4 ,montarval conduisit le journaliste une vaste pice1 moiti salon1 moiti cabinet de travail4 ,un valet1 rpondant son appel1 apporta du vin et des cigares4 --,maintenant1 dit-il1 nous pouvons causer sans crainte d'tre drangs4 ,ainsi1 continua-t-il1 le journalisme bons principes ne mne pas la fortune6 ,un sage a dit que la vertu sans argent est un meuble inutile4 --,en effet1 rpliqua ,saint-,simon1 le manque de ressources paralyse la presse en ce pays2 il paralyse1 en gnral1 nos hommes publics4 ,dans un pays constitutionnel1 pour pouvoir se livrer avec avantages au journalisme ou la politique1 il faut possder la fortune4 ,pourquoi vous qui tes riche ne vous lancez-vous pas dans la politique8 ,vous y feriez bientt votre chemin4 --,j'y ai song quelquefois1 et j'y songe dans le moment1 rpond ,montarval4 ,il me serait facile1 sans doute1 de me faire lire2 mais un dput1 pour arriver rapidement1 a besoin d'un journal sur lequel il puisse compter4 ,je pourrais bien en fonder un1 me direz-vous4 ,oui1 mais1 je l'avoue1 je m'entends peu aux affaires4 ,j'aurais peur1 si je m'aventurais dans le journalisme1 d'y laisser la peau et les os4 ,je serais prt payer une somme ronde pour avoir l'appui d'un journal1 sans tre dispos risquer ma fortune4 ,montarval s'arrta ici pour donner ses paroles le temps de produire tout leur effet sur le journaliste4 ,il versa un verre de vin et le prsenta ,saint-,simon qui le saisit d'un mouvement nerveux et le but d'un trait1 sans regarder son tentateur4 ,celui-ci1 dgustant son tokai tranquillement1 continua3 --,ne pourrions-nous pas en venir une entente1 vous et moi8 ,vous tes journaliste1 vous connaissez votre mtier1 mais les fonds vous manquent4 ,moi1 j'ai des fonds1 mais pas d'exprience4 ,nous possdons chacun un excellent avoir1 mais1 pour faire fructifier nos capitaux respectifs1 il faudrait les unir4 ,qu'en dites-vous8 --,l'ide me parait excellente4 ,veuillez me faire connatre les dtails de votre projet4 --,oh6 c'est bien simple4 ,je vous donnerai1 disons vingt mille piastres2 ou plutt1 pour que l'affaire soit plus rgulire1 je vous les prterai contre billet2 mais avec l'entente formelle que je ne vous en demanderai pas le remboursement aussi longtemps que le journal me donnera satisfaction4 --,mais quelle ligne de conduite le journal devrait-il tenir pour vous donner satisfaction8 ,faudrait-il changer entirement de ton8 --,pas du tout4 ,je ne demanderais gure de changements1 car si je me prsente ce sera comme conservateur4444 --,comme conservateur6 fait ,saint-,simon avec tonnement4 ,il me semblait que1 sans vous mler de politique1 vous aviez des ides un peu4444 --,avances1 vous voulez dire4 ,des folies de jeunesse6 ,pour faire quelque chose de srieux1 il faut en rabattre beaucoup et devenir conservateur1 bon gr mal gr4 ,si je veux avoir un journal ma disposition1 c'est uniquement pour reproduire mes discours et me tourner discrtement un petit compliment de temps autre1 sans que la rclame y paraisse trop4 --,dans ces conditions1 rpond ,saint-,simon1 devenu trs ple1 je ne vois rien qui s'oppose l'affaire que vous voulez bien me proposer4 --,alors1 terminons-la sans plus de retard4 ,je vais vous faire un chque pour la somme mentionne et vous me donnerez votre billet vue4444 ,une demi-heure aprs1 ,saint-,simon sortait de chez ,montarval4 ,il tait un homme vendu1 un vil esclave4 ,il le comprenait parfaitement et avait un profond dgot de lui-mme4 ,mais le dmon de l'argent tait toujours ses cts et lui tenait ce langage3 ,aprs tout1 on ne te demande pas un si grand sacrifice2 quelques bouts de rclame par-ci1 par-l4 ,presque tous les journaux en font4 --,mais1 lui disait son ange gardien1 si l'on te demande quelque infamie1 que feras-tu8 --,tu remettras l'argent en payant le billet1 et tout 1sera dit1 murmura le dmon4 --,et si tu as dpens l'argent1 pourras-tu payer le billet qui est fait prsentation8 --,dpose l'argent la banque1 et contente-toi de toucher l'intrt4 ,de cette faon tu seras toujours en tat de faire honneur au billet si l'on veut exiger de toi quelque chose qui rpugne ta conscience4 ,ce dernier argument du dmon prvalut sur les avertissements de l'ange1 et ,saint-,simon dposa la banque le prix de sa libert4 ,et le dmon1 qui est habile1 le laissa en paix pendant quelques jours4 ,quand la premire horreur qui avait envahi l'me du journaliste se fut mousse1 le mauvais esprit revint la charge4 --,il te faudrait faire telles amliorations dans ton tablissement1 mieux monter ta maison afin de recevoir convenablement ceux qui vont te visiter2 ta table1 ta cave1 tes habits laissent dsirer4 --,et le billet1 disait tout bas l'ange gardien comment paieras-tu le billet si l'on te demande de te dshonorer8 --,oh6 tu pourras facilement trouver faire un emprunt si le public voit que tes affaires ont l'air de prosprer4 ,l'argent attire l'argent4 ,d'ailleurs1 ajoutait effrontment le malin esprit1 il ne faut pas se mfier de la ,providence4 --,il faut s'y fier1 mais non pas la tenter1 rpondit l'ange4 ,mais1 comme la premire fois1 ,saint-,simon couta le ,tentateur1 et se livrant ses penchants naturels1 dpensa1 en quelques jours1 plusieurs milliers de piastres4 ,montarval1 qui faisait surveiller tous les mouvements de sa victime1 jugea que le moment tait venu de faire un pas de plus4 ,rencontrant de nouveau ,saint-,simon au club1 il lui dit3 --,je n'aime pas tout fait le ton de votre journal1 et comme vous ne voudriez sans doute pas le changer1 cause de vos principes inflexibles1 il serait peut-tre mieux de rescinder notre march avant qu'il soit trop tard4 ,le journaliste bondit sous ces paroles mprisantes comme si un bras vigoureux lui et cingl le visage d'un coup de fouet4 ,que n'aurait-il donn en ce moment pour tre en tat de jeter la face de son corrupteur son or maudit6 ,il eut un instant la pense de rompre avec ,montarval1 d'emprunter de l'argent pour payer son billet2 ou s'il n'y russissait pas1 de laisser son sducteur saisir son imprimerie et ses meubles4 ,il eut une violente aspiration vers la libert et un profond dgot pour l'ignoble esclavage o il se voyait descendre4 ,mais c'tait un mouvement purement humain1 sans vraie force1 par consquent4 ,les difficults de sa position1 les sacrifices qu'il lui faudrait faire1 difficults et sacrifices que le dmon avait soin de grossir dmesurment1 l'effrayrent4 ,allons1 se dit-il1 pas de sottise voyons au moins ce qu'il me veut4 ,puis1 tout haut3 --,en quoi le journal ne vous plat-il pas1 monsieur8 --,vous le savez1 rpondit ,montarval1 je me fais conservateur4 ,je demande1 par consquent1 le statu quo4 ,je suis galement oppos l'union lgislative et la sparation des provinces4 ,votre journal est sparatiste4 ,cela ne pourra pas faire1 vous le comprenez comme moi4 --,si je cessais1 pour un temps1 de parler de cette question brlante4444 --,cela ne suffirait pas4 ,c'est du positif et non du ngatif qu'il me faut4444 ,je crois qu'il vaudra mieux rescinder notre march4 ,c'est si facile4 ,remettez-moi mon chque et je vous remettrai votre billet4 ,nous n'en serons pas moins amis4444 --,alors vous exigez que je combatte le mouvement sparatiste dont j'ai toujours t le dfenseur enthousiaste6 ,c'est ce qu'on appelle vulgairement virer de bord4 ,en navigation1 c'est une manoeuvre assez facile excuter2 en journalisme1 cela se pratique souvent1 mais c'est toujours dsagrable4 --,prcisment1 fit ,montarval1 et c'est parce que je prvois que vos principes seront un obstacle cette manoeuvre que je vous propose tout de suite la rupture de notre march444 ,quand serez-vous prt payer le billet1 ou remettre le chque1 car vous l'avez peut-tre encore en votre possession8 ,je ne dsire pas vous presser4 ,il est aujourd'hui mercredi1 disons samedi prochain1 avant midi4444 ,le journaliste eut un nouveau mouvement de rvolte1 mais plus faible que le premier4 ,le dmon lui souffla l'oreille3 --,aprs tout1 c'est une question purement politique4 ,d'excellents catholiques sont opposs au mouvement sparatiste et favorables au statu quo4 ,tu peux facilement expliquer ton changement de front par des raisons spcieuses4 --,malheureux1 dit l'ange1 tu ne vois donc pas que tu glisses rapidement vers l'abme8 ,tu ne vois donc pas que ce qui peut tre une opinion honnte chez d'autres serait1 chez toi1 le fruit de la corruption et une trahison4 ,puisque l'on emploie de tels moyens en faveur du statu quo1 c'est que cette solution cache quelque pige4 ,d'ailleurs1 tu connais l'homme qui te tente tu sais que c'est un misrable4444 ,montarval regardait fixement sa victime4 ,on et dit qu'il suivait sur la figure ple et dfaite du journaliste les pripties de la lutte qui se livrait dans cette me affaiblie4 --,eh bien6 dit-il1 en se levant comme pour s'en aller2 c'est entendu que vous me remettrez les vingt milles piastres d'ici samedi midi444 ,je passe toujours les matines chez moi4 --,attendez6 s'cria le misrable journaliste4 ,aprs y avoir bien rflchi1 je ferai le changement que vous dsirez4 ,c'est une question o il est bien permis de modifier son opinion4 ,je me prononcerai graduellement en faveur du statu quo4 ,un sourire diabolique crispa les lvres du tentateur1 mais ,saint-,simon ne le vit pas car il avait les yeux baiss4 --,je n'exige pas autant que cela1 dit ,montarval4 ,je vous demande de combattre les sparatistes1 mais je ne veux pas que vous donniez votre appui au statu quo2 pas pour le moment1 du moins4 ,et pour rendre votre tche plus facile1 je veux que vous combattiez l'ide de sparation1 non en la blmant1 mais en l'exagrant de toutes manires1 en faisant de ce mouvement un pouvantail pour tous les ,anglais du pays1 en le compromettant aux yeux des ,canadiens franais4 ,vous saisissez bien ma pense1 n'est-ce pas8 --,oui1 parfaitement4 --,eh bien6 au revoir4 ,j'espre que1 dsormais1 votre journal aura des articles trs forts en faveur de la sparation4 ,si la chose ne vous convient pas vous avez toujours l'alternative que vous savez4 ,au revoir ,et l-dessus ils se quittrent4 ,ds ce moment1 ,saint-,simon cessa de lutter4 ,il se livra son rle infme avec tant de zle que ,montarval lui en tmoigna son admiration4 ,d'exagration en exagration1 d'excs en excs1 il en tait arriv finalement crire l'article criminel que ,lamirande dsavoua publiquement devant le parlement4 ,ce dsaveu lui valut un torrent d'injures de la part du journaliste dchu qui traita son ancien ami de pusillanime1 de peureux1 de lche1 de tratre sa race4 ,il poussa le cynisme jusqu' dire que ,lamirande tait vendu corps et me aux ,anglais6 ,chapitre ,,ix ,notus a longe potens lingua audaci4 ,l'homme puissant et audacieux en paroles se fait connatre de bien loin4 ,eccli4 ,,xxi1 #h4 ,la mine a clat4 ,sir ,henry a dpos son projet de constitution et la discussion est engage4 ,le premier ministre ouvre le feu par un petit discours mielleux et cauteleux1 o il essaie de cacher sous des fleurs de rhtorique le venin de son oeuvre4 ,il adresse mme des compliments trs flatteurs aux ,canadiens franais1 les comble d'loges1 rappelle les principaux traits de leur histoire4 ,il termine sa harangue en exprimant l'espoir que1 toute agitation cessant1 on votera son projet4 ,la paix1 la prosprit et la grandeur future du pays l'exigent4 peine le premier ministre a-t-il prononc son dernier mot que ,lamirande est debout1 terrible dans sa colre de chrtien et de patriote4 ,pendant deux heures et demie1 il parle1 il tonne1 il fulmine4 ,sous sa puissante logique1 toute la perfidie de cette constitution labore au fond des loges apparat en pleine lumire4 ,il met nu tous les piges1 toutes les chausse-trappes qu'une main sournoisement habile avait cachs dans chaque article du projet4 ,il dmontre que sous le rgime ,propos l'autorit des provinces ne serait plus qu'un vain mot2 que les lgislatures1 dpouilles de leur autonomie1 seraient la merci du gouvernement central2 que les tribunaux provinciaux seraient sans prestige2 que toutes les sources du revenu seraient absorbes par le fisc d',ottawa2 que sous prtexte de favoriser l'instruction1 l'tat s'en emparerait2 que la langue franaise pourrait tre abolie comme langue officielle1 mme dans la province de ,qubec1 le jour o la majorit de la ,chambre des communes le voudrait2 en un mot1 qu'on menait le pays tout droit1 mais hypocritement1 l'union lgislative4 mesure qu'il dchirait tous les voiles et mettait dcouvert les ruses du gouvernement1 une motion croissante s'emparait des dputs et du public qui encombrait les tribunes4 ,quand il eut fini de parler1 la consternation tait peinte sur le visage des ministres et de leurs principaux partisans4 ,un grand silence se fit1 suivi bientt d'une sourde rumeur4 ,les dputs se runirent par groupes1 inquiets1 bouleverss4 ,personne ne se levait pour prendre la parole4 ,enfin1 sir ,henry ,marwood1 trs agit1 se contenant peine1 fait remarquer au prsident qu'il est six heures4 ,la sance est leve au milieu de la plus grand confusion4 ,presque tous les dputs franais1 ,lawrence ,houghton et ses amis1 entourent ,lamirande et le flicitent chaleureusement4 ,sir ,henry jette un coup d'oeil sur cette scne tumultueuse et son exprience des assembls dlibrantes lui dit que ,lamirande l'emporte1 que le projet sera srement rejet4 ,il quitte prcipitamment la salle des dlibrations4 ,dans le couloir il rencontre ,montarval4 --,nous sommes perdus1 dit le premier ministre1 voix basse4 ,le projet ne passera pas4 ,lamirande l'a tu du premier coup4 ,nous avons trop forc la note4 ,qu'allons-nous faire8 --,c'est bien simple1 rpond ,montarval2 vous allez me faire dissoudre cette chambre-l ds ce soir4 ,rendez-vous immdiatement ,rideau ,hall et conseillez la dissolution au gouverneur4 ,il faut qu'il soit ici ait heures pour renvoyer les dputs devant le peuple4 --,mais se sera un coup d'tat6 --,sans doute1 mais c'est de l'audace qu'il faut maintenant4 ,nous n'avons plus que cette ressource et nous devons en user largement4 ,d'ailleurs1 vous avez un prtexte tout trouv1 et pour le gouverneur et pour le public3 en face de cette opposition inattendue1 vous dsirez consulter l'lectorat4 --,et si le verdict populaire nous est dfavorable8 --,il faut prendre les moyens voulus pour qu'il ne le soit pas4 ,il faut semer l'argent pleines mains2 mettre le trsor sec1 si c'est ncessaire2 exciter le fanatisme des provinces anglaises et compter sur la corruption et l'esprit de parti dans la province de ,qubec4 ,de l'audace1 vous dis-je1 de l'audace6 --,mais je vais avoir une crise ministrielle sur les bras4 ,aprs le discours de ,lamirande1 les ministres franais vont dmissionner4 --,qu'importe6 ,j'en remplacerai un1 et vous trouverez toujours deux imbciles ambitieux pour prendre les autres portefeuilles4 ,d'ailleurs1 l'motion va se calmer1 car nous l'toufferons avec de l'or4 ,ne perdez pas votre sang-froid et marchez4 ,le premier ministre suivit ce conseil1 et huit heures du mme soir la ,chambre tait dissoute4 ,chapitre ,x ,sum ego homo infirmus4 ,je suis un homme faible4 ,sap4 ,,ix1 ,v4 ,sir ,vincent ,jolibois1 collgue de sir ,henry1 remit son portefeuille dans un mouvement de vritable indignation4 ,c'tait son premier acte d'nergie depuis plus d'un quart de sicle qu'il tait dans la politique4 ,ce fut aussi son dernier4 ,peu habitu vouloir1 penser par lui-mme1 agir avec indpendance1 former des rsolutions viriles1 et s'y maintenir1 le peu de caractre qu'il avait reu de la nature s'tait peu peu compltement atrophi4 ,au sortir de l'mouvante sance o ,lamirande avait dmasqu la perfidie du premier ministre1 tout boulevers encore par cette parole brlante1 sir ,vincent s'tait rendu chez sir ,henry et l'avait pri d'accepter sa dmission4 ,si celui-ci avait rsist un peu1 peut-tre serait-il revenu sur ses pas4 ,mais le vieux chef fit l'indign et posa en victime4 ,il accepta la dmission de son collgue1 sance tenante1 et lui fit sentir1 en mme temps1 toute l'inconsquence de sa conduite4 ,est-ce au moment o la tempte gronde1 dit-il1 que les officiers doivent abandonner le navire8 ,si vous ne pouviez pas accepter ma politique il faillait me le dire plus tt et ne pas attendre qu'elle ft soumise aux dputs4 ,ce reproche tait fond4 ,sir ,vincent avait eu connaissance du projet1 mais n'en avait pas vu la perfidie4 ,il tait donc dans une fausse position4 ,il sortit de chez sir ,henry le trouble dans l'me3 sans portefeuille et avec la conscience d'avoir mal rempli son devoir4 ,lamirande apprenant que sir ,vincent s'tait retir du cabinet alla le trouver aussitt4 --,on m'apprend1 sir ,vincent1 dit-il en entrant chez l'ex-ministre1 que vous avez dmissionn4 ,je viens vous offrir mes respectueuses flicitations et vous prier de vous mettre immdiatement la tte du mouvement sparatiste4 --,oui1 j'ai dmissionn1 malheureusement444 je veux dire forcment2 car je ne puis pas prendre la responsabilit de la politique du gouvernement en face de l'interprtation que la chambre semble y donner la suite de votre discours4 --,mais cette interprtation n'est-elle pas la seule possible8 --,oh6 je le suppose4 ,c'est bien malheureux1 tout de mme4 ,voil les esprits excits1 le parti conservateur expos un dsastre4 ,ne pensez-vous pas1 mon cher monsieur ,lamirande1 qu'il et t mieux de ne pas critiquer si vivement le projet du gouvernement8 ,il aurait sans doute t facile de s'entendre et d'introduire dans le projet certains amendements1 certaines garanties pour la province444 ,vous avez sans doute trs bien parl2 mais un peu de diplomatie ne nuit pas1 voyez-vous4 ,c'est bien malheureux1 tout cela4 --,ne voyez-vous pas1 sir ,vincent1 que quelques amendements n'auraient pas pu sauvegarder notre position4 ,le projet est radicalement mauvais1 d'un bout l'autre4 ,c'est un vaste pige4 ,vous en tes convaincu1 puisque vous avez dmissionn4 --,oui1 j'ai cru que c'tait un pige444 ,le projet est certainement mauvais2 mais peut-tre aurions-nous pu nous entendre4 ,c'est trop tard maintenant1 le mal est fait4 ,les esprits sont excits1 ma dmission est accepte1 je ne suis plus ministre1 et je ne puis plus rien4 --,oui1 sir ,vincent1 vous pouvez encore beaucoup1 prcisment parce que vous n'tes plus ministre4 ,vous pouvez vous mettre la tte de la province4 part les radicaux1 qui sont relativement peu nombreux1 tous les ,canadiens franais se rallieront autour de vous si vous arborez rsolument le drapeau national4 --,mais ce mouvement national bouleverse les esprits4 ,le parti conservateur en souffre4 ,je suis essentiellement conservateur1 moi1 je ne veux rien de rvolutionnaire1 rien d'extrme4 ,je suis partisan de la modration et de la conciliation4 ,puis les protestants et les ,anglais1 il ne faut pas les irriter4 ,saint-,simon va trop loin1 et il se dit de votre parti4 ,croyez-moi1 monsieur ,lamirande1 il vaut mieux s'en tenir au statu quo4 ,c'est un moyen terme1 voyez-vous1 entre l'union lgislative et la sparation2 tout le monde devrait en tre satisfait4 --,mais pouvez-vous nous garantir un statu quo vritable8 ,ne craignez-vous pas que les intrigues de sir ,henry ne l'emportent sur nous et qu'il ne russisse nous imposer une union lgislative dguise1 si nous traitons avec lui sur son terrain8 --,sir ,henry est trs habile1 c'est incontestable1 et je ne saurais promettre de l'empcher de nous jouer quelques mauvais tour4 ,si j'tais rest dans le cabinet1 peut-tre444 ,je crains qu'il ne soit difficile maintenant d'obtenir un projet de confdration acceptable4 ,il aurait fallu beaucoup de diplomatie4 ,nous devons conserver nos droits1 sans doute1 tout en faisant des sacrifices444 ,c'est bien malheureux6 --,puisque la politique du statu quo prsente tant de difficults et de prils1 ne vaut-il pas mieux en adopter une autre8 ,vous savez ce que veulent les sparatistes--les vrais1 non pas ,saint-,simon4 ,n'est-ce pas une politique juste et raisonnable1 une politique nettement dfinie qui ne saurait admettre aucune surprise8 --,c'est si contraire aux traditions du parti conservateur6 ,c'est un projet vraiment rvolutionnaire4 ,que deviendrait le grand parti conservateur fdral si votre politique venait prvaloir8 --,vous ne mettez pas les intrts d'un parti au-dessus de ceux de la patrie6 --,non1 mais votre politique est-elle pratique8 ,la province de ,qubec peut-elle former un pays indpendant8 --,rien ne s'y oppose4 ,grce au retour d'un grand nombre des ntres des tats-,unis1 nous avons aujourd'hui une population homogne de plus de cinq millions4 ,n'est-ce pas suffisant pour former un tat autonome1 vivant de sa vie propre8 --,c'est un tat catholique et franais que vous voulez fonder2 une ,nouvelle ,france4 --,certainement4 ,c'est vers ce but que notre peuple aspire depuis qu'il existe1 c'est vers ce but que la divine ,providence nous a conduits travers mille obstacles4 ,l'heure de ,dieu sonne enfin4 ,c'est le moment pour nous de prendre notre place parmi les nations de la terre4 --,et que ferez-vous des protestants et des ,anglais que nous avons au milieu de nous8 --,vous le savez1 leur nombre diminue avec une telle rapidit qu'il est facile de prvoir le jour o nous aurons pratiquement l'unit religieuse et l'unit de langue4 ,en attendant1 nous traiterons la minorit avec la plus large gnrosit1 comme nous l'avons toujours fait1 du reste4 --,vous voudriez une religion d'tat4 ,cela n'est gure compatible avec la libert de conscience et la libert des cultes qui sont le fondement de la socit moderne4 --,fondement peu solide1 il faut l'avouer1 puisque tout s'croule4 ,la reconnaissance par l'tat de la seule vritable religion n'exclut pas1 du reste1 une juste tolrance civile des autres cultes l o cette tolrance est ncessaire pour viter un plus grand mal4 --,je ne veux pas discuter ces questions avec vous4 ,vous avez peut-tre raison1 en thorie1 mais je ne puis pas me mettre la tte de ce mouvement4 ,c'est contraire aux traditions du parti4 ,si ce projet venait manquer1 que ferais-je8 ,compromis tout jamais1 je serais rduit l'impuissance4 ,ne pouvez-vous pas trouver un moyen terme1 quelque chose que tout le monde puisse accepter8 ,convaincu que ce serait une perte de temps d'argumenter davantage avec cet homme sans volont et sans dvouement1 ,lamirande se retira et alla retrouver son ami ,leverdier4 --,tu avais bien raison1 mon ami1 dit-il1 impossible de rien faire avec sir ,vincent4 ,il faut pourtant un chef4 ,les deux autres ministres franais ont-ils dmissionn8 --,non1 certes1 et ils ne le feront pas4 ,je viens de rencontrer le directeur du ,mercure qui sort d'une confrence avec eux4 ,c'est presque incroyable1 mais ils restent dans le cabinet1 par patriotisme1 bien entendu6 ,s'ils quittaient leurs postes1 vois-tu1 sir ,henry les remplacerait par des ,anglais4 ,en y restant1 ils pourront peut-tre obtenir l'introduction de quelques amendements dans le projet4 ,c'est brillant1 n'est-ce pas8 --,pauvre pays6 soupira ,lamirande2 pas d'hommes1 pas de chefs6 --,il n'en faut pas tant de chefs6 ,un seul suffit4 ,tu es notre chef1 soit dit sans vouloir blesser ta modestie4 --,moi1 chef6 --,oui1 toi1 il n'y a pas en douter4 ,c'est toi qui nous mneras la victoire si nous devons y aller1 la dfaite1 si c'est la volont de ,dieu4 ,mais il n'y a que toi qui puisse conduire notre petite arme4 ,inutile de chercher ailleurs4 --,mais les masses ne voudront pas me suivre1 et aujourd'hui il s'agit d'avoir la majorit au parlement4 --,il s'agit de faire son devoir4 ,dieu fera le reste4 --,tu as raison1 mon ami1 ne cherchons pas des chefs humains4 ,tout nous manque de ce ct4 ,nous n'avons gure de prestige politique1 il est vrai1 mais nous ferons notre devoir4 ,nous exposerons au peuple de la province aussi clairement et aussi nergiquement que possible les prils de la situation et le moyen de les carter1 et la grce de ,dieu6 ,chapitre ,,xi ,o generatio infidelis et perversa6 race incrdule et dprave6 ,luc ,,ix1 #da4 ,quelques jours plus tard ,lamirande1 ,leverdier et un petit groupe d'amis1 hommes de valeur relle1 mais peu connus dans les cercles politiques1 lancrent un manifeste fen-ne et calme1 aux quatre coins de la province4 ,cet appel produisit une profonde motion4 ,on et dit d'abord que tout le parti conservateur allait se rallier autour du jeune dput4 ,ds le commencement de la crise1 tous les journaux catholiques canadiens-franais furent unanimes dnoncer le projet de sir ,henry comme une trahison1 une infamie1 un attentat contre le ,canada franais4 ,mme le ,mercure ne put rsister au courant populaire3 il publia des articles violents contre le premier ministre4 ,partout on convoqua des assembles4 ,la politique du gouvernement fut vigoureusement condamne et la ncessit de faire sortir la province de la ,confdration hautement proclame4 ,si les lections eussent eu lieu dans les quinze jours qui suivirent la dissolution du parlement1 pas un seul partisan de sir ,henry n'aurait t lu dans toute la province4 99 99 99 99 99 peine sir ,vincent eut-il dmissionn que la nouvelle se rpandit que ,m4 ,montarval l'avait remplac4 ,ce choix augmenta le mcontentement gnral4 ,les conservateurs n'avaient gure confiance en lui1 car ses anciennes accointances avec les radicaux n'taient un secret pour personne4 ,son manque de religion le rendait plus que suspect aux yeux des catholiques4 ,la ,libre-,pense et les autres journaux rvolutionnaires avaient beau rpudier le nouveau ministre1 le traiter de rtrograde1 de ractionnaire et mme de clrical1 ils ne russirent gure donner le change l'opinion qui se souleva contre le cabinet et menaa de l'emporter4 ,pendant quinze jours1 les ministres ne donnrent pas signe de vie4 ,ils ne se montrrent nulle part1 ne firent aucune communication aux journaux1 ne se laissrent mme pas interroger par les reporters4 ,c'tait une tactique habile1 car en se tenant cois1 ils n'ajoutrent aucun aliment nouveau au feu qu'ils avaient allum4 ,ce n'tait certes pas un feu de paille2 mais mme le bois le plus dur1 mme la houille finit par se consumer4 ,contre des gens qui ne se dfendent pas le bras le plus vigoureux est moiti dsarm4 ,seule la fureur de ,saint-,simon allait toujours crescendo4 ,le ,progrs n'tait plus un journal1 c'tait un volcan en pleine ruption1 vomissant1 jet continu1 flammes1 fume1 cendres1 eau bouillante1 pierres brlantes et lave2 de la boue1 surtout4 ,il en amoncela des montagnes sur la tte des ministres4 ,il leur appliqua des pithtes tellement injurieuses1 tellement outrageantes que mme ceux qui taient les plus outrs contre eux finirent par dire3 c'est trop fort6 ,de plus1 il prcha une vritable guerre d'extermination contre les ,anglais et les protestants4 ,ses crits furent reproduits par la presse anglaise des autres provinces et passrent au loin pour tre l'cho fidle des sentiments et des aspirations de la masse des ,canadiens franais4 ,lamirande et ,leverdier avaient beau rpudier de toutes leurs forces le langage atroce du ,progrs1 ils ne parvenaient pas dtruire entirement l'effet dsastreux de ces appels insenss4 ,pendant les quinze premiers jours1 ,saint-,simon avait russi faire1 dans les provinces anglaises1 un mal incalculable la cause du ,canada franais4 ,la province de ,qubec1 toutefois1 restait unie4 ,les majorits que les ministres auraient pu obtenir dans les autres provinces n'auraient probablement pas t suffisantes pour tenir tte la dputation compacte du ,canada franais4 ,il fallait donc1 tout prix1 briser l'union qui s'tait momentanment tablie parmi nos compatriotes4 99 99 99 99 99 ,oh6 la puissance maudite de l'or6 ,auri sacra fames6 s'criait le pote latin1 il y a deux mille ans4 ,la nature humaine n'a pas chang depuis lors3 l'excrable soif de la richesse est toujours sa plus honteuse infirmit4 ,sans doute1 l'orgueil1 la luxure1 l'intemprance font de terribles ravages1 de nombreuses victimes4 ,mais existe-t-il une autre passion qui dgrade l'homme autant que l'affreuse cupidit8 ,existe-t-il un autre vice qui le conduit dans d'aussi insondables abmes d'infamie8 ,qu'on ne l'oublie pas1 c'est la soif de l'or qui a fait commettre le crime unique de ,judas4 ,il avait t choisi par le divin ,sauveur et lev par lui la dignit surminente d',aptre2 il tait destin devenir une des colonnes de l'glise1 un des vanglisateurs des peuples1 un de nos pres dans la foi4 ,il devait donc possder des qualits relles qui le dsignaient au choix du divin ,matre4 ,mais il avait un dfaut3 il aimait l'argent d'une manire dsordonne4 ,et ce dfaut1 malgr les grces surabondantes qu'il dut recevoir pendant les trois annes qu'il passa dans l'intimit de ,jsus1 le conduisit au crime le plus norme et le plus invraisemblable qui ait t commis depuis que le monde existe4 ,le plus norme1 puisque jamais on n'avait vu et que jamais on ne verra pareil attentat contre une semblable ,personne2 le plus invraisemblable1 parce que jamais mobile aussi chtif n'a fait commettre forfait aussi grand4 ,judas ne pouvait avoir aucune haine assouvir1 aucune injure venger1 aucune ambition satisfaire1 aucun triomphe esprer4 ,il a livr son ,matre1 qu'il devait pourtant aimer un peu1 pour la misrable somme de trente pices d'argent1 le prix d'un petit champ6 ,ou l'argent qui est ainsi matre des mes1 dit ,huysmans1 est diabolique1 ou il est impossible expliquer4 ,c'est en mditant sur le crime de ,judas que l'on parvient se faire une ide de la puissance pouvantable de l'or sur le coeur de l'homme4 ,cette puissance infernale1 ,montarval et sir ,henry ,marwood la connaissaient4 ,c'est sur elle qu'ils comptaient surtout4 ,deux semaines aprs la dissolution de la chambre1 ,lamirande et ,leverdier se rencontrrent au bureau de rdaction de la ,nouvelle-,france4 ,ils avaient bien travaill1 chacun de son ct4 ,dans une srie d'articles1 brillants et solides1 le journaliste avait expos la situation avec autant de force que de dignit4 ,le dput s'tait prodigu dans les runions publiques1 lectrisant ses auditeurs par sa parole vibrante et chaude1 par son patriotisme aussi clair qu'ardent4 --,as-tu remarqu le ,mercure depuis trois jours8 demanda le journaliste son ami4 --,je dois t'avouer qu' part le tien je n'ai gure lu les journaux depuis que la campagne est ouverte4 ,que dit le dieu du commerce444 et des voleurs8 ,mercure1 singulier nom pour un journal catholique6 --,c'est un nom prdestin4 ,qu'est-ce que le dieu du commerce dit8 ,il ne dit rien4 ,il fait beaucoup1 par exemple2 il fait son mtier3 du commerce1 des affaires4 --,explique-toi donc2 je n'y comprends rien4 ,il me semble avoir vu dans ton journal des articles pas trop mal tourns reproduits du ,mercure4 --,oui1 mais cela a cess net4 ,avant-hier1 pas un mot sur la situation1 mais un long article sur le monopole de la lumire lectrique ,montral4 ,hier1 mme silence sur la crise1 accentu par une savante tude sur le commerce des grains ,chicago4 ,voici le numro de ce matin qui m'arrive2 pas une allusion ce qui proccupe tous les esprits2 par contre1 on y parle chemins de fer le long de trois colonnes4 --,les rdacteurs se sont peut-tre puiss4 ,tout le monde n'a pas ta fcondit1 mon cher journaliste4 --,si les rdacteurs n'ont plus rien dire1 ils pourraient au moins jouer des ciseaux4 ,surtout1 ils pourraient laisser faire leurs correspondants et leurs reporters4 ,plus de comptes rendus des runions publiques4 ,quelques lignes perdues au fond des ,faits divers4 ,un tranger qui lirait le ,mercure des trois derniers jours ne pourrait jamais s'imaginer que nous passons par une crise qui met en pril notre avenir national4 ,mon cher ami1 tu connais assez les hommes pour savoir que ce n'est pas l un simple effet de l'puisement intellectuel de ces messieurs4 ,c'est le coeur qui est puis4 --,j'avoue que cela a mauvaise mine4 --,oui1 trs mauvaise mine4 ,du reste1 voici un mot que je viens de recevoir d'un ami de ,montral4 ,il dit3 ,tu as d remarquer le silence du ,mercure depuis trois jours1 et tu dois en souponner la cause3 les gens de ce journal sont gels4 ,le directeur est mont ,ottawa1 ces jours derniers4 ,je sais qu'il s'est entretenu longuement avec les ministres4 ,depuis son retour le ,mercure a pris l'intressante attitude que tu vois4 ,je tiens de bonne source que les impressions gouvernementales abondent dans les ateliers du ,mercure4 ,on y travaille jour et nuit4 ,voil ce que m'crit mon correspondant de ,montral4 ,comme tu vois1 le dieu du commerce fait des affaires4 --,c'est--dire que ces malheureux se sont vendus au gouvernement1 corps et me6 --,ils appellent cela recevoir des explications --,mon ,dieu6 s'cria ,lamirande1 vous n'aurez donc jamais piti de nous6 ,hlas6 ,nous ne mritons gure que vos rigueurs1 car nous ne savons plus faire le moindre sacrifice pour ,vous4 ,nous ne savons mme pas nous dvouer la dfense de nos propres intrts1 du moment que ces intrts ne se traduisent pas par des chiffres4 ,voil le fruit de cette ducation pratique outrance qu'on nous donne depuis un quart de sicle4 ,les mots3 honneur1 dignit nationale1 patriotisme1 dvouement1 sont des expressions vides de sens pour un grand nombre4 --,pourtant1 dit ,leverdier1 il y a encore du bon chez nos populations rurales4 ,tu as d le constater ces jours-ci1 plus que jamais4 --,oui1 sans doute1 il y a encore du bon1 il y a encore de la foi2 mais aussi il existe je ne sais quelle apathie1 mme au milieu de l'effervescence actuelle4 ,on sent qu'il faudrait peu de chose pour tout compromettre1 pour arrter l'lan patriotique1 et nous livrer1 impuissants1 au pouvoir de nos ennemis4 ,les masses sont indignes contre le gouvernement1 mais elles ne voient pas ce que nous sentons1 toi et moi et quelques autres2 elles ne voient pas que la politique des ministres est d'inspiration maonnique4 ,il faudrait quelque fait clatant pour leur crever les yeux2 il faudrait prendre les loges en flagrant dlit de conspiration1 les montrer au peuple dcrtant notre ruine4 ,nous savons1 nous1 que la secte infernale est au fond de ce qui se passe4 ,mais comment le prouver1 de manire crer chez le peuple la certitude voulue8 ,pour remuer les masses il faut des faits indniables4 ,une preuve par induction ne suffit pas4 ,que ne donnerais-je pour pouvoir dchirer le voile qui cache nos compatriotes la perfidie des loges6 --,j'ai souvent song cela1 rpond le journaliste4 ,si j'tais riche1 il me semble que je dpenserais volontiers toute ma fortune fabriquer une cl d'or assez longue pour ouvrir toutes les loges et toutes les arrire-loges du pays4 --,je ne crois gure la puissance de l'or pour le bien4 ,il est tout puissant pour le mal2 mais nous ne voyons pas que ,notre-,seigneur et les ,aptres s'en soient beaucoup servis pour fonder l'glise et convertir le monde4 ,c'est par le dvouement et le sacrifice qu'ils ont chang la face de la terre4 ,si nous ne russissons pas mieux1 mon cher ami1 soyons en convaincus1 c'est parce que nous ne savons pas nous immoler4 --,pourtant1 sans nous vanter1 dit ,leverdier1 il me semble que nous pouvons nous rendre le tmoignage de travailler1 avec un vrai dsintressement1 pour la cause que nous dfendons4 ,ni toi1 ni moi1 ni plusieurs autres que je pourrais nommer n'avons pour mobile notre avancement personnel4 --,sans doute1 nous avons un certain dsintressement2 mais il ne faut pas confondre le dsintressement avec l'esprit de sacrifice4 ,un homme est dsintress lorsqu'il prte son capital sans exiger le moindre intrt2 mais fait-il un vritable sacrifice8 ,j'ai bien peur que si nous nous examinions de prs1 notre esprit de sacrifice ne nous paratrait pas dpasser les limites d'une vertu fort ordinaire4 ,supposons que1 pendant que nous parlons1 un ange viendrait tout coup nous dire1 de la part de ,dieu1 que notre cause triompherait si nous consentions perdre la vie1 ou l'honneur1 ou mme la sant2 si nous voulions passer le reste de nos jours privs de la parole ou de la vue2 quelle serait notre rponse1 mon pauvre ami6 --,toi1 au moins1 je le sais1 tu consentirais n'importe quel sacrifice6 --,hlas6 je n'en suis pas aussi certain que toi4 99 99 99 99 99 ,le quatrime jour1 le ,mercure sortit de son mutisme et consacra un article la brlante question du jour4 ,ds les premires lignes1 la noire trahison clata4 ,voici ce que disait ce journal3 ,depuis plus de deux semaines un vent de rvolution souffle sur notre province4 ,nous l'avouons1 nous nous sommes laiss entraner par le courant1 par l'affolement gnral4 ,sans tre alls aussi loin que plusieurs de nos confrres1 nous avons crit des choses que nous regrettons4 ,aprs trois jours de silence et de rflexion1 nous voyons que c'est notre devoir de revenir sur nos pas et nous le faisons courageusement4 ,revenir sur ses pas n'est pas une opration qui flatte l'amour-propre du journaliste1 mais c'est parfois un devoir1 un devoir aussi imprieux que dsagrable4 ,quand celui qui a la mission de guider l'opinion s'aperoit qu'il fait fausse route1 ce serait pour lui un crime sans nom que de persvrer1 par orgueil1 dans la voie nfaste o il s'est engag4 ,ce crime nous ne le commettrons pas2 nous ferons notre devoir1 quelque pnible qu'il soit4 ,o peut1 o doit nous conduire l'agitation fivreuse dans laquelle la province est plonge depuis quinze jours8 quoi cette campagne dans laquelle nous nous sommes engags1 si inconsidrment1 va-t-elle aboutir8 rien du tout1 ou bien la guerre civile4 ,et c'est parce que cette rponse s'impose notre esprit avec la mme force que la lumire du soleil frappe nos yeux1 que nous avons pris la dtermination de crier nos compatriotes3 ,arrtez6 pendant qu'il est encore temps4 ,les violences de langage de quelques-uns des agitateurs parmi nous ont profondment irrit les populations des provinces anglaises4 ,nous ne pouvons pas esprer que la politique sparatiste y reoive le moindre appui4 ,dans la nouvelle ,chambre il n'y aura pas dix dputs des autres provinces qui consentiront la sortie de notre province de la ,confdration4 ,quand mme les soixante-cinq dputs que nous envoyons ,ottawa seraient unanimes demander cette sortie1 jamais ils ne pourraient l'obtenir par des voies constitutionnelles4 ,donc1 comme nous le disions tout l'heure1 la campagne inconsidre dans laquelle nous nous sommes lancs aboutira infailliblement1 soit rien du tout1 soit la guerre civile4 la guerre civile1 il ne faut pas songer4 ,pourquoi1 alors1 nous donner tant de mal pour nous trouver en face d'un rsultat radicalement nul8 ,sans doute1 le projet que le gouvernement a soumis n'est pas acceptable dans sa forme actuelle4 ,il devra tre modifi dans plusieurs de ses dtails4 ,la province doit exiger des garanties4 ,mais1 en mme temps1 si nous voulons tre vraiment utiles notre pays1 si nous voulons tre des patriotes pratiques1 et non pas des utopistes et des visionnaires1 il nous faut accepter le projet gouvernemental en principe et abandonner toute ide de sparation4 ,quoi que nous fassions1 nous ne pouvons pas carter l'union fdrative des provinces4 ,ds lors1 la seule politique sage n'est-elle pas de travailler rendre cette union la plus acceptable possible8 99 99 99 99 99 ,cet article habile et perfide1 que ,montarval lui-mme avait sans doute rdig1 produisit par toute la province un grand moi4 ,il donna le ton presque tous les journaux ci-devant ministriels qui1 les uns aprs les autres1 rentrrent dans les rangs et rptrent1 avec quelques amplifications et variantes1 les sophismes du ,mercure4 ,il ne resta gure que la ,nouvelle-,france1 ,qubec1 et le ,drapeau national1 ,montral1 pour dfendre la politique de sparation4 ,le ,progrs catholique1 de ,saint-,simon1 continua compromettre1 par ses sorties de plus en plus violentes1 la cause dont il se disait l'unique soutien vritable4 ,les journaux radicaux demandaient toujours ouvertement l'union lgislative2 mais leur voix n'avait que peu d'cho4 ,le pril1 pour la cause nationale1 c'tait la perfide politique du gouvernement3 une union lgislative habilement dguise sous le nom et les apparences d'une confdration4 99 99 99 99 99 ,les journalistes ministriels taient rentrs dans les rangs1 ainsi qu'un grand nombre de chefs et de sous-chefs1 de capitaines et de lieutenants4 ,il n'tait gure plus possible de continuer les runions populaires hostiles la politique gouvernementale4 ,les orateurs faisaient dfaut partout4 ,les uns se disaient malades1 ou trop occups2 d'autres avouaient cyniquement qu'ils avaient chang d'opinion1 que les ides du ,mercure leur paraissaient sages4 ,de tous ceux qui avaient l'habitude de la parole1 ,lamirande et ,leverdier restaient presque seuls pour faire la lutte4 ,ils avaient beau se multiplier ils ne pouvaient pas tre partout en mme temps4 ,beaucoup d'assembles convoques par le comit national durent tre contremandes2 d'autres eurent lieu1 mais tournrent au profit des lcheurs4 ,les ministres franais commenaient se montrer dans certaines parties de la province4 ,ils furent quelque peu siffls1 mais quinze jours auparavant on les aurait lapids4 ,cependant1 malgr ce revirement des journalistes1 des orateurs politiques et des organisateurs d'lections1 le gouvernement n'osait pas encore risquer la bataille suprme4 ,les brefs1 attendus de jour en jour1 ne venaient pas4 ,les couches profondes du peuple taient encore indignes contre les ministres et fortement attaches ,lamirande qui inspirait une grande confiance partout o il se montrait4 ,le terrain n'tait donc pas suffisamment prpar pour assurer la victoire aux ministres4 ,tant que ,lamirande serait debout1 le gouvernement ne pouvait pas compter avec certitude sur le triomphe4 ,il fallait abattre ce gneur4 ,mais comment8 ,chapitre ,,xii ,fel draconum vinum eorum1 venenum aspidum insanabile4 ,leur vin est un fiel de dragons1 c'est un venin d'aspics qui est incurable4 ,deut4 ,,xxxii1 #cc4 ,la science moderne a mis aux mains des sclrats des armes meurtrires4 la fin du dix-neuvime sicle1 des explosifs violents1 capables de fendre les montagnes1 taient trs en vogue dans le monde des malfaiteurs4 ,il y a cinquante ans1 les attentats par les bombes taient frquents4 ,mais la bombe tait brutale et peu commode4 ,si elle rpandait la terreur avec la mort1 elle livrait fatalement celui qui s'en servait la rigueur des lois ou la fureur de la multitude4 ,au milieu de ce vingtime sicle1 la bombe est passe de mode4 ,on a fait des progrs dans l'art de tuer4 ,de tout temps1 sans doute1 ont exist des poisons subtils1 des ptomanes qui donnaient la mort sans laisser de traces2 et de tout temps1 aussi1 des crimes nombreux doivent tre attribus ces toxiques mystrieux4 ,jadis1 cependant1 ces redoutables substances n'taient la porte que du petit nombre4 ,aujourd'hui1 la science est dmocratise4 ,la chimie est plus ncessaire aux peuples1 selon les ides modernes1 que la thologie2 les laboratoires publics plus utiles que les glises4 ,connatre ,dieu1 ses lois1 et ses grandeurs1 les merveilles du monde spirituel1 la destine surnaturelle de l'homme et les moyens qu'il lui faut employer pour l'atteindre1 connatre ces choses sublimes et simples la fois1 c'est un savoir dmod dont le genre humain peut se passer4 ,mais la chimie1 voil la science ncessaire tous6 ,aussi1 que voyons-nous8 ,la bombe a disparu avec le progrs et la vulgarisation de la chimie4 ,elle est remplace1 avantageusement pour l'assassin1 par les cultures microbiennes qui permettent de dtruire sa victime en se cachant derrire le cholra1 le typhus1 la variole1 la phtisie4 ,on a pu mme1 triomphe suprme de la science1 inventer des maladies nouvelles en croisant savamment les diffrentes races de bacilles4 ,quelques gouttes verses dans un breuvage donnent la mort la plus naturelle possible4 ,la docte facult peut s'tonner des nombreux cas sporadiques de maladies violentes qui jadis ne se rencontraient gure sans prendre la forme pidmique2 elle peut se demander o est le foyer d'infection2 elle peut mme souponner parfois qu'un crime a t commis2 mais elle ne saurait fournir la justice le moindre indice qui permette celle-ci de svir4 ,un tel1 que tel autre avait intrt faire disparatre1 est frapp tout coup d'une maladie contagieuse qui n'existait nulle part dans les environs4 ,les mdecins peuvent bien concevoir des doutes1 mais aux magistrats qui s'inquitent ils sont bien obligs de dire3 ,cet homme est mort de mort naturelle4 99 99 99 99 99 ,au fond d'une vaste pice1 richement meuble1 moiti salon1 moiti bureau de travail1 il fut dcid1 une nuit1 que ,lamirande1 le gneur1 mourrait de la fivre nouvelle qui1 cette poque1 intriguait les mdecins des deux mondes4 ,le ,comit excutif n'y tait pas4 ,le matre seul avait pris cette dtermination4 ,une de ses cratures fut charge de mettre l'arrt excution1 au premier moment favorable4 99 99 99 99 99 --,il faut que je me rende ,ottawa1 demain1 dit ,lamirande un soir sa femme4 ,une dpche de ,houghton m'y appelle pour une affaire trs importante4 --,veux-tu que je t'accompagne1 mon mari8 ,quelque chose me dit que tu seras expos un grand danger pendant ce voyage4 --,as-tu fait un mauvais rve8 demande ,lamirande en souriant4 --,non1 et je ne crois pas aux rves2 mais je crois aux pressentiments1 ou plutt ces tranges avertissements que les anges peuvent et doivent nous donner parfois444 ,laisse-moi t'accompagner8 --,mais1 chre ,marguerite1 s'il y a un malheur dans l'air1 ne vaut-il pas mieux que tu restes afin que1 s'il m'arrive quelque chose1 tu sois laisse pour lever notre enfant8 --,quelque chose d'irrsistible me dit pourtant que mon devoir est de t'accompagner en cette circonstance1 que je pourrai1 je ne sais comment1 te protger contre quelque danger4 ,veux-tu que j'aille avec toi444 ne me refuse pas1 je t'en prie8 --,puisque tu insistes1 tu viendras1 ma chre femme4 ,un petit voyage1 du reste1 te fera du bien et chassera ces ides noires4 ,car si je crois fermement aux anges et leurs avertissements1 je crois non moins fermement l'influence naturelle du corps sur l'me4 ,une lgre indisposition est suffisante pour nous faire tout voir sous les couleurs les plus sombres4 ,oui1 nous irons ensemble ,ottawa4 99 99 99 99 99 ,le voyage se fit sans le moindre accident4 ,le vague pressentiment de ,marguerite s'tait dissip comme un nuage4 ,en revenant ,qubec1 ,lamirande et sa femme1 avec d'autres voyageurs1 prirent un repas la gare des ,trois-,rivires1 le train tant en retard cause de la neige4 peine s'taient-ils mis table qu'un jeune garon1 inconnu et pauvrement vtu1 qui se tenait prs de la porte de la salle manger1 poussa un cri effroyable et tomba comme foudroy4 ,tous se lvent1 instinctivement4 ,seul un homme assis prs de ,lamirande reste sa place4 ,nul ne le remarque2 nul ne le voit tendre rapidement la main au-dessus de la tasse de th que l'on vient de mettre ct du couvert de ,lamirande4 ,celui-ci s'est rendu auprs de l'adolescent qui se tord dans d'affreuses convulsions4 ,marguerite et les autres voyageurs1 ainsi que les serviteurs1 l'ont suivi4 ,personne ne fait attention l'homme rest seul table4 --,le voil qui revient lui dj1 fait ,lamirande au bout d'un instant4 ,je n'ai jamais vu une attaque d'pilepsie1 apparemment trs grave1 disparatre aussi rapidement4 ,c'est vraiment extraordinaire4 ,puis tous se remettent table4 --,vois donc1 on s'est tromp1 dit ,marguerite son mari2 on m'a donn le caf et tu as le th4 changeons4 ,et ,lamirande donne sa tasse ,marguerite et prend celle de sa femme4 ,ce fut le seul incident du voyage4 99 99 99 99 99 ,encore la vaste pice richement meuble1 moiti salon1 moiti bureau de travail4 ,il est nuit4 ,le matre tient ce monologue3 --,une vulgaire inattention1 la gaucherie d'un garon de caf l'a fait chapper la mort1 mais quel prix6 ,c'est sans doute mieux ainsi4 ,eblis a d inspirer lui-mme cette erreur4 ,il verra mourir sa femme et son art sera impuissant la sauver4 ,les douleurs de la fivre qui lui tait destine auraient t des jouissances ct des tortures morales qu'il va endurer4 cela s'ajoutera le dsespoir de ne pouvoir quitter sa femme pour prendre part la lutte4 ,dcidment1 c'est bien mieux ainsi6 ,le grand ,eblis est plus avis que ses serviteurs6444 ,mais il faut1 pourtant1 que cet homme nfaste soit abattu4 ,il est prfrable1 sans doute1 qu'il ne meure pas1 puisqu',eblis l'a pargn4 ,mort1 son souvenir aurait fait du mal4 ,on aurait peut-tre eu des soupons sur la cause de sa maladie4 ,mais il faut que son influence soit jamais dtruite1 que ses compatriotes cessent d'avoir confiance en lui4 ,ce sera cent fois plus efficace que sa mort4 ,ainsi se parlait lui-mme le matre1 dans le silence de la nuit4 ,chapitre ,,xiii ,calumnia conturbat sapientem1 et perdet robur cordis illius4 ,la calomnie trouble le sage1 et elle abattra la fermet de son coeur4 ,eccli4 ,,vii1 #h4 ,redoutable puissance de la calomnie6 ,les ruines de l'univers1 dit le pote latin1 craseraient le juste sans l'effrayer4 ,mais un mot perfide1 un simple geste1 mme le silence peut1 en fltrissant la rputation d'un homme1 remplir son me d'indicibles angoisses4 ,deux jours aprs le monologue du matre1 la ,libre-,pense publia ces lignes3 ,nos lecteurs le savent1 nous n'avons aucune sympathie politique pour le gouvernement et son chef1 sir ,henry ,marwood4 ,mais celui-ci1 au moins1 est un gentilhomme qui a droit au respect4 ,nous combattons ses projets1 mais c'est par conviction4 ,nous connaissons quelqu'un qui les combat uniquement par dpit4 ,m4 ,lamirande le grand clrical1 veut-il1 bien nous donner quelques renseignements1 trs prcis1 qu'il possde ce sujet8 ,s'il ne veut pas1 nous serons oblig de les donner nous-mmes4 ,lamirande ddaigna cette vague insinuation4 ,il ne pouvait mme pas comprendre quoi le journal sectaire faisait allusion1 tant ses motifs taient purs4 ,leverdier eut un soupon de ce qui allait venir4 --,mais ce n'est pas possible6 ,du reste1 si peu franc qu'il soit dans ses manoeuvres politiques1 sir ,henry1 qui est un gentilhomme1 nierait pareille accusation si elle venait se formuler contre moi en termes prcis4 --,ces gens-l peuvent faire n'importe quoi pour te ruiner4 --,je te crois un peu pessimiste4 ,leverdier ne l'tait pourtant pas4 ,deux ou trois jours plus tard1 la ,libre-,pense porta formellement son accusation4 ,il affirma1 avec un grand luxe de dtails1 en indiquant le jour1 l'heure et l'endroit o la conversation avait eu lieu1 que ,lamirande1 pendant une rception chez sir ,henry1 avait dit au premier ministre qu'il donnerait son appui au projet ministriel1 mais qu'en retour il voulait avoir la promesse d'une position de consul ,paris ou ,washington4 ,le tout tait appuy par la dclaration solennelle1 dment atteste devant un juge de paix1 d'un domestique de sir ,henry1 nomm ,duthier4 ,la conversation avait eu lieu prs d'une fentre o ,duthier s'tait retir pour se reposer un instant4 ,cach par les rideaux il avait tout entendu sans tre vu4 ,il avait d'abord gard le silence1 mais voyant la guerre injuste que ,m4 ,lamirande faisait son bien aim matre1 il avait cru que c'tait un vritable devoir pour lui de parler4 ,ce ,duthier tait un inconnu1 arriv depuis peu de temps au pays1 on ne savait trop d'o4 ,tout d'abord1 bien peu de personnes ajoutrent foi ce rcit1 absolument invraisemblable1 vu le caractre et l'tat de fortune de ,lamirande4 ,celui-ci1 naturellement1 opposa une dngation formelle cette atroce accusation1 et invita privment sir ,henry mettre fin la calomnie4 ,au moment mme o il s'attendait recevoir un mot de rponse1 quelle ne fut sa stupfaction de lire1 dans un journal d',ottawa1 le compte-rendu suivant d'une interview qu'un reporter avait eue avec le premier ministre3 ,m4 ,lamirande ayant ni l'accusation porte contre lui par le nomm ,duthier1 domestique chez sir ,henry1 nous avons envoy un reprsentant du ,sun auprs du premier ministre pour savoir exactement quoi nous en tenir ce sujet4 ,voici la conversation qui a eu lieu3 --,q4 ,vous avez sans doute lu1 sir ,henry1 l'accusation porte par un de vos domestiques contre ,m4 ,lamirande et la dngation formelle de celui-ci4 ,dans l'intrt de la vrit je viens vous prier de vouloir bien dire au public ce qu'il en est4 --,r4 ,je regrette infiniment cet incident4 ,m4 ,lamirande est un jeune homme d'un grand talent qui a bien tort de me faire la guerre1 mais que j'admire beaucoup1 tout de mme4 --,q4 ,vous a-t-il tenu le langage que ,duthier lui prte8 --,r4 ,ah6 ces domestiques6 ,duthier a eu bien tort de faire cette dclaration4 ,je regrette beaucoup cet incident4 ,aussi ai-je renvoy immdiatement cet homme de mon service4 ,quand un domestique entend par hasard quelque chose1 c'est son devoir de se taire4 ,des indiscrtions comme celle que vient de faire ce malheureux ,duthier sont intolrables6 --,q4 ,dois-je donc conclure que ,duthier n'est coupable que d'une indiscrtion8 --,r4 ,vous devenez indiscret vous-mme6 --,q4 ,il y a donc eu conversation entre vous et ,m4 ,lamirande au sujet de la position de consul ,paris ou ,washington8 --,r4 ,m4 ,lamirande lui-mme ne nie pas qu'une telle conversation ait eu lieu4 --,q4 ,vous ne voulez pas me dire quelle tait la nature de cette conversation8 --,r4 ,pensez-vous1 par hasard1 que je vais commettre des indiscrtions comme un domestique8 ,je vous le rpte1 je dplore profondment cet incident1 et ma ferme dtermination c'est de ne pas l'aggraver en m'y mlant d'aucune faon4 ,vous pouvez clore votre interview1 car1 avec toute votre habilet1 vous ne russirez pas me faire rvler ce qui a pu se passer entre ,m4 ,lamirande et moi dans une conversation tout fait confidentielle4 ,c'est inutile d'insister davantage4 ,l-dessus notre reprsentant prit cong de sir ,henry4 99 99 99 99 99 ,la perfidie de ces paroles atterra ,lamirande4 ,il comprit qu'il y avait conspiration contre lui entre le premier ministre et le domestique1 et que ce serait inutile d'insister auprs de sir ,henry pour obtenir justice4 ,il raconta dans la ,nouvelle-,france exactement ce qui s'tait pass entre sir ,henry et lui4 ,il appuya son dire d'une dclaration de ,leverdier et de ,vaughan qui affirmaient que c'tait bien l ce que ,lamirande leur avait confi aussitt aprs l'entrevue4 ,sir ,henry se fit interroger de nouveau et nia perfidement1 mais sans rien prciser4 ,dans la province de ,qubec l'opinion se partagea4 ,tous les hommes sincres1 surtout ceux qui connaissaient personnellement ,lamirande1 furent convaincus que le jeune dput tait la victime d'une affreuse calomnie1 et ils n'en conurent pour lui que plus d'affection1 d'estime et de sympathie4 ,cependant1 tous ceux qui1 pour une raison ou pour une autre1 voulaient se remettre la remorque des ministres1 profitrent de ce prtexte pour se dclarer ouvertement contre le chef du mouvement sparatiste4 ,pas un sur cent1 toutefois1 ne croyait rellement l'accusation2 mais il n'y a rien de plus intransigeant1 de plus farouche que l'homme qui1 par intrt1 fait semblant de croire une calomnie4 ,aussi l'ardeur de ceux qui prtendaient ajouter foi l'histoire de ,duthier et aux habiles rticences de sir ,henry fut-elle extraordinaire4 ,elle atteignit non seulement ,lamirande lui-mme1 mais les principes qu'il dfendait4 ,c'tait une vraie droute pour la cause nationale4 ,les ministres virent que c'tait le moment psychologique4 ,ils firent lancer les brefs et fixrent les lections une date aussi rapproche que possible1 dans les derniers jours de janvier #aidf4 ,chapitre ,,xiv ,omnia excelsa tua et fluctus tui super me transierunt4 ,toutes vos eaux leves comme des montagnes1 et tous vos flots ont pass sur moi4 ,ps4 ,,xli1 #h4 ,atrocement calomni1 accus de vnalit1 lui qui tait le dsintressement mme2 souponn de ne combattre le gouvernement que par dpit1 lui qui ne connaissait que des sentiments nobles1 qui repoussait la politique ministrielle pour obir aux inspirations du plus sublime patriotisme1 ,lamirande tait accabl1 submerg par un dgot immense4 ,avec la grce de ,dieu1 obtenue par la prire et la communion frquente1 il put loigner de son me la haine1 le dsir de vengeance1 toute passion mauvaise2 mais il ne put chapper une indicible tristesse qui l'enveloppait et le pntrait comme un pais et froid nuage4 ,pour comble de malheur1 sa douce ,marguerite tomba gravement malade1 en proie la fivre mystrieuse qui1 depuis plusieurs annes1 avait fait son apparition sur divers points du globe4 ,la docte facult avait russi lui donner un nom savant tir du grec1 et dcrire trs minutieusement la forme et les moeurs du microbe qui en tait l'incontestable auteur4 ,mais le moyen de dtruire cette petite vie qui donnait la mort1 elle ne l'avait pas encore trouv4 ,comme ses confrres1 dont il consulta plusieurs1 ,lamirande tait rduit l'impuissance en face de cet infiniment petit4 ,on ne pouvait mme pas s'imaginer o madame ,lamirande avait contract cette maladie dont il n'existait pas1 en ce moment1 un seul autre cas dans tout le ,canada4 ,retenu presque jour et nuit auprs de sa femme qui empirait toujours1 ,lamirande ne peut prendre qu'une part fort restreinte la lutte suprme4 ,leverdier se multipliait4 ,il avait pos sa candidature dans un comt voisin de ,qubec4 ,puis1 parcourant les campagnes de tout le district1 il essayait de ranimer l'ardeur des1 patriotes4 ,il brochait des articles pour son journal au beau milieu des comits des patriotes4 ,il brochait des articles pour son journal au beau milieu des comits1 lectoraux1 tandis que cinquante personnes parlaient tue-tte autour de lui et l'interrompaient chaque instant4 ,il crivait une phrase1 puis il fallait rpondre une question2 au milieu d'une priode1 il tait oblig de s'arrter pour rgler une dispute1 ou donner une direction4 ,pendant ce temps1 ,lamirande tait condamn une inactivit relative qui le torturait4 ,malgr l'angoisse qui lui tenaillait le coeur la vue de sa bien aime ,marguerite qui s'en allait vers la tombe1 il ne se laissa ni absorber ni dominer par la douleur4 ,le patriotisme l'emporta chez lui mme sur l'amour conjugal4 ,il ne pouvait pas se rsoudre quitter sa femme pour longtemps2 mais il dirigeait les travaux du comit central1 aidait la rdaction de la ,nouvelle-,france et allait parler aux assembles convoques ,qubec et dans les environs4 ,quant sa propre lection1 il n'avait gure besoin de s'en occuper2 car ses commettants1 qui le connaissaient depuis des annes et qui l'aimaient1 lui taient rests fidles4 ,c'tait l sa seule consolation au milieu des preuves1 des dboires1 des inquitudes poignantes dont il tait accabl4 ,chapitre ,,xv ,qui se existimat stare videat ne cadat4 ,que celui qui croit tre ferme1 prenne garde de ne pas tomber4 ,i ,cor4 ,x1 #ab4 ,saint-,simon se prsentait dans le comt de ,qubec1 entre le candidat du gouvernement et celui de ,lamirande1 comme sparatiste1 bien plus sparatiste que ,lamirande et ses amis qu'il accusait de trahir la cause nationale4 ,un jour1 il convoqua une assemble des lecteurs de la ,jeune-,lorette et mit ,lamirande au dfi de l'y rencontrer4 ,celui-ci accepte le dfi1 bien que de telles rencontres1 o la discussion est rarement digne1 lui rpugnent souverainement4 ,mais refuser de faire face son accusateur1 c'est compromettre les chances1 dj faibles1 de son candidat4 ,depuis quelques jours le temps avait t superbe4 ,le soleil brillait dans un ciel d'azur4 ,pas un souffle de vent1 et le thermomtre seul disait qu'il y avait vingt degrs au-dessous de zro ,fahrenheit4 ,le matin de la runion1 un changement s'tait opr dans l'atmosphre4 ,le mercure tait mont de dix degrs1 mais le froid paraissait bien plus intense4 ,l'humidit pntrait jusqu'aux os4 ,le soleil s'tait lev rouge dans un ciel blafard4 ,au sud-ouest un banc de nuages gris se montrait2 tandis que du ct oppos1 du redoutable nord-est1 le vent s'tait lev1 trs faible d'abord1 peine perceptible1 mais augmentant sans cesse mesure que les nuages s'tendaient et s'paississaient4 ,bientt la neige commence tomber1 fine1 drue1 pntrante4 ,c'est un crescendo formidable3 vent1 neige1 poudrerie prennent chaque instant une nouvelle fureur4 ,les arbres1 dont les branches sont roidies par la gele1 font entendre de sinistres craquements et se tordent sous les puissantes rafales4 ,malgr la tempte1 l'assemble eut lieu4 ,du reste1 l'avant-midi les chemins taient encore passables1 et pour se rendre de ,qubec ,lorette on allait le vent arrire4 ,lamirande1 absorb par ses inquitudes1 ne fit pas attention aux mugissements dont l'air tait rempli4 ,la runion fut ce qu'elle devait tre3 dsagrable1 dtestable4 ,saint-,simon porta contre ,lamirande toutes les accusations qui tranaient dans les journaux depuis quelque temps4 ,c'tait un ambitieux1 disait-il1 qui aurait voulu s'assurer une position brillante et qui1 ne l'ayant pu obtenir1 combattait le gouvernement par1 dpit4 ,sur ce thme1 le misrable esclave de ,montarval broda pendant trois quarts d'heure4 ,lamirande lui rpondit avec autant de dignit et de sang-froid que possible4 ,un certain nombre de gens senss et raisonnables lui taient sympathiques2 mais du sein de l'assemble beaucoup de voix s'levaient pour l'insulter4 ,jamais ,lamirande n'avait prouv coeurement aussi profond qu' la fin de cette runion2 jamais il n'avait senti dans son coeur un sentiment aussi voisin de la haine4 ,l'assemble finie1 il fallait songer au retour4 ,ce fut alors que ,lamirande remarqua1 pour la premire fois1 la violence de la tempte qui avait pris des proportions extraordinaires4 ,le froid n'tait pas tomb1 et pour retourner ,qubec il fallait faire face au terrible nord-est qui asphyxiait1 la neige qui cinglait4 ,pour ,lamirande1 il n'y avait pas hsiter4 ,absent depuis le matin1 la pense de sa femme mourante le torturait et l'aurait fait affronter un danger plus imminent encore4 ,il avait1 du reste1 un cheval vigoureux et un cocher prudent et sobre4 ,dans ces conditions1 le retour ,qubec tait un voyage trs pnible1 mais ce n'tait pas une entreprise folle4 ,ce fut1 cependant1 avec le pressentiment d'un malheur que les gens de ,lorette virent ,saint-,simon partir quelques minutes avant ,lamirande4 ,son cheval1 tout en jambes1 tait peu propre lutter contre le vent1 et l'on avait pu remarquer que le cocher du journaliste et le journaliste lui-mme eurent recours assez copieusement l'eau-de-vie sous prtexte de se prmunir contre le froid4 ,la tempte augmentait toujours4 ,la poudrerie tait devenue vraiment terrifiante4 ,on ne pouvait pas voir dix pas en avant ou en arrire de soi4 chaque ct du chemin1 dans les champs1 rien qu'un vaste tourbillon blanc1 confus1 fuyant avec une rapidit vertigineuse4 ,le cocher de ,lamirande1 pour se garer de la neige1 s'tait tourn gauche4 ,tout d'un coup1 il se fait une courte accalmie4 ,mais pendant cet instant1 ,lamirande a entrevu1 droite1 dans le champ1 un spectacle qui fige le sang dans ses veines3 un attelage moiti enseveli dans un banc de neige4 ,il reconnat le cheval de ,saint-,simon1 et comme un clair1 la situation se prsente son esprit3 le malheureux journaliste et son cocher se sont gars2 et dj1 sans doute1 engourdis par le froid1 ils sont condamns une mort certaine si on ne vient promptement leurs secours4 ,le cocher de ,lamirande1 toujours tourn gauche1 n'a rien vu4 ,alors des penses horribles traversent le cerveau de ,lamirande1 le brlant comme des traits de feu4 ,il voit1 dans un tableau1 instantanment1 tout le mal que cet homme nfaste a fait la cause nationale1 toutes ses noires calomnies1 toutes ses abominables accusations1 toutes ses criantes injustices4 ,il voit tout cela1 et il se dit3 c'est la justice de ,dieu qui le frappe2 laissons faire la justice de ,dieu6 ,oui6 cette horreur tait entre dans la pense de ,lamirande et elle tait tout prs de pntrer dans la partie suprieure de son me4 ,il allait succomber la tentation1 il allait commettre un crime que seul loeil de ,dieu pouvait voir4 ,lorsque1 dans deux ou trois jours1 la tempte finie1 on aurait retrouv les cadavres de ,saint-,simon et de son compagnon1 qui aurait pu souponner seulement que dans une troue de la poudrerie ,lamirande avait vu le commencement de cette tragdie et l'avait laisse s'accomplir8 ,il fut donc pench sur le bord de l'abme que nous ctoyons sans cesse et o tous nous tomberions chaque instant si la grce divine ne nous retenait3 l'abme du pch4 ,avec un cri d'effroi et d'horreur la pense de l'pouvantable chute qu'il allait faire1 il se ressaisit4 ,la lutte1 en ralit1 n'avait dur qu'un instant1 le temps de faire quelques pas4 ,il arrta son cocher et lui fit part de ce qu'il venait de voir4 ,heureusement1 une maison tait proche4 ,ils obtiennent du secours2 puis1 avec prcaution1 pour ne pas s'garer leur tour1 ils se dirigent vers l'endroit o ,lamirande a entrevu les victimes de la tempte4 ,ils les trouvent enfin4 ,les malheureux ayant perdu leur robe de traneau1 n'ont rien pour se mettre l'abri du froid4 ,compltement dsorients1 puiss par leurs efforts dsesprs pour dgager leur cheval et pour se faire entendre1 ils sont dj moiti plongs dans le fatal sommeil1 avant-coureur de la mort4 ,avec grand-peine on peut les ramener la maison4 ,lamirande leur donne les premiers soins que rclame leur tat1 puis continue sa route1 remerciant humblement ,dieu de l'avoir prserv de l'abme4 ,chapitre ,,xvi ,quoniam melior est misericordia tua super vites4 ,car votre misricorde est prfrable toutes les vies4 ,ps4 ,,lxii1 #d4 ,les lections sont termines4 ,c'est un vrai dsastre pour la cause nationale4 ,les ministres triomphent sur toute la ligne1 particulirement dans la province de ,qubec4 ,houghton est plus heureux dans la province d',ontario4 ,son groupe revient plus nombreux qu'avant la dissolution4 ,c'est le ,canada franais qui1 tromp1 dvoy1 donne au gouvernement la plus forte majorit1 ce gouvernement qui mdite la ruine de l'glise et de la nationalit franaise6 ,lamirande est lu avec ,leverdier et un petit nombre d'adhrents2 mais la masse de la dputation franaise se compose de partisans du cabinet4 ,saint-,simon est parmi les vainqueurs1 grce l'or de ,montarval qui1 en secret1 a soutenu cette candidature en apparence ultra-sparatiste4 ,lamirande voit s'crouler en mme temps ses esprances de patriote et son bonheur domestique4 ,sa femme se meurt3 la cruelle maladie a fait son oeuvre4 ,douce1 rsigne1 elle s'en va comme elle a vcu1 en ,parfaite chrtienne2 ce qui ne veut pas dire en indiffrente4 ,jeune encore1 elle tient naturellement la vie4 ,elle lutte contre la mort qui s'avance4 ,aime et aimante1 l'ide de la sparation d'avec son mari et son enfant l'pouvante4 ,mais elle rpte avec le ,sauveur au jardin des ,oliviers3 ,mon ,dieu1 si vous ne voulez pas que ce calice s'loigne de moi1 que ,votre volont soit faite et non la mienne6 ,pour ,lamirande1 il ne peut pas accepter la coupe d'amertume4 ,il quitte la chambre de sa femme et s'en va dans une pice voisine se jeter genoux devant une statue de son saint ,patron1 et l1 il rpand son me dans une prire suprme1 dans une supplication dchirante3 ,grand saint ,joseph1 rpte-t-il sans cesse vous pouvez m'obtenir de ,celui dont vous avez t le pre nourricier la vie de ma femme4 ,obtenez-moi cette grce1 je vous en conjure4 ,dieu a permis la destruction de mes rves politiques1 des projets de grandeur que j'avais forms pour ma patrie4 ,mais ,il ne voudra pas m'accabler tout fait6 ,saint ,joseph1 sauvez ma femme6 ,il priait ainsi depuis une demi-heure1 les yeux fixs sur la statue4 ,tout coup1 il s'estime en proie une hallucination4 ,la douleur1 se dit-il1 me trouble le cerveau4 ,car voil que la statue s'anime4 ,ce n'est plus un marbre blanc et froid qui est l devant lui1 c'est un homme bien vivant4 ,le lis qu'il tient la main est une vraie fleur4 ,et saint ,joseph parle3 --,joseph1 si vous insistez sur la grce temporelle que vous demandez1 elle vous sera certainement accorde4 ,votre femme vivra4 ,si au contraire1 vous laissez tout la volont de ,dieu1 le sacrifice que vous ferez de votre bonheur domestique sera rcompens par le triomphe de notre patrie4 ,vous serez exauc selon votre prire4 ,et afin que vous sachiez que ceci n'est pas une illusion de vos sens1 voici6 ,et saint ,joseph1 dtachant une feuille de sa fleur de lis la met dans la main tremblante de ,lamirande4 ,puis le marbre reprend la place de l'homme vivant1 le lis redevient pierre1 comme auparavant1 mais il y manque une feuille4 ,tout boulevers1 ,lamirande se prcipite dans la chambre de sa femme4 --,qui te parlait tout l'heure8 lui demande ,marguerite4 ,c'tait une voix trange1 une voix cleste444 ,qu'as-tu donc1 mon mari8 ,lamirande1 se jetant genoux ct du lit1 et prenant sa femme doucement dans ses bras1 lui raconte tout ce qui s'est pass4 --,ce n'tait pas un rve1 dit-il1 voici la feuille de lis que saint ,joseph m'a donne4 --,marguerite6 continue-t-il1 tu vivras4 ,car tu veux vivre1 n'est-ce pas8 --,je voudrais vivre1 ,joseph1 car ,dieu seul sait combien j'ai t heureuse avec toi2 mais si c'est la volont du ciel que je meure4444 --,ce n'est pas la volont de ,dieu que tu meures1 puisqu'il a fait un miracle pour me dire que tu vivras4 --,mais si je vis1 la patrie mourra6 --,saint ,joseph n'a pas dit cela4 --,il ne t'a promis le triomphe de la patrie qu' la condition que tu fasses le sacrifice de ton bonheur4444 --,je ne pourrai jamais demander que tu meures1 ma femme1 ma vie6 --,mais ne pourrais-tu pas demander que la volont de ,dieu se fasse8 ,lamirande garde le silence4 ,marguerite rassemblant1 pour un suprme effort1 les derniers restes de sa vitalit1 poursuit3 --,oui1 mon mari1 faisons ce sacrifice pour l'amour de la patrie4 ,tu as travaill longtemps pour elle1 mais tous tes efforts1 tous les efforts de tes amis ont t vains4 ,et voici qu'au moment o tout parat perdu1 ,dieu te promet de tout sauver si nous voulons tous deux lui offrir le sacrifice de quelques annes de bonheur4 ,c'est un dur sacrifice1 mais faisons-le gnreusement4 ,il ne s'agit pas seulement de la prosprit et de la grandeur matrielle du pays1 mais aussi du salut des mes pendant des sicles peut-tre4 ,car si les socits secrtes triomphent1 c'est la ruine de la religion4 ,c'est cette pense qui t'a soutenu dans les pnibles luttes de ces dernires semaines4 ,c'est cette pense qui me soutient maintenant4 ,pense donc1 quel bien en retour de quelques annes d'une pauvre vie6 ,ce n'est pas souvent que1 par sa mort1 une femme peut sauver la patrie4444 ,marguerite dut lutter encore avec son mari1 car la mort paraissait plus redoutable lui qui devait rester qu' elle qui s'en allait4 ,perdre sa femme6 ,voir sa bien-aime devenir ce je ne sais quoi qui n'a de nom dans aucune langue2 la conduire au tombeau2 la confier aux vers et la corruption1 lorsqu'il pouvait la garder encore longtemps auprs de lui1 c'tait affreux4 ,cette pense lui causait une agonie mortelle4 ,enfin1 la grce divine et les prires de ,marguerite l'emportrent sur les rpugnances de la nature humaine4 ,avec sa femme il fit sincrement cette prire3 ,seigneur ,jsus6 qu'il soit fait selon votre volont et non selon la ntre4 ,ou plutt faites que notre volont soit conforme la vtre4 99 99 99 99 99 ,la cruelle maladie suit son cours4 ,le lendemain1 sur le soir1 ,lamirande1 voyant que la fin approchait1 fit venir le pre ,grandmont4 ,leverdier et sa soeur ,hlne taient auprs de la mourante depuis le matin4 ,marguerite reut les derniers sacrements en pleine connaissance et avec une ferveur anglique4 ,elle fit ses adieux1 simples et touchants1 son mari et sa fille1 sa soeur et son frre adoptifs1 au pre ,grandmont4 ,elle baissa ensuite rapidement et sembla ne plus rien voir ni entendre4 ,lamirande croyait qu'elle ne sortirait de ce coma que pour se rveiller dans l'ternit4 ,tout coup elle fit signe son mari qu'elle voulait lui parler4 ,il se pencha tendrement sur elle4 ,tout bas1 elle lui dit3 ,hlne t'a toujours aim4 ,sans m'oublier1 rends-la heureuse4 ,adieu6 ,au ciel6 ,puis1 recommandant son me ,dieu1 elle rendit doucement le dernier soupir4 99 99 99 99 99 ,cette nuit-l1 ,hlne pria et pleura longtemps auprs du corps de ,marguerite4 ,des penses tumultueuses envahirent son me et l'effrayrent4 ,des dsirs qu'elle avait su repousser1 qu'elle croyait jamais teints1 se rveillrent soudain en elle et la troublrent4 ,elle aurait dsir n'prouver que de la douleur1 et un autre sentiment1 qu'elle n'osait nommer1 se mlait son chagrin1 l'absorbait4 ,elle pleurait1 mais ses larmes1 qu'elle aurait voulues amres et brlantes1 taient douces4 ,elle dsirait ne demander au ciel que le repos de l'me de ,marguerite et le courage pour ,joseph1 et c'tait pour elle-mme qu'elle priait4 ,seigneur1 disait-elle1 vous m'avez accord la grce de vaincre mon coeur pendant quinze ans1 soutenez-moi dans cette heure suprme4 ,je puis penser lui maintenant sans crime1 sans injustice envers celle que j'aimais comme une soeur et qui est sans doute auprs de ,vous4 ,s'il est possible que je sois enfin heureuse aprs tant d'annes de souffrance1 faites-moi cette grce1 mon ,dieu6 ,et s'il ne doit pas en tre ainsi1 aidez-moi souffrir encore et ,vous bnir toujours4 ,chapitre ,,xvii ,cogitationes meae dissipatae sunt1 torquentes cor meum4 ,toutes mes penses ayant t renverses1 elles ne servent plus qu' me dchirer le coeur4 ,job4 ,,xvii1 ,,ii4 ,aussi longtemps qu'il put voir les traits de sa femme que la mort avait en quelque sorte diviniss1 ,lamirande se sentit calme et fort4 lglise1 pendant le service1 il versa d'abondantes larmes1 mais le chant sublime de la messe de ,requiem leva son me au-dessus des amertumes de la terre et l'introduisit dans les joies et le repos de l'ternit4 ,ce fut au retour du cimetire1 quand il rentra dans sa maison o il avait connu tant de bonheur1 vide maintenant1 dsole tout jamais1 ce fut en ce moment qu'une tristesse toute humaine s'abattit sur lui4 ,le ciel qu'il avait entrevu1 o son me semblait pntrer en quelque sorte1 la suite de l'me de ,marguerite1 se ferma sur lui et le repoussa4 ,il ne voyait plus que cette valle de larmes1 et le chemin qu'il lui restait parcourir paraissait interminable4 ,les soeurs du couvent de ,beauvoir taient venues chercher la petite ,marie1 croyant bien faire1 mais elles avaient enlev de la maison le dernier rayon de lumire qui nagure encore l'illuminait si gracieusement4 ,malgr les efforts de ,leverdier1 une sorte de dsespoir s'empara de ,lamirande4 ,il regrettait presque son sacrifice4 ,il se disait3 j'ai t prsomptueux2 j'ai1 par orgueil1 voulu faire un acte d'hrosme sans y tre appel1 sans avoir la grce ncessaire4 ,seuls les saints ont le droit d'entreprendre les choses sublimes2 eux seuls ont la vocation de quitter le terrain des vertus ordinaires pour se livrer aux renoncements surhumains4 ,pour moi1 j'aurais d humblement choisir la voie moins parfaite mais plus sre qui m'tait offerte2 j'aurais d demander la vie de ma femme1 puisque ,dieu avait daign exaucer ma prire4 ,puis le doute l'envahissait4 ,au lieu d'tre un miracle1 cette apparition de saint ,joseph n'tait peut-tre qu'un prestige diabolique4 ,ce ne pouvait tre une simple hallucination1 puisqu'il avait toujours la preuve matrielle de la ralit objective de la vision3 la feuille de lis qui s'adaptait parfaitement au lis bris de la statue4 ,mais le tentateur avait peut-tre voulu lui tendre un pige en lui proposant un sacrifice qu'il avait accept par orgueil plutt que par amour de ,dieu1 afin de pouvoir se dire3 voyez comme je suis fort1 je puis renoncer ce qui m'est le plus cher au monde6 ,ensuite1 un autre genre de doute survenait4 ,ce n'tait plus le dmon qui l'avait tent et tromp4 ,il tait bien convaincu que l'apparition tait cleste2 mais qu' cause de ses rsistances1 cause de ses rpugnances accepter le sacrifice1 il en avait perdu tout le mrite2 que la mort de sa femme serait inutile pour le pays4 ,humainement1 tout tait perdu4 ,dieu aurait sans doute fait un miracle pour tout sauver1 puisqu',il l'avait promis1 mais c'tait la condition que l'preuve ft courageusement accepte4 ,j'ai mal accueilli cette preuve1 se disait ,lamirande1 j'ai mal fait mon sacrifice4 ,dieu est donc dgag de sa promesse4 ,ma femme est morte et mon pays va mourir6 ,toutes ces penses amres le jettent dans un pro fond abattement4 ,il ne peut se rsoudre ouvrir son coeur ,leverdier1 lui parler du miracle4 ,il lui semble que son ami le blmera comme il se blme lui-mme1 doutera comme il doute4 ,voulant s'pargner cette nouvelle souffrance1 il se tait4 ,cette douleur sombre1 sans larmes1 sans panchement du coeur1 inquite ,leverdier4 --,mon ami1 dit-il1 il faut que tu fasses un effort pour secouer cette tristesse noire qui n'est pas du ciel4 ,viens avec moi1 je vais te conduire ,manrse4 ,tu y passeras une journe ou deux avec le pre ,grandmont4 --,tu as raison1 dit ,lamirande4 ,allons6 ,et les deux amis se dirigent vers le chemin ,sainte-,foye o plus de quinze annes auparavant ,lamirande avait1 pour la premire fois1 parl de son bonheur son jeune ami4 ,c'tait alors le printemps2 les oiseaux chantaient les louanges du ,seigneur1 la campagne tait belle et le ciel souriait4 ,maintenant1 c'est le triste hiver2 plus de verdure1 plus de chants2 mais des arbres mornes1 dpouills1 sous un firmament gris et froid4 ,leverdier conduit son ami jusqu' la porte de la maison de retraite4 --,au revoir1 lui dit-il1 que saint ,ignace te console et te communique son courage4 --,merci6 mon ami1 merci6 99 99 99 99 99 ,lamirande monta la chambre du pre ,grandmont1 chambre dont il connaissait bien le chemin4 ,le vnrable prtre lui ouvrit les bras4 ,lamirande s'y jeta comme un enfant et raconta au ministre de ,jsus-,christ tout ce qui s'tait pass2 toutes ses tentations1 toutes ses dfaillances4 ,ils passrent ensemble une partie de la nuit devant le saint sacrement1 dans la petite chapelle intrieure de la maison1 abms dans la mditation sur le nant de la vie4 ,de bonne heure1 le pre dit sa messe4 ,lamirande la servit et reut le ,pain cleste qui chassa de son me les doutes1 comme le soleil dissipe les brouillards de la nuit4 ,le calme et la confiance en ,dieu taient revenus1 mais ,lamirande se dfiait toujours de lui-mme4 --,mon pre1 dit-il1 je suis trop faible pour continuer loeuvre que j'ai entreprise4 ,vous me dites que mon sacrifice1 tout mal fait qu'il a t1 sera accept et que ,dieu enverra1 en retour1 quelque secours inattendu la patrie4 ,je le crois4 ,mais mon rle est maintenant rempli4 ,je puis me retirer quelque part o1 ne cherchant pratiquer que des vertus ordinaires1 je serai moins expos tomber4 --,pas encore1 mon enfant1 pas encore1 dit en souriant doucement le bon religieux4 ,votre rle n'est pas accompli1 loin de l4 ,restez dans la politique1 c'est--dire votre poste1 et attendez patiemment que ,dieu rponde votre sacrifice comme ,il l'a promis et comme ,il le fera1 trs certainement4 ,ces faiblesses humaines que vous dplorez1 en les exagrant peut-tre un peu1 sont une grande grce4 ,elles vous tiennent dans l'humilit1 sans laquelle il est impossible de plaire ,dieu4 ,songez saint ,paul qui avait t ravi au troisime ciel1 et qui nous dit3 ,de peur que la grandeur de mes rvlations ne me caust de l'orgueil1 ,dieu a permis que je ressentisse dans ma chair un aiguillon1 qui est l'ange de ,satan1 pour me donner des soufflets4 ,je vous trouverais bien plaindre et bien expos1 mon enfant1 si vous tiez exempt de toute faiblesse1 si vous ne craigniez de tomber chaque instant3 vous seriez une proie facile au dmon de l'orgueil4 --,mais1 mon pre1 non seulement je crains de tomber1 je tombe effectivement6 --,et quand mme cela serait6 ,relevez-vous1 voil tout4 ,si1 pour vous rendre chez vous1 vous tiez oblig de parcourir un chemin tout rempli de trous et parsem de cailloux1 la crainte1 la certitude mme de faire quelques chutes1 de vous meurtrir les genoux et les mains1 cette certitude1 dis-je1 ne vous dtournerait pas d'entreprendre le trajet4 ,tomber1 cela fait mal1 cela humilie2 niais cela n'empche pas d'arriver au but1 pourvu qu'on se relve4 --,mais pour se relever1 il faut la grce4444 --,sans doute1 et cette grce est toujours accorde qui la demande sincrement4 ,si beaucoup restent par terre1 c'est qu'ils aiment mieux tre couchs que debout4 ,ils demandent peut-tre ,dieu la grce de se relever1 mais c'est une demande qu'ils ne dsirent pas rellement voir exauce4 ,aimant la fange1 ou la poussire1 ou le gazon fleuri o ils sont tombs1 ils veulent secrtement y rester1 plutt que de continuer leur pnible voyage4 ,tout en demandant ,dieu du bout des lvres la grce de se relever1 ils seraient dsols si ,dieu les relevait de force4 ,mais ,dieu1 qui voit dans le secret1 ne les relve pas4 --,eh bien6 mon pre1 je resterai mon poste aussi longtemps que vous ne me direz pas que ma tche dans le monde politique est acheve4 --,trs bien6 ,en effet1 je vous dirai quand vous pourrez vous en aller4 ,ce ne sera pas de sitt1 je m'imagine1 car il reste beaucoup faire4 ,peut-tre mme ,dieu vous demandera-t-il quelque nouveau sacrifice avant que tout soit termin4 --,avec sa grce je le ferai6 ,chapitre ,,xviii ,ergo cujus vult miseretur4 ,il est donc vrai qu'il fait misricorde qui il lui plat4 ,rom4 ,,ix1 #ah4 ,la rentre des chambres est fixe au #ae fvrier #aidf4 ,ce jour-l1 vers cinq heures du soir1 il y avait conciliabule dans les bureaux de rdaction de la ,libre-,pense1 ,montral4 ,montarval y tait avec le rdacteur en chef du journal1 ,ducoudray1 et quelques autres radicaux bien connus de la mtropole4 ,il est peine ncessaire de dire que le collgue de sir ,henry1 membre du cabinet conservateur1 n'tait pas entr dans les bureaux de la feuille impie par la porte ordinaire1 mais par un passage secret communiquant avec une boutique de perruquier tenue par un affid de la secte4 --,eh bien6 s'cria ,montarval1 nous triomphons nous avons une majorit ministrielle crasante4 ,nous prsenterons de nouveau le mme projet1 avec quelques modifications insignifiantes dans la forme1 afin de faire croire aux dputs de la province de ,qubec qu'ils ont obtenu quelques concessions4 ,quant au fond1 il restera ce qu'il tait4 ,j'ai mme trouv le moyen de l'amliorer quelque peu1 chose que je ne croyais pas possible4 ,il sera vot1 et dans dix ans tout sera entre nos mains4 --,oui1 fait ,ducoudray1 tout a march selon tes plans et nos dsirs4 ,dieu sait4444 --,encore cette expression6 --,un simple effet de l'habitude1 mon cher ministre6 --,je sais que ta premire ducation a t tout imprgne de superstitions chrtiennes4 ,pourvu que cela ne te joue pas quelque mauvais tour6 ,qu'est-ce que tu allais dire8 --,j'allais dire que les lections ont d coter affreusement cher4 ,j'espre que toi et sir ,henry avez arrang les choses pour que cela ne paraisse pas trop dans les comptes publics4 ,un scandale financier au commencement du nouveau rgime serait fort ennuyeux4 --,que cela ne t'inquite pas4 ,je mets ,lamirande1 ,houghton et leur poigne de fanatiques au dfi de trouver la moindre irrgularit dans la caisse publique4 -- propos de ,lamirande1 reprend le journaliste1 c'est notre ennemi1 et il fallait l'abattre1 l'craser2 mais si nous avions pu nous exempter d'avoir recours cette histoire invente sur son compte4444 tait-ce bien ncessaire8 --,il ne fallait ngliger aucun moyen4 ,aurais-tu ce que les prtres appellent des remords de conscience1 par hasard8 --,je n'ai pas de remords1 parce que ma conscience a us toutes ses dents1 il y a bien longtemps2 mais les coups comme celui-l1 quand ils ne sont pas absolument ncessaires1 m'ennuient1 mcoeurent444 je ne sais quoi4444 ,et le journaliste se leva et arpenta le bureau1 le visage assombri4 --,un cas de spleen bien accentu1 fait l'un des assistants1 caus par une mauvaise digestion4 ,une pilule du docteur ,cohen aprs chaque repas pendant trois jours1 voil ce quil te faut4 ,ducoudray ne rpondit rien4 ,il continuait toujours marcher de long en large1 troubl et agit4 ,montarval le regarda pendant quelques instants avec une fixit sinistre4 ,une lueur d'enfer passa dans ses yeux4 ,puis il se leva et gagna en silence le couloir secret4 ,en passant par la boutique du perruquier1 il glissa quelques mots tout bas l'oreille de l'affid4 ,celui-ci ft un signe dassentiment1 tout en plissant4 ,les autres visiteurs tant bientt partis aprs ,montarval1 ,ducoudray se trouva seul4 ,le dernier sorti1 il ferma la porte cl et alla s'affaisser dans un fauteuil4 --,qu'ai-je donc8 se dit-il4 ,est-ce seulement une mauvaise digestion1 ou sont-ce rellement des remords8 ,il me semblait que depuis des annes j'avais touff ce que les chrtiens appellent les cris de la conscience4 ,et cependant j'entends parfois une faible voix qui vient je ne sais d'o et qui me dit3 ,tu es un misrable6 ,est-ce la voix de ce qu'on appelle la conscience8 ,serait-ce la voix de ma mre8444 ,j'ai rv encore d'elle1 la nuit dernire4444 ,son me peut-elle venir me parler8444 ,l'me existe-t-elle seulement8444 ,il me semblait que j'tais tout petit enfant1 que j'tais genoux devant ma mre et qu'elle me montrait prier4 ,je crois que je pourrais rpter les paroles qu'elle me faisait dire3 ,je vous salue1 ,marie1 pleine de grce444 ,non je ne puis pas continuer4444 ,longtemps il resta plong dans une arrire rverie4 ,puis1 se levant brusquement3 ,il faut secouer cette torpeur1 se dit-il1 chasser ces ides4444 ,c'est trop tard pour moi de revenir sur mes pas4 ,je suis all trop loin dans le mal4444 ,voil que a revient6 ,le mal6 ,mais enfin1 qu'est-ce que le mal8 qu'est-ce que le bien8 ,dcidment1 il me faut quelque distraction4444 ,j'y pense6 ,c'est ce soir que le fameux pre ,grandmont commence ce qu'ils appellent une retraite1 ,longueuil4 ,il parat que le vieux dit des choses bien drles4 ,si j'y allais6 ,cela changerait mes ides et me donnerait peut-tre le sujet d'un joli article pour demain4 ,rire un peu des jsuites1 a prend toujours4 ,puis il sortit1 et passa devant la boutique du perruquier4 ,il ne remarqua pas un homme qui en sortit presque au mme moment2 un homme qui portait de grandes lunettes noires et qui avait le collet de son paletot relev jusqu'aux oreilles2 un homme qui craignait le froid1 sans doute4 ,l'homme aux lunettes suivit ,ducoudray4 ,celui-ci entra dans un restaurant et se fit servir un repas4 ,ensuite il continua son chemin vers ,longueuil4 ,il ne regardait pas derrire lui2 mais l'et-il fait qu'il n'et rien vu d'trange3 un homme qui marchait quelques pas derrire lui1 le visage l'abri du vent1 les yeux protgs contre l'clat de la neige et de la lumire lectrique4 ,rendu rue ,notre-,dame1 ,ducoudray prit un traneau de place et donna ordre au cocher de traverser ,longueuil4 ,la nuit tait belle et froide1 une de ces nuits presque aussi claires que le jour1 si frquentes au ,canada dans les mois d'hiver4 ,la lune1 qui avait teint la plupart des toiles1 versait des flots de lumire argente sur le pont de glace qui couvrait le fleuve gant4 ,la neige refltait cette lumire en y ajoutant un clat particulier qui permettait de lire facilement1 mais qui pouvait aussi fatiguer des yeux faibles4 ,ducoudray avait la vue forte et jouissait de cette splendide illumination4 ,dans un traneau de place qui suivait le sien1 un arpent de distance1 il y avait un homme qui ne pouvait pas endurer cet blouissement4 ,le plus profond silence rgnait sur le fleuve1 rompu seulement par le tintement des grelots des deux chevaux4 ,mais ,ducoudray n'entendait ni les grelots du cheval qui tranait sa voiture ni ceux du cheval qui suivait4 ,il tait cent lieues de ,montral1 et trente annes de l'an de grce #aidf4 ,il tait dans le paisible village en bas de ,qubec1 bien loin en bas1 o il avait pass les annes de sa jeunesse1 et il n'avait que sept ans4 ,il tait aux genoux de sa mre qui lui faisait faire sa prire du soir4 ,de l'humble mansarde o il priait1 loeil dcouvrait l'immense tendue du fleuve1 large de sept lieues1 et les montagnes bleues du nord4 ,il revoyait ce1 paysage grandiose et triste1 tantt clair par les ples rayons de la lune1 tantt baign par les feux du soleil couchant4 ,il respirait de nouveau les fortes odeurs du salin 1 il jouait encore sur la grve couverte de galets et de varechs et que le baissant avait mis sec4 ,puis le montant venait couvrir d'abord les rochers au large1 puis envahissait tout jusqu'au chemin1 mettant flot la vieille chaloupe4 ,tout ce lointain pass lui revenait ce soir pendant qu'il cheminait rapidement vers ,longueuil4 ,la pense de sa mre1 morte lorsqu'il n'avait que huit ans1 le hantait2 sa mre qu'il avait tant aime1 qui avait veill sur son berceau1 lui avait appris bgayer les noms de ,jsus1 de ,marie et de ,joseph1 noms hlas6 que depuis vingt ans il n'avait plus prononcs que pour les blasphmer4 ,jamais il n'avait t travaill et tourment comme il l'est ce soir4 ,jamais la vie qu'il menait1 vie de haine1 de passion1 vie de volupt et de luttes froces contre les croyances de son enfance1 jamais sa vie de sectaire ne lui avait inspir ce sentiment profond de dgot et de terreur qu'il prouve en ce moment4 ,il croyait avoir effac en lui tout vestige de foi1 force de fouler aux pieds toutes les lois de ,dieu1 force de s'enfoncer de plus en plus dans la fange et l'impit4 ,en effet1 pendant des annes1 il avait joui de cette pouvantable tranquillit qui remplace dans l'me la grce du remords4 ,et voici que depuis quelques jours cette tranquillit est disparue4 ,du moment qu'il n'est pas activement employ1 sa pense retourne trente annes en arrire et le transporte au village natal1 lglise o il fut baptis et fit sa premire communion1 la modeste chambre o il priait1 le soir1 sous le regard de sa mre4 ,tout un rgiment l'aurait suivi sur le pont de glace ce soir-l qu'il n'en aurait fait aucun cas4 ,les cloches de la belle glise de ,longueuil1 appelant les fidles aux exercices de la retraite1 le tirent de sa rverie4 ,arriv bientt au village1 il saute en bas de sa voiture1 donne instruction au cocher de l'attendre et pntre dans le temple4 ,pourvu1 pense-t-il1 que ce jsuite puisse dire quelque chose de bien rococo1 de bien moyen ge6 ,et il va prendre une place que le bedeau1 voyant qu'il est tranger1 lui offre4 ,un autre tranger entre aussitt aprs4 ,le bedeau veut le mettre ct de ,ducoudray1 mais il prfre rester l'ombre d'une colonne4 ,la lumire lui fatigue la vue1 dit-il4 ,malgr le mauvais tat de ses yeux1 il les tient fixs sur ,ducoudray4 ,le sermon fut simple et loquent4 ,chez le pre ,grandmont1 c'tait le coeur qui parlait4 ,il aimait ,dieu1 il aimait les mes2 et ces deux amours donnaient ses discours une force et une chaleur qui n'avaient gure besoin des ornements de la rhtorique pour vaincre et fondre les coeurs4 ,dans un autre temps1 ,ducoudray aurait probablement not quelques expressions d'une forme un peu nave et qu'en torturant convenablement il aurait pu faire servir de thme ses railleries4 ,mais ce soir il n'est pas en veine de se moquer4 ,il est grave1 recueilli et les paroles du prtre l'impressionnent douloureusement au lieu de l'amuser4 ,le prdicateur1 selon l'habitude des fils de saint ,ignace1 parle des deux tendards1 l'tendard de ,jsus-,christ et l'tendard de ,satan1 sous l'un desquels tout homme doit ncessairement se ranger4 ,impossible de rester neutre entre les deux annes1 simple spectateur du combat2 il faut tre d'un ct ou de l'autre2 ou marcher vers le ciel sous le drapeau de ,jsus-,christ1 ou vers l'enfer sous le drapeau de ,lucifer4 ,il n'y a que deux cits1 la cit du bien et la cit du mal4 ,la premire renferme tous ceux qui ont la grce sanctifiante2 la seconde1 tous ceux qui n'ont pas cette grce4 ,il n'y a pas d'tat intermdiaire4 ,il faut tre ou l'ami ou l'ennemi de ,dieu4 ,personne ne peut tre indiffrent son gard1 comme ,lui n'est indiffrent l'gard de personne4 ,il n'y a que deux chemins1 l'un large1 facile1 qui descend en pente douce1 au milieu des fleurs1 o l'on ne rencontre point d'obstacles1 point de contradictions1 o l'on marche sans fatigue1 entour de dlices et de volupts2 l'autre1 troit1 rude1 montueux1 difficile1 o l'on n'avance qu'avec peine et misre1 tombant souvent1 se blessant souvent aux asprits du sol4 ,inutile de chercher une troisime route travers la vie1 il n'y en a pas1 puisque pour l'homme il n'y a que deux ternits1 une ternit de bonheur laquelle conduit la voie troite1 une ternit de malheur laquelle aboutit la voie large et facile4 ,pendant plus d'une demi-heure le pre ,grandmont dveloppe ces fortes et salutaires penses1 et ,ducoudray l'coute de plus en plus grave et recueilli1 la tte penche sur sa poitrine4 ,du coin obscur o il se tient1 l'tranger aux lunettes sombres ne perd pas le moindre mouvement que fait le journaliste4 ,le pre ,grandmont paraissait avoir fini son sermon2 il se prparait mme descendre de la chaire1 tout coup1 se retournant vivement vers l'auditoire1 la figure illumine par une subite inspiration1 il s'cria3 --,mes frres1 s'il y a parmi vous quelqu'un qui gmit sous le poids d'une montagne de crimes1 quelqu'un dont l'me est couverte d'une vritable lpre de pchs1 quelqu'un qui1 pendant des annes et des annes1 a outrag ,dieu et ses lois1 l'glise et ses lois1 la nature humaine et ses lois1 quelqu'un qui1 la vue de la fange o il s'est vautr1 est saisi d'une terreur voisine du dsespoir1 que celui-l ne perde pas courage6 ,qu'il porte ses regards vers le divin ,crucifi1 qu'il songe qu'une seule goutte de ce sang d'un ,dieu peut effacer toutes les iniquits du monde4 ,qu'il dteste ses pchs1 mais qu'il ne dsespre pas4 ,le repentir1 un repentir sincre1 peut le rendre aussi agrable ,dieu qu'il tait au jour de son baptme1 au jour de sa premire communion4 ,s'il lui semble que tant de crimes demandent quelque grande expiation1 qu'il fasse gnreusement le sacrifice de sa vie1 s'il faut la sacrifier1 pour rparer le mal qu'il a fait4 ,qu'il soit assur qu'ainsi1 par les mrites infinis de ,jsus-,christ1 il peut devenir un grand saint de grand pcheur qu'il tait4 ,mes frres1 pendant la bndiction du trs saint sacrement1 priez tous avec ferveur pour que1 s'il y a parmi vous quelqu'un ainsi accabl1 il reoive de l'hostie sainte1 par l'intercession de ,marie1 ,refuge des pcheurs1 la grce de secouer le joug de ,satan4 ,puis le prdicateur quitte la chaire4 ,le salut commence et tous se mettent genoux4 ,pour la premire fois depuis vingt ans1 ,ducoudray1 l'me bouleverse1 s'agenouille1 lui aussi4 ,qui pourrait dcrire la lutte formidable qui se livre alors dans ce coeur longtemps l'esclave du dmon4 ,quelques jours auparavant1 il avait reu une premire grce1 la grce du dgot3 la vie qu'il menait ne lui inspirait plus aucune satisfaction4 ,mais ce n'tait pas le repentir1 ce n'tait pas un mouvement surnaturel4 ,les paroles du prtre1 surtout les dernires qui1 il le sentait1 avaient t inspires au prdicateur expressment pour lui1 avaient fait natre dans son me de nouvelles penses1 des sentiments inconnus4 ,le dgot qu'il prouvait depuis quelque temps changeait de caractre1 se spiritualisait4 ,ce n'tait plus un ennui vague1 un malaise indfinissable1 mais une vritable horreur4 ,et cette horreur se mlait l'amour de ,dieu1 de ce ,dieu qu'il avait tant offens4 6 se disait-il1 si je pouvais rparer tout le mal que j'ai fait1 me dbarrasser de ce fardeau qui m'crase1 si je pouvais sortir des griffes de ,satan et me jeter dans les bras de ,jsus-,christ1 que je serais heureux6 ,que de pauvres mes tiennent ce langage6 que de misrables pcheurs voudraient sortir de l'tat affreux o ils se trouvent1 mais qui ne parviennent pas dire3 je veux4 ,une fausse honte les retient1 un dmon muet les possde4 ,ils n'auraient qu'un pas faire1 qu'un mot dire2 et ce pas1 ils ne le font point1 ce mot1 ils ne le disent point4 ,mystre insondable de la grce de ,dieu qui est toujours suffisante pour sauver et qui ne sauve pas toujours2 et qui1 parfois1 sans jamais dtruire le libre arbitre1 est verse dans l'me avec tant d'abondance qu'elle semble arracher l'homme au mal comme malgr lui6 ,ducoudray s'arrtera-t-il au fatal je voudrais1 ou prononcera-t-il le sublime je veux qui fait tomber les chanes de l'esclavage spirituel8 ,comme tous les pcheurs qui voudraient se convertir1 il prouve la tentation de la fausse honte1 sentiment la fois si puril et si redoutable4 ,mais chez lui1 cette tentation qui suffit loigner tant de pauvres malades du cleste mdecin1 se joint une pouvante infiniment moins vague4 ,il sait1 n'en pouvoir douter1 qu'il ne peut faire les choses moiti2 que pour pouvoir revenir ,jsus-,christ il faut qu'il quitte l'horrible secte o il s'est engag et dont il possde tous les secrets4 ,non seulement il devra la quitter--cela ne serait rien--mais il devra la dnoncer1 il devra pour rparer le mal qu'il a commis1 divulguer les tnbreuses machinations auxquelles il a t ml4 ,c'est l1 il ne l'ignore pas1 son arrt de mort4 ,d'un ct1 encore quelques annes d'une existence misrable puis une ternit de malheur4 ,de l'autre1 un coup de poignard1 puis un bonheur sans fin4 ,c'est ainsi que1 dans une lumire crue1 la situation1 nette et tranche1 se prsente son esprit4 ,en thorie1 le choix est facile3 l'enfer d'un ct2 le ciel de l'autre1 et entre les deux quelques annes de vie en plus ou en moins4 ,qui pourrait hsiter8 ,et cependant qui d'entre nous n'hsiterait pas8 ,que dis-je6 ,qui d'entre nous ne sent pas que1 moins d'une grce spciale1 c'est l'enfer et les quelques annes de vie qu'il choisirait8 ,tant est faible1 incroyablement faible la nature humaine dchue6 ,cette faiblesse dsesprante1 ,ducoudray l'prouve4 ,elle l'pouvante1 elle l'crase4 ,il voit avec terreur que1 pour l'amour d'un peu de cette vie qui ne lui inspire pourtant qu'ennui et dgot1 il va choisir l'enfer4 ,il se sent impuissant aire1 par lui-mme1 le moindre effort pour sortir de l'abme4 ,et du fond de cet abme1 il s'crie1 dans un lan de vraie humilit3 ,mon ,dieu6 ayez piti de moi6 ,vierge sainte6 aidez-moi6 ,alors de la divine hostie part un jet de cette grce qui donne aux plus faibles la force de braver la mort4 ,chapitre ,,xix ,mucro1 mucro1 evagina te ad occidendum4 pe1 pe1 sors du fourreau pour verser le sang4 ,ezch4 ,,xxi1 #bh4 ,la bndiction du trs saint sacrement est termine4 ,lentement la foule se retire4 ,les sacristains teignent les lumires1 d'abord l'autel1 puis dans le choeur1 enfin dans la nef4 ,il n'en reste que deux ou trois qui jettent dans le vaste difice une lueur incertaine4 ,au moment de fermer les portes1 le bedeau remarque que deux hommes sont encore dans lglise2 l'un genoux1 la tte cache dans ses mains1 la poitrine gonfle de sanglots2 l'autre debout1 prs d'une colonne1 qui regarde fixement le premier4 ,le bedeau touche l'homme genoux4 ,on ferme1 lui dit-il4 ,ducoudray tressaille comme un homme qu'on rveille subitement4 ,il se lve aussitt4 --,il faut que je voie le pre ,grandmont1 dit-il2 il faut que je le voie tout de suite4 ,en parlant ainsi1 son regard tombe1 pour la premire fois1 sur l'homme moiti cach derrire la colonne4 ,un frmissement le secoue et une sensation de froid envahit tous ses membres4 --,dj6 pensa-t-il4 ,mon ,dieu1 je suis prt mais donnez-moi seulement trois heures6 --,vous pouvez voir le pre au presbytre1 dit le bedeau2 ou dans la sacristie1 il y est peut-tre encore4 ,passez par le sanctuaire4 ,puis le brave homme se dirige vers l'autre tranger qui parat hsiter4 --,voulez-vous voir le pre1 vous aussi8 --,oui444 non444 c'est--dire que je voudrais suivre mon ami4 ,il va au presbytre1 sans doute8 --,oui1 en vous htant vous pouvez le rejoindre4 ,l'tranger fit quelques pas dans la direction du choeur1 puis revint vers la porte4 --,je vais sortir et attendre mon ami devant le presbytre1 dit-il4 --,voil un particulier1 grommela le bedeau en verrouillant la grande porte1 qui n'a pas l'air de trop savoir ce qu'il veut4 ,il savait parfaitement1 au contraire1 ce qu'il voulait2 mais il avait eu comme un blouissement qui lui avait fait perdre un instant la tte4 tait-ce un effet de la forte chaleur qu'il faisait dans lglise8 tait-ce autre chose8 ,il ne se le demanda seulement pas1 mais clata en imprcations contre lui-mme pour ce moment d'indcision4 --,que je suis donc maladroit6 se dit-il4 ,j'aurais pu le rejoindre1 sans doute1 avant qu'il ft entr au presbytre1 quand mme c'et t la porte4444 ,il aurait t seul1 probablement4444 ,il faut maintenant que j'attende ici1 car il ne doit pas retourner ,montral4 ce moment ,ducoudray franchissait la porte du presbytre1 tonn de voir que l'homme aux lunettes noires ne l'avait pas suivi4 --,merci mon ,dieu1 murmura-t-il4 ,je ne ,vous demande que trois heures6 ,accordez-moi ce dlai1 non pas pour moi-mme1 mais pour la cause de ,votre sainte glise6 ,un domestique le conduisit la chambre du pre ,grandmont4 ,celui-ci le reut avec une grande affabilit et l'invita s'asseoir4 --,mon pre1 dit ,ducoudray1 vous ne me connaissez pas4 --,en effet1 je n'ai pas cet honneur1 dit le religieux4 --,ce ne serait pas un honneur de me connatre1 dit le journaliste1 car je suis un grand misrable4 ,mais je veux me convertir1 ou plutt me confesser2 car la grce de ,dieu m'a converti tout l'heure dans lglise pendant que vous prchiez4 la fin de votre sermon le ciel vous a inspir certaines paroles que beaucoup ont d trouver tranges4 ,je les ai comprises parce qu'elles taient mon adresse4 ,je suis le pcheur dont vous parliez4 ,voulez-vous me confesser 8 ,pouvez-vous me confesser8 ,je ne suis pas un pcheur ordinaire1 je suis un monstre4 --,mon ,dieu que vous tes bon1 que votre misricorde est infinie6 s'cria le prtre4 ,et prenant les mains du journaliste il l'attira lui affectueusement4 --,mon frre1 dit-il1 que je suis heureux6 ,et quelles rjouissances parmi les anges6 ,venez6 j'ai tous les pouvoirs pour vous absoudre1 quelque grave que soit votre cas4 ,puis1 il conduisit son pnitent au petit confessionnal plac dans un coin de la chambre1 et le malheureux1 se jetant genoux1 dposa aux pieds du ministre de ,jsus-,christ son insupportable fardeau4 ,il se releva tout rayonnant4 ,longtemps le vnrable prtre le tint serr sur sa poitrine1 murmurant3 ,quelle joie6 ,mon ,dieu1 quelle joie6 --,mon pre1 dit ,ducoudray1 vous savez ce qu'il me reste faire4 ,j'ai en ma possession tous les secrets de l'horrible secte1 toutes ses archives4 ,il faut que je communique tout cela l'archevque de ,montral avant demain matin1 cette nuit mme2 car1 je le sais1 je suis dj condamn mort4 ,le chef de la secte1 me souponnant1 m'a fait suivre par un de ses ultionistes qui m'a vu lglise1 qui a d remarquer mon motion1 qui m'attend au dehors et qui me frappera au premier moment favorable4 ,je ne crains pas la mort4 ,au contraire1 je suis heureux d'offrir ma vie ,dieu en expiation de mes crimes4 ,mais je ne veux pas qu'on m'assassine avant que j'aie eu le temps de dvoiler les abominations du satanisme4 ,c'est pour cela1 et non par crainte de la mort1 que je vous demande de m'aider me dguiser4 ,une demi-heure plus tard1 deux prtres sortaient du presbytre2 l'un tait un vieillard1 l'autre dans toute la force de l'ge4 ,le jeune ecclsiastique tait visiblement embarrass dans sa soutane4 ,mais l'homme aux lunettes noires n'eut aucun soupon4 ,il se contenta de murmurer3 ,deux calotins6 ,le plus jeune a l'air fameusement gauche4 ,les deux prtres prirent une voiture que le domestique tait all chercher cinq minutes auparavant4 ,au bout d'une autre demi-heure1 comme le guetteur commenait s'inquiter srieusement et se demander s'il ne devait pas sonner1 le domestique sortit de nouveau4 ,il avait l'air de chercher quelqu'un4 ,l'homme aux lunettes le suivit du regard4 ,il le vit parler au cocher qui avait amen ,ducoudray de la ville et lui donner de l'argent4 ,le cocher partit aussitt4 --,voil une mystification6 se dit-il4 ,et s'approchant du jeune domestique4 --,peux-tu me dire si le monsieur qui est entr au presbytre vers neuf heures est parti8 --,je ne sais pas1 monsieur1 rpondit le jeune homme2 je ne l'ai pas vu depuis que je lui ai ouvert la porte4 --,mais n'est-ce pas son cocher que tu viens de payer et de renvoyer8 --a se peut bien4 ,monsieur le cur m'a dit d'aller trouver le cocher qui avait amen un homme de ,montral1 un monsieur avec une grande moustache blonde1 de lui payer sa course et de lui dire que le monsieur n'aurait plus besoin de lui4 --,le monsieur couche au presbytre peut-tre8 --,je n'en sais rien1 monsieur4 ,vous tes bien curieux1 je trouve4 ,et le jeune domestique s'loigna pour rentrer au presbytre4 --,oui1 fit l'tranger en le suivant1 je suis un peu curieux1 mais je n'ai plus qu'une question te faire4 ,connais-tu les deux prtres qui sont sortis tout a l'heure8 --,j'en connais un1 c'est le pre qui prche la retraite2 l'autre1 je ne le connais pas1 je ne l'ai pas vu entrer4 --,ah6 tu ne l'as pas vu entrer6 ,je comprends tout1 maintenant1 continua-t-il1 parlant lui-mme4 ,que je suis donc stupide6 ,voil deux fois que je le manque6 ,le pauvre domestique1 ahuri1 et sentant vaguement qu'il a trop parl1 rentre prcipitamment au presbytre4 ,l'tranger s'loigne rapidement4 une faible distance de lglise un magasin est encore ouvert4 ,il y entre et demande qu'on lui indique o se trouve le bureau public de tlgraphe et de tlphone4 ,c'est dans le voisinage4 ,il y court4 ,le gardien du bureau est seul4 ,l'tranger lui fait un signe presque imperceptible auquel l'employ rpond par un geste fait comme par hasard4 ,un deuxime signe provoque une deuxime rponse4 ,alors l'tranger s'assied devant le double instrument4 ,se servant d'abord du tlphone1 il se met lui-mme directement en communication avec un certain numro ,montral4 ,il sonne4 ,on lui rpond4 --,est-ce bien le numro #aa demande-t-il8 ,ce numro n'a rien de commun avec les numros du tlphone4 ,comme la rponse a t satisfaisante1 il continue3 --,attention au tlgraphe1 je vais crire4444 ,es-tu prt8444 ,eh bien6 voici3 ,et dposant le rcepteur du tlphone1 il prend la plume tlgraphique et crit la note suivante qui se reproduit1 l'instant1 ,montral1 lettre par lettre1 et dans l'criture mme de celui qui tient le crayon lectrique ,longueuil4 ,au nom du ,grand ,matre1 le numro #g1 ,longueuil1 au numro #aa4 ,le numro #b nous trahit4 ,j'en ai la preuve certaine4 ,le ,grand ,matre le souponnant1 m'a donn l'ordre de le suivre et de le supprimer si je venais dcouvrir qu'il nous trahissait4 ,or sa trahison est absolument certaine4 ,il vient de m'chapper1 dguis en prtre4 ,rends-toi immdiatement sa maison4 ,c'est l qu'il ira tout d'abord1 sans doute1 pour prendre les archives4 ,au nom du ,grand ,matre et en vertu de l'ordre qu'il m'a donn je te commande de supprimer le numro #b4 ,fais vite4 ,il est peut-tre dj trop tard4 ,puis1 mettant soigneusement dans sa poche la copie de cet atroce billet1 l'homme aux lunettes noires1 ayant pay ce qu'il devait au bureau1 sortit et reprit aussitt le chemin de ,montral4 99 99 99 99 99 ,le lendemain matin1 deux femmes se rendant la messe de cinq heures lglise du ,ges1 aperoivent1 rue ,sainte-,catherine1 un homme gisant sur le trottoir1 prs d'une porte-cochre1 dans une mare de sang4 pouvantes1 elles jettent des cris perants qui attirent d'autres personnes allant lglise ou leur ouvrage4 ,un groupe se forme bientt4 ,quatre hommes soulvent le corps inerte et sanglant1 inanim1 mais encore chaud1 et le transportent au poste de police voisin4 ,en jetant les yeux sur l'homme assassin1 le chef du poste s'crie ,c'est ,m4 ,ducoudray1 rdacteur de la ,libre-,pense6 ,chapitre ,,xx ,paratus sum et non sum turbatus4 ,je suis tout prt1 et je ne suis point troubl4 ,ps4 ,,cxviii1 #fj4 ,la sinistre nouvelle se rpandit comme une trane de poudre4 ,ds huit heures1 tout ,montral avait appris l'assassinat du journaliste tristement clbre4 ,les journaux publirent aussitt des ditions spciales que les gamins vendaient par centaines1 le visage rayonnant1 le verbe haut4 ,un meurtre6 quelle bonne aubaine6 ,aux coins des rues1 dans les bars lectriques1 aux portes des htels et des gares de chemins de fer1 ils criaient de toute la force de leurs poumons 4 ,terrible meurtre ,montral4 ,m4 ,ducoudray1 rdacteur de la ,libre-,pense1 assassin d'un coup de poignard dans la rue ,sainte-,catherine1 deux pas du poste de police1 sur le mme ton qu'ils auraient proclam le rsultat d'une course ou d'une lection4 ,de bonne heure1 le coroner forma son jury et commena son enqute1 au poste de police o le cadavre avait t dpos4 ,d'abord les renseignements taient bien maigres4 ,aux bureaux de la ,libre-,pense on savait que ,m4 ,ducoudray tait sorti la veille au soir1 vers six heures1 sans dire o il allait1 et il n'tait pas revenu4 ,de ce ct-l1 c'est tout ce que l'on put apprendre4 ,au poste de police prs duquel le meurtre avait t commis on n'avait rien entendu4 ,a la maison o il occupait un appartement de quatre chambres on ne l'avait pas vu depuis le matin4 ,s'il y tait rentr on ne l'avait pas aperu et il n'y avait certainement pas couch4 ,une des servantes qui avait pass vers dix heures devant la chambre qui lui servait de bureau y avait entendu marcher quelqu'un et tait bien surprise de trouver1 le lendemain matin1 que le lit n'avait pas t dfait4 ,le mdecin charg d'examiner le cadavre constata que la mort avait t cause par un seul coup de poignard dans le dos1 qui avait tranch l'aorte4 ,le poignard1 une arme formidable1 avait t retrouv ct du cadavre4 ,le coup avait d tre port par quelqu'un cach dans la porte-cochre4 ,l'assassin devait avoir le bras puissant et la main trs sre4 ,il devait aussi possder quelques connaissances anatomiques pour avoir pu atteindre1 avec autant de prcision1 une partie vitale4 ,le vol n'avait pas t le mobile du crime1 puisqu'on trouva sur le corps une somme d'argent assez considrable et une montre de prix4 ,c'est tout ce qu'on put dcouvrir1 et le coroner allait ajourner l'enqute1 lorsqu'au grand tonnement de tous1 l'archevque de ,montral1 accompagn du pre ,grandmont1 entra au poste4 ,les deux vnrables ecclsiastiques sont trs mus4 ,ils demandent voir le cadavre4 ,on les conduit dans une petite cellule o le journaliste assassin tait couch sur un lit de camp4 ,ils se jettent genoux et prient un instant avec ferveur4 --,cher martyr6 dit l'vque en se relevant1 vous m'aviez bien dit que j'aurais avant vingt-quatre heures1 une preuve indiscutable de la vrit de vos rvlations4 ,la voil la preuve1 aussi affreuse que convaincante6 ,le coroner1 en entendant ces paroles1 croit une mprise4 --,monseigneur1 dit-il1 l'homme assassin est ,m4 ,ducoudray1 rdacteur du journal anticlrical1 la ,libre-,pense4 --,je le sais1 mon ami1 rplique le prlat1 et lorsque vous aurez entendu le tmoignage du pre ,grandmont et le mien vous comprendrez ce que je viens de dire4 ,le pre ,grandmont rendit son tmoignage d'abord4 ,aprs avoir racont en quelques mots ce que nous connaissons dj des derniers moments de ,ducoudray1 il continua ainsi3 --,pour permettre ,m4 ,ducoudray de sortir du presbytre sans tre reconnu par celui qui l'avait suivi de ,montral ,longueuil1 je lui fis donner par ,m4 le cur une soutane et un chapeau romain4 ,il se rasa la moustache1 et emporta ses habits dans un petit sac de voyage que je lui prtai4 ,je le priai de me permettre de l'accompagner jusqu' ,montral4 ,en sortant du presbytre1 je vis un homme qui avait l'air d'attendre quelqu'un4 ,il portait des lunettes noires et un foulard1 ou le collet de son paletot relev cachait le bas de son visage4 ,il me serait impossible de le reconnatre4 videmment1 il ne se douta de rien en nous voyant1 car il ne nous suivit pas4 ,m4 ,ducoudray m'assura qu'il tait parfaitement fix sur l'identit de l'individu4--,c'est un ultioniste1 m'a-t-il dit1 un de ceux qui sont chargs d'excuter les sentences de mort que prononce l'horrible secte laquelle j'appartenais il y a une heure peine4--,mais1 lui rpliquai-je1 la socit n'a pas pu se runir1 n'a pas pu vous condamner mort4--,dans les cas urgents1 l'ordre du ,chef suffit1 m'expliqua-t-il4 ,le chef1 renseign par des esprits1 suprieurs par la clairvoyance l'homme le plus intelligent1 avait videmment des soupons mon endroit1 et il m'a fait suivre par cet ultioniste en lui donnant l'ordre de me supprimer--c'est le mot employ--s'il dcouvrait chez moi une conduite louche4 ,l'motion que je n'ai pu cacher1 que je n'ai pas song cacher dans lglise1 suivie de ma visite au presbytre1 est plus que suffisante pour me valoir un arrt de mort4 ,ce qui m'tonne1 c'est qu'il n'ait pas tent de m'assassiner pendant que j'allais de lglise au presbytre4 ,il faut qu'une intervention cleste l'en ait empch4 ,vous le savez1 je suis le secrtaire de la socit1 et1 en cette qualit1 j'ai la garde de toutes les archives1 je suis en possession de tous les secrets de la secte4 ,c'est pourquoi ils remueront ciel et terre pour me supprimer avant que j'aie le temps de rien dvoiler4 --,voil1 continua le pre ,grandmont1 un rsum fidle de ce que ,m4 ,ducoudray m'a dit1 tant au presbytre que pendant le trajet aussi rapide que possible1 de ,longueuil ,hochelaga4 ,press de me donner le nom de l'ultioniste qui le poursuivait1 il ne voulut pas le faire4--,je lui pardonne d'avance1 me dit-il1 et de grand coeur2 j'ai tant besoin que ,dieu et les hommes me pardonnent4 -- la porte de sa maison1 poursuivit le pre ,grandmont1 je le quittai1 aprs lui avoir donn rendez-vous1 vers une heure du matin1 dans lglise du ,ges4 ,il voulait entendre la messe et communier1 afin de se prparer la mort4 ,il tait alors dix heures et demie du soir1 environ4 ,je me rendis au collge1 j'exposai la situation en peu de mots au suprieur1 et j'obtins la permission d'attendre mon cher pnitent dans lglise4 ,peu aprs l'heure convenue1 il arriva4 ,il me dit qu'il avait russi remettre les archives de la socit entre les mains de monseigneur l'archevque2 qu'il avait t suivi par deux ultionistes depuis sa maison jusqu' l'archevch2 que trois fois il croyait que tout tait fini1 mais qu'une protection visible du ciel l'avait sauv2 qu'en revenant de l'vch au ,ges il avait constat que trois sicaires le poursuivaient2 que pendant ce trajet encore il avait prouv la mme protection surnaturelle4--,maintenant1 me dit-il1 qu'ils fassent leur oeuvre2 je suis prt mourir1 je dsire mourir pour expier mes crimes4 ,il entendit la messe et reut la sainte communion avec une ferveur vraiment anglique4 ,aprs notre action de grces1 je le suppliai de rentrer avec moi au collge pour la nuit2 ou1 au moins1 de nous permettre1 au frre qui avait servi la messe et moi1 de l'accompagner chez lui4 ,il refusa avec douceur mais avec une fermet qui n'admettait pas de rplique4--,ce ne serait1 dit-il1 qu'un rpit de quelques heures4 ,rien au monde1 aucune puissance humaine ne peut me sauver de la mort qui m'attend4 ,quand mme je ne sortirais jamais du collge1 ils trouveraient le moyen d'y pntrer avant quarante-huit heures4 ,en ce moment je suis encore soutenu par le ,pain de vie et je ne crains pas la mort4 ,serai-je aussi bien prpar plus tard8 ,je pars donc1 sachant parfaitement bien que je ne me rendrai pas chez moi2 car1 je le sens1 la protection cleste qui n'tait accorde en vue de ce que j'avais accomplir1 me sera dsormais retire4 ,ainsi soit-il6 ,adieu mon pre6 ,merci6 mille fois merci de m'avoir ouvert les portes du ciel4 ,et il partit ainsi1 malgr nos supplications4 ,ai-je besoin de vous dire que le frre et moi nous voulmes le suivre et que nous ne renonmes notre projet qu'en constatant que ,m4 ,ducoudray en tait profondment pein4 ,et les larmes coulrent abondantes sur les joues rides du pre ,grandmont4 ,monseigneur donna ensuite son tmoignage4 --,entre dix et onze heures1 comme je me prparais me mettre au lit1 on sonna la porte de l'vch4 ,le domestique ouvrit et vint me dire qu'un prtre voulait me voir pour une affaire qui ne souffrait pas de dlai4 ,je le fis entrer dans ma chambre4 ,il portait un sac de voyage et un paquet assez volumineux4 ,il me dclara aussitt qu'il n'tait pas prtre1 me dit son nom et me raconta en quelques mots ce que le pre ,grandmont vient de vous relater4 ,il me remit ensuite des documents qu'il dclara tre les archives d'une socit secrte et me donna de longues explications sur cette organisation4 ,je ne crois pas devoir entrer dans plus de dtails en ce moment4 ,j'avoue que1 tout en l'coutant avec attention et le plus vif intrt1 je me demandais si tout cela n'tait pas une terrible mystification4 ,il parut lire ma pense dans mes yeux1 car il me dit3--,monseigneur1 avant vingt-quatre heures1 vous aurez la preuve que je ne vous mystifie pas4 ,l'entrevue dura environ deux heures4 ,avant de partir il me demanda la permission d'ter son habillement de prtre4--,je n'ai plus besoin de me dguiser1 me dit-il4 ,il m'avait expliqu auparavant qu'il s'tait ainsi travesti pour n'tre pas reconnu2 mais il ne m'avait pas dit un mot des ultionistes qui le poursuivaient4 ,je le fis passer dans ma chambre coucher1 et1 bientt aprs1 il en sortit habill en laque4 ,il me remit la soutane et le chapeau qu'il portait et me pria de les faire remettre au cur de ,longueuil4 ,puis il partit1 aprs avoir demand ma bndiction4 ,je le conduisis la porte moi-mme4 ,je passai le reste de la nuit examiner les documents qu'il m'avait laisss4 ,en apprenant sa fin tragique1 ce matin1 j'ai compris que j'avais eu affaire1 non un mystificateur1 mais un miracul1 un grand pcheur devenu tout coup un grand saint1 par un effet extraordinaire de la grce divine4 99 99 99 99 99 la suite de ces deux tmoignages qui1 aussitt qu'ils furent connus1 jetrent la ville et le pays tout entier dans une motion impossible dcrire1 l'enqute fut ajourne pour permettre la police de faire des recherches4 ,elle en ft1 mais inutilement4 ,elle dcouvrit facilement le cocher qui avait conduit l'homme aux lunettes noires ,longueuil et l'avait ramen deux ou trois heures aprs jusqu' la gare ,dalhousie o il tait descendu2 mais pour lui c'tait un tranger qu'il n'avait jamais vu auparavant ni depuis4 ,on interrogea le propritaire du magasin de ,longueuil1 o lultioniste avait demand des renseignements4 ,tout ce qu'il savait1 c'est que vers dix heures du soir1 la veille du meurtre1 un tranger1 portant des lunettes noires et ayant le visage cach par le collet de son paletot1 avait demand o se trouvait le bureau de tlphone et de tlgraphe4 ,le gardien du bureau fut soumis un interrogatoire svre1 car on le souponnait1 cause de ses allures suspectes1 d'en savoir plus long que les autres sur l'identit de l'homme aux lunettes2 mais tout ce que l'on put lui faire dire1 c'est que l'tranger avait tlphon et crit quelqu'un1 ,montral1 avec qui il s'tait mis en communication lui-mme2 qu'il n'avait pas remarqu avec quel numro il s'tait mis ainsi en communication2 qu'il avait seulement entendu demander si c'tait le numro #aa qui rpondait4 ,ce numro #aa ne jeta aucune lumire sur le mystre2 car le numro #aa du tlphone-tlgraphe1 en fvrier #aidf1 tait le numro de l',htel-,dieu4 ,aprs plusieurs jours d'enqute1 le jury rendit le verdict suivant3 ,nous trouvons que ,charles ,ducoudray est mort d'un coup de poignard inflig par une personne inconnue4 ,nous sommes d'avis que l'assassin est membre d'une socit secrte laquelle ,ducoudray appartenait et dont il avait rvl les secrets l'autorit religieuse2 et que c'est pour le punir de cette rvlation qu'on l'a poignard4 ,chapitre ,,xxi ,expidit enim mihi mori mages quam vivere4 ,il m'est plus avantageux de mourir que de vivre4 ,job ,,iii1 #f4 ,ducoudray tait mort depuis dix jours4 ,on ne parlait encore que des tmoignages extraordinaires que l'archevque de ,montral et le pre ,grandmont avaient rendus l'enqute du coroner4 ,ottawa1 la ,chambre sigeait peine une demi-heure par jour1 tant les esprits taient proccups et distraits4 ,le projet de loi du gouvernement n'avait pas mme subi sa premire lecture4 ,pour des motifs qu'il est facile de deviner1 sir ,henry ,marwood et ,montarval voulaient en saisir la ,chambre le plus tt possible2 mais les autres ministres et les principaux partisans du cabinet1 ne connaissant pas ce que redoutaient les deux chefs1 taient d'un avis contraire4 ,donnez aux esprits le temps de se calmer1 disaient-ils4 ,ce meurtre de ,ducoudray1 qui n'a sans doute aucune signification politique1 a cependant cr un grand malaise parmi les dputs de la province de ,qubec4 ,aborder le dbat dans de telles conditions1 c'est s'exposer des complications dangereuses4 ,sir ,henry1 en tant que vieux parlementaire1 ne pouvait mconnatre la force de ces raisons2 mais en tant que sectaire1 il comprenait tout le danger auquel les retards l'exposaient1 lui et ses complices4 ,aux yeux de la dputation1 il ne pouvait agir qu'en homme politique expriment2 de sorte que1 chaque sance1 lorsque l'ordre du jour appelait la prise en considration de l'unique bill important1 le vieux chef criait3 ,stand6 --,pourtant1 dit sir ,henry ,montarval1 un aprs-midi qu'ils taient en confrence secrte1 il faut en finir4 ,malaise ou pas de malaise parmi la dputation1 nous commencerons la discussion demain pour la mener aussi rondement que possible1 jusqu' ce que le bill ait subi sa troisime lecture4 ,avez-vous des nouvelles de ,montral8 --,oui1 rpondit ,montarval1 j'ai des nouvelles elles sont mauvaises4 ,comme vous le savez1 aussitt que possible aprs le dsastre1 j'ai corrompu un des domestiques de l'archevch4 ,il tait sur le point de mettre la main sur les archives1 lorsqu'il s'est fait prendre4 ,naturellement1 il a t mis la porte4 ,je pourrais facilement faire supprimer l'archevque1 mais quoi bon8 ,cela ne nous remettrait pas en possession des archives2 et sa suppression1 mme si elle tait cause par une maladie que je pourrais lui faire contracter1 exciterait davantage les esprits4 a t une faute de tactique de supprimer ,ducoudray par le poignard4 ,l'imbcile que j'avais charg de la besogne a mal compris mes instructions4 ,je lui avais dit de le poignarder avant qu'il pt trahir4 ,aprs la trahison1 le poignard n'a fait qu'augmenter le mal4 ,nous avons tant d'autres manires de nous dbarrasser de nos tratres4 ,j'avais pris des mesures pour faire incendier l'archevch1 dans l'espoir de tout dtruire1 mais au moment de mettre le projet excution1 j'ai appris que le vieil vque avait t plus vif que moi3 il avait fait photographier toutes les principales pices6 l'heure qu'il est chaque vque du pays en a une copie4 ,il y a sans doute des copies places ailleurs4 --,vous expliquez-vous1 demanda sir ,henry1 le silence de l'archevque de ,montral8 --,je ne suis pas fix sur ce point1 rpondit ,montarval4 ,peut-tre n'attend-il que pour frapper un grand coup avec tous ses collgues4 ,je sais qu'il y a un va-et-vient continuel entre les vchs depuis quelques jours4 ,peut-tre aussi ai-je russi lui faire peur4444 --,qu'avez-vous donc fait8 --,j'ai eu recours un plan suprme4 ,de tous les coins du pays o nous avons un affid ou un instrument je lui ai fait adresser des lettres anonymes lui disant que s'il rvle les secrets lui confis par ,ducoudray1 ou s'en sert en aucune faon1 tous les prtres seront assassins dans les vingt-quatre heures4 ,je fais mme voyager plusieurs agents srs qui dposent de ces lettres aux bureaux de poste les plus reculs1 dans les endroits les plus invraisemblables o notre socit n'a pu prendre racine4 --,mais si quelqu'un allait vous dnoncer6 ,si quelqu'un refusait d'crire la lettre anonyme demande4 --,ce n'est pas cela6 ,je ne demande personne d'crire4 ,j'ai dit que je faisais adresser des lettres l'vque de tous les coins du pays c'est plutt expdier que j'aurais d dire4 ,en effet1 chaque lettre est crite1 cachete1 adresse et affranchie par moi-mme ou par un de mes deux secrtaires que vous connaissez1 mise dans une autre enveloppe et envoye un associ avec un mot lui disant de la jeter au bureau de poste4 ,c'est un service qu'on peut demander1 sans aucun danger1 au moins avanc de nos amis1 mme ceux d'entre eux qui ne souponnent seulement pas le vritable but de notre organisation1 qui n'y voient qu'une compagnie d'assurance4 --,voil une ide lumineuse1 un vrai trait de gnie1 s'cria sir ,henry1 la figure tout panouie4 ,que vous avez du talent6 --,c'est le seul espoir qui nous reste4 l'heure qu'il est la table de l'vque doit tre littralement couverte de ces lettres4 ,la mort de ,ducoudray est de nature lui faire croire que ce n'est pas une vaine menace et c'est l tout ce qu'il y a d'avantageux dans la suppression violente du tratre4 ,peut-tre en viendra-t-il la conclusion qu'il doit se taire4 ,j'ai eu bien soin de ne pas le menacer personnellement4 ,au contraire1 plusieurs des lettres disent formellement qu'on ne lui touchera pas1 qu'on le laissera vivre pour contempler les cadavres de ses prtres4 --,c'est peut-tre encore un trait de gnie1 fait sir ,henry1 mais moi1 votre place1 j'aurais certainement fait des menaces l'vque lui-mme6 --,c'est que vous1 ,marwood1 vous connaissez les hommes du monde4 ,moi1 je connais les adorateurs du ,christ notre ,ennemi4 ,il est toujours dangereux de leur fournir l'occasion de poser en martyrs4 ,on ne sait jamais quel excs d'immolation de soi-mme peut les porter le fanatisme que celui qu'ils adorent leur souffle4 ,si j'avais fait des menaces l'vque1 l'heure qu'il est1 sans aucun doute1 tout serait dvoil4 ,en menaant les prtres1 j'espre au moins le faire hsiter assez longtemps pour nous permettre de triompher ici1 au parlement4 ,une fois la loi vote1 quoi qu'il arrive ensuite1 nous aurons pour nous la force du fait accompli qui est toujours une puissance4 --,je vous accorde1 dit le premier ministre1 que votre plan est1 en effet1 merveilleux4 ,dcidment1 vous avez un talent hors ligne6 --,si ce plan ne russit pas1 rpliqua ,montarval1 j'avoue que je suis au bout de mes ressources2 c'est un dsastre sans nom qui nous est rserv4 ,en attendant que nous connaissions notre sort1 il faut1 de toute ncessit1 que nous htions l'adoption du projet de loi1 sans pourtant presser la chambre assez pour exciter les soupons4 99 99 99 99 99 ,presque en mme temps que se tenait cette conversation entre les deux conspirateurs1 ,lamirande et ,leverdier se promenaient ensemble dans une des grandes alles qui conduisent de la rue ,wellington l'htel du ,parlement4 ,c'tait vers la fin de fvrier et le temps tait beau1 presque doux4 ,le soleil couchant dorait et empourprait les petits nuages lanugineux qui flottaient paresseusement et l dans le ciel bleu4 ,il y avait dans l'air ce quelque chose d'indfinissable qui annonce que la saison rigoureuse touche sa fin1 ce quelque chose qui sent le printemps1 selon l'expression populaire4 ,les deux amis n'taient pas en harmonie avec le calme profond de la nature4 ,tous deux taient troubls1 inquiets1 proccups2 et le coeur de ,lamirande tait encore tout saignant1 tout meurtri4 ,la vertu chrtienne ne consiste pas dans l'insensibilit1 dans l'indiffrence1 dans le stocisme2 mais dans la souffrance vivement sentie et supporte avec patience et rsignation1 en union parfaite avec les souffrances de l',homme et de la ,mre des douleurs4 ,ils se promenaient donc tristement devant cet difice o se jouaient les destines de leur race4 ,en ce moment1 ils ne remarquaient pas les splendeurs du couchant1 la tideur de l'atmosphre4 --,est-il possible1 dit ,lamirande1 que nous nous soyons tromps ce point6 ,ce ne sont pourtant pas des papiers sans importance que ce pauvre ,ducoudray a remis l'archevque de ,montral4 ,il doit y avoir dans ces archives la preuve indiscutable que cette constitution est loeuvre directe des loges2 que nous sommes en face d'une conspiration vraiment infernale pour empcher la ,nouvelle-,france1 fille ane de l'glise en ,amrique1 de prendre son rang parmi les nations de la terre4 ,et cependant1 l'archevque de ,montral garde le silence6 ,je n'y comprends rien2 et si je n'avais une foi invincible dans la promesse de mon saint ,patron je serais tent de dsesprer6 --,voil deux fois depuis quelques jours1 que tu parles de promesse4 ,en apprenant la conversion et la mort tragique de ,ducoudray tu as dit3 ,voil la promesse qui s'accomplit6 ,qu'est-ce que cela signifie8 --,pardon1 mon ami1 le mot m'a chapp4 ,mme toi1 que j'aime comme un frre1 je ne puis dire davantage maintenant4 ,plus tard1 tu sauras tout4 ,et au souvenir de son dur sacrifice1 de sa bien-aime qu'il avait voue la mort par patriotisme1 ses yeux se remplirent de larmes et il ne put rprimer un sanglot4 --,pauvre ami2 que tu souffres6 murmura ,leverdier4 ,les deux compagnons continurent leur promenade quelque temps en silence4 --,l'absence de toute nouvelle de monseigneur1 reprit enfin ,leverdier1 est1 en effet1 extraordinaire et dcourageante4 ,comme toi1 je suis fermement convaincu que les documents remis l'vque doivent contenir des armes qui1 mises entre nos mains en temps opportun1 nous permettraient peut-tre de sauver la position1 si compromise qu'elle soit4 ,pourtant1 l'archevque de ,montral ne doit pas agir sans motifs srieux4 --,j'en suis intimement persuad1 moi aussi4 ,il finira sans doute par rpondre la lettre que je lui ai crite le lendemain de son tmoignage4 ,dans cette lettre1 comme tu le sais1 je lui demandais si dans les papiers reus de ,ducoudray1 il n'avait rien trouv qui pt nous tre de quelque secours4 ce moment1 un des jeunes pages de la ,chambre s'approche des deux amis et remet un pli cachet ,lamirande4 ,en l'ouvrant1 celui-ci reconnat immdiatement l'criture3 c'est un tlgramme1 ou plutt une lettre crite par tlgraphe de la main mme de l'archevque de ,montral4 --,comme toujours1 dit ,lamirande1 c'est en parlant du soleil qu'on en voit les rayons4 ,voici prcisment la rponse ma lettre4 ,puis il lut ce qui suit3 ,archevch de ,montral1 le #bg fvrier #aidf1 cinq heures du soir4 ,mon cher ,m4 ,lamirande4 ,si cela vous est possible1 venez me voir aujourd'hui4 ,plusieurs de mes vnrs collgues sont ici1 et tous ensemble nous voulons vous faire une grave et importante communication qui ne peut se transmettre par crit4 ,en attendant le plaisir de vous rencontrer1 veuillez me croire votre tout dvou serviteur en ,notre-,seigneur4--symbole oble ,j4-,c41 archevque de ,montral4 --,enfin1 s'cria ,lamirande1 voil une nouvelle qui a bonne mine6 ,si monseigneur n'avait rien trouv d'important pour nous dans les papiers de la secte1 il ne me ferait pas descendre ,montral pour me le dire1 c'est vident4 ,puisqu'il me mande auprs de lui1 c'est sans aucun doute1 pour me remettre les pices de la main la main4 --,esprons que tu ne te trompes pas1 fait ,leverdier4 --,comment1 me tromper6 ,en doutes-tu8 --,j'ai peur que la solution ne soit pas aussi facile que tu le penses4 ,je ne puis pas croire que les hommes nfastes auxquels nous avons affaire soient dj bout de ressources4 ,je redoute quelque machination infernale4 ,je ne puis rien prciser1 mais il me semble que la secte diabolique n'est pas encore vaincue4 ,montarval et sir ,henry ont-ils l'air atterr que nous croyions leur trouver au lendemain de la mort de ,ducoudray8 --,je dois avouer1 en effet1 que ,montarval1 au moins1 s'il prouve quelque crainte1 n'en laisse rien paratre sur sa figure1 toujours hautaine et impassible4 ,sir ,henry me semble plus mal l'aise qu' l'ordinaire444 ,enfin1 nous saurons bientt quoi nous en tenir4 ,un train rapide part six heures4 ,j'ai le temps de le prendre4 ,avant huit heures je serai l'archevch1 et ce soir mme1 sans doute1 je pourrai te faire connatre le rsultat de mon entrevue4 ,puis1 les deux amis se sparent4 ,bientt aprs le train1 mu par le puissant courant lectrique que les rails mmes communiquent aux roues1 courant produit par la force de la mare de ,qubec1 emporte ,lamirande vers la grande cit une vitesse de plus de quatre-vingts milles l'heure4 ,mais cette vitesse paraissaient une lenteur l'impatient dput qui aurait voulu1 en ce moment1 que son corps pt se transporter avec la rapidit de la pense4 ,il ne partageait pas les vagues apprhensions de son ami4 ,plus il pensait aux graves vnements des derniers jours1 plus il tait convaincu que le dnouement tait proche1 un dnouement favorable ses patriotiques esprances4 ,l'archevque avait trouv la preuve d'une conspiration maonnique contre la province1 il avait runi ses collgues1 ils avaient prpar une lettre collective1 avec pices l'appui2 cette lettre allait lui tre communique2 et1 ainsi arm1 il vaincrait l'esprit de parti2 le patriotisme l'emporterait enfin1 les dputs repousseraient le nfaste projet du gouvernement et la ,nouvelle ,france natrait sur les ruines de la secte antichrtienne4 ,tel tait le riant tableau qui rjouissait son coeur1 qui absorbait toute son attention1 qui le rendait insensible aux objets extrieurs1 au mouvement vertigineux du train1 au tournoiement des champs et des bois4 ,aucune pense d'ambition1 mme lgitime1 ne ternissait la beaut de ce tableau4 ,si1 jadis1 dans ses rves d'avenir1 il n'avait pas pu toujours loigner de son esprit la pense qu'il serait peut-tre un jour le chef de cette nation qui allait enfin se constituer libre de toute entrave2 s'il avait parfois mme dsir ce poste afin d'y travailler la gloire de ,dieu et au bonheur de son pays2 la grande douleur par laquelle il venait de passer avait purifi davantage cette me dj si noble si dsintresse4 ,ses aspirations politiques ne renfermaient plus aucun lment d'avancement personnel4 ,quand la grande victoire serait remporte1 il ne chercherait qu' s'effacer1 qu' rentrer dans l'obscurit d'une vie modestement utile ses compatriotes4 ,le souvenir de sa douce ,marguerite1 l'affection de son enfant1 la conscience d'avoir fait un sacrifice immense pour l'amour de son pays1 c'tait plus qu'il ne fallait pour remplir son coeur en ce monde4 ,il sentait qu'il pouvait1 non seulement sans envie1 mais avec bonheur1 voir d'autres occuper le poste lev auquel1 dans le pass1 il se croyait appel4 ,il lui suffisait de penser que ce poste de chef de la ,nouvelle ,france libre n'aurait jamais pu exister s'il n'avait immol son plus grand amour humain4 ,car il voyait aussi clairement que si c'tait crit en toutes lettres devant lui1 que la conversion de ,ducoudray avait t accorde en rcompense de son sacrifice4 ,convaincu que cette grce tait la rponse du ciel son libre abandon de son bonheur1 il ne pouvait douter de l'efficacit du moyen que la ,providence adoptait pour oprer le salut du pays4 ,c'tait donc sans l'ombre d'une inquitude dans l'me qu'il se prsenta l'archevch4 ,il fut aussitt conduit au grand salon o l'archevque de ,montral1 entour de tous ses suffrageants et de plusieurs vques des deux autres provinces ecclsiastiques de ,qubec et d',ottawa1 attendait videmment sa visite4 ,le dput mit un genou en terre et demanda la bndiction du vnrable mtropolitain4 --,mon cher enfant1 dit le vieil vque1 dans une effusion de paternelle affection1 que le bon ,dieu vous bnisse et qu'il vous accorde la grce de supporter chrtiennement la grande preuve qui vous est rserve4 ces mots1 ,lamirande se sentit foudroy4 ,il se releva1 ple et chancelant4 ,la chambre tournait autour de lui comme une immense roue4 ,il dut s'appuyer sur le dossier d'un fauteuil pour ne pas tomber4 --,monseigneur1 s'cria-t-il enfin1 expliquez-vous1 je vous en prie6 ,est-ce possible que vous n'ayez rien trouv qui puisse nous aider djouer la conspiration infernale qui existe1 j'en suis convaincu8 ,tous les prlats s'taient levs et faisaient cercle autour de l'archevque de ,montral et du dput4 --,hlas6 rpondit le vieillard1 loin de n'avoir rien trouv1 j'ai trop trouv444 ,c'est pouvantable4 ,et un frmissement de douleur le secoua4 ,il tait aussi mu que ,lamirande4 ,celui-ci passa subitement de l'abattement la joie4 --,je comprends1 monseigneur1 dit-il1 que vous avez t pouvant1 car la lecture de ces pices vous avez d vous trouver en face de l'enfer4 ,mais plus la conspiration est clairement diabolique1 plus il sera facile de la faire chouer4 --,mon pauvre ami1 reprit l'vque1 vous ne pouvez pas deviner la vrit4 ,j'ai demand1 tout l'heure1 au bon ,dieu de vous accorder la grce de supporter1 en chrtien1 une grande preuve4 ,cette preuve1 la voici3 j'ai trouv dans les papiers que ,m4 ,ducoudray m'a remis tout ce que vous souponnez et probablement davantage2 mais je ne puis pas vous permettre de vous en servir6 --,pourquoi1 monseigneur8 s'cria ,lamirande vivement intrigu mais nullement dcourag4 --,venez voir1 dit l'vque en conduisant le dput vers une table charge de lettres4 --,voyez ces lettres1 continua-t-il2 lisez-en quelques-unes2444 prenez-les au hasard4 ,lamirande obit4 son tour il murmura3 ,c'est pouvantable6 --,il y en a cinq cent trente-sept comme les cinq que vous venez de lire1 reprit l'vque1 et elles disent toutes la mme terrible chose4 ,examinez-les4 ,elles viennent de toutes les parties du pays4 ,j'ai commenc en recevoir1 le jour mme de la mort de ,ducoudray1 de ,montral et des environs4 ,puis1 mesure videmment1 que la nouvelle se rpandait1 elles me venaient de partout4 ,j'en ai reu aujourd'hui du fond de la ,gaspsie et du lac ,abitibi4 ,les unes sont mal crites1 mal orthographies2 d'autres ne contiennent pas une faute de franais et l'criture indique l'habitude d'crire2 il y en a qui sont crites au mcanigraphe1 d'autres au crayon4 ,il n'y en a pas deux crites de la mme main ou sur la mme sorte de papier2 pas deux enveloppes pareilles2 rien1 enfin1 qui indique une mystification2 et ,dieu sait que mes vnrables collgues et moi avons cherch la preuve de cette mystification que nous souponnions fortement tout d'abord4 ,mais plus nous cherchions cette preuve1 plus nous trouvions la preuve du contraire4 ,enfin1 la conviction s'impose nous tous que ces lettres ont rellement t crites de partout4 --,oui1 monseigneur1 reprit vivement ,lamirande1 crites de partout1 sans doute1 mais en vertu d'un mot d'ordre parti de ,montral6 --,c'est possible1 cher monsieur2 je dirai mme que c'est certain4 ,mais songez-y bien1 et vous vous convaincrez comme nous que ce mot d'ordre que nous admettons ne fait qu'ajouter l'horreur de la situation1 loin de la diminuer4 ,nous avons l la preuve qu'il existe une organisation pouvantable qui a des ramifications dans toutes les parties du pays1 et qu'une seule main conduit1 qu'une seule tte dirige4 --,mais est-il possible de croire que notre pays soit possd ce point par le dmon6 --,hlas6 hlas6 nous en avons l la preuve1 rpliqua le prlat en indiquant de la main le monceau de lettres4 ,il y a huit jours1 un ange du ciel me l'aurait dit que je l'eusse peine cru4 ,il faut bien se rendre l'vidence de ces terribles lettres4 ,mon ,dieu6 mon ,dieu quelle dsolation6 ,et de grosses larmes coulaient sur les joues fltries du saint vque4 --,mais1 monseigneur1 croyez-vous1 vos vnrables collgues croient-ils1 que les auteurs de ces menaces osent les mettre excution8 ,croyez-vous rellement que si vous vous serviez des informations que vous avez reues vos prtres soient assassins8 --,ducoudray poignard en pleine rue ,sainte-,catherine1 pour ainsi dire sous les yeux de la police1 n'est-ce pas une rponse terriblement premptoire votre question8 ,lamirande ne put contester la force de cette rplique4 ,tous gardrent le silence pendant quelques instants4 --,si1 au moins1 ils m'avaient menac1 en mme temps que mes prtres1 reprit l'archevque1 ma dcision aurait t bientt prise1 avec la grce de ,dieu4 ,j'aurais pu dire mes collaborateurs3 ,voici un grand devoir accomplir2 cela nous cotera peut-tre la vie vous et moi2 accomplissons-le quand mme et que la volont de ,dieu soit faite6 ,mais voyez l'habilet infernale de ces malheureux6 ,pas une des lettres ne contient une menace contre moi personnellement2 au contraire1 beaucoup disent qu'on aura grand soin de ne pas me toucher afin que1 voyant mourir mes prtres et ceux des autres diocses1 les uns aprs les autres1 je puisse voir toute l'tendue du dsastre que j'aurai caus4444 --,mais1 ne voyez-vous pas1 monseigneur1 s'cria ,lamirande avec l'nergie d'un homme qui se sent submerg par des flots et qui se cramponne au moindre objet1 ne voyez-vous pas que cette unanimit dans les menaces indique clairement que tout cela est sorti d'une seule et mme tte8 --,oui1 rpond tristement l'vque1 d'une seule tte1 sans doute1 mais d'une tte qui dirige mille bras6 --,il n'est pas possible1 s'exclama le dput1 il n'est pas possible que dans cette province il y ait mille assassins comme celui qui a frapp ,ducoudray1 ou cinq cents1 ou cent1 ou cinquante1 ou mme vingt-cinq6 --,vous admettrez au moins1 cher monsieur1 qu'il y en a trois1 puisque trois ont poursuivi ce pauvre ,ducoudray4 ,un seul l'a frapp1 c'est vrai1 mais vous ne doutez pas1 je suppose1 que les deux autres fussent galement dcids le faire4 ,or que de sang ne pourraient rpandre trois assassins comme ces trois monstres1 un seul mme6 ,peut-tre ne pourraient-ils pas assassiner tous les prtres1 mails ils en tueraient un grand nombre2 et je ne puis pas en condamner un seul mourir pendant que moi je suis condamn vivre6 --,et le pays1 monseigneur1 est-ce que par votre silence vous ne le condamnez pas mort8 ,vous tes convaincu1 comme moi1 que si la constitution1 fruit de la conspiration tnbreuse que ,ducoudray vous a rvle1 nous est impose1 notre province est tout jamais livre1 pieds et poings lis1 la secte infernale4 ,elle sera sa victime1 elle sera sa proie4 ,dans quel misrable tat sera l'glise au bout de quelques annes si cette constitution maonnique est adopte8 ,dans quel tat sera la foi1 dans quel tat seront les moeurs de nos populations8 ,si la pense que vos rvlations peuvent tre la cause indirecte de la mort de quelques prtres vous pouvante bon droit1 songez1 monseigneur1 je vous en conjure1 songez que votre silence sera la cause plus directe de la perte ternelle de ,dieu sait combien d'mes6 ,le vieil vque pleurait4 --,ah6 murmura-t-il1 si je pouvais mourir moi-mme6 --,monseigneur1 reprit le dput1 l'excution du devoir exige parfois des sacrifices infiniment plus durs que la mort elle-mme qui1 pour nous chrtiens1 n'est1 aprs tout1 que le passage douloureux une vie meilleure4 --,si j'exposais mes prtres la mort pendant que moi-mme je suis en sret1 je me rendrais odieux tout jamais1 odieux moi-mme4444 --,c'est pourquoi je disais tout l'heure que la 11dort n'est pas toujours le plus grand sacrifice que ,dieu puisse nous demander4 ,se rendre odieux soi-mme et aux autres1 c'est mille fois plus terrible que mourir1 pour un homme de coeur4444 ,mais si le devoir est l1 monseigneur6 --,si j'avais la certitude que je ne me rendrais pas odieux au ciel1 en mme temps2 si j'tais certain que mon devoir est l o vous le voyez2 si j'avais au moins lieu d'esprer que mes rvlations nous dlivreraient du joug maonnique qui nous menace6 ,mais je n'ai aucun tel espoir4 ,j'ai song tout ce que vous dites1 mon cher monsieur2 j'ai examin la situation avec mes collgues4 ,nous avons compt les dputs4 ,en supposant que mes rvlations dussent tourner contre le ministre tous ses partisans catholiques1 il lui resterait encore une majorit1 faible sans doute1 mais enfin suffisante pour voter la loi4 ,avez-vous pens cela1 mon cher monsieur8 ,avez-vous fait ce calcul8 ,lamirande n'avait pas pens cela1 il n'avait pas fait ce calcul4 ,il resta un moment interdit4 --,mais ces rvlations1 reprit-il bientt1 ne pourraient manquer de dtacher de la politique ministrielle un certain nombre de dputs qui ne sont pas catholiques2 mon ami ,vaughan1 par exemple1 et son groupe4 --,vous le croyez1 sans doute2 vous l'esprez1 du moins2 mais vous ne pouvez pas en tre moralement certain4 ,tandis que nous sommes moralement certains du contraire2 car nous savons par la doctrine1 et par une longue exprience qui confirme la doctrine1 que la vraie foi est la base ncessaire de tout vritable bien4 ,l o la foi existe il y a un fondement solide4 ,cette foi1 comme le roc1 peut-tre cache par la terre1 par les flots1 par la fange1 mais vous pouvez l'atteindre et y asseoir votre difice4 ,btir l o il n'y a pas de foi1 c'est sur le sable4 ,nous pouvons raisonnablement compter sur tous les dputs catholiques1 parce que tous sont censs avoir la foi4 ,mais il ne nous est pas permis de compter sur les dputs qui n'ont pas la foi catholique1 pas mme sur ceux d'entre eux qui ont l'me naturellement honnte4 ,de sorte que1 mon cher ami1 voyez dans quelle position je me trouve3 j'ai la certitude morale1 premirement1 que si je parle j'expose mes prtres la mort2 deuximement1 que ce sera sans utilit pour le pays4 ,lamirande garda le silence1 cherchant une issue cette terrible impasse4 ,l'vque reprit3 --,il y a une seule chose que je puisse et doive faire4 ,vous avez t horriblement calomni par ,ducoudray qui a lanc contre vous l'atroce accusation d'avoir voulu vous vendre au gouvernement4 ,le malheureux ne m'a laiss aucun document ce sujet1 mais il m'a suppli de dire au public que c'est l une pure invention1 que c'est le contraire qui est vrai2 que vous avez t tent par sir ,henry et que vous avez noblement repouss la tentation4 ,l le devoir pour moi est certain4 ,du reste1 comme c'est un simple incident qui ne tient pas au fond des rvlations que ,ducoudray m'a faites1 j'espre que les assassins ne mettront pas leurs menaces excution pour si peu4 --,certes1 rpondit ,lamirande1 cette calomnie m'a vivement bless2 et elle a fait un grand tort la cause que je dfends4 ,sans elle1 le rsultat des lections aurait peut-tre t tout autre4 ,mais1 aujourd'hui1 ma rhabilitation personnelle est une chose bien secondaire4 ,ce n'est pas cela qui pourrait changer un seul vote au parlement4 ,et peut-tre l'auteur des menaces jugerait-il cette rvlation autrement que vous le jugez2 peut-tre frapperait-il4 ,je vous en prie1 monseigneur1 n'en dites rien4 ,je ne veux exposer personne mme un danger incertain pour l'amour de ma rputation1 surtout dans un moment o cette rputation n'importe plus aucunement l'intrt public4 --,vous avez un noble coeur1 dit l'vque trs mu4 ,un long et pnible silence suivit4 ,quelque chose disait ,lamirande que c'tait lui qui avait raison1 et cependant il ne trouvait rien de premptoire rpondre au raisonnement de son vnrable contradicteur4 --,votre rsolution1 monseigneur1 est donc inbranlable8 demanda-t-il enfin4 --,oui1 mon enfant1 dit affectueusement l'vque4 ,c'est mon devoir1 devoir affreusement pnible1 car je ne me fais aucune illusion sur le sort qui nous est rserv4 ,dieu m'est tmoin que s'il s'agissait de ma propre vie je la sacrifierais volontiers pour tenter seulement de sauver le pays1 mme sans espoir de succs4 ,mais c'est une terrible chose que de sacrifier la vie de ceux qui nous sont chers4 --,c'est1 en effet1 une chose terrible1 murmura le dput comme parlant lui-mme2 cependant1 avec la grce de ,dieu1 mme cela se peut4 --,le pourriez-vous1 monsieur ,lamirande8 --,je puis dire que je le pourrais1 monseigneur1 puisque je l'ai dj fait6 --,comment6 vous l'avez fait6 ,que voulez-vous dire8444 ,alors1 touffant d'motion1 la voix entrecoupe de sanglots1 il raconta aux vques1 en toute humilit1 son grand sacrifice4 ,tous mlrent leurs larmes aux siennes4 ,les uns aprs les autres1 ils vinrent l'embrasser1 sans pouvoir dire un mot4 --,ce que j'ai fait1 messeigneurs1 dit-il1 ne pouvez-vous pas le faire8 ,ma femme est morte parce que je l'ai voulu1 et cependant je vis4 --,la position n'est pas la mme1 mon enfant1 dit l'archevque4 ,votre noble femme avait consenti mourir4444 ,soudain1 ces mots1 le visage de ,lamirande s'illumina d'une clart cleste4 ,il avait trouv l'issue qu'il cherchait4 ,il se jeta genoux4 --,merci de cette parole1 monseigneur2 j'y vois le salut du pays4 ,donnez-moi votre bndiction1 je pars4 ,se relevant vivement1 il salua l'auguste assemble et s'en alla1 laissant les vques dans l'tonnement4 ,chapitre ,,xxii ,bonus pastor animam suam fat pro ovibus suis4 ,le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis4 ,joan4 ,x1 ,,ii4 ,un train partait pour ,ottawa dix heures et un quart4 ,lamirande eut juste le temps d'y monter4 minuit il tait de retour la capitale4 ,leverdier1 ne l'attendant pas avant le matin1 s'tait couch4 ,lamirande n'hsita pas rveiller son ami4 ,il lui communiqua tout ce qui s'tait pass1 moins l'incident de la fin de l'entrevue4 ce propos1 il se contenta de dire3 --,pour couper court mon histoire1 j'ai compris qu'il n'y a qu'une chose faire pour dcider l'archevque rvler les secrets qu'il possde1 c'est de faire en sorte que les membres du clerg lui disent unanimement3 ,monseigneur1 parlez1 nous acceptons les consquences de cette rvlation1 quelque terribles qu'elles puissent tre pour nous4 ,or j'ai assez de confiance dans le patriotisme du clerg pour croire que si la position lui est clairement expose il n'aura qu'une voix pour tenir ce noble langage4 --,je partage ta confiance1 rpondit simplement le journaliste4 -- loeuvre donc1 sans plus de retard ,les deux amis se mirent aussitt rdiger une lettre circulaire4 ,au bout d'une heure ils avaient fini leur tche4 ,la pice se lisait comme suit3 ,chambre des communes1 ,ottawa1 le #bh fvrier #aidf4 ,monsieur l'abb1 ,vous connaissez1 sans doute1 la conversion de ,charles ,ducoudray1 sa fin non moins tragique que chrtienne2 vous avez lu les tmoignages que ,mgr l'archevque de ,montral et le ,r4,p4 ,grandmont ont rendus l'enqute du coroner2 vous savez que ,ducoudray a t assassin pour avoir communiqu l'autorit religieuse les secrets de la socit occulte laquelle il appartenait4 ,les journaux ont longuement parl de tous ces incidents extraordinaires4 ,mais l s'arrtent les renseignements que possde le public4 ,jusqu'ici on se perd en conjectures sur la nature des secrets que l'hroque converti a rvls ,mgr de ,montral4 ,depuis longtemps1 ceux qui sont mls aux affaires politiques souponnent l'existence en ce pays d'une organisation tnbreuse et vraiment satanique qui travaille1 dans l'ombre1 mais avec une terrible efficacit1 la ruine de notre chre province4 ,les efforts surhumains que l'on fait pour rprimer les lans du patriotisme des ntres et pour empcher le ,canada franais de devenir une nation autonome au moment mme o la divine ,providence rend la ralisation de ce projet facile2 cette constitution habilement et perfidement rdige que l'on veut nous imposer2 tout cela indique clairement1 ce me semble1 une conspiration antireligieuse et antifranaise ourdie par les loges4 ,c'est sous l'empire de cette conviction que1 le lendemain de la mort de ,ducoudray1 j'ai crit ,mgr l'archevque de ,montral pour lui demander s'il n'aurait pas trouv1 dans les papiers de la secte1 la preuve de cette conspiration4 ,pendant dix jours1 ,mgr a gard le silence4 ,enfin1 hier soir1 il m'a mand auprs de lui4 ,je m'y suis rendu1 rempli de joie et de confiance1 comptant avoir bientt des armes assez fortes pour nous permettre de remporter une victoire dcisive sur la secte4 ,imaginez ma douleur en entendant ,mgr me dire que j'tais condamn une immense dception4 ,n'avez-vous rien trouv dans les papiers de ,ducoudray8 lui dis-je4 ,au contraire1 me rpondit ,mgr1 j'ai trop trouv4 ,puis il me montra une table couverte de lettres anonymes1 venues de tous les coins du pays1 qui menacent de mort tous les prtres si l'vque rvle les secrets livrs par ,ducoudray ou s'en sert en aucune faon4 ,je n'ai pu examiner toutes les lettres moi-mme1 mais ,mgr m'assure qu'il les a tudies1 avec ses collgues de l'piscopat1 et qu'il n'a rien trouv qui puisse faire croire une simple mystification2 et le meurtre de ,ducoudray ne permet pas de dire que ce sont l de vaines menaces4 ,si la rdaction de ces lettres1 au nombre de plus de cinq cents1 est varie l'infini1 le fond de toutes est le mme3 on menace les prtres1 mais on a grand soin de dire qu'on ne touchera pas l'vque4 ,je n'ai pas besoin d'insister sur l'habilit infernale de ce procd qui met l'vque dans l'impossibilit morale d'agir4 ,ah6 si on l'avait menac seul1 ou mme si on l'avait menac en mme temps que ses prtres1 sa dcision et t bientt prise4 ,mais comment se dcider exposer d'autres une mort cruelle pendant que lui-mme est en sret8 ,mgr de ,montral ne le peut pas4 ,l'uniformit dans les menaces indique clairement qu'une seule tte les a dictes1 si plusieurs mains les ont crites2 mais cela n'amliore pas la position1 loin de l2 car une seule tte qui commande tant de bras meurtriers pouvante ,mgr1 et avec raison4 ,une organisation qui peut frapper impunment un homme en pleine ville de ,montral peut commettre bien d'autres crimes analogues1 il n'y a pas se le cacher4 ,pour vous exposer la position dans toute son intgrit1 je dois ajouter qu'une autre raison fait hsiter ,mgr rvler les secrets qu'il possde2 c'est qu'il est convaincu que ce serait inutile4 ,suppos1 dit-il1 que ces rvlations sur le caractre maonnique du projet de loi actuellement devant la ,chambre engagent tous les dputs catholiques le repousser1 il n'en resterait pas moins une majorit1 faible si vous voulez1 mais enfin une majorit en faveur de la politique du gouvernement4 cela je ne puis gure rien rpondre1 car les chiffres donnent certainement raison ,mgr4 ,j'espre seulement que de telles rvlations inspireraient assez d'horreur un certain nombre de dputs ministriels non catholiques pour nous donner la majorit4 ,mgr ne partage pas cet espoir2 du moins1 il le trouve trop faible pour se croire autoris exposer la vie de ses prtres4 ,s'il s'agissait de sa propre vie je suis bien convaincu qu'il n'hsiterait pas un seul instant exposer les machinations de la secte1 quand mme il aurait la conviction que cela n'entranerait pas le rejet du projet de loi2 car il se dirait3 ,fais ce que dois1 arrive que pourra4 ,voil1 monsieur l'abb1 la situation dans toute son horreur4 ,je croirais faire injure votre intelligence1 votre dvouement et votre patriotisme en ajoutant ce simple expos des faits le moindre commentaire ou en formulant la moindre demande4 ,veuillez agrer1 monsieur l'abb1 mes hommages les plus sincres1 ,joseph ,lamirande1 dput4 ,toute la nuit les deux amis travaillrent faire des copies de cette lettre et les adresser tous les prtres de la province1 tant du clerg rgulier que du clerg sculier4 neuf heures du matin tout tait prt4 ,ils taient presque morts de fatigue et tombaient de sommeil4 --,allons1 dit ,lamirande1 dposer ces lettres au bureau de poste avant de prendre un peu de repos4 ,plus tt elles partiront1 mieux ce sera4 --,tu songes les dposer la poste ici1 ,ottawa8 fit ,leverdier4 --,pourquoi pas8 --,mais parce que ,montarval1 qui doit avoir des affids partout1 surtout au bureau de la poste1 les ferait supprimer1 tout simplement4 ,je suis parfaitement convaincu que si nous les confions la poste ici1 pas une de ces lettres n'arrivera destination4 --,tu as peut-tre raison1 je n'avais pas song cela4 ,les dposer ,hull ou quelqu'autre ville des environs ne serait pas mieux4 ,s'il surveille le service postal ,ottawa il doit le surveiller galement ,montral1 mme ,qubec4 ,que faire8 --,j'ai une ide6 s'cria le journaliste4 ,il n'est pas probable que le bureau de ,toronto soit surveill4 ,j'irai les dposer l4 ,ce sera porter la guerre en ,afrique6 --,ton ide a du bon1 mais elle n'est bonne qu' demi2 car ,montarval doit nous surveiller encore plus que les agents de poste4 ,on lui rend compte de chaque pas que nous faisons1 j'en suis convaincu4 ,tu connais le fameux ,duthier1 l'ancien domestique de sir ,henry1 devenu l'un des huissiers de la ,chambre4 ,eh bien6 cet individu tait sur le train1 hier soir1 lorsque je suis descendu ,montral2 il tait encore sur le train qui ,m'a ramen ,ottawa la nuit dernire4 ,il me filait1 je n'en ai aucun doute4 ,si tu allais ,toronto il serait sur tes trousses4 ,je crois avoir trouv la solution de la difficult4 ,il faut que ,vaughan porte ces lettres ,toronto1 ,il peut s'y rendre sans exciter de soupons4 ,allons le trouver4 ,dix minutes plus tard les deux amis taient rendus chez le jeune ,anglais qui se prparait sortir4 --,vaughan1 dit ,lamirande1 veux-tu me rendre un service1 sans me questionner8 --,oui1 certainement1 si ce que tu demandes est praticable4 --,oh6 c'est facile4 ,je te demande de bien vouloir prendre le train dix heures et demie pour ,toronto4444 --,c'est prcisment ce que je me proposais4 ,quelle commission peux-tu bien avoir faire ,toronto8 --,je te demande de dposer au bureau de poste de ,toronto quelques centaines de lettres1 voil tout4 --,pourquoi ne les dposes-tu pas ici8 --,tu ne devais pas faire de questions6 --,en effet6 ,mais o sont tes lettres8 ,c'est encore une question4 ,celle-l est permise1 sans doute6 --,elles sont chez ,leverdier4 ,pardonne-moi si je fais le mystrieux4 ,tu connatras tout plus tard4 ,pour le moment je puis te dire seulement que j'ai de graves raisons de croire que si je dposais ces lettres1 ici ,ottawa1 elles ne se rendraient pas destination4 --,cela me suffit4 ,sans doute je brle d'envie de savoir quel roman se cache l-dessous1 mais je suis assez raisonnable pour attendre l'explication promise4 --,merci1 mon cher ami1 dit ,lamirande4 --,allons1 fit ,vaughan6 c'est presque l'heure du train4 ,et prenant un tout petit sac de voyage1 il se dirigea vers la porte4 --,n'as-tu pas une valise plus forte8 lui demanda ,lamirande4 ,nous ne pourrons pas mettre le quart des lettres dans cette petite machine-l444 ,pourtant1 continua-t-il1 j'ai une autre ide4 ,le sac que tu as l va faire4 ,allons4 ,ils sortent4 ,dans la rue1 tout prs de la maison o demeure le jeune ,anglais1 ils croisent l'huissier ,duthier4 --,as-tu vu l'individu8 dit ,lamirande tout bas ,leverdier4 ,il nous suit la piste4 ,rendus leur pension1 ,lamirande et ,leverdier mirent les lettres dans une valise que ,leverdier emporta4 ,lamirande en prit une autre qui tait vide4 --,qu'est-ce que tu veux faire avec cela8 lui demanda son compagnon4 --,mystifier l'espion ,duthier4 ,il est permis de se distraire un peu4 ,aprs les fatigues et les motions des dix-huit dernires heures1 j'ai besoin de dlassement4 ,vaughan les attendait dans la rue4 ,en voyant arriver ses deux amis1 chacun une valise la main1 il poussa une exclamation de surprise4 ,lamirande lui fit signe de ne pas parler fort4 ,duthier stationnait de l'autre ct de la rue devant un magasin1 absorb dans la contemplation d'un bel talage de cravates4 --,en avez-vous assez pour remplir deux valises8 demanda l'anglais mi-voix4 ,et comme ,lamirande1 au lieu de rpondre1 se mit sourire1 il reprit3 --,en effet1 j'oublie toujours que je ne dois pas faire de questions4 --,celle-l encore est une question permise1 dit ,lamirande4 ,dans la malle que j'emporte il n'y a rien du tout4 ,c'est uniquement pour me prouver moi-mme et ,leverdier que nous ne t'imposons pas une corve inutile4 --,la corve n'est rien2 c'est le mystre qui l'entoure que je voudrais comprendre4 ,ce que tu viens de me dire est un pur logogriphe4 --,tu en auras l'explication dans le prochain numro4 --,pourvu qu'il ne se fasse pas trop attendre6 ,en causant ainsi les trois dputs arrivrent au chemin de fer4 ,le timbre de la gare venait de sonner cinq coups4 --,juste temps1 dit ,vaughan4 ,au revoir6 --,nous t'accompagnons1 dit ,lamirande4 ,les deux amis montrent en voiture avec le jeune ,anglais et s'installrent ct de lui comme des gens qui se mettent en voyage4 ,vaughan tait vivement intrigu1 mais il avait rsolu de ne plus faire de questions4 ,un instant aprs ,duthier entra et prit un sige auprs des trois amis1 dploya un journal et se mit lire les nouvelles du jour avec un intrt marqu4 --,tiens-toi prt1 dit tout bas ,lamirande ,leverdier4 peine avait-il donn cet avertissement que le timbre de la gare sonna deux coups et le chef du train fit entendre le traditionnel3 ,all aboard6 ,le convoi s'branla4 ,alors ,lamirande saisissant la valise vide qu'il avait place dans le filet avec l'autre et disant rapidement ,au revoir6 ,vaughan de plus en plus intrigu1 s'lana hors du train1 suivi de ,leverdier4 ,ils purent sauter sur le quai de la gare sans difficult4 ,duthier1 qui ne s'attendait aucunement ce mange1 et qui tait rellement plus ou moins occup lire1 ne s'aperut du dpart de ceux qu'il avait mission de suivre que lorsqu'ils taient sur la plate-forme de la voiture4 son tour il quitta prcipitamment son sige et courut vers la porte4 ,par malheur1 ce moment1 une femme de proportions normes1 tenant un enfant et des paquets en nombre indfini1 s'avisa de quitter son sige1 o le soleil l'incommodait4 ,elle bloquait le chemin4 --,laissez-moi passer1 madame1 hurla ,duthier furieux4 ,la pauvre femme ahurie se rangea de son mieux1 et l'huissier passa en faisant rouler par terre une bote chapeau et un sac de biscuits4 ,le retard n'avait pas t considrable4 ,toutefois1 le train avait acquis une certaine vitesse4 ,rendu sur le marche-pied1 l'infortun ,duthier hsita un instant2 mais la vue de ,lamirande et de ,leverdier qui stationnaient sur le quai de la gare que le train avait dj dpass1 le dcida4 ,il sauta4 ,mais videmment il n'excellait pas sauter d'un train en mouvement4 ,il excuta une pirouette superbe et alla rouler dans le sable qui bordait la voie4 ,se relevant de fort mauvaise humeur1 il constata qu'il n'avait d'autre mal qu'un habit et un pantalon endommags4 ,il aurait voulu passer ailleurs que par la gare o plusieurs flneurs avaient t tmoins de sa msaventure2 mais se souvenant que s'il avait risqu ses membres1 c'tait pour ne pas perdre de vue ,lamirande1 il fit de ncessit vertu1 et1 s'poussetant tant bien que mal1 il se dirigea vers la station4 ,des sourires mal dissimuls l'accueillirent1 et1 ,lamirande1 allant sa rencontre1 lui glissa1 en passant1 ces quelques mots3 ,au moins1 faites-vous payer comme il faut6 ,pendant ce temps1 le train emportait ,vaughan toute vitesse vers ,toronto4 ,le jeune dput se perdait en conjectures sur ce qui venait de se passer4 ,lamirande lui avait donn la clef de la valise reste dans le filet4 ,il descendit la malle1 l'ouvrit1 et constata que les lettres dont elle tait remplie taient toutes adresses des prtres4 ,mais il tait loin de se douter que des rponses que ces lettres provoqueraient dpendaient les destines de tout un peuple4 ,chapitre ,,xxiii ,noli verbosus esse in multitudine presbyterorum4 ,ne vous rpandez point en de grands discours dans l'assemble des anciens4 ,eccl4 ,,viii1 #ae4 ,le mme jour1 l'ouverture de la sance de la ,chambre1 les tribunes taient bondes de spectateurs2 car la nouvelle s'tait rpandue qu'enfin le gouvernement allait ouvrir le feu en proposant la premire lecture du bill intitul3 ,acte pour pourvoir l'tablissement et au gouvernement de la ,rpublique du ,canada4 ,l'attente gnrale ne fut pas trompe4 trois heures et quelques minutes1 lorsque la ,chambre eut dispos des ptitions1 des rapports et des motions1 ,sir ,henry se leva4 ,les applaudissements clatrent parmi les dputs ministriels4 ,les dputs anglais taient enthousiastes4 ,du ct des ,canadiens franais on pouvait remarquer une certaine rserve1 et mme une ombre d'inquitude4 ,le discours du premier ministre1 trs spcieux1 trs littraire1 s'levant parfois jusqu' l'loquence1 augmenta l'enthousiasme des uns et parut rassurer les autres4 ,sir ,henry fit l'histoire des vnements politiques des dernires annes4 ,le ,canada1 dit-il1 est un pays exceptionnellement heureux1 puisqu'il acquiert son autonomie1 sa complte indpendance1 sans bouleversements1 sans heurt1 sans rvolution1 sans effusion de sang4 ,comme un beau fruit mr1 il se dtache naturellement1 sans secousse1 sans violence1 de l'arbre qui l'a produit4 ,n'allons pas gter loeuvre admirable de cette force qu'on nomme l',etre suprme qui a dispos toutes choses de faon nous permettre de fonder une grande nation1 s'tendant d'un ocan l'autre1 occupant la moiti d'un immense continent4 ,des esprits troits et chagrins voudraient dtruire cette belle oeuvre1 voudraient morceler ce vaste empire1 voudraient dsunir ce grand peuple1 sous prtexte qu'il existe parmi nous des diffrences de langues et de religions4 ,ces diffrences de langues et de religions constituent un argument en faveur plutt de l'union que de la sparation1 car elles donneront l'ensemble une agrable varit dans l'unit2 elles creront une saine mulation parmi les divers lments qui composent notre peuple2 et elles permettront l'exercice de cette grande vertu civique qui est essentielle la prosprit des nations3 la tolrance4 ,le premier projet que le gouvernement a eu l'honneur de soumettre la ,chambre a t mal compris4 ,on a insinu1 sans oser le dire formellement1 surtout sans pouvoir le prouver1 que ce projet tait le fruit de je ne sais quelle noire conspiration contre la religion et la langue d'une partie des habitants de ce pays4 ,on a parl vaguement de socits secrtes1 de loges maonniques ou autres1 complotant dans l'ombre la ruine de certaines ides1 de certaines institutions4 ,on a prtendu trouver les traces de ce travail occulte dans la rdaction mme du projet4 ,c'est une vraie douleur de constater que des notions aussi vieillies trouvent encore des dfenseurs au milieu de ce vingtime sicle4 ,il est incontestable que ces appels aux prjugs religieux et nationaux d'un tiers de la population ont produit d'abord un certain moi4 ,mme l'un de nos collgues a cru devoir nous abandonner pour obir au mouvement qui s'tait cr4 ,mais le calme et la rflexion ont opr des prodiges4 ,tous1 ou peu prs1 sont aujourd'hui d'accord pour dire qu'on avait vu un grand pril l o se trouve en ralit le salut4 ,le silence de ceux qui sont particulirement chargs de la sauvegarde des intrts religieux des catholiques doit tre une preuve1 mme pour les plus timides et les plus souponneux1 que la constitution soumise la ratification de la ,chambre n'est hostile aucune croyance religieuse4 ,c'est une oeuvre purement politique qui ne menace la religion ou la nationalit de personne1 et l'on doit la juger d'aprs les sains principes politiques1 non d'aprs des prjugs de race et de religion ou des craintes puriles et chimriques4 ,pendant plus d'une heure sir ,henry continua sur ce ton cauteleux et perfide4 ,lawrence ,houghton lui rpondit4 ,le chef de l'opposition anglaise dclara que1 selon la coutume parlementaire1 il ne demanderait pas la ,chambre de voter sur la premire lecture du bill qui n'est qu'une pure formalit4 ,mais1 dit-il1 je veux qu'il soit bien compris que nous1 mes amis et moi1 nous entendons combattre ce projet jusqu' la fin et par tous les moyens que les rglements de la ,chambre mettent notre disposition4 ,par suite d'un aveuglement que je ne puis comprendre et que je ne veux pas qualifier1 les dputs de la province de ,qubec1 part un petit nombre1 semblent vouloir accepter la constitution qu'on leur propose1 s'il faut juger de leurs intentions par les applaudissements qu'ils viennent de prodiguer l'honorable premier ministre4 ,je ne veux pas paratre plus canadien-franais que les reprsentants attitrs de la province de ,qubec ni plus catholique que ceux de mes collgues de la ,chambre qui professent le culte romain2 mais je ne puis m'empcher de voir et de dire que cette constitution1 qu'elle ait t labore au fond d'une loge ou dans le cabinet du premier ministre1 n'a qu'un seul but3 l'tranglement de l'lment franais et de la religion catholique4 ,on me dira peut-tre3 mais si les ,franais et les catholiques veulent se laisser trangler par le gouvernement central1 qu'est-ce que cela peut bien vous faire1 vous1 ,anglais et protestants8 ,sans doute1 nous n'avons ni la mission ni la prtention de protger les ,franais et les catholiques malgr eux2 mais nous savons que1 tt ou tard1 le ,canada franais et catholique s'apercevra de son erreur1 se rveillera de son trange sommeil1 secouera cet hypnotisme dans lequel on l'a plong4 ,il regrettera amrement alors son entre dans cette union qui n'est pas faite pour lui2 il voudra en sortir2 et il y aura des luttes longues1 puisantes1 dsastreuses1 aboutissant peut-tre la guerre civile4 ,voil ce que nous voyons clairement4 ,dans notre propre intrt1 comme dans celui du ,canada franais1 nous cherchons prvenir le dsastre que le gouvernement nous prpare par cette union d'lments qui ne sauraient vivre en paix s'ils ne sont indpendants les uns des autres4 ,le ,canada anglais et le ,canada franais pourront1 nous l'esprons1 s'accorder comme voisins1 unis par un simple trait douanier et postal2 jamais ils ne feront bon mnage si on tente de les lier l'un l'autre par ce projet de constitution qui n'est1 aprs tout1 qu'une union lgislative mal dguise4 ,entre les deux races qui habitent ce pays il y a trop de diffrences fondamentales pour pouvoir en faire une nation vritablement unie4 ,pour arriver l'unit1 il faudra1 ou la fusion pacifique des deux en une seule1 ou l'absorption galement pacifique de l'une par l'autre1 ou bien l'anantissement violent de l'une de ces races4 ,or les deux premires solutions sont manifestement impossibles4 ,il suffit d'tudier un peu l'histoire pour se convaincre que les peuples ne se fusionnent pas sans injustice1 sans violence1 sans conqute1 sans oppression4 ,on dit souvent que le peuple anglais est lui-mme le produit d'une fusion des ,anglo-,saxons avec les ,normands4 ,oui1 mais les ,normands avaient vaincu les ,saxons1 et qui nous dira jamais les haines1 les maldictions1 les amertumes1 les douleurs de toutes sortes qui ont prcd et accompagn cette fusion8 ,qui nous dira jamais tout ce que les ,anglo-,saxons ont souffert avant de former avec leurs vainqueurs un seul et mme peuple8 ,nous ne sommes pas disposs tenter une telle exprience4 ,ce pays est assez vaste pour contenir plusieurs peuples1 plusieurs nations4 ,la ,providence a group les ,franais d',amrique principalement dans la partie nord-est de ce continent4 ,c'est le berceau de leur race4 ,ils y sont en nombre suffisant1 aujourd'hui1 pour former une nation autonome4 ,qu'ils le fassent6 ,ils semblent en ce moment ne pas comprendre leurs destines nationales2 mais je l'ai dit1 ils sont vritablement hypnotiss4 ,cet ensorcellement ne peut durer longtemps4 ,nous ne voulons pas que1 lorsqu'ils sortiront de cet assoupissement contre nature1 lorsque le patriotisme reprendra chez eux ses droits1 il se trouvent au fond de la fosse qu'on creuse sous leurs pas4 ,nous ne le voulons pas1 je le rpte1 dans notre propre intrt1 autant1 plus mme1 que dans le leur4 ,ce discours si vrai1 si franc1 si lumineux cra une vive impression sur la ,chambre4 ,plus d'un dput franais se sentit tout honteux d'tre oblig d'avouer1 au fond de son coeur1 que cet ,anglais protestant venait de faire la rputation du ,canada franais une leon aussi terrible que bien mrite4 ,montarval se leva pour rpondre4 ,peu d'applaudissements4 ,malaise trange sur la ,chambre4 ,le ministre s'aperut qu'il faudrait peu de chose pour dterminer une vritable panique parmi les partisans franais du cabinet4 ,il lisait sur leur figures les doutes et les hsitations qui les tourmentaient4 ,en un instant1 il comprit quel remde il fallait appliquer la situation4 ,avant de commencer son discours1 il se pencha vers son collgue1 sir ,henry1 et lui dit quelques mots l'oreille4 ,le premier ministre parut surpris1 mais ,montarval lui fit un signe qui voulait dire3 ,c'est cela6 ,alors le chef du cabinet crivit un billet2 puis sortit dans le couloir derrire le sige du prsident4 ,duthier s'y trouvait4 ,sir ,henry lui fit un signe imperceptible pour tout autre4 ,l'huissier vint la rencontre du premier ministre1 mais sans paratre le voir4 ,au moment o les deux hommes se croisaient1 sir ,henry glissa dans la main de l'employ le billet qu'il avait crit4 ,deux minutes aprs1 ,duthier l'avait fait remettre par un page ,saint-,simon4 ,montarval se borna quelques observations assez vagues4 ,le but que nous poursuivons1 dit-il1 est le dveloppement de loeuvre de la ,confdration inaugure il y a prs de quatre-vingts ans2 c'est de rapprocher1 c'est de lier1 c'est de cimenter les lments pars sur toute la surface de ce qui fut l',amrique anglaise et qui sera l',amrique canadienne2 c'est de faire de tous ces lments une nation4 ,on a parl de fonder une ,nouvelle ,france4 ,ce serait un malheur national4 ,au lieu de rpubliques minuscules1 fondons un grand et beau pays4 ,sans doute1 ,csar a dit qu'il prfrait tre le premier dans un village que le second dans ,rome4 ,mais c'tait l le cri de l'gosme et de l'ambition1 ce n'tait pas l'expression d'un sentiment patriotique4 ,le vrai patriote s'inquite1 non du poste qu'il doit occuper dans la patrie1 mais du rang que la patrie doit atteindre parmi les nations4 ,pour moi1 j'aspire simplement tre citoyen d'un grand pays4 ,lorsque ,montarval eut termin son discours1 le prsident1 aprs avoir attendu quelques instants1 mit la question aux voix pour la forme4 ,avant qu'il ait le temps de dire3 ,carried6 ,adopt6 ,saint-,simon est debout4 --,monsieur le prsident1 s'crie-t-il de sa voix aigre1 ce projet de constitution est tellement odieux qu'il ne doit pas tre lu4 ,je propose donc qu'il ne soit pas lu une premire fois maintenant1 mais dans six mois4 --,il faut que l'honorable dput ait un secondeur1 dit le prsident4 --,par courtoisie1 dit ,montarval1 j'appuie la motion de l'honorable dput1 afin qu'il puisse constater1 ds prsent1 que la ,chambre n'est pas de son avis4 ,la proposition tant ainsi rgularise1 le dput du comt de ,qubec pronona un discours d'une extrme violence1 flagellant le gouvernement1 les ,anglais1 les protestants1 ayant grand soin1 toutefois1 de n'employer aucun argument solide pour combattre le projet ministriel4 ,c'tait une sortie furibonde contre tout ce qui n'tait pas canadien-franais et catholique4 ,aprs cette harangue chevele1 qui dura une demi-heure1 la politique du gouvernement n'avait pas reu une gratignure1 tandis que les plates injures l'adresse des ministres leur avaient ramen les sympathies de leurs partisans1 un instant branls4 ,la ,chambre ne dissimulait pas le dgot profond que ce discours lui avait caus4 --,monsieur le prsident1 fit ,lamirande1 aussitt que ,saint-,simon et repris son sige1 je n'ai seulement que deux mots dire3 un mot de remerciement et un mot de protestation4 ,du fond de mon coeur je remercie l'honorable chef de l'opposition de ses nobles paroles4 ,si la ,nouvelle ,france se rveille de sa lthargie temps pour conqurir sa libert qui lui chappe1 elle lui devra une dette d'ternelle reconnaissance2 elle lui rigera des statues sur le pidestal desquelles on lira cette inscription3 ,lawrence ,houghton1 homme d'tat anglais et protestant1 la patrie franaise et catholique reconnaissante4 ,et si elle ne se rveille pas2 si elle succombe sous l'treinte de ses ennemis1 l'histoire rptera1 en parlant de lui1 cette parole que le pote latin met sur les lvres d',hector annonant ne la ruine prochaine de ,troie3 ,si ,pergama dextra defendi passent1 etiam hac defensa fuissent4 ,si le bras d'un mortel et pu dfendre ,pergame1 assurment1 ce bras l'et dfendue4 ,mais j'espre que l'histoire n'aura pas enregistrer ce cri de douleur2 j'espre encore que les intrigues de l'heure prsente--et en disant ces mots ,lamirande arrta sur ,montarval un regard qui ft plir le sectaire--que les abominables intrigues1 que les iniquits de l'heure prsente ne prvaudront pas et que la ,nouvelle ,france vivra4 ,et maintenant1 monsieur le prsident1 le mot de protestation est l'adresse du dput du comt de ,qubec4 ,de toute la force de mon me je condamne les sentiments dtestables qu'il vient d'exprimer4 ,dans le vritable patriotisme1 dans le patriotisme que reconnat et approuve la religion de ,jsus-,christ1 il n'entre que l'amour de la patrie4 ,la haine des autres races ne doit pas y tre4 ,le patriote qui ne se contente pas d'aimer sa patrie1 mais qui hait la patrie des autres1 est un faux patriote qui1 tt ou tard1 trahira la cause qu'il prtend dfendre1 si dj il ne la trahit4 ,la motion de ,saint-,simon fut mise aux voix4 ,pas un seul dput ministriel ne broncha2 tous1 comme un seul homme1 votrent la premire lecture qui fut dcrte une forte majorit4 --,les voil enrgiments1 dit tout bas ,montarval sir ,henry4 ,ils ont vot une premire fois en faveur du bill4 ,il faudra maintenant un coup terrible pour les empcher de voter une deuxime et une troisime fois dans le mme sens4 ,le point important1 dans toute bataille1 c'est de faire en sorte que vos troupes essuient le premier feu de l'ennemi dans des conditions aussi avantageuses que possible4 --,dcidment1 vous avez du gnie6 dit sir ,henry4 ,chapitre ,,xxiv ,per infamiam et bonam famam4 ,parmi la mauvaise et la bonne rputation4 #b ,cor4 ,,vi1 #h4 ,au sortir de la sance1 ,lamirande et ,leverdier1 ,houghton et quelques autres dputs de l'opposition se runirent4 --,mon cher ,lamirande1 dit ,houghton1 qu'allons-nous faire8 ,que pouvons-nous faire8 ,nous avons le droit1 le bon sens1 la justice1 toutes les belles choses du monde1 de notre ct2 mais nous avons contre nous les gros bataillons4 ,la deuxime et la troisime lecture de ce projet d'iniquit se voteront infailliblement1 une immense majorit1 comme la premire lecture vient de se voter444 moins que la province de ,qubec ne se rveille1 et rien n'indique que son sommeil soit prs de finir4 --,rien ne l'indique extrieurement1 rpondit ,lamirande1 mais je l'espre tout de mme2 et cet espoir n'est pas un sentiment vague1 il repose sur un fondement solide3 le dvouement1 le patriotisme1 l'esprit de sacrifice de notre clerg4 ,dans quelques jours1 il peut se produire un vnement qui rveillera la province de ,qubec comme jamais pays n'a t rveill4 --,puisque vous avez un tel espoir1 dit ,houghton1 nous devons nous organiser en vue de gagner du temps4 ,il faut retarder la deuxime et la troisime lecture autant que possible4 99 99 99 99 99 ,le lendemain la bataille commena4 ,des deux cts1 il fallait user d'une grande habilet4 ,le gouvernement1 tout en pressant l'adoption du nfaste projet1 devait bien se garder de laisser voir une hte indcente qui aurait pu exciter les soupons des uns et froisser les susceptibilits des autres4 ,beaucoup de dputs ministriels voulaient parler sur cette question si importante4 ,leurs discours taient prpars depuis longtemps4 ,leur imposer silence1 c'et t aussi imprudent que de condamner la soupape de sret d'une machine vapeur4 ,l'opposition pouvait critiquer1 combattre la mesure2 mais se livrer une obstruction trop apparente1 c'tait fournir la majorit le prtexte d'appliquer la redoutable clture du dbat4 la proposition du gouvernement1 que le bill soit maintenant lu pour la deuxime fois1 ,houghton et ,lamirande opposrent l'amendement traditionnel3 pas maintenant1 mais dans six mois4 ,puis les discours commencrent4 ,les attaques de l'opposition taient tellement vigoureuses1 tellement logiques que les ministres et les autres chefs du parti ministriel taient bien obligs de rpondre4 ,s'ils avaient gard le silence1 comme c'tait un peu leur intention1 d'abord1 la dmoralisation aurait pu s'introduire dans le gros de l'arme4 ,donc1 pendant cinq ou six jours1 c'tait un feu roulant4 ,mais tout s'puise ici-bas1 mme un dbat parlementaire4 ,les principaux orateurs de l'opposition avaient vid leur sac1 et la rptition des mmes arguments par des orateurs de mrite secondaire ne provoquaient plus que de courtes et rares rpliques du ct ministriel4 ,tandis que dans les premiers jours de la discussion chaque discours prononc gauche de l'orateur faisait lever droite trois ou quatre dputs qui brlaient d'y rpondre2 maintenant les membres de l'opposition taient obligs de se succder les uns aux autres4 ,l'aprs-midi du septime jour1 au commencement de la sance1 ,lamirande1 ,houghton et ,leverdier taient runis pour discuter la situation4 --,voil une semaine que cela dure1 dit ,houghton ,lamirande1 et nous sommes rendus au bout de nos forces4 ,avez-vous quelques nouvelles8 --,pas encore1 et je n'en attends gure avant quatre ou cinq jours encore4 --,ne vaudrait-il pas mieux alors laisser voter la deuxime lecture et nous reprendre sur la discussion en comit gnral et enfin sur la troisime lecture8 ,leverdier penchait du ct de ,houghton mais ,lamirande tait d'avis contraire4 --,je ne puis me dcider1 fit-il1 laisser voter la deuxime lecture maintenant1 car quelque chose me dit que nous aurons plus tard besoin des dlais que nous pouvons obtenir en comit gnral et sur la troisime lecture4 ,vous ne voyez l qu'un simple pressentiment1 peut-tre1 mais il est assez fort et assez persistant pour m'engager ne pas le mpriser4 --,je respecte tout chez vous1 mon cher ,lamirande1 dit ,houghton1 mme vos pressentiments2 mais vraiment je ne vois pas comment nous allons pouvoir prolonger le dbat sur la deuxime lecture pendant quatre ou cinq jours encore4 ,ds demain1 peut-tre mme ce soir1 ils vont nous appliquer la clture4 --,je le sais1 rpondit ,lamirande2 aussi faut-il soulever un incident qui suspende forcment les dbats pendant quelques jours4 --,oui1 mais comment8 ,je ne vois aucun incident l'horizon1 dit le chef de l'opposition4 --,comment8 --,je vais mettre le secrtaire d'tat en accusation et demander une enqute4 --,avez-vous des preuves contre lui8 --,dans le moment1 je n'en ai aucune dont je puisse me servir4 --,vous m'tonnez vraiment444 ,j'ai d mal comprendre4 ,ce n'est pas vous qui porterez jamais une accusation calomnieuse contre un adversaire1 mme si vous aviez la certitude de faire triompher ainsi la plus juste des causes4 --,certes1 vous avez raison6 ,la fin justifie les moyens est1 quoiqu'on en dise1 une doctrine que l'glise catholique condamne4 ,il ne faut jamais faire le mal1 quand mme on croirait obtenir par l un grand bien4 ,la thologie nous enseigne que s'il tait possible de vider l'enfer en commettant un seul pch vniel1 il ne faudrait pas le commettre4 ,aussi je n'ai pas dit que j'allais porter une accusation fausse contre ,m4 ,montarval4 ,au contraire1 je suis aussi certain que ce dont je vais l'accuser est vrai que je suis sr de vous voir devant moi en ce moment4 --,une telle certitude1 reprit ,houghton1 est suffisante pour mettre votre conscience l'aise1 je le comprends4 ,mais1 vous ne l'ignorez point1 il ne suffit pas de savoir qu'une accusation est vraie1 il faut aussi pouvoir la prouver2 et vous m'avez dit tout l'heure que vous n'avez pas de preuve6 --,pas de preuve dont je puisse me servir devant un comit4 --,alors comment pouvez-vous songer porter une accusation8 --,la preuve peut arriver d'un jour l'autre4 --,et si elle n'arrive pas8 --,je serai un homme ruin tout jamais1 au point de vue politique et social4 --,au moins1 vous n'y allez pas en aveugle6 ,vous savez exactement o cela peut vous conduire4 --,exactement4 --,est-ce bien prudent ce que tu veux faire l1 mon cher ami8 fit ,leverdier qui avait jusque-l gard le silence4 --,au point de vue humain1 c'est une folie4 ,au point de vue humain je devrais attendre pour agir que j'eusse en ma possession les preuves dont tu connais comme moi l'existence4 --,mais ta rputation1 tu ne dois pas l'exposer4 ,c'est un bien qui ne t'appartient pas exclusivement4 ,elle appartient tes amis1 ton pays4 --,tu admettras que ma rputation m'appartient autant1 au moins1 que ma vie4 ,or l'homme a le droit d'exposer sa vie pour sauver la vie de ses semblables4 ,pour accomplir une grande oeuvre de charit1 nous avons mme le droit de courir au-devant d'une mort certaine4 ,il s'agit de sauver tout un pays et je n'aurais pas le droit d'exposer mon honneur6 --,pour un homme de coeur1 fit ,houghton1 l'honneur est un bien plus prcieux que la vie444 et vous voulez l'exposer6 ,c'est un acte vraiment hroque devant lequel je reculerais certainement moi-mme1 mais que j'admire4 --,mais ce terrible risque1 reprit ,leverdier1 est-il ncessaire1 est-il mme utile8 ,ne vaudrait-il pas mieux1 aprs tout1 laisser voter la deuxime lecture1 puisque nous ne pouvons gure plus la retarder par les moyens ordinaires1 et prolonger la discussion autant que possible en comit et sur la troisime lecture8 --,quelque chose qui n'est pas naturel1 rpondit ,lamirande d'un ton grave1 quelque chose de solennel et d'impratif1 me dit que nous aurons besoin1 plus tard1 de tous les dlais que pourront nous donner ces deux phases de la discussion4 ,c'est un avertissement auquel je n'ose rsister444 ,vous croyez tous deux au surnaturel1 l'existence des esprits1 leur pouvoir de communiquer directement avec l'me4 ,eh bien6 c'est un message d'en haut que j'obis444 ,mon ,dieu6 si vous saviez tout1 mes chers amis vous ne chercheriez pas me dtourner de ce devoir4 ,tous trois taient vivement mus4 ,ils gardrent le silence pendant quelques instants4 --,du reste1 reprit ,lamirande1 comme parlant lui-mme1 quoi me servira l'honneur si l'iniquit de cet homme triomphe6 ,la perte de ma rputation6 ,ce ne sera qu'une goutte de plus dans l'ocan d'amertume et de dsolation qui submergera notre malheureuse patrie1 si ,dieu permet1 cause de nos crimes1 que ce complot de l'enfer russisse4 ,en exposant mon honneur1 en l'offrant en sacrifice1 je puis peut-tre gagner les quelques jours qui sont ncessaires pour que la lumire puisse se faire4 ,et si la lumire ne se fait pas1 si la patrie succombe1 le fardeau sera moins lourd porter pourvu que je puisse me rendre le tmoignage d'avoir tout sacrifi pour elle4 --,ma rsolution est irrvocable1 dit-il1 en s'adressant ses deux compagnons4 la reprise des dbats1 huit heures ce soir1 je brle mes vaisseaux6 99 99 99 99 99 la sance du soir1 au moment o l'on croyait que tout dbat tait fini et que la deuxime lecture du bill tait sur le point de se voter1 ,lamirande se leva4 ,un grand silence se fit aussitt1 car tout le monde comprit comme instinctivement1 qu'il allait se passer quelque chose de grave4 --,monsieur le prsident1 dit-il1 pour me servir du barbarisme consacr par l'usage1 je soulve une question de privilge1 et je fais la dclaration que voici3 j'accuse un membre de cette ,chambre1 l'honorable ,aristide ,montarval1 dput de la division centre de la ville de ,qubec1 et secrtaire d'tat1 d'avoir conspir et complot avec diverses personnes1 en vue de tromper cette ,chambre et le pays sur la nature du projet de constitution actuellement devant nous1 et j'ajoute que le dit projet de constitution est le fruit de conspirations et de complots contraires l'intrt public1 au bon ordre et la paix2 j'accuse1 de plus1 l'honorable ,aristide ,montarval d'employer actuellement des moyens illicites1 savoir des lettres de menace1 pour empcher cette ,chambre d'acqurir une connaissance vraie de la nature du projet de constitution qu'elle est appele voter4 ,je demande1 par consquent1 qu'il soit nomm un comit spcial pour examiner cette accusation1 entendre la preuve et faire rapport4 ,ces paroles tranges1 prononces d'une voix forte et pntrante1 causrent1 il est peine besoin de le dire1 un profond moi parmi la dputation et dans les tribunes4 ,une sourde rumeur remplace le silence de tout l'heure4 ,en parlant1 ,lamirande1 quoi qu'il s'adresst au prsident1 comme le veut l'usage parlementaire1 avait tenu son regard fix sur ,montarval qui1 malgr son audace1 n'en put soutenir l'clat4 ,visiblement1 le ministre tait terrifi4 ,il se remit1 cependant1 bientt4 ,son intelligence hors ligne lui permit de saisir la situation4 ,lamirande sait tout1 se dit-il1 mais il ne peut rien prouver4 ,mes lettres de menace ont produit leur effet2 l'archevque a refus de lui remettre nos archives4 ,il porte cette accusation pour gagner du temps et dans l'espoir que l'archevque changera d'ide4 ,aussitt que le calme fut rtabli1 ,montarval se leva3 --,l'honorable dput de ,charlevoix1 dit-il avec son mauvais sourire1 a oubli une chose pourtant essentielle3 il n'a pas offert de prouver son accusation1 encore plus vague qu'elle n'est grave4 ,est-ce bien un oubli8 ,cette omission n'est-elle pas plutt voulue8 ,et il reprit son sige comme pour attendre une rponse3 --,monsieur le prsident1 dit ,lamirande1 lorsqu'un dput porte une accusation contre un collgue il est tenu de la prouver4 ,s'il ne la prouve pas1 tant pis pour lui4 ,si je ne prouve pas l'accusation que je viens de porter1 la ,chambre pourra m'infliger le chtiment qu'elle jugera convenable2 elle pourra m'expulser de cette enceinte si elle trouve que j'ai agi malicieusement1 sans cause suffisante2 et je m'en irai dshonor tout jamais4 ,l'honorable ministre le voit1 je sais parfaitement ce qui m'attend si je ne prouve pas ce que j'affirme4 ,mon honneur1 auquel je tiens probablement autant que le secrtaire d'tat tient au sien1 me fait un devoir de ne ngliger aucun moyen ma disposition pour tablir la vrit de mon accusation4 --,eh bien6 rpliqua ,montarval1 je serai bref4 ,je nie1 tout simplement1 l'accusation1 et je la nie de la manire la plus formelle et la plus ample3 je la nie in toto2 je dclare qu'elle ne repose sur rien1 qu'elle est entirement1 absolument fausse et ne renferme pas une parcelle de vrit4 ,pour prouver que je ne crains pas l'enqute1 non seulement j'accepte la proposition de nommer un comit spcial1 mais je laisse mon accusateur le soin de former ce comit sa guise4 ,qu'il n'y fasse entrer1 s'il le veut1 que ses propres amis1 que des adversaires du gouvernement4 --,nous laisserons le choix des membres du comit au prsident1 dit simplement ,lamirande4 --,trs bien6 rpliqua ,montarval4 ,et que le comit se runisse au plus tt4 ,maintenant1 aux affaires srieuses6 ,le gouvernement aurait voulu faire voter la deuxime lecture immdiatement1 mais ,houghton intervint fortement et fit voir qu'il ne serait pas convenable de voter le projet1 mme en deuxime lecture1 aussi longtemps que la ,chambre ne serait pas fixe sur la valeur de cette accusation4 ,les ministres1 inspirs par ,montarval1 taient disposs ne pas tenir compte des observations du chef de l'opposition et prcipiter le vote4 ,par amiti personnelle pour ,lamirande1 ,vaughan1 qui tait la tte d'un groupe assez important du parti ministriel1 demanda du dlai4 ,quelques dputs ministriels franais1 qui avaient remarqu l'effet produit sur ,montarval par l'accusation1 eurent des inquitudes4 ,si c'tait vrai1 aprs tout1 se disaient-ils4 ,ils insistrent donc1 leur tour1 sur la ncessit de surseoir4 ,ces dbats occuprent toute la sance1 et le gouvernement dut cder4 ,c'tait un premier succs pour ,lamirande3 il avait gagn du temps1 mais quel prix6 ,c'tait le jeudi soir4 ,le lendemain1 le comit se runirait4 ,il pourrait1 sans paratre trop exigeant1 demander qu'on lui accordt jusqu'au lundi1 pour prparer sa cause4 ,mais rendu au lundi1 il lui faudrait ou procder ou avouer qu'il n'avait pas de preuve offrir6 ,ce n'tait pas seulement l'expulsion de la ,chambre1 le dshonneur politique qui l'attendait4 ,il allait devenir la rise de tout le pays4 ,il passerait pour un vritable fou aux yeux de tout le monde4 ,pour affronter le mauvais vouloir1 la colre1 la haine de ses semblables1 il suffit d'un courage ordinaire2 mais s'exposer1 de propos dlibr1 au ridicule1 c'est de l'hrosme4 ,aussi ,lamirande se sentit-il accabl d'une angoisse mortelle4 ,arriv son logement1 aprs la sance1 il s'en ouvrit ,leverdier4 --,mon cher1 dit-il1 prie pour moi comme tu n'as jamais pri1 car je suis tent comme je ne l'ai jamais t4 ,c'est que l'orgueil1 l'amour propre est le sentiment le plus difficile vaincre que connaisse le pauvre coeur humain4 ,l'ide que je vais peut-tre passer aux yeux de mes compatriotes pour un insens qui devrait tre la ,longue-,pointe1 m'pouvante horriblement4 ,notre divin ,sauveur a t trait de fou par ,hrode et sa cour4 ,qu'il m'accorde la grce d'accepter cette humiliation en union avec ,lui6 --,c'est une position terrible1 en effet1 fit ,leverdier1 et tu as toutes mes sympathies4 ,si1 en partageant ta douleur1 je pouvais diminuer tes souffrances6 --,merci1 mon ami1 merci6 ,sais-tu quelle tentation je crains de succomber8 --,non1 pas du tout1 moins que ce ne soit une sorte de dsespoir4 --,je crains qu'au dernier moment1 me voyant accul au pied du mur et oblig de choisir entre le ridicule et l'abus de confiance1 je n'aie la faiblesse d'opter pour ce dernier en disant au comit3 ,faites venir l'archevque de ,montral6 ,il est certain que le saint vque ne m'a communiqu l'existence des preuves qu'il possde que sous le sceau du secret4 ,je ne puis donc pas rvler ce qu'il m'a ainsi confi2 et1 cependant1 je crains de le faire1 par lchet et par orgueil1 pour chapper au ridicule4 ,c'est pourquoi je te demande de prier pour moi4 ,longtemps les deux amis restrent ensemble1 priant humblement4 99 99 99 99 99 ,le prsident de la ,chambre avait choisi1 comme membres de la commission qui devait s'enqurir de l'accusation porte contre le secrtaire d'tat1 sept dputs des plus srieux et des mieux poss des diffrents groupes4 ,houghton1 ,leverdier et un troisime membre de l'opposition1 un membre du cabinet1 et trois dputs ministriels1 parmi lesquels se trouvait ,vaughan1 formrent le comit dont la prsidence fut confie au ministre4 ,le comit se runit dix heures1 vendredi matin4 ,montarval tait prsent1 l'air insolent et provocateur4 ,le prsident donna lecture de l'accusation et invita l'accusateur produire ses preuves et ses tmoins4 ,lamirande1 trs calme1 demanda au comit de vouloir bien lui accorder un dlai de deux jours4 --,c'est une demande extraordinaire1 lui fait observer le prsident4 ,rgle gnrale1 une enqute de cette nature doit commencer aussitt l'accusation porte4 ,il est d'usage que le dput qui croit devoir dnoncer un de ses collgues attende pour le faire qu'il ait ses preuves devant lui4 --,tout cela est trs vrai1 monsieur le prsident1 fit ,lamirande2 aussi est-ce comme une faveur exceptionnelle1 et nullement comme un droit1 que je demande au comit de vouloir bien remettre l'examen de cette affaire lundi4 ,je prie les membres du comit de croire que je n'agis pas la lgre en cette circonstance4 --,monsieur le prsident1 dit ,montarval1 je ne m'oppose nullement la demande si extraordinaire de mon accusateur4 ,non pas que je sois indiffrent2 non pas que je n'aie pas hte de voir la fin de cette mystification--car c'est plutt une mystification qu'une accusation--2 mais parce que je veux donner la plus grande latitude mon adversaire4 ,je ne veux pas que1 plus tard1 il puisse dire3 ,ah1 si le comit m'et accord un dlai de deux jours seulement1 j'aurais pu produire mes preuves4 ,l'honorable dput est la victime d'une mystification1 je le rpte4 ,certes1 qu'on lui donne jusqu' lundi pour qu'il ait le temps de s'apercevoir de son erreur4 ,le secrtaire d'tat avait le beau rle4 ,ses paroles modres1 plausibles1 cadraient mal1 cependant1 avec le mauvais sourire qui errait sur ses lvres et qui ne parvenait pas teindre la lueur sinistre de ses yeux4 ,de son ct1 ,lamirande1 malgr la fausse position dans laquelle il se trouvait dj1 conserva un visage tellement serein1 tellement compos que tous les assistants furent frapps du contraste entre les deux hommes4 ,celui qui n'aurait fait qu'entendre l'accus et l'accusateur aurait certainement donn gain de cause au premier2 tandis qu'en les voyant on ne pouvait avoir la moindre sympathie que pour ,lamirande4 --,eh bien6 fit le prsident1 puisque le principal intress consent l'ajournement1 l'enqute commencera lundi soir huit heures4 ,lundi avant-midi plusieurs dputs seront absents4 ,la ,chambre ne sigera sans doute pas aprs six heures2 de sorte que nous pourrons commencer huit heures4 ,par exemple1 monsieur ,lamirande1 il faudra tre prt alors4 --,je ne demanderai certainement pas un nouvel ajournement1 monsieur le prsident4 99 99 99 99 99 ,et ,lamirande1 comment se prpara-t-il pour le jour de l'preuve8 ,depuis des semaines il avait demand toutes les communauts du pays de se mettre en prire4 ,maintenant1 il tlgraphia toutes celles qu'il pouvait atteindre pour les exhorter redoubler leurs supplications4 ,il visita toutes les maisons religieuses d',ottawa pour solliciter leur aide spirituelle4 ,puis1 il se renferma chez les pres capucins et passa les trois journes du samedi1 du dimanche et du lundi dans le jene le plus rigoureux et la prire la plus ardente4 ,il avait donn rendez-vous ,leverdier1 dans la bibliothque du parlement1 sept heures et demie du lundi soir4 --,eh bien6 dit-il en voyant son ami1 aucune nouvelle de ,mgr de ,montral8 --,aucune1 rpondit tristement ,leverdier4 --,que la volont de ,dieu soit faite6 --,mon pauvre cher ami1 que tu dois souffrir et que je souffre pour toi6 --,je te remercie de tes sympathies1 ,leverdier1 elles me sont trs douces2 mais tu as tort de me plaindre3 je ne souffre pas du tout4 ,je n'ai jamais t plus calme qu'en ce moment1 et rarement plus heureux4 --,mais l'autre jour tu semblais redouter beaucoup la terrible preuve qui t'attend tout l'heure4 --,je ne la redoute plus4 ,sans doute1 la chair se rvolte contre l'humiliation2 mais l'me1 avec la grce de ,dieu1 peut dompter la chair et prouver1 dans cette victoire1 un bonheur indicible4 ,ils se rendirent ensemble la pice o le comit devait se runir4 ,elle tait dj remplie d'une foule de curieux4 huit heures prcises1 le prsident ouvrit la sance par la formule ordinaire l'ordre1 messieurs4 --,monsieur ,lamirande1 fit le prsident1 tes-vous maintenant en tat de produire des documents ou de faire entendre des tmoins l'appui de l'accusation que vous avez porte contre l'honorable secrtaire d'tat8 --,je regrette d'tre forc de dire1 monsieur le prsident1 que je ne le suis pas1 rpondit ,lamirande4 --,alors1 sans aucun doute1 vous allez retirer l'accusation8 --,je ne puis la retirer1 car je sais qu'elle est fonde4 --,vous la savez fonde1 mais vous n'avez aucune preuve produire6 --,c'est exactement la position dans laquelle je me trouve4 --,je n'ai pas besoin de vous dire1 monsieur ,lamirande1 qu'une telle position n'est pas tenable2 vous devez le comprendre vous-mme4 --,je le comprends parfaitement1 monsieur le prsident4 --,et vous persistez dans votre refus de retirer votre accusation8 --,oui1 monsieur le prsident4 ,quelques sifflets se firent entendre au fond de la pice4 ,le prsident ordonna qu'on fit silence4 ,montarval avait sur les lvres un sourire plus mauvais qu' l'ordinaire4 --,si le comit est d'avis1 dit-il1 que sa dignit et la dignit de la ,chambre le permettent1 je suis prt accorder encore une journe de dlai mon accusateur4 ,ces paroles provoquent des applaudissements que le prsident rprime aussitt4 --,le comit1 dit-il1 va dlibrer huit clos1 et fera connatre sa dcision4 ,les assistants se retirrent4 ,un quart d'heure plus tard la porte fut de nouveau ouverte au public4 --,le comit a rsolu1 dit le prsident de faire rapport immdiatement la ,chambre de tout ce qui s'est pass4 ,la ,chambre se prononcera sur ce qu'il convient de faire4 --,mon pauvre ,lamirande1 dit ,vaughan1 au sortir de la sance du comit1 je ne te comprends plus4 ,tu rends invitable ton expulsion de la ,chambre1 tu cours au dshonneur politique1 et1 faut-il que je te le dise1 au ridicule1 qui est pire que tout le reste4 --,tu dois me supposer assez d'intelligence pour comprendre une chose aussi vidente4 --,alors pourquoi agis-tu de la sorte8 --,pour des raisons que tu approuveras un jour4 --,si tu n'tais pas aussi calme je te dirais de consulter un mdecin4 ,mais de toute vidence ton cerveau ne souffre d'aucune fatigue4444 --,il n'a jamais t mieux quilibr444 ,mais laissons cela4 ,je veux1 ,vaughan1 te faire une question et je te demande de me rpondre sincrement4 ,si je prouvais tout ce dont j'ai accus ,montarval1 serais-tu toujours favorable au projet du gouvernement8 --,oui1 mon ami1 je le serais6 --,tu voterais cette constitution quand mme il te serait prouv1 clair comme le jour1 qu'elle est le fruit d'une conspiration tnbreuse1 qu'elle n'a qu'un but3 l'crasement de la race franaise et de la religion catholique6 --,oui1 je la voterais mme dans ces conditions2 car1 tu le sais1 je suis en faveur d'un ,canada uni1 d'un ,canada grand1 imposant4 ,tu le sais galement1 je n'ai aucune haine contre la race franaise ni contre la religion catholique1 loin de l4 ,j'admire les efforts hroques que tu fais pour les conserver4 ,mais1 enfin1 si la race franaise et la religion catholique ne peuvent pas s'accommoder d'un ,canada s'tendant d'un ocan l'autre1 tant pis pour elles6 --,mais crois-tu qu'un pays pourrait tre vraiment grand1 vraiment prospre1 vraiment heureux1 s'il devait son origine une conspiration ourdie en haine d'une race1 en haine surtout d'une religion8 ,n'est-ce pas que la vie nationale serait empoisonne dans sa source mme8 --,je te rpondrai ce que les protestants rpondent ceux qui leur reprochent les crimes des fondateurs de leur religion3 loeuvre est bonne1 malgr les fautes de ceux qui l'ont faite4 --,et trouves-tu cette rponse satisfaisante8 --,elle ne l'est gure quand il s'agit de fonder une religion1 car une bonne religion ne peut sortir d'une source impure4 ,c'est pourquoi j'ai toujours dit que s'il y a une religion vraie et bonne c'est la religion catholique1 car elle seule a un ,fondateur qu'on peut aimer et respecter4 ,mais il me semble que lorsqu'il s'agit d'une oeuvre purement politique1 on n'est pas tenu de la juger d'aprs les vertus ou les vices de ses auteurs1 mais d'aprs ses mrites intrinsques4 --,pourtant ,celui que tu dclares digne d'amour et de respect a dit qu'un mauvais arbre ne saurait produire de bon fruits6 --,ah6 soupira ,vaughan1 devenu pensif1 si j'avais ta foi je verrais peut-tre toutes choses comme tu les vois1 mme les choses politiques4 ,puis les deux amis se sparrent4 ,lamirande constata que dj plusieurs de ses collgues s'loignaient de lui comme on s'loigne d'un pestifr2 que d'autres le regardaient comme un objet de curiosit1 comme un toqu4 ,ces derniers taient les plus charitables4 ,ils ne lui attribuaient pas de motifs inavouables1 mais ils taient bien persuads que leur pauvre collgue tait la victime d'une ide fixe et qu'il serait bientt ,saint-,jean-de-,dieu4 --,ma carrire est finie1 se dit ,lamirande4 ,et une angoisse1 lourde comme une montagne1 vint s'abattre sur son coeur et l'crasa affreusement4 ,il faillit crier4 ,mais cette douleur du coeur1 si grande qu'elle ft1 ne put troubler son me qui resta dans une union troite avec ,dieu4 ,chapitre ,,xxv ,talium enim est regnum ,dei4 ,le royaume de ,dieu est pour ceux qui leur ressemblent4 ,marc ,x1 #ad4 ,retir dans l'embrasure d'une fentre1 il relut cette lettre qu'il avait reue le matin mme4 ,couvent de ,beauvoir1 prs ,qubec1 #f mars #aidf4 ,bien cher ,papa1 ,j'ai bien de la peine et il faut que je vous dise pourquoi1 car vous pouvez faire cesser cette peine4 ,vous savez que j'ai eu huit ans il y a plus de deux mois4 ,je sais tout mon catchisme et le comprends tout1 except quelques mots qui sont trop grands pour moi4 ,pour vous montrer que je le comprends1 je vais vous dire1 ma manire1 ce qu'il y a dans le catchisme4 ,il y a un seul ,dieu qui est un pur esprit4 ,un esprit est quelque chose qu'on ne peut pas voir4 ,nous avons chacun en nous un esprit qu'on appelle l'me4 ,notre me est unie notre corps1 mais ,dieu n'a pas de corps4 ,c'est pour cela qu'on dit qu'il est un pur esprit4 ,dieu tait d'abord tout seul4 ,puis ,il a cr1 ou fait avec rien1 beaucoup d'autres purs esprits plus petits que ,lui1 qu'on appelle les anges4 ,dieu seul peut faire de rien quelque chose4 ,quelques-uns des anges se rvoltrent contre ,dieu4 ,ils devaient tre bien mchants1 car ,dieu est si bon quil n'a pas d leur faire de la peine4 ,ces mauvais anges1 ayant leur tte ,lucifer ou ,satan1 qu'on appelle aussi le ,diable1 furent chasss du ciel par les bons anges qui avaient pour chef saint ,michel4 ,les mauvais anges tombrent dans un lieu affreux appel l'enfer4 ,ensuite ,dieu cra ,adam et ve1 le premier homme et la premire femme pour peupler la terre4 ,adam et ve et les autres hommes devaient prendre les places restes vides au ciel aprs la chute des mauvais anges4 ,lucifer fut jaloux4 ,il voulut faire tomber ,adam et ve en enfer avec lui1 pour faire de la peine au bon ,dieu4 ,lucifer prit la forme d'un serpent et parla ve et lui dit de manger un fruit que le bon ,dieu leur avait dit de ne pas manger4 ve couta ,lucifer4 ,elle avait t cre toute grande1 mais elle devait tre bien jeune comme moi1 car une vraie femme1 comme tait chre maman1 ou les religieuses1 ne l'aurait pas cout4 ,puis ve fit manger ce fruit son mari4 ,adam couta sa femme plutt que ,dieu4 ,c'tait trs mal de sa part4 ,je suis certaine que chre maman ne vous a jamais dit de l'couter plutt que le bon ,dieu et que vous n'auriez pas fait comme ,adam4 ,vous aimiez pourtant maman autant qu',adam pouvait aimer ve4 ,le bon ,dieu fut trs fch de la dsobissance d',adam et d've et ,il les chassa du beau jardin o ,il les avait placs4 ,ayant cout ,lucifer plutt que ,dieu ils avaient mrit d'aller en enfer4 ,ils avaient perdu le droit d'aller au ciel4 ,ils ne pouvaient pas donner ce droit leurs enfants1 car quand on a perdu une chose on ne peut pas la donner un autre4 ,tous les hommes devaient donc appartenir ,lucifer par la faute de nos premiers parents4 ,c'est ce qu'on appelle le pch originel4 ,mais le bon ,dieu ne pouvait pas souffrir de voir tous les hommes aller enfer4 ,lucifer aurait t trop content4 ,en chassant ,adam et ve du jardin1 ,il leur promit1 pour les consoler1 un ,sauveur1 c'est--dire quelqu'un qui viendrait payer la dette que les hommes devaient au bon ,dieu4 ,ce ,sauveur fut attendu pendant quatre mille ans4 ,ceux qui croyaient quil viendrait furent sauvs4 ,enfin1 ce ,sauveur vint sur la terre4 ,ce fut ,jsus-,christ ,fils de ,dieu et ,fils aussi de la ,sainte ,vierge1 un ,dieu et un homme en mme temps4 ,c'est ce qu'on appelle le mystre de l',incarnation4 ,je ne comprends pas cela trs bien1 mais je le crois parce que c'est dans le catchisme4 ,vous m'avez dit d'apprendre le catchisme1 les soeurs me l'enseignent1 le pre ,grandmont me l'explique4 ,le catchisme est aussi approuv par les vques et par le pape qui est le chef de tous les vques et de tous les catholiques4 ,je crois tout ce que dit le catchisme1 car vous et les soeurs et le pre ,grandmont et les vques et le pape vous ne vous accorderiez pas pour enseigner des mensonges aux enfants4 ,comme ,dieu1 ,jsus-,christ est gal au bon ,dieu son pre4 ,car il y a ,dieu le pre1 ,dieu le ,fils et ,dieu le ,saint-,esprit2 et cependant ils ne sont pas trois bons ,dieux1 mais un seul4 ,ces trois forment la ,trs ,sainte-,trinit4 ,c'est un autre mystre que je ne comprends pas non plus4 ,je suppose qu'ils ne forment pas trois parce qu'ils s'aiment tellement qu'ils ne font qu'un4 ,c'est peut-tre un peu comme quand maman vivait4 ,vous et elle et moi nous nous aimions tellement que nous ne faisions qu'un4 ,notre ,sauveur ,jsus-,christ fut d'abord petit enfant comme moi1 trs pauvre et peu connu4 ,il vivait cach1 car des mchants voulaient le tuer4 ,jsus-,christ devenu un homme commena enseigner comment arriver au ciel4 ,il ft beaucoup de miracles1 c'est--dire des choses qu'un homme seul ne peut pas faire1 pour prouver qu'il tait rellement le ,dieu ,sauveur4 ,plusieurs crurent en ,lui1 mais beaucoup d'autres voulurent le mettre mort4 ,ceux qui n'aimaient pas ,jsus-,christ1 qui fut toujours si bon pour tout le monde1 devaient tre des mauvais anges et non des hommes1 car tous les vrais hommes devaient l'aimer puisqu'il tait venu pour les sauver4 ,si ces mchants qui n'aimaient pas ,jsus-,christ taient de vrais hommes1 c'est un autre mystre4 ,au bout de trois ans1 ils russirent le faire condamner par un mchant juge appel ,ponce ,pilate4 ,notre-,seigneur ,jsus-,christ fut affreusement maltrait pendant toute une nuit et ensuite clou une croix o il mourut4 ,il offrit ses souffrances et sa mort son ,pre pour payer la dette que les hommes ,lui devaient et qu'ils ne pouvaient pas payer4 ,jsus-,christ devait aimer les hommes beaucoup pour tant souffrir afin de payer leur dette et les faire entrer au ciel4 ,ce doit tre l un autre mystre1 car je ne comprends pas cet amour de ,jsus-,christ pour les hommes4 ,si tous les hommes et toutes les femmes taient comme vous et comme maman et comme les soeurs et le pre ,grandmont1 je le comprendrais un peu2 mais on dit qu'il y a des mchants et que ,jsus-,christ les aime comme les autres et veut les sauver aussi4 ,quand ,jsus-,christ fut mort on le mit dans un tombeau1 mais comme ,il tait ,dieu aussi bien qu'homme ,il ne pouvait pas rester mort longtemps4 ,le troisime jour ,il ressuscita1 c'est--dire qu'il sortit vivant du tombeau4 ,il passa quarante jours sur la terre avec sa mre1 qui devait tre bien contente de le voir en vie1 et avec ses aptres et ses disciples4 ,puis ,il monta au ciel o ,il a la premire place auprs de son pre4 ,et ,il reviendra un jour pour juger tout le monde4 ,les bons iront au ciel avec ,lui et les mchants en enfer avec ,lucifer4 ,quelques heures avant de mourir ,jsus-,christ fit le plus grand de ses miracles4 ,il changea du pain et du vin4 ,et il donna ce pain et ce vin manger et boire ses aptres4 ,c'est un autre mystre qu'on appelle la sainte ,eucharistie4 ,et il donna ses aptres le pouvoir de faire le mme miracle1 et leur dit de donner ce pouvoir d'autres2 et ces autres devaient le donner d'autres encore1 et ainsi de suite jusqu' la fin du monde4 ,c'est pour cela qu'il y a encore des hommes1 les vques et les prtres1 qui ont ce pouvoir4 ,et avant de monter au ciel1 ,jsus-,christ1 qui tait venu pour sauver tous les hommes qui devaient passer sur la terre1 fonda son glise pour continuer sauver les hommes4 ,il ne pouvait pas rester toujours sur la terre1 car je suppose que son pre voulait l'avoir avec ,lui au ciel4 ,jsus-,christ mit la tte de son glise saint ,pierre1 le premier pape1 et les aptres1 ou les premiers vques4 ,les vques ont des prtres pour les aider4 ,le pape1 les vques et les prtres continuent loeuvre de ,jsus-,christ en sauvant les hommes4 ,ils les sauvent en les baptisant au nom du ,pre et du ,fils et du ,saint-,esprit1 ce qui les enlve ,lucifer et les donne ,dieu1 en nourrissant leurs mes de la sainte ,eucharistie et en leur pardonnant leurs pchs4 ,quand quelqu'un est baptis il appartient ,jsus-,christ1 et pour aller au ciel il n'a qu' faire ce que ,jsus-,christ lui a command4 ,ce qu'il a command ne doit pas tre bien difficile1 car ,jsus-,christ tait trop bon pour faire un rglement bien svre4 ,ce ne doit pas tre plus svre que le rglement du couvent4 ,jsus-,christ n'aurait pas pris la peine de tant souffrir pour sauver les hommes sil n'avait pas voulu leur rendre le chemin assez facile4 ,cependant1 on dit qu'il y a beaucoup d'hommes qui ne veulent pas faire les choses faciles que ,jsus-,christ demande4 ,c'est un autre mystre4 ,il y a une chose que ,jsus-,christ demande surtout que l'on fasse1 c'est de recevoir la sainte ,eucharistie ou la sainte communion4 ,j'ai entendu lire l'vangile1 c'est--dire le rcit de ce que ,jsus-,christ a dit et fait pendant quil tait sur la terre1 et je suis certaine quil a dit que pour aller au ciel il faut communier1 recevoir la sainte ,eucharistie4 ,et ,il l'a dit sur un ton presque fch1 car il y avait des mchants qui ne voulaient pas communier4 ,ce n'est pas dit comme cela dans l'vangile1 mais je suis certaine que a veut dire cela4 ,et c'est l1 cher ,papa1 ce qui me fait de la peine1 et c'est pour vous en parler que j'ai crit cette longue lettre que j'ai mis six jours vous crire4 ,je veux faire tout ce que ,jsus-,christ nous a dit de faire1 car je veux aller au ciel et non pas en enfer4 ,quand j'ai parl aux soeurs et leur ai demand de me laisser faire ma premire communion au mois de mai prochain1 elles m'ont dit que j'tais trop jeune pour comprendre ce que c'tait que de communier1 qu'il faudrait attendre au moins un an1 peut-tre deux4 ,et si je venais mourir1 je n'irais donc pas au ciel1 car le ciel n'est ouvert qu'aux enfants baptiss qui meurent avant de savoir ce que ,jsus-,christ a ordonn1 et ceux qui tant assez vieux pour savoir ce qu',il ordonne1 le font de leur mieux4 ,et moi1 je suis assez vieille pour savoir que ,jsus-,christ veut que nous communiions4 ,c'est l1 cher ,papa1 ce qui me fait tant de peine4 ,souvent je me rveille dans la nuit1 et j'ai peur4 ,je vous ai crit cette longue lettre pour vous montrer que je comprends mon catchisme1 et pour vous demander d'crire la mre suprieure pour qu'elle ait la bont de me laisser faire ma premire communion cette anne4 ,alors1 si je venais mourir1 je serais certaine d'aller au ciel1 et je n'aurais plus peur d'aller en enfer4 ,vous crirez la mre suprieure1 n'est-ce pas8 cher ,papa1 car vous devez vouloir que votre petite fille aille au ciel o est maman1 et o vous irez vous-mme4 a vous ferait de la peine1 je pense1 si vous ne m'y trouviez pas4 ,votre petite fille qui vous aime beaucoup et qui vous embrasse4 ,marie4 ,j'ajoute ceci pour vous dire que j'ai montr le brouillon de ma lettre la mre ,thrse qui me fait la classe pour faire corriger les fautes de franais4 ,elle a pleur beaucoup en la lisant4 ,pourquoi a-t-elle pleur8 ,est-ce qu'il y a quelque chose dans cette lettre qui a pu lui faire de la peine8 ,moi je pleure seulement quand j'ai de la peine4 ,encore votre petite fille qui vous aime4 ,marie4 --,mon ,dieu1 murmura ,lamirande1 en remettant dans son portefeuille cette lettre sur laquelle taient tombes de douces larmes1 je pourrai tout supporter tant que ,vous me laisserez cette enfant6 ,chapitre ,,xxvi ,pluet super peccatores laqueos4 ,il fera pleuvoir des piges sur les pcheurs4 ,ps4 ,x1 #g4 ,leverdier vint rejoindre ,lamirande au moment o celui-ci se prparait quitter l'htel du parlement4 --,mon cher ,lamirande1 dit-il1 une lueur d'esprance6 --,qu'est-ce donc8 --,une dpche dans la dernire dition de l',ottawa ,herald annonce que tous les vques sont de nouveau runis ,montral4 ,si monseigneur tait revenu sur sa dcision1 tout serait sauv6 --,quoi qu'il en soit1 rpliqua ,lamirande1 que la volont de ,dieu soit faite6 99 99 99 99 99 ,le lendemain matin1 vers huit heures1 ,montarval tait dans son bureau particulier l'htel du gouvernement4 ,duthier vint l'y trouver4 --,matre1 dit l'huissier1 il y a du nouveau4 ,lamirande vient de recevoir une dpche de l'archevque de ,montral et il se prpare partir par le train de neuf heures avec ,leverdier4 --,trs bien1 suis-les jusqu' l'vch4 ,quand ils en sortiront1 observe-les attentivement4 ,tu es assez intelligent pour voir1 au seul aspect d'un homme1 s'il est de bonne ou de mauvaise humeur1 heureux ou contrari4 ,regarde surtout ,leverdier4 ,plus facilement que ,lamirande il laissera lire sur ses traits l'tat de son me4 ,si ,leverdier1 en sortant de l'vch1 a l'air joyeux1 et si tous deux se dirigent vers la gare du ,pacifique pour prendre le train d'une heure1 tlgraphie-moi immdiatement ces quatre mots1 sans signature3 ,beau temps1 une heure4 ,si ,leverdier a l'air triste et abattu1 tu n'auras pas besoin de tlgraphier du tout4 --,mais s'il n'avait l'air ni triste ni joyeux8 --,cela ne se peut pas6 ,et maintenant1 avant de partir pour ,montral avertis tes deux compatriotes de se tenir mes ordres1 ds onze heures4 99 99 99 99 99 ,vers onze heures1 ,lamirande et ,leverdier gravissaient le perron de l'archevch de ,montral4 ,tous deux taient en proie une vive motion et le coeur leur battait comme s'ils venaient de faire une longue course4 ,venez me voir au plus vite1 voil tout ce que disait la dpche de l'archevque2 mais c'tait assez pour faire renatre l'espoir dans le coeur des deux amis4 --,cela ne peut signifier qu'une chose1 s'tait cri ,leverdier3 monseigneur1 cdant la pression que les prtres ont d exercer sur lui1 est revenu sur sa dcision et va te livrer les archives de ,ducoudray4 --,je le crois fermement1 moi aussi1 ft ,lamirande2 mais une crainte m'obsde4 ,j'ai peur que mme cette preuve ne soit inefficace4 ,j'ai peur que les prvisions de monseigneur ne se ralisent et que la majorit ne reste1 malgr tout1 du ct du gouvernement4 ,vaughan m'a dclar formellement1 hier soir1 que quand mme mon accusation serait prouve1 il n'en serait pas moins favorable au projet4 ,et1 tu le sais1 sept ou huit dputs ne jurent que par lui4 ,je comptais particulirement sur ,vaughan parmi les dputs non catholiques1 et voil qu'il m'chappe4 ,tant il est vrai de dire que l o la foi manque tout manque4 ,monseigneur me l'avait fait remarquer2 je vois maintenant jusqu' quel point il avait raison4 --,mais au moins si nous avons ces pices conviction tu seras rhabilit aux yeux de la ,chambre et du pays6 --,hlas6 que vaudra cette petite satisfaction personnelle si nous manquons le but principal6 ,c'tait en causant ainsi que les deux amis avaient fait leurs prparatifs de dpart pour ,montral4 ,ce fut pour eux un moment de vritable angoisse que celui o ils franchirent l'entre du salon de l'archevch4 ,tous les archevques et vques y taient runis4 ,l'archevque de ,montral vint au devant de ses visiteurs4 --,ce n'est pas en vain1 mon cher monsieur ,lamirande1 dit-il1 que vous avez compt sur le dvouement et le patriotisme du clerg444 ,vous l'emportez4 ,je vous ai fait venir pour vous remettre ce que je vous ai refus l'autre jour4 ,lamirande ne put que balbutier quelques paroles peine intelligibles4 ,l'archevque continua3 --,je sais ce que vous avez fait4 ,j'ai vu votre lettre au clerg4 ,elle a produit tout l'effet que vous pouviez en attendre4 ,depuis plus d'une semaine ma table est de nouveau encombre de lettres1 mais celles-ci ne sont pas anonymes1 et autant les premires me dsolaient1 autant les dernires m'ont rempli de joie et de consolation4 ,tous ont eu la mme pense4 ,tous m'ont crit ou sont venus me voir4 ,tous1 jeunes et vieux1 sculiers et rguliers1 ont dit la mme chose3 ,parlez1 monseigneur2 faites connatre les secrets que vous possdez1 ne songez pas nous1 ce qui peut nous arriver1 mais l'glise1 mais au pays4 ,par un seul n'a tenu un autre langage4 ,en face de ce mouvement sublime je ne puis hsiter davantage4 ,je vais tout vous mettre entre les mains1 avec une lettre collective signe par tous mes vnrables collgues4 ,aucun dput catholique n'osera voter le projet ministriel la suite des rvlations que vous allez faire4444 --,je suis vraiment ravi1 monseigneur1 reprit ,lamirande4 ,je bnis et je remercie ,dieu de cette grande consolation4 ,cependant1 un doute affreux me poursuit4 ,je crains qu'aprs tout ces rvlations ne soient inutiles2 je crains que la majorit ne reste quand mme du ct du gouvernement4 ,vous aviez raison1 monseigneur1 de dire que la foi est la base de tout4 --,enfin1 dit l'vque1 nous ferons tout ce que nous pourrons4 ,nous accomplirons notre devoir jusqu'au bout4 ,dieu se chargera du reste4 ,aprs tant de dvouement1 ,il fera1 j'en suis persuad1 un vritable miracle1 s'il le faut1 pour sauver la position1 la dernire minute4 ,puis le prlat remit ,lamirande des copies photographies de tous les documents que ,ducoudray lui avait laisss1 ainsi qu'une lettre signe par tous les vques4 --,je garde1 dit-il1 les originaux1 mais si quelqu'un veut les consulter je les tiens la disposition du public4 ,les deux dputs prirent ensuite cong des prlats4 ,en sortant de l'archevch1 la figure de ,leverdier rayonnait4 la pense qu'au moins son ami ne serait plus un objet de mpris ou de piti1 son me se remplissait d'une joie indicible que l'observateur le moins attentif aurait pu lire dans ses yeux et sur son front4 ,aussi ,duthier crut-il devoir ajouter un mot la formule4 ,il tlgraphia ,montarval3 ,trs beau temps1 une heure4 --,imbcile6 murmura le ministre en lisant cette dpche4 ,puis il sonna et fit entrer dans son bureau deux individus qui1 depuis une demi-heure1 attendaient dans une antichambre4 --,vous avez parfaitement compris vos instructions8 leur demanda-t-il4 --,oui1 matre1 rpondit l'un d'eux4 --,eh bien6 faites4 ,ils se retirrent1 et ,montarval ferma la porte cl derrire eux4 ,puis1 il se mit arpenter son cabinet en proie une horrible motion1 un accs de rage satanique1 les poings crisps1 l'cume la bouche4 --,il triomphe6 ,il triomphe6 rpta-t-il d'une voix trangle4 ,s'exaltant de plus en plus1 il apostropha ainsi l',ange dchu3 --,eblis6 ,dieu puissant1 te laisseras-tu toujours1 vaincre par ton ternel ,ennemi6 ,nous touchions au succs1 et voil que tout menace de s'crouler4 ,au moins1 fais russir cette dernire tentative que tu m'a inspire4 ,que le fanatique adorateur de notre ,ennemi soit broy de telle sorte que sa mre elle-mme ne pourrait le reconnatre6 ,tout coup il s'arrta4 --,ah6 quel oubli6 s'cria-t-il4 ,ce malheureux ,duthier prendra sans doute le train avec eux4 ,j'aurai encore besoin de lui4 ,puis il crivit un tlgramme ainsi conu3 ,au chef de la gare ,mile ,end1 pour tre remis l'huissier ,duthier sur le train d'une heure de ,montral ,ottawa4 ,avis important4 ,ne pas prendre mme train que prennent deux amis4 ,il remit le tlgramme un commissionnaire avec ordre de l'expdier immdiatement4 99 99 99 99 99 ,lamirande et ,leverdier avaient pris le train une heure4 ,duthier les suivait toujours4 ,ils n'en firent aucun cas1 tant ils taient absorbs par l'examen des documents que l'archevque de ,montral leur avait remis4 ,l'horrible complot dpassait tout ce qu'ils avaient pu imaginer4 ,c'tait du satanisme pur et ouvertement dclar4 ,au ,mile ,end1 il y eut un arrt de quelques minutes4 ,sur le quai de la gare une foule d'ouvriers et d'oisifs faisait cercle autour d'un homme d'quipe tendu par terre4 --,qu'a-t-il donc8 demanda ,lamirande en ouvrant une fentre4 ,lamirande remit vivement ,leverdier les papiers qu'il examinait4 ,il ne songea plus aux graves problmes politiques qui le proccupaient tout l'heure4 ,il n'tait plus que mdecin et n'avait plus qu'une pense3 sauver la vie de ce malheureux4 ,dans un instant1 il tait sur le quai4 ,il carta la foule et examina le foudroy4 --,il n'est peut-tre pas mort1 s'cria-t-il2 mais faites de l'espace1 je vous en prie1 donnez-lui de l'air4 ,la foule se recula un peu1 et ,lamirande se mit pratiquer sur l'ouvrier lectris la respiration artificielle4 ,pendant ce temps1 le chef de la gare se mit crier3 ,un tlgramme pour ,m4 ,duthier1 huissier4 ,m4 ,duthier est-il ici8 ,l'huissier qui tait dans la foule se prsenta et prit son tlgramme4 ,leverdier vint rejoindre ,lamirande4 ,il avait remis tous les documents dans son sac de voyage qu'il tenait la main4 --,nous allons manquer le train dit-il ,lamirande4 ,en effet1 ce mme moment le cri3 ,en voiture ,all aboard6 se fit entendre4 --,je ne puis laisser mourir cet homme1 dit ,lamirande4 ,le devoir du moment est ici4 ,du reste1 dans une heure1 il y aura un train pour ,ottawa par le ,grand ,atlantique4 ,et il continua de prodiguer ses soins l'ouvrier qui commenait donner quelques signes de vie4 ,duthier1 qui s'tait approch1 avait entendu les dernires paroles de ,lamirande4 --,mon tlgramme m'avertit1 se dit-il1 de ne pas voyager avec ces messieurs4 ,le matre ne veut pas1 sans doute1 pour une raison ou pour une autre1 que j'arrive ,ottawa en mme temps qu'eux2 mais puisqu'ils vont prendre le train du ,grand ,atlantique je puis bien1 sans dsobir1 continuer par ce train-ci4 ,et au moment o le convoi s'branle1 il saute sur le marchepied d'un des wagons4 ,dans quelques instants le train file vers ,ottawa une vitesse de quatre-vingt-dix milles l'heure4 ,duthier1 qui tait quelque peu philosophe1 lia conversation avec un autre voyageur4 --,ils ont beau dire1 fit-il sentencieusement1 le progrs est une belle chose4 ,voyez comme nous filons6 ,il y a cinquante ans1 on croyait que la vapeur tait le dernier mot du progrs4 ,un train qui faisait rgulirement ses soixante milles l'heure tait presque une merveille3 on en parlait dans les journaux4 ,aujourd'hui que l'lectricit a remplac la vapeur1 soixante milles l'heure1 c'est bon pour les trains de marchandises4 ,pour les voyageurs1 c'est quatre-vingts ou quatre-vingt-dix milles qu'il faut4 ,j'ai mme lu dernirement qu'aux tats-,unis et en ,angleterre il y a des trains qui font cent milles l'heure4 ,nous sommes toujours un peu en retard en ce pays-ci4 --,quand on draille je trouve qu'une vitesse de quatre-vingts milles l'heure est amplement suffisante1 fit son interlocuteur4 --,oui1 mais grce au progrs1 au perfectionnement des voies ferres1 les accidents sont bien moins frquents qu'autrefois4 --,moins frquents1 peut-tre1 mais certainement plus dsastreux4 ,c'est une vraie marmelade chaque fois4444 --tes-vous contre le progrs1 monsieur8 --,je le suis1 quand le progrs est contre moi4 ,cette rponse quelque peu nigmatique figea le loquace huissier4 ,il reprit la lecture de ses journaux interrompue par l'incident de ,mile ,end4 ,le temps tait bas et brumeux4 ,on ne voyait pas deux cents pieds dans les champs4 ,le mcanicien ne devait pas voir davantage devant lui4 ,on avait pass la dernire station avant d'arriver ,ottawa4 ,le train filait toujours comme l'clair4 ,tout coup1 une srie d'horribles et de rapides secousses1 une oscillation formidable1 un craquement sinistre2 puis un amas de dbris en bas du remblai et un hideux concert de cris agonisants qui dchiraient le brouillard4 ,la pauvre humanit venait d'offrir un nouvel holocauste au dieu ,progrs4 ,chapitre ,,xxvii ,et dabo vobis pastores juxta cor meum4 ,je vous donnerai des pasteurs selon mon coeur4 ,jrem4 ,,iii1 #ae4 trois heures la ,chambre s'tait runie4 ,presque au dbut de la sance1 le prsident du comit d'enqute donna lecture du rapport constatant que ,lamirande n'avait produit aucune preuve l'appui de son accusation et qu'il avait cependant refus de la retirer4 ,un dput ministriel anglais se lve et propose que le dput de ,charlevoix soit invit par le prsident de la ,chambre retirer son accusation et faire amende honorable au secrtaire d'tat4 ,vaughan et ,houghton interviennent et demandent que l'on retarde l'adoption de cette proposition jusqu'au retour de ,lamirande4 --,j'ai une dpche de lui1 dit ,houghton1 m'annonant qu'il partait de ,montral par le train d'une heure et qu' son arrive ici il aurait des explications donner la ,chambre4 ,il peut arriver d'une minute l'autre4 ce moment on remet un tlgramme ,montarval4 ,par un effort suprme1 il russit prendre un air grave et constern en lisant la dpche4 --,malheureusement1 dit-il1 nous n'entendrons jamais les explications de notre collgue4 ,je viens de recevoir une dpche qui annonce une affreuse nouvelle que la ,chambre apprendra avec une profonde douleur4 ,puis1 il donna lecture du tlgramme4 ,pointe ,gatineau1 #ab mars1 #c heures de l'aprs-midi4 ,il vient de se produire1 deux milles d'ici1 une terrible catastrophe4 ,le train numro #i1 parti de ,montral #a heure1 a draill pendant qu'il marchait une vitesse de quatre-vingts milles l'heure4 ,le convoi est tomb d'une hauteur considrable et a t mis en pices4 ,impossible en ce moment de donner la liste des tus et des blesss1 mais le nombre des victimes est trs considrable4 ,sept personnes seulement n'ont pas t blesses ou n'ont reu que des contusions relativement lgres4 ,ce sont ,michel ,panneton et ,georges ,bouliane1 d',aylmer1 ,pierre ,fortin1 de ,hull1 ,john ,mc,manus et ,james ,woodbridge1 d',ottawa1 ,thomas ,miller1 de ,toronto et ,andrew ,king1 de ,montral4 --,comme vous voyez1 monsieur le prsident1 continua ,montarval1 le nom de notre collgue n'est pas sur cette liste4 ,il y a donc tout lieu de craindre qu'il ne soit parmi les morts ou les blesss4 ,c'est vraiment terrible1 et je ne trouve pas d'expression pour rendre la douleur que j'prouve4 ,notre collgue1 il est vrai1 s'tait mis dans une fausse position1 mais je l'ai toujours cru de bonne foi1 j'tais convaincu qu'il avait t cruellement mystifi et qu'il finirait par reconnatre loyalement son erreur4 ,personne plus que moi ne regrette sa mort prmature1 si rellement il est mort2 personne plus que moi n'a pour lui de plus vives sympathies s'il est bless4 ,en parlant ainsi ce comdien accompli avait des larmes dans la voix4 ,on aurait jur que son chagrin tait sincre4 ,la sance fut suspendue pour donner l'motion le temps de se calmer4 ,de nouvelles dpches ne firent que confirmer la premire4 ,houghton1 ,vaughan et quelques autres dputs partirent pour le lieu du sinistre4 ,vers quatre heures1 le prsident reprit son sige et la sance continua4 ,le premier ministre demanda que la deuxime lecture du projet de constitution ft vote4 ,nous lverons ensuite la sance1 dit-il4 ,le prsident mettait la question aux voix1 lorsqu'une rumeur1 des exclamations de surprise l'interrompirent4 ,montarval devint livide4 ,lamirande et ,leverdier venaient d'entrer4 ,rendu son sige1 ,lamirande prit aussitt la parole4 --,monsieur le prsident1 avant que vous mettiez la question aux voix je demande la permission de faire quelques observations4 ,ou plutt1 pour avoir le droit de les faire1 je propose que le dbat sur la deuxime lecture du bill soit ajourne4 ,et d'abord1 monsieur le prsident1 on a paru surpris de nous voir en vie1 le dput de ,portneuf et moi4 ,je m'explique cette surprise1 car je viens d'apprendre l'pouvantable catastrophe arrive au train sur lequel on nous croyait et sur lequel nous tions effectivement en partant de ,montral4 ,si nous ne sommes pas parmi les morts et les blesss l-bas1 au lieu d'tre sains et saufs ici1 c'est que saint ,michel1 quoi qu'en pensent les lucifriens1 est plus fort que ,satan4 ,un incident providentiel nous a fait quitter1 ,mile ,end1 le train qui devait prir4 ,la terrible calamit qui vient d'arriver me dsole d'autant plus que j'en suis en quelque sorte la cause involontaire4 ,en effet1 cette calamit n'est pas le fruit d'un accident1 mais d'un crime4 ,les dernires dpches1 que j'ai lues au moment d'entrer dans cette enceinte1 disent que l'on a dcouvert que l'accident a t caus par le dplacement d'un rail et que l'on est sur la piste de deux individus mine suspecte que l'on a vus sur la voie non loin de l'endroit o le draillement s'est produit4 ,les dpches ajoutent que parmi les morts est un nomm ,duthier1 huissier de cette ,chambre4 ,sur lui on a trouv une dpche1 sans signature1 mais date d',ottawa et ainsi conue3 ,au chef de la gare ,mile ,end pour tre remis l'huissier ,duthier sur le train d'une heure de ,montral ,ottawa4 ,avis important4 ,ne pas prendre mme train que prennent deux amis4 --,ce qui indique clairement1 continua ,lamirande1 que quelqu'un ,ottawa avait des raisons de croire que le train sur lequel se trouvaient les deux amis n'tait pas trs sr4 videmment1 le pauvre ,duthier a mal compris l'avertissement4 ,voyant les deux amis quitter le train ,mile ,end1 il crut pouvoir continuer sa route sans inconvnient4 ,son manque de perspicacit lui a cot la vie4 ,ces deux amis1 avec lesquels il ne faisait pas bon voyager1 c'taient1 sans aucun doute1 le dput de ,portneuf et votre humble serviteur4 ,depuis la mort de ,m4 ,ducoudray1 j'tais constamment suivi par ce malheureux ,duthier4 ,je ne pouvais faire un pas sans l'avoir mes trousses4 ,maintenant1 pourquoi ne faisait-il pas bon de voyager en compagnie de ces deux amis8 ,quand vous connatrez1 monsieur le prsident1 les documents qu'ils portaient1 vous comprendrez pour quelle cause le train qu'ils avaient pris ne devait pas se rendre destination4 ,vous comprendrez aussi quelle inspiration ont d obir les deux malfaiteurs qui ont dplac le rail4 ,les dputs et les spectateurs qui remplissaient les tribunes respiraient peine4 ,on aurait pu entendre voler une mouche ou courir une souris1 tant le silence tait absolu4 ,lamirande continua3 --,maintenant1 monsieur le prsident1 toujours a l'appui de ma motion que ce dbat soit ajourn1 permettez que je donne lecture cette ,chambre d'une lettre collective des archevques et vques des provinces ecclsiastiques de ,qubec1 de ,montral et d',ottawa1 lettre que ,s4 ,g4 l'archevque de ,montral m'a remise aujourd'hui mme4 ,archevch de ,montral1 ce #aa mars #aidf4 monsieur ,joseph ,lamirande1 dput la ,chambre des ,communes d',ottawa et aux autres dputs de cette ,chambre4 ,messieurs les dputs1 ,la ,chambre des ,communes est actuellement saisie d'un projet de constitution destin1 s'il devient loi1 tablir une nouvelle confdration de toutes les provinces canadiennes4 ,beaucoup de personnes sont d'avis que cette constitution projete est bien trop centralisatrice2 qu'elle cache des piges nombreux2 qu'elle serait dsastreuse pour la libert religieuse des catholiques et la nationalit canadienne-franaise cause des pouvoirs exorbitants qu'elle accorde au gouvernement central4 ,nous n'avons pas l'intention de discuter ce projet de constitution en tant quoeuvre politique2 mais nous avons un devoir plus grave remplir4 ,nous avons le devoir de vous dclarer que cette constitution que vous tudiez a t labore1 clause par clause1 non pas au sein du cabinet1 comme vous et le public le supposez1 mais au fond des loges maonniques4 ,cette affirmation1 si invraisemblable qu'elle puisse vous paratre1 nous sommes en tat de l'tablir par des preuves irrcusables4 ,vous savez tous que le jury du coroner1 qui a fait une enqute sur la mort du journaliste ,ducoudray1 a dclar que ce malheureux avait t assassin par ordre de quelque socit occulte dont il avait rvl les secrets l'archevque de ,montral4 ,en effet1 la veille de sa mort1 frapp par la grce et sincrement converti1 ,m4 ,ducoudray a remis entre les mains de l'archevque de ,montral toutes les archives de la socit dont il avait t1 depuis plusieurs annes1 le secrtaire4 ,nous n'avons pas besoin de vous dire le sublime courage dont ce sectaire converti a fait preuve3 le rcit en a t fait l'enqute4 ,mais ce qui n'est pas encore connu du public1 c'est la nature des secrets qu'il a confis l'autorit religieuse4 ,eh bien6 les documents qu'il a remis l'archevque de ,montral1 et dont l'authenticit ne saurait tre rvoque en doute1 tablissent qu'il existe en cette province une socit horrible1 une socit de satanistes2 d'hommes qui invoquent et adorent ,satan et qui ont jur une haine mort ,notre-,seigneur ,jsus-,christ et ,son glise4 ,c'est au sein de cette socit qu'a t discut1 labor et adopt1 ligne par ligne1 paragraphe par paragraphe1 le projet de constitution qui vous est soumis4 ,et cette socit infernale a adopt ce projet parce qu'elle y voyait le moyen le plus efficace possible de dtruire la religion catholique en ce pays1 ainsi que la nationalit canadienne-franaise1 principal rempart de l'glise au ,canada4 ,tout cela1 nous le savons1 vous paratra incroyable4 ,nous avons confi monsieur ,lamirande des copies photographies de ces documents4 ,examinez-les4 ,vous y trouverez la preuve de ce que nous affirmons4 ,les originaux sont dposs l'archevch de ,montral o vous pouvez les consulter4 ,parmi les documents1 il y en a un que monsieur ,ducoudray a prpar l'archevch de ,montral3 c'est une liste des principaux membres de la socit satanique4 ,en tte de cette liste se trouvent les noms de monsieur ,aristide ,montarval et de sir ,henry ,marwood4 ,au nombre des manuscrits remis l'archevque de ,montral il y en a qui portent cette signature3 ,le ,grand ,matre4 ,l'archevque a fait examiner ces manuscrits par trois experts qui les ont compars avec des lettres de monsieur ,montarval et qui dclarent que l'criture de ces papiers de la socit secrte est identiquement la mme que l'criture des lettres4 ,on trouvera l'attestation des experts parmi les pices justificatives confies monsieur ,lamirande4 ,enfin1 monsieur ,ducoudray a dclar l'archevque de ,montral1 de la manire la plus solennelle1 que le rcit mis en circulation par son journal1 la ,libre-,pense1 d'une prtendue tentative que monsieur ,lamirande aurait faite de vendre son influence au gouvernement1 est une noire et abominable calomnie1 invente par le chef de la socit1 monsieur ,montarval2 que c'est1 au contraire1 le premier ministre qui a voulu corrompre monsieur ,lamirande4 ,maintenant1 messieurs1 vous vous demanderez1 sans doute1 comment il se fait que nous ayons gard si longtemps le silence4 ,la raison1 la voici4 peine monsieur ,ducoudray fut-il assassin que l'archevque de ,montral a commenc recevoir des lettres anonymes menaant de mort tous les prtres du pays si les secrets de la socit taient rvls4 ,dans ces lettres1 on avait soin de ne pas menacer l'archevque de ,montral lui-mme4 ,il tait dcid1 tout d'abord1 garder le silence1 n'osant pas exposer la vie de ses prtres et des prtres des autres diocses2 car le meurtre de ,ducoudray tait une preuve que ces menaces n'taient pas vaines4 ,les prtres1 mis au courant de la situation1 ont pri1 ont suppli1 d'une voix unanime1 l'archevque de ,montral de faire connatre le complot ourdi contre l'glise et la nationalit franaise1 quelles que puissent tre1 pour le clerg1 les consquences de cette rvlation4 ,en face de cette abngation1 l'archevque de ,montral n'a pas cru devoir se taire plus longtemps4 ,il runit ses collgues et leur communiqua toutes les pices lui confies par ,ducoudray4 ,aprs avoir mrement examin toutes choses1 nous sommes tous d'avis que ces documents sont d'une authenticit incontestable4 ,voil1 messieurs les dputs1 la situation expose aussi simplement que possible4 ,nous avons peine besoin de vous conjurer de mettre de ct tout esprit de parti1 toute considration personnelle ou politique et de vous unir troitement1 afin de repousser cette lgislation satanique qu'on vous soumet4 ,vous comprendrez1 nous en sommes convaincus1 qu'aucun dput catholique ne peut1 en conscience1 voter un projet de constitution labore par une socit impie1 expressment en vue de dtruire la religion catholique en ce pays4 ,votre devoir imprieux est de rejeter une telle lgislation4 ,nous croirions insulter votre intelligence1 votre foi et votre patriotisme en insistant davantage sur ce qu'il convient de faire4 ,aucun de vous1 nous en sommes persuads1 ne sera tratre son rle de dput1 de catholique et de ,canadien franais4 ,aucun de vous ne se laissera duper par des sophismes qui1 quelque spcieux qu'ils puissent tre1 ne sauraient vous faire oublier qu'on vous invite sanctionner une lgislation prpare par le satanisme en vue de dtruire parmi nous le rgne social de ,jsus-,christ4 --,ce document1 continua ,lamirande1 porte1 je le rpte1 les signatures de tous les archevques et vques du ,canada franais4 ,ajouter cette lettre le moindre commentaire ce serait l'affaiblir4 ,je me contente donc de proposer que le dbat soit maintenant ajourn4 ,au silence absolu qui avait rgn pendant la lecture de la lettre piscopale succde1 tout coup1 une vritable tempte d'exclamations1 d'interpellations1 de cris de colre4 ,tous les dputs catholiques quittent leurs siges et se prcipitent vers ,lamirande4 ,ils l'entourent1 ils lui serrent les mains1 ils le flicitent1 ils lui demandent pardon4 ,celui qu'ils taient disposs1 il y a une demi-heure peine1 chasser de l'enceinte parlementaire1 tous le reconnaissent et l'acclament maintenant comme leur chef4 ,les quatre ministres catholiques laissent leurs collgues1 traversent la ,chambre et vont se joindre au groupe qui entoure ,lamirande4 ,c'est une scne indescriptible4 ,le prsident1 voyant qu'il lui est impossible de maintenir l'ordre1 dclare la sance suspendue jusqu' huit heures et abandonne le fauteuil4 ce moment1 rentrent ,houghton1 ,vaughan et les autres dputs qui s'taient rendus au lieu de l'accident4 ,en quelques instants on les met au courant de ce qui vient de se passer4 --,eh bien6 mon cher ,vaughan1 s'crie ,lamirande1 tu me disais l'autre jour que tu ne me comprenais pas4 ,me comprends-tu maintenant8 --,oui1 je te comprends et je t'admire6 --,j'ai prouv tout ce que j'ai avanc1 n'est-ce pas8 --,mme davantage6 --,et maintenant1 en face de cette preuve1 vas-tu me rpter1 srieusement1 que tu es prt voter quand mme cette constitution8 --,oui1 parce que1 malgr son origine excrable1 pour moi1 cette constitution est bonne4 --,alors1 cher ami1 c'est mon tour de dire3 je ne te comprends pas6 ,j'ajoute que tu m'aurais caus infiniment moins de peine en votant mon expulsion de la ,chambre1 qu'en donnant ton appui cette oeuvre d'iniquit4 ,vaughan fut visiblement mu et embarrass4 --,c'est toujours la mme rponse1 dit-il4 ,tu as la foi1 je ne l'ai pas4 ,tu crois que la religion est le bien suprme de l'homme1 et moi je me demande toujours si la vie humaine1 comme la vie animale1 ne finit pas la mort4 ,pour toi1 l'au-del est une certitude1 pour moi1 c'est un problme que je ne puis rsoudre4 ,et le jeune ,anglais s'en alla pensif et triste4 ,les dputs franais et catholiques1 ainsi que ,houghton et ses partisans1 se runirent dans le bureau de l'opposition pour examiner les documents que ,lamirande avait en sa possession et pour discuter la situation4 ,aucun d'eux ne songeait aller dner4 --,personne ne manque l'appel1 dit l'un des ministres1 ou plutt ex-ministres1 car les collgues catholiques de sir ,henry avaient dmissionn sance tenante4 ,on fit l'appel nominal d'aprs une liste des dputs qu'on s'tait procure4 ,pas un dput de l'opposition1 pas un dput catholique ne manquait444 except ,saint-,simon4 --,je suis prt mettre ma main dans le feu si ce misrable n'est pas en ce moment avec ,montarval1 s'cria ,leverdier4 ,chapitre ,,xxviii ,erunt proditores4 ,il y aura des tratres4 ,,ii4 ,tim4 ,,iii1 #d4 ,effectivement1 il y tait4 ,profitant de la confusion qui suivit les rvlations de ,lamirande1 ,montarval s'tait esquiv de la ,chambre2 et1 en partant1 il avait fait un signe imprieux ,saint-,simon de le suivre4 ,celui-ci hsita un instant4 ,sa conscience lui cria3 ,n'obis pas1 malheureux6 ,ce cri1 il l'entendit1 malgr le bruit4 ,il l'aurait entendu au milieu d'une tempte1 au fort d'une bataille2 car cette faible voix intrieure domine tous les bruits du dehors1 si formidables soient-ils4 ,au lieu de suivre ,montarval1 il fit deux pas vers ,lamirande4 ,puis la pense lui vint que ,montarval pouvait le ruiner4 ,pourquoi l'exasprer inutilement8 se dit-il2 il n'y a pas de mal aller voir ce qu'il me veut4 ,et il suivit le tentateur4 ,il venait de repousser1 de fouler aux pieds la dernire grce4 partir de ce moment la voix intrieure cessa de se faire entendre1 et il descendit l'abme sans plus de rsistance4 --,comme vous le voyez1 lui dit ,montarval1 lorsque les deux furent rendus dans un cabinet particulier rserv aux ministres2 comme vous le voyez1 la position est critique4 ,il faut se montrer la hauteur de la situation4 ,jusqu'ici votre rle a t facile4 ,vous nous avez aids en combattant notre politique1 en nous attaquant1 en nous injuriant4 ,ce rle est fini4 ,maintenant vous devez en prendre un autre tout oppos4 --,vous ne voulez pas dire que je dois parler en faveur de votre projet de constitution que j'ai condamn avec tant de violence8 --,vous ne parlerez pas1 si cela vous gne4 l'heure qu'il est1 du reste1 les paroles sont inutiles4 ,mais vous voterez avec nous4 --,voter cette constitution que j'ai tant dnonce1 et cela au moment mme o tous mes compatriotes la repoussent avec indignation6 ,mais vous voyez bien que c'est une impossibilit4 ,je serais jamais dshonor6 --,et si vous ne la votez pas1 vous serez non seulement dshonor1 mais ruin par-dessus le march4 --,que voulez-vous dire8 balbutia le malheureux4 --,voici4 ,vous le savez1 je puis prouver que vous vous tes vendu au gouvernement et je puis vous jeter sur le pav4 ,je ferai l'un et l'autre si vous ne votez pas comme je veux4 --,mais c'est une cruaut inutile4 ,un vote de plus ou de moins ne peut pas changer le rsultat4 ,je ne voterai pas contre1 cela devrait vous suffire4 --,cela ne me suffit pas1 parce qu'un seul vote peut faire pencher la balance d'un ct ou de l'autre4 ,le prsident de la ,chambre1 j'en suis convaincu1 est contre nous4 ,il ne faut donc pas qu'il y ait galit de voix4 ,tous les dputs catholiques voteront contre nous1 et en quittant la ,chambre j'ai vu plusieurs dputs ministriels non catholiques qui entouraient ,lamirande4 ,le rsultat peut dpendre de votre voix4 ,il me la faut1 entendez-vous6 ,et le ministre s'en alla brusquement1 laissant le misrable dput en proie1 non au remords qui sauve1 mais la rage1 au dsespoir qui perd4 99 99 99 99 99 la runion des dputs opposs au gouvernement1 il fut dcid que l'on prcipiterait le dnouement1 en insistant sur la mise aux voix de la deuxime lecture1 ds l'ouverture de la sance1 huit heures4 ,si nous devons avoir la majorit1 disaient ,houghton et ,lamirande1 nous l'aurons ce soir1 avant que ,montarval ait le temps de nouer d'autres intrigues4 ,la ,chambre tait au grand complet4 ,elle se composait de #bdc membres1 sans compter le prsident qui1 on le sait1 ne vote que lorsqu'il y a partage gal des voix4 ,si tous les dputs votaient1 ce partage gal ne pourrait pas se produire4 ,les tribunes regorgeaient de monde4 ,une agitation fivreuse rgnait partout4 ,l'assemble tait houleuse4 ,le prsident1 en prenant son sige1 put difficilement obtenir un peu de silence et un ordre relatif4 ,aussitt que la sance est ouverte1 clatent les cris connus 3 ,question6 ,question6 ,aux voix6 ,aux voix6 ,personne ne se lve pour parler4 ,les ministres paraissent aux abois4 ,sir ,henry1 d'ordinaire si habile discerner ces courants dangereux qui se forment subitement au sein des assembles1 les diriger1 tout en ayant l'air de les suivre1 semble rduit quia4 ,montarval lui-mme1 si fcond en ressources1 ne trouve plus rien4 ,on aurait dit que1 dsespr1 il attendait la fin4 ,et les cris3 ,question6 ,aux voix6 redoublent4 ,enfin ,vaughan se lve4 ,le silence se fait aussitt4 --,monsieur le prsident1 dit-il1 je ne puis laisser mettre la deuxime lecture aux voix sans donner un mot d'explication1 sans dire ce que je pense de la proposition qui nous est faite4 ,j'ai examin les documents confis par l'archevque de ,montral mon ami le dput de ,charlevoix4 ,leur parfaite authenticit ne saurait tre mise en doute4 ,il est donc tabli que le projet de constitution dont la ,chambre est saisie est loeuvre1 non du cabinet1 mais d'une socit occulte4 ,le secrtaire d'tat et le premier ministre sont les deux principaux chefs de cette organisation secrte4 ,je dteste les associations de ce genre1 les intrigues tnbreuses qui ne sont tnbreuses que parce qu'elles sont criminelles4 ,c'est dire assez clairement que je n'ai plus aucune confiance dans le premier ministre et son collgue le secrtaire d'tat4 ,c'est dire aussi que le ministre actuel doit disparatre4 ,toutefois1 et bien que la conduite de ces deux ministres ne m'inspire que du dgot1 je voterai la deuxime lecture de ce projet de constitution parce cette oeuvre politique1 malgr le vice de son origine1 me parat bonne4 ,que le but des auteurs de ce projet ait t de nuire l'glise catholique et l'lment franais1 c'est indiscutable4 ,ils ont agi par haine1 par passion4 ,je condamne leurs motifs2 mais1 enfin1 le rsultat de leur travail1 je ne puis que l'approuver4 ,je suis favorable1 j'ai toujours t favorable l'tablissement d'un grand ,canada avec un gouvernement fort2 la fusion des races2 un peuple uni1 parlant une seule langue1 la langue anglaise4 ,quant l'glise catholique1 je ne lui suis certes pas hostile2 car si dans le monde entier il existe une religion qui possde quelque droit au respect et la reconnaissance de l'humanit1 c'est la religion catholique romaine1 la seule raisonnable1 la seule logique4 ,mais1 enfin1 je suis d'avis que les intrts du pays1 du grand ,canada que je veux aider tablir1 doivent passer avant les intrts d'une socit religieuse quelque respectable qu'elle soit4 ,si l'glise catholique doit se trouver mal du rgime propos1 je le regrette sincrement2 ce regret ne constitue cependant pas une raison suffisante pour moi de repousser ce projet de constitution4 ,sans doute1 je penserais1 je parlerais1 et je voterais autrement si j'tais un catholique fervent comme l'est mon bon et cher ami le dput de ,charlevoix qui1 je le sais1 je fais terriblement de la peine en ce moment4 ,mais je ne le suis pas4 ,je suis partisan de la grandeur matrielle4 ,je ne puis m'lever une rgion plus haute1 que j'entrevois1 mais qu'il m'est aussi impossible d'atteindre qu'il est impossible aux habitants de la basse-cour de suivre l'aigle dans son vol vers les astres4 ,le rgime politique qu'on nous propose m'offre tout ce que je puis comprendre1 tout ce que je puis croire3 la grandeur politique de mon pays4 ,je l'accepte1 tout en mprisant souverainement la main qui nous la prsente4 ,cet trange discours o se traduisaient les doutes1 les faiblesses1 les contradictions1 les aspirations vagues de cette pauvre me que ,dieu et le dmon se disputaient1 produisit une profonde impression sur la ,chambre4 ,il y eut un moment de silence4 ,montarval se pencha vers sir ,henry et lui glissa tout bas quelques mots l'oreille4 ,le premier ministre sourit3 il avait trouv rejoint4 ,vaughan1 sans le souponner1 avait tendu aux ministres naufrags une planche de salut4 --,monsieur le prsident1 dit le premier ministre1 je remercie vivement l'honorable dput qui vient de parler4 ,je le remercie de l'attitude si patriotique qu'il prend en ce moment de crise4 ,sans doute1 je regrette de constater qu'il n'a plus confiance dans le cabinet1 mais je me rjouis de voir qu'il sait distinguer entre les ministres et leur politique2 entre les fautes qu'ils ont pu commettre en laborant ce projet de constitution1 et ce projet lui-mme4 ,j'avoue qu'il y a eu des imprudences de commises2 j'avoue que les documents que l'on a produits1 et dont je ne conteste pas l'authenticit1 jettent un certain louche sur ma conduite et sur celle de mon collgue1 le secrtaire d'tat4 ,sans doute1 les auteurs de la lettre collective1 qu'on a lue ici cet aprs-midi1 exagrent beaucoup notre culpabilit2 mais je confesse que1 dans notre dsir1 peut-tre trop ardent1 d'assurer le succs de la grande oeuvre politique que nous avions entreprise1 nous avons t imprudents dans le choix des moyens4 ,aussi sommes-nous bien dcids subir1 sans murmurer1 le chtiment d cet excs de zle1 cette faute1 si vous voulez4 ,nous avons l'intention d'abandonner la direction des affaires1 ds que nous le pourrons sans manquer de patriotisme4 ,mais avant de nous en aller1 nous voulons voir cette constitution adopte2 nous voulons que l'tablissement d'un ,canada uni1 d'un grand ,canada soit chose rgle4 ,nous ne demandons pas un vote de confiance la ,chambre4 ,nous nous engageons ne pas considrer l'adoption de la constitution propose comme un vote de confiance dans le cabinet actuel4 ,nous demandons seulement aux dputs de rester fidles eux-mmes2 de ne pas se djuger1 parce que deux ministres ont manqu de prudence2 de ne pas rejeter un projet qu'ils ont dclar bon1 parce que ce projet a t discut ailleurs que dans le cabinet4 ,nous ne leur demandons pas de nous pargner1 mais nous avons assez de confiance dans leur patriotisme pour croire qu'ils ne blesseront pas le pays en voulant nous frapper4 ,qu'ils mettent la dernire main l'tablissement du ,canada uni en votant cette constitution1 et ils n'auront pas besoin de nous signifier notre cong2 nous nous en irons de nous-mmes1 heureux de n'avoir nous reprocher qu'un excs de zle en faveur d'une grande cause4 ,sans doute1 si nous n'coutions que nos sentiments personnels nous pourrions dmissionner immdiatement et laisser d'autres le soin de conduire l'entreprise bonne fin4 ,ce serait dangereux et peu patriotique de notre part4 ,une crise ministrielle en ce moment pourrait entraner des complications que nous regretterions ensuite4 ,encore une fois1 qu'on assure l'avenir de la patrie en la dotant de cette constitution1 qui a dj t ratifie une premire fois par l'immense majorit de cette ,chambre1 que les dputs accomplissent ce devoir de patriotisme2 puis nous ferons le ntre1 en remettant notre dmission entre les mains de ,son ,excellence4 ,ce discours habile produisit un effet marqu sur les dputs ministriels anglais1 moins un petit nombre4 ,les dputs ministriels franais1 dans une autre circonstance1 se seraient peut-tre laiss prendre aux gluaux du rus premier ministre2 mais aujourd'hui le voile est compltement dchir1 ,ils voient clairement l'abme vers lequel ils marchaient4 ,en ce moment les sophismes de sir ,henry sont impuissants leur remettre le bandeau sur les yeux4 ,sir ,henry et ,montarval s'aperoivent de l'tat des esprits et comprennent qu'ils ont fait tout ce qu'ils ont pu pour fortifier leur position4 ,c'est un coup de d1 dit ,montarval ,sir ,henry4 ,la majorit sera bien faible d'un ct ou de l'autre4 ,nous n'avons rien gagner en temporisant4 ,et il se met crier1 lui aussi3 ,aux voix6 ,aux voix6 ,le prsident met d'abord aux voix l'amendement traditionnel propos par ,houghton et ,lamirande3 ,que ce bill ne soit pas lu une deuxime fois maintenant1 mais dans six mois4 ,tous ceux qui sont en faveur de l'amendement voudront bien se lever1 dit-il4 ,jamais on n'avait vot ,ottawa sous le coup d'une pareille motion4 ,l'un aprs l'autre1 les dputs favorables au rejet du bill se lvent4 ,ils sont au nombre de #aba4 ,saint-,simon1 le chapeau rabattu sur les yeux1 n'a pas boug4 ,un frmissement parcourt les rangs des dputs franais4 ,un grondement sourd se fait entendre4 -- l'ordre1 messieurs1 dit le prsident4 ,tous ceux qui sont contre l'amendement voudront bien se lever4 ,l'assistant-greffier crie les noms des votants1 pendant que le greffier les enregistre4 ,parmi les noms de ceux qui votent contre le renvoi du bill six mois1 contre son rejet1 est celui de ,saint-,simon4 ,les sifflets clatent1 menaants4 ,c'est avec difficult que le prsident les peut faire cesser suffisamment pour permettre aux greffiers d'achever l'enregistrement des voix4 ,enfin1 la tche est finie4 ,le greffier en chef1 visiblement mu1 annonce le rsultat du scrutin4 --,pour l'amendement1 #aba3 contre1 #abb4 --,the amendment is lost1 l'amendement est rejet1 dit le prsident4 ,une tempte accueille ces paroles4 ,du ct ministriel1 ce sont des applaudissements frntiques2 du ct de l'opposition1 des cris de colre et de maldiction1 des sifflets et des hues4 ,cette scne indescriptible dure cinq minutes4 ,le prsident ne peut rien faire pour rtablir l'ordre4 ,c'est ,lamirande qui russit enfin obtenir un peu de silence4 --,les noms6 dit-il1 je demande les noms4 ,alors le greffier lit1 par ordre alphabtique1 les noms de ceux qui ont vot pour l'amendement1 puis les noms de ceux qui ont vot contre4 ,cette formalit remplie1 ,lamirande se lve de nouveau4 --,monsieur le prsident1 dit-il1 je vois que le nom du dput du comt de ,qubec se trouve parmi les noms de ceux qui ont vot contre l'amendement4 ,comme il est parfaitement connu que l'honorable dput s'est dj montr trs hostile au projet1 j'ai lieu de supposer qu'il a vot par erreur contre le renvoi du bill4 ,c'est tout ce que le rglement lui permet de dire4 ,cet appel n'a aucun effet4 ,le malheureux n'hsite pas un instant4 --,ce n'est pas une erreur1 dit-il4 ,nouvelle tempte de hues et de sifflets auxquels se mlent les cris de3 ,tratre6 ,vendu6 ,le prsident a perdu tout contrle sur l'assemble4 ,c'est encore ,lamirande qui parvient rtablir un peu d'ordre4 --,c'est maintenant1 dit le prsident1 la question principale1 la deuxime lecture qui est mise aux voix4 ,le rglement permet de parler3 ,saint-,simon se lve1 ple1 hagard4 ,le silence se fait aussitt1 car tous sont curieux d'entendre ce qu'il peut bien avoir dire pour expliquer sa volte-face4 --,monsieur le prsident1 clame-t-il d'une voix fausse et criarde1 je dsire rpondre aux injures dont j'ai t l'objet1 en donnant la raison qui m'engage voter cette constitution que j'ai nagure combattue4 ,c'est tout simplement1 pour moi1 une question de choisir le moindre de deux maux4 ,je me suis vivement oppos au projet de constitution qui nous est soumis1 et je le trouve encore mauvais2 mais quand je songe que si l'opposition russit le faire respecter1 la province de ,qubec tombera peut-tre entre les mains du dput de ,charlevoix et de ses pareils1 je ne puis me dcider exposer le pays un tel malheur4 ,le ,canada uni qu'on veut tablir laissera sans doute dsirer2 mais la ,nouvelle ,france1 fanatise1 intolrante1 digne des temps de l'inquisition et du moyen ge que le dput de ,charlevoix et ses amis veulent nous donner1 serait tout simplement inhabitable4 ,je vais donc voter cette constitution que je n'aime pas pour pargner notre province un malheur pouvantable4 ,tant d'audace plongea l'assemble dans une sorte d'tonnement ml de stupeur4 ,les dputs franais prouvrent un dgot tellement profond que1 ne trouvant plus aucun moyen de le manifester d'une manire suffisante1 ils se turent4 ,l'enregistrement des voix sur la deuxime lecture se fit au milieu d'un profond silence4 ,le rsultat1 du reste tait connu d'avance4 --,pour1 #abb2 contre1 #aba1 dit le greffier4 --,the motion is carried4 ,la motion est adopte1 fit le prsident4 ,puis la sance est leve1 et les dputs se runissent par groupes1 discutant avec bruit4 --,tout espoir n'est pourtant pas perdu1 dit ,lamirande ses amis ,leverdier et ,houghton4 ,cette majorit d'une voix due la trahison4 ,dieu ne peut pas permettre qu'elle fixe tout jamais les destines d'un peuple4 ,chapitre ,,xxix ,cor hominis disponit viam suam2 sed ,domini est dirigere gressus ejus4 ,le coeur de l'homme prpare sa voie2 mais c'est au ,seigneur conduire ses pas4 ,prov4 ,,xvi1 #i4 ,le lendemain de la deuxime lecture1 le projet de constitution entra dans la plus redoutable de toutes les preuves qu'un projet de loi doive subir3 l'preuve du comit gnral ou comit de toute la chambre4 ,le prsident quitte le fauteuil et appelle au bureau du greffier1 pour prsider le comit1 le dput que le promoteur du bill lui dsigne1 ,sir ,henry eut soin de faire confier ce poste important un de ses partisans aveugles4 ,c'est en comit gnral qu'un bill est discut article par article1 clause par clause1 examin1 tourn et retourn en tout sens4 ,c'est pendant cette phase de la procdure qu'on propose les amendements4 ,chaque dput a le droit de parler autant de fois qu'il juge propos4 ,on vote par assis et lev2 le greffier compte les votants1 il n'enregistre pas les noms4 ,pendant dix jours1 l'opposition1 qui se compose maintenant du parti de ,houghton renforc des dputs catholiques1 moins ,saint-,simon1 et de quelques dputs anglais jadis partisans du ministre1 livre au gouvernement et son bill une succession d'assauts formidables mais inefficaces4 ,car bien que le prsident de la ,chambre devenu simple membre du comit gnral vote toujours avec l'opposition1 sir ,henry et ,montarval ont russi1 ,dieu sait au moyen de quelles influences inavouables et criminelles1 dtacher de l'anne commande par ,houghton et ,lamirande deux dputs anglais4 ,de sorte que l'opposition1 en comptant pour elle la voix du prsident de la ,chambre1 se trouve rduite #abj1 tandis que le parti ministriel compte maintenant #abc1 plus la voix du prsident du comit gnral acquise au gouvernement en cas d'un partage gal des voix rsultant de l'absence momentane de trois dputs ministriels4 ,lamirande et ,hougthon multiplirent leurs efforts auprs de ,vaughan pour l'engager repousser la constitution1 ou du moins consentir des amendements qui en eussent extrait une forte partie du venin que ,montarval y avait mis4 ,s'ils avaient pu gagner ,vaughan leur cause1 ils auraient triomph du coup1 car ce jeune dput tait le chef reconnu d'un groupe de sept ou huit4 ,tous ces dputs taient prts se dtacher du parti ministriel si ,vaughan leur en avait donn le signal2 mais aucun ne voulut le faire sans la permission du capitaine4 ,c'tait donc ,vaughan qui tenait la cl de la situation4 ,il resta sourd aux arguments de ,houghton1 aux prires1 aux supplications de ,lamirande4 --,si je croyais l'glise catholique comme tu y crois1 disait-il un jour ,lamirande1 le bill actuel n'aurait pas un adversaire plus acharn que moi4 --,et qu'est-ce qui t'empche de croire1 comme moi1 l'glise catholique8 rpliqua son ami4 --,j'ai comme un bandeau sur les yeux de l'intelligence2 il y a comme un voile qui me cache la lumire444 ,si je pouvais le dchirer6 --,aucun pouvoir humain ne peut ni enlever ni dchirer ce bandeau1 ce voile1 qui est trs rel1 nullement imaginaire4 ,nous1 les croyants1 nous le connaissons1 l'glise le connat1 puisque1 au jour solennel du ,vendredi saint1 elle demande ,dieu de l'enlever aux ,juifs3 ,ut ,deus et ,dominus noster auferat velamen de cordibus eorum444 ,veux-tu rellement que ce bandeau soit enlev1 non de ton intelligence1 car il n'est pas l1 mais de ton coeur--de corde tuo8 --,sans doute1 je le voudrais6 --,ah6 ,tu le voudrais6 ,je te demande de me dire je le veux4 ,je le voudrais et je le veux1 tu le sais comme moi1 n'ont nullement la mme signification4 ,je voudrais n'a jamais soulev une paille1 tandis que je veux transporte les montagnes4 ,des milliers de gens qui descendent en enfer ont rpt toute leur vie3 je voudrais me sauver444 ,voil1 mon ami1 la diffrence entre je voudrais et je veux4 --,la diffrence est grande1 je le comprends4 ,aussi1 je ne dis plus je voudrais croire1 mais je veux croire4 --,eh bien6 si tu veux rellement croire tu vas prendre les moyens d'y arriver4 ,la foi est un don gratuit de ,dieu1 sans doute4 ,comme tu disais1 l'autre jour1 ,spiritus ubi vult spirat4 ,seulement1 il ne faut pas abuser de ce texte4 ,il ne nous dispense pas de tout effort4 ,l'esprit de ,dieu souffle o il veut1 mais il souffle sur celui qui s'en montre digne4 ,le libre arbitre et la grce1 la part de l'homme et la part de ,dieu dans loeuvre du salut1 voil un profond mystre4 ,chose certaine1 toutefois1 c'est que1 pour le salut1 il faut la grce et la correspondance la grce1 l'aide de ,dieu sans laquelle l'homme ne peut rien faire d'efficace1 et l'effort1 le je veux de l'homme sans lequel la grce de ,dieu resterait sans effet4 ,car ,dieu1 comme dit saint ,augustin1 qui nous a crs sans nous1 ne nous sauve pas sans nous4 ,et bien quil ne donne pas les mmes grces tous1 tous ,il en donne assez pour les sauver s'ils voulaient y correspondre4 ,en ce moment1 il te donne la grce de dire je veux croire4 toi de correspondre cette grce en demandant la foi4 ,tu connais les prires de l'glise4 ,promets-moi de rciter1 chaque jour1 d'ici quelque temps1 trois ,ave ,maria et le ,salve ,regina1 pour obtenir la foi en ,notre-,seigneur ,jsus-,christ1 ,fils de ,marie4 --,et tu penses que cela sera suffisant pour m'obtenir la foi8 --,je sais que cette prire1 faite dans l'intention de correspondre la grce que ,dieu te donne de dsirer la foi1 t'obtiendra une nouvelle grce4 ,cela1 j'en suis certain4 ,quelle sera la nature de cette nouvelle grce8 ,sous quelle forme se prsentera-t-elle8 ,quand se prsentera-t-elle8 ,je l'ignore1 naturellement4 ,tout ce que je sais bien1 c'est que toute grce laquelle il y a correspondance1 de notre part1 nous attire une nouvelle faveur1 infailliblement4 ,par exemple1 prends bien garde de rsister cette nouvelle grce quand elle s'offrira4 ,elle peut arriver tout coup2 elle peut ne faire que passer devant toi pour ne plus jamais revenir4 --,si je pouvais voir quelque miracle1 quelque manifestation du surnaturel6 --,mais tu pourrais voir ressusciter un mort sans obtenir la foi6 --,pourtant1 un semblable prodige me prouverait que le surnaturel existe4 --,tu es tout environn de preuves de l'existence du surnaturel et tu n'y crois pas6 ,les miracles ne convertissent pas toujours4 ,souviens-toi de la maldiction de ,notre-,seigneur2 ,malheur toi1 ,corozan1 malheur toi1 ,bethsade1 car si les miracles qui ont t faits au milieu de vous avaient t faits autrefois dans ,tyr et ,sidon1 elles auraient fait pnitence dans le cilice et dans la cendre4 ,la vue des miracles ne donne pas toujours la foi2 du moins1 cette foi qui sauve1 cette foi fconde parce qu'elle est accompagne d'un changement de vie1 de bonnes oeuvres1 de sacrifices1 de dvouement4 ,par contre1 des milliers ont cru sans avoir jamais vu d'autre miracle que l'glise1 ce signe dress au milieu des nations1 selon les paroles du concile du ,vatican4 ,mon cher ami1 ne demande pas voir des miracles2 car ils pourraient se lever contre toi1 comme les miracles de ,notre-,seigneur se lveront au jour du jugement contre ,corozan1 ,bethsade et ,capharnam1 ces villes qui voyaient des prodiges sans se convertir1 et qui seront traites plus durement que la terre de ,sodome4 ,demande plutt la force de vivre selon la foi4 ,car tu as beau dire1 si tu veux creuser jusqu'au fond de ton coeur1 tu verras que c'est l o se trouve le vritable obstacle4 --,il te semble donc que j'ai dj la foi6 --,en effet1 si la foi n'entranait pas un changement de vie2 si la foi en ,notre-,seigneur ,jsus-,christ n'imposait pas plus d'obligations morales que la croyance aux vrits mathmatiques1 te dirais-tu incroyant8 ,tu crois que deux et deux feront toujours quatre1 parce que1 tout en le croyant1 tu peux vivre ta guise2 mais si cette croyance avait pour corollaire le pardon des injures1 ou l'abandon de certains plaisirs1 ou quelque autre sacrifice qui rpugne la nature humaine1 tu te demanderais peut-tre si1 aprs tout1 deux et deux font toujours quatre4444 --,c'est peut-tre vrai1 murmura ,vaughan4 --,sois certain que c'est vrai4 ,c'est l o se trouve le voile1 le bandeau3 sur le coeur4 ,remarque bien les paroles de la sainte liturgie que je citais tout l'heure3 ,ut auferat velamen de cordibus eorum4 ,vois-tu3 de cordibus1 non pas de mentibus4 --,je souffre terriblement1 dit le jeune ,anglais4 --,je comprends tes souffrances4 ,il se livre1 dans ton me1 un combat formidable entre la grce divine et ,satan4 ,il y a longtemps que je suis avec anxit les pripties de cette lutte4 ,il me semble que nous touchons au moment dcisif4 ,si tu veux que la grce l'emporte sur ,satan1 prie3 ,trois ,ave et le ,salve ,regina chaque jour4444 ,puis1 comme parlant lui-mme1 il ajouta mi-voix3 --,je le sens1 la crise par laquelle passe cette me est intimement lie la crise de notre patrie4 ,si cette me succombe1 tout est perdu2 si elle triomphe1 tout est sauv4 mon ,dieu6 faites qu'elle triomphe2 et si1 pour mriter cette grce1 il faut un nouveau sacrifice1 me voici6 ,ces paroles1 que ,vaughan avait saisies1 le touchrent profondment4 --,je ferai ce que tu demandes1 dit-il1 je prierai444 ,chapitre ,,xxx ,amen quippe dico vobis1 si habueritis fidem sicut granum sinapis1 dicetis monti huic2 transi hinc illuc1 et transibit1 et nihil impossibile erit vobis4 ,je vous le dis1 en vrit1 si vous aviez de la foi comme un grain de snev1 vous diriez cette montagne3 ,transporte-toi d'ici l1 et elle s'y transporterait1 et rien ne vous serait impossible4 ,matt4 ,,xvii1 #ai4 ,cette conversation avait eu lieu le soir du dixime jour aprs le commencement de la bataille en comit gnral4 ,le lendemain1 il fut impossible de prolonger la lutte4 ,la liste des amendements tait puiss3 tous avaient t impitoyablement rejets4 ,le gouvernement triomphait et beaucoup de membres de l'opposition taient profondment dcourags4 --,c'est inutile de continuer la rsistance1 disaient les dcourags ,houghton et ,lamirande4 ,vous voyez1 nous avons fait tout ce qu'il tait humainement possible de faire4 ,persister davantage dans notre opposition serait puril4 ,soumettons-nous l'invitable4 ,nous tcherons de tirer le meilleur parti possible de la situation qui nous sera faite dans la nouvelle confdration4 ,houghton et ,lamirande taient contraints de cder4 ,le groupe de la rsistance quand mme tait rduit aux deux chefs1 ,leverdier et deux ou trois autres4 ,le gros de l'arme tait dmoralis4 ,vouloir le tenir plus longtemps sous le feu de l'ennemi1 c'tait s'exposer une dbandade4 ,le comit gnral adopta donc le bill sans amendement1 et la troisime et dernire lecture fut fixe au lendemain1 #be mars4 ,le matin du jour o devait commencer la lutte suprme1 les deux chefs de l'opposition se rencontrent l'htel du ,parlement4 --,il faut1 dit celui-ci ,houghton1 il faut de toute ncessit livrer une dernire bataille sur la troisime lecture2 il faut retarder autant que possible la consommation de cette iniquit4 --,je suis bien de cet avis1 rpondit ,houghton2 je suis dcid faire de l'opposition1 de l'obstruction mme1 aussi longtemps que nos gens voudront nous suivre4 ,ce ne sera pas bien long1 je le crains4 ,se battre sans le moindre espoir de succs1 ce n'est pas trs gai1 il faut l'avouer4 --,cependant1 fit ,lamirande1 je n'ai pas perdu tout espoir6 --,d'o peut bien venir le secours8 --,de ,vaughan4 --,il est inconvertissable6 ,vous et moi1 mon cher ,lamirande1 avons puis sur lui toute notre logique1 sans succs4 --,dieu peut faire1 dans un instant1 ce que nos arguments n'ont pu accomplir dans quinze jours4 --,sans doute1 ,dieu pourrait le faire4 ,le fera-t-il8 --,je l'espre1 j'espre qu'il se produira quelque grand4444 ,il ne termina pas sa phrase4 ,on vint lui remettre un tlgramme4 ,il l'ouvrit et lut4 ,un cri touff s'chappa de ses lvres et la douleur se peignit sur ses traits4 --,mon ,dieu1 s'cria ,houghton1 quelle mauvaise nouvelle contient donc cette dpche8 ,lamirande ne peut pas articuler une seule parole4 ,il tendit le papier fatal son ami4 ,houghton y lut ce qui suit3 ,couvent de ,beauvoir1 le #ae mars #aidf4 monsieur ,joseph ,lamirande1 dput1 ,ottawa4 ,marie est tombe subitement malade4 ,le mdecin sans espoir4 ,si vous voulez la voir en vie1 venez au plus vite4--,soeur ,antonin1 suprieure4 --,c'est ma fille unique1 dit ,lamirande1 ma seule joie en ce monde6 ,houghton lui serra affectueusement la main3 --,pauvre ami6 pauvre ami6 murmura-t-il4 --,mon ,dieu6 s'cria ,lamirande1 est-ce l le nouveau sacrifice que vous me demandez6 ,c'est trop ,c'est plus que ma vie que vous me prenez ,et le pauvre pre clata en sanglots4 ,au bout de quelques instants1 il matrisa son motion au point de pouvoir parler4 --,un train part bientt pour ,qubec4 ,j'emmnerai ,vaughan avec moi4 ,il me faut quelqu'un1 et vous aurez peut-tre besoin de ,leverdier444 ,tenez bon aussi longtemps que vous pourrez4 ,nous ne savons pas ce qui peut arriver d'ici quelques heures4 ,je sens que la crise touche sa fin4 ,cette fin sera-t-elle uniquement douloureuse8 ,dieu seul le sait1 et que ,sa sainte volont soit faite6 ,il partit la recherche de ,vaughan et le trouva bientt4 --,qu'y a-t-il donc8 dit celui-ci en voyant l'angoisse qui bouleversait ce visage d'ordinaire si calme4 ,pour toute rponse1 ,lamirande lui remit l'horrible chiffon jaune4 ,vaughan ne peut que rpter ce que ,houghton avait dit un instant auparavant4 --,pauvre ami6 --,tu viendras avec moi1 n'est-ce pas8 dit ,lamirande4 ,il me faut la prsence d'un ami sympathique4 ,sans cela il me semble que mon coeur clatera4 --,certainement1 fit ,vaughan4 ,je suis trop heureux de pouvoir te donner cette marque d'affection4 --,merci1 mille fois6 ,allons6 ,il tait midi4 ,le train pour ,qubec partait une heure1 arrivant destination six heures4 ,pendant le trajet les deux amis parlrent peu4 ,l'un tait absorb par sa douleur2 l'autre1 proccup et tourment plus que jamais par le combat qui se livrait dans son coeur4 ,une prire revenait sans cesse sur les lvres du pre afflig3 ,mon ,dieu1 je vous offre ma douleur pour obtenir la conversation de cette me6 ,au dehors1 tout tait morne4 ,du ciel de plomb la pluie tombait par torrents et fouettait les vitres avec rage4 ,dans les champs1 les taches de neige alternaient avec les flaques d'eau rides par le vent4 ,les chemins taient remplis de boue et de glace couverte de fumier4 ,aucun signe de vie1 sauf des bandes de corneilles qui se disputaient bruyamment les immondices accumules pendant l'hiver4 ,rien de moins pittoresque et de moins potique que nos campagnes canadiennes pendant le dgel4 ,la nappe blanche qui couvrait la terre depuis des mois est dchire et souille1 tandis que le tapis vert du printemps ne se dessine pas encore4 mesure que le train1 dans sa course vertigineuse1 se prcipite vers le nord-est1 le paysage change d'aspect4 ,les taches de neige deviennent plus nombreuses1 plus tendues4 ,enfin1 aux environs du ,saint-,maurice1 qui est la ligne de dmarcation entre la partie orientale et la partie occidentale de la province1 on ne voyait que les livres de la saison rigoureuse4 ,aux ,trois-,rivires1 il y a un arrt de quelques instants4 ,un jeune employ du bureau de tlgraphe monte sur le train et parcourt les diffrents wagons1 criant d'une voix nasillarde3 ,monsieur ,lamirande est-il ici8 ,un tlgramme pour monsieur ,lamirande4 ,ces paroles banales tombent sur l'me de ,lamirande comme une montagne4 ,le malheureux se sent cras1 ananti4 ,il fait signe ,vaughan de prendre le tlgramme4 ,quelles terreurs1 quelles angoisses peut causer parfois un petit carr de papier jaune6 ,vaughan n'ose pas prsenter le tlgramme ,lamirande qui le regarde avec une sorte d'pouvante4 ,ce chiffon insignifiant est pour lui un objet de terreur4 --,ouvre-le et lis1 dit ,lamirande4 ,mon ,dieu ajoute-t-il1 donnez-moi la force de subir cette preuve en chrtien6 ,vaughan dcachte et dplie le papier d'une main agite4 ,il lit3 ,couvent de ,beauvoir1 #b heures de l'aprs-midi4 monsieur ,joseph ,lamirande ,trois-,rivires1 sur le train venant d',ottawa4 ,marie est au ciel4 ,que ,dieu vous console6 ,soeur ,antonin4 ,bien qu'il s'y attendit1 le coup fut terrible pour ,lamirande4 ,la prire de la bonne soeur ne fut pas exauce3 pour prouver davantage son fidle serviteur1 ,dieu ne le consola point4 ,au contraire1 ,il permit aux flots les plus amers de la douleur humaine de submerger ce coeur si tendre1 si aimant4 ,il ne pouvait penser qu' une chose3 il tait dsormais seul dans le monde4 ,son unique bien ici-bas lui tait enlev pour toujours4 ,pendant quelques instants il verrait un pauvre petit cadavre2 puis plus rien de cette enfant tant aime2 jamais plus une caresse1 jamais plus un sourire4 ,ne songeant pas au bonheur de sa fille1 ne se rappelant pas que la sparation1 par rapport l'ternit1 n'est que momentane1 ne voyant que l'affreuse blessure faite son coeur de pre1 il fut rudement tent de murmurer contre la divine ,providence1 de dire que c'tait injuste1 qu'il ne mritait pas une telle affliction4 ,mais ,dieu l'prouvait seulement1 ,il ne l'avait pas abandonn2 et cette me toute meurtrie1 tout affaiblie qu'elle tait1 eut1 avec la grce de ,dieu1 la force de repousser toute pense de rvolte4 ,la nuit tombait lorsque les deux voyageurs s'engagrent dans la longue alle borde d'arbres conduisant du chemin ,saint-,louis au couvent de ,beauvoir perch sur la falaise qui domine le grand fleuve4 ,il pleuvait toujours tristement1 et le vent gmissait dans les branches nues des rables et des bouleaux1 dans les pins et les sapins sonores4 ,depuis la rception de la fatale dpche1 les deux amis n'avaient presque pas chang une parole4 ,vaughan comprenait que la douleur de ,lamirande tait une de ces immenses afflictions que des paroles ne font qu'augmenter1 qui ne peuvent s'adoucir que par un tmoignage silencieux de sympathie4 ,on attendait ,lamirande au couvent4 ,le pre ,grandmont le reut la porte4 ,il l'treignit longuement dans ses bras paternels4 --,je l'ai vue mourir1 dit-il4 ,je lui ai donn la sainte communion4 ,jamais je n'ai rien vu d'aussi beau4 ,heureux pre1 malgr votre terrible douleur6 --,mon pre6 mon pre6 que je souffre6 fut tout ce que ,lamirande put rpondre4 ,puis1 aprs un suprme effort pour se contenir1 prsentant ,vaughan au bon religieux3 --,voici un ami dont l'me est aussi bouleverse que mon coeur est dchir4 ,aidez-nous tous deux de vos prires4 ,ils se rendent la chambre mortuaire4 ,quatre religieuses prient auprs du modeste lit blanc o l'enfant semble dormir4 ,seule la pleur cadavrique indiquait que ce n'tait pas l le sommeil1 mais la mort4 ,lamirande se jette genoux ct du lit et levant les yeux et les mains au ciel1 il s'crie d'une voix forte et vibrante3 --,seigneur ,jsus1 qui avez rendu la veuve de ,nam son fils unique1 ayez piti de moi comme vous avez eu piti de cette mre afflige4 ,sa douleur n'a pu tre plus grande que la mienne4 ,ce fils tait le seul soutien de sa mre2 ma fille tait ma seule joie en ce monde4 ,sans son fils1 la veuve de ,nam aurait pu mourir de faim et ,vous le lui avez rendu4 ,sans ma fille1 mon coeur se brisera1 rendez-la moi6 ,jsus tout-puissant et infiniment bon6 ,lamirande regardait toujours le ciel dans une sorte d'extase4 ,le pre ,grandmont1 ,vaughan et les quatre religieuses avaient les yeux fixs sur le lit4 ,un cri d'tonnement s'chappe simultanment de la bouche de tous4 ,avec stupfaction1 ils voient subitement les roses remplacer la cire sur les joues de l'enfant et ses lvres ples devenir vermeilles4 ,elle ouvrit ses grands yeux1 et1 voyant son pre1 l'appela doucement4 --,cher papa6 cette voie connue1 ,lamirande tressaillit4 ,il baissa ses regards1 et voyant sa fille pleine de vie1 les bras tendus vers lui1 le sourire sur les lvres1 il fut prs de tomber en dfaillance4 ,sa joie tait indicible4 --,mon ,dieu6 murmura-t-il1 que vous tes bon6 ,puis l'enfant se jetant dans les bras de son pre1 ils se serrrent dans une longue et dlicieuse treinte1 sans parler4 ,ce fut enfin ,marie qui rompit le silence4 --,cher papa6 dit-elle1 j'tais morte1 n'est-ce pas8 ,ce n'tait pas un rve4 ,j'ai souvent rv du ciel1 mais ce n'tait pas comme cela4 ,oh6 que c'est beau le ciel1 cher papa2 sur la terre on ne peut rien imaginer de pareil4 --,tu tais bien heureuse8 --,oh6 oui papa1 je ne puis dire combien4 ,j'tais avec ,jsus1 et la ,sainte ,vierge1 et maman1 et les saints et les anges1 dans une grande lumire1 bien plus clatante que mille soleils1 mais qui ne m'blouissait pas4 ,et je voyais la place que vous devez avoir1 bien haut1 et cependant tout prs de moi3 je ne puis pas expliquer cela4 ,oh6 quel bonheur dans le ciel6 --,et pourquoi as-tu quitt ce bonheur1 mon enfant8 --,parce que l',enfant ,jsus m'a dit3 ,marie1 ton pre t'appelle2 veux-tu quitter le ciel pour aller voir ton pre8 ,et j'ai rpondu3 ,je suis heureuse ici et je voudrais y demeurer toujours2 mais si mon pre m'appelle je veux aller le trouver4 ,vous me garderez ma place1 doux ,jsus1 pour que je puisse la reprendre quand mon pre n'aura plus besoin de moi8 ,et l',enfant1 qui est comme le ,matre de ce beau ciel1 me ft signe que oui1 en souriant4 ,et je suis venue parce que vous avez besoin de moi1 cher papa4 ,je tcherai d'tre bien bonne et de vous rendre heureux4 ,puis nous irons ensemble au paradis4444 --,et tu ne regrettes pas d'avoir quitt le ciel1 chrie8 --,je ne le regrette pas1 parce que j'ai vu que c'tait le dsir de l',enfant1 et que le grand bonheur dans le ciel1 c'est de vouloir ce que veut l',enfant4 ,je ne le regrette pas1 parce que cela peut vous rendre heureux4 --,mais si tu pouvais retourner au ciel maintenant1 cela te ferait-il plaisir8 --,cela me ferait grand plaisir1 assurment1 si c'tait la volont de l',enfant et la vtre4 --,eh bien6 ma fille1 c'est ma volont que tu retournes au ciel1 et1 j'en suis certain1 c'est aussi la volont de ,celui que tu appelles l',enfant4 ,pour interrompre ton bonheur1 il a fallu que je fusse un goste et un insens4 ,va6 retourne auprs de l',enfant1 de la ,sainte ,vierge1 de ta mre1 des saints et des anges1 dans la lumire de gloire6 ,et imprimant un long baiser sur le front de sa fille1 il la dposa doucement sur le lit4 ,puis les roses quittrent subitement ses joues et la cire couvrit de nouveau son visage2 et ses lvres vermeilles blmirent1 mais elles gardrent un sourire cleste4 ,marie tait retourne auprs de l',enfant1 de la ,sainte ,vierge1 de sa mre1 des saints et des anges1 dans la lumire de gloire plus brillante que mille soleils4 ,chapitre ,,xxxi ,ubi enim est thesaurus tuus1 ibi est et cor tuum4 ,car o est votre trsor1 l est aussi votre coeur4 ,matt4 ,,vi1 #ba4 ,pendant longtemps ,lamirande1 le pre ,grandmont1 ,vaughan et les quatre religieuses restrent anantis1 agenouills autour du lit4 ,ce fut ,lamirande qui1 le premier1 revint lui4 ,il se leva et alla toucher ,vaughan lgrement sur l'paule4 ,le jeune ,anglais tressauta4 ,il tait comme dans un ravissement3 la main de ,lamirande le ramena au sentiment des choses qui l'entouraient4 --,ami1 lui dit ,lamirande1 tu voulais voir du surnaturel1 tu en as vu4 ,crois-tu maintenant8 --,oui1 je crois1 rpondit ,vaughan2 mais ce n'est pas la vue du miracle qui m'a donn la foi4 ,ou plutt1 ce n'est pas le miracle qui m'a converti1 qui a chang mon coeur1 qui a dchir le voile4 ,certes1 en voyant ta fille ressusciter1 tous les doutes sur la ralit de la vie future qui hantaient mon esprit se sont vanouis l'instant4 ,mais ce n'tait pas l la foi qui sauve4 mesure que la lumire se faisait dans mon intelligence1 mon coeur semblait s'endurcir davantage1 le voile s'paississait toujours4 ,si ta fille tait reste en vie1 je serais sorti d'ici aussi croyant que toi1 mais nullement converti4 ,pour que tu aies pu renoncer au bonheur de garder ton enfant1 il a fallu quun fleuve de grces se rpandit sur toi4 ,je l'ai senti4 ,c'tait comme un torrent qui1 aprs avoir rempli ton coeur1 s'est dbord sur le mien1 ,ce torrent m'entranait1 et1 cependant1 j'aurais pu rsister4 ,je n'ai le mrite que de m'tre laiss emporter4 ,mon coeur s'est subitement amolli1 le voile s'est dchir4 ,me voici non seulement croyant mais converti1 c'est--dire voyant le ciel et voulant y arriver4 ,ta sublime abngation a t l'instrument dont ,dieu s'est servi pour faire de moi un disciple de ,celui qui a exauc ta prire et ,qui tu as librement sacrifi ton dernier bonheur ici-bas4 ,les deux amis s'embrassrent longuement4 ,le pre ,grandmont s'tant approch d'eux1 ,vaughan lui dit3 --,mon pre1 je vous rpte les paroles que l'thiopien dit saint ,philippe sur la route de ,jrusalem ,gaza3 ,qu'est-ce qui empche que je ne sois baptis8 --,et moi1 ft le religieux1 je rpondrai avec saint ,philippe3 ,cela se peut1 si vous croyez de tout votre coeur4 --,je crois que ,jsus-,christ est le ,fils de ,dieu1 rpondit ,vaughan1 comme avait rpondu deux mille ans auparavant le ministre de la reine ,candace4 ,le pre ,grandmont interrogea le jeune ,anglais et s'aperut bientt qu'il tait parfaitement instruit de la religion4 ,dans la chapelle du couvent1 le vnrable religieux versa sur le front du converti l'eau sainte du baptme4 ,lamirande servit de parrain son ami1 la soeur ,antonin1 de marraine4 ,ce fut un spectacle bien touchant3 ce ministre de ,dieu dont le beau visage encadr de cheveux argents s'illuminait de joie2 ces deux hommes d'ge mr graves et recueillis2 les religieuses dans leurs stalles1 immobiles sous leurs grands voiles blancs2 l'autel o brillaient mille cierges comme en un jour de fte2 tout cela formait un tableau digne1 par sa suavit1 du pinceau de ,raphal4 ,il tait prs de dix heures du soir lorsque la crmonie fut termine4 ,et maintenant1 dit ,vaughan1 retournons au plus tt ,ottawa4 ,j'ai un grand devoir remplir l-bas1 de grands torts rparer4 --,faut-il que je m'loigne sitt de mon enfant dit ,lamirande2 j'aurais voulu passer la nuit auprs d'elle4 ,nous pourrions prendre le premier train demain matin4 ,je me sens l'me brise par l'motion4 ,j'ai besoin de quelques heures1 non de sommeil1 mais de prire4 --,soit1 rpliqua son ami1 mais il faut que je tlgraphie un mot ,houghton4 ,il se rendit un bureau voisin et tlgraphia au chef de l'opposition3 ,pour l'amour de ,dieu1 ne laissez pas mettre la troisime lecture aux voix avant notre retour4 ,puis il retourna au couvent1 et les deux amis1 avec le pre ,grandmont1 passrent la nuit dans la prire et de pieux entretiens4 ,vaughan difia ses deux compagnons par les lans de sa foi1 par sa ferveur1 par sa piti tendre et confiante comme celle d'un enfant4 ,de grand matin1 le pre ,grandmont dit la messe4 ,lamirande et ,vaughan reurent de sa main la sainte communion4 ,vaughan tait tout radieux1 transfigur4 --,que ,dieu est bon1 dit-il son ami1 que ,sa grce est puissante6 ,mon coeur tait de glace1 il y a quelques heures peine2 maintenant1 il est tout de feu4 ,nagure1 je ne voyais rien de beau1 rien de grand en dehors des choses matrielles et humaines1 prsent1 tout ce qui est terrestre me parat petit et insignifiant4 ,auparavant1 le ciel tait bien loin et encore plus incertain2 maintenant1 la vie future est pour moi la vie relle par excellence1 et la vraie patrie est l-haut4 ,le vrai bonheur1 je ne l'ai jamais prouv avant ce jour1 la vraie joie m'tait inconnue4 ,je suis tout chang1 et tout me parat chang4 ,je vois tout autrement1 je comprends tout autrement1 la vie1 la mort1 le monde1 les hommes1 les vnements1 le pass1 le prsent1 l'avenir4 ,et c'est la grce divine qui a opr ce changement prodigieux en moi4 ,n'est-ce pas que cette grce est puissante et que ,dieu est bon8 ,lamirande tait ravi d'entendre son ami chanter son bonheur dans ce langage enthousiaste4 --,oui1 rpondit-il1 ,dieu est infiniment bon et ,sa grce1 infiniment puissante2 mais ,sa bont ne se manifeste pas toujours de la mme manire1 et ,sa grce1 pour tre toujours puissante1 n'est pas toujours sensible4 ,ton me est inonde de dlices4 ,c'est un vritable avant-got du ciel4 ,dieu t'accorde sans doute cette faveur pour te confirmer dans ,son service4 ,mais ne sois ni surpris1 ni afflig1 ni dcourag1 si1 plus tard1 cette ferveur dlicieuse que tu ressens aujourd'hui est remplace par une scheresse dsolante1 un dgot affreux2 si le ciel qui te parat maintenant tout prs et souriant1 s'loigne et semble d'airain2 si ton me1 en ce moment pleine d'onction et de nobles penses1 se fait aride comme le dsert2 si la prire1 qui est aujourd'hui un lan naturel et spontan de ton coeur vers ,dieu1 devient une vritable corve1 plus pnible que le plus dur labeur4 ,notre-,seigneur prouve souvent par la scheresse ses plus fidles serviteurs4 ,cette preuve t'est peut-tre rserve4 ,si elle t'arrive un jour1 ne te laisse pas abattre4 ,prie1 quand mme tu ne trouverais aucune satisfaction dans la prire1 quand mme il te semblerait que tu n'aimes plus ,dieu et que ,dieu ne s'occupe plus de toi4 ,c'est que la prire faite dans la scheresse peut tre plus agrable au ciel que les oraisons qui sortent sans effort du coeur plong dans la ferveur sensible4 ,c'est sur les rochers arides1 plutt que sur les terres plantureuses1 que l'on trouve les fleurs aux nuances les plus dlicates1 au parfum le plus exquis4 ,l'entretien fut interrompu par les prparatifs du dpart4 ,lamirande1 accompagn par ,vaughan et le pre ,grandmont1 se rendit une dernire fois la chambre mortuaire4 ,longtemps1 il regarda sa fille bien aime4 ,la nature rclama ses droits3 il versa d'abondantes larmes qui n'avaient cependant rien d'amer4 ,puis1 triomphant de cette dernire faiblesse1 il s'cria3 --,mon ,dieu6 je vous remercie des bienfaits que ,vous venez de rpandre sur nous4 ,en retour d'un lger sacrifice1 ,vous m'avez accord la conversion de mon ami1 et par cette conversion1 ,vous avez assur l'avenir de la patrie4 ,le sacrifice est en effet lger aux yeux de la foi1 bien qu'il ait dchir affreusement mon coeur4 ,ma fille est infiniment heureuse auprs de ,vous1 et la sparation1 si douloureuse soit-elle1 n'est que momentane au regard de l'ternit4 ,et pour rcompenser ma souffrance de quelques annes1 librement accepte1 ,vous dlivrez tout un peuple du joug de ,satan2 ,vous renversez les derniers obstacles accumules par l'enfer pour empcher ce peuple de parvenir ses destines providentielles2 ,vous garantissez la libert de ,votre glise en ce pays2 ,vous facilitez ainsi le salut de millions d'mes encore natre4 ,tous ces bienfaits inestimables1 ,vous les accordez gnreusement parce qu'un coeur humain a eu la grce de s'immoler pour l'amour de ,vous4 ,mon ,dieu6 je ,vous remercie et je ,vous bnis6 99 99 99 99 99 peine ,lamirande et ,vaughan taient-ils partis d',ottawa pour ,qubec que ,montarval en fut averti2 car il avait ses espions qui le tenaient a courant de tout4 ,le malheureux ,duthier n'avait pas t le seul au service du chef de la secte4 ,la nouvelle de ce dpart subit et la connaissance de la cause pnible qui l'avait motiv jetrent ,montarval dans un trouble trange qu'il ne pouvait s'expliquer4 ,il avait le pressentiment que le dnouement approchait1 et qu'il lui serait fatal2 et ce voyage lui semblait avoir quelque rapport1 qu'il ne pouvait ni dcouvrir ni mme souponner1 avec la ruine prochaine de tous ses projets4 ,une heure avant le commencement de la sance1 il se renferma dans une pice secrte de la maison qu'il occupait1 pice o personne ne pntrait jamais1 sous aucun prtexte4 ,cette chambre1 toute tendue de rouge1 tait un temple satanique4 ,les hideux emblmes du culte infernal s'y talaient4 ,montarval1 en proie une sombre agitation1 se plaa devant une sorte d'autel o brlait de l'encens et commena une horrible vocation3 --,viens1 ,eblis6 ,dieu de la dsolation infinie et du dsespoir sans bornes2 ,inspirateur de toute rvolte contre les lois cruelles de ,jhovah1 de toute haine de l'abjecte vertu et de l'infme saintet2 ,sublime ,auteur de tout orgueil1 de tout crime1 de tout pch1 de toute douleur1 de toute mort1 de tout ce que les prtres d',adona appellent le mal2 ,vaillant ,destructeur de la tyrannie ternelle1 ,ennemi ,implacable du ,christ1 de son glise1 de ses prtres2 ,infatigable ,librateur de la race humaine2 ,toi qui dtournes les hommes des jouissances humiliantes du ciel et les prpares aux pres dlices de ton royaume de feu et de libert2 viens1 ,esprit de vengeance1 ternel ,perscut1 ,rvolt ternel6 ,voici l'heure suprme6 ,moi1 ton fidle serviteur1 je n'aperois plus bien le chemin suivre1 les tnbres m'environnent1 les hsitations m'assaillent1 les noirs pressentiments me poursuivent4 ,viens me rvler ce que va faire celui des mortels qui combat notre projet avec le plus d'acharnement1 viens me montrer comment obtenir le succs final4 ,pendant qu'il parlait1 un souffle glacial remplit la pice4 ,puis1 au milieu de la fume blanche de l'encens1 une forme vague de proportions gigantesques se dessina2 et une voix qui semblait venir du lointain se fit entendre4 --,une puissance plus forte que ma toute-puissance m'empche de communiquer librement avec toi en ce moment4 ,cette puissance hostile1 je la vaincrai un jour1 j'en dlivrerai l'univers entier2 mais maintenant1 elle me tient cruellement enchan4 ,il ne m'est possible que de te dire ceci3 ,ne perds pas une minute1 prcipite les vnements4444 ,la voix se tut subitement et la forme s'vanouit4 99 99 99 99 99 ,la discussion sur la troisime lecture du projet de constitution commena l'ouverture de la sance trois heures4 ,le premier ministre exprima l'espoir que les dbats ayant plus qu'puis le sujet1 la ,chambre remplirait la formalit de la troisime lecture sans dlai3 ressasser les arguments que tant de dputs avaient fait valoir pour et contre le projet serait une perte de temps regrettable4 ,il ft clairement entendre que les ministres s'opposeraient l'ajournement de la sance avant que la question ft mise aux voix4 ,houghton1 ,leverdier et les autres chefs de l'opposition ne se laissrent pas arrter par les sophismes de sir ,henry4 ,ils taient dtermins prolonger le dbat jusqu'au retour de ,lamirande1 cote que cote2 non qu'ils eussent1 part ,leverdier1 le moindre espoir de rien gagner2 mais parce qu'ils respectaient et aimaient trop leur collgue pour ne pas lui donner cette dernire marque de leur sympathie et de leur estime4 cause de la faible majorit du gouvernement1 ils n'avaient plus redouter une application arbitraire de la clture2 le groupe de ,vaughan1 favorable pourtant au projet1 ne l'aurait pas permis4 ,le dbat recommena donc plus acerbe que jamais4 ,seulement1 le mot d'ordre tait donn du ct ministriel3 pas un dput de la droite ne se levait pour rpondre aux arguments de la gauche4 ,on le sait1 dans les parlements o prvalent les coutumes anglaises1 les dputs de l'opposition sigent toujours la gauche du prsident quelles que soient leurs opinions politiques ou religieuses4 ,celle-ci dut supporter seule1 encore une fois1 tout le fardeau de la discussion4 ,vers dix heures du soir ,houghton reut la dpche de ,vaughan4 ,il la montra ,leverdier et trois autres dputs franais dont la parfaite discrtion lui tait connue4 --,prenez bien garde1 leur dit-il1 d'en souffler mot qui que ce soit4 --,pourquoi8 lui demanda ,leverdier4 ,c'est pourtant de nature encourager nos amis2 car cette dpche indique clairement que ,vaughan a subitement chang d'ide et qu'il sera avec nous4 --,et c'est prcisment parce que cette dpche dit clairement que ,vaughan est avec nous que je vous conjure d'en garder le secret absolu4 ,je vous l'ai montre1 vous quatre1 pour que vous ne soyez pas tents de faiblir un seul instant2 mais encore une fois1 pour l'amour de ,dieu1 n'en soufflez mot personne2 car si cette nouvelle parvenait certaines oreilles1 que vous pouvez voir d'ici1 nous aurions sans aucun doute1 un nouvel accident de chemin de fer dplorer2 et cette fois l'accident pourrait mieux atteindre son but infernal4 --,vous pensez6 dit l'un des quatre4 --,j'en suis intimement convaincu1 rpondit le chef de l'opposition4 ,la seule chose qui pourrait empcher un nouvel accident de se produire1 si certain personnage tait mis au fait de ce que nous savons1 c'est que les deux individus souponns d'tre les auteurs de la rcente catastrophe viennent d'tre arrts ,montral4 ,mais ils peuvent n'tre pas seuls de leur espce4 ,de sorte que1 gardez le secret de cette dpche1 si vous aimez ,lamirande et ,vaughan1 et si vous voulez servir votre pays4 --,ne craignez rien1 lui rpondit-on4 ,mais si ces deux misrables sont pris1 ils diront peut-tre le nom de l'instigateur de leur crime4 --,c'est possible1 pourvu que cet instigateur ne leur ouvre la porte de la prison avec une cl d'or1 ou quelque autre d'un mtal moins prcieux4 99 99 99 99 99 minuit1 ,houghton proposa l'ajournement de la ,chambre1 disant que la sance avait dur assez longtemps1 qu'il n'tait pas raisonnable de forcer les dputs se prononcer dfinitivement sur une aussi grave question sans leur donner le temps de rflchir1 qu'une journe de dlai ne mettrait pas le pays en danger4 ,il s'engageait1 comme chef de l'opposition1 laisser terminer le dbat la fin de la prochaine sance1 si1 de son ct1 le gouvernement voulait consentir l'ajournement de la ,chambre4 ,mais les ministres repoussrent cette proposition1 dclarant qu'ils ne consentiraient l'ajournement de la ,chambre qu'aprs le vote sur la troisime lecture4 ,ce refus hautain et brutal eut un excellent rsultat il exaspra au dernier point les membres de l'opposition4 ,les esprits taient monts1 et on rsolut1 gauche1 de tenir tte au gouvernement1 de prolonger la sance indfiniment4 ,c'tait prcisment ce que ,houghton et ,leverdier voulaient3 ,lamirande et ,vaughan auraient maintenant le temps de revenir4 ,la gauche s'organisa donc pour le reste de la nuit4 ,comme l'opposition l'ajournement venait du gouvernement1 c'tait aux ministriels qu'incombait la tche de maintenir la prsence d'un nombre suffisant de dputs pour permettre la ,chambre de siger4 ,la gauche n'avait qu' fournir les orateurs pour les douze heures1 de minuit midi4 ,houghton trouva facilement douze de ses partisans prts parler chacun une heure4 ,il comptait sur le retour de ,vaughan vers midi2 s'il n'arrivait pas1 il serait possible de faire une nouvelle combinaison qui prolongerait la sance jusqu'au soir4 ,qui n'a t tmoin d'une de ces sances o la minorit1 pour protester contre ce qu'elle considre comme une injustice1 une tyrannie de la part de la majorit1 dcide de siger indfiniment4 ,l'lment comique et mme grotesque se mle presque toujours ces scnes4 ,les dputs ministriels1 obligs de rester en nombre suffisant pour empcher l'ajournement faute de quorum prennent des postures et des allures qui n'ont rien de potique ou de distingu4 ,les uns1 enfoncs dans leurs fauteuils1 le chapeau rabattu sur les yeux1 ou demi-couchs sur leurs pupitres1 dorment et ronflent4 ,d'autres1 sans fausse honte1 se font apporter qui un bifteck1 qui une ctelette1 et combattent l'ennui coups de fourchette4 ,du ct de l'opposition les banquettes sont vides4 ,tous sont alls se reposer dans les bureaux4 ,il ne reste que celui qui est charg de continuer le dbat1 entour de deux ou trois amis1 en cas d'un accident quelconque4 ,si celui qui parle est habitu ce jeu parlementaire1 il saura se mnager4 ,d'abord1 il parlera trs lentement1 et s'loignera du sujet autant qu'il le pourra sans s'exposer un rappel l'ordre4 ,il citera1 tout propos1 et longuement1 l'invitable ,todd1 l'inludable ,may1 l'inludable ,bourinot qui taient les auteurs classiques des parlements canadiens la fin du dix-neuvime sicle et qui le sont encore au milieu du vingtime4 ,lire quelques pages de ces auteurs1 cela repose l'esprit1 sinon de l'auditoire1 du moins de celui qui parle1 en le dispensant du travail d'arranger ses phrases ou de courir aprs les ides4 ,si les quelques amis qui restent pour assister l'orateur s'aperoivent qu'il patauge trop et que le prsident est la veille de lui ter la parole1 ils trouveront le moyen de faite natre un incident quelconque pour lui donner le temps de se ressaisir4 ,enfin1 quand il est tout fait au bout de ses ressources1 on lui fait signe de s'asseoir1 un autre prend sa place1 et recommence les mmes citations mouvantes de ,todd1 de ,may et de ,bourinot4 ,peu peu1 les esprits de dtendent1 on se dfche gauche1 on s'amollit droite1 et l'on finit par en arriver un compromis quelconque4 ,c'est la fin ordinaire de ces sances qu'on prolonge ab irato4 ,la mmorable sance du dernier parlement de la ,confdration canadienne1 commence trois heures du #be mars #aidf1 ne devait pas se terminer par un compromis1 mais par la dfaite des uns et le triomphe des autres4 ,toute la nuit1 la discussion fut anime3 ce n'tait pas encore un dbat purement factice4 ,plusieurs dputs franais1 ,leverdier entre autres1 avaient encore rellement quelque chose dire1 et ils parlrent avec chaleur4 ,le matin du #bf mars se lve gris et terne4 ,la pluie a cess1 mais un brouillard pais enveloppe et pntre tout4 mesure que l'avant-midi s'coule1 l'aspect de la ,chambre devient plus triste4 ,le parquet est jonch de journaux froisss1 de chiffons de papiers1 de livres bleus4 ,les orateurs qui se succdent ne parlent visiblement plus que pour gagner du temps4 ,vers onze heures1 ,houghton reoit une dpche de ,vaughan date de ,saint-,martin3 ,tenez bon1 nous serons ,ottawa midi et demi4 ,il n'y a plus rien redouter3 il est impossible maintenant l'ennemi de prparer un nouvel accident de chemin de fer4 ,le chef de l'opposition montre donc librement la dpche ses collgues4 ,elle passe de mains en mains4 --,encore un coup de coeur1 dit ,houghton1 il nous arrive du secours4 ,l'animation qui se manifeste du ct de l'opposition aprs la lecture de cette dpche n'chappe pas ,montarval qui n'a presque pas quitt son sige depuis la veille4 ,une colre sombre et impuissante l'agite4 ,le bruit se rpand rapidement que ,lamirande et ,vaughan arrivent et que ce dernier est maintenant contre le projet de loi4 ,l'excitation est son comble4 ,les tribunes se remplissent1 les dputs prennent leurs siges4 ,il y a une sorte de fivre dans l'air4 ,chacun sent que le dnouement est proche4 ,enfin1 une heure moins quelques minutes1 ,lamirande et ,vaughan entrent dans la salle des dlibrations4 ,une longue salve d'applaudissements les accueille4 ,puis1 beaucoup de dputs vont offrir leur condolances ,lamirande3 la mort de sa fille tait dj connue1 bien que les circonstances extraordinaires qui l'ont accompagne n'eussent pas encore t rvles4 ,tous sont frapps du changement survenu chez ,vaughan4 ,ce n'est plus le mme homme rieur1 insouciant1 quelque peu sceptique4 ,il est grave1 maintenant1 mais sans une ombre de tristesse4 ,au contraire1 une joie calme est empreinte sur ses traits1 qui respirent un je ne sais quoi de doux1 de noble1 de grand qu'on n'y avait jamais remarqu4 ,le dput qui avait la parole lorsque ,lamirande et ,vaughan sont entrs voit qu'il n'a plus besoin de continuer son discours4 ,il y met fin ex abrupto1 faisant grce la ,chambre de plusieurs pages de ,may qu'il se prparait lire4 ,les prcdents n'ont plus d'intrt pour personne4 ,c'est l'avenir qu'on veut connatre4 --,monsieur le prsident1 dit ,vaughan1 aussitt qu'il put prendre la parole1 je me propose de voter contre la dernire lecture de ce projet de constitution que j'ai toujours dfendu avec opinitret4 ,mais je veux1 auparavant1 dire la ,chambre1 en quelques mots1 la raison de ce changement radical qui s'est opr dans mes opinions politiques4 ,mes ides politiques ont compltement chang parce qu'il s'est produit en moi un profond changement moral4 ,on a beau dire1 la religion1 c'est--dire le lien qui nous unit ,dieu1 aura toujours une influence prpondrante sur la politique1 c'est--dire sur le lien qui unit les hommes entre eux4 ,l'homme qui croit rellement en ,dieu1 principe et fin de toutes choses2 l'homme qui croit rellement en ,jsus-,christ1 ,fils de ,dieu1 venu en ce monde pour racheter le genre humain et nous ouvrir le ciel3 l'homme qui croit rellement en la sainte glise catholique1 fonde par ,jsus-,christ sur ,pierre et les aptres pour continuer travers les ges son oeuvre de rdemption et de salut2 l'homme qui croit fermement ces grandes vrits fondamentales ne peut pas voir les choses de la politique de la mme manire que celui qui n'y croit pas4 ,quand je dis les choses de la politique1 je parle de la vraie politique1 non des questions de voies ferres1 de navigation1 de commerce2 mais de ces grands problmes dont la solution dcide de l'avenir des peuples4 ,jusqu'ici1 en discutant le projet de constitution dont la ,chambre est saisie1 ne n'envisageais que le ct purement humain de la question2 je ne voyais que la grandeur et la prosprit matrielles du pays2 et il me semblait que cette grandeur serait mieux assure par l'union troite des provinces que par leur sparation4 ,je m'aperois maintenant que mme au point de vue terrestre j'tais dans une trange erreur1 tant il est vrai qu'on ne voit pas bien les choses de ce monde moins de s'lever au-dessus d'elles4 ,mais en ce moment la grandeur matrielle du pays me parat d'une importance toute secondaire4 ,la question qui s'impose mon esprit1 avant toute autre1 la voici3 ,cette constitution que nous sommes appels voter n'est-elle pas destine mettre des entraves l'action de l'glise catholique1 dtruire cette action entirement si c'tait possible8 ,les pices qui nous ont t communiques1 l'autre jour1 prouvent que cette constitution a t conue dans une pense hostile l'glise1 au salut des mes1 par consquent4 ,hier1 j'tais prt voter cette constitution quand mme1 la voter tout en voyant qu'elle devait servir opprimer l'glise1 ruiner la foi4 ,j'tais prt commettre ce crime politique1 parce que pour moi1 matrialiste insens1 courb vers la terre1 j'attachais une plus grande importance aux choses qui passent qu'aux choses de l'ternit1 aux questions d'tendue territoriale et de prestige national qu'au salut ou la perte des mes4 ,aujourd'hui1 si cette constitution devait nous assurer le plus grand1 le plus riche1 le plus puissant empire du monde et ne mettre en pril que le salut d'une seule me1 je sacrifierais volontiers ma vie plutt que de la sanctionner par mon vote4 ,et si ce grand changement s'est opr en moi2 si je vois les choses tout autrement1 que le les voyais hier1 c'est que je suis parti d'ici incroyant et que je reviens croyant4 ,je reviens croyant comme mon ami4 ,la lumire qui l'claire1 m'claire4 ,tout ce qu'il croit1 je le crois1 tout ce qu'il aime1 je l'aime1 tout ce qu'il adore1 je l'adore1 tout ce qu'il espre1 je l'espre4 ,on me demandera peut-tre comment1 quelque occasion ce changement s'est opr4 ,c'est l un sujet trop sacr1 trop intime pour que je puisse mme l'effleurer ici4 ,qu'il me suffise de dire que l'effet1 si tonnant qu'il vous paraisse1 est encore bien moins extraordinaire que la cause qui l'a produit4 ,et maintenant un mot ceux de mes amis que j'ai pu aveugler par mes sophismes en faveur de ce projet nfaste4 ,s'ils ne peuvent envisager la question comme je l'envisage aujourd'hui1 au point de vue surnaturel1 qu'ils l'envisagent au moins comme l'honorable chef de l'opposition1 au point de vue de la saine raison4 ,qu'ils considrent que cette constitution est dirige contre la religion1 la langue1 la nationalit de tout un peuple2 qu'elle a pour objet l'unification du ,canada par la destruction de ce qu'un tiers de notre population a de plus cher au monde4 ,qu'ils se persuadent qu'une oeuvre politique fonde sur une pareille base ne saurait tre ni fconde ni stable4 ,c'est dans la sparation que nous trouverons la vritable grandeur1 la vritable prosprit1 parce que nous y trouverons la paix4 99 99 99 99 99 ,le jeune ,anglais reprit son sige1 et il se ft un grand silence1 la fois solennel et motionnant1 et plus approbateur qu'un tonnerre d'acclamations4 ,la ,chambre avait compris que toute manifestation bruyante aurait t dplace en pareil moment4 ,pas un seul dput ne se leva ensuite pour prendre la parole4 ,tout tait dit1 tout tait fini4 ,houghton et ,lamirande firent de nouveau la motion de rigueur3 ,que ce bill ne soit pas lu une troisime fois maintenant1 mais dans six mois4 ,le prsident mit cette proposition aux voix4 ,le rsultat de l'preuve n'tait pas douteux1 car il tait bien connu que ,vaughan entranerait avec lui au moins sept dputs4 ,ce dplacement de huit voix mettait le gouvernement en minorit de onze3 #abg contre #aaf1 tels furent les chiffres que donna le greffier4 peine le prsident a-t-il proclam ce rsultat1 que l'opposition1 reste silencieuse aprs le discours de ,vaughan1 clate en applaudissements insolites et se livre une dmonstration de joie dlirante4 ,les dputs se donnent de chaleureuses poignes de mains1 se flicitent1 rient1 pleurent1 trpignent1 frappent sur leurs pupitres1 poussent des cris insenss1 jettent en l'air les menus objets qui leur tombent sous la main2 tant il est vrai que les hommes les plus graves deviennent parfois de vritables enfants sous le coup d'une forte motion4 ,lamirande seul est calme au milieu de cette tempte4 ,chapitre ,,xxxii ,miserabili obitu1 vita functus est4 ,il finit sa vie par une misrable mort4 #b ,mac4 ,,ix1 #bh4 ,lorsque le prsident a pu enfin rtablir un peu d'ordre1 sir ,henry ,marwood1 ple1 dfait1 se lve et tout en proposant l'ajournement de la ,chambre1 annonce que le cabinet va donner immdiatement sa dmission4 ,quant ,montarval1 clou son sige1 il ne semble pas avoir connaissance de ce qui se passe autour de lui4 ,si ses collgues n'eussent pas t si fivreusement excits ils auraient vu dans ses yeux une flamme de rage et de dsespoir pleine d'une indicible horreur4 ,lamirande la remarqua et frissonna4 99 99 99 99 99 ,les dputs se dispersent dans les couloirs1 la bibliothque1 au dehors1 dans les alles o la brume est toujours paisse et pntrante4 ,lamirande1 ,houghton1 ,leverdier et ,vaughan se promnent ensemble en arrire de l'htel du parlement1 l'cart des groupes plus bruyants4 ,ils prouvrent le besoin de se communiquer leurs penses1 leurs motions4 ,houghton vient de dire3 ,la religion qui a pu oprer un tel changement chez ,vaughan n'est pas une religion comme les autres2 elle doit tre la seule vraie1 et je vais l'tudier srieusement1 lorsqu'un gardien des terrains publics accourt tout effar4 --,messieurs1 leur dit-il1 un grand malheur est arriv ,m4 ,montarval s'est tir un coup de revolver dans la tte4 ,les quatre amis suivent le gardien au pas de course4 ,il les conduit l'endroit le plus cart de l'alle qui longe la falaise au-dessus de l',outaouais1 et qu'on appelle ,the ,lovers's ,walk4 ,l1 gisant dans la boue1 la tte troue d'une balle1 baignant dans son sang1 mais encore en vie1 ils voient le malheureux sectaire4 ,au moment o ils arrivent1 il fait de vains efforts pour se soulever et reprendre son arme tombe quelques pieds de lui4 ,on le relve et on le couche sur un banc4 ,lamirande examine la blessure et constate qu'elle est ncessairement mortelle4 ,puis ils le transportent dans un pavillon qui se trouve auprs4 ,le gardien1 sur l'ordre de ,lamirande1 court l'htel du parlement chercher un coussin1 de l'eau et quelque stimulant4 ,sur son chemin il rencontre un pre oblat qu'une impulsion mystrieuse a dirig de ce ct4 ,le religieux1 apprenant la triste nouvelle accourt au pavillon4 ,un spectacle affreux s'offre ses regards4 ,le suicid est tendu sur une table4 ,il agonise4 ,sa respiration n'est plus qu'un rle4 ,de sa tempe droite coule un mince filet de sang qui tombe goutte goutte sur le plancher4 ,ses yeux sont ouverts1 fixes et vitreux4 --,a-t-il sa connaissance8 demanda le religieux4 --,je ne le crois pas1 rpond ,lamirande4 ,il avait certainement lorsque nous l'avons trouv1 mais depuis que nous l'avons transport ici il n'a donn aucun signe qui indique qu'il nous reconnat4 ,bientt le gardien revient4 ,on place le coussin sous la tte du bless1 et ,lamirande humecte ses lvres d'un peu d'eau-de-vie4 ,le stimulant produit son effet4 ,le malheureux cherche se tourner4 ,on l'aide4 ,au mme instant1 un lambeau des brouillards du dehors1 que le vent commence agiter1 entre par la porte ouverte1 ondule au milieu du pavillon1 puis1 glisse et va former dans un coin un lger nuage1 indcis et vague4 ,montarval le regarde fixement4 ,lamirande lui donne encore quelques gouttes d'eau-de-vie4 ,le mourant fait signe au mdecin de se baisser1 et avec effort3 --,lamirande1 je vous hais6 --,et moi1 rpond celui-ci je vous pardonne de grand coeur et je vous conjure de songer au jugement du ,dieu terrible devant qui vous allez bientt paratre4 ,ce ,dieu est terrible1 mais ,il est aussi infiniment misricordieux4 ,vous pouvez encore vous jeter dans ,ses bras4 --,je hais votre ,dieu6 rle le moribond4 --,c'est affreux6 murmure l'oblat en portant son crucifix ses lvres4 ,mon ,dieu1 pardonnez-lui cet horrible blasphme1 il ne sait ce qu'il dit6 ,montarval1 qui s'est soulev un peu en s'appuyant sur son coude1 regarde toujours le coin du pavillon o se trouve le petit nuage4 ,les yeux de tous se tournent instinctivement de ce ct8 ,est-ce une illusion d'optique8 ou le paquet de brouillard prend-il rellement une forme moins vague1 une forme humaine1 colossale8 ,si c'est une illusion1 tous la partagent1 car tous voient cette forme1 et tous prouvent une terreur qui fige le sang dans les veines4 --,eblis6 ,eblis6 s'crie tout coup le mourant1 tu m'as tromp tu m'avais promis le triomphe1 et j'ai subi une dfaite humiliante1 je suis menac de rvlations qui me conduiront en prison1 peut-tre sur l'chafaud4444 ,il ne peut continuer1 les forces l'abandonnent1 et il retombe sur le coussin4 ,il n'a cependant pas perdu connaissance4 ,le prtre s'approche du moribond et lui montrant le crucifix3 --,voici ,celui qui ne trompe jamais1 ni dans ce monde ni dans l'autre4 ,satan1 ,eblis1 comme vous l'appelez est le prince du mensonge4 ,il vous a tromp dans la vie prsente1 il vous trompe sur la vie future4 ,son royaume est l'enfer1 lieu d'horribles tourments4 ,jsus-,christ1 notre ,dieu1 vous offre le pardon avec le ciel4 ,renoncez au dmon avant que l'ternit vous engloutisse4 ,le sectaire se soulve de nouveau1 soutenu par une force visiblement surhumaine4 --,votre ,dieu1 dit-il entre ses dents serres1 je le hais1 je le hais6 ,son ciel1 lieu d'humiliation dgradante1 je n'en veux pas4 ,j'aime mieux l'enfer1 quel qu'il soit4 ,en profrant ces paroles de damn1 il repousse le crucifix avec un geste de colre4 ,c'est son dernier acte4 ,aussitt1 un frisson convulsif le secoue de la tte aux pieds2 ses yeux s'ouvrent dmesurment et prennent une expression d'indicible pouvante2 ses membres se roidissent1 et son me s'chappe de son corps dans un cri de dsespoir que n'oublieront jamais les six tmoins de cette scne affreuse4 --,allons-nous en6 s'crie le religieux4 ,ce lieu est rempli de dmons1 c'est l'enfer4 ,et tous se prcipitent au dehors1 le visage blanc de terreur1 la chair frmissante et horripile4 --,dieu misricordieux6 s'crie ,lamirande1 si c'est possible1 ayez piti de lui6 ,chapitre ,,xxxiii ,cursum consummavi4 ,j'ai achev ma course4 ,,ii ,tim4 ,,iv1 #g4 ,le surlendemain1 de grand matin1 ,lamirande1 ,leverdier et ,vaughan1 arrivs d',ottawa par le train de nuit1 se dirigent vers le couvent de ,beauvoir4 ,le temps est ravissant4 ,la triste pluie a cess1 les brouillards ont disparu1 le vent ne gmit plus dans les grands pins4 ,il a gel pendant la nuit1 et les arbres1 couverts de frimas1 ressemblent de gigantesques panaches qui1 tranchant sur le bleu fonc du ciel1 forment un tableau d'une beaut tellement bizarre que le peintre le plus hardi n'oserait tenter de le reproduire4 ,bien qu'en ce moment leur prsence ,ottawa soit ncessaire1 ,leverdier et ,vaughan n'ont pas voulu laisser leur ami venir seul rendre son enfant les derniers devoirs4 ,houghton aurait vivement dsir les accompagner2 mais1 pour lui1 quitter la capitale1 c'tait impossible4 ,la chute du gouvernement1 la mort misrable de ,montarval ont produit une rvolution dans tous les esprits4 ,le mauvais gnie du pays tant disparu1 les intrigues cessent et les choses politiques prennent leur cours naturel4 ,la politique de la sparation qui nagure paraissait tant de personnes un rve1 une chimre1 s'empare maintenant de tout le inonde4 ,mme ceux qui ne l'approuvent pas encore l'acceptent comme une chose invitable4 ,il ne s'agit plus que de mettre cette politique excution1 le plus promptement possible4 ,houghton est charg de cette tche1 et il travaille former un cabinet pour liquider la situation4 ,il s'tait adress tout d'abord ,lamirande4 ,celui-ci1 sans refuser d'entrer dans le gouvernement qui ne devait exister que le temps ncessaire pour effectuer la sparation1 avait demand trois jours de grce4 --,quand mon enfant sera dans sa dernire demeure1 dit-il1 je vous donnerai ma rponse dfinitive4 ,en attendant1 travaillez1 avec ,leverdier et ,vaughan1 la formation de votre cabinet1 comme si je n'existais pas4 --,c'est difficile1 rpliqua ,houghton1 de ne pas tenir compte de l'existence d'un homme qui a t l'instrument dont la ,providence s'est servie pour crer le mouvement actuel qui entrane le pays vers de nouvelles destines4 --,cependant1 reprend ,lamirande1 il faut vous habituer cette pense4 ,les uns sont appels commencer une oeuvre1 tandis que d'autres doivent la terminer4 ,celui qui sme ne rcolte pas toujours4 ,mose fit sortir le peuple de ,dieu de la terre d'gypte1 mais c'est ,josu qui l'introduisit dans la terre de ,chanaan4 --,mose avait eu un moment d'hsitation2 c'est pour cela qu'il ne lui a pas t donn de traverser le ,jourdain la tte de son peuple4 --,et qui vous dit que je n'ai pas dout1 comme ,mose dans le dsert de ,sina8 99 99 99 99 99 ,les religieuses du couvent de ,beauvoir avaient demand ,lamirande1 comme une insigne faveur1 que la pouille mortelle de ,marie leur ft confie4 ,on la dposa donc dans le caveau de leur chapelle4 ,longtemps ,lamirande resta agenouill sur les froides dalles4 ,ses deux amis auraient voulu demeurer auprs de lui1 mais il leur fit signe de se retirer4 ,il voulait tre seul avec ,dieu et son enfant444 ,quand enfin il vint rejoindre ses deux compagnons1 ceux-ci remarqurent sur ses traits1 dans ses yeux1 avec la trace de larmes abondantes1 un reflet cleste1 une lumire indfinissable qu'ils n'y avaient jamais vue4 ,ensemble1 ils reprirent le chemin de la ville et de la gare2 mais lorsqu'ils furent rendus prs du chemin de fer1 ,lamirande s'arrta soudain comme quelqu'un qui se souvient tout coup d'une affaire importante4 --,partez1 vous deux1 dit-il1 par le premier train ,houghton a besoin de vous au plus tt4 ,quant moi1 j'ai quelques courses faire1 quelques personnes voir ici4 ,je prendrai un autre train4 ,puis1 serrant les mains de ses deux amis avec effusion1 il s'loigna rapidement4 ,eux1 tout surpris1 ne songrent ni le questionner ni l'arrter4 ,lorsqu'ils furent un peu revenus de leur tonnement1 il tait dj loin4 --,devons-nous le suivre8 dit ,vaughan4 --,je crois qu'il vaut mieux faire ce qu'il nous a dit1 reprit ,leverdier4 --,ne trouvez-vous pas quelque chose d'trange dans sa conduite8 --,oui1 quelque chose d'trange1 ou plutt quelque chose de nouveau2 mais ce quelque chose n'a rien d'inquitant4 ,allons6 ,et les deux amis partirent pour ,ottawa1 fermement convaincus que ,lamirande les y rejoindrait bientt4 ,mais ils ne le virent plus jamais1 ni ,ottawa ni ailleurs4 ,le cinquime jour aprs les funrailles1 l'inquitude cause par la disparition de ,lamirande tait devenue trs vive4 ,on songeait srieusement descendre ,qubec pour y commencer des recherches1 lorsque ,leverdier reut la lettre suivante3 ,new ,york1 le #b avril #aidf4 ,bien cher ami1--,vous devez tre tous dans l'inquitude mon sujet4 ,soyez rassurs1 il ne m'est advenu rien de fcheux4 ,je suis en parfaite sant et sain d'esprit4 ,je quitte le monde pour toujours4 ,ne me cherchez pas1 ce serait inutile4 ,je saurai bien m'ensevelir de telle sorte que personne ne me trouvera jamais4 ,cher ami1 ce n'est pas un sentiment d'amertume1 rien qui ressemble la misanthropie qui me fait prendre cette dtermination4 ,mon coeur n'a pas cess d'aimer les choses terrestres4 ,le bonheur lgitime d'ici-bas a toujours pour moi un attrait puissant4 ,j'entrevois un avenir qui me sourit3 une position leve dans la patrie2 la confiance1 l'estime1 la reconnaissance de mes concitoyens2 de nouveaux liens domestiques qui m'uniraient plus troitement encore toi2 une femme admirable2 de blondes ttes d'enfants444 ,ah6 ne t'imagine pas que ce doux rve me laisse indiffrent1 et qu'il ne m'en cote pas d'y renoncer6 ,mais lorsque tu auras appris du pre ,grandmont certains vnements que je t'ai cachs1 tu admettras que celui qui a t l'objet de faveurs si extraordinaires ne doit pas rester dans le monde4 ,quand un homme a vu ce que j'ai vu1 entendu ce que j'ai entendu1 souffert ce que j'ai souffert1 il ne lui reste plus qu'une chose faire ici bas3 prier1 en attendant que ,dieu l'appelle ,lui4 ,si je ne vous ai pas fait connatre d'avance ma dtermination1 toi1 ,vaughan et ,houghton1 c'est que je voulais nous viter des discussions qui auraient t probablement pnibles et certainement inutiles4 ,j'ai consult le pre ,grandmont qui m'approuve entirement4 ,ne le questionne pas sur ma destination1 il l'ignore4 ,et maintenant1 avant de te dire adieu1 un mot1 un dernier mot de politique1 et un mot d'affaires4 ,le pre ,grandmont te remettra ce que j'appelle mon testament politique4 ,tu en donneras communication aux amis1 particulirement ,houghton et ,vaughan4 ,vous y trouverez tout ce que j'aurais pu faire pour vous aider dans la tche qui reste accomplir3 la sparation des provinces et l'organisation de la ,nouvelle ,france4 ,je suis entr1 ce me semble1 dans tous les dtails de ces deux grandes questions4 ,pesez le tout devant ,dieu et prenez en ce qui vous paratra utile4 ,quand mme je serais rest au milieu de vous1 je n'aurais pu vous rien dire de plus4 ,j'ai mis dans ce document tout mon petit bagage de savoir1 d'exprience et de vues sur l'avenir4 ,d'ailleurs1 ce qui est surtout ncessaire1 c'est1 avec l'intgrit de la foi catholique1 l'union intime de nos compatriotes4 ,or cette union1 je le sens1 se fera plus facilement autour de mon souvenir qu'autour de ma personne4 ,avec mon testament politique le pre ,grandmont te remettra une procuration qui t'autorise disposer de tout ce qui m'appartient4 ,je n'ai qu'un objet vraiment prcieux3 la statue miraculeuse de saint ,joseph4 ,j'aurais voulu te la donner3 le pre ,grandmont me l'a demande avec tant d'instance pour la chapelle de ,notre-,dame-du-,chemin que je n'ai pu la lui refuser4 toi je donne la feuille de lis qui en a t dtache par saint ,joseph lui-mme4 ,aprs avoir donn quelques souvenirs1 leur choix1 mes chers amis ,vaughan et ,houghton1 tu feras de mes biens trois parts gales3 une pour les pauvres1 une pour ta soeur ,hlne afin qu'elle puisse faire l'aumne en priant pour moi1 une pour le dveloppement de loeuvre que tu diriges4 ,enfin1 saluez affectueusement pour moi tous les amis4 ,ami6 ,frre6 adieu tout jamais dans ce monde1 et au revoir dans le beau ciel que ,notre-,seigneur ,jsus-,christ nous a conquis au prix de son trs prcieux sang4 ,ainsi soit-il4 ,joseph ,lamirande4 pilogue ,expectans expectavi ,dominum4 ,j'ai attendu1 et je ne me suis point lass d'attendre le ,seigneur4 ,ps4 ,,xxxix1 #b4 ,dans son numro du #ae fvrier1 la ,croix1 de ,grenoble1 ,france1 publia la communication suivante3 ,saint-,laurent-du-,pont1 ce #ac fvrier #aigg4 ,monsieur le rdacteur1 ,il vient de s'teindre1 non loin d'ici1 la ,grande ,chartreuse1 une vie bien humble1 bien cache1 bien mystrieuse1 mais qui a d tre grande et glorieuse aux yeux de ,dieu2 puisque le passage de cette me du temps l'ternit a t accompagn de phnomnes clestes vraiment extraordinaires4 ,le frre ,jean n'est plus de ce monde4 ,vous n'avez peut-tre jamais entendu parler du frre ,jean4 ,peu de personnes1 en ,france1 l'ont vu1 encore moins l'ont remarqu4 ,il y a plus de trente ans1 arrivait un jour1 la ,grande ,chartreuse1 un homme g d'une quarantaine d'annes1 bien mis1 l'air distingu1 parlant le franais1 mais videmment tranger notre pays4 ,il demanda voir le pre abb qui tait alors dom ,augustin1 de sainte mmoire4 ,il resta plusieurs heures avec lui1 dit la tradition4 ,ce qui se passa entre eux1 nul ne l'a jamais su4 ,les moines et les frres qui vivaient alors se rappellent qu'au sortir de cette entrevue le pre et l'tranger taient singulirement mus4 ,tous deux avaient beaucoup pleur1 mais d'motion plutt que de peine2 car leurs visages1 tout en gardant la trace des larmes1 taient rayonnants d'une grande joie4 ,le mme jour1 l'tranger prit l'habit de frre et le nom de ,jean1 et depuis lors il n'est jamais sorti du couvent1 si ce n'est1 dans ces dernires annes1 pour faire des commissions au laboratoire1 ,fourvoirie1 ,currire1 ,saint-,pierre4 ,il descendait mme parfois ,saint-,laurent1 et aussi conduisait les voyageurs sur le ,grand ,som4 ,monter sur ce sommet des ,alpes paraissait tre sa seule passion1 si l'on peut s'exprimer ainsi4 ,tous les autres ordres de ses suprieurs1 il les excutait ponctuellement1 avec empressement1 avec une obissance parfaite2 mais quand le pre procureur lui disait d'accompagner des visiteurs au ,grand ,som1 on voyait passer sur son humble visage et clater dans ses yeux si doux une lueur de joie enfantine4 ,on lui demanda1 un jour1 pourquoi il aimait tant escalader ce pic4 ,il rpondit3 ,c'est si beau l-haut et l'on s'y trouve si prs du ciel6 ,nul n'a jamais su au monastre part dom ,augustin1 qui il tait ni d'o il venait4 ,possdant une ducation videmment suprieure1 il n'a jamais voulu tre autre chose que simple frre4 ,pendant longtemps1 avec la permission de l'autorit1 il n'a pas mis les pieds hors du couvent et il ne venait jamais en contact avec aucun tranger4 ,lorsque1 il y a quinze ans1 dom ,augustin tait sur son lit de mort1 il fit venir autour de lui tous les moines et leur enjoignit de dire celui qui le remplacerait bientt de respecter le secret du frre ,jean1 comme lui-mme l'avait si longtemps respect4 l'heure qu'il est1 le successeur actuel de saint ,bruno1 dom ,franois1 ne sait pas plus que vous et moi qui tait ce modeste frre qui a certainement jou un grand rle quelque part dans le monde4 ,et ce rle a d tre aussi bienfaisant que remarquable2 car le frre ,jean n'tait certainement pas quelque grand pcheur rfugi dans cette solitude pour faire pnitence4 ,il suffisait de regarder dans ses yeux si limpides1 si calmes pour convaincre que jamais l'me dont ils taient le miroir n'avait t souille par le crime1 bouleverse par le remords4 ,on aurait dit quelqu'un dont le rle dans le monde1 pour une raison ou pour une autre1 tait accompli1 et qui tait venu ici1 sur ces hauteurs sereines1 attendre son entre dans la cleste ,patrie4 ,j'ai dit que personne1 part dom ,augustin1 n'a jamais su qui il tait4 ,personne ne l'a jamais su1 mais moi1 je l'ai souponn1 et voici comment j'ai cru saisir le secret du frre ,jean4 ,l't dernier1 au mois d'aot1 j'accompagnai la ,grande ,chartreuse deux amis de ,paris1 dont l'un1 ,m4 ,g41 a beaucoup voyag1 particulirement en ,amrique4 ,il a pass plusieurs mois dans la ,nouvelle ,france4 ,comme le temps tait beau1 nous voulions monter sur le ,grand ,som4 ,on nous donna pour guide et compagnon le frre ,jean qui1 malgr ses soixante-dix ans1 nous devanait facilement4 chaque instant1 il lui fallait ralentir le pas pour nous attendre4 ,nous tions sur le sommet depuis une vingtaine de minutes1 jouissant en silence du spectacle grandiose qui se droulait sous nos regards ravis1 lorsque le son de deux voix1 parlant avec animation1 vint frapper nos oreilles4 ,deux jeunes gens de vingt-cinq trente ans s'approchaient du rocher o nous tions tous les quatre assis1 sans nous apercevoir4 ,l'un d'eux cria l'autre qui s'tait un peu loign de lui3 ,par ici1 ,leverdier1 voici un point de vue superbe6 ,je vis le frre ,jean tressaillir et plir au nom de ,leverdier2 tandis que mon ami ,m4 ,g4 poussa un petit cri de joie et de surprise4 ,il se leva1 et adressa la parole aux deux jeunes gens qui taient maintenant tout prs de nous3 --,j'ai entendu1 dans votre conversation1 le nom de ,leverdier4 ,j'ai bien connu autrefois1 ,m4 ,paul ,leverdier1 qui a t prsident de la ,nouvelle ,france4 ,celui de vous deux qui s'appelle ,leverdier serait-il son parent1 par hasard8 --,oui1 monsieur1 fit l'un des jeunes gens1 en nous faisant un salut plein de courtoisie1 celui que vous avez connu est mon pre4 ,naturellement1 les deux voyageurs vinrent se joindre notre groupe1 et la conversation s'engagea4 ,mon ami ,g4 interrogea vivement le jeune ,leverdier sur son pre et sur sa patrie4 --,quelles heures charmantes1 dit-il1 j'ai passes avec votre pre6 ,il m'a racont1 par le menu1 les vnements vraiment extraordinaires1 pnibles et touchants1 qui ont marqu l'tablissement de la rpublique de la ,nouvelle ,france1 aujourd'hui si florissante4 ,je ne connais rien de plus beau2 vous n'ignorez pas1 sans doute1 cette glorieuse pope8 --,en effet1 rpondit le jeune tranger1 j'ai souvent entendu mon pre faire ce rcit merveilleux4 --,et la disparition de son ami ,lamirande1 celui qui1 disait votre pre1 avait sauv le pays par son sublime sacrifice1 est-elle toujours reste enveloppe de mystre4 --,toujours1 monsieur4 ,nous sommes convaincus qu'il s'est renferm dans quelque monastre de l',europe1 mais nous n'avons jamais eu de ses nouvelles4 ,mon pre a d vous parler de ,m4 ,vaughan1 cet ami de ,m4 ,lamirande qui tait prsent au miracle du couvent de ,beauvoir4 ,vous le savez1 peut-tre1 ,m4 ,vaughan1 aussitt que les affaires politiques de cette poque furent un peu rgles1 a voyag pendant deux ans en ,europe1 visitant tous les monastres1 couvents et lieux de retraite imaginables4 ,il est all mme jusqu'en ,terre ,sainte4 ,je l'ai souvent entendu parler de ce voyage mon pre4 ,toutes ses recherches furent vaines2 le mystre est rest insondable4 --,et ce misrable journaliste--son nom m'chappe--qui avait jou le rle si odieux1 qui s'tait vendu corps et me au grand chef du satanisme1 qu'est-il devenu8 --,vous voulez parler de ,saint-,simon1 sans doute4 ,il a eu une bien triste fin4 ,il est mort fou1 l'an dernier1 aprs avoir pass je ne sais combien d'annes dans une maison de sant4 ,il tait possd de la folie de la richesse4 ,il croyait toujours avoir autour de lui des monceaux d'or4 ,je l'ai vu une fois1 c'tait un spectacle navrant4 --,revenons plutt ce bon ,lamirande4 ,votre pays lui est-il reconnaissant8 ,a-t-il au moins conserv son souvenir8 --,oui1 son nom est bni par tout notre peuple4 ,il est rvr comme un saint et comme le pre de la patrie4 ,nombre de jeunes gens s'appellent ,joseph en souvenir de lui4 ,moi-mme je me nomme ,joseph ,lamirande ,leverdier4 ,mon pre a d vous parler de la statue miraculeuse de saint ,joseph4 ,elle est toujours dans la chapelle de ,notre-,dame-du-,chemin que vous avez sans doute visite4 ,cette chapelle est devenue un lieu de plerinage national1 et aux pieds de cette statue des milliers d'mes trouvent des grces de choix1 surtout l'esprit de sacrifice et de dvouement1 la force de s'immoler1 d'accomplir les devoirs pnibles4 --,et parlez-moi de votre bonne tante ,hlne4 ,vit-elle encore8 attend-elle toujours le retour de ,m4 ,lamirande8 --,hlas6 elle croit encore que ,m4 ,lamirande reviendra4 ,c'est le seul point sur lequel cette chre tante444 comment dirai-je8444 n'entend pas les choses comme les autres4 ,elle est la providence des pauvres2 toujours douce1 toujours bonne4 ,dans tout ce bel pisode1 les peines du coeur qu'elle a prouves sont les seules ombres au tableau4 ,il me semble que ,m4 ,lamirande1 au lieu de s'enfermer dans un couvent1 aurait d4444 ,le jeune voyageur ne put terminer sa phrase4 ,le frre ,jean1 portant la main au coeur1 tomba vanoui4 ,nous nous empressmes autour de lui4 ,bientt il reprit connaissance4 --,ce n'est rien1 dit-il4 ,chez moi1 sans doute1 le coeur ne vaut pas les jambes2 il se trouble dans cette atmosphre4 ,il alla s'asseoir un peu plus loin4 ,au bout de quelques minutes1 il se dit assez remis pour pouvoir descendre4 ,sur mes compagnons et sur les deux jeunes voyageurs1 cet incident ne cra aucune impression extraordinaire4 ,ils croyaient simplement un vanouissement caus par la fatigue4 ,moi qui connaissais le mystre qui entourait le frre ,jean1 moi qui l'avais vu tressaillir et plir en entendant prononcer le nom de ,leverdier1 j'tais fermement convaincu que l'motion seule avait dtermin cette dfaillance du coeur4 ,j'tais entirement persuad que nous descendions la montagne en compagnie du hros de la ,nouvelle ,france2 et j'tais fortement tent1 je l'avoue1 de faire part de ma conviction mes compagnons de route4 ,mais je rsistai la tentation4 ,pourquoi1 me disais-je1 arracher ce bon frre le secret que ,dieu lui a permis de garder si longtemps8 ,ne serait-ce pas une sorte de profanation8 ,j'eus la force de retenir ma langue4 ,mais il faut en finir4 ,dans les derniers jours de janvier1 le frre ,jean tomba gravement malade4 ,il se prpara admirablement la mort et fit preuve d'une rsignation hroque4 ,bien que ses souffrances fussent sans doutes atroces1 jamais la moindre plainte ne lui chappa1 jamais il n'eut le plus lger mouvement d'impatience4 ,une certaine contraction musculaire1 et tout involontaire1 indiquait seule les douleurs qu'il prouvait4 ,les moines taient dans l'admiration4 ,ils voyaient que c'tait un vritable saint qui les quittait4 ,aussi entouraient-ils son lit d'agonie d'un profond respect4 ,au moment suprme1 le chef de la maison et plusieurs des pres taient auprs du frre mourant1 rcitant les prires des agonisants et rptant1 pour lui1 les noms de ,jsus1 de ,marie et de ,joseph4 ,ses yeux taient ferms1 il respirait peine1 mais ses traits crisps par la souffrance disaient que la vie n'tait pas teinte4 ,tout coup1 une harmonie anglique et un parfum non moins cleste1 qu'aucun langage humain ne saurait dcrire1 remplirent la modeste cellule4 ,nous savions tout de suite1 m'ont racont les moines1 que cette harmonie et ce parfum venaient du ciel1 parce que c'tait notre me qui les percevait d'abord1 les communiquant ensuite nos sens1 au contraire de ce qui se produit ordinairement4 ,c'tait quelque chose de vraiment indfinissable et indescriptible4 ,puis--je laisse la parole aux pres--puis1 cette harmonie et ce parfum augmentant toujours1 non d'intensit mais de suavit1 nous vmes1 d'abord intrieurement pour ainsi dire1 puis des yeux de notre corps1 se former au-dessus du lit comme des nuages d'une blancheur clatante1 et1 au milieu des nuages1 la figure d'une enfant de huit dix ans1 figure bien humaine par ses traits1 mais portant un reflet de la lumire de gloire4 ,et l'enfant parla1 ses paroles parvenant nos oreilles1 d'une manire mystrieuse1 par notre me3 ,pre1 dit-elle1 l',enfant-,jsus m'a envoye vous chercher4 ,venez6 ,et le frre ,jean1 ouvrant les yeux1 se soulevant demi1 tendant ses bras vers la cleste apparition1 s'cria3 ,ma fille6 ,enfin6 ,merci1 mon ,dieu6 ,et comme un souffle lumineux son me quitta son corps qui retomba sur la couche4 ,longtemps nous restmes abms dans la prire4 ,lorsque nous nous relevmes1 il n'y avait de surnaturel dans la cellule que le sourire qui illuminait les traits du frre ,jean4